summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
authornfenwick <nfenwick@pglaf.org>2025-02-05 06:19:06 -0800
committernfenwick <nfenwick@pglaf.org>2025-02-05 06:19:06 -0800
commitaef910bf2b411c35ac30ccaa945ab465ab75dabe (patch)
tree5cd0ee227e410a47d5a59426f07350b938b930d3
parent47e2be274c033f6e9b3584fd2e6b5ff05530940b (diff)
NormalizeHEADmain
-rw-r--r--.gitattributes4
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
-rw-r--r--old/50930-0.txt18075
-rw-r--r--old/50930-0.zipbin364130 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/50930-h.zipbin451574 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/50930-h/50930-h.htm24560
-rw-r--r--old/50930-h/images/cover.jpgbin22468 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/50930-h/images/fr.jpgbin30922 -> 0 bytes
9 files changed, 17 insertions, 42635 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..d7b82bc
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,4 @@
+*.txt text eol=lf
+*.htm text eol=lf
+*.html text eol=lf
+*.md text eol=lf
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6312041
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..7435701
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #50930 (https://www.gutenberg.org/ebooks/50930)
diff --git a/old/50930-0.txt b/old/50930-0.txt
deleted file mode 100644
index 86b6e40..0000000
--- a/old/50930-0.txt
+++ /dev/null
@@ -1,18075 +0,0 @@
-The Project Gutenberg EBook of Armand de Pontmartin, sa vie et ses oeuvres
-1811-1890, by Edmond Biré
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have
-to check the laws of the country where you are located before using this ebook.
-
-Title: Armand de Pontmartin, sa vie et ses oeuvres 1811-1890
-
-Author: Edmond Biré
-
-Release Date: January 15, 2016 [EBook #50930]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ARMAND DE PONTMARTIN ***
-
-
-
-
-Produced by Giovanni Fini, Clarity and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-
-
-
-
-
-
- NOTES SUR LA TRANSCRIPTION:
-
-—Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
-
-—On a conservé l’orthographie de l’original, incluant ses variantes.
-
-—Les lettres écrites au-dessus ont étées representées ainsi: a^b et
- a^{bc}.
-
-
-
-
- ARMAND DE PONTMARTIN
-
- SA VIE ET SES ŒUVRES
-
- 1811-1890
-
-[Illustration]
-
-
-
-
- EDMOND BIRÉ
-
- ARMAND DE PONTMARTIN
-
- SA VIE ET SES ŒUVRES
-
- 1811-1890
-
- PARIS
-
- GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS
-
- 6, RUE DES SAINTS-PÈRES, 6
-
- 1904
-
-
-
-
-_PRÉFACE_
-
-
-_Très nombreux sont les documents que j’ai eus à ma disposition
-pour écrire ce volume. Dans ses_ Mémoires, _Pontmartin a fait à
-l’imagination une part peut-être trop large; ils n’en sont pas
-moins très sincères et demeurent, pour son biographe, une source
-précieuse de renseignements. Les souvenirs abondent, et cette fois
-presque toujours très exacts, dans ses Causeries littéraires, et en
-particulier dans les vingt volumes des_ Nouveaux Samedis _et dans les
-dix volumes des_ Souvenirs d’un vieux critique. _Mais c’est surtout
-sa Correspondance qui m’a été d’un puissant secours. Outre quelles
-sont charmantes,—on le verra bien,—ses lettres, écrites de premier
-jet, toujours sous l’impression du moment, nous apprennent tout de sa
-vie, de son caractère, de ses sentiments. Il a écrit là, au jour le
-jour, ses vrais Mémoires. Aux lettres que, pendant plus de trente ans,
-il n’avait cessé de m’adresser et où il ne taisait rien de ses joies
-et de ses deuils, de ses succès et de ses mécomptes, sont venues se
-joindre d’autres correspondances, celles qu’il entretenait avec Joseph
-Autran, Victor de Laprade, Cuvillier-Fleury, Alfred Nettement, Jules
-Claretie. La communication m’en a été libéralement accordée par M^{me}
-et M. Jacques Normand, fille et gendre d’Autran, par MM. Victor et Paul
-de Laprade, par M^{me} Victor Tiby, fille de Cuvillier-Fleury, par
-M^{lle} Marie-Alfred Nettement, par M. Claretie. Que tous reçoivent
-ici l’expression de ma profonde gratitude! Mon livre, cependant, eût
-été incomplet si je n’avais eu l’aide, précieuse entre toutes, de
-M. Henri de Pontmartin, qui m’a soutenu de ses conseils et qui m’a
-si gracieusement ouvert le trésor de ses souvenirs. Qu’il en soit
-particulièrement remercié!_
-
-_J’ai été l’ami d’Armand de Pontmartin: l’affection et la
-reconnaissance ont-elles influencé mes jugements? M’ont-elles conduit à
-parler de lui et de ses œuvres avec trop de faveur? Je ne le crois pas.
-Comme l’abbé de Féletz, qui venait de louer un de ses amis, je crois
-être en droit de dire: «L’amitié que j’ai pour lui n’a point enflé les
-éloges que je lui ai donnés; elle n’a pas dû m’empêcher de lui rendre
-justice: elle a fait seulement que je lui ai donné ces éloges et rendu
-cette justice avec plus de plaisir[1].»_
-
-
-
-
-ARMAND DE PONTMARTIN
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
-LA FAMILLE ET L’ENFANCE
-
-(1811-1823)
-
- Les _Ferrar_. Le traducteur du Tasse. Le comte Joseph-Antoine et
- _Monsieur des Angles_. L’Émigration. En Ukraine.—Retour aux Angles.
- L’_Oncle Joseph_. M. Eugène de Pontmartin et M^{lle} Émilie de Cambis.
- La marquise de Guerry et _les Trois Veuves_.—Naissance d’Armand de
- Pontmartin. L’hôtel de Calvière et Mademoiselle de Sombreuil. La
- Mission de 1819 et le voyage de la duchesse d’Angoulême. Virgile et M.
- Ract-Madoux.
-
-
-I
-
-Armand de Pontmartin n’a jamais voulu être autre chose qu’un
-écrivain, un homme de lettres. Rien ne lui était plus déplaisant que
-de s’entendre appeler _Monsieur le Comte!_ Démocrate, il ne l’était
-guère; cela ne l’empêchait pas d’avoir en horreur les généalogies et
-tout ce qui ressemblait à des préoccupations aristocratiques. Que de
-fois il s’est égayé à propos d’écrivains-gentilshommes qui, dans leurs
-_Mémoires_, commencent par déclarer avec fracas qu’ils n’admettent
-d’autre distinction que celles de l’intelligence, et qui, ensuite, ne
-nous font grâce, ni d’un quartier, ni d’un détail héraldique! Le jour
-où, sur mes instances, il consentit enfin à écrire ses Mémoires, ses
-souvenirs d’enfance et de jeunesse, il évita soigneusement de parler de
-ses _ancêtres_; des origines et de l’ancienneté de sa famille, il ne
-dit pas un mot. Je n’ai pas le droit d’être aussi discret que lui. Le
-premier devoir d’un biographe est de replacer dans son _milieu_ celui
-dont il écrit la vie, de faire connaître ses parents, de remonter au
-moins à deux ou trois générations en arrière.
-
- * * * * *
-
-Le nom patronymique des Pontmartin est _Ferrar_ et se montre d’abord
-à Avignon sous Henri IV. Les Ferrar étaient sans doute d’origine
-italienne, comme tant d’autres familles avignonnaises; ce qui le
-ferait croire, c’est cette orthographe d’un nom en _ar_ sans autre
-consonne finale, qui semble une transcription littérale du nom
-italien _Ferrari_. Sous Louis XIII, un Ferrar va d’Avignon s’établir
-à Montpellier, où il acquiert le titre et remplit les fonctions de
-Conseiller à la Cour des comptes, aides et finances de cette ville. Cet
-office devint héréditaire dans la famille et se transmit d’aîné en aîné
-jusqu’à la fin du XVIII^e siècle. La branche aînée possédait aussi le
-domaine de Pontmartin[2], acquis en 1625.
-
-Suivant l’usage des familles parlementaires, les aînés, tout en
-possédant ce domaine, érigé pour eux en seigneurie en 1644, n’en
-portaient pas le nom et s’appelaient Messieurs de Ferrar; ils
-laissaient prendre ce nom à leurs cadets, dépourvus de tout apanage. Un
-de ces conseillers, Antoine, traduisit, non sans succès, la _Jérusalem
-délivrée_, du Tasse, ce qui lui a valu de figurer dans la _Biographie
-universelle_ de Michaud[3]. La branche aînée s’éteignit à l’époque de
-la Révolution et les trois filles du dernier représentant de cette
-branche vendirent au père de l’écrivain, en 1813, le domaine de
-Pontmartin.
-
-Tandis que les aînés conservaient avec soin leur office de judicature,
-les cadets se tournaient du côté des armes. Le traducteur du Tasse
-avait un frère officier. Un autre de ses frères, son successeur
-dans sa charge (car lui-même mourut sans être marié), eut deux
-fils officiers, outre l’aîné qui, bien entendu, se réserva pour la
-magistrature. L’un devint général au service de l’Espagne et mourut,
-vers 1750, gouverneur de Lérida. L’autre, Antoine, qui porta toujours
-le double nom de Ferrar de Pontmartin, fit la campagne d’Espagne sous
-le Régent comme capitaine au régiment de Rouergue: forcé par une
-blessure de quitter le service actif, il fut nommé directeur général
-des fortifications du Roussillon. Il mourut à Perpignan, en 1748,
-laissant un fils âgé de quatre ans, Joseph-Antoine. Sa veuve n’eut
-pour toute ressource qu’une pension de deux cents livres et traversa
-quelques années de cruelle misère; mais en 1753 elle eut le bonheur
-de faire admettre son fils à l’École militaire, récemment fondée à
-Paris. Joseph-Antoine (ce fut le grand-père d’Armand de Pontmartin)
-eut une carrière militaire extrêmement brillante. C’était un homme
-superbe, un cavalier incomparable, dont il est fait mention dans
-plusieurs ouvrages du temps. Sorti de l’école à seize ans, en 1760, il
-fit les dernières campagnes de la guerre de Sept Ans. Son avancement
-fut rapide. Il était en 1780 mestre de camp commandant le régiment
-Commissaire-général-cavalerie, chevalier de Saint-Louis, titré de comte
-dans ses brevets. Lieutenant des gardes du corps en 1784, il n’avait
-que quarante-cinq ans en 1789 et pouvait espérer arriver plus haut. La
-Révolution brisa sa carrière. Il devait devenir plus tard maréchal de
-camp, mais seulement en 1798, pendant l’émigration, et en vertu d’un
-brevet daté de Blankenbourg et signé par le roi de France en exil.
-
-En 1781, son grade de mestre de camp, et peut-être aussi sa belle
-prestance lui avaient valu de faire un mariage qui, de la situation
-d’officier sans fortune, l’avait fait passer à celle de grand
-propriétaire. Il avait épousé, le 20 mars 1781, dans l’église du
-village des Angles[4], Jeanne-Thérèse Calvet des Angles, d’une famille
-de bonne bourgeoisie avignonnaise; son père était capitaine au régiment
-de Guienne et chevalier de Saint-Louis; sa mère était fille d’un
-bâtonnier des avocats au Parlement de Paris. Elle était l’héritière du
-domaine des Angles et même de la seigneurie de ce nom, acquise par son
-oncle, l’homme important de la famille, _Monsieur des Angles_, comme on
-l’appelle, celui qui bâtit la maison où a vécu et où est mort Armand de
-Pontmartin.
-
-Elle eut deux fils, Joseph, né le 12 janvier 1782, et Eugène, né le 6
-février 1783. Devenus presque aussitôt orphelins, M^{me} de Pontmartin
-étant morte à vingt-sept ans des suites de sa seconde couche; privés de
-la présence de leur père que sa carrière retenait dans de lointaines
-garnisons, Valenciennes d’abord, puis Versailles, les deux enfants
-trouvèrent une seconde mère dans une cousine de celle qu’ils avaient
-perdue, personne d’une exquise bonté, qui se dévoua à eux et ne les
-quitta plus.
-
-
-II
-
-A la fin de 1791, M. de Pontmartin émigra en Suisse et s’établit
-provisoirement à Vevey, où ses fils allèrent le rejoindre. De là,
-on alla à Soleure, où les enfants passèrent deux ans au collège des
-Oratoriens de Bellelay. Ils y prirent le goût des lettres, en dépit de
-dures privations, souffrant du froid et même un peu de la faim. Les
-maîtres étaient comme eux des émigrés, dénués de toutes ressources. Au
-printemps de 1793, la famille est à Vienne, d’où elle passe bientôt
-en Pologne, puis en Ukraine, dans un domaine rural appele Boubenoska.
-Un peu plus tard, on se fixe à Tulczin, toujours en Ukraine. Dans
-cette petite ville de la Russie polonaise, nos émigrés retrouvent
-comme un petit coin de France, où l’ancien lieutenant des gardes du
-corps essaie par moments d’oublier ses peines en ravivant les douces
-et mélancoliques images de Versailles et de Trianon. Il y avait là,
-en effet, presque tous les Polignac, la comtesse Diane, non pas la
-brillante amie de la reine Marie-Antoinette, mais sa belle-sœur, non
-mariée, et avec elle ses trois neveux, Jules, Armand et Melchior
-de Polignac, qui se lièrent étroitement avec Joseph et Eugène de
-Pontmartin.
-
-Faisant contre fortune bon cœur, les pauvres émigrés avaient organisé
-chez le comte Vincent Potocki, au château de Kovalovka, une troupe de
-comédie et d’opéra-comique; on jouait _Nina ou la Folle par amour_,
-_Zémire et Azor_, _le Déserteur_, _Richard Cœur de Lion_. On jouait
-aussi les pièces d’un membre de la colonie, l’abbé Chalenton. Lorsque
-Armand de Pontmartin arriva à Paris, en octobre 1823, pour faire ses
-classes, l’abbé Chalenton vivait encore. Il venait voir souvent les
-Pontmartin, et il déclara un jour que notre collégien aurait des prix
-de mémoire, parce que celui-ci venait de lui réciter toute une tirade
-de sa comédie de _Monsieur de Porcalaise_ ou _le Gourmand_, composée
-tout exprès pour être représentée sur le théâtre de Kovalovka. Il y en
-avait trois comme celle-là, et l’abbé les avait recueillies dans un
-volume, sous ce pseudonyme: _Par un nouveau Sarmate_.
-
-Une voisine de Kovalovka, la comtesse Moczinska, très riche, mais
-d’une noblesse inférieure à celle des Potocki, avait offert la plus
-généreuse hospitalité à M. de Pontmartin et à ses deux fils. Un jour,
-le voyant découragé par les lenteurs des années d’exil, elle lui dit:
-«Vous retournerez en France; vous rentrerez dans votre maison; moi,
-j’irai vous faire une visite, et vous demander l’hospitalité que je
-suis si heureuse de vous offrir.» Son âge et l’état de l’Europe et
-de la France, à la veille du 18 Brumaire, rendaient sa prédiction
-bien invraisemblable. Pourtant, elle arriva, fidèle à sa promesse, en
-avril 1803, avec une suite nombreuse où figurait un jeune médecin,
-qui fut plus tard le célèbre docteur Double[5], membre de l’Académie
-des sciences, père de Léopold Double, le fameux collectionneur, et
-beau-père du non moins fameux Libri, qui collectionnait, lui aussi, à
-sa façon.
-
-Chez la comtesse Moczinska, M. de Pontmartin fit connaissance avec
-Souvarow, qui lui offrit un grade de général dans l’armée russe:
-il opposa à toutes les instances qui lui furent faites un refus
-inébranlable.
-
-En 1801, il rentra en France, mais il ne voulut pas quitter l’Ukraine
-avant d’avoir épousé la compagne de son émigration, la seconde mère de
-ses enfants. Ce mariage fut célébré à Tulczin, le 17 mars 1801, sur une
-permission accordée en latin et en polonais par l’évêque de Kaminiec.
-
-On retrouva la propriété des Angles intacte; c’était un bien
-de mineurs, et ces mineurs n’avaient pas été considérés comme
-volontairement émigrés. Même la belle allée de marronniers, qui devait
-presque jouer un rôle dans la vie littéraire de l’auteur des _Samedis_,
-avait été sauvée par le dévouement d’un fermier. M. de Pontmartin
-envoya alors ses fils à Paris pour y compléter des études que tant de
-déplacements et de hasards avaient dû singulièrement contrarier. Il
-mourut aux Angles le 3 août 1806. Sa veuve, qui lui survécut jusqu’en
-1824, eut le temps de connaître et de combler de gâteries maternelles
-cet Armand qu’elle considérait comme son petit-fils et qui, au terme de
-sa vie, parlait encore avec une tendre reconnaissance de celle que ses
-parents et lui n’avaient jamais appelée que _Tatan-Bonne_.
-
-
-III
-
-Des deux fils de l’ancien émigré, l’aîné ne se maria point; il ne
-devait être, toute sa vie, que l’_oncle Joseph_. Très bel enfant en
-naissant, il éprouva pendant les jours de trouble qui suivirent la mort
-de sa mère un accident qui le rendit contrefait. L’oncle Joseph était
-donc bossu et d’une santé excessivement délicate. Mais ni cette épreuve
-ni toutes celles qu’il subit pendant l’émigration n’avaient altéré son
-humeur. Personne n’eut plus d’entrain, plus de bonne grâce dans les
-relations mondaines, une plus souriante bonté. Il avait cédé tous les
-droits du chef de famille à son frère, dont il ne se sépara d’ailleurs
-jamais. Quand il eut un neveu, on peut deviner de quelle affection il
-l’entoura et avec quel soin il s’occupa de son éducation: il fut son
-premier maître, l’initia au latin et au grec, et aussi à la chasse et
-au dessin, ses deux passions. L’oncle Joseph avait fait ses études à
-bâtons rompus, mais il avait conservé le goût des humanités; il s’y
-remit avec ardeur quand vinrent les années de collège d’Armand; bref,
-quand l’oncle et le neveu se trouvaient, par hasard, éloignés l’un de
-l’autre durant quelques semaines, ils s’écrivaient presque chaque jour,
-mais leur correspondance ne s’échangeait qu’en vers latins! Humaniste
-émérite, botaniste distingué, M. Joseph de Pontmartin était, en outre,
-un paysagiste de talent, et la peinture était, avec l’éducation de
-son neveu, la principale occupation de sa vie. Les vues prises par
-lui d’après nature dans ses promenades et ses voyages forment un
-album d’aquarelles et de sépias, qui sont, non d’un simple amateur,
-mais d’un véritable artiste. A l’huile, il pratiqua malheureusement
-un genre aujourd’hui démodé, le _paysage composé_: Corot n’était pas
-encore venu! Néanmoins, le genre une fois admis, on trouve à ces petits
-tableaux de sérieuses qualités. Leur auteur savait son métier. S’il lui
-avait pris fantaisie, aux environs de 1825, d’envoyer ses paysages au
-Salon de peinture, ils n’auraient pas fait trop mauvaise figure à côté
-des toiles de Bidault et de Jean-Victor Bertin. L’oncle Joseph eut le
-chagrin de survivre à son frère; il mourut à Paris, où il avait suivi
-sa belle-sœur et son neveu, le 13 janvier 1832, le lendemain du jour où
-il avait eu cinquante ans.
-
-Son frère, Castor-Louis-Eugène, qui le suivit d’un an dans la vie et
-le précéda d’un an dans la mort, avait hérité de la haute taille et de
-la belle figure de leur père. Il avait tout près de six pieds, et son
-fils, si grand pourtant, paraissait petit à côté de lui. Eugène avait
-la plupart des goûts et des aptitudes de l’oncle Joseph, sauf qu’il
-négligeait l’aquarelle et le paysage composé pour se livrer à l’étude
-de la philosophie. Comme lui, il s’occupa avec un intérêt passionné des
-études classiques de son cher Armand; mais il n’avait pas le caractère
-enjoué de son frère. Malgré une bonté et une douceur sans bornes,
-il eut toujours quelque chose de mélancolique, comme s’il eût prévu
-qu’il était destiné à mourir à quarante-huit ans, de celle de toutes
-les maladies qui porte le plus à la tristesse, un cancer à l’estomac.
-Sa piété était austère, avec peut-être une nuance de jansénisme
-inconscient. Il n’allait au théâtre que pour voir de loin en loin jouer
-une tragédie. Une seule fois, il y alla pour une comédie, l’_École
-des Vieillards_[6], de Casimir Delavigne, et encore savait-il qu’il y
-retrouverait Talma. Si plus tard il lui arriva de se relâcher de cette
-rigueur, c’était afin d’accompagner, pour le récompenser de ses succès,
-son fils qui a toujours été un peu réfractaire à la tragédie. De tous
-ceux que j’ai nommés ou nommerai dans ces pages, celui-là était sans
-doute le meilleur, et je n’oublierai jamais avec quelle affectueuse
-vénération son fils parlait de lui.
-
-En décembre 1807, à vingt-quatre ans, il épousa à Montpellier
-Émilie de Cambis, qui avait vingt ans. La famille de Cambis, venue
-de Florence au XV^e siècle, tenait le premier rang à Avignon, soit
-par les fonctions qu’elle y exerçait au nom du Pape, soit par sa
-popularité presque égale à celle des Crillon, soit par tous les
-serviteurs distingués qu’elle avait donnés à la France, en vertu du
-privilège de _régnicoles_ accordé par François I^{er} aux habitants
-d’Avignon et du Comtat. Ce mariage présentait, au point de vue des
-idées aristocratiques, une certaine disproportion; mais la belle mine,
-la vertu et la fortune relative du marié équivalaient à un supplément
-de parchemins; d’ailleurs, au lendemain de la Révolution et de ses
-ruines, on devait se montrer moins exigeant qu’on ne l’eût été vingt
-ans plus tôt. M^{lle} de Cambis était petite, avec de gros traits, un
-teint bilieux qui lui était commun avec son frère, le futur pair de
-France; mais, par ses qualités morales, sa haute intelligence, son
-instruction, c’était une femme supérieure. Quelles que fussent les
-charmantes qualités d’esprit de son mari et de son beau-frère, comme
-on le voit presque toujours quand on étudie les origines des hommes de
-talent, c’est de sa mère qu’Armand de Pontmartin tenait ses brillantes
-facultés comme les traits de son visage; de son père il n’avait gardé
-que la haute taille.
-
-Émilie de Cambis avait, comme son mari, passé par bien des épreuves.
-Née à Avignon, elle avait été emmenée à Chartres par son père, Henri de
-Cambis d’Orsan, marquis de Lagnes, colonel de dragons, qui fuyait les
-excès de la Révolution. A Chartres, il fut mis en prison et y mourut le
-5 janvier 1793; le procès du Roi et la perspective du sort réservé à
-l’auguste victime lui avaient porté un coup dont il ne put se relever.
-Sa veuve, Augustine de Grave, se retira alors à Montpellier, son pays
-natal, avec ses trois enfants, Henriette, Auguste et Émilie, qui,
-admirablement doués tous les trois, firent ensemble et presque sans
-maîtres des études exceptionnellement approfondies. M^{me} de Cambis
-avait deux frères: l’aîné, le marquis de Grave, capitaine au régiment
-d’Hervilly, fut tué à Quiberon le 21 juillet 1795; le second, le
-chevalier de Grave, plus tard marquis, fut pendant quelques semaines,
-du 10 mars au 8 mai 1792, ministre de la Guerre du roi Louis XVI.
-Décrété d’accusation le 27 août 1792, il se réfugia en Angleterre,
-d’où il ne revint qu’en 1804. Louis XVIII le nomma pair de France
-le 17 août 1815. Il mourut sans enfants le 16 janvier 1823[7]. Son
-frère avait laissé une fille, qui épousa sous l’Empire le marquis de
-Guerry, Vendéen de race et de sentiments, et qui ne tarda pas à devenir
-veuve, son mari ayant été tué lors de la prise d’armes de 1815. Ce
-beau-père fusillé à Quiberon, ce gendre tué au combat des Mathes, il
-me semble bien les avoir déjà rencontrés quelque part. Ajoutez-y par
-l’imagination une troisième génération qui sera la dernière, un autre
-Vendéen mourant, lui aussi, pour le Roi, à la Pénissière, en 1832, et
-vous avez les _Trois Veuves_[8], une des premières et l’une des plus
-remarquables nouvelles d’Armand de Pontmartin. J’ai toujours pensé que
-ce petit récit était né du souvenir des morts héroïques qui avaient
-voué M^{me} de Guerry à un deuil éternel. Cette tragique histoire d’une
-cousine germaine de sa mère, contée souvent à la veillée, avait dû lui
-causer une ineffaçable impression[9].
-
-M^{me} de Cambis, revenue à Montpellier, comme je l’ai dit, après
-avoir perdu son mari, vécut dans cette ville jusqu’à sa mort, en
-1821. Armand, dans ses jeunes années, fut souvent conduit en visite
-chez cette vénérable et très vénérée aïeule. L’aînée de ses filles,
-Henriette, une sainte, avait épousé, en 1798, un Cambis d’une autre
-branche, habitant les Cévennes; elle eut cinq enfants, cousins germains
-et amis d’enfance de Pontmartin. Tous l’ont précédée dans la tombe;
-le dernier disparu est l’abbé Adalbert de Cambis, longtemps premier
-vicaire de Saint-Sulpice, mort en 1879.
-
-
-IV
-
-Jamais ménage ne fut plus uni que celui de M. et de M^{me} Eugène de
-Pontmartin; ils avaient les mêmes goûts, les mêmes sentiments, les
-mêmes vertus austères. M^{me} de Pontmartin n’alla jamais au théâtre.
-Elle lisait et relisait sans cesse les grands écrivains religieux du
-XVII^e siècle, Bossuet, Bourdaloue, Massillon. Elle a aimé ardemment
-son fils, l’a trop gâté peut-être. Entre eux, l’intimité fut toujours
-grande; toujours il lui fut doux de parler d’elle et d’évoquer son
-image. Je ne sais pourtant s’il n’y avait point, dans la voix de
-Pontmartin, plus d’émotion encore, plus d’infinie tendresse, quand il
-parlait de son père et de l’_oncle Joseph_; c’est qu’aussi on ne trouve
-pas facilement d’autres _bontés_ comme celles-là.
-
-M. de Pontmartin et sa jeune femme vinrent s’établir aux Angles et
-louèrent pour l’hiver un appartement à Avignon, rue Sainte-Praxède,
-dans la maison d’une famille amie, la famille d’Oléon. C’est là que
-vint au monde, après une attente de près de quatre ans, leur premier
-et unique enfant, Armand, né le 16 juillet 1811[10]; il fut baptisé le
-lendemain dans l’église de Saint-Agricol, alors cathédrale d’Avignon;
-le parrain fut l’oncle Joseph, et la marraine, M^{me} de Cambis, la
-grand’mère maternelle.
-
-Les douze premières années de sa vie se passèrent en grande partie
-aux Angles, avec un séjour de quelques mois chaque hiver à Avignon,
-dans un appartement qui n’était plus celui de la rue Sainte-Praxède,
-mais qui se trouvait rue Saint-Marc, dans l’hôtel du marquis de
-Calvière[11], devenu quelques années plus tard la résidence des Pères
-Jésuites. Armand de Pontmartin avait un vague souvenir des événements
-de 1815, des efforts énergiques et couronnés de succès que fit son
-père pour empêcher une bande de pêcheurs du Rhône, d’un royalisme trop
-exalté, d’aller à la Vernède, à l’extrémité du territoire de la commune
-des Angles, piller le château d’un général bonapartiste, le général
-Gilly. Il se rappelait avec plus de précision cette lugubre soirée de
-février 1820, où son père et un autre locataire de la maison Calvière,
-ayant entendu circuler de sinistres rumeurs, se rendirent à la
-préfecture et revinrent un quart d’heure après en disant: «Hélas! c’est
-trop vrai! le duc de Berry est assassiné!» Quelques jours plus tard,
-M. de Pontmartin se trouvait seul aux Angles; on lui envoya d’Avignon
-une pauvre femme, presque une mendiante, qui lui dit ces simples mots:
-«Cazes[12] n’est plus rien!» Dans son enthousiasme, il lui donna cinq
-francs pour la récompenser d’avoir apporté une si bonne nouvelle, et
-pourtant, il était d’un caractère modéré, il ne partageait aucune des
-passions des _ultras_; mais il lui arrivait parfois, comme à beaucoup
-d’honnêtes gens de ce temps-là, d’être plus royaliste que le roi.
-Comment ne se serait-il pas réjoui de la chute de M. Decazes, puisque
-ce ministre était la bête noire de tous les _blancs_ de 1820?
-
-M. et M^{me} de Pontmartin allaient peu dans le monde, et presque
-chaque soir, pendant une heure, on faisait une lecture à la table de
-famille, le plus souvent dans _les Essais de morale_ de Nicole. A
-certains jours, on s’humanisait un peu, et on lisait les _Oraisons
-funèbres_ de Bossuet, Corneille, Racine, voire même _le Misanthrope_
-et _les Femmes savantes_. Dans ce vieil hôtel de Calvière, d’une si
-fière mine avec son escalier monumental, son portique d’ordre toscan,
-ses moulures en pierre et ses panneaux de boiseries sculptées, avec ses
-niches veuves de leurs statues, son bassin et sa fontaine _rocaille_,
-habitait aussi M^{me} de Villelume, née de Sombreuil, l’héroïne des
-massacres de Septembre. Son mari avait été envoyé à Avignon comme
-gouverneur de la succursale des Invalides. Elle venait quelquefois
-dîner chez M. de Pontmartin, et ces jours-là on ne servait sur la table
-que du vin blanc[13]!
-
-Les douze premières années d’Armand de Pontmartin, avant son départ
-pour Paris, ne lui avaient laissé, à travers les visions confuses de
-son enfance, que deux souvenirs bien distincts: la mission des _Pères
-de la Foi_, ayant à leur tête le P. Guyon, dont la parole rappelait
-celle du P. Bridaine, et le voyage de _MADAME_, duchesse d’Angoulême.
-
-La mission des _Pères de la Foi_ est restée légendaire à Avignon.
-Commencée le 28 février 1819, elle se termina le dimanche 28 avril
-par la plantation d’une croix sur le rocher des Doms, au-dessous
-duquel s’étagent la métropole et le palais des Papes et qui domine
-un merveilleux panorama. La cérémonie fut belle entre toutes. Plus
-de quarante mille étrangers étaient accourus de toute la contrée
-d’alentour, et, sans le débordement de la Durance, le nombre en eût
-été plus considérable encore[14]. Naturellement, les enfants n’avaient
-pas été oubliés. Pontmartin, qui n’avait pas encore huit ans, était du
-cortège. Il le décrira plus tard, avec un enthousiasme que soixante ans
-écoulés n’avaient pu affaiblir[15].
-
-Le récit du passage de la duchesse d’Angoulême a également trouvé
-place dans les _Mémoires_[16]. L’auteur seulement a légèrement romancé
-ce petit épisode; il l’a même, pour m’en tenir à ce seul point,
-antidaté d’un an. Ce n’est pas en 1822, mais en 1823 que _MADAME_
-visita nos provinces méridionales. C’était au moment de la guerre
-d’Espagne. Pendant que le duc d’Angoulême était, de l’autre côté des
-Pyrénées, à la tête de nos troupes, la princesse parcourait le midi de
-la France, où le sentiment royaliste n’avait encore rien perdu de son
-ardeur. Le 12 mai 1823,—et non, comme le dit Pontmartin, le 27 avril
-1822,—elle se rendit de Nimes à Avignon. La route royale côtoyait les
-Angles. Tous les habitants, villageois et châtelains, étaient à leur
-poste, au bord de la route: au premier rang, M. de Pontmartin, qui
-devait haranguer la fille de Louis XVI et qui jetait de temps en temps
-les yeux sur son papier: à quelques pas en arrière, l’oncle Joseph,
-tenant par la main son neveu, dont le cœur battait à se rompre.
-
-Tout à coup, on aperçoit, au haut de la montée de Saze, un énorme
-nuage de poussière, qui accourait d’un train effrayant: «C’est elle!
-s’écrie-t-on; c’est la duchesse! c’est Madame!» Bientôt le nuage
-s’éclaircit; un rayon de soleil le perce de part en part; on voit
-briller les casques et les sabres de l’escorte: puis les harnais de
-l’attelage et les chapeaux enrubannés des postillons. Deux calèches,
-menées à quatre chevaux, passèrent devant les bonnes gens des Angles
-sans s’arrêter. Inclinée à la portière, la duchesse salua d’un signe
-de tête. «Vive le roi!» crièrent les paysans avec un ensemble digne
-d’un meilleur sort. Au moment où ils allaient crier: «Vive Madame!» ils
-s’aperçurent que les voitures avaient disparu. «Ce fut, dit Pontmartin,
-ma première leçon de philosophie politique; depuis lors, j’en ai subi
-de plus rudes.»
-
-Son éducation, cependant, commencée de bonne heure, amoureusement
-poussée et surveillée par les trois êtres dont il était l’affection
-principale, s’annonçait comme devant être exceptionnellement brillante.
-Dès qu’il eut huit ans, on lui donna un Virgile, et dans sa joie,
-il ne voulut plus s’en séparer, ni jour ni nuit. Un professeur du
-collège royal d’Avignon. M. Ract-Madoux, lui donnait des leçons.
-Voyant qu’il en profitait si bien, on eut l’idée de lui faire faire
-les mêmes compositions que les élèves de la classe de troisième.
-Il fut premier dans toutes, il avait alors douze ans. Ses parents
-jugèrent bientôt qu’il serait dommage de se contenter pour lui d’une
-éducation provinciale. Encore bien qu’une telle combinaison fût un peu
-au-dessus de ce que leur permettait leur fortune, ils se décidèrent à
-quitter Avignon et les Angles pour aller s’établir à Paris. C’était au
-mois d’octobre 1823, et Armand de Pontmartin venait d’entrer dans sa
-treizième année.
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
-LES ANNÉES DE COLLÈGE
-
-(1823-1829)
-
- Le voyage d’Avignon à Paris en 1823. Au 37 de la rue de Vaugirard. Le
- collège Saint-Louis. Le catéchisme de Saint-Thomas-d’Aquin et l’abbé
- de La Bourdonnaye.—MM. Roberge, Étienne Gros et Vendel-Heyl. _Vox
- faucibus hæsit._—M. Valette et M. Michelle. Le Concours général.
- Sainte-Beuve et les vers latins.—Le jardin du Luxembourg, le salon du
- marquis de Cambis et le salon du docteur Double. _Le comte Ory._ Les
- camarades de Saint-Louis. Emmanuel d’Alzon et Henri de Cambis.
-
-
-I
-
-On loua une voiture de poste, on coucha cinq fois en route et on
-arriva à Paris dans la matinée du sixième jour, le 13 octobre. M.
-de Pontmartin avait arrêté un appartement, rue de Vaugirard, au
-second étage de la maison portant alors le numéro 37, plus tard 31,
-aujourd’hui 21. Cette maison faisait le coin du jardin du Luxembourg,
-presque en face de la rue du Pot-de-Fer[17]; trois de ses fenêtres
-avaient vue sur le jardin.
-
-En même temps que les Pontmartin, deux autres familles
-méridionales,—les Cambis et les d’Alzon, que des liens de parenté et
-d’amitié unissaient aux châtelains des Angles,—venaient également se
-fixer à Paris et prendre gîte, comme eux, dans la rue de Vaugirard,
-les d’Alzon au numéro 9, hôtel Crapelet; les Cambis, au numéro 18,
-hôtel Boulay de la Meurthe. Le but des trois familles était le même:
-l’éducation de leurs fils. Ces fils étaient au nombre de quatre: Henri
-et Alfred de Cambis, Emmanuel d’Alzon, Armand de Pontmartin. On décida
-qu’ils suivraient comme externes les classes de Saint-Louis. Ce collège
-avait une petite porte à l’usage des externes, qui ouvrait sur la rue
-Monsieur-le-Prince, presque en face de la rue de Vaugirard. Il n’y
-aurait donc qu’un pas à faire pour conduire les enfants et les aller
-chercher. Pas un seul instant les parents n’avaient songé à les mettre
-internes. Ils se défiaient, non sans raison, de l’esprit qui régnait
-alors dans les collèges de Paris.
-
-Ce sera l’honneur de la Restauration d’avoir, au sortir de la
-Révolution et de l’Empire, donné le signal de la renaissance religieuse
-en même temps que de la renaissance littéraire. Aucune époque n’a été
-plus féconde en œuvres catholiques; si la plupart n’ont acquis tout
-leur développement et n’ont donné tous leurs fruits que plus tard, la
-justice n’en commande pas moins de lui en reporter le principal mérite.
-Sur un point seulement ses efforts restèrent complètement infructueux,
-ses intentions et ses actes demeurèrent frappés de stérilité. Dans
-son désir de réformer l’enseignement universitaire, le gouvernement
-royal confia la direction de l’Instruction publique à un évêque.
-Un prêtre, dont le zèle égalait le talent, l’abbé de Scorbiac, fut
-investi des fonctions d’aumônier général de l’Université, avec mission
-de visiter tour à tour tous les collèges de France et d’y donner des
-retraites. Le soin le plus attentif fut apporté au choix des recteurs
-et des proviseurs. Les aumôniers furent pris parmi les jeunes hommes
-les plus distingués du clergé, et c’est ainsi, par exemple, que,
-de 1822 à 1830, le collège Henri IV eut pour aumôniers l’abbé de
-Salinis, l’abbé Gerbet et l’abbé Lacordaire. Mais c’est vainement que
-l’on sème, si «les graines tombent sur un terrain pierreux et parmi
-les épines qui croissent et les étouffent». Les professeurs, hommes
-d’ailleurs instruits et d’une conduite privée irréprochable, étaient
-presque tous imbus des doctrines philosophiques du XVIII^e siècle:
-leurs élèves étaient, pour la plupart, _libéraux_ et voltairiens. «Un
-jour, dit M. Armand de Melun dans ses _Mémoires_, pendant que nous
-faisions notre philosophie[18] il nous prit fantaisie de discuter
-entre nous l’existence de Dieu. C’était pendant l’étude. Nous eûmes la
-délicatesse d’engager le surveillant à se retirer, pour nous laisser
-une plus entière liberté et n’avoir pas à se compromettre lui-même.
-La discussion fut vive et approfondie; et lorsqu’on passa au vote,
-l’existence de Dieu obtint la majorité _d’une voix_! Je votai pour le
-bon Dieu. Telle était la religion des collèges de l’État[19]...»
-
-Deux collèges, cependant, Stanislas et Saint-Louis, avaient, dans une
-certaine mesure, échappé à la contagion régnante. Le proviseur de
-Saint-Louis était un ecclésiastique, l’abbé Thibault[20], qui avait
-établi au collège une discipline tout à la fois ferme sans rigueur
-et paternelle sans faiblesse. Il y avait deux aumôniers, l’abbé Léon
-Sibour, qui allait être remplacé par l’abbé Dumarsais[21], et l’abbé
-Salacroux.
-
-Armand de Pontmartin fut placé en quatrième sous la férule clémente
-du bon M. Roberge. Cette même année, il fit sa première communion, non
-à Saint-Sulpice, dont les locataires du n^o 37 de la rue de Vaugirard
-étaient pourtant paroissiens,—mais à Saint-Thomas-d’Aquin. Les âmes
-les plus droites et les meilleures, celles qui se désintéressent
-le plus d’elles-mêmes, ont pourtant, elles aussi, leurs secrètes
-faiblesses. Si M. et M^{me} de Pontmartin et leurs amis s’étaient
-arrachés aux douceurs du vieux logis familial, au soleil de l’Hérault
-et de la Provence, aux prairies de Lavagnac, aux riantes îles du Rhône;
-s’ils s’étaient aventurés dans ce dangereux et terrible Paris, ce
-n’était pas pour préparer leurs enfants à être journalistes, maires
-de leur village, conseillers municipaux ou même grands vicaires. Ils
-rêvaient pour eux les plus brillantes destinées, ils les voyaient
-déjà montés aux plus hauts postes. En attendant, ne convenait-il pas
-de les rapprocher le plus vite possible des futurs ducs et marquis
-du pur faubourg, des futurs propriétaires des beaux hôtels de la rue
-de l’Université et de la rue de Varenne? Ces marquis et ces ducs ne
-manqueraient pas, un jour venant, d’ouvrir à leurs anciens compagnons
-de catéchisme les portes des Tuileries et de les transformer en
-ambassadeurs, en pairs de France ou en gentilshommes de la Chambre.
-Et voilà pourquoi, au trop modeste Saint-Sulpice, on avait préféré
-l’aristocratique Saint-Thomas-d’Aquin. C’est surtout de l’oncle Joseph
-que l’idée était venue. L’excellent homme, six ans plus tard, dut
-s’écrier, non plus avec son cher Virgile, mais avec Lucrèce qu’il
-connaissait presque aussi bien: _O vanas hominum mentes!_
-
-A Saint-Sulpice, Pontmartin aurait eu pour catéchistes son
-cousin germain, le saint abbé Adalbert de Cambis, et un jeune
-prêtre, déjà presque célèbre, qui s’appelait _l’abbé Dupanloup_. A
-Saint-Thomas-d’Aquin, il fut presque aussi bien partagé. Le catéchiste
-en titre était l’abbé de La Bourdonnaye, prêtre _fénelonien_, d’une
-piété fervente, d’une éloquence pathétique, mais d’une santé délicate,
-qui dépensait pour ses élèves les restes de ses forces et de sa vie.
-Lorsqu’on lui apportait une tasse de bouillon, il leur disait avec
-un sourire qui leur serrait le cœur: «Mes enfants! ne me regardez
-pas! Ne m’imitez pas! Je vis comme un païen!» Il était secondé par
-l’abbé Hamelin, qui devint plus tard curé de Sainte-Clotilde. Les
-dimanches, Pontmartin et ses camarades de catéchisme avaient souvent
-M^{gr} de Quélen et l’abbé Borderies, qui mourut évêque de Versailles;
-quelquefois, l’abbé duc de Rohan, dont ils admiraient la suprême
-élégance, les pieuses coquetteries de geste et de parole, la tenue
-exquise, le rochet brodé de dentelles, le calice incrusté de saphirs et
-d’opales.
-
-Au même printemps de 1824 se rattache un épisode raconté au tome
-IV des _Souvenirs d’un vieux critique_. Armand de Pontmartin et ses
-parents allaient à la messe à la chapelle du couvent des Carmes,
-situé à deux pas de leur demeure et occupé par des religieuses
-carmélites[22]. Le dimanche 23 mai, en se rendant à l’église, il longea
-le mur du jardin de l’hôtel d’Hinnisdal, qui formait l’angle de la
-rue de Vaugirard et de la rue Cassette. Sur le trottoir, il vit un
-jeune homme qui paraissait en proie à une agitation extraordinaire;
-non loin de lui stationnait un fiacre. Un peu ému, Pontmartin alla
-prendre dans la chapelle sa place accoutumée. Dans le chœur, à côté
-du grillage où se plaçaient les religieuses, il y avait une porte. Au
-moment où la messe allait finir, cette porte s’ouvrit et les assistants
-virent sortir une Carmélite qui, après avoir regardé à droite et à
-gauche, traversa rapidement l’église, comme si elle eût craint d’être
-poursuivie. On ne la poursuivit pas. Lorsque la fugitive avait passé
-près de lui en le frôlant de sa guimpe et de son voile, Pontmartin
-avait eu peine à retenir un cri de stupeur. Il aperçut ses compagnes
-pressées, comme des ombres, contre le grillage qu’il leur était
-interdit de franchir. Il entendit un chuchotement vague, un susurrement
-insaisissable, pareil à un souffle de brise expirant sur les bords
-d’un lac. Puis plus rien, que ce qui reste d’une apparition ou d’une
-hallucination! De cette vision de son enfance, il restera seulement à
-l’élève de Saint-Louis un souvenir qui, après de longues années, lui
-inspirera une Nouvelle[23] dont le prologue seul est exact.
-
-
-II
-
-Les vacances de 1824 se passèrent à Paris, les Angles étant trop loin
-pour que l’on pût y revenir chaque année. En octobre 1824, Armand de
-Pontmartin commença sa troisième sous un professeur, M. Étienne Gros,
-qui était un helléniste remarquable. Sa santé toujours délicate fut
-éprouvée à ce moment par une croissance excessive, et au printemps de
-1825, ses parents le ramenèrent aux Angles. Quand vint l’été, on alla
-passer six semaines aux bains de mer, à Marseille; mais l’oncle Joseph
-n’y accompagna pas son frère et son neveu; aussi ce fut la grande année
-de la correspondance en vers latins.
-
-A la rentrée de 1825, complètement rétabli, il recommença sa troisième,
-qu’il fit avec le plus grand succès. Aux vacances du jour de l’an 1826,
-son père, pour ses étrennes, lui offrit le choix entre une tragédie
-jouée par Talma et un spectacle du Cirque Olympique, l’_Incendie de
-Salins_[24], qui attirait alors tout Paris. Hélas! il choisit le
-Cirque. Talma mourut peu de temps après[25], si bien que, par sa faute,
-Pontmartin, qui devait être un fanatique de théâtre, n’a jamais vu le
-grand tragédien.
-
-Il prit, du reste, sa revanche aux mois d’août et de septembre
-1827, après son année de seconde, où, sous la direction d’un
-excellent maître, M. Vendel-Heyl, il avait fait une ample moisson de
-couronnes. Pour l’indemniser de ses vacances manquées (comme celles
-de 1826, celles de 1827 se passèrent encore à Paris), ses parents
-lui accordèrent cinq soirées théâtrales: à l’Opéra, _Moïse_; au
-Théâtre-Français, M^{lle} Mars dans _les Femmes savantes_ et dans
-_la Jeunesse de Henri V_; à l’Opéra-Comique, _la Dame Blanche_; au
-théâtre de Madame, _le Mariage de raison_, joué par Léontine Fay,
-Jenny Vertpré, Gontier, Ferville, Paul et Numa; et enfin, à la
-Porte-Saint-Martin, le drame de _Trente ans ou la vie d’un joueur_,
-où Frédérick Lemaître et M^{me} Dorval, par leur merveilleux talent,
-faisaient illusion aux spectateurs sur la valeur réelle de la pièce de
-Victor Ducange et Dinaux[26].
-
-Dans la seconde série de ses _Mémoires_[27], Pontmartin a longuement
-parlé d’un _accident_, dont il fut victime à cette date, et qui,
-d’après lui, «a dominé toute sa vie, a décidé de sa carrière, a mêlé
-une souffrance secrète, intime, à la fois chronique et aiguë, à tous
-les épisodes, à tous les chagrins, à toutes les joies de son existence».
-
-C’était le 12 septembre 1827, il était allé herboriser, avec deux ou
-trois camarades de Saint-Louis, sur les coteaux de Bellevue et de la
-Celle-Saint-Cloud; soudain il tomba en arrêt—comme Jean-Jacques devant
-la pervenche—devant une jolie petite fleur bleue, dont il ignorait le
-nom. Ce nom, il voulut le demander au plus savant de ses camarades;
-mais ces derniers, pendant ses extases et ses rêveries contemplatives,
-avaient pris les devants et étaient déjà loin. Alors il voulut crier...
-_Vox faucibus hæsit!_ En quelques minutes, le timbre de sa voix avait
-subi une altération inexplicable; ou plutôt cette voix sans timbre
-passait incessamment d’une sorte d’extinction à des notes aiguës et
-fausses, d’autant plus pénibles pour lui qu’il avait et qu’il eut
-toujours l’oreille juste. «Ce n’est rien, c’est la _mue_!» lui dirent
-ses camarades après l’avoir entendu.—«C’est la _mue_!» dirent le soir
-ses parents. Cette _mue_ devait durer toujours.
-
-Devons-nous croire que vraiment cette défectuosité vocale «a dominé
-toute sa vie», que cette voix fluette, si peu en rapport avec sa haute
-taille, a été pour lui un martyre continu, la cause de tristesses
-et de déceptions sans nombre; qu’elle l’a empêché de se présenter à
-l’Académie, où plus d’une fois, en effet, il n’a dépendu que de lui
-d’être élu[28]? Il lui a plu de le dire, un jour qu’il avait ses
-nerfs, mais nous ne sommes pas obligés de le croire. Et d’abord, cette
-prétendue aphonie était bien relative. Que de gens ont causé avec lui
-sans jamais s’en apercevoir! Mais, réelle ou non, peut-être avait-elle
-pu impressionner son imagination assez vivement pour produire ce
-demi-désespoir dont il nous parle? Sans doute, mais c’est ce désespoir
-que je nie. On le comprendrait à peine, si Pontmartin avait jamais
-eu le désir d’aborder le barreau ou la tribune. A aucun moment de sa
-vie, il n’y a songé. Sa seule ambition fut d’être un écrivain, et pour
-réussir dans les lettres, point n’est besoin d’avoir une grosse voix,
-_os magna sonaturum_. Le discours de réception à l’Académie? Mais,
-franchement, se préoccupe-t-on trente ans d’avance d’une mauvaise
-heure à passer, quand cette heure doit être unique? Et d’ailleurs, là
-même, n’a-t-on pas la ressource de prétexter au dernier moment une
-indisposition et de prier un Legouvé ou un Camille Doucet de lire à
-votre place? Autre considération: quand un jeune homme est ou se croit
-atteint d’une infirmité qui l’humilie, la première chose qu’il fait
-d’instinct, c’est de fuir le monde, où il redoute la raillerie des
-autres jeunes gens et plus encore celle des femmes. Or, nous savons,
-par le témoignage de ses amis et par le sien propre, que personne plus
-que lui n’y brilla, que nul n’y déploya plus de verve et de gaieté, et
-cela précisément dans les années où il voudrait nous faire croire qu’il
-vivait à l’écart, en proie à ses sombres pensées. Autre chose encore:
-Pontmartin a siégé huit ans au Conseil général du Gard, et à coup sûr
-il ne s’y est pas senti humilié et inférieur à ses collègues, qui
-avaient peut-être plus d’_accent_ que lui, mais qui, toutes les fois
-qu’il prenait la parole, l’écoutaient avec un plaisir sans mélange.
-Une seule fois, je l’ai entendu parler de sa voix grêle, et c’était en
-manière de plaisanterie, pour faire passer un de ces calembours dont il
-était coutumier.
-
-
-III
-
-Au mois d’octobre 1827, il entra en rhétorique où il retrouva, comme
-professeur de rhétorique latine, son professeur de seconde, M.
-Vendel-Heyl. Le professeur de rhétorique française était M. Charles
-Alexandre[29], plus tard membre de l’Institut, helléniste de premier
-ordre et bon latiniste. Les deux professeurs d’histoire étaient
-également deux hommes d’un réel talent, M. Dumont et M. Charles
-Durozoir: le premier, auteur d’une bonne _Histoire romaine_, et le
-second, collaborateur très actif de la _Biographie universelle_ de
-Michaud.
-
-Les vacances de 1828 procurèrent à Pontmartin une grande joie, le
-retour aux Angles après trois ans d’absence.
-
-En 1828-1829, il fit sa philosophie avec M. Valette pour professeur.
-Afin de compléter et de rectifier au besoin les leçons du collège,
-ses parents lui avaient donné pour répétiteur M. Michelle, lui-même
-professeur de philosophie à Stanislas, fervent chrétien et membre de la
-Congrégation.
-
-Jusqu’à la fin, il avait été sans conteste l’élève le plus brillant
-de Saint-Louis. Dans les années 1826, 1827, 1828 et 1829, le collège
-Saint-Louis a remporté vingt prix au concours général. Armand de
-Pontmartin en a eu, à lui seul, plus du tiers: deux en 1826, deux en
-1827, deux en 1828, un en 1829. Il obtint, en troisième (1826), le
-premier prix de vers latins et le second prix de version grecque:—en
-seconde (1827), le premier prix de narration latine et le second prix
-de version latine;—en rhétorique (1828), le premier prix de discours
-français et le second prix de version latine; en philosophie (1829), le
-second prix de dissertation latine. A ces sept prix se venaient ajouter
-une douzaine d’accessits. Dix-neuf nominations au concours général,
-le cas assurément était rare. Dans la bibliothèque de sa maison des
-Angles, Pontmartin avait conservé ses volumes de prix; il y en a
-cent soixante-quatre; cent un obtenus au collège, soixante-trois au
-concours général. Au nombre de ces derniers, et parmi ceux qu’il a le
-plus souvent feuilletés, je remarque les volumes de critique de l’abbé
-de Féletz[30], de l’Académie française. Les maîtres de Pontmartin
-prévoyaient-ils qu’un jour, avec plus d’esprit encore et avec un bien
-autre éclat que le très spirituel abbé, il ferait à son tour des
-Causeries littéraires, qui resteront les chefs-d’œuvre du genre?
-
-Ses succès étaient d’autant plus remarquables que le _surmenage_
-n’y était pour rien. L’élève Pontmartin n’était pas ce que, dans le
-langage des écoles, on appelle une _bête à concours_; il était _externe
-libre_, et nous verrons tout à l’heure que déjà il allait dans le monde
-et fréquentait quelques salons où les lettres étaient en honneur. Il
-soignait sa toilette,—ce qu’il sera loin de faire plus tard, et le
-mardi, jour de composition, il éblouissait les internes par l’élégance
-et l’éclat de ses bottes. En rien il ne ressemblait à ces _piocheurs_
-que les chefs d’institution _chauffent_ en vue du concours général et
-qui sont voués à une ou deux spécialités. Il n’était pas seulement un
-_fort en thème_, il était fort en tout, en discours français et en
-version latine, en thème latin et en version grecque, en vers latins,
-en discours latin et en dissertation française; soit au collège, soit
-au concours général, il a remporté des prix dans toutes les facultés
-latines, grecques et françaises. Sainte-Beuve, si exact d’ordinaire,
-s’est donc trompé lorsque, dans ses _Nouveaux Lundis_, il a écrit que
-Pontmartin péchait par le manque d’études premières; que, chez lui,
-le fonds classique était faible et insuffisant. «Il cite sobrement du
-latin, dit-il, quelquefois de l’Horace; mais aux moindres citations,
-pour peu qu’on en fasse, le bout de l’oreille s’aperçoit; quand il
-cite le vers: _Urit enim fulgore suo_..., il oublie l’_enim_: par où
-je soupçonne qu’il ne scande pas très couramment les vers latins. Un
-jour, à une fin de chronique littéraire[31], parlant de la _Dame aux
-Camélias_ et lui opposant la vertu des bourgeoises et des chastes
-Lucrèce, il a dit: _DOMUM mansit, lanam fecit_; d’où je conclus qu’au
-collège il était plus fort en discours qu’en thème[32].» La vérité,
-au contraire, est que Pontmartin, écolier, avait réussi de façon peu
-commune dans les facultés latines. Le hasard fait que j’ai ici, sous
-la main, à la campagne, les _Annales des concours généraux_ pour la
-classe de troisième. L’invasion de la Grèce par les armées de Xerxès,
-Athènes menacée par les Perses et sauvée par Minerve, _Pallas Athenarum
-servatrix_, telle était en 1826 la matière à mettre en vers latins.
-Pontmartin eut le premier prix. Hélas! quarante-quatre ans plus tard,
-lorsque les armées allemandes se sont, à flots pressés, précipitées sur
-la moderne Athènes,—où Minerve était représentée par Jules Favre,—le
-vieux critique aurait pu murmurer les vers de l’élève de Saint-Louis:
-
- _Adsit, et insultet patriis jam mœnibus hostis
- Barbarus; ingenuâ se jactet servus in urbe.
- Vos tamen, o cives, nunquam cognata relinquet
- Libertas, inter bellique fugæque labores,
- Vobis libertas vultu arridebit amico...
- Tuque, novo splendore nitens rediviva resurge.
- O dilecta Diis! ô patria[33]!..._
-
-
-IV
-
-Rien n’égalait pour Pontmartin la douceur de ces souvenirs d’enfance
-et de jeunesse. Le collège n’avait point été pour lui un exil et
-une prison. Les conseils affectueux et le sourire de son père, les
-encouragements de l’oncle Joseph, les baisers de sa mère, ne lui
-avaient pas manqué un seul jour. De sa fenêtre, quand il interrompait
-un moment son travail, au lieu d’un noir et lugubre préau, il voyait
-le jardin du Luxembourg; il apercevait les palombes perchées sur les
-hautes branches des platanes, des hêtres et des tilleuls, le grand
-carré où des étudiants et des rapins jouaient à la paume, se servant
-de leurs mains en guise de raquettes. Pour se rendre au collège, il
-lui fallait suivre dans toute sa longueur l’allée qui passe devant la
-façade du palais et conduit à la grille, voisine de l’Odéon; il s’y
-croisait parfois avec des hommes célèbres qui auraient bien troqué
-leur renommée contre ses quinze ans s’il eût voulu les leur céder:
-Cambacérès, le docteur Portal, François Arago, M. de Sémonville,
-le grand référendaire, et le chancelier, M. Dambray. Dans la belle
-saison, il avait presque tous les jours la bonne fortune de pouvoir
-s’incliner discrètement devant un petit homme à la chevelure grise,
-mais à la tournure encore jeune, invariablement vêtu du même costume:
-chapeau gris, gilet blanc, redingote bleu de roi, pantalon de nankin,
-guêtres blanches, et, à la main, une petite badine en ébène. Il ne
-se lassait pas d’admirer sa figure longue, un peu osseuse et pâle,
-son front d’une ampleur olympienne, ses yeux de génie. C’était
-Chateaubriand, qui s’acheminait d’un pas leste de la rue d’Enfer
-à l’Abbaye-au-Bois. Plus régulièrement encore, il rencontrait, le
-matin, un autre jeune vieillard, d’une tenue fort correcte, d’une
-physionomie spirituelle, appuyé sur une canne à pomme d’or et un
-livre sous le bras, qui ne manquait jamais de lui faire un petit
-signe d’amitié. C’était son voisin, le comte Joseph Boulay de la
-Meurthe[34], propriétaire d’un très bel hôtel entre cour et jardin,
-situé au coin de la rue du Pot-de-Fer et de la rue de Vaugirard,
-en face du n^o 37. Notre collégien cependant continuait sa route;
-mais avant d’entrer en classe, il s’arrêtait chez le pâtissier de la
-rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, qui se nommait Bussonier, et
-qu’il appelait Buissonière, parce qu’on y faisait l’école de ce nom,
-Pontmartin a fait depuis de meilleurs calembours, il en a fait de pires.
-
-Il lui arrivait souvent, les jours de congé, de passer la soirée chez
-son oncle, le marquis de Cambis[35], qui occupait le premier étage
-de l’hôtel Boulay de la Meurthe. M. de Cambis donnait d’excellents
-dîners et avait un salon politique, dont les principaux habitués
-étaient M. Lainé, l’éloquent orateur; le vicomte de Bonald; le comte
-Armand de Saint-Priest, père du spirituel académicien qui remplaça
-du même coup, en 1849, Ballanche et Jean Vatout; M. Renouvier[36],
-député de l’Hérault; M. Delalot, député de la Marne, un fin lettré,
-longtemps rédacteur du _Journal des Débats_. Les lettrés, du reste,
-n’étaient pas rares, en ce temps-là, sur les bancs de la Chambre. M.
-de Cambis, qui allait être bientôt député de Vaucluse, puis pair de
-France, était lui-même un helléniste distingué. Dans sa jeunesse, en
-collaboration avec son ami M. Renouvier, il avait publié une traduction
-de l’_Iliade_, très neuve et en avance sur son temps de plus d’un
-demi-siècle. Mise au jour en 1810, elle n’avait pas réussi, parce
-qu’elle était trop littérale, trop homérique, et que les contemporains
-de Luce de Lancival, de Bitaubé et d’Esménard ne pouvaient pas
-décemment supporter que l’on appelât Minerve _la déesse aux yeux de
-génisse_. Cet oncle de Pontmartin était du reste une encyclopédie
-vivante. Il connaissait bien les littératures italienne et anglaise,
-s’intéressait aux sciences, avait même étudié la théologie. Mais ce
-qu’il possédait le mieux, c’était la littérature française du XVII^e
-siècle. Il savait par cœur plusieurs tragédies entières de Corneille
-et de Racine, les _Oraisons funèbres_ de Bossuet, les _Caractères_ de
-La Bruyère. Malgré sa tendance au scepticisme, il mettait au-dessus de
-tout l’_Histoire des variations des Églises protestantes_, de Bossuet,
-et y trouvait encore plus d’esprit que dans Voltaire, qui ne laissait
-pas pourtant de lui être cher.
-
-M. de Pontmartin conduisait aussi quelquefois son fils chez son ami le
-docteur Double. Le salon de M. Double, 19, rue des Petits-Augustins,
-ressemblait à une succursale ou à un vestibule de l’Institut.
-André-Marie Ampère, Arago, Poisson, Gay-Lussac, Mathieu, Biot, Thénard,
-Alibert, Récamier s’y rencontraient avec Paul Delaroche, Pradier, Ary
-Scheffer, Guizot et Villemain. La conversation, la vue seule de ces
-savants, de ces artistes, de ces écrivains, n’était-elle pas pour le
-jeune collégien la plus éloquente des leçons, la mieux faite pour lui
-inspirer le goût du travail, la passion de l’étude?
-
-Quand il avait été premier trois fois de suite, son père le menait
-voir _Iphigénie en Aulide_, jouée par M^{lle} Duchesnois, ou entendre
-la _Dame Blanche_ chantée par Ponchard et par M^{me} Rigaut-Palar.
-A la fin de février 1829, il était en philosophie, et, déjà, malgré
-les explications de son professeur, il commençait à trouver, comme M.
-Jourdain, qu’il y avait là _beaucoup de tintamarre et de brouillamini_.
-Cela ne l’empêchait pas d’être encore premier à l’occasion. Un jour,
-à la suite d’un _coup double_ en dissertation latine et française, on
-lui promit pour récompense une _demi-soirée_ à l’Opéra. Il sortirait
-du théâtre avant le ballet, de peur que les pirouettes et les ronds
-de jambes de M^{mes} Legallois, Noblet et Montessu ne fissent une
-trop dangereuse concurrence à Descartes et à Condillac; mais il
-entendrait d’un bout à l’autre le _Comte Ory_, qui était alors dans
-toute la fraîcheur de son succès et qui ne durait que deux heures.
-Ces deux heures furent pour lui un véritable enchantement. Le
-chef-d’œuvre de Rossini était chanté par Adolphe Nourrit, Levasseur,
-Dabadie, Alexis Dupont, M^{me} Damoreau, M^{lle} Iawureck. Nourrit
-surtout y était la perfection même. Le jeune philosophe était sous
-le charme. Le lendemain, quand le digne M. Valette lui demanda son
-opinion sur l’Ontologie, il fut sur le point de répondre: _Une dame
-de haut parage_. Quand M. Valette voulut savoir ce qu’il pensait de
-l’association des idées, peu s’en fallut qu’il ne répliquât: _A la
-faveur de cette nuit obscure_...
-
-Le _Comte Ory_ s’était décidément emparé de ses souvenirs, de ses
-songes, de sa mémoire... Il le savait par cœur; il en fredonnait
-les principaux airs en traversant la grande allée du Luxembourg, et
-lorsqu’il franchissait la petite porte de la rue Monsieur-le-Prince, il
-répétait _mezza voce_ le chœur du second acte: _En ce séjour chaste et
-tranquille!_ Qu’il dût devenir un critique célèbre, il ne s’en doutait
-guère, à coup sûr; mais ce qu’il savait bien déjà, c’est qu’il serait
-certainement un _mélomane_!
-
-Malgré le charme qui ramenait si souvent le _vieux critique_ et le
-vieux _mélomane_ à ces heureuses et lointaines années, le plus vivant
-de ses souvenirs de jeunesse était celui qui lui était resté de ses
-camarades de collège.
-
-Saint-Louis, en ce moment, passait pour un aristocrate, plus
-distingué, mieux surveillé, mieux élevé, mieux vêtu, mieux chaussé
-que Louis-le-Grand et Henri IV, Charlemagne et Bourbon. Dans la
-cour et dans les classes retentissaient les noms d’Ugolin du Cayla,
-de Louis d’Eckmühl, de Guy de la Tour du Pin, de Pierre de Brézé
-(le futur évêque de Moulins), de Raymond de Monteynard, d’Henri de
-Cambis, de Charles de la Bouillerie, d’Emmanuel d’Alzon, d’Adrien
-Delahante, d’Hector de La Ferrière, de Léon de Bernis, de Féodor de
-Torcy, etc., etc. Entre ces fils de grands seigneurs et les élèves
-de condition plus modeste, Armand de Pontmartin était volontiers
-le trait d’union. Il était aussi lié avec Casimir Gaillardin[37],
-dont le père était portier chez le marquis de Dreux-Brézé, qu’avec
-Pierre de Brézé lui-même. Un de ses meilleurs amis était le fils d’un
-petit bourgeois de Limoges, Léonard Retouret, très brillant élève
-et le porte-drapeau des _libéraux_. Parmi ceux qui, comme Retouret,
-lui disputaient les premières places, il aimait à se rappeler deux
-autres de ses condisciples, Emmanuel Richomme et Armand de Crochard.
-Richomme était son rival le plus dangereux au point de vue des
-_fins d’année scolaire_. Gai, amusant, spirituellement fantaisiste,
-Armand de Crochard était le sourire de la classe. D’une intelligence
-extraordinaire, doué d’un vrai talent poétique, il aurait certainement
-fait parler de lui, s’il n’eût préféré se retirer en province, dès
-qu’il eut fini son droit. Il mourut en 1833 à Nogent-le-Rotrou, dans
-le pays Chartrain, où il avait accepté les modestes fonctions de
-juge suppléant près le tribunal de première instance. Mais de tous
-les camarades de Pontmartin, celui qui lui inspira la plus vive
-affection,—une affection qui se mélangeait déjà de respect,—ce fut
-Emmanuel d’Alzon.
-
-Emmanuel d’Alzon[38], qui devait être plus tard un si rude travailleur,
-l’infatigable ouvrier de tant de belles œuvres, le fondateur du collège
-de l’Assomption, à Nimes, était à Saint-Louis un élève, non pas
-médiocre, mais inégal, un peu fantasque, traité souvent de paresseux
-par ses professeurs. Un samedi, on venait de donner les places:
-Pontmartin était premier; d’Alzon n’avait pas fini sa composition, il
-fut classé parmi les derniers et ne parut pas d’ailleurs s’en émouvoir
-autrement. Les deux amis sortirent du collège en se donnant le bras:
-«Sais-tu, dit Pontmartin, à quoi je songeais pendant qu’on donnait les
-places? A ces paroles de l’Évangile: Les premiers seront les derniers
-et les derniers seront les premiers.»
-
-Quelques années plus tard, Armand de Pontmartin et Henri de Cambis[39]
-se préparaient à passer leur soirée au Théâtre-Italien: on donnait
-_Otello_ avec Rubini et M^{me} Malibran! Au moment où ils terminaient
-leur toilette, ils virent entrer leur cousin, l’abbé Adalbert de
-Cambis: «Je vous annonce, leur dit-il, une grande nouvelle, Emmanuel
-d’Alzon est depuis trois jours au séminaire de Montpellier.»
-
-Et sans respect pour la cravate blanche d’Henri de Cambis et le bel
-habit de Pontmartin (un habit de Blain!), l’abbé ajouta: «Il a choisi
-la meilleure part.»
-
-
-
-
-CHAPITRE III
-
-L’ÉCOLE DE DROIT
-
-(1829-1832)
-
- M. Poncelet ou le professeur _mélomane_. A la Sorbonne. Cours de MM.
- Guizot, Villemain et Cousin.—Jules Janin et le _Siècle de Charles
- X_. Les arts et les lettres en l’an de grâce 1829. Le romantisme de
- Pontmartin.—L’atelier de Paul Huet et la première représentation
- d’_Hernani_. Félix Lebertre et la _Silhouette_. Le _Petit Plutarque
- français_. Le _Correspondant_. Première rencontre de Pontmartin
- avec l’Académie. Mort de M. Eugène de Pontmartin.—Mort de l’oncle
- Joseph. Le choléra. La prédiction de Léonard Retouret et _le 19 avril
- 1832_. La première représentation de la _Tour de Nesle_. Alfred
- Thureau-Dangin.—Retour à Avignon.
-
-
-I
-
-Au mois d’août 1829, Armand de Pontmartin passa son baccalauréat, ce
-qui fut, on le pense bien, une simple formalité. Si j’en parle, c’est
-pour ce petit détail: un de ses examinateurs s’appelait Villemain.
-Trois mois après, il prenait sa première inscription de droit. Des
-cours de l’école, il ne semblait avoir gardé aucun souvenir; de ses
-professeurs il ne parlait jamais, sauf quelquefois de M. Poncelet[40]
-professeur d’histoire du droit. Un soir, aux Italiens, à une
-représentation d’_Otello_, M. Poncelet n’avait pas de place; Pontmartin
-lui donna la sienne, sous le fallacieux prétexte qu’il allait au bal
-chez l’ambassadeur d’Angleterre. Depuis ce soir-là, ils furent amis, et
-ils prirent bientôt l’habitude de se rencontrer dans la grande allée
-du Luxembourg, où ils dissertaient à perte de vue sur Gluck et sur
-Rossini, sur Nourrit et sur Ponchard, sur M^{lle} Sontag et sur M^{me}
-Damoreau. Au bout de trois mois, l’accord était si parfait entre nos
-deux _mélomanes_ qu’ils se tutoyaient. Cette liaison du reste n’eut
-point pour effet d’éveiller chez Pontmartin le goût de la procédure ou
-celui des Pandectes, et il continua de briller surtout par son absence
-aux leçons de MM. Duranton, Demante et Du Caurroy. En revanche, il
-était des plus assidus à la Sorbonne. Dès le collège, il avait été plus
-d’une fois conduit par son père et par l’oncle Joseph aux cours de MM.
-Guizot, Cousin et Villemain. Étudiant, il ne manqua aucune de leurs
-leçons. L’impression qu’il en ressentit ne devait jamais s’effacer.
-
-M. Guizot avait choisi pour sujet de son cours de 1829-1830 l’histoire
-de la civilisation en France pendant les XI^e, XII^e et XIII^e
-siècles, de Hugues Capet à Philippe de Valois. M. Villemain exposait
-l’histoire de la langue et des lettres au moyen âge en France et dans
-l’Europe méridionale. M. Cousin avait pris pour thème l’histoire de la
-philosophie du XVIII^e siècle.
-
-Il n’était pas un jour de la semaine où le public, de plus en plus
-nombreux, ne fût assuré de voir monter en chaire un des trois
-professeurs:
-
- Le lundi, M. Guizot;
- Le mardi, M. Villemain;
- Le mercredi, M. Villemain;
- Le jeudi, M. Cousin;
- Le vendredi, M. Cousin;
- Le samedi, M. Guizot.
-
-Dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, devenu un rendez-vous
-plus accrédité que le Bois de Boulogne, le Jardin des Tuileries et le
-Boulevard des Italiens, se rencontraient, au milieu d’une jeunesse
-enthousiaste, le député et le pair de France, le membre de l’Institut
-et le journaliste, l’artiste et le poète, l’universitaire et le
-séminariste, les femmes savantes et les beautés à la mode, Philaminte
-et Célimène. Autour de la chaire se pressaient tous ceux qui, ayant un
-nom, voulaient le soutenir, ou qui, n’en ayant pas, voulaient le faire;
-tous ceux qui allaient être ou qui ont failli être célèbres. Le duc de
-Broglie—l’ancien—y coudoyait le duc de Noailles; Théodore Jouffroy
-s’asseyait côte à côte avec Sainte-Beuve; les rédacteurs du _Globe_,
-du _Journal des Débats_, de la _Revue française_, préludaient à leurs
-destinées plus ou moins brillantes; ils venaient apprendre à parler en
-écoutant. Saint-Marc Girardin, Vitet, Nisard, Cuvillier-Fleury, Charles
-Magnin, Duvergier de Hauranne, P.-J. Dubois, Louis de Carné, Silvestre
-de Sacy, Charles de Rémusat, Montalembert, Larcy, Damiron, Alfred de
-Falloux, et quelquefois Alfred de Musset, l’Académie de l’avenir, un
-vaillant état-major de lieutenants prêts à passer capitaines, ou de
-capitaines destinés à devenir généraux!
-
-Des trois illustres maîtres de la Sorbonne, M. Guizot, s’il était le
-plus original et le plus éloquent, n’était pas le plus couru et le
-plus applaudi. Ses leçons sur les éléments constitutifs de la société
-moderne, l’aristocratie féodale, l’Église, la royauté, les communes,
-étaient des modèles d’impartialité. D’une science profonde, d’une
-forme élevée, sobre et ferme, elles étaient certainement supérieures à
-celles de ses deux collègues. Mais ce grave professeur au teint pâle,
-au profil correct, à la physionomie austère, imposait à ses auditeurs
-plus qu’il ne les attirait. Son magnifique organe, si net, si vibrant,
-avait conservé, de son éducation et de sa jeunesse, je ne sais quelle
-rigidité calviniste qui refroidissait l’enthousiasme. On l’admirait,
-mais l’admiration était tempérée par une sorte de respect. Il n’y avait
-pas entre l’orateur et son public ces courants électriques qui triplent
-le succès. On était conquis, on n’était pas charmé. Le charmeur,
-c’était Villemain.
-
-Lorsque ce dernier traversait la foule pour arriver jusqu’à sa chaire,
-le sourire était déjà sur toutes les lèvres. On s’était habitué si vite
-à sa spirituelle laideur, qu’elle semblait une grâce et une malice de
-plus. Cinquante ans plus tard, Pontmartin évoquera en ces termes le
-souvenir de ces inoubliables leçons du Villemain de 1829:
-
- Il me semble que je le vois encore, une liasse de livres ou de
- papiers sous le bras, le dos voûté, la tête penchée sur une épaule,
- le scintillement du regard voilé sous le renflement des paupières,
- le pli des lèvres s’essayant au sourire comme un arc qui va lancer
- des flèches, le tout avec un petit air de _Sainte-Nitouche_ qui ne
- présageait rien de bon pour les idées communes, les ignorants, les
- pédants et les imbéciles.
-
- Il s’asseyait, il parlait, et aussitôt le charme opérait, l’orateur
- et l’auditoire étaient unis par un fil magnétique. Sa voix, par une
- incroyable flexibilité d’organe, une étonnante variété d’intonations,
- donnait une valeur prodigieuse non seulement à toutes ses paroles,
- mais à tous ses silences. Quelle ingéniosité! Quelle souplesse!
- Quel art caché sous ce naturel! Quelle justesse de demi-teintes
- et de nuances!... Les allusions, les épigrammes, les malices, les
- prétéritions narquoises, étaient saisies au vol avec une promptitude
- qui nous mettait de moitié dans les spirituelles intentions de notre
- enchanteur. C’était plaisir de souligner ce qu’il disait, d’achever ce
- qu’il commençait, de deviner ce qu’il taisait[41]...
-
-Et pourtant, plus étonnant encore était Victor Cousin. Villemain
-était un merveilleux, un incomparable virtuose, Cousin était tout un
-orchestre. Ce n’est pas de ses leçons de la Sorbonne que l’on aurait
-pu dire: _Cela manque de musique_. Il parlait _histoire_ comme Guizot,
-_littérature_ comme Villemain; il parlait même _philosophie_, et il
-obtenait des effets plus extraordinaires en traitant des sujets plus
-arides. Sa faculté d’exposition avait toute la valeur d’une invention
-originale. Partout où il voulait mener son auditoire, son auditoire le
-suivait, avec frémissement, avec transport.
-
-Nous sommes en 1887. Les maîtres sont morts. De leurs auditeurs,
-combien peu survivent! Pontmartin, l’un des derniers, se plaît à
-raviver, pour un moment, ces figures disparues, ces images éteintes,
-ces grands jours de la Sorbonne depuis longtemps évanouis.
-
- Le cours de M. Cousin, écrit-il, eut l’heureuse fortune de coïncider
- avec les premières ardeurs du romantisme. On lui a reproché d’avoir
- fait le roman de la philosophie plutôt que son histoire. C’était là
- justement ce qui nous transportait. Pour passer des _Méditations_,
- des _Odes et Ballades_, des _Orientales_, d’_Eloa_, de _Cromwell_ et
- de sa préface aux leçons de M. Cousin, nous n’avions pas besoin de
- changer d’atmosphère. Poésie, art, philosophie, découlaient de la
- même source, s’allumaient au même foyer, échangeaient tour à tour
- leurs rayonnements et leurs reflets. L’éloquent professeur réagissait
- énergiquement contre la philosophie sensualiste des demeurants du
- dernier siècle, tandis que nos poètes et nos artistes appliquaient
- le même effort de réaction aux pâles continuateurs de Voltaire et
- à l’école de l’abbé Delille... S’il ne disait pas assez clairement
- ce que devait être la philosophie, il nous apprenait au moins ce
- qu’elle devait ne pas être. D’ailleurs, encore une fois, ce détail
- nous semblait secondaire. Il était pour nous un oracle plutôt qu’un
- professeur, et il sied aux oracles de s’entourer de nuages. Au bout
- de soixante ans, je crois le voir et l’entendre encore: _Deus! ecce
- Deus!_... Il restait debout, et sa chaire devenait un trépied.
- Ses yeux lançaient des flammes. Ses gestes excessifs ajoutaient à
- l’entraînement de sa parole. Il était sibyllin sans être pédant, et
- ses obscurités paraissaient calculées pour rendre plus vifs et plus
- éclatants ses jets de lumière. Il avait des hardiesses de pensée et
- de langage qui saisissaient nos intelligences, élargissaient les
- horizons et introduisaient violemment l’histoire contemporaine dans la
- philosophie de tous les temps[42].
-
-
-II
-
-Pour un jeune homme épris de l’amour des lettres, pour le lauréat
-du collège Saint-Louis et du concours général, quelles fêtes que ces
-matinées de la Sorbonne et quelles fêtes aussi au dehors! Partout,
-dans la poésie, dans le roman, dans les arts, à la tribune comme au
-théâtre, c’est un _renouveau_ merveilleux, «le plus beau comme le
-plus hardi mouvement intellectuel qu’aucun de nos siècles ait encore
-vu[43].»—«Allons-nous donc, écrit Jules Janin, allons-nous donc
-avoir le siècle de Charles X, comme nous avons eu le siècle de Louis
-XIV[44]?» Hélas! Charles X va tomber; il va reprendre le chemin de
-l’exil. Mais il semble que, à cette heure suprême, les chefs-d’œuvre
-veuillent se presser sur ses pas pour lui former un cortège digne
-de cette maison de Bourbon, qui a fait la France. Au dernier Salon
-de peinture de la Restauration, les plus grands noms de l’art au
-XIX^e siècle se donnent rendez-vous. Parmi les peintres, Ingres,
-Eugène Delacroix, Paul Delaroche, Léopold Robert, le baron Gérard,
-Eugène Devéria, Isabey, Schnetz, Horace Vernet, Gudin, Heim, Sigalon,
-Brascassat, Paul Huet, Bonington, Granet, Ary Scheffer. Parmi les
-statuaires, Dumont, Cortot, Pradier, David d’Angers, Foyatier, Rude,
-Nanteuil et Bosio. Du mois de juillet 1829, au mois d’août 1830,
-pendant cette dernière année de la Restauration, qui fut précisément
-la première année de droit de Pontmartin, Rossini fait représenter
-_Guillaume Tell_, et Auber _Fra Diavolo_; Victor Hugo et Alfred de
-Vigny donnent au Théâtre-Français _Hernani_ et le _More de Venise_[45],
-Alfred de Musset publie les _Contes d’Espagne et d’Italie_,
-Sainte-Beuve les _Consolations_, Lamartine les _Harmonies_, Théophile
-Gautier ses premières _Poésies_[46]. Après s’être essayé sous les
-pseudonymes d’Horace de Saint-Aubin, de Viellerglé de Saint-Alme et de
-lord R’hoone, Balzac, entré en pleine possession de son talent, écrit
-les _Scènes de la vie privée_[47], tandis que Prosper Mérimée, après
-avoir fait paraître, au mois de mars 1829, la _Chronique du règne de
-Charles IX_, compose ces nouvelles qui sont restées ses œuvres les plus
-achevées, la _Partie de trictrac_, le _Vase étrusque_ et l’_Enlèvement
-de la Redoute_. En même temps que Guizot, Villemain et Victor Cousin
-professent à la Sorbonne, Cuvier, après quinze ans de silence, reprend
-son cours au Collège de France. Berryer prononce son premier discours
-parlementaire, Montalembert écrit son premier article.
-
-Chaque matin, sans y manquer jamais, Pontmartin allait bouquiner, sous
-les galeries de l’Odéon, chez son voisin le libraire Masgana, sûr d’y
-trouver le chef-d’œuvre du jour, en attendant celui du lendemain. Comme
-sa bourse d’étudiant était bien garnie, il achetait le volume et, sans
-perdre une heure, il allait le lire, l’hiver dans sa chambre de la rue
-de Vaugirard, en été sous les tilleuls du Luxembourg.
-
-En dépit de ses brillantes études classiques, ou peut-être à cause
-d’elles, il était romantique,—romantique avec Victor Hugo et
-Sainte-Beuve, mais plus encore avec Chateaubriand, Lamartine, lord
-Byron et Walter Scott. Il applaudissait à la chute des trois unités,
-à la brisure du rythme, à la césure plus libre, à la rime plus riche:
-mais ces questions de _forme_ et de _style_ n’avaient à ses yeux qu’une
-importance secondaire. Ce qui l’attirait, ce qui le passionnait dans
-le romantisme, pur encore de tout excès, c’était le retour aux idées
-spiritualistes et chrétiennes. Il saluait en lui l’allié de l’opinion
-royaliste, l’adversaire des coryphées du _libéralisme_, des voltigeurs
-de Voltaire et de l’Encyclopédie. Dans son juvénile enthousiasme, il se
-plaisait à y voir la revanche de l’art chrétien, des siècles de foi,
-de la cathédrale gothique, contre le temple grec, le néo-paganisme
-du dernier siècle, sa littérature aussi glaciale que sa philosophie.
-Plus tard, quand l’École nouvelle, au lendemain de la révolution de
-1830, reniera ses glorieux débuts et se fera anti-chrétienne, quand 93
-aura remplacé 89, quand le _Cénacle_ sera devenu un club démagogique,
-Pontmartin s’en séparera, mais il ne se ralliera point pour cela au
-pseudo-classicisme de Ponsard et de _Lucrèce_. Il demeurera ce qu’il
-avait été en 1829; jusqu’à la fin, il sera un _romantique impénitent_.
-
-
-III
-
-Emmanuel Richomme, son ancien condisciple de Saint-Louis, était
-le neveu du peintre Paul Huet, le précurseur de notre grande école
-paysagiste. Pontmartin fréquenta l’atelier de l’artiste, son aîné
-seulement de quelques années[48], et noua avec lui une amitié, qu’il
-consacrera plus tard en lui dédiant les _Mémoires d’un notaire_, ce
-roman qui côtoie souvent de trop près le mélodrame, mais où il y a
-de si charmants paysages, d’un ton si juste et si vrai. Lors de la
-première représentation d’_Hernani_, Paul Huet fut chargé de fournir
-une bande; il la recruta parmi ses élèves et les amis de son neveu. Et
-voilà comment Armand de Pontmartin se trouva, le soir du 25 février
-1830, au parterre du Théâtre-Français, applaudissant à tout rompre les
-vers de Hugo, en compagnie des rapins les plus frénétiques.
-
-Dans ses _Mémoires_[49], il a retracé les principaux épisodes de cette
-soirée mémorable. Il sortit du théâtre plus hugolâtre que jamais,
-pressé du besoin de dire à tous—_urbi et orbi_—son admiration et
-son enthousiasme. Il y avait justement, en ce temps-là, sur le pavé
-de Paris, un petit journal qui lui avait quelques obligations et ne
-demandait pas mieux que d’insérer sa prose. De ses deux cousins,
-Henri et Alfred de Cambis, le second, paresseux et étourdi, avait
-été retiré du collège, où il perdait son temps; le marquis de Cambis
-lui avait donné pour précepteur un jeune universitaire, quelque
-peu journaliste, nommé Félix Lebertre. Lebertre était _libéral_ et
-hostile au _parti prêtre_; mais comme cet ennemi de _la Congrégation_
-n’était pas, malgré tout, bien féroce, et qu’il avait la passion de
-la littérature, Pontmartin s’était lié avec lui et avait été un des
-premiers souscripteurs de son journal, _la Silhouette_: c’était une
-feuille à images, à prétentions mondaines, et qui s’occupait volontiers
-des théâtres. Elle ouvrit avec empressement ses colonnes à l’article de
-Pontmartin sur _Hernani_, improvisé en quelques heures le lendemain de
-la première représentation.
-
-En même temps que _la Silhouette_, Lebertre dirigeait une autre
-publication, _le Petit Plutarque français_, Pontmartin y donna deux
-notices sur _Corneille_ et sur _La Fontaine_, _ornées_ de gravures sur
-bois. Mais il allait bientôt débuter dans un recueil plus important,
-dans une des principales Revues de l’époque, _le Correspondant_.
-
-Fondé le 10 mars 1829 par MM. Bailly de Surcy, Edmond de Cazalès
-et Louis de Carné, le _Correspondant_, après avoir été d’abord
-hebdomadaire, paraissait, depuis le 2 mars 1830, deux fois par semaine,
-le mardi et le vendredi, en un cahier de huit pages in-4^o, à deux
-colonnes.
-
-A la fois religieuse, politique et littéraire, la nouvelle Revue, dont
-presque tous les rédacteurs étaient des _jeunes_, professait hautement
-les doctrines catholiques et monarchiques; en littérature, elle
-inclinait vers le romantisme, mais avec de sages réserves. Elle venait
-justement de publier sur _Hernani_ deux grands articles, où je relève,
-à côté des éloges les plus mérités, ces lignes quasi prophétiques:
-«L’invocation au tombeau de Charlemagne est noble et grande...
-toutefois l’ensemble est entaché du vice d’une fausse profondeur; il
-y a plus d’images que de pensées, et les pensées arrivent par les
-images... Mon oreille est étonnée, mon âme n’est pas profondément
-ébranlée[50]...»
-
-_Il y a plus d’images que de pensées, et les pensées arrivent par les
-images_: Victor Hugo poète, avec ses qualités et ses défauts, n’est-il
-pas tout entier dans cette phrase?
-
-Toutes les sympathies de Pontmartin allaient naturellement au
-_Correspondant_, et il se disait que, lorsqu’il aurait quelques années
-de plus, il serait heureux de se joindre à ce groupe d’élite. Plus tôt
-qu’il ne le pensait, et avant la fin de sa première année de droit, la
-porte de la Revue s’ouvrit à demi devant lui, en attendant de s’ouvrir
-plus tard toute grande.
-
-Le 29 juin 1830, eut lieu à l’Académie française la double réception
-du général Philippe de Ségur et de M. de Pongerville. Les deux
-récipiendaires et MM. Arnault et de Jouy, chargés de leur répondre,
-attaquèrent le romantisme avec une véritable furie:
-
- Ils étaient quatre
- Qui voulaient se battre...
-
-Armand de Pontmartin assistait à la séance, avec un billet que lui
-avait procuré son oncle, M. de Cambis. Rentré chez lui, il écrivit
-trois ou quatre pages où il parlait des quatre _immortels_ et aussi
-d’un demi-quarteron de leurs confrères, avec la plus parfaite
-irrévérence. Une heure après, l’article était dans la boîte du
-_Correspondant_, au numéro 5 de la rue Saint-Thomas-d’Enfer.
-
-Ce premier article, on s’en souvient toujours. «Moi-même, écrira
-Pontmartin dans une de ses causeries de 1876, moi-même, à un
-demi-siècle de distance, je ne puis oublier avec quel battement de
-cœur je jetai dans la boîte du _Correspondant_ le premier en date de
-mes innombrables articles, et quelle fut ma joie, trois jours après,
-en me voyant imprimé tout vif sur la même page que mes aînés, Louis de
-Carné et Edmond de Cazalès. Ce sont là de ces impressions de jeunesse
-qui s’effacent et que l’on croit mortes, tant que la vie semble encore
-avoir encore quelque chose à nous donner. Mais quand tout manque à la
-fois, quand on n’a plus devant soi que deuil et que ténèbres, on se
-retourne et l’on aperçoit bien loin, à l’extrémité de l’horizon, une
-pâle et faible lueur. C’est le fugitif rayon de la vingtième année,
-l’adieu furtif du premier rêve à la dernière réalité[51].»
-
-Toutes nos joies sont courtes. L’article du _Correspondant_ avait paru
-le 2 juillet: moins de quatre semaines après, éclatait la Révolution
-de 1830. Pontmartin était encore à Paris, où il était resté avec sa
-mère et son oncle Joseph. Après les premiers jours de trouble, et
-dès que les routes furent rouvertes, on revint aux Angles, où M.
-de Pontmartin le père s’était rendu dès le printemps. On le trouva
-très souffrant, accablé par les nouvelles de Paris. Bientôt même il
-fallut le transporter à Avignon, dans la maison de son beau-frère de
-Cambis, afin d’être plus à portée des médecins. La douleur causée au
-fidèle royaliste par la chute de ses princes, ses inquiétudes pendant
-plusieurs mois pour la vie de M. de Polignac, son compagnon des années
-d’émigration, aggravèrent sa maladie et hâtèrent sa mort, qui eut lieu
-en un jour de deuil monarchique, particulièrement poignant au lendemain
-d’un nouvel exil des Bourbons, le 21 janvier 1831.
-
-
-IV
-
-Ce fut seulement au mois d’octobre suivant que la famille, privée
-de son chef, rentra à Paris, et que Pontmartin commença sa deuxième
-année de droit. Cette seconde année ne devait guère ressembler à la
-première. Plus de fêtes en Sorbonne, plus de soirées aux Italiens, plus
-de lectures paisibles et charmantes sous les arbres du Luxembourg.
-Les émeutes succédaient aux émeutes et des menaces de guerre venaient
-du dehors. Pendant que M^{me} la duchesse de Berry tentait en Vendée
-son héroïque aventure, les républicains se battaient au cloître
-Saint-Merry. Paris était mis en état de siège. Aux tristesses publiques
-venait se joindre pour Armand de Pontmartin un nouveau deuil de
-famille. Le 13 janvier 1832, un an presque jour pour jour après la mort
-de son père, il eut la grande douleur de perdre l’oncle Joseph, qui,
-malgré son chagrin, malgré une fatigue qui équivalait pour son corps
-débile à une grave maladie, avait tenu à suivre son neveu à Paris et à
-se réinstaller avec lui dans l’appartement de la rue de Vaugirard. Son
-corps fut rapporté aux Angles, accompagné par un prêtre ami. M^{me} de
-Pontmartin n’avait pas voulu que son fils interrompît encore ses études
-pour faire ce triste voyage.
-
-Dans les derniers jours de mars 1832, le choléra fit son apparition
-à Paris. Commencée le 26 mars, l’épidémie ne devait finir que le 30
-septembre. Pendant ces cent quatre-vingt-neuf jours, le chiffre des
-victimes s’éleva à 18,406[52].
-
-De cette effroyable tragédie, de l’état d’âme des Parisiens pendant
-que le terrible fléau multipliait ses coups, de jour en jour plus
-meurtriers, Pontmartin a donné, dans ses _Mémoires_[53], une émouvante
-et très fidèle peinture. Ce chapitre parut dans le _Correspondant_ du
-25 novembre 1881. Après l’avoir lu, Cuvillier-Fleury lui écrivait: «Je
-suis encore ému, mon cher ami, de l’émotion que votre récit, _daté
-du choléra_, a causée à ma femme. Que cela est bien pensé, bien dit!
-Si je ne suis pas avec vous, aussi avant que vous, dans un certain
-mysticisme, qui convient aux solitaires quand ils ont de belles
-âmes, je n’en suis pas moins touché de ces nobles réminiscences, qui
-vont chercher en remontant quarante ou cinquante ans leurs souvenirs
-d’autrefois, et les trouvent presque rajeunis par cette éternelle
-fraîcheur des bons sentiments...»
-
-Dès le milieu d’avril, Paris n’était plus qu’une nécropole. Les
-marchands, sans doute, ouvraient leurs boutiques, les théâtres ne
-fermaient pas leurs portes; les fiacres roulaient, les bourgeois
-montaient leur garde. Rien n’était suspendu dans le mouvement des
-affaires, et l’on affichait même chaque matin les plaisirs de la
-journée[54]. Mais ces vains simulacres et ces fausses apparences ne
-trompaient personne. Les chiffres de la mortalité augmentaient d’heure
-en heure. Les hôpitaux regorgeaient; les corbillards étaient débordés,
-et, pour suppléer à leur insuffisance, il avait fallu recourir à des
-omnibus funéraires, à de gigantesques tapissières, tendues de noir, qui
-dissimulaient aux regards le chiffre des _déménagements_. Une indicible
-terreur enveloppait la ville, et les plus braves eux-mêmes n’en étaient
-pas exempts. Quand on se séparait le soir, on n’osait pas se dire: «A
-demain!»
-
-Pour ne pas effrayer sa mère, Pontmartin s’efforçait de faire bonne
-contenance; mais, nerveux et impressionnable à l’excès, il avait peine
-à y réussir. Les images de mort qui se renouvelaient sans cesse sous
-ses yeux, en lui rappelant les chers défunts qu’il avait récemment
-perdus, le faisaient constamment songer à un proverbe provençal,
-qui dit que, lorsque la mort est installée dans une maison, elle
-n’en sort plus. A ces préoccupations funèbres s’ajoutait une pensée
-superstitieuse et puérile. Il était encore sur les bancs du collège,
-lorsque son ami Léonard Retouret, dont une des _toquades_ était de
-prédire l’avenir, lui avait dit: «Tu sais, toi, tu mourras dans cinq
-ans.» Pontmartin avait écrit, à la première page de son Virgile, la
-date de cette prédiction: _19 avril 1827_. A mesure que l’on approchait
-de l’échéance fatale—19 avril 1832,—il croyait de plus en plus à
-la réalisation de la prophétie. Ce brave Retouret s’était trompé—et
-trompé de près de soixante ans. Le 20 avril, Pontmartin se leva,
-pleinement rassuré, si bien que, le 29 mai suivant, il assistait avec
-quelques amis, au théâtre de la Porte-Saint-Martin, à la première
-représentation de la _Tour de Nesle_. Comme on était loin déjà de la
-première représentation d’_Hernani_! Ce n’était plus le même public.
-Les rapins d’atelier étaient toujours là, sans doute; mais où étaient
-les autres claqueurs du 25 février 1830, fils de famille, lauréats
-de l’Université, rédacteurs du _Globe_, artistes _arrivés_, poètes
-du _Cénacle_? Ils étaient remplacés par des habitués d’estaminet,
-des acteurs et des actrices des petits théâtres, des journalistes
-républicains, des _bousingots_ en bérets et en casquettes rouges.
-La fameuse tirade des _Grandes dames_ provoqua des applaudissements
-frénétiques. Ces bravos redoublèrent quand le pauvre roi Louis le
-Hutin, après avoir dit aux seigneurs de sa cour: «Je vais donner
-l’ordre qu’une taxe soit levée sur la ville de Paris à l’occasion
-de ma rentrée», s’avança sur le balcon et dit au peuple: «Oui, mes
-enfants, je m’occupe de diminuer les impôts; je veux que vous soyez
-tous heureux, car je vous aime!» Pontmartin était consterné. Son
-cher _romantisme_ n’était plus, après trois ans, qu’un épisode du
-triomphe révolutionnaire, gonflé de phrases de mélodrame et pimenté de
-tirades démocratiques. «Ah! disait-il tristement à ses amis pendant
-les entr’actes,—ce n’est plus ça, mais plus du tout! Adieu nos beaux
-rêves.»
-
-Parmi les étudiants qui l’accompagnaient à cette _première_ de la
-_Tour de Nesle_, il en était un qui d’habitude n’allait point au
-théâtre, Alfred Thureau-Dangin[55], qu’il avait connu dès le collège et
-qui était devenu son meilleur ami. Très lettré, d’un esprit charmant,
-d’une piété ardente, Alfred Thureau était dès lors ce qu’il devait être
-toujours, et de plus en plus, un chrétien modèle, l’homme de tous les
-devoirs et de toutes les vertus[56]. Pontmartin était d’un caractère
-un peu faible, prompt aux entraînements. A cette heure critique, et
-si souvent décisive, de la jeunesse, il avait besoin d’un guide et
-d’un appui. Ce lui fut une inestimable fortune de trouver dans Alfred
-Thureau l’ami-apôtre, celui qui est toujours prêt à donner les bons
-conseils et surtout les bons exemples.
-
-Quand le choléra fut en décroissance, au mois d’août, Pontmartin
-quitta Paris avec sa mère. Il y revint seul au mois de novembre, non
-pour y terminer ses études juridiques, mais pour y faire un court
-séjour, emballer les meubles à destination d’Avignon et dire un
-adieu définitif à la place du Panthéon et à la rue de Vaugirard. La
-littérature l’avait décidément conquis sur le droit, dont en somme
-il n’avait fait que deux années et passé que deux examens: il se
-contentait du titre de bachelier en droit, ce qui, après tout, était
-suffisant pour être un jour maire de village.
-
-
-
-
-CHAPITRE IV
-
-LES ANNÉES D’AVIGNON
-
-(1833-1838)
-
- La rue Violette et le baron de Montfaucon. Un maire d’autrefois.
- Le Cercle de l’Escarène et le _Café Boudin_.—L’Affaire du _Carlo
- Alberto_, le vicomte de Saint-Priest et la marquise de Calvière. Les
- bureaux d’une feuille royaliste en 1833, Henri Abel et Eugène Roux.
- Les _Revues littéraires_ de la _Gazette du Midi_. Esprit Requien
- et ses dîners du dimanche. Prosper Mérimée.—Le bonhomme Joudou et
- le _Messager de Vaucluse_. M^{me} Dorval. Pontmartin et le théâtre
- romantique. Les élections de 1837. Brochure sur Berryer.—L’_Album
- d’Avignon_. Pages sur Alfred de Musset. Joseph Michaud à Avignon.
- «Lisez du Voltaire.»
-
-
-I
-
- Tel qui part pour _douze ans_ croit partir pour un jour.
-
-Pontmartin, en s’éloignant de Paris, se promettait d’y revenir
-bientôt. Il avait déjà quelques relations dans le monde des lettres et
-des arts: la littérature, il le sentait bien, était sa véritable, sa
-seule vocation. Il louerait un appartement modeste, mais convenable,
-sur la rive gauche, dans un quartier classique, entre l’Institut et
-l’Abbaye-aux-Bois, à deux pas de la _Revue des Deux Mondes_; il se
-ferait présenter dans quelques-uns de ces salons où se réunissent les
-célébrités littéraires et scientifiques et qui sont souvent le chemin
-le plus court pour arriver à l’Académie. Ce rêve, rien ne lui était
-plus facile que de le réaliser. Il y renonça, parce qu’il lui aurait
-fallu quitter sa mère.
-
-M^{me} de Pontmartin était d’une santé délicate, elle ne pouvait plus
-supporter le climat de Paris; il lui fallait désormais le soleil
-du Midi. De plus, privée de son mari, de son beau-frère, elle se
-trouvait hors d’état de diriger un jeune homme vif, ardent, passionné
-de théâtre, épris de ce _romantisme_ qui ne lui disait rien de bon,
-prêt à fréquenter, en même temps que les salons, ces ateliers et
-ces _cénacles_, qu’elle connaissait mal sans doute, mais qui lui
-apparaissaient comme des lieux de perdition. Pontmartin ne put se
-décider à lui faire le chagrin de rester seul à Paris à vingt et un
-ans. Peut-être, se disait-il _in petto_, qu’après deux ou trois ans de
-séjour en province, ayant un peu mûri, il pourrait, sans effaroucher sa
-mère, se partager entre Avignon et la capitale, et passer dans cette
-dernière plusieurs mois chaque année. Il restera donc provisoirement
-à Avignon; mais, on le sait, rien ne dure plus longtemps que le
-provisoire.
-
-On s’installa, non à la campagne, mais à la ville. M^{me} de
-Pontmartin s’y trouvait mieux pour sa santé et à cause du voisinage
-de l’église, celle des des Angles étant d’un accès très difficile.
-Elle habita, avec son fils, un appartement situé rue Violette, dans
-l’hôtel du baron de Montfaucon[57], le dernier maire d’Avignon sous
-la Restauration. C’était un maire, comme on n’en fait plus, un de
-ces _originaux_ comme il en existait encore beaucoup à cette date et
-qui donnaient à la province une physionomie particulière, qu’elle a
-depuis longtemps perdue. Bon, affable, généreux, recherché dans les
-salons et populaire dans les faubourgs, il chantait joliment la romance
-sentimentale, jouait à merveille la comédie à ariettes, déclamait
-sans broncher des scènes de tragédie. Jamais édile, du reste, ne sut
-mieux mêler l’utile à l’agréable. Quand le budget de la ville était
-menacé d’un déficit, ou lorsque son conseil municipal reculait devant
-une grosse dépense, il avait une méthode qu’on peut recommander sans
-crainte à nos maires républicains, car on est sûr qu’ils ne la suivront
-pas. Il payait de ses propres deniers de quoi combler les lacunes.
-C’est ainsi qu’à l’inauguration de la nouvelle salle de spectacle, il
-avait recruté à ses frais une troupe que lui enviaient Lyon, Marseille
-et Toulouse.
-
-Pris en grande amitié par le baron de Montfaucon, spirituel jusqu’au
-bout des ongles, professant en toute rencontre le _carlisme_ le plus
-intransigeant, Armand de Pontmartin devint bien vite le favori de la
-haute société avignonnaise. Or, Avignon à cette époque, était une
-vraie succursale du faubourg Saint-Germain. On y rencontrait, dans
-le même salon, les Crillon, les Gramont-Caderousse, les Caumont, les
-Galléan (ducs de Gadagne), les Monteynard, les Bernis, les Calvière,
-les Tournon, les Piolenc, les La Fare, les Forbin, les Cambis, les des
-Isnards, etc.
-
-Et comme elle avait son faubourg Saint-Germain, la ville des Papes
-avait aussi son Jockey-Club, le cercle de l’_Escarène_, où la jeunesse
-dorée passait sa vie, Pontmartin y fréquentait et y jouait le soir à
-la bouillotte. Le matin, il allait de préférence au _Café Boudin_,—un
-café ou plutôt un immense jardin, avec de beaux arbres, dont la
-renommée s’étendait à cinquante lieues à la ronde, grâce surtout à son
-magnifique jeu de paume. Le propriétaire, le père Boudin, dont l’un des
-fils devint secrétaire d’Augustin Thierry, avait installé une tonnelle
-dans la cour attenante à la salle. Au printemps, ces treillis peints
-en vert se couvraient de plantes grimpantes, houblon et vigne vierge,
-glycine et clématite. Les causeurs et les beaux esprits avignonnais
-s’y donnaient rendez-vous pour prendre leur tasse de chocolat avec
-le classique pain au beurre, lire les journaux et parler politique.
-Pontmartin était un des habitués de la tonnelle. Il lui arrivait même
-d’y aller le soir, quand elle s’illumiminait _à giorno_ à l’aide de six
-quinquets et que les élégants et les belles dames y venaient, de neuf à
-onze heures, prendre des glaces.
-
-Tout cela, paraît-il, ne laissait pas d’être grave. Aller dans le
-monde, passer ses soirées au cercle, dîner avec de joyeux amis,
-fréquenter le _Café Boudin_! Horreur! Sainte-Beuve en est tout
-suffoqué; il se voile la face et il écrit ces lignes: «A ceux qui en
-douteraient à voir la sévérité de sa doctrine, je dirai (ce qui n’est
-jamais une injure pour un galant homme) que M. de Pontmartin eut de la
-jeunesse. La ville d’Avignon s’en est longtemps souvenue, me dit-on et
-les échos l’ont répété[58].»
-
-Si Pontmartin se pliait volontiers à la vie provinciale, il ne
-renonçait pas pour cela à ses visées littéraires. Il dévorait tous les
-livres nouveaux, il lisait tous les articles de la _Revue de Paris_ et
-de la _Revue des Deux Mondes_, et après chacune de ces lectures, il
-se disait: _Semper ego auditor tantum?_ Doué dès cette époque d’une
-incroyable facilité de plume, il se sentait attiré surtout vers le
-journalisme. Malheureusement il n’y avait à Avignon aucun journal où il
-pût écrire. Il allait en trouver un ailleurs.
-
-
-II
-
-Il y avait alors dans les prisons de Marseille un certain nombre de
-royalistes, qui s’étaient associés à l’imprudente mais chevaleresque
-entreprise de la duchesse de Berry et qui avaient été arrêtés à la
-Ciotat au moment où ils débarquaient du _Carlo-Alberto_. Depuis le
-1^{er} mai 1832, ils attendaient leur mise en jugement. Le plus
-marquant de ces détenus était le général vicomte de Saint-Priest[59],
-ancien ambassadeur de France à Madrid. Sa sœur, la marquise de
-Calvière, était l’amie intime de M^{me} de Pontmartin, qui avait logé
-dans sa maison jusqu’en 1823[60]; elle lui écrivit qu’elle était
-venue à Marseille pour voir son frère, qu’elle était horriblement
-inquiète[61] et que ce lui serait une grande consolation de l’avoir
-auprès d’elle. Deux jours après, M^{me} de Pontmartin et son fils
-descendaient à l’hôtel Beauvau.
-
-On était au mois de janvier 1833. La _Gazette du Midi_, qui paraissait
-à Marseille depuis le mois d’octobre 1830, avait déjà pris dans toute
-la région une sérieuse importance. Une des premières visites de
-Pontmartin fut pour la feuille royaliste.
-
-La presse de province n’était pas riche en ce temps-là (les choses
-ont-elles beaucoup changé depuis?). L’imprimerie de la _Gazette_
-occupait un sordide hangar dans la cour d’une maison de la rue Paradis,
-au n^o 47. On accédait par un escalier en bois au cabinet de rédaction,
-sorte de soupente qu’éclairait une seule fenêtre, et dont tout
-l’ameublement se composait de quelques chaises de paille et de deux
-pupitres en bois blanc peint de noir, avec encrier en tête de pipe,
-fiché dans la tablette supérieure[62].—Oui, mais devant ces pupitres
-d’écoliers, s’asseyaient chaque matin deux maîtres journalistes, Henri
-Abel[63] et Eugène Roux[64].
-
-Henri Abel, le rédacteur en chef, avait trente-sept ans. Il y avait
-deux ans que, sur les instances de quelques amis, il avait quitté le
-commerce des denrées de Provence pour devenir le directeur du journal.
-Ses immenses lectures, sa prodigieuse mémoire, la rectitude de son
-esprit et l’énergie de ses convictions lui avaient permis, dès les
-premiers jours, d’écrire des articles, qui furent très remarqués. Comme
-ils n’étaient pas signés, on les attribuait à de hautes personnalités,
-quelquefois à Berryer lui-même. Si l’on objectait que l’article, tout
-d’actualité, avait certainement été fait sur place, que les lettres de
-Paris mettaient trois jours à venir, et que le ministre de l’Intérieur
-n’avait sans doute pas mis le télégraphe à la disposition du chef
-de l’opposition légitimiste: «Alors, reprenaient nos gens, qui ne
-voulaient pas se tenir pour battus, il doit être de Laboulie[65], à
-moins qu’il ne soit du marquis de Montgrand[66].» Et personne ne se
-doutait que l’anonyme, déjà célèbre à ses débuts, était le modeste
-commerçant, enlevé d’hier par la politique aux vulgarités de la «chère
-vôtre».
-
-En 1833, le nom d’Henri Abel était victorieusement sorti de l’ombre, et
-le temps était proche où deux ou trois journaux parisiens lui feraient
-les propositions les plus séduisantes: il refusera sans hésiter. Il
-était bien trop spirituel, et surtout trop Marseillais, pour sacrifier
-la Cannebière aux Boulevards, pour échanger le soleil et la mer contre
-les brouillards de la rue du Croissant ou le ruisseau de la rue
-Montmartre.
-
-Armand de Pontmartin et Abel eurent vite fait de s’entendre. Il fut
-convenu, dès leur premier entretien, que l’ancien élève de Saint-Louis
-enverrait à la _Gazette du Midi_ des articles de critique littéraire.
-Le premier parut le 5 septembre 1833; il était consacré aux _Prisons_
-de Silvio Pellico. Vinrent ensuite des feuilletons sur _Volupté_, de
-Sainte-Beuve; _Stello_, d’Alfred de Vigny; _le Lys dans la vallée_, de
-Balzac; la _Confession d’un Enfant du siècle_, d’Alfred de Musset; les
-_Chants du Crépuscule_, de Victor Hugo; _Simon_ et _Mauprat_, de George
-Sand, etc., etc. Ils eurent du succès, si bien qu’après les avoir
-signés d’abord _A. P._, puis _A. de P._, l’auteur se décida à y mettre
-son nom en toutes lettres.
-
-Cette collaboration, qui dura jusqu’en 1843, ne tarda pas d’avoir
-pour lui d’heureux résultats. Jusque-là ses compatriotes n’avaient
-guère vu en lui qu’un jeune homme instruit, riche, titré, spirituel,
-héros de cercle et de salons, qui ne manquerait pas de faire un
-jour un beau mariage; après quoi, tout serait dit. Depuis que
-paraissaient, dans le journal le plus important de la région, ses
-_Revues littéraires_, on le jugeait autrement; on commençait à se
-demander s’il n’y avait pas en lui l’étoffe d’un écrivain de talent et
-s’il n’était pas destiné à devenir célèbre. Parmi ceux qui suivaient
-ses articles avec le plus d’intérêt et qui lui prodiguaient le plus
-d’encouragements, était M. Esprit Requien[67], botaniste et géologue
-de premier ordre qui, sur un plus grand théâtre, eût été le rival des
-Jussieu, des Candolle et des Mirbel. Sa science encyclopédique n’avait
-rien de pédantesque, d’officiel et de gourmé. Sa simplicité, son esprit
-et sa belle humeur égalaient son savoir. Ses dîners du dimanche, où
-la chère était d’ailleurs excellente, avaient un succès universel.
-Les célébrités qui passaient à Avignon acceptaient volontiers son
-hospitalité. Pontmartin vit successivement à sa table le duc de Luynes,
-Horace Vernet, Paul Delaroche, Xavier Marmier, Méry, J.-J. Ampère,
-Fauriel, M. de Mirbel, le peintre Champmartin, Liszt, Castil-Blaze
-et son fils Henry Blaze de Bury, sans compter Prosper Mérimée, alors
-inspecteur des monuments historiques dans le Midi de la France.
-
-Le dimanche 17 août 1834, au dîner hebdomadaire de la rue des Tanneurs,
-Pontmartin fut placé à côté de Mérimée, qui venait justement de
-publier, dans la _Revue des Deux Mondes_, une de ses nouvelles, _les
-Ames du Purgatoire_[68], et à qui Requien, dont il était l’hôte depuis
-deux ou trois jours, avait fait lire quelques-uns des articles de son
-jeune ami. On causa littérature et beaux-arts. Malgré ses préventions
-contre la province, malgré son désir de ne jamais être ou paraître
-dupe, l’auteur de la _Double Méprise_ ne put conserver jusqu’au bout
-son attitude glaciale et un peu hautaine. Charmé par l’esprit et la
-bonne grâce de son voisin, il se montra bienveillant, aimable, _bon
-enfant_. Quand on sortit de table, il avait quitté tout à fait son air
-de _pince-sans-rire_, et il dit à Pontmartin:
-
-—Avez-vous la vocation?
-
-—Oui, je le crois... j’en suis sûr... D’ailleurs, pourrais-je en avoir
-une autre?
-
-—Eh bien, si vous avez la vocation, vous aurez tôt ou tard
-l’occasion. J’ai idée que nous nous reverrons un jour aux bureaux de la
-_Revue des Deux Mondes_, chez Buloz, dans cette singulière maison de la
-rue Saint-Benoît, qui a un jardin au premier étage.
-
-Cet oracle était plus sûr que celui de Léonard Retouret.
-
-
-III
-
-La collaboration de Pontmartin à la _Gazette du Midi_ lui laissait des
-loisirs. Il regrettait de ne pas avoir sous la main, à Avignon même,
-une feuille, si modeste fût-elle, où il pourrait écrire des chroniques
-mondaines et des feuilletons de théâtre. Par une belle matinée d’hiver,
-au mois de novembre 1836, il reçut la visite d’un vieil original, nommé
-Joudou, dont la manie était de fonder des journaux qui vivaient, en
-moyenne, trois mois ou six semaines. Le bonhomme Joudou lui annonça
-qu’il allait créer un nouveau journal, _le Messager de Vaucluse_, et
-il lui demanda de vouloir bien se charger du feuilleton. Pontmartin
-accepta, mais à la condition de ne pas signer.
-
-Le _Messager_ devait paraître deux fois par semaine, le jeudi et le
-dimanche; il ne parlerait pas politique et traiterait seulement les
-questions de littérature, d’histoire locale, d’archéologie, de travaux
-publics et d’hygiène. Le premier numéro parut le jeudi 1^{er} décembre
-1836; Pontmartin inaugura sa collaboration, dans celui du 11 décembre,
-par un feuilleton signé _Z.Z.Z._
-
-M^{me} Dorval venait d’arriver à Avignon, où elle devait donner une
-série de dix à douze représentations. C’était une bonne fortune
-pour le critique du _Messager_ d’avoir l’occasion de parler d’une
-grande artiste et de passer en revue les principales pièces du
-théâtre romantique. M^{me} Dorval joua successivement _Trente ans
-ou la Vie d’un joueur_, de Victor Ducange et Dinaux; _Clotilde_,
-de Frédéric Soulié; _Antony_, _la Tour de Nesle_, _Henri III et sa
-Cour_, d’Alexandre Dumas; _Jeanne Vaubernier_, de Pierre Lafitte[69];
-_Angelo_, de Victor Hugo; _Chatterton_, d’Alfred de Vigny.
-
-Pontmartin ne lui consacra pas moins de six feuilletons[70]. Il parla
-d’elle avec enthousiasme. L’enthousiasme, du reste, était justifié.
-M^{me} Dorval n’avait pas la distinction aristocratique de M^{lle}
-Mars, son élégance incomparable, son art savant et profond; mais,
-plus que sa glorieuse rivale, elle était une artiste d’inspiration,
-l’interprète par excellence du drame moderne. Elle était la passion
-même, comédienne par hasard et par instinct, comme M^{lle} Mars était
-une comédienne par la nature et par l’étude; comédienne avec son cœur
-comme M^{lle} Mars était comédienne avec son esprit[71].
-
-Pontmartin dit dans ses _Mémoires_: «J’avais habilement mélangé la
-prose doctorale de Gustave Planche, les gentilles paillettes de Jules
-Janin et mes souvenirs personnels du théâtre de la Porte-Saint-Martin.
-J’exprimai le plus fougueux enthousiasme et je citai un passage de la
-_Revue des Deux Mondes_, d’où il résultait que M^{lle} Mars n’allait
-pas à la cheville de M^{me} Dorval[72].» Cela n’est pas exact. Quoique
-romantique, Pontmartin aimait par-dessus tout ce qui était correct,
-délicat, charmant, distingué. Ses préférences devaient donc aller à
-M^{lle} Mars. Quand il eut à parler de _Henri III et sa Cour_, évoquant
-son souvenir dans le rôle de la duchesse de Guise, qu’elle avait créé
-au Théâtre-Français, il n’hésita pas à la déclarer supérieure à M^{me}
-Dorval[73].
-
-Dans ce même article sur le drame de Dumas, il juge ses amis les
-_romantiques_ comme un homme affranchi de toute servitude d’école:
-
- Notre ami Alexandre Dumas, dit-il, esprit aventureux, peu profond,
- prêt à toute circonstance, avait d’abord fait sa pièce en trois actes,
- sous le titre de _la Duchesse de Guise_. Mais, à cette époque, on
- était engoué de chroniques, de moyen âge et de barbes pointues; on ne
- voyait plus au théâtre et dans nos musées la moindre toge romaine,
- la moindre tunique grecque, mais des pourpoints, des justaucorps,
- des souliers à la poulaine et des vertugadins. Notre auteur, voyant
- cette mode, imagina de plaquer au drame primitif deux actes de couleur
- locale et il l’intitula gravement _Henri III et sa Cour_. Le drame fut
- joué[74] et eut un grand succès que les romantiques (il y en avait
- alors) attribuèrent obstinément à la sarbacane du duc de Joyeuse, au
- bilboquet de d’Epernon et à la fraise de Saint-Mégrin: innocentes
- bribes historiques auxquelles personne aujourd’hui ne fait attention.
- Mais par bonheur Dumas, qui était dès lors un écrivain passionné,
- un cœur chaud et énergique, avait jeté à travers ces réminiscences
- d’Anquetil quelques scènes de passion véritable...
-
-Dans son feuilleton sur _Angelo_, après avoir dit son admiration pour
-M^{me} Dorval, qui jouait le rôle de Catarina Bragadini, la femme du
-podestat, il ne se souvient d’avoir été l’un des claqueurs d’_Hernani_
-que pour condamner plus sévèrement le nouveau drame de Hugo: «Elle nous
-a tant émus, écrit-il, nous l’avons si bien applaudie, que nous avons
-oublié _de ne pas applaudir la pièce_. Elle a tendu sa main à M. Hugo,
-et elle l’a sauvé. Que d’aumônes semblables elle a faites, dans sa vie!
-Que de naufrages elle a épargné à ses poètes, et comme elle a mérité de
-rencontrer enfin celui qui ne lui laissera plus qu’à traduire et ne lui
-donnera rien à corriger[75]!»
-
-M^{me} Dorval une fois partie, Pontmartin remplaça les comptes rendus
-de théâtre par des _Causeries littéraires et mondaines_, en même
-temps qu’il écrivait de courtes nouvelles, songeant déjà à mener de
-front, s’il le pouvait, la critique et le roman. Du 16 février au 20
-avril 1837, il publia, dans le _Messager_, une suite d’_Esquisses_,
-qui avaient pour titre: I. _La Vie d’artiste_; II. _Une Heure dans la
-vie_; III. _Les Courtisans de l’exil_; IV. _Les Deux violons_. Le 25
-juin, il commençait une nouvelle série, à laquelle il donnait ce titre:
-_Souvenirs du monde_, et qu’il faisait précéder de cette note: «Les
-fragments qu’on va lire font partie d’un ouvrage intitulé _la Vérité
-vraie_, qui paraîtra cet hiver chez Eugène Renduel.» Eugène Renduel
-était alors l’éditeur des romantiques. De ces _Souvenirs du monde_,
-deux chapitres seulement ont paru: _Partie Carrée_[76] et _Suicides
-amoureux_[77].
-
-Mais la politique à ce même moment, allait le distraire de la
-littérature.
-
-Le 4 octobre 1837, la dissolution de la Chambre des députés fut
-prononcée, et les électeurs convoqués pour le 4 novembre. Les électeurs
-d’Avignon allaient avoir à remplacer le marquis de Cambis, qui venait
-d’être appelé à la pairie. Le candidat constitutionnel était M. Eugène
-Poncet[78]; les royalistes lui opposèrent M. Berryer, lequel, du
-reste, ne prit aucune part à la lutte, étant assuré de sa réélection à
-Marseille. Entre les deux candidats, la situation de Pontmartin était
-particulièrement délicate. M. Poncet était ouvertement patronné par
-le marquis de Cambis; il n’avait même consenti à lui succéder qu’à la
-condition de se retirer dès que Henri de Cambis aurait trente ans, ce
-qui devait avoir lieu en 1840. Pontmartin avait une sincère affection
-pour son oncle, une vive amitié pour son cousin. Entre eux et Berryer
-cependant il n’hésita pas. _Henriquinquiste_ intransigeant, il estima
-que c’était le cas, ou jamais, de mettre en pratique la vieille maxime:
-_Amicus Plato, sed magis amica veritas_.
-
-Le 22 octobre 1837, il faisait paraître dans le _Messager_ un grand
-article intitulé: _Puissances intellectuelles de notre époque. I.
-Berryer_. Premier article: _Berryer homme politique_. Ce premier
-article était suivi de cette note: «Au numéro prochain le deuxième
-article: _Berryer orateur_.»
-
-Le _Messager de Vaucluse_ n’avait pas le droit de parler politique,
-faute d’un cautionnement que le bon Joudou s’était trouvé hors d’état
-de verser. La préfecture lui fit comprendre qu’il serait sage à lui
-de s’arrêter dans la voie où il venait de s’engager. Il refusa donc
-d’insérer l’article promis. Le jour du vote approchait. Pontmartin
-réunit ses deux articles en une petite brochure, qui parut le 28
-octobre, accompagnée de ces lignes:
-
- La première partie de cette esquisse a paru dans le _Messager de
- Vaucluse_; la suite n’ayant pu y être insérée, des motifs d’à-propos
- ont fait désirer qu’elle fût publiée, ce qui a forcé de réimprimer le
- tout. Nous rappelons ceci, non pour blâmer l’administration, mais de
- peur qu’on nous accuse d’avoir prétendu donner à un simple article de
- journal la valeur d’une œuvre plus durable. _A. P._
-
-La brochure, on le pense bien, était un panégyrique enthousiaste du
-grand orateur, alors dans tout l’éclat de son magnifique talent. Sept
-jours après sa publication, avait lieu le vote. M. Poncet fut élu avec
-268 suffrages sur 434 votants. Berryer obtint 163 voix[79].
-
-
-IV
-
-Il ne lui était pas permis dans le _Messager_—Pontmartin venait d’en
-avoir la preuve—de faire, même en passant, de la politique. Pourquoi
-n’aurait-il pas un journal où il serait chez lui et où le timide Joudou
-n’aurait rien à voir? La main lui démangeait d’écrire, il avait du
-temps, de l’esprit et de l’argent à perdre; bravement, il fonda une
-Revue, à laquelle il donna pour titre: L’ALBUM D’AVIGNON, _Recueil
-d’intérêt social et littéraire, publié par un des rédacteurs du_
-MESSAGER DE VAUCLUSE.
-
-La Revue était mensuelle et son premier numéro parut le 1^{er} janvier
-1838; sa collection forme deux volumes.
-
-Quelques hommes de cœur et d’esprit, MM. Jules Courtet, H. d’Anselme,
-J. Bastet et Antonin de Sigoyer, prêtaient bien à Pontmartin leur
-collaboration, mais d’une façon tout à fait intermittente, et il
-arrivait, presque chaque mois, que la livraison était son œuvre pour
-plus des trois quarts. Souvent même il évitait de signer ses articles,
-pour empêcher les lecteurs de voir qu’il était à lui seul toute la
-rédaction. Sa plume facile suffisait à tout. Études littéraires,
-artistiques et musicales, chroniques politiques, contes et nouvelles,
-il s’essayait dans tous les genres. L’abbé Charles Deplace[80] prêchait
-l’Avent à Avignon: le rédacteur de l’_Album_ analyse ses sermons avec
-le plus grand soin sous ce titre: _Prédications de la métropole_[81].
-Lorsqu’il faut descendre de ces hauteurs pour traiter les questions
-locales, s’occuper des levées de la Barthelasse ou du pont suspendu
-entre Villeneuve et la Porte de la Ligne, il est également prêt; aussi
-bien, il s’agit du pont d’Avignon sur lequel, on le sait, tout le monde
-passe, même les littérateurs, même les poètes. Poète, il l’était aussi
-à ses heures: comprendrait-on d’ailleurs un _Album_ qui ne renfermerait
-pas de vers? Pontmartin inséra dans le sien un court poème, le _Lit de
-mort d’Arthur_[82] et des stances: _A deux voyageurs_[83].
-
-Le poète, du reste, cédait volontiers chez lui le pas au conteur.
-Celui-ci ne se proposait alors rien moins que de publier, dans l’_Album
-d’Avignon_, vingt-quatre Nouvelles, les unes d’imagination, les autres
-empruntées à l’histoire, et dont les héroïnes auraient successivement
-pour initiales les vingt-quatre lettres de l’alphabet. Je me hâte de
-dire que l’alphabet n’y passa point tout entier.
-
-Après avoir fait paraître _Alix_, _Béatrix_ et _Caroline_, Armand
-de Pontmartin abandonna la partie et laissa là les _dés_. L’une au
-moins de ces trois nouvelles cependant, _Caroline_[84], est déjà très
-remarquable; mais c’est surtout le critique qui se révèle dès ce
-moment, qui prélude avec succès, vif, spirituel, ennemi du factice et
-du convenu, ayant ses préférences et sachant les justifier. A cette
-date de 1838, la royauté poétique de Lamartine et de Victor Hugo était
-incontestée, et il ne semblait pas qu’Alfred de Musset pût prétendre
-à partager le trône avec eux. Sur ce point, il n’y avait qu’une voix
-parmi les critiques du temps. Sainte-Beuve ne voyait dans l’auteur de
-la _Nuit de mai_ et de l’_Espoir en Dieu_ qu’un poète «charmant», plein
-d’esprit et de naturel, et qui donnait de «bien gracieuses espérances».
-Un des écrivains de la _Revue de Paris_, J. Chaudes-Aigues, résumait
-ainsi une étude sur le chantre de _Rolla_: «De la verve, mais une verve
-insuffisante et qui a besoin d’être échauffée par une idée étrangère;
-une imagination très folle, très vagabonde, très capricieuse, incapable
-de réflexion, habile à broder, inhabile à produire; une versification
-claire, nette et franche: voilà, selon nous, ce qui appartient en
-propre à M. Alfred de Musset[85].» On voyait plus juste à Avignon;
-Armand de Pontmartin n’hésitait pas à saluer dans Alfred de Musset un
-très grand poète, aussi grand que Lamartine et Hugo. De l’un de ses
-articles, je détache cette page:
-
- ...C’est là le caractère de la vraie poésie, dans notre temps: d’abord
- l’essai infructueux, le mécompte, le reproche amer, la lutte stérile,
- la folie même et le blasphème; puis, si l’âme est vraiment grande
- et poétique, après la récrimination, l’aveu naïf de l’erreur; après
- la halte désespérée, une fuite nouvelle vers les idéales régions de
- la prière, de la rêverie et de l’amour, et l’échange des premiers
- vêtements, déchirés par l’orage, contre les voiles éblouissants et
- purs que rien ne déchire et ne flétrit. C’est ainsi que le poète
- devient le symbole à la fois le plus complet, le plus élevé et le
- plus consolant du siècle qu’il traverse, auquel il indique et le mal
- qui l’agite et ce qui peut le calmer, et avec lequel tout lui est
- commun, l’angoisse et l’espoir, la blessure et le baume, le blasphème
- réparé et l’hymne immortel, tout enfin, excepté la langue céleste que
- tout le monde entend, et qu’il est seul à parler. C’est pour cela
- que Victor Hugo et Lamartine, malgré leur incontestable génie, nous
- sont entièrement étrangers, et qu’ils n’ont conquis parmi nous qu’une
- position glorieuse, mais solitaire. L’un est un admirable et opiniâtre
- artiste, dessinant aux œuvres de sa fantaisie des broderies délicates,
- de merveilleuses ciselures; l’autre est une lyre infatigable, une
- sorte de harpe éolienne, toujours prête à rendre des sons d’une
- mélodieuse uniformité: mais le souffle de notre vie et de notre monde
- n’a point passé sur eux; ils n’en ont été que de factices interprètes
- et ils sont restés les brillants échos de leur pensée personnelle. Il
- est cependant un poète, un jeune homme de vingt-sept ans, _auquel on
- n’a pas fait encore toute la place qu’il mérite_, et qui nous semble
- réaliser en lui d’une façon saisissante ce type que nous indiquons
- et que nous voudrions faire comprendre. Alfred de Musset, qui eut le
- tort de donner à ses débuts l’éclat d’un scandale littéraire et de
- fournir, par sa fameuse ballade à la lune, un prétexte aux ricanements
- des plaisants et des badauds, est la personnification éclatante de cet
- esprit poétique qui aime à se poser sur les débris d’un noble cœur,
- pour leur rendre la jeunesse et la vie et s’élancer de là, d’un vol
- infatigable, vers l’idéal et l’infini. _Le public d’Alfred de Musset
- n’est pas encore formé_; aussi c’est à peine si nous osons dire que,
- parmi tous nos poètes, aucun n’a la ligne plus pure, le dessin plus
- correct et plus simple, l’allure plus libre et plus droite. Tous
- les jeunes gens qui savent par cœur Rolla, Frank et Namouna, qui
- ont lu avec délices toutes ces ravissantes fantaisies, _Marianne_,
- _Emmeline_, _On ne badine pas avec l’amour_, _Fantasio_, achèveront
- sans peine notre pensée et comprennent depuis longtemps avec nous
- quelle place nous devons donner dans nos affections littéraires à ce
- génie svelte et gracieux comme Ariel, qui a su rendre original même le
- pastiche, qui a donné une forme exquise et délicate à tant de songes
- de notre jeunesse, et dont le souffle enchanteur poétise et réveille
- tout ce qui semblait mort et muet en nous.
-
- ...Que lui manque-t-il encore? Il manque à Musset ce qui manquait à
- Byron, une pensée vivifiante et venue du ciel, une croyance qui change
- pour lui les lueurs trompeuses et passagères en un phare inaltérable
- et immortel. Ces regrets, qu’il n’est peut-être pas le dernier à
- ressentir, tout le monde peut les partager; mais un catholique seul
- a le droit de les dire, parce que seul il pourrait donner au génie
- quelque chose de plus grand et de plus beau que le génie même[86].
-
-De telles pages n’étaient pas pour passer inaperçues. L’_Album
-d’Avignon_ fut cité plus d’une fois par les feuilles royalistes de
-Paris et, en particulier, par la _Quotidienne_. Au mois de novembre
-1838, le directeur de cette dernière feuille, Joseph Michaud[87],
-passa deux jours à Avignon. Accompagné de l’un de ses plus fidèles
-collaborateurs, M. Poujoulat[88], il se rendait à Pise, où l’envoyaient
-ses médecins. Pontmartin lui fut présenté dans une maison amie.
-Longtemps après, dans un article sur Poujoulat, il parlera ainsi de
-cette visite: «Michaud n’avait plus que le souffle; mais ce souffle
-s’exhalait en paroles exquises murmurées à demi-voix, que l’on écoutait
-trop avidement pour ne pas les entendre. Il ne se faisait aucune
-illusion sur son état, et se comparait en souriant à cette tour penchée
-vers laquelle on l’envoyait. Sa haute taille, sa pâleur, sa bonhomie un
-peu narquoise, sa résignation mélancolique et sereine, l’ombre d’une
-mort prochaine s’étendant peu à peu sur son visage émacié, prête à
-éteindre le rayonnement de la bonne humeur et de l’esprit, tout cet
-ensemble produisit sur moi une impression profonde qui ne s’est jamais
-effacée[89].»
-
-Le directeur de la _Quotidienne_ accueillit Pontmartin avec une
-bienveillance toute paternelle. Il avait lu quelques-uns de ses
-articles de l’_Album_ et de la _Gazette du Midi_, et les avait
-remarqués; il joignit à ses encouragements de précieux conseils. Homme
-du XVIII^e siècle, plus que du XVII^e, attaquant ses adversaires avec
-leurs propres armes, comme ces généraux russes et allemands qui, à
-force d’être battus par Napoléon, avaient fini par apprendre de lui à
-le battre, il mettait au service de sa foi monarchique et religieuse
-une ironie délicate, un spirituel atticisme, et quelques-unes des
-malices du scepticisme philosophique et politique. Son dernier mot à
-Pontmartin, en le quittant, fut celui-ci: «Bravo, jeune homme! bon
-début! Seulement, lisez du Voltaire!»
-
-L’année finissait bien; les abonnés commençaient à venir; la petite
-Revue _faisait ses frais_, et son rédacteur promettait monts et
-merveilles pour l’année nouvelle. L’année nouvelle, il ne devait pas y
-en avoir pour l’_Album_. La livraison de décembre 1838 fut la dernière.
-Des considérations de famille et les inquiétudes de sa mère décidèrent
-Pontmartin à interrompre sa publication[90].
-
-
-
-
-CHAPITRE V
-
-LES ANNÉES D’AVIGNON
-
-(1839-1845)
-
- _LA MOUCHE, journal des Salons._ Le journaliste Deretz. Un duel dans
- l’île de la Barthelasse. «L’Affaire d’Avignon». MM. de Salvador,
- d’Averton et de Renoard. La garde nationale d’Henri V. Gustave de
- Laboulie et M. Dugabé. Le président Monnier des Taillades et le
- procureur du roi Rigaud. Le coût d’un article et les _Mie Prigioni_ du
- gérant de la _Gazette du Midi_.—Les _Causeries provinciales_ de la
- _Quotidienne_. Berryer et l’Académie. Première rencontre de Pontmartin
- avec Cuvillier-Fleury.—L’Inondation du Rhône à Avignon et aux Angles
- en novembre 1840. La maison de la rue Banasterie et les _Mémoires d’un
- notaire_. Pontmartin conseiller général. Le vicomte Édouard Walsh et
- la _Mode_. Mariage d’Armand de Pontmartin. Le départ pour Paris.
-
-
-I
-
-Trois événements d’une inégale importance allaient marquer pour
-Pontmartin l’année 1839: un duel, un procès, et son entrée dans la
-presse parisienne.
-
-Les passions politiques, très vives à cette époque dans toute la
-France, étaient particulièrement ardentes dans le Midi. Exaspérés,
-non sans raison, il faut bien le dire, par les airs goguenards, par
-les allures batailleuses et provocatrices de la jeune aristocratie
-légitimiste, quelques jeunes gens de la bourgeoisie _libérale_
-voulurent avoir eux aussi un journal, une petite feuille légère,
-incisive, hardie, qui harcèlerait à son tour l’adversaire, et ne
-lui ménagerait pas les coups. C’était de bonne guerre. Le tort
-des fondateurs de la nouvelle feuille,—LA MOUCHE, _Journal des
-Salons_,—fut de ne pas se mettre eux-mêmes en avant, de se tenir
-derrière le rideau, faisant venir de Paris un pauvre diable de
-journaliste ambulant nommé Deretz, qui se chargeait, moyennant quelques
-écus, d’endosser toutes les responsabilités. Ce Deretz avait, du reste,
-de l’esprit, plus d’esprit que de courage, comme on va le voir. Le
-journal paraissait depuis quelque temps, lorsqu’un matin, après avoir
-vidé son carquois contre les _noblions_ et les _hobereaux_ avignonnais,
-il décocha une dernière flèche à l’adresse de _Mossieu de Pontmartin_.
-Ce dernier prit aussitôt la mouche (c’était le cas), courut à son
-cercle, y trouva deux de ses meilleurs amis, Frédéric d’Averton
-et Jules de Salvador, et les chargea d’aller demander au Parisien
-une réparation par les armes. Après une longue hésitation, Deretz
-consentit à se battre; seulement, il demanda un délai de trente-six
-heures pour chercher et trouver des témoins. Rendez-vous fut pris
-pour le surlendemain dans l’île de la Barthelasse. A cette époque,
-elle appartenait encore au département du Gard, ce qui assurait nos
-duellistes contre l’intervention des gendarmes.
-
-Au jour dit,—le 27 mars 1839,—les adversaires arrivèrent sur le
-terrain, Deretz un peu en retard; il avait recruté à grand’peine ses
-témoins, et il avait dû les prendre parmi les buveurs de chopes du
-_Café Tailleux_, le Lemblin vauclusien; les patrons de _la Mouche_
-avaient énergiquement refusé de l’assister. L’arme choisie était
-l’épée. Au moment où Pontmartin allait se fendre, Deretz laissa tomber
-son fleuret, et déclara que, décidément, il ne se battrait pas. «Je
-suis trop pauvre, dit-il; la législation est sévère, et s’il arrivait
-malheur, je n’aurais pas, comme M. le comte, qui est riche, de quoi
-m’enfuir et me cacher.»—«Soit, répondit Jules de Salvador, mais alors
-vous allez vous engager par écrit à ne plus recommencer vos attaques,
-et à nommer vos inspirateurs, si vous ne pouvez les décider à se nommer
-eux-mêmes».
-
-Il y avait dans l’île une guinguette où les bons bourgeois d’Avignon
-venaient, le dimanche, jouer aux boules. On y entra, et le pauvre
-Deretz signa tout ce qu’on voulut. Le soir même, il partait pour
-Marseille, et on ne le revit plus. _La Mouche, journal des Salons_,
-avait vécu[91]!
-
- * * * * *
-
-Après le duel, le procès. Au mois de juin 1839, les deux témoins
-de Pontmartin, Frédéric d’Averton et Jules de Salvador, étaient, en
-compagnie d’un de leurs amis, M. Ulric de Renoard, traduits devant le
-tribunal correctionnel d’Avignon, sous la double prévention de réunion
-illicite et de détention d’armes et de munitions de guerre. Étaient
-poursuivis, en même temps qu’eux, vingt-neuf jeunes gens appartenant à
-la classe ouvrière. Ces derniers ne faisaient pas plus mystère que les
-trois gentilshommes de leurs sentiments royalistes, et l’un d’eux, dans
-l’instruction, pressé de questions par le magistrat, avait répondu:
-«Eh bien! si nous avions des armes chez nous, c’est que nous sommes la
-garde nationale d’Henri V[92]!»
-
-Les débats durèrent trois jours, du 27 au 29 juin. Devant le bureau
-du tribunal figuraient les pièces à conviction: fusils de munition,
-carabines, cartouches et cocardes blanches et vertes. Le siège du
-ministère public était occupé par M. Rigaud, procureur du roi.
-La défense fut présentée par M^e Adolphe Teste (rien de l’avocat
-Jean-Baptiste Teste, le futur condamné de la Cour des pairs), par
-M^{es} Redon père et fils et par Gustave de Laboulie, dont la
-plaidoirie fut une merveille d’éloquence, de verve et de spirituelle
-ironie[93]. Les prévenus n’en furent pas moins condamnés à un certain
-nombre de mois de prison[94]. MM. d’Averton, Salvador et Renoard
-furent, comme il était juste, gratifiés de la peine la plus forte. Ils
-n’avaient pas eu le temps de maudire leurs juges que déjà ils étaient
-consolés par la lecture, dans la _Gazette du Midi_, du compte rendu
-humoristique de leur procès, rédigé par leur ami Pontmartin. Ce dernier
-leur avait fait bonne mesure et n’avait pas consacré moins de cinq
-articles à «l’Affaire d’Avignon».
-
-Le président du tribunal était M. Monnier des Taillades, magistrat
-intègre et jurisconsulte de premier ordre. Le bruit s’étant répandu
-qu’il avait dit, en parlant du procureur du roi: «Ce monsieur n’est pas
-fort», Pontmartin crut pouvoir risquer ceci—ou à peu près—dans l’un
-de ses feuilletons: «M. le président a-t-il dit ou n’a-t-il pas dit que
-M. Rigaud n’était pas fort? Peu importe, après tout. Dire du beurre
-qu’il est fort, est-ce le complimenter? Un fort de la halle est-il plus
-aimable que le plus faible des académiciens? Lorsque vous êtes exaspéré
-d’une injustice, d’une bêtise, d’une catastrophe ou d’un scandale, vous
-ne dites pas: ‘C’est trop faible!’ mais: ‘C’est trop fort!’»
-
-Ce n’était peut-être pas très _fort_; mais, en tout cas, ce n’était
-pas bien méchant. Grande rumeur pourtant dans la ville. Le tribunal
-s’émeut, le parquet s’indigne. Poursuites contre la _Gazette du
-Midi_, et, le 8 août, à Avignon, condamnation du journal à mille
-francs d’amende et du gérant à un mois de prison. Quant à Pontmartin,
-quoiqu’il n’eût pas signé son article, il paya l’amende avec les
-frais. Si pauvre mathématicien qu’il fût, il se livra à un calcul
-d’arithmétique, et il reconnut que ses six lignes lui coûtaient 200
-francs la ligne, 17 francs la syllabe et 4 francs la lettre[95].
-C’était à dégoûter du métier!
-
-A quelque temps de là, comme il venait de s’acquitter envers le
-fisc, il vit entrer dans son cabinet un homme au teint fleuri, à
-l’œil émerillonné, à la lèvre souriante, le gérant de la _Gazette_,
-qui sortait de prison, rayonnant de joie et de santé. «Monsieur le
-comte, disait-il, avec le plus pur accent de la Cannebière, quels
-remerciements je vous dois! Quel bon mois, grâce à vous, je viens de
-passer! J’ai déjeuné et dîné tous les jours avec M. de Salvador, M.
-d’Averton et M. de Renoard. Quels braves jeunes gens! quels repas!
-Jamais, dans toute ma vie, je n’avais mangé autant de perdrix, de
-bécasses, de lièvres, de poulardes, de truites, d’écrevisses!... Ah!
-monsieur le comte, je suis tout à votre service et prêt à recommencer,
-quand cela vous plaira. C’est égal! vous aviez fait là un fameux
-feuilleton!...» Les 1 200 francs de Pontmartin n’avaient pas été placés
-à fonds perdus; il avait fait un heureux!
-
-
-II
-
-Il avait écrit, à la dernière page de l’_Album d’Avignon_: «La
-_Quotidienne_ nous a fait l’honneur de nous citer trois fois et nous
-a demandé pour l’avenir des articles qui s’appelleraient _Causeries
-provinciales_ et qui paraîtraient le même jour dans son feuilleton et
-dans notre mosaïque[96].»
-
-Par suite de la disparition de l’_Album_, cette combinaison ne put se
-réaliser. Il fut alors convenu que Pontmartin donnerait, deux ou trois
-fois par mois, à la feuille parisienne une _Causerie provinciale_. La
-première parut le 22 novembre 1839. J’ai sous les yeux le brouillon de
-ce premier article, et j’y remarque un assez grand nombre de ratures.
-Le moment n’est pas encore venu où l’auteur des _Samedis_ écrira toutes
-ses Causeries de premier jet, sans brouillon, sans remaniement, sans
-retouches, effaçant à peine ici et là deux ou trois mots parasites.
-
-A cette date de fin novembre 1839, ce qui passionnait la cour et
-la ville, Paris et la province, c’était de savoir qui serait élu à
-l’Académie, de Victor Hugo ou de Berryer. Le fauteuil de Michaud était
-vacant[97]. Quatre candidats s’étaient mis sur les rangs, Victor Hugo,
-Berryer, Casimir Bonjour et M. Vatout.
-
-Berryer était à ce moment le maître incontesté de la tribune. C’était
-le temps où Timon écrivait: «Depuis Mirabeau, personne n’a égalé
-Berryer[98]»;—où Royer-Collard disait avec l’autorité de sa parole:
-«J’ai entendu Mirabeau dans sa gloire; j’ai entendu M. de Serre et M.
-Lainé; aucun n’égalait Berryer dans les qualités principales qui font
-l’orateur»[99];—où l’un de ses adversaires politiques, Henri Fonfrède,
-écrivait à un ami, dans une lettre particulière: «Berryer est le plus
-grand orateur qu’on ait jamais entendu[100].» Il n’était pas seulement
-le prince des orateurs, il était aussi le chef d’un grand parti. Sa
-candidature devenait dès lors une grosse affaire. Le gouvernement
-s’en émut; ses journaux se jetèrent dans la lutte avec ardeur, et à
-leur tête le _Journal des Débats_, où Cuvillier-Fleury publia des
-articles violemment hostiles. Il était certes permis à ceux dont
-Berryer était l’adversaire de ne point l’aimer, de dire, par exemple,
-comme M. Doudan, au sortir d’une séance où l’orateur légitimiste avait
-été magnifique: «Je n’aime pas qu’on prêche bien ailleurs que dans
-ma paroisse[101].» Cuvillier-Fleury allait beaucoup plus loin. Il
-n’accordait pas que Berryer eût du talent; tout au plus avait-il «des
-poumons redoutables». Berryer, un orateur! Allons donc! un avocat, et
-pas davantage, l’avocat des intérêts du prince de Polignac et de la
-petite cour de Goritz! «De grâce, disait-il, que l’Académie ne devienne
-pas une succursale de la Basoche, une doublure de la Société des
-Bonnes-Études[102]!»
-
-C’est à ces vives attaques que répondit Pontmartin dans son article du
-22 novembre, et il fut à son tour, vis-à-vis du rédacteur des _Débats_,
-aussi agressif que possible. On les eût bien étonnés l’un et l’autre si
-on leur eût annoncé qu’un jour ils seraient unis d’une étroite amitié.
-Il y avait d’ailleurs, dans le feuilleton de la _Quotidienne_, à côté
-des épigrammes et des railleries, des réponses qui portaient et qui
-n’ont rien perdu de leur justesse. Voici l’une de ces répliques:
-
- M. Berryer, selon vous, n’est qu’un avocat, et rien de plus. La
- vérité est qu’une fois à la Chambre et à la tribune, _il est avocat
- moins que personne_. Dans son geste, son attitude, son accent, son
- langage, rien ne révèle les habitudes et les traditions du barreau;
- il n’est plus avocat, il est au plus haut degré orateur, ce titre que
- M. Cuvillier lui refuse, sous prétexte qu’il n’a rien écrit. De bonne
- foi, comment un homme d’une opinion hostile à la grande majorité de
- ses collègues, serait-il proclamé par eux tous le premier orateur de
- son temps; comment, sans autre puissance que sa haute intelligence,
- conserverait-il une telle action sur les affaires; comment serait-il
- chef d’un parti où il y a des hommes plus spirituels que M. Fleury,
- s’il n’était qu’un ergoteur de tribunal et de cour d’assises, un
- disputeur de mur mitoyen et d’hypothèques?
-
- Mais M. Berryer «qui a des poumons, un geste véhément, une voix
- sonore, c’est-à-dire tout ce qui s’appelle l’éloquence» (merci pour
- l’éloquence!), ne peut compter dans le monde, parce qu’il n’écrit
- pas ses discours. En d’autres termes, c’est parce qu’il possède au
- plus haut degré cet admirable talent d’improvisation, le premier de
- tous, celui que rien ne remplace, et dont l’absence rendra toujours
- incomplète la puissance d’un orateur; c’est parce qu’à l’aide de ce
- privilège merveilleux, il passionne, entraîne, remue à son gré une
- assemblée que laissent froide les phrases les plus régulières, et
- les périodes les plus harmonieuses, c’est pour cela qu’il n’est pas
- orateur! Lord Chatham et Mirabeau étaient des orateurs, mais Berryer
- point! La comparaison est malheureuse; car s’il y a un homme qui,
- après avoir joué un grand rôle par la puissance de sa parole, ait
- perdu aux yeux de la postérité qui lit ses discours, cette puissance
- et ce prestige, c’est à coup sûr Mirabeau. Mieux vaudrait pour lui
- n’avoir rien laissé et n’être jugé par nous que sur la foi de cet
- éclat immense que sa parole jeta sur l’Assemblée constituante! Ou
- plutôt qu’importe à Mirabeau, qu’importe à Berryer! Ils auront eu sur
- leur époque une influence sans rivale, ils seront arrivés aux plus
- grands effets de la parole! Ils auront été les rois de l’éloquence
- politique! Qu’importe après cela qu’ils aient peu écrit, ou que leurs
- écrits, lus après cinquante ans, ne réveillent plus les émotions
- contemporaines! Qu’importe surtout qu’on leur refuse le droit
- littéraire de s’asseoir aujourd’hui auprès de MM. Dupaty et Viennet,
- demain peut-être auprès de M. Cuvillier-Fleury[103].
-
-Les articles de Pontmartin à la _Quotidienne_ étaient tantôt des
-Causeries littéraires ou artistiques[104], tantôt des chroniques
-humouristiques[105], quelquefois même des Nouvelles, _Dulcinée_[106],
-_Fabiano le Novice_[107], etc. Ils obtinrent tout aussitôt un vif
-succès, même à côté des feuilletons de J.-T. Merle[108], le plus ancien
-des rédacteurs de la _Quotidienne_, esprit fin et sans prétention,
-écrivain élégant, causeur aimable, pour lequel assurément n’avait point
-été créé le proverbe: Faute de grives on prend des merles. Pontmartin
-cependant ne pouvait se décider encore à quitter Avignon, sa famille,
-ses amis, ses habitudes. N’allait-il pas bientôt avoir trente ans, et
-n’était-ce pas un peu tard pour un début à Paris? N’y arriverait-il
-pas d’ailleurs dans d’assez mauvaises conditions? Il était riche et
-gentilhomme, deux méchantes notes, il ne l’ignorait pas. Sans doute
-on lui ferait porter la peine de son titre de comte et de sa modeste
-fortune. On se refuserait à voir en lui autre chose qu’un «amateur», et
-l’on s’obstinerait à le traiter de «cher confrère» du bout des lèvres
-seulement, tandis qu’on l’appellerait «Monsieur le comte» gros comme le
-bras. Le plus sage ne serait-il pas de préférer à l’honneur de devenir
-un membre de la Société des gens de lettres, voire même un académicien,
-le plaisir d’écrire à son aise et à ses heures, sans ambition de
-renommée; de ne point fausser compagnie à la province, de n’aller à
-Paris chaque année que pour y prendre langue et pour revenir bien vite,
-auprès de sa mère, dans l’hôtel du toujours jeune M. de Montfaucon ou
-dans sa vieille maison des Angles?
-
-
-III
-
-Pontmartin disait souvent que les trois événements tragiques qui
-l’avaient le plus frappé et dont il avait gardé la vision toujours
-présente, étaient le choléra de 1832 à Paris, l’inondation du Rhône à
-Avignon et aux Angles en novembre 1840 et les Journées de Juin 1848.
-
-L’automne de 1840 avait été excessivement pluvieux; les plaines
-étaient, depuis trois semaines, entièrement submergées lorsque, le 4
-novembre, l’inondation atteignit son maximum, c’est-à-dire la cote
-de huit mètres qui dépassait de soixante-quinze centimètres les
-plus fortes crues mentionnées dans l’histoire du Comtat. Pontmartin
-et sa mère étaient à ce moment dans leur maison des Angles. Le
-rez-de-chaussée fut envahi par les eaux jusqu’à une hauteur d’un
-mètre vingt au-dessus du sol. Tandis que M^{me} de Pontmartin était
-immobilisée au premier étage, son fils, obligé de pourvoir aux besoins
-de la maison, sortait par une échelle placée à la fenêtre d’une
-chambre au nord-est du logis, à un endroit où le chemin public, qui
-passe derrière les Angles, surplombe de deux mètres le niveau du
-rez-de-chaussée. Une fois sur ce chemin, il lui était facile de monter
-au village, situé au sommet d’une haute colline, de prendre la route
-venant de Nimes qui redescend vers le Rhône, de traverser le pont qui,
-fortement menacé, ne fut cependant ni emporté, ni couvert par les eaux
-et d’arriver à Avignon. Les quatre cinquièmes de la ville étaient
-submergés et on ne circulait qu’en bateau. L’hôtel de Montfaucon, où
-M^{me} de Pontmartin et son fils avaient un appartement, était envahi
-par l’eau jusqu’au premier étage.
-
-Ce qui ajoutait à la désolation et à l’horreur de ces spectacles,
-c’étaient les scènes tragiques dont les plaines qui entourent les
-Angles étaient journellement le théâtre, les nombreux écroulements
-de maisons isolées, les incessants coups de fusil tirés en signe de
-détresse par les malheureux qui se trouvaient bloqués par le fleuve et
-en danger de mort, les efforts des courageux bateliers pour leur porter
-des vivres et des secours, efforts qui n’empêchaient pas toujours des
-catastrophes et qui en amenaient parfois de nouvelles.
-
-Quand il écrira, quelques années plus tard, les _Mémoires d’un
-notaire_, c’est avec ses souvenirs de l’inondation de novembre 1840
-que Pontmartin retracera les scènes de la terrible inondation de
-novembre 1755[109]. Le livre parut seulement en 1849, mais il commença
-d’y songer dès 1842. Cette année-là, en effet, il acheta dans une rue
-assez triste, la rue Banasterie, à l’angle de la rue du Vice-Légat, une
-maison assez belle, dont la porte était surmontée de panonceaux et dont
-la façade était agrémentée d’affiches de toutes couleurs, annonçant les
-ventes, licitations, faillites, jugements et enchères du département.
-C’était la demeure d’un officier ministériel, héritier d’une dynastie
-de notaires. A peine Pontmartin y fut-il installé, qu’il eut l’idée de
-reconstituer par l’imagination tout ce dont ce vieux logis avait été
-témoin depuis un siècle. De là les _Mémoires d’un notaire_, qui ont
-pour cadre la maison de la rue Banasterie.
-
-Pontmartin, à cette date, tournait décidément au propriétaire. Le
-siège de conseiller général, pour le canton de Villeneuve-lès-Avignon,
-étant devenu vacant, il posa sa candidature. Son concurrent, le marquis
-de Fournès, cousin germain du duc Victor de Broglie, fut nommé. Deux
-ans après, en 1844, Pontmartin fut élu à l’unanimité.
-
-Son entrée au Conseil général avait été précédée de son entrée à la
-_Mode_, et, de ce dernier succès, il s’était plus réjoui que de son
-triomphe électoral.
-
-Les trois condamnés de 1839, Jules de Salvador, Ulric de Renoard
-et Frédéric d’Averton, étaient allés passer en Italie l’hiver de
-1842-1843. Leur retour était annoncé pour le mois d’avril, et
-Pontmartin guettait l’arrivée de la malle-poste. Il en vit descendre
-avec eux un petit homme assez laid, mais dont la physionomie originale
-et fantaisiste méritait de ne pas passer inaperçue. Il était si
-expansif, si liant, que les trois Avignonnais et lui s’étant rencontrés
-à Naples quelques semaines auparavant, on en était déjà au tutoiement.
-C’était le vicomte Édouard Walsh, directeur de la _Mode_[110].
-
-La présentation à peine faite, Édouard Walsh dit à Pontmartin: «J’ai
-lu vos articles envoyés à la _Quotidienne_: voulez-vous écrire dans la
-_Mode_?» Dès le 15 mai suivant, l’élégante Revue royaliste publiait
-_le Bouquet de marguerites_. Une seconde nouvelle, _les Trois Veuves_,
-parut dans la livraison du 25 septembre. C’était le début d’une longue
-collaboration.
-
-Le mariage de Pontmartin suivit de près son entrée à la _Mode_. A la
-fin de 1843, il épousa M^{lle} Cécile de Montravel.
-
-Sortie du Forez, la famille de Montravel s’était fixée avant la
-Révolution dans la partie la plus méridionale du Vivarais. Peu après
-la naissance de sa fille[111], M. de Montravel était allé demeurer
-avec sa belle-mère, M^{me} de Larochette, au château du Plantier[112],
-quittant ainsi une Provence pour une Auvergne, tant sont grandes, entre
-le sud et le nord du département de l’Ardèche, les différences de
-langage, de races, de costumes et de cultures. Le château du Plantier
-était la Providence du pays. La vie de ses hôtes était toute de
-piété et de bonnes œuvres. Tous, à l’exemple de la vénérable aïeule,
-semblaient avoir pour devise: _Dieu, le Roi et les Pauvres_. M^{me} de
-Larochette, qui avait couru les plus grands dangers et montré le plus
-ferme courage pendant la Terreur, consacrait son existence à secourir
-les malheureux et à faire refleurir autour d’elle la religion. Elle
-avait restauré dans son voisinage la chapelle de Notre-Dame d’Ay[113],
-que fréquentaient maintenant, comme avant la Révolution, de nombreux
-pèlerins. C’est dans cette chapelle que fut célébré, le 16 décembre
-1843, le mariage d’Armand de Pontmartin et de M^{lle} de Montravel.
-
-Comme deux bons provinciaux, ils firent leur voyage de noces à Paris,
-où ils passèrent deux mois dans la mélancolique rue du Mont-Thabor.
-
-De retour à Avignon, à la fin de février 1844, il reprit sa
-collaboration à la _Mode_. _Marguerite Vidal_ parut dans les numéros
-des 25 juin, 5 et 15 juillet 1844. A cette nouvelle succéda, dans
-les premiers mois de 1845, _Napoléon Potard_, qui avait presque les
-dimensions d’un volume.
-
-M. Walsh écrivit à l’auteur qu’il réussissait, que les lecteurs de
-la Revue étaient ravis, et qu’il ne tenait qu’à lui de se croire un
-écrivain à la mode (sans italiques). La tentation était trop forte. Au
-mois d’octobre 1845, Pontmartin se résolut à aller passer l’hiver à
-Paris.
-
-
-
-
-CHAPITRE VI
-
-LES PREMIÈRES ANNÉES DE PARIS
-
-(1845-1848)
-
- Rue Neuve-Saint-Augustin. Les bureaux de _la Mode_. Jules Sandeau et
- le pavillon de la rue de Lille. _Contes et Rêveries d’un Planteur
- de choux._ M^{me} Cardinal et le cabinet de lecture de la rue des
- Canettes.—_La Mode_ en 1845. Les déjeuners chez Véry. Joseph Méry et
- ses 365 sujets de roman. Rue de Luxembourg. Mort de M^{me} Eugène de
- Pontmartin.—M. François Buloz, _Octave_ et la succession de Gustave
- Planche. Le jardin de la rue Saint-Benoît, Sainte-Beuve et son article
- des _Nouveaux Lundis_.
-
-
-I
-
-Au moment de son arrivée à Paris, à la fin d’octobre 1845, Pontmartin
-n’avait pas encore pris de résolution définitive au sujet de son
-installation dans la capitale. S’y fixerait-il à demeure? N’y
-ferait-il, au contraire, qu’un séjour plus ou moins prolongé? Dans le
-doute, il ne voulut pas louer un appartement et se mettre dans ses
-meubles. Il logea à l’hôtel, rue Neuve-Saint-Augustin. Était-ce à cet
-_hôtel de Richelieu_[114], où Lamartine, dans sa jeunesse, ne manquait
-jamais de descendre, toutes les fois qu’il venait à Paris[115]?
-
-Le 26 octobre, à peine débarqué, il se dirigeait vers la rue
-Neuve-des-Bons-Enfants, franchissait le seuil du numéro 3, montait d’un
-pied hésitant un escalier boiteux, qui lui rappela celui de la _Gazette
-du Midi_, et entrait dans un atelier humide et mal éclairé. C’était là
-que s’imprimait le recueil le plus élégant de cette époque, _la Mode_,
-étalant sur sa couverture jaune paille le double écusson de France et
-de Naples, afin d’affirmer le patronage de la duchesse de Berry. Il
-eut vite fait d’oublier toutes ces laideurs, et il se crut transporté
-dans un palais enchanté, lorsque, quelques instants après, dans son
-cabinet directorial, étroit et sombre, le vicomte Édouard Walsh lui
-dit: «Courage! Je crois que nous allons trouver Sandeau corrigeant les
-épreuves de _Catherine_. Je vous présenterai, et nous irons déjeuner
-ensemble.»
-
-La présentation alla toute seule; il leur sembla que, sans s’être
-jamais vus, ils se reconnaissaient. Jules Sandeau était depuis
-longtemps le romancier de prédilection de Pontmartin, et, de son
-côté, l’auteur du _Docteur Herbeau_ avait vivement goûté, dès leur
-apparition, les premières Nouvelles de son jeune collaborateur, et en
-particulier l’émouvant récit des _Trois Veuves_.
-
-Huit jours après, Pontmartin était accueilli chez Sandeau comme un
-ami. Le romancier habitait alors, rue de Lille, 19, un joli pavillon
-qu’il fallait aller chercher en traversant la cour d’honneur, en
-baissant la tête sous la cage du grand escalier et en pénétrant
-jusqu’au bout du jardin planté d’acacias et de sycomores. «C’est là,
-écrira Pontmartin au lendemain de la mort de Jules Sandeau, c’est
-là que je goûtai, pendant six ou sept ans, les douceurs de l’amitié
-la plus vraie, de l’hospitalité la plus franche. C’est là que les
-conseils, les bonnes paroles de l’auteur de _Marianna_ m’encouragèrent
-à persévérer, me soutinrent dans mes défaillances, me consolèrent dans
-mes tristesses.»
-
-Et un peu plus loin, dans le même article:
-
- Que d’heures charmantes j’ai passées dans ce nid charmant! Je puis
- vous assurer que, à cette époque, en 1845, Jules Sandeau, jeune
- encore[116], ne regrettait plus rien. C’est à peine s’il aiguisait
- d’un peu d’ironie le sourire dont il faisait l’aumône à ses amours
- d’_antan_. Il avait auprès de lui sa femme, sa compagne, si gracieuse,
- si intelligente, mille fois plus dévouée à ses succès que lui-même, et
- son fils, le petit Jules, un délicieux enfant qui était sa plus douce
- joie, et qui devait être un jour son plus mortel désespoir[117]. Le
- babil de ce cher enfant était un véritable enchantement. Il semblait
- parler à un être invisible, sylphe, ange ou fée, et il terminait ses
- phrases par un gazouillement de fauvette qui nous ravissait. Pendant
- les belles soirées d’été, penchés à la fenêtre ouverte, nous écoutions
- cette fraîche mélodie, tandis qu’un vrai rossignol, caché dans les
- massifs de verdure, lançait aux étoiles ses trilles et ses roulades.
- Ah! ce sont là de ces moments qu’il faudrait arrêter au passage, qui
- laissent du moins dans l’âme un peu de leur parfum, comme ces fleurs
- que nous touchons sans les cueillir, et dont l’odeur suave s’attache à
- nos habits et à nos mains[118]!
-
-Au mois de mai 1846, Pontmartin publia son premier ouvrage, _Contes et
-Rêveries d’un planteur de choux_; il était dédié à Jules Sandeau.
-
-La première partie du volume renfermait les récits qui avaient paru
-dans la _Mode_, _Napoléon Potard_, _les Trois Veuves_, _Marguerite
-Vidal_, _le Bouquet de marguerites_. Après les _contes_, venaient les
-_rêveries_, articles humouristiques et de pure fantaisie, que l’auteur,
-à partir de la seconde édition de son livre, a cru devoir sacrifier. Il
-m’écrivait, le 20 novembre 1886:
-
- J’ai supprimé, dans les éditions suivantes, des articles sans
- importance, _Melpomène en Provence_, _Tamburini en voyage_, deux
- épisodes qui ne pouvaient avoir qu’un succès d’à-propos et de
- localité; puis, dans le même genre, _Carpentras apocryphe_ (dont j’ai
- fait plus tard la préface de _la Petite ville_, de Constant Moisand),
- _Carter_, _Robert-Macaire_, feuilletons de province, rien de plus.
-
-Voici, du reste, la liste complète de ces articles, que l’auteur
-avait réunis sous le titre de _Silhouettes d’artistes en Province_:
-_L’Artiste en cage, Carter_; _L’Artiste en haillons, Robert-Macaire;
-’Artiste en crimes_ (Lacenaire); _l’Artiste inconnu, Freischütz en
-Bohême_; _Melpomène en province_; _Tamburini en voyage_; _Carpentras
-apocryphe_.
-
-Pontmartin a-t-il eu raison de supprimer ces _feuilletons_? J’incline
-fort à penser le contraire. Sans doute ils _dataient_ son livre;
-mais je suis, pour mon compte, de ceux qui croient qu’il ne faut pas
-mépriser les dates; et puis, ces chapitres étaient si spirituels,
-d’une si amusante fantaisie, que nous aurions encore aujourd’hui grand
-plaisir à les lire. Maintenant que nous n’avons plus que des auteurs de
-_Tristes_, cela nous changerait un peu.
-
-Mes lecteurs, j’en suis sûr, ne connaissent qu’une seule _dame
-Cardinal_, celle de Ludovic Halévy. J’en ai connu une autre, et
-qui valait mieux. A l’époque où je faisais mon droit—je parle de
-longtemps—il y avait, dans la vieille rue des Canettes, un vieux
-cabinet de lecture, où l’on ne trouvait que de bons livres. Il était
-tenu par _Madame Cardinal_, très connue dans le faubourg Saint-Germain,
-et que les marquises et les vicomtesses de la rue de Varenne et de la
-rue de Grenelle chargeaient volontiers de faire elle-même le choix
-des ouvrages qu’elles devaient, dans la belle saison, emporter à
-la campagne. C’était une très honnête femme et qui n’avait _pas de
-filles_; bonne chrétienne et fervente royaliste, vive, active, enjouée,
-et avec cela femme de goût, elle donnait, à l’occasion, de sages avis
-à ses abonnés. Elle me dit un jour, comme je revenais de vacances:
-«Vous arrivez bien; on vient de me retourner de la campagne un volume
-rarissime, les _Contes et Rêveries d’un planteur de choux_, la première
-édition, la bonne. Je vous recommande surtout les derniers chapitres,
-_Melpomène en voyage_ et le reste. C’est exquis.» Hélas! le cabinet
-de lecture de M^{me} Cardinal est fermé, et le volume de 1846 est
-maintenant introuvable.
-
-Les contes, du reste, deux surtout, étaient bien pour suffire au succès
-du volume. _Le Bouquet de marguerites_ est une anecdote finement
-contée; mais au demeurant, ce n’est qu’une anecdote. Dans _Napoléon
-Potard_, la nouvelle la plus développée du volume, si les scènes
-gracieuses ne font pas défaut, si les détails piquants abondent, l’idée
-première, la fable même du roman est décidément trop romanesque: un
-maréchal d’Empire fait par Napoléon duc d’Iéna, et qui veut que son
-fils, jusqu’au jour où il aura vingt-huit ans, ne connaisse rien de
-sa naissance, de son illustration et de sa fortune. Il faudra que ce
-fils vive jusque-là loin de lui et qu’il lutte, avec des ressources
-médiocres et un nom vulgaire—le nom de _Potard_!—contre les
-difficultés de la vie et les obstacles que la société oppose à ceux
-qui, sans autre titre que leur mérite, demandent leur place au soleil.
-
-_Marguerite Vidal_, au contraire, est un récit achevé. C’est un petit
-roman par lettres qui se passe sous le Consulat, à l’époque de la
-rentrée des émigrés, et qui rappelle les meilleurs ouvrages de M^{lle}
-de Souza, avec plus de finesse encore dans l’analyse et la peinture des
-sentiments.
-
-Dans _les Trois Veuves_, l’auteur a su faire revivre la Vendée de 1793,
-celle de 1815 et celle de 1832. Ce glorieux épisode de notre histoire,
-cette guerre, la plus légitime et en même temps la plus romanesque
-de toutes, n’avait encore fourni à aucun de nos romanciers d’aussi
-heureuses inspirations.
-
-
-II
-
-Édouard Walsh était un vrai journaliste. Il ne lui fallut pas
-longtemps pour deviner quels services lui pourrait rendre Pontmartin,
-avec la diversité de ses goûts, la variété de ses aptitudes et son
-extraordinaire facilité de plume. Au bout de peu de temps, l’auteur de
-_Marguerite Vidal_ devint, à la _Mode_, une sorte de Maître Jacques
-romancier, causeur littéraire, critique dramatique, chroniqueur mondain.
-
-La petite revue, à cette époque, était au plus fort de son succès.
-Elle rachetait les excès, assurément regrettables, de sa polémique
-politique, par l’éclat de sa rédaction littéraire. Son directeur avait
-su grouper autour de lui l’élite des écrivains du temps: Alexandre
-Dumas, Jules Sandeau, Roger de Beauvoir, Léon Gozlan, Alphonse Karr,
-J.-T. Merle, Henry Berthoud, Paul Féval, Philarète Chasles, Amédée
-Achard, Arthur de Gobineau, le marquis de Foudras, le colonel de
-Gondrecourt, Théodore Muret, Alexis de Valon, Alfred des Essarts,
-Eugène Pelletan qui signait _un Inconnu_; M^{me} Sophie Gay, M^{me}
-Ancelot, la comtesse d’Arbouville, la comtesse Merlin, etc. Méry
-ne faisait pas encore partie du groupe; ce fut Pontmartin qui l’y
-introduisit au printemps de 1847.
-
-Le vicomte Walsh donnait chaque semaine chez Véry d’excellents
-déjeuners. Les convives habituels étaient Alfred Nettement, Pontmartin,
-l’avocat royaliste du Theil, Jules Sandeau, Merle, quelquefois Roger
-de Beauvoir. Un jour, Pontmartin amena Méry. Il l’avait entrevu à
-Marseille, trois ans auparavant; l’ayant rencontré à Paris et l’ayant
-trouvé très disposé à écrire dans la _Mode_, bien qu’il eût, vingt ans
-en ça, composé la _Villéliade_ et la _Corbiéréide_, il lui avait donné
-rendez-vous chez Véry. Au premier mot que lui dit M. Walsh pour obtenir
-de lui un roman, l’auteur de _la Floride_ et de _la Guerre du Nizam_
-répondit avec un sang-froid magnifique: «J’ai 365 sujets, un pour
-chaque jour de l’année. Je vais vous les raconter.» Et il raconta le
-premier, intitulé _la Circé de Paris_. Naturellement, Walsh s’écria, en
-battant des mains: «C’est charmant! Nous nous en tiendrons à celui-là!»
-La _Circé de Paris_ parut, en effet, quelques semaines après.
-
-De la fin de 1845 au commencement de 1848, Pontmartin fit, à la
-_Mode_, une campagne de deux ans; il n’est guère de livraison qui ne
-renferme un article de lui. Sous des signatures variées,—_A._—_A.
-P._—_Calixte Ermel_,—_Armand de Pontmartin_,—il publia tour à
-tour des causeries littéraires[119], des causeries mondaines, des
-causeries artistiques[120], des causeries dramatiques. Comme il avait
-de l’invention et que le critique chez lui était doublé d’un conteur,
-lorsque la pièce dont il avait à parler lui paraissait manquée, il ne
-se privait pas du plaisir de la refaire. C’est ce qui lui arriva, par
-exemple, au mois de mars 1847, dans son article sur la comédie de Léon
-Gozlan, _Notre fille est princesse_.
-
-Comme à la _Quotidienne_, Pontmartin, à la _Mode_, entremêlait ses
-causeries de contes et de nouvelles: en 1846, _la Confession d’un
-hachichin_[121]; en 1847, _le Dernier Dahlia_[122] et les _Mémoires
-d’un notaire_[123]. Les _Mémoires d’un notaire_ n’étaient rien moins
-qu’un roman en trois volumes: le premier seul fut publié avant 1848;
-les deux autres furent écrits après la révolution de Février, et nous
-aurons à y revenir.
-
-Après un premier séjour à Paris, d’octobre 1845 à mai 1846, Pontmartin
-avait passé l’été dans le Midi. Il était revenu seulement au mois
-d’octobre 1846, et, cette fois encore, il n’avait pas cru devoir
-prendre un appartement. Il se contenta de louer quelques chambres
-meublées dans la rue de Luxembourg[124].
-
-Le lundi 21 décembre, il venait d’assister, au théâtre de l’Odéon,
-à la répétition générale d’_Agnès de Méranie_. Minuit sonnait aux
-horloges de l’Assomption et de Saint-Roch, quand il rentra chez lui. La
-concierge lui remit une large enveloppe, d’une physionomie officielle,
-portant le timbre du ministère de l’Intérieur. Il l’ouvrit avec un
-pressentiment sinistre, et voici ce qu’il lut:
-
- CABINET DU MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
-
- 21 décembre 1846. Par télégraphe.
-
- Le préfet de Vaucluse prie M. le Ministre de l’Intérieur[125] de faire
- prévenir M. Armand de Pontmartin que l’état de madame sa mère s’est
- fort aggravé depuis quelques heures, et que son oncle[126] l’engage à
- partir immédiatement.
-
- _Le Maître des requêtes,_
- _Chef du Cabinet_,
-
- EDMOND LECLERC[127].
-
-En 1846, le télégraphe aérien ne fonctionnait pas la nuit; il fallait
-plusieurs heures pour la transmission et quand le temps était brumeux
-(cas fréquent en décembre), il fallait souvent toute une journée.
-Madame de Pontmartin était morte presque subitement dans la matinée du
-21 décembre; la dépêche n’était arrivée rue de Luxembourg que dans la
-soirée, après le départ de Pontmartin pour le théâtre.
-
-La santé toujours délicate de sa mère semblait en bonne veine, quand
-il l’avait quittée deux mois auparavant. Lorsqu’il l’avait embrassée
-avant de monter en diligence, elle était presque gaie. Il était parti
-plein de confiance. La dépêche fut pour lui un coup de foudre; elle
-ne disait pas sans doute toute la vérité; mais s’il lui était permis
-de conserver encore une lueur d’espoir, sa douleur et ses inquiétudes
-étaient d’autant plus cruelles, que les moyens de locomotion étaient
-à cette époque d’une effroyable lenteur: par la malle-poste,—qu’il
-fallait retenir longtemps d’avance,—trois nuits et trois jours; par
-la diligence, quatre jours et quatre nuits. En outre, dans la mauvaise
-saison, il suffisait d’une tombée de neige, d’une bourrasque, d’une
-couche de glace à la surface du Rhône ou de la Saône, pour allonger
-indéfiniment le trajet réglementaire.
-
-Le mardi 22 décembre, à dix heures du matin, son cousin le marquis
-de Besplas et son ami Joseph d’Ortigue le hissèrent dans le coupé
-de la diligence. Ce que fut ce voyage, il l’a dit, dans des pages
-émues, au tome II de ses _Mémoires_[128]. Arrivé à Chalon le vendredi
-matin seulement, il put monter sur le bateau à vapeur de la Saône. Le
-lendemain, il prenait à Lyon le bateau du Rhône; le soir, à la nuit
-tombante, il arrivait à Avignon. Ses amis l’attendaient sur le quai.
-Ils se jetèrent dans ses bras, et il n’eut pas à les interroger.
-
-
-III
-
-Au mois d’octobre 1846, lorsque Pontmartin avait quitté Avignon, sa
-mère savait qu’il emportait dans sa valise une nouvelle destinée à
-la _Revue des Deux Mondes_. Elle lui avait dit, avec un bon sourire:
-«Jusqu’ici la _Revue_ m’avait toujours fait peur. Je la crois bien
-encore un peu hérétique; mais elle est certainement en voie de
-s’amender, puisque tu vas y écrire. Je serai heureuse d’y lire ton
-article.»
-
-Quelques mois auparavant, en effet, Jules Sandeau, qui venait de
-terminer son roman de _Madeleine_[129], avait dit un soir à Pontmartin:
-«Il est temps d’agrandir votre cadre; Buloz vous a lu, il veut vous
-connaître; je vais vous conduire rue Saint-Benoît.» Et simplement,
-sans phrases, avec une cordialité toute fraternelle, l’auteur de
-_Mademoiselle de la Seiglière_ s’était fait l’introducteur et le patron
-du modeste auteur des _Trois Veuves_.
-
-Pontmartin avait passé dix ans à rêver _Revue des Deux Mondes_, comme
-les sous-lieutenants rêvent le bâton de maréchal, comme les jeunes
-filles romanesques rêvent le Prince Charmant. Le cœur lui battait donc
-bien fort lorsqu’il se présenta, le 2 avril 1846, devant M. Buloz, sa
-_copie_ à la main et ne demandant pas son salaire. Le tout-puissant
-directeur était dans son cabinet, avec sa culotte de velours noir et
-sa robe de chambre de flanelle bleue. Il fut extrêmement poli, serra
-le manuscrit dans un carton et promit de l’examiner. Quinze jours
-après, il indiquait à l’auteur des changements, des retouches, puis une
-refonte générale.
-
-Son goût était plus instinctif que réfléchi, mais, en somme, très sûr.
-On se trouvait presque toujours bien d’écouter ses avis. La nouvelle,
-légèrement remaniée, parut dans la livraison du 1^{er} février 1847,
-sous le titre d’_Octave_. Elle réussit, et M. Buloz résolut aussitôt de
-s’attacher Pontmartin comme chroniqueur littéraire et dramatique de la
-Revue.
-
-Il était, à cette date, en même temps que directeur de la _Revue
-des Deux Mondes_, commissaire du roi près le Théâtre-Français. A ce
-dernier titre, il ne pouvait pas, en conscience, froisser les auteurs
-en vogue. Il lui fallait ménager M. Scribe, dont deux pièces au moins,
-_Bertrand et Raton_ et _Une Chaîne_, tenaient souvent l’affiche, et
-qui parlait de lui donner une comédie nouvelle en cinq actes[130]. Il
-lui fallait, d’autre part, assurer le succès d’Alfred de Musset, qui
-allait débuter à la Comédie-Française avec _le Caprice_, rapporté de
-Saint-Pétersbourg, par M^{me} Allan. Malheureusement Scribe et Musset
-étaient aussi mal l’un que l’autre dans les papiers de Gustave Planche,
-qui était alors chargé, chez M. Buloz, de la critique théâtrale. Depuis
-douze ou quinze ans, il faisait hautement profession de mépriser
-le talent de M. Scribe. Il ne pouvait le prendre d’aussi haut avec
-Musset, qui était l’un des principaux collaborateurs de la _Revue_;
-mais brouillé avec le poète pour les beaux yeux de M^{me} Sand, il
-le traitait par la prétérition, il se déclarait décidé à ne pas dire
-un mot de son _Proverbe_, si on le représentait. Comment faire?
-Comment se tirer de cette situation complexe et concilier les intérêts
-du directeur de la _Revue_ et ceux du commissaire royal? M. Buloz
-n’hésita pas; il enleva à Gustave Planche sa férule, et il la remit aux
-mains plus légères et mieux gantées du très spirituel rédacteur des
-_Causeries dramatiques_ de _la Mode_.
-
-Pendant près de cinq ans, du 1^{er} mai 1847 au 15 mars 1852, il fut
-le chroniqueur attitré de la _Revue_, rendant compte à la fois des
-pièces de théâtre et des livres. Il y eut là pour lui, surtout dans
-les premiers mois et jusqu’en février 1848, des heures délicieuses, ce
-qu’il appellera plus tard sa lune de miel littéraire.
-
-La _Revue des Deux Mondes_ ne comptait guère alors que deux à trois
-mille abonnés; mais elle était la _Revue_, la première, la seule. Son
-influence dépassait nos frontières et s’étendait sur toute l’Europe.
-Ses rédacteurs n’étaient pas payés bien cher, mais dans cette glorieuse
-pléiade, il y en avait plus de sept qui étaient _illustres_: Alfred
-de Musset, Augustin Thierry, Prosper Mérimée, Alfred de Vigny,
-Sainte-Beuve, Ludovic Vitet, Victor Cousin, Henri Heine[131].
-
-Elle ne se permettait pas, d’ailleurs, d’autre luxe que celui d’une
-rédaction exceptionnellement brillante. Son logis était modeste, une
-humble et bourgeoise maison, au numéro 20 de la rue Saint-Benoît, qui
-offrait pourtant cette double singularité d’appartenir à un futur
-académicien, M. Saint-René Taillandier, et de posséder un jardin au
-premier étage. Le souvenir de ce jardin légendaire, suspendu comme
-ceux de Babylone et dont George Sand avait été longtemps la Sémiramis,
-devait être toujours cher à Pontmartin, qui écrira trente ans plus tard
-dans ses _Nouveaux Samedis_:
-
- Que n’a-t-on pas dit de ce jardin? Je crois que les solliciteurs,
- les martyrs et les refusés de la _Revue_ l’ont jugé à travers leurs
- frayeurs ou leurs rancunes. Pour moi, il ne m’a jamais paru que
- les fleurs y fissent des piqûres d’orties et que la verdure y fût
- jaune. J’aimais cette salle d’attente avec son ombre discrète, ses
- économies de soleil et ses allées étroites enroulées autour de son
- microscopique tapis de gazon. J’ai passé là d’agréables heures,
- ruminant un sujet d’article, méditant sur les corrections demandées,
- attendant une épreuve, jasant avec un merle à peu près apprivoisé qui
- semblait chargé de siffler les manuscrits suspects et qui s’acquittait
- vaillamment de la besogne. De temps à autre, par les fenêtres
- entr’ouvertes, m’arrivait un bruit de tempête et j’aurais été tenté
- de redire le _suave mari magno_... de Lucrèce, si je n’avais songé
- que j’étais moi-même à bord du navire, sur cette mer agitée par les
- vents. J’entendais le maître, en proie à la fièvre de la veille du
- numéro, se déchaîner tour à tour contre M. de Mars[132],—toujours
- en carême!—contre le prote, contre le rédacteur absent ou présent,
- contre une malheureuse _coquille_ oubliée sur une moyenne de deux
- cents pages. Il y avait de mauvais moments; mauvais moments dont on
- fait plus tard,—trop tard,—de bons souvenirs[133]!
-
-On se réunissait presque tous les jours, de quatre à six heures, dans
-les bureaux de la Revue, Sainte-Beuve ne manquait guère d’y venir et
-c’était une fête pour Pontmartin de causer avec le célèbre critique.
-L’auteur des _Portraits littéraires_, à cette date de 1844, était
-bien loin d’être ou du moins de se montrer ce qu’il sera plus tard,
-sous le second Empire, quêteur de popularité, associant Brutus à
-César, positiviste et matérialiste, archevêque du _diocèse_ où fleurit
-l’athéisme. Il fréquentait chez M. Guizot et surtout chez M. Molé,
-qu’il aimait à visiter en son château du Marais; il était conservateur
-en politique comme en littérature, aussi loin maintenant d’Armand
-Carrel que de Victor Hugo. Sa figure rabelaisienne et narquoise
-s’éclairait d’un pieux sourire lorsqu’il parlait de sait religion et
-du catholicisme, pour lequel il professait le plus profond respect.
-Quelquefois, il est vrai, il disait à Pontmartin: «Quand vous parlez
-des anciens, ne craignez jamais d’en trop dire. Quand vous parlez
-des contemporains n’ayez jamais l’air d’être leur dupe[134]!» Malgré
-tout son esprit, Pontmartin était au fond un naïf. Il fut la dupe de
-Saint-Beuve et il devint son ami. Voici du reste comment ce dernier,
-dans ses _Nouveaux Lundis_, parle de leurs premières rencontres dans
-les bureaux de la rue Saint-Benoît:
-
- Quand je le vis arriver à Paris et s’adresser pour ses premiers
- essais critiques à la _Revue des Deux Mondes_, où un compatriote de
- Castil-Blaze[135] avait naturellement accès, c’était un homme qui
- n’était plus de la première jeunesse, spirituel, aimable, liant, point
- du tout intolérant, quoique dans la nuance légitimiste. Il avait déjà
- écrit quelques contes ou nouvelles, il s’était essayé dans la presse
- de province et il aspirait à faire des articles critiques plus en vue.
- J’avoue que mon premier pronostic lui fut aussitôt favorable. Il avait
- la plume facile, distinguée, élégante, de cette élégance courante, qui
- ne se donne pas le temps d’approfondir, mais qui sied et suffit au
- compte rendu de la plupart des œuvres contemporaines[136].
-
-Tout cela est au demeurant assez juste, à la condition pourtant
-d’ajouter que les _comptes rendus_ de Pontmartin avaient une réelle
-originalité. La Revue, avant lui, avait eu des critiques très
-pédantesques et très lourds comme Gustave Planche, ou très érudits
-et très fins comme Sainte-Beuve lui-même. Elle n’avait pas encore eu
-un véritable causeur littéraire, c’est-à-dire un homme d’esprit qui,
-sans _approfondir_, je le veux bien, sans _appuyer_, glisse avec grâce
-sur les sujets les plus divers, passe du roman de la semaine dernière
-à l’opéra-comique de la veille et à la comédie du jour, parlant de
-tout avec goût, avec mesure, avec malice, et sachant à l’occasion
-cacher, sous un mot piquant, une vérité sérieuse et une utile leçon. Ce
-chroniqueur littéraire, ce causeur qui avait jusqu’alors manqué à M.
-Buloz, Pontmartin le fut pendant cinq ans. Et comme il n’avait pas eu
-de prédécesseur à la Revue, il n’y a pas eu non plus de successeur: on
-ne l’a pas remplacé.
-
-Ces chroniques de la _Revue des Deux Mondes_, de 1847 à 1852, sont
-au nombre de vingt-six: elles formeraient aisément deux ou trois
-volumes. Pontmartin n’en a jamais réimprimé une seule ligne. Combien
-de centaines d’articles n’a-t-il pas ainsi laissé perdre, sans vouloir
-prendre le temps et la peine de les recueillir! Rien ne le mortifiait
-plus, nous le savons, que de s’entendre appeler _Monsieur le comte_:
-son unique ambition était d’être un _homme de lettres_.—Oui, mais il
-restait malgré tout un _gentilhomme_, et il semait sans compter ses
-articles sur sa route, comme d’autres jettent leurs pièces d’or.
-
-
-
-
-CHAPITRE VII
-
-LA RÉPUBLIQUE DE FÉVRIER
-
-L’OPINION PUBLIQUE
-
-(1848-1852)
-
- Rue d’Isly. Sainte-Beuve et le 1^{er} janvier 1848. Le 24
- février.—Fondation de l’_Opinion publique_.—Comment se faisait
- un journal en l’an de grâce 1848.—Rédacteur en chef sans
- appointements.—Les _Jeunes_ à l’_Opinion publique_.—Ponson du
- Terrail et Henri de Pène.—Cham et Armand de Pontmartin.—Les
- _Lettres d’un sédentaire_ et les _Mémoires d’Outre-Tombe_.—La
- _Sixième du second de la première_.—Le 16 avril et le 15 mai. Les
- journées de Juin. La barricade de la rue Lafayette, le lieutenant
- Paul Rattier et le caporal Émile Charre.—Le ministère de M. de
- Falloux et la Bibliothèque de Jules Sandeau.—Les _Mémoires d’un
- notaire_.—L’Odyssée électorale de M. Buloz et les marronniers des
- Angles.—La revision de la Constitution et le conseil général du Gard.
- La Taverne de Richard-Lucas. Le coup d’État du 2 décembre. Suppression
- de l’_Opinion publique_.
-
-
-I
-
-Puisque le succès décidément était venu, Pontmartin ne pouvait pas
-continuer de vivre à Paris en camp volant; il lui fallait avoir
-maintenant un vrai domicile. A la fin de décembre 1847, il quitta
-le passage de la Madeleine, où il logeait depuis le mois d’octobre
-précédent et il s’installa dans un petit appartement de la rue d’Isly,
-près la gare Saint-Lazare.
-
-L’année 1848 commença bien, sinon pour les hôtes du château[137], du
-moins pour le nouveau locataire de la rue d’Isly. Le matin du 1^{er}
-janvier, il vit entrer chez lui Sainte-Beuve qui venait de monter
-ses trois étages pour lui souhaiter la bonne année et lui apprendre
-la prise d’Abd-el-Kader. Quelques jours après, le Théâtre-Français
-annonçait la prochaine représentation du _Puff_ de M. Scribe. Pour en
-mieux assurer le succès, qu’il tenait d’ailleurs pour certain, M. Buloz
-donna la veille même de la _première_, un petit dîner d’intimes et de
-critiques influents, auquel Pontmartin fut invité, et qui réunissait
-Jules Janin (_Journal des Débats_), Théophile Gautier (_la Presse_),
-Hippolyte Rolle (_Constitutionnel_), Alfred de Musset, Charles Magnin
-et Régnier, homme d’esprit, comédien charmant, fin lettré, chargé
-d’un des principaux rôles. Si, le lendemain, la pièce n’obtint qu’un
-demi-succès, Pontmartin n’en fut pas autrement affligé, et il se
-consola vite en écrivant sur _le Puff_ deux articles qui parurent,
-l’un dans la _Mode_, sous la signature _Calixte Ermel_, le 26 janvier;
-l’autre, le 1^{er} février, dans la _Revue des Deux Mondes_.
-
-L’horizon politique cependant s’assombrissait de jour en jour. Trois
-fois par mois, dans la _Mode_, Alfred Nettement annonçait que la
-révolution était proche, qu’elle allait éclater, que ce n’était plus
-qu’une question de semaines, de jours, d’heures peut-être. Pontmartin
-n’en croyait pas un traître mot. Au milieu de février, ses affaires
-le rappelant aux Angles, il crut pouvoir quitter Paris sans trop
-d’inquiétude ou de scrupule. Le 24 février le surprit à Avignon, d’où
-il adressa à la petite Revue de la rue Neuve-des-Bons-Enfants une
-longue causerie sur _la Révolution de février en province_. Dès les
-premiers jours de mars, il était de retour rue d’Isly. Les républicains
-pullulaient à ce moment. Hier encore une pincée, ils étaient légion
-maintenant. Parmi les royalistes eux-mêmes, plusieurs, et non des
-moindres, M. Berryer, M. de Larcy, M. de Falloux, estimaient que le
-devoir et la loyauté leur commandaient, non certes de se rallier au
-nouveau gouvernement, mais de lui laisser provisoirement le champ
-libre, de ne pas ajouter à ses embarras, de lui accorder assez de
-temps pour montrer ce dont il était capable ou incapable. Pontmartin
-ne blâma pas ceux de ses amis qui croyaient devoir adopter cette ligne
-de conduite. Elle le laissait d’ailleurs sans inquiétude: il était
-bien sûr, en effet, que la République les obligerait bientôt, par ses
-sottises et ses maléfices, à lui retirer leur adhésion transitoire.
-Mais s’il ne blâma point ses amis, il ne les suivit pas. S’il n’avait
-pas ménagé les épigrammes au gouvernement de Juillet, il s’était
-soigneusement tenu à l’écart de toute compromission, de toute alliance
-avec l’opposition républicaine. Royaliste de sentiment et de raison, il
-redisait volontiers avec Homère: «Le gouvernement de plusieurs n’est
-pas bon; qu’il n’y ait qu’un maître et qu’un roi!» et avec Corneille:
-
- Le pire des états, c’est l’état populaire.
-
-Le régime démocratique était à ses yeux le plus détestable des
-gouvernements, _omnium deterrimum_; il ne voulut pas l’accepter, le
-saluer, ne fût-ce qu’un jour, ne fût-ce qu’une heure.
-
-La Révolution de Février, si elle n’avait pas tué _la Mode_, lui
-avait porté un coup dont elle ne devait pas se relever. N’ayant plus
-Louis-Philippe à cribler de ses épigrammes, elle avait perdu sa raison
-d’être. M. Edouard Walsh, directeur plein d’entrain et de verve
-mondaine, aurait peut-être pu la soutenir; mais, à la suite d’un riche
-mariage, il avait passé la main à un M. de J..., qui avait tout ce
-qu’il fallait pour changer la retraite en débâcle et en déroute. Elle
-ne vivait plus que d’une vie précaire, logeant le diable en sa bourse,
-et voyant s’éloigner l’un après l’autre ses meilleurs rédacteurs.
-Seuls, Nettement et Pontmartin lui restèrent fidèles, bien qu’elle eût
-cessé de les payer. De 1848 à 1850, Pontmartin y donna de nombreuses
-chroniques, parlant de tout, de littérature, d’art, de politique,
-passant du Théâtre-Français au Salon de peinture[138], rendant compte
-un jour des _Mémoires d’Outre-Tombe_, de Chateaubriand[139], un autre
-jour des _Confessions d’un révolutionnaire_, de Proudhon[140], mêlant à
-ses chroniques parisiennes des chroniques de province, et, dans toutes,
-affirmant hautement sa foi monarchique. Malheureusement, publiés dans
-la _Mode_, ces articles ressemblaient à des feux d’artifice tirés dans
-une cave. Il fallait trouver autre chose: Alfred Nettement et Armand de
-Pontmartin se résolurent à fonder un journal quotidien.
-
-Dans ses _Épisodes littéraires_[141], Pontmartin a raconté la
-naissance et la mort de l’_Opinion publique_. Le ton épigrammatique
-de ce chapitre serait de nature à donner le change sur la valeur de
-la feuille dont il fut l’un des rédacteurs en chef, sur les services
-qu’elle rendit, sur le rôle à la fois si honorable et si brillant qu’y
-joua Pontmartin lui-même. Je voudrais, dans les pages qui vont suivre,
-faire mieux connaître un journal qui a eu son heure d’éclat; qui, dans
-un temps où la presse n’était pas sans gloire, où les journalistes
-s’appelaient Louis Veuillot, Laurentie, Emile de Girardin, Lamartine,
-Proudhon, Eugène de Genoude[142], Silvestre de Sacy, Saint-Marc
-Girardin, John Lemoinne, a marqué sa place au premier rang.
-
-
-II
-
-Le 27 mars 1848, eut lieu, chez Alfred Nettement[143], rue de
-Monceau-du-Roule, une petite réunion, à laquelle il avait convoqué
-Armand de Pontmartin, Théodore Muret[144], l’un des plus anciens
-rédacteurs de la _Mode_, et Adolphe Sala, ex-officier de la garde
-royale, démissionnaire en 1830, compromis en 1832 dans le procès du
-_Carlo-Alberto_, et qui, depuis, s’était occupé d’affaires, sans
-abandonner la politique. On tint conseil. Entre les deux principaux
-organes du parti légitimiste, il y avait évidemment une place à
-prendre, pour un journal plus jeune d’idées, plus vif d’allures que
-l’_Union_[145], moins absorbé que la _Gazette de France_ par l’étude
-abstraite des théories philosophiques et politiques. De cela nos
-quatre amis tombèrent aisément d’accord, et ils se dirent: «Faisons un
-journal.»
-
-Aussi bien, rien n’était plus facile. Il ne s’agissait que d’aller
-chez un imprimeur,—avec de l’argent toutefois. Mais il en fallait si
-peu! assez seulement pour payer les frais de composition et de tirage
-du premier numéro, et, en mettant les choses au pis, des cinq ou six
-suivants. Ce serait affaire aux abonnés—ils ne pouvaient manquer de
-venir—de faire le reste.
-
-Les premiers fonds furent fournis par des amis de Nettement, le duc
-des Cars, M. de Saint-Priest, M. d’Escuns. Un imprimeur royaliste,
-M. Brière, rue Sainte-Anne, très lié avec Théodore Muret, offrit ses
-presses. Il fallait un bureau. Pour n’avoir pas à payer de loyer,
-on accepta l’hospitalité de la _Mode_, qui avait quitté la rue
-Neuve-des-Bons-Enfants et qui occupait alors, au numéro 25 de la rue
-du Helder, un petit local dans le fond de la cour, au rez-de-chaussée,
-avec une pièce fort étroite à l’entresol. Entre temps, on s’était mis
-d’accord sur le titre: le journal s’appellerait l’_Opinion publique_.
-Restait à trouver un gérant, c’est-à-dire un brave homme prêt à faire
-de la prison toutes les fois qu’il le faudrait. On l’avait sous la main
-dans la personne d’un Vendéen, combattant de 1832, M. P. Voillet, qui
-avait déjà fait sous Louis-Philippe plusieurs séjours à Sainte-Pélagie,
-pour le compte de la _Mode_, et qui ne demandait qu’à recommencer.
-
-On avait un titre, un imprimeur, un bureau, un gérant. Le 2 mai 1848,
-deux jours avant la réunion de l’Assemblée nationale, le premier numéro
-parut avec cet en-tête:
-
- RÉDACTEURS EN CHEF
-
- _Politique_: M. ALFRED NETTEMENT.
-
- _Littérature_: M. A. DE PONTMARTIN.
-
-Le journal[146], au début, se faisait d’une assez drôle de façon. Dans
-la journée, la salle de rédaction était presque toujours vide. Le soir,
-elle se remplissait d’amis, de députés de la droite, qui venaient
-aux nouvelles ou qui en apportaient. On fumait beaucoup, on causait
-davantage encore. Cependant dix heures et demie, onze heures sonnaient
-à la pendule: «Voyons, messieurs, disait gravement Théodore Muret, il
-faut laisser Nettement faire son grand article.»
-
-De quart d’heure en quart d’heure, le sage Muret reproduisait sa
-motion. Enfin, sur le coup de minuit, on se retirait. Resté seul,
-Nettement se mettait à la besogne. Il couvrait de sa grande écriture de
-nombreux feuillets, dont le metteur en pages s’emparait vite au fur et
-à mesure de leur achèvement. Après son grand article, il en composait
-un second, puis quelquefois un troisième. On finissait toujours par
-paraître, mais on manquait souvent le chemin de fer. L’accident du
-reste ne causait pas grande émotion. «Ah çà! messieurs, se bornait-on à
-dire, le journal n’est pas encore parti ce matin; il faudrait pourtant
-s’arranger différemment.»
-
-Les lettres des abonnés de province se succédaient alors, toutes
-conçues à peu près dans les mêmes termes: «Monsieur le rédacteur, je me
-suis abonné à votre excellent journal, et je vous avoue que c’est dans
-l’intention de le recevoir. S’il ne me manquait qu’une fois de temps en
-temps, passe; mais il me manque deux ou trois fois par semaine. C’est
-un accident, je le veux bien; mais comment se fait-il qu’il soit si
-fréquent[147]?»
-
-Eh bien! le journal, malgré tout, prospérait. S’il était fait un
-peu à la diable, il ne laissait pas d’être très bien fait. Outre ses
-grands articles, Alfred Nettement donnait chaque jour sous ce titre:
-_Impressions à la Chambre_, la physionomie de la séance de l’Assemblée.
-Armand de Pontmartin publiait des _Chroniques de Paris_, qui étaient
-les plus spirituelles du monde. La politique, à ce moment, n’était
-pas renfermée tout entière dans l’enceinte du Palais-Bourbon; elle
-était partout, dans les cafés, sur la place publique, à la Bourse et
-sur les boulevards. Théodore Muret et Adolphe Sala avaient charge de
-recueillir tous les bruits, de multiplier les _échos_, et, à côté de
-la physionomie de la Chambre, de peindre la physionomie de la rue. Et
-ainsi l’_Opinion publique_ avait les allures d’un petit journal autant
-que d’une feuille sérieuse. C’était une _Gazette de France_ en pleine
-jeunesse, une _Quotidienne_ de vingt ans.
-
-Après les journées de Juin, trois écrivains de réelle valeur, MM. de
-Lourdoueix[148], Albert de Circourt[149] et Alphonse de Calonne[150]
-vinrent renforcer la rédaction du journal. A la fin de 1848, après
-huit mois seulement d’existence, l’_Opinion publique_ avait six mille
-abonnés.
-
-Le 28 mai 1849, elle transporta ses bureaux rue Taitbout, numéro 10.
-Alfred Nettement venait d’être nommé à l’Assemblée législative par
-les électeurs du Morbihan. La situation nouvelle qui lui était faite
-ne pouvait manquer d’accroître encore l’importance de son journal.
-Celui-ci pourtant, à cette heure-là même, traversait une crise grave.
-
-Il ne suffit pas, pour qu’un journal vive et prospère, qu’il ait des
-écrivains de talent, des abonnés, un public; besoin est qu’il ait
-aussi un financier, un calculateur, et l’_Opinion publique_ n’en avait
-pas. Si la rédaction était remarquable, l’administration n’était rien
-moins que sage. On avait agrandi le format et on avait abaissé le prix
-de l’abonnement. On avait multiplié, au delà de toute prudence, les
-_Abonnements de propagande_. On publiait chaque jeudi un _Supplément
-populaire_, qui était très onéreux. Un jour vint où il fallut bien
-s’avouer que les recettes et les dépenses ne s’équilibraient plus.
-Que faire? Suspendre le journal, au moment où son influence était en
-progrès, alors qu’il rendait de véritables services? Il n’y fallait pas
-songer. Relever le prix d’abonnement? C’était bien périlleux; c’était,
-dans tous les cas, aller contre le but auquel tendaient les fondateurs,
-qui avaient surtout voulu faire œuvre de propagande.
-
-Adolphe Sala proposa de recourir à un moyen héroïque. «Nous ne
-pouvons, dit-il, ni supprimer ni réduire les dépenses matérielles, les
-frais d’employés. Impossible également de ne pas payer les feuilletons
-et les articles en dehors. Reste la rédaction habituelle. Décidons
-qu’elle sera gratuite. Que l’honneur de servir notre cause soit
-notre seul salaire, et travaillons gratis tant qu’il plaira à Dieu.»
-La motion fut votée à l’unanimité. Alfred Nettement et Pontmartin
-restèrent rédacteurs en chef... sans appointements[151]. Et jamais ils
-n’apportèrent plus de zèle, jamais ils ne fournirent plus de copie.
-
- * * * * *
-
-A quelque chose malheur est bon. Ne pouvant, faute de fonds,
-s’adresser aux romanciers en vogue, aux feuilletonistes célèbres, les
-directeurs de l’_Opinion publique_ ouvriront leurs colonnes aux talents
-nouveaux, à ceux qui n’ont pas encore un nom, mais qui sont capables de
-s’en faire un. Les _Jeunes_ seront toujours sûrs de trouver près d’eux
-bon accueil. Un jour, c’est un jeune homme de dix-neuf ans qui apporte
-rue Taitbout une nouvelle intitulée _la Vraie Icarie_ et signée _Pierre
-du Terrail_. Elle est insérée sans retard[152] et il se trouve que,
-ce jour-là, Pontmartin a présenté au public l’auteur des _Exploits de
-Rocambole_ et de tant d’autres romans-feuilletons[153]. Un autre jour,
-c’est Moland[154], destiné à devenir un de nos principaux médiévistes,
-qui fait recevoir une suite d’articles sur la _Condition des savants
-et des artistes au XIII^e siècle_. Comme Ponson du Terrail, Henri de
-Pène[155] n’avait que dix-neuf ans, lorsque, au mois d’octobre 1849,
-il se présenta aux bureaux du journal, où il est admis aussitôt comme
-reporter. On lui confiera bientôt les petits théâtres, puis l’intérim
-des grands, quand Alphonse de Calonne se trouvera, d’aventure, empêché.
-Il publiera d’aimables proverbes, _Il n’y a pas de fumée sans feu et
-de feu sans fumée_, ou encore _Jeunesse ne sait plus_. Au besoin, il
-faisait l’article politique, et le premier-Paris ne l’effrayait pas. Le
-premier de chaque mois, il rédigeait les _Tablettes du mois_ qui venait
-de finir, et jamais on ne mit tant d’esprit dans un almanach:
-
- Dans le calendrier lisez-vous quelquefois?
-
-Barbey d’Aurevilly avait quarante ans sonnés en 1849, mais il pouvait
-passer pour un _jeune_, puisqu’il était encore à peu près inconnu. Il
-fit paraître dans l’_Opinion publique_ ses articles sur _les Prophètes
-du passé_, sur Joseph de Maistre et M. de Bonald[156], et un peu plus
-tard une étude sur _Marie Stuart_[157].
-
-
-III
-
-Pontmartin, au besoin, aurait pu se passer d’aides; il eût pu se
-dispenser de chercher des collaborateurs. Il a donné à l’_Opinion
-publique_, pendant cette campagne de quatre ans, plusieurs centaines
-d’articles. Je ne crois pas qu’il y ait un autre exemple, dans la
-presse littéraire, d’une pareille fécondité. Ces articles (sauf trois
-sur les _Chansons de Béranger_), il n’a pas voulu les conserver et les
-réunir, sans doute parce qu’_ils étaient trop_; peut-être aussi a-t-il
-trouvé que la politique y tenait trop de place. J’estime qu’il a eu
-tort.
-
-Il y a politique et politique, comme il y a fagots et fagots. Celle
-de Pontmartin était bonne et n’a rien perdu à vieillir. Avec lui,
-d’ailleurs, tant il avait d’esprit, de bon sens et de belle humeur, la
-politique même est encore de la littérature, et de la meilleure.
-
-Les articles qu’il a écrits de 1848 à 1852 se peuvent diviser en
-quatre séries bien distinctes, les Chroniques de Paris, les Causeries
-musicales, les Causeries dramatiques et artistiques, et les Causeries
-littéraires.
-
-«Pour raconter heureusement sur les petits sujets, il faut trop de
-fécondité, c’est créer que de railler ainsi et faire quelque chose
-de rien.» Cette parole de La Bruyère pourrait servir d’épigraphe aux
-_Courriers de Paris_ d’Armand de Pontmartin. C’est avec des riens
-qu’il trouve moyen de composer ses plus jolies chroniques. Il prend,
-par exemple, l’_Almanach national_ de MM. Guyot et Scribe, et avec
-cet almanach il fait un article qui renferme les traits les plus
-piquants et, à côté des anecdotes les plus drôles, les leçons les plus
-sages[158]. Un autre jour,—c’était le 1^{er} janvier 1850,—assisté
-de son collègue et ami maître Calixte Ermel, il publie, après l’avoir
-préalablement ré-rédigé lui-même, le _Testament d’une défunte_, feu
-l’année 1849. Jamais, depuis le _Légataire universel_ de Regnard,
-on n’avait eu tant d’esprit par-devant notaire. Et la _Lettre d’un
-représentant de province à un de ses amis_, et les _Bulletins de la
-République... des lettres!_ Comme tout cela est vif, léger, aimable,
-et comme, à la lecture de ces pages écrites de verve, le mot de M^{me}
-de Sévigné vous revient vite à la mémoire: «Mes pensées, mon encre, ma
-plume, tout vole!»
-
-Les temps étaient durs, les craintes étaient grandes, la tristesse
-était générale. Seul, un homme avait réussi à dérider les fronts,
-à ramener le sourire sur les lèvres. Chaque matin, chaque soir, le
-crayon de Cham[159] se chargeait de consoler les honnêtes gens, de
-les rassurer, de les réjouir, en saisissant au vol le côté comique
-de ces épisodes et de ces personnages, éphémères créations de la
-nouvelle République. Les légendes étaient encore plus spirituelles
-que les dessins. Un matin, c’était un bourgeois du Marais marchandant
-un poisson et s’écriant: «J’aimerais autant qu’il ne fût pas de
-la veille.» Le soir, c’était un pur, un humanitaire qui, pour
-sauver le genre humain, demandait trois cent mille têtes, et à qui
-l’imperturbable Cham répliquait: «Monsieur est coiffeur?»
-
-Ce que le crayon de Cham fut alors pour tous les Parisiens, la plume
-de Pontmartin le fut, au même moment, pour les lecteurs de l’_Opinion
-publique_. L’écrivain et le dessinateur étaient doués l’un et l’autre
-d’une incroyable facilité d’improvisation; ils rivalisaient aussi à
-qui serait le plus _réactionnaire_ des deux. Un joyeux compagnon,
-Auguste Lireux[160], avait tracé, au sortir des séances de l’Assemblée
-constituante, de très piquants croquis des premiers élus du suffrage
-universel. Cham joignit à son texte des _charges_ d’une étonnante
-bouffonnerie, et de leur collaboration sortit un grand et beau volume,
-qui était tout bonnement un chef-d’œuvre, l’_Assemblée nationale
-comique_. Pourquoi la fantaisie n’est-elle pas venue au comte de
-Noé d’illustrer les _Chroniques de Paris_ du comte de Pontmartin,
-avec lequel il était lié? Nous aurions eu un livre aussi amusant
-que l’_Assemblée nationale comique_ et qui aurait pu prendre pour
-épigraphe: _Les bons comtes font les bons amis_.
-
-Pontmartin, dans les _Souvenirs d’un vieux mélomane_, publiés en 1878,
-a fait revivre pour nous l’âge héroïque de la musique dramatique,
-ces temps qui semblent aujourd’hui perdus dans la brume des fictions
-mythologiques, où Nourrit, Duprez, Levasseur, M^{lle} Falcon et
-M^{me} Damoreau chantaient à l’Opéra, où M^{me} Malibran et M^{lle}
-Sontag, Rubini, Lablache et Tamburini chantaient aux Italiens: _Tempi
-passati!_... En 1849 et en 1850, la salle Ventadour et la vieille
-salle de la rue Lepeletier comptaient encore d’admirables chanteurs.
-Pontmartin se réserva, dans l’_Opinion publique_, le département de la
-musique, et il écrivit dans son journal, sous le titre de _Causeries
-musicales_, des pages où, après plus d’un demi-siècle, on croit
-entendre comme un écho lointain de ces merveilleux opéras bouffes
-qu’interprétaient alors Lablache, Mario et Ronconi, M^{me} Persiani
-et M^{lle} Sophie Véra. Le Théâtre-Italien était son théâtre préféré.
-Malheureusement, l’heure n’était plus à ces jouissances délicates, à
-ces réunions mélodieuses. Les spectateurs se faisaient de plus en plus
-rares, et souvent en sortant d’une représentation où _La Cenerentola_,
-_Don Pasquale_, _Il Matrimonio segreto_ avaient été joués dans le
-désert, il se demandait si son cher théâtre n’allait pas, d’ici à peu
-de temps, fermer ses portes pour ne plus les rouvrir, si les électeurs
-d’Eugène Sue et du citoyen de Flotte ne diraient pas bientôt aux
-dilettantes, comme la fourmi de La Fontaine:
-
- Vous chantiez, j’en suis fort aise;
- Eh bien, _dansez_ maintenant!
-
-Ses causeries sur le Théâtre-Italien, sur _La Gazza ladra_ ou
-l’_Elisire d’Amore_, ont la tristesse d’une chose qui va finir et le
-charme mélancolique d’un adieu.
-
-Le critique théâtral de l’_Opinion publique_ était Alphonse de Calonne.
-S’agissait-il cependant d’une _grande première_, de la comédie ou
-du drame d’un poète, c’était Pontmartin qui en rendait compte. De
-là, plusieurs _Causeries dramatiques_, sur la _Gabrielle_ d’Émile
-Augier[161], le _Toussaint Louverture_, de Lamartine[162], la _Fille
-d’Eschyle_, de Joseph Autran[163], le _Martyre de Vivia_, de Jean
-Reboul[164].
-
-Pontmartin avait fait deux _Salons_ à la _Mode_, celui de 1847 et
-celui de 1848. Dans l’_Opinion publique_, il donne, à l’occasion, des
-_Causeries artistiques_ où il apprécie tantôt les _Peintures du grand
-escalier du Conseil d’État (Palais d’Orsay) par M. Chasseriau_[165],
-tantôt les _Peintures monumentales de M. Hippolyte Flandrin à l’église
-Saint-Paul de Nimes_[166], ou encore _la Nouvelle fontaine de Nimes et
-les statues monumentales de Pradier_[167].
-
-C’est le 1^{er} octobre 1849 que Sainte-Beuve entreprit sa campagne
-des _Lundis_ au _Constitutionnel_. Le 11 février précédent, Pontmartin
-avait inauguré ses _Causeries littéraires_ à l’_Opinion publique_.
-Les principales sont consacrées à l’_Esclave Vindex_ et aux _Libres
-Penseurs_ de Louis Veuillot, aux _Confidences_ et au _Raphaël_ de
-Lamartine, à l’_Histoire du Consulat et de l’Empire_ de M. Thiers, au
-_Journal de la Campagne de Russie en 1812_, par le duc de Fezensac, aux
-romans de Jules Sandeau et à ceux de Charles de Bernard. Les Causeries
-de 1851, écrites pour la plupart à Avignon et aux Angles, parurent sous
-le titre de _Lettres d’un Sédentaire_. Elles sont au nombre de seize
-et marquent un réel progrès dans le talent de l’auteur. Il a plus de
-loisirs qu’à Paris, et il en profite; il ne craint pas d’entrer, quand
-il le faut, dans de longs développements. Il a deux grands articles sur
-les _Causeries du Lundi_[168], et ce n’est point à ceux-là sans doute
-que pensait Sainte-Beuve quand il a reproché à Pontmartin de «ne pas se
-donner le temps d’approfondir». Il en a trois sur Béranger[169], qui
-soulèveront des orages lorsqu’ils seront réimprimés en 1855. Il en a
-cinq sur les _Mémoires d’Outre-Tombe_[170], qui paraissaient alors pour
-la première fois en librairie. Les glorieux _Mémoires_ eurent contre
-eux, au moment de leur publication, la critique presque tout entière.
-Vivant, Chateaubriand avait pour lui tous les critiques, petits et
-grands. A deux ou trois exceptions près, ils se prononcèrent tous,
-grands et petits, contre l’_empereur tombé_.
-
-Sainte-Beuve _attacha le grelot_. Le 18 mai 1850, alors que les
-_Mémoires_ n’avaient pas encore fini de paraître dans le feuilleton
-de la _Presse_[171], il publia dans le _Constitutionnel_ un premier
-article suivi, le 27 mai et le 30 septembre, de deux autres, tout
-remplis, comme le premier, de dextérité, de finesse et, à côté de
-malices piquantes, de sous-entendus perfides[172].
-
-Pontmartin ne céda pas à ce subit reflux de gloire, à cette réaction
-injuste et violente contre le grand écrivain. Il lui parut que le
-Testament littéraire et politique de Chateaubriand ne devait pas être
-cassé. Dans ses cinq articles, il établit avec force le mal fondé
-des moyens de nullité invoqués par les adversaires, et il n’hésita
-pas à dire que «les _Mémoires d’Outre-Tombe_ étaient un des plus
-étonnants chefs-d’œuvre de notre littérature, ou plutôt de toutes les
-littératures».
-
-Ce sera l’honneur de Pontmartin d’avoir mis ainsi à leur vrai rang
-les immortels _Mémoires_, d’en avoir parlé dès le premier jour comme
-en parlera la postérité, d’avoir eu raison, ce jour-là, contre
-Sainte-Beuve et contre tous les critiques de son temps.
-
-J’avoue—cela tient peut-être à ce qu’elles sont enfouies au fond
-d’un journal depuis longtemps disparu et joignent ainsi à leur valeur
-propre l’attrait des choses rares—j’avoue que j’ai un faible pour
-ces premières _Causeries littéraires_. Ce qui me paraît certain, en
-tous cas, c’est qu’elles sont au moins égales à celles que l’auteur a
-réunies plus tard en volumes à partir de 1854.
-
-Outre ces articles de critique, il donnait encore à l’_Opinion
-publique_ des œuvres d’imagination, une Nouvelle: _l’Enseignement
-mutuel_[173], un Proverbe: _Les Premiers fusionistes, ou A quelque
-chose malheur est bon_[174]. Entre temps, il écrivait pour la _Mode_
-le deuxième et le troisième volume des _Mémoires d’un notaire_ et _le
-Capitaine Garbas_[175]. A la _Revue des Deux Mondes_, il continuait de
-faire, d’une façon régulière, la chronique littéraire et théâtrale.
-Comme il n’était pas chez lui dans la maison de la rue Saint-Benoît,
-il faisait un peu plus de toilette qu’à la rue Taitbout; il mettait sa
-cravate blanche et passait son habit noir. Faut-il pour cela préférer
-ses articles de la _Revue des Deux Mondes_ à ceux de l’_Opinion
-publique_? Tel ne serait pas mon avis. A la Revue, Pontmartin était
-spirituel, élégant, correct; à M. Buloz, qui le payait, il en donnait
-pour son argent. A l’_Opinion publique_, il se dépensait tout entier;
-tout ce qu’il y avait en lui d’ardeur, de flamme, de passion, il le
-donnait à ce journal qui ne le payait pas.
-
-
-IV
-
-J’ai dû, pour ne pas interrompre le récit de la campagne de Pontmartin
-à l’_Opinion publique_, laisser un moment de côté les quelques épisodes
-qui marquèrent pour lui, en dehors de cette campagne, les quatre années
-de la seconde République, du 24 février 1848 au 2 décembre 1851.
-
-En se mettant dans ses meubles, rue d’Isly, à la fin de décembre 1847,
-il était devenu tributaire de la garde nationale. Immatriculé dans la
-_sixième du second de la première_,—6^e compagnie du 2^e bataillon de
-la 1^{re} légion,—il ne fit d’abord qu’en rire, croyant bien que ce
-serait là une simple sinécure. Il était loin de compte. Le 16 avril
-1848, une manifestation populaire menaça l’Hôtel de Ville; le péril ne
-fut conjuré que par l’énergique intervention du général Changarnier,
-qui se trouvait alors à Paris sans commandement et sans troupes. Ce
-fut ce jour-là que Pontmartin débuta dans le noble métier des armes,
-avec une tunique, extraite du magasin de la mairie, dont la taille trop
-courte lui remontait au milieu du dos.
-
-Le 15 mai, un peu avant midi, on battit le rappel. La sixième du
-second se réunit à son rendez-vous habituel, au bout de la rue
-Tronchet, du côté de la rue Neuve-des-Mathurins. De la rue Tronchet
-au Palais-Bourbon, le trajet n’est pas long. De quinze pas en quinze
-pas, les gardes nationaux rencontraient des jeunes gens en blouse ou
-en bourgeron, très polis, très corrects, qui leur disaient: «Retournez
-chez vous, Messieurs, vous n’avez plus rien à faire. Le peuple a pris
-possession du Palais-Bourbon. Il est en train d’élire le nouveau
-gouvernement.» En l’absence de son capitaine, la _sixième_ était
-commandée par son lieutenant, M. Paul Rattier, un très galant homme et
-très brave, qui ne se laissait pas retourner aussi facilement que le
-caoutchouc auquel il devait sa belle fortune. Il poursuivit sa route.
-Quand on eut atteint la grille du palais, Pontmartin, qui se trouvait à
-côté du lieutenant, chercha dans la foule une figure de connaissance,
-et il vit M. de Falloux monté sur une borne au coin de la rue de
-Bourgogne, et haranguant courageusement cette aveugle multitude qui
-aurait pu l’écharper et qui l’écoutait avec une certaine déférence.
-Cinq minutes après, la garde nationale avait pris sa revanche et
-expulsé les émeutiers.
-
-Après l’émeute du 15 mai, l’insurrection de juin.
-
-Le jeudi 22 juin, le Théâtre-Français donna la première représentation
-d’_Il ne faut jurer de rien_, d’Alfred de Musset. Pontmartin y
-assistait. La pièce fut jouée en perfection par Provost, Brindeau, Got,
-Mirecourt, mesdames Mante et Amédine Luther. Les spectateurs étaient
-trop distraits pour écouter ce dialogue exquis, pour apprécier cette
-merveilleuse interprétation. La guerre civile était dans l’air, et le
-très spirituel Louis de Geofroy qui, en attendant d’être un diplomate
-d’une rare distinction, écrivait dans la _Revue des Deux Mondes_, dit à
-Pontmartin et à ses amis, en entrant dans leur loge: «Pardon! On peut
-jurer de quelque chose; c’est que, demain matin, on se battra dans la
-rue.»
-
-Le lendemain matin, en effet, Paris commençait à se couvrir de
-barricades. Le rappel, battu à neuf heures pour la garde nationale,
-fut à onze heures suivi de la générale. Pontmartin s’empressa de se
-rendre à son poste. Dans cette première journée, la première légion
-subit des pertes sensibles à l’attaque d’une barricade élevée faubourg
-Poissonnière, à la hauteur de la caserne de la Nouvelle-France. Le
-soir, la sixième compagnie dut prendre quelques heures de repos dans
-la cour de la mairie du premier arrondissement. Le long de cette cour
-vaste et mélancolique, de grandes bottes de paille, étendues sur le
-pavé, s’étaient transformées en lit de camp où reposaient des rangs
-pressés de dormeurs; quand la couche de paille était assez épaisse,
-le lit avait deux étages, et chacun de ces deux étages un habitant.
-Sans distinction de grade et d’épaulettes, le caporal ronflait sous le
-voltigeur, et le sergent sous le caporal. Pontmartin, et avec lui une
-vingtaine de gardes nationaux, écrivains, artistes, hommes du monde,
-veillaient, groupés autour d’un gigantesque bol de punch et devisant
-des événements. Il a décrit, dans _le Capitaine Garbas_, cette nuit
-du 23 juin 1848, qui précéda la plus sanglante des quatre sanglantes
-journées.
-
- Ce n’était pas, dit-il, une de ces belles nuits d’été, où Dieu fait
- ruisseler sur l’azur du ciel des myriades d’étoiles, comme les seuls
- diamants dignes de sa puissance infinie; une de ces nuits limpides,
- douces harmonies de la vie des champs, poétiques compagnes de voyage,
- faites de vagues murmures, de vagues silences, de vagues parfums, des
- mille frémissements de la nature endormie: c’était une nuit sombre et
- troublée, où nos passions se faisaient sentir jusque dans le calme
- universel. Le ciel, pluvieux et froid malgré la saison, n’avait
- aucune des splendeurs de l’été; quelques rares étoiles, frissonnantes
- et mouillées, paraissaient et disparaissaient sous les nuages,
- comme nos débiles espérances sous le voile funèbre des calamités
- publiques. De temps à autre, un coup de fusil retentissait, isolé,
- perdu dans l’espace; puis à intervalles réguliers, on entendait le
- cri des factionnaires: _Sentinelles, prenez garde à vous!_ s’élever,
- se répondre, se croiser, s’éloigner, s’affaiblir et se perdre dans
- les rues désertes. Ce qui rend les autres nuits si belles, c’est que
- l’homme s’y cache et s’y tait; ce qui rendait celle-là si sombre,
- c’est que l’homme y apparaissait partout, à l’imagination et à
- l’oreille, au regard et à la pensée.
-
-La trève fut de courte durée; dès quatre heures du matin, le samedi 24,
-la lutte recommença.
-
-A l’extrémité nord de la rue du Faubourg-Poissonnière, près du jardin
-Pauwels[176], les insurgés avaient construit une barricade, précédée
-d’un fossé palissadé, et dont les assises de pavés s’accumulaient en
-montagne contre la grille de la barrière. Ils occupaient les bâtiments
-de l’octroi et quelques maisons voisines: plus loin leurs tirailleurs
-s’abritaient derrière les pierres du clos Saint-Lazare, où commençait à
-s’élever l’hôpital de la République, ci-devant Louis-Philippe, depuis
-de La Riboisière. Cette position était défendue de tous côtés par des
-barricades, rue Bellefond, rue des Petits-Hôtels, rue d’Hauteville, et
-se reliait avec la barrière Rochechouart et les barricades du faubourg
-Saint-Denis. C’était une véritable forteresse, contre laquelle vinrent
-se briser, jusqu’à trois heures de l’après-midi, tous les efforts du
-2^e bataillon de la 1^{re} légion. A ce moment, il fut rallié par le
-général Lebreton, accompagné d’un parc d’artillerie. Au signal de trois
-coups de canon le bataillon s’élance. Une lutte furieuse s’engage.
-La 6^e compagnie, toujours commandée par l’intrépide lieutenant Paul
-Rattier[177], voit décimer ses rangs. Aux côtés de Pontmartin le brave
-caporal Émile Charre, un caporal plusieurs fois millionnaire, tombe
-pour ne plus se relever. La barricade enfin est emportée. Restait le
-clos Saint-Lazare. Il fallut en faire le siège, qui absorba presque
-toute la journée du dimanche 25, et auquel le 2^e bataillon de la
-1^{re} légion, placé ce jour-là sous les ordres de Lamoricière, prit
-encore une part importante.
-
- * * * * *
-
-A la fin de juillet, Pontmartin partit pour les Angles, afin d’y
-prendre quelques vacances; mais la politique, qu’il avait peut-être
-cru fuir en quittant Paris, l’attendait en province. Depuis 1844,
-il représentait le canton de Villeneuve au Conseil général du Gard.
-Ses amis lui firent un devoir d’accepter la candidature, lors du
-renouvellement qui eut lieu au mois d’août. Il fut nommé, après une
-lutte très vive; mais son élection fut annulée pour erreur commise
-dans le compte des voix. Deux mois après, il lui fallait batailler de
-nouveau; cette fois du moins le succès fut complet.
-
-
-V
-
-«La France est une nation qui s’ennuie[178]», avait dit un jour
-Lamartine sous la monarchie de Juillet. Elle n’avait plus maintenant
-le temps de s’ennuyer. C’était chaque matin une surprise nouvelle.
-Le 10 décembre, le prince Louis Bonaparte était élu à la Présidence:
-le 20 décembre, un légitimiste pur, l’_alter ego_ de Berryer, M. de
-Falloux était nommé ministre de l’Instruction publique, et bientôt sa
-table et ses salons réunissaient la fine fleur de la réaction. Le 17
-janvier 1849, il donna un grand dîner au prince-président. L’_Opinion
-publique_ nous a conservé la liste des convives. La voici: le prince
-Louis Bonaparte, l’archevêque de Paris[179], le curé des Quinze-Vingts,
-qui avait recueilli M^{gr} Affre au 25 juin, MM. Thiers, Molé, Berryer,
-Victor Hugo, duc de Noailles, maréchal Bugeaud, Villemain, Cousin,
-Viennet, Saint-Marc Girardin, marquis de La Rochejaquelein, marquis de
-Maillé, Changarnier, marquis de Pastoret, général Baraguey d’Hilliers,
-marquis de Barthélemy, duc de Rauzan, duc de Mouchy[180]:
-
- D’anti-républicains c’était un fort bon plat,
-
-Grande fut la colère sur les bancs de la gauche. Armand Marrast
-surtout, le _marquis de la République_, ne pouvait digérer ce dîner
-où il y avait eu tant de marquis.—«Il n’y avait pas un républicain!»
-s’écria-t-il,—«Quoi! répliquait le journal de Pontmartin, pas même le
-Président de la République[181]!»
-
-Si Pontmartin n’était pas des dîners de M. de Falloux, il lui arrivait
-fréquemment d’assister aux réceptions qui avaient lieu à l’hôtel de
-la rue de Grenelle. «J’y vis affluer, dit-il dans ses _Souvenirs d’un
-vieux critique_, tous ceux que le péril commun unissait dans une même
-pensée de salut—ou de sauvetage. Le général de Saint-Priest y amenait
-le comte d’Escuns; M. de Circourt y causait avec M. d’Andigné, les
-académiciens avec les douairières, Poujoulat, Nettement, Laurentie,
-Adolphe Sala, Lourdoueix, tous les députés royalistes, toute la
-rédaction de l’_Union_, de la _Gazette de France_ et de l’_Opinion
-publique_, s’y rencontraient avec MM. Cousin, Mignet, Saint-Marc
-Girardin, Vitet, Patin, Marmier, et les universitaires. Si les titres
-n’avaient pas été abolis par la plus naïve des républiques, on aurait
-pu tapisser de parchemins authentiques toute la rue de Grenelle et tous
-les salons du ministère. Je me souviens même d’un petit détail assez
-curieux. Comme cette abolition des titres n’était pas prise au sérieux,
-le citoyen ministre avait recommandé aux citoyens huissiers d’annoncer
-chaque visiteur avec la qualification qu’il se donnerait; si bien que,
-un soir, les huissiers annoncèrent madame la baronne Durand et M. de
-Montmorency[182].»
-
-Des liens d’amitié et de famille rattachaient à M. de Falloux le
-rédacteur de l’_Opinion publique_. Ce dernier eut l’idée d’utiliser
-ces bonnes relations au profit de Jules Sandeau. En 1849, Jules
-Sandeau était pauvre. Il avait publié déjà le meilleur de son
-œuvre, _Marianna_, _le Docteur Herbeau_, _Catherine_, _Madeleine_,
-_Mademoiselle de la Seiglière_; mais, en ce temps-là, un roman
-rapportait mille francs à son auteur, et il lui fallait deux ans pour
-atteindre une seconde édition. Pontmartin demanda pour l’auteur de
-_Marianna_ un emploi de bibliothécaire. Sa requête reçut un favorable
-accueil, et le ministre le pria de lui amener son ami. L’audience
-fut la plus satisfaisante du monde. M. de Falloux et Jules Sandeau
-étaient, dans un milieu bien différent, deux natures également fines et
-délicates; ils s’entendirent à merveille. En adressant au romancier de
-chaleureux compliments au sujet du _Docteur Herbeau_ et de _Catherine_,
-les félicitations du ministre tombèrent si juste, qu’elles prouvèrent
-qu’il l’avait lu et ne l’avait pas oublié. Pontmartin avait donc lieu
-d’espérer une heureuse solution; mais le guignon s’en mêla; M. de
-Falloux tomba malade quelques jours après; lui-même partit pour le
-Midi, et, quand il revint, le ministre avait donné sa démission[183].
-
-
-VI
-
-Si chacune des œuvres de Jules Sandeau lui rapportait en moyenne un
-millier de francs, Pontmartin, au mois d’avril 1849, publia un roman en
-trois volumes, qui, au lieu de lui être payé 3 000 francs, lui coûta
-précisément cette somme.
-
-Le premier volume des _Mémoires d’un notaire_ avait paru dans la
-_Mode_ d’octobre à décembre 1847. Dès le mois de novembre, un des
-collaborateurs de la revue royaliste, très brillant officier et
-romancier de talent, M. de Gondrecourt[184], avait offert à Pontmartin
-de le présenter à son éditeur Alexandre Cadot[185], qui était le
-libraire en vogue, au moins pour les romans, lesquels paraissaient
-alors en volumes in-octavo, dits de _cabinet de lecture_. «Il paye
-peu, mais exactement», avait ajouté Gondrecourt. Pontmartin avait été
-obligé de décliner son aimable proposition. La veille, chez Véry, le
-vicomte Édouard Walsh lui avait dit, après force félicitations: «Il
-ne tient qu’à vous, mon cher ami, de faire une bonne œuvre et deux
-heureux: l’imprimeur et le metteur en pages de la _Mode_, tous deux
-chargés de famille, seraient bien reconnaissants si vous leur accordiez
-la propriété de votre roman. Ils l’imprimeraient en volumes au fur et
-à mesure, ils n’auraient pas d’autres frais que leur travail, et ils
-toucheraient les bénéfices.» Pontmartin avait répondu _oui_, et c’est
-ce _oui_ qui devait lui coûter mille écus.
-
-Ravis de leur bonne fortune, le metteur en pages et l’imprimeur
-s’étaient hâtés de composer le premier volume; ils y avaient même
-ajouté, à l’insu de l’auteur, _Napoléon Potard_. Quand éclata la
-révolution de Février, qui fut meurtrière pour la _Mode_, pris de
-peur, ils vinrent dire à Pontmartin d’un air navré qu’ils n’avaient
-pas de quoi acheter le papier et payer les frais nécessaires et ils
-le supplièrent de se mettre en leurs lieu et place en se chargeant
-de tous les frais et en recueillant tous les bénéfices.—Soit, dit
-encore Pontmartin. Il s’était remis à son roman, et il en écrivit
-les deux derniers volumes à travers l’affolement des rappels, des
-émeutes, des rassemblements continuels, des nuits de corps de garde,
-et aussi au milieu des tracas et des soins de toute sorte que lui
-causaient la fondation et la rédaction en chef de l’_Opinion publique_.
-Ses deux persécuteurs imprimaient toujours, faisant les morceaux
-doubles et s’inquiétant très peu d’augmenter les frais, dès l’instant
-qu’ils n’étaient plus à leur charge. Le jour où ils lui présentèrent
-l’addition, le chiffre rond était de 3 000 francs[186].
-
-Après s’être exécuté sans trop se plaindre, il fit, à ses risques
-et périls, paraître ses trois volumes. qui arrivaient du reste
-en un mauvais moment, à la veille des élections de l’Assemblée
-législative[187], alors que la presse, les électeurs—et les lecteurs
-étaient tout entiers à ces élections. Dans les _Épisodes littéraires_,
-où il fait vraiment trop bon marché de lui-même, de son journal et de
-ses livres, il lui plaît de dire que son roman ne vaut pas le diable.
-Il est bien vrai que, conçu à une époque où Eugène Sue et Alexandre
-Dumas avaient mis à la mode les romans-feuilletons en huit et dix
-volumes, son livre repose sur une donnée étrange, invraisemblable,
-impossible. Les _Mémoires_ de l’honnête Calixte Ermel, le notaire de
-la rue Banasterie, ne sont rien moins que le récit d’une vengeance
-avignonnaise, auprès de laquelle pâlissent toutes les vendettes de la
-Corse et qui se transmet, pendant quatre-vingt-dix ans, de génération
-en génération; vengeance surhumaine, armant les bras de meurtriers qui
-ne sont pas nés encore, contre des victimes que l’avenir verra naître.
-Encore une fois, cette donnée ne se peut admettre; cette vengeance,
-datée du 10 octobre 1756, qui ne doit finir que le 10 octobre 1846,
-nous nous refusons à y croire. Mais sur cette trame grossière, l’auteur
-a dessiné d’élégantes broderies; sur ce sauvageon il a greffé de
-gracieux épisodes. Deux surtout sont particulièrement remarquables,
-celui qui sert d’exposition à l’ouvrage, et celui qui a pour titre la
-_Chasse aux Chimères_. Dans le premier, l’auteur a tracé les portraits
-de trois jeunes filles, Antoinette Margerin, Julie Thibaut et Clotilde
-de Perne,—la future vicomtesse de Varni, celle dont le testament
-donnera ouverture aux drames qui vont suivre. Sœurs d’amitié, types
-de trois classes: la bourgeoisie, le peuple, la noblesse, elles sont
-belles de beautés différentes, nobles également, mais différemment
-nobles d’esprit comme de cœur: trois délicieuses têtes baignées d’air
-et de lumière et encadrées dans un paysage plein de couleur et d’éclat.
-La _Chasse aux Chimères_ est un joli tableau de chevalet, l’histoire du
-mariage de Delphine de Malaucène avec Raymon de Varni, la raison, la
-sagesse et la prose épousées devant notaire par l’imagination, le rêve
-et la poésie. Ces intermèdes, si réussis soient-ils, ne laissent pas du
-reste de désorienter un peu le lecteur, le spectateur, si vous l’aimez
-mieux. On lui parle de le mener à l’Ambigu, on lui promet un bon gros
-mélodrame, et chaque acte lui offre des scènes d’un sentiment très fin
-et très délicat. Il croyait aller au boulevard, et il se trouve qu’il
-est à la Comédie-Française. La désillusion après tout n’avait rien de
-pénible. Le public ne devait pas tarder à goûter ce livre où tant de
-qualités demandent grâce pour les défauts. Les _Mémoires d’un notaire_
-ont eu de nombreuses éditions.
-
-
-VII
-
-Ils avaient paru, je l’ai dit, en pleine bataille électorale, à la
-veille des élections de mai 1849. A peine étaient-ils à la vitrine des
-libraires, que Pontmartin était obligé d’aller _en Avignon_, non pour y
-poser sa candidature, mais pour y soutenir celle... de M. Buloz.
-
-M. Buloz, en apparence un des _vaincus de Février_, avait été en
-réalité un des _vainqueurs_. C’est de 1848, en effet, que date vraiment
-la fortune de sa Revue. Il comprit tout de suite qu’une réaction allait
-se produire, qu’elle grandirait de jour en jour et qu’elle compterait
-bientôt dans ses rangs tous les honnêtes gens et les gens d’esprit.
-Il fit résolument campagne contre les idées et contre les hommes du
-gouvernement nouveau. Sa haine contre la République égalait celle de
-Pontmartin lui-même, qu’il prit alors en particulière affection. Il
-confia la rédaction de sa chronique politique à un monarchiste, M.
-Saint-Marc Girardin. En attendant d’ouvrir la _Revue des Deux Mondes_
-à Louis Veuillot[188] et à M. de Falloux[189], il recommandait à ses
-lecteurs les _Lettres de Beauséant_, du baron de Syon, que ses liens de
-parenté avec les Lafayette n’empêchaient pas de préférer aux idées du
-héros des deux mondes les doctrines du comte Joseph de Maistre.
-
-Devenu décidément homme politique, M. Buloz voulut être député.
-Comme sa femme était de Cavaillon, il lui parut que sa candidature
-irait toute seule dans le Comtat, surtout si elle était patronnée
-par Pontmartin. Celui-ci ne pouvait lui refuser son concours, et il
-fut convenu qu’ils partiraient ensemble pour Avignon dans la seconde
-quinzaine d’avril.
-
-Lorsqu’ils arrivèrent, deux listes étaient déjà en présence: la liste
-_blanche_, avec MM. d’Olivier, Bourbousson, Granier, de Bernardi et
-Léo de Laborde;—la liste _rouge_, avec les citoyens Alphonse Gent,
-Elzéar Pin, Eugène Raspail, Dupuy (d’Orange) et Dupuy (de Cavaillon).
-Une troisième liste fut formée, qui comprenait, avec deux des noms de
-la première, ceux de MM. Granier et Bourbousson, légèrement teintés de
-bleu, les noms de deux jeunes gens, Léopold de Gaillard[190] et Gaston
-de Raousset-Boulbon[191], qui venaient de faire une magnifique campagne
-dans la _Commune_ d’Avignon, journal royaliste et décentralisateur,
-M. Buloz fut admis à prendre place sur cette troisième liste, dite
-_libérale_.
-
-Quelques jours avant le vote, Léopold de Gaillard, qui avait obtenu 28
-000 voix aux élections d’avril 1848[192], et dont la popularité faisait
-toute la force de la liste _libérale_, retira sa candidature. Celle de
-M. Buloz n’avait plus dès lors aucune chance.
-
-Le 13 mai, les candidats de la liste _blanche_ eurent de trente-deux
-à vingt-sept mille voix, ceux de la liste _rouge_ en eurent de
-vingt-six à vingt-cinq mille. M. Buloz recueillit 2 736 voix,—les plus
-littéraires sans nul doute; mais cela n’était pas pour le consoler.
-
-Dans les _Jeudis de madame Charbonneau_, ou plutôt dans la _Semaine
-des Familles_, car ce chapitre n’a point été recueilli dans le volume,
-Pontmartin a raconté avec humour l’odyssée électorale du directeur de
-la _Revue des Deux Mondes_. Il termine ainsi son récit:
-
- Ce triste résultat étant facile à prévoir, dès la veille du scrutin,
- je voulus en épargner à Strabiros[193] le déboire immédiat,
- et je l’emmenai chez moi, à la campagne, dans un département
- limitrophe[194]. Mon hospitalité fut très simple, telle que la
- comportait la modicité de ma fortune, mais elle fut cordiale. On
- était en plein mois de mai, et le printemps eut, cette année-là, des
- magnificences charmantes. Partout des fleurs, des eaux vives, des
- oiseaux sous la feuillée, une verdure exubérante, de frais ombrages,
- de tièdes rayons, de splendides étoiles. En outre, pour adoucir les
- ennuis de Strabiros, j’avais invité les convives qui, par leurs
- goûts, leurs habitudes, leurs conversations, pouvaient lui être le
- plus agréables. Il se déclara content de mon accueil et émerveillé de
- ma maison de campagne; il admira surtout douze gros marronniers en
- fleurs, symétriquement rangés devant ma façade. Ces marronniers, comme
- ceux des Tuileries, ne produisent que des marrons d’Inde, que l’on
- n’avait pas encore songé à utiliser pour faire de l’amidon. N’importe!
- je vis que l’imagination de Strabiros en recevait une impression
- profonde, et plus tard, lorsque, au retour de son expédition
- aventureuse, il rentra dans sa spécialité et dans ses bureaux, cette
- impression se formula dans les paroles suivantes qui résumèrent toute
- sa reconnaissance et tous ses souvenirs:
-
- «Comment, lorsqu’on a de si beaux marronniers, peut-on faire payer ses
- articles[195]»
-
-Si M. Buloz n’avait pu devenir député, Pontmartin restait toujours
-conseiller général. Il eut, à ce titre, en 1851, à émettre un vote sur
-une question de laquelle dépendaient les destinées de la France.
-
-Dès le mois d’août 1850, cinquante-deux conseils généraux avaient
-émis un vœu en faveur de la révision de la Constitution. En 1851, le
-mouvement revisionniste s’accentua encore. L’échéance de mai 1852, à
-mesure qu’elle se rapprochait, rendait ce mouvement plus vif et plus
-général. C’était en effet à cette date que la Constitution de 1848
-avait fixé l’élection d’un nouveau Président et la nomination d’une
-nouvelle Assemblée. Au commencement de juillet, les pétitions en faveur
-de la revision comptaient plus de treize cent mille signatures. Leur
-discussion s’imposait. Les membres de la Législative l’abordèrent le
-lundi 14 juillet. Le débat occupa la semaine entière. Le samedi 19,
-on vota à la tribune au scrutin public, et par appel nominal. Sur
-724 votants, il y eut pour la revision 446 suffrages, 278 contre. La
-proposition avait donc obtenu une majorité de 168 voix; elle n’en était
-pas moins rejetée, la Constitution exigeant, pour l’adoption, les trois
-quarts des suffrages exprimés.
-
-Cette majorité des trois quarts, elle existait dans le pays. On le
-vit bien quelques semaines plus tard, lors de la réunion des conseils
-généraux, 81 de ces conseils sur 89 se prononcèrent pour la revision.
-
-Au conseil général du Gard, le 8 septembre, M. de Larcy proposa à
-ses collègues d’émettre un vœu en faveur du retour à la monarchie
-traditionnelle, héréditaire et représentative. Pontmartin et la
-majorité du conseil se prononcèrent dans ce sens. «Je me souviens,
-écrira-t-il trente ans plus tard, de cette séance et de ce vote. Nous
-fûmes 27 contre 9[196]. M. de Larcy[197] déploya, dans cette discussion
-très courtoise où ses antagonistes n’alléguaient que l’inconvénient
-d’introduire la politique dans nos paisibles délibérations d’intérêt
-local, une éloquence tour à tour entraînante et attendrie, une émotion
-communicative, que l’on peut aujourd’hui appeler prophétique. Ah! quel
-cœur vraiment français ne saignerait en songeant à cette effroyable
-série de catastrophes, d’humiliations, de malheurs et de crimes que
-la France eût évitée, si ce vœu, exprimé dans une de ses assemblées
-départementales, fût devenu l’expression de la volonté nationale,
-parlant assez haut pour rendre également impossibles les violences
-d’un coup d’Etat et les criminelles entreprises de la République
-démagogique[198].»
-
- * * * * *
-
-Au mois d’octobre, Pontmartin ne partit point pour Paris, comme il
-était dans l’habitude de le faire depuis quelques années. Il venait
-pourtant d’y arrêter, au numéro 10 de la rue Laffitte, un nouvel et
-plus grand appartement, avec l’espoir d’y faire enfin une installation
-complète en famille. Cette installation complète et définitive
-n’avait pu encore avoir lieu, madame de Pontmartin ayant été presque
-toujours retenue à la campagne par la santé de son fils[199]. Quand
-il était seul à Paris, Pontmartin pendant les années que nous venons
-de raconter, était obligé de prendre ses repas au restaurant, ce qui,
-après tout, pour un journaliste et un brillant causeur comme lui,
-n’était ni sans profit, ni sans agrément. Il déjeunait presque tous les
-jours, passage de la Madeleine, à la taverne de Richard-Lucas, où l’on
-mangeait à bon marché d’excellents rosbifs en excellente compagnie.
-Chaque matin, le rédacteur de l’_Opinion publique_ avait le plaisir de
-s’y rencontrer avec plusieurs députés de la droite, MM. de Tréveneuc,
-de Belvèze, de Voisins, de Kerdrel, le général Lebreton, et aussi
-avec un amiral, l’amiral Coupvent des Bois, et un acteur du Gymnase,
-Bressant, le délicieux Bressant, alors dans tout l’éclat de sa seconde
-jeunesse. Ces convives, tout au moins les députés de la droite, il
-n’allait plus les retrouver, en rentrant à Paris. Il y arriva le 2
-décembre 1851, le soir du coup d’État, ce qui lui valut, ainsi qu’à
-tous ses compagnons de voyage, d’être consigné à la gare jusqu’au
-lendemain matin. C’est du reste tout le dommage qu’il eut à subir.
-
-Moins heureux, Alfred Nettement avait été arrêté à la mairie du X^e
-arrondissement et enfermé à Mazas. Par suite de cette incarcération,
-la direction de l’_Opinion publique_ échut à Pontmartin; mais cette
-direction, sous le régime de l’état de siège, n’était et ne pouvait
-être qu’une sinécure. Le 2 décembre, à la première heure, les scellés
-avaient été mis sur les presses. Ils furent levés seulement le jeudi
-11 décembre. Le vendredi 12, le journal reparaissait, mais sans qu’il
-lui fût possible d’insérer autre chose que des notes et des documents
-officiels sur les événements qui venaient de s’accomplir; il lui était
-interdit de les commenter.
-
-Jusqu’au 31 décembre, l’_Opinion publique_ se borna à reproduire les
-actes du gouvernement et à donner des variétés littéraires. Le 19
-novembre, elle avait publié un article de Pontmartin sur les _Chansons
-de Béranger_. Le 19 et le 25 décembre, elle fit paraître la suite et la
-fin de cette étude[200], qui passa naturellement inaperçue au milieu
-des circonstances que l’on traversait.
-
-Le 1^{er} janvier 1852, le journal de Pontmartin et de Nettement[201]
-donna des étrennes à ses lecteurs—des étrennes royalistes. En tête
-même de son numéro, il inséra une lettre du Comte de Chambord, écrite
-à la date du 1^{er} décembre 1851—la veille du coup d’État—sur les
-_Intérêts catholiques et français en Orient_.
-
-Louis Bonaparte se disposait à édicter une nouvelle Constitution, à
-demander au peuple de reconnaître en lui le légitime héritier d’une
-dynastie nouvelle. Le 6 janvier, l’_Opinion publique_ publia—et
-c’était là son premier-Paris—une page de Joseph de Maistre sur les
-Constitutions faites de main d’homme[202] et, en même temps, une
-page—non moins belle—du Père Lacordaire sur la grandeur incomparable
-de la Maison de France[203].
-
-Le numéro du 7 janvier commençait par un article d’Albert de Circourt
-sur la situation politique... _en Autriche_. L’article se composait
-de quelques lignes suivies de deux colonnes de blanc. Un peu plus
-loin venaient les _Tablettes du mois_. Ici encore, sous la date du _2
-décembre_, plusieurs lignes de blanc.
-
-Le jour même, l’_Opinion publique_ était supprimée.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII
-
- LA REVUE CONTEMPORAINE ET L’ASSEMBLÉE NATIONALE.—CONTES ET
- NOUVELLES.—CAUSERIES LITTÉRAIRES.—LA FIN DU PROCÈS.
-
-(1852-1855)
-
- Le marquis de Belleval ou un émule de M. de Coislin. La
- _Revue contemporaine_. Un mot d’Henry Mürger. Alphonse de
- Calonne.—L’_Assemblée nationale_. M. Adrien de La Valette et M.
- Mallac. Le fils de Paul et de Virginie.—Les _Contes et Nouvelles_.
- _La Marquise d’Aurebonne_ et le _Secret du docteur_.—L’histoire
- d’_Aurélie_. _Georgette_ ou une sœur d’Aurélie. Les _Nouveaux Lundis_.
- Où l’on voit Sainte-Beuve _monter sur ses grands chevaux_. Où l’on
- voit encore comment les petits pâtissent toujours des querelles
- des grands. Feu EDMOND DUPRÉ. Ma première rencontre avec Armand de
- Pontmartin.—Le premier volume des _Causeries littéraires_. Louis
- Veuillot et Cuvillier-Fleury.—Le _Fond de la Coupe_, l’_Envers de la
- Comédie_ et la _Fin du Procès_.
-
-
-I
-
-L’_Opinion publique_ n’existait plus. Restait à Pontmartin la _Revue
-des Deux Mondes_; mais y publier un article tous les mois, ou même
-tous les quinze jours, n’était pas pour lui suffire. Qu’une occasion
-d’écrire ailleurs se présentât, il ne la laisserait sans doute pas
-échapper.
-
-Au mois de mars 1851, Alfred Nettement et Pontmartin avaient reçu la
-visite de M. L.-C. de Belleval[204]. C’était encore un de ces originaux
-dont l’espèce, j’en ai peur, est pour longtemps perdue. Très érudit,
-travailleur acharné, le marquis de Belleval s’engageait à fournir
-autant de copie qu’on le voudrait, à une condition cependant, c’est
-qu’on ne le paierait point. Et cela, sous le prétexte bizarre qu’il
-n’avait pas besoin pour vivre qu’on lui payât ses articles—ce qui
-d’ailleurs était vrai. Il était donc entré au journal et, jusqu’au jour
-de sa suppression, il y avait donné, trois fois par mois, sous le titre
-trop modeste de _Bulletin bibliographique_, de copieux feuilletons
-où il rendait compte de presque tous les ouvrages qui paraissaient,
-principalement de ceux qui avaient un caractère historique.
-
-Au lendemain du coup d’État, la première pensée de ce galant homme fut
-pour les écrivains dont il avait été le collaborateur bénévole. Il se
-dit que bien des plumes allaient rester oisives, qui, la veille encore,
-faisaient tant bien que mal vivre leur maître. En même temps, l’union
-entre les deux grandes fractions du parti monarchique lui apparaissait
-comme plus nécessaire que jamais. En attendant que la _fusion_ entre
-les princes devînt un fait accompli, ne convenait-il pas de travailler
-à un rapprochement entre les orléanistes _centre-droit_ et les
-légitimistes purs? Et le meilleur moyen d’y arriver ne serait-il pas
-de créer une publication périodique, hospitalière, indépendante, qui
-suppléerait aux journaux silencieux ou disparus et qui recueillerait
-les naufragés du 24 février et les épaves du 2 décembre[205]?
-
-Créer une Revue n’est pas une petite affaire. Réunir des actionnaires
-en nombre suffisant n’est pas chose commode. Il y faut beaucoup de
-temps, et M. de Belleval estimait qu’il n’avait pas de temps à perdre.
-Donc, point d’actionnaires; il s’en passera; il puisera dans sa bourse,
-sans inviter ses amis politiques à y déposer leur obole; il tentera
-l’entreprise sans engager d’autre responsabilité que la sienne.
-
-Les fonds ainsi faits, le titre trouvé: _Revue contemporaine_, restait
-la question des rédacteurs. Nature exquise et élevée, aussi distingué
-que modeste, type de gentilhomme et de lettré, le marquis de Belleval
-était l’homme le plus aimable qu’on pût voir, le plus sympathique, le
-plus généreux. Il groupa autour de lui, sans trop de peine, de nombreux
-écrivains, et non des moindres. Voici la liste de ceux qui, dès le
-premier moment, lui promirent leur concours: Guizot, Vitet, Salvandy,
-Berryer—qui devait écrire pour la nouvelle Revue ses _Souvenirs
-personnels_,—Prosper Mérimée, Viennet, le duc de Noailles, Villemain,
-soit huit membres de l’Académie française:—Adolphe Adam, de Saulcy,
-Raoul-Rochette, baron Taylor, de l’institut;—Paul Féval, Léon Gozlan,
-Paulin Paris, Xavier Marmier, Reboul, Desmousseaux de Givré, comte
-Beugnot, Émile Augier, Méry, comte de Marcellus, Philarète Chasles,
-Edmond Texier, le Père Ventura. L’ancienne rédaction de l’_Opinion
-publique_ n’avait pas, on le pense bien, été oubliée. Le premier soin
-de M. de Belleval avait été de s’assurer la collaboration d’Alfred
-Nettement et celle d’Armand de Pontmartin. L’excellent marquis préluda
-par quelques dîners; puis, il donna une soirée en habit noir, à titre
-de répétition générale, et comme moyen de se compter. L’état-major
-de la Revue était au complet; quelques hommes politiques, tels que
-M. Molé et M. de Falloux, ajoutaient encore à l’éclat de la réunion.
-M. Villemain s’approcha de Pontmartin, qu’il avait connu vingt ans
-auparavant, chez le docteur Double, et lui dit avec son sourire
-vengeur: «Je plains le futur empereur, s’il n’a, pour le servir, que
-ceux qui ne sont pas ici.»
-
-Le premier numéro de la _Revue contemporaine_ parut le 15 avril 1852.
-Il contenait deux articles de Pontmartin, un _Bulletin bibliographique_
-et, sous ce titre: _Symptômes littéraires du temps_, une étude critique
-sur les _Mémoires_ et en particulier sur ceux d’Alexandre Dumas, alors
-en cours de publication dans la _Presse_.
-
-Avec tout son esprit, Pontmartin, j’en ai déjà fait la remarque, avait
-un fond de naïveté. Il s’imaginait pouvoir collaborer à la _Revue
-contemporaine_ tout en restant un des rédacteurs de la _Revue des Deux
-Mondes_. C’était compter sans son hôte, c’est-à-dire sans M. Buloz. Il
-était pourtant facile de prévoir que l’irascible directeur, jaloux de
-la gloire de sa Revue, ne vivant que pour elle, ne se résignerait pas
-à voir un de ses principaux rédacteurs donner des articles à une revue
-rivale, à un recueil dont la maison n’était pas au numéro 20 de la rue
-Saint-Benoît. Ce qui devait arriver arriva. M. Buloz mit Pontmartin en
-demeure d’opter entre lui et M. de Belleval.
-
-La _Revue des Deux Mondes_ était à l’apogée de son succès; comme elle
-avait mis à profit la révolution de Février, elle avait également
-bénéficié du coup d’État de décembre. Elle était devenue une puissance;
-sa renommée était européenne. La _Revue contemporaine_ naissait à
-peine; elle n’avait pas encore d’abonnés, elle serait peut-être
-morte dans six mois. Combien de Revues, qui semblaient appelées à
-réussir, que les bonnes fées, pressées autour de leur berceau, avaient
-comblées de dons et de mérites, et que la fée Guignon, cachée dans un
-coin, avait arrêtées dès leurs premiers pas! L’intérêt de Pontmartin
-était évident: il ne devait pas quitter le certain pour l’incertain,
-sacrifier à des chances problématiques une position assurée, brillante
-et déjà ancienne, une collaboration qui, au bout de quelques années, ne
-pouvait manquer de le conduire tout droit à l’Académie. Son choix fut
-bientôt fait. M. de Belleval était son ami; la _Revue contemporaine_
-était nettement et hautement royaliste. Sans souci de son intérêt
-propre, il se sépara de M. Buloz[206] et alla chez M. de Belleval.
-
-Sa collaboration fut très active, surtout au début. Il publia, en 1852,
-outre plusieurs _revues littéraires_, deux de ses meilleures nouvelles,
-_Aurélie et la Marquise d’Aurebonne_, une étude sur _Joseph Autran_ et
-un très éloquent article sur le _Louis XVII_ de M. de Beauchesne. En
-1853, il donna un article sur _la Poésie et la Critique en France au
-commencement de 1853_, et, comme pendant à son chapitre sur _Joseph
-Autran_, un chapitre sur _François Ponsard_[207].
-
-Il n’allait pas tarder cependant à quitter la _Revue contemporaine_.
-Que s’était-il donc passé?
-
-La Revue du marquis de Belleval avait très vite conquis une place
-honorable. Elle avait eu des romans de Paul Féval, de Méry et de Léon
-Gozlan, des études historiques et littéraires de Philarète Chasles et
-de Prosper Mérimée. Des _vétérans_ comme Villemain, Salvandy et Vitet
-y donnaient la main à des nouveaux tels que Caro, Guillaume Guizot,
-Edmond About. De temps à autre, un article à sensation venait réveiller
-la curiosité publique, qui ne demandait qu’à s’endormir. C’était, un
-jour, un article de M. Guizot: _Nos mécomptes et nos espérances_. Une
-autre fois, c’était _le Louvre_, un chef-d’œuvre de M. Vitet.
-
-Malheureusement, à côté de ces rédacteurs, il y en avait d’autres. Un
-jour que Pontmartin sortait des bureaux de la _Revue contemporaine_,
-rue de Choiseul, n^o 21, il rencontra Henry Mürger, qui lui dit, au
-cours de leur conversation: «Pour bien diriger un théâtre, il faut être
-un peu canaille; pour bien diriger une _Revue_, il ne faut pas être
-trop poli.» M. de Belleval était un émule de M. de Coislin: c’était
-l’homme le plus poli de France. Faire de la peine à quelqu’un, refuser
-à un galant homme d’insérer sa _copie_, fût-elle la plus ennuyeuse du
-monde, était pour lui chose impossible. Il se laissa ainsi aller à
-insérer des articles de M. Viennet (si encore ce dernier ne lui eût
-apporté que des _Fables_!), puis, ce qui fut plus désastreux encore,
-une certaine _Histoire des Conseils du Roi_, dont la publication dura
-plus d’une année. Le résultat fut que M. de Belleval, en réglant
-ses comptes, s’aperçut qu’il avait, en moins de trois ans et demi,
-perdu plus de quatre-vingt mille francs et—ce qui pour lui était
-plus grave—qu’il avait gagné une névrose. Sa famille le supplia de
-s’arrêter sur cette pente; il dut s’y résigner; seulement, il quitta
-sa chère Revue, comme il l’avait créée,—en grand seigneur. Il la céda
-pour rien à un de ses collaborateurs, qui était en même temps un de ses
-compatriotes, M. Alphonse de Calonne.
-
-Au bout de peu de temps, il devint visible que la Revue, depuis le
-départ de M. de Belleval, si elle n’était pas passée au gouvernement,
-du jour au lendemain, préparait cependant une évolution dans ce sens.
-Armand de Pontmartin, pas plus du reste qu’Alfred Nettement, n’eut pas
-une minute d’hésitation. Malgré les instances du nouveau directeur,
-tous les deux se retirèrent.
-
-
-II
-
-Avant sa séparation de la _Revue contemporaine_, Pontmartin avait
-trouvé un journal quotidien, très haut placé dans l’estime publique,
-qui lui avait proposé de faire, chaque semaine, dans ses colonnes une
-causerie littéraire.
-
-Le 29 février 1848, M. Adrien de La Valette[208] avait fondé
-l’_Assemblée nationale_[209], journal de combat qui, sans mettre
-encore un nom en tête de son programme, se signala, dès le début,
-par la vivacité de ses attaques contre la République. Cette attitude
-répondait sans doute au sentiment du pays; car, au bout de trois
-semaines, l’_Assemblée nationale_ comptait plus de dix-huit mille
-abonnés, chiffre considérable pour l’époque. Elle ne tarda pas à
-prendre position sur le terrain monarchique et défendit la fusion avec
-une énergique sagesse. Au mois de février 1851, M. Berner, accompagné
-du duc de Noailles, du duc de Valmy, de MM. de Falloux, de Saint-Priest
-et Mandaroux-Vertamy, était entré dans le comité de direction, où
-figuraient déjà MM. Guizot, Molé, Duchâtel et de Salvandy[210].
-
-Plus heureuse que l’_Opinion publique_, l’_Assemblée nationale_
-n’avait pas été supprimée après le coup d’État. Au commencement de
-1853, à la suite du nouveau plébiscite qui rétablissait l’Empire,
-elle avait perdu du terrain, mais elle se soutenait encore. M. Adrien
-de La Valette avait cédé la direction à M. Éloi Mallac, ancien chef
-de cabinet de M. Duchâtel. C’était un petit homme sec, de tournure
-élégante, d’une politesse exquise et d’une figure encore charmante,
-avec de beaux yeux noirs, froids et pénétrants. On l’appelait le beau
-Mallac, et comme il était né à l’Ile de France, son ami Louis Veuillot
-le disait en riant «fils de Paul et de Virginie». Nature de créole,
-spirituel et nonchalant, il n’écrivait jamais dans son journal, mais il
-savait choisir ses rédacteurs. Amédée Achard était chargé du courrier
-de Paris, Édouard Thierry du feuilleton dramatique, Adolphe Adam de
-la chronique musicale. Les questions qui touchent plus spécialement
-à la politique et à la philosophie étaient confiées à M. Nourrisson,
-à M. Lerminier et aussi à Léopold de Gaillard, qui, fraîchement
-débarqué du Midi, venait de publier dans la feuille de la rue Bergère
-une série d’articles où il prenait la défense de la Restauration
-contre le bonapartisme. Ces articles avaient été très remarqués.
-Ils étaient signés du nom de leur auteur; mais comme ce nom n’était
-pas encore connu à Paris, on y chercha le pseudonyme de tel ou tel
-illustre personnage. L’engouement des salons s’en mêla, et des noms
-célèbres furent prononcés. Celui de M. Guizot fut même mis en avant.
-M. Mallac était ravi, si bien qu’il dit un jour à Léopold de Gaillard:
-«Décidément, il n’y a que vous autres Méridionaux pour réussir ainsi à
-Paris. Amenez-moi donc votre ami Pontmartin.»
-
-A quelques semaines de là, le 23 janvier 1853, l’_Assemblée nationale_
-insérait un article de Pontmartin, _Considérations humouristiques sur
-la critique_. Le 8 février suivant, paraissait sa première _Causerie
-littéraire_, consacrée à M^{me} Émile de Girardin et à son roman de
-_Marguerite ou Deux amours_. Pendant cinq ans, jusqu’à la suppression
-du journal fusionniste, il lui donnera chaque semaine son feuilleton,
-sans le suspendre jamais, même à l’époque des vacances.
-
-
-III
-
-Au mois de mai 1853, il réunit, sous le titre de _Contes et Nouvelles_,
-les récits qu’il avait publiés dans la _Mode_ et l’_Opinion publique_,
-dans la _Revue des Deux Mondes_ et la _Revue contemporaine_. Ces
-récits sont au nombre de cinq: _Albert_[211], _Aurélie_, _le Capitaine
-Garbas_, _la Marquise d’Aurebonne_, _l’Enseignement mutuel_. Balzac,
-le 3 décembre 1832, écrivait au directeur de la _Revue de Paris_, M.
-Amédée Pichot: «Quant à n’écrire que des contes, quoique ce soit, à
-mon avis,—autre hérésie peut-être,—_l’expression la plus rare de
-la littérature_, je ne veux pas être exclusivement un _contier_.»
-C’était une hérésie, à coup sûr; ce qui est vrai, c’est que des contes
-comme _l’Interdiction_, _le Colonel Chabert_, _la Grenadière_ et _le
-Message_[212], sont d’un prix inestimable, et que des nouvelles sans
-défauts, comme _Aurélie_ et _la Marquise d’Aurebonne_, valent plus que
-de longs romans.
-
-Dans une lettre qu’il m’adressait le 4 décembre 1879, Pontmartin
-raconte comment fut écrite _la Marquise d’Aurebonne_:
-
- J’avais rapporté aux Angles le manuscrit d’_Aurélie_ pour y faire
- quelques légères retouches. Après l’avoir envoyé à M. de Belleval, je
- tombai assez gravement malade, et il me fut impossible de corriger
- les épreuves. De là une grosse faute qui me consterna, et que vous
- retrouverez dans _ce numéro pâli_ du 15 juillet 1852, dont vous me
- parlez si bien; le point _enluminant_, pour le point _culminant_.
- Heureux temps! J’étais presque jeune; l’isolement et le vide ne
- s’étaient pas fait autour de moi. Ma femme semblait destinée à me
- survivre un quart de siècle. Après la publication de ce numéro du
- 15 juillet, le bon marquis de Belleval m’écrivit une lettre si
- aimable, où il m’engageait si vivement à une récidive, que, allant
- passer une quinzaine chez mon oncle[213], à la campagne, dans un
- site assez pittoresque, j’emportai un cahier de papier et un crayon.
- C’était dans la plus belle saison de l’année, et, cette année-là, ma
- convalescence me rendait plus doux les rayons du soleil, les beaux
- soirs de septembre, les senteurs variées des peupliers, des aulnes,
- des érables, des vignes sauvages, l’air balsamique de nos collines
- couvertes de thym, de romarin et de lavande, et le
-
- _Mitis in apricis coquitur vindemia saxis._
-
- Je vois encore le joli coin de paysage où j’allais chercher la
- solitude: un groupe d’ormeaux et de chênes; à leurs pieds, un gazon
- encore vert, entretenu dans sa fraîcheur par un ruisseau virgilien;
- sur ce ruisseau un grand tronc d’arbre. Je m’y asseyais tant bien que
- mal, et j’ébauchais au crayon la nouvelle qui devint, deux mois plus
- tard, _la Marquise d’Aurebonne_...
-
-La donnée de cette nouvelle était à la fois très neuve et très
-dramatique. La marquise s’est installée avec son fils Raoul à Hyères,
-dans la maison du docteur Assandri. Raoul a vingt et un ans, il est
-beau, bien portant, riche; il aime Suzanne, la fille du docteur, et il
-en est aimé. Le mariage, ardemment désiré par la marquise, se ferait
-tout de suite si Raoul ne reculait pas lui-même devant le bonheur, s’il
-n’était pas, à mesure qu’il approche de sa vingt-deuxième année, hanté
-de plus en plus par des idées noires, par une idée fixe, celle de sa
-mort prochaine. Depuis plusieurs générations, les chefs de la famille
-d’Aurebonne sont tous morts de la poitrine à vingt-deux ans. Raoul le
-sait, il se croit condamné, il attend l’échéance fatale. En réalité,
-pourtant, rien ne le menace; sa santé est parfaite; il a pris le sang
-riche et pur de sa mère. Mais si la phthisie ne fait pas son œuvre,
-l’idée fixe fera la sienne. Poitrinaire ou fou, Raoul mourra au terme
-précis. On le sent, on le voit; le docteur lui-même n’ose pas dire non.
-
-M^{me} d’Aurebonne, alors, a une idée terrible, une idée affreuse,
-qu’elle aura le courage de mettre à exécution. Pour sauver son fils,
-elle ne reculera pas devant le plus douloureux des sacrifices. Femme,
-épouse, mère irréprochable, elle s’accusera d’une faute qu’elle n’a
-pas commise. Elle dit à Raoul qu’il n’est pas le fils de celui qu’il
-a cru son père, mais le fruit d’un amour coupable, et qu’ainsi il n’a
-rien à craindre de la fatalité héréditaire, rompue par cette faute. A
-ce mensonge sublime, que Dieu a dû pardonner, Raoul relève la tête; il
-respire librement, il vivra. Il vivra heureux près de Suzanne; mais sa
-mère mourra, et sur la tombe de la marquise d’Aurebonne, au-dessous
-de l’inscription mortuaire, le docteur—qui a tout deviné—écrira ces
-mots: «Martyre et Sainte.»
-
-Le 31 janvier 1865, le théâtre Beaumarchais représenta _le Secret du
-Docteur_, drame en trois actes, en vers, par M. Jules Allevarrès[214].
-C’était la Nouvelle de Pontmartin transportée à la scène. La pièce
-était habilement faite et remarquablement écrite; elle fut bien jouée
-et tint longtemps l’affiche. Théophile Gautier termine ainsi son
-feuilleton du _Moniteur_: «Le Théâtre Beaumarchais, en sa joie naïve, a
-pu inscrire sur son affiche: _grand succès[215]!_»
-
-
-IV
-
-_Aurélie_ a toute une histoire.
-
-Le 1^{er} avril 1852, Pontmartin présenta à M. Buloz, sous le titre
-de _Françoise_, une Nouvelle qui fut reçue à corrections. Il croyait
-mériter mieux, et comme, à ce moment, la _Revue contemporaine_ était à
-la veille de paraître, il porta sa nouvelle à M. de Belleval. Il avait
-seulement démarqué le trousseau de Françoise, qui, d’ailleurs, n’en
-avait pas besoin, puisqu’il ne la mariait pas. Il la débaptisa, il
-l’appela Aurélie, et c’est sous ce nom plus romanesque qu’elle parut
-dans la nouvelle _Revue_.
-
-Vingt-sept ans se passent. Le 1^{er} octobre 1879, Pontmartin ouvre
-la _Revue des Deux Mondes_ et, à son grand étonnement, il y retrouve
-cette même Aurélie que M. Buloz avait presque refusée,—Aurélie,
-un peu changée sans doute, grandie, développée, mais encore très
-reconnaissable, surtout pour l’œil d’un père. Elle ne s’appelle plus
-Aurélie d’Ermancey; elle s’appelle Georgette Danemasse[216]; mais ce
-changement de nom n’empêche pas les deux jeunes filles d’avoir la même
-physionomie et les mêmes traits, de se ressembler comme deux sœurs.
-Les détails varient, les incidents offrent certaines différences, le
-dénouement n’est pas le même. N’importe! les similitudes n’en sont
-pas moins frappantes, les situations principales n’en sont pas moins
-identiques. Les deux sujets sont exactement semblables, ou plutôt c’est
-le même sujet: une jeune fille pure, innocente, chastement aimante,
-sincèrement aimée, faite pour les honnêtes joies du pays natal et de la
-famille, victime des désordres superbes de sa mère.
-
-Pontmartin va-t-il crier au plagiat? Il est bien trop galant
-homme pour cela. Pour rien au monde, il ne voudrait contrister une
-femme, et l’auteur de _Georgette_ est justement une femme, qui a
-déjà fait ses preuves de talent et qui sans doute n’a jamais lu
-_Aurélie_,—Pontmartin en est persuadé. Il se borne à sourire, et il
-écrit sur ce petit épisode une causerie charmante, qu’il termine ainsi:
-«Si _Georgette_ était une pièce de théâtre, j’aurais prié M^{me} B...,
-de me donner un fauteuil d’orchestre pour la première représentation.
-Puisque _Georgette_ est un roman, je me tiendrai pour très content, si
-M^{me} B..., en publiant le volume chez _notre_ éditeur Calmann-Lévy,
-veut bien le faire précéder d’une page où elle mentionnera ma pauvre
-_Aurélie_, et ajoutera, non pas que les beaux esprits se rencontrent,
-mais que les _vieux_ peuvent encore être bons à quelque chose[217].»
-
-La pauvre _Aurélie_, du reste, n’avait pas trop à se plaindre. Est-ce
-qu’elle n’avait pas eu l’honneur, en 1862, d’être mise par Sainte-Beuve
-à l’ordre du jour des _Nouveaux Lundis_? Sainte-Beuve, à ce moment,
-était complètement brouillé avec l’auteur des _Causeries littéraires_.
-Voici pourtant comment il parle de la nouvelle de Pontmartin:
-
- _Aurélie_ est une nouvelle qui débute d’une manière agréable et
- délicate. Il y a une première moitié qui est charmante. Cette jeune
- enfant de dix à onze ans, amenée un matin au pensionnat par une mère
- belle, superbe, au front de génie et à la démarche orageuse, le peu
- d’empressement de la maîtresse de pension à la recevoir, la froide
- réserve de celle-ci envers la mère, son changement de ton et de
- sentiment quand elle a jeté les yeux sur le front candide de la jeune
- enfant, les conditions qu’elle impose; puis les premières années de
- pension de la jeune fille, ses tendres amitiés avec ses compagnes,
- toujours commencées vivement, mais bientôt refroidies et abandonnées
- sans qu’il y ait de sa faute et sans qu’elle se rende compte du
- mystère; l’amitié plus durable avec une seule plus âgée qu’elle et
- qui a dans le caractère et dans l’esprit plus d’indépendance que les
- autres; tout cela est bien touché, pas trop appuyé, d’une grande
- finesse d’analyse. On devine bientôt le secret: la mère d’Aurélie,
- séparée de son mari par incompatibilité d’humeur et par ennui de se
- voir incomprise, est une personne célèbre qui a fait le contraire
- de ce que Périclès recommandait aux veuves athéniennes, qui a fait
- beaucoup parler d’elle, qui a demandé à ses talents la renommée et
- l’éclat, à ses passions les émotions et l’enivrement à défaut de
- bonheur. La pauvre enfant qui ne sait rien, qui ne voit que rarement
- cette mère capricieuse et inégale, pour laquelle, du plus loin
- qu’elle s’en souvienne, elle s’est pourtant autrefois prononcée dans
- le cabinet du magistrat, lorsqu’il lui fut demandé de choisir, entre
- elle et son père, la pauvre Aurélie arrive à l’âge de dix-sept ans
- sans s’être rendu compte des difficultés de sa destinée. Elle aime le
- frère de son intime amie Laurence, Jules Daruel, un gentil sujet, qui
- vient d’autant plus régulièrement visiter sa sœur qu’il ne la trouve
- jamais sans Aurélie. Ce jeune homme est avocat, il a des succès et
- voit déjà s’ouvrir devant lui une honorable et brillante carrière.
- Il a pour tuteur M. Marbeau, un grave conseiller à la Cour royale,
- celui même dans le cabinet duquel, bien des années auparavant, s’est
- consommée à l’amiable la séparation du père et de la mère d’Aurélie.
- Un jour, un soir d’été, que M. Marbeau est venu à la pension, il y
- rencontre Jules, son pupille, qui s’y trouvait déjà en compagnie de
- Laurence et d’Aurélie; ils sont tous, dans une allée du jardin, à
- jouir de la beauté et des douceurs de la saison en harmonie avec les
- sentiments de leurs cœurs. Aurélie n’a jamais été plus belle; Jules
- n’a jamais été plus amoureux; M. Marbeau semble lui-même sourire et
- prendre part à leurs espérances. Tout d’un coup, au tournant d’une
- allée, Aurélie pousse un cri de joie; elle vient d’apercevoir sa mère,
- qui, ne l’ayant pas trouvée au parloir, s’est dirigée vers le jardin;
- mais la présence de M^{me} d’Ermancey apporte à l’instant du trouble
- dans tout ce bonheur. Elle a d’abord reconnu M. Marbeau, l’arbitre
- de la séparation conjugale, celui-ci a repris son front de juge; la
- contrainte succède, un froid mortel a gagné tous ces jeunes cœurs. Ce
- jour sera le dernier beau jour de la vie d’Aurélie.
-
- Jusqu’ici, j’en conviens, la nouvelle est parfaite[218].
-
-Autant Sainte-Beuve est élogieux pour la première moitié du récit de
-Pontmartin, autant il est dur pour la seconde moitié, dont il donne,
-il est vrai, une analyse qui n’est rien moins qu’exacte. Dans la
-nouvelle, M. d’Auberive, voisin de campagne et ami de M. d’Ermancey,
-vient lui demander pour son fils Emmanuel la main d’Aurélie. M.
-d’Ermancey commence par refuser. Il craint pour sa fille, pour le mari
-qu’elle prendra, les propos méchants, les calomnies, suites fatales des
-désordres de la mère et de son orageuse réputation; il soumet à son
-ami les scrupules que lui dicte une exquise délicatesse. «Si l’envie
-et la malice, dit-il à M. d’Auberive, se sont si aisément emparées de
-la réputation d’Aurélie, c’est qu’Aurélie n’est pas placée dans les
-conditions ordinaires; c’est que cette réputation leur était livrée
-d’avance par un implacable souvenir, par une tache ineffaçable...» Il
-finit cependant par céder aux instances de M. d’Auberive; il consent
-au mariage de sa fille. «_J’y consens_, dit-il à son ami... Emmanuel
-et toi, vous reviendrez dans deux jours. Si vous persistez dans votre
-demande, j’appellerai Aurélie, et elle prononcera.» Mais Aurélie a
-tout entendu, et elle refuse d’épouser Emmanuel d’Auberive.—Dans
-l’analyse de Sainte-Beuve, les choses se passent autrement. L’auteur
-des _Nouveaux Lundis_,—après avoir solennellement déclaré qu’il _ne
-montera pas sur ses grands chevaux_,—néglige de mentionner le refus
-d’Aurélie, et il nous montre M. d’Ermancey _refusant sa fille, faisant
-bon marché de son bonheur, la réduisant de gaîté de cœur à l’état de
-paria pour toute sa vie, faisant le mal par préjugé et par orgueil_. Il
-s’exalte lui-même au tableau imaginaire de la conduite qu’il lui plaît
-d’attribuer à ce malheureux M. d’Ermancey, qui n’en peut mais, et tout
-à coup, dans un accès d’éloquence qui dut faire tressaillir d’aise les
-abonnés du vieux _Constitutionnel_[219], il s’écrie, non sans avoir
-préalablement comparé M. d’Ermancey à un «Appius Claudius»: «_Odieuse
-et horrible moralité aristocratique!_ Pauvre Aurélie, qui devrait
-s’appeler _l’Enfant maudit_! La fatalité plane, en vérité, sur elle
-comme _au temps d’Œdipe_, la malédiction comme _au temps de Moïse et
-d’Aaron. Dans quel siècle l’auteur croit-il donc vivre?_ Nous ne vivons
-plus sous la loi, mais sous la grâce. Le talion est depuis longtemps
-aboli. _Bénies soient les révolutions qui ont brisé ces duretés et ces
-férocités antiques, sacerdotales, féodales et patriciennes[220]!_»
-
-C’était bien du bruit pour un mariage manqué. Je ne pus m’empêcher
-d’en faire la remarque. En ce temps-là, entre un achat de graines
-d’arachides et une vente de caisses de savons, je m’amusais parfois
-à publier dans la _Revue de Bretagne et de Vendée_ des chroniques
-signées: _Louis de Kerjean_ ou des causeries littéraires signées:
-_Edmond Dupré_. Sous cette dernière signature, je pris la liberté[221]
-de relever les inexactitudes contenues dans l’article de Sainte-Beuve.
-Dans mon audace juvénile, je me risquai jusqu’à dire, comme Marfurius:
-Il me semble qu’il n’est pas impossible qu’il puisse se faire que,
-par aventure, le célèbre critique ait commis un pas de clerc en
-_montant sur ses grands chevaux_. Ce diable d’homme lisait tout,
-même la _Revue de Bretagne_; il me le fit bien voir. Peu de temps
-après, réimprimant son article, il me consacra une note où il me
-reprochait d’_épiloguer_[222]. Un peu plus tard, le 28 juillet 1862,
-dans un nouvel article sur _M. de Pontmartin_, il me prit de nouveau à
-partie, citant même, pour me confondre, un passage de ma chronique, et
-m’accusant d’_injurier l’Univers_[223]! Je n’avais pas le droit de me
-plaindre, ayant eu le tort de me mêler de ce qui ne me regardait point
-et de ne pas me souvenir, avec La Fontaine, que de tout temps
-
- Les petits ont pâti des _querelles_ des grands.
-
-Une riche compensation allait d’ailleurs m’indemniser des légères
-malices de Sainte-Beuve, lesquelles, après tout, étaient de bonne
-guerre.
-
-Pontmartin, à qui j’avais envoyé mon article, me répondit, à la date du
-5 mars 1862:
-
- ...Si vous m’aviez adressé un seul jour plus tard votre lettre et
- le numéro de la _Revue de Bretagne_, je n’aurais pas eu le vif
- plaisir de pouvoir terminer la dernière feuille des _Jeudis de Madame
- Charbonneau_ par un hommage de reconnaissance à M. Edmond Dupré. Je
- n’ai pas osé écrire votre vrai nom, craignant de vous déplaire et
- n’ayant pas le temps de vous consulter là-dessus; car je suis déjà un
- peu en retard et nous ne pouvons paraître que le 4 avril. Ce qui vous
- paraîtra singulier (étant donnée la vanité proverbiale des auteurs et
- notamment la faiblesse paternelle des romanciers), c’est que j’avais
- si bien oublié _Aurélie_ que j’acceptais non pas précisément l’arrêt,
- mais l’analyse de M. Sainte-Beuve. C’est vous qui m’avez remémoré le
- dénouement, et je me suis souvenu que Buloz, avec qui je me brouillai
- à cette époque pour l’amour de la _Revue contemporaine_ (qui depuis...
- mais alors!), me dit: Votre première partie est très ennuyeuse, mais
- la seconde est excellente: or Sainte-Beuve dit tout le contraire...
-
-Et voilà comment je figure, moi chétif, à la dernière page des _Jeudis
-de Madame Charbonneau_. Cette page est trop aimable à l’endroit
-d’_Edmond Dupré_ pour que je puisse songer à la reproduire. Jamais
-depuis aucun de mes articles ne m’a été payé aussi royalement.
-
- * * * * *
-
-Si je me suis étendu, un peu trop longuement peut-être, sur les
-_Contes et Nouvelles_, c’est qu’à leur publication se rattache un de
-mes plus chers souvenirs de jeunesse. Je faisais alors mon droit. Entre
-une leçon de M. Bugnet et un cours de M. Perreyve[224], j’écrivis
-quelques pages sur le volume acheté la veille sous les galeries
-de l’Odéon, et je jetai mon article dans la boîte de l’_Assemblée
-nationale_. Le lendemain, Pontmartin vint me demander à ma pension
-d’étudiant, rue du Petit-Lion-Saint-Sulpice, et, ne me trouvant pas,
-m’y laissa ce billet:
-
- Paris, le 12 mai 1853.
-
- Monsieur,
-
- Le rédacteur en chef de l’_Assemblée nationale_ me communique un
- article signé de vous, sur l’ensemble de mes ouvrages. Cet article
- me rendrait bien fier si je pouvais croire que je mérite les éloges
- dont vous me comblez; mais par cela même qu’il est trop bienveillant
- et trop flatteur, il y aurait peut-être quelque difficulté à
- l’insérer _tel quel_ dans un journal dont je suis notoirement un des
- collaborateurs. Nous désirerions donc, Monsieur, en causer avec vous,
- et vous demander quelques légères modifications. Je serai demain
- vendredi, au journal, de midi à deux heures, rue Bergère, n^o 20, et
- si vous n’aviez rien de mieux à faire, je serais heureux d’offrir
- mes remerciements à mon _bienfaiteur inconnu_. S’il vous est plus
- commode que j’aille chez vous, veuillez m’indiquer l’heure où il vous
- plaira de me recevoir, et, en attendant, Monsieur, veuillez agréer
- l’expression de ma vive reconnaissance, de ma haute considération.
-
- ARMAND DE PONTMARTIN,
-
- 10, rue Laffitte.
-
-Trente-cinq ans plus tard, Pontmartin a bien voulu rappeler ces
-petites circonstances dans une page qu’on me pardonnera de citer:
-
- Je n’ai jamais oublié, je n’oublierai jamais ma première rencontre
- avec Edmond Biré, dans les bureaux de l’_Assemblée nationale_, où
- il venait présenter un article sur mon premier volume, qui devait
- être, hélas! suivi de tant d’autres. Biré n’avait que vingt ans,
- et je n’étais déjà plus jeune; car une des singularités de ma vie
- littéraire aura été de débuter (à Paris, s’entend!) à un âge où la
- plupart de mes contemporains, de mes camarades de collège et de
- concours, Montalembert, Falloux, Nisard, Champagny, Nettement, Henri
- Blaze, Alphonse Karr, Paul et Jules Lacroix, Louis Veuillot, Théophile
- Gautier, Jules Sandeau, Victor de Laprade, avaient déjà marqué leur
- place, où Alfred de Musset tombait en ruine, et de n’être pas tout à
- fait mort, quand tous ou presque tous ont disparu. Certes, pour un
- débutant, presque un surnuméraire, il y avait, dans ce témoignage
- spontané d’un jeune homme inconnu, arrivant de l’autre extrémité
- de la France, plus Breton que je ne suis Provençal, tout ce qu’il
- fallait pour m’inspirer sympathie et gratitude. Cependant, un secret
- pressentiment m’avertit que nous n’en resterions pas là, que, malgré
- la différence de nos âges, ce serait la première étape d’une longue
- campagne où nous servirions, avec la même cocarde, dans le même
- régiment. Je ne me doutais pas que ce jeune homme, à qui je savais
- déjà tant de gré de s’être occupé de mon livre, avait lu tous les
- articles que, depuis 1845, j’avais publiés dans la _Mode_, la _Revue
- des Deux Mondes_ et l’_Opinion publique_, et qu’il s’en souvenait
- mieux que moi[225]...
-
-
-V
-
-Pontmartin n’avait jamais songé à faire des livres avec ses articles de
-l’_Opinion publique_, de la _Revue des Deux Mondes_ et de la _Mode_. Le
-succès de ses feuilletons de l’_Assemblée nationale_ le décida à les
-réunir en volumes. La première série des _Causeries littéraires_ parut
-au mois d’avril 1854.
-
-Les _Causeries_ ne réussirent pas moins que les _Contes et Nouvelles_.
-On y pouvait noter sans doute quelques négligences, relever ici et là
-des phrases écrites trop à la hâte, au vol de la plume, regretter trop
-de facilité et trop de complaisance de jugement; mais on oubliait vite
-ces défauts, tant il y avait dans cet aimable et ingénieux volume de
-vivacité et de bonne grâce, de raison et de bon sens, de malice et de
-belle humeur. Si les critiques sont les historiens de l’esprit, jamais
-écrivain, plus que Pontmartin, ne fut plein de son sujet. Ses chapitres
-sur M^{me} Émile de Girardin, sur Jules Janin et son _Histoire de la
-littérature dramatique_, sur le _Constantinople_ de Théophile Gautier,
-sur le docteur Véron et ses _Mémoires_, sont en leur genre de petits
-chefs-d’œuvre.
-
-Louis Veuillot consacra aux _Causeries littéraires_ un de ses premiers
-Paris de l’_Univers_:
-
- Les _Causeries_ de M. de Pontmartin, disait-il, ont déjà paru dans
- les journaux, et leur réputation est faite. Elles gagneront cependant
- à être relues. On pourra mieux en apprécier la finesse, le bon sens,
- l’allure vive, quoique prudente. M. de Pontmartin a sa manière de
- voir, de sentir, de parler; une mesure très heureuse le garde en tout
- du commun et de l’extraordinaire. C’est vraiment une causerie. Il
- ne bavarde pas, il ne professe pas. Bavarder, il ne saurait, c’est
- le lot de M. Janin; professer, il ne voudrait, c’est le ton de M.
- Planche. Les bavards et les professeurs abondent; les causeurs sont
- rares. Il faut des idées et de l’esprit pour causer. Voilà le charme
- de ce volume, seulement trop discret. Point d’appareil d’érudition ni
- d’éloquence, point d’esthétique; un peu de recherche, une certaine
- toilette de salon, jamais d’attitude, surtout jamais d’effort. Nous
- avons donc là mieux qu’un docteur qui donne des consultations, et
- bien mieux qu’un homme de lettres qui fait des grâces: nous avons un
- homme d’esprit fort au courant de tout. On parle du livre nouveau. Il
- connaît le livre et il donne son avis; l’avis d’un galant homme très
- indulgent[226]...
-
-Un peu plus loin, après avoir reproché à Pontmartin d’être trop
-bienveillant, de ménager trop certains écrivains dont la religion et la
-morale avaient à se plaindre, Louis Veuillot ajoutait:
-
- Par les noms des auteurs, il avait sous la main à peu près toute la
- littérature du temps. Elle venait à lui telle qu’elle est, sceptique,
- incohérente, mercantile, sensuelle, débauchée, affolée, pleine de
- mépris pour toute chose au monde, et pour elle-même; un négoce, rien
- de plus; et quel négoce, en certains quartiers! Certes, c’était un
- tableau à nous donner; et pour le tracer M. de Pontmartin a tout ce
- qu’il faut, un talent précieux d’analyse, un sens droit, une plume
- ferme et fine comme le burin, une pointe d’esprit très pénétrante, le
- don de n’enfoncer cette pointe qu’autant qu’il veut.
-
-Louis Veuillot, s’il eût été de ceux qui prennent un blason, n’aurait
-sans doute pas choisi celui que l’on rencontre dans les _Devises_ du P.
-Bouhours, une abeille avec ces mots: _Sponte favos, ægre spicula_, le
-miel de bon gré, le dard à regret. Il prodiguait d’habitude le blâme
-plus que la louange. Pontmartin avait donc lieu d’être fier des éloges
-qu’il ne lui avait pas ménagés; il estimait même que le rédacteur
-de l’_Univers_ l’avait loué au delà de ses mérites. A la même heure
-pourtant, M. Cuvillier-Fleury trouvait que Louis Veuillot, qui était,
-il est vrai, sa bête noire, n’en avait pas dit assez. Le 8 avril 1854,
-il écrivait à Pontmartin.
-
- Par le côté religieux et un peu trop contre-révolutionnaire
- (peut-être) sous lequel vous vous montrez à lui, Veuillot vous a
- flatté. Par ce côté d’homme du monde qui cache un écrivain supérieur
- et qui se trahit sans cesse dans l’originalité élégante et ferme, dans
- la causticité indulgente et dans le bon goût éloquent, on dirait qu’il
- ne vous a pas connu.
-
-Pontmartin a doublement réussi comme romancier et comme critique. Le
-voilà devenu tout à fait parisien; aussi le voyons-nous, à la fin de
-1854, faire un nouveau bail avec la capitale, et se transporter avec
-les siens au numéro 51 de la rue Saint-Lazare, dans un pavillon au fond
-d’une cour. Il y restera huit ans, jusqu’au mois d’août 1862.
-
-
-VI
-
-Le succès des _Contes et Nouvelles_ était fait pour encourager
-Pontmartin à une récidive. Du 22 décembre 1853 au 2 juin 1854, il
-publia dans l’_Assemblée nationale_ sous ce titre: _Pourquoi nous
-sommes à Vichy_, trois nouvelles, _le Cœur et l’Affiche_, _le Chercheur
-de Perles_, _l’Envers de la Comédie_. Elles formèrent le volume
-intitulé: _le Fond de la Coupe_.
-
-_L’Envers de la Comédie_ repose sur une donnée entièrement originale.
-
-Le 23 mars 1847, le Théâtre-Français avait joué une comédie de Léon
-Gozlan, _Notre fille est princesse_, dont voici le sujet. M. Roger—qui
-s’appellera plus tard M. Poirier—est un bourgeois enrichi, trois
-ou quatre fois millionnaire,—en ce temps-là on ne connaissait pas
-encore les milliardaires. Il n’envie plus que ce qui lui manque: la
-noblesse, et il donne la main de sa fille au prince de Charlemont,
-le plus affreux vaurien qui se puisse imaginer. Une fois marié,
-Charlemont se ruine sans esprit: il ruine sa femme qui est charmante;
-il ruine son beau-père dont les yeux ne se dessillent qu’au cinquième
-acte, au moment où le gouffre qu’il a creusé sous ses pas est prêt à
-l’engloutir, lui et les siens. Heureusement, l’auteur a inventé un
-autre abîme à l’usage des _gentlemen-riders_ du Théâtre-Français. C’est
-un étang glacé que le prince veut franchir dans l’entraînement d’un
-_steeple-chase_... et crac! glace, étang, cheval, gendre, principauté,
-tout disparaît à la fois; il ne reste qu’un beau million que M. Roger
-sauve du naufrage et qui lui suffira pour faire honneur à ses affaires;
-sans compter qu’il y a là, tout à point, un petit cousin qui est fort
-amoureux de sa cousine et qui sera heureux comme un prince, le jour où
-_notre fille ne sera plus princesse_.
-
-Appelé dans la _Mode_ à rendre compte de la pièce[227], Pontmartin ne
-s’attarda point à en faire ressortir les défauts; il improvisa, à côté
-de la comédie de Léon Gozlan, toute une comédie nouvelle:
-
- Un jeune homme, écrivait-il, entre dans le monde; il est beau; il a de
- l’esprit; il a du cœur; il a un grand nom; mais il est pauvre. Dernier
- rejeton d’une race illustre et ruinée, il ne sait que faire de ce nom
- qui lui pèse comme un fardeau... La richesse est devenue l’unique
- et suprême condition de bien-être, de considération et de plaisir:
- Le monde ne se divise plus en gentilshommes et en bourgeois, mais
- en riches et en pauvres: ceux-ci sont les parias; ceux-là sont les
- privilégiés.
-
- Que fera, dans une société ainsi déclassée, mon prince de Charlemont?
- Égal aux plus grands par sa naissance, inférieur aux plus petits par
- sa fortune, désorienté par cette perpétuelle antithèse de sa destinée,
- il ne saura que faire de sa noblesse, de son esprit et de son cœur;
- rien de ce que lui offrira le monde ne sera ni assez élevé ni assez
- humble pour lui.
-
- Sur ces entrefaites, il rencontrera M. Roger, dans mon histoire,
- est un bourgeois enrichi, intelligent, qui est de son siècle, qui ne
- s’amuse pas à copier M. Jourdain, parce qu’il a mieux à faire, et
- qu’il sait qu’aujourd’hui un homme riche commande à tous, même aux
- princes qui n’ont pas d’argent. Sa fortune lui a depuis longtemps
- donné toutes les jouissances; il en est une, d’une nature plus
- exquise et plus raffinée, qu’il ambitionne, comme ces gourmets qui
- voudraient reculer les bornes du possible. M. Roger se souvient
- d’un certain George Dandin, qui fut martyrisé, du temps de Molière,
- par les Sotenville et les Prudoterie, parce que, riche et roturier,
- il avait épousé, comme on disait alors, une fille de condition.
- Ce George Dandin fut bien malheureux! M. Roger se propose de le
- venger; il veut pouvoir dire: _Notre gendre est prince!_ non pas par
- gloriole de parvenu, mais pour se donner le plaisir d’écraser sous la
- toute-puissance de ses écus un George Dandin armorié: c’est pourquoi
- il marie sa fille à mon prince de Charlemont.
-
- Vous voyez d’ici ma comédie: l’argent tyrannisant le blason! M.
- de Charlemont voudrait se plaindre de ce que sa femme met trop de
- diamants, achète trop de chevaux, découvre trop ses épaules qui sont
- blanches comme des épaules de vraie duchesse.—«Tout beau, monsieur
- mon gendre! oubliez-vous que ces diamants et ces chevaux, c’est notre
- argent qui les achète; que ces robes décolletées, c’est avec nos
- billets de banque que votre femme les paie à Palmyre!—Mais je ne
- voudrais pas aller tous les soirs dans le monde, traîné à la remorque
- par ma belle-mère! j’aimerais mieux lire, travailler, rêver, enseigner
- à ma femme cette vie d’intérieur que nous pourrions rendre si sereine
- et si douce!—Vous plaisantez, je crois! Pensez-vous que nous vous
- ayons épousé, que nous vous ayons tiré de l’indigence, pour vous
- mettre sous cloche et ne pas nous faire honneur de vos seize quartiers
- de noblesse?—Mais voici qui est plus grave; je crois m’apercevoir
- qu’il y a là un petit cousin, habillé par Humann, ganté par Boivin et
- doré par Jeannisset, qui, décidément, abuse de sa roture pour faire la
- cour à ma femme!—Eh! mon Dieu, simples représailles! George Dandin
- en a vu bien d’autres. Quoi! vous vous emportez pour une bagatelle!
- Ça, venez, notre gendre, faire vos humbles excuses au cousin Octave,
- qui est trop riche pour exposer sa vie contre vous. D’ailleurs, ne
- savez-vous pas que le duel est défendu par les lois que nous avons
- faites? Souffrez donc patiemment de cette petite revanche des Dandin
- d’autrefois contre les Sotenville d’aujourd’hui.
-
- Mais ici mon prince de Charlemont se relève de toute sa hauteur.
- Tant qu’il ne s’agissait que de ridicules, d’ennuis, de tracasseries
- domestiques, tant qu’il n’avait à craindre que de voir mener trop
- grand train cette fortune qui n’est pas à lui, il a souffert en
- silence; mais dès l’instant que l’honneur parle, Charlemont n’hésite
- plus; il fait un petit paquet de ses modestes hardes de gentilhomme
- ruiné; il tend, sans rancune, sa loyale main à cette famille enivrée
- d’argent; et adieu la richesse, les salons dorés, la soie et le
- velours! adieu la voiture de Clochez et le cheval de Stephen-Drake!
- Charlemont va quitter toutes ces récentes grandeurs et retrouver
- son pauvre manoir délabré où il vivra, s’il le faut, de pain et de
- cidre. Vous comprenez que je ne le laisse pas partir, et que sa femme
- qui n’est, après tout, ni dépravée ni méchante, et qui a oublié la
- querelle des Dandin et des Sotenville, se jettera dans ses bras en
- lui disant: Viens, mon ami, allons restaurer ton vieux château avec
- les jeunes écus de M. Roger! Allons faire souche de Charlemont, et
- apprendre à nos enfants à être à la fois, secret très rare, de bons
- riches et de vrais nobles!
-
- Je ne sais si je me trompe, mais il me semble qu’une comédie, basée
- sur cette idée, serait plus neuve et plus vraie, plus paradoxale et
- plus réelle, plus gaie et plus attendrissante que celle qu’a inventée
- M. Gozlan[228]...»
-
-Quelques années après, Jules Sandeau et Emile Augier portaient, à leur
-tour, à la scène cette question, si souvent controversée, de l’alliance
-entre un gentilhomme ruiné par ses élégantes folies et une jeune fille
-d’opulente bourgeoisie. Le 8 avril 1854, le théâtre du Gymnase donnait,
-avec un éclatant succès, la première représentation du _Gendre de M.
-Poirier_.
-
-La pièce ne versait pas dans le mélodrame, comme celle de Léon
-Gozlan; elle restait d’un bout à l’autre dans le ton de la comédie:
-la sensibilité délicate de Sandeau s’y mêlait heureusement à la verve
-gauloise d’Augier. Mais, au fond, c’était toujours la vieille histoire
-du gentilhomme pauvre épousant, pour ses écus, la fille du bourgeois
-gentilhomme... et millionnaire. Gaston de Presles est un marquis
-ruiné, dissipateur, paresseux, libertin, qui profite de son mariage
-pour continuer sa vie de garçon et renouer une liaison peu édifiante
-avec une femme de son monde d’autrefois. S’il se relève un peu à la
-fin, c’est parce que sa femme, la fille du bonhomme Poirier, a toutes
-les noblesses du cœur et toutes les supériorités de l’esprit. Tout en
-déployant dans leur pièce beaucoup d’entrain, de mouvement, de gaieté
-communicative, les deux auteurs n’étaient pas sortis du chemin battu:
-ils avaient, selon le mot de Montaigne, «vagué le train commun».
-
-
-VII
-
-Piqué au jeu par le succès du _Gendre de M. Poirier_, Pontmartin
-revint à son idée de 1847 et, dès le 10 mai 1854, il faisait paraître
-le premier feuilleton de l’_Envers de la Comédie_. Au risque d’être
-accusé de paradoxe, il traita le sujet tout à rebours de ceux qui
-l’avaient traité avant lui.
-
-Georges de Prasly, marquis comme Gaston de Presles, est ruiné, comme
-lui; mais sa ruine n’a d’autres causes que le malheur des temps et
-les dissolvants révolutionnaires; peu à peu, la pauvreté rature ses
-parchemins, gratte les armoiries sculptées sur la porte de son château
-seigneurial: château si délabré, tellement hypothéqué, que, malgré le
-souvenir de vingt générations chevaleresques, leur dernier héritier,
-n’ayant pas de quoi le réparer, va être forcé de le vendre. Il sait
-que cette vente achèvera de tuer sa mère, veuve depuis plusieurs
-années et dont le cœur s’est attaché à ces vieilles pierres, comme
-ces lierres qui finissent par s’incruster dans les murs en ruine.
-Il se résigne à épouser M^{lle} Sylvie Durousseau, sa voisine de
-campagne, dont le père a fait dans l’industrie une colossale fortune.
-M. Durousseau est un habile homme et un homme d’esprit. Il ne rêve
-pas, comme son contemporain M. Poirier, d’être fait pair de France.
-Il n’a ni ambition ni vanité; il a mieux que cela: il a de l’orgueil.
-Il a la passion du commandement, et cette passion, il lui plaît de
-la satisfaire sur un homme ayant eu des ancêtres aux Croisades, et
-lui devant à lui, roturier, son bien-être, son luxe, son crédit, tout
-jusqu’au vieux château où ses pères ont vécu. Il lui semble original,
-grand, digne d’un homme profondément pénétré de l’esprit et des progrès
-de son siècle, de prendre pour gendre un gentilhomme auquel il pourra
-rappeler, à chaque velléité de révolte, qu’il n’est qu’un zéro dont
-lui, Durousseau est le chiffre; que c’est lui qui l’a tiré du néant
-où notre siècle laisse tomber ceux qui n’ont rien; que ses chevaux,
-ses voitures, son hôtel, son mobilier, son argenterie, sa table, la
-toilette de sa femme et la sienne, sont autant de liens qui le font
-son obligé, son vassal et son esclave.—A ce jeu, il est vrai, M.
-Durousseau joue tout simplement le bonheur de sa fille. Mais il n’a
-sur ce point nulle inquiétude. Georges de Prasly est un timide, un
-faible,—il le croit du moins; fils pieux, il sera un mari soumis, un
-gendre docile, et ses révoltes, si par hasard il s’avisait d’en avoir,
-seraient faciles à dompter. Le mariage a lieu, et Georges, laissant
-sa mère à Prasly, s’installe à Paris, chez son beau-père, dans un des
-beaux hôtels de la rue Laffitte. M. Durousseau n’a de bourgeois que
-ses antécédents et son nom. Le pauvre descendant des Croisés se sent
-humble et petit dans ce magnifique hôtel, meublé avec un luxe inouï,
-plein d’artistiques merveilles. Il se trouve dépaysé dans ces salons
-où affluent les célébrités, où l’on entend des virtuoses à deux mille
-francs par soirée, où les reines de la mode rivalisent de somptueuses
-toilettes, où il se trouve entouré de parents, d’amis de la famille,
-qui n’ont pas besoin de titres et de particule pour se faire admettre
-au _Jockey_, briller au premier rang des _sportsmen_ et rayonner, parmi
-les arbitres de l’élégance et du goût sur les cimes du _high life_.
-Sylvie est une honnête femme, toute prête à aimer son mari; elle n’est
-pas coquette, mais elle aime le monde, et le monde la réclame. Elle
-ne manque ni un bal, ni un concert; elle est la reine de ces salons
-où Georges s’efface, se laisse oublier et souffre en silence. Une
-lettre du pays lui apprend que sa mère, dont le cœur est brisé et qui
-ne se peut consoler de son absence, est gravement malade. Au sortir
-d’une fête, où sa femme s’est vue plus courtisée que jamais, il la
-fait monter dans une berline de voyage, et, sans même prévenir M.
-Durousseau, il prend avec elle la route de Prasly. Ce brusque départ,
-cet enlèvement qui arrache Sylvie de ses rêves mondains et qui, au
-fond, l’enchante, pourrait être pour eux le point de départ d’une vie
-nouvelle et d’un bonheur dont l’un et l’autre sont dignes. Mais ils
-n’arrivent à Prasly que pour recueillir le dernier soupir de la vieille
-marquise. Georges se dit que c’est son mariage qui a tué sa mère; et
-quand Sylvie lui répète tout bas, avec une expression de tendresse
-timide: Elle m’a pardonné!—Oui, mais moi, je ne me pardonne pas,
-répond-il.
-
-Après l’enterrement de la marquise dans le cimetière du village, il
-dit au plus vieil ami de sa famille, au confident de sa mère: «Il
-n’y avait qu’une marquise de Prasly... c’est celle que vous venez de
-conduire à sa dernière demeure; à la place de la dernière marquise de
-Prasly, il y a un tombeau; à la place du dernier marquis, il y a un
-soldat. Adieu, mon ami, dites bien à cet homme et à sa fille qu’ils ont
-tué la mère et déchiré le fils, mais qu’ils ne les ont pas humiliés!»
-
-Le lendemain, George de Prasly partait pour l’Afrique et s’engageait
-dans le 11^e léger.
-
-Là s’arrêtait le récit. Le roman était-il donc fini? De tous côtés, on
-demanda à l’auteur de donner une suite à l’_Envers de la Comédie_. Elle
-parut, dans l’_Assemblée nationale_, du 21 décembre 1854 au 2 février
-1855, sous ce titre: _Réconciliation_.
-
-Les suites, d’ordinaire, réussissent peu. Il n’en fut pas de même
-cette fois. La seconde partie du roman vaut la première. Si elle
-renferme quelques scènes un peu trop mélodramatiques, elle en contient
-d’autres, et en grand nombre, qui sont vraiment émouvantes. Lorsque
-Pontmartin, en 1856, réunit en un volume l’_Envers de la Comédie_ et
-_Réconciliation_, il donna pour titre à son livre: _La Fin du procès_.
-
-Des trois épisodes dont se composait d’abord le _Fond de la Coupe_, il
-n’en restait plus que deux. Pour remplacer le troisième, l’_Envers de
-la Comédie_, Pontmartin écrivit, en 1857, une autre nouvelle, l’_Écu de
-six francs_; ce qui le conduisit à changer le titre primitif du volume.
-Le _Fond de la Coupe_ s’appela, dans les éditions postérieures, _Or et
-Clinquant_.
-
-
-
-
-CHAPITRE IX
-
- LE CORRESPONDANT, L’UNION ET LE JOURNAL DE BRUXELLES.—LES DEUX
- ÉROSTRATES.—LA MAIRIE DES ANGLES
-
-(1855-1862)
-
- Le second volume des _Causeries littéraires_. L’article sur Béranger.
- Lettre de Louis Veuillot à Pontmartin. Le 40 et le 44 de la rue du
- Bac. Le salon de Montalembert et les soirées de Veuillot.—L’entrée au
- _Correspondant_. Pontmartin et le théâtre.—_Les deux Érostrates._ Le
- _Spectateur_ et la suppression de l’_Assemblée nationale_. L’entrée à
- l’_Union_.—La Mûre et le château de Gourdan. La mairie des Angles.
- Un préfet homme d’esprit. Lettre de Louis Veuillot.—Les _Variétés_
- du _Journal de Bruxelles_.—_Biographie du Père Félix._—Rentrée à la
- _Revue des Deux Mondes_. Pontmartin en 1862.
-
-
-I
-
-Au mois d’avril 1855, en ayant fini avec l’_Envers de la Comédie_
-et _Réconciliation_, Pontmartin fit paraître le second volume des
-_Causeries littéraires_. Le premier, l’année précédente, avait obtenu
-un complet succès; aucune critique n’était venue se mêler aux éloges.
-Pontmartin croyait naïvement que la deuxième série aurait même fortune.
-
-Il avait eu l’idée, pour corser le volume, d’y ajouter son étude sur
-Béranger, parue quatre ans auparavant, nous l’avons vu, dans l’_Opinion
-publique_, et qui n’avait pas soulevé le moindre orage. M. Mallac,
-sans le prévenir, inséra cette étude dans l’_Assemblée nationale_.
-C’était une démolition complète de l’Idole (car Béranger en était
-une à ce moment). Sans nier le mérite de ses «jolies chansons[229]»,
-Pontmartin se refusait à voir dans le chantre de _Lisette_ un poète
-lyrique, et à reconnaître dans le rival de Désaugiers un successeur et
-un rival d’Horace. Il ne cachait pas son mépris pour l’homme qui avait
-insulté l’Ange Gardien et la sœur de Charité, profané l’image sacrée
-de l’aïeule, bafoué le Jour des Morts, remplacé le Dieu des Chrétiens
-par le _Dieu des Bonnes Gens_, discrédité les Bourbons, glorifié le
-Bonapartisme, travaillé enfin—coup double dont la France mourra
-peut-être—à nous donner à la fois la République et l’Empire.
-
-Louis Veuillot s’empressa de signaler ces pages vengeresses:
-
- Les nouvelles _Causeries littéraires_ de M. de Pontmartin,
- écrivait-il, contiennent une étude sur M. Béranger que nous signalons
- comme une bonne action et comme un chef-d’œuvre. Critique pleine,
- solide, lumineuse, entraînante, qui ne néglige rien, qui ne dit rien
- de trop, faite de main d’ouvrier. Le fameux auteur de _Frétillon_ est
- jugé, pour le fond et pour la forme, comme la postérité le jugera.
- Ceux qui ont senti l’odieux poids de cette gloire injurieuse, et ils
- sont nombreux, n’ont plus rien à désirer. Voilà M. Béranger mis à sa
- place... Fausse poésie, fausse gaîté, fausse bonhomie, patriotisme
- faux, immoralité sordide, impiété bête, tel est le bilan des «chansons
- nationales». C’était justice qu’il vînt une main ferme pour peser tout
- cela dans les balances d’or du talent; qu’un souffle puissant dissipât
- cette longue apothéose de la gaudriole, et que tant de choses saintes
- vilipendées pendant quarante ans par ces impurs fredons fussent enfin
- vengées. Le morceau suivant, détaché du travail de M. Pontmartin,
- permettra d’apprécier la saine beauté de l’ensemble...
-
-Et après une longue citation, Louis Veuillot ajoutait:
-
- Le critique va jusqu’au bout avec cette franchise, avec cette vigueur,
- avec ce fouet qui n’a pas un claquement inutile, et qui laisse partout
- où il tombe sa marque et son sillon. Et le public applaudit, parce
- qu’enfin c’est une belle et agréable chose que l’esprit au service du
- bon sens et de la justice[230].
-
-Les journaux et les écrivains préposés à la garde de «nos gloires
-nationales» gardèrent d’abord le silence. Leur stupeur était plus
-grande encore que leur colère. «Parmi tant de fidèles dont les chansons
-de M. Béranger ont été le Coran, disait encore Louis Veuillot, personne
-ne se lève pour le prophète; le goum du _Siècle_ lui-même et toute la
-tribu des Ben-Havin restent immobiles.» Force leur fut bien cependant
-de se mettre en campagne. Taxile Delord (celui qui plus tard, dans les
-_Jeudis de Madame Charbonneau_, sera _Porus Duclinquant_), Émile de
-La Bédollière, Louis Jourdan, dirigèrent de furieuses attaques contre
-l’auteur des _Causeries littéraires_, transformé par eux, pour les
-besoins de la cause, en iconoclaste, en démolisseur et en Jésuite!
-Pontmartin ne répondit pas. Louis Veuillot d’ailleurs s’était chargé de
-ce soin. Le grand polémiste publia sur Béranger et ses défenseurs toute
-une série d’articles qui eurent vite fait de mettre en déroute les
-Ben-Havinites[231].
-
-Presque au lendemain de cette brillante campagne, Louis Veuillot fut
-cruellement frappé: il perdit coup sur coup deux de ses filles[232].
-Aux condoléances de Pontmartin, il répondit par une lettre admirable,
-l’une des plus belles qu’il ait écrites:
-
- Paris, le 19 juillet 1855.
-
- Cher monsieur,
-
- Je savais combien vous avez pris part à mon chagrin; je vous sais
- gré de me fournir l’occasion de vous en remercier. Je suis de bronze
- à toutes les haines et à toutes les formes de la haine; mais toute
- sympathie m’émeut délicieusement, et c’est un bonheur dont j’ai
- beaucoup joui dans ma vie militante, parce que la sympathie n’est
- toujours venue du bon côté. Là où il y a de l’honneur, de l’amour
- pour le bien, du zèle pour la justice, du mépris et du dégoût pour le
- reste, là sont mes amis. Je n’ai pas traversé une circonstance pénible
- sans qu’on m’ait tendu la main du sein de cette élite courageuse.
- C’est plus qu’il ne faut pour supporter les choses extérieures.
-
- Quant à ces grandes douleurs du cœur et de l’âme, où nulle puissance
- humaine ne peut rien, Dieu qui les envoie a soin d’y pourvoir. Saint
- Bernard a une grande parole à ce propos.
-
- Il dit: «Le monde voit la croix et ne voit pas l’onction.» Ce que
- Dieu met dans les cœurs qu’il déchire est inénarrable. J’en suis à
- m’étonner de mes pleurs. Je vois ces chers enfants dans le ciel,
- à côté de leur mère, comme elles étaient ici, mais à l’abri, mais
- immortelles. C’est un groupe d’étoiles qui luisent toujours et qui
- éclairent mon vrai chemin. De là tombe sur mon cœur une sérénité
- divine. Je me sens sous l’aile des Anges, et je remercie Dieu de
- m’avoir donné cette égide contre les traits et les attraits du monde.
-
- Que de miracles Dieu fait pour nous, et que nous sommes ingrats! Que
- de miséricorde de nous faire trouver la plus grande paix dans la plus
- grande douleur! Ce sillon terrible, creusé au milieu du cœur, se
- remplit d’une semence de foi, d’espérance et d’amour.
-
- Quand je venais à penser autrefois que je pourrais perdre un de mes
- enfants, c’était une angoisse inexprimable et il me semblait que
- j’entrerais du même coup dans des ténèbres aussi épaisses que celles
- du tombeau. Mais ces deux tombes, creusées presque au même instant,
- n’ont été que des jours ouverts sur l’Éternité. Je ne me lasse pas de
- le redire, comme je ne me lasserais pas de raconter un miracle dont
- j’aurais été le témoin et l’objet. Il n’y a pas de mort, il n’y a pas
- de séparation, il n’y a qu’une absence qui peut finir demain. Cette
- absence ne peut devenir éternelle que par notre faute, et Dieu prend
- un soin tendre d’allumer dans nos cœurs, par cette absence elle-même,
- toutes les lumières qui nous rendent quasi impossible de nous perdre
- et de nous égarer.
-
- Songez à ce que je vous dis là, cher monsieur, si parfois les
- louanges que votre esprit vous attire vous paraissent assez douces
- pour mériter quelque sacrifice, et vous engager à relâcher quelque
- chose dans le commerce du monde, sur les droits de Dieu. Il y a des
- moments où l’on voit avec la clarté de l’évidence qu’il faut tout
- faire pour Dieu et ne rien faire que pour Dieu. On sent que cela seul
- est _fait_, que tout le reste a été inutile ou criminel.
-
- Si j’avais en ce moment tout ce que le monde peut donner de fortune
- et de gloire, je l’abandonnerais avec joie, non pas pour ravoir mes
- enfants, mais seulement pour les revoir. Aucune satisfaction ici-bas,
- aucune espérance de mémoire et d’honneur parmi les hommes ne pourrait
- m’être plus précieuse. Or, je ne les reverrai et elles ne me seront
- rendues que si j’aime Dieu et que si je le sers uniquement, et nous ne
- l’aimons ni ne le servons ainsi quand nous avons dans nos œuvres un
- regard et un désir pour ces misères humaines.
-
- Voilà ce qu’il faut nous dire quand nous prenons la plume, quand nous
- ouvrons la bouche. Si nous songeons à nous-mêmes, si nous mettons Dieu
- de côté pour ne plus soulever le bruit des injures, pour exciter celui
- des louanges, alors c’est la séparation, c’est le commencement de la
- mort. Nous creusons entre Dieu et nous un abîme où notre âme languira
- longtemps et que peut-être elle ne franchira jamais.
-
- Je me suis laissé aller bien loin; cependant je ne recommencerai pas
- ma lettre et je ne la supprimerai pas. Je vous l’adresse dans votre
- solitude comme le meilleur et le plus sincère témoignage que je puisse
- donner de toute mon amitié et de toute mon estime[233].
-
-Pontmartin n’admirait pas seulement dans Louis Veuillot le puissant
-écrivain, l’incomparable polémiste, l’homme aussi l’attirait; sa
-conversation le charmait plus encore que ses merveilleux articles. Ce
-lui était une fête de gravir, le soir, les trois étages du rédacteur
-de l’_Univers_, au 44 de la rue du Bac. En ces mêmes temps, il lui
-arrivait parfois d’entrer, le mercredi, au numéro 40, de monter au
-premier étage et d’assister aux réceptions de Montalembert; mais ce
-n’était plus la même chose. Au 40, il lui fallait se souvenir qu’il
-était _Monsieur le comte_ et cela ne faisait pas du tout le sien.
-Sa verve se glaçait, ses meilleurs calembours se figeaient sur ses
-lèvres. Il a tracé quelque part une peinture, peut-être un peu trop
-poussée au gris, de ce salon où, malgré tant d’éléments de curiosité
-respectueuse, de sympathie, d’admiration, régnait un majestueux
-ennui. «Pris isolément, dit-il, chaque personnage était excessivement
-intéressant, l’ensemble était, comme disent les vulgaires _loustics,
-à porter le Diable en terre_; et, en effet, le Diable, dans cette
-société édifiante où il eût perdu son temps, n’avait rien de mieux à
-faire qu’à se faire enterrer. On eût dit des ombres chuchotant avec
-des fantômes, des revenants du parlementarisme, accourus pour donner
-des nouvelles du discours qui allait être prononcé, du projet de loi
-qui allait être voté, de l’amendement qui allait être discuté, de la
-sous-commission qui allait s’organiser au moment où quatre hommes et
-un caporal avaient dispersé nos législateurs. Quelquefois,—les grands
-soirs,—apparaissait une célébrité britannique ou irlandaise, anglicane
-ou méthodiste, qui, pour éviter de choisir entre sa langue naturelle et
-le français, prenait le sage parti de rester muette, et contribuait à
-l’effet imposant plutôt qu’à la gaîté de la soirée[234].»
-
-Au 44, quelle différence! Quelle simplicité! quelle bonhomie! Dans ces
-réunions charmantes, Pontmartin se sentait vraiment chez lui. Il s’y
-montrait tout simplement ce qu’il était en réalité, c’est-à-dire un
-_bon garçon_. Rien ne lui faisait plus de plaisir que de croire (comme
-cela lui arrivait en ces heureuses soirées) qu’il était, comme le
-maître de la maison, un parvenu de la plume, un _enfant de la balle_.
-Il s’abandonnait alors sans contrainte à toute sa verve; il prodiguait
-sans compter les traits les plus piquants et les aperçus les plus
-fins, les _à-peu-près_ les plus impossibles et les calembours les plus
-détestables.
-
-
-II
-
-Si lié qu’il fût avec le directeur de l’_Univers_, Pontmartin se
-séparait cependant de lui sur le terrain politique. Il n’allait pas
-tarder à devenir l’un des rédacteurs du nouveau _Correspondant_, dont
-Louis Veuillot était le plus ardent adversaire.
-
-En 1855, Montalembert, privé de la tribune et ne pouvant songer à
-créer un journal, prit la direction de la Revue fondée par Edmond
-de Cazalès et Louis de Carné, et dans laquelle, vingt-cinq ans plus
-tôt, il avait publié son premier article. Depuis longtemps déjà, elle
-n’avait plus qu’une existence languissante et précaire; à peine lui
-restait-il quelques centaines d’abonnés. Le grand orateur crut qu’il
-était possible, dans les circonstances où l’on se trouvait alors, de
-la relever, d’en faire un organe d’opposition politique, en même temps
-qu’une arme de défense religieuse[235]. Il sollicita la collaboration
-d’Armand de Pontmartin. Celui-ci débuta dans la Revue renaissante[236],
-par un article sur _le Correspondant et la littérature_, qui parut le
-25 février 1856. Jusqu’à sa mort, il ne cessa d’y écrire. Dans l’un de
-ses derniers articles[237], celui du 10 décembre 1889, revenant sur ces
-vieux et chers souvenirs, il dira:
-
- ...En février 1856, le comte de Montalembert me fit le très grand
- honneur de m’engager à collaborer au _Correspondant_ régénéré,
- renouvelé, rajeuni et agrandi. Il y a, de cela, trente-trois ans,—un
- tiers de siècle,—et voilà que, au bout de trente-trois ans, je me
- retrouve à cette même place, cherchant vainement du regard ceux
- dont la piété, l’éloquence, les écrits et les exemples devaient
- nécessairement m’inspirer l’émulation du bien. J’étais heureux et fier
- de redevenir soldat pour servir sous les ordres de pareils chefs.
- Aujourd’hui tous ont disparu. La France, profondément pervertie,
- révolutionnaire, athée, corrompue par la double complicité de
- l’impiété et du vice, d’une politique ignoble et d’une littérature
- infecte, s’efforce sans doute de les oublier. Les peuples déchus,
- par un juste châtiment, sont condamnés à avoir honte de ce qui fait
- leur gloire et à ne pouvoir songer qu’avec un remords à leurs sujets
- d’orgueil. Pour moi, ces hommes incomparables apparaissent d’autant
- plus haut que la société moderne est tombée plus bas, d’autant plus
- purs que nos politiciens sont plus vils. Montalembert! Augustin
- Cochin! Théophile Foisset! Armand de Melun! Falloux! Louis de Carné!
- Perreyve! Charles Lenormant! Lacordaire! Dupanloup! Ravignan! Gerbet!
- Vos noms bénis, vos noms illustres, doivent-ils éveiller les images
- funèbres que la mort offre à notre faiblesse? Je refuse de le croire.
- Pour des hommes tels que vous, la mort, c’est encore la vie; le deuil
- s’adoucit par la foi; le regret s’éclaire d’espérance. Aujourd’hui, en
- écrivant ces dernières lignes, je ne vous demande pas de me protéger
- en ce monde,—je ne suis plus de ce monde,—je vous demande de prier
- pour moi le Dieu de miséricorde et de bonté, afin qu’il m’accorde la
- faveur de bien mourir[238].
-
-L’article sur _le Correspondant et la littérature_ n’est pas, tant
-s’en faut, parmi les meilleurs de Pontmartin. Il vise à être un
-manifeste, une profession de foi, un programme. L’écrivain sans doute
-était toujours élégant et spirituel; mais il traduisait sa critique
-en maximes et la condensait en formules. Il mêlait à sa grâce aimable
-et légère quelque chose de solennel et d’un peu apprêté. Même il lui
-arrivait, à lui si simple d’ordinaire, si éloigné de toute prétention
-et de tout pédantisme, il lui arrivait de prendre un ton dogmatique,
-d’employer de grands mots, des termes ambitieux, _sesquipedalia verba_.
-C’était toujours du Pontmartin, mais du Pontmartin endimanché. Ses
-amis, qui l’aimaient mieux en son habit de tous les jours, eurent
-d’abord un peu d’inquiétude. Allait-il donc changer son salon en une
-salle de conférences, monter à la tribune pour faire, lui aussi, sa
-_Déclaration des droits de l’homme_... et du critique? Est-ce que,
-par hasard, les lauriers de Gustave Planche l’empêchaient de dormir?
-Ces inquiétudes durèrent peu. Dès le 25 mai 1856, il publiait un
-article sur les _Contemplations_ de Victor Hugo, bientôt suivi d’une
-étude sur _Balzac_[239] et d’une autre sur _le Roman bourgeois et le
-roman démocratique_[240]; et dans ces divers morceaux se retrouvaient
-ses anciennes qualités, auxquelles se venait ajouter parfois une
-sorte de divination. Telles, par exemple, dans son étude sur les
-_Contemplations_, les pages où il pressent, où il voit, où il décrit,
-dès 1856, les dernières œuvres, les dernières années du grand poète;
-où il nous montre Hugo devenu Dieu, se contemplant, se souriant dans
-sa création, comme dans le miroir de sa grandeur et de sa divinité; se
-grisant d’infini, s’endormant dans cet enivrement olympien, au murmure
-des océans et des mondes... et se réveillant à Charenton[241]!—Pardon!
-c’est au Panthéon que je voulais dire.
-
- * * * * *
-
-Pontmartin était passionné pour le théâtre, et ce goût chez lui
-devait persister jusqu’à la fin. De 1873 à 1878, j’allais tous les ans
-passer avec lui, à Paris, une ou deux semaines. Nous dînions tous les
-soirs ensemble, et presque tous les soirs il me fallait l’accompagner
-à l’Opéra ou à l’Opéra-Comique, aux Français ou au Gymnase, où nous
-arrivions toujours avant le lever du rideau et où il s’amusait comme un
-enfant. Lorsqu’il était rédacteur en chef de l’_Opinion publique_, ce
-lui était un vif plaisir, nous l’avons vu, de prendre quelquefois la
-place de son _lundiste_,—Théodore Muret ou Alphonse de Calonne,—pour
-rendre compte lui-même de la pièce nouvelle. A l’_Assemblée nationale_,
-il lui avait fallu se cantonner dans son domaine propre, les livres,
-et laisser les théâtres à Édouard Thierry[242] ou à M. Robillard
-d’Avrigny. Au _Correspondant_, il allait trouver la place libre.
-
-C’était l’époque où Dumas fils, Émile Augier, Octave Feuillet, Ponsard,
-Victorien Sardou triomphaient à la scène. Le _Correspondant_ jusque-là
-n’avait guère eu de fenêtre ouverte sur le théâtre; mais force lui
-était bien maintenant de regarder aussi de ce côté. Il ne lui était
-plus loisible de tenir pour quantités négligeables des pièces dont le
-succès était éclatant, dont l’influence, salutaire ou funeste, était,
-de toute façon, considérable. Pontmartin fut chargé d’en entretenir
-les lecteurs de la Revue, de les apprécier au point de vue littéraire
-et surtout au point de vue social, de rechercher, non si elles étaient
-bien ou mal jouées, si elles faisaient ou non de grosses recettes,
-mais si elles élevaient ou abaissaient les intelligences et les cœurs.
-Ainsi se trouvait réalisée une de ses ambitions. Je lis dans une de
-ses lettres de cette époque: «Mon rêve a toujours été de généraliser
-et d’élever autant que possible les questions théâtrales et celles
-qui s’y rattachent, en dehors des commérages de foyer et des détails
-de coulisses. Que de choses par exemple à dire cet hiver sur le _Fils
-naturel_[243]: sur la _Jeunesse_[244] et sur les tendances que suppose
-dans la société le succès de pareilles pièces[245]!»
-
-Les articles publiés par Pontmartin sur le théâtre feraient à eux
-seuls un volume, et il a eu bien tort de ne pas en faire l’objet
-d’une publication spéciale. A la différence des courriéristes
-dramatiques,—ils s’appelaient alors Théophile Gautier, Jules Janin,
-Paul de Saint-Victor, Édouard Thierry, Francisque Sarcey,—il ne se
-borne pas à juger les pièces, abstraction faite de la société qui
-les produit, les accepte ou les explique. Il montre, au contraire,
-les rapports intimes et toujours croissants de cette société avec le
-genre de littérature le plus bruyant, le plus lucratif et le plus
-populaire. Ses articles ne sont pas de simples feuilletons, improvisés
-le lendemain d’une _première_; ce sont des études faites à loisir, qui
-embrassent parfois, à propos de la pièce nouvelle, l’ensemble même des
-œuvres d’un auteur. Cette suite de chapitres, s’ils étaient réunis,
-formerait une histoire de l’art dramatique en France de 1857 à 1866,
-c’est-à-dire pendant la période la plus brillante que le théâtre ait
-traversée au XIX^e siècle. Voici la table des matières de ce volume,
-qui serait parfait... si on le pouvait trouver chez Calmann Lévy: _La
-Question d’argent, M. Dumas fils[246]._—_La Société et le Théâtre,
-M. Dumas fils._—_Un Père prodigue[247]._—_Octave Feuillet, auteur
-dramatique[248]._—_Eugène Scribe[249]._—_M. Victorien Sardou et le
-Théâtre en 1861[250]._—_Le Théâtre en 1863. Jean Baudry, Montjoye, les
-Diables noirs, la Maison de Penarvan[251]._—_Le Lion amoureux et le
-Théâtre de M. Ponsard[252]._—_La Contagion et le Théâtre de M. Émile
-Augier[253]._
-
-
-III
-
-Pontmartin collaborait toujours à l’_Assemblée nationale_. Ses
-_Causeries littéraires_ paraissaient régulièrement chaque semaine. Sans
-les interrompre, il donna au journal de la rue Bergère un roman dont la
-publication dura du 21 mai au 9 août 1856. Il portait dans le journal
-ce titre: _les Deux Érostrates_, en attendant de s’appeler, dans les
-éditions postérieures, _Pourquoi je reste à la campagne_, puis _les
-Brûleurs de Temples_[254].
-
-Le roman commence mal. Il s’ouvre par un long prologue qui ne se
-rattache en rien à l’action. Félix Daruel, ancien lauréat du Concours
-général et de l’École de droit, qui aurait pu être, s’il l’avait voulu,
-un éminent avocat ou un écrivain distingué, et dont la _Revue des Deux
-Mondes_ a déjà publié un ingénieux récit: _Eveline_,—j’allais dire
-_Octave_,—habite depuis huit ans la province, où il s’est marié, où il
-vit sur ses terres, et où rien ne manque à sa gloire et à son bonheur,
-puisqu’il est conseiller municipal de sa commune et marguillier de sa
-paroisse. Parfois pourtant il se demande s’il a eu raison de renoncer à
-la littérature. Un jour,—c’est au moment de l’Exposition universelle
-de 1855,—il se décide à louer un hôtel à Paris, à revoir ses anciens
-camarades, à reprendre pendant quelques mois, et qui sait? peut-être
-pour toujours cette vie brillante qui aurait pu être la sienne et à
-laquelle il n’a pas renoncé sans regret. Parmi les amis qu’il retrouve,
-il en est deux, Anselme Maynard et Julien Féraud, qu’il a perdus de
-vue depuis qu’ils sont entrés dans le journalisme. Partis de deux
-points extrêmes, et ayant employé des moyens contraires, ils se sont
-rencontrés, au bout, dans le même mécompte et dans le même malheur,
-Félix Daruel se fait raconter leur histoire,—et ce sera précisément
-là le roman. Il apprend d’eux comment la société peut repousser à la
-fois ceux qui l’attaquent et ceux qui la défendent. Leurs confidences
-l’éclairent sur l’imprudence qu’il commettrait, s’il cédait à l’envie
-d’entrer à son tour dans la lice et d’échanger contre une chance de
-succès et d’éclat le calme de son existence; elles lui apprennent à
-redouter l’épreuve, à retourner dans ses montagnes et à se contenter
-d’être heureux.
-
-Ce prologue n’est pas seulement inutile; par son caractère factice
-et conventionnel, il met le lecteur en défiance. Le roman, qui est
-excellent et qui peut, certes, se suffire à lui-même, gagnerait
-beaucoup à être débarrassé de ce cadre un peu vieillot.
-
-La Révolution de 1848, survenant à l’heure où Pontmartin, après des
-débuts remarqués à la _Mode_ et à la _Revue des Deux Mondes_, pouvait
-se croire assuré d’un succès brillant et d’une vie heureuse,—cette
-Révolution avait produit sur lui une impression qui ne devait plus
-s’effacer. Jeté soudain au fort de la mêlée, lui qui était fait pour le
-rêve plus que pour l’action, il avait vécu, pendant quatre ans, d’une
-vie ardente, fiévreuse, passionnée. Les spectacles et les émotions
-de ces quatre années, il les a retracés dans ce roman des _Deux
-Érostrates_, qui commence à la veille du 24 février 1848 et qui se
-termine au lendemain du 2 décembre 1851. Aussi bien son livre est-il
-moins un roman qu’une page de _Mémoires_. On éprouve en le lisant (pour
-peu qu’on oublie le fâcheux prologue) la sensation que donnent les
-_choses vues_ et les _choses vécues_.
-
-Sans renoncer à ces analyses du sentiment et de la passion dans
-lesquelles il excellait, l’auteur, cette fois, avait accordé à l’action
-et au mouvement du drame une part plus large; sans verser dans le
-réalisme, il avait donné à ses personnages une _individualité_ plus
-forte et plus accentuée. M. Servais, le député, Julien Féraud, le
-journaliste, Nathalie Duvivier, la directrice des postes, sont des
-types saisis sur le vif, si réels et si vrais qu’après plus d’un
-demi-siècle nous les retrouvons, sous la troisième République, tels que
-l’auteur les avait représentés sous la seconde. Dans cette peinture
-de quelques-unes de nos plaies sociales, Pontmartin avait déployé des
-qualités de vigueur et d’énergie qu’on ne lui soupçonnait pas et qui
-le plaçaient, au moins pour une fois, très au-dessus de son ami Jules
-Sandeau. Son ennemi Balzac, s’il eût vécu, aurait applaudi à ces scènes
-de la vie politique, à ce roman royaliste et catholique.
-
- * * * * *
-
-L’_Assemblée nationale_ cependant n’avait plus longtemps à vivre.
-
-_Un bien averti en vaut deux._ De ce proverbe, Pontmartin avait
-tiré une de ses nouvelles[255]; mais, sous l’Empire, au moins en
-matière de presse, le vieux proverbe avait cessé d’être une vérité. Un
-journal bien _averti_, loin d’en valoir deux, n’en valait plus même
-la moitié d’un. Il était comme un condamné mis en chapelle, et il
-n’avait plus qu’à attendre la venue de l’exécuteur. Ainsi en fut-il
-pour l’_Assemblée nationale_. Déjà frappée d’un double avertissement,
-elle fut, en juillet 1857, suspendue pour trois mois, avec défense,
-si elle reparaissait, de garder son titre qui avait trop l’air d’un
-défi lancé aux vainqueurs du 2 décembre. Lorsqu’elle reparut en
-octobre, elle s’intitula _le Spectateur_. Pontmartin y reprit ses
-Causeries littéraires, mais ce sera seulement pour quelques semaines.
-Le 14 janvier 1858, avait lieu l’attentat d’Orsini. Le lendemain, le
-_Spectateur_ publia un article où il laissait entendre, en termes
-très légèrement voilés, que l’Empire, n’ayant pas de racines dans le
-pays et ne tenant qu’à un homme, aurait cessé d’exister si les bombes
-d’Orsini avaient atteint Napoléon III. Vingt-quatre heures après, le
-_Spectateur_ avait vécu.
-
- * * * * *
-
-Il ne se pouvait pas que les Causeries littéraires de Pontmartin
-cessassent de paraître, précisément à l’heure où il était devenu, sans
-conteste, le maître du genre. Plusieurs journaux sollicitèrent aussitôt
-sa collaboration. Celui qui était le moins riche et qui lui faisait
-les offres les plus modestes fut précisément celui dont il accueillit
-les propositions. L’_Union_ ne peut lui donner que 75 francs par
-article; n’importe, il écrira dans l’_Union_. N’est-elle pas la feuille
-royaliste entre toutes, le journal de Laurentie et d’Henry de Riancey,
-l’ancienne _Quotidienne_, qui publia jadis ses _Causeries provinciales_?
-
-Son premier article parut le 23 mars 1858. De même qu’il avait
-autrefois consacré sa première causerie de l’_Assemblée nationale_ à
-M^{me} Émile de Girardin, de même il consacra sa première causerie de
-l’_Union_ à M. Émile de Girardin, qui venait de perpétrer une comédie
-ridicule, intitulée _la Fille du Millionnaire_. L’article avait pour
-titre: _le Fils du Millionnaire_ ou _les Délassements d’un homme fort_.
-C’est une des pages les plus spirituelles de Pontmartin[256].
-
-
-IV
-
-Si vifs qu’il fussent, ses succès parisiens ne faisaient point oublier
-à Pontmartin sa province natale, son petit village et la maison
-paternelle, sa maison des Angles. Il continuait d’y habiter la plus
-grande partie de l’année. Chaque année aussi, en août et septembre,
-il venait à la Mûre[257], avec son fils, passer les vacances chez
-l’aïeule maternelle. A vingt minutes de la Mûre se trouvait le beau
-château de Gourdan, appartenant au comte de Vogüé. L’intimité régnait
-entre la modeste villa et la demeure seigneuriale, où grandissait
-Eugène-Melchior de Vogüé, de trois ans plus jeune qu’Henri de
-Pontmartin. L’auteur des _Causeries littéraires_ assistait avec bonheur
-aux jeux de son fils et du futur académicien, dont il pressentit de
-bonne heure le brillant avenir et dont il eut la grande joie d’être le
-premier à saluer les éclatants débuts[258].
-
-Ainsi commencées dans l’Ardèche, les vacances se terminaient toujours
-dans le Vaucluse et dans le Gard, où de nouveaux devoirs allaient
-retenir de plus en plus Pontmartin. En cette année 1858, où nous a
-conduits notre récit, il devenait maire des Angles. Comment la chose
-arriva, lui-même le raconte en ces termes dans une lettre à son ami
-Autran:
-
- Les Angles, le 18 octobre 1858.
-
- Voilà, cher et excellent ami, une bien longue lacune dans notre
- correspondance. Si je vous dis comment je l’ai remplie, il faudra ou
- que vous cessiez d’être poète, ce qui vous est impossible, ou que
- vous cessiez de m’aimer, ce qui, je l’espère, vous est presque aussi
- difficile. Depuis un mois, j’ai été absorbé par une crise municipale
- et rustique d’où je crois que je vais sortir... maire des Angles! Oui,
- mon ami, voilà comment finissent les ambitions humaines. On part,
- le bâton à la main, pour le pays de l’idéal. On rêve littérature,
- critique et roman; on détourne superbement sa pensée des vils intérêts
- de la terre. Mais les années passent; la lassitude arrive; on revient
- chez soi, l’aile blessée; et alors on s’aperçoit que, pendant que l’on
- courait le monde des idées et des songes, deux ou trois intrigants de
- village se sont complètement emparés du pays où l’on avait eu jadis
- de l’influence, et que, si on les laissait faire, ils mèneraient tout
- doucettement à sa ruine une fortune territoriale et riveraine sans
- cesse exposée et menacée. C’est ce qui m’est arrivé cette année,
- et il s’y est joint la conviction que, si cet état de choses se
- prolongeait, toute religion, toute morale, toute honnêteté étaient
- perdues dans cette pauvre commune que j’aime, et où j’avais toujours
- tâché de faire un peu de bien. Alors je suis allé me plaindre, j’ai
- eu affaire à un préfet[259], homme d’esprit, qui m’a dit en souriant
- qu’il y avait moyen d’arranger les choses, mais que quand on avait
- boudé pendant six ans, et que l’on demandait au gouvernement une
- marque de confiance, il fallait payer une petite rançon... Bref,
- mon cher ami, on m’a fait entendre poliment, et même avec quelques
- compliments fort bien tournés, qu’en acceptant la mairie des Angles,
- je lèverais toutes les difficultés. Je me suis récrié d’abord, puis
- j’ai réfléchi, et j’ai fini par dire _oui_; si bien que j’attends ma
- nomination d’un moment à l’autre. Eh bien! cher ami, vous connaissez
- ma manie d’analyse. Je me suis convaincu, _de visu_, pendant toute
- la durée de cette tempête dans un verre d’eau du Rhône, que la chose
- à laquelle le cœur et l’esprit s’accoutumaient le plus aisément,
- c’était l’amoindrissement du cadre. Le fait est que j’ai fini par
- me passionner contre le sieur P..., mon féroce prédécesseur, comme
- je me passionnais autrefois contre feu Gustave Planche, ou contre
- Taxile Delord. Les marches et les contremarches de la troupe ennemie,
- leurs courses à Uzès et à Nimes, les péripéties de la lutte, les
- espérances des uns, les angoisses des autres, tout cela, mon cher
- ami, avait pris, à la longue, pour moi, les proportions d’un drame
- de la Porte-Saint-Martin ou du Gymnase, dont j’aurais été auteur
- et acteur. Enfin, pour passer du plaisant au grotesque, je vous
- dirai que tout mon sang, presque quinquagénaire, en a été tellement
- fouetté, agité, chauffé, que j’y ai gagné une série de _clous_
- horriblement mal placés, qui ont achevé d’accrocher ma littérature et
- ma correspondance. Je ne puis pas m’asseoir et, dans ce moment-ci,
- je vous écris sur une espèce de pupitre improvisé. Mais, grand Dieu!
- c’est assez vous parler de moi. Votre changement d’adresse me prouve
- que vous vous êtes établi à Paris, et que vous ne retournerez pas,
- cet automne, en Provence... Quant à moi, je suis retenu au rivage,
- non pas par ma grandeur, mais par mon écharpe. Je vais vous envoyer,
- comme précurseurs, ma femme et mon Bonapartiste[260], et j’irai vous
- retrouver dans le courant de décembre. Quand je songe que je perds une
- grande partie de votre séjour à Paris, que j’allais publier, le 1^{er}
- novembre, mon cinquième volume de _Causeries littéraires_, que Lévy
- s’apprête sans doute à laisser tomber silencieusement dans son gouffre
- hebdomadaire; que j’aurais pu profiter à la fois de votre charmante
- et précieuse amitié, et de cette espèce de trêve littéraire que votre
- salon m’a toujours offerte; quand je songe que je sacrifie tout cela
- au plaisir d’administrer un village de 400 âmes..., je me demande
- si on m’a tout à coup fait changer de nature, de goûts, d’idées,
- d’habitudes, en vertu de quelque avatar rustique oublié par Théophile
- Gautier[261]. Faut de la raison, mais pas trop n’en faut, et il me
- semble cette fois que les extrêmes se touchent, que jamais je n’ai été
- plus fou que depuis que je me crois plus sage... Adieu, je vous quitte
- pour mon adjoint, qui m’apporte à signer un devis des réparations de
- l’église; le malheureux! il a écrit réparation avec deux s, et comme
- je veux rester populaire, je respecte sa faute d’orthographe. Que les
- ambitieux sont lâches! _Omnia serviliter faciunt pro dominatione_.
-
- Tout à vous; gardez-moi le secret de mes faiblesses grammaticales
- auprès des illustres gardiens de la langue française, et croyez-moi
-
- Bien à vous de cœur,
-
- ARMAND DE PONTMARTIN.
-
- _P. S._—Ma nomination m’arrive à l’instant. Mon émotion m’empêche
- d’ajouter un seul mot[262].
-
-L’installation de _Môsieu_ le maire eut lieu le dimanche 24 octobre,
-avec accompagnement de salves, farandoles, bals rustiques, tonneaux en
-perce et feux d’artifice, telle à peu près qu’elle est décrite dans les
-_Jeudis de Madame Charbonneau_[263].
-
-Ses amis de Paris raillèrent bien le triomphe rural et les lauriers
-villageois du _Critique devenu berger_: quelques-uns cependant ne lui
-ménagèrent pas les félicitations, et Louis Veuillot joignit aux siennes
-de très nobles conseils. Il écrivait à Pontmartin, le 29 novembre 1858:
-
- Mon cher ami,
-
- J’ai reçu votre lettre par la poste d’Avignon, mais votre livre[264]
- n’est venu par aucune voie. Je le relirai, mais je ne veux pas
- l’attendre davantage pour vous remercier. Votre lettre est pleine de
- l’amitié que je désire de vous, j’en ai le cœur trop heureux.
-
- Je vous loue sincèrement d’avoir permis qu’on vous fît maire. Votre
- curé et votre village y gagneront beaucoup, et j’ai la conviction
- que nous n’y perdrons point. Ce petit maniement des hommes et ce
- plus long séjour aux champs accroîtront votre force sans rien ôter à
- votre charmante et merveilleuse agilité. J’ai toujours cru et j’ai
- toujours un peu dit que vous étiez trop dans le monde. Vous avez été
- diseur de grâces, il faut devenir diseur de vérités. Tournez par là
- vos pensées, comme votre cœur y était dès longtemps. Vous voyez que
- les vérités adoucies ne convertissent guère ceux qui haïssent la
- vérité; elles énervent ceux qui l’aiment. A ce métier on se diminue,
- et l’on ne fait pas le bien que l’on pourrait faire. Il faut être ce
- que l’on est. Nous sommes des épées. Taillons, coupons, abattons,
- non pour le plaisir du carnage, mais pour protéger tant de belles et
- saintes choses que Dieu a voulu qui fussent derrière la beauté et la
- sainteté de l’épée. Opposons la noble épée au stylet. Ne rendons pas
- au monde l’arme que Dieu nous a donnée, mais à Dieu lui-même. Pour
- n’être pas accrochée dans les musées académiques, elle n’en aura pas
- moins son lustre, si nous aimons la gloire; et il y a une gloire qu’il
- faut aimer. C’est la gloire d’avoir défendu la vérité, non suivant
- nos intérêts ni suivant nos goûts, mais telle qu’elle est et contre
- les amis tièdes autant que contre les ennemis. Si ce que je vous dis
- là, très cher ami, vous paraît encore un peu fanatique, attendez un
- peu, et songez-y la prochaine fois que vous irez à la messe. Voyez le
- temps, voyez les hommes, voyez s’il leur faut des vérités nouvelles,
- ou s’il y a quelque chose de trop dans la sève de la vieille vérité.
- Ensuite, pensez que Dieu vous a donné une voix, et qu’il ne donne
- rien qui ne doive servir à quelque chose. Or, il n’y a qu’une chose
- qui soit quelque chose, c’est la vérité. Dieu nous a confié à tous un
- travail à faire pour la vérité. Il nous interrogera et nous jugera
- là-dessus. On me reproche souvent de manifester cette pensée: vous
- ne me saurez pas mauvais gré de vous aimer assez pour vous la dire.
- Franchement, si nous ne pensons point à cela, nous ne nous distinguons
- guère des gens d’esprit qui font le _Figaro_.
-
- Adieu, très cher ami, je désire bien que vous ne veniez à Paris que
- très tard ou très tôt. Je serai absent du 5 janvier au 15 ou 20
- février, et je voudrais vous voir avant de partir, ou vous trouver au
- retour. Je ne vous dis pas où je vais. Où puis-je aller?
-
- Votre bien dévoué en Notre-Seigneur,
-
- LOUIS VEUILLOT.
-
- 29 novembre 1858.
-
- Pardonnez-moi le retard de cette lettre que je viens de retrouver
- sur mon bureau lorsque je la croyais dans votre poche. J’ai vu votre
- jeune ami qui m’a paru fort bien. Il y a dans votre livre plusieurs
- chapitres que je ne connaissais pas. Je l’emporte à Rome[265].
-
-L’auteur des _Causeries littéraires_ n’eut point à regretter d’avoir
-accepté l’écharpe municipale. Elle lui permit de faire un peu de bien,
-et puis, outre la belle lettre de Louis Veuillot, elle lui valut de
-recevoir, un peu plus tard, une épître en vers, de Joseph Autran, qui
-figure en bonne place sous ce titre: _Mairie de village_, dans les
-_Épîtres rustiques_ du poète[266].
-
-La mairie de Pontmartin devait durer six ans. Le 7 août 1864, après une
-longue maladie, suivie d’une interminable convalescence, il donna sa
-démission.
-
-
-V
-
-Pontmartin n’avait dans l’_Union_ que deux causeries par mois[267].
-Ce n’était là pour lui qu’une trop faible et trop courte besogne.
-Depuis longtemps il a pris l’habitude d’écrire au moins un article
-par semaine. Et c’est pourquoi, en même temps qu’à l’_Union_, il
-collabore au _Correspondant_, à l’_Univers illustré_, à la _Semaine des
-Familles_ et au _Journal de Bruxelles_, la plus importante des feuilles
-catholiques de Belgique.
-
-Les causeries du _Journal de Bruxelles_—la première parut le 24 mars
-1859—avaient pour titre général: _Symptômes du temps_. Elles étaient
-signées _Z. Z. Z._, comme l’avaient été, vingt-trois ans plus tôt, les
-premiers articles de Pontmartin dans le _Messager de Vaucluse_.
-
-Pendant les années 1843, 1844 et 1845, Sainte-Beuve s’était fait,
-lui aussi, chroniqueur _extra muros_, hors frontières. Il envoyait
-régulièrement à Lausanne, à son ami M. Juste Olivier, directeur de
-la _Revue Suisse_, des articles qu’il ne signait pas[268]. Cela lui
-permettait de prononcer sur les hommes et sur les choses des jugements
-tout à fait libres et indépendants, dégagés de ces ménagements, de ces
-atténuations, dont souffrent la vérité et la justice. Il ne faisait
-ainsi qu’user de son droit. Malheureusement, il excédait toutes bornes
-quand, à la même heure, il couvrait le même écrivain, le même livre, à
-Paris de louanges publiques, et à Lausanne d’injures anonymes[269].
-
-Avec Pontmartin, rien de pareil n’était à craindre. Il use largement,
-dans le _Journal de Bruxelles_, de son droit de dire sur les auteurs et
-leurs ouvrages la vérité tout entière, sans voiles et sans réticences;
-mais il ne se dédit pas d’un côté de la frontière à l’autre; ceux qu’il
-loue à Paris, il ne les dénigre pas à Bruxelles: ceux qu’il critique
-à Bruxelles, il les critique aussi à Paris. Seulement, là-bas, les
-critiques sont plus vives, plus accentuées; dans ces libres causeries,
-l’auteur met tout son aiguillon.
-
-Il s’attache moins, du reste, à l’examen et à l’analyse des livres,
-qu’à l’étude des mœurs littéraires. Les livres et le théâtre lui sont
-surtout une occasion de peindre la société de son temps. Ces pages où
-le critique cède le pas au moraliste formeraient, si elles étaient
-réunies, un bien curieux volume, d’une ingéniosité piquante, d’une
-information sûre et d’une observation malicieuse.
-
- * * * * *
-
-Dans cette chaire de Notre-Dame, illustrée par Lacordaire et le Père
-de Ravignan, le Père Félix[270], avec une éloquence simple et forte,
-avec une puissance de logique admirable, traitait, depuis plusieurs
-années déjà, la question du _Progrès_. Le progrès de l’industrie, de
-la science, de la machine, du bien-être, le progrès réaliseur des
-merveilles accomplies par l’homme seul, assez fort pour se passer de
-Dieu, est devenu le mot d’ordre, le symbole, le _Credo_ d’une époque
-qui ne veut plus subir l’humiliation de croire, ni le chagrin de
-douter! A cette idole, dont le culte ne prétendait à rien moins qu’à
-remplacer les religions tombées, le P. Félix opposait _le Progrès par
-le Christianisme_. Il parut à Pontmartin que ces belles conférences
-avaient plus d’importance et présentaient plus d’intérêt, même pour
-un simple critique littéraire, que les comédies de M. Dumas fils ou
-de M. Augier, que les romans de M. Feuillet ou de M. Mürger. Il leur
-consacra, non pas une ou deux causeries, mais tout un petit volume, qui
-parut en 1861 sous ce titre: _Le Père Félix, Étude et Biographie_[271].
-C’est un de ses meilleurs écrits, celui peut-être, dont, en ses
-derniers jours, le souvenir lui était le plus précieux[272].
-
- * * * * *
-
-Depuis le 1^{er} février 1855, Pontmartin avait cessé de collaborer à
-la _Revue_ de M. Buloz. Celui-ci ne pouvait s’en consoler, et, toutes
-les fois que l’occasion s’en présentait, il essayait de ramener au
-foyer de la rue Saint-Benoît le chroniqueur prodigue. Il eût tenu pour
-une particulière victoire de le détacher du _Correspondant_; mais à
-cela il ne fallait pas songer. Il obtint seulement, dans l’été de 1861,
-que Pontmartin, tout en restant le critique en titre de la Revue de
-la rue de Tournon[273], donnerait de temps à autre des articles à la
-_Revue des Deux Mondes_. Sa signature y reparut le 1^{er} août 1861. Il
-m’écrivait le 14 janvier 1862:
-
- Il est très vrai que j’ai été rappelé à la _Revue des Deux Mondes_
- avec quelque insistance par les maîtres du logis[274]; j’étais à
- la campagne à cent quatre-vingts lieues de la rue Saint-Benoît, et
- ils m’écrivirent à cette époque trois ou quatre lettres de rappel.
- Mais je ne m’y sens plus à mon aise; j’y perds, ce me semble, le peu
- d’originalité et de physionomie que je puis avoir. En outre, ma femme
- et mes amis, sans me blâmer absolument, s’inquiètent pour moi de ces
- voisinages, de ces influences peu orthodoxes; aussi, sous ce rapport
- comme sous tous les autres, l’approbation d’hommes tels que vous m’est
- infiniment précieuse.
-
-En 1861, Pontmartin publia successivement dans la _Revue_: _les
-Poètes et la Poésie française en 1861_[275];—_Henry Mürger et ses
-œuvres_[276];—_Le Roman et les romanciers en 1861_[277]; puis, le
-1^{er} mai 1862, _le Théâtre contemporain_.
-
-A cette date de 1862, Pontmartin a conquis une légitime et brillante
-renommée. Ses nouvelles et ses romans, d’une part, et ses _Causeries_,
-de l’autre, auraient suffi à faire la réputation de deux écrivains.
-Comme conteur et romancier, il n’est qu’au second rang; mais, comme
-critique, il est bien près d’être au premier. Sainte-Beuve sans
-doute est le maître incontesté de la critique; mais s’il n’occupe
-pas le trône, Pontmartin—selon le mot d’un spirituel écrivain de ce
-temps-là[278]—«Pontmartin est assis sur les marches, et c’est le
-premier de nos princes du sang». Il s’est d’ailleurs créé un apanage
-qui lui appartient. La Causerie littéraire est sa province, son domaine
-propre, que nul de ses confrères n’est en état de lui disputer. Il a
-l’honneur d’avoir des ennemis, mais il a l’amitié de Louis Veuillot,
-et aussi celle de Montalembert. Les grandes Revues lui sont ouvertes,
-la _Revue des Deux Mondes_ aussi bien que le _Correspondant_. Les
-Guizot, les Cousin, les Falloux, les Villemain, les Noailles et les de
-Broglie, sont ses justiciables... et ses obligés. Il est sur le seuil
-de l’Académie; encore deux ou trois ans, encore deux ou trois volumes,
-et il sera l’un des Quarante.
-
-Sainte-Beuve, qui ne l’aime pas et qui voudrait bien pouvoir faire le
-silence autour de lui, est obligé, précisément à cette date où nous
-sommes arrivés, de lui consacrer un de ses _Lundis_[279]. «J’ai eu,
-dit-il, il y a quelque temps, maille à partir avec M. de Pontmartin;
-je ne viens pas réveiller la querelle; mais _il m’est difficile
-d’éviter de parler d’un écrivain qui se fait lire du public et que nous
-rencontrons à chaque moment_.»
-
-Tout lui sourit donc; le succès lui vient de tous les côtés: mais la
-Fortune est traîtresse, et c’est à l’heure où il semble que Pontmartin
-va entrer au port, que la tempête s’élève, et va l’en éloigner. Au mois
-d’avril 1862, éclate la _crise Charbonneau_.
-
-
-
-
-CHAPITRE X
-
-LES JEUDIS DE MADAME CHARBONNEAU
-
-(1862)
-
- Jacques Lecoffre, Alfred Nettement et la _Semaine des
- Familles_.—Le maire de Gigondas.—_Journal d’un Parisien en
- retraite._—Modifications et retranchements.—L’Odyssée électorale
- de _Strabiros_.—La mort de _Raoul de Maguelonne_.—Jules Sandeau et
- H. de Balzac.—MM. Taxile Delord et Ernest Legouvé.—La lettre au
- _Figaro_.—Léopold de Gaillard et Léo de Laborde.—Le _Diogène_ et
- M. Jules Claretie.—Les _Jeudis de Madame Martineau_.—Philinte et
- Alceste.—_Caritidès_ et ses _Cahiers_.—Où Sainte-Beuve adresse une
- invocation à _Jupiter hospitalier_.—La visite chez _Marphise_.—M.
- Ferdinand Brunetière.—Lettre de Jules Janin.—Les _Vrais jeudis de
- Madame Charbonneau_.
-
-
-I
-
-A la suite de la publication, au mois d’avril 1855, du second volume
-des _Causeries littéraires_, renfermant l’article sur Béranger,
-Pontmartin, nous l’avons vu, avait eu à subir un furieux assaut.
-Républicains et bonapartistes, _libéraux_ et parlementaires plus ou
-moins victimes, cependant, du Deux-Décembre, tous avaient fait bloc
-contre le malappris qui, avec une telle irrévérence, parlait du chantre
-de _Frétillon_ et du _Dieu des bonnes gens_. Ce fut contre lui, dans
-toute la presse et sur toute la ligne, depuis le _Charivari_ jusqu’au
-_Siècle_, un feu roulant d’imprécations et d’injures. Quand l’orage
-s’apaisait un peu, dans les moments d’accalmie, on se contentait de
-le traiter de triple jésuite et d’ennemi invétéré de «nos gloires
-nationales»!
-
-L’année d’après, nouvelle bourrasque. En 1856, Balzac était passé à
-son tour à l’état de fétiche. Ceux mêmes qui l’avaient insulté vivant
-faisaient maintenant bonne garde autour de sa gloire. On ne l’adorait
-pas seulement pour lui-même, dans son génie et dans ses œuvres, on
-le saluait comme le précurseur, l’aïeul de l’école naturaliste, et
-les tenants de cette école, déjà toute-puissante, voulaient qu’on
-aimât Balzac, comme Montaigne aimait Paris, jusque dans ses verrues.
-Pontmartin refusa son encens à la nouvelle idole. Sous ce titre: _les
-Fétiches littéraires_, dans le _Correspondant_ d’abord[280], puis dans
-le premier volume des _Causeries du Samedi_, il publia sur la _Comédie
-humaine_ et son auteur une étude très éloquente, très vive, passionnée
-même, injuste par endroits, mais, par plus d’un côté, pleine de vérité
-autant que de courage. Et voilà que, après avoir protesté contre le
-fétichisme-Balzac, Pontmartin, dans le même temps, s’élevait contre le
-fétichisme-Hugo[281]. Cette fois, la mesure était comble. La tempête de
-nouveau fit rage contre le malheureux critique. Il y eut, à ses dépens,
-redoublement d’injures et de quolibets, d’insinuations venimeuses et
-de gros mots. Pontmartin, très nerveux et très impressionnable, était
-extrêmement sensible à la critique, trop sensible même. Il ne songea
-pas pourtant à user de représailles. Ni en 1857, ni en 1858, l’idée
-ne lui vint de tirer vengeance de ses ennemis. J’ai sous les yeux
-sa Correspondance de cette époque, ses Lettres à Joseph Autran, à
-Alfred Nettement, à Victor de Laprade, celles, très nombreuses, qu’il
-m’écrivait et où il ne me cachait rien de ses sentiments et de ses
-projets. Nulle part on ne trouve un seul mot qui permette de supposer
-chez lui l’intention, le dessein de faire expier à ses adversaires les
-libertés qu’ils ont prises à son endroit, de leur rendre, sinon injure
-pour injure, du moins malice pour malice, ce qui lui était facile,
-puisque aussi bien nul n’avait plus d’esprit que lui, et de plus
-mordant.
-
-Comment donc a-t-il été amené, deux ans plus tard, en 1859, à écrire
-les _Jeudis de Madame Charbonneau_? La solution de ce petit problème ne
-sera peut-être pas sans intérêt.
-
-
-II
-
-Au commencement de 1858, le chef d’une des plus importantes maisons de
-librairie de Paris, M. Jacques Lecoffre, s’ouvrit à Alfred Nettement,
-dont il était l’éditeur et l’intime ami, de son désir de créer une
-Revue pour la jeunesse. Alfred Nettement en serait le directeur,
-et comme à l’_Opinion publique_, en 1848, il aurait pour principal
-lieutenant Armand de Pontmartin. Nettement accepta, Pontmartin, au
-premier instant, fit de même; mais, à la réflexion, estimant que la
-combinaison projetée n’allait pas sans de sérieuses objections, il en
-fit part aussitôt à Nettement dans la lettre suivante:
-
- Mercredi matin (3 février 1858).
-
- Mon cher ami,
-
- Vous allez me traiter de girouette, mais la nuit porte conseil et je
- crois devoir vous soumettre quelques observations supplémentaires à
- notre causerie d’hier au soir: il me semble que nous nous lançons
- bien témérairement, en des circonstances bien défavorables, dans une
- entreprise bien hasardeuse...
-
- A l’âge où nous sommes parvenus, au point de notre carrière où nous
- avons touché, nous ne devons pas nous dissimuler qu’un fiasco serait
- pour nous deux un désastre irréparable, et il pourrait y avoir un
- fiasco de bien des manières indépendantes de notre mérite. A quoi
- tient l’existence et le succès d’un journal qui repose sur deux
- personnes? Depuis un an, ma santé est chancelante et ma gastralgie
- me remonte de l’estomac à la tête. Vienne une indisposition, une
- inquiétude, et voilà le journal entravé et l’excellent M. Lecoffre
- perdant le fruit de ses sacrifices. Il y a dans ma vie des obstacles
- positifs et vous en avez ressenti les inconvénients dans l’_Opinion
- publique_. Ainsi, pour m’en tenir au plus prochain, je suis obligé
- d’aller passer huit ou dix jours à Avignon. J’ai mon syndicat des
- bords du Rhône, dont je suis le président, et qui réclame ma présence
- tous les ans au mois de mai. Je vais à Vichy en juin, et à partir du
- 10 août, jour de la distribution des prix au lycée Bonaparte, nous
- nous enfuyons, ma femme, mon fils et moi, vers la montagne. Voilà
- quatre mois dont je ne puis disposer pour un travail régulier.
-
- Maintenant, mon ami, voici, selon moi, la plus grande des objections.
- Que ferons-nous dans ce journal? Ici je ne parlerai que pour moi. Mes
- causeries littéraires, paraissant dans un journal quotidien[282],
- où il y avait mille autres choses, politique, agriculture, musique,
- faits divers, pouvaient suffire et même plaire: pourvu que mon lecteur
- y trouvât un peu de distinction et de grâce, un peu de malice, il
- se tenait pour satisfait. Mais essayez de transporter une de ces
- causeries courtoises, tempérées, louangeuses avec réserve, dans un
- journal paraissant tous les quinze jours et ne vivant que de cela, et
- ce plat bi-mensuel paraîtra fade. En d’autres termes, nous arriverons
- à _éreinter_. Qui éreinterons-nous? Les impérialistes?... Oh! la
- matière serait belle et riche, mais ceux-là seront protégés et nous
- serions arrêtés avant notre troisième numéro. Les écrivains des
- _Débats_, de la _Revue des Deux Mondes_? Ils y prêtent, mais, en ce
- moment-ci, ils sont menacés. Les écrivains de l’école révolutionnaire,
- démocratique, socialiste? Il y a beaucoup à dire, mais le gouvernement
- prendra peut-être telle ou telle mesure, d’après laquelle ceux-là
- aussi seront bâillonnés et proscrits. Nous ne voulons, nous ne
- pouvons, nous ne devons être ni des..., ni des... Ceux-là s’appuient
- sur le pouvoir. C’est du haut d’une citadelle qu’ils fusillent leurs
- adversaires. Nous, nous serions en rase campagne, à découvert, avec
- notre caractère naturellement poli et bienveillant que nous serions
- obligés de violenter. Encore une fois, la lutte ne serait pas
- possible, et cependant nos noms sont trop significatifs...
-
-La fin de la lettre manque, mais la conclusion se devine aisément.
-Pontmartin ne croyait pas devoir accepter. Quelques mois plus
-tard, sans revenir sur son refus de donner à la Revue projetée une
-collaboration régulière et suivie, il indiquait à Nettement dans
-quelles conditions il lui serait cependant possible d’y écrire:
-
- Les Angles, 5 juin 1858.
-
- Mon cher ami,
-
- L’événement n’a que trop justifié les appréhensions qui m’empêchèrent
- en février dernier d’accepter les honorables offres de notre excellent
- ami M. Lecoffre. Il s’agissait, vous le savez, d’une publication dont
- l’avenir eût reposé presque tout entier sur la collaboration de deux
- personnes. Or, je me sentais dans une mauvaise veine; et, en effet,
- dès le mois de mars, j’ai été pris, sous le pseudonyme de grippe,
- d’une irritation du larynx qui m’a forcé de quitter Paris dans un
- assez triste état, le 20 avril. A présent, je vais mieux, mais mon
- médecin veut absolument m’envoyer aux Eaux-Bonnes, sous peine, me
- dit-il, de ne pouvoir, sans imprudence, affronter un nouvel hiver
- parisien. Je partirai donc pour les Pyrénées le 20 ou le 25 juin;
- j’y passerai un mois, puis je repasserai par Paris, afin d’assister
- à la distribution des prix du lycée Bonaparte et de rejoindre, pour
- les vacances, mon cher petit ménage, dont j’aurai été séparé bien
- longtemps. Il n’y a guère moyen de fournir, à travers toutes ces
- allées et venues entremêlées de verres d’eau chaude, un travail
- régulier et à jour fixe. Je viens d’écrire à M. de Riancey[283] pour
- le prier de me mettre la bride sur le cou à partir du 29 juin, et
- de m’autoriser à remplacer mes causeries littéraires par quelques
- articles de fantaisie, qui pourront paraître irrégulièrement. Je vous
- en dirai autant pour M. Lecoffre. Du 15 juillet au 15 octobre, il me
- serait difficile de lui promettre des articles de critique. Je n’ai
- pas ici ma provision de livres, je mènerai une vie un peu nomade...
- Mais je ferai, dans ce genre, ce que je pourrai, et je suppléerai au
- reste par des articles qui me paraissent, soit dit entre nous, mieux
- convenir à un journal ou _magazine_ illustré que des études purement
- littéraires. Ce seraient des récits de chasse, impressions de voyage,
- chroniques des eaux, scènes de la vie méridionale, en un mot de la
- littérature d’été. Si, à la rentrée des classes, M. Lecoffre persiste,
- je m’engagerai bien volontiers à lui donner, à son choix, une ou deux
- _Causeries_ par mois...
-
- Adieu, mon cher ami, que ne puis-je vous posséder ici quelques jours!
- Vous me consoleriez du mistral qui nous ruine et nous causerions _de
- omni re scibili_. Vous avez la bonté de me parler de mes articles sur
- M. Guizot[284]; ils m’ont donné plus de peine qu’ils ne valent, et
- l’illustre impénitent ne doit pas en être satisfait, car il n’a pas
- écrit, lui si exact en pareilles circonstances; et pendant ce temps
- beaucoup de royalistes me reprochaient trop de complaisance pour
- l’écrivain aux dépens de la politique et de l’histoire.
-
- Comment faire? Adieu encore; pardonnez-moi tout ce verbiage;
- mettez-moi aux pieds de M^{me} Nettement et croyez-moi tout à vous de
- cœur.
-
-La petite Revue cependant, le _Magazine_, comme l’appelait Pontmartin,
-achevait de s’organiser. Elle ne serait pas bimensuelle, comme il en
-avait été d’abord question, mais hebdomadaire; elle aurait pour titre:
-_La Semaine des Familles, Revue universelle sous la direction de_ M.
-Alfred Nettement. Le premier numéro parut le samedi 2 octobre 1858.
-Le 9 décembre, Nettement recevait la lettre suivante, qu’Armand de
-Pontmartin lui écrivait de sa maison des Angles:
-
- Mon cher ami,
-
- Je me bornerai cette fois à vous répondre quelques lignes, parce
- que je suis en train de faire mon article sur les _Souvenirs de la
- Restauration_[285] et qu’il faut que je sois prêt après-demain au
- plus tard. En lisant la _Semaine des Familles_, je me suis persuadé
- que le genre de travaux auxquels nous avions songé était tout à
- fait inapplicable à cette publication. Une _causerie littéraire_
- approfondie et détaillée, consacrée à un seul ouvrage, telle que
- je les écrivais dans la défunte _Assemblée_, telle que j’en écris
- encore dans l’_Union_, n’aurait pas convenu à votre public, ne se
- serait pas trouvée d’accord avec la physionomie du journal, et
- aurait fait, ce me semble, une singulière figure au milieu des
- articles signés _Curtius_[286], _Félix Henri_, _Nathaniel_[287], etc.
- J’avais cru primitivement que vous vouliez faire une œuvre analogue
- au RÉVEIL[288]... Au lieu de cela, vous nous donnez un _Musée des
- Familles_ avec une nuance plus monarchique et plus chrétienne, mais
- dont le but paraîtra surtout d’intéresser les jeunes personnes et
- les jeunes gens. Dès lors, cher ami, je n’ai plus trop su ce que je
- pourrais faire pour ce journal. Des articles de théâtre ou de causerie
- mondaine, il n’y fallait pas songer, puisque je suis à deux cents
- lieues du centre. J’ai pensé à _me rabattre sur la province_, et je
- vous propose une série d’articles qui s’appelleraient les _Jeudis de
- M^{me} Charbonneau_. Ce serait un cadre élastique où je ferais entrer
- bien des choses ayant rapport à la littérature et à la société, sans
- trop appuyer, puis quelques courts récits, quelques détails de mœurs
- provinciales, quelques physionomies qui gardent leur couleur locale.
- Nous pourrions nous étendre et faire un volume. Sinon, au bout de
- quelques numéros, nous tournerions court. Qu’en dites-vous? En cas
- d’affirmative, écrivez-moi _oui_, et je vous enverrai mon premier
- article pour le jeudi 15 décembre...
-
-Est-ce donc qu’enfin, à ce moment, en décembre 1858, l’idée lui
-est venue de mettre à mal ses ennemis littéraires et de venger ses
-vieilles querelles? En aucune façon. Seulement, il est arrivé ceci:
-le 15 octobre 1858, il a été nommé maire de son village, maire des
-Angles! Il peut bien avec ses amis plaisanter de sa nomination; au
-fond, il est véritablement et sincèrement ému, parce que ces modestes
-fonctions vont lui permettre de faire un peu de bien et d’empêcher
-beaucoup de mal dans ce village qu’il aime et où il est aimé. Et puis,
-à ce moment-là même, une illumination soudaine s’est faite en son
-esprit. Depuis un an, il se demande quel genre d’articles il pourrait
-bien donner à la _Semaine des Familles_, au _Magazine_ de M. Lecoffre.
-Plus d’incertitudes maintenant, plus de difficultés! Le _Cadre_, si
-vainement cherché, le voilà: Un écrivain de province, qui a eu des
-succès à Paris, mais que n’ont épargné ni les mécomptes ni les orages,
-quitte un beau jour la capitale et revient chez lui, l’aile blessée.
-A peine est-il de retour en sa maison, qu’on le bombarde maire du
-village; mais, au village, il retrouve ce qu’il vient de quitter,
-les passions, les ambitions, les intérêts, les ridicules, l’homme,
-enfin, à peu près le même partout. Pour se consoler de ses déceptions
-parisiennes, il lui suffira de se donner tour à tour le spectacle des
-scènes d’hier et de celles d’aujourd’hui, de mettre en regard les uns
-des autres les épisodes de sa vie littéraire et ceux de sa mairie de
-campagne. Sous des costumes et avec des acteurs différents, c’est au
-fond la même pièce, la même comédie,—la comédie humaine,—qui se joue
-sous ses yeux, à la ville et aux champs, à Paris et... à Gigondas!
-
-Tel est le sujet que va traiter Pontmartin, et son dessein, à ce
-moment, est de _ne pas appuyer_ sur «les choses ayant rapport à la
-littérature», et de développer surtout ce qui a trait aux «mœurs
-provinciales». Il a pour cela, d’ailleurs, deux bonnes raisons: d’une
-part, ses articles s’adresseront à de jeunes lecteurs, peu familiers
-avec les hommes et les choses littéraires, et, d’autre part, il se
-fait une fête de peindre avec toutes sortes de détails ces scènes
-villageoises si nouvelles pour lui; il est encore dans sa _lune de
-miel_ administrative, et il lui plaît d’en savourer les douceurs.
-
-Nous connaissons maintenant la genèse des _Jeudis de Madame
-Charbonneau_. A l’heure où Pontmartin en jette sur le papier les
-premières pages, il ne se propose nullement de composer un pamphlet
-et de faire du scandale. Son unique but est d’écrire, en se jouant,
-quelques articles qui amuseront les jeunes lecteurs de la petite Revue
-de M. Lecoffre, et un peu aussi leurs parents.
-
-
-III
-
-Le 1^{er} janvier 1859, la _Semaine des Familles_ commença les _Jeudis
-de Madame Charbonneau_, avec ce sous-titre: _Journal d’un Parisien en
-retraite_. La publication dura près de deux ans. Le samedi 4 août 1860,
-elle n’était pas encore terminée. Ce jour-là, la _Semaine_ contenait
-le chapitre sur l’installation de George de Vernay (_aliàs_ Armand
-de Pontmartin) comme maire de Gigondas. _La suite prochainement_,
-lisait-on au bas de l’article. La _suite_, les abonnés de la petite
-Revue ne devaient pas la lire. Elle a pour titre, dans le volume:
-_Comme quoi il n’est pas nécessaire, pour faire un FOUR, d’être auteur
-dramatique_. C’est le récit des amours de Madeleine Tournut et du jeune
-et bel Hippolyte, le _fournier_ de la commune. L’idylle villageoise se
-termine par un mariage... forcé. On était, à bon droit, très rigoriste
-à la _Semaine des Familles_. Alfred Nettement mit son _veto_, et le
-chapitre ne passa pas. La fin des _jeudis_ a paru dans l’_Univers
-illustré_.
-
-En écrivant ses articles, Pontmartin s’était laissé aller peu à
-peu à modifier son plan primitif. Il comptait s’attacher surtout à
-la peinture des mœurs provinciales et glisser rapidement sur les
-scènes empruntées à la vie littéraire; mais, à peine a-t-il commencé
-de les esquisser que sa verve l’entraîne, que son esprit le grise,
-qu’il s’amuse tout le premier de ces scènes si amusantes, et qu’il ne
-résiste pas au plaisir d’ajouter chaque semaine à sa galerie quelque
-nouveau portrait. Lui qui d’abord ne voulait pas _appuyer_, il se
-trouve maintenant qu’il appuie trop. Il a tort assurément, mais de ce
-tort personne ne l’avertit; personne, sauf peut-être son jeune ami de
-Bretagne, qui ne compte guère, à coup sûr, et qui n’est, après tout,
-dans son coin de province, qu’un petit fabricant d’huiles et de savons.
-La publication, je l’ai dit, dura près de deux ans, et dans ces deux
-ans aucune plainte, aucune réclamation ne se fait entendre. Pontmartin
-en tire naturellement cette conclusion, que l’œuvre est innocente et
-la satire anodine. Il pourra m’écrire, en toute bonne foi, quelques
-années plus tard: «... Nettement me demanda quelques articles pour
-cette vertueuse _Semaine_. Pour me servir d’un mot dont on abuse, je
-fus d’abord tout à fait _inconscient_ en écrivant ces chapitres qui me
-semblaient avoir assez peu de valeur. Ce qui contribua à me tromper,
-c’est que la _Semaine des Familles_, s’adressant à un public spécial,
-faisait très peu parler d’elle dans la République des lettres[289]...»
-
-Il avait si peu songé, en composant ses articles, à faire du bruit, à
-casser les vitres, que, les _Jeudis_ une fois terminés, il les laissa
-dormir dans le petit _Magazine_ de M. Lecoffre. Ils y restèrent en
-sommeil pendant près de deux ans. Bien des amis cependant l’engageaient
-à leur donner la publicité du livre, et lui disaient de temps en
-temps: «Vous avez là les matériaux d’un bien joli volume; quand le
-publierez-vous?» Le plus considérable de ces amis était Louis Veuillot;
-ses conseils finirent par l’emporter. Je lis dans la lettre que je
-citais tout à l’heure: «Ce fut Louis Veuillot qui me décida à publier
-les _Jeudis_...»
-
-Ils parurent le 4 avril 1862. Les modifications que leur avait fait
-subir l’auteur ne laissaient pas d’être considérables; mais ces
-changements, bien loin d’ajouter aux malices premières, les avaient, au
-contraire, très notablement atténuées.
-
-Il ne sera pas sans intérêt de relever ici les principales différences
-qui existent entre les articles et le livre.
-
-Le chapitre II, dans la _Semaine des Familles_[290], se termine
-par l’indication, très sommaire, mais la plus suggestive et la plus
-piquante du monde, de quelques-uns des dossiers renfermés dans le
-portefeuille du terrible M. Toupinel: Dossier Jules Janin;—dossier
-Alphonse Karr;—dossier Sainte-Beuve;—dossier des chroniqueurs: MM.
-Paul d’Ivoi, Henri d’Audigier, Eugène Guinot, Auguste Villemot, etc.
-Ces jolies pages ont été supprimées.
-
-Au chapitre III, dans la lettre de Clérisseau à l’ami Toupinel,
-suppressions très nombreuses encore, et dont bénéficient cette fois
-Jules Janin et Auguste Villemot (déjà nommés), Ernest Feydeau et son
-roman de _Fanny_, Octave Feuillet et son _Roman d’un jeune homme
-pauvre_[291].
-
-Lorsque George de Vernay retrace, au chapitre IX, ses souvenirs des
-premiers temps du second Empire, il parle assez longuement—dans la
-_Semaine des Familles_[292]—de la _Revue contemporaine_, de son
-directeur, le généreux _Ariste_ (le marquis de Belleval), et du
-successeur de ce dernier, le jeune _Cléon_ (Alphonse de Calonne). Tout
-cela est écrit de verve. Supprimé dans le volume.
-
-Jusqu’ici cependant, tout se borne à des suppressions partielles. En
-voici de plus importantes.
-
-Je trouve dans la _Semaine_ du 10 décembre 1859, tout un chapitre sur
-le _Figaro,_ sur _Gorgias_ (M. de Villemessant), sur _Mâchefer_ (B.
-Jouvin) et sur quelques autres. Figaro, ce jour-là, fut battu sur son
-propre terrain et avec ses propres armes; le spirituel barbier était
-rasé... gratis. De ces pages, pas une ligne n’a passé dans le livre.
-
-Mais, de tous ces retranchements, les plus fâcheux, à coup sûr,
-portent sur les chapitres parus les 2 et 16 juin 1860. Dans le premier,
-George de Vernay raconte avec humour l’odyssée avignonnaise de
-_Strabiros_, le directeur d’une Revue célèbre, candidat aux élections
-de 1849 pour l’Assemblée législative[293]. Tout ce chapitre, l’un des
-meilleurs du livre, a disparu.
-
-Le chapitre suivant,—également supprimé dans le volume,—raconte la
-mort de _Raoul de Maguelonne_ (Jules de la Madelène), l’auteur de cet
-admirable roman, _le Marquis des Saffras_[294]. A l’époque où Armand
-de Pontmartin était sorti du collège, le père de Jules de la Madelène,
-colonel du régiment en garnison à Avignon, logeait dans l’hôtel où
-habitaient ses parents, et les deux fils du colonel, Jules et Henry,
-tout enfants alors, étaient la joie de la maison. Après vingt-cinq ans,
-il se souvenait encore de leurs jolies têtes blondes, de leurs grands
-cheveux bouclés, de leurs frais sourires, et jamais leur nom n’était
-prononcé devant lui sans éveiller dans sa mémoire tout un cortège
-d’images riantes et printanières.
-
-Un jour, un ami vint lui dire: «Jules de la Madelène se meurt.» Une
-heure après, il était dans la chambre du malade, à un cinquième étage
-de la rue des Martyrs. Le récit des derniers instants du jeune et
-malheureux écrivain est d’une émotion d’autant plus poignante, qu’il
-contraste davantage avec les pages satiriques qui le précèdent. En
-voici la fin:
-
- «Raoul! Raoul! calme-toi! Aie pitié de nous!» s’écriait son frère avec
- angoisse.
-
- Cette voix fraternelle parut apaiser le moribond. Il nous regarda l’un
- après l’autre. La sœur de charité priait; elle avait allumé un cierge,
- et cette pâle lueur donnait à cette chambre un aspect plus désolé. Je
- pris la main de Raoul; il ne me repoussa pas, mais il me dit d’une
- voix qui s’éteignait de plus en plus: «Épargnez cette page... Je
- l’aime... d’ailleurs le papier manque... et puis... tout finit!»
-
- Ses lèvres s’agitaient encore; mais le murmure qui en sortait n’était
- plus intelligible: bientôt ce murmure ne fut plus qu’un souffle; une
- heure après, Raoul expira.
-
- Je me joignis à son frère, à ses amis, pour lui rendre les devoirs
- suprêmes. Un prêtre qui l’avait connu enfant et qui, par un coup de la
- Providence, avait été amené chez lui au commencement de cette maladie
- qui tourna si court, prononça les dernières prières. Pendant que nous
- pleurions notre ami en plaignant ses expériences déçues et son talent
- flétri dans sa fleur, il priait pour ce pauvre et faible cœur qui
- n’avait pas su résister à une déception littéraire, et recommandait à
- Dieu l’âme immortelle qui venait de briser ses liens. Le lendemain, à
- huit heures du soir, un fiacre nous déposait, ma sœur Ursule et moi,
- à la gare du chemin de fer, et je disais un adieu, éternel peut-être,
- à cette ville perfide et abhorrée où la mort de Raoul de Maguelonne
- venait de donner une consécration sinistre à mes déceptions et à mes
- souffrances[295].
-
-Ce chapitre était le morceau capital des _Jeudis_; il était de plus
-le lien qui en reliait les deux parties. Il forme le nœud même de
-l’ouvrage, puisque c’est à la suite de la scène à laquelle il vient
-d’assister que George de Vernay se décide à quitter Paris et à regagner
-Gigondas. Pourquoi dès lors l’avoir sacrifié?
-
-Les suppressions que je viens de signaler n’étaient pas seulement
-regrettables en elles-mêmes; elles avaient, en outre, cet inconvénient
-de créer, dans le livre, assez de vides pour que l’auteur n’eût plus
-la matière de ce que les anciens appelaient un juste volume, _justum
-volumen_. Ces vides, il les fallait combler. Pontmartin se trouva ainsi
-conduit à intercaler dans son ouvrage de véritables hors-d’œuvre, comme
-l’_Homme bien informé_ et l’_Invalide de lettres_, et d’autres pages
-encore qui n’avaient vraiment rien à y faire.
-
-En voulant «rajuster» les _Jeudis_, Pontmartin les avait gâtés. N’y
-aurait-il pas lieu aujourd’hui, dans une édition définitive, de les
-donner tels qu’ils furent primitivement composés, tels que Pontmartin
-les avait écrits de verve et de premier jet, tels enfin que les avaient
-publiés, en 1859 et en 1860, la _Semaine des Familles_ et l’_Univers
-illustré_?
-
-
-IV
-
-Les _Jeudis_ firent un bruit terrible, selon le mot de Sainte-Beuve
-lui-même[296]. Les amours-propres avaient été blessés, et les amours
-propres ne pardonnent pas. Ce fut un déchaînement général, une tempête
-furieuse, auprès de laquelle les orages qui avaient précédemment
-accueilli l’auteur des _Causeries littéraires_ et des _Causeries du
-Samedi_ n’étaient que des brises légères et de simples bonaces.
-
-Seize ans auparavant, Pontmartin avait dédié à Jules Sandeau son
-premier ouvrage; il avait de même inscrit son nom à la première page
-des _Jeudis_. L’auteur de _Marianna_ n’était pas un méchant homme, mais
-il était faible, et il y avait déjà longtemps que Balzac avait dit de
-lui, dans une de ses lettres à M^{me} Hanska: «Jules Sandeau a été une
-de mes erreurs... Il est sans énergie, sans volonté. Les plus beaux
-sentiments en paroles, rien en action ni en réalité. Nul dévouement de
-pensée ni de corps[297]...» Quand il vit Pontmartin attaqué de toutes
-parts, il écrivit aux journaux qu’il ne le connaissait plus. Ce fut le
-coup le plus cruel, le seul cruel, à vrai dire, que reçut Pontmartin au
-cours de cette longue et tumultueuse crise,—la _crise Charbonneau_.
-Il affectionnait sincèrement Jules Sandeau; il se réconciliera bientôt
-avec lui et il lui donnera jusqu’à la fin de nouvelles et éclatantes
-preuves de sa fidèle amitié.
-
-Balzac, en son temps, avait traversé une crise analogue. «Dans la
-lutte actuelle, écrivait-il en 1836, je suis seul... Je dois même
-rendre justice à la presse, il y a chez elle une quasi-unanimité
-contre moi[298].» Cela aussi, Pontmartin l’eût pu dire. Les injures
-pleuvaient sur lui comme grêle. Ceux qui étaient nommés dans son livre
-poussaient des cris de paon. Ceux qu’il n’avait pas nommés et qui se
-voyaient ainsi privés de leur part de célébrité, ne se montraient pas
-moins animés, et peut-être étaient-ils les plus violents. Ils prenaient
-des airs de mépris, et allaient répétant partout: _Il n’a pas osé
-s’attaquer à moi! il eût trouvé à qui parler; il le savait bien et il
-s’est gardé des représailles!_ Mais si les attaques se multipliaient,
-les réclamations, en revanche, étaient rares. Il n’y en eut que deux.
-M. Taxile Delord et M. Ernest Legouvé demandèrent deux rectifications,
-portant sur deux erreurs de fait, d’ailleurs de médiocre importance.
-L’auteur leur donna aussitôt satisfaction, comme il convenait à un
-galant homme. Cela fait, et les attaques continuant, Pontmartin adressa
-au directeur du _Figaro_ la lettre suivante:
-
- Paris, le 8 mai 1862.
-
- Monsieur,
-
- Puisque vous ouvrez généreusement à un homme seul contre tous la
- porte du _Figaro_, j’entre sans façon, et je vous demande une courte
- audience.
-
- Que l’on attaque mon livre et son auteur, je serais très ridicule de
- m’en plaindre. Je n’ai fait qu’user du droit de représailles: qu’on
- en use à mes dépens sur une échelle plus grande que celle de Jacob!
- Liberté, liberté complète, pourvu que les blessures s’arrêtent là où
- l’amour-propre change de nom.
-
- La réclamation de M. Taxile Delord a été accueillie par moi parce
- qu’elle portait sur un fait que j’ai reconnu vrai et qu’attestaient
- nos amis communs.
-
- J’ai été mou, très mou, vis-à-vis de M. Jules Sandeau, parce qu’il me
- faut plus de cinq minutes pour m’accoutumer à voir dans un de mes amis
- les plus chers mon ennemi le plus cruel.
-
- J’ai autorisé trois hommes particulièrement honorables à régler mon
- débat avec M. Legouvé, débat qui ne reposait que sur une erreur
- de date, étrangère à la sincérité du récit; ils avaient constaté
- d’ailleurs, sur des preuves irrécusables, que spontanément, sans y
- être invité, et pour une raison que dira ma nouvelle préface, j’avais
- fait, dix jours d’avance, trois fois plus que M. Legouvé ne me
- demandait.
-
- Les amis de M. Taxile Delord et ceux de M. Legouvé savent et peuvent
- dire si je leur ai fait l’effet d’un homme qui recule devant la
- conséquence la plus extrême de ses actes ou de ses écrits.
-
- En somme, pour expier mes excès de _méchanceté_, trois excès de
- modération.
-
- Maintenant, à ceux qui seront tentés de m’en demander un quatrième, je
- répondrai ceci:
-
- Voulez-vous attendre la seconde édition du livre? C’est l’affaire de
- quelques jours.
-
- Êtes-vous pressé? Je le suis plus que vous; il serait inutile de
- réclamer d’autres explications que celles qu’on trouvera dans ma
- préface. Épargnez-vous donc la peine de prendre le plus long, et
- contentez-vous de me demander le nom et l’adresse des amis chargés de
- répondre pour moi: ils sont désignés d’avance et ils sont prêts.
-
- Encore une fois, Monsieur, veuillez agréer mes remerciements et croyez
- à mes cordiales sympathies.
-
- Armand DE PONTMARTIN.
-
-Les deux amis choisis par Pontmartin étaient Léopold de Gaillard et Léo
-de Laborde, ancien représentant de Vaucluse, l’un des plus énergiques
-députés de la droite à la Législative. L’honneur de l’auteur des
-_Jeudis_ était en bonnes mains. Aucune réclamation nouvelle ne lui fut
-adressée, aucune demande d’explications ne se produisit.
-
-Sa lettre du 8 mai lui avait valu parmi les _jeunes_ de chaudes
-sympathies. Jules Claretie s’en fit l’interprète dans un petit journal
-qui ne laissait pas de tenir alors assez brillamment sa place au
-soleil, le _Diogène_. Très touché de son article, Pontmartin l’en
-remercia aussitôt:
-
- Dimanche matin, 11 mai.
-
- En toute circonstance, Monsieur et jeune confrère, je vous aurais
- chaleureusement remercié de votre article si bienveillant et si
- sympathique. Mais j’en suis particulièrement touché dans un moment
- critique où mes amis les plus dévoués me blâment, où les tièdes
- s’éloignent de moi comme d’un homme compromettant et où ceux que j’ai
- offensés se livrent à une irritation trop naturelle. Vous êtes jeune
- et courageux, mon cher confrère; vous vous êtes généreusement placé
- en dehors de ces colères pour juger un livre excessif, imprudent,
- qui peut même, çà et là, me faire passer pour méchant, mais où il
- y a, je crois, un fond d’honnêteté et de vérité. Si je sors intact
- de cette crise, j’espère bien, mon cher Confrère, que nos relations
- n’en resteront pas là, et vous verrez peut-être, à l’user, que je ne
- suis pas aussi noir que j’en ai l’air. Agréez, en attendant, mon cher
- défenseur, avec mes remerciements bien sincères, l’expression de mes
- cordiales sympathies.
-
-La petite guerre cependant continuait. Il m’écrit le 25 mai:
-
- ...Je me reprochais déjà mon silence comme une ingratitude; et voici
- que je reçois votre lettre, nouveau témoignage de vos attentives et
- fidèles sympathies. Je vous assure que j’ai bien besoin d’être ainsi
- soutenu par quelques amis; car ici chaque jour amène quelque alerte,
- quelque incident désagréable; hier soir, par exemple, on m’a annoncé
- que le théâtre des Variétés allait jouer, sous le titre des _Jeudis
- de Madame Martineau_, une parodie aristophanesque de mon livre, où je
- serai très maltraité. Ceci n’est rien, et me semble de bonne guerre;
- mais ce sera tout naturellement l’occasion d’un éreintement collectif
- dans les feuilletons du lundi suivant, et la _crise Charbonneau_, que
- je regardais comme arrivée à son terme, en sera peut-être renouvelée...
-
- Je crains qu’il ne me soit maintenant comme impossible de faire de
- la critique sage et tempérée, de la littérature sérieuse, dans ces
- tons mixtes, fins, un peu gris, que je cherchais de préférence sur
- ma palette. Ce diable de petit livre rose (il est bleu à présent)
- sera toujours là, sur ma conscience, sinon comme un remords, du moins
- comme un regret, et aussi comme un de ces points lumineux et enflammés
- qui font paraître tout le reste froid et crépusculaire. Mais, pour
- le moment, je n’aspire qu’à une chose, à la campagne, au repos. Dès
- que je pourrai décemment quitter Paris, c’est-à-dire dans quatre ou
- cinq jours, j’irai, non pas chez moi,—j’y trouverais encore trop de
- mouvement et d’affaires,—mais chez ma belle-mère, où je tâcherai
- de vivre, pendant quelques semaines, d’une vie purement végétative
- et contemplative: car je suis exténué, accablé, brisé, à bout de
- forces... Quoi qu’il en soit, j’espère, mon cher ami, que cet orageux
- épisode resserrera encore nos liens de bonne confraternité: ceux qui,
- dans cette circonstance, me sont demeurés fidèles, peuvent d’autant
- plus compter sur ma reconnaissance, qu’ils ont été plus rares. Léopold
- de Gaillard est à mes côtés, et m’a rendu de grands services. Nous
- dînons ensemble ce soir, et je m’acquitterai de vos commissions, ou
- plutôt je lui lirai votre lettre...
-
-On le voit, Pontmartin, en face du prodigieux succès de son livre, au
-lieu d’en être enivré, en ressentait du regret, presque du remords. On
-le peignait comme vindicatif et méchant; il était, en réalité, l’homme
-le plus doux du monde, le plus bienveillant, le plus prompt à l’éloge.
-S’il avait mérité un reproche comme critique, c’était d’être trop
-indulgent, de se montrer trop coulant à dire: «Beau livre, charmant
-livre, excellent livre!» On l’appelait communément le _Philinte_ de la
-littérature. Un jour, il est vrai, il avait remplacé ses rubans roses
-par les _rubans verts_ d’Alceste; mais cela, en dépit des apparences,
-n’avait rien changé au fond, et le fond, chez lui, c’était la bonté.
-
-Comme Philinte, du reste, ou, si on le veut, comme Alceste, Pontmartin
-était un gentilhomme. A la fin de son livre, laissant là tous les
-pseudonymes, à la La Bruyère ou par _à-peu-près_, dont il s’était servi
-au cours du volume, il avait mis sous chacun de ces noms de fantaisie
-le nom véritable.—Qui entendez-vous par _Argyre_? M. Edmond About.—Et
-_Porus Duclinquant_? M. Taxile Delord.—Et _Polycrate_? M. Gustave
-Planche.—Et _Molossard_? M. Barbey d’Aurevilly.—Et _Caritidès_? M.
-Sainte-Beuve.—Et ainsi pour tous les autres. Après tout, c’était assez
-crâne, et on me permettra bien de mettre en regard de cette attitude
-les agissements de... _Caritidès_.
-
-Il n’est pas un homme de son temps, illustre dans les lettres ou la
-politique, que Sainte-Beuve n’ait encensé, ou au moins ménagé. Il
-n’en est pas un qu’il n’ait dénigré, ridiculisé, criblé d’épigrammes.
-Seulement, les dithyrambes étaient publics, les épigrammes, les
-méchancetés restaient secrètes. Il les confiait prudemment à des
-_cahiers_, soigneusement renfermés dans ses tiroirs. Ainsi a-t-il
-fait pour Chateaubriand, Hugo, Lamartine, Alfred de Vigny, Alfred
-de Musset, Charles Nodier, Montalembert, Guizot, Cousin, Villemain,
-Thiers, Saint-Marc Girardin, Tocqueville et vingt autres. Ces notes
-clandestines devaient sortir de l’ombre, un jour venant, mais seulement
-quand leur auteur serait à l’abri de toutes représailles. C’est d’autre
-sorte qu’agissait Pontmartin. S’il a satirisé,—non pas ceux qu’il
-célébrait en public,—mais ceux qui étaient ses adversaires et qui,
-pour la plupart, ne lui avaient pas ménagé les attaques; s’il les
-attaquait à son tour, c’était en plein soleil, en face et visière levée.
-
-Je viens de nommer Sainte-Beuve. Le 25 juillet 1862, alors que la
-querelle semblait enfin épuisée, il publia un grand article, dans
-lequel il s’efforçait de la raviver. L’article est très habile, très
-spirituel, très brillant, mais les accusations qu’il renferme ne
-sont rien moins que justifiées. Le célèbre critique insiste d’abord
-sur la _préméditation_, qui ne lui paraît pas douteuse. «Il y a eu,
-dit-il, préméditation, s’il en fut jamais, et ruse; vous n’êtes pas un
-enfant, ni nous non plus; nous savons vos finesses... Vous aviez en
-portefeuille des portraits méchants, et, selon vous, jolis: comment les
-produire? C’était une affaire de tactique. Vous les avez fait d’abord
-filer un à un, presque _incognito_, sans le masque et sans _clef_, dans
-un journal honnête qui colportait vos brûlots ou pétards sans s’en
-douter[299]...»
-
-Rien n’est moins exact. Pontmartin,—les faits que j’ai rappelés au
-début de ce chapitre, les lettres que j’ai citées, le démontrent sans
-réplique,—Pontmartin a entrepris son livre sans savoir quel livre il
-ferait, sans même savoir s’il ferait un livre. Quand il a commencé,
-il s’agissait tout simplement pour lui d’envoyer de la _copie_ à
-la _Semaine des Familles_, qui lui en demandait: il ne s’agissait
-en aucune façon de mettre au jour des portraits qu’il _avait en
-portefeuille_. Il n’avait jamais rien en portefeuille, il ne savait pas
-ce que c’était que d’avoir une _gardoire_. Improvisateur merveilleux,
-il n’attendait jamais au lendemain pour _produire_ l’œuvre de la
-veille. Envoyer sans retard à l’imprimeur la page dont l’encre était
-à peine séchée, c’était là toute sa _tactique_. Qu’il eût raison de
-toujours la suivre, je me garderai bien de le dire, mais enfin c’était
-la sienne. Il laissait à d’autres,—que Sainte-Beuve connaissait
-bien,—les manœuvres savantes, les temporisations habiles et les
-longues préparations.
-
-Le second reproche, ou plutôt la seconde accusation de l’auteur des
-_Nouveaux Lundis_ n’est pas plus fondée que la première: «Les Anciens,
-honnêtes gens, écrit-il, avaient un principe, une religion: tout ce
-qui était dit à table entre convives était sacré et devait rester
-secret; tout ce qui était dit sous la rose, _sub rosâ_ (par allusion
-à cette coutume antique de se couronner de roses dans les festins),
-ne devait point être divulgué et profané. Oh! que cela ne se passe
-pas ainsi avec M. de Pontmartin et sous ses marronniers[300]!» Et,
-continuant, il parle d’«abominable procédé», de «vraie traîtrise»,
-de «manquement à tous les devoirs et à toutes les obligations envers
-Jupiter hospitalier». Et savez-vous pourquoi toute cette belle
-indignation, toute cette éloquente invocation aux Anciens et à _Jupiter
-hospitalier_; pourquoi Sainte-Beuve _remonte_, cette fois encore,
-_sur ses grands chevaux_[301]? Eh! mon Dieu, tout bonnement parce que
-Pontmartin a répété le joli mot de M. Buloz sur les marronniers des
-Angles, un mot d’homme d’esprit et qui n’était pas pour nuire à la
-réputation du directeur de la _Revue_!
-
-Mais voilà qu’après avoir invoqué Jupiter, Sainte-Beuve invoque... le
-comte d’Orsay: «Un jour qu’il était ruiné, un libraire de Londres lui
-offrit je ne sais combien de guinées pour qu’il écrivît ses Mémoires et
-qu’il y dît une partie de ce qu’il savait sur la haute société anglaise
-avec laquelle il avait vécu.»—«Non, dit le comte après y avoir pensé
-un moment, je ne trahirai jamais les gens avec qui j’ai dîné[302].»
-Ce que le comte d’Orsay n’avait pas voulu faire, Pontmartin ne l’a
-pas fait davantage. Le seul des personnages de son livre avec lequel
-il eût dîné, c’était «le célèbre conteur _Eutidème_»,—Jules Sandeau.
-Il n’en parle qu’avec la plus vive sympathie. «Dieu merci! dit-il, je
-suis heureux de commencer par celui-là; car, de toutes mes illusions
-provinciales à l’endroit de la littérature et des écrivains en renom,
-il en est peu qui me soient restées plus intactes. C’est une âme
-honnête et délicate qu’Eutidème[303]...»
-
-Dans les _Jeudis_, Eutidème conduit un soir George de Vernay chez
-_Marphise_ (M^{me} Émile de Girardin), qui est à la veille de faire
-représenter au Théâtre-Français sa tragédie de _Cléopâtre_, avec Rachel
-pour interprète. Nous assistons à la lecture de la tragédie, et ce
-n’est pas la moins jolie scène du volume et la moins malicieuse. Les
-juges les plus indulgents s’étonnèrent que Pontmartin eût persiflé M.
-et M^{me} Émile de Girardin après leur avoir été présenté et avoir
-passé quelques heures sous leur toit. La vérité est que l’auteur des
-_Jeudis_ n’avait jamais mis les pieds dans le salon du petit hôtel de
-la rue de Chaillot. «Jamais, dit-il dans ses _Souvenirs d’un vieux
-critique_[304], jamais je ne me serais permis ces railleries si j’avais
-été vraiment reçu par l’illustre Delphine, si j’étais resté cinq
-minutes dans son salon, si j’avais pris un verre d’eau chez elle! Dans
-mon récit, où la fantaisie alternait avec la satire, il m’avait semblé
-que je pouvais déplacer cette scène, qui avait eu réellement lieu le 12
-novembre 1847, au foyer du Théâtre-Français, à la répétition générale
-de _Cléopâtre_. Là, j’étais strictement dans mon droit, puisque M.
-Buloz[305] m’avait amené pour me mettre en mesure de rendre compte de
-la tragédie nouvelle dans la _Revue_ du 15.»
-
-Au fond, dans tout cela, il y avait plus d’épigrammes que
-d’indiscrétions, plus de malices que de méchancetés, du sel à poignées,
-et souvent du plus fin, mais peu ou point de fiel. C’était une satire,
-très vive à coup sûr, ce n’était point un pamphlet. Un critique, qui ne
-pèche point par excès de faiblesse et d’indulgence, mais qui a un sens
-droit et une ferme raison, M. Ferdinand Brunetière, a pu dire, en toute
-justice et vérité, au lendemain de la mort d’Armand de Pontmartin:
-«Il fut de ceux à qui la vie littéraire n’a pas été clémente; et on
-ne peut s’empêcher de philosopher en songeant de quel prix ce galant
-homme, cet écrivain de race et ce critique de talent a payé jadis les
-indiscrétions, _qui paraîtraient bien innocentes aujourd’hui_, de ses
-fameux _Jeudis de Madame Charbonneau_[306].»
-
-En finissant, je ne veux retenir de cet orageux épisode des _Jeudis_
-qu’une très belle lettre de Jules Janin. Le _lundiste_ des _Débats_
-avait été quelque peu égratigné dans le volume sous le nom de _Julio_;
-il n’en écrit pas moins à un jeune littérateur de province, M. Émile
-Fages, qui venait de publier un article sur le livre de Pontmartin:
-
- Passy, 9 octobre 1862.
-
- J’ai déjà lu, Monsieur, ces aimables pages, très ingénieuses, d’une
- critique indulgente et de la meilleure compagnie. Elles me sont
- arrivées hier; votre lettre arrive aujourd’hui comme une confirmation
- de vos déférences pour un bel esprit qui se trompe, et qui bien vite
- est revenu au respect de la profession.
-
- Soyons des premiers, les uns et les autres, à honorer l’art de bien
- dire et de bien faire; et si, par malheur, quelqu’un des nôtres
- insulte à l’art même qu’il exerce, ayons soin de jeter sur sa faute un
- pan de notre manteau, gardant le reste du manteau pour nos jours de
- défaillance!
-
- Et vous avez eu raison, même en lui donnant tort pour cette fois, de
- bien parler de M. de Pontmartin: son mérite et son talent, tout ce
- qu’il a fait, tout ce qu’il doit faire encore, plaident en sa faveur.
- C’est un grand esprit, mieux encore, un homme d’honneur, grand ennemi
- des forces injustes, grand partisan des libertés que nous avons
- perdues, opposé à toutes les usurpations de toute espèce. Les lettres
- françaises feraient une grande perte en perdant M. de Pontmartin.
-
- Encore une fois, vous êtes dans les bons sentiers; vous y marchez d’un
- pas léger, et votre parole a l’accent vrai.
-
- Soyez le bien remercié pour votre sympathie, et comptez sur toutes les
- déférences de votre _ancien_[307].
-
-Toutes ces choses sont bien loin. Quand un combat s’émeut entre deux
-essaims d’abeilles, il suffit, pour le faire cesser, de leur jeter
-quelques grains de poussière. Cette bruyante mêlée, provoquée par
-les _Jeudis de Madame Charbonneau_, et à laquelle prirent part les
-abeilles—et les frelons—de la critique, a pris fin, elle aussi, il y
-a longtemps. Il a suffi, pour la faire tomber, d’un peu de ce sable que
-nous jettent en passant les années:
-
- _Hi motus animorum atque hæc certamina tanta
- Pulveris exigui jactu compressa quiescunt._
-
-De tout ce bruit, de cette querelle littéraire autrefois si fameuse,
-il ne reste plus aujourd’hui qu’un souvenir à demi effacé et un «diable
-de petit livre»,—non le volume rose ou bleu édité par Michel Lévy,
-mais celui qui parut dans la _Semaine des Familles_, où il faudra bien
-qu’on aille le chercher un jour,—un petit livre ingénieux, charmant,
-spirituel au possible,—et qui vivra.
-
-
-
-
-CHAPITRE XI
-
- LA GAZETTE DE FRANCE.—ENTRE CHIEN ET LOUP.—LES NOUVEAUX
- SAMEDIS.—LES CORBEAUX DU GÉVAUDAN.
-
-(1862-1867)
-
- L’Avenue Trudaine.—Frédéric Béchard et Amable Escande.—L’entrée
- à la _Gazette de France_.—M. Silvestre de Sacy.—_Entre chien
- et loup._—La _Revue des Deux Mondes_ et la signature _F. de
- Lagenevais_.—M. Challemel-Lacour et M^{gr} Dupanloup.—A Pradine,
- chez Joseph Autran.—Alexandre Dumas fils et les _Idées de M^{me}
- Aubray_.—Mort de Joseph d’Ortigue.—Aurélien Scholl, le _Nain jaune_
- et le _Camarade_.—Les menus de M. Bec.—Les _Courriers de Paris_,
- de l’_Univers illustré_.—Pontmartin est cité par le P. Félix en
- chaire de Notre-Dame.—Les _Nouveaux Samedis_, Arthur de Boissieu
- et les _Lettres d’un Passant_.—Les _Corbeaux du Gévaudan_.—Joseph
- Joubert.—Une lettre en vers.
-
-
-I
-
-Il faut bien croire que la _Crise Charbonneau_ n’avait pas été trop
-meurtrière pour Pontmartin, puisque, dès le mois de juillet 1862, alors
-que les derniers bruits de la bataille n’étaient pas encore éteints,
-il publiait dans le _Correspondant_, sur les _Misérables_ de Victor
-Hugo[308], une longue étude qui est un de ses morceaux les plus achevés.
-
-A la fin des _Jeudis_, George de Vernay, le maire de Gigondas, retourne
-dans la capitale, qu’il avait juré de ne plus revoir, et il reprend
-«cette vie littéraire contre laquelle tous les serments ressemblent à
-des serments d’ivrogne et de joueur». Ainsi fait également le maire
-des Angles. Il choisit même ce moment pour s’installer dans un coquet
-appartement, au n^o 8[309] de l’avenue Trudaine. Comme au 51 de la rue
-Saint-Lazare, il y habitera pendant huit ans, de 1863 à 1870.
-
-L’avenue Trudaine était alors une oasis d’honnêtes gens et de maisons
-correctes à l’extrémité de cette montée des Martyrs, bruyante,
-tapageuse, mal famée, où se rencontraient, sur un trottoir étroit et
-boueux, toutes les variétés de vareuses rouges, de chapeaux mous,
-de barbes hirsutes, de chevelures en broussailles, de camisoles
-fripées, de pantoufles éculées, de corsages équivoques, de maquillages
-déteints, de chignons suspects; tout un monde de rapins, de modèles
-et de bohèmes, de rôdeurs de barrières et de piliers de brasserie, de
-_déclassés_, de _fruits-secs_ et de _ratés_,—où la Commune recrutera
-plus tard ses colonels, ses _chimistes_ et ses pétroleurs. Au haut
-de cette rude et orageuse montée, vous vous trouviez dans une large
-avenue, plantée d’une double rangée de platanes, et aussitôt il vous
-semblait que vous respiriez un autre air:
-
- A droite et à gauche, dit Pontmartin, une trentaine de maisons
- bourgeoises, régulières et proprettes. Peu de voitures. Sur de larges
- trottoirs, çà et là, un groupe de promeneurs; sur les bancs espacés
- entre les platanes, des arrière-neveux de Philémon et de Baucis,
- lisant tranquillement leur journal. Aux fenêtres entr’ouvertes, à
- travers de légers nuages de mousseline, des sourires de _mamans_, de
- fins visages de _bébés_ agitant à la brise printanière les ballons
- roses des magasins du Louvre. Dans les jardins encore épargnés par la
- démolition universelle, dans l’épaisseur des marronniers de la cité
- Malesherbes, que n’habitait pas encore M. Henri Rochefort, un merle
- siffleur préludait aux sarcasmes du terrible _lanternier_. Derrière
- la grille des petits hôtels, on voyait des volées de moineaux se
- disputant les miettes de pain éparpillées par les élèves de l’École
- commerciale ou ceux du collège Rollin. A la sortie des classes,
- c’étaient des cris de joie, des gazouillements d’oiseaux délivrés de
- leur cage, d’amusantes poussées d’adolescents en belle humeur. Presque
- la campagne, au sortir du coin le plus tumultueux de la plus fiévreuse
- des villes; une miniature de l’Éden à vingt pas d’un diminutif de
- l’enfer; une vague sensation d’apaisement et de bien-être. J’ai passé
- là huit ans, et je dois croire que j’y étais à peu près heureux,
- puisque mes jours les plus néfastes étaient ceux où le _Siècle_ me
- qualifiait d’idiot et où le _Charivari_ me traitait d’imbécile[310].
-
-En même temps qu’il quittait la rue Saint-Lazare pour l’avenue
-Trudaine, il transportait ses pénates littéraires à la _Gazette de
-France_.
-
-Pontmartin se trouvait un peu gêné à l’_Union_, où il était entré,
-nous l’avons vu, en 1858. Grave, solennel d’allure, souvent dogmatique,
-le journal de M. Laurentie n’était pas le cadre qui convenait à
-sa verve exubérante, à ses vivacités de plume, à ses boutades
-humoristiques. Dès qu’il put le faire honorablement et sans rupture,
-il cessa sa collaboration. Je ne lui cachai pas mon regret de le voir
-abandonner une feuille plus politique sans doute que littéraire, mais
-qui, la première parmi les feuilles parisiennes, avait accueilli ses
-causeries de province. Il me répondit, le 10 janvier 1863:
-
- Ce qui m’a décidé, mon cher ami, c’est le désir de rendre service à
- mon compatriote Frédéric Béchard[311], qui m’avait donné des preuves
- de dévouement pendant la crise Charbonneau. Or, Béchard avait grande
- envie d’être mis en possession d’un feuilleton dramatique, ce qui
- est le _hoc erat in votis_ d’une certaine catégorie d’écrivains
- parisiens. Nous ne voulions pas déloger le pauvre Escande[312], qui
- en serait mort de chagrin, et Janicot[313] a mis pour condition que
- nous entrerions ensemble, l’un portant l’autre. Cela durera tant que
- je pourrai y suffire. Mais je sens que je vieillis. Je suis comme
- ces ténors fatigués, qui ne peuvent plus donner que certaines notes.
- Chose singulière! A mesure que je deviens vieux, les notes qui me
- resteraient, ce serait la charge, la caricature, la fantaisie en prose
- et même en vers, toutes choses qui ont besoin de jeunesse et qui, à
- mon âge, ressemblent à des anachronismes ou à des grimaces.
-
-Sa collaboration à la _Gazette de France_ devait durer vingt-huit ans.
-Il l’inaugura, le samedi 13 décembre 1862, par un article sur le roman
-de _Sibylle_, par Octave Feuillet.
-
-Ses feuilletons de la _Gazette_—ils paraissaient sous le titre de
-_Semaines littéraires_—ne se ressentent aucunement—est-il besoin
-de le dire?—de la fatigue dont il se plaignait dans sa lettre du
-10 janvier. Il est aussi en verve que jamais, qu’il parle de Louis
-Veuillot ou de Lamartine, de M. Ernest Feydeau ou de M^{me} Sand, de
-M. Guizot ou de M. Michelet. Il nous a dit tout à l’heure son goût,
-très vif en effet—et très ancien—«pour la charge, la caricature,
-la fantaisie en prose et en vers». Son article sur _la Sorcière_ de
-Michelet[314] est, en ce genre, un modèle qui sera difficilement égalé.
-Le jour où il écrivit ce feuilleton, il était en fortune, selon le mot
-de M^{me} de Sévigné.
-
-Un jour que Pontmartin faisait visite à M. Silvestre de Sacy, celui-ci
-le gronda doucement de son engagement hebdomadaire. «Quand on écrit un
-article par semaine, lui disait l’académicien, c’est beaucoup s’il y en
-a un de bon sur quatre!» Pontmartin n’en demandait pas tant,—ce qui ne
-l’empêchait pas de mettre souvent quatre fois de suite dans le mille.
-
-
-II
-
-Au commencement de 1863, il écrivait encore dans le _Journal de
-Bruxelles_. D’une de ses lettres de cette époque, je détache ces
-lignes: «Le directeur du _Journal de Bruxelles_ a soin de me relancer
-de temps en temps; les lettres que je lui adresse m’amusent, sauf à
-ne pas produire le même effet sur les lecteurs belges. J’y trouve une
-sorte de soupape pour les commérages parisiens qui ne peuvent trouver
-place dans ma Causerie littéraire, et j’y mêle des assaisonnements qui
-ne seraient pas toujours du goût de M. le comte Treilhard[315].»
-
-Du 1^{er} janvier 1863 au 9 juin, jour où prit fin sa collaboration
-au _Journal de Bruxelles_, Pontmartin n’envoya pas à la feuille belge
-moins de onze articles.
-
-Sa grande affaire, au demeurant, était la publication de ses Causeries
-littéraires. Chaque année, il en donnait un nouveau volume. En 1862,
-1863 et 1864, parurent les trois séries des _Semaines littéraires_.
-Pendant que s’imprimait la troisième série, il tomba très gravement
-malade et force lui fut d’interrompre ses Samedis. Le 27 février 1864,
-il fut atteint d’une fluxion de poitrine, qui mit ses jours en danger.
-Ce fut seulement le 10 mai qu’il put quitter Paris et se rendre chez
-sa belle-mère, à la Mûre, où il n’avait pas à redouter l’invasion des
-affaires et des visites qui, aux Angles, seraient venues contrarier sa
-convalescence. Celle-ci ne dura pas moins de quatre mois, passés dans
-l’Ardèche et coupés par une saison de trois semaines à Vichy.—«Vichy
-est le lieu le plus ennuyeux de la terre, m’écrivait-il le 12 juillet,
-et je déplore le sophisme médical qui m’a envoyé à des eaux digestives
-sous prétexte de réparer d’une pleuro-pneumonie l’irréparable outrage:
-je n’ai qu’une consolation, c’est de voir mon Empereur, dont l’état
-empire, plus affaissé et plus déjeté que moi...» Comme sa lettre
-renfermait deux ou trois calembours, j’en conclus que le mal était
-décidément conjuré. La rentrée aux Angles n’eut lieu qu’à la fin
-d’août, et il y resta six mois afin d’éviter l’hiver parisien.
-
-Le 1^{er} mars 1865, il réintégrait l’avenue Trudaine et préparait
-la publication de la première série des _Nouveaux Samedis_. Tandis
-qu’autrefois à ses volumes de critique se venaient joindre des volumes
-de contes et de nouvelles, depuis 1862 il semblait avoir renoncé à
-écrire des œuvres d’imagination. Il avait bien donné au _Correspondant_
-de 1863 un court récit, _Un Trait de lumière_[316]; mais c’était tout.
-En 1865, il revint au roman, et il y fut ramené, on va le voir, par des
-motifs qui n’avaient rien de romanesque.
-
-Il m’écrivait, de Paris, le 27 avril 1865:
-
- Laprade est parti vendredi; Gaillard annonce son départ pour mardi.
- Ces chaleurs si précoces et si extraordinaires mettent en fuite tous
- ceux qui n’ont pas à Paris une chaîne d’or, de fer ou de fleurs. Quant
- à moi, mes chaînes littéraires se sont multipliées et compliquées.
- Tous mes revenus méridionaux me manquant à la fois, je me suis
- effrayé, et j’ai accepté les offres de l’_Illustration_, qui désirait
- rompre avec le _Siècle_, son bateau remorqueur, et passer de gauche
- à droite. Mais je me suis embarqué dans une _série fantastique_ qui
- m’effraye et où, comme Petit-Jean, ce que je sais le mieux, c’est
- mon commencement. Il me manque, pour y réussir, du poignet, une
- connaissance suffisante de l’ancien et du nouveau Paris, et une foule
- d’autres choses...
-
-On était alors au plus fort des démolitions de Paris. L’œuvre était
-grande, utile, nécessaire même; mais les poètes, les rêveurs, les
-flâneurs n’y trouvaient pas leur compte. On leur donnait une belle
-lampe toute neuve, propre et bien polie, en échange de leur vieille
-lampe, pleine de rouille et passée de mode; mais ils se rappelaient le
-conte des _Mille et une Nuits_, et ils se demandaient, comme Aladin,
-s’ils n’allaient pas perdre au troc et si cette vieille lampe, dont
-les débarrassait le Magicien africain,—c’est M. Haussmann que je veux
-dire,—n’était pas précisément _la lampe merveilleuse_. A mesure que
-le vieux Paris s’effaçait et que s’élevaient les nouvelles bâtisses,
-leur imagination réagissait contre cette immense débâcle de toutes les
-poésies du passé. Plus les boulevards s’allongeaient, plus les rues
-s’élargissaient, plus les façades neuves rivalisaient de monotonie et
-de blancheur, plus ils s’enfonçaient dans leurs souvenirs et leurs
-songes. C’est cet état d’âme dont la description avait tenté Pontmartin.
-
-Il supposait un vieillard, poète ou artiste en son temps, contemporain
-des premiers récits d’Hoffmann et des promenades de Victor Hugo
-à travers la cité ou la cathédrale du moyen âge. Le chevalier
-Tancrède—ce sera le nom de son héros—revient à Paris après de longues
-années d’absence; il regarde autour de lui et se demande avec angoisse
-si l’âge a obscurci sa vue ou s’il est le jouet d’un cauchemar. Le
-berceau de son enfance, le théâtre de ses plaisirs, le nid de ses
-amours, le refuge de ses chagrins, tout a disparu; il ne sait pas même
-où loger ses regrets; il lui semble que son exil recommence sur les
-lieux mêmes où il vient de finir: c’était son corps qui n’avait plus de
-patrie; maintenant, c’est son âme. Là où il ne se croyait qu’absent, il
-se reconnaît étranger. Bien des images perdues au fond de sa pensée s’y
-réveillent pour mourir encore; bien des liens qui s’étaient détendus se
-resserrent un moment pour se briser à jamais. Ce quartier, cette rue,
-cette maison, cet escalier, cette chambre, autant de figures aimées,
-devenues des visages indifférents; s’ils ont encore des larmes dans les
-yeux ou des sourires aux lèvres, ces sourires et ces larmes sont pour
-d’autres que lui.
-
-Sombre, pessimiste, morose, refusant de subir le _trop près_ et se
-rejetant sans cesse dans le lointain, le chevalier Tancrède vit moins
-avec les réalités du présent qu’avec les fantômes du passé. Les villes
-ont des âmes comme les hommes. Le vieux Paris a une âme; le chevalier
-la connaît, il l’aime, et c’est elle qu’il regrette et qu’il pleure.
-C’est elle qu’il essaie de retrouver dans ses longues flâneries du
-soir à travers un Paris bizarre, _entre chien et loup_, fantasque,
-paradoxal, humoristique, railleur, sinistre, imaginaire.
-
-J’avais applaudi aux premiers chapitres qui avaient pour titre, dans
-l’_Illustration_, _Paris fantastique_, Pontmartin m’écrivit, le 9 juin
-1865:
-
- Je vous remercie de ce que vous me dites d’encourageant au sujet de
- _Paris fantastique_. Je ne savais pas trop bien, au début, où j’allais
- et ce que je pouvais faire; à présent, il me semble que mon idée se
- dessine un peu plus clairement, et j’y mets un peu de passion, ce qui
- est toujours une chance de réussir. Cela s’appellera, chez Michel
- Lévy, _Entre chien et loup_, et si je ne m’essouffle pas trop vite, il
- est possible que cette série suffise au volume tout entier...
-
-Ce fut seulement au printemps de 1866 que le livre parut. «Savez-vous,
-mon cher ami, me mandait Pontmartin le 8 avril, savez-vous de qui
-dépend la date précise de la mise en vente de mon petit volume? Des
-Apôtres; mais, hélas! des Apôtres revus, corrigés et naturalisés par
-Ernest Renan. En d’autres termes, Michel Lévy prétend que, dans mon
-intérêt même, je ne dois pas paraître dans la même semaine que ces
-nouveaux _Apôtres_ qui absorberont, pendant huit jours, toute son
-activité commerciale. Soit; mais j’aimerais mieux céder le pas à un bon
-livre...»
-
-D’une autre lettre, écrite quelques jours après la publication, qui eut
-lieu le 19 avril, j’extrais ce passage:
-
- ...Je n’ai pas du tout prétendu faire un roman. Vous avez d’assez
- bons yeux et vous êtes assez du métier pour avoir constaté, soit
- dans l’_Illustration_, soit dans le volume, que j’étais arrivé à la
- 79^e page sans savoir où j’allais. Mon idée avait été d’abord de
- faire une série de tableaux ou de croquis où le vieux et le nouveau
- Paris auraient été mis en présence dans des cadres fantastiques.
- Je ne tardai pas à reconnaître que l’entreprise était au-dessus de
- mes forces, et que je n’avais pas d’ailleurs le pied assez parisien
- pour m’en tirer. C’est alors que j’employai le coffret d’Adolphine
- comme planche de sauvetage, et que je pus tant bien que mal arriver
- jusqu’au port. J’avais paru dans de si mauvaise conditions, mon récit
- avait été tellement haché et si peu remarqué dans l’_Illustration_,
- que, sans vous et Michel Lévy, je ne l’aurais peut-être pas publié
- en volume. Vous voyez que les remerciements que je vous dois sont de
- plus d’un genre; certes, si j’avais reçu, l’an passé, le quart des
- encouragements que je reçois aujourd’hui, je puis dire que je n’aurais
- pas si souvent jeté le manche après la cognée et que le livre serait
- meilleur[317]...
-
-L’apparition d’_Entre chien et loup_ coïncidait avec les préliminaires
-de la guerre austro-prussienne. Le petit volume allait donc avoir
-contre lui, non seulement Renan et ses _Apôtres_, mais encore Bismarck
-et la bataille de Sadowa, Le chevalier Tancrède contre le comte de
-Bismarck, c’était le pot de terre contre le pot de fer. Le pauvre pot
-de terre ne fut pourtant pas mis en éclats. Il résista si bien que,
-peu de semaines après, il fallut procéder à une nouvelle édition. Ce
-fut, pour l’auteur, l’occasion d’écrire une très spirituelle préface. A
-ceux qui reprochaient à son livre de «n’être pas un roman dans l’exacte
-acception du mot», il répondait:
-
- ...Est-il bien nécessaire que toute œuvre d’imagination et de
- fantaisie soit un roman?... Faut-il croire, comme Sganarelle, que
- _tout soit perdu_ si, de la première page à la dernière, ensemble
- et détails ne sont pas combinés, calculés, ficelés, serrés comme la
- cravate d’un garçon de noces, en vue du grand événement qui doit
- combler les vœux d’Arthur, punir les fautes de Rodolphe, châtier les
- faiblesses de Madeleine, et conduire le dénouement à la mairie ou au
- cimetière? Qui dit imagination, dit la plus indépendante des facultés
- humaines, et n’est-ce pas la condamner à une véritable servitude, que
- de la forcer à s’ajuster toujours aux mêmes cadres, à entrer dans les
- mêmes moules, à passer par le même chemin, à trébucher dans la même
- ornière? Si vous aviez, comme moi, par goût de dix-huit à vingt-cinq
- ans, par habitude de vingt-cinq à trente, et par état de trente à
- cinquante-cinq, lu des myriades de romans, vous me pardonneriez
- d’avoir essayé de faire un roman qui n’en soit pas un.
-
-La vérité est que le livre manque d’unité. La fin ne correspond pas au
-début. Commencé comme un conte fantastique, l’ouvrage se continue et se
-termine comme un roman: _questa coda non è di questo gatto_.
-
-Ce petit volume d’_Entre chien et loup_ n’en méritait pas moins
-son succès. Le chapitre sur _Maria-Thérésa_, sur la Malibran du
-Théâtre-Italien et sur la Thérésa du café _Bataclan_, eût suffi à le
-justifier. Ce n’est qu’un pastel, mais dont les couleurs n’ont point
-pâli, et que ne doit pas faire oublier l’eauforte glissée quelques mois
-plus tard par Louis Veuillot dans les _Odeurs de Paris_[318].
-
-
-III
-
-L’auteur des _Causeries littéraires_ avait quitté la _Revue des Deux
-Mondes_ en mai 1862. Buloz et Pontmartin ne pouvaient pas s’entendre
-et ils ne pouvaient pas non plus se passer l’un de l’autre. Ils ne se
-lassaient pas de se rechercher, de se brouiller et de se raccommoder.
-Le 1^{er} juin 1866, la _Revue_ publiait un article intitulé:
-_Symptômes du temps. La Curiosité en littérature. IDÉES ET SENSATIONS,
-par MM. de Goncourt_. Il était signé: _F. de Lagenevais_. L’article
-était de Pontmartin; nul ne pouvait s’y tromper. Comme je lui en avais
-écrit aussitôt, il me répondit, le 7 juin:
-
- ...L’article sur les Goncourt est bien de moi, et vous le retrouverez
- probablement dans mon douzième volume. Comme j’avais été obligé de
- l’abréger pour des nécessités de pagination et comme je n’étais pas
- bien sûr que le ton général ne fût pas çà et là en contradiction avec
- quelques-uns de mes anciens articles sur les deux frères jumeaux de
- la sensation et de l’idée, j’ai accepté la proposition de Buloz, qui
- a été, pour la première fois, d’avis de recourir à cette élastique
- signature de Lagenevais. Le Lagenevais en chair et en os n’existe
- pas...
-
-Le 1^{er} juillet et le 1^{er} août 1866, deux autres articles—l’un
-sur les _Romans nationaux_(?) _de MM. Erckmann-Chatrian_, l’autre
-sur le roman de Dumas fils: _Affaire Clemenceau; mémoire de
-l’accusé_,—paraissaient également sous la signature _Lagenevais_. Dans
-le tome IV des _Nouveaux Samedis_, à la suite de ces trois articles,
-on en trouve un quatrième, sur _la Littérature pieuse_, qui a son
-histoire. La voici, telle que l’a contée, dans une de ses lettres,
-Pontmartin lui-même:
-
- Puisque vous aimez, m’écrivait-il, à connaître nos dessous de cartes
- littéraires, voici l’histoire de ce chapitre. Il devait paraître
- dans la _Revue des Deux Mondes_ et faire suite, sous le titre de
- _Symptômes du temps_, aux trois morceaux qui ouvrent ce nouveau
- volume. Quand je quittai Paris en juillet 1866, Buloz, qui désirait
- alors me rattacher tout à fait à la _Revue_, me demanda, presque en
- forme de gageure, si je me croyais capable de faire un article où,
- tout en restant chrétien bien sincère et bien net, je ne m’écarterais
- pas trop des traditions de la rue Saint-Benoît. Il paraissait y voir
- un moyen de conciliation; j’acceptai. D’autre part,—car je ne crains
- pas de me montrer à vous dans toutes mes faiblesses,—j’en voulais
- un peu à M^{gr} Dupanloup, qui, se donnant la peine de dresser un
- catalogue de bibliothèque à l’usage des gens du monde, y avait mis M.
- Roselly de Lorgues[319] (ma bête noire) et avait complètement passé
- sous silence mes _Causeries littéraires_. C’est sous cette double
- influence que j’écrivis mon article. Mais je perdis du temps; je fus
- surpris chez un de mes beaux-frères par les terribles inondations de
- septembre. Mon article ne partit des Angles que le 1^{er} octobre.
- Buloz et ses fils étaient à la campagne; l’article tomba entre les
- mains de M. Challemel-Lacour[320], démagogue et voltairien pur sang,
- qui intercepta, pendant plus d’un mois, l’article et mes lettres, se
- bornant à dire à ses patrons que _cela n’était nullement dans l’esprit
- de la Revue_; si bien que M. Buloz m’a avoué en décembre ne m’avoir
- pas lu: mais dans l’intervalle, et à la suite des inondations, étaient
- arrivés les mandements et la brochure[321] de l’Évêque d’Orléans, et
- la situation s’était tellement envenimée, que Buloz voulait attaquer
- M^{gr} Dupanloup devant les tribunaux!!! Je repris mon manuscrit;
- j’aurais dû peut-être le jeter au feu; mais vous connaissez les
- secrètes faiblesses des auteurs; je le fis lire à mon fils, qui vaut
- mieux que moi. Il n’y trouva rien ou presque rien qui dût m’empêcher
- de le publier. Voilà toute l’historiette, mon cher ami, et maintenant
- vous voyez combien je dois savoir gré à mes amis de laisser de côté
- ces questions délicates pour lesquelles je ne pouvais donner au public
- les explications que je vous donne. Ainsi donc, merci toujours! merci
- pour ce que vous dites, et pour ce que vous ne dites pas[322]!...
-
-
-IV
-
-Le 1^{er} août 1866, nous venons de le voir, Pontmartin avait publié un
-article sur Alexandre Dumas fils. A l’automne, il devait se rencontrer
-avec l’auteur du _Demi-Monde_, à la campagne, chez leur ami commun, M.
-Joseph Autran. Le 15 octobre, ce dernier lui écrivait de La Malle, l’un
-de ses châteaux[323]; il en avait presque autant que le roi de Bohême:
-
- ...Dumas partira de Paris le 5 novembre et restera chez moi jusqu’au
- 20. Cette époque vous convient-elle, et puis-je espérer que vous serez
- aussi généreux que lui? Vous pourriez l’être davantage en arrivant
- plus tôt et en restant plus tard... Quelles intimes et charmantes
- réunions cela va faire! Figurez-vous que nous aurons la primeur de
- cette comédie que Dumas vient d’achever à peine. Il l’apporte dans sa
- valise. «J’ai hâte, m’écrit-il, de vous lire cette curieuse étude qui
- ne ressemble à rien de ce qui a été fait.» C’est à Pradine[324] que
- nous vous recevrons. Cela vous est égal, n’est-ce pas?...
-
-Pontmartin n’avait garde de ne pas répondre à ce gracieux appel. La
-réunion eut lieu dans les premiers jours de novembre, non à Pradine,
-mais à La Malle. L’auteur des _Jeudis_ et des _Samedis_ passa, dans
-l’hospitalière maison du poète, une délicieuse semaine[325]. Dumas lut
-sa comédie, _les Idées de M^{me} Aubray_. Il n’était pas seulement un
-habile dramaturge, c’était aussi un merveilleux causeur. Pontmartin fut
-charmé, mais il ne fut pas conquis. De retour aux Angles, il écrivait à
-Joseph Autran:
-
- Les Angles, mercredi soir, 14 novembre.
-
- Mon cher ami, figurez-vous que je n’ai quitté Marseille que mardi
- à onze heures, et encore ce diable de Dumas voulait m’emmener à
- Toulon, à Cannes, à Nice, à Hyères, et en mille autres lieux! J’ai
- triomphé de ce fascinateur et de ma propre faiblesse; je suis revenu
- ici, et, comme la vertu est toujours récompensée, j’ai trouvé au
- logis deux des plus ennuyeux visiteurs qui aient jamais franchi mon
- seuil... Je n’avais pas besoin, cher ami, de ce contraste pour me
- remémorer avec cette mélancolie inséparable de nos meilleures joies
- des journées trop vite écoulées et pleines de votre image. Quelle
- semaine! quels sujets de réflexions de toutes sortes! Je ne puis,
- malgré mes sympathiques efforts, me rendre un compte bien net de
- l’impression qu’a produite sur moi le héros de la fête. C’est à peine
- s’il suffirait de me dédoubler pour faire le triage. L’esprit est
- ravi, le cœur est attristé, l’âme n’est pas satisfaite. Ce type si
- moderne, si profondément et si brillamment contemporain, intéresse et
- émeut par la peine même qu’il prend pour troubler ou tarir les sources
- les plus hautes et les plus pures d’intérêt et d’émotion. C’est un
- plongeur intrépide et robuste qui a touché du pied le fond de la mer,
- qu’un prodigieux élan a fait remonter à la surface, mais qui, au lieu
- de regarder en l’air pour jouir de la vue du ciel, des étoiles et de
- l’horizon, s’obstine à regarder, à travers cette onde perfide qui
- n’a plus de secrets pour lui, les plantes marines et le sable, le
- gravier et la vase où il a failli s’empêtrer et s’embourber. On lui
- sait gré de ce qu’il est en songeant à ce qu’auraient pu le faire sa
- naissance, son éducation, son premier entourage, les leçons qu’il a
- reçues, les exemples qu’on lui a donnés. On l’admire, on l’aime...
- et on le plaint... O mon ami! Nous à qui la vertu est apparue tout
- d’abord sous les traits d’un père et d’une mère, songeons à ce qu’il y
- a eu d’affreux dans cette situation où c’est une chose énorme, presque
- héroïque, d’être tout à fait un honnête homme, un galant homme selon
- le monde!
-
-Victor de Laprade, invité lui aussi par Autran, n’avait pu se rendre à
-La Malle. Pontmartin lui fit part de ses impressions dans une lettre du
-22 novembre:
-
- Savez-vous ce qui m’a guéri... pour quelques mois? La société de M.
- Dumas fils... Voilà donc la perfection du bel esprit français de 1866,
- le produit le plus complet, le plus brillant, et, pour être juste,
- le plus _propre_ de la société moderne, une intelligence d’élite, le
- Morny du coup de théâtre et de la scène filée, auquel il ne manque
- plus que la patente et le brevet avec garantie du gouvernement! Et
- remarquez qu’il est charmant, que je crois même qu’il se calomnie
- quand il fait étalage de table rase et de matérialisme pratique; mais,
- grand Dieu! que sont donc les autres? Et nous, remercions le ciel de
- nous avoir fait naître loin de ces zones torrides, hors de portée de
- ces pommes d’or croissant sur les bords d’un lac empesté. Il a, lui,
- cinquante excuses pour une; nous, nous n’en aurions point.
-
- Fils d’un père honnête homme et d’un fervent chrétien,
- A ce Dunois du drame, ami, n’enviez rien!...
-
-Le lendemain du jour où il écrivait cette lettre, un coup terrible
-venait atteindre Pontmartin et le frapper au cœur. Sans que rien l’y
-eût préparé, il apprenait la mort de Joseph d’Ortigue[326], l’éminent
-critique musical, son compatriote et son plus intime ami. Il m’écrivit
-le 28 novembre:
-
- ...Le 23, j’ai été foudroyé en ouvrant le _Journal des Débats_, par le
- plus grand des hasards, et en y lisant, sans préparation aucune, un
- article de M. de Sacy qui annonçait la mort subite de mon pauvre vieil
- ami d’Ortigue. Il y a de cela cinq jours, et je ne puis encore revenir
- de ma douloureuse stupeur, je ne puis m’accoutumer à l’idée que je ne
- reverrai plus ce compagnon si bon, si fidèle, si sympathique, de mes
- saisons laborieuses et de mes vacances, l’homme dont les sentiments,
- les goûts, les rêves s’accordaient si bien avec les miens qu’on nous
- appelait les inséparables. Vous lirez dans la _Gazette_ de samedi
- prochain l’hommage que j’ai essayé de lui rendre. Je n’ai pas dit la
- moitié de ce que j’aurais dû et voulu dire: il m’aurait fallu une
- feuille de _Revue_, et l’on m’aurait répliqué sans doute que d’Ortigue
- n’était pas assez célèbre pour justifier une si longue notice. Enfin,
- je suis allé au plus pressé.
-
- Pardonnez-moi, mon cher ami, de vous parler si longuement d’un
- homme que vous ne connaissiez pas, et d’une douleur que vous ne
- pouvez partager. Je suis tellement plein de mon sujet qu’il m’arrive
- plusieurs fois dans la journée de sentir des larmes me venir aux
- yeux, de ne pouvoir les retenir et d’être obligé d’interrompre ce que
- j’écris ou ce que je fais. En face de cet _avertissement_, je suis
- bien peu tourné du côté des vanités littéraires, bien peu disposé
- à vous écouter lorsque vous me parlez de l’Académie, comme vous le
- faites encore dans votre dernière lettre...
-
-Quelques jours après, je recevais l’article de la _Gazette_; je me
-reprocherais de n’en pas reproduire ici les dernières lignes, si
-vraiment belles et si touchantes:
-
- ...L’auteur de la _Messe sans paroles_, s’il a pu se reconnaître avant
- de mourir—ce que j’ignore encore en écrivant ces lignes!—aura eu
- le droit de se dire que, pendant trente-sept ans de journalisme, il
- n’avait pas publié un mot offensant. Rassurante pensée, appréciable
- surtout pour ceux à qui il sera impossible de se rendre le même
- témoignage! Pour moi, aussi faible qu’il était fort, aussi nerveux
- qu’il était doux, aussi mauvais qu’il était bon, sans renseignements
- sur sa mort, exilé à deux cents lieues de cette maison en deuil,
- je n’ose encore mesurer l’étendue de ma perte: je craindrais de le
- pleurer en égoïste, au lieu de le pleurer en ami. A Paris, nous nous
- quittions le moins possible, et ce que je connais le mieux dans la
- grande ville, c’est la rue qui mène de ma porte à la sienne. Ici,
- chaque année, aux vacances, il me _devait_ une longue visite; il était
- heureux de s’acquitter de sa dette, et, depuis ma vieille servante
- jusqu’à mon vieux chien, tout se mettait en fête pour le recevoir.
- Journées radieuses et charmantes qui ne reviendront jamais! Échange
- inépuisable d’idées, de sentiments, de récits, de confidences, de
- raison et de folie! Perdu tout cela, perdu pour toujours! Une mort
- comme celle-là, c’est un pas de plus que fait l’ombre de la nuit pour
- envahir l’ami qui reste. Bon et cher Joseph! «Je n’ai plus ni soir ni
- matin!» disait d’Alembert en perdant une de ses vieilles amies. C’est
- avec un autre battement de cœur, un autre déchirement d’amitié et un
- autre recours vers le ciel, que je te dis: «Sans toi, il me semble que
- la ville et la campagne, que Paris et la province vont me manquer en
- même temps[327]!»
-
-
-V
-
-Au milieu de décembre, Pontmartin regagnait Paris, où il ne devait
-plus, hélas! retrouver son cher d’Ortigue. Il reprenait ses chaînes et
-multipliait plus que jamais sa _copie_. On retrouvait un peu partout sa
-signature, même dans un petit journal dirigé par Aurélien Scholl[328],
-_le Camarade_. Autran ne laissa pas d’être surpris et quelque peu
-scandalisé. Une lettre de Pontmartin, du 20 février 1867, lui donna le
-mot de l’énigme:
-
- Mon cher ami,
-
- _Tu quoque_...et vous aussi, vous avez cru que j’écrivais dans le
- _Camarade_! Hélas! j’expie encore, en 67, mes sottises de 62. Après
- cette crise, cherchant quelques appuis dans la petite presse dont les
- piqûres avaient fini par être pour moi ce que sont les _tavans_ et
- les moustiques pour les rosses les plus paisibles, cédant d’ailleurs
- aux instances de Frédéric Béchard, je consentis à donner cinq ou six
- articles au _Nain Jaune_: quelques mois plus tard, la chose tomba
- d’elle-même. Mais M. Aurélien Scholl, que je n’ai pas vu depuis deux
- ans, et qui est devenu le fondateur ou le rédacteur du _Camarade_,
- trouve commode et économique d’y répéter, sans me consulter, les vieux
- articles du _Nain Jaune_; voilà toute l’histoire...
-
-Le beau-père d’Autran, M. Bec, était célèbre sur tout le littoral de
-la Méditerranée par l’exquise finesse de son goût et le génie de son
-cuisinier; il aurait rendu des points à Brillat-Savarin et à Grimod
-de la Reynière, et c’est lui qui fut l’inventeur des trois côtelettes
-grillées l’une sur l’autre, et dont un gourmand ne mange que celle du
-milieu. Le poète avait hérité du Chef de son beau-père, et c’est sans
-doute en souvenir des plantureux menus de La Malle, de Pradine et de
-l’hôtel de la rue de Montgrand, que Pontmartin ajoutait, dans sa lettre
-du 20 février:
-
- Là-dessus, cher ami, je vous quitte; voici, d’aujourd’hui au 20 mars,
- date mémorable! mon menu qui ne vaut pas ceux du baron Brisse:
-
- Samedis de la _Gazette_, purée à la Chambord.
-
- Mercredis de l’_Univers illustré_, sauce aux câpres, pointes
- d’asperges au gros sel.
-
- Une notice sur M. Thiers pour l’_Illustration_; salade composée (se
- mange avec des oublis).
-
- Un roman pour le _Figaro_, flanqué de _petits fours_!
-
- Et tout cela parce qu’un chimiste a inventé la fuchsine, parce que
- pour moi fuchsine rime avec ruine, en ce sens que cette poudre tue à
- tout jamais nos garances.
-
-Pontmartin parle ici de ses _mercredis_ de l’_Univers illustré_,
-où il faisait à ce moment le _Courrier de Paris_, pour suppléer le
-courriériste en titre, M. Paul Parfait[329], absent ou empêché.
-Outre qu’il obligeait ainsi son éditeur et ami M. Michel Lévy, le
-propriétaire du Magazine, ces chroniques, où il excellait, l’amusaient.
-Trois ans de suite—1866, 1867, 1868—il lui arriva de faire, pendant
-plusieurs mois ou plusieurs semaines, l’intérim de M. Parfait. Son
-nom, d’ailleurs, ne paraissait pas. Les _Courriers de Paris_ étaient
-uniformément signés _Gérôme_. Mais quand Pontmartin tenait la plume,
-les lecteurs s’apercevaient bien vite qu’on leur donnait, non plus
-seulement du Parfait, mais du plus que parfait.
-
-Les _Idées de M^{me} Aubray_, dont les hôtes de La Malle avaient eu la
-primeur, furent jouées au Gymnase le 16 mars 1867. Quelques semaines
-plus tard, Pontmartin rendait compte en ces termes, à Autran, de la
-première représentation et de ses suites:
-
- ...Vous parlez d’Alexandre Dumas fils et de sa pièce; ne croyez
- pas à un succès aussi complet que celui qu’on pourrait supposer
- d’après certains articles et d’après l’effet voulu de la première
- représentation. La salle avait été admirablement composée; les deux
- premiers actes avaient charmé, mais les deux derniers rencontraient
- une résistance qui n’a cédé que lorsque le rideau s’est relevé et
- qu’on a nommé l’auteur. A dater de la quatrième représentation, la
- réaction a commencé et dure encore; l’impression du public raisonnable
- est celle que nous avions vaguement éprouvée et dont je vous faisais
- l’aveu, le lendemain de la lecture: un sujet impossible, révoltant
- même, traité avec une habileté prodigieuse. Si le rôle de Barantin
- n’avait pas été joué par Arnal, qui est merveilleux, et si la pièce
- avait été terminée, comme elle l’était en novembre, par le mot
- enfantin de Lucienne: «Mon bouvreuil est guéri!» je ne sais pas trop
- ce qui serait arrivé. Le: «C’est égal, c’est raide!» adopté à la
- dernière répétition générale, a tout sauvé; le public, voyant qu’Arnal
- était de son avis, s’est tenu pour satisfait.
-
- Croiriez-vous, mon cher ami, que je n’ai plus revu le triomphateur?
- D’une part, j’ai eu honte de ne pas être chargé, comme il s’y était
- attendu, de rendre compte de _Madame Aubray_ dans la _Revue des Deux
- Mondes_[330]; de l’autre, j’étais écrasé de travail pendant qu’il
- passait, du moins je le suppose, des fatigues du Gymnase aux émotions
- de sa nouvelle paternité; et puis l’avenue Trudaine est bien loin
- de l’avenue de Wagram; et puis les courants de la vie parisienne et
- littéraire nous entraînent en sens divers; le Père Félix vient de
- me citer en chaire dans la même conférence où il éreinte l’_Affaire
- Clemenceau_; et puis les vitrines des papetiers, sous ce titre
- ébouriffant: _Menken, sa mère et Alexandre Dumas père_, nous montrent
- une série de photographies d’une telle indécence, que ce nom populaire
- en est encore compromis... Tout cela rend bien difficile ce qui nous
- semblait si simple sous le beau soleil de Provence, dans ce cadre
- offert par votre charmante hospitalité. Mais me voilà, mon cher ami,
- en plein bavardage, et j’oublie que vous aurez peut-être quelque peine
- à me lire[331]; j’ai tant de plaisir à vous écrire! Guérissez-vous
- vite, arrivez-nous! L’Exposition paraît mieux tourner depuis quelques
- jours et devenir intéressante; le temps s’adoucit; le soleil ne garde
- plus l’anonyme; Gaillard est ici jusqu’au 15 mai, et Laprade va
- revenir[332]...
-
-Le Père Félix, en effet, dans sa quatrième conférence de 1867, qui
-fut prononcée le 31 mars et qui traitait des _causes de la décadence
-artistique_, avait cité Pontmartin et l’avait fait en ces termes: «Pour
-assurer ces succès deux et trois fois honteux qui humilient ensemble
-la littérature, l’art et l’humanité, vous savez les puissances qu’on
-invoque: entre toutes, ces quatre choses qu’un critique justement
-illustre[333] a si bien nommées ‘les quatre grandes puissances de
-la littérature contemporaine: l’Annonce, l’Affiche, la Prime et la
-Réclame[334]’».
-
-Etre cité en chaire, devant un auditoire tel que celui de Notre-Dame,
-c’était pour l’auteur des _Causeries littéraires_, la plus enviable des
-récompenses. Presque au même moment lui arrivaient d’autres éloges qui,
-pour venir de moins haut, ne laissaient pas d’être de quelque prix.
-Au mois de juin 1867, il publia le tome IV des _Nouveaux Samedis_.
-Le très spirituel Arthur de Boissieu[335] lui consacra une de ces
-_Lettres d’un Passant_ qui obtinrent, à la fin du second Empire, un
-si légitime succès, si fines, si vivantes, si sérieuses sous leurs
-airs d’enjouement et de badinage. Il louait en Pontmartin «le goût
-qui choisit, l’esprit qui charme et l’art d’écrire aussi juste qu’il
-pense». Il vantait «son amour des lettres humaines, sa fidélité aux
-croyances embrassées, et cette noblesse native qui, dans le cours d’une
-vie honorable et longue, l’avait tenu à l’abri des défaillances et
-au-dessus du soupçon». Puis venait cette page:
-
- M. de Pontmartin est un incomparable charmeur. Il prend le lecteur par
- la confiance qu’il inspire et le retient par la grâce qu’il déploie.
- Il a la force de se contenir et l’art de se diriger. Il se développe
- avec calme comme une rivière au long parcours qui ne retarde sa marche
- qu’afin de donner à ses flots plus d’espace pour féconder la terre
- et réfléchir les cieux. Il sait son chemin, et s’il s’en détourne
- parfois, c’est pour décrire plus de terrains et embrasser plus
- d’horizons. Sa critique observe, découvre, conclut et crée. J’oserais
- lui reprocher quelques faiblesses amicales et certaines indulgences
- partielles qui partent de son cœur et non de son esprit; mais comme il
- revient vite à l’impartialité première qui est le fond de sa nature
- et le signe de son talent! En parlant de ses amis, il ne cesse pas
- d’être vrai, mais il devient prodigue; sans leur retrancher aucune des
- qualités qu’ils possèdent, il leur suppose celles qui leur manquent ou
- leur prête celles qu’il a. Même en supposant, il reste juste; même en
- prêtant, il reste riche[336].
-
-
-VI
-
-Dans sa lettre à Autran, du 20 février, Pontmartin lui parlait d’un
-roman qu’il écrivait pour le _Figaro_. Il s’agissait des _Corbeaux du
-Gévaudan_ qui furent publiés en feuilleton, dans le journal de la rue
-Rossini[337], du 26 avril au 3 juin 1867.
-
-Le 19 août 1858, dans son rapport à l’Académie française sur les prix
-de vertu, M. Saint-Marc Girardin avait raconté une touchante histoire:
-
- En 1821, disait-il, un affreux assassinat fut commis à Joucas
- (Vaucluse), sur la personne de la veuve Boyer. Un paysan de ce
- village, nommé Durand, fut accusé d’avoir commis le crime.
-
- Beaucoup de témoignages se réunirent contre lui; cependant, il fut
- acquitté à une voix de majorité. Durand, pendant les débats, avait
- toujours protesté de son innocence. Quand le verdict du jury fut
- prononcé, la femme de Durand, qui était convaincue que son mari
- n’était pas coupable, s’avança devant le siège des magistrats, et, la
- main levée, prenant le Christ à témoin, elle s’écria:
-
- «—Mon pauvre mari est acquitté, mais il n’est pas lavé; il est
- complètement étranger, je le jure, au crime affreux qu’on lui a imputé
- par suite de machinations infernales, et je prends ici l’engagement
- solennel, devant Dieu qui m’entend, et devant vous, messieurs, qui
- êtes les représentants de sa justice sur la terre, d’amener bientôt
- sur ce banc d’infamie les véritables auteurs de l’assassinat de madame
- veuve Boyer.»
-
- ...Pendant sept années entières, la femme Durand a partout épié et
- surveillé ceux qu’elle soupçonnait d’être les coupables, allant dans
- les foires, dans les marchés, causant, questionnant, interrogeant tout
- le monde, rassemblant patiemment tous les indices, et, chaque jour de
- marché, allant à Apt communiquer ses découvertes aux magistrats. Un
- jour enfin en 1828, ayant surpris par hasard un signe d’intelligence
- entre les nommés Chou et Bourgue, qui, plus tard, furent condamnés
- comme étant les vrais assassins de la veuve Boyer, elle les vit
- s’acheminer vers une maison isolée, près du village de Joucas; ils y
- entrèrent et s’y renfermèrent.
-
- Madame Durand pensa que, si elle pouvait les entendre causer ainsi
- tête à tête, elle parviendrait à surprendre dans leur entretien
- le secret qu’elle poursuivait depuis si longtemps, le secret de
- l’innocence de son mari. La nuit arrivait. Madame Durand se glisse
- près de la maison, gravit un mur, arrive près de la chambre où se
- tenaient les deux hommes, se suspend à un treillage en fer qui montait
- près d’une croisée, et comme les contrevents n’étaient qu’à demi
- fermés, elle voit et elle entend Chou et Bourgue, qui avaient une de
- ces conversations qu’ont presque toujours entre eux les complices d’un
- crime. Bourgue accusait Chou d’être bavard et d’avoir trop parlé; Chou
- demandait à Bourgue de l’argent pour se taire, et Bourgue, qui était
- le plus riche des deux assassins et le gendre même de la victime,
- Bourgue payait cette fois encore le silence de son complice.
-
- Enfin, madame Durand était maîtresse du secret des coupables; elle
- pouvait justifier de l’innocence de son mari. Dès le lendemain,
- elle allait à Apt tout révéler au procureur du roi. Une nouvelle
- instruction avait lieu, onze accusés étaient traduits devant la cour
- d’assises à Carpentras; deux de ces accusés, Chou et Bourgue, étaient
- condamnés à mort, et les autres à des peines plus ou moins fortes.
- Enfin, surtout, l’innocence de Durand, l’ancien acquitté, était
- hautement proclamée par le magistrat qui portait la parole au nom de
- la société.
-
- L’acquittement de Durand était de 1822; la condamnation de Chou et de
- Bourgue était de 1829. Madame Durand avait mis sept ans à rechercher
- et à découvrir la vérité qui devait réhabiliter son mari; sept ans
- de peines, de fatigues, de dangers, de soins, d’intelligence, de
- courage, de dévouement,—et, au bout de sept ans, un jour de joie et
- d’honneur!...
-
-Joucas n’est pas loin d’Avignon, et Pontmartin, dans sa jeunesse, avait
-entendu raconter bien souvent les péripéties de ce drame étrange, tous
-les détails de cette enquête de porte en porte, poursuivie pendant sept
-ans par une héroïque villageoise, ces nuits sans sommeil employées à
-épier les coupables, cette maison isolée, cette croisée entr’ouverte,
-ce treillage en fer. A ces détails romanesques, mais d’une stricte
-vérité, l’imagination ou la tradition populaire avait ajouté un détail
-plus extraordinaire encore que tout le reste, dont M. Saint-Marc
-Girardin n’avait pas parlé, et qui eût été cependant à sa place à
-l’Académie, puisqu’il était renouvelé des Grecs et rappelait l’épisode
-des grues d’Ibicus.
-
-Lorsque Chou et Bourgue avaient assassiné, au milieu d’un champ, la
-veuve Boyer, un vol de ces corbeaux de passage aux ailes grisâtres,
-qu’on appelle _graïo_ dans le pays, avait traversé l’espace, au-dessus
-du champ maudit. La victime les vit:
-
-—_Li graïo lou diran_[338], dit-elle d’une voix expirante, et ses
-yeux se fermèrent.—Plus tard, à la cour d’assises, ce souvenir avait
-arraché à l’un des assassins le suprême et décisif aveu. Tremblant la
-fièvre, les yeux égarés, la face déjà couverte des pâleurs de la mort,
-le misérable, fou de terreur, avait cru voir passer au fond de la salle
-le vol de corbeaux. «Je les vois, dit-il, ils passent, ils passent...
-_Li graïo lou diran._»
-
-Pontmartin avait un peu modifié le drame de 1821. Du paysan Durand,
-acquitté à une voix de majorité, il avait fait le garde-chasse Jacques
-Boucard, condamné aux travaux forcés à perpétuité; de la femme
-Durand, il avait fait Suzanne Servaz, la fiancée de Jacques. A cette
-transformation, certes, le roman n’avait rien perdu. Courageuse et
-touchante, sublimement sainte, pathétique et vraie, Suzanne rappelle,
-sans avoir trop à souffrir de ce voisinage, la _Jeannie Deans_ de
-Walter Scott et la _Colomba_ de Mérimée. Quand parut le volume, la
-critique lui fut indulgente: Dat veniam _corvis_ nec vexat censura
-_Columbas_.
-
-Les _Corbeaux du Gévaudan_ sont dédiés à Frédéric Béchard. Béchard,
-qui possédait à un assez haut degré le sentiment dramatique et qui
-avait eu des succès au théâtre, avait donné à Pontmartin d’utiles
-conseils; c’est un peu grâce à lui que l’auteur d’_Aurélie_ et du
-_Fond de la Coupe_ avait compris qu’il avait, cette fois, à sortir
-de ses habitudes d’analyse, qu’un pareil sujet ne comportait pas de
-subtilités psychologiques, qu’il fallait aller droit au but, montrer
-les événements et les personnages par le dehors; que c’était, en un
-mot, par l’action que devait se dessiner le caractère.
-
-Il y avait eu, au début, entre les deux écrivains, une ébauche de
-collaboration, mais une ébauche seulement. Pontmartin m’écrivait, le 11
-mai 1867: «Un mot, rien qu’un mot, car me voilà gagné de vitesse par le
-_Figaro_ et ne sachant plus où donner de la tête. Ma collaboration avec
-Béchard n’a été bonne qu’à me faire perdre plus de temps, de papier et
-d’écritures. _En réalité, c’est moi qui ai tout fait_».
-
-Un des principaux dramaturges de l’époque, M. Eugène Grangé[339],
-fournisseur attitré de la Porte-Saint-Martin et de l’Ambigu, qui avait
-déjà tiré d’une cause célèbre, celle de _Fualdès_, une pièce très
-réussie, avait été frappé des éléments de succès que les _Corbeaux du
-Gévaudan_ pourraient trouver à la scène. «Les _Corbeaux_ s’impriment,
-m’écrivait Pontmartin le 1^{er} septembre... Je ne sais si je vous ai
-dit qu’il est question d’en faire un drame, et que M. Eugène Grangé
-m’a demandé pour cela des autorisations que je me suis empressé de lui
-donner?»
-
-Les _Corbeaux_ avaient des ailes; ils franchirent la frontière, et il
-en parut des traductions en Espagne et en Allemagne.
-
- * * * * *
-
-L’année 1867 avait été bonne pour Pontmartin. Ses lettres de cette
-époque respirent un vrai contentement; celles à Joseph Autran sont
-particulièrement enjouées. Autran est à Vichy, où il voit tous les
-jours madame V^{ve} Heine, qui lui parle souvent de Pontmartin, dont
-elle achète religieusement et dont elle fait magnifiquement relier
-tous les volumes. Le poète ne manque pas d’en informer son ami, qui
-est resté à Paris malgré l’Exposition, malgré le Grand-Turc qui vient
-d’arriver. Et Pontmartin de répondre aussitôt. Il date ainsi sa lettre:
-_Paris-Byzance, je ne sais quelle date de l’Hégire, et, pour ces chiens
-de Chrétiens, le 1^{er} juillet 1867_. Après quelques détails sur la
-chronique parisienne, arrivant à madame Heine, il lance, sans crier
-gare, un des plus énormes calembours qu’il ait jamais risqués: «Que
-ne suis-je auprès de vous, dit-il, non loin de cette bonne veuve,
-qui me paraît avoir autant d’indulgence que de millions! Vous savez
-qu’elle a un intendant qui s’appelle Laroche. Si cet intendant lui
-fait attendre l’argent qu’il doit lui envoyer, on pourra dire: _La
-Roche-tard-paie-Heine_... Mais j’oublie que le Grand-Turc est dans
-nos murs, et qu’on a étranglé des visirs ou jeté des femmes dans le
-Bosphore pour moins que cela! C’est _in-sultant_, un pareil degré de
-bêtise! donc, je me sauve, en vous remerciant encore...»
-
-Joubert, l’ami de Chateaubriand, écrivait parfois ses lettres en vers,
-mais en vers libres[340]. Il arrive à Pontmartin, quand il est en belle
-humeur, de remplacer sa prose par des alexandrins auxquels la rime, et
-même la rime riche, ne manque pas plus que la mesure. Ainsi fit-il, par
-exemple, le 6 décembre 1867. Le 2 mai précédent, les _cléricaux_ de
-l’Académie avaient préféré M. Jules Favre au royaliste Autran, et voilà
-que le nouvel élu venait de prononcer, au Corps législatif, un violent
-discours contre Pie IX et le pouvoir temporel[341]. Pontmartin en
-informe aussitôt Joseph Autran; il conserve à sa lettre la physionomie
-de la prose; il se trouve pourtant qu’elle est écrite en vers. En voici
-la fin:
-
- ...Comment rester fidèle à ma cause, à ma foi? On me parle de Dieu, du
- Pape et de mon Roi... Bien; mais voici venir un détail qui me navre:
- On nomma, l’an passé, le fameux Jules Favre. Qui le nomma? Falloux,
- Montalembert, Berryer, Laprade, Dupanloup, tressèrent son laurier.
- Aujourd’hui, son discours qui me froisse et me choque, du pouvoir
- temporel publiquement se moque. Préférer ce bavard à mon poète Autran,
- n’est-ce pas trop haïr l’infortuné _Tyran_, pauvre Machiavel compliqué
- de Gribouille, dont l’étoile pâlit, dont le cerveau s’embrouille, et
- qu’Arthur de Boissieu, l’homme du vendredi[342], persifla récemment
- dans un conte hardi[343]? Pour notre âge de fer en contre-sens
- fertile, le mal seul est fécond, et le bien est stérile. Un mensonge
- s’accroche à chaque vérité. Vous êtes libéral... Vive la liberté!...
- soit; mais que faites-vous de certaine Encyclique qui de quatorze
- cent date sa politique? La Révolution vous blesse; ses abus vous
- semblent révoltants? Alors le _Syllabus_ dit vrai; soumettons-nous,
- dépouillons le vieil homme, et que 89 aille le dire à Rome!—ô cercle
- vicieux, même pour la vertu! Dieu, que dois-je penser, et de moi que
- veux-tu?... Un sphinx chaque matin veille devant ma porte. Faut-il
- interroger l’énigme qu’il m’apporte? Il me dévorera, si je devine
- mal, dût ma vieille carcasse être un maigre régal. Si je devine
- bien, hélas! qu’y gagnerai-je? Pourrai-je triompher du trouble qui
- m’assiège? Si le mot est _Peut-être_, il vaut mieux l’ignorer; mieux
- vaut croire et bénir que maudire et pleurer. Plutôt que de hanter le
- dangereux dédale, mieux vaut s’agenouiller humblement sur la dalle,
- crier: _Meâ culpâ!_ je suis un grand crétin, puis dire à mon ami: Tout
- à vous,
-
- PONTMARTIN.
-
-
-
-
-CHAPITRE XII
-
-LA REVANCHE DE SÉRAPHINE
-
-LES TRAQUEURS DE DOT
-
-(1868-1870)
-
- Élection d’Autran à l’Académie. Chasses dans la Crau et la
- Camargue.—M^{lle} Rachel et Ponsard, _Pernette_ et Victor de
- Laprade.—M. Victorien Sardou et la _Dévote_. La _Revanche de
- Séraphine_.—Mort de Lamartine et de Sainte-Beuve.—Les _Traqueurs de
- dot_ et le _Figaro_.—L’Empire libéral. Prévost-Paradol. La guerre
- et la _Marseillaise_, Paul Chevandier de Valdrôme. Histoire d’une
- décoration.
-
-
-I
-
-Au commencement de 1868, Pontmartin eut encore une vraie joie: elle
-lui vint de l’Académie. Il n’avait pas voulu s’y présenter; il avait
-repoussé toutes les avances que lui avaient faites les maîtres du
-logis. Mais cette _immortalité_ dont il ne voulait pas pour lui-même,
-il la désirait ardemment pour un autre, pour son cher Autran, que
-minait depuis longtemps la _fièvre verte_ et qui tenait pour rien et
-son hôtel de la rue de Montgrand[344], et La Malle et Pradine, et ses
-autres domaines, tant qu’il ne serait pas assis sous la coupole du
-Palais-Mazarin. Pontmartin qui, depuis plusieurs années, multipliait
-en sa faveur les visites et les lettres, eut enfin la satisfaction de
-pouvoir lui adresser, le 24 février 1868, ce bulletin de victoire:
-
- Je vous dirai que votre nomination est certaine, indubitable. M.
- Guizot lui-même l’a dit à Michel Lévy, en ajoutant que, cette fois,
- il était heureux de pouvoir se joindre à ses excellents collègues,
- Mignet, Thiers et Berryer. Ces deux derniers ont en ce moment une
- telle prépondérance, un tel regain de popularité et de gloire, que,
- s’ils le veulent bien, ce n’est pas la majorité que vous devez avoir,
- mais la quasi-unanimité. De cette façon, la réparation, quoique
- tardive, sera complète[345]...
-
-Joseph Autran fut élu le 7 mai 1868 en remplacement de Ponsard.
-
-A la fin de mai, après avoir publié la cinquième série de ses
-_Nouveaux Samedis_, Pontmartin quitta Paris pour le Vivarais, où
-l’appelait le mariage d’une de ses belles-sœurs. Les mariages de
-province ne se font pas aussi vite que ceux de vaudeville, et il
-resta près de deux mois, à la Mûre, aux environs d’Annonay. «Cette
-ville, écrivait-il à un ami, offre ce trait particulier que tous les
-habitants s’y occupent, jour et nuit, à manger du chevreau. Pourquoi?
-Parce que le chevreau, complet, se vend 2 fr. 75 centimes; quand on
-l’a mangé, la peau, si elle est réussie, se vend 3 francs: il y a donc
-un bénéfice net de 25 centimes—le prix d’un londrès—à dévorer cet
-animal innocent, qui n’est pas beaucoup plus mauvais que le chat, et
-qui, en outre, rappelle une foule de souvenirs virgiliens, bibliques et
-bucoliques[346]...»
-
-La vie lui était du reste très douce à la Mûre. «Ma femme et ses sœurs,
-écrivait-il encore, ont voulu me ménager ici un ou deux mois de repos,
-de laitage, de fruits rouges, de promenades ou de haltes dans les bois
-d’essences résineuses, et même d’installation dans une étable à vaches,
-assez helvétique, où on m’a posé, dans un coin, une petite table avec
-tout ce qu’il faut pour écrire. Je ne me plains pas; car la campagne
-est délicieuse, et je réalise ici l’idéal qui me manque complètement
-aux Angles: la vie rurale sans affaires.»
-
-Il passa le mois de juillet aux eaux de Vals. Cette année 1868 paraît
-d’ailleurs avoir été pour lui une année de repos... relatif. Quand
-vint l’automne, il se livra tout entier à son plaisir favori. Chaque
-matin, avec ses deux chiens, _Flore_ et _Diavolo_, il se lançait à la
-poursuite de lièvres invisibles et de perdrix absentes. «Les lapins
-se moquent de moi, écrivait-il, les tourdes se tiennent à distance,
-les pies me volent ma poudre et les merles me sifflent. N’importe, je
-poursuis, avec un courage digne d’un meilleur sort, ces promenades
-hygiéniques[347]...» Il rentrait, le soir, avec une mauviette dans son
-carnier, heureux du reste et répétant ce mot de l’un des auteurs de
-l’Anthologie: «Je suis sorti ce matin pour chasser des sangliers et je
-suis rentré ne rapportant que des cigales.»
-
-Il lui arriva, cette année-là, de pousser ses expéditions cynégétiques
-jusque dans la Crau et la Camargue. Au retour d’une de ces courses, le
-29 septembre 1868, il écrit à Autran:
-
- Mon cher ami, à qui le dites-vous? Il y a un mois que je suis
- ici[348], et il y a aujourd’hui 31 jours que je voulais vous écrire.
- Si vous n’avez pas de ma prose, c’est que je voulais faire quelque
- chose de mieux. J’étais invité par un de mes amis[349], en pleine
- Crau, non loin de la station de Raphèle; une fois là, je me disais,
- comme le Crevel[350] de Balzac, que je n’en ferais ni une ni _deusse_,
- et que j’irais vous faire une petite visite, soit rue de Montgrand,
- soit à La Malle. Vous ne devineriez jamais, mon cher ami, ce qui
- m’en a empêché; c’est le manque de linge, de chaussures, de bas et
- de pantoufles. Par suite d’épisodes aussi peu intéressants que peu
- prévus, ma malle était accrochée à la petite gare de Salaise, qui
- correspond avec Serrières. D’autre part, mon ami m’attendait à Arles,
- avec sa voiture, à jour et à heure fixes. Je suis donc parti avec le
- strict nécessaire pour trois jours de chasse; mais j’avais compté sans
- les instances d’un autre habitant de la Crau, un frère de M. Léo de
- Laborde. Or, sa Crau à lui est à celle des environs de Raphèle ce que
- les marais pontins sont à la rue de Rivoli. Vous figurez-vous votre
- longissime ami pataugeant dans des flaques d’eau, poursuivant des
- bécassines, ne rencontrant que des taureaux d’allure fort inquiétante,
- surpris par la pluie et n’ayant pas de quoi changer de chaussettes et
- de souliers? Je suis revenu dans un piteux état, et je dois remercier
- le ciel de n’avoir pas attrapé une maladie.
-
- Maintenant, je suis à votre disposition, où vous voudrez, quand vous
- voudrez, tant que vous voudrez...
-
-La lettre à laquelle répondait le châtelain des Angles était de la
-main de madame Autran, ce qui inspirait à Pontmartin ces jolies
-lignes: «Vous ne me dites rien de votre santé; mais _votre_ écriture
-a parlé pour vous, et, quoi qu’elle soit charmante, quoique la main
-qui a tenu la plume soit vôtre, j’ai le chagrin d’en conclure qu’il
-n’y a pas encore de mieux bien sensible. Puissions-nous au moins vous
-distraire!...»—Et plus loin, en terminant: «Ma femme et Henri sont à
-Évian depuis le 15 septembre; je suis seul ici, accablé d’affaires,
-me débattant avec des fermiers qui parcourent tous les degrés de
-l’insolvabilité, et n’ayant, pour me consoler, que le plaisir de vous
-écrire et le plaisir encore plus vif de songer que je vous verrai
-bientôt. Adieu, mon cher ami, je baise respectueusement la main qui
-écrit, et je réponds tendrement à la voix qui dicte, par l’expression
-d’une fidèle et inaltérable amitié.»
-
-
-II
-
-En novembre, eut lieu, à Pradine, la réunion annuelle. Pontmartin,
-cette fois, s’y rencontrait, non plus avec Dumas fils, mais avec M.
-Jules Claretie, lui aussi futur académicien. Autran leur donna la
-primeur de son discours de réception, consacré à François Ponsard. Il
-n’y disait pas un mot de M^{lle} Rachel et du rôle de cette dernière
-dans la renaissance classique qui rendit possible le triomphe de
-_Lucrèce_. Cette lacune parut fâcheuse à Pontmartin, qui, en sa qualité
-de vieux romantique, était très rebelle au _génie_ de Ponsard et se
-refusait à voir en lui un initiateur et un chef d’École. De retour aux
-Angles, il écrivit donc à Autran:
-
- Vous êtes en veine, et quoique je ne sois ni sorcier ni prophète—dans
- mon pays ni ailleurs—je crois pouvoir vous prédire un brillant hiver,
- un glorieux prélude ou cortège[351] à votre discours de réception,
- que je regarde d’avance comme un succès infaillible. A ce propos,
- mon cher ami, permettez-moi une remarque d’après coup, qui n’a aucun
- rapport avec le mérite de l’œuvre, et dont vous ferez ce qu’il vous
- plaira. Une allusion de trois lignes à l’apparition de M^{lle} Rachel,
- qui précéda de cinq ans la tragédie de _Lucrèce_ et lui prépara les
- voies, ne serait-elle pas tout ensemble un acte de justice et un
- moyen détourné, non pas de diminuer Ponsard, mais de rétablir ces
- proportions et ces nuances que le très spirituel public des _premières
- représentations_ de l’Académie comprend à demi-mot? Il est certain
- que ce fut sous les traits de cette méchante fille[352] que Melpomène
- fit vraiment sa rentrée. Rachel fut la Muse, Ponsard ne fut tout
- au plus que le prêtre, arrivant au moment où l’autel et le temple
- étaient déjà relevés. Il vous suffirait, je le répète, de trois lignes
- pour indiquer ce sous-entendu, une date, un nom, une phrase, pas
- davantage[353]...
-
-Ces trois lignes, Autran se décida à les écrire. Les voici, telles
-qu’on les trouve dans son discours de réception, prononcé le 8 avril
-1869: «Qui ne se souvient de ces heureux débuts de Ponsard?... Quand
-il apparut, c’était son heure: la foule, _ramenée aux anciens modèles
-par une tragédienne inspirée_, commençait à se détacher de la poésie
-aventureuse et sans frein, du drame turbulent et audacieux.»
-
-Pontmartin se défendait, nous venons de le voir, d’être «sorcier ou
-prophète». A ce moment-là même pourtant, il se laissait aller à faire
-une prophétie qui allait bientôt se réaliser. A l’occasion du poème de
-_Pernette_, par Victor de Laprade, il avait publié deux articles[354]
-où, tout en rendant justice aux beautés de l’œuvre, il ne taisait pas
-son regret de voir l’auteur mêler la politique à la poésie et faire
-de son héros l’interprète de ses haines contre le premier et, par
-ricochet, contre le second Empire. En envoyant ces articles à Laprade,
-il lui écrivait, le 1^{er} décembre 1868:
-
- Je n’aime ni n’estime le gouvernement actuel; mais je ne puis pas
- vous suivre, Léopold de Gaillard et vous, sur les roches escarpées de
- l’opposition _quand même_; je redoute plus que tout une Révolution;
- j’en ai trop vu! J’ai gardé un trop fidèle souvenir de l’incroyable
- sentiment d’humiliation et d’angoisse que je ressentis, le 25
- février 1848, lorsque, après dix-huit ans d’une opposition furieuse
- et insensée contre Louis-Philippe, je me vis tombé dans les bras de
- Caussidière et de Louis Blanc! _Si l’Empire tombe, sur vingt chances
- il y en a trois ou quatre pour les d’Orléans et le reste pour une
- troisième République, moins formidable que la première, mais moins
- débonnaire que la seconde..._
-
- Dans cette étrange et douloureuse position, que faut-il faire? Se
- rallier? Nullement; mais revenir, tout en gardant le _decorum_, à un
- idéal plus désintéressé des incidents de la vie politique; les poètes
- à la poésie; les prosateurs à ces créations qui vivent d’une vie
- imaginaire, à mille lieues de nos tristes réalités...
-
-Six jours auparavant, le 25 novembre, il avait écrit, sur le même
-sujet, à Joseph Autran:
-
- ...La haine contre le premier, c’est-à-dire contre le second Empire,
- finit par être, chez Laprade, une véritable obsession, et si elle lui
- vaut les applaudissements de quelques coteries, il y perdra toute
- l’élévation, toute la pureté, toute l’idéalité de son talent. Je ne
- suis ni fonctionnaire, ni courtisan ni journaliste officieux; mais
- je dis franchement aux poètes: Prenez garde! Un siècle ne défait
- pas dans sa seconde moitié la poésie qu’il s’est faite dans la
- première. _Il y a des pourvois contre les surprises ou les erreurs de
- l’histoire; il n’y en a pas contre les créations, même mensongères,
- de l’imagination des peuples._ Bonaparte, même condamné au nom de
- la vérité et de l’humanité, restera poétique. Si des génies ou des
- talents bien divers, Byron, Manzoni, Lamartine, Victor Hugo, Béranger,
- Casimir Delavigne, ont vibré presque en même temps, c’est que, depuis
- Brienne jusqu’à Sainte-Hélène, jamais destinée ne fut un plus riche
- texte de poésie. Si la légende de gloire napoléonienne a pu prévaloir
- à l’époque où les plaies de la France étaient encore saignantes, où
- retentissaient encore les sanglots et les imprécations des mères, ce
- n’est pas au bout de cinquante ans que vous effacerez ce prestige,
- sous prétexte que M. Rouher vous trompe, que M. de Morny vous vola ou
- que M. Haussmann vous démolit...
-
-
-III
-
-Le 29 décembre 1868, le théâtre du Gymnase représenta une comédie de
-M. Victorien Sardou, _Séraphine_, qui avait dû s’appeler d’abord _la
-Dévote_, titre que la censure avait refusé. Très habilement faite,
-renfermant deux ou trois scènes vraiment dramatiques, la pièce réussit.
-Quelques naïfs du parterre, qui ne connaissaient peut-être que de nom
-le _Tartufe_ du grand Poquelin, avaient même crié: _Bravo, Molière!_
-Hélas! ce n’était pas _Tartufe_ que rappelait la comédie de M. Sardou,
-c’était tout bonnement le _Fils de Giboyer_. Séraphine, la présidente
-de l’œuvre pour le rachat des petits Patagons, n’était qu’une copie,
-très poussée au noir, de la baronne Pfeffers, d’Emile Augier.
-
-Rendant compte de la pièce dans _Paris-Journal_, Henri de Pène exprima
-le regret que l’auteur n’eût pas consulté un homme du monde—tel M.
-de Pontmartin—mis en contact par nécessité ou par goût avec de vrais
-dévots et de vraies dévotes.
-
-L’auteur des _Causeries littéraires_ était aux Angles. Piqué au
-jeu par ce gracieux souvenir, il lut _Séraphine_ et improvisa en
-quelques jours une réplique, qui n’était rien moins elle-même qu’une
-petite comédie en deux actes et un prologue. Elle parut aussitôt dans
-_Paris-Journal_ sous le titre de _la Revanche de Séraphine_.
-
-Dans sa lettre d’envoi à Henri de Pène, Pontmartin disait:
-
- ..._Séraphine_ m’a paru, comme à la plupart de ses juges, plus
- dramatique que juste, plus intéressante qu’impartiale. La véritable
- question demeure intacte: Sardou ne l’a pas vue, ou il l’a redoutée.
-
- Il n’y a, selon moi, que deux manières de traiter ce sujet, si actuel,
- de la _Dévote_: ou le léger croquis à la plume qui nous montre une
- femme à la fois catholique et mondaine, allant le matin à l’église,
- le soir au bal ou au spectacle, se passionnant pour le prédicateur à
- la mode et inventant de bonnes œuvres pour le plaisir d’organiser une
- fête, où elle inaugure une nouvelle toilette: mais on ne fera rien
- de mieux, en ce genre, que la _Vie parisienne_; la veine me semble
- épuisée, et ce n’est d’ailleurs que la surface du sujet.
-
- Ou bien—et c’est ici que le drame pourrait prendre de plus larges
- proportions—la _Dévote_ vraie, sincère, émouvante et irritante tout
- ensemble: avec son bien et son mal, les embarras qu’elle entraîne
- dans la vie d’un homme d’imagination, mais aussi la sécurité qu’elle
- apporte au foyer d’un homme d’honneur. De là des conflits, des
- contrastes, des alternatives de comique et de pathétique, dont un
- maître tel que Victorien Sardou pourrait, je crois, tirer un grand
- parti.
-
- Je me couvrirais de ridicule, mon cher ami, si je vous disais que,
- dans la _Revanche de Séraphine_, j’ai eu la prétention de faire ce
- que je viens d’indiquer. Déclarer que cette esquisse est _injouable_,
- ce n’est pas assez. J’ai voulu seulement répondre à votre appel, en
- écrivant une page de critique dialoguée, vivante, résumée en quelques
- personnages, ou mieux encore, comme dirait un joueur de whist, une
- _invite_ à un véritable auteur dramatique—et pourquoi pas à Sardou
- lui-même?—pour s’emparer de mon germe d’idée et en faire une vraie
- pièce.
-
-Pontmartin faisait trop bon marché de son _esquisse_. La _Revanche de
-Séraphine_ n’était pas si _injouable_ que cela. C’est une vraie pièce,
-bien conduite, émouvante par endroits, toujours spirituelle. Peut-être,
-s’il l’avait voulu, s’il eût récidivé, s’il s’y était appliqué
-sérieusement et avec suite, peut-être l’auteur des _Samedis_ aurait-il
-réussi au théâtre, comme il avait réussi dans le roman.
-
-
-IV
-
-Le 1^{er} mars 1869, Lamartine mourait à Passy, pauvre, oublié, dans
-l’ombre et le silence,—heureux pourtant, car il avait à son chevet
-des amis véritables, une nièce, ou plutôt une fille, digne de porter
-son nom, M^{me} Valentine de Lamartine, un prêtre qui allait mériter
-bientôt la palme du martyre, celui-là même qui avait reçu le dernier
-soupir de Chateaubriand, l’abbé Deguerry, curé de la Madeleine. Il
-mourait fidèle au _Dieu de son berceau_, pressant sur ses lèvres
-ce _Crucifix_ qu’il avait célébré, dans ses _Méditations_, en vers
-impérissables.
-
-Quatre jours après, Pontmartin me mandait ce qui suit:
-
- Paris, vendredi 5 mars 1869.
-
- ...Je reçois à l’instant votre lettre, et je vous écris ces
- quelques lignes pour me reposer le cœur et l’esprit. Je viens de
- passer trois jours écrasants pour un homme d’âge. Lundi, à cinq
- heures, mon fils, en rentrant, m’annonce la mort de Lamartine.
- A sept, visite du directeur de l’_Illustration_, qui me demande
- d’urgence un Lamartine pour mardi soir; ce même mardi, à 8 heures
- du matin, lettre de Janicot, qui m’adjure de devancer de deux jours
- _ma_ semaine littéraire et de faire _mon_ Lamartine[355] pour jeudi
- soir. Engagement et promesse de ma part, que M. Janicot récompense
- immédiatement par l’envoi d’un fauteuil d’orchestre pour la première
- de _Faust_ à l’Opéra. Cette brillante représentation, embellie, à ma
- gauche, de la présence de notre Empereur, à ma droite de celle de S.
- M. la Reine d’Espagne; nous applaudissions encore et nous rappelions
- mademoiselle Nilsson[356] à une heure 1/2 du matin. Hier j’étais moulu
- comme si on m’avait jeté du haut de la Gemmi dans une écritoire. Mais
- enfin me voilà sorti de ce coup de feu et rentré dans les conditions
- de la vie ordinaire...
-
- ...Quant à mon petit volume[357] (qui paraît jeudi prochain), c’est
- lui faire beaucoup d’honneur que de publier la petite note que je
- vous envoie. Tout l’intérêt et peut-être tout le péril de ce volume
- résideront, je m’y attends, dans l’étude de 55 pages sur Berryer[358].
- Je ne suis pas tout à fait rassuré de ce côté-là. L’expression d’une
- tendre admiration obtiendra-t elle grâce pour les restrictions et
- les réserves? L’hommage chaleureux à la Restauration me fera-t-il
- pardonner certaines nuances de désabusement mélancolique? Les
- anecdotes artistiques et les notes familières paraîtront-elles dignes
- de ce grave sujet? Je doute, et, dans le doute, je demande à mes amis
- de ne pas me juger avec trop de rigueur. Peut-être y a-t-il de la
- vanité dans mon inquiétude, et la solution de ce petit problème sera
- tout simplement qu’on laissera passer le volume sans y prendre garde:
-
- Gresset se trompe, il n’est pas si coupable!
-
-Pontmartin était coupable pourtant, et il avait raison de n’être point
-rassuré. Son chapitre sur Berryer est une erreur et une faute,—une
-faute qu’il aggravera encore quinze ans plus tard, en attendant de la
-réparer par un suprême et définitif hommage.
-
-La lettre du 5 mars se terminait ainsi:
-
- Je n’ai pas besoin de vous dire, mon cher ami, avec quelle impatience
- j’attends les bonnes et très bonnes feuilles de votre _Victor
- Hugo_[359]. Votre point de vue de l’éreintement dans l’admiration me
- semble excellent, et soyez sûr que vous aurez bien des gens de votre
- côté. La mort de Lamartine, sans être tout à fait un événement (car on
- le savait envahi déjà par les ombres de la mort, _morte futurâ_), a
- cependant attendri les imaginations et les âmes, ramené les souvenirs
- vers des époques où nul ne lui aurait disputé le sceptre de la
- poésie moderne, et j’aperçois çà et là des indices, des velléités de
- comparaison qui laisseraient l’avantage au poète des _Harmonies_.
- Quant à moi, je ne dissimule pas mes préférences lamartiniennes[360]...
-
-S’il pleura Lamartine, je crois bien qu’il n’a pas pleuré
-Sainte-Beuve, mort à quelques mois de là le 13 octobre 1869. Depuis
-longtemps déjà rien ne subsistait plus de leur ancienne amitié. Nul
-plus que Pontmartin ne prisait le talent de l’auteur des _Lundis_;
-mais il admirait Sainte-Beuve en le mésestimant. «En dehors des crises
-passagères, dit-il quelque part, des bourrasques et des gourmades de
-la vie littéraire, le sentiment dont j’ai toujours eu à me défendre
-à l’égard de Sainte-Beuve, ce n’est pas l’aversion, l’animosité ou
-le dépit; c’est, au contraire, l’irrésistible attrait qu’un homme
-rempli de bonnes intentions, mais faible et peccable, éprouve pour une
-splendide et spirituelle courtisane[361].»
-
-Pontmartin était à deux cents lieues de Paris lorsque mourut
-Sainte-Beuve et que son corps, comme il l’avait demandé, fut transporté
-de son domicile au cimetière Mont-Parnasse, sans passer par l’église.
-Son article, publié dans la _Gazette de France_ dès le 17 octobre,
-n’était forcément qu’une première esquisse, un simple crayon; il se
-terminait par ces lignes:
-
- Remarquez que j’ai fini, et que je n’ai pas dit un mot de religion.
- Au comble de ses vœux, sénateur, bien en cour, parvenu aux dignités
- et à la gloire, admis dans la plus intime familiarité des princesses,
- Sainte-Beuve était cruellement froissé de se sentir impopulaire; il
- s’est délivré du pli de rose du sybarite en embrassant la religion de
- l’épicurien. Il a fini par obtenir ce qui lui manquait: il est parvenu
- à la popularité par l’athéisme; désormais, il pouvait traverser sans
- crainte le Luxembourg; il aurait même pu remonter en chaire. La libre
- pensée est accommodante: elle permet de donner beaucoup à César,
- pourvu qu’on refuse tout à Dieu. N’importe! Cette mort serre le cœur:
- elle est effrayante et sinistre; cela _vous fait froid dans le dos_.
- Mais nous sommes encore trop près de ce cercueil sans consolation,
- de ces funérailles sans prières, de cette tombe sans espérance. Le
- chrétien aurait trop à dire; l’homme du monde doit se taire. A la
- religion du néant on ne peut opposer que le silence[362].
-
-
-V
-
-Quelques mois auparavant, en décembre 1868, M. de Villemessant avait
-annoncé à ses lecteurs la prochaine publication d’un roman spécialement
-écrit pour le _Figaro_ par MM. A. de Pontmartin et Frédéric Béchard, et
-qui aurait pour titre: _les Traqueurs de dot_. J’avais aussitôt écrit
-aux Angles pour demander ce qu’il y avait de vrai dans cette nouvelle,
-et Pontmartin m’avait répondu le 19 décembre:
-
- Je regrette que vous ayez pris au sérieux ces _Traqueurs de dot_.
- Voici leur histoire. Au mois de septembre, Frédéric Béchard m’écrivit
- une lettre vraiment touchante, où il m’exprimait ses scrupules et
- ses remords sur ce qu’il y avait d’illusoire dans son semblant de
- collaboration aux _Corbeaux_, et il ajoutait que, pour s’acquitter
- envers moi, il me priait de consentir à une contre-partie exacte des
- _Corbeaux_, c’est-à-dire à un roman dont il serait l’auteur, et que
- je corrigerais en détail, avant qu’il le livrât aux imprimeurs. J’ai
- résisté, il a insisté, et nous avons fini par transiger. Il a été
- convenu qu’il m’enverrait le _scenario_, que je lui communiquerais
- mes idées, et que j’ébaucherais, à moi tout seul, la première partie
- (il y en aura trois). Mais surtout il avait été stipulé que mon nom
- ne paraîtrait pas. Malheureusement, M. de Villemessant, outre sa
- légèreté proverbiale, a des préventions contre le talent de Béchard,
- et celui-ci lui ayant demandé, comme une gracieuseté, d’insérer dans
- le _Figaro_ la note relative aux traductions allemande et espagnole
- des _Corbeaux_, il a profité de cette occasion pour commettre cette
- première indiscrétion, qui sera probablement suivie de quelques
- autres. J’ai immédiatement écrit, et on m’a promis qu’il n’y aurait
- plus que des indiscrétions verbales, boulevardières, et que, dans tous
- les cas, mon nom ne figurerait jamais au bas des feuilletons. Quant à
- moi, je n’ai pas moins de deux romans et de trois nouvelles dans la
- tête.
-
- Les romans: _l’Épée à deux tranchants_, _l’Auberge du Vivarais_.
-
- Je n’ai pas encore trouvé le titre des nouvelles; dès que je serai
- à Paris, j’en écrirai une; car ici je perds un temps énorme, et dans
- des conditions hébétantes. Puis je verrai si, avec cette nouvelle,
- et les quelques esquisses que j’ai en portefeuille, je pourrai faire
- mon volume, _les Miettes du pauvre_. Mais, dans tout cela, je mourrai
- sans avoir réalisé mon grand rêve: un livre gigantesque, une épopée
- intellectuelle qui se serait appelée _les Mémoires de Figaro_ et
- serait allée de 1784 à 1851 (coup d’État).
-
-Six mois après cependant, le 8 juin 1869, le _Figaro_ publiait le
-premier chapitre des _Traqueurs de dot_, avec la double signature
-d’Armand de Pontmartin et de Frédéric Béchard. La veille avait paru, en
-tête du journal, la lettre suivante, adressée au rédacteur en chef:
-
- Cher monsieur de Villemessant,
-
- Voici nos _Traqueurs de dot_, vous vous étonnerez peut-être d’y
- trouver nos deux noms.
-
- Lorsque nous avons publié, dans le _Figaro_, les _Corbeaux du
- Gévaudan_, signés d’un seul de nous, nous avons cédé, selon votre
- désir, au préjugé qui frappe de discrédit la collaboration. Cette
- fois, celui des deux auteurs qui avait gardé l’anonyme pour le
- premier roman était naturellement désigné pour assumer à lui seul la
- responsabilité du second. Mais nous avons fini par apprécier si bien
- les avantages du travail en commun que ces cachotteries nous ont paru
- puériles et que, bien loin de dissimuler notre collaboration, nous
- désirons l’affirmer.
-
- Pourquoi n’en serait-il pas du roman comme du théâtre? L’essentiel,
- c’est qu’au fond les deux collaborateurs soient liés par la communauté
- absolue des idées générales. Nous comprenons que des écrivains,
- partant de principes contraires, n’obtiennent que des effets
- disparates. S’ils se trouvent placés, pour observer la société, au
- même point de vue, leur observation ne peut que se compléter au lieu
- de se contredire, et leur œuvre, en son ensemble, est forcément
- homogène.
-
- Quant aux détails, la nature même du roman nous paraît la meilleure
- justification de ce procédé littéraire. Une fois le plan bien arrêté,
- le champ y reste encore assez vaste pour que l’imagination des deux
- conteurs puisse s’y déployer librement.
-
- Dans les _Traqueurs de dot_, par exemple, qui transportent tour à tour
- le lecteur des salons les plus parisiens sur les neigeuses Cévennes,
- et des étroits horizons de la vie de province dans les immenses et
- brûlantes savanes de l’Amérique du Sud, nous ne risquions ni l’un ni
- l’autre, avouez-le, d’être gêné par le voisin.
-
- Au surplus, cher monsieur, vous restez absolument libre de maintenir
- la combinaison primitive. Nous vous soumettons seulement notre idée,
- justifiée d’ailleurs par d’illustres et heureux précédents. C’est à
- vous de choisir et de décider.
-
- Tout à vous,
-
- A. DE PONTMARTIN,
-
- FRÉDÉRIC BÉCHARD.
-
-Pressé par Frédéric Béchard, _traqué_ par Villemessant, Pontmartin
-avait fini par céder. Lourde était la faute, car ce roman médiocre,
-ces feuilletons auxquels il avait pris une si petite part,—_quorum
-pars parva fuit_,—ne pouvaient que nuire à son bon renom d’écrivain et
-de conteur. Il le sentait mieux que personne; à peine la publication
-fut-elle commencée qu’il s’en désintéressa complètement. Le 27 juin, il
-m’écrivait de Paris:
-
- Un mot seulement, qui vous expliquera bien des choses. Ma femme est
- malade depuis la fin d’avril; il n’y a jamais eu de danger, mais elle
- est restée dans son lit près de six semaines, et nous n’en sommes pas
- encore, malgré un mieux décisif, à la promenade en voiture. Il en est
- résulté que j’ai complètement _lâché_ les _Traqueurs_: je n’ai pas
- même revu le manuscrit; c’est Béchard qui a corrigé les épreuves...
-
- Maintenant, au risque de vous trouver incrédule, je vous dirai que
- je désire ardemment un _fiasco_, et que jusqu’à présent circonstances
- extérieures, public, administration du journal et imprimeurs me
- servent à souhait... La collaboration, chose désastreuse en elle-même,
- anti-littéraire, ennemie de toute inspiration franche et personnelle,
- ne peut avoir de prétexte ou d’excuse que lorsqu’elle est agréable.
- Or, pour moi, c’est un cauchemar et un supplice.
-
-En dépit de ces tristes _Traqueurs de dot_, ainsi laissés pour
-compte par Pontmartin, sa campagne de 1869 n’en avait pas moins été
-très brillante, puisqu’elle avait eu à son actif la _Revanche de
-Séraphine_, une très remarquable nouvelle, _Françoise_, publiée dans
-le _Correspondant_[363], le _Salon de 1869_ à l’_Univers illustré_, le
-tome sixième des _Nouveaux Samedis_, et les Causeries hebdomadaires de
-la _Gazette de France_. Au mois de juillet, ignorant que l’auteur des
-_Samedis_ était encore à Paris, où le retenait la santé de sa femme,
-Joseph Autran lui écrivait:
-
- Est-ce aux Angles, ou à quelque port de l’Océan, est-ce à vos
- montagnes du Vivarais qu’il faut aller vous demander? ou plutôt
- n’est-ce point encore à cette avenue Trudaine où vous avez, ce
- me semble, poussé de plus fortes racines que vous ne pensiez? Je
- m’explique du reste à merveille cette recrudescence de tendresse pour
- Paris. Vous venez d’y faire une de ces campagnes qui sont tout un
- rajeunissement, et vous y avez cueilli de nouveau trop de charmants
- succès pour en quitter sans regret le cher théâtre. En vérité, cher
- ami, j’admire cette puissance de sève. Il n’y a que vous pour se
- renouveler ainsi de saison en saison et pour dresser une tige toujours
- plus haute et toujours plus verte au milieu de tant de jeunesses déjà
- flétries...
-
-Autran finira pourtant par retrouver son ami et par l’attirer, cette
-année encore, à Pradine, dans ce charmant pays que le Luberon abrite
-contre le mistral et qui réunit les pittoresques beautés de la montagne
-aux douceurs et aux agréments de la plaine. Pontmartin y passera tout
-le mois de novembre, et quand il sera rentré aux Angles, Joseph Autran
-lui écrira:
-
- Mon cher ami, ce n’est pas à vous de m’écrire les souvenirs que vous
- emportez de Pradine. C’est à moi plutôt de vous dire ceux que vous y
- laissez. Croyez bien qu’une grande partie du charme de notre foyer
- vient de ce que vous y apportez, et quand j’ai appelé ces douces
- journées d’automne «l’été de la Pontmartin», je pensais moins à la
- sérénité des jours qu’à ce rayonnement du cœur et de l’esprit qui
- marque votre passage. Dieu nous accorde de les renouveler souvent
- encore et de vieillir dans cette chère amitié qui, depuis trente ans,
- n’a pas eu un nuage.
-
-
-VI
-
-L’année 1870 s’inaugura par la formation du ministère Ollivier. Ce
-coup de théâtre était presque un coup d’État. Napoléon III biffait, _le
-2 janvier_, ce qu’il avait écrit _le 2 Décembre_; il brûlait ce qu’il
-avait adoré, il adorait ce qu’il avait brûlé. Le nouveau ministère,
-en effet, avait pour mission de transformer l’Empire autoritaire en
-Empire libéral. Il y eut, dans le camp de l’opposition conservatrice,
-un applaudissement presque universel. Les hostilités s’arrêtèrent; à
-la guerre ouverte succéda l’armistice, prélude d’une réconciliation
-prochaine. M. Guizot reparut dans les salons officiels; M. Odilon
-Barrot présida la commission de décentralisation; le duc Albert
-de Broglie accepta d’entrer dans la commission de l’enseignement
-supérieur, où figurait également l’_irréconciliable_ Léopold de
-Gaillard. Encore quelques semaines, et Prévost-Paradol deviendra
-ministre de France aux États-Unis, pendant que M. Émile Ollivier sera
-appelé par l’Académie française à l’honneur de remplacer Lamartine: MM.
-Thiers et de Falloux se chargeront d’aller annoncer à l’heureux élu le
-vote presque unanime de l’illustre Compagnie[364]. Pontmartin fut moins
-prompt à l’enthousiasme. Même au plus beau moment de cette _lune de
-miel_, il ne pouvait se défendre de répéter:
-
- Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille.
-
-Le 25 février 1870, il m’écrivait des Angles:
-
- ...Je suis agacé de voir les choses tourner de façon à rassurer
- peut-être l’égoïsme bourgeois, mais à frapper de prescription
- indéfinie nos principes et nos espérances. L’Empire libéral, c’est
- un pommier produisant des pêches; c’est Guillot le sycophante ou
- le loup devenu berger. Ce n’est pas en greffant ainsi la liberté
- sur le despotisme, l’économie sur la dilapidation, la justice sur
- l’arbitraire, l’honnêteté sur la rouerie, que l’on refait l’esprit
- public, le sens moral d’un peuple, ou, pour tout dire en un mot, son
- âme...
-
-Il avait du reste, à ce moment, de nombreux sujets de tristesse. De
-cette même lettre du 25 février, je détache ces lignes:
-
- Je lutte, depuis un certain temps, contre une _jettatura_ que tout
- le corail napolitain ne réussirait pas à conjurer. Tombée malade au
- mois de mai, ma femme commençait à peine à se remettre lorsque j’ai
- été repris par cette gastralgie nerveuse qui m’a déjà fait de si
- fréquentes et de si désagréables visites. Plus d’appétit, plus de
- sommeil surtout. C’est comme un voile grisâtre, une brume de novembre
- répandue sur ma pauvre imagination et, tant que ma femme n’est pas
- tout à fait rétablie, nous ne pouvons pas songer à retourner à Paris,
- où il paraît que l’on n’échappe à la glace et à la neige que pour
- maudire le dégel, la boue et M. Chevreau[365]...
-
-Le 1^{er} mars, il conduisit sa femme à Cannes et l’y laissa avec son
-fils, pendant que lui-même revenait à Paris, comptant n’y rester que
-quelques jours, le temps seulement de donner congé à son propriétaire
-de l’avenue Trudaine et de publier le septième volume des _Nouveaux
-Samedis_. Les nouvelles de Cannes étant devenues meilleures, il
-prolongea son séjour de quelques semaines jusqu’au milieu de juin, et,
-comme l’année précédente, il fit le _Salon_ à l’_Univers illustré_.
-Il se disposait à retourner aux Angles, quand il rencontra, un soir,
-à l’Opéra, Prévost-Paradol, lui-même à la veille de partir pour
-Washington. Comme il regagnait sa place, Paradol l’arrêta amicalement
-au passage et lui dit: «Si votre modestie vous empêche de songer à
-la succession de M. Villemain[366], nous sommes menacés de perdre
-bientôt un autre de nos collègues, le pauvre Prosper Mérimée[367]...»
-L’ouverture qui commençait interrompit celle que l’auteur de la _France
-nouvelle_ allait lui faire.
-
-Un mois plus tard, la guerre éclatait. Pontmartin était aux Angles.
-Il n’eut pas un instant d’illusion; dès la première heure, il comprit
-l’immensité du péril. Tandis que les patriotes ou les dilettantes
-de la capitale, bien installés dans leur fauteuil d’orchestre,
-applaudissaient Faure ou M^{me} Marie Sass chantant la _Marseillaise_,
-il disait aux Parisiens, aux ministres, aux généraux, à l’Empereur
-lui-même: «Prenez garde, la _Marseillaise_ ne vous portera pas
-bonheur!» Et peu de jours après, au lendemain de nos premiers
-désastres, il ajoutait: «Des invités de Compiègne, des familiers du
-Palais-Royal ont ouvert bravement le feu en attaquant les dieux et les
-demi-dieux de l’Olympe officiel. Nous qui sommes constamment restés
-à l’écart, loin des grandeurs et des flatteries de ce monde, nous
-serons plus respectueux et plus humbles. Selon nous, si la fortune
-a paru d’abord infidèle à nos armes, la faute n’en est ni au _chef
-suprême_, ni au major-général, ni au Grouchy de 1870, ni au précepteur
-dans l’embarras. Le vrai coupable, ou, pour parler plus exactement, le
-véritable _jettatore_, c’est Rouget de Lisle; c’est l’hymne néfaste,
-trop connu sous le nom de _Marseillaise_.» L’article se terminait
-ainsi: «M. Émile Ollivier s’est écrié, du haut de la tribune: ‘Le
-plébiscite[368] est la revanche de Sadowa!’» Non: le plébiscite a été
-le prologue de Wissembourg, de Wœrth et de Forbach, ou, pour parler la
-langue des joueurs, cette campagne de Prusse en France est le _paroli_,
-le _banco_ du plébiscite.—«Sire, répondait Michaud à Charles X qui lui
-reprochait son mutisme à la tribune, j’ai dit trois mots; ils m’ont
-coûté trois mille francs: je ne suis pas assez riche pour continuer.»
-La France n’a dit qu’un monosyllabe, et il lui a coûté beaucoup plus
-cher.
-
-Ces lignes paraissaient dans la _Gazette de France_ du 12 août. Deux
-jours après, Pontmartin recevait un pli officiel lui annonçant qu’il
-était nommé chevalier de la Légion d’honneur.
-
-Voici ce qui s’était passé:
-
-Lors de la formation du ministère Ollivier, M. Eugène Chevandier
-de Valdrôme, député de la Meurthe et l’un des chefs du tiers-parti
-libéral, avait reçu le portefeuille de l’Intérieur. Pontmartin était
-lié de longue date avec le frère du ministre, Paul Chevandier de
-Valdrôme, peintre de talent, qui aurait peut-être été un grand artiste,
-un paysagiste de premier ordre, si les entraînements de la vie mondaine
-ne l’avaient trop souvent éloigné de son bel atelier de la rue de la
-Tour-d’Auvergne. Plus d’une fois, dans ses _Salons_ de la _Mode_ et
-de l’_Univers illustré_, il avait signalé à ses lecteurs, en termes
-particulièrement élogieux, les tableaux de son ami. Paul Chevandier
-avait une dette à payer. Sans en rien dire à Pontmartin, il demanda
-pour lui à son frère le ruban de chevalier. Le ministre n’éleva
-aucune objection. Pontmartin sans doute était un homme des _anciens
-partis_; c’était un adversaire, mais un adversaire courtois; souvent
-même il avait dénoncé le ridicule de la petite guerre d’allusions et
-d’épigrammes que ses amis de l’Académie faisaient à l’Empereur. Du
-côté de M. Émile Ollivier, qui prisait très haut le talent de l’auteur
-des _Samedis_, les choses allèrent toutes seules; il se montra plus
-favorable encore que son collègue de l’Intérieur. L’affaire une fois
-décidée, restait à obtenir l’adhésion du principal intéressé. Paul
-Chevandier, dans les derniers jours de juin, donna un dîner où son
-frère Eugène et Armand de Pontmartin se trouvaient tous les deux.
-Au dessert, le peintre dit au critique: «Pourquoi ne portez-vous
-jamais votre ruban rouge?—Mais je ne l’ai pas.—Impossible!—C’est
-pourtant vrai.» Alors le ministre, qui jusque-là n’avait rien dit,
-prit la parole et déclara que si M. de Pontmartin s’engageait à ne pas
-refuser, lui-même se chargeait de mener l’affaire à bonne fin, sans
-que l’écrivain eût à faire la moindre démarche. Était-il possible de
-répondre par un refus à une offre faite de si bonne grâce? Pontmartin
-promit de ne pas se montrer intransigeant. Quelques jours après, il
-quittait Paris, pour apprendre bientôt la déclaration de guerre, nos
-premières défaites et la chute du ministère Ollivier[369]. Absorbé par
-ses angoisses patriotiques, il avait complètement oublié sa rencontre
-avec le malheureux ministre de l’Intérieur et le double engagement qui
-s’en était suivi, quand, le dimanche 14 août, au moment de se rendre à
-la messe, il reçut une grande enveloppe cachetée de rouge: c’était un
-brevet de chevalier de la Légion d’honneur, daté du 9 août 1870, signé
-par l’Impératrice-Régente Eugénie, et contresigné par le ministre des
-Lettres, Sciences et Beaux-Arts, Maurice Richard. Cette nomination
-qui, dans un autre moment, l’eût sans doute réjoui, lui causa plus de
-tristesse que de joie: elle coïncidait avec le deuil de notre armée;
-elle lui arrivait entre Reichshoffen et Sedan!
-
-
-
-
-CHAPITRE XIII
-
- LES LETTRES D’UN INTERCEPTÉ.—LE RADEAU DE LA MÉDUSE.—LE FILLEUL DE
- BEAUMARCHAIS.—LA MANDARINE.
-
-(1870-1873)
-
- La _Gazette de Nîmes_ et les _Lettres d’un intercepté_. M.
- Gambetta. La _Journée d’un Proconsul_.—Cent jours à Cannes. La
- _Décentralisation_ et le _Radeau de la Méduse_.—Mort de M^{me} de
- Pontmartin. Le _Filleul de Beaumarchais_. Un mot de Louis David.—Le
- comte d’Haussonville et Saint-Genest. Un Bûcheron qui ne débite pas de
- fagots. La souscription nationale pour la libération du territoire.
- Projet de Pontmartin. Le comte de Falloux.—Hôtel Byron, rue Laffitte.
- La Taverne de Londres. M. Thiers. L’_Homme-Femme_ de Dumas fils.
- Au château de Barbentane. Le toast de Mistral. _Entre voisins._
- L’inondation du Rhône en 1872.—Au Pavillon de Rohan. Une campagne au
- _Gaulois_. La _Mandarine_. Le 24 mai 1873, Si le Roi n’avait rien dit!
-
-
-I
-
-Après son article du 12 août, Pontmartin cessa ses envois à la
-_Gazette de France_. Continuer à écrire, comme autrefois en pleine
-paix, une Causerie littéraire, il n’y fallait pas songer. Les
-Prussiens, d’ailleurs, allaient se charger de trancher eux-mêmes la
-question. Ils investissaient Paris, et entre la rue Coq-Héron et les
-Angles toute communication devenait impossible. Il écrira cependant; il
-publiera dans un journal du Midi, _la Gazette de Nîmes_, des articles
-où il essaiera une espèce de terme moyen entre le _premier-Nîmes_ et la
-Causerie littéraire.
-
-Ces articles parurent sous le titre de _Lettres d’un intercepté_. Il
-m’en parle en ces termes dans sa lettre du 5 novembre 1870:
-
- ...On a fondé à Nîmes un journal, pour lequel on m’a demandé ma
- collaboration. Il m’a paru que, dans un moment comme celui-ci,
- l’important n’était pas de rechercher un succès littéraire, qui
- d’ailleurs est impossible, mais d’exprimer rapidement quelques vérités
- utiles. La proximité m’assurait presque le bénéfice de l’_à-propos_,
- et, une fois en train, j’ai écrit seize articles presque sans
- interruption. Comme ils sont reproduits dans un journal d’Avignon, me
- voilà finissant par où j’ai commencé, et redevenant, après plus d’un
- quart de siècle, journaliste du Gard et de Vaucluse.
-
-Les _Lettres d’un intercepté_ sont au nombre de vingt-six; elles vont
-du 29 septembre au 23 décembre 1870.
-
-Pontmartin les écrivait en plein _pays rouge_, dans ces départements
-du Midi où l’on menaçait—de loin—les Prussiens, et où l’on
-faisait—sur place—la guerre aux moines et aux prêtres, au Pape et
-à l’Église. Sous l’impression que lui causaient les scènes hideuses
-d’Autun, de Lyon, de Saint-Étienne, de Toulouse, de Limoges, de
-Marseille, il lui est arrivé de se montrer très dur, un peu trop
-dur peut-être pour les hommes du 4 Septembre et en particulier pour
-Gambetta. Si le dictateur de Tours eut le tort, l’impardonnable tort,
-de mettre l’intérêt de la République au-dessus de l’intérêt de la
-France,—_République d’abord!_—il n’est que juste de reconnaître que
-son effort n’a pas été entièrement stérile, qu’il y a eu, à certaines
-heures, au milieu de ses _hâbleries_, un souffle de vrai patriotisme,
-et qu’il a su parfois, du haut de son balcon, esquisser de beaux gestes.
-
-Ces beaux gestes, assez rares au demeurant, Pontmartin ne les a pas
-voulu voir. Comme George Sand[370] et Pierre Lanfrey, et avant eux,
-il a dénoncé sans ménagements, il a raillé, il a maudit la _dictature
-de l’incapacité_[371]. C’est lui qui a _attaché le grelot_ à «cette
-faconde d’estaminet, à cette célébrité de carton, à cet héroïsme de
-clinquant, à cette dictature du balcon». Son livre se pourrait appeler
-_l’Anti-Gambetta_. Pontmartin n’en a pas écrit de plus éloquent. Avec
-quelle force il s’élève, au nom de la France de saint Louis, de Jeanne
-d’Arc, de Fénelon, contre l’appel fait par le gouvernement de Tours à
-ce fantoche italien, dont les mains étaient rouges de sang français,
-_il signor Garibaldi_[372]! A côté de ces pages vengeresses, il y a des
-pages prophétiques, telles que la suivante, écrite le 23 novembre 1870:
-
- Le caractère si profondément anti-chrétien de la révolution du 4
- septembre est ce qui m’épouvante le plus pour l’issue de la guerre et
- l’avenir de mon pays. Ce pays a les reins solides. Quelle que soit
- l’incroyable série de ses revers, il reviendra peut-être de l’état
- désespéré où l’ont plongé les fautes de l’Empire, aggravées par ceux
- qui devaient les réparer; mais ce dont il ne se lavera jamais, c’est
- d’avoir laissé outrager cette chose sainte qu’on appelle la religion,
- sous prétexte de défendre cette chose sacrée qu’on nomme la patrie;
- c’est d’avoir permis qu’un vieux forban, justement exécré de tous
- les catholiques, à la tête de quelques bandes de mécréants et de
- coupe-jarrets, nous infligeât l’immonde parodie des interventions
- étrangères; c’est de n’avoir pas compris que déclarer la guerre à Dieu
- sous l’étreinte d’un ennemi vainqueur, c’était à la fois une honte, un
- crime, une bêtise et un suicide.
-
- Le vent est aux prophéties, et je suis d’autant plus tenté de risquer
- la mienne que, depuis quatre mois, les événements ne m’ont que
- trop donné raison. J’écrivais, le 1^{er} août: «Prenez garde! la
- _Marseillaise_ ne vous portera pas bonheur.»—Et, six jours après,
- les sinistres échos de Wissembourg, de Forbach et de Reichshoffen
- répondaient au refrain de Rouget de Lisle.—Aujourd’hui, je dis:
- «Prenez garde! la _guerre au bon Dieu_ vous portera malheur. Ne bravez
- pas Celui qui peut seul vous sauver par un miracle, vous qui n’êtes
- pas et qui ne faites pas des prodiges!»
-
-Avec un écrivain tel que Pontmartin, l’esprit ne perd jamais ses
-droits. Vous venez de lire ces beaux chapitres: _Après Sedan_; _Si
-Pergama! Garibaldi_; _le Talion_; _l’Ile d’Elbe et Wilhelmshœhe_;
-_les Honnêtes gens_; _Que faut-il croire? la Guerre au bon
-Dieu_;—tournez le feuillet, et donnez-vous la fête de savourer les
-pages sur les _Préfets hommes de lettres_,—MM. Challemel-Lacour et
-Alphonse Esquiros,—et surtout la _Journée d’un Proconsul_, fragment
-de manuscrit trouvé par un élève de l’École des Chartes dans la
-bibliothèque de _Cahors_.
-
-
-II
-
-Ses angoisses patriotiques, les victoires de la Prusse, aggravées et
-envenimées par les victoires de la démagogie, le mauvais état de sa
-santé, tout se réunissait pour accabler Pontmartin.
-
-Il dut obéir à l’ordre de son docteur, qui voulut absolument le
-renvoyer à Cannes. Le 7 janvier 1871, il s’y installait, à la villa
-des Dames de la Présentation; peu de jours après, je recevais de lui
-une lettre où il me disait: «Nous sommes venus nous réfugier sur cette
-plage, presque déserte cet hiver, comme de véritables naufragés. Je
-sens que je ne résisterai pas à ces cruelles épreuves. A bout de
-forces, atteint d’_anémie_, le cœur déchiré par les malheurs de notre
-chère France, ayant vu sombrer tout ce qui fait le bonheur ou, du
-moins, le repos du père de famille et du citoyen, je me fais à moi-même
-l’effet de mon propre spectre, errant sur ce littoral où je retrouve
-les ombres de Cousin et de Mérimée[373]...»
-
-Il devait y rester jusqu’au 17 avril 1871, ce qui lui permettra de dire
-plus tard: «J’ai eu, moi aussi, mes _Cent Jours_[374].»
-
-Au commencement de mars, les _Lettres d’un intercepté_ parurent à
-Lyon, chez les libraires Josserand et Pitrat. La vente avait lieu _au
-bénéfice des blessés et prisonniers de l’armée française_. Pontmartin
-écrivit, à cette occasion, au directeur du _Figaro_:
-
- Cannes (Alpes-Maritimes), 12 mars 1871.
-
- Mon cher chef,
-
- La réapparition du _Figaro_, au cercle de Cannes, a été pour nous
- tous une joie, si toutefois ce mot est encore français. Je vois que
- votre journal se porte mieux que jamais: en quoi je ne lui ressemble
- guère. N’importe! mon indignation contre les hommes du 4 Septembre a
- suppléé à mes forces absentes, et il en est résulté, sous le titre de
- _Lettres d’un intercepté_, un volume que je vous recommande, parce
- que vous aimez à traduire en bonnes œuvres la popularité du _Figaro_,
- et que le volume se vend au bénéfice des victimes de la guerre. La
- succursale lyonnaise de la maison Hachette a dû, sur ma recommandation
- expresse, vous en adresser deux ou trois exemplaires. Je n’ajoute
- rien; les grandes douleurs ne doivent pas être bavardes. Je me borne
- à vous demander la charité pour des blessés, des prisonniers et un
- malade, et je suis tout à vous.
-
-Lorsqu’il revint aux Angles, le 18 avril, sa santé ne s’était guère
-améliorée, mais le courage et la force morale lui étaient revenus,
-comme en témoigne la lettre suivante, qu’il m’écrivait le 24 mai:
-
- Mon cher ami, je n’attendais qu’un mot de vous pour renouer au plus
- vite une correspondance qui aura été une des joies et une des forces
- de ma vie littéraire. Commençons par un bulletin sommaire de nos
- tristes santés. Ma femme, après avoir été, vers le 10 avril, presque
- à l’agonie et avoir reçu tous les sacrements, va décidément mieux,
- et comme ce mieux dure depuis six semaines, je crois que l’on peut
- se reprendre à l’espérance. Quant à moi, j’étais revenu de Cannes
- dès qu’il m’a été prouvé que ma femme ne pourrait pas venir m’y
- rejoindre et que son état inspirait des inquiétudes. Nous étions
- assistés, mon fils et moi, par une de mes belles-sœurs, et la malade
- était bien soignée et entourée. Mais cette effroyable série de
- désastres, d’angoies, de calamités publiques, de douleurs privées, de
- souffrances physiques et morales, coïncidant avec l’échéance prochaine
- de la _soixantième_ année, a produit en moi un effet singulier. Je
- suis atteint d’une _anémie_ qui n’a rien de douloureux, sauf que
- mes vieilles longues jambes ne peuvent plus me porter; et, en même
- temps, comme pour rétablir l’équilibre,—ou plutôt, hélas! achever
- de le rompre,—je me sens dans le cerveau, dans l’imagination, dans
- le cœur un redoublement d’ardeur et de vie, que j’attribue, pour une
- moitié, à l’excitation nerveuse, et, pour l’autre, à la grandeur
- même des événements. J’éprouve à la fois le besoin d’exprimer des
- idées que je crois vraies, et l’ardent désir de me dévouer à un idéal
- patriotique et monarchique. Aussi, M. Charles Garnier[375], à la suite
- d’un échange de lettres, m’ayant demandé ma collaboration, j’en ai
- immédiatement profité pour commencer, dans la _Décentralisation_,
- une seconde campagne, qui pourrait bien aboutir, en août, à un
- nouveau petit volume, si les Communards de Paris et de la province
- nous laissent un carré de papier et une bouffée d’air respirable.
- Ce qui m’attriste, c’est que, tout près de moi, un de mes meilleurs
- et de mes plus éloquents amis, Léopold de Gaillard, paraît avoir
- reçu de ces mêmes événements une impression contraire. Il m’écrivait
- avant-hier une lettre empreinte du plus morne découragement...
- Certes, à ne considérer que les apparences, la France ressemble à un
- malade incurable. Il faut qu’elle ait été mordue par un déma_dogue_
- enragé pour remplir ses conseils municipaux d’hommes tarés, forcenés,
- incorrigibles, qui applaudissent tout haut ou tout bas aux crimes
- de la Commune; et cela au moment où cette insurrection communiste
- retarde la reprise des affaires, et où les Prussiens nous écrasent
- de leurs ruineuses exigences. Mais c’est justement le caractère
- surhumain des épisodes qui se succèdent depuis un an, qui m’a rendu
- ma force morale, et qui soutient mon courage. D’une part, il y a
- dans ces épisodes quelque chose de si étrange, de si gigantesque,
- de si _biblique_, nous avons si brusquement passé d’Horace Vernet
- à Martin[376], qu’à moins de se déclarer athée, on ne peut pas ne
- pas s’incliner devant une intervention divine qui, seule, peut tout
- expliquer et tout réparer. De l’autre, je me dis qu’il faut que Dieu
- ait ses desseins, supérieurs à la méchanceté des hommes, pour que de
- pauvres âmes faibles et malades comme la mienne, en proie, pendant les
- dernières années de l’Empire, à une sorte d’atonie, tentées presque
- de traiter d’illusions leurs croyances et de se laisser envahir par
- le doute, aient été tout à coup ravivées, fortifiées, retrempées pour
- la lutte par des catastrophes qui semblaient devoir, au contraire,
- achever de les abattre. Ceci, mon cher ami, me ramène à mes _moutons_,
- interceptés une seconde fois par les Prussiens de Belleville et de la
- Villette. Mon éditeur lyonnais, en m’annonçant la 3^e édition de mon
- volume, m’écrit que, contre son attente, les journaux du Midi—Nimes,
- Avignon, Montpellier, Marseille, etc.—ont accueilli le livre par un
- silence de glace, tandis qu’il a été énergiquement soutenu par les
- journaux de l’Ouest. Il ne m’a pas été difficile de deviner, dans ce
- bienveillant concours, votre amicale influence, et je vous en remercie
- du fond du cœur pour moi, pour Pitrat, notre ancien metteur en pages
- du _Correspondant_, et pour les trop nombreuses victimes de la guerre,
- auxquelles j’ai déjà pu donner 600 francs (j’espère que nous irons à
- mille, et nous y serions sans les événements de Paris)... Écrivez-moi
- de temps en temps, si vos travaux et vos affaires vous en laissent le
- loisir, et soyez sûr que le plaisir de vous lire et le soin de vous
- répondre compteront toujours parmi les consolations les plus douces
- d’un affligé qui vous aime, d’un obligé qui vous remercie, d’un malade
- qui se ranime pour vous serrer vigoureusement la main. Tout à vous.
-
-Quelques jours après, le 7 juin, nouvelle lettre, mais toujours même
-ardeur, même résolution de combattre, avec ce qui lui restait de
-forces, la mauvaise littérature et l’esprit révolutionnaire:
-
- J’ai eu hier la visite de Léopold de Gaillard, que j’ai réchauffé et
- rasséréné de mon mieux. Il était consterné, entre autres horreurs
- communardes et pétroliennes, de la mort du R. P. Captier, qui, après
- avoir commencé, à Arcueil, l’éducation de son fils, était devenu
- son ami. Mais je n’ai pas eu de peine à lui prouver que la douleur
- la plus légitime et la plus intense n’avait rien de commun avec le
- découragement et l’abandon de ce qui peut encore se tenter dans
- l’intérêt du vrai et du bien. Il doit partir lundi pour Paris, où il
- va reprendre la direction du _Correspondant_, qui reparaîtra le 25
- juin. Je lui ai promis pour une des deux premières livraisons, un
- article où j’essaierai de profiter de mes tristes avantages et de
- déterminer la nouvelle situation faite à la critique par les calamités
- sans nom qui nous écrasent...
-
-Après avoir rapidement esquissé le plan de l’article[377] qu’il
-projetait d’écrire pour le _Correspondant_, il terminait ainsi sa
-lettre:
-
- ...Le cadre est immense; c’est tout au plus si j’aurais la force de
- remplir un des coins; mais, mon cher ami, quel horizon pour un homme
- de trente ans, ayant le talent, la foi, le feu sacré! _Exoriare
- aliquis!..._ Ce qui m’afflige et m’inquiète, c’est l’attitude de
- la jeunesse, du moins dans nos villes du Midi. Il y a eu de braves
- et intrépides jeunes gens qui se sont enrôlés sous les drapeaux de
- Charette et sont morts héroïquement en combattant les Prussiens.
- Y en aura-t-il pour se roidir contre les humiliations de la Paix,
- s’associer à une restauration morale et sociale, travailler à une
- œuvre de réparation, chercher une revanche ailleurs que dans ces
- hasards de la guerre, qui nous ont si cruellement trahis, qui
- pourraient nous trahir encore? L’abominable épisode de la Commune, les
- nouveaux milliards qu’il nous coûte, les ruines qu’il nous laisse,
- retardent indéfiniment cette revanche militaire à laquelle je ne
- crois guère, et que je désire peu. Il ouvre, au contraire, la voie à
- tout homme de cœur qui recherchera les causes de nos désastres et les
- moyens de les réparer...
-
-Pontmartin reprit donc sa tâche. D’avril à octobre 1871, il publia,
-dans la _Décentralisation_, une suite d’articles qui parurent en
-volume, au mois de janvier 1872, sous ce titre: _le Radeau de la
-Méduse_.
-
-L’insurrection du 18 mars, l’assassinat du général Lecomte et de
-Clément Thomas, le renversement de la colonne Vendôme sous les yeux
-des Prussiens, les incendies de Paris, le massacre des otages: que
-de leçons à tirer de ces terribles événements! Pontmartin les fit
-ressortir avec force. _La Prusse et la Commune_, _Paris_, _Cri
-de détresse_, _la colonne Vendôme_, _Sommations respectueuses à
-l’Assemblée nationale_, autant de chapitres qu’il est impossible de
-relire aujourd’hui sans rendre hommage au bon sens de l’écrivain qui
-nous donnait de si fermes conseils, sans déplorer l’aveuglement qui
-nous a empêchés de les suivre.
-
-En nous signalant toute l’étendue du mal et en nous indiquant le
-remède, Pontmartin n’avait eu garde de mettre en oubli le précepte du
-Tasse, qui recommande d’enduire de miel et de sucre les bords du vase
-que l’on présente au malade:
-
- Cosi all’egro fanciul porgiamo aspersi
- Di soave licor gli orli del vaso.
-
-Ici, le miel et le sucre, ce sont les traits charmants et les mots
-heureux. Rien de plus piquant que les _Épaves académiques_, et en
-particulier le récit de la réception de M. Émile Ollivier,—réception
-qui n’a jamais eu lieu[378].—Le discours du successeur de Lamartine
-est, comme il convient, écrit en vers, et, naturellement, les strophes
-du récipiendaire rappellent les strophes du _Lac_:
-
- Un jour, t’en souvient-il? nous gardions le silence:
- On n’entendait, au sein du Corps législatif,
- Que le bruit des couteaux qui frappaient en cadence
- Le pupitre plaintif...
-
-_Se non è vero..._ Les lecteurs du nouveau _Lac_ durent se dire que
-rien n’était désespéré, puisque l’on pouvait trouver d’aussi bons
-morceaux sur le _Radeau de la Méduse_.
-
-
-III
-
-Les douleurs et les deuils se succédaient sans relâche au cours de
-cette horrible année 1871. En avril, M^{me} de Pontmartin avait été
-presque à l’agonie; puis une apparence de mieux qui avait permis à son
-mari de reprendre sa vieille plume. Puis une rechute, six semaines
-de cruelles souffrances, et la fin. M^{me} de Pontmartin était morte
-le 19 août, à 51 ans, conservant jusqu’au dernier moment sa pleine
-connaissance et son courage: pas une plainte, pas un murmure, une foi
-ardente, une résignation incomparable. Son âme s’était élevée depuis
-longtemps vers cette vie surnaturelle qui, pour les chrétiens (et
-M^{me} de Pontmartin était une chrétienne des anciens temps), est la
-vie véritable.
-
- * * * * *
-
-Sous la deuxième République, Pontmartin avait représenté le canton de
-Villeneuve-lès-Avignon au conseil général du Gard. Au mois d’octobre
-1871, ses amis lui firent un devoir de poser de nouveau sa candidature.
-Les chances de succès étaient nulles, puisque, le 2 juillet précédent,
-à une élection partielle pour l’Assemblée nationale, le canton de
-Villeneuve avait donné 400 voix de majorité aux candidats démagogiques.
-Il accepta sans enthousiasme, fit bravement campagne et obtint un
-demi-succès: le dimanche 8 octobre, la majorité ultra-républicaine
-du 2 juillet se trouva diminuée des trois quarts. Il n’en était pas
-moins battu, et, quelques jours après, il m’écrivait: «J’ai été, je
-l’avoue, navré de cet échec, non pas pour moi—j’y gagne de pouvoir
-rendre à la littérature un temps que m’auraient pris les attributions
-singulièrement agrandies du conseil général—mais pour ce pays que
-j’aime malgré ses ingratitudes et ses folies[379].»
-
-Les électeurs lui faisaient des loisirs; il en profita pour réaliser
-enfin un projet longtemps caressé, pour écrire ce _Filleul de
-Beaumarchais_, auquel il songeait depuis le 2 décembre 1851 et
-qui avait dû s’appeler d’abord _les Mémoires de Figaro_[380]. Il
-m’écrivait, le 6 novembre 1871: «Je commence ce soir»;—et, un mois
-plus tard, le 5 décembre: «En attendant, je me console avec le _Filleul
-de Beaumarchais_, dont la première partie sera expédiée aujourd’hui
-même au _Correspondant_[381]. J’ai fini par me passionner pour mon
-sujet au point de ne plus pouvoir songer à autre chose, et j’ai écrit
-à la _Gazette de France_ que décidément je ne reprendrais mes articles
-qu’après le jour de l’an. Pourtant, mon cher ami, ne vous figurez pas
-que je vous prépare un récit de longue haleine, une page d’histoire; ce
-sera tout au plus un tableau de genre. Le colosse rêvé en 1852 s’est
-réduit peu à peu à des proportions de statuette...»
-
-Né le 27 avril 1784, le soir même de la première représentation du
-_Mariage de Figaro_, le héros du roman, dans la donnée primitive, était
-tué, le 4 ou le 5 décembre 1851, au cours de cette émeute plus ou moins
-factice qui suivit le coup d’État. Entre ces deux dates, qui ne lui
-donnaient en somme que soixante-sept ans, il allait d’étape en étape,
-personnifiant une sorte de Gil Blas sérieux, aux prises avec autant de
-déceptions qu’il y avait eu d’illusions à son baptême.
-
-De cette donnée première, il reste peu de chose dans le roman de 1871,
-lequel finit en 1809, ou plutôt dès 1804. J’étais, pour ma part,
-quelque peu déçu: je ne le cachai pas à Pontmartin, qui me répondit le
-19 janvier 1872:
-
- Ce que vous me dites du _Filleul de Beaumarchais_ m’a un peu étonné.
- Je vous avais averti que je ne prétendais faire qu’un tableau de
- genre, une esquisse, et non pas du tout une grande page historique
- et romanesque. Mes deux modèles ont été _Paul et Virginie_ et
- _Graziella_; or ces deux récits ne mènent pas bien loin leurs
- personnages. Virginie et Graziella meurent à dix-sept ans; les deux
- romans finissent au seuil de la jeunesse, à l’aube de la vie. Je vous
- avoue d’ailleurs que je me suis attaché surtout aux caractères de
- Geneviève et du docteur Berval, qui, pendant cette phase terrible de
- 1784 à 1804, personnifiaient à mes yeux quelque chose comme le chœur
- antique,—la pitié, l’humanité, la vérité, la justice, s’efforçant de
- se faire leur part dans ce chaos de passions violentes et criminelles,
- dans ces alternatives d’anarchie et de dictature. Si j’avais réussi,
- c’est là ce qui donnerait une valeur un peu plus sérieuse à cette
- chaste et quasi enfantine histoire...
-
-La chaste idylle de Pierre Goudard—le _Filleul_—et de Jeanne
-d’Erlange a pour cadre la Révolution, la Terreur, le Directoire et le
-Consulat de Bonaparte. Il y avait là un premier péril. Louis David
-disait un jour: «Si je veux peindre deux amants dans les Alpes, je suis
-forcé ou de faire mes amants tout petits pour que mes Alpes aient une
-certaine grandeur, ou de réduire mes Alpes à l’état de miniatures, pour
-que mes amants soient grands comme nature.» L’écrivain a ici plus de
-ressources que le peintre, et Pontmartin a su très habilement vaincre
-la difficulté. Son récit côtoie l’histoire, sans jamais y verser,
-sans se heurter non plus à un autre écueil, qui était également à
-redouter. Puisque aussi bien son idée première avait été de montrer
-que la Révolution a fait banqueroute, qu’elle n’a ni tenu sa promesse
-ni rempli ses engagements, n’était-il pas à craindre que le roman ne
-souffrît du voisinage de la thèse? Il n’en a rien été. L’auteur a
-même eu le bon goût, dans ce récit franchement royaliste, de peindre
-sous les couleurs les plus sympathiques le docteur Berval, qui est
-républicain: il est vrai qu’il l’est si peu! En revanche, le romancier
-ne ménage guère l’oncle de Jeanne, un _ci-devant_ pourtant, le marquis
-de Trévières. C’est que l’âme de son livre n’est pas l’esprit de
-parti, mais l’esprit de réconciliation, de justice, de concorde et de
-paix,—sans préjudice de l’esprit tout court, l’esprit qui ne pouvait
-pas ne point tenir une grande place dans un ouvrage en tête duquel
-figure le nom de Beaumarchais, et qui est signé: Pontmartin.
-
-
-IV
-
-Commencé aux Angles, le _Filleul de Beaumarchais_ avait été terminé
-à Cannes, où Pontmartin s’était rendu dès le commencement de
-janvier 1872, et où il avait pris gîte au _Pavillon des Jasmins_.
-Il eut la bonne fortune d’y rencontrer M. d’Haussonville[382] et
-Saint-Genest[383], du _Figaro_, qu’il ne connaissait pas encore et qui
-allait devenir un de ses plus chers amis. Il m’écrivait, le 28 mars:
-«Saint-Genest (dont le vrai nom est Bucheron, mais qui ne débite pas
-de fagots) est ici pour quinze jours; nous avons fraternisé dès la
-première séance.»
-
-C’était le moment où M. Paul Dalloz, directeur du _Moniteur
-universel_, proposait de payer les cinq milliards de notre rançon au
-moyen d’une souscription nationale. Si l’idée était peu pratique, elle
-était du moins généreuse et patriotique. Pontmartin l’adopta aussitôt
-avec enthousiasme. Seulement, sentant bien qu’elle ne pouvait réussir
-parce que le chiffre était effrayant; comprenant que, pour obtenir le
-difficile, il ne faut pas demander l’impossible, il voulait que l’on se
-bornât à demander aux souscripteurs cinq cents millions, c’est-à-dire
-l’intérêt de la dette prussienne pendant deux ans.
-
-Même avec cet amendement, le projet n’aboutit pas. Il en conçut un réel
-chagrin, dont je retrouve la trace dans une de ses lettres:
-
- Forcé d’ajourner indéfiniment nos espérances légitimistes,
- m’écrivait-il le 13 mars 1872, je m’étais un moment rabattu sur la
- souscription nationale pour la délivrance du territoire. Cette noble
- idée m’avait passionné, bien moins à cause du résultat matériel,
- qui ne pouvait, hélas! qu’être incomplet, que parce que j’y voyais
- une revanche morale, une réhabilitation, un moyen de diriger vers
- une œuvre commune et indiscutable des milliers de volontés et
- d’intelligences, divisées sur tous les autres points. Inscrits sur
- les mêmes listes, associés à la même entreprise, nous ne pouvions
- plus nous haïr. Le peuple, voyant les riches se saigner aux quatre
- veines et le protéger, par ces nouveaux sacrifices, contre les chances
- d’une nouvelle invasion, y aurait perdu ou adouci quelques-unes de
- ses préventions et de ses haines. Que fallait-il, après tout, pour
- arriver à ce chiffre de 500 millions, qui eût paru suffisant aux
- plus pessimistes? 14 francs par habitant. En distribuant cet impôt
- volontaire sur un espace de dix-huit mois, c’est-à-dire de 550
- jours environ, il eût suffi que les pauvres donnassent un sou par
- semaine, les familles aisées 25 centimes, et que les riches, les
- grands propriétaires, les grands industriels, les grandes compagnies
- eussent assez de patriotisme pour se charger du reste. Ce n’était
- ni impossible, ni même difficile. J’ai exposé tous ces calculs dans
- une réunion de la Colonie française au Cercle de Cannes, et ils ont
- paru limpides. Mais notre gouvernement de Gérontes parlementaires, de
- Mathusalem d’opposition dynastique, ne comprend et n’aime rien de ce
- qui touche à la grandeur morale, à l’esprit de sacrifice. Il ne nous a
- pas même fait l’aumône d’une neutralité silencieuse, et maintenant, il
- faut renoncer à cette illusion—comme à toutes les autres...
-
-Ses mécomptes et ses tristesses avivaient de plus en plus ses
-sentiments chrétiens, sa foi religieuse. A la veille des fêtes de
-Pâques, le 28 mars, il m’écrit:
-
- ...La Semaine sainte! que de devoirs elle m’impose, que de sentiments
- elle réveille, en cette lugubre et sinistre année 1872, où je suis
- seul, un pied dans la tombe, séparé par la mort de ma pauvre femme
- que j’avais cru destinée à me survivre un quart de siècle, séparé
- par l’absence de mon fils qui est à Rome! Comment, pendant ces jours
- de deuil, assombris par d’autres deuils, ne pas s’absorber dans des
- pensées de douleurs, de soumission et de piété, quand Dieu nous
- frappe, quand les hommes nous menacent, quand les événements les plus
- terribles semblent n’être que le prélude de calamités plus effroyables
- encore!...
-
-Dans cette lettre du 28 mars, répondant à ce que je lui avais écrit
-de M. de Falloux, de la sagesse de ses vues, de l’habileté de sa
-politique, Pontmartin ajoutait:
-
- Tout ce que vous me dites dans votre lettre est d’une grande justesse;
- oui, Dieu nous châtie, mais méritons-nous qu’il nous épargne? Les
- chefs nous manquent; mais sommes-nous dignes d’en avoir? L’esprit de
- parti, l’envie, la haine, notre manie d’opposition épigrammatique et
- frondeuse, n’ont-ils pas tour à tour appliqué leurs dissolvants aux
- gouvernements, aux hommes d’État, à toutes les garanties d’autorité
- matérielle et morale? Personne n’admire plus que moi M. de Falloux. Il
- est, depuis la mort de Berryer, le représentant le plus élevé, le plus
- éloquent, le plus pur, le plus parfait des idées qui auraient pu nous
- sauver, et il possède en surcroît une sagesse, un esprit de conduite,
- une régularité de mœurs et d’habitudes que Berryer n’avait jamais eus.
- L’a-t-on assez calomnié! assez déchiré! Et moi-même, en un jour de
- folie bohémienne, ne l’ai-je pas bêtement égratigné; pourquoi? pour le
- plus misérable de tous les motifs; parce que, lors de son ministère,
- je l’avais trouvé ou avais cru le trouver trop froid, quand je lui
- adressais quelque demande!
-
-Le 6 avril 1872, il quitta Cannes, où il avait fait un séjour de trois
-mois. La veille de son départ, il écrit à M. Jules Claretie:
-
- Je quitte demain Cannes la pluvieuse, où habitent beaucoup
- d’Anglaises, entre autres Miss-tification. Figurez-vous, en trois
- petits mois, 49 grandes journées de pluie et d’innombrables rafales de
- vent d’Est. Aussi ma santé qui n’était que mauvaise est-elle devenue
- détestable. J’espère pourtant avoir la force et le courage de partir
- le 17 ou le 18 pour Paris, où je dois rendre compte du Salon dans
- l’_Univers illustré_. Jugez de mon empressement à aller me jeter dans
- vos bras. Hélas! quel abîme entre nos dernières causeries de mai 1870,
- et ce serrement de mains et de cœur... Aimons la France, mon cher
- ami, aimons-la avec une passion qui nous soutienne, nous réconcilie
- et nous console. Aimons-la une fois pour elle-même, dix fois pour ses
- fautes, cent fois pour ses malheurs. Unissons-nous dans cet amour,
- comme des enfants qui se seraient disputés pour des vétilles et qui
- s’embrasseraient en regardant leur mère en pleurs.
-
-
-V
-
-Le _Filleul de Beaumarchais_ parut en volume le 9 avril, et Pontmartin
-en consacra le produit à l’_Œuvre du Sou des chaumières_. Il avait
-dû, d’ailleurs, laisser son livre aller seul à Paris, où il n’arriva
-lui-même que le 8 mai. Comme il n’avait plus son appartement de
-l’avenue Trudaine, il logea hôtel Byron, 20, rue Laffitte[384]. J’eus
-le plaisir d’y passer quelques semaines avec lui; nous prenions
-d’ordinaire nos repas, à l’angle de la rue Favart et de la place de
-l’Opéra-Comique, chez des restaurateurs qui s’appelaient, je crois,
-Édouard et Félix, et dont l’établissement était parfaitement français,
-quoiqu’il s’intitulât «Taverne de Londres». Là se rencontraient,
-presque tous les soirs, avec Pontmartin, des journalistes, des hommes
-de lettres et des artistes, Xavier Aubryet, Albéric Second, Alphonse
-Royer, Robert Mitchell, Mario Uchard, Nuitter, Mermet, Vaucorbeil.
-La vie d’hôtel et la vie de restaurant ne sont guère propices au
-travail, surtout lorsque l’on a soixante ans bien sonnés. Pontmartin
-pourtant trouvait moyen de travailler comme par le passé. «Je ne puis,
-disait-il, renoncer au travail qui me semble aussi nécessaire à ma vie
-que le pain que je mange et l’air que je respire.»
-
-Dès son arrivée, il avait repris à la _Gazette de France_ sa
-collaboration hebdomadaire, suspendue depuis le 12 août 1870. Son
-article de rentrée parut le 15 mai 1872, avec ce titre: _Notre
-conversion_[385]. En même temps, il faisait, à l’_Univers illustré_,
-le compte rendu du _Salon_, auquel il ne consacra pas moins de neuf
-articles. Il fera encore chez Michel Lévy les _Salons_ de 1873
-et de 1874. Son dernier _Salon_, celui de 1878, paraîtra dans le
-_Correspondant_.
-
-Littérature et beaux-arts sont bien loin, du reste, à ce moment, de
-l’absorber tout entier. L’avenir de la France, les périls qu’elle
-traverse, les calamités qui la menacent, voilà sa grande, presque son
-unique préoccupation; elle n’est absente d’aucun de ses feuilletons
-de la _Gazette_; elle le suit même au _Salon_, elle tient surtout une
-large place dans ses lettres. A de certaines heures, le découragement
-le gagne. Il m’écrit par exemple, le 15 juin 1872, après mon retour en
-Bretagne:
-
- ...A quoi bon combattre? Nous ressemblons à des naufragés, à des
- nageurs qui, d’une part, verraient s’éloigner de plus en plus le
- rivage ou le port, et, de l’autre, sentiraient la vague grossir,
- monter, d’abord sur leurs épaules, puis sur leurs têtes. Les quelques
- députés que j’ai vus depuis dimanche assurent que M. Thiers paraît
- enchanté des dernières élections[386]. Ah! si nous n’étions tous dans
- la poêle à frire, comme je rirais le jour où cette miniature, cette
- contrefaçon de grand homme, ce Cromwell de Lilliput, ce Washington
- de buvette parlementaire sera avalé, d’une bouchée, par l’ogre
- démagogique! Vous pouvez aisément vous figurer, mon cher ami, ce que
- devient dans tout cela cette malheureuse littérature...
-
-Le 12 juillet, il revenait aux Angles, juste à temps pour y recevoir,
-comme un dernier écho de Paris, l’étrange livre de Dumas fils,
-_l’Homme-Femme_, qui lui inspira aussitôt un très bel article[387],
-sans préjudice de cette vigoureuse page, que je détache de sa lettre du
-21 juillet:
-
- ...C’est un mélange effroyable et incroyable d’aspirations chrétiennes
- et de malpropretés réalistes; l’Évangile annoté par le D^r Ricord, la
- pathologie expliquant le catéchisme, une goutte d’eau bénite dans une
- cuvette d’eau de lavande, Vénus et Lucine fraternisant avec sainte
- Anne et sainte Élisabeth. Si l’auteur a spéculé sur ce contraste
- pour avoir un grand succès de vente, il doit être content; mais quoi
- de plus triste et quel douloureux indice! Au fait, dans un temps et
- dans un pays qui falsifient tout, pourquoi l’auteur du _Demi-Monde_
- ne serait-il pas un père de l’Église et un prophète? S’il faut faire
- de la politique tarée pour être accepté comme grand citoyen et grand
- patriote, pourquoi serait-il défendu de passer par la littérature
- tarée pour arriver au rôle d’apôtre? M. Gambetta, grand homme de
- guerre et Washington de l’avenir; M. Hugo, poète national; M. Dumas,
- prédicateur d’une régénération sociale; M. de X., défenseur du trône
- et de l’autel, tout cela se tient, se ressemble, et, quoique peu
- enclin à la politique du surnaturel, je commence à comprendre qu’une
- société favorable à de tels mensonges ne doit pas être modifiée par
- un expédient, améliorée par une transaction, mais transformée par un
- coup de foudre. On ne corrige pas un tonneau de vin sophistiqué en
- y versant une bouteille de médoc ou de chambertin, mais en vidant
- tout le tonneau. Adieu, mon cher ami; je tâcherai, sans préjudice de
- notre correspondance, de vous donner, chaque samedi, de mes nouvelles
- par la _Gazette de France_. Mes appréhensions, mes angoisses ne font
- que redoubler en moi la conviction que nous devons lutter jusqu’au
- bout, donner l’exemple du travail à bien des paresseux démocratiques
- et communards qui nous accusent d’être oisifs. Sous ce rapport,
- nos désastres m’ont rendu service—hélas! un service acheté bien
- cher.—Car, je dois vous l’avouer, trois mois avant la chute de
- l’Empire, je me voyais ou je me croyais au bout de mon rouleau de
- papier; énorme rouleau dont vous connaissez la première feuille sous
- forme de vers latins ou de version grecque (1826) et dont la plus
- récente (20 juillet 1872) s’achemine vers la rue Coq-Héron. Total, 46
- ans, qui ont consommé deux Royautés, deux Républiques, un Empire et
- plus d’argent qu’il n’en faudrait pour que tous les Français missent
- au pot, non pas la poule, mais le faisan doré.
-
-L’automne de 1872 fut marqué pour Pontmartin par une heureuse
-rencontre. Le 3 octobre, il était à la villa de Barbentane[388], chez
-le marquis Léon de Robin-Barbentane. Frédéric Mistral s’y trouvait en
-même temps que lui. A table, le chantre de _Mireille_ porta un toast
-en vers, recueilli depuis dans les _Iles d’Or_, et dont voici la
-traduction:
-
-ENTRE VOISINS
-
- Pour faire bien ce qui est dû—comme au temps de la reine Jeanne—et
- de René le roi féal—aux nobles dames du château—je bois ce vin de
- Barbentane.
-
- Je bois ensuite au marquis d’Andigné[389]—qui, dans la guerre âpre
- et farouche—lorsque s’éteignait toute gloire—sous le feu des
- canonniers,—lui, se ramassait une couronne.
-
- Puis à Monsieur de Pontmartin—je porte un toast à coupe rase,—car il
- est le roi de ce festin,—et dans ses livres diamantés—sa plume d’or
- vaut une épée[390].
-
-_Entre voisins!..._ A peine Pontmartin était-il revenu de Barbentane,
-que son _voisin_ le Rhône lui faisait la politesse de venir jusqu’au
-seuil de sa porte. Après quatre mois de sécheresse, on avait eu,
-depuis le 1^{er} octobre, pendant plus de quinze jours, des pluies
-continuelles et torrentielles. On put craindre un moment une
-inondation plus terrible que celles de 1840 et 1856. Pontmartin dut
-faire transporter au premier étage de sa maison tout son mobilier du
-rez-de-chaussée. Il en résulta, dans ses habitudes, durant quelques
-semaines, un bouleversement complet, et un vrai serrement de cœur, en
-face de cette plaine fertile, changée en un lac gigantesque.
-
-Chose singulière, c’est au milieu de ces bouleversements et de ces
-ennuis qu’il a écrit quelques-uns de ses plus jolis articles, ces
-_Fantaisies et Variations sur le temps présent_[391], qu’il a placées
-sous le couvert de _M. Bourgarel, ancien magistrat_, et au milieu
-desquelles s’épanouit ce petit chef-d’œuvre d’_humour_ et d’ironie, _M.
-Gambetta, membre de l’Académie française_[392].
-
-
-VI
-
-Ce fut seulement le 12 mars 1873, après un séjour de huit mois à la
-campagne, qu’il revint à Paris. Il prit, cette fois, un appartement rue
-de Rivoli, 172, au Pavillon de Rohan. Ce quartier lui convenait mieux
-que le boulevard des Italiens, trop brillant, trop bruyant et trop
-jeune pour son âge et pour ses goûts.
-
-Le 5 avril, le _Gaulois_ annonça qu’il publierait, chaque semaine,
-deux articles de l’auteur des _Samedis_. Pensant bien que cette
-collaboration à une feuille bonapartiste me causerait quelque surprise
-et quelque contrariété, Pontmartin m’écrivit le jour même:
-
- Vous verrez dans le _Gaulois_ de ce matin l’annonce d’une
- collaboration qui vous surprendra. Voici l’explication pour mes vrais
- amis. En quittant les Angles, j’ai pu me convaincre que, grâce à nos
- quatre inondations,—il y en a eu une cinquième le 16,—la récolte de
- cette année serait à peu près nulle; sans compter les dégâts et les
- réparations urgentes. User de mon droit strict, c’est-à-dire obliger à
- me payer des gens qui ne récoltent rien, ce n’est nullement dans mes
- habitudes, et j’ajoute qu’au milieu de notre _mal’aria_ républicaine
- et méridionale, ce serait très impolitique, si ce n’était très peu
- charitable. Or, M. Edmond Tarbé[393], gracieux et élégant _gentleman_,
- m’a offert un prix si nouveau pour moi, tellement hors de proportion
- avec mes honoraires habituels, que je n’ai pas cru devoir refuser.
- J’essaierai de faire, dans le _Gaulois_, quelque chose d’intermédiaire
- entre le _premier-Paris_ et la Causerie littéraire; une variante des
- _Lettres d’un intercepté_ sous une forme plus parisienne; je garde le
- droit d’y rester, si je veux, absolument légitimiste; mais, à tort ou
- à raison, je crois que nous touchons à une phase où il sera plus utile
- de démarquer le drapeau de la défense sociale contre les radicaux dont
- la victoire approche. Le comte de Chambord,—et c’est, j’en suis sur,
- l’opinion de M. de Falloux et la vôtre,—s’est arrangé de façon à
- simplifier notre tâche. Réfugié dans le surnaturel, dans le sentiment
- d’une mission providentielle qu’il croit être appelé à remplir tôt ou
- tard, il ne nous laisse plus d’autre champ de bataille que celui où
- peuvent s’unir tous les défenseurs de l’ordre, de la religion, des
- grandes vérités sociales et morales, pour conjurer le péril urgent et
- combattre l’ennemi commun. Sous ce rapport, le _Gaulois_, qui tire
- à 25000 exemplaires et qui espère avoir, vers la fin du mois, 10000
- abonnés de plus, m’est plus favorable que la _Gazette de France_...
-
-Il n’abandonnait point, du reste, la _Gazette_, où ses _Samedis_ ne
-subirent aucune interruption.
-
-Les chroniques de Pontmartin au _Gaulois_ parurent du 9 avril au 24
-juillet 1873. Elles sont au nombre de vingt-trois. En voici les titres:
-_La Première hirondelle_;—_Pilote habile_;—_Le Plat du jour_;—_Le
-Second Favre_;—_Héloïse et Abélard_;—_Le Rouge et le Jaune_, ballade
-parisienne;—_Le Secret des monarchistes_;—_Les Termites_;—_Leur
-Modération_;—_La Revanche_;—_La Vraie recette_;—_La Confession
-d’un... moine italien_;—_Les Hommes nécessaires_;—_Hé! donc?_—_Les
-Vieilles lunes_;—_Libérateur du territoire_;—_La Rosière de
-Draguignan_, saynète;—_Qui veut la fin veut les moyens_;—_Ce qu’ils
-auraient fait, ce que vous faites_;—_Le Pour et le Contre_;—_La
-Première du ROI S’AMUSE_;—_Lettre d’Usbek à son ami Rustan, à
-Téhéran_;—_Les Pèlerinages_.
-
-De ces vingt-trois chroniques, cinq seulement ont été reproduites par
-Pontmartin dans ses _Nouveaux Samedis_[394]. Ce sont celles qui ont
-pour titres: _Pilote habile_, _le Plat du jour_, _leur Modération_, _la
-Confession d’un... moine italien_, _Qui veut la fin veut les moyens_.
-S’il eût réuni en un volume spécial ces pages railleuses, fantaisistes,
-humoristiques, ce volume eût été l’un de ses meilleurs. Les maîtres
-du genre, Prévost-Paradol, Arthur de Boissieu, J.-J. Weiss, n’ont
-peut-être jamais fait une campagne aussi brillante.
-
-Au mois d’avril, précisément à l’heure où il commençait sa campagne
-du _Gaulois_, Pontmartin avait publié un volume de nouvelles, _la
-Mandarine_. La Mandarine, ce n’est pas ici cette espèce d’orange qui
-nous est primitivement venue de Malte; c’est la femme du mandarin.
-Rousseau demande quelque part à son lecteur ce qu’il ferait dans le
-cas où il pourrait s’enrichir en tuant en Chine, par sa seule volonté
-et sans bouger de Paris, un vieux mandarin. Sur ce thème, Pontmartin
-a brodé un petit roman d’une invention originale et d’une singulière
-vérité d’observation. Il nous a conté comment, dans un instant plus
-rapide que l’éclair—le temps qu’il faut pour avoir une mauvaise
-pensée—l’honnête et malheureux Albéric de Sernhac avait tué sa
-mandarine.
-
-Cet ingénieux et dramatique récit[395] forme la pièce principale du
-volume, que complètent d’autres nouvelles, _Françoise_, _Un Trait de
-lumière_, _Cent jours à Cannes_, _les Deux talismans_ et _Une Cure
-merveilleuse_.
-
- * * * * *
-
-L’Assemblée nationale s’était séparée le 8 avril 1873 pour ne
-reprendre ses séances que le 19 mai. Le 27 avril, l’ex-instituteur
-Barodet, le maire révoqué de Lyon, fut nommé député de Paris, battant
-de 40,000 voix M. de Rémusat, ministre des Affaires étrangères. Cette
-élection démagogique était le coup de cloche qui annonçait la chute
-prochaine de M. Thiers. J’avais quelque désir d’assister de près à
-l’événement. Mes amis de Versailles m’engageaient à venir à Paris.
-Pontmartin me mandait qu’il m’avait trouvé au Pavillon de Rohan une
-chambre pas chère. Le 18 mai, je me décidai à l’aller rejoindre, et
-nous passâmes ensemble une dizaine de jours, dont le souvenir m’est
-resté très présent.
-
-Je trouvai Pontmartin dans une véritable fièvre de travail. Il
-écrivait quatre grands articles par semaine, une Causerie du samedi
-à la _Gazette_, deux _premiers-Paris littéraires_ au _Gaulois_ et
-une _Revue du Salon_ à l’_Univers illustré_. Joignez à cela une
-correspondance active, force visites, déjeuners fréquents à Passy chez
-Saint-Genest ou chez Cuvillier-Fleury, soirées passées tour à tour
-chez Jules Sandeau ou chez Joseph Autran, et vous aurez une idée de
-l’activité de ce sexagénaire qui se disait toujours mourant, rendu,
-fini! Il composait en général ses articles le matin en se promenant
-dans le jardin ou les galeries du Palais-Royal, alors à peu près
-désertes. L’article une fois _fait_, et quand il ne restait plus qu’à
-l’écrire, il l’écrivait de sa petite écriture fine et nette, sans
-ratures et sans retouches. Si, à ce moment-là, j’entrais dans sa
-chambre, et si je voulais prendre un livre ou une Revue: «Pourquoi
-lisez-vous? disait-il; causons plutôt comme si de rien n’était. Ce
-n’est rien du tout que mon article.» Et ce rien du tout, qu’il jetait
-sur le papier tout en causant, c’était quelquefois une page exquise, un
-morceau achevé, un chapitre fait de main d’ouvrier.
-
-Le 21 mai, j’étais à Versailles, Pontmartin n’avait pu m’accompagner,
-ayant à faire ce jour-là, pour la _Gazette de France_, un article sur
-les _Sonnets capricieux_, de Joseph Autran. «J’entreprends, disait-il,
-aujourd’hui mercredi, 21 mai, j’entreprends d’écrire une page à propos
-de ce livre, sans être bien sûr que mes écritures ne se heurteront pas
-en chemin à une révolution ou à un coup d’Etat[396].»
-
-L’article parut le samedi 24 mai, à cinq heures du soir, au moment où
-l’Assemblée nationale, en retard de deux ans, renversait M. Thiers.
-
-Ce même soir, l’Opéra-Comique donnait la première représentation de
-_LE ROI L’A DIT_, paroles d’Edmond Gondinet, musique de Léo Delibes.
-J’y assistais avec Pontmartin et Léopold de Gaillard. On se disait
-dans les entr’actes: «Thiers est battu, Mac-Mahon refuse, Mac-Mahon
-accepte.» Malgré les préoccupations politiques, la pièce obtint un
-éclatant succès. Hélas! quel succès plus éclatant, quel triomphe pour
-les honnêtes gens, pour la France, si cinq mois plus tard, le 27
-octobre 1873, _LE ROI_ n’avait _RIEN DIT_!
-
-
-
-
-CHAPITRE XIV
-
- LES ÉLECTIONS DE 1876.—L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.—SOUVENIRS
- D’UN VIEUX MÉLOMANE.
-
-(1874-1878)
-
- L’_Union de Vaucluse_. La Politique en sabots. Mort de Jules Janin.
- _Beati non possidentes!_—Les Élections de 1876. Rue et hôtel de
- Rivoli. Le marquis de Besplas et le château de la Garenne-Randon.
- Léontine Fay et le _THÉATRE DE MADAME_.—Mort de Joseph Autran. Le
- Seize-Mai. Les articles sur M. Thiers.—Séjour à Hyères. M^{gr}
- Dupanloup. La villa de Costebelle. La Messe à bord du vaisseau-école
- le _Souverain_. Lettre de l’Évêque d’Orléans. L’Exposition universelle
- et la rue de Passy.—_Promenade au Salon de 1878._ Le _Barabbas_ de
- Charles Muller et l’_Apothéose_ de M. Thiers. M^{lle} Sarah Bernhardt
- et le buste de M. Émile de Girardin. Les _Souvenirs d’un vieux
- mélomane_. Article d’Henri Lavedan. Pontmartin quitte Paris pour n’y
- plus revenir.
-
-
-I
-
-Pontmartin, après le 24 mai, avait cru au retour prochain de la
-monarchie. La lettre du 27 octobre, qui détruisait toutes ses
-espérances, lui causa une inexprimable douleur. Sa santé même en
-reçut une grave atteinte. Il m’écrivait, le 4 novembre: «Depuis qu’a
-paru la lettre néfaste, mes insomnies, qui n’étaient que fréquentes,
-sont devenues continuelles, et il en résulte, chaque lendemain, un
-assoupissement maladif, qui dérange même l’équilibre de mes facultés
-intellectuelles. J’ai dû m’interdire tout travail.»
-
-Mais, pour lui, ne plus écrire, c’était la chose impossible. Là,
-d’ailleurs, était le devoir. Il me mandait des Angles, le 31 janvier
-1874: «Je voudrais pourtant travailler encore; il me semble que, dans
-un temps comme celui-ci, un écrivain n’est tout à fait libéré que
-lorsqu’il est tout à fait mort.» Dès la fin de novembre 1873, sans
-reprendre encore ses _Samedis_ de la _Gazette_, suspendus depuis le
-mois d’août, il avait taillé de nouveau sa plume. «Voici plus de trois
-mois, me disait-il, le 27 février 1874, que je me suis fait, non pas,
-hélas! prophète, mais journaliste dans mon pays. j’ai eu parfois envie
-de vous envoyer mes articles, mais il m’a paru qu’ils ne pouvaient
-intéresser que les Vauclusiens. Pourtant un des derniers, intitulé
-_Honorum dehonestamentum_, a eu quelque retentissement.»
-
-C’est dans l’_Union de Vaucluse_ que paraissaient ces articles; deux
-des plus réussis, _les Fantômes_ et _Marphurius ou les Superstitions_,
-ont été recueillis dans le tome X des _Nouveaux Samedis_, où ils
-forment les chapitres VII et VIII de la série qui a pour titre:
-_la Politique en sabots_. Ils ont été écrits à l’occasion de
-l’élection partielle dont le département de Vaucluse fut le théâtre
-en février-mars 1874, et où se trouvaient en présence le citoyen
-Ledru-Rollin et un ami de Pontmartin, le marquis de Biliotti[397].
-
-Cette petite campagne de presse, dans sa ville natale, sur le terrain
-même où avaient eu lieu ses débuts, avait sans doute ranimé ses forces;
-il en profita pour envoyer au _Correspondant_ deux grands articles,
-l’un sur Prosper Mérimée, à propos des _Lettres à une Inconnue_[398],
-l’autre sur le _Quatre-vingt-treize_ de Victor Hugo[399], Autran lui
-écrivait, le 27 mars, après la lecture du second de ces articles: «Vous
-êtes vraiment un homme étonnant, vous qui trouvez ainsi ces flots d’une
-prose éloquente, toujours plus pure et toujours plus abondante. _Il est
-des écrivains qui sont des sources vives, vous êtes un de ceux-là._ Le
-_Figaro_ disait, l’autre jour, par la plume de ce mystérieux François
-Duclos[400], que vous n’aviez rien à envier à Sainte-Beuve. Je le crois
-certes bien. Jamais, au grand jamais, Sainte-Beuve n’a eu cette ampleur
-de vue et cette maëstria de style qui vous appartiennent. Il avait sans
-doute des qualités de finesse incroyables; mais, si exquises qu’elles
-fussent, elles étaient certainement d’un ordre inférieur aux vôtres...»
-
-Cette lettre d’Autran alla trouver Pontmartin à Cannes, d’où il
-m’écrivait à ce même moment:
-
- Cannes, Hôtel de la Plage, 29 mars 1874.
-
- Mon cher ami, si vous vous étonnez de mon long silence, ce seul mot,
- _Cannes_, vous répondra pour moi. J’allais partir pour Paris quand,
- tout à coup, un mistral furieux, imprégné de toutes les neiges du
- Ventoux, du Luberon et des Alpines, est venu fondre sur nos bords du
- Rhône, ménagés jusque-là par l’hiver 1873-1874. Je me suis enrhumé, et
- mon médecin m’a ordonné de faire mon pacifique 20 mars, non pas quai
- Malaquais ou sous le marronnier des Tuileries, mais sur le golfe de la
- Napoule, à 4 kilomètres du golfe Jouan. Il est permis d’être un peu
- girouette quand le vent est si violent, le terrain si peu solide et
- la politique si variable. Je suis donc venu à Cannes, et j’y resterai
- probablement jusqu’au 15 avril; un mois d’exil ou de vacances, suivant
- qu’on est plus épris des beautés de la nature ou du bel-esprit
- parisien. Au surplus, je dois vous avouer que, d’année en année, Paris
- m’attire moins et m’effraie davantage. Qu’irais-je y faire?... Le vrai
- nid, ou, hélas! pour parler plus exactement, la vraie retraite, quand
- on a passé la soixantaine et qu’on n’est guère valide, c’est le pays
- natal; c’est la maison des champs où l’on a grandi, où l’on a promené
- ses premiers rêves après avoir lu _René_ et les _Méditations_, où l’on
- a vécu, prié, pleuré, souri, espéré, aimé sous l’aile maternelle, où,
- cinquante ans plus tard, on retrouve à chaque pas la trace des années
- heureuses. Sans considérer les vanités de ce monde avec le pessimisme
- hautain de Chateaubriand ou le dédain hiératique de Bossuet, y a-t-il
- quelque chose de plus misérable que le spectacle auquel nous assistons?
-
- * * * * *
-
- Quel bon moment pour acheter des sabots et lire les _Géorgiques_!
- En attendant, mon cher ami, Cannes m’inonde de soleil et réalise à
- mes yeux ces deux lignes des _Lettres à l’Inconnue_: «Il y a tant
- de fleurs et de si belles partout, que la verdure est une exception
- dans le paysage.» Pendant que je vous écris, je n’ai qu’à lever les
- yeux pour apercevoir, de ma fenêtre entr’ouverte, ces montagnes que
- l’imagination des Grecs aurait peuplées de faunes et de dryades,
- cette mer dont les vagues somnolentes viennent expirer sur la plage
- dans leur frange d’écume, avec un murmure monotone et mélancolique;
- c’est très beau et un peu triste; mais quoi de plus _humain_, de plus
- en harmonie avec les cordes mystérieuses de l’âme, que ce mélange de
- beauté et de tristesse? Tout ce qu’il faut pour charmer nos regards,
- et pour nous avertir qu’il existe encore quelque chose au delà?...
-
-Dans les premiers jours de mai, Pontmartin revient à Paris et
-s’installe, comme en 1873, au pavillon de Rohan. Il publie le dixième
-volume des _Nouveaux Samedis_ et fait sa rentrée à la _Gazette de
-France_, le 5 juillet, par un article sur Jules Janin, qui venait de
-mourir[401]. L’article est des plus élogieux, et c’était justice. Jules
-Janin était, lui aussi, un écrivain de race, et Pontmartin eut raison
-de célébrer sa verve intarissable, son amour sincère et constant pour
-la belle littérature, ses _Lundis_, qui avaient été, pendant quarante
-ans, une fête hebdomadaire. Lui-même, d’ailleurs, lors de la _crise
-Charbonneau_, avait eu grandement à se louer du critique des _Débats_.
-Il n’oubliait pas non plus qu’un jour Jules Janin, lui envoyant sa
-traduction d’Horace, avait écrit sur la première page du volume ces
-deux vers, délicate allusion aux opinions royalistes du critique de la
-_Gazette_:
-
- Prenez-la, mon ami, vous qui valez mieux qu’elle.
- Pourquoi? me direz-vous.—Vous êtes plus fidèle.
-
-Au lendemain de son article, Pontmartin regagna les Angles. De loin,
-les Angles, c’était pour lui le repos, la tranquillité, le loisir, la
-rêverie sous les grands arbres, la promenade au bord du fleuve, le
-travail que rien ne trouble, sinon le chant des oiseaux dans le jardin
-et le murmure du vent dans les vieux marronniers: _Angulus ridet_. De
-près, ce n’est pas tout à fait cela. Il m’écrit, le 29 janvier 1875:
-
- ...C’est moi qui suis en retard, et je m’en accuse; mais je dois
- ajouter que je suis débordé, écrasé, englouti, submergé. Figurez-vous
- que _ma_ littérature n’est que le très petit accessoire de mes
- journées; c’est ce qui devait nécessairement arriver dans un pays où
- personne n’admet que mon temps n’appartienne pas aux solliciteurs,
- aux fermiers, aux visiteurs, aux amis, aux affaires d’autrui
- surtout, exactement comme si je n’avais jamais touché une plume de
- fer ou d’oie. Tantôt c’est un syndicat que je préside, après avoir
- préalablement donné à dîner à quelques-uns de mes collègues; ce qui
- m’ahurit pour 24 heures; tantôt c’est l’ingénieur de notre chemin de
- fer, chez qui je suis obligé de courir pour lui démontrer, un plan à
- la main, que le _tracé_ qu’il a choisi ruinerait notre malheureuse
- plaine...
-
-Pour un peu, le pauvre propriétaire s’écrierait—ne fût-ce que
-pour n’avoir rien de commun avec le comte de Bismarck—_Beati non
-possidentes[402]!_ Une ressource pourtant lui restait; c’était, après
-avoir fui Paris, de fuir les Angles, et de se réfugier sur le littoral
-de la Méditerranée. En mars et avril, après quelques semaines passées
-à Cannes, il fit un assez long séjour à Marseille. «Vous me demanderez
-peut-être, m’écrivait-il de cette dernière ville, pourquoi je suis
-resté si longtemps à Marseille. C’est d’abord parce que j’espérais
-apporter quelque distraction à M. Autran, dont l’état m’attriste
-profondément; c’est ensuite parce que j’ai été comblé de politesses et
-de témoignages de sympathie. Sans le mistral, j’aurais pu me croire à
-Nantes, au milieu d’un groupe auquel vous auriez appris à m’aimer, et
-même à me lire. Invitations, déjeuners à la campagne, promenades sur
-mer, parties de pêche, c’est une série d’honnêtes plaisirs qui
-
- Chatouillent de mon cœur la secrète faiblesse.
-
-Cette bonne vieille radoteuse, qu’on appelle la littérature, peut donc
-servir à quelque chose? J’en avais douté bien souvent, mais non pas
-quand je vous lisais[403].»
-
-Nombreux, en effet, étaient là-bas, à Marseille, les amis de
-Pontmartin. L’un des plus chers, après Autran, était un autre poète,
-le traducteur de Catulle, l’auteur des _Poésies simples_ et des
-_Sentiers unis_, M. Eugène Rostand, qu’il appelle quelque part «un
-charmant causeur, un vaillant publiciste, un homme excellent, un
-poète exquis[404]». Quelle délicieuse maison que celle de M. Rostand!
-Pontmartin y voyait le mélodieux frère d’Eugène, Alexis, et aussi le
-jeune Eddy[405], ses gentilles sœurs et leur aimable mère. Vingt-huit
-ans plus tard, Eddy, devenu membre de l’Académie française, se
-souviendra du vieux critique, de l’ami de son enfance, et il dira,
-dans son discours de réception: «C’est élégant comme du Pontmartin».
-Et Eugène-Melchior de Vogüé lui dira, dans sa réponse: «La demeure de
-vos parents était accueillante aux écrivains, aux artistes. Vous vous
-rappelez l’un de ces familiers, haute silhouette maigre, voix fluette
-et spirituelle: vous aussi, vous avez joué sur les genoux de mon cher
-maître, Armand de Pontmartin: donnons ensemble un souvenir respectueux
-au vieil ami qui eût dû nous précéder dans cette Compagnie[406].»
-
-Toute cette année 1875 se passa sans que Pontmartin revînt à Paris;
-mais il n’interrompit pas pour cela ses _Semaines littéraires_[407], et
-il publia deux nouveaux volumes de Causeries: en mars, le tome XI; en
-octobre, le tome XII des _Nouveaux Samedis_.
-
-
-II
-
-Lorsque s’ouvrit l’année 1876, l’Assemblée nationale de Versailles
-avait vécu.
-
-Le 31 décembre 1875, elle avait décidé que l’élection des deux
-cent vingt-cinq sénateurs, dont la nomination appartenait au corps
-électoral, aurait lieu le 30 janvier 1876, celle des députés le 20
-février; que les nouvelles Chambres se réuniraient le 8 mars, et que ce
-serait ce jour-là seulement qu’expireraient théoriquement les pouvoirs
-de l’Assemblée. Mais, en fait, la séance du 31 décembre fut sa dernière
-séance. Elle se sépara le dernier jour de l’année 1875, pour ne jamais
-plus se réunir.
-
-Les élections du 30 janvier et du 20 février allaient décider des
-destinées du pays; l’avenir, la prospérité, la vie même de la France
-était l’enjeu. Pontmartin n’avait jamais manqué au devoir patriotique;
-cette fois encore, il s’y dévouera tout entier. Vainement son médecin
-insiste près de lui pour qu’il aille passer l’hiver à Cannes. Il s’y
-refuse, et, le 6 janvier, il m’écrit; ou plutôt il dicte à son fils une
-lettre à laquelle j’emprunte ces lignes:
-
- ...Certes, mes yeux, mes nerfs et mes poumons préféreraient la plage
- de Cannes au pavé d’Avignon ou de Nimes; mais je ne crois pas devoir
- m’éloigner du théâtre de la lutte, quand même je n’y gagnerais que
- la douleur d’assister au triomphe de nos adversaires. Dussé-je ne
- recruter qu’une voix pour le Sénat et vingt pour la Chambre, je
- resterais jusqu’à la fin sur la brèche; j’ai la tête pleine de petites
- vérités sociales, économiques, politiques, à l’usage de nos ruraux,
- et il est possible que j’en fasse une brochure de 64 pages in-32 que
- nous tâcherions de propager, surtout dans notre zone méridionale. La
- littérature a du bon, mais je dois vous avouer que, pendant toute
- cette crise électorale, il me semble bien difficile et bien inutile
- de s’occuper des défauts et des mérites d’un roman et d’un volume de
- poésie...
-
-La brochure projetée parut en six fois dans l’_Union de Vaucluse_
-et, sous ce titre: _les Élections de 1876_, fut répandue dans les
-départements du Midi, de Toulouse à Marseille. Immédiatement après,
-vinrent six articles contre Gambetta; puis, un appel aux Conservateurs,
-en vue du scrutin de ballottage qui eut lieu le 5 mars. Et tout cela
-presque en pure perte! Des scrutins du 20 février et du 5 mars sortit
-cette majorité des 363, dont les exploits ne sont que trop connus.
-Pontmartin m’écrivit aussitôt pour me dire—ce sont les dernières
-lignes de sa lettre du 5 mars: «Serrons-nous l’un contre l’autre dans
-la mauvaise fortune. Courage, si c’est une crise! résignation, si c’est
-une fin! Notre Roi n’a pas voulu de nous; mais Dieu nous reste, et
-peut-être aura-t-il pitié de la France.»
-
-Dans les premiers jours de juin, il revenait à Paris, après une
-absence de deux ans, descendait rue et hôtel de Rivoli, 203, et
-publiait la treizième série des _Nouveaux Samedis_, où il y avait
-heureusement assez d’esprit et de talent pour conjurer les mauvaises
-chances du nombre 13.
-
-En juillet, la chaleur étant devenue insupportable, il alla passer
-quelques semaines chez son cousin le marquis de Besplas, au château de
-la Garenne-Randon,—près de la station d’Épone-la-Garenne,—la bien
-nommée, disait-il; car, dans une seule allée du parc, il avait compté
-un matin 57 lapins. Jamais chasseur méridional ne s’était trouvé à
-pareille fête! La bibliothèque du châtelain était un gîte très commode
-pour ses écritures; c’est à peine cependant s’il pouvait, le mercredi
-soir, aller jeter à la boîte de la poste son article hebdomadaire.
-Aussi bien, la demeure de l’aimable M. de Besplas ne désemplissait
-pas de comtes et de marquis, de baronnes et de duchesses. Élégants et
-belles dames n’étaient point du reste pour effaroucher Pontmartin,
-aussi à son aise, en ce château de Seine-et-Oise, qu’au restaurant
-Caron ou à la Taverne de Londres. Il en était quitte, mélomane
-incorrigible, pour se chanter à lui-même, sous les arbres du parc, la
-romance du _Pré-aux-Clercs_:
-
- Les rendez-vous de noble compagnie
- Se donnent tous dans ce charmant séjour.
-
-De retour aux Angles, il reprenait ses _écritures_ avec une activité
-nouvelle. Le décès de M^{me} Volnys—la Léontine Fay du _Mariage de
-raison_—morte pieusement à Nice le 29 août 1876, lui inspirait un
-de ses meilleures feuilletons[408]. «Je vous recommande ma _Léontine
-Fay_, qui vous intéressera, me mandait-il le 8 septembre. C’est encore
-un chapitre de mes souvenirs de jeunesse, et je reconnais, chaque
-fois que je touche à ces notes mélancoliques et vibrantes, que vous
-avez bien raison et que ce genre mixte entre la critique, l’histoire
-intime, l’impression personnelle et le roman, est peut-être ce qui me
-conviendrait le mieux. Mais n’est-ce pas trop tard? Et les triomphes
-de plus en plus décisifs de la démocratie radicale ne créeront-ils
-pas bientôt une société nouvelle où les souvenirs de l’ancienne ne
-trouveront plus d’écho?...»
-
-Ces souvenirs, il y reviendra de plus en plus. Le moindre mot, le plus
-petit détail, suffisent à les réveiller. Un jour,—c’était à quelques
-semaines de la lettre qu’on vient de lire,—je lui annonce que j’ai
-trouvé chez un bouquiniste de Nantes, dans leur édition originale[409],
-la collection à peu près complète des comédies-vaudevilles de Scribe,
-du Scribe de la Restauration, de 1824 à 1829. Pontmartin me répond, le
-15 décembre 1876:
-
- ...Si vous saviez quelles images évanouies, quel monde de souvenirs
- vous m’avez rendu en me parlant de cette jolie édition beurre frais,
- rose ou abricot du _Répertoire du Théâtre de Madame_[410]. C’était
- bien en 1829, et ce fut, après les austères années de catéchisme,
- de collège et de lauriers bien éphémères au concours général, une
- de mes premières jouissances profanes, avec une légère saveur de
- fruit défendu. On en trouvait l’assortiment chez Masgana, galerie de
- l’Odéon, et j’échangeais—_proh pudor!_—mon dictionnaire grec de
- Planche contre quatre de ces élégantes brochures, _la Demoiselle à
- marier_, _le Charlatanisme_, _l’Héritière_ et _les Dernières amours_.
- Est-ce assez loin? Étions-nous assez jeunes, et sommes-nous assez
- vieux? J’ai peine, cher ami, à retenir mes larmes en vous écrivant
- ces dernières lignes; c’est que je pense à la France de 1829 et à la
- France de 1876... Ah! l’abîme est encore plus large et encore plus
- sombre pour elle que pour moi...
-
-
-III
-
-Nous ne nous étions plus rencontrés depuis le mois de mai 1873. Dans
-ma dernière lettre de 1876, je le priai de me dire à quelle date nous
-pourrions, après une aussi longue séparation, nous retrouver enfin à
-Paris. Il me répondait, le 4 janvier 1877, au sujet de ce projet de
-réunion:
-
- ...ous rayons, n’est-ce pas, le mois de janvier? Me voici en plein
- dans ma 66^e année; je m’enrhume facilement, et si j’arrivais à Paris
- pour le parcourir en _tous sens_ (pardonnez-moi celui-là; il est d’une
- vieillesse qui a droit au respect), notre but ne serait pas atteint.
- Savez-vous quelle avait été mon idée? Louer à Versailles une petite
- maison meublée avec jardin, où j’aurais passé toute une saison, du 15
- mars au 15 juin. Mon fils serait venu m’y retrouver un peu plus tard,
- et, en attendant, vous auriez occupé sa chambre. J’ai un domestique
- fort peu élégant, mais brave homme, qui nous aurait servis. Il y a
- un train du soir pour les gens qui vont au spectacle. Nous aurions
- pu passer à Paris une partie de nos journées, et, quand nous aurions
- ressenti quelque fatigue, messieurs de l’extrême gauche ne nous
- auraient pas empêchés de jouir des magnifiques ombrages du parc, et de
- cette atmosphère de calme, de mélancolie, de majestueuse solitude, que
- les violences ou les niaiseries parlementaires[411] n’ont pas réussi à
- supprimer. Si cette idée vous déplaît, ne vous en effrayez pas trop.
- Elle n’a rien de précis, de positif; c’est plutôt la vague impression
- d’un _vieux_ qui commence à se trouver un peu dépaysé au milieu des
- encombrements parisiens et du tapage des voitures...
-
-Il était encore aux Angles, lorsque, le 7 mars, sans que rien l’eût
-préparé à cette nouvelle tristesse, il apprit la mort de son ami
-Autran, qu’il m’annonça, le jour même, en ces termes:
-
- Mercredi matin. 7 mars 1877.
-
- Je comptais ce matin vous écrire une longue lettre; mais je suis
- foudroyé par une nouvelle que, très probablement, vous connaîtrez
- déjà quand vous me lirez, la mort subite de M. Joseph Autran. Je
- l’apprends, à l’instant, par un télégramme, qui, grâce à un retard
- inexplicable, ne m’arrive qu’avec la _Gazette du Midi_, où ce
- malheur est annoncé. Rien ne m’y préparait. Atteint, depuis six ou
- sept ans, d’une cécité presque complète, le pauvre poète paraissait
- d’ailleurs jouir d’une bonne santé. Son père avait vécu jusqu’à 84
- ans. Une maladie de cœur, que personne ne soupçonnait, l’a emporté en
- quelques minutes. Je vais partir pour Marseille, où j’espère arriver
- à temps pour ses obsèques. En dehors de mes profonds regrets, quelles
- douloureuses réflexions ne suggère pas cette mort si soudaine! Il y
- a un mois, je perdais un ami intime, non moins intime ami de Léopold
- de Gaillard, M. Louis de Guilhermier[412]; dans l’intervalle, j’ai
- tremblé pour ce jeune homme[413] si bon, si pieux, si dévoué, dont
- je vous avais parlé dans ma dernière lettre, et que nous appelions
- ensemble le _Biré_ de la onzième heure; il n’est pas mort, il est hors
- de danger; mais, pendant huit jours, on a cru qu’il serait impossible
- de le sauver, et sa mère m’écrit ce matin qu’il est encore si faible
- qu’elle me demande de retarder ma visite. Vous le voyez, mon cher
- ami, cette année 1877, si menaçante pour la France et pour tous les
- honnêtes gens, a pour moi des cruautés particulières, et ses coups de
- foudre ressemblent à des coups de cloche. Il faut que ces tristesses
- tiennent une bien grande place dans mon cœur, pour m’excuser de ne pas
- vous avoir encore remercié de l’envoi de l’_Union de l’Ouest_ et de
- cet article[414] où je me suis retrouvé, comme toujours, embelli par
- votre amitié. Cette amitié est infatigable depuis près d’un quart de
- siècle, et mon regret est de n’avoir pas un peu moins d’années et un
- peu plus de talent pour la suivre et la justifier jusqu’au bout. Mes
- remercîments, quoique vêtus de deuil, n’en sont pas moins sincères,
- et, quoique tardifs, seront toujours prêts à rattraper le temps perdu.
-
- Mais, hélas! quel néant que la vie! quel néant surtout que nos
- glorioles! Hier, à propos de la _Biographie_ d’Alfred de Musset par
- son frère Paul, je recueillais mes souvenirs, ces souvenirs qui
- vous intéressent. Je _me voyais_, à la première représentation du
- _Caprice_, puis, dix-huit mois après, au lendemain de la _première_
- de _Louison_ (un petit four), quand nous nous demandions, Buloz, de
- Mars, Alexis de Valon et moi, comment on pourrait s’y prendre pour
- dire un peu de vérité sans offenser le poète favori de la _Revue des
- Deux Mondes_. En ce moment, la porte s’ouvre, et nous voyons entrer
- Musset nous apportant les _Trois marches de marbre rose_. Il y a de
- cela 28 à 30 ans; la chute de Louis-Philippe, la seconde République,
- le coup d’État, l’Empire, les désastres et les crimes de 1870 et
- 1871, les tentatives de Restauration monarchique, l’avortement de nos
- espérances, les victoires de la République radicale, nos humiliations
- du dedans et du dehors, ont passé sur ces souvenirs; Buloz, de Valon,
- de Mars, Alfred de Musset, sont morts; et pourtant il me semble que
- c’était hier! qu’est-ce que l’homme, ou plutôt qu’est-ce qu’un homme,
- un individu, un atome, un grain de sable, autour duquel tourbillonnent
- ces événements gigantesques, jusqu’à ce qu’il soit emporté lui-même
- et disparaisse! Et dire qu’il y a des gens qui bouleversent le monde,
- qui désolent leur pays, pour le plaisir de nous faire comparer leur
- petitesse à ces grandeurs! Voilà le triomphe de la Religion; elle
- agrandit et élève du côté du ciel cet horizon si étroit du côté de
- la terre. En nous prêchant l’humilité qui devrait nous être aussi
- naturelle que l’usage de nos cinq sens, elle nous rattache à la
- seule idée de durée que nous puissions conserver ici-bas. Si je ne
- craignais de commettre un paradoxe, presque une hérésie, je dirais que
- l’orgueil, si anti-chrétien, le plus capital des péchés capitaux, ne
- pourrait pourtant et ne devrait chercher sa pâture que dans la foi qui
- lui promet l’infini. Pardonnez-moi, cher ami, ce verbiage qui n’est
- peut-être que du pathos et du galimatias; car ma pauvre tête subit le
- contre-coup de mes tristesses de cœur. J’y aurai du moins gagné de
- prolonger avec vous une de ces causeries que je voudrais multiplier
- sans compter, tant j’y trouve de consolation et de douceur! Adieu et
- au revoir! ne renonçons pas à nos projets de réunion parisienne. Votre
- poignée de main me sera plus nécessaire que jamais. A vous, bien à
- vous de cœur.
-
-Le 3 mai, il arrivait à Paris et descendait, comme l’année précédente,
-à l’hôtel de Rivoli. Quelques jours après, éclatait le Seize-Mai,
-le renvoi par le maréchal de Mac-Mahon de M. Jules Simon et de ses
-collègues, et la constitution du cabinet de Broglie-Fourtou. J’allai,
-à ce moment, rejoindre Pontmartin. Il était attristé, peu confiant
-dans le succès de l’entreprise du maréchal: il n’avait jamais cru à la
-République conservatrice, et il ne voyait dans le nouvel essai qu’on
-en voulait faire qu’un acheminement plus prompt vers le triomphe de la
-République radicale. Il venait du reste de tomber assez sérieusement
-malade, et il dut, pendant deux mois, suspendre ses _Samedis_ de
-la _Gazette_. En juillet, sa santé rétablie, il s’installa, pour
-quelques semaines, comme il l’avait fait en 1876, au château de la
-Garenne-Randon, où il se rencontra, cette fois, sans préjudice des
-grandes dames et des _clubmen_ obligés, avec un héros, le général de
-Charette, et un grand compositeur, Charles Gounod.
-
-La dissolution de la Chambre des députés avait été votée par le
-Sénat[415]. De nouvelles élections étaient imminentes, et elles
-emprunteraient aux circonstances une gravité exceptionnelle. Pontmartin
-ne voulut pas s’en désintéresser. Avant de quitter La Garenne, il
-publia, dans la _Gazette de France_, en août, une réplique au manifeste
-des sénateurs et députés républicains de Seine-et-Oise, réplique qui
-fut répandue dans tout le département par les soins de M. de Besplas.
-«Si tous les conservateurs, m’écrivait-il, suivaient l’exemple de ce
-vaillant octogénaire, nous aurions beaucoup plus à espérer et beaucoup
-moins à craindre. Le matin, dès 6 heures et demie, je le trouve
-dans sa bibliothèque, assis à sa table, écrivant aux maires de son
-arrondissement, abrégeant mon article pour qu’il puisse être propagé
-dans tous les cafés du pays, puis recevant quelques braves paysans
-qu’il associe à son œuvre et se concertant avec eux.»
-
-Parti de La Garenne le 17 août, il prit le _rapide_ jusqu’à Marseille
-pour éviter la fête votive de son village et une séance de syndicat,
-suivie d’un énorme dîner. A Marseille, il écrivit pour la _Gazette
-du Midi_ un article électoral qui, dans sa pensée, devait être la
-contre-partie méridionale de sa Réplique au manifeste des sénateurs et
-députés de Seine-et-Oise.
-
-Rentré aux Angles, il continuera la campagne. En dehors de ses
-_Samedis_, il envoie à la _Gazette de France_ quatre articles sur
-M. Thiers[416], écrits en vue des élections. Il me mande, à cette
-occasion, le 30 septembre: «J’avais pensé à faire de mon travail sur M.
-Thiers une petite brochure, et je vois que vous avez eu la même idée;
-mais je suis si peu secondé! si peu encouragé! Il y a six mille lieues
-de mon allée de marronniers au boulevard des Italiens... Je viens
-pourtant d’écrire quelques lignes à Léon Lavedan[417], qui dispose,
-m’a-t-il dit, de plus de deux cents journaux, et qui nous les a
-offerts, à Léopold de Gaillard et à moi, pour la période électorale. Je
-lui livre mon œuvre, soit pour en faire reproduire des fragments, soit
-pour la colliger en un format économique et portatif.»
-
-Les élections, à ce moment, étaient proches; elles avaient été fixées
-au 14 octobre. Pontmartin ne s’illusionnait guère sur leur résultat. Sa
-lettre du 30 septembre se terminait par ces lignes: «Que le bon Dieu
-nous protège! Quel chaos, mon cher ami, et peut-être quelle débâcle
-si les élections sont encore radicales! N’importe! restons fidèles;
-restons sur la brèche! Faire son devoir, tout son devoir, c’est
-beaucoup, quand on réussit; l’avoir fait, c’est quelque chose quand on
-succombe.»
-
-
-IV
-
-Après les tristesses de 1877, l’année 1878 allait lui apporter une
-grande consolation, une des meilleures joies de sa vie. Au commencement
-de février, il s’était installé à Hyères, l’avait quittée pour
-Cannes, où l’appelaient Léopold de Gaillard et Victor de Laprade;
-puis, après quelques jours passés avec eux, était revenu à Hyères,
-où M^{gr} Dupanloup faisait un séjour, par ordre de ses médecins.
-Les relations de l’évêque d’Orléans et de l’auteur des _Samedis_
-n’avaient été jusque-là qu’intermittentes, mais l’entente ne fut pas
-longue à s’établir entre eux, grâce à leur attrait réciproque l’un
-pour l’autre et à une foule de souvenirs communs: «On écoutait, ravi,
-a dit un de leurs auditeurs, l’intarissable critique et le grave et
-souriant évêque, se laissant aller tous les deux au charme de ces
-souvenirs[418].»
-
-Ils se voyaient chaque jour, soit chez le comte et la comtesse de
-Rocheplatte, soit chez le baron et la baronne de Prailly, en cette
-villa de Costebelle, où vivait la mémoire du P. Lacordaire.
-
-Pontmartin accompagnait souvent l’évêque à quelques lointaines
-promenades. «C’est pendant ces promenades, écrira-t-il plus tard, au
-bruit de cette voiture alourdie sur un lit de poussière, avec vingt
-minutes d’arrêt et de silence pour le bréviaire, que s’ouvrait pour moi
-ce livre vivant, cette inappréciable collection de chapitres d’histoire
-contemporaine, où je reconnaissais tour à tour la douceur de l’évêque,
-la sagacité du politique, la résignation du chrétien, l’enjouement du
-causeur, l’éloquence de l’orateur, le suprême langage de l’expérience
-et de la sagesse, l’âme du grand citoyen, la cicatrice des jours de
-désastres, la conviction que tout aurait pu être sauvé et la crainte
-que tout ne soit perdu. Je prononçais presque au hasard un nom célèbre,
-je rappelais une date mémorable: il ne m’en fallait pas davantage pour
-voir passer devant moi tel ou tel de ces personnages qui ont figuré un
-moment sur la scène du monde politique...»
-
-Dans la rade d’Hyères stationnait, avec ses douze cents hommes
-d’équipage, le grand vaisseau-école le _Souverain_. Le commandant
-était un marin aussi chrétien que brave, M. Lefort, l’inventeur des
-torpilles, et le commandant en second, M. de Montesquiou, dont la
-belle-sœur, M^{me} Standish, née des Cars, appartenait à une famille
-depuis longtemps en relation avec M^{gr} Dupanloup. Tous les deux se
-rencontraient avec lui chez M. le comte de Rocheplatte. Ils eurent
-la pensée de lui faire les honneurs de leur bâtiment. Le dimanche 10
-mars, la messe fut dite à bord du _Souverain_ par l’évêque d’Orléans.
-Pontmartin y assistait. Il quitta Hyères quelques jours plus tard, non
-sans avoir envoyé à la _Gazette de France_ le compte rendu de cette
-cérémonie, si majestueuse à la fois et si émouvante. Sa Causerie, qu’il
-n’a pas reproduite dans ses _Samedis_ et qui est pourtant une des plus
-belles pages qu’il ait écrites, n’arriva à Costebelle qu’après son
-départ. Il reçut de l’évêque la lettre suivante:
-
- Hyères, 21 mars 1878.
-
- Monsieur et bien excellent ami, il faut donc se résigner à ne plus
- vous voir à Hyères! C’est ce que je viens d’apprendre avec grande
- tristesse. Oh! le méchant homme! qui, comme le Parthe, lance en fuyant
- une flèche empoisonnée de toutes les douceurs les plus mortelles
- à l’amour-propre des pauvres gens, et ne leur laisse même pas le
- temps de protester pour la forme! C’est affreux de s’en aller ainsi,
- quand on vous aime. Mais, du moins, on est heureux de vous avoir vu,
- entendu, connu de près, et apprécié, comme le méritent votre charmant
- esprit et votre excellent cœur; et on espère bien vous retrouver
- quelquefois, à Paris: ce qui n’est pas la même chose que sur les bords
- de cette mer enchantée, que vous savez si bien peindre, et aux doux
- feux de ce soleil, dont votre style est un rayon. Mes hôtes, et tous
- ceux à qui ils vous ont lu, ont été émerveillés, éblouis. Moi, je
- garde, par-dessus tout, le souvenir de cette exquise bienveillance;
- et j’espère bien qu’il n’en sera pas de ces relations qui m’ont été
- si douces comme de ces brumes colorées qui flottent en ce moment
- sur les îles d’Hyères, et qui s’évanouissent. Je les redemanderai
- toujours[419].
-
-A Hyères, où ses heures de travail lui étaient disputées par une foule
-d’aimables prétextes d’oisiveté, Pontmartin avait vite reconnu qu’il
-lui serait impossible de continuer sous leur forme habituelle ses
-articles de critique qui n’allaient pas sans beaucoup de lectures. Il
-eut l’idée de composer de courts récits qu’il pouvait rêver pendant la
-nuit et improviser le matin. C’est ainsi que furent écrits l’_Olivier
-qui parle_, conte fantastique, le _Pigeon qui parle_, le _Colonel
-Herbert_[420].
-
-Les _Samedis_ cependant succédaient aux _Samedis_. Dès son retour aux
-Angles, il s’était remis à ses Causeries littéraires. Le 20 mai, il est
-à Paris. Trois ou quatre ans plus tôt, en 1874, il lui était arrivé
-d’écrire: «Voici bientôt trente ans que je rêve, comme le _hoc erat in
-votis_, un petit chalet à Passy, au milieu de cette colonie charmante
-où je compte des amis, non loin de mon cher Saint-Genest et de son
-adorable famille, à deux pas de Jules Janin et de Cuvillier-Fleury,
-dans cette oasis où je retrouve la trace des deux enchanteurs de ma
-jeunesse, Rossini et Lamartine. Il est infiniment probable que ce doux
-rêve ne se réalisera jamais; mais je le reprends avec un mélancolique
-plaisir, chaque fois que je reviens à Paris. Le latin n’est-il pas
-admirablement connaisseur du cœur humain, quand il exprime par le même
-mot _désir_ et _regret_[421]?»
-
-Son rêve se réalisa au mois de mai 1878. Il prit un appartement à
-Passy, dans une maison meublée de la rue de ce nom, au n^o 82, tout
-près de la gare de la Muette. Nos plus beaux rêves nous déçoivent, même
-quand ils semblent s’accomplir. Celui de Pontmartin vint se briser
-contre la plus brutale des réalités. On était en pleine Exposition
-universelle. Logé à deux pas du Trocadéro et en face du Champ de Mars,
-il lui fallut vivre au milieu du tapage et de la cohue, assourdi
-par les _tramways_ et les voitures, contemplant chaque jour cet
-incroyable fourmillement, cette foule inouïe qui semblait avoir fait
-de la curiosité sa religion, sa politique et sa littérature, et qui
-paraissait croire que tout était sauvé, si elle voyait le matin un
-tambour-major, à midi un shah, le soir une opérette.
-
-Au milieu du tapage de l’Exposition de 1867, après l’audition de cette
-cantate du vieux Rossini, exécutée par mille musiciens, un orgue,
-deux pièces de canon et douze cloches, Augustin Cochin s’écriait: «_O
-Mozart! O flûte enchantée!_» Pontmartin, en 1878, songeait, lui aussi,
-au divin Mozart et au divin Racine. Une fois sur cette pente, obéissant
-à la loi des contrastes, il se revoyait en idée sur cette terrasse de
-Costebelle, où il était assis à côté de M^{gr} Dupanloup, et d’où ils
-contemplaient ensemble l’horizon merveilleux qui se déroulait sous
-leurs regards, le vaste ciel, la mer et les montagnes.
-
-
-V
-
-Heureusement pour lui, à côté de l’Exposition des machines, il y
-avait l’Exposition des Beaux-Arts. Il y trouva le sujet de deux grands
-articles, publiés dans le _Correspondant_ sous le titre de _Promenade
-au Salon de 1878_[422]. Dans la _Mode_, nous l’avons vu, et dans
-l’_Univers illustré_, il avait déjà fait plusieurs _Salons_. Celui de
-1878 fut le dernier qu’il écrivit.
-
-Les _Salons_ de Pontmartin sont encore des _Causeries_. Il n’essaie
-point, comme Théophile Gautier ou Paul de Saint-Victor, de faire de
-sa plume un pinceau et de son encrier une palette; il se promène tout
-simplement le matin à travers les tableaux et les statues, et, le soir,
-dans son propre salon, il en parle avec goût, avec agrément, en homme
-du monde qui ne se pique pas d’avoir du métier. Que de jolis morceaux
-il y aurait à extraire de cette _Promenade au Salon de 1878_, qu’il n’a
-pas recueillie dans ses œuvres!
-
-Le clou de l’Exposition était le _Barabbas_ de Charles Muller, l’auteur
-de l’_Appel des condamnés_[423] et d’une _Messe sous la Terreur_[424].
-Pontmartin lui consacre deux ou trois pages dont voici le début:
-
- La physionomie de Barabbas est une vraie trouvaille: tout y est, sur
- cette figure, le vice, le crime, le cynisme, l’abjection gouailleuse,
- la joie de la délivrance, l’éblouissement du grand jour succédant
- tout à coup à l’obscurité de la prison, la stupeur d’une ovation
- aussi peu prévue que peu motivée, et aussi une forte envie de rire
- aux dépens de son cortège; car en sa qualité de brigand, Barabbas a
- un peu plus d’esprit que ceux qui le portent en triomphe.—Il nous
- faut Barabbas! Entendez-vous bien?—Mais c’est un misérable, un
- gibier de potence: il a volé, il a assassiné peut-être et celui que
- vous lui sacrifiez ne s’est révélé à vous que par des bienfaits.—Il
- nous faut Barabbas!—Mais réfléchissez! voilà, d’un côté, la vertu,
- l’innocence, la bonté, la charité, le dévouement, la piété, l’honneur;
- de l’autre...—C’est tout réfléchi; il nous faut Barabbas!—Mais
- il a un dossier, un lourd dossier!—C’est justement pour cela que
- nous le voulons; s’il valait mieux que nous, où serait le plaisir
- de l’acclamer, d’en faire notre élu et notre idole?... Plus vous
- nous en direz de mal, plus nous nous obstinerons à le choisir... Un
- individu taré, flétri, dépravé, pourri jusqu’aux moelles, condamné
- pour inceste, exécuté à la Bourse de Jérusalem, qui nous donne la
- joie de le mépriser en le nommant, de chercher, pour le découvrir,
- au-dessous de notre niveau, de rester ses maîtres en le couronnant de
- lauriers et de fleurs, c’est ce qu’il nous faut! Mort à Jésus! vive
- Barabbas!—Pardon! je crois en vérité, que j’allais parler politique!
-
-Le peintre Vibert avait exposé l’_Apothéose de M. Thiers_, et
-Pontmartin d’écrire, au risque de faire encore de la politique:
-
- Rien ne s’accorde plus mal que ces allégories mythologiques et
- emphatiques avec la physionomie spéciale, typique, de cet homme
- illustre et discutable, dont le portrait, malgré Bonnat et M^{lle}
- Nélie Jacquemart, est encore à faire: figure essentiellement
- bourgeoise et moderne dans ses qualités comme dans ses défauts;
- intelligence merveilleusement douée, esprit alerte, souple, varié,
- _dextre_ plutôt que droit, avisé, agile, ouvert, plus riche
- d’expédients que de principes, prêt aux éventualités, fertile en
- ressources; imagination sans élan, sans couleur, sans chaleur et
- sans style; rebelle à toute tentative d’idéalisation poétique ou
- fantasmagorique; patriote avec économie et calcul, insensible aux
- joies sublimes du sacrifice; politique égoïste, parcimonieux et
- incomplet, dont l’art consista tout entier à tempérer la Révolution
- par la bourgeoisie, à réconcilier la bourgeoisie avec la Révolution,
- à neutraliser les partis les uns par les autres, à se créer une
- popularité tardive en persuadant tour à tour aux conservateurs qu’ils
- pensaient comme lui et aux républicains qu’il travaillait pour eux.
- En somme, le contraire d’un héros dans la moins héroïque des époques,
- avec un visage, une taille et une tournure de Joseph Prudhomme
- infiniment spirituel...
-
-Avec M^{lle} Sarah Bernhardt, nous passons de la peinture à la
-sculpture. En 1878, sa célébrité comptait déjà plusieurs lustres. Elle
-avait exposé un buste de M. Émile de Girardin. Déployant vis-à-vis
-d’elle la politesse de l’ancienne cour, Pontmartin lui dédiait ces
-lignes:
-
- M^{lle} Sarah Bernhardt est le contraire d’une académie de province
- (je ne cite que moitié du mot de Voltaire). Elle fait énormément
- parler d’elle. On vante les élégantes originalités, les raffinements
- merveilleux de son petit hôtel de l’avenue de Villiers, qui a eu,
- j’aime à le croire, Melpomène et Thalie pour seuls architectes. Nous
- savons en outre que, malgré ses talents et ses succès de toutes
- sortes, en dépit des rivalités de théâtre et d’atelier, la charmante
- artiste a été ciselée par la prodigue nature de façon à ne faire
- ombrage à personne. Ce qui désolerait ses nombreux admirateurs,
- c’est le bruit que l’on a fait courir, c’est la crainte de la voir
- renoncer à l’art dramatique, si elle réussissait assez sérieusement
- sa sculpture pour prendre définitivement un rang parmi nos statuaires
- illustres. C’est donc dans l’intérêt de sa gloire et de nos plaisirs,
- de la Comédie-Française et de ses habitués, que nous oserons lui dire:
- «Vous êtes adorable; vous jouez Zaïre mieux que la Gaussin, et Phèdre
- mieux que M^{lle} Rachel. Mais nous vous devons une sensation bien
- plus extraordinaire. Vous aviez à perpétrer le buste de M. E... de
- G..., c’est-à-dire du plus laid, du plus sinistre, du plus odieux de
- tous les modèles. Eh bien! vous êtes parvenue à surpasser la réalité.
- Vous avez vengé du même coup toutes les victimes de M. E... de G...
- D’un masque effrayant vous avez fait une grimace simiesque; votre
- œuvre est à deux fins. L’original était bronzé; le buste est coulé!»
-
-Les tableaux militaires avaient été exclus de l’Exposition: ils
-s’étaient disséminés sur plusieurs points, derrière les vitrines de
-nos marchands les plus accrédités: rue Taitbout, dans l’emplacement de
-l’ancien théâtre, et surtout chez Goupil. Pontmartin écrit à ce sujet
-cette dernière page, plus vraie encore après vingt-cinq ans qu’elle ne
-l’était en 1878:
-
- Nous les avons revues, ces toiles de MM. de Neuville, Detaille,
- Dupray, Berne-Bellecour, Protais, Bellanger, Maigret, et nous avons
- éprouvé, en les revoyant, un sentiment étrange. Nous n’en sommes plus
- à compter nos humiliations; nous ne voulons pas savoir si cette mesure
- émolliente et lénitive nous protège, nous honore ou nous humilie. Non!
- une émotion plus douloureuse encore, une idée plus _actuelle_ et plus
- poignante nous serrait le cœur devant ces tableaux où revivent les
- scènes sanglantes de l’invasion et de la guerre... Ces témoignages et
- ces souvenirs devaient nous rester présents, éternellement présents,
- non pas, à Dieu ne plaise! pour nous exciter à des haines stériles,
- à des représailles insensées, à des revanches impossibles, mais
- pour entretenir et renouveler sans cesse en nous le feu sacré du
- patriotisme, le dévouement à cette France mutilée, plus chère et
- plus aimée dans sa faiblesse que dans sa force, dans ses malheurs
- que dans ses prospérités. Ces souvenirs, qu’en avons-nous fait?
- Qui s’en occupe aujourd’hui? Dans cette foule affolée de curiosité
- banale et béate, dans l’étourdissant chaos de cette Exposition
- universelle, de ce _tournoi pacifique_, qui nous fait—à nous et à
- bien d’autres—l’effet du sursis de quarante jours accordé jadis
- aux condamnés dont on avait rejeté le pourvoi, sur quels fronts ces
- navrantes images amènent-elles un pli? Dans quels yeux une larme? Qui
- songe à Reichshoffen et à Gravelotte, à Sedan et à Metz, à la Lorraine
- démembrée, à l’Alsace perdue, aux provinces envahies, au siège et à
- la Commune, aux otages massacrés, à Paris incendié? C’est tout au
- plus un songe de tragédie dont on se réveille pour aller parier aux
- courses, s’extasier devant une porcelaine anglaise ou un paravent
- japonais. Peu s’en faut que les républicains radicaux, les hommes
- du 4 septembre, désormais en pleine possession de leur victoire, ne
- transforment ces anniversaires néfastes en fêtes nationales et ne
- confondent le deuil de leur patrie avec la date de leur avènement. Ils
- s’y prennent si bien qu’ils réussissent à décourager, à pervertir ou
- à éteindre jusqu’aux sentiments qui nous avaient soutenus dans cette
- crise épouvantable, qui avaient donné à l’élite de la nation la force
- de résister, de souffrir, de mourir, de nous indemniser en détail de
- tant de calamités et de désastres. Ils énervent, ils flétrissent, ils
- dénaturent, ils suppriment tout ce qui est nécessaire à un peuple
- pour se relever quand on l’abaisse, pour se réhabiliter quand on
- l’outrage, pour se redresser quand on le menace, pour se maintenir ou
- se retrouver à la hauteur des grandes luttes, des grandes infortunes,
- des grands sacrifices et des grands périls. Ces coups de foudre de
- 1870, ces journées d’angoisses, de détresse et de désespoir, ils
- nous réduisent presque à les regretter. C’était la défaite, c’était
- l’écrasement, c’était l’agonie; mais c’était aussi le patriotisme,
- c’était l’honneur; c’était un même battement de cœur, une passion
- commune devant un _SEUL_ ennemi. Aujourd’hui, si nous avions à subir
- une nouvelle épreuve, nous n’aurions plus même de quoi être vaincus.
-
-Pour protester à sa façon contre cette Exposition universelle, qu’il
-voyait peut-être trop en noir et qui lui apparaissait surtout comme le
-triomphe de la matière sur l’esprit et sur l’art, il publia, pendant
-qu’elle battait son plein, deux nouveaux volumes; au commencement de
-juillet, la seizième série des _Nouveaux Samedis_; à la fin d’octobre,
-les _Souvenirs d’un vieux Mélomane_. Ce fut un jeune, un très jeune
-dilettante, qui se chargea de présenter les _Souvenirs_ aux lecteurs du
-_Correspondant_: «Pourquoi _vieux_? écrivait-il; l’auteur aura beau le
-dire; personne ne le croira, car il se dément lui-même par l’entrain
-juvénile et la verve chaude de tableaux et de récits où palpite
-l’enthousiasme d’un cœur de vingt ans. _Vieux!_ qu’il accumule tant
-qu’il voudra les lustres sur sa tête; il ne le deviendra jamais! Ce
-n’est pas fait pour lui, heureusement pour nous... Mais s’il n’est pas
-vieux, comme il est mélomane! On devine, en le lisant, qu’il ne peut
-écrire le nom seul des divas qui l’ont enchanté naguère sans ressentir
-encore le frisson des représentations fameuses dont il réveille le
-souvenir. L’écho lointain du timbre d’or de la Malibran, de l’archet
-de Paganini, des accords passionnés de Duprez ou de Mario, le fait
-tressaillir et l’enflamme comme aux jours heureux où ils soulevaient
-les auditoires transportés!... En sa qualité de _jeune_, l’auteur a
-le premier don de cet âge heureux: la fantaisie, et c’est elle qui a
-surtout inspiré ce volume chatoyant où s’entremêlent le sourire et les
-larmes, la malice et le sentiment, où trouvent à se satisfaire tous les
-goûts et tous les caprices...» Le jeune critique, qui devait revêtir un
-jour—s’en doutait-il alors?—le frac à palmes vertes, terminait ainsi
-son article: «On raconte que Brillat-Savarin ne s’asseyait jamais à un
-repas fin et succulent qu’après avoir endossé son habit le plus coquet
-et mis ses bas de soie les plus moelleux. Eh bien! les raffinés et les
-gourmets littéraires devraient aussi se mettre en habit et en cravate
-blanche pour savourer les _Souvenirs d’un Mélomane_[425]...»
-
-A l’heure où parut son volume, Pontmartin avait regagné les Angles. Il
-était revenu si assourdi par le bruit, si fatigué par la cohue, qu’il
-se promit de ne plus retourner à Paris: il s’est tenu parole.
-
-
-
-
-CHAPITRE XV
-
-PONTMARTIN ET L’ACADÉMIE
-
-(1868-1878)
-
- La _fièvre verte_. Le fauteuil de M. Empis. Lettre au _Figaro_. Le
- fauteuil de Sainte-Beuve. Une page des _Jeudis_.—Lettres de M. de
- Falloux, de Cuvillier-Fleury et de Joseph Autran. Le _Non possumus_
- de Pontmartin.—Le fauteuil de Saint-Marc Girardin. _Fantaisies et
- Variations_ anti-académiques de M. Bourgarel.—Nouvelle lettre de M.
- de Falloux. Où l’on voit que Pontmartin était moins fort en calcul
- que feu Barrême.—Le fauteuil de Jules Janin. La peau de chagrin...
- académique. Le fauteuil d’Autran. M. Émile Zola se met en marche vers
- le Palais-Mazarin. M^{gr} Dupanloup s’efforce de décider Pontmartin à
- poser sa candidature. Pourquoi il ne s’est jamais présenté.
-
-
-I
-
-Alors que Pontmartin abandonne Paris pour n’y plus revenir, c’est
-peut-être le moment de se demander s’il y a quelque chose de vrai dans
-l’opinion qui assigne pour cause à sa retraite définitive aux Angles le
-refus qu’aurait fait l’Académie de lui donner un de ses fauteuils. On
-le représente essayant d’entrer au Palais-Mazarin, grattant à la porte,
-et, dépité de ne pas la voir s’ouvrir, quittant la capitale et jurant
-de n’y plus remettre les pieds.
-
-C’est là une pure _légende_, que je crois être en mesure de combattre,
-pièces en mains.
-
-Armand de Pontmartin ne fut point de ceux qui attaquent l’Académie et
-qui lancent contre elle des épigrammes, d’ailleurs faciles. Rien ne lui
-paraissait plus enviable que d’en faire partie. Toutes les fois que,
-pendant ses séjours à Paris, avait lieu une séance de réception, il ne
-manquait jamais d’en rendre compte, en toute liberté sans doute, avec
-une entière indépendance, mais aussi avec une réelle sympathie, comme
-quelqu’un qui n’est pas encore de la maison, mais qui, en attendant, se
-montre un bon voisin et un fidèle ami.
-
-A fréquenter ainsi chez les académiciens, il était difficile que
-l’auteur des _Samedis_ échappât complètement à la contagion, et qu’il
-n’eût pas, lui aussi, de temps à autre, un accès, plus ou moins fort,
-de cette fièvre qu’il nomme quelque part la _fièvre verte_, et qu’il a
-si bien décrite:
-
- Savez-vous, écrivait-il un jour, ce que c’est que la _fièvre verte_?
- C’est une maladie bizarre que l’on risque d’attraper en se promenant,
- le jeudi, sur le pont des Arts, entre deux et cinq heures. On y
- rencontre, ce jour-là, des hommes vénérables que l’on peut, au premier
- abord, prendre pour de simples mortels, et qui ne sont pourtant ni
- mortels ni simples, car ce sont des académiciens.
-
- Méfiez-vous! Si le manteau d’un de ces favoris des dieux effleure
- votre redingote, si son regard s’abaisse sur vous d’un air de bonhomie
- narquoise, s’il pousse encore plus loin la condescendance, si, pour
- imiter en tout les gracieux exemples de son secrétaire perpétuel[426],
- il vous dit en vous montrant certaine coupole: «Quand donc serez-vous
- des nôtres?» vous voilà pris; les plus savants docteurs y perdraient
- leur latin et leur quinine; vous êtes livrés, plume et papier liés,
- aux tyranniques caprices de la _fièvre verte_... Je vous plains si
- la maladie est aiguë, et je vous plains encore plus si elle passe à
- l’état chronique[427]...
-
-Il y a là, dans cette Causerie du 20 février 1864, cinq ou six pages
-d’une fantaisie charmante. Heureusement, quand on badine ainsi avec son
-mal, c’est que la fièvre est légère et l’accès passager. La «fièvre
-verte» n’a jamais été, chez Pontmartin, une fièvre continue, mais
-seulement une fièvre intermittente. Ses velléités académiques, nous
-allons le voir, n’ont jamais tenu bien longtemps. Plus d’une fois, ses
-amis ont obtenu de lui qu’il acceptât l’idée d’une candidature; jamais
-ils n’ont pu le décider à faire les démarches nécessaires, à se mettre
-officiellement sur les rangs: en réalité, _il ne s’est jamais présenté_.
-
-J’en éprouvais, pour ma part, un réel chagrin. Bien souvent, avec une
-insistance qui allait parfois, je le reconnais, jusqu’à l’indiscrétion,
-je l’ai pressé de poser sa candidature. Rien ne m’est donc aujourd’hui
-plus facile que de tracer, à l’aide de ses lettres, et aussi un peu
-à l’aide des miennes, qu’il avait bien voulu conserver, l’odyssée
-académique—ou plutôt, hélas! anti-académique—de l’auteur des
-_Samedis_.
-
-A la fin de 1868, il y avait trois fauteuils vacants: ceux de Viennet,
-de Berryer et d’Empis. Le 24 décembre, j’écrivais à Pontmartin: «Voilà
-trois places vacantes à l’Académie. Quand commencerez-vous vos visites?
-Je ne vous tiendrai quitte que le jour où vous me donnerez la joie de
-vous applaudir au palais Mazarin. Mais le sujet vaut qu’on y revienne
-et nous y reviendrons.»
-
-Moins de huit jours après, en effet, le 31 décembre, je lui adressais
-ce nouvel appel:
-
- Arrivons maintenant par le chemin le plus court à l’Académie. Depuis
- ma dernière lettre, j’ai lu dans le _Gaulois_,—qui n’est pas
- toujours _Français_,—et dans le _Français_,—qui est quelquefois
- _Gaulois_,—que vous étiez décidé à poser le pied sur le pont des
- Arts, qui vient d’inspirer à Sainte-Beuve un bien détestable sonnet.
- Il me tarde de recevoir de vous la confirmation de cette nouvelle. Je
- persiste à penser que le moment est venu pour vous de prendre rang. A
- la distance où je suis du champ de bataille, il m’est bien difficile
- d’apprécier quelles peuvent être vos chances actuelles; mais je tiens
- pour certain que, si votre succès n’est pas immédiat, il ne se fera
- cependant pas longtemps attendre.
-
-Pontmartin était alors aux Angles, et c’est de là qu’il me répondit, le
-2 janvier 1869:
-
- Un mot seulement, mon cher ami, pour répondre à vos deux dernières
- lettres. La mienne vous a appris que j’étais encore aux Angles, à 180
- lieues du pont des Arts, et beaucoup plus loin, je crois, de la salle
- des séances du palais Mazarin. Je ne pourrai partir pour Paris que le
- 1^{er} ou le 2 février, et là seulement je pourrai savoir de quoi il
- retourne. La note du _Français_, si elle est, comme je le suppose,
- de Léon Lavedan, ne signifie pas grand’chose; c’est son amitié qui
- a voulu risquer ce ballon d’essai. D’autre part, on m’écrit, au
- contraire, que les trois places vacantes sont déjà prises, que les
- politiques patronnent M. Duvergier de Hauranne, que M^{gr} l’évêque
- d’Orléans protège M. Franz de Champagny, et que, pour le fauteuil de
- l’insignifiant Empis, la majorité se décidera à faire une concession
- du côté des auteurs dramatiques ou autres candidats portés par la
- minorité. Vous voyez, cher confrère et ami, que, même sans tenir
- compte de _mon penchant invétéré à l’abstention_, la plus grande
- réserve est ici de rigueur, surtout si ceux que je dois regarder comme
- mes patrons naturels ont déjà jeté les yeux sur d’autres candidats...
-
-La triple élection fut fixée au 29 avril; le 2, le _Figaro_ annonçait,
-dans ses _Échos de Paris_, la candidature de Pontmartin au fauteuil
-d’Empis; il prit aussitôt la plume et rectifia en ces termes la
-nouvelle:
-
- Vendredi, 2 avril 1869.
-
- Monsieur et cher confrère,
-
- Je lis à l’instant dans vos spirituels _Échos de Paris_: «Les autres
- candidats sérieux à l’Académie sont, en première ligne, MM. Duvergier
- de Hauranne et Armand de Pontmartin.»
-
- J’ignore si je suis sérieux; mais je puis vous affirmer que je ne suis
- pas candidat. Pourtant je me serais contenté du plaisir de vous lire,
- sans vous donner l’ennui de recevoir ma réponse, si je n’avais deux
- motifs et deux excuses.
-
- D’abord, si _bien pensant_, si catholique et si voltigeur de 1815
- que je sois, mon abstention me donne le droit de ne pas servir de
- _repoussoir_ à Théophile Gautier, dont j’ai pu quelquefois combattre
- les doctrines, mais dont j’appelle l’élection de tous mes vœux, et
- dont j’admire le prodigieux talent.
-
- Ensuite, parce que mes parents et mes amis de province, ne voyant pas
- même figurer mon nom, escorté d’une _minorité consolante_, dans le
- scrutin du 29 avril, pourraient croire à la plus radicale et à la plus
- grotesque des défaites, là où il n’y aura pas eu même de lutte et de
- tentative.
-
- Je vous saurai beaucoup de gré si vous voulez bien accueillir et
- publier ma réponse dans vos _Échos de Paris_, et je vous prie de
- croire aux cordiales sympathies de votre dévoué
-
- A. DE PONTMARTIN.
-
-Comme il avait été décidé, il fut pourvu, le 29 avril, aux trois
-vacances. Le fauteuil de Berryer échut à M. de Champagny, celui de
-Viennet à M. d’Haussonville et celui d’Empis à M. Auguste Barbier. Ce
-dernier fut élu par 18 voix contre 14 données à Théophile Gautier.
-
-Deux académiciens, et non des moindres, moururent en cette même année
-1869, Lamartine le 1^{er} mars et Sainte-Beuve le 13 octobre.
-
-Le 16 octobre, j’écrivis à Pontmartin:
-
- ...Qui remplacera Sainte-Beuve à l’Académie? J’ai lu ce matin au
- cercle, dans le journal _la France_, une petite note où il est dit
- que l’hésitation n’est pas possible, et que l’Académie doit élire,
- à la place de Lamartine, M. Théophile Gautier, et à la place de
- Sainte-Beuve, M. Armand de Pontmartin. Si je puis, en sortant de chez
- moi, mettre la main sur ce numéro de la _France_, j’en détacherai
- l’entrefilet en question et le glisserai dans ma lettre. J’ignore si
- c’est Caro qui a rédigé cette note; qu’elle vienne de lui ou d’un
- autre, elle n’en a pas moins une valeur et une portée à laquelle
- vous ne sauriez vous soustraire. Il faut absolument que vous vous
- présentiez. Je ne sais si, ces années passées, il était _trop tôt_; ce
- qui est certain, c’est qu’aujourd’hui le moment est venu, l’heure a
- sonné, et il ne faut pas vous exposer à ce que l’on vous dise ce que
- l’on a dit à Charles X et à Louis-Philippe, ce que l’on dira un jour,
- bientôt peut-être, à Napoléon III: _Il est trop tard!..._
-
-Pontmartin était alors en Provence et songeait d’autant moins à
-rentrer à Paris que sa femme était gravement malade. Il ne se souciait
-d’ailleurs aucunement de succéder à Sainte-Beuve. Dans les _Jeudis de
-Madame Charbonneau_, n’avait-il pas tracé de lui ce portrait, sous le
-nom de _Caritidès_?
-
- Caritidès a reçu du Ciel, auquel il ne croit plus, un goût exquis,
- une finesse de tact extraordinaire, de merveilleuses aptitudes de
- critique relevées et comme fertilisées par de rares facultés de
- poésie. Il possède et pratique en maître l’art des nuances, des
- sous-entendus, des insinuations, des infiltrations, des évolutions,
- des circonlocutions, des précautions, des embuscades, des chatteries,
- de la haute école, de la stratégie ou de la diplomatie littéraire. Il
- excellerait à distiller une goutte de poison dans une fiole d’essence,
- de manière à rendre l’essence vénéneuse ou le poison délicieux. Sa
- prose est attrayante et magnétisante comme une femme un peu compromise
- qui ne dit pas tous ses secrets et s’enjolive à la fois de ce qu’elle
- montre et de ce qu’elle cache. Caritidès a voulu être un pèlerin
- d’idées, moins la première des qualités du pèlerin, c’est-à-dire la
- foi. Il a fait, en amateur, le tour de toutes les doctrines de son
- temps sans s’y fixer jamais, et, en les abandonnant, il a eu l’air de
- les trahir. Accusé injustement de traîtrise et d’apostasie, il a tenu
- à justifier sa réputation et il a fini par devenir l’ennemi de ceux
- dont il n’était que le déserteur. Son erreur a été de sophistiquer ce
- qu’il aurait pu faire tout simplement, avec tant de grâce, d’esprit et
- de supériorité naturelle, de traiter la littérature comme une mauvaise
- guerre où il faudrait constamment avoir un fleuret à la main et un
- stylet sous ses habits. On assure qu’il passe son temps à colliger une
- foule d’armes défensives et offensives, de quoi accabler ceux qu’il
- aime aujourd’hui et qu’il pourra haïr demain, ceux qu’il déteste à
- présent et dont il veut se venger plus tard. Caritidès aurait pu être
- la plus irrécusable des autorités, il n’est que la plus friande des
- curiosités littéraires[428].
-
-Il parut à Pontmartin qu’il ne pouvait, en conscience, même avec les
-sous-entendus académiques, faire l’éloge de l’homme sur lequel il avait
-écrit cette page. Il avait raison, et je n’insistai pas.
-
-
-II
-
-Jules Janin fut nommé à la place de Sainte-Beuve le 7 avril 1870; son
-discours de réception ne devait être prononcé que le 9 novembre 1871.
-Dans l’intervalle, la guerre, la chute de l’Empire, le siège de Paris,
-la Commune, avaient comme suspendu la vie de l’Académie. Lorsque, dans
-les derniers mois de 1871, elle put enfin reprendre régulièrement ses
-séances, il se trouva qu’elle avait à pourvoir à quatre vacances: il
-lui fallait remplacer Montalembert, Villemain, Prévost-Paradol et
-Prosper Mérimée[429].
-
-L’occasion, certes, était propice, et il convenait de ne la pas
-laisser échapper. Avant même d’agir auprès de Pontmartin, j’écrivis
-à M. de Falloux pour m’assurer de ses intentions, et j’en reçus la
-réponse suivante, datée du 8 août 1871:
-
- Je vous remercie, cher monsieur, de votre aimable souvenir et de
- l’appréciation, si juste à mon sens, de notre vraie situation. Du
- reste, si je suis affligé par la conduite de M. Thiers, je n’en suis
- plus surpris depuis un certain nombre de mois, et je puis dire loin
- de lui ce que je lui ai dit à lui-même: il se trompe aujourd’hui sur
- l’état de la France, comme il s’est trompé sur l’état de Paris avant
- le 18 mars. Ces illusions-là nous ont coûté déjà bien cher: elles
- peuvent entraîner encore de plus épouvantables catastrophes.
-
- En attendant, l’Académie reste une de nos dernières épaves et je
- ne demande pas mieux que de me joindre à ceux qui essaieront de
- la sauver. On parle de M. le duc d’Aumale pour le fauteuil de M.
- de Montalembert; celui de M. Villemain irait parfaitement à M. de
- Pontmartin, et il sait d’avance que mon suffrage ne peut lui faire
- défaut. Plusieurs d’entre nous le lui avaient déjà fait dire, au
- triple scrutin d’il y a dix-huit mois[430], et, à cette époque,
- il résistait à toutes les instances. Si vous pouvez le décider
- aujourd’hui, vous obtiendrez un succès que n’ont pu remporter de très
- anciens amis, et cette difficulté est faite pour vous tenter. Recevez
- donc d’avance mes remerciements avec mes vœux, et pardonnez-moi leur
- trop brève expression. Malheureusement, ma tête revient bien surmenée
- par le spectacle et les tristesses de Versailles[431], et je paie
- aujourd’hui mon voyage comme s’il eût été un plaisir. Veuillez n’en
- pas moins demeurer convaincu de mon très fidèle et très reconnaissant
- attachement.
-
- FALLOUX.
-
- Caradeuc, près Bécherel (Ille-et-Vilaine).
-
-Pontmartin parut assez bien disposé. Il m’écrivait des Angles, le 6
-novembre:
-
- ...Pour me consoler de mon échec[432], je suis allé passer, au pied du
- Luberon, chez M. Joseph Autran, huit ou dix jours qui se sont changés
- en trois semaines. Le pauvre-riche poète est presque aveugle, et d’une
- tristesse voisine du désespoir. Pour le tirer de cette prostration
- désolante, sa femme va l’emmener à Paris. Il est convenu entre nous
- qu’il arrivera vers le 15 novembre; que, sitôt installé, il s’assurera
- des dispositions de ses confrères, et m’écrira si je dois venir à
- Paris en décembre, ce qui serait académique, ou attendre la fin de
- février, ce qui serait hygiénique. En attendant, je vais me remettre
- au travail ou, comme vous le dites si bien, au _devoir_; le même mot
- pour les vieux journalistes qui finissent que pour les jeunes écoliers
- qui commencent!...
-
-Les candidatures cependant commençaient à se dessiner. M. de Falloux
-m’écrivait, du Bourg-d’Iré, le 28 novembre: «Je ne crois pas que MM.
-Littré, Gautier et Dumas aient chance de succès; je n’ai entendu
-parler jusqu’ici, en dehors du duc d’Aumale, qui paraît n’avoir pas
-de concurrent, que de MM. Camille Rousset, de Loménie, Wallon et
-Saint-René Taillandier. M. de Pontmartin va certainement prendre rang
-parmi les candidats les plus sérieux, et vous pouvez être bien sûr que
-mon concours ne lui fera pas défaut.»
-
-Le mois de décembre arrivait, et Joseph Autran ne partait pas;
-Pontmartin, de son côté, restait aux Angles, et c’est de là qu’il
-m’adressait, le 5 décembre, la lettre suivante:
-
- Hélas! fidèle ami, nous sommes loin de compte!
- A se déterminer la Provence est moins prompte...
-
- En d’autres termes, et en vile prose, je crois, sans en être
- positivement sûr, que M. Autran, intercepté par les rigueurs précoces
- de l’hiver, est encore à Marseille, en vraie marmotte provençale, et
- qu’il n’ose pas m’informer de ce retard indéfini. Autrement, comment
- expliquer son silence? Je l’ai quitté le 4 novembre; il comptait
- partir le 14 au plus tard, et il était convenu que, sitôt arrivé à
- Paris, il m’écrirait pour me donner son adresse, et commencer notre
- correspondance académique. Or, il m’écrit de Marseille, le 18, en
- me parlant d’irrésolution, de la peur que lui faisait un voyage de
- Paris dans cette saison, des bronches de M^{me} Autran, qui exigent
- les plus grandes précautions, etc. Depuis lors, rien, et nous sommes
- au 5 décembre! Et le froid, déjà fort vif il y a trois semaines, est
- devenu intolérable! J’en conclus que notre poète n’a pas bougé de son
- bel hôtel de la rue de Montgrand, qu’il y vit au jour le jour, plus
- indécis que jamais, et qu’il craint de me contrarier en m’apprenant
- que son départ est probablement retardé jusqu’au mois de février.
-
- * * * * *
-
- Voilà, mon cher confrère, à quel point nous en sommes!
-
- Quant à moi, il m’est impossible, en ce moment, de me diriger vers le
- Nord et je me sentirais plutôt attiré vers la plage de Cannes. Quoique
- ma santé semble se rétablir, j’ai encore un reste d’anémie qui me rend
- horriblement frileux. Je m’enrhume à tout propos. Songez d’ailleurs
- que je serais obligé, en arrivant à Paris, de loger à l’hôtel, n’ayant
- plus d’appartement. Tout cela m’effraie, et, en attendant, je me
- console avec _le Filleul de Beaumarchais_, dont la première partie
- sera expédiée, aujourd’hui même, à M. de Gaillard. J’ai fini par me
- passionner pour mon sujet, au point de ne plus pouvoir penser à autre
- chose...
-
-Après m’avoir entretenu de la situation politique, de ses inquiétudes
-et de ses craintes, de ses tristesses depuis la mort de sa femme, il
-ajoutait:
-
- Voilà, mon cher ami, ce qui m’empêche d’attacher un bien vif intérêt à
- ce qui, dans une situation différente, aurait été l’_objectif_ de ma
- vie littéraire. Je me dis: A quoi bon? Pourquoi introduire un nouvel
- élément de trouble dans une existence qui va finir et qui a eu à subir
- bien des épreuves? Acceptons la loi du travail que les progrès de la
- démagogie nous rendent plus obligatoire que jamais, et qui est pour
- les affligés une consolation, un devoir et un refuge; mais cessons
- d’y mêler une ambition qui pourrait amener de nouveaux froissements
- et de nouveaux mécomptes!... Il est bien entendu, mon cher ami, que
- tout ceci n’est pas définitif. Si, au lieu de sentir un commencement
- d’onglée et d’entendre le mistral mugir dans mon corridor, j’avais sur
- ma table une lettre de Joseph Autran et une lettre de Cuvillier-Fleury
- m’annonçant qu’ils ont préparé les voies et que l’enfant se présente
- bien, peut-être changerais-je d’avis et de langage. Quoi qu’il en
- soit, continuons ce doux échange d’idées, de sentiments, de projets,
- de conseils; chaque jour, j’y trouve plus de charme; quand le
- malheur ne rend pas égoïste, il ajoute à cette faculté que nos pères
- appelaient la sensibilité, et que nous avons bien mal remplacée...
-
-A peine en possession de cette lettre, j’écrivais à Cuvillier-Fleury,
-qui me répondait aussitôt:
-
- ...Il y a déjà bien longtemps, Monsieur, que notre cher, aimable,
- spirituel et loyal ami (en dirai-je jamais assez?) Armand de
- Pontmartin est mon candidat _in petto_ pour l’Académie. Mais voici
- très exactement comment jusqu’ici les choses se sont passées. Nous
- avons passé par la phase de bon accord; il ne demandait pas mieux;
- on attendait les bonnes occasions; elles arrivaient, il n’était plus
- là; cependant, on était près de s’entendre; puis, de plus actifs que
- lui, plus Parisiens, plus _près du Jeu_, se produisaient, faisaient
- récolte et réussissaient. Ensuite,—tout ceci entre nous,—nous avons
- eu la phase de l’abstention, du renoncement absolu. Le candidat, non
- seulement ne voulait pas remuer un doigt à l’intention de l’Académie,
- mais nous écrivait (j’ai les lettres) qu’il se fâcherait et se
- brouillerait avec nous si nous faisions mine de remuer seulement une
- _phalange_. Nous nous résignons, les habiles se présentent et passent.
- Vient une série fatale de morts académiques, notre ami ne donne pas
- signe de vie; à peine si on le voit à Paris (ceci avant la guerre).
- Ses meilleurs amis, et les _plus haut placés_, nous disent à nous,
- invariables dans notre préférence: «Mais où est-il? Il ne se montre
- pas. Veut-il, ne veut-il pas?» Les intermédiaires les plus habituels,
- sans me compter, Léopold de Gaillard, Victor de Laprade, d’autres
- encore, sont réduits à attendre, à interroger la brise qui souffle de
- Vaucluse... «Ne vois-tu rien venir?» Depuis, Monsieur, et dans cette
- concurrence du moment très vive, et qui s’accroît chaque jour, le
- nom de notre ami n’a été prononcé par personne, parce qu’il n’a pas
- été mis en avant par lui-même. Je n’ose dire qu’il soit _trop tard_
- pour moi. Ce mot des révolutions n’a rien à faire dans nos paisibles
- rapports de confrères entre eux, ou de candidats à pourvoir. Mais s’il
- n’a rien d’absolu, il peut se trouver sur le chemin des meilleurs
- et entraver la voie. C’est ma crainte en ce moment. Je me hâte de
- vous l’écrire, non sans vous prier de me garder le secret de cette
- confidence, sinon de mon entier dévouement à notre ami et de ma haute
- considération pour vous.
-
-Rien ne vint de Vaucluse. Au lieu de partir pour Paris, Pontmartin
-partit pour Cannes. C’était tourner délibérément le dos à l’Académie:
-et pourtant, à cette heure-là même, si tardive qu’elle fût, il lui eût
-suffi de poser nettement sa candidature pour qu’elle eût encore chance
-de triompher. Voici, en effet, ce que m’écrivait Joseph Autran, le 10
-décembre:
-
- La lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser à l’institut,
- ayant fait plusieurs ricochets, me parvient à Marseille aujourd’hui
- seulement... Je suis heureux que nous nous rencontrions, vous et
- moi, dans un sentiment de commune amitié pour M. de Pontmartin. J’ai
- eu, en effet, le plaisir de le voir cet automne. Quand nous nous
- quittâmes il paraissait fort incertain entre le projet d’aller passer
- l’hiver à Cannes et celui de se rendre immédiatement à Lyon ou à
- Paris. Il acceptait bien l’idée d’une candidature à l’Académie; mais
- il avait, depuis nombre d’années, opposé aux plus vives instances de
- ses amis des refus si persistants que je doutais encore un peu de
- sa résolution. C’est dans ce doute que je vins à Marseille pour y
- faire mes préparatifs de départ. De tristes obstacles, sans compter
- les rigueurs excessives d’un hiver prématuré, m’y ont retenu plus
- longtemps que je n’eusse voulu. J’ignore, d’ailleurs, où se trouve en
- ce moment M. de Pontmartin. Une lettre que je lui ai écrite, il y a
- plusieurs semaines, étant restée sans réponse, je me demande s’il est
- encore aux Angles ou s’il est déjà à Paris et peut-être même à Cannes.
-
- Vous me parlez, Monsieur, des titres de M. de Pontmartin. Est-ce
- à moi qu’il convient de les rappeler, à moi qui, depuis plus de
- vingt-cinq ans, n’ai pas cessé de suivre avec autant d’admiration que
- de sympathie les travaux de cette plume si facile, si élégante, si
- ingénieuse et souvent même si éloquente? M. de Pontmartin est un des
- brillants écrivains de ce temps. S’il n’est pas encore de l’Académie,
- c’est qu’il n’a pas encore voulu en être. Il n’avait qu’à se présenter
- depuis longtemps, les portes se seraient ouvertes devant lui.
- Aujourd’hui encore, quelle que soit la date des prochaines élections
- (et jusqu’ici j’avais cru qu’elles seraient ajournées au printemps),
- aujourd’hui encore, il n’aurait qu’à dire: Me voici, et je suis
- convaincu qu’il n’aurait pas à attendre.
-
- Je vous parle sciemment, car je n’avais pas attendu jusqu’à ce jour
- pour sonder les dispositions de quelques-uns de nos plus éminents
- confrères. Tous ceux que j’ai interrogés m’ont répondu d’une façon qui
- ne laissait aucun doute et qui réjouissait la très ancienne et très
- vive amitié que je porte au célèbre auteur des _Samedis_...
-
-La quadruple élection eut lieu le samedi 30 décembre. Pontmartin
-n’était pas au nombre des candidats. Le duc d’Aumale fut élu, au
-premier tour, par 28 voix sur 29 votants. Les autres fauteuils furent
-plus disputés. M. Littré fut nommé, en remplacement de Villemain, par
-17 voix contre 9 données à Saint-René Taillandier et 3 données à M. de
-Viel-Castel. M. Camille Rousset et M. Louis de Loménie remplacèrent
-Prévost-Paradol et Prosper Mérimée. Au scrutin pour le fauteuil de
-Mérimée, Edmond About avait obtenu 14 suffrages.
-
-Jusqu’à la dernière heure, M^{gr} Dupanloup avait combattu M. Littré,
-dans lequel il voyait «l’apôtre des doctrines les plus subversives de
-tout ordre religieux, moral et social». Il disait à ses confrères:
-«Quoi! vous voulez sauver la France, et c’est ainsi que vous vous y
-prenez! Une glorification solennelle du matérialisme et du socialisme,
-voilà ce que vous imaginez pour elle, en ce moment où elle penche au
-bord de tous les abîmes! On a tout enlevé à ce malheureux pays, la
-paix, la sécurité, les croyances, Jésus-Christ, la Rédemption, la
-croix; et le peu qui lui reste: Dieu, l’âme, la loi, la liberté morale,
-la vie future, vous le livrez? Que voulez-vous donc, et quels coups
-faut-il que vous receviez[433]!...»
-
-Le soir même de l’élection, l’évêque d’Orléans écrivit au directeur de
-l’Académie ce simple mot: «J’ai le regret de ne pouvoir plus continuer
-de faire partie de l’Académie française.»
-
-L’élection de Littré, la quasi-élection d’Edmond About, semblaient
-donner raison à Pontmartin. N’avait-il pas bien fait de ne se point
-mettre sur les rangs? Profitant de ses avantages, il m’écrivit, le
-19 janvier 1872, de Cannes, du _Pavillon des jasmins_, où il était
-installé depuis quelques semaines:
-
- J’admets parfaitement, avec Léopold de Gaillard et avec vous, que les
- catholiques laïques, qui sont de l’Académie, aient pu et dû y rester,
- malgré la splendide démission de l’évêque d’Orléans et le conseil
- de M. Veuillot; mais que les catholiques, qui ne sont pas encore
- académiciens et qui n’ont même pas risqué une candidature, ne doivent
- pas être singulièrement _refroidis_ par les élections du 30 décembre;
- que M. Thiers[434], s’il reste au pouvoir, ne soit pas à peu près sûr
- d’amener MM. Marmier, Janin, Camille Rousset et Littré à voter pour M.
- About; enfin, que l’Académie, en nommant successivement Émile Ollivier
- en avril 1870, Littré en décembre 1871, et en accueillant Edmond About
- à la meilleure place de son antichambre, n’ait pas affaibli pour très
- longtemps ce prestige, cette autorité morale qui l’avaient jusqu’ici
- placée au-dessus de toutes les critiques et de toutes les épigrammes,
- ceci est une autre question, et il n’y a pas d’illusion à se faire;
- ce qui est tout à fait positif, c’est que voilà six académiciens qui
- vont attendre leur tour de réception (j’oubliais M. Duvergier de
- Hauranne[435], tout acquis d’avance au candidat de M. Thiers); que,
- suivant toute probabilité, il n’y aura pas d’élection nouvelle avant
- avril 1873; que, d’ici là _le Roi, l’âne ou moi_, nous mourrons, ou,
- en d’autres termes, qu’il y aura de tels événements que cette pauvre
- Académie pourrait bien sombrer dans le naufrage universel; que, par
- conséquent, il y a lieu de la laisser provisoirement reposer, et
- d’en délivrer notre correspondance, où elle occupe, soit dit sans
- reproche, au moins une page sur quatre: moins d’honneur à en faire
- partie, moins de chance d’y entrer, plus de lointain et de vague dans
- les perspectives, en faut-il davantage pour nous décider à chercher
- d’autres sujets de causerie?...
-
-
-III
-
-Pontmartin, comme on le voit, m’avait donné poliment mon congé
-d’_incitateur_ académique. Il l’avait déjà précédemment donné à Léopold
-de Gaillard, et aussi à Victor de Laprade, auquel il avait écrit:
-
- Je suis à la fois, mon cher ami, profondément touché et sincèrement
- désolé de la façon dont vous avez pris, Léopold et vous, une
- confidence qui ne devait rien vous apprendre. Mon devoir est de
- trancher dans le vif ces illusions de l’amitié et de ne pas vous
- préparer, dans l’avenir des déceptions et des regrets. C’est une chose
- dite, arrêtée, irrévocable, et la meilleure marque d’affection que
- puissent me donner ceux qui m’aiment, c’est de ne plus m’en parler.
- J’écrirai dans ce sens à Autran et à Cuvillier-Fleury. Je résume dans
- le _gnôthi séauton_ et dans le _non possumus_ ce petit débat et je ne
- vous demande plus, cher poète, que la _Voix du silence_[436]...
-
-Les Bretons sont têtus, et, dès la fin de cette même année 1872, je
-revenais à la charge.
-
-Le P. Gratry était mort, à Montreux, le 7 février 1872. L’élection de
-son successeur devait avoir lieu le 16 janvier 1873. J’adressai un
-nouvel appel à l’auteur des _Samedis_. Voici sa réponse:
-
- Les Angles, mercredi soir 25 décembre 72
- (le beau jour de Noël).
-
- Mon cher ami,
-
- Vous avez compris que nos deux lettres s’étaient croisées et que
- j’avais à peine eu le temps de vous remercier des deux journaux...
-
- Passons maintenant, non pas au déluge,—il nous a noyés pendant
- deux mois,—mais à l’Académie. Je dois vous avouer que je n’y
- songeais plus du tout. Je savais mes principaux patrons dispersés,
- malades, réfractaires ou morts; Autran retenu à Marseille par une
- bronchite de sa femme; Laprade à Montpellier, entre les mains de la
- Faculté de médecine et dans un état à faire pitié; M^{gr} d’Orléans,
- démissionnaire; M. de Falloux sédentaire; Cuvillier-Fleury passé
- du centre droit au centre gauche; M. Guizot engagé avec M. de
- Viel-Castel, ainsi que les de Broglie, d’Haussonville, Saint-Marc
- Girardin, Vitet, etc. De tout cela, il résultait que mes chances me
- semblaient bien faibles, et j’en profitais pour continuer ma campagne
- dans la _Gazette de France_. J’ai fini par m’attacher à ce travail,
- plus honorable que brillant, que je serais forcé d’abandonner si je
- m’endormais journaliste, pour me réveiller candidat et me réendormir
- académicien. Vos deux lettres m’ont donc trouvé dans une espèce de
- laborieuse torpeur, oubliant le palais Mazarin, préparant mon neuvième
- volume[437], et me disant, avec une résignation philosophique ou
- une répugnance pour les raisins trop verts, que, depuis la chute de
- l’Empire, les désastres de la France, la nomination successive de
- MM. Jules Favre, Émile Ollivier et Littré, la démission de M^{gr}
- Dupanloup, l’Académie n’avait plus sa raison d’être, qu’elle serait
- emportée, un de ces matins, par le flot démagogique, que la majorité
- sur laquelle j’aurais pu autrefois m’appuyer est complètement
- désorganisée, et que, à dater du fauteuil du P. Gratry, que, par
- pudeur, on n’osera pas donner à un libre penseur, il faut s’attendre
- à l’invasion des Edmond About, des Taine[438], des Renan et des
- Dumas fils, favorisés par le salon et l’entourage de M. Thiers.
- Sérieusement, mon cher ami, j’ai manqué le bon moment. Il fallait
- ne pas faire les _Jeudis de M^{me} Charbonneau_, me mettre en
- ligne immédiatement après Jules Sandeau et Albert de Broglie, et
- profiter de ces années où l’Académie servait de centre et de point
- de ralliement à l’opposition de bonne compagnie. J’avais alors mon
- intérieur et mon ménage à Paris, ma santé meilleure et un peu plus
- d’horizon. Un ou deux échecs, et même trois ou quatre avant le succès,
- n’auraient eu aucun inconvénient. J’étais Parisien, je ne changeais
- rien à mes habitudes, et il me restait assez de marge pour attendre.
- Aujourd’hui toutes ces conditions accessoires sont changées. Si je me
- décidais—bien tardivement—à être un des candidats du 16 janvier, je
- serais obligé de descendre ou de _monter_ dans un hôtel, au milieu
- du brouhaha du Jour de l’An, dans une saison où Paris n’a d’autre
- alternative que la pluie ou la gelée. J’aurais à improviser mes
- démarches et mes visites, sans conviction, sans espoir, sachant que
- mes concurrents ont sur moi un trimestre d’avance. Je me connais, je
- sais avec quelle facilité je me décourage et jette, comme on dit,
- le manche après la cognée; surtout depuis que mes chagrins et nos
- malheurs m’ont fait prendre en dégoût les intérêts et les vanités de
- ce monde. Si ma défaite était trop complète, si je n’étais pas soutenu
- par la presse, si mes amis me conseillaient, au dernier moment, un
- désistement préventif, ce serait fini, et j’aurais le temps de mourir
- de vieillesse—ce qui ne peut pas être bien long—avant de risquer une
- seconde candidature.
-
- Vous me dites, mon cher ami, qu’il y a là pour moi quelque chose
- comme un devoir. Je ne suis pas de votre avis. Si, contre toute
- vraisemblance, j’étais nommé, ce serait par quelques amitiés
- étrangères à l’ancienne majorité; Jules Sandeau, par exemple, et
- peut-être Camille Rousset. Mais je ne pourrais rien pour empêcher
- ou retarder la transformation de droite à gauche, qui s’opère à
- l’Académie depuis trois ans. L’élection de Littré, les 14 voix
- obtenues par Edmond About, ne prouvent que trop où elle en est.
- Montalembert, le P. Gratry et M^{gr} Dupanloup ne sont plus là.
- Laprade se meurt; Autran n’est jamais à Paris; M. de Falloux se
- tient en dehors. Le duc de Noailles, MM. de Carné et de Champagny
- sont incapables de résister au courant contraire, du moment que le
- débat se pose sur un autre terrain et que les candidats catholiques
- et monarchiques sont condamnés désormais à avoir contre eux tout le
- centre gauche et tout le groupe bonapartiste. C’est pourquoi il me
- semble qu’au point de vue du devoir, je fais mieux de rester sur la
- brèche et de continuer ma _littérature de combat_.
-
- Vous voyez, mon cher ami, que, faute de mieux, je trouve, comme
- vous, la question assez sérieuse pour lui consacrer mes quatre
- pages. J’étais si éloigné de penser à un départ pour Paris et à une
- candidature, que j’ai invité mes vieux amis d’Avignon à venir manger
- aux Angles la dinde de Noël. Seulement, comme chacun avait sa dinde,
- la mienne ne se mangera que le jeudi 2 janvier. Nous avons ici un
- temps chaud et pluvieux, qui ne sèche pas nos terres et retarde
- indéfiniment nos semailles. Que de soucis! que de tristesses à l’âge
- où l’on aurait le plus besoin d’avoir autour de soi un peu de gaieté
- et de soleil!...
-
-Le 16 janvier, ce fut un ami de Pontmartin, M. Saint-René Taillandier,
-qui fut nommé au fauteuil du P. Gratry.
-
-Presque aussitôt se produisaient deux autres vacances. Le général
-Philippe de Ségur mourait le 25 février 1873 et Saint-Marc Girardin,
-le 12 avril suivant. Pontmartin se trouvait alors à Paris, installé
-pour deux ou trois mois, rue de Rivoli, au pavillon de Rohan. Ses amis
-le pressèrent de se présenter, sinon pour remplacer M. de Ségur, dont
-la succession paraissait acquise à M. de Viel-Castel, du moins pour
-remplacer Saint-Marc Girardin. Il entra dans leurs vues sans trop de
-difficultés et, le 18 avril, il m’écrivait:
-
- Mon cher ami, pardonnez-moi ce retard; j’ai été souffrant: pas assez
- pour interrompre mon travail quotidien ou hebdomadaire; assez pour
- que mon fils, qui est arrivé mardi, me forçât de voir un médecin; ce
- n’est rien, un refroidissement que j’avais attrapé, jeudi soir, en
- sortant de chez M. Autran sans avoir pris, en fait de paletot et de
- cache-nez, toutes les précautions désirables; il n’en est pas moins
- vrai que ma pauvre santé exige les plus grands ménagements; qu’il
- m’est prouvé, pour la vingtième fois, que le climat de Paris ne me
- convient pas; que cette vie d’hôtel et de restaurateur finirait par
- me rendre tout à fait malade. Ce ne sont pas là, vous le voyez, des
- préliminaires bien favorables à une candidature académique; j’ai
- cependant causé avec plusieurs académiciens, Autran d’abord, puis
- Legouvé, de Carné, Sandeau, Cuvillier-Fleury, Marmier. Tous sont du
- même avis. Les démarches que je pourrais faire aujourd’hui seraient
- à peu près stériles. L’élection[439] devant avoir lieu dans douze
- jours, la plupart des académiciens étant engagés avec ou pour M. de
- Viel-Castel, c’est tout au plus si j’aurais trois ou quatre voix.
- Un pareil antécédent ne me créerait pas une chance de plus pour le
- fauteuil de Saint-Marc Girardin, et j’aurais en plus tout l’ennui
- matériel et moral à travers une existence déjà si encombrée que c’est
- à peine si je puis trouver un moment pour écrire à mes meilleurs amis.
- Mais voici une autre raison à laquelle je n’avais pas songé. J’étais
- arrivé ici avec ma naïveté provinciale et mon amour-propre d’auteur,
- contrarié que la _Gazette de France_ n’eût pas, à Paris surtout, plus
- de publicité. J’avais donc cru pouvoir accepter sans inconvénient les
- propositions ou plutôt les instances de M. Tarbé, décidé que j’étais
- à faire une campagne contre la démagogie. Or il se trouve, au dire de
- mes amis les mieux situés et les mieux informés, que ma collaboration
- au _Gaulois_[440] est prise en mauvaise part, qu’on me blâme, non
- seulement parce que le _Gaulois_ reste bonapartiste, mais parce qu’il
- appartient, comme le _Figaro_, au demi-monde littéraire. Les plus
- sévères vont jusqu’à dire que, par mes relations avec ce journal, je
- me suis momentanément _déclassé_. Je dois maintenant songer à me tirer
- de ce mauvais pas; mais il serait très impolitique de brusquer la
- situation. Voici la marche que l’on me conseille: ne pas interrompre
- mes articles tant que je suis à Paris; le 6 mai,—mon premier mois
- fini,—annoncer à M. Tarbé que ce travail est au-dessus de mes
- forces et que je vais partir pour la campagne; retourner aux Angles,
- ce qui amènera une interruption toute naturelle; attendre là les
- renseignements que me donneront les trois ou quatre académiciens que
- je compte parmi mes amis, et, à leur premier signal, revenir à Paris.
- Ce programme, qui me paraît fort sage, est d’accord, d’ailleurs,
- avec mon état de fatigue, ma nostalgie champêtre et les crispations
- nerveuses que me cause cet abominable pavillon de Rohan, où il me
- faut cinquante coups de sonnette pour obtenir de l’eau chaude ou une
- serviette. Mon second mois finit le 12 mai; il est donc infiniment
- probable que je repartirai ce jour-là; car ce ne serait pas la
- peine de faire, pour une quinzaine, une nouvelle installation et un
- déménagement. Tandis que vous jouissez au Pouliguen d’une température
- admirable, nous avons ici, à la suite de quelques journées chaudes
- et malsaines, des pluies torrentielles. Les sombres tristesses de la
- politique ajoutent encore à cet ensemble qui me serre le cœur et me
- donne envie de m’enfuir, d’aller me cacher dans quelque solitude....
-
-Il resta cependant à Paris, retenu par la gravité de la situation
-politique et par la publication de son neuvième volume des _Nouveaux
-Samedis_. J’allai le rejoindre, le 15 mai, au pavillon de Rohan, et je
-passai avec lui quelques semaines, au cours desquelles se produisirent
-deux événements d’inégale importance, la mort d’un académicien, M.
-Pierre Lebrun[441] et le renversement de M. Thiers. A peine de retour à
-Nantes, je recevais de Pontmartin la lettre suivante, datée de Paris,
-le 6 juin:
-
- ...Je profite de mon premier moment de liberté pour vous dire que
- votre lettre m’a causé un vif plaisir, mais ne m’empêche pas de
- regretter les moments trop courts que nous avons passés ensemble et
- dont le souvenir restera lié, dans les archives de notre amitié,
- aux grands événements du 24 mai 1873. A présent, le calme dont
- nous jouissons ne me suffit pas; la hausse de la Bourse et le nom
- de Mac-Mahon devraient servir de prélude à une série de mesures
- contre-révolutionnaires; sans quoi le parti radical, revenu de sa
- stupeur, usera et abusera des ressources légales qu’on lui laisse.
- J’ai reçu plusieurs lettres de mon Midi. Le premier effet avait été
- excellent; d’autant meilleur que l’on savait, à n’en pouvoir douter,
- les projets de manifestations écarlates dans le cas où M. Thiers
- aurait triomphé. Mais déjà, me dit-on, reparaissent quelques-uns des
- symptômes qui inquiétaient les honnêtes gens. C’est tout simple. Les
- démagogues jugent d’après eux-mêmes le parti conservateur. Ils savent
- à quel point, quand ils sont maîtres du terrain, ils méprisent la
- légalité et se font un jeu d’opprimer ceux qu’ils signalent au peuple
- comme ses oppresseurs. Dans le premier instant, ils s’attendaient
- à tout ce qu’ils feraient s’ils étaient les plus forts. Puis, à
- mesure qu’on les laisse respirer, se reconnaître, échanger leurs
- mots d’ordre, ils reprennent leurs trames en attendant une nouvelle
- crise qui peut assurer leur revanche. C’est ainsi que les choses
- se sont passées après les élections du 8 février 1871 et la chute
- de la Commune; c’est ainsi qu’elles se passeront, si l’Assemblée,
- satisfaite de sa victoire, se borne à prendre de nouvelles vacances,
- à prolonger son règne et à traiter des questions secondaires. Mais
- laissons là cette triste et maussade politique, qui multiplie les
- _points noirs_, alors même que le ciel semble éclairci et l’orage
- apaisé... Quant à l’Académie, voici ce qui s’est passé avant-hier
- soir, au Théâtre-Français (première représentation de _l’Absent_,
- d’Eugène Manuel). Cuvillier-Fleury y était avec le vénérable M.
- Patin. Je l’ai rencontré dans le couloir, et je lui ai trouvé un
- air pincé qui ne présageait rien de bon. Il a commencé par me dire:
- «Vous savez que M. Beulé se présentera, et qu’on le dit patronné par
- M. Guizot?» Puis, il a ajouté: «Il y a, dans votre nouveau volume,
- une page qui pourrait bien gâter vos affaires; c’est celle où, sous
- le pseudonyme de M. Bourgarel, vous vous moquez de l’Académie[442].
- Vous êtes donc incorrigible?» Tout cela était dit d’un ton très
- amical; mais je n’en ai pas moins compris qu’il y avait là de quoi
- offenser les susceptibilités académiques. Décidément, mon cher ami,
- je suis trop indépendant, trop fantaisiste, pour me plier à toutes
- ces diplomaties... Ici, mon cher ami, je m’interromps avec une très
- vive et très sincère douleur. J’apprends à l’instant la mort de M.
- Vitet. J’avais vu, samedi dernier, cet homme éminent et excellent à
- l’Exposition des portraits de Gustave Ricard. Je l’avais trouvé un peu
- sombre, un peu vieilli; mais rien ne faisait pressentir un dénouement
- si prompt et si funeste. O mon ami! qu’est-ce donc que la vie? Ils
- s’en vont tous; la France républicaine n’est pas digne de conserver
- l’élite de ses enfants. Vitet six semaines après Saint-Marc Girardin!
- Et pas un vide ne se fait dans les rangs de la gauche radicale!
- Soumettons-nous à la volonté divine, Dieu nous a protégés le 24 mai;
- il nous protégera encore...
-
- Je partirai, suivant toute vraisemblance, lundi 16 juin... Il me
- tarde, je dois vous l’avouer, de retrouver à la campagne un peu de
- recueillement et de calme. Cette vie fébrile n’est bonne ni pour
- l’esprit, ni pour l’âme, ni pour la conscience, ni pour le corps.
- _O ubi campi!_ N’est-ce pas dans les temps troublés que ces images
- virgiliennes nous reviennent avec le plus de mélancolie, de charme et
- de douceur?...
-
-Au lieu de quitter Paris le 16 juin, Pontmartin ne le quitta que dans
-les premiers jours de juillet. Il me mandait le 17 juin:
-
- ...Je ne partirai qu’après avoir fait pour l’Académie plus que le
- nécessaire. J’ai suivi toutes les indications de M. Cuvillier-Fleury.
- J’ai remis _le Filleul de Beaumarchais_[443], avec ma carte, à la
- porte d’une douzaine d’académiciens. J’ai revu ici Laprade, qui va
- mieux et qui se montre fort passionné pour ma candidature. Autran
- parle de moi à ses collègues, tous les mardis et tous les jeudis. J’ai
- vu Camille Rousset, Marmier, Sandeau, Camille Doucet, Legouvé, qui
- tous savent à quoi s’en tenir. Vous en conclurez, mon cher ami, que
- ces préliminaires suffisent pour le moment, que je puis m’accorder
- trois mois de vacances rustiques, et que, en revenant à Paris le 20
- septembre, c’est-à-dire six semaines avant l’élection, je serai en
- mesure de faire les démarches décisives. Au surplus, si j’en crois
- toutes les personnes qui m’en parlent, la mort de M. Vitet et les
- désastres parlementaires de M. Beulé multiplient mes chances, à ce
- point qu’il suffira d’éviter soigneusement les imprudences et d’y
- mettre, pendant les dernières semaines, un peu de résolution et
- d’entrain...
-
-Les choses paraissaient donc en bonne voie. Tout annonçait que
-Pontmartin, cette fois, y allait _pour de bon_. Et pourtant il n’avait
-pas encore fait la démarche décisive, la démarche nécessaire. Il
-n’avait pas envoyé au secrétaire perpétuel sa lettre de candidature: il
-n’avait pas brûlé ses vaisseaux, et besoin était qu’il le fît, prompt,
-comme il l’était, à se décourager, à abandonner la partie, à jeter
-les cartes au moment de tourner le roi, à dire à ses amis, quand ils
-insistaient: «Un fauteuil? Bah! à quoi bon? J’ai ma _causeuse_!»
-
-Septembre arrive et, au lieu de m’annoncer son départ pour Paris, il
-me mande que son intention est d’aller en Provence chez Joseph Autran.
-Il m’écrit, le 4 septembre:
-
- ...Je n’ai aucune nouvelle académique, malgré les promesses que
- j’avais emportées de Paris, et je me demande si l’inexplicable
- entêtement des Marmier, des Cuvillier-Fleury, des Legouvé, qui se
- rangent bénévolement parmi les vaincus du 24 mai, ne change rien à
- leurs bonnes dispositions pour l’auteur de certains articles contre
- M. Thiers et son groupe. Ce qui est positif, mon cher ami,—puisque
- vous avez la bonté de vous intéresser à ces petits détails,—c’est
- que, si ma santé me le permet, j’irai, vers la fin de ce mois, passer
- quelques jours chez M. Autran. Là, je me trouverai, pour ainsi dire,
- dans une succursale de l’Académie, en mesure d’abord de consulter
- le maître de la maison, puis de correspondre directement avec les
- gros bonnets de l’Académie. Je pense donc que, dans ma prochaine
- lettre, je pourrai vous renseigner d’une façon plus précise sur cet
- épisode de ma vie littéraire, auquel vous vous intéressez plus que
- moi; car, dussiez-vous m’accuser d’impénitence finale ou de rechute,
- je dois vous avouer que, quand je me retrouve dans ce pays-ci, en
- rase campagne, en pleine verdure, à mille lieues des échos du palais
- Mazarin, et en face de misères trop réelles, dont quelques-unes
- peuvent être atténuées par ma présence, je redeviens absolument
- indifférent à la question de savoir si je porterai ou ne porterai
- pas les palmes vertes. Mon moment est passé. Il fallait me présenter
- entre cinquante et soixante ans, lorsque l’Empire mettait d’accord
- la droite, le centre droit et le centre gauche. A cette époque,
- d’ailleurs, la gloriole personnelle n’était pas absorbée dans ce
- gigantesque ensemble de douleurs et d’inquiétudes publiques...
-
-
-IV
-
-Ce n’était pas encore une renonciation définitive, mais c’était déjà un
-mauvais son de cloche. Septembre, octobre se passent: Pontmartin est
-toujours aux Angles et ne donne pas signe de vie aux _gros bonnets_ de
-l’Académie. M. de Falloux m’écrit, le 31 octobre: «Que devient M. de
-Pontmartin? Connaissez-vous ses intentions pour l’Académie? Les plus
-graves événements politiques ne font point trêve pour les candidats;
-je vois que les parties se nouent, que les engagements se prennent, et
-M. de Gaillard ne m’a pas répondu sur mes questions académiques. Le
-scrutin approche pendant ce temps-là, et l’on parle de nous y appeler
-pour la fin de décembre, immédiatement après la réception de MM. de
-Loménie, Taillandier et Viel-Castel.»
-
-Je suppliai l’_Ermite des Angles_ (s’il eût été l’_Ermite de la
-Chaussée d’Antin_, il aurait été académicien depuis longtemps), je le
-suppliai de sortir enfin de sa retraite. Mes lettres devinrent de plus
-en plus pressantes. Pontmartin répondit en ces termes à celle que je
-lui avais écrite le 22 novembre:
-
- Les Angles, le 25 novembre 1873.
-
- Je reçois votre lettre, mon cher ami, et je m’afflige sincèrement
- de dissonances auxquelles notre amitié, presque majeure déjà, n’est
- pas habituée. Ce n’est pas sur le fond même de la question académique
- que nous pouvons être en désaccord; car j’y suis plus intéressé que
- vous, et je conviens de bonne ou de mauvaise grâce que ma longue et
- laborieuse vie n’a plus beaucoup de sens si elle n’aboutit pas à
- l’Académie. C’est donc tout à fait malgré moi que je vais vous opposer
- quelques raisonnements, d’autant plus sérieux et sincères que, croyant
- être dans le vrai, je désire pourtant me tromper.
-
- D’abord, êtes-vous bien sûr de mes chances? Sont-elles aussi bonnes
- qu’elles l’auraient été si l’Empire avait duré quelques années de
- plus? Au premier plan je vois M. Thiers groupant autour de lui MM. de
- Rémusat, Duvergier de Hauranne, Dufaure, Mignet, Littré, Jules Favre
- et—ne vous récriez pas—Legouvé, Marmier et Cuvillier-Fleury. Je ne
- veux pas dire pour cela que ce dernier, mon ancien patron académique,
- soit désormais contre moi; non, mais il est singulièrement refroidi,
- et je n’en veux pour preuve que son silence absolu depuis les premiers
- jours de juillet. M. de Viel-Castel, dont la réception est annoncée
- pour jeudi, a contre moi des préventions inexplicables. Il prétend
- que j’ai _éreinté_ son _Histoire de la Restauration_, tandis que je
- suis certain de ne pas en avoir parlé. Hostiles aussi MM. de Sacy,
- Émile Augier et Octave Feuillet. Absolument inconnus Claude Bernard,
- Patin, Auguste Barbier. Je ne dis rien de Victor Hugo, qui, si je
- me présente, est disposé, dit-on, à venir par extraordinaire à
- l’Académie, pour voter contre moi.
-
- Maintenant, supposez que Jules Janin, de plus en plus cloué sur son
- fauteuil par la goutte, ne puisse pas venir; que Laprade soit retenu
- à Lyon par le déplorable état de sa santé; que Joseph Autran n’ait
- pas le courage de quitter sa chère Provence, que me restera-t-il?
- Assurés: Camille Rousset, Camille Doucet, Jules Sandeau, Guizot, le
- duc de Broglie, d’Haussonville, comte de Falloux, comte de Carné, qui
- ne peuvent pourtant pas, pour diverses causes, y mettre beaucoup de
- chaleur: 8.
-
- Non moins probables, mais presque étrangers pour moi, le duc de
- Noailles, D. Nisard, de Champagny, duc d’Aumale: 4.
-
- Vous le voyez, les calculs les plus favorables ne peuvent me donner
- plus de 11 à 13 voix; car il faudrait admettre que, parmi les
- académiciens que je viens de nommer, aucun n’ait pris des engagements
- pendant ma longue absence et mon long silence.
-
- Je ne vous parle plus de ma santé, puisque vous n’y trouvez pas
- un obstacle suffisant. J’aime mieux vous dire que, cédant à
- d’affectueuses instances, je vais partir après-demain pour Grambois,
- près Pertuis, résidence de M. Autran[444]. Laprade a promis de
- s’y trouver le 27, s’il n’est pas trop souffrant. Tous deux, à ma
- demande, se sont arrangés pour avoir des renseignements exacts. Nous
- _travaillerons_ sur la liste des immortels, comme les courtiers
- électoraux sur la liste des électeurs. Nous examinerons le pour et le
- contre, les chances bonnes et mauvaises. Si la réponse des oracles
- est affirmative, je ne passerai à Grambois que cinq ou six jours et
- je tâcherai de me mettre en mesure de partir pour Paris le lundi 8 ou
- mardi 9 décembre. Quant à une candidature purement épistolaire, elle
- ne pourrait être sérieuse; mes titres ne sont pas assez éclatants pour
- me donner le droit de manquer aux traditions et aux usages et, d’autre
- part, mes juges auraient à me répliquer que, si je suis trop vieux,
- trop infirme ou trop malade pour faire ce trajet de dix-huit heures,
- c’est une bien triste recrue que j’offre à l’Académie.
-
- Adieu, mon cher ami; si les choses tournent autrement que le désire
- votre amitié, je compte mériter votre indulgence en m’efforçant de
- faire ici un peu de bien et en dépensant, au profit des pauvres, ce
- que me coûteraient, à Paris, les hôtels, les restaurateurs et les
- fiacres. Notre malheureux pays est si cruellement éprouvé! La misère
- est si terrible! L’hiver sera si dur! Mais je ne veux pas ajouter un
- mot de plus, vous croiriez que je cherche déjà des fauxfuyants et des
- prétextes, et mieux vaut vous répéter que je suis à vous de tout cœur.
-
-Pontmartin, on le voit, réduisait à 12 les voix sur lesquelles il
-pouvait compter. Son pointage n’était rien moins qu’exact. Il mettait
-tout d’abord hors de cause trois de ses plus chauds partisans, Victor
-de Laprade, Joseph Autran, Jules Janin, sous prétexte qu’ils pourraient
-être malades. Sans doute, mais la maladie ne pouvait-elle sévir aussi
-dans l’autre camp? Il passait sous silence Loménie et Saint-René
-Taillandier, qui devaient prendre séance avant le jour de l’élection et
-qui lui étaient tout dévoués. Il tenait pour hostiles Cuvillier-Fleury
-et Marmier, qui avaient été les premiers patrons de sa candidature
-et ne pouvaient honorablement se tourner contre elle. En réalité,
-il y avait là 7 voix à ajouter aux 12 qu’il reconnaissait lui être
-acquises. Cela faisait, d’entrée de jeu, 19 voix à peu près assurées,
-ce qui était superbe, puisque les Quarante étaient réduits à 36, depuis
-la retraite de M^{gr} Dupanloup et la mort de MM. Pierre Lebrun,
-Saint-Marc Girardin et Vitet. J’ajoutais dans ma réponse à la lettre
-du 25 novembre: «Octave Feuillet vous a de très grandes obligations;
-Auguste Barbier est l’ami de Laprade, qui a sur lui une grande
-influence. M. de Viel-Castel suivra M. Guizot. J’écris aujourd’hui à
-M. de Falloux et je lui demande s’il ne pourrait pas agir auprès de M.
-Patin et de M. Claude Bernard.»
-
-Pontmartin m’avait annoncé son départ pour Grambois, et c’est là que je
-lui adressais ma lettre. Il ne s’y était pas rendu. M. Autran, à qui
-j’avais aussi envoyé quelques lignes, me répondait le 4 décembre:
-
- Mon cher monsieur,
-
- M. de Pontmartin n’est pas auprès de moi, mais j’ai M. de Laprade
- et je ne vous étonnerai pas en vous disant que nous exprimons
- journellement le désir de voir notre ami se décider, enfin, à poser
- sa candidature. Malheureusement, M. de Pontmartin, vous le savez
- peut-être, est le plus fugitif et le plus détaché qui soit au monde.
- Quand on croit le tenir, il vous échappe; quand il vous a dit _oui_
- la veille, il vous écrit _non_ le lendemain. Ce n’est ni à moi, ni
- à M. de Laprade qu’il convient de parler des titres de cet éminent
- écrivain, et la plupart des membres de l’Académie partagent là-dessus
- l’opinion de ses meilleurs amis. _Il entrera quand il voudra_, mais
- encore faut-il qu’il ne se dérobe pas aux instances qui sont faites
- auprès de lui. C’est donc à lui, mon cher monsieur, bien plus qu’à
- nous, que vous devez vous adresser dans votre amicale entreprise...
-
-Hélas! mon «amicale entreprise» était vouée au plus lamentable échec;
-au moment où je croyais enfin toucher au port, ma pauvre barque allait
-couler à pic. Le 12 décembre, je reçus cette lettre:
-
- Mon cher ami,
-
- Je m’étonne que M. Autran, à qui vous avez cru devoir écrire, ne
- vous ait pas purement et simplement envoyé ma lettre à M. de Laprade.
- Voici, en abrégé, ce que je disais à l’auteur de _Pernette_: Le samedi
- 22 novembre, j’ai fait une chute qui aurait pu être très grave, et
- comme, à mon âge, un accident de ce genre ne saurait être absolument
- insignifiant, j’ai appelé mon médecin, qui est mon ami depuis trente
- ans. Il a constaté que ma chute n’était rien ou presque rien, mais que
- j’étais atteint d’une gastrite nerveuse passée à l’état chronique,
- à laquelle il fallait attribuer mes insomnies nocturnes et mes
- assoupissements diurnes. Mes violentes quintes de toux ont la même
- cause. Le vieil adage médical: _Sanguis moderator nervorum_, ne fut
- jamais plus applicable. Mon sang, appauvri en 1870 et 1871 par des
- misères et des chagrins de toutes sortes, ne _modère_ plus mes nerfs
- et ils en profitent pour bouleverser ma pauvre machine. J’ajoute,
- pour en finir sur ce sujet, et _afin qu’il n’en soit plus question_,
- que, lorsque j’ai demandé à mon docteur s’il serait sage, dans ce
- triste état, de partir pour Paris et d’affronter les soucis d’une
- candidature, il m’a regardé avec stupeur et m’a répondu que, en pareil
- cas, je ne ferais pas mal de m’arrêter à la station de Charenton, pour
- ne pas arriver jusqu’au Père-Lachaise. Je crois même, en ma qualité
- d’incorrigible, avoir ébauché un pitoyable calembour sur la chaise et
- sur le fauteuil.
-
- Voilà, mon cher ami, sinon le texte, au moins le sens de ce que
- j’ai écrit à M. de Laprade, en le priant de communiquer ma lettre
- à son hôte et collègue, M. Autran. Maintenant, toute insistance
- serait une véritable cruauté. Je ne puis même songer à des démarches
- qui engageraient l’avenir; car je veux rester libre de me soigner,
- d’acheter un petit chalet à Cannes, d’éviter tout ce qui pourrait
- me forcer de retourner à Paris, et de donner au recueillement, à
- la retraite et au repos le peu de temps qui me reste à vivre. J’ai
- à Avignon des amis d’enfance avec lesquels je pourrais célébrer la
- cinquantaine. Quelques-uns sont suffisamment lettrés, et désireraient,
- ne fût-ce qu’à titre de compatriote, me voir académicien. Pas un
- n’oserait, en ce moment, me donner un autre conseil que celui de mon
- docteur. Pas un n’oserait prendre une responsabilité qui se changerait
- en regrets et en remords si, en arrivant à Paris, je tombais tout
- à fait malade. Laissez-moi vous le dire avec la rude franchise
- d’une fidèle amitié. Votre acharnement académique, vos persécutions
- incessantes, votre système de sommations directes, tantôt à M. de
- Falloux, tantôt à M. Cuvillier-Fleury, tantôt à M. Autran, tout cela
- m’attriste et finirait par m’exaspérer. Il y a des moments où je
- suis tenté de regarder comme une légende fantastique ce que je sais
- de vous, de votre famille, de vos enfants, du soin avec lequel vous
- dirigez leur éducation, de vos infatigables travaux, de vos patientes
- recherches, et où j’ai envie de croire que vous êtes un vieux garçon
- bien oisif, dont les vingt-quatre heures appartiennent à une idée
- fixe. D’ici à peu d’années, vous verrez l’Académie dégringoler d’une
- telle façon, tomber dans un tel discrédit, être entourée d’une telle
- indifférence (cela commence déjà), que vous serez tout étonné d’avoir
- attaché tant d’importance à faire de moi le collègue de MM. Jules
- Favre et Littré, en attendant Renan et About. Donc, n’en parlons
- plus; vous compromettriez notre amitié, vous me rendriez ridicule
- et vous atteindriez le but diamétralement contraire à celui que
- vous vous proposez. La question me semble tellement épuisée que, si
- vous y reveniez dans vos prochaines lettres, je ne vous répondrais
- plus. J’aurais dû peut-être m’expliquer plus tôt aussi nettement
- qu’aujourd’hui; mais, d’abord, j’étais moins souffrant; ensuite,
- j’espérais toujours que vous lâcheriez prise et que vous adopteriez
- ma méthode, que je crois bonne: quand je devine que quelque chose est
- désagréable à un ami, et quand ce quelque chose n’intéresse ni son
- honneur, ni sa vie, ni sa conscience, je ne lui en dis plus un mot,
- et, généralement, je m’en trouve bien. Être plus royaliste que le roi
- n’est bon ni dans la vie publique, ni dans la vie privée. Pardonnez,
- mon cher ami, à la liberté de mon langage; il fallait en finir, et
- cette fois je me flatte que c’est bien fini. Notre affection, soyez-en
- certain, n’en sera que plus vive et plus douce quand nous serons
- débarrassés de ces éternels tiraillements. Votre tout dévoué de
- cœur[445].
-
-
-V
-
-Ce petit dissentiment n’était pas pour altérer en rien notre vieille
-amitié. Lorsque mourut Jules Janin, au mois de juin 1874, Pontmartin
-me permit de lui reparler de l’Académie. Il persistait, il est vrai, à
-ne pas vouloir se présenter; mais sa réponse ne respirait, cette fois,
-aucune irritation. Dans une lettre qu’il m’adressait de Marseille, le 4
-avril 1875, il me disait:
-
- ...Un mot encore sur l’Académie. Mes chances seraient aussi mauvaises
- qu’elles auraient été bonnes en 1873. Je n’ai plus M. Guizot[446]; M.
- Autran n’est pas en état de retourner à Paris; les apparitions de M.
- de Laprade parmi ses collègues sont trop rares et trop courtes pour
- qu’il puisse avoir la moindre influence. M. Thiers dispose de quatorze
- voix qui toutes me seraient hostiles. En fait de bonapartistes, je ne
- pourrais compter que sur Jules Sandeau. Vous le voyez, mon cher ami,
- la peau de chagrin s’est singulièrement amincie; ce chagrin-là est le
- moindre des miens...
-
-Joseph Autran mourut le 7 mars 1877. Pontmartin paraissait si bien
-indiqué pour le remplacer, que ses adversaires eux-mêmes parlèrent
-aussitôt de sa candidature et la combattirent préventivement. Ainsi
-fit le _Sémaphore_, journal républicain de Marseille, qui avait
-pour _correspondant parisien_ M. Émile Zola. Pontmartin était alors
-à Marseille; il répondit sur-le-champ au _rédacteur en chef du
-«Sémaphore»_:
-
- Monsieur,
-
- Avant d’attaquer une candidature, il faudrait, ce me semble, s’assurer
- qu’elle existe. Depuis la mort de M. Autran, je n’ai quitté la
- campagne que pour venir à Marseille; je puis me rendre cette justice
- que, en pleurant mon illustre ami, en m’associant au deuil de sa
- famille et de sa ville natale, je n’ai pas mêlé à mes regrets la
- moindre arrière-pensée académique. Je défie que l’on cite un mot de
- moi, une démarche, une ligne d’écriture qui trahisse des velléités de
- candidat. Votre correspondant prétend que «j’en meurs d’envie». Je
- crois avoir prouvé le contraire. Cette envie, d’ailleurs, me paraît
- peu compatible avec l’épithète de _provincial_ qu’il me décerne, dont
- je suis loin de me défendre, et qui, soit dit en passant, produit
- un singulier effet dans la correspondance d’un journal de province.
- Oui, depuis sept ans, depuis les désastres de la France, j’ai
- cessé d’habiter Paris; je suis redevenu, non seulement provincial,
- mais villageois. Est-ce là le fait d’un homme atteint de nostalgie
- académique? J’en appelle à votre justice.
-
- Cette attaque m’étonne d’autant plus que mes relations avec le
- _Sémaphore_ avaient toujours été fort amicales. Permettez-moi donc,
- monsieur le rédacteur, de l’attribuer ou aux inquiétudes d’un candidat
- pressé d’écarter même les concurrents imaginaires, ou peut-être aux
- rancunes d’un romancier désireux d’accaparer à lui tout seul les
- privilèges de l’_Assommoir_.
-
- Comptant sur votre bienveillante impartialité pour l’insertion de
- cette lettre, je vous en remercie d’avance et je vous prie, monsieur
- le rédacteur, d’agréer l’assurance de ma parfaite considération, de
- mes cordiales sympathies.
-
- A. DE PONTMARTIN.
-
- Marseille, 24 mars 1877
-
-Cette lettre ne préjugeait rien sur le fond de la question. Il lui
-eût été doux de louer son ami, et peut-être n’était-il pas sans
-désirer qu’on le chargeât de ce soin. La veuve du poète, de son côté,
-souhaitait vivement que son éloge fût confié à l’auteur des _Samedis_,
-à l’écrivain qui, en tant de rencontres, avait si bien parlé de son
-mari. Ni son propre désir, ni les instances de M^{me} Autran, ni
-celles de M. Léopold de Gaillard, ne purent le faire revenir sur son
-parti pris d’abstention et d’absentéisme. Cette fois encore, il laissa
-aller les choses. Le 17 avril, M. le duc d’Audiffret-Pasquier posa
-sa candidature; celle de Pontmartin dès lors devenait impossible,
-puisqu’ils avaient, l’un et l’autre, mêmes amis et mêmes électeurs.
-M. de Gaillard, qui voulait bien me tenir au courant de la situation,
-m’écrivit de Paris, le 25 avril:
-
- ...Je vous aurais répondu depuis longtemps si j’avais eu à vous dire
- quelque chose de bon pour la candidature à l’Académie de notre ami
- Pontmartin. Trois fois, déjà, à ma connaissance, il a été l’objet
- d’avances aussi flatteuses que peu écoutées. Deux fois je lui ai
- écrit de la part de M. Guizot pour lui dire: _Votre moment est venu;
- posez votre candidature, nous la soutiendrons._ Cette fois encore,
- M. d’Haussonville lui a fait porter les propositions les plus
- séduisantes. Jamais notre cher indécis n’a daigné répondre: _Je vous
- remercie, j’accepte et j’arrive._
-
- Depuis plus de dix ans, il serait en possession du fauteuil qu’il
- mérite si bien, s’il avait voulu écrire sa lettre de demande et
- laisser agir ses amis. Il y a un mois, après une visite au duc de
- Broglie, je lui faisais connaître la situation d’alors: Sardou seul
- en avant; le duc Pasquier sollicité, mais refusant et préférant se
- réserver pour le prochain fauteuil politique. Je ne mets pas en doute
- que si notre ami avait aussitôt pris son parti et posé sa candidature,
- jamais on n’eût parlé de celle du président du Sénat. Celui-ci, en
- effet, n’a écrit qu’à la date du 17 _avril_. Maintenant que l’occasion
- est manquée, je ne conseillerai pas à Pontmartin de se jeter en avant.
- Évidemment, la moitié des voix sur lesquelles il pourrait compter sont
- engagées au candidat politique. Si l’élection est renvoyée à l’hiver
- prochain, il faudra voir, et tout pourrait peut-être s’arranger
- comme nous le désirons, vous et moi, et même _lui_, en dépit de ses
- hésitations. Si l’élection a lieu tout de suite, on croit à deux ou
- trois voix de majorité pour le duc Pasquier. Je suis assez peu duc et
- assez peu homme de lettres pour avoir une opinion désintéressée sur
- la matière. Je suis hardiment pour l’Académie _Salon_ politique et
- littéraire, contre l’Académie _Société des Gens de lettres_. C’est
- pour cela que notre ami qui est, par excellence, un _gentleman_ et un
- écrivain devrait se décider...
-
-Au commencement de 1878, Pontmartin passa deux mois à Hyères, où se
-trouvait l’évêque d’Orléans. Nous avons vu quel caractère de cordialité
-prirent bien vite leurs relations[447]. Il y avait alors trois vacances
-à l’Académie, par suite de la mort de MM. Thiers, Claude Bernard et
-Louis de Loménie. Le fauteuil de ce dernier semblait revenir de droit
-à Pontmartin. M^{gr} Dupanloup insista auprès de lui pour qu’il se
-mît sur les rangs. Seul, l’illustre évêque pouvait triompher de cette
-résistance que n’avaient pu vaincre ni M. Guizot, ni M. d’Haussonville,
-ni M. Léopold de Gaillard. Il put croire un instant qu’il avait partie
-gagnée. Le 7 avril 1878, étant encore à Hyères, que Pontmartin venait
-de quitter, il me faisait l’honneur de m’adresser ces lignes:
-
- Monsieur,
-
- Tous mes vœux sont pour M. de Pontmartin, et je crois l’avoir déjà
- décidé à donner son consentement pour sa candidature. Je vais y
- travailler encore...
-
-Rentré à Orléans, il voulut bien, le 18 avril, m’envoyer ce nouveau
-billet:
-
- Monsieur,
-
- Je suis l’admirateur et l’ami de M. de Pontmartin; et si cela
- dépendait uniquement de moi, il serait demain de l’Académie française.
-
- J’ai quitté cette Académie, mais j’emploierai ce qui me reste de
- crédit auprès de mes confrères en faveur de M. de Pontmartin, et
- en le faisant, je croirai faire une œuvre également honorable pour
- l’Académie et pour M. de Pontmartin.
-
-M^{gr} Dupanloup ne devait pas s’en tenir là. «Je ferai, m’écrivait-il
-quelques jours plus tard, je ferai pour M. de Pontmartin ce que je ne
-ferais pour personne autre. Je serai heureux de revenir à l’Académie
-le jour où il s’agira de voter pour lui.» Et cela, il le lui écrivit
-à lui-même. Être nommé dans de telles conditions, n’était-ce pas être
-nommé deux fois? Pontmartin refusa[448].
-
-Cette fois, tout était bien fini. A peu de temps de là, le 11 octobre
-1878, l’évêque d’Orléans mourait, après une courte maladie, au château
-de la Combe[449], par Domène (Isère). Après lui, nul ne pouvait plus
-songer à parler encore de l’Académie à Pontmartin.
-
- * * * * *
-
-On a souvent répété que les _Jeudis de M^{me} Charbonneau_ avaient
-jusqu’au dernier jour fermé à Pontmartin les portes de l’Académie.
-Rien n’est moins exact, nous venons de le voir. Il n’a tenu qu’à lui,
-et à plus d’une reprise, d’en franchir le seuil. S’il n’a pas été
-académicien, c’est parce qu’il n’a pas voulu l’être. Est-ce à dire
-qu’il dédaignait de figurer parmi les Quarante? Il était trop homme
-d’esprit pour avoir ce sot orgueil. Il eût été, au contraire, très
-heureux et très fier de s’asseoir auprès des maîtres et des amis qu’il
-comptait dans l’illustre compagnie. S’il s’est obstiné jusqu’à la fin
-à ne point poser sa candidature, ce n’est ni par excès d’orgueil, ni
-par excès de modestie. Faut-il chercher la cause de ses refus dans
-un détail minuscule qu’il se plaisait, il est vrai, à grossir, dans
-le petit volume et la petite portée de sa voix qui lui faisait peur
-d’avance? Je sais bien que dans ses _Mémoires_[450], c’est à cette
-malheureuse voix aigrelette qu’il attribue tout le mal. C’est derrière
-elle qu’il se retranchait, lorsque ses amis le pressaient de trop
-près et lui reprochaient de se dérober, même quand l’occasion était
-propice et le succès certain: «Comment ne devines-tu pas, écrivait-il
-à Léopold de Gaillard, que le jour de la réception qui est, pour le
-nouvel académicien, le jour du triomphe serait pour moi le jour de la
-confusion? On viendrait à ma séance pour se moquer de moi!» Un autre
-jour, comme M. de Gaillard lui énumérait la majorité certaine qui
-l’attendait au palais Mazarin: «Oui, répondit-il, avec tristesse, il y
-aurait même une voix de trop, c’est la mienne!»
-
-L’obstacle pourtant,—et Pontmartin le savait bien—était de ceux qui
-se peuvent tourner. Un académicien a le droit, comme un simple mortel,
-d’avoir la grippe et de faire lire son discours par un confrère. Ainsi
-avait fait Jules Janin dans la séance du 9 novembre 1871. Le comte
-d’Haussonville était un des plus chauds partisans de Pontmartin. Il
-lui fit dire par un ami commun qu’il se tenait à sa disposition pour
-se mettre en rapport d’abord avec l’Académie pour sa candidature,
-puis avec le public pour le jour de la réception. L’obstacle était
-ainsi levé, et dans les meilleures conditions, puisque aussi bien
-M. d’Haussonville était un admirable lecteur. Son offre pourtant ne
-fut pas agréée. C’est que le véritable obstacle était ailleurs; il
-était dans l’irrésolution et la nervosité de son caractère, dans son
-éloignement pour tout ce qui ressemblait à une compétition et à une
-lutte, dans la facilité avec laquelle trop souvent il jetait le manche
-après la cognée. Il était surtout dans le sentiment qui, après les
-désastres et les deuils de 1870 et 1871, le portait de plus en plus à
-ne point avoir à Paris de résidence fixe, mais un simple campement,
-et qui le décida à finir ses jours à la campagne. Peut-être, après
-tout, choisissait-il la meilleure part, et je fus tout à fait désarmé,
-je l’avoue, le jour où je reçus de lui ces lignes, où le sourire se
-mouille d’une larme:
-
- Si j’étais de l’Académie, il me faudrait habiter Paris une partie de
- l’année; force au moins me serait d’y aller aux époques d’élection ou
- de réception... Depuis la mort de ma pauvre femme et depuis les dates
- sinistres de 1870-1871, Paris ne m’attire plus, au contraire, je n’y
- arrive que pour m’enrhumer; le théâtre, dont j’ai conservé le goût,
- me fatigue et m’endort. Dans les maisons où je suis invité, on dîne
- trop tard pour ma gastrite et on veille trop pour mes soixante-trois
- ans. La campagne, mes vieilles servantes, mon vieux chien, un peu de
- travail, un peu de charité, quelques amis à mes dîners maigres du
- vendredi, quelques coups de fusil très peu meurtriers en septembre et
- en octobre, et, en perspective, le cimetière de mon village, voilà
- désormais, non seulement mon partage, mais mes préférences. Ce n’est
- pas vous, mon cher ami, qui aurez le courage de me blâmer.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVI
-
- LES ANGLES.—MES MÉMOIRES.—SOUVENIRS D’UN VIEUX CRITIQUE.—LE
- MILLIÈME ARTICLE.—LES NOCES D’OR.
-
-(1879-1887)
-
- Description des Angles. Le cabinet de travail, les promenades, les
- visiteurs. Soirées d’hiver. Évocation du passé.—_Delenda est res...
- punica._ Pontmartin et la République conservatrice.—_Mes Mémoires._
- Le chapitre sur Berryer. Les _Souvenirs d’un vieux critique_.—Le
- Millième article. L’Encrier de la _Gazette de France_. Les deux
- Bustes. Les souscripteurs. Lettres de M^{gr} de Dreux-Brézé, de
- Belcastel, Edmond Rousse, Désiré Nisard, Emile Ollivier. Lettre de
- Pontmartin au directeur de la _Gazette de France_.—Le critique et le
- romancier. La Correspondance de Pontmartin.
-
-
-I
-
-Pontmartin maintenant ne quittera plus les Angles. Loin, bien loin de
-Paris et de ses vaines rumeurs, il passera ses dernières années dans
-cette maison où s’est écoulée son enfance et où il lui sera doux de
-mourir.
-
-L’heure est venue de la décrire.
-
-Située sur la rive droite du Rhône, presque en face d’Avignon, mais
-dans le département du Gard, la plaine des Angles, bornée d’un côté
-par le fleuve, est entourée de tous les autres côtés d’une chaîne de
-collines formant hémicycle. La maison est au fond de la plaine, à
-l’endroit le plus éloigné du Rhône, au pied de la colline, qui s’élève
-presque à pic derrière elle. C’est une construction à deux étages, à
-contrevents verts, datant du milieu du XVIII^e siècle, ainsi que le
-rappellent quelques ornements Louis XV. Logis modeste, en somme, et
-dont l’aspect n’a rien de seigneurial, bien que dans toute la région on
-l’appelle couramment _le château_. Ce qui en fait le charme, ce sont
-de nombreuses sources d’eau vive, de riantes prairies, de magnifiques
-arbres, parmi lesquels les marronniers célèbres et un platane qui n’est
-pas moins légendaire dans le pays. L’été, c’est un nid de verdure
-et une fraîche retraite; l’hiver, le soleil ne manque pas, et ses
-rayons ont encore un éclat et une tiédeur que la ville ne connaît pas.
-Derrière la maison, se dresse sur la colline calcaire dénudée, à une
-cinquantaine de mètres de hauteur, le village des Angles, avec son
-prieuré du XIV^e siècle et son église du XV^e. Vu du bout de l’allée
-des marronniers, il ressemble d’étonnante façon à ces nids d’aigle des
-environs de Nice et de Monaco, tels qu’Éza, que leurs habitants avaient
-bâtis sur des cimes presque inaccessibles, par crainte des Sarrasins.
-Tous ceux des visiteurs de Pontmartin qui connaissaient la Corniche
-étaient frappés de cette ressemblance. L’ascension du _château_ à ce
-village perché sur son rocher est très fatigante; mais, parvenu au
-sommet, on découvre une vue merveilleuse sur le Rhône, la Durance, la
-chaîne des Alpines, le tout inondé de cette lumière intense et douce à
-la fois, qui donne tant de charme aux paysages méridionaux.
-
-Pontmartin avait fait du grand salon du rez-de-chaussée son cabinet
-de travail. C’était une très vaste pièce, percée de trois fenêtres
-donnant au midi. Aucune élégance dans l’ameublement, demeuré tel
-qu’il était au temps de M. Eugène de Pontmartin et de l’oncle Joseph:
-deux canapés[451] et six fauteuils Restauration garnis de toile perse
-assortie aux rideaux des fenêtres; deux fauteuils Louis XVI; deux
-chaises de cuir Louis XIII; deux fauteuils modernes plus confortables;
-quelques chaises de paille ou de canne; une vieille table de trictrac,
-supportant un plateau garni de porcelaines de Chine; entre les
-fenêtres, deux consoles surmontées de deux étagères-bibliothèques;
-sur la cheminée, une belle pendule Louis XIII de la forme dite
-_religieuse_, flanquée de quatre potiches et de deux bronzes de Chine.
-Aux murs, quatre grandes gravures d’Audran, d’après les tableaux de
-Jouvenet: _la Pêche miraculeuse_, _la Résurrection de Lazare_, _les
-Noces de Cana_, _la Guérison du paralytique_. Au milieu de la pièce,
-une grande table ovale, toujours submergée de papiers, de livres, de
-journaux. C’est là que, tous les matins, assis en face de la fenêtre
-du milieu, il écrivait lettres et articles avec une régularité, une
-facilité et une abondance qui ne connaissaient pas la fatigue.
-
-Après le déjeuner, il visitait son jardin, il franchissait son enclos
-et, quand ses forces le lui permettaient, il promenait ses rêveries
-dans ces champs familiers et ces sentiers connus, à travers ce petit
-coin de terre où s’étaient écoulées ses premières années. Il reprenait
-une à une les impressions de son enfance et de sa jeunesse. Ce chêne
-vert lui avait prêté son ombre quand il étudiait l’_Epitome_ ou
-le _De Viris_. Sous cet ormeau, il avait lu pour la première fois
-_Indiana_, _la Peau de chagrin_, _Barnave_, _Stello_, _le Rouge et le
-Noir_. Il avait relu Lamartine, Hugo, Vigny, Musset, _Childe Harold_,
-_Don Juan_, _Parisina_, _Faust_, _Hamlet_, _Roméo et Juliette_. Si
-la chaleur n’était pas trop grande, il poussait jusqu’au Rhône, ce
-terrible voisin, dont il redoutait les visites, mais qu’il ne pouvait
-se défendre d’aimer, malgré ses débordements et ses colères.
-
-Le printemps surtout lui était, chaque année, une fête nouvelle, et
-il se demandait alors comment il avait pu autrefois quitter sa maison
-quand Avril ramenait les beaux jours. Ce renouveau le rajeunissait.
-Comment eût-il regretté le boulevard ou même le jardin de la _Revue des
-Deux Mondes_, quand il passait la revue de ce petit monde—arbres, nids
-et fleurs—sur lequel il régnait et qui tenait à toutes les fibres de
-son cœur? «Pas un de ces amis ne manque à l’appel, dit-il quelque part.
-Voici le cytise des Alpes, dont les grappes élégantes étalent plus
-d’or que notre budget n’en réclame. La pervenche se tapit entre les
-dernières violettes et les premiers lilas. Les églantiers s’entrelacent
-aux aubépines à fleurs roses. Les panaches des acacias, plus pressés
-d’habitude, ont attendu que les tilleuls fussent prêts. Les marronniers
-ont leurs aigrettes. Les clématites, aux vagues parfums, me sont
-dénoncées par un essaim d’abeilles, qui vont leur demander leur miel.
-Les plantes grimpantes montent à l’assaut de mon toit. Et les nids! Je
-les reconnais. On dirait que ce sont les mêmes. Les pères et mères ne
-se défient pas de mon hospitalité... Je les vois tous à leur place: le
-nid de tourterelles sur le grand pin; le nid de loriots sur le peuplier
-de Virginie. A une branche de l’érable, le nid de merles; dans le
-massif de noisetiers, le nid de fauvettes; dans une touffe de fusains,
-le nid de chardonnerets[452].»
-
-L’hiver même n’interrompait pas tout à fait ses promenades, bien
-que l’anémie dont il avait été atteint en juillet 1870 et dont il ne
-s’était jamais très bien guéri, l’eût rendu extrêmement frileux. Il y
-avait, de sa maison au pont d’Avignon, un chemin abrité par une colline
-boisée de chênes verts, de micocouliers et surtout d’oliviers, en
-plein midi, en plein soleil. Il l’appelait _le Cagnard_, et, même en
-décembre, même en janvier, il allait y faire concurrence aux lézards et
-y rêvasser à ses articles.
-
-Hiver comme été cependant, la plupart de ses après-midi se passaient
-dans son salon, où il lisait le livre du jour et d’un crayon rapide
-l’annotait pour le mieux juger à l’occasion. Le vendredi seulement,
-laissant là livres et crayon, il recevait ses amis. Dans ces réunions,
-qui étaient une fête pour la société avignonnaise, il déployait toutes
-les grâces de son esprit. Aux Angles, comme autrefois à Paris, on lui
-pouvait appliquer le mot de Montaigne: «Il n’est rien à quoy il semble
-que la nature l’aye plus acheminé que pour la Société.»
-
-Les autres jours de la semaine, d’ailleurs, les visiteurs n’étaient pas
-rares, et pas n’était besoin qu’ils portassent un nom connu dans le
-monde ou dans les lettres, pour qu’ils fussent assurés de recevoir un
-gracieux accueil. Je laisse à l’un de ceux qui l’ont vu alors le plus
-souvent et de plus près le soin de nous dire ce qu’était Pontmartin
-dans ce salon des Angles, où il avait désormais renfermé sa vie:
-
- ...Dès qu’on entrait, quel cordial accueil, quelle poignée de main
- bien franche et bien sincère, et comme il était facile de lire
- sur cette physionomie intelligente et fine, dans cet œil souriant
- presque avec gratitude: Soyez le bienvenu. Il jetait le livre
- commencé, semblant dire: A demain les affaires sérieuses, et venait
- invariablement se placer dans son grand fauteuil adossé au mur et
- au coin de la cheminée. Il affectionnait cette place, d’où son œil
- pouvait embrasser le parc merveilleux qui se déroulait sous ses
- fenêtres, les vertes pelouses baignées par l’ombre des marronniers
- séculaires. Peu à peu la conversation s’engageait à bâtons rompus,
- comme une de ces parties de chasse où on jette une pierre dans les
- touffes que l’on rencontre. C’était l’événement du jour, l’actualité,
- une anecdote du temps jadis à propos d’un souvenir évoqué par une
- ligne de journal. Puis la conversation s’élevait peu à peu, elle
- gagnait les hauteurs par des méandres capricieux, par des chemins
- détournés, s’arrêtant dans une clairière pour y cueillir un mot, un
- trait d’esprit, comme une fleur aux chatoyantes couleurs, s’enfonçant
- sous bois et arrivant enfin sur un plateau découvert, d’où l’on
- pouvait voir de vastes horizons. L’éminent écrivain jugeait alors d’un
- mot ou d’un aperçu une œuvre, un auteur, une époque littéraire, mais
- brièvement, sans tirades, d’un trait, sans la moindre pédanterie.
- Car Armand de Pontmartin était un merveilleux causeur. Il déployait
- dans la causerie les grâces naturelles de son esprit si fin et si
- primesautier. Il avait beaucoup vu et beaucoup retenu. Sa mémoire
- était des plus fidèles, et il y puisait comme dans un inépuisable
- répertoire. Il avait connu presque toutes les illustrations
- littéraires du siècle, et un sténographe n’eût pas perdu son encre à
- recueillir les anecdotes et les menus faits qu’il égrenait au cours
- de la conversation. Il a comparé lui-même la causerie de certaines
- grandes dames des salons qu’il avait fréquentés, à de la dentelle
- fine. La sienne était bien de la dentelle, mais une dentelle tissée
- d’un fil aussi solide que délié et où il laissait percer la grâce
- aristocratique du gentilhomme unie à la finesse du lettré. C’était,
- en un mot, le plus séduisant des causeurs. Et ce qui ajoutait
- plus de charmes à la séduction qu’il exerçait sur l’esprit de son
- interlocuteur, c’est qu’on n’y apercevait pas la moindre trace de
- coquetterie. La grâce était toute naturelle et sans le moindre
- effort[453].
-
-Longue serait la liste des visiteurs, des amis, pour qui c’était une
-fête de faire le pèlerinage des Angles.
-
-L’évêque de Nîmes, M^{gr} Besson, lui-même écrivain très
-distingué[454], était particulièrement fier de son diocésain; toutes
-les fois que s’offrait à lui l’occasion de l’aller voir, il était
-heureux de la saisir. Quand Pontmartin avait l’honneur de recevoir
-son évêque, il ne manquait jamais de me l’écrire et de m’associer—de
-loin—à sa joie. Elle était complète lorsqu’il pouvait faire asseoir
-à sa table, le même jour, M^{gr} Besson et son vieil ami Léopold de
-Gaillard.
-
-Par une heureuse fortune pour Pontmartin, en même temps qu’il
-abandonnait définitivement Paris, M. de Gaillard renonçait également
-à la capitale; le 25 février 1879, il donnait sa démission de
-conseiller d’État et venait habiter son château de Bellevue, près
-Bollène (Vaucluse), à quelques lieues seulement des Angles. Si les deux
-amis, retenus chez eux par des occupations diverses, n’allaient guère
-qu’une fois ou deux par an l’un chez l’autre, dans l’intervalle de ces
-visites, que de bonnes rencontres à Avignon! Une ou deux fois au moins
-chaque mois, jusqu’à la fin de 1887, époque où la fatigue de Léopold de
-Gaillard devint trop grande, on se donnait rendez-vous à l’_Hôtel de
-l’Europe_. A ces déjeuners mensuels, à ces «rendez-vous de l’omelette»,
-ajoutez des lettres sans nombre, si bien qu’en réalité leur amitié ne
-connais-pas l’absence.
-
-Dirai-je maintenant tous ceux qui, habitant à Avignon ou dans le
-voisinage, étaient les hôtes habituels du salon des Angles? Je n’en
-veux citer que quelques-uns, parmi les plus fidèles: le docteur Cade,
-M. Augustin Canron, un journaliste et un érudit (ceci n’est point
-un pléonasme), le bon poète Roumanille, M. de Roubin, M. Alfred
-Coulondres, ancien magistrat, homme grave, spirituel et savant, M.
-François Seguin, imprimeur et directeur de l’_Union de Vaucluse_, pour
-lequel Pontmartin, qui avait tant fait gémir la presse, éprouvait
-une particulière sympathie, en raison surtout de sa fidélité à des
-principes héréditaires dans sa famille, on pourrait dire sa dynastie;
-car il y a deux siècles que les Seguin pratiquent l’art de Guttemberg,
-et toujours pour en faire un usage bon et sain.
-
-Le soir venu, quand ses hôtes étaient partis, Pontmartin éprouvait
-un charme mélancolique à évoquer les jours évanouis, ses souvenirs de
-jeunesse, et surtout ces deux dernières années de la Restauration, dont
-rien n’égala jamais la douceur et l’éclat. Il se reporte par la pensée
-à ses promenades sous les arbres du Luxembourg ou sous les galeries de
-l’Odéon, aux leçons de Villemain ou de Cousin, ou encore à cette soirée
-de novembre 1829, où il alla, avec un de ses camarades de collège,
-entendre _Guillaume Tell_ à l’Opéra. Il revoit le rideau qui se lève
-sur le chœur _Quel jour serein pour nous s’apprête!_ Il croit entendre
-encore l’exquise romance du pêcheur, _Accours dans ma nacelle!_ puis
-le foudroyant appel de Guillaume: _Il chante et l’Helvétie pleure sa
-liberté!_ Et le lendemain, il écrit:
-
- Doux et lointain souvenir! Il y a de cela cinquante-huit ans. Depuis
- longues années, je n’entends plus d’autre musique que celle de
- mes rossignols et de mes cigales. Mais souvent, le soir, dans ce
- demi-sommeil où l’âme se détache des choses présentes, où ne veillent
- plus que les songes, j’évoque ces images du passé. Plongé dans mon
- vieux fauteuil, je me chante à moi-même, sans ouvrir la bouche,
- ces airs, ces _duos_, ces cantilènes, dont se berça ma jeunesse.
- On me croit endormi, tandis que défilent devant moi les créations
- pathétiques ou riantes, tragiques ou bouffonnes, mais toujours
- mélodieuses, de Rossini, de ses émules et de ses meilleurs disciples:
- Sémiramide et Desdemona, Ninetta et Rosine, Assur et Otello, Figaro
- et don Magnifico, Edgardo et Lucia, Norina et don Pasquale, Elvino
- et Amina, Alice et Robert, Valentine et Raoul, Fidès et Sélika; et,
- avec eux, leurs interprètes, Rubini et Lablache, Ronconi et Mario,
- Tamburini et Julia Grisi, M^{me} Malibran et sa sœur Pauline Viardot,
- Garcia et Alboni. Si la musique était belle, les auditoires n’étaient
- pas moins beaux. Où sont-elles, les célébrités de l’élégance, de
- l’art, de la poésie, du théâtre, du blason, de la richesse? Dans
- quelle nécropole faut-il les chercher? Les robes de soie et de velours
- sont devenues des suaires; les figures sont des fantômes, les fantômes
- sont des spectres, les spectres sont des squelettes, les squelettes
- sont des ombres. C’est à peine si les petites-filles savent les noms
- de leurs aïeules, qui inspirèrent les poètes, les romanciers et les
- artistes, qui eurent elles-mêmes leurs romans, qui firent battre les
- cœurs des _dandys_ les plus éblouissants, des plus brillants officiers
- de la garde royale et de l’armée, et qui constellaient les loges de
- leur beauté, de leurs sourires. Où sont les fleurs de leur corsage,
- les diamants et les perles de leurs colliers? O vanité! ô néant! C’est
- triste; ce serait lugubre et navrant, si, au bout de ces mélodies
- profanes, on ne récitait un _Pater_ et un _Ave_, si, après ces
- litanies mondaines, on ne répétait les véritables: «_Rosa mystica!_
- Rose mystique, qui fleurit dans le ciel, et ne se fanera jamais!
- _Stella matutina!_ Étoile du matin, d’un matin qui n’aura pas de soir,
- d’un jour qui n’aura pas de nuit[455]!»
-
-
-II
-
-Pontmartin avait soixante-sept ans quand il se retira ainsi aux
-Angles. L’âge est venu, mais non la _paresse de la vieillesse_, celle
-dont Tacite a dit: _Invisa primum desidia postremo amatur_. Avec
-une régularité plus grande encore que par le passé, il enverra à la
-_Gazette de France_ sa causerie hebdomadaire. S’il lui arrive parfois
-d’avoir une heure de découragement, ce ne sont pas seulement ses amis
-les plus anciens, ses vieux coreligionnaires et à leur tête Léopold
-de Gaillard, qui lui demandent de ne pas interrompre ses Semaines
-littéraires; c’est Cuvillier-Fleury, qui lui écrit: «Non, vous ne
-renoncerez pas à cette tribune littéraire, bien souvent politique de
-la _Gazette_, où vous vous honorez si grandement par le talent, la
-vivacité et la sincérité de l’esprit, l’originalité souvent familière,
-toujours spirituelle[456].» Et Cuvillier-Fleury ajoutait, à propos
-d’un article de Pontmartin en réponse à une attaque de M. Émile
-Zola[457]: «Vous avez traité Zola avec une douceur féline qui a dû
-faire sortir toutes ses griffes, _suaviter in modo, fortiter in re_.
-Voilà le _Figaro_ qui vous complimente après vous avoir immolé. C’est
-le Capitole après la Roche Tarpéienne. N’importe, j’aime mieux cela. On
-vous a beaucoup lu, et on a beaucoup admiré cette grande possession que
-vous avez montrée de vous-même. On attendait de vous un éreintement de
-première grandeur; vous avez préféré un enterrement de première classe.»
-
-C’est précisément parce que la _Gazette de France_ était une tribune
-_politique_, ainsi que l’écrivait Cuvillier-Fleury, que Pontmartin ne
-pouvait pas, ne voulait pas la déserter. Il combat la République depuis
-le jour où elle est née; il la combattra jusqu’à la fin. Il continuera
-donc de parler encore littérature, roman, poésie, mais à la condition
-de terminer chacun de ses articles par un mot, par un cri, toujours le
-même: _Delenda est res... punica_. Même quand la République se présente
-sous des apparences modérées, il refuse d’être dupe; ni la houlette et
-la panetière, dont parfois elle s’affuble, ne le trompent, et sous le
-déguisement de ce faux berger il a vite reconnu Guillot le sycophante.
-Quand des Religieux, comme le Père Didon ou le Père Maumus, prêchent
-le ralliement et annoncent le prochain avènement d’une République
-chrétienne, il leur répond:
-
- C’est là un beau rêve, qui pourrait être, au besoin, contresigné par
- M. de La Palice, mais c’est un rêve. La République ressemble à ces
- vins frelatés qui s’aigrissent en vieillissant... L’expérience prouve
- que la République est forcée de marcher toujours, soit à reculons,
- pour refluer vers la dictature, soit en avant pour verser dans le
- radicalisme et le jacobinisme. Je me souviens d’une très amusante
- pièce de M. Labiche, où Hyacinthe jouait le rôle d’un fabricant
- de bougies de l’_Aurore boréale_. On lui faisait observer que ses
- bougies coulaient et n’éclairaient pas.—«Si elles éclairaient et
- ne coulaient pas, répliquait-il avec un sang-froid superbe, elles
- ne seraient pas de l’_Aurore boréale_.»—Si la République pouvait
- se fixer dans un programme d’amabilité, d’honnêteté, de modération,
- d’équité, de tolérance, de libéralisme sincère, elle ne serait pas la
- République[458].
-
-De telles pages, on en rencontre à chaque instant dans les Causeries de
-Pontmartin, et c’est pourquoi, bien loin d’avoir vieilli, elles sont
-plus _actuelles_ que jamais.
-
-De Semaine en Semaine, il semblait rajeunir, et ses amis, en présence
-de ce perpétuel jaillissement d’esprit et de talent, ne pouvaient
-croire qu’il eût définitivement renoncé à toute idée de retour à
-Paris. Pour ma part, toutes les fois qu’il m’arrivait d’y aller, je le
-suppliais de venir m’y rejoindre. Toujours charmantes, ses réponses
-étaient toujours négatives. Telle, par exemple, cette lettre du 21
-avril 1880:
-
- ...Je n’ai pas le courage de me décider. Tout à l’heure, je me
- promenais seul dans mon allée de marronniers où je voudrais tant me
- promener avec vous. Je pesais le _pour_ et le _contre_ de ce voyage:
- d’un côté, le plaisir de rentrer un moment dans la vie littéraire,
- de retrouver quelques figures amies, de m’asseoir dans un fauteuil
- d’orchestre du Théâtre-Français, de faire quelques visites au Salon,
- dont je ne rends plus compte; de l’autre, la nuit en chemin de fer,
- la chance de tomber malade dans un hôtel comme en 1877, la difficulté
- de se procurer tous ces petits détails de bien-être et de _chez soi_,
- dont on ne s’aperçoit que quand ils vous manquent. J’étais exactement
- comme l’âne de Buridan entre deux bottes de chardons d’égale grosseur.
- Tout à coup, j’ai entendu le premier rossignol de l’année, qui
- commençait sa mélodieuse chanson dans un massif d’érables; ce n’est
- rien, et pourtant le gazouillement de ce petit oiseau m’a presque
- décidé au parti le plus sage, c’est-à-dire le plus sédentaire. Ne vous
- semble-t-il pas qu’un poète pourrait rimer là-dessus quelques jolies
- stances ou un sonnet presque sans défauts? Mais la poésie, c’est la
- jeunesse; la jeunesse, c’est le vrai printemps; ce rossignol, dont
- j’ai probablement entendu chanter les ancêtres les plus lointains,
- n’avait pour moi que le charme mélancolique d’un fugitif retour au
- passé[459].
-
-L’année suivante, je revenais à la charge, mais sans plus de succès.
-Il me répondait, le 7 novembre 1881: «Vous me demandez si je n’ai pas
-idée d’aller à Paris au mois de décembre. Hélas! j’ai l’idée contraire.
-Il ne faut pas que la surabondance de mes écritures vous fasse illusion
-sur mon âge et sur ma santé. Et puis, décembre est bien froid ou bien
-humide, avec des jours bien courts, des rues bien boueuses et des
-boulevards bien bruyants. Bizarre contraste! Le sage Biré m’engage à
-venir à Paris, et Ludovic Halévy, l’auteur d’_Orphée aux Enfers_, le
-boulevardier par excellence, m’écrivant pour me remercier d’un article,
-ajoutait récemment: ‘Ne venez pas à Paris! Vous ne le reconnaîtriez
-pas. Il n’est plus digne de vous.’»
-
-S’il ne va plus à Paris, il y enverra du moins ses volumes, à raison
-de deux par an. En 1879, il publia la dix-septième et la dix-huitième
-série des _Nouveaux Samedis_; en 1880, la dix-neuvième et la vingtième.
-
-Ce tome XX des _Nouveaux Samedis_ n’était rien moins que le
-vingt-neuvième volume des _Causeries_. «Si nous adoptions un nouveau
-titre?» lui écrivit son éditeur, M. Calmann-Lévy. Pontmartin,
-légèrement piqué, proposa, un peu _ab irato_: _Souvenirs posthumes_,
-ou _Causeries posthumes_. Au fond, M. Calmann-Lévy avait raison, et,
-d’un commun accord, on adopta, pour les séries futures, le titre de
-_Souvenirs d’un vieux critique_.
-
-Le premier volume des _Souvenirs_ parut au mois de juillet 1881, avec
-cette dédicace:
-
- A
- MA CHÈRE FILLE
- JEANNE D’HONORATI
- VICOMTESSE HENRI DE PONTMARTIN
- HOMMAGE
- DE RECONNAISSANCE ET DE TENDRESSE
-
- A. DE PONTMARTIN.
-
-Le mariage de son fils avait eu lieu le 27 avril précédent. En me
-l’annonçant, le 16 avril, il terminait ainsi sa lettre: «Je vous
-embrasse de cœur dans toute l’effusion d’une honnête joie.»
-
-
-III
-
-Bien des fois, je l’avais engagé à écrire ses _Mémoires_. Il me
-répondait que ses vrais Mémoires, les seuls qu’il pût avoir la
-prétention de publier, il les écrivait au jour le jour dans ses
-Causeries. Tel était aussi, du reste, l’avis de Cuvillier-Fleury, qui,
-dans une lettre du 3 mai 1880, lui disait: «Vos feuilletons prennent
-figure de _mémoires_ «pour servir à l’histoire de notre temps», presque
-aussi politiques que ceux de M. Guizot, et plus mêlés de littérature,
-de souvenirs personnels et de commérages friands. On les savoure et on
-en garde le goût comme d’un mets délicatement épicé. Tout est là, être
-délicat dans un siècle qui ne l’est plus.»
-
-Un jour vint cependant où, se trouvant de loisir,—c’était au mois
-d’août 1881,—il prit une belle feuille de papier, inscrivit en tête
-ces deux mots: _MES MEMOIRES_, écrivit d’un trait le premier chapitre
-et l’envoya au _Correspondant_[460]. Au bout de quatre ou cinq mois, le
-volume était fait et conduisait le lecteur jusqu’à l’année 1832.
-
-Critique, Pontmartin avait eu à juger les Mémoires et les Confidences
-de nos _illustres_, Chateaubriand, Lamartine, Alexandre Dumas, George
-Sand, et il ne s’était pas fait faute de condamner chez eux l’abus de
-la personnalité, ces complaisances du _Moi_, qui les avaient conduits
-à entretenir le public de tout ce qu’ils avaient fait depuis le
-berceau, de leurs enfantillages, de leurs espiègleries, de leurs bonnes
-fortunes, de leur mérite, de leur vertu, de leur talent. Il ne les
-imitera donc pas; mais,
-
- Souvent la peur d’un mal entraîne dans un autre.
-
-Comme il est bien décidé à ne point se poser en héros de sa propre
-histoire; comme il s’efforce de se dégager de toute préoccupation
-d’amour-propre, il arrive qu’il s’en dégage trop. Il semble qu’il
-éprouve surtout le besoin de ne pas se grandir, de diminuer sa personne
-et ses succès. Au lieu de chercher seulement en lui-même les éléments
-d’intérêt, il les cherche volontiers ailleurs, et il est ainsi conduit
-à ne pas serrer la réalité d’assez près, à substituer son imagination à
-sa mémoire et à _romancer_ ses souvenirs. Obligé de faire le départ de
-ce qui est exact et de ce qui a cessé de l’être, le lecteur, dépaysé,
-perd confiance, résiste à son plaisir et ne goûte plus, comme il le
-faudrait, tant de pages charmantes, où la modestie la plus sincère se
-relève de l’esprit le plus piquant.
-
-Pontmartin avait terminé la préface de ce premier volume, en disant:
-«Je commence, au risque, hélas! de ne jamais finir.» Ce fut seulement
-quatre ans après, en 1885, qu’il se décida à donner la suite: _MES
-MÉMOIRES. SECONDE JEUNESSE_[461].
-
-Ce nouveau volume allait de 1832 à 1845, du retour à Avignon au départ
-pour Paris. Il renfermait, sur Berryer, un chapitre qui ne laissa
-pas de surprendre. Pontmartin autrefois, en 1837 et 1839, avait très
-bien parlé du grand orateur[462]. Plus tard, en 1869, sans renier sa
-première admiration, il avait atténué ses louanges et élevé quelques
-chicanes[463]. Cette fois, son jugement était d’une sévérité qui
-allait jusqu’à l’injustice. D’où était venu ce changement? Dans ce
-chapitre même, avec une entière franchise, avec cette bonne foi dont
-il ne se départait jamais, il en donnait la raison. Tandis que de
-grands artistes, des écrivains célèbres, des hommes d’État plus ou
-moins étrangers à la cause royaliste, Meyerbeer, Eugène Delacroix,
-Paul Delaroche, Berlioz, Molé, Cousin, Guizot, Villemain, Dupanloup,
-Montalembert, lui prodiguaient des marques de sympathie, Berryer
-le traitait en inconnu[464]. Le grief était mince et ne justifiait
-guère ces représailles contre le chef du parti que lui-même avait si
-persévéramment et si noblement servi, contre celui que Jules Janin
-avait si bien défini un jour: «Cet admirable et charmant Berryer[465].»
-
-Je ne cachai pas à Pontmartin ma tristesse et ma désapprobation. Je
-le suppliai de ne pas reproduire dans le volume les pages publiées
-dans le _Correspondant_[466], ou tout au moins de les modifier. Il me
-le promit. A quelques jours de là, parut une réplique de M. Charles de
-Lacombe[467]: elle eut pour résultat de décider Pontmartin à maintenir
-son premier texte. Il le fit suivre, dans son volume, d’une note ainsi
-conçue:
-
- Cédant aux instances de mon ami Edmond Biré, j’allais retoucher,
- atténuer, adoucir, abréger ce chapitre, lorsque le _Correspondant_
- a publié le beau travail de mon éminent confrère et ami, Charles de
- Lacombe. Sans nul doute, ce travail, où Charles de Lacombe réfute
- la plupart de mes récits, paraîtra bientôt en volume. Dès lors, je
- craindrais de lui jouer un mauvais tour en supprimant les détails
- contre lesquels il proteste. Il aurait trop l’air de s’agiter dans
- le vide... J’ajoute que, bien différent des plaideurs ordinaires, je
- désire avoir tort.
-
-Il avait tort très certainement. Encore un peu de temps, et il
-le reconnaîtra. Il confessera son erreur avec une générosité de
-cœur, avec une noblesse d’âme, qui ne laisseront rien subsister
-de la faute commise. En 1888, rendant compte, précisément dans le
-_Correspondant_[468], d’un livre où j’avais longuement parlé de
-Berryer, il écrira ces quelques lignes:
-
- Le cœur! l’âme! qui en eut plus que Berryer, soit qu’il traitât à la
- tribune de la Chambre une question d’honneur ou d’intérêt national,
- soit qu’il plaidât un procès politique, soit que, devant la cour
- d’assises, il se fît le défenseur d’accusés dont la tête était en jeu?
- Le cœur, l’âme, la conviction, la conscience, les plus nobles facultés
- qui puissent faire de la parole humaine, non pas un instrument
- merveilleux sous les doigts magiques d’un Thalberg ou d’un Paganini,
- mais l’expression d’un sentiment supérieur à toute pensée vulgaire, et
- en quelque sorte une délégation divine! N’a-t-il pas eu, en maintes
- circonstances, le droit de s’écrier: «Eh mon Dieu! on parle de
- fascination, de talent... Savez-vous ce que c’est que le talent pour
- un honnête homme? C’est d’étudier, c’est de sentir, c’est d’exprimer
- avec vérité ce qu’il a dans son cœur... Quand on sait rendre cela avec
- une émotion vraie, on est éloquent, on a du talent, et quelquefois on
- parvient à faire triompher la vérité dont on est convaincu.»
-
- Berryer a porté bonheur à Edmond Biré. Pour ma part, je lui dois
- un remerciement. Son livre me fournit l’occasion de faire amende
- honorable à une illustre mémoire; de réparer les malencontreuses
- chicanes que m’avaient suggérées de misérables griefs personnels,
- aujourd’hui perdus comme des grains de poussière dans un rayon de
- soleil. Eh! n’est-ce pas le soleil ou plutôt l’immortelle lumière qui
- se lève lorsque toutes les autres s’éteignent[469]?
-
-La rédaction de ses deux volumes de _Mémoires_ n’avait pas interrompu
-ses Semaines littéraires. De 1881 à 1887, il publia huit volumes des
-_Souvenirs d’un vieux critique_. Il allait être bientôt octogénaire, et
-sa verve, son entrain ne faiblissaient pas. Décidément, Henri Lavedan
-avait eu raison de dire en 1879: «_Vieux!_ il ne le deviendra jamais!
-Ce n’est pas fait pour lui...» Ses lecteurs étaient surpris autant que
-charmés de cette jeunesse sans cesse renouvelée. Cuvillier-Fleury lui
-écrivait, le 30 mai 1883: «_J’envie_ de plus en plus, quoique j’en
-profite tous les huit jours, cette _jeunesse persistante_ de votre
-plume dont vos adversaires vous savent sans doute moins de gré...»
-
-Un autre académicien, M. Camille Rousset, l’historien de Louvois, lui
-écrivait, de son côté, le 7 avril 1885: «Comment faites-vous, admirable
-magicien, pour rester toujours aussi jeune? En vérité, votre plume n’a
-jamais été plus vive, plus alerte, plus gracieuse et, dans l’occasion,
-plus acérée. Assurément, vous ne vous êtes pas donné au diable; mais
-à coup sûr, vous lui avez arraché le secret de Jouvence. Je vous en
-félicite et j’applaudis à votre bonne fortune qui devient celle de
-vos lecteurs.»—Il lui écrira encore, le 15 juillet 1889: «Vos deux
-articles sont magnifiques, pleins de choses, pleins d’idées, surtout
-pleins de cœur. Quelle variété! quelle verve! quel entrain! quelle
-jeunesse!»
-
-
-IV
-
-«J’ai commencé ce matin l’article numéro _mille_[470], auquel je
-désespérais d’atteindre; après quoi, nous verrons si je dois me
-reposer, ou continuer mon radotage sénile...» Ainsi m’écrivait
-Pontmartin, le 31 janvier 1887. Comme il était toujours en avance à la
-_Gazette_, l’article ne fut publié que le dimanche 24 avril[471]. Il
-s’était amusé à en disposer ainsi l’en-tête:
-
- _M_
-
- _1,000_ _Mille_
-
- J’ai mis dans le mille.
-
- (Pomadour—EUGÈNE LABICHE.—_29 degrés à l’ombre._)
-
-Le jour même où paraissait le _millième_ article, l’Ermite des Angles
-voyait entrer dans son salon deux rédacteurs de la _Gazette de France_,
-M. Louis de La Roque et M. Henri Poussel, qui venaient, au nom de M.
-Gustave Janicot et de son journal, lui offrir un encrier d’honneur. MM.
-de La Roque et Poussel s’étaient adjoint, pour remplir leur mission,
-deux vieux amis du vieux critique, le poète Roumanille[472] et M.
-Augustin Canron[473], l’un des plus anciens journalistes de province.
-
-En termes émus, M. de La Roque exprima les sentiments de M. Janicot et
-de ses collaborateurs envers le maître qui, depuis près de vingt-cinq
-ans, n’avait pas cessé de donner à tous l’exemple du travail; qui,
-depuis un quart de siècle, avait toujours été à la peine, et aussi,
-grâce au ciel, à l’honneur. «C’est l’amitié, dit-il en terminant, qui,
-en ce jour, rend hommage au talent, au caractère et à la fidélité.»
-
-Pontmartin remercia par de touchantes paroles; puis, tout émerveillé,
-lui, l’infatigable écrivain que l’encre avait si souvent grisé, il se
-prit à contempler, avec une joie d’enfant, le magnifique encrier qui
-allait être désormais le sien.
-
-Le sujet allégorique de cette belle pièce, en argent ciselé, représente
-une urne renversée sur laquelle s’appuient deux Amours et d’où
-s’échappe une nappe d’eau coulant dans une vasque, ornée de deux
-cartouches style Louis XV. Sur celui de droite, on lit l’inscription
-suivante: «La _Gazette de France_ à Pontmartin, 24 avril 1887», et sur
-celui de gauche se trouvent gravées les armoiries de sa famille, qui
-sont: _d’azur à une porte coulissée et renversée d’argent, mouvante du
-côté droit de l’écu et accompagnée d’un lion d’or armé, lampassé et
-couronné de gueules_.
-
-Cette fête du _Millième_ avait eu un caractère intime. Dans les
-départements de la région du Sud-Est, où l’écrivain comptait tant
-d’admirateurs et d’amis, on décida de faire en son honneur une
-manifestation d’un caractère plus général et qui serait, d’ailleurs,
-exclusivement littéraire. L’_Union de Vaucluse_ et les principales
-feuilles du Midi ouvrirent une souscription dont les fonds devaient
-être consacrés à l’exécution de deux bustes de M. de Pontmartin: l’un,
-en marbre, qui lui serait offert; l’autre, en bronze, qui serait placé
-dans le Musée d’Avignon.
-
-Plusieurs journaux de Paris, de ceux-là mêmes qui combattaient les
-opinions de l’auteur des _Samedis_, envoyèrent leur adhésion. Sous ce
-titre: _les Noces d’or de M. de Pontmartin_, Francisque Sarcey rendit
-un complet hommage à son caractère et à son talent. «Ce n’est pas peu
-de chose, écrivait-il, d’avoir durant tant d’années dirigé l’opinion
-d’une foule d’honnêtes gens, d’avoir toujours témoigné d’une justice,
-au moins relative, même envers des adversaires, d’avoir toujours
-respecté sa plume, aimé les lettres, et de se trouver encore, à l’âge
-où l’on a depuis longtemps pris sa retraite, à la tête du mouvement,
-entouré de la considération et de la sympathie universelles.»
-
-En publiant, le 31 juillet 1887, sa première liste de souscription,
-l’_Union de Vaucluse_ la faisait précéder de la lettre suivante, écrite
-au nom de M^{gr} Vigne, archevêque d’Avignon:
-
- Cher monsieur,
-
- M^{gr} l’archevêque me confie l’agréable mission de vous transmettre
- sa souscription au buste de notre cher et illustre compatriote, M.
- le comte Armand de Pontmartin, et de féliciter en même temps, en son
- nom, ceux qui ont eu l’inspiration et pris l’initiative d’élever un
- monument à la gloire de notre éminent critique.
-
- Cet hommage ne s’adresse pas seulement à l’écrivain distingué dont
- l’incomparable talent a jeté un si vif éclat sur la littérature
- française, mais encore à l’homme de caractère et de cœur qui,
- constamment fidèle à toutes les grandes et saintes causes, n’a jamais
- cherché le succès que dans le culte de la religion, unique source
- du vrai, du bien et du beau, sans jamais rien demander à ces moyens
- dont tant d’autres abusent, et que sa plume éloquente et vengeresse
- flétrissait hier encore avec une si énergique indignation. A ce titre,
- votre entreprise doit trouver de l’écho dans toutes les âmes qui
- veulent honorer le talent et la vertu, et je lui souhaite un plein
- succès.
-
- Veuillez agréer, cher monsieur, l’assurance de mes sentiments bien
- respectueux et dévoués.
-
- L. PLAUTIN,
-
- Vic.-gén., secr. de M^{gr} l’archevêque d’Avignon.
-
-Les souscripteurs atteignirent bientôt le chiffre de 580. Les fonds
-versés s’élevèrent à 6,768 fr. 25, somme qui dépassait de beaucoup
-celle demandée par le sculpteur.
-
-Sur les listes, à côté du Chef de la Maison de France, Monseigneur
-le comte de Paris, figuraient de hauts dignitaires de l’Église, des
-académiciens, des notabilités de tout genre, et, auprès des principaux
-représentants de l’aristocratie, des commerçants et des industriels,
-des ouvriers de la ville et de la campagne.
-
-On trouvera plus loin[474] les noms de tous les souscripteurs. Signaler
-ici les uns et laisser les autres dans l’ombre, serait mal répondre au
-sentiment éprouvé par Pontmartin: les témoignages de sympathie auxquels
-il se montra le plus sensible furent ceux qui lui venaient des petits
-et des humbles.
-
-Beaucoup de souscripteurs accompagnaient leur cotisation dune lettre
-d’envoi; plusieurs de ces lettres méritent d’être reproduites.
-
-M^{gr} de Dreux-Brézé, évêque de Moulins, faisait suivre son offrande
-de ces lignes:
-
- Bien faible tribut des constantes sympathies de l’évêque de Moulins
- pour son ancien condisciple Pontmartin, alors concurrent désespérant,
- et depuis passé maître en tous les styles, hormis les styles
- académique et ennuyeux.
-
-M. de Belcastel, l’ancien et vaillant député de la Haute-Garonne à
-l’Assemblée nationale de 1871, écrivait:
-
- N’étant pas à Toulouse lorsque le _Messager_ de cette ville a ouvert
- sa petite souscription pour le buste de votre grand écrivain,
- Armand de Pontmartin, je n’ai pas eu l’occasion d’y prendre part.
- Mais j’aurais un trop vif regret de ne pas m’inscrire au nombre des
- admirateurs de ce beau talent, qui a tout à la fois la grâce des
- fleurs de la Provence, la force, la santé et la longévité du vieux
- chêne gaulois...
-
-Voici quelques lettres d’académiciens.
-
-De M. Edmond Rousse:
-
- Le nom de M. de Pontmartin est assurément un de ceux qui honorent
- le plus la littérature de notre temps. Sa vie est un bel exemple
- de probité littéraire; et son œuvre atteste, avec le talent de
- l’écrivain, le courage de l’homme et du citoyen. Je suis très heureux
- de joindre mon modeste hommage à tous les témoignages d’estime et de
- respect dont les amis des lettres doivent entourer ce grand homme de
- bien.
-
-De M. Désiré Nisard:
-
- Je m’associe de grand cœur au sentiment qui a inspiré le projet
- d’offrir à M. de Pontmartin son buste en marbre comme un juste hommage
- rendu au talent, à la vieillesse si verte et si féconde, au caractère
- si honorable de l’illustre écrivain.
-
-De M. Émile Ollivier:
-
- Monsieur, j’éprouve pour la personne de Pontmartin une sympathie
- cordiale et bien ancienne, puisqu’elle date des réunions de 1849,
- chez Joseph d’Ortigue. J’admire son talent souple, varié, à la fois
- charmant et élevé, embaumé de poésie et, à l’occasion, vibrant
- d’éloquence, et dans lequel la pointe malicieuse n’est que la bonne
- humeur d’un esprit sain, ou la mise en relief du bon sens, et non
- l’échappée d’une âme maligne.
-
- J’aurais voulu contribuer à le faire un de nos confrères à l’Académie.
- C’est vous dire que j’approuve fort la souscription dont vous avez
- pris l’initiative, et que je m’y associe avec empressement.
-
-Frédéric Mistral, qui est à lui seul toute une Académie, écrivait de
-Maillane:
-
- _GLORI A PONTMARTIN!_
-
-Pontmartin,—et ce n’était pas l’un de ses moindres titres
-d’honneur,—avait toujours défendu la Compagnie de Jésus. Un jésuite,
-le Père Victor Delaporte[475], le poète des _Récits et Légendes_, à
-défaut d’autre obole, lui envoya ce sonnet:
-
-A L’ENCRIER DES 1000 ARTICLES
-
- Encrier idéal, source de maint volume,
- Fontaine de Vaucluse à la noire liqueur,
- Le Maître, avec tes flots qui coulent de sa plume,
- Laisse couler à flots son esprit et son cœur.
-
- Tu bouillonnes toujours et tu n’as point d’écume;
- Le Maître, juge, arbitre, artiste, chroniqueur,
- Puise en ta profondeur claire et sans amertume
- Son style ferme et franc—malin, mais non moqueur.
-
- Sous ses doigts l’encre tombe en gouttes de lumière,
- Faisant éclore au jour toute fleur printanière,
- Reflétant à la fois l’or et l’azur du ciel;
-
- Qu’on grave sur tes flancs, merveilleuse écritoire,
- Pour éloge, ou devise unique dans l’histoire:
- _Cinquante ans de critique! et... pas un jour de fiel_.
-
-Le vieux critique pouvait être fier de ces témoignages de sympathie. Il
-en fut surtout très heureux, et, pour remercier les souscripteurs, il
-adressa la lettre suivante au Directeur de la _Gazette de France_:
-
- Mon cher ami,
-
- Au moment où va se clore une souscription pour laquelle j’avais
- redouté un four, avec d’autant plus de vraisemblance que je posais
- devant mon artiste avec une chaleur de 38°, et qu’avant d’être fondu
- en bronze, je fondais en sueur, j’ai recours à la _Gazette de France_
- pour adresser mes remerciements à qui de droit.
-
- A vous d’abord, et à la _Gazette_. On prétend que le contenant doit
- être plus grand que le contenu. Cette fois, ç’a été le contraire. Le
- buste était contenu dans l’encrier. C’est l’encrier qui a donné à mes
- amis de Provence l’idée dont ils ont poursuivi l’exécution avec un
- merveilleux entrain.
-
- A Léopold de Gaillard, qui, dans une page charmante où _il lançait
- l’affaire_, a prouvé que l’amitié ressemblait à nos vins de France,
- d’autant plus généreux qu’ils sont moins jeunes.
-
- Au Prince auguste que sa haute intelligence, son patriotisme, son âme
- essentiellement française, élèvent au niveau de toutes les fortunes,
- depuis l’exil présent jusqu’au trône prochain.
-
- A nos saints et vénérables Évêques, qui, au lieu de m’accueillir à
- coups de crosse, m’ont donné leur bénédiction.
-
- Aux membres éminents de l’Académie française, qui ont voté pour moi
- sous forme de souscription, et que je ne pourrais remercier dignement
- que si j’avais de l’esprit comme quatre.
-
- A mon éditeur Calmann-Lévy, qui a tenu à prouver que je ne l’avais pas
- ruiné.
-
- Aux grandes dames, qui ont un moment abandonné en ma faveur les romans
- de M. Zola.
-
- A tous mes amis, connus ou inconnus, lointains ou voisins, à qui je
- suis obligé d’adresser l’expression collective de ma reconnaissance,
- en ajoutant que chacun en a sa part, et que tous l’ont tout entière.
-
- Mais surtout, et du fond du cœur, à ceux qui, moins riches de
- numéraire que de nobles sentiments et de dévouement invincible à
- toutes les bonnes causes, ont prélevé sur leur nécessaire pour donner
- un témoignage de sympathie au vieillard dont le seul mérite est de ne
- pas être tout à fait mort,—et de persévérer.
-
- Si j’avais douze ou quinze ans de moins, je dirais que ces témoignages
- doivent m’encourager à mieux faire. Mais, à mon âge, quel _mieux_
- peut-on demander et attendre? Un seul: le silence, et vous ne le
- voulez pas.
-
- Encore une fois merci, mon cher ami, tout à vous et à nos excellents
- collaborateurs.
-
- ARMAND DE PONTMARTIN.
-
- Les Angles, 11 septembre 1887.
-
-Le buste en marbre, œuvre de M. Bastet, fut remis à Pontmartin; le
-buste en bronze, fondu à Paris dans les ateliers de M. Thiébault,
-fut déposée au Musée Calvet, à Avignon. L’excédent des recettes sur
-les dépenses ayant été de 2109 francs, ce reliquat, suivant le désir
-exprimé par Pontmartin, fut versé à M^{gr} Vigne pour des œuvres de
-bienfaisance.
-
-
-V
-
-Rarement hommage fut plus mérité que celui qui venait d’être rendu à
-Pontmartin.
-
-Son œuvre critique était la plus considérable du siècle. Elle se
-composait, à ce moment, de trente-sept volumes[476], que cinq autres
-bientôt allaient suivre[477]; soit, en tout, quarante-deux volumes.
-En voyant ainsi, d’année en année, croître son œuvre, Pontmartin ne
-songeait nullement à répéter l’_Exegi monumentum_ d’Horace, mais il
-se croyait le droit de lui appliquer le _Vires acquirit eundo_ de son
-cher Virgile: «Je sens, m’écrivait-il le 28 juin 1868, que mes volumes
-de Causeries littéraires gagnent, à se multiplier, une sorte de valeur
-indépendante de leur mérite.»
-
-Pendant plus d’un demi-siècle, Pontmartin a parlé de tous les
-écrivains et de tous les livres de son temps, non comme un
-bibliographe, non pas même comme un critique de profession, mais
-comme un homme du monde, très mêlé au mouvement littéraire, et qui,
-sans avoir l’air d’y toucher, ajoute chaque semaine un chapitre à ses
-Mémoires—et à ceux du voisin. «S’il me fallait chercher dans le passé
-des comparaisons ou plutôt des analogies, dit très bien M. Léopold de
-Gaillard, je songerais à une sorte de Saint-Simon homme de lettres,
-vivant au milieu des auteurs comme l’autre vivait au milieu des
-courtisans, mêlé à tout, connaissant tout, racontant tout par le menu,
-non certes sans malice, ni sans parti pris, ni même sans une certaine
-pointe d’aristocratie, mais avec la bonne foi visible de la passion,
-avec une verve infatigable, et pour ses lecteurs avec l’heureuse
-surprise d’un esprit toujours en scène, et qui n’a pas l’air de s’en
-douter[478].»
-
-Quarante-deux volumes d’_extraits_ et de comptes rendus, c’est
-beaucoup, dira-t-on; j’ajoute, pour ma part, que ce serait trop,
-beaucoup trop. Mais les feuilletons de Pontmartin ne sont pas des
-extraits; il n’oublie jamais qu’il est un causeur, et un causeur, dans
-son salon, n’a pas un livre à la main et ne fait pas de citations. Ce
-ne sont pas non plus des comptes rendus, à proprement parler. Sans
-doute il a lu avec soin l’ouvrage dont il veut entretenir ceux qui
-l’écoutent; mais, sa lecture faite et le volume fermé, il ne l’analyse
-pas, ou très rarement; il en prend texte seulement pour développer à
-son tour les idées que le sujet lui suggère. L’auteur lui a fourni le
-libretto, il se charge d’écrire la musique.
-
-Combien de fois ne lui arrive-t-il pas, surtout lorsqu’il lui faut
-parler d’un roman, de le reprendre en sous-œuvre et d’ajouter au
-canevas des broderies nouvelles! A propos du roman par lettres de
-M^{me} Caro—_Nouvelles amours de Hermann et de Dorothée_,—il
-écrit: «J’en veux à l’auteur d’avoir manqué un délicieux sujet, où
-nos patriotiques rancunes auraient pu rencontrer un commencement
-de revanche. Ce sujet, voici, selon moi, comment elle aurait dû le
-traiter.» Et, en un tour de main, l’auteur et son roman se trouvent
-refaits[479].
-
-_La Veuve_ est un des meilleurs récits d’Octave Feuillet, Pontmartin
-ne lui ménage pas les éloges. Les dernières pages cependant n’ont
-pas laissé de le choquer. Un autre critique se fût borné à donner
-ses raisons, à motiver son jugement. Il fera mieux; il propose une
-variante, il imagine un autre dénouement[480].
-
-Dans un de ses premiers romans, _Mensonges_, Paul Bourget avait
-développé avec succès toutes les délicatesses, toutes les subtilités de
-l’analyse psychologique; mais il y avait mêlé des peintures sensuelles,
-des pages où la psychologie se faisait plastique. Et Pontmartin de se
-demander: «Était-il donc impossible d’écrire un roman complètement
-chaste avec le sujet choisi par M. Paul Bourget? Essayons.» Il essaie,
-et à la toile du jeune maître il apporte d’heureuses retouches[481].
-
-Un autre jour, ayant à parler des _Maximes de la vie_, par _M^{me} la
-comtesse Diane_[482], il prend deux ou trois de ces maximes et il les
-_illustre_ par des exemples, par deux ou trois saynètes du tour le plus
-piquant[483].
-
-C’est ainsi qu’avec lui la critique est souvent une véritable création.
-
-Ses confrères, même les plus justement célèbres, n’ont qu’un cadre,
-toujours le même, qui sert pour tous leurs articles. Rien de plus
-varié, au contraire, que les cadres de Pontmartin.
-
-Une femme d’infiniment d’esprit, la comtesse de Boigne, publie en 1866
-un roman—_une Passion dans le grand monde_—qu’elle avait composé...
-en 1816. L’article de Pontmartin revêt la forme d’une lettre _à M.
-l’abbé de Féletz, à Paris_, lettre datée du 12 janvier 1817, et qui
-dut faire les délices du très spirituel abbé, alors rédacteur au
-_Journal des Débats_, en attendant l’Académie française[484].—A-t-il
-à parler d’un poète, de François Coppée ou de Paul Déroulède, il écrit
-sa causerie en vers[485]. A propos de _la Sorcière_, de Michelet, il
-nous transporte sur une des cimes du Brocken, avec une décoration dans
-le genre de celle de la _fonte des balles_, de Freyschütz, et il nous
-fait assister à un _Ballet sur balai_, moitié vers, moitié prose[486].
-Ailleurs, à l’occasion du _Lycée Condorcet_ (tour à tour Bonaparte,
-Bourbon, Fontanes, re-bonaparte, etc.), nous avons, non plus un ballet
-fantastique, mais de vraies scènes de comédie[487]. Jamais Lycée de
-la République ne s’était trouvé à pareille fête, et ce n’est pas ce
-jour-là qu’on aurait pu dire:
-
- L’ennui naquit un jour... de l’Université.
-
-Les _Causeries_ ne renferment pas moins de neuf ou dix articles sur
-les romans de M. Zola. «Comment faites-vous, demandait-on à un vieux
-journaliste, pour faire votre article tous les jours? Quel est donc
-votre secret?—Mon secret est bien simple. Il tient en quatre mots:
-dire, redire, se contredire.» Pontmartin, dans ses dix articles sur
-Zola, ne se répète pas; encore moins, se contredit-il; seulement,
-sur ce fond invariable, il applique sans cesse une forme nouvelle.
-Tantôt, à propos d’_Une page d’amour_, pour ébrancher, ou plutôt
-pour couper par le pied l’arbre généalogique des Rougon-Macquart, le
-chevalier Tancrède déroule sur le tapis du salon l’arbre généalogique
-des Bougon-Jobard et en détaille toutes les beautés[488]. C’est de la
-parodie, mais c’est aussi de la critique, et de la meilleure. Tantôt,
-il commence un éloquent article sur _Nana_—_Nana partout_—par une
-désopilante fantaisie sur le naturalisme et la réclame, sur la ronde
-des affiches remplaçant celle du sabbat[489]. Une autre fois, quand
-M. Zola met en pièce le plus fameux de ses romans, Pontmartin nous
-raconte la _première_ de _l’Assommoir_ sur le Grand-Théâtre d’Athènes,
-et c’est merveille de voir quelle exquise poésie il a su extraire de
-l’argot de Coupeau et de Bibi-la-Grillade, et comme il a su changer le
-_tord-boyaux_ de Mes-Bottes en vin de Chypre ou de Samos[490].
-
-
-VI
-
-Bayle a dit quelque part: «Combien y a-t-il de gens d’esprit qui
-s’ennuient à la lecture d’un ouvrage qui resserre leur imagination en
-la tenant toujours appliquée à un même sujet! Qui n’aime la diversité?»
-Ceux-là ne s’ennuieront pas avec les Causeries de Pontmartin. Où
-trouver plus de diversité? Diversité dans les cadres, nous venons de
-le voir, diversité aussi dans les sujets. D’habitude, les critiques
-littéraires ne parlent que des livres. Pontmartin parle de tout; il a
-des feuilletons sur les théâtres et sur les grandes _premières_; il en
-a sur les réceptions académiques—et ce lui est un jeu de montrer que
-si les immortels ont, à eux tous, de l’esprit comme quarante, il a, à
-lui seul, de l’esprit comme quatre. A un article de critique succède
-un article de fantaisie: après une grande étude sur les _Misérables_,
-de Victor Hugo, vient une dramatique nouvelle intitulée _le Vrai Jean
-Valjean_[491]. A la suite de feuilletons sur les romans d’Alphonse
-Daudet ou de Georges Ohnet, viennent d’émouvantes pages sur les
-_Invalides du Sanctuaire_[492], l’_Orphelinat d’Auteuil_[493] et les
-_Sœurs hospitalières_[494].
-
-Les autres critiques ne s’occupaient que des vers publiés à Paris.
-Pontmartin s’occupe volontiers des poètes restés fidèles à leur
-province, et en particulier de ceux qui n’ont pas voulu quitter, pour
-les rives de la Seine, les bords du Rhône et de la Durance, Roumanille,
-Mistral, Aubanel, Félix Gras, Anselme Mathieu. C’est lui qui a, dès
-1854, bien avant l’apparition de _Mireille_, appelé l’attention sur ce
-réveil de la littérature provençale, qui contraste si singulièrement
-avec les tendances générales d’une société dont le génie centralisateur
-est encore secondé par la rapidité des communications, le mouvement
-des idées et l’inévitable abandon des mœurs, des traditions, des
-physionomies locales. C’est l’auteur des _Causeries littéraires_ qui
-nous a fait connaître et aimer cet admirable Roumanille, dont les
-œuvres en prose et en vers ont fait autour de lui tant de bien, ce
-vaillant et ce modeste qui, par ses efforts, sa persévérance, ses
-poésies charmantes, a créé le groupe dont, jusqu’à sa mort, il est
-resté le centre et d’où Mistral a pu sortir, son poème de _Miréio_ à la
-main, sûr d’avoir un public et un auditoire.
-
-Si la philosophie l’attire peu, et s’il s’obstine à trouver, ainsi
-qu’il le faisait au collège, qu’il y a là _beaucoup de tintamarre et
-de brouillamini_, il aborde volontiers, quand l’occasion lui en est
-offerte, les questions morales et religieuses. Ses articles sur les
-livres de Renan, et en particulier sur son volume des _Apôtres_[495],
-sont d’excellents chapitres d’apologétique chrétienne.
-
-Romancier et poète, il a du goût pour l’histoire,—je veux dire celle
-de son temps et de son siècle; car, de l’histoire ancienne, il n’avait
-guère souci. En politique, comme en littérature, il a des principes, il
-a un criterium, qui lui permet de bien juger. Jeune, il avait été un
-_carliste_ intransigeant, et il fût allé aisément aux extrêmes; mais
-les années, la leçon des événements, la connaissance des hommes, lui
-ont appris l’indulgence et lui ont rendu facile l’impartialité. Nul
-peut-être n’a mieux parlé de la monarchie de Juillet que ce légitimiste
-impénitent. Ses huit articles sur les _Mémoires_ de M. Guizot[496] sont
-vraiment dignes de l’illustre homme d’État. S’il est parfois obligé de
-le combattre, il n’engage avec lui qu’un duel à armes courtoises, et il
-met un crêpe à la poignée de son épée.
-
-Pontmartin excelle encore dans ces études d’ensemble, dans ces
-_portraits après décès_, qu’il consacre à ceux de ses contemporains
-qui ont brillé dans la politique ou dans les lettres et dont la tombe
-vient de s’ouvrir. Il aurait suffi de les réunir en un ou deux volumes,
-pour avoir comme une annexe de l’Exposition des _Portraits du siècle_:
-Lamartine, Berryer, Thiers, Guizot, de Barante, Alfred de Vigny,
-Charles Baudelaire, Edmond About, Louis de Carné, Brizeux, Reboul,
-Charles de Bernard, Jules Sandeau, M^{gr} Dupanloup, le Père d’Alzon,
-François Buloz, Victor Cousin, Joseph Autran, Sainte-Beuve, Théophile
-Gautier, Jules Janin, Salvandy, Vitet, Saint-Marc Girardin, le baron de
-Larcy, Gustave Flaubert, Victor de Laprade, Alfred de Falloux, Paul de
-Saint-Victor, Charles de Rémusat, Villemain, Silvestre de Sacy, etc.,
-etc.
-
-Mais où il excelle surtout et se montre vraiment original, c’est dans
-ce genre qui lui est propre, qui donne un charme si particulier à ses
-_Souvenirs d’un vieux critique_, et qu’il a défini lui-même—on se
-le rappelle peut-être,—un genre mixte entre la critique, l’histoire
-intime, l’impression personnelle et le roman[497].
-
-Rien n’égale donc la variété de ces quarante-deux volumes, de ces
-causeries ailées, fines, légères comme des abeilles, qui butinaient sur
-tous les livres, qui faisaient leur miel du suc de toutes les fleurs.
-Pontmartin aurait pu leur donner pour épigraphe ces vers de son poète
-préféré:
-
- _Illæ continuô saltus silvasque peragrant,
- Purpureosque metunt flores, et flumina libant
- Summa leves. Hinc nescio qua dulcedine lætæ
- Progeniem nidosque fovent; hinc arte recentes
- Excudunt ceras, et mella tenacia fingunt[498]._
-
-En même temps qu’une extrême variété dans les sujets et dans les
-cadres, les _Causeries littéraires_ offrent un autre caractère
-plus rare encore et plus essentiel, l’unité. Un même souffle de
-spiritualisme chrétien anime ces chapitres sans nombre, où l’auteur,
-toujours fidèle à lui-même, n’a cessé, pendant un demi-siècle, de
-défendre le beau, le vrai, la vertu et le goût, la religion et la
-patrie. En publiant son dernier volume, au bas de la dernière page, il
-aurait eu le droit d’écrire: _Qualis ab incepto_.
-
-Est-ce à dire que rien ne soit à critiquer dans ces Causeries?
-Assurément non. Soit dans le blâme, soit dans l’éloge, Pontmartin
-dépasse quelquefois la juste mesure. Il a ses _bêtes noires_: tel,
-par exemple, Barbey d’Aurevilly, pour lequel il se montre sans pitié.
-Barbey d’Aurevilly sans doute eut l’impardonnable tort de vouloir
-fréquenter à la fois chez Joseph de Maistre et chez le marquis de
-Sade, de prendre l’attitude d’un ultra-catholique à l’heure même où
-il écrivait des contes qui relevaient de la police correctionnelle,
-_les Diaboliques_[499] et _Une Histoire sans nom_. Ces inconséquences,
-certes, il les fallait signaler; il fallait déplorer ces aberrations.
-Mais pourquoi ne pas reconnaître en même temps que les vingt volumes
-des _Œuvres et des Hommes au XIX^e siècle_ sont une œuvre maîtresse,
-et que notre littérature compte peu de romans aussi remarquables que
-_l’Ensorcelée_, _le Chevalier Des Touches_ et _le Prêtre marié_[500]?
-
-Trop sévère, injuste même à l’endroit de certains écrivains,
-Pontmartin est ailleurs d’une indulgence parfois excessive. Avec ses
-amis (et, pour ma part, j’en sais quelque chose), il est volontiers
-prodigue de louanges. Les épithètes les plus flatteuses jaillissent
-alors de sa plume. Exquis! délicieux! charmant! balsamique! magnifique!
-adorable! admirable!—«Mais enfin, lui disais-je un jour, si vous
-donnez ainsi de l’_admirable_ à _X._ et à _Y._ que vous restera-t-il
-pour caractériser les œuvres de Bossuet ou celles de Joseph de
-Maistre?» Pontmartin souriait: «Bah! me répondit-il, vous seriez bien
-attrapés, vous et quelques autres, si je n’avais toujours dans ma
-maison une ou deux chambres à offrir à mes amis.»
-
-On n’écrit pas impunément quatre grands articles par mois, et souvent
-bien davantage. Quoiqu’il en ait laissé un grand nombre en dehors de
-ses volumes, il en a pourtant conservé quelques-uns où la lassitude
-se fait sentir. Il lui arrive, en quelques rencontres, de sacrifier
-à l’éclat du mot la précision de la pensée, de préférer au feu qui
-couve et qui dure l’étincelle qui jaillit et brille un instant pour
-s’éteindre bientôt. Il lui arrive aussi de multiplier les épithètes, de
-redoubler les synonymes, de s’abandonner aux excès de sa verve et de
-donner à sa phrase, toujours cependant harmonieuse et pure, une ampleur
-démesurée.
-
-Mais ces défauts—pouvait-il donc ne pas y en avoir dans une œuvre
-d’une si extraordinaire étendue?—ne sont-ils pas rachetés, et bien
-au delà, par tant de brillantes et durables qualités? Pontmartin
-a été l’un des meilleurs écrivains du XIX^e siècle, l’un des plus
-éloquents et, en même temps, l’un des plus naturels. Le naturel, ce
-signe distinctif, cette grâce suprême des bonnes littératures et des
-œuvres dignes de vivre. Pontmartin l’avait au plus haut degré. Lui
-qui si facilement atteignait à l’éclat, il prisait par-dessus tout
-la simplicité. «Tâchez, disait-il souvent, tâchez d’être simples,
-sans être vulgaires.» Un bon juge, J.-J. Weiss, disait un jour:
-«Pontmartin est du petit nombre de ceux de notre temps qui écrivent
-naturellement en français.» Écrire naturellement en français, c’est
-peu de chose, semble-t-il, et pourtant rien n’est plus rare. Un autre
-bon juge, Cuvillier-Fleury, voyait également juste, quand il écrivait
-à Pontmartin: «Ah! combien j’en ai vu mourir de jeunes et de vieilles
-réputations! La vôtre _qui a le style_ vivra ce que le style vit,
-toujours, plus ou moins célèbre, mais toujours!
-
- _Vivunt commissi calores
- Æoliæ fidibus puellæ[501]!_»
-
-
-VII
-
-Les Causeries littéraires de Pontmartin ne doivent pas nous faire
-oublier ses romans. Dans le _Correspondant_ du 25 octobre 1865, Victor
-Fournel[502] publia sur l’auteur des _Samedis_ un article où il donnait
-le pas au critique sur le conteur. Pontmartin m’écrivit aussitôt:
-
- Je veux maintenant, puisque votre amitié me tend ce piège, vous dire
- un mot de l’article de Victor Fournel. Assurément il y a, dans cet
- article, de quoi contenter dix vanités plus exigeantes que la mienne.
- Et cependant!... cependant de mon cœur de romancier l’orgueilleuse
- faiblesse eût mieux aimé peut-être voir sacrifier le critique,
- pourvu qu’une part un peu plus large fût faite au conteur. M. Victor
- Fournel, que je ne connais pas, qui ne peut pas savoir mes secrètes
- préférences, a suivi tout simplement l’opinion généralement adoptée
- par tous ceux qui veulent bien songer à moi: sous les formes les
- plus bienveillantes et avec de fort belles compensations, il a fait
- clairement entendre que, dans mon bagage, la critique représente les
- malles, et le roman tout au plus le sac de nuit. Il ne s’est pas
- aperçu que, dans son système, le roman d’analyse, qui n’est souvent
- que de la critique animée, ne serait plus que le très humble serviteur
- du roman d’aventure, contre lequel nous n’avons, au contraire, cessé
- de protester et de réagir depuis trente ans; Eugène Sue, Alexandre
- Dumas, Frédéric Soulié, redeviendraient alors les souverains maîtres
- de ce romanesque empire d’où nous aurions à expulser les délicats, les
- analyseurs, tels qu’Octave Feuillet, etc., etc. Mais en voilà bien
- assez sur ce sujet où je devrais me récuser[503]...
-
-Avait-il, comme il le croyait, une véritable vocation de romancier?
-Peut-être. _Les Brûleurs de Temples_, _la Fin du Procès_, _les
-Jeudis de madame Charbonneau_, _Entre chien et loup_, _le Filleul
-de Beaumarchais_ ont de rares et précieuses qualités. Mais ce sont
-des livres mi-partie critique et mi-partie roman. La vigueur de la
-conception, la puissance et la fertilité de l’invention n’égalaient
-pas, chez Pontmartin, la finesse de l’observateur et la délicatesse de
-l’analyste. Il n’avait pas assez de _poigne_ pour étreindre de fortes
-situations, pour soulever de lourds fardeaux. Le cadre de la nouvelle
-lui était plus favorable; nos meilleurs auteurs en ce genre, Nodier,
-Mérimée, Charles de Bernard, Jules Sandeau, ont dans leurs écrins peu
-de perles d’une plus belle eau que _la Marquise d’Aurebonne_, _Aurélie_
-et _Marguerite Vidal_.
-
- * * * * *
-
-Je ne finirai pas ce chapitre sans dire un mot de la _Correspondance_
-de Pontmartin.
-
-Il écrivait ses lettres de prime-saut et avec une rapidité matérielle
-inouïe. Il ne soupçonnait pas d’ailleurs qu’aucun fragment pût en être
-jamais publié, et il n’y attachait pas plus d’importance qu’à des
-paroles qui volent et dont rien ne reste. Elles resteront pourtant,
-parce qu’elles sont les plus simples, les plus naturelles—et les plus
-spirituelles du monde.
-
-Ses principaux correspondants furent Léopold de Gaillard, Joseph
-Autran, Cuvillier-Fleury, Victor de Laprade, Jules Claretie, la
-marquise de Blocqueville et la duchesse de la Roche-Guyon. Dans les
-dernières années de Pontmartin, la duchesse et lui s’écrivaient tous
-les trois jours en prose et en vers.
-
-Les lettres à Autran, que la famille du poète a bien voulu me confier,
-vont de 1845 à 1875. Le châtelain de Pradine écrivait à son ami des
-Angles, le 23 octobre 1873:
-
- Votre lettre, mon cher ami, est tout à la fois désolante et charmante.
-
- Désolante, elle me donne de fâcheuses nouvelles de votre santé, et
- m’annonce des résolutions qui, je l’espère, ne sont pas irrévocables.
-
- Charmante, elle est écrite dans ce style dont vous possédez seul le
- secret, et qui fait de vos lettres autant de perles fines. Laissez-moi
- vous dire quelque chose à ce propos, c’est que j’ai dernièrement
- recherché et retrouvé toutes celles que j’ai reçues de vous depuis
- l’origine de notre amitié. Je les ai réunies dans une vaste cassette,
- qui restera pour moi plus précieuse que la fameuse cassette
- d’Alexandre. Autrefois, je relisais de temps en temps les épîtres de
- Cicéron à Atticus. Je relirai maintenant celles d’Armand à Joseph, et
- l’amitié ne sera pour rien dans la préférence très réelle que je leur
- donnerai.
-
-La correspondance avec Cuvillier-Fleury s’étend de 1854 à 1886.
-«Savez-vous bien, mandait un jour à l’auteur des _Samedis_ l’auteur des
-_Portraits révolutionnaires_, savez-vous qu’on ferait deux ou trois
-beaux volumes après notre mort—_Dî talem avertite casum!_—avec les
-lettres que nous échangeons depuis dix ans, vous fournissant l’esprit,
-moi le _reportage_ parisien, vous la mélancolie de l’exilé, moi la
-fausse gaieté du citadin, celle qui court les rues, bien que je ne
-sorte guère de la maison; mais la rue nous arrive par tous les canaux
-de la publicité, par tous les bruits du boulevard qui semblent retentir
-dans nos solitudes suburbaines[504]...»
-
-Un des rédacteurs du _Journal des Débats_, M. Ernest Bertin, a
-eu la bonne fortune de pouvoir lire les lettres de Pontmartin à
-Cuvillier-Fleury, et il ne cache pas qu’il en a été émerveillé.
-Il résume ainsi les impressions que lui a laissées cette lecture:
-«Près des lettres de Guizot j’en aperçois d’autres, rassemblées sous
-un cordon rose, et signées: Armand de Pontmartin! Quelle liasse
-volumineuse! Quelle écriture fine et serrée! Mais quelle facile et
-agréable lecture! C’est une heureuse fluidité de langage, qui touche
-à tout, en se jouant, à la politique, aux lettres, au monde, monde
-de Paris, monde de la province; c’est aussi une ironie brillante et
-souple, qui tantôt s’échappe et se disperse en mille flèches légères,
-et pique à fleur de peau, tantôt se concentre, s’aiguise et s’enfonce
-en belle chair vive, avec une sorte d’allégresse cruelle; mais toujours
-et bientôt le sourire reparaît, la belle humeur, la gaieté, la joie
-du Midi surnagent. Il pense, il sent tout haut, librement, hardiment;
-mais il se fait pardonner ce qu’il ose, même les calembours les moins
-académiques, tant il y met d’abandon, de bonne grâce, d’imprévu.
-«Peu s’en est _fallou_, écrit-il à M. Cuvillier-Fleury, que je ne
-_Montalember_... cadère de la rue Saint-Lazare pour aller vous
-surprendre dans votre riante oasis», et son indulgent confrère reçoit
-cela en pleine poitrine sans crier, étant déjà aguerri par l’habitude.
-
-«Il se moque de tout le monde et de lui-même, de lui-même un peu
-plus que de tout le monde, sur un ton, il est vrai, un peu différent.
-Il raille fort agréablement les Angles, près Avignon, où il a sa
-gentilhommière,—les Angles obtus, comme il date l’une de ses
-lettres,—les airs de grande ville affectés par ce maigre village, et
-lui, tout le premier, le dilettante de lettres, le critique attitré de
-la _Gazette de France_, mordu, sur le tard, de la passion des grandeurs
-municipales, et s’en offrant jusqu’à saturation les ineffables
-jouissances, organisant des courses locales, faisant épierrer et
-arroser la piste, signant des autorisations de buvettes, débattant le
-prix de location des écuries ou allant faire l’aimable chez les belles
-dames patronnesses _d’une Société hippique fondée dans un pays qui ne
-produit que des ânes_!... C’est l’histoire du maire de Gigondas, dans
-les _Jeudis de madame Charbonneau_, moins les enjolivements et les
-hyperboles de la fiction. Et, tandis qu’il vaque à ces soins variés, il
-sent ou croit sentir son esprit se rouiller, s’empâter, s’amortir, et
-il demande grâce aux Athéniens de Paris pour la pesante rusticité de
-ses lettres béotiennes. Voulez-vous un exemple de sa rouille, de son
-empâtement épistolaires? Écoutez la façon dont il excuse sa lenteur à
-partir pour Paris, où il est impatiemment attendu:
-
- Vous savez la vieille histoire de ces aimables affamés qui, dans une
- partie de campagne, au moment de se mettre à table, s’aperçoivent
- qu’ils ont oublié le pain. On envoie un domestique à franc étrier,
- à la ville voisine; on lui commande d’aller ventre à terre et l’on
- calcule le temps, la distance: il est ici, il est là; il achète le
- pain, il remonte à cheval, il est à tel endroit, il approche, il
- arrive, le voici!... En effet, le domestique, à ce moment, ouvre la
- porte et dit, d’un air bête: «Je ne puis pas trouver la bride!» La
- bride que je n’ai pas trouvée, ou plutôt celle qui me retient, c’est
- d’abord un rhume de ma femme au moment où nos malles étaient faites;
- puis la crise agricole qui nous ruine et m’a mis dans l’alternative
- ou de partir sans argent ou d’attendre indéfiniment celui de mes
- fermiers, encore plus pauvres que moi, etc.[505].
-
-Les lettres à Jules Claretie, qui vont de 1862 à 1890 et que j’ai
-en ce moment sous les yeux, ne sont ni moins intéressantes ni moins
-spirituelles que celles à Cuvillier-Fleury.
-
-Avec ces lettres de Pontmartin à ses amis, en ne prenant même que
-le dessus du panier, on fera aisément un ou deux volumes exquis, qui
-seront un vrai régal pour les délicats,—s’il en existe encore quand
-ces volumes paraîtront.
-
-Toutes les lettres qu’il recevait de ses amis, Pontmartin les
-conservait précieusement; c’était un trésor dont il ne voulait rien
-distraire. Il n’en allait pas de même de celles que, pendant près
-d’un demi-siècle de critique, il avait reçues de ses justiciables.
-Ces autographes, signés de noms illustres ou tout au moins célèbres:
-Guizot, Villemain, Montalembert, Mignet, Victor Cousin, Albert de
-Broglie et son beau-frère M. d’Haussonville, Vitet, Saint-Marc
-Girardin, Gaston Boissier[506], Octave Feuillet, Désiré Nisard,
-Caro, J.-J. Weiss, Ludovic Halévy, Paul de Saint-Victor, Paul Féval,
-etc., étaient faits pour flatter sa vanité, et d’autres les auraient
-collectionnés avec soin: il n’en gardait jamais un seul. Plusieurs fois
-il m’arriva de lui en demander. Il me répondait invariablement: «Hélas!
-mon cher ami, il ne m’en reste pas une bribe. Toutes les fois qu’il y
-a _en Avignon_ une tombola, un bazar de charité, je me fais un devoir
-et un plaisir d’y envoyer quelques-uns de ces autographes: lorsqu’ils
-atteignent un haut prix, j’en suis fier pour _mes_ auteurs; j’en suis
-surtout heureux pour nos pauvres.»
-
-
-
-
-CHAPITRE XVII
-
-LES DERNIÈRES ANNÉES—ÉPISODES LITTÉRAIRES
-
-LA MORT D’ARMAND DE PONTMARTIN
-
-(1888-1890)
-
- La dixième série des _Souvenirs d’un vieux critique_ et les _Péchés
- de vieillesse_. Une Revue qui paie royalement. M. Frédéric Masson et
- _les Lettres et les Arts_.—Vingt-quatre articles d’avance, _Episodes
- littéraires_.—Le dernier article, M. Emile Zola et _la Bête humaine_.
- Un souvenir de Virgile.—La dernière maladie. Visite de Léopold de
- Gaillard. Une mort chrétienne. Les obsèques d’Armand de Pontmartin.
-
-
-I
-
-Puisqu’il a maintenant un si bel encrier, il faut bien que Pontmartin
-écrive encore. En 1888, il publie la neuvième série des _Souvenirs d’un
-vieux critique_. La dixième paraît en 1889, suivie, la même année,
-d’un volume de Nouvelles, _Péchés de vieillesse_[507]. Jeune, il avait
-aimé ce genre si français; il y revenait encore une fois, souriant à
-son dernier rêve, suivant d’un mélancolique regard l’étoile qui va
-s’éteindre, la dernière, dans le ciel assombri.
-
-Deux de ces nouvelles avaient d’abord paru dans _les Lettres et
-les Arts_, que dirigeait M. Frédéric Masson, «une étrange Revue qui
-coûte 300 fr. par an, qui a beaucoup d’argent, qui paie royalement
-et qui n’a pas d’abonnés.[508]» La collaboration de Pontmartin à la
-Revue de M. Frédéric Masson ne fut du reste qu’une collaboration de
-pure fantaisie. Bien que le _Correspondant_ et la _Gazette de France_
-payassent moins royalement, il leur resta fidèle. Sa collaboration au
-_Correspondant_ ne fut même jamais plus active qu’en ces dernières
-années. De 1887 à 1889, outre sa nouvelle _les Feux de paille_, il y
-publia de nombreux articles de critique et d’histoire: _Le cardinal
-de Bonnechose_;—_Honnêtes gens et livres déshonnêtes_;—_les
-Commencements d’une conquête_: l’Algérie de 1830 à 1840;—_Napoléon et
-ses détracteurs_, d’après le livre du prince Napoléon;—les _Causeries
-littéraires_ d’Edmond Biré;—_une Légende mystique au dix-septième
-siècle_ (le duc et la duchesse de Ventadour);—_Deux livres jumeaux_
-(_Remarques sur l’Exposition du Centenaire_, par le vicomte Melchior
-de Vogüé; _1789 et 1889_, par Émile Ollivier). Bientôt, ce ne sont
-plus seulement des articles, c’est tout un volume qu’il écrit pour la
-Revue de la rue de Tournon. Sous le titre d’_Épisodes littéraires_, il
-y donne la suite de ses _Mémoires_ et les conduit cette fois jusqu’au
-mois de janvier 1858[509]. Comment il fut amené à entreprendre cette
-nouvelle série, il me l’apprenait dans une de ses lettres:
-
- ...Puisque vous aimez les détails, je dois vous renseigner sur
- l’origine de mes _Épisodes littéraires_. J’en étais arrivé à avoir
- _vingt-quatre articles d’avance_ dans les bureaux de la _Gazette_.
- J’ai compris tout ce qu’il y avait de déraisonnable à rendre compte
- par exemple d’un roman de M. Ferdinand Fabre ou de M. Georges Ohnet
- dans un article qui ne paraîtra que six mois après le livre. Je me
- suis souvenu de ce que vous m’aviez écrit au sujet de la première
- forme que j’avais donnée à mes Mémoires. Léopold de Gaillard m’avait
- exprimé la même opinion. J’avais trop versé dans la fantaisie et le
- roman. Cette fois, sauf quelques nuances très légères, je puis assurer
- que la plupart de ces pages sont d’une exactitude photographique et
- qu’elles serrent de beaucoup plus près les divers épisodes de ma vie
- littéraire...
-
-_Souvenirs de 1848. LE PUFF d’Eugène Scribe._—_Le lendemain du
-coup d’État dans un salon littéraire. Émile Augier._—_La Mort d’un
-journal. La Naissance d’une Revue. L’OPINION PUBLIQUE et la REVUE
-CONTEMPORAINE._—_Le Suicide d’un Journal, l’ASSEMBLÉE NATIONALE_:
-tels sont les titres des quatre chapitres qui forment le volume de
-Pontmartin. Ainsi qu’il me l’avait écrit, les _Épisodes littéraires_,
-sauf sur deux ou trois points, sont très exacts et cette exactitude
-ajoute singulièrement au piquant du récit. Les portraits, très
-nombreux, sont très vivants. L’esprit et le style sont toujours jeunes.
-Je ferai cependant un reproche à l’auteur. Il fait vraiment trop bon
-marché de sa belle campagne à l’_Opinion publique_. Il parle d’Alfred
-Nettement et de lui-même, j’en ai déjà fait la remarque[510], de façon
-à laisser croire que ce journal n’a été qu’un journal pour rire, alors
-qu’en réalité l’_Opinion publique_ a été l’un des journaux qui, de 1848
-à 1852, ont le plus honoré la presse française.
-
-Les _Épisodes littéraires_ devaient être le dernier volume de
-Pontmartin. En voici les dernières lignes; elles sont du 10 janvier
-1890: «Je dois désormais laisser reposer ma vieille plume qui n’a que
-trop couru et trop écrit. On a dit souvent que les vieillards doivent
-vivre dans le passé; oui, mais ils doivent aussi vivre dans l’avenir,
-et cet avenir-là n’a rien de commun avec les écritures et les vanités
-humaines.»
-
-
-II
-
-Jusqu’à la fin cependant il continuera d’écrire. Le 14 mars, il
-acheva un article sur M. Zola et son roman _la Bête humaine_, qui
-venait de paraître. C’était son dernier _Samedi_[511]. L’effort, un
-peu de fatigue s’y font sentir. Ce n’est plus la verve étincelante, la
-merveilleuse facilité des beaux jours. Cette plume, qui allait hier
-encore _la bride sur le cou_, qui dévorait la route, qui brûlait le
-papier, va plus lentement, la main est moins légère; déjà la maladie
-pèse sur elle; mais la pensée n’a rien perdu de sa vigueur, l’âme
-a conservé toute sa noblesse, le cœur ressent toujours les belles
-indignations d’autrefois. Armand de Pontmartin a eu cette heureuse
-fortune, le jour où la plume allait tomber de ses mains vaillantes,
-de pouvoir la mettre une dernière fois au service de ses convictions,
-au service de la vérité, de la morale et du goût. Il s’est élevé une
-dernière fois contre le matérialiste en littérature et en politique,
-contre les naturalismes et les jacobins. Son article se terminait par
-ces lignes:
-
- Voilà, en dehors de toute querelle d’école, le vice radical des
- romans de M. Zola. Il supprime le libre arbitre, la responsabilité
- humaine. Pour que son système fonctionne plus à l’aise, il l’a
- abrité sous l’arbre généalogique des Rougon-Macquart, qui l’aurait
- couvert de ridicule, si le ridicule pouvait atteindre le maître des
- maîtres. Par là, il détruit tout l’intérêt que pourraient inspirer ses
- personnages et toutes les leçons que renfermeraient leurs actes. Dans
- ces conditions d’anarchie ou de servitude morale (synonymes ici comme
- toujours), la vogue de ces romans devait s’accorder admirablement avec
- le règne de le république jacobine. Sans doute, MM. Tirard, Constans,
- Thévenet, Spuller, Fallières, ne seraient pas fâchés d’apprendre que,
- s’ils font mieux leurs affaires que celles de la France, ce n’est pas
- leur faute, et que, en accaparant les ministères, en décrochant les
- portefeuilles, en absorbant les traitements, en trichant les budgets,
- en persécutant nos prêtres, ils obéissent, non pas à de mauvais
- penchants, mais à une loi d’hérédité transmise par l’âge de pierre où
- leurs ancêtres et leurs précurseurs vivaient dans les cavernes[512].
-
-Un détail, purement littéraire, celui-là, me frappe dans cet article.
-Pontmartin était un _amoureux_ de Virgile. Écoutez comme il en parle
-dans une de ses premières Causeries de la _Gazette_, à propos de
-Barthélemy et de sa traduction de l’_Enéide_. «Pour moi, disait-il,
-cet auteur préféré, ce poète par excellence, c’est Virgile, Horace est
-aussi exquis, aussi élégant, et, à coup sûr, plus original. Mais il y
-a, chez Virgile, un fond de mélancolie et de tendresse, une douceur
-pénétrante qui va à l’âme, et qui, sans compter certaines vibrations
-quasi prophétiques, signalées dans le _Pollion_, en fait le plus
-chrétien de tous les poètes du paganisme. Cette sorte de sécheresse
-didactique qui nous gâte souvent nos admirations d’_humanistes_,
-n’existe pas avec lui: il a été, dès le premier jour, l’ami, le
-consolateur, le confident, l’interprète délicieux des premières
-rêveries, des premières visions de l’adolescence. Pour ceux d’entre
-nous qui ont été d’abord élevés à la campagne, le charme est plus
-puissant. Telle image du poète, tel passage des _Géorgiques_, tel
-vers se détachant sur l’ensemble comme un point lumineux sur la brume
-lointaine, s’unissent étroitement dans notre imagination ou dans
-notre mémoire aux vagues frissons, aux mystérieux tressaillements
-qu’éveillèrent en nos jeunes âmes les spectacles de la nature ou les
-scènes de la vie champêtre. Plus tard, lorsque arrivent les années de
-déclin et d’adieu, nous ne savons plus si c’est le poète qui nous a
-rendus sensibles aux douces harmonies de la campagne, ou si ce sont ces
-harmonies qui nous ont initiés aux ineffables beautés du poète. Pour
-tout dire, Virgile, c’est Racine et Lamartine en un seul génie avec un
-degré de perfection plus exquise[513].»
-
-Ces impressions remontaient, pour Pontmartin, non seulement à sa
-jeunesse, mais à son enfance même. Dès l’âge de huit ans, avant le
-collège, il courait les champs, son _Virgile_ à la main, le lisant
-déjà à livre ouvert. Il ne s’endormait pas le soir sans le mettre sous
-son chevet pour le retrouver au réveil. C’est pourquoi sans doute il
-n’a pas voulu écrire son dernier article sans y mettre le nom du poète
-qu’il avait le plus aimé, sans répéter une dernière fois quelques-uns
-de ces vers dont l’harmonieuse douceur avait été l’un des enchantements
-de ses jeunes années. Son article, je l’ai dit, est consacré à M.
-Zola et à la _Bête humaine_. N’importe! il y parlera de Virgile et de
-l’_Énéide_, il citera ces vers délicieux:
-
- _Purpureus veluti cum flos, succisus aratro,
- Languescit moriens; lassove papavera collo
- Demisere caput, pluviâ cum forte gravantur!_
-
-
-III
-
-Le 23 mars, je recevais de son fils la lettre suivante:
-
- Votre amitié m’en voudrait si je ne vous associais pas aux inquiétudes
- que nous donne depuis dix jours la santé de mon père. Il s’était à peu
- près relevé de sa pénible crise du mois de décembre, et en janvier
- et février il allait relativement bien, mais il s’alimentait peu et
- il ne reprenait pas de forces. Il y a aujourd’hui quinze jours, il
- s’enrhuma, et ce rhume qui, en lui-même, n’a pas été bien grave, a
- amené pour lui un effondrement de ses dernières forces. Depuis le
- vendredi 14 (jour où il a terminé son dernier article), il est dans
- son fauteuil, en proie à une grande faiblesse et à un assoupissement
- constant. Le pire, c’est qu’il est impossible de combattre cette
- faiblesse; car son dégoût pour toute nourriture est absolu, et à
- grand’peine on parvient à lui faire prendre un peu de bouillon. Il a
- du reste conservé toute sa lucidité, et hier il s’est un peu ranimé
- pour recevoir la visite de M. de Gaillard, qui est lui-même à peu près
- infirme et qui a fait le grand effort de venir jusqu’ici. Mon père
- est _résigné_ et _préparé_ à tout: ce sont les deux expressions qu’il
- emploie sans cesse. Il a reçu les sacrements, sauf l’extrême-onction.
- Je ne veux pourtant pas vous présenter son état comme désespéré; on
- a vu des vieillards subir de pareilles crises et se relever ensuite.
- Mais enfin la situation est grave, et je ne pouvais vous la laisser
- ignorer. Une lettre de vous serait une grande joie pour mon père; et
- je suis sûr qu’il sortirait un moment de sa torpeur pour y répondre.
- Bien entendu, vous ne lui parleriez pas de sa santé; mais vous lui
- écririez comme vous le faites d’habitude et, je suppose, comme pour
- répondre à sa dernière lettre. Votre amitié saura bien ce qu’il faut
- lui dire. Je vous sais si bien de cœur avec nous que j’ai à peine
- besoin de vous dire combien je vous suis affectionné et dévoué.
-
-Plus heureux que moi, Léopold de Gaillard avait pu aller aux Angles.
-C’était le 22 mars:
-
- La dernière fois que j’ai vu mon vieil ami, écrit-il[514], il n’avait
- plus que sept jours à vivre. Sans maladie bien caractérisée, mais
- d’une faiblesse extrême et ne prenant aucun aliment solide, il
- n’était pas alité et se tenait dans le grand salon où sa vie s’est
- écoulée, en face de trois fenêtres qui donnent sur la riche vallée
- du Rhône. Son seul exercice se bornait depuis quelques jours à se
- traîner d’un fauteuil à l’autre. Quand il me vit, il vint le plus
- vite qu’il put s’asseoir à mes côtés. Il m’annonça avec une parfaite
- sérénité sa mort pour un des jours de la semaine qui allait s’ouvrir.
- «Je n’ai pas attendu, ajouta-t-il, le dernier moment pour me mettre
- en règle avec le bon Dieu. Le P. B.[515] vient me voir souvent et
- je me confie à lui avec délices. Ah! mon ami! quels hommes vraiment
- de Dieu! Quels consolateurs!...» Je le louai avec toute l’effusion
- d’une amitié chrétienne, puis j’essayai de lui parler de ses travaux,
- des livres nouveaux et du buste donné par souscription que je voyais
- en face de moi. Pontmartin redevint aussitôt le charmant causeur
- qu’il a toujours été. Je me souviens que m’étant plaint à lui d’une
- photographie aux traits durcis et de couleur très sombre qu’on
- envoyait à ses souscripteurs, il me répondit en souriant. Peu de temps
- après son éclatante disgrâce, on osa exposer au Salon un portrait
- de Chateaubriand signé par Girodet. Chacun craignait la colère du
- maître. Mais, cette fois, il sut se contenir et s’en tirer par un bon
- mot. Comme le tableau était très poussé au noir: «Il ressemble à un
- conspirateur, dit un courtisan.—Oui, ajouta l’empereur, mais à un
- conspirateur qui serait descendu par la cheminée!»
-
- Cette saillie et plusieurs autres me donnèrent l’espoir que le
- désastre de sa santé était encore réparable, et que cet entrain de
- conversation n’allait pas avec un épuisement complet. Illusion, hélas!
- Chez notre ami comme chez tous ceux qui ont surtout vécu par l’esprit,
- c’est l’esprit qui meurt le dernier. C’est sa flamme qui brille encore
- quand toutes les autres sont éteintes. Juste récompense d’une vie
- toute d’intelligence et vouée tout entière aux plus nobles occupations!
-
-Le 28 mars, Henri de Pontmartin m’adressait ces lignes:
-
- Merci de votre lettre, qui a touché mon père jusqu’aux larmes; il
- veut que je vous le dise. Depuis hier, il garde le lit, et en un sens
- cela vaut mieux pour lui donner des soins et l’empêcher d’user ses
- dernières forces dans l’effort inouï qu’il lui fallait faire pour
- se lever, descendre et monter l’escalier. Sa faiblesse est toujours
- extrême, et les moyens de la combattre toujours à peu près nuls.
- Pourtant, aucun organe n’est atteint, et sa lucidité est intacte. Plus
- que jamais il est _préparé_, et il se remet entre les mains de Dieu.
-
-Le samedi 29 mars, à onze heures et demie du matin, Armand de
-Pontmartin s’endormit dans la paix du Seigneur. Puisque je n’ai pas eu
-la consolation d’assister à ses derniers moments, je tiens à laisser
-la parole à ceux qui en furent les témoins. Le docteur Cade, qui lui
-donnait ses soins, raconte en ces termes cette mort si doucement
-chrétienne:
-
- A ceux qui l’entouraient, il parlait de sa mort prochaine comme de
- l’événement le plus ordinaire, réglant lui-même le détail de ses
- obsèques. A plusieurs reprises, pendant le cours de sa dernière
- maladie, il avait tenu à recevoir la visite de son Dieu. Il voulut
- recevoir la communion le jour de la Saint-Joseph[516] et le jour même
- de sa mort. Et alors que sa famille était dans les pleurs, prévoyant
- sa fin prochaine, lui était dans une admirable tranquillité, goûtant
- déjà la joie des élus. Ma profession m’a condamné à voir souvent
- mourir, mais je n’oublierai jamais les derniers moments d’Armand de
- Pontmartin. Il avait reçu la communion dans les plus vifs sentiments
- de piété, et, peu de temps après, avait dit à M. le curé des Angles
- qui l’assistait: «Oh! comme je suis bien!» Puis il s’était endormi
- doucement pendant qu’on lui donnait l’extrême-onction. Par les
- fenêtres entr’ouvertes, le soleil du printemps inondait la chambre de
- lumière. Au pied du lit, un fils, une belle-fille en pleurs, torturés
- par une émotion poignante, quelques serviteurs fidèles répondant,
- malgré leurs larmes, aux prières de l’Église, et sur son lit d’agonie
- Armand de Pontmartin exhalait son dernier soupir[517].
-
-Un autre témoin adressait d’Avignon, le 31 mars, au rédacteur en chef
-de l’_Univers_, une lettre d’où j’extrais ces détails:
-
- J’ai revu M. de Pontmartin le 12 mars: il avait sur sa table la _Bête
- humaine_, de Zola. Quoique souffrant déjà, il préparait l’article
- qui a paru dans la _Gazette de France_, et, malgré la faiblesse
- qui commençait à le gagner, il s’exprimait avec une véhémence peu
- ordinaire sur l’œuvre mauvaise du romancier.
-
- Depuis cette époque, le mal a fait de rapides progrès, et le grand
- écrivain, avec ce secret pressentiment de sa mort prochaine qui
- se faisait jour depuis quelques mois à travers ses écrits, s’est
- résolument et avec une piété touchante tourné vers le bon Dieu. Il a
- reçu trois fois la sainte communion.
-
- Le matin même de sa mort, il avait reçu la suprême visite du divin
- Maître, et lui-même avait demandé le saint viatique; mais dans la
- délicatesse de sa conscience, il n’a voulu prendre ni potion ni
- aliment. Il avait toute sa connaissance, et à un de ses fidèles
- serviteurs qui l’aimaient comme un père, il disait après cette
- dernière communion: «Oh! mon ami, je suis si bien! Laisse-moi
- maintenant avec le bon Dieu!» La veille, il avait dit à sa
- belle-fille: «Sais-tu par cœur le _Salve Regina_? Récite-le avec moi.»
-
- La visite du prêtre le comblait de joie; c’est avec effusion qu’il
- remerciait le modeste curé des Angles de ses encouragements et de ses
- prières. Depuis quelques jours, il avait coutume de dire: «Oh! les
- robes noires, quel bien elles me font! Ce sont elles surtout que je
- veux voir!»
-
- Les derniers moments ont été calmes: rien n’a troublé la sérénité de
- cette âme unie à Dieu dans les luttes de la vie...
-
- Et quelle charité pour les pauvres dans cette âme exquise! Le château
- des Angles était le rendez-vous de toutes les misères, assurées de
- trouver là, de la part de l’illustre défunt et de son fils bien-aimé,
- secours et consolation. L’aumône se faisait en grand dans cette noble
- demeure, et la mort de M. de Pontmartin, qui est un deuil si grand
- pour les lettres et pour la France, est encore plus un deuil pour les
- pauvres et les petits...
-
-S’arrachant pour un instant à ses larmes, le fils de mon vieil ami
-m’envoyait ce douloureux et consolant bulletin:
-
- ...Je vous ai dit que, le vendredi matin[518], il avait lu sur son lit
- votre lettre si excellente, où il ne vit pas les allusions cachées
- à sa maladie, mais qui le toucha par l’effusion de votre amitié, et
- l’intéressa par le récit de tout ce que vous aviez fait à Paris.
- «Quel contraste, me dit-il, entre cette activité et l’état auquel je
- suis réduit!» La journée et la nuit se passèrent tranquilles, avec
- diminution des quintes de toux, sommeil; il semblait que le séjour
- au lit, en supprimant les terribles efforts qu’il devait faire les
- jours précédents pour rester debout, avait amené une détente, qu’il
- était moins fatigué, que les traits de son visage ne portaient plus
- la marque du même accablement. Le samedi matin notre curé lui apporta
- la communion, ainsi qu’il avait été convenu l’avant-veille avec son
- confesseur. Il la reçut avec sa connaissance, remerciant ensuite le
- curé, s’excusant de l’avoir dérangé et me recommandant de ne pas
- le laisser partir sans lui faire prendre un peu de café. Quand je
- remontai, dix minutes plus tard, après m’être acquitté de ce soin, je
- le trouvai endormi d’un sommeil paisible et qui paraissait réparateur.
- Une heure après, c’est-à-dire vers dix heures, nous nous aperçûmes
- que ce sommeil ne ressemblait pas aux autres. Au même moment, notre
- docteur arriva, et, après l’avoir examiné, fit un signe désespéré.
- Il envoya chercher de nouveau le curé pour l’extrême-onction, qui
- fut administrée pendant qu’il respirait encore, et, au moment où
- finissaient les dernières prières, il expira sans souffrance. On peut
- donc dire qu’il s’est endormi dans le Seigneur, surabondamment assisté
- et consolé par la religion, et conservant jusqu’à la fin sa lucidité
- intellectuelle, sauf pour les adieux, dont l’amertume lui a été
- épargnée[519].
-
-Par une singulière coïncidence, Armand de Pontmartin est mort un
-_Samedi_, ce jour qui était devenu le sien. Dans ses dernières
-années, il se plaisait quelquefois à me dire dans ses lettres: «Soyez
-tranquille, je prépare depuis longtemps, je soignerai par-dessus tout
-mon dernier _article_.» Et en effet celui-là, celui qu’il ne craignait
-pas d’appeler en souriant, au risque de faire un de ces jeux de mots
-qu’il affectionnait, «l’article de sa mort»—celui-là fut admirable.
-
-
-IV
-
-Les obsèques furent célébrées le mardi 1^{er} avril. Ainsi qu’il
-l’avait demandé, elles furent très simples: nul apparat, nulle pompe
-extérieure. Mais cette simplicité même les rendait encore plus
-émouvantes. Elles eurent lieu dans la petite église paroissiale
-des Angles. La levée du corps fut faite par M. le curé des Angles,
-assisté de plusieurs de ses confrères du voisinage, MM. les curés de
-Villeneuve, de Domazan et de Pujaut, et de M. l’abbé Agniel, aumônier
-des victimes à Saint-André-de-Villeneuve. En tête du cortège marchaient
-les femmes et les jeunes filles du village, auxquelles s’étaient
-jointes des députations des œuvres de charité dont le châtelain des
-Angles était le bienfaiteur; les Petites-Sœurs des Pauvres, les
-Religieuses de la Grande-Providence et les Trinitaires de Villeneuve.
-
-Le cercueil était porté sur un brancard par les hommes des Angles,
-fiers de donner à celui qui avait été leur ami ce témoignage de respect
-et d’affection.
-
-Le deuil était conduit par le fils du défunt, le comte Henri de
-Pontmartin, par son beau-frère le comte de Montravel, par son neveu
-M. de Froissard-Broissia, et M. Théodore de Montravel, son cousin
-germain. Derrière venait toute la population de la commune, et, avec
-elle, la plupart des notabilités avignonnaises ou des environs,
-les représentants de la presse conservatrice régionale, un des
-grands-vicaires de M^{gr} Vigne, archevêque d’Avignon, et plusieurs
-membres du clergé régulier et séculier.
-
-Le long et pieux cortège gravit lentement la pittoresque montagne, qui
-lui faisait un cadre merveilleux, avec ses chemins sinueux, avec sa
-verdure naissante, avec ses rochers aux plantes sauvages. Dans le ciel
-limpide brillait un soleil de printemps, qui donnait un air de fête à
-cette scène de deuil, mais d’un deuil chrétien tout rempli de saintes
-consolations et d’immortelles espérances.
-
-L’église était trop étroite pour recevoir la nombreuse assistance;
-par une touchante attention, les habitants des Angles s’abstinrent
-d’y pénétrer, la laissant tout entière à la disposition des amis
-et connaissances du maître, venus du dehors pour assister à ses
-funérailles.
-
-Le curé des Angles célébra le saint sacrifice; le curé de Villeneuve
-donna l’absoute. De ferventes prières s’étaient élevées de tous les
-cœurs quand le prêtre avait invoqué de Dieu les joies éternelles en
-faveur de celui qui l’avait fidèlement servi: _ut quia in te speravit
-et credidit... Gaudia æterna possideat_; quand il avait dit à la
-Communion de la Messe: _Beati mortui qui in Domino moriuntur!_
-
-Le cimetière du village est situé au sommet même de la montagne, avec
-une vue magnifique au nord et au sud sur tout le pays environnant,
-jusqu’au Ventoux, d’un côté, et, de l’autre, jusqu’aux Alpines.
-
-Trois discours furent prononcés: par M. le baron de Roubin, au nom de
-la famille, au nom des habitants des Angles et du canton de Villeneuve;
-par M. Charles Garnier, rédacteur de la _Gazette du Midi_, au nom de la
-presse, et plus spécialement de la presse méridionale; par M. Rochetin,
-au nom de l’Académie de Vaucluse. Le talent et les œuvres de l’écrivain
-furent dignement loués; mais, au moment de fermer ces pages, je veux
-oublier l’auteur; je ne veux me souvenir que de l’homme et de l’ami, du
-royaliste et du chrétien. Je ne veux retenir de ces hommages funèbres
-que ces paroles de M. de Roubin, l’un des témoins de sa vie:
-
- Armand de Pontmartin a voulu passer ses dernières années, il a voulu
- mourir dans la maison paternelle... Il ne pouvait mourir ailleurs
- celui qui était aux Angles et dans son canton la providence de toutes
- les infortunes.
-
- Heureux d’employer son superflu au secours des malheureux et de toutes
- les œuvres charitables,—ces sentiments qui lui avaient été légués
- par ses pères, il les a si parfaitement transmis à son fils, que les
- pauvres, à l’avenir, s’apercevront à peine que ce n’est plus la même
- main qui donne...
-
- La foi vive et ardente qu’Armand de Pontmartin avait puisée au
- berceau l’a accompagné jusqu’à la tombe.—Oui, il s’est vu mourir,
- il a suivi une à une la décroissance de ses forces physiques, et il
- a puisé dans ses croyances religieuses le soutien de ses derniers
- jours. Le Bon Dieu, qui est venu le visiter souvent dans sa dernière
- maladie, lui a accordé la faveur de s’éteindre sans souffrir, et de
- garder jusqu’à la fin les vifs rayons de ce charmant esprit qui a si
- longtemps brillé dans le monde.
-
-Les plus belles vies sont celles que couronne une sainte mort. C’est
-pourquoi, malgré les épreuves qui ont traversé son existence, malgré
-les deuils qui l’ont assombrie, nous devons envier Pontmartin. Il n’a
-servi qu’une seule cause. Il a défendu jusqu’à son dernier jour les
-idées et les principes pour lesquels s’était passionnée sa jeunesse. Il
-a passé ses dernières années sous le toit qui avait abrité son enfance.
-Il est mort dans la maison de son père, assisté par le curé de son
-village, ayant au pied de son lit son fils, sa belle-fille et ses vieux
-domestiques.
-
-
-
-
- APPENDICE[520]
-
- LISTE DES SOUSCRIPTEURS
-
- AU BUSTE
-
- DE M. ARMAND DE PONTMARTIN
-
- 1887
-
-
- Francs.
-
- L’ACADÉMIE DE MARSEILLE 100 »
-
- ADAM (ANTONIUS), A PARIS 5 »
-
- V^{te} O. D’ADHÉMAR, A AVIGNON 20 »
-
- L’ABBÉ AGNIEL, AUMÔNIER, A VILLENEUVE 5 »
-
- L. D’ALBIOUSSE, A UZÈS 5 »
-
- V. ALECSANDRI, MINISTRE DE ROUMANIE, A PARIS 50 »
-
- CH. ALEXANDRE, A MÂCON 10 »
-
- S. ALLEMAND, A AVIGNON 2 »
-
- HENRI ALLEMAND, A ROQUEMAURE (GARD) 1 »
-
- A. D’AMOREUX, ANCIEN OFFICIER, A UZÈS 10 »
-
- V^{ve} LOUIS ANDRÉ, A MARSEILLE 20 »
-
- ANDRÉ-PAPUZEAUD, A AVIGNON 0 50
-
- ANGEVIN, A SAUVETERRE (GARD) 0 25
-
- COMMANDANT D’ANTREYGAS, A AVIGNON 5 »
-
- M^{ise} D’ARCHIMBAUD, A AVIGNON 10 »
-
- ARMAND, RELIEUR, A AVIGNON 10 »
-
- FRANÇOIS ARMAND, A AVIGNON 0 50
-
- GABRIEL ARNAUD, A CAUMONT (VAUCLUSE) 1 »
-
- LOUIS D’ATHÉNOSY, A AVIGNON 10 »
-
- AUBANEL FRÈRES, IMPRIMEURS, A AVIGNON 5 »
-
- M^{is} D’AYMARD DE CHATEAURENARD, PARIS 20 »
-
- M^{lle} DE BACIOCCHI, A AVIGNON 5 »
-
- E. BACULARD, A ROQUEMAURE 1 »
-
- C^{tesse} DE BALLEROY, A BALLEROY (CALVADOS) 20 »
-
- BARBANTAN, PEINTRE, A PERNES 0 30
-
- BARBEIRASSY, ANCIEN DIRECTEUR DES DOMAINES 20 »
-
- LUCIEN BARBEIRASSY, AVIGNON 20 »
-
- M^{ce} DE BARBEREY, A PARIS 20 »
-
- C^{te} DE BARBEYRAC S^t MAURICE, AVIGNON 10 »
-
- V^{tesse} DE BARDONNET, NÉE HYDE DE NEUVILLE 8 »
-
- D^r BARRAL, AVIGNON 5 »
-
- C^{te} HÉLION DE BARREME, A NICE 40 »
-
- BARRÈS, BIBLIOTHÉCAIRE, CARPENTRAS 5 »
-
- M^{me} BARRETTA-WORMS (COMÉDIE-FRANÇAISE) 20 »
-
- A. DE BARTHÉLEMY, ROMANCIER 5 »
-
- BARTHÉLEMY, A ROQUEMAURE 5 »
-
- ED. DE LA BASTIDE, A AVIGNON 10 »
-
- EUG. BASTIDE, AVIGNON 5 »
-
- M^{is} DE BAUSSET, CAPIT^{NE} DE VAISSEAU 10 »
-
- C^{tesse} MARIE DE BAUSSET, AVIGNON 10 »
-
- O. BAZE, AVIGNON 20 »
-
- BEILLIER, AVIGNON 3 »
-
- G. DE BELCASTEL, ANCIEN DÉPUTÉ, TOULOUSE 10 »
-
- MICHEL BÉRARD, AVIGNON 5 »
-
- BÉRAUD, PROF^r DE MUSIQUE, AVIGNON 1 »
-
- BERBIGUIER, SERRURIER, A ROQUEMAURE 0 50
-
- HENRI BERGASSE, A MARSEILLE 25 »
-
- BERNARD, TAILLEUR, AVIGNON 1 »
-
- M^{us} BERNARD, A L’ISLE (VAUCLUSE) 5 »
-
- CH. BERNARDI, A AVIGNON 20 »
-
- L’ABBÉ BERSANGE, A BERGERAC 5 »
-
- HORACE BERTIN, JOURNALISTE, MARSEILLE 10 »
-
- BERTIN, CLERC D’HUISSIER, A ROQUEMAURE 0 50
-
- BERTON PÈRE ET FILS, AVIGNON 25 »
-
- X. BERUD, AU THOR (VAUCLUSE) 1 »
-
- MONSEIGNEUR BESSON, A NÎMES 100 »
-
- EUG. BEZET, A AVIGNON 0 50
-
- L’ABBÉ BIDON, A AVIGNON 2 »
-
- BIGOT, COIFFEUR, AVIGNON 1 »
-
- A. BIRÉ, SÉNATEUR, LUÇON 10 »
-
- ED. BIRÉ, A NANTES 20 »
-
- CH. BISTAGNE, MARSEILLE 20 »
-
- J^h BLANC, A AVIGNON 0 50
-
- BLANC FILS AÎNÉ, AVIGNON 0 50
-
- R^d PÈRE JACQUES BLANC, S. J., AVIGNON 2 »
-
- BOGE, PEINTRE, AVIGNON 1 »
-
- G. BOISSIER, DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE 20 »
-
- FIRMIN BOISSIN, JOURNALISTE, TOULOUSE 3 »
-
- ESPRIT BONNEAU, A SAUVETERRE (GARD) 0 50
-
- BONNEFILLE, MARBRIER, A AVIGNON 5 »
-
- L’ABBÉ BONNEL, CURÉ, LACOSTE (VAUCLUSE) 10 »
-
- JULIEN BONNET, AVOCAT, AVIGNON 10 »
-
- LÉON BONNET, ID., AVIGNON 10 »
-
- JUSTIN BONNET, A SAUVETERRE 0 50
-
- GUSTAVE BORD, A NANTES 10 »
-
- V^{te} S^t-CLAIR DE LA BORDE, AVIGNON 10 »
-
- BORTY, A ROQUEMAURE 5 »
-
- V^{ve} BORTY, A ROQUEMAURE 1 »
-
- JOSEPH BOSSE, A AVIGNON 3 »
-
- FÉLIX BOUCHET, A THIERS (PUY-DE-DOME) 5 »
-
- DE BOUCHONY, AVIGNON 5 »
-
- MARIUS BOULLE, AVIGNON 1 »
-
- JUSTIN BOURGET, A BEAUCAIRE 1 »
-
- B. BOURRET, A SAUVETERRE 0 50
-
- BOUVACHON-COMMIN, AVIGNON 5 »
-
- HENRI BOUVET, AVIGNON 1 »
-
- MARC BOUVET, A PUJAUT (GARD) 0 50
-
- PAUL BOUVET (GARD) 0 50
-
- RÉMY BOUVET (GARD) 1 »
-
- L’ABBÉ BOUYAC, A AVIGNON 5 »
-
- B. BOUZON, A SAUVETERRE 0 25
-
- SÉBASTIEN BRESSY, AVIGNON 5 »
-
- EUG. DE BRICQUEVILLE, AVIGNON 25 »
-
- LÉON DE LA BRIÈRE, A PARIS 5 »
-
- BROCHÉRY, A AVIGNON 5 »
-
- BRUGUIER-ROURE, A PONT-S^t-ESPRIT 15 »
-
- BRULAT, PEINTRE 1 »
-
- L’ABBÉ BRUN, CURÉ, VEDÈNES (VAUCLUSE) 1 50
-
- LUCIEN BRUN, SÉNATEUR 20 »
-
- ÉDOUARD BRUNEL, A CAVAILLON 1 50
-
- D^r CADE, A AVIGNON 20 »
-
- GEORGES DE CADILLAN, A TARASCON 20 »
-
- CALMANN-LÉVY, A PARIS 200 »
-
- CALLA, ANCIEN DÉPUTÉ, PARIS 20 »
-
- L. DE CAMARET, A PERNES (VAUCLUSE) 10 »
-
- M. CAMBE, A PUJAUT 0 50
-
- S. CAMBE, A SAUVETERRE 0 50
-
- HENRI CAMPÉ, AVIGNON 20 »
-
- CANONGE, TOURNEUR, A VILLENEUVE 0 25
-
- CAPMARTIN, A ROQUEMAURE 1 »
-
- CH. CAPPEAU, A ROQUEMAURE 0 50
-
- E. CAPPEAU, A ROQUEMAURE 0 50
-
- PAUL CAPPEAU, A ROQUEMAURE 0 50
-
- CARABIN, PEINTRE, A AVIGNON 1 50
-
- M^{me} DE CARAYON-LATOUR, A VIRELADE (GIRONDE) 30 »
-
- B^{on} DE CARMEJANE-PIERREDON, A AVIGNON 10 »
-
- CARNAYON, A ROQUEMAURE 1 »
-
- C^{te} JULES DE CARNÉ (INDRE-ET-LOIRE) 20 »
-
- D^r CARRE, AVIGNON 20 »
-
- L’ABBÉ CARRIER (ARDENNES) 5 »
-
- LE DUC DES CARS 20 »
-
- M. ET M^{me} LOUIS CARTIER, AVIGNON 75 »
-
- CARTOUX, A SAUVETERRE 0 25
-
- J. DE CASSIÈRES, PRÉSIDENT A LA COUR, AMIENS 5 »
-
- CAVILLON, ÉPICIER, AVIGNON 1 »
-
- CAVORET, ÉPICIER, AVIGNON 0 50
-
- CERCLE DE L’AGRICULTURE, AVIGNON 50 »
-
- B^{ne} DE CHABERT, AVIGNON 20 »
-
- D^r CHABERT, ROQUEMAURE 1 »
-
- CALIXTE CHABREL, A VILLENEUVE 0 25
-
- LÉON CHABREL, A VILLENEUVE 0 25
-
- FÉLIX CHABRIER, AVIGNON 10 »
-
- CHAIGNE, A BOURG-S^{t}-ANDÉOL 5 »
-
- L’ABBÉ CHAIX, A CANNES 20 »
-
- CHAMBON, A PUJAUT 1 »
-
- G. DE CHAMPVANS, ANCIEN PRÉFET 10 »
-
- CHANSROUX, A ROQUEMAURE 1 »
-
- C^{te} DE CHANSIERGUES, AVIGNON 20 »
-
- CHANTELAUZE, PUBLICISTE, PARIS 10 »
-
- M^{ise} D^{re} DE CHARNACÉ (MAINE-ET-LOIRE) 10 »
-
- C^{te} GUY DE CHARNACÉ, (MAINE-ET-LOIRE) 10 »
-
- A. CHARPENTIER (CALVADOS) 5 »
-
- D^r CHARRUAU, NANTES 2 »
-
- L. CHAUVET, AU TUOR 1 »
-
- LÉON DE CHÊNEDOLLÉ (CALVADOS) 10 »
-
- JULES CLARETIE, DE L’ACAD. FRANÇAISE 20 »
-
- J^h CLAUSEAU, A AVIGNON 20 »
-
- E. CLERC, A ROQUEMAURE 0 50
-
- D^r CLÉMENT, AVIGNON 10 »
-
- CLÉRISSAC, A ROQUEMAURE 1 »
-
- COCHAT, A AVIGNON 0 50
-
- JOSEPH DE COHORN, A AVIGNON 1 »
-
- COLLÈGE S^{t}-JOSEPH, A AVIGNON 40 »
-
- L. COLLET, A AVIGNON 5 »
-
- CHANOINE CONDAMIN, LYON 10 »
-
- M^{ise} DE CORIOLIS, MARSEILLE 20 »
-
- C^{te} DE COSNAC (CORRÈZE) 10 »
-
- V. COTTARD, AVIGNON 5 »
-
- COULONDRES, ANCIEN MAGISTRAT, AVIGNON 10 »
-
- COURCELLE, ANCIEN DÉPUTÉ (H^{te}-SAÔNE) 5 »
-
- CRÉGUT, A ROQUEMAURE 1 »
-
- VICTOR CROTAT, TONNELIER, A ROQUEMAURE 0 50
-
- B^{on} DE CROZE (HAUTE-LOIRE) 10 »
-
- CUNIN, A AVIGNON 2 »
-
- L. CURNIER, ANCIEN DÉPUTÉ, LE HAVRE 50 »
-
- CUVILLIER-FLEURY (AC. FRANÇAISE) 20 »
-
- L’ABBÉ DANIEL, TOULON 5 »
-
- J.-S. DAVID, A SAUVETERRE 1 »
-
- ESPRIT DAVID, A SAUVETERRE 0 50
-
- J.-C. DAVID, A SAUVETERRE 0 50
-
- SIXTE DAVID, A SAUVETERRE 0 50
-
- J.-L. DAVID, A PUJAUT 2 »
-
- DAU, COMPOSITEUR DE MUSIQUE, AVIGNON 10 »
-
- CH. DAYMA, AVIGNON 5 »
-
- LÉONCE DAYMA, AVIGNON 10 »
-
- L’ABBÉ DELACROIX, CURÉ, BAGNOLS 10 »
-
- R. DELEUZE, AVIGNON 10 »
-
- DELORME FILS AÎNÉ, AVIGNON 1 »
-
- LÉON DELORME, AVIGNON 1 »
-
- DELOYE, CONSERVATEUR DU MUSÉE, AVIGNON 10 »
-
- C^{te} ROGER DU DEMAINE, AVIGNON 20 »
-
- GABRIEL DÉMIANS, AVIGNON 20 »
-
- DESAIDE, GRAVEUR, PARIS 5 »
-
- M^{ce} DESVERNAY (LOIRE) 20 »
-
- DEVILLE, PH^{ien}, SAINT-SATURNIN (VAUCLUSE) 2 »
-
- DEVILLE, MÉDECIN, SAINT-SATURNIN (VAUCLUSE) 3 »
-
- F. DIGONNET, AVIGNON 20 »
-
- V. DES DIGUÈRES (ORNE) 20 »
-
- DINARD, AVIGNON 3 »
-
- CH. DOMERGUE, BEAUCAIRE 20 »
-
- DONAT-DARUT, A ROQUEMAURE 1 »
-
- GEORGE DONCIEUX, PARIS 5 »
-
- C. DOUCET (ACADÉMIE FRANÇAISE), PARIS 20 »
-
- V^{ve} DOULADOURE, TOULOUSE 1 »
-
- DOUTAVÈS, MAÇON, AVIGNON 2 »
-
- M^{gr} DE DREUX-BRÉZÉ, ÉVÊQUE DE MOULINS 20 »
-
- COMMANDANT DUBOIS, PARIS 10 »
-
- D^r A. DUBOURD, ROQUEMAURE 1 »
-
- DUCOMMUN, HORLOGER, AVIGNON 10 »
-
- COMMANDANT DUCOS, AVIGNON 10 »
-
- GILLES DUFOUR, A PUJAUT 0 50
-
- LÉON DUFOUR, A AVIGNON 5 »
-
- J^h DUFRAISSE (HAUTE-GARONNE) 5 »
-
- L’ABBÉ DUMAS, CURÉ DE SAINT-PIERRE 5 »
-
- ALEXANDRE DUMAS (Acad^{ie} française) 20 »
-
- DURAND, LIBRAIRE, AVIGNON 1 »
-
- ÉDOUARD, A ROQUEMAURE 2 »
-
- COLONEL COMTE DE L’ÉGLISE, PARIS 20 »
-
- H. ESCOFFIER, _Petit Journal_, PARIS 20 »
-
- B^{on} D’ESPALUNGUE (BASSES-PYRÉNÉES) 10 »
-
- D^r D’ESPINEY, A NICE 10 »
-
- M^{is} DE L’ESPINE, AVIGNON 10 »
-
- DE L’ESTANG, AVOUÉ, BRIGNOLES 5 »
-
- M^{me} D’ESTIENNE DE S^T-JEAN, A AIX 20 »
-
- FR. ESTOURNEL, A PUJAUT 0 25
-
- V. ESTOURNEL, MAÇON, PUJAUT 0 25
-
- B^{on} D’ÉTIGNY, AVIGNON 20 »
-
- D’EVERLANGE, NIMES 5 »
-
- EYSSETTE, CONTRE-MAÎTRE, A ROQUEMAURE 1 »
-
- ADR. FABRE, AVIGNON 5 »
-
- CL. FANOT, CARILLONNEUR, AVIGNON 2 »
-
- C^{tesse} DE FARCY (MAYENNE) 20 »
-
- A. FARGET, A AVIGNON 0 50
-
- PAUL DE FAUCHER, A BOLLÈNE 3 »
-
- TH. FAVIER, A AVIGNON 1 »
-
- M^{ise} DE FAYET, CH. D’AVENY (EURE) 10 »
-
- C^{te} ACHILLE DE FÉLIX, AVIGNON 5 »
-
- JULES FÉNARD, A CHERBOURG 10 »
-
- TH. FÉNARD, A CHERBOURG 10 »
-
- OCTAVE FEUILLET (ACADÉMIE FRANÇAISE) 40 »
-
- M^{me} HAROLD FITCH, MARSEILLE 40 »
-
- M^{ius} FLÉCHAIRE, AVIGNON 1 »
-
- M^{lle} ZÉNAÏDE FLEURIOT (MORBIHAN) 10 »
-
- M^{is} DE FORBIN, A PARIS 20 »
-
- M^{is} DE FORESTA, A MARSEILLE 20 »
-
- ANT^{ne} FORTUNET, AVIGNON 5 »
-
- JULES FORTUNET, AVIGNON 20 »
-
- EUG. FORTUNET, AU THOR 20 »
-
- F. FOURCADE, ARBITRE DE COM^{ce}, NANTES 2 »
-
- M^{is} DE FOURNÈS, PARIS 20 »
-
- COLONEL FRANCHET D’ESPÉREY, AVIGNON 5 »
-
- FRANÇOIS-MASSART, A SAUVETERRE 0 25
-
- HENRI FRANQUEBALME, AVIGNON 5 »
-
- M^{gr} FUZET, ÉVÊQUE DE LA RÉUNION 10 »
-
- L’ABBÉ GABRIEL, CURÉ, LES SALLES (GARD) 0 50
-
- LÉOPOLD DE GAILLARD 50 »
-
- PIERRE DE GAILLARD 10 »
-
- HENRY DE GAILLARD 10 »
-
- DENIS GALET, A AMIENS 5 »
-
- GALLAY, ANCIEN MAIRE DU VIII^e, PARIS 20 »
-
- M^{is} DE GANAY, PARIS 20 »
-
- CH. DE GANTELMI D’ILLE, A AIX 5 »
-
- FR. GARD, A UZÈS 1 »
-
- CH. DE GARGAN, A LUXEMBOURG 25 »
-
- CH. GARNIER, PUBLICISTE, MARSEILLE 5 »
-
- PIERRE GASSIN, A AVIGNON 0 50
-
- GAUCHERAND, PEINTRE, AVIGNON 1 »
-
- _La Gazette de France_ 100 »
-
- _La Gazette du Midi_ 100 »
-
- JOSEPH GENET, A PUJAUT 0 50
-
- GEOFFROY, A TOURNAY (HAUTES-PYRÉNÉES) 10 »
-
- ED. GEOFFROY, AVIGNON 10 »
-
- LE PREMIER PRÉSIDENT GERMANES 50 »
-
- ALBERT GIGOT, ANCIEN PRÉFET 10 »
-
- GILLES, A EYRAGUES (BOUCHES-DU-RHÔNE) 5 »
-
- M^{me} DE GILLY, A TAIN (DROME) 20 »
-
- C^{te} DE GINESTOUS, A CAVAILLON 10 »
-
- GIRARD, SCULPTEUR, AVIGNON 0 50
-
- FRÉDÉRIC GIRAUD, PARIS 10 »
-
- L’ABBÉ GIRAUD, AUMONIER, AVIGNON 5 »
-
- L’ABBÉ GIRAUD, VICAIRE A SAINT-DIDIER, AVIGNON 3 »
-
- ALFRED GIRAUDEAU, PARIS 10 »
-
- FERNAND GIRAUDEAU, MARSEILLE 10 »
-
- J^{h} GONTARD, AVIGNON 0 50
-
- V^{te} DE GONTAUT-BIRON, ANC. AMBASSADEUR 10 »
-
- TH. GOUBET, AVOCAT, AVIGNON 5 »
-
- ALBIN GOUDAREAU, AVIGNON 20 »
-
- ÉMILE GOUDAREAU, AVIGNON 20 »
-
- JULES GOUDAREAU, AVIGNON 10 »
-
- GOULET, BANQUIER, REIMS 10 »
-
- B. GRANET, A ROQUEMAURE 1 »
-
- LÉONCE GRANET, A ROQUEMAURE 2 »
-
- FR. GRANIER, ANC. SÉNATEUR, AVIGNON 50 »
-
- AMABLE GRAS, AVIGNON 2 »
-
- FÉLIX GRAS, AVIGNON 5 »
-
- M^{is} DE GRAVE (HAUTE-VIENNE) 20 »
-
- ED. GRENIER, POÈTE, PARIS 20 »
-
- M^{gr} GRIMARDIAS, ÉV. DE CAHORS 25 »
-
- EMILE GRIMAUD, NANTES 5 »
-
- L’ABBÉ GRIMAUD, SORGUES (VAUCLUSE) 5 »
-
- GROUION, A ROQUEMAURE 0 50
-
- GUÉRIN, ANTIQUAIRE, AVIGNON 0 50
-
- V^v GUERCHET, ORFÈVRE, PARIS 10 »
-
- GUIBERNE, AVIGNON 1 »
-
- C^{tesse} L. DE GUILHERMIER, AVIGNON 10 »
-
- F. GUILLAUMONT, A SAUVETERRE 0 50
-
- PAUL GUILLAUMONT, A SAUVETERRE 0 25
-
- GUILLAUME GUIZOT, PARIS 20 »
-
- LUDOVIC HALÉVY (ACADÉMIE FRANÇAISE) 20 »
-
- HÉBRARD, A ROQUEMAURE 1 »
-
- M^{me} DE HENNAULT, AVIGNON 10 »
-
- HENRY-CHRÉTIEN, AVIGNON 0 50
-
- ED. HERVÉ (ACADÉMIE FRANÇAISE) 20 »
-
- HEUGEL, ÉDITEUR DE MUSIQUE, PARIS 20 »
-
- HOSTALÉRY PÈRE ET FILS, CAUMONT (VAUCLUSE) 1 »
-
- HUGUES, SERRURIER, ROQUEMAURE 0 50
-
- M^{is} D’IVRY (CÔTE-D’OR) 20 »
-
- PRÉSIDENT JACQUES, AVIGNON 5 »
-
- CLAUDIO JANNET, PARIS 10 »
-
- V^{tesse} DE JANZÉ, PARIS 40 »
-
- ANT. DE JESSÉ-CHARLEVAL, MARSEILLE 50 »
-
- EUG. JOHANYS, ROQUEMAURE 5 »
-
- JOSEPH JOUBERT (MAINE-ET-LOIRE) 10 »
-
- LACOUR, AVIGNON 2 »
-
- M^{gr} LABOURÉ, ÉV. DU MANS 20 »
-
- LAGIER-FORNÉRY, AVIGNON 5 »
-
- ALFRED LALLIÉ, NANTES 5 »
-
- LAMATY, A PUJAUT 0 25
-
- LANGLOIS, A PARIS 2 »
-
- M^{me} VICTOR DE LAPRADE 40 »
-
- G. DE LAURENS, AVIGNON 10 »
-
- B^{on} ALFRED DU LAURENS, AVIGNON 10 »
-
- B^{on} GUILLAUME DU LAURENS, AVIGNON 10 »
-
- ET. LAURENT, AUREILLE (B.-DU-RH.) 1 50
-
- C^{te} DE LAVAUR-S^{te} FORTUNADE (CORRÈZE) 10 »
-
- LE BOURGEOIS, BONSECOURS-ROUEN 10 »
-
- C^{tesse} DE LÉAUTAUD, PARIS 20 »
-
- LEVÊQUE, A ROQUEMAURE 1 »
-
- STÉPHEN LIÉGEARD, ANC. DÉPUTÉ (CÔTE-D’OR) 50 »
-
- LIFFRAN, NOTAIRE, ROQUEMAURE 0 50
-
- C^{te} DE LONGPÉRIER (OISE) 10 »
-
- G. DE LONGCHAMP, MARSEILLE 20 »
-
- A. MAGNAN, SAUVETERRE 0 25
-
- EUG. MAGNE, AVIGNON 5 »
-
- MAHUR, A ROQUEMAURE 1 »
-
- D^r B. DE MALHERBE, A CHANGHAÏ 20 »
-
- LÉON MAILLÉ, A CASTRES 1 »
-
- ALBERT MALLAC, BOUGIVAL 10 »
-
- PAUL MANIVET, AVIGNON 10 »
-
- MANON AINÉ, AVIGNON 0 50
-
- J^h MANON, AVIGNON 0 50
-
- ELIE MARIA, AVIGNON 5 »
-
- PAUL MARIÉTON, PARIS 20 »
-
- MAURICE MARIN, ROQUEMAURE 2 »
-
- CH. MARIN, ROQUEMAURE 0 50
-
- MARIN AÎNÉ, ROQUEMAURE 1 »
-
- X. MARMIER (ACADÉMIE FRANÇAISE) 20 »
-
- MARTIN FILS AÎNÉ, ROGNONAS (B.-DU-RH.) 0 50
-
- MARTIN, TYPOGRAPHE, AVIGNON 5 »
-
- MARTIN-FOUR, AVIGNON 20 »
-
- F. MAZET, A ROQUEMAURE 0 50
-
- MERCIER, ANCIEN SOUS-PRÉFET, AVIGNON 10 »
-
- V^{te} DU MESNIL DU BUISSON (ORNE) 20 »
-
- FR., ADR. ET AUGUSTE MEYNADIER, AVIGNON 1 50
-
- MEYNIER, AVOCAT, MARSEILLE 25 »
-
- L. MICHEL, MÉDECIN, AU THOR 1 »
-
- D^r MICHEL-BÉCHET, AVIGNON 10 »
-
- M^{lle} MARIE MICHEL, TARASCON 5 »
-
- MICHEL, SOCIÉTÉ GÉNÉRALE, AVIGNON 10 »
-
- P. MICHEL, A SAUVETERRE 0 50
-
- MICHEL-BENT, AVIGNON 5 »
-
- MICHELLAND, AU THOR 1 »
-
- ER. DE MILLAUDON, AVIGNON 20 »
-
- MILLE, A AVIGNON 0 50
-
- MIRANDOL, BOULANGER, AVIGNON 0 50
-
- FRÉDÉRIC MISTRAL 20 »
-
- MISTRAL-BERNARD, S^t RÉMY-DE-PROVENCE 40 »
-
- D^r MONNIER, AVIGNON 5 »
-
- AUG. MONITION, AU THOR 1 »
-
- M^{is} DE MONTALET-ALAIS, (GARD) 20 »
-
- B^{on} DE MONTFAUCON, PARIS 20 »
-
- C^{tesse} DE MORANGIÈS, (LOZÈRE) 20 »
-
- MOREAU DE BELLEY, AVIGNON 1 »
-
- MOTTEROZ, IMPRIMEUR, PARIS 50 »
-
- A. MOUNET, ROQUEMAURE 1 »
-
- JULES MOURET, AVIGNON 0 50
-
- CAMILLE MOUTIN, MARSEILLE 5 »
-
- ALEXIS MOUZIN, POÈTE, AVIGNON 5 »
-
- ÉMILE NIEL, INGÉNIEUR, AVIGNON 5 »
-
- D. NISARD (Acad^{ie} Fr^{se}) 20 »
-
- CH. NISARD, DE L’INSTITUT 5 »
-
- M. ET M^{me} JACQUES NORMAND 50 »
-
- G. ODOYER, A SAUVETERRE 2 »
-
- FR. D’OLÉON, AVIGNON 20 »
-
- C^{te} D’OLIVIER, AVIGNON 10 »
-
- ÉMILE OLLIVIER (ACADÉMIE FRANÇAISE) 20 »
-
- LOUIS D’ORTIGUE, CAVAILLON 5 »
-
- V. PAILLET, AU THOR 1 »
-
- AUGUSTE PALUN, AVIGNON 50 »
-
- PALUN DE BÉSIGNANE, AU THOR 1 »
-
- M^{is} DE PANISSE-PASSIS (B.-DU-RH.) 25 »
-
- CHANOINE PARANQUE, LA CIOTAT 4 »
-
- LE COMTE DE PARIS 100 »
-
- PASQUIER DE LA GRESSIÈRE (ARDENNES) 10 »
-
- P. DE PÉLERIN, NIMES 25 »
-
- P. PELLETIER, VERRIER, PARIS 20 »
-
- M. ET M^{me} PELLISSIER, A PUJAUT 2 »
-
- B^{on} DU PELOUX (AIN) 25 »
-
- HENRI DE PÈNE 20 »
-
- JULES PERNOD, AVIGNON 20 »
-
- J.-L. PERRIER, A ROQUEMAURE 0 50
-
- A. PERRIN, A ROQUEMAURE 2 »
-
- CONSEILLER PERROT, AVIGNON 20 »
-
- LOUIS PERROT, AVIGNON 5 »
-
- J. PEYRAQUE, PUJAUT 0 50
-
- ET. PHILIBERT, PUJAUT 0 50
-
- NICOLAS PHILIBERT, PUJAUT 1 »
-
- PHILIBERT, SAUVETERRE 1 »
-
- ADOLPHE PIEYRE, NIMES 10 »
-
- G. PIJOTAT, MARSEILLE 5 »
-
- M^{is} DE PIMODAN, PARIS 20 »
-
- AUG. PLANCHE, A UZÈS 1 »
-
- L’ABBÉ PLAUTIN, AVIGNON 10 »
-
- PLAUZOLES, A MONTFORT-L’AMAURY 5 »
-
- POIROTTE PÈRE ET FILS, MENUISIERS, PUJAUT 0 50
-
- V^{te} DE POLI, PARIS 5 »
-
- ANDRÉ PONS, AVIGNON 5 »
-
- VICTOR PONS, CONFISEUR, AVIGNON 5 »
-
- BENOÎT PONS, A MOULINS 20 »
-
- C^{te} DE PONTEVÈS-SABRAN, MARSEILLE 50 »
-
- CLÉMENT POULAIN, NANTES 2 »
-
- HENRI POUSSEL, PUBLICISTE, AVIGNON 20 »
-
- ALEXANDRE POUSSEL, PARIS 5 »
-
- M^{lle} POUZOL, A PUJAUT 2 »
-
- J.-B. POUZOL, A PUJAUT 1 »
-
- PRAT-NOILLY, MARSEILLE 50 »
-
- V. PRÉVOT, AVIGNON 2 »
-
- PROYART (PAS-DE-CALAIS) 20 »
-
- V^{te} DU PUGET (SOMME) 10 »
-
- RABILLON, CAFETIER, ROQUEMAURE 0 50
-
- C^{tesse} DE RAOUSSET-BOULBON, AVIGNON 20 »
-
- RASTOUL, _Univers_, PARIS 5 »
-
- RAVANIS, CURÉ DOYEN, ROQUEMAURE 3 »
-
- VICAIRE-GÉNÉRAL REDON, AVIGNON 5 »
-
- DE RÉMUSAT, MARSEILLE 20 »
-
- RENAUDIN, CHAPELIER, ROQUEMAURE 0 50
-
- RENOUARD, EMPLOYÉ AU P.-L.-M., AVIGNON 1 »
-
- FRÉDÉRIC RESSEGAIRE, AVIGNON 1 »
-
- ISIDORE DE REY, AU THOR 1 »
-
- REYNARD-LESPINASSE (ET.), AVIGNON 20 »
-
- REYNAUD DE TRETS, MARSEILLE 20 »
-
- CHARLES DE RIBBE, A AIX 10 »
-
- AUG. DE RIBBE, AVIGNON 5 »
-
- M^{me} DU RIBERT ET SES FILLES 20 »
-
- CH. RICARD, A PUJAUT 2 »
-
- RICARD, A PUJAUT 0 65
-
- M^{gr} RICARD, MARSEILLE 10 »
-
- ANSELME RIEU, A PUJAUT 0 50
-
- EUG. RIPERT, AVIGNON 0 50
-
- AD. ROCH, BANQUIER, AVIGNON 2 »
-
- ROCHAT, A NOGENT-SUR-MARNE 5 »
-
- LOUIS ROCHE, ROQUEMAURE 0 50
-
- DUCHESSE DE LA ROCHE-GUYON 200 »
-
- M^{is} DE LA ROCHEJAQUELEIN 20 »
-
- R. DE ROCHER, BOLLÈNE 25 »
-
- D^r ROCHETTE, PARIS 5 »
-
- M^{me} ROCHETIN, UZÈS 25 »
-
- M^{is} DE LA ROCHETHULON 20 »
-
- TH. RODDE, AVIGNON 1 »
-
- JULES ROLLAND, A ALBI 10 »
-
- SINCÈRE ROMEY (_Gazette de France_) 5 »
-
- LOUIS DE LA ROQUE, MONTPELLIER 20 »
-
- ROSTAN D’ANCEZUNE, MARSEILLE 20 »
-
- EUG. ROSTAND, MARSEILLE 40 »
-
- ALEXIS ROSTAND, MARSEILLE 20 »
-
- L. ROUBAUD, AU THOR 1 »
-
- B^{on} ALBERT DE ROUBIN, VILLENEUVE 10 »
-
- B^{on} ARMAND DE ROUBIN, AVIGNON 10 »
-
- FAMILLE ROUCHETTE, A PUJAUT 4 50
-
- JOSEPH ROUMANILLE 25 »
-
- GUSTAVE ROURE, CONFISEUR, AVIGNON 5 »
-
- ED. ROUSSE (ACADÉMIE FRANÇAISE) 10 »
-
- CH. ROUSSEAU, A THOUARS 10 »
-
- CAMILLE ROUSSET (ACADÉMIE FRANÇAISE) 10 »
-
- D^r ROUSSILLON, AU BOURG-D’OISANS 2 »
-
- JULES-CHARLES ROUX, MARSEILLE 20 »
-
- VICTOR ROUX, MARSEILLE 50 »
-
- JULES ROUX, AVOUÉ, AVIGNON 5 »
-
- B^{on} DE ROUX-LARCY 20 »
-
- F. ROYER, A VILLENEUVE 0 25
-
- L’ABBÉ ROUZEAUD, TOULOUSE 3 »
-
- C^{te} DE RUFFO-BONNEVAL, MARSEILLE 5 »
-
- DUC DE SABRAN-PONTEVÈS, MARSEILLE 100 »
-
- C^{te} EMM. DE SABRAN-PONTEVÈS, MARSEILLE 20 »
-
- C^{te} GUILLAUME DE SABRAN-PONTEVÈS, MARSEILLE 25 »
-
- ALPH. SAGNIER, AVIGNON 10 »
-
- S^t-PATRICE (_Triboulet_), PARIS 20 »
-
- L’ABBÉ SALLA, ROQUEMAURE 2 »
-
- P. SALOMON, A VILLENEUVE 5 »
-
- JOANNIN SAMUEL, AVIGNON 5 »
-
- C^{te} DE SAPORTA, A AIX 20 »
-
- M^{is} DE SAQUI-SANNES, AVIGNON 10 »
-
- V^{te} JULES DE SALVADOR, AVIGNON 50 »
-
- C^{te} HENRI DE SALVADOR, REMOULINS 5 »
-
- L’ABBÉ DE SALVADOR, AVIGNON 1 »
-
- JOSEPH DE SALVADOR, AVIGNON 1 »
-
- SAUBOT-DEMBORGEZ, PARIS 5 »
-
- SEGUIN FRÈRES, AVIGNON 25 »
-
- MARC SERGUIER, A ROQUEMAURE 0 50
-
- B^{on} DE SERRES DE MONTEIL, AVIGNON 10 »
-
- L’ABBÉ SEYTRE (ALPES-MARITIMES) 5 »
-
- V^{te} DE SINÉTY, AVIGNON 20 »
-
- B. SOULIER, ANCIEN MAIRE, PUJAUT 5 »
-
- EM. SOULIER, ANCIEN MAIRE, SAUVETERRE 2 »
-
- FRÉD. SOULIER, A PUJAUT 0 50
-
- MAX^{in} SOULIER, A PUJAUT 1 »
-
- MICHEL SOULIER, A PUJAUT 1 »
-
- MICHEL SOULIER, A PUJAUT 2 »
-
- EUG. SOUSTELLE, AVIGNON 5 »
-
- ED. STOFFLET, LE MANS 5 »
-
- COLONEL DE SURVILLE, A NÎMES 5 »
-
- J^h DE TALODE DU GRAIL, MOUILLERON (VENDÉE) 20 »
-
- TASTEVIN, PUBLICISTE, VALENCE 5 »
-
- L. TAULIER, A PUJAUT 1 »
-
- TEISSÈRE, A MARSEILLE 10 »
-
- ANT. TEISSIER, A PUJAUT 1 »
-
- CHARLES TESTE, A BAGNOLS (GARD) 10 »
-
- J. DE TERRIS, NOTAIRE, AVIGNON 5 »
-
- JOSEPH THOMAS, AVIGNON 40 »
-
- PAUL THUREAU-DANGIN, PARIS 20 »
-
- TOLLON PÈRE, MARSEILLE 10 »
-
- M^{gr} TOLRA DE BORDAS, NICE 10 »
-
- C^{te} DE TOULOUSE-LAUTREC, A LAVAUR 5 »
-
- TRACOL, NOTAIRE, AVIGNON 10 »
-
- L’_Univers_, A PARIS 50 »
-
- PAUL VACHIER, PEINTRE, AVIGNON 2 »
-
- JONATHAN VALABRÈGUE, AVIGNON 10 »
-
- AMÉDÉE VALABRÈGUE, AVIGNON 10 »
-
- ADR. VALLAT, ROQUEMAURE 0 50
-
- ARISTIDE VALETTE, ROQUEMAURE 5 »
-
- L’ABBÉ VALETTE, CURÉ, PUJAUT 5 »
-
- DE VATIMESNIL (EURE) 10 »
-
- BLAISE VELAY, PUJAUT 2 »
-
- GABRIEL VERDET, AVIGNON 50 »
-
- MARCEL VERDET, AVIGNON 20 »
-
- THÉODORE VERDET, AVIGNON 20 »
-
- L. VERNET, STATUAIRE, AVIGNON 1 50
-
- L’ABBÉ DE VÉROT, AVIGNON 10 »
-
- A. VEUX, ROQUEMAURE 1 »
-
- J^h VIDAL, PUJAUT 1 »
-
- M^{gr} VIGNE, ARCHEVÈQUE D’AVIGNON 50 »
-
- ALFR. VIGUIER, PARIS 1 50
-
- D^r VILLARS, AVIGNON 20 »
-
- M^{is} DE VILLEFRANCHE, PARIS 25 »
-
- C^{te} DE VILLENEUVE-BARGEMON, AVIGNON 10 »
-
- C^{te} DE VILLENEUVE-ESCLAPON, AVIGNON 10 »
-
- FRÉD. VILLET, AVIGNON 2 »
-
- CHARLES VINCENS, MARSEILLE 25 »
-
- C^{tesse} ELZÉAR DE VOGÜÉ 5 »
-
- HENRI YVAREN, AVIGNON 50 »
-
- TROIS ANONYMES, AVIGNON 1 50
-
- DEUX ANONYMES, MARSEILLE 4 »
-
- UN ANONYME, AVIGNON 5 »
-
- UN ANONYME (HAUTE-SAÔNE) 30 »
-
- UN ANONYME, OFFICIER, AVIGNON 2 »
-
- V. D. S. J. 20 »
-
- C. F., A AVIGNON 0 50
-
- DEUX FÉLIBRES, AVIGNON 1 50
-
- DEUX CHARPENTIERS, AVIGNON 1 »
-
- H. H. Y. (CÔTES-DU-NORD) 5 »
-
- UN LECTEUR DES _Semaines_, AVIGNON 0 50
-
- UN MOINE DE LÉRINS 10 »
-
- UN PETIT BELGE 1 »
-
- T., A AVIGNON 2 »
-
- ————————
- TOTAL 6,723 30
-
-
-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE
-
- DES
-
- NOMS PROPRES CITÉS DANS CE VOLUME
-
-
-A
-
- ABEL (Henri), 66, 73, 74.
-
- ABOUT (Edmond), 174, 214, 259, 403, 404, 405, 407, 409, 423, 471.
-
- ACHARD (Amédée), 114, 177.
-
- ADAM (Adolphe), 171, 177.
-
- AFFRE (M^{gr}), 153.
-
- AGNIEL (l’abbé), 496.
-
- ALBONI (Marietta), 441.
-
- ALEMBERT (d’), 287.
-
- ALEXANDRE (Charles), professeur, 34.
-
- ALIBERT (le D^r), 41.
-
- ALLAN (M^{me}), comédienne, 121.
-
- ALLEVARRÈS. Voyez SERRAVALLE.
-
- ALLOURY (Antoine), 233.
-
- ALZON (Emmanuel d’), 24, 43, 44, 45, 471.
-
- AMPÈRE (André-Marie), 41.
-
- AMPÈRE (Jean-Jacques), 75.
-
- ANCELOT (M^{me}), 115.
-
- ANDIGNÉ (Auguste, comte d’), 154, 351.
-
- ANDIGNÉ (Léon, marquis d’), 351.
-
- ANGLES (Monsieur des), 5.
-
- ANGOULÊME (duc d’), 20, 71.
-
- ANGOULÊME (duchesse d’), 19, 20, 21.
-
- ANSELME (H. d’), 84.
-
- APPIUS CLAUDIUS, 187.
-
- ARAGO (François), 38, 41.
-
- ARBOUVILLE (M^{me} d’), 115.
-
- ARCHIMBAUD (Alphonse d’), 372.
-
- ARNAL, comédien, 290.
-
- ARNAULT (Antoine-Vincent), 58
-
- ATHÉNOSY (Isidore d’), 372.
-
- ATTICUS, 478.
-
- AUBANEL (Théodore), 469.
-
- AUBER, 53.
-
- AUBRYET (Xavier), 347.
-
- AUDIFFRET-PASQUIER (duc d’), 426, 427.
-
- AUDIGIER (Henri d’), 250.
-
- AUDRAN (Girard), graveur, 434.
-
- AUGIER (Émile), 143, 172, 198, 199, 216, 218, 232, 309, 418, 485.
-
- AUMALE (duc d’), 397, 398, 403, 413, 419.
-
- AUTRAN (Joseph), 101, 143, 174, 224, 226, 229, 233, 234, 239, 267,
- 282, 283, 284, 287, 289, 293, 298, 299, 301, 302, 304, 306, 307,
- 308, 319, 320, 356, 358, 360, 361, 364, 371, 389, 398, 399, 400,
- 402, 406, 407, 409, 410, 415, 416, 418, 419, 420, 421, 422, 423,
- 424, 425, 471, 478.
-
- AUTRAN (M^{me} Joseph), 305, 399, 426.
-
- AVERTON (Frédéric d’), 91, 92, 93, 94, 95, 96, 105.
-
- AVERTON (Guy d’), 94.
-
-
-B
-
- BACIOCCHI (Eugène de), 372.
-
- BAILLY DE SURCY, 57.
-
- BALLANCHE, 40.
-
- BALZAC (H. de), 54, 74, 116, 156, 179, 214, 221, 237, 238, 254, 255,
- 304.
-
- BARAGNON (Louis-Numa), 340.
-
- BARAGUEY D’HILLIERS (Achille, comte), maréchal de France, 153.
-
- BARANTE (baron Prosper de), 471.
-
- BARBENTANE (marquis Léon de), 350.
-
- BARBEY D’AUREVILLY (Jules), 138, 233, 244, 260, 472, 473, 474.
-
- BARBIER (Auguste), 394, 418, 420.
-
- BARNI (Jules), 349.
-
- BARODET, 356.
-
- BARRÊME, calculateur, 389.
-
- BARROT (Odilon), 321.
-
- BARTHÉLEMY (Auguste), 488.
-
- BARTHÉLEMY (marquis de), 153.
-
- BASTET (Antoine), sculpteur, 434, 462.
-
- BASTET (J.), 84.
-
- BAUDELAIRE (Charles), 471.
-
- BAYLE (Pierre), 468.
-
- BEAUCHESNE (Alcide de), 174.
-
- BEAUSACQ (comtesse Diane de), 466.
-
- BEAUVOIR (Roger de), 114, 115, 156.
-
- BEC, 267, 288.
-
- BÉCHARD (Ferdinand), 270.
-
- BÉCHARD (Frédéric), 267, 270, 288, 296, 297, 315, 316, 317, 318.
-
- BELCASTEL (Gabriel de), 432, 458.
-
- BELLANGÉ, peintre, 385.
-
- BELLEVAL (marquis de), 169, 170, 171, 172, 173, 174, 175, 176, 180,
- 182, 250.
-
- BELVÈZE (de), 166.
-
- BENTZON (M^{me} Th.), 183.
-
- BÉRANGER (P.-J. de), 139, 144, 167, 204, 205, 206, 207, 237, 308.
-
- BERLIOZ (Hector), 450.
-
- BERMOND (de), 72.
-
- BERNARD (Saint), 208.
-
- BERNARD (Charles de), 144, 471, 477.
-
- BERNARD (Claude), 418, 420, 427.
-
- BERNARDI (de), 161.
-
- BERNE-BELLECOUR, peintre, 385.
-
- BERNHARDT (Rosine BERNARD, dite SARAH), 358, 384.
-
- BERNIS (comtesse René de), 16.
-
- BERNIS (Léon de), 43.
-
- BERRY (duc de), 17.
-
- BERRY (duchesse de), 60, 70, 71, 109, 369.
-
- BERRYER, 14, 54, 66, 73, 81, 82, 83, 91, 98, 99, 100, 101, 128, 153,
- 171, 177, 270, 299, 302, 312, 313, 346, 392, 394, 432, 450, 451,
- 452, 471.
-
- BERT (Paul), 349.
-
- BERTIN (Ernest), 479.
-
- BERTIN (Jean-Victor), 10.
-
- BERTHOUD (Henry), 114.
-
- BESPLAS (marquis de), 118, 358, 368, 375.
-
- BESSON (M^{gr}), 439.
-
- BEUDIN, auteur dramatique, 31.
-
- BEUGNOT (comte Arthur), 172.
-
- BEULÉ (Ernest), 413, 415.
-
- BIDAULT, peintre, 10.
-
- BILIOTTI (marquis de), 360.
-
- BIOT, 41.
-
- BIRÉ (Edmond), 13, 131, 168, 191, 313, 372, 446, 451, 452, 484.
-
- BISMARCK (prince de), 278, 363.
-
- BITAUBÉ, 40.
-
- BLAIN, tailleur, 45.
-
- BLANC (Louis), 307.
-
- BLANCHETTI (Paul), 15.
-
- BLAZE DE BURY (Henry), 76, 124, 191.
-
- BLOCQUEVILLE (marquise de), 478.
-
- BOIGNE (comtesse de), 466.
-
- BOISSIER (Gaston), 482.
-
- BOISSIEU (Arthur de), 267, 291, 300, 355.
-
- BONALD (vicomte de), 40, 139.
-
- BONINGTON, 53.
-
- BONJOUR (Casimir), 98.
-
- BONNAT, 383.
-
- BONNET (le P. Élie), 491.
-
- BORDERIES (M^{gr}), 28.
-
- BOSIO, sculpteur, 53.
-
- BOSSUET, 15, 18, 41, 361, 474.
-
- BOUDIN, cafetier, 69.
-
- BOUDIN fils, 69.
-
- BOUGLÉ (Charles), 244.
-
- BOUHOURS (le Père), 194.
-
- BOULAY DE LA MEURTHE (le comte Joseph), 39.
-
- BOURBOUSSON, député, 161.
-
- BOURDALOUE, 15.
-
- BOURGET (Paul), 465, 466.
-
- BOURMONT fils (de), 72.
-
- BRASCASSAT, peintre, 53.
-
- BRESSANT, acteur, 166.
-
- BRIDAINE (le P.), 19.
-
- BRIÈRE, imprimeur, 132.
-
- BRILLAT-SAVARIN, 288, 388.
-
- BRINDEAU (Paul), acteur, 149.
-
- BRIZEUX (Auguste), 471.
-
- BROGLIE (duc Victor de), 48, 105, 397, 405, 407.
-
- BROGLIE (duc Albert de), 165, 212, 235, 321, 374, 405, 408, 413, 418,
- 426, 482.
-
- BRUNETIÈRE (Ferdinand), 237, 264.
-
- BUCHERON (Arthur-Marie), connu sous le pseudonyme de SAINT-GENEST,
- 327, 343, 356, 379.
-
- BUGEAUD (le maréchal), 153.
-
- BULOZ (François), 77, 108, 119, 120, 121, 124, 125, 126, 127, 147,
- 160, 162, 163, 173, 174, 182, 183, 232, 233, 234, 262, 264, 279,
- 280, 281, 372, 373, 380, 471.
-
- BULOZ (Christine BLAZE, dame), 124.
-
- BUSSIÈRES (de), 207.
-
- BUSSONNIER, pâtissier, 39.
-
- BYRON (lord), 54, 88, 308.
-
-
-C
-
- CADE (Edme), 438, 440, 491.
-
- CADOT (Alexandre), éditeur, 156.
-
- CALONNE (Alphonse de), 135, 138, 143, 169, 175, 215, 250.
-
- CALVIÈRE (marquis de), 16, 17.
-
- CALVIÈRE (marquise de), 66, 71.
-
- CAMBACÉRÈS (le prince), 38.
-
- CAMBIS D’ORSAN (Henri de), marquis de Lagnes, grand-père maternel de
- Pontmartin, 12.
-
- CAMBIS D’ORSAN (Augustine de Grave, marquise de), grand’mère
- maternelle de Pontmartin, 12, 13, 16.
-
- CAMBIS (Henriette de), 12, 14.
-
- CAMBIS (Augustin, marquis de), pair de France, 12, 16, 23, 39, 40, 56,
- 59, 60, 81, 82, 117, 130.
-
- CAMBIS (Alfred de), 24, 56.
-
- CAMBIS (Henri de), 24, 43, 45, 56, 68, 82.
-
- CAMBIS (l’abbé Adalbert de), 14, 27, 45.
-
- CANDOLLE (de), 72.
-
- CANDOLLE (Pyrame de), botaniste, 75.
-
- CANRON (Augustin), 440, 454.
-
- CAPTIER (le Père), 336.
-
- CARDINAL (M^{me}), 108, 112, 113.
-
- CARNÉ (comte Louis de), 49, 57, 59, 212, 213, 409, 410, 418, 471.
-
- CARO (Edme), 174, 394, 423, 482.
-
- CARO (M^{me} Edme), 465.
-
- CARON, restaurateur, 368.
-
- CARREL (Armand), 123.
-
- CARS (duc DES), 132.
-
- CASTIL-BLAZE (Henri-Joseph BLAZE, dit), 76, 124, 234.
-
- CAUSSIDIÈRE, 307.
-
- CAUVIÈREZ, 72.
-
- CAVAIGNAC (général), 136.
-
- CAZALÈS (Edmond de), 57, 59, 212.
-
- CHAIX (l’abbé), 332.
-
- CHALENTON (l’abbé), 6.
-
- CHALLEMEL-LACOUR, 267, 281, 290, 331.
-
- CHAM (vicomte Amédée DE NOÉ, dit), 126, 140, 141, 142.
-
- CHAMBORD (comte de), 71, 91, 94, 168, 353.
-
- CHAMPAGNY (Franz de), 393, 394, 409, 419.
-
- CHAMPMARTIN, peintre, 76.
-
- CHANGARNIER (général), 147, 153.
-
- CHARETTE (général baron de), 374, 443.
-
- CHARLES X, 52, 324, 395.
-
- CHARRE (Émile), 126, 151.
-
- CHASLES (Philarète), 114, 172, 174.
-
- CHASSÉRIAU (Théodore), 144.
-
- CHATHAM (lord), 100.
-
- CHATEAUBRIAND, 39, 54, 130, 145, 230, 260, 299, 311, 361, 448, 491.
-
- CHAUDES-AIGUES (J.), 86.
-
- CHEVANDIER DE VALDRÔME (Eugène), 324, 325, 326.
-
- CHEVANDIER DE VALDRÔME (Paul), 301, 325.
-
- CHEVREAU (Henri), 322.
-
- CICÉRON, 478.
-
- CIRCOURT (Albert, comte de), 135, 154, 168.
-
- CLARETIE (Jules), 237, 257, 303, 305, 314, 346, 473, 478, 481.
-
- COCHIN (Augustin), 213, 381.
-
- CONDILLAC, 42.
-
- CONSTANS (Ernest), 487.
-
- COPPÉE (François), 466.
-
- CORMENIN (vicomte de), 98.
-
- CORNEILLE (Pierre), 18, 40, 129.
-
- CORNUDET (Léon), 65.
-
- COROT, peintre, 10.
-
- CORTOT, sculpteur, 53.
-
- COULONDRES (Alfred), 440.
-
- COUPVENT DES BOIS (amiral), 166.
-
- COURIER (Paul-Louis), 205.
-
- COURTET (Jules), 84.
-
- COUSIN (Victor), 46, 47, 48, 50, 51, 54, 122, 153, 154, 232, 235, 260,
- 331, 441, 450, 471, 482.
-
- CROCHARD (Armand de), 43, 44.
-
- CUVIER (Georges), 54.
-
- CUVILLIER-FLEURY, 49, 62, 91, 98, 99, 100, 101, 169, 194, 356, 380,
- 389, 400, 401, 406, 407, 410, 413, 414, 415, 416, 418, 420, 423,
- 443, 444, 448, 453, 475, 478, 479, 480, 481.
-
-
-D
-
- DABADIE, chanteur, 42.
-
- DALLOZ (Paul), 343.
-
- DAMBRAY (le chancelier), 38.
-
- DAMIRON, 49.
-
- DAMOREAU-CINTI (M^{me}), cantatrice, 42, 47, 142.
-
- DAUDET (Alphonse), 469.
-
- DAVID (Louis), 327, 342.
-
- DAVID D’ANGERS, 53.
-
- DECAZES (duc Elie), 17, 18.
-
- DEGUERRY (l’abbé), 311.
-
- DELABORDE (vicomte Henri), 117.
-
- DELACROIX (Eugène), 53, 450.
-
- DELAHANTE (Adrien), 43.
-
- DELALOT (vicomte), 40.
-
- DELAPORTE (le Père Victor), 460.
-
- DELAROCHE (Paul), 41, 53, 75, 450.
-
- DELAVIGNE (Casimir), 11, 308.
-
- DELIBES (Léo), 357.
-
- DELILLE (Jacques), 51.
-
- DELORD (Taxile), 206, 225, 237, 255, 256, 259.
-
- DEMANTE (A.-M.), 47.
-
- DEPLACE (l’abbé Charles), 84.
-
- DEREGNAUCOURT, député, 348.
-
- DERETZ, journaliste, 91, 92, 93, 94.
-
- DÉROULÈDE (Paul), 466.
-
- DÉSAUGIERS, 205.
-
- DESCARTES (René), 42.
-
- DES ESSARTS (Alfred), 115.
-
- DESMOUSSEAUX DE GIVRÉ, 172.
-
- DETAILLE, peintre, 385.
-
- DEVÈRIA (Eugène), 53, 101.
-
- DIDON (le Père), 444.
-
- DINAUX, auteur dramatique, 31, 78.
-
- DORVAL (M^{me}), 31, 66, 78, 79, 80, 101.
-
- DOUBLE (le D^r François-Joseph), 7, 23, 41, 172.
-
- DOUBLE (Léopold), 7.
-
- DOUCET (Camille), 33, 415, 418.
-
- DOUDAN (Ximénès), 99.
-
- DREUX-BRÉZÉ (marquis de), 43.
-
- DREUX-BRÉZÉ (Pierre de), évêque de Moulins, 43, 432, 458.
-
- DUBOIS (P.-J.), 49.
-
- DU BOYS (Albert), 429.
-
- DUBOYS D’ANGERS, 332.
-
- DUCANGE (Victor), 31, 78.
-
- DU CAURROY, 47.
-
- DU CAYLA (Ugolin), 43.
-
- DUCHATEL (comte), 117, 177.
-
- DUCHESNOIS (M^{lle}), 41.
-
- DUCLOS (François), 360.
-
- DUFAURE (Jules), 413, 418.
-
- DUGABÉ, avocat, 91, 95.
-
- DUMARSAIS (l’abbé), 26.
-
- DUMAS (Adolphe), 101.
-
- DUMAS père (Alexandre), 78, 79, 114, 156, 158, 172, 289, 290, 423,
- 448, 477.
-
- DUMAS fils (Alexandre), 156, 216, 217, 232, 267, 280, 282, 283, 284,
- 289, 305, 349, 398, 407.
-
- DUMONT, professeur, 34.
-
- DUMONT, statuaire, 53.
-
- DUPANLOUP (M^{gr}), 27, 213, 267, 281, 299, 358, 377, 378, 381, 389,
- 403, 404, 407, 409, 420, 427, 428, 450, 471.
-
- DUPATY (Emmanuel), 201.
-
- DUPONT (Alexis), 42.
-
- DUPRAY, peintre, 385.
-
- DUPRÉ (Edmond), 169, 188, 189.
-
- DUPREZ (Gilbert-Louis), chanteur, 142, 387.
-
- DUPUY, de Cavaillon, 161.
-
- DUPUY, d’Orange, 161.
-
- DURAND (baronne), 154.
-
- DURAND (Justin), député, 332.
-
- DURAND (M^{me} Justin), 332, 333.
-
- DURANTON, 47.
-
- DUROZOIR (Charles), 34.
-
- DU THEIL, avocat, 115.
-
- DUVERGIER DE HAURANNE (Prosper), 49, 393, 397, 405, 413, 418.
-
-
-E
-
- ECKMÜHL (Louis d’), 43.
-
- ÉDOUARD et FÉLIX, restaurateurs, 347.
-
- EMPIS, académicien, 389, 392, 393, 394.
-
- ERCKMANN-CHATRIAN, 280.
-
- ESCANDE (Amable), 267, 270, 271.
-
- ESCUNS (comte d’), 132, 154.
-
- ESIG (François), 72.
-
- ESMÉNARD, 40.
-
- ESQUIROS (Alphonse), 331.
-
- EUGÉNIE (l’Impératrice), 326.
-
-
-F
-
- FABRE (Ferdinand), 485.
-
- FAGES (Émile), 265.
-
- FALCON (M^{lle}), 142.
-
- FALLIÈRES (Armand), 487.
-
- FALLOUX (comte Alfred de), 49, 126, 128, 148, 153, 154, 155, 160, 172,
- 177, 191, 212, 213, 235, 299, 321, 327, 345, 353, 389, 396, 397,
- 398, 407, 409, 417, 418, 420, 423, 471.
-
- FAURE, chanteur, 323.
-
- FAURIEL (Claude), 75.
-
- FAVRE (Jules), 37, 299, 407, 413, 418, 423.
-
- FAY (Léontine), voir VOLNYS.
-
- FÉLETZ (l’abbé de), 35, 466.
-
- FÉLIX (le Père), 204, 231, 232, 267, 290, 291.
-
- FERDINAND VII, 71.
-
- FERRAR (Messieurs de), 2, 3.
-
- FERRAR (Antoine de), 3.
-
- FERRARI (Antoine), 72.
-
- FERVILLE, comédien, 31.
-
- FEUILLET (Octave), 216, 217, 232, 250, 271, 418, 420, 465, 482.
-
- FÉVAL (Paul), 114, 172, 174, 482.
-
- FEYDEAU (Ernest), 250, 271.
-
- FEZENSAC (duc de), 144.
-
- FLANDRIN (Hippolyte), 144.
-
- FLAUBERT (Gustave), 214, 471.
-
- FLOTTE (Paul de), 143.
-
- FONFRÈDE (Henri), 98.
-
- FOUDRAS (marquis de), 114, 156.
-
- FOURNEL (Victor), 235, 476.
-
- FOURNÈS (marquis de), 104.
-
- FOURTOU (de), 374.
-
- FOYATIER, 53.
-
- FRÉDÉRIC II, 363.
-
- FROISSARD-BROISSIA (de), 497.
-
-
-G
-
- GAILLARD (Léopold de), 161, 162, 178, 237, 257, 259, 274, 291, 307,
- 321, 336, 357, 372, 376, 377, 400, 401, 404, 406, 417, 426, 427,
- 430, 439, 440, 442, 461, 464, 478, 483, 485, 490, 491.
-
- GAILLARDIN (Casimir), 43.
-
- GAMBETTA (Léon), 327, 329, 349, 352, 367, 413, 473.
-
- GANAIL, 72.
-
- GANSER (l’abbé), 26.
-
- GARCIA (Manuel), 441.
-
- GARIBALDI (Giuseppe), 329.
-
- GARNIER (Charles), 334, 498.
-
- GAUSSIN (M^{lle}), 384.
-
- GAUTIER (Théophile), 53, 56, 127, 182, 191, 192, 217, 226, 382, 393,
- 394, 398, 471.
-
- GAY (M^{me} Sophie), 115.
-
- GAY-LUSSAC, 41.
-
- GENOUDE (Eugène de), 130, 135.
-
- GENT (Alphonse), 161.
-
- GENTY DE BUSSY, 98.
-
- GEOFROY (Louis de), 149.
-
- GÉRARD (le baron), 53.
-
- GERBET (M^{gr}), 25, 213.
-
- GILLY (le général), 17.
-
- GINESTOUS (comte de), 270, 271.
-
- GIRARDIN (Émile de), 130, 222, 263, 358, 383, 384, 385.
-
- GIRARDIN (M^{me} Émile de), 178, 192, 222, 263.
-
- GIRARDIN (Saint-Marc), 49, 130, 153, 154, 160, 260, 293, 295, 389,
- 407, 409, 410, 414, 420, 423, 471, 482.
-
- GIRODET, 491.
-
- GLUCK, 47.
-
- GOBINEAU (Arthur de), 114.
-
- GONCOURT (Edmond et Jules de), 280.
-
- GONDINET (Edmond), 357.
-
- GONDRECOURT (général de), 114, 156.
-
- GONTIER, acteur, 31.
-
- GOT (Edmond), 149.
-
- GOUBAUX, auteur dramatique, 31.
-
- GOUNOD, 312, 374.
-
- GOUPIL, 385.
-
- GOZLAN (Léon), 114, 116, 172, 174, 195, 196, 198, 199.
-
- GRANDMANCHE DE BEAULIEU, 332.
-
- GRANET, peintre, 53.
-
- GRANGÉ (Pierre-Eugène BASTÉ, dit), 297, 298.
-
- GRANIER, sénateur, 161.
-
- GRANIER DE CASSAGNAC (Adolphe), 19, 244.
-
- GRAS (Félix), 469.
-
- GRATRY (le Père), 407, 409.
-
- GRAVE (le chevalier de), 12, 13.
-
- GRAVE (marquis de), 12.
-
- GRIMOD DE LA REYNIÈRE, 288.
-
- GRISI (Julia), 441.
-
- GROS (Étienne), professeur, 23, 30.
-
- GUDIN (Théodore), 53.
-
- GUERRY (marquis de), 13.
-
- GUERRY (marquise de), 13, 14.
-
- GUILHERMIER (Louis de), 372.
-
- GUINOT (Eugène), 250.
-
- GUIZOT (François), 41, 47, 48, 49, 54, 123, 171, 174, 177, 178, 235,
- 243, 260, 271, 302, 321, 407, 413, 418, 420, 424, 426, 427, 448,
- 450, 470, 471, 479, 482.
-
- GUIZOT (Guillaume), 174.
-
- GUYON (le Père), 19.
-
- GUYOT, éditeur, 140.
-
-
-H
-
- HALÉVY (Ludovic), 112, 446, 482.
-
- HAMELIN (l’abbé), 28.
-
- HANSKA (comtesse), plus tard M^{me} H. de Balzac, 254.
-
- HAUSSMANN (le baron), 275, 308.
-
- HAUSSONVILLE (comte Bernard d’), 327, 343, 394, 407, 418, 426, 427,
- 430, 482.
-
- HEIM, peintre, 53.
-
- HEINE (Henri), 122.
-
- HEINE (M^{me}), 298.
-
- HELLO (Ernest), 244.
-
- HOFFMANN (Théodore), 275.
-
- HORACE, 36, 205, 362, 463, 488.
-
- HOMÈRE, 129.
-
- HOUSSAYE (Henry), 487.
-
- HUET (Paul), 46, 53, 55, 56.
-
- HUGO (Victor), 18, 53, 54, 74, 78, 80, 85, 86, 87, 98, 123, 153, 214,
- 215, 238, 260, 268, 275, 308, 313, 349, 360, 418, 435, 469.
-
- HYACINTHE (Louis-Hyacinthe DUFLOST, dit), 444.
-
-
-I
-
- IAWURECK (M^{lle}), cantatrice, 42.
-
- INGRES, 53.
-
- ISABEY (J.-B.), 53.
-
- IVOI (Paul d’), 250.
-
-
-J
-
- JACQUEMART (M^{lle} Nélie), 383.
-
- JANICOT (Gustave), 271, 312, 454, 455.
-
- JANIN (Jules), 46, 52, 79, 116, 127, 192, 193, 217, 237, 250, 265,
- 358, 362, 380, 389, 396, 397, 405, 418, 420, 424, 430, 471.
-
- JONQUIÈRES (le P. Amédée de), 372.
-
- JOSSERAND, libraire, 332.
-
- JOUBERT (Joseph), 267, 299.
-
- JOUDOU, journaliste, 66, 77, 82, 83.
-
- JOUFFROY (Théodore), 48.
-
- JOURDAN (Louis), 207.
-
- JOUVENET (Jean), 434.
-
- JOUVIN (B.), 233, 250.
-
- JOUY (Victor-Joseph ETIENNE, dit DE), 58.
-
- JUSSIEU (Adrien de), 75.
-
- JUTEAU (Emma), acrobate, 474.
-
-
-K
-
- KARR (Alphonse), 114, 191, 250.
-
- KERDREL (Audren de), 166.
-
- KERGORLAY (comte de), 72.
-
- KERGORLAY fils (de), 72.
-
-
-L
-
- LA BÉDOLLIÈRE (Émile GIGAULT de), 207.
-
- LABICHE (Eugène), 444, 454.
-
- LABLACHE, 142, 441.
-
- LABORDE (Léo de), 161, 237, 257, 304.
-
- LA BOUILLERIE (Charles de), 43.
-
- LABOULIE (Gustave de), 71, 91, 94, 95.
-
- LA BOURDONNAYE (abbé de), 23, 27.
-
- LA BRUYÈRE (Jean de), 41, 140.
-
- LACENAIRE, 112.
-
- LACHAUD (de), 72.
-
- LACOMBE (Charles de), 83, 451.
-
- LACORDAIRE (le Père), 25, 168, 213, 231, 377.
-
- LACROIX (Jules), 191.
-
- LACROIX (Paul), 191.
-
- LA FERRIÈRE (Hector de), 43.
-
- LAFITTE (Pierre), 78.
-
- LAFOND (Ernest), 332.
-
- LA FONTAINE (Jean de), 188.
-
- LAGENEVAIS (F. de), 267, 280.
-
- LAGRANGE (M^{gr}), 377.
-
- LAINÉ, 40, 98.
-
- LA MADELÈNE (Henry de), 251.
-
- LA MADELÈNE (Jules de), 251.
-
- LAMARTINE (Alphonse de), 52, 53, 54, 85, 86, 87, 108, 116, 130, 143,
- 144, 152, 260, 271, 301, 308, 311, 312, 313, 314, 321, 338, 380,
- 394, 397, 435, 448, 471, 489.
-
- LAMARTINE (M^{me} Valentine de), 311.
-
- LAMORICIÈRE (général de), 152, 443.
-
- LANFREY (Pierre), 329.
-
- LANJUINAIS (Victor), 156.
-
- LAPRADE (Victor de), 191, 239, 274, 284, 291, 299, 301, 307, 308, 377,
- 401, 406, 409, 413, 415, 418, 419, 420, 421, 422, 424, 471, 478.
-
- LARCY (baron de), 49, 73, 128, 164, 165, 471.
-
- LAROCHE, 298.
-
- LA ROCHE-GUYON (duchesse de), 478.
-
- LAROCHETTE (M^{me} de), 106.
-
- LA ROCHEJAQUELEIN (marquis Henri de), 153.
-
- LA ROQUE (Louis de), 454, 455.
-
- LA TOUR DU PIN (Guy de), 43.
-
- LAURENTIE (Pierre-Sébastien), 130, 154, 270.
-
- LA VALETTE (Adrien de), 169, 176, 177.
-
- LAVEDAN (comte Léon), 376, 392.
-
- LAVEDAN (Henri), 358, 388, 452.
-
- LAYET DE PODIO, 72.
-
- LEBERTRE (Félix), 46, 57.
-
- LEBESCHU (M^{lle} Mathilde), 72.
-
- LEBRETON (général), 151, 166.
-
- LEBRUN (Pierre), 412, 413, 420, 423.
-
- LECANUET (le Père), 212.
-
- LECLERC (Edmond), 117.
-
- LECOFFRE (Jacques), 237, 240, 242, 243, 246, 247, 249.
-
- LECOMTE (général), 337.
-
- LEDRU-ROLLIN, 359, 360.
-
- LEFÊVRE-DEUMIER (Jules), 234.
-
- LEFORT, 378.
-
- LEGALLOIS (M^{lle}), 42.
-
- LEGOUVÉ (Ernest), 33, 237, 255, 256, 410, 415, 416, 418.
-
- LEMAÎTRE (Frédérick), 31.
-
- LEMOINNE (John), 130.
-
- LENORMANT (Charles), 213.
-
- LENORMANT (M^{me} Charles), 454.
-
- LERMINIER, 178.
-
- LEVASSEUR, chanteur, 42, 142.
-
- LÉVY (Calmann), 184, 217, 447, 462.
-
- LÉVY (Michel), 218, 225, 226, 277, 302, 348.
-
- LIBRI (Guillaume-Brutus-Icilius), 7.
-
- LIEZ, proviseur, 26.
-
- LIREUX (Auguste), 131.
-
- LISZT (Franz), 76.
-
- LITTRÉ (Émile), 398, 403, 404, 405, 407, 408, 413, 418, 423.
-
- LOMÉNIE (Louis de), 399, 403, 417, 420, 427, 428.
-
- LOUIS-PHILIPPE I^{er}, 129, 132, 307, 373, 395.
-
- LOURDOUEIX (Honoré de), 135, 154, 271.
-
- LUCE DE LANCIVAL, 40.
-
- LUCRÈCE, 27.
-
- LUTHER (M^{lle} Amédine), 149.
-
- LUYNES (Honoré-Théodore, duc de), 75.
-
-
-M
-
- MACHIAVEL, 299.
-
- MAC-MAHON (maréchal de), 357, 374, 412.
-
- MAGNIN (Charles), 49, 127.
-
- MAIGRET, peintre, 385.
-
- MAILLÉ (marquis de), 153.
-
- MAISTRE (Joseph de), 139, 160, 168, 473, 474.
-
- MALIBRAN (M^{me}), 45, 142, 279, 387, 441.
-
- MALLAC (Éloi), 169, 177, 178, 205.
-
- MANDAROUX-VERTAMY, 177.
-
- MANTE (M^{lle}), 149.
-
- MANUEL (Eugène), 413.
-
- MANZONI (Alexandre), 308.
-
- MARCELLUS (comte de), 172.
-
- MARIO (Joseph, marquis DE CANDIA, dit), chanteur, 142, 387, 441.
-
- MARMIER (Xavier), 75, 154, 172, 397, 405, 410, 415, 416, 418, 420.
-
- MARRAST (Armand), 153.
-
- MARS (M^{lle}), 11, 31, 78, 79.
-
- MARS (Victor de), 123, 234, 281, 372, 373.
-
- MARTIN (John), peintre anglais, 335.
-
- MASGANA (Paul), libraire, 54, 370.
-
- MASSILLON, 15.
-
- MASSON (Frédéric), 483, 484.
-
- MATHIEU, astronome, 41.
-
- MATHIEU (Anselme), 469.
-
- MAUMUS (le Père), 444.
-
- MELUN (vicomte Armand de), 25, 26, 213.
-
- MERLE (J.-T.), 101, 114, 115.
-
- MERLIN (comtesse), 115.
-
- MÉRIMÉE (Prosper), 54, 66, 76, 101, 122, 171, 174, 296, 323, 331, 360,
- 396, 403, 477.
-
- MERMET (Auguste), 347.
-
- MÉRY (Joseph), 75, 108, 115, 172, 174.
-
- MESNARD (comte de), 72.
-
- MEYERBEER, 450.
-
- MÉZIÈRES (Alfred), 423.
-
- MICHAUD aîné, 3, 34.
-
- MICHAUD jeune, 66, 88, 98, 324.
-
- MICHELET (Jules), 271, 272, 466.
-
- MICHELLE, professeur, 23, 34.
-
- MIGNET (François), 154, 302, 418, 482.
-
- MIRABEAU, 98, 100.
-
- MIRBEL (Charles-François), botaniste, 75, 76.
-
- MIRECOURT, acteur, 149.
-
- MISTRAL (Frédéric), 327, 350, 351, 460, 469, 470.
-
- MITCHELL (Robert), 347.
-
- MOCZINSKA (comtesse), 7.
-
- MOHL (M^{me}), 413.
-
- MOISANT (Constant), 111.
-
- MOLAND (Louis), 138.
-
- MOLÉ (comte), 123, 153, 172, 177, 450.
-
- MOLIÈRE, 197, 309.
-
- MONNIER DES TAILLADES, 91, 95.
-
- MONTAIGNE (Michel de), 238.
-
- MONTALEMBERT (comte Charles de), 49, 54, 65, 191, 204, 210, 212, 213,
- 235, 260, 299, 396, 397, 409, 450, 482.
-
- MONTÉPIN (Xavier de), 136.
-
- MONTESSU (M^{lle}), 42.
-
- MONTESQUIOU (de), 378.
-
- MONTEYNARD (Raymond de), 43.
-
- MONTFAUCON (baron de), 66, 68.
-
- MONTGRAND (marquis de), 73.
-
- MONTMORENCY (duc de), 154.
-
- MONTRAVEL (M. de), beau-père de Pontmartin, 106.
-
- MONTRAVEL (M^{me} de), belle-mère de Pontmartin, 106.
-
- MONTRAVEL (comte de), beau-frère de Pontmartin, 497.
-
- MONTRAVEL (Théodore de), 497.
-
- MORNY (duc de), 284, 308.
-
- MOZART, 381.
-
- MOUCHY (duc de), 153.
-
- MULLER (Charles), 358, 382.
-
- MURET (Théodore), 114, 131, 132, 133, 134, 137, 215.
-
- MÜRGER (Henri), 169, 175, 232, 234.
-
- MUSSET (Alfred de), 49, 53, 66, 74, 85, 86, 87, 121, 122, 127, 149,
- 191, 260, 373, 435.
-
- MUSSET (Paul de), 373.
-
-
-N
-
- NANTEUIL (Charles-François LEBŒUF, dit), sculpteur, 53.
-
- NAPOLÉON I^{er}, 71, 113, 308.
-
- NAPOLÉON III, 153, 168, 222, 320, 395.
-
- NAPOLÉON (le prince), 484.
-
- NETTEMENT (Alfred), 115, 127, 129, 130, 131, 132, 133, 134, 135, 137,
- 154, 167, 172, 176, 191, 216, 237, 239, 240, 242, 243, 244, 248,
- 486.
-
- NETTEMENT (M^{me} Alfred), 167, 243.
-
- NEUVILLE (Alphonse de), peintre, 385.
-
- NICOLE (Pierre), 18.
-
- NICOLLE (l’abbé), 25.
-
- NICOLLE (Henri), 25.
-
- NILSSON (M^{lle}), 312.
-
- NISARD (Désiré), 49, 191, 419, 432, 459, 482.
-
- NOAILLES (duc Paul de), 48, 153, 171, 177, 235, 409, 414, 419.
-
- NOBLET (M^{lle}), 42.
-
- NODIER (Charles), 260, 477.
-
- NORMAND (Jacques), 226.
-
- NORMAND (M^{me} Jacques), 226.
-
- NOURRISSON (Félix), 178.
-
- NOURRIT (Adolphe), 42, 47, 142.
-
- NUITTER (Charles), 347.
-
- NUMA, comédien, 31.
-
-
-O
-
- OHNET (Georges), 469, 485.
-
- OLIVIER (Juste), 230.
-
- OLLIVIER (Aristide), 270.
-
- OLLIVIER (Émile), 14, 320, 321, 325, 326, 338, 397, 405, 407, 432,
- 459, 484.
-
- OLLIVIER (d’), 161.
-
- ORSAY (comte d’), 263.
-
- ORSINI (Félix), 221, 222.
-
- ORTIGUE (Joseph d’), 113, 267, 285, 286, 287, 459.
-
-
-P
-
- PAGANINI, 387, 452.
-
- PAILHÈS (l’abbé), 299.
-
- PALIKAO (comte de), 326.
-
- PARFAIT (Paul), 289.
-
- PARIS (M^{gr} le comte de), 458.
-
- PARIS (Paulin), 172.
-
- PATIN (Guillaume), 154, 413, 414, 418, 420.
-
- PAUL, comédien, 31.
-
- PELLETAN (Eugène), 115.
-
- PELLICO (Silvio), 74.
-
- PÊNE (Henri de), 126, 138, 309, 310, 353.
-
- PERREYVE, professeur de droit, 190.
-
- PERREYVE (l’abbé), 190, 213.
-
- PERSIANI (M^{me}), 142.
-
- PICHOT (Amédée), 179.
-
- PIE IX, 299.
-
- PIN (Elzéar), 161.
-
- PINGARD, 413.
-
- PITRAT, libraire, 332.
-
- PLANCHE (Gustave), 79, 108, 121, 125, 193, 214, 225, 260.
-
- PLANCHE (Louis-Augustin), 370.
-
- PLANTIER (M^{gr}), 439.
-
- PLAUTIN (l’abbé), 457.
-
- POISSON, géomètre, 45.
-
- POLIGNAC (Armand de), 6, 16.
-
- POLIGNAC (Jules de), 6, 16, 60, 99.
-
- POLIGNAC (Melchior de), 6.
-
- POLIGNAC (comtesse Diane de), 6.
-
- PONCELET, professeur de droit, 46, 47.
-
- PONCET (Eugène), 81, 82, 83.
-
- PONCHARD, 41, 47.
-
- PONGERVILLE (de), 58, 397.
-
- PONSARD (François), 55, 141, 174, 216, 218, 301, 302, 306, 307.
-
- PONSON DU TERRAIL, 126, 137, 138.
-
- PONTMARTIN (Joseph-Antoine de FERRAR, comte de), grand-père de
- Pontmartin, 3, 4, 5, 8.
-
- PONTMARTIN (Jeanne-Thérèse CALVET DES ANGLES, dame de), grand’mère de
- Pontmartin, 4, 5.
-
- PONTMARTIN (M^{me} de), seconde femme de Joseph-Antoine, 5, 8.
-
- PONTMARTIN (Eugène de), père d’Armand de Pontmartin, 5, 10, 14, 15,
- 16, 17, 18, 21, 23, 26, 46, 60, 434.
-
- PONTMARTIN (Émilie de CAMBIS, dame de), mère d’Armand de Pontmartin,
- 11, 14, 15, 18, 26, 67, 71, 72, 103, 108, 118.
-
- PONTMARTIN (Joseph de), oncle de Pontmartin, 5, 8, 9, 10, 15, 16, 21,
- 27, 30, 46, 47, 60, 61, 434.
-
- PONTMARTIN (Cécile de MONTRAVEL, comtesse Armand de), 106, 107, 327,
- 338, 339.
-
- PONTMARTIN (Henri de), 166, 223, 225, 305, 447, 497.
-
- PONTMARTIN (Jeanne d’HONORATI, comtesse Henri de), 447.
-
- PORTAL (le docteur), 38.
-
- POTOCKI (comte Vincent), 6.
-
- PRADIER (James), 41, 53, 144.
-
- PRAILLY (baron de), 377.
-
- PRAILLY (baronne de), 377.
-
- PRÉVOST-PARADOL, 301, 321, 323, 355, 396, 403.
-
- PROTAIS, peintre, 385.
-
- PROUDHON (P.-J.), 130.
-
- PROVOST, comédien, 149.
-
- POUGEARD-DULIMBERT, 224.
-
- POUJOULAT (François), 88, 154.
-
- POUSSEL (Henri), 454.
-
-
-Q
-
- QUÉLEN (M^{gr} de), 28.
-
-
-R
-
- RACHEL (M^{lle}), 263, 301, 306, 384.
-
- RACINE (Jean), 18, 40, 381, 489.
-
- RACT-MADOUX, professeur, 23, 26.
-
- RAOUL-ROCHETTE, 171.
-
- RAOUSSET-BOULBON (Gaston, comte de), 161.
-
- RAPHAËL, 474.
-
- RASPAIL (Eugène), 161.
-
- RATTIER (Paul), 126, 148, 151.
-
- RAUZAN (duc de), 153.
-
- RAVIGNAN (le Père de), 213, 231.
-
- REBOUL (Jean), 143, 172, 471.
-
- RÉCAMIER (le docteur), 41.
-
- REDON père, avocat, 94.
-
- REDON fils, avocat, 94.
-
- REGNARD, 140.
-
- RÉGNIER (François-Joseph), acteur, 127.
-
- REICHEMBERG (M^{lle} Suzanne), 474.
-
- RÉMUSAT (Charles de), 49, 116, 356, 418, 471.
-
- RENAN (Ernest), 277, 278, 407, 423.
-
- RENDUEL (Eugène), 81.
-
- RENOARD (Ulric de), 91, 94, 95, 96, 105.
-
- RENOUVIER (Charles), 40.
-
- RENOUVIER (Jean-Antoine), 40.
-
- RENOUVIER (Jules), 40.
-
- REQUIEN (Esprit), 66, 75.
-
- RETOURET (Léonard), 43, 46, 63, 77.
-
- RIANCEY (Henry de), 222, 229, 242.
-
- RICARD (Gustave), 414.
-
- RICHARD (Maurice), 326.
-
- RICHARD-LUCAS, restaurateur, 126, 166.
-
- RICHELIEU (duc de), 17, 25.
-
- RICHOMME (Emmanuel), 43, 55.
-
- RIGAUD, procureur du roi, 91, 95.
-
- RIGAUD (Hippolyte), 233.
-
- RIGAUT-PALAR (M^{me}), 41.
-
- ROBERGE, professeur, 23, 26.
-
- ROBERT (Léopold), 53.
-
- ROBILLARD D’AVRIGNY, 215.
-
- ROCHEFORT (Henri), 269.
-
- ROCHEPLATTE (comte de), 377.
-
- ROCHEPLATTE (comtesse de), 377, 378.
-
- ROCHETIN, 498.
-
- ROHAN (l’abbé duc de), 28.
-
- ROLLE (Hippolyte), 127.
-
- RONCONI, 142, 441.
-
- ROSELLY DE LORGUES, 281.
-
- ROSSINI, 42, 47, 53, 381, 441.
-
- ROSTAND (Alexis), 365.
-
- ROSTAND (Edmond), 365.
-
- ROSTAND (Eugène), 364, 365.
-
- ROUBIN (baron de), 440, 498.
-
- ROUGET DE L’ISLE, 324, 330.
-
- ROUHER (Eugène), 308.
-
- ROUMANILLE (Joseph), 440, 454, 469, 470.
-
- ROUSSE (Edmond), 432, 459.
-
- ROUSSEAU (Jean-Jacques), 355.
-
- ROUSSET (Camille), 399, 403, 405, 408, 415, 418, 453.
-
- ROUX (Eugène), 66, 73.
-
- ROUZEAUD (Auguste), 312.
-
- ROYER (Alphonse), 347.
-
- ROYER-COLLARD, 98.
-
- RUBINI, 45, 142, 441.
-
- RUDE (François), 53.
-
-
-S
-
- SACY (Silvestre de), 49, 130, 267, 272, 285, 413, 418, 471.
-
- SADE (marquis de), 473.
-
- SAINT-MART (de), 19.
-
- SAINT-PRIEST (comte Armand de), 40.
-
- SAINT-PRIEST (Emmanuel-Louis GUIGNARD, vicomte de), 66, 71, 72, 132,
- 154, 177.
-
- SAINT-SIMON (duc de), 464.
-
- SAINT-VICTOR (Paul de), 217, 382, 471, 482.
-
- SAINTE-BEUVE, 23, 36, 48, 53, 54, 70, 74, 85, 108, 122, 123, 124, 125,
- 126, 127, 144, 145, 169, 184, 186, 187, 188, 189, 230, 235, 237,
- 250, 254, 260, 262, 263, 301, 313, 314, 315, 360, 389, 392, 394,
- 395, 396, 397, 471.
-
- SALA (Adolphe), 72, 131, 134, 136, 154.
-
- SALACROUX (l’abbé), 26.
-
- SALINIS (M^{gr} de), 25.
-
- SALVADOR (vicomte Jules de), 91, 92, 93, 94, 95, 96, 108, 304.
-
- SALVANDY (comte de), 171, 174, 177, 471.
-
- SAND (George), 74, 85, 121, 122, 156, 271, 329, 448.
-
- SANDEAU (Jules), 108, 109, 110, 111, 114, 115, 116, 119, 126, 144,
- 155, 191, 198, 199, 221, 237, 254, 256, 263, 356, 357, 408, 410,
- 415, 418, 424, 471, 477.
-
- SANDEAU fils (Jules), 110.
-
- SARCEY (Francisque), 217, 456.
-
- SARDOU (Victorien), 216, 217, 301, 309, 310, 426.
-
- SASS (M^{me} Marie), 323.
-
- SAULCY (de), 171.
-
- SCHEFFER (Ary), 41, 53.
-
- SCHNETZ (Jean-Victor), 53.
-
- SCHOLL (Aurélien), 267, 287, 288.
-
- SCORBIAC (abbé de), 25.
-
- SCRIBE, éditeur, 140.
-
- SCRIBE (Eugène), 120, 121, 127, 217, 369, 485.
-
- SECOND (Albéric), 347.
-
- SEGUIN (François), 440.
-
- SÉGUR (général Philippe de), 58, 409, 410.
-
- SÉMONVILLE (marquis de), 38.
-
- SERRAVALLE (Jules de), 182.
-
- SERRE (comte de), 98.
-
- SÉVIGNÉ (M^{me} de), 140, 272.
-
- SIBOUR (M^{gr}), 26, 153.
-
- SIBOUR (abbé Léon), 26.
-
- SIGALON (Xavier), 53.
-
- SIGOYER (Antonin de), 84.
-
- SIMON (Jules), 374.
-
- SOMBREUIL (M^{lle} de), 18, 19.
-
- SONTAG (M^{lle}), 47, 142.
-
- SOULIÉ (Frédéric), 78, 156, 477.
-
- SOUVAROW, 7.
-
- SOUZA (M^{me} de), 113.
-
- SPULLER (Eugène), 487.
-
- STANDISH (M^{me}), 378.
-
- STERN (comtesse D’AGOULT, dite DANIEL), 116.
-
- SUE (Eugène), 101, 143, 158, 477.
-
- SYON (baron de), 160.
-
-
-T
-
- TACITE, 442.
-
- TAILLANDIER (Saint-René), 122, 399, 403, 409, 417, 420.
-
- TAINE, 407, 428.
-
- TALMA, 11, 30.
-
- TAMBURINI, 142, 441.
-
- TARBÉ DES SABLONS (Edmond), 138, 353, 410, 411.
-
- TAYLOR (baron), 171.
-
- TESTE (Adolphe), 94.
-
- TESTE (Jean-Baptiste), 94.
-
- TEXIER (Edmond), 172.
-
- THALBERG, 452.
-
- THÉNARD (baron), 41.
-
- THÉRÉSA (Emma VALADON, dite), 279.
-
- THÉVENET, 487.
-
- THIBAULT (abbé), 26.
-
- THIÉBAULT, fondeur, 462.
-
- THIERRY (Augustin), 69, 122, 217.
-
- THIERRY (Édouard), 177, 215.
-
- THIERS (Adolphe), 144, 153, 200, 288, 302, 321, 327, 348, 356, 357,
- 358, 376, 383, 397, 405, 408, 412, 416, 418, 424, 427, 471.
-
- THOMAS (Ambroise), 312.
-
- THOMAS (Clément), 337.
-
- THUREAU-DANGIN (Alfred), 64.
-
- THUREAU-DANGIN (Paul), 46, 64, 65.
-
- TIRARD, 487.
-
- TOCQUEVILLE (Alexis de), 260.
-
- TORCY (Féodor de), 43.
-
- TREILHARD (comte Achille), 272.
-
- TRÉVENEUC (de), député, 166.
-
- TROUBAT (Jules), 230.
-
-
-U
-
- UCHARD (Mario), 347.
-
-
-V
-
- VALETTE, professeur, 23, 34, 42.
-
- VALMY (duc de), 177.
-
- VALON (Alexis de), 114, 373.
-
- VATOUT (Jean), 40, 98.
-
- VAUCORBEIL, 347.
-
- VENDEL-HEYL, professeur, 23, 30, 34.
-
- VENTURA (le Père), 172.
-
- VÉRA (M^{lle} Sophie), 142.
-
- VERDI, 312.
-
- VERNET (Horace), 53, 75.
-
- VÉRON (docteur), 192.
-
- VERTPRÉ (Jenny), 31.
-
- VÉRY, 108, 115, 156.
-
- VEUILLOT (Louis), 130, 144, 160, 162, 169, 177, 191, 192, 193, 194,
- 204, 205, 206, 207, 209, 212, 227, 228, 229, 235, 244, 249, 271,
- 279, 404.
-
- VIARDOT (Pauline GARCIA, dame), 441.
-
- VIBERT, peintre, 383.
-
- VIEL-CASTEL (baron Louis de), 403, 407, 410, 417, 418, 420.
-
- VIENNET (Jean-Pons-Guillaume), 101, 153, 171, 175, 392, 394, 414.
-
- VIGNE (M^{gr}), 457, 463, 497.
-
- VIGNY (Alfred de), 53, 74, 78, 122, 260, 435, 471.
-
- VILLELUME-SOMBREUIL (comte de), 19.
-
- VILLEMAIN (Abel), 41, 46, 47, 48, 49, 50, 54, 153, 171, 172, 174, 235,
- 260, 323, 391, 396, 397, 403, 441, 450, 471, 482.
-
- VILLEMESSANT (Hippolyte CARTIER, dit DE), 136, 250, 315, 316, 317,
- 318.
-
- VILLEMOT (Auguste), 250.
-
- VIRGILE, 21, 27, 463, 483, 488, 489.
-
- VITET (Ludovic), 49, 122, 154, 171, 174, 175, 407, 414, 415, 420, 423,
- 471, 482.
-
- VOGÜÉ (comte de), 223.
-
- VOGÜÉ (vicomte Eugène-Melchior de), 223, 365, 484.
-
- VOILLET, dit VOILLET DE SAINT-PHILBERT, 132.
-
- VOISINS (de), 166.
-
- VOLNYS (Léontine FAY, dame), 31, 358, 368, 369.
-
- VOLTAIRE, 41, 51, 55, 66, 89.
-
-
-W
-
- WALLACE (sir Richard), 347.
-
- WALLON (Henri), 399.
-
- WALSH (vicomte Édouard), 91, 105, 107, 109, 114, 115, 129, 156.
-
- WALSH (vicomte Joseph), 105.
-
- WALTER SCOTT, 54, 296.
-
- WEISS (J.-J.), 355, 475, 482.
-
-
-Z
-
- ZOLA (Émile), 389, 424, 443, 462, 467, 468, 483, 486, 487, 489, 493.
-
-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES
-
-
- CHAPITRE PREMIER
-
- La Famille et l’Enfance (1811-1823).
-
- Les _Ferrar_. Le traducteur du Tasse. Le comte Joseph-Antoine
- et _Monsieur des Angles_. L’Émigration. En Ukraine.—Retour
- aux Angles. L’_Oncle Joseph_. M. Eugène de Pontmartin et
- M^{lle} Émilie de Cambis. La marquise de Guerry et _les Trois
- Veuves_.—Naissance d’Armand de Pontmartin. L’hôtel de Calvière et
- Mademoiselle de Sombreuil. La Mission de 1819 et le voyage de la
- duchesse d’Angoulême. Virgile et M. Ract-Madoux. 1
-
-
- CHAPITRE II
-
- Les Années de collège (1823-1829).
-
- Le voyage d’Avignon à Paris en 1823. Au 37 de la rue
- de Vaugirard. Le collège Saint-Louis. Le catéchisme de
- Saint-Thomas-d’Aquin et l’abbé de La Bourdonnaye.—MM. Roberge,
- Étienne Gros et Vendel-Heyl. _Vox faucibus hæsit._—M. Valette
- et M. Michelle. Le Concours général. Sainte-Beuve et les vers
- latins.—Le jardin du Luxembourg, le salon du marquis de Cambis
- et le salon du docteur Double. _Le comte Ory._ Les camarades de
- Saint-Louis. Emmanuel d’Alzon et Henri de Cambis. 23
-
-
- CHAPITRE III
-
- L’École de Droit (1829-1832).
-
- M. Poncelet ou le professeur _mélomane_. A la Sorbonne. Cours
- de MM. Guizot. Villemain et Cousin.—Jules Janin et le _Siècle
- de Charles X_. Les arts et les lettres en l’an de grâce 1829.
- Le romantisme de Pontmartin.—L’atelier de Paul Huet et la
- première représentation d’_Hernani_. Félix Lebertre et la
- _Silhouette_. Le _Petit Plutarque français_. Le _Correspondant_.
- Première rencontre de Pontmartin avec l’Académie. Mort de M.
- Eugène de Pontmartin.—Mort de l’oncle Joseph. Le choléra.
- La prédiction de Léonard Retouret et _le 19 avril 1832_.
- La première représentation de la _Tour de Nesle_. Alfred
- Thureau-Dangin.—Retour à Avignon. 46
-
-
- CHAPITRE IV
-
- Les Années d’Avignon (1833-1838).
-
- La rue Violette et le baron de Montfaucon. Un maire d’autrefois.
- Le Cercle de l’Escarène et le _Café Boudin_.—L’Affaire du _Carlo
- Alberto_, le vicomte de Saint-Priest et la marquise de Calvière.
- Les bureaux d’une feuille royaliste en 1833, Henri Abel et Eugène
- Roux. Les _Revues littéraires_ de la _Gazette du Midi_. Esprit
- Requien et ses dîners du dimanche. Prosper Mérimée.—Le bonhomme
- Joudou et le _Messager de Vaucluse_. M^{me} Dorval. Pontmartin
- et le théâtre romantique. Les élections de 1837. Brochure sur
- Berryer.—L’_Album d’Avignon_. Pages sur Alfred de Musset. Joseph
- Michaud à Avignon. «Lisez du Voltaire.» 66
-
-
- CHAPITRE V
-
- Les Années d’Avignon (1839-1845).
-
- _LA MOUCHE, journal des Salons._ Le journaliste Deretz. Un
- duel dans l’île de la Barthelasse.—«L’Affaire d’Avignon».
- MM. de Salvador, d’Averton et de Renoard. La garde nationale
- d’Henri V. Gustave de Laboulie et M. Dugabé. Le président
- Monnier des Taillades et le procureur du roi Rigaud. Le coût
- d’un article et les _Mie Prigioni_ du gérant de la _Gazette
- du Midi_.—Les _Causeries provinciales_ de la _Quotidienne_.
- Berryer et l’Académie. Première rencontre de Pontmartin avec
- Cuvillier-Fleury.—L’Inondation du Rhône à Avignon et aux Angles
- en novembre 1840. La maison de la rue Banasterie et les _Mémoires
- d’un notaire_. Pontmartin conseiller général. Le vicomte Édouard
- Walsh et la _Mode_. Mariage d’Armand de Pontmartin. Le départ
- pour Paris. 91
-
-
- CHAPITRE VI
-
- Les premières Années de Paris (1845-1848).
-
- Rue Neuve-Saint-Augustin. Les bureaux de _la Mode_. Jules Sandeau
- et le pavillon de la rue de Lille. _Contes et Rêveries d’un
- Planteur de choux_. M^{me} Cardinal et le cabinet de lecture de
- la rue des Canettes.—_La Mode_ en 1845. Les déjeuners chez Véry.
- Joseph Méry et ses 365 sujets de roman. Rue de Luxembourg. Mort
- de M^{me} Eugène de Pontmartin.—M. François Buloz, _Octave_ et la
- succession de Gustave Planche. Le jardin de la rue Saint-Benoît,
- Sainte-Beuve et son article des _Nouveaux Lundis_. 108
-
-
- CHAPITRE VII
-
- La République de Février.—L’Opinion publique (1848-1852).
-
- Rue d’Isly. Sainte-Beuve et le 1^{er} janvier 1848. Le 24
- février.—Fondation de l’_Opinion publique_.—Comment se faisait
- un journal en l’an de grâce 1848.—Rédacteur en chef sans
- appointements.—Les _Jeunes_ à l’_Opinion publique_.—Ponson du
- Terrail et Henri de Pène.—Cham et Armand de Pontmartin.—Les
- _Lettres d’un sédentaire_ et les _Mémoires d’Outre-Tombe_.—La
- _Sixième du second de la première_.—Le 16 avril et le 15 mai.
- Les journées de Juin. La barricade de la rue Lafayette, le
- lieutenant Paul Rattier et le caporal Émile Charre.—Le ministère
- de M. de Falloux et la Bibliothèque de Jules Sandeau.—Les
- _Mémoires d’un notaire_.—L’Odyssée électorale de M. Buloz et les
- marronniers des Angles.—La revision de la Constitution et le
- conseil général du Gard. La Taverne de Richard-Lucas. Le coup
- d’État du 2 décembre. Suppression de l’_Opinion publique_. 126
-
-
- CHAPITRE VIII
-
- La Revue contemporaine et l’Assemblée nationale.—Contes et
- Nouvelles.—Causeries littéraires.—La Fin du procès (1852-1855).
-
- Le marquis de Belleval ou un émule de M. de Coislin. La
- _Revue contemporaine_. Un mot d’Henry Mürger. Alphonse de
- Calonne.—L’_Assemblée nationale_. M. Adrien de La Valette
- et M. Mallac. Le fils de Paul et de Virginie.—Les _Contes
- et Nouvelles_. _La Marquise d’Aurebonne_ et le _Secret du
- docteur_.—L’histoire d’_Aurélie_. _Georgette_ ou une sœur
- d’Aurélie. Les _Nouveaux Lundis_. Où l’on voit Sainte-Beuve
- _monter sur ses grands chevaux_. Où l’on voit encore comment les
- petits pâtissent toujours des querelles des grands. Feu Edmond
- Dupré. Ma première rencontre avec Armand de Pontmartin.—Le
- premier volume des _Causeries littéraires_. Louis Veuillot et
- Cuvillier-Fleury.—Le _Fond de la Coupe_, l’_Envers de la Comédie_
- et la _Fin du Procès_. 167
-
-
- CHAPITRE IX
-
- Le Correspondant, l’Union et le Journal de Bruxelles.—Les deux
- Érostrates.—La Mairie des Angles (1855-1862).
-
- Le second volume des _Causeries littéraires_. L’article
- sur Béranger. Lettre de Louis Veuillot à Pontmartin. Le 40
- et le 44 de la rue du Bac. Le salon de Montalembert et les
- soirées de Veuillot.—L’entrée au _Correspondant_. Pontmartin
- et le théâtre.—_Les deux Érostrates._ Le _Spectateur_ et la
- suppression de l’_Assemblée nationale_. L’entrée à l’_Union_.—La
- Mûre et le château de Gourdan. La mairie des Angles. Un préfet
- homme d’esprit. Lettre de Louis Veuillot.—Les _Variétés_ du
- _Journal de Bruxelles_.—_Biographie du Père Félix._—Rentrée à la
- _Revue des Deux Mondes_. Pontmartin en 1862. 204
-
-
- CHAPITRE X
-
- Les Jeudis de Madame Charbonneau (1862).
-
- Jacques Lecoffre, Alfred Nettement et la _Semaine des
- Familles_.—Le maire de Gigondas.—_Journal d’un Parisien en
- retraite._—Modifications et retranchements.—L’Odyssée électorale
- de _Strabiros_.—La mort de _Raoul de Maguelonne_.—Jules Sandeau
- et H. de Balzac.—MM. Taxile Delord et Ernest Legouvé.—La lettre
- au _Figaro_.—Léopold de Gaillard et Léo de Laborde.—Le _Diogène_
- et M. Jules Claretie.—Les _Jeudis de Madame Martineau_.—Philinte
- et Alceste.—_Caritidès_ et ses _Cahiers_.—Où Sainte-Beuve
- adresse une invocation à _Jupiter hospitalier_.—La visite chez
- _Marphise_.—M. Ferdinand Brunetière.—Lettre de Jules Janin.—Les
- _Vrais jeudis de Madame Charbonneau_. 237
-
-
- CHAPITRE XI
-
- La Gazette de France.—Entre chien et loup.—Les nouveaux
- Samedis.—Les Corbeaux du Gévaudan (1862-1867).
-
- L’Avenue Trudaine.—Frédéric Béchard et Amable Escande.—L’entrée
- à la _Gazette de France_.—M. Silvestre de Sacy.—_Entre chien
- et loup._—La _Revue des Deux Mondes_ et la signature _F. de
- Lagenevais_.—M. Challemel-Lacour et M^{gr} Dupanloup.—A Pradine,
- chez Joseph Autran.—Alexandre Dumas fils et les _Idées de M^{me}
- Aubray_.—Mort de Joseph d’Ortigue.—Aurélien Scholl, le _Nain
- jaune_ et le _Camarade_.—Les menus de M. Bec.—Les _Courriers de
- Paris_, de l’_Univers illustré_.—Pontmartin est cité par le P.
- Félix en chaire de Notre-Dame.—Les _Nouveaux Samedis_, Arthur
- de Boissieu et les _Lettres d’un Passant_.—Les _Corbeaux du
- Gévaudan_.—Joseph Joubert.—Une lettre en vers. 267
-
-
- CHAPITRE XII
-
- La Revanche de Séraphine.—Les Traqueurs de dot (1868-1870).
-
- Élection d’Autran à l’Académie. Chasses dans la Crau et la
- Camargue.—M^{lle} Rachel et Ponsard, _Pernette_ et Victor de
- Laprade.—M. Victorien Sardou et la _Dévote_. La _Revanche de
- Séraphine_.—Mort de Lamartine et de Sainte-Beuve.—Les _Traqueurs
- de dot_ et le _Figaro_.—L’Empire libéral. Prévost-Paradol.
- La guerre et la _Marseillaise_, Paul Chevandier de Valdrôme.
- Histoire d’une décoration. 301
-
-
- CHAPITRE XIII
-
- Les Lettres d’un intercepté.—Le Radeau de la Méduse.—Le Filleul
- de Beaumarchais. La Mandarine (1870-1873).
-
- La _Gazette de Nîmes_ et les _Lettres d’un intercepté_. M.
- Gambetta. La _Journée d’un Proconsul_.—Cent jours à Cannes. La
- _Décentralisation_ et le _Radeau de la Méduse_.—Mort de M^{me}
- de Pontmartin. Le _Filleul de Beaumarchais_. Un mot de Louis
- David.—Le comte d’Haussonville et Saint-Genest. Un Bûcheron
- qui ne débite pas de fagots. La souscription nationale pour la
- libération du territoire. Projet de Pontmartin. Le comte de
- Falloux.—Hôtel Byron, rue Laffitte. La Taverne de Londres. M.
- Thiers. L’_Homme Femme_ de Dumas fils. Au château de Barbentane.
- Le toast de Mistral. _Entre voisins._ L’inondation du Rhône
- en 1872.—Au Pavillon de Rohan. Une campagne au _Gaulois_. La
- _Mandarine_. Le 24 mai 1873, Si le Roi n’avait rien dit! 327
-
-
- CHAPITRE XIV
-
- Les Élections de 1876.—L’Exposition de 1878. Souvenirs d’un vieux
- mélomane (1874-1878).
-
- L’_Union de Vaucluse_. La Politique en sabots. Mort de Jules
- Janin. _Beati non possidentes!_—Les Élections de 1876. Rue et
- hôtel de Rivoli. Le marquis de Besplas et le château de la
- Garenne-Randon. Léontine Fay et le _THÉATRE DE MADAME_.—Mort de
- Joseph Autran. Le Seize-Mai. Les articles sur M. Thiers.—Séjour à
- Hyères. M^{gr} Dupanloup. La villa de Costebelle. La Messe à bord
- du vaisseau-école le _Souverain_. Lettre de l’Évêque d’Orléans.
- L’Exposition universelle et la rue de Passy.—_Promenade au Salon
- de 1878_. Le _Barabbas_ de Charles Muller et l’_Apothéose_ de
- M. Thiers. M^{lle} Sarah Bernhardt et le buste de M. Émile de
- Girardin. Les _Souvenirs d’un vieux mélomane_. Article d’Henri
- Lavedan. Pontmartin quitte Paris pour n’y plus revenir. 359
-
-
- CHAPITRE XV
-
- Pontmartin et l’Académie (1868-1878).
-
- La _fièvre verte_. Le fauteuil de M. Empis. Lettre au _Figaro_.
- Le fauteuil de Sainte-Beuve. Une page des _Jeudis_.—Lettres
- de M. de Falloux, de Cuvillier-Fleury et de Joseph Autran.
- Le _Non possumus_ de Pontmartin.—Le fauteuil de Saint-Marc
- Girardin. _Fantaisies et Variations_ anti-académiques de M.
- Bourgarel.—Nouvelle lettre de M. de Falloux. Où l’on voit que
- Pontmartin était moins fort en calcul que feu Barrême.—Le
- fauteuil de Jules Janin. La peau de chagrin... académique.
- Le fauteuil d’Autran. M. Émile Zola se met en marche vers le
- Palais-Mazarin. M^{gr} Dupanloup s’efforce de décider Pontmartin
- à poser sa candidature. Pourquoi il ne s’est jamais présenté. 389
-
-
- CHAPITRE XVI
-
- Les Angles.—Mes Mémoires.—Souvenirs d’un vieux critique.—Le
- millième article.—Les Noces d’or (1879-1887).
-
- Description des Angles. Le cabinet de travail, les promenades,
- les visiteurs. Soirées d’hiver. Évocation du passé.—_Delenda est
- res... punica_. Pontmartin et la République conservatrice.—_Mes
- Mémoires._ Le chapitre sur Berryer. Les _Souvenirs d’un vieux
- critique_.—Le Millième article. L’Encrier de la _Gazette de
- France_. Les deux Bustes. Les souscripteurs. Lettres de M^{gr}
- de Dreux-Brézé, de Belcastel, Edmond Rousse, Désiré Nisard,
- Emile Ollivier. Lettre de Pontmartin au directeur de la _Gazette
- de France_.—Le critique et le romancier. La Correspondance de
- Pontmartin. 432
-
-
- CHAPITRE XVII
-
- Les Dernières années.—Épisodes littéraires. La mort d’Armand de
- Pontmartin (1888-1890).
-
- La dixième série des _Souvenirs d’un vieux critique_ et les
- _Péchés de vieillesse_. Une Revue qui paie royalement. M.
- Frédéric Masson et _les Lettres et les Arts_.—Vingt-quatre
- articles d’avance, _Episodes littéraires_.—Le dernier article,
- M. Émile Zola et _la Bête humaine_. Un souvenir de Virgile.—La
- dernière maladie. Visite de Léopold de Gaillard. Une mort
- chrétienne. Les obsèques d’Armand de Pontmartin. 483
-
-
-
-
- IMPRIMÉ
-
- PAR
-
- PHILIPPE RENOUARD
-
- 19, rue des Saints-Pères
-
- PARIS
-
-
-
-
- FOOTNOTES:
-
-[1] _Mélanges de philosophie, d’histoire et de littérature_, par M.
-Ch.-M. de Féletz, de l’Académie française, t. II, p. 124.
-
-[2] Aujourd’hui commune de Pujaut, canton de Villeneuve-lès-Avignon
-(Gard).
-
-[3] Au mot _Ferrar_.
-
-[4] Commune des Angles, canton de Villeneuve-lès-Avignon.
-
-[5] François-Joseph DOUBLE (1776-1842). Membre de l’Académie de
-médecine et de l’Académie des sciences, il refusa la pairie, en 1839,
-parce que le Roi y mettait comme condition qu’il renoncerait à exercer
-la médecine.
-
-[6] Représentée sur le Théâtre-Français le 5 décembre 1823. Le rôle de
-Danville fut créé par Talma et celui d’Hortense par M^{lle} Mars.
-
-[7] Voy., sur le chevalier de Grave et sur son _Adresse aux citoyens_
-en faveur de Louis XVI, le _Journal d’un bourgeois de Paris pendant la
-Terreur_, par Edmond Biré, t. I, p. 337. M. de Grave publia en 1816 un
-_Essai sur l’art de lire_.
-
-[8] Voir les _Contes d’un planteur de choux_.
-
-[9] M^{me} de Guerry, après la mort de son mari, entra dans la
-congrégation dite de Picpus, consacrée à l’Adoration perpétuelle du
-Saint-Sacrement sous l’invocation des Saints Cœurs de Jésus et de
-Marie. Elle y était depuis plus de trente ans, lorsqu’en 1853, à la
-suite de changements qu’elle considérait comme l’introduction d’une
-règle nouvelle, elle abandonna la communauté avec soixante de ses
-compagnes et résolut de porter dans une nouvelle maison l’intégrité
-des statuts édictés par les fondateurs de la Congrégation. Le pape
-Pie IX autorisa les religieuses séparées à vivre suivant l’ancienne
-règle, mais leur défendit de recevoir des novices ou d’admettre à la
-profession les novices qui les avaient suivies. C’est alors que M^{me}
-de Guerry, reprenant son nom, son titre et l’habit du monde, redemanda
-la fortune qu’elle avait apportée à la communauté de Picpus. Cette
-fortune était estimée par elle à une somme d’environ 1.200,000 fr. M.
-Émile Ollivier soutint devant les tribunaux la réclamation de M^{me}
-de Guerry, qui fut combattue par M. Berryer au nom de la communauté.
-Le tribunal de première instance de la Seine donna gain de cause à la
-communauté; mais M^{me} de Guerry triompha devant la Cour impériale de
-Paris (15 février 1858). Avant de mourir, elle s’est réconciliée avec
-son ordre et lui a rendu la fortune qu’elle avait revendiquée contre
-lui.—Sur le procès, demeuré célèbre, de la marquise de Guerry contre
-la Congrégation de Picpus, voir les _Œuvres de Berryer_, _Plaidoyers_,
-t. III, p. 153-310, et _l’Empire libéral_, par Émile Ollivier, t. IV,
-p. 35-46.]
-
-[10] _Ville d’Avignon._ _Extrait du Registre des Actes de l’état
-civil._—«L’an mil huit cent onze et le dix-sept juillet, à neuf
-heures du matin, par-devant nous Charles-Pierre-Paul Blanchetti,
-adjoint du maire et d’icelui chargé par délégation des fonctions
-de l’état civil de cette ville, est comparu en notre bureau
-Monsieur Castor-Louis-Eugène Ferrar de Pontmartin, propriétaire
-foncier, domicilié aux Angles (Gard) et demeurant en cette ville
-d’Avignon, rue Sainte-Praxède, lequel nous a déclaré que Madame
-Marie-Émilie-Aimée-Augustine-Henriette-Charlotte de Cambis, son épouse,
-est accouchée le jour d’hier, à une heure et demie d’après-midi,
-dans sa maison d’habitation, d’un enfant mâle qu’il nous a présenté
-et auquel il a donné les prénoms d’Armand-Augustin-Joseph-Marie;
-en présence de M. Joseph-François-Marie Ferrar de Pontmartin,
-oncle paternel de l’enfant, âgé de vingt-neuf ans, et de M.
-Augustin-Marie-Jacques-François-Luc de Cambis, âgé de trente ans, oncle
-maternel de l’enfant, demeurant en cette ville, propriétaires fonciers;
-et ont signé avec nous après lecture faite, les jour et an susdits.—_E.
-de Pontmartin._—_J. Pontmartin._—_Aug. Cambis._—Blanchetti fils,
-adjoint.»
-
-A noter, dans cet acte, l’absence de tout titre, même pour le marquis
-de Cambis; cela tient à ce que, sous l’Empire, les titres remontant
-à l’ancien régime n’avaient pas de valeur légale. Si je fais cette
-remarque, c’est uniquement pour aller au-devant de tout reproche
-possible d’usurpation à l’adresse d’Armand de Pontmartin, si éloigné de
-tout travers de ce genre et qui d’ailleurs, tout en se laissant donner
-le titre de son grand-père, ne le prit lui-même que très rarement.—Un
-mot sur ses quatre prénoms: _Joseph_ est celui du parrain, le cher
-oncle paternel; _Augustin_, celui de la marraine, Augustine de Grave,
-dame de Cambis, aïeule maternelle; celui de _Marie_ vient d’un usage
-pieux, particulièrement en honneur à Avignon; celui d’_Armand_ vient du
-culte que M. Eugène de Pontmartin et son frère, depuis l’émigration,
-avaient voué à la famille de Polignac, et surtout au duc Armand, frère
-aîné du prince Jules, le futur ministre de Charles X.
-
-[11] Dans ses _Mémoires_ (t. I, p. 24), Pontmartin appelle _hôtel de
-Bernis_ la maison habitée par ses parents jusqu’à leur départ pour
-Paris, et que je viens de dénommer _hôtel de Calvière_. Les deux
-désignations sont exactes, car l’hôtel appartenait indivisément au
-marquis de Calvière et à sa sœur la comtesse René de Bernis. Chacune
-de ces deux familles s’était réservé un appartement dans cette immense
-demeure, et c’est ainsi que Pontmartin fut l’ami d’enfance du fils de
-M. de Calvière et des deux fils de sa sœur.
-
-[12] Par ordonnance royale parue au _Moniteur_ du 13 février 1820, M.
-Decazes, président du conseil des ministres, avait été remplacé par le
-duc de Richelieu.
-
-[13] M^{lle} de Sombreuil fut-elle forcée par les égorgeurs de l’Abbaye
-de boire un verre de sang pour racheter la vie de son père? La plupart
-des historiens n’ont voulu voir là qu’une légende, Pontmartin lui-même
-n’admettait qu’à demi cette tradition consacrée par Victor Hugo dans
-une de ses plus belles Odes: «Ce que je crois vrai, dit-il dans ses
-_Mémoires_, t. I, p. 24, c’est que le verre de sang lui fut présenté
-par les massacreurs de Septembre, qu’elle le prit, qu’elle allait
-le boire, et que, saisis d’un mouvement de pitié ou d’horreur, ces
-monstres le répandirent à ses pieds.» Ce mouvement de pitié, les
-massacreurs ne l’ont pas eu. C’est le poète des _Odes et Ballades_ qui
-est dans le vrai. Comment, en effet, conserver un doute sur la vérité
-de la tradition, en présence de l’attestation suivante, adressée à M.
-Adolphe Granier de Cassagnac par le fils de M^{lle} de Sombreuil:
-
-«Ma mère, Monsieur, n’aimait point à parler de ces tristes et affreux
-temps. Jamais je ne l’ai interrogée; mais parfois, dans des causeries
-intimes, il lui arrivait de parler de cette époque de douloureuse
-mémoire. Alors, je lui ai plusieurs fois entendu dire que, lors de ces
-massacres, M. de Saint-Mart sortit du tribunal devant son père et fut
-tué d’un coup qui lui fendit le crâne; qu’alors elle couvrit son père
-de son corps, lutta longtemps et reçut trois blessures.
-
-«Ses cheveux, qu’elle avait très longs, furent défaits dans la lutte;
-elle en entoura le bras de son père, et, tirée dans tous les sens,
-blessée, elle finit par attendrir ces hommes. L’un d’eux, prenant un
-verre, y versa du sang sorti de la tête de M. de Saint-Mart, y mêla du
-vin et de la poudre, et dit que si elle buvait _CELA_ à la santé de la
-nation, elle conserverait son père.
-
-«Elle le fit sans hésiter, et fut alors portée en triomphe par ces
-mêmes hommes.
-
-«Depuis ce temps, ma mère n’a jamais pu porter les cheveux longs sans
-éprouver de vives douleurs. Elle se faisait raser la tête. Elle n’a
-jamais non plus pu approcher du vin rouge de ses lèvres, et, pendant
-longtemps, la vue seule du vin lui faisait un mal affreux.
-
-«_Signé_: comte DE VILLELUME-SOMBREUIL.»
-
-(_Histoire des Girondins et des massacres de Septembre_, par A. GRANIER
-DE CASSAGNAC, t. II, p. 225.)
-
-[14] _Jean-François Périer, évêque d’Avignon_, par l’abbé ALBERT
-DURAND, directeur au petit séminaire de Beaucaire.
-
-[15] _Mes Mémoires_, par ARMAND DE PONTMARTIN, 1^{re} série, p. 31-33.
-
-[16] T. I, p. 6-14.
-
-[17] Aujourd’hui rue Bonaparte.
-
-[18] En 1825, Armand de Melun était élève du collège de Sainte-Barbe,
-dirigé par M. Henri Nicolle, frère de l’abbé Nicolle, recteur
-de l’Académie de Paris. Intime ami du duc de Richelieu et aussi
-désintéressé que lui, l’abbé Nicolle n’avait accepté le rectorat qu’à
-la condition de n’en pas toucher les émoluments.
-
-[19] _Le vicomte Armand de Melun_, d’après ses Mémoires et sa
-correspondance, par M. l’abbé BAUNARD, p. 14.
-
-[20] Après avoir administré cinq ans le collège Saint-Louis, l’abbé
-Thibault le quitta pour devenir inspecteur de l’Université, en 1825.
-Il eut pour successeur un prêtre alsacien, l’abbé Ganser. En 1830, un
-proviseur laïque, M. Liez, fut placé à la tête du collège.
-
-[21] L’abbé Léon Sibour, parent éloigné de M^{gr} Sibour, archevêque
-de Paris, avec lequel il était du reste étroitement lié, fut lui-même
-évêque _in partibus_ de Tripoli. M. Dumarsais devint curé de
-Saint-François-Xavier et chanoine de Paris.
-
-[22] Ces religieuses furent remplacées plus tard dans le couvent de la
-rue de Vaugirard par les Dominicains, qui eux-mêmes ont cédé la place à
-l’Institut catholique.
-
-[23] _Ma Carmélite_, dans les _Souvenirs d’un vieux critique_, t. IV,
-p. 62.
-
-[24] En 1825, un terrible incendie avait dévoré la plus grande partie
-de la ville de Salins (Jura); elle a été rebâtie sur un plan plus
-régulier.
-
-[25] Le 19 octobre 1826.
-
-[26] Ce dernier nom cachait un banquier, M. Beudin, et un chef
-d’institution, M. Goubaux, qui avaient formé des dernières syllabes de
-leurs deux noms le pseudonyme de _Dinaux_. La première représentation
-de _Trente ans ou la Vie d’un joueur_ avait eu lieu le 19 juin 1827.
-
-[27] Chap. 1, p. 1-54.
-
-[28] Voir plus bas le chapitre sur _Armand de Pontmartin et l’Académie
-française_.
-
-[29] Charles Alexandre (1797-1870), élève de l’École normale,
-professeur de rhétorique, proviseur, inspecteur général des études,
-membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, auteur d’un
-_Dictionnaire grec-français_, qui est longtemps resté classique.
-
-[30] _Mélanges de philosophie, d’histoire et de littérature_, par
-CH.-M. DE FÉLETZ, de l’Académie française, 6 vol. in-8, 1826-1828.
-
-[31] _Revue des Deux Mondes_, chronique de la quinzaine, 1^{er} janvier
-1854.
-
-[32] _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 13.
-
-[33] _Annales des concours généraux_, par MM. BELIN et ROCHE. Classe de
-troisième, p. 97, L. Hachette, rue Pierre-Sarrazin, 12, Paris, 1826.
-
-[34] Ancien président, sous l’Empire, de la section de législation au
-Conseil d’État. Son fils aîné fut vice-président de la République en
-1848.
-
-[35] Le marquis Auguste de Cambis-d’Orsan (1781-1860), député de
-Vaucluse le 15 novembre 1830, réélu le 5 juillet 1831, puis le 21 juin
-1834; pair de France le 3 octobre 1837.
-
-[36] Jean-Antoine Renouvier (1777-1863), député de Montpellier de 1827
-à 1834; père de M. Jules Renouvier, l’archéologue, et de M. Charles
-Renouvier, le philosophe.
-
-[37] Plus tard professeur d’histoire au collège Louis-le-Grand, et
-auteur d’une excellente _Histoire du règne de Louis XIV_, couronnée par
-l’Académie française. (Grand prix Gobert.)
-
-[38] Emmanuel Daudé d’Alzon, né en 1811, comme Pontmartin, mort le 21
-novembre 1880. Voir sur lui _Souvenirs d’un vieux critique_, t. I, p.
-325-340.
-
-[39] Henri-François-Marie-Auguste, comte de Cambis-d’Orsan, fils du
-marquis, né le 8 juin 1810; élu député d’Avignon le 13 août 1842, réélu
-le 1^{er} août 1846. Il mourut le 24 août 1847.
-
-[40] François-Frédéric Poncelet (1790-1843). Il avait publié en 1827 un
-ouvrage qui se rattachait à ses préoccupations musicales et qui a pour
-titre: _Privilèges de l’Opéra_. On lui doit aussi un _Cours d’histoire
-du droit romain_ et un _Précis de l’histoire du droit civil français_.
-
-[41] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. III, p. 70, 1883.
-
-[42] Causerie du 22 août 1887, _Souvenirs d’un vieux critique_, t. X,
-p. 104 et 106.
-
-[43] Lamartine, _Des Destinées de la poésie_.
-
-[44] Jules Janin, _Histoire de la littérature française_, 1829.
-
-[45] _Guillaume Tell_ a été représenté pour la première fois le 3 août
-1829; le _More de Venise_, le 24 octobre 1829; _Fra Diavolo_, le 28
-janvier 1830; _Hernani_, le 25 février 1830. Les _Orientales_ et le
-_Dernier jour d’un condamné_, de Victor Hugo, sont des premiers mois de
-1829, ainsi que l’édition complète et définitive des _Poèmes_ d’Alfred
-de Vigny. Les _Orientales_ parurent au mois de janvier 1829, le
-_Dernier jour d’un condamné_ au mois de février, les _Poèmes_ de Vigny
-au mois de mai.
-
-[46] Les _Contes d’Espagne et d’Italie_ furent publiés en janvier 1830,
-les _Consolations_ en mars, les _Harmonies_ le 14 juin. Les _Poésies_
-de Théophile Gautier furent mises en vente dans les derniers jours de
-juillet; nous les trouvons en effet inscrites sous le n^o 4270 de la
-_Bibliographie de la France_ du 31 juillet 1830.
-
-[47] La première édition des _Scènes de la vie privée_ a été publiée au
-mois d’avril 1830. _Les Chouans_ avaient paru au mois de mars 1829.
-
-[48] Paul Huet était né le 3 octobre 1804. Il mourut le 9 janvier
-1869. «Paul Huet, dit Théophile Gautier (_Portraits contemporains_),
-représente dans le paysage le rôle romantique, et il a eu son influence
-au temps de la grande révolution pittoresque de 1830. Sa manière de
-concevoir le paysage est très poétique et se rapproche un peu des
-décorations d’opéra par la largeur des masses, la profondeur de la
-perspective et la magie de la lumière... Nul n’a saisi comme lui la
-physionomie générale d’un site, et n’en a fait ressortir avec autant
-d’intelligence l’expression heureuse ou mélancolique.»
-
-[49] T. I, p. 129-149.
-
-[50] _Le Correspondant_ du 12 mars 1830.
-
-[51] _Nouveaux Samedis_, t. XIII, p. 352.
-
-[52] La population de Paris n’était alors que de 645,698 âmes; le
-nombre des décès fut donc de plus de 23 par 1000 habitants. Le chiffre
-de 18,406 s’appliquant aux seuls décès administrativement constatés, le
-chiffre réel a dû être plus élevé.
-
-[53] Tome I, p. 212-224.
-
-[54] _L’Époque sans nom_, _Esquisses de Paris_ (1830-1833), par M. A.
-BAZIN, t. II, p. 270.
-
-[55] Père de M. Paul Thureau-Dangin, membre de l’Académie française.
-
-[56] Voir _Monsieur Thureau-Dangin, vice-président général de la
-Société de Saint-Vincent de Paul_. _Notes et Souvenirs, 1811-1893._—Je
-lis à la page 8 de cette Notice: «M. Thureau fit son droit et c’est
-vers cette époque qu’il eut des relations d’amitié avec quatre jeunes
-gens à peu près de son âge qui ont laissé un nom dans les lettres et
-dans la politique: Louis Veuillot, Pontmartin, Montalembert et Léon
-Cornudet.»
-
-[57] Louis-Gabriel-Eugène, baron Pertuis de Montfaucon (1790-1842).
-Nommé député du premier collège de Vaucluse (Avignon) le 13 juin 1840,
-il venait d’être réélu le 9 juillet 1842, lorsqu’il mourut (16 juillet)
-avant d’avoir pu reprendre séance. Il fut remplacé par Henri de Cambis.
-
-[58] _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 2.
-
-[59] SAINT-PRIEST (Emmanuel-Louis GUIGNARD, vicomte de), né à Paris le
-6 décembre 1789, mort au château de Lamotte (Hérault), le 27 octobre
-1881. Il suivit sa famille à Saint-Pétersbourg lors de l’émigration
-et, en 1805, entra dans l’armée russe où il servit jusqu’à la chute
-de Napoléon. Colonel en 1814, il fut fait prisonnier; l’ordre de le
-fusiller, envoyé par l’Empereur, fut intercepté par les Cosaques. Il
-s’échappa, servit avec ardeur la cause du gouvernement royal, tenta
-pendant les Cent-Jours de soulever les populations du Midi, s’embarqua
-à Marseille à la nouvelle de la capitulation de la Palud, fut pris par
-un corsaire de Tunis, et, après quelques semaines de captivité, put
-gagner l’Espagne et rentrer à la seconde Restauration. Il fut alors
-nommé maréchal de camp, gentilhomme d’honneur du duc d’Angoulême et
-inspecteur d’infanterie. En 1823, il prit part à la campagne d’Espagne,
-où sa conduite lui valut le grade de lieutenant général. Ambassadeur à
-Berlin (1825), puis à Madrid (1827), il négocia le traité par lequel
-l’Espagne s’engageait à rembourser à la France, par annuités de 4
-millions, sa dette de 80 millions. Au mois d’août 1830, il donna sa
-démission et fut nommé par le roi Ferdinand VII grand d’Espagne et
-duc d’Almazan. Devenu l’un des conseillers de la duchesse de Berry,
-il fut l’un des principaux organisateurs de la tentative royaliste de
-1832. Après son acquittement, il alla rejoindre _MADAME_ en Italie.
-Élu en 1849 représentant de l’Hérault à Assemblée législative, il
-devint l’un des chefs de la majorité. Sous le second Empire, il fut
-l’un des serviteurs les plus zélés et les plus intelligents du comte
-de Chambord, qui lui écrivit en 1867, sur la situation politique, une
-lettre qui eut un grand retentissement.
-
-[60] Voir le chapitre I, p. 16.
-
-[61] M. de Saint-Priest allait, en effet, être traduit en
-cour d’assises, ainsi que les autres prévenus de l’affaire du
-_Carlo-Alberto_, M. de Kergorlay père et le comte de Mesnard, tous les
-deux anciens pairs de France, M. de Kergorlay fils, M. Adolphe Sala,
-M. de Bourmont fils, M^{lle} Mathilde Lebeschu, M. Antoine Ferrari,
-Génois, subrécargue du _Carlo-Alberto_. Ils comparurent, le 25 février
-1833, devant le jury de Montbrison (Loire). Étaient poursuivis, en
-même temps qu’eux, les prévenus de «la Conspiration de Marseille», MM.
-de Bermond, de Candolle, de Lachaud, Layet de Podio, François Esig et
-Ganail. Les débats se terminèrent, le 15 mars, par l’acquittement de
-tous les accusés.
-
-[62] LE CADUCÉE. _Souvenirs marseillais, provençaux et autres_ (par M.
-Cauvière), t. IV, p. 206,—1880.
-
-[63] Henri Abel, né à Aix le 15 juillet 1796, mort à Marseille le 19
-novembre 1861. Au milieu de ses travaux de polémiste, il a trouvé le
-temps de composer une _Histoire de France_ en cinq volumes.
-
-[64] Attaché à la _Gazette du Midi_ dès 1832, Eugène Roux remplaça
-Henri Abel comme rédacteur en chef et conserva la direction du journal
-jusqu’à sa mort, en mars 1877.
-
-[65] LABOULIE (Joseph-Balthazar-Gustave de) (1800-1867), avocat au
-barreau d’Aix, député de Marseille de 1834 à 1837, représentant
-des Bouches-du-Rhône à l’Assemblée constituante et à l’Assemblée
-législative. Doué d’un rare talent de parole, il obtint de grands
-succès de tribune, et fut, avec M. de Larcy, le meilleur lieutenant de
-Berryer.
-
-[66] Maire de Marseille avant 1830; homme bienfaisant et tout dévoué à
-sa ville; éloge qui, du reste, pour les maires de la Restauration, est
-presque une banalité.
-
-[67] Esprit REQUIEN, né à Avignon en 1788, mort à Bonifacio dans un
-voyage d’herborisation le 30 mai 1851. Il a fondé et donné à la ville
-d’Avignon un Musée d’histoire naturelle qui porte son nom. Sans se
-mêler aux luttes politiques et tout en ayant des amis dans tous les
-partis, il a constamment gardé l’attitude et le nom de ce que l’on
-appelait un vieux _blanc_.—Voir, sur M. Requien, les _Mémoires_ de
-Pontmartin, t. II, p. 55 et suivantes et les _Nouveaux Samedis_, t. X,
-p. 210 et 371.
-
-[68] _Revue des Deux Mondes_ du 15 août 1834.
-
-[69] Jean-Baptiste-Pierre LAFITTE (1796-1879), auteur dramatique et
-romancier. De ses nombreuses pièces de théâtre, deux surtout eurent du
-succès, _Jeanne Vaubernier_ (1832) et _le Pour et le Contre_ (1852).
-Il composa plusieurs romans historiques, dont deux, _le Docteur rouge_
-(1844) et _le Gantier d’Orléans_ (1845), furent justement remarqués.
-Mais ce qui le sauvera de l’oubli, ce sont les _Mémoires_ du comédien
-_Fleury_ (6 volumes in-8^o, 1835-1837), ouvrage spirituel et agréable,
-dont il fut le rédacteur.
-
-[70] 11, 15, 22, 29 décembre 1836; 9 et 19 mars 1837.
-
-[71] Voy. Jules Janin, _Histoire de la littérature dramatique_, t. VI,
-p. 191.
-
-[72] _Mes Mémoires_, t. II, p. 127.
-
-[73] _Messager de Vaucluse_, du 22 décembre 1836.
-
-[74] Le 10 février 1829.
-
-[75] _Messager de Vaucluse_, du 9 mars 1837.
-
-[76] _Messager de Vaucluse_, 29 juin et 9 juillet 1837.
-
-[77] _Messager de Vaucluse_, 30 juillet et 6 août 1837.
-
-[78] Joseph Eugène PONCET (1791-1866). Incorporé en 1813 dans le 4^e
-régiment des gardes d’honneur, il se distingua à Leipzig, reçut la
-croix de la Légion d’honneur et fit la campagne de France en 1814.
-Sous la Restauration, il se livra au commerce et conquit une situation
-importante. Après la révolution de Juillet, il devint colonel de la
-garde nationale, adjoint au maire, président du tribunal de commerce,
-conseiller général de Vaucluse. Il fut député de 1837 à 1840 et deux
-fois maire d’Avignon (1843 à 1847 et février à décembre 1852).
-
-[79] M. Charles de Lacombe, dans sa _Vie de Berryer_, pourtant si
-complète, n’a rien dit de cette candidature avignonnaise de l’illustre
-orateur.
-
-[80] Claude-Marie-Charles DEPLACE, entré dans la Compagnie de Jésus le
-7 septembre 1824. Il professa la rhétorique dans plusieurs collèges,
-notamment à Saint-Acheul en 1828, avant les Ordonnances; puis, en
-1833, au Passage, en Espagne. Il quitta l’Ordre vers 1838 et se voua
-entièrement à la prédication, où il obtint de très grands succès.
-L’abbé Deplace est mort à Vichy le 19 juillet 1871.
-
-[81] Janvier et novembre 1838.
-
-[82] Février 1838.
-
-[83] Mars 1838.—Les _deux voyageurs_ étaient George Sand et Alfred de
-Musset. Dans sa pièce, écrite au moment de leur départ pour Venise
-(décembre 1834), Pontmartin exprimait l’espoir, peut-être un peu naïf,
-de les voir revenir bientôt «aux croyances religieuses, aux régions
-certaines et à Celui qui ne trompe pas».
-
-[84] Première esquisse de l’une de ses meilleures nouvelles, _les Trois
-Veuves_.—Voir le volume des _Contes d’un planteur de choux_.
-
-[85] _Les Écrivains modernes de la France_, par J. Chaudes-Aigues.
-
-[86] Mars 1838.—L’_Album d’Avignon_, t. I, p. 169 et suivantes.
-
-[87] Joseph MICHAUD (1767-1839), fondateur de la _Quotidienne_, auteur
-du _Printemps d’un proscrit_ et de l’_Histoire des Croisades_, membre
-de l’Académie française.
-
-[88] François POUJOULAT (1800-1880), rédacteur de la _Quotidienne_
-et de l’_Union_, représentant du peuple de 1848 à 1851, auteur de la
-_Correspondance d’Orient_ (en collaboration avec Michaud) et d’un
-grand nombre d’ouvrages historiques justement estimés: _Histoire de
-Jérusalem_; _Histoire de saint Augustin_; _le Cardinal Maury_; _le
-Père de Ravignan_; _Vie de M^{gr} Sibour_; _Vie du Frère Philippe_;
-_Histoire de la Révolution française_; _Histoire de France depuis 1814
-jusqu’à 1865_, etc., etc.
-
-[89] _Nouveaux Samedis_, t. XX. p. 152.
-
-[90] Lettre du 20 octobre 1886.
-
-[91] Au tome II de ses _Mémoires_, p. 141-153, Pontmartin parle assez
-longuement de ce duel; seulement il le place, non en 1839, qui est
-la vraie date, mais en 1834. Il appelle Deretz FABRICE DERVIEUX et
-transforme _la Mouche_ en _Ruche vauclusienne_. Il indique, comme l’un
-de ses témoins, M. GUY D’AVERTON; c’est le frère de Guy, Frédéric,
-ancien officier de la garde royale, qui servit de second à Pontmartin
-dans ce duel, moins épique assurément que le duel de Roland et
-d’Olivier en cette même île de la Barthelasse:
-
-Ils sont là tous les deux dans une île du Rhône......
-
-
-[92] _Gazette des Tribunaux_ du 21 juin 1839.
-
-[93] Pontmartin, au tome II de ses _Mémoires_, p. 278, dit que les
-prévenus «eurent pour avocats MM. de Laboulie et Dugabé». M. Dugabé
-ne plaida point à Avignon; mais l’affaire étant venue en appel, selon
-la législation alors en vigueur, devant le tribunal correctionnel de
-Carpentras (8, 9 et 10 août 1839), M^e Dugabé prit place cette fois sur
-le banc des défenseurs, à côté de M^e de Laboulie. Il était le premier
-avocat du barreau de Toulouse, comme Laboulie était le premier avocat
-du barreau d’Aix. Les électeurs de l’Ariège (Foix) l’envoyèrent à la
-Chambre des députés, où il siégea du 21 juin 1834 au 24 février 1848.
-
-[94] _Gazette des Tribunaux_ du 4 juillet 1839.
-
-[95] _Mes Mémoires_, t. II, p. 280.
-
-[96] Chaque livraison de l’_Album_ se terminait par un article qui,
-sous le titre de _Mosaïque_, n’était autre chose qu’une causerie
-littéraire et politique.
-
-[97] Michaud était mort à Passy le 30 septembre 1839.
-
-[98] Le _Livre des Orateurs_, par TIMON (M. de Cormenin), t. II, p. 231.
-
-[99] _Notes sur M. Royer-Collard_, par son neveu M. Genty de Bussy,
-député du Morbihan.
-
-[100] _Œuvres complètes de Henri Fonfrède_, t. X, p. 213.
-
-[101] _Lettres de X. Doudan_, t. II, p. 346.
-
-[102] _Journal des Débats_, 16 novembre 1839.
-
-[103] Le cas devait en effet se réaliser. Berryer fut élu le 12 février
-1852; il siégeait encore sous la coupole quand M. Cuvillier-Fleury fut
-nommé le 12 avril 1866.
-
-[104] _Provence_, par Adolphe Dumas (12 juillet 1840); _Peintures
-d’Eugène Devéria à Avignon_ (24 juillet 1840); _Mathilde_, par Eugène
-Sue; _Colomba_, par Prosper Mérimée (15 août 1841); _Milianah_, par
-Joseph Autran (1^{er} juin 1842), etc., etc.
-
-[105] _Le Puff en province_ (29 octobre 1840); _l’Angleterre en France_
-(10 janvier 1841); _Euterpe en voyage_ (19 août 1843), etc., etc.
-
-[106] 4 octobre 1842.
-
-[107] 6 et 7 janvier, 10 et 11 février 1843.
-
-[108] Jean-Toussaint MERLE (1785-1852), auteur dramatique et
-journaliste. Directeur du théâtre de la Porte-Saint-Martin de 1822 à
-1826, il fut le mari de M^{me} Dorval.
-
-[109] Le 25 novembre 1755, le Rhône grossit de dix-huit pieds dans une
-nuit.
-
-[110] Le vicomte Édouard WALSH était directeur de la _Mode_ depuis
-le 25 septembre 1835. Il était le fils du vicomte Joseph Walsh,
-l’auteur des _Lettres vendéennes_ (1825), du _Fratricide ou Gilles de
-Bretagne_ (1827), du _Tableau poétique des Fêtes chrétiennes_ (1836),
-des _Journées mémorables de la Révolution française_ (1839-1840), des
-_Souvenirs de Cinquante ans_ (1844), etc.
-
-[111] M^{lle} Cécile de Montravel était née, le 16 novembre 1819,
-au château de la Bastide de Sampzon, près Vallon, arrondissement de
-Largentière (Ardèche).
-
-[112] M^{me} de Larochette mourut à 81 ans en 1849. Après sa mort, le
-Plantier échut à sa fille cadette; M. et M^{me} de Montravel durent se
-transporter dans une autre propriété qu’ils avaient achetée dans les
-environs, un peu au nord d’Annonay. Cette nouvelle résidence s’appelait
-la Mûre. De 1851 à 1862, Pontmartin y a fait chaque été un séjour de
-plusieurs semaines; puis deux séjours en 1864 et deux autres en 1868.
-
-[113] Voir sur cette chapelle les pages que lui a consacrées Pontmartin
-dans son écrit sur _le Père Félix_ (1861), p. 19-21.
-
-[114] Cet hôtel occupait, rue Neuve-Saint-Augustin, les anciens
-appartements du maréchal de Richelieu.
-
-[115] _Correspondance de Lamartine_, t. III.
-
-[116] Jules Sandeau était né le 19 février 1811. Il mourut le 24 avril
-1883.
-
-[117] Le fils de Jules Sandeau, devenu un brillant officier de marine,
-rentrait au pays après une campagne dans l’Extrême-Orient, lorsqu’il
-mourut d’une maladie contractée au service de la France. Son père, en
-arrivant à Toulon, n’y retrouva plus qu’un cadavre.
-
-[118] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. IV, p. 39.
-
-[119] Voici les titres des principales: en 1846, _Clarisse Harlowe_, de
-Jules Janin; _Nélida_, de Daniel Stern; _Passé et Présent_, de Charles
-de Rémusat; _la Cousine Bette_, de Balzac; _Madeleine_, de Jules
-Sandeau. En 1847, _Petite Causerie à propos d’une grande Histoire_ (les
-_Girondins_, de Lamartine), etc., etc.
-
-[120] En 1847, Pontmartin fit le _Salon_ (26 mars et 26 avril).
-
-[121] 15 juin 1846.
-
-[122] 26 décembre 1847.
-
-[123] Octobre, novembre et décembre 1847.
-
-[124] Aujourd’hui rue Cambon.
-
-[125] M. Duchâtel.
-
-[126] Le marquis de Cambis.
-
-[127] J’ai eu l’honneur de connaître M. Edmond Leclerc dans ses
-dernières années. C’était l’esprit le plus fin et le cœur le plus
-noble, type accompli de l’honnête homme. Il était le beau-frère du
-vicomte Henri Delaborde, secrétaire perpétuel de l’Académie des
-Beaux-Arts.—Voir dans la _Correspondance_ de Louis Veuillot, t. I, ses
-lettres à _M. Edmond Leclerc_.
-
-[128] P. 351-354.
-
-[129] Il parut dans la _Revue des Deux Mondes_ (juin-août 1846).
-
-[130] _Le Puff._ Elle fut représentée le 22 janvier 1848.
-
-[131] On s’étonnera peut-être de ne pas trouver ici le nom de George
-Sand. Elle avait cessé en 1841 d’écrire à la _Revue_, et elle ne reprit
-sa collaboration que dix ans après, en 1851.
-
-[132] M. Victor de Mars, gérant de la _Revue_.
-
-[133] _Nouveaux Samedis_, t. XV. p. 279.
-
-[134] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. V, p. 317.
-
-[135] François-Henri-Joseph BLAZE, dit CASTIL-BLAZE (1784-1857), était
-né à Cavaillon (Vaucluse). Sa fille Christine, sœur de Henri Blaze de
-Bury, avait épousé M. Buloz.
-
-[136] _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 3.
-
-[137] On sait qu’on appelait ainsi, sous la Restauration et sous la
-monarchie de Juillet, le palais des Tuileries.
-
-[138] Articles des 2 et 7 avril 1848.
-
-[139] 25 septembre 1848.
-
-[140] 25 novembre 1849.
-
-[141] Pages 111-209.
-
-[142] M. de Genoude mourut à Hyères, le 19 avril 1849, âgé de
-cinquante-sept ans.
-
-[143] Alfred NETTEMENT (1805-1869), le plus fécond et l’un des plus
-remarquables journalistes du XIX^e siècle.—Voir _Alfred Nettement, sa
-vie et ses œuvres,_ par EDMOND BIRÉ. Un volume in-8^o, Librairie Victor
-Lecoffre, 1901.
-
-[144] Théodore MURET (1808-1866), auteur de l’_Histoire de l’armée de
-Condé_, de l’_Histoire des Guerres de l’Ouest_, de l’_Histoire par le
-Théâtre_, etc.
-
-[145] Née de la fusion de la _France_ et de l’_Écho français_ avec la
-_Quotidienne_, l’_Union_ avait commencé de paraître le 7 février 1847.
-
-[146] Voir l’histoire complète de l’_Opinion publique_, dans mon volume
-sur _Alfred Nettement, sa vie et ses œuvres_, chapitres XIV, XV et XVI.
-
-[147] THÉODORE MURET, _Souvenirs et Causeries d’un journaliste_, t. I,
-p. 198.
-
-[148] Jacques-Honoré LELARGE, baron DE LOURDOUEIX (1787-1860). Il avait
-été directeur des Beaux-Arts, Sciences et Lettres sous la Restauration,
-qui le fit baron. Après la mort de M. de Genoude (avril 1849), il
-quitta l’_Opinion publique_ pour devenir propriétaire et directeur de
-la _Gazette de France_.
-
-[149] Anne-Marie-Joseph-Albert, comte DE CIRCOURT, né en 1809, avait
-donné, à la suite de la révolution de 1830, sa démission d’officier de
-marine. Le 25 juillet 1872, il fut élu par l’Assemblée nationale membre
-du Conseil d’État. Outre sa grande _Histoire des Arabes d’Espagne sous
-la domination des Chrétiens_ (trois volumes in-8^o, 1845-1848), il a
-publié, en 1852, _Décentralisation et monarchie représentative_, et, en
-1858, la _Bataille d’Hastings_.
-
-[150] Alphonse BERNARD, vicomte DE CALONNE (1818-1902). En 1848,
-avant d’entrer à l’_Opinion publique_, il avait publié des brochures
-de circonstance, les _Trois journées de Février_, le _Gouvernement
-provisoire, histoire anecdotique et politique de ses membres_, et
-il avait été un des rédacteurs du _Lampion_, journal suspendu par
-le général Cavaignac (21 août 1848). Il essaya, avec le concours de
-Xavier de Montépin et de Villemessant, de le remplacer par la _Bouche
-de fer_, dont le premier numéro fut saisi le jour de son apparition.
-En 1850, il fonda une feuille hebdomadaire, _le Henri IV, Journal
-de la réconciliation_. Il devint, en 1855, directeur de la _Revue
-contemporaine_. Sous le semi-pseudonyme de A. DE BERNARD, il a publié
-un assez grand nombre de romans, dont les principaux sont: _Pauvre
-Mathieu_, _les Frais de la Guerre_, _le Portrait de la marquise_, etc.
-Devenu le doyen de la presse quotidienne, à quatre-vingt-trois ans il
-donnait encore au _Soleil_ des articles sur les questions artistiques.
-
-[151] THÉODORE MURET, _op. cit._, t. I, p. 201.
-
-[152] _L’Opinion publique_ des 2, 4, 8 et 15 mars 1849.
-
-[153] PONSON DU TERRAIL (Pierre-Alexis, vicomte DE), né près de
-Grenoble, le 8 juillet 1829, mort à Bordeaux en janvier 1871.
-
-[154] LOUIS MOLAND, né à Saint-Omer le 13 avril 1824, érudit et
-romancier. Ses principaux ouvrages sont: _Peuple et roi au XIII^e
-siècle_; _Origines littéraires de la France_; _Molière et la comédie
-italienne_, etc.
-
-[155] HENRI DE PÈNE, né à Paris le 25 avril 1830. Il fut en 1868, avec
-M. E. Tarbé des Sablons, le fondateur du _Gaulois_. La même année, il
-créa un autre grand journal politique, _Paris_, qui devint bientôt
-_Paris-Journal_. Ses chroniques forment plusieurs volumes, publiés sous
-les titres de _Paris intime_, _Paris aventureux_, _Paris mystérieux_,
-_Paris effronté_, etc.
-
-[156] _L’Opinion publique_ des 19 décembre 1849 et 17 janvier 1850.
-
-[157] 3 mars 1851.
-
-[158] L’_Opinion publique_ du 20 janvier 1850.
-
-[159] Amédée DE NOÉ, dit CHAM (1819-1882). Il était le second fils du
-comte de Noé, pair de France.
-
-[160] Auguste LIREUX, né à Rouen vers 1819, mort à Bougival le
-23 mars 1870. Journaliste infatigable, il créa à Rouen le petit
-journal l’_Indiscret_; après quelques procès et duels, il vint à
-Paris, dirigea la _Gazette des Théâtres_, fonda la _Patrie_ en 1841,
-écrivit au _Courrier français_, à la _Séance_, au _Charivari_, au
-_Messager des Théâtres_, fit de 1850 à 1855 le feuilleton dramatique
-du _Constitutionnel_; quitta la littérature pour les affaires, où il
-s’enrichit. Ses derniers journaux furent la _Bourse comique_ et la
-_Semaine financière_. Directeur de l’Odéon, de 1842 à 1845, ce fut lui
-qui reçut et fit jouer, le 22 avril 1843, la _Lucrèce_ de François
-Ponsard.
-
-[161] L’_Opinion publique_ du 17 décembre 1849.
-
-[162] 9 avril 1850.
-
-[163] 10 mai 1850.
-
-[164] 13 juin 1850.
-
-[165] 17 décembre 1848.
-
-[166] 1^{er} octobre 1849.
-
-[167] 8 juin 1851.
-
-[168] 23 et 30 mars 1851.
-
-[169] 19 novembre, 19 et 25 décembre 1851.
-
-[170] 16 et 22 février, 2, 9 et 16 mars 1851.
-
-[171] Leur publication y dura deux années, du 21 octobre 1848 au 3
-juillet 1850.
-
-[172] _Causeries du Lundi_, t. I. p. 406, et t. II. p. 138 et 505.
-
-[173] 19, 20, 21, 22, 23 février 1850.
-
-[174] 3 et 4 juin 1851.
-
-[175] _La Mode_ des 5, 15 et 25 décembre 1849, 5 et 15 janvier 1850.
-
-[176] Usine à gaz.
-
-[177] M. Paul Rattier fut décoré pour l’héroïque bravoure qu’il avait
-montrée en ces terribles journées.
-
-[178] Lamartine prononça cette parole à la Chambre des députés, dans
-son discours du 10 janvier 1839. «Mil huit cent trente, disait-il, n’a
-pas su créer son action et trouver son idée. Vous ne pouviez pas faire
-de légitimité: les ruines de la Restauration étaient sous vos pieds.
-Vous ne pouviez pas faire de la gloire militaire: l’Empire avait passé
-et ne vous avait laissé qu’une colonne de bronze sur une place de
-Paris. Le passé vous était fermé; il vous fallait une idée nouvelle. Il
-ne faut pas vous figurer, messieurs, parce que nous sommes fatigués des
-grands mouvements qui ont remué notre siècle et nous, que tout le monde
-est fatigué comme nous et craint le moindre mouvement. Les générations
-qui grandissent derrière nous ne sont pas lasses, elles veulent agir et
-se fatiguer comme nous. Quelle action leur avez-vous donnée? _La France
-est une nation qui s’ennuie!_»
-
-[179] M^{gr} Sibour.
-
-[180] _L’Opinion publique_ du 18 janvier 1849.
-
-[181] _L’Opinion publique_ du 20 janvier.
-
-[182] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. III, p. 200.
-
-[183] La démission de M. de Falloux fut donnée le 20 octobre 1849. Il
-avait dû, depuis quelque temps déjà, en raison du très mauvais état de
-sa santé, remettre l’intérim de son ministère à son collègue M. Victor
-Lanjuinais, ministre de l’Agriculture.
-
-[184] Henri-Ange-Alfred DE GONDRECOURT, né à la Guadeloupe, le 22 mars
-1816, mort à Albi le 16 novembre 1876. Il devint colonel des chasseurs
-à cheval de la garde impériale, puis général de brigade. En 1866, il
-fut nommé commandant de l’École de Saint-Cyr. Son premier roman, _les
-Derniers Kerven_, avait paru en 1844. Il en a publié depuis un très
-grand nombre, parmi lesquels _Médine_, _le Bout de l’oreille_, _le
-Chevalier de Pampelonne_, _le Baron la Gazette_, _les Mémoires d’un
-vieux garçon_, etc.
-
-[185] Alexandre CADOT, 17, rue Serpente, fut l’éditeur de Balzac, de
-Dumas père, de M^{me} Sand, de Frédéric Soulié, des premiers romans de
-Dumas fils, du marquis de Foudras, de Roger de Beauvoir, et enfin du
-colonel de Gondrecourt.
-
-[186] _Épisodes littéraires_, par A. de Pontmartin, p. 262 et suiv.
-
-[187] Elles eurent lieu le 13 mai 1849.
-
-[188] Louis Veuillot a publié, dans la _Revue des Deux Mondes_, _le
-Lendemain de la Victoire_, scènes socialistes, 15 juillet et 1^{er}
-août 1849; _Une Samaritaine_, dialogue, 1^{er} novembre 1850.
-
-[189] M. de Falloux a publié, dans la _Revue des Deux Mondes_, _Les
-Républicains et les Monarchistes depuis la Révolution de février_,
-1^{er} février 1851.
-
-[190] Léopold DE GAILLARD-LAVALDÈNE, né à Bollène (Vaucluse) le 20
-avril 1820. Au lendemain du 24 février 1848, il avait fondé à Avignon,
-avec son ami Raousset-Boulbon, une feuille catholique et royaliste,
-_la Commune_. Après avoir été successivement rédacteur à l’_Assemblée
-nationale_ et directeur de la _Gazette de Lyon_, il devint le
-chroniqueur politique et le directeur du _Correspondant_. Le 26 juillet
-1872, il fut nommé par l’Assemblée nationale conseiller d’État. Outre
-diverses brochures et deux volumes: _Questions italiennes, voyage,
-histoire, politique_ (1860); _les Étapes de l’opinion_ (1873), il a
-laissé un important travail historique, _l’Expédition de Rome en 1849_,
-avec pièces justificatives et documents inédits (1861). M. Léopold de
-Gaillard est mort à Bollène le 8 juin 1893.
-
-[191] RAOUSSET-BOULBON (Gaston RAOULX, comte DE), né à Avignon le
-2 décembre 1817. Dans son héroïque aventure au Mexique, il fit la
-conquête de la Sonora; mais, écrasé bientôt par des forces supérieures,
-il fut, le 12 août 1854, fusillé à Guaymas. Il laissait un très
-remarquable roman, qui avait dû paraître d’abord dans l’_Opinion
-publique_, et qui parut dans la _Presse_, en 1835, sous ce titre: _Une
-Conversion_.
-
-[192] Pour l’Assemblée constituante.
-
-[193] C’est sous ce nom que Pontmartin, dans la _Semaine des Familles_,
-désignait M. Buloz. On connaît le vers de Veuillot:
-
-Buloz, qui d’un seul œil peut éclairer deux mondes...
-
-
-[194] Les Angles sont situés dans le département du Gard.
-
-[195] _La Semaine des Familles_, du 2 juin 1860.
-
-[196] Le chiffre exact fut de 23 voix pour l’adoption du vœu, et 13
-contre. (Procès-verbaux des séances du conseil général du Gard, Session
-de septembre 1851.)
-
-[197] Charles-Paulin-Roger DE SAUBERT, baron DE LARCY (1805-1882);
-député de Montpellier de 1839 à 1846; représentant du peuple de
-1848 à 1852; membre de l’Assemblée nationale de 1871. Ministre des
-Travaux-Publics dans le ministère de conciliation du 19 février, il
-reprit ce portefeuille dans le cabinet du duc de Broglie (26 novembre
-1873-16 mai 1874), et fut élu sénateur inamovible le 4 décembre
-1877. Par son talent, son courage et sa droiture, il marqua sa place
-au premier rang dans nos assemblées délibérantes. Il fut l’un des
-meilleurs amis d’Armand de Pontmartin. Voir sur lui les _Souvenirs d’un
-vieux critique_, t. III, p. 217-247.
-
-[198] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. III, p. 228.
-
-[199] Henri DE PONTMARTIN, né à Avignon le 21 novembre 1844.
-
-[200] Ces trois articles sur Béranger terminaient les _Lettres d’un
-sédentaire_ (Lettres XIV, XV et XVI).
-
-[201] Il était sorti, depuis quelques jours, de la prison de Vincennes,
-où il avait été transféré le 8 décembre. «Dans la nuit du 13 au 14
-décembre, on vint réveiller Alfred Nettement, et on le fit s’habiller,
-sans vouloir lui apprendre ce qu’on allait faire; puis, on le conduisit
-dehors, en lui disant: Vous êtes libre. Il était à ce moment deux
-heures du matin. Trouver une voiture n’était pas chose facile. Il
-était cinq heures lorsqu’il sonna à sa porte. Ce fut M^{me} Nettement,
-toujours sur le qui-vive, qui entendit le premier coup de sonnette et
-qui vint lui ouvrir.» _Alfred Nettement, sa vie et ses œuvres_, par
-EDMOND BIRÉ, p. 416.
-
-[202] Cette page était extraite de l’_Essai sur les principes
-générateurs des Constitutions politiques et des autres institutions
-humaines_.
-
-[203] Voir la 73^e _Conférence de Notre-Dame de Paris_.
-
-[204] Louis-Charles de Belleval, marquis DE BELLEVAL, né à Abbeville
-(Somme) le 16 mars 1814; mort à Paris le 6 juin 1875.
-
-[205] Voir, dans les _Épisodes littéraires_, p. 209 et suiv., le
-chapitre sur la _Naissance d’une Revue_.
-
-[206] Sa collaboration à la _Revue des Deux Mondes_, suspendue le
-15 mars 1852, ne devait reprendre que le 1^{er} janvier 1854, pour
-s’interrompre le 1^{er} février 1855. Il y eut encore deux courtes
-réapparitions, en 1861 et en 1866.
-
-[207] L’article sur _Louis XVII_ et ceux sur _Autran_ et sur _Ponsard_
-ont été recueillis par Pontmartin dans le tome I de ses _Causeries
-littéraires_.
-
-[208] Adrien, comte de LA VALETTE, né à Paris en 1814. Sous le second
-Empire, il prit part, non sans succès, au mouvement industriel et
-principalement à la construction, en Suisse, d’une ligne de chemin de
-fer, dite _la ligne d’Italie_, parce qu’elle devait y aboutir par le
-percement du Simplon. Il a fait la partie valaisane de la ligne, celle
-qui remonte le Rhône depuis le lac de Genève jusqu’à Brigue; il échoua
-pour le percement: l’heure n’en avait pas encore sonné.—L’_Assemblée
-nationale_ reparut, sous sa direction, en septembre 1877.
-
-[209] Ses bureaux étaient situés rue Bergère, 20, près le boulevard
-Montmartre.
-
-[210] _Vie de Berryer_, par Charles de Lacombe, t. III, p. 96.
-
-[211] C’est la nouvelle qui avait paru dans la _Revue des Deux Mondes_,
-le 15 février 1847, sous le titre d’_Octave_.
-
-[212] Ces quatre nouvelles de Balzac font partie des _Scènes de la vie
-privée_.
-
-[213] Le marquis Auguste de Cambis, qui habitait à 11 kilomètres
-des Angles, le château de Sauveterre, commune de ce nom, canton de
-Roquemaure (Gard).
-
-[214] Allevarrès était l’anagramme et le pseudonyme de M. Jules de
-Serravalle.
-
-[215] _Moniteur_ du 6 février 1865.
-
-[216] _Georgette_, par M^{me} Th. Bentzon, _Revue des Deux Mondes_ des
-1^{er} et 15 octobre, 1^{er} et 15 novembre 1879.
-
-[217] _Nouveaux Samedis_, t. XX, p. 32.
-
-[218] _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 18. Article du 3 février 1862.
-
-[219] Après avoir commencé la série de ses _Lundis_ au
-_Constitutionnel_ en octobre 1849 et après être passé au _Moniteur_
-à la fin de 1852, Sainte-Beuve était rentré au _Constitutionnel_ en
-septembre 1861.
-
-[220] _Nouveaux Lundis_, t. II. p. 26.
-
-[221] _Revue de Bretagne et de Vendée_, février 1862.
-
-[222] _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 25.
-
-[223] _Nouveaux Lundis_, t. III, p. 44.
-
-[224] Père de l’admirable abbé Perreyve.
-
-[225] _Le Correspondant_ du 10 septembre 1888.—_Souvenirs d’un vieux
-critique_, t. X, p. 342.
-
-[226] _Mélanges_ de Louis Veuillot, 3^e série, t. II, p.
-209-233.—L’article est du 4 avril 1854.
-
-[227] Voir ci-dessus, page 116.
-
-[228] _La Mode_ du 28 mars 1847.
-
-[229] Paul-Louis Courier définissait Béranger: «L’homme qui a fait de
-_jolies chansons_.»
-
-[230] _Mélanges_ de Louis Veuillot, 1^{re} série, t. VI, p. 338,
-342.—Avril 1855.
-
-[231] Voir dans les _Mélanges_, 1^{re} série, t. VI, p. 538 à 574.
-
-[232] Louis Veuillot avait cinq filles. Deux venaient de mourir, l’une
-à Reichshoffen, le 18 juin 1855, au château de M. de Bussières, et
-l’autre, le 3 juillet, à Versailles, chez sa grand’mère maternelle. Une
-troisième, Madeleine, devait mourir à son tour, peu de temps après, à
-Paris, le 2 août.
-
-[233] _Correspondance de Louis Veuillot_, t. I, p. 355.—Cette lettre
-porte pour suscription: _A M. le comte A. de Pontmartin, à Serrières
-(Ardennes)_. Il faut lire: _A Serrières (Ardèche)_. Pontmartin était
-alors chez sa belle-mère, au château de la Mûre, à 8 kilometres du
-bourg de Serrières, qui était le chef-lieu de canton et le bureau
-de poste. Comme le nom de la Mûre avait souvent donné lieu à des
-confusions avec deux petites villes de l’Isère et du Rhône et entraîné
-de grands retards dans l’arrivée des lettres, la consigne de la famille
-était de mettre simplement sur l’adresse: _Serrières (Ardèche)_.
-
-[234] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. X, p. 167.
-
-[235] Voir, dans la biographie de _Montalembert_, par le P. Lecanuet,
-le chapitre VI du tome III.
-
-[236] La première livraison du nouveau _Correspondant_—celui de
-Montalembert, de M. de Falloux et du prince Albert de Broglie—parut le
-25 octobre 1855.
-
-[237] Le dernier article de Pontmartin dans le _Correspondant_ parut le
-10 mai 1890. Il avait pour titre: _Le Suicide d’un journal, L’Assemblée
-nationale_. Voir _Épisodes littéraires_, p. 254-321.
-
-[238] _Épisodes littéraires_, p. 253.
-
-[239] 25 décembre 1856.
-
-[240] A propos des romans de M. Edmond About et de M. Gustave
-Flaubert.—25 juin 1857.
-
-[241] _Causeries du Samedi_, t. I, p. 134-135.
-
-[242] Édouard THIERRY, né à Paris le 14 septembre 1813. Après avoir
-été longtemps un de nos meilleurs critiques dramatiques, il devint, en
-octobre 1859, administrateur de la Comédie-Française, fonctions qu’il
-abandonna en 1871. Il fut alors nommé conservateur-administrateur de la
-Bibliothèque de l’Arsenal.
-
-[243] _Le Fils naturel_, comédie en cinq actes et en prose, d’Alexandre
-Dumas fils, jouée sur le Théâtre du Gymnase, le 16 janvier 1858.
-
-[244] _La Jeunesse_, comédie en cinq actes et en vers, d’Émile Augier,
-jouée sur le Théâtre de l’Odéon, le 6 février 1858.
-
-[245] Lettre à Alfred Nettement, du 12 juin 1858.
-
-[246] _Le Correspondant_ du 25 février 1857.
-
-[247] 25 décembre 1859.
-
-[248] 25 novembre 1860.
-
-[249] 25 avril 1861.
-
-[250] 25 décembre 1861.
-
-[251] 25 décembre 1863.
-
-[252] 25 février 1866.
-
-[253] 25 mars 1866.
-
-[254] Ce fut Michel Lévy qui, voulant faire entrer le volume dans une
-nouvelle collection à 2 francs, imagina de l’appeler _les Brûleurs de
-Temples_, ce qui contraria beaucoup Pontmartin, surtout au point de vue
-de la loyauté envers l’acheteur.
-
-[255] _L’Enseignement mutuel_ ou _Un bien averti en vaut deux_, dans le
-volume des _Contes et Nouvelles_.
-
-[256] Voir _Causeries du Samedi_, t. II, p. 378.
-
-[257] Voir ci-dessus page 209.
-
-[258] Sur le vicomte Eugène-Melchior de Vogüé, voir _Nouveaux Samedis_,
-tomes XV et XX; _Souvenirs d’un Vieux critique_, tomes V, VII, VIII et
-IX; _Derniers Samedis_, tomes I et II.
-
-[259] Le baron Pougeard-Dulimbert.
-
-[260] Son fils Henri qui suivait les cours du lycée Bonaparte.
-
-[261] Théophile Gautier avait publié en 1856 un conte intitulé:
-_Avatar_.
-
-[262] Je dois de pouvoir publier cette lettre et toutes les autres
-lettres à Autran qui vont suivre, à la gracieuse obligeance de la fille
-et du gendre du poète, M. et M^{me} Jacques Normand.
-
-[263] P. 206-209.
-
-[264] Le tome II des _Causeries du Samedi_, qui venait de paraître.
-
-[265] Cette lettre de Louis Veuillot ne figure pas dans sa
-_Correspondance_.
-
-[266] Voir Joseph Autran, _Œuvres complètes_, t. II, p. 342.
-
-[267] Elles paraissaient le mardi, tous les quinze jours, à la
-troisième page du journal, sous le titre: _Variétés_. Comme elles
-avaient un très vif succès, M. de Riancey insista auprès de Pontmartin
-pour qu’il lui donnât non plus deux mais quatre articles par mois. On
-lit dans l’_Union_ du 28 décembre 1858: «A dater du 1^{er} janvier
-1859, les Causeries littéraires de M. Armand de Pontmartin deviendront
-hebdomadaires; elles paraîtront régulièrement le samedi de chaque
-semaine dans le feuilleton du journal.»
-
-[268] Le dernier secrétaire de Sainte-Beuve, M. Jules Troubat,
-a recueilli ces articles en 1876 sous le titre de _Chroniques
-parisiennes_. Un vol. in-18, Calmann-Lévy, éditeur.
-
-[269] Cf. l’article de Sainte-Beuve sur la _Vie de Rancé_, par
-Chateaubriand, dans la _Revue des Deux Mondes_ du 15 mai 1844, et le
-chapitre LVIII des _Chroniques parisiennes_, du 4 juin 1844.
-
-[270] Célestin-Joseph FÉLIX, membre de la Compagnie de Jésus, né à
-Neuville-sur-l’Escaut, près Valenciennes, le 29 juin 1810, mort le 6
-juillet 1891 à Lille. Ses Conférences de Notre-Dame sur _le Progrès par
-le Christianisme_, prononcées de 1853 à 1872, forment dix-neuf volumes
-in-8.
-
-[271] Un vol. in-32. C. Dillet, éditeur, rue de Sèvres, 15.
-
-[272] Voir, au tome II des _Derniers Samedis_, p. 117, le chapitre
-sur le R. P. FÉLIX. «Je me souviens, écrit Pontmartin, de l’époque où
-j’avais le bonheur de l’entendre à Notre-Dame..... Que de fois j’ai
-entendu M. Cousin, auditeur attentif et assidu de ces conférences, me
-dire, au sortir de l’église, avec son exubérance habituelle de parole
-et de pantomime: «Je n’ai pas d’objection! je n’ai pas d’objection!»
-
-[273] Les bureaux du _Correspondant_ étaient alors rue de Tournon, 29,
-à la librairie Ch. Douniol.
-
-[274] Déjà, à la fin de 1857, Pontmartin s’était, encore une fois,
-rapatrié avec Buloz. Seulement, ce dernier voulait qu’il _redébutât_
-par un article de critique, et Pontmartin voyait à cela plus d’un
-inconvénient. Il écrivait à Autran, le 16 janvier 1858: «Tout le monde
-ici, à commencer par ma femme, me dit que j’ai pris, depuis trois ans,
-une situation trop accentuée dans la critique, pour que ma rentrée
-à la _Revue_ puisse s’effectuer sans inconvénient. Buloz, il faut
-l’avouer, est plus anti-chrétien que jamais. Il est homme à se lever
-la nuit, une veille de numéro, pour changer, supprimer ou ajouter,
-dans un de mes articles, de quoi me faire passer pour un déserteur ou
-un _capitulateur_ en religion ou en politique. Il n’en faudrait pas
-davantage pour me faire fusiller, sur toute la ligne, depuis les Barbey
-du _Réveil_ et les Jouvin du _Figaro_, jusqu’aux Alloury et aux Rigaud
-des _Débats_. Et cette fois, ce serait sur des points plus graves que
-ce qui touche à la vanité littéraire. Il en résulte, de mon côté, des
-hésitations, des alternatives, des lenteurs, qui, se combinant avec
-toutes les aspérités de Buloz, amènent le résultat négatif que vous
-voyez. Mon désir serait de débuter par l’_Écu de six francs_, Buloz
-voudrait, au contraire, me faire commencer par un article de critique
-et ce petit tiraillement intérieur a encore tout ajourné.»—Pontmartin
-tenait bon pour sa Nouvelle; Buloz, naturellement, exigeait une refonte
-générale de l’_Écu de six francs_. Pontmartin se résigne, et, le 5
-février, il écrit: «Je corrige à satiété, avec une docilité d’élève de
-quatrième, les dernières pages de ma Nouvelle, qui avait dû paraître
-_irrévocablement_ le 15 janvier, puis le 1^{er} février et qui me
-semble maintenant ajournée au 1^{er} mars.»
-
-Le 1^{er} mars, rien ne paraît, et, le 4, Pontmartin écrit de nouveau
-à Autran: «Le 25 février, lorsque les 42 pages de ma Nouvelle étaient
-_composées_, corrigées par de Mars et par moi, lorsque le bon à tirer
-était donné, M. Buloz a déclaré que de Mars m’avait égaré, que ma
-première donnée était la bonne, qu’il fallait y revenir, mais que nous
-n’avions plus le temps pour le 1^{er} mars. Ce n’était là qu’une façon
-de prévenir mon irritation du premier moment. Hier, nous avons eu une
-longue conversation, et il m’a demandé de tels changements qu’il serait
-beaucoup plus court et plus simple d’écrire une œuvre toute nouvelle.
-Pourtant, dans ce naufrage, j’ai eu au moins un bonheur: je ne me suis
-pas emporté une seule minute; nous nous sommes quittés sans orage, et
-s’il y a séparation, il n’y aura pas rupture.»
-
-Et puisque j’ai rouvert ces lettres de Pontmartin à Autran, je
-détacherai de celle du 15 décembre 1857 un mot typique de M. Buloz,
-qui avait perdu, le 13 décembre, son beau-père, M. Castil-Blaze,
-le très spirituel critique musical du _Journal des Débats_, où il
-signait: X. X. X. «Adieu, cher! écrivait Pontmartin; j’attends ma femme
-après-demain et j’aurai alors un peu plus de liberté. J’en profiterai
-pour aller recueillir çà et là quelques-unes de ces nouvelles que je ne
-vous donne pas aujourd’hui: ce que je sais de plus intéressant, ce sont
-deux enterrements: Castil-Blaze et Lefèvre-Deumier. Voici l’oraison
-funèbre de C. Blaze, adressée par Buloz à sa femme: «Votre père s’est
-toujours plu à me contrarier: le voilà qui meurt l’avant-veille d’un
-numéro!»—C’est tout ce qu’on a pu tirer du _Reviewer quand même_.»
-
-[275] _Revue des Deux Mondes_, 1^{er} août 1861.
-
-[276] 1^{er} octobre 1861.
-
-[277] 1^{er} décembre 1861.
-
-[278] M. Victor Fournel.
-
-[279] Lundi 3 février 1862, _Nouveaux Lundis_, t. II, p. 1.
-
-[280] _Le Correspondant_ du 25 décembre 1856.—_Causeries du Samedi_, t.
-I^{er}, ch. II.
-
-[281] _Le Correspondant_ du 25 mai 1856.—_Causeries du Samedi_, t.
-I^{er}, ch. III.
-
-[282] L’_Assemblée nationale_.
-
-[283] M. Henry de Riancey, directeur de l’_Union_, où Pontmartin,
-depuis la suppression de l’_Assemblée nationale_, publiait ses
-Causeries littéraires.
-
-[284] Pontmartin venait de publier dans l’_Union_ trois articles sur le
-tome I^{er} des _Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps_, par
-M. Guizot. Voy. ces articles au tome II des _Causeries du Samedi_.
-
-[285] _Souvenirs de la Restauration_, par Alfred Nettement. Un vol.
-in-18, 1858.
-
-[286] Le pseudonyme de _Curtius_ cachait le nom d’un sous-directeur du
-Timbre, M. Charles Bouglé: il avait publié autrefois dans la _Mode_,
-d’abord sous le titre des _Leçons de Neuilly_, puis sous celui de
-_l’Enfant terrible_, des dialogues extrêmement piquants et qui avaient
-eu leur quart d’heure de célébrité.
-
-[287] Alfred Nettement, dans la _Semaine des Familles_, ne prenait
-pas moins de trois pseudonymes: _Félix-Henry_, _Nathaniel_ et _René_,
-si bien qu’il y avait souvent, dans la même livraison, sous trois ou
-quatre noms différents, trois ou quatre articles du directeur.
-
-[288] Le _Réveil_ était un recueil hebdomadaire, dirigé par A.
-Granier de Cassagnac, avec la collaboration de Louis Veuillot, Barbey
-d’Aurevilly, Ernest Hello, etc.
-
-[289] Lettre du 22 septembre 1887.
-
-[290] Livraison du 15 janvier 1859.
-
-[291] _Semaine des Familles_ du 12 février 1859.
-
-[292] Livraison du 26 novembre 1859.
-
-[293] Voir ci-dessus notre chapitre VII, pages 161 et suivantes.
-
-[294] _La Madelène_ (Jules-François-Ézéar de), né en 1820, à
-Versailles, d’une famille originaire de Carpentras, mort en 1859. Ses
-œuvres principales sont, avec _le Marquis des Saffras_, _Brigitte_ et
-_le Comte Alighiera_.—Son frère Henry, auteur également de plusieurs
-romans remarquables, parmi lesquels je citerai en première ligne
-_la Fin du marquisat d’Aurel_ (1879), a publié, en 1856, _le Comte
-Gaston de Raousset-Boulbon, sa vie et ses aventures, d’après sa
-correspondance_.
-
-[295] _Semaine des Familles_ du 16 juin 1860.
-
-[296] _Nouveaux Lundis_, t. III, p. 35.
-
-[297] _Lettres à l’Étrangère_, p. 303, 8 mars 1836.
-
-[298] _Historique du procès auquel a donné lieu «le Lys dans la
-vallée»._ Mai 1836. BALZAC, _Œuvres complètes_, t. XXII, p. 436.
-
-[299] _Nouveaux Lundis_, t. III, p. 36.
-
-[300] _Nouveaux Lundis_, t. III, p. 42.
-
-[301] Voir ci-dessus, chapitre VIII, p. 187.
-
-[302] _Nouveaux Lundis_, t. III, p. 41.
-
-[303] _Les Jeudis de Madame Charbonneau_, p. 65.
-
-[304] Tome IV, p. 45.
-
-[305] M. Buloz était alors commissaire du roi près le Théâtre-Français,
-en même temps que directeur de la _Revue des Deux Mondes_.
-
-[306] _Revue des Deux Mondes_, 15 novembre 1891.
-
-[307] _Correspondance de Jules Janin_, p. 224.
-
-[308] _Le Correspondant_ des 25 juillet et 25 août 1862.—_Semaines
-littéraires_, t. II, p. 1-92.
-
-[309] Aujourd’hui n^o 18.
-
-[310] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. II. p. 252.
-
-[311] Frédéric BÉCHARD était né à Nimes en novembre 1824. Journaliste,
-il a collaboré à l’_Artiste_, à la _Mode nouvelle_, à la _Patrie_, à
-la _Revue de Paris_, à la _Gazette de France_, etc. Romancier, il a
-publié les _Existences déclassées_ (1859), et _Jambe d’argent_, scènes
-de la grande chouannerie (1865). Auteur dramatique, il a fait jouer à
-l’Odéon les _Tribulations d’un grand homme_ (1847) et le _Passé d’une
-femme_ (1859), et au Vaudeville les _Déclassés_ (1856). Il était fils
-de Ferdinand Béchard (1799-1870), l’un des meilleurs lieutenants de
-Berryer, député de la droite de 1842 à 1846, puis représentant du Gard
-aux Assemblées de 1848 et 1849.
-
-[312] Amable ESCANDE, né à Castres (Tarn) en 1810. De 1834 à 1848, il
-écrivit dans la _Gazette de France_, la _Mode_ et l’_Union_. Après
-le 24 février, il alla prendre la direction de l’_Écho du Midi_, à
-Montpellier. Un de ses articles fut l’occasion d’un duel fameux entre
-M. Aristide Ollivier, rédacteur en chef du _Suffrage universel_, et le
-comte de Ginestous. M. Ollivier, frère du futur ministre de l’Empire
-libéral, fut tué sur le coup, et M. de Ginestous grièvement blessé. A
-la suite de cette malheureuse affaire, Escande revint à Paris (1851)
-et rentra à l’_Union_, puis à la _Gazette de France_, dont il ne se
-sépara, après une longue et très active collaboration, que pour devenir
-directeur de la _Gazette du Languedoc_ à Toulouse.
-
-[313] M. Gustave Janicot était, depuis 1861, directeur de la _Gazette
-de France_, où il avait succédé à M. de Lourdoueix, et où il défend
-encore aujourd’hui avec un talent toujours jeune et une inlassable
-vaillance la cause de la monarchie et celle de l’Église.
-
-[314] Janvier 1863.—_Semaines littéraires_, t. II, p. 233.
-
-[315] Lettre du 7 avril 1863.—Le comte Achille Treilhard, petit-fils du
-conventionnel, était depuis le 28 août 1862 directeur de la presse.
-
-[316] _Le Correspondant_ du 25 septembre 1863.
-
-[317] Lettre du 11 mai 1866.
-
-[318] Pages 146-150. Les _Odeurs de Paris_ parurent en novembre 1866.
-
-[319] Auteur d’une _Histoire de Christophe Colomb_. Voir sur lui les
-_Causeries du Samedi_, t. II, p. 312-323.
-
-[320] M. Challemel-Lacour fut, pendant quelques mois, gérant de la
-_Revue des Deux Mondes_, après la mort de M. V. de Mars.
-
-[321] Lettre pastorale sur _les Malheurs et les Signes du temps_.
-
-[322] Lettre du 1^{er} juillet 1867.
-
-[323] Situé dans la commune de Cabriès, canton de Gardanne,
-arrondissement d’Aix (Bouches-du-Rhône).
-
-[324] Le château de Pradine, commune de Grambois, canton de Pertuis,
-arrondissement d’Apt (Vaucluse).
-
-[325] Voir, dans les _Souvenirs d’un vieux mélomane_, le chapitre XVII,
-_une Partie de boules, Souvenirs des vacances de 1866_. Pontmartin
-y a placé une très exacte description de La Malle: «Sur l’ancienne
-route royale d’Aix à Marseille, à une distance à peu près égale
-entre la vieille capitale du Parlement et la nouvelle capitale de la
-Méditerranée, à deux portées de fusil du Pin, autrefois relais de la
-poste aux chevaux, aujourd’hui bureau de la poste aux lettres, on voit
-une jolie maison de campagne, qui a l’esprit de n’être ni un château,
-ni une villa, ni une _bastide_. De grands arbres, presque aussi vieux,
-mais beaucoup plus beaux que des académiciens, d’élégants massifs de
-marguerites, de dahlias et de chrysanthèmes, des allées plantées de
-sycomores et de saphoras, une gracieuse façade se tournant à demi
-du côté des champs et des collines, comme pour éviter les regards
-indiscrets ou la poussière du grand chemin: entre la maison et la route
-un quinconce d’ormeaux séculaires sur une terrasse séparée des passants
-par une grille.»
-
-[326] Joseph-Louis D’ORTIGUE, né à Cavaillon (Vaucluse) le 22 mai 1802,
-mort à Paris le 20 novembre 1866. Il a fait la critique musicale dans
-la _Quotidienne_, l’_Ère nouvelle_, l’_Opinion publique_, le _Journal
-des Débats_, et publié plusieurs volumes de littérature et d’histoire
-musicales: _la Sainte-Baume_, _le Balcon de l’Opéra_, _la Musique à
-l’église_, _la Musique au théâtre_, etc.
-
-[327] _Nouveaux Samedis_, t. IV, p. 148.
-
-[328] Aurélien SCHOLL (1833-1902), auteur dramatique et journaliste.
-Il a, pendant un demi-siècle, alimenté de ses _chroniques_ une
-vingtaine de journaux, et il a créé une nuée de petites feuilles, la
-_Silhouette_, le _Nain Jaune_, le _Club_, le _Jockey_, le _Lorgnon_,
-etc., etc.
-
-[329] Paul PARFAIT, né à Paris le 23 octobre 1841, journaliste
-et romancier. Il fut le secrétaire d’Alexandre Dumas père, qu’il
-accompagna en Italie, écrivit au _Charivari_, au _Rappel_, au
-_National_, à la _République française_, et publia plusieurs romans,
-_l’Assassin du bel Antoine_, _la Seconde vie de Marius Robert_,
-_l’Agent secret_, _les Audaces de Ludovic_, etc.
-
-[330] Ce fut M. Challemel-Lacour qui rendit compte de la pièce dans la
-livraison du 1^{er} avril 1867.
-
-[331] Autran souffrait alors d’une affection de la vue qui devait le
-conduire, dans les dernières années de sa vie, à une cécité presque
-complète.
-
-[332] Lettre du 14 avril 1867.
-
-[333] De Pontmartin (Note du Père Félix).
-
-[334] _Le Progrès par le christianisme, Conférences de Notre-Dame de
-Paris._ Année 1867, page 237.
-
-[335] Arthur DE BOISSIEU, né en 1835, mort à trente-huit ans le 29 mars
-1873. Il avait débuté, sous le voile de l’anonyme, par les _Lettres
-de Colombine_, qui eurent une grande vogue dans le _Figaro_ et dont
-le mystère fut longtemps si bien gardé. Ses _Lettres d’un Passant_,
-publiées dans la _Gazette de France_ de 1865 à 1873, forment cinq
-volumes (1868-1875).
-
-[336] _Lettres d’un Passant_, t. II, p. 137.—Juin 1867.
-
-[337] Les bureaux du _Figaro_ étaient alors rue Rossini, 3. C’est
-seulement en 1874 que le journal de Villemessant se transporta rue
-Drouot, n^o 26.
-
-[338] Les corbeaux le diront.
-
-[339] Pierre-Eugène BASTÉ, dit GRANGÉ, né à Paris en 1812. Il a composé
-un grand nombre de vaudevilles, de comédies et de drames, dont les
-principaux sont: _Les Premiers beaux jours_ (1847), _Fualdès_ (1848),
-_les Domestiques_ (1861), _la Boîte au lait_ (1862), _le Supplice d’un
-homme_ (1865), _la Voleuse d’enfants_ (1865), _la Bergère d’Ivry_
-(1866), _un Voyage autour du demi-monde_ (1868).
-
-[340] _Du nouveau sur Joubert_, par l’abbé G. Pailhès, p. 46 et suiv.
-
-[341] Séance du 2 décembre 1867.
-
-[342] Les _Lettres d’un Passant_, d’Arthur de Boissieu, paraissaient le
-vendredi dans la _Gazette de France_.
-
-[343] Voir, dans les _Lettres d’un Passant_, t. II, p. 147-169, la
-_Lettre d’un Japonais à sa fiancée_.
-
-[344] Aujourd’hui rue Joseph-Autran.
-
-[345] M. Guizot avait jusque-là voté contre Autran.
-
-[346] Lettre à M. Jules Claretie, du 26 mai 1868.
-
-[347] Lettre à M. Jules Claretie.
-
-[348] Aux Angles.
-
-[349] M. le V^{te} de Salvador, au Mas d’Auphan, par Raphèle, près
-Arles.
-
-[350] Célestin Crevel, l’un des principaux personnages de la _Cousine
-Bette_. Il figure également dans _César Birotteau_ et dans le _Cousin
-Pons_.
-
-[351] Autran avait alors en préparation un nouveau volume de poésies.
-
-[352] M^{lle} Rachel s’était refusée à jouer le rôle de Méganire dans
-la _Fille d’Eschyle_, de Joseph Autran.
-
-[353] Lettre du 20 novembre 1868.
-
-[354] _Nouveaux Samedis_, t. IV, p. 240-270.
-
-[355] Ces deux articles sur Lamartine, celui de l’_Illustration_ et
-celui de la _Gazette_, se trouvent au tome VII des _Nouveaux Samedis_.
-
-[356] Christine NILSSON, cantatrice suédoise, née en 1843. Après avoir
-débuté à Paris, au Théâtre-Lyrique, le 27 octobre 1864, dans le rôle de
-Violette de la _Traviata_, de Verdi, elle fut engagée au Grand-Opéra,
-le 15 novembre 1867, pour créer le rôle d’Ophélie dans l’_Hamlet_ de M.
-Ambroise Thomas, et joua en 1869, dans le _Faust_ de Gounod, le rôle
-de Marguerite. Après son mariage à Londres, en 1872, avec un Français,
-M. Auguste Rouzeaud, fils d’un riche négociant de Jonzac, elle ne
-joua plus à Paris et ne fit que de courtes apparitions sur les scènes
-lyriques de la province et de l’étranger.
-
-[357] Le tome VI des _Nouveaux Samedis_.
-
-[358] Berryer était mort le 29 novembre 1868. L’étude de Pontmartin
-parut le 31 décembre 1868.
-
-[359] _Victor Hugo et la Restauration_, par Edmond Biré. Un volume
-in-18; 1869.
-
-[360] Pontmartin n’a pas consacré à Lamartine moins de neuf Causeries.
-
-[361] _Nouveaux Samedis_, t. XIV, p. 225.—Quelques jours après la mort
-de Sainte-Beuve, Pontmartin écrivait, des Angles, à M. Jules Claretie:
-«En fait de rappel, il me semble que la littérature n’est pas épargnée
-par le tambour voilé de crêpe. Lamartine et Sainte-Beuve dans la même
-année, c’est trop!... Étranges natures que les natures littéraires qui
-pourraient se dédoubler de manière à produire un méchant et un bonhomme
-sous une même calotte de velours! Depuis deux ans, si j’avais osé, je
-serais allé dix fois lui serrer la main, à ce pauvre Sainte-Beuve,
-et je faisais des vœux bien sincères pour que ce maître, ce modèle,
-nous fût conservé encore quelques années. J’ai appris sa mort, et les
-détails de sa mort avec une douloureuse émotion.» (Lettre du 30 octobre
-1869.)
-
-[362] _Nouveaux Samedis_, t. VII, p. 342.
-
-[363] Le 10 novembre 1869.
-
-[364] L’élection eut lieu le 7 avril 1870. M. Émile Ollivier réunit 26
-voix sur 28 votants.
-
-[365] Henri CHEVREAU (1823-1903). Préfet de l’Ardèche à 26 ans,
-conseiller d’État et préfet de Lyon depuis 1864, il avait été nommé
-préfet de la Seine, le 5 janvier 1870, en remplacement du baron
-Haussmann. Le 10 août suivant, il fut appelé à prendre, dans le
-ministère Palikao, le portefeuille de l’Intérieur.
-
-[366] M. Villemain était mort le 8 mai 1870.
-
-[367] Prosper Mérimée mourut, en effet, peu de temps après, au mois
-de septembre 1870. Prévost-Paradol, hélas! était mort avant lui, à
-Washington, le 11 juillet.
-
-[368] Le plébiscite du 8 mai 1870.
-
-[369] M. Émile Ollivier, M. Chevandier de Valdrôme et leurs collègues
-furent renversés le 10 août 1870, et remplacés par le cabinet Palikao.
-
-[370] _Journal d’un voyageur pendant la guerre_, avril 1871.
-
-[371] Le mot est du républicain Lanfrey, _Moniteur de Seine-et-Oise_,
-Décembre 1870.
-
-[372] _Lettre_ du 12 octobre 1870.
-
-[373] Victor Cousin et Prosper Mérimée étaient morts tous les deux à
-Cannes, le premier le 13 janvier 1867; le second le 23 septembre 1870.
-
-[374] Voir dans le _Correspondant_ des 10 août et 10 septembre 1871,
-_Cent jours à Cannes pendant les deux sièges_, et dans la _Mandarine_,
-p. 195-309.—Dans son récit, Pontmartin parle avec reconnaissance des
-personnes qu’il voyait pendant ce séjour à Cannes et dont l’amitié
-le soutint dans cette épreuve; mais il ne les désigne que par des
-initiales: «M. Ernest L...d, élégant et poétique traducteur des sonnets
-de Shakespeare, de Pétrarque, de Lope de Vega; l’abbé C...; M. Dubois
-d’A.; M. X., un des avocats les plus distingués de Paris; M^{me}
-Justin D...».—Voici les vrais noms: M. Ernest Lafond; l’abbé Chaix,
-du clergé de Cannes; M. Duboys d’Angers, premier président de la Cour
-d’appel d’Orléans à la fin de l’Empire; M. Grandmanche de Beaulieu;
-M^{me} Justin Durand, née de Zagarriga, femme de l’ancien député
-des Pyrénées-Orientales au Corps législatif, qui, à la veille de la
-guerre, exerçait une vraie royauté dans toute la région de Perpignan
-et de Montpellier. Pontmartin, qui sait encore sourire au milieu de
-ses larmes, parle d’elle en ces termes: «Madame Justin D..., type de
-charité, de grâce et de bienveillance, à qui j’ai vu faire quelque
-chose de bien plus extraordinaire qu’une aumône de cent mille écus ou
-une souscription de trois millions: chiffres qui n’eussent pas été en
-désaccord avec son immense fortune et les inspirations de son cœur
-généreux. En plein siège de Paris, elle trouva moyen de se procurer
-tous mes ouvrages, et je crois même, Dieu me pardonne, qu’elle les lut!»
-
-[375] Alors directeur de la _Décentralisation_, de Lyon, après avoir
-appartenu à la rédaction de la _Gazette de France_. De Lyon il passa à
-Marseille, où il dirigea la _Gazette du Midi_ et où il est mort en 1899.
-
-[376] John MARTIN, peintre anglais, 1789-1854. Ses meilleures toiles
-sont: _la Chute de Babylone_, _le Festin de Balthazar_, _la Destruction
-d’Herculanum_, _la Chute de Ninive_.
-
-[377] L’article parut le 10 juillet 1871, dans le _Correspondant_, sous
-ce titre: _la Critique en 1871_.—Voir _Nouveaux Samedis_, t. VIII, p.
-1-51.
-
-[378] Voir, au sujet de cet épisode, l’éloquent écrit de M. Émile
-Ollivier: _M. Thiers à l’Académie et dans l’histoire_ (1880).
-
-[379] Trois ans plus tard, le 4 octobre 1874, une brillante revanche
-fut prise pour ce même siège au Conseil général par Louis-Numa
-Baragnon, qui déploya dans la lutte, sur ce petit théâtre, un
-merveilleux talent. Pontmartin avait été le principal patron de sa
-candidature; il eut les joies de la victoire, sans en avoir les
-embarras.
-
-[380] Voir ci-dessus chapitre XII, p. 317.
-
-[381] Le _Filleul de Beaumarchais_ a paru dans le _Correspondant_ des
-25 décembre 1871, 10 et 25 janvier 1872.
-
-[382] Joseph-Othenin-Bernard DE CLÉRON, comte D’HAUSSONVILLE
-(1809-1884), membre de l’Académie française, auteur de l’_Histoire de
-la réunion de la Lorraine à la France_, de _l’Église romaine et le
-premier Empire_, etc.
-
-[383] Arthur-Marie BUCHERON (1834-1902), connu sous le pseudonyme
-de _Saint-Genest_. Ses articles du _Figaro_ ont eu un grand
-retentissement. La plupart ont été réunis en volume: _La Politique
-d’un soldat_ (1872); _Lettres d’un soldat_ (1873), etc.—Voir sur lui
-_Nouveaux Samedis_, t. VIII, p. 140; tome XI, p. 178; t. XIV, p. 289.
-
-[384] Pontmartin ne devait pas tarder à quitter le n^o 20 de la rue
-Laffitte pour prendre, au n^o 2 de la même rue, un petit appartement
-meublé dans l’immense immeuble qui était alors la propriété de sir
-Richard Wallace.
-
-[385] _Nouveaux Samedis_, t. VIII, p. 52.
-
-[386] Le 9 juin 1872, des élections partielles avaient eu lieu dans le
-Nord, dans la Somme et dans l’Yonne. MM. Deregnaucourt, Barni et Paul
-Bert, tous les trois républicains avancés, avaient été nommés.
-
-[387] _Nouveaux Samedis_, t. VIII, p. 203.
-
-[388] Canton de Châteaurenard, commune de Barbentane (Bouches-du-Rhône).
-
-[389] Le général marquis Léon D’ANDIGNÉ pair de France, sénateur
-de Maine-et-Loire, fils du comte Auguste d’Andigné, l’auteur des
-_Mémoires_; il était le gendre du marquis de Barbentane. Il s’était
-conduit en héros à Reichshoffen et à Sedan. Dans la journée du 1^{er}
-septembre 1870, il avait été laissé pour mort sur le champ de bataille.
-Deux chevaux tués sous lui, ses deux jambes traversées, son bras droit
-fracassé par des balles, attestaient l’acharnement de la lutte soutenue.
-
-[390] _Lis Isclo d’or_, par Frédéric Mistral, 1875.
-
-[391] _Nouveaux Samedis_, t. IX, p. 68 et suiv.
-
-[392] _Gazette de France_ du 13 octobre 1872.—_Nouveaux Samedis_, t.
-IX, p. 69.
-
-[393] Edmond TARBÉ DES SABLONS (1838-1902), critique musical, romancier
-et auteur dramatique. Le 5 juillet 1868, il avait fondé, avec Henri
-de Pène, le journal _le Gaulois_, dont il resta, l’année suivante,
-l’unique directeur et qu’il ne quitta qu’en juillet 1879.
-
-[394] _Nouveaux Samedis_, t. X, p. 296-343.
-
-[395] La _Mandarine_ avait paru dans le _Correspondant_ du 10 juin
-1870. Cette nouvelle, primitivement destinée à la _Revue des Deux
-Mondes_, avait dû s’appeler tout d’abord _le Feu de sarments_.
-
-[396] _Nouveaux Samedis_, t. X, p. 111.
-
-[397] Ce fut Ledru-Rollin qui l’emporta. Il fut élu le 1^{er} mars.
-
-[398] Le _Correspondant_ du 10 janvier 1874.
-
-[399] Le _Correspondant_ du 25 mars 1874.
-
-[400] Voici le passage auquel fait allusion Joseph Autran: «M. de
-Pontmartin n’a eu de rival, comme critique, que Sainte-Beuve, à qui
-son talent n’avait rien à envier, et qui lui a, plus d’une fois, envié
-devant moi sa foi chrétienne et monarchique.» Le _Figaro_ du 25 mars
-1874. Article signé _François Duclos_, pseudonyme qui cachait un des
-plus spirituels écrivains du temps.
-
-[401] Jules Janin mourut le 19 juin 1874.
-
-[402] Le Chancelier de fer, qui aimait à maximer ses pratiques, disait
-volontiers: _Beati possidentes!_ C’était aussi l’un des mots favoris de
-son maître Frédéric II.
-
-[403] Lettre du 4 avril 1875.
-
-[404] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. VII, p. 251.
-
-[405] Edmond Rostand, l’auteur de _Cyrano de Bergerac_, des
-_Romanesques_ et de l’_Aiglon_.
-
-[406] Académie française, séance du 4 juin 1903.
-
-[407] C’était le titre sous lequel paraissaient, dans la _Gazette de
-France_, ses articles du samedi.
-
-[408] _Nouveaux Samedis_, t. XIV, p. 366.
-
-[409] Chez Baudouin frères, Pollet et Barba, rue de Vaugirard, n^o 17,
-rue du Temple, n^o 36, et au Palais-Royal.
-
-[410] Le Théâtre du Gymnase, dont Eugène Scribe était le principal
-fournisseur et que la duchesse de Berry avait pris sous sa protection,
-porta, depuis le 8 septembre 1834 et jusqu’à la révolution de Juillet,
-le nom de _Théâtre de Son Altesse Royale Madame_.
-
-[411] La Chambre des députés et le Sénat siégeaient encore à Versailles.
-
-[412] Pontmartin eut beaucoup d’amis. J’en ai nommé plusieurs. Je
-me reprocherais de ne pas citer ici les trois amis d’enfance, de
-jeunesse et de toujours, avec lesquels il eut peut-être la plus
-constante intimité: Alphonse d’Archimbaud (1811-1865), fils du
-marquis d’Archimbaud, député de la Chambre _introuvable_, dont les
-réceptions cordiales et paternelles dans son château de Vérone,
-près Nyons (Drôme), avaient laissé à Pontmartin de tels souvenirs
-qu’il aimait à les évoquer sans cesse, surtout dans ses dernières
-années;—Isidore d’Athénosy (1806-1872), fils d’un haut fonctionnaire
-de l’administration pontificale à Avignon, un homme d’étude et de
-science, un royaliste militant, un catholique des anciens temps;—Eugène
-de Baciocchi (1807-1884), fils d’un officier corse marié à Avignon,
-authentiquement cousin des parents de Napoléon III, peut-être même
-cousin de l’Empereur. Il n’aurait eu qu’un mot à dire pour obtenir une
-préfecture ou tout autre haut emploi, que sa grande intelligence et son
-vaste savoir l’eussent rendu apte à remplir; mais ce mot, par fidélité
-royaliste et quoiqu’il fût pauvre, il ne voulut jamais le prononcer.
-
-[413] M. Amédée de Jonquières, qui devait entrer, en novembre 1878, au
-noviciat de la Compagnie de Jésus, devenir profès de cette Compagnie le
-15 août 1897 et avoir, en 1901, les honneurs de la proscription.
-
-[414] Sur le tome XIV des _Nouveaux Samedis_.
-
-[415] Le 23 juin 1877.
-
-[416] M. Thiers était mort le 3 septembre 1877.
-
-[417] M. Léon Lavedan était alors directeur de la presse au ministère
-de l’Intérieur.
-
-[418] _Vie de M^{gr} Dupanloup_, par l’abbé F. LAGRANGE, t. III, p. 450.
-
-[419] _Vie de M^{gr} Dupanloup_, t. III, p. 452.
-
-[420] Voir ces trois récits dans les _Souvenirs d’un vieux Mélomane_.
-
-[421] _Nouveaux Samedis_, t. X, p. 334.
-
-[422] Le _Correspondant_ du 10 juin et du 25 juin 1878.
-
-[423] Salon de 1850.
-
-[424] Salon de 1863.
-
-[425] _Le Correspondant_ du 25 décembre 1878. Article de M. Henri
-Lavedan.
-
-[426] M. Villemain.
-
-[427] _Nouveaux Samedis_, t. I, p. 164.
-
-[428] _Les Jeudis de Madame Charbonneau_, p. 71.
-
-[429] Montalembert était mort le 13 mars 1870; Villemain, le 8 mai;
-Prévost-Paradol, le 11 juillet; Prosper Mérimée, le 23 septembre.
-
-[430] Au printemps de 1870 (les 7 avril et 19 mai), il y avait eu, non
-pas un _triple_, mais un quadruple scrutin; MM. Emile Ollivier, Jules
-Janin, Xavier Marmier et Duvergier de Hauranne avaient été élus en
-remplacement de Lamartine, de Sainte-Beuve, de M. de Pongerville et du
-duc Victor de Broglie. Pontmartin n’avait posé sa candidature à aucun
-des quatre fauteuils.
-
-[431] Sur ce voyage de M. de Falloux à Versailles, au mois d’août 1871,
-voy. les _Mémoires d’un royaliste_, t. II, p. 469-511.
-
-[432] Il venait d’être battu, comme candidat au Conseil général, dans
-le canton de Villeneuve-lès-Avignon, par un petit avocat d’Uzès,
-ex-sous-préfet gambettiste. J’extrais de sa lettre du 6 novembre
-ce menu détail: «Les mêmes électeurs qui m’ont repoussé comme trop
-aristocrate, trop féodal, c’est-à-dire, j’imagine, trop peu libéral,
-ont voté comme un seul homme, pendant la phase impériale, pour un
-chambellan qu’ils n’avaient jamais vu: voilà le suffrage universel!»
-Voir, sur ce petit épisode électoral, le chapitre XIII, p. 339.
-
-[433] _Vie de M^{gr} Dupanloup, évêque d’Orléans_, par M. l’abbé F.
-LAGRANGE, t. III, p. 245.
-
-[434] M. Thiers avait été le patron et le principal agent de l’élection
-de M. Littré.
-
-[435] M. Duvergier de Hauranne, élu le 19 mai 1870, en remplacement du
-duc Victor de Broglie, n’avait pas encore pris séance; il ne le devait
-faire que le 29 février 1872.
-
-[436] C’est, on le sait, le titre d’un des meilleurs recueils de
-Laprade.
-
-[437] Le tome IX de ses _Nouveaux Samedis_.
-
-[438] Taine n’avait pas encore publié le premier volume de son
-admirable ouvrage sur _les Origines de la France contemporaine_, qui
-parut seulement en 1876, et dans lequel il prenait si courageusement
-parti pour l’histoire contre la légende.
-
-[439] L’élection en remplacement de M. de Ségur. Elle eut lieu le
-1^{er} mai 1873.
-
-[440] Voir, ci-dessus, chapitre XIII, p. 352 et suivantes.
-
-[441] M. Pierre Lebrun était décédé subitement le 27 mai 1873.
-
-[442] Voir, ci-dessus, chapitre XIII, p. 352.—Sous le pseudonyme de
-M. Bourgarel et sous le titre de _Fantaisies et Variations sur le
-temps présent_, Pontmartin avait inséré, dans son neuvième volume des
-_Nouveaux Samedis_, trois ou quatre chapitres humoristiques publiés au
-mois d’octobre 1872 et dont le premier était intitulé: «M. Gambetta,
-membre de l’Académie française.» Le discours du récipiendaire est
-écrit dans une langue si... gambettiste, qu’après l’avoir entendu,
-cinq quarts d’heure durant, les académiciens prodiguent des marques
-de l’aliénation mentale la mieux caractérisée: «M. Pingard danse la
-pyrrhique; M. de Laprade crie: Vive l’Empereur! M. le duc de Broglie
-donne un croc-en-jambe à M^{gr} le duc d’Aumale; M. Duvergier de
-Hauranne se croit métamorphosé en pain de sucre, et en offre un morceau
-à M. Guizot; M. Dufaure s’habille en Apollon du Belvédère et marivaude
-avec les trois Grâces; M. Lebrun demande une valse à M^{me} Mohl; M.
-Jules Favre calcule tout haut combien il entre de pouces cubes dans un
-moellon, et s’écrie en éclatant de rire: «Pas un!»—M. de Sacy risque
-trois calembours indécents; M. Littré dit: _JE CROIS EN DIEU!_ en
-quatorze langues différentes; M. Patin fait une déclaration d’amour à
-M^{me} Mathusalem; M. Saint-Marc Girardin ôte sa cravate pour y tailler
-deux paires de draps; le duc de Noailles jure comme un charretier. A la
-fin, M. Cuvillier-Fleury, seul maître de ses sens, propose à l’Académie
-de lui lire _Alexandre_, tragédie inédite de feu M. Viennet. Cette
-proposition insidieuse met tout le monde en fuite et les immortels se
-réveillent sur le pont des Arts, comme s’ils sortaient d’un mauvais
-rêve.» (_Nouveaux Samedis_, t. IX, p. 73.)
-
-[443] Ce volume de Pontmartin avait paru au mois d’avril 1872.—Voir
-chapitre XIII, p. 347.
-
-[444] Le château de Pradine, commune de Grambois (Vaucluse).
-
-[445] L’élection eut lieu le 29 janvier 1874. Le fauteuil de M. Lebrun
-fut attribué à Dumas fils; celui de Saint-Marc Girardin, à M. Mézières;
-et celui de Vitet, à M. Caro.
-
-[446] M. Guizot était mort le 12 octobre 1874.
-
-[447] Voir ci-dessus chapitre XIV, p. 376.
-
-[448] L’élection au fauteuil de M. de Loménie eut lieu le 14 novembre
-1878. Taine, devenu le candidat de la droite de l’Académie, fut élu par
-20 voix sur 26.
-
-[449] Le château de la Combe de Lancey, appartenant à M. Albert du Boys.
-
-[450] _Mes Mémoires_, tome II, chapitre 1.
-
-[451] Depuis le printemps de 1888, un des deux canapés a cédé la place
-au très beau buste en marbre du Maître par Antoine Bastet.
-
-[452] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. VII, p. 240. 1886.
-
-[453] M. Edme Cade, docteur en médecine à Avignon. _Bulletin de
-l’Association amicale des anciens élèves de l’Ecole libre Saint-Joseph
-d’Avignon._ Juin 1890.
-
-[454] François-Nicolas-Xavier-Louis BESSON (1821-1888), évêque de
-Nîmes de 1875 à 1888. Ses _Sermons_, _Conférences_, _Panégyriques_ et
-_Oraisons funèbres_ ne forment pas moins de quinze volumes. On lui
-doit en outre la _Vie de M^{gr} Cart_, évêque de Nîmes, la _Vie de M.
-l’abbé Besson_, ancien secrétaire général des Affaires ecclésiastiques,
-_Montalembert en Franche-Comté_, la _Vie du Cardinal Mathieu_, la
-_Vie de M^{gr} Paulinier_, archevêque de Besançon, etc., etc. Sur
-M^{gr} Besson, voir _Nouveaux Samedis_, tome XX, et _Souvenirs d’un
-vieux critique_, tomes III et VIII.—M^{gr} Besson avait succédé sur le
-siège de Nîmes à M^{gr} Plantier, évêque de 1855 à 1875, qui avait,
-lui aussi, comblé Pontmartin de prévenances et de marques de vraie
-amitié, et en qui l’auteur des _Samedis_ saluait un causeur encore plus
-remarquable que l’orateur et l’écrivain.
-
-[455] Article du 12 octobre 1887.—_Souvenirs d’un vieux critique_, t.
-X, p. 278.
-
-[456] Lettre du 12 janvier 1881.
-
-[457] L’article de M. Emile, Zola avait paru dans le _Figaro_ du 27
-décembre 1880, sous ce titre: _MONSIEUR LE COMTE_. Voyez la réponse
-de Pontmartin au tome I des _Souvenirs d’un vieux critique_, p. 355
-et suivantes. J’en détache seulement ces lignes, où il répond au
-triomphant auteur de _Nana_ qui le raillait d’être «un vaincu».
-
-«Oui, vous êtes un vainqueur; moi, je suis un vaincu, vaincu depuis
-cinquante ans, et je m’en fais gloire; vaincu, avec la justice, avec
-la vérité, avec le droit, avec l’honneur, avec la lumière, avec la
-liberté, avec l’Alsace, avec la Lorraine, avec la France;—je ne dis
-pas avec la Religion, plus victorieuse dans ses défaites que dans ses
-triomphes; vaincu en bien bonne compagnie, avec les nobles femmes
-condamnées à l’amende pour avoir protesté contre des effractions
-sacrilèges; vaincu avec les ordres religieux que l’on disperse, avec
-les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul que l’on expulse, avec les images
-sacrées que l’on déchire ou que l’on décroche, avec les Frères de la
-doctrine chrétienne que les médecins les moins dévots saluaient comme
-des héros pendant le siège et la guerre; vaincu avec les zouaves de
-Lamoricière et les zouaves de Charette, avec tout ce qu’il y a, dans
-notre malheureux pays, d’honnête, de loyal, de généreux, d’éloquent,
-d’illustre, de libéral, de fidèle aux lois immortelles du beau, du vrai
-et du bien!»
-
-[458] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. V, p. 220,. 1884.
-
-[459] Cette lettre n’est pas de la main d’Armand de Pontmartin; elle
-fut dictée par lui à son fils. Il en sera de même, à partir de ce
-moment, pour la plupart des lettres qu’il m’adressera.
-
-[460] Le premier volume des _Mémoires_, avec ce sous-titre: _Enfance
-et Jeunesse_, parut dans le _Correspondant_ des 10 et 25 septembre, 25
-octobre, 25 novembre et 25 décembre 1881.
-
-[461] Ce second volume parut dans le _Correspondant_ des 25 novembre,
-10 et 25 décembre 1885, 10 janvier, 10 et 25 février 1886.
-
-[462] Voir ci-dessus, chapitre IV, p. 82, et chapitre V, p. 98.
-
-[463] Voir ci-dessus chapitre XII, p. 312.
-
-[464] _Mes Mémoires_, t. II, p. 218.
-
-[465] _Correspondance de Jules Janin_, p. 265.
-
-[466] Livraison du 25 décembre 1885.
-
-[467] Dans le _Correspondant_ du 10 janvier 1886.
-
-[468] _Le Correspondant_ du 10 septembre 1888.
-
-[469] _Derniers Samedis_, t. III, p. 55.
-
-[470] Le numéro _mille_ des _Samedis_ de la _Gazette de France_, qui
-eux-mêmes faisaient suite aux Semaines littéraires de l’_Assemblée
-nationale_, du _Spectateur_ et de l’_Union_.
-
-[471] Il avait pour sujet la publication de M^{me} Charles Lenormant:
-LE TEMPS PASSÉ. _Mélanges de Critique littéraire et de Morale par M.
-et M^{me} Guizot._ Pontmartin ne l’a pas recueilli dans ses volumes de
-Causeries.
-
-[472] Joseph ROUMANILLE (1818-1891), né à Saint-Rémy de Provence
-d’une famille de jardiniers, mort libraire à Avignon. Catholique
-et royaliste, il a publié, sous la seconde République, en langue
-provençale, de merveilleux dialogues en prose pour la défense
-religieuse et sociale, _le Choléra_, _les Clubs_, _un Rouge et un
-Blanc_, _les Partageux_, _la Férigoulo_ (c’est-à-dire le thym, emblème
-du parti rouge), _les Prêtres_, etc. Plus tard, sous la troisième
-République, il a fait, dans le même genre, _les Enterre-Chiens_;
-l’apostolat est resté identique; mais la verve a baissé. A la même
-époque que les premiers dialogues appartiennent les poésies, les
-_Marguerites_, les _Songeuses_, _la Part du bon Dieu_, les _Fleurs de
-songe_, et aussi un recueil de _Noëls_, œuvres exquises de sentiment,
-simples de forme, et qui conservent absolument la note populaire,
-quoique l’auteur soit un vrai lettré et même un humaniste.
-
-[473] Augustin CANRON (1829-1888), né et mort à Avignon, n’a guère vécu
-ailleurs et se serait senti dépaysé partout, sauf dans les deux Romes,
-celle du Rhône et celle du Tibre. Il était le principal rédacteur de
-l’_Union de Vaucluse_. Son instruction était grande en toutes choses,
-mais, en histoire locale, elle était prodigieuse. Il avait déchiffré et
-classé tous les manuscrits de la région. Sa verve était à la hauteur
-de sa science, et quelquefois même elle lui nuisait: on l’accusait, à
-l’occasion, d’avoir inventé ce qu’il avait véritablement découvert.
-Catholique ardent, liturgiste consommé, sa piété très italienne
-n’excluait pas une grande liberté de langage quand il s’agissait de
-juger les évêques et les curés dans leurs rapports avec le pouvoir
-civil. En somme, personnage très intéressant, et peut-être encore plus
-amusant. Il avait le mérite de conserver une inaltérable gaieté au
-milieu d’une existence qui n’était qu’une lutte contre la pauvreté. Peu
-d’hommes ont plus honoré que lui, par son talent, son désintéressement
-et sa fidélité, la presse monarchique de province.
-
-[474] Voir l’_Appendice_, à la fin du volume.
-
-[475] Le P. Victor DELAPORTE, né le 6 novembre 1846 à Saint-Vandrille
-(Orne). Ses deux volumes de _Récits et légendes_ ont eu onze éditions.
-Une troisième série, _A travers les âges_, a obtenu un égal succès.
-On lui doit aussi des drames en vers, _Loc’h Maria_, _Saint Louis_,
-_Tolbiac_, _Pour l’Honneur_, _Patria_, etc., ainsi que plusieurs
-volumes de critique littéraire: _Du Merveilleux dans la littérature
-française sous le règne de Louis XIV_; _L’Art poétique de Boileau_,
-commenté par Boileau et ses contemporains; les _Études et Causeries
-littéraires_, etc.
-
-[476] _Causeries littéraires_, 3 volumes; _Causeries du Samedi_, 3
-vol.; _Semaines littéraires_, 3 vol.; _Nouveaux Samedis_, 20 vol.;
-_Souvenirs d’un vieux critique_, 8 volumes.
-
-[477] _Souvenirs d’un vieux critique_, tomes IX et X; _Derniers
-Samedis_, 3 volumes.
-
-[478] Notice sur Armand de Pontmartin, en tête des _Épisodes
-littéraires_.
-
-[479] _Nouveaux Samedis_, t. IX, p. 317.
-
-[480] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. V, p. 178.
-
-[481] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. X, p. 197.
-
-[482] La comtesse Diane de Beausacq.
-
-[483] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. V, p. 132.
-
-[484] _Nouveaux Samedis_, t. IV, p. 211.
-
-[485] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. II, p. 296.
-
-[486] _Semaines littéraires_, t. II, p. 333.
-
-[487] _Nouveaux Samedis_, t. VIII, p. 330.
-
-[488] _Nouveaux Samedis_, t. XVII, p. 155.
-
-[489] _Nouveaux Samedis_, t. XIX, p. 362.
-
-[490] _Nouveaux Samedis_, t. XX, p. 1.
-
-[491] _Nouveaux Samedis_, t. XIX. p. 227.
-
-[492] _Nouveaux Samedis_, t. XII, p. 1.
-
-[493] _Nouveaux Samedis_, t. XVII, p. 279.
-
-[494] _Souvenirs d’un vieux critique_, t. VIII, p. 1.
-
-[495] _Nouveaux Samedis_, t. III, p. 267.
-
-[496] _Causeries littéraires._—_Semaines littéraires._—_Nouveaux
-Samedis._
-
-[497] Voir ci-dessus, page 369.
-
-[498] _Géorgiques_, livre IV.
-
-[499] Le livre fut saisi, et, pour arrêter les poursuites, il ne fallut
-rien moins que l’intervention de Gambetta. Je lis, à ce sujet, dans
-une lettre de Pontmartin à M. Jules Claretie, du 3 janvier 1875: «Que
-dites-vous de l’ami Barbey? Cette fois, c’est trop fort. Quand je
-conseillais la tolérance à ce fougueux absolutiste, je ne m’attendais
-pas à le voir conduire Joseph de Maistre dans une de ces maisons qui
-empruntent leur sous-titre à la plus belle des vertus chrétiennes.
-C’est dommage, car à ne juger son livre qu’en artiste, avec le
-dilettantisme impassible qu’on apporterait, par exemple, au musée
-secret de Naples, ce diable d’homme—66 ans—n’avait jamais rien fait de
-si fort. _Le Rideau cramoisi_, _Une Vengeance de femme_, et surtout _Un
-Dîner d’Athées_, sont trois magnifiques cantharides. Figurez-vous qu’au
-moment où j’ai appris la saisie, j’allais en parler, et je comptais
-plaider la _Possession_, comme on l’entendait au Moyen Age.»
-
-[500] Pontmartin m’écrivait, des Angles, le 4 décembre 1879: «A peine
-avais-je fait partir ma dernière lettre, que je me suis reproché de
-vous avoir parlé de M. Barbey d’Aurevilly avec cette amertume et de ce
-ton tranchant qui me va si mal. Royalistes et catholiques, la charité
-chrétienne est pour nous, en pareil cas, non seulement une vertu, mais
-une habileté, en face de tant d’ennemis acharnés contre nos croyances.
-Mes bonnes résolutions ont persisté... 24 heures. Un de mes amis
-avignonnais, vieux, spirituel et lettré, est venu me voir, levant les
-yeux au ciel, agitant un journal au-dessus de sa tête, se livrant à une
-pantomime qui traduisait le: «Où allons-nous?» de J. Prudhomme. C’était
-un n^o de _Paris-Journal_ (21 novembre), renfermant un feuilleton de
-B. d’Aur... sur _le Mariage de Figaro_. Mon ami, après m’avoir demandé
-une tasse de tilleul pour calmer ses nerfs, m’a lu le passage suivant:
-«En regardant M^{lle} Reichenberg, en voyant, à _genoux_, aux _pieds_
-de la comtesse, ces _jambes_ de femme qui ont leur _sexe_, je pensais
-aux _jambes_ sans sexe qu’il faudrait (je ne note que des indigences)
-à cette charmante et incertaine créature d’entre les deux _sexes_,
-qui s’appelle Chérubin; je songeais à ces jambes _si voluptueusement
-hermaphrodites_(!!) que Raphaël donne à ses _archanges_, et que montre
-en ce moment à tout Paris cette merveille d’Emma Juteau, _l’acrobate_
-du Cirque.» Pas de commentaires, cher ami; mais encore un remerciement
-et une cordialissime poignée de main.»—Ce jour-là, on le pense bien, je
-n’essayai même pas de plaider les circonstances atténuantes en faveur
-de Barbey d’Aurevilly.
-
-[501] Lettre du 24 octobre 1879.
-
-[502] François-Victor FOURNEL (1829-1894), érudit, critique et
-romancier; ses principaux ouvrages sont: _les Contemporains de
-Molière_, _la Littérature indépendante_, _les Rues du vieux Paris_,
-_l’Ancêtre_, _le Roman d’un père_, _Esquisses et croquis parisiens_.
-
-[503] Lettre du 1^{er} novembre 1865.
-
-[504] Cuvillier-Fleury demeurait à Passy, avenue Raphaël, 4.
-
-[505] _Journal des Débats_ du 28 novembre 1897.
-
-[506] Parce qu’il était Nimois et aussi parce qu’il a beaucoup de
-talent et qu’il est un parfait galant homme, M. Gaston Boissier est
-un des écrivains dont Pontmartin a toujours parlé avec le plus de
-sympathie. Voy. _Nouveaux Samedis_, t. III.
-
-[507] Voici les titres des sept nouvelles qui composent ce volume: _les
-Feux de paille_; _le Point d’orgue tragique_; _l’Impasse_; _English
-Spoken_; _la Veillée_; _la Véritable auberge des Adrets_; _Rachel à
-trois époques_.
-
-[508] Lettre du 11 novembre 1886.
-
-[509] Les _Épisodes littéraires_ ont paru dans le _Correspondant_ des
-25 octobre, 10 et 25 novembre, 10 et 25 décembre 1889, 10 janvier et 10
-mai 1890.
-
-[510] Ci-dessus chapitre VII, p. 130.
-
-[511] Il fut publié dans la _Gazette de France_ du 23 mars.—Au moment
-de sa mort (29 mars), Pontmartin avait _dix-huit_ articles d’avance aux
-bureaux de la _Gazette_. Ils parurent sans interruption pendant quatre
-mois. Le dernier, publié le 2 août 1890, est consacré au volume de M.
-Henry Houssaye sur _Aspasie, Cléopâtre,
-Théodora_. On le trouvera au tome I des _Derniers Samedis_; il est daté
-du 8 mars 1890.]
-
-[512] _Derniers Samedis_, t. II, p. 372.
-
-[513] _Nouveaux Samedis_, t. I, p. 114.
-
-[514] _Notice sur Armand de Pontmartin._
-
-[515] Le R. P. Elie Bonnet, de la Compagnie de Jésus. Il avait été
-aumônier militaire en Algérie, puis à Avignon pendant les cinq ou six
-ans où nos garnisons eurent des aumôniers. Il est mort au collège de
-Mongré (Rhône) en mars 1895.
-
-[516] Le 19 mars.—_Joseph_ était l’un de ses prénoms, et aussi celui de
-l’oncle qui l’avait tant aimé.
-
-[517] _Bulletin de l’Association amicale des anciens élèves de l’École
-libre de Saint-Joseph d’Avignon._ Juin 1890.
-
-[518] 28 mars.
-
-[519] Lettre du 2 avril 1890.
-
-[520] Ci-dessus, page 458.
-
-
-
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Armand de Pontmartin, sa vie et ses
-oeuvres 1811-1890, by Edmond Biré
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ARMAND DE PONTMARTIN ***
-
-***** This file should be named 50930-0.txt or 50930-0.zip *****
-This and all associated files of various formats will be found in:
- http://www.gutenberg.org/5/0/9/3/50930/
-
-Produced by Giovanni Fini, Clarity and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions will
-be renamed.
-
-Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
-law means that no one owns a United States copyright in these works,
-so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United
-States without permission and without paying copyright
-royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
-of this license, apply to copying and distributing Project
-Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm
-concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
-and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive
-specific permission. If you do not charge anything for copies of this
-eBook, complying with the rules is very easy. You may use this eBook
-for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports,
-performances and research. They may be modified and printed and given
-away--you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks
-not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the
-trademark license, especially commercial redistribution.
-
-START: FULL LICENSE
-
-THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
-
-To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase "Project
-Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full
-Project Gutenberg-tm License available with this file or online at
-www.gutenberg.org/license.
-
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project
-Gutenberg-tm electronic works
-
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or
-destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your
-possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
-Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound
-by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the
-person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph
-1.E.8.
-
-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this
-agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm
-electronic works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the
-Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
-of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual
-works in the collection are in the public domain in the United
-States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
-United States and you are located in the United States, we do not
-claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
-displaying or creating derivative works based on the work as long as
-all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
-that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting
-free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm
-works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
-Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily
-comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
-same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when
-you share it without charge with others.
-
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
-in a constant state of change. If you are outside the United States,
-check the laws of your country in addition to the terms of this
-agreement before downloading, copying, displaying, performing,
-distributing or creating derivative works based on this work or any
-other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no
-representations concerning the copyright status of any work in any
-country outside the United States.
-
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
-immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear
-prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work
-on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the
-phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed,
-performed, viewed, copied or distributed:
-
- This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
- most other parts of the world at no cost and with almost no
- restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it
- under the terms of the Project Gutenberg License included with this
- eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the
- United States, you'll have to check the laws of the country where you
- are located before using this ebook.
-
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is
-derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
-contain a notice indicating that it is posted with permission of the
-copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
-the United States without paying any fees or charges. If you are
-redistributing or providing access to a work with the phrase "Project
-Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply
-either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
-obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm
-trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
-additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
-will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works
-posted with the permission of the copyright holder found at the
-beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
-
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg-tm License.
-
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
-any word processing or hypertext form. However, if you provide access
-to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format
-other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official
-version posted on the official Project Gutenberg-tm web site
-(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
-to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
-of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain
-Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the
-full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1.
-
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works
-provided that
-
-* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
- to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has
- agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
- within 60 days following each date on which you prepare (or are
- legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
- payments should be clearly marked as such and sent to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
- Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg
- Literary Archive Foundation."
-
-* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
- License. You must require such a user to return or destroy all
- copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
- all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm
- works.
-
-* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
- any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
- receipt of the work.
-
-* You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg-tm works.
-
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
-Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than
-are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
-from both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and The
-Project Gutenberg Trademark LLC, the owner of the Project Gutenberg-tm
-trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below.
-
-1.F.
-
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
-Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm
-electronic works, and the medium on which they may be stored, may
-contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
-or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
-intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
-other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
-cannot be read by your equipment.
-
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
-of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium
-with your written explanation. The person or entity that provided you
-with the defective work may elect to provide a replacement copy in
-lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
-or entity providing it to you may choose to give you a second
-opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
-the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
-without further opportunities to fix the problem.
-
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
-OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
-LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of
-damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
-violates the law of the state applicable to this agreement, the
-agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
-limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
-unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
-remaining provisions.
-
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in
-accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
-production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm
-electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
-including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
-the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
-or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
-Defect you cause.
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
-
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
-mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
-volunteers and employees are scattered throughout numerous
-locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
-Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
-date contact information can be found at the Foundation's web site and
-official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
-
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
-state visit www.gutenberg.org/donate
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search
-facility: www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-
diff --git a/old/50930-0.zip b/old/50930-0.zip
deleted file mode 100644
index 055e550..0000000
--- a/old/50930-0.zip
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/50930-h.zip b/old/50930-h.zip
deleted file mode 100644
index 675733b..0000000
--- a/old/50930-h.zip
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/50930-h/50930-h.htm b/old/50930-h/50930-h.htm
deleted file mode 100644
index b123448..0000000
--- a/old/50930-h/50930-h.htm
+++ /dev/null
@@ -1,24560 +0,0 @@
-<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN"
- "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd">
-<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="fr" lang="fr">
- <head>
- <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=utf-8" />
- <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" />
- <title>
- The Project Gutenberg eBook of Armand de Pontmartin, by Edmond Biré.
- </title>
- <link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" />
- <style type="text/css">
-
-body {margin-left: 10%;
- margin-right: 10%;}
-
-div.limit {max-width: 35em;
- margin-left: auto;
- margin-right: auto;}
-
-.ln1 {position: absolute;
- text-align: right;
- top: auto;
- margin-left: -1em;}
-
-div.chapter {page-break-before: always;}
-
- h1,h2,h3 {text-align: center;
- clear: both;}
-
-p {margin-top: 0.2em;
- text-align: justify;
- margin-bottom: 0em;
- text-indent: 1.5em;}
-
-.pi4 {margin-top: 0.2em;
- text-align: justify;
- margin-bottom: 0em;
- text-indent: 0em;
- padding-left: 4em;}
-
-.pc {margin-top: 0.2em;
- text-align: center;
- margin-bottom: 0em;
- text-indent: 0em;}
-
-.pch {margin-top: 1.5em;
- font-size: 105%;
- font-weight: bold;
- text-align: center;
- margin-bottom: 1.5em;
- text-indent: 0em;
- font-family: sans-serif, serif;}
-
-.pch2 {margin-top: 1.5em;
- font-size: 105%;
- font-weight: bold;
- text-align: justify;
- padding-right: 2em;
- padding-left: 3em;
- font-family: sans-serif, serif;
- text-indent: -1em;}
-
-.pch3 {margin-top: 0em;
- font-size: 105%;
- font-weight: bold;
- text-align: center;
- margin-bottom: 1.5em;
- text-indent: 0em;
- font-family: sans-serif, serif;}
-
-.pcs {margin-top: 0em;
- font-size: 90%;
- line-height: 1em;
- padding-left: 3em;
- padding-right: 2em;
- text-align: justify;
- margin-bottom: 1.5em;
- text-indent: -1em;}
-
-.pc1 {margin-top: 1em;
- text-align: center;
- margin-bottom: 0em;
- text-indent: 0em;}
-
-.pc2 {margin-top: 2em;
- text-align: center;
- margin-bottom: 0em;
- text-indent: 0em;}
-
-.pc4 {margin-top: 4em;
- text-align: center;
- margin-bottom: 0em;
- text-indent: 0em;}
-
-.pn1 {margin-top: 1em;
- text-align: justify;
- margin-bottom: 0em;
- text-indent: 0em;}
-
-.pbq {margin-top: 0.2em;
- text-align: justify;
- line-height: 1em;
- margin-bottom: 0;
- text-indent: 1.2em;
- font-size: 90%;
- margin-left: 5%;
- margin-right: 5%;}
-
-.pr0 {margin-top: 0.2em;
- text-align: right;
- margin-bottom: 0em;
- text-indent: 0em;}
-
-
-.pr2 {margin-top: 0.2em;
- text-align: right;
- margin-bottom: 0em;
- padding-right: 2em;
- text-indent: 0em;}
-
-.pr4 {margin-top: 0.2em;
- text-align: right;
- margin-bottom: 0em;
- padding-right: 4em;
- text-indent: 0em;}
-
-.pr6 {margin-top: 0.2em;
- text-align: right;
- margin-bottom: 0em;
- padding-right: 6em;
- text-indent: 0em;}
-
-.pp6 {margin-top: 0em;
- font-size: 90%;
- text-align: left;
- margin-bottom: 0em;
- padding-left: 6em;
- text-indent: 0em;}
-
-.pp8 {margin-top: 0em;
- font-size: 90%;
- text-align: left;
- margin-bottom: 0em;
- padding-left: 8em;
- text-indent: 0em;}
-
-.pp12 {margin-top: 0em;
- font-size: 90%;
- text-align: left;
- margin-bottom: 0em;
- padding-left: 12em;
- text-indent: 0em;}
-
-.pfn4 {margin-top: 1em;
- font-size: 90%;
- text-align: justify;
- margin-bottom: 0;
- text-indent: 0em;
- margin-left: 4em;
- margin-right: 1em;}
-
-.pfn6 {margin-top: 1em;
- font-size: 90%;
- text-align: justify;
- margin-bottom: 0;
- text-indent: 0em;
- margin-left: 6em;
- margin-right: 1em;}
-
-.pfc4 {margin-top: 0.2em;
- font-size: 90%;
- text-align: justify;
- margin-bottom: 0;
- text-indent: 1.2em;
- margin-left: 4em;
- margin-right: 1em;}
-
-.pfr2 {margin-top: 0.2em;
- font-size: 90%;
- text-align: right;
- margin-bottom: 0;
- text-indent: 0em;
- margin-right: 3em;}
-
-.pep {margin-top: 0.2em;
- line-height: 1.5em;
- font-size: 110%;
- text-align: center;
- margin-bottom: 0em;
- text-indent: 0em;}
-
-.pni {margin-top: 0.5em;
- font-size: 90%;
- text-align: left;
- margin-left: 5%;
- margin-bottom: 0em;
- text-indent: -1em;}
-
-.ptn {margin-top: 0.3em;
- text-align: justify;
- margin-bottom: 0;
- text-indent: -1em;
- margin-left: 2%;}
-
-.p1 {margin-top: 1em;}
-.p2 {margin-top: 2em;}
-.p4 {margin-top: 4em;}
-
-.little {font-size: 60%;}
-.small {font-size: 75%;}
-.reduct {font-size: 90%;}
-.lmid {font-size: 110%;}
-.mid {font-size: 125%;}
-.large {font-size: 150%;}
-.elarge {font-size: 175%;}
-
-hr {width: 33%;
- margin-top: 2em;
- margin-bottom: 2em;
- margin-left: 33.5%;
- margin-right: 33.5%;
- clear: both;}
-
-hr.chap {width: 65%;
- margin-left: 17.5%;
- margin-right: 17.5%;}
-
-hr.full {width: 95%;
- margin-left: 2.5%;
- margin-right: 2.5%;}
-
-hr.d1 {width: 15%;
- margin-left: 42.5%;
- margin-right: 42.5%;
- margin-top: 2em;
- margin-bottom: 2em;}
-
-hr.d2 {width: 15%;
- margin-left: 42.5%;
- margin-right: 42.5%;
- margin-top: 4em;
- margin-bottom: 4em;}
-
-hr.d3 {width: 5%;
- margin-left: 47.5%;
- margin-right: 47.5%;
- margin-top: 0.5em;
- margin-bottom: 0.5em;}
-
-table {margin-left: auto;
- margin-right: auto;}
-
-#toc {width: 95%;
- line-height: 1em;
- margin-top: 1em;}
-
-#tt1 {width: 90%;
- line-height: 1em;}
-
-#ttb {width: 100%;
- font-size: 60%;
- line-height: 1em;
- margin-top: 0.5em;
- margin-bottom: 0.5em;}
-
-#tap {width: 70%;
- font-size: 90%;
- line-height: 1em;
- margin-top: 1em;}
-
- .tdl {text-align: left;}
- .tdr {text-align: right;}
- .tdc {text-align: center;}
-
- .tch {text-align: center;
- font-size: 130%;
- padding-top: 1em;
- text-indent: 0em;}
-
- .tsh {text-align: center;
- font-size: 110%;
- padding-top: 0.7em;
- text-indent: 0em;
- font-family: sans-serif, serif;}
-
- .tcs {text-align: justify;
- line-height: 0.9em;
- vertical-align: top;
- font-size: 90%;
- margin-top: 0.7em;
- padding-left: 2.5em;
- padding-right: 0.5em;
- padding-top: 0.5em;
- padding-bottom: 0.5em;
- text-indent: -2em;}
-
- .tdrl {text-align: right;
- vertical-align: bottom;}
-
- .ta {text-align: justify;
- padding-top: 0.2em;
- padding-left: 1em;
- padding-right: 0.5em;
- text-indent: -1em;}
-
-.pagenum { /* visibility: hidden; */
- position: absolute;
- left: 94%;
- color: gray;
- font-size: smaller;
- text-align: right;
- text-indent: 0em;
- font-style: normal;
- font-weight: normal;}
-
-.smcap {font-variant: small-caps;}
-.lowercase { text-transform: lowercase;}
-
-.figcenter {margin: auto;
- text-align: center;
- margin-top: 2em;
- margin-bottom: 2em;}
-
-.footnotes {border: dashed 1px;
- padding: 1em;}
-
-.label {position: absolute; right: 84%; text-align: right;}
-
-.fnanchor {vertical-align: super;
- font-size: .8em;
- text-decoration: none;
- font-style: normal;
- font-weight: normal;}
-
-.transnote {background-color: #E6E6FA;
- color: black;
- font-size:smaller;
- padding:0.5em;
- margin-bottom:5em;
- font-family:sans-serif, serif;}
- </style>
- </head>
-<body>
-
-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of Armand de Pontmartin, sa vie et ses oeuvres
-1811-1890, by Edmond Biré
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have
-to check the laws of the country where you are located before using this ebook.
-
-Title: Armand de Pontmartin, sa vie et ses oeuvres 1811-1890
-
-Author: Edmond Biré
-
-Release Date: January 15, 2016 [EBook #50930]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ARMAND DE PONTMARTIN ***
-
-
-
-
-Produced by Giovanni Fini, Clarity and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-<div class="limit">
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_i" id="Page_i">[i]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<div class="transnote p4">
-<p class="pc large">NOTES SUR LA TRANSCRIPTION:</p>
-<p class="ptn">&mdash;Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.</p>
-<p class="ptn">&mdash;On a conservé l’orthographie de l’original, incluant ses variantes.</p>
-<p class="ptn">&mdash;La couverture de ce livre électronique a été crée par le transcripteur;
-l’image a été placée dans le domaine public.</p>
-</div></div>
-
-<div class="chapter">
-
-<p class="pc4 elarge">ARMAND DE PONTMARTIN</p>
-<p class="pc1 large">SA VIE ET SES ŒUVRES</p>
-<p class="pc2 lmid">1811-1890</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_ii" id="Page_ii">[ii]</a><br /><a name="Page_iii" id="Page_iii">[iii]</a><br /><a name="Page_iv" id="Page_iv">[iv]</a></span></p>
-
-<div class="figcenter">
- <img src="images/fr.jpg" width="400" height="539"
- alt=""
- title="" />
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_v" id="Page_v">[v]</a></span></p>
-
-<p class="pc4 large">EDMOND BIRÉ</p>
-
-<hr class="d1" />
-
-<h1>ARMAND DE PONTMARTIN</h1>
-<p class="pc2 elarge">SA VIE ET SES ŒUVRES</p>
-<p class="pc2 mid">1811-1890</p>
-<hr class="d2" />
-<p class="pc large">PARIS</p>
-<p class="pc1 mid">GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS</p>
-<p class="pc1 lmid">6, <span class="smcap lowercase">RUE DES SAINTS-PÈRES</span>, 6</p>
-
-<hr class="d3" />
-
-<p class="pc">1904</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_vi" id="Page_vi">[vi]</a><br /><a name="Page_mi" id="Page_mi">[i]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4"><i>PRÉFACE</i></h2>
-
-<p class="p2"><i>Très nombreux sont les documents que j’ai eus à
-ma disposition pour écrire ce volume. Dans ses</i>
-Mémoires, <i>Pontmartin a fait à l’imagination une
-part peut-être trop large; ils n’en sont pas moins
-très sincères et demeurent, pour son biographe, une
-source précieuse de renseignements. Les souvenirs
-abondent, et cette fois presque toujours très exacts,
-dans ses Causeries littéraires, et en particulier dans
-les vingt volumes des</i> Nouveaux Samedis <i>et dans les
-dix volumes des</i> Souvenirs d’un vieux critique. <i>Mais
-c’est surtout sa Correspondance qui m’a été d’un
-puissant secours. Outre quelles sont charmantes,&mdash;on
-le verra bien,&mdash;ses lettres, écrites de premier jet,
-toujours sous l’impression du moment, nous apprennent
-tout de sa vie, de son caractère, de ses sentiments.
-Il a écrit là, au jour le jour, ses vrais Mémoires.
-Aux lettres que, pendant plus de trente ans,
-il n’avait cessé de m’adresser et où il ne taisait rien
-de ses joies et de ses deuils, de ses succès et de ses
-mécomptes, sont venues se joindre d’autres correspondances,
-celles qu’il entretenait avec Joseph Autran,<span class="pagenum"><a name="Page_mii" id="Page_mii">[ii]</a></span>
-Victor de Laprade, Cuvillier-Fleury, Alfred
-Nettement, Jules Claretie. La communication m’en
-a été libéralement accordée par M<sup>me</sup> et M. Jacques
-Normand, fille et gendre d’Autran, par MM. Victor
-et Paul de Laprade, par M<sup>me</sup> Victor Tiby, fille de
-Cuvillier-Fleury, par M<sup>lle</sup> Marie-Alfred Nettement,
-par M. Claretie. Que tous reçoivent ici l’expression
-de ma profonde gratitude! Mon livre, cependant,
-eût été incomplet si je n’avais eu l’aide, précieuse
-entre toutes, de M. Henri de Pontmartin, qui m’a
-soutenu de ses conseils et qui m’a si gracieusement
-ouvert le trésor de ses souvenirs. Qu’il en soit particulièrement
-remercié!</i></p>
-
-<p><i>J’ai été l’ami d’Armand de Pontmartin: l’affection
-et la reconnaissance ont-elles influencé mes jugements?
-M’ont-elles conduit à parler de lui et de
-ses œuvres avec trop de faveur? Je ne le crois pas.
-Comme l’abbé de Féletz, qui venait de louer un de
-ses amis, je crois être en droit de dire: «L’amitié
-que j’ai pour lui n’a point enflé les éloges que je lui
-ai donnés; elle n’a pas dû m’empêcher de lui rendre
-justice: elle a fait seulement que je lui ai donné ces
-éloges et rendu cette justice avec plus de plaisir<a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a>.»</i></p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_1" id="Page_1">[1]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<p class="pc4 elarge">ARMAND DE PONTMARTIN</p>
-
-<hr class="full" />
-
-<h2 class="p4">CHAPITRE PREMIER</h2>
-
-<p class="pch">LA FAMILLE ET L’ENFANCE<br />
-(1811-1823)</p>
-
-<p class="pcs">Les <i>Ferrar</i>. Le traducteur du Tasse. Le comte Joseph-Antoine
-et <i>Monsieur des Angles</i>. L’Émigration. En Ukraine.&mdash;Retour
-aux Angles. L’<i>Oncle Joseph</i>. M. Eugène de Pontmartin et
-M<sup>lle</sup> Émilie de Cambis. La marquise de Guerry et <i>les Trois
-Veuves</i>.&mdash;Naissance d’Armand de Pontmartin. L’hôtel de
-Calvière et Mademoiselle de Sombreuil. La Mission de 1819
-et le voyage de la duchesse d’Angoulême. Virgile et M. Ract-Madoux.</p>
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>Armand de Pontmartin n’a jamais voulu être
-autre chose qu’un écrivain, un homme de lettres.
-Rien ne lui était plus déplaisant que de s’entendre
-appeler <i>Monsieur le Comte!</i> Démocrate, il ne l’était
-guère; cela ne l’empêchait pas d’avoir en horreur
-les généalogies et tout ce qui ressemblait à des
-préoccupations aristocratiques. Que de fois il s’est
-égayé à propos d’écrivains-gentilshommes qui,
-dans leurs <i>Mémoires</i>, commencent par déclarer<span class="pagenum"><a name="Page_2" id="Page_2">[2]</a></span>
-avec fracas qu’ils n’admettent d’autre distinction
-que celles de l’intelligence, et qui, ensuite, ne
-nous font grâce, ni d’un quartier, ni d’un détail
-héraldique! Le jour où, sur mes instances, il consentit
-enfin à écrire ses Mémoires, ses souvenirs
-d’enfance et de jeunesse, il évita soigneusement de
-parler de ses <i>ancêtres</i>; des origines et de l’ancienneté
-de sa famille, il ne dit pas un mot. Je n’ai
-pas le droit d’être aussi discret que lui. Le premier
-devoir d’un biographe est de replacer dans son
-<i>milieu</i> celui dont il écrit la vie, de faire connaître
-ses parents, de remonter au moins à deux ou trois
-générations en arrière.</p>
-
-<p class="p2">Le nom patronymique des Pontmartin est
-<i>Ferrar</i> et se montre d’abord à Avignon sous
-Henri IV. Les Ferrar étaient sans doute d’origine
-italienne, comme tant d’autres familles avignonnaises;
-ce qui le ferait croire, c’est cette orthographe
-d’un nom en <i>ar</i> sans autre consonne
-finale, qui semble une transcription littérale du
-nom italien <i>Ferrari</i>. Sous Louis XIII, un Ferrar
-va d’Avignon s’établir à Montpellier, où il acquiert
-le titre et remplit les fonctions de Conseiller à la
-Cour des comptes, aides et finances de cette
-ville. Cet office devint héréditaire dans la famille
-et se transmit d’aîné en aîné jusqu’à la fin
-du <span class="smcap lowercase">XVIII</span><sup>e</sup> siècle. La branche aînée possédait aussi
-le domaine de Pontmartin<a name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a><a href="#Footnote_2_2" class="fnanchor">[2]</a>, acquis en 1625.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_3" id="Page_3">[3]</a></span></p>
-
-<p>Suivant l’usage des familles parlementaires, les
-aînés, tout en possédant ce domaine, érigé pour
-eux en seigneurie en 1644, n’en portaient pas le
-nom et s’appelaient Messieurs de Ferrar; ils laissaient
-prendre ce nom à leurs cadets, dépourvus
-de tout apanage. Un de ces conseillers, Antoine,
-traduisit, non sans succès, la <i>Jérusalem délivrée</i>,
-du Tasse, ce qui lui a valu de figurer dans la
-<i>Biographie universelle</i> de Michaud<a name="FNanchor_3_3" id="FNanchor_3_3"></a><a href="#Footnote_3_3" class="fnanchor">[3]</a>. La branche
-aînée s’éteignit à l’époque de la Révolution et les
-trois filles du dernier représentant de cette branche
-vendirent au père de l’écrivain, en 1813, le domaine
-de Pontmartin.</p>
-
-<p>Tandis que les aînés conservaient avec soin leur
-office de judicature, les cadets se tournaient du
-côté des armes. Le traducteur du Tasse avait un
-frère officier. Un autre de ses frères, son successeur
-dans sa charge (car lui-même mourut sans être
-marié), eut deux fils officiers, outre l’aîné qui, bien
-entendu, se réserva pour la magistrature. L’un
-devint général au service de l’Espagne et mourut,
-vers 1750, gouverneur de Lérida. L’autre, Antoine,
-qui porta toujours le double nom de Ferrar de
-Pontmartin, fit la campagne d’Espagne sous le
-Régent comme capitaine au régiment de Rouergue:
-forcé par une blessure de quitter le service actif,
-il fut nommé directeur général des fortifications du
-Roussillon. Il mourut à Perpignan, en 1748, laissant
-un fils âgé de quatre ans, Joseph-Antoine. Sa<span class="pagenum"><a name="Page_4" id="Page_4">[4]</a></span>
-veuve n’eut pour toute ressource qu’une pension
-de deux cents livres et traversa quelques années de
-cruelle misère; mais en 1753 elle eut le bonheur
-de faire admettre son fils à l’École militaire, récemment
-fondée à Paris. Joseph-Antoine (ce fut
-le grand-père d’Armand de Pontmartin) eut une
-carrière militaire extrêmement brillante. C’était un
-homme superbe, un cavalier incomparable, dont
-il est fait mention dans plusieurs ouvrages du
-temps. Sorti de l’école à seize ans, en 1760, il fit
-les dernières campagnes de la guerre de Sept Ans.
-Son avancement fut rapide. Il était en 1780 mestre
-de camp commandant le régiment Commissaire-général-cavalerie,
-chevalier de Saint-Louis, titré
-de comte dans ses brevets. Lieutenant des gardes
-du corps en 1784, il n’avait que quarante-cinq ans
-en 1789 et pouvait espérer arriver plus haut. La
-Révolution brisa sa carrière. Il devait devenir plus
-tard maréchal de camp, mais seulement en 1798,
-pendant l’émigration, et en vertu d’un brevet daté
-de Blankenbourg et signé par le roi de France en
-exil.</p>
-
-<p>En 1781, son grade de mestre de camp, et peut-être
-aussi sa belle prestance lui avaient valu de
-faire un mariage qui, de la situation d’officier sans
-fortune, l’avait fait passer à celle de grand propriétaire.
-Il avait épousé, le 20 mars 1781, dans
-l’église du village des Angles<a name="FNanchor_4_4" id="FNanchor_4_4"></a><a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor">[4]</a>, Jeanne-Thérèse
-Calvet des Angles, d’une famille de bonne bourgeoisie<span class="pagenum"><a name="Page_5" id="Page_5">[5]</a></span>
-avignonnaise; son père était capitaine au
-régiment de Guienne et chevalier de Saint-Louis;
-sa mère était fille d’un bâtonnier des avocats au
-Parlement de Paris. Elle était l’héritière du domaine
-des Angles et même de la seigneurie de ce
-nom, acquise par son oncle, l’homme important de
-la famille, <i>Monsieur des Angles</i>, comme on l’appelle,
-celui qui bâtit la maison où a vécu et où est
-mort Armand de Pontmartin.</p>
-
-<p>Elle eut deux fils, Joseph, né le 12 janvier 1782,
-et Eugène, né le 6 février 1783. Devenus presque
-aussitôt orphelins, M<sup>me</sup> de Pontmartin étant morte
-à vingt-sept ans des suites de sa seconde couche;
-privés de la présence de leur père que sa carrière
-retenait dans de lointaines garnisons, Valenciennes
-d’abord, puis Versailles, les deux enfants trouvèrent
-une seconde mère dans une cousine de celle
-qu’ils avaient perdue, personne d’une exquise bonté,
-qui se dévoua à eux et ne les quitta plus.</p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>A la fin de 1791, M. de Pontmartin émigra en
-Suisse et s’établit provisoirement à Vevey, où ses
-fils allèrent le rejoindre. De là, on alla à Soleure,
-où les enfants passèrent deux ans au collège des
-Oratoriens de Bellelay. Ils y prirent le goût des
-lettres, en dépit de dures privations, souffrant du
-froid et même un peu de la faim. Les maîtres<span class="pagenum"><a name="Page_6" id="Page_6">[6]</a></span>
-étaient comme eux des émigrés, dénués de toutes
-ressources. Au printemps de 1793, la famille est
-à Vienne, d’où elle passe bientôt en Pologne, puis
-en Ukraine, dans un domaine rural appele Boubenoska.
-Un peu plus tard, on se fixe à Tulczin, toujours
-en Ukraine. Dans cette petite ville de la
-Russie polonaise, nos émigrés retrouvent comme
-un petit coin de France, où l’ancien lieutenant des
-gardes du corps essaie par moments d’oublier ses
-peines en ravivant les douces et mélancoliques
-images de Versailles et de Trianon. Il y avait là,
-en effet, presque tous les Polignac, la comtesse
-Diane, non pas la brillante amie de la reine Marie-Antoinette,
-mais sa belle-sœur, non mariée, et
-avec elle ses trois neveux, Jules, Armand et Melchior
-de Polignac, qui se lièrent étroitement avec
-Joseph et Eugène de Pontmartin.</p>
-
-<p>Faisant contre fortune bon cœur, les pauvres
-émigrés avaient organisé chez le comte Vincent
-Potocki, au château de Kovalovka, une troupe de
-comédie et d’opéra-comique; on jouait <i>Nina ou la
-Folle par amour</i>, <i>Zémire et Azor</i>, <i>le Déserteur</i>,
-<i>Richard Cœur de Lion</i>. On jouait aussi les pièces
-d’un membre de la colonie, l’abbé Chalenton.
-Lorsque Armand de Pontmartin arriva à Paris, en
-octobre 1823, pour faire ses classes, l’abbé Chalenton
-vivait encore. Il venait voir souvent les
-Pontmartin, et il déclara un jour que notre collégien
-aurait des prix de mémoire, parce que celui-ci
-venait de lui réciter toute une tirade de sa comédie
-de <i>Monsieur de Porcalaise</i> ou <i>le Gourmand</i>,<span class="pagenum"><a name="Page_7" id="Page_7">[7]</a></span>
-composée tout exprès pour être représentée sur le
-théâtre de Kovalovka. Il y en avait trois comme
-celle-là, et l’abbé les avait recueillies dans un volume,
-sous ce pseudonyme: <i>Par un nouveau Sarmate</i>.</p>
-
-<p>Une voisine de Kovalovka, la comtesse Moczinska,
-très riche, mais d’une noblesse inférieure à
-celle des Potocki, avait offert la plus généreuse
-hospitalité à M. de Pontmartin et à ses deux fils.
-Un jour, le voyant découragé par les lenteurs des
-années d’exil, elle lui dit: «Vous retournerez en
-France; vous rentrerez dans votre maison; moi,
-j’irai vous faire une visite, et vous demander l’hospitalité
-que je suis si heureuse de vous offrir.» Son
-âge et l’état de l’Europe et de la France, à la veille
-du 18 Brumaire, rendaient sa prédiction bien invraisemblable.
-Pourtant, elle arriva, fidèle à sa
-promesse, en avril 1803, avec une suite nombreuse
-où figurait un jeune médecin, qui fut plus tard le
-célèbre docteur Double<a name="FNanchor_5_5" id="FNanchor_5_5"></a><a href="#Footnote_5_5" class="fnanchor">[5]</a>, membre de l’Académie
-des sciences, père de Léopold Double, le fameux
-collectionneur, et beau-père du non moins fameux
-Libri, qui collectionnait, lui aussi, à sa façon.</p>
-
-<p>Chez la comtesse Moczinska, M. de Pontmartin
-fit connaissance avec Souvarow, qui lui offrit un
-grade de général dans l’armée russe: il opposa à
-toutes les instances qui lui furent faites un refus
-inébranlable.</p>
-
-<p>En 1801, il rentra en France, mais il ne voulut<span class="pagenum"><a name="Page_8" id="Page_8">[8]</a></span>
-pas quitter l’Ukraine avant d’avoir épousé la compagne
-de son émigration, la seconde mère de ses
-enfants. Ce mariage fut célébré à Tulczin, le 17
-mars 1801, sur une permission accordée en latin
-et en polonais par l’évêque de Kaminiec.</p>
-
-<p>On retrouva la propriété des Angles intacte;
-c’était un bien de mineurs, et ces mineurs n’avaient
-pas été considérés comme volontairement émigrés.
-Même la belle allée de marronniers, qui devait
-presque jouer un rôle dans la vie littéraire de l’auteur
-des <i>Samedis</i>, avait été sauvée par le dévouement
-d’un fermier. M. de Pontmartin envoya
-alors ses fils à Paris pour y compléter des études
-que tant de déplacements et de hasards avaient dû
-singulièrement contrarier. Il mourut aux Angles
-le 3 août 1806. Sa veuve, qui lui survécut jusqu’en
-1824, eut le temps de connaître et de combler
-de gâteries maternelles cet Armand qu’elle considérait
-comme son petit-fils et qui, au terme de sa
-vie, parlait encore avec une tendre reconnaissance
-de celle que ses parents et lui n’avaient jamais appelée
-que <i>Tatan-Bonne</i>.</p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>Des deux fils de l’ancien émigré, l’aîné ne se
-maria point; il ne devait être, toute sa vie, que
-l’<i>oncle Joseph</i>. Très bel enfant en naissant, il<span class="pagenum"><a name="Page_9" id="Page_9">[9]</a></span>
-éprouva pendant les jours de trouble qui suivirent
-la mort de sa mère un accident qui le rendit contrefait.
-L’oncle Joseph était donc bossu et d’une
-santé excessivement délicate. Mais ni cette épreuve
-ni toutes celles qu’il subit pendant l’émigration
-n’avaient altéré son humeur. Personne n’eut plus
-d’entrain, plus de bonne grâce dans les relations
-mondaines, une plus souriante bonté. Il avait cédé
-tous les droits du chef de famille à son frère, dont il
-ne se sépara d’ailleurs jamais. Quand il eut un
-neveu, on peut deviner de quelle affection il l’entoura
-et avec quel soin il s’occupa de son éducation:
-il fut son premier maître, l’initia au latin
-et au grec, et aussi à la chasse et au dessin, ses
-deux passions. L’oncle Joseph avait fait ses études
-à bâtons rompus, mais il avait conservé le goût
-des humanités; il s’y remit avec ardeur quand
-vinrent les années de collège d’Armand; bref,
-quand l’oncle et le neveu se trouvaient, par hasard,
-éloignés l’un de l’autre durant quelques semaines,
-ils s’écrivaient presque chaque jour, mais leur correspondance
-ne s’échangeait qu’en vers latins!
-Humaniste émérite, botaniste distingué, M. Joseph
-de Pontmartin était, en outre, un paysagiste de
-talent, et la peinture était, avec l’éducation de son
-neveu, la principale occupation de sa vie. Les vues
-prises par lui d’après nature dans ses promenades
-et ses voyages forment un album d’aquarelles et de
-sépias, qui sont, non d’un simple amateur, mais
-d’un véritable artiste. A l’huile, il pratiqua malheureusement
-un genre aujourd’hui démodé, le<span class="pagenum"><a name="Page_10" id="Page_10">[10]</a></span>
-<i>paysage composé</i>: Corot n’était pas encore venu!
-Néanmoins, le genre une fois admis, on trouve à
-ces petits tableaux de sérieuses qualités. Leur auteur
-savait son métier. S’il lui avait pris fantaisie,
-aux environs de 1825, d’envoyer ses paysages au
-Salon de peinture, ils n’auraient pas fait trop mauvaise
-figure à côté des toiles de Bidault et de Jean-Victor
-Bertin. L’oncle Joseph eut le chagrin de
-survivre à son frère; il mourut à Paris, où il avait
-suivi sa belle-sœur et son neveu, le 13 janvier 1832,
-le lendemain du jour où il avait eu cinquante ans.</p>
-
-<p>Son frère, Castor-Louis-Eugène, qui le suivit
-d’un an dans la vie et le précéda d’un an dans la
-mort, avait hérité de la haute taille et de la belle
-figure de leur père. Il avait tout près de six pieds,
-et son fils, si grand pourtant, paraissait petit à côté
-de lui. Eugène avait la plupart des goûts et des aptitudes
-de l’oncle Joseph, sauf qu’il négligeait l’aquarelle
-et le paysage composé pour se livrer à l’étude
-de la philosophie. Comme lui, il s’occupa avec un
-intérêt passionné des études classiques de son cher
-Armand; mais il n’avait pas le caractère enjoué de
-son frère. Malgré une bonté et une douceur sans
-bornes, il eut toujours quelque chose de mélancolique,
-comme s’il eût prévu qu’il était destiné à
-mourir à quarante-huit ans, de celle de toutes
-les maladies qui porte le plus à la tristesse, un
-cancer à l’estomac. Sa piété était austère, avec
-peut-être une nuance de jansénisme inconscient.
-Il n’allait au théâtre que pour voir de loin en loin
-jouer une tragédie. Une seule fois, il y alla pour<span class="pagenum"><a name="Page_11" id="Page_11">[11]</a></span>
-une comédie, l’<i>École des Vieillards</i><a name="FNanchor_6_6" id="FNanchor_6_6"></a><a href="#Footnote_6_6" class="fnanchor">[6]</a>, de Casimir
-Delavigne, et encore savait-il qu’il y retrouverait
-Talma. Si plus tard il lui arriva de se relâcher de
-cette rigueur, c’était afin d’accompagner, pour le
-récompenser de ses succès, son fils qui a toujours
-été un peu réfractaire à la tragédie. De tous ceux
-que j’ai nommés ou nommerai dans ces pages,
-celui-là était sans doute le meilleur, et je n’oublierai
-jamais avec quelle affectueuse vénération
-son fils parlait de lui.</p>
-
-<p>En décembre 1807, à vingt-quatre ans, il
-épousa à Montpellier Émilie de Cambis, qui avait
-vingt ans. La famille de Cambis, venue de Florence
-au <span class="smcap lowercase">XV</span><sup>e</sup> siècle, tenait le premier rang à Avignon,
-soit par les fonctions qu’elle y exerçait au nom du
-Pape, soit par sa popularité presque égale à celle
-des Crillon, soit par tous les serviteurs distingués
-qu’elle avait donnés à la France, en vertu du privilège
-de <i>régnicoles</i> accordé par François I<sup>er</sup> aux
-habitants d’Avignon et du Comtat. Ce mariage
-présentait, au point de vue des idées aristocratiques,
-une certaine disproportion; mais la belle
-mine, la vertu et la fortune relative du marié équivalaient
-à un supplément de parchemins; d’ailleurs,
-au lendemain de la Révolution et de ses
-ruines, on devait se montrer moins exigeant qu’on
-ne l’eût été vingt ans plus tôt. M<sup>lle</sup> de Cambis était
-petite, avec de gros traits, un teint bilieux qui lui<span class="pagenum"><a name="Page_12" id="Page_12">[12]</a></span>
-était commun avec son frère, le futur pair de
-France; mais, par ses qualités morales, sa haute
-intelligence, son instruction, c’était une femme
-supérieure. Quelles que fussent les charmantes
-qualités d’esprit de son mari et de son beau-frère,
-comme on le voit presque toujours quand on étudie
-les origines des hommes de talent, c’est de sa
-mère qu’Armand de Pontmartin tenait ses brillantes
-facultés comme les traits de son visage; de
-son père il n’avait gardé que la haute taille.</p>
-
-<p>Émilie de Cambis avait, comme son mari, passé
-par bien des épreuves. Née à Avignon, elle avait
-été emmenée à Chartres par son père, Henri de
-Cambis d’Orsan, marquis de Lagnes, colonel de
-dragons, qui fuyait les excès de la Révolution.
-A Chartres, il fut mis en prison et y mourut le
-5 janvier 1793; le procès du Roi et la perspective
-du sort réservé à l’auguste victime lui avaient
-porté un coup dont il ne put se relever. Sa veuve,
-Augustine de Grave, se retira alors à Montpellier,
-son pays natal, avec ses trois enfants, Henriette,
-Auguste et Émilie, qui, admirablement doués tous
-les trois, firent ensemble et presque sans maîtres
-des études exceptionnellement approfondies.
-M<sup>me</sup> de Cambis avait deux frères: l’aîné, le marquis
-de Grave, capitaine au régiment d’Hervilly,
-fut tué à Quiberon le 21 juillet 1795; le second,
-le chevalier de Grave, plus tard marquis, fut pendant
-quelques semaines, du 10 mars au 8 mai 1792,
-ministre de la Guerre du roi Louis XVI. Décrété
-d’accusation le 27 août 1792, il se réfugia en Angleterre,<span class="pagenum"><a name="Page_13" id="Page_13">[13]</a></span>
-d’où il ne revint qu’en 1804. Louis XVIII
-le nomma pair de France le 17 août 1815. Il
-mourut sans enfants le 16 janvier 1823<a name="FNanchor_7_7" id="FNanchor_7_7"></a><a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor">[7]</a>. Son
-frère avait laissé une fille, qui épousa sous l’Empire
-le marquis de Guerry, Vendéen de race et de sentiments,
-et qui ne tarda pas à devenir veuve, son
-mari ayant été tué lors de la prise d’armes de 1815.
-Ce beau-père fusillé à Quiberon, ce gendre tué au
-combat des Mathes, il me semble bien les avoir
-déjà rencontrés quelque part. Ajoutez-y par l’imagination
-une troisième génération qui sera la dernière,
-un autre Vendéen mourant, lui aussi, pour
-le Roi, à la Pénissière, en 1832, et vous avez les
-<i>Trois Veuves</i><a name="FNanchor_8_8" id="FNanchor_8_8"></a><a href="#Footnote_8_8" class="fnanchor">[8]</a>, une des premières et l’une des
-plus remarquables nouvelles d’Armand de Pontmartin.
-J’ai toujours pensé que ce petit récit était
-né du souvenir des morts héroïques qui avaient
-voué M<sup>me</sup> de Guerry à un deuil éternel. Cette tragique
-histoire d’une cousine germaine de sa mère,
-contée souvent à la veillée, avait dû lui causer une
-ineffaçable impression<a name="FNanchor_9_9" id="FNanchor_9_9"></a><a href="#Footnote_9_9" class="fnanchor">[9]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_14" id="Page_14">[14]</a></span></p>
-
-<p>M<sup>me</sup> de Cambis, revenue à Montpellier, comme
-je l’ai dit, après avoir perdu son mari, vécut dans
-cette ville jusqu’à sa mort, en 1821. Armand, dans
-ses jeunes années, fut souvent conduit en visite
-chez cette vénérable et très vénérée aïeule. L’aînée
-de ses filles, Henriette, une sainte, avait
-épousé, en 1798, un Cambis d’une autre branche,
-habitant les Cévennes; elle eut cinq enfants, cousins
-germains et amis d’enfance de Pontmartin.
-Tous l’ont précédée dans la tombe; le dernier disparu
-est l’abbé Adalbert de Cambis, longtemps
-premier vicaire de Saint-Sulpice, mort en 1879.</p>
-
-<h3>IV</h3>
-
-<p>Jamais ménage ne fut plus uni que celui de
-<span class="pagenum"><a name="Page_15" id="Page_15">[15]</a></span>M. et de M<sup>me</sup> Eugène de Pontmartin; ils avaient
-les mêmes goûts, les mêmes sentiments, les
-mêmes vertus austères. M<sup>me</sup> de Pontmartin n’alla
-jamais au théâtre. Elle lisait et relisait sans cesse
-les grands écrivains religieux du <span class="smcap lowercase">XVII</span><sup>e</sup> siècle,
-Bossuet, Bourdaloue, Massillon. Elle a aimé ardemment
-son fils, l’a trop gâté peut-être. Entre
-eux, l’intimité fut toujours grande; toujours il lui
-fut doux de parler d’elle et d’évoquer son image.
-Je ne sais pourtant s’il n’y avait point, dans la
-voix de Pontmartin, plus d’émotion encore, plus
-d’infinie tendresse, quand il parlait de son père et
-de l’<i>oncle Joseph</i>; c’est qu’aussi on ne trouve pas
-facilement d’autres <i>bontés</i> comme celles-là.</p>
-
-<p>M. de Pontmartin et sa jeune femme vinrent
-s’établir aux Angles et louèrent pour l’hiver un
-appartement à Avignon, rue Sainte-Praxède, dans
-la maison d’une famille amie, la famille d’Oléon.
-C’est là que vint au monde, après une attente de
-près de quatre ans, leur premier et unique enfant,
-Armand, né le 16 juillet 1811<a name="FNanchor_10_10" id="FNanchor_10_10"></a><a href="#Footnote_10_10" class="fnanchor">[10]</a>; il fut baptisé le<span class="pagenum"><a name="Page_16" id="Page_16">[16]</a></span>
-lendemain dans l’église de Saint-Agricol, alors
-cathédrale d’Avignon; le parrain fut l’oncle
-Joseph, et la marraine, M<sup>me</sup> de Cambis, la grand’mère
-maternelle.</p>
-
-<p>Les douze premières années de sa vie se passèrent
-en grande partie aux Angles, avec un séjour
-de quelques mois chaque hiver à Avignon, dans
-un appartement qui n’était plus celui de la rue
-Sainte-Praxède, mais qui se trouvait rue Saint-Marc,
-dans l’hôtel du marquis de Calvière<a name="FNanchor_11_11" id="FNanchor_11_11"></a><a href="#Footnote_11_11" class="fnanchor">[11]</a>,
-devenu quelques années plus tard la résidence des<span class="pagenum"><a name="Page_17" id="Page_17">[17]</a></span>
-Pères Jésuites. Armand de Pontmartin avait un
-vague souvenir des événements de 1815, des efforts
-énergiques et couronnés de succès que fit son père
-pour empêcher une bande de pêcheurs du Rhône,
-d’un royalisme trop exalté, d’aller à la Vernède,
-à l’extrémité du territoire de la commune des
-Angles, piller le château d’un général bonapartiste, le
-général Gilly. Il se rappelait avec plus de
-précision cette lugubre soirée de février 1820, où
-son père et un autre locataire de la maison Calvière,
-ayant entendu circuler de sinistres rumeurs,
-se rendirent à la préfecture et revinrent un quart
-d’heure après en disant: «Hélas! c’est trop vrai!
-le duc de Berry est assassiné!» Quelques jours
-plus tard, M. de Pontmartin se trouvait seul aux
-Angles; on lui envoya d’Avignon une pauvre
-femme, presque une mendiante, qui lui dit ces
-simples mots: «Cazes<a name="FNanchor_12_12" id="FNanchor_12_12"></a><a href="#Footnote_12_12" class="fnanchor">[12]</a> n’est plus rien!» Dans
-son enthousiasme, il lui donna cinq francs pour
-la récompenser d’avoir apporté une si bonne nouvelle,
-et pourtant, il était d’un caractère modéré, il
-ne partageait aucune des passions des <i>ultras</i>; mais
-il lui arrivait parfois, comme à beaucoup d’honnêtes
-gens de ce temps-là, d’être plus royaliste
-que le roi. Comment ne se serait-il pas réjoui de<span class="pagenum"><a name="Page_18" id="Page_18">[18]</a></span>
-la chute de M. Decazes, puisque ce ministre était
-la bête noire de tous les <i>blancs</i> de 1820?</p>
-
-<p>M. et M<sup>me</sup> de Pontmartin allaient peu dans le
-monde, et presque chaque soir, pendant une heure,
-on faisait une lecture à la table de famille, le plus
-souvent dans <i>les Essais de morale</i> de Nicole. A
-certains jours, on s’humanisait un peu, et on
-lisait les <i>Oraisons funèbres</i> de Bossuet, Corneille,
-Racine, voire même <i>le Misanthrope</i> et <i>les Femmes
-savantes</i>. Dans ce vieil hôtel de Calvière, d’une si
-fière mine avec son escalier monumental, son
-portique d’ordre toscan, ses moulures en pierre
-et ses panneaux de boiseries sculptées, avec ses
-niches veuves de leurs statues, son bassin et sa
-fontaine <i>rocaille</i>, habitait aussi M<sup>me</sup> de Villelume,
-née de Sombreuil, l’héroïne des massacres de Septembre.
-Son mari avait été envoyé à Avignon
-comme gouverneur de la succursale des Invalides.
-Elle venait quelquefois dîner chez M. de Pontmartin,
-et ces jours-là on ne servait sur la table
-que du vin blanc<a name="FNanchor_13_13" id="FNanchor_13_13"></a><a href="#Footnote_13_13" class="fnanchor">[13]</a>!</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_19" id="Page_19">[19]</a></span></p>
-
-<p>Les douze premières années d’Armand de Pontmartin,
-avant son départ pour Paris, ne lui avaient
-laissé, à travers les visions confuses de son
-enfance, que deux souvenirs bien distincts: la
-mission des <i>Pères de la Foi</i>, ayant à leur tête le
-P. Guyon, dont la parole rappelait celle du P. Bridaine,
-et le voyage de <i>MADAME</i>, duchesse d’Angoulême.</p>
-
-<p>La mission des <i>Pères de la Foi</i> est restée légendaire
-à Avignon. Commencée le 28 février 1819,<span class="pagenum"><a name="Page_20" id="Page_20">[20]</a></span>
-elle se termina le dimanche 28 avril par la plantation
-d’une croix sur le rocher des Doms, au-dessous
-duquel s’étagent la métropole et le palais des
-Papes et qui domine un merveilleux panorama. La
-cérémonie fut belle entre toutes. Plus de quarante
-mille étrangers étaient accourus de toute la contrée
-d’alentour, et, sans le débordement de la Durance,
-le nombre en eût été plus considérable
-encore<a name="FNanchor_14_14" id="FNanchor_14_14"></a><a href="#Footnote_14_14" class="fnanchor">[14]</a>. Naturellement, les enfants n’avaient pas
-été oubliés. Pontmartin, qui n’avait pas encore
-huit ans, était du cortège. Il le décrira plus tard,
-avec un enthousiasme que soixante ans écoulés
-n’avaient pu affaiblir<a name="FNanchor_15_15" id="FNanchor_15_15"></a><a href="#Footnote_15_15" class="fnanchor">[15]</a>.</p>
-
-<p>Le récit du passage de la duchesse d’Angoulême
-a également trouvé place dans les <i>Mémoires</i><a name="FNanchor_16_16" id="FNanchor_16_16"></a><a href="#Footnote_16_16" class="fnanchor">[16]</a>.
-L’auteur seulement a légèrement romancé ce petit
-épisode; il l’a même, pour m’en tenir à ce seul
-point, antidaté d’un an. Ce n’est pas en 1822,
-mais en 1823 que <i>MADAME</i> visita nos provinces
-méridionales. C’était au moment de la guerre
-d’Espagne. Pendant que le duc d’Angoulême était,
-de l’autre côté des Pyrénées, à la tête de nos troupes,
-la princesse parcourait le midi de la France,
-où le sentiment royaliste n’avait encore rien perdu
-de son ardeur. Le 12 mai 1823,&mdash;et non, comme
-le dit Pontmartin, le 27 avril 1822,&mdash;elle se rendit
-de Nimes à Avignon. La route royale côtoyait les<span class="pagenum"><a name="Page_21" id="Page_21">[21]</a></span>
-Angles. Tous les habitants, villageois et châtelains,
-étaient à leur poste, au bord de la route: au premier
-rang, M. de Pontmartin, qui devait haranguer
-la fille de Louis XVI et qui jetait de temps en
-temps les yeux sur son papier: à quelques pas
-en arrière, l’oncle Joseph, tenant par la main son
-neveu, dont le cœur battait à se rompre.</p>
-
-<p>Tout à coup, on aperçoit, au haut de la montée
-de Saze, un énorme nuage de poussière, qui accourait
-d’un train effrayant: «C’est elle! s’écrie-t-on;
-c’est la duchesse! c’est Madame!» Bientôt le
-nuage s’éclaircit; un rayon de soleil le perce de
-part en part; on voit briller les casques et les
-sabres de l’escorte: puis les harnais de l’attelage et
-les chapeaux enrubannés des postillons. Deux calèches,
-menées à quatre chevaux, passèrent devant
-les bonnes gens des Angles sans s’arrêter. Inclinée
-à la portière, la duchesse salua d’un signe de tête.
-«Vive le roi!» crièrent les paysans avec un ensemble
-digne d’un meilleur sort. Au moment où
-ils allaient crier: «Vive Madame!» ils s’aperçurent
-que les voitures avaient disparu. «Ce fut,
-dit Pontmartin, ma première leçon de philosophie
-politique; depuis lors, j’en ai subi de plus rudes.»</p>
-
-<p>Son éducation, cependant, commencée de bonne
-heure, amoureusement poussée et surveillée par
-les trois êtres dont il était l’affection principale,
-s’annonçait comme devant être exceptionnellement
-brillante. Dès qu’il eut huit ans, on lui donna un
-Virgile, et dans sa joie, il ne voulut plus s’en séparer,
-ni jour ni nuit. Un professeur du collège<span class="pagenum"><a name="Page_22" id="Page_22">[22]</a></span>
-royal d’Avignon. M. Ract-Madoux, lui donnait des
-leçons. Voyant qu’il en profitait si bien, on eut
-l’idée de lui faire faire les mêmes compositions que
-les élèves de la classe de troisième. Il fut premier
-dans toutes, il avait alors douze ans. Ses parents
-jugèrent bientôt qu’il serait dommage de se contenter
-pour lui d’une éducation provinciale. Encore
-bien qu’une telle combinaison fût un peu au-dessus
-de ce que leur permettait leur fortune, ils se décidèrent
-à quitter Avignon et les Angles pour aller
-s’établir à Paris. C’était au mois d’octobre 1823,
-et Armand de Pontmartin venait d’entrer dans sa
-treizième année.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_23" id="Page_23">[23]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">CHAPITRE II</h2>
-
-<p class="pch">LES ANNÉES DE COLLÈGE<br />
-(1823-1829)</p>
-
-<p class="pcs">Le voyage d’Avignon à Paris en 1823. Au 37 de la rue de Vaugirard.
-Le collège Saint-Louis. Le catéchisme de Saint-Thomas-d’Aquin
-et l’abbé de La Bourdonnaye.&mdash;MM. Roberge, Étienne
-Gros et Vendel-Heyl. <i>Vox faucibus hæsit.</i>&mdash;M. Valette et
-M. Michelle. Le Concours général. Sainte-Beuve et les vers latins.&mdash;Le
-jardin du Luxembourg, le salon du marquis de Cambis
-et le salon du docteur Double. <i>Le comte Ory.</i> Les camarades de
-Saint-Louis. Emmanuel d’Alzon et Henri de Cambis.</p>
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>On loua une voiture de poste, on coucha cinq
-fois en route et on arriva à Paris dans la matinée
-du sixième jour, le 13 octobre. M. de Pontmartin
-avait arrêté un appartement, rue de Vaugirard,
-au second étage de la maison portant alors le numéro
-37, plus tard 31, aujourd’hui 21. Cette maison
-faisait le coin du jardin du Luxembourg,
-presque en face de la rue du Pot-de-Fer<a name="FNanchor_17_17" id="FNanchor_17_17"></a><a href="#Footnote_17_17" class="fnanchor">[17]</a>; trois de
-ses fenêtres avaient vue sur le jardin.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_24" id="Page_24">[24]</a></span></p>
-
-<p>En même temps que les Pontmartin, deux autres
-familles méridionales,&mdash;les Cambis et les d’Alzon,
-que des liens de parenté et d’amitié unissaient aux
-châtelains des Angles,&mdash;venaient également se fixer
-à Paris et prendre gîte, comme eux, dans la rue de
-Vaugirard, les d’Alzon au numéro 9, hôtel Crapelet;
-les Cambis, au numéro 18, hôtel Boulay de
-la Meurthe. Le but des trois familles était le même:
-l’éducation de leurs fils. Ces fils étaient au nombre
-de quatre: Henri et Alfred de Cambis, Emmanuel
-d’Alzon, Armand de Pontmartin. On décida qu’ils
-suivraient comme externes les classes de Saint-Louis.
-Ce collège avait une petite porte à l’usage
-des externes, qui ouvrait sur la rue Monsieur-le-Prince,
-presque en face de la rue de Vaugirard.
-Il n’y aurait donc qu’un pas à faire pour conduire
-les enfants et les aller chercher. Pas un seul instant
-les parents n’avaient songé à les mettre internes.
-Ils se défiaient, non sans raison, de l’esprit qui
-régnait alors dans les collèges de Paris.</p>
-
-<p>Ce sera l’honneur de la Restauration d’avoir, au
-sortir de la Révolution et de l’Empire, donné le
-signal de la renaissance religieuse en même temps
-que de la renaissance littéraire. Aucune époque
-n’a été plus féconde en œuvres catholiques; si la
-plupart n’ont acquis tout leur développement et
-n’ont donné tous leurs fruits que plus tard, la justice
-n’en commande pas moins de lui en reporter
-le principal mérite. Sur un point seulement ses
-efforts restèrent complètement infructueux, ses
-intentions et ses actes demeurèrent frappés de stérilité.<span class="pagenum"><a name="Page_25" id="Page_25">[25]</a></span>
-Dans son désir de réformer l’enseignement
-universitaire, le gouvernement royal confia la direction
-de l’Instruction publique à un évêque. Un
-prêtre, dont le zèle égalait le talent, l’abbé de Scorbiac,
-fut investi des fonctions d’aumônier général
-de l’Université, avec mission de visiter tour à tour
-tous les collèges de France et d’y donner des retraites.
-Le soin le plus attentif fut apporté au choix
-des recteurs et des proviseurs. Les aumôniers
-furent pris parmi les jeunes hommes les plus distingués
-du clergé, et c’est ainsi, par exemple, que,
-de 1822 à 1830, le collège Henri IV eut pour
-aumôniers l’abbé de Salinis, l’abbé Gerbet et l’abbé
-Lacordaire. Mais c’est vainement que l’on sème,
-si «les graines tombent sur un terrain pierreux et
-parmi les épines qui croissent et les étouffent». Les
-professeurs, hommes d’ailleurs instruits et d’une
-conduite privée irréprochable, étaient presque tous
-imbus des doctrines philosophiques du <span class="smcap lowercase">XVIII</span><sup>e</sup> siècle:
-leurs élèves étaient, pour la plupart, <i>libéraux</i> et
-voltairiens. «Un jour, dit M. Armand de Melun
-dans ses <i>Mémoires</i>, pendant que nous faisions notre
-philosophie<a name="FNanchor_18_18" id="FNanchor_18_18"></a><a href="#Footnote_18_18" class="fnanchor">[18]</a> il nous prit fantaisie de discuter entre
-nous l’existence de Dieu. C’était pendant l’étude.
-Nous eûmes la délicatesse d’engager le surveillant
-à se retirer, pour nous laisser une plus entière<span class="pagenum"><a name="Page_26" id="Page_26">[26]</a></span>
-liberté et n’avoir pas à se compromettre lui-même.
-La discussion fut vive et approfondie; et lorsqu’on
-passa au vote, l’existence de Dieu obtint la majorité
-<i>d’une voix</i>! Je votai pour le bon Dieu. Telle était
-la religion des collèges de l’État<a name="FNanchor_19_19" id="FNanchor_19_19"></a><a href="#Footnote_19_19" class="fnanchor">[19]</a>...»</p>
-
-<p>Deux collèges, cependant, Stanislas et Saint-Louis,
-avaient, dans une certaine mesure, échappé
-à la contagion régnante. Le proviseur de Saint-Louis
-était un ecclésiastique, l’abbé Thibault<a name="FNanchor_20_20" id="FNanchor_20_20"></a><a href="#Footnote_20_20" class="fnanchor">[20]</a>, qui
-avait établi au collège une discipline tout à la fois
-ferme sans rigueur et paternelle sans faiblesse. Il y
-avait deux aumôniers, l’abbé Léon Sibour, qui
-allait être remplacé par l’abbé Dumarsais<a name="FNanchor_21_21" id="FNanchor_21_21"></a><a href="#Footnote_21_21" class="fnanchor">[21]</a>, et
-l’abbé Salacroux.</p>
-
-<p>Armand de Pontmartin fut placé en quatrième
-sous la férule clémente du bon M. Roberge. Cette
-même année, il fit sa première communion, non
-à Saint-Sulpice, dont les locataires du n<sup>o</sup> 37 de la
-rue de Vaugirard étaient pourtant paroissiens,&mdash;mais
-à Saint-Thomas-d’Aquin. Les âmes les plus
-droites et les meilleures, celles qui se désintéressent
-le plus d’elles-mêmes, ont pourtant, elles aussi,
-<span class="pagenum"><a name="Page_27" id="Page_27">[27]</a></span>leurs secrètes faiblesses. Si M. et M<sup>me</sup> de Pontmartin
-et leurs amis s’étaient arrachés aux douceurs
-du vieux logis familial, au soleil de l’Hérault et de
-la Provence, aux prairies de Lavagnac, aux riantes
-îles du Rhône; s’ils s’étaient aventurés dans ce
-dangereux et terrible Paris, ce n’était pas pour
-préparer leurs enfants à être journalistes, maires
-de leur village, conseillers municipaux ou même
-grands vicaires. Ils rêvaient pour eux les plus brillantes
-destinées, ils les voyaient déjà montés aux
-plus hauts postes. En attendant, ne convenait-il
-pas de les rapprocher le plus vite possible des futurs
-ducs et marquis du pur faubourg, des futurs propriétaires
-des beaux hôtels de la rue de l’Université
-et de la rue de Varenne? Ces marquis et ces ducs
-ne manqueraient pas, un jour venant, d’ouvrir à
-leurs anciens compagnons de catéchisme les portes
-des Tuileries et de les transformer en ambassadeurs,
-en pairs de France ou en gentilshommes de la
-Chambre. Et voilà pourquoi, au trop modeste
-Saint-Sulpice, on avait préféré l’aristocratique
-Saint-Thomas-d’Aquin. C’est surtout de l’oncle
-Joseph que l’idée était venue. L’excellent homme,
-six ans plus tard, dut s’écrier, non plus avec son
-cher Virgile, mais avec Lucrèce qu’il connaissait
-presque aussi bien: <i>O vanas hominum mentes!</i></p>
-
-<p>A Saint-Sulpice, Pontmartin aurait eu pour
-catéchistes son cousin germain, le saint abbé Adalbert
-de Cambis, et un jeune prêtre, déjà presque
-célèbre, qui s’appelait <i>l’abbé Dupanloup</i>. A Saint-Thomas-d’Aquin,
-il fut presque aussi bien partagé.
-Le catéchiste en titre était l’abbé de La Bourdonnaye,<span class="pagenum"><a name="Page_28" id="Page_28">[28]</a></span>
-prêtre <i>fénelonien</i>, d’une piété fervente, d’une
-éloquence pathétique, mais d’une santé délicate,
-qui dépensait pour ses élèves les restes de ses
-forces et de sa vie. Lorsqu’on lui apportait une
-tasse de bouillon, il leur disait avec un sourire qui
-leur serrait le cœur: «Mes enfants! ne me regardez
-pas! Ne m’imitez pas! Je vis comme un
-païen!» Il était secondé par l’abbé Hamelin, qui
-devint plus tard curé de Sainte-Clotilde. Les
-dimanches, Pontmartin et ses camarades de catéchisme
-avaient souvent M<sup>gr</sup> de Quélen et l’abbé
-Borderies, qui mourut évêque de Versailles; quelquefois,
-l’abbé duc de Rohan, dont ils admiraient
-la suprême élégance, les pieuses coquetteries de
-geste et de parole, la tenue exquise, le rochet brodé
-de dentelles, le calice incrusté de saphirs et
-d’opales.</p>
-
-<p>Au même printemps de 1824 se rattache un épisode
-raconté au tome IV des <i>Souvenirs d’un vieux
-critique</i>. Armand de Pontmartin et ses parents
-allaient à la messe à la chapelle du couvent des
-Carmes, situé à deux pas de leur demeure et occupé
-par des religieuses carmélites<a name="FNanchor_22_22" id="FNanchor_22_22"></a><a href="#Footnote_22_22" class="fnanchor">[22]</a>. Le dimanche
-23 mai, en se rendant à l’église, il longea le mur
-du jardin de l’hôtel d’Hinnisdal, qui formait l’angle
-de la rue de Vaugirard et de la rue Cassette. Sur
-le trottoir, il vit un jeune homme qui paraissait
-en proie à une agitation extraordinaire; non loin<span class="pagenum"><a name="Page_29" id="Page_29">[29]</a></span>
-de lui stationnait un fiacre. Un peu ému, Pontmartin
-alla prendre dans la chapelle sa place accoutumée.
-Dans le chœur, à côté du grillage où se
-plaçaient les religieuses, il y avait une porte. Au
-moment où la messe allait finir, cette porte s’ouvrit
-et les assistants virent sortir une Carmélite
-qui, après avoir regardé à droite et à gauche, traversa
-rapidement l’église, comme si elle eût craint
-d’être poursuivie. On ne la poursuivit pas. Lorsque
-la fugitive avait passé près de lui en le frôlant de
-sa guimpe et de son voile, Pontmartin avait eu
-peine à retenir un cri de stupeur. Il aperçut ses
-compagnes pressées, comme des ombres, contre
-le grillage qu’il leur était interdit de franchir. Il
-entendit un chuchotement vague, un susurrement
-insaisissable, pareil à un souffle de brise expirant
-sur les bords d’un lac. Puis plus rien, que ce qui
-reste d’une apparition ou d’une hallucination! De
-cette vision de son enfance, il restera seulement à
-l’élève de Saint-Louis un souvenir qui, après de
-longues années, lui inspirera une Nouvelle<a name="FNanchor_23_23" id="FNanchor_23_23"></a><a href="#Footnote_23_23" class="fnanchor">[23]</a> dont
-le prologue seul est exact.</p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>Les vacances de 1824 se passèrent à Paris, les
-Angles étant trop loin pour que l’on pût y revenir
-chaque année. En octobre 1824, Armand de Pontmartin<span class="pagenum"><a name="Page_30" id="Page_30">[30]</a></span>
-commença sa troisième sous un professeur,
-M. Étienne Gros, qui était un helléniste remarquable.
-Sa santé toujours délicate fut éprouvée à
-ce moment par une croissance excessive, et au
-printemps de 1825, ses parents le ramenèrent aux
-Angles. Quand vint l’été, on alla passer six
-semaines aux bains de mer, à Marseille; mais
-l’oncle Joseph n’y accompagna pas son frère et
-son neveu; aussi ce fut la grande année de la correspondance
-en vers latins.</p>
-
-<p>A la rentrée de 1825, complètement rétabli, il
-recommença sa troisième, qu’il fit avec le plus
-grand succès. Aux vacances du jour de l’an 1826,
-son père, pour ses étrennes, lui offrit le choix entre
-une tragédie jouée par Talma et un spectacle du
-Cirque Olympique, l’<i>Incendie de Salins</i><a name="FNanchor_24_24" id="FNanchor_24_24"></a><a href="#Footnote_24_24" class="fnanchor">[24]</a>, qui attirait
-alors tout Paris. Hélas! il choisit le Cirque.
-Talma mourut peu de temps après<a name="FNanchor_25_25" id="FNanchor_25_25"></a><a href="#Footnote_25_25" class="fnanchor">[25]</a>, si bien que,
-par sa faute, Pontmartin, qui devait être un fanatique
-de théâtre, n’a jamais vu le grand tragédien.</p>
-
-<p>Il prit, du reste, sa revanche aux mois d’août
-et de septembre 1827, après son année de seconde,
-où, sous la direction d’un excellent maître,
-M. Vendel-Heyl, il avait fait une ample moisson
-de couronnes. Pour l’indemniser de ses vacances
-manquées (comme celles de 1826, celles de 1827
-se passèrent encore à Paris), ses parents lui accordèrent<span class="pagenum"><a name="Page_31" id="Page_31">[31]</a></span>
-cinq soirées théâtrales: à l’Opéra, <i>Moïse</i>;
-au Théâtre-Français, M<sup>lle</sup> Mars dans <i>les Femmes
-savantes</i> et dans <i>la Jeunesse de Henri V</i>; à l’Opéra-Comique,
-<i>la Dame Blanche</i>; au théâtre de Madame,
-<i>le Mariage de raison</i>, joué par Léontine Fay,
-Jenny Vertpré, Gontier, Ferville, Paul et Numa;
-et enfin, à la Porte-Saint-Martin, le drame de
-<i>Trente ans ou la vie d’un joueur</i>, où Frédérick
-Lemaître et M<sup>me</sup> Dorval, par leur merveilleux
-talent, faisaient illusion aux spectateurs sur la
-valeur réelle de la pièce de Victor Ducange et
-Dinaux<a name="FNanchor_26_26" id="FNanchor_26_26"></a><a href="#Footnote_26_26" class="fnanchor">[26]</a>.</p>
-
-<p>Dans la seconde série de ses <i>Mémoires</i><a name="FNanchor_27_27" id="FNanchor_27_27"></a><a href="#Footnote_27_27" class="fnanchor">[27]</a>, Pontmartin
-a longuement parlé d’un <i>accident</i>, dont il
-fut victime à cette date, et qui, d’après lui, «a
-dominé toute sa vie, a décidé de sa carrière, a
-mêlé une souffrance secrète, intime, à la fois chronique
-et aiguë, à tous les épisodes, à tous les
-chagrins, à toutes les joies de son existence».</p>
-
-<p>C’était le 12 septembre 1827, il était allé herboriser,
-avec deux ou trois camarades de Saint-Louis,
-sur les coteaux de Bellevue et de la Celle-Saint-Cloud;
-soudain il tomba en arrêt&mdash;comme
-Jean-Jacques devant la pervenche&mdash;devant une
-jolie petite fleur bleue, dont il ignorait le nom. Ce
-nom, il voulut le demander au plus savant de ses<span class="pagenum"><a name="Page_32" id="Page_32">[32]</a></span>
-camarades; mais ces derniers, pendant ses extases
-et ses rêveries contemplatives, avaient pris les
-devants et étaient déjà loin. Alors il voulut crier...
-<i>Vox faucibus hæsit!</i> En quelques minutes, le timbre
-de sa voix avait subi une altération inexplicable;
-ou plutôt cette voix sans timbre passait incessamment
-d’une sorte d’extinction à des notes aiguës et
-fausses, d’autant plus pénibles pour lui qu’il avait
-et qu’il eut toujours l’oreille juste. «Ce n’est
-rien, c’est la <i>mue</i>!» lui dirent ses camarades après
-l’avoir entendu.&mdash;«C’est la <i>mue</i>!» dirent le soir
-ses parents. Cette <i>mue</i> devait durer toujours.</p>
-
-<p>Devons-nous croire que vraiment cette défectuosité
-vocale «a dominé toute sa vie», que cette voix
-fluette, si peu en rapport avec sa haute taille, a été
-pour lui un martyre continu, la cause de tristesses
-et de déceptions sans nombre; qu’elle l’a empêché
-de se présenter à l’Académie, où plus d’une fois,
-en effet, il n’a dépendu que de lui d’être élu<a name="FNanchor_28_28" id="FNanchor_28_28"></a><a href="#Footnote_28_28" class="fnanchor">[28]</a>? Il
-lui a plu de le dire, un jour qu’il avait ses nerfs,
-mais nous ne sommes pas obligés de le croire. Et
-d’abord, cette prétendue aphonie était bien relative.
-Que de gens ont causé avec lui sans jamais
-s’en apercevoir! Mais, réelle ou non, peut-être
-avait-elle pu impressionner son imagination assez
-vivement pour produire ce demi-désespoir dont il
-nous parle? Sans doute, mais c’est ce désespoir
-que je nie. On le comprendrait à peine, si Pontmartin
-avait jamais eu le désir d’aborder le barreau<span class="pagenum"><a name="Page_33" id="Page_33">[33]</a></span>
-ou la tribune. A aucun moment de sa vie, il n’y
-a songé. Sa seule ambition fut d’être un écrivain,
-et pour réussir dans les lettres, point n’est besoin
-d’avoir une grosse voix, <i>os magna sonaturum</i>. Le
-discours de réception à l’Académie? Mais, franchement,
-se préoccupe-t-on trente ans d’avance
-d’une mauvaise heure à passer, quand cette heure
-doit être unique? Et d’ailleurs, là même, n’a-t-on
-pas la ressource de prétexter au dernier moment
-une indisposition et de prier un Legouvé ou
-un Camille Doucet de lire à votre place? Autre
-considération: quand un jeune homme est ou se
-croit atteint d’une infirmité qui l’humilie, la première
-chose qu’il fait d’instinct, c’est de fuir le
-monde, où il redoute la raillerie des autres jeunes
-gens et plus encore celle des femmes. Or, nous
-savons, par le témoignage de ses amis et par le
-sien propre, que personne plus que lui n’y brilla,
-que nul n’y déploya plus de verve et de gaieté, et
-cela précisément dans les années où il voudrait
-nous faire croire qu’il vivait à l’écart, en proie à ses
-sombres pensées. Autre chose encore: Pontmartin
-a siégé huit ans au Conseil général du Gard,
-et à coup sûr il ne s’y est pas senti humilié et inférieur
-à ses collègues, qui avaient peut-être plus
-d’<i>accent</i> que lui, mais qui, toutes les fois qu’il prenait
-la parole, l’écoutaient avec un plaisir sans
-mélange. Une seule fois, je l’ai entendu parler de
-sa voix grêle, et c’était en manière de plaisanterie,
-pour faire passer un de ces calembours dont il
-était coutumier.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_34" id="Page_34">[34]</a></span></p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>Au mois d’octobre 1827, il entra en rhétorique
-où il retrouva, comme professeur de rhétorique latine,
-son professeur de seconde, M. Vendel-Heyl. Le
-professeur de rhétorique française était M. Charles
-Alexandre<a name="FNanchor_29_29" id="FNanchor_29_29"></a><a href="#Footnote_29_29" class="fnanchor">[29]</a>, plus tard membre de l’Institut, helléniste
-de premier ordre et bon latiniste. Les deux
-professeurs d’histoire étaient également deux
-hommes d’un réel talent, M. Dumont et M. Charles
-Durozoir: le premier, auteur d’une bonne <i>Histoire
-romaine</i>, et le second, collaborateur très actif de la
-<i>Biographie universelle</i> de Michaud.</p>
-
-<p>Les vacances de 1828 procurèrent à Pontmartin
-une grande joie, le retour aux Angles après trois
-ans d’absence.</p>
-
-<p>En 1828-1829, il fit sa philosophie avec
-M. Valette pour professeur. Afin de compléter et
-de rectifier au besoin les leçons du collège, ses
-parents lui avaient donné pour répétiteur M. Michelle,
-lui-même professeur de philosophie à Stanislas,
-fervent chrétien et membre de la Congrégation.</p>
-
-<p>Jusqu’à la fin, il avait été sans conteste l’élève
-le plus brillant de Saint-Louis. Dans les années<span class="pagenum"><a name="Page_35" id="Page_35">[35]</a></span>
-1826, 1827, 1828 et 1829, le collège Saint-Louis
-a remporté vingt prix au concours général. Armand
-de Pontmartin en a eu, à lui seul, plus du tiers:
-deux en 1826, deux en 1827, deux en 1828, un
-en 1829. Il obtint, en troisième (1826), le premier
-prix de vers latins et le second prix de version
-grecque:&mdash;en seconde (1827), le premier prix
-de narration latine et le second prix de version
-latine;&mdash;en rhétorique (1828), le premier prix
-de discours français et le second prix de version
-latine; en philosophie (1829), le second prix de
-dissertation latine. A ces sept prix se venaient
-ajouter une douzaine d’accessits. Dix-neuf nominations
-au concours général, le cas assurément
-était rare. Dans la bibliothèque de sa maison des
-Angles, Pontmartin avait conservé ses volumes de
-prix; il y en a cent soixante-quatre; cent un obtenus
-au collège, soixante-trois au concours général.
-Au nombre de ces derniers, et parmi ceux qu’il a
-le plus souvent feuilletés, je remarque les volumes
-de critique de l’abbé de Féletz<a name="FNanchor_30_30" id="FNanchor_30_30"></a><a href="#Footnote_30_30" class="fnanchor">[30]</a>, de l’Académie française.
-Les maîtres de Pontmartin prévoyaient-ils
-qu’un jour, avec plus d’esprit encore et avec un
-bien autre éclat que le très spirituel abbé, il ferait
-à son tour des Causeries littéraires, qui resteront
-les chefs-d’œuvre du genre?</p>
-
-<p>Ses succès étaient d’autant plus remarquables
-que le <i>surmenage</i> n’y était pour rien. L’élève Pontmartin
-n’était pas ce que, dans le langage des<span class="pagenum"><a name="Page_36" id="Page_36">[36]</a></span>
-écoles, on appelle une <i>bête à concours</i>; il était
-<i>externe libre</i>, et nous verrons tout à l’heure que
-déjà il allait dans le monde et fréquentait quelques
-salons où les lettres étaient en honneur. Il soignait
-sa toilette,&mdash;ce qu’il sera loin de faire plus tard,
-et le mardi, jour de composition, il éblouissait les
-internes par l’élégance et l’éclat de ses bottes. En
-rien il ne ressemblait à ces <i>piocheurs</i> que les chefs
-d’institution <i>chauffent</i> en vue du concours général
-et qui sont voués à une ou deux spécialités.
-Il n’était pas seulement un <i>fort en thème</i>, il était
-fort en tout, en discours français et en version
-latine, en thème latin et en version grecque, en
-vers latins, en discours latin et en dissertation
-française; soit au collège, soit au concours général,
-il a remporté des prix dans toutes les facultés
-latines, grecques et françaises. Sainte-Beuve, si
-exact d’ordinaire, s’est donc trompé lorsque, dans
-ses <i>Nouveaux Lundis</i>, il a écrit que Pontmartin
-péchait par le manque d’études premières; que,
-chez lui, le fonds classique était faible et insuffisant.
-«Il cite sobrement du latin, dit-il, quelquefois
-de l’Horace; mais aux moindres citations,
-pour peu qu’on en fasse, le bout de l’oreille
-s’aperçoit; quand il cite le vers: <i>Urit enim fulgore
-suo</i>..., il oublie l’<i>enim</i>: par où je soupçonne qu’il
-ne scande pas très couramment les vers latins. Un
-jour, à une fin de chronique littéraire<a name="FNanchor_31_31" id="FNanchor_31_31"></a><a href="#Footnote_31_31" class="fnanchor">[31]</a>, parlant de
-la <i>Dame aux Camélias</i> et lui opposant la vertu des<span class="pagenum"><a name="Page_37" id="Page_37">[37]</a></span>
-bourgeoises et des chastes Lucrèce, il a dit:
-<i>DOMUM mansit, lanam fecit</i>; d’où je conclus qu’au
-collège il était plus fort en discours qu’en thème<a name="FNanchor_32_32" id="FNanchor_32_32"></a><a href="#Footnote_32_32" class="fnanchor">[32]</a>.»
-La vérité, au contraire, est que Pontmartin, écolier,
-avait réussi de façon peu commune dans les
-facultés latines. Le hasard fait que j’ai ici, sous la
-main, à la campagne, les <i>Annales des concours
-généraux</i> pour la classe de troisième. L’invasion
-de la Grèce par les armées de Xerxès, Athènes
-menacée par les Perses et sauvée par Minerve,
-<i>Pallas Athenarum servatrix</i>, telle était en 1826 la
-matière à mettre en vers latins. Pontmartin eut le
-premier prix. Hélas! quarante-quatre ans plus
-tard, lorsque les armées allemandes se sont, à flots
-pressés, précipitées sur la moderne Athènes,&mdash;où
-Minerve était représentée par Jules Favre,&mdash;le
-vieux critique aurait pu murmurer les vers de
-l’élève de Saint-Louis:</p>
-
-<p class="pp6 p1"><i>Adsit, et insultet patriis jam mœnibus hostis<br />
-Barbarus; ingenuâ se jactet servus in urbe.<br />
-Vos tamen, o cives, nunquam cognata relinquet<br />
-Libertas, inter bellique fugæque labores,<br />
-Vobis libertas vultu arridebit amico...<br />
-Tuque, novo splendore nitens rediviva resurge.<br />
-O dilecta Diis! ô patria<a name="FNanchor_33_33" id="FNanchor_33_33"></a><a href="#Footnote_33_33" class="fnanchor">[33]</a>!...</i><br /></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_38" id="Page_38">[38]</a></span></p>
-
-<h3>IV</h3>
-
-<p>Rien n’égalait pour Pontmartin la douceur de ces
-souvenirs d’enfance et de jeunesse. Le collège
-n’avait point été pour lui un exil et une prison.
-Les conseils affectueux et le sourire de son père, les
-encouragements de l’oncle Joseph, les baisers de sa
-mère, ne lui avaient pas manqué un seul jour. De
-sa fenêtre, quand il interrompait un moment son
-travail, au lieu d’un noir et lugubre préau, il voyait
-le jardin du Luxembourg; il apercevait les palombes
-perchées sur les hautes branches des platanes,
-des hêtres et des tilleuls, le grand carré où des étudiants
-et des rapins jouaient à la paume, se servant
-de leurs mains en guise de raquettes. Pour se
-rendre au collège, il lui fallait suivre dans toute sa
-longueur l’allée qui passe devant la façade du
-palais et conduit à la grille, voisine de l’Odéon; il
-s’y croisait parfois avec des hommes célèbres qui
-auraient bien troqué leur renommée contre ses
-quinze ans s’il eût voulu les leur céder: Cambacérès,
-le docteur Portal, François Arago, M. de
-Sémonville, le grand référendaire, et le chancelier,
-M. Dambray. Dans la belle saison, il avait presque
-tous les jours la bonne fortune de pouvoir s’incliner
-discrètement devant un petit homme à la chevelure
-grise, mais à la tournure encore jeune,
-invariablement vêtu du même costume: chapeau
-gris, gilet blanc, redingote bleu de roi, pantalon<span class="pagenum"><a name="Page_39" id="Page_39">[39]</a></span>
-de nankin, guêtres blanches, et, à la main, une
-petite badine en ébène. Il ne se lassait pas d’admirer
-sa figure longue, un peu osseuse et pâle, son front
-d’une ampleur olympienne, ses yeux de génie.
-C’était Chateaubriand, qui s’acheminait d’un pas
-leste de la rue d’Enfer à l’Abbaye-au-Bois. Plus
-régulièrement encore, il rencontrait, le matin, un
-autre jeune vieillard, d’une tenue fort correcte,
-d’une physionomie spirituelle, appuyé sur une
-canne à pomme d’or et un livre sous le bras, qui
-ne manquait jamais de lui faire un petit signe
-d’amitié. C’était son voisin, le comte Joseph Boulay
-de la Meurthe<a name="FNanchor_34_34" id="FNanchor_34_34"></a><a href="#Footnote_34_34" class="fnanchor">[34]</a>, propriétaire d’un très bel hôtel
-entre cour et jardin, situé au coin de la rue du
-Pot-de-Fer et de la rue de Vaugirard, en face du
-n<sup>o</sup> 37. Notre collégien cependant continuait sa
-route; mais avant d’entrer en classe, il s’arrêtait
-chez le pâtissier de la rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel,
-qui se nommait Bussonier, et qu’il
-appelait Buissonière, parce qu’on y faisait l’école
-de ce nom, Pontmartin a fait depuis de meilleurs
-calembours, il en a fait de pires.</p>
-
-<p>Il lui arrivait souvent, les jours de congé, de
-passer la soirée chez son oncle, le marquis de
-Cambis<a name="FNanchor_35_35" id="FNanchor_35_35"></a><a href="#Footnote_35_35" class="fnanchor">[35]</a>, qui occupait le premier étage de l’hôtel
-Boulay de la Meurthe. M. de Cambis donnait<span class="pagenum"><a name="Page_40" id="Page_40">[40]</a></span>
-d’excellents dîners et avait un salon politique, dont
-les principaux habitués étaient M. Lainé, l’éloquent
-orateur; le vicomte de Bonald; le comte Armand
-de Saint-Priest, père du spirituel académicien qui
-remplaça du même coup, en 1849, Ballanche et
-Jean Vatout; M. Renouvier<a name="FNanchor_36_36" id="FNanchor_36_36"></a><a href="#Footnote_36_36" class="fnanchor">[36]</a>, député de l’Hérault;
-M. Delalot, député de la Marne, un fin lettré,
-longtemps rédacteur du <i>Journal des Débats</i>. Les
-lettrés, du reste, n’étaient pas rares, en ce temps-là,
-sur les bancs de la Chambre. M. de Cambis,
-qui allait être bientôt député de Vaucluse,
-puis pair de France, était lui-même un helléniste
-distingué. Dans sa jeunesse, en collaboration
-avec son ami M. Renouvier, il avait publié une
-traduction de l’<i>Iliade</i>, très neuve et en avance
-sur son temps de plus d’un demi-siècle. Mise au
-jour en 1810, elle n’avait pas réussi, parce qu’elle
-était trop littérale, trop homérique, et que les
-contemporains de Luce de Lancival, de Bitaubé et
-d’Esménard ne pouvaient pas décemment supporter
-que l’on appelât Minerve <i>la déesse aux yeux de
-génisse</i>. Cet oncle de Pontmartin était du reste une
-encyclopédie vivante. Il connaissait bien les littératures
-italienne et anglaise, s’intéressait aux
-sciences, avait même étudié la théologie. Mais ce
-qu’il possédait le mieux, c’était la littérature française
-du <span class="smcap lowercase">XVII</span><sup>e</sup> siècle. Il savait par cœur plusieurs
-tragédies entières de Corneille et de Racine,<span class="pagenum"><a name="Page_41" id="Page_41">[41]</a></span>
-les <i>Oraisons funèbres</i> de Bossuet, les <i>Caractères</i>
-de La Bruyère. Malgré sa tendance au scepticisme,
-il mettait au-dessus de tout l’<i>Histoire des
-variations des Églises protestantes</i>, de Bossuet, et
-y trouvait encore plus d’esprit que dans Voltaire,
-qui ne laissait pas pourtant de lui être cher.</p>
-
-<p>M. de Pontmartin conduisait aussi quelquefois
-son fils chez son ami le docteur Double. Le salon
-de M. Double, 19, rue des Petits-Augustins, ressemblait
-à une succursale ou à un vestibule de
-l’Institut. André-Marie Ampère, Arago, Poisson,
-Gay-Lussac, Mathieu, Biot, Thénard, Alibert,
-Récamier s’y rencontraient avec Paul Delaroche,
-Pradier, Ary Scheffer, Guizot et Villemain. La
-conversation, la vue seule de ces savants, de ces
-artistes, de ces écrivains, n’était-elle pas pour le
-jeune collégien la plus éloquente des leçons, la
-mieux faite pour lui inspirer le goût du travail, la
-passion de l’étude?</p>
-
-<p>Quand il avait été premier trois fois de suite,
-son père le menait voir <i>Iphigénie en Aulide</i>, jouée
-par M<sup>lle</sup> Duchesnois, ou entendre la <i>Dame Blanche</i>
-chantée par Ponchard et par M<sup>me</sup> Rigaut-Palar. A
-la fin de février 1829, il était en philosophie, et,
-déjà, malgré les explications de son professeur, il
-commençait à trouver, comme M. Jourdain, qu’il
-y avait là <i>beaucoup de tintamarre et de brouillamini</i>.
-Cela ne l’empêchait pas d’être encore premier à
-l’occasion. Un jour, à la suite d’un <i>coup double</i> en
-dissertation latine et française, on lui promit pour
-récompense une <i>demi-soirée</i> à l’Opéra. Il sortirait<span class="pagenum"><a name="Page_42" id="Page_42">[42]</a></span>
-du théâtre avant le ballet, de peur que les pirouettes
-et les ronds de jambes de M<sup>mes</sup> Legallois, Noblet et
-Montessu ne fissent une trop dangereuse concurrence
-à Descartes et à Condillac; mais il entendrait
-d’un bout à l’autre le <i>Comte Ory</i>, qui était alors
-dans toute la fraîcheur de son succès et qui ne durait
-que deux heures. Ces deux heures furent pour
-lui un véritable enchantement. Le chef-d’œuvre de
-Rossini était chanté par Adolphe Nourrit, Levasseur,
-Dabadie, Alexis Dupont, M<sup>me</sup> Damoreau, M<sup>lle</sup> Iawureck.
-Nourrit surtout y était la perfection même.
-Le jeune philosophe était sous le charme. Le lendemain,
-quand le digne M. Valette lui demanda
-son opinion sur l’Ontologie, il fut sur le point de
-répondre: <i>Une dame de haut parage</i>. Quand
-M. Valette voulut savoir ce qu’il pensait de l’association
-des idées, peu s’en fallut qu’il ne répliquât:
-<i>A la faveur de cette nuit obscure</i>...</p>
-
-<p>Le <i>Comte Ory</i> s’était décidément emparé de ses
-souvenirs, de ses songes, de sa mémoire... Il le
-savait par cœur; il en fredonnait les principaux airs
-en traversant la grande allée du Luxembourg, et
-lorsqu’il franchissait la petite porte de la rue
-Monsieur-le-Prince, il répétait <i>mezza voce</i> le chœur
-du second acte: <i>En ce séjour chaste et tranquille!</i>
-Qu’il dût devenir un critique célèbre, il ne s’en
-doutait guère, à coup sûr; mais ce qu’il savait bien
-déjà, c’est qu’il serait certainement un <i>mélomane</i>!</p>
-
-<p>Malgré le charme qui ramenait si souvent le
-<i>vieux critique</i> et le vieux <i>mélomane</i> à ces heureuses
-et lointaines années, le plus vivant de ses souvenirs<span class="pagenum"><a name="Page_43" id="Page_43">[43]</a></span>
-de jeunesse était celui qui lui était resté de ses
-camarades de collège.</p>
-
-<p>Saint-Louis, en ce moment, passait pour un
-aristocrate, plus distingué, mieux surveillé, mieux
-élevé, mieux vêtu, mieux chaussé que Louis-le-Grand
-et Henri IV, Charlemagne et Bourbon.
-Dans la cour et dans les classes retentissaient
-les noms d’Ugolin du Cayla, de Louis d’Eckmühl,
-de Guy de la Tour du Pin, de Pierre de Brézé (le
-futur évêque de Moulins), de Raymond de Monteynard,
-d’Henri de Cambis, de Charles de la
-Bouillerie, d’Emmanuel d’Alzon, d’Adrien Delahante,
-d’Hector de La Ferrière, de Léon de Bernis,
-de Féodor de Torcy, etc., etc. Entre ces fils de
-grands seigneurs et les élèves de condition plus
-modeste, Armand de Pontmartin était volontiers
-le trait d’union. Il était aussi lié avec Casimir Gaillardin<a name="FNanchor_37_37" id="FNanchor_37_37"></a><a href="#Footnote_37_37" class="fnanchor">[37]</a>,
-dont le père était portier chez le marquis
-de Dreux-Brézé, qu’avec Pierre de Brézé lui-même.
-Un de ses meilleurs amis était le fils d’un petit
-bourgeois de Limoges, Léonard Retouret, très brillant
-élève et le porte-drapeau des <i>libéraux</i>. Parmi
-ceux qui, comme Retouret, lui disputaient les
-premières places, il aimait à se rappeler deux autres
-de ses condisciples, Emmanuel Richomme et
-Armand de Crochard. Richomme était son rival
-le plus dangereux au point de vue des <i>fins d’année
-scolaire</i>. Gai, amusant, spirituellement fantaisiste,<span class="pagenum"><a name="Page_44" id="Page_44">[44]</a></span>
-Armand de Crochard était le sourire de la classe.
-D’une intelligence extraordinaire, doué d’un vrai
-talent poétique, il aurait certainement fait parler
-de lui, s’il n’eût préféré se retirer en province, dès
-qu’il eut fini son droit. Il mourut en 1833 à Nogent-le-Rotrou,
-dans le pays Chartrain, où il avait
-accepté les modestes fonctions de juge suppléant
-près le tribunal de première instance. Mais de
-tous les camarades de Pontmartin, celui qui lui
-inspira la plus vive affection,&mdash;une affection
-qui se mélangeait déjà de respect,&mdash;ce fut Emmanuel
-d’Alzon.</p>
-
-<p>Emmanuel d’Alzon<a name="FNanchor_38_38" id="FNanchor_38_38"></a><a href="#Footnote_38_38" class="fnanchor">[38]</a>, qui devait être plus tard
-un si rude travailleur, l’infatigable ouvrier de tant
-de belles œuvres, le fondateur du collège de
-l’Assomption, à Nimes, était à Saint-Louis un élève,
-non pas médiocre, mais inégal, un peu fantasque,
-traité souvent de paresseux par ses professeurs. Un
-samedi, on venait de donner les places: Pontmartin
-était premier; d’Alzon n’avait pas fini sa
-composition, il fut classé parmi les derniers et ne
-parut pas d’ailleurs s’en émouvoir autrement. Les
-deux amis sortirent du collège en se donnant le
-bras: «Sais-tu, dit Pontmartin, à quoi je songeais
-pendant qu’on donnait les places? A ces paroles de
-l’Évangile: Les premiers seront les derniers et les
-derniers seront les premiers.»</p>
-
-<p>Quelques années plus tard, Armand de Pontmartin<span class="pagenum"><a name="Page_45" id="Page_45">[45]</a></span>
-et Henri de Cambis<a name="FNanchor_39_39" id="FNanchor_39_39"></a><a href="#Footnote_39_39" class="fnanchor">[39]</a> se préparaient à passer
-leur soirée au Théâtre-Italien: on donnait <i>Otello</i>
-avec Rubini et M<sup>me</sup> Malibran! Au moment où ils
-terminaient leur toilette, ils virent entrer leur
-cousin, l’abbé Adalbert de Cambis: «Je vous
-annonce, leur dit-il, une grande nouvelle, Emmanuel
-d’Alzon est depuis trois jours au séminaire de
-Montpellier.»</p>
-
-<p>Et sans respect pour la cravate blanche d’Henri
-de Cambis et le bel habit de Pontmartin (un habit
-de Blain!), l’abbé ajouta: «Il a choisi la meilleure
-part.»</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_46" id="Page_46">[46]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="pc4">CHAPITRE III</h2>
-
-<p class="pch">L’ÉCOLE DE DROIT<br />
-(1829-1832)</p>
-
-<p class="pcs">M. Poncelet ou le professeur <i>mélomane</i>. A la Sorbonne. Cours de
-MM. Guizot, Villemain et Cousin.&mdash;Jules Janin et le <i>Siècle de
-Charles X</i>. Les arts et les lettres en l’an de grâce 1829. Le
-romantisme de Pontmartin.&mdash;L’atelier de Paul Huet et la première
-représentation d’<i>Hernani</i>. Félix Lebertre et la <i>Silhouette</i>.
-Le <i>Petit Plutarque français</i>. Le <i>Correspondant</i>. Première rencontre
-de Pontmartin avec l’Académie. Mort de M. Eugène de
-Pontmartin.&mdash;Mort de l’oncle Joseph. Le choléra. La prédiction
-de Léonard Retouret et <i>le 19 avril 1832</i>. La première
-représentation de la <i>Tour de Nesle</i>. Alfred Thureau-Dangin.&mdash;Retour
-à Avignon.</p>
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>Au mois d’août 1829, Armand de Pontmartin
-passa son baccalauréat, ce qui fut, on le pense bien,
-une simple formalité. Si j’en parle, c’est pour ce
-petit détail: un de ses examinateurs s’appelait
-Villemain. Trois mois après, il prenait sa première
-inscription de droit. Des cours de l’école, il ne
-semblait avoir gardé aucun souvenir; de ses professeurs
-il ne parlait jamais, sauf quelquefois de<span class="pagenum"><a name="Page_47" id="Page_47">[47]</a></span>
-M. Poncelet<a name="FNanchor_40_40" id="FNanchor_40_40"></a><a href="#Footnote_40_40" class="fnanchor">[40]</a> professeur d’histoire du droit. Un soir,
-aux Italiens, à une représentation d’<i>Otello</i>, M. Poncelet
-n’avait pas de place; Pontmartin lui donna
-la sienne, sous le fallacieux prétexte qu’il allait au
-bal chez l’ambassadeur d’Angleterre. Depuis ce
-soir-là, ils furent amis, et ils prirent bientôt l’habitude
-de se rencontrer dans la grande allée du
-Luxembourg, où ils dissertaient à perte de vue sur
-Gluck et sur Rossini, sur Nourrit et sur Ponchard,
-sur M<sup>lle</sup> Sontag et sur M<sup>me</sup> Damoreau. Au bout de
-trois mois, l’accord était si parfait entre nos deux
-<i>mélomanes</i> qu’ils se tutoyaient. Cette liaison du reste
-n’eut point pour effet d’éveiller chez Pontmartin
-le goût de la procédure ou celui des Pandectes,
-et il continua de briller surtout par son absence
-aux leçons de MM. Duranton, Demante et Du
-Caurroy. En revanche, il était des plus assidus à la
-Sorbonne. Dès le collège, il avait été plus d’une fois
-conduit par son père et par l’oncle Joseph aux cours
-de MM. Guizot, Cousin et Villemain. Étudiant, il ne
-manqua aucune de leurs leçons. L’impression qu’il
-en ressentit ne devait jamais s’effacer.</p>
-
-<p>M. Guizot avait choisi pour sujet de son cours
-de 1829-1830 l’histoire de la civilisation en France
-pendant les <span class="smcap lowercase">XI</span><sup>e</sup>, <span class="smcap lowercase">XII</span><sup>e</sup> et <span class="smcap lowercase">XIII</span><sup>e</sup> siècles, de Hugues
-Capet à Philippe de Valois. M. Villemain exposait<span class="pagenum"><a name="Page_48" id="Page_48">[48]</a></span>
-l’histoire de la langue et des lettres au moyen âge
-en France et dans l’Europe méridionale. M. Cousin
-avait pris pour thème l’histoire de la philosophie
-du <span class="smcap lowercase">XVIII</span><sup>e</sup> siècle.</p>
-
-<p>Il n’était pas un jour de la semaine où le public,
-de plus en plus nombreux, ne fût assuré de voir
-monter en chaire un des trois professeurs:</p>
-
-<p>Le lundi, M. Guizot;</p>
-<p>Le mardi, M. Villemain;</p>
-<p>Le mercredi, M. Villemain;</p>
-<p>Le jeudi, M. Cousin;</p>
-<p>Le vendredi, M. Cousin;</p>
-<p>Le samedi, M. Guizot.</p>
-
-<p>Dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne,
-devenu un rendez-vous plus accrédité que le Bois
-de Boulogne, le Jardin des Tuileries et le Boulevard
-des Italiens, se rencontraient, au milieu d’une
-jeunesse enthousiaste, le député et le pair de
-France, le membre de l’Institut et le journaliste,
-l’artiste et le poète, l’universitaire et le séminariste,
-les femmes savantes et les beautés à la mode, Philaminte
-et Célimène. Autour de la chaire se pressaient
-tous ceux qui, ayant un nom, voulaient le soutenir,
-ou qui, n’en ayant pas, voulaient le faire; tous ceux
-qui allaient être ou qui ont failli être célèbres. Le
-duc de Broglie&mdash;l’ancien&mdash;y coudoyait le duc
-de Noailles; Théodore Jouffroy s’asseyait côte à
-côte avec Sainte-Beuve; les rédacteurs du <i>Globe</i>,
-du <i>Journal des Débats</i>, de la <i>Revue française</i>,
-préludaient à leurs destinées plus ou moins brillantes;
-ils venaient apprendre à parler en écoutant.<span class="pagenum"><a name="Page_49" id="Page_49">[49]</a></span>
-Saint-Marc Girardin, Vitet, Nisard, Cuvillier-Fleury,
-Charles Magnin, Duvergier de Hauranne,
-P.-J. Dubois, Louis de Carné, Silvestre de Sacy,
-Charles de Rémusat, Montalembert, Larcy, Damiron,
-Alfred de Falloux, et quelquefois Alfred
-de Musset, l’Académie de l’avenir, un vaillant
-état-major de lieutenants prêts à passer capitaines,
-ou de capitaines destinés à devenir généraux!</p>
-
-<p>Des trois illustres maîtres de la Sorbonne,
-M. Guizot, s’il était le plus original et le plus
-éloquent, n’était pas le plus couru et le plus
-applaudi. Ses leçons sur les éléments constitutifs
-de la société moderne, l’aristocratie féodale,
-l’Église, la royauté, les communes, étaient des
-modèles d’impartialité. D’une science profonde,
-d’une forme élevée, sobre et ferme, elles étaient
-certainement supérieures à celles de ses deux
-collègues. Mais ce grave professeur au teint pâle,
-au profil correct, à la physionomie austère, imposait
-à ses auditeurs plus qu’il ne les attirait. Son
-magnifique organe, si net, si vibrant, avait conservé,
-de son éducation et de sa jeunesse, je ne sais quelle
-rigidité calviniste qui refroidissait l’enthousiasme.
-On l’admirait, mais l’admiration était tempérée par
-une sorte de respect. Il n’y avait pas entre l’orateur
-et son public ces courants électriques qui triplent
-le succès. On était conquis, on n’était pas charmé.
-Le charmeur, c’était Villemain.</p>
-
-<p>Lorsque ce dernier traversait la foule pour arriver
-jusqu’à sa chaire, le sourire était déjà sur
-toutes les lèvres. On s’était habitué si vite à sa<span class="pagenum"><a name="Page_50" id="Page_50">[50]</a></span>
-spirituelle laideur, qu’elle semblait une grâce et
-une malice de plus. Cinquante ans plus tard,
-Pontmartin évoquera en ces termes le souvenir de
-ces inoubliables leçons du Villemain de 1829:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">Il me semble que je le vois encore, une liasse de livres
-ou de papiers sous le bras, le dos voûté, la tête penchée sur
-une épaule, le scintillement du regard voilé sous le renflement
-des paupières, le pli des lèvres s’essayant au sourire
-comme un arc qui va lancer des flèches, le tout avec un
-petit air de <i>Sainte-Nitouche</i> qui ne présageait rien de bon
-pour les idées communes, les ignorants, les pédants et les
-imbéciles.</p>
-
-<p>Il s’asseyait, il parlait, et aussitôt le charme opérait,
-l’orateur et l’auditoire étaient unis par un fil magnétique.
-Sa voix, par une incroyable flexibilité d’organe, une étonnante
-variété d’intonations, donnait une valeur prodigieuse
-non seulement à toutes ses paroles, mais à tous ses silences.
-Quelle ingéniosité! Quelle souplesse! Quel art caché sous
-ce naturel! Quelle justesse de demi-teintes et de nuances!...
-Les allusions, les épigrammes, les malices, les prétéritions
-narquoises, étaient saisies au vol avec une promptitude qui
-nous mettait de moitié dans les spirituelles intentions de
-notre enchanteur. C’était plaisir de souligner ce qu’il disait,
-d’achever ce qu’il commençait, de deviner ce qu’il
-taisait<a name="FNanchor_41_41" id="FNanchor_41_41"></a><a href="#Footnote_41_41" class="fnanchor">[41]</a>...</p></div>
-
-<p class="p1">Et pourtant, plus étonnant encore était Victor
-Cousin. Villemain était un merveilleux, un incomparable
-virtuose, Cousin était tout un orchestre.
-Ce n’est pas de ses leçons de la Sorbonne que l’on
-aurait pu dire: <i>Cela manque de musique</i>. Il parlait
-<i>histoire</i> comme Guizot, <i>littérature</i> comme Villemain;<span class="pagenum"><a name="Page_51" id="Page_51">[51]</a></span>
-il parlait même <i>philosophie</i>, et il obtenait
-des effets plus extraordinaires en traitant des
-sujets plus arides. Sa faculté d’exposition avait
-toute la valeur d’une invention originale. Partout
-où il voulait mener son auditoire, son auditoire
-le suivait, avec frémissement, avec transport.</p>
-
-<p>Nous sommes en 1887. Les maîtres sont morts.
-De leurs auditeurs, combien peu survivent! Pontmartin,
-l’un des derniers, se plaît à raviver, pour
-un moment, ces figures disparues, ces images
-éteintes, ces grands jours de la Sorbonne depuis
-longtemps évanouis.</p>
-
-<p class="pbq p1">Le cours de M. Cousin, écrit-il, eut l’heureuse fortune
-de coïncider avec les premières ardeurs du romantisme. On
-lui a reproché d’avoir fait le roman de la philosophie plutôt
-que son histoire. C’était là justement ce qui nous
-transportait. Pour passer des <i>Méditations</i>, des <i>Odes et Ballades</i>,
-des <i>Orientales</i>, d’<i>Eloa</i>, de <i>Cromwell</i> et de sa préface
-aux leçons de M. Cousin, nous n’avions pas besoin de changer
-d’atmosphère. Poésie, art, philosophie, découlaient de
-la même source, s’allumaient au même foyer, échangeaient
-tour à tour leurs rayonnements et leurs reflets. L’éloquent
-professeur réagissait énergiquement contre la philosophie
-sensualiste des demeurants du dernier siècle, tandis que nos
-poètes et nos artistes appliquaient le même effort de réaction
-aux pâles continuateurs de Voltaire et à l’école de
-l’abbé Delille... S’il ne disait pas assez clairement ce que
-devait être la philosophie, il nous apprenait au moins ce
-qu’elle devait ne pas être. D’ailleurs, encore une fois, ce détail
-nous semblait secondaire. Il était pour nous un oracle
-plutôt qu’un professeur, et il sied aux oracles de s’entourer
-de nuages. Au bout de soixante ans, je crois le voir et l’entendre
-encore: <i>Deus! ecce Deus!</i>... Il restait debout, et sa
-chaire devenait un trépied. Ses yeux lançaient des flammes.<span class="pagenum"><a name="Page_52" id="Page_52">[52]</a></span>
-Ses gestes excessifs ajoutaient à l’entraînement de sa parole.
-Il était sibyllin sans être pédant, et ses obscurités paraissaient
-calculées pour rendre plus vifs et plus éclatants ses
-jets de lumière. Il avait des hardiesses de pensée et de langage
-qui saisissaient nos intelligences, élargissaient les horizons
-et introduisaient violemment l’histoire contemporaine
-dans la philosophie de tous les temps<a name="FNanchor_42_42" id="FNanchor_42_42"></a><a href="#Footnote_42_42" class="fnanchor">[42]</a>.</p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>Pour un jeune homme épris de l’amour des
-lettres, pour le lauréat du collège Saint-Louis et
-du concours général, quelles fêtes que ces matinées
-de la Sorbonne et quelles fêtes aussi au dehors!
-Partout, dans la poésie, dans le roman,
-dans les arts, à la tribune comme au théâtre, c’est
-un <i>renouveau</i> merveilleux, «le plus beau comme
-le plus hardi mouvement intellectuel qu’aucun de
-nos siècles ait encore vu<a name="FNanchor_43_43" id="FNanchor_43_43"></a><a href="#Footnote_43_43" class="fnanchor">[43]</a>.»&mdash;«Allons-nous
-donc, écrit Jules Janin, allons-nous donc avoir
-le siècle de Charles X, comme nous avons eu le
-siècle de Louis XIV<a name="FNanchor_44_44" id="FNanchor_44_44"></a><a href="#Footnote_44_44" class="fnanchor">[44]</a>?» Hélas! Charles X va
-tomber; il va reprendre le chemin de l’exil. Mais
-il semble que, à cette heure suprême, les chefs-d’œuvre
-veuillent se presser sur ses pas pour lui
-former un cortège digne de cette maison de Bourbon,
-qui a fait la France. Au dernier Salon de<span class="pagenum"><a name="Page_53" id="Page_53">[53]</a></span>
-peinture de la Restauration, les plus grands noms
-de l’art au <span class="smcap lowercase">XIX</span><sup>e</sup> siècle se donnent rendez-vous. Parmi
-les peintres, Ingres, Eugène Delacroix, Paul Delaroche,
-Léopold Robert, le baron Gérard, Eugène
-Devéria, Isabey, Schnetz, Horace Vernet, Gudin,
-Heim, Sigalon, Brascassat, Paul Huet, Bonington,
-Granet, Ary Scheffer. Parmi les statuaires,
-Dumont, Cortot, Pradier, David d’Angers, Foyatier,
-Rude, Nanteuil et Bosio. Du mois de juillet
-1829, au mois d’août 1830, pendant cette dernière
-année de la Restauration, qui fut précisément
-la première année de droit de Pontmartin, Rossini
-fait représenter <i>Guillaume Tell</i>, et Auber <i>Fra
-Diavolo</i>; Victor Hugo et Alfred de Vigny donnent
-au Théâtre-Français <i>Hernani</i> et le <i>More de Venise</i><a name="FNanchor_45_45" id="FNanchor_45_45"></a><a href="#Footnote_45_45" class="fnanchor">[45]</a>,
-Alfred de Musset publie les <i>Contes d’Espagne et
-d’Italie</i>, Sainte-Beuve les <i>Consolations</i>, Lamartine
-les <i>Harmonies</i>, Théophile Gautier ses premières
-<i>Poésies</i><a name="FNanchor_46_46" id="FNanchor_46_46"></a><a href="#Footnote_46_46" class="fnanchor">[46]</a>. Après s’être essayé sous les pseudonymes
-d’Horace de Saint-Aubin, de Viellerglé de<span class="pagenum"><a name="Page_54" id="Page_54">[54]</a></span>
-Saint-Alme et de lord R’hoone, Balzac, entré en
-pleine possession de son talent, écrit les <i>Scènes
-de la vie privée</i><a name="FNanchor_47_47" id="FNanchor_47_47"></a><a href="#Footnote_47_47" class="fnanchor">[47]</a>, tandis que Prosper Mérimée,
-après avoir fait paraître, au mois de mars 1829, la
-<i>Chronique du règne de Charles IX</i>, compose ces
-nouvelles qui sont restées ses œuvres les plus achevées,
-la <i>Partie de trictrac</i>, le <i>Vase étrusque</i> et
-l’<i>Enlèvement de la Redoute</i>. En même temps que
-Guizot, Villemain et Victor Cousin professent à
-la Sorbonne, Cuvier, après quinze ans de silence,
-reprend son cours au Collège de France. Berryer
-prononce son premier discours parlementaire,
-Montalembert écrit son premier article.</p>
-
-<p>Chaque matin, sans y manquer jamais, Pontmartin
-allait bouquiner, sous les galeries de l’Odéon,
-chez son voisin le libraire Masgana, sûr d’y trouver
-le chef-d’œuvre du jour, en attendant celui du
-lendemain. Comme sa bourse d’étudiant était bien
-garnie, il achetait le volume et, sans perdre une
-heure, il allait le lire, l’hiver dans sa chambre de
-la rue de Vaugirard, en été sous les tilleuls du
-Luxembourg.</p>
-
-<p>En dépit de ses brillantes études classiques, ou
-peut-être à cause d’elles, il était romantique,&mdash;romantique
-avec Victor Hugo et Sainte-Beuve, mais
-plus encore avec Chateaubriand, Lamartine, lord
-Byron et Walter Scott. Il applaudissait à la chute
-des trois unités, à la brisure du rythme, à la césure<span class="pagenum"><a name="Page_55" id="Page_55">[55]</a></span>
-plus libre, à la rime plus riche: mais ces
-questions de <i>forme</i> et de <i>style</i> n’avaient à ses yeux
-qu’une importance secondaire. Ce qui l’attirait, ce
-qui le passionnait dans le romantisme, pur encore
-de tout excès, c’était le retour aux idées spiritualistes
-et chrétiennes. Il saluait en lui l’allié de
-l’opinion royaliste, l’adversaire des coryphées du
-<i>libéralisme</i>, des voltigeurs de Voltaire et de l’Encyclopédie.
-Dans son juvénile enthousiasme, il se
-plaisait à y voir la revanche de l’art chrétien, des
-siècles de foi, de la cathédrale gothique, contre le
-temple grec, le néo-paganisme du dernier siècle, sa
-littérature aussi glaciale que sa philosophie. Plus
-tard, quand l’École nouvelle, au lendemain de la
-révolution de 1830, reniera ses glorieux débuts et
-se fera anti-chrétienne, quand 93 aura remplacé 89,
-quand le <i>Cénacle</i> sera devenu un club démagogique,
-Pontmartin s’en séparera, mais il ne se
-ralliera point pour cela au pseudo-classicisme de
-Ponsard et de <i>Lucrèce</i>. Il demeurera ce qu’il avait
-été en 1829; jusqu’à la fin, il sera un <i>romantique
-impénitent</i>.</p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>Emmanuel Richomme, son ancien condisciple
-de Saint-Louis, était le neveu du peintre Paul
-Huet, le précurseur de notre grande école paysagiste.
-Pontmartin fréquenta l’atelier de l’artiste,
-son aîné seulement de quelques années<a name="FNanchor_48_48" id="FNanchor_48_48"></a><a href="#Footnote_48_48" class="fnanchor">[48]</a>, et noua<span class="pagenum"><a name="Page_56" id="Page_56">[56]</a></span>
-avec lui une amitié, qu’il consacrera plus tard en
-lui dédiant les <i>Mémoires d’un notaire</i>, ce roman
-qui côtoie souvent de trop près le mélodrame,
-mais où il y a de si charmants paysages, d’un ton
-si juste et si vrai. Lors de la première représentation
-d’<i>Hernani</i>, Paul Huet fut chargé de fournir
-une bande; il la recruta parmi ses élèves et les
-amis de son neveu. Et voilà comment Armand de
-Pontmartin se trouva, le soir du 25 février 1830,
-au parterre du Théâtre-Français, applaudissant à
-tout rompre les vers de Hugo, en compagnie des
-rapins les plus frénétiques.</p>
-
-<p>Dans ses <i>Mémoires</i><a name="FNanchor_49_49" id="FNanchor_49_49"></a><a href="#Footnote_49_49" class="fnanchor">[49]</a>, il a retracé les principaux
-épisodes de cette soirée mémorable. Il sortit du
-théâtre plus hugolâtre que jamais, pressé du besoin
-de dire à tous&mdash;<i>urbi et orbi</i>&mdash;son admiration
-et son enthousiasme. Il y avait justement, en
-ce temps-là, sur le pavé de Paris, un petit journal
-qui lui avait quelques obligations et ne demandait
-pas mieux que d’insérer sa prose. De ses deux cousins,
-Henri et Alfred de Cambis, le second, paresseux
-et étourdi, avait été retiré du collège, où il
-perdait son temps; le marquis de Cambis lui avait<span class="pagenum"><a name="Page_57" id="Page_57">[57]</a></span>
-donné pour précepteur un jeune universitaire,
-quelque peu journaliste, nommé Félix Lebertre.
-Lebertre était <i>libéral</i> et hostile au <i>parti prêtre</i>; mais
-comme cet ennemi de <i>la Congrégation</i> n’était pas,
-malgré tout, bien féroce, et qu’il avait la passion
-de la littérature, Pontmartin s’était lié avec lui et
-avait été un des premiers souscripteurs de son
-journal, <i>la Silhouette</i>: c’était une feuille à images,
-à prétentions mondaines, et qui s’occupait volontiers
-des théâtres. Elle ouvrit avec empressement
-ses colonnes à l’article de Pontmartin sur <i>Hernani</i>,
-improvisé en quelques heures le lendemain de la
-première représentation.</p>
-
-<p>En même temps que <i>la Silhouette</i>, Lebertre
-dirigeait une autre publication, <i>le Petit Plutarque
-français</i>, Pontmartin y donna deux notices sur
-<i>Corneille</i> et sur <i>La Fontaine</i>, <i>ornées</i> de gravures
-sur bois. Mais il allait bientôt débuter dans un recueil
-plus important, dans une des principales
-Revues de l’époque, <i>le Correspondant</i>.</p>
-
-<p>Fondé le 10 mars 1829 par MM. Bailly de
-Surcy, Edmond de Cazalès et Louis de Carné, le
-<i>Correspondant</i>, après avoir été d’abord hebdomadaire,
-paraissait, depuis le 2 mars 1830, deux fois
-par semaine, le mardi et le vendredi, en un cahier
-de huit pages in-4<sup>o</sup>, à deux colonnes.</p>
-
-<p>A la fois religieuse, politique et littéraire, la
-nouvelle Revue, dont presque tous les rédacteurs
-étaient des <i>jeunes</i>, professait hautement les doctrines
-catholiques et monarchiques; en littérature,
-elle inclinait vers le romantisme, mais avec de<span class="pagenum"><a name="Page_58" id="Page_58">[58]</a></span>
-sages réserves. Elle venait justement de publier
-sur <i>Hernani</i> deux grands articles, où je relève, à
-côté des éloges les plus mérités, ces lignes quasi
-prophétiques: «L’invocation au tombeau de Charlemagne est
-noble et grande... toutefois l’ensemble
-est entaché du vice d’une fausse profondeur; il y a
-plus d’images que de pensées, et les pensées arrivent
-par les images... Mon oreille est étonnée, mon
-âme n’est pas profondément ébranlée<a name="FNanchor_50_50" id="FNanchor_50_50"></a><a href="#Footnote_50_50" class="fnanchor">[50]</a>...»</p>
-
-<p><i>Il y a plus d’images que de pensées, et les pensées
-arrivent par les images</i>: Victor Hugo poète, avec
-ses qualités et ses défauts, n’est-il pas tout entier
-dans cette phrase?</p>
-
-<p>Toutes les sympathies de Pontmartin allaient
-naturellement au <i>Correspondant</i>, et il se disait que,
-lorsqu’il aurait quelques années de plus, il serait
-heureux de se joindre à ce groupe d’élite. Plus tôt
-qu’il ne le pensait, et avant la fin de sa première
-année de droit, la porte de la Revue s’ouvrit à
-demi devant lui, en attendant de s’ouvrir plus tard
-toute grande.</p>
-
-<p>Le 29 juin 1830, eut lieu à l’Académie française
-la double réception du général Philippe de
-Ségur et de M. de Pongerville. Les deux récipiendaires
-et MM. Arnault et de Jouy, chargés de
-leur répondre, attaquèrent le romantisme avec une
-véritable furie:</p>
-
-<p class="pp8 p1">Ils étaient quatre</p>
-<p class="pp6">Qui voulaient se battre...</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_59" id="Page_59">[59]</a></span></p>
-
-<p class="p1">Armand de Pontmartin assistait à la séance,
-avec un billet que lui avait procuré son oncle,
-M. de Cambis. Rentré chez lui, il écrivit trois ou
-quatre pages où il parlait des quatre <i>immortels</i> et
-aussi d’un demi-quarteron de leurs confrères, avec
-la plus parfaite irrévérence. Une heure après, l’article
-était dans la boîte du <i>Correspondant</i>, au numéro
-5 de la rue Saint-Thomas-d’Enfer.</p>
-
-<p>Ce premier article, on s’en souvient toujours.
-«Moi-même, écrira Pontmartin dans une de ses
-causeries de 1876, moi-même, à un demi-siècle de
-distance, je ne puis oublier avec quel battement de
-cœur je jetai dans la boîte du <i>Correspondant</i> le
-premier en date de mes innombrables articles, et
-quelle fut ma joie, trois jours après, en me voyant
-imprimé tout vif sur la même page que mes aînés,
-Louis de Carné et Edmond de Cazalès. Ce sont là
-de ces impressions de jeunesse qui s’effacent et
-que l’on croit mortes, tant que la vie semble encore
-avoir encore quelque chose à nous donner.
-Mais quand tout manque à la fois, quand on n’a
-plus devant soi que deuil et que ténèbres, on se
-retourne et l’on aperçoit bien loin, à l’extrémité
-de l’horizon, une pâle et faible lueur. C’est le fugitif
-rayon de la vingtième année, l’adieu furtif du
-premier rêve à la dernière réalité<a name="FNanchor_51_51" id="FNanchor_51_51"></a><a href="#Footnote_51_51" class="fnanchor">[51]</a>.»</p>
-
-<p>Toutes nos joies sont courtes. L’article du <i>Correspondant</i>
-avait paru le 2 juillet: moins de quatre
-semaines après, éclatait la Révolution de 1830.<span class="pagenum"><a name="Page_60" id="Page_60">[60]</a></span>
-Pontmartin était encore à Paris, où il était resté
-avec sa mère et son oncle Joseph. Après les premiers
-jours de trouble, et dès que les routes
-furent rouvertes, on revint aux Angles, où M. de
-Pontmartin le père s’était rendu dès le printemps.
-On le trouva très souffrant, accablé par les nouvelles
-de Paris. Bientôt même il fallut le transporter
-à Avignon, dans la maison de son beau-frère
-de Cambis, afin d’être plus à portée des
-médecins. La douleur causée au fidèle royaliste par
-la chute de ses princes, ses inquiétudes pendant
-plusieurs mois pour la vie de M. de Polignac, son
-compagnon des années d’émigration, aggravèrent
-sa maladie et hâtèrent sa mort, qui eut lieu en un
-jour de deuil monarchique, particulièrement poignant
-au lendemain d’un nouvel exil des Bourbons,
-le 21 janvier 1831.</p>
-
-<h3>IV</h3>
-
-<p>Ce fut seulement au mois d’octobre suivant que
-la famille, privée de son chef, rentra à Paris, et
-que Pontmartin commença sa deuxième année de
-droit. Cette seconde année ne devait guère ressembler
-à la première. Plus de fêtes en Sorbonne,
-plus de soirées aux Italiens, plus de lectures paisibles
-et charmantes sous les arbres du Luxembourg.
-Les émeutes succédaient aux émeutes et des menaces
-de guerre venaient du dehors. Pendant que
-<span class="pagenum"><a name="Page_61" id="Page_61">[61]</a></span>M<sup>me</sup> la duchesse de Berry tentait en Vendée son
-héroïque aventure, les républicains se battaient au
-cloître Saint-Merry. Paris était mis en état de siège.
-Aux tristesses publiques venait se joindre pour
-Armand de Pontmartin un nouveau deuil de famille.
-Le 13 janvier 1832, un an presque jour
-pour jour après la mort de son père, il eut la
-grande douleur de perdre l’oncle Joseph, qui,
-malgré son chagrin, malgré une fatigue qui équivalait
-pour son corps débile à une grave maladie,
-avait tenu à suivre son neveu à Paris et à se réinstaller
-avec lui dans l’appartement de la rue de
-Vaugirard. Son corps fut rapporté aux Angles,
-accompagné par un prêtre ami. M<sup>me</sup> de Pontmartin
-n’avait pas voulu que son fils interrompît encore
-ses études pour faire ce triste voyage.</p>
-
-<p>Dans les derniers jours de mars 1832, le choléra
-fit son apparition à Paris. Commencée le 26
-mars, l’épidémie ne devait finir que le 30 septembre.
-Pendant ces cent quatre-vingt-neuf jours,
-le chiffre des victimes s’éleva à 18,406<a name="FNanchor_52_52" id="FNanchor_52_52"></a><a href="#Footnote_52_52" class="fnanchor">[52]</a>.</p>
-
-<p>De cette effroyable tragédie, de l’état d’âme des
-Parisiens pendant que le terrible fléau multipliait
-ses coups, de jour en jour plus meurtriers, Pontmartin
-a donné, dans ses <i>Mémoires</i><a name="FNanchor_53_53" id="FNanchor_53_53"></a><a href="#Footnote_53_53" class="fnanchor">[53]</a>, une émouvante
-et très fidèle peinture. Ce chapitre parut
-dans le <i>Correspondant</i> du 25 novembre 1881. Après<span class="pagenum"><a name="Page_62" id="Page_62">[62]</a></span>
-l’avoir lu, Cuvillier-Fleury lui écrivait: «Je suis
-encore ému, mon cher ami, de l’émotion que
-votre récit, <i>daté du choléra</i>, a causée à ma femme.
-Que cela est bien pensé, bien dit! Si je ne suis
-pas avec vous, aussi avant que vous, dans un certain
-mysticisme, qui convient aux solitaires quand
-ils ont de belles âmes, je n’en suis pas moins
-touché de ces nobles réminiscences, qui vont
-chercher en remontant quarante ou cinquante
-ans leurs souvenirs d’autrefois, et les trouvent
-presque rajeunis par cette éternelle fraîcheur des
-bons sentiments...»</p>
-
-<p>Dès le milieu d’avril, Paris n’était plus qu’une
-nécropole. Les marchands, sans doute, ouvraient
-leurs boutiques, les théâtres ne fermaient pas leurs
-portes; les fiacres roulaient, les bourgeois montaient
-leur garde. Rien n’était suspendu dans le
-mouvement des affaires, et l’on affichait même
-chaque matin les plaisirs de la journée<a name="FNanchor_54_54" id="FNanchor_54_54"></a><a href="#Footnote_54_54" class="fnanchor">[54]</a>. Mais ces
-vains simulacres et ces fausses apparences ne
-trompaient personne. Les chiffres de la mortalité
-augmentaient d’heure en heure. Les hôpitaux regorgeaient;
-les corbillards étaient débordés, et,
-pour suppléer à leur insuffisance, il avait fallu recourir
-à des omnibus funéraires, à de gigantesques
-tapissières, tendues de noir, qui dissimulaient aux
-regards le chiffre des <i>déménagements</i>. Une indicible
-terreur enveloppait la ville, et les plus braves
-eux-mêmes n’en étaient pas exempts. Quand on<span class="pagenum"><a name="Page_63" id="Page_63">[63]</a></span>
-se séparait le soir, on n’osait pas se dire: «A
-demain!»</p>
-
-<p>Pour ne pas effrayer sa mère, Pontmartin s’efforçait
-de faire bonne contenance; mais, nerveux
-et impressionnable à l’excès, il avait peine à y
-réussir. Les images de mort qui se renouvelaient
-sans cesse sous ses yeux, en lui rappelant les chers
-défunts qu’il avait récemment perdus, le faisaient
-constamment songer à un proverbe provençal, qui
-dit que, lorsque la mort est installée dans une maison,
-elle n’en sort plus. A ces préoccupations funèbres
-s’ajoutait une pensée superstitieuse et puérile.
-Il était encore sur les bancs du collège, lorsque son
-ami Léonard Retouret, dont une des <i>toquades</i> était
-de prédire l’avenir, lui avait dit: «Tu sais, toi, tu
-mourras dans cinq ans.» Pontmartin avait écrit,
-à la première page de son Virgile, la date de cette
-prédiction: <i>19 avril 1827</i>. A mesure que l’on approchait
-de l’échéance fatale&mdash;19 avril 1832,&mdash;il
-croyait de plus en plus à la réalisation de la prophétie.
-Ce brave Retouret s’était trompé&mdash;et
-trompé de près de soixante ans. Le 20 avril, Pontmartin
-se leva, pleinement rassuré, si bien que, le
-29 mai suivant, il assistait avec quelques amis, au
-théâtre de la Porte-Saint-Martin, à la première représentation
-de la <i>Tour de Nesle</i>. Comme on était
-loin déjà de la première représentation d’<i>Hernani</i>!
-Ce n’était plus le même public. Les rapins d’atelier
-étaient toujours là, sans doute; mais où étaient les
-autres claqueurs du 25 février 1830, fils de famille,
-lauréats de l’Université, rédacteurs du <i>Globe</i>,<span class="pagenum"><a name="Page_64" id="Page_64">[64]</a></span>
-artistes <i>arrivés</i>, poètes du <i>Cénacle</i>? Ils étaient
-remplacés par des habitués d’estaminet, des acteurs
-et des actrices des petits théâtres, des journalistes
-républicains, des <i>bousingots</i> en bérets et en casquettes
-rouges. La fameuse tirade des <i>Grandes
-dames</i> provoqua des applaudissements frénétiques.
-Ces bravos redoublèrent quand le pauvre roi Louis
-le Hutin, après avoir dit aux seigneurs de sa cour:
-«Je vais donner l’ordre qu’une taxe soit levée sur
-la ville de Paris à l’occasion de ma rentrée»,
-s’avança sur le balcon et dit au peuple: «Oui,
-mes enfants, je m’occupe de diminuer les impôts;
-je veux que vous soyez tous heureux, car je vous
-aime!» Pontmartin était consterné. Son cher <i>romantisme</i>
-n’était plus, après trois ans, qu’un épisode
-du triomphe révolutionnaire, gonflé de
-phrases de mélodrame et pimenté de tirades démocratiques.
-«Ah! disait-il tristement à ses amis
-pendant les entr’actes,&mdash;ce n’est plus ça, mais
-plus du tout! Adieu nos beaux rêves.»</p>
-
-<p>Parmi les étudiants qui l’accompagnaient à
-cette <i>première</i> de la <i>Tour de Nesle</i>, il en était un
-qui d’habitude n’allait point au théâtre, Alfred
-Thureau-Dangin<a name="FNanchor_55_55" id="FNanchor_55_55"></a><a href="#Footnote_55_55" class="fnanchor">[55]</a>, qu’il avait connu dès le collège
-et qui était devenu son meilleur ami. Très lettré,
-d’un esprit charmant, d’une piété ardente, Alfred
-Thureau était dès lors ce qu’il devait être toujours,
-et de plus en plus, un chrétien modèle, l’homme<span class="pagenum"><a name="Page_65" id="Page_65">[65]</a></span>
-de tous les devoirs et de toutes les vertus<a name="FNanchor_56_56" id="FNanchor_56_56"></a><a href="#Footnote_56_56" class="fnanchor">[56]</a>. Pontmartin
-était d’un caractère un peu faible, prompt
-aux entraînements. A cette heure critique, et si
-souvent décisive, de la jeunesse, il avait besoin
-d’un guide et d’un appui. Ce lui fut une inestimable
-fortune de trouver dans Alfred Thureau
-l’ami-apôtre, celui qui est toujours prêt à donner
-les bons conseils et surtout les bons exemples.</p>
-
-<p>Quand le choléra fut en décroissance, au mois
-d’août, Pontmartin quitta Paris avec sa mère. Il y
-revint seul au mois de novembre, non pour y terminer
-ses études juridiques, mais pour y faire un
-court séjour, emballer les meubles à destination
-d’Avignon et dire un adieu définitif à la place du
-Panthéon et à la rue de Vaugirard. La littérature
-l’avait décidément conquis sur le droit, dont
-en somme il n’avait fait que deux années et passé
-que deux examens: il se contentait du titre de bachelier
-en droit, ce qui, après tout, était suffisant
-pour être un jour maire de village.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_66" id="Page_66">[66]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">CHAPITRE IV</h2>
-
-<p class="pch">LES ANNÉES D’AVIGNON<br />
-(1833-1838)</p>
-
-<p class="pcs">La rue Violette et le baron de Montfaucon. Un maire d’autrefois.
-Le Cercle de l’Escarène et le <i>Café Boudin</i>.&mdash;L’Affaire du <i>Carlo Alberto</i>,
-le vicomte de Saint-Priest et la marquise de Calvière.
-Les bureaux d’une feuille royaliste en 1833, Henri Abel et
-Eugène Roux. Les <i>Revues littéraires</i> de la <i>Gazette du Midi</i>. Esprit
-Requien et ses dîners du dimanche. Prosper Mérimée.&mdash;Le
-bonhomme Joudou et le <i>Messager de Vaucluse</i>. M<sup>me</sup> Dorval.
-Pontmartin et le théâtre romantique. Les élections de 1837.
-Brochure sur Berryer.&mdash;L’<i>Album d’Avignon</i>. Pages sur Alfred
-de Musset. Joseph Michaud à Avignon. «Lisez du Voltaire.»</p>
-
-<h3>I</h3>
-
-<p class="pc2 reduct">Tel qui part pour <i>douze ans</i> croit partir pour un jour.</p>
-
-<p class="p2">Pontmartin, en s’éloignant de Paris, se promettait
-d’y revenir bientôt. Il avait déjà quelques relations
-dans le monde des lettres et des arts: la littérature,
-il le sentait bien, était sa véritable, sa seule
-vocation. Il louerait un appartement modeste,
-mais convenable, sur la rive gauche, dans un
-quartier classique, entre l’Institut et l’Abbaye-aux-Bois,<span class="pagenum"><a name="Page_67" id="Page_67">[67]</a></span>
-à deux pas de la <i>Revue des Deux Mondes</i>; il
-se ferait présenter dans quelques-uns de ces salons
-où se réunissent les célébrités littéraires et scientifiques
-et qui sont souvent le chemin le plus court
-pour arriver à l’Académie. Ce rêve, rien ne lui
-était plus facile que de le réaliser. Il y renonça,
-parce qu’il lui aurait fallu quitter sa mère.</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> de Pontmartin était d’une santé délicate,
-elle ne pouvait plus supporter le climat de Paris;
-il lui fallait désormais le soleil du Midi. De plus,
-privée de son mari, de son beau-frère, elle se trouvait
-hors d’état de diriger un jeune homme vif,
-ardent, passionné de théâtre, épris de ce <i>romantisme</i>
-qui ne lui disait rien de bon, prêt à fréquenter,
-en même temps que les salons, ces ateliers et
-ces <i>cénacles</i>, qu’elle connaissait mal sans doute,
-mais qui lui apparaissaient comme des lieux de perdition.
-Pontmartin ne put se décider à lui faire le
-chagrin de rester seul à Paris à vingt et un ans.
-Peut-être, se disait-il <i>in petto</i>, qu’après deux ou
-trois ans de séjour en province, ayant un peu mûri,
-il pourrait, sans effaroucher sa mère, se partager
-entre Avignon et la capitale, et passer dans cette
-dernière plusieurs mois chaque année. Il restera
-donc provisoirement à Avignon; mais, on le sait,
-rien ne dure plus longtemps que le provisoire.</p>
-
-<p>On s’installa, non à la campagne, mais à la ville.
-M<sup>me</sup> de Pontmartin s’y trouvait mieux pour sa
-santé et à cause du voisinage de l’église, celle des
-des Angles étant d’un accès très difficile. Elle habita,
-avec son fils, un appartement situé rue Violette,<span class="pagenum"><a name="Page_68" id="Page_68">[68]</a></span>
-dans l’hôtel du baron de Montfaucon<a name="FNanchor_57_57" id="FNanchor_57_57"></a><a href="#Footnote_57_57" class="fnanchor">[57]</a>, le
-dernier maire d’Avignon sous la Restauration.
-C’était un maire, comme on n’en fait plus, un de
-ces <i>originaux</i> comme il en existait encore beaucoup
-à cette date et qui donnaient à la province
-une physionomie particulière, qu’elle a depuis
-longtemps perdue. Bon, affable, généreux, recherché
-dans les salons et populaire dans les faubourgs,
-il chantait joliment la romance sentimentale,
-jouait à merveille la comédie à ariettes, déclamait
-sans broncher des scènes de tragédie. Jamais
-édile, du reste, ne sut mieux mêler l’utile à
-l’agréable. Quand le budget de la ville était menacé
-d’un déficit, ou lorsque son conseil municipal reculait
-devant une grosse dépense, il avait une méthode
-qu’on peut recommander sans crainte à nos
-maires républicains, car on est sûr qu’ils ne la
-suivront pas. Il payait de ses propres deniers de
-quoi combler les lacunes. C’est ainsi qu’à l’inauguration
-de la nouvelle salle de spectacle, il avait
-recruté à ses frais une troupe que lui enviaient
-Lyon, Marseille et Toulouse.</p>
-
-<p>Pris en grande amitié par le baron de Montfaucon,
-spirituel jusqu’au bout des ongles, professant
-en toute rencontre le <i>carlisme</i> le plus intransigeant,
-Armand de Pontmartin devint bien vite le<span class="pagenum"><a name="Page_69" id="Page_69">[69]</a></span>
-favori de la haute société avignonnaise. Or, Avignon
-à cette époque, était une vraie succursale du
-faubourg Saint-Germain. On y rencontrait, dans le
-même salon, les Crillon, les Gramont-Caderousse,
-les Caumont, les Galléan (ducs de Gadagne), les
-Monteynard, les Bernis, les Calvière, les Tournon,
-les Piolenc, les La Fare, les Forbin, les Cambis,
-les des Isnards, etc.</p>
-
-<p>Et comme elle avait son faubourg Saint-Germain,
-la ville des Papes avait aussi son Jockey-Club, le
-cercle de l’<i>Escarène</i>, où la jeunesse dorée passait
-sa vie, Pontmartin y fréquentait et y jouait le soir
-à la bouillotte. Le matin, il allait de préférence
-au <i>Café Boudin</i>,&mdash;un café ou plutôt un immense
-jardin, avec de beaux arbres, dont la renommée
-s’étendait à cinquante lieues à la ronde, grâce surtout
-à son magnifique jeu de paume. Le propriétaire,
-le père Boudin, dont l’un des fils devint
-secrétaire d’Augustin Thierry, avait installé une
-tonnelle dans la cour attenante à la salle. Au printemps,
-ces treillis peints en vert se couvraient de
-plantes grimpantes, houblon et vigne vierge, glycine
-et clématite. Les causeurs et les beaux esprits
-avignonnais s’y donnaient rendez-vous pour prendre
-leur tasse de chocolat avec le classique pain au
-beurre, lire les journaux et parler politique. Pontmartin
-était un des habitués de la tonnelle. Il lui
-arrivait même d’y aller le soir, quand elle s’illumiminait
-<i>à giorno</i> à l’aide de six quinquets et que
-les élégants et les belles dames y venaient, de
-neuf à onze heures, prendre des glaces.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_70" id="Page_70">[70]</a></span></p>
-
-<p>Tout cela, paraît-il, ne laissait pas d’être grave.
-Aller dans le monde, passer ses soirées au cercle,
-dîner avec de joyeux amis, fréquenter le <i>Café Boudin</i>!
-Horreur! Sainte-Beuve en est tout suffoqué;
-il se voile la face et il écrit ces lignes: «A ceux
-qui en douteraient à voir la sévérité de sa doctrine,
-je dirai (ce qui n’est jamais une injure pour un
-galant homme) que M. de Pontmartin eut de la
-jeunesse. La ville d’Avignon s’en est longtemps
-souvenue, me dit-on et les échos l’ont répété<a name="FNanchor_58_58" id="FNanchor_58_58"></a><a href="#Footnote_58_58" class="fnanchor">[58]</a>.»</p>
-
-<p>Si Pontmartin se pliait volontiers à la vie provinciale,
-il ne renonçait pas pour cela à ses visées
-littéraires. Il dévorait tous les livres nouveaux, il
-lisait tous les articles de la <i>Revue de Paris</i> et de la
-<i>Revue des Deux Mondes</i>, et après chacune de ces
-lectures, il se disait: <i>Semper ego auditor tantum?</i>
-Doué dès cette époque d’une incroyable facilité de
-plume, il se sentait attiré surtout vers le journalisme.
-Malheureusement il n’y avait à Avignon
-aucun journal où il pût écrire. Il allait en trouver
-un ailleurs.</p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>Il y avait alors dans les prisons de Marseille un
-certain nombre de royalistes, qui s’étaient associés
-à l’imprudente mais chevaleresque entreprise de la
-duchesse de Berry et qui avaient été arrêtés à la Ciotat<span class="pagenum"><a name="Page_71" id="Page_71">[71]</a></span>
-au moment où ils débarquaient du <i>Carlo-Alberto</i>.
-Depuis le 1<sup>er</sup> mai 1832, ils attendaient leur mise
-en jugement. Le plus marquant de ces détenus
-était le général vicomte de Saint-Priest<a name="FNanchor_59_59" id="FNanchor_59_59"></a><a href="#Footnote_59_59" class="fnanchor">[59]</a>, ancien
-ambassadeur de France à Madrid. Sa sœur, la marquise
-de Calvière, était l’amie intime de M<sup>me</sup> de
-Pontmartin, qui avait logé dans sa maison jusqu’en
-1823<a name="FNanchor_60_60" id="FNanchor_60_60"></a><a href="#Footnote_60_60" class="fnanchor">[60]</a>; elle lui écrivit qu’elle était venue à
-Marseille pour voir son frère, qu’elle était horriblement<span class="pagenum"><a name="Page_72" id="Page_72">[72]</a></span>
-inquiète<a name="FNanchor_61_61" id="FNanchor_61_61"></a><a href="#Footnote_61_61" class="fnanchor">[61]</a> et que ce lui serait une grande
-consolation de l’avoir auprès d’elle. Deux jours
-après, M<sup>me</sup> de Pontmartin et son fils descendaient
-à l’hôtel Beauvau.</p>
-
-<p>On était au mois de janvier 1833. La <i>Gazette du
-Midi</i>, qui paraissait à Marseille depuis le mois
-d’octobre 1830, avait déjà pris dans toute la région
-une sérieuse importance. Une des premières visites
-de Pontmartin fut pour la feuille royaliste.</p>
-
-<p>La presse de province n’était pas riche en ce
-temps-là (les choses ont-elles beaucoup changé
-depuis?). L’imprimerie de la <i>Gazette</i> occupait un
-sordide hangar dans la cour d’une maison de la
-rue Paradis, au n<sup>o</sup> 47. On accédait par un escalier
-en bois au cabinet de rédaction, sorte de soupente
-qu’éclairait une seule fenêtre, et dont tout l’ameublement
-se composait de quelques chaises de paille
-et de deux pupitres en bois blanc peint de noir,
-avec encrier en tête de pipe, fiché dans la tablette
-supérieure<a name="FNanchor_62_62" id="FNanchor_62_62"></a><a href="#Footnote_62_62" class="fnanchor">[62]</a>.&mdash;Oui, mais devant ces pupitres d’écoliers,<span class="pagenum"><a name="Page_73" id="Page_73">[73]</a></span>
-s’asseyaient chaque matin deux maîtres journalistes,
-Henri Abel<a name="FNanchor_63_63" id="FNanchor_63_63"></a><a href="#Footnote_63_63" class="fnanchor">[63]</a> et Eugène Roux<a name="FNanchor_64_64" id="FNanchor_64_64"></a><a href="#Footnote_64_64" class="fnanchor">[64]</a>.</p>
-
-<p>Henri Abel, le rédacteur en chef, avait trente-sept
-ans. Il y avait deux ans que, sur les instances
-de quelques amis, il avait quitté le commerce des
-denrées de Provence pour devenir le directeur du
-journal. Ses immenses lectures, sa prodigieuse
-mémoire, la rectitude de son esprit et l’énergie de
-ses convictions lui avaient permis, dès les premiers
-jours, d’écrire des articles, qui furent très
-remarqués. Comme ils n’étaient pas signés, on les
-attribuait à de hautes personnalités, quelquefois à
-Berryer lui-même. Si l’on objectait que l’article,
-tout d’actualité, avait certainement été fait sur
-place, que les lettres de Paris mettaient trois jours
-à venir, et que le ministre de l’Intérieur n’avait
-sans doute pas mis le télégraphe à la disposition
-du chef de l’opposition légitimiste: «Alors, reprenaient
-nos gens, qui ne voulaient pas se tenir pour
-battus, il doit être de Laboulie<a name="FNanchor_65_65" id="FNanchor_65_65"></a><a href="#Footnote_65_65" class="fnanchor">[65]</a>, à moins qu’il
-ne soit du marquis de Montgrand<a name="FNanchor_66_66" id="FNanchor_66_66"></a><a href="#Footnote_66_66" class="fnanchor">[66]</a>.» Et personne<span class="pagenum"><a name="Page_74" id="Page_74">[74]</a></span>
-ne se doutait que l’anonyme, déjà célèbre à
-ses débuts, était le modeste commerçant, enlevé
-d’hier par la politique aux vulgarités de la «chère
-vôtre».</p>
-
-<p>En 1833, le nom d’Henri Abel était victorieusement
-sorti de l’ombre, et le temps était proche où
-deux ou trois journaux parisiens lui feraient les
-propositions les plus séduisantes: il refusera sans
-hésiter. Il était bien trop spirituel, et surtout trop
-Marseillais, pour sacrifier la Cannebière aux Boulevards,
-pour échanger le soleil et la mer contre
-les brouillards de la rue du Croissant ou le ruisseau
-de la rue Montmartre.</p>
-
-<p>Armand de Pontmartin et Abel eurent vite fait
-de s’entendre. Il fut convenu, dès leur premier
-entretien, que l’ancien élève de Saint-Louis enverrait
-à la <i>Gazette du Midi</i> des articles de critique
-littéraire. Le premier parut le 5 septembre 1833;
-il était consacré aux <i>Prisons</i> de Silvio Pellico.
-Vinrent ensuite des feuilletons sur <i>Volupté</i>, de
-Sainte-Beuve; <i>Stello</i>, d’Alfred de Vigny; <i>le Lys
-dans la vallée</i>, de Balzac; la <i>Confession d’un Enfant
-du siècle</i>, d’Alfred de Musset; les <i>Chants du Crépuscule</i>,
-de Victor Hugo; <i>Simon</i> et <i>Mauprat</i>, de
-George Sand, etc., etc. Ils eurent du succès, si
-bien qu’après les avoir signés d’abord <i>A. P.</i>, puis
-<i>A. de P.</i>, l’auteur se décida à y mettre son nom
-en toutes lettres.</p>
-
-<p>Cette collaboration, qui dura jusqu’en 1843, ne<span class="pagenum"><a name="Page_75" id="Page_75">[75]</a></span>
-tarda pas d’avoir pour lui d’heureux résultats.
-Jusque-là ses compatriotes n’avaient guère vu en
-lui qu’un jeune homme instruit, riche, titré, spirituel,
-héros de cercle et de salons, qui ne manquerait
-pas de faire un jour un beau mariage; après
-quoi, tout serait dit. Depuis que paraissaient, dans
-le journal le plus important de la région, ses
-<i>Revues littéraires</i>, on le jugeait autrement; on
-commençait à se demander s’il n’y avait pas en
-lui l’étoffe d’un écrivain de talent et s’il n’était pas
-destiné à devenir célèbre. Parmi ceux qui suivaient
-ses articles avec le plus d’intérêt et qui lui prodiguaient
-le plus d’encouragements, était M. Esprit
-Requien<a name="FNanchor_67_67" id="FNanchor_67_67"></a><a href="#Footnote_67_67" class="fnanchor">[67]</a>, botaniste et géologue de premier
-ordre qui, sur un plus grand théâtre, eût été le
-rival des Jussieu, des Candolle et des Mirbel. Sa
-science encyclopédique n’avait rien de pédantesque,
-d’officiel et de gourmé. Sa simplicité, son esprit et
-sa belle humeur égalaient son savoir. Ses dîners
-du dimanche, où la chère était d’ailleurs excellente,
-avaient un succès universel. Les célébrités
-qui passaient à Avignon acceptaient volontiers son
-hospitalité. Pontmartin vit successivement à sa
-table le duc de Luynes, Horace Vernet, Paul Delaroche,<span class="pagenum"><a name="Page_76" id="Page_76">[76]</a></span>
-Xavier Marmier, Méry, J.-J. Ampère,
-Fauriel, M. de Mirbel, le peintre Champmartin,
-Liszt, Castil-Blaze et son fils Henry Blaze de Bury,
-sans compter Prosper Mérimée, alors inspecteur
-des monuments historiques dans le Midi de la
-France.</p>
-
-<p>Le dimanche 17 août 1834, au dîner hebdomadaire
-de la rue des Tanneurs, Pontmartin fut placé
-à côté de Mérimée, qui venait justement de publier,
-dans la <i>Revue des Deux Mondes</i>, une de ses nouvelles,
-<i>les Ames du Purgatoire</i><a name="FNanchor_68_68" id="FNanchor_68_68"></a><a href="#Footnote_68_68" class="fnanchor">[68]</a>, et à qui Requien,
-dont il était l’hôte depuis deux ou trois
-jours, avait fait lire quelques-uns des articles de
-son jeune ami. On causa littérature et beaux-arts.
-Malgré ses préventions contre la province, malgré
-son désir de ne jamais être ou paraître dupe, l’auteur
-de la <i>Double Méprise</i> ne put conserver jusqu’au
-bout son attitude glaciale et un peu hautaine.
-Charmé par l’esprit et la bonne grâce de son
-voisin, il se montra bienveillant, aimable, <i>bon
-enfant</i>. Quand on sortit de table, il avait quitté
-tout à fait son air de <i>pince-sans-rire</i>, et il dit à
-Pontmartin:</p>
-
-<p>&mdash;Avez-vous la vocation?</p>
-
-<p>&mdash;Oui, je le crois... j’en suis sûr... D’ailleurs,
-pourrais-je en avoir une autre?</p>
-
-<p>&mdash;Eh bien, si vous avez la vocation, vous
-aurez tôt ou tard l’occasion. J’ai idée que nous
-nous reverrons un jour aux bureaux de la <i>Revue<span class="pagenum"><a name="Page_77" id="Page_77">[77]</a></span>
-des Deux Mondes</i>, chez Buloz, dans cette singulière
-maison de la rue Saint-Benoît, qui a un jardin au
-premier étage.</p>
-
-<p>Cet oracle était plus sûr que celui de Léonard
-Retouret.</p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>La collaboration de Pontmartin à la <i>Gazette du
-Midi</i> lui laissait des loisirs. Il regrettait de ne pas
-avoir sous la main, à Avignon même, une feuille,
-si modeste fût-elle, où il pourrait écrire des chroniques
-mondaines et des feuilletons de théâtre.
-Par une belle matinée d’hiver, au mois de novembre
-1836, il reçut la visite d’un vieil original,
-nommé Joudou, dont la manie était de fonder des
-journaux qui vivaient, en moyenne, trois mois ou
-six semaines. Le bonhomme Joudou lui annonça
-qu’il allait créer un nouveau journal, <i>le Messager
-de Vaucluse</i>, et il lui demanda de vouloir bien se
-charger du feuilleton. Pontmartin accepta, mais à
-la condition de ne pas signer.</p>
-
-<p>Le <i>Messager</i> devait paraître deux fois par semaine,
-le jeudi et le dimanche; il ne parlerait pas
-politique et traiterait seulement les questions de
-littérature, d’histoire locale, d’archéologie, de
-travaux publics et d’hygiène. Le premier numéro
-parut le jeudi 1<sup>er</sup> décembre 1836; Pontmartin
-inaugura sa collaboration, dans celui du 11 décembre,
-par un feuilleton signé <i>Z.Z.Z.</i></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_78" id="Page_78">[78]</a></span></p>
-
-<p>M<sup>me</sup> Dorval venait d’arriver à Avignon, où elle
-devait donner une série de dix à douze représentations.
-C’était une bonne fortune pour le critique
-du <i>Messager</i> d’avoir l’occasion de parler d’une
-grande artiste et de passer en revue les principales
-pièces du théâtre romantique. M<sup>me</sup> Dorval
-joua successivement <i>Trente ans ou la Vie d’un
-joueur</i>, de Victor Ducange et Dinaux; <i>Clotilde</i>, de
-Frédéric Soulié; <i>Antony</i>, <i>la Tour de Nesle</i>, <i>Henri III
-et sa Cour</i>, d’Alexandre Dumas; <i>Jeanne Vaubernier</i>,
-de Pierre Lafitte<a name="FNanchor_69_69" id="FNanchor_69_69"></a><a href="#Footnote_69_69" class="fnanchor">[69]</a>; <i>Angelo</i>, de Victor Hugo; <i>Chatterton</i>,
-d’Alfred de Vigny.</p>
-
-<p>Pontmartin ne lui consacra pas moins de six
-feuilletons<a name="FNanchor_70_70" id="FNanchor_70_70"></a><a href="#Footnote_70_70" class="fnanchor">[70]</a>. Il parla d’elle avec enthousiasme.
-L’enthousiasme, du reste, était justifié. M<sup>me</sup> Dorval
-n’avait pas la distinction aristocratique de M<sup>lle</sup> Mars,
-son élégance incomparable, son art savant et profond;
-mais, plus que sa glorieuse rivale, elle était
-une artiste d’inspiration, l’interprète par excellence
-du drame moderne. Elle était la passion même,
-comédienne par hasard et par instinct, comme
-M<sup>lle</sup> Mars était une comédienne par la nature et
-par l’étude; comédienne avec son cœur comme<span class="pagenum"><a name="Page_79" id="Page_79">[79]</a></span>
-M<sup>lle</sup> Mars était comédienne avec son esprit<a name="FNanchor_71_71" id="FNanchor_71_71"></a><a href="#Footnote_71_71" class="fnanchor">[71]</a>.</p>
-
-<p>Pontmartin dit dans ses <i>Mémoires</i>: «J’avais
-habilement mélangé la prose doctorale de Gustave
-Planche, les gentilles paillettes de Jules Janin et
-mes souvenirs personnels du théâtre de la Porte-Saint-Martin.
-J’exprimai le plus fougueux enthousiasme
-et je citai un passage de la <i>Revue des Deux
-Mondes</i>, d’où il résultait que M<sup>lle</sup> Mars n’allait pas
-à la cheville de M<sup>me</sup> Dorval<a name="FNanchor_72_72" id="FNanchor_72_72"></a><a href="#Footnote_72_72" class="fnanchor">[72]</a>.» Cela n’est pas exact.
-Quoique romantique, Pontmartin aimait par-dessus
-tout ce qui était correct, délicat, charmant, distingué.
-Ses préférences devaient donc aller à M<sup>lle</sup> Mars.
-Quand il eut à parler de <i>Henri III et sa Cour</i>,
-évoquant son souvenir dans le rôle de la duchesse
-de Guise, qu’elle avait créé au Théâtre-Français, il
-n’hésita pas à la déclarer supérieure à M<sup>me</sup> Dorval<a name="FNanchor_73_73" id="FNanchor_73_73"></a><a href="#Footnote_73_73" class="fnanchor">[73]</a>.</p>
-
-<p>Dans ce même article sur le drame de Dumas,
-il juge ses amis les <i>romantiques</i> comme un homme
-affranchi de toute servitude d’école:</p>
-
-<p class="pbq p1">Notre ami Alexandre Dumas, dit-il, esprit aventureux,
-peu profond, prêt à toute circonstance, avait d’abord fait sa
-pièce en trois actes, sous le titre de <i>la Duchesse de Guise</i>. Mais,
-à cette époque, on était engoué de chroniques, de moyen
-âge et de barbes pointues; on ne voyait plus au théâtre et
-dans nos musées la moindre toge romaine, la moindre tunique
-grecque, mais des pourpoints, des justaucorps, des souliers
-à la poulaine et des vertugadins. Notre auteur, voyant
-cette mode, imagina de plaquer au drame primitif deux<span class="pagenum"><a name="Page_80" id="Page_80">[80]</a></span>
-actes de couleur locale et il l’intitula gravement <i>Henri III et
-sa Cour</i>. Le drame fut joué<a name="FNanchor_74_74" id="FNanchor_74_74"></a><a href="#Footnote_74_74" class="fnanchor">[74]</a> et eut un grand succès que les
-romantiques (il y en avait alors) attribuèrent obstinément à
-la sarbacane du duc de Joyeuse, au bilboquet de d’Epernon
-et à la fraise de Saint-Mégrin: innocentes bribes historiques
-auxquelles personne aujourd’hui ne fait attention. Mais par
-bonheur Dumas, qui était dès lors un écrivain passionné, un
-cœur chaud et énergique, avait jeté à travers ces réminiscences
-d’Anquetil quelques scènes de passion véritable...</p>
-
-<p class="p1">Dans son feuilleton sur <i>Angelo</i>, après avoir dit
-son admiration pour M<sup>me</sup> Dorval, qui jouait le rôle
-de Catarina Bragadini, la femme du podestat, il ne
-se souvient d’avoir été l’un des claqueurs d’<i>Hernani</i>
-que pour condamner plus sévèrement le nouveau
-drame de Hugo: «Elle nous a tant émus, écrit-il,
-nous l’avons si bien applaudie, que nous avons
-oublié <i>de ne pas applaudir la pièce</i>. Elle a tendu sa
-main à M. Hugo, et elle l’a sauvé. Que d’aumônes
-semblables elle a faites, dans sa vie! Que de naufrages
-elle a épargné à ses poètes, et comme elle
-a mérité de rencontrer enfin celui qui ne lui laissera
-plus qu’à traduire et ne lui donnera rien à
-corriger<a name="FNanchor_75_75" id="FNanchor_75_75"></a><a href="#Footnote_75_75" class="fnanchor">[75]</a>!»</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> Dorval une fois partie, Pontmartin remplaça
-les comptes rendus de théâtre par des <i>Causeries
-littéraires et mondaines</i>, en même temps qu’il écrivait
-de courtes nouvelles, songeant déjà à mener
-de front, s’il le pouvait, la critique et le roman. Du
-16 février au 20 avril 1837, il publia, dans le<span class="pagenum"><a name="Page_81" id="Page_81">[81]</a></span>
-<i>Messager</i>, une suite d’<i>Esquisses</i>, qui avaient pour
-titre: I. <i>La Vie d’artiste</i>; II. <i>Une Heure dans la vie</i>;
-III. <i>Les Courtisans de l’exil</i>; IV. <i>Les Deux violons</i>.
-Le 25 juin, il commençait une nouvelle série, à
-laquelle il donnait ce titre: <i>Souvenirs du monde</i>,
-et qu’il faisait précéder de cette note: «Les fragments
-qu’on va lire font partie d’un ouvrage intitulé
-<i>la Vérité vraie</i>, qui paraîtra cet hiver chez
-Eugène Renduel.» Eugène Renduel était alors
-l’éditeur des romantiques. De ces <i>Souvenirs du
-monde</i>, deux chapitres seulement ont paru: <i>Partie
-Carrée</i><a name="FNanchor_76_76" id="FNanchor_76_76"></a><a href="#Footnote_76_76" class="fnanchor">[76]</a> et <i>Suicides amoureux</i><a name="FNanchor_77_77" id="FNanchor_77_77"></a><a href="#Footnote_77_77" class="fnanchor">[77]</a>.</p>
-
-<p>Mais la politique à ce même moment, allait le
-distraire de la littérature.</p>
-
-<p>Le 4 octobre 1837, la dissolution de la Chambre
-des députés fut prononcée, et les électeurs convoqués
-pour le 4 novembre. Les électeurs d’Avignon
-allaient avoir à remplacer le marquis de Cambis,
-qui venait d’être appelé à la pairie. Le candidat
-constitutionnel était M. Eugène Poncet<a name="FNanchor_78_78" id="FNanchor_78_78"></a><a href="#Footnote_78_78" class="fnanchor">[78]</a>; les royalistes
-lui opposèrent M. Berryer, lequel, du reste,
-ne prit aucune part à la lutte, étant assuré de sa<span class="pagenum"><a name="Page_82" id="Page_82">[82]</a></span>
-réélection à Marseille. Entre les deux candidats,
-la situation de Pontmartin était particulièrement
-délicate. M. Poncet était ouvertement patronné
-par le marquis de Cambis; il n’avait même consenti
-à lui succéder qu’à la condition de se retirer
-dès que Henri de Cambis aurait trente ans, ce qui
-devait avoir lieu en 1840. Pontmartin avait une
-sincère affection pour son oncle, une vive amitié
-pour son cousin. Entre eux et Berryer cependant
-il n’hésita pas. <i>Henriquinquiste</i> intransigeant, il
-estima que c’était le cas, ou jamais, de mettre en
-pratique la vieille maxime: <i>Amicus Plato, sed
-magis amica veritas</i>.</p>
-
-<p>Le 22 octobre 1837, il faisait paraître dans le
-<i>Messager</i> un grand article intitulé: <i>Puissances intellectuelles
-de notre époque. I. Berryer</i>. Premier
-article: <i>Berryer homme politique</i>. Ce premier article
-était suivi de cette note: «Au numéro prochain
-le deuxième article: <i>Berryer orateur</i>.»</p>
-
-<p>Le <i>Messager de Vaucluse</i> n’avait pas le droit de
-parler politique, faute d’un cautionnement que le
-bon Joudou s’était trouvé hors d’état de verser. La
-préfecture lui fit comprendre qu’il serait sage à lui
-de s’arrêter dans la voie où il venait de s’engager.
-Il refusa donc d’insérer l’article promis. Le jour
-du vote approchait. Pontmartin réunit ses deux
-articles en une petite brochure, qui parut le
-28 octobre, accompagnée de ces lignes:</p>
-
-<p class="pbq p1">La première partie de cette esquisse a paru dans le
-<i>Messager de Vaucluse</i>; la suite n’ayant pu y être insérée, des
-motifs d’à-propos ont fait désirer qu’elle fût publiée, ce qui<span class="pagenum"><a name="Page_83" id="Page_83">[83]</a></span>
-a forcé de réimprimer le tout. Nous rappelons ceci, non pour
-blâmer l’administration, mais de peur qu’on nous accuse
-d’avoir prétendu donner à un simple article de journal la
-valeur d’une œuvre plus durable. <i>A. P.</i></p>
-
-<p class="p1">La brochure, on le pense bien, était un panégyrique
-enthousiaste du grand orateur, alors dans
-tout l’éclat de son magnifique talent. Sept jours
-après sa publication, avait lieu le vote. M. Poncet
-fut élu avec 268 suffrages sur 434 votants. Berryer
-obtint 163 voix<a name="FNanchor_79_79" id="FNanchor_79_79"></a><a href="#Footnote_79_79" class="fnanchor">[79]</a>.</p>
-
-<h3>IV</h3>
-
-<p>Il ne lui était pas permis dans le <i>Messager</i>&mdash;Pontmartin
-venait d’en avoir la preuve&mdash;de
-faire, même en passant, de la politique. Pourquoi
-n’aurait-il pas un journal où il serait chez lui et
-où le timide Joudou n’aurait rien à voir? La main
-lui démangeait d’écrire, il avait du temps, de l’esprit
-et de l’argent à perdre; bravement, il fonda
-une Revue, à laquelle il donna pour titre: <span class="smcap">l’Album
-d’Avignon</span>, <i>Recueil d’intérêt social et littéraire, publié
-par un des rédacteurs du</i> <span class="smcap">Messager de Vaucluse</span>.</p>
-
-<p>La Revue était mensuelle et son premier numéro
-parut le 1<sup>er</sup> janvier 1838; sa collection forme
-deux volumes.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_84" id="Page_84">[84]</a></span></p>
-
-<p>Quelques hommes de cœur et d’esprit, MM. Jules
-Courtet, H. d’Anselme, J. Bastet et Antonin de
-Sigoyer, prêtaient bien à Pontmartin leur collaboration,
-mais d’une façon tout à fait intermittente, et il
-arrivait, presque chaque mois, que la livraison était
-son œuvre pour plus des trois quarts. Souvent même
-il évitait de signer ses articles, pour empêcher les
-lecteurs de voir qu’il était à lui seul toute la rédaction.
-Sa plume facile suffisait à tout. Études littéraires,
-artistiques et musicales, chroniques politiques,
-contes et nouvelles, il s’essayait dans tous
-les genres. L’abbé Charles Deplace<a name="FNanchor_80_80" id="FNanchor_80_80"></a><a href="#Footnote_80_80" class="fnanchor">[80]</a> prêchait
-l’Avent à Avignon: le rédacteur de l’<i>Album</i> analyse
-ses sermons avec le plus grand soin sous ce
-titre: <i>Prédications de la métropole</i><a name="FNanchor_81_81" id="FNanchor_81_81"></a><a href="#Footnote_81_81" class="fnanchor">[81]</a>. Lorsqu’il faut
-descendre de ces hauteurs pour traiter les questions
-locales, s’occuper des levées de la Barthelasse
-ou du pont suspendu entre Villeneuve et la Porte
-de la Ligne, il est également prêt; aussi bien, il
-s’agit du pont d’Avignon sur lequel, on le sait,
-tout le monde passe, même les littérateurs, même
-les poètes. Poète, il l’était aussi à ses heures: comprendrait-on
-d’ailleurs un <i>Album</i> qui ne renfermerait
-pas de vers? Pontmartin inséra dans le sien un<span class="pagenum"><a name="Page_85" id="Page_85">[85]</a></span>
-court poème, le <i>Lit de mort d’Arthur</i><a name="FNanchor_82_82" id="FNanchor_82_82"></a><a href="#Footnote_82_82" class="fnanchor">[82]</a> et des
-stances: <i>A deux voyageurs</i><a name="FNanchor_83_83" id="FNanchor_83_83"></a><a href="#Footnote_83_83" class="fnanchor">[83]</a>.</p>
-
-<p>Le poète, du reste, cédait volontiers chez lui le
-pas au conteur. Celui-ci ne se proposait alors rien
-moins que de publier, dans l’<i>Album d’Avignon</i>,
-vingt-quatre Nouvelles, les unes d’imagination, les
-autres empruntées à l’histoire, et dont les héroïnes
-auraient successivement pour initiales les vingt-quatre
-lettres de l’alphabet. Je me hâte de dire
-que l’alphabet n’y passa point tout entier.</p>
-
-<p>Après avoir fait paraître <i>Alix</i>, <i>Béatrix</i> et <i>Caroline</i>,
-Armand de Pontmartin abandonna la partie
-et laissa là les <i>dés</i>. L’une au moins de ces trois
-nouvelles cependant, <i>Caroline</i><a name="FNanchor_84_84" id="FNanchor_84_84"></a><a href="#Footnote_84_84" class="fnanchor">[84]</a>, est déjà très remarquable;
-mais c’est surtout le critique qui se révèle
-dès ce moment, qui prélude avec succès, vif, spirituel,
-ennemi du factice et du convenu, ayant ses
-préférences et sachant les justifier. A cette date de
-1838, la royauté poétique de Lamartine et de
-Victor Hugo était incontestée, et il ne semblait pas
-qu’Alfred de Musset pût prétendre à partager le
-trône avec eux. Sur ce point, il n’y avait qu’une
-voix parmi les critiques du temps. Sainte-Beuve ne
-voyait dans l’auteur de la <i>Nuit de mai</i> et de l’<i>Espoir<span class="pagenum"><a name="Page_86" id="Page_86">[86]</a></span>
-en Dieu</i> qu’un poète «charmant», plein
-d’esprit et de naturel, et qui donnait de «bien
-gracieuses espérances». Un des écrivains de la
-<i>Revue de Paris</i>, J. Chaudes-Aigues, résumait
-ainsi une étude sur le chantre de <i>Rolla</i>: «De la
-verve, mais une verve insuffisante et qui a besoin
-d’être échauffée par une idée étrangère; une imagination
-très folle, très vagabonde, très capricieuse,
-incapable de réflexion, habile à broder, inhabile à
-produire; une versification claire, nette et franche:
-voilà, selon nous, ce qui appartient en propre à
-M. Alfred de Musset<a name="FNanchor_85_85" id="FNanchor_85_85"></a><a href="#Footnote_85_85" class="fnanchor">[85]</a>.» On voyait plus juste à
-Avignon; Armand de Pontmartin n’hésitait pas à
-saluer dans Alfred de Musset un très grand poète,
-aussi grand que Lamartine et Hugo. De l’un de
-ses articles, je détache cette page:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">...C’est là le caractère de la vraie poésie, dans notre
-temps: d’abord l’essai infructueux, le mécompte, le reproche
-amer, la lutte stérile, la folie même et le blasphème; puis,
-si l’âme est vraiment grande et poétique, après la récrimination,
-l’aveu naïf de l’erreur; après la halte désespérée,
-une fuite nouvelle vers les idéales régions de la prière, de la
-rêverie et de l’amour, et l’échange des premiers vêtements,
-déchirés par l’orage, contre les voiles éblouissants et purs
-que rien ne déchire et ne flétrit. C’est ainsi que le poète
-devient le symbole à la fois le plus complet, le plus élevé et
-le plus consolant du siècle qu’il traverse, auquel il indique
-et le mal qui l’agite et ce qui peut le calmer, et avec lequel
-tout lui est commun, l’angoisse et l’espoir, la blessure et le
-baume, le blasphème réparé et l’hymne immortel, tout enfin,
-excepté la langue céleste que tout le monde entend, et qu’il<span class="pagenum"><a name="Page_87" id="Page_87">[87]</a></span>
-est seul à parler. C’est pour cela que Victor Hugo et Lamartine,
-malgré leur incontestable génie, nous sont entièrement
-étrangers, et qu’ils n’ont conquis parmi nous qu’une position
-glorieuse, mais solitaire. L’un est un admirable et opiniâtre
-artiste, dessinant aux œuvres de sa fantaisie des broderies
-délicates, de merveilleuses ciselures; l’autre est une
-lyre infatigable, une sorte de harpe éolienne, toujours prête
-à rendre des sons d’une mélodieuse uniformité: mais le
-souffle de notre vie et de notre monde n’a point passé sur
-eux; ils n’en ont été que de factices interprètes et ils sont
-restés les brillants échos de leur pensée personnelle. Il est
-cependant un poète, un jeune homme de vingt-sept ans,
-<i>auquel on n’a pas fait encore toute la place qu’il mérite</i>, et qui
-nous semble réaliser en lui d’une façon saisissante ce type
-que nous indiquons et que nous voudrions faire comprendre.
-Alfred de Musset, qui eut le tort de donner à ses débuts l’éclat
-d’un scandale littéraire et de fournir, par sa fameuse ballade
-à la lune, un prétexte aux ricanements des plaisants et
-des badauds, est la personnification éclatante de cet esprit
-poétique qui aime à se poser sur les débris d’un noble cœur,
-pour leur rendre la jeunesse et la vie et s’élancer de là, d’un
-vol infatigable, vers l’idéal et l’infini. <i>Le public d’Alfred de
-Musset n’est pas encore formé</i>; aussi c’est à peine si nous osons
-dire que, parmi tous nos poètes, aucun n’a la ligne plus
-pure, le dessin plus correct et plus simple, l’allure plus libre
-et plus droite. Tous les jeunes gens qui savent par cœur
-Rolla, Frank et Namouna, qui ont lu avec délices toutes ces
-ravissantes fantaisies, <i>Marianne</i>, <i>Emmeline</i>, <i>On ne badine pas
-avec l’amour</i>, <i>Fantasio</i>, achèveront sans peine notre pensée
-et comprennent depuis longtemps avec nous quelle place
-nous devons donner dans nos affections littéraires à ce génie
-svelte et gracieux comme Ariel, qui a su rendre original
-même le pastiche, qui a donné une forme exquise et délicate
-à tant de songes de notre jeunesse, et dont le souffle
-enchanteur poétise et réveille tout ce qui semblait mort et
-muet en nous.</p>
-
-<p>...Que lui manque-t-il encore? Il manque à Musset ce<span class="pagenum"><a name="Page_88" id="Page_88">[88]</a></span>
-qui manquait à Byron, une pensée vivifiante et venue du
-ciel, une croyance qui change pour lui les lueurs trompeuses
-et passagères en un phare inaltérable et immortel.
-Ces regrets, qu’il n’est peut-être pas le dernier à ressentir,
-tout le monde peut les partager; mais un catholique seul a
-le droit de les dire, parce que seul il pourrait donner au
-génie quelque chose de plus grand et de plus beau que le
-génie même<a name="FNanchor_86_86" id="FNanchor_86_86"></a><a href="#Footnote_86_86" class="fnanchor">[86]</a>.</p></div>
-
-<p class="p1">De telles pages n’étaient pas pour passer inaperçues.
-L’<i>Album d’Avignon</i> fut cité plus d’une fois
-par les feuilles royalistes de Paris et, en particulier,
-par la <i>Quotidienne</i>. Au mois de novembre 1838,
-le directeur de cette dernière feuille, Joseph
-Michaud<a name="FNanchor_87_87" id="FNanchor_87_87"></a><a href="#Footnote_87_87" class="fnanchor">[87]</a>, passa deux jours à Avignon. Accompagné
-de l’un de ses plus fidèles collaborateurs, M. Poujoulat<a name="FNanchor_88_88" id="FNanchor_88_88"></a><a href="#Footnote_88_88" class="fnanchor">[88]</a>,
-il se rendait à Pise, où l’envoyaient ses
-médecins. Pontmartin lui fut présenté dans une
-maison amie. Longtemps après, dans un article
-sur Poujoulat, il parlera ainsi de cette visite:
-«Michaud n’avait plus que le souffle; mais ce
-souffle s’exhalait en paroles exquises murmurées<span class="pagenum"><a name="Page_89" id="Page_89">[89]</a></span>
-à demi-voix, que l’on écoutait trop avidement pour
-ne pas les entendre. Il ne se faisait aucune illusion
-sur son état, et se comparait en souriant à cette
-tour penchée vers laquelle on l’envoyait. Sa haute
-taille, sa pâleur, sa bonhomie un peu narquoise,
-sa résignation mélancolique et sereine, l’ombre
-d’une mort prochaine s’étendant peu à peu sur son
-visage émacié, prête à éteindre le rayonnement de
-la bonne humeur et de l’esprit, tout cet ensemble
-produisit sur moi une impression profonde qui ne
-s’est jamais effacée<a name="FNanchor_89_89" id="FNanchor_89_89"></a><a href="#Footnote_89_89" class="fnanchor">[89]</a>.»</p>
-
-<p>Le directeur de la <i>Quotidienne</i> accueillit Pontmartin
-avec une bienveillance toute paternelle. Il
-avait lu quelques-uns de ses articles de l’<i>Album</i> et
-de la <i>Gazette du Midi</i>, et les avait remarqués; il
-joignit à ses encouragements de précieux conseils.
-Homme du <span class="smcap lowercase">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, plus que du <span class="smcap lowercase">XVII</span><sup>e</sup>, attaquant
-ses adversaires avec leurs propres armes, comme
-ces généraux russes et allemands qui, à force d’être
-battus par Napoléon, avaient fini par apprendre de
-lui à le battre, il mettait au service de sa foi
-monarchique et religieuse une ironie délicate, un
-spirituel atticisme, et quelques-unes des malices du
-scepticisme philosophique et politique. Son dernier
-mot à Pontmartin, en le quittant, fut celui-ci:
-«Bravo, jeune homme! bon début! Seulement,
-lisez du Voltaire!»</p>
-
-<p>L’année finissait bien; les abonnés commençaient
-à venir; la petite Revue <i>faisait ses frais</i>, et son<span class="pagenum"><a name="Page_90" id="Page_90">[90]</a></span>
-rédacteur promettait monts et merveilles pour
-l’année nouvelle. L’année nouvelle, il ne devait
-pas y en avoir pour l’<i>Album</i>. La livraison de
-décembre 1838 fut la dernière. Des considérations
-de famille et les inquiétudes de sa mère décidèrent
-Pontmartin à interrompre sa publication<a name="FNanchor_90_90" id="FNanchor_90_90"></a><a href="#Footnote_90_90" class="fnanchor">[90]</a>.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_91" id="Page_91">[91]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">CHAPITRE V</h2>
-
-<p class="pch">LES ANNÉES D’AVIGNON<br />
-(1839-1845)</p>
-
-<p class="pcs"><i>LA MOUCHE, journal des Salons.</i> Le journaliste Deretz. Un duel
-dans l’île de la Barthelasse. «L’Affaire d’Avignon». MM. de Salvador,
-d’Averton et de Renoard. La garde nationale d’Henri V.
-Gustave de Laboulie et M. Dugabé. Le président Monnier des
-Taillades et le procureur du roi Rigaud. Le coût d’un article et
-les <i>Mie Prigioni</i> du gérant de la <i>Gazette du Midi</i>.&mdash;Les <i>Causeries
-provinciales</i> de la <i>Quotidienne</i>. Berryer et l’Académie. Première
-rencontre de Pontmartin avec Cuvillier-Fleury.&mdash;L’Inondation
-du Rhône à Avignon et aux Angles en novembre 1840. La
-maison de la rue Banasterie et les <i>Mémoires d’un notaire</i>. Pontmartin
-conseiller général. Le vicomte Édouard Walsh et la <i>Mode</i>.
-Mariage d’Armand de Pontmartin. Le départ pour Paris.</p>
-
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>Trois événements d’une inégale importance
-allaient marquer pour Pontmartin l’année 1839:
-un duel, un procès, et son entrée dans la presse
-parisienne.</p>
-
-<p>Les passions politiques, très vives à cette époque
-dans toute la France, étaient particulièrement<span class="pagenum"><a name="Page_92" id="Page_92">[92]</a></span>
-ardentes dans le Midi. Exaspérés, non sans raison,
-il faut bien le dire, par les airs goguenards, par
-les allures batailleuses et provocatrices de la jeune
-aristocratie légitimiste, quelques jeunes gens de la
-bourgeoisie <i>libérale</i> voulurent avoir eux aussi un
-journal, une petite feuille légère, incisive, hardie,
-qui harcèlerait à son tour l’adversaire, et ne lui
-ménagerait pas les coups. C’était de bonne guerre.
-Le tort des fondateurs de la nouvelle feuille,&mdash;<span class="smcap">La
-Mouche</span>, <i>Journal des Salons</i>,&mdash;fut de ne pas se
-mettre eux-mêmes en avant, de se tenir derrière le
-rideau, faisant venir de Paris un pauvre diable de
-journaliste ambulant nommé Deretz, qui se chargeait,
-moyennant quelques écus, d’endosser toutes
-les responsabilités. Ce Deretz avait, du reste, de
-l’esprit, plus d’esprit que de courage, comme on
-va le voir. Le journal paraissait depuis quelque
-temps, lorsqu’un matin, après avoir vidé son
-carquois contre les <i>noblions</i> et les <i>hobereaux</i> avignonnais,
-il décocha une dernière flèche à l’adresse
-de <i>Mossieu de Pontmartin</i>. Ce dernier prit aussitôt
-la mouche (c’était le cas), courut à son cercle,
-y trouva deux de ses meilleurs amis, Frédéric
-d’Averton et Jules de Salvador, et les chargea
-d’aller demander au Parisien une réparation par
-les armes. Après une longue hésitation, Deretz
-consentit à se battre; seulement, il demanda un
-délai de trente-six heures pour chercher et trouver
-des témoins. Rendez-vous fut pris pour le surlendemain
-dans l’île de la Barthelasse. A cette époque,
-elle appartenait encore au département du Gard,<span class="pagenum"><a name="Page_93" id="Page_93">[93]</a></span>
-ce qui assurait nos duellistes contre l’intervention
-des gendarmes.</p>
-
-<p>Au jour dit,&mdash;le 27 mars 1839,&mdash;les adversaires
-arrivèrent sur le terrain, Deretz un peu en
-retard; il avait recruté à grand’peine ses témoins,
-et il avait dû les prendre parmi les buveurs de
-chopes du <i>Café Tailleux</i>, le Lemblin vauclusien;
-les patrons de <i>la Mouche</i> avaient énergiquement
-refusé de l’assister. L’arme choisie était l’épée. Au
-moment où Pontmartin allait se fendre, Deretz
-laissa tomber son fleuret, et déclara que, décidément,
-il ne se battrait pas. «Je suis trop pauvre,
-dit-il; la législation est sévère, et s’il arrivait
-malheur, je n’aurais pas, comme M. le comte, qui
-est riche, de quoi m’enfuir et me cacher.»&mdash;«Soit,
-répondit Jules de Salvador, mais alors vous
-allez vous engager par écrit à ne plus recommencer
-vos attaques, et à nommer vos inspirateurs, si
-vous ne pouvez les décider à se nommer eux-mêmes».</p>
-
-<p>Il y avait dans l’île une guinguette où les bons
-bourgeois d’Avignon venaient, le dimanche, jouer
-aux boules. On y entra, et le pauvre Deretz signa
-tout ce qu’on voulut. Le soir même, il partait pour
-Marseille, et on ne le revit plus. <i>La Mouche, journal
-des Salons</i>, avait vécu<a name="FNanchor_91_91" id="FNanchor_91_91"></a><a href="#Footnote_91_91" class="fnanchor">[91]</a>!</p>
-
-<p class="p2">Après le duel, le procès. Au mois de juin 1839,
-les deux témoins de Pontmartin, Frédéric d’Averton<span class="pagenum"><a name="Page_94" id="Page_94">[94]</a></span>
-et Jules de Salvador, étaient, en compagnie d’un de
-leurs amis, M. Ulric de Renoard, traduits devant
-le tribunal correctionnel d’Avignon, sous la double
-prévention de réunion illicite et de détention
-d’armes et de munitions de guerre. Étaient poursuivis,
-en même temps qu’eux, vingt-neuf jeunes
-gens appartenant à la classe ouvrière. Ces derniers
-ne faisaient pas plus mystère que les trois gentilshommes
-de leurs sentiments royalistes, et l’un
-d’eux, dans l’instruction, pressé de questions par
-le magistrat, avait répondu: «Eh bien! si nous
-avions des armes chez nous, c’est que nous sommes
-la garde nationale d’Henri V<a name="FNanchor_92_92" id="FNanchor_92_92"></a><a href="#Footnote_92_92" class="fnanchor">[92]</a>!»</p>
-
-<p>Les débats durèrent trois jours, du 27 au 29
-juin. Devant le bureau du tribunal figuraient les
-pièces à conviction: fusils de munition, carabines,
-cartouches et cocardes blanches et vertes. Le siège
-du ministère public était occupé par M. Rigaud,
-procureur du roi. La défense fut présentée par
-M<sup>e</sup> Adolphe Teste (rien de l’avocat Jean-Baptiste
-Teste, le futur condamné de la Cour des pairs),
-par M<sup>es</sup> Redon père et fils et par Gustave de
-Laboulie, dont la plaidoirie fut une merveille d’éloquence,<span class="pagenum"><a name="Page_95" id="Page_95">[95]</a></span>
-de verve et de spirituelle ironie<a name="FNanchor_93_93" id="FNanchor_93_93"></a><a href="#Footnote_93_93" class="fnanchor">[93]</a>. Les prévenus
-n’en furent pas moins condamnés à un certain
-nombre de mois de prison<a name="FNanchor_94_94" id="FNanchor_94_94"></a><a href="#Footnote_94_94" class="fnanchor">[94]</a>. MM. d’Averton,
-Salvador et Renoard furent, comme il était juste,
-gratifiés de la peine la plus forte. Ils n’avaient pas
-eu le temps de maudire leurs juges que déjà ils
-étaient consolés par la lecture, dans la <i>Gazette du
-Midi</i>, du compte rendu humoristique de leur procès,
-rédigé par leur ami Pontmartin. Ce dernier
-leur avait fait bonne mesure et n’avait pas consacré
-moins de cinq articles à «l’Affaire d’Avignon».</p>
-
-<p>Le président du tribunal était M. Monnier des
-Taillades, magistrat intègre et jurisconsulte de
-premier ordre. Le bruit s’étant répandu qu’il avait
-dit, en parlant du procureur du roi: «Ce monsieur
-n’est pas fort», Pontmartin crut pouvoir risquer
-ceci&mdash;ou à peu près&mdash;dans l’un de ses
-feuilletons: «M. le président a-t-il dit ou n’a-t-il
-pas dit que M. Rigaud n’était pas fort? Peu importe,
-après tout. Dire du beurre qu’il est fort,
-est-ce le complimenter? Un fort de la halle est-il
-plus aimable que le plus faible des académiciens?<span class="pagenum"><a name="Page_96" id="Page_96">[96]</a></span>
-Lorsque vous êtes exaspéré d’une injustice, d’une
-bêtise, d’une catastrophe ou d’un scandale, vous
-ne dites pas: ‘C’est trop faible!’ mais: ‘C’est
-trop fort!’»</p>
-
-<p>Ce n’était peut-être pas très <i>fort</i>; mais, en tout
-cas, ce n’était pas bien méchant. Grande rumeur
-pourtant dans la ville. Le tribunal s’émeut, le parquet
-s’indigne. Poursuites contre la <i>Gazette du Midi</i>,
-et, le 8 août, à Avignon, condamnation du journal
-à mille francs d’amende et du gérant à un mois
-de prison. Quant à Pontmartin, quoiqu’il n’eût
-pas signé son article, il paya l’amende avec les frais.
-Si pauvre mathématicien qu’il fût, il se livra à un
-calcul d’arithmétique, et il reconnut que ses six
-lignes lui coûtaient 200 francs la ligne, 17 francs
-la syllabe et 4 francs la lettre<a name="FNanchor_95_95" id="FNanchor_95_95"></a><a href="#Footnote_95_95" class="fnanchor">[95]</a>. C’était à dégoûter
-du métier!</p>
-
-<p>A quelque temps de là, comme il venait de s’acquitter
-envers le fisc, il vit entrer dans son cabinet
-un homme au teint fleuri, à l’œil émerillonné,
-à la lèvre souriante, le gérant de la <i>Gazette</i>, qui
-sortait de prison, rayonnant de joie et de santé.
-«Monsieur le comte, disait-il, avec le plus pur
-accent de la Cannebière, quels remerciements je
-vous dois! Quel bon mois, grâce à vous, je viens
-de passer! J’ai déjeuné et dîné tous les jours avec
-M. de Salvador, M. d’Averton et M. de Renoard.
-Quels braves jeunes gens! quels repas! Jamais,
-dans toute ma vie, je n’avais mangé autant de<span class="pagenum"><a name="Page_97" id="Page_97">[97]</a></span>
-perdrix, de bécasses, de lièvres, de poulardes, de
-truites, d’écrevisses!... Ah! monsieur le comte,
-je suis tout à votre service et prêt à recommencer,
-quand cela vous plaira. C’est égal! vous aviez fait
-là un fameux feuilleton!...» Les 1 200 francs de
-Pontmartin n’avaient pas été placés à fonds perdus;
-il avait fait un heureux!</p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>Il avait écrit, à la dernière page de l’<i>Album
-d’Avignon</i>: «La <i>Quotidienne</i> nous a fait l’honneur
-de nous citer trois fois et nous a demandé pour
-l’avenir des articles qui s’appelleraient <i>Causeries
-provinciales</i> et qui paraîtraient le même jour dans
-son feuilleton et dans notre mosaïque<a name="FNanchor_96_96" id="FNanchor_96_96"></a><a href="#Footnote_96_96" class="fnanchor">[96]</a>.»</p>
-
-<p>Par suite de la disparition de l’<i>Album</i>, cette
-combinaison ne put se réaliser. Il fut alors convenu
-que Pontmartin donnerait, deux ou trois
-fois par mois, à la feuille parisienne une <i>Causerie
-provinciale</i>. La première parut le 22 novembre
-1839. J’ai sous les yeux le brouillon de ce premier
-article, et j’y remarque un assez grand nombre de
-ratures. Le moment n’est pas encore venu où
-l’auteur des <i>Samedis</i> écrira toutes ses Causeries de
-premier jet, sans brouillon, sans remaniement,<span class="pagenum"><a name="Page_98" id="Page_98">[98]</a></span>
-sans retouches, effaçant à peine ici et là deux ou
-trois mots parasites.</p>
-
-<p>A cette date de fin novembre 1839, ce qui passionnait
-la cour et la ville, Paris et la province,
-c’était de savoir qui serait élu à l’Académie, de
-Victor Hugo ou de Berryer. Le fauteuil de Michaud
-était vacant<a name="FNanchor_97_97" id="FNanchor_97_97"></a><a href="#Footnote_97_97" class="fnanchor">[97]</a>. Quatre candidats s’étaient mis sur
-les rangs, Victor Hugo, Berryer, Casimir Bonjour
-et M. Vatout.</p>
-
-<p>Berryer était à ce moment le maître incontesté
-de la tribune. C’était le temps où Timon écrivait:
-«Depuis Mirabeau, personne n’a égalé Berryer<a name="FNanchor_98_98" id="FNanchor_98_98"></a><a href="#Footnote_98_98" class="fnanchor">[98]</a>»;&mdash;où
-Royer-Collard disait avec l’autorité
-de sa parole: «J’ai entendu Mirabeau dans
-sa gloire; j’ai entendu M. de Serre et M. Lainé;
-aucun n’égalait Berryer dans les qualités principales
-qui font l’orateur»<a name="FNanchor_99_99" id="FNanchor_99_99"></a><a href="#Footnote_99_99" class="fnanchor">[99]</a>;&mdash;où l’un de ses
-adversaires politiques, Henri Fonfrède, écrivait à
-un ami, dans une lettre particulière: «Berryer
-est le plus grand orateur qu’on ait jamais
-entendu<a name="FNanchor_100_100" id="FNanchor_100_100"></a><a href="#Footnote_100_100" class="fnanchor">[100]</a>.» Il n’était pas seulement le prince
-des orateurs, il était aussi le chef d’un grand parti.
-Sa candidature devenait dès lors une grosse affaire.
-Le gouvernement s’en émut; ses journaux se jetèrent
-dans la lutte avec ardeur, et à leur tête le
-<i>Journal des Débats</i>, où Cuvillier-Fleury publia des<span class="pagenum"><a name="Page_99" id="Page_99">[99]</a></span>
-articles violemment hostiles. Il était certes permis
-à ceux dont Berryer était l’adversaire de ne point
-l’aimer, de dire, par exemple, comme M. Doudan,
-au sortir d’une séance où l’orateur légitimiste
-avait été magnifique: «Je n’aime pas qu’on prêche
-bien ailleurs que dans ma paroisse<a name="FNanchor_101_101" id="FNanchor_101_101"></a><a href="#Footnote_101_101" class="fnanchor">[101]</a>.» Cuvillier-Fleury
-allait beaucoup plus loin. Il n’accordait
-pas que Berryer eût du talent; tout au plus avait-il
-«des poumons redoutables». Berryer, un orateur!
-Allons donc! un avocat, et pas davantage,
-l’avocat des intérêts du prince de Polignac et de la
-petite cour de Goritz! «De grâce, disait-il, que
-l’Académie ne devienne pas une succursale de la
-Basoche, une doublure de la Société des Bonnes-Études<a name="FNanchor_102_102" id="FNanchor_102_102"></a><a href="#Footnote_102_102" class="fnanchor">[102]</a>!»</p>
-
-<p>C’est à ces vives attaques que répondit Pontmartin
-dans son article du 22 novembre, et il fut à
-son tour, vis-à-vis du rédacteur des <i>Débats</i>, aussi
-agressif que possible. On les eût bien étonnés l’un
-et l’autre si on leur eût annoncé qu’un jour ils
-seraient unis d’une étroite amitié. Il y avait d’ailleurs,
-dans le feuilleton de la <i>Quotidienne</i>, à côté
-des épigrammes et des railleries, des réponses qui
-portaient et qui n’ont rien perdu de leur justesse.
-Voici l’une de ces répliques:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">M. Berryer, selon vous, n’est qu’un avocat, et rien de
-plus. La vérité est qu’une fois à la Chambre et à la tribune,
-<i>il est avocat moins que personne</i>. Dans son geste, son attitude,
-son accent, son langage, rien ne révèle les habitudes et les<span class="pagenum"><a name="Page_100" id="Page_100">[100]</a></span>
-traditions du barreau; il n’est plus avocat, il est au plus
-haut degré orateur, ce titre que M. Cuvillier lui refuse,
-sous prétexte qu’il n’a rien écrit. De bonne foi, comment un
-homme d’une opinion hostile à la grande majorité de ses
-collègues, serait-il proclamé par eux tous le premier orateur
-de son temps; comment, sans autre puissance que sa haute
-intelligence, conserverait-il une telle action sur les affaires;
-comment serait-il chef d’un parti où il y a des hommes plus
-spirituels que M. Fleury, s’il n’était qu’un ergoteur de tribunal
-et de cour d’assises, un disputeur de mur mitoyen
-et d’hypothèques?</p>
-
-<p>Mais M. Berryer «qui a des poumons, un geste véhément,
-une voix sonore, c’est-à-dire tout ce qui s’appelle
-l’éloquence» (merci pour l’éloquence!), ne peut compter
-dans le monde, parce qu’il n’écrit pas ses discours. En
-d’autres termes, c’est parce qu’il possède au plus haut degré
-cet admirable talent d’improvisation, le premier de tous,
-celui que rien ne remplace, et dont l’absence rendra toujours
-incomplète la puissance d’un orateur; c’est parce qu’à
-l’aide de ce privilège merveilleux, il passionne, entraîne,
-remue à son gré une assemblée que laissent froide les
-phrases les plus régulières, et les périodes les plus harmonieuses,
-c’est pour cela qu’il n’est pas orateur! Lord
-Chatham et Mirabeau étaient des orateurs, mais Berryer
-point! La comparaison est malheureuse; car s’il y a un
-homme qui, après avoir joué un grand rôle par la puissance
-de sa parole, ait perdu aux yeux de la postérité qui lit ses
-discours, cette puissance et ce prestige, c’est à coup sûr
-Mirabeau. Mieux vaudrait pour lui n’avoir rien laissé et
-n’être jugé par nous que sur la foi de cet éclat immense que
-sa parole jeta sur l’Assemblée constituante! Ou plutôt
-qu’importe à Mirabeau, qu’importe à Berryer! Ils auront
-eu sur leur époque une influence sans rivale, ils seront
-arrivés aux plus grands effets de la parole! Ils auront été les
-rois de l’éloquence politique! Qu’importe après cela qu’ils
-aient peu écrit, ou que leurs écrits, lus après cinquante ans,
-ne réveillent plus les émotions contemporaines! Qu’importe<span class="pagenum"><a name="Page_101" id="Page_101">[101]</a></span>
-surtout qu’on leur refuse le droit littéraire de s’asseoir
-aujourd’hui auprès de MM. Dupaty et Viennet, demain
-peut-être auprès de M. Cuvillier-Fleury<a name="FNanchor_103_103" id="FNanchor_103_103"></a><a href="#Footnote_103_103" class="fnanchor">[103]</a>.</p></div>
-
-<p class="p1">Les articles de Pontmartin à la <i>Quotidienne</i>
-étaient tantôt des Causeries littéraires ou artistiques<a name="FNanchor_104_104" id="FNanchor_104_104"></a><a href="#Footnote_104_104" class="fnanchor">[104]</a>,
-tantôt des chroniques humouristiques<a name="FNanchor_105_105" id="FNanchor_105_105"></a><a href="#Footnote_105_105" class="fnanchor">[105]</a>, quelquefois
-même des Nouvelles, <i>Dulcinée</i><a name="FNanchor_106_106" id="FNanchor_106_106"></a><a href="#Footnote_106_106" class="fnanchor">[106]</a>, <i>Fabiano
-le Novice</i><a name="FNanchor_107_107" id="FNanchor_107_107"></a><a href="#Footnote_107_107" class="fnanchor">[107]</a>, etc. Ils obtinrent tout aussitôt un vif
-succès, même à côté des feuilletons de J.-T.
-Merle<a name="FNanchor_108_108" id="FNanchor_108_108"></a><a href="#Footnote_108_108" class="fnanchor">[108]</a>, le plus ancien des rédacteurs de la <i>Quotidienne</i>,
-esprit fin et sans prétention, écrivain élégant,
-causeur aimable, pour lequel assurément
-n’avait point été créé le proverbe: Faute de grives
-on prend des merles. Pontmartin cependant ne
-pouvait se décider encore à quitter Avignon, sa
-famille, ses amis, ses habitudes. N’allait-il pas
-bientôt avoir trente ans, et n’était-ce pas un peu
-tard pour un début à Paris? N’y arriverait-il pas
-d’ailleurs dans d’assez mauvaises conditions? Il<span class="pagenum"><a name="Page_102" id="Page_102">[102]</a></span>
-était riche et gentilhomme, deux méchantes notes,
-il ne l’ignorait pas. Sans doute on lui ferait porter
-la peine de son titre de comte et de sa modeste
-fortune. On se refuserait à voir en lui autre chose
-qu’un «amateur», et l’on s’obstinerait à le traiter
-de «cher confrère» du bout des lèvres seulement,
-tandis qu’on l’appellerait «Monsieur le comte»
-gros comme le bras. Le plus sage ne serait-il pas
-de préférer à l’honneur de devenir un membre de
-la Société des gens de lettres, voire même un académicien,
-le plaisir d’écrire à son aise et à ses
-heures, sans ambition de renommée; de ne point
-fausser compagnie à la province, de n’aller à
-Paris chaque année que pour y prendre langue et
-pour revenir bien vite, auprès de sa mère, dans
-l’hôtel du toujours jeune M. de Montfaucon ou
-dans sa vieille maison des Angles?</p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>Pontmartin disait souvent que les trois événements
-tragiques qui l’avaient le plus frappé et
-dont il avait gardé la vision toujours présente,
-étaient le choléra de 1832 à Paris, l’inondation du
-Rhône à Avignon et aux Angles en novembre 1840
-et les Journées de Juin 1848.</p>
-
-<p>L’automne de 1840 avait été excessivement
-pluvieux; les plaines étaient, depuis trois semaines,
-entièrement submergées lorsque, le 4 novembre,
-l’inondation atteignit son maximum, c’est-à-dire<span class="pagenum"><a name="Page_103" id="Page_103">[103]</a></span>
-la cote de huit mètres qui dépassait de soixante-quinze
-centimètres les plus fortes crues mentionnées
-dans l’histoire du Comtat. Pontmartin
-et sa mère étaient à ce moment dans leur maison
-des Angles. Le rez-de-chaussée fut envahi par les
-eaux jusqu’à une hauteur d’un mètre vingt au-dessus
-du sol. Tandis que M<sup>me</sup> de Pontmartin était
-immobilisée au premier étage, son fils, obligé de
-pourvoir aux besoins de la maison, sortait par une
-échelle placée à la fenêtre d’une chambre au nord-est
-du logis, à un endroit où le chemin public, qui
-passe derrière les Angles, surplombe de deux
-mètres le niveau du rez-de-chaussée. Une fois sur
-ce chemin, il lui était facile de monter au village,
-situé au sommet d’une haute colline, de prendre
-la route venant de Nimes qui redescend vers le
-Rhône, de traverser le pont qui, fortement menacé,
-ne fut cependant ni emporté, ni couvert par les
-eaux et d’arriver à Avignon. Les quatre cinquièmes
-de la ville étaient submergés et on ne circulait
-qu’en bateau. L’hôtel de Montfaucon, où M<sup>me</sup> de
-Pontmartin et son fils avaient un appartement,
-était envahi par l’eau jusqu’au premier étage.</p>
-
-<p>Ce qui ajoutait à la désolation et à l’horreur de
-ces spectacles, c’étaient les scènes tragiques dont les
-plaines qui entourent les Angles étaient journellement
-le théâtre, les nombreux écroulements de
-maisons isolées, les incessants coups de fusil tirés
-en signe de détresse par les malheureux qui se
-trouvaient bloqués par le fleuve et en danger de
-mort, les efforts des courageux bateliers pour leur<span class="pagenum"><a name="Page_104" id="Page_104">[104]</a></span>
-porter des vivres et des secours, efforts qui n’empêchaient
-pas toujours des catastrophes et qui en
-amenaient parfois de nouvelles.</p>
-
-<p>Quand il écrira, quelques années plus tard,
-les <i>Mémoires d’un notaire</i>, c’est avec ses souvenirs
-de l’inondation de novembre 1840 que Pontmartin
-retracera les scènes de la terrible inondation de
-novembre 1755<a name="FNanchor_109_109" id="FNanchor_109_109"></a><a href="#Footnote_109_109" class="fnanchor">[109]</a>. Le livre parut seulement en
-1849, mais il commença d’y songer dès 1842.
-Cette année-là, en effet, il acheta dans une rue
-assez triste, la rue Banasterie, à l’angle de la rue
-du Vice-Légat, une maison assez belle, dont la porte
-était surmontée de panonceaux et dont la façade
-était agrémentée d’affiches de toutes couleurs,
-annonçant les ventes, licitations, faillites, jugements
-et enchères du département. C’était la demeure
-d’un officier ministériel, héritier d’une
-dynastie de notaires. A peine Pontmartin y fut-il
-installé, qu’il eut l’idée de reconstituer par l’imagination
-tout ce dont ce vieux logis avait été témoin
-depuis un siècle. De là les <i>Mémoires d’un
-notaire</i>, qui ont pour cadre la maison de la rue
-Banasterie.</p>
-
-<p>Pontmartin, à cette date, tournait décidément
-au propriétaire. Le siège de conseiller général, pour
-le canton de Villeneuve-lès-Avignon, étant devenu
-vacant, il posa sa candidature. Son concurrent,
-le marquis de Fournès, cousin germain du duc<span class="pagenum"><a name="Page_105" id="Page_105">[105]</a></span>
-Victor de Broglie, fut nommé. Deux ans après, en
-1844, Pontmartin fut élu à l’unanimité.</p>
-
-<p>Son entrée au Conseil général avait été précédée
-de son entrée à la <i>Mode</i>, et, de ce dernier succès,
-il s’était plus réjoui que de son triomphe électoral.</p>
-
-<p>Les trois condamnés de 1839, Jules de Salvador,
-Ulric de Renoard et Frédéric d’Averton,
-étaient allés passer en Italie l’hiver de 1842-1843.
-Leur retour était annoncé pour le mois d’avril,
-et Pontmartin guettait l’arrivée de la malle-poste.
-Il en vit descendre avec eux un petit homme
-assez laid, mais dont la physionomie originale et
-fantaisiste méritait de ne pas passer inaperçue.
-Il était si expansif, si liant, que les trois Avignonnais
-et lui s’étant rencontrés à Naples quelques
-semaines auparavant, on en était déjà au tutoiement.
-C’était le vicomte Édouard Walsh, directeur
-de la <i>Mode</i><a name="FNanchor_110_110" id="FNanchor_110_110"></a><a href="#Footnote_110_110" class="fnanchor">[110]</a>.</p>
-
-<p>La présentation à peine faite, Édouard Walsh
-dit à Pontmartin: «J’ai lu vos articles envoyés à
-la <i>Quotidienne</i>: voulez-vous écrire dans la <i>Mode</i>?»
-Dès le 15 mai suivant, l’élégante Revue royaliste
-publiait <i>le Bouquet de marguerites</i>. Une seconde
-nouvelle, <i>les Trois Veuves</i>, parut dans la livraison<span class="pagenum"><a name="Page_106" id="Page_106">[106]</a></span>
-du 25 septembre. C’était le début d’une longue
-collaboration.</p>
-
-<p>Le mariage de Pontmartin suivit de près son
-entrée à la <i>Mode</i>. A la fin de 1843, il épousa
-M<sup>lle</sup> Cécile de Montravel.</p>
-
-<p>Sortie du Forez, la famille de Montravel s’était
-fixée avant la Révolution dans la partie la plus
-méridionale du Vivarais. Peu après la naissance
-de sa fille<a name="FNanchor_111_111" id="FNanchor_111_111"></a><a href="#Footnote_111_111" class="fnanchor">[111]</a>, M. de Montravel était allé demeurer
-avec sa belle-mère, M<sup>me</sup> de Larochette, au château
-du Plantier<a name="FNanchor_112_112" id="FNanchor_112_112"></a><a href="#Footnote_112_112" class="fnanchor">[112]</a>, quittant ainsi une Provence pour une
-Auvergne, tant sont grandes, entre le sud et le
-nord du département de l’Ardèche, les différences
-de langage, de races, de costumes et de cultures.
-Le château du Plantier était la Providence du
-pays. La vie de ses hôtes était toute de piété et de
-bonnes œuvres. Tous, à l’exemple de la vénérable
-aïeule, semblaient avoir pour devise: <i>Dieu, le Roi
-et les Pauvres</i>. M<sup>me</sup> de Larochette, qui avait couru
-les plus grands dangers et montré le plus ferme
-courage pendant la Terreur, consacrait son existence
-à secourir les malheureux et à faire refleurir
-autour d’elle la religion. Elle avait restauré dans<span class="pagenum"><a name="Page_107" id="Page_107">[107]</a></span>
-son voisinage la chapelle de Notre-Dame d’Ay<a name="FNanchor_113_113" id="FNanchor_113_113"></a><a href="#Footnote_113_113" class="fnanchor">[113]</a>,
-que fréquentaient maintenant, comme avant la
-Révolution, de nombreux pèlerins. C’est dans cette
-chapelle que fut célébré, le 16 décembre 1843,
-le mariage d’Armand de Pontmartin et de M<sup>lle</sup> de
-Montravel.</p>
-
-<p>Comme deux bons provinciaux, ils firent leur
-voyage de noces à Paris, où ils passèrent deux
-mois dans la mélancolique rue du Mont-Thabor.</p>
-
-<p>De retour à Avignon, à la fin de février 1844,
-il reprit sa collaboration à la <i>Mode</i>. <i>Marguerite
-Vidal</i> parut dans les numéros des 25 juin, 5 et
-15 juillet 1844. A cette nouvelle succéda, dans les
-premiers mois de 1845, <i>Napoléon Potard</i>, qui
-avait presque les dimensions d’un volume.</p>
-
-<p>M. Walsh écrivit à l’auteur qu’il réussissait, que
-les lecteurs de la Revue étaient ravis, et qu’il ne
-tenait qu’à lui de se croire un écrivain à la mode
-(sans italiques). La tentation était trop forte. Au
-mois d’octobre 1845, Pontmartin se résolut à aller
-passer l’hiver à Paris.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_108" id="Page_108">[108]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">CHAPITRE VI</h2>
-
-<p class="pch">LES PREMIÈRES ANNÉES DE PARIS<br />
-(1845-1848)</p>
-
-<p class="pcs">Rue Neuve-Saint-Augustin. Les bureaux de <i>la Mode</i>. Jules Sandeau
-et le pavillon de la rue de Lille. <i>Contes et Rêveries d’un Planteur
-de choux.</i> M<sup>me</sup> Cardinal et le cabinet de lecture de la rue des
-Canettes.&mdash;<i>La Mode</i> en 1845. Les déjeuners chez Véry. Joseph
-Méry et ses 365 sujets de roman. Rue de Luxembourg. Mort de
-M<sup>me</sup> Eugène de Pontmartin.&mdash;M. François Buloz, <i>Octave</i> et la
-succession de Gustave Planche. Le jardin de la rue Saint-Benoît,
-Sainte-Beuve et son article des <i>Nouveaux Lundis</i>.</p>
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>Au moment de son arrivée à Paris, à la fin
-d’octobre 1845, Pontmartin n’avait pas encore pris
-de résolution définitive au sujet de son installation
-dans la capitale. S’y fixerait-il à demeure? N’y ferait-il,
-au contraire, qu’un séjour plus ou moins
-prolongé? Dans le doute, il ne voulut pas louer un
-appartement et se mettre dans ses meubles. Il
-logea à l’hôtel, rue Neuve-Saint-Augustin. Était-ce
-à cet <i>hôtel de Richelieu</i><a name="FNanchor_114_114" id="FNanchor_114_114"></a><a href="#Footnote_114_114" class="fnanchor">[114]</a>, où Lamartine, dans sa<span class="pagenum"><a name="Page_109" id="Page_109">[109]</a></span>
-jeunesse, ne manquait jamais de descendre, toutes
-les fois qu’il venait à Paris<a name="FNanchor_115_115" id="FNanchor_115_115"></a><a href="#Footnote_115_115" class="fnanchor">[115]</a>?</p>
-
-<p>Le 26 octobre, à peine débarqué, il se dirigeait
-vers la rue Neuve-des-Bons-Enfants, franchissait le
-seuil du numéro 3, montait d’un pied hésitant un
-escalier boiteux, qui lui rappela celui de la <i>Gazette
-du Midi</i>, et entrait dans un atelier humide et mal
-éclairé. C’était là que s’imprimait le recueil le plus
-élégant de cette époque, <i>la Mode</i>, étalant sur sa
-couverture jaune paille le double écusson de France
-et de Naples, afin d’affirmer le patronage de la duchesse
-de Berry. Il eut vite fait d’oublier toutes
-ces laideurs, et il se crut transporté dans un
-palais enchanté, lorsque, quelques instants après,
-dans son cabinet directorial, étroit et sombre, le
-vicomte Édouard Walsh lui dit: «Courage! Je
-crois que nous allons trouver Sandeau corrigeant
-les épreuves de <i>Catherine</i>. Je vous présenterai, et
-nous irons déjeuner ensemble.»</p>
-
-<p>La présentation alla toute seule; il leur sembla
-que, sans s’être jamais vus, ils se reconnaissaient.
-Jules Sandeau était depuis longtemps le romancier
-de prédilection de Pontmartin, et, de son côté,
-l’auteur du <i>Docteur Herbeau</i> avait vivement goûté,
-dès leur apparition, les premières Nouvelles de son
-jeune collaborateur, et en particulier l’émouvant
-récit des <i>Trois Veuves</i>.</p>
-
-<p>Huit jours après, Pontmartin était accueilli chez
-Sandeau comme un ami. Le romancier habitait<span class="pagenum"><a name="Page_110" id="Page_110">[110]</a></span>
-alors, rue de Lille, 19, un joli pavillon qu’il fallait
-aller chercher en traversant la cour d’honneur,
-en baissant la tête sous la cage du grand escalier
-et en pénétrant jusqu’au bout du jardin planté
-d’acacias et de sycomores. «C’est là, écrira Pontmartin
-au lendemain de la mort de Jules Sandeau,
-c’est là que je goûtai, pendant six ou sept ans, les
-douceurs de l’amitié la plus vraie, de l’hospitalité
-la plus franche. C’est là que les conseils, les bonnes
-paroles de l’auteur de <i>Marianna</i> m’encouragèrent
-à persévérer, me soutinrent dans mes défaillances,
-me consolèrent dans mes tristesses.»</p>
-
-<p>Et un peu plus loin, dans le même article:</p>
-
-<p class="pbq p1">Que d’heures charmantes j’ai passées dans ce nid charmant!
-Je puis vous assurer que, à cette époque, en 1845,
-Jules Sandeau, jeune encore<a name="FNanchor_116_116" id="FNanchor_116_116"></a><a href="#Footnote_116_116" class="fnanchor">[116]</a>, ne regrettait plus rien. C’est
-à peine s’il aiguisait d’un peu d’ironie le sourire dont il
-faisait l’aumône à ses amours d’<i>antan</i>. Il avait auprès de lui
-sa femme, sa compagne, si gracieuse, si intelligente, mille
-fois plus dévouée à ses succès que lui-même, et son fils, le
-petit Jules, un délicieux enfant qui était sa plus douce joie,
-et qui devait être un jour son plus mortel désespoir<a name="FNanchor_117_117" id="FNanchor_117_117"></a><a href="#Footnote_117_117" class="fnanchor">[117]</a>. Le
-babil de ce cher enfant était un véritable enchantement. Il
-semblait parler à un être invisible, sylphe, ange ou fée, et
-il terminait ses phrases par un gazouillement de fauvette
-qui nous ravissait. Pendant les belles soirées d’été, penchés<span class="pagenum"><a name="Page_111" id="Page_111">[111]</a></span>
-à la fenêtre ouverte, nous écoutions cette fraîche mélodie,
-tandis qu’un vrai rossignol, caché dans les massifs de verdure,
-lançait aux étoiles ses trilles et ses roulades. Ah! ce
-sont là de ces moments qu’il faudrait arrêter au passage,
-qui laissent du moins dans l’âme un peu de leur parfum,
-comme ces fleurs que nous touchons sans les cueillir, et
-dont l’odeur suave s’attache à nos habits et à nos mains<a name="FNanchor_118_118" id="FNanchor_118_118"></a><a href="#Footnote_118_118" class="fnanchor">[118]</a>!</p>
-
-<p class="p1">Au mois de mai 1846, Pontmartin publia son
-premier ouvrage, <i>Contes et Rêveries d’un planteur
-de choux</i>; il était dédié à Jules Sandeau.</p>
-
-<p>La première partie du volume renfermait les
-récits qui avaient paru dans la <i>Mode</i>, <i>Napoléon
-Potard</i>, <i>les Trois Veuves</i>, <i>Marguerite Vidal</i>, <i>le Bouquet
-de marguerites</i>. Après les <i>contes</i>, venaient les
-<i>rêveries</i>, articles humouristiques et de pure fantaisie,
-que l’auteur, à partir de la seconde édition
-de son livre, a cru devoir sacrifier. Il m’écrivait,
-le 20 novembre 1886:</p>
-
-<p class="pbq p1">J’ai supprimé, dans les éditions suivantes, des articles
-sans importance, <i>Melpomène en Provence</i>, <i>Tamburini en
-voyage</i>, deux épisodes qui ne pouvaient avoir qu’un succès
-d’à-propos et de localité; puis, dans le même genre, <i>Carpentras
-apocryphe</i> (dont j’ai fait plus tard la préface de <i>la
-Petite ville</i>, de Constant Moisand), <i>Carter</i>, <i>Robert-Macaire</i>,
-feuilletons de province, rien de plus.</p>
-
-<p class="p1">Voici, du reste, la liste complète de ces articles,
-que l’auteur avait réunis sous le titre de
-<i>Silhouettes d’artistes en Province</i>: <i>L’Artiste en cage,
-Carter</i>; <i>L’Artiste en haillons, Robert-Macaire;<span class="pagenum"><a name="Page_112" id="Page_112">[112]</a></span>
-’Artiste en crimes</i> (Lacenaire); <i>l’Artiste inconnu,
-Freischütz en Bohême</i>; <i>Melpomène en province</i>;
-<i>Tamburini en voyage</i>; <i>Carpentras apocryphe</i>.</p>
-
-<p>Pontmartin a-t-il eu raison de supprimer ces
-<i>feuilletons</i>? J’incline fort à penser le contraire.
-Sans doute ils <i>dataient</i> son livre; mais je suis, pour
-mon compte, de ceux qui croient qu’il ne faut pas
-mépriser les dates; et puis, ces chapitres étaient
-si spirituels, d’une si amusante fantaisie, que
-nous aurions encore aujourd’hui grand plaisir à
-les lire. Maintenant que nous n’avons plus que des
-auteurs de <i>Tristes</i>, cela nous changerait un peu.</p>
-
-<p>Mes lecteurs, j’en suis sûr, ne connaissent
-qu’une seule <i>dame Cardinal</i>, celle de Ludovic
-Halévy. J’en ai connu une autre, et qui valait
-mieux. A l’époque où je faisais mon droit&mdash;je
-parle de longtemps&mdash;il y avait, dans la vieille
-rue des Canettes, un vieux cabinet de lecture, où
-l’on ne trouvait que de bons livres. Il était tenu
-par <i>Madame Cardinal</i>, très connue dans le faubourg
-Saint-Germain, et que les marquises et les vicomtesses
-de la rue de Varenne et de la rue de Grenelle
-chargeaient volontiers de faire elle-même le
-choix des ouvrages qu’elles devaient, dans la belle
-saison, emporter à la campagne. C’était une très
-honnête femme et qui n’avait <i>pas de filles</i>; bonne
-chrétienne et fervente royaliste, vive, active, enjouée,
-et avec cela femme de goût, elle donnait, à
-l’occasion, de sages avis à ses abonnés. Elle me
-dit un jour, comme je revenais de vacances:
-«Vous arrivez bien; on vient de me retourner de<span class="pagenum"><a name="Page_113" id="Page_113">[113]</a></span>
-la campagne un volume rarissime, les <i>Contes et
-Rêveries d’un planteur de choux</i>, la première édition,
-la bonne. Je vous recommande surtout les
-derniers chapitres, <i>Melpomène en voyage</i> et le reste.
-C’est exquis.» Hélas! le cabinet de lecture de
-M<sup>me</sup> Cardinal est fermé, et le volume de 1846
-est maintenant introuvable.</p>
-
-<p>Les contes, du reste, deux surtout, étaient bien
-pour suffire au succès du volume. <i>Le Bouquet de
-marguerites</i> est une anecdote finement contée; mais
-au demeurant, ce n’est qu’une anecdote. Dans <i>Napoléon
-Potard</i>, la nouvelle la plus développée du volume,
-si les scènes gracieuses ne font pas défaut, si les
-détails piquants abondent, l’idée première, la fable
-même du roman est décidément trop romanesque:
-un maréchal d’Empire fait par Napoléon duc
-d’Iéna, et qui veut que son fils, jusqu’au jour où
-il aura vingt-huit ans, ne connaisse rien de sa naissance,
-de son illustration et de sa fortune. Il faudra
-que ce fils vive jusque-là loin de lui et qu’il lutte,
-avec des ressources médiocres et un nom vulgaire&mdash;le
-nom de <i>Potard</i>!&mdash;contre les difficultés de la
-vie et les obstacles que la société oppose à ceux qui,
-sans autre titre que leur mérite, demandent leur
-place au soleil.</p>
-
-<p><i>Marguerite Vidal</i>, au contraire, est un récit
-achevé. C’est un petit roman par lettres qui se
-passe sous le Consulat, à l’époque de la rentrée des
-émigrés, et qui rappelle les meilleurs ouvrages de
-M<sup>lle</sup> de Souza, avec plus de finesse encore dans
-l’analyse et la peinture des sentiments.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_114" id="Page_114">[114]</a></span></p>
-
-<p>Dans <i>les Trois Veuves</i>, l’auteur a su faire revivre
-la Vendée de 1793, celle de 1815 et celle de 1832.
-Ce glorieux épisode de notre histoire, cette guerre,
-la plus légitime et en même temps la plus romanesque
-de toutes, n’avait encore fourni à aucun de
-nos romanciers d’aussi heureuses inspirations.</p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>Édouard Walsh était un vrai journaliste. Il ne
-lui fallut pas longtemps pour deviner quels services
-lui pourrait rendre Pontmartin, avec la diversité
-de ses goûts, la variété de ses aptitudes et son
-extraordinaire facilité de plume. Au bout de peu
-de temps, l’auteur de <i>Marguerite Vidal</i> devint, à
-la <i>Mode</i>, une sorte de Maître Jacques romancier,
-causeur littéraire, critique dramatique, chroniqueur
-mondain.</p>
-
-<p>La petite revue, à cette époque, était au plus
-fort de son succès. Elle rachetait les excès, assurément
-regrettables, de sa polémique politique,
-par l’éclat de sa rédaction littéraire. Son directeur
-avait su grouper autour de lui l’élite des écrivains
-du temps: Alexandre Dumas, Jules Sandeau,
-Roger de Beauvoir, Léon Gozlan, Alphonse
-Karr, J.-T. Merle, Henry Berthoud, Paul Féval,
-Philarète Chasles, Amédée Achard, Arthur de
-Gobineau, le marquis de Foudras, le colonel de
-Gondrecourt, Théodore Muret, Alexis de Valon,<span class="pagenum"><a name="Page_115" id="Page_115">[115]</a></span>
-Alfred des Essarts, Eugène Pelletan qui signait
-<i>un Inconnu</i>; M<sup>me</sup> Sophie Gay, M<sup>me</sup> Ancelot, la comtesse
-d’Arbouville, la comtesse Merlin, etc. Méry
-ne faisait pas encore partie du groupe; ce fut Pontmartin
-qui l’y introduisit au printemps de 1847.</p>
-
-<p>Le vicomte Walsh donnait chaque semaine chez
-Véry d’excellents déjeuners. Les convives habituels
-étaient Alfred Nettement, Pontmartin, l’avocat
-royaliste du Theil, Jules Sandeau, Merle, quelquefois
-Roger de Beauvoir. Un jour, Pontmartin
-amena Méry. Il l’avait entrevu à Marseille, trois
-ans auparavant; l’ayant rencontré à Paris et l’ayant
-trouvé très disposé à écrire dans la <i>Mode</i>, bien
-qu’il eût, vingt ans en ça, composé la <i>Villéliade</i> et
-la <i>Corbiéréide</i>, il lui avait donné rendez-vous chez
-Véry. Au premier mot que lui dit M. Walsh pour
-obtenir de lui un roman, l’auteur de <i>la Floride</i> et
-de <i>la Guerre du Nizam</i> répondit avec un sang-froid
-magnifique: «J’ai 365 sujets, un pour chaque
-jour de l’année. Je vais vous les raconter.» Et il
-raconta le premier, intitulé <i>la Circé de Paris</i>. Naturellement,
-Walsh s’écria, en battant des mains:
-«C’est charmant! Nous nous en tiendrons à celui-là!»
-La <i>Circé de Paris</i> parut, en effet, quelques
-semaines après.</p>
-
-<p>De la fin de 1845 au commencement de 1848,
-Pontmartin fit, à la <i>Mode</i>, une campagne de deux
-ans; il n’est guère de livraison qui ne renferme un
-article de lui. Sous des signatures variées,&mdash;<i>A.</i>&mdash;<i>A.
-P.</i>&mdash;<i>Calixte Ermel</i>,&mdash;<i>Armand de Pontmartin</i>,&mdash;il
-publia tour à tour des causeries littéraires<a name="FNanchor_119_119" id="FNanchor_119_119"></a><a href="#Footnote_119_119" class="fnanchor">[119]</a>,<span class="pagenum"><a name="Page_116" id="Page_116">[116]</a></span>
-des causeries mondaines, des causeries artistiques<a name="FNanchor_120_120" id="FNanchor_120_120"></a><a href="#Footnote_120_120" class="fnanchor">[120]</a>,
-des causeries dramatiques. Comme il
-avait de l’invention et que le critique chez lui était
-doublé d’un conteur, lorsque la pièce dont il avait
-à parler lui paraissait manquée, il ne se privait
-pas du plaisir de la refaire. C’est ce qui lui arriva,
-par exemple, au mois de mars 1847, dans son
-article sur la comédie de Léon Gozlan, <i>Notre fille
-est princesse</i>.</p>
-
-<p>Comme à la <i>Quotidienne</i>, Pontmartin, à la <i>Mode</i>,
-entremêlait ses causeries de contes et de nouvelles:
-en 1846, <i>la Confession d’un hachichin</i><a name="FNanchor_121_121" id="FNanchor_121_121"></a><a href="#Footnote_121_121" class="fnanchor">[121]</a>; en 1847,
-<i>le Dernier Dahlia</i><a name="FNanchor_122_122" id="FNanchor_122_122"></a><a href="#Footnote_122_122" class="fnanchor">[122]</a> et les <i>Mémoires d’un notaire</i><a name="FNanchor_123_123" id="FNanchor_123_123"></a><a href="#Footnote_123_123" class="fnanchor">[123]</a>.
-Les <i>Mémoires d’un notaire</i> n’étaient rien moins
-qu’un roman en trois volumes: le premier seul
-fut publié avant 1848; les deux autres furent
-écrits après la révolution de Février, et nous aurons
-à y revenir.</p>
-
-<p>Après un premier séjour à Paris, d’octobre 1845
-à mai 1846, Pontmartin avait passé l’été dans le
-Midi. Il était revenu seulement au mois d’octobre
-1846, et, cette fois encore, il n’avait pas cru devoir
-prendre un appartement. Il se contenta de louer<span class="pagenum"><a name="Page_117" id="Page_117">[117]</a></span>
-quelques chambres meublées dans la rue de Luxembourg<a name="FNanchor_124_124" id="FNanchor_124_124"></a><a href="#Footnote_124_124" class="fnanchor">[124]</a>.</p>
-
-<p>Le lundi 21 décembre, il venait d’assister, au
-théâtre de l’Odéon, à la répétition générale d’<i>Agnès
-de Méranie</i>. Minuit sonnait aux horloges de l’Assomption
-et de Saint-Roch, quand il rentra chez
-lui. La concierge lui remit une large enveloppe,
-d’une physionomie officielle, portant le timbre du
-ministère de l’Intérieur. Il l’ouvrit avec un pressentiment
-sinistre, et voici ce qu’il lut:</p>
-
-<p class="pc1"><span class="smcap lowercase">CABINET DU MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR</span></p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr4 p1">21 décembre 1846. Par télégraphe.</p>
-
-<p>Le préfet de Vaucluse prie M. le Ministre de l’Intérieur<a name="FNanchor_125_125" id="FNanchor_125_125"></a><a href="#Footnote_125_125" class="fnanchor">[125]</a>
-de faire prévenir M. Armand de Pontmartin que l’état de
-madame sa mère s’est fort aggravé depuis quelques heures,
-et que son oncle<a name="FNanchor_126_126" id="FNanchor_126_126"></a><a href="#Footnote_126_126" class="fnanchor">[126]</a> l’engage à partir immédiatement.</p>
-
-<p class="pr4"><i>Le Maître des requêtes,</i></p>
-<p class="pr6"><i>Chef du Cabinet</i>,</p>
-<p class="pr0"><span class="smcap">Edmond Leclerc</span><a name="FNanchor_127_127" id="FNanchor_127_127"></a><a href="#Footnote_127_127" class="fnanchor">[127]</a>.</p></div>
-
-<p class="p1">En 1846, le télégraphe aérien ne fonctionnait
-pas la nuit; il fallait plusieurs heures pour la transmission
-et quand le temps était brumeux (cas fréquent<span class="pagenum"><a name="Page_118" id="Page_118">[118]</a></span>
-en décembre), il fallait souvent toute une
-journée. Madame de Pontmartin était morte presque
-subitement dans la matinée du 21 décembre;
-la dépêche n’était arrivée rue de Luxembourg que
-dans la soirée, après le départ de Pontmartin pour
-le théâtre.</p>
-
-<p>La santé toujours délicate de sa mère semblait
-en bonne veine, quand il l’avait quittée deux mois
-auparavant. Lorsqu’il l’avait embrassée avant de
-monter en diligence, elle était presque gaie. Il
-était parti plein de confiance. La dépêche fut pour
-lui un coup de foudre; elle ne disait pas sans doute
-toute la vérité; mais s’il lui était permis de conserver
-encore une lueur d’espoir, sa douleur et ses
-inquiétudes étaient d’autant plus cruelles, que les
-moyens de locomotion étaient à cette époque
-d’une effroyable lenteur: par la malle-poste,&mdash;qu’il
-fallait retenir longtemps d’avance,&mdash;trois
-nuits et trois jours; par la diligence, quatre jours
-et quatre nuits. En outre, dans la mauvaise saison,
-il suffisait d’une tombée de neige, d’une
-bourrasque, d’une couche de glace à la surface du
-Rhône ou de la Saône, pour allonger indéfiniment
-le trajet réglementaire.</p>
-
-<p>Le mardi 22 décembre, à dix heures du matin,
-son cousin le marquis de Besplas et son ami Joseph
-d’Ortigue le hissèrent dans le coupé de la diligence.
-Ce que fut ce voyage, il l’a dit, dans des
-pages émues, au tome II de ses <i>Mémoires</i><a name="FNanchor_128_128" id="FNanchor_128_128"></a><a href="#Footnote_128_128" class="fnanchor">[128]</a>. Arrivé<span class="pagenum"><a name="Page_119" id="Page_119">[119]</a></span>
-à Chalon le vendredi matin seulement, il put
-monter sur le bateau à vapeur de la Saône. Le
-lendemain, il prenait à Lyon le bateau du Rhône;
-le soir, à la nuit tombante, il arrivait à Avignon.
-Ses amis l’attendaient sur le quai. Ils se jetèrent
-dans ses bras, et il n’eut pas à les interroger.</p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>Au mois d’octobre 1846, lorsque Pontmartin
-avait quitté Avignon, sa mère savait qu’il emportait
-dans sa valise une nouvelle destinée à la <i>Revue
-des Deux Mondes</i>. Elle lui avait dit, avec un bon
-sourire: «Jusqu’ici la <i>Revue</i> m’avait toujours fait
-peur. Je la crois bien encore un peu hérétique;
-mais elle est certainement en voie de s’amender,
-puisque tu vas y écrire. Je serai heureuse d’y lire
-ton article.»</p>
-
-<p>Quelques mois auparavant, en effet, Jules Sandeau,
-qui venait de terminer son roman de <i>Madeleine</i><a name="FNanchor_129_129" id="FNanchor_129_129"></a><a href="#Footnote_129_129" class="fnanchor">[129]</a>,
-avait dit un soir à Pontmartin: «Il est
-temps d’agrandir votre cadre; Buloz vous a lu, il
-veut vous connaître; je vais vous conduire rue
-Saint-Benoît.» Et simplement, sans phrases, avec
-une cordialité toute fraternelle, l’auteur de <i>Mademoiselle
-de la Seiglière</i> s’était fait l’introducteur et
-le patron du modeste auteur des <i>Trois Veuves</i>.</p>
-
-<p>Pontmartin avait passé dix ans à rêver <i>Revue<span class="pagenum"><a name="Page_120" id="Page_120">[120]</a></span>
-des Deux Mondes</i>, comme les sous-lieutenants rêvent
-le bâton de maréchal, comme les jeunes filles
-romanesques rêvent le Prince Charmant. Le cœur
-lui battait donc bien fort lorsqu’il se présenta, le
-2 avril 1846, devant M. Buloz, sa <i>copie</i> à la main
-et ne demandant pas son salaire. Le tout-puissant
-directeur était dans son cabinet, avec sa culotte de
-velours noir et sa robe de chambre de flanelle
-bleue. Il fut extrêmement poli, serra le manuscrit
-dans un carton et promit de l’examiner. Quinze
-jours après, il indiquait à l’auteur des changements,
-des retouches, puis une refonte générale.</p>
-
-<p>Son goût était plus instinctif que réfléchi, mais,
-en somme, très sûr. On se trouvait presque toujours
-bien d’écouter ses avis. La nouvelle, légèrement
-remaniée, parut dans la livraison du 1<sup>er</sup> février
-1847, sous le titre d’<i>Octave</i>. Elle réussit, et
-M. Buloz résolut aussitôt de s’attacher Pontmartin
-comme chroniqueur littéraire et dramatique de la
-Revue.</p>
-
-<p>Il était, à cette date, en même temps que directeur
-de la <i>Revue des Deux Mondes</i>, commissaire du
-roi près le Théâtre-Français. A ce dernier titre, il
-ne pouvait pas, en conscience, froisser les auteurs
-en vogue. Il lui fallait ménager M. Scribe, dont
-deux pièces au moins, <i>Bertrand et Raton</i> et <i>Une
-Chaîne</i>, tenaient souvent l’affiche, et qui parlait de
-lui donner une comédie nouvelle en cinq actes<a name="FNanchor_130_130" id="FNanchor_130_130"></a><a href="#Footnote_130_130" class="fnanchor">[130]</a>.
-Il lui fallait, d’autre part, assurer le succès d’Alfred<span class="pagenum"><a name="Page_121" id="Page_121">[121]</a></span>
-de Musset, qui allait débuter à la Comédie-Française
-avec <i>le Caprice</i>, rapporté de Saint-Pétersbourg,
-par M<sup>me</sup> Allan. Malheureusement Scribe et
-Musset étaient aussi mal l’un que l’autre dans les
-papiers de Gustave Planche, qui était alors chargé,
-chez M. Buloz, de la critique théâtrale. Depuis
-douze ou quinze ans, il faisait hautement profession
-de mépriser le talent de M. Scribe. Il ne pouvait
-le prendre d’aussi haut avec Musset, qui était
-l’un des principaux collaborateurs de la <i>Revue</i>;
-mais brouillé avec le poète pour les beaux yeux
-de M<sup>me</sup> Sand, il le traitait par la prétérition, il se
-déclarait décidé à ne pas dire un mot de son
-<i>Proverbe</i>, si on le représentait. Comment faire?
-Comment se tirer de cette situation complexe et
-concilier les intérêts du directeur de la <i>Revue</i> et
-ceux du commissaire royal? M. Buloz n’hésita
-pas; il enleva à Gustave Planche sa férule, et il la
-remit aux mains plus légères et mieux gantées du
-très spirituel rédacteur des <i>Causeries dramatiques</i>
-de <i>la Mode</i>.</p>
-
-<p>Pendant près de cinq ans, du 1<sup>er</sup> mai 1847 au
-15 mars 1852, il fut le chroniqueur attitré de la
-<i>Revue</i>, rendant compte à la fois des pièces de
-théâtre et des livres. Il y eut là pour lui, surtout
-dans les premiers mois et jusqu’en février 1848,
-des heures délicieuses, ce qu’il appellera plus
-tard sa lune de miel littéraire.</p>
-
-<p>La <i>Revue des Deux Mondes</i> ne comptait guère
-alors que deux à trois mille abonnés; mais elle
-était la <i>Revue</i>, la première, la seule. Son influence<span class="pagenum"><a name="Page_122" id="Page_122">[122]</a></span>
-dépassait nos frontières et s’étendait sur toute l’Europe.
-Ses rédacteurs n’étaient pas payés bien cher,
-mais dans cette glorieuse pléiade, il y en avait
-plus de sept qui étaient <i>illustres</i>: Alfred de
-Musset, Augustin Thierry, Prosper Mérimée,
-Alfred de Vigny, Sainte-Beuve, Ludovic Vitet,
-Victor Cousin, Henri Heine<a name="FNanchor_131_131" id="FNanchor_131_131"></a><a href="#Footnote_131_131" class="fnanchor">[131]</a>.</p>
-
-<p>Elle ne se permettait pas, d’ailleurs, d’autre luxe
-que celui d’une rédaction exceptionnellement brillante.
-Son logis était modeste, une humble et
-bourgeoise maison, au numéro 20 de la rue Saint-Benoît,
-qui offrait pourtant cette double singularité
-d’appartenir à un futur académicien, M. Saint-René
-Taillandier, et de posséder un jardin au
-premier étage. Le souvenir de ce jardin légendaire,
-suspendu comme ceux de Babylone et dont
-George Sand avait été longtemps la Sémiramis,
-devait être toujours cher à Pontmartin, qui écrira
-trente ans plus tard dans ses <i>Nouveaux Samedis</i>:</p>
-
-<p class="pbq p1">Que n’a-t-on pas dit de ce jardin? Je crois que les solliciteurs,
-les martyrs et les refusés de la <i>Revue</i> l’ont jugé à
-travers leurs frayeurs ou leurs rancunes. Pour moi, il ne m’a
-jamais paru que les fleurs y fissent des piqûres d’orties et
-que la verdure y fût jaune. J’aimais cette salle d’attente
-avec son ombre discrète, ses économies de soleil et ses allées
-étroites enroulées autour de son microscopique tapis de
-gazon. J’ai passé là d’agréables heures, ruminant un sujet
-d’article, méditant sur les corrections demandées, attendant
-une épreuve, jasant avec un merle à peu près apprivoisé<span class="pagenum"><a name="Page_123" id="Page_123">[123]</a></span>
-qui semblait chargé de siffler les manuscrits suspects
-et qui s’acquittait vaillamment de la besogne. De temps à
-autre, par les fenêtres entr’ouvertes, m’arrivait un bruit
-de tempête et j’aurais été tenté de redire le <i>suave mari
-magno</i>... de Lucrèce, si je n’avais songé que j’étais moi-même
-à bord du navire, sur cette mer agitée par les vents.
-J’entendais le maître, en proie à la fièvre de la veille du
-numéro, se déchaîner tour à tour contre M. de Mars<a name="FNanchor_132_132" id="FNanchor_132_132"></a><a href="#Footnote_132_132" class="fnanchor">[132]</a>,&mdash;toujours
-en carême!&mdash;contre le prote, contre le rédacteur
-absent ou présent, contre une malheureuse <i>coquille</i>
-oubliée sur une moyenne de deux cents pages. Il y avait de
-mauvais moments; mauvais moments dont on fait plus
-tard,&mdash;trop tard,&mdash;de bons souvenirs<a name="FNanchor_133_133" id="FNanchor_133_133"></a><a href="#Footnote_133_133" class="fnanchor">[133]</a>!</p>
-
-<p class="p1">On se réunissait presque tous les jours, de
-quatre à six heures, dans les bureaux de la Revue,
-Sainte-Beuve ne manquait guère d’y venir et
-c’était une fête pour Pontmartin de causer avec le
-célèbre critique. L’auteur des <i>Portraits littéraires</i>,
-à cette date de 1844, était bien loin d’être ou du
-moins de se montrer ce qu’il sera plus tard, sous
-le second Empire, quêteur de popularité, associant
-Brutus à César, positiviste et matérialiste, archevêque
-du <i>diocèse</i> où fleurit l’athéisme. Il fréquentait
-chez M. Guizot et surtout chez M. Molé, qu’il
-aimait à visiter en son château du Marais; il était
-conservateur en politique comme en littérature,
-aussi loin maintenant d’Armand Carrel que de
-Victor Hugo. Sa figure rabelaisienne et narquoise
-s’éclairait d’un pieux sourire lorsqu’il parlait de sait
-religion et du catholicisme, pour lequel il professait<span class="pagenum"><a name="Page_124" id="Page_124">[124]</a></span>
-le plus profond respect. Quelquefois, il est
-vrai, il disait à Pontmartin: «Quand vous parlez
-des anciens, ne craignez jamais d’en trop dire.
-Quand vous parlez des contemporains n’ayez
-jamais l’air d’être leur dupe<a name="FNanchor_134_134" id="FNanchor_134_134"></a><a href="#Footnote_134_134" class="fnanchor">[134]</a>!» Malgré tout son
-esprit, Pontmartin était au fond un naïf. Il fut la
-dupe de Saint-Beuve et il devint son ami. Voici
-du reste comment ce dernier, dans ses <i>Nouveaux
-Lundis</i>, parle de leurs premières rencontres dans
-les bureaux de la rue Saint-Benoît:</p>
-
-<p class="pbq p1">Quand je le vis arriver à Paris et s’adresser pour ses
-premiers essais critiques à la <i>Revue des Deux Mondes</i>, où un
-compatriote de Castil-Blaze<a name="FNanchor_135_135" id="FNanchor_135_135"></a><a href="#Footnote_135_135" class="fnanchor">[135]</a> avait naturellement accès,
-c’était un homme qui n’était plus de la première jeunesse,
-spirituel, aimable, liant, point du tout intolérant, quoique
-dans la nuance légitimiste. Il avait déjà écrit quelques contes
-ou nouvelles, il s’était essayé dans la presse de province et il
-aspirait à faire des articles critiques plus en vue. J’avoue
-que mon premier pronostic lui fut aussitôt favorable. Il
-avait la plume facile, distinguée, élégante, de cette élégance
-courante, qui ne se donne pas le temps d’approfondir, mais
-qui sied et suffit au compte rendu de la plupart des œuvres
-contemporaines<a name="FNanchor_136_136" id="FNanchor_136_136"></a><a href="#Footnote_136_136" class="fnanchor">[136]</a>.</p>
-
-<p class="p1">Tout cela est au demeurant assez juste, à la condition
-pourtant d’ajouter que les <i>comptes rendus</i>
-de Pontmartin avaient une réelle originalité. La
-Revue, avant lui, avait eu des critiques très pédantesques<span class="pagenum"><a name="Page_125" id="Page_125">[125]</a></span>
-et très lourds comme Gustave Planche,
-ou très érudits et très fins comme Sainte-Beuve
-lui-même. Elle n’avait pas encore eu un véritable
-causeur littéraire, c’est-à-dire un homme d’esprit
-qui, sans <i>approfondir</i>, je le veux bien, sans <i>appuyer</i>,
-glisse avec grâce sur les sujets les plus divers,
-passe du roman de la semaine dernière à l’opéra-comique
-de la veille et à la comédie du jour, parlant
-de tout avec goût, avec mesure, avec malice,
-et sachant à l’occasion cacher, sous un mot piquant,
-une vérité sérieuse et une utile leçon. Ce
-chroniqueur littéraire, ce causeur qui avait jusqu’alors
-manqué à M. Buloz, Pontmartin le fut
-pendant cinq ans. Et comme il n’avait pas eu de
-prédécesseur à la Revue, il n’y a pas eu non plus
-de successeur: on ne l’a pas remplacé.</p>
-
-<p>Ces chroniques de la <i>Revue des Deux Mondes</i>, de
-1847 à 1852, sont au nombre de vingt-six: elles
-formeraient aisément deux ou trois volumes.
-Pontmartin n’en a jamais réimprimé une seule
-ligne. Combien de centaines d’articles n’a-t-il pas
-ainsi laissé perdre, sans vouloir prendre le temps
-et la peine de les recueillir! Rien ne le mortifiait
-plus, nous le savons, que de s’entendre appeler
-<i>Monsieur le comte</i>: son unique ambition était d’être
-un <i>homme de lettres</i>.&mdash;Oui, mais il restait malgré
-tout un <i>gentilhomme</i>, et il semait sans compter ses
-articles sur sa route, comme d’autres jettent leurs
-pièces d’or.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_126" id="Page_126">[126]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">CHAPITRE VII</h2>
-
-<p class="pch">LA RÉPUBLIQUE DE FÉVRIER<br />
-L’OPINION PUBLIQUE<br />
-(1848-1852)</p>
-
-<p class="pcs">Rue d’Isly. Sainte-Beuve et le 1<sup>er</sup> janvier 1848. Le 24 février.&mdash;Fondation
-de l’<i>Opinion publique</i>.&mdash;Comment se faisait un journal
-en l’an de grâce 1848.&mdash;Rédacteur en chef sans appointements.&mdash;Les
-<i>Jeunes</i> à l’<i>Opinion publique</i>.&mdash;Ponson du Terrail
-et Henri de Pène.&mdash;Cham et Armand de Pontmartin.&mdash;Les
-<i>Lettres d’un sédentaire</i> et les <i>Mémoires d’Outre-Tombe</i>.&mdash;La
-<i>Sixième du second de la première</i>.&mdash;Le 16 avril et le 15 mai. Les
-journées de Juin. La barricade de la rue Lafayette, le lieutenant
-Paul Rattier et le caporal Émile Charre.&mdash;Le ministère de
-M. de Falloux et la Bibliothèque de Jules Sandeau.&mdash;Les <i>Mémoires
-d’un notaire</i>.&mdash;L’Odyssée électorale de M. Buloz et les
-marronniers des Angles.&mdash;La revision de la Constitution et
-le conseil général du Gard. La Taverne de Richard-Lucas. Le
-coup d’État du 2 décembre. Suppression de l’<i>Opinion publique</i>.</p>
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>Puisque le succès décidément était venu, Pontmartin
-ne pouvait pas continuer de vivre à Paris
-en camp volant; il lui fallait avoir maintenant un
-vrai domicile. A la fin de décembre 1847, il quitta
-le passage de la Madeleine, où il logeait depuis le<span class="pagenum"><a name="Page_127" id="Page_127">[127]</a></span>
-mois d’octobre précédent et il s’installa dans un
-petit appartement de la rue d’Isly, près la gare
-Saint-Lazare.</p>
-
-<p>L’année 1848 commença bien, sinon pour les
-hôtes du château<a name="FNanchor_137_137" id="FNanchor_137_137"></a><a href="#Footnote_137_137" class="fnanchor">[137]</a>, du moins pour le nouveau
-locataire de la rue d’Isly. Le matin du 1<sup>er</sup> janvier,
-il vit entrer chez lui Sainte-Beuve qui venait de
-monter ses trois étages pour lui souhaiter la bonne
-année et lui apprendre la prise d’Abd-el-Kader.
-Quelques jours après, le Théâtre-Français annonçait
-la prochaine représentation du <i>Puff</i> de
-M. Scribe. Pour en mieux assurer le succès, qu’il
-tenait d’ailleurs pour certain, M. Buloz donna la
-veille même de la <i>première</i>, un petit dîner d’intimes
-et de critiques influents, auquel Pontmartin fut
-invité, et qui réunissait Jules Janin (<i>Journal des
-Débats</i>), Théophile Gautier (<i>la Presse</i>), Hippolyte
-Rolle (<i>Constitutionnel</i>), Alfred de Musset, Charles
-Magnin et Régnier, homme d’esprit, comédien
-charmant, fin lettré, chargé d’un des principaux
-rôles. Si, le lendemain, la pièce n’obtint qu’un
-demi-succès, Pontmartin n’en fut pas autrement
-affligé, et il se consola vite en écrivant sur <i>le Puff</i>
-deux articles qui parurent, l’un dans la <i>Mode</i>, sous
-la signature <i>Calixte Ermel</i>, le 26 janvier; l’autre,
-le 1<sup>er</sup> février, dans la <i>Revue des Deux Mondes</i>.</p>
-
-<p>L’horizon politique cependant s’assombrissait
-de jour en jour. Trois fois par mois, dans la <i>Mode</i>,
-Alfred Nettement annonçait que la révolution était<span class="pagenum"><a name="Page_128" id="Page_128">[128]</a></span>
-proche, qu’elle allait éclater, que ce n’était plus
-qu’une question de semaines, de jours, d’heures
-peut-être. Pontmartin n’en croyait pas un traître
-mot. Au milieu de février, ses affaires le rappelant
-aux Angles, il crut pouvoir quitter Paris sans trop
-d’inquiétude ou de scrupule. Le 24 février le surprit
-à Avignon, d’où il adressa à la petite Revue
-de la rue Neuve-des-Bons-Enfants une longue
-causerie sur <i>la Révolution de février en province</i>.
-Dès les premiers jours de mars, il était de retour
-rue d’Isly. Les républicains pullulaient à ce moment.
-Hier encore une pincée, ils étaient légion
-maintenant. Parmi les royalistes eux-mêmes, plusieurs,
-et non des moindres, M. Berryer, M. de
-Larcy, M. de Falloux, estimaient que le devoir et
-la loyauté leur commandaient, non certes de se
-rallier au nouveau gouvernement, mais de lui
-laisser provisoirement le champ libre, de ne pas
-ajouter à ses embarras, de lui accorder assez de
-temps pour montrer ce dont il était capable ou
-incapable. Pontmartin ne blâma pas ceux de ses
-amis qui croyaient devoir adopter cette ligne de
-conduite. Elle le laissait d’ailleurs sans inquiétude:
-il était bien sûr, en effet, que la République les
-obligerait bientôt, par ses sottises et ses maléfices,
-à lui retirer leur adhésion transitoire. Mais s’il ne
-blâma point ses amis, il ne les suivit pas. S’il
-n’avait pas ménagé les épigrammes au gouvernement
-de Juillet, il s’était soigneusement tenu à
-l’écart de toute compromission, de toute alliance
-avec l’opposition républicaine. Royaliste de sentiment<span class="pagenum"><a name="Page_129" id="Page_129">[129]</a></span>
-et de raison, il redisait volontiers avec
-Homère: «Le gouvernement de plusieurs n’est
-pas bon; qu’il n’y ait qu’un maître et qu’un roi!»
-et avec Corneille:</p>
-
-<p class="pp6 p1">Le pire des états, c’est l’état populaire.</p>
-
-<p class="p1">Le régime démocratique était à ses yeux le plus
-détestable des gouvernements, <i>omnium deterrimum</i>;
-il ne voulut pas l’accepter, le saluer, ne fût-ce qu’un
-jour, ne fût-ce qu’une heure.</p>
-
-<p>La Révolution de Février, si elle n’avait pas
-tué <i>la Mode</i>, lui avait porté un coup dont elle ne
-devait pas se relever. N’ayant plus Louis-Philippe
-à cribler de ses épigrammes, elle avait perdu sa
-raison d’être. M. Edouard Walsh, directeur plein
-d’entrain et de verve mondaine, aurait peut-être
-pu la soutenir; mais, à la suite d’un riche mariage,
-il avait passé la main à un M. de J..., qui
-avait tout ce qu’il fallait pour changer la retraite
-en débâcle et en déroute. Elle ne vivait plus que
-d’une vie précaire, logeant le diable en sa bourse,
-et voyant s’éloigner l’un après l’autre ses meilleurs
-rédacteurs. Seuls, Nettement et Pontmartin
-lui restèrent fidèles, bien qu’elle eût cessé de les
-payer. De 1848 à 1850, Pontmartin y donna de
-nombreuses chroniques, parlant de tout, de littérature,
-d’art, de politique, passant du Théâtre-Français
-au Salon de peinture<a name="FNanchor_138_138" id="FNanchor_138_138"></a><a href="#Footnote_138_138" class="fnanchor">[138]</a>, rendant compte<span class="pagenum"><a name="Page_130" id="Page_130">[130]</a></span>
-un jour des <i>Mémoires d’Outre-Tombe</i>, de Chateaubriand<a name="FNanchor_139_139" id="FNanchor_139_139"></a><a href="#Footnote_139_139" class="fnanchor">[139]</a>,
-un autre jour des <i>Confessions d’un révolutionnaire</i>,
-de Proudhon<a name="FNanchor_140_140" id="FNanchor_140_140"></a><a href="#Footnote_140_140" class="fnanchor">[140]</a>, mêlant à ses chroniques
-parisiennes des chroniques de province,
-et, dans toutes, affirmant hautement sa foi monarchique.
-Malheureusement, publiés dans la <i>Mode</i>,
-ces articles ressemblaient à des feux d’artifice tirés
-dans une cave. Il fallait trouver autre chose:
-Alfred Nettement et Armand de Pontmartin se
-résolurent à fonder un journal quotidien.</p>
-
-<p>Dans ses <i>Épisodes littéraires</i><a name="FNanchor_141_141" id="FNanchor_141_141"></a><a href="#Footnote_141_141" class="fnanchor">[141]</a>, Pontmartin a
-raconté la naissance et la mort de l’<i>Opinion
-publique</i>. Le ton épigrammatique de ce chapitre
-serait de nature à donner le change sur la valeur
-de la feuille dont il fut l’un des rédacteurs en chef,
-sur les services qu’elle rendit, sur le rôle à la fois
-si honorable et si brillant qu’y joua Pontmartin
-lui-même. Je voudrais, dans les pages qui vont
-suivre, faire mieux connaître un journal qui a eu
-son heure d’éclat; qui, dans un temps où la presse
-n’était pas sans gloire, où les journalistes s’appelaient
-Louis Veuillot, Laurentie, Emile de Girardin,
-Lamartine, Proudhon, Eugène de Genoude<a name="FNanchor_142_142" id="FNanchor_142_142"></a><a href="#Footnote_142_142" class="fnanchor">[142]</a>,
-Silvestre de Sacy, Saint-Marc Girardin, John Lemoinne,
-a marqué sa place au premier rang.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_131" id="Page_131">[131]</a></span></p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>Le 27 mars 1848, eut lieu, chez Alfred Nettement<a name="FNanchor_143_143" id="FNanchor_143_143"></a><a href="#Footnote_143_143" class="fnanchor">[143]</a>,
-rue de Monceau-du-Roule, une petite
-réunion, à laquelle il avait convoqué Armand de
-Pontmartin, Théodore Muret<a name="FNanchor_144_144" id="FNanchor_144_144"></a><a href="#Footnote_144_144" class="fnanchor">[144]</a>, l’un des plus
-anciens rédacteurs de la <i>Mode</i>, et Adolphe Sala,
-ex-officier de la garde royale, démissionnaire en
-1830, compromis en 1832 dans le procès du <i>Carlo-Alberto</i>,
-et qui, depuis, s’était occupé d’affaires,
-sans abandonner la politique. On tint conseil.
-Entre les deux principaux organes du parti légitimiste,
-il y avait évidemment une place à prendre,
-pour un journal plus jeune d’idées, plus vif d’allures
-que l’<i>Union</i><a name="FNanchor_145_145" id="FNanchor_145_145"></a><a href="#Footnote_145_145" class="fnanchor">[145]</a>, moins absorbé que la <i>Gazette
-de France</i> par l’étude abstraite des théories philosophiques
-et politiques. De cela nos quatre amis
-tombèrent aisément d’accord, et ils se dirent:
-«Faisons un journal.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_132" id="Page_132">[132]</a></span></p>
-
-<p>Aussi bien, rien n’était plus facile. Il ne s’agissait
-que d’aller chez un imprimeur,&mdash;avec de
-l’argent toutefois. Mais il en fallait si peu! assez
-seulement pour payer les frais de composition et
-de tirage du premier numéro, et, en mettant les
-choses au pis, des cinq ou six suivants. Ce serait
-affaire aux abonnés&mdash;ils ne pouvaient manquer
-de venir&mdash;de faire le reste.</p>
-
-<p>Les premiers fonds furent fournis par des amis
-de Nettement, le duc des Cars, M. de Saint-Priest,
-M. d’Escuns. Un imprimeur royaliste, M. Brière,
-rue Sainte-Anne, très lié avec Théodore Muret,
-offrit ses presses. Il fallait un bureau. Pour n’avoir
-pas à payer de loyer, on accepta l’hospitalité de
-la <i>Mode</i>, qui avait quitté la rue Neuve-des-Bons-Enfants
-et qui occupait alors, au numéro 25 de la
-rue du Helder, un petit local dans le fond de la
-cour, au rez-de-chaussée, avec une pièce fort
-étroite à l’entresol. Entre temps, on s’était mis
-d’accord sur le titre: le journal s’appellerait
-l’<i>Opinion publique</i>. Restait à trouver un gérant,
-c’est-à-dire un brave homme prêt à faire de la
-prison toutes les fois qu’il le faudrait. On l’avait
-sous la main dans la personne d’un Vendéen,
-combattant de 1832, M. P. Voillet, qui avait
-déjà fait sous Louis-Philippe plusieurs séjours à
-Sainte-Pélagie, pour le compte de la <i>Mode</i>, et qui
-ne demandait qu’à recommencer.</p>
-
-<p>On avait un titre, un imprimeur, un bureau, un<span class="pagenum"><a name="Page_133" id="Page_133">[133]</a></span>
-gérant. Le 2 mai 1848, deux jours avant la réunion
-de l’Assemblée nationale, le premier numéro
-parut avec cet en-tête:</p>
-
-<p class="pc1"><span class="smcap lowercase">RÉDACTEURS EN CHEF</span></p>
-
-<p class="pc1"><i>Politique</i>: <span class="smcap lowercase">M. ALFRED NETTEMENT</span>.</p>
-
-<p class="pc1"><i>Littérature</i>: <span class="smcap lowercase">M. A. DE PONTMARTIN</span>.</p>
-
-<p class="p1">Le journal<a name="FNanchor_146_146" id="FNanchor_146_146"></a><a href="#Footnote_146_146" class="fnanchor">[146]</a>, au début, se faisait d’une assez
-drôle de façon. Dans la journée, la salle de rédaction
-était presque toujours vide. Le soir, elle se
-remplissait d’amis, de députés de la droite, qui
-venaient aux nouvelles ou qui en apportaient. On
-fumait beaucoup, on causait davantage encore.
-Cependant dix heures et demie, onze heures sonnaient
-à la pendule: «Voyons, messieurs, disait
-gravement Théodore Muret, il faut laisser Nettement
-faire son grand article.»</p>
-
-<p>De quart d’heure en quart d’heure, le sage Muret
-reproduisait sa motion. Enfin, sur le coup de minuit,
-on se retirait. Resté seul, Nettement se mettait
-à la besogne. Il couvrait de sa grande écriture
-de nombreux feuillets, dont le metteur en pages
-s’emparait vite au fur et à mesure de leur achèvement.
-Après son grand article, il en composait un
-second, puis quelquefois un troisième. On finissait
-toujours par paraître, mais on manquait souvent
-le chemin de fer. L’accident du reste ne causait<span class="pagenum"><a name="Page_134" id="Page_134">[134]</a></span>
-pas grande émotion. «Ah çà! messieurs, se
-bornait-on à dire, le journal n’est pas encore parti
-ce matin; il faudrait pourtant s’arranger différemment.»</p>
-
-<p>Les lettres des abonnés de province se succédaient
-alors, toutes conçues à peu près dans les
-mêmes termes: «Monsieur le rédacteur, je me
-suis abonné à votre excellent journal, et je vous
-avoue que c’est dans l’intention de le recevoir. S’il
-ne me manquait qu’une fois de temps en temps,
-passe; mais il me manque deux ou trois fois par semaine.
-C’est un accident, je le veux bien; mais
-comment se fait-il qu’il soit si fréquent<a name="FNanchor_147_147" id="FNanchor_147_147"></a><a href="#Footnote_147_147" class="fnanchor">[147]</a>?»</p>
-
-<p>Eh bien! le journal, malgré tout, prospérait. S’il
-était fait un peu à la diable, il ne laissait pas d’être
-très bien fait. Outre ses grands articles, Alfred
-Nettement donnait chaque jour sous ce titre:
-<i>Impressions à la Chambre</i>, la physionomie de la
-séance de l’Assemblée. Armand de Pontmartin
-publiait des <i>Chroniques de Paris</i>, qui étaient les
-plus spirituelles du monde. La politique, à ce moment,
-n’était pas renfermée tout entière dans l’enceinte
-du Palais-Bourbon; elle était partout, dans
-les cafés, sur la place publique, à la Bourse et sur
-les boulevards. Théodore Muret et Adolphe Sala
-avaient charge de recueillir tous les bruits, de
-multiplier les <i>échos</i>, et, à côté de la physionomie
-de la Chambre, de peindre la physionomie de la
-rue. Et ainsi l’<i>Opinion publique</i> avait les allures<span class="pagenum"><a name="Page_135" id="Page_135">[135]</a></span>
-d’un petit journal autant que d’une feuille sérieuse.
-C’était une <i>Gazette de France</i> en pleine
-jeunesse, une <i>Quotidienne</i> de vingt ans.</p>
-
-<p>Après les journées de Juin, trois écrivains de
-réelle valeur, MM. de Lourdoueix<a name="FNanchor_148_148" id="FNanchor_148_148"></a><a href="#Footnote_148_148" class="fnanchor">[148]</a>, Albert de
-Circourt<a name="FNanchor_149_149" id="FNanchor_149_149"></a><a href="#Footnote_149_149" class="fnanchor">[149]</a> et Alphonse de Calonne<a name="FNanchor_150_150" id="FNanchor_150_150"></a><a href="#Footnote_150_150" class="fnanchor">[150]</a> vinrent renforcer
-la rédaction du journal. A la fin de 1848, après
-huit mois seulement d’existence, l’<i>Opinion publique</i>
-avait six mille abonnés.</p>
-
-<p>Le 28 mai 1849, elle transporta ses bureaux rue
-Taitbout, numéro 10. Alfred Nettement venait
-d’être nommé à l’Assemblée législative par les
-électeurs du Morbihan. La situation nouvelle qui
-lui était faite ne pouvait manquer d’accroître encore
-l’importance de son journal. Celui-ci pourtant,
-à cette heure-là même, traversait une crise
-grave.</p>
-
-<p>Il ne suffit pas, pour qu’un journal vive et prospère,
-qu’il ait des écrivains de talent, des abonnés,<span class="pagenum"><a name="Page_136" id="Page_136">[136]</a></span>
-un public; besoin est qu’il ait aussi un financier,
-un calculateur, et l’<i>Opinion publique</i> n’en avait pas.
-Si la rédaction était remarquable, l’administration
-n’était rien moins que sage. On avait agrandi le
-format et on avait abaissé le prix de l’abonnement.
-On avait multiplié, au delà de toute prudence, les
-<i>Abonnements de propagande</i>. On publiait chaque
-jeudi un <i>Supplément populaire</i>, qui était très onéreux.
-Un jour vint où il fallut bien s’avouer que
-les recettes et les dépenses ne s’équilibraient plus.
-Que faire? Suspendre le journal, au moment où
-son influence était en progrès, alors qu’il rendait
-de véritables services? Il n’y fallait pas songer.
-Relever le prix d’abonnement? C’était bien périlleux;
-c’était, dans tous les cas, aller contre le but
-auquel tendaient les fondateurs, qui avaient surtout
-voulu faire œuvre de propagande.</p>
-
-<p>Adolphe Sala proposa de recourir à un moyen
-héroïque. «Nous ne pouvons, dit-il, ni supprimer<span class="pagenum"><a name="Page_137" id="Page_137">[137]</a></span>
-ni réduire les dépenses matérielles, les frais d’employés.
-Impossible également de ne pas payer les
-feuilletons et les articles en dehors. Reste la rédaction
-habituelle. Décidons qu’elle sera gratuite. Que
-l’honneur de servir notre cause soit notre seul
-salaire, et travaillons gratis tant qu’il plaira à
-Dieu.» La motion fut votée à l’unanimité. Alfred
-Nettement et Pontmartin restèrent rédacteurs en
-chef... sans appointements<a name="FNanchor_151_151" id="FNanchor_151_151"></a><a href="#Footnote_151_151" class="fnanchor">[151]</a>. Et jamais ils n’apportèrent
-plus de zèle, jamais ils ne fournirent
-plus de copie.</p>
-
-<p class="p2">A quelque chose malheur est bon. Ne pouvant,
-faute de fonds, s’adresser aux romanciers en vogue,
-aux feuilletonistes célèbres, les directeurs de
-l’<i>Opinion publique</i> ouvriront leurs colonnes aux
-talents nouveaux, à ceux qui n’ont pas encore un
-nom, mais qui sont capables de s’en faire un. Les
-<i>Jeunes</i> seront toujours sûrs de trouver près d’eux
-bon accueil. Un jour, c’est un jeune homme de
-dix-neuf ans qui apporte rue Taitbout une nouvelle
-intitulée <i>la Vraie Icarie</i> et signée <i>Pierre
-du Terrail</i>. Elle est insérée sans retard<a name="FNanchor_152_152" id="FNanchor_152_152"></a><a href="#Footnote_152_152" class="fnanchor">[152]</a> et il se
-trouve que, ce jour-là, Pontmartin a présenté au
-public l’auteur des <i>Exploits de Rocambole</i> et de
-tant d’autres romans-feuilletons<a name="FNanchor_153_153" id="FNanchor_153_153"></a><a href="#Footnote_153_153" class="fnanchor">[153]</a>. Un autre jour,<span class="pagenum"><a name="Page_138" id="Page_138">[138]</a></span>
-c’est Moland<a name="FNanchor_154_154" id="FNanchor_154_154"></a><a href="#Footnote_154_154" class="fnanchor">[154]</a>, destiné à devenir un de nos principaux
-médiévistes, qui fait recevoir une suite d’articles
-sur la <i>Condition des savants et des artistes au
-XIII<sup>e</sup> siècle</i>. Comme Ponson du Terrail, Henri de
-Pène<a name="FNanchor_155_155" id="FNanchor_155_155"></a><a href="#Footnote_155_155" class="fnanchor">[155]</a> n’avait que dix-neuf ans, lorsque, au mois
-d’octobre 1849, il se présenta aux bureaux du
-journal, où il est admis aussitôt comme reporter.
-On lui confiera bientôt les petits théâtres, puis
-l’intérim des grands, quand Alphonse de Calonne
-se trouvera, d’aventure, empêché. Il publiera d’aimables
-proverbes, <i>Il n’y a pas de fumée sans feu
-et de feu sans fumée</i>, ou encore <i>Jeunesse ne sait
-plus</i>. Au besoin, il faisait l’article politique, et le
-premier-Paris ne l’effrayait pas. Le premier de
-chaque mois, il rédigeait les <i>Tablettes du mois</i> qui
-venait de finir, et jamais on ne mit tant d’esprit
-dans un almanach:</p>
-
-<p class="pp6 p1">Dans le calendrier lisez-vous quelquefois?</p>
-
-<p class="p1">Barbey d’Aurevilly avait quarante ans sonnés
-en 1849, mais il pouvait passer pour un <i>jeune</i>,
-puisqu’il était encore à peu près inconnu. Il fit paraître
-dans l’<i>Opinion publique</i> ses articles sur <i>les<span class="pagenum"><a name="Page_139" id="Page_139">[139]</a></span>
-Prophètes du passé</i>, sur Joseph de Maistre et M. de
-Bonald<a name="FNanchor_156_156" id="FNanchor_156_156"></a><a href="#Footnote_156_156" class="fnanchor">[156]</a>, et un peu plus tard une étude sur <i>Marie
-Stuart</i><a name="FNanchor_157_157" id="FNanchor_157_157"></a><a href="#Footnote_157_157" class="fnanchor">[157]</a>.</p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>Pontmartin, au besoin, aurait pu se passer
-d’aides; il eût pu se dispenser de chercher des collaborateurs.
-Il a donné à l’<i>Opinion publique</i>, pendant
-cette campagne de quatre ans, plusieurs centaines
-d’articles. Je ne crois pas qu’il y ait un
-autre exemple, dans la presse littéraire, d’une pareille
-fécondité. Ces articles (sauf trois sur les
-<i>Chansons de Béranger</i>), il n’a pas voulu les conserver
-et les réunir, sans doute parce qu’<i>ils étaient
-trop</i>; peut-être aussi a-t-il trouvé que la politique
-y tenait trop de place. J’estime qu’il a eu tort.</p>
-
-<p>Il y a politique et politique, comme il y a fagots
-et fagots. Celle de Pontmartin était bonne et n’a
-rien perdu à vieillir. Avec lui, d’ailleurs, tant il
-avait d’esprit, de bon sens et de belle humeur, la
-politique même est encore de la littérature, et de
-la meilleure.</p>
-
-<p>Les articles qu’il a écrits de 1848 à 1852 se
-peuvent diviser en quatre séries bien distinctes, les
-Chroniques de Paris, les Causeries musicales, les
-Causeries dramatiques et artistiques, et les Causeries
-littéraires.</p>
-
-<p>«Pour raconter heureusement sur les petits<span class="pagenum"><a name="Page_140" id="Page_140">[140]</a></span>
-sujets, il faut trop de fécondité, c’est créer que de
-railler ainsi et faire quelque chose de rien.» Cette
-parole de La Bruyère pourrait servir d’épigraphe
-aux <i>Courriers de Paris</i> d’Armand de Pontmartin.
-C’est avec des riens qu’il trouve moyen de composer
-ses plus jolies chroniques. Il prend, par
-exemple, l’<i>Almanach national</i> de MM. Guyot et
-Scribe, et avec cet almanach il fait un article qui
-renferme les traits les plus piquants et, à côté des
-anecdotes les plus drôles, les leçons les plus
-sages<a name="FNanchor_158_158" id="FNanchor_158_158"></a><a href="#Footnote_158_158" class="fnanchor">[158]</a>. Un autre jour,&mdash;c’était le 1<sup>er</sup> janvier 1850,&mdash;assisté
-de son collègue et ami maître Calixte
-Ermel, il publie, après l’avoir préalablement ré-rédigé
-lui-même, le <i>Testament d’une défunte</i>, feu
-l’année 1849. Jamais, depuis le <i>Légataire universel</i>
-de Regnard, on n’avait eu tant d’esprit par-devant
-notaire. Et la <i>Lettre d’un représentant de province
-à un de ses amis</i>, et les <i>Bulletins de la République...
-des lettres!</i> Comme tout cela est vif, léger, aimable,
-et comme, à la lecture de ces pages écrites
-de verve, le mot de M<sup>me</sup> de Sévigné vous revient
-vite à la mémoire: «Mes pensées, mon encre,
-ma plume, tout vole!»</p>
-
-<p>Les temps étaient durs, les craintes étaient
-grandes, la tristesse était générale. Seul, un homme
-avait réussi à dérider les fronts, à ramener le sourire
-sur les lèvres. Chaque matin, chaque soir, le
-crayon de Cham<a name="FNanchor_159_159" id="FNanchor_159_159"></a><a href="#Footnote_159_159" class="fnanchor">[159]</a> se chargeait de consoler les honnêtes<span class="pagenum"><a name="Page_141" id="Page_141">[141]</a></span>
-gens, de les rassurer, de les réjouir, en saisissant
-au vol le côté comique de ces épisodes et de ces
-personnages, éphémères créations de la nouvelle
-République. Les légendes étaient encore plus spirituelles
-que les dessins. Un matin, c’était un bourgeois
-du Marais marchandant un poisson et
-s’écriant: «J’aimerais autant qu’il ne fût pas de la
-veille.» Le soir, c’était un pur, un humanitaire
-qui, pour sauver le genre humain, demandait trois
-cent mille têtes, et à qui l’imperturbable Cham répliquait:
-«Monsieur est coiffeur?»</p>
-
-<p>Ce que le crayon de Cham fut alors pour tous les
-Parisiens, la plume de Pontmartin le fut, au même
-moment, pour les lecteurs de l’<i>Opinion publique</i>.
-L’écrivain et le dessinateur étaient doués l’un et
-l’autre d’une incroyable facilité d’improvisation;
-ils rivalisaient aussi à qui serait le plus <i>réactionnaire</i>
-des deux. Un joyeux compagnon, Auguste
-Lireux<a name="FNanchor_160_160" id="FNanchor_160_160"></a><a href="#Footnote_160_160" class="fnanchor">[160]</a>, avait tracé, au sortir des séances de l’Assemblée
-constituante, de très piquants croquis des
-premiers élus du suffrage universel. Cham joignit
-à son texte des <i>charges</i> d’une étonnante bouffonnerie,<span class="pagenum"><a name="Page_142" id="Page_142">[142]</a></span>
-et de leur collaboration sortit un grand et
-beau volume, qui était tout bonnement un chef-d’œuvre,
-l’<i>Assemblée nationale comique</i>. Pourquoi
-la fantaisie n’est-elle pas venue au comte de Noé
-d’illustrer les <i>Chroniques de Paris</i> du comte de
-Pontmartin, avec lequel il était lié? Nous aurions
-eu un livre aussi amusant que l’<i>Assemblée nationale
-comique</i> et qui aurait pu prendre pour épigraphe:
-<i>Les bons comtes font les bons amis</i>.</p>
-
-<p>Pontmartin, dans les <i>Souvenirs d’un vieux mélomane</i>,
-publiés en 1878, a fait revivre pour nous
-l’âge héroïque de la musique dramatique, ces temps
-qui semblent aujourd’hui perdus dans la brume
-des fictions mythologiques, où Nourrit, Duprez,
-Levasseur, M<sup>lle</sup> Falcon et M<sup>me</sup> Damoreau chantaient
-à l’Opéra, où M<sup>me</sup> Malibran et M<sup>lle</sup> Sontag, Rubini,
-Lablache et Tamburini chantaient aux Italiens:
-<i>Tempi passati!</i>... En 1849 et en 1850, la salle Ventadour
-et la vieille salle de la rue Lepeletier comptaient
-encore d’admirables chanteurs. Pontmartin
-se réserva, dans l’<i>Opinion publique</i>, le département
-de la musique, et il écrivit dans son journal, sous
-le titre de <i>Causeries musicales</i>, des pages où, après
-plus d’un demi-siècle, on croit entendre comme un
-écho lointain de ces merveilleux opéras bouffes
-qu’interprétaient alors Lablache, Mario et Ronconi,
-M<sup>me</sup> Persiani et M<sup>lle</sup> Sophie Véra. Le Théâtre-Italien
-était son théâtre préféré. Malheureusement, l’heure
-n’était plus à ces jouissances délicates, à ces réunions
-mélodieuses. Les spectateurs se faisaient de
-plus en plus rares, et souvent en sortant d’une représentation<span class="pagenum"><a name="Page_143" id="Page_143">[143]</a></span>
-où <i>La Cenerentola</i>, <i>Don Pasquale</i>, <i>Il
-Matrimonio segreto</i> avaient été joués dans le désert,
-il se demandait si son cher théâtre n’allait pas,
-d’ici à peu de temps, fermer ses portes pour ne
-plus les rouvrir, si les électeurs d’Eugène Sue et
-du citoyen de Flotte ne diraient pas bientôt aux
-dilettantes, comme la fourmi de La Fontaine:</p>
-
-<p class="pp6 p1">Vous chantiez, j’en suis fort aise;<br />
-Eh bien, <i>dansez</i> maintenant!</p>
-
-<p class="p1">Ses causeries sur le Théâtre-Italien, sur <i>La
-Gazza ladra</i> ou l’<i>Elisire d’Amore</i>, ont la tristesse
-d’une chose qui va finir et le charme mélancolique
-d’un adieu.</p>
-
-<p>Le critique théâtral de l’<i>Opinion publique</i> était
-Alphonse de Calonne. S’agissait-il cependant d’une
-<i>grande première</i>, de la comédie ou du drame d’un
-poète, c’était Pontmartin qui en rendait compte.
-De là, plusieurs <i>Causeries dramatiques</i>, sur la <i>Gabrielle</i>
-d’Émile Augier<a name="FNanchor_161_161" id="FNanchor_161_161"></a><a href="#Footnote_161_161" class="fnanchor">[161]</a>, le <i>Toussaint Louverture</i>,
-de Lamartine<a name="FNanchor_162_162" id="FNanchor_162_162"></a><a href="#Footnote_162_162" class="fnanchor">[162]</a>, la <i>Fille d’Eschyle</i>, de Joseph Autran<a name="FNanchor_163_163" id="FNanchor_163_163"></a><a href="#Footnote_163_163" class="fnanchor">[163]</a>,
-le <i>Martyre de Vivia</i>, de Jean Reboul<a name="FNanchor_164_164" id="FNanchor_164_164"></a><a href="#Footnote_164_164" class="fnanchor">[164]</a>.</p>
-
-<p>Pontmartin avait fait deux <i>Salons</i> à la <i>Mode</i>, celui
-de 1847 et celui de 1848. Dans l’<i>Opinion publique</i>,
-il donne, à l’occasion, des <i>Causeries artistiques</i> où
-il apprécie tantôt les <i>Peintures du grand escalier du<span class="pagenum"><a name="Page_144" id="Page_144">[144]</a></span>
-Conseil d’État (Palais d’Orsay) par M. Chasseriau</i><a name="FNanchor_165_165" id="FNanchor_165_165"></a><a href="#Footnote_165_165" class="fnanchor">[165]</a>,
-tantôt les <i>Peintures monumentales de M. Hippolyte
-Flandrin à l’église Saint-Paul de Nimes</i><a name="FNanchor_166_166" id="FNanchor_166_166"></a><a href="#Footnote_166_166" class="fnanchor">[166]</a>, ou encore
-<i>la Nouvelle fontaine de Nimes et les statues monumentales
-de Pradier</i><a name="FNanchor_167_167" id="FNanchor_167_167"></a><a href="#Footnote_167_167" class="fnanchor">[167]</a>.</p>
-
-<p>C’est le 1<sup>er</sup> octobre 1849 que Sainte-Beuve entreprit
-sa campagne des <i>Lundis</i> au <i>Constitutionnel</i>.
-Le 11 février précédent, Pontmartin avait inauguré
-ses <i>Causeries littéraires</i> à l’<i>Opinion publique</i>. Les
-principales sont consacrées à l’<i>Esclave Vindex</i> et
-aux <i>Libres Penseurs</i> de Louis Veuillot, aux <i>Confidences</i>
-et au <i>Raphaël</i> de Lamartine, à l’<i>Histoire du
-Consulat et de l’Empire</i> de M. Thiers, au <i>Journal
-de la Campagne de Russie en 1812</i>, par le duc de
-Fezensac, aux romans de Jules Sandeau et à ceux
-de Charles de Bernard. Les Causeries de 1851,
-écrites pour la plupart à Avignon et aux Angles,
-parurent sous le titre de <i>Lettres d’un Sédentaire</i>.
-Elles sont au nombre de seize et marquent un réel
-progrès dans le talent de l’auteur. Il a plus de loisirs
-qu’à Paris, et il en profite; il ne craint pas
-d’entrer, quand il le faut, dans de longs développements.
-Il a deux grands articles sur les <i>Causeries
-du Lundi</i><a name="FNanchor_168_168" id="FNanchor_168_168"></a><a href="#Footnote_168_168" class="fnanchor">[168]</a>, et ce n’est point à ceux-là sans doute
-que pensait Sainte-Beuve quand il a reproché à
-Pontmartin de «ne pas se donner le temps d’approfondir».
-Il en a trois sur Béranger<a name="FNanchor_169_169" id="FNanchor_169_169"></a><a href="#Footnote_169_169" class="fnanchor">[169]</a>, qui soulèveront<span class="pagenum"><a name="Page_145" id="Page_145">[145]</a></span>
-des orages lorsqu’ils seront réimprimés en
-1855. Il en a cinq sur les <i>Mémoires d’Outre-Tombe</i><a name="FNanchor_170_170" id="FNanchor_170_170"></a><a href="#Footnote_170_170" class="fnanchor">[170]</a>,
-qui paraissaient alors pour la première fois en
-librairie. Les glorieux <i>Mémoires</i> eurent contre eux,
-au moment de leur publication, la critique presque
-tout entière. Vivant, Chateaubriand avait pour lui
-tous les critiques, petits et grands. A deux ou trois
-exceptions près, ils se prononcèrent tous, grands
-et petits, contre l’<i>empereur tombé</i>.</p>
-
-<p>Sainte-Beuve <i>attacha le grelot</i>. Le 18 mai 1850,
-alors que les <i>Mémoires</i> n’avaient pas encore fini de
-paraître dans le feuilleton de la <i>Presse</i><a name="FNanchor_171_171" id="FNanchor_171_171"></a><a href="#Footnote_171_171" class="fnanchor">[171]</a>, il publia
-dans le <i>Constitutionnel</i> un premier article suivi, le
-27 mai et le 30 septembre, de deux autres, tout
-remplis, comme le premier, de dextérité, de finesse
-et, à côté de malices piquantes, de sous-entendus
-perfides<a name="FNanchor_172_172" id="FNanchor_172_172"></a><a href="#Footnote_172_172" class="fnanchor">[172]</a>.</p>
-
-<p>Pontmartin ne céda pas à ce subit reflux de
-gloire, à cette réaction injuste et violente contre le
-grand écrivain. Il lui parut que le Testament littéraire
-et politique de Chateaubriand ne devait pas
-être cassé. Dans ses cinq articles, il établit avec
-force le mal fondé des moyens de nullité invoqués
-par les adversaires, et il n’hésita pas à dire que
-«les <i>Mémoires d’Outre-Tombe</i> étaient un des plus
-étonnants chefs-d’œuvre de notre littérature, ou
-plutôt de toutes les littératures».</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_146" id="Page_146">[146]</a></span></p>
-
-<p>Ce sera l’honneur de Pontmartin d’avoir mis
-ainsi à leur vrai rang les immortels <i>Mémoires</i>, d’en
-avoir parlé dès le premier jour comme en parlera
-la postérité, d’avoir eu raison, ce jour-là, contre
-Sainte-Beuve et contre tous les critiques de son
-temps.</p>
-
-<p>J’avoue&mdash;cela tient peut-être à ce qu’elles sont
-enfouies au fond d’un journal depuis longtemps
-disparu et joignent ainsi à leur valeur propre l’attrait
-des choses rares&mdash;j’avoue que j’ai un faible
-pour ces premières <i>Causeries littéraires</i>. Ce qui me
-paraît certain, en tous cas, c’est qu’elles sont au
-moins égales à celles que l’auteur a réunies plus
-tard en volumes à partir de 1854.</p>
-
-<p>Outre ces articles de critique, il donnait encore
-à l’<i>Opinion publique</i> des œuvres d’imagination, une
-Nouvelle: <i>l’Enseignement mutuel</i><a name="FNanchor_173_173" id="FNanchor_173_173"></a><a href="#Footnote_173_173" class="fnanchor">[173]</a>, un Proverbe:
-<i>Les Premiers fusionistes, ou A quelque chose malheur
-est bon</i><a name="FNanchor_174_174" id="FNanchor_174_174"></a><a href="#Footnote_174_174" class="fnanchor">[174]</a>. Entre temps, il écrivait pour la <i>Mode</i> le
-deuxième et le troisième volume des <i>Mémoires d’un
-notaire</i> et <i>le Capitaine Garbas</i><a name="FNanchor_175_175" id="FNanchor_175_175"></a><a href="#Footnote_175_175" class="fnanchor">[175]</a>. A la <i>Revue des Deux
-Mondes</i>, il continuait de faire, d’une façon régulière,
-la chronique littéraire et théâtrale. Comme
-il n’était pas chez lui dans la maison de la rue
-Saint-Benoît, il faisait un peu plus de toilette qu’à
-la rue Taitbout; il mettait sa cravate blanche et
-passait son habit noir. Faut-il pour cela préférer<span class="pagenum"><a name="Page_147" id="Page_147">[147]</a></span>
-ses articles de la <i>Revue des Deux Mondes</i> à ceux de
-l’<i>Opinion publique</i>? Tel ne serait pas mon avis. A
-la Revue, Pontmartin était spirituel, élégant, correct;
-à M. Buloz, qui le payait, il en donnait pour
-son argent. A l’<i>Opinion publique</i>, il se dépensait
-tout entier; tout ce qu’il y avait en lui d’ardeur,
-de flamme, de passion, il le donnait à ce journal
-qui ne le payait pas.</p>
-
-<h3>IV</h3>
-
-<p>J’ai dû, pour ne pas interrompre le récit de la
-campagne de Pontmartin à l’<i>Opinion publique</i>,
-laisser un moment de côté les quelques épisodes
-qui marquèrent pour lui, en dehors de cette campagne,
-les quatre années de la seconde République,
-du 24 février 1848 au 2 décembre 1851.</p>
-
-<p>En se mettant dans ses meubles, rue d’Isly, à
-la fin de décembre 1847, il était devenu tributaire
-de la garde nationale. Immatriculé dans la <i>sixième
-du second de la première</i>,&mdash;6<sup>e</sup> compagnie du
-2<sup>e</sup> bataillon de la 1<sup>re</sup> légion,&mdash;il ne fit d’abord
-qu’en rire, croyant bien que ce serait là une simple
-sinécure. Il était loin de compte. Le 16 avril 1848,
-une manifestation populaire menaça l’Hôtel de
-Ville; le péril ne fut conjuré que par l’énergique
-intervention du général Changarnier, qui se trouvait
-alors à Paris sans commandement et sans
-troupes. Ce fut ce jour-là que Pontmartin débuta
-dans le noble métier des armes, avec une tunique,<span class="pagenum"><a name="Page_148" id="Page_148">[148]</a></span>
-extraite du magasin de la mairie, dont la taille
-trop courte lui remontait au milieu du dos.</p>
-
-<p>Le 15 mai, un peu avant midi, on battit le rappel.
-La sixième du second se réunit à son rendez-vous
-habituel, au bout de la rue Tronchet, du côté
-de la rue Neuve-des-Mathurins. De la rue Tronchet
-au Palais-Bourbon, le trajet n’est pas long. De
-quinze pas en quinze pas, les gardes nationaux
-rencontraient des jeunes gens en blouse ou en
-bourgeron, très polis, très corrects, qui leur
-disaient: «Retournez chez vous, Messieurs, vous
-n’avez plus rien à faire. Le peuple a pris possession
-du Palais-Bourbon. Il est en train d’élire le nouveau
-gouvernement.» En l’absence de son capitaine, la
-<i>sixième</i> était commandée par son lieutenant,
-M. Paul Rattier, un très galant homme et très
-brave, qui ne se laissait pas retourner aussi facilement
-que le caoutchouc auquel il devait sa belle
-fortune. Il poursuivit sa route. Quand on eut atteint
-la grille du palais, Pontmartin, qui se trouvait à
-côté du lieutenant, chercha dans la foule une figure
-de connaissance, et il vit M. de Falloux monté sur
-une borne au coin de la rue de Bourgogne, et
-haranguant courageusement cette aveugle multitude
-qui aurait pu l’écharper et qui l’écoutait avec
-une certaine déférence. Cinq minutes après, la
-garde nationale avait pris sa revanche et expulsé les
-émeutiers.</p>
-
-<p>Après l’émeute du 15 mai, l’insurrection de
-juin.</p>
-
-<p>Le jeudi 22 juin, le Théâtre-Français donna la<span class="pagenum"><a name="Page_149" id="Page_149">[149]</a></span>
-première représentation d’<i>Il ne faut jurer de rien</i>,
-d’Alfred de Musset. Pontmartin y assistait. La
-pièce fut jouée en perfection par Provost, Brindeau,
-Got, Mirecourt, mesdames Mante et Amédine
-Luther. Les spectateurs étaient trop distraits
-pour écouter ce dialogue exquis, pour apprécier
-cette merveilleuse interprétation. La guerre civile
-était dans l’air, et le très spirituel Louis de Geofroy
-qui, en attendant d’être un diplomate d’une
-rare distinction, écrivait dans la <i>Revue des Deux
-Mondes</i>, dit à Pontmartin et à ses amis, en entrant
-dans leur loge: «Pardon! On peut jurer de
-quelque chose; c’est que, demain matin, on se
-battra dans la rue.»</p>
-
-<p>Le lendemain matin, en effet, Paris commençait
-à se couvrir de barricades. Le rappel, battu à neuf
-heures pour la garde nationale, fut à onze heures
-suivi de la générale. Pontmartin s’empressa de
-se rendre à son poste. Dans cette première
-journée, la première légion subit des pertes sensibles
-à l’attaque d’une barricade élevée faubourg
-Poissonnière, à la hauteur de la caserne de la
-Nouvelle-France. Le soir, la sixième compagnie
-dut prendre quelques heures de repos dans la cour
-de la mairie du premier arrondissement. Le long
-de cette cour vaste et mélancolique, de grandes
-bottes de paille, étendues sur le pavé, s’étaient
-transformées en lit de camp où reposaient des
-rangs pressés de dormeurs; quand la couche de
-paille était assez épaisse, le lit avait deux étages, et
-chacun de ces deux étages un habitant. Sans distinction<span class="pagenum"><a name="Page_150" id="Page_150">[150]</a></span>
-de grade et d’épaulettes, le caporal ronflait
-sous le voltigeur, et le sergent sous le caporal.
-Pontmartin, et avec lui une vingtaine de gardes
-nationaux, écrivains, artistes, hommes du monde,
-veillaient, groupés autour d’un gigantesque bol de
-punch et devisant des événements. Il a décrit, dans
-<i>le Capitaine Garbas</i>, cette nuit du 23 juin 1848,
-qui précéda la plus sanglante des quatre sanglantes
-journées.</p>
-
-<p class="pbq p1">Ce n’était pas, dit-il, une de ces belles nuits d’été, où
-Dieu fait ruisseler sur l’azur du ciel des myriades d’étoiles,
-comme les seuls diamants dignes de sa puissance infinie;
-une de ces nuits limpides, douces harmonies de la vie des
-champs, poétiques compagnes de voyage, faites de vagues
-murmures, de vagues silences, de vagues parfums, des mille
-frémissements de la nature endormie: c’était une nuit sombre
-et troublée, où nos passions se faisaient sentir jusque
-dans le calme universel. Le ciel, pluvieux et froid malgré la
-saison, n’avait aucune des splendeurs de l’été; quelques
-rares étoiles, frissonnantes et mouillées, paraissaient et disparaissaient
-sous les nuages, comme nos débiles espérances
-sous le voile funèbre des calamités publiques. De temps à
-autre, un coup de fusil retentissait, isolé, perdu dans l’espace;
-puis à intervalles réguliers, on entendait le cri des
-factionnaires: <i>Sentinelles, prenez garde à vous!</i> s’élever, se
-répondre, se croiser, s’éloigner, s’affaiblir et se perdre dans
-les rues désertes. Ce qui rend les autres nuits si belles, c’est
-que l’homme s’y cache et s’y tait; ce qui rendait celle-là si
-sombre, c’est que l’homme y apparaissait partout, à l’imagination
-et à l’oreille, au regard et à la pensée.</p>
-
-<p class="p1">La trève fut de courte durée; dès quatre heures
-du matin, le samedi 24, la lutte recommença.</p>
-
-<p>A l’extrémité nord de la rue du Faubourg-Poissonnière,<span class="pagenum"><a name="Page_151" id="Page_151">[151]</a></span>
-près du jardin Pauwels<a name="FNanchor_176_176" id="FNanchor_176_176"></a><a href="#Footnote_176_176" class="fnanchor">[176]</a>, les insurgés
-avaient construit une barricade, précédée d’un
-fossé palissadé, et dont les assises de pavés s’accumulaient
-en montagne contre la grille de la barrière.
-Ils occupaient les bâtiments de l’octroi et
-quelques maisons voisines: plus loin leurs tirailleurs
-s’abritaient derrière les pierres du clos Saint-Lazare,
-où commençait à s’élever l’hôpital de la
-République, ci-devant Louis-Philippe, depuis de
-La Riboisière. Cette position était défendue de tous
-côtés par des barricades, rue Bellefond, rue des
-Petits-Hôtels, rue d’Hauteville, et se reliait avec la
-barrière Rochechouart et les barricades du faubourg
-Saint-Denis. C’était une véritable forteresse,
-contre laquelle vinrent se briser, jusqu’à
-trois heures de l’après-midi, tous les efforts du 2<sup>e</sup> bataillon
-de la 1<sup>re</sup> légion. A ce moment, il fut rallié
-par le général Lebreton, accompagné d’un parc
-d’artillerie. Au signal de trois coups de canon le
-bataillon s’élance. Une lutte furieuse s’engage. La
-6<sup>e</sup> compagnie, toujours commandée par l’intrépide
-lieutenant Paul Rattier<a name="FNanchor_177_177" id="FNanchor_177_177"></a><a href="#Footnote_177_177" class="fnanchor">[177]</a>, voit décimer ses
-rangs. Aux côtés de Pontmartin le brave caporal
-Émile Charre, un caporal plusieurs fois millionnaire,
-tombe pour ne plus se relever. La barricade
-enfin est emportée. Restait le clos Saint-Lazare. Il
-fallut en faire le siège, qui absorba presque toute
-<span class="pagenum"><a name="Page_152" id="Page_152">[152]</a></span>la journée du dimanche 25, et auquel le 2<sup>e</sup> bataillon
-de la 1<sup>re</sup> légion, placé ce jour-là sous les ordres
-de Lamoricière, prit encore une part importante.</p>
-
-<p class="p2">A la fin de juillet, Pontmartin partit pour les
-Angles, afin d’y prendre quelques vacances; mais
-la politique, qu’il avait peut-être cru fuir en quittant
-Paris, l’attendait en province. Depuis 1844,
-il représentait le canton de Villeneuve au Conseil
-général du Gard. Ses amis lui firent un devoir
-d’accepter la candidature, lors du renouvellement
-qui eut lieu au mois d’août. Il fut nommé, après
-une lutte très vive; mais son élection fut annulée
-pour erreur commise dans le compte des voix.
-Deux mois après, il lui fallait batailler de nouveau;
-cette fois du moins le succès fut complet.</p>
-
-<h3>V</h3>
-
-<p>«La France est une nation qui s’ennuie<a name="FNanchor_178_178" id="FNanchor_178_178"></a><a href="#Footnote_178_178" class="fnanchor">[178]</a>»,
-avait dit un jour Lamartine sous la monarchie de<span class="pagenum"><a name="Page_153" id="Page_153">[153]</a></span>
-Juillet. Elle n’avait plus maintenant le temps de
-s’ennuyer. C’était chaque matin une surprise nouvelle.
-Le 10 décembre, le prince Louis Bonaparte
-était élu à la Présidence: le 20 décembre, un légitimiste
-pur, l’<i>alter ego</i> de Berryer, M. de Falloux
-était nommé ministre de l’Instruction publique, et
-bientôt sa table et ses salons réunissaient la fine
-fleur de la réaction. Le 17 janvier 1849, il donna
-un grand dîner au prince-président. L’<i>Opinion
-publique</i> nous a conservé la liste des convives. La
-voici: le prince Louis Bonaparte, l’archevêque de
-Paris<a name="FNanchor_179_179" id="FNanchor_179_179"></a><a href="#Footnote_179_179" class="fnanchor">[179]</a>, le curé des Quinze-Vingts, qui avait recueilli
-M<sup>gr</sup> Affre au 25 juin, MM. Thiers, Molé,
-Berryer, Victor Hugo, duc de Noailles, maréchal
-Bugeaud, Villemain, Cousin, Viennet, Saint-Marc
-Girardin, marquis de La Rochejaquelein, marquis
-de Maillé, Changarnier, marquis de Pastoret, général
-Baraguey d’Hilliers, marquis de Barthélemy,
-duc de Rauzan, duc de Mouchy<a name="FNanchor_180_180" id="FNanchor_180_180"></a><a href="#Footnote_180_180" class="fnanchor">[180]</a>:</p>
-
-<p class="pp6 p1">D’anti-républicains c’était un fort bon plat,</p>
-
-<p class="p1">Grande fut la colère sur les bancs de la gauche.
-Armand Marrast surtout, le <i>marquis de la République</i>,
-ne pouvait digérer ce dîner où il y avait eu
-tant de marquis.&mdash;«Il n’y avait pas un républicain!»
-s’écria-t-il,&mdash;«Quoi! répliquait le
-journal de Pontmartin, pas même le Président de
-la République<a name="FNanchor_181_181" id="FNanchor_181_181"></a><a href="#Footnote_181_181" class="fnanchor">[181]</a>!»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_154" id="Page_154">[154]</a></span></p>
-
-<p>Si Pontmartin n’était pas des dîners de M. de
-Falloux, il lui arrivait fréquemment d’assister aux
-réceptions qui avaient lieu à l’hôtel de la rue de
-Grenelle. «J’y vis affluer, dit-il dans ses <i>Souvenirs
-d’un vieux critique</i>, tous ceux que le péril
-commun unissait dans une même pensée de salut&mdash;ou
-de sauvetage. Le général de Saint-Priest y
-amenait le comte d’Escuns; M. de Circourt y causait
-avec M. d’Andigné, les académiciens avec les
-douairières, Poujoulat, Nettement, Laurentie,
-Adolphe Sala, Lourdoueix, tous les députés royalistes,
-toute la rédaction de l’<i>Union</i>, de la <i>Gazette
-de France</i> et de l’<i>Opinion publique</i>, s’y rencontraient
-avec MM. Cousin, Mignet, Saint-Marc Girardin,
-Vitet, Patin, Marmier, et les universitaires. Si les
-titres n’avaient pas été abolis par la plus naïve des
-républiques, on aurait pu tapisser de parchemins
-authentiques toute la rue de Grenelle et tous les
-salons du ministère. Je me souviens même d’un
-petit détail assez curieux. Comme cette abolition
-des titres n’était pas prise au sérieux, le citoyen
-ministre avait recommandé aux citoyens huissiers
-d’annoncer chaque visiteur avec la qualification
-qu’il se donnerait; si bien que, un soir, les huissiers
-annoncèrent madame la baronne Durand et
-M. de Montmorency<a name="FNanchor_182_182" id="FNanchor_182_182"></a><a href="#Footnote_182_182" class="fnanchor">[182]</a>.»</p>
-
-<p>Des liens d’amitié et de famille rattachaient à
-M. de Falloux le rédacteur de l’<i>Opinion publique</i>.
-Ce dernier eut l’idée d’utiliser ces bonnes relations<span class="pagenum"><a name="Page_155" id="Page_155">[155]</a></span>
-au profit de Jules Sandeau. En 1849, Jules Sandeau
-était pauvre. Il avait publié déjà le meilleur
-de son œuvre, <i>Marianna</i>, <i>le Docteur Herbeau</i>,
-<i>Catherine</i>, <i>Madeleine</i>, <i>Mademoiselle de la Seiglière</i>;
-mais, en ce temps-là, un roman rapportait mille
-francs à son auteur, et il lui fallait deux ans pour
-atteindre une seconde édition. Pontmartin demanda
-pour l’auteur de <i>Marianna</i> un emploi de bibliothécaire.
-Sa requête reçut un favorable accueil, et le
-ministre le pria de lui amener son ami. L’audience
-fut la plus satisfaisante du monde. M. de Falloux
-et Jules Sandeau étaient, dans un milieu bien
-différent, deux natures également fines et délicates;
-ils s’entendirent à merveille. En adressant au romancier
-de chaleureux compliments au sujet du
-<i>Docteur Herbeau</i> et de <i>Catherine</i>, les félicitations
-du ministre tombèrent si juste, qu’elles prouvèrent
-qu’il l’avait lu et ne l’avait pas oublié. Pontmartin
-avait donc lieu d’espérer une heureuse solution;
-mais le guignon s’en mêla; M. de Falloux tomba
-malade quelques jours après; lui-même partit pour
-le Midi, et, quand il revint, le ministre avait donné
-sa démission<a name="FNanchor_183_183" id="FNanchor_183_183"></a><a href="#Footnote_183_183" class="fnanchor">[183]</a>.</p>
-
-<h3>VI</h3>
-
-<p>Si chacune des œuvres de Jules Sandeau lui rapportait
-en moyenne un millier de francs, Pontmartin,<span class="pagenum"><a name="Page_156" id="Page_156">[156]</a></span>
-au mois d’avril 1849, publia un roman
-en trois volumes, qui, au lieu de lui être payé
-3 000 francs, lui coûta précisément cette somme.</p>
-
-<p>Le premier volume des <i>Mémoires d’un notaire</i>
-avait paru dans la <i>Mode</i> d’octobre à décembre 1847.
-Dès le mois de novembre, un des collaborateurs de
-la revue royaliste, très brillant officier et romancier
-de talent, M. de Gondrecourt<a name="FNanchor_184_184" id="FNanchor_184_184"></a><a href="#Footnote_184_184" class="fnanchor">[184]</a>, avait offert à
-Pontmartin de le présenter à son éditeur Alexandre
-Cadot<a name="FNanchor_185_185" id="FNanchor_185_185"></a><a href="#Footnote_185_185" class="fnanchor">[185]</a>, qui était le libraire en vogue, au moins pour
-les romans, lesquels paraissaient alors en volumes
-in-octavo, dits de <i>cabinet de lecture</i>. «Il paye peu,
-mais exactement», avait ajouté Gondrecourt. Pontmartin
-avait été obligé de décliner son aimable proposition.
-La veille, chez Véry, le vicomte Édouard
-Walsh lui avait dit, après force félicitations: «Il
-ne tient qu’à vous, mon cher ami, de faire une
-bonne œuvre et deux heureux: l’imprimeur et le
-metteur en pages de la <i>Mode</i>, tous deux chargés de
-famille, seraient bien reconnaissants si vous leur<span class="pagenum"><a name="Page_157" id="Page_157">[157]</a></span>
-accordiez la propriété de votre roman. Ils l’imprimeraient
-en volumes au fur et à mesure, ils n’auraient
-pas d’autres frais que leur travail, et ils toucheraient
-les bénéfices.» Pontmartin avait répondu
-<i>oui</i>, et c’est ce <i>oui</i> qui devait lui coûter mille écus.</p>
-
-<p>Ravis de leur bonne fortune, le metteur en pages
-et l’imprimeur s’étaient hâtés de composer le premier
-volume; ils y avaient même ajouté, à l’insu de
-l’auteur, <i>Napoléon Potard</i>. Quand éclata la révolution
-de Février, qui fut meurtrière pour la <i>Mode</i>,
-pris de peur, ils vinrent dire à Pontmartin d’un air
-navré qu’ils n’avaient pas de quoi acheter le papier
-et payer les frais nécessaires et ils le supplièrent
-de se mettre en leurs lieu et place en se chargeant
-de tous les frais et en recueillant tous les bénéfices.&mdash;Soit,
-dit encore Pontmartin. Il s’était remis à son
-roman, et il en écrivit les deux derniers volumes
-à travers l’affolement des rappels, des émeutes, des
-rassemblements continuels, des nuits de corps de
-garde, et aussi au milieu des tracas et des soins de
-toute sorte que lui causaient la fondation et la rédaction
-en chef de l’<i>Opinion publique</i>. Ses deux persécuteurs
-imprimaient toujours, faisant les morceaux
-doubles et s’inquiétant très peu d’augmenter
-les frais, dès l’instant qu’ils n’étaient plus à leur
-charge. Le jour où ils lui présentèrent l’addition, le
-chiffre rond était de 3 000 francs<a name="FNanchor_186_186" id="FNanchor_186_186"></a><a href="#Footnote_186_186" class="fnanchor">[186]</a>.</p>
-
-<p>Après s’être exécuté sans trop se plaindre, il fit,
-à ses risques et périls, paraître ses trois volumes.<span class="pagenum"><a name="Page_158" id="Page_158">[158]</a></span>
-qui arrivaient du reste en un mauvais moment, à
-la veille des élections de l’Assemblée législative<a name="FNanchor_187_187" id="FNanchor_187_187"></a><a href="#Footnote_187_187" class="fnanchor">[187]</a>,
-alors que la presse, les électeurs&mdash;et les lecteurs
-étaient tout entiers à ces élections. Dans les <i>Épisodes
-littéraires</i>, où il fait vraiment trop bon marché de
-lui-même, de son journal et de ses livres, il lui plaît
-de dire que son roman ne vaut pas le diable. Il
-est bien vrai que, conçu à une époque où Eugène
-Sue et Alexandre Dumas avaient mis à la mode
-les romans-feuilletons en huit et dix volumes, son
-livre repose sur une donnée étrange, invraisemblable,
-impossible. Les <i>Mémoires</i> de l’honnête Calixte
-Ermel, le notaire de la rue Banasterie, ne
-sont rien moins que le récit d’une vengeance avignonnaise,
-auprès de laquelle pâlissent toutes les
-vendettes de la Corse et qui se transmet, pendant
-quatre-vingt-dix ans, de génération en génération;
-vengeance surhumaine, armant les bras de meurtriers
-qui ne sont pas nés encore, contre des victimes
-que l’avenir verra naître. Encore une fois,
-cette donnée ne se peut admettre; cette vengeance,
-datée du 10 octobre 1756, qui ne doit finir que le
-10 octobre 1846, nous nous refusons à y croire.
-Mais sur cette trame grossière, l’auteur a dessiné
-d’élégantes broderies; sur ce sauvageon il a greffé
-de gracieux épisodes. Deux surtout sont particulièrement
-remarquables, celui qui sert d’exposition
-à l’ouvrage, et celui qui a pour titre la <i>Chasse aux
-Chimères</i>. Dans le premier, l’auteur a tracé les<span class="pagenum"><a name="Page_159" id="Page_159">[159]</a></span>
-portraits de trois jeunes filles, Antoinette Margerin,
-Julie Thibaut et Clotilde de Perne,&mdash;la future
-vicomtesse de Varni, celle dont le testament donnera
-ouverture aux drames qui vont suivre. Sœurs
-d’amitié, types de trois classes: la bourgeoisie,
-le peuple, la noblesse, elles sont belles de beautés
-différentes, nobles également, mais différemment
-nobles d’esprit comme de cœur: trois délicieuses
-têtes baignées d’air et de lumière et encadrées dans
-un paysage plein de couleur et d’éclat. La <i>Chasse
-aux Chimères</i> est un joli tableau de chevalet, l’histoire
-du mariage de Delphine de Malaucène avec
-Raymon de Varni, la raison, la sagesse et la prose
-épousées devant notaire par l’imagination, le rêve
-et la poésie. Ces intermèdes, si réussis soient-ils, ne
-laissent pas du reste de désorienter un peu le lecteur,
-le spectateur, si vous l’aimez mieux. On lui
-parle de le mener à l’Ambigu, on lui promet un bon
-gros mélodrame, et chaque acte lui offre des scènes
-d’un sentiment très fin et très délicat. Il croyait
-aller au boulevard, et il se trouve qu’il est à la
-Comédie-Française. La désillusion après tout
-n’avait rien de pénible. Le public ne devait pas
-tarder à goûter ce livre où tant de qualités demandent
-grâce pour les défauts. Les <i>Mémoires d’un
-notaire</i> ont eu de nombreuses éditions.</p>
-
-<h3>VII</h3>
-
-<p>Ils avaient paru, je l’ai dit, en pleine bataille
-électorale, à la veille des élections de mai 1849. A<span class="pagenum"><a name="Page_160" id="Page_160">[160]</a></span>
-peine étaient-ils à la vitrine des libraires, que
-Pontmartin était obligé d’aller <i>en Avignon</i>, non
-pour y poser sa candidature, mais pour y soutenir
-celle... de M. Buloz.</p>
-
-<p>M. Buloz, en apparence un des <i>vaincus de
-Février</i>, avait été en réalité un des <i>vainqueurs</i>.
-C’est de 1848, en effet, que date vraiment la fortune
-de sa Revue. Il comprit tout de suite qu’une
-réaction allait se produire, qu’elle grandirait de
-jour en jour et qu’elle compterait bientôt dans ses
-rangs tous les honnêtes gens et les gens d’esprit.
-Il fit résolument campagne contre les idées et
-contre les hommes du gouvernement nouveau.
-Sa haine contre la République égalait celle de
-Pontmartin lui-même, qu’il prit alors en particulière
-affection. Il confia la rédaction de sa chronique
-politique à un monarchiste, M. Saint-Marc
-Girardin. En attendant d’ouvrir la <i>Revue des Deux
-Mondes</i> à Louis Veuillot<a name="FNanchor_188_188" id="FNanchor_188_188"></a><a href="#Footnote_188_188" class="fnanchor">[188]</a> et à M. de Falloux<a name="FNanchor_189_189" id="FNanchor_189_189"></a><a href="#Footnote_189_189" class="fnanchor">[189]</a>, il
-recommandait à ses lecteurs les <i>Lettres de Beauséant</i>,
-du baron de Syon, que ses liens de parenté
-avec les Lafayette n’empêchaient pas de préférer
-aux idées du héros des deux mondes les doctrines
-du comte Joseph de Maistre.</p>
-
-<p>Devenu décidément homme politique, M. Buloz<span class="pagenum"><a name="Page_161" id="Page_161">[161]</a></span>
-voulut être député. Comme sa femme était de Cavaillon,
-il lui parut que sa candidature irait toute
-seule dans le Comtat, surtout si elle était patronnée
-par Pontmartin. Celui-ci ne pouvait lui refuser
-son concours, et il fut convenu qu’ils partiraient
-ensemble pour Avignon dans la seconde quinzaine
-d’avril.</p>
-
-<p>Lorsqu’ils arrivèrent, deux listes étaient déjà
-en présence: la liste <i>blanche</i>, avec MM. d’Olivier,
-Bourbousson, Granier, de Bernardi et Léo de
-Laborde;&mdash;la liste <i>rouge</i>, avec les citoyens
-Alphonse Gent, Elzéar Pin, Eugène Raspail,
-Dupuy (d’Orange) et Dupuy (de Cavaillon). Une
-troisième liste fut formée, qui comprenait, avec
-deux des noms de la première, ceux de MM. Granier
-et Bourbousson, légèrement teintés de bleu,
-les noms de deux jeunes gens, Léopold de Gaillard<a name="FNanchor_190_190" id="FNanchor_190_190"></a><a href="#Footnote_190_190" class="fnanchor">[190]</a>
-et Gaston de Raousset-Boulbon<a name="FNanchor_191_191" id="FNanchor_191_191"></a><a href="#Footnote_191_191" class="fnanchor">[191]</a>, qui venaient<span class="pagenum"><a name="Page_162" id="Page_162">[162]</a></span>
-de faire une magnifique campagne dans la <i>Commune</i>
-d’Avignon, journal royaliste et décentralisateur,
-M. Buloz fut admis à prendre place sur
-cette troisième liste, dite <i>libérale</i>.</p>
-
-<p>Quelques jours avant le vote, Léopold de Gaillard,
-qui avait obtenu 28 000 voix aux élections
-d’avril 1848<a name="FNanchor_192_192" id="FNanchor_192_192"></a><a href="#Footnote_192_192" class="fnanchor">[192]</a>, et dont la popularité faisait toute la
-force de la liste <i>libérale</i>, retira sa candidature.
-Celle de M. Buloz n’avait plus dès lors aucune
-chance.</p>
-
-<p>Le 13 mai, les candidats de la liste <i>blanche</i>
-eurent de trente-deux à vingt-sept mille voix, ceux
-de la liste <i>rouge</i> en eurent de vingt-six à vingt-cinq
-mille. M. Buloz recueillit 2 736 voix,&mdash;les
-plus littéraires sans nul doute; mais cela n’était
-pas pour le consoler.</p>
-
-<p>Dans les <i>Jeudis de madame Charbonneau</i>, ou
-plutôt dans la <i>Semaine des Familles</i>, car ce chapitre
-n’a point été recueilli dans le volume, Pontmartin
-a raconté avec humour l’odyssée électorale du
-directeur de la <i>Revue des Deux Mondes</i>. Il termine
-ainsi son récit:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">Ce triste résultat étant facile à prévoir, dès la veille du
-scrutin, je voulus en épargner à Strabiros<a name="FNanchor_193_193" id="FNanchor_193_193"></a><a href="#Footnote_193_193" class="fnanchor">[193]</a> le déboire immédiat,
-et je l’emmenai chez moi, à la campagne, dans un<span class="pagenum"><a name="Page_163" id="Page_163">[163]</a></span>
-département limitrophe<a name="FNanchor_194_194" id="FNanchor_194_194"></a><a href="#Footnote_194_194" class="fnanchor">[194]</a>. Mon hospitalité fut très simple,
-telle que la comportait la modicité de ma fortune, mais elle
-fut cordiale. On était en plein mois de mai, et le printemps
-eut, cette année-là, des magnificences charmantes. Partout
-des fleurs, des eaux vives, des oiseaux sous la feuillée, une
-verdure exubérante, de frais ombrages, de tièdes rayons, de
-splendides étoiles. En outre, pour adoucir les ennuis de
-Strabiros, j’avais invité les convives qui, par leurs goûts,
-leurs habitudes, leurs conversations, pouvaient lui être le
-plus agréables. Il se déclara content de mon accueil et émerveillé
-de ma maison de campagne; il admira surtout douze
-gros marronniers en fleurs, symétriquement rangés devant
-ma façade. Ces marronniers, comme ceux des Tuileries, ne
-produisent que des marrons d’Inde, que l’on n’avait pas
-encore songé à utiliser pour faire de l’amidon. N’importe!
-je vis que l’imagination de Strabiros en recevait une
-impression profonde, et plus tard, lorsque, au retour de son
-expédition aventureuse, il rentra dans sa spécialité et dans
-ses bureaux, cette impression se formula dans les paroles
-suivantes qui résumèrent toute sa reconnaissance et tous
-ses souvenirs:</p>
-
-<p>«Comment, lorsqu’on a de si beaux marronniers, peut-on
-faire payer ses articles<a name="FNanchor_195_195" id="FNanchor_195_195"></a><a href="#Footnote_195_195" class="fnanchor">[195]</a>»</p></div>
-
-<p class="p1">Si M. Buloz n’avait pu devenir député, Pontmartin
-restait toujours conseiller général. Il
-eut, à ce titre, en 1851, à émettre un vote sur une
-question de laquelle dépendaient les destinées de
-la France.</p>
-
-<p>Dès le mois d’août 1850, cinquante-deux conseils
-généraux avaient émis un vœu en faveur de
-la révision de la Constitution. En 1851, le mouvement<span class="pagenum"><a name="Page_164" id="Page_164">[164]</a></span>
-revisionniste s’accentua encore. L’échéance
-de mai 1852, à mesure qu’elle se rapprochait,
-rendait ce mouvement plus vif et plus
-général. C’était en effet à cette date que la Constitution
-de 1848 avait fixé l’élection d’un nouveau
-Président et la nomination d’une nouvelle Assemblée.
-Au commencement de juillet, les pétitions
-en faveur de la revision comptaient plus de treize
-cent mille signatures. Leur discussion s’imposait.
-Les membres de la Législative l’abordèrent le
-lundi 14 juillet. Le débat occupa la semaine
-entière. Le samedi 19, on vota à la tribune au
-scrutin public, et par appel nominal. Sur
-724 votants, il y eut pour la revision 446 suffrages,
-278 contre. La proposition avait donc
-obtenu une majorité de 168 voix; elle n’en était
-pas moins rejetée, la Constitution exigeant, pour
-l’adoption, les trois quarts des suffrages exprimés.</p>
-
-<p>Cette majorité des trois quarts, elle existait
-dans le pays. On le vit bien quelques semaines
-plus tard, lors de la réunion des conseils généraux,
-81 de ces conseils sur 89 se prononcèrent pour la
-revision.</p>
-
-<p>Au conseil général du Gard, le 8 septembre,
-M. de Larcy proposa à ses collègues d’émettre un
-vœu en faveur du retour à la monarchie traditionnelle,
-héréditaire et représentative. Pontmartin
-et la majorité du conseil se prononcèrent dans ce
-sens. «Je me souviens, écrira-t-il trente ans plus
-tard, de cette séance et de ce vote. Nous fûmes<span class="pagenum"><a name="Page_165" id="Page_165">[165]</a></span>
-27 contre 9<a name="FNanchor_196_196" id="FNanchor_196_196"></a><a href="#Footnote_196_196" class="fnanchor">[196]</a>. M. de Larcy<a name="FNanchor_197_197" id="FNanchor_197_197"></a><a href="#Footnote_197_197" class="fnanchor">[197]</a> déploya, dans cette
-discussion très courtoise où ses antagonistes n’alléguaient
-que l’inconvénient d’introduire la politique
-dans nos paisibles délibérations d’intérêt
-local, une éloquence tour à tour entraînante et
-attendrie, une émotion communicative, que l’on
-peut aujourd’hui appeler prophétique. Ah! quel
-cœur vraiment français ne saignerait en songeant
-à cette effroyable série de catastrophes, d’humiliations,
-de malheurs et de crimes que la France
-eût évitée, si ce vœu, exprimé dans une de ses
-assemblées départementales, fût devenu l’expression
-de la volonté nationale, parlant assez haut
-pour rendre également impossibles les violences
-d’un coup d’Etat et les criminelles entreprises de
-la République démagogique<a name="FNanchor_198_198" id="FNanchor_198_198"></a><a href="#Footnote_198_198" class="fnanchor">[198]</a>.»</p>
-
-<p class="p2">Au mois d’octobre, Pontmartin ne partit point
-pour Paris, comme il était dans l’habitude de le
-faire depuis quelques années. Il venait pourtant<span class="pagenum"><a name="Page_166" id="Page_166">[166]</a></span>
-d’y arrêter, au numéro 10 de la rue Laffitte, un
-nouvel et plus grand appartement, avec l’espoir
-d’y faire enfin une installation complète en famille.
-Cette installation complète et définitive n’avait pu
-encore avoir lieu, madame de Pontmartin ayant
-été presque toujours retenue à la campagne par la
-santé de son fils<a name="FNanchor_199_199" id="FNanchor_199_199"></a><a href="#Footnote_199_199" class="fnanchor">[199]</a>. Quand il était seul à Paris,
-Pontmartin pendant les années que nous
-venons de raconter, était obligé de prendre ses
-repas au restaurant, ce qui, après tout, pour un
-journaliste et un brillant causeur comme lui, n’était
-ni sans profit, ni sans agrément. Il déjeunait presque
-tous les jours, passage de la Madeleine, à la taverne
-de Richard-Lucas, où l’on mangeait à bon marché
-d’excellents rosbifs en excellente compagnie.
-Chaque matin, le rédacteur de l’<i>Opinion publique</i>
-avait le plaisir de s’y rencontrer avec plusieurs
-députés de la droite, MM. de Tréveneuc, de Belvèze,
-de Voisins, de Kerdrel, le général Lebreton,
-et aussi avec un amiral, l’amiral Coupvent des
-Bois, et un acteur du Gymnase, Bressant, le délicieux
-Bressant, alors dans tout l’éclat de sa
-seconde jeunesse. Ces convives, tout au moins les
-députés de la droite, il n’allait plus les retrouver,
-en rentrant à Paris. Il y arriva le 2 décembre 1851,
-le soir du coup d’État, ce qui lui valut, ainsi qu’à
-tous ses compagnons de voyage, d’être consigné à
-la gare jusqu’au lendemain matin. C’est du reste
-tout le dommage qu’il eut à subir.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_167" id="Page_167">[167]</a></span></p>
-
-<p>Moins heureux, Alfred Nettement avait été
-arrêté à la mairie du X<sup>e</sup> arrondissement et enfermé
-à Mazas. Par suite de cette incarcération, la direction
-de l’<i>Opinion publique</i> échut à Pontmartin; mais
-cette direction, sous le régime de l’état de siège,
-n’était et ne pouvait être qu’une sinécure. Le
-2 décembre, à la première heure, les scellés avaient
-été mis sur les presses. Ils furent levés seulement
-le jeudi 11 décembre. Le vendredi 12, le journal
-reparaissait, mais sans qu’il lui fût possible d’insérer
-autre chose que des notes et des documents
-officiels sur les événements qui venaient de s’accomplir;
-il lui était interdit de les commenter.</p>
-
-<p>Jusqu’au 31 décembre, l’<i>Opinion publique</i> se
-borna à reproduire les actes du gouvernement et à
-donner des variétés littéraires. Le 19 novembre,
-elle avait publié un article de Pontmartin sur les
-<i>Chansons de Béranger</i>. Le 19 et le 25 décembre,
-elle fit paraître la suite et la fin de cette étude<a name="FNanchor_200_200" id="FNanchor_200_200"></a><a href="#Footnote_200_200" class="fnanchor">[200]</a>, qui
-passa naturellement inaperçue au milieu des circonstances
-que l’on traversait.</p>
-
-<p>Le 1<sup>er</sup> janvier 1852, le journal de Pontmartin et
-de Nettement<a name="FNanchor_201_201" id="FNanchor_201_201"></a><a href="#Footnote_201_201" class="fnanchor">[201]</a> donna des étrennes à ses lecteurs&mdash;des<span class="pagenum"><a name="Page_168" id="Page_168">[168]</a></span>
-étrennes royalistes. En tête même de son
-numéro, il inséra une lettre du Comte de Chambord,
-écrite à la date du 1<sup>er</sup> décembre 1851&mdash;la
-veille du coup d’État&mdash;sur les <i>Intérêts catholiques
-et français en Orient</i>.</p>
-
-<p>Louis Bonaparte se disposait à édicter une nouvelle
-Constitution, à demander au peuple de reconnaître
-en lui le légitime héritier d’une dynastie
-nouvelle. Le 6 janvier, l’<i>Opinion publique</i> publia&mdash;et
-c’était là son premier-Paris&mdash;une page de
-Joseph de Maistre sur les Constitutions faites de
-main d’homme<a name="FNanchor_202_202" id="FNanchor_202_202"></a><a href="#Footnote_202_202" class="fnanchor">[202]</a> et, en même temps, une page&mdash;non
-moins belle&mdash;du Père Lacordaire sur la
-grandeur incomparable de la Maison de France<a name="FNanchor_203_203" id="FNanchor_203_203"></a><a href="#Footnote_203_203" class="fnanchor">[203]</a>.</p>
-
-<p>Le numéro du 7 janvier commençait par un article
-d’Albert de Circourt sur la situation politique...
-<i>en Autriche</i>. L’article se composait de quelques
-lignes suivies de deux colonnes de blanc. Un peu
-plus loin venaient les <i>Tablettes du mois</i>. Ici encore,
-sous la date du <i>2 décembre</i>, plusieurs lignes de
-blanc.</p>
-
-<p>Le jour même, l’<i>Opinion publique</i> était supprimée.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_169" id="Page_169">[169]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2>CHAPITRE VIII</h2>
-
-<p class="pch2">LA REVUE CONTEMPORAINE ET L’ASSEMBLÉE
-NATIONALE.&mdash;CONTES ET NOUVELLES.&mdash;CAUSERIES
-LITTÉRAIRES.&mdash;LA
-FIN DU PROCÈS.</p>
-
-<p class="pch3">(1852-1855)</p>
-
-<p class="pcs">Le marquis de Belleval ou un émule de M. de Coislin. La <i>Revue
-contemporaine</i>. Un mot d’Henry Mürger. Alphonse de Calonne.&mdash;L’<i>Assemblée
-nationale</i>. M. Adrien de La Valette et M. Mallac.
-Le fils de Paul et de Virginie.&mdash;Les <i>Contes et Nouvelles</i>. <i>La
-Marquise d’Aurebonne</i> et le <i>Secret du docteur</i>.&mdash;L’histoire d’<i>Aurélie</i>.
-<i>Georgette</i> ou une sœur d’Aurélie. Les <i>Nouveaux Lundis</i>. Où
-l’on voit Sainte-Beuve <i>monter sur ses grands chevaux</i>. Où l’on
-voit encore comment les petits pâtissent toujours des querelles
-des grands. Feu <span class="smcap">Edmond Dupré</span>. Ma première rencontre avec
-Armand de Pontmartin.&mdash;Le premier volume des <i>Causeries
-littéraires</i>. Louis Veuillot et Cuvillier-Fleury.&mdash;Le <i>Fond de la
-Coupe</i>, l’<i>Envers de la Comédie</i> et la <i>Fin du Procès</i>.</p>
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>L’<i>Opinion publique</i> n’existait plus. Restait à
-Pontmartin la <i>Revue des Deux Mondes</i>; mais y publier
-un article tous les mois, ou même tous les
-quinze jours, n’était pas pour lui suffire. Qu’une
-occasion d’écrire ailleurs se présentât, il ne la laisserait
-sans doute pas échapper.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_170" id="Page_170">[170]</a></span></p>
-
-<p>Au mois de mars 1851, Alfred Nettement et
-Pontmartin avaient reçu la visite de M. L.-C. de
-Belleval<a name="FNanchor_204_204" id="FNanchor_204_204"></a><a href="#Footnote_204_204" class="fnanchor">[204]</a>. C’était encore un de ces originaux dont
-l’espèce, j’en ai peur, est pour longtemps perdue.
-Très érudit, travailleur acharné, le marquis de
-Belleval s’engageait à fournir autant de copie qu’on
-le voudrait, à une condition cependant, c’est qu’on
-ne le paierait point. Et cela, sous le prétexte
-bizarre qu’il n’avait pas besoin pour vivre qu’on
-lui payât ses articles&mdash;ce qui d’ailleurs était vrai.
-Il était donc entré au journal et, jusqu’au jour de
-sa suppression, il y avait donné, trois fois par
-mois, sous le titre trop modeste de <i>Bulletin bibliographique</i>,
-de copieux feuilletons où il rendait
-compte de presque tous les ouvrages qui paraissaient,
-principalement de ceux qui avaient un caractère
-historique.</p>
-
-<p>Au lendemain du coup d’État, la première pensée
-de ce galant homme fut pour les écrivains
-dont il avait été le collaborateur bénévole. Il se
-dit que bien des plumes allaient rester oisives, qui,
-la veille encore, faisaient tant bien que mal vivre
-leur maître. En même temps, l’union entre les
-deux grandes fractions du parti monarchique lui
-apparaissait comme plus nécessaire que jamais. En
-attendant que la <i>fusion</i> entre les princes devînt un
-fait accompli, ne convenait-il pas de travailler à un
-rapprochement entre les orléanistes <i>centre-droit</i> et
-les légitimistes purs? Et le meilleur moyen d’y<span class="pagenum"><a name="Page_171" id="Page_171">[171]</a></span>
-arriver ne serait-il pas de créer une publication
-périodique, hospitalière, indépendante, qui suppléerait
-aux journaux silencieux ou disparus et qui
-recueillerait les naufragés du 24 février et les
-épaves du 2 décembre<a name="FNanchor_205_205" id="FNanchor_205_205"></a><a href="#Footnote_205_205" class="fnanchor">[205]</a>?</p>
-
-<p>Créer une Revue n’est pas une petite affaire.
-Réunir des actionnaires en nombre suffisant n’est
-pas chose commode. Il y faut beaucoup de temps,
-et M. de Belleval estimait qu’il n’avait pas de
-temps à perdre. Donc, point d’actionnaires; il
-s’en passera; il puisera dans sa bourse, sans inviter
-ses amis politiques à y déposer leur obole; il
-tentera l’entreprise sans engager d’autre responsabilité
-que la sienne.</p>
-
-<p>Les fonds ainsi faits, le titre trouvé: <i>Revue
-contemporaine</i>, restait la question des rédacteurs.
-Nature exquise et élevée, aussi distingué que modeste,
-type de gentilhomme et de lettré, le marquis
-de Belleval était l’homme le plus aimable qu’on
-pût voir, le plus sympathique, le plus généreux.
-Il groupa autour de lui, sans trop de peine, de
-nombreux écrivains, et non des moindres. Voici
-la liste de ceux qui, dès le premier moment, lui
-promirent leur concours: Guizot, Vitet, Salvandy,
-Berryer&mdash;qui devait écrire pour la nouvelle
-Revue ses <i>Souvenirs personnels</i>,&mdash;Prosper
-Mérimée, Viennet, le duc de Noailles, Villemain,
-soit huit membres de l’Académie française:&mdash;Adolphe<span class="pagenum"><a name="Page_172" id="Page_172">[172]</a></span>
-Adam, de Saulcy, Raoul-Rochette, baron
-Taylor, de l’institut;&mdash;Paul Féval, Léon Gozlan,
-Paulin Paris, Xavier Marmier, Reboul, Desmousseaux
-de Givré, comte Beugnot, Émile Augier,
-Méry, comte de Marcellus, Philarète Chasles,
-Edmond Texier, le Père Ventura. L’ancienne rédaction
-de l’<i>Opinion publique</i> n’avait pas, on le
-pense bien, été oubliée. Le premier soin de M. de
-Belleval avait été de s’assurer la collaboration
-d’Alfred Nettement et celle d’Armand de Pontmartin.
-L’excellent marquis préluda par quelques
-dîners; puis, il donna une soirée en habit noir, à
-titre de répétition générale, et comme moyen de se
-compter. L’état-major de la Revue était au complet;
-quelques hommes politiques, tels que M. Molé
-et M. de Falloux, ajoutaient encore à l’éclat de la
-réunion. M. Villemain s’approcha de Pontmartin,
-qu’il avait connu vingt ans auparavant, chez le
-docteur Double, et lui dit avec son sourire vengeur:
-«Je plains le futur empereur, s’il n’a,
-pour le servir, que ceux qui ne sont pas ici.»</p>
-
-<p>Le premier numéro de la <i>Revue contemporaine</i>
-parut le 15 avril 1852. Il contenait deux articles
-de Pontmartin, un <i>Bulletin bibliographique</i> et,
-sous ce titre: <i>Symptômes littéraires du temps</i>, une
-étude critique sur les <i>Mémoires</i> et en particulier
-sur ceux d’Alexandre Dumas, alors en cours de
-publication dans la <i>Presse</i>.</p>
-
-<p>Avec tout son esprit, Pontmartin, j’en ai déjà
-fait la remarque, avait un fond de naïveté. Il s’imaginait
-pouvoir collaborer à la <i>Revue contemporaine</i><span class="pagenum"><a name="Page_173" id="Page_173">[173]</a></span>
-tout en restant un des rédacteurs de la <i>Revue des
-Deux Mondes</i>. C’était compter sans son hôte,
-c’est-à-dire sans M. Buloz. Il était pourtant facile
-de prévoir que l’irascible directeur, jaloux de la
-gloire de sa Revue, ne vivant que pour elle, ne se
-résignerait pas à voir un de ses principaux rédacteurs
-donner des articles à une revue rivale, à un
-recueil dont la maison n’était pas au numéro 20
-de la rue Saint-Benoît. Ce qui devait arriver arriva.
-M. Buloz mit Pontmartin en demeure d’opter
-entre lui et M. de Belleval.</p>
-
-<p>La <i>Revue des Deux Mondes</i> était à l’apogée de
-son succès; comme elle avait mis à profit la révolution
-de Février, elle avait également bénéficié du
-coup d’État de décembre. Elle était devenue une
-puissance; sa renommée était européenne. La <i>Revue
-contemporaine</i> naissait à peine; elle n’avait pas
-encore d’abonnés, elle serait peut-être morte dans
-six mois. Combien de Revues, qui semblaient
-appelées à réussir, que les bonnes fées, pressées
-autour de leur berceau, avaient comblées de dons
-et de mérites, et que la fée Guignon, cachée dans
-un coin, avait arrêtées dès leurs premiers pas!
-L’intérêt de Pontmartin était évident: il ne devait
-pas quitter le certain pour l’incertain, sacrifier à
-des chances problématiques une position assurée,
-brillante et déjà ancienne, une collaboration qui,
-au bout de quelques années, ne pouvait manquer
-de le conduire tout droit à l’Académie. Son choix
-fut bientôt fait. M. de Belleval était son ami; la
-<i>Revue contemporaine</i> était nettement et hautement<span class="pagenum"><a name="Page_174" id="Page_174">[174]</a></span>
-royaliste. Sans souci de son intérêt propre, il se
-sépara de M. Buloz<a name="FNanchor_206_206" id="FNanchor_206_206"></a><a href="#Footnote_206_206" class="fnanchor">[206]</a> et alla chez M. de Belleval.</p>
-
-<p>Sa collaboration fut très active, surtout au début.
-Il publia, en 1852, outre plusieurs <i>revues littéraires</i>,
-deux de ses meilleures nouvelles, <i>Aurélie
-et la Marquise d’Aurebonne</i>, une étude sur <i>Joseph
-Autran</i> et un très éloquent article sur le <i>Louis XVII</i>
-de M. de Beauchesne. En 1853, il donna un article
-sur <i>la Poésie et la Critique en France au commencement
-de 1853</i>, et, comme pendant à son chapitre
-sur <i>Joseph Autran</i>, un chapitre sur <i>François
-Ponsard</i><a name="FNanchor_207_207" id="FNanchor_207_207"></a><a href="#Footnote_207_207" class="fnanchor">[207]</a>.</p>
-
-<p>Il n’allait pas tarder cependant à quitter la <i>Revue
-contemporaine</i>. Que s’était-il donc passé?</p>
-
-<p>La Revue du marquis de Belleval avait très
-vite conquis une place honorable. Elle avait eu
-des romans de Paul Féval, de Méry et de Léon
-Gozlan, des études historiques et littéraires de
-Philarète Chasles et de Prosper Mérimée. Des
-<i>vétérans</i> comme Villemain, Salvandy et Vitet y
-donnaient la main à des nouveaux tels que Caro,
-Guillaume Guizot, Edmond About. De temps à
-autre, un article à sensation venait réveiller la curiosité
-publique, qui ne demandait qu’à s’endormir.
-C’était, un jour, un article de M. Guizot: <i>Nos<span class="pagenum"><a name="Page_175" id="Page_175">[175]</a></span>
-mécomptes et nos espérances</i>. Une autre fois, c’était
-<i>le Louvre</i>, un chef-d’œuvre de M. Vitet.</p>
-
-<p>Malheureusement, à côté de ces rédacteurs, il y
-en avait d’autres. Un jour que Pontmartin sortait
-des bureaux de la <i>Revue contemporaine</i>, rue de Choiseul,
-n<sup>o</sup> 21, il rencontra Henry Mürger, qui lui
-dit, au cours de leur conversation: «Pour bien
-diriger un théâtre, il faut être un peu canaille;
-pour bien diriger une <i>Revue</i>, il ne faut pas être
-trop poli.» M. de Belleval était un émule de
-M. de Coislin: c’était l’homme le plus poli de
-France. Faire de la peine à quelqu’un, refuser à un
-galant homme d’insérer sa <i>copie</i>, fût-elle la plus
-ennuyeuse du monde, était pour lui chose impossible.
-Il se laissa ainsi aller à insérer des articles
-de M. Viennet (si encore ce dernier ne lui eût apporté
-que des <i>Fables</i>!), puis, ce qui fut plus désastreux
-encore, une certaine <i>Histoire des Conseils du
-Roi</i>, dont la publication dura plus d’une année. Le
-résultat fut que M. de Belleval, en réglant ses
-comptes, s’aperçut qu’il avait, en moins de trois
-ans et demi, perdu plus de quatre-vingt mille
-francs et&mdash;ce qui pour lui était plus grave&mdash;qu’il
-avait gagné une névrose. Sa famille le supplia
-de s’arrêter sur cette pente; il dut s’y résigner;
-seulement, il quitta sa chère Revue, comme il
-l’avait créée,&mdash;en grand seigneur. Il la céda pour
-rien à un de ses collaborateurs, qui était en même
-temps un de ses compatriotes, M. Alphonse de Calonne.</p>
-
-<p>Au bout de peu de temps, il devint visible que<span class="pagenum"><a name="Page_176" id="Page_176">[176]</a></span>
-la Revue, depuis le départ de M. de Belleval, si
-elle n’était pas passée au gouvernement, du jour au
-lendemain, préparait cependant une évolution dans
-ce sens. Armand de Pontmartin, pas plus du reste
-qu’Alfred Nettement, n’eut pas une minute d’hésitation.
-Malgré les instances du nouveau directeur,
-tous les deux se retirèrent.</p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>Avant sa séparation de la <i>Revue contemporaine</i>,
-Pontmartin avait trouvé un journal quotidien, très
-haut placé dans l’estime publique, qui lui avait
-proposé de faire, chaque semaine, dans ses colonnes
-une causerie littéraire.</p>
-
-<p>Le 29 février 1848, M. Adrien de La Valette<a name="FNanchor_208_208" id="FNanchor_208_208"></a><a href="#Footnote_208_208" class="fnanchor">[208]</a>
-avait fondé l’<i>Assemblée nationale</i><a name="FNanchor_209_209" id="FNanchor_209_209"></a><a href="#Footnote_209_209" class="fnanchor">[209]</a>, journal de
-combat qui, sans mettre encore un nom en tête
-de son programme, se signala, dès le début, par
-la vivacité de ses attaques contre la République.
-Cette attitude répondait sans doute au sentiment<span class="pagenum"><a name="Page_177" id="Page_177">[177]</a></span>
-du pays; car, au bout de trois semaines,
-l’<i>Assemblée nationale</i> comptait plus de dix-huit
-mille abonnés, chiffre considérable pour l’époque.
-Elle ne tarda pas à prendre position sur le terrain
-monarchique et défendit la fusion avec une énergique
-sagesse. Au mois de février 1851, M. Berner,
-accompagné du duc de Noailles, du duc de
-Valmy, de MM. de Falloux, de Saint-Priest et
-Mandaroux-Vertamy, était entré dans le comité de
-direction, où figuraient déjà MM. Guizot, Molé,
-Duchâtel et de Salvandy<a name="FNanchor_210_210" id="FNanchor_210_210"></a><a href="#Footnote_210_210" class="fnanchor">[210]</a>.</p>
-
-<p>Plus heureuse que l’<i>Opinion publique</i>, l’<i>Assemblée
-nationale</i> n’avait pas été supprimée après le
-coup d’État. Au commencement de 1853, à la
-suite du nouveau plébiscite qui rétablissait l’Empire,
-elle avait perdu du terrain, mais elle se soutenait
-encore. M. Adrien de La Valette avait cédé
-la direction à M. Éloi Mallac, ancien chef de cabinet
-de M. Duchâtel. C’était un petit homme sec,
-de tournure élégante, d’une politesse exquise et
-d’une figure encore charmante, avec de beaux yeux
-noirs, froids et pénétrants. On l’appelait le beau
-Mallac, et comme il était né à l’Ile de France, son
-ami Louis Veuillot le disait en riant «fils de Paul
-et de Virginie». Nature de créole, spirituel et nonchalant,
-il n’écrivait jamais dans son journal, mais
-il savait choisir ses rédacteurs. Amédée Achard
-était chargé du courrier de Paris, Édouard Thierry
-du feuilleton dramatique, Adolphe Adam de la<span class="pagenum"><a name="Page_178" id="Page_178">[178]</a></span>
-chronique musicale. Les questions qui touchent
-plus spécialement à la politique et à la philosophie
-étaient confiées à M. Nourrisson, à M. Lerminier
-et aussi à Léopold de Gaillard, qui, fraîchement
-débarqué du Midi, venait de publier dans la feuille
-de la rue Bergère une série d’articles où il prenait
-la défense de la Restauration contre le bonapartisme.
-Ces articles avaient été très remarqués. Ils
-étaient signés du nom de leur auteur; mais comme
-ce nom n’était pas encore connu à Paris, on y
-chercha le pseudonyme de tel ou tel illustre personnage.
-L’engouement des salons s’en mêla, et
-des noms célèbres furent prononcés. Celui de
-M. Guizot fut même mis en avant. M. Mallac était
-ravi, si bien qu’il dit un jour à Léopold de Gaillard:
-«Décidément, il n’y a que vous autres Méridionaux
-pour réussir ainsi à Paris. Amenez-moi
-donc votre ami Pontmartin.»</p>
-
-<p>A quelques semaines de là, le 23 janvier 1853,
-l’<i>Assemblée nationale</i> insérait un article de Pontmartin,
-<i>Considérations humouristiques sur la critique</i>.
-Le 8 février suivant, paraissait sa première
-<i>Causerie littéraire</i>, consacrée à M<sup>me</sup> Émile de Girardin
-et à son roman de <i>Marguerite ou Deux amours</i>.
-Pendant cinq ans, jusqu’à la suppression du
-journal fusionniste, il lui donnera chaque semaine
-son feuilleton, sans le suspendre jamais, même à
-l’époque des vacances.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_179" id="Page_179">[179]</a></span></p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>Au mois de mai 1853, il réunit, sous le titre de
-<i>Contes et Nouvelles</i>, les récits qu’il avait publiés
-dans la <i>Mode</i> et l’<i>Opinion publique</i>, dans la <i>Revue
-des Deux Mondes</i> et la <i>Revue contemporaine</i>. Ces
-récits sont au nombre de cinq: <i>Albert</i><a name="FNanchor_211_211" id="FNanchor_211_211"></a><a href="#Footnote_211_211" class="fnanchor">[211]</a>, <i>Aurélie</i>,
-<i>le Capitaine Garbas</i>, <i>la Marquise d’Aurebonne</i>, <i>l’Enseignement
-mutuel</i>. Balzac, le 3 décembre 1832, écrivait
-au directeur de la <i>Revue de Paris</i>, M. Amédée
-Pichot: «Quant à n’écrire que des contes, quoique
-ce soit, à mon avis,&mdash;autre hérésie peut-être,&mdash;<i>l’expression
-la plus rare de la littérature</i>, je ne veux
-pas être exclusivement un <i>contier</i>.» C’était une
-hérésie, à coup sûr; ce qui est vrai, c’est que des
-contes comme <i>l’Interdiction</i>, <i>le Colonel Chabert</i>, <i>la
-Grenadière</i> et <i>le Message</i><a name="FNanchor_212_212" id="FNanchor_212_212"></a><a href="#Footnote_212_212" class="fnanchor">[212]</a>, sont d’un prix inestimable,
-et que des nouvelles sans défauts, comme
-<i>Aurélie</i> et <i>la Marquise d’Aurebonne</i>, valent plus
-que de longs romans.</p>
-
-<p>Dans une lettre qu’il m’adressait le 4 décembre
-1879, Pontmartin raconte comment fut
-écrite <i>la Marquise d’Aurebonne</i>:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">J’avais rapporté aux Angles le manuscrit d’<i>Aurélie</i> pour
-y faire quelques légères retouches. Après l’avoir envoyé à<span class="pagenum"><a name="Page_180" id="Page_180">[180]</a></span>
-M. de Belleval, je tombai assez gravement malade, et il me
-fut impossible de corriger les épreuves. De là une grosse
-faute qui me consterna, et que vous retrouverez dans <i>ce
-numéro pâli</i> du 15 juillet 1852, dont vous me parlez si bien;
-le point <i>enluminant</i>, pour le point <i>culminant</i>. Heureux
-temps! J’étais presque jeune; l’isolement et le vide ne
-s’étaient pas fait autour de moi. Ma femme semblait destinée
-à me survivre un quart de siècle. Après la publication
-de ce numéro du 15 juillet, le bon marquis de Belleval
-m’écrivit une lettre si aimable, où il m’engageait si vivement
-à une récidive, que, allant passer une quinzaine chez mon
-oncle<a name="FNanchor_213_213" id="FNanchor_213_213"></a><a href="#Footnote_213_213" class="fnanchor">[213]</a>, à la campagne, dans un site assez pittoresque, j’emportai
-un cahier de papier et un crayon. C’était dans la plus
-belle saison de l’année, et, cette année-là, ma convalescence
-me rendait plus doux les rayons du soleil, les beaux soirs
-de septembre, les senteurs variées des peupliers, des aulnes,
-des érables, des vignes sauvages, l’air balsamique de nos
-collines couvertes de thym, de romarin et de lavande, et le</p>
-
-<p class="pc1"><i>Mitis in apricis coquitur vindemia saxis.</i></p>
-
-<p class="p1">Je vois encore le joli coin de paysage où j’allais chercher
-la solitude: un groupe d’ormeaux et de chênes; à leurs
-pieds, un gazon encore vert, entretenu dans sa fraîcheur
-par un ruisseau virgilien; sur ce ruisseau un grand tronc
-d’arbre. Je m’y asseyais tant bien que mal, et j’ébauchais au
-crayon la nouvelle qui devint, deux mois plus tard, <i>la
-Marquise d’Aurebonne</i>...</p></div>
-
-<p class="p1">La donnée de cette nouvelle était à la fois très
-neuve et très dramatique. La marquise s’est
-installée avec son fils Raoul à Hyères, dans la
-maison du docteur Assandri. Raoul a vingt et un<span class="pagenum"><a name="Page_181" id="Page_181">[181]</a></span>
-ans, il est beau, bien portant, riche; il aime
-Suzanne, la fille du docteur, et il en est aimé. Le
-mariage, ardemment désiré par la marquise, se
-ferait tout de suite si Raoul ne reculait pas lui-même
-devant le bonheur, s’il n’était pas, à
-mesure qu’il approche de sa vingt-deuxième année,
-hanté de plus en plus par des idées noires, par une
-idée fixe, celle de sa mort prochaine. Depuis plusieurs
-générations, les chefs de la famille d’Aurebonne
-sont tous morts de la poitrine à vingt-deux
-ans. Raoul le sait, il se croit condamné, il attend
-l’échéance fatale. En réalité, pourtant, rien ne le
-menace; sa santé est parfaite; il a pris le sang
-riche et pur de sa mère. Mais si la phthisie ne fait
-pas son œuvre, l’idée fixe fera la sienne. Poitrinaire
-ou fou, Raoul mourra au terme précis. On
-le sent, on le voit; le docteur lui-même n’ose pas
-dire non.</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> d’Aurebonne, alors, a une idée terrible,
-une idée affreuse, qu’elle aura le courage de
-mettre à exécution. Pour sauver son fils, elle ne
-reculera pas devant le plus douloureux des sacrifices.
-Femme, épouse, mère irréprochable, elle
-s’accusera d’une faute qu’elle n’a pas commise.
-Elle dit à Raoul qu’il n’est pas le fils de celui qu’il
-a cru son père, mais le fruit d’un amour coupable,
-et qu’ainsi il n’a rien à craindre de la fatalité
-héréditaire, rompue par cette faute. A ce mensonge
-sublime, que Dieu a dû pardonner, Raoul
-relève la tête; il respire librement, il vivra. Il vivra
-heureux près de Suzanne; mais sa mère mourra,<span class="pagenum"><a name="Page_182" id="Page_182">[182]</a></span>
-et sur la tombe de la marquise d’Aurebonne, au-dessous
-de l’inscription mortuaire, le docteur&mdash;qui
-a tout deviné&mdash;écrira ces mots: «Martyre
-et Sainte.»</p>
-
-<p>Le 31 janvier 1865, le théâtre Beaumarchais
-représenta <i>le Secret du Docteur</i>, drame en trois
-actes, en vers, par M. Jules Allevarrès<a name="FNanchor_214_214" id="FNanchor_214_214"></a><a href="#Footnote_214_214" class="fnanchor">[214]</a>. C’était la
-Nouvelle de Pontmartin transportée à la scène. La
-pièce était habilement faite et remarquablement
-écrite; elle fut bien jouée et tint longtemps
-l’affiche. Théophile Gautier termine ainsi son
-feuilleton du <i>Moniteur</i>: «Le Théâtre Beaumarchais,
-en sa joie naïve, a pu inscrire sur son
-affiche: <i>grand succès<a name="FNanchor_215_215" id="FNanchor_215_215"></a><a href="#Footnote_215_215" class="fnanchor">[215]</a>!</i>»</p>
-
-<h3>IV</h3>
-
-<p><i>Aurélie</i> a toute une histoire.</p>
-
-<p>Le 1<sup>er</sup> avril 1852, Pontmartin présenta à
-M. Buloz, sous le titre de <i>Françoise</i>, une Nouvelle
-qui fut reçue à corrections. Il croyait mériter
-mieux, et comme, à ce moment, la <i>Revue contemporaine</i>
-était à la veille de paraître, il porta sa nouvelle
-à M. de Belleval. Il avait seulement démarqué
-le trousseau de Françoise, qui, d’ailleurs, n’en
-avait pas besoin, puisqu’il ne la mariait pas. Il la
-débaptisa, il l’appela Aurélie, et c’est sous ce nom<span class="pagenum"><a name="Page_183" id="Page_183">[183]</a></span>
-plus romanesque qu’elle parut dans la nouvelle
-<i>Revue</i>.</p>
-
-<p>Vingt-sept ans se passent. Le 1<sup>er</sup> octobre 1879,
-Pontmartin ouvre la <i>Revue des Deux Mondes</i> et, à
-son grand étonnement, il y retrouve cette même
-Aurélie que M. Buloz avait presque refusée,&mdash;Aurélie,
-un peu changée sans doute, grandie, développée,
-mais encore très reconnaissable, surtout
-pour l’œil d’un père. Elle ne s’appelle plus Aurélie
-d’Ermancey; elle s’appelle Georgette Danemasse<a name="FNanchor_216_216" id="FNanchor_216_216"></a><a href="#Footnote_216_216" class="fnanchor">[216]</a>;
-mais ce changement de nom n’empêche pas les
-deux jeunes filles d’avoir la même physionomie et
-les mêmes traits, de se ressembler comme deux
-sœurs. Les détails varient, les incidents offrent
-certaines différences, le dénouement n’est pas le
-même. N’importe! les similitudes n’en sont pas
-moins frappantes, les situations principales n’en
-sont pas moins identiques. Les deux sujets sont
-exactement semblables, ou plutôt c’est le même
-sujet: une jeune fille pure, innocente, chastement
-aimante, sincèrement aimée, faite pour les honnêtes
-joies du pays natal et de la famille, victime
-des désordres superbes de sa mère.</p>
-
-<p>Pontmartin va-t-il crier au plagiat? Il est bien
-trop galant homme pour cela. Pour rien au monde,
-il ne voudrait contrister une femme, et l’auteur de
-<i>Georgette</i> est justement une femme, qui a déjà
-fait ses preuves de talent et qui sans doute n’a
-jamais lu <i>Aurélie</i>,&mdash;Pontmartin en est persuadé.<span class="pagenum"><a name="Page_184" id="Page_184">[184]</a></span>
-Il se borne à sourire, et il écrit sur ce petit
-épisode une causerie charmante, qu’il termine
-ainsi: «Si <i>Georgette</i> était une pièce de théâtre,
-j’aurais prié M<sup>me</sup> B..., de me donner un fauteuil
-d’orchestre pour la première représentation.
-Puisque <i>Georgette</i> est un roman, je me tiendrai
-pour très content, si M<sup>me</sup> B..., en publiant le
-volume chez <i>notre</i> éditeur Calmann-Lévy, veut
-bien le faire précéder d’une page où elle mentionnera
-ma pauvre <i>Aurélie</i>, et ajoutera, non pas que
-les beaux esprits se rencontrent, mais que les <i>vieux</i>
-peuvent encore être bons à quelque chose<a name="FNanchor_217_217" id="FNanchor_217_217"></a><a href="#Footnote_217_217" class="fnanchor">[217]</a>.»</p>
-
-<p>La pauvre <i>Aurélie</i>, du reste, n’avait pas trop à se
-plaindre. Est-ce qu’elle n’avait pas eu l’honneur,
-en 1862, d’être mise par Sainte-Beuve à l’ordre
-du jour des <i>Nouveaux Lundis</i>? Sainte-Beuve, à ce
-moment, était complètement brouillé avec l’auteur
-des <i>Causeries littéraires</i>. Voici pourtant comment il
-parle de la nouvelle de Pontmartin:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1"><i>Aurélie</i> est une nouvelle qui débute d’une manière
-agréable et délicate. Il y a une première moitié qui est
-charmante. Cette jeune enfant de dix à onze ans, amenée
-un matin au pensionnat par une mère belle, superbe, au
-front de génie et à la démarche orageuse, le peu d’empressement
-de la maîtresse de pension à la recevoir, la froide
-réserve de celle-ci envers la mère, son changement de ton
-et de sentiment quand elle a jeté les yeux sur le front candide
-de la jeune enfant, les conditions qu’elle impose; puis
-les premières années de pension de la jeune fille, ses tendres
-amitiés avec ses compagnes, toujours commencées vivement,
-mais bientôt refroidies et abandonnées sans qu’il y<span class="pagenum"><a name="Page_185" id="Page_185">[185]</a></span>
-ait de sa faute et sans qu’elle se rende compte du mystère;
-l’amitié plus durable avec une seule plus âgée qu’elle et qui
-a dans le caractère et dans l’esprit plus d’indépendance que
-les autres; tout cela est bien touché, pas trop appuyé, d’une
-grande finesse d’analyse. On devine bientôt le secret: la
-mère d’Aurélie, séparée de son mari par incompatibilité
-d’humeur et par ennui de se voir incomprise, est une personne
-célèbre qui a fait le contraire de ce que Périclès
-recommandait aux veuves athéniennes, qui a fait beaucoup
-parler d’elle, qui a demandé à ses talents la renommée et
-l’éclat, à ses passions les émotions et l’enivrement à défaut
-de bonheur. La pauvre enfant qui ne sait rien, qui ne voit
-que rarement cette mère capricieuse et inégale, pour
-laquelle, du plus loin qu’elle s’en souvienne, elle s’est pourtant
-autrefois prononcée dans le cabinet du magistrat,
-lorsqu’il lui fut demandé de choisir, entre elle et son père,
-la pauvre Aurélie arrive à l’âge de dix-sept ans sans s’être
-rendu compte des difficultés de sa destinée. Elle aime le
-frère de son intime amie Laurence, Jules Daruel, un gentil
-sujet, qui vient d’autant plus régulièrement visiter sa sœur
-qu’il ne la trouve jamais sans Aurélie. Ce jeune homme
-est avocat, il a des succès et voit déjà s’ouvrir devant lui une
-honorable et brillante carrière. Il a pour tuteur M. Marbeau,
-un grave conseiller à la Cour royale, celui même dans le
-cabinet duquel, bien des années auparavant, s’est consommée
-à l’amiable la séparation du père et de la mère d’Aurélie.
-Un jour, un soir d’été, que M. Marbeau est venu à la pension,
-il y rencontre Jules, son pupille, qui s’y trouvait déjà
-en compagnie de Laurence et d’Aurélie; ils sont tous, dans
-une allée du jardin, à jouir de la beauté et des douceurs de
-la saison en harmonie avec les sentiments de leurs cœurs.
-Aurélie n’a jamais été plus belle; Jules n’a jamais été plus
-amoureux; M. Marbeau semble lui-même sourire et prendre
-part à leurs espérances. Tout d’un coup, au tournant d’une
-allée, Aurélie pousse un cri de joie; elle vient d’apercevoir
-sa mère, qui, ne l’ayant pas trouvée au parloir, s’est dirigée
-<span class="pagenum"><a name="Page_186" id="Page_186">[186]</a></span>vers le jardin; mais la présence de M<sup>me</sup> d’Ermancey apporte
-à l’instant du trouble dans tout ce bonheur. Elle a d’abord
-reconnu M. Marbeau, l’arbitre de la séparation conjugale,
-celui-ci a repris son front de juge; la contrainte succède,
-un froid mortel a gagné tous ces jeunes cœurs. Ce jour sera
-le dernier beau jour de la vie d’Aurélie.</p>
-
-<p>Jusqu’ici, j’en conviens, la nouvelle est parfaite<a name="FNanchor_218_218" id="FNanchor_218_218"></a><a href="#Footnote_218_218" class="fnanchor">[218]</a>.</p></div>
-
-<p class="p1">Autant Sainte-Beuve est élogieux pour la première
-moitié du récit de Pontmartin, autant il est
-dur pour la seconde moitié, dont il donne, il est
-vrai, une analyse qui n’est rien moins qu’exacte.
-Dans la nouvelle, M. d’Auberive, voisin de campagne
-et ami de M. d’Ermancey, vient lui
-demander pour son fils Emmanuel la main d’Aurélie.
-M. d’Ermancey commence par refuser. Il
-craint pour sa fille, pour le mari qu’elle prendra,
-les propos méchants, les calomnies, suites fatales
-des désordres de la mère et de son orageuse réputation;
-il soumet à son ami les scrupules que lui
-dicte une exquise délicatesse. «Si l’envie et la
-malice, dit-il à M. d’Auberive, se sont si aisément
-emparées de la réputation d’Aurélie, c’est
-qu’Aurélie n’est pas placée dans les conditions ordinaires;
-c’est que cette réputation leur était livrée
-d’avance par un implacable souvenir, par une tache
-ineffaçable...» Il finit cependant par céder aux
-instances de M. d’Auberive; il consent au mariage
-de sa fille. «<i>J’y consens</i>, dit-il à son ami...
-Emmanuel et toi, vous reviendrez dans deux
-jours. Si vous persistez dans votre demande,
-j’appellerai Aurélie, et elle prononcera.» Mais<span class="pagenum"><a name="Page_187" id="Page_187">[187]</a></span>
-Aurélie a tout entendu, et elle refuse d’épouser
-Emmanuel d’Auberive.&mdash;Dans l’analyse de
-Sainte-Beuve, les choses se passent autrement.
-L’auteur des <i>Nouveaux Lundis</i>,&mdash;après avoir
-solennellement déclaré qu’il <i>ne montera pas sur
-ses grands chevaux</i>,&mdash;néglige de mentionner le
-refus d’Aurélie, et il nous montre M. d’Ermancey
-<i>refusant sa fille, faisant bon marché de son bonheur,
-la réduisant de gaîté de cœur à l’état de paria pour
-toute sa vie, faisant le mal par préjugé et par orgueil</i>.
-Il s’exalte lui-même au tableau imaginaire de la
-conduite qu’il lui plaît d’attribuer à ce malheureux
-M. d’Ermancey, qui n’en peut mais, et tout
-à coup, dans un accès d’éloquence qui dut faire
-tressaillir d’aise les abonnés du vieux <i>Constitutionnel</i><a name="FNanchor_219_219" id="FNanchor_219_219"></a><a href="#Footnote_219_219" class="fnanchor">[219]</a>,
-il s’écrie, non sans avoir préalablement
-comparé M. d’Ermancey à un «Appius Claudius»:
-«<i>Odieuse et horrible moralité aristocratique!</i> Pauvre
-Aurélie, qui devrait s’appeler <i>l’Enfant maudit</i>! La
-fatalité plane, en vérité, sur elle comme <i>au temps
-d’Œdipe</i>, la malédiction comme <i>au temps de Moïse
-et d’Aaron. Dans quel siècle l’auteur croit-il donc
-vivre?</i> Nous ne vivons plus sous la loi, mais
-sous la grâce. Le talion est depuis longtemps
-aboli. <i>Bénies soient les révolutions qui ont brisé ces
-duretés et ces férocités antiques, sacerdotales, féodales
-et patriciennes<a name="FNanchor_220_220" id="FNanchor_220_220"></a><a href="#Footnote_220_220" class="fnanchor">[220]</a>!</i>»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_188" id="Page_188">[188]</a></span></p>
-
-<p>C’était bien du bruit pour un mariage manqué.
-Je ne pus m’empêcher d’en faire la remarque. En
-ce temps-là, entre un achat de graines d’arachides
-et une vente de caisses de savons, je m’amusais
-parfois à publier dans la <i>Revue de Bretagne et de
-Vendée</i> des chroniques signées: <i>Louis de Kerjean</i>
-ou des causeries littéraires signées: <i>Edmond Dupré</i>.
-Sous cette dernière signature, je pris la liberté<a name="FNanchor_221_221" id="FNanchor_221_221"></a><a href="#Footnote_221_221" class="fnanchor">[221]</a> de
-relever les inexactitudes contenues dans l’article
-de Sainte-Beuve. Dans mon audace juvénile, je me
-risquai jusqu’à dire, comme Marfurius: Il me
-semble qu’il n’est pas impossible qu’il puisse se
-faire que, par aventure, le célèbre critique ait
-commis un pas de clerc en <i>montant sur ses grands
-chevaux</i>. Ce diable d’homme lisait tout, même la
-<i>Revue de Bretagne</i>; il me le fit bien voir. Peu de
-temps après, réimprimant son article, il me consacra
-une note où il me reprochait d’<i>épiloguer</i><a name="FNanchor_222_222" id="FNanchor_222_222"></a><a href="#Footnote_222_222" class="fnanchor">[222]</a>.
-Un peu plus tard, le 28 juillet 1862, dans un
-nouvel article sur <i>M. de Pontmartin</i>, il me prit de
-nouveau à partie, citant même, pour me confondre,
-un passage de ma chronique, et m’accusant d’<i>injurier
-l’Univers</i><a name="FNanchor_223_223" id="FNanchor_223_223"></a><a href="#Footnote_223_223" class="fnanchor">[223]</a>! Je n’avais pas le droit de me
-plaindre, ayant eu le tort de me mêler de ce qui
-ne me regardait point et de ne pas me souvenir,
-avec La Fontaine, que de tout temps</p>
-
-<p class="pp6 p1">Les petits ont pâti des <i>querelles</i> des grands.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_189" id="Page_189">[189]</a></span></p>
-
-<p class="p1">Une riche compensation allait d’ailleurs m’indemniser
-des légères malices de Sainte-Beuve, lesquelles,
-après tout, étaient de bonne guerre.</p>
-
-<p>Pontmartin, à qui j’avais envoyé mon article,
-me répondit, à la date du 5 mars 1862:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Si vous m’aviez adressé un seul jour plus tard votre
-lettre et le numéro de la <i>Revue de Bretagne</i>, je n’aurais pas
-eu le vif plaisir de pouvoir terminer la dernière feuille des
-<i>Jeudis de Madame Charbonneau</i> par un hommage de reconnaissance
-à M. Edmond Dupré. Je n’ai pas osé écrire votre
-vrai nom, craignant de vous déplaire et n’ayant pas le temps
-de vous consulter là-dessus; car je suis déjà un peu en
-retard et nous ne pouvons paraître que le 4 avril. Ce qui
-vous paraîtra singulier (étant donnée la vanité proverbiale
-des auteurs et notamment la faiblesse paternelle des
-romanciers), c’est que j’avais si bien oublié <i>Aurélie</i> que
-j’acceptais non pas précisément l’arrêt, mais l’analyse de
-M. Sainte-Beuve. C’est vous qui m’avez remémoré le dénouement,
-et je me suis souvenu que Buloz, avec qui je me
-brouillai à cette époque pour l’amour de la <i>Revue contemporaine</i>
-(qui depuis... mais alors!), me dit: Votre première
-partie est très ennuyeuse, mais la seconde est excellente:
-or Sainte-Beuve dit tout le contraire...</p>
-
-<p class="p1">Et voilà comment je figure, moi chétif, à la dernière
-page des <i>Jeudis de Madame Charbonneau</i>. Cette
-page est trop aimable à l’endroit d’<i>Edmond Dupré</i>
-pour que je puisse songer à la reproduire. Jamais
-depuis aucun de mes articles ne m’a été payé aussi
-royalement.</p>
-
-<p class="p2">Si je me suis étendu, un peu trop longuement
-peut-être, sur les <i>Contes et Nouvelles</i>, c’est qu’à leur
-publication se rattache un de mes plus chers souvenirs<span class="pagenum"><a name="Page_190" id="Page_190">[190]</a></span>
-de jeunesse. Je faisais alors mon droit. Entre
-une leçon de M. Bugnet et un cours de M. Perreyve<a name="FNanchor_224_224" id="FNanchor_224_224"></a><a href="#Footnote_224_224" class="fnanchor">[224]</a>,
-j’écrivis quelques pages sur le volume
-acheté la veille sous les galeries de l’Odéon, et je
-jetai mon article dans la boîte de l’<i>Assemblée nationale</i>.
-Le lendemain, Pontmartin vint me demander
-à ma pension d’étudiant, rue du Petit-Lion-Saint-Sulpice,
-et, ne me trouvant pas, m’y laissa ce
-billet:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr4 p1">Paris, le 12 mai 1853.</p>
-<p class="pi4">Monsieur,</p>
-
-<p>Le rédacteur en chef de l’<i>Assemblée nationale</i> me communique
-un article signé de vous, sur l’ensemble de mes
-ouvrages. Cet article me rendrait bien fier si je pouvais
-croire que je mérite les éloges dont vous me comblez; mais
-par cela même qu’il est trop bienveillant et trop flatteur, il
-y aurait peut-être quelque difficulté à l’insérer <i>tel quel</i> dans
-un journal dont je suis notoirement un des collaborateurs.
-Nous désirerions donc, Monsieur, en causer avec vous, et
-vous demander quelques légères modifications. Je serai
-demain vendredi, au journal, de midi à deux heures, rue
-Bergère, n<sup>o</sup> 20, et si vous n’aviez rien de mieux à faire, je
-serais heureux d’offrir mes remerciements à mon <i>bienfaiteur
-inconnu</i>. S’il vous est plus commode que j’aille chez vous,
-veuillez m’indiquer l’heure où il vous plaira de me recevoir,
-et, en attendant, Monsieur, veuillez agréer l’expression de
-ma vive reconnaissance, de ma haute considération.</p>
-
-<p class="pr2">
-<span class="smcap">Armand de Pontmartin</span>,</p>
-<p class="pr6">10, rue Laffitte.</p></div>
-
-<p class="p1">Trente-cinq ans plus tard, Pontmartin a bien<span class="pagenum"><a name="Page_191" id="Page_191">[191]</a></span>
-voulu rappeler ces petites circonstances dans une
-page qu’on me pardonnera de citer:</p>
-
-<p class="pbq p1">Je n’ai jamais oublié, je n’oublierai jamais ma première
-rencontre avec Edmond Biré, dans les bureaux de l’<i>Assemblée
-nationale</i>, où il venait présenter un article sur mon premier
-volume, qui devait être, hélas! suivi de tant d’autres. Biré
-n’avait que vingt ans, et je n’étais déjà plus jeune; car une
-des singularités de ma vie littéraire aura été de débuter (à
-Paris, s’entend!) à un âge où la plupart de mes contemporains,
-de mes camarades de collège et de concours, Montalembert,
-Falloux, Nisard, Champagny, Nettement, Henri
-Blaze, Alphonse Karr, Paul et Jules Lacroix, Louis Veuillot,
-Théophile Gautier, Jules Sandeau, Victor de Laprade, avaient
-déjà marqué leur place, où Alfred de Musset tombait en
-ruine, et de n’être pas tout à fait mort, quand tous ou
-presque tous ont disparu. Certes, pour un débutant, presque
-un surnuméraire, il y avait, dans ce témoignage spontané
-d’un jeune homme inconnu, arrivant de l’autre extrémité
-de la France, plus Breton que je ne suis Provençal, tout ce
-qu’il fallait pour m’inspirer sympathie et gratitude. Cependant,
-un secret pressentiment m’avertit que nous n’en resterions
-pas là, que, malgré la différence de nos âges, ce
-serait la première étape d’une longue campagne où nous
-servirions, avec la même cocarde, dans le même régiment.
-Je ne me doutais pas que ce jeune homme, à qui je savais
-déjà tant de gré de s’être occupé de mon livre, avait lu tous
-les articles que, depuis 1845, j’avais publiés dans la <i>Mode</i>,
-la <i>Revue des Deux Mondes</i> et l’<i>Opinion publique</i>, et qu’il s’en
-souvenait mieux que moi<a name="FNanchor_225_225" id="FNanchor_225_225"></a><a href="#Footnote_225_225" class="fnanchor">[225]</a>...</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_192" id="Page_192">[192]</a></span></p>
-
-<h3>V</h3>
-
-<p>Pontmartin n’avait jamais songé à faire des
-livres avec ses articles de l’<i>Opinion publique</i>, de la
-<i>Revue des Deux Mondes</i> et de la <i>Mode</i>. Le succès de
-ses feuilletons de l’<i>Assemblée nationale</i> le décida à
-les réunir en volumes. La première série des <i>Causeries
-littéraires</i> parut au mois d’avril 1854.</p>
-
-<p>Les <i>Causeries</i> ne réussirent pas moins que les
-<i>Contes et Nouvelles</i>. On y pouvait noter sans doute
-quelques négligences, relever ici et là des phrases
-écrites trop à la hâte, au vol de la plume, regretter
-trop de facilité et trop de complaisance de jugement;
-mais on oubliait vite ces défauts, tant il y avait dans
-cet aimable et ingénieux volume de vivacité et de
-bonne grâce, de raison et de bon sens, de malice et
-de belle humeur. Si les critiques sont les historiens
-de l’esprit, jamais écrivain, plus que Pontmartin, ne
-fut plein de son sujet. Ses chapitres sur M<sup>me</sup> Émile
-de Girardin, sur Jules Janin et son <i>Histoire de la
-littérature dramatique</i>, sur le <i>Constantinople</i> de
-Théophile Gautier, sur le docteur Véron et ses
-<i>Mémoires</i>, sont en leur genre de petits chefs-d’œuvre.</p>
-
-<p>Louis Veuillot consacra aux <i>Causeries littéraires</i>
-un de ses premiers Paris de l’<i>Univers</i>:</p>
-
-<p class="pbq p1">Les <i>Causeries</i> de M. de Pontmartin, disait-il, ont déjà
-paru dans les journaux, et leur réputation est faite. Elles
-gagneront cependant à être relues. On pourra mieux en<span class="pagenum"><a name="Page_193" id="Page_193">[193]</a></span>
-apprécier la finesse, le bon sens, l’allure vive, quoique prudente.
-M. de Pontmartin a sa manière de voir, de sentir,
-de parler; une mesure très heureuse le garde en tout du
-commun et de l’extraordinaire. C’est vraiment une causerie.
-Il ne bavarde pas, il ne professe pas. Bavarder, il ne saurait,
-c’est le lot de M. Janin; professer, il ne voudrait, c’est le
-ton de M. Planche. Les bavards et les professeurs abondent;
-les causeurs sont rares. Il faut des idées et de l’esprit pour
-causer. Voilà le charme de ce volume, seulement trop discret.
-Point d’appareil d’érudition ni d’éloquence, point
-d’esthétique; un peu de recherche, une certaine toilette de
-salon, jamais d’attitude, surtout jamais d’effort. Nous avons
-donc là mieux qu’un docteur qui donne des consultations,
-et bien mieux qu’un homme de lettres qui fait des grâces:
-nous avons un homme d’esprit fort au courant de tout. On
-parle du livre nouveau. Il connaît le livre et il donne son
-avis; l’avis d’un galant homme très indulgent<a name="FNanchor_226_226" id="FNanchor_226_226"></a><a href="#Footnote_226_226" class="fnanchor">[226]</a>...</p>
-
-<p class="p1">Un peu plus loin, après avoir reproché à Pontmartin
-d’être trop bienveillant, de ménager trop
-certains écrivains dont la religion et la morale
-avaient à se plaindre, Louis Veuillot ajoutait:</p>
-
-<p class="pbq p1">Par les noms des auteurs, il avait sous la main à peu
-près toute la littérature du temps. Elle venait à lui telle
-qu’elle est, sceptique, incohérente, mercantile, sensuelle,
-débauchée, affolée, pleine de mépris pour toute chose au
-monde, et pour elle-même; un négoce, rien de plus; et quel
-négoce, en certains quartiers! Certes, c’était un tableau à
-nous donner; et pour le tracer M. de Pontmartin a tout ce
-qu’il faut, un talent précieux d’analyse, un sens droit, une
-plume ferme et fine comme le burin, une pointe d’esprit
-très pénétrante, le don de n’enfoncer cette pointe qu’autant
-qu’il veut.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_194" id="Page_194">[194]</a></span></p>
-
-<p class="p1">Louis Veuillot, s’il eût été de ceux qui prennent
-un blason, n’aurait sans doute pas choisi celui
-que l’on rencontre dans les <i>Devises</i> du P. Bouhours,
-une abeille avec ces mots: <i>Sponte favos, ægre
-spicula</i>, le miel de bon gré, le dard à regret. Il
-prodiguait d’habitude le blâme plus que la
-louange. Pontmartin avait donc lieu d’être fier
-des éloges qu’il ne lui avait pas ménagés; il estimait
-même que le rédacteur de l’<i>Univers</i> l’avait loué
-au delà de ses mérites. A la même heure pourtant,
-M. Cuvillier-Fleury trouvait que Louis Veuillot,
-qui était, il est vrai, sa bête noire, n’en avait pas
-dit assez. Le 8 avril 1854, il écrivait à Pontmartin.</p>
-
-<p class="pbq p1">Par le côté religieux et un peu trop contre-révolutionnaire
-(peut-être) sous lequel vous vous montrez à lui, Veuillot
-vous a flatté. Par ce côté d’homme du monde qui cache un
-écrivain supérieur et qui se trahit sans cesse dans l’originalité
-élégante et ferme, dans la causticité indulgente et dans
-le bon goût éloquent, on dirait qu’il ne vous a pas connu.</p>
-
-<p class="p1">Pontmartin a doublement réussi comme romancier
-et comme critique. Le voilà devenu tout à
-fait parisien; aussi le voyons-nous, à la fin de
-1854, faire un nouveau bail avec la capitale, et se
-transporter avec les siens au numéro 51 de la rue
-Saint-Lazare, dans un pavillon au fond d’une cour.
-Il y restera huit ans, jusqu’au mois d’août 1862.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_195" id="Page_195">[195]</a></span></p>
-
-<h3>VI</h3>
-
-<p>Le succès des <i>Contes et Nouvelles</i> était fait pour
-encourager Pontmartin à une récidive. Du 22 décembre
-1853 au 2 juin 1854, il publia dans
-l’<i>Assemblée nationale</i> sous ce titre: <i>Pourquoi
-nous sommes à Vichy</i>, trois nouvelles, <i>le Cœur et
-l’Affiche</i>, <i>le Chercheur de Perles</i>, <i>l’Envers de la
-Comédie</i>. Elles formèrent le volume intitulé: <i>le
-Fond de la Coupe</i>.</p>
-
-<p><i>L’Envers de la Comédie</i> repose sur une donnée
-entièrement originale.</p>
-
-<p>Le 23 mars 1847, le Théâtre-Français avait joué
-une comédie de Léon Gozlan, <i>Notre fille est princesse</i>,
-dont voici le sujet. M. Roger&mdash;qui s’appellera
-plus tard M. Poirier&mdash;est un bourgeois enrichi,
-trois ou quatre fois millionnaire,&mdash;en ce
-temps-là on ne connaissait pas encore les milliardaires.
-Il n’envie plus que ce qui lui manque:
-la noblesse, et il donne la main de sa fille au prince
-de Charlemont, le plus affreux vaurien qui se
-puisse imaginer. Une fois marié, Charlemont se
-ruine sans esprit: il ruine sa femme qui est charmante;
-il ruine son beau-père dont les yeux ne se
-dessillent qu’au cinquième acte, au moment où le
-gouffre qu’il a creusé sous ses pas est prêt à l’engloutir,
-lui et les siens. Heureusement, l’auteur a
-inventé un autre abîme à l’usage des <i>gentlemen-riders</i>
-du Théâtre-Français. C’est un étang glacé<span class="pagenum"><a name="Page_196" id="Page_196">[196]</a></span>
-que le prince veut franchir dans l’entraînement
-d’un <i>steeple-chase</i>... et crac! glace, étang, cheval,
-gendre, principauté, tout disparaît à la fois; il ne
-reste qu’un beau million que M. Roger sauve du
-naufrage et qui lui suffira pour faire honneur à ses
-affaires; sans compter qu’il y a là, tout à point,
-un petit cousin qui est fort amoureux de sa cousine
-et qui sera heureux comme un prince, le jour où
-<i>notre fille ne sera plus princesse</i>.</p>
-
-<p>Appelé dans la <i>Mode</i> à rendre compte de la pièce<a name="FNanchor_227_227" id="FNanchor_227_227"></a><a href="#Footnote_227_227" class="fnanchor">[227]</a>,
-Pontmartin ne s’attarda point à en faire ressortir
-les défauts; il improvisa, à côté de la comédie de
-Léon Gozlan, toute une comédie nouvelle:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">Un jeune homme, écrivait-il, entre dans le monde; il
-est beau; il a de l’esprit; il a du cœur; il a un grand nom;
-mais il est pauvre. Dernier rejeton d’une race illustre et ruinée,
-il ne sait que faire de ce nom qui lui pèse comme un
-fardeau... La richesse est devenue l’unique et suprême condition
-de bien-être, de considération et de plaisir: Le
-monde ne se divise plus en gentilshommes et en bourgeois,
-mais en riches et en pauvres: ceux-ci sont les parias; ceux-là
-sont les privilégiés.</p>
-
-<p>Que fera, dans une société ainsi déclassée, mon prince
-de Charlemont? Égal aux plus grands par sa naissance,
-inférieur aux plus petits par sa fortune, désorienté par cette
-perpétuelle antithèse de sa destinée, il ne saura que faire de
-sa noblesse, de son esprit et de son cœur; rien de ce que lui
-offrira le monde ne sera ni assez élevé ni assez humble pour
-lui.</p>
-
-<p>Sur ces entrefaites, il rencontrera M. Roger,
-dans mon histoire, est un bourgeois enrichi, intelligent,
-qui est de son siècle, qui ne s’amuse pas à copier M. Jourdain,<span class="pagenum"><a name="Page_197" id="Page_197">[197]</a></span>
-parce qu’il a mieux à faire, et qu’il sait qu’aujourd’hui
-un homme riche commande à tous, même aux princes qui
-n’ont pas d’argent. Sa fortune lui a depuis longtemps donné
-toutes les jouissances; il en est une, d’une nature plus
-exquise et plus raffinée, qu’il ambitionne, comme ces gourmets
-qui voudraient reculer les bornes du possible. M. Roger
-se souvient d’un certain George Dandin, qui fut martyrisé,
-du temps de Molière, par les Sotenville et les Prudoterie,
-parce que, riche et roturier, il avait épousé, comme on disait
-alors, une fille de condition. Ce George Dandin fut bien
-malheureux! M. Roger se propose de le venger; il veut
-pouvoir dire: <i>Notre gendre est prince!</i> non pas par gloriole
-de parvenu, mais pour se donner le plaisir d’écraser sous la
-toute-puissance de ses écus un George Dandin armorié:
-c’est pourquoi il marie sa fille à mon prince de Charlemont.</p>
-
-<p>Vous voyez d’ici ma comédie: l’argent tyrannisant le
-blason! M. de Charlemont voudrait se plaindre de ce que sa
-femme met trop de diamants, achète trop de chevaux,
-découvre trop ses épaules qui sont blanches comme des
-épaules de vraie duchesse.&mdash;«Tout beau, monsieur mon
-gendre! oubliez-vous que ces diamants et ces chevaux, c’est
-notre argent qui les achète; que ces robes décolletées, c’est
-avec nos billets de banque que votre femme les paie à Palmyre!&mdash;Mais
-je ne voudrais pas aller tous les soirs dans le
-monde, traîné à la remorque par ma belle-mère! j’aimerais
-mieux lire, travailler, rêver, enseigner à ma femme cette
-vie d’intérieur que nous pourrions rendre si sereine et si
-douce!&mdash;Vous plaisantez, je crois! Pensez-vous que nous
-vous ayons épousé, que nous vous ayons tiré de l’indigence,
-pour vous mettre sous cloche et ne pas nous faire honneur
-de vos seize quartiers de noblesse?&mdash;Mais voici qui est
-plus grave; je crois m’apercevoir qu’il y a là un petit cousin,
-habillé par Humann, ganté par Boivin et doré par
-Jeannisset, qui, décidément, abuse de sa roture pour faire
-la cour à ma femme!&mdash;Eh! mon Dieu, simples représailles!
-George Dandin en a vu bien d’autres. Quoi! vous
-vous emportez pour une bagatelle! Ça, venez, notre gendre,<span class="pagenum"><a name="Page_198" id="Page_198">[198]</a></span>
-faire vos humbles excuses au cousin Octave, qui est trop
-riche pour exposer sa vie contre vous. D’ailleurs, ne savez-vous
-pas que le duel est défendu par les lois que nous
-avons faites? Souffrez donc patiemment de cette petite revanche
-des Dandin d’autrefois contre les Sotenville d’aujourd’hui.</p>
-
-<p>Mais ici mon prince de Charlemont se relève de toute
-sa hauteur. Tant qu’il ne s’agissait que de ridicules, d’ennuis,
-de tracasseries domestiques, tant qu’il n’avait à craindre
-que de voir mener trop grand train cette fortune qui n’est
-pas à lui, il a souffert en silence; mais dès l’instant que
-l’honneur parle, Charlemont n’hésite plus; il fait un petit
-paquet de ses modestes hardes de gentilhomme ruiné; il
-tend, sans rancune, sa loyale main à cette famille enivrée
-d’argent; et adieu la richesse, les salons dorés, la soie et le
-velours! adieu la voiture de Clochez et le cheval de Stephen-Drake!
-Charlemont va quitter toutes ces récentes grandeurs
-et retrouver son pauvre manoir délabré où il vivra, s’il le
-faut, de pain et de cidre. Vous comprenez que je ne le
-laisse pas partir, et que sa femme qui n’est, après tout, ni
-dépravée ni méchante, et qui a oublié la querelle des Dandin
-et des Sotenville, se jettera dans ses bras en lui disant:
-Viens, mon ami, allons restaurer ton vieux château avec les
-jeunes écus de M. Roger! Allons faire souche de Charlemont,
-et apprendre à nos enfants à être à la fois, secret très
-rare, de bons riches et de vrais nobles!</p>
-
-<p>Je ne sais si je me trompe, mais il me semble qu’une
-comédie, basée sur cette idée, serait plus neuve et plus
-vraie, plus paradoxale et plus réelle, plus gaie et plus attendrissante
-que celle qu’a inventée M. Gozlan<a name="FNanchor_228_228" id="FNanchor_228_228"></a><a href="#Footnote_228_228" class="fnanchor">[228]</a>...»</p></div>
-
-<p class="p1">Quelques années après, Jules Sandeau et Emile
-Augier portaient, à leur tour, à la scène cette question,
-si souvent controversée, de l’alliance entre<span class="pagenum"><a name="Page_199" id="Page_199">[199]</a></span>
-un gentilhomme ruiné par ses élégantes folies et
-une jeune fille d’opulente bourgeoisie. Le 8 avril
-1854, le théâtre du Gymnase donnait, avec un éclatant
-succès, la première représentation du <i>Gendre
-de M. Poirier</i>.</p>
-
-<p>La pièce ne versait pas dans le mélodrame,
-comme celle de Léon Gozlan; elle restait d’un bout
-à l’autre dans le ton de la comédie: la sensibilité
-délicate de Sandeau s’y mêlait heureusement à la
-verve gauloise d’Augier. Mais, au fond, c’était toujours
-la vieille histoire du gentilhomme pauvre
-épousant, pour ses écus, la fille du bourgeois gentilhomme...
-et millionnaire. Gaston de Presles est
-un marquis ruiné, dissipateur, paresseux, libertin,
-qui profite de son mariage pour continuer sa vie
-de garçon et renouer une liaison peu édifiante avec
-une femme de son monde d’autrefois. S’il se relève
-un peu à la fin, c’est parce que sa femme, la fille
-du bonhomme Poirier, a toutes les noblesses du
-cœur et toutes les supériorités de l’esprit. Tout en
-déployant dans leur pièce beaucoup d’entrain, de
-mouvement, de gaieté communicative, les deux
-auteurs n’étaient pas sortis du chemin battu: ils
-avaient, selon le mot de Montaigne, «vagué le
-train commun».</p>
-
-<h3>VII</h3>
-
-<p>Piqué au jeu par le succès du <i>Gendre de
-M. Poirier</i>, Pontmartin revint à son idée de 1847<span class="pagenum"><a name="Page_200" id="Page_200">[200]</a></span>
-et, dès le 10 mai 1854, il faisait paraître le premier
-feuilleton de l’<i>Envers de la Comédie</i>. Au risque
-d’être accusé de paradoxe, il traita le sujet tout à
-rebours de ceux qui l’avaient traité avant lui.</p>
-
-<p>Georges de Prasly, marquis comme Gaston de
-Presles, est ruiné, comme lui; mais sa ruine n’a
-d’autres causes que le malheur des temps et les
-dissolvants révolutionnaires; peu à peu, la pauvreté
-rature ses parchemins, gratte les armoiries
-sculptées sur la porte de son château seigneurial:
-château si délabré, tellement hypothéqué, que,
-malgré le souvenir de vingt générations chevaleresques,
-leur dernier héritier, n’ayant pas de quoi
-le réparer, va être forcé de le vendre. Il sait que
-cette vente achèvera de tuer sa mère, veuve depuis
-plusieurs années et dont le cœur s’est attaché à ces
-vieilles pierres, comme ces lierres qui finissent par
-s’incruster dans les murs en ruine. Il se résigne à
-épouser M<sup>lle</sup> Sylvie Durousseau, sa voisine de
-campagne, dont le père a fait dans l’industrie une
-colossale fortune. M. Durousseau est un habile
-homme et un homme d’esprit. Il ne rêve pas,
-comme son contemporain M. Poirier, d’être fait
-pair de France. Il n’a ni ambition ni vanité; il a
-mieux que cela: il a de l’orgueil. Il a la passion
-du commandement, et cette passion, il lui plaît de
-la satisfaire sur un homme ayant eu des ancêtres
-aux Croisades, et lui devant à lui, roturier, son
-bien-être, son luxe, son crédit, tout jusqu’au vieux
-château où ses pères ont vécu. Il lui semble original,
-grand, digne d’un homme profondément<span class="pagenum"><a name="Page_201" id="Page_201">[201]</a></span>
-pénétré de l’esprit et des progrès de son siècle, de
-prendre pour gendre un gentilhomme auquel il
-pourra rappeler, à chaque velléité de révolte, qu’il
-n’est qu’un zéro dont lui, Durousseau est le chiffre;
-que c’est lui qui l’a tiré du néant où notre siècle
-laisse tomber ceux qui n’ont rien; que ses chevaux,
-ses voitures, son hôtel, son mobilier, son argenterie,
-sa table, la toilette de sa femme et la sienne, sont
-autant de liens qui le font son obligé, son vassal et
-son esclave.&mdash;A ce jeu, il est vrai, M. Durousseau
-joue tout simplement le bonheur de sa fille. Mais
-il n’a sur ce point nulle inquiétude. Georges de
-Prasly est un timide, un faible,&mdash;il le croit du
-moins; fils pieux, il sera un mari soumis, un gendre
-docile, et ses révoltes, si par hasard il s’avisait
-d’en avoir, seraient faciles à dompter. Le mariage
-a lieu, et Georges, laissant sa mère à Prasly, s’installe
-à Paris, chez son beau-père, dans un des
-beaux hôtels de la rue Laffitte. M. Durousseau n’a
-de bourgeois que ses antécédents et son nom. Le
-pauvre descendant des Croisés se sent humble et
-petit dans ce magnifique hôtel, meublé avec un
-luxe inouï, plein d’artistiques merveilles. Il se
-trouve dépaysé dans ces salons où affluent les
-célébrités, où l’on entend des virtuoses à deux
-mille francs par soirée, où les reines de la mode
-rivalisent de somptueuses toilettes, où il se trouve
-entouré de parents, d’amis de la famille, qui n’ont
-pas besoin de titres et de particule pour se faire
-admettre au <i>Jockey</i>, briller au premier rang des
-<i>sportsmen</i> et rayonner, parmi les arbitres de l’élégance<span class="pagenum"><a name="Page_202" id="Page_202">[202]</a></span>
-et du goût sur les cimes du <i>high life</i>. Sylvie
-est une honnête femme, toute prête à aimer son
-mari; elle n’est pas coquette, mais elle aime le
-monde, et le monde la réclame. Elle ne manque
-ni un bal, ni un concert; elle est la reine de ces
-salons où Georges s’efface, se laisse oublier et
-souffre en silence. Une lettre du pays lui apprend
-que sa mère, dont le cœur est brisé et qui ne se
-peut consoler de son absence, est gravement
-malade. Au sortir d’une fête, où sa femme s’est
-vue plus courtisée que jamais, il la fait monter
-dans une berline de voyage, et, sans même prévenir
-M. Durousseau, il prend avec elle la route de
-Prasly. Ce brusque départ, cet enlèvement qui
-arrache Sylvie de ses rêves mondains et qui, au
-fond, l’enchante, pourrait être pour eux le point
-de départ d’une vie nouvelle et d’un bonheur dont
-l’un et l’autre sont dignes. Mais ils n’arrivent à
-Prasly que pour recueillir le dernier soupir de la
-vieille marquise. Georges se dit que c’est son
-mariage qui a tué sa mère; et quand Sylvie lui
-répète tout bas, avec une expression de tendresse
-timide: Elle m’a pardonné!&mdash;Oui, mais moi,
-je ne me pardonne pas, répond-il.</p>
-
-<p>Après l’enterrement de la marquise dans le cimetière
-du village, il dit au plus vieil ami de sa famille,
-au confident de sa mère: «Il n’y avait qu’une
-marquise de Prasly... c’est celle que vous venez
-de conduire à sa dernière demeure; à la place de la
-dernière marquise de Prasly, il y a un tombeau; à
-la place du dernier marquis, il y a un soldat. Adieu,<span class="pagenum"><a name="Page_203" id="Page_203">[203]</a></span>
-mon ami, dites bien à cet homme et à sa fille
-qu’ils ont tué la mère et déchiré le fils, mais qu’ils
-ne les ont pas humiliés!»</p>
-
-<p>Le lendemain, George de Prasly partait pour
-l’Afrique et s’engageait dans le 11<sup>e</sup> léger.</p>
-
-<p>Là s’arrêtait le récit. Le roman était-il donc fini?
-De tous côtés, on demanda à l’auteur de donner une
-suite à l’<i>Envers de la Comédie</i>. Elle parut, dans
-l’<i>Assemblée nationale</i>, du 21 décembre 1854 au
-2 février 1855, sous ce titre: <i>Réconciliation</i>.</p>
-
-<p>Les suites, d’ordinaire, réussissent peu. Il n’en
-fut pas de même cette fois. La seconde partie du
-roman vaut la première. Si elle renferme quelques
-scènes un peu trop mélodramatiques, elle en contient
-d’autres, et en grand nombre, qui sont vraiment
-émouvantes. Lorsque Pontmartin, en 1856,
-réunit en un volume l’<i>Envers de la Comédie</i> et
-<i>Réconciliation</i>, il donna pour titre à son livre: <i>La
-Fin du procès</i>.</p>
-
-<p>Des trois épisodes dont se composait d’abord le
-<i>Fond de la Coupe</i>, il n’en restait plus que deux.
-Pour remplacer le troisième, l’<i>Envers de la Comédie</i>,
-Pontmartin écrivit, en 1857, une autre
-nouvelle, l’<i>Écu de six francs</i>; ce qui le conduisit
-à changer le titre primitif du volume. Le <i>Fond de
-la Coupe</i> s’appela, dans les éditions postérieures,
-<i>Or et Clinquant</i>.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_204" id="Page_204">[204]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">CHAPITRE IX</h2>
-
-<p class="pch2">LE CORRESPONDANT, L’UNION ET LE JOURNAL
-DE BRUXELLES.&mdash;LES DEUX ÉROSTRATES.&mdash;LA
-MAIRIE DES ANGLES</p>
-
-<p class="pch3">(1855-1862)</p>
-
-<p class="pcs">Le second volume des <i>Causeries littéraires</i>. L’article sur Béranger.
-Lettre de Louis Veuillot à Pontmartin. Le 40 et le 44 de la rue
-du Bac. Le salon de Montalembert et les soirées de Veuillot.&mdash;L’entrée
-au <i>Correspondant</i>. Pontmartin et le théâtre.&mdash;<i>Les deux
-Érostrates.</i> Le <i>Spectateur</i> et la suppression de l’<i>Assemblée nationale</i>.
-L’entrée à l’<i>Union</i>.&mdash;La Mûre et le château de Gourdan.
-La mairie des Angles. Un préfet homme d’esprit. Lettre de
-Louis Veuillot.&mdash;Les <i>Variétés</i> du <i>Journal de Bruxelles</i>.&mdash;<i>Biographie
-du Père Félix.</i>&mdash;Rentrée à la <i>Revue des Deux Mondes</i>.
-Pontmartin en 1862.</p>
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>Au mois d’avril 1855, en ayant fini avec l’<i>Envers
-de la Comédie</i> et <i>Réconciliation</i>, Pontmartin fit
-paraître le second volume des <i>Causeries littéraires</i>.
-Le premier, l’année précédente, avait obtenu un
-complet succès; aucune critique n’était venue se
-mêler aux éloges. Pontmartin croyait naïvement
-que la deuxième série aurait même fortune.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_205" id="Page_205">[205]</a></span></p>
-
-<p>Il avait eu l’idée, pour corser le volume, d’y
-ajouter son étude sur Béranger, parue quatre ans
-auparavant, nous l’avons vu, dans l’<i>Opinion publique</i>,
-et qui n’avait pas soulevé le moindre orage.
-M. Mallac, sans le prévenir, inséra cette étude dans
-l’<i>Assemblée nationale</i>. C’était une démolition complète
-de l’Idole (car Béranger en était une à ce
-moment). Sans nier le mérite de ses «jolies chansons<a name="FNanchor_229_229" id="FNanchor_229_229"></a><a href="#Footnote_229_229" class="fnanchor">[229]</a>»,
-Pontmartin se refusait à voir dans le
-chantre de <i>Lisette</i> un poète lyrique, et à reconnaître
-dans le rival de Désaugiers un successeur et
-un rival d’Horace. Il ne cachait pas son mépris
-pour l’homme qui avait insulté l’Ange Gardien et
-la sœur de Charité, profané l’image sacrée de
-l’aïeule, bafoué le Jour des Morts, remplacé le Dieu
-des Chrétiens par le <i>Dieu des Bonnes Gens</i>, discrédité
-les Bourbons, glorifié le Bonapartisme, travaillé
-enfin&mdash;coup double dont la France mourra
-peut-être&mdash;à nous donner à la fois la République
-et l’Empire.</p>
-
-<p>Louis Veuillot s’empressa de signaler ces pages
-vengeresses:</p>
-
-<p class="pbq p1">Les nouvelles <i>Causeries littéraires</i> de M. de Pontmartin,
-écrivait-il, contiennent une étude sur M. Béranger que nous
-signalons comme une bonne action et comme un chef-d’œuvre.
-Critique pleine, solide, lumineuse, entraînante,
-qui ne néglige rien, qui ne dit rien de trop, faite de main
-d’ouvrier. Le fameux auteur de <i>Frétillon</i> est jugé, pour le
-fond et pour la forme, comme la postérité le jugera. Ceux<span class="pagenum"><a name="Page_206" id="Page_206">[206]</a></span>
-qui ont senti l’odieux poids de cette gloire injurieuse, et ils
-sont nombreux, n’ont plus rien à désirer. Voilà M. Béranger
-mis à sa place... Fausse poésie, fausse gaîté, fausse bonhomie,
-patriotisme faux, immoralité sordide, impiété bête,
-tel est le bilan des «chansons nationales». C’était justice
-qu’il vînt une main ferme pour peser tout cela dans les balances
-d’or du talent; qu’un souffle puissant dissipât cette
-longue apothéose de la gaudriole, et que tant de choses
-saintes vilipendées pendant quarante ans par ces impurs
-fredons fussent enfin vengées. Le morceau suivant, détaché
-du travail de M. Pontmartin, permettra d’apprécier la saine
-beauté de l’ensemble...</p>
-
-<p class="p1">Et après une longue citation, Louis Veuillot
-ajoutait:</p>
-
-<p class="pbq p1">Le critique va jusqu’au bout avec cette franchise, avec
-cette vigueur, avec ce fouet qui n’a pas un claquement inutile,
-et qui laisse partout où il tombe sa marque et son sillon.
-Et le public applaudit, parce qu’enfin c’est une belle et
-agréable chose que l’esprit au service du bon sens et de la
-justice<a name="FNanchor_230_230" id="FNanchor_230_230"></a><a href="#Footnote_230_230" class="fnanchor">[230]</a>.</p>
-
-<p class="p1">Les journaux et les écrivains préposés à la garde
-de «nos gloires nationales» gardèrent d’abord le
-silence. Leur stupeur était plus grande encore que
-leur colère. «Parmi tant de fidèles dont les chansons
-de M. Béranger ont été le Coran, disait encore
-Louis Veuillot, personne ne se lève pour le prophète;
-le goum du <i>Siècle</i> lui-même et toute la tribu
-des Ben-Havin restent immobiles.» Force leur fut
-bien cependant de se mettre en campagne. Taxile
-Delord (celui qui plus tard, dans les <i>Jeudis de<span class="pagenum"><a name="Page_207" id="Page_207">[207]</a></span>
-Madame Charbonneau</i>, sera <i>Porus Duclinquant</i>),
-Émile de La Bédollière, Louis Jourdan, dirigèrent
-de furieuses attaques contre l’auteur des <i>Causeries
-littéraires</i>, transformé par eux, pour les besoins
-de la cause, en iconoclaste, en démolisseur et en
-Jésuite! Pontmartin ne répondit pas. Louis Veuillot
-d’ailleurs s’était chargé de ce soin. Le grand
-polémiste publia sur Béranger et ses défenseurs
-toute une série d’articles qui eurent vite fait de
-mettre en déroute les Ben-Havinites<a name="FNanchor_231_231" id="FNanchor_231_231"></a><a href="#Footnote_231_231" class="fnanchor">[231]</a>.</p>
-
-<p>Presque au lendemain de cette brillante campagne,
-Louis Veuillot fut cruellement frappé: il
-perdit coup sur coup deux de ses filles<a name="FNanchor_232_232" id="FNanchor_232_232"></a><a href="#Footnote_232_232" class="fnanchor">[232]</a>. Aux condoléances
-de Pontmartin, il répondit par une
-lettre admirable, l’une des plus belles qu’il ait
-écrites:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr4 p1">Paris, le 19 juillet 1855.</p>
-<p class="pi4">Cher monsieur,</p>
-
-<p>Je savais combien vous avez pris part à mon chagrin; je
-vous sais gré de me fournir l’occasion de vous en remercier.
-Je suis de bronze à toutes les haines et à toutes les formes
-de la haine; mais toute sympathie m’émeut délicieusement,
-et c’est un bonheur dont j’ai beaucoup joui dans ma vie militante,
-parce que la sympathie n’est toujours venue du bon
-côté. Là où il y a de l’honneur, de l’amour pour le bien, du
-zèle pour la justice, du mépris et du dégoût pour le reste,
-là sont mes amis. Je n’ai pas traversé une circonstance<span class="pagenum"><a name="Page_208" id="Page_208">[208]</a></span>
-pénible sans qu’on m’ait tendu la main du sein de cette
-élite courageuse. C’est plus qu’il ne faut pour supporter les
-choses extérieures.</p>
-
-<p>Quant à ces grandes douleurs du cœur et de l’âme, où
-nulle puissance humaine ne peut rien, Dieu qui les envoie
-a soin d’y pourvoir. Saint Bernard a une grande parole à ce
-propos.</p>
-
-<p>Il dit: «Le monde voit la croix et ne voit pas l’onction.»
-Ce que Dieu met dans les cœurs qu’il déchire est inénarrable.
-J’en suis à m’étonner de mes pleurs. Je vois ces chers
-enfants dans le ciel, à côté de leur mère, comme elles étaient
-ici, mais à l’abri, mais immortelles. C’est un groupe d’étoiles
-qui luisent toujours et qui éclairent mon vrai chemin. De là
-tombe sur mon cœur une sérénité divine. Je me sens sous
-l’aile des Anges, et je remercie Dieu de m’avoir donné cette
-égide contre les traits et les attraits du monde.</p>
-
-<p>Que de miracles Dieu fait pour nous, et que nous
-sommes ingrats! Que de miséricorde de nous faire trouver
-la plus grande paix dans la plus grande douleur! Ce sillon
-terrible, creusé au milieu du cœur, se remplit d’une semence
-de foi, d’espérance et d’amour.</p>
-
-<p>Quand je venais à penser autrefois que je pourrais
-perdre un de mes enfants, c’était une angoisse inexprimable
-et il me semblait que j’entrerais du même coup dans des
-ténèbres aussi épaisses que celles du tombeau. Mais ces
-deux tombes, creusées presque au même instant, n’ont été
-que des jours ouverts sur l’Éternité. Je ne me lasse pas de le
-redire, comme je ne me lasserais pas de raconter un miracle
-dont j’aurais été le témoin et l’objet. Il n’y a pas de mort,
-il n’y a pas de séparation, il n’y a qu’une absence qui peut
-finir demain. Cette absence ne peut devenir éternelle que
-par notre faute, et Dieu prend un soin tendre d’allumer
-dans nos cœurs, par cette absence elle-même, toutes les
-lumières qui nous rendent quasi impossible de nous perdre
-et de nous égarer.</p>
-
-<p>Songez à ce que je vous dis là, cher monsieur, si parfois
-les louanges que votre esprit vous attire vous paraissent<span class="pagenum"><a name="Page_209" id="Page_209">[209]</a></span>
-assez douces pour mériter quelque sacrifice, et vous engager
-à relâcher quelque chose dans le commerce du monde, sur
-les droits de Dieu. Il y a des moments où l’on voit avec la
-clarté de l’évidence qu’il faut tout faire pour Dieu et ne rien
-faire que pour Dieu. On sent que cela seul est <i>fait</i>, que tout
-le reste a été inutile ou criminel.</p>
-
-<p>Si j’avais en ce moment tout ce que le monde peut
-donner de fortune et de gloire, je l’abandonnerais avec joie,
-non pas pour ravoir mes enfants, mais seulement pour les
-revoir. Aucune satisfaction ici-bas, aucune espérance de
-mémoire et d’honneur parmi les hommes ne pourrait m’être
-plus précieuse. Or, je ne les reverrai et elles ne me seront
-rendues que si j’aime Dieu et que si je le sers uniquement,
-et nous ne l’aimons ni ne le servons ainsi quand nous avons
-dans nos œuvres un regard et un désir pour ces misères
-humaines.</p>
-
-<p>Voilà ce qu’il faut nous dire quand nous prenons la
-plume, quand nous ouvrons la bouche. Si nous songeons à
-nous-mêmes, si nous mettons Dieu de côté pour ne plus
-soulever le bruit des injures, pour exciter celui des
-louanges, alors c’est la séparation, c’est le commencement
-de la mort. Nous creusons entre Dieu et nous un abîme où
-notre âme languira longtemps et que peut-être elle ne franchira
-jamais.</p>
-
-<p>Je me suis laissé aller bien loin; cependant je ne recommencerai
-pas ma lettre et je ne la supprimerai pas. Je vous
-l’adresse dans votre solitude comme le meilleur et le plus
-sincère témoignage que je puisse donner de toute mon
-amitié et de toute mon estime<a name="FNanchor_233_233" id="FNanchor_233_233"></a><a href="#Footnote_233_233" class="fnanchor">[233]</a>.</p></div>
-
-<p class="p1">Pontmartin n’admirait pas seulement dans
-Louis Veuillot le puissant écrivain, l’incomparable<span class="pagenum"><a name="Page_210" id="Page_210">[210]</a></span>
-polémiste, l’homme aussi l’attirait; sa conversation
-le charmait plus encore que ses merveilleux
-articles. Ce lui était une fête de gravir, le soir,
-les trois étages du rédacteur de l’<i>Univers</i>, au 44
-de la rue du Bac. En ces mêmes temps, il lui
-arrivait parfois d’entrer, le mercredi, au numéro 40,
-de monter au premier étage et d’assister aux réceptions
-de Montalembert; mais ce n’était plus la
-même chose. Au 40, il lui fallait se souvenir qu’il
-était <i>Monsieur le comte</i> et cela ne faisait pas du
-tout le sien. Sa verve se glaçait, ses meilleurs calembours
-se figeaient sur ses lèvres. Il a tracé
-quelque part une peinture, peut-être un peu trop
-poussée au gris, de ce salon où, malgré tant d’éléments
-de curiosité respectueuse, de sympathie,
-d’admiration, régnait un majestueux ennui. «Pris
-isolément, dit-il, chaque personnage était excessivement
-intéressant, l’ensemble était, comme
-disent les vulgaires <i>loustics, à porter le Diable en
-terre</i>; et, en effet, le Diable, dans cette société
-édifiante où il eût perdu son temps, n’avait rien
-de mieux à faire qu’à se faire enterrer. On eût dit
-des ombres chuchotant avec des fantômes, des
-revenants du parlementarisme, accourus pour
-donner des nouvelles du discours qui allait être
-prononcé, du projet de loi qui allait être voté, de<span class="pagenum"><a name="Page_211" id="Page_211">[211]</a></span>
-l’amendement qui allait être discuté, de la sous-commission
-qui allait s’organiser au moment où
-quatre hommes et un caporal avaient dispersé nos
-législateurs. Quelquefois,&mdash;les grands soirs,&mdash;apparaissait
-une célébrité britannique ou irlandaise,
-anglicane ou méthodiste, qui, pour éviter de
-choisir entre sa langue naturelle et le français,
-prenait le sage parti de rester muette, et contribuait
-à l’effet imposant plutôt qu’à la gaîté de la
-soirée<a name="FNanchor_234_234" id="FNanchor_234_234"></a><a href="#Footnote_234_234" class="fnanchor">[234]</a>.»</p>
-
-<p>Au 44, quelle différence! Quelle simplicité!
-quelle bonhomie! Dans ces réunions charmantes,
-Pontmartin se sentait vraiment chez lui. Il s’y
-montrait tout simplement ce qu’il était en réalité,
-c’est-à-dire un <i>bon garçon</i>. Rien ne lui faisait plus
-de plaisir que de croire (comme cela lui arrivait en
-ces heureuses soirées) qu’il était, comme le maître
-de la maison, un parvenu de la plume, un <i>enfant
-de la balle</i>. Il s’abandonnait alors sans contrainte à
-toute sa verve; il prodiguait sans compter les traits
-les plus piquants et les aperçus les plus fins, les
-<i>à-peu-près</i> les plus impossibles et les calembours
-les plus détestables.</p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>Si lié qu’il fût avec le directeur de l’<i>Univers</i>,
-Pontmartin se séparait cependant de lui sur le terrain<span class="pagenum"><a name="Page_212" id="Page_212">[212]</a></span>
-politique. Il n’allait pas tarder à devenir l’un
-des rédacteurs du nouveau <i>Correspondant</i>, dont
-Louis Veuillot était le plus ardent adversaire.</p>
-
-<p>En 1855, Montalembert, privé de la tribune et
-ne pouvant songer à créer un journal, prit la
-direction de la Revue fondée par Edmond de Cazalès
-et Louis de Carné, et dans laquelle, vingt-cinq
-ans plus tôt, il avait publié son premier article.
-Depuis longtemps déjà, elle n’avait plus qu’une
-existence languissante et précaire; à peine lui
-restait-il quelques centaines d’abonnés. Le grand
-orateur crut qu’il était possible, dans les circonstances
-où l’on se trouvait alors, de la relever, d’en
-faire un organe d’opposition politique, en même
-temps qu’une arme de défense religieuse<a name="FNanchor_235_235" id="FNanchor_235_235"></a><a href="#Footnote_235_235" class="fnanchor">[235]</a>. Il sollicita
-la collaboration d’Armand de Pontmartin.
-Celui-ci débuta dans la Revue renaissante<a name="FNanchor_236_236" id="FNanchor_236_236"></a><a href="#Footnote_236_236" class="fnanchor">[236]</a>, par un
-article sur <i>le Correspondant et la littérature</i>, qui
-parut le 25 février 1856. Jusqu’à sa mort, il ne cessa
-d’y écrire. Dans l’un de ses derniers articles<a name="FNanchor_237_237" id="FNanchor_237_237"></a><a href="#Footnote_237_237" class="fnanchor">[237]</a>, celui
-du 10 décembre 1889, revenant sur ces vieux et
-chers souvenirs, il dira:</p>
-
-<p class="pbq p1">...En février 1856, le comte de Montalembert me fit le
-très grand honneur de m’engager à collaborer au <i>Correspondant</i><span class="pagenum"><a name="Page_213" id="Page_213">[213]</a></span>
-régénéré, renouvelé, rajeuni et agrandi. Il y a, de
-cela, trente-trois ans,&mdash;un tiers de siècle,&mdash;et voilà que,
-au bout de trente-trois ans, je me retrouve à cette même
-place, cherchant vainement du regard ceux dont la piété,
-l’éloquence, les écrits et les exemples devaient nécessairement
-m’inspirer l’émulation du bien. J’étais heureux et fier
-de redevenir soldat pour servir sous les ordres de pareils
-chefs. Aujourd’hui tous ont disparu. La France, profondément
-pervertie, révolutionnaire, athée, corrompue par la
-double complicité de l’impiété et du vice, d’une politique
-ignoble et d’une littérature infecte, s’efforce sans doute de
-les oublier. Les peuples déchus, par un juste châtiment,
-sont condamnés à avoir honte de ce qui fait leur gloire et à
-ne pouvoir songer qu’avec un remords à leurs sujets d’orgueil.
-Pour moi, ces hommes incomparables apparaissent
-d’autant plus haut que la société moderne est tombée plus
-bas, d’autant plus purs que nos politiciens sont plus vils.
-Montalembert! Augustin Cochin! Théophile Foisset!
-Armand de Melun! Falloux! Louis de Carné! Perreyve!
-Charles Lenormant! Lacordaire! Dupanloup! Ravignan!
-Gerbet! Vos noms bénis, vos noms illustres, doivent-ils
-éveiller les images funèbres que la mort offre à notre faiblesse?
-Je refuse de le croire. Pour des hommes tels que
-vous, la mort, c’est encore la vie; le deuil s’adoucit par la
-foi; le regret s’éclaire d’espérance. Aujourd’hui, en écrivant
-ces dernières lignes, je ne vous demande pas de me protéger
-en ce monde,&mdash;je ne suis plus de ce monde,&mdash;je
-vous demande de prier pour moi le Dieu de miséricorde et
-de bonté, afin qu’il m’accorde la faveur de bien mourir<a name="FNanchor_238_238" id="FNanchor_238_238"></a><a href="#Footnote_238_238" class="fnanchor">[238]</a>.</p>
-
-<p class="p1">L’article sur <i>le Correspondant et la littérature</i>
-n’est pas, tant s’en faut, parmi les meilleurs de
-Pontmartin. Il vise à être un manifeste, une profession
-de foi, un programme. L’écrivain sans<span class="pagenum"><a name="Page_214" id="Page_214">[214]</a></span>
-doute était toujours élégant et spirituel; mais il
-traduisait sa critique en maximes et la condensait
-en formules. Il mêlait à sa grâce aimable et légère
-quelque chose de solennel et d’un peu apprêté.
-Même il lui arrivait, à lui si simple d’ordinaire, si
-éloigné de toute prétention et de tout pédantisme,
-il lui arrivait de prendre un ton dogmatique, d’employer
-de grands mots, des termes ambitieux, <i>sesquipedalia
-verba</i>. C’était toujours du Pontmartin,
-mais du Pontmartin endimanché. Ses amis, qui l’aimaient
-mieux en son habit de tous les jours, eurent
-d’abord un peu d’inquiétude. Allait-il donc changer
-son salon en une salle de conférences, monter
-à la tribune pour faire, lui aussi, sa <i>Déclaration
-des droits de l’homme</i>... et du critique? Est-ce
-que, par hasard, les lauriers de Gustave Planche
-l’empêchaient de dormir? Ces inquiétudes durèrent
-peu. Dès le 25 mai 1856, il publiait un article
-sur les <i>Contemplations</i> de Victor Hugo, bientôt
-suivi d’une étude sur <i>Balzac</i><a name="FNanchor_239_239" id="FNanchor_239_239"></a><a href="#Footnote_239_239" class="fnanchor">[239]</a> et d’une autre sur <i>le
-Roman bourgeois et le roman démocratique</i><a name="FNanchor_240_240" id="FNanchor_240_240"></a><a href="#Footnote_240_240" class="fnanchor">[240]</a>; et
-dans ces divers morceaux se retrouvaient ses
-anciennes qualités, auxquelles se venait ajouter
-parfois une sorte de divination. Telles, par
-exemple, dans son étude sur les <i>Contemplations</i>,
-les pages où il pressent, où il voit, où il décrit,
-dès 1856, les dernières œuvres, les dernières
-années du grand poète; où il nous montre Hugo<span class="pagenum"><a name="Page_215" id="Page_215">[215]</a></span>
-devenu Dieu, se contemplant, se souriant dans sa
-création, comme dans le miroir de sa grandeur et
-de sa divinité; se grisant d’infini, s’endormant
-dans cet enivrement olympien, au murmure des
-océans et des mondes... et se réveillant à Charenton<a name="FNanchor_241_241" id="FNanchor_241_241"></a><a href="#Footnote_241_241" class="fnanchor">[241]</a>!&mdash;Pardon!
-c’est au Panthéon que je voulais
-dire.</p>
-
-<p class="p2">Pontmartin était passionné pour le théâtre, et
-ce goût chez lui devait persister jusqu’à la fin. De
-1873 à 1878, j’allais tous les ans passer avec lui,
-à Paris, une ou deux semaines. Nous dînions tous
-les soirs ensemble, et presque tous les soirs il me
-fallait l’accompagner à l’Opéra ou à l’Opéra-Comique,
-aux Français ou au Gymnase, où nous
-arrivions toujours avant le lever du rideau et où il
-s’amusait comme un enfant. Lorsqu’il était rédacteur
-en chef de l’<i>Opinion publique</i>, ce lui était un
-vif plaisir, nous l’avons vu, de prendre quelquefois
-la place de son <i>lundiste</i>,&mdash;Théodore Muret ou
-Alphonse de Calonne,&mdash;pour rendre compte lui-même
-de la pièce nouvelle. A l’<i>Assemblée nationale</i>,
-il lui avait fallu se cantonner dans son domaine
-propre, les livres, et laisser les théâtres à
-Édouard Thierry<a name="FNanchor_242_242" id="FNanchor_242_242"></a><a href="#Footnote_242_242" class="fnanchor">[242]</a> ou à M. Robillard d’Avrigny.
-Au <i>Correspondant</i>, il allait trouver la place libre.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_216" id="Page_216">[216]</a></span></p>
-
-<p>C’était l’époque où Dumas fils, Émile Augier,
-Octave Feuillet, Ponsard, Victorien Sardou triomphaient
-à la scène. Le <i>Correspondant</i> jusque-là
-n’avait guère eu de fenêtre ouverte sur le théâtre;
-mais force lui était bien maintenant de regarder
-aussi de ce côté. Il ne lui était plus loisible de tenir
-pour quantités négligeables des pièces dont le succès
-était éclatant, dont l’influence, salutaire ou
-funeste, était, de toute façon, considérable. Pontmartin
-fut chargé d’en entretenir les lecteurs de la
-Revue, de les apprécier au point de vue littéraire
-et surtout au point de vue social, de rechercher,
-non si elles étaient bien ou mal jouées, si elles faisaient
-ou non de grosses recettes, mais si elles élevaient
-ou abaissaient les intelligences et les cœurs.
-Ainsi se trouvait réalisée une de ses ambitions. Je
-lis dans une de ses lettres de cette époque: «Mon
-rêve a toujours été de généraliser et d’élever autant
-que possible les questions théâtrales et celles qui
-s’y rattachent, en dehors des commérages de foyer
-et des détails de coulisses. Que de choses par
-exemple à dire cet hiver sur le <i>Fils naturel</i><a name="FNanchor_243_243" id="FNanchor_243_243"></a><a href="#Footnote_243_243" class="fnanchor">[243]</a>: sur la
-<i>Jeunesse</i><a name="FNanchor_244_244" id="FNanchor_244_244"></a><a href="#Footnote_244_244" class="fnanchor">[244]</a> et sur les tendances que suppose dans la
-société le succès de pareilles pièces<a name="FNanchor_245_245" id="FNanchor_245_245"></a><a href="#Footnote_245_245" class="fnanchor">[245]</a>!»</p>
-
-<p>Les articles publiés par Pontmartin sur le théâtre
-feraient à eux seuls un volume, et il a eu bien tort<span class="pagenum"><a name="Page_217" id="Page_217">[217]</a></span>
-de ne pas en faire l’objet d’une publication spéciale.
-A la différence des courriéristes dramatiques,&mdash;ils
-s’appelaient alors Théophile Gautier, Jules
-Janin, Paul de Saint-Victor, Édouard Thierry,
-Francisque Sarcey,&mdash;il ne se borne pas à juger
-les pièces, abstraction faite de la société qui les
-produit, les accepte ou les explique. Il montre, au
-contraire, les rapports intimes et toujours croissants
-de cette société avec le genre de littérature
-le plus bruyant, le plus lucratif et le plus populaire.
-Ses articles ne sont pas de simples feuilletons,
-improvisés le lendemain d’une <i>première</i>; ce
-sont des études faites à loisir, qui embrassent parfois,
-à propos de la pièce nouvelle, l’ensemble
-même des œuvres d’un auteur. Cette suite de chapitres,
-s’ils étaient réunis, formerait une histoire
-de l’art dramatique en France de 1857 à
-1866, c’est-à-dire pendant la période la plus brillante
-que le théâtre ait traversée au <span class="smcap lowercase">XIX</span><sup>e</sup> siècle.
-Voici la table des matières de ce volume, qui serait
-parfait... si on le pouvait trouver chez Calmann
-Lévy: <i>La Question d’argent, M. Dumas fils<a name="FNanchor_246_246" id="FNanchor_246_246"></a><a href="#Footnote_246_246" class="fnanchor">[246]</a>.</i>&mdash;<i>La
-Société et le Théâtre, M. Dumas fils.</i>&mdash;<i>Un Père
-prodigue<a name="FNanchor_247_247" id="FNanchor_247_247"></a><a href="#Footnote_247_247" class="fnanchor">[247]</a>.</i>&mdash;<i>Octave Feuillet, auteur dramatique<a name="FNanchor_248_248" id="FNanchor_248_248"></a><a href="#Footnote_248_248" class="fnanchor">[248]</a>.</i>&mdash;<i>Eugène
-Scribe<a name="FNanchor_249_249" id="FNanchor_249_249"></a><a href="#Footnote_249_249" class="fnanchor">[249]</a>.</i>&mdash;<i>M. Victorien Sardou et le
-Théâtre en 1861<a name="FNanchor_250_250" id="FNanchor_250_250"></a><a href="#Footnote_250_250" class="fnanchor">[250]</a>.</i>&mdash;<i>Le Théâtre en 1863. Jean<span class="pagenum"><a name="Page_218" id="Page_218">[218]</a></span>
-Baudry, Montjoye, les Diables noirs, la Maison de
-Penarvan<a name="FNanchor_251_251" id="FNanchor_251_251"></a><a href="#Footnote_251_251" class="fnanchor">[251]</a>.</i>&mdash;<i>Le Lion amoureux et le Théâtre de
-M. Ponsard<a name="FNanchor_252_252" id="FNanchor_252_252"></a><a href="#Footnote_252_252" class="fnanchor">[252]</a>.</i>&mdash;<i>La Contagion et le Théâtre de
-M. Émile Augier<a name="FNanchor_253_253" id="FNanchor_253_253"></a><a href="#Footnote_253_253" class="fnanchor">[253]</a>.</i></p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>Pontmartin collaborait toujours à l’<i>Assemblée nationale</i>.
-Ses <i>Causeries littéraires</i> paraissaient régulièrement
-chaque semaine. Sans les interrompre, il
-donna au journal de la rue Bergère un roman dont
-la publication dura du 21 mai au 9 août 1856. Il
-portait dans le journal ce titre: <i>les Deux Érostrates</i>,
-en attendant de s’appeler, dans les éditions postérieures,
-<i>Pourquoi je reste à la campagne</i>, puis <i>les
-Brûleurs de Temples</i><a name="FNanchor_254_254" id="FNanchor_254_254"></a><a href="#Footnote_254_254" class="fnanchor">[254]</a>.</p>
-
-<p>Le roman commence mal. Il s’ouvre par un long
-prologue qui ne se rattache en rien à l’action.
-Félix Daruel, ancien lauréat du Concours général
-et de l’École de droit, qui aurait pu être, s’il
-l’avait voulu, un éminent avocat ou un écrivain
-distingué, et dont la <i>Revue des Deux Mondes</i> a déjà
-publié un ingénieux récit: <i>Eveline</i>,&mdash;j’allais dire
-<i>Octave</i>,&mdash;habite depuis huit ans la province, où il<span class="pagenum"><a name="Page_219" id="Page_219">[219]</a></span>
-s’est marié, où il vit sur ses terres, et où rien ne
-manque à sa gloire et à son bonheur, puisqu’il est
-conseiller municipal de sa commune et marguillier
-de sa paroisse. Parfois pourtant il se demande s’il
-a eu raison de renoncer à la littérature. Un jour,&mdash;c’est
-au moment de l’Exposition universelle de
-1855,&mdash;il se décide à louer un hôtel à Paris, à
-revoir ses anciens camarades, à reprendre pendant
-quelques mois, et qui sait? peut-être pour toujours
-cette vie brillante qui aurait pu être la sienne et à
-laquelle il n’a pas renoncé sans regret. Parmi les
-amis qu’il retrouve, il en est deux, Anselme Maynard
-et Julien Féraud, qu’il a perdus de vue depuis
-qu’ils sont entrés dans le journalisme. Partis de
-deux points extrêmes, et ayant employé des moyens
-contraires, ils se sont rencontrés, au bout, dans le
-même mécompte et dans le même malheur, Félix
-Daruel se fait raconter leur histoire,&mdash;et ce sera
-précisément là le roman. Il apprend d’eux comment
-la société peut repousser à la fois ceux qui
-l’attaquent et ceux qui la défendent. Leurs confidences
-l’éclairent sur l’imprudence qu’il commettrait,
-s’il cédait à l’envie d’entrer à son tour dans
-la lice et d’échanger contre une chance de succès
-et d’éclat le calme de son existence; elles lui apprennent
-à redouter l’épreuve, à retourner dans ses
-montagnes et à se contenter d’être heureux.</p>
-
-<p>Ce prologue n’est pas seulement inutile; par son
-caractère factice et conventionnel, il met le lecteur
-en défiance. Le roman, qui est excellent et qui
-peut, certes, se suffire à lui-même, gagnerait beaucoup<span class="pagenum"><a name="Page_220" id="Page_220">[220]</a></span>
-à être débarrassé de ce cadre un peu vieillot.</p>
-
-<p>La Révolution de 1848, survenant à l’heure où
-Pontmartin, après des débuts remarqués à la <i>Mode</i>
-et à la <i>Revue des Deux Mondes</i>, pouvait se croire
-assuré d’un succès brillant et d’une vie heureuse,&mdash;cette
-Révolution avait produit sur lui une impression
-qui ne devait plus s’effacer. Jeté soudain
-au fort de la mêlée, lui qui était fait pour le rêve
-plus que pour l’action, il avait vécu, pendant
-quatre ans, d’une vie ardente, fiévreuse, passionnée.
-Les spectacles et les émotions de ces quatre années,
-il les a retracés dans ce roman des <i>Deux Érostrates</i>,
-qui commence à la veille du 24 février 1848 et
-qui se termine au lendemain du 2 décembre 1851.
-Aussi bien son livre est-il moins un roman qu’une
-page de <i>Mémoires</i>. On éprouve en le lisant (pour
-peu qu’on oublie le fâcheux prologue) la sensation
-que donnent les <i>choses vues</i> et les <i>choses vécues</i>.</p>
-
-<p>Sans renoncer à ces analyses du sentiment et de
-la passion dans lesquelles il excellait, l’auteur, cette
-fois, avait accordé à l’action et au mouvement du
-drame une part plus large; sans verser dans le réalisme,
-il avait donné à ses personnages une <i>individualité</i>
-plus forte et plus accentuée. M. Servais, le
-député, Julien Féraud, le journaliste, Nathalie Duvivier,
-la directrice des postes, sont des types saisis
-sur le vif, si réels et si vrais qu’après plus d’un
-demi-siècle nous les retrouvons, sous la troisième
-République, tels que l’auteur les avait représentés
-sous la seconde. Dans cette peinture de quelques-unes
-de nos plaies sociales, Pontmartin avait déployé<span class="pagenum"><a name="Page_221" id="Page_221">[221]</a></span>
-des qualités de vigueur et d’énergie qu’on ne
-lui soupçonnait pas et qui le plaçaient, au moins
-pour une fois, très au-dessus de son ami Jules Sandeau.
-Son ennemi Balzac, s’il eût vécu, aurait
-applaudi à ces scènes de la vie politique, à ce roman
-royaliste et catholique.</p>
-
-<p class="p2">L’<i>Assemblée nationale</i> cependant n’avait plus
-longtemps à vivre.</p>
-
-<p><i>Un bien averti en vaut deux.</i> De ce proverbe,
-Pontmartin avait tiré une de ses nouvelles<a name="FNanchor_255_255" id="FNanchor_255_255"></a><a href="#Footnote_255_255" class="fnanchor">[255]</a>; mais,
-sous l’Empire, au moins en matière de presse, le
-vieux proverbe avait cessé d’être une vérité. Un
-journal bien <i>averti</i>, loin d’en valoir deux, n’en valait
-plus même la moitié d’un. Il était comme un
-condamné mis en chapelle, et il n’avait plus qu’à
-attendre la venue de l’exécuteur. Ainsi en fut-il
-pour l’<i>Assemblée nationale</i>. Déjà frappée d’un
-double avertissement, elle fut, en juillet 1857, suspendue
-pour trois mois, avec défense, si elle reparaissait,
-de garder son titre qui avait trop l’air d’un
-défi lancé aux vainqueurs du 2 décembre. Lorsqu’elle
-reparut en octobre, elle s’intitula <i>le Spectateur</i>.
-Pontmartin y reprit ses Causeries littéraires,
-mais ce sera seulement pour quelques semaines.
-Le 14 janvier 1858, avait lieu l’attentat d’Orsini.
-Le lendemain, le <i>Spectateur</i> publia un article où il
-laissait entendre, en termes très légèrement voilés,
-que l’Empire, n’ayant pas de racines dans le pays<span class="pagenum"><a name="Page_222" id="Page_222">[222]</a></span>
-et ne tenant qu’à un homme, aurait cessé d’exister
-si les bombes d’Orsini avaient atteint Napoléon
-III. Vingt-quatre heures après, le <i>Spectateur</i>
-avait vécu.</p>
-
-<p class="p2">Il ne se pouvait pas que les Causeries littéraires
-de Pontmartin cessassent de paraître, précisément
-à l’heure où il était devenu, sans conteste, le
-maître du genre. Plusieurs journaux sollicitèrent
-aussitôt sa collaboration. Celui qui était le moins
-riche et qui lui faisait les offres les plus modestes
-fut précisément celui dont il accueillit les propositions.
-L’<i>Union</i> ne peut lui donner que 75 francs
-par article; n’importe, il écrira dans l’<i>Union</i>. N’est-elle
-pas la feuille royaliste entre toutes, le journal de
-Laurentie et d’Henry de Riancey, l’ancienne <i>Quotidienne</i>,
-qui publia jadis ses <i>Causeries provinciales</i>?</p>
-
-<p>Son premier article parut le 23 mars 1858. De
-même qu’il avait autrefois consacré sa première
-causerie de l’<i>Assemblée nationale</i> à M<sup>me</sup> Émile de
-Girardin, de même il consacra sa première causerie
-de l’<i>Union</i> à M. Émile de Girardin, qui venait
-de perpétrer une comédie ridicule, intitulée <i>la Fille
-du Millionnaire</i>. L’article avait pour titre: <i>le Fils
-du Millionnaire</i> ou <i>les Délassements d’un homme
-fort</i>. C’est une des pages les plus spirituelles de
-Pontmartin<a name="FNanchor_256_256" id="FNanchor_256_256"></a><a href="#Footnote_256_256" class="fnanchor">[256]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_223" id="Page_223">[223]</a></span></p>
-
-<h3>IV</h3>
-
-<p>Si vifs qu’il fussent, ses succès parisiens ne
-faisaient point oublier à Pontmartin sa province
-natale, son petit village et la maison paternelle,
-sa maison des Angles. Il continuait d’y habiter la
-plus grande partie de l’année. Chaque année aussi,
-en août et septembre, il venait à la Mûre<a name="FNanchor_257_257" id="FNanchor_257_257"></a><a href="#Footnote_257_257" class="fnanchor">[257]</a>, avec
-son fils, passer les vacances chez l’aïeule maternelle.
-A vingt minutes de la Mûre se trouvait le
-beau château de Gourdan, appartenant au comte
-de Vogüé. L’intimité régnait entre la modeste
-villa et la demeure seigneuriale, où grandissait
-Eugène-Melchior de Vogüé, de trois ans plus
-jeune qu’Henri de Pontmartin. L’auteur des <i>Causeries
-littéraires</i> assistait avec bonheur aux jeux de
-son fils et du futur académicien, dont il pressentit
-de bonne heure le brillant avenir et dont il eut la
-grande joie d’être le premier à saluer les éclatants
-débuts<a name="FNanchor_258_258" id="FNanchor_258_258"></a><a href="#Footnote_258_258" class="fnanchor">[258]</a>.</p>
-
-<p>Ainsi commencées dans l’Ardèche, les vacances
-se terminaient toujours dans le Vaucluse et dans
-le Gard, où de nouveaux devoirs allaient retenir de
-plus en plus Pontmartin. En cette année 1858, où
-nous a conduits notre récit, il devenait maire des<span class="pagenum"><a name="Page_224" id="Page_224">[224]</a></span>
-Angles. Comment la chose arriva, lui-même le raconte
-en ces termes dans une lettre à son ami Autran:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr6 p1">Les Angles, le 18 octobre 1858.</p>
-
-<p>Voilà, cher et excellent ami, une bien longue lacune dans
-notre correspondance. Si je vous dis comment je l’ai remplie,
-il faudra ou que vous cessiez d’être poète, ce qui vous est
-impossible, ou que vous cessiez de m’aimer, ce qui, je
-l’espère, vous est presque aussi difficile. Depuis un mois,
-j’ai été absorbé par une crise municipale et rustique d’où je
-crois que je vais sortir... maire des Angles! Oui, mon ami,
-voilà comment finissent les ambitions humaines. On part,
-le bâton à la main, pour le pays de l’idéal. On rêve littérature,
-critique et roman; on détourne superbement sa
-pensée des vils intérêts de la terre. Mais les années passent;
-la lassitude arrive; on revient chez soi, l’aile blessée; et
-alors on s’aperçoit que, pendant que l’on courait le monde
-des idées et des songes, deux ou trois intrigants de village
-se sont complètement emparés du pays où l’on avait eu jadis
-de l’influence, et que, si on les laissait faire, ils mèneraient
-tout doucettement à sa ruine une fortune territoriale et
-riveraine sans cesse exposée et menacée. C’est ce qui m’est
-arrivé cette année, et il s’y est joint la conviction que, si cet
-état de choses se prolongeait, toute religion, toute morale,
-toute honnêteté étaient perdues dans cette pauvre commune
-que j’aime, et où j’avais toujours tâché de faire un peu de
-bien. Alors je suis allé me plaindre, j’ai eu affaire à un
-préfet<a name="FNanchor_259_259" id="FNanchor_259_259"></a><a href="#Footnote_259_259" class="fnanchor">[259]</a>, homme d’esprit, qui m’a dit en souriant qu’il y
-avait moyen d’arranger les choses, mais que quand on avait
-boudé pendant six ans, et que l’on demandait au gouvernement
-une marque de confiance, il fallait payer une petite
-rançon... Bref, mon cher ami, on m’a fait entendre
-poliment, et même avec quelques compliments fort bien
-tournés, qu’en acceptant la mairie des Angles, je lèverais<span class="pagenum"><a name="Page_225" id="Page_225">[225]</a></span>
-toutes les difficultés. Je me suis récrié d’abord, puis j’ai
-réfléchi, et j’ai fini par dire <i>oui</i>; si bien que j’attends ma
-nomination d’un moment à l’autre. Eh bien! cher ami, vous
-connaissez ma manie d’analyse. Je me suis convaincu, <i>de
-visu</i>, pendant toute la durée de cette tempête dans un verre
-d’eau du Rhône, que la chose à laquelle le cœur et l’esprit
-s’accoutumaient le plus aisément, c’était l’amoindrissement
-du cadre. Le fait est que j’ai fini par me passionner contre
-le sieur P..., mon féroce prédécesseur, comme je me passionnais
-autrefois contre feu Gustave Planche, ou contre
-Taxile Delord. Les marches et les contremarches de la
-troupe ennemie, leurs courses à Uzès et à Nimes, les péripéties
-de la lutte, les espérances des uns, les angoisses des
-autres, tout cela, mon cher ami, avait pris, à la longue,
-pour moi, les proportions d’un drame de la Porte-Saint-Martin
-ou du Gymnase, dont j’aurais été auteur et acteur.
-Enfin, pour passer du plaisant au grotesque, je vous dirai
-que tout mon sang, presque quinquagénaire, en a été
-tellement fouetté, agité, chauffé, que j’y ai gagné une série
-de <i>clous</i> horriblement mal placés, qui ont achevé d’accrocher
-ma littérature et ma correspondance. Je ne puis pas m’asseoir
-et, dans ce moment-ci, je vous écris sur une espèce de
-pupitre improvisé. Mais, grand Dieu! c’est assez vous parler
-de moi. Votre changement d’adresse me prouve que vous
-vous êtes établi à Paris, et que vous ne retournerez pas, cet
-automne, en Provence... Quant à moi, je suis retenu au
-rivage, non pas par ma grandeur, mais par mon écharpe.
-Je vais vous envoyer, comme précurseurs, ma femme et
-mon Bonapartiste<a name="FNanchor_260_260" id="FNanchor_260_260"></a><a href="#Footnote_260_260" class="fnanchor">[260]</a>, et j’irai vous retrouver dans le courant
-de décembre. Quand je songe que je perds une grande
-partie de votre séjour à Paris, que j’allais publier, le
-1<sup>er</sup> novembre, mon cinquième volume de <i>Causeries littéraires</i>,
-que Lévy s’apprête sans doute à laisser tomber silencieusement
-dans son gouffre hebdomadaire; que j’aurais pu
-profiter à la fois de votre charmante et précieuse amitié, et<span class="pagenum"><a name="Page_226" id="Page_226">[226]</a></span>
-de cette espèce de trêve littéraire que votre salon m’a toujours
-offerte; quand je songe que je sacrifie tout cela au
-plaisir d’administrer un village de 400 âmes..., je me
-demande si on m’a tout à coup fait changer de nature, de
-goûts, d’idées, d’habitudes, en vertu de quelque avatar
-rustique oublié par Théophile Gautier<a name="FNanchor_261_261" id="FNanchor_261_261"></a><a href="#Footnote_261_261" class="fnanchor">[261]</a>. Faut de la raison,
-mais pas trop n’en faut, et il me semble cette fois que les
-extrêmes se touchent, que jamais je n’ai été plus fou que
-depuis que je me crois plus sage... Adieu, je vous quitte
-pour mon adjoint, qui m’apporte à signer un devis des
-réparations de l’église; le malheureux! il a écrit réparation
-avec deux s, et comme je veux rester populaire, je respecte
-sa faute d’orthographe. Que les ambitieux sont lâches!
-<i>Omnia serviliter faciunt pro dominatione</i>.</p>
-
-<p>Tout à vous; gardez-moi le secret de mes faiblesses grammaticales
-auprès des illustres gardiens de la langue française,
-et croyez-moi</p>
-
-<p class="pi4">Bien à vous de cœur,</p>
-<p class="pr6"><span class="smcap">Armand de Pontmartin</span>.</p>
-
-<p class="p1"><i>P. S.</i>&mdash;Ma nomination m’arrive à l’instant. Mon émotion
-m’empêche d’ajouter un seul mot<a name="FNanchor_262_262" id="FNanchor_262_262"></a><a href="#Footnote_262_262" class="fnanchor">[262]</a>.</p></div>
-
-<p class="p1">L’installation de <i>Môsieu</i> le maire eut lieu le
-dimanche 24 octobre, avec accompagnement de
-salves, farandoles, bals rustiques, tonneaux en
-perce et feux d’artifice, telle à peu près qu’elle est
-décrite dans les <i>Jeudis de Madame Charbonneau</i><a name="FNanchor_263_263" id="FNanchor_263_263"></a><a href="#Footnote_263_263" class="fnanchor">[263]</a>.</p>
-
-<p>Ses amis de Paris raillèrent bien le triomphe
-rural et les lauriers villageois du <i>Critique devenu<span class="pagenum"><a name="Page_227" id="Page_227">[227]</a></span>
-berger</i>: quelques-uns cependant ne lui ménagèrent
-pas les félicitations, et Louis Veuillot joignit aux
-siennes de très nobles conseils. Il écrivait à Pontmartin,
-le 29 novembre 1858:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pi4">Mon cher ami,</p>
-
-<p>J’ai reçu votre lettre par la poste d’Avignon, mais votre
-livre<a name="FNanchor_264_264" id="FNanchor_264_264"></a><a href="#Footnote_264_264" class="fnanchor">[264]</a> n’est venu par aucune voie. Je le relirai, mais je ne
-veux pas l’attendre davantage pour vous remercier. Votre
-lettre est pleine de l’amitié que je désire de vous, j’en ai le
-cœur trop heureux.</p>
-
-<p>Je vous loue sincèrement d’avoir permis qu’on vous fît
-maire. Votre curé et votre village y gagneront beaucoup, et
-j’ai la conviction que nous n’y perdrons point. Ce petit maniement
-des hommes et ce plus long séjour aux champs
-accroîtront votre force sans rien ôter à votre charmante et
-merveilleuse agilité. J’ai toujours cru et j’ai toujours un
-peu dit que vous étiez trop dans le monde. Vous avez été
-diseur de grâces, il faut devenir diseur de vérités. Tournez
-par là vos pensées, comme votre cœur y était dès longtemps.
-Vous voyez que les vérités adoucies ne convertissent guère
-ceux qui haïssent la vérité; elles énervent ceux qui l’aiment.
-A ce métier on se diminue, et l’on ne fait pas le bien que
-l’on pourrait faire. Il faut être ce que l’on est. Nous sommes
-des épées. Taillons, coupons, abattons, non pour le plaisir
-du carnage, mais pour protéger tant de belles et saintes
-choses que Dieu a voulu qui fussent derrière la beauté et la
-sainteté de l’épée. Opposons la noble épée au stylet. Ne
-rendons pas au monde l’arme que Dieu nous a donnée,
-mais à Dieu lui-même. Pour n’être pas accrochée dans les
-musées académiques, elle n’en aura pas moins son lustre, si
-nous aimons la gloire; et il y a une gloire qu’il faut aimer.
-C’est la gloire d’avoir défendu la vérité, non suivant nos
-intérêts ni suivant nos goûts, mais telle qu’elle est et contre<span class="pagenum"><a name="Page_228" id="Page_228">[228]</a></span>
-les amis tièdes autant que contre les ennemis. Si ce que je
-vous dis là, très cher ami, vous paraît encore un peu fanatique,
-attendez un peu, et songez-y la prochaine fois que
-vous irez à la messe. Voyez le temps, voyez les hommes,
-voyez s’il leur faut des vérités nouvelles, ou s’il y a quelque
-chose de trop dans la sève de la vieille vérité. Ensuite, pensez
-que Dieu vous a donné une voix, et qu’il ne donne rien
-qui ne doive servir à quelque chose. Or, il n’y a qu’une
-chose qui soit quelque chose, c’est la vérité. Dieu nous a
-confié à tous un travail à faire pour la vérité. Il nous interrogera
-et nous jugera là-dessus. On me reproche souvent de
-manifester cette pensée: vous ne me saurez pas mauvais
-gré de vous aimer assez pour vous la dire. Franchement, si
-nous ne pensons point à cela, nous ne nous distinguons
-guère des gens d’esprit qui font le <i>Figaro</i>.</p>
-
-<p>Adieu, très cher ami, je désire bien que vous ne veniez à
-Paris que très tard ou très tôt. Je serai absent du 5 janvier
-au 15 ou 20 février, et je voudrais vous voir avant de partir,
-ou vous trouver au retour. Je ne vous dis pas où je vais.
-Où puis-je aller?</p>
-
-<p>Votre bien dévoué en Notre-Seigneur,</p>
-
-<p class="pr4"><span class="smcap">Louis Veuillot</span>.</p>
-
-<p class="pi4 p1">29 novembre 1858.</p>
-
-<p>Pardonnez-moi le retard de cette lettre que je viens de
-retrouver sur mon bureau lorsque je la croyais dans votre
-poche. J’ai vu votre jeune ami qui m’a paru fort bien. Il y
-a dans votre livre plusieurs chapitres que je ne connaissais
-pas. Je l’emporte à Rome<a name="FNanchor_265_265" id="FNanchor_265_265"></a><a href="#Footnote_265_265" class="fnanchor">[265]</a>.</p></div>
-
-<p class="p1">L’auteur des <i>Causeries littéraires</i> n’eut point à
-regretter d’avoir accepté l’écharpe municipale. Elle
-lui permit de faire un peu de bien, et puis, outre<span class="pagenum"><a name="Page_229" id="Page_229">[229]</a></span>
-la belle lettre de Louis Veuillot, elle lui valut de
-recevoir, un peu plus tard, une épître en vers, de
-Joseph Autran, qui figure en bonne place sous ce
-titre: <i>Mairie de village</i>, dans les <i>Épîtres rustiques</i>
-du poète<a name="FNanchor_266_266" id="FNanchor_266_266"></a><a href="#Footnote_266_266" class="fnanchor">[266]</a>.</p>
-
-<p class="p2">La mairie de Pontmartin devait durer six ans.
-Le 7 août 1864, après une longue maladie, suivie
-d’une interminable convalescence, il donna sa démission.</p>
-
-<h3>V</h3>
-
-<p>Pontmartin n’avait dans l’<i>Union</i> que deux causeries
-par mois<a name="FNanchor_267_267" id="FNanchor_267_267"></a><a href="#Footnote_267_267" class="fnanchor">[267]</a>. Ce n’était là pour lui qu’une trop
-faible et trop courte besogne. Depuis longtemps
-il a pris l’habitude d’écrire au moins un article
-par semaine. Et c’est pourquoi, en même temps
-qu’à l’<i>Union</i>, il collabore au <i>Correspondant</i>, à l’<i>Univers
-illustré</i>, à la <i>Semaine des Familles</i> et au <i>Journal
-de Bruxelles</i>, la plus importante des feuilles catholiques
-de Belgique.</p>
-
-<p>Les causeries du <i>Journal de Bruxelles</i>&mdash;la première<span class="pagenum"><a name="Page_230" id="Page_230">[230]</a></span>
-parut le 24 mars 1859&mdash;avaient pour titre
-général: <i>Symptômes du temps</i>. Elles étaient signées
-<i>Z. Z. Z.</i>, comme l’avaient été, vingt-trois ans plus
-tôt, les premiers articles de Pontmartin dans le
-<i>Messager de Vaucluse</i>.</p>
-
-<p>Pendant les années 1843, 1844 et 1845, Sainte-Beuve
-s’était fait, lui aussi, chroniqueur <i>extra muros</i>,
-hors frontières. Il envoyait régulièrement à
-Lausanne, à son ami M. Juste Olivier, directeur
-de la <i>Revue Suisse</i>, des articles qu’il ne signait
-pas<a name="FNanchor_268_268" id="FNanchor_268_268"></a><a href="#Footnote_268_268" class="fnanchor">[268]</a>. Cela lui permettait de prononcer sur les
-hommes et sur les choses des jugements tout à fait
-libres et indépendants, dégagés de ces ménagements,
-de ces atténuations, dont souffrent la vérité
-et la justice. Il ne faisait ainsi qu’user de son droit.
-Malheureusement, il excédait toutes bornes quand,
-à la même heure, il couvrait le même écrivain, le
-même livre, à Paris de louanges publiques, et à
-Lausanne d’injures anonymes<a name="FNanchor_269_269" id="FNanchor_269_269"></a><a href="#Footnote_269_269" class="fnanchor">[269]</a>.</p>
-
-<p>Avec Pontmartin, rien de pareil n’était à craindre.
-Il use largement, dans le <i>Journal de Bruxelles</i>, de
-son droit de dire sur les auteurs et leurs ouvrages
-la vérité tout entière, sans voiles et sans réticences;
-mais il ne se dédit pas d’un côté de la frontière à
-l’autre; ceux qu’il loue à Paris, il ne les dénigre
-pas à Bruxelles: ceux qu’il critique à Bruxelles,<span class="pagenum"><a name="Page_231" id="Page_231">[231]</a></span>
-il les critique aussi à Paris. Seulement, là-bas, les
-critiques sont plus vives, plus accentuées; dans ces
-libres causeries, l’auteur met tout son aiguillon.</p>
-
-<p>Il s’attache moins, du reste, à l’examen et à l’analyse
-des livres, qu’à l’étude des mœurs littéraires.
-Les livres et le théâtre lui sont surtout une occasion
-de peindre la société de son temps. Ces pages où
-le critique cède le pas au moraliste formeraient, si
-elles étaient réunies, un bien curieux volume,
-d’une ingéniosité piquante, d’une information sûre
-et d’une observation malicieuse.</p>
-
-<p class="p2">Dans cette chaire de Notre-Dame, illustrée par
-Lacordaire et le Père de Ravignan, le Père Félix<a name="FNanchor_270_270" id="FNanchor_270_270"></a><a href="#Footnote_270_270" class="fnanchor">[270]</a>,
-avec une éloquence simple et forte, avec une puissance
-de logique admirable, traitait, depuis plusieurs
-années déjà, la question du <i>Progrès</i>. Le progrès de
-l’industrie, de la science, de la machine, du bien-être,
-le progrès réaliseur des merveilles accomplies
-par l’homme seul, assez fort pour se passer de
-Dieu, est devenu le mot d’ordre, le symbole, le
-<i>Credo</i> d’une époque qui ne veut plus subir l’humiliation
-de croire, ni le chagrin de douter! A cette
-idole, dont le culte ne prétendait à rien moins qu’à
-remplacer les religions tombées, le P. Félix opposait
-<i>le Progrès par le Christianisme</i>. Il parut à Pontmartin<span class="pagenum"><a name="Page_232" id="Page_232">[232]</a></span>
-que ces belles conférences avaient plus
-d’importance et présentaient plus d’intérêt, même
-pour un simple critique littéraire, que les comédies
-de M. Dumas fils ou de M. Augier, que les
-romans de M. Feuillet ou de M. Mürger. Il leur
-consacra, non pas une ou deux causeries, mais
-tout un petit volume, qui parut en 1861 sous ce
-titre: <i>Le Père Félix, Étude et Biographie</i><a name="FNanchor_271_271" id="FNanchor_271_271"></a><a href="#Footnote_271_271" class="fnanchor">[271]</a>. C’est un
-de ses meilleurs écrits, celui peut-être, dont, en
-ses derniers jours, le souvenir lui était le plus précieux<a name="FNanchor_272_272" id="FNanchor_272_272"></a><a href="#Footnote_272_272" class="fnanchor">[272]</a>.</p>
-
-<p class="p2">Depuis le 1<sup>er</sup> février 1855, Pontmartin avait
-cessé de collaborer à la <i>Revue</i> de M. Buloz. Celui-ci
-ne pouvait s’en consoler, et, toutes les fois que
-l’occasion s’en présentait, il essayait de ramener
-au foyer de la rue Saint-Benoît le chroniqueur
-prodigue. Il eût tenu pour une particulière victoire
-de le détacher du <i>Correspondant</i>; mais à cela il ne
-fallait pas songer. Il obtint seulement, dans l’été
-de 1861, que Pontmartin, tout en restant le critique
-en titre de la Revue de la rue de Tournon<a name="FNanchor_273_273" id="FNanchor_273_273"></a><a href="#Footnote_273_273" class="fnanchor">[273]</a>,
-donnerait de temps à autre des articles à la <i>Revue<span class="pagenum"><a name="Page_233" id="Page_233">[233]</a></span>
-des Deux Mondes</i>. Sa signature y reparut le
-1<sup>er</sup> août 1861. Il m’écrivait le 14 janvier 1862:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">Il est très vrai que j’ai été rappelé à la <i>Revue des Deux
-Mondes</i> avec quelque insistance par les maîtres du logis<a name="FNanchor_274_274" id="FNanchor_274_274"></a><a href="#Footnote_274_274" class="fnanchor">[274]</a>;
-j’étais à la campagne à cent quatre-vingts lieues de la rue
-Saint-Benoît, et ils m’écrivirent à cette époque trois ou
-quatre lettres de rappel. Mais je ne m’y sens plus à mon
-aise; j’y perds, ce me semble, le peu d’originalité et de
-physionomie que je puis avoir. En outre, ma femme et mes<span class="pagenum"><a name="Page_234" id="Page_234">[234]</a></span>
-amis, sans me blâmer absolument, s’inquiètent pour moi de
-ces voisinages, de ces influences peu orthodoxes; aussi, sous
-ce rapport comme sous tous les autres, l’approbation
-d’hommes tels que vous m’est infiniment précieuse.</p></div>
-
-<p class="p1">En 1861, Pontmartin publia successivement
-dans la <i>Revue</i>: <i>les Poètes et la Poésie française en
-1861</i><a name="FNanchor_275_275" id="FNanchor_275_275"></a><a href="#Footnote_275_275" class="fnanchor">[275]</a>;&mdash;<i>Henry Mürger et ses œuvres</i><a name="FNanchor_276_276" id="FNanchor_276_276"></a><a href="#Footnote_276_276" class="fnanchor">[276]</a>;&mdash;<i>Le
-Roman et les romanciers en 1861</i><a name="FNanchor_277_277" id="FNanchor_277_277"></a><a href="#Footnote_277_277" class="fnanchor">[277]</a>; puis, le 1<sup>er</sup> mai
-1862, <i>le Théâtre contemporain</i>.</p>
-
-<p class="p2">A cette date de 1862, Pontmartin a conquis une<span class="pagenum"><a name="Page_235" id="Page_235">[235]</a></span>
-légitime et brillante renommée. Ses nouvelles et
-ses romans, d’une part, et ses <i>Causeries</i>, de l’autre,
-auraient suffi à faire la réputation de deux écrivains.
-Comme conteur et romancier, il n’est qu’au
-second rang; mais, comme critique, il est bien près
-d’être au premier. Sainte-Beuve sans doute est le
-maître incontesté de la critique; mais s’il n’occupe
-pas le trône, Pontmartin&mdash;selon le mot d’un
-spirituel écrivain de ce temps-là<a name="FNanchor_278_278" id="FNanchor_278_278"></a><a href="#Footnote_278_278" class="fnanchor">[278]</a>&mdash;«Pontmartin
-est assis sur les marches, et c’est le premier de nos
-princes du sang». Il s’est d’ailleurs créé un apanage
-qui lui appartient. La Causerie littéraire est sa
-province, son domaine propre, que nul de ses
-confrères n’est en état de lui disputer. Il a l’honneur
-d’avoir des ennemis, mais il a l’amitié de
-Louis Veuillot, et aussi celle de Montalembert. Les
-grandes Revues lui sont ouvertes, la <i>Revue des
-Deux Mondes</i> aussi bien que le <i>Correspondant</i>. Les
-Guizot, les Cousin, les Falloux, les Villemain,
-les Noailles et les de Broglie, sont ses justiciables...
-et ses obligés. Il est sur le seuil de l’Académie;
-encore deux ou trois ans, encore deux ou trois
-volumes, et il sera l’un des Quarante.</p>
-
-<p>Sainte-Beuve, qui ne l’aime pas et qui voudrait
-bien pouvoir faire le silence autour de lui, est
-obligé, précisément à cette date où nous sommes
-arrivés, de lui consacrer un de ses <i>Lundis</i><a name="FNanchor_279_279" id="FNanchor_279_279"></a><a href="#Footnote_279_279" class="fnanchor">[279]</a>. «J’ai
-eu, dit-il, il y a quelque temps, maille à partir
-avec M. de Pontmartin; je ne viens pas réveiller<span class="pagenum"><a name="Page_236" id="Page_236">[236]</a></span>
-la querelle; mais <i>il m’est difficile d’éviter de parler
-d’un écrivain qui se fait lire du public et que nous
-rencontrons à chaque moment</i>.»</p>
-
-<p>Tout lui sourit donc; le succès lui vient de tous
-les côtés: mais la Fortune est traîtresse, et c’est à
-l’heure où il semble que Pontmartin va entrer au
-port, que la tempête s’élève, et va l’en éloigner.
-Au mois d’avril 1862, éclate la <i>crise Charbonneau</i>.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_237" id="Page_237">[237]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="pc4">CHAPITRE X</h2>
-
-<p class="pch">LES JEUDIS DE MADAME CHARBONNEAU<br />
-(1862)</p>
-
-<p class="pcs">Jacques Lecoffre, Alfred Nettement et la <i>Semaine des Familles</i>.&mdash;Le
-maire de Gigondas.&mdash;<i>Journal d’un Parisien en retraite.</i>&mdash;Modifications
-et retranchements.&mdash;L’Odyssée électorale de <i>Strabiros</i>.&mdash;La
-mort de <i>Raoul de Maguelonne</i>.&mdash;Jules Sandeau et
-H. de Balzac.&mdash;MM. Taxile Delord et Ernest Legouvé.&mdash;La
-lettre au <i>Figaro</i>.&mdash;Léopold de Gaillard et Léo de Laborde.&mdash;Le
-<i>Diogène</i> et M. Jules Claretie.&mdash;Les <i>Jeudis de Madame Martineau</i>.&mdash;Philinte
-et Alceste.&mdash;<i>Caritidès</i> et ses <i>Cahiers</i>.&mdash;Où
-Sainte-Beuve adresse une invocation à <i>Jupiter hospitalier</i>.&mdash;La
-visite chez <i>Marphise</i>.&mdash;M. Ferdinand Brunetière.&mdash;Lettre de
-Jules Janin.&mdash;Les <i>Vrais jeudis de Madame Charbonneau</i>.</p>
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>A la suite de la publication, au mois d’avril
-1855, du second volume des <i>Causeries littéraires</i>,
-renfermant l’article sur Béranger, Pontmartin, nous
-l’avons vu, avait eu à subir un furieux assaut.
-Républicains et bonapartistes, <i>libéraux</i> et parlementaires
-plus ou moins victimes, cependant, du Deux-Décembre,
-tous avaient fait bloc contre le malappris
-qui, avec une telle irrévérence, parlait du<span class="pagenum"><a name="Page_238" id="Page_238">[238]</a></span>
-chantre de <i>Frétillon</i> et du <i>Dieu des bonnes gens</i>. Ce
-fut contre lui, dans toute la presse et sur toute la
-ligne, depuis le <i>Charivari</i> jusqu’au <i>Siècle</i>, un feu
-roulant d’imprécations et d’injures. Quand l’orage
-s’apaisait un peu, dans les moments d’accalmie, on
-se contentait de le traiter de triple jésuite et
-d’ennemi invétéré de «nos gloires nationales»!</p>
-
-<p>L’année d’après, nouvelle bourrasque. En 1856,
-Balzac était passé à son tour à l’état de fétiche.
-Ceux mêmes qui l’avaient insulté vivant faisaient
-maintenant bonne garde autour de sa gloire. On
-ne l’adorait pas seulement pour lui-même, dans
-son génie et dans ses œuvres, on le saluait comme
-le précurseur, l’aïeul de l’école naturaliste, et les
-tenants de cette école, déjà toute-puissante, voulaient
-qu’on aimât Balzac, comme Montaigne
-aimait Paris, jusque dans ses verrues. Pontmartin
-refusa son encens à la nouvelle idole. Sous ce
-titre: <i>les Fétiches littéraires</i>, dans le <i>Correspondant</i>
-d’abord<a name="FNanchor_280_280" id="FNanchor_280_280"></a><a href="#Footnote_280_280" class="fnanchor">[280]</a>, puis dans le premier volume des
-<i>Causeries du Samedi</i>, il publia sur la <i>Comédie humaine</i>
-et son auteur une étude très éloquente, très
-vive, passionnée même, injuste par endroits, mais,
-par plus d’un côté, pleine de vérité autant que de
-courage. Et voilà que, après avoir protesté contre
-le fétichisme-Balzac, Pontmartin, dans le même
-temps, s’élevait contre le fétichisme-Hugo<a name="FNanchor_281_281" id="FNanchor_281_281"></a><a href="#Footnote_281_281" class="fnanchor">[281]</a>. Cette<span class="pagenum"><a name="Page_239" id="Page_239">[239]</a></span>
-fois, la mesure était comble. La tempête de nouveau
-fit rage contre le malheureux critique. Il y
-eut, à ses dépens, redoublement d’injures et de
-quolibets, d’insinuations venimeuses et de gros
-mots. Pontmartin, très nerveux et très impressionnable,
-était extrêmement sensible à la critique,
-trop sensible même. Il ne songea pas pourtant à
-user de représailles. Ni en 1857, ni en 1858, l’idée
-ne lui vint de tirer vengeance de ses ennemis. J’ai
-sous les yeux sa Correspondance de cette époque,
-ses Lettres à Joseph Autran, à Alfred Nettement,
-à Victor de Laprade, celles, très nombreuses, qu’il
-m’écrivait et où il ne me cachait rien de ses sentiments
-et de ses projets. Nulle part on ne trouve
-un seul mot qui permette de supposer chez lui
-l’intention, le dessein de faire expier à ses adversaires
-les libertés qu’ils ont prises à son endroit,
-de leur rendre, sinon injure pour injure, du moins
-malice pour malice, ce qui lui était facile, puisque
-aussi bien nul n’avait plus d’esprit que lui, et de
-plus mordant.</p>
-
-<p>Comment donc a-t-il été amené, deux ans plus
-tard, en 1859, à écrire les <i>Jeudis de Madame Charbonneau</i>?
-La solution de ce petit problème ne sera
-peut-être pas sans intérêt.</p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>Au commencement de 1858, le chef d’une des
-plus importantes maisons de librairie de Paris,<span class="pagenum"><a name="Page_240" id="Page_240">[240]</a></span>
-M. Jacques Lecoffre, s’ouvrit à Alfred Nettement,
-dont il était l’éditeur et l’intime ami, de son désir
-de créer une Revue pour la jeunesse. Alfred Nettement
-en serait le directeur, et comme à l’<i>Opinion
-publique</i>, en 1848, il aurait pour principal lieutenant
-Armand de Pontmartin. Nettement accepta,
-Pontmartin, au premier instant, fit de même;
-mais, à la réflexion, estimant que la combinaison
-projetée n’allait pas sans de sérieuses objections,
-il en fit part aussitôt à Nettement dans la lettre
-suivante:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr4 p1">Mercredi matin (3 février 1858).</p>
-<p class="pi4">Mon cher ami,</p>
-
-<p>Vous allez me traiter de girouette, mais la nuit porte
-conseil et je crois devoir vous soumettre quelques observations
-supplémentaires à notre causerie d’hier au soir: il me
-semble que nous nous lançons bien témérairement, en des
-circonstances bien défavorables, dans une entreprise bien
-hasardeuse...</p>
-
-<p>A l’âge où nous sommes parvenus, au point de notre
-carrière où nous avons touché, nous ne devons pas nous dissimuler
-qu’un fiasco serait pour nous deux un désastre
-irréparable, et il pourrait y avoir un fiasco de bien des manières
-indépendantes de notre mérite. A quoi tient l’existence
-et le succès d’un journal qui repose sur deux personnes?
-Depuis un an, ma santé est chancelante et ma
-gastralgie me remonte de l’estomac à la tête. Vienne une
-indisposition, une inquiétude, et voilà le journal entravé et
-l’excellent M. Lecoffre perdant le fruit de ses sacrifices. Il y
-a dans ma vie des obstacles positifs et vous en avez ressenti
-les inconvénients dans l’<i>Opinion publique</i>. Ainsi, pour m’en
-tenir au plus prochain, je suis obligé d’aller passer huit ou
-dix jours à Avignon. J’ai mon syndicat des bords du Rhône,<span class="pagenum"><a name="Page_241" id="Page_241">[241]</a></span>
-dont je suis le président, et qui réclame ma présence tous
-les ans au mois de mai. Je vais à Vichy en juin, et à partir
-du 10 août, jour de la distribution des prix au lycée Bonaparte,
-nous nous enfuyons, ma femme, mon fils et moi,
-vers la montagne. Voilà quatre mois dont je ne puis disposer
-pour un travail régulier.</p>
-
-<p>Maintenant, mon ami, voici, selon moi, la plus grande
-des objections. Que ferons-nous dans ce journal? Ici je ne
-parlerai que pour moi. Mes causeries littéraires, paraissant
-dans un journal quotidien<a name="FNanchor_282_282" id="FNanchor_282_282"></a><a href="#Footnote_282_282" class="fnanchor">[282]</a>, où il y avait mille autres choses,
-politique, agriculture, musique, faits divers, pouvaient suffire
-et même plaire: pourvu que mon lecteur y trouvât un
-peu de distinction et de grâce, un peu de malice, il se tenait
-pour satisfait. Mais essayez de transporter une de ces causeries
-courtoises, tempérées, louangeuses avec réserve, dans
-un journal paraissant tous les quinze jours et ne vivant que
-de cela, et ce plat bi-mensuel paraîtra fade. En d’autres
-termes, nous arriverons à <i>éreinter</i>. Qui éreinterons-nous?
-Les impérialistes?... Oh! la matière serait belle et riche,
-mais ceux-là seront protégés et nous serions arrêtés avant
-notre troisième numéro. Les écrivains des <i>Débats</i>, de la
-<i>Revue des Deux Mondes</i>? Ils y prêtent, mais, en ce moment-ci,
-ils sont menacés. Les écrivains de l’école révolutionnaire,
-démocratique, socialiste? Il y a beaucoup à dire, mais le
-gouvernement prendra peut-être telle ou telle mesure,
-d’après laquelle ceux-là aussi seront bâillonnés et proscrits.
-Nous ne voulons, nous ne pouvons, nous ne devons être ni
-des..., ni des... Ceux-là s’appuient sur le pouvoir. C’est du
-haut d’une citadelle qu’ils fusillent leurs adversaires. Nous,
-nous serions en rase campagne, à découvert, avec notre caractère
-naturellement poli et bienveillant que nous serions
-obligés de violenter. Encore une fois, la lutte ne serait pas
-possible, et cependant nos noms sont trop significatifs...</p></div>
-
-<p class="p1">La fin de la lettre manque, mais la conclusion<span class="pagenum"><a name="Page_242" id="Page_242">[242]</a></span>
-se devine aisément. Pontmartin ne croyait pas
-devoir accepter. Quelques mois plus tard, sans
-revenir sur son refus de donner à la Revue projetée
-une collaboration régulière et suivie, il indiquait à
-Nettement dans quelles conditions il lui serait cependant
-possible d’y écrire:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr4 p1">Les Angles, 5 juin 1858.</p>
-<p class="pi4">Mon cher ami,</p>
-
-<p>L’événement n’a que trop justifié les appréhensions qui
-m’empêchèrent en février dernier d’accepter les honorables
-offres de notre excellent ami M. Lecoffre. Il s’agissait, vous
-le savez, d’une publication dont l’avenir eût reposé presque
-tout entier sur la collaboration de deux personnes. Or, je
-me sentais dans une mauvaise veine; et, en effet, dès le
-mois de mars, j’ai été pris, sous le pseudonyme de grippe,
-d’une irritation du larynx qui m’a forcé de quitter Paris
-dans un assez triste état, le 20 avril. A présent, je vais mieux,
-mais mon médecin veut absolument m’envoyer aux Eaux-Bonnes,
-sous peine, me dit-il, de ne pouvoir, sans imprudence,
-affronter un nouvel hiver parisien. Je partirai donc
-pour les Pyrénées le 20 ou le 25 juin; j’y passerai un mois,
-puis je repasserai par Paris, afin d’assister à la distribution
-des prix du lycée Bonaparte et de rejoindre, pour les vacances,
-mon cher petit ménage, dont j’aurai été séparé bien
-longtemps. Il n’y a guère moyen de fournir, à travers toutes
-ces allées et venues entremêlées de verres d’eau chaude, un
-travail régulier et à jour fixe. Je viens d’écrire à M. de
-Riancey<a name="FNanchor_283_283" id="FNanchor_283_283"></a><a href="#Footnote_283_283" class="fnanchor">[283]</a> pour le prier de me mettre la bride sur le cou à
-partir du 29 juin, et de m’autoriser à remplacer mes causeries
-littéraires par quelques articles de fantaisie, qui<span class="pagenum"><a name="Page_243" id="Page_243">[243]</a></span>
-pourront paraître irrégulièrement. Je vous en dirai autant
-pour M. Lecoffre. Du 15 juillet au 15 octobre, il me serait
-difficile de lui promettre des articles de critique. Je n’ai pas
-ici ma provision de livres, je mènerai une vie un peu
-nomade... Mais je ferai, dans ce genre, ce que je pourrai,
-et je suppléerai au reste par des articles qui me paraissent,
-soit dit entre nous, mieux convenir à un journal ou <i>magazine</i>
-illustré que des études purement littéraires. Ce seraient
-des récits de chasse, impressions de voyage, chroniques des
-eaux, scènes de la vie méridionale, en un mot de la littérature
-d’été. Si, à la rentrée des classes, M. Lecoffre persiste,
-je m’engagerai bien volontiers à lui donner, à son choix, une
-ou deux <i>Causeries</i> par mois...</p>
-
-<p>Adieu, mon cher ami, que ne puis-je vous posséder ici
-quelques jours! Vous me consoleriez du mistral qui nous
-ruine et nous causerions <i>de omni re scibili</i>. Vous avez la
-bonté de me parler de mes articles sur M. Guizot<a name="FNanchor_284_284" id="FNanchor_284_284"></a><a href="#Footnote_284_284" class="fnanchor">[284]</a>; ils
-m’ont donné plus de peine qu’ils ne valent, et l’illustre
-impénitent ne doit pas en être satisfait, car il n’a pas écrit,
-lui si exact en pareilles circonstances; et pendant ce temps
-beaucoup de royalistes me reprochaient trop de complaisance
-pour l’écrivain aux dépens de la politique et de l’histoire.</p>
-
-<p>Comment faire? Adieu encore; pardonnez-moi tout ce
-verbiage; mettez-moi aux pieds de M<sup>me</sup> Nettement et
-croyez-moi tout à vous de cœur.</p></div>
-
-<p class="p1">La petite Revue cependant, le <i>Magazine</i>, comme
-l’appelait Pontmartin, achevait de s’organiser.
-Elle ne serait pas bimensuelle, comme il en avait
-été d’abord question, mais hebdomadaire; elle
-aurait pour titre: <i>La Semaine des Familles, Revue<span class="pagenum"><a name="Page_244" id="Page_244">[244]</a></span>
-universelle sous la direction de</i> M. Alfred Nettement.
-Le premier numéro parut le samedi 2 octobre
-1858. Le 9 décembre, Nettement recevait la
-lettre suivante, qu’Armand de Pontmartin lui écrivait
-de sa maison des Angles:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pi4 p1">Mon cher ami,</p>
-
-<p>Je me bornerai cette fois à vous répondre quelques
-lignes, parce que je suis en train de faire mon article sur
-les <i>Souvenirs de la Restauration</i><a name="FNanchor_285_285" id="FNanchor_285_285"></a><a href="#Footnote_285_285" class="fnanchor">[285]</a> et qu’il faut que je sois
-prêt après-demain au plus tard. En lisant la <i>Semaine des
-Familles</i>, je me suis persuadé que le genre de travaux auxquels
-nous avions songé était tout à fait inapplicable à cette
-publication. Une <i>causerie littéraire</i> approfondie et détaillée,
-consacrée à un seul ouvrage, telle que je les écrivais dans la
-défunte <i>Assemblée</i>, telle que j’en écris encore dans l’<i>Union</i>,
-n’aurait pas convenu à votre public, ne se serait pas trouvée
-d’accord avec la physionomie du journal, et aurait fait, ce
-me semble, une singulière figure au milieu des articles signés
-<i>Curtius</i><a name="FNanchor_286_286" id="FNanchor_286_286"></a><a href="#Footnote_286_286" class="fnanchor">[286]</a>, <i>Félix Henri</i>, <i>Nathaniel</i><a name="FNanchor_287_287" id="FNanchor_287_287"></a><a href="#Footnote_287_287" class="fnanchor">[287]</a>, etc. J’avais cru primitivement
-que vous vouliez faire une œuvre analogue au
-<span class="smcap">Réveil</span><a name="FNanchor_288_288" id="FNanchor_288_288"></a><a href="#Footnote_288_288" class="fnanchor">[288]</a>... Au lieu de cela, vous nous donnez un <i>Musée des<span class="pagenum"><a name="Page_245" id="Page_245">[245]</a></span>
-Familles</i> avec une nuance plus monarchique et plus chrétienne,
-mais dont le but paraîtra surtout d’intéresser les
-jeunes personnes et les jeunes gens. Dès lors, cher ami, je
-n’ai plus trop su ce que je pourrais faire pour ce journal.
-Des articles de théâtre ou de causerie mondaine, il n’y fallait
-pas songer, puisque je suis à deux cents lieues du
-centre. J’ai pensé à <i>me rabattre sur la province</i>, et je vous
-propose une série d’articles qui s’appelleraient les <i>Jeudis de
-M<sup>me</sup> Charbonneau</i>. Ce serait un cadre élastique où je ferais
-entrer bien des choses ayant rapport à la littérature et à la
-société, sans trop appuyer, puis quelques courts récits,
-quelques détails de mœurs provinciales, quelques physionomies
-qui gardent leur couleur locale. Nous pourrions
-nous étendre et faire un volume. Sinon, au bout de quelques
-numéros, nous tournerions court. Qu’en dites-vous?
-En cas d’affirmative, écrivez-moi <i>oui</i>, et je vous enverrai
-mon premier article pour le jeudi 15 décembre...</p></div>
-
-<p class="p1">Est-ce donc qu’enfin, à ce moment, en décembre
-1858, l’idée lui est venue de mettre à mal
-ses ennemis littéraires et de venger ses vieilles
-querelles? En aucune façon. Seulement, il est
-arrivé ceci: le 15 octobre 1858, il a été nommé
-maire de son village, maire des Angles! Il peut
-bien avec ses amis plaisanter de sa nomination;
-au fond, il est véritablement et sincèrement
-ému, parce que ces modestes fonctions vont
-lui permettre de faire un peu de bien et d’empêcher
-beaucoup de mal dans ce village qu’il aime
-et où il est aimé. Et puis, à ce moment-là
-même, une illumination soudaine s’est faite en
-son esprit. Depuis un an, il se demande quel
-genre d’articles il pourrait bien donner à la <i>Semaine<span class="pagenum"><a name="Page_246" id="Page_246">[246]</a></span>
-des Familles</i>, au <i>Magazine</i> de M. Lecoffre.
-Plus d’incertitudes maintenant, plus de difficultés!
-Le <i>Cadre</i>, si vainement cherché, le voilà: Un
-écrivain de province, qui a eu des succès à Paris,
-mais que n’ont épargné ni les mécomptes ni les
-orages, quitte un beau jour la capitale et revient
-chez lui, l’aile blessée. A peine est-il de retour en
-sa maison, qu’on le bombarde maire du village;
-mais, au village, il retrouve ce qu’il vient de quitter,
-les passions, les ambitions, les intérêts, les ridicules,
-l’homme, enfin, à peu près le même partout.
-Pour se consoler de ses déceptions parisiennes,
-il lui suffira de se donner tour à tour le
-spectacle des scènes d’hier et de celles d’aujourd’hui,
-de mettre en regard les uns des autres les
-épisodes de sa vie littéraire et ceux de sa mairie de
-campagne. Sous des costumes et avec des acteurs
-différents, c’est au fond la même pièce, la même
-comédie,&mdash;la comédie humaine,&mdash;qui se joue
-sous ses yeux, à la ville et aux champs, à Paris et...
-à Gigondas!</p>
-
-<p>Tel est le sujet que va traiter Pontmartin, et
-son dessein, à ce moment, est de <i>ne pas appuyer</i>
-sur «les choses ayant rapport à la littérature»,
-et de développer surtout ce qui a trait aux
-«mœurs provinciales». Il a pour cela, d’ailleurs,
-deux bonnes raisons: d’une part, ses articles s’adresseront
-à de jeunes lecteurs, peu familiers avec
-les hommes et les choses littéraires, et, d’autre
-part, il se fait une fête de peindre avec toutes sortes
-de détails ces scènes villageoises si nouvelles pour<span class="pagenum"><a name="Page_247" id="Page_247">[247]</a></span>
-lui; il est encore dans sa <i>lune de miel</i> administrative,
-et il lui plaît d’en savourer les douceurs.</p>
-
-<p>Nous connaissons maintenant la genèse des
-<i>Jeudis de Madame Charbonneau</i>. A l’heure où
-Pontmartin en jette sur le papier les premières
-pages, il ne se propose nullement de composer
-un pamphlet et de faire du scandale. Son unique
-but est d’écrire, en se jouant, quelques articles
-qui amuseront les jeunes lecteurs de la petite
-Revue de M. Lecoffre, et un peu aussi leurs parents.</p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>Le 1<sup>er</sup> janvier 1859, la <i>Semaine des Familles</i>
-commença les <i>Jeudis de Madame Charbonneau</i>,
-avec ce sous-titre: <i>Journal d’un Parisien en retraite</i>.
-La publication dura près de deux ans. Le samedi
-4 août 1860, elle n’était pas encore terminée. Ce
-jour-là, la <i>Semaine</i> contenait le chapitre sur l’installation
-de George de Vernay (<i>aliàs</i> Armand de
-Pontmartin) comme maire de Gigondas. <i>La suite
-prochainement</i>, lisait-on au bas de l’article. La <i>suite</i>,
-les abonnés de la petite Revue ne devaient pas la
-lire. Elle a pour titre, dans le volume: <i>Comme
-quoi il n’est pas nécessaire, pour faire un FOUR,
-d’être auteur dramatique</i>. C’est le récit des amours
-de Madeleine Tournut et du jeune et bel Hippolyte,
-le <i>fournier</i> de la commune. L’idylle villageoise
-se termine par un mariage... forcé. On<span class="pagenum"><a name="Page_248" id="Page_248">[248]</a></span>
-était, à bon droit, très rigoriste à la <i>Semaine des
-Familles</i>. Alfred Nettement mit son <i>veto</i>, et le chapitre
-ne passa pas. La fin des <i>jeudis</i> a paru dans
-l’<i>Univers illustré</i>.</p>
-
-<p>En écrivant ses articles, Pontmartin s’était laissé
-aller peu à peu à modifier son plan primitif. Il
-comptait s’attacher surtout à la peinture des mœurs
-provinciales et glisser rapidement sur les scènes
-empruntées à la vie littéraire; mais, à peine a-t-il
-commencé de les esquisser que sa verve l’entraîne,
-que son esprit le grise, qu’il s’amuse tout le premier
-de ces scènes si amusantes, et qu’il ne résiste
-pas au plaisir d’ajouter chaque semaine à sa galerie
-quelque nouveau portrait. Lui qui d’abord ne voulait
-pas <i>appuyer</i>, il se trouve maintenant qu’il appuie
-trop. Il a tort assurément, mais de ce tort personne
-ne l’avertit; personne, sauf peut-être son jeune ami
-de Bretagne, qui ne compte guère, à coup sûr, et
-qui n’est, après tout, dans son coin de province,
-qu’un petit fabricant d’huiles et de savons. La
-publication, je l’ai dit, dura près de deux ans, et
-dans ces deux ans aucune plainte, aucune réclamation
-ne se fait entendre. Pontmartin en tire naturellement
-cette conclusion, que l’œuvre est innocente
-et la satire anodine. Il pourra m’écrire, en toute
-bonne foi, quelques années plus tard: «... Nettement
-me demanda quelques articles pour cette vertueuse
-<i>Semaine</i>. Pour me servir d’un mot dont on
-abuse, je fus d’abord tout à fait <i>inconscient</i> en écrivant
-ces chapitres qui me semblaient avoir assez
-peu de valeur. Ce qui contribua à me tromper,<span class="pagenum"><a name="Page_249" id="Page_249">[249]</a></span>
-c’est que la <i>Semaine des Familles</i>, s’adressant à un
-public spécial, faisait très peu parler d’elle dans la
-République des lettres<a name="FNanchor_289_289" id="FNanchor_289_289"></a><a href="#Footnote_289_289" class="fnanchor">[289]</a>...»</p>
-
-<p>Il avait si peu songé, en composant ses articles,
-à faire du bruit, à casser les vitres, que, les <i>Jeudis</i>
-une fois terminés, il les laissa dormir dans le petit
-<i>Magazine</i> de M. Lecoffre. Ils y restèrent en sommeil
-pendant près de deux ans. Bien des amis
-cependant l’engageaient à leur donner la publicité
-du livre, et lui disaient de temps en temps: «Vous
-avez là les matériaux d’un bien joli volume; quand
-le publierez-vous?» Le plus considérable de ces
-amis était Louis Veuillot; ses conseils finirent par
-l’emporter. Je lis dans la lettre que je citais tout à
-l’heure: «Ce fut Louis Veuillot qui me décida à
-publier les <i>Jeudis</i>...»</p>
-
-<p>Ils parurent le 4 avril 1862. Les modifications
-que leur avait fait subir l’auteur ne laissaient pas
-d’être considérables; mais ces changements, bien
-loin d’ajouter aux malices premières, les avaient,
-au contraire, très notablement atténuées.</p>
-
-<p>Il ne sera pas sans intérêt de relever ici les principales
-différences qui existent entre les articles et
-le livre.</p>
-
-<p>Le chapitre II, dans la <i>Semaine des Familles</i><a name="FNanchor_290_290" id="FNanchor_290_290"></a><a href="#Footnote_290_290" class="fnanchor">[290]</a>, se
-termine par l’indication, très sommaire, mais la
-plus suggestive et la plus piquante du monde, de
-quelques-uns des dossiers renfermés dans le portefeuille
-du terrible M. Toupinel: Dossier Jules<span class="pagenum"><a name="Page_250" id="Page_250">[250]</a></span>
-Janin;&mdash;dossier Alphonse Karr;&mdash;dossier Sainte-Beuve;&mdash;dossier
-des chroniqueurs: MM. Paul
-d’Ivoi, Henri d’Audigier, Eugène Guinot, Auguste
-Villemot, etc. Ces jolies pages ont été supprimées.</p>
-
-<p>Au chapitre III, dans la lettre de Clérisseau
-à l’ami Toupinel, suppressions très nombreuses
-encore, et dont bénéficient cette fois Jules Janin
-et Auguste Villemot (déjà nommés), Ernest Feydeau
-et son roman de <i>Fanny</i>, Octave Feuillet et
-son <i>Roman d’un jeune homme pauvre</i><a name="FNanchor_291_291" id="FNanchor_291_291"></a><a href="#Footnote_291_291" class="fnanchor">[291]</a>.</p>
-
-<p>Lorsque George de Vernay retrace, au chapitre IX,
-ses souvenirs des premiers temps du second
-Empire, il parle assez longuement&mdash;dans la
-<i>Semaine des Familles</i><a name="FNanchor_292_292" id="FNanchor_292_292"></a><a href="#Footnote_292_292" class="fnanchor">[292]</a>&mdash;de la <i>Revue contemporaine</i>,
-de son directeur, le généreux <i>Ariste</i> (le marquis
-de Belleval), et du successeur de ce dernier,
-le jeune <i>Cléon</i> (Alphonse de Calonne). Tout cela
-est écrit de verve. Supprimé dans le volume.</p>
-
-<p>Jusqu’ici cependant, tout se borne à des suppressions
-partielles. En voici de plus importantes.</p>
-
-<p>Je trouve dans la <i>Semaine</i> du 10 décembre 1859,
-tout un chapitre sur le <i>Figaro,</i> sur <i>Gorgias</i> (M. de
-Villemessant), sur <i>Mâchefer</i> (B. Jouvin) et sur
-quelques autres. Figaro, ce jour-là, fut battu sur
-son propre terrain et avec ses propres armes; le
-spirituel barbier était rasé... gratis. De ces pages,
-pas une ligne n’a passé dans le livre.</p>
-
-<p>Mais, de tous ces retranchements, les plus
-fâcheux, à coup sûr, portent sur les chapitres<span class="pagenum"><a name="Page_251" id="Page_251">[251]</a></span>
-parus les 2 et 16 juin 1860. Dans le premier,
-George de Vernay raconte avec humour l’odyssée
-avignonnaise de <i>Strabiros</i>, le directeur d’une Revue
-célèbre, candidat aux élections de 1849 pour l’Assemblée
-législative<a name="FNanchor_293_293" id="FNanchor_293_293"></a><a href="#Footnote_293_293" class="fnanchor">[293]</a>. Tout ce chapitre, l’un des
-meilleurs du livre, a disparu.</p>
-
-<p>Le chapitre suivant,&mdash;également supprimé dans
-le volume,&mdash;raconte la mort de <i>Raoul de Maguelonne</i>
-(Jules de la Madelène), l’auteur de cet admirable
-roman, <i>le Marquis des Saffras</i><a name="FNanchor_294_294" id="FNanchor_294_294"></a><a href="#Footnote_294_294" class="fnanchor">[294]</a>. A l’époque
-où Armand de Pontmartin était sorti du collège, le
-père de Jules de la Madelène, colonel du régiment
-en garnison à Avignon, logeait dans l’hôtel où
-habitaient ses parents, et les deux fils du colonel,
-Jules et Henry, tout enfants alors, étaient la joie de
-la maison. Après vingt-cinq ans, il se souvenait
-encore de leurs jolies têtes blondes, de leurs grands
-cheveux bouclés, de leurs frais sourires, et jamais
-leur nom n’était prononcé devant lui sans éveiller
-dans sa mémoire tout un cortège d’images riantes
-et printanières.</p>
-
-<p>Un jour, un ami vint lui dire: «Jules de la
-Madelène se meurt.» Une heure après, il était<span class="pagenum"><a name="Page_252" id="Page_252">[252]</a></span>
-dans la chambre du malade, à un cinquième étage
-de la rue des Martyrs. Le récit des derniers instants
-du jeune et malheureux écrivain est d’une émotion
-d’autant plus poignante, qu’il contraste davantage
-avec les pages satiriques qui le précèdent. En voici
-la fin:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">«Raoul! Raoul! calme-toi! Aie pitié de nous!» s’écriait
-son frère avec angoisse.</p>
-
-<p>Cette voix fraternelle parut apaiser le moribond. Il nous
-regarda l’un après l’autre. La sœur de charité priait; elle
-avait allumé un cierge, et cette pâle lueur donnait à cette
-chambre un aspect plus désolé. Je pris la main de Raoul; il
-ne me repoussa pas, mais il me dit d’une voix qui s’éteignait
-de plus en plus: «Épargnez cette page... Je l’aime...
-d’ailleurs le papier manque... et puis... tout finit!»</p>
-
-<p>Ses lèvres s’agitaient encore; mais le murmure qui en
-sortait n’était plus intelligible: bientôt ce murmure ne
-fut plus qu’un souffle; une heure après, Raoul expira.</p>
-
-<p>Je me joignis à son frère, à ses amis, pour lui rendre les
-devoirs suprêmes. Un prêtre qui l’avait connu enfant et qui,
-par un coup de la Providence, avait été amené chez lui au
-commencement de cette maladie qui tourna si court, prononça
-les dernières prières. Pendant que nous pleurions
-notre ami en plaignant ses expériences déçues et son talent
-flétri dans sa fleur, il priait pour ce pauvre et faible cœur
-qui n’avait pas su résister à une déception littéraire, et recommandait
-à Dieu l’âme immortelle qui venait de briser ses
-liens. Le lendemain, à huit heures du soir, un fiacre nous
-déposait, ma sœur Ursule et moi, à la gare du chemin de
-fer, et je disais un adieu, éternel peut-être, à cette ville perfide
-et abhorrée où la mort de Raoul de Maguelonne venait
-de donner une consécration sinistre à mes déceptions et à
-mes souffrances<a name="FNanchor_295_295" id="FNanchor_295_295"></a><a href="#Footnote_295_295" class="fnanchor">[295]</a>.</p></div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_253" id="Page_253">[253]</a></span></p>
-
-<p class="p1">Ce chapitre était le morceau capital des <i>Jeudis</i>;
-il était de plus le lien qui en reliait les deux parties.
-Il forme le nœud même de l’ouvrage, puisque
-c’est à la suite de la scène à laquelle il vient d’assister
-que George de Vernay se décide à quitter
-Paris et à regagner Gigondas. Pourquoi dès lors
-l’avoir sacrifié?</p>
-
-<p>Les suppressions que je viens de signaler n’étaient
-pas seulement regrettables en elles-mêmes; elles
-avaient, en outre, cet inconvénient de créer, dans
-le livre, assez de vides pour que l’auteur n’eût plus
-la matière de ce que les anciens appelaient un juste
-volume, <i>justum volumen</i>. Ces vides, il les fallait
-combler. Pontmartin se trouva ainsi conduit à
-intercaler dans son ouvrage de véritables hors-d’œuvre,
-comme l’<i>Homme bien informé</i> et l’<i>Invalide
-de lettres</i>, et d’autres pages encore qui n’avaient
-vraiment rien à y faire.</p>
-
-<p>En voulant «rajuster» les <i>Jeudis</i>, Pontmartin
-les avait gâtés. N’y aurait-il pas lieu aujourd’hui,
-dans une édition définitive, de les donner tels
-qu’ils furent primitivement composés, tels que
-Pontmartin les avait écrits de verve et de premier
-jet, tels enfin que les avaient publiés, en 1859 et
-en 1860, la <i>Semaine des Familles</i> et l’<i>Univers illustré</i>?</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_254" id="Page_254">[254]</a></span></p>
-
-<h3>IV</h3>
-
-<p>Les <i>Jeudis</i> firent un bruit terrible, selon le mot
-de Sainte-Beuve lui-même<a name="FNanchor_296_296" id="FNanchor_296_296"></a><a href="#Footnote_296_296" class="fnanchor">[296]</a>. Les amours-propres
-avaient été blessés, et les amours propres ne pardonnent
-pas. Ce fut un déchaînement général, une
-tempête furieuse, auprès de laquelle les orages
-qui avaient précédemment accueilli l’auteur des
-<i>Causeries littéraires</i> et des <i>Causeries du Samedi</i>
-n’étaient que des brises légères et de simples bonaces.</p>
-
-<p>Seize ans auparavant, Pontmartin avait dédié à
-Jules Sandeau son premier ouvrage; il avait de
-même inscrit son nom à la première page des <i>Jeudis</i>.
-L’auteur de <i>Marianna</i> n’était pas un méchant
-homme, mais il était faible, et il y avait déjà longtemps
-que Balzac avait dit de lui, dans une de ses
-lettres à M<sup>me</sup> Hanska: «Jules Sandeau a été une de
-mes erreurs... Il est sans énergie, sans volonté.
-Les plus beaux sentiments en paroles, rien en action
-ni en réalité. Nul dévouement de pensée ni
-de corps<a name="FNanchor_297_297" id="FNanchor_297_297"></a><a href="#Footnote_297_297" class="fnanchor">[297]</a>...» Quand il vit Pontmartin attaqué de
-toutes parts, il écrivit aux journaux qu’il ne le
-connaissait plus. Ce fut le coup le plus cruel, le
-seul cruel, à vrai dire, que reçut Pontmartin au
-cours de cette longue et tumultueuse crise,&mdash;la
-<i>crise Charbonneau</i>. Il affectionnait sincèrement<span class="pagenum"><a name="Page_255" id="Page_255">[255]</a></span>
-Jules Sandeau; il se réconciliera bientôt avec lui et
-il lui donnera jusqu’à la fin de nouvelles et éclatantes
-preuves de sa fidèle amitié.</p>
-
-<p>Balzac, en son temps, avait traversé une crise
-analogue. «Dans la lutte actuelle, écrivait-il en
-1836, je suis seul... Je dois même rendre justice à
-la presse, il y a chez elle une quasi-unanimité
-contre moi<a name="FNanchor_298_298" id="FNanchor_298_298"></a><a href="#Footnote_298_298" class="fnanchor">[298]</a>.» Cela aussi, Pontmartin l’eût pu dire.
-Les injures pleuvaient sur lui comme grêle. Ceux
-qui étaient nommés dans son livre poussaient des
-cris de paon. Ceux qu’il n’avait pas nommés et qui
-se voyaient ainsi privés de leur part de célébrité,
-ne se montraient pas moins animés, et peut-être
-étaient-ils les plus violents. Ils prenaient des airs
-de mépris, et allaient répétant partout: <i>Il n’a pas
-osé s’attaquer à moi! il eût trouvé à qui parler; il
-le savait bien et il s’est gardé des représailles!</i> Mais
-si les attaques se multipliaient, les réclamations,
-en revanche, étaient rares. Il n’y en eut que deux.
-M. Taxile Delord et M. Ernest Legouvé demandèrent
-deux rectifications, portant sur deux erreurs
-de fait, d’ailleurs de médiocre importance. L’auteur
-leur donna aussitôt satisfaction, comme il convenait
-à un galant homme. Cela fait, et les attaques
-continuant, Pontmartin adressa au directeur du
-<i>Figaro</i> la lettre suivante:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr4 p1">Paris, le 8 mai 1862.</p>
-<p class="pi4">Monsieur,</p>
-
-<p>Puisque vous ouvrez généreusement à un homme seul<span class="pagenum"><a name="Page_256" id="Page_256">[256]</a></span>
-contre tous la porte du <i>Figaro</i>, j’entre sans façon, et je vous
-demande une courte audience.</p>
-
-<p>Que l’on attaque mon livre et son auteur, je serais très
-ridicule de m’en plaindre. Je n’ai fait qu’user du droit de
-représailles: qu’on en use à mes dépens sur une échelle plus
-grande que celle de Jacob! Liberté, liberté complète, pourvu
-que les blessures s’arrêtent là où l’amour-propre change de
-nom.</p>
-
-<p>La réclamation de M. Taxile Delord a été accueillie par
-moi parce qu’elle portait sur un fait que j’ai reconnu vrai
-et qu’attestaient nos amis communs.</p>
-
-<p>J’ai été mou, très mou, vis-à-vis de M. Jules Sandeau, parce
-qu’il me faut plus de cinq minutes pour m’accoutumer à voir
-dans un de mes amis les plus chers mon ennemi le plus cruel.</p>
-
-<p>J’ai autorisé trois hommes particulièrement honorables
-à régler mon débat avec M. Legouvé, débat qui ne reposait
-que sur une erreur de date, étrangère à la sincérité du récit;
-ils avaient constaté d’ailleurs, sur des preuves irrécusables,
-que spontanément, sans y être invité, et pour une raison
-que dira ma nouvelle préface, j’avais fait, dix jours d’avance,
-trois fois plus que M. Legouvé ne me demandait.</p>
-
-<p>Les amis de M. Taxile Delord et ceux de M. Legouvé
-savent et peuvent dire si je leur ai fait l’effet d’un homme
-qui recule devant la conséquence la plus extrême de ses actes
-ou de ses écrits.</p>
-
-<p>En somme, pour expier mes excès de <i>méchanceté</i>, trois
-excès de modération.</p>
-
-<p>Maintenant, à ceux qui seront tentés de m’en demander
-un quatrième, je répondrai ceci:</p>
-
-<p>Voulez-vous attendre la seconde édition du livre? C’est
-l’affaire de quelques jours.</p>
-
-<p>Êtes-vous pressé? Je le suis plus que vous; il serait
-inutile de réclamer d’autres explications que celles qu’on
-trouvera dans ma préface. Épargnez-vous donc la peine de
-prendre le plus long, et contentez-vous de me demander le
-nom et l’adresse des amis chargés de répondre pour moi: ils
-sont désignés d’avance et ils sont prêts.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_257" id="Page_257">[257]</a></span></p>
-
-<p>Encore une fois, Monsieur, veuillez agréer mes remerciements
-et croyez à mes cordiales sympathies.</p>
-
-<p class="pr4">Armand <span class="smcap">de Pontmartin</span>.</p></div>
-
-<p class="p1">Les deux amis choisis par Pontmartin étaient
-Léopold de Gaillard et Léo de Laborde, ancien
-représentant de Vaucluse, l’un des plus énergiques
-députés de la droite à la Législative. L’honneur de
-l’auteur des <i>Jeudis</i> était en bonnes mains. Aucune
-réclamation nouvelle ne lui fut adressée, aucune
-demande d’explications ne se produisit.</p>
-
-<p>Sa lettre du 8 mai lui avait valu parmi les <i>jeunes</i>
-de chaudes sympathies. Jules Claretie s’en fit
-l’interprète dans un petit journal qui ne laissait
-pas de tenir alors assez brillamment sa place au
-soleil, le <i>Diogène</i>. Très touché de son article,
-Pontmartin l’en remercia aussitôt:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr4">Dimanche matin, 11 mai.</p>
-
-<p>En toute circonstance, Monsieur et jeune confrère, je
-vous aurais chaleureusement remercié de votre article si
-bienveillant et si sympathique. Mais j’en suis particulièrement
-touché dans un moment critique où mes amis les plus
-dévoués me blâment, où les tièdes s’éloignent de moi comme
-d’un homme compromettant et où ceux que j’ai offensés se
-livrent à une irritation trop naturelle. Vous êtes jeune et
-courageux, mon cher confrère; vous vous êtes généreusement
-placé en dehors de ces colères pour juger un livre excessif,
-imprudent, qui peut même, çà et là, me faire passer
-pour méchant, mais où il y a, je crois, un fond d’honnêteté
-et de vérité. Si je sors intact de cette crise, j’espère bien,
-mon cher Confrère, que nos relations n’en resteront pas là,
-et vous verrez peut-être, à l’user, que je ne suis pas aussi<span class="pagenum"><a name="Page_258" id="Page_258">[258]</a></span>
-noir que j’en ai l’air. Agréez, en attendant, mon cher défenseur,
-avec mes remerciements bien sincères, l’expression
-de mes cordiales sympathies.</p></div>
-
-<p class="p1">La petite guerre cependant continuait. Il m’écrit
-le 25 mai:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">...Je me reprochais déjà mon silence comme une ingratitude;
-et voici que je reçois votre lettre, nouveau témoignage
-de vos attentives et fidèles sympathies. Je vous assure
-que j’ai bien besoin d’être ainsi soutenu par quelques amis;
-car ici chaque jour amène quelque alerte, quelque incident
-désagréable; hier soir, par exemple, on m’a annoncé que le
-théâtre des Variétés allait jouer, sous le titre des <i>Jeudis de
-Madame Martineau</i>, une parodie aristophanesque de mon
-livre, où je serai très maltraité. Ceci n’est rien, et me
-semble de bonne guerre; mais ce sera tout naturellement
-l’occasion d’un éreintement collectif dans les feuilletons du
-lundi suivant, et la <i>crise Charbonneau</i>, que je regardais
-comme arrivée à son terme, en sera peut-être renouvelée...</p>
-
-<p>Je crains qu’il ne me soit maintenant comme impossible
-de faire de la critique sage et tempérée, de la littérature
-sérieuse, dans ces tons mixtes, fins, un peu gris, que je
-cherchais de préférence sur ma palette. Ce diable de petit
-livre rose (il est bleu à présent) sera toujours là, sur ma
-conscience, sinon comme un remords, du moins comme un
-regret, et aussi comme un de ces points lumineux et enflammés
-qui font paraître tout le reste froid et crépusculaire.
-Mais, pour le moment, je n’aspire qu’à une chose, à la campagne,
-au repos. Dès que je pourrai décemment quitter
-Paris, c’est-à-dire dans quatre ou cinq jours, j’irai, non
-pas chez moi,&mdash;j’y trouverais encore trop de mouvement
-et d’affaires,&mdash;mais chez ma belle-mère, où je tâcherai
-de vivre, pendant quelques semaines, d’une vie purement
-végétative et contemplative: car je suis exténué, accablé,
-brisé, à bout de forces... Quoi qu’il en soit, j’espère, mon
-cher ami, que cet orageux épisode resserrera encore nos<span class="pagenum"><a name="Page_259" id="Page_259">[259]</a></span>
-liens de bonne confraternité: ceux qui, dans cette circonstance,
-me sont demeurés fidèles, peuvent d’autant plus
-compter sur ma reconnaissance, qu’ils ont été plus rares.
-Léopold de Gaillard est à mes côtés, et m’a rendu de grands
-services. Nous dînons ensemble ce soir, et je m’acquitterai
-de vos commissions, ou plutôt je lui lirai votre lettre...</p></div>
-
-<p class="p1">On le voit, Pontmartin, en face du prodigieux
-succès de son livre, au lieu d’en être enivré, en
-ressentait du regret, presque du remords. On le
-peignait comme vindicatif et méchant; il était, en
-réalité, l’homme le plus doux du monde, le plus
-bienveillant, le plus prompt à l’éloge. S’il avait
-mérité un reproche comme critique, c’était d’être
-trop indulgent, de se montrer trop coulant à dire:
-«Beau livre, charmant livre, excellent livre!»
-On l’appelait communément le <i>Philinte</i> de la littérature.
-Un jour, il est vrai, il avait remplacé ses
-rubans roses par les <i>rubans verts</i> d’Alceste; mais
-cela, en dépit des apparences, n’avait rien changé
-au fond, et le fond, chez lui, c’était la bonté.</p>
-
-<p>Comme Philinte, du reste, ou, si on le veut,
-comme Alceste, Pontmartin était un gentilhomme.
-A la fin de son livre, laissant là tous les pseudonymes,
-à la La Bruyère ou par <i>à-peu-près</i>, dont il
-s’était servi au cours du volume, il avait mis sous
-chacun de ces noms de fantaisie le nom véritable.&mdash;Qui
-entendez-vous par <i>Argyre</i>? M. Edmond
-About.&mdash;Et <i>Porus Duclinquant</i>? M. Taxile Delord.&mdash;Et
-<i>Polycrate</i>? M. Gustave Planche.&mdash;Et
-<i>Molossard</i>? M. Barbey d’Aurevilly.&mdash;Et <i>Caritidès</i>?
-M. Sainte-Beuve.&mdash;Et ainsi pour tous les<span class="pagenum"><a name="Page_260" id="Page_260">[260]</a></span>
-autres. Après tout, c’était assez crâne, et on me
-permettra bien de mettre en regard de cette attitude
-les agissements de... <i>Caritidès</i>.</p>
-
-<p>Il n’est pas un homme de son temps, illustre
-dans les lettres ou la politique, que Sainte-Beuve
-n’ait encensé, ou au moins ménagé. Il n’en est pas
-un qu’il n’ait dénigré, ridiculisé, criblé d’épigrammes.
-Seulement, les dithyrambes étaient
-publics, les épigrammes, les méchancetés restaient
-secrètes. Il les confiait prudemment à des <i>cahiers</i>,
-soigneusement renfermés dans ses tiroirs. Ainsi
-a-t-il fait pour Chateaubriand, Hugo, Lamartine,
-Alfred de Vigny, Alfred de Musset, Charles Nodier,
-Montalembert, Guizot, Cousin, Villemain, Thiers,
-Saint-Marc Girardin, Tocqueville et vingt autres.
-Ces notes clandestines devaient sortir de l’ombre,
-un jour venant, mais seulement quand leur auteur
-serait à l’abri de toutes représailles. C’est d’autre
-sorte qu’agissait Pontmartin. S’il a satirisé,&mdash;non
-pas ceux qu’il célébrait en public,&mdash;mais ceux
-qui étaient ses adversaires et qui, pour la plupart,
-ne lui avaient pas ménagé les attaques; s’il les
-attaquait à son tour, c’était en plein soleil, en face
-et visière levée.</p>
-
-<p>Je viens de nommer Sainte-Beuve. Le 25 juillet
-1862, alors que la querelle semblait enfin épuisée,
-il publia un grand article, dans lequel il s’efforçait
-de la raviver. L’article est très habile, très
-spirituel, très brillant, mais les accusations qu’il
-renferme ne sont rien moins que justifiées. Le
-célèbre critique insiste d’abord sur la <i>préméditation</i>,<span class="pagenum"><a name="Page_261" id="Page_261">[261]</a></span>
-qui ne lui paraît pas douteuse. «Il y a eu,
-dit-il, préméditation, s’il en fut jamais, et ruse;
-vous n’êtes pas un enfant, ni nous non plus; nous
-savons vos finesses... Vous aviez en portefeuille
-des portraits méchants, et, selon vous, jolis: comment
-les produire? C’était une affaire de tactique.
-Vous les avez fait d’abord filer un à un, presque
-<i>incognito</i>, sans le masque et sans <i>clef</i>, dans un
-journal honnête qui colportait vos brûlots ou
-pétards sans s’en douter<a name="FNanchor_299_299" id="FNanchor_299_299"></a><a href="#Footnote_299_299" class="fnanchor">[299]</a>...»</p>
-
-<p>Rien n’est moins exact. Pontmartin,&mdash;les faits
-que j’ai rappelés au début de ce chapitre, les lettres
-que j’ai citées, le démontrent sans réplique,&mdash;Pontmartin
-a entrepris son livre sans savoir quel
-livre il ferait, sans même savoir s’il ferait un livre.
-Quand il a commencé, il s’agissait tout simplement
-pour lui d’envoyer de la <i>copie</i> à la <i>Semaine
-des Familles</i>, qui lui en demandait: il ne s’agissait
-en aucune façon de mettre au jour des portraits
-qu’il <i>avait en portefeuille</i>. Il n’avait jamais rien en
-portefeuille, il ne savait pas ce que c’était que
-d’avoir une <i>gardoire</i>. Improvisateur merveilleux,
-il n’attendait jamais au lendemain pour <i>produire</i>
-l’œuvre de la veille. Envoyer sans retard à l’imprimeur
-la page dont l’encre était à peine séchée,
-c’était là toute sa <i>tactique</i>. Qu’il eût raison de
-toujours la suivre, je me garderai bien de le dire,
-mais enfin c’était la sienne. Il laissait à d’autres,&mdash;que
-Sainte-Beuve connaissait bien,&mdash;les<span class="pagenum"><a name="Page_262" id="Page_262">[262]</a></span>
-manœuvres savantes, les temporisations habiles
-et les longues préparations.</p>
-
-<p>Le second reproche, ou plutôt la seconde accusation
-de l’auteur des <i>Nouveaux Lundis</i> n’est pas
-plus fondée que la première: «Les Anciens,
-honnêtes gens, écrit-il, avaient un principe, une
-religion: tout ce qui était dit à table entre convives
-était sacré et devait rester secret; tout ce qui était
-dit sous la rose, <i>sub rosâ</i> (par allusion à cette
-coutume antique de se couronner de roses dans
-les festins), ne devait point être divulgué et profané.
-Oh! que cela ne se passe pas ainsi avec
-M. de Pontmartin et sous ses marronniers<a name="FNanchor_300_300" id="FNanchor_300_300"></a><a href="#Footnote_300_300" class="fnanchor">[300]</a>!»
-Et, continuant, il parle d’«abominable procédé»,
-de «vraie traîtrise», de «manquement à
-tous les devoirs et à toutes les obligations envers
-Jupiter hospitalier». Et savez-vous pourquoi toute
-cette belle indignation, toute cette éloquente invocation
-aux Anciens et à <i>Jupiter hospitalier</i>;
-pourquoi Sainte-Beuve <i>remonte</i>, cette fois encore,
-<i>sur ses grands chevaux</i><a name="FNanchor_301_301" id="FNanchor_301_301"></a><a href="#Footnote_301_301" class="fnanchor">[301]</a>? Eh! mon Dieu, tout
-bonnement parce que Pontmartin a répété le joli
-mot de M. Buloz sur les marronniers des Angles,
-un mot d’homme d’esprit et qui n’était pas
-pour nuire à la réputation du directeur de la
-<i>Revue</i>!</p>
-
-<p>Mais voilà qu’après avoir invoqué Jupiter,
-Sainte-Beuve invoque... le comte d’Orsay: «Un
-jour qu’il était ruiné, un libraire de Londres lui<span class="pagenum"><a name="Page_263" id="Page_263">[263]</a></span>
-offrit je ne sais combien de guinées pour qu’il
-écrivît ses Mémoires et qu’il y dît une partie de ce
-qu’il savait sur la haute société anglaise avec
-laquelle il avait vécu.»&mdash;«Non, dit le comte
-après y avoir pensé un moment, je ne trahirai
-jamais les gens avec qui j’ai dîné<a name="FNanchor_302_302" id="FNanchor_302_302"></a><a href="#Footnote_302_302" class="fnanchor">[302]</a>.» Ce que le
-comte d’Orsay n’avait pas voulu faire, Pontmartin
-ne l’a pas fait davantage. Le seul des personnages
-de son livre avec lequel il eût dîné, c’était «le
-célèbre conteur <i>Eutidème</i>»,&mdash;Jules Sandeau. Il
-n’en parle qu’avec la plus vive sympathie. «Dieu
-merci! dit-il, je suis heureux de commencer par
-celui-là; car, de toutes mes illusions provinciales à
-l’endroit de la littérature et des écrivains en renom,
-il en est peu qui me soient restées plus intactes.
-C’est une âme honnête et délicate qu’Eutidème<a name="FNanchor_303_303" id="FNanchor_303_303"></a><a href="#Footnote_303_303" class="fnanchor">[303]</a>...»</p>
-
-<p>Dans les <i>Jeudis</i>, Eutidème conduit un soir
-George de Vernay chez <i>Marphise</i> (M<sup>me</sup> Émile de
-Girardin), qui est à la veille de faire représenter
-au Théâtre-Français sa tragédie de <i>Cléopâtre</i>, avec
-Rachel pour interprète. Nous assistons à la lecture
-de la tragédie, et ce n’est pas la moins jolie scène
-du volume et la moins malicieuse. Les juges les
-plus indulgents s’étonnèrent que Pontmartin eût
-persiflé M. et M<sup>me</sup> Émile de Girardin après leur
-avoir été présenté et avoir passé quelques heures
-sous leur toit. La vérité est que l’auteur des <i>Jeudis</i>
-n’avait jamais mis les pieds dans le salon du petit<span class="pagenum"><a name="Page_264" id="Page_264">[264]</a></span>
-hôtel de la rue de Chaillot. «Jamais, dit-il dans
-ses <i>Souvenirs d’un vieux critique</i><a name="FNanchor_304_304" id="FNanchor_304_304"></a><a href="#Footnote_304_304" class="fnanchor">[304]</a>, jamais je ne
-me serais permis ces railleries si j’avais été vraiment
-reçu par l’illustre Delphine, si j’étais resté
-cinq minutes dans son salon, si j’avais pris un
-verre d’eau chez elle! Dans mon récit, où la fantaisie
-alternait avec la satire, il m’avait semblé que
-je pouvais déplacer cette scène, qui avait eu réellement
-lieu le 12 novembre 1847, au foyer du
-Théâtre-Français, à la répétition générale de
-<i>Cléopâtre</i>. Là, j’étais strictement dans mon droit,
-puisque M. Buloz<a name="FNanchor_305_305" id="FNanchor_305_305"></a><a href="#Footnote_305_305" class="fnanchor">[305]</a> m’avait amené pour me mettre
-en mesure de rendre compte de la tragédie nouvelle
-dans la <i>Revue</i> du 15.»</p>
-
-<p>Au fond, dans tout cela, il y avait plus d’épigrammes
-que d’indiscrétions, plus de malices que
-de méchancetés, du sel à poignées, et souvent du
-plus fin, mais peu ou point de fiel. C’était une
-satire, très vive à coup sûr, ce n’était point un
-pamphlet. Un critique, qui ne pèche point par
-excès de faiblesse et d’indulgence, mais qui a un
-sens droit et une ferme raison, M. Ferdinand Brunetière,
-a pu dire, en toute justice et vérité, au
-lendemain de la mort d’Armand de Pontmartin:
-«Il fut de ceux à qui la vie littéraire n’a pas été
-clémente; et on ne peut s’empêcher de philosopher
-en songeant de quel prix ce galant homme,
-cet écrivain de race et ce critique de talent a payé<span class="pagenum"><a name="Page_265" id="Page_265">[265]</a></span>
-jadis les indiscrétions, <i>qui paraîtraient bien innocentes
-aujourd’hui</i>, de ses fameux <i>Jeudis de
-Madame Charbonneau</i><a name="FNanchor_306_306" id="FNanchor_306_306"></a><a href="#Footnote_306_306" class="fnanchor">[306]</a>.»</p>
-
-<p>En finissant, je ne veux retenir de cet orageux
-épisode des <i>Jeudis</i> qu’une très belle lettre de Jules
-Janin. Le <i>lundiste</i> des <i>Débats</i> avait été quelque peu
-égratigné dans le volume sous le nom de <i>Julio</i>; il
-n’en écrit pas moins à un jeune littérateur de province,
-M. Émile Fages, qui venait de publier un
-article sur le livre de Pontmartin:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr4 p1">Passy, 9 octobre 1862.</p>
-
-<p>J’ai déjà lu, Monsieur, ces aimables pages, très ingénieuses,
-d’une critique indulgente et de la meilleure compagnie.
-Elles me sont arrivées hier; votre lettre arrive
-aujourd’hui comme une confirmation de vos déférences
-pour un bel esprit qui se trompe, et qui bien vite est revenu
-au respect de la profession.</p>
-
-<p>Soyons des premiers, les uns et les autres, à honorer l’art
-de bien dire et de bien faire; et si, par malheur, quelqu’un
-des nôtres insulte à l’art même qu’il exerce, ayons soin de
-jeter sur sa faute un pan de notre manteau, gardant le
-reste du manteau pour nos jours de défaillance!</p>
-
-<p>Et vous avez eu raison, même en lui donnant tort pour
-cette fois, de bien parler de M. de Pontmartin: son mérite
-et son talent, tout ce qu’il a fait, tout ce qu’il doit faire
-encore, plaident en sa faveur. C’est un grand esprit, mieux
-encore, un homme d’honneur, grand ennemi des forces
-injustes, grand partisan des libertés que nous avons perdues,
-opposé à toutes les usurpations de toute espèce. Les lettres
-françaises feraient une grande perte en perdant M. de
-Pontmartin.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_266" id="Page_266">[266]</a></span></p>
-
-<p>Encore une fois, vous êtes dans les bons sentiers; vous y
-marchez d’un pas léger, et votre parole a l’accent vrai.</p>
-
-<p>Soyez le bien remercié pour votre sympathie, et comptez
-sur toutes les déférences de votre <i>ancien</i><a name="FNanchor_307_307" id="FNanchor_307_307"></a><a href="#Footnote_307_307" class="fnanchor">[307]</a>.</p></div>
-
-<p class="p1">Toutes ces choses sont bien loin. Quand un
-combat s’émeut entre deux essaims d’abeilles, il
-suffit, pour le faire cesser, de leur jeter quelques
-grains de poussière. Cette bruyante mêlée, provoquée
-par les <i>Jeudis de Madame Charbonneau</i>, et à
-laquelle prirent part les abeilles&mdash;et les frelons&mdash;de
-la critique, a pris fin, elle aussi, il y a longtemps.
-Il a suffi, pour la faire tomber, d’un peu
-de ce sable que nous jettent en passant les
-années:</p>
-
-<p class="pp6 p1"><i>Hi motus animorum atque hæc certamina tanta<br />
-Pulveris exigui jactu compressa quiescunt.</i></p>
-
-<p class="p1">De tout ce bruit, de cette querelle littéraire
-autrefois si fameuse, il ne reste plus aujourd’hui
-qu’un souvenir à demi effacé et un «diable de
-petit livre»,&mdash;non le volume rose ou bleu édité
-par Michel Lévy, mais celui qui parut dans la
-<i>Semaine des Familles</i>, où il faudra bien qu’on aille
-le chercher un jour,&mdash;un petit livre ingénieux,
-charmant, spirituel au possible,&mdash;et qui vivra.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_267" id="Page_267">[267]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">CHAPITRE XI</h2>
-
-<p class="pch2">LA GAZETTE DE FRANCE.&mdash;ENTRE CHIEN
-ET LOUP.&mdash;LES NOUVEAUX SAMEDIS.&mdash;LES
-CORBEAUX DU GÉVAUDAN.</p>
-
-<p class="pch3">(1862-1867)</p>
-
-<p class="pcs">L’Avenue Trudaine.&mdash;Frédéric Béchard et Amable Escande.&mdash;L’entrée
-à la <i>Gazette de France</i>.&mdash;M. Silvestre de Sacy.&mdash;<i>Entre
-chien et loup.</i>&mdash;La <i>Revue des Deux Mondes</i> et la signature
-<i>F. de Lagenevais</i>.&mdash;M. Challemel-Lacour et M<sup>gr</sup> Dupanloup.&mdash;A
-Pradine, chez Joseph Autran.&mdash;Alexandre Dumas fils et
-les <i>Idées de M<sup>me</sup> Aubray</i>.&mdash;Mort de Joseph d’Ortigue.&mdash;Aurélien
-Scholl, le <i>Nain jaune</i> et le <i>Camarade</i>.&mdash;Les menus de
-M. Bec.&mdash;Les <i>Courriers de Paris</i>, de l’<i>Univers illustré</i>.&mdash;Pontmartin
-est cité par le P. Félix en chaire de Notre-Dame.&mdash;Les
-<i>Nouveaux Samedis</i>, Arthur de Boissieu et les <i>Lettres d’un Passant</i>.&mdash;Les
-<i>Corbeaux du Gévaudan</i>.&mdash;Joseph Joubert.&mdash;Une lettre
-en vers.</p>
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>Il faut bien croire que la <i>Crise Charbonneau</i>
-n’avait pas été trop meurtrière pour Pontmartin,
-puisque, dès le mois de juillet 1862, alors que les
-derniers bruits de la bataille n’étaient pas encore
-éteints, il publiait dans le <i>Correspondant</i>, sur les<span class="pagenum"><a name="Page_268" id="Page_268">[268]</a></span>
-<i>Misérables</i> de Victor Hugo<a name="FNanchor_308_308" id="FNanchor_308_308"></a><a href="#Footnote_308_308" class="fnanchor">[308]</a>, une longue étude qui
-est un de ses morceaux les plus achevés.</p>
-
-<p>A la fin des <i>Jeudis</i>, George de Vernay, le maire
-de Gigondas, retourne dans la capitale, qu’il avait
-juré de ne plus revoir, et il reprend «cette vie
-littéraire contre laquelle tous les serments ressemblent
-à des serments d’ivrogne et de joueur».
-Ainsi fait également le maire des Angles. Il choisit
-même ce moment pour s’installer dans un coquet
-appartement, au n<sup>o</sup> 8<a name="FNanchor_309_309" id="FNanchor_309_309"></a><a href="#Footnote_309_309" class="fnanchor">[309]</a> de l’avenue Trudaine.
-Comme au 51 de la rue Saint-Lazare, il y habitera
-pendant huit ans, de 1863 à 1870.</p>
-
-<p>L’avenue Trudaine était alors une oasis d’honnêtes
-gens et de maisons correctes à l’extrémité
-de cette montée des Martyrs, bruyante, tapageuse,
-mal famée, où se rencontraient, sur un trottoir
-étroit et boueux, toutes les variétés de vareuses
-rouges, de chapeaux mous, de barbes hirsutes, de
-chevelures en broussailles, de camisoles fripées, de
-pantoufles éculées, de corsages équivoques, de
-maquillages déteints, de chignons suspects; tout
-un monde de rapins, de modèles et de bohèmes,
-de rôdeurs de barrières et de piliers de brasserie,
-de <i>déclassés</i>, de <i>fruits-secs</i> et de <i>ratés</i>,&mdash;où la
-Commune recrutera plus tard ses colonels, ses
-<i>chimistes</i> et ses pétroleurs. Au haut de cette rude
-et orageuse montée, vous vous trouviez dans une
-large avenue, plantée d’une double rangée de platanes,<span class="pagenum"><a name="Page_269" id="Page_269">[269]</a></span>
-et aussitôt il vous semblait que vous respiriez
-un autre air:</p>
-
-<p class="pbq p1">A droite et à gauche, dit Pontmartin, une trentaine de
-maisons bourgeoises, régulières et proprettes. Peu de voitures.
-Sur de larges trottoirs, çà et là, un groupe de promeneurs; sur les bancs espacés entre les platanes, des
-arrière-neveux de Philémon et de Baucis, lisant tranquillement
-leur journal. Aux fenêtres entr’ouvertes, à travers de
-légers nuages de mousseline, des sourires de <i>mamans</i>, de
-fins visages de <i>bébés</i> agitant à la brise printanière les ballons
-roses des magasins du Louvre. Dans les jardins encore épargnés
-par la démolition universelle, dans l’épaisseur des
-marronniers de la cité Malesherbes, que n’habitait pas
-encore M. Henri Rochefort, un merle siffleur préludait aux
-sarcasmes du terrible <i>lanternier</i>. Derrière la grille des petits
-hôtels, on voyait des volées de moineaux se disputant les
-miettes de pain éparpillées par les élèves de l’École commerciale
-ou ceux du collège Rollin. A la sortie des classes,
-c’étaient des cris de joie, des gazouillements d’oiseaux délivrés
-de leur cage, d’amusantes poussées d’adolescents en
-belle humeur. Presque la campagne, au sortir du coin le
-plus tumultueux de la plus fiévreuse des villes; une miniature
-de l’Éden à vingt pas d’un diminutif de l’enfer; une
-vague sensation d’apaisement et de bien-être. J’ai passé là
-huit ans, et je dois croire que j’y étais à peu près heureux,
-puisque mes jours les plus néfastes étaient ceux où le <i>Siècle</i>
-me qualifiait d’idiot et où le <i>Charivari</i> me traitait d’imbécile<a name="FNanchor_310_310" id="FNanchor_310_310"></a><a href="#Footnote_310_310" class="fnanchor">[310]</a>.</p>
-
-<p class="p1">En même temps qu’il quittait la rue Saint-Lazare
-pour l’avenue Trudaine, il transportait ses
-pénates littéraires à la <i>Gazette de France</i>.</p>
-
-<p>Pontmartin se trouvait un peu gêné à l’<i>Union</i>,<span class="pagenum"><a name="Page_270" id="Page_270">[270]</a></span>
-où il était entré, nous l’avons vu, en 1858. Grave,
-solennel d’allure, souvent dogmatique, le journal
-de M. Laurentie n’était pas le cadre qui convenait
-à sa verve exubérante, à ses vivacités de plume, à
-ses boutades humoristiques. Dès qu’il put le faire
-honorablement et sans rupture, il cessa sa collaboration.
-Je ne lui cachai pas mon regret de le
-voir abandonner une feuille plus politique sans
-doute que littéraire, mais qui, la première parmi
-les feuilles parisiennes, avait accueilli ses causeries
-de province. Il me répondit, le 10 janvier
-1863:</p>
-
-<p class="pbq p1">Ce qui m’a décidé, mon cher ami, c’est le désir de rendre
-service à mon compatriote Frédéric Béchard<a name="FNanchor_311_311" id="FNanchor_311_311"></a><a href="#Footnote_311_311" class="fnanchor">[311]</a>, qui m’avait
-donné des preuves de dévouement pendant la crise Charbonneau.
-Or, Béchard avait grande envie d’être mis en possession
-d’un feuilleton dramatique, ce qui est le <i>hoc erat in
-votis</i> d’une certaine catégorie d’écrivains parisiens. Nous ne
-voulions pas déloger le pauvre Escande<a name="FNanchor_312_312" id="FNanchor_312_312"></a><a href="#Footnote_312_312" class="fnanchor">[312]</a>, qui en serait mort<span class="pagenum"><a name="Page_271" id="Page_271">[271]</a></span>
-de chagrin, et Janicot<a name="FNanchor_313_313" id="FNanchor_313_313"></a><a href="#Footnote_313_313" class="fnanchor">[313]</a> a mis pour condition que nous entrerions
-ensemble, l’un portant l’autre. Cela durera tant
-que je pourrai y suffire. Mais je sens que je vieillis. Je suis
-comme ces ténors fatigués, qui ne peuvent plus donner que
-certaines notes. Chose singulière! A mesure que je deviens
-vieux, les notes qui me resteraient, ce serait la charge, la caricature,
-la fantaisie en prose et même en vers, toutes choses
-qui ont besoin de jeunesse et qui, à mon âge, ressemblent à
-des anachronismes ou à des grimaces.</p>
-
-<p class="p1">Sa collaboration à la <i>Gazette de France</i> devait
-durer vingt-huit ans. Il l’inaugura, le samedi 13
-décembre 1862, par un article sur le roman de <i>Sibylle</i>,
-par Octave Feuillet.</p>
-
-<p>Ses feuilletons de la <i>Gazette</i>&mdash;ils paraissaient
-sous le titre de <i>Semaines littéraires</i>&mdash;ne se ressentent
-aucunement&mdash;est-il besoin de le dire?&mdash;de
-la fatigue dont il se plaignait dans sa lettre du
-10 janvier. Il est aussi en verve que jamais, qu’il
-parle de Louis Veuillot ou de Lamartine, de
-M. Ernest Feydeau ou de M<sup>me</sup> Sand, de M. Guizot
-ou de M. Michelet. Il nous a dit tout à l’heure son
-goût, très vif en effet&mdash;et très ancien&mdash;«pour
-la charge, la caricature, la fantaisie en prose et en<span class="pagenum"><a name="Page_272" id="Page_272">[272]</a></span>
-vers». Son article sur <i>la Sorcière</i> de Michelet<a name="FNanchor_314_314" id="FNanchor_314_314"></a><a href="#Footnote_314_314" class="fnanchor">[314]</a>
-est, en ce genre, un modèle qui sera difficilement
-égalé. Le jour où il écrivit ce feuilleton, il était en
-fortune, selon le mot de M<sup>me</sup> de Sévigné.</p>
-
-<p>Un jour que Pontmartin faisait visite à M. Silvestre
-de Sacy, celui-ci le gronda doucement de
-son engagement hebdomadaire. «Quand on écrit
-un article par semaine, lui disait l’académicien,
-c’est beaucoup s’il y en a un de bon sur quatre!»
-Pontmartin n’en demandait pas tant,&mdash;ce qui ne
-l’empêchait pas de mettre souvent quatre fois de
-suite dans le mille.</p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>Au commencement de 1863, il écrivait encore
-dans le <i>Journal de Bruxelles</i>. D’une de ses lettres
-de cette époque, je détache ces lignes: «Le directeur
-du <i>Journal de Bruxelles</i> a soin de me relancer
-de temps en temps; les lettres que je lui adresse
-m’amusent, sauf à ne pas produire le même effet
-sur les lecteurs belges. J’y trouve une sorte de soupape
-pour les commérages parisiens qui ne peuvent
-trouver place dans ma Causerie littéraire, et
-j’y mêle des assaisonnements qui ne seraient pas
-toujours du goût de M. le comte Treilhard<a name="FNanchor_315_315" id="FNanchor_315_315"></a><a href="#Footnote_315_315" class="fnanchor">[315]</a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_273" id="Page_273">[273]</a></span></p>
-
-<p>Du 1<sup>er</sup> janvier 1863 au 9 juin, jour où prit fin
-sa collaboration au <i>Journal de Bruxelles</i>, Pontmartin
-n’envoya pas à la feuille belge moins de onze
-articles.</p>
-
-<p>Sa grande affaire, au demeurant, était la publication
-de ses Causeries littéraires. Chaque année,
-il en donnait un nouveau volume. En 1862, 1863
-et 1864, parurent les trois séries des <i>Semaines littéraires</i>.
-Pendant que s’imprimait la troisième
-série, il tomba très gravement malade et force lui
-fut d’interrompre ses Samedis. Le 27 février 1864,
-il fut atteint d’une fluxion de poitrine, qui mit ses
-jours en danger. Ce fut seulement le 10 mai qu’il
-put quitter Paris et se rendre chez sa belle-mère, à
-la Mûre, où il n’avait pas à redouter l’invasion des
-affaires et des visites qui, aux Angles, seraient
-venues contrarier sa convalescence. Celle-ci ne
-dura pas moins de quatre mois, passés dans l’Ardèche
-et coupés par une saison de trois semaines à
-Vichy.&mdash;«Vichy est le lieu le plus ennuyeux de
-la terre, m’écrivait-il le 12 juillet, et je déplore le
-sophisme médical qui m’a envoyé à des eaux digestives
-sous prétexte de réparer d’une pleuro-pneumonie
-l’irréparable outrage: je n’ai qu’une consolation,
-c’est de voir mon Empereur, dont l’état
-empire, plus affaissé et plus déjeté que moi...»
-Comme sa lettre renfermait deux ou trois calembours,
-j’en conclus que le mal était décidément
-conjuré. La rentrée aux Angles n’eut lieu qu’à la
-fin d’août, et il y resta six mois afin d’éviter l’hiver
-parisien.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_274" id="Page_274">[274]</a></span></p>
-
-<p>Le 1<sup>er</sup> mars 1865, il réintégrait l’avenue Trudaine
-et préparait la publication de la première
-série des <i>Nouveaux Samedis</i>. Tandis qu’autrefois à
-ses volumes de critique se venaient joindre des
-volumes de contes et de nouvelles, depuis 1862 il
-semblait avoir renoncé à écrire des œuvres d’imagination.
-Il avait bien donné au <i>Correspondant</i> de
-1863 un court récit, <i>Un Trait de lumière</i><a name="FNanchor_316_316" id="FNanchor_316_316"></a><a href="#Footnote_316_316" class="fnanchor">[316]</a>; mais
-c’était tout. En 1865, il revint au roman, et il y
-fut ramené, on va le voir, par des motifs qui
-n’avaient rien de romanesque.</p>
-
-<p>Il m’écrivait, de Paris, le 27 avril 1865:</p>
-
-<p class="pbq p1">Laprade est parti vendredi; Gaillard annonce son départ
-pour mardi. Ces chaleurs si précoces et si extraordinaires
-mettent en fuite tous ceux qui n’ont pas à Paris une chaîne
-d’or, de fer ou de fleurs. Quant à moi, mes chaînes littéraires
-se sont multipliées et compliquées. Tous mes revenus
-méridionaux me manquant à la fois, je me suis effrayé, et
-j’ai accepté les offres de l’<i>Illustration</i>, qui désirait rompre avec
-le <i>Siècle</i>, son bateau remorqueur, et passer de gauche à
-droite. Mais je me suis embarqué dans une <i>série fantastique</i>
-qui m’effraye et où, comme Petit-Jean, ce que je sais le
-mieux, c’est mon commencement. Il me manque, pour y
-réussir, du poignet, une connaissance suffisante de l’ancien
-et du nouveau Paris, et une foule d’autres choses...</p>
-
-<p class="p1">On était alors au plus fort des démolitions de
-Paris. L’œuvre était grande, utile, nécessaire
-même; mais les poètes, les rêveurs, les flâneurs
-n’y trouvaient pas leur compte. On leur donnait<span class="pagenum"><a name="Page_275" id="Page_275">[275]</a></span>
-une belle lampe toute neuve, propre et bien
-polie, en échange de leur vieille lampe, pleine de
-rouille et passée de mode; mais ils se rappelaient
-le conte des <i>Mille et une Nuits</i>, et ils se demandaient,
-comme Aladin, s’ils n’allaient pas perdre au troc
-et si cette vieille lampe, dont les débarrassait le
-Magicien africain,&mdash;c’est M. Haussmann que je
-veux dire,&mdash;n’était pas précisément <i>la lampe merveilleuse</i>.
-A mesure que le vieux Paris s’effaçait
-et que s’élevaient les nouvelles bâtisses, leur imagination
-réagissait contre cette immense débâcle de
-toutes les poésies du passé. Plus les boulevards
-s’allongeaient, plus les rues s’élargissaient, plus les
-façades neuves rivalisaient de monotonie et de
-blancheur, plus ils s’enfonçaient dans leurs souvenirs
-et leurs songes. C’est cet état d’âme dont la
-description avait tenté Pontmartin.</p>
-
-<p>Il supposait un vieillard, poète ou artiste en
-son temps, contemporain des premiers récits
-d’Hoffmann et des promenades de Victor Hugo à
-travers la cité ou la cathédrale du moyen âge. Le
-chevalier Tancrède&mdash;ce sera le nom de son héros&mdash;revient
-à Paris après de longues années d’absence;
-il regarde autour de lui et se demande avec
-angoisse si l’âge a obscurci sa vue ou s’il est le
-jouet d’un cauchemar. Le berceau de son enfance,
-le théâtre de ses plaisirs, le nid de ses amours, le
-refuge de ses chagrins, tout a disparu; il ne sait
-pas même où loger ses regrets; il lui semble que
-son exil recommence sur les lieux mêmes où il
-vient de finir: c’était son corps qui n’avait plus<span class="pagenum"><a name="Page_276" id="Page_276">[276]</a></span>
-de patrie; maintenant, c’est son âme. Là où il ne
-se croyait qu’absent, il se reconnaît étranger. Bien
-des images perdues au fond de sa pensée s’y réveillent
-pour mourir encore; bien des liens qui
-s’étaient détendus se resserrent un moment pour
-se briser à jamais. Ce quartier, cette rue, cette
-maison, cet escalier, cette chambre, autant de
-figures aimées, devenues des visages indifférents;
-s’ils ont encore des larmes dans les yeux ou des
-sourires aux lèvres, ces sourires et ces larmes sont
-pour d’autres que lui.</p>
-
-<p>Sombre, pessimiste, morose, refusant de subir
-le <i>trop près</i> et se rejetant sans cesse dans le lointain,
-le chevalier Tancrède vit moins avec les
-réalités du présent qu’avec les fantômes du passé.
-Les villes ont des âmes comme les hommes. Le
-vieux Paris a une âme; le chevalier la connaît,
-il l’aime, et c’est elle qu’il regrette et qu’il pleure.
-C’est elle qu’il essaie de retrouver dans ses longues
-flâneries du soir à travers un Paris bizarre, <i>entre
-chien et loup</i>, fantasque, paradoxal, humoristique,
-railleur, sinistre, imaginaire.</p>
-
-<p>J’avais applaudi aux premiers chapitres qui
-avaient pour titre, dans l’<i>Illustration</i>, <i>Paris fantastique</i>,
-Pontmartin m’écrivit, le 9 juin 1865:</p>
-
-<p class="pbq p1">Je vous remercie de ce que vous me dites d’encourageant
-au sujet de <i>Paris fantastique</i>. Je ne savais pas trop
-bien, au début, où j’allais et ce que je pouvais faire; à présent,
-il me semble que mon idée se dessine un peu plus
-clairement, et j’y mets un peu de passion, ce qui est toujours
-une chance de réussir. Cela s’appellera, chez Michel<span class="pagenum"><a name="Page_277" id="Page_277">[277]</a></span>
-Lévy, <i>Entre chien et loup</i>, et si je ne m’essouffle pas trop
-vite, il est possible que cette série suffise au volume tout
-entier...</p>
-
-<p class="p1">Ce fut seulement au printemps de 1866 que le
-livre parut. «Savez-vous, mon cher ami, me mandait
-Pontmartin le 8 avril, savez-vous de qui
-dépend la date précise de la mise en vente de mon
-petit volume? Des Apôtres; mais, hélas! des
-Apôtres revus, corrigés et naturalisés par Ernest
-Renan. En d’autres termes, Michel Lévy prétend
-que, dans mon intérêt même, je ne dois pas paraître
-dans la même semaine que ces nouveaux
-<i>Apôtres</i> qui absorberont, pendant huit jours, toute
-son activité commerciale. Soit; mais j’aimerais
-mieux céder le pas à un bon livre...»</p>
-
-<p>D’une autre lettre, écrite quelques jours après
-la publication, qui eut lieu le 19 avril, j’extrais ce
-passage:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Je n’ai pas du tout prétendu faire un roman. Vous
-avez d’assez bons yeux et vous êtes assez du métier pour
-avoir constaté, soit dans l’<i>Illustration</i>, soit dans le volume,
-que j’étais arrivé à la 79<sup>e</sup> page sans savoir où j’allais.
-Mon idée avait été d’abord de faire une série de tableaux
-ou de croquis où le vieux et le nouveau Paris auraient
-été mis en présence dans des cadres fantastiques. Je ne
-tardai pas à reconnaître que l’entreprise était au-dessus
-de mes forces, et que je n’avais pas d’ailleurs le pied assez
-parisien pour m’en tirer. C’est alors que j’employai le coffret
-d’Adolphine comme planche de sauvetage, et que je pus
-tant bien que mal arriver jusqu’au port. J’avais paru dans
-de si mauvaise conditions, mon récit avait été tellement
-haché et si peu remarqué dans l’<i>Illustration</i>, que, sans vous
-et Michel Lévy, je ne l’aurais peut-être pas publié en volume.<span class="pagenum"><a name="Page_278" id="Page_278">[278]</a></span>
-Vous voyez que les remerciements que je vous dois
-sont de plus d’un genre; certes, si j’avais reçu, l’an passé,
-le quart des encouragements que je reçois aujourd’hui, je
-puis dire que je n’aurais pas si souvent jeté le manche après
-la cognée et que le livre serait meilleur<a name="FNanchor_317_317" id="FNanchor_317_317"></a><a href="#Footnote_317_317" class="fnanchor">[317]</a>...</p>
-
-<p class="p1">L’apparition d’<i>Entre chien et loup</i> coïncidait
-avec les préliminaires de la guerre austro-prussienne.
-Le petit volume allait donc avoir contre
-lui, non seulement Renan et ses <i>Apôtres</i>, mais
-encore Bismarck et la bataille de Sadowa, Le
-chevalier Tancrède contre le comte de Bismarck,
-c’était le pot de terre contre le pot de fer. Le
-pauvre pot de terre ne fut pourtant pas mis en
-éclats. Il résista si bien que, peu de semaines
-après, il fallut procéder à une nouvelle édition.
-Ce fut, pour l’auteur, l’occasion d’écrire une très
-spirituelle préface. A ceux qui reprochaient à son
-livre de «n’être pas un roman dans l’exacte acception
-du mot», il répondait:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Est-il bien nécessaire que toute œuvre d’imagination
-et de fantaisie soit un roman?... Faut-il croire, comme
-Sganarelle, que <i>tout soit perdu</i> si, de la première page à la
-dernière, ensemble et détails ne sont pas combinés, calculés,
-ficelés, serrés comme la cravate d’un garçon de noces, en
-vue du grand événement qui doit combler les vœux d’Arthur,
-punir les fautes de Rodolphe, châtier les faiblesses de
-Madeleine, et conduire le dénouement à la mairie ou au
-cimetière? Qui dit imagination, dit la plus indépendante
-des facultés humaines, et n’est-ce pas la condamner à une
-véritable servitude, que de la forcer à s’ajuster toujours aux<span class="pagenum"><a name="Page_279" id="Page_279">[279]</a></span>
-mêmes cadres, à entrer dans les mêmes moules, à passer
-par le même chemin, à trébucher dans la même ornière?
-Si vous aviez, comme moi, par goût de dix-huit à vingt-cinq
-ans, par habitude de vingt-cinq à trente, et par état de
-trente à cinquante-cinq, lu des myriades de romans, vous
-me pardonneriez d’avoir essayé de faire un roman qui n’en
-soit pas un.</p>
-
-<p class="p1">La vérité est que le livre manque d’unité. La fin
-ne correspond pas au début. Commencé comme
-un conte fantastique, l’ouvrage se continue et se
-termine comme un roman: <i>questa coda non è di
-questo gatto</i>.</p>
-
-<p>Ce petit volume d’<i>Entre chien et loup</i> n’en méritait
-pas moins son succès. Le chapitre sur <i>Maria-Thérésa</i>,
-sur la Malibran du Théâtre-Italien et sur
-la Thérésa du café <i>Bataclan</i>, eût suffi à le justifier.
-Ce n’est qu’un pastel, mais dont les couleurs n’ont
-point pâli, et que ne doit pas faire oublier l’eauforte
-glissée quelques mois plus tard par Louis
-Veuillot dans les <i>Odeurs de Paris</i><a name="FNanchor_318_318" id="FNanchor_318_318"></a><a href="#Footnote_318_318" class="fnanchor">[318]</a>.</p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>L’auteur des <i>Causeries littéraires</i> avait quitté la
-<i>Revue des Deux Mondes</i> en mai 1862. Buloz et Pontmartin
-ne pouvaient pas s’entendre et ils ne pouvaient
-pas non plus se passer l’un de l’autre. Ils
-ne se lassaient pas de se rechercher, de se brouiller<span class="pagenum"><a name="Page_280" id="Page_280">[280]</a></span>
-et de se raccommoder. Le 1<sup>er</sup> juin 1866, la <i>Revue</i>
-publiait un article intitulé: <i>Symptômes du temps.
-La Curiosité en littérature. IDÉES ET SENSATIONS,
-par MM. de Goncourt</i>. Il était signé: <i>F. de
-Lagenevais</i>. L’article était de Pontmartin; nul ne
-pouvait s’y tromper. Comme je lui en avais écrit
-aussitôt, il me répondit, le 7 juin:</p>
-
-<p class="pbq p1">...L’article sur les Goncourt est bien de moi, et vous le
-retrouverez probablement dans mon douzième volume.
-Comme j’avais été obligé de l’abréger pour des nécessités de
-pagination et comme je n’étais pas bien sûr que le ton général
-ne fût pas çà et là en contradiction avec quelques-uns de
-mes anciens articles sur les deux frères jumeaux de la sensation
-et de l’idée, j’ai accepté la proposition de Buloz, qui
-a été, pour la première fois, d’avis de recourir à cette élastique
-signature de Lagenevais. Le Lagenevais en chair et en
-os n’existe pas...</p>
-
-<p class="p1">Le 1<sup>er</sup> juillet et le 1<sup>er</sup> août 1866, deux autres
-articles&mdash;l’un sur les <i>Romans nationaux</i>(?) <i>de
-MM. Erckmann-Chatrian</i>, l’autre sur le roman de
-Dumas fils: <i>Affaire Clemenceau; mémoire de l’accusé</i>,&mdash;paraissaient
-également sous la signature
-<i>Lagenevais</i>. Dans le tome IV des <i>Nouveaux Samedis</i>,
-à la suite de ces trois articles, on en trouve un quatrième,
-sur <i>la Littérature pieuse</i>, qui a son histoire.
-La voici, telle que l’a contée, dans une de
-ses lettres, Pontmartin lui-même:</p>
-
-<p class="pbq p1">Puisque vous aimez, m’écrivait-il, à connaître nos dessous
-de cartes littéraires, voici l’histoire de ce chapitre. Il
-devait paraître dans la <i>Revue des Deux Mondes</i> et faire suite,
-sous le titre de <i>Symptômes du temps</i>, aux trois morceaux qui<span class="pagenum"><a name="Page_281" id="Page_281">[281]</a></span>
-ouvrent ce nouveau volume. Quand je quittai Paris en juillet
-1866, Buloz, qui désirait alors me rattacher tout à fait
-à la <i>Revue</i>, me demanda, presque en forme de gageure, si je
-me croyais capable de faire un article où, tout en restant
-chrétien bien sincère et bien net, je ne m’écarterais pas trop
-des traditions de la rue Saint-Benoît. Il paraissait y voir un
-moyen de conciliation; j’acceptai. D’autre part,&mdash;car je ne
-crains pas de me montrer à vous dans toutes mes faiblesses,&mdash;j’en
-voulais un peu à M<sup>gr</sup> Dupanloup, qui, se donnant
-la peine de dresser un catalogue de bibliothèque à l’usage
-des gens du monde, y avait mis M. Roselly de Lorgues<a name="FNanchor_319_319" id="FNanchor_319_319"></a><a href="#Footnote_319_319" class="fnanchor">[319]</a>
-(ma bête noire) et avait complètement passé sous silence
-mes <i>Causeries littéraires</i>. C’est sous cette double influence
-que j’écrivis mon article. Mais je perdis du temps; je fus
-surpris chez un de mes beaux-frères par les terribles inondations
-de septembre. Mon article ne partit des Angles que
-le 1<sup>er</sup> octobre. Buloz et ses fils étaient à la campagne; l’article
-tomba entre les mains de M. Challemel-Lacour<a name="FNanchor_320_320" id="FNanchor_320_320"></a><a href="#Footnote_320_320" class="fnanchor">[320]</a>, démagogue
-et voltairien pur sang, qui intercepta, pendant plus d’un
-mois, l’article et mes lettres, se bornant à dire à ses patrons
-que <i>cela n’était nullement dans l’esprit de la Revue</i>; si bien que
-M. Buloz m’a avoué en décembre ne m’avoir pas lu: mais
-dans l’intervalle, et à la suite des inondations, étaient arrivés
-les mandements et la brochure<a name="FNanchor_321_321" id="FNanchor_321_321"></a><a href="#Footnote_321_321" class="fnanchor">[321]</a> de l’Évêque d’Orléans, et
-la situation s’était tellement envenimée, que Buloz voulait
-attaquer M<sup>gr</sup> Dupanloup devant les tribunaux!!! Je repris
-mon manuscrit; j’aurais dû peut-être le jeter au feu; mais
-vous connaissez les secrètes faiblesses des auteurs; je le fis
-lire à mon fils, qui vaut mieux que moi. Il n’y trouva rien
-ou presque rien qui dût m’empêcher de le publier. Voilà
-toute l’historiette, mon cher ami, et maintenant vous voyez<span class="pagenum"><a name="Page_282" id="Page_282">[282]</a></span>
-combien je dois savoir gré à mes amis de laisser de côté ces
-questions délicates pour lesquelles je ne pouvais donner au
-public les explications que je vous donne. Ainsi donc, merci
-toujours! merci pour ce que vous dites, et pour ce que vous
-ne dites pas<a name="FNanchor_322_322" id="FNanchor_322_322"></a><a href="#Footnote_322_322" class="fnanchor">[322]</a>!...</p>
-
-<h3>IV</h3>
-
-<p>Le 1<sup>er</sup> août 1866, nous venons de le voir, Pontmartin
-avait publié un article sur Alexandre Dumas
-fils. A l’automne, il devait se rencontrer avec l’auteur
-du <i>Demi-Monde</i>, à la campagne, chez leur ami
-commun, M. Joseph Autran. Le 15 octobre, ce dernier
-lui écrivait de La Malle, l’un de ses châteaux<a name="FNanchor_323_323" id="FNanchor_323_323"></a><a href="#Footnote_323_323" class="fnanchor">[323]</a>;
-il en avait presque autant que le roi de Bohême:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Dumas partira de Paris le 5 novembre et restera chez
-moi jusqu’au 20. Cette époque vous convient-elle, et puis-je
-espérer que vous serez aussi généreux que lui? Vous pourriez
-l’être davantage en arrivant plus tôt et en restant plus
-tard... Quelles intimes et charmantes réunions cela va faire!
-Figurez-vous que nous aurons la primeur de cette comédie
-que Dumas vient d’achever à peine. Il l’apporte dans sa
-valise. «J’ai hâte, m’écrit-il, de vous lire cette curieuse
-étude qui ne ressemble à rien de ce qui a été fait.» C’est à
-Pradine<a name="FNanchor_324_324" id="FNanchor_324_324"></a><a href="#Footnote_324_324" class="fnanchor">[324]</a> que nous vous recevrons. Cela vous est égal, n’est-ce
-pas?...</p>
-
-<p class="p1">Pontmartin n’avait garde de ne pas répondre à
-ce gracieux appel. La réunion eut lieu dans les premiers<span class="pagenum"><a name="Page_283" id="Page_283">[283]</a></span>
-jours de novembre, non à Pradine, mais à
-La Malle. L’auteur des <i>Jeudis</i> et des <i>Samedis</i> passa,
-dans l’hospitalière maison du poète, une délicieuse
-semaine<a name="FNanchor_325_325" id="FNanchor_325_325"></a><a href="#Footnote_325_325" class="fnanchor">[325]</a>. Dumas lut sa comédie, <i>les Idées de
-M<sup>me</sup> Aubray</i>. Il n’était pas seulement un habile dramaturge,
-c’était aussi un merveilleux causeur.
-Pontmartin fut charmé, mais il ne fut pas conquis.
-De retour aux Angles, il écrivait à Joseph Autran:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr2 p1">Les Angles, mercredi soir, 14 novembre.</p>
-
-<p>Mon cher ami, figurez-vous que je n’ai quitté Marseille
-que mardi à onze heures, et encore ce diable de Dumas
-voulait m’emmener à Toulon, à Cannes, à Nice, à Hyères,
-et en mille autres lieux! J’ai triomphé de ce fascinateur et
-de ma propre faiblesse; je suis revenu ici, et, comme la
-vertu est toujours récompensée, j’ai trouvé au logis deux des
-plus ennuyeux visiteurs qui aient jamais franchi mon
-seuil... Je n’avais pas besoin, cher ami, de ce contraste pour
-me remémorer avec cette mélancolie inséparable de nos
-meilleures joies des journées trop vite écoulées et pleines de<span class="pagenum"><a name="Page_284" id="Page_284">[284]</a></span>
-votre image. Quelle semaine! quels sujets de réflexions de
-toutes sortes! Je ne puis, malgré mes sympathiques efforts,
-me rendre un compte bien net de l’impression qu’a produite
-sur moi le héros de la fête. C’est à peine s’il suffirait
-de me dédoubler pour faire le triage. L’esprit est ravi, le
-cœur est attristé, l’âme n’est pas satisfaite. Ce type si moderne,
-si profondément et si brillamment contemporain,
-intéresse et émeut par la peine même qu’il prend pour troubler
-ou tarir les sources les plus hautes et les plus pures
-d’intérêt et d’émotion. C’est un plongeur intrépide et robuste
-qui a touché du pied le fond de la mer, qu’un prodigieux
-élan a fait remonter à la surface, mais qui, au lieu de
-regarder en l’air pour jouir de la vue du ciel, des étoiles et
-de l’horizon, s’obstine à regarder, à travers cette onde perfide
-qui n’a plus de secrets pour lui, les plantes marines et
-le sable, le gravier et la vase où il a failli s’empêtrer et
-s’embourber. On lui sait gré de ce qu’il est en songeant à ce
-qu’auraient pu le faire sa naissance, son éducation, son
-premier entourage, les leçons qu’il a reçues, les exemples
-qu’on lui a donnés. On l’admire, on l’aime... et on le
-plaint... O mon ami! Nous à qui la vertu est apparue tout
-d’abord sous les traits d’un père et d’une mère, songeons à
-ce qu’il y a eu d’affreux dans cette situation où c’est une
-chose énorme, presque héroïque, d’être tout à fait un honnête
-homme, un galant homme selon le monde!</p></div>
-
-<p class="p1">Victor de Laprade, invité lui aussi par Autran,
-n’avait pu se rendre à La Malle. Pontmartin lui
-fit part de ses impressions dans une lettre du
-22 novembre:</p>
-
-<p class="pbq p1">Savez-vous ce qui m’a guéri... pour quelques mois?
-La société de M. Dumas fils... Voilà donc la perfection du
-bel esprit français de 1866, le produit le plus complet, le
-plus brillant, et, pour être juste, le plus <i>propre</i> de la société
-moderne, une intelligence d’élite, le Morny du coup de<span class="pagenum"><a name="Page_285" id="Page_285">[285]</a></span>
-théâtre et de la scène filée, auquel il ne manque plus que la
-patente et le brevet avec garantie du gouvernement! Et remarquez
-qu’il est charmant, que je crois même qu’il se
-calomnie quand il fait étalage de table rase et de matérialisme
-pratique; mais, grand Dieu! que sont donc les autres?
-Et nous, remercions le ciel de nous avoir fait naître loin de
-ces zones torrides, hors de portée de ces pommes d’or croissant
-sur les bords d’un lac empesté. Il a, lui, cinquante
-excuses pour une; nous, nous n’en aurions point.</p>
-
-<p class="pp6 p1">
-Fils d’un père honnête homme et d’un fervent chrétien,<br />
-A ce Dunois du drame, ami, n’enviez rien!...</p>
-
-<p class="p1">Le lendemain du jour où il écrivait cette lettre,
-un coup terrible venait atteindre Pontmartin et le
-frapper au cœur. Sans que rien l’y eût préparé, il
-apprenait la mort de Joseph d’Ortigue<a name="FNanchor_326_326" id="FNanchor_326_326"></a><a href="#Footnote_326_326" class="fnanchor">[326]</a>, l’éminent
-critique musical, son compatriote et son plus intime
-ami. Il m’écrivit le 28 novembre:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">...Le 23, j’ai été foudroyé en ouvrant le <i>Journal des Débats</i>,
-par le plus grand des hasards, et en y lisant, sans préparation
-aucune, un article de M. de Sacy qui annonçait la
-mort subite de mon pauvre vieil ami d’Ortigue. Il y a de
-cela cinq jours, et je ne puis encore revenir de ma douloureuse
-stupeur, je ne puis m’accoutumer à l’idée que je ne
-reverrai plus ce compagnon si bon, si fidèle, si sympathique,
-de mes saisons laborieuses et de mes vacances, l’homme
-dont les sentiments, les goûts, les rêves s’accordaient si bien
-avec les miens qu’on nous appelait les inséparables. Vous
-lirez dans la <i>Gazette</i> de samedi prochain l’hommage que j’ai<span class="pagenum"><a name="Page_286" id="Page_286">[286]</a></span>
-essayé de lui rendre. Je n’ai pas dit la moitié de ce que
-j’aurais dû et voulu dire: il m’aurait fallu une feuille de
-<i>Revue</i>, et l’on m’aurait répliqué sans doute que d’Ortigue
-n’était pas assez célèbre pour justifier une si longue notice.
-Enfin, je suis allé au plus pressé.</p>
-
-<p>Pardonnez-moi, mon cher ami, de vous parler si longuement
-d’un homme que vous ne connaissiez pas, et d’une
-douleur que vous ne pouvez partager. Je suis tellement
-plein de mon sujet qu’il m’arrive plusieurs fois dans la
-journée de sentir des larmes me venir aux yeux, de ne pouvoir
-les retenir et d’être obligé d’interrompre ce que j’écris
-ou ce que je fais. En face de cet <i>avertissement</i>, je suis bien
-peu tourné du côté des vanités littéraires, bien peu disposé
-à vous écouter lorsque vous me parlez de l’Académie, comme
-vous le faites encore dans votre dernière lettre...</p></div>
-
-<p class="p1">Quelques jours après, je recevais l’article de la
-<i>Gazette</i>; je me reprocherais de n’en pas reproduire
-ici les dernières lignes, si vraiment belles et si
-touchantes:</p>
-
-<p class="pbq p1">...L’auteur de la <i>Messe sans paroles</i>, s’il a pu se reconnaître
-avant de mourir&mdash;ce que j’ignore encore en écrivant
-ces lignes!&mdash;aura eu le droit de se dire que, pendant
-trente-sept ans de journalisme, il n’avait pas publié un mot
-offensant. Rassurante pensée, appréciable surtout pour ceux
-à qui il sera impossible de se rendre le même témoignage!
-Pour moi, aussi faible qu’il était fort, aussi nerveux qu’il
-était doux, aussi mauvais qu’il était bon, sans renseignements
-sur sa mort, exilé à deux cents lieues de cette maison
-en deuil, je n’ose encore mesurer l’étendue de ma perte: je
-craindrais de le pleurer en égoïste, au lieu de le pleurer en
-ami. A Paris, nous nous quittions le moins possible, et ce
-que je connais le mieux dans la grande ville, c’est la rue
-qui mène de ma porte à la sienne. Ici, chaque année, aux
-vacances, il me <i>devait</i> une longue visite; il était heureux de<span class="pagenum"><a name="Page_287" id="Page_287">[287]</a></span>
-s’acquitter de sa dette, et, depuis ma vieille servante jusqu’à
-mon vieux chien, tout se mettait en fête pour le recevoir.
-Journées radieuses et charmantes qui ne reviendront
-jamais! Échange inépuisable d’idées, de sentiments, de récits,
-de confidences, de raison et de folie! Perdu tout cela,
-perdu pour toujours! Une mort comme celle-là, c’est un
-pas de plus que fait l’ombre de la nuit pour envahir l’ami
-qui reste. Bon et cher Joseph! «Je n’ai plus ni soir ni matin!»
-disait d’Alembert en perdant une de ses vieilles
-amies. C’est avec un autre battement de cœur, un autre
-déchirement d’amitié et un autre recours vers le ciel, que je
-te dis: «Sans toi, il me semble que la ville et la campagne,
-que Paris et la province vont me manquer en
-même temps<a name="FNanchor_327_327" id="FNanchor_327_327"></a><a href="#Footnote_327_327" class="fnanchor">[327]</a>!»</p>
-
-<h3>V</h3>
-
-<p>Au milieu de décembre, Pontmartin regagnait
-Paris, où il ne devait plus, hélas! retrouver son
-cher d’Ortigue. Il reprenait ses chaînes et multipliait
-plus que jamais sa <i>copie</i>. On retrouvait un
-peu partout sa signature, même dans un petit
-journal dirigé par Aurélien Scholl<a name="FNanchor_328_328" id="FNanchor_328_328"></a><a href="#Footnote_328_328" class="fnanchor">[328]</a>, <i>le Camarade</i>.
-Autran ne laissa pas d’être surpris et quelque peu
-scandalisé. Une lettre de Pontmartin, du 20 février
-1867, lui donna le mot de l’énigme:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pi4 p1">Mon cher ami,</p>
-
-<p><i>Tu quoque</i>...et vous aussi, vous avez cru que j’écrivais
-dans le <i>Camarade</i>! Hélas! j’expie encore, en 67, mes sottises<span class="pagenum"><a name="Page_288" id="Page_288">[288]</a></span>
-de 62. Après cette crise, cherchant quelques appuis
-dans la petite presse dont les piqûres avaient fini par être
-pour moi ce que sont les <i>tavans</i> et les moustiques pour les
-rosses les plus paisibles, cédant d’ailleurs aux instances de
-Frédéric Béchard, je consentis à donner cinq ou six articles
-au <i>Nain Jaune</i>: quelques mois plus tard, la chose tomba
-d’elle-même. Mais M. Aurélien Scholl, que je n’ai pas vu
-depuis deux ans, et qui est devenu le fondateur ou le rédacteur
-du <i>Camarade</i>, trouve commode et économique d’y
-répéter, sans me consulter, les vieux articles du <i>Nain Jaune</i>;
-voilà toute l’histoire...</p></div>
-
-<p class="p1">Le beau-père d’Autran, M. Bec, était célèbre
-sur tout le littoral de la Méditerranée par l’exquise
-finesse de son goût et le génie de son cuisinier; il
-aurait rendu des points à Brillat-Savarin et à
-Grimod de la Reynière, et c’est lui qui fut l’inventeur
-des trois côtelettes grillées l’une sur l’autre,
-et dont un gourmand ne mange que celle du milieu.
-Le poète avait hérité du Chef de son beau-père,
-et c’est sans doute en souvenir des plantureux
-menus de La Malle, de Pradine et de l’hôtel
-de la rue de Montgrand, que Pontmartin ajoutait,
-dans sa lettre du 20 février:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">Là-dessus, cher ami, je vous quitte; voici, d’aujourd’hui
-au 20 mars, date mémorable! mon menu qui ne vaut pas
-ceux du baron Brisse:</p>
-
-<p>Samedis de la <i>Gazette</i>, purée à la Chambord.</p>
-
-<p>Mercredis de l’<i>Univers illustré</i>, sauce aux câpres, pointes
-d’asperges au gros sel.</p>
-
-<p>Une notice sur M. Thiers pour l’<i>Illustration</i>; salade composée
-(se mange avec des oublis).</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_289" id="Page_289">[289]</a></span></p>
-
-<p>Un roman pour le <i>Figaro</i>, flanqué de <i>petits fours</i>!</p>
-
-<p>Et tout cela parce qu’un chimiste a inventé la fuchsine,
-parce que pour moi fuchsine rime avec ruine, en ce sens
-que cette poudre tue à tout jamais nos garances.</p></div>
-
-<p class="p1">Pontmartin parle ici de ses <i>mercredis</i> de l’<i>Univers
-illustré</i>, où il faisait à ce moment le <i>Courrier
-de Paris</i>, pour suppléer le courriériste en titre,
-M. Paul Parfait<a name="FNanchor_329_329" id="FNanchor_329_329"></a><a href="#Footnote_329_329" class="fnanchor">[329]</a>, absent ou empêché. Outre qu’il
-obligeait ainsi son éditeur et ami M. Michel Lévy,
-le propriétaire du Magazine, ces chroniques, où il
-excellait, l’amusaient. Trois ans de suite&mdash;1866,
-1867, 1868&mdash;il lui arriva de faire, pendant plusieurs
-mois ou plusieurs semaines, l’intérim de
-M. Parfait. Son nom, d’ailleurs, ne paraissait pas.
-Les <i>Courriers de Paris</i> étaient uniformément signés
-<i>Gérôme</i>. Mais quand Pontmartin tenait la plume,
-les lecteurs s’apercevaient bien vite qu’on leur
-donnait, non plus seulement du Parfait, mais du
-plus que parfait.</p>
-
-<p>Les <i>Idées de M<sup>me</sup> Aubray</i>, dont les hôtes de La
-Malle avaient eu la primeur, furent jouées au
-Gymnase le 16 mars 1867. Quelques semaines
-plus tard, Pontmartin rendait compte en ces
-termes, à Autran, de la première représentation
-et de ses suites:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">...Vous parlez d’Alexandre Dumas fils et de sa pièce;
-ne croyez pas à un succès aussi complet que celui qu’on
-pourrait supposer d’après certains articles et d’après l’effet<span class="pagenum"><a name="Page_290" id="Page_290">[290]</a></span>
-voulu de la première représentation. La salle avait été
-admirablement composée; les deux premiers actes avaient
-charmé, mais les deux derniers rencontraient une résistance
-qui n’a cédé que lorsque le rideau s’est relevé et qu’on a
-nommé l’auteur. A dater de la quatrième représentation, la
-réaction a commencé et dure encore; l’impression du public
-raisonnable est celle que nous avions vaguement éprouvée
-et dont je vous faisais l’aveu, le lendemain de la lecture:
-un sujet impossible, révoltant même, traité avec une
-habileté prodigieuse. Si le rôle de Barantin n’avait pas été
-joué par Arnal, qui est merveilleux, et si la pièce avait été
-terminée, comme elle l’était en novembre, par le mot enfantin
-de Lucienne: «Mon bouvreuil est guéri!» je ne
-sais pas trop ce qui serait arrivé. Le: «C’est égal, c’est
-raide!» adopté à la dernière répétition générale, a tout
-sauvé; le public, voyant qu’Arnal était de son avis, s’est
-tenu pour satisfait.</p>
-
-<p>Croiriez-vous, mon cher ami, que je n’ai plus revu le
-triomphateur? D’une part, j’ai eu honte de ne pas être
-chargé, comme il s’y était attendu, de rendre compte de
-<i>Madame Aubray</i> dans la <i>Revue des Deux Mondes</i><a name="FNanchor_330_330" id="FNanchor_330_330"></a><a href="#Footnote_330_330" class="fnanchor">[330]</a>; de l’autre,
-j’étais écrasé de travail pendant qu’il passait, du moins je
-le suppose, des fatigues du Gymnase aux émotions de sa
-nouvelle paternité; et puis l’avenue Trudaine est bien loin
-de l’avenue de Wagram; et puis les courants de la vie parisienne
-et littéraire nous entraînent en sens divers; le
-Père Félix vient de me citer en chaire dans la même conférence
-où il éreinte l’<i>Affaire Clemenceau</i>; et puis les vitrines
-des papetiers, sous ce titre ébouriffant: <i>Menken, sa mère et
-Alexandre Dumas père</i>, nous montrent une série de photographies
-d’une telle indécence, que ce nom populaire en est<span class="pagenum"><a name="Page_291" id="Page_291">[291]</a></span>
-encore compromis... Tout cela rend bien difficile ce qui
-nous semblait si simple sous le beau soleil de Provence,
-dans ce cadre offert par votre charmante hospitalité. Mais
-me voilà, mon cher ami, en plein bavardage, et j’oublie que
-vous aurez peut-être quelque peine à me lire<a name="FNanchor_331_331" id="FNanchor_331_331"></a><a href="#Footnote_331_331" class="fnanchor">[331]</a>; j’ai tant de
-plaisir à vous écrire! Guérissez-vous vite, arrivez-nous!
-L’Exposition paraît mieux tourner depuis quelques jours et
-devenir intéressante; le temps s’adoucit; le soleil ne garde
-plus l’anonyme; Gaillard est ici jusqu’au 15 mai, et Laprade
-va revenir<a name="FNanchor_332_332" id="FNanchor_332_332"></a><a href="#Footnote_332_332" class="fnanchor">[332]</a>...</p></div>
-
-<p class="p1">Le Père Félix, en effet, dans sa quatrième
-conférence de 1867, qui fut prononcée le 31 mars
-et qui traitait des <i>causes de la décadence artistique</i>,
-avait cité Pontmartin et l’avait fait en ces termes:
-«Pour assurer ces succès deux et trois fois honteux
-qui humilient ensemble la littérature, l’art et
-l’humanité, vous savez les puissances qu’on invoque:
-entre toutes, ces quatre choses qu’un critique
-justement illustre<a name="FNanchor_333_333" id="FNanchor_333_333"></a><a href="#Footnote_333_333" class="fnanchor">[333]</a> a si bien nommées ‘les
-quatre grandes puissances de la littérature contemporaine:
-l’Annonce, l’Affiche, la Prime et la
-Réclame<a name="FNanchor_334_334" id="FNanchor_334_334"></a><a href="#Footnote_334_334" class="fnanchor">[334]</a>’».</p>
-
-<p>Etre cité en chaire, devant un auditoire tel que
-celui de Notre-Dame, c’était pour l’auteur des
-<i>Causeries littéraires</i>, la plus enviable des récompenses.<span class="pagenum"><a name="Page_292" id="Page_292">[292]</a></span>
-Presque au même moment lui arrivaient
-d’autres éloges qui, pour venir de moins haut, ne
-laissaient pas d’être de quelque prix. Au mois de
-juin 1867, il publia le tome IV des <i>Nouveaux Samedis</i>.
-Le très spirituel Arthur de Boissieu<a name="FNanchor_335_335" id="FNanchor_335_335"></a><a href="#Footnote_335_335" class="fnanchor">[335]</a> lui
-consacra une de ces <i>Lettres d’un Passant</i> qui obtinrent,
-à la fin du second Empire, un si légitime
-succès, si fines, si vivantes, si sérieuses sous leurs
-airs d’enjouement et de badinage. Il louait en
-Pontmartin «le goût qui choisit, l’esprit qui
-charme et l’art d’écrire aussi juste qu’il pense».
-Il vantait «son amour des lettres humaines, sa
-fidélité aux croyances embrassées, et cette noblesse
-native qui, dans le cours d’une vie honorable et
-longue, l’avait tenu à l’abri des défaillances et au-dessus
-du soupçon». Puis venait cette page:</p>
-
-<p class="pbq p1">M. de Pontmartin est un incomparable charmeur. Il
-prend le lecteur par la confiance qu’il inspire et le retient
-par la grâce qu’il déploie. Il a la force de se contenir et l’art
-de se diriger. Il se développe avec calme comme une rivière
-au long parcours qui ne retarde sa marche qu’afin de
-donner à ses flots plus d’espace pour féconder la terre et réfléchir
-les cieux. Il sait son chemin, et s’il s’en détourne
-parfois, c’est pour décrire plus de terrains et embrasser plus
-d’horizons. Sa critique observe, découvre, conclut et crée.
-J’oserais lui reprocher quelques faiblesses amicales et certaines<span class="pagenum"><a name="Page_293" id="Page_293">[293]</a></span>
-indulgences partielles qui partent de son cœur et non
-de son esprit; mais comme il revient vite à l’impartialité
-première qui est le fond de sa nature et le signe de son
-talent! En parlant de ses amis, il ne cesse pas d’être vrai,
-mais il devient prodigue; sans leur retrancher aucune des
-qualités qu’ils possèdent, il leur suppose celles qui leur
-manquent ou leur prête celles qu’il a. Même en supposant,
-il reste juste; même en prêtant, il reste riche<a name="FNanchor_336_336" id="FNanchor_336_336"></a><a href="#Footnote_336_336" class="fnanchor">[336]</a>.</p>
-
-<h3>VI</h3>
-
-<p>Dans sa lettre à Autran, du 20 février, Pontmartin
-lui parlait d’un roman qu’il écrivait pour le
-<i>Figaro</i>. Il s’agissait des <i>Corbeaux du Gévaudan</i> qui
-furent publiés en feuilleton, dans le journal de la
-rue Rossini<a name="FNanchor_337_337" id="FNanchor_337_337"></a><a href="#Footnote_337_337" class="fnanchor">[337]</a>, du 26 avril au 3 juin 1867.</p>
-
-<p>Le 19 août 1858, dans son rapport à l’Académie
-française sur les prix de vertu, M. Saint-Marc Girardin
-avait raconté une touchante histoire:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p>En 1821, disait-il, un affreux assassinat fut commis à
-Joucas (Vaucluse), sur la personne de la veuve Boyer. Un
-paysan de ce village, nommé Durand, fut accusé d’avoir
-commis le crime.</p>
-
-<p>Beaucoup de témoignages se réunirent contre lui; cependant,
-il fut acquitté à une voix de majorité. Durand,
-pendant les débats, avait toujours protesté de son innocence.
-Quand le verdict du jury fut prononcé, la femme de Durand,
-qui était convaincue que son mari n’était pas coupable,<span class="pagenum"><a name="Page_294" id="Page_294">[294]</a></span>
-s’avança devant le siège des magistrats, et, la main
-levée, prenant le Christ à témoin, elle s’écria:</p>
-
-<p>«&mdash;Mon pauvre mari est acquitté, mais il n’est pas lavé;
-il est complètement étranger, je le jure, au crime affreux
-qu’on lui a imputé par suite de machinations infernales, et
-je prends ici l’engagement solennel, devant Dieu qui m’entend,
-et devant vous, messieurs, qui êtes les représentants
-de sa justice sur la terre, d’amener bientôt sur ce banc d’infamie
-les véritables auteurs de l’assassinat de madame veuve
-Boyer.»</p>
-
-<p>...Pendant sept années entières, la femme Durand a partout
-épié et surveillé ceux qu’elle soupçonnait d’être les
-coupables, allant dans les foires, dans les marchés, causant,
-questionnant, interrogeant tout le monde, rassemblant
-patiemment tous les indices, et, chaque jour de marché,
-allant à Apt communiquer ses découvertes aux magistrats.
-Un jour enfin en 1828, ayant surpris par hasard un signe
-d’intelligence entre les nommés Chou et Bourgue, qui, plus
-tard, furent condamnés comme étant les vrais assassins de la
-veuve Boyer, elle les vit s’acheminer vers une maison isolée,
-près du village de Joucas; ils y entrèrent et s’y renfermèrent.</p>
-
-<p>Madame Durand pensa que, si elle pouvait les entendre
-causer ainsi tête à tête, elle parviendrait à surprendre dans
-leur entretien le secret qu’elle poursuivait depuis si longtemps,
-le secret de l’innocence de son mari. La nuit arrivait.
-Madame Durand se glisse près de la maison, gravit un mur,
-arrive près de la chambre où se tenaient les deux hommes,
-se suspend à un treillage en fer qui montait près d’une
-croisée, et comme les contrevents n’étaient qu’à demi fermés,
-elle voit et elle entend Chou et Bourgue, qui avaient
-une de ces conversations qu’ont presque toujours entre eux
-les complices d’un crime. Bourgue accusait Chou d’être bavard
-et d’avoir trop parlé; Chou demandait à Bourgue de
-l’argent pour se taire, et Bourgue, qui était le plus riche des
-deux assassins et le gendre même de la victime, Bourgue
-payait cette fois encore le silence de son complice.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_295" id="Page_295">[295]</a></span></p>
-
-<p>Enfin, madame Durand était maîtresse du secret des coupables;
-elle pouvait justifier de l’innocence de son mari. Dès
-le lendemain, elle allait à Apt tout révéler au procureur du
-roi. Une nouvelle instruction avait lieu, onze accusés étaient
-traduits devant la cour d’assises à Carpentras; deux de ces
-accusés, Chou et Bourgue, étaient condamnés à mort, et les
-autres à des peines plus ou moins fortes. Enfin, surtout,
-l’innocence de Durand, l’ancien acquitté, était hautement
-proclamée par le magistrat qui portait la parole au nom de
-la société.</p>
-
-<p>L’acquittement de Durand était de 1822; la condamnation
-de Chou et de Bourgue était de 1829. Madame Durand
-avait mis sept ans à rechercher et à découvrir la vérité qui
-devait réhabiliter son mari; sept ans de peines, de fatigues,
-de dangers, de soins, d’intelligence, de courage, de dévouement,&mdash;et,
-au bout de sept ans, un jour de joie et d’honneur!...</p></div>
-
-<p class="p1">Joucas n’est pas loin d’Avignon, et Pontmartin,
-dans sa jeunesse, avait entendu raconter bien souvent
-les péripéties de ce drame étrange, tous les
-détails de cette enquête de porte en porte, poursuivie
-pendant sept ans par une héroïque villageoise,
-ces nuits sans sommeil employées à épier les coupables,
-cette maison isolée, cette croisée entr’ouverte,
-ce treillage en fer. A ces détails romanesques,
-mais d’une stricte vérité, l’imagination ou la tradition
-populaire avait ajouté un détail plus extraordinaire
-encore que tout le reste, dont M. Saint-Marc
-Girardin n’avait pas parlé, et qui eût été
-cependant à sa place à l’Académie, puisqu’il était
-renouvelé des Grecs et rappelait l’épisode des grues
-d’Ibicus.</p>
-
-<p>Lorsque Chou et Bourgue avaient assassiné, au<span class="pagenum"><a name="Page_296" id="Page_296">[296]</a></span>
-milieu d’un champ, la veuve Boyer, un vol de
-ces corbeaux de passage aux ailes grisâtres, qu’on
-appelle <i>graïo</i> dans le pays, avait traversé l’espace,
-au-dessus du champ maudit. La victime les vit:</p>
-
-<p>&mdash;<i>Li graïo lou diran</i><a name="FNanchor_338_338" id="FNanchor_338_338"></a><a href="#Footnote_338_338" class="fnanchor">[338]</a>, dit-elle d’une voix expirante,
-et ses yeux se fermèrent.&mdash;Plus tard, à la cour
-d’assises, ce souvenir avait arraché à l’un des assassins
-le suprême et décisif aveu. Tremblant la fièvre,
-les yeux égarés, la face déjà couverte des pâleurs
-de la mort, le misérable, fou de terreur, avait cru
-voir passer au fond de la salle le vol de corbeaux.
-«Je les vois, dit-il, ils passent, ils passent... <i>Li
-graïo lou diran.</i>»</p>
-
-<p>Pontmartin avait un peu modifié le drame de
-1821. Du paysan Durand, acquitté à une voix de
-majorité, il avait fait le garde-chasse Jacques Boucard,
-condamné aux travaux forcés à perpétuité;
-de la femme Durand, il avait fait Suzanne Servaz,
-la fiancée de Jacques. A cette transformation,
-certes, le roman n’avait rien perdu. Courageuse et
-touchante, sublimement sainte, pathétique et vraie,
-Suzanne rappelle, sans avoir trop à souffrir de ce
-voisinage, la <i>Jeannie Deans</i> de Walter Scott et la
-<i>Colomba</i> de Mérimée. Quand parut le volume, la
-critique lui fut indulgente: Dat veniam <i>corvis</i> nec
-vexat censura <i>Columbas</i>.</p>
-
-<p>Les <i>Corbeaux du Gévaudan</i> sont dédiés à Frédéric
-Béchard. Béchard, qui possédait à un assez
-haut degré le sentiment dramatique et qui avait eu<span class="pagenum"><a name="Page_297" id="Page_297">[297]</a></span>
-des succès au théâtre, avait donné à Pontmartin
-d’utiles conseils; c’est un peu grâce à lui que l’auteur
-d’<i>Aurélie</i> et du <i>Fond de la Coupe</i> avait compris
-qu’il avait, cette fois, à sortir de ses habitudes
-d’analyse, qu’un pareil sujet ne comportait pas de
-subtilités psychologiques, qu’il fallait aller droit
-au but, montrer les événements et les personnages
-par le dehors; que c’était, en un mot, par l’action
-que devait se dessiner le caractère.</p>
-
-<p>Il y avait eu, au début, entre les deux écrivains,
-une ébauche de collaboration, mais une ébauche
-seulement. Pontmartin m’écrivait, le 11 mai 1867:
-«Un mot, rien qu’un mot, car me voilà gagné de
-vitesse par le <i>Figaro</i> et ne sachant plus où donner
-de la tête. Ma collaboration avec Béchard n’a été
-bonne qu’à me faire perdre plus de temps, de
-papier et d’écritures. <i>En réalité, c’est moi qui ai
-tout fait</i>».</p>
-
-<p>Un des principaux dramaturges de l’époque,
-M. Eugène Grangé<a name="FNanchor_339_339" id="FNanchor_339_339"></a><a href="#Footnote_339_339" class="fnanchor">[339]</a>, fournisseur attitré de la
-Porte-Saint-Martin et de l’Ambigu, qui avait déjà
-tiré d’une cause célèbre, celle de <i>Fualdès</i>, une pièce
-très réussie, avait été frappé des éléments de succès
-que les <i>Corbeaux du Gévaudan</i> pourraient trouver
-à la scène. «Les <i>Corbeaux</i> s’impriment, m’écrivait
-<span class="pagenum"><a name="Page_298" id="Page_298">[298]</a></span>Pontmartin le 1<sup>er</sup> septembre... Je ne sais si je
-vous ai dit qu’il est question d’en faire un drame,
-et que M. Eugène Grangé m’a demandé pour cela
-des autorisations que je me suis empressé de lui
-donner?»</p>
-
-<p>Les <i>Corbeaux</i> avaient des ailes; ils franchirent la
-frontière, et il en parut des traductions en Espagne
-et en Allemagne.</p>
-
-<p class="p2">L’année 1867 avait été bonne pour Pontmartin.
-Ses lettres de cette époque respirent un vrai contentement;
-celles à Joseph Autran sont particulièrement
-enjouées. Autran est à Vichy, où il voit tous
-les jours madame V<sup>ve</sup> Heine, qui lui parle souvent de
-Pontmartin, dont elle achète religieusement et dont
-elle fait magnifiquement relier tous les volumes.
-Le poète ne manque pas d’en informer son ami,
-qui est resté à Paris malgré l’Exposition, malgré le
-Grand-Turc qui vient d’arriver. Et Pontmartin de
-répondre aussitôt. Il date ainsi sa lettre: <i>Paris-Byzance,
-je ne sais quelle date de l’Hégire, et, pour
-ces chiens de Chrétiens, le 1<sup>er</sup> juillet 1867</i>. Après
-quelques détails sur la chronique parisienne, arrivant
-à madame Heine, il lance, sans crier gare, un
-des plus énormes calembours qu’il ait jamais risqués:
-«Que ne suis-je auprès de vous, dit-il, non
-loin de cette bonne veuve, qui me paraît avoir
-autant d’indulgence que de millions! Vous savez
-qu’elle a un intendant qui s’appelle Laroche. Si
-cet intendant lui fait attendre l’argent qu’il doit lui
-envoyer, on pourra dire: <i>La Roche-tard-paie-Heine</i>...
-Mais j’oublie que le Grand-Turc est dans<span class="pagenum"><a name="Page_299" id="Page_299">[299]</a></span>
-nos murs, et qu’on a étranglé des visirs ou jeté des
-femmes dans le Bosphore pour moins que cela!
-C’est <i>in-sultant</i>, un pareil degré de bêtise! donc, je
-me sauve, en vous remerciant encore...»</p>
-
-<p>Joubert, l’ami de Chateaubriand, écrivait parfois
-ses lettres en vers, mais en vers libres<a name="FNanchor_340_340" id="FNanchor_340_340"></a><a href="#Footnote_340_340" class="fnanchor">[340]</a>. Il
-arrive à Pontmartin, quand il est en belle humeur,
-de remplacer sa prose par des alexandrins auxquels
-la rime, et même la rime riche, ne manque pas
-plus que la mesure. Ainsi fit-il, par exemple, le
-6 décembre 1867. Le 2 mai précédent, les <i>cléricaux</i>
-de l’Académie avaient préféré M. Jules Favre
-au royaliste Autran, et voilà que le nouvel élu venait
-de prononcer, au Corps législatif, un violent
-discours contre Pie IX et le pouvoir temporel<a name="FNanchor_341_341" id="FNanchor_341_341"></a><a href="#Footnote_341_341" class="fnanchor">[341]</a>.
-Pontmartin en informe aussitôt Joseph Autran; il
-conserve à sa lettre la physionomie de la prose; il
-se trouve pourtant qu’elle est écrite en vers. En
-voici la fin:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">...Comment rester fidèle à ma cause, à ma foi? On me
-parle de Dieu, du Pape et de mon Roi... Bien; mais voici
-venir un détail qui me navre: On nomma, l’an passé, le
-fameux Jules Favre. Qui le nomma? Falloux, Montalembert,
-Berryer, Laprade, Dupanloup, tressèrent son laurier.
-Aujourd’hui, son discours qui me froisse et me choque, du
-pouvoir temporel publiquement se moque. Préférer ce
-bavard à mon poète Autran, n’est-ce pas trop haïr l’infortuné
-<i>Tyran</i>, pauvre Machiavel compliqué de Gribouille, dont
-l’étoile pâlit, dont le cerveau s’embrouille, et qu’Arthur de<span class="pagenum"><a name="Page_300" id="Page_300">[300]</a></span>
-Boissieu, l’homme du vendredi<a name="FNanchor_342_342" id="FNanchor_342_342"></a><a href="#Footnote_342_342" class="fnanchor">[342]</a>, persifla récemment dans
-un conte hardi<a name="FNanchor_343_343" id="FNanchor_343_343"></a><a href="#Footnote_343_343" class="fnanchor">[343]</a>? Pour notre âge de fer en contre-sens fertile,
-le mal seul est fécond, et le bien est stérile. Un mensonge
-s’accroche à chaque vérité. Vous êtes libéral... Vive la
-liberté!... soit; mais que faites-vous de certaine Encyclique
-qui de quatorze cent date sa politique? La Révolution vous
-blesse; ses abus vous semblent révoltants? Alors le <i>Syllabus</i>
-dit vrai; soumettons-nous, dépouillons le vieil homme, et que
-89 aille le dire à Rome!&mdash;ô cercle vicieux, même pour la
-vertu! Dieu, que dois-je penser, et de moi que veux-tu?...
-Un sphinx chaque matin veille devant ma porte. Faut-il
-interroger l’énigme qu’il m’apporte? Il me dévorera, si je
-devine mal, dût ma vieille carcasse être un maigre régal. Si
-je devine bien, hélas! qu’y gagnerai-je? Pourrai-je triompher
-du trouble qui m’assiège? Si le mot est <i>Peut-être</i>, il
-vaut mieux l’ignorer; mieux vaut croire et bénir que maudire
-et pleurer. Plutôt que de hanter le dangereux dédale,
-mieux vaut s’agenouiller humblement sur la dalle, crier:
-<i>Meâ culpâ!</i> je suis un grand crétin, puis dire à mon ami:
-Tout à vous,</p>
-
-<p class="pr4"><span class="smcap">Pontmartin</span>.</p></div>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_301" id="Page_301">[301]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">CHAPITRE XII</h2>
-
-<p class="pch">LA REVANCHE DE SÉRAPHINE<br />
-LES TRAQUEURS DE DOT<br />
-(1868-1870)</p>
-
-<p class="pcs">Élection d’Autran à l’Académie. Chasses dans la Crau et la Camargue.&mdash;M<sup>lle</sup>
-Rachel et Ponsard, <i>Pernette</i> et Victor de Laprade.&mdash;M.
-Victorien Sardou et la <i>Dévote</i>. La <i>Revanche de Séraphine</i>.&mdash;Mort
-de Lamartine et de Sainte-Beuve.&mdash;Les <i>Traqueurs de
-dot</i> et le <i>Figaro</i>.&mdash;L’Empire libéral. Prévost-Paradol. La guerre
-et la <i>Marseillaise</i>, Paul Chevandier de Valdrôme. Histoire d’une
-décoration.</p>
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>Au commencement de 1868, Pontmartin eut
-encore une vraie joie: elle lui vint de l’Académie.
-Il n’avait pas voulu s’y présenter; il avait repoussé
-toutes les avances que lui avaient faites les maîtres
-du logis. Mais cette <i>immortalité</i> dont il ne voulait
-pas pour lui-même, il la désirait ardemment pour
-un autre, pour son cher Autran, que minait depuis
-longtemps la <i>fièvre verte</i> et qui tenait pour rien et
-son hôtel de la rue de Montgrand<a name="FNanchor_344_344" id="FNanchor_344_344"></a><a href="#Footnote_344_344" class="fnanchor">[344]</a>, et La Malle et<span class="pagenum"><a name="Page_302" id="Page_302">[302]</a></span>
-Pradine, et ses autres domaines, tant qu’il ne
-serait pas assis sous la coupole du Palais-Mazarin.
-Pontmartin qui, depuis plusieurs années, multipliait
-en sa faveur les visites et les lettres, eut enfin
-la satisfaction de pouvoir lui adresser, le 24 février
-1868, ce bulletin de victoire:</p>
-
-<p class="pbq p1">Je vous dirai que votre nomination est certaine, indubitable.
-M. Guizot lui-même l’a dit à Michel Lévy, en ajoutant
-que, cette fois, il était heureux de pouvoir se joindre à
-ses excellents collègues, Mignet, Thiers et Berryer. Ces deux
-derniers ont en ce moment une telle prépondérance, un tel
-regain de popularité et de gloire, que, s’ils le veulent bien,
-ce n’est pas la majorité que vous devez avoir, mais la quasi-unanimité.
-De cette façon, la réparation, quoique tardive,
-sera complète<a name="FNanchor_345_345" id="FNanchor_345_345"></a><a href="#Footnote_345_345" class="fnanchor">[345]</a>...</p>
-
-<p class="p1">Joseph Autran fut élu le 7 mai 1868 en remplacement
-de Ponsard.</p>
-
-<p>A la fin de mai, après avoir publié la cinquième
-série de ses <i>Nouveaux Samedis</i>, Pontmartin quitta
-Paris pour le Vivarais, où l’appelait le mariage d’une
-de ses belles-sœurs. Les mariages de province ne
-se font pas aussi vite que ceux de vaudeville, et il
-resta près de deux mois, à la Mûre, aux environs
-d’Annonay. «Cette ville, écrivait-il à un ami, offre
-ce trait particulier que tous les habitants s’y
-occupent, jour et nuit, à manger du chevreau. Pourquoi?
-Parce que le chevreau, complet, se vend
-2 fr. 75 centimes; quand on l’a mangé, la peau,
-si elle est réussie, se vend 3 francs: il y a donc un<span class="pagenum"><a name="Page_303" id="Page_303">[303]</a></span>
-bénéfice net de 25 centimes&mdash;le prix d’un londrès&mdash;à
-dévorer cet animal innocent, qui n’est pas
-beaucoup plus mauvais que le chat, et qui, en
-outre, rappelle une foule de souvenirs virgiliens,
-bibliques et bucoliques<a name="FNanchor_346_346" id="FNanchor_346_346"></a><a href="#Footnote_346_346" class="fnanchor">[346]</a>...»</p>
-
-<p>La vie lui était du reste très douce à la Mûre.
-«Ma femme et ses sœurs, écrivait-il encore, ont
-voulu me ménager ici un ou deux mois de repos,
-de laitage, de fruits rouges, de promenades ou de
-haltes dans les bois d’essences résineuses, et même
-d’installation dans une étable à vaches, assez helvétique,
-où on m’a posé, dans un coin, une petite
-table avec tout ce qu’il faut pour écrire. Je ne me
-plains pas; car la campagne est délicieuse, et je
-réalise ici l’idéal qui me manque complètement
-aux Angles: la vie rurale sans affaires.»</p>
-
-<p>Il passa le mois de juillet aux eaux de Vals.
-Cette année 1868 paraît d’ailleurs avoir été pour lui
-une année de repos... relatif. Quand vint l’automne,
-il se livra tout entier à son plaisir favori. Chaque
-matin, avec ses deux chiens, <i>Flore</i> et <i>Diavolo</i>, il se
-lançait à la poursuite de lièvres invisibles et de
-perdrix absentes. «Les lapins se moquent de
-moi, écrivait-il, les tourdes se tiennent à distance,
-les pies me volent ma poudre et les merles me
-sifflent. N’importe, je poursuis, avec un courage
-digne d’un meilleur sort, ces promenades hygiéniques<a name="FNanchor_347_347" id="FNanchor_347_347"></a><a href="#Footnote_347_347" class="fnanchor">[347]</a>...»
-Il rentrait, le soir, avec une mauviette
-dans son carnier, heureux du reste et répétant ce<span class="pagenum"><a name="Page_304" id="Page_304">[304]</a></span>
-mot de l’un des auteurs de l’Anthologie: «Je suis
-sorti ce matin pour chasser des sangliers et je suis
-rentré ne rapportant que des cigales.»</p>
-
-<p>Il lui arriva, cette année-là, de pousser ses expéditions
-cynégétiques jusque dans la Crau et la Camargue.
-Au retour d’une de ces courses, le 29 septembre
-1868, il écrit à Autran:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">Mon cher ami, à qui le dites-vous? Il y a un mois que je
-suis ici<a name="FNanchor_348_348" id="FNanchor_348_348"></a><a href="#Footnote_348_348" class="fnanchor">[348]</a>, et il y a aujourd’hui 31 jours que je voulais vous
-écrire. Si vous n’avez pas de ma prose, c’est que je voulais
-faire quelque chose de mieux. J’étais invité par un de mes
-amis<a name="FNanchor_349_349" id="FNanchor_349_349"></a><a href="#Footnote_349_349" class="fnanchor">[349]</a>, en pleine Crau, non loin de la station de Raphèle;
-une fois là, je me disais, comme le Crevel<a name="FNanchor_350_350" id="FNanchor_350_350"></a><a href="#Footnote_350_350" class="fnanchor">[350]</a> de Balzac, que
-je n’en ferais ni une ni <i>deusse</i>, et que j’irais vous faire une
-petite visite, soit rue de Montgrand, soit à La Malle. Vous
-ne devineriez jamais, mon cher ami, ce qui m’en a empêché;
-c’est le manque de linge, de chaussures, de bas et de pantoufles.
-Par suite d’épisodes aussi peu intéressants que peu
-prévus, ma malle était accrochée à la petite gare de Salaise,
-qui correspond avec Serrières. D’autre part, mon ami
-m’attendait à Arles, avec sa voiture, à jour et à heure fixes.
-Je suis donc parti avec le strict nécessaire pour trois jours
-de chasse; mais j’avais compté sans les instances d’un autre
-habitant de la Crau, un frère de M. Léo de Laborde. Or, sa
-Crau à lui est à celle des environs de Raphèle ce que les marais
-pontins sont à la rue de Rivoli. Vous figurez-vous
-votre longissime ami pataugeant dans des flaques d’eau,
-poursuivant des bécassines, ne rencontrant que des taureaux
-d’allure fort inquiétante, surpris par la pluie et n’ayant pas<span class="pagenum"><a name="Page_305" id="Page_305">[305]</a></span>
-de quoi changer de chaussettes et de souliers? Je suis revenu
-dans un piteux état, et je dois remercier le ciel de n’avoir pas
-attrapé une maladie.</p>
-
-<p>Maintenant, je suis à votre disposition, où vous voudrez,
-quand vous voudrez, tant que vous voudrez...</p></div>
-
-<p class="p1">La lettre à laquelle répondait le châtelain des
-Angles était de la main de madame Autran, ce
-qui inspirait à Pontmartin ces jolies lignes:
-«Vous ne me dites rien de votre santé; mais <i>votre</i>
-écriture a parlé pour vous, et, quoi qu’elle soit
-charmante, quoique la main qui a tenu la plume
-soit vôtre, j’ai le chagrin d’en conclure qu’il n’y a
-pas encore de mieux bien sensible. Puissions-nous
-au moins vous distraire!...»&mdash;Et plus loin, en
-terminant: «Ma femme et Henri sont à Évian depuis
-le 15 septembre; je suis seul ici, accablé d’affaires,
-me débattant avec des fermiers qui parcourent
-tous les degrés de l’insolvabilité, et n’ayant,
-pour me consoler, que le plaisir de vous écrire et le
-plaisir encore plus vif de songer que je vous verrai
-bientôt. Adieu, mon cher ami, je baise respectueusement
-la main qui écrit, et je réponds tendrement
-à la voix qui dicte, par l’expression d’une fidèle et
-inaltérable amitié.»</p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>En novembre, eut lieu, à Pradine, la réunion
-annuelle. Pontmartin, cette fois, s’y rencontrait, non
-plus avec Dumas fils, mais avec M. Jules Claretie,<span class="pagenum"><a name="Page_306" id="Page_306">[306]</a></span>
-lui aussi futur académicien. Autran leur donna
-la primeur de son discours de réception, consacré
-à François Ponsard. Il n’y disait pas un mot de
-M<sup>lle</sup> Rachel et du rôle de cette dernière dans la
-renaissance classique qui rendit possible le
-triomphe de <i>Lucrèce</i>. Cette lacune parut fâcheuse à
-Pontmartin, qui, en sa qualité de vieux romantique,
-était très rebelle au <i>génie</i> de Ponsard et se refusait
-à voir en lui un initiateur et un chef d’École.
-De retour aux Angles, il écrivit donc à Autran:</p>
-
-<p class="pbq p1">Vous êtes en veine, et quoique je ne sois ni sorcier ni
-prophète&mdash;dans mon pays ni ailleurs&mdash;je crois pouvoir
-vous prédire un brillant hiver, un glorieux prélude ou cortège<a name="FNanchor_351_351" id="FNanchor_351_351"></a><a href="#Footnote_351_351" class="fnanchor">[351]</a>
-à votre discours de réception, que je regarde d’avance
-comme un succès infaillible. A ce propos, mon cher ami,
-permettez-moi une remarque d’après coup, qui n’a aucun
-rapport avec le mérite de l’œuvre, et dont vous ferez ce qu’il
-vous plaira. Une allusion de trois lignes à l’apparition
-de M<sup>lle</sup> Rachel, qui précéda de cinq ans la tragédie de
-<i>Lucrèce</i> et lui prépara les voies, ne serait-elle pas tout
-ensemble un acte de justice et un moyen détourné, non pas
-de diminuer Ponsard, mais de rétablir ces proportions et ces
-nuances que le très spirituel public des <i>premières représentations</i>
-de l’Académie comprend à demi-mot? Il est certain
-que ce fut sous les traits de cette méchante fille<a name="FNanchor_352_352" id="FNanchor_352_352"></a><a href="#Footnote_352_352" class="fnanchor">[352]</a> que Melpomène
-fit vraiment sa rentrée. Rachel fut la Muse, Ponsard
-ne fut tout au plus que le prêtre, arrivant au moment où
-l’autel et le temple étaient déjà relevés. Il vous suffirait, je
-le répète, de trois lignes pour indiquer ce sous-entendu,
-une date, un nom, une phrase, pas davantage<a name="FNanchor_353_353" id="FNanchor_353_353"></a><a href="#Footnote_353_353" class="fnanchor">[353]</a>...</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_307" id="Page_307">[307]</a></span></p>
-
-<p class="p1">Ces trois lignes, Autran se décida à les écrire.
-Les voici, telles qu’on les trouve dans son discours
-de réception, prononcé le 8 avril 1869: «Qui ne
-se souvient de ces heureux débuts de Ponsard?...
-Quand il apparut, c’était son heure: la foule,
-<i>ramenée aux anciens modèles par une tragédienne
-inspirée</i>, commençait à se détacher de la poésie
-aventureuse et sans frein, du drame turbulent et
-audacieux.»</p>
-
-<p>Pontmartin se défendait, nous venons de le
-voir, d’être «sorcier ou prophète». A ce moment-là
-même pourtant, il se laissait aller à faire une
-prophétie qui allait bientôt se réaliser. A l’occasion
-du poème de <i>Pernette</i>, par Victor de Laprade, il
-avait publié deux articles<a name="FNanchor_354_354" id="FNanchor_354_354"></a><a href="#Footnote_354_354" class="fnanchor">[354]</a> où, tout en rendant justice
-aux beautés de l’œuvre, il ne taisait pas son
-regret de voir l’auteur mêler la politique à la poésie
-et faire de son héros l’interprète de ses haines contre
-le premier et, par ricochet, contre le second
-Empire. En envoyant ces articles à Laprade, il lui
-écrivait, le 1<sup>er</sup> décembre 1868:</p>
-
-<p class="pbq p1">Je n’aime ni n’estime le gouvernement actuel; mais je ne
-puis pas vous suivre, Léopold de Gaillard et vous, sur les
-roches escarpées de l’opposition <i>quand même</i>; je redoute
-plus que tout une Révolution; j’en ai trop vu! J’ai gardé
-un trop fidèle souvenir de l’incroyable sentiment d’humiliation
-et d’angoisse que je ressentis, le 25 février 1848, lorsque,
-après dix-huit ans d’une opposition furieuse et insensée
-contre Louis-Philippe, je me vis tombé dans les bras de
-Caussidière et de Louis Blanc! <i>Si l’Empire tombe, sur vingt<span class="pagenum"><a name="Page_308" id="Page_308">[308]</a></span>
-chances il y en a trois ou quatre pour les d’Orléans et le reste
-pour une troisième République, moins formidable que la première,
-mais moins débonnaire que la seconde...</i></p>
-
-<p class="pbq">Dans cette étrange et douloureuse position, que faut-il
-faire? Se rallier? Nullement; mais revenir, tout en gardant
-le <i>decorum</i>, à un idéal plus désintéressé des incidents de la
-vie politique; les poètes à la poésie; les prosateurs à ces
-créations qui vivent d’une vie imaginaire, à mille lieues de
-nos tristes réalités...</p>
-
-<p class="p1">Six jours auparavant, le 25 novembre, il avait
-écrit, sur le même sujet, à Joseph Autran:</p>
-
-<p class="pbq p1">...La haine contre le premier, c’est-à-dire contre le second
-Empire, finit par être, chez Laprade, une véritable obsession,
-et si elle lui vaut les applaudissements de quelques
-coteries, il y perdra toute l’élévation, toute la pureté, toute
-l’idéalité de son talent. Je ne suis ni fonctionnaire, ni courtisan
-ni journaliste officieux; mais je dis franchement aux
-poètes: Prenez garde! Un siècle ne défait pas dans
-sa seconde moitié la poésie qu’il s’est faite dans la première.
-<i>Il y a des pourvois contre les surprises ou les erreurs de l’histoire;
-il n’y en a pas contre les créations, même mensongères,
-de l’imagination des peuples.</i> Bonaparte, même condamné au
-nom de la vérité et de l’humanité, restera poétique. Si des
-génies ou des talents bien divers, Byron, Manzoni, Lamartine,
-Victor Hugo, Béranger, Casimir Delavigne, ont vibré
-presque en même temps, c’est que, depuis Brienne jusqu’à
-Sainte-Hélène, jamais destinée ne fut un plus riche texte de
-poésie. Si la légende de gloire napoléonienne a pu prévaloir
-à l’époque où les plaies de la France étaient encore saignantes,
-où retentissaient encore les sanglots et les imprécations
-des mères, ce n’est pas au bout de cinquante ans que
-vous effacerez ce prestige, sous prétexte que M. Rouher vous
-trompe, que M. de Morny vous vola ou que M. Haussmann
-vous démolit...</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_309" id="Page_309">[309]</a></span></p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>Le 29 décembre 1868, le théâtre du Gymnase
-représenta une comédie de M. Victorien Sardou,
-<i>Séraphine</i>, qui avait dû s’appeler d’abord <i>la Dévote</i>,
-titre que la censure avait refusé. Très habilement
-faite, renfermant deux ou trois scènes vraiment dramatiques,
-la pièce réussit. Quelques naïfs du parterre,
-qui ne connaissaient peut-être que de nom
-le <i>Tartufe</i> du grand Poquelin, avaient même crié:
-<i>Bravo, Molière!</i> Hélas! ce n’était pas <i>Tartufe</i> que
-rappelait la comédie de M. Sardou, c’était tout
-bonnement le <i>Fils de Giboyer</i>. Séraphine, la présidente
-de l’œuvre pour le rachat des petits Patagons,
-n’était qu’une copie, très poussée au noir, de
-la baronne Pfeffers, d’Emile Augier.</p>
-
-<p>Rendant compte de la pièce dans <i>Paris-Journal</i>,
-Henri de Pène exprima le regret que l’auteur n’eût
-pas consulté un homme du monde&mdash;tel M. de
-Pontmartin&mdash;mis en contact par nécessité ou par
-goût avec de vrais dévots et de vraies dévotes.</p>
-
-<p>L’auteur des <i>Causeries littéraires</i> était aux
-Angles. Piqué au jeu par ce gracieux souvenir, il
-lut <i>Séraphine</i> et improvisa en quelques jours une
-réplique, qui n’était rien moins elle-même qu’une
-petite comédie en deux actes et un prologue. Elle
-parut aussitôt dans <i>Paris-Journal</i> sous le titre de
-<i>la Revanche de Séraphine</i>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_310" id="Page_310">[310]</a></span></p>
-
-<p>Dans sa lettre d’envoi à Henri de Pène, Pontmartin
-disait:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">...<i>Séraphine</i> m’a paru, comme à la plupart de ses juges,
-plus dramatique que juste, plus intéressante qu’impartiale.
-La véritable question demeure intacte: Sardou ne l’a pas
-vue, ou il l’a redoutée.</p>
-
-<p>Il n’y a, selon moi, que deux manières de traiter ce
-sujet, si actuel, de la <i>Dévote</i>: ou le léger croquis à la plume
-qui nous montre une femme à la fois catholique et mondaine,
-allant le matin à l’église, le soir au bal ou au spectacle, se
-passionnant pour le prédicateur à la mode et inventant de
-bonnes œuvres pour le plaisir d’organiser une fête, où elle
-inaugure une nouvelle toilette: mais on ne fera rien de
-mieux, en ce genre, que la <i>Vie parisienne</i>; la veine me semble
-épuisée, et ce n’est d’ailleurs que la surface du sujet.</p>
-
-<p>Ou bien&mdash;et c’est ici que le drame pourrait prendre
-de plus larges proportions&mdash;la <i>Dévote</i> vraie, sincère, émouvante
-et irritante tout ensemble: avec son bien et son mal,
-les embarras qu’elle entraîne dans la vie d’un homme d’imagination,
-mais aussi la sécurité qu’elle apporte au foyer d’un
-homme d’honneur. De là des conflits, des contrastes, des
-alternatives de comique et de pathétique, dont un maître tel
-que Victorien Sardou pourrait, je crois, tirer un grand
-parti.</p>
-
-<p>Je me couvrirais de ridicule, mon cher ami, si je vous
-disais que, dans la <i>Revanche de Séraphine</i>, j’ai eu la prétention
-de faire ce que je viens d’indiquer. Déclarer que cette
-esquisse est <i>injouable</i>, ce n’est pas assez. J’ai voulu seulement
-répondre à votre appel, en écrivant une page de critique
-dialoguée, vivante, résumée en quelques personnages,
-ou mieux encore, comme dirait un joueur de whist, une
-<i>invite</i> à un véritable auteur dramatique&mdash;et pourquoi pas
-à Sardou lui-même?&mdash;pour s’emparer de mon germe d’idée
-et en faire une vraie pièce.</p></div>
-
-<p class="p1">Pontmartin faisait trop bon marché de son <i>esquisse</i>.<span class="pagenum"><a name="Page_311" id="Page_311">[311]</a></span>
-La <i>Revanche de Séraphine</i> n’était pas si <i>injouable</i>
-que cela. C’est une vraie pièce, bien conduite,
-émouvante par endroits, toujours spirituelle. Peut-être,
-s’il l’avait voulu, s’il eût récidivé, s’il s’y était
-appliqué sérieusement et avec suite, peut-être l’auteur
-des <i>Samedis</i> aurait-il réussi au théâtre, comme
-il avait réussi dans le roman.</p>
-
-<h3>IV</h3>
-
-<p>Le 1<sup>er</sup> mars 1869, Lamartine mourait à Passy,
-pauvre, oublié, dans l’ombre et le silence,&mdash;heureux
-pourtant, car il avait à son chevet des amis
-véritables, une nièce, ou plutôt une fille, digne de
-porter son nom, M<sup>me</sup> Valentine de Lamartine, un
-prêtre qui allait mériter bientôt la palme du martyre,
-celui-là même qui avait reçu le dernier soupir
-de Chateaubriand, l’abbé Deguerry, curé de la
-Madeleine. Il mourait fidèle au <i>Dieu de son berceau</i>,
-pressant sur ses lèvres ce <i>Crucifix</i> qu’il avait célébré,
-dans ses <i>Méditations</i>, en vers impérissables.</p>
-
-<p>Quatre jours après, Pontmartin me mandait ce
-qui suit:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr4">Paris, vendredi 5 mars 1869.</p>
-
-<p>...Je reçois à l’instant votre lettre, et je vous écris
-ces quelques lignes pour me reposer le cœur et l’esprit. Je
-viens de passer trois jours écrasants pour un homme d’âge.
-Lundi, à cinq heures, mon fils, en rentrant, m’annonce la
-mort de Lamartine. A sept, visite du directeur de l’<i>Illustration</i>,
-qui me demande d’urgence un Lamartine pour mardi<span class="pagenum"><a name="Page_312" id="Page_312">[312]</a></span>
-soir; ce même mardi, à 8 heures du matin, lettre de Janicot,
-qui m’adjure de devancer de deux jours <i>ma</i> semaine littéraire
-et de faire <i>mon</i> Lamartine<a name="FNanchor_355_355" id="FNanchor_355_355"></a><a href="#Footnote_355_355" class="fnanchor">[355]</a> pour jeudi soir. Engagement
-et promesse de ma part, que M. Janicot récompense
-immédiatement par l’envoi d’un fauteuil d’orchestre pour
-la première de <i>Faust</i> à l’Opéra. Cette brillante représentation,
-embellie, à ma gauche, de la présence de notre Empereur,
-à ma droite de celle de S. M. la Reine d’Espagne;
-nous applaudissions encore et nous rappelions mademoiselle
-Nilsson<a name="FNanchor_356_356" id="FNanchor_356_356"></a><a href="#Footnote_356_356" class="fnanchor">[356]</a> à une heure 1/2 du matin. Hier j’étais moulu
-comme si on m’avait jeté du haut de la Gemmi dans une
-écritoire. Mais enfin me voilà sorti de ce coup de feu et rentré
-dans les conditions de la vie ordinaire...</p>
-
-<p>...Quant à mon petit volume<a name="FNanchor_357_357" id="FNanchor_357_357"></a><a href="#Footnote_357_357" class="fnanchor">[357]</a> (qui paraît jeudi prochain),
-c’est lui faire beaucoup d’honneur que de publier la
-petite note que je vous envoie. Tout l’intérêt et peut-être
-tout le péril de ce volume résideront, je m’y attends, dans
-l’étude de 55 pages sur Berryer<a name="FNanchor_358_358" id="FNanchor_358_358"></a><a href="#Footnote_358_358" class="fnanchor">[358]</a>. Je ne suis pas tout à fait
-rassuré de ce côté-là. L’expression d’une tendre admiration
-obtiendra-t elle grâce pour les restrictions et les réserves?
-L’hommage chaleureux à la Restauration me fera-t-il pardonner
-certaines nuances de désabusement mélancolique?<span class="pagenum"><a name="Page_313" id="Page_313">[313]</a></span>
-Les anecdotes artistiques et les notes familières paraîtront-elles
-dignes de ce grave sujet? Je doute, et, dans le doute,
-je demande à mes amis de ne pas me juger avec trop de rigueur.
-Peut-être y a-t-il de la vanité dans mon inquiétude,
-et la solution de ce petit problème sera tout simplement
-qu’on laissera passer le volume sans y prendre garde:</p>
-
-<p class="pc1">
-Gresset se trompe, il n’est pas si coupable!<br />
-</p></div>
-
-<p class="p1">Pontmartin était coupable pourtant, et il avait
-raison de n’être point rassuré. Son chapitre sur
-Berryer est une erreur et une faute,&mdash;une faute
-qu’il aggravera encore quinze ans plus tard, en
-attendant de la réparer par un suprême et définitif
-hommage.</p>
-
-<p>La lettre du 5 mars se terminait ainsi:</p>
-
-<p class="pbq p1">Je n’ai pas besoin de vous dire, mon cher ami, avec quelle
-impatience j’attends les bonnes et très bonnes feuilles de
-votre <i>Victor Hugo</i><a name="FNanchor_359_359" id="FNanchor_359_359"></a><a href="#Footnote_359_359" class="fnanchor">[359]</a>. Votre point de vue de l’éreintement
-dans l’admiration me semble excellent, et soyez sûr que
-vous aurez bien des gens de votre côté. La mort de Lamartine,
-sans être tout à fait un événement (car on le savait
-envahi déjà par les ombres de la mort, <i>morte futurâ</i>), a
-cependant attendri les imaginations et les âmes, ramené
-les souvenirs vers des époques où nul ne lui aurait disputé
-le sceptre de la poésie moderne, et j’aperçois çà et là des
-indices, des velléités de comparaison qui laisseraient l’avantage
-au poète des <i>Harmonies</i>. Quant à moi, je ne dissimule
-pas mes préférences lamartiniennes<a name="FNanchor_360_360" id="FNanchor_360_360"></a><a href="#Footnote_360_360" class="fnanchor">[360]</a>...</p>
-
-<p class="p1">S’il pleura Lamartine, je crois bien qu’il n’a pas<span class="pagenum"><a name="Page_314" id="Page_314">[314]</a></span>
-pleuré Sainte-Beuve, mort à quelques mois de là
-le 13 octobre 1869. Depuis longtemps déjà rien ne
-subsistait plus de leur ancienne amitié. Nul plus
-que Pontmartin ne prisait le talent de l’auteur des
-<i>Lundis</i>; mais il admirait Sainte-Beuve en le mésestimant.
-«En dehors des crises passagères, dit-il
-quelque part, des bourrasques et des gourmades
-de la vie littéraire, le sentiment dont j’ai toujours
-eu à me défendre à l’égard de Sainte-Beuve, ce
-n’est pas l’aversion, l’animosité ou le dépit; c’est,
-au contraire, l’irrésistible attrait qu’un homme
-rempli de bonnes intentions, mais faible et peccable,
-éprouve pour une splendide et spirituelle
-courtisane<a name="FNanchor_361_361" id="FNanchor_361_361"></a><a href="#Footnote_361_361" class="fnanchor">[361]</a>.»</p>
-
-<p>Pontmartin était à deux cents lieues de Paris
-lorsque mourut Sainte-Beuve et que son corps,
-comme il l’avait demandé, fut transporté de son
-domicile au cimetière Mont-Parnasse, sans passer
-par l’église. Son article, publié dans la <i>Gazette de
-France</i> dès le 17 octobre, n’était forcément qu’une<span class="pagenum"><a name="Page_315" id="Page_315">[315]</a></span>
-première esquisse, un simple crayon; il se terminait
-par ces lignes:</p>
-
-<p class="pbq p1">Remarquez que j’ai fini, et que je n’ai pas dit un mot de
-religion. Au comble de ses vœux, sénateur, bien en cour,
-parvenu aux dignités et à la gloire, admis dans la plus
-intime familiarité des princesses, Sainte-Beuve était cruellement
-froissé de se sentir impopulaire; il s’est délivré du
-pli de rose du sybarite en embrassant la religion de l’épicurien.
-Il a fini par obtenir ce qui lui manquait: il est parvenu
-à la popularité par l’athéisme; désormais, il pouvait traverser
-sans crainte le Luxembourg; il aurait même pu remonter
-en chaire. La libre pensée est accommodante: elle
-permet de donner beaucoup à César, pourvu qu’on refuse
-tout à Dieu. N’importe! Cette mort serre le cœur: elle est
-effrayante et sinistre; cela <i>vous fait froid dans le dos</i>. Mais
-nous sommes encore trop près de ce cercueil sans consolation,
-de ces funérailles sans prières, de cette tombe sans
-espérance. Le chrétien aurait trop à dire; l’homme du
-monde doit se taire. A la religion du néant on ne peut
-opposer que le silence<a name="FNanchor_362_362" id="FNanchor_362_362"></a><a href="#Footnote_362_362" class="fnanchor">[362]</a>.</p>
-
-<h3>V</h3>
-
-<p>Quelques mois auparavant, en décembre 1868,
-M. de Villemessant avait annoncé à ses lecteurs la
-prochaine publication d’un roman spécialement
-écrit pour le <i>Figaro</i> par MM. A. de Pontmartin et
-Frédéric Béchard, et qui aurait pour titre: <i>les Traqueurs
-de dot</i>. J’avais aussitôt écrit aux Angles
-pour demander ce qu’il y avait de vrai dans cette<span class="pagenum"><a name="Page_316" id="Page_316">[316]</a></span>
-nouvelle, et Pontmartin m’avait répondu le 19 décembre:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">Je regrette que vous ayez pris au sérieux ces <i>Traqueurs de
-dot</i>. Voici leur histoire. Au mois de septembre, Frédéric
-Béchard m’écrivit une lettre vraiment touchante, où il
-m’exprimait ses scrupules et ses remords sur ce qu’il y
-avait d’illusoire dans son semblant de collaboration aux
-<i>Corbeaux</i>, et il ajoutait que, pour s’acquitter envers moi, il
-me priait de consentir à une contre-partie exacte des <i>Corbeaux</i>,
-c’est-à-dire à un roman dont il serait l’auteur, et
-que je corrigerais en détail, avant qu’il le livrât aux imprimeurs.
-J’ai résisté, il a insisté, et nous avons fini par transiger.
-Il a été convenu qu’il m’enverrait le <i>scenario</i>, que je
-lui communiquerais mes idées, et que j’ébaucherais, à moi
-tout seul, la première partie (il y en aura trois). Mais surtout
-il avait été stipulé que mon nom ne paraîtrait pas. Malheureusement,
-M. de Villemessant, outre sa légèreté proverbiale,
-a des préventions contre le talent de Béchard, et
-celui-ci lui ayant demandé, comme une gracieuseté, d’insérer
-dans le <i>Figaro</i> la note relative aux traductions allemande
-et espagnole des <i>Corbeaux</i>, il a profité de cette occasion
-pour commettre cette première indiscrétion, qui sera
-probablement suivie de quelques autres. J’ai immédiatement
-écrit, et on m’a promis qu’il n’y aurait plus que
-des indiscrétions verbales, boulevardières, et que, dans tous
-les cas, mon nom ne figurerait jamais au bas des feuilletons.
-Quant à moi, je n’ai pas moins de deux romans et de trois
-nouvelles dans la tête.</p>
-
-<p>Les romans: <i>l’Épée à deux tranchants</i>, <i>l’Auberge du
-Vivarais</i>.</p>
-
-<p>Je n’ai pas encore trouvé le titre des nouvelles; dès que
-je serai à Paris, j’en écrirai une; car ici je perds un temps
-énorme, et dans des conditions hébétantes. Puis je verrai si,
-avec cette nouvelle, et les quelques esquisses que j’ai en
-portefeuille, je pourrai faire mon volume, <i>les Miettes du
-pauvre</i>. Mais, dans tout cela, je mourrai sans avoir réalisé<span class="pagenum"><a name="Page_317" id="Page_317">[317]</a></span>
-mon grand rêve: un livre gigantesque, une épopée intellectuelle
-qui se serait appelée <i>les Mémoires de Figaro</i> et serait
-allée de 1784 à 1851 (coup d’État).</p></div>
-
-<p class="p1">Six mois après cependant, le 8 juin 1869, le
-<i>Figaro</i> publiait le premier chapitre des <i>Traqueurs
-de dot</i>, avec la double signature d’Armand de
-Pontmartin et de Frédéric Béchard. La veille avait
-paru, en tête du journal, la lettre suivante, adressée
-au rédacteur en chef:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pi4 p1">Cher monsieur de Villemessant,<br /></p>
-
-<p>Voici nos <i>Traqueurs de dot</i>, vous vous étonnerez peut-être
-d’y trouver nos deux noms.</p>
-
-<p>Lorsque nous avons publié, dans le <i>Figaro</i>, les <i>Corbeaux
-du Gévaudan</i>, signés d’un seul de nous, nous avons cédé,
-selon votre désir, au préjugé qui frappe de discrédit la collaboration.
-Cette fois, celui des deux auteurs qui avait gardé
-l’anonyme pour le premier roman était naturellement désigné
-pour assumer à lui seul la responsabilité du second. Mais
-nous avons fini par apprécier si bien les avantages du travail
-en commun que ces cachotteries nous ont paru puériles et
-que, bien loin de dissimuler notre collaboration, nous désirons
-l’affirmer.</p>
-
-<p>Pourquoi n’en serait-il pas du roman comme du théâtre?
-L’essentiel, c’est qu’au fond les deux collaborateurs soient
-liés par la communauté absolue des idées générales. Nous
-comprenons que des écrivains, partant de principes contraires,
-n’obtiennent que des effets disparates. S’ils se trouvent
-placés, pour observer la société, au même point de
-vue, leur observation ne peut que se compléter au lieu de
-se contredire, et leur œuvre, en son ensemble, est forcément
-homogène.</p>
-
-<p>Quant aux détails, la nature même du roman nous paraît
-la meilleure justification de ce procédé littéraire. Une fois<span class="pagenum"><a name="Page_318" id="Page_318">[318]</a></span>
-le plan bien arrêté, le champ y reste encore assez vaste pour
-que l’imagination des deux conteurs puisse s’y déployer
-librement.</p>
-
-<p>Dans les <i>Traqueurs de dot</i>, par exemple, qui transportent
-tour à tour le lecteur des salons les plus parisiens sur les
-neigeuses Cévennes, et des étroits horizons de la vie de province
-dans les immenses et brûlantes savanes de l’Amérique
-du Sud, nous ne risquions ni l’un ni l’autre, avouez-le,
-d’être gêné par le voisin.</p>
-
-<p>Au surplus, cher monsieur, vous restez absolument libre
-de maintenir la combinaison primitive. Nous vous soumettons
-seulement notre idée, justifiée d’ailleurs par d’illustres
-et heureux précédents. C’est à vous de choisir et de décider.</p>
-
-<p>Tout à vous,</p>
-
-<p class="pr4"><span class="smcap">A. de Pontmartin</span>,</p>
-<p class="pi4"><span class="smcap">Frédéric Béchard</span>.</p></div>
-
-<p class="p1">Pressé par Frédéric Béchard, <i>traqué</i> par Villemessant,
-Pontmartin avait fini par céder. Lourde
-était la faute, car ce roman médiocre, ces feuilletons
-auxquels il avait pris une si petite part,&mdash;<i>quorum
-pars parva fuit</i>,&mdash;ne pouvaient que nuire
-à son bon renom d’écrivain et de conteur. Il le
-sentait mieux que personne; à peine la publication
-fut-elle commencée qu’il s’en désintéressa complètement.
-Le 27 juin, il m’écrivait de Paris:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">Un mot seulement, qui vous expliquera bien des choses.
-Ma femme est malade depuis la fin d’avril; il n’y a jamais
-eu de danger, mais elle est restée dans son lit près de six
-semaines, et nous n’en sommes pas encore, malgré un
-mieux décisif, à la promenade en voiture. Il en est résulté
-que j’ai complètement <i>lâché</i> les <i>Traqueurs</i>: je n’ai pas
-même revu le manuscrit; c’est Béchard qui a corrigé les
-épreuves...</p>
-
-<p>Maintenant, au risque de vous trouver incrédule, je vous<span class="pagenum"><a name="Page_319" id="Page_319">[319]</a></span>
-dirai que je désire ardemment un <i>fiasco</i>, et que jusqu’à
-présent circonstances extérieures, public, administration du
-journal et imprimeurs me servent à souhait... La collaboration,
-chose désastreuse en elle-même, anti-littéraire,
-ennemie de toute inspiration franche et personnelle, ne peut
-avoir de prétexte ou d’excuse que lorsqu’elle est agréable.
-Or, pour moi, c’est un cauchemar et un supplice.</p></div>
-
-<p class="p1">En dépit de ces tristes <i>Traqueurs de dot</i>, ainsi
-laissés pour compte par Pontmartin, sa campagne
-de 1869 n’en avait pas moins été très brillante,
-puisqu’elle avait eu à son actif la <i>Revanche de
-Séraphine</i>, une très remarquable nouvelle, <i>Françoise</i>,
-publiée dans le <i>Correspondant</i><a name="FNanchor_363_363" id="FNanchor_363_363"></a><a href="#Footnote_363_363" class="fnanchor">[363]</a>, le <i>Salon
-de 1869</i> à l’<i>Univers illustré</i>, le tome sixième des
-<i>Nouveaux Samedis</i>, et les Causeries hebdomadaires
-de la <i>Gazette de France</i>. Au mois de juillet, ignorant
-que l’auteur des <i>Samedis</i> était encore à Paris,
-où le retenait la santé de sa femme, Joseph Autran
-lui écrivait:</p>
-
-<p class="pbq p1">Est-ce aux Angles, ou à quelque port de l’Océan, est-ce à
-vos montagnes du Vivarais qu’il faut aller vous demander?
-ou plutôt n’est-ce point encore à cette avenue Trudaine où
-vous avez, ce me semble, poussé de plus fortes racines que
-vous ne pensiez? Je m’explique du reste à merveille cette
-recrudescence de tendresse pour Paris. Vous venez d’y faire
-une de ces campagnes qui sont tout un rajeunissement, et
-vous y avez cueilli de nouveau trop de charmants succès
-pour en quitter sans regret le cher théâtre. En vérité, cher
-ami, j’admire cette puissance de sève. Il n’y a que vous
-pour se renouveler ainsi de saison en saison et pour dresser<span class="pagenum"><a name="Page_320" id="Page_320">[320]</a></span>
-une tige toujours plus haute et toujours plus verte au milieu
-de tant de jeunesses déjà flétries...</p>
-
-<p class="p1">Autran finira pourtant par retrouver son ami et
-par l’attirer, cette année encore, à Pradine, dans
-ce charmant pays que le Luberon abrite contre le
-mistral et qui réunit les pittoresques beautés de la
-montagne aux douceurs et aux agréments de la
-plaine. Pontmartin y passera tout le mois de
-novembre, et quand il sera rentré aux Angles,
-Joseph Autran lui écrira:</p>
-
-<p class="pbq p1">Mon cher ami, ce n’est pas à vous de m’écrire les souvenirs
-que vous emportez de Pradine. C’est à moi plutôt de
-vous dire ceux que vous y laissez. Croyez bien qu’une
-grande partie du charme de notre foyer vient de ce que
-vous y apportez, et quand j’ai appelé ces douces journées
-d’automne «l’été de la Pontmartin», je pensais moins à la
-sérénité des jours qu’à ce rayonnement du cœur et de l’esprit
-qui marque votre passage. Dieu nous accorde de les
-renouveler souvent encore et de vieillir dans cette chère
-amitié qui, depuis trente ans, n’a pas eu un nuage.</p>
-
-<h3>VI</h3>
-
-<p>L’année 1870 s’inaugura par la formation du
-ministère Ollivier. Ce coup de théâtre était
-presque un coup d’État. Napoléon III biffait, <i>le
-2 janvier</i>, ce qu’il avait écrit <i>le 2 Décembre</i>; il
-brûlait ce qu’il avait adoré, il adorait ce qu’il
-avait brûlé. Le nouveau ministère, en effet, avait
-pour mission de transformer l’Empire autoritaire<span class="pagenum"><a name="Page_321" id="Page_321">[321]</a></span>
-en Empire libéral. Il y eut, dans le camp de l’opposition
-conservatrice, un applaudissement presque
-universel. Les hostilités s’arrêtèrent; à la guerre
-ouverte succéda l’armistice, prélude d’une réconciliation
-prochaine. M. Guizot reparut dans les
-salons officiels; M. Odilon Barrot présida la commission
-de décentralisation; le duc Albert de Broglie
-accepta d’entrer dans la commission de l’enseignement
-supérieur, où figurait également l’<i>irréconciliable</i>
-Léopold de Gaillard. Encore quelques
-semaines, et Prévost-Paradol deviendra ministre
-de France aux États-Unis, pendant que M. Émile
-Ollivier sera appelé par l’Académie française à
-l’honneur de remplacer Lamartine: MM. Thiers et
-de Falloux se chargeront d’aller annoncer à l’heureux
-élu le vote presque unanime de l’illustre
-Compagnie<a name="FNanchor_364_364" id="FNanchor_364_364"></a><a href="#Footnote_364_364" class="fnanchor">[364]</a>. Pontmartin fut moins prompt à
-l’enthousiasme. Même au plus beau moment de
-cette <i>lune de miel</i>, il ne pouvait se défendre de
-répéter:</p>
-
-<p class="pc1 reduct">Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille.</p>
-
-<p class="p1">Le 25 février 1870, il m’écrivait des Angles:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Je suis agacé de voir les choses tourner de façon à rassurer
-peut-être l’égoïsme bourgeois, mais à frapper de prescription
-indéfinie nos principes et nos espérances. L’Empire
-libéral, c’est un pommier produisant des pêches; c’est
-Guillot le sycophante ou le loup devenu berger. Ce n’est
-pas en greffant ainsi la liberté sur le despotisme, l’économie<span class="pagenum"><a name="Page_322" id="Page_322">[322]</a></span>
-sur la dilapidation, la justice sur l’arbitraire, l’honnêteté
-sur la rouerie, que l’on refait l’esprit public, le sens moral
-d’un peuple, ou, pour tout dire en un mot, son âme...</p>
-
-<p class="p1">Il avait du reste, à ce moment, de nombreux
-sujets de tristesse. De cette même lettre du
-25 février, je détache ces lignes:</p>
-
-<p class="pbq p1">Je lutte, depuis un certain temps, contre une <i>jettatura</i>
-que tout le corail napolitain ne réussirait pas à conjurer.
-Tombée malade au mois de mai, ma femme commençait à
-peine à se remettre lorsque j’ai été repris par cette gastralgie
-nerveuse qui m’a déjà fait de si fréquentes et de si désagréables
-visites. Plus d’appétit, plus de sommeil surtout.
-C’est comme un voile grisâtre, une brume de novembre
-répandue sur ma pauvre imagination et, tant que ma
-femme n’est pas tout à fait rétablie, nous ne pouvons
-pas songer à retourner à Paris, où il paraît que l’on
-n’échappe à la glace et à la neige que pour maudire le
-dégel, la boue et M. Chevreau<a name="FNanchor_365_365" id="FNanchor_365_365"></a><a href="#Footnote_365_365" class="fnanchor">[365]</a>...</p>
-
-<p class="p1">Le 1<sup>er</sup> mars, il conduisit sa femme à Cannes et
-l’y laissa avec son fils, pendant que lui-même revenait
-à Paris, comptant n’y rester que quelques
-jours, le temps seulement de donner congé à son
-propriétaire de l’avenue Trudaine et de publier le
-septième volume des <i>Nouveaux Samedis</i>. Les nouvelles
-de Cannes étant devenues meilleures, il prolongea
-son séjour de quelques semaines jusqu’au<span class="pagenum"><a name="Page_323" id="Page_323">[323]</a></span>
-milieu de juin, et, comme l’année précédente, il fit
-le <i>Salon</i> à l’<i>Univers illustré</i>. Il se disposait à retourner
-aux Angles, quand il rencontra, un soir, à
-l’Opéra, Prévost-Paradol, lui-même à la veille de
-partir pour Washington. Comme il regagnait sa
-place, Paradol l’arrêta amicalement au passage et
-lui dit: «Si votre modestie vous empêche de songer
-à la succession de M. Villemain<a name="FNanchor_366_366" id="FNanchor_366_366"></a><a href="#Footnote_366_366" class="fnanchor">[366]</a>, nous sommes
-menacés de perdre bientôt un autre de nos collègues,
-le pauvre Prosper Mérimée<a name="FNanchor_367_367" id="FNanchor_367_367"></a><a href="#Footnote_367_367" class="fnanchor">[367]</a>...» L’ouverture
-qui commençait interrompit celle que l’auteur
-de la <i>France nouvelle</i> allait lui faire.</p>
-
-<p>Un mois plus tard, la guerre éclatait. Pontmartin
-était aux Angles. Il n’eut pas un instant d’illusion;
-dès la première heure, il comprit l’immensité
-du péril. Tandis que les patriotes ou les dilettantes
-de la capitale, bien installés dans leur fauteuil d’orchestre,
-applaudissaient Faure ou M<sup>me</sup> Marie Sass
-chantant la <i>Marseillaise</i>, il disait aux Parisiens, aux
-ministres, aux généraux, à l’Empereur lui-même:
-«Prenez garde, la <i>Marseillaise</i> ne vous portera
-pas bonheur!» Et peu de jours après, au lendemain
-de nos premiers désastres, il ajoutait: «Des
-invités de Compiègne, des familiers du Palais-Royal
-ont ouvert bravement le feu en attaquant les
-dieux et les demi-dieux de l’Olympe officiel. Nous
-qui sommes constamment restés à l’écart, loin des<span class="pagenum"><a name="Page_324" id="Page_324">[324]</a></span>
-grandeurs et des flatteries de ce monde, nous serons
-plus respectueux et plus humbles. Selon nous,
-si la fortune a paru d’abord infidèle à nos armes, la
-faute n’en est ni au <i>chef suprême</i>, ni au major-général,
-ni au Grouchy de 1870, ni au précepteur
-dans l’embarras. Le vrai coupable, ou, pour parler
-plus exactement, le véritable <i>jettatore</i>, c’est Rouget
-de Lisle; c’est l’hymne néfaste, trop connu sous le
-nom de <i>Marseillaise</i>.» L’article se terminait ainsi:
-«M. Émile Ollivier s’est écrié, du haut de la tribune:
-‘Le plébiscite<a name="FNanchor_368_368" id="FNanchor_368_368"></a><a href="#Footnote_368_368" class="fnanchor">[368]</a> est la revanche de Sadowa!’»
-Non: le plébiscite a été le prologue de Wissembourg,
-de Wœrth et de Forbach, ou, pour parler
-la langue des joueurs, cette campagne de Prusse en
-France est le <i>paroli</i>, le <i>banco</i> du plébiscite.&mdash;«Sire,
-répondait Michaud à Charles X qui lui reprochait
-son mutisme à la tribune, j’ai dit trois
-mots; ils m’ont coûté trois mille francs: je ne
-suis pas assez riche pour continuer.» La France
-n’a dit qu’un monosyllabe, et il lui a coûté beaucoup
-plus cher.</p>
-
-<p>Ces lignes paraissaient dans la <i>Gazette de France</i>
-du 12 août. Deux jours après, Pontmartin recevait
-un pli officiel lui annonçant qu’il était nommé
-chevalier de la Légion d’honneur.</p>
-
-<p>Voici ce qui s’était passé:</p>
-
-<p>Lors de la formation du ministère Ollivier,
-M. Eugène Chevandier de Valdrôme, député de la
-Meurthe et l’un des chefs du tiers-parti libéral,<span class="pagenum"><a name="Page_325" id="Page_325">[325]</a></span>
-avait reçu le portefeuille de l’Intérieur. Pontmartin
-était lié de longue date avec le frère du ministre,
-Paul Chevandier de Valdrôme, peintre de talent,
-qui aurait peut-être été un grand artiste, un paysagiste
-de premier ordre, si les entraînements de
-la vie mondaine ne l’avaient trop souvent éloigné
-de son bel atelier de la rue de la Tour-d’Auvergne.
-Plus d’une fois, dans ses <i>Salons</i> de la <i>Mode</i> et de
-l’<i>Univers illustré</i>, il avait signalé à ses lecteurs,
-en termes particulièrement élogieux, les tableaux
-de son ami. Paul Chevandier avait une dette à
-payer. Sans en rien dire à Pontmartin, il demanda
-pour lui à son frère le ruban de chevalier. Le ministre
-n’éleva aucune objection. Pontmartin sans
-doute était un homme des <i>anciens partis</i>; c’était
-un adversaire, mais un adversaire courtois; souvent
-même il avait dénoncé le ridicule de la petite
-guerre d’allusions et d’épigrammes que ses amis
-de l’Académie faisaient à l’Empereur. Du côté de
-M. Émile Ollivier, qui prisait très haut le talent
-de l’auteur des <i>Samedis</i>, les choses allèrent toutes
-seules; il se montra plus favorable encore que son
-collègue de l’Intérieur. L’affaire une fois décidée,
-restait à obtenir l’adhésion du principal intéressé.
-Paul Chevandier, dans les derniers jours de juin,
-donna un dîner où son frère Eugène et Armand de
-Pontmartin se trouvaient tous les deux. Au dessert,
-le peintre dit au critique: «Pourquoi ne
-portez-vous jamais votre ruban rouge?&mdash;Mais je
-ne l’ai pas.&mdash;Impossible!&mdash;C’est pourtant
-vrai.» Alors le ministre, qui jusque-là n’avait rien<span class="pagenum"><a name="Page_326" id="Page_326">[326]</a></span>
-dit, prit la parole et déclara que si M. de Pontmartin
-s’engageait à ne pas refuser, lui-même se
-chargeait de mener l’affaire à bonne fin, sans que
-l’écrivain eût à faire la moindre démarche. Était-il
-possible de répondre par un refus à une offre faite
-de si bonne grâce? Pontmartin promit de ne pas
-se montrer intransigeant. Quelques jours après, il
-quittait Paris, pour apprendre bientôt la déclaration
-de guerre, nos premières défaites et la chute
-du ministère Ollivier<a name="FNanchor_369_369" id="FNanchor_369_369"></a><a href="#Footnote_369_369" class="fnanchor">[369]</a>. Absorbé par ses angoisses
-patriotiques, il avait complètement oublié sa rencontre
-avec le malheureux ministre de l’Intérieur
-et le double engagement qui s’en était suivi,
-quand, le dimanche 14 août, au moment de se
-rendre à la messe, il reçut une grande enveloppe
-cachetée de rouge: c’était un brevet de chevalier
-de la Légion d’honneur, daté du 9 août 1870,
-signé par l’Impératrice-Régente Eugénie, et contresigné
-par le ministre des Lettres, Sciences et
-Beaux-Arts, Maurice Richard. Cette nomination
-qui, dans un autre moment, l’eût sans doute réjoui,
-lui causa plus de tristesse que de joie: elle
-coïncidait avec le deuil de notre armée; elle lui
-arrivait entre Reichshoffen et Sedan!</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_327" id="Page_327">[327]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">CHAPITRE XIII</h2>
-
-<p class="pch2">LES LETTRES D’UN INTERCEPTÉ.&mdash;LE RADEAU
-DE LA MÉDUSE.&mdash;LE FILLEUL DE
-BEAUMARCHAIS.&mdash;LA MANDARINE.</p>
-
-<p class="pch3">(1870-1873)</p>
-
-<p class="pcs">La <i>Gazette de Nîmes</i> et les <i>Lettres d’un intercepté</i>. M. Gambetta. La
-<i>Journée d’un Proconsul</i>.&mdash;Cent jours à Cannes. La <i>Décentralisation</i>
-et le <i>Radeau de la Méduse</i>.&mdash;Mort de M<sup>me</sup> de Pontmartin.
-Le <i>Filleul de Beaumarchais</i>. Un mot de Louis David.&mdash;Le comte
-d’Haussonville et Saint-Genest. Un Bûcheron qui ne débite pas
-de fagots. La souscription nationale pour la libération du territoire.
-Projet de Pontmartin. Le comte de Falloux.&mdash;Hôtel
-Byron, rue Laffitte. La Taverne de Londres. M. Thiers. L’<i>Homme-Femme</i>
-de Dumas fils. Au château de Barbentane. Le toast de
-Mistral. <i>Entre voisins.</i> L’inondation du Rhône en 1872.&mdash;Au
-Pavillon de Rohan. Une campagne au <i>Gaulois</i>. La <i>Mandarine</i>. Le
-24 mai 1873, Si le Roi n’avait rien dit!</p>
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>Après son article du 12 août, Pontmartin cessa
-ses envois à la <i>Gazette de France</i>. Continuer à
-écrire, comme autrefois en pleine paix, une Causerie
-littéraire, il n’y fallait pas songer. Les Prussiens,
-d’ailleurs, allaient se charger de trancher<span class="pagenum"><a name="Page_328" id="Page_328">[328]</a></span>
-eux-mêmes la question. Ils investissaient Paris,
-et entre la rue Coq-Héron et les Angles toute communication
-devenait impossible. Il écrira cependant;
-il publiera dans un journal du Midi, <i>la
-Gazette de Nîmes</i>, des articles où il essaiera une
-espèce de terme moyen entre le <i>premier-Nîmes</i> et
-la Causerie littéraire.</p>
-
-<p>Ces articles parurent sous le titre de <i>Lettres
-d’un intercepté</i>. Il m’en parle en ces termes dans
-sa lettre du 5 novembre 1870:</p>
-
-<p class="pbq p1">...On a fondé à Nîmes un journal, pour lequel on m’a
-demandé ma collaboration. Il m’a paru que, dans un moment
-comme celui-ci, l’important n’était pas de rechercher
-un succès littéraire, qui d’ailleurs est impossible, mais d’exprimer
-rapidement quelques vérités utiles. La proximité
-m’assurait presque le bénéfice de l’<i>à-propos</i>, et, une fois en
-train, j’ai écrit seize articles presque sans interruption.
-Comme ils sont reproduits dans un journal d’Avignon, me
-voilà finissant par où j’ai commencé, et redevenant, après
-plus d’un quart de siècle, journaliste du Gard et de Vaucluse.</p>
-
-<p class="p1">Les <i>Lettres d’un intercepté</i> sont au nombre de
-vingt-six; elles vont du 29 septembre au 23 décembre
-1870.</p>
-
-<p>Pontmartin les écrivait en plein <i>pays rouge</i>,
-dans ces départements du Midi où l’on menaçait&mdash;de
-loin&mdash;les Prussiens, et où l’on faisait&mdash;sur
-place&mdash;la guerre aux moines et aux prêtres,
-au Pape et à l’Église. Sous l’impression que lui
-causaient les scènes hideuses d’Autun, de Lyon,
-de Saint-Étienne, de Toulouse, de Limoges, de<span class="pagenum"><a name="Page_329" id="Page_329">[329]</a></span>
-Marseille, il lui est arrivé de se montrer très dur,
-un peu trop dur peut-être pour les hommes du
-4 Septembre et en particulier pour Gambetta. Si
-le dictateur de Tours eut le tort, l’impardonnable
-tort, de mettre l’intérêt de la République au-dessus
-de l’intérêt de la France,&mdash;<i>République d’abord!</i>&mdash;il
-n’est que juste de reconnaître que son effort
-n’a pas été entièrement stérile, qu’il y a eu, à certaines
-heures, au milieu de ses <i>hâbleries</i>, un
-souffle de vrai patriotisme, et qu’il a su parfois,
-du haut de son balcon, esquisser de beaux
-gestes.</p>
-
-<p>Ces beaux gestes, assez rares au demeurant,
-Pontmartin ne les a pas voulu voir. Comme
-George Sand<a name="FNanchor_370_370" id="FNanchor_370_370"></a><a href="#Footnote_370_370" class="fnanchor">[370]</a> et Pierre Lanfrey, et avant eux,
-il a dénoncé sans ménagements, il a raillé, il a
-maudit la <i>dictature de l’incapacité</i><a name="FNanchor_371_371" id="FNanchor_371_371"></a><a href="#Footnote_371_371" class="fnanchor">[371]</a>. C’est lui qui
-a <i>attaché le grelot</i> à «cette faconde d’estaminet, à
-cette célébrité de carton, à cet héroïsme de clinquant,
-à cette dictature du balcon». Son livre se
-pourrait appeler <i>l’Anti-Gambetta</i>. Pontmartin n’en
-a pas écrit de plus éloquent. Avec quelle force il
-s’élève, au nom de la France de saint Louis, de
-Jeanne d’Arc, de Fénelon, contre l’appel fait par
-le gouvernement de Tours à ce fantoche italien,
-dont les mains étaient rouges de sang français, <i>il
-signor Garibaldi</i><a name="FNanchor_372_372" id="FNanchor_372_372"></a><a href="#Footnote_372_372" class="fnanchor">[372]</a>! A côté de ces pages vengeresses,<span class="pagenum"><a name="Page_330" id="Page_330">[330]</a></span>
-il y a des pages prophétiques, telles que
-la suivante, écrite le 23 novembre 1870:</p>
-
-<p class="pbq p1">Le caractère si profondément anti-chrétien de la révolution
-du 4 septembre est ce qui m’épouvante le plus pour
-l’issue de la guerre et l’avenir de mon pays. Ce pays a les
-reins solides. Quelle que soit l’incroyable série de ses revers,
-il reviendra peut-être de l’état désespéré où l’ont
-plongé les fautes de l’Empire, aggravées par ceux qui devaient
-les réparer; mais ce dont il ne se lavera jamais, c’est
-d’avoir laissé outrager cette chose sainte qu’on appelle la
-religion, sous prétexte de défendre cette chose sacrée qu’on
-nomme la patrie; c’est d’avoir permis qu’un vieux forban,
-justement exécré de tous les catholiques, à la tête de
-quelques bandes de mécréants et de coupe-jarrets, nous infligeât
-l’immonde parodie des interventions étrangères; c’est
-de n’avoir pas compris que déclarer la guerre à Dieu sous
-l’étreinte d’un ennemi vainqueur, c’était à la fois une honte,
-un crime, une bêtise et un suicide.</p>
-
-<p class="pbq">Le vent est aux prophéties, et je suis d’autant plus tenté
-de risquer la mienne que, depuis quatre mois, les événements
-ne m’ont que trop donné raison. J’écrivais, le 1<sup>er</sup> août:
-«Prenez garde! la <i>Marseillaise</i> ne vous portera pas bonheur.»&mdash;Et,
-six jours après, les sinistres échos de Wissembourg,
-de Forbach et de Reichshoffen répondaient au refrain de
-Rouget de Lisle.&mdash;Aujourd’hui, je dis: «Prenez garde!
-la <i>guerre au bon Dieu</i> vous portera malheur. Ne bravez
-pas Celui qui peut seul vous sauver par un miracle, vous
-qui n’êtes pas et qui ne faites pas des prodiges!»</p>
-
-<p class="p1">Avec un écrivain tel que Pontmartin, l’esprit
-ne perd jamais ses droits. Vous venez de lire ces
-beaux chapitres: <i>Après Sedan</i>; <i>Si Pergama! Garibaldi</i>;
-<i>le Talion</i>; <i>l’Ile d’Elbe et Wilhelmshœhe</i>;
-<i>les Honnêtes gens</i>; <i>Que faut-il croire? la Guerre au
-bon Dieu</i>;&mdash;tournez le feuillet, et donnez-vous la<span class="pagenum"><a name="Page_331" id="Page_331">[331]</a></span>
-fête de savourer les pages sur les <i>Préfets hommes de
-lettres</i>,&mdash;MM. Challemel-Lacour et Alphonse
-Esquiros,&mdash;et surtout la <i>Journée d’un Proconsul</i>,
-fragment de manuscrit trouvé par un élève de
-l’École des Chartes dans la bibliothèque de <i>Cahors</i>.</p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>Ses angoisses patriotiques, les victoires de la
-Prusse, aggravées et envenimées par les victoires
-de la démagogie, le mauvais état de sa santé, tout
-se réunissait pour accabler Pontmartin.</p>
-
-<p>Il dut obéir à l’ordre de son docteur, qui voulut absolument
-le renvoyer à Cannes. Le 7 janvier 1871,
-il s’y installait, à la villa des Dames de la Présentation;
-peu de jours après, je recevais de lui une
-lettre où il me disait: «Nous sommes venus
-nous réfugier sur cette plage, presque déserte cet
-hiver, comme de véritables naufragés. Je sens que
-je ne résisterai pas à ces cruelles épreuves. A bout
-de forces, atteint d’<i>anémie</i>, le cœur déchiré par
-les malheurs de notre chère France, ayant vu
-sombrer tout ce qui fait le bonheur ou, du moins,
-le repos du père de famille et du citoyen, je me
-fais à moi-même l’effet de mon propre spectre,
-errant sur ce littoral où je retrouve les ombres de
-Cousin et de Mérimée<a name="FNanchor_373_373" id="FNanchor_373_373"></a><a href="#Footnote_373_373" class="fnanchor">[373]</a>...»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_332" id="Page_332">[332]</a></span></p>
-
-<p>Il devait y rester jusqu’au 17 avril 1871, ce qui
-lui permettra de dire plus tard: «J’ai eu, moi
-aussi, mes <i>Cent Jours</i><a name="FNanchor_374_374" id="FNanchor_374_374"></a><a href="#Footnote_374_374" class="fnanchor">[374]</a>.»</p>
-
-<p>Au commencement de mars, les <i>Lettres d’un
-intercepté</i> parurent à Lyon, chez les libraires Josserand
-et Pitrat. La vente avait lieu <i>au bénéfice des
-blessés et prisonniers de l’armée française</i>. Pontmartin
-écrivit, à cette occasion, au directeur du
-<i>Figaro</i>:</p>
-
-<div class="pbq">
-<p class="pr4 p1">Cannes (Alpes-Maritimes), 12 mars 1871.</p>
-<p class="pi4">Mon cher chef,</p>
-
-<p>La réapparition du <i>Figaro</i>, au cercle de Cannes, a été pour
-nous tous une joie, si toutefois ce mot est encore français.
-Je vois que votre journal se porte mieux que jamais: en
-quoi je ne lui ressemble guère. N’importe! mon indignation
-contre les hommes du 4 Septembre a suppléé à mes forces
-absentes, et il en est résulté, sous le titre de <i>Lettres d’un
-intercepté</i>, un volume que je vous recommande, parce que
-vous aimez à traduire en bonnes œuvres la popularité du
-<i>Figaro</i>, et que le volume se vend au bénéfice des victimes
-de la guerre. La succursale lyonnaise de la maison Hachette<span class="pagenum"><a name="Page_333" id="Page_333">[333]</a></span>
-a dû, sur ma recommandation expresse, vous en adresser
-deux ou trois exemplaires. Je n’ajoute rien; les grandes
-douleurs ne doivent pas être bavardes. Je me borne à vous
-demander la charité pour des blessés, des prisonniers et un
-malade, et je suis tout à vous.</p></div>
-
-<p class="p1">Lorsqu’il revint aux Angles, le 18 avril, sa santé
-ne s’était guère améliorée, mais le courage et la
-force morale lui étaient revenus, comme en témoigne
-la lettre suivante, qu’il m’écrivait le 24 mai:</p>
-
-<p class="pbq p1">Mon cher ami, je n’attendais qu’un mot de vous pour
-renouer au plus vite une correspondance qui aura été une
-des joies et une des forces de ma vie littéraire. Commençons
-par un bulletin sommaire de nos tristes santés. Ma femme,
-après avoir été, vers le 10 avril, presque à l’agonie et avoir
-reçu tous les sacrements, va décidément mieux, et comme ce
-mieux dure depuis six semaines, je crois que l’on peut se
-reprendre à l’espérance. Quant à moi, j’étais revenu de
-Cannes dès qu’il m’a été prouvé que ma femme ne pourrait
-pas venir m’y rejoindre et que son état inspirait des inquiétudes.
-Nous étions assistés, mon fils et moi, par une de
-mes belles-sœurs, et la malade était bien soignée et entourée.
-Mais cette effroyable série de désastres, d’angoies, de calamités
-publiques, de douleurs privées, de souffrances physiques<span class="pagenum"><a name="Page_334" id="Page_334">[334]</a></span>
-et morales, coïncidant avec l’échéance prochaine de la
-<i>soixantième</i> année, a produit en moi un effet singulier. Je
-suis atteint d’une <i>anémie</i> qui n’a rien de douloureux, sauf
-que mes vieilles longues jambes ne peuvent plus me porter;
-et, en même temps, comme pour rétablir l’équilibre,&mdash;ou
-plutôt, hélas! achever de le rompre,&mdash;je me sens dans le
-cerveau, dans l’imagination, dans le cœur un redoublement
-d’ardeur et de vie, que j’attribue, pour une moitié, à l’excitation
-nerveuse, et, pour l’autre, à la grandeur même des
-événements. J’éprouve à la fois le besoin d’exprimer des
-idées que je crois vraies, et l’ardent désir de me dévouer
-à un idéal patriotique et monarchique. Aussi, M. Charles
-Garnier<a name="FNanchor_375_375" id="FNanchor_375_375"></a><a href="#Footnote_375_375" class="fnanchor">[375]</a>, à la suite d’un échange de lettres, m’ayant demandé
-ma collaboration, j’en ai immédiatement profité pour commencer,
-dans la <i>Décentralisation</i>, une seconde campagne,
-qui pourrait bien aboutir, en août, à un nouveau petit
-volume, si les Communards de Paris et de la province nous
-laissent un carré de papier et une bouffée d’air respirable.
-Ce qui m’attriste, c’est que, tout près de moi, un de mes
-meilleurs et de mes plus éloquents amis, Léopold de Gaillard,
-paraît avoir reçu de ces mêmes événements une
-impression contraire. Il m’écrivait avant-hier une lettre
-empreinte du plus morne découragement... Certes, à ne
-considérer que les apparences, la France ressemble à un
-malade incurable. Il faut qu’elle ait été mordue par un
-déma<i>dogue</i> enragé pour remplir ses conseils municipaux
-d’hommes tarés, forcenés, incorrigibles, qui applaudissent
-tout haut ou tout bas aux crimes de la Commune; et cela
-au moment où cette insurrection communiste retarde la
-reprise des affaires, et où les Prussiens nous écrasent de
-leurs ruineuses exigences. Mais c’est justement le caractère
-surhumain des épisodes qui se succèdent depuis un an, qui
-m’a rendu ma force morale, et qui soutient mon courage.<span class="pagenum"><a name="Page_335" id="Page_335">[335]</a></span>
-D’une part, il y a dans ces épisodes quelque chose de si
-étrange, de si gigantesque, de si <i>biblique</i>, nous avons si
-brusquement passé d’Horace Vernet à Martin<a name="FNanchor_376_376" id="FNanchor_376_376"></a><a href="#Footnote_376_376" class="fnanchor">[376]</a>, qu’à moins
-de se déclarer athée, on ne peut pas ne pas s’incliner devant
-une intervention divine qui, seule, peut tout expliquer et
-tout réparer. De l’autre, je me dis qu’il faut que Dieu ait
-ses desseins, supérieurs à la méchanceté des hommes, pour
-que de pauvres âmes faibles et malades comme la mienne,
-en proie, pendant les dernières années de l’Empire, à une
-sorte d’atonie, tentées presque de traiter d’illusions leurs
-croyances et de se laisser envahir par le doute, aient été
-tout à coup ravivées, fortifiées, retrempées pour la lutte
-par des catastrophes qui semblaient devoir, au contraire,
-achever de les abattre. Ceci, mon cher ami, me ramène
-à mes <i>moutons</i>, interceptés une seconde fois par les Prussiens
-de Belleville et de la Villette. Mon éditeur lyonnais, en
-m’annonçant la 3<sup>e</sup> édition de mon volume, m’écrit que,
-contre son attente, les journaux du Midi&mdash;Nimes, Avignon,
-Montpellier, Marseille, etc.&mdash;ont accueilli le livre par un
-silence de glace, tandis qu’il a été énergiquement soutenu
-par les journaux de l’Ouest. Il ne m’a pas été difficile
-de deviner, dans ce bienveillant concours, votre amicale
-influence, et je vous en remercie du fond du cœur pour
-moi, pour Pitrat, notre ancien metteur en pages du <i>Correspondant</i>,
-et pour les trop nombreuses victimes de la guerre,
-auxquelles j’ai déjà pu donner 600 francs (j’espère que nous
-irons à mille, et nous y serions sans les événements de
-Paris)... Écrivez-moi de temps en temps, si vos travaux
-et vos affaires vous en laissent le loisir, et soyez sûr que le
-plaisir de vous lire et le soin de vous répondre compteront
-toujours parmi les consolations les plus douces d’un affligé
-qui vous aime, d’un obligé qui vous remercie, d’un malade
-qui se ranime pour vous serrer vigoureusement la main.
-Tout à vous.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_336" id="Page_336">[336]</a></span></p>
-
-<p class="p1">Quelques jours après, le 7 juin, nouvelle lettre,
-mais toujours même ardeur, même résolution de
-combattre, avec ce qui lui restait de forces, la
-mauvaise littérature et l’esprit révolutionnaire:</p>
-
-<p class="pbq p1">J’ai eu hier la visite de Léopold de Gaillard, que j’ai
-réchauffé et rasséréné de mon mieux. Il était consterné,
-entre autres horreurs communardes et pétroliennes, de la
-mort du R. P. Captier, qui, après avoir commencé, à Arcueil,
-l’éducation de son fils, était devenu son ami. Mais je
-n’ai pas eu de peine à lui prouver que la douleur la plus légitime
-et la plus intense n’avait rien de commun avec le découragement
-et l’abandon de ce qui peut encore se tenter
-dans l’intérêt du vrai et du bien. Il doit partir lundi pour
-Paris, où il va reprendre la direction du <i>Correspondant</i>, qui
-reparaîtra le 25 juin. Je lui ai promis pour une des deux
-premières livraisons, un article où j’essaierai de profiter de
-mes tristes avantages et de déterminer la nouvelle situation
-faite à la critique par les calamités sans nom qui nous
-écrasent...</p>
-
-<p class=" p1">Après avoir rapidement esquissé le plan de l’article<a name="FNanchor_377_377" id="FNanchor_377_377"></a><a href="#Footnote_377_377" class="fnanchor">[377]</a>
-qu’il projetait d’écrire pour le <i>Correspondant</i>,
-il terminait ainsi sa lettre:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Le cadre est immense; c’est tout au plus si j’aurais
-la force de remplir un des coins; mais, mon cher ami, quel
-horizon pour un homme de trente ans, ayant le talent, la
-foi, le feu sacré! <i>Exoriare aliquis!...</i> Ce qui m’afflige et
-m’inquiète, c’est l’attitude de la jeunesse, du moins dans
-nos villes du Midi. Il y a eu de braves et intrépides jeunes
-gens qui se sont enrôlés sous les drapeaux de Charette et
-sont morts héroïquement en combattant les Prussiens. Y<span class="pagenum"><a name="Page_337" id="Page_337">[337]</a></span>
-en aura-t-il pour se roidir contre les humiliations de la Paix,
-s’associer à une restauration morale et sociale, travailler à
-une œuvre de réparation, chercher une revanche ailleurs
-que dans ces hasards de la guerre, qui nous ont si cruellement
-trahis, qui pourraient nous trahir encore? L’abominable
-épisode de la Commune, les nouveaux milliards qu’il
-nous coûte, les ruines qu’il nous laisse, retardent indéfiniment
-cette revanche militaire à laquelle je ne crois guère,
-et que je désire peu. Il ouvre, au contraire, la voie à tout
-homme de cœur qui recherchera les causes de nos désastres
-et les moyens de les réparer...</p>
-
-<p class="p1">Pontmartin reprit donc sa tâche. D’avril à octobre
-1871, il publia, dans la <i>Décentralisation</i>, une
-suite d’articles qui parurent en volume, au mois de
-janvier 1872, sous ce titre: <i>le Radeau de la Méduse</i>.</p>
-
-<p>L’insurrection du 18 mars, l’assassinat du général
-Lecomte et de Clément Thomas, le renversement
-de la colonne Vendôme sous les yeux des
-Prussiens, les incendies de Paris, le massacre des
-otages: que de leçons à tirer de ces terribles événements!
-Pontmartin les fit ressortir avec force.
-<i>La Prusse et la Commune</i>, <i>Paris</i>, <i>Cri de détresse</i>,
-<i>la colonne Vendôme</i>, <i>Sommations respectueuses à
-l’Assemblée nationale</i>, autant de chapitres qu’il est
-impossible de relire aujourd’hui sans rendre hommage
-au bon sens de l’écrivain qui nous donnait
-de si fermes conseils, sans déplorer l’aveuglement
-qui nous a empêchés de les suivre.</p>
-
-<p>En nous signalant toute l’étendue du mal et en
-nous indiquant le remède, Pontmartin n’avait eu
-garde de mettre en oubli le précepte du Tasse, qui<span class="pagenum"><a name="Page_338" id="Page_338">[338]</a></span>
-recommande d’enduire de miel et de sucre les
-bords du vase que l’on présente au malade:</p>
-
-<p class="pp6 p1">Cosi all’egro fanciul porgiamo aspersi<br />
-Di soave licor gli orli del vaso.</p>
-
-<p class="p1">Ici, le miel et le sucre, ce sont les traits charmants
-et les mots heureux. Rien de plus piquant
-que les <i>Épaves académiques</i>, et en particulier le
-récit de la réception de M. Émile Ollivier,&mdash;réception
-qui n’a jamais eu lieu<a name="FNanchor_378_378" id="FNanchor_378_378"></a><a href="#Footnote_378_378" class="fnanchor">[378]</a>.&mdash;Le discours du
-successeur de Lamartine est, comme il convient,
-écrit en vers, et, naturellement, les strophes du récipiendaire
-rappellent les strophes du <i>Lac</i>:</p>
-
-<p class="pp6 p1">Un jour, t’en souvient-il? nous gardions le silence:<br />
-On n’entendait, au sein du Corps législatif,<br />
-Que le bruit des couteaux qui frappaient en cadence</p>
-<p class="pp12">Le pupitre plaintif...</p>
-
-<p class="p1"><i>Se non è vero...</i> Les lecteurs du nouveau <i>Lac</i>
-durent se dire que rien n’était désespéré, puisque
-l’on pouvait trouver d’aussi bons morceaux sur le
-<i>Radeau de la Méduse</i>.</p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>Les douleurs et les deuils se succédaient sans
-relâche au cours de cette horrible année 1871. En
-<span class="pagenum"><a name="Page_339" id="Page_339">[339]</a></span>avril, M<sup>me</sup> de Pontmartin avait été presque à l’agonie;
-puis une apparence de mieux qui avait permis
-à son mari de reprendre sa vieille plume. Puis une
-rechute, six semaines de cruelles souffrances, et la
-fin. M<sup>me</sup> de Pontmartin était morte le 19 août, à
-51 ans, conservant jusqu’au dernier moment sa
-pleine connaissance et son courage: pas une
-plainte, pas un murmure, une foi ardente, une
-résignation incomparable. Son âme s’était élevée
-depuis longtemps vers cette vie surnaturelle qui,
-pour les chrétiens (et M<sup>me</sup> de Pontmartin était
-une chrétienne des anciens temps), est la vie véritable.</p>
-
-<p class="p2">Sous la deuxième République, Pontmartin avait
-représenté le canton de Villeneuve-lès-Avignon au
-conseil général du Gard. Au mois d’octobre 1871,
-ses amis lui firent un devoir de poser de nouveau
-sa candidature. Les chances de succès étaient nulles,
-puisque, le 2 juillet précédent, à une élection partielle
-pour l’Assemblée nationale, le canton de
-Villeneuve avait donné 400 voix de majorité aux
-candidats démagogiques. Il accepta sans enthousiasme,
-fit bravement campagne et obtint un demi-succès:
-le dimanche 8 octobre, la majorité ultra-républicaine
-du 2 juillet se trouva diminuée des
-trois quarts. Il n’en était pas moins battu, et,
-quelques jours après, il m’écrivait: «J’ai été, je
-l’avoue, navré de cet échec, non pas pour moi&mdash;j’y
-gagne de pouvoir rendre à la littérature un
-temps que m’auraient pris les attributions singulièrement
-agrandies du conseil général&mdash;mais<span class="pagenum"><a name="Page_340" id="Page_340">[340]</a></span>
-pour ce pays que j’aime malgré ses ingratitudes et
-ses folies<a name="FNanchor_379_379" id="FNanchor_379_379"></a><a href="#Footnote_379_379" class="fnanchor">[379]</a>.»</p>
-
-<p>Les électeurs lui faisaient des loisirs; il en profita
-pour réaliser enfin un projet longtemps caressé,
-pour écrire ce <i>Filleul de Beaumarchais</i>, auquel il
-songeait depuis le 2 décembre 1851 et qui avait dû
-s’appeler d’abord <i>les Mémoires de Figaro</i><a name="FNanchor_380_380" id="FNanchor_380_380"></a><a href="#Footnote_380_380" class="fnanchor">[380]</a>. Il
-m’écrivait, le 6 novembre 1871: «Je commence
-ce soir»;&mdash;et, un mois plus tard, le 5 décembre:
-«En attendant, je me console avec le <i>Filleul de
-Beaumarchais</i>, dont la première partie sera expédiée
-aujourd’hui même au <i>Correspondant</i><a name="FNanchor_381_381" id="FNanchor_381_381"></a><a href="#Footnote_381_381" class="fnanchor">[381]</a>. J’ai fini par
-me passionner pour mon sujet au point de ne plus
-pouvoir songer à autre chose, et j’ai écrit à la <i>Gazette
-de France</i> que décidément je ne reprendrais
-mes articles qu’après le jour de l’an. Pourtant, mon
-cher ami, ne vous figurez pas que je vous prépare
-un récit de longue haleine, une page d’histoire;
-ce sera tout au plus un tableau de genre. Le colosse
-rêvé en 1852 s’est réduit peu à peu à des proportions
-de statuette...»</p>
-
-<p>Né le 27 avril 1784, le soir même de la première
-représentation du <i>Mariage de Figaro</i>, le
-héros du roman, dans la donnée primitive, était<span class="pagenum"><a name="Page_341" id="Page_341">[341]</a></span>
-tué, le 4 ou le 5 décembre 1851, au cours de cette
-émeute plus ou moins factice qui suivit le coup
-d’État. Entre ces deux dates, qui ne lui donnaient
-en somme que soixante-sept ans, il allait d’étape
-en étape, personnifiant une sorte de Gil Blas sérieux,
-aux prises avec autant de déceptions qu’il
-y avait eu d’illusions à son baptême.</p>
-
-<p>De cette donnée première, il reste peu de chose
-dans le roman de 1871, lequel finit en 1809, ou
-plutôt dès 1804. J’étais, pour ma part, quelque
-peu déçu: je ne le cachai pas à Pontmartin, qui
-me répondit le 19 janvier 1872:</p>
-
-<p class="pbq p1">Ce que vous me dites du <i>Filleul de Beaumarchais</i> m’a un
-peu étonné. Je vous avais averti que je ne prétendais faire
-qu’un tableau de genre, une esquisse, et non pas du tout
-une grande page historique et romanesque. Mes deux modèles
-ont été <i>Paul et Virginie</i> et <i>Graziella</i>; or ces deux récits
-ne mènent pas bien loin leurs personnages. Virginie et Graziella
-meurent à dix-sept ans; les deux romans finissent au
-seuil de la jeunesse, à l’aube de la vie. Je vous avoue d’ailleurs
-que je me suis attaché surtout aux caractères de Geneviève
-et du docteur Berval, qui, pendant cette phase terrible
-de 1784 à 1804, personnifiaient à mes yeux quelque chose
-comme le chœur antique,&mdash;la pitié, l’humanité, la vérité,
-la justice, s’efforçant de se faire leur part dans ce chaos de
-passions violentes et criminelles, dans ces alternatives d’anarchie
-et de dictature. Si j’avais réussi, c’est là ce qui donnerait
-une valeur un peu plus sérieuse à cette chaste et quasi
-enfantine histoire...</p>
-
-<p class="p1">La chaste idylle de Pierre Goudard&mdash;le <i>Filleul</i>&mdash;et
-de Jeanne d’Erlange a pour cadre la Révolution,
-la Terreur, le Directoire et le Consulat de<span class="pagenum"><a name="Page_342" id="Page_342">[342]</a></span>
-Bonaparte. Il y avait là un premier péril. Louis
-David disait un jour: «Si je veux peindre deux
-amants dans les Alpes, je suis forcé ou de faire mes
-amants tout petits pour que mes Alpes aient une
-certaine grandeur, ou de réduire mes Alpes à
-l’état de miniatures, pour que mes amants soient
-grands comme nature.» L’écrivain a ici plus de
-ressources que le peintre, et Pontmartin a su très
-habilement vaincre la difficulté. Son récit côtoie
-l’histoire, sans jamais y verser, sans se heurter
-non plus à un autre écueil, qui était également à
-redouter. Puisque aussi bien son idée première
-avait été de montrer que la Révolution a fait banqueroute,
-qu’elle n’a ni tenu sa promesse ni
-rempli ses engagements, n’était-il pas à craindre
-que le roman ne souffrît du voisinage de la thèse?
-Il n’en a rien été. L’auteur a même eu le bon goût,
-dans ce récit franchement royaliste, de peindre
-sous les couleurs les plus sympathiques le docteur
-Berval, qui est républicain: il est vrai qu’il l’est si
-peu! En revanche, le romancier ne ménage guère
-l’oncle de Jeanne, un <i>ci-devant</i> pourtant, le marquis
-de Trévières. C’est que l’âme de son livre
-n’est pas l’esprit de parti, mais l’esprit de réconciliation,
-de justice, de concorde et de paix,&mdash;sans
-préjudice de l’esprit tout court, l’esprit qui ne pouvait
-pas ne point tenir une grande place dans un
-ouvrage en tête duquel figure le nom de Beaumarchais,
-et qui est signé: Pontmartin.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_343" id="Page_343">[343]</a></span></p>
-
-<h3>IV</h3>
-
-<p>Commencé aux Angles, le <i>Filleul de Beaumarchais</i>
-avait été terminé à Cannes, où Pontmartin
-s’était rendu dès le commencement de janvier
-1872, et où il avait pris gîte au <i>Pavillon des Jasmins</i>.
-Il eut la bonne fortune d’y rencontrer
-M. d’Haussonville<a name="FNanchor_382_382" id="FNanchor_382_382"></a><a href="#Footnote_382_382" class="fnanchor">[382]</a> et Saint-Genest<a name="FNanchor_383_383" id="FNanchor_383_383"></a><a href="#Footnote_383_383" class="fnanchor">[383]</a>, du <i>Figaro</i>,
-qu’il ne connaissait pas encore et qui allait devenir
-un de ses plus chers amis. Il m’écrivait, le
-28 mars: «Saint-Genest (dont le vrai nom est
-Bucheron, mais qui ne débite pas de fagots) est
-ici pour quinze jours; nous avons fraternisé dès
-la première séance.»</p>
-
-<p>C’était le moment où M. Paul Dalloz, directeur
-du <i>Moniteur universel</i>, proposait de payer les cinq
-milliards de notre rançon au moyen d’une souscription
-nationale. Si l’idée était peu pratique, elle
-était du moins généreuse et patriotique. Pontmartin
-l’adopta aussitôt avec enthousiasme. Seulement,
-sentant bien qu’elle ne pouvait réussir parce que<span class="pagenum"><a name="Page_344" id="Page_344">[344]</a></span>
-le chiffre était effrayant; comprenant que, pour
-obtenir le difficile, il ne faut pas demander l’impossible,
-il voulait que l’on se bornât à demander aux
-souscripteurs cinq cents millions, c’est-à-dire l’intérêt
-de la dette prussienne pendant deux ans.</p>
-
-<p>Même avec cet amendement, le projet n’aboutit
-pas. Il en conçut un réel chagrin, dont je retrouve
-la trace dans une de ses lettres:</p>
-
-<p class="pbq p1">Forcé d’ajourner indéfiniment nos espérances légitimistes,
-m’écrivait-il le 13 mars 1872, je m’étais un moment rabattu
-sur la souscription nationale pour la délivrance du territoire.
-Cette noble idée m’avait passionné, bien moins à
-cause du résultat matériel, qui ne pouvait, hélas! qu’être
-incomplet, que parce que j’y voyais une revanche morale,
-une réhabilitation, un moyen de diriger vers une œuvre
-commune et indiscutable des milliers de volontés et d’intelligences,
-divisées sur tous les autres points. Inscrits sur les
-mêmes listes, associés à la même entreprise, nous ne pouvions
-plus nous haïr. Le peuple, voyant les riches se saigner
-aux quatre veines et le protéger, par ces nouveaux sacrifices,
-contre les chances d’une nouvelle invasion, y aurait
-perdu ou adouci quelques-unes de ses préventions et de ses
-haines. Que fallait-il, après tout, pour arriver à ce chiffre
-de 500 millions, qui eût paru suffisant aux plus pessimistes?
-14 francs par habitant. En distribuant cet impôt volontaire
-sur un espace de dix-huit mois, c’est-à-dire de 550 jours
-environ, il eût suffi que les pauvres donnassent un sou par
-semaine, les familles aisées 25 centimes, et que les riches,
-les grands propriétaires, les grands industriels, les grandes
-compagnies eussent assez de patriotisme pour se charger du
-reste. Ce n’était ni impossible, ni même difficile. J’ai exposé
-tous ces calculs dans une réunion de la Colonie française
-au Cercle de Cannes, et ils ont paru limpides. Mais
-notre gouvernement de Gérontes parlementaires, de Mathusalem
-d’opposition dynastique, ne comprend et n’aime rien<span class="pagenum"><a name="Page_345" id="Page_345">[345]</a></span>
-de ce qui touche à la grandeur morale, à l’esprit de sacrifice.
-Il ne nous a pas même fait l’aumône d’une neutralité silencieuse,
-et maintenant, il faut renoncer à cette illusion&mdash;comme
-à toutes les autres...</p>
-
-<p class="p1">Ses mécomptes et ses tristesses avivaient de plus
-en plus ses sentiments chrétiens, sa foi religieuse.
-A la veille des fêtes de Pâques, le 28 mars, il
-m’écrit:</p>
-
-<p class="pbq p1">...La Semaine sainte! que de devoirs elle m’impose,
-que de sentiments elle réveille, en cette lugubre et sinistre
-année 1872, où je suis seul, un pied dans la tombe, séparé par
-la mort de ma pauvre femme que j’avais cru destinée à me
-survivre un quart de siècle, séparé par l’absence de mon fils
-qui est à Rome! Comment, pendant ces jours de deuil,
-assombris par d’autres deuils, ne pas s’absorber dans des
-pensées de douleurs, de soumission et de piété, quand Dieu
-nous frappe, quand les hommes nous menacent, quand les
-événements les plus terribles semblent n’être que le prélude
-de calamités plus effroyables encore!...</p>
-
-<p class="p1">Dans cette lettre du 28 mars, répondant à ce
-que je lui avais écrit de M. de Falloux, de la
-sagesse de ses vues, de l’habileté de sa politique,
-Pontmartin ajoutait:</p>
-
-<p class="pbq p1">Tout ce que vous me dites dans votre lettre est d’une
-grande justesse; oui, Dieu nous châtie, mais méritons-nous
-qu’il nous épargne? Les chefs nous manquent; mais sommes-nous
-dignes d’en avoir? L’esprit de parti, l’envie, la
-haine, notre manie d’opposition épigrammatique et frondeuse,
-n’ont-ils pas tour à tour appliqué leurs dissolvants
-aux gouvernements, aux hommes d’État, à toutes les
-garanties d’autorité matérielle et morale? Personne n’admire
-plus que moi M. de Falloux. Il est, depuis la mort de<span class="pagenum"><a name="Page_346" id="Page_346">[346]</a></span>
-Berryer, le représentant le plus élevé, le plus éloquent, le
-plus pur, le plus parfait des idées qui auraient pu nous sauver,
-et il possède en surcroît une sagesse, un esprit de conduite,
-une régularité de mœurs et d’habitudes que Berryer
-n’avait jamais eus. L’a-t-on assez calomnié! assez déchiré!
-Et moi-même, en un jour de folie bohémienne, ne l’ai-je pas
-bêtement égratigné; pourquoi? pour le plus misérable de
-tous les motifs; parce que, lors de son ministère, je l’avais
-trouvé ou avais cru le trouver trop froid, quand je lui adressais
-quelque demande!</p>
-
-<p class="p1">Le 6 avril 1872, il quitta Cannes, où il avait fait
-un séjour de trois mois. La veille de son départ, il
-écrit à M. Jules Claretie:</p>
-
-<p class="pbq p1">Je quitte demain Cannes la pluvieuse, où habitent
-beaucoup d’Anglaises, entre autres Miss-tification. Figurez-vous,
-en trois petits mois, 49 grandes journées de pluie et
-d’innombrables rafales de vent d’Est. Aussi ma santé qui
-n’était que mauvaise est-elle devenue détestable. J’espère
-pourtant avoir la force et le courage de partir le 17 ou le
-18 pour Paris, où je dois rendre compte du Salon dans
-l’<i>Univers illustré</i>. Jugez de mon empressement à aller me
-jeter dans vos bras. Hélas! quel abîme entre nos dernières
-causeries de mai 1870, et ce serrement de mains et de
-cœur... Aimons la France, mon cher ami, aimons-la avec
-une passion qui nous soutienne, nous réconcilie et nous
-console. Aimons-la une fois pour elle-même, dix fois pour
-ses fautes, cent fois pour ses malheurs. Unissons-nous dans
-cet amour, comme des enfants qui se seraient disputés pour
-des vétilles et qui s’embrasseraient en regardant leur mère
-en pleurs.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_347" id="Page_347">[347]</a></span></p>
-
-<h3>V</h3>
-
-<p>Le <i>Filleul de Beaumarchais</i> parut en volume le
-9 avril, et Pontmartin en consacra le produit à
-l’<i>Œuvre du Sou des chaumières</i>. Il avait dû,
-d’ailleurs, laisser son livre aller seul à Paris, où il
-n’arriva lui-même que le 8 mai. Comme il n’avait
-plus son appartement de l’avenue Trudaine, il logea
-hôtel Byron, 20, rue Laffitte<a name="FNanchor_384_384" id="FNanchor_384_384"></a><a href="#Footnote_384_384" class="fnanchor">[384]</a>. J’eus le plaisir d’y
-passer quelques semaines avec lui; nous prenions
-d’ordinaire nos repas, à l’angle de la rue Favart et
-de la place de l’Opéra-Comique, chez des restaurateurs
-qui s’appelaient, je crois, Édouard et Félix,
-et dont l’établissement était parfaitement français,
-quoiqu’il s’intitulât «Taverne de Londres». Là
-se rencontraient, presque tous les soirs, avec Pontmartin,
-des journalistes, des hommes de lettres et
-des artistes, Xavier Aubryet, Albéric Second,
-Alphonse Royer, Robert Mitchell, Mario Uchard,
-Nuitter, Mermet, Vaucorbeil. La vie d’hôtel et la
-vie de restaurant ne sont guère propices au travail,
-surtout lorsque l’on a soixante ans bien sonnés.
-Pontmartin pourtant trouvait moyen de travailler
-comme par le passé. «Je ne puis, disait-il, renoncer
-au travail qui me semble aussi nécessaire à ma vie<span class="pagenum"><a name="Page_348" id="Page_348">[348]</a></span>
-que le pain que je mange et l’air que je respire.»</p>
-
-<p>Dès son arrivée, il avait repris à la <i>Gazette de
-France</i> sa collaboration hebdomadaire, suspendue
-depuis le 12 août 1870. Son article de rentrée
-parut le 15 mai 1872, avec ce titre: <i>Notre conversion</i><a name="FNanchor_385_385" id="FNanchor_385_385"></a><a href="#Footnote_385_385" class="fnanchor">[385]</a>.
-En même temps, il faisait, à l’<i>Univers illustré</i>,
-le compte rendu du <i>Salon</i>, auquel il ne consacra
-pas moins de neuf articles. Il fera encore chez
-Michel Lévy les <i>Salons</i> de 1873 et de 1874. Son
-dernier <i>Salon</i>, celui de 1878, paraîtra dans le <i>Correspondant</i>.</p>
-
-<p>Littérature et beaux-arts sont bien loin, du
-reste, à ce moment, de l’absorber tout entier.
-L’avenir de la France, les périls qu’elle traverse,
-les calamités qui la menacent, voilà sa grande,
-presque son unique préoccupation; elle n’est
-absente d’aucun de ses feuilletons de la <i>Gazette</i>;
-elle le suit même au <i>Salon</i>, elle tient surtout une
-large place dans ses lettres. A de certaines heures,
-le découragement le gagne. Il m’écrit par exemple,
-le 15 juin 1872, après mon retour en Bretagne:</p>
-
-<p class="pbq p1">...A quoi bon combattre? Nous ressemblons à des naufragés,
-à des nageurs qui, d’une part, verraient s’éloigner de
-plus en plus le rivage ou le port, et, de l’autre, sentiraient
-la vague grossir, monter, d’abord sur leurs épaules, puis sur
-leurs têtes. Les quelques députés que j’ai vus depuis
-dimanche assurent que M. Thiers paraît enchanté des dernières
-élections<a name="FNanchor_386_386" id="FNanchor_386_386"></a><a href="#Footnote_386_386" class="fnanchor">[386]</a>. Ah! si nous n’étions tous dans la poêle à<span class="pagenum"><a name="Page_349" id="Page_349">[349]</a></span>
-frire, comme je rirais le jour où cette miniature, cette
-contrefaçon de grand homme, ce Cromwell de Lilliput,
-ce Washington de buvette parlementaire sera avalé, d’une
-bouchée, par l’ogre démagogique! Vous pouvez aisément
-vous figurer, mon cher ami, ce que devient dans tout cela
-cette malheureuse littérature...</p>
-
-<p class="p1">Le 12 juillet, il revenait aux Angles, juste à
-temps pour y recevoir, comme un dernier écho de
-Paris, l’étrange livre de Dumas fils, <i>l’Homme-Femme</i>,
-qui lui inspira aussitôt un très bel article<a name="FNanchor_387_387" id="FNanchor_387_387"></a><a href="#Footnote_387_387" class="fnanchor">[387]</a>,
-sans préjudice de cette vigoureuse page, que je
-détache de sa lettre du 21 juillet:</p>
-
-<p class="pbq p1">...C’est un mélange effroyable et incroyable d’aspirations
-chrétiennes et de malpropretés réalistes; l’Évangile
-annoté par le D<sup>r</sup> Ricord, la pathologie expliquant le catéchisme,
-une goutte d’eau bénite dans une cuvette d’eau de
-lavande, Vénus et Lucine fraternisant avec sainte Anne et
-sainte Élisabeth. Si l’auteur a spéculé sur ce contraste pour
-avoir un grand succès de vente, il doit être content; mais
-quoi de plus triste et quel douloureux indice! Au fait, dans
-un temps et dans un pays qui falsifient tout, pourquoi
-l’auteur du <i>Demi-Monde</i> ne serait-il pas un père de l’Église
-et un prophète? S’il faut faire de la politique tarée pour être
-accepté comme grand citoyen et grand patriote, pourquoi
-serait-il défendu de passer par la littérature tarée pour arriver
-au rôle d’apôtre? M. Gambetta, grand homme de
-guerre et Washington de l’avenir; M. Hugo, poète national;
-M. Dumas, prédicateur d’une régénération sociale;
-M. de X., défenseur du trône et de l’autel, tout cela se tient,
-se ressemble, et, quoique peu enclin à la politique du surnaturel,<span class="pagenum"><a name="Page_350" id="Page_350">[350]</a></span>
-je commence à comprendre qu’une société favorable
-à de tels mensonges ne doit pas être modifiée par un
-expédient, améliorée par une transaction, mais transformée
-par un coup de foudre. On ne corrige pas un tonneau de
-vin sophistiqué en y versant une bouteille de médoc ou de
-chambertin, mais en vidant tout le tonneau. Adieu, mon
-cher ami; je tâcherai, sans préjudice de notre correspondance,
-de vous donner, chaque samedi, de mes nouvelles par
-la <i>Gazette de France</i>. Mes appréhensions, mes angoisses ne
-font que redoubler en moi la conviction que nous devons
-lutter jusqu’au bout, donner l’exemple du travail à bien des
-paresseux démocratiques et communards qui nous accusent
-d’être oisifs. Sous ce rapport, nos désastres m’ont rendu service&mdash;hélas!
-un service acheté bien cher.&mdash;Car, je dois
-vous l’avouer, trois mois avant la chute de l’Empire, je me
-voyais ou je me croyais au bout de mon rouleau de papier;
-énorme rouleau dont vous connaissez la première feuille
-sous forme de vers latins ou de version grecque (1826) et
-dont la plus récente (20 juillet 1872) s’achemine vers la rue
-Coq-Héron. Total, 46 ans, qui ont consommé deux Royautés,
-deux Républiques, un Empire et plus d’argent qu’il n’en
-faudrait pour que tous les Français missent au pot, non pas
-la poule, mais le faisan doré.</p>
-
-<p class="p1">L’automne de 1872 fut marqué pour Pontmartin
-par une heureuse rencontre. Le 3 octobre, il
-était à la villa de Barbentane<a name="FNanchor_388_388" id="FNanchor_388_388"></a><a href="#Footnote_388_388" class="fnanchor">[388]</a>, chez le marquis
-Léon de Robin-Barbentane. Frédéric Mistral s’y
-trouvait en même temps que lui. A table, le chantre
-de <i>Mireille</i> porta un toast en vers, recueilli
-depuis dans les <i>Iles d’Or</i>, et dont voici la traduction:</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_351" id="Page_351">[351]</a></span></p>
-
-<p class="pc1">ENTRE VOISINS</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">Pour faire bien ce qui est dû&mdash;comme au temps de la
-reine Jeanne&mdash;et de René le roi féal&mdash;aux nobles dames
-du château&mdash;je bois ce vin de Barbentane.</p>
-
-<p class="p1">Je bois ensuite au marquis d’Andigné<a name="FNanchor_389_389" id="FNanchor_389_389"></a><a href="#Footnote_389_389" class="fnanchor">[389]</a>&mdash;qui, dans la
-guerre âpre et farouche&mdash;lorsque s’éteignait toute gloire&mdash;sous
-le feu des canonniers,&mdash;lui, se ramassait une
-couronne.</p>
-
-<p class=" p1">Puis à Monsieur de Pontmartin&mdash;je porte un toast à
-coupe rase,&mdash;car il est le roi de ce festin,&mdash;et dans ses
-livres diamantés&mdash;sa plume d’or vaut une épée<a name="FNanchor_390_390" id="FNanchor_390_390"></a><a href="#Footnote_390_390" class="fnanchor">[390]</a>.</p></div>
-
-<p class="p1"><i>Entre voisins!...</i> A peine Pontmartin était-il
-revenu de Barbentane, que son <i>voisin</i> le Rhône lui
-faisait la politesse de venir jusqu’au seuil de sa
-porte. Après quatre mois de sécheresse, on avait
-eu, depuis le 1<sup>er</sup> octobre, pendant plus de quinze
-jours, des pluies continuelles et torrentielles. On
-put craindre un moment une inondation plus terrible
-que celles de 1840 et 1856. Pontmartin dut
-faire transporter au premier étage de sa maison
-tout son mobilier du rez-de-chaussée. Il en résulta,<span class="pagenum"><a name="Page_352" id="Page_352">[352]</a></span>
-dans ses habitudes, durant quelques semaines, un
-bouleversement complet, et un vrai serrement de
-cœur, en face de cette plaine fertile, changée en
-un lac gigantesque.</p>
-
-<p>Chose singulière, c’est au milieu de ces bouleversements
-et de ces ennuis qu’il a écrit quelques-uns
-de ses plus jolis articles, ces <i>Fantaisies et
-Variations sur le temps présent</i><a name="FNanchor_391_391" id="FNanchor_391_391"></a><a href="#Footnote_391_391" class="fnanchor">[391]</a>, qu’il a placées sous
-le couvert de <i>M. Bourgarel, ancien magistrat</i>, et au
-milieu desquelles s’épanouit ce petit chef-d’œuvre
-d’<i>humour</i> et d’ironie, <i>M. Gambetta, membre de
-l’Académie française</i><a name="FNanchor_392_392" id="FNanchor_392_392"></a><a href="#Footnote_392_392" class="fnanchor">[392]</a>.</p>
-
-<h3>VI</h3>
-
-<p>Ce fut seulement le 12 mars 1873, après un
-séjour de huit mois à la campagne, qu’il revint à
-Paris. Il prit, cette fois, un appartement rue de
-Rivoli, 172, au Pavillon de Rohan. Ce quartier
-lui convenait mieux que le boulevard des Italiens,
-trop brillant, trop bruyant et trop jeune pour son
-âge et pour ses goûts.</p>
-
-<p>Le 5 avril, le <i>Gaulois</i> annonça qu’il publierait,
-chaque semaine, deux articles de l’auteur des
-<i>Samedis</i>. Pensant bien que cette collaboration à
-une feuille bonapartiste me causerait quelque<span class="pagenum"><a name="Page_353" id="Page_353">[353]</a></span>
-surprise et quelque contrariété, Pontmartin
-m’écrivit le jour même:</p>
-
-<p class="pbq p1">Vous verrez dans le <i>Gaulois</i> de ce matin l’annonce d’une
-collaboration qui vous surprendra. Voici l’explication pour
-mes vrais amis. En quittant les Angles, j’ai pu me convaincre
-que, grâce à nos quatre inondations,&mdash;il y en a eu une
-cinquième le 16,&mdash;la récolte de cette année serait à peu
-près nulle; sans compter les dégâts et les réparations urgentes.
-User de mon droit strict, c’est-à-dire obliger à me
-payer des gens qui ne récoltent rien, ce n’est nullement
-dans mes habitudes, et j’ajoute qu’au milieu de notre <i>mal’aria</i>
-républicaine et méridionale, ce serait très impolitique,
-si ce n’était très peu charitable. Or, M. Edmond Tarbé<a name="FNanchor_393_393" id="FNanchor_393_393"></a><a href="#Footnote_393_393" class="fnanchor">[393]</a>,
-gracieux et élégant <i>gentleman</i>, m’a offert un prix si nouveau
-pour moi, tellement hors de proportion avec mes
-honoraires habituels, que je n’ai pas cru devoir refuser.
-J’essaierai de faire, dans le <i>Gaulois</i>, quelque chose d’intermédiaire
-entre le <i>premier-Paris</i> et la Causerie littéraire;
-une variante des <i>Lettres d’un intercepté</i> sous une forme plus
-parisienne; je garde le droit d’y rester, si je veux, absolument
-légitimiste; mais, à tort ou à raison, je crois que
-nous touchons à une phase où il sera plus utile de démarquer
-le drapeau de la défense sociale contre les radicaux
-dont la victoire approche. Le comte de Chambord,&mdash;et
-c’est, j’en suis sur, l’opinion de M. de Falloux et la vôtre,&mdash;s’est
-arrangé de façon à simplifier notre tâche. Réfugié
-dans le surnaturel, dans le sentiment d’une mission providentielle
-qu’il croit être appelé à remplir tôt ou tard, il ne
-nous laisse plus d’autre champ de bataille que celui où
-peuvent s’unir tous les défenseurs de l’ordre, de la religion,
-des grandes vérités sociales et morales, pour conjurer le<span class="pagenum"><a name="Page_354" id="Page_354">[354]</a></span>
-péril urgent et combattre l’ennemi commun. Sous ce rapport,
-le <i>Gaulois</i>, qui tire à 25000 exemplaires et qui espère
-avoir, vers la fin du mois, 10000 abonnés de plus, m’est
-plus favorable que la <i>Gazette de France</i>...</p>
-
-<p class="p1">Il n’abandonnait point, du reste, la <i>Gazette</i>, où
-ses <i>Samedis</i> ne subirent aucune interruption.</p>
-
-<p>Les chroniques de Pontmartin au <i>Gaulois</i>
-parurent du 9 avril au 24 juillet 1873. Elles sont
-au nombre de vingt-trois. En voici les titres: <i>La
-Première hirondelle</i>;&mdash;<i>Pilote habile</i>;&mdash;<i>Le Plat
-du jour</i>;&mdash;<i>Le Second Favre</i>;&mdash;<i>Héloïse et Abélard</i>;&mdash;<i>Le
-Rouge et le Jaune</i>, ballade parisienne;&mdash;<i>Le
-Secret des monarchistes</i>;&mdash;<i>Les Termites</i>;&mdash;<i>Leur
-Modération</i>;&mdash;<i>La Revanche</i>;&mdash;<i>La
-Vraie recette</i>;&mdash;<i>La Confession d’un... moine italien</i>;&mdash;<i>Les
-Hommes nécessaires</i>;&mdash;<i>Hé! donc?</i>&mdash;<i>Les
-Vieilles lunes</i>;&mdash;<i>Libérateur du territoire</i>;&mdash;<i>La
-Rosière de Draguignan</i>, saynète;&mdash;<i>Qui veut la
-fin veut les moyens</i>;&mdash;<i>Ce qu’ils auraient fait, ce
-que vous faites</i>;&mdash;<i>Le Pour et le Contre</i>;&mdash;<i>La
-Première du ROI S’AMUSE</i>;&mdash;<i>Lettre d’Usbek à
-son ami Rustan, à Téhéran</i>;&mdash;<i>Les Pèlerinages</i>.</p>
-
-<p>De ces vingt-trois chroniques, cinq seulement
-ont été reproduites par Pontmartin dans ses <i>Nouveaux
-Samedis</i><a name="FNanchor_394_394" id="FNanchor_394_394"></a><a href="#Footnote_394_394" class="fnanchor">[394]</a>. Ce sont celles qui ont pour titres:
-<i>Pilote habile</i>, <i>le Plat du jour</i>, <i>leur Modération</i>, <i>la
-Confession d’un... moine italien</i>, <i>Qui veut la fin veut
-les moyens</i>. S’il eût réuni en un volume spécial
-ces pages railleuses, fantaisistes, humoristiques,<span class="pagenum"><a name="Page_355" id="Page_355">[355]</a></span>
-ce volume eût été l’un de ses meilleurs. Les maîtres
-du genre, Prévost-Paradol, Arthur de Boissieu,
-J.-J. Weiss, n’ont peut-être jamais fait une campagne
-aussi brillante.</p>
-
-<p>Au mois d’avril, précisément à l’heure où il
-commençait sa campagne du <i>Gaulois</i>, Pontmartin
-avait publié un volume de nouvelles, <i>la Mandarine</i>.
-La Mandarine, ce n’est pas ici cette espèce
-d’orange qui nous est primitivement venue de
-Malte; c’est la femme du mandarin. Rousseau
-demande quelque part à son lecteur ce qu’il ferait
-dans le cas où il pourrait s’enrichir en tuant en
-Chine, par sa seule volonté et sans bouger de
-Paris, un vieux mandarin. Sur ce thème, Pontmartin
-a brodé un petit roman d’une invention
-originale et d’une singulière vérité d’observation.
-Il nous a conté comment, dans un instant plus
-rapide que l’éclair&mdash;le temps qu’il faut pour avoir
-une mauvaise pensée&mdash;l’honnête et malheureux
-Albéric de Sernhac avait tué sa mandarine.</p>
-
-<p>Cet ingénieux et dramatique récit<a name="FNanchor_395_395" id="FNanchor_395_395"></a><a href="#Footnote_395_395" class="fnanchor">[395]</a> forme la
-pièce principale du volume, que complètent
-d’autres nouvelles, <i>Françoise</i>, <i>Un Trait de lumière</i>,
-<i>Cent jours à Cannes</i>, <i>les Deux talismans</i> et <i>Une Cure
-merveilleuse</i>.</p>
-
-<p class="p2">L’Assemblée nationale s’était séparée le
-8 avril 1873 pour ne reprendre ses séances que le<span class="pagenum"><a name="Page_356" id="Page_356">[356]</a></span>
-19 mai. Le 27 avril, l’ex-instituteur Barodet, le
-maire révoqué de Lyon, fut nommé député de
-Paris, battant de 40,000 voix M. de Rémusat,
-ministre des Affaires étrangères. Cette élection
-démagogique était le coup de cloche qui annonçait
-la chute prochaine de M. Thiers. J’avais quelque
-désir d’assister de près à l’événement. Mes amis
-de Versailles m’engageaient à venir à Paris. Pontmartin
-me mandait qu’il m’avait trouvé au Pavillon
-de Rohan une chambre pas chère. Le 18 mai, je
-me décidai à l’aller rejoindre, et nous passâmes
-ensemble une dizaine de jours, dont le souvenir
-m’est resté très présent.</p>
-
-<p>Je trouvai Pontmartin dans une véritable fièvre
-de travail. Il écrivait quatre grands articles par
-semaine, une Causerie du samedi à la <i>Gazette</i>,
-deux <i>premiers-Paris littéraires</i> au <i>Gaulois</i> et une
-<i>Revue du Salon</i> à l’<i>Univers illustré</i>. Joignez à cela
-une correspondance active, force visites, déjeuners
-fréquents à Passy chez Saint-Genest ou chez
-Cuvillier-Fleury, soirées passées tour à tour chez
-Jules Sandeau ou chez Joseph Autran, et vous
-aurez une idée de l’activité de ce sexagénaire qui
-se disait toujours mourant, rendu, fini! Il composait
-en général ses articles le matin en se promenant
-dans le jardin ou les galeries du Palais-Royal,
-alors à peu près désertes. L’article une fois <i>fait</i>,
-et quand il ne restait plus qu’à l’écrire, il l’écrivait
-de sa petite écriture fine et nette, sans ratures et
-sans retouches. Si, à ce moment-là, j’entrais dans
-sa chambre, et si je voulais prendre un livre ou<span class="pagenum"><a name="Page_357" id="Page_357">[357]</a></span>
-une Revue: «Pourquoi lisez-vous? disait-il; causons
-plutôt comme si de rien n’était. Ce n’est
-rien du tout que mon article.» Et ce rien du
-tout, qu’il jetait sur le papier tout en causant,
-c’était quelquefois une page exquise, un morceau
-achevé, un chapitre fait de main d’ouvrier.</p>
-
-<p>Le 21 mai, j’étais à Versailles, Pontmartin
-n’avait pu m’accompagner, ayant à faire ce jour-là,
-pour la <i>Gazette de France</i>, un article sur les
-<i>Sonnets capricieux</i>, de Joseph Autran. «J’entreprends,
-disait-il, aujourd’hui mercredi, 21 mai,
-j’entreprends d’écrire une page à propos de ce
-livre, sans être bien sûr que mes écritures ne se
-heurteront pas en chemin à une révolution ou à
-un coup d’Etat<a name="FNanchor_396_396" id="FNanchor_396_396"></a><a href="#Footnote_396_396" class="fnanchor">[396]</a>.»</p>
-
-<p>L’article parut le samedi 24 mai, à cinq heures
-du soir, au moment où l’Assemblée nationale,
-en retard de deux ans, renversait M. Thiers.</p>
-
-<p>Ce même soir, l’Opéra-Comique donnait la première
-représentation de <i>LE ROI L’A DIT</i>, paroles
-d’Edmond Gondinet, musique de Léo Delibes. J’y
-assistais avec Pontmartin et Léopold de Gaillard.
-On se disait dans les entr’actes: «Thiers est battu,
-Mac-Mahon refuse, Mac-Mahon accepte.» Malgré
-les préoccupations politiques, la pièce obtint un
-éclatant succès. Hélas! quel succès plus éclatant,
-quel triomphe pour les honnêtes gens, pour la
-France, si cinq mois plus tard, le 27 octobre 1873,
-<i>LE ROI</i> n’avait <i>RIEN DIT</i>!</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_358" id="Page_358">[358]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">CHAPITRE XIV</h2>
-
-<p class="pch2">LES ÉLECTIONS DE 1876.&mdash;L’EXPOSITION
-UNIVERSELLE DE 1878.&mdash;SOUVENIRS D’UN
-VIEUX MÉLOMANE.</p>
-
-<p class="pch3">(1874-1878)</p>
-
-<p class="pcs">L’<i>Union de Vaucluse</i>. La Politique en sabots. Mort de Jules Janin.
-<i>Beati non possidentes!</i>&mdash;Les Élections de 1876. Rue et hôtel de
-Rivoli. Le marquis de Besplas et le château de la Garenne-Randon.
-Léontine Fay et le <i>THÉATRE DE MADAME</i>.&mdash;Mort de
-Joseph Autran. Le Seize-Mai. Les articles sur M. Thiers.&mdash;Séjour
-à Hyères. M<sup>gr</sup> Dupanloup. La villa de Costebelle. La
-Messe à bord du vaisseau-école le <i>Souverain</i>. Lettre de l’Évêque
-d’Orléans. L’Exposition universelle et la rue de Passy.&mdash;<i>Promenade
-au Salon de 1878.</i> Le <i>Barabbas</i> de Charles Muller et l’<i>Apothéose</i>
-de M. Thiers. M<sup>lle</sup> Sarah Bernhardt et le buste de M. Émile
-de Girardin. Les <i>Souvenirs d’un vieux mélomane</i>. Article d’Henri
-Lavedan. Pontmartin quitte Paris pour n’y plus revenir.</p>
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>Pontmartin, après le 24 mai, avait cru au retour
-prochain de la monarchie. La lettre du 27 octobre,
-qui détruisait toutes ses espérances, lui causa une
-inexprimable douleur. Sa santé même en reçut une
-grave atteinte. Il m’écrivait, le 4 novembre:
-«Depuis qu’a paru la lettre néfaste, mes insomnies,<span class="pagenum"><a name="Page_359" id="Page_359">[359]</a></span>
-qui n’étaient que fréquentes, sont devenues
-continuelles, et il en résulte, chaque lendemain,
-un assoupissement maladif, qui dérange même
-l’équilibre de mes facultés intellectuelles. J’ai dû
-m’interdire tout travail.»</p>
-
-<p>Mais, pour lui, ne plus écrire, c’était la chose
-impossible. Là, d’ailleurs, était le devoir. Il me
-mandait des Angles, le 31 janvier 1874: «Je
-voudrais pourtant travailler encore; il me semble
-que, dans un temps comme celui-ci, un écrivain
-n’est tout à fait libéré que lorsqu’il est tout à fait
-mort.» Dès la fin de novembre 1873, sans reprendre
-encore ses <i>Samedis</i> de la <i>Gazette</i>, suspendus
-depuis le mois d’août, il avait taillé de
-nouveau sa plume. «Voici plus de trois mois, me
-disait-il, le 27 février 1874, que je me suis fait,
-non pas, hélas! prophète, mais journaliste dans
-mon pays. j’ai eu parfois envie de vous envoyer
-mes articles, mais il m’a paru qu’ils ne pouvaient
-intéresser que les Vauclusiens. Pourtant un des
-derniers, intitulé <i>Honorum dehonestamentum</i>, a eu
-quelque retentissement.»</p>
-
-<p>C’est dans l’<i>Union de Vaucluse</i> que paraissaient
-ces articles; deux des plus réussis, <i>les Fantômes</i>
-et <i>Marphurius ou les Superstitions</i>, ont été recueillis
-dans le tome X des <i>Nouveaux Samedis</i>, où ils forment
-les chapitres VII et VIII de la série qui a pour
-titre: <i>la Politique en sabots</i>. Ils ont été écrits à l’occasion
-de l’élection partielle dont le département
-de Vaucluse fut le théâtre en février-mars 1874,
-et où se trouvaient en présence le citoyen Ledru-Rollin<span class="pagenum"><a name="Page_360" id="Page_360">[360]</a></span>
-et un ami de Pontmartin, le marquis de
-Biliotti<a name="FNanchor_397_397" id="FNanchor_397_397"></a><a href="#Footnote_397_397" class="fnanchor">[397]</a>.</p>
-
-<p>Cette petite campagne de presse, dans sa ville
-natale, sur le terrain même où avaient eu lieu ses
-débuts, avait sans doute ranimé ses forces; il en
-profita pour envoyer au <i>Correspondant</i> deux grands
-articles, l’un sur Prosper Mérimée, à propos des
-<i>Lettres à une Inconnue</i><a name="FNanchor_398_398" id="FNanchor_398_398"></a><a href="#Footnote_398_398" class="fnanchor">[398]</a>, l’autre sur le <i>Quatre-vingt-treize</i>
-de Victor Hugo<a name="FNanchor_399_399" id="FNanchor_399_399"></a><a href="#Footnote_399_399" class="fnanchor">[399]</a>, Autran lui écrivait, le
-27 mars, après la lecture du second de ces articles:
-«Vous êtes vraiment un homme étonnant, vous
-qui trouvez ainsi ces flots d’une prose éloquente,
-toujours plus pure et toujours plus abondante. <i>Il
-est des écrivains qui sont des sources vives, vous êtes
-un de ceux-là.</i> Le <i>Figaro</i> disait, l’autre jour, par la
-plume de ce mystérieux François Duclos<a name="FNanchor_400_400" id="FNanchor_400_400"></a><a href="#Footnote_400_400" class="fnanchor">[400]</a>, que
-vous n’aviez rien à envier à Sainte-Beuve. Je le
-crois certes bien. Jamais, au grand jamais, Sainte-Beuve
-n’a eu cette ampleur de vue et cette maëstria
-de style qui vous appartiennent. Il avait sans
-doute des qualités de finesse incroyables; mais, si
-exquises qu’elles fussent, elles étaient certainement
-d’un ordre inférieur aux vôtres...»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_361" id="Page_361">[361]</a></span></p>
-
-<p>Cette lettre d’Autran alla trouver Pontmartin à
-Cannes, d’où il m’écrivait à ce même moment:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr6 p1">Cannes, Hôtel de la Plage, 29 mars 1874.</p>
-
-<p>Mon cher ami, si vous vous étonnez de mon long silence,
-ce seul mot, <i>Cannes</i>, vous répondra pour moi. J’allais partir
-pour Paris quand, tout à coup, un mistral furieux, imprégné
-de toutes les neiges du Ventoux, du Luberon et des Alpines,
-est venu fondre sur nos bords du Rhône, ménagés jusque-là
-par l’hiver 1873-1874. Je me suis enrhumé, et mon médecin
-m’a ordonné de faire mon pacifique 20 mars, non pas quai
-Malaquais ou sous le marronnier des Tuileries, mais sur le
-golfe de la Napoule, à 4 kilomètres du golfe Jouan. Il est
-permis d’être un peu girouette quand le vent est si violent,
-le terrain si peu solide et la politique si variable. Je suis
-donc venu à Cannes, et j’y resterai probablement jusqu’au
-15 avril; un mois d’exil ou de vacances, suivant qu’on est
-plus épris des beautés de la nature ou du bel-esprit parisien.
-Au surplus, je dois vous avouer que, d’année en année,
-Paris m’attire moins et m’effraie davantage. Qu’irais-je y
-faire?... Le vrai nid, ou, hélas! pour parler plus exactement,
-la vraie retraite, quand on a passé la soixantaine et
-qu’on n’est guère valide, c’est le pays natal; c’est la maison
-des champs où l’on a grandi, où l’on a promené ses premiers
-rêves après avoir lu <i>René</i> et les <i>Méditations</i>, où l’on a
-vécu, prié, pleuré, souri, espéré, aimé sous l’aile maternelle,
-où, cinquante ans plus tard, on retrouve à chaque pas
-la trace des années heureuses. Sans considérer les vanités de
-ce monde avec le pessimisme hautain de Chateaubriand ou
-le dédain hiératique de Bossuet, y a-t-il quelque chose de
-plus misérable que le spectacle auquel nous assistons?</p>
-
-<table id="ttb" summary="tb1">
-
- <tr>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- <td class="tdc">•</td>
- </tr>
-
-</table>
-
-<p>Quel bon moment pour acheter des sabots et lire les <i>Géorgiques</i>!
-En attendant, mon cher ami, Cannes m’inonde de
-soleil et réalise à mes yeux ces deux lignes des <i>Lettres à
-l’Inconnue</i>: «Il y a tant de fleurs et de si belles partout,<span class="pagenum"><a name="Page_362" id="Page_362">[362]</a></span>
-que la verdure est une exception dans le paysage.» Pendant
-que je vous écris, je n’ai qu’à lever les yeux pour apercevoir,
-de ma fenêtre entr’ouverte, ces montagnes que l’imagination
-des Grecs aurait peuplées de faunes et de dryades,
-cette mer dont les vagues somnolentes viennent expirer sur
-la plage dans leur frange d’écume, avec un murmure monotone
-et mélancolique; c’est très beau et un peu triste; mais
-quoi de plus <i>humain</i>, de plus en harmonie avec les cordes
-mystérieuses de l’âme, que ce mélange de beauté et de tristesse?
-Tout ce qu’il faut pour charmer nos regards, et pour
-nous avertir qu’il existe encore quelque chose au delà?...</p></div>
-
-<p class="p1">Dans les premiers jours de mai, Pontmartin
-revient à Paris et s’installe, comme en 1873, au
-pavillon de Rohan. Il publie le dixième volume des
-<i>Nouveaux Samedis</i> et fait sa rentrée à la <i>Gazette de
-France</i>, le 5 juillet, par un article sur Jules Janin,
-qui venait de mourir<a name="FNanchor_401_401" id="FNanchor_401_401"></a><a href="#Footnote_401_401" class="fnanchor">[401]</a>. L’article est des plus élogieux,
-et c’était justice. Jules Janin était, lui aussi,
-un écrivain de race, et Pontmartin eut raison de
-célébrer sa verve intarissable, son amour sincère
-et constant pour la belle littérature, ses <i>Lundis</i>, qui
-avaient été, pendant quarante ans, une fête hebdomadaire.
-Lui-même, d’ailleurs, lors de la <i>crise
-Charbonneau</i>, avait eu grandement à se louer du
-critique des <i>Débats</i>. Il n’oubliait pas non plus
-qu’un jour Jules Janin, lui envoyant sa traduction
-d’Horace, avait écrit sur la première page du
-volume ces deux vers, délicate allusion aux opinions
-royalistes du critique de la <i>Gazette</i>:</p>
-
-<p class="pp6 p1">Prenez-la, mon ami, vous qui valez mieux qu’elle.<br />
-Pourquoi? me direz-vous.&mdash;Vous êtes plus fidèle.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_363" id="Page_363">[363]</a></span></p>
-
-<p class="p1">Au lendemain de son article, Pontmartin
-regagna les Angles. De loin, les Angles, c’était
-pour lui le repos, la tranquillité, le loisir, la
-rêverie sous les grands arbres, la promenade au
-bord du fleuve, le travail que rien ne trouble,
-sinon le chant des oiseaux dans le jardin et le murmure
-du vent dans les vieux marronniers:
-<i>Angulus ridet</i>. De près, ce n’est pas tout à fait cela.
-Il m’écrit, le 29 janvier 1875:</p>
-
-<p class="pbq p1">...C’est moi qui suis en retard, et je m’en accuse; mais
-je dois ajouter que je suis débordé, écrasé, englouti, submergé.
-Figurez-vous que <i>ma</i> littérature n’est que le très
-petit accessoire de mes journées; c’est ce qui devait nécessairement
-arriver dans un pays où personne n’admet que mon
-temps n’appartienne pas aux solliciteurs, aux fermiers, aux
-visiteurs, aux amis, aux affaires d’autrui surtout, exactement
-comme si je n’avais jamais touché une plume de fer ou
-d’oie. Tantôt c’est un syndicat que je préside, après avoir
-préalablement donné à dîner à quelques-uns de mes collègues;
-ce qui m’ahurit pour 24 heures; tantôt c’est l’ingénieur
-de notre chemin de fer, chez qui je suis obligé de
-courir pour lui démontrer, un plan à la main, que le <i>tracé</i>
-qu’il a choisi ruinerait notre malheureuse plaine...</p>
-
-<p class="p1">Pour un peu, le pauvre propriétaire s’écrierait&mdash;ne
-fût-ce que pour n’avoir rien de commun
-avec le comte de Bismarck&mdash;<i>Beati non possidentes<a name="FNanchor_402_402" id="FNanchor_402_402"></a><a href="#Footnote_402_402" class="fnanchor">[402]</a>!</i>
-Une ressource pourtant lui restait; c’était,
-après avoir fui Paris, de fuir les Angles, et de se
-réfugier sur le littoral de la Méditerranée. En mars<span class="pagenum"><a name="Page_364" id="Page_364">[364]</a></span>
-et avril, après quelques semaines passées à Cannes,
-il fit un assez long séjour à Marseille. «Vous me
-demanderez peut-être, m’écrivait-il de cette dernière
-ville, pourquoi je suis resté si longtemps à
-Marseille. C’est d’abord parce que j’espérais apporter
-quelque distraction à M. Autran, dont l’état
-m’attriste profondément; c’est ensuite parce que
-j’ai été comblé de politesses et de témoignages de
-sympathie. Sans le mistral, j’aurais pu me croire
-à Nantes, au milieu d’un groupe auquel vous
-auriez appris à m’aimer, et même à me lire. Invitations,
-déjeuners à la campagne, promenades sur
-mer, parties de pêche, c’est une série d’honnêtes
-plaisirs qui</p>
-
-<p class="pc1 reduct">Chatouillent de mon cœur la secrète faiblesse.</p>
-
-<p class="pn1">Cette bonne vieille radoteuse, qu’on appelle la littérature,
-peut donc servir à quelque chose? J’en
-avais douté bien souvent, mais non pas quand je
-vous lisais<a name="FNanchor_403_403" id="FNanchor_403_403"></a><a href="#Footnote_403_403" class="fnanchor">[403]</a>.»</p>
-
-<p>Nombreux, en effet, étaient là-bas, à Marseille,
-les amis de Pontmartin. L’un des plus chers, après
-Autran, était un autre poète, le traducteur de
-Catulle, l’auteur des <i>Poésies simples</i> et des <i>Sentiers
-unis</i>, M. Eugène Rostand, qu’il appelle quelque
-part «un charmant causeur, un vaillant publiciste,
-un homme excellent, un poète exquis<a name="FNanchor_404_404" id="FNanchor_404_404"></a><a href="#Footnote_404_404" class="fnanchor">[404]</a>». Quelle
-délicieuse maison que celle de M. Rostand! Pontmartin<span class="pagenum"><a name="Page_365" id="Page_365">[365]</a></span>
-y voyait le mélodieux frère d’Eugène,
-Alexis, et aussi le jeune Eddy<a name="FNanchor_405_405" id="FNanchor_405_405"></a><a href="#Footnote_405_405" class="fnanchor">[405]</a>, ses gentilles sœurs
-et leur aimable mère. Vingt-huit ans plus tard,
-Eddy, devenu membre de l’Académie française, se
-souviendra du vieux critique, de l’ami de son enfance,
-et il dira, dans son discours de réception:
-«C’est élégant comme du Pontmartin». Et
-Eugène-Melchior de Vogüé lui dira, dans sa réponse:
-«La demeure de vos parents était accueillante
-aux écrivains, aux artistes. Vous vous rappelez
-l’un de ces familiers, haute silhouette maigre,
-voix fluette et spirituelle: vous aussi, vous avez
-joué sur les genoux de mon cher maître, Armand
-de Pontmartin: donnons ensemble un souvenir
-respectueux au vieil ami qui eût dû nous précéder
-dans cette Compagnie<a name="FNanchor_406_406" id="FNanchor_406_406"></a><a href="#Footnote_406_406" class="fnanchor">[406]</a>.»</p>
-
-<p>Toute cette année 1875 se passa sans que Pontmartin
-revînt à Paris; mais il n’interrompit pas
-pour cela ses <i>Semaines littéraires</i><a name="FNanchor_407_407" id="FNanchor_407_407"></a><a href="#Footnote_407_407" class="fnanchor">[407]</a>, et il publia
-deux nouveaux volumes de Causeries: en mars, le
-tome XI; en octobre, le tome XII des <i>Nouveaux
-Samedis</i>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_366" id="Page_366">[366]</a></span></p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>Lorsque s’ouvrit l’année 1876, l’Assemblée nationale
-de Versailles avait vécu.</p>
-
-<p>Le 31 décembre 1875, elle avait décidé que
-l’élection des deux cent vingt-cinq sénateurs, dont
-la nomination appartenait au corps électoral, aurait
-lieu le 30 janvier 1876, celle des députés le 20 février;
-que les nouvelles Chambres se réuniraient
-le 8 mars, et que ce serait ce jour-là seulement
-qu’expireraient théoriquement les pouvoirs de
-l’Assemblée. Mais, en fait, la séance du 31 décembre
-fut sa dernière séance. Elle se sépara le
-dernier jour de l’année 1875, pour ne jamais plus
-se réunir.</p>
-
-<p>Les élections du 30 janvier et du 20 février
-allaient décider des destinées du pays; l’avenir, la
-prospérité, la vie même de la France était l’enjeu.
-Pontmartin n’avait jamais manqué au devoir patriotique;
-cette fois encore, il s’y dévouera tout
-entier. Vainement son médecin insiste près de lui
-pour qu’il aille passer l’hiver à Cannes. Il s’y refuse,
-et, le 6 janvier, il m’écrit; ou plutôt il dicte
-à son fils une lettre à laquelle j’emprunte ces
-lignes:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Certes, mes yeux, mes nerfs et mes poumons préféreraient
-la plage de Cannes au pavé d’Avignon ou de Nimes;
-mais je ne crois pas devoir m’éloigner du théâtre de la lutte,
-quand même je n’y gagnerais que la douleur d’assister au<span class="pagenum"><a name="Page_367" id="Page_367">[367]</a></span>
-triomphe de nos adversaires. Dussé-je ne recruter qu’une
-voix pour le Sénat et vingt pour la Chambre, je resterais
-jusqu’à la fin sur la brèche; j’ai la tête pleine de petites
-vérités sociales, économiques, politiques, à l’usage de nos
-ruraux, et il est possible que j’en fasse une brochure de
-64 pages in-32 que nous tâcherions de propager, surtout
-dans notre zone méridionale. La littérature a du bon, mais
-je dois vous avouer que, pendant toute cette crise électorale,
-il me semble bien difficile et bien inutile de s’occuper des
-défauts et des mérites d’un roman et d’un volume de
-poésie...</p>
-
-<p class="p1">La brochure projetée parut en six fois dans
-l’<i>Union de Vaucluse</i> et, sous ce titre: <i>les Élections
-de 1876</i>, fut répandue dans les départements du
-Midi, de Toulouse à Marseille. Immédiatement
-après, vinrent six articles contre Gambetta; puis,
-un appel aux Conservateurs, en vue du scrutin de
-ballottage qui eut lieu le 5 mars. Et tout cela
-presque en pure perte! Des scrutins du 20 février
-et du 5 mars sortit cette majorité des 363, dont
-les exploits ne sont que trop connus. Pontmartin
-m’écrivit aussitôt pour me dire&mdash;ce sont les
-dernières lignes de sa lettre du 5 mars: «Serrons-nous
-l’un contre l’autre dans la mauvaise
-fortune. Courage, si c’est une crise! résignation,
-si c’est une fin! Notre Roi n’a pas voulu de
-nous; mais Dieu nous reste, et peut-être aura-t-il
-pitié de la France.»</p>
-
-<p>Dans les premiers jours de juin, il revenait à
-Paris, après une absence de deux ans, descendait
-rue et hôtel de Rivoli, 203, et publiait la treizième
-série des <i>Nouveaux Samedis</i>, où il y avait heureusement<span class="pagenum"><a name="Page_368" id="Page_368">[368]</a></span>
-assez d’esprit et de talent pour conjurer les
-mauvaises chances du nombre 13.</p>
-
-<p>En juillet, la chaleur étant devenue insupportable,
-il alla passer quelques semaines chez son
-cousin le marquis de Besplas, au château de la
-Garenne-Randon,&mdash;près de la station d’Épone-la-Garenne,&mdash;la
-bien nommée, disait-il; car, dans une
-seule allée du parc, il avait compté un matin 57 lapins.
-Jamais chasseur méridional ne s’était trouvé
-à pareille fête! La bibliothèque du châtelain était
-un gîte très commode pour ses écritures; c’est à
-peine cependant s’il pouvait, le mercredi soir, aller
-jeter à la boîte de la poste son article hebdomadaire.
-Aussi bien, la demeure de l’aimable M. de
-Besplas ne désemplissait pas de comtes et de marquis,
-de baronnes et de duchesses. Élégants et
-belles dames n’étaient point du reste pour effaroucher
-Pontmartin, aussi à son aise, en ce château de
-Seine-et-Oise, qu’au restaurant Caron ou à la Taverne
-de Londres. Il en était quitte, mélomane
-incorrigible, pour se chanter à lui-même, sous les
-arbres du parc, la romance du <i>Pré-aux-Clercs</i>:</p>
-
-<p class="pp6 p1">Les rendez-vous de noble compagnie<br />
-Se donnent tous dans ce charmant séjour.</p>
-
-<p class="p1">De retour aux Angles, il reprenait ses <i>écritures</i>
-avec une activité nouvelle. Le décès de M<sup>me</sup> Volnys&mdash;la
-Léontine Fay du <i>Mariage de raison</i>&mdash;morte
-pieusement à Nice le 29 août 1876, lui inspirait
-un de ses meilleures feuilletons<a name="FNanchor_408_408" id="FNanchor_408_408"></a><a href="#Footnote_408_408" class="fnanchor">[408]</a>. «Je vous recommande<span class="pagenum"><a name="Page_369" id="Page_369">[369]</a></span>
-ma <i>Léontine Fay</i>, qui vous intéressera, me
-mandait-il le 8 septembre. C’est encore un chapitre
-de mes souvenirs de jeunesse, et je reconnais,
-chaque fois que je touche à ces notes mélancoliques
-et vibrantes, que vous avez bien raison et
-que ce genre mixte entre la critique, l’histoire
-intime, l’impression personnelle et le roman, est
-peut-être ce qui me conviendrait le mieux. Mais
-n’est-ce pas trop tard? Et les triomphes de plus
-en plus décisifs de la démocratie radicale ne créeront-ils
-pas bientôt une société nouvelle où les
-souvenirs de l’ancienne ne trouveront plus
-d’écho?...»</p>
-
-<p>Ces souvenirs, il y reviendra de plus en plus.
-Le moindre mot, le plus petit détail, suffisent à les
-réveiller. Un jour,&mdash;c’était à quelques semaines
-de la lettre qu’on vient de lire,&mdash;je lui annonce
-que j’ai trouvé chez un bouquiniste de Nantes,
-dans leur édition originale<a name="FNanchor_409_409" id="FNanchor_409_409"></a><a href="#Footnote_409_409" class="fnanchor">[409]</a>, la collection à peu près
-complète des comédies-vaudevilles de Scribe, du
-Scribe de la Restauration, de 1824 à 1829. Pontmartin
-me répond, le 15 décembre 1876:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Si vous saviez quelles images évanouies, quel monde
-de souvenirs vous m’avez rendu en me parlant de cette jolie
-édition beurre frais, rose ou abricot du <i>Répertoire du Théâtre
-de Madame</i><a name="FNanchor_410_410" id="FNanchor_410_410"></a><a href="#Footnote_410_410" class="fnanchor">[410]</a>. C’était bien en 1829, et ce fut, après les austères<span class="pagenum"><a name="Page_370" id="Page_370">[370]</a></span>
-années de catéchisme, de collège et de lauriers bien éphémères
-au concours général, une de mes premières jouissances
-profanes, avec une légère saveur de fruit défendu. On
-en trouvait l’assortiment chez Masgana, galerie de l’Odéon,
-et j’échangeais&mdash;<i>proh pudor!</i>&mdash;mon dictionnaire grec de
-Planche contre quatre de ces élégantes brochures, <i>la Demoiselle
-à marier</i>, <i>le Charlatanisme</i>, <i>l’Héritière</i> et <i>les Dernières
-amours</i>. Est-ce assez loin? Étions-nous assez jeunes, et
-sommes-nous assez vieux? J’ai peine, cher ami, à retenir
-mes larmes en vous écrivant ces dernières lignes; c’est que
-je pense à la France de 1829 et à la France de 1876... Ah!
-l’abîme est encore plus large et encore plus sombre pour elle
-que pour moi...</p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>Nous ne nous étions plus rencontrés depuis le
-mois de mai 1873. Dans ma dernière lettre de 1876,
-je le priai de me dire à quelle date nous pourrions,
-après une aussi longue séparation, nous retrouver
-enfin à Paris. Il me répondait, le 4 janvier 1877,
-au sujet de ce projet de réunion:</p>
-
-<p class="pbq p1">...ous rayons, n’est-ce pas, le mois de janvier? Me
-voici en plein dans ma 66<sup>e</sup> année; je m’enrhume facilement,
-et si j’arrivais à Paris pour le parcourir en <i>tous sens</i> (pardonnez-moi
-celui-là; il est d’une vieillesse qui a droit au respect),
-notre but ne serait pas atteint. Savez-vous quelle
-avait été mon idée? Louer à Versailles une petite maison
-meublée avec jardin, où j’aurais passé toute une saison, du
-15 mars au 15 juin. Mon fils serait venu m’y retrouver un
-peu plus tard, et, en attendant, vous auriez occupé sa
-chambre. J’ai un domestique fort peu élégant, mais brave
-homme, qui nous aurait servis. Il y a un train du soir pour
-les gens qui vont au spectacle. Nous aurions pu passer à<span class="pagenum"><a name="Page_371" id="Page_371">[371]</a></span>
-Paris une partie de nos journées, et, quand nous aurions
-ressenti quelque fatigue, messieurs de l’extrême gauche ne
-nous auraient pas empêchés de jouir des magnifiques
-ombrages du parc, et de cette atmosphère de calme, de
-mélancolie, de majestueuse solitude, que les violences ou
-les niaiseries parlementaires<a name="FNanchor_411_411" id="FNanchor_411_411"></a><a href="#Footnote_411_411" class="fnanchor">[411]</a> n’ont pas réussi à supprimer.
-Si cette idée vous déplaît, ne vous en effrayez pas trop. Elle
-n’a rien de précis, de positif; c’est plutôt la vague impression
-d’un <i>vieux</i> qui commence à se trouver un peu dépaysé
-au milieu des encombrements parisiens et du tapage des
-voitures...</p>
-
-<p class="p1">Il était encore aux Angles, lorsque, le 7 mars,
-sans que rien l’eût préparé à cette nouvelle tristesse,
-il apprit la mort de son ami Autran, qu’il
-m’annonça, le jour même, en ces termes:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr4 p1">Mercredi matin. 7 mars 1877.</p>
-
-<p>Je comptais ce matin vous écrire une longue lettre; mais
-je suis foudroyé par une nouvelle que, très probablement,
-vous connaîtrez déjà quand vous me lirez, la mort subite de
-M. Joseph Autran. Je l’apprends, à l’instant, par un télégramme,
-qui, grâce à un retard inexplicable, ne m’arrive
-qu’avec la <i>Gazette du Midi</i>, où ce malheur est annoncé. Rien
-ne m’y préparait. Atteint, depuis six ou sept ans, d’une
-cécité presque complète, le pauvre poète paraissait d’ailleurs
-jouir d’une bonne santé. Son père avait vécu jusqu’à 84 ans.
-Une maladie de cœur, que personne ne soupçonnait, l’a
-emporté en quelques minutes. Je vais partir pour Marseille,
-où j’espère arriver à temps pour ses obsèques. En dehors de
-mes profonds regrets, quelles douloureuses réflexions ne
-suggère pas cette mort si soudaine! Il y a un mois, je perdais
-un ami intime, non moins intime ami de Léopold de<span class="pagenum"><a name="Page_372" id="Page_372">[372]</a></span>
-Gaillard, M. Louis de Guilhermier<a name="FNanchor_412_412" id="FNanchor_412_412"></a><a href="#Footnote_412_412" class="fnanchor">[412]</a>; dans l’intervalle, j’ai
-tremblé pour ce jeune homme<a name="FNanchor_413_413" id="FNanchor_413_413"></a><a href="#Footnote_413_413" class="fnanchor">[413]</a> si bon, si pieux, si dévoué,
-dont je vous avais parlé dans ma dernière lettre, et que nous
-appelions ensemble le <i>Biré</i> de la onzième heure; il n’est pas
-mort, il est hors de danger; mais, pendant huit jours, on a
-cru qu’il serait impossible de le sauver, et sa mère m’écrit
-ce matin qu’il est encore si faible qu’elle me demande de
-retarder ma visite. Vous le voyez, mon cher ami, cette année
-1877, si menaçante pour la France et pour tous les honnêtes
-gens, a pour moi des cruautés particulières, et ses coups de
-foudre ressemblent à des coups de cloche. Il faut que ces
-tristesses tiennent une bien grande place dans mon cœur,
-pour m’excuser de ne pas vous avoir encore remercié de
-l’envoi de l’<i>Union de l’Ouest</i> et de cet article<a name="FNanchor_414_414" id="FNanchor_414_414"></a><a href="#Footnote_414_414" class="fnanchor">[414]</a> où je me suis
-retrouvé, comme toujours, embelli par votre amitié. Cette<span class="pagenum"><a name="Page_373" id="Page_373">[373]</a></span>
-amitié est infatigable depuis près d’un quart de siècle, et
-mon regret est de n’avoir pas un peu moins d’années et un
-peu plus de talent pour la suivre et la justifier jusqu’au bout.
-Mes remercîments, quoique vêtus de deuil, n’en sont pas
-moins sincères, et, quoique tardifs, seront toujours prêts à
-rattraper le temps perdu.</p>
-
-<p>Mais, hélas! quel néant que la vie! quel néant surtout que
-nos glorioles! Hier, à propos de la <i>Biographie</i> d’Alfred de
-Musset par son frère Paul, je recueillais mes souvenirs, ces
-souvenirs qui vous intéressent. Je <i>me voyais</i>, à la première
-représentation du <i>Caprice</i>, puis, dix-huit mois après, au
-lendemain de la <i>première</i> de <i>Louison</i> (un petit four), quand
-nous nous demandions, Buloz, de Mars, Alexis de Valon et
-moi, comment on pourrait s’y prendre pour dire un peu de
-vérité sans offenser le poète favori de la <i>Revue des Deux
-Mondes</i>. En ce moment, la porte s’ouvre, et nous voyons
-entrer Musset nous apportant les <i>Trois marches de marbre
-rose</i>. Il y a de cela 28 à 30 ans; la chute de Louis-Philippe,
-la seconde République, le coup d’État, l’Empire, les désastres
-et les crimes de 1870 et 1871, les tentatives de Restauration
-monarchique, l’avortement de nos espérances, les
-victoires de la République radicale, nos humiliations du
-dedans et du dehors, ont passé sur ces souvenirs; Buloz, de
-Valon, de Mars, Alfred de Musset, sont morts; et pourtant
-il me semble que c’était hier! qu’est-ce que l’homme, ou
-plutôt qu’est-ce qu’un homme, un individu, un atome, un
-grain de sable, autour duquel tourbillonnent ces événements
-gigantesques, jusqu’à ce qu’il soit emporté lui-même et disparaisse!
-Et dire qu’il y a des gens qui bouleversent le
-monde, qui désolent leur pays, pour le plaisir de nous faire
-comparer leur petitesse à ces grandeurs! Voilà le triomphe
-de la Religion; elle agrandit et élève du côté du ciel cet
-horizon si étroit du côté de la terre. En nous prêchant l’humilité
-qui devrait nous être aussi naturelle que l’usage de
-nos cinq sens, elle nous rattache à la seule idée de durée que
-nous puissions conserver ici-bas. Si je ne craignais de commettre
-un paradoxe, presque une hérésie, je dirais que l’orgueil,<span class="pagenum"><a name="Page_374" id="Page_374">[374]</a></span>
-si anti-chrétien, le plus capital des péchés capitaux,
-ne pourrait pourtant et ne devrait chercher sa pâture que
-dans la foi qui lui promet l’infini. Pardonnez-moi, cher
-ami, ce verbiage qui n’est peut-être que du pathos et du
-galimatias; car ma pauvre tête subit le contre-coup de mes
-tristesses de cœur. J’y aurai du moins gagné de prolonger
-avec vous une de ces causeries que je voudrais multiplier sans
-compter, tant j’y trouve de consolation et de douceur!
-Adieu et au revoir! ne renonçons pas à nos projets de réunion
-parisienne. Votre poignée de main me sera plus nécessaire
-que jamais. A vous, bien à vous de cœur.</p></div>
-
-<p class="p1">Le 3 mai, il arrivait à Paris et descendait,
-comme l’année précédente, à l’hôtel de Rivoli.
-Quelques jours après, éclatait le Seize-Mai, le
-renvoi par le maréchal de Mac-Mahon de M. Jules
-Simon et de ses collègues, et la constitution du
-cabinet de Broglie-Fourtou. J’allai, à ce moment,
-rejoindre Pontmartin. Il était attristé, peu confiant
-dans le succès de l’entreprise du maréchal:
-il n’avait jamais cru à la République conservatrice,
-et il ne voyait dans le nouvel essai qu’on en
-voulait faire qu’un acheminement plus prompt
-vers le triomphe de la République radicale. Il
-venait du reste de tomber assez sérieusement malade,
-et il dut, pendant deux mois, suspendre ses
-<i>Samedis</i> de la <i>Gazette</i>. En juillet, sa santé rétablie,
-il s’installa, pour quelques semaines, comme il
-l’avait fait en 1876, au château de la Garenne-Randon,
-où il se rencontra, cette fois, sans préjudice
-des grandes dames et des <i>clubmen</i> obligés,
-avec un héros, le général de Charette, et un grand
-compositeur, Charles Gounod.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_375" id="Page_375">[375]</a></span></p>
-
-<p>La dissolution de la Chambre des députés avait
-été votée par le Sénat<a name="FNanchor_415_415" id="FNanchor_415_415"></a><a href="#Footnote_415_415" class="fnanchor">[415]</a>. De nouvelles élections
-étaient imminentes, et elles emprunteraient aux
-circonstances une gravité exceptionnelle. Pontmartin
-ne voulut pas s’en désintéresser. Avant de
-quitter La Garenne, il publia, dans la <i>Gazette de
-France</i>, en août, une réplique au manifeste des
-sénateurs et députés républicains de Seine-et-Oise,
-réplique qui fut répandue dans tout le département
-par les soins de M. de Besplas. «Si tous les
-conservateurs, m’écrivait-il, suivaient l’exemple de
-ce vaillant octogénaire, nous aurions beaucoup
-plus à espérer et beaucoup moins à craindre. Le
-matin, dès 6 heures et demie, je le trouve dans sa
-bibliothèque, assis à sa table, écrivant aux maires
-de son arrondissement, abrégeant mon article pour
-qu’il puisse être propagé dans tous les cafés du
-pays, puis recevant quelques braves paysans qu’il
-associe à son œuvre et se concertant avec eux.»</p>
-
-<p>Parti de La Garenne le 17 août, il prit le <i>rapide</i>
-jusqu’à Marseille pour éviter la fête votive de son
-village et une séance de syndicat, suivie d’un
-énorme dîner. A Marseille, il écrivit pour la
-<i>Gazette du Midi</i> un article électoral qui, dans sa
-pensée, devait être la contre-partie méridionale de
-sa Réplique au manifeste des sénateurs et députés
-de Seine-et-Oise.</p>
-
-<p>Rentré aux Angles, il continuera la campagne.
-En dehors de ses <i>Samedis</i>, il envoie à la <i>Gazette<span class="pagenum"><a name="Page_376" id="Page_376">[376]</a></span>
-de France</i> quatre articles sur M. Thiers<a name="FNanchor_416_416" id="FNanchor_416_416"></a><a href="#Footnote_416_416" class="fnanchor">[416]</a>, écrits en
-vue des élections. Il me mande, à cette occasion, le
-30 septembre: «J’avais pensé à faire de mon travail
-sur M. Thiers une petite brochure, et je vois
-que vous avez eu la même idée; mais je suis si
-peu secondé! si peu encouragé! Il y a six mille
-lieues de mon allée de marronniers au boulevard
-des Italiens... Je viens pourtant d’écrire quelques
-lignes à Léon Lavedan<a name="FNanchor_417_417" id="FNanchor_417_417"></a><a href="#Footnote_417_417" class="fnanchor">[417]</a>, qui dispose, m’a-t-il dit,
-de plus de deux cents journaux, et qui nous les a
-offerts, à Léopold de Gaillard et à moi, pour la
-période électorale. Je lui livre mon œuvre, soit
-pour en faire reproduire des fragments, soit pour
-la colliger en un format économique et portatif.»</p>
-
-<p>Les élections, à ce moment, étaient proches;
-elles avaient été fixées au 14 octobre. Pontmartin
-ne s’illusionnait guère sur leur résultat. Sa lettre
-du 30 septembre se terminait par ces lignes:
-«Que le bon Dieu nous protège! Quel chaos,
-mon cher ami, et peut-être quelle débâcle si les
-élections sont encore radicales! N’importe! restons
-fidèles; restons sur la brèche! Faire son devoir,
-tout son devoir, c’est beaucoup, quand on réussit;
-l’avoir fait, c’est quelque chose quand on succombe.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_377" id="Page_377">[377]</a></span></p>
-
-<h3>IV</h3>
-
-<p>Après les tristesses de 1877, l’année 1878 allait
-lui apporter une grande consolation, une des meilleures
-joies de sa vie. Au commencement de
-février, il s’était installé à Hyères, l’avait quittée
-pour Cannes, où l’appelaient Léopold de Gaillard
-et Victor de Laprade; puis, après quelques jours
-passés avec eux, était revenu à Hyères, où M<sup>gr</sup> Dupanloup
-faisait un séjour, par ordre de ses médecins.
-Les relations de l’évêque d’Orléans et de
-l’auteur des <i>Samedis</i> n’avaient été jusque-là qu’intermittentes,
-mais l’entente ne fut pas longue à
-s’établir entre eux, grâce à leur attrait réciproque
-l’un pour l’autre et à une foule de souvenirs communs:
-«On écoutait, ravi, a dit un de leurs auditeurs,
-l’intarissable critique et le grave et souriant
-évêque, se laissant aller tous les deux au charme
-de ces souvenirs<a name="FNanchor_418_418" id="FNanchor_418_418"></a><a href="#Footnote_418_418" class="fnanchor">[418]</a>.»</p>
-
-<p>Ils se voyaient chaque jour, soit chez le comte
-et la comtesse de Rocheplatte, soit chez le baron
-et la baronne de Prailly, en cette villa de Costebelle,
-où vivait la mémoire du P. Lacordaire.</p>
-
-<p>Pontmartin accompagnait souvent l’évêque à
-quelques lointaines promenades. «C’est pendant
-ces promenades, écrira-t-il plus tard, au bruit de
-cette voiture alourdie sur un lit de poussière, avec<span class="pagenum"><a name="Page_378" id="Page_378">[378]</a></span>
-vingt minutes d’arrêt et de silence pour le bréviaire,
-que s’ouvrait pour moi ce livre vivant, cette
-inappréciable collection de chapitres d’histoire
-contemporaine, où je reconnaissais tour à tour la
-douceur de l’évêque, la sagacité du politique, la
-résignation du chrétien, l’enjouement du causeur,
-l’éloquence de l’orateur, le suprême langage de
-l’expérience et de la sagesse, l’âme du grand
-citoyen, la cicatrice des jours de désastres, la conviction
-que tout aurait pu être sauvé et la crainte
-que tout ne soit perdu. Je prononçais presque au
-hasard un nom célèbre, je rappelais une date mémorable:
-il ne m’en fallait pas davantage pour
-voir passer devant moi tel ou tel de ces personnages
-qui ont figuré un moment sur la scène du
-monde politique...»</p>
-
-<p>Dans la rade d’Hyères stationnait, avec ses
-douze cents hommes d’équipage, le grand vaisseau-école
-le <i>Souverain</i>. Le commandant était un marin
-aussi chrétien que brave, M. Lefort, l’inventeur
-des torpilles, et le commandant en second, M. de
-Montesquiou, dont la belle-sœur, M<sup>me</sup> Standish,
-née des Cars, appartenait à une famille depuis
-longtemps en relation avec M<sup>gr</sup> Dupanloup. Tous
-les deux se rencontraient avec lui chez M. le comte
-de Rocheplatte. Ils eurent la pensée de lui faire
-les honneurs de leur bâtiment. Le dimanche
-10 mars, la messe fut dite à bord du <i>Souverain</i>
-par l’évêque d’Orléans. Pontmartin y assistait. Il
-quitta Hyères quelques jours plus tard, non sans
-avoir envoyé à la <i>Gazette de France</i> le compte<span class="pagenum"><a name="Page_379" id="Page_379">[379]</a></span>
-rendu de cette cérémonie, si majestueuse à la fois
-et si émouvante. Sa Causerie, qu’il n’a pas reproduite
-dans ses <i>Samedis</i> et qui est pourtant une des
-plus belles pages qu’il ait écrites, n’arriva à Costebelle
-qu’après son départ. Il reçut de l’évêque la
-lettre suivante:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr4 p1">Hyères, 21 mars 1878.</p>
-
-<p>Monsieur et bien excellent ami, il faut donc se résigner à
-ne plus vous voir à Hyères! C’est ce que je viens d’apprendre
-avec grande tristesse. Oh! le méchant homme! qui,
-comme le Parthe, lance en fuyant une flèche empoisonnée
-de toutes les douceurs les plus mortelles à l’amour-propre
-des pauvres gens, et ne leur laisse même pas le temps de
-protester pour la forme! C’est affreux de s’en aller ainsi,
-quand on vous aime. Mais, du moins, on est heureux de
-vous avoir vu, entendu, connu de près, et apprécié, comme
-le méritent votre charmant esprit et votre excellent cœur;
-et on espère bien vous retrouver quelquefois, à Paris: ce
-qui n’est pas la même chose que sur les bords de cette mer
-enchantée, que vous savez si bien peindre, et aux doux feux
-de ce soleil, dont votre style est un rayon. Mes hôtes, et
-tous ceux à qui ils vous ont lu, ont été émerveillés, éblouis.
-Moi, je garde, par-dessus tout, le souvenir de cette exquise
-bienveillance; et j’espère bien qu’il n’en sera pas de ces relations
-qui m’ont été si douces comme de ces brumes colorées
-qui flottent en ce moment sur les îles d’Hyères, et qui
-s’évanouissent. Je les redemanderai toujours<a name="FNanchor_419_419" id="FNanchor_419_419"></a><a href="#Footnote_419_419" class="fnanchor">[419]</a>.</p></div>
-
-<p class="p1">A Hyères, où ses heures de travail lui étaient
-disputées par une foule d’aimables prétextes d’oisiveté,
-Pontmartin avait vite reconnu qu’il lui serait
-impossible de continuer sous leur forme habituelle<span class="pagenum"><a name="Page_380" id="Page_380">[380]</a></span>
-ses articles de critique qui n’allaient pas
-sans beaucoup de lectures. Il eut l’idée de composer
-de courts récits qu’il pouvait rêver pendant la
-nuit et improviser le matin. C’est ainsi que furent
-écrits l’<i>Olivier qui parle</i>, conte fantastique, le
-<i>Pigeon qui parle</i>, le <i>Colonel Herbert</i><a name="FNanchor_420_420" id="FNanchor_420_420"></a><a href="#Footnote_420_420" class="fnanchor">[420]</a>.</p>
-
-<p>Les <i>Samedis</i> cependant succédaient aux <i>Samedis</i>.
-Dès son retour aux Angles, il s’était remis à ses
-Causeries littéraires. Le 20 mai, il est à Paris.
-Trois ou quatre ans plus tôt, en 1874, il lui était
-arrivé d’écrire: «Voici bientôt trente ans que je
-rêve, comme le <i>hoc erat in votis</i>, un petit chalet à
-Passy, au milieu de cette colonie charmante où je
-compte des amis, non loin de mon cher Saint-Genest
-et de son adorable famille, à deux pas de
-Jules Janin et de Cuvillier-Fleury, dans cette oasis
-où je retrouve la trace des deux enchanteurs de
-ma jeunesse, Rossini et Lamartine. Il est infiniment
-probable que ce doux rêve ne se réalisera
-jamais; mais je le reprends avec un mélancolique
-plaisir, chaque fois que je reviens à Paris. Le latin
-n’est-il pas admirablement connaisseur du cœur
-humain, quand il exprime par le même mot <i>désir</i>
-et <i>regret</i><a name="FNanchor_421_421" id="FNanchor_421_421"></a><a href="#Footnote_421_421" class="fnanchor">[421]</a>?»</p>
-
-<p>Son rêve se réalisa au mois de mai 1878. Il prit
-un appartement à Passy, dans une maison meublée
-de la rue de ce nom, au n<sup>o</sup> 82, tout près de la
-gare de la Muette. Nos plus beaux rêves nous déçoivent,
-même quand ils semblent s’accomplir.<span class="pagenum"><a name="Page_381" id="Page_381">[381]</a></span>
-Celui de Pontmartin vint se briser contre la plus
-brutale des réalités. On était en pleine Exposition
-universelle. Logé à deux pas du Trocadéro et en
-face du Champ de Mars, il lui fallut vivre au milieu
-du tapage et de la cohue, assourdi par les
-<i>tramways</i> et les voitures, contemplant chaque jour
-cet incroyable fourmillement, cette foule inouïe
-qui semblait avoir fait de la curiosité sa religion,
-sa politique et sa littérature, et qui paraissait croire
-que tout était sauvé, si elle voyait le matin un
-tambour-major, à midi un shah, le soir une opérette.</p>
-
-<p>Au milieu du tapage de l’Exposition de 1867,
-après l’audition de cette cantate du vieux Rossini,
-exécutée par mille musiciens, un orgue, deux
-pièces de canon et douze cloches, Augustin Cochin
-s’écriait: «<i>O Mozart! O flûte enchantée!</i>» Pontmartin,
-en 1878, songeait, lui aussi, au divin
-Mozart et au divin Racine. Une fois sur cette
-pente, obéissant à la loi des contrastes, il se revoyait
-en idée sur cette terrasse de Costebelle, où
-il était assis à côté de M<sup>gr</sup> Dupanloup, et d’où ils
-contemplaient ensemble l’horizon merveilleux qui
-se déroulait sous leurs regards, le vaste ciel, la
-mer et les montagnes.</p>
-
-<h3>V</h3>
-
-<p>Heureusement pour lui, à côté de l’Exposition
-des machines, il y avait l’Exposition des Beaux-Arts.<span class="pagenum"><a name="Page_382" id="Page_382">[382]</a></span>
-Il y trouva le sujet de deux grands articles,
-publiés dans le <i>Correspondant</i> sous le titre de
-<i>Promenade au Salon de 1878</i><a name="FNanchor_422_422" id="FNanchor_422_422"></a><a href="#Footnote_422_422" class="fnanchor">[422]</a>. Dans la <i>Mode</i>,
-nous l’avons vu, et dans l’<i>Univers illustré</i>, il avait
-déjà fait plusieurs <i>Salons</i>. Celui de 1878 fut le
-dernier qu’il écrivit.</p>
-
-<p>Les <i>Salons</i> de Pontmartin sont encore des <i>Causeries</i>.
-Il n’essaie point, comme Théophile Gautier
-ou Paul de Saint-Victor, de faire de sa plume un
-pinceau et de son encrier une palette; il se promène
-tout simplement le matin à travers les
-tableaux et les statues, et, le soir, dans son propre
-salon, il en parle avec goût, avec agrément, en
-homme du monde qui ne se pique pas d’avoir du
-métier. Que de jolis morceaux il y aurait à extraire
-de cette <i>Promenade au Salon de 1878</i>, qu’il n’a pas
-recueillie dans ses œuvres!</p>
-
-<p>Le clou de l’Exposition était le <i>Barabbas</i> de
-Charles Muller, l’auteur de l’<i>Appel des condamnés</i><a name="FNanchor_423_423" id="FNanchor_423_423"></a><a href="#Footnote_423_423" class="fnanchor">[423]</a>
-et d’une <i>Messe sous la Terreur</i><a name="FNanchor_424_424" id="FNanchor_424_424"></a><a href="#Footnote_424_424" class="fnanchor">[424]</a>. Pontmartin lui
-consacre deux ou trois pages dont voici le début:</p>
-
-<p class="pbq p1">La physionomie de Barabbas est une vraie trouvaille:
-tout y est, sur cette figure, le vice, le crime, le cynisme,
-l’abjection gouailleuse, la joie de la délivrance, l’éblouissement
-du grand jour succédant tout à coup à l’obscurité de
-la prison, la stupeur d’une ovation aussi peu prévue que
-peu motivée, et aussi une forte envie de rire aux dépens de
-son cortège; car en sa qualité de brigand, Barabbas a un peu<span class="pagenum"><a name="Page_383" id="Page_383">[383]</a></span>
-plus d’esprit que ceux qui le portent en triomphe.&mdash;Il nous
-faut Barabbas! Entendez-vous bien?&mdash;Mais c’est un misérable,
-un gibier de potence: il a volé, il a assassiné peut-être
-et celui que vous lui sacrifiez ne s’est révélé à vous que par
-des bienfaits.&mdash;Il nous faut Barabbas!&mdash;Mais réfléchissez!
-voilà, d’un côté, la vertu, l’innocence, la bonté, la charité,
-le dévouement, la piété, l’honneur; de l’autre...&mdash;C’est
-tout réfléchi; il nous faut Barabbas!&mdash;Mais il a un dossier,
-un lourd dossier!&mdash;C’est justement pour cela que nous le
-voulons; s’il valait mieux que nous, où serait le plaisir de
-l’acclamer, d’en faire notre élu et notre idole?... Plus vous
-nous en direz de mal, plus nous nous obstinerons à le
-choisir... Un individu taré, flétri, dépravé, pourri jusqu’aux
-moelles, condamné pour inceste, exécuté à la Bourse de
-Jérusalem, qui nous donne la joie de le mépriser en le
-nommant, de chercher, pour le découvrir, au-dessous de
-notre niveau, de rester ses maîtres en le couronnant de lauriers
-et de fleurs, c’est ce qu’il nous faut! Mort à Jésus! vive
-Barabbas!&mdash;Pardon! je crois en vérité, que j’allais parler
-politique!</p>
-
-<p class="p1">Le peintre Vibert avait exposé l’<i>Apothéose de
-M. Thiers</i>, et Pontmartin d’écrire, au risque de
-faire encore de la politique:</p>
-
-<p class="pbq p1">Rien ne s’accorde plus mal que ces allégories mythologiques
-et emphatiques avec la physionomie spéciale, typique,
-de cet homme illustre et discutable, dont le portrait,
-malgré Bonnat et M<sup>lle</sup> Nélie Jacquemart, est encore à faire:
-figure essentiellement bourgeoise et moderne dans ses qualités
-comme dans ses défauts; intelligence merveilleusement
-douée, esprit alerte, souple, varié, <i>dextre</i> plutôt que droit,
-avisé, agile, ouvert, plus riche d’expédients que de principes,
-prêt aux éventualités, fertile en ressources; imagination sans
-élan, sans couleur, sans chaleur et sans style; rebelle à toute
-tentative d’idéalisation poétique ou fantasmagorique; patriote<span class="pagenum"><a name="Page_384" id="Page_384">[384]</a></span>
-avec économie et calcul, insensible aux joies sublimes
-du sacrifice; politique égoïste, parcimonieux et incomplet,
-dont l’art consista tout entier à tempérer la Révolution par
-la bourgeoisie, à réconcilier la bourgeoisie avec la Révolution,
-à neutraliser les partis les uns par les autres, à se créer une
-popularité tardive en persuadant tour à tour aux conservateurs
-qu’ils pensaient comme lui et aux républicains qu’il
-travaillait pour eux. En somme, le contraire d’un héros
-dans la moins héroïque des époques, avec un visage, une
-taille et une tournure de Joseph Prudhomme infiniment
-spirituel...</p>
-
-<p class="p1">Avec M<sup>lle</sup> Sarah Bernhardt, nous passons de la
-peinture à la sculpture. En 1878, sa célébrité
-comptait déjà plusieurs lustres. Elle avait exposé
-un buste de M. Émile de Girardin. Déployant vis-à-vis
-d’elle la politesse de l’ancienne cour, Pontmartin
-lui dédiait ces lignes:</p>
-
-<p class="pbq p1">M<sup>lle</sup> Sarah Bernhardt est le contraire d’une académie de
-province (je ne cite que moitié du mot de Voltaire). Elle
-fait énormément parler d’elle. On vante les élégantes originalités,
-les raffinements merveilleux de son petit hôtel de
-l’avenue de Villiers, qui a eu, j’aime à le croire, Melpomène
-et Thalie pour seuls architectes. Nous savons en outre que,
-malgré ses talents et ses succès de toutes sortes, en dépit des
-rivalités de théâtre et d’atelier, la charmante artiste a été
-ciselée par la prodigue nature de façon à ne faire ombrage
-à personne. Ce qui désolerait ses nombreux admirateurs,
-c’est le bruit que l’on a fait courir, c’est la crainte de la voir
-renoncer à l’art dramatique, si elle réussissait assez sérieusement
-sa sculpture pour prendre définitivement un rang
-parmi nos statuaires illustres. C’est donc dans l’intérêt de
-sa gloire et de nos plaisirs, de la Comédie-Française et de
-ses habitués, que nous oserons lui dire: «Vous êtes adorable;
-vous jouez Zaïre mieux que la Gaussin, et Phèdre<span class="pagenum"><a name="Page_385" id="Page_385">[385]</a></span>
-mieux que M<sup>lle</sup> Rachel. Mais nous vous devons une sensation
-bien plus extraordinaire. Vous aviez à perpétrer le buste de
-M. E... de G..., c’est-à-dire du plus laid, du plus sinistre,
-du plus odieux de tous les modèles. Eh bien! vous êtes
-parvenue à surpasser la réalité. Vous avez vengé du même
-coup toutes les victimes de M. E... de G... D’un masque
-effrayant vous avez fait une grimace simiesque; votre œuvre
-est à deux fins. L’original était bronzé; le buste est coulé!»</p>
-
-<p class="p1">Les tableaux militaires avaient été exclus de
-l’Exposition: ils s’étaient disséminés sur plusieurs
-points, derrière les vitrines de nos marchands les
-plus accrédités: rue Taitbout, dans l’emplacement
-de l’ancien théâtre, et surtout chez Goupil. Pontmartin
-écrit à ce sujet cette dernière page, plus
-vraie encore après vingt-cinq ans qu’elle ne l’était
-en 1878:</p>
-
-<p class="pbq p1">Nous les avons revues, ces toiles de MM. de Neuville,
-Detaille, Dupray, Berne-Bellecour, Protais, Bellanger,
-Maigret, et nous avons éprouvé, en les revoyant, un sentiment
-étrange. Nous n’en sommes plus à compter nos humiliations;
-nous ne voulons pas savoir si cette mesure
-émolliente et lénitive nous protège, nous honore ou nous
-humilie. Non! une émotion plus douloureuse encore, une
-idée plus <i>actuelle</i> et plus poignante nous serrait le cœur
-devant ces tableaux où revivent les scènes sanglantes de l’invasion
-et de la guerre... Ces témoignages et ces souvenirs
-devaient nous rester présents, éternellement présents, non
-pas, à Dieu ne plaise! pour nous exciter à des haines stériles,
-à des représailles insensées, à des revanches impossibles,
-mais pour entretenir et renouveler sans cesse en nous le feu
-sacré du patriotisme, le dévouement à cette France mutilée,
-plus chère et plus aimée dans sa faiblesse que dans sa force,
-dans ses malheurs que dans ses prospérités. Ces souvenirs,
-qu’en avons-nous fait? Qui s’en occupe aujourd’hui? Dans<span class="pagenum"><a name="Page_386" id="Page_386">[386]</a></span>
-cette foule affolée de curiosité banale et béate, dans l’étourdissant
-chaos de cette Exposition universelle, de ce <i>tournoi
-pacifique</i>, qui nous fait&mdash;à nous et à bien d’autres&mdash;l’effet
-du sursis de quarante jours accordé jadis aux condamnés
-dont on avait rejeté le pourvoi, sur quels fronts ces navrantes
-images amènent-elles un pli? Dans quels yeux
-une larme? Qui songe à Reichshoffen et à Gravelotte, à Sedan
-et à Metz, à la Lorraine démembrée, à l’Alsace perdue, aux
-provinces envahies, au siège et à la Commune, aux otages
-massacrés, à Paris incendié? C’est tout au plus un songe de
-tragédie dont on se réveille pour aller parier aux courses,
-s’extasier devant une porcelaine anglaise ou un paravent
-japonais. Peu s’en faut que les républicains radicaux, les
-hommes du 4 septembre, désormais en pleine possession de
-leur victoire, ne transforment ces anniversaires néfastes en
-fêtes nationales et ne confondent le deuil de leur patrie avec
-la date de leur avènement. Ils s’y prennent si bien qu’ils
-réussissent à décourager, à pervertir ou à éteindre jusqu’aux
-sentiments qui nous avaient soutenus dans cette crise épouvantable,
-qui avaient donné à l’élite de la nation la force
-de résister, de souffrir, de mourir, de nous indemniser en
-détail de tant de calamités et de désastres. Ils énervent, ils
-flétrissent, ils dénaturent, ils suppriment tout ce qui est
-nécessaire à un peuple pour se relever quand on l’abaisse,
-pour se réhabiliter quand on l’outrage, pour se redresser
-quand on le menace, pour se maintenir ou se retrouver à la
-hauteur des grandes luttes, des grandes infortunes, des grands
-sacrifices et des grands périls. Ces coups de foudre de 1870,
-ces journées d’angoisses, de détresse et de désespoir, ils nous
-réduisent presque à les regretter. C’était la défaite, c’était
-l’écrasement, c’était l’agonie; mais c’était aussi le patriotisme,
-c’était l’honneur; c’était un même battement de cœur,
-une passion commune devant un <i>SEUL</i> ennemi. Aujourd’hui,
-si nous avions à subir une nouvelle épreuve, nous
-n’aurions plus même de quoi être vaincus.</p>
-
-<p class="p1">Pour protester à sa façon contre cette Exposition<span class="pagenum"><a name="Page_387" id="Page_387">[387]</a></span>
-universelle, qu’il voyait peut-être trop en noir et
-qui lui apparaissait surtout comme le triomphe de
-la matière sur l’esprit et sur l’art, il publia, pendant
-qu’elle battait son plein, deux nouveaux
-volumes; au commencement de juillet, la seizième
-série des <i>Nouveaux Samedis</i>; à la fin d’octobre, les
-<i>Souvenirs d’un vieux Mélomane</i>. Ce fut un jeune,
-un très jeune dilettante, qui se chargea de présenter
-les <i>Souvenirs</i> aux lecteurs du <i>Correspondant</i>:
-«Pourquoi <i>vieux</i>? écrivait-il; l’auteur aura
-beau le dire; personne ne le croira, car il se
-dément lui-même par l’entrain juvénile et la
-verve chaude de tableaux et de récits où palpite
-l’enthousiasme d’un cœur de vingt ans. <i>Vieux!</i>
-qu’il accumule tant qu’il voudra les lustres sur sa
-tête; il ne le deviendra jamais! Ce n’est pas fait
-pour lui, heureusement pour nous... Mais s’il n’est
-pas vieux, comme il est mélomane! On devine,
-en le lisant, qu’il ne peut écrire le nom seul des
-divas qui l’ont enchanté naguère sans ressentir
-encore le frisson des représentations fameuses dont
-il réveille le souvenir. L’écho lointain du timbre
-d’or de la Malibran, de l’archet de Paganini, des
-accords passionnés de Duprez ou de Mario, le fait
-tressaillir et l’enflamme comme aux jours heureux
-où ils soulevaient les auditoires transportés!... En
-sa qualité de <i>jeune</i>, l’auteur a le premier don de
-cet âge heureux: la fantaisie, et c’est elle qui a
-surtout inspiré ce volume chatoyant où s’entremêlent
-le sourire et les larmes, la malice et le
-sentiment, où trouvent à se satisfaire tous les<span class="pagenum"><a name="Page_388" id="Page_388">[388]</a></span>
-goûts et tous les caprices...» Le jeune critique,
-qui devait revêtir un jour&mdash;s’en doutait-il alors?&mdash;le
-frac à palmes vertes, terminait ainsi son
-article: «On raconte que Brillat-Savarin ne
-s’asseyait jamais à un repas fin et succulent
-qu’après avoir endossé son habit le plus coquet et
-mis ses bas de soie les plus moelleux. Eh bien!
-les raffinés et les gourmets littéraires devraient
-aussi se mettre en habit et en cravate blanche
-pour savourer les <i>Souvenirs d’un Mélomane</i><a name="FNanchor_425_425" id="FNanchor_425_425"></a><a href="#Footnote_425_425" class="fnanchor">[425]</a>...»</p>
-
-<p>A l’heure où parut son volume, Pontmartin
-avait regagné les Angles. Il était revenu si assourdi
-par le bruit, si fatigué par la cohue, qu’il se promit
-de ne plus retourner à Paris: il s’est tenu
-parole.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_389" id="Page_389">[389]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">CHAPITRE XV</h2>
-
-<p class="pch">PONTMARTIN ET L’ACADÉMIE<br />
-(1868-1878)</p>
-
-<p class="pcs">La <i>fièvre verte</i>. Le fauteuil de M. Empis. Lettre au <i>Figaro</i>. Le
-fauteuil de Sainte-Beuve. Une page des <i>Jeudis</i>.&mdash;Lettres de
-M. de Falloux, de Cuvillier-Fleury et de Joseph Autran. Le <i>Non
-possumus</i> de Pontmartin.&mdash;Le fauteuil de Saint-Marc Girardin.
-<i>Fantaisies et Variations</i> anti-académiques de M. Bourgarel.&mdash;Nouvelle
-lettre de M. de Falloux. Où l’on voit que Pontmartin
-était moins fort en calcul que feu Barrême.&mdash;Le fauteuil de
-Jules Janin. La peau de chagrin... académique. Le fauteuil d’Autran.
-M. Émile Zola se met en marche vers le Palais-Mazarin.
-M<sup>gr</sup> Dupanloup s’efforce de décider Pontmartin à poser sa candidature.
-Pourquoi il ne s’est jamais présenté.</p>
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>Alors que Pontmartin abandonne Paris pour
-n’y plus revenir, c’est peut-être le moment de se
-demander s’il y a quelque chose de vrai dans
-l’opinion qui assigne pour cause à sa retraite définitive
-aux Angles le refus qu’aurait fait l’Académie
-de lui donner un de ses fauteuils. On le représente
-essayant d’entrer au Palais-Mazarin, grattant à la
-porte, et, dépité de ne pas la voir s’ouvrir, quittant<span class="pagenum"><a name="Page_390" id="Page_390">[390]</a></span>
-la capitale et jurant de n’y plus remettre les
-pieds.</p>
-
-<p>C’est là une pure <i>légende</i>, que je crois être en
-mesure de combattre, pièces en mains.</p>
-
-<p>Armand de Pontmartin ne fut point de ceux
-qui attaquent l’Académie et qui lancent contre
-elle des épigrammes, d’ailleurs faciles. Rien ne lui
-paraissait plus enviable que d’en faire partie.
-Toutes les fois que, pendant ses séjours à Paris,
-avait lieu une séance de réception, il ne manquait
-jamais d’en rendre compte, en toute liberté sans
-doute, avec une entière indépendance, mais aussi
-avec une réelle sympathie, comme quelqu’un qui
-n’est pas encore de la maison, mais qui, en attendant,
-se montre un bon voisin et un fidèle ami.</p>
-
-<p>A fréquenter ainsi chez les académiciens, il était
-difficile que l’auteur des <i>Samedis</i> échappât complètement
-à la contagion, et qu’il n’eût pas, lui
-aussi, de temps à autre, un accès, plus ou moins
-fort, de cette fièvre qu’il nomme quelque part la
-<i>fièvre verte</i>, et qu’il a si bien décrite:</p>
-
-<p class="pbq p1">Savez-vous, écrivait-il un jour, ce que c’est que la <i>fièvre
-verte</i>? C’est une maladie bizarre que l’on risque d’attraper
-en se promenant, le jeudi, sur le pont des Arts, entre deux
-et cinq heures. On y rencontre, ce jour-là, des hommes
-vénérables que l’on peut, au premier abord, prendre pour
-de simples mortels, et qui ne sont pourtant ni mortels ni
-simples, car ce sont des académiciens.</p>
-
-<p class="pbq">Méfiez-vous! Si le manteau d’un de ces favoris des dieux
-effleure votre redingote, si son regard s’abaisse sur vous d’un
-air de bonhomie narquoise, s’il pousse encore plus loin la
-condescendance, si, pour imiter en tout les gracieux exemples<span class="pagenum"><a name="Page_391" id="Page_391">[391]</a></span>
-de son secrétaire perpétuel<a name="FNanchor_426_426" id="FNanchor_426_426"></a><a href="#Footnote_426_426" class="fnanchor">[426]</a>, il vous dit en vous montrant
-certaine coupole: «Quand donc serez-vous des
-nôtres?» vous voilà pris; les plus savants docteurs y perdraient
-leur latin et leur quinine; vous êtes livrés, plume
-et papier liés, aux tyranniques caprices de la <i>fièvre verte</i>...
-Je vous plains si la maladie est aiguë, et je vous plains
-encore plus si elle passe à l’état chronique<a name="FNanchor_427_427" id="FNanchor_427_427"></a><a href="#Footnote_427_427" class="fnanchor">[427]</a>...</p>
-
-<p class="p1">Il y a là, dans cette Causerie du 20 février 1864,
-cinq ou six pages d’une fantaisie charmante. Heureusement,
-quand on badine ainsi avec son mal,
-c’est que la fièvre est légère et l’accès passager.
-La «fièvre verte» n’a jamais été, chez Pontmartin,
-une fièvre continue, mais seulement une fièvre
-intermittente. Ses velléités académiques, nous
-allons le voir, n’ont jamais tenu bien longtemps.
-Plus d’une fois, ses amis ont obtenu de lui qu’il
-acceptât l’idée d’une candidature; jamais ils n’ont
-pu le décider à faire les démarches nécessaires, à
-se mettre officiellement sur les rangs: en réalité,
-<i>il ne s’est jamais présenté</i>.</p>
-
-<p>J’en éprouvais, pour ma part, un réel chagrin.
-Bien souvent, avec une insistance qui allait parfois,
-je le reconnais, jusqu’à l’indiscrétion, je l’ai pressé
-de poser sa candidature. Rien ne m’est donc
-aujourd’hui plus facile que de tracer, à l’aide de
-ses lettres, et aussi un peu à l’aide des miennes,
-qu’il avait bien voulu conserver, l’odyssée académique&mdash;ou
-plutôt, hélas! anti-académique&mdash;de
-l’auteur des <i>Samedis</i>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_392" id="Page_392">[392]</a></span></p>
-
-<p>A la fin de 1868, il y avait trois fauteuils vacants:
-ceux de Viennet, de Berryer et d’Empis. Le 24
-décembre, j’écrivais à Pontmartin: «Voilà trois
-places vacantes à l’Académie. Quand commencerez-vous
-vos visites? Je ne vous tiendrai quitte
-que le jour où vous me donnerez la joie de vous
-applaudir au palais Mazarin. Mais le sujet vaut
-qu’on y revienne et nous y reviendrons.»</p>
-
-<p>Moins de huit jours après, en effet, le 31 décembre,
-je lui adressais ce nouvel appel:</p>
-
-<p class="pbq p1">Arrivons maintenant par le chemin le plus court à l’Académie.
-Depuis ma dernière lettre, j’ai lu dans le <i>Gaulois</i>,&mdash;qui
-n’est pas toujours <i>Français</i>,&mdash;et dans le <i>Français</i>,&mdash;qui
-est quelquefois <i>Gaulois</i>,&mdash;que vous étiez décidé à
-poser le pied sur le pont des Arts, qui vient d’inspirer à
-Sainte-Beuve un bien détestable sonnet. Il me tarde de
-recevoir de vous la confirmation de cette nouvelle. Je persiste
-à penser que le moment est venu pour vous de prendre
-rang. A la distance où je suis du champ de bataille, il m’est
-bien difficile d’apprécier quelles peuvent être vos chances
-actuelles; mais je tiens pour certain que, si votre succès
-n’est pas immédiat, il ne se fera cependant pas longtemps
-attendre.</p>
-
-<p class="p1">Pontmartin était alors aux Angles, et c’est de là
-qu’il me répondit, le 2 janvier 1869:</p>
-
-<p class="pbq p1">Un mot seulement, mon cher ami, pour répondre à vos
-deux dernières lettres. La mienne vous a appris que j’étais
-encore aux Angles, à 180 lieues du pont des Arts, et beaucoup
-plus loin, je crois, de la salle des séances du palais
-Mazarin. Je ne pourrai partir pour Paris que le 1<sup>er</sup> ou le
-2 février, et là seulement je pourrai savoir de quoi il
-retourne. La note du <i>Français</i>, si elle est, comme je le
-suppose, de Léon Lavedan, ne signifie pas grand’chose;<span class="pagenum"><a name="Page_393" id="Page_393">[393]</a></span>
-c’est son amitié qui a voulu risquer ce ballon d’essai. D’autre
-part, on m’écrit, au contraire, que les trois places vacantes
-sont déjà prises, que les politiques patronnent M. Duvergier
-de Hauranne, que M<sup>gr</sup> l’évêque d’Orléans protège M. Franz
-de Champagny, et que, pour le fauteuil de l’insignifiant
-Empis, la majorité se décidera à faire une concession du
-côté des auteurs dramatiques ou autres candidats portés
-par la minorité. Vous voyez, cher confrère et ami, que,
-même sans tenir compte de <i>mon penchant invétéré à l’abstention</i>,
-la plus grande réserve est ici de rigueur, surtout si
-ceux que je dois regarder comme mes patrons naturels ont
-déjà jeté les yeux sur d’autres candidats...</p>
-
-<p class="p1">La triple élection fut fixée au 29 avril; le 2, le
-<i>Figaro</i> annonçait, dans ses <i>Échos de Paris</i>, la
-candidature de Pontmartin au fauteuil d’Empis;
-il prit aussitôt la plume et rectifia en ces termes
-la nouvelle:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr4 p1">Vendredi, 2 avril 1869.</p>
-<p class="pi4">Monsieur et cher confrère,</p>
-
-<p>Je lis à l’instant dans vos spirituels <i>Échos de Paris</i>: «Les
-autres candidats sérieux à l’Académie sont, en première
-ligne, MM. Duvergier de Hauranne et Armand de Pontmartin.»</p>
-
-<p>J’ignore si je suis sérieux; mais je puis vous affirmer que
-je ne suis pas candidat. Pourtant je me serais contenté du
-plaisir de vous lire, sans vous donner l’ennui de recevoir
-ma réponse, si je n’avais deux motifs et deux excuses.</p>
-
-<p>D’abord, si <i>bien pensant</i>, si catholique et si voltigeur de
-1815 que je sois, mon abstention me donne le droit de ne
-pas servir de <i>repoussoir</i> à Théophile Gautier, dont j’ai pu
-quelquefois combattre les doctrines, mais dont j’appelle
-l’élection de tous mes vœux, et dont j’admire le prodigieux
-talent.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_394" id="Page_394">[394]</a></span></p>
-
-<p>Ensuite, parce que mes parents et mes amis de province,
-ne voyant pas même figurer mon nom, escorté d’une <i>minorité
-consolante</i>, dans le scrutin du 29 avril, pourraient
-croire à la plus radicale et à la plus grotesque des défaites,
-là où il n’y aura pas eu même de lutte et de tentative.</p>
-
-<p>Je vous saurai beaucoup de gré si vous voulez bien accueillir
-et publier ma réponse dans vos <i>Échos de Paris</i>, et je vous
-prie de croire aux cordiales sympathies de votre dévoué</p>
-
-<p class="pr4"><span class="smcap">A. de Pontmartin</span>.</p></div>
-
-<p class="p1">Comme il avait été décidé, il fut pourvu, le
-29 avril, aux trois vacances. Le fauteuil de Berryer
-échut à M. de Champagny, celui de Viennet
-à M. d’Haussonville et celui d’Empis à M. Auguste
-Barbier. Ce dernier fut élu par 18 voix contre 14
-données à Théophile Gautier.</p>
-
-<p>Deux académiciens, et non des moindres,
-moururent en cette même année 1869, Lamartine
-le 1<sup>er</sup> mars et Sainte-Beuve le 13 octobre.</p>
-
-<p>Le 16 octobre, j’écrivis à Pontmartin:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Qui remplacera Sainte-Beuve à l’Académie? J’ai lu ce
-matin au cercle, dans le journal <i>la France</i>, une petite note
-où il est dit que l’hésitation n’est pas possible, et que l’Académie
-doit élire, à la place de Lamartine, M. Théophile Gautier,
-et à la place de Sainte-Beuve, M. Armand de Pontmartin.
-Si je puis, en sortant de chez moi, mettre la main
-sur ce numéro de la <i>France</i>, j’en détacherai l’entrefilet en
-question et le glisserai dans ma lettre. J’ignore si c’est Caro
-qui a rédigé cette note; qu’elle vienne de lui ou d’un autre,
-elle n’en a pas moins une valeur et une portée à laquelle
-vous ne sauriez vous soustraire. Il faut absolument que vous
-vous présentiez. Je ne sais si, ces années passées, il était <i>trop
-tôt</i>; ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui le moment est
-venu, l’heure a sonné, et il ne faut pas vous exposer à ce que<span class="pagenum"><a name="Page_395" id="Page_395">[395]</a></span>
-l’on vous dise ce que l’on a dit à Charles X et à Louis-Philippe,
-ce que l’on dira un jour, bientôt peut-être, à Napoléon
-III: <i>Il est trop tard!...</i></p>
-
-<p class="p1">Pontmartin était alors en Provence et songeait
-d’autant moins à rentrer à Paris que sa femme
-était gravement malade. Il ne se souciait d’ailleurs
-aucunement de succéder à Sainte-Beuve. Dans les
-<i>Jeudis de Madame Charbonneau</i>, n’avait-il pas tracé
-de lui ce portrait, sous le nom de <i>Caritidès</i>?</p>
-
-<p class="pbq p1">Caritidès a reçu du Ciel, auquel il ne croit plus, un goût
-exquis, une finesse de tact extraordinaire, de merveilleuses
-aptitudes de critique relevées et comme fertilisées par de
-rares facultés de poésie. Il possède et pratique en maître
-l’art des nuances, des sous-entendus, des insinuations, des
-infiltrations, des évolutions, des circonlocutions, des précautions,
-des embuscades, des chatteries, de la haute école, de
-la stratégie ou de la diplomatie littéraire. Il excellerait à
-distiller une goutte de poison dans une fiole d’essence, de
-manière à rendre l’essence vénéneuse ou le poison délicieux.
-Sa prose est attrayante et magnétisante comme une femme
-un peu compromise qui ne dit pas tous ses secrets et s’enjolive
-à la fois de ce qu’elle montre et de ce qu’elle cache.
-Caritidès a voulu être un pèlerin d’idées, moins la première
-des qualités du pèlerin, c’est-à-dire la foi. Il a fait, en amateur,
-le tour de toutes les doctrines de son temps sans s’y
-fixer jamais, et, en les abandonnant, il a eu l’air de les
-trahir. Accusé injustement de traîtrise et d’apostasie, il a
-tenu à justifier sa réputation et il a fini par devenir l’ennemi
-de ceux dont il n’était que le déserteur. Son erreur a été de
-sophistiquer ce qu’il aurait pu faire tout simplement, avec
-tant de grâce, d’esprit et de supériorité naturelle, de traiter
-la littérature comme une mauvaise guerre où il faudrait
-constamment avoir un fleuret à la main et un stylet sous ses
-habits. On assure qu’il passe son temps à colliger une foule<span class="pagenum"><a name="Page_396" id="Page_396">[396]</a></span>
-d’armes défensives et offensives, de quoi accabler ceux qu’il
-aime aujourd’hui et qu’il pourra haïr demain, ceux qu’il
-déteste à présent et dont il veut se venger plus tard. Caritidès
-aurait pu être la plus irrécusable des autorités, il n’est
-que la plus friande des curiosités littéraires<a name="FNanchor_428_428" id="FNanchor_428_428"></a><a href="#Footnote_428_428" class="fnanchor">[428]</a>.</p>
-
-<p class="p1">Il parut à Pontmartin qu’il ne pouvait, en conscience,
-même avec les sous-entendus académiques,
-faire l’éloge de l’homme sur lequel il avait écrit
-cette page. Il avait raison, et je n’insistai pas.</p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>Jules Janin fut nommé à la place de Sainte-Beuve
-le 7 avril 1870; son discours de réception ne devait
-être prononcé que le 9 novembre 1871. Dans l’intervalle,
-la guerre, la chute de l’Empire, le siège
-de Paris, la Commune, avaient comme suspendu
-la vie de l’Académie. Lorsque, dans les derniers
-mois de 1871, elle put enfin reprendre régulièrement
-ses séances, il se trouva qu’elle avait à pourvoir
-à quatre vacances: il lui fallait remplacer
-Montalembert, Villemain, Prévost-Paradol et
-Prosper Mérimée<a name="FNanchor_429_429" id="FNanchor_429_429"></a><a href="#Footnote_429_429" class="fnanchor">[429]</a>.</p>
-
-<p>L’occasion, certes, était propice, et il convenait
-de ne la pas laisser échapper. Avant même d’agir
-auprès de Pontmartin, j’écrivis à M. de Falloux<span class="pagenum"><a name="Page_397" id="Page_397">[397]</a></span>
-pour m’assurer de ses intentions, et j’en reçus la
-réponse suivante, datée du 8 août 1871:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">Je vous remercie, cher monsieur, de votre aimable souvenir
-et de l’appréciation, si juste à mon sens, de notre vraie
-situation. Du reste, si je suis affligé par la conduite de
-M. Thiers, je n’en suis plus surpris depuis un certain
-nombre de mois, et je puis dire loin de lui ce que je lui ai
-dit à lui-même: il se trompe aujourd’hui sur l’état de la
-France, comme il s’est trompé sur l’état de Paris avant
-le 18 mars. Ces illusions-là nous ont coûté déjà bien cher:
-elles peuvent entraîner encore de plus épouvantables catastrophes.</p>
-
-<p>En attendant, l’Académie reste une de nos dernières
-épaves et je ne demande pas mieux que de me joindre à
-ceux qui essaieront de la sauver. On parle de M. le duc d’Aumale
-pour le fauteuil de M. de Montalembert; celui de M. Villemain
-irait parfaitement à M. de Pontmartin, et il sait
-d’avance que mon suffrage ne peut lui faire défaut. Plusieurs
-d’entre nous le lui avaient déjà fait dire, au triple scrutin
-d’il y a dix-huit mois<a name="FNanchor_430_430" id="FNanchor_430_430"></a><a href="#Footnote_430_430" class="fnanchor">[430]</a>, et, à cette époque, il résistait à toutes
-les instances. Si vous pouvez le décider aujourd’hui, vous
-obtiendrez un succès que n’ont pu remporter de très anciens
-amis, et cette difficulté est faite pour vous tenter. Recevez
-donc d’avance mes remerciements avec mes vœux, et pardonnez-moi
-leur trop brève expression. Malheureusement,
-ma tête revient bien surmenée par le spectacle et les tristesses
-de Versailles<a name="FNanchor_431_431" id="FNanchor_431_431"></a><a href="#Footnote_431_431" class="fnanchor">[431]</a>, et je paie aujourd’hui mon voyage
-comme s’il eût été un plaisir. Veuillez n’en pas moins<span class="pagenum"><a name="Page_398" id="Page_398">[398]</a></span>
-demeurer convaincu de mon très fidèle et très reconnaissant
-attachement.</p>
-
-<p class="pr4"><span class="smcap">Falloux.</span></p>
-<p class="pi4">Caradeuc, près Bécherel (Ille-et-Vilaine).</p></div>
-
-<p class="p1">Pontmartin parut assez bien disposé. Il m’écrivait
-des Angles, le 6 novembre:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Pour me consoler de mon échec<a name="FNanchor_432_432" id="FNanchor_432_432"></a><a href="#Footnote_432_432" class="fnanchor">[432]</a>, je suis allé passer, au
-pied du Luberon, chez M. Joseph Autran, huit ou dix jours
-qui se sont changés en trois semaines. Le pauvre-riche poète
-est presque aveugle, et d’une tristesse voisine du désespoir.
-Pour le tirer de cette prostration désolante, sa femme va
-l’emmener à Paris. Il est convenu entre nous qu’il arrivera
-vers le 15 novembre; que, sitôt installé, il s’assurera des dispositions
-de ses confrères, et m’écrira si je dois venir à Paris
-en décembre, ce qui serait académique, ou attendre la fin
-de février, ce qui serait hygiénique. En attendant, je vais
-me remettre au travail ou, comme vous le dites si bien, au
-<i>devoir</i>; le même mot pour les vieux journalistes qui finissent
-que pour les jeunes écoliers qui commencent!...</p>
-
-<p class="p1">Les candidatures cependant commençaient à se
-dessiner. M. de Falloux m’écrivait, du Bourg-d’Iré,
-le 28 novembre: «Je ne crois pas que MM. Littré,
-Gautier et Dumas aient chance de succès; je n’ai
-entendu parler jusqu’ici, en dehors du duc d’Aumale,<span class="pagenum"><a name="Page_399" id="Page_399">[399]</a></span>
-qui paraît n’avoir pas de concurrent, que de
-MM. Camille Rousset, de Loménie, Wallon et
-Saint-René Taillandier. M. de Pontmartin va certainement
-prendre rang parmi les candidats les
-plus sérieux, et vous pouvez être bien sûr que
-mon concours ne lui fera pas défaut.»</p>
-
-<p>Le mois de décembre arrivait, et Joseph Autran
-ne partait pas; Pontmartin, de son côté, restait
-aux Angles, et c’est de là qu’il m’adressait, le 5 décembre,
-la lettre suivante:</p>
-
-<p class="pp6 p1">Hélas! fidèle ami, nous sommes loin de compte!<br />
-A se déterminer la Provence est moins prompte...</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">En d’autres termes, et en vile prose, je crois, sans en être
-positivement sûr, que M. Autran, intercepté par les rigueurs
-précoces de l’hiver, est encore à Marseille, en vraie marmotte
-provençale, et qu’il n’ose pas m’informer de ce retard
-indéfini. Autrement, comment expliquer son silence? Je
-l’ai quitté le 4 novembre; il comptait partir le 14 au plus
-tard, et il était convenu que, sitôt arrivé à Paris, il m’écrirait
-pour me donner son adresse, et commencer notre
-correspondance académique. Or, il m’écrit de Marseille,
-le 18, en me parlant d’irrésolution, de la peur que lui faisait
-un voyage de Paris dans cette saison, des bronches de
-M<sup>me</sup> Autran, qui exigent les plus grandes précautions, etc.
-Depuis lors, rien, et nous sommes au 5 décembre! Et le
-froid, déjà fort vif il y a trois semaines, est devenu intolérable!
-J’en conclus que notre poète n’a pas bougé de son bel
-hôtel de la rue de Montgrand, qu’il y vit au jour le jour,
-plus indécis que jamais, et qu’il craint de me contrarier en
-m’apprenant que son départ est probablement retardé jusqu’au
-mois de février.</p>
-
-<p class="p2">Voilà, mon cher confrère, à quel point nous en sommes!</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_400" id="Page_400">[400]</a></span></p>
-
-<p>Quant à moi, il m’est impossible, en ce moment, de me
-diriger vers le Nord et je me sentirais plutôt attiré vers la
-plage de Cannes. Quoique ma santé semble se rétablir, j’ai
-encore un reste d’anémie qui me rend horriblement frileux.
-Je m’enrhume à tout propos. Songez d’ailleurs que je serais
-obligé, en arrivant à Paris, de loger à l’hôtel, n’ayant plus
-d’appartement. Tout cela m’effraie, et, en attendant, je me
-console avec <i>le Filleul de Beaumarchais</i>, dont la première
-partie sera expédiée, aujourd’hui même, à M. de Gaillard.
-J’ai fini par me passionner pour mon sujet, au point de ne
-plus pouvoir penser à autre chose...</p></div>
-
-<p class="p1">Après m’avoir entretenu de la situation politique,
-de ses inquiétudes et de ses craintes, de
-ses tristesses depuis la mort de sa femme, il
-ajoutait:</p>
-
-<p class="pbq p1">Voilà, mon cher ami, ce qui m’empêche d’attacher un
-bien vif intérêt à ce qui, dans une situation différente, aurait
-été l’<i>objectif</i> de ma vie littéraire. Je me dis: A quoi
-bon? Pourquoi introduire un nouvel élément de trouble
-dans une existence qui va finir et qui a eu à subir bien des
-épreuves? Acceptons la loi du travail que les progrès de la
-démagogie nous rendent plus obligatoire que jamais, et qui
-est pour les affligés une consolation, un devoir et un refuge;
-mais cessons d’y mêler une ambition qui pourrait amener
-de nouveaux froissements et de nouveaux mécomptes!... Il
-est bien entendu, mon cher ami, que tout ceci n’est pas
-définitif. Si, au lieu de sentir un commencement d’onglée
-et d’entendre le mistral mugir dans mon corridor, j’avais
-sur ma table une lettre de Joseph Autran et une lettre de
-Cuvillier-Fleury m’annonçant qu’ils ont préparé les voies
-et que l’enfant se présente bien, peut-être changerais-je
-d’avis et de langage. Quoi qu’il en soit, continuons ce doux
-échange d’idées, de sentiments, de projets, de conseils;
-chaque jour, j’y trouve plus de charme; quand le malheur<span class="pagenum"><a name="Page_401" id="Page_401">[401]</a></span>
-ne rend pas égoïste, il ajoute à cette faculté que nos pères
-appelaient la sensibilité, et que nous avons bien mal remplacée...</p>
-
-<p class="p1">A peine en possession de cette lettre, j’écrivais
-à Cuvillier-Fleury, qui me répondait aussitôt:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Il y a déjà bien longtemps, Monsieur, que notre cher,
-aimable, spirituel et loyal ami (en dirai-je jamais assez?)
-Armand de Pontmartin est mon candidat <i>in petto</i> pour l’Académie.
-Mais voici très exactement comment jusqu’ici les
-choses se sont passées. Nous avons passé par la phase de bon
-accord; il ne demandait pas mieux; on attendait les bonnes
-occasions; elles arrivaient, il n’était plus là; cependant, on
-était près de s’entendre; puis, de plus actifs que lui, plus
-Parisiens, plus <i>près du Jeu</i>, se produisaient, faisaient récolte
-et réussissaient. Ensuite,&mdash;tout ceci entre nous,&mdash;nous
-avons eu la phase de l’abstention, du renoncement absolu.
-Le candidat, non seulement ne voulait pas remuer un doigt
-à l’intention de l’Académie, mais nous écrivait (j’ai les lettres)
-qu’il se fâcherait et se brouillerait avec nous si nous
-faisions mine de remuer seulement une <i>phalange</i>. Nous
-nous résignons, les habiles se présentent et passent. Vient
-une série fatale de morts académiques, notre ami ne donne
-pas signe de vie; à peine si on le voit à Paris (ceci avant la
-guerre). Ses meilleurs amis, et les <i>plus haut placés</i>, nous
-disent à nous, invariables dans notre préférence: «Mais où
-est-il? Il ne se montre pas. Veut-il, ne veut-il pas?» Les
-intermédiaires les plus habituels, sans me compter, Léopold
-de Gaillard, Victor de Laprade, d’autres encore, sont réduits
-à attendre, à interroger la brise qui souffle de Vaucluse...
-«Ne vois-tu rien venir?» Depuis, Monsieur, et dans cette
-concurrence du moment très vive, et qui s’accroît chaque
-jour, le nom de notre ami n’a été prononcé par personne,
-parce qu’il n’a pas été mis en avant par lui-même. Je n’ose
-dire qu’il soit <i>trop tard</i> pour moi. Ce mot des révolutions
-n’a rien à faire dans nos paisibles rapports de confrères<span class="pagenum"><a name="Page_402" id="Page_402">[402]</a></span>
-entre eux, ou de candidats à pourvoir. Mais s’il n’a rien
-d’absolu, il peut se trouver sur le chemin des meilleurs et
-entraver la voie. C’est ma crainte en ce moment. Je me hâte
-de vous l’écrire, non sans vous prier de me garder le secret
-de cette confidence, sinon de mon entier dévouement à
-notre ami et de ma haute considération pour vous.</p>
-
-<p class="p1">Rien ne vint de Vaucluse. Au lieu de partir pour
-Paris, Pontmartin partit pour Cannes. C’était
-tourner délibérément le dos à l’Académie: et pourtant,
-à cette heure-là même, si tardive qu’elle fût,
-il lui eût suffi de poser nettement sa candidature
-pour qu’elle eût encore chance de triompher.
-Voici, en effet, ce que m’écrivait Joseph Autran,
-le 10 décembre:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">La lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser à
-l’institut, ayant fait plusieurs ricochets, me parvient à Marseille
-aujourd’hui seulement... Je suis heureux que nous
-nous rencontrions, vous et moi, dans un sentiment de commune
-amitié pour M. de Pontmartin. J’ai eu, en effet, le
-plaisir de le voir cet automne. Quand nous nous quittâmes
-il paraissait fort incertain entre le projet d’aller passer
-l’hiver à Cannes et celui de se rendre immédiatement à
-Lyon ou à Paris. Il acceptait bien l’idée d’une candidature
-à l’Académie; mais il avait, depuis nombre d’années, opposé
-aux plus vives instances de ses amis des refus si persistants
-que je doutais encore un peu de sa résolution. C’est dans
-ce doute que je vins à Marseille pour y faire mes préparatifs
-de départ. De tristes obstacles, sans compter les rigueurs
-excessives d’un hiver prématuré, m’y ont retenu plus longtemps
-que je n’eusse voulu. J’ignore, d’ailleurs, où se trouve
-en ce moment M. de Pontmartin. Une lettre que je lui ai
-écrite, il y a plusieurs semaines, étant restée sans réponse,
-je me demande s’il est encore aux Angles ou s’il est déjà à
-Paris et peut-être même à Cannes.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_403" id="Page_403">[403]</a></span></p>
-
-<p>Vous me parlez, Monsieur, des titres de M. de Pontmartin.
-Est-ce à moi qu’il convient de les rappeler, à moi
-qui, depuis plus de vingt-cinq ans, n’ai pas cessé de suivre
-avec autant d’admiration que de sympathie les travaux de
-cette plume si facile, si élégante, si ingénieuse et souvent
-même si éloquente? M. de Pontmartin est un des brillants
-écrivains de ce temps. S’il n’est pas encore de l’Académie,
-c’est qu’il n’a pas encore voulu en être. Il n’avait qu’à se présenter
-depuis longtemps, les portes se seraient ouvertes
-devant lui. Aujourd’hui encore, quelle que soit la date des
-prochaines élections (et jusqu’ici j’avais cru qu’elles seraient
-ajournées au printemps), aujourd’hui encore, il n’aurait
-qu’à dire: Me voici, et je suis convaincu qu’il n’aurait pas
-à attendre.</p>
-
-<p>Je vous parle sciemment, car je n’avais pas attendu jusqu’à
-ce jour pour sonder les dispositions de quelques-uns
-de nos plus éminents confrères. Tous ceux que j’ai interrogés
-m’ont répondu d’une façon qui ne laissait aucun doute
-et qui réjouissait la très ancienne et très vive amitié que je
-porte au célèbre auteur des <i>Samedis</i>...</p></div>
-
-<p class="p1">La quadruple élection eut lieu le samedi 30 décembre.
-Pontmartin n’était pas au nombre des
-candidats. Le duc d’Aumale fut élu, au premier
-tour, par 28 voix sur 29 votants. Les autres fauteuils
-furent plus disputés. M. Littré fut nommé,
-en remplacement de Villemain, par 17 voix contre
-9 données à Saint-René Taillandier et 3 données
-à M. de Viel-Castel. M. Camille Rousset et M. Louis
-de Loménie remplacèrent Prévost-Paradol et
-Prosper Mérimée. Au scrutin pour le fauteuil de
-Mérimée, Edmond About avait obtenu 14 suffrages.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_404" id="Page_404">[404]</a></span></p>
-
-<p>Jusqu’à la dernière heure, M<sup>gr</sup> Dupanloup avait
-combattu M. Littré, dans lequel il voyait «l’apôtre
-des doctrines les plus subversives de tout ordre
-religieux, moral et social». Il disait à ses confrères:
-«Quoi! vous voulez sauver la France, et
-c’est ainsi que vous vous y prenez! Une glorification
-solennelle du matérialisme et du socialisme,
-voilà ce que vous imaginez pour elle, en ce moment
-où elle penche au bord de tous les abîmes!
-On a tout enlevé à ce malheureux pays, la paix, la
-sécurité, les croyances, Jésus-Christ, la Rédemption,
-la croix; et le peu qui lui reste: Dieu, l’âme,
-la loi, la liberté morale, la vie future, vous le livrez?
-Que voulez-vous donc, et quels coups faut-il que
-vous receviez<a name="FNanchor_433_433" id="FNanchor_433_433"></a><a href="#Footnote_433_433" class="fnanchor">[433]</a>!...»</p>
-
-<p>Le soir même de l’élection, l’évêque d’Orléans
-écrivit au directeur de l’Académie ce simple mot:
-«J’ai le regret de ne pouvoir plus continuer de
-faire partie de l’Académie française.»</p>
-
-<p>L’élection de Littré, la quasi-élection d’Edmond
-About, semblaient donner raison à Pontmartin.
-N’avait-il pas bien fait de ne se point mettre sur les
-rangs? Profitant de ses avantages, il m’écrivit,
-le 19 janvier 1872, de Cannes, du <i>Pavillon des
-jasmins</i>, où il était installé depuis quelques semaines:</p>
-
-<p class="pbq p1">J’admets parfaitement, avec Léopold de Gaillard et avec
-vous, que les catholiques laïques, qui sont de l’Académie,
-aient pu et dû y rester, malgré la splendide démission de
-l’évêque d’Orléans et le conseil de M. Veuillot; mais que<span class="pagenum"><a name="Page_405" id="Page_405">[405]</a></span>
-les catholiques, qui ne sont pas encore académiciens et qui
-n’ont même pas risqué une candidature, ne doivent pas
-être singulièrement <i>refroidis</i> par les élections du 30 décembre;
-que M. Thiers<a name="FNanchor_434_434" id="FNanchor_434_434"></a><a href="#Footnote_434_434" class="fnanchor">[434]</a>, s’il reste au pouvoir, ne soit pas
-à peu près sûr d’amener MM. Marmier, Janin, Camille
-Rousset et Littré à voter pour M. About; enfin, que l’Académie,
-en nommant successivement Émile Ollivier en
-avril 1870, Littré en décembre 1871, et en accueillant
-Edmond About à la meilleure place de son antichambre,
-n’ait pas affaibli pour très longtemps ce prestige, cette autorité
-morale qui l’avaient jusqu’ici placée au-dessus de toutes
-les critiques et de toutes les épigrammes, ceci est une autre
-question, et il n’y a pas d’illusion à se faire; ce qui est tout à
-fait positif, c’est que voilà six académiciens qui vont attendre
-leur tour de réception (j’oubliais M. Duvergier de Hauranne<a name="FNanchor_435_435" id="FNanchor_435_435"></a><a href="#Footnote_435_435" class="fnanchor">[435]</a>,
-tout acquis d’avance au candidat de M. Thiers); que,
-suivant toute probabilité, il n’y aura pas d’élection nouvelle
-avant avril 1873; que, d’ici là <i>le Roi, l’âne ou moi</i>, nous
-mourrons, ou, en d’autres termes, qu’il y aura de tels événements
-que cette pauvre Académie pourrait bien sombrer
-dans le naufrage universel; que, par conséquent, il y a lieu
-de la laisser provisoirement reposer, et d’en délivrer notre
-correspondance, où elle occupe, soit dit sans reproche, au
-moins une page sur quatre: moins d’honneur à en faire
-partie, moins de chance d’y entrer, plus de lointain et de
-vague dans les perspectives, en faut-il davantage pour nous
-décider à chercher d’autres sujets de causerie?...</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_406" id="Page_406">[406]</a></span></p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>Pontmartin, comme on le voit, m’avait donné
-poliment mon congé d’<i>incitateur</i> académique. Il
-l’avait déjà précédemment donné à Léopold de
-Gaillard, et aussi à Victor de Laprade, auquel il
-avait écrit:</p>
-
-<p class="pbq p1">Je suis à la fois, mon cher ami, profondément touché et
-sincèrement désolé de la façon dont vous avez pris, Léopold
-et vous, une confidence qui ne devait rien vous apprendre.
-Mon devoir est de trancher dans le vif ces illusions de l’amitié
-et de ne pas vous préparer, dans l’avenir des déceptions
-et des regrets. C’est une chose dite, arrêtée, irrévocable, et
-la meilleure marque d’affection que puissent me donner
-ceux qui m’aiment, c’est de ne plus m’en parler. J’écrirai
-dans ce sens à Autran et à Cuvillier-Fleury. Je résume dans
-le <i>gnôthi séauton</i> et dans le <i>non possumus</i> ce petit débat et je
-ne vous demande plus, cher poète, que la <i>Voix du silence</i><a name="FNanchor_436_436" id="FNanchor_436_436"></a><a href="#Footnote_436_436" class="fnanchor">[436]</a>...</p>
-
-<p class="p1">Les Bretons sont têtus, et, dès la fin de cette
-même année 1872, je revenais à la charge.</p>
-
-<p>Le P. Gratry était mort, à Montreux, le 7 février
-1872. L’élection de son successeur devait
-avoir lieu le 16 janvier 1873. J’adressai un nouvel
-appel à l’auteur des <i>Samedis</i>. Voici sa réponse:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr2 p1">Les Angles, mercredi soir 25 décembre 72</p>
-<p class="pr6">(le beau jour de Noël).</p>
-<p class="pi4">Mon cher ami,</p>
-
-<p>Vous avez compris que nos deux lettres s’étaient croisées<span class="pagenum"><a name="Page_407" id="Page_407">[407]</a></span>
-et que j’avais à peine eu le temps de vous remercier des deux
-journaux...</p>
-
-<p>Passons maintenant, non pas au déluge,&mdash;il nous a
-noyés pendant deux mois,&mdash;mais à l’Académie. Je dois
-vous avouer que je n’y songeais plus du tout. Je savais mes
-principaux patrons dispersés, malades, réfractaires ou morts;
-Autran retenu à Marseille par une bronchite de sa femme;
-Laprade à Montpellier, entre les mains de la Faculté de
-médecine et dans un état à faire pitié; M<sup>gr</sup> d’Orléans, démissionnaire;
-M. de Falloux sédentaire; Cuvillier-Fleury
-passé du centre droit au centre gauche; M. Guizot engagé
-avec M. de Viel-Castel, ainsi que les de Broglie, d’Haussonville,
-Saint-Marc Girardin, Vitet, etc. De tout cela, il résultait
-que mes chances me semblaient bien faibles, et j’en
-profitais pour continuer ma campagne dans la <i>Gazette de
-France</i>. J’ai fini par m’attacher à ce travail, plus honorable
-que brillant, que je serais forcé d’abandonner si je m’endormais
-journaliste, pour me réveiller candidat et me réendormir
-académicien. Vos deux lettres m’ont donc trouvé
-dans une espèce de laborieuse torpeur, oubliant le palais
-Mazarin, préparant mon neuvième volume<a name="FNanchor_437_437" id="FNanchor_437_437"></a><a href="#Footnote_437_437" class="fnanchor">[437]</a>, et me disant,
-avec une résignation philosophique ou une répugnance pour
-les raisins trop verts, que, depuis la chute de l’Empire, les
-désastres de la France, la nomination successive de
-MM. Jules Favre, Émile Ollivier et Littré, la démission de
-M<sup>gr</sup> Dupanloup, l’Académie n’avait plus sa raison d’être,
-qu’elle serait emportée, un de ces matins, par le flot démagogique,
-que la majorité sur laquelle j’aurais pu autrefois
-m’appuyer est complètement désorganisée, et que, à dater
-du fauteuil du P. Gratry, que, par pudeur, on n’osera pas
-donner à un libre penseur, il faut s’attendre à l’invasion des
-Edmond About, des Taine<a name="FNanchor_438_438" id="FNanchor_438_438"></a><a href="#Footnote_438_438" class="fnanchor">[438]</a>, des Renan et des Dumas fils,<span class="pagenum"><a name="Page_408" id="Page_408">[408]</a></span>
-favorisés par le salon et l’entourage de M. Thiers. Sérieusement,
-mon cher ami, j’ai manqué le bon moment. Il fallait
-ne pas faire les <i>Jeudis de M<sup>me</sup> Charbonneau</i>, me mettre en
-ligne immédiatement après Jules Sandeau et Albert de
-Broglie, et profiter de ces années où l’Académie servait de
-centre et de point de ralliement à l’opposition de bonne
-compagnie. J’avais alors mon intérieur et mon ménage à
-Paris, ma santé meilleure et un peu plus d’horizon. Un ou
-deux échecs, et même trois ou quatre avant le succès, n’auraient
-eu aucun inconvénient. J’étais Parisien, je ne changeais
-rien à mes habitudes, et il me restait assez de marge
-pour attendre. Aujourd’hui toutes ces conditions accessoires
-sont changées. Si je me décidais&mdash;bien tardivement&mdash;à
-être un des candidats du 16 janvier, je serais obligé de descendre
-ou de <i>monter</i> dans un hôtel, au milieu du brouhaha
-du Jour de l’An, dans une saison où Paris n’a d’autre alternative
-que la pluie ou la gelée. J’aurais à improviser mes
-démarches et mes visites, sans conviction, sans espoir, sachant
-que mes concurrents ont sur moi un trimestre
-d’avance. Je me connais, je sais avec quelle facilité je me
-décourage et jette, comme on dit, le manche après la cognée;
-surtout depuis que mes chagrins et nos malheurs
-m’ont fait prendre en dégoût les intérêts et les vanités de ce
-monde. Si ma défaite était trop complète, si je n’étais pas
-soutenu par la presse, si mes amis me conseillaient, au dernier
-moment, un désistement préventif, ce serait fini, et
-j’aurais le temps de mourir de vieillesse&mdash;ce qui ne peut
-pas être bien long&mdash;avant de risquer une seconde candidature.</p>
-
-<p>Vous me dites, mon cher ami, qu’il y a là pour moi
-quelque chose comme un devoir. Je ne suis pas de votre
-avis. Si, contre toute vraisemblance, j’étais nommé, ce serait
-par quelques amitiés étrangères à l’ancienne majorité;
-Jules Sandeau, par exemple, et peut-être Camille Rousset.
-Mais je ne pourrais rien pour empêcher ou retarder la transformation
-de droite à gauche, qui s’opère à l’Académie depuis
-trois ans. L’élection de Littré, les 14 voix obtenues<span class="pagenum"><a name="Page_409" id="Page_409">[409]</a></span>
-par Edmond About, ne prouvent que trop où elle en est.
-Montalembert, le P. Gratry et M<sup>gr</sup> Dupanloup ne sont plus
-là. Laprade se meurt; Autran n’est jamais à Paris; M. de
-Falloux se tient en dehors. Le duc de Noailles, MM. de
-Carné et de Champagny sont incapables de résister au courant
-contraire, du moment que le débat se pose sur un autre
-terrain et que les candidats catholiques et monarchiques
-sont condamnés désormais à avoir contre eux tout le centre
-gauche et tout le groupe bonapartiste. C’est pourquoi il me
-semble qu’au point de vue du devoir, je fais mieux de rester
-sur la brèche et de continuer ma <i>littérature de combat</i>.</p>
-
-<p>Vous voyez, mon cher ami, que, faute de mieux, je trouve,
-comme vous, la question assez sérieuse pour lui consacrer
-mes quatre pages. J’étais si éloigné de penser à un départ
-pour Paris et à une candidature, que j’ai invité mes vieux
-amis d’Avignon à venir manger aux Angles la dinde de
-Noël. Seulement, comme chacun avait sa dinde, la
-mienne ne se mangera que le jeudi 2 janvier. Nous avons
-ici un temps chaud et pluvieux, qui ne sèche pas nos terres
-et retarde indéfiniment nos semailles. Que de soucis! que
-de tristesses à l’âge où l’on aurait le plus besoin d’avoir autour
-de soi un peu de gaieté et de soleil!...</p></div>
-
-<p class="p1">Le 16 janvier, ce fut un ami de Pontmartin,
-M. Saint-René Taillandier, qui fut nommé au fauteuil
-du P. Gratry.</p>
-
-<p>Presque aussitôt se produisaient deux autres
-vacances. Le général Philippe de Ségur mourait
-le 25 février 1873 et Saint-Marc Girardin, le
-12 avril suivant. Pontmartin se trouvait alors à
-Paris, installé pour deux ou trois mois, rue de
-Rivoli, au pavillon de Rohan. Ses amis le pressèrent
-de se présenter, sinon pour remplacer M. de
-Ségur, dont la succession paraissait acquise à<span class="pagenum"><a name="Page_410" id="Page_410">[410]</a></span>
-M. de Viel-Castel, du moins pour remplacer Saint-Marc
-Girardin. Il entra dans leurs vues sans trop
-de difficultés et, le 18 avril, il m’écrivait:</p>
-
-<p class="pbq p1">Mon cher ami, pardonnez-moi ce retard; j’ai été souffrant:
-pas assez pour interrompre mon travail quotidien ou
-hebdomadaire; assez pour que mon fils, qui est arrivé
-mardi, me forçât de voir un médecin; ce n’est rien, un refroidissement
-que j’avais attrapé, jeudi soir, en sortant de
-chez M. Autran sans avoir pris, en fait de paletot et de
-cache-nez, toutes les précautions désirables; il n’en est pas
-moins vrai que ma pauvre santé exige les plus grands ménagements;
-qu’il m’est prouvé, pour la vingtième fois, que
-le climat de Paris ne me convient pas; que cette vie d’hôtel
-et de restaurateur finirait par me rendre tout à fait malade.
-Ce ne sont pas là, vous le voyez, des préliminaires bien favorables
-à une candidature académique; j’ai cependant
-causé avec plusieurs académiciens, Autran d’abord, puis
-Legouvé, de Carné, Sandeau, Cuvillier-Fleury, Marmier.
-Tous sont du même avis. Les démarches que je pourrais
-faire aujourd’hui seraient à peu près stériles. L’élection<a name="FNanchor_439_439" id="FNanchor_439_439"></a><a href="#Footnote_439_439" class="fnanchor">[439]</a> devant
-avoir lieu dans douze jours, la plupart des académiciens
-étant engagés avec ou pour M. de Viel-Castel, c’est
-tout au plus si j’aurais trois ou quatre voix. Un pareil antécédent
-ne me créerait pas une chance de plus pour le fauteuil
-de Saint-Marc Girardin, et j’aurais en plus tout l’ennui
-matériel et moral à travers une existence déjà si encombrée
-que c’est à peine si je puis trouver un moment pour
-écrire à mes meilleurs amis. Mais voici une autre raison à
-laquelle je n’avais pas songé. J’étais arrivé ici avec ma naïveté
-provinciale et mon amour-propre d’auteur, contrarié
-que la <i>Gazette de France</i> n’eût pas, à Paris surtout, plus de
-publicité. J’avais donc cru pouvoir accepter sans inconvénient
-les propositions ou plutôt les instances de M. Tarbé,<span class="pagenum"><a name="Page_411" id="Page_411">[411]</a></span>
-décidé que j’étais à faire une campagne contre la démagogie.
-Or il se trouve, au dire de mes amis les mieux situés et les
-mieux informés, que ma collaboration au <i>Gaulois</i><a name="FNanchor_440_440" id="FNanchor_440_440"></a><a href="#Footnote_440_440" class="fnanchor">[440]</a> est prise
-en mauvaise part, qu’on me blâme, non seulement parce
-que le <i>Gaulois</i> reste bonapartiste, mais parce qu’il appartient,
-comme le <i>Figaro</i>, au demi-monde littéraire. Les plus
-sévères vont jusqu’à dire que, par mes relations avec ce
-journal, je me suis momentanément <i>déclassé</i>. Je dois maintenant
-songer à me tirer de ce mauvais pas; mais il serait
-très impolitique de brusquer la situation. Voici la marche
-que l’on me conseille: ne pas interrompre mes articles tant
-que je suis à Paris; le 6 mai,&mdash;mon premier mois fini,&mdash;annoncer
-à M. Tarbé que ce travail est au-dessus de mes
-forces et que je vais partir pour la campagne; retourner aux
-Angles, ce qui amènera une interruption toute naturelle;
-attendre là les renseignements que me donneront les trois
-ou quatre académiciens que je compte parmi mes amis, et,
-à leur premier signal, revenir à Paris. Ce programme, qui
-me paraît fort sage, est d’accord, d’ailleurs, avec mon état
-de fatigue, ma nostalgie champêtre et les crispations nerveuses
-que me cause cet abominable pavillon de Rohan, où
-il me faut cinquante coups de sonnette pour obtenir de
-l’eau chaude ou une serviette. Mon second mois finit le
-12 mai; il est donc infiniment probable que je repartirai ce
-jour-là; car ce ne serait pas la peine de faire, pour une
-quinzaine, une nouvelle installation et un déménagement.
-Tandis que vous jouissez au Pouliguen d’une température
-admirable, nous avons ici, à la suite de quelques journées
-chaudes et malsaines, des pluies torrentielles. Les sombres
-tristesses de la politique ajoutent encore à cet ensemble qui
-me serre le cœur et me donne envie de m’enfuir, d’aller me
-cacher dans quelque solitude....</p>
-
-<p class="p1">Il resta cependant à Paris, retenu par la gravité
-de la situation politique et par la publication de son<span class="pagenum"><a name="Page_412" id="Page_412">[412]</a></span>
-neuvième volume des <i>Nouveaux Samedis</i>. J’allai
-le rejoindre, le 15 mai, au pavillon de Rohan, et
-je passai avec lui quelques semaines, au cours desquelles
-se produisirent deux événements d’inégale
-importance, la mort d’un académicien, M. Pierre
-Lebrun<a name="FNanchor_441_441" id="FNanchor_441_441"></a><a href="#Footnote_441_441" class="fnanchor">[441]</a> et le renversement de M. Thiers. A peine
-de retour à Nantes, je recevais de Pontmartin la
-lettre suivante, datée de Paris, le 6 juin:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">...Je profite de mon premier moment de liberté pour
-vous dire que votre lettre m’a causé un vif plaisir, mais ne
-m’empêche pas de regretter les moments trop courts que
-nous avons passés ensemble et dont le souvenir restera lié,
-dans les archives de notre amitié, aux grands événements
-du 24 mai 1873. A présent, le calme dont nous jouissons ne
-me suffit pas; la hausse de la Bourse et le nom de Mac-Mahon
-devraient servir de prélude à une série de mesures
-contre-révolutionnaires; sans quoi le parti radical, revenu
-de sa stupeur, usera et abusera des ressources légales qu’on
-lui laisse. J’ai reçu plusieurs lettres de mon Midi. Le premier
-effet avait été excellent; d’autant meilleur que l’on savait,
-à n’en pouvoir douter, les projets de manifestations
-écarlates dans le cas où M. Thiers aurait triomphé. Mais
-déjà, me dit-on, reparaissent quelques-uns des symptômes
-qui inquiétaient les honnêtes gens. C’est tout simple. Les
-démagogues jugent d’après eux-mêmes le parti conservateur.
-Ils savent à quel point, quand ils sont maîtres du terrain,
-ils méprisent la légalité et se font un jeu d’opprimer ceux
-qu’ils signalent au peuple comme ses oppresseurs. Dans le
-premier instant, ils s’attendaient à tout ce qu’ils feraient
-s’ils étaient les plus forts. Puis, à mesure qu’on les laisse
-respirer, se reconnaître, échanger leurs mots d’ordre, ils
-reprennent leurs trames en attendant une nouvelle crise
-qui peut assurer leur revanche. C’est ainsi que les choses se<span class="pagenum"><a name="Page_413" id="Page_413">[413]</a></span>
-sont passées après les élections du 8 février 1871 et la chute
-de la Commune; c’est ainsi qu’elles se passeront, si l’Assemblée,
-satisfaite de sa victoire, se borne à prendre de nouvelles
-vacances, à prolonger son règne et à traiter des questions
-secondaires. Mais laissons là cette triste et maussade
-politique, qui multiplie les <i>points noirs</i>, alors même que le
-ciel semble éclairci et l’orage apaisé... Quant à l’Académie,
-voici ce qui s’est passé avant-hier soir, au Théâtre-Français
-(première représentation de <i>l’Absent</i>, d’Eugène Manuel).
-Cuvillier-Fleury y était avec le vénérable M. Patin. Je l’ai
-rencontré dans le couloir, et je lui ai trouvé un air pincé
-qui ne présageait rien de bon. Il a commencé par me dire:
-«Vous savez que M. Beulé se présentera, et qu’on le dit
-patronné par M. Guizot?» Puis, il a ajouté: «Il y a, dans
-votre nouveau volume, une page qui pourrait bien gâter
-vos affaires; c’est celle où, sous le pseudonyme de M. Bourgarel,
-vous vous moquez de l’Académie<a name="FNanchor_442_442" id="FNanchor_442_442"></a><a href="#Footnote_442_442" class="fnanchor">[442]</a>. Vous êtes donc incorrigible?»
-Tout cela était dit d’un ton très amical; mais
-je n’en ai pas moins compris qu’il y avait là de quoi offenser
-les susceptibilités académiques. Décidément, mon cher<span class="pagenum"><a name="Page_414" id="Page_414">[414]</a></span>
-ami, je suis trop indépendant, trop fantaisiste, pour me
-plier à toutes ces diplomaties... Ici, mon cher ami, je
-m’interromps avec une très vive et très sincère douleur.
-J’apprends à l’instant la mort de M. Vitet. J’avais vu, samedi
-dernier, cet homme éminent et excellent à l’Exposition
-des portraits de Gustave Ricard. Je l’avais trouvé un peu
-sombre, un peu vieilli; mais rien ne faisait pressentir un
-dénouement si prompt et si funeste. O mon ami! qu’est-ce
-donc que la vie? Ils s’en vont tous; la France républicaine
-n’est pas digne de conserver l’élite de ses enfants. Vitet six
-semaines après Saint-Marc Girardin! Et pas un vide ne se
-fait dans les rangs de la gauche radicale! Soumettons-nous
-à la volonté divine, Dieu nous a protégés le 24 mai; il nous
-protégera encore...</p>
-
-<p>Je partirai, suivant toute vraisemblance, lundi 16 juin...
-Il me tarde, je dois vous l’avouer, de retrouver à la campagne
-un peu de recueillement et de calme. Cette vie fébrile
-n’est bonne ni pour l’esprit, ni pour l’âme, ni pour la
-conscience, ni pour le corps. <i>O ubi campi!</i> N’est-ce pas dans
-les temps troublés que ces images virgiliennes nous reviennent
-avec le plus de mélancolie, de charme et de douceur?...</p></div>
-
-<p class="p1">Au lieu de quitter Paris le 16 juin, Pontmartin
-ne le quitta que dans les premiers jours de juillet.
-Il me mandait le 17 juin:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Je ne partirai qu’après avoir fait pour l’Académie plus
-que le nécessaire. J’ai suivi toutes les indications de<span class="pagenum"><a name="Page_415" id="Page_415">[415]</a></span>
-M. Cuvillier-Fleury. J’ai remis <i>le Filleul de Beaumarchais</i><a name="FNanchor_443_443" id="FNanchor_443_443"></a><a href="#Footnote_443_443" class="fnanchor">[443]</a>,
-avec ma carte, à la porte d’une douzaine d’académiciens.
-J’ai revu ici Laprade, qui va mieux et qui se montre fort
-passionné pour ma candidature. Autran parle de moi à ses
-collègues, tous les mardis et tous les jeudis. J’ai vu Camille
-Rousset, Marmier, Sandeau, Camille Doucet, Legouvé, qui
-tous savent à quoi s’en tenir. Vous en conclurez, mon cher
-ami, que ces préliminaires suffisent pour le moment, que
-je puis m’accorder trois mois de vacances rustiques, et que,
-en revenant à Paris le 20 septembre, c’est-à-dire six semaines
-avant l’élection, je serai en mesure de faire les démarches
-décisives. Au surplus, si j’en crois toutes les personnes
-qui m’en parlent, la mort de M. Vitet et les
-désastres parlementaires de M. Beulé multiplient mes
-chances, à ce point qu’il suffira d’éviter soigneusement les
-imprudences et d’y mettre, pendant les dernières semaines,
-un peu de résolution et d’entrain...</p>
-
-<p class="p1">Les choses paraissaient donc en bonne voie.
-Tout annonçait que Pontmartin, cette fois, y allait
-<i>pour de bon</i>. Et pourtant il n’avait pas encore fait
-la démarche décisive, la démarche nécessaire. Il
-n’avait pas envoyé au secrétaire perpétuel sa lettre
-de candidature: il n’avait pas brûlé ses vaisseaux,
-et besoin était qu’il le fît, prompt, comme il l’était,
-à se décourager, à abandonner la partie, à jeter les
-cartes au moment de tourner le roi, à dire à ses
-amis, quand ils insistaient: «Un fauteuil? Bah! à
-quoi bon? J’ai ma <i>causeuse</i>!»</p>
-
-<p>Septembre arrive et, au lieu de m’annoncer son
-départ pour Paris, il me mande que son intention<span class="pagenum"><a name="Page_416" id="Page_416">[416]</a></span>
-est d’aller en Provence chez Joseph Autran. Il
-m’écrit, le 4 septembre:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Je n’ai aucune nouvelle académique, malgré les promesses
-que j’avais emportées de Paris, et je me demande si
-l’inexplicable entêtement des Marmier, des Cuvillier-Fleury,
-des Legouvé, qui se rangent bénévolement parmi les vaincus
-du 24 mai, ne change rien à leurs bonnes dispositions
-pour l’auteur de certains articles contre M. Thiers et son
-groupe. Ce qui est positif, mon cher ami,&mdash;puisque vous
-avez la bonté de vous intéresser à ces petits détails,&mdash;c’est
-que, si ma santé me le permet, j’irai, vers la fin de ce mois,
-passer quelques jours chez M. Autran. Là, je me trouverai,
-pour ainsi dire, dans une succursale de l’Académie, en
-mesure d’abord de consulter le maître de la maison, puis de
-correspondre directement avec les gros bonnets de l’Académie.
-Je pense donc que, dans ma prochaine lettre, je
-pourrai vous renseigner d’une façon plus précise sur cet
-épisode de ma vie littéraire, auquel vous vous intéressez
-plus que moi; car, dussiez-vous m’accuser d’impénitence
-finale ou de rechute, je dois vous avouer que, quand je me
-retrouve dans ce pays-ci, en rase campagne, en pleine verdure,
-à mille lieues des échos du palais Mazarin, et en face
-de misères trop réelles, dont quelques-unes peuvent être
-atténuées par ma présence, je redeviens absolument indifférent
-à la question de savoir si je porterai ou ne porterai
-pas les palmes vertes. Mon moment est passé. Il fallait me
-présenter entre cinquante et soixante ans, lorsque l’Empire
-mettait d’accord la droite, le centre droit et le centre gauche.
-A cette époque, d’ailleurs, la gloriole personnelle n’était pas
-absorbée dans ce gigantesque ensemble de douleurs et d’inquiétudes
-publiques...</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_417" id="Page_417">[417]</a></span></p>
-
-<h3>IV</h3>
-
-<p>Ce n’était pas encore une renonciation définitive,
-mais c’était déjà un mauvais son de cloche.
-Septembre, octobre se passent: Pontmartin est toujours
-aux Angles et ne donne pas signe de vie aux
-<i>gros bonnets</i> de l’Académie. M. de Falloux m’écrit,
-le 31 octobre: «Que devient M. de Pontmartin?
-Connaissez-vous ses intentions pour l’Académie?
-Les plus graves événements politiques ne font
-point trêve pour les candidats; je vois que les parties
-se nouent, que les engagements se prennent,
-et M. de Gaillard ne m’a pas répondu sur mes
-questions académiques. Le scrutin approche pendant
-ce temps-là, et l’on parle de nous y appeler
-pour la fin de décembre, immédiatement après la
-réception de MM. de Loménie, Taillandier et Viel-Castel.»</p>
-
-<p>Je suppliai l’<i>Ermite des Angles</i> (s’il eût été
-l’<i>Ermite de la Chaussée d’Antin</i>, il aurait été académicien
-depuis longtemps), je le suppliai de sortir
-enfin de sa retraite. Mes lettres devinrent de
-plus en plus pressantes. Pontmartin répondit en
-ces termes à celle que je lui avais écrite le 22 novembre:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pr4 p1">Les Angles, le 25 novembre 1873.</p>
-
-<p>Je reçois votre lettre, mon cher ami, et je m’afflige sincèrement
-de dissonances auxquelles notre amitié, presque
-majeure déjà, n’est pas habituée. Ce n’est pas sur le fond<span class="pagenum"><a name="Page_418" id="Page_418">[418]</a></span>
-même de la question académique que nous pouvons être en
-désaccord; car j’y suis plus intéressé que vous, et je conviens
-de bonne ou de mauvaise grâce que ma longue et laborieuse
-vie n’a plus beaucoup de sens si elle n’aboutit pas
-à l’Académie. C’est donc tout à fait malgré moi que je vais
-vous opposer quelques raisonnements, d’autant plus sérieux
-et sincères que, croyant être dans le vrai, je désire pourtant
-me tromper.</p>
-
-<p>D’abord, êtes-vous bien sûr de mes chances? Sont-elles
-aussi bonnes qu’elles l’auraient été si l’Empire avait duré
-quelques années de plus? Au premier plan je vois M. Thiers
-groupant autour de lui MM. de Rémusat, Duvergier de
-Hauranne, Dufaure, Mignet, Littré, Jules Favre et&mdash;ne
-vous récriez pas&mdash;Legouvé, Marmier et Cuvillier-Fleury.
-Je ne veux pas dire pour cela que ce dernier, mon ancien
-patron académique, soit désormais contre moi; non, mais
-il est singulièrement refroidi, et je n’en veux pour preuve
-que son silence absolu depuis les premiers jours de juillet.
-M. de Viel-Castel, dont la réception est annoncée pour jeudi,
-a contre moi des préventions inexplicables. Il prétend que
-j’ai <i>éreinté</i> son <i>Histoire de la Restauration</i>, tandis que je suis
-certain de ne pas en avoir parlé. Hostiles aussi MM. de Sacy,
-Émile Augier et Octave Feuillet. Absolument inconnus
-Claude Bernard, Patin, Auguste Barbier. Je ne dis rien de
-Victor Hugo, qui, si je me présente, est disposé, dit-on, à
-venir par extraordinaire à l’Académie, pour voter contre
-moi.</p>
-
-<p>Maintenant, supposez que Jules Janin, de plus en plus
-cloué sur son fauteuil par la goutte, ne puisse pas venir;
-que Laprade soit retenu à Lyon par le déplorable état de sa
-santé; que Joseph Autran n’ait pas le courage de quitter sa
-chère Provence, que me restera-t-il? Assurés: Camille
-Rousset, Camille Doucet, Jules Sandeau, Guizot, le duc de
-Broglie, d’Haussonville, comte de Falloux, comte de Carné,
-qui ne peuvent pourtant pas, pour diverses causes, y mettre
-beaucoup de chaleur: 8.</p>
-
-<p>Non moins probables, mais presque étrangers pour moi,<span class="pagenum"><a name="Page_419" id="Page_419">[419]</a></span>
-le duc de Noailles, D. Nisard, de Champagny, duc d’Aumale:
-4.</p>
-
-<p>Vous le voyez, les calculs les plus favorables ne peuvent
-me donner plus de 11 à 13 voix; car il faudrait admettre
-que, parmi les académiciens que je viens de nommer, aucun
-n’ait pris des engagements pendant ma longue absence et
-mon long silence.</p>
-
-<p>Je ne vous parle plus de ma santé, puisque vous n’y trouvez
-pas un obstacle suffisant. J’aime mieux vous dire que,
-cédant à d’affectueuses instances, je vais partir après-demain
-pour Grambois, près Pertuis, résidence de M. Autran<a name="FNanchor_444_444" id="FNanchor_444_444"></a><a href="#Footnote_444_444" class="fnanchor">[444]</a>.
-Laprade a promis de s’y trouver le 27, s’il n’est pas
-trop souffrant. Tous deux, à ma demande, se sont arrangés
-pour avoir des renseignements exacts. Nous <i>travaillerons</i> sur
-la liste des immortels, comme les courtiers électoraux sur la
-liste des électeurs. Nous examinerons le pour et le contre,
-les chances bonnes et mauvaises. Si la réponse des oracles
-est affirmative, je ne passerai à Grambois que cinq ou six
-jours et je tâcherai de me mettre en mesure de partir pour
-Paris le lundi 8 ou mardi 9 décembre. Quant à une candidature
-purement épistolaire, elle ne pourrait être sérieuse;
-mes titres ne sont pas assez éclatants pour me donner le
-droit de manquer aux traditions et aux usages et, d’autre
-part, mes juges auraient à me répliquer que, si je suis trop
-vieux, trop infirme ou trop malade pour faire ce trajet de
-dix-huit heures, c’est une bien triste recrue que j’offre à
-l’Académie.</p>
-
-<p>Adieu, mon cher ami; si les choses tournent autrement
-que le désire votre amitié, je compte mériter votre indulgence
-en m’efforçant de faire ici un peu de bien et en
-dépensant, au profit des pauvres, ce que me coûteraient, à
-Paris, les hôtels, les restaurateurs et les fiacres. Notre malheureux
-pays est si cruellement éprouvé! La misère est si
-terrible! L’hiver sera si dur! Mais je ne veux pas ajouter un
-mot de plus, vous croiriez que je cherche déjà des fauxfuyants<span class="pagenum"><a name="Page_420" id="Page_420">[420]</a></span>
-et des prétextes, et mieux vaut vous répéter que je
-suis à vous de tout cœur.</p></div>
-
-<p class="p1">Pontmartin, on le voit, réduisait à 12 les voix
-sur lesquelles il pouvait compter. Son pointage
-n’était rien moins qu’exact. Il mettait tout d’abord
-hors de cause trois de ses plus chauds partisans,
-Victor de Laprade, Joseph Autran, Jules Janin,
-sous prétexte qu’ils pourraient être malades. Sans
-doute, mais la maladie ne pouvait-elle sévir aussi
-dans l’autre camp? Il passait sous silence Loménie
-et Saint-René Taillandier, qui devaient prendre
-séance avant le jour de l’élection et qui lui étaient
-tout dévoués. Il tenait pour hostiles Cuvillier-Fleury
-et Marmier, qui avaient été les premiers
-patrons de sa candidature et ne pouvaient honorablement
-se tourner contre elle. En réalité, il y
-avait là 7 voix à ajouter aux 12 qu’il reconnaissait
-lui être acquises. Cela faisait, d’entrée de jeu,
-19 voix à peu près assurées, ce qui était superbe,
-puisque les Quarante étaient réduits à 36, depuis
-la retraite de M<sup>gr</sup> Dupanloup et la mort de
-MM. Pierre Lebrun, Saint-Marc Girardin et Vitet.
-J’ajoutais dans ma réponse à la lettre du 25 novembre:
-«Octave Feuillet vous a de très grandes
-obligations; Auguste Barbier est l’ami de Laprade,
-qui a sur lui une grande influence. M. de Viel-Castel
-suivra M. Guizot. J’écris aujourd’hui à
-M. de Falloux et je lui demande s’il ne pourrait
-pas agir auprès de M. Patin et de M. Claude
-Bernard.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_421" id="Page_421">[421]</a></span></p>
-
-<p>Pontmartin m’avait annoncé son départ pour
-Grambois, et c’est là que je lui adressais ma lettre.
-Il ne s’y était pas rendu. M. Autran, à qui j’avais
-aussi envoyé quelques lignes, me répondait le
-4 décembre:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pi4 p1">Mon cher monsieur,</p>
-
-<p>M. de Pontmartin n’est pas auprès de moi, mais j’ai
-M. de Laprade et je ne vous étonnerai pas en vous disant
-que nous exprimons journellement le désir de voir notre
-ami se décider, enfin, à poser sa candidature. Malheureusement,
-M. de Pontmartin, vous le savez peut-être, est le plus
-fugitif et le plus détaché qui soit au monde. Quand on croit
-le tenir, il vous échappe; quand il vous a dit <i>oui</i> la veille, il
-vous écrit <i>non</i> le lendemain. Ce n’est ni à moi, ni à M. de
-Laprade qu’il convient de parler des titres de cet éminent
-écrivain, et la plupart des membres de l’Académie partagent
-là-dessus l’opinion de ses meilleurs amis. <i>Il entrera quand il
-voudra</i>, mais encore faut-il qu’il ne se dérobe pas aux
-instances qui sont faites auprès de lui. C’est donc à lui,
-mon cher monsieur, bien plus qu’à nous, que vous devez
-vous adresser dans votre amicale entreprise...</p></div>
-
-<p class="p1">Hélas! mon «amicale entreprise» était vouée au
-plus lamentable échec; au moment où je croyais
-enfin toucher au port, ma pauvre barque allait
-couler à pic. Le 12 décembre, je reçus cette lettre:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pi4 p1">Mon cher ami,</p>
-
-<p>Je m’étonne que M. Autran, à qui vous avez cru devoir
-écrire, ne vous ait pas purement et simplement envoyé ma
-lettre à M. de Laprade. Voici, en abrégé, ce que je disais à
-l’auteur de <i>Pernette</i>: Le samedi 22 novembre, j’ai fait une
-chute qui aurait pu être très grave, et comme, à mon âge,
-un accident de ce genre ne saurait être absolument insignifiant,<span class="pagenum"><a name="Page_422" id="Page_422">[422]</a></span>
-j’ai appelé mon médecin, qui est mon ami depuis
-trente ans. Il a constaté que ma chute n’était rien ou
-presque rien, mais que j’étais atteint d’une gastrite nerveuse
-passée à l’état chronique, à laquelle il fallait attribuer
-mes insomnies nocturnes et mes assoupissements diurnes.
-Mes violentes quintes de toux ont la même cause. Le vieil
-adage médical: <i>Sanguis moderator nervorum</i>, ne fut jamais
-plus applicable. Mon sang, appauvri en 1870 et 1871 par
-des misères et des chagrins de toutes sortes, ne <i>modère</i> plus
-mes nerfs et ils en profitent pour bouleverser ma pauvre
-machine. J’ajoute, pour en finir sur ce sujet, et <i>afin qu’il
-n’en soit plus question</i>, que, lorsque j’ai demandé à mon docteur
-s’il serait sage, dans ce triste état, de partir pour Paris
-et d’affronter les soucis d’une candidature, il m’a regardé
-avec stupeur et m’a répondu que, en pareil cas, je ne ferais
-pas mal de m’arrêter à la station de Charenton, pour ne pas
-arriver jusqu’au Père-Lachaise. Je crois même, en ma qualité
-d’incorrigible, avoir ébauché un pitoyable calembour sur
-la chaise et sur le fauteuil.</p>
-
-<p>Voilà, mon cher ami, sinon le texte, au moins le sens de
-ce que j’ai écrit à M. de Laprade, en le priant de communiquer
-ma lettre à son hôte et collègue, M. Autran. Maintenant,
-toute insistance serait une véritable cruauté. Je ne
-puis même songer à des démarches qui engageraient l’avenir;
-car je veux rester libre de me soigner, d’acheter un
-petit chalet à Cannes, d’éviter tout ce qui pourrait me
-forcer de retourner à Paris, et de donner au recueillement,
-à la retraite et au repos le peu de temps qui me reste à
-vivre. J’ai à Avignon des amis d’enfance avec lesquels je
-pourrais célébrer la cinquantaine. Quelques-uns sont suffisamment
-lettrés, et désireraient, ne fût-ce qu’à titre de
-compatriote, me voir académicien. Pas un n’oserait, en ce
-moment, me donner un autre conseil que celui de mon
-docteur. Pas un n’oserait prendre une responsabilité qui se
-changerait en regrets et en remords si, en arrivant à Paris,
-je tombais tout à fait malade. Laissez-moi vous le dire avec
-la rude franchise d’une fidèle amitié. Votre acharnement<span class="pagenum"><a name="Page_423" id="Page_423">[423]</a></span>
-académique, vos persécutions incessantes, votre système de
-sommations directes, tantôt à M. de Falloux, tantôt à
-M. Cuvillier-Fleury, tantôt à M. Autran, tout cela m’attriste
-et finirait par m’exaspérer. Il y a des moments où je suis
-tenté de regarder comme une légende fantastique ce que je
-sais de vous, de votre famille, de vos enfants, du soin avec
-lequel vous dirigez leur éducation, de vos infatigables travaux,
-de vos patientes recherches, et où j’ai envie de croire
-que vous êtes un vieux garçon bien oisif, dont les vingt-quatre
-heures appartiennent à une idée fixe. D’ici à peu
-d’années, vous verrez l’Académie dégringoler d’une telle
-façon, tomber dans un tel discrédit, être entourée d’une
-telle indifférence (cela commence déjà), que vous serez tout
-étonné d’avoir attaché tant d’importance à faire de moi le
-collègue de MM. Jules Favre et Littré, en attendant Renan
-et About. Donc, n’en parlons plus; vous compromettriez
-notre amitié, vous me rendriez ridicule et vous atteindriez
-le but diamétralement contraire à celui que vous vous proposez.
-La question me semble tellement épuisée que, si vous
-y reveniez dans vos prochaines lettres, je ne vous répondrais
-plus. J’aurais dû peut-être m’expliquer plus tôt aussi nettement
-qu’aujourd’hui; mais, d’abord, j’étais moins souffrant;
-ensuite, j’espérais toujours que vous lâcheriez prise
-et que vous adopteriez ma méthode, que je crois bonne:
-quand je devine que quelque chose est désagréable à un
-ami, et quand ce quelque chose n’intéresse ni son honneur,
-ni sa vie, ni sa conscience, je ne lui en dis plus un mot, et,
-généralement, je m’en trouve bien. Être plus royaliste que
-le roi n’est bon ni dans la vie publique, ni dans la vie
-privée. Pardonnez, mon cher ami, à la liberté de mon langage;
-il fallait en finir, et cette fois je me flatte que c’est
-bien fini. Notre affection, soyez-en certain, n’en sera que
-plus vive et plus douce quand nous serons débarrassés de
-ces éternels tiraillements. Votre tout dévoué de cœur<a name="FNanchor_445_445" id="FNanchor_445_445"></a><a href="#Footnote_445_445" class="fnanchor">[445]</a>.</p></div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_424" id="Page_424">[424]</a></span></p>
-
-<h3>V</h3>
-
-<p>Ce petit dissentiment n’était pas pour altérer
-en rien notre vieille amitié. Lorsque mourut Jules
-Janin, au mois de juin 1874, Pontmartin me permit
-de lui reparler de l’Académie. Il persistait, il
-est vrai, à ne pas vouloir se présenter; mais sa réponse
-ne respirait, cette fois, aucune irritation.
-Dans une lettre qu’il m’adressait de Marseille, le
-4 avril 1875, il me disait:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Un mot encore sur l’Académie. Mes chances seraient
-aussi mauvaises qu’elles auraient été bonnes en 1873. Je
-n’ai plus M. Guizot<a name="FNanchor_446_446" id="FNanchor_446_446"></a><a href="#Footnote_446_446" class="fnanchor">[446]</a>; M. Autran n’est pas en état de retourner
-à Paris; les apparitions de M. de Laprade parmi
-ses collègues sont trop rares et trop courtes pour qu’il
-puisse avoir la moindre influence. M. Thiers dispose de quatorze
-voix qui toutes me seraient hostiles. En fait de bonapartistes,
-je ne pourrais compter que sur Jules Sandeau.
-Vous le voyez, mon cher ami, la peau de chagrin s’est singulièrement
-amincie; ce chagrin-là est le moindre des
-miens...</p>
-
-<p class="p1">Joseph Autran mourut le 7 mars 1877. Pontmartin
-paraissait si bien indiqué pour le remplacer,
-que ses adversaires eux-mêmes parlèrent aussitôt
-de sa candidature et la combattirent préventivement.
-Ainsi fit le <i>Sémaphore</i>, journal républicain
-de Marseille, qui avait pour <i>correspondant parisien</i>
-M. Émile Zola. Pontmartin était alors à Marseille;<span class="pagenum"><a name="Page_425" id="Page_425">[425]</a></span>
-il répondit sur-le-champ au <i>rédacteur en chef du
-«Sémaphore»</i>:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pi4 p1">Monsieur,</p>
-
-<p>Avant d’attaquer une candidature, il faudrait, ce me
-semble, s’assurer qu’elle existe. Depuis la mort de M. Autran,
-je n’ai quitté la campagne que pour venir à Marseille;
-je puis me rendre cette justice que, en pleurant mon
-illustre ami, en m’associant au deuil de sa famille et de sa
-ville natale, je n’ai pas mêlé à mes regrets la moindre arrière-pensée
-académique. Je défie que l’on cite un mot de
-moi, une démarche, une ligne d’écriture qui trahisse des
-velléités de candidat. Votre correspondant prétend que
-«j’en meurs d’envie». Je crois avoir prouvé le contraire.
-Cette envie, d’ailleurs, me paraît peu compatible avec
-l’épithète de <i>provincial</i> qu’il me décerne, dont je suis loin
-de me défendre, et qui, soit dit en passant, produit un singulier
-effet dans la correspondance d’un journal de province.
-Oui, depuis sept ans, depuis les désastres de la
-France, j’ai cessé d’habiter Paris; je suis redevenu, non
-seulement provincial, mais villageois. Est-ce là le fait d’un
-homme atteint de nostalgie académique? J’en appelle à
-votre justice.</p>
-
-<p>Cette attaque m’étonne d’autant plus que mes relations
-avec le <i>Sémaphore</i> avaient toujours été fort amicales. Permettez-moi
-donc, monsieur le rédacteur, de l’attribuer ou
-aux inquiétudes d’un candidat pressé d’écarter même les
-concurrents imaginaires, ou peut-être aux rancunes d’un
-romancier désireux d’accaparer à lui tout seul les privilèges
-de l’<i>Assommoir</i>.</p>
-
-<p>Comptant sur votre bienveillante impartialité pour l’insertion
-de cette lettre, je vous en remercie d’avance et je
-vous prie, monsieur le rédacteur, d’agréer l’assurance de
-ma parfaite considération, de mes cordiales sympathies.</p>
-
-<p class="pr2 p1"><span class="smcap">A. de Pontmartin.</span></p>
-<p class="pi4">Marseille, 24 mars 1877<br /></p></div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_426" id="Page_426">[426]</a></span></p>
-
-<p class="p1">Cette lettre ne préjugeait rien sur le fond de la
-question. Il lui eût été doux de louer son ami, et
-peut-être n’était-il pas sans désirer qu’on le chargeât
-de ce soin. La veuve du poète, de son côté,
-souhaitait vivement que son éloge fût confié à
-l’auteur des <i>Samedis</i>, à l’écrivain qui, en tant de
-rencontres, avait si bien parlé de son mari. Ni son
-propre désir, ni les instances de M<sup>me</sup> Autran, ni
-celles de M. Léopold de Gaillard, ne purent le
-faire revenir sur son parti pris d’abstention et
-d’absentéisme. Cette fois encore, il laissa aller les
-choses. Le 17 avril, M. le duc d’Audiffret-Pasquier
-posa sa candidature; celle de Pontmartin dès lors
-devenait impossible, puisqu’ils avaient, l’un et
-l’autre, mêmes amis et mêmes électeurs. M. de
-Gaillard, qui voulait bien me tenir au courant de
-la situation, m’écrivit de Paris, le 25 avril:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">...Je vous aurais répondu depuis longtemps si j’avais eu
-à vous dire quelque chose de bon pour la candidature à
-l’Académie de notre ami Pontmartin. Trois fois, déjà, à ma
-connaissance, il a été l’objet d’avances aussi flatteuses que
-peu écoutées. Deux fois je lui ai écrit de la part de M. Guizot
-pour lui dire: <i>Votre moment est venu; posez votre candidature,
-nous la soutiendrons.</i> Cette fois encore, M. d’Haussonville
-lui a fait porter les propositions les plus séduisantes.
-Jamais notre cher indécis n’a daigné répondre: <i>Je vous remercie,
-j’accepte et j’arrive.</i></p>
-
-<p>Depuis plus de dix ans, il serait en possession du fauteuil
-qu’il mérite si bien, s’il avait voulu écrire sa lettre de demande
-et laisser agir ses amis. Il y a un mois, après une
-visite au duc de Broglie, je lui faisais connaître la situation
-d’alors: Sardou seul en avant; le duc Pasquier sollicité,
-mais refusant et préférant se réserver pour le prochain fauteuil<span class="pagenum"><a name="Page_427" id="Page_427">[427]</a></span>
-politique. Je ne mets pas en doute que si notre ami
-avait aussitôt pris son parti et posé sa candidature, jamais on
-n’eût parlé de celle du président du Sénat. Celui-ci, en
-effet, n’a écrit qu’à la date du 17 <i>avril</i>. Maintenant que
-l’occasion est manquée, je ne conseillerai pas à Pontmartin
-de se jeter en avant. Évidemment, la moitié des voix sur
-lesquelles il pourrait compter sont engagées au candidat
-politique. Si l’élection est renvoyée à l’hiver prochain, il
-faudra voir, et tout pourrait peut-être s’arranger comme
-nous le désirons, vous et moi, et même <i>lui</i>, en dépit de ses
-hésitations. Si l’élection a lieu tout de suite, on croit à deux
-ou trois voix de majorité pour le duc Pasquier. Je suis
-assez peu duc et assez peu homme de lettres pour avoir une
-opinion désintéressée sur la matière. Je suis hardiment
-pour l’Académie <i>Salon</i> politique et littéraire, contre l’Académie
-<i>Société des Gens de lettres</i>. C’est pour cela que notre
-ami qui est, par excellence, un <i>gentleman</i> et un écrivain
-devrait se décider...</p></div>
-
-<p class="p1">Au commencement de 1878, Pontmartin passa
-deux mois à Hyères, où se trouvait l’évêque d’Orléans.
-Nous avons vu quel caractère de cordialité
-prirent bien vite leurs relations<a name="FNanchor_447_447" id="FNanchor_447_447"></a><a href="#Footnote_447_447" class="fnanchor">[447]</a>. Il y avait alors
-trois vacances à l’Académie, par suite de la mort
-de MM. Thiers, Claude Bernard et Louis de Loménie.
-Le fauteuil de ce dernier semblait revenir
-de droit à Pontmartin. M<sup>gr</sup> Dupanloup insista
-auprès de lui pour qu’il se mît sur les rangs. Seul,
-l’illustre évêque pouvait triompher de cette résistance
-que n’avaient pu vaincre ni M. Guizot, ni
-M. d’Haussonville, ni M. Léopold de Gaillard. Il
-put croire un instant qu’il avait partie gagnée. Le<span class="pagenum"><a name="Page_428" id="Page_428">[428]</a></span>
-7 avril 1878, étant encore à Hyères, que Pontmartin
-venait de quitter, il me faisait l’honneur de
-m’adresser ces lignes:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pi4 p1">Monsieur,</p>
-
-<p>Tous mes vœux sont pour M. de Pontmartin, et je crois
-l’avoir déjà décidé à donner son consentement pour sa candidature.
-Je vais y travailler encore...</p></div>
-
-<p class="p1">Rentré à Orléans, il voulut bien, le 18 avril,
-m’envoyer ce nouveau billet:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">Monsieur,</p>
-
-<p>Je suis l’admirateur et l’ami de M. de Pontmartin; et si
-cela dépendait uniquement de moi, il serait demain de
-l’Académie française.</p>
-
-<p>J’ai quitté cette Académie, mais j’emploierai ce qui me
-reste de crédit auprès de mes confrères en faveur de M. de
-Pontmartin, et en le faisant, je croirai faire une œuvre
-également honorable pour l’Académie et pour M. de Pontmartin.</p></div>
-
-<p class="p1">M<sup>gr</sup> Dupanloup ne devait pas s’en tenir là. «Je
-ferai, m’écrivait-il quelques jours plus tard, je
-ferai pour M. de Pontmartin ce que je ne ferais
-pour personne autre. Je serai heureux de revenir
-à l’Académie le jour où il s’agira de voter pour
-lui.» Et cela, il le lui écrivit à lui-même. Être
-nommé dans de telles conditions, n’était-ce pas
-être nommé deux fois? Pontmartin refusa<a name="FNanchor_448_448" id="FNanchor_448_448"></a><a href="#Footnote_448_448" class="fnanchor">[448]</a>.</p>
-
-<p>Cette fois, tout était bien fini. A peu de temps<span class="pagenum"><a name="Page_429" id="Page_429">[429]</a></span>
-de là, le 11 octobre 1878, l’évêque d’Orléans
-mourait, après une courte maladie, au château de
-la Combe<a name="FNanchor_449_449" id="FNanchor_449_449"></a><a href="#Footnote_449_449" class="fnanchor">[449]</a>, par Domène (Isère). Après lui, nul ne
-pouvait plus songer à parler encore de l’Académie
-à Pontmartin.</p>
-
-<p class="p2">On a souvent répété que les <i>Jeudis de M<sup>me</sup> Charbonneau</i>
-avaient jusqu’au dernier jour fermé à
-Pontmartin les portes de l’Académie. Rien n’est
-moins exact, nous venons de le voir. Il n’a tenu
-qu’à lui, et à plus d’une reprise, d’en franchir le
-seuil. S’il n’a pas été académicien, c’est parce
-qu’il n’a pas voulu l’être. Est-ce à dire qu’il dédaignait
-de figurer parmi les Quarante? Il était
-trop homme d’esprit pour avoir ce sot orgueil. Il
-eût été, au contraire, très heureux et très fier de
-s’asseoir auprès des maîtres et des amis qu’il
-comptait dans l’illustre compagnie. S’il s’est obstiné
-jusqu’à la fin à ne point poser sa candidature,
-ce n’est ni par excès d’orgueil, ni par excès de
-modestie. Faut-il chercher la cause de ses refus
-dans un détail minuscule qu’il se plaisait, il est
-vrai, à grossir, dans le petit volume et la petite
-portée de sa voix qui lui faisait peur d’avance? Je
-sais bien que dans ses <i>Mémoires</i><a name="FNanchor_450_450" id="FNanchor_450_450"></a><a href="#Footnote_450_450" class="fnanchor">[450]</a>, c’est à cette
-malheureuse voix aigrelette qu’il attribue tout le
-mal. C’est derrière elle qu’il se retranchait, lorsque
-ses amis le pressaient de trop près et lui reprochaient<span class="pagenum"><a name="Page_430" id="Page_430">[430]</a></span>
-de se dérober, même quand l’occasion était
-propice et le succès certain: «Comment ne devines-tu
-pas, écrivait-il à Léopold de Gaillard, que le
-jour de la réception qui est, pour le nouvel académicien,
-le jour du triomphe serait pour moi le
-jour de la confusion? On viendrait à ma séance
-pour se moquer de moi!» Un autre jour, comme
-M. de Gaillard lui énumérait la majorité certaine
-qui l’attendait au palais Mazarin: «Oui, répondit-il,
-avec tristesse, il y aurait même une voix de
-trop, c’est la mienne!»</p>
-
-<p>L’obstacle pourtant,&mdash;et Pontmartin le savait
-bien&mdash;était de ceux qui se peuvent tourner. Un
-académicien a le droit, comme un simple mortel,
-d’avoir la grippe et de faire lire son discours par
-un confrère. Ainsi avait fait Jules Janin dans la
-séance du 9 novembre 1871. Le comte d’Haussonville
-était un des plus chauds partisans de
-Pontmartin. Il lui fit dire par un ami commun
-qu’il se tenait à sa disposition pour se mettre en rapport
-d’abord avec l’Académie pour sa candidature,
-puis avec le public pour le jour de la réception.
-L’obstacle était ainsi levé, et dans les meilleures
-conditions, puisque aussi bien M. d’Haussonville
-était un admirable lecteur. Son offre pourtant ne
-fut pas agréée. C’est que le véritable obstacle était
-ailleurs; il était dans l’irrésolution et la nervosité
-de son caractère, dans son éloignement pour tout
-ce qui ressemblait à une compétition et à une
-lutte, dans la facilité avec laquelle trop souvent il
-jetait le manche après la cognée. Il était surtout<span class="pagenum"><a name="Page_431" id="Page_431">[431]</a></span>
-dans le sentiment qui, après les désastres et les
-deuils de 1870 et 1871, le portait de plus en plus
-à ne point avoir à Paris de résidence fixe, mais un
-simple campement, et qui le décida à finir ses
-jours à la campagne. Peut-être, après tout, choisissait-il
-la meilleure part, et je fus tout à fait
-désarmé, je l’avoue, le jour où je reçus de lui ces
-lignes, où le sourire se mouille d’une larme:</p>
-
-<p class="pbq p1">Si j’étais de l’Académie, il me faudrait habiter Paris une
-partie de l’année; force au moins me serait d’y aller aux
-époques d’élection ou de réception... Depuis la mort de ma
-pauvre femme et depuis les dates sinistres de 1870-1871,
-Paris ne m’attire plus, au contraire, je n’y arrive que pour
-m’enrhumer; le théâtre, dont j’ai conservé le goût, me
-fatigue et m’endort. Dans les maisons où je suis invité, on
-dîne trop tard pour ma gastrite et on veille trop pour mes
-soixante-trois ans. La campagne, mes vieilles servantes, mon
-vieux chien, un peu de travail, un peu de charité, quelques
-amis à mes dîners maigres du vendredi, quelques coups de
-fusil très peu meurtriers en septembre et en octobre, et, en
-perspective, le cimetière de mon village, voilà désormais,
-non seulement mon partage, mais mes préférences. Ce
-n’est pas vous, mon cher ami, qui aurez le courage de me
-blâmer.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_432" id="Page_432">[432]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">CHAPITRE XVI</h2>
-
-<p class="pch2">LES ANGLES.&mdash;MES MÉMOIRES.&mdash;SOUVENIRS
-D’UN VIEUX CRITIQUE.&mdash;LE MILLIÈME
-ARTICLE.&mdash;LES NOCES D’OR.</p>
-
-<p class="pch3">(1879-1887)</p>
-
-<p class="pcs">Description des Angles. Le cabinet de travail, les promenades, les
-visiteurs. Soirées d’hiver. Évocation du passé.&mdash;<i>Delenda est res...
-punica.</i> Pontmartin et la République conservatrice.&mdash;<i>Mes Mémoires.</i>
-Le chapitre sur Berryer. Les <i>Souvenirs d’un vieux critique</i>.&mdash;Le
-Millième article. L’Encrier de la <i>Gazette de France</i>. Les deux
-Bustes. Les souscripteurs. Lettres de M<sup>gr</sup> de Dreux-Brézé, de
-Belcastel, Edmond Rousse, Désiré Nisard, Emile Ollivier. Lettre
-de Pontmartin au directeur de la <i>Gazette de France</i>.&mdash;Le critique
-et le romancier. La Correspondance de Pontmartin.</p>
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>Pontmartin maintenant ne quittera plus les
-Angles. Loin, bien loin de Paris et de ses vaines
-rumeurs, il passera ses dernières années dans cette
-maison où s’est écoulée son enfance et où il lui
-sera doux de mourir.</p>
-
-<p>L’heure est venue de la décrire.</p>
-
-<p>Située sur la rive droite du Rhône, presque en<span class="pagenum"><a name="Page_433" id="Page_433">[433]</a></span>
-face d’Avignon, mais dans le département du Gard,
-la plaine des Angles, bornée d’un côté par le fleuve,
-est entourée de tous les autres côtés d’une chaîne
-de collines formant hémicycle. La maison est au
-fond de la plaine, à l’endroit le plus éloigné du
-Rhône, au pied de la colline, qui s’élève presque
-à pic derrière elle. C’est une construction à deux
-étages, à contrevents verts, datant du milieu du
-<span class="smcap lowercase">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, ainsi que le rappellent quelques
-ornements Louis XV. Logis modeste, en somme,
-et dont l’aspect n’a rien de seigneurial, bien que
-dans toute la région on l’appelle couramment
-<i>le château</i>. Ce qui en fait le charme, ce sont de
-nombreuses sources d’eau vive, de riantes prairies,
-de magnifiques arbres, parmi lesquels les marronniers
-célèbres et un platane qui n’est pas moins
-légendaire dans le pays. L’été, c’est un nid de
-verdure et une fraîche retraite; l’hiver, le soleil
-ne manque pas, et ses rayons ont encore un éclat
-et une tiédeur que la ville ne connaît pas. Derrière
-la maison, se dresse sur la colline calcaire dénudée,
-à une cinquantaine de mètres de hauteur, le village
-des Angles, avec son prieuré du <span class="smcap lowercase">XIV</span><sup>e</sup> siècle et son
-église du <span class="smcap lowercase">XV</span><sup>e</sup>. Vu du bout de l’allée des marronniers,
-il ressemble d’étonnante façon à ces nids
-d’aigle des environs de Nice et de Monaco, tels
-qu’Éza, que leurs habitants avaient bâtis sur des
-cimes presque inaccessibles, par crainte des Sarrasins.
-Tous ceux des visiteurs de Pontmartin qui
-connaissaient la Corniche étaient frappés de cette
-ressemblance. L’ascension du <i>château</i> à ce village<span class="pagenum"><a name="Page_434" id="Page_434">[434]</a></span>
-perché sur son rocher est très fatigante; mais,
-parvenu au sommet, on découvre une vue merveilleuse
-sur le Rhône, la Durance, la chaîne des
-Alpines, le tout inondé de cette lumière intense et
-douce à la fois, qui donne tant de charme aux
-paysages méridionaux.</p>
-
-<p>Pontmartin avait fait du grand salon du rez-de-chaussée
-son cabinet de travail. C’était une
-très vaste pièce, percée de trois fenêtres donnant
-au midi. Aucune élégance dans l’ameublement,
-demeuré tel qu’il était au temps de M. Eugène de
-Pontmartin et de l’oncle Joseph: deux canapés<a name="FNanchor_451_451" id="FNanchor_451_451"></a><a href="#Footnote_451_451" class="fnanchor">[451]</a>
-et six fauteuils Restauration garnis de toile perse
-assortie aux rideaux des fenêtres; deux fauteuils
-Louis XVI; deux chaises de cuir Louis XIII; deux
-fauteuils modernes plus confortables; quelques
-chaises de paille ou de canne; une vieille table de
-trictrac, supportant un plateau garni de porcelaines
-de Chine; entre les fenêtres, deux consoles surmontées
-de deux étagères-bibliothèques; sur la
-cheminée, une belle pendule Louis XIII de la
-forme dite <i>religieuse</i>, flanquée de quatre potiches
-et de deux bronzes de Chine. Aux murs, quatre
-grandes gravures d’Audran, d’après les tableaux
-de Jouvenet: <i>la Pêche miraculeuse</i>, <i>la Résurrection
-de Lazare</i>, <i>les Noces de Cana</i>, <i>la Guérison du paralytique</i>.
-Au milieu de la pièce, une grande table
-ovale, toujours submergée de papiers, de livres,<span class="pagenum"><a name="Page_435" id="Page_435">[435]</a></span>
-de journaux. C’est là que, tous les matins, assis
-en face de la fenêtre du milieu, il écrivait lettres et
-articles avec une régularité, une facilité et une
-abondance qui ne connaissaient pas la fatigue.</p>
-
-<p>Après le déjeuner, il visitait son jardin, il franchissait
-son enclos et, quand ses forces le lui permettaient,
-il promenait ses rêveries dans ces
-champs familiers et ces sentiers connus, à travers
-ce petit coin de terre où s’étaient écoulées ses premières
-années. Il reprenait une à une les impressions
-de son enfance et de sa jeunesse. Ce chêne
-vert lui avait prêté son ombre quand il étudiait
-l’<i>Epitome</i> ou le <i>De Viris</i>. Sous cet ormeau, il avait
-lu pour la première fois <i>Indiana</i>, <i>la Peau de chagrin</i>,
-<i>Barnave</i>, <i>Stello</i>, <i>le Rouge et le Noir</i>. Il avait relu
-Lamartine, Hugo, Vigny, Musset, <i>Childe Harold</i>,
-<i>Don Juan</i>, <i>Parisina</i>, <i>Faust</i>, <i>Hamlet</i>, <i>Roméo et Juliette</i>.
-Si la chaleur n’était pas trop grande, il
-poussait jusqu’au Rhône, ce terrible voisin, dont il
-redoutait les visites, mais qu’il ne pouvait se défendre
-d’aimer, malgré ses débordements et ses
-colères.</p>
-
-<p>Le printemps surtout lui était, chaque année,
-une fête nouvelle, et il se demandait alors comment
-il avait pu autrefois quitter sa maison quand Avril
-ramenait les beaux jours. Ce renouveau le rajeunissait.
-Comment eût-il regretté le boulevard ou
-même le jardin de la <i>Revue des Deux Mondes</i>, quand
-il passait la revue de ce petit monde&mdash;arbres,
-nids et fleurs&mdash;sur lequel il régnait et qui tenait
-à toutes les fibres de son cœur? «Pas un de ces<span class="pagenum"><a name="Page_436" id="Page_436">[436]</a></span>
-amis ne manque à l’appel, dit-il quelque part.
-Voici le cytise des Alpes, dont les grappes élégantes
-étalent plus d’or que notre budget n’en réclame.
-La pervenche se tapit entre les dernières violettes
-et les premiers lilas. Les églantiers s’entrelacent
-aux aubépines à fleurs roses. Les panaches des
-acacias, plus pressés d’habitude, ont attendu que
-les tilleuls fussent prêts. Les marronniers ont leurs
-aigrettes. Les clématites, aux vagues parfums, me
-sont dénoncées par un essaim d’abeilles, qui vont
-leur demander leur miel. Les plantes grimpantes
-montent à l’assaut de mon toit. Et les nids! Je les
-reconnais. On dirait que ce sont les mêmes. Les
-pères et mères ne se défient pas de mon hospitalité...
-Je les vois tous à leur place: le nid de tourterelles
-sur le grand pin; le nid de loriots sur le
-peuplier de Virginie. A une branche de l’érable,
-le nid de merles; dans le massif de noisetiers, le
-nid de fauvettes; dans une touffe de fusains, le nid
-de chardonnerets<a name="FNanchor_452_452" id="FNanchor_452_452"></a><a href="#Footnote_452_452" class="fnanchor">[452]</a>.»</p>
-
-<p>L’hiver même n’interrompait pas tout à fait ses
-promenades, bien que l’anémie dont il avait été
-atteint en juillet 1870 et dont il ne s’était jamais
-très bien guéri, l’eût rendu extrêmement frileux.
-Il y avait, de sa maison au pont d’Avignon, un
-chemin abrité par une colline boisée de chênes
-verts, de micocouliers et surtout d’oliviers, en
-plein midi, en plein soleil. Il l’appelait <i>le Cagnard</i>,
-et, même en décembre, même en janvier, il allait<span class="pagenum"><a name="Page_437" id="Page_437">[437]</a></span>
-y faire concurrence aux lézards et y rêvasser à ses
-articles.</p>
-
-<p>Hiver comme été cependant, la plupart de ses
-après-midi se passaient dans son salon, où il lisait
-le livre du jour et d’un crayon rapide l’annotait
-pour le mieux juger à l’occasion. Le vendredi
-seulement, laissant là livres et crayon, il recevait
-ses amis. Dans ces réunions, qui étaient une fête
-pour la société avignonnaise, il déployait toutes
-les grâces de son esprit. Aux Angles, comme autrefois
-à Paris, on lui pouvait appliquer le mot de
-Montaigne: «Il n’est rien à quoy il semble que
-la nature l’aye plus acheminé que pour la Société.»</p>
-
-<p>Les autres jours de la semaine, d’ailleurs, les
-visiteurs n’étaient pas rares, et pas n’était
-besoin qu’ils portassent un nom connu dans le
-monde ou dans les lettres, pour qu’ils fussent
-assurés de recevoir un gracieux accueil. Je laisse
-à l’un de ceux qui l’ont vu alors le plus souvent et
-de plus près le soin de nous dire ce qu’était Pontmartin
-dans ce salon des Angles, où il avait désormais
-renfermé sa vie:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Dès qu’on entrait, quel cordial accueil, quelle poignée
-de main bien franche et bien sincère, et comme il était facile
-de lire sur cette physionomie intelligente et fine, dans cet
-œil souriant presque avec gratitude: Soyez le bienvenu. Il
-jetait le livre commencé, semblant dire: A demain les
-affaires sérieuses, et venait invariablement se placer dans
-son grand fauteuil adossé au mur et au coin de la cheminée.
-Il affectionnait cette place, d’où son œil pouvait embrasser
-le parc merveilleux qui se déroulait sous ses fenêtres, les<span class="pagenum"><a name="Page_438" id="Page_438">[438]</a></span>
-vertes pelouses baignées par l’ombre des marronniers séculaires.
-Peu à peu la conversation s’engageait à bâtons
-rompus, comme une de ces parties de chasse où on jette une
-pierre dans les touffes que l’on rencontre. C’était l’événement
-du jour, l’actualité, une anecdote du temps jadis à
-propos d’un souvenir évoqué par une ligne de journal. Puis
-la conversation s’élevait peu à peu, elle gagnait les hauteurs
-par des méandres capricieux, par des chemins détournés,
-s’arrêtant dans une clairière pour y cueillir un mot, un trait
-d’esprit, comme une fleur aux chatoyantes couleurs, s’enfonçant
-sous bois et arrivant enfin sur un plateau découvert,
-d’où l’on pouvait voir de vastes horizons. L’éminent écrivain
-jugeait alors d’un mot ou d’un aperçu une œuvre, un auteur,
-une époque littéraire, mais brièvement, sans tirades, d’un
-trait, sans la moindre pédanterie. Car Armand de Pontmartin
-était un merveilleux causeur. Il déployait dans la causerie
-les grâces naturelles de son esprit si fin et si primesautier.
-Il avait beaucoup vu et beaucoup retenu. Sa
-mémoire était des plus fidèles, et il y puisait comme dans
-un inépuisable répertoire. Il avait connu presque toutes les
-illustrations littéraires du siècle, et un sténographe n’eût
-pas perdu son encre à recueillir les anecdotes et les menus
-faits qu’il égrenait au cours de la conversation. Il a comparé
-lui-même la causerie de certaines grandes dames des salons
-qu’il avait fréquentés, à de la dentelle fine. La sienne était
-bien de la dentelle, mais une dentelle tissée d’un fil aussi
-solide que délié et où il laissait percer la grâce aristocratique
-du gentilhomme unie à la finesse du lettré. C’était,
-en un mot, le plus séduisant des causeurs. Et ce qui ajoutait
-plus de charmes à la séduction qu’il exerçait sur l’esprit
-de son interlocuteur, c’est qu’on n’y apercevait pas
-la moindre trace de coquetterie. La grâce était toute naturelle
-et sans le moindre effort<a name="FNanchor_453_453" id="FNanchor_453_453"></a><a href="#Footnote_453_453" class="fnanchor">[453]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_439" id="Page_439">[439]</a></span></p>
-
-<p class="p1">Longue serait la liste des visiteurs, des amis,
-pour qui c’était une fête de faire le pèlerinage des
-Angles.</p>
-
-<p>L’évêque de Nîmes, M<sup>gr</sup> Besson, lui-même écrivain
-très distingué<a name="FNanchor_454_454" id="FNanchor_454_454"></a><a href="#Footnote_454_454" class="fnanchor">[454]</a>, était particulièrement fier de
-son diocésain; toutes les fois que s’offrait à lui l’occasion
-de l’aller voir, il était heureux de la saisir.
-Quand Pontmartin avait l’honneur de recevoir son
-évêque, il ne manquait jamais de me l’écrire et de
-m’associer&mdash;de loin&mdash;à sa joie. Elle était complète
-lorsqu’il pouvait faire asseoir à sa table, le
-même jour, M<sup>gr</sup> Besson et son vieil ami Léopold de
-Gaillard.</p>
-
-<p>Par une heureuse fortune pour Pontmartin, en
-même temps qu’il abandonnait définitivement
-Paris, M. de Gaillard renonçait également à la
-capitale; le 25 février 1879, il donnait sa démission
-de conseiller d’État et venait habiter son château
-de Bellevue, près Bollène (Vaucluse), à quelques
-lieues seulement des Angles. Si les deux<span class="pagenum"><a name="Page_440" id="Page_440">[440]</a></span>
-amis, retenus chez eux par des occupations diverses,
-n’allaient guère qu’une fois ou deux par an
-l’un chez l’autre, dans l’intervalle de ces visites,
-que de bonnes rencontres à Avignon! Une ou deux
-fois au moins chaque mois, jusqu’à la fin de 1887,
-époque où la fatigue de Léopold de Gaillard devint
-trop grande, on se donnait rendez-vous à l’<i>Hôtel de
-l’Europe</i>. A ces déjeuners mensuels, à ces «rendez-vous
-de l’omelette», ajoutez des lettres sans nombre,
-si bien qu’en réalité leur amitié ne connais-pas
-l’absence.</p>
-
-<p>Dirai-je maintenant tous ceux qui, habitant à
-Avignon ou dans le voisinage, étaient les hôtes
-habituels du salon des Angles? Je n’en veux citer
-que quelques-uns, parmi les plus fidèles: le docteur
-Cade, M. Augustin Canron, un journaliste et
-un érudit (ceci n’est point un pléonasme), le bon
-poète Roumanille, M. de Roubin, M. Alfred Coulondres,
-ancien magistrat, homme grave, spirituel
-et savant, M. François Seguin, imprimeur et directeur
-de l’<i>Union de Vaucluse</i>, pour lequel Pontmartin,
-qui avait tant fait gémir la presse, éprouvait
-une particulière sympathie, en raison surtout de sa
-fidélité à des principes héréditaires dans sa famille,
-on pourrait dire sa dynastie; car il y a deux
-siècles que les Seguin pratiquent l’art de Guttemberg,
-et toujours pour en faire un usage bon et
-sain.</p>
-
-<p>Le soir venu, quand ses hôtes étaient partis,
-Pontmartin éprouvait un charme mélancolique à
-évoquer les jours évanouis, ses souvenirs de jeunesse,<span class="pagenum"><a name="Page_441" id="Page_441">[441]</a></span>
-et surtout ces deux dernières années de la
-Restauration, dont rien n’égala jamais la douceur
-et l’éclat. Il se reporte par la pensée à ses promenades
-sous les arbres du Luxembourg ou sous les
-galeries de l’Odéon, aux leçons de Villemain ou
-de Cousin, ou encore à cette soirée de novembre
-1829, où il alla, avec un de ses camarades de
-collège, entendre <i>Guillaume Tell</i> à l’Opéra. Il
-revoit le rideau qui se lève sur le chœur <i>Quel jour
-serein pour nous s’apprête!</i> Il croit entendre encore
-l’exquise romance du pêcheur, <i>Accours dans ma
-nacelle!</i> puis le foudroyant appel de Guillaume:
-<i>Il chante et l’Helvétie pleure sa liberté!</i> Et le lendemain,
-il écrit:</p>
-
-<p class="pbq p1">Doux et lointain souvenir! Il y a de cela cinquante-huit
-ans. Depuis longues années, je n’entends plus d’autre
-musique que celle de mes rossignols et de mes cigales. Mais
-souvent, le soir, dans ce demi-sommeil où l’âme se détache
-des choses présentes, où ne veillent plus que les songes,
-j’évoque ces images du passé. Plongé dans mon vieux fauteuil,
-je me chante à moi-même, sans ouvrir la bouche, ces
-airs, ces <i>duos</i>, ces cantilènes, dont se berça ma jeunesse. On
-me croit endormi, tandis que défilent devant moi les créations
-pathétiques ou riantes, tragiques ou bouffonnes, mais
-toujours mélodieuses, de Rossini, de ses émules et de ses
-meilleurs disciples: Sémiramide et Desdemona, Ninetta et
-Rosine, Assur et Otello, Figaro et don Magnifico, Edgardo
-et Lucia, Norina et don Pasquale, Elvino et Amina, Alice et
-Robert, Valentine et Raoul, Fidès et Sélika; et, avec eux,
-leurs interprètes, Rubini et Lablache, Ronconi et Mario,
-Tamburini et Julia Grisi, M<sup>me</sup> Malibran et sa sœur Pauline
-Viardot, Garcia et Alboni. Si la musique était belle, les
-auditoires n’étaient pas moins beaux. Où sont-elles, les célébrités
-de l’élégance, de l’art, de la poésie, du théâtre, du<span class="pagenum"><a name="Page_442" id="Page_442">[442]</a></span>
-blason, de la richesse? Dans quelle nécropole faut-il les
-chercher? Les robes de soie et de velours sont devenues des
-suaires; les figures sont des fantômes, les fantômes sont des
-spectres, les spectres sont des squelettes, les squelettes sont
-des ombres. C’est à peine si les petites-filles savent les noms
-de leurs aïeules, qui inspirèrent les poètes, les romanciers et
-les artistes, qui eurent elles-mêmes leurs romans, qui firent
-battre les cœurs des <i>dandys</i> les plus éblouissants, des plus
-brillants officiers de la garde royale et de l’armée, et qui
-constellaient les loges de leur beauté, de leurs sourires. Où
-sont les fleurs de leur corsage, les diamants et les perles de
-leurs colliers? O vanité! ô néant! C’est triste; ce serait lugubre
-et navrant, si, au bout de ces mélodies profanes, on ne
-récitait un <i>Pater</i> et un <i>Ave</i>, si, après ces litanies mondaines,
-on ne répétait les véritables: «<i>Rosa mystica!</i> Rose mystique,
-qui fleurit dans le ciel, et ne se fanera jamais! <i>Stella matutina!</i>
-Étoile du matin, d’un matin qui n’aura pas de soir,
-d’un jour qui n’aura pas de nuit<a name="FNanchor_455_455" id="FNanchor_455_455"></a><a href="#Footnote_455_455" class="fnanchor">[455]</a>!»</p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>Pontmartin avait soixante-sept ans quand il se
-retira ainsi aux Angles. L’âge est venu, mais non
-la <i>paresse de la vieillesse</i>, celle dont Tacite a dit:
-<i>Invisa primum desidia postremo amatur</i>. Avec une
-régularité plus grande encore que par le passé,
-il enverra à la <i>Gazette de France</i> sa causerie hebdomadaire.
-S’il lui arrive parfois d’avoir une heure
-de découragement, ce ne sont pas seulement ses
-amis les plus anciens, ses vieux coreligionnaires
-et à leur tête Léopold de Gaillard, qui lui demandent<span class="pagenum"><a name="Page_443" id="Page_443">[443]</a></span>
-de ne pas interrompre ses Semaines littéraires;
-c’est Cuvillier-Fleury, qui lui écrit: «Non,
-vous ne renoncerez pas à cette tribune littéraire,
-bien souvent politique de la <i>Gazette</i>, où vous vous
-honorez si grandement par le talent, la vivacité et
-la sincérité de l’esprit, l’originalité souvent familière,
-toujours spirituelle<a name="FNanchor_456_456" id="FNanchor_456_456"></a><a href="#Footnote_456_456" class="fnanchor">[456]</a>.» Et Cuvillier-Fleury
-ajoutait, à propos d’un article de Pontmartin en
-réponse à une attaque de M. Émile Zola<a name="FNanchor_457_457" id="FNanchor_457_457"></a><a href="#Footnote_457_457" class="fnanchor">[457]</a>: «Vous
-avez traité Zola avec une douceur féline qui a dû
-faire sortir toutes ses griffes, <i>suaviter in modo, fortiter
-in re</i>. Voilà le <i>Figaro</i> qui vous complimente
-après vous avoir immolé. C’est le Capitole après
-la Roche Tarpéienne. N’importe, j’aime mieux cela.<span class="pagenum"><a name="Page_444" id="Page_444">[444]</a></span>
-On vous a beaucoup lu, et on a beaucoup admiré
-cette grande possession que vous avez montrée de
-vous-même. On attendait de vous un éreintement
-de première grandeur; vous avez préféré un enterrement
-de première classe.»</p>
-
-<p>C’est précisément parce que la <i>Gazette de France</i>
-était une tribune <i>politique</i>, ainsi que l’écrivait
-Cuvillier-Fleury, que Pontmartin ne pouvait pas,
-ne voulait pas la déserter. Il combat la République
-depuis le jour où elle est née; il la combattra
-jusqu’à la fin. Il continuera donc de parler encore
-littérature, roman, poésie, mais à la condition de
-terminer chacun de ses articles par un mot, par
-un cri, toujours le même: <i>Delenda est res... punica</i>.
-Même quand la République se présente sous
-des apparences modérées, il refuse d’être dupe;
-ni la houlette et la panetière, dont parfois elle
-s’affuble, ne le trompent, et sous le déguisement
-de ce faux berger il a vite reconnu Guillot le sycophante.
-Quand des Religieux, comme le Père
-Didon ou le Père Maumus, prêchent le ralliement
-et annoncent le prochain avènement d’une République
-chrétienne, il leur répond:</p>
-
-<p class="pbq p1">C’est là un beau rêve, qui pourrait être, au besoin,
-contresigné par M. de La Palice, mais c’est un rêve. La
-République ressemble à ces vins frelatés qui s’aigrissent en
-vieillissant... L’expérience prouve que la République est
-forcée de marcher toujours, soit à reculons, pour refluer
-vers la dictature, soit en avant pour verser dans le radicalisme
-et le jacobinisme. Je me souviens d’une très amusante
-pièce de M. Labiche, où Hyacinthe jouait le rôle d’un
-fabricant de bougies de l’<i>Aurore boréale</i>. On lui faisait<span class="pagenum"><a name="Page_445" id="Page_445">[445]</a></span>
-observer que ses bougies coulaient et n’éclairaient pas.&mdash;«Si
-elles éclairaient et ne coulaient pas, répliquait-il avec
-un sang-froid superbe, elles ne seraient pas de l’<i>Aurore
-boréale</i>.»&mdash;Si la République pouvait se fixer dans un
-programme d’amabilité, d’honnêteté, de modération,
-d’équité, de tolérance, de libéralisme sincère, elle ne serait
-pas la République<a name="FNanchor_458_458" id="FNanchor_458_458"></a><a href="#Footnote_458_458" class="fnanchor">[458]</a>.</p>
-
-<p class="p1">De telles pages, on en rencontre à chaque
-instant dans les Causeries de Pontmartin, et c’est
-pourquoi, bien loin d’avoir vieilli, elles sont
-plus <i>actuelles</i> que jamais.</p>
-
-<p>De Semaine en Semaine, il semblait rajeunir,
-et ses amis, en présence de ce perpétuel jaillissement
-d’esprit et de talent, ne pouvaient croire
-qu’il eût définitivement renoncé à toute idée de
-retour à Paris. Pour ma part, toutes les fois qu’il
-m’arrivait d’y aller, je le suppliais de venir m’y
-rejoindre. Toujours charmantes, ses réponses
-étaient toujours négatives. Telle, par exemple,
-cette lettre du 21 avril 1880:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Je n’ai pas le courage de me décider. Tout à l’heure,
-je me promenais seul dans mon allée de marronniers où
-je voudrais tant me promener avec vous. Je pesais le <i>pour</i>
-et le <i>contre</i> de ce voyage: d’un côté, le plaisir de rentrer
-un moment dans la vie littéraire, de retrouver quelques
-figures amies, de m’asseoir dans un fauteuil d’orchestre du
-Théâtre-Français, de faire quelques visites au Salon, dont
-je ne rends plus compte; de l’autre, la nuit en chemin de
-fer, la chance de tomber malade dans un hôtel comme en
-1877, la difficulté de se procurer tous ces petits détails de<span class="pagenum"><a name="Page_446" id="Page_446">[446]</a></span>
-bien-être et de <i>chez soi</i>, dont on ne s’aperçoit que quand
-ils vous manquent. J’étais exactement comme l’âne de
-Buridan entre deux bottes de chardons d’égale grosseur.
-Tout à coup, j’ai entendu le premier rossignol de l’année,
-qui commençait sa mélodieuse chanson dans un massif
-d’érables; ce n’est rien, et pourtant le gazouillement de ce
-petit oiseau m’a presque décidé au parti le plus sage, c’est-à-dire
-le plus sédentaire. Ne vous semble-t-il pas qu’un
-poète pourrait rimer là-dessus quelques jolies stances ou un
-sonnet presque sans défauts? Mais la poésie, c’est la jeunesse;
-la jeunesse, c’est le vrai printemps; ce rossignol, dont j’ai
-probablement entendu chanter les ancêtres les plus lointains,
-n’avait pour moi que le charme mélancolique d’un
-fugitif retour au passé<a name="FNanchor_459_459" id="FNanchor_459_459"></a><a href="#Footnote_459_459" class="fnanchor">[459]</a>.</p>
-
-<p class="p1">L’année suivante, je revenais à la charge, mais
-sans plus de succès. Il me répondait, le 7 novembre
-1881: «Vous me demandez si je n’ai pas
-idée d’aller à Paris au mois de décembre. Hélas!
-j’ai l’idée contraire. Il ne faut pas que la surabondance
-de mes écritures vous fasse illusion sur mon
-âge et sur ma santé. Et puis, décembre est bien
-froid ou bien humide, avec des jours bien courts,
-des rues bien boueuses et des boulevards bien
-bruyants. Bizarre contraste! Le sage Biré m’engage
-à venir à Paris, et Ludovic Halévy, l’auteur
-d’<i>Orphée aux Enfers</i>, le boulevardier par excellence,
-m’écrivant pour me remercier d’un article, ajoutait
-récemment: ‘Ne venez pas à Paris! Vous ne le
-reconnaîtriez pas. Il n’est plus digne de vous.’»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_447" id="Page_447">[447]</a></span></p>
-
-<p>S’il ne va plus à Paris, il y enverra du moins
-ses volumes, à raison de deux par an. En 1879, il
-publia la dix-septième et la dix-huitième série des
-<i>Nouveaux Samedis</i>; en 1880, la dix-neuvième et la
-vingtième.</p>
-
-<p>Ce tome XX des <i>Nouveaux Samedis</i> n’était rien
-moins que le vingt-neuvième volume des <i>Causeries</i>.
-«Si nous adoptions un nouveau titre?» lui écrivit
-son éditeur, M. Calmann-Lévy. Pontmartin, légèrement
-piqué, proposa, un peu <i>ab irato</i>: <i>Souvenirs
-posthumes</i>, ou <i>Causeries posthumes</i>. Au fond,
-M. Calmann-Lévy avait raison, et, d’un commun
-accord, on adopta, pour les séries futures, le titre
-de <i>Souvenirs d’un vieux critique</i>.</p>
-
-<p>Le premier volume des <i>Souvenirs</i> parut au mois
-de juillet 1881, avec cette dédicace:</p>
-
-<p class="pep p1">A<br />
-MA CHÈRE FILLE<br />
-JEANNE D’HONORATI<br />
-VICOMTESSE HENRI DE PONTMARTIN<br />
-HOMMAGE<br />
-DE RECONNAISSANCE ET DE TENDRESSE</p>
-<p class="pr6">A. DE PONTMARTIN.</p>
-
-<p class="p1">Le mariage de son fils avait eu lieu le 27 avril
-précédent. En me l’annonçant, le 16 avril, il terminait
-ainsi sa lettre: «Je vous embrasse de cœur
-dans toute l’effusion d’une honnête joie.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_448" id="Page_448">[448]</a></span></p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>Bien des fois, je l’avais engagé à écrire ses <i>Mémoires</i>.
-Il me répondait que ses vrais Mémoires,
-les seuls qu’il pût avoir la prétention de publier, il
-les écrivait au jour le jour dans ses Causeries. Tel
-était aussi, du reste, l’avis de Cuvillier-Fleury, qui,
-dans une lettre du 3 mai 1880, lui disait: «Vos
-feuilletons prennent figure de <i>mémoires</i> «pour servir
-à l’histoire de notre temps», presque aussi
-politiques que ceux de M. Guizot, et plus mêlés de
-littérature, de souvenirs personnels et de commérages
-friands. On les savoure et on en garde le
-goût comme d’un mets délicatement épicé. Tout
-est là, être délicat dans un siècle qui ne l’est plus.»</p>
-
-<p>Un jour vint cependant où, se trouvant de loisir,&mdash;c’était
-au mois d’août 1881,&mdash;il prit une
-belle feuille de papier, inscrivit en tête ces deux
-mots: <i>MES MEMOIRES</i>, écrivit d’un trait le premier
-chapitre et l’envoya au <i>Correspondant</i><a name="FNanchor_460_460" id="FNanchor_460_460"></a><a href="#Footnote_460_460" class="fnanchor">[460]</a>. Au
-bout de quatre ou cinq mois, le volume était fait
-et conduisait le lecteur jusqu’à l’année 1832.</p>
-
-<p>Critique, Pontmartin avait eu à juger les Mémoires
-et les Confidences de nos <i>illustres</i>, Chateaubriand,
-Lamartine, Alexandre Dumas, George Sand,<span class="pagenum"><a name="Page_449" id="Page_449">[449]</a></span>
-et il ne s’était pas fait faute de condamner chez
-eux l’abus de la personnalité, ces complaisances
-du <i>Moi</i>, qui les avaient conduits à entretenir le
-public de tout ce qu’ils avaient fait depuis le
-berceau, de leurs enfantillages, de leurs espiègleries,
-de leurs bonnes fortunes, de leur mérite, de
-leur vertu, de leur talent. Il ne les imitera donc
-pas; mais,</p>
-
-<p class="pc1 reduct">Souvent la peur d’un mal entraîne dans un autre.</p>
-
-<p class="p1">Comme il est bien décidé à ne point se poser en
-héros de sa propre histoire; comme il s’efforce de
-se dégager de toute préoccupation d’amour-propre,
-il arrive qu’il s’en dégage trop. Il semble qu’il
-éprouve surtout le besoin de ne pas se grandir, de
-diminuer sa personne et ses succès. Au lieu de
-chercher seulement en lui-même les éléments d’intérêt,
-il les cherche volontiers ailleurs, et il est
-ainsi conduit à ne pas serrer la réalité d’assez près,
-à substituer son imagination à sa mémoire et à
-<i>romancer</i> ses souvenirs. Obligé de faire le départ
-de ce qui est exact et de ce qui a cessé de l’être,
-le lecteur, dépaysé, perd confiance, résiste à son
-plaisir et ne goûte plus, comme il le faudrait, tant
-de pages charmantes, où la modestie la plus sincère
-se relève de l’esprit le plus piquant.</p>
-
-<p>Pontmartin avait terminé la préface de ce premier
-volume, en disant: «Je commence, au risque,
-hélas! de ne jamais finir.» Ce fut seulement
-quatre ans après, en 1885, qu’il se décida à donner<span class="pagenum"><a name="Page_450" id="Page_450">[450]</a></span>
-la suite: <i>MES MÉMOIRES. SECONDE JEUNESSE</i><a name="FNanchor_461_461" id="FNanchor_461_461"></a><a href="#Footnote_461_461" class="fnanchor">[461]</a>.</p>
-
-<p>Ce nouveau volume allait de 1832 à 1845, du
-retour à Avignon au départ pour Paris. Il renfermait,
-sur Berryer, un chapitre qui ne laissa pas
-de surprendre. Pontmartin autrefois, en 1837 et
-1839, avait très bien parlé du grand orateur<a name="FNanchor_462_462" id="FNanchor_462_462"></a><a href="#Footnote_462_462" class="fnanchor">[462]</a>. Plus
-tard, en 1869, sans renier sa première admiration,
-il avait atténué ses louanges et élevé quelques chicanes<a name="FNanchor_463_463" id="FNanchor_463_463"></a><a href="#Footnote_463_463" class="fnanchor">[463]</a>.
-Cette fois, son jugement était d’une sévérité
-qui allait jusqu’à l’injustice. D’où était venu
-ce changement? Dans ce chapitre même, avec une
-entière franchise, avec cette bonne foi dont il ne
-se départait jamais, il en donnait la raison. Tandis
-que de grands artistes, des écrivains célèbres, des
-hommes d’État plus ou moins étrangers à la cause
-royaliste, Meyerbeer, Eugène Delacroix, Paul Delaroche,
-Berlioz, Molé, Cousin, Guizot, Villemain,
-Dupanloup, Montalembert, lui prodiguaient des
-marques de sympathie, Berryer le traitait en inconnu<a name="FNanchor_464_464" id="FNanchor_464_464"></a><a href="#Footnote_464_464" class="fnanchor">[464]</a>.
-Le grief était mince et ne justifiait guère
-ces représailles contre le chef du parti que lui-même
-avait si persévéramment et si noblement servi,
-contre celui que Jules Janin avait si bien défini un
-jour: «Cet admirable et charmant Berryer<a name="FNanchor_465_465" id="FNanchor_465_465"></a><a href="#Footnote_465_465" class="fnanchor">[465]</a>.»</p>
-
-<p>Je ne cachai pas à Pontmartin ma tristesse et<span class="pagenum"><a name="Page_451" id="Page_451">[451]</a></span>
-ma désapprobation. Je le suppliai de ne pas reproduire
-dans le volume les pages publiées dans le <i>Correspondant</i><a name="FNanchor_466_466" id="FNanchor_466_466"></a><a href="#Footnote_466_466" class="fnanchor">[466]</a>,
-ou tout au moins de les modifier. Il
-me le promit. A quelques jours de là, parut une
-réplique de M. Charles de Lacombe<a name="FNanchor_467_467" id="FNanchor_467_467"></a><a href="#Footnote_467_467" class="fnanchor">[467]</a>: elle eut
-pour résultat de décider Pontmartin à maintenir
-son premier texte. Il le fit suivre, dans son volume,
-d’une note ainsi conçue:</p>
-
-<p class="pbq p1">Cédant aux instances de mon ami Edmond Biré, j’allais
-retoucher, atténuer, adoucir, abréger ce chapitre, lorsque le
-<i>Correspondant</i> a publié le beau travail de mon éminent confrère
-et ami, Charles de Lacombe. Sans nul doute, ce travail,
-où Charles de Lacombe réfute la plupart de mes récits,
-paraîtra bientôt en volume. Dès lors, je craindrais de lui
-jouer un mauvais tour en supprimant les détails contre lesquels
-il proteste. Il aurait trop l’air de s’agiter dans le vide...
-J’ajoute que, bien différent des plaideurs ordinaires, je
-désire avoir tort.</p>
-
-<p class="p1">Il avait tort très certainement. Encore un peu
-de temps, et il le reconnaîtra. Il confessera son
-erreur avec une générosité de cœur, avec une
-noblesse d’âme, qui ne laisseront rien subsister de
-la faute commise. En 1888, rendant compte, précisément
-dans le <i>Correspondant</i><a name="FNanchor_468_468" id="FNanchor_468_468"></a><a href="#Footnote_468_468" class="fnanchor">[468]</a>, d’un livre où
-j’avais longuement parlé de Berryer, il écrira ces
-quelques lignes:</p>
-
-<div class="pbq p1">
-
-<p class="p1">Le cœur! l’âme! qui en eut plus que Berryer, soit qu’il
-traitât à la tribune de la Chambre une question d’honneur
-ou d’intérêt national, soit qu’il plaidât un procès politique,<span class="pagenum"><a name="Page_452" id="Page_452">[452]</a></span>
-soit que, devant la cour d’assises, il se fît le défenseur d’accusés
-dont la tête était en jeu? Le cœur, l’âme, la conviction,
-la conscience, les plus nobles facultés qui puissent
-faire de la parole humaine, non pas un instrument merveilleux
-sous les doigts magiques d’un Thalberg ou d’un
-Paganini, mais l’expression d’un sentiment supérieur à
-toute pensée vulgaire, et en quelque sorte une délégation
-divine! N’a-t-il pas eu, en maintes circonstances, le droit de
-s’écrier: «Eh mon Dieu! on parle de fascination, de
-talent... Savez-vous ce que c’est que le talent pour un honnête
-homme? C’est d’étudier, c’est de sentir, c’est d’exprimer
-avec vérité ce qu’il a dans son cœur... Quand on sait
-rendre cela avec une émotion vraie, on est éloquent, on a
-du talent, et quelquefois on parvient à faire triompher la
-vérité dont on est convaincu.»</p>
-
-<p>Berryer a porté bonheur à Edmond Biré. Pour ma
-part, je lui dois un remerciement. Son livre me fournit
-l’occasion de faire amende honorable à une illustre
-mémoire; de réparer les malencontreuses chicanes que
-m’avaient suggérées de misérables griefs personnels, aujourd’hui
-perdus comme des grains de poussière dans un rayon
-de soleil. Eh! n’est-ce pas le soleil ou plutôt l’immortelle
-lumière qui se lève lorsque toutes les autres s’éteignent<a name="FNanchor_469_469" id="FNanchor_469_469"></a><a href="#Footnote_469_469" class="fnanchor">[469]</a>?</p></div>
-
-<p class="p1">La rédaction de ses deux volumes de <i>Mémoires</i>
-n’avait pas interrompu ses Semaines littéraires.
-De 1881 à 1887, il publia huit volumes des <i>Souvenirs
-d’un vieux critique</i>. Il allait être bientôt octogénaire,
-et sa verve, son entrain ne faiblissaient
-pas. Décidément, Henri Lavedan avait eu raison
-de dire en 1879: «<i>Vieux!</i> il ne le deviendra jamais!
-Ce n’est pas fait pour lui...» Ses lecteurs étaient
-surpris autant que charmés de cette jeunesse sans<span class="pagenum"><a name="Page_453" id="Page_453">[453]</a></span>
-cesse renouvelée. Cuvillier-Fleury lui écrivait, le
-30 mai 1883: «<i>J’envie</i> de plus en plus, quoique
-j’en profite tous les huit jours, cette <i>jeunesse persistante</i>
-de votre plume dont vos adversaires vous
-savent sans doute moins de gré...»</p>
-
-<p>Un autre académicien, M. Camille Rousset,
-l’historien de Louvois, lui écrivait, de son côté, le
-7 avril 1885: «Comment faites-vous, admirable
-magicien, pour rester toujours aussi jeune? En
-vérité, votre plume n’a jamais été plus vive, plus
-alerte, plus gracieuse et, dans l’occasion, plus
-acérée. Assurément, vous ne vous êtes pas donné
-au diable; mais à coup sûr, vous lui avez arraché
-le secret de Jouvence. Je vous en félicite et j’applaudis
-à votre bonne fortune qui devient celle de vos
-lecteurs.»&mdash;Il lui écrira encore, le 15 juillet 1889:
-«Vos deux articles sont magnifiques, pleins de
-choses, pleins d’idées, surtout pleins de cœur.
-Quelle variété! quelle verve! quel entrain! quelle
-jeunesse!»</p>
-
-<h3>IV</h3>
-
-<p>«J’ai commencé ce matin l’article numéro
-<i>mille</i><a name="FNanchor_470_470" id="FNanchor_470_470"></a><a href="#Footnote_470_470" class="fnanchor">[470]</a>, auquel je désespérais d’atteindre; après
-quoi, nous verrons si je dois me reposer, ou continuer
-mon radotage sénile...» Ainsi m’écrivait<span class="pagenum"><a name="Page_454" id="Page_454">[454]</a></span>
-Pontmartin, le 31 janvier 1887. Comme il était
-toujours en avance à la <i>Gazette</i>, l’article ne fut
-publié que le dimanche 24 avril<a name="FNanchor_471_471" id="FNanchor_471_471"></a><a href="#Footnote_471_471" class="fnanchor">[471]</a>. Il s’était amusé
-à en disposer ainsi l’en-tête:</p>
-
-<p class="pc1"><i>M</i></p>
-
-<table id="tt1" summary="tb1">
-
- <tr>
- <td class="tdl"><i>1,000</i></td>
- <td class="tdr"><i>Mille</i></td>
-
- </tr>
-
-</table>
-
-<p class="pi4">J’ai mis dans le mille.</p>
-<p class="pc reduct">(Pomadour&mdash;<span class="smcap">Eugène Labiche.</span>&mdash;<i>29 degrés à l’ombre.</i>)</p>
-
-<p class="p1">Le jour même où paraissait le <i>millième</i> article,
-l’Ermite des Angles voyait entrer dans son salon
-deux rédacteurs de la <i>Gazette de France</i>, M. Louis
-de La Roque et M. Henri Poussel, qui venaient,
-au nom de M. Gustave Janicot et de son
-journal, lui offrir un encrier d’honneur. MM. de
-La Roque et Poussel s’étaient adjoint, pour remplir
-leur mission, deux vieux amis du vieux critique,
-le poète Roumanille<a name="FNanchor_472_472" id="FNanchor_472_472"></a><a href="#Footnote_472_472" class="fnanchor">[472]</a> et M. Augustin Canron<a name="FNanchor_473_473" id="FNanchor_473_473"></a><a href="#Footnote_473_473" class="fnanchor">[473]</a>,<span class="pagenum"><a name="Page_455" id="Page_455">[455]</a></span>
-l’un des plus anciens journalistes de province.</p>
-
-<p>En termes émus, M. de La Roque exprima les
-sentiments de M. Janicot et de ses collaborateurs
-envers le maître qui, depuis près de vingt-cinq
-ans, n’avait pas cessé de donner à tous l’exemple du
-travail; qui, depuis un quart de siècle, avait toujours
-été à la peine, et aussi, grâce au ciel, à l’honneur.
-«C’est l’amitié, dit-il en terminant, qui, en
-ce jour, rend hommage au talent, au caractère et
-à la fidélité.»</p>
-
-<p>Pontmartin remercia par de touchantes paroles;
-puis, tout émerveillé, lui, l’infatigable écrivain que
-l’encre avait si souvent grisé, il se prit à contempler,
-avec une joie d’enfant, le magnifique encrier
-qui allait être désormais le sien.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_456" id="Page_456">[456]</a></span></p>
-
-<p>Le sujet allégorique de cette belle pièce, en
-argent ciselé, représente une urne renversée sur
-laquelle s’appuient deux Amours et d’où s’échappe
-une nappe d’eau coulant dans une vasque, ornée
-de deux cartouches style Louis XV. Sur celui de
-droite, on lit l’inscription suivante: «La <i>Gazette
-de France</i> à Pontmartin, 24 avril 1887», et sur
-celui de gauche se trouvent gravées les armoiries
-de sa famille, qui sont: <i>d’azur à une porte coulissée
-et renversée d’argent, mouvante du côté droit
-de l’écu et accompagnée d’un lion d’or armé, lampassé
-et couronné de gueules</i>.</p>
-
-<p>Cette fête du <i>Millième</i> avait eu un caractère
-intime. Dans les départements de la région du Sud-Est,
-où l’écrivain comptait tant d’admirateurs et
-d’amis, on décida de faire en son honneur une manifestation
-d’un caractère plus général et qui serait,
-d’ailleurs, exclusivement littéraire. L’<i>Union de Vaucluse</i>
-et les principales feuilles du Midi ouvrirent une
-souscription dont les fonds devaient être consacrés
-à l’exécution de deux bustes de M. de Pontmartin:
-l’un, en marbre, qui lui serait offert; l’autre, en
-bronze, qui serait placé dans le Musée d’Avignon.</p>
-
-<p>Plusieurs journaux de Paris, de ceux-là mêmes
-qui combattaient les opinions de l’auteur des <i>Samedis</i>,
-envoyèrent leur adhésion. Sous ce titre: <i>les
-Noces d’or de M. de Pontmartin</i>, Francisque Sarcey
-rendit un complet hommage à son caractère et à
-son talent. «Ce n’est pas peu de chose, écrivait-il,
-d’avoir durant tant d’années dirigé l’opinion d’une
-foule d’honnêtes gens, d’avoir toujours témoigné<span class="pagenum"><a name="Page_457" id="Page_457">[457]</a></span>
-d’une justice, au moins relative, même envers des
-adversaires, d’avoir toujours respecté sa plume,
-aimé les lettres, et de se trouver encore, à l’âge où
-l’on a depuis longtemps pris sa retraite, à la tête
-du mouvement, entouré de la considération et de
-la sympathie universelles.»</p>
-
-<p>En publiant, le 31 juillet 1887, sa première
-liste de souscription, l’<i>Union de Vaucluse</i> la faisait
-précéder de la lettre suivante, écrite au nom de
-M<sup>gr</sup> Vigne, archevêque d’Avignon:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pi4 p1">Cher monsieur,</p>
-
-<p>M<sup>gr</sup> l’archevêque me confie l’agréable mission de vous
-transmettre sa souscription au buste de notre cher et
-illustre compatriote, M. le comte Armand de Pontmartin,
-et de féliciter en même temps, en son nom, ceux qui ont eu
-l’inspiration et pris l’initiative d’élever un monument à la
-gloire de notre éminent critique.</p>
-
-<p>Cet hommage ne s’adresse pas seulement à l’écrivain
-distingué dont l’incomparable talent a jeté un si vif éclat
-sur la littérature française, mais encore à l’homme de
-caractère et de cœur qui, constamment fidèle à toutes les
-grandes et saintes causes, n’a jamais cherché le succès que
-dans le culte de la religion, unique source du vrai, du bien
-et du beau, sans jamais rien demander à ces moyens dont
-tant d’autres abusent, et que sa plume éloquente et vengeresse
-flétrissait hier encore avec une si énergique indignation.
-A ce titre, votre entreprise doit trouver de l’écho dans
-toutes les âmes qui veulent honorer le talent et la vertu, et
-je lui souhaite un plein succès.</p>
-
-<p>Veuillez agréer, cher monsieur, l’assurance de mes sentiments
-bien respectueux et dévoués.</p>
-
-<p class="pr6"><span class="smcap">L. Plautin</span>,</p>
-<p class="pr0">Vic.-gén., secr. de M<sup>gr</sup> l’archevêque d’Avignon.</p></div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_458" id="Page_458">[458]</a></span></p>
-
-<p>Les souscripteurs atteignirent bientôt le chiffre
-de 580. Les fonds versés s’élevèrent à 6,768 fr. 25,
-somme qui dépassait de beaucoup celle demandée
-par le sculpteur.</p>
-
-<p>Sur les listes, à côté du Chef de la Maison de
-France, Monseigneur le comte de Paris, figuraient
-de hauts dignitaires de l’Église, des académiciens,
-des notabilités de tout genre, et, auprès des principaux
-représentants de l’aristocratie, des commerçants
-et des industriels, des ouvriers de la ville et
-de la campagne.</p>
-
-<p>On trouvera plus loin<a name="FNanchor_474_474" id="FNanchor_474_474"></a><a href="#Footnote_474_474" class="fnanchor">[474]</a> les noms de tous les
-souscripteurs. Signaler ici les uns et laisser les
-autres dans l’ombre, serait mal répondre au sentiment
-éprouvé par Pontmartin: les témoignages
-de sympathie auxquels il se montra le plus sensible
-furent ceux qui lui venaient des petits et des
-humbles.</p>
-
-<p>Beaucoup de souscripteurs accompagnaient leur
-cotisation dune lettre d’envoi; plusieurs de ces
-lettres méritent d’être reproduites.</p>
-
-<p>M<sup>gr</sup> de Dreux-Brézé, évêque de Moulins, faisait
-suivre son offrande de ces lignes:</p>
-
-<p class="pbq p1">Bien faible tribut des constantes sympathies de l’évêque
-de Moulins pour son ancien condisciple Pontmartin, alors
-concurrent désespérant, et depuis passé maître en tous les
-styles, hormis les styles académique et ennuyeux.</p>
-
-<p class="p1">M. de Belcastel, l’ancien et vaillant député de<span class="pagenum"><a name="Page_459" id="Page_459">[459]</a></span>
-la Haute-Garonne à l’Assemblée nationale de 1871,
-écrivait:</p>
-
-<p class="pbq p1">N’étant pas à Toulouse lorsque le <i>Messager</i> de cette ville
-a ouvert sa petite souscription pour le buste de votre grand
-écrivain, Armand de Pontmartin, je n’ai pas eu l’occasion
-d’y prendre part. Mais j’aurais un trop vif regret de ne pas
-m’inscrire au nombre des admirateurs de ce beau talent,
-qui a tout à la fois la grâce des fleurs de la Provence, la
-force, la santé et la longévité du vieux chêne gaulois...</p>
-
-<p class="p1">Voici quelques lettres d’académiciens.</p>
-
-<p>De M. Edmond Rousse:</p>
-
-<p class="pbq p1">Le nom de M. de Pontmartin est assurément un de ceux
-qui honorent le plus la littérature de notre temps. Sa vie
-est un bel exemple de probité littéraire; et son œuvre
-atteste, avec le talent de l’écrivain, le courage de l’homme
-et du citoyen. Je suis très heureux de joindre mon modeste
-hommage à tous les témoignages d’estime et de respect dont
-les amis des lettres doivent entourer ce grand homme de
-bien.</p>
-
-<p class="p1">De M. Désiré Nisard:</p>
-
-<p class="pbq p1">Je m’associe de grand cœur au sentiment qui a inspiré le
-projet d’offrir à M. de Pontmartin son buste en marbre
-comme un juste hommage rendu au talent, à la vieillesse si
-verte et si féconde, au caractère si honorable de l’illustre
-écrivain.</p>
-
-<p class="p1">De M. Émile Ollivier:</p>
-
-<p class="pbq p1">Monsieur, j’éprouve pour la personne de Pontmartin une
-sympathie cordiale et bien ancienne, puisqu’elle date des
-réunions de 1849, chez Joseph d’Ortigue. J’admire son
-talent souple, varié, à la fois charmant et élevé, embaumé
-de poésie et, à l’occasion, vibrant d’éloquence, et dans lequel
-la pointe malicieuse n’est que la bonne humeur d’un esprit<span class="pagenum"><a name="Page_460" id="Page_460">[460]</a></span>
-sain, ou la mise en relief du bon sens, et non l’échappée
-d’une âme maligne.</p>
-
-<p class="pbq">J’aurais voulu contribuer à le faire un de nos confrères
-à l’Académie. C’est vous dire que j’approuve fort la souscription
-dont vous avez pris l’initiative, et que je m’y associe
-avec empressement.</p>
-
-<p class="p1">Frédéric Mistral, qui est à lui seul toute une
-Académie, écrivait de Maillane:</p>
-
-<p class="pc1 mid"><i>GLORI A PONTMARTIN!</i></p>
-
-<p>Pontmartin,&mdash;et ce n’était pas l’un de ses
-moindres titres d’honneur,&mdash;avait toujours
-défendu la Compagnie de Jésus. Un jésuite, le
-Père Victor Delaporte<a name="FNanchor_475_475" id="FNanchor_475_475"></a><a href="#Footnote_475_475" class="fnanchor">[475]</a>, le poète des <i>Récits et
-Légendes</i>, à défaut d’autre obole, lui envoya ce
-sonnet:</p>
-
-<p class="pc1">A L’ENCRIER DES 1000 ARTICLES</p>
-
-<p class="pp8 p1">Encrier idéal, source de maint volume,<br />
-Fontaine de Vaucluse à la noire liqueur,<br />
-Le Maître, avec tes flots qui coulent de sa plume,<br />
-Laisse couler à flots son esprit et son cœur.</p>
-
-<p class="pp8 p1">Tu bouillonnes toujours et tu n’as point d’écume;<br />
-Le Maître, juge, arbitre, artiste, chroniqueur,<br />
-Puise en ta profondeur claire et sans amertume<br />
-<span class="pagenum"><a name="Page_461" id="Page_461">[461]</a></span>Son style ferme et franc&mdash;malin, mais non moqueur.</p>
-
-<p class="pp8 p1">Sous ses doigts l’encre tombe en gouttes de lumière,<br />
-Faisant éclore au jour toute fleur printanière,<br />
-Reflétant à la fois l’or et l’azur du ciel;</p>
-
-<p class="pp8 p1">Qu’on grave sur tes flancs, merveilleuse écritoire,<br />
-Pour éloge, ou devise unique dans l’histoire:<br />
-<i>Cinquante ans de critique! et... pas un jour de fiel</i>.</p>
-
-<p class="p1">Le vieux critique pouvait être fier de ces témoignages
-de sympathie. Il en fut surtout très heureux,
-et, pour remercier les souscripteurs, il
-adressa la lettre suivante au Directeur de la <i>Gazette
-de France</i>:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="pi4 p1">Mon cher ami,</p>
-
-<p>Au moment où va se clore une souscription pour laquelle
-j’avais redouté un four, avec d’autant plus de vraisemblance
-que je posais devant mon artiste avec une chaleur de 38°,
-et qu’avant d’être fondu en bronze, je fondais en sueur,
-j’ai recours à la <i>Gazette de France</i> pour adresser mes remerciements
-à qui de droit.</p>
-
-<p>A vous d’abord, et à la <i>Gazette</i>. On prétend que le contenant
-doit être plus grand que le contenu. Cette fois, ç’a été
-le contraire. Le buste était contenu dans l’encrier. C’est
-l’encrier qui a donné à mes amis de Provence l’idée dont ils
-ont poursuivi l’exécution avec un merveilleux entrain.</p>
-
-<p>A Léopold de Gaillard, qui, dans une page charmante
-où <i>il lançait l’affaire</i>, a prouvé que l’amitié ressemblait à nos
-vins de France, d’autant plus généreux qu’ils sont moins
-jeunes.</p>
-
-<p>Au Prince auguste que sa haute intelligence, son patriotisme,<span class="pagenum"><a name="Page_462" id="Page_462">[462]</a></span>
-son âme essentiellement française, élèvent au niveau
-de toutes les fortunes, depuis l’exil présent jusqu’au trône
-prochain.</p>
-
-<p>A nos saints et vénérables Évêques, qui, au lieu de m’accueillir
-à coups de crosse, m’ont donné leur bénédiction.</p>
-
-<p>Aux membres éminents de l’Académie française, qui ont
-voté pour moi sous forme de souscription, et que je ne
-pourrais remercier dignement que si j’avais de l’esprit
-comme quatre.</p>
-
-<p>A mon éditeur Calmann-Lévy, qui a tenu à prouver que
-je ne l’avais pas ruiné.</p>
-
-<p>Aux grandes dames, qui ont un moment abandonné en
-ma faveur les romans de M. Zola.</p>
-
-<p>A tous mes amis, connus ou inconnus, lointains ou voisins,
-à qui je suis obligé d’adresser l’expression collective de
-ma reconnaissance, en ajoutant que chacun en a sa part, et
-que tous l’ont tout entière.</p>
-
-<p>Mais surtout, et du fond du cœur, à ceux qui, moins
-riches de numéraire que de nobles sentiments et de dévouement
-invincible à toutes les bonnes causes, ont prélevé sur
-leur nécessaire pour donner un témoignage de sympathie au
-vieillard dont le seul mérite est de ne pas être tout à fait
-mort,&mdash;et de persévérer.</p>
-
-<p>Si j’avais douze ou quinze ans de moins, je dirais que ces
-témoignages doivent m’encourager à mieux faire. Mais, à
-mon âge, quel <i>mieux</i> peut-on demander et attendre? Un
-seul: le silence, et vous ne le voulez pas.</p>
-
-<p>Encore une fois merci, mon cher ami, tout à vous et à
-nos excellents collaborateurs.</p>
-
-<p class="pr6"><span class="smcap">Armand de Pontmartin.</span></p>
-<p class="pi4">Les Angles, 11 septembre 1887.</p></div>
-
-<p class="p1">Le buste en marbre, œuvre de M. Bastet, fut
-remis à Pontmartin; le buste en bronze, fondu à
-Paris dans les ateliers de M. Thiébault, fut déposée<span class="pagenum"><a name="Page_463" id="Page_463">[463]</a></span>
-au Musée Calvet, à Avignon. L’excédent des
-recettes sur les dépenses ayant été de 2109 francs,
-ce reliquat, suivant le désir exprimé par Pontmartin,
-fut versé à M<sup>gr</sup> Vigne pour des œuvres de
-bienfaisance.</p>
-
-<h3>V</h3>
-
-<p>Rarement hommage fut plus mérité que celui
-qui venait d’être rendu à Pontmartin.</p>
-
-<p>Son œuvre critique était la plus considérable du
-siècle. Elle se composait, à ce moment, de trente-sept
-volumes<a name="FNanchor_476_476" id="FNanchor_476_476"></a><a href="#Footnote_476_476" class="fnanchor">[476]</a>, que cinq autres bientôt allaient
-suivre<a name="FNanchor_477_477" id="FNanchor_477_477"></a><a href="#Footnote_477_477" class="fnanchor">[477]</a>; soit, en tout, quarante-deux volumes. En
-voyant ainsi, d’année en année, croître son œuvre,
-Pontmartin ne songeait nullement à répéter l’<i>Exegi
-monumentum</i> d’Horace, mais il se croyait le droit
-de lui appliquer le <i>Vires acquirit eundo</i> de son
-cher Virgile: «Je sens, m’écrivait-il le 28 juin 1868,
-que mes volumes de Causeries littéraires gagnent,
-à se multiplier, une sorte de valeur indépendante
-de leur mérite.»</p>
-
-<p>Pendant plus d’un demi-siècle, Pontmartin a
-parlé de tous les écrivains et de tous les livres de
-son temps, non comme un bibliographe, non pas<span class="pagenum"><a name="Page_464" id="Page_464">[464]</a></span>
-même comme un critique de profession, mais
-comme un homme du monde, très mêlé au mouvement
-littéraire, et qui, sans avoir l’air d’y toucher,
-ajoute chaque semaine un chapitre à ses
-Mémoires&mdash;et à ceux du voisin. «S’il me fallait
-chercher dans le passé des comparaisons ou plutôt
-des analogies, dit très bien M. Léopold de Gaillard,
-je songerais à une sorte de Saint-Simon homme de
-lettres, vivant au milieu des auteurs comme l’autre
-vivait au milieu des courtisans, mêlé à tout, connaissant
-tout, racontant tout par le menu, non
-certes sans malice, ni sans parti pris, ni même
-sans une certaine pointe d’aristocratie, mais avec
-la bonne foi visible de la passion, avec une verve
-infatigable, et pour ses lecteurs avec l’heureuse
-surprise d’un esprit toujours en scène, et qui n’a
-pas l’air de s’en douter<a name="FNanchor_478_478" id="FNanchor_478_478"></a><a href="#Footnote_478_478" class="fnanchor">[478]</a>.»</p>
-
-<p>Quarante-deux volumes d’<i>extraits</i> et de comptes
-rendus, c’est beaucoup, dira-t-on; j’ajoute, pour
-ma part, que ce serait trop, beaucoup trop. Mais
-les feuilletons de Pontmartin ne sont pas des extraits;
-il n’oublie jamais qu’il est un causeur, et un
-causeur, dans son salon, n’a pas un livre à la main
-et ne fait pas de citations. Ce ne sont pas non plus
-des comptes rendus, à proprement parler. Sans
-doute il a lu avec soin l’ouvrage dont il veut entretenir
-ceux qui l’écoutent; mais, sa lecture faite et
-le volume fermé, il ne l’analyse pas, ou très rarement;
-il en prend texte seulement pour développer<span class="pagenum"><a name="Page_465" id="Page_465">[465]</a></span>
-à son tour les idées que le sujet lui suggère. L’auteur
-lui a fourni le libretto, il se charge d’écrire
-la musique.</p>
-
-<p>Combien de fois ne lui arrive-t-il pas, surtout
-lorsqu’il lui faut parler d’un roman, de le reprendre
-en sous-œuvre et d’ajouter au canevas des broderies
-nouvelles! A propos du roman par lettres de
-M<sup>me</sup> Caro&mdash;<i>Nouvelles amours de Hermann et de
-Dorothée</i>,&mdash;il écrit: «J’en veux à l’auteur d’avoir
-manqué un délicieux sujet, où nos patriotiques
-rancunes auraient pu rencontrer un commencement
-de revanche. Ce sujet, voici, selon moi,
-comment elle aurait dû le traiter.» Et, en un tour
-de main, l’auteur et son roman se trouvent refaits<a name="FNanchor_479_479" id="FNanchor_479_479"></a><a href="#Footnote_479_479" class="fnanchor">[479]</a>.</p>
-
-<p><i>La Veuve</i> est un des meilleurs récits d’Octave
-Feuillet, Pontmartin ne lui ménage pas les éloges.
-Les dernières pages cependant n’ont pas laissé de
-le choquer. Un autre critique se fût borné à donner
-ses raisons, à motiver son jugement. Il fera
-mieux; il propose une variante, il imagine un
-autre dénouement<a name="FNanchor_480_480" id="FNanchor_480_480"></a><a href="#Footnote_480_480" class="fnanchor">[480]</a>.</p>
-
-<p>Dans un de ses premiers romans, <i>Mensonges</i>,
-Paul Bourget avait développé avec succès toutes
-les délicatesses, toutes les subtilités de l’analyse
-psychologique; mais il y avait mêlé des peintures
-sensuelles, des pages où la psychologie se faisait
-plastique. Et Pontmartin de se demander: «Était-il
-donc impossible d’écrire un roman complètement<span class="pagenum"><a name="Page_466" id="Page_466">[466]</a></span>
-chaste avec le sujet choisi par M. Paul
-Bourget? Essayons.» Il essaie, et à la toile du
-jeune maître il apporte d’heureuses retouches<a name="FNanchor_481_481" id="FNanchor_481_481"></a><a href="#Footnote_481_481" class="fnanchor">[481]</a>.</p>
-
-<p>Un autre jour, ayant à parler des <i>Maximes de
-la vie</i>, par <i>M<sup>me</sup> la comtesse Diane</i><a name="FNanchor_482_482" id="FNanchor_482_482"></a><a href="#Footnote_482_482" class="fnanchor">[482]</a>, il prend deux
-ou trois de ces maximes et il les <i>illustre</i> par des
-exemples, par deux ou trois saynètes du tour le
-plus piquant<a name="FNanchor_483_483" id="FNanchor_483_483"></a><a href="#Footnote_483_483" class="fnanchor">[483]</a>.</p>
-
-<p>C’est ainsi qu’avec lui la critique est souvent
-une véritable création.</p>
-
-<p>Ses confrères, même les plus justement célèbres,
-n’ont qu’un cadre, toujours le même, qui sert
-pour tous leurs articles. Rien de plus varié, au
-contraire, que les cadres de Pontmartin.</p>
-
-<p>Une femme d’infiniment d’esprit, la comtesse
-de Boigne, publie en 1866 un roman&mdash;<i>une Passion
-dans le grand monde</i>&mdash;qu’elle avait composé...
-en 1816. L’article de Pontmartin revêt la forme
-d’une lettre <i>à M. l’abbé de Féletz, à Paris</i>, lettre
-datée du 12 janvier 1817, et qui dut faire les
-délices du très spirituel abbé, alors rédacteur au
-<i>Journal des Débats</i>, en attendant l’Académie française<a name="FNanchor_484_484" id="FNanchor_484_484"></a><a href="#Footnote_484_484" class="fnanchor">[484]</a>.&mdash;A-t-il
-à parler d’un poète, de François
-Coppée ou de Paul Déroulède, il écrit sa causerie
-en vers<a name="FNanchor_485_485" id="FNanchor_485_485"></a><a href="#Footnote_485_485" class="fnanchor">[485]</a>. A propos de <i>la Sorcière</i>, de Michelet, il
-nous transporte sur une des cimes du Brocken,<span class="pagenum"><a name="Page_467" id="Page_467">[467]</a></span>
-avec une décoration dans le genre de celle de la
-<i>fonte des balles</i>, de Freyschütz, et il nous fait
-assister à un <i>Ballet sur balai</i>, moitié vers, moitié
-prose<a name="FNanchor_486_486" id="FNanchor_486_486"></a><a href="#Footnote_486_486" class="fnanchor">[486]</a>. Ailleurs, à l’occasion du <i>Lycée Condorcet</i>
-(tour à tour Bonaparte, Bourbon, Fontanes, re-bonaparte,
-etc.), nous avons, non plus un ballet
-fantastique, mais de vraies scènes de comédie<a name="FNanchor_487_487" id="FNanchor_487_487"></a><a href="#Footnote_487_487" class="fnanchor">[487]</a>.
-Jamais Lycée de la République ne s’était trouvé
-à pareille fête, et ce n’est pas ce jour-là qu’on
-aurait pu dire:</p>
-
-<p class="pc1 reduct">L’ennui naquit un jour... de l’Université.</p>
-
-<p class="p1">Les <i>Causeries</i> ne renferment pas moins de neuf
-ou dix articles sur les romans de M. Zola. «Comment
-faites-vous, demandait-on à un vieux journaliste,
-pour faire votre article tous les jours? Quel
-est donc votre secret?&mdash;Mon secret est bien
-simple. Il tient en quatre mots: dire, redire, se
-contredire.» Pontmartin, dans ses dix articles sur
-Zola, ne se répète pas; encore moins, se contredit-il;
-seulement, sur ce fond invariable, il applique
-sans cesse une forme nouvelle. Tantôt, à propos
-d’<i>Une page d’amour</i>, pour ébrancher, ou plutôt
-pour couper par le pied l’arbre généalogique des
-Rougon-Macquart, le chevalier Tancrède déroule
-sur le tapis du salon l’arbre généalogique des
-Bougon-Jobard et en détaille toutes les beautés<a name="FNanchor_488_488" id="FNanchor_488_488"></a><a href="#Footnote_488_488" class="fnanchor">[488]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_468" id="Page_468">[468]</a></span>
-C’est de la parodie, mais c’est aussi de la critique,
-et de la meilleure. Tantôt, il commence un éloquent
-article sur <i>Nana</i>&mdash;<i>Nana partout</i>&mdash;par une
-désopilante fantaisie sur le naturalisme et la
-réclame, sur la ronde des affiches remplaçant celle
-du sabbat<a name="FNanchor_489_489" id="FNanchor_489_489"></a><a href="#Footnote_489_489" class="fnanchor">[489]</a>. Une autre fois, quand M. Zola met en
-pièce le plus fameux de ses romans, Pontmartin
-nous raconte la <i>première</i> de <i>l’Assommoir</i> sur le
-Grand-Théâtre d’Athènes, et c’est merveille de voir
-quelle exquise poésie il a su extraire de l’argot de
-Coupeau et de Bibi-la-Grillade, et comme il a su
-changer le <i>tord-boyaux</i> de Mes-Bottes en vin de
-Chypre ou de Samos<a name="FNanchor_490_490" id="FNanchor_490_490"></a><a href="#Footnote_490_490" class="fnanchor">[490]</a>.</p>
-
-<h3>VI</h3>
-
-<p>Bayle a dit quelque part: «Combien y a-t-il de
-gens d’esprit qui s’ennuient à la lecture d’un ouvrage
-qui resserre leur imagination en la tenant
-toujours appliquée à un même sujet! Qui n’aime la
-diversité?» Ceux-là ne s’ennuieront pas avec les
-Causeries de Pontmartin. Où trouver plus de diversité?
-Diversité dans les cadres, nous venons de le
-voir, diversité aussi dans les sujets. D’habitude, les
-critiques littéraires ne parlent que des livres. Pontmartin
-parle de tout; il a des feuilletons sur les
-théâtres et sur les grandes <i>premières</i>; il en a sur
-les réceptions académiques&mdash;et ce lui est un jeu<span class="pagenum"><a name="Page_469" id="Page_469">[469]</a></span>
-de montrer que si les immortels ont, à eux tous,
-de l’esprit comme quarante, il a, à lui seul, de
-l’esprit comme quatre. A un article de critique
-succède un article de fantaisie: après une grande
-étude sur les <i>Misérables</i>, de Victor Hugo, vient
-une dramatique nouvelle intitulée <i>le Vrai Jean
-Valjean</i><a name="FNanchor_491_491" id="FNanchor_491_491"></a><a href="#Footnote_491_491" class="fnanchor">[491]</a>. A la suite de feuilletons sur les romans
-d’Alphonse Daudet ou de Georges Ohnet, viennent
-d’émouvantes pages sur les <i>Invalides du Sanctuaire</i><a name="FNanchor_492_492" id="FNanchor_492_492"></a><a href="#Footnote_492_492" class="fnanchor">[492]</a>,
-l’<i>Orphelinat d’Auteuil</i><a name="FNanchor_493_493" id="FNanchor_493_493"></a><a href="#Footnote_493_493" class="fnanchor">[493]</a> et les <i>Sœurs hospitalières</i><a name="FNanchor_494_494" id="FNanchor_494_494"></a><a href="#Footnote_494_494" class="fnanchor">[494]</a>.</p>
-
-<p>Les autres critiques ne s’occupaient que des
-vers publiés à Paris. Pontmartin s’occupe volontiers
-des poètes restés fidèles à leur province, et
-en particulier de ceux qui n’ont pas voulu quitter,
-pour les rives de la Seine, les bords du Rhône et
-de la Durance, Roumanille, Mistral, Aubanel,
-Félix Gras, Anselme Mathieu. C’est lui qui a, dès
-1854, bien avant l’apparition de <i>Mireille</i>, appelé
-l’attention sur ce réveil de la littérature provençale,
-qui contraste si singulièrement avec les tendances
-générales d’une société dont le génie centralisateur
-est encore secondé par la rapidité des communications,
-le mouvement des idées et l’inévitable
-abandon des mœurs, des traditions, des physionomies
-locales. C’est l’auteur des <i>Causeries littéraires</i>
-qui nous a fait connaître et aimer cet admirable<span class="pagenum"><a name="Page_470" id="Page_470">[470]</a></span>
-Roumanille, dont les œuvres en prose et en vers
-ont fait autour de lui tant de bien, ce vaillant et ce
-modeste qui, par ses efforts, sa persévérance, ses
-poésies charmantes, a créé le groupe dont, jusqu’à
-sa mort, il est resté le centre et d’où Mistral a pu
-sortir, son poème de <i>Miréio</i> à la main, sûr d’avoir
-un public et un auditoire.</p>
-
-<p>Si la philosophie l’attire peu, et s’il s’obstine à
-trouver, ainsi qu’il le faisait au collège, qu’il y a
-là <i>beaucoup de tintamarre et de brouillamini</i>, il
-aborde volontiers, quand l’occasion lui en est
-offerte, les questions morales et religieuses. Ses
-articles sur les livres de Renan, et en particulier
-sur son volume des <i>Apôtres</i><a name="FNanchor_495_495" id="FNanchor_495_495"></a><a href="#Footnote_495_495" class="fnanchor">[495]</a>, sont d’excellents
-chapitres d’apologétique chrétienne.</p>
-
-<p>Romancier et poète, il a du goût pour l’histoire,&mdash;je
-veux dire celle de son temps et de son siècle;
-car, de l’histoire ancienne, il n’avait guère souci.
-En politique, comme en littérature, il a des principes,
-il a un criterium, qui lui permet de bien
-juger. Jeune, il avait été un <i>carliste</i> intransigeant,
-et il fût allé aisément aux extrêmes; mais les
-années, la leçon des événements, la connaissance
-des hommes, lui ont appris l’indulgence et lui ont
-rendu facile l’impartialité. Nul peut-être n’a mieux
-parlé de la monarchie de Juillet que ce légitimiste
-impénitent. Ses huit articles sur les <i>Mémoires</i> de
-M. Guizot<a name="FNanchor_496_496" id="FNanchor_496_496"></a><a href="#Footnote_496_496" class="fnanchor">[496]</a> sont vraiment dignes de l’illustre<span class="pagenum"><a name="Page_471" id="Page_471">[471]</a></span>
-homme d’État. S’il est parfois obligé de le combattre,
-il n’engage avec lui qu’un duel à armes
-courtoises, et il met un crêpe à la poignée de son
-épée.</p>
-
-<p>Pontmartin excelle encore dans ces études d’ensemble,
-dans ces <i>portraits après décès</i>, qu’il consacre
-à ceux de ses contemporains qui ont brillé
-dans la politique ou dans les lettres et dont la
-tombe vient de s’ouvrir. Il aurait suffi de les réunir
-en un ou deux volumes, pour avoir comme une
-annexe de l’Exposition des <i>Portraits du siècle</i>:
-Lamartine, Berryer, Thiers, Guizot, de Barante,
-Alfred de Vigny, Charles Baudelaire, Edmond
-About, Louis de Carné, Brizeux, Reboul, Charles
-de Bernard, Jules Sandeau, M<sup>gr</sup> Dupanloup, le
-Père d’Alzon, François Buloz, Victor Cousin, Joseph
-Autran, Sainte-Beuve, Théophile Gautier,
-Jules Janin, Salvandy, Vitet, Saint-Marc Girardin,
-le baron de Larcy, Gustave Flaubert, Victor de
-Laprade, Alfred de Falloux, Paul de Saint-Victor,
-Charles de Rémusat, Villemain, Silvestre de
-Sacy, etc., etc.</p>
-
-<p>Mais où il excelle surtout et se montre vraiment
-original, c’est dans ce genre qui lui est propre,
-qui donne un charme si particulier à ses <i>Souvenirs
-d’un vieux critique</i>, et qu’il a défini lui-même&mdash;on
-se le rappelle peut-être,&mdash;un genre mixte entre
-la critique, l’histoire intime, l’impression personnelle
-et le roman<a name="FNanchor_497_497" id="FNanchor_497_497"></a><a href="#Footnote_497_497" class="fnanchor">[497]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_472" id="Page_472">[472]</a></span></p>
-
-<p>Rien n’égale donc la variété de ces quarante-deux
-volumes, de ces causeries ailées, fines, légères
-comme des abeilles, qui butinaient sur tous les
-livres, qui faisaient leur miel du suc de toutes les
-fleurs. Pontmartin aurait pu leur donner pour épigraphe
-ces vers de son poète préféré:</p>
-
-<p class="pp6 p1"><i>Illæ continuô saltus silvasque peragrant,<br />
-Purpureosque metunt flores, et flumina libant<br />
-Summa leves. Hinc nescio qua dulcedine lætæ<br />
-Progeniem nidosque fovent; hinc arte recentes<br />
-Excudunt ceras, et mella tenacia fingunt<a name="FNanchor_498_498" id="FNanchor_498_498"></a><a href="#Footnote_498_498" class="fnanchor">[498]</a>.</i></p>
-
-<p class="p1">En même temps qu’une extrême variété dans
-les sujets et dans les cadres, les <i>Causeries littéraires</i>
-offrent un autre caractère plus rare encore
-et plus essentiel, l’unité. Un même souffle de spiritualisme
-chrétien anime ces chapitres sans
-nombre, où l’auteur, toujours fidèle à lui-même,
-n’a cessé, pendant un demi-siècle, de défendre le
-beau, le vrai, la vertu et le goût, la religion et la
-patrie. En publiant son dernier volume, au bas de
-la dernière page, il aurait eu le droit d’écrire:
-<i>Qualis ab incepto</i>.</p>
-
-<p>Est-ce à dire que rien ne soit à critiquer dans
-ces Causeries? Assurément non. Soit dans le
-blâme, soit dans l’éloge, Pontmartin dépasse quelquefois
-la juste mesure. Il a ses <i>bêtes noires</i>: tel,
-par exemple, Barbey d’Aurevilly, pour lequel il se
-montre sans pitié. Barbey d’Aurevilly sans doute<span class="pagenum"><a name="Page_473" id="Page_473">[473]</a></span>
-eut l’impardonnable tort de vouloir fréquenter à
-la fois chez Joseph de Maistre et chez le marquis
-de Sade, de prendre l’attitude d’un ultra-catholique
-à l’heure même où il écrivait des contes qui relevaient
-de la police correctionnelle, <i>les Diaboliques</i><a name="FNanchor_499_499" id="FNanchor_499_499"></a><a href="#Footnote_499_499" class="fnanchor">[499]</a>
-et <i>Une Histoire sans nom</i>. Ces inconséquences,
-certes, il les fallait signaler; il fallait déplorer ces
-aberrations. Mais pourquoi ne pas reconnaître en
-même temps que les vingt volumes des <i>Œuvres et
-des Hommes au XIX<sup>e</sup> siècle</i> sont une œuvre maîtresse,
-et que notre littérature compte peu de romans
-aussi remarquables que <i>l’Ensorcelée</i>, <i>le Chevalier
-Des Touches</i> et <i>le Prêtre marié</i><a name="FNanchor_500_500" id="FNanchor_500_500"></a><a href="#Footnote_500_500" class="fnanchor">[500]</a>?</p>
-
-<p>Trop sévère, injuste même à l’endroit de certains
-écrivains, Pontmartin est ailleurs d’une indulgence<span class="pagenum"><a name="Page_474" id="Page_474">[474]</a></span>
-parfois excessive. Avec ses amis (et, pour
-ma part, j’en sais quelque chose), il est volontiers
-prodigue de louanges. Les épithètes les plus flatteuses
-jaillissent alors de sa plume. Exquis! délicieux!
-charmant! balsamique! magnifique! adorable!
-admirable!&mdash;«Mais enfin, lui disais-je un
-jour, si vous donnez ainsi de l’<i>admirable</i> à <i>X.</i> et à
-<i>Y.</i> que vous restera-t-il pour caractériser les
-œuvres de Bossuet ou celles de Joseph de
-Maistre?» Pontmartin souriait: «Bah! me répondit-il,
-vous seriez bien attrapés, vous et
-quelques autres, si je n’avais toujours dans ma
-maison une ou deux chambres à offrir à mes
-amis.»</p>
-
-<p>On n’écrit pas impunément quatre grands articles<span class="pagenum"><a name="Page_475" id="Page_475">[475]</a></span>
-par mois, et souvent bien davantage. Quoiqu’il
-en ait laissé un grand nombre en dehors de
-ses volumes, il en a pourtant conservé quelques-uns
-où la lassitude se fait sentir. Il lui arrive,
-en quelques rencontres, de sacrifier à l’éclat du
-mot la précision de la pensée, de préférer au feu
-qui couve et qui dure l’étincelle qui jaillit et brille
-un instant pour s’éteindre bientôt. Il lui arrive
-aussi de multiplier les épithètes, de redoubler les
-synonymes, de s’abandonner aux excès de sa verve
-et de donner à sa phrase, toujours cependant harmonieuse
-et pure, une ampleur démesurée.</p>
-
-<p>Mais ces défauts&mdash;pouvait-il donc ne pas y en
-avoir dans une œuvre d’une si extraordinaire
-étendue?&mdash;ne sont-ils pas rachetés, et bien au
-delà, par tant de brillantes et durables qualités?
-Pontmartin a été l’un des meilleurs écrivains du
-<span class="smcap lowercase">XIX</span><sup>e</sup> siècle, l’un des plus éloquents et, en même
-temps, l’un des plus naturels. Le naturel, ce signe
-distinctif, cette grâce suprême des bonnes littératures
-et des œuvres dignes de vivre. Pontmartin
-l’avait au plus haut degré. Lui qui si facilement
-atteignait à l’éclat, il prisait par-dessus tout la simplicité.
-«Tâchez, disait-il souvent, tâchez d’être
-simples, sans être vulgaires.» Un bon juge, J.-J.
-Weiss, disait un jour: «Pontmartin est du petit
-nombre de ceux de notre temps qui écrivent naturellement
-en français.» Écrire naturellement en
-français, c’est peu de chose, semble-t-il, et pourtant
-rien n’est plus rare. Un autre bon juge,
-Cuvillier-Fleury, voyait également juste, quand il<span class="pagenum"><a name="Page_476" id="Page_476">[476]</a></span>
-écrivait à Pontmartin: «Ah! combien j’en ai vu
-mourir de jeunes et de vieilles réputations! La
-vôtre <i>qui a le style</i> vivra ce que le style vit, toujours,
-plus ou moins célèbre, mais toujours!</p>
-
-<p class="pp6 p1"><i>Vivunt commissi calores<br />
-Æoliæ fidibus puellæ<a name="FNanchor_501_501" id="FNanchor_501_501"></a><a href="#Footnote_501_501" class="fnanchor">[501]</a>!</i>»</p>
-
-<h3>VII</h3>
-
-<p>Les Causeries littéraires de Pontmartin ne doivent
-pas nous faire oublier ses romans. Dans le
-<i>Correspondant</i> du 25 octobre 1865, Victor Fournel<a name="FNanchor_502_502" id="FNanchor_502_502"></a><a href="#Footnote_502_502" class="fnanchor">[502]</a>
-publia sur l’auteur des <i>Samedis</i> un article où il donnait
-le pas au critique sur le conteur. Pontmartin
-m’écrivit aussitôt:</p>
-
-<p class="pbq p1">Je veux maintenant, puisque votre amitié me tend ce
-piège, vous dire un mot de l’article de Victor Fournel. Assurément
-il y a, dans cet article, de quoi contenter dix vanités
-plus exigeantes que la mienne. Et cependant!... cependant
-de mon cœur de romancier l’orgueilleuse faiblesse eût mieux
-aimé peut-être voir sacrifier le critique, pourvu qu’une part
-un peu plus large fût faite au conteur. M. Victor Fournel,
-que je ne connais pas, qui ne peut pas savoir mes secrètes
-préférences, a suivi tout simplement l’opinion généralement
-adoptée par tous ceux qui veulent bien songer à moi: sous
-les formes les plus bienveillantes et avec de fort belles compensations,
-il a fait clairement entendre que, dans mon<span class="pagenum"><a name="Page_477" id="Page_477">[477]</a></span>
-bagage, la critique représente les malles, et le roman tout
-au plus le sac de nuit. Il ne s’est pas aperçu que, dans son
-système, le roman d’analyse, qui n’est souvent que de la
-critique animée, ne serait plus que le très humble serviteur
-du roman d’aventure, contre lequel nous n’avons, au contraire,
-cessé de protester et de réagir depuis trente ans;
-Eugène Sue, Alexandre Dumas, Frédéric Soulié, redeviendraient
-alors les souverains maîtres de ce romanesque empire
-d’où nous aurions à expulser les délicats, les analyseurs, tels
-qu’Octave Feuillet, etc., etc. Mais en voilà bien assez sur ce
-sujet où je devrais me récuser<a name="FNanchor_503_503" id="FNanchor_503_503"></a><a href="#Footnote_503_503" class="fnanchor">[503]</a>...</p>
-
-<p class="p1">Avait-il, comme il le croyait, une véritable vocation
-de romancier? Peut-être. <i>Les Brûleurs de
-Temples</i>, <i>la Fin du Procès</i>, <i>les Jeudis de madame
-Charbonneau</i>, <i>Entre chien et loup</i>, <i>le Filleul de
-Beaumarchais</i> ont de rares et précieuses qualités.
-Mais ce sont des livres mi-partie critique et mi-partie
-roman. La vigueur de la conception, la puissance
-et la fertilité de l’invention n’égalaient pas,
-chez Pontmartin, la finesse de l’observateur et la
-délicatesse de l’analyste. Il n’avait pas assez de
-<i>poigne</i> pour étreindre de fortes situations, pour
-soulever de lourds fardeaux. Le cadre de la nouvelle
-lui était plus favorable; nos meilleurs auteurs
-en ce genre, Nodier, Mérimée, Charles de Bernard,
-Jules Sandeau, ont dans leurs écrins peu de perles
-d’une plus belle eau que <i>la Marquise d’Aurebonne</i>,
-<i>Aurélie</i> et <i>Marguerite Vidal</i>.</p>
-
-<p class="p2">Je ne finirai pas ce chapitre sans dire un mot de
-la <i>Correspondance</i> de Pontmartin.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_478" id="Page_478">[478]</a></span></p>
-
-<p>Il écrivait ses lettres de prime-saut et avec une
-rapidité matérielle inouïe. Il ne soupçonnait pas
-d’ailleurs qu’aucun fragment pût en être jamais
-publié, et il n’y attachait pas plus d’importance
-qu’à des paroles qui volent et dont rien ne reste.
-Elles resteront pourtant, parce qu’elles sont les
-plus simples, les plus naturelles&mdash;et les plus
-spirituelles du monde.</p>
-
-<p>Ses principaux correspondants furent Léopold
-de Gaillard, Joseph Autran, Cuvillier-Fleury,
-Victor de Laprade, Jules Claretie, la marquise de
-Blocqueville et la duchesse de la Roche-Guyon.
-Dans les dernières années de Pontmartin, la
-duchesse et lui s’écrivaient tous les trois jours en
-prose et en vers.</p>
-
-<p>Les lettres à Autran, que la famille du poète a
-bien voulu me confier, vont de 1845 à 1875. Le
-châtelain de Pradine écrivait à son ami des Angles,
-le 23 octobre 1873:</p>
-
-<div class="pbq">
-
-<p class="p1">Votre lettre, mon cher ami, est tout à la fois désolante et
-charmante.</p>
-
-<p>Désolante, elle me donne de fâcheuses nouvelles de votre
-santé, et m’annonce des résolutions qui, je l’espère, ne sont
-pas irrévocables.</p>
-
-<p>Charmante, elle est écrite dans ce style dont vous possédez
-seul le secret, et qui fait de vos lettres autant de perles fines.
-Laissez-moi vous dire quelque chose à ce propos, c’est que
-j’ai dernièrement recherché et retrouvé toutes celles que j’ai
-reçues de vous depuis l’origine de notre amitié. Je les ai
-réunies dans une vaste cassette, qui restera pour moi plus
-précieuse que la fameuse cassette d’Alexandre. Autrefois, je
-relisais de temps en temps les épîtres de Cicéron à Atticus.
-Je relirai maintenant celles d’Armand à Joseph, et l’amitié<span class="pagenum"><a name="Page_479" id="Page_479">[479]</a></span>
-ne sera pour rien dans la préférence très réelle que je leur
-donnerai.</p></div>
-
-<p class="p1">La correspondance avec Cuvillier-Fleury s’étend
-de 1854 à 1886. «Savez-vous bien, mandait un
-jour à l’auteur des <i>Samedis</i> l’auteur des <i>Portraits
-révolutionnaires</i>, savez-vous qu’on ferait deux ou
-trois beaux volumes après notre mort&mdash;<i>Dî talem
-avertite casum!</i>&mdash;avec les lettres que nous échangeons
-depuis dix ans, vous fournissant l’esprit,
-moi le <i>reportage</i> parisien, vous la mélancolie de
-l’exilé, moi la fausse gaieté du citadin, celle qui
-court les rues, bien que je ne sorte guère de la
-maison; mais la rue nous arrive par tous les canaux
-de la publicité, par tous les bruits du boulevard
-qui semblent retentir dans nos solitudes suburbaines<a name="FNanchor_504_504" id="FNanchor_504_504"></a><a href="#Footnote_504_504" class="fnanchor">[504]</a>...»</p>
-
-<p>Un des rédacteurs du <i>Journal des Débats</i>, M. Ernest
-Bertin, a eu la bonne fortune de pouvoir lire
-les lettres de Pontmartin à Cuvillier-Fleury, et il
-ne cache pas qu’il en a été émerveillé. Il résume
-ainsi les impressions que lui a laissées cette lecture:
-«Près des lettres de Guizot j’en aperçois d’autres,
-rassemblées sous un cordon rose, et signées:
-Armand de Pontmartin! Quelle liasse volumineuse!
-Quelle écriture fine et serrée! Mais quelle facile et
-agréable lecture! C’est une heureuse fluidité de
-langage, qui touche à tout, en se jouant, à la politique,
-aux lettres, au monde, monde de Paris,
-monde de la province; c’est aussi une ironie brillante<span class="pagenum"><a name="Page_480" id="Page_480">[480]</a></span>
-et souple, qui tantôt s’échappe et se disperse
-en mille flèches légères, et pique à fleur de peau,
-tantôt se concentre, s’aiguise et s’enfonce en belle
-chair vive, avec une sorte d’allégresse cruelle; mais
-toujours et bientôt le sourire reparaît, la belle humeur,
-la gaieté, la joie du Midi surnagent. Il pense,
-il sent tout haut, librement, hardiment; mais il se
-fait pardonner ce qu’il ose, même les calembours
-les moins académiques, tant il y met d’abandon,
-de bonne grâce, d’imprévu. «Peu s’en est <i>fallou</i>,
-écrit-il à M. Cuvillier-Fleury, que je ne <i>Montalember</i>... cadère
-de la rue Saint-Lazare pour aller vous
-surprendre dans votre riante oasis», et son indulgent
-confrère reçoit cela en pleine poitrine sans
-crier, étant déjà aguerri par l’habitude.</p>
-
-<p>«Il se moque de tout le monde et de lui-même,
-de lui-même un peu plus que de tout le monde,
-sur un ton, il est vrai, un peu différent. Il raille
-fort agréablement les Angles, près Avignon, où il
-a sa gentilhommière,&mdash;les Angles obtus, comme
-il date l’une de ses lettres,&mdash;les airs de grande
-ville affectés par ce maigre village, et lui, tout
-le premier, le dilettante de lettres, le critique attitré
-de la <i>Gazette de France</i>, mordu, sur le tard, de la
-passion des grandeurs municipales, et s’en offrant
-jusqu’à saturation les ineffables jouissances, organisant
-des courses locales, faisant épierrer et arroser
-la piste, signant des autorisations de buvettes,
-débattant le prix de location des écuries ou allant
-faire l’aimable chez les belles dames patronnesses
-<i>d’une Société hippique fondée dans un pays qui ne<span class="pagenum"><a name="Page_481" id="Page_481">[481]</a></span>
-produit que des ânes</i>!... C’est l’histoire du maire
-de Gigondas, dans les <i>Jeudis de madame Charbonneau</i>,
-moins les enjolivements et les hyperboles de
-la fiction. Et, tandis qu’il vaque à ces soins variés, il
-sent ou croit sentir son esprit se rouiller, s’empâter,
-s’amortir, et il demande grâce aux Athéniens de
-Paris pour la pesante rusticité de ses lettres béotiennes.
-Voulez-vous un exemple de sa rouille, de
-son empâtement épistolaires? Écoutez la façon dont
-il excuse sa lenteur à partir pour Paris, où il est
-impatiemment attendu:</p>
-
-<p class="pbq p1">Vous savez la vieille histoire de ces aimables affamés qui,
-dans une partie de campagne, au moment de se mettre à
-table, s’aperçoivent qu’ils ont oublié le pain. On envoie un
-domestique à franc étrier, à la ville voisine; on lui commande
-d’aller ventre à terre et l’on calcule le temps, la
-distance: il est ici, il est là; il achète le pain, il remonte à
-cheval, il est à tel endroit, il approche, il arrive, le voici!...
-En effet, le domestique, à ce moment, ouvre la porte et dit,
-d’un air bête: «Je ne puis pas trouver la bride!» La bride
-que je n’ai pas trouvée, ou plutôt celle qui me retient, c’est
-d’abord un rhume de ma femme au moment où nos malles
-étaient faites; puis la crise agricole qui nous ruine et m’a
-mis dans l’alternative ou de partir sans argent ou d’attendre
-indéfiniment celui de mes fermiers, encore plus pauvres
-que moi, etc.<a name="FNanchor_505_505" id="FNanchor_505_505"></a><a href="#Footnote_505_505" class="fnanchor">[505]</a>.</p>
-
-<p class="p1">Les lettres à Jules Claretie, qui vont de 1862
-à 1890 et que j’ai en ce moment sous les yeux, ne
-sont ni moins intéressantes ni moins spirituelles
-que celles à Cuvillier-Fleury.</p>
-
-<p>Avec ces lettres de Pontmartin à ses amis, en<span class="pagenum"><a name="Page_482" id="Page_482">[482]</a></span>
-ne prenant même que le dessus du panier, on fera
-aisément un ou deux volumes exquis, qui seront
-un vrai régal pour les délicats,&mdash;s’il en existe
-encore quand ces volumes paraîtront.</p>
-
-<p>Toutes les lettres qu’il recevait de ses amis,
-Pontmartin les conservait précieusement; c’était
-un trésor dont il ne voulait rien distraire. Il n’en
-allait pas de même de celles que, pendant près d’un
-demi-siècle de critique, il avait reçues de ses justiciables.
-Ces autographes, signés de noms illustres
-ou tout au moins célèbres: Guizot, Villemain,
-Montalembert, Mignet, Victor Cousin, Albert de
-Broglie et son beau-frère M. d’Haussonville, Vitet,
-Saint-Marc Girardin, Gaston Boissier<a name="FNanchor_506_506" id="FNanchor_506_506"></a><a href="#Footnote_506_506" class="fnanchor">[506]</a>, Octave
-Feuillet, Désiré Nisard, Caro, J.-J. Weiss, Ludovic
-Halévy, Paul de Saint-Victor, Paul Féval, etc.,
-étaient faits pour flatter sa vanité, et d’autres les
-auraient collectionnés avec soin: il n’en gardait
-jamais un seul. Plusieurs fois il m’arriva de lui en
-demander. Il me répondait invariablement:
-«Hélas! mon cher ami, il ne m’en reste pas une
-bribe. Toutes les fois qu’il y a <i>en Avignon</i> une
-tombola, un bazar de charité, je me fais un devoir
-et un plaisir d’y envoyer quelques-uns de ces autographes:
-lorsqu’ils atteignent un haut prix, j’en
-suis fier pour <i>mes</i> auteurs; j’en suis surtout heureux
-pour nos pauvres.»</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_483" id="Page_483">[483]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">CHAPITRE XVII</h2>
-
-<p class="pch">LES DERNIÈRES ANNÉES&mdash;ÉPISODES LITTÉRAIRES<br />
-LA MORT D’ARMAND DE PONTMARTIN<br />
-(1888-1890)</p>
-
-<p class="pcs">La dixième série des <i>Souvenirs d’un vieux critique</i> et les <i>Péchés de
-vieillesse</i>. Une Revue qui paie royalement. M. Frédéric Masson et
-<i>les Lettres et les Arts</i>.&mdash;Vingt-quatre articles d’avance, <i>Episodes
-littéraires</i>.&mdash;Le dernier article, M. Emile Zola et <i>la Bête humaine</i>.
-Un souvenir de Virgile.&mdash;La dernière maladie. Visite de Léopold
-de Gaillard. Une mort chrétienne. Les obsèques d’Armand
-de Pontmartin.</p>
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>Puisqu’il a maintenant un si bel encrier, il faut
-bien que Pontmartin écrive encore. En 1888, il
-publie la neuvième série des <i>Souvenirs d’un vieux
-critique</i>. La dixième paraît en 1889, suivie, la même
-année, d’un volume de Nouvelles, <i>Péchés de vieillesse</i><a name="FNanchor_507_507" id="FNanchor_507_507"></a><a href="#Footnote_507_507" class="fnanchor">[507]</a>.
-Jeune, il avait aimé ce genre si français; il<span class="pagenum"><a name="Page_484" id="Page_484">[484]</a></span>
-y revenait encore une fois, souriant à son dernier
-rêve, suivant d’un mélancolique regard l’étoile qui
-va s’éteindre, la dernière, dans le ciel assombri.</p>
-
-<p>Deux de ces nouvelles avaient d’abord paru
-dans <i>les Lettres et les Arts</i>, que dirigeait M. Frédéric
-Masson, «une étrange Revue qui coûte 300 fr.
-par an, qui a beaucoup d’argent, qui paie royalement
-et qui n’a pas d’abonnés.<a name="FNanchor_508_508" id="FNanchor_508_508"></a><a href="#Footnote_508_508" class="fnanchor">[508]</a>» La collaboration
-de Pontmartin à la Revue de M. Frédéric Masson
-ne fut du reste qu’une collaboration de pure fantaisie.
-Bien que le <i>Correspondant</i> et la <i>Gazette de
-France</i> payassent moins royalement, il leur resta
-fidèle. Sa collaboration au <i>Correspondant</i> ne fut
-même jamais plus active qu’en ces dernières années.
-De 1887 à 1889, outre sa nouvelle <i>les Feux
-de paille</i>, il y publia de nombreux articles de critique
-et d’histoire: <i>Le cardinal de Bonnechose</i>;&mdash;<i>Honnêtes
-gens et livres déshonnêtes</i>;&mdash;<i>les Commencements
-d’une conquête</i>: l’Algérie de 1830 à
-1840;&mdash;<i>Napoléon et ses détracteurs</i>, d’après le livre
-du prince Napoléon;&mdash;les <i>Causeries littéraires</i>
-d’Edmond Biré;&mdash;<i>une Légende mystique au dix-septième
-siècle</i> (le duc et la duchesse de Ventadour);&mdash;<i>Deux
-livres jumeaux</i> (<i>Remarques sur l’Exposition
-du Centenaire</i>, par le vicomte Melchior de Vogüé;
-<i>1789 et 1889</i>, par Émile Ollivier). Bientôt, ce ne
-sont plus seulement des articles, c’est tout un
-volume qu’il écrit pour la Revue de la rue de Tournon.
-Sous le titre d’<i>Épisodes littéraires</i>, il y donne<span class="pagenum"><a name="Page_485" id="Page_485">[485]</a></span>
-la suite de ses <i>Mémoires</i> et les conduit cette fois
-jusqu’au mois de janvier 1858<a name="FNanchor_509_509" id="FNanchor_509_509"></a><a href="#Footnote_509_509" class="fnanchor">[509]</a>. Comment il fut
-amené à entreprendre cette nouvelle série, il me
-l’apprenait dans une de ses lettres:</p>
-
-<p class="pbq p1">...Puisque vous aimez les détails, je dois vous renseigner
-sur l’origine de mes <i>Épisodes littéraires</i>. J’en étais arrivé à
-avoir <i>vingt-quatre articles d’avance</i> dans les bureaux de la
-<i>Gazette</i>. J’ai compris tout ce qu’il y avait de déraisonnable
-à rendre compte par exemple d’un roman de M. Ferdinand
-Fabre ou de M. Georges Ohnet dans un article qui ne paraîtra
-que six mois après le livre. Je me suis souvenu de ce que
-vous m’aviez écrit au sujet de la première forme que j’avais
-donnée à mes Mémoires. Léopold de Gaillard m’avait exprimé
-la même opinion. J’avais trop versé dans la fantaisie
-et le roman. Cette fois, sauf quelques nuances très légères,
-je puis assurer que la plupart de ces pages sont d’une
-exactitude photographique et qu’elles serrent de beaucoup
-plus près les divers épisodes de ma vie littéraire...</p>
-
-<p class="p1"><i>Souvenirs de 1848. LE PUFF d’Eugène Scribe.</i>&mdash;<i>Le
-lendemain du coup d’État dans un salon littéraire.
-Émile Augier.</i>&mdash;<i>La Mort d’un journal. La
-Naissance d’une Revue. L’OPINION PUBLIQUE et
-la REVUE CONTEMPORAINE.</i>&mdash;<i>Le Suicide
-d’un Journal, l’ASSEMBLÉE NATIONALE</i>: tels
-sont les titres des quatre chapitres qui forment le
-volume de Pontmartin. Ainsi qu’il me l’avait écrit,
-les <i>Épisodes littéraires</i>, sauf sur deux ou trois
-points, sont très exacts et cette exactitude ajoute
-singulièrement au piquant du récit. Les portraits,<span class="pagenum"><a name="Page_486" id="Page_486">[486]</a></span>
-très nombreux, sont très vivants. L’esprit et le
-style sont toujours jeunes. Je ferai cependant un
-reproche à l’auteur. Il fait vraiment trop bon marché
-de sa belle campagne à l’<i>Opinion publique</i>. Il
-parle d’Alfred Nettement et de lui-même, j’en ai
-déjà fait la remarque<a name="FNanchor_510_510" id="FNanchor_510_510"></a><a href="#Footnote_510_510" class="fnanchor">[510]</a>, de façon à laisser croire que
-ce journal n’a été qu’un journal pour rire, alors
-qu’en réalité l’<i>Opinion publique</i> a été l’un des journaux
-qui, de 1848 à 1852, ont le plus honoré la
-presse française.</p>
-
-<p>Les <i>Épisodes littéraires</i> devaient être le dernier
-volume de Pontmartin. En voici les dernières
-lignes; elles sont du 10 janvier 1890: «Je dois
-désormais laisser reposer ma vieille plume qui n’a
-que trop couru et trop écrit. On a dit souvent que
-les vieillards doivent vivre dans le passé; oui, mais
-ils doivent aussi vivre dans l’avenir, et cet avenir-là
-n’a rien de commun avec les écritures et les vanités
-humaines.»</p>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>Jusqu’à la fin cependant il continuera d’écrire.
-Le 14 mars, il acheva un article sur M. Zola et son
-roman <i>la Bête humaine</i>, qui venait de paraître.
-C’était son dernier <i>Samedi</i><a name="FNanchor_511_511" id="FNanchor_511_511"></a><a href="#Footnote_511_511" class="fnanchor">[511]</a>. L’effort, un peu de<span class="pagenum"><a name="Page_487" id="Page_487">[487]</a></span>
-fatigue s’y font sentir. Ce n’est plus la verve étincelante,
-la merveilleuse facilité des beaux jours.
-Cette plume, qui allait hier encore <i>la bride sur le
-cou</i>, qui dévorait la route, qui brûlait le papier, va
-plus lentement, la main est moins légère; déjà la
-maladie pèse sur elle; mais la pensée n’a rien perdu
-de sa vigueur, l’âme a conservé toute sa noblesse,
-le cœur ressent toujours les belles indignations
-d’autrefois. Armand de Pontmartin a eu cette
-heureuse fortune, le jour où la plume allait tomber
-de ses mains vaillantes, de pouvoir la mettre une
-dernière fois au service de ses convictions, au service
-de la vérité, de la morale et du goût. Il s’est
-élevé une dernière fois contre le matérialiste en
-littérature et en politique, contre les naturalismes et
-les jacobins. Son article se terminait par ces lignes:</p>
-
-<p class="pbq p1">Voilà, en dehors de toute querelle d’école, le vice radical
-des romans de M. Zola. Il supprime le libre arbitre, la responsabilité
-humaine. Pour que son système fonctionne plus
-à l’aise, il l’a abrité sous l’arbre généalogique des Rougon-Macquart,
-qui l’aurait couvert de ridicule, si le ridicule
-pouvait atteindre le maître des maîtres. Par là, il détruit
-tout l’intérêt que pourraient inspirer ses personnages et
-toutes les leçons que renfermeraient leurs actes. Dans ces
-conditions d’anarchie ou de servitude morale (synonymes
-ici comme toujours), la vogue de ces romans devait s’accorder
-admirablement avec le règne de le république jacobine.
-Sans doute, MM. Tirard, Constans, Thévenet, Spuller,
-Fallières, ne seraient pas fâchés d’apprendre que, s’ils font<span class="pagenum"><a name="Page_488" id="Page_488">[488]</a></span>
-mieux leurs affaires que celles de la France, ce n’est pas
-leur faute, et que, en accaparant les ministères, en décrochant
-les portefeuilles, en absorbant les traitements, en trichant
-les budgets, en persécutant nos prêtres, ils obéissent,
-non pas à de mauvais penchants, mais à une loi d’hérédité
-transmise par l’âge de pierre où leurs ancêtres et leurs précurseurs
-vivaient dans les cavernes<a name="FNanchor_512_512" id="FNanchor_512_512"></a><a href="#Footnote_512_512" class="fnanchor">[512]</a>.</p>
-
-<p class="p1">Un détail, purement littéraire, celui-là, me
-frappe dans cet article. Pontmartin était un <i>amoureux</i>
-de Virgile. Écoutez comme il en parle dans
-une de ses premières Causeries de la <i>Gazette</i>, à propos
-de Barthélemy et de sa traduction de l’<i>Enéide</i>.
-«Pour moi, disait-il, cet auteur préféré, ce poète
-par excellence, c’est Virgile, Horace est aussi
-exquis, aussi élégant, et, à coup sûr, plus original.
-Mais il y a, chez Virgile, un fond de mélancolie
-et de tendresse, une douceur pénétrante qui va à
-l’âme, et qui, sans compter certaines vibrations
-quasi prophétiques, signalées dans le <i>Pollion</i>, en
-fait le plus chrétien de tous les poètes du paganisme.
-Cette sorte de sécheresse didactique qui
-nous gâte souvent nos admirations d’<i>humanistes</i>,
-n’existe pas avec lui: il a été, dès le premier jour,
-l’ami, le consolateur, le confident, l’interprète délicieux
-des premières rêveries, des premières visions
-de l’adolescence. Pour ceux d’entre nous qui ont
-été d’abord élevés à la campagne, le charme est
-plus puissant. Telle image du poète, tel passage
-des <i>Géorgiques</i>, tel vers se détachant sur l’ensemble
-comme un point lumineux sur la brume lointaine,<span class="pagenum"><a name="Page_489" id="Page_489">[489]</a></span>
-s’unissent étroitement dans notre imagination ou
-dans notre mémoire aux vagues frissons, aux
-mystérieux tressaillements qu’éveillèrent en nos
-jeunes âmes les spectacles de la nature ou les
-scènes de la vie champêtre. Plus tard, lorsque
-arrivent les années de déclin et d’adieu, nous ne
-savons plus si c’est le poète qui nous a rendus sensibles
-aux douces harmonies de la campagne, ou
-si ce sont ces harmonies qui nous ont initiés aux
-ineffables beautés du poète. Pour tout dire, Virgile,
-c’est Racine et Lamartine en un seul génie avec un
-degré de perfection plus exquise<a name="FNanchor_513_513" id="FNanchor_513_513"></a><a href="#Footnote_513_513" class="fnanchor">[513]</a>.»</p>
-
-<p>Ces impressions remontaient, pour Pontmartin,
-non seulement à sa jeunesse, mais à son
-enfance même. Dès l’âge de huit ans, avant le
-collège, il courait les champs, son <i>Virgile</i> à la
-main, le lisant déjà à livre ouvert. Il ne s’endormait
-pas le soir sans le mettre sous son chevet pour
-le retrouver au réveil. C’est pourquoi sans doute
-il n’a pas voulu écrire son dernier article sans y
-mettre le nom du poète qu’il avait le plus aimé,
-sans répéter une dernière fois quelques-uns de ces
-vers dont l’harmonieuse douceur avait été l’un des
-enchantements de ses jeunes années. Son article,
-je l’ai dit, est consacré à M. Zola et à la <i>Bête
-humaine</i>. N’importe! il y parlera de Virgile et de
-l’<i>Énéide</i>, il citera ces vers délicieux:</p>
-
-<p class="pp6 p1"><i>Purpureus veluti cum flos, succisus aratro,<br />
-Languescit moriens; lassove papavera collo<br />
-Demisere caput, pluviâ cum forte gravantur!</i></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_490" id="Page_490">[490]</a></span></p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>Le 23 mars, je recevais de son fils la lettre suivante:</p>
-
-<p class="pbq p1">Votre amitié m’en voudrait si je ne vous associais pas aux
-inquiétudes que nous donne depuis dix jours la santé de
-mon père. Il s’était à peu près relevé de sa pénible crise du
-mois de décembre, et en janvier et février il allait relativement
-bien, mais il s’alimentait peu et il ne reprenait pas de
-forces. Il y a aujourd’hui quinze jours, il s’enrhuma, et ce
-rhume qui, en lui-même, n’a pas été bien grave, a amené
-pour lui un effondrement de ses dernières forces. Depuis le
-vendredi 14 (jour où il a terminé son dernier article), il est
-dans son fauteuil, en proie à une grande faiblesse et à un
-assoupissement constant. Le pire, c’est qu’il est impossible
-de combattre cette faiblesse; car son dégoût pour toute
-nourriture est absolu, et à grand’peine on parvient à lui
-faire prendre un peu de bouillon. Il a du reste conservé
-toute sa lucidité, et hier il s’est un peu ranimé pour recevoir
-la visite de M. de Gaillard, qui est lui-même à peu près
-infirme et qui a fait le grand effort de venir jusqu’ici. Mon
-père est <i>résigné</i> et <i>préparé</i> à tout: ce sont les deux expressions
-qu’il emploie sans cesse. Il a reçu les sacrements, sauf
-l’extrême-onction. Je ne veux pourtant pas vous présenter
-son état comme désespéré; on a vu des vieillards subir de
-pareilles crises et se relever ensuite. Mais enfin la situation
-est grave, et je ne pouvais vous la laisser ignorer. Une lettre
-de vous serait une grande joie pour mon père; et je suis
-sûr qu’il sortirait un moment de sa torpeur pour y répondre.
-Bien entendu, vous ne lui parleriez pas de sa santé; mais
-vous lui écririez comme vous le faites d’habitude et, je
-suppose, comme pour répondre à sa dernière lettre. Votre
-amitié saura bien ce qu’il faut lui dire. Je vous sais si bien<span class="pagenum"><a name="Page_491" id="Page_491">[491]</a></span>
-de cœur avec nous que j’ai à peine besoin de vous dire
-combien je vous suis affectionné et dévoué.</p>
-
-<p class="p1">Plus heureux que moi, Léopold de Gaillard
-avait pu aller aux Angles. C’était le 22 mars:</p>
-
-<div class="pbq p1">
-
-<p class="p1">La dernière fois que j’ai vu mon vieil ami, écrit-il<a name="FNanchor_514_514" id="FNanchor_514_514"></a><a href="#Footnote_514_514" class="fnanchor">[514]</a>, il
-n’avait plus que sept jours à vivre. Sans maladie bien
-caractérisée, mais d’une faiblesse extrême et ne prenant
-aucun aliment solide, il n’était pas alité et se tenait dans le
-grand salon où sa vie s’est écoulée, en face de trois fenêtres
-qui donnent sur la riche vallée du Rhône. Son seul exercice
-se bornait depuis quelques jours à se traîner d’un fauteuil à
-l’autre. Quand il me vit, il vint le plus vite qu’il put s’asseoir
-à mes côtés. Il m’annonça avec une parfaite sérénité sa
-mort pour un des jours de la semaine qui allait s’ouvrir.
-«Je n’ai pas attendu, ajouta-t-il, le dernier moment pour
-me mettre en règle avec le bon Dieu. Le P. B.<a name="FNanchor_515_515" id="FNanchor_515_515"></a><a href="#Footnote_515_515" class="fnanchor">[515]</a> vient me
-voir souvent et je me confie à lui avec délices. Ah! mon
-ami! quels hommes vraiment de Dieu! Quels consolateurs!...»
-Je le louai avec toute l’effusion d’une amitié
-chrétienne, puis j’essayai de lui parler de ses travaux, des
-livres nouveaux et du buste donné par souscription que je
-voyais en face de moi. Pontmartin redevint aussitôt le charmant
-causeur qu’il a toujours été. Je me souviens que
-m’étant plaint à lui d’une photographie aux traits durcis et
-de couleur très sombre qu’on envoyait à ses souscripteurs,
-il me répondit en souriant. Peu de temps après son éclatante
-disgrâce, on osa exposer au Salon un portrait de Chateaubriand
-signé par Girodet. Chacun craignait la colère du
-maître. Mais, cette fois, il sut se contenir et s’en tirer par<span class="pagenum"><a name="Page_492" id="Page_492">[492]</a></span>
-un bon mot. Comme le tableau était très poussé au noir:
-«Il ressemble à un conspirateur, dit un courtisan.&mdash;Oui,
-ajouta l’empereur, mais à un conspirateur qui serait descendu
-par la cheminée!»</p>
-
-<p>Cette saillie et plusieurs autres me donnèrent l’espoir
-que le désastre de sa santé était encore réparable, et que cet
-entrain de conversation n’allait pas avec un épuisement
-complet. Illusion, hélas! Chez notre ami comme chez tous
-ceux qui ont surtout vécu par l’esprit, c’est l’esprit qui
-meurt le dernier. C’est sa flamme qui brille encore quand
-toutes les autres sont éteintes. Juste récompense d’une vie
-toute d’intelligence et vouée tout entière aux plus nobles
-occupations!</p></div>
-
-<p class="p1">Le 28 mars, Henri de Pontmartin m’adressait
-ces lignes:</p>
-
-<p class="pbq p1">Merci de votre lettre, qui a touché mon père jusqu’aux
-larmes; il veut que je vous le dise. Depuis hier, il garde le
-lit, et en un sens cela vaut mieux pour lui donner des soins
-et l’empêcher d’user ses dernières forces dans l’effort inouï
-qu’il lui fallait faire pour se lever, descendre et monter l’escalier.
-Sa faiblesse est toujours extrême, et les moyens de la
-combattre toujours à peu près nuls. Pourtant, aucun organe
-n’est atteint, et sa lucidité est intacte. Plus que jamais il est
-<i>préparé</i>, et il se remet entre les mains de Dieu.</p>
-
-<p class="p1">Le samedi 29 mars, à onze heures et demie du
-matin, Armand de Pontmartin s’endormit dans la
-paix du Seigneur. Puisque je n’ai pas eu la consolation
-d’assister à ses derniers moments, je tiens
-à laisser la parole à ceux qui en furent les témoins.
-Le docteur Cade, qui lui donnait ses soins,
-raconte en ces termes cette mort si doucement
-chrétienne:</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_493" id="Page_493">[493]</a></span></p>
-
-<p class="pbq p1">A ceux qui l’entouraient, il parlait de sa mort prochaine
-comme de l’événement le plus ordinaire, réglant lui-même
-le détail de ses obsèques. A plusieurs reprises, pendant le
-cours de sa dernière maladie, il avait tenu à recevoir la
-visite de son Dieu. Il voulut recevoir la communion le jour
-de la Saint-Joseph<a name="FNanchor_516_516" id="FNanchor_516_516"></a><a href="#Footnote_516_516" class="fnanchor">[516]</a> et le jour même de sa mort. Et alors
-que sa famille était dans les pleurs, prévoyant sa fin prochaine,
-lui était dans une admirable tranquillité, goûtant
-déjà la joie des élus. Ma profession m’a condamné à voir
-souvent mourir, mais je n’oublierai jamais les derniers moments
-d’Armand de Pontmartin. Il avait reçu la communion
-dans les plus vifs sentiments de piété, et, peu de
-temps après, avait dit à M. le curé des Angles qui l’assistait:
-«Oh! comme je suis bien!» Puis il s’était endormi doucement
-pendant qu’on lui donnait l’extrême-onction. Par les
-fenêtres entr’ouvertes, le soleil du printemps inondait la
-chambre de lumière. Au pied du lit, un fils, une belle-fille
-en pleurs, torturés par une émotion poignante, quelques
-serviteurs fidèles répondant, malgré leurs larmes, aux
-prières de l’Église, et sur son lit d’agonie Armand de Pontmartin
-exhalait son dernier soupir<a name="FNanchor_517_517" id="FNanchor_517_517"></a><a href="#Footnote_517_517" class="fnanchor">[517]</a>.</p>
-
-<p class="p1">Un autre témoin adressait d’Avignon, le 31 mars,
-au rédacteur en chef de l’<i>Univers</i>, une lettre d’où
-j’extrais ces détails:</p>
-
-<div class="pbq p1">
-
-<p class="p1">J’ai revu M. de Pontmartin le 12 mars: il avait sur sa
-table la <i>Bête humaine</i>, de Zola. Quoique souffrant déjà, il
-préparait l’article qui a paru dans la <i>Gazette de France</i>, et,
-malgré la faiblesse qui commençait à le gagner, il s’exprimait
-avec une véhémence peu ordinaire sur l’œuvre mauvaise
-du romancier.</p>
-
-<p>Depuis cette époque, le mal a fait de rapides progrès, et<span class="pagenum"><a name="Page_494" id="Page_494">[494]</a></span>
-le grand écrivain, avec ce secret pressentiment de sa mort
-prochaine qui se faisait jour depuis quelques mois à travers
-ses écrits, s’est résolument et avec une piété touchante
-tourné vers le bon Dieu. Il a reçu trois fois la sainte communion.</p>
-
-<p>Le matin même de sa mort, il avait reçu la suprême
-visite du divin Maître, et lui-même avait demandé le saint
-viatique; mais dans la délicatesse de sa conscience, il n’a
-voulu prendre ni potion ni aliment. Il avait toute sa connaissance,
-et à un de ses fidèles serviteurs qui l’aimaient
-comme un père, il disait après cette dernière communion:
-«Oh! mon ami, je suis si bien! Laisse-moi maintenant
-avec le bon Dieu!» La veille, il avait dit à sa belle-fille:
-«Sais-tu par cœur le <i>Salve Regina</i>? Récite-le avec moi.»</p>
-
-<p>La visite du prêtre le comblait de joie; c’est avec effusion
-qu’il remerciait le modeste curé des Angles de ses encouragements
-et de ses prières. Depuis quelques jours, il avait
-coutume de dire: «Oh! les robes noires, quel bien elles me
-font! Ce sont elles surtout que je veux voir!»</p>
-
-<p>Les derniers moments ont été calmes: rien n’a troublé la
-sérénité de cette âme unie à Dieu dans les luttes de la vie...</p>
-
-<p>Et quelle charité pour les pauvres dans cette âme exquise!
-Le château des Angles était le rendez-vous de toutes les misères,
-assurées de trouver là, de la part de l’illustre défunt
-et de son fils bien-aimé, secours et consolation. L’aumône
-se faisait en grand dans cette noble demeure, et la mort de
-M. de Pontmartin, qui est un deuil si grand pour les lettres
-et pour la France, est encore plus un deuil pour les pauvres
-et les petits...</p></div>
-
-<p class="p1">S’arrachant pour un instant à ses larmes, le fils
-de mon vieil ami m’envoyait ce douloureux et consolant
-bulletin:</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_495" id="Page_495">[495]</a></span></p>
-
-<p class="pbq p1">...Je vous ai dit que, le vendredi matin<a name="FNanchor_518_518" id="FNanchor_518_518"></a><a href="#Footnote_518_518" class="fnanchor">[518]</a>, il avait lu sur
-son lit votre lettre si excellente, où il ne vit pas les allusions
-cachées à sa maladie, mais qui le toucha par l’effusion de
-votre amitié, et l’intéressa par le récit de tout ce que vous
-aviez fait à Paris. «Quel contraste, me dit-il, entre cette
-activité et l’état auquel je suis réduit!» La journée et la
-nuit se passèrent tranquilles, avec diminution des quintes
-de toux, sommeil; il semblait que le séjour au lit, en supprimant
-les terribles efforts qu’il devait faire les jours précédents
-pour rester debout, avait amené une détente, qu’il était
-moins fatigué, que les traits de son visage ne portaient plus
-la marque du même accablement. Le samedi matin notre
-curé lui apporta la communion, ainsi qu’il avait été convenu
-l’avant-veille avec son confesseur. Il la reçut avec sa connaissance,
-remerciant ensuite le curé, s’excusant de l’avoir
-dérangé et me recommandant de ne pas le laisser partir
-sans lui faire prendre un peu de café. Quand je remontai,
-dix minutes plus tard, après m’être acquitté de ce soin, je
-le trouvai endormi d’un sommeil paisible et qui paraissait
-réparateur. Une heure après, c’est-à-dire vers dix heures,
-nous nous aperçûmes que ce sommeil ne ressemblait pas
-aux autres. Au même moment, notre docteur arriva, et,
-après l’avoir examiné, fit un signe désespéré. Il envoya chercher
-de nouveau le curé pour l’extrême-onction, qui fut
-administrée pendant qu’il respirait encore, et, au moment
-où finissaient les dernières prières, il expira sans souffrance.
-On peut donc dire qu’il s’est endormi dans le Seigneur,
-surabondamment assisté et consolé par la religion, et conservant
-jusqu’à la fin sa lucidité intellectuelle, sauf pour les
-adieux, dont l’amertume lui a été épargnée<a name="FNanchor_519_519" id="FNanchor_519_519"></a><a href="#Footnote_519_519" class="fnanchor">[519]</a>.</p>
-
-<p class="p1">Par une singulière coïncidence, Armand de
-Pontmartin est mort un <i>Samedi</i>, ce jour qui était
-devenu le sien. Dans ses dernières années, il se
-plaisait quelquefois à me dire dans ses lettres:<span class="pagenum"><a name="Page_496" id="Page_496">[496]</a></span>
-«Soyez tranquille, je prépare depuis longtemps,
-je soignerai par-dessus tout mon dernier <i>article</i>.»
-Et en effet celui-là, celui qu’il ne craignait pas
-d’appeler en souriant, au risque de faire un de ces
-jeux de mots qu’il affectionnait, «l’article de sa
-mort»&mdash;celui-là fut admirable.</p>
-
-<h3>IV</h3>
-
-<p>Les obsèques furent célébrées le mardi 1<sup>er</sup> avril.
-Ainsi qu’il l’avait demandé, elles furent très simples:
-nul apparat, nulle pompe extérieure. Mais cette
-simplicité même les rendait encore plus émouvantes.
-Elles eurent lieu dans la petite église paroissiale
-des Angles. La levée du corps fut faite par
-M. le curé des Angles, assisté de plusieurs de ses
-confrères du voisinage, MM. les curés de Villeneuve,
-de Domazan et de Pujaut, et de M. l’abbé
-Agniel, aumônier des victimes à Saint-André-de-Villeneuve.
-En tête du cortège marchaient les
-femmes et les jeunes filles du village, auxquelles
-s’étaient jointes des députations des œuvres de
-charité dont le châtelain des Angles était le bienfaiteur;
-les Petites-Sœurs des Pauvres, les Religieuses
-de la Grande-Providence et les Trinitaires
-de Villeneuve.</p>
-
-<p>Le cercueil était porté sur un brancard par les
-hommes des Angles, fiers de donner à celui qui
-avait été leur ami ce témoignage de respect et
-d’affection.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_497" id="Page_497">[497]</a></span></p>
-
-<p>Le deuil était conduit par le fils du défunt, le
-comte Henri de Pontmartin, par son beau-frère le
-comte de Montravel, par son neveu M. de Froissard-Broissia,
-et M. Théodore de Montravel, son
-cousin germain. Derrière venait toute la population
-de la commune, et, avec elle, la plupart des
-notabilités avignonnaises ou des environs, les
-représentants de la presse conservatrice régionale,
-un des grands-vicaires de M<sup>gr</sup> Vigne, archevêque
-d’Avignon, et plusieurs membres du clergé régulier
-et séculier.</p>
-
-<p>Le long et pieux cortège gravit lentement la
-pittoresque montagne, qui lui faisait un cadre merveilleux,
-avec ses chemins sinueux, avec sa verdure
-naissante, avec ses rochers aux plantes sauvages.
-Dans le ciel limpide brillait un soleil de
-printemps, qui donnait un air de fête à cette scène
-de deuil, mais d’un deuil chrétien tout rempli de
-saintes consolations et d’immortelles espérances.</p>
-
-<p>L’église était trop étroite pour recevoir la nombreuse
-assistance; par une touchante attention,
-les habitants des Angles s’abstinrent d’y pénétrer,
-la laissant tout entière à la disposition des amis et
-connaissances du maître, venus du dehors pour
-assister à ses funérailles.</p>
-
-<p>Le curé des Angles célébra le saint sacrifice; le
-curé de Villeneuve donna l’absoute. De ferventes
-prières s’étaient élevées de tous les cœurs quand
-le prêtre avait invoqué de Dieu les joies éternelles
-en faveur de celui qui l’avait fidèlement servi: <i>ut
-quia in te speravit et credidit... Gaudia æterna possideat</i>;<span class="pagenum"><a name="Page_498" id="Page_498">[498]</a></span>
-quand il avait dit à la Communion de la
-Messe: <i>Beati mortui qui in Domino moriuntur!</i></p>
-
-<p>Le cimetière du village est situé au sommet
-même de la montagne, avec une vue magnifique
-au nord et au sud sur tout le pays environnant,
-jusqu’au Ventoux, d’un côté, et, de l’autre, jusqu’aux
-Alpines.</p>
-
-<p>Trois discours furent prononcés: par M. le baron
-de Roubin, au nom de la famille, au nom des
-habitants des Angles et du canton de Villeneuve;
-par M. Charles Garnier, rédacteur de la <i>Gazette
-du Midi</i>, au nom de la presse, et plus spécialement
-de la presse méridionale; par M. Rochetin, au nom
-de l’Académie de Vaucluse. Le talent et les œuvres
-de l’écrivain furent dignement loués; mais, au
-moment de fermer ces pages, je veux oublier l’auteur;
-je ne veux me souvenir que de l’homme et
-de l’ami, du royaliste et du chrétien. Je ne veux
-retenir de ces hommages funèbres que ces paroles
-de M. de Roubin, l’un des témoins de sa vie:</p>
-
-<div class="pbq p1">
-
-<p class="p1">mand de Pontmartin a voulu passer ses dernières
-années, il a voulu mourir dans la maison paternelle... Il
-ne pouvait mourir ailleurs celui qui était aux Angles et
-dans son canton la providence de toutes les infortunes.</p>
-
-<p>Heureux d’employer son superflu au secours des malheureux
-et de toutes les œuvres charitables,&mdash;ces sentiments
-qui lui avaient été légués par ses pères, il les a si parfaitement
-transmis à son fils, que les pauvres, à l’avenir, s’apercevront
-à peine que ce n’est plus la même main qui
-donne...</p>
-
-<p>La foi vive et ardente qu’Armand de Pontmartin avait
-puisée au berceau l’a accompagné jusqu’à la tombe.&mdash;Oui,<span class="pagenum"><a name="Page_499" id="Page_499">[499]</a></span>
-il s’est vu mourir, il a suivi une à une la décroissance de
-ses forces physiques, et il a puisé dans ses croyances religieuses
-le soutien de ses derniers jours. Le Bon Dieu, qui
-est venu le visiter souvent dans sa dernière maladie, lui a
-accordé la faveur de s’éteindre sans souffrir, et de garder
-jusqu’à la fin les vifs rayons de ce charmant esprit qui a si
-longtemps brillé dans le monde.</p></div>
-
-<p class="p1">Les plus belles vies sont celles que couronne une
-sainte mort. C’est pourquoi, malgré les épreuves
-qui ont traversé son existence, malgré les deuils
-qui l’ont assombrie, nous devons envier Pontmartin.
-Il n’a servi qu’une seule cause. Il a défendu
-jusqu’à son dernier jour les idées et les principes
-pour lesquels s’était passionnée sa jeunesse. Il a
-passé ses dernières années sous le toit qui avait
-abrité son enfance. Il est mort dans la maison de
-son père, assisté par le curé de son village, ayant
-au pied de son lit son fils, sa belle-fille et ses vieux
-domestiques.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_500" id="Page_500">[500]</a><br /><a name="Page_501" id="Page_501">[501]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">APPENDICE<a name="FNanchor_520_520" id="FNanchor_520_520"></a><a href="#Footnote_520_520" class="fnanchor"><span class="little">[520]</span></a></h2>
-
-<hr class="d1" />
-
-<p class="pc mid">LISTE DES SOUSCRIPTEURS</p>
-
-<p class="pc1">AU BUSTE</p>
-
-<p class="pc1 large">DE M. ARMAND DE PONTMARTIN</p>
-
-<p class="pc1 large">1887</p>
-
-<hr class="d1" />
-
-<table id="tap" summary="tb1">
-
- <tr>
- <td> </td>
- <td colspan="2" class="tdc"><span class="small">Francs.</span></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’Académie de Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">100</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Adam (Antonius), a Paris</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">V<sup>te</sup> <span class="smcap"> O. d’Adhémar, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Agniel, aumônier, a Villeneuve</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L. d’Albiousse, a Uzès</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">V. Alecsandri, ministre de Roumanie, a Paris</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ch. Alexandre, a Mâcon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">S. Allemand, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Henri Allemand, a Roquemaure (Gard)</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">A. d’Amoreux, ancien officier, a Uzès</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">V<sup>ve</sup> <span class="smcap"> Louis André, a Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">André-Papuzeaud, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Angevin, a Sauveterre (Gard)</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">25</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Commandant d’Antreygas, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>ise</sup> <span class="smcap"> d’Archimbaud, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Armand, relieur, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">François Armand, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Gabriel Arnaud, a Caumont (Vaucluse)</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Louis d’Athénosy, a Avignon<span class="pagenum"><a name="Page_502" id="Page_502">[502]</a></span></span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Aubanel frères, imprimeurs, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>is</sup> <span class="smcap"> d’Aymard de Chateaurenard, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>lle</sup> <span class="smcap"> de Baciocchi, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">E. Baculard, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>tesse</sup> <span class="smcap"> de Balleroy, a Balleroy (Calvados)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Barbantan, peintre, a Pernes</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">30</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Barbeirassy, ancien directeur des Domaines</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Lucien Barbeirassy, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>ce</sup> <span class="smcap"> de Barberey, a Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> de Barbeyrac S<sup>t</sup> Maurice, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">V<sup>tesse</sup> <span class="smcap"> de Bardonnet, née Hyde de Neuville</span></td>
- <td class="tdrl">8</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">D<sup>r</sup> <span class="smcap"> Barral, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> Hélion de Barreme, a Nice</span></td>
- <td class="tdrl">40</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Barrès, bibliothécaire, Carpentras</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>me</sup> <span class="smcap"> Barretta-Worms (Comédie-Française)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">A. de Barthélemy, romancier</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Barthélemy, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ed. de la Bastide, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Eug. Bastide, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>is</sup> <span class="smcap"> de Bausset, capit<sup>ne</sup> de Vaisseau</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>tesse</sup> <span class="smcap"> Marie de Bausset, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">O. Baze, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Beillier, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">3</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">G. de Belcastel, ancien député, Toulouse</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Michel Bérard, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Béraud, prof</span><sup>r</sup> <span class="smcap"> de musique, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Berbiguier, serrurier, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Henri Bergasse, a Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">25</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Bernard, tailleur, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>us</sup> <span class="smcap"> Bernard, a l’Isle (Vaucluse)</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ch. Bernardi, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Bersange, a Bergerac</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Horace Bertin, journaliste, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Bertin, clerc d’huissier, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Berton père et fils, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">25</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">X. Berud, au Thor (Vaucluse)</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Monseigneur Besson, a Nîmes</span></td>
- <td class="tdrl">100</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Eug. Bezet, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Bidon, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Bigot, coiffeur, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">A. Biré, sénateur, Luçon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ed. Biré, a Nantes</span><span class="pagenum"><a name="Page_503" id="Page_503">[503]</a></span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ch. Bistagne, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">J<sup>h</sup> <span class="smcap"> Blanc, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Blanc fils aîné, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">R<sup>d</sup> <span class="smcap"> Père Jacques Blanc, S. J., Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Boge, peintre, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">G. Boissier, de l’Académie Française</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Firmin Boissin, journaliste, Toulouse</span></td>
- <td class="tdrl">3</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Esprit Bonneau, a Sauveterre (Gard)</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Bonnefille, marbrier, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Bonnel, curé, Lacoste (Vaucluse)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Julien Bonnet, avocat, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Léon Bonnet, id., Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Justin Bonnet, a Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Gustave Bord, a Nantes</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">V<sup>te</sup> S<sup>t</sup>-<span class="smcap">Clair de la Borde, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Borty, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">V<sup>ve</sup> <span class="smcap"> Borty, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Joseph Bosse, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">3</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Félix Bouchet, a Thiers (Puy-de-Dome)</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">De Bouchony, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Marius Boulle, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Justin Bourget, a Beaucaire</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">B. Bourret, a Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Bouvachon-Commin, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Henri Bouvet, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Marc Bouvet, a Pujaut (Gard)</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Paul Bouvet (Gard)</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Rémy Bouvet (Gard)</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Bouyac, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">B. Bouzon, a Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">25</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Sébastien Bressy, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Eug. de Bricqueville, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">25</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Léon de la Brière, a Paris</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Brochéry, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Bruguier-Roure, a Pont-S</span><sup>t</sup><span class="smcap">-Esprit</span></td>
- <td class="tdrl">15</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Brulat, peintre</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Brun, curé, Vedènes (Vaucluse)</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Lucien Brun, sénateur</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Édouard Brunel, a Cavaillon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">D<sup>r</sup> <span class="smcap"> Cade, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Georges de Cadillan, a Tarascon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Calmann-Lévy, a Paris</span></td>
- <td class="tdrl">200</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Calla, ancien député, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L. de Camaret, a Pernes (Vaucluse)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">M. Cambe, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">S. Cambe, a Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Henri Campé, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Canonge, tourneur, a Villeneuve<span class="pagenum"><a name="Page_504" id="Page_504">[504]</a></span></span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">25</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Capmartin, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ch. Cappeau, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">E. Cappeau, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Paul Cappeau, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Carabin, peintre, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>me</sup> <span class="smcap"> de Carayon-Latour, a Virelade (Gironde)</span></td>
- <td class="tdrl">30</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">B<sup>on</sup> <span class="smcap"> de Carmejane-Pierredon, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Carnayon, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> Jules de Carné (Indre-et-Loire)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">D<sup>r</sup> <span class="smcap"> Carre, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Carrier (Ardennes)</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Le Duc des Cars</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M. <span class="smcap"> et</span> M<sup>me</sup> <span class="smcap"> Louis Cartier, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">75</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Cartoux, a Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">25</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">J. de Cassières, président a la Cour, Amiens</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Cavillon, épicier, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Cavoret, épicier, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Cercle de l’Agriculture, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">B<sup>ne</sup> <span class="smcap"> de Chabert, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">D<sup>r</sup> <span class="smcap"> Chabert, Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Calixte Chabrel, a Villeneuve</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">25</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Léon Chabrel, a Villeneuve</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">25</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Félix Chabrier, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Chaigne, a Bourg</span>-S<sup>t</sup>-<span class="smcap">Andéol</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Chaix, a Cannes</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Chambon, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">G. de Champvans, ancien préfet</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Chansroux, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te </sup><span class="smcap">de Chansiergues, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Chantelauze, publiciste, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>ise</sup> D<sup>re</sup> <span class="smcap"> de Charnacé (Maine-et-Loire)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> Guy de Charnacé, (Maine-et-Loire)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">A. Charpentier (Calvados)</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">D<sup>r</sup> <span class="smcap"> Charruau, Nantes</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L. Chauvet, au Tuor</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Léon de Chênedollé (Calvados)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Jules Claretie, de l’Acad. française</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">J<sup>h</sup> <span class="smcap"> Clauseau, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">E. Clerc, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">D<sup>r</sup> <span class="smcap"> Clément, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Clérissac, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Cochat, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Joseph de Cohorn, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Collège</span> S<sup>t</sup>-<span class="smcap">Joseph, a Avignon</span>
-<span class="pagenum"><a name="Page_505" id="Page_505">[505]</a></span></td>
- <td class="tdrl">40</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L. Collet, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Chanoine Condamin, Lyon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>ise</sup> <span class="smcap"> de Coriolis, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> de Cosnac (Corrèze)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">V. Cottard, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Coulondres, ancien magistrat, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Courcelle, ancien député</span> (H<sup>te</sup>-<span class="smcap">Saône</span>)</td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Crégut, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Victor Crotat, tonnelier, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">B<sup>on</sup> <span class="smcap"> de Croze (Haute-Loire)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Cunin, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L. Curnier, ancien député, Le Havre</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Cuvillier-Fleury (Ac. Française)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Daniel, Toulon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">J.-S. David, a Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Esprit David, a Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">J.-C. David, a Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Sixte David, a Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">J.-L. David, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Dau, compositeur de musique, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ch. Dayma, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Léonce Dayma, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Delacroix, curé, Bagnols</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">R. Deleuze, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Delorme fils aîné, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Léon Delorme, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Deloye, conservateur du Musée, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> Roger du Demaine, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Gabriel Démians, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Desaide, graveur, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>ce</sup> <span class="smcap"> Desvernay (Loire)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Deville, ph</span><sup>ien</sup>, <span class="smcap"> Saint-Saturnin (Vaucluse)</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Deville, médecin, Saint-Saturnin (Vaucluse)</span></td>
- <td class="tdrl">3</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">F. Digonnet, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">V. des Diguères (Orne)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Dinard, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">3</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ch. Domergue, Beaucaire</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Donat-Darut, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">George Doncieux, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">C. Doucet (Académie Française), Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">V<sup>ve</sup> <span class="smcap"> Douladoure, Toulouse</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Doutavès, maçon, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>gr</sup> <span class="smcap"> de Dreux-Brézé, évêque de Moulins</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Commandant Dubois, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">D<sup>r</sup> <span class="smcap"> A. Dubourd, Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ducommun, horloger, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Commandant Ducos, Avignon</span><span class="pagenum"><a name="Page_506" id="Page_506">[506]</a></span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Gilles Dufour, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Léon Dufour, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">J<sup>h</sup> <span class="smcap"> Dufraisse (Haute-Garonne)</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Dumas, curé de Saint-Pierre</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Alexandre Dumas</span> (Acad<sup>ie</sup> Française)</td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Durand, libraire, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Édouard, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Colonel comte de l’Église, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">H. Escoffier</span>, <i>Petit Journal</i>, <span class="smcap"> Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">B<sup>on</sup> <span class="smcap"> d’Espalungue (Basses-Pyrénées)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">D<sup>r</sup> <span class="smcap"> d’Espiney, a Nice</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>is</sup> <span class="smcap"> de l’Espine, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">De l’Estang, avoué, Brignoles</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>me</sup> <span class="smcap"> d’Estienne de S<sup>t</sup>-Jean, a Aix</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Fr. Estournel, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">25</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">V. Estournel, maçon, Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">25</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">B<sup>on</sup> <span class="smcap"> d’Étigny, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">D’Everlange, Nimes</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Eyssette, contre-maître, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Adr. Fabre, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Cl. Fanot, carillonneur, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>tesse</sup> <span class="smcap"> de Farcy (Mayenne)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">A. Farget, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Paul de Faucher, a Bollène</span></td>
- <td class="tdrl">3</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Th. Favier, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>ise</sup> <span class="smcap"> de Fayet, Ch. d’Aveny (Eure)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> Achille de Félix, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Jules Fénard, a Cherbourg</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Th. Fénard, a Cherbourg</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Octave Feuillet (Académie Française)</span></td>
- <td class="tdrl">40</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>me</sup> <span class="smcap"> Harold Fitch, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">40</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>ius</sup> <span class="smcap"> Fléchaire, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>lle</sup> <span class="smcap"> Zénaïde Fleuriot (Morbihan)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>is</sup> <span class="smcap"> de Forbin, a Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>is</sup> <span class="smcap"> de Foresta, a Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ant</span><sup>ne</sup> <span class="smcap"> Fortunet, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Jules Fortunet, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Eug. Fortunet, au Thor</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">F. Fourcade, arbitre de com</span><sup>ce</sup>, <span class="smcap"> Nantes</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>is</sup> <span class="smcap"> de Fournès, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Colonel Franchet d’Espérey, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">François-Massart, a Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">25</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Henri Franquebalme, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>gr</sup> <span class="smcap"> Fuzet, évêque de la Réunion</span><span class="pagenum"><a name="Page_507" id="Page_507">[507]</a></span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Gabriel, curé, Les Salles (Gard)</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Léopold de Gaillard</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Pierre de Gaillard</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Henry de Gaillard</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Denis Galet, a Amiens</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Gallay, ancien maire du VIII</span><sup>e</sup>, <span class="smcap"> Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>is</sup> <span class="smcap"> de Ganay, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ch. de Gantelmi d’Ille, a Aix</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Fr. Gard, a Uzès</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ch. de Gargan, a Luxembourg</span></td>
- <td class="tdrl">25</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ch. Garnier, publiciste, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Pierre Gassin, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Gaucherand, peintre, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><i>La Gazette de France</i></td>
- <td class="tdrl">100</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><i>La Gazette du Midi</i> </td>
- <td class="tdrl">100</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Joseph Genet, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Geoffroy, a Tournay (Hautes-Pyrénées)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ed. Geoffroy, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Le premier Président Germanes</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Albert Gigot, ancien préfet</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Gilles, a Eyragues (Bouches-du-Rhône)</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>me</sup> <span class="smcap"> de Gilly, a Tain (Drome)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> De Ginestous, a Cavaillon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Girard, sculpteur, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Frédéric Giraud, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Giraud, aumonier, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Giraud, vicaire a Saint-Didier, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">3</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Alfred Giraudeau, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Fernand Giraudeau, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">J<sup>h</sup> <span class="smcap"> Gontard, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">V<sup>te</sup> <span class="smcap"> de Gontaut-Biron, Anc. Ambassadeur</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Th. Goubet, avocat, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Albin Goudareau, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Émile Goudareau, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Jules Goudareau, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Goulet, banquier, Reims</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">B. Granet, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Léonce Granet, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Fr. Granier, anc. sénateur, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Amable Gras, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Félix Gras, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>is</sup> <span class="smcap"> de Grave (Haute-Vienne)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ed. Grenier, poète, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>gr</sup> <span class="smcap"> Grimardias, év. de Cahors</span></td>
- <td class="tdrl">25</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Emile Grimaud, Nantes</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Grimaud, Sorgues (Vaucluse)<span class="pagenum"><a name="Page_508" id="Page_508">[508]</a></span></span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Grouion, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Guérin, antiquaire, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">V<sup>v</sup> <span class="smcap"> Guerchet, orfèvre, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Guiberne, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>tesse</sup> <span class="smcap"> L. De Guilhermier, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">F. Guillaumont, a Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Paul Guillaumont, a Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">25</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Guillaume Guizot, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ludovic Halévy (Académie Française)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Hébrard, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>me</sup> <span class="smcap"> de Hennault, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Henry-Chrétien, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ed. Hervé (Académie Française)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Heugel, éditeur de musique, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Hostaléry père et fils, Caumont (Vaucluse)</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Hugues, serrurier, Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>is</sup> <span class="smcap"> d’Ivry (Côte-d’Or)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Président Jacques, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Claudio Jannet, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">V<sup>tesse</sup> <span class="smcap"> de Janzé, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">40</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ant. de Jessé-Charleval, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Eug. Johanys, Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Joseph Joubert (Maine-et-Loire)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Lacour, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>gr</sup> <span class="smcap"> Labouré, év. du Mans</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Lagier-Fornéry, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Alfred Lallié, Nantes</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Lamaty, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">25</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Langlois, a Paris</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>me</sup> <span class="smcap"> Victor de Laprade</span></td>
- <td class="tdrl">40</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">G. de Laurens, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">B<sup>on</sup> <span class="smcap"> Alfred du Laurens, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">B<sup>on</sup> <span class="smcap"> Guillaume du Laurens, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Et. Laurent, Aureille (B.-du-Rh.)</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> de Lavaur</span>-S<sup>te</sup> <span class="smcap"> Fortunade (Corrèze)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Le Bourgeois, Bonsecours-Rouen</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>tesse</sup> <span class="smcap"> de Léautaud, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Levêque, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Stéphen Liégeard, anc. député (Côte-d’Or)</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Liffran, notaire, Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> de Longpérier (Oise)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">G. de Longchamp, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">A. Magnan, Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">25</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Eug. Magne, Avignon</span><span class="pagenum"><a name="Page_509" id="Page_509">[509]</a></span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Mahur, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">B. de Malherbe, a Changhaï</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Léon Maillé, a Castres</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Albert Mallac, Bougival</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Paul Manivet, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Manon ainé, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">J<sup>h</sup> <span class="smcap"> Manon, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Elie Maria, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Paul Mariéton, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Maurice Marin, Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ch. Marin, Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Marin aîné, Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">X. Marmier (Académie Française)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Martin fils aîné, Rognonas (B.-du-Rh.)</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Martin, typographe, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Martin-Four, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">F. Mazet, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Mercier, ancien sous-préfet, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">V<sup>te</sup> <span class="smcap"> du Mesnil du Buisson (Orne)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Fr., Adr. et Auguste Meynadier, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Meynier, avocat, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">25</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L. Michel, médecin, au Thor</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Michel-Béchet, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>lle</sup> <span class="smcap"> Marie Michel, Tarascon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Michel, Société Générale, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">P. Michel, a Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Michel-Bent, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Michelland, au Thor</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Er. de Millaudon, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Mille, a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Mirandol, boulanger, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Frédéric Mistral</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Mistral-Bernard</span>, S<sup>t</sup> <span class="smcap"> Rémy-de-Provence</span></td>
- <td class="tdrl">40</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Monnier, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Aug. Monition, au Thor</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>is</sup> <span class="smcap"> de Montalet-Alais, (Gard)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">B<sup>on</sup> <span class="smcap"> de Montfaucon, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>tesse</sup> <span class="smcap"> de Morangiès, (Lozère)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Moreau de Belley, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Motteroz, imprimeur, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">A. Mounet, Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Jules Mouret, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Camille Moutin, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Alexis Mouzin, poète, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Émile Niel, ingénieur, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">D. Nisard (Acad<sup>ie</sup> Fr<sup>se</sup>)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ch. Nisard, de l’Institut</span><span class="pagenum"><a name="Page_510" id="Page_510">[510]</a></span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">M. et</span> M<sup>me</sup> <span class="smcap"> Jacques Normand</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">G. Odoyer, a Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Fr. d’Oléon, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> d’Olivier, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Émile Ollivier (Académie Française)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Louis d’Ortigue, Cavaillon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">V. Paillet, au Thor</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Auguste Palun, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Palun de Bésignane, au Thor</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>is</sup> <span class="smcap"> de Panisse-Passis (B.-du-Rh.)</span></td>
- <td class="tdrl">25</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Chanoine Paranque, La Ciotat</span></td>
- <td class="tdrl">4</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Le Comte de Paris</span></td>
- <td class="tdrl">100</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Pasquier de la Gressière (Ardennes)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">P. de Pélerin, Nimes</span></td>
- <td class="tdrl">25</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">P. Pelletier, verrier, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">M. et</span> M<sup>me</sup> <span class="smcap"> Pellissier, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">B<sup>on</sup> <span class="smcap"> du Peloux (Ain)</span></td>
- <td class="tdrl">25</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Henri de Pène</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Jules Pernod, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">J.-L. Perrier, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">A. Perrin, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Conseiller Perrot, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Louis Perrot, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">J. Peyraque, Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Et. Philibert, Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Nicolas Philibert, Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Philibert, Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Adolphe Pieyre, Nimes</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">G. Pijotat, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>is</sup> <span class="smcap"> de Pimodan, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Aug. Planche, a Uzès</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Plautin, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Plauzoles, a Montfort-l’Amaury</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Poirotte père et fils, menuisiers, Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">V<sup>te</sup> <span class="smcap"> de Poli, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">André Pons, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Victor Pons, confiseur, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Benoît Pons, a Moulins</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> de Pontevès-Sabran, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Clément Poulain, Nantes</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Henri Poussel, publiciste, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Alexandre Poussel, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>lle</sup> <span class="smcap"> Pouzol, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">J.-B. Pouzol, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Prat-Noilly, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">V. Prévot, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Proyart (Pas-de-Calais)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">V<sup>te</sup> <span class="smcap"> du Puget (Somme)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Rabillon, cafetier, Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>tesse</sup> <span class="smcap"> De Raousset-Boulbon, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Rastoul</span>, <i>Univers</i>, <span class="smcap"> Paris</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ravanis, curé doyen, Roquemaure</span><span class="pagenum"><a name="Page_511" id="Page_511">[511]</a></span></td>
- <td class="tdrl">3</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Vicaire-Général Redon, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">De Rémusat, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Renaudin, chapelier, Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Renouard, employé au P.-L.-M., Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Frédéric Ressegaire, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Isidore de Rey, au Thor</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Reynard-Lespinasse (Et.), Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Reynaud de Trets, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Charles de Ribbe, a Aix</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Aug. de Ribbe, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>me</sup> <span class="smcap"> du Ribert et ses filles</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ch. Ricard, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ricard, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">65</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>gr</sup> <span class="smcap"> Ricard, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Anselme Rieu, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Eug. Ripert, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ad. Roch, banquier, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Rochat, a Nogent-sur-Marne</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Louis Roche, Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Duchesse de la Roche-Guyon</span></td>
- <td class="tdrl">200</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>is</sup> <span class="smcap"> de la Rochejaquelein</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">R. de Rocher, Bollène</span></td>
- <td class="tdrl">25</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">D<sup>r</sup> <span class="smcap"> Rochette, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>me</sup> <span class="smcap"> Rochetin, Uzès</span></td>
- <td class="tdrl">25</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>me</sup> <span class="smcap"> de la Rochethulon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Th. Rodde, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Jules Rolland, a Albi</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Sincère Romey</span> (<i>Gazette de France</i>)</td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Louis de la Roque, Montpellier</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Rostan d’Ancezune, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Eug. Rostand, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">40</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Alexis Rostand, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L. Roubaud, au Thor</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">B<sup>on</sup> <span class="smcap"> Albert de Roubin, Villeneuve</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">B<sup>on</sup> <span class="smcap"> Armand de Roubin, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Famille Rouchette, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">4</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Joseph Roumanille</span></td>
- <td class="tdrl">25</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Gustave Roure, confiseur, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ed. Rousse (Académie Française)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ch. Rousseau, a Thouars</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Camille Rousset (Académie Française)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">D<sup>r</sup> <span class="smcap"> Roussillon, au Bourg-d’Oisans</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Jules-Charles Roux, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Victor Roux, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Jules Roux, avoué, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">B<sup>on</sup> <span class="smcap"> de Roux-Larcy</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">F. Royer, a Villeneuve</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">25</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Rouzeaud, Toulouse</span><span class="pagenum"><a name="Page_512" id="Page_512">[512]</a></span></td>
- <td class="tdrl">3</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> de Ruffo-Bonneval, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Duc de Sabran-Pontevès, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">100</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> Emm. de Sabran-Pontevès, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> Guillaume de Sabran-Pontevès, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">25</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Alph. Sagnier, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">S<sup>t</sup>-<span class="smcap">Patrice</span> (<i>Triboulet</i>), <span class="smcap"> Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Salla, Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">P. Salomon, a Villeneuve</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Joannin Samuel, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> de Saporta, a Aix</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>is</sup> <span class="smcap"> de Saqui-Sannes, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">V<sup>te</sup> <span class="smcap"> Jules de Salvador, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> Henri de Salvador, Remoulins</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé de Salvador, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Joseph de Salvador, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Saubot-Demborgez, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Seguin frères, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">25</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Marc Serguier, a Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">B<sup>on</sup> <span class="smcap"> de Serres de Monteil, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Seytre (Alpes-Maritimes)</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">V<sup>te</sup> <span class="smcap"> de Sinéty, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">B. Soulier, ancien maire, Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Em. Soulier, ancien maire, Sauveterre</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Fréd. Soulier, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Max</span><sup>in</sup> <span class="smcap"> Soulier, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Michel Soulier, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Michel Soulier, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Eug. Soustelle, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ed. Stofflet, Le Mans</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Colonel de Surville, a Nîmes</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">J<sup>h</sup> <span class="smcap"> de Talode du Grail, Mouilleron (Vendée)</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Tastevin, publiciste, Valence</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L. Taulier, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Teissère, a Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Ant. Teissier, a Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Charles Teste, a Bagnols (Gard)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">J. de Terris, notaire, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Joseph Thomas, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">40</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Paul Thureau-Dangin, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Tollon père, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>gr</sup> <span class="smcap"> Tolra de Bordas, Nice</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> de Toulouse-Lautrec, a Lavaur</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Tracol, notaire, Avignon</span><span class="pagenum"><a name="Page_513" id="Page_513">[513]</a></span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">L’<i>Univers</i>, <span class="smcap"> a Paris</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Paul Vachier, peintre, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Jonathan Valabrègue, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Amédée Valabrègue, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Adr. Vallat, Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Aristide Valette, Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé Valette, curé, Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">De Vatimesnil (Eure)</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Blaise Velay, Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Gabriel Verdet, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Marcel Verdet, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Théodore Verdet, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L. Vernet, statuaire, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">L’abbé de Vérot, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">A. Veux, Roquemaure</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">J<sup>h</sup> <span class="smcap"> Vidal, Pujaut</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>gr</sup> <span class="smcap"> Vigne, archevèque d’Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Alfr. Viguier, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">D<sup>r</sup> <span class="smcap"> Villars, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">M<sup>is</sup> <span class="smcap"> de Villefranche, Paris</span></td>
- <td class="tdrl">25</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> de Villeneuve-Bargemon, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>te</sup> <span class="smcap"> de Villeneuve-Esclapon, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Fréd. Villet, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Charles Vincens, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">25</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta">C<sup>tesse</sup> <span class="smcap"> Elzéar de Vogüé</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Henri Yvaren, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">50</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Trois anonymes, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Deux anonymes, Marseille</span></td>
- <td class="tdrl">4</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Un anonyme, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Un anonyme (Haute-Saône)</span></td>
- <td class="tdrl">30</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Un Anonyme, officier, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">V. D. S. J.</span></td>
- <td class="tdrl">20</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">C. F., a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Deux félibres, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Deux charpentiers, Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">H. H. Y. (Côtes-du-Nord)</span></td>
- <td class="tdrl">5</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Un lecteur des</span> <i>Semaines</i>, <span class="smcap"> Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">0</td>
- <td class="tdrl">50</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Un moine de Lérins</span></td>
- <td class="tdrl">10</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">Un petit belge</span></td>
- <td class="tdrl">1</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="ta"><span class="smcap">T., a Avignon</span></td>
- <td class="tdrl">2</td>
- <td class="tdrl">»</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="3" class="tdrl">&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tdc"><span class="smcap">Total</span></td>
- <td class="tdrl">6,723</td>
- <td class="tdrl">30</td>
- </tr>
-
-</table>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_514" id="Page_514">[514]</a><br /><a name="Page_515" id="Page_515">[515]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">INDEX ALPHABÉTIQUE</h2>
-
-<p class="pc2 mid">DES</p>
-
-<p class="pc1 large">NOMS PROPRES CITÉS DANS CE VOLUME</p>
-
-<p class="pi4 large p2">A</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Abel</span> (Henri), <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_74">74</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">About</span> (Edmond), <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_259">259</a>, <a href="#Page_403">403</a>, <a href="#Page_404">404</a>, <a href="#Page_405">405</a>, <a href="#Page_407">407</a>, <a href="#Page_409">409</a>, <a href="#Page_423">423</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Achard</span> (Amédée), <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_177">177</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Adam</span> (Adolphe), <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_177">177</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Affre</span> (M<sup>gr</sup>), <a href="#Page_153">153</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Agniel</span> (l’abbé), <a href="#Page_496">496</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Alboni</span> (Marietta), <a href="#Page_441">441</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Alembert</span> (d’), <a href="#Page_287">287</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Alexandre</span> (Charles), professeur, <a href="#Page_34">34</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Alibert</span> (le D<sup>r</sup>), <a href="#Page_41">41</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Allan</span> (M<sup>me</sup>), comédienne, <a href="#Page_121">121</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Allevarrès.</span> Voyez <span class="smcap">Serravalle</span>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Alloury</span> (Antoine), <a href="#Page_233">233</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Alzon</span> (Emmanuel d’), <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ampère</span> (André-Marie), <a href="#Page_41">41</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ampère</span> (Jean-Jacques), <a href="#Page_75">75</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ancelot</span> (<sup>Mme</sup>), <a href="#Page_115">115</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Andigné</span> (Auguste, comte d’), <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_351">351</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Andigné</span> (Léon, marquis d’), <a href="#Page_351">351</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Angles</span> (Monsieur des), <a href="#Page_5">5</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Angoulême</span> (duc d’), <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_71">71</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Angoulême</span> (duchesse d’), <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_21">21</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Anselme</span> (H. d’), <a href="#Page_84">84</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Appius Claudius</span>, <a href="#Page_187">187</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Arago</span> (François), <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_41">41</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Arbouville</span> (M<sup>me</sup> d’), <a href="#Page_115">115</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Archimbaud</span> (Alphonse d’), <a href="#Page_372">372</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Arnal</span>, comédien, <a href="#Page_290">290</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Arnault</span> (Antoine-Vincent), <a href="#Page_58">58</a></p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Athénosy</span> (Isidore d’), <a href="#Page_372">372</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Atticus</span>, <a href="#Page_478">478</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Aubanel</span> (Théodore), <a href="#Page_469">469</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Auber</span>, <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Aubryet</span> (Xavier), <a href="#Page_347">347</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Audiffret-Pasquier</span> (duc d’), <a href="#Page_426">426</a>, <a href="#Page_427">427</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Audigier</span> (Henri d’), <a href="#Page_250">250</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Audran</span> (Girard), graveur, <a href="#Page_434">434</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Augier</span> (Émile), <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_218">218</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_485">485</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Aumale</span> (duc d’), <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_398">398</a>, <a href="#Page_403">403</a>, <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_419">419</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_516" id="Page_516">[516]</a></span></p><p class="pni"><span class="smcap">Autran</span> (Joseph), <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_224">224</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_239">239</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_287">287</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_360">360</a>, <a href="#Page_361">361</a>, <a href="#Page_364">364</a>, <a href="#Page_371">371</a>, <a href="#Page_389">389</a>, <a href="#Page_398">398</a>, <a href="#Page_399">399</a>, <a href="#Page_400">400</a>, <a href="#Page_402">402</a>, <a href="#Page_406">406</a>, <a href="#Page_407">407</a>, <a href="#Page_409">409</a>, <a href="#Page_410">410</a>, <a href="#Page_415">415</a>, <a href="#Page_416">416</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_419">419</a>, <a href="#Page_420">420</a>, <a href="#Page_421">421</a>, <a href="#Page_422">422</a>, <a href="#Page_423">423</a>, <a href="#Page_424">424</a>, <a href="#Page_425">425</a>, <a href="#Page_471">471</a>, <a href="#Page_478">478</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Autran</span> (M<sup>me</sup> Joseph), <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_399">399</a>, <a href="#Page_426">426</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Averton</span> (Frédéric d’), <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_105">105</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Averton</span> (Guy d’), <a href="#Page_94">94</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">B</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Baciocchi</span> (Eugène de), <a href="#Page_372">372</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bailly de Surcy</span>, <a href="#Page_57">57</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ballanche</span>, <a href="#Page_40">40</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Balzac</span> (H. de), <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_116">116</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_304">304</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Baragnon</span> (Louis-Numa), <a href="#Page_340">340</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Baraguey d’Hilliers</span> (Achille, comte), maréchal de France, <a href="#Page_153">153</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Barante</span> (baron Prosper de), <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Barbentane</span> (marquis Léon de), <a href="#Page_350">350</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Barbey d’Aurevilly</span> (Jules), <a href="#Page_138">138</a>, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Page_244">244</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_472">472</a>, <a href="#Page_473">473</a>, <a href="#Page_474">474</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Barbier</span> (Auguste), <a href="#Page_394">394</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_420">420</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Barni</span> (Jules), <a href="#Page_349">349</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Barodet</span>, <a href="#Page_356">356</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Barrême</span>, calculateur, <a href="#Page_389">389</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Barrot</span> (Odilon), <a href="#Page_321">321</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Barthélemy</span> (Auguste), <a href="#Page_488">488</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Barthélemy</span> (marquis de), <a href="#Page_153">153</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bastet</span> (Antoine), sculpteur, <a href="#Page_434">434</a>, <a href="#Page_462">462</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bastet</span> (J.), <a href="#Page_84">84</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Baudelaire</span> (Charles), <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bayle</span> (Pierre), <a href="#Page_468">468</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Beauchesne</span> (Alcide de), <a href="#Page_174">174</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Beausacq</span> (comtesse Diane de), <a href="#Page_466">466</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Beauvoir</span> (Roger de), <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_156">156</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bec</span>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_288">288</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Béchard</span> (Ferdinand), <a href="#Page_270">270</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Béchard</span> (Frédéric), <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_288">288</a>, <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_318">318</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Belcastel</span> (Gabriel de), <a href="#Page_432">432</a>, <a href="#Page_458">458</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bellangé</span>, peintre, <a href="#Page_385">385</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Belleval</span> (marquis de), <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_250">250</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Belvèze</span> (de), <a href="#Page_166">166</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bentzon</span> (M<sup>me</sup> Th.), <a href="#Page_183">183</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Béranger</span> (P.-J. de), <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_167">167</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_205">205</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_308">308</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Berlioz</span> (Hector), <a href="#Page_450">450</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bermond</span> (de), <a href="#Page_72">72</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bernard</span> (Saint), <a href="#Page_208">208</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bernard</span> (Charles de), <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_471">471</a>, <a href="#Page_477">477</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bernard</span> (Claude), <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_420">420</a>, <a href="#Page_427">427</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bernardi</span> (de), <a href="#Page_161">161</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Berne-Bellecour</span>, peintre, <a href="#Page_385">385</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bernhardt</span> (Rosine <span class="smcap">Bernard</span>, dite <span class="smcap">Sarah</span>), <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_384">384</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bernis</span> (comtesse René de), <a href="#Page_16">16</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bernis</span> (Léon de), <a href="#Page_43">43</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Berry</span> (duc de), <a href="#Page_17">17</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_517" id="Page_517">[517]</a></span></p><p class="pni"><span class="smcap">Berry</span> (duchesse de), <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_109">109</a>, <a href="#Page_369">369</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Berryer</span>, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_81">81</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_346">346</a>, <a href="#Page_392">392</a>, <a href="#Page_394">394</a>, <a href="#Page_432">432</a>, <a href="#Page_450">450</a>, <a href="#Page_451">451</a>, <a href="#Page_452">452</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bert</span> (Paul), <a href="#Page_349">349</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bertin</span> (Ernest), <a href="#Page_479">479</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bertin</span> (Jean-Victor), <a href="#Page_10">10</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Berthoud</span> (Henry), <a href="#Page_114">114</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Besplas</span> (marquis de), <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_368">368</a>, <a href="#Page_375">375</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Besson</span> (M<sup>gr</sup>), <a href="#Page_439">439</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Beudin</span>, auteur dramatique, <a href="#Page_31">31</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Beugnot</span> (comte Arthur), <a href="#Page_172">172</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Beulé</span> (Ernest), <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_415">415</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bidault</span>, peintre, <a href="#Page_10">10</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Biliotti</span> (marquis de), <a href="#Page_360">360</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Biot</span>, <a href="#Page_41">41</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Biré</span> (Edmond), <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_168">168</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_372">372</a>, <a href="#Page_446">446</a>, <a href="#Page_451">451</a>, <a href="#Page_452">452</a>, <a href="#Page_484">484</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bismarck</span> (prince de), <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_363">363</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bitaubé</span>, <a href="#Page_40">40</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Blain</span>, tailleur, <a href="#Page_45">45</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Blanc</span> (Louis), <a href="#Page_307">307</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Blanchetti</span> (Paul), <a href="#Page_15">15</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Blaze de Bury</span> (Henry), <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_191">191</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Blocqueville</span> (marquise de), <a href="#Page_478">478</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Boigne</span> (comtesse de), <a href="#Page_466">466</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Boissier</span> (Gaston), <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Boissieu</span> (Arthur de), <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_300">300</a>, <a href="#Page_355">355</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bonald</span> (vicomte de), <a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Page_139">139</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bonington</span>, <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bonjour</span> (Casimir), <a href="#Page_98">98</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bonnat</span>, <a href="#Page_383">383</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bonnet</span> (le P. Élie), <a href="#Page_491">491</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Borderies</span> (M<sup>gr</sup>), <a href="#Page_28">28</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bosio</span>, sculpteur, <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bossuet</span>, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_361">361</a>, <a href="#Page_474">474</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Boudin</span>, cafetier, <a href="#Page_69">69</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Boudin</span> fils, <a href="#Page_69">69</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bouglé</span> (Charles), <a href="#Page_244">244</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bouhours</span> (le Père), <a href="#Page_194">194</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Boulay de la Meurthe</span> (le comte Joseph), <a href="#Page_39">39</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bourbousson</span>, député, <a href="#Page_161">161</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bourdaloue</span>, <a href="#Page_15">15</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bourget</span> (Paul), <a href="#Page_465">465</a>, <a href="#Page_466">466</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bourmont</span> fils (de), <a href="#Page_72">72</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Brascassat</span>, peintre, <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bressant</span>, acteur, <a href="#Page_166">166</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bridaine</span> (le P.), <a href="#Page_19">19</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Brière</span>, imprimeur, <a href="#Page_132">132</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Brillat-Savarin</span>, <a href="#Page_288">288</a>, <a href="#Page_388">388</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Brindeau</span> (Paul), acteur, <a href="#Page_149">149</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Brizeux</span> (Auguste), <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Broglie</span> (duc Victor de), <a href="#Page_48">48</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_405">405</a>, <a href="#Page_407">407</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Broglie</span> (duc Albert de), <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_374">374</a>, <a href="#Page_405">405</a>, <a href="#Page_408">408</a>, <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_426">426</a>, <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Brunetière</span> (Ferdinand), <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_264">264</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bucheron</span> (Arthur-Marie), connu sous le pseudonyme de <span class="smcap">Saint-Genest</span>, <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_343">343</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_379">379</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bugeaud</span> (le maréchal), <a href="#Page_153">153</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Buloz</span> (François), <a href="#Page_77">77</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_372">372</a>, <a href="#Page_373">373</a>, <a href="#Page_380">380</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Buloz</span> (Christine <span class="smcap">Blaze</span>, dame), <a href="#Page_124">124</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bussières</span> (de), <a href="#Page_207">207</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Bussonnier</span>, pâtissier, <a href="#Page_39">39</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Byron</span> (lord), <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_308">308</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_518" id="Page_518">[518]</a></span></p>
-
-<p class="pi4 large p2">C</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cade</span> (Edme), <a href="#Page_438">438</a>, <a href="#Page_440">440</a>, <a href="#Page_491">491</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cadot</span> (Alexandre), éditeur, <a href="#Page_156">156</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Calonne</span> (Alphonse de), <a href="#Page_135">135</a>, <a href="#Page_138">138</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_250">250</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Calvière</span> (marquis de), <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_17">17</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Calvière</span> (marquise de), <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_71">71</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cambacérès</span> (le prince), <a href="#Page_38">38</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cambis d’Orsan</span> (Henri de), marquis de Lagnes, grand-père maternel de Pontmartin, <a href="#Page_12">12</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cambis d’Orsan</span> (Augustine de Grave, marquise de), grand’mère maternelle de Pontmartin, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_16">16</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cambis</span> (Henriette de), <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_14">14</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cambis</span> (Augustin, marquis de), pair de France, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_39">39</a>, <a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Page_59">59</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_81">81</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_130">130</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cambis</span> (Alfred de), <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_56">56</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cambis</span> (Henri de), <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_82">82</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cambis</span> (l’abbé Adalbert de), <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_45">45</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Candolle</span> (de), <a href="#Page_72">72</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Candolle</span> (Pyrame de), botaniste, <a href="#Page_75">75</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Canron</span> (Augustin), <a href="#Page_440">440</a>, <a href="#Page_454">454</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Captier</span> (le Père), <a href="#Page_336">336</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cardinal</span> (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_113">113</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Carné</span> (comte Louis de), <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Page_59">59</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_409">409</a>, <a href="#Page_410">410</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Caro</span> (Edme), <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_394">394</a>, <a href="#Page_423">423</a>, <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Caro</span> (M<sup>me</sup> Edme), <a href="#Page_465">465</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Caron</span>, restaurateur, <a href="#Page_368">368</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Carrel</span> (Armand), <a href="#Page_123">123</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cars</span> (duc <span class="smcap">des</span>), <a href="#Page_132">132</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Castil-Blaze</span> (Henri-Joseph <span class="smcap">Blaze</span>, dit), <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_234">234</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Caussidière</span>, <a href="#Page_307">307</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cauvièrez</span>, <a href="#Page_72">72</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cavaignac</span> (général), <a href="#Page_136">136</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cazalès</span> (Edmond de), <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Page_59">59</a>, <a href="#Page_212">212</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Chaix</span> (l’abbé), <a href="#Page_332">332</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Chalenton</span> (l’abbé), <a href="#Page_6">6</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Challemel-Lacour</span>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_331">331</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cham</span> (vicomte Amédée <span class="smcap">de Noé</span>, dit), <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_142">142</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Chambord</span> (comte de), <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_168">168</a>, <a href="#Page_353">353</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Champagny</span> (Franz de), <a href="#Page_393">393</a>, <a href="#Page_394">394</a>, <a href="#Page_409">409</a>, <a href="#Page_419">419</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Champmartin</span>, peintre, <a href="#Page_76">76</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Changarnier</span> (général), <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_153">153</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Charette</span> (général baron de), <a href="#Page_374">374</a>, <a href="#Page_443">443</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Charles X</span>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_395">395</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Charre</span> (Émile), <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_151">151</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Chasles</span> (Philarète), <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_174">174</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Chassériau</span> (Théodore), <a href="#Page_144">144</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Chatham</span> (lord), <a href="#Page_100">100</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Chateaubriand</span>, <a href="#Page_39">39</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_361">361</a>, <a href="#Page_448">448</a>, <a href="#Page_491">491</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Chaudes-Aigues</span> (J.), <a href="#Page_86">86</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Chevandier de Valdrôme</span> (Eugène), <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_326">326</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Chevandier de Valdrôme</span> (Paul), <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_325">325</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Chevreau</span> (Henri), <a href="#Page_322">322</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cicéron</span>, <a href="#Page_478">478</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Circourt</span> (Albert, comte de), <a href="#Page_135">135</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_168">168</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Claretie</span> (Jules), <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_303">303</a>, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_346">346</a>, <a href="#Page_473">473</a>, <a href="#Page_478">478</a>, <a href="#Page_481">481</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_519" id="Page_519">[519]</a></span></p><p class="pni"><span class="smcap">Cochin</span> (Augustin), <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_381">381</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Condillac</span>, <a href="#Page_42">42</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Constans</span> (Ernest), <a href="#Page_487">487</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Coppée</span> (François), <a href="#Page_466">466</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cormenin</span> (vicomte de), <a href="#Page_98">98</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Corneille</span> (Pierre), <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Page_129">129</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cornudet</span> (Léon), <a href="#Page_65">65</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Corot</span>, peintre, <a href="#Page_10">10</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cortot</span>, sculpteur, <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Coulondres</span> (Alfred), <a href="#Page_440">440</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Coupvent des Bois</span> (amiral), <a href="#Page_166">166</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Courier</span> (Paul-Louis), <a href="#Page_205">205</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Courtet</span> (Jules), <a href="#Page_84">84</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cousin</span> (Victor), <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_48">48</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_441">441</a>, <a href="#Page_450">450</a>, <a href="#Page_471">471</a>, <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Crochard</span> (Armand de), <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_44">44</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cuvier</span> (Georges), <a href="#Page_54">54</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Cuvillier-Fleury</span>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_194">194</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_380">380</a>, <a href="#Page_389">389</a>, <a href="#Page_400">400</a>, <a href="#Page_401">401</a>, <a href="#Page_406">406</a>, <a href="#Page_407">407</a>, <a href="#Page_410">410</a>, <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_414">414</a>, <a href="#Page_415">415</a>, <a href="#Page_416">416</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_420">420</a>, <a href="#Page_423">423</a>, <a href="#Page_443">443</a>, <a href="#Page_444">444</a>, <a href="#Page_448">448</a>, <a href="#Page_453">453</a>, <a href="#Page_475">475</a>, <a href="#Page_478">478</a>, <a href="#Page_479">479</a>, <a href="#Page_480">480</a>, <a href="#Page_481">481</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">D</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dabadie</span>, chanteur, <a href="#Page_42">42</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dalloz</span> (Paul), <a href="#Page_343">343</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dambray</span> (le chancelier), <a href="#Page_38">38</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Damiron</span>, <a href="#Page_49">49</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Damoreau-Cinti</span> (M<sup>me</sup>), cantatrice, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_142">142</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Daudet</span> (Alphonse), <a href="#Page_469">469</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">David</span> (Louis), <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_342">342</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">David d’Angers</span>, <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Decazes</span> (duc Elie), <a href="#Page_17">17</a>, <a href="#Page_18">18</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Deguerry</span> (l’abbé), <a href="#Page_311">311</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Delaborde</span> (vicomte Henri), <a href="#Page_117">117</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Delacroix</span> (Eugène), <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_450">450</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Delahante</span> (Adrien), <a href="#Page_43">43</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Delalot</span> (vicomte), <a href="#Page_40">40</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Delaporte</span> (le Père Victor), <a href="#Page_460">460</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Delaroche</span> (Paul), <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_75">75</a>, <a href="#Page_450">450</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Delavigne</span> (Casimir), <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_308">308</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Delibes</span> (Léo), <a href="#Page_357">357</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Delille</span> (Jacques), <a href="#Page_51">51</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Delord</span> (Taxile), <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_259">259</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Demante</span> (A.-M.), <a href="#Page_47">47</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Deplace</span> (l’abbé Charles), <a href="#Page_84">84</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Deregnaucourt</span>, député, <a href="#Page_348">348</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Deretz</span>, journaliste, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_94">94</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Déroulède</span> (Paul), <a href="#Page_466">466</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Désaugiers</span>, <a href="#Page_205">205</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Descartes</span> (René), <a href="#Page_42">42</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Des Essarts</span> (Alfred), <a href="#Page_115">115</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Desmousseaux de Givré</span>, <a href="#Page_172">172</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Detaille</span>, peintre, <a href="#Page_385">385</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Devèria</span> (Eugène), <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_101">101</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Didon</span> (le Père), <a href="#Page_444">444</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dinaux</span>, auteur dramatique, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_78">78</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dorval</span> (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_79">79</a>, <a href="#Page_80">80</a>, <a href="#Page_101">101</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Double</span> (le D<sup>r</sup> François-Joseph), <a href="#Page_7">7</a>, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_172">172</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Double</span> (Léopold), <a href="#Page_7">7</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Doucet</span> (Camille), <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_415">415</a>, <a href="#Page_418">418</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Doudan</span> (Ximénès), <a href="#Page_99">99</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dreux-Brézé</span> (marquis de), <a href="#Page_43">43</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dreux-Brézé</span> (Pierre de), évêque de Moulins, <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_432">432</a>, <a href="#Page_458">458</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dubois</span> (P.-J.), <a href="#Page_49">49</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Du Boys</span> (Albert), <a href="#Page_429">429</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Duboys d’Angers</span>, <a href="#Page_332">332</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ducange</span> (Victor), <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_78">78</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Du Caurroy</span>, <a href="#Page_47">47</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Du Cayla</span> (Ugolin), <a href="#Page_43">43</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Duchatel</span> (comte), <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_177">177</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_520" id="Page_520">[520]</a></span></p><p class="pni"><span class="smcap">Duchesnois</span> (M<sup>lle</sup>), <a href="#Page_41">41</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Duclos</span> (François), <a href="#Page_360">360</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dufaure</span> (Jules), <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_418">418</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dugabé</span>, avocat, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_95">95</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dumarsais</span> (l’abbé), <a href="#Page_26">26</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dumas</span> (Adolphe), <a href="#Page_101">101</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dumas</span> père (Alexandre), <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_79">79</a>, <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_423">423</a>, <a href="#Page_448">448</a>, <a href="#Page_477">477</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dumas</span> fils (Alexandre), <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_349">349</a>, <a href="#Page_398">398</a>, <a href="#Page_407">407</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dumont</span>, professeur, <a href="#Page_34">34</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dumont</span>, statuaire, <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dupanloup</span> (M<sup>gr</sup>), <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_377">377</a>, <a href="#Page_378">378</a>, <a href="#Page_381">381</a>, <a href="#Page_389">389</a>, <a href="#Page_403">403</a>, <a href="#Page_404">404</a>, <a href="#Page_407">407</a>, <a href="#Page_409">409</a>, <a href="#Page_420">420</a>, <a href="#Page_427">427</a>, <a href="#Page_428">428</a>, <a href="#Page_450">450</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dupaty</span> (Emmanuel), <a href="#Page_201">201</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dupont</span> (Alexis), <a href="#Page_42">42</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dupray</span>, peintre, <a href="#Page_385">385</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dupré</span> (Edmond), <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_188">188</a>, <a href="#Page_189">189</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Duprez</span> (Gilbert-Louis), chanteur, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_387">387</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dupuy</span>, de Cavaillon, <a href="#Page_161">161</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Dupuy</span>, d’Orange, <a href="#Page_161">161</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Durand</span> (baronne), <a href="#Page_154">154</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Durand</span> (Justin), député, <a href="#Page_332">332</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Durand</span> (M<sup>me</sup> Justin), <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_333">333</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Duranton</span>, <a href="#Page_47">47</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Durozoir</span> (Charles), <a href="#Page_34">34</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Du Theil</span>, avocat, <a href="#Page_115">115</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Duvergier de Hauranne</span> (Prosper), <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_393">393</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_405">405</a>, <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_418">418</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">E</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Eckmühl</span> (Louis d’), <a href="#Page_43">43</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Édouard</span> et <span class="smcap">Félix</span>, restaurateurs, <a href="#Page_347">347</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Empis</span>, académicien, <a href="#Page_389">389</a>, <a href="#Page_392">392</a>, <a href="#Page_393">393</a>, <a href="#Page_394">394</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Erckmann-Chatrian</span>, <a href="#Page_280">280</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Escande</span> (Amable), <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_271">271</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Escuns</span> (comte d’), <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_154">154</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Esig</span> (François), <a href="#Page_72">72</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Esménard</span>, <a href="#Page_40">40</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Esquiros</span> (Alphonse), <a href="#Page_331">331</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Eugénie</span> (l’Impératrice), <a href="#Page_326">326</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">F</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Fabre</span> (Ferdinand), <a href="#Page_485">485</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Fages</span> (Émile), <a href="#Page_265">265</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Falcon</span> (M<sup>lle</sup>), <a href="#Page_142">142</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Fallières</span> (Armand), <a href="#Page_487">487</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Falloux</span> (comte Alfred de), <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_148">148</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Page_353">353</a>, <a href="#Page_389">389</a>, <a href="#Page_396">396</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_398">398</a>, <a href="#Page_407">407</a>, <a href="#Page_409">409</a>, <a href="#Page_417">417</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_420">420</a>, <a href="#Page_423">423</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Faure</span>, chanteur, <a href="#Page_323">323</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Fauriel</span> (Claude), <a href="#Page_75">75</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Favre</span> (Jules), <a href="#Page_37">37</a>, <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_407">407</a>, <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_423">423</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Fay</span> (Léontine), voir <span class="smcap">Volnys</span>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Féletz</span> (l’abbé de), <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_466">466</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Félix</span> (le Père), <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_231">231</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_291">291</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ferdinand</span> VII, <a href="#Page_71">71</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ferrar</span> (Messieurs de), <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_3">3</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ferrar</span> (Antoine de), <a href="#Page_3">3</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ferrari</span> (Antoine), <a href="#Page_72">72</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ferville</span>, comédien, <a href="#Page_31">31</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Feuillet</span> (Octave), <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_420">420</a>, <a href="#Page_465">465</a>, <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Féval</span> (Paul), <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Feydeau</span> (Ernest), <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_271">271</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Fezensac</span> (duc de), <a href="#Page_144">144</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Flandrin</span> (Hippolyte), <a href="#Page_144">144</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_521" id="Page_521">[521]</a></span></p><p class="pni"><span class="smcap">Flaubert</span> (Gustave), <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Flotte</span> (Paul de), <a href="#Page_143">143</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Fonfrède</span> (Henri), <a href="#Page_98">98</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Foudras</span> (marquis de), <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_156">156</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Fournel</span> (Victor), <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_476">476</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Fournès</span> (marquis de), <a href="#Page_104">104</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Fourtou</span> (de), <a href="#Page_374">374</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Foyatier</span>, <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Frédéric II</span>, <a href="#Page_363">363</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Froissard-Broissia</span> (de), <a href="#Page_497">497</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">G</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gaillard</span> (Léopold de), <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_259">259</a>, <a href="#Page_274">274</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_336">336</a>, <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_372">372</a>, <a href="#Page_376">376</a>, <a href="#Page_377">377</a>, <a href="#Page_400">400</a>, <a href="#Page_401">401</a>, <a href="#Page_404">404</a>, <a href="#Page_406">406</a>, <a href="#Page_417">417</a>, <a href="#Page_426">426</a>, <a href="#Page_427">427</a>, <a href="#Page_430">430</a>, <a href="#Page_439">439</a>, <a href="#Page_440">440</a>, <a href="#Page_442">442</a>, <a href="#Page_461">461</a>, <a href="#Page_464">464</a>, <a href="#Page_478">478</a>, <a href="#Page_483">483</a>, <a href="#Page_485">485</a>, <a href="#Page_490">490</a>, <a href="#Page_491">491</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gaillardin</span> (Casimir), <a href="#Page_43">43</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gambetta</span> (Léon), <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_329">329</a>, <a href="#Page_349">349</a>, <a href="#Page_352">352</a>, <a href="#Page_367">367</a>, <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_473">473</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ganail</span>, <a href="#Page_72">72</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ganser</span> (l’abbé), <a href="#Page_26">26</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Garcia</span> (Manuel), <a href="#Page_441">441</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Garibaldi</span> (Giuseppe), <a href="#Page_329">329</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Garnier</span> (Charles), <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_498">498</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gaussin</span> (M<sup>lle</sup>), <a href="#Page_384">384</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gautier</span> (Théophile), <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_382">382</a>, <a href="#Page_393">393</a>, <a href="#Page_394">394</a>, <a href="#Page_398">398</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gay</span> (M<sup>me</sup> Sophie), <a href="#Page_115">115</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gay-Lussac</span>, <a href="#Page_41">41</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Genoude</span> (Eugène de), <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_135">135</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gent</span> (Alphonse), <a href="#Page_161">161</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Genty de Bussy</span>, <a href="#Page_98">98</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Geofroy</span> (Louis de), <a href="#Page_149">149</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gérard</span> (le baron), <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gerbet</span> (M<sup>gr</sup>), <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_213">213</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gilly</span> (le général), <a href="#Page_17">17</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ginestous</span> (comte de), <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_271">271</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Girardin</span> (Émile de), <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_383">383</a>, <a href="#Page_384">384</a>, <a href="#Page_385">385</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Girardin</span> (M<sup>me</sup> Émile de), <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_263">263</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Girardin</span> (Saint-Marc), <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_389">389</a>, <a href="#Page_407">407</a>, <a href="#Page_409">409</a>, <a href="#Page_410">410</a>, <a href="#Page_414">414</a>, <a href="#Page_420">420</a>, <a href="#Page_423">423</a>, <a href="#Page_471">471</a>, <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Girodet</span>, <a href="#Page_491">491</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gluck</span>, <a href="#Page_47">47</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gobineau</span> (Arthur de), <a href="#Page_114">114</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Goncourt</span> (Edmond et Jules de), <a href="#Page_280">280</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gondinet</span> (Edmond), <a href="#Page_357">357</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gondrecourt</span> (général de), <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_156">156</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gontier</span>, acteur, <a href="#Page_31">31</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Got</span> (Edmond), <a href="#Page_149">149</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Goubaux</span>, auteur dramatique, <a href="#Page_31">31</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gounod</span>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_374">374</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Goupil</span>, <a href="#Page_385">385</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gozlan</span> (Léon), <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_116">116</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_199">199</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Grandmanche de Beaulieu</span>, <a href="#Page_332">332</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Granet</span>, peintre, <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Grangé</span> (Pierre-Eugène <span class="smcap">Basté</span>, dit), <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_298">298</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Granier</span>, sénateur, <a href="#Page_161">161</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Granier de Cassagnac</span> (Adolphe), <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_244">244</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gras</span> (Félix), <a href="#Page_469">469</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gratry</span> (le Père), <a href="#Page_407">407</a>, <a href="#Page_409">409</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Grave</span> (le chevalier de), <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_13">13</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Grave</span> (marquis de), <a href="#Page_12">12</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Grimod de la Reynière</span>, <a href="#Page_288">288</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Grisi</span> (Julia), <a href="#Page_441">441</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gros</span> (Étienne), professeur, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_30">30</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Gudin</span> (Théodore), <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Guerry</span> (marquis de), <a href="#Page_13">13</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Guerry</span> (marquise de), <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_14">14</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_522" id="Page_522">[522]</a></span></p><p class="pni"><span class="smcap">Guilhermier</span> (Louis de), <a href="#Page_372">372</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Guinot</span> (Eugène), <a href="#Page_250">250</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Guizot</span> (François), <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_48">48</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_407">407</a>, <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_420">420</a>, <a href="#Page_424">424</a>, <a href="#Page_426">426</a>, <a href="#Page_427">427</a>, <a href="#Page_448">448</a>, <a href="#Page_450">450</a>, <a href="#Page_470">470</a>, <a href="#Page_471">471</a>, <a href="#Page_479">479</a>, <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Guizot</span> (Guillaume), <a href="#Page_174">174</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Guyon</span> (le Père), <a href="#Page_19">19</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Guyot</span>, éditeur, <a href="#Page_140">140</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">H</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Halévy</span> (Ludovic), <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_446">446</a>, <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Hamelin</span> (l’abbé), <a href="#Page_28">28</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Hanska</span> (comtesse), plus tard M<sup>me</sup> H. de Balzac, <a href="#Page_254">254</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Haussmann</span> (le baron), <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_308">308</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Haussonville</span> (comte Bernard d’), <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_343">343</a>, <a href="#Page_394">394</a>, <a href="#Page_407">407</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_426">426</a>, <a href="#Page_427">427</a>, <a href="#Page_430">430</a>, <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Heim</span>, peintre, <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Heine</span> (Henri), <a href="#Page_122">122</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Heine</span> (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_298">298</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Hello</span> (Ernest), <a href="#Page_244">244</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Hoffmann</span> (Théodore), <a href="#Page_275">275</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Horace</span>, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_205">205</a>, <a href="#Page_362">362</a>, <a href="#Page_463">463</a>, <a href="#Page_488">488</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Homère</span>, <a href="#Page_129">129</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Houssaye</span> (Henry), <a href="#Page_487">487</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Huet</span> (Paul), <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_55">55</a>, <a href="#Page_56">56</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Hugo</span> (Victor), <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_80">80</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_87">87</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_349">349</a>, <a href="#Page_360">360</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_435">435</a>, <a href="#Page_469">469</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Hyacinthe</span> (Louis-Hyacinthe <span class="smcap">Duflost</span>, dit), <a href="#Page_444">444</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">I</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Iawureck</span> (M<sup>lle</sup>), cantatrice, <a href="#Page_42">42</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ingres</span>, <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Isabey</span> (J.-B.), <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ivoi</span> (Paul d’), <a href="#Page_250">250</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">J</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Jacquemart</span> (M<sup>lle</sup> Nélie), <a href="#Page_383">383</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Janicot</span> (Gustave), <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_454">454</a>, <a href="#Page_455">455</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Janin</span> (Jules), <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_79">79</a>, <a href="#Page_116">116</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_362">362</a>, <a href="#Page_380">380</a>, <a href="#Page_389">389</a>, <a href="#Page_396">396</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_405">405</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_420">420</a>, <a href="#Page_424">424</a>, <a href="#Page_430">430</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Jonquières</span> (le P. Amédée de), <a href="#Page_372">372</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Josserand</span>, libraire, <a href="#Page_332">332</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Joubert</span> (Joseph), <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Joudou</span>, journaliste, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_77">77</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_83">83</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Jouffroy</span> (Théodore), <a href="#Page_48">48</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Jourdan</span> (Louis), <a href="#Page_207">207</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Jouvenet</span> (Jean), <a href="#Page_434">434</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Jouvin</span> (B.), <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Page_250">250</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Jouy</span> (Victor-Joseph <span class="smcap">Etienne</span>, dit <span class="smcap">de</span>), <a href="#Page_58">58</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Jussieu</span> (Adrien de), <a href="#Page_75">75</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Juteau</span> (Emma), acrobate, <a href="#Page_474">474</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">K</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Karr</span> (Alphonse), <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_250">250</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Kerdrel</span> (Audren de), <a href="#Page_166">166</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Kergorlay</span> (comte de), <a href="#Page_72">72</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Kergorlay</span> fils (de), <a href="#Page_72">72</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_523" id="Page_523">[523]</a></span></p>
-
-<p class="pi4 large p2">L</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">La Bédollière</span> (Émile <span class="smcap">Gigault</span> de), <a href="#Page_207">207</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Labiche</span> (Eugène), <a href="#Page_444">444</a>, <a href="#Page_454">454</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lablache</span>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_441">441</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Laborde</span> (Léo de), <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_304">304</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">La Bouillerie</span> (Charles de), <a href="#Page_43">43</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Laboulie</span> (Gustave de), <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_95">95</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">La Bourdonnaye</span> (abbé de), <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_27">27</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">La Bruyère</span> (Jean de), <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_140">140</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lacenaire</span>, <a href="#Page_112">112</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lachaud</span> (de), <a href="#Page_72">72</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lacombe</span> (Charles de), <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Page_451">451</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lacordaire</span> (le Père), <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_168">168</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_231">231</a>, <a href="#Page_377">377</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lacroix</span> (Jules), <a href="#Page_191">191</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lacroix</span> (Paul), <a href="#Page_191">191</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">La Ferrière</span> (Hector de), <a href="#Page_43">43</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lafitte</span> (Pierre), <a href="#Page_78">78</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lafond</span> (Ernest), <a href="#Page_332">332</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">La Fontaine</span> (Jean de), <a href="#Page_188">188</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lagenevais</span> (F. de), <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_280">280</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lagrange</span> (M<sup>gr</sup>), <a href="#Page_377">377</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lainé</span>, <a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Page_98">98</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">La Madelène</span> (Henry de), <a href="#Page_251">251</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">La Madelène</span> (Jules de), <a href="#Page_251">251</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lamartine</span> (Alphonse de), <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_87">87</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_116">116</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_338">338</a>, <a href="#Page_380">380</a>, <a href="#Page_394">394</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_435">435</a>, <a href="#Page_448">448</a>, <a href="#Page_471">471</a>, <a href="#Page_489">489</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lamartine</span> (M<sup>me</sup> Valentine de), <a href="#Page_311">311</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lamoricière</span> (général de), <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_443">443</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lanfrey</span> (Pierre), <a href="#Page_329">329</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lanjuinais</span> (Victor), <a href="#Page_156">156</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Laprade</span> (Victor de), <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_239">239</a>, <a href="#Page_274">274</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_377">377</a>, <a href="#Page_401">401</a>, <a href="#Page_406">406</a>, <a href="#Page_409">409</a>, <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_415">415</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_419">419</a>, <a href="#Page_420">420</a>, <a href="#Page_421">421</a>, <a href="#Page_422">422</a>, <a href="#Page_424">424</a>, <a href="#Page_471">471</a>, <a href="#Page_478">478</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Larcy</span> (baron de), <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Laroche</span>, <a href="#Page_298">298</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">La Roche-Guyon</span> (duchesse de), <a href="#Page_478">478</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Larochette</span> (M<sup>me</sup> de), <a href="#Page_106">106</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">La Rochejaquelein</span> (marquis Henri de), <a href="#Page_153">153</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">La Roque</span> (Louis de), <a href="#Page_454">454</a>, <a href="#Page_455">455</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">La Tour du Pin</span> (Guy de), <a href="#Page_43">43</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Laurentie</span> (Pierre-Sébastien), <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_270">270</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">La Valette</span> (Adrien de), <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_177">177</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lavedan</span> (comte Léon), <a href="#Page_376">376</a>, <a href="#Page_392">392</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lavedan</span> (Henri), <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_388">388</a>, <a href="#Page_452">452</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Layet de Podio</span>, <a href="#Page_72">72</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lebertre</span> (Félix), <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_57">57</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lebeschu</span> (M<sup>lle</sup> Mathilde), <a href="#Page_72">72</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lebreton</span> (général), <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_166">166</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lebrun</span> (Pierre), <a href="#Page_412">412</a>, <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_420">420</a>, <a href="#Page_423">423</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lecanuet</span> (le Père), <a href="#Page_212">212</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Leclerc</span> (Edmond), <a href="#Page_117">117</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lecoffre</span> (Jacques), <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_242">242</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_249">249</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lecomte</span> (général), <a href="#Page_337">337</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ledru-Rollin</span>, <a href="#Page_359">359</a>, <a href="#Page_360">360</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lefêvre-Deumier</span> (Jules), <a href="#Page_234">234</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lefort</span>, <a href="#Page_378">378</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Legallois</span> (M<sup>lle</sup>), <a href="#Page_42">42</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Legouvé</span> (Ernest), <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_410">410</a>, <a href="#Page_415">415</a>, <a href="#Page_416">416</a>, <a href="#Page_418">418</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lemaître</span> (Frédérick), <a href="#Page_31">31</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lemoinne</span> (John), <a href="#Page_130">130</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_524" id="Page_524">[524]</a></span></p><p class="pni"><span class="smcap">Lenormant</span> (Charles), <a href="#Page_213">213</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lenormant</span> (M<sup>me</sup> Charles), <a href="#Page_454">454</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lerminier</span>, <a href="#Page_178">178</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Levasseur</span>, chanteur, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_142">142</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lévy</span> (Calmann), <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_447">447</a>, <a href="#Page_462">462</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lévy</span> (Michel), <a href="#Page_218">218</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Libri</span> (Guillaume-Brutus-Icilius), <a href="#Page_7">7</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Liez</span>, proviseur, <a href="#Page_26">26</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lireux</span> (Auguste), <a href="#Page_131">131</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Liszt</span> (Franz), <a href="#Page_76">76</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Littré</span> (Émile), <a href="#Page_398">398</a>, <a href="#Page_403">403</a>, <a href="#Page_404">404</a>, <a href="#Page_405">405</a>, <a href="#Page_407">407</a>, <a href="#Page_408">408</a>, <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_423">423</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Loménie</span> (Louis de), <a href="#Page_399">399</a>, <a href="#Page_403">403</a>, <a href="#Page_417">417</a>, <a href="#Page_420">420</a>, <a href="#Page_427">427</a>, <a href="#Page_428">428</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Louis-Philippe</span> I<sup>er</sup>, <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_373">373</a>, <a href="#Page_395">395</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lourdoueix</span> (Honoré de), <a href="#Page_135">135</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_271">271</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Luce de Lancival</span>, <a href="#Page_40">40</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Lucrèce</span>, <a href="#Page_27">27</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Luther</span> (M<sup>lle</sup> Amédine), <a href="#Page_149">149</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Luynes</span> (Honoré-Théodore, duc de), <a href="#Page_75">75</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">M</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Machiavel</span>, <a href="#Page_299">299</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mac-Mahon</span> (maréchal de), <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_374">374</a>, <a href="#Page_412">412</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Magnin</span> (Charles), <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_127">127</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Maigret</span>, peintre, <a href="#Page_385">385</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Maillé</span> (marquis de), <a href="#Page_153">153</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Maistre</span> (Joseph de), <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_168">168</a>, <a href="#Page_473">473</a>, <a href="#Page_474">474</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Malibran</span> (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_387">387</a>, <a href="#Page_441">441</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mallac</span> (Éloi), <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_205">205</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mandaroux-Vertamy</span>, <a href="#Page_177">177</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mante</span> (M<sup>lle</sup>), <a href="#Page_149">149</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Manuel</span> (Eugène), <a href="#Page_413">413</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Manzoni</span> (Alexandre), <a href="#Page_308">308</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Marcellus</span> (comte de), <a href="#Page_172">172</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mario</span> (Joseph, marquis <span class="smcap">de Candia</span>, dit), chanteur, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_387">387</a>, <a href="#Page_441">441</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Marmier</span> (Xavier), <a href="#Page_75">75</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_405">405</a>, <a href="#Page_410">410</a>, <a href="#Page_415">415</a>, <a href="#Page_416">416</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_420">420</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Marrast</span> (Armand), <a href="#Page_153">153</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mars</span> (M<sup>lle</sup>), <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_79">79</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mars</span> (Victor de), <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_372">372</a>, <a href="#Page_373">373</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Martin</span> (John), peintre anglais, <a href="#Page_335">335</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Masgana</span> (Paul), libraire, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_370">370</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Massillon</span>, <a href="#Page_15">15</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Masson</span> (Frédéric), <a href="#Page_483">483</a>, <a href="#Page_484">484</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mathieu</span>, astronome, <a href="#Page_41">41</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mathieu</span> (Anselme), <a href="#Page_469">469</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Maumus</span> (le Père), <a href="#Page_444">444</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Melun</span> (vicomte Armand de), <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_213">213</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Merle</span> (J.-T.), <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_115">115</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Merlin</span> (comtesse), <a href="#Page_115">115</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mérimée</span> (Prosper), <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_360">360</a>, <a href="#Page_396">396</a>, <a href="#Page_403">403</a>, <a href="#Page_477">477</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mermet</span> (Auguste), <a href="#Page_347">347</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Méry</span> (Joseph), <a href="#Page_75">75</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_174">174</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mesnard</span> (comte de), <a href="#Page_72">72</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Meyerbeer</span>, <a href="#Page_450">450</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mézières</span> (Alfred), <a href="#Page_423">423</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Michaud</span> aîné, <a href="#Page_3">3</a>, <a href="#Page_34">34</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Michaud</span> jeune, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_324">324</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Michelet</span> (Jules), <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_466">466</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Michelle</span>, professeur, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_34">34</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mignet</span> (François), <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_525" id="Page_525">[525]</a></span></p><p class="pni"><span class="smcap">Mirabeau</span>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_100">100</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mirbel</span> (Charles-François), botaniste, <a href="#Page_75">75</a>, <a href="#Page_76">76</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mirecourt</span>, acteur, <a href="#Page_149">149</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mistral</span> (Frédéric), <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_350">350</a>, <a href="#Page_351">351</a>, <a href="#Page_460">460</a>, <a href="#Page_469">469</a>, <a href="#Page_470">470</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mitchell</span> (Robert), <a href="#Page_347">347</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Moczinska</span> (comtesse), <a href="#Page_7">7</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mohl</span> (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_413">413</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Moisant</span> (Constant), <a href="#Page_111">111</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Moland</span> (Louis), <a href="#Page_138">138</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Molé</span> (comte), <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_450">450</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Molière</span>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_309">309</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Monnier des Taillades</span>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_95">95</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Montaigne</span> (Michel de), <a href="#Page_238">238</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Montalembert</span> (comte Charles de), <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_396">396</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_409">409</a>, <a href="#Page_450">450</a>, <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Montépin</span> (Xavier de), <a href="#Page_136">136</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Montessu</span> (M<sup>lle</sup>), <a href="#Page_42">42</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Montesquiou</span> (de), <a href="#Page_378">378</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Monteynard</span> (Raymond de), <a href="#Page_43">43</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Montfaucon</span> (baron de), <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_68">68</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Montgrand</span> (marquis de), <a href="#Page_73">73</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Montmorency</span> (duc de), <a href="#Page_154">154</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Montravel</span> (M. de), beau-père de Pontmartin, <a href="#Page_106">106</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Montravel</span> (M<sup>me</sup> de), belle-mère de Pontmartin, <a href="#Page_106">106</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Montravel</span> (comte de), beau-frère de Pontmartin, <a href="#Page_497">497</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Montravel</span> (Théodore de), <a href="#Page_497">497</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Morny</span> (duc de), <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_308">308</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mozart</span>, <a href="#Page_381">381</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mouchy</span> (duc de), <a href="#Page_153">153</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Muller</span> (Charles), <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_382">382</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Muret</span> (Théodore), <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_133">133</a>, <a href="#Page_134">134</a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_215">215</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Mürger</span> (Henri), <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_234">234</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Musset</span> (Alfred de), <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_87">87</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_373">373</a>, <a href="#Page_435">435</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Musset</span> (Paul de), <a href="#Page_373">373</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">N</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Nanteuil</span> (Charles-François <span class="smcap">Lebœuf</span>, dit), sculpteur, <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Napoléon</span> I<sup>er</sup>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_308">308</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Napoléon</span> III, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_168">168</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_395">395</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Napoléon</span> (le prince), <a href="#Page_484">484</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Nettement</span> (Alfred), <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_133">133</a>, <a href="#Page_134">134</a>, <a href="#Page_135">135</a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_167">167</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_239">239</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_242">242</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_244">244</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_486">486</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Nettement</span> (M<sup>me</sup> Alfred), <a href="#Page_167">167</a>, <a href="#Page_243">243</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Neuville</span> (Alphonse de), peintre, <a href="#Page_385">385</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Nicole</span> (Pierre), <a href="#Page_18">18</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Nicolle</span> (l’abbé), <a href="#Page_25">25</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Nicolle</span> (Henri), <a href="#Page_25">25</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Nilsson</span> (M<sup>lle</sup>), <a href="#Page_312">312</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Nisard</span> (Désiré), <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_419">419</a>, <a href="#Page_432">432</a>, <a href="#Page_459">459</a>, <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Noailles</span> (duc Paul de), <a href="#Page_48">48</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_409">409</a>, <a href="#Page_414">414</a>, <a href="#Page_419">419</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Noblet</span> (M<sup>lle</sup>), <a href="#Page_42">42</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Nodier</span> (Charles), <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_477">477</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Normand</span> (Jacques), <a href="#Page_226">226</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Normand</span> (M<sup>me</sup> Jacques), <a href="#Page_226">226</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Nourrisson</span> (Félix), <a href="#Page_178">178</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Nourrit</span> (Adolphe), <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_142">142</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Nuitter</span> (Charles), <a href="#Page_347">347</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Numa</span>, comédien, <a href="#Page_31">31</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">O</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ohnet</span> (Georges), <a href="#Page_469">469</a>, <a href="#Page_485">485</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_526" id="Page_526">[526]</a></span></p><p class="pni"><span class="smcap">Olivier</span> (Juste), <a href="#Page_230">230</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ollivier</span> (Aristide), <a href="#Page_270">270</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ollivier</span> (Émile), <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_338">338</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_405">405</a>, <a href="#Page_407">407</a>, <a href="#Page_432">432</a>, <a href="#Page_459">459</a>, <a href="#Page_484">484</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ollivier</span> (d’), <a href="#Page_161">161</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Orsay</span> (comte d’), <a href="#Page_263">263</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Orsini</span> (Félix), <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Page_222">222</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ortigue</span> (Joseph d’), <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_285">285</a>, <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Page_287">287</a>, <a href="#Page_459">459</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">P</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Paganini</span>, <a href="#Page_387">387</a>, <a href="#Page_452">452</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pailhès</span> (l’abbé), <a href="#Page_299">299</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Palikao</span> (comte de), <a href="#Page_326">326</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Parfait</span> (Paul), <a href="#Page_289">289</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Paris</span> (M<sup>gr</sup> le comte de), <a href="#Page_458">458</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Paris</span> (Paulin), <a href="#Page_172">172</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Patin</span> (Guillaume), <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_414">414</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_420">420</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Paul</span>, comédien, <a href="#Page_31">31</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pelletan</span> (Eugène), <a href="#Page_115">115</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pellico</span> (Silvio), <a href="#Page_74">74</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pêne</span> (Henri de), <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_138">138</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Page_353">353</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Perreyve</span>, professeur de droit, <a href="#Page_190">190</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Perreyve</span> (l’abbé), <a href="#Page_190">190</a>, <a href="#Page_213">213</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Persiani</span> (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_142">142</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pichot</span> (Amédée), <a href="#Page_179">179</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pie IX</span>, <a href="#Page_299">299</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pin</span> (Elzéar), <a href="#Page_161">161</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pingard</span>, <a href="#Page_413">413</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pitrat</span>, libraire, <a href="#Page_332">332</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Planche</span> (Gustave), <a href="#Page_79">79</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_260">260</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Planche</span> (Louis-Augustin), <a href="#Page_370">370</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Plantier</span> (M<sup>gr</sup>), <a href="#Page_439">439</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Plautin</span> (l’abbé), <a href="#Page_457">457</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Poisson</span>, géomètre, <a href="#Page_45">45</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Polignac</span> (Armand de), <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_16">16</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Polignac</span> (Jules de), <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_99">99</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Polignac</span> (Melchior de), <a href="#Page_6">6</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Polignac</span> (comtesse Diane de), <a href="#Page_6">6</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Poncelet</span>, professeur de droit, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_47">47</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Poncet</span> (Eugène), <a href="#Page_81">81</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_83">83</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ponchard</span>, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_47">47</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pongerville</span> (de), <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Page_397">397</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ponsard</span> (François), <a href="#Page_55">55</a>, <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_218">218</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_307">307</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ponson du Terrail</span>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_138">138</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pontmartin</span> (Joseph-Antoine de <span class="smcap">Ferrar</span>, comte de), grand-père de Pontmartin, <a href="#Page_3">3</a>, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_8">8</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pontmartin</span> (Jeanne-Thérèse <span class="smcap">Calvet des Angles</span>, dame de), grand’mère de Pontmartin, <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_5">5</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pontmartin</span> (M<sup>me</sup> de), seconde femme de Joseph-Antoine, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_8">8</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pontmartin</span> (Eugène de), père d’Armand de Pontmartin, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_17">17</a>, <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_434">434</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pontmartin</span> (Émilie de <span class="smcap">Cambis</span>, dame de), mère d’Armand de Pontmartin, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_118">118</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pontmartin</span> (Joseph de), oncle de Pontmartin, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_61">61</a>, <a href="#Page_434">434</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pontmartin</span> (Cécile de <span class="smcap">Montravel</span>, comtesse Armand de), <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_107">107</a>, <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_338">338</a>, <a href="#Page_339">339</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_527" id="Page_527">[527]</a></span></p><p class="pni"><span class="smcap">Pontmartin</span> (Henri de), <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_447">447</a>, <a href="#Page_497">497</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pontmartin</span> (Jeanne d’<span class="smcap">Honorati</span>, comtesse Henri de), <a href="#Page_447">447</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Portal</span> (le docteur), <a href="#Page_38">38</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Potocki</span> (comte Vincent), <a href="#Page_6">6</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pradier</span> (James), <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_144">144</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Prailly</span> (baron de), <a href="#Page_377">377</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Prailly</span> (baronne de), <a href="#Page_377">377</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Prévost-Paradol</span>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_396">396</a>, <a href="#Page_403">403</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Protais</span>, peintre, <a href="#Page_385">385</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Proudhon</span> (P.-J.), <a href="#Page_130">130</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Provost</span>, comédien, <a href="#Page_149">149</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Pougeard-Dulimbert</span>, <a href="#Page_224">224</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Poujoulat</span> (François), <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_154">154</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Poussel</span> (Henri), <a href="#Page_454">454</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">Q</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Quélen</span> (M<sup>gr</sup> de), <a href="#Page_28">28</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">R</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rachel</span> (M<sup>lle</sup>), <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_384">384</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Racine</span> (Jean), <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Page_381">381</a>, <a href="#Page_489">489</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ract-Madoux</span>, professeur, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_26">26</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Raoul-Rochette</span>, <a href="#Page_171">171</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Raousset-Boulbon</span> (Gaston, comte de), <a href="#Page_161">161</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Raphaël</span>, <a href="#Page_474">474</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Raspail</span> (Eugène), <a href="#Page_161">161</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rattier</span> (Paul), <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_148">148</a>, <a href="#Page_151">151</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rauzan</span> (duc de), <a href="#Page_153">153</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ravignan</span> (le Père de), <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Reboul</span> (Jean), <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Récamier</span> (le docteur), <a href="#Page_41">41</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Redon</span> père, avocat, <a href="#Page_94">94</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Redon</span> fils, avocat, <a href="#Page_94">94</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Regnard</span>, <a href="#Page_140">140</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Régnier</span> (François-Joseph), acteur, <a href="#Page_127">127</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Reichemberg</span> (M<sup>lle</sup> Suzanne), <a href="#Page_474">474</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rémusat</span> (Charles de), <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_116">116</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Renan</span> (Ernest), <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_407">407</a>, <a href="#Page_423">423</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Renduel</span> (Eugène), <a href="#Page_81">81</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Renoard</span> (Ulric de), <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_105">105</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Renouvier</span> (Charles), <a href="#Page_40">40</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Renouvier</span> (Jean-Antoine), <a href="#Page_40">40</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Renouvier</span> (Jules), <a href="#Page_40">40</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Requien</span> (Esprit), <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_75">75</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Retouret</span> (Léonard), <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_63">63</a>, <a href="#Page_77">77</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Riancey</span> (Henry de), <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_242">242</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ricard</span> (Gustave), <a href="#Page_414">414</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Richard</span> (Maurice), <a href="#Page_326">326</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Richard-Lucas</span>, restaurateur, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_166">166</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Richelieu</span> (duc de), <a href="#Page_17">17</a>, <a href="#Page_25">25</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Richomme</span> (Emmanuel), <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_55">55</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rigaud</span>, procureur du roi, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_95">95</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rigaud</span> (Hippolyte), <a href="#Page_233">233</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rigaut-Palar</span> (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_41">41</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Roberge</span>, professeur, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_26">26</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Robert</span> (Léopold), <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Robillard d’Avrigny</span>, <a href="#Page_215">215</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rochefort</span> (Henri), <a href="#Page_269">269</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rocheplatte</span> (comte de), <a href="#Page_377">377</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rocheplatte</span> (comtesse de), <a href="#Page_377">377</a>, <a href="#Page_378">378</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rochetin</span>, <a href="#Page_498">498</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rohan</span> (l’abbé duc de), <a href="#Page_28">28</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rolle</span> (Hippolyte), <a href="#Page_127">127</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ronconi</span>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_441">441</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Roselly de Lorgues</span>, <a href="#Page_281">281</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_528" id="Page_528">[528]</a></span></p><p class="pni"><span class="smcap">Rossini</span>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_381">381</a>, <a href="#Page_441">441</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rostand</span> (Alexis), <a href="#Page_365">365</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rostand</span> (Edmond), <a href="#Page_365">365</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rostand</span> (Eugène), <a href="#Page_364">364</a>, <a href="#Page_365">365</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Roubin</span> (baron de), <a href="#Page_440">440</a>, <a href="#Page_498">498</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rouget de L’Isle</span>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_330">330</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rouher</span> (Eugène), <a href="#Page_308">308</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Roumanille</span> (Joseph), <a href="#Page_440">440</a>, <a href="#Page_454">454</a>, <a href="#Page_469">469</a>, <a href="#Page_470">470</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rousse</span> (Edmond), <a href="#Page_432">432</a>, <a href="#Page_459">459</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rousseau</span> (Jean-Jacques), <a href="#Page_355">355</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rousset</span> (Camille), <a href="#Page_399">399</a>, <a href="#Page_403">403</a>, <a href="#Page_405">405</a>, <a href="#Page_408">408</a>, <a href="#Page_415">415</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_453">453</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Roux</span> (Eugène), <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_73">73</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rouzeaud</span> (Auguste), <a href="#Page_312">312</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Royer</span> (Alphonse), <a href="#Page_347">347</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Royer-Collard</span>, <a href="#Page_98">98</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rubini</span>, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_441">441</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Rude</span> (François), <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">S</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sacy</span> (Silvestre de), <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_285">285</a>, <a href="#Page_413">413</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sade</span> (marquis de), <a href="#Page_473">473</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Saint-Mart</span> (de), <a href="#Page_19">19</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Saint-Priest</span> (comte Armand de), <a href="#Page_40">40</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Saint-Priest</span> (Emmanuel-Louis <span class="smcap">Guignard</span>, vicomte de), <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_177">177</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Saint-Simon</span> (duc de), <a href="#Page_464">464</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Saint-Victor</span> (Paul de), <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_382">382</a>, <a href="#Page_471">471</a>, <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sainte-Beuve</span>, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_48">48</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_187">187</a>, <a href="#Page_188">188</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_360">360</a>, <a href="#Page_389">389</a>, <a href="#Page_392">392</a>, <a href="#Page_394">394</a>, <a href="#Page_395">395</a>, <a href="#Page_396">396</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sala</span> (Adolphe), <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_134">134</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_154">154</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Salacroux</span> (l’abbé), <a href="#Page_26">26</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Salinis</span> (M<sup>gr</sup> de), <a href="#Page_25">25</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Salvador</span> (vicomte Jules de), <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_304">304</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Salvandy</span> (comte de), <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sand</span> (George), <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Page_329">329</a>, <a href="#Page_448">448</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sandeau</span> (Jules), <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_109">109</a>, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_111">111</a>, <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_116">116</a>, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_408">408</a>, <a href="#Page_410">410</a>, <a href="#Page_415">415</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_424">424</a>, <a href="#Page_471">471</a>, <a href="#Page_477">477</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sandeau</span> fils (Jules), <a href="#Page_110">110</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sarcey</span> (Francisque), <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_456">456</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sardou</span> (Victorien), <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Page_426">426</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sass</span> (M<sup>me</sup> Marie), <a href="#Page_323">323</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Saulcy</span> (de), <a href="#Page_171">171</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Scheffer</span> (Ary), <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Schnetz</span> (Jean-Victor), <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Scholl</span> (Aurélien), <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_287">287</a>, <a href="#Page_288">288</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Scorbiac</span> (abbé de), <a href="#Page_25">25</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Scribe</span>, éditeur, <a href="#Page_140">140</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Scribe</span> (Eugène), <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_369">369</a>, <a href="#Page_485">485</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Second</span> (Albéric), <a href="#Page_347">347</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Seguin</span> (François), <a href="#Page_440">440</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ségur</span> (général Philippe de), <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Page_409">409</a>, <a href="#Page_410">410</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sémonville</span> (marquis de), <a href="#Page_38">38</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Serravalle</span> (Jules de), <a href="#Page_182">182</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Serre</span> (comte de), <a href="#Page_98">98</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sévigné</span> (M<sup>me</sup> de), <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_272">272</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sibour</span> (M<sup>gr</sup>), <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_153">153</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sibour</span> (abbé Léon), <a href="#Page_26">26</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sigalon</span> (Xavier), <a href="#Page_53">53</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_529" id="Page_529">[529]</a></span></p><p class="pni"><span class="smcap">Sigoyer</span> (Antonin de), <a href="#Page_84">84</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Simon</span> (Jules), <a href="#Page_374">374</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sombreuil</span> (M<sup>lle</sup> de), <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_19">19</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sontag</span> (M<sup>lle</sup>), <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_142">142</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Soulié</span> (Frédéric), <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_477">477</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Souvarow</span>, <a href="#Page_7">7</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Souza</span> (M<sup>me</sup> de), <a href="#Page_113">113</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Spuller</span> (Eugène), <a href="#Page_487">487</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Standish</span> (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_378">378</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Stern</span> (comtesse <span class="smcap">d’Agoult</span>, dite <span class="smcap">Daniel</span>), <a href="#Page_116">116</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Sue</span> (Eugène), <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_477">477</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Syon</span> (baron de), <a href="#Page_160">160</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">T</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Tacite</span>, <a href="#Page_442">442</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Taillandier</span> (Saint-René), <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_399">399</a>, <a href="#Page_403">403</a>, <a href="#Page_409">409</a>, <a href="#Page_417">417</a>, <a href="#Page_420">420</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Taine</span>, <a href="#Page_407">407</a>, <a href="#Page_428">428</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Talma</span>, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_30">30</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Tamburini</span>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_441">441</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Tarbé des Sablons</span> (Edmond), <a href="#Page_138">138</a>, <a href="#Page_353">353</a>, <a href="#Page_410">410</a>, <a href="#Page_411">411</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Taylor</span> (baron), <a href="#Page_171">171</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Teste</span> (Adolphe), <a href="#Page_94">94</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Teste</span> (Jean-Baptiste), <a href="#Page_94">94</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Texier</span> (Edmond), <a href="#Page_172">172</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Thalberg</span>, <a href="#Page_452">452</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Thénard</span> (baron), <a href="#Page_41">41</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Thérésa</span> (Emma <span class="smcap">Valadon</span>, dite), <a href="#Page_279">279</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Thévenet</span>, <a href="#Page_487">487</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Thibault</span> (abbé), <a href="#Page_26">26</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Thiébault</span>, fondeur, <a href="#Page_462">462</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Thierry</span> (Augustin), <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_217">217</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Thierry</span> (Édouard), <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_215">215</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Thiers</span> (Adolphe), <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_288">288</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_376">376</a>, <a href="#Page_383">383</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_405">405</a>, <a href="#Page_408">408</a>, <a href="#Page_412">412</a>, <a href="#Page_416">416</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_424">424</a>, <a href="#Page_427">427</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Thomas</span> (Ambroise), <a href="#Page_312">312</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Thomas</span> (Clément), <a href="#Page_337">337</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Thureau-Dangin</span> (Alfred), <a href="#Page_64">64</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Thureau-Dangin</span> (Paul), <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Page_65">65</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Tirard</span>, <a href="#Page_487">487</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Tocqueville</span> (Alexis de), <a href="#Page_260">260</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Torcy</span> (Féodor de), <a href="#Page_43">43</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Treilhard</span> (comte Achille), <a href="#Page_272">272</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Tréveneuc</span> (de), député, <a href="#Page_166">166</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Troubat</span> (Jules), <a href="#Page_230">230</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">U</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Uchard</span> (Mario), <a href="#Page_347">347</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">V</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Valette</span>, professeur, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_34">34</a>, <a href="#Page_42">42</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Valmy</span> (duc de), <a href="#Page_177">177</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Valon</span> (Alexis de), <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_373">373</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Vatout</span> (Jean), <a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Page_98">98</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Vaucorbeil</span>, <a href="#Page_347">347</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Vendel-Heyl</span>, professeur, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_34">34</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Ventura</span> (le Père), <a href="#Page_172">172</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Véra</span> (M<sup>lle</sup> Sophie), <a href="#Page_142">142</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Verdi</span>, <a href="#Page_312">312</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Vernet</span> (Horace), <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_75">75</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Véron</span> (docteur), <a href="#Page_192">192</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Vertpré</span> (Jenny), <a href="#Page_31">31</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Véry</span>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_156">156</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Veuillot</span> (Louis), <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_194">194</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_205">205</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_227">227</a>, <a href="#Page_228">228</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_244">244</a>, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_404">404</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_530" id="Page_530">[530]</a></span></p><p class="pni"><span class="smcap">Viardot</span> (Pauline <span class="smcap">Garcia</span>, dame), <a href="#Page_441">441</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Vibert</span>, peintre, <a href="#Page_383">383</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Viel-Castel</span> (baron Louis de), <a href="#Page_403">403</a>, <a href="#Page_407">407</a>, <a href="#Page_410">410</a>, <a href="#Page_417">417</a>, <a href="#Page_418">418</a>, <a href="#Page_420">420</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Viennet</span> (Jean-Pons-Guillaume), <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_392">392</a>, <a href="#Page_394">394</a>, <a href="#Page_414">414</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Vigne</span> (M<sup>gr</sup>), <a href="#Page_457">457</a>, <a href="#Page_463">463</a>, <a href="#Page_497">497</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Vigny</span> (Alfred de), <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_435">435</a>, <a href="#Page_471">471</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Villelume-Sombreuil</span> (comte de), <a href="#Page_19">19</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Villemain</span> (Abel), <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_48">48</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_391">391</a>, <a href="#Page_396">396</a>, <a href="#Page_397">397</a>, <a href="#Page_403">403</a>, <a href="#Page_441">441</a>, <a href="#Page_450">450</a>, <a href="#Page_471">471</a>, <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Villemessant</span> (Hippolyte <span class="smcap">Cartier</span>, dit <span class="smcap">de</span>), <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_318">318</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Villemot</span> (Auguste), <a href="#Page_250">250</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Virgile</span>, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_463">463</a>, <a href="#Page_483">483</a>, <a href="#Page_488">488</a>, <a href="#Page_489">489</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Vitet</span> (Ludovic), <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_407">407</a>, <a href="#Page_414">414</a>, <a href="#Page_415">415</a>, <a href="#Page_420">420</a>, <a href="#Page_423">423</a>, <a href="#Page_471">471</a>, <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Vogüé</span> (comte de), <a href="#Page_223">223</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Vogüé</span> (vicomte Eugène-Melchior de), <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_484">484</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Voillet</span>, dit <span class="smcap">Voillet de Saint-Philbert</span>, <a href="#Page_132">132</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Voisins</span> (de), <a href="#Page_166">166</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Volnys</span> (Léontine <span class="smcap">Fay</span>, dame), <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_368">368</a>, <a href="#Page_369">369</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_55">55</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_89">89</a>.</p>
-
-
-<p class="pni">W</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Wallace</span> (sir Richard), <a href="#Page_347">347</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Wallon</span> (Henri), <a href="#Page_399">399</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Walsh</span> (vicomte Édouard), <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Page_107">107</a>, <a href="#Page_109">109</a>, <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_156">156</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Walsh</span> (vicomte Joseph), <a href="#Page_105">105</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Walter Scott</span>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_296">296</a>.</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Weiss</span> (J.-J.), <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_475">475</a>, <a href="#Page_482">482</a>.</p>
-
-
-<p class="pi4 large p2">Z</p>
-
-<p class="pni"><span class="smcap">Zola</span> (Émile), <a href="#Page_389">389</a>, <a href="#Page_424">424</a>, <a href="#Page_443">443</a>, <a href="#Page_462">462</a>, <a href="#Page_467">467</a>, <a href="#Page_468">468</a>, <a href="#Page_483">483</a>, <a href="#Page_486">486</a>, <a href="#Page_487">487</a>, <a href="#Page_489">489</a>, <a href="#Page_493">493</a>.</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_531" id="Page_531">[531]</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">TABLE DES MATIÈRES</h2>
-
-<hr class="d1" />
-
-<table id="toc" summary="cont">
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE PREMIER</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">La Famille et l’Enfance (1811-1823).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs">Les <i>Ferrar</i>. Le traducteur du Tasse. Le comte Joseph-Antoine
-et <i>Monsieur des Angles</i>. L’Émigration. En Ukraine.&mdash;Retour
-aux Angles. L’<i>Oncle Joseph</i>. M. Eugène de Pontmartin
-et M<sup>lle</sup> Émilie de Cambis. La marquise de Guerry et <i>les
-Trois Veuves</i>.&mdash;Naissance d’Armand de Pontmartin.
-L’hôtel de Calvière et Mademoiselle de Sombreuil. La
-Mission de 1819 et le voyage de la duchesse d’Angoulême.
-Virgile et M. Ract-Madoux.</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_1">1</a></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE II</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">Les Années de collège (1823-1829).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs">Le voyage d’Avignon à Paris en 1823. Au 37 de la rue de
-Vaugirard. Le collège Saint-Louis. Le catéchisme de
-Saint-Thomas-d’Aquin et l’abbé de La Bourdonnaye.&mdash;MM.
-Roberge, Étienne Gros et Vendel-Heyl. <i>Vox faucibus
-hæsit.</i>&mdash;M. Valette et M. Michelle. Le Concours général.
-Sainte-Beuve et les vers latins.&mdash;Le jardin du Luxembourg,
-le salon du marquis de Cambis et le salon du docteur
-Double. <i>Le comte Ory.</i> Les camarades de Saint-Louis.
-Emmanuel d’Alzon et Henri de Cambis.</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_23">23</a></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE III<span class="pagenum"><a name="Page_532" id="Page_532"><span class="small">[532]</span></a></span></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">L’École de Droit (1829-1832).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs">M. Poncelet ou le professeur <i>mélomane</i>. A la Sorbonne. Cours
-de MM. Guizot. Villemain et Cousin.&mdash;Jules Janin et le
-<i>Siècle de Charles X</i>. Les arts et les lettres en l’an de grâce
-1829. Le romantisme de Pontmartin.&mdash;L’atelier de Paul
-Huet et la première représentation d’<i>Hernani</i>. Félix Lebertre
-et la <i>Silhouette</i>. Le <i>Petit Plutarque français</i>. Le <i>Correspondant</i>.
-Première rencontre de Pontmartin avec l’Académie.
-Mort de M. Eugène de Pontmartin.&mdash;Mort de l’oncle
-Joseph. Le choléra. La prédiction de Léonard Retouret et
-<i>le 19 avril 1832</i>. La première représentation de la <i>Tour
-de Nesle</i>. Alfred Thureau-Dangin.&mdash;Retour à Avignon.</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_46">46</a></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE IV</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">Les Années d’Avignon (1833-1838).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs">La rue Violette et le baron de Montfaucon. Un maire d’autrefois.
-Le Cercle de l’Escarène et le <i>Café Boudin</i>.&mdash;L’Affaire
-du <i>Carlo Alberto</i>, le vicomte de Saint-Priest et la
-marquise de Calvière. Les bureaux d’une feuille royaliste
-en 1833, Henri Abel et Eugène Roux. Les <i>Revues littéraires</i>
-de la <i>Gazette du Midi</i>. Esprit Requien et ses dîners
-du dimanche. Prosper Mérimée.&mdash;Le bonhomme Joudou
-et le <i>Messager de Vaucluse</i>. M<sup>me</sup> Dorval. Pontmartin et le
-théâtre romantique. Les élections de 1837. Brochure sur
-Berryer.&mdash;L’<i>Album d’Avignon</i>. Pages sur Alfred de Musset.
-Joseph Michaud à Avignon. «Lisez du Voltaire.».</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_66">66</a></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE V</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">Les Années d’Avignon (1839-1845).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs"><i>LA MOUCHE, journal des Salons.</i> Le journaliste Deretz. Un
-<span class="pagenum"><a name="Page_533" id="Page_533">[533]</a></span>duel dans l’île de la Barthelasse.&mdash;«L’Affaire d’Avignon».
-MM. de Salvador, d’Averton et de Renoard. La garde nationale
-d’Henri V. Gustave de Laboulie et M. Dugabé. Le
-président Monnier des Taillades et le procureur du roi
-Rigaud. Le coût d’un article et les <i>Mie Prigioni</i> du gérant
-de la <i>Gazette du Midi</i>.&mdash;Les <i>Causeries provinciales</i> de la
-<i>Quotidienne</i>. Berryer et l’Académie. Première rencontre de
-Pontmartin avec Cuvillier-Fleury.&mdash;L’Inondation du
-Rhône à Avignon et aux Angles en novembre 1840. La
-maison de la rue Banasterie et les <i>Mémoires d’un notaire</i>.
-Pontmartin conseiller général. Le vicomte Édouard Walsh
-et la <i>Mode</i>. Mariage d’Armand de Pontmartin. Le départ
-pour Paris.</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_91">91</a></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE VI</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">Les premières Années de Paris (1845-1848).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs">Rue Neuve-Saint-Augustin. Les bureaux de <i>la Mode</i>. Jules
-Sandeau et le pavillon de la rue de Lille. <i>Contes et Rêveries
-d’un Planteur de choux</i>. M<sup>me</sup> Cardinal et le cabinet de lecture
-de la rue des Canettes.&mdash;<i>La Mode</i> en 1845. Les déjeuners
-chez Véry. Joseph Méry et ses 365 sujets de roman.
-Rue de Luxembourg. Mort de M<sup>me</sup> Eugène de Pontmartin.&mdash;M.
-François Buloz, <i>Octave</i> et la succession de Gustave
-Planche. Le jardin de la rue Saint-Benoît, Sainte-Beuve et
-son article des <i>Nouveaux Lundis</i>.</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_108">108</a></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE VII</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">La République de Février.&mdash;L’Opinion publique (1848-1852).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs">Rue d’Isly. Sainte-Beuve et le 1<sup>er</sup> janvier 1848. Le 24 février.&mdash;Fondation
-de l’<i>Opinion publique</i>.&mdash;Comment se faisait
-un journal en l’an de grâce 1848.&mdash;Rédacteur en chef
-sans appointements.&mdash;Les <i>Jeunes</i> à l’<i>Opinion publique</i>.&mdash;Ponson
-du Terrail et Henri de Pène.&mdash;Cham et Armand
-de Pontmartin.&mdash;Les <i>Lettres d’un sédentaire</i> et les <i>Mémoires
-d’Outre-Tombe</i>.&mdash;La <i>Sixième du second de la première</i>.&mdash;Le
-<span class="pagenum"><a name="Page_534" id="Page_534">[534]</a></span>16 avril et le 15 mai. Les journées de Juin. La
-barricade de la rue Lafayette, le lieutenant Paul Rattier et
-le caporal Émile Charre.&mdash;Le ministère de M. de Falloux
-et la Bibliothèque de Jules Sandeau.&mdash;Les <i>Mémoires d’un
-notaire</i>.&mdash;L’Odyssée électorale de M. Buloz et les marronniers
-des Angles.&mdash;La revision de la Constitution et
-le conseil général du Gard. La Taverne de Richard-Lucas.
-Le coup d’État du 2 décembre. Suppression de l’<i>Opinion
-publique</i>.</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_126">126</a></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE VIII</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">La Revue contemporaine et l’Assemblée nationale.&mdash;Contes
-et Nouvelles.&mdash;Causeries littéraires.&mdash;La
-Fin du procès (1852-1855).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs">Le marquis de Belleval ou un émule de M. de Coislin. La
-<i>Revue contemporaine</i>. Un mot d’Henry Mürger. Alphonse
-de Calonne.&mdash;L’<i>Assemblée nationale</i>. M. Adrien de La
-Valette et M. Mallac. Le fils de Paul et de Virginie.&mdash;Les
-<i>Contes et Nouvelles</i>. <i>La Marquise d’Aurebonne</i> et le <i>Secret
-du docteur</i>.&mdash;L’histoire d’<i>Aurélie</i>. <i>Georgette</i> ou une sœur
-d’Aurélie. Les <i>Nouveaux Lundis</i>. Où l’on voit Sainte-Beuve
-<i>monter sur ses grands chevaux</i>. Où l’on voit encore comment
-les petits pâtissent toujours des querelles des grands. Feu
-Edmond Dupré. Ma première rencontre avec Armand de
-Pontmartin.&mdash;Le premier volume des <i>Causeries littéraires</i>.
-Louis Veuillot et Cuvillier-Fleury.&mdash;Le <i>Fond de la Coupe</i>,
-l’<i>Envers de la Comédie</i> et la <i>Fin du Procès</i>.</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_167">167</a></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE IX</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">Le Correspondant, l’Union et le Journal de Bruxelles.&mdash;Les
-deux Érostrates.&mdash;La Mairie des Angles
-(1855-1862).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs">Le second volume des <i>Causeries littéraires</i>. L’article sur Béranger.
-Lettre de Louis Veuillot à Pontmartin. Le 40 et
-le 44 de la rue du Bac. Le salon de Montalembert et les
-soirées de Veuillot.&mdash;L’entrée au <i>Correspondant</i>. Pontmartin
-<span class="pagenum"><a name="Page_535" id="Page_535">[535]</a></span>et le théâtre.&mdash;<i>Les deux Érostrates.</i> Le <i>Spectateur</i>
-et la suppression de l’<i>Assemblée nationale</i>. L’entrée à
-l’<i>Union</i>.&mdash;La Mûre et le château de Gourdan. La mairie
-des Angles. Un préfet homme d’esprit. Lettre de Louis
-Veuillot.&mdash;Les <i>Variétés</i> du <i>Journal de Bruxelles</i>.&mdash;<i>Biographie
-du Père Félix.</i>&mdash;Rentrée à la <i>Revue des Deux
-Mondes</i>. Pontmartin en 1862.</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_204">204</a></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE X</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">Les Jeudis de Madame Charbonneau (1862).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs">Jacques Lecoffre, Alfred Nettement et la <i>Semaine des Familles</i>.&mdash;Le
-maire de Gigondas.&mdash;<i>Journal d’un Parisien en
-retraite.</i>&mdash;Modifications et retranchements.&mdash;L’Odyssée
-électorale de <i>Strabiros</i>.&mdash;La mort de <i>Raoul de Maguelonne</i>.&mdash;Jules
-Sandeau et H. de Balzac.&mdash;MM. Taxile
-Delord et Ernest Legouvé.&mdash;La lettre au <i>Figaro</i>.&mdash;Léopold
-de Gaillard et Léo de Laborde.&mdash;Le <i>Diogène</i> et
-M. Jules Claretie.&mdash;Les <i>Jeudis de Madame Martineau</i>.&mdash;Philinte
-et Alceste.&mdash;<i>Caritidès</i> et ses <i>Cahiers</i>.&mdash;Où
-Sainte-Beuve adresse une invocation à <i>Jupiter hospitalier</i>.&mdash;La
-visite chez <i>Marphise</i>.&mdash;M. Ferdinand Brunetière.&mdash;Lettre
-de Jules Janin.&mdash;Les <i>Vrais jeudis de Madame
-Charbonneau</i>.</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_237">237</a></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE XI</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">La Gazette de France.&mdash;Entre chien et loup.&mdash;Les
-nouveaux Samedis.&mdash;Les Corbeaux du Gévaudan
-(1862-1867).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs">L’Avenue Trudaine.&mdash;Frédéric Béchard et Amable Escande.&mdash;L’entrée
-à la <i>Gazette de France</i>.&mdash;M. Silvestre de
-Sacy.&mdash;<i>Entre chien et loup.</i>&mdash;La <i>Revue des Deux Mondes</i>
-et la signature <i>F. de Lagenevais</i>.&mdash;M. Challemel-Lacour
-et M<sup>gr</sup> Dupanloup.&mdash;A Pradine, chez Joseph Autran.&mdash;Alexandre
-Dumas fils et les <i>Idées de M<sup>me</sup> Aubray</i>.&mdash;Mort
-de Joseph d’Ortigue.&mdash;Aurélien Scholl, le <i>Nain jaune</i> et
-le <i>Camarade</i>.&mdash;Les menus de M. Bec.&mdash;Les <i>Courriers
-<span class="pagenum"><a name="Page_536" id="Page_536">[536]</a></span>de Paris</i>, de l’<i>Univers illustré</i>.&mdash;Pontmartin est cité par le
-P. Félix en chaire de Notre-Dame.&mdash;Les <i>Nouveaux Samedis</i>,
-Arthur de Boissieu et les <i>Lettres d’un Passant</i>.&mdash;Les
-<i>Corbeaux du Gévaudan</i>.&mdash;Joseph Joubert.&mdash;Une lettre
-en vers.</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_267">267</a></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE XII</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">La Revanche de Séraphine.&mdash;Les Traqueurs de dot (1868-1870).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs">Élection d’Autran à l’Académie. Chasses dans la Crau et la
-Camargue.&mdash;M<sup>lle</sup> Rachel et Ponsard, <i>Pernette</i> et Victor
-de Laprade.&mdash;M. Victorien Sardou et la <i>Dévote</i>. La
-<i>Revanche de Séraphine</i>.&mdash;Mort de Lamartine et de
-Sainte-Beuve.&mdash;Les <i>Traqueurs de dot</i> et le <i>Figaro</i>.&mdash;L’Empire
-libéral. Prévost-Paradol. La guerre et la <i>Marseillaise</i>,
-Paul Chevandier de Valdrôme. Histoire d’une
-décoration.</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_301">301</a></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE XIII</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">Les Lettres d’un intercepté.&mdash;Le Radeau de la Méduse.&mdash;Le
-Filleul de Beaumarchais. La Mandarine (1870-1873).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs">La <i>Gazette de Nîmes</i> et les <i>Lettres d’un intercepté</i>. M. Gambetta.
-La <i>Journée d’un Proconsul</i>.&mdash;Cent jours à Cannes.
-La <i>Décentralisation</i> et le <i>Radeau de la Méduse</i>.&mdash;Mort de
-M<sup>me</sup> de Pontmartin. Le <i>Filleul de Beaumarchais</i>. Un mot de
-Louis David.&mdash;Le comte d’Haussonville et Saint-Genest.
-Un Bûcheron qui ne débite pas de fagots. La souscription
-nationale pour la libération du territoire. Projet de Pontmartin.
-Le comte de Falloux.&mdash;Hôtel Byron, rue Laffitte.
-La Taverne de Londres. M. Thiers. L’<i>Homme Femme</i> de
-Dumas fils. Au château de Barbentane. Le toast de Mistral.
-<i>Entre voisins.</i> L’inondation du Rhône en 1872.&mdash;Au Pavillon
-de Rohan. Une campagne au <i>Gaulois</i>. La <i>Mandarine</i>.
-Le 24 mai 1873, Si le Roi n’avait rien dit!</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_327">327</a></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE XIV<span class="pagenum"><a name="Page_537" id="Page_537"><span class="small">[537]</span></a></span></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">Les Élections de 1876.&mdash;L’Exposition de 1878.
-Souvenirs d’un vieux mélomane (1874-1878).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs">L’<i>Union de Vaucluse</i>. La Politique en sabots. Mort de Jules
-Janin. <i>Beati non possidentes!</i>&mdash;Les Élections de 1876. Rue
-et hôtel de Rivoli. Le marquis de Besplas et le château de
-la Garenne-Randon. Léontine Fay et le <i>THÉATRE DE
-MADAME</i>.&mdash;Mort de Joseph Autran. Le Seize-Mai. Les
-articles sur M. Thiers.&mdash;Séjour à Hyères. M<sup>gr</sup> Dupanloup.
-La villa de Costebelle. La Messe à bord du vaisseau-école
-le <i>Souverain</i>. Lettre de l’Évêque d’Orléans. L’Exposition
-universelle et la rue de Passy.&mdash;<i>Promenade au Salon
-de 1878</i>. Le <i>Barabbas</i> de Charles Muller et l’<i>Apothéose</i> de
-M. Thiers. M<sup>lle</sup> Sarah Bernhardt et le buste de M. Émile
-de Girardin. Les <i>Souvenirs d’un vieux mélomane</i>. Article
-d’Henri Lavedan. Pontmartin quitte Paris pour n’y plus
-revenir.</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_358">359</a></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE XV</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">Pontmartin et l’Académie (1868-1878).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs">La <i>fièvre verte</i>. Le fauteuil de M. Empis. Lettre au <i>Figaro</i>.
-Le fauteuil de Sainte-Beuve. Une page des <i>Jeudis</i>.&mdash;Lettres
-de M. de Falloux, de Cuvillier-Fleury et de Joseph
-Autran. Le <i>Non possumus</i> de Pontmartin.&mdash;Le fauteuil de
-Saint-Marc Girardin. <i>Fantaisies et Variations</i> anti-académiques
-de M. Bourgarel.&mdash;Nouvelle lettre de M. de
-Falloux. Où l’on voit que Pontmartin était moins fort en
-calcul que feu Barrême.&mdash;Le fauteuil de Jules Janin.
-La peau de chagrin... académique. Le fauteuil d’Autran.
-M. Émile Zola se met en marche vers le Palais-Mazarin.
-M<sup>gr</sup> Dupanloup s’efforce de décider Pontmartin à poser sa
-candidature. Pourquoi il ne s’est jamais présenté.</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_389">389</a></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE XVI<span class="pagenum"><a name="Page_538" id="Page_538"><span class="small">[538]</span></a></span></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">Les Angles.&mdash;Mes Mémoires.&mdash;Souvenirs d’un vieux
-critique.&mdash;Le millième article.&mdash;Les Noces d’or
-(1879-1887).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs">Description des Angles. Le cabinet de travail, les promenades,
-les visiteurs. Soirées d’hiver. Évocation du passé.&mdash;<i>Delenda
-est res... punica</i>. Pontmartin et la République conservatrice.&mdash;<i>Mes
-Mémoires.</i> Le chapitre sur Berryer. Les
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>.&mdash;Le Millième article. L’Encrier
-de la <i>Gazette de France</i>. Les deux Bustes. Les souscripteurs.
-Lettres de M<sup>gr</sup> de Dreux-Brézé, de Belcastel,
-Edmond Rousse, Désiré Nisard, Emile Ollivier. Lettre de
-Pontmartin au directeur de la <i>Gazette de France</i>.&mdash;Le critique
-et le romancier. La Correspondance de Pontmartin.</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_432">432</a></td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tch">CHAPITRE XVII</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td colspan="2" class="tsh">Les Dernières années.&mdash;Épisodes littéraires.
-La mort d’Armand de Pontmartin (1888-1890).</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td class="tcs">La dixième série des <i>Souvenirs d’un vieux critique</i> et les <i>Péchés
-de vieillesse</i>. Une Revue qui paie royalement. M. Frédéric
-Masson et <i>les Lettres et les Arts</i>.&mdash;Vingt-quatre articles
-d’avance, <i>Episodes littéraires</i>.&mdash;Le dernier article, M. Émile
-Zola et <i>la Bête humaine</i>. Un souvenir de Virgile.&mdash;La dernière
-maladie. Visite de Léopold de Gaillard. Une mort
-chrétienne. Les obsèques d’Armand de Pontmartin.</td>
- <td class="tdrl"><a href="#Page_483">483</a></td>
- </tr>
-
-</table>
-
-<hr class="d1" />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_539" id="Page_539">[539]</a></span></p>
-
-<p class="pc4 lmid">IMPRIMÉ</p>
-<p class="pc1">PAR</p>
-<p class="pc1 mid">PHILIPPE RENOUARD</p>
-<p class="pc2 reduct">19, rue des Saints-Pères</p>
-<p class="pc2">PARIS</p>
-
-<hr class="chap" />
-
-</div>
-
-<div class="chapter">
-
-<h2 class="p4">FOOTNOTES:</h2>
-
-<div class="footnotes">
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a></span><i>Mélanges de philosophie, d’histoire et de littérature</i>, par M. Ch.-M.
-de Féletz, de l’Académie française, t. II, p. 124.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a><a href="#FNanchor_2_2"><span class="label">[2]</span></a></span>
-Aujourd’hui commune de Pujaut, canton de Villeneuve-lès-Avignon
-(Gard).</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_3_3" id="Footnote_3_3"></a><a href="#FNanchor_3_3"><span class="label">[3]</span></a></span>
-Au mot <i>Ferrar</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_4_4" id="Footnote_4_4"></a><a href="#FNanchor_4_4"><span class="label">[4]</span></a></span>
-Commune des Angles, canton de Villeneuve-lès-Avignon.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_5_5" id="Footnote_5_5"></a><a href="#FNanchor_5_5"><span class="label">[5]</span></a></span>
-François-Joseph <span class="smcap">Double</span> (1776-1842). Membre de l’Académie
-de médecine et de l’Académie des sciences, il refusa la pairie, en
-1839, parce que le Roi y mettait comme condition qu’il renoncerait
-à exercer la médecine.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_6_6" id="Footnote_6_6"></a><a href="#FNanchor_6_6"><span class="label">[6]</span></a></span>
-Représentée sur le Théâtre-Français le 5 décembre 1823. Le
-rôle de Danville fut créé par Talma et celui d’Hortense par
-M<sup>lle</sup> Mars.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_7_7" id="Footnote_7_7"></a><a href="#FNanchor_7_7"><span class="label">[7]</span></a></span>
-Voy., sur le chevalier de Grave et sur son <i>Adresse aux citoyens</i>
-en faveur de Louis XVI, le <i>Journal d’un bourgeois de Paris
-pendant la Terreur</i>, par Edmond Biré, t. I, p. 337. M. de Grave
-publia en 1816 un <i>Essai sur l’art de lire</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_8_8" id="Footnote_8_8"></a><a href="#FNanchor_8_8"><span class="label">[8]</span></a></span>
-Voir les <i>Contes d’un planteur de choux</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_9_9" id="Footnote_9_9"></a><a href="#FNanchor_9_9"><span class="label">[9]</span></a></span>
-M<sup>me</sup> de Guerry, après la mort de son mari, entra dans la congrégation
-dite de Picpus, consacrée à l’Adoration perpétuelle du
-Saint-Sacrement sous l’invocation des Saints Cœurs de Jésus et de
-Marie. Elle y était depuis plus de trente ans, lorsqu’en 1853, à la
-suite de changements qu’elle considérait comme l’introduction d’une
-règle nouvelle, elle abandonna la communauté avec soixante de
-ses compagnes et résolut de porter dans une nouvelle maison l’intégrité
-des statuts édictés par les fondateurs de la Congrégation.
-Le pape Pie IX autorisa les religieuses séparées à vivre suivant
-l’ancienne règle, mais leur défendit de recevoir des novices ou
-d’admettre à la profession les novices qui les avaient suivies. C’est
-alors que M<sup>me</sup> de Guerry, reprenant son nom, son titre et l’habit
-du monde, redemanda la fortune qu’elle avait apportée à la communauté
-de Picpus. Cette fortune était estimée par elle à une
-somme d’environ 1.200,000 fr. M. Émile Ollivier soutint devant
-les tribunaux la réclamation de M<sup>me</sup> de Guerry, qui fut combattue
-par M. Berryer au nom de la communauté. Le tribunal de première
-instance de la Seine donna gain de cause à la communauté;
-mais M<sup>me</sup> de Guerry triompha devant la Cour impériale de Paris
-(15 février 1858). Avant de mourir, elle s’est réconciliée avec son
-ordre et lui a rendu la fortune qu’elle avait revendiquée contre lui.&mdash;Sur
-le procès, demeuré célèbre, de la marquise de Guerry contre
-la Congrégation de Picpus, voir les <i>Œuvres de Berryer</i>, <i>Plaidoyers</i>,
-t. III, p. 153-310, et <i>l’Empire libéral</i>, par Émile Ollivier,
-t. IV, p. 35-46.]</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_10_10" id="Footnote_10_10"></a><a href="#FNanchor_10_10"><span class="label">[10]</span></a></span>
-<i>Ville d’Avignon.</i> <i>Extrait du Registre des Actes de l’état civil.</i>&mdash;«L’an
-mil huit cent onze et le dix-sept juillet, à neuf heures
-du matin, par-devant nous Charles-Pierre-Paul Blanchetti, adjoint
-du maire et d’icelui chargé par délégation des fonctions de l’état
-civil de cette ville, est comparu en notre bureau Monsieur Castor-Louis-Eugène
-Ferrar de Pontmartin, propriétaire foncier, domicilié
-aux Angles (Gard) et demeurant en cette ville d’Avignon,
-rue Sainte-Praxède, lequel nous a déclaré que Madame Marie-Émilie-Aimée-Augustine-Henriette-Charlotte
-de Cambis, son
-épouse, est accouchée le jour d’hier, à une heure et demie d’après-midi,
-dans sa maison d’habitation, d’un enfant mâle qu’il nous a
-présenté et auquel il a donné les prénoms d’Armand-Augustin-Joseph-Marie;
-en présence de M. Joseph-François-Marie Ferrar de
-Pontmartin, oncle paternel de l’enfant, âgé de vingt-neuf ans,
-et de M. Augustin-Marie-Jacques-François-Luc de Cambis, âgé de
-trente ans, oncle maternel de l’enfant, demeurant en cette ville,
-propriétaires fonciers; et ont signé avec nous après lecture faite,
-les jour et an susdits.&mdash;<i>E. de Pontmartin.</i>&mdash;<i>J. Pontmartin.</i>&mdash;<i>Aug.
-Cambis.</i>&mdash;Blanchetti fils, adjoint.»</p>
-<p class="pfc4">A noter, dans cet acte, l’absence de tout titre, même pour le
-marquis de Cambis; cela tient à ce que, sous l’Empire, les titres
-remontant à l’ancien régime n’avaient pas de valeur légale. Si je
-fais cette remarque, c’est uniquement pour aller au-devant de tout
-reproche possible d’usurpation à l’adresse d’Armand de Pontmartin,
-si éloigné de tout travers de ce genre et qui d’ailleurs, tout en
-se laissant donner le titre de son grand-père, ne le prit lui-même
-que très rarement.&mdash;Un mot sur ses quatre prénoms: <i>Joseph</i> est
-celui du parrain, le cher oncle paternel; <i>Augustin</i>, celui de la
-marraine, Augustine de Grave, dame de Cambis, aïeule maternelle;
-celui de <i>Marie</i> vient d’un usage pieux, particulièrement en
-honneur à Avignon; celui d’<i>Armand</i> vient du culte que M. Eugène
-de Pontmartin et son frère, depuis l’émigration, avaient voué
-à la famille de Polignac, et surtout au duc Armand, frère aîné du
-prince Jules, le futur ministre de Charles X.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_11_11" id="Footnote_11_11"></a><a href="#FNanchor_11_11"><span class="label">[11]</span></a></span>
-Dans ses <i>Mémoires</i> (t. I, p. 24), Pontmartin appelle <i>hôtel de
-Bernis</i> la maison habitée par ses parents jusqu’à leur départ pour
-Paris, et que je viens de dénommer <i>hôtel de Calvière</i>. Les deux
-désignations sont exactes, car l’hôtel appartenait indivisément au
-marquis de Calvière et à sa sœur la comtesse René de Bernis. Chacune
-de ces deux familles s’était réservé un appartement dans cette
-immense demeure, et c’est ainsi que Pontmartin fut l’ami d’enfance
-du fils de M. de Calvière et des deux fils de sa sœur.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_12_12" id="Footnote_12_12"></a><a href="#FNanchor_12_12"><span class="label">[12]</span></a></span>
-Par ordonnance royale parue au <i>Moniteur</i> du 13 février 1820,
-M. Decazes, président du conseil des ministres, avait été remplacé
-par le duc de Richelieu.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_13_13" id="Footnote_13_13"></a><a href="#FNanchor_13_13"><span class="label">[13]</span></a></span>
-M<sup>lle</sup> de Sombreuil fut-elle forcée par les égorgeurs de l’Abbaye
-de boire un verre de sang pour racheter la vie de son père? La
-plupart des historiens n’ont voulu voir là qu’une légende, Pontmartin
-lui-même n’admettait qu’à demi cette tradition consacrée
-par Victor Hugo dans une de ses plus belles Odes: «Ce que je
-crois vrai, dit-il dans ses <i>Mémoires</i>, t. I, p. 24, c’est que le verre de
-sang lui fut présenté par les massacreurs de Septembre, qu’elle le
-prit, qu’elle allait le boire, et que, saisis d’un mouvement de pitié
-ou d’horreur, ces monstres le répandirent à ses pieds.» Ce mouvement
-de pitié, les massacreurs ne l’ont pas eu. C’est le poète des
-<i>Odes et Ballades</i> qui est dans le vrai. Comment, en effet, conserver
-un doute sur la vérité de la tradition, en présence de l’attestation
-suivante, adressée à M. Adolphe Granier de Cassagnac par le fils de
-M<sup>lle</sup> de Sombreuil:</p>
-<p class="pfc4">«Ma mère, Monsieur, n’aimait point à parler de ces tristes et
-affreux temps. Jamais je ne l’ai interrogée; mais parfois, dans des
-causeries intimes, il lui arrivait de parler de cette époque de douloureuse
-mémoire. Alors, je lui ai plusieurs fois entendu dire que,
-lors de ces massacres, M. de Saint-Mart sortit du tribunal devant
-son père et fut tué d’un coup qui lui fendit le crâne; qu’alors elle
-couvrit son père de son corps, lutta longtemps et reçut trois blessures.</p>
-<p class="pfc4">«Ses cheveux, qu’elle avait très longs, furent défaits dans la
-lutte; elle en entoura le bras de son père, et, tirée dans tous les
-sens, blessée, elle finit par attendrir ces hommes. L’un d’eux, prenant
-un verre, y versa du sang sorti de la tête de M. de Saint-Mart,
-y mêla du vin et de la poudre, et dit que si elle buvait <i>CELA</i>
-à la santé de la nation, elle conserverait son père.</p>
-<p class="pfc4">«Elle le fit sans hésiter, et fut alors portée en triomphe par ces
-mêmes hommes.</p>
-<p class="pfc4">«Depuis ce temps, ma mère n’a jamais pu porter les cheveux
-longs sans éprouver de vives douleurs. Elle se faisait raser la tête.
-Elle n’a jamais non plus pu approcher du vin rouge de ses lèvres,
-et, pendant longtemps, la vue seule du vin lui faisait un mal
-affreux.</p>
-<p class="pfr2">
-«<i>Signé</i>: comte <span class="smcap">de Villelume-Sombreuil</span>.»</p>
-<p class="pfc4">(<i>Histoire des Girondins et des massacres de Septembre</i>, par <span class="smcap">A. Granier
-de Cassagnac</span>, t. II, p. 225.)</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_14_14" id="Footnote_14_14"></a><a href="#FNanchor_14_14"><span class="label">[14]</span></a></span>
-<i>Jean-François Périer, évêque d’Avignon</i>, par l’abbé <span class="smcap">Albert
-Durand</span>, directeur au petit séminaire de Beaucaire.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_15_15" id="Footnote_15_15"></a><a href="#FNanchor_15_15"><span class="label">[15]</span></a></span>
-<i>Mes Mémoires</i>, par <span class="smcap">Armand de Pontmartin</span>, 1<sup>re</sup> série, p. 31-33.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_16_16" id="Footnote_16_16"></a><a href="#FNanchor_16_16"><span class="label">[16]</span></a></span>
-T. I, p. 6-14.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_17_17" id="Footnote_17_17"></a><a href="#FNanchor_17_17"><span class="label">[17]</span></a></span>
-Aujourd’hui rue Bonaparte.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_18_18" id="Footnote_18_18"></a><a href="#FNanchor_18_18"><span class="label">[18]</span></a></span>
-En 1825, Armand de Melun était élève du collège de Sainte-Barbe,
-dirigé par M. Henri Nicolle, frère de l’abbé Nicolle, recteur
-de l’Académie de Paris. Intime ami du duc de Richelieu et aussi
-désintéressé que lui, l’abbé Nicolle n’avait accepté le rectorat qu’à
-la condition de n’en pas toucher les émoluments.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_19_19" id="Footnote_19_19"></a><a href="#FNanchor_19_19"><span class="label">[19]</span></a></span>
-<i>Le vicomte Armand de Melun</i>, d’après ses Mémoires et sa correspondance,
-par M. l’abbé <span class="smcap">Baunard</span>, p. 14.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_20_20" id="Footnote_20_20"></a><a href="#FNanchor_20_20"><span class="label">[20]</span></a></span>
-Après avoir administré cinq ans le collège Saint-Louis, l’abbé
-Thibault le quitta pour devenir inspecteur de l’Université, en 1825.
-Il eut pour successeur un prêtre alsacien, l’abbé Ganser. En 1830,
-un proviseur laïque, M. Liez, fut placé à la tête du collège.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_21_21" id="Footnote_21_21"></a><a href="#FNanchor_21_21"><span class="label">[21]</span></a></span>
-L’abbé Léon Sibour, parent éloigné de M<sup>gr</sup> Sibour, archevêque
-de Paris, avec lequel il était du reste étroitement lié, fut
-lui-même évêque <i>in partibus</i> de Tripoli. M. Dumarsais devint curé
-de Saint-François-Xavier et chanoine de Paris.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_22_22" id="Footnote_22_22"></a><a href="#FNanchor_22_22"><span class="label">[22]</span></a></span>
-Ces religieuses furent remplacées plus tard dans le couvent de
-la rue de Vaugirard par les Dominicains, qui eux-mêmes ont cédé
-la place à l’Institut catholique.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_23_23" id="Footnote_23_23"></a><a href="#FNanchor_23_23"><span class="label">[23]</span></a></span>
-<i>Ma Carmélite</i>, dans les <i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. IV,
-p. 62.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_24_24" id="Footnote_24_24"></a><a href="#FNanchor_24_24"><span class="label">[24]</span></a></span>
-En 1825, un terrible incendie avait dévoré la plus grande
-partie de la ville de Salins (Jura); elle a été rebâtie sur un plan
-plus régulier.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_25_25" id="Footnote_25_25"></a><a href="#FNanchor_25_25"><span class="label">[25]</span></a></span>
-Le 19 octobre 1826.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_26_26" id="Footnote_26_26"></a><a href="#FNanchor_26_26"><span class="label">[26]</span></a></span>
-Ce dernier nom cachait un banquier, M. Beudin, et un chef
-d’institution, M. Goubaux, qui avaient formé des dernières syllabes
-de leurs deux noms le pseudonyme de <i>Dinaux</i>. La première représentation
-de <i>Trente ans ou la Vie d’un joueur</i> avait eu lieu le
-19 juin 1827.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_27_27" id="Footnote_27_27"></a><a href="#FNanchor_27_27"><span class="label">[27]</span></a></span>
-Chap. 1, p. 1-54.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_28_28" id="Footnote_28_28"></a><a href="#FNanchor_28_28"><span class="label">[28]</span></a></span>
-Voir plus bas le chapitre sur <i>Armand de Pontmartin et l’Académie
-française</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_29_29" id="Footnote_29_29"></a><a href="#FNanchor_29_29"><span class="label">[29]</span></a></span>
-Charles Alexandre (1797-1870), élève de l’École normale,
-professeur de rhétorique, proviseur, inspecteur général des études,
-membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, auteur
-d’un <i>Dictionnaire grec-français</i>, qui est longtemps resté classique.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_30_30" id="Footnote_30_30"></a><a href="#FNanchor_30_30"><span class="label">[30]</span></a></span>
-<i>Mélanges de philosophie, d’histoire et de littérature</i>, par <span class="smcap">Ch.-M. de
-Féletz</span>, de l’Académie française, 6 vol. in-8, 1826-1828.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_31_31" id="Footnote_31_31"></a><a href="#FNanchor_31_31"><span class="label">[31]</span></a></span>
-<i>Revue des Deux Mondes</i>, chronique de la quinzaine, 1<sup>er</sup> janvier
-1854.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_32_32" id="Footnote_32_32"></a><a href="#FNanchor_32_32"><span class="label">[32]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Lundis</i>, t. II, p. 13.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_33_33" id="Footnote_33_33"></a><a href="#FNanchor_33_33"><span class="label">[33]</span></a></span>
-<i>Annales des concours généraux</i>, par <span class="smcap">MM. Belin</span> et <span class="smcap">Roche</span>. Classe
-de troisième, p. 97, L. Hachette, rue Pierre-Sarrazin, 12, Paris,
-1826.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_34_34" id="Footnote_34_34"></a><a href="#FNanchor_34_34"><span class="label">[34]</span></a></span>
-Ancien président, sous l’Empire, de la section de législation
-au Conseil d’État. Son fils aîné fut vice-président de la République
-en 1848.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_35_35" id="Footnote_35_35"></a><a href="#FNanchor_35_35"><span class="label">[35]</span></a></span>
-Le marquis Auguste de Cambis-d’Orsan (1781-1860), député
-de Vaucluse le 15 novembre 1830, réélu le 5 juillet 1831, puis le
-21 juin 1834; pair de France le 3 octobre 1837.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_36_36" id="Footnote_36_36"></a><a href="#FNanchor_36_36"><span class="label">[36]</span></a></span>
-Jean-Antoine Renouvier (1777-1863), député de Montpellier
-de 1827 à 1834; père de M. Jules Renouvier, l’archéologue, et de
-M. Charles Renouvier, le philosophe.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_37_37" id="Footnote_37_37"></a><a href="#FNanchor_37_37"><span class="label">[37]</span></a></span>
-Plus tard professeur d’histoire au collège Louis-le-Grand, et
-auteur d’une excellente <i>Histoire du règne de Louis XIV</i>, couronnée
-par l’Académie française. (Grand prix Gobert.)</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_38_38" id="Footnote_38_38"></a><a href="#FNanchor_38_38"><span class="label">[38]</span></a></span>
-Emmanuel Daudé d’Alzon, né en 1811, comme Pontmartin,
-mort le 21 novembre 1880. Voir sur lui <i>Souvenirs d’un vieux critique</i>,
-t. I, p. 325-340.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_39_39" id="Footnote_39_39"></a><a href="#FNanchor_39_39"><span class="label">[39]</span></a></span>
-Henri-François-Marie-Auguste, comte de Cambis-d’Orsan, fils
-du marquis, né le 8 juin 1810; élu député d’Avignon le 13 août 1842,
-réélu le 1<sup>er</sup> août 1846. Il mourut le 24 août 1847.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_40_40" id="Footnote_40_40"></a><a href="#FNanchor_40_40"><span class="label">[40]</span></a></span>
-François-Frédéric Poncelet (1790-1843). Il avait publié en
-1827 un ouvrage qui se rattachait à ses préoccupations musicales
-et qui a pour titre: <i>Privilèges de l’Opéra</i>. On lui doit aussi un
-<i>Cours d’histoire du droit romain</i> et un <i>Précis de l’histoire du droit
-civil français</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_41_41" id="Footnote_41_41"></a><a href="#FNanchor_41_41"><span class="label">[41]</span></a></span>
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. III, p. 70, 1883.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_42_42" id="Footnote_42_42"></a><a href="#FNanchor_42_42"><span class="label">[42]</span></a></span>
-Causerie du 22 août 1887, <i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. X,
-p. 104 et 106.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_43_43" id="Footnote_43_43"></a><a href="#FNanchor_43_43"><span class="label">[43]</span></a></span>
-Lamartine, <i>Des Destinées de la poésie</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_44_44" id="Footnote_44_44"></a><a href="#FNanchor_44_44"><span class="label">[44]</span></a></span>
-Jules Janin, <i>Histoire de la littérature française</i>, 1829.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_45_45" id="Footnote_45_45"></a><a href="#FNanchor_45_45"><span class="label">[45]</span></a></span>
-<i>Guillaume Tell</i> a été représenté pour la première fois le
-3 août 1829; le <i>More de Venise</i>, le 24 octobre 1829; <i>Fra Diavolo</i>,
-le 28 janvier 1830; <i>Hernani</i>, le 25 février 1830. Les <i>Orientales</i> et
-le <i>Dernier jour d’un condamné</i>, de Victor Hugo, sont des premiers
-mois de 1829, ainsi que l’édition complète et définitive des <i>Poèmes</i>
-d’Alfred de Vigny. Les <i>Orientales</i> parurent au mois de janvier 1829,
-le <i>Dernier jour d’un condamné</i> au mois de février, les <i>Poèmes</i> de
-Vigny au mois de mai.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_46_46" id="Footnote_46_46"></a><a href="#FNanchor_46_46"><span class="label">[46]</span></a></span>
-Les <i>Contes d’Espagne et d’Italie</i> furent publiés en janvier 1830,
-les <i>Consolations</i> en mars, les <i>Harmonies</i> le 14 juin. Les <i>Poésies</i> de
-Théophile Gautier furent mises en vente dans les derniers jours de
-juillet; nous les trouvons en effet inscrites sous le n<sup>o</sup> 4270 de la
-<i>Bibliographie de la France</i> du 31 juillet 1830.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_47_47" id="Footnote_47_47"></a><a href="#FNanchor_47_47"><span class="label">[47]</span></a></span>
-La première édition des <i>Scènes de la vie privée</i> a été publiée
-au mois d’avril 1830. <i>Les Chouans</i> avaient paru au mois de
-mars 1829.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_48_48" id="Footnote_48_48"></a><a href="#FNanchor_48_48"><span class="label">[48]</span></a></span>
-Paul Huet était né le 3 octobre 1804. Il mourut le 9 janvier
-1869. «Paul Huet, dit Théophile Gautier (<i>Portraits contemporains</i>),
-représente dans le paysage le rôle romantique, et il a eu
-son influence au temps de la grande révolution pittoresque de
-1830. Sa manière de concevoir le paysage est très poétique et se
-rapproche un peu des décorations d’opéra par la largeur des masses,
-la profondeur de la perspective et la magie de la lumière... Nul n’a
-saisi comme lui la physionomie générale d’un site, et n’en a fait
-ressortir avec autant d’intelligence l’expression heureuse ou mélancolique.»</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_49_49" id="Footnote_49_49"></a><a href="#FNanchor_49_49"><span class="label">[49]</span></a></span>
-T. I, p. 129-149.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_50_50" id="Footnote_50_50"></a><a href="#FNanchor_50_50"><span class="label">[50]</span></a></span>
-<i>Le Correspondant</i> du 12 mars 1830.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_51_51" id="Footnote_51_51"></a><a href="#FNanchor_51_51"><span class="label">[51]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. XIII, p. 352.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_52_52" id="Footnote_52_52"></a><a href="#FNanchor_52_52"><span class="label">[52]</span></a></span>
-La population de Paris n’était alors que de 645,698 âmes; le
-nombre des décès fut donc de plus de 23 par 1000 habitants. Le
-chiffre de 18,406 s’appliquant aux seuls décès administrativement
-constatés, le chiffre réel a dû être plus élevé.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_53_53" id="Footnote_53_53"></a><a href="#FNanchor_53_53"><span class="label">[53]</span></a></span>
-Tome I, p. 212-224.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_54_54" id="Footnote_54_54"></a><a href="#FNanchor_54_54"><span class="label">[54]</span></a></span>
-<i>L’Époque sans nom</i>, <i>Esquisses de Paris</i> (1830-1833), par
-<span class="smcap">M. A. Bazin</span>, t. II, p. 270.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_55_55" id="Footnote_55_55"></a><a href="#FNanchor_55_55"><span class="label">[55]</span></a></span>
-Père de M. Paul Thureau-Dangin, membre de l’Académie
-française.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_56_56" id="Footnote_56_56"></a><a href="#FNanchor_56_56"><span class="label">[56]</span></a></span>
-Voir <i>Monsieur Thureau-Dangin, vice-président général de la
-Société de Saint-Vincent de Paul</i>. <i>Notes et Souvenirs, 1811-1893.</i>&mdash;Je
-lis à la page 8 de cette Notice: «M. Thureau fit son droit et
-c’est vers cette époque qu’il eut des relations d’amitié avec quatre
-jeunes gens à peu près de son âge qui ont laissé un nom dans les
-lettres et dans la politique: Louis Veuillot, Pontmartin, Montalembert
-et Léon Cornudet.»</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_57_57" id="Footnote_57_57"></a><a href="#FNanchor_57_57"><span class="label">[57]</span></a></span>
-Louis-Gabriel-Eugène, baron Pertuis de Montfaucon (1790-1842).
-Nommé député du premier collège de Vaucluse (Avignon)
-le 13 juin 1840, il venait d’être réélu le 9 juillet 1842, lorsqu’il
-mourut (16 juillet) avant d’avoir pu reprendre séance. Il fut remplacé
-par Henri de Cambis.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_58_58" id="Footnote_58_58"></a><a href="#FNanchor_58_58"><span class="label">[58]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Lundis</i>, t. II, p. 2.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_59_59" id="Footnote_59_59"></a><a href="#FNanchor_59_59"><span class="label">[59]</span></a></span>
-<span class="smcap">Saint-Priest</span> (Emmanuel-Louis <span class="smcap">Guignard</span>, vicomte de), né à
-Paris le 6 décembre 1789, mort au château de Lamotte (Hérault),
-le 27 octobre 1881. Il suivit sa famille à Saint-Pétersbourg lors de
-l’émigration et, en 1805, entra dans l’armée russe où il servit jusqu’à
-la chute de Napoléon. Colonel en 1814, il fut fait prisonnier;
-l’ordre de le fusiller, envoyé par l’Empereur, fut intercepté par les
-Cosaques. Il s’échappa, servit avec ardeur la cause du gouvernement
-royal, tenta pendant les Cent-Jours de soulever les populations
-du Midi, s’embarqua à Marseille à la nouvelle de la capitulation
-de la Palud, fut pris par un corsaire de Tunis, et, après
-quelques semaines de captivité, put gagner l’Espagne et rentrer à
-la seconde Restauration. Il fut alors nommé maréchal de camp,
-gentilhomme d’honneur du duc d’Angoulême et inspecteur d’infanterie.
-En 1823, il prit part à la campagne d’Espagne, où sa conduite
-lui valut le grade de lieutenant général. Ambassadeur à Berlin (1825),
-puis à Madrid (1827), il négocia le traité par lequel l’Espagne
-s’engageait à rembourser à la France, par annuités de 4 millions,
-sa dette de 80 millions. Au mois d’août 1830, il donna sa démission
-et fut nommé par le roi Ferdinand VII grand d’Espagne et
-duc d’Almazan. Devenu l’un des conseillers de la duchesse de Berry,
-il fut l’un des principaux organisateurs de la tentative royaliste
-de 1832. Après son acquittement, il alla rejoindre <i>MADAME</i> en
-Italie. Élu en 1849 représentant de l’Hérault à Assemblée législative,
-il devint l’un des chefs de la majorité. Sous le second Empire,
-il fut l’un des serviteurs les plus zélés et les plus intelligents du
-comte de Chambord, qui lui écrivit en 1867, sur la situation politique,
-une lettre qui eut un grand retentissement.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_60_60" id="Footnote_60_60"></a><a href="#FNanchor_60_60"><span class="label">[60]</span></a></span>
-Voir le chapitre I, p. 16.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_61_61" id="Footnote_61_61"></a><a href="#FNanchor_61_61"><span class="label">[61]</span></a></span>
-M. de Saint-Priest allait, en effet, être traduit en cour d’assises,
-ainsi que les autres prévenus de l’affaire du <i>Carlo-Alberto</i>,
-M. de Kergorlay père et le comte de Mesnard, tous les deux anciens
-pairs de France, M. de Kergorlay fils, M. Adolphe Sala, M. de
-Bourmont fils, M<sup>lle</sup> Mathilde Lebeschu, M. Antoine Ferrari, Génois,
-subrécargue du <i>Carlo-Alberto</i>. Ils comparurent, le 25 février 1833,
-devant le jury de Montbrison (Loire). Étaient poursuivis, en même
-temps qu’eux, les prévenus de «la Conspiration de Marseille»,
-MM. de Bermond, de Candolle, de Lachaud, Layet de Podio, François
-Esig et Ganail. Les débats se terminèrent, le 15 mars, par
-l’acquittement de tous les accusés.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_62_62" id="Footnote_62_62"></a><a href="#FNanchor_62_62"><span class="label">[62]</span></a></span>
-<span class="smcap">Le Caducée.</span> <i>Souvenirs marseillais, provençaux et autres</i> (par
-M. Cauvière), t. IV, p. 206,&mdash;1880.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_63_63" id="Footnote_63_63"></a><a href="#FNanchor_63_63"><span class="label">[63]</span></a></span>
-Henri Abel, né à Aix le 15 juillet 1796, mort à Marseille le
-19 novembre 1861. Au milieu de ses travaux de polémiste, il a
-trouvé le temps de composer une <i>Histoire de France</i> en cinq volumes.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_64_64" id="Footnote_64_64"></a><a href="#FNanchor_64_64"><span class="label">[64]</span></a></span>
-Attaché à la <i>Gazette du Midi</i> dès 1832, Eugène Roux remplaça
-Henri Abel comme rédacteur en chef et conserva la direction du
-journal jusqu’à sa mort, en mars 1877.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_65_65" id="Footnote_65_65"></a><a href="#FNanchor_65_65"><span class="label">[65]</span></a></span>
-<span class="smcap">Laboulie</span> (Joseph-Balthazar-Gustave de) (1800-1867), avocat
-au barreau d’Aix, député de Marseille de 1834 à 1837, représentant
-des Bouches-du-Rhône à l’Assemblée constituante et à l’Assemblée
-législative. Doué d’un rare talent de parole, il obtint de grands
-succès de tribune, et fut, avec M. de Larcy, le meilleur lieutenant
-de Berryer.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_66_66" id="Footnote_66_66"></a><a href="#FNanchor_66_66"><span class="label">[66]</span></a></span>
-Maire de Marseille avant 1830; homme bienfaisant et tout
-dévoué à sa ville; éloge qui, du reste, pour les maires de la Restauration,
-est presque une banalité.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_67_67" id="Footnote_67_67"></a><a href="#FNanchor_67_67"><span class="label">[67]</span></a></span>
-Esprit <span class="smcap">Requien</span>, né à Avignon en 1788, mort à Bonifacio
-dans un voyage d’herborisation le 30 mai 1851. Il a fondé et donné
-à la ville d’Avignon un Musée d’histoire naturelle qui porte son
-nom. Sans se mêler aux luttes politiques et tout en ayant des amis
-dans tous les partis, il a constamment gardé l’attitude et le nom de
-ce que l’on appelait un vieux <i>blanc</i>.&mdash;Voir, sur M. Requien, les
-<i>Mémoires</i> de Pontmartin, t. II, p. 55 et suivantes et les <i>Nouveaux
-Samedis</i>, t. X, p. 210 et 371.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_68_68" id="Footnote_68_68"></a><a href="#FNanchor_68_68"><span class="label">[68]</span></a></span>
-<i>Revue des Deux Mondes</i> du 15 août 1834.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_69_69" id="Footnote_69_69"></a><a href="#FNanchor_69_69"><span class="label">[69]</span></a></span>
-Jean-Baptiste-Pierre <span class="smcap">Lafitte</span> (1796-1879), auteur dramatique
-et romancier. De ses nombreuses pièces de théâtre, deux surtout
-eurent du succès, <i>Jeanne Vaubernier</i> (1832) et <i>le Pour et le Contre</i>
-(1852). Il composa plusieurs romans historiques, dont deux, <i>le
-Docteur rouge</i> (1844) et <i>le Gantier d’Orléans</i> (1845), furent justement
-remarqués. Mais ce qui le sauvera de l’oubli, ce sont les
-<i>Mémoires</i> du comédien <i>Fleury</i> (6 volumes in-8<sup>o</sup>, 1835-1837), ouvrage
-spirituel et agréable, dont il fut le rédacteur.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_70_70" id="Footnote_70_70"></a><a href="#FNanchor_70_70"><span class="label">[70]</span></a></span>
-11, 15, 22, 29 décembre 1836; 9 et 19 mars 1837.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_71_71" id="Footnote_71_71"></a><a href="#FNanchor_71_71"><span class="label">[71]</span></a></span>
-Voy. Jules Janin, <i>Histoire de la littérature dramatique</i>, t. VI,
-p. 191.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_72_72" id="Footnote_72_72"></a><a href="#FNanchor_72_72"><span class="label">[72]</span></a></span>
-<i>Mes Mémoires</i>, t. II, p. 127.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_73_73" id="Footnote_73_73"></a><a href="#FNanchor_73_73"><span class="label">[73]</span></a></span>
-<i>Messager de Vaucluse</i>, du 22 décembre 1836.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_74_74" id="Footnote_74_74"></a><a href="#FNanchor_74_74"><span class="label">[74]</span></a></span>
-Le 10 février 1829.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_75_75" id="Footnote_75_75"></a><a href="#FNanchor_75_75"><span class="label">[75]</span></a></span>
-<i>Messager de Vaucluse</i>, du 9 mars 1837.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_76_76" id="Footnote_76_76"></a><a href="#FNanchor_76_76"><span class="label">[76]</span></a></span>
-<i>Messager de Vaucluse</i>, 29 juin et 9 juillet 1837.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_77_77" id="Footnote_77_77"></a><a href="#FNanchor_77_77"><span class="label">[77]</span></a></span>
-<i>Messager de Vaucluse</i>, 30 juillet et 6 août 1837.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_78_78" id="Footnote_78_78"></a><a href="#FNanchor_78_78"><span class="label">[78]</span></a></span>
-Joseph Eugène <span class="smcap">Poncet</span> (1791-1866). Incorporé en 1813 dans
-le 4<sup>e</sup> régiment des gardes d’honneur, il se distingua à Leipzig,
-reçut la croix de la Légion d’honneur et fit la campagne de France
-en 1814. Sous la Restauration, il se livra au commerce et conquit
-une situation importante. Après la révolution de Juillet, il devint
-colonel de la garde nationale, adjoint au maire, président du tribunal
-de commerce, conseiller général de Vaucluse. Il fut député de
-1837 à 1840 et deux fois maire d’Avignon (1843 à 1847 et février
-à décembre 1852).</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_79_79" id="Footnote_79_79"></a><a href="#FNanchor_79_79"><span class="label">[79]</span></a></span>
-M. Charles de Lacombe, dans sa <i>Vie de Berryer</i>, pourtant si
-complète, n’a rien dit de cette candidature avignonnaise de l’illustre
-orateur.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_80_80" id="Footnote_80_80"></a><a href="#FNanchor_80_80"><span class="label">[80]</span></a></span>
-Claude-Marie-Charles <span class="smcap">Deplace</span>, entré dans la Compagnie de
-Jésus le 7 septembre 1824. Il professa la rhétorique dans plusieurs
-collèges, notamment à Saint-Acheul en 1828, avant les Ordonnances;
-puis, en 1833, au Passage, en Espagne. Il quitta l’Ordre vers 1838
-et se voua entièrement à la prédication, où il obtint de très grands
-succès. L’abbé Deplace est mort à Vichy le 19 juillet 1871.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_81_81" id="Footnote_81_81"></a><a href="#FNanchor_81_81"><span class="label">[81]</span></a></span>
-Janvier et novembre 1838.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_82_82" id="Footnote_82_82"></a><a href="#FNanchor_82_82"><span class="label">[82]</span></a></span>
-Février 1838.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_83_83" id="Footnote_83_83"></a><a href="#FNanchor_83_83"><span class="label">[83]</span></a></span>
-Mars 1838.&mdash;Les <i>deux voyageurs</i> étaient George Sand et
-Alfred de Musset. Dans sa pièce, écrite au moment de leur départ
-pour Venise (décembre 1834), Pontmartin exprimait l’espoir, peut-être
-un peu naïf, de les voir revenir bientôt «aux croyances religieuses,
-aux régions certaines et à Celui qui ne trompe pas».</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_84_84" id="Footnote_84_84"></a><a href="#FNanchor_84_84"><span class="label">[84]</span></a></span>
-Première esquisse de l’une de ses meilleures nouvelles, <i>les
-Trois Veuves</i>.&mdash;Voir le volume des <i>Contes d’un planteur de choux</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_85_85" id="Footnote_85_85"></a><a href="#FNanchor_85_85"><span class="label">[85]</span></a></span>
-<i>Les Écrivains modernes de la France</i>, par J. Chaudes-Aigues.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_86_86" id="Footnote_86_86"></a><a href="#FNanchor_86_86"><span class="label">[86]</span></a></span>
-Mars 1838.&mdash;L’<i>Album d’Avignon</i>, t. I, p. 169 et suivantes.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_87_87" id="Footnote_87_87"></a><a href="#FNanchor_87_87"><span class="label">[87]</span></a></span>
-Joseph <span class="smcap">Michaud</span> (1767-1839), fondateur de la <i>Quotidienne</i>,
-auteur du <i>Printemps d’un proscrit</i> et de l’<i>Histoire des Croisades</i>,
-membre de l’Académie française.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_88_88" id="Footnote_88_88"></a><a href="#FNanchor_88_88"><span class="label">[88]</span></a></span>
-François <span class="smcap">Poujoulat</span> (1800-1880), rédacteur de la <i>Quotidienne</i>
-et de l’<i>Union</i>, représentant du peuple de 1848 à 1851, auteur de la
-<i>Correspondance d’Orient</i> (en collaboration avec Michaud) et d’un
-grand nombre d’ouvrages historiques justement estimés: <i>Histoire
-de Jérusalem</i>; <i>Histoire de saint Augustin</i>; <i>le Cardinal Maury</i>; <i>le Père
-de Ravignan</i>; <i>Vie de M<sup>gr</sup> Sibour</i>; <i>Vie du Frère Philippe</i>; <i>Histoire de
-la Révolution française</i>; <i>Histoire de France depuis 1814 jusqu’à
-1865</i>, etc., etc.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_89_89" id="Footnote_89_89"></a><a href="#FNanchor_89_89"><span class="label">[89]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. XX. p. 152.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_90_90" id="Footnote_90_90"></a><a href="#FNanchor_90_90"><span class="label">[90]</span></a></span>
-Lettre du 20 octobre 1886.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_91_91" id="Footnote_91_91"></a><a href="#FNanchor_91_91"><span class="label">[91]</span></a></span>
-Au tome II de ses <i>Mémoires</i>, p. 141-153, Pontmartin parle
-assez longuement de ce duel; seulement il le place, non en 1839,
-qui est la vraie date, mais en 1834. Il appelle Deretz <span class="smcap">Fabrice Dervieux</span>
-et transforme <i>la Mouche</i> en <i>Ruche vauclusienne</i>. Il indique,
-comme l’un de ses témoins, <span class="smcap">M. Guy d’Averton</span>; c’est le frère de
-Guy, Frédéric, ancien officier de la garde royale, qui servit de
-second à Pontmartin dans ce duel, moins épique assurément que
-le duel de Roland et d’Olivier en cette même île de la Barthelasse:</p>
-<p class="pfn6">Ils sont là tous les deux dans une île du Rhône......</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_92_92" id="Footnote_92_92"></a><a href="#FNanchor_92_92"><span class="label">[92]</span></a></span>
-<i>Gazette des Tribunaux</i> du 21 juin 1839.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_93_93" id="Footnote_93_93"></a><a href="#FNanchor_93_93"><span class="label">[93]</span></a></span>
-Pontmartin, au tome II de ses <i>Mémoires</i>, p. 278, dit que les
-prévenus «eurent pour avocats MM. de Laboulie et Dugabé».
-M. Dugabé ne plaida point à Avignon; mais l’affaire étant venue
-en appel, selon la législation alors en vigueur, devant le tribunal
-correctionnel de Carpentras (8, 9 et 10 août 1839), M<sup>e</sup> Dugabé
-prit place cette fois sur le banc des défenseurs, à côté de M<sup>e</sup> de Laboulie.
-Il était le premier avocat du barreau de Toulouse, comme
-Laboulie était le premier avocat du barreau d’Aix. Les électeurs de
-l’Ariège (Foix) l’envoyèrent à la Chambre des députés, où il siégea
-du 21 juin 1834 au 24 février 1848.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_94_94" id="Footnote_94_94"></a><a href="#FNanchor_94_94"><span class="label">[94]</span></a></span>
-<i>Gazette des Tribunaux</i> du 4 juillet 1839.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_95_95" id="Footnote_95_95"></a><a href="#FNanchor_95_95"><span class="label">[95]</span></a></span>
-<i>Mes Mémoires</i>, t. II, p. 280.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_96_96" id="Footnote_96_96"></a><a href="#FNanchor_96_96"><span class="label">[96]</span></a></span>
-Chaque livraison de l’<i>Album</i> se terminait par un article qui,
-sous le titre de <i>Mosaïque</i>, n’était autre chose qu’une causerie littéraire
-et politique.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_97_97" id="Footnote_97_97"></a><a href="#FNanchor_97_97"><span class="label">[97]</span></a></span>
-Michaud était mort à Passy le 30 septembre 1839.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_98_98" id="Footnote_98_98"></a><a href="#FNanchor_98_98"><span class="label">[98]</span></a></span>
-Le <i>Livre des Orateurs</i>, par <span class="smcap">Timon</span> (M. de Cormenin), t. II,
-p. 231.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_99_99" id="Footnote_99_99"></a><a href="#FNanchor_99_99"><span class="label">[99]</span></a></span>
-<i>Notes sur M. Royer-Collard</i>, par son neveu M. Genty de
-Bussy, député du Morbihan.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_100_100" id="Footnote_100_100"></a><a href="#FNanchor_100_100"><span class="label">[100]</span></a></span>
-<i>Œuvres complètes de Henri Fonfrède</i>, t. X, p. 213.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_101_101" id="Footnote_101_101"></a><a href="#FNanchor_101_101"><span class="label">[101]</span></a></span>
-<i>Lettres de X. Doudan</i>, t. II, p. 346.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_102_102" id="Footnote_102_102"></a><a href="#FNanchor_102_102"><span class="label">[102]</span></a></span>
-<i>Journal des Débats</i>, 16 novembre 1839.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_103_103" id="Footnote_103_103"></a><a href="#FNanchor_103_103"><span class="label">[103]</span></a></span>
-Le cas devait en effet se réaliser. Berryer fut élu le 12 février
-1852; il siégeait encore sous la coupole quand M. Cuvillier-Fleury
-fut nommé le 12 avril 1866.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_104_104" id="Footnote_104_104"></a><a href="#FNanchor_104_104"><span class="label">[104]</span></a></span>
-<i>Provence</i>, par Adolphe Dumas (12 juillet 1840); <i>Peintures
-d’Eugène Devéria à Avignon</i> (24 juillet 1840); <i>Mathilde</i>, par Eugène
-Sue; <i>Colomba</i>, par Prosper Mérimée (15 août 1841); <i>Milianah</i>, par
-Joseph Autran (1<sup>er</sup> juin 1842), etc., etc.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_105_105" id="Footnote_105_105"></a><a href="#FNanchor_105_105"><span class="label">[105]</span></a></span>
-<i>Le Puff en province</i> (29 octobre 1840); <i>l’Angleterre en France</i>
-(10 janvier 1841); <i>Euterpe en voyage</i> (19 août 1843), etc., etc.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_106_106" id="Footnote_106_106"></a><a href="#FNanchor_106_106"><span class="label">[106]</span></a></span>
-4 octobre 1842.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_107_107" id="Footnote_107_107"></a><a href="#FNanchor_107_107"><span class="label">[107]</span></a></span>
-6 et 7 janvier, 10 et 11 février 1843.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_108_108" id="Footnote_108_108"></a><a href="#FNanchor_108_108"><span class="label">[108]</span></a></span>
-Jean-Toussaint <span class="smcap">Merle</span> (1785-1852), auteur dramatique et
-journaliste. Directeur du théâtre de la Porte-Saint-Martin de 1822
-à 1826, il fut le mari de M<sup>me</sup> Dorval.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_109_109" id="Footnote_109_109"></a><a href="#FNanchor_109_109"><span class="label">[109]</span></a></span>
-Le 25 novembre 1755, le Rhône grossit de dix-huit pieds
-dans une nuit.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_110_110" id="Footnote_110_110"></a><a href="#FNanchor_110_110"><span class="label">[110]</span></a></span>
-Le vicomte Édouard <span class="smcap">Walsh</span> était directeur de la <i>Mode</i> depuis
-le 25 septembre 1835. Il était le fils du vicomte Joseph Walsh,
-l’auteur des <i>Lettres vendéennes</i> (1825), du <i>Fratricide ou Gilles de
-Bretagne</i> (1827), du <i>Tableau poétique des Fêtes chrétiennes</i> (1836),
-des <i>Journées mémorables de la Révolution française</i> (1839-1840), des
-<i>Souvenirs de Cinquante ans</i> (1844), etc.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_111_111" id="Footnote_111_111"></a><a href="#FNanchor_111_111"><span class="label">[111]</span></a></span>
-M<sup>lle</sup> Cécile de Montravel était née, le 16 novembre 1819, au
-château de la Bastide de Sampzon, près Vallon, arrondissement de
-Largentière (Ardèche).</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_112_112" id="Footnote_112_112"></a><a href="#FNanchor_112_112"><span class="label">[112]</span></a></span>
-M<sup>me</sup> de Larochette mourut à 81 ans en 1849. Après sa mort,
-le Plantier échut à sa fille cadette; M. et M<sup>me</sup> de Montravel durent
-se transporter dans une autre propriété qu’ils avaient achetée dans
-les environs, un peu au nord d’Annonay. Cette nouvelle résidence
-s’appelait la Mûre. De 1851 à 1862, Pontmartin y a fait chaque
-été un séjour de plusieurs semaines; puis deux séjours en 1864 et
-deux autres en 1868.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_113_113" id="Footnote_113_113"></a><a href="#FNanchor_113_113"><span class="label">[113]</span></a></span>
-Voir sur cette chapelle les pages que lui a consacrées Pontmartin
-dans son écrit sur <i>le Père Félix</i> (1861), p. 19-21.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_114_114" id="Footnote_114_114"></a><a href="#FNanchor_114_114"><span class="label">[114]</span></a></span>
-Cet hôtel occupait, rue Neuve-Saint-Augustin, les anciens
-appartements du maréchal de Richelieu.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_115_115" id="Footnote_115_115"></a><a href="#FNanchor_115_115"><span class="label">[115]</span></a></span>
-<i>Correspondance de Lamartine</i>, t. III.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_116_116" id="Footnote_116_116"></a><a href="#FNanchor_116_116"><span class="label">[116]</span></a></span>
-Jules Sandeau était né le 19 février 1811. Il mourut le 24 avril
-1883.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_117_117" id="Footnote_117_117"></a><a href="#FNanchor_117_117"><span class="label">[117]</span></a></span>
-Le fils de Jules Sandeau, devenu un brillant officier de
-marine, rentrait au pays après une campagne dans l’Extrême-Orient,
-lorsqu’il mourut d’une maladie contractée au service de la
-France. Son père, en arrivant à Toulon, n’y retrouva plus qu’un
-cadavre.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_118_118" id="Footnote_118_118"></a><a href="#FNanchor_118_118"><span class="label">[118]</span></a></span>
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. IV, p. 39.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_119_119" id="Footnote_119_119"></a><a href="#FNanchor_119_119"><span class="label">[119]</span></a></span>
-Voici les titres des principales: en 1846, <i>Clarisse Harlowe</i>,
-de Jules Janin; <i>Nélida</i>, de Daniel Stern; <i>Passé et Présent</i>, de
-Charles de Rémusat; <i>la Cousine Bette</i>, de Balzac; <i>Madeleine</i>, de
-Jules Sandeau. En 1847, <i>Petite Causerie à propos d’une grande Histoire</i>
-(les <i>Girondins</i>, de Lamartine), etc., etc.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_120_120" id="Footnote_120_120"></a><a href="#FNanchor_120_120"><span class="label">[120]</span></a></span>
-En 1847, Pontmartin fit le <i>Salon</i> (26 mars et 26 avril).</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_121_121" id="Footnote_121_121"></a><a href="#FNanchor_121_121"><span class="label">[121]</span></a></span>
-15 juin 1846.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_122_122" id="Footnote_122_122"></a><a href="#FNanchor_122_122"><span class="label">[122]</span></a></span>
-26 décembre 1847.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_123_123" id="Footnote_123_123"></a><a href="#FNanchor_123_123"><span class="label">[123]</span></a></span>
-Octobre, novembre et décembre 1847.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_124_124" id="Footnote_124_124"></a><a href="#FNanchor_124_124"><span class="label">[124]</span></a></span>
-Aujourd’hui rue Cambon.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_125_125" id="Footnote_125_125"></a><a href="#FNanchor_125_125"><span class="label">[125]</span></a></span>
-M. Duchâtel.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_126_126" id="Footnote_126_126"></a><a href="#FNanchor_126_126"><span class="label">[126]</span></a></span>
-Le marquis de Cambis.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_127_127" id="Footnote_127_127"></a><a href="#FNanchor_127_127"><span class="label">[127]</span></a></span>
-J’ai eu l’honneur de connaître M. Edmond Leclerc dans ses
-dernières années. C’était l’esprit le plus fin et le cœur le plus noble,
-type accompli de l’honnête homme. Il était le beau-frère du vicomte
-Henri Delaborde, secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts.&mdash;Voir
-dans la <i>Correspondance</i> de Louis Veuillot, t. I, ses
-lettres à <i>M. Edmond Leclerc</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_128_128" id="Footnote_128_128"></a><a href="#FNanchor_128_128"><span class="label">[128]</span></a></span>
-P. 351-354.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_129_129" id="Footnote_129_129"></a><a href="#FNanchor_129_129"><span class="label">[129]</span></a></span>
-Il parut dans la <i>Revue des Deux Mondes</i> (juin-août 1846).</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_130_130" id="Footnote_130_130"></a><a href="#FNanchor_130_130"><span class="label">[130]</span></a></span>
-<i>Le Puff.</i> Elle fut représentée le 22 janvier 1848.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_131_131" id="Footnote_131_131"></a><a href="#FNanchor_131_131"><span class="label">[131]</span></a></span>
-On s’étonnera peut-être de ne pas trouver ici le nom de
-George Sand. Elle avait cessé en 1841 d’écrire à la <i>Revue</i>, et elle
-ne reprit sa collaboration que dix ans après, en 1851.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_132_132" id="Footnote_132_132"></a><a href="#FNanchor_132_132"><span class="label">[132]</span></a></span>
-M. Victor de Mars, gérant de la <i>Revue</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_133_133" id="Footnote_133_133"></a><a href="#FNanchor_133_133"><span class="label">[133]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. XV. p. 279.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_134_134" id="Footnote_134_134"></a><a href="#FNanchor_134_134"><span class="label">[134]</span></a></span>
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. V, p. 317.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_135_135" id="Footnote_135_135"></a><a href="#FNanchor_135_135"><span class="label">[135]</span></a></span>
-François-Henri-Joseph <span class="smcap">Blaze</span>, dit <span class="smcap">Castil-Blaze</span> (1784-1857),
-était né à Cavaillon (Vaucluse). Sa fille Christine, sœur de Henri
-Blaze de Bury, avait épousé M. Buloz.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_136_136" id="Footnote_136_136"></a><a href="#FNanchor_136_136"><span class="label">[136]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Lundis</i>, t. II, p. 3.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_137_137" id="Footnote_137_137"></a><a href="#FNanchor_137_137"><span class="label">[137]</span></a></span>
-On sait qu’on appelait ainsi, sous la Restauration et sous la
-monarchie de Juillet, le palais des Tuileries.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_138_138" id="Footnote_138_138"></a><a href="#FNanchor_138_138"><span class="label">[138]</span></a></span>
-Articles des 2 et 7 avril 1848.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_139_139" id="Footnote_139_139"></a><a href="#FNanchor_139_139"><span class="label">[139]</span></a></span>
-25 septembre 1848.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_140_140" id="Footnote_140_140"></a><a href="#FNanchor_140_140"><span class="label">[140]</span></a></span>
-25 novembre 1849.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_141_141" id="Footnote_141_141"></a><a href="#FNanchor_141_141"><span class="label">[141]</span></a></span>
-Pages 111-209.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_142_142" id="Footnote_142_142"></a><a href="#FNanchor_142_142"><span class="label">[142]</span></a></span>
-M. de Genoude mourut à Hyères, le 19 avril 1849, âgé de
-cinquante-sept ans.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_143_143" id="Footnote_143_143"></a><a href="#FNanchor_143_143"><span class="label">[143]</span></a></span>
-Alfred <span class="smcap">Nettement</span> (1805-1869), le plus fécond et l’un des plus
-remarquables journalistes du <span class="smcap lowercase">XIX</span><sup>e</sup> siècle.&mdash;Voir <i>Alfred Nettement,
-sa vie et ses œuvres,</i> par <span class="smcap">Edmond Biré</span>. Un volume in-8<sup>o</sup>,
-Librairie Victor Lecoffre, 1901.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_144_144" id="Footnote_144_144"></a><a href="#FNanchor_144_144"><span class="label">[144]</span></a></span>
-Théodore <span class="smcap">Muret</span> (1808-1866), auteur de l’<i>Histoire de l’armée
-de Condé</i>, de l’<i>Histoire des Guerres de l’Ouest</i>, de l’<i>Histoire par le
-Théâtre</i>, etc.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_145_145" id="Footnote_145_145"></a><a href="#FNanchor_145_145"><span class="label">[145]</span></a></span>
-Née de la fusion de la <i>France</i> et de l’<i>Écho français</i> avec la
-<i>Quotidienne</i>, l’<i>Union</i> avait commencé de paraître le 7 février 1847.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_146_146" id="Footnote_146_146"></a><a href="#FNanchor_146_146"><span class="label">[146]</span></a></span>
-Voir l’histoire complète de l’<i>Opinion publique</i>, dans mon volume
-sur <i>Alfred Nettement, sa vie et ses œuvres</i>, chapitres <span class="smcap lowercase">XIV</span>, <span class="smcap lowercase">XV</span>
-et <span class="smcap lowercase">XVI</span>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_147_147" id="Footnote_147_147"></a><a href="#FNanchor_147_147"><span class="label">[147]</span></a></span>
-<span class="smcap">Théodore Muret</span>, <i>Souvenirs et Causeries d’un journaliste</i>, t. I,
-p. 198.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_148_148" id="Footnote_148_148"></a><a href="#FNanchor_148_148"><span class="label">[148]</span></a></span>
-Jacques-Honoré <span class="smcap">Lelarge</span>, baron <span class="smcap">de Lourdoueix</span> (1787-1860).
-Il avait été directeur des Beaux-Arts, Sciences et Lettres sous la
-Restauration, qui le fit baron. Après la mort de M. de Genoude
-(avril 1849), il quitta l’<i>Opinion publique</i> pour devenir propriétaire
-et directeur de la <i>Gazette de France</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_149_149" id="Footnote_149_149"></a><a href="#FNanchor_149_149"><span class="label">[149]</span></a></span>
-Anne-Marie-Joseph-Albert, comte <span class="smcap">de Circourt</span>, né en 1809,
-avait donné, à la suite de la révolution de 1830, sa démission
-d’officier de marine. Le 25 juillet 1872, il fut élu par l’Assemblée
-nationale membre du Conseil d’État. Outre sa grande <i>Histoire des
-Arabes d’Espagne sous la domination des Chrétiens</i> (trois volumes in-8<sup>o</sup>,
-1845-1848), il a publié, en 1852, <i>Décentralisation et monarchie représentative</i>,
-et, en 1858, la <i>Bataille d’Hastings</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_150_150" id="Footnote_150_150"></a><a href="#FNanchor_150_150"><span class="label">[150]</span></a></span>
-Alphonse <span class="smcap">Bernard</span>, vicomte <span class="smcap">de Calonne</span> (1818-1902). En
-1848, avant d’entrer à l’<i>Opinion publique</i>, il avait publié des brochures
-de circonstance, les <i>Trois journées de Février</i>, le <i>Gouvernement
-provisoire, histoire anecdotique et politique de ses membres</i>, et
-il avait été un des rédacteurs du <i>Lampion</i>, journal suspendu par le
-général Cavaignac (21 août 1848). Il essaya, avec le concours de
-Xavier de Montépin et de Villemessant, de le remplacer par la
-<i>Bouche de fer</i>, dont le premier numéro fut saisi le jour de son apparition.
-En 1850, il fonda une feuille hebdomadaire, <i>le Henri IV,
-Journal de la réconciliation</i>. Il devint, en 1855, directeur de la <i>Revue
-contemporaine</i>. Sous le semi-pseudonyme de <span class="smcap">A. de Bernard</span>, il
-a publié un assez grand nombre de romans, dont les principaux
-sont: <i>Pauvre Mathieu</i>, <i>les Frais de la Guerre</i>, <i>le Portrait de la marquise</i>,
-etc. Devenu le doyen de la presse quotidienne, à quatre-vingt-trois
-ans il donnait encore au <i>Soleil</i> des articles sur les questions
-artistiques.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_151_151" id="Footnote_151_151"></a><a href="#FNanchor_151_151"><span class="label">[151]</span></a></span>
-<span class="smcap">Théodore Muret</span>, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 201.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_152_152" id="Footnote_152_152"></a><a href="#FNanchor_152_152"><span class="label">[152]</span></a></span>
-<i>L’Opinion publique</i> des 2, 4, 8 et 15 mars 1849.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_153_153" id="Footnote_153_153"></a><a href="#FNanchor_153_153"><span class="label">[153]</span></a></span>
-<span class="smcap">Ponson du Terrail</span> (Pierre-Alexis, vicomte <span class="smcap lowercase">DE</span>), né près de
-Grenoble, le 8 juillet 1829, mort à Bordeaux en janvier 1871.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_154_154" id="Footnote_154_154"></a><a href="#FNanchor_154_154"><span class="label">[154]</span></a></span>
-<span class="smcap">Louis Moland</span>, né à Saint-Omer le 13 avril 1824, érudit et
-romancier. Ses principaux ouvrages sont: <i>Peuple et roi au XIII<sup>e</sup> siècle</i>;
-<i>Origines littéraires de la France</i>; <i>Molière et la comédie italienne</i>, etc.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_155_155" id="Footnote_155_155"></a><a href="#FNanchor_155_155"><span class="label">[155]</span></a></span>
-<span class="smcap">Henri de Pène</span>, né à Paris le 25 avril 1830. Il fut en 1868,
-avec M. E. Tarbé des Sablons, le fondateur du <i>Gaulois</i>. La même
-année, il créa un autre grand journal politique, <i>Paris</i>, qui devint
-bientôt <i>Paris-Journal</i>. Ses chroniques forment plusieurs volumes,
-publiés sous les titres de <i>Paris intime</i>, <i>Paris aventureux</i>, <i>Paris mystérieux</i>,
-<i>Paris effronté</i>, etc.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_156_156" id="Footnote_156_156"></a><a href="#FNanchor_156_156"><span class="label">[156]</span></a></span>
-<i>L’Opinion publique</i> des 19 décembre 1849 et 17 janvier 1850.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_157_157" id="Footnote_157_157"></a><a href="#FNanchor_157_157"><span class="label">[157]</span></a></span>
-3 mars 1851.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_158_158" id="Footnote_158_158"></a><a href="#FNanchor_158_158"><span class="label">[158]</span></a></span>
-L’<i>Opinion publique</i> du 20 janvier 1850.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_159_159" id="Footnote_159_159"></a><a href="#FNanchor_159_159"><span class="label">[159]</span></a></span>
-Amédée <span class="smcap">de Noé</span>, dit <span class="smcap">Cham</span> (1819-1882). Il était le second fils
-du comte de Noé, pair de France.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_160_160" id="Footnote_160_160"></a><a href="#FNanchor_160_160"><span class="label">[160]</span></a></span>
-Auguste <span class="smcap">Lireux</span>, né à Rouen vers 1819, mort à Bougival le
-23 mars 1870. Journaliste infatigable, il créa à Rouen le petit
-journal l’<i>Indiscret</i>; après quelques procès et duels, il vint à Paris,
-dirigea la <i>Gazette des Théâtres</i>, fonda la <i>Patrie</i> en 1841, écrivit au
-<i>Courrier français</i>, à la <i>Séance</i>, au <i>Charivari</i>, au <i>Messager des Théâtres</i>,
-fit de 1850 à 1855 le feuilleton dramatique du <i>Constitutionnel</i>;
-quitta la littérature pour les affaires, où il s’enrichit. Ses derniers
-journaux furent la <i>Bourse comique</i> et la <i>Semaine financière</i>. Directeur
-de l’Odéon, de 1842 à 1845, ce fut lui qui reçut et fit jouer,
-le 22 avril 1843, la <i>Lucrèce</i> de François Ponsard.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_161_161" id="Footnote_161_161"></a><a href="#FNanchor_161_161"><span class="label">[161]</span></a></span>
-L’<i>Opinion publique</i> du 17 décembre 1849.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_162_162" id="Footnote_162_162"></a><a href="#FNanchor_162_162"><span class="label">[162]</span></a></span>
-9 avril 1850.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_163_163" id="Footnote_163_163"></a><a href="#FNanchor_163_163"><span class="label">[163]</span></a></span>
-10 mai 1850.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_164_164" id="Footnote_164_164"></a><a href="#FNanchor_164_164"><span class="label">[164]</span></a></span>
-13 juin 1850.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_165_165" id="Footnote_165_165"></a><a href="#FNanchor_165_165"><span class="label">[165]</span></a></span>
-17 décembre 1848.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_166_166" id="Footnote_166_166"></a><a href="#FNanchor_166_166"><span class="label">[166]</span></a></span>
-1<sup>er</sup> octobre 1849.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_167_167" id="Footnote_167_167"></a><a href="#FNanchor_167_167"><span class="label">[167]</span></a></span>
-8 juin 1851.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_168_168" id="Footnote_168_168"></a><a href="#FNanchor_168_168"><span class="label">[168]</span></a></span>
-23 et 30 mars 1851.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_169_169" id="Footnote_169_169"></a><a href="#FNanchor_169_169"><span class="label">[169]</span></a></span>
-19 novembre, 19 et 25 décembre 1851.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_170_170" id="Footnote_170_170"></a><a href="#FNanchor_170_170"><span class="label">[170]</span></a></span>
-16 et 22 février, 2, 9 et 16 mars 1851.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_171_171" id="Footnote_171_171"></a><a href="#FNanchor_171_171"><span class="label">[171]</span></a></span>
-Leur publication y dura deux années, du 21 octobre 1848 au
-3 juillet 1850.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_172_172" id="Footnote_172_172"></a><a href="#FNanchor_172_172"><span class="label">[172]</span></a></span>
-<i>Causeries du Lundi</i>, t. I. p. 406, et t. II. p. 138 et 505.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_173_173" id="Footnote_173_173"></a><a href="#FNanchor_173_173"><span class="label">[173]</span></a></span>
-19, 20, 21, 22, 23 février 1850.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_174_174" id="Footnote_174_174"></a><a href="#FNanchor_174_174"><span class="label">[174]</span></a></span>
-3 et 4 juin 1851.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_175_175" id="Footnote_175_175"></a><a href="#FNanchor_175_175"><span class="label">[175]</span></a></span>
-<i>La Mode</i> des 5, 15 et 25 décembre 1849, 5 et 15 janvier
-1850.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_176_176" id="Footnote_176_176"></a><a href="#FNanchor_176_176"><span class="label">[176]</span></a></span>
-Usine à gaz.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_177_177" id="Footnote_177_177"></a><a href="#FNanchor_177_177"><span class="label">[177]</span></a></span>
-M. Paul Rattier fut décoré pour l’héroïque bravoure qu’il
-avait montrée en ces terribles journées.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_178_178" id="Footnote_178_178"></a><a href="#FNanchor_178_178"><span class="label">[178]</span></a></span>
-Lamartine prononça cette parole à la Chambre des députés,
-dans son discours du 10 janvier 1839. «Mil huit cent trente,
-disait-il, n’a pas su créer son action et trouver son idée. Vous ne
-pouviez pas faire de légitimité: les ruines de la Restauration
-étaient sous vos pieds. Vous ne pouviez pas faire de la gloire militaire:
-l’Empire avait passé et ne vous avait laissé qu’une colonne
-de bronze sur une place de Paris. Le passé vous était fermé; il
-vous fallait une idée nouvelle. Il ne faut pas vous figurer, messieurs,
-parce que nous sommes fatigués des grands mouvements qui ont
-remué notre siècle et nous, que tout le monde est fatigué comme
-nous et craint le moindre mouvement. Les générations qui grandissent
-derrière nous ne sont pas lasses, elles veulent agir et se fatiguer
-comme nous. Quelle action leur avez-vous donnée? <i>La
-France est une nation qui s’ennuie!</i>»</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_179_179" id="Footnote_179_179"></a><a href="#FNanchor_179_179"><span class="label">[179]</span></a></span>
-M<sup>gr</sup> Sibour.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_180_180" id="Footnote_180_180"></a><a href="#FNanchor_180_180"><span class="label">[180]</span></a></span>
-<i>L’Opinion publique</i> du 18 janvier 1849.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_181_181" id="Footnote_181_181"></a><a href="#FNanchor_181_181"><span class="label">[181]</span></a></span>
-<i>L’Opinion publique</i> du 20 janvier.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_182_182" id="Footnote_182_182"></a><a href="#FNanchor_182_182"><span class="label">[182]</span></a></span>
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. III, p. 200.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_183_183" id="Footnote_183_183"></a><a href="#FNanchor_183_183"><span class="label">[183]</span></a></span>
-La démission de M. de Falloux fut donnée le 20 octobre 1849.
-Il avait dû, depuis quelque temps déjà, en raison du très mauvais
-état de sa santé, remettre l’intérim de son ministère à son collègue
-M. Victor Lanjuinais, ministre de l’Agriculture.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_184_184" id="Footnote_184_184"></a><a href="#FNanchor_184_184"><span class="label">[184]</span></a></span>
-Henri-Ange-Alfred <span class="smcap">de Gondrecourt</span>, né à la Guadeloupe,
-le 22 mars 1816, mort à Albi le 16 novembre 1876. Il devint colonel
-des chasseurs à cheval de la garde impériale, puis général de
-brigade. En 1866, il fut nommé commandant de l’École de Saint-Cyr.
-Son premier roman, <i>les Derniers Kerven</i>, avait paru en 1844.
-Il en a publié depuis un très grand nombre, parmi lesquels <i>Médine</i>,
-<i>le Bout de l’oreille</i>, <i>le Chevalier de Pampelonne</i>, <i>le Baron la Gazette</i>,
-<i>les Mémoires d’un vieux garçon</i>, etc.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_185_185" id="Footnote_185_185"></a><a href="#FNanchor_185_185"><span class="label">[185]</span></a></span>
-Alexandre <span class="smcap">Cadot</span>, 17, rue Serpente, fut l’éditeur de Balzac,
-de Dumas père, de M<sup>me</sup> Sand, de Frédéric Soulié, des premiers
-romans de Dumas fils, du marquis de Foudras, de Roger de Beauvoir,
-et enfin du colonel de Gondrecourt.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_186_186" id="Footnote_186_186"></a><a href="#FNanchor_186_186"><span class="label">[186]</span></a></span>
-<i>Épisodes littéraires</i>, par A. de Pontmartin, p. 262 et suiv.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_187_187" id="Footnote_187_187"></a><a href="#FNanchor_187_187"><span class="label">[187]</span></a></span>
-Elles eurent lieu le 13 mai 1849.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_188_188" id="Footnote_188_188"></a><a href="#FNanchor_188_188"><span class="label">[188]</span></a></span>
-Louis Veuillot a publié, dans la <i>Revue des Deux Mondes</i>, <i>le
-Lendemain de la Victoire</i>, scènes socialistes, 15 juillet et 1<sup>er</sup> août 1849;
-<i>Une Samaritaine</i>, dialogue, 1<sup>er</sup> novembre 1850.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_189_189" id="Footnote_189_189"></a><a href="#FNanchor_189_189"><span class="label">[189]</span></a></span>
-M. de Falloux a publié, dans la <i>Revue des Deux Mondes</i>, <i>Les
-Républicains et les Monarchistes depuis la Révolution de février</i>, 1<sup>er</sup> février
-1851.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_190_190" id="Footnote_190_190"></a><a href="#FNanchor_190_190"><span class="label">[190]</span></a></span>
-Léopold <span class="smcap">de Gaillard-Lavaldène</span>, né à Bollène (Vaucluse) le
-20 avril 1820. Au lendemain du 24 février 1848, il avait fondé à
-Avignon, avec son ami Raousset-Boulbon, une feuille catholique
-et royaliste, <i>la Commune</i>. Après avoir été successivement rédacteur
-à l’<i>Assemblée nationale</i> et directeur de la <i>Gazette de Lyon</i>, il devint
-le chroniqueur politique et le directeur du <i>Correspondant</i>. Le 26
-juillet 1872, il fut nommé par l’Assemblée nationale conseiller
-d’État. Outre diverses brochures et deux volumes: <i>Questions italiennes,
-voyage, histoire, politique</i> (1860); <i>les Étapes de l’opinion</i> (1873),
-il a laissé un important travail historique, <i>l’Expédition de Rome
-en 1849</i>, avec pièces justificatives et documents inédits (1861).
-M. Léopold de Gaillard est mort à Bollène le 8 juin 1893.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_191_191" id="Footnote_191_191"></a><a href="#FNanchor_191_191"><span class="label">[191]</span></a></span>
-<span class="smcap">Raousset-Boulbon</span> (Gaston <span class="smcap">Raoulx</span>, comte <span class="smcap lowercase">DE</span>), né à Avignon
-le 2 décembre 1817. Dans son héroïque aventure au Mexique, il
-fit la conquête de la Sonora; mais, écrasé bientôt par des forces supérieures,
-il fut, le 12 août 1854, fusillé à Guaymas. Il laissait un
-très remarquable roman, qui avait dû paraître d’abord dans l’<i>Opinion
-publique</i>, et qui parut dans la <i>Presse</i>, en 1835, sous ce titre:
-<i>Une Conversion</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_192_192" id="Footnote_192_192"></a><a href="#FNanchor_192_192"><span class="label">[192]</span></a></span>
-Pour l’Assemblée constituante.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_193_193" id="Footnote_193_193"></a><a href="#FNanchor_193_193"><span class="label">[193]</span></a></span>
-C’est sous ce nom que Pontmartin, dans la <i>Semaine des Familles</i>,
-désignait M. Buloz. On connaît le vers de Veuillot:</p>
-<p class="pfn6">Buloz, qui d’un seul œil peut éclairer deux mondes...</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_194_194" id="Footnote_194_194"></a><a href="#FNanchor_194_194"><span class="label">[194]</span></a></span>
-Les Angles sont situés dans le département du Gard.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_195_195" id="Footnote_195_195"></a><a href="#FNanchor_195_195"><span class="label">[195]</span></a></span>
-<i>La Semaine des Familles</i>, du 2 juin 1860.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_196_196" id="Footnote_196_196"></a><a href="#FNanchor_196_196"><span class="label">[196]</span></a></span>
-Le chiffre exact fut de 23 voix pour l’adoption du vœu, et
-13 contre. (Procès-verbaux des séances du conseil général du Gard,
-Session de septembre 1851.)</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_197_197" id="Footnote_197_197"></a><a href="#FNanchor_197_197"><span class="label">[197]</span></a></span>
-Charles-Paulin-Roger <span class="smcap">de Saubert</span>, baron <span class="smcap">de Larcy</span> (1805-1882);
-député de Montpellier de 1839 à 1846; représentant du
-peuple de 1848 à 1852; membre de l’Assemblée nationale de 1871.
-Ministre des Travaux-Publics dans le ministère de conciliation du
-19 février, il reprit ce portefeuille dans le cabinet du duc de Broglie
-(26 novembre 1873-16 mai 1874), et fut élu sénateur inamovible
-le 4 décembre 1877. Par son talent, son courage et sa droiture,
-il marqua sa place au premier rang dans nos assemblées
-délibérantes. Il fut l’un des meilleurs amis d’Armand de Pontmartin.
-Voir sur lui les <i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. III, p. 217-247.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_198_198" id="Footnote_198_198"></a><a href="#FNanchor_198_198"><span class="label">[198]</span></a></span>
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. III, p. 228.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_199_199" id="Footnote_199_199"></a><a href="#FNanchor_199_199"><span class="label">[199]</span></a></span>
-Henri <span class="smcap">de Pontmartin</span>, né à Avignon le 21 novembre 1844.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_200_200" id="Footnote_200_200"></a><a href="#FNanchor_200_200"><span class="label">[200]</span></a></span>
-Ces trois articles sur Béranger terminaient les <i>Lettres d’un
-sédentaire</i> (Lettres XIV, XV et XVI).</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_201_201" id="Footnote_201_201"></a><a href="#FNanchor_201_201"><span class="label">[201]</span></a></span>
-Il était sorti, depuis quelques jours, de la prison de Vincennes,
-où il avait été transféré le 8 décembre. «Dans la nuit du
-13 au 14 décembre, on vint réveiller Alfred Nettement, et on le fit
-s’habiller, sans vouloir lui apprendre ce qu’on allait faire; puis, on
-le conduisit dehors, en lui disant: Vous êtes libre. Il était à ce
-moment deux heures du matin. Trouver une voiture n’était pas
-chose facile. Il était cinq heures lorsqu’il sonna à sa porte. Ce fut
-M<sup>me</sup> Nettement, toujours sur le qui-vive, qui entendit le premier
-coup de sonnette et qui vint lui ouvrir.» <i>Alfred Nettement, sa vie
-et ses œuvres</i>, par <span class="smcap">Edmond Biré</span>, p. 416.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_202_202" id="Footnote_202_202"></a><a href="#FNanchor_202_202"><span class="label">[202]</span></a></span>
-Cette page était extraite de l’<i>Essai sur les principes générateurs
-des Constitutions politiques et des autres institutions humaines</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_203_203" id="Footnote_203_203"></a><a href="#FNanchor_203_203"><span class="label">[203]</span></a></span>
-Voir la 73<sup>e</sup> <i>Conférence de Notre-Dame de Paris</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_204_204" id="Footnote_204_204"></a><a href="#FNanchor_204_204"><span class="label">[204]</span></a></span>
-Louis-Charles de Belleval, marquis <span class="smcap">de Belleval</span>, né à Abbeville
-(Somme) le 16 mars 1814; mort à Paris le 6 juin 1875.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_205_205" id="Footnote_205_205"></a><a href="#FNanchor_205_205"><span class="label">[205]</span></a></span>
-Voir, dans les <i>Épisodes littéraires</i>, p. 209 et suiv., le chapitre
-sur la <i>Naissance d’une Revue</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_206_206" id="Footnote_206_206"></a><a href="#FNanchor_206_206"><span class="label">[206]</span></a></span>
-Sa collaboration à la <i>Revue des Deux Mondes</i>, suspendue le
-15 mars 1852, ne devait reprendre que le 1<sup>er</sup> janvier 1854, pour
-s’interrompre le 1<sup>er</sup> février 1855. Il y eut encore deux courtes
-réapparitions, en 1861 et en 1866.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_207_207" id="Footnote_207_207"></a><a href="#FNanchor_207_207"><span class="label">[207]</span></a></span>
-L’article sur <i>Louis XVII</i> et ceux sur <i>Autran</i> et sur <i>Ponsard</i> ont
-été recueillis par Pontmartin dans le tome I de ses <i>Causeries littéraires</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_208_208" id="Footnote_208_208"></a><a href="#FNanchor_208_208"><span class="label">[208]</span></a></span>
-Adrien, comte de <span class="smcap">La Valette</span>, né à Paris en 1814. Sous le
-second Empire, il prit part, non sans succès, au mouvement industriel
-et principalement à la construction, en Suisse, d’une ligne de
-chemin de fer, dite <i>la ligne d’Italie</i>, parce qu’elle devait y aboutir
-par le percement du Simplon. Il a fait la partie valaisane de la ligne,
-celle qui remonte le Rhône depuis le lac de Genève jusqu’à Brigue;
-il échoua pour le percement: l’heure n’en avait pas encore sonné.&mdash;L’<i>Assemblée
-nationale</i> reparut, sous sa direction, en septembre
-1877.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_209_209" id="Footnote_209_209"></a><a href="#FNanchor_209_209"><span class="label">[209]</span></a></span>
-Ses bureaux étaient situés rue Bergère, 20, près le boulevard
-Montmartre.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_210_210" id="Footnote_210_210"></a><a href="#FNanchor_210_210"><span class="label">[210]</span></a></span>
-<i>Vie de Berryer</i>, par Charles de Lacombe, t. III, p. 96.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_211_211" id="Footnote_211_211"></a><a href="#FNanchor_211_211"><span class="label">[211]</span></a></span>
-C’est la nouvelle qui avait paru dans la <i>Revue des Deux Mondes</i>,
-le 15 février 1847, sous le titre d’<i>Octave</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_212_212" id="Footnote_212_212"></a><a href="#FNanchor_212_212"><span class="label">[212]</span></a></span>
-Ces quatre nouvelles de Balzac font partie des <i>Scènes de la vie
-privée</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_213_213" id="Footnote_213_213"></a><a href="#FNanchor_213_213"><span class="label">[213]</span></a></span>
-Le marquis Auguste de Cambis, qui habitait à 11 kilomètres
-des Angles, le château de Sauveterre, commune de ce nom, canton
-de Roquemaure (Gard).</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_214_214" id="Footnote_214_214"></a><a href="#FNanchor_214_214"><span class="label">[214]</span></a></span>
-Allevarrès était l’anagramme et le pseudonyme de M. Jules de
-Serravalle.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_215_215" id="Footnote_215_215"></a><a href="#FNanchor_215_215"><span class="label">[215]</span></a></span>
-<i>Moniteur</i> du 6 février 1865.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_216_216" id="Footnote_216_216"></a><a href="#FNanchor_216_216"><span class="label">[216]</span></a></span>
-<i>Georgette</i>, par M<sup>me</sup> Th. Bentzon, <i>Revue des Deux Mondes</i> des
-1<sup>er</sup> et 15 octobre, 1<sup>er</sup> et 15 novembre 1879.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_217_217" id="Footnote_217_217"></a><a href="#FNanchor_217_217"><span class="label">[217]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. XX, p. 32.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_218_218" id="Footnote_218_218"></a><a href="#FNanchor_218_218"><span class="label">[218]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Lundis</i>, t. II, p. 18. Article du 3 février 1862.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_219_219" id="Footnote_219_219"></a><a href="#FNanchor_219_219"><span class="label">[219]</span></a></span>
-Après avoir commencé la série de ses <i>Lundis</i> au <i>Constitutionnel</i>
-en octobre 1849 et après être passé au <i>Moniteur</i> à la fin de 1852,
-Sainte-Beuve était rentré au <i>Constitutionnel</i> en septembre 1861.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_220_220" id="Footnote_220_220"></a><a href="#FNanchor_220_220"><span class="label">[220]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Lundis</i>, t. II. p. 26.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_221_221" id="Footnote_221_221"></a><a href="#FNanchor_221_221"><span class="label">[221]</span></a></span>
-<i>Revue de Bretagne et de Vendée</i>, février 1862.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_222_222" id="Footnote_222_222"></a><a href="#FNanchor_222_222"><span class="label">[222]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Lundis</i>, t. II, p. 25.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_223_223" id="Footnote_223_223"></a><a href="#FNanchor_223_223"><span class="label">[223]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Lundis</i>, t. III, p. 44.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_224_224" id="Footnote_224_224"></a><a href="#FNanchor_224_224"><span class="label">[224]</span></a></span>
-Père de l’admirable abbé Perreyve.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_225_225" id="Footnote_225_225"></a><a href="#FNanchor_225_225"><span class="label">[225]</span></a></span>
-<i>Le Correspondant</i> du 10 septembre 1888.&mdash;<i>Souvenirs d’un
-vieux critique</i>, t. X, p. 342.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_226_226" id="Footnote_226_226"></a><a href="#FNanchor_226_226"><span class="label">[226]</span></a></span>
-<i>Mélanges</i> de Louis Veuillot, 3<sup>e</sup> série, t. II, p. 209-233.&mdash;L’article
-est du 4 avril 1854.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_227_227" id="Footnote_227_227"></a><a href="#FNanchor_227_227"><span class="label">[227]</span></a></span>
-Voir ci-dessus, page 116.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_228_228" id="Footnote_228_228"></a><a href="#FNanchor_228_228"><span class="label">[228]</span></a></span>
-<i>La Mode</i> du 28 mars 1847.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_229_229" id="Footnote_229_229"></a><a href="#FNanchor_229_229"><span class="label">[229]</span></a></span>
-Paul-Louis Courier définissait Béranger: «L’homme qui a
-fait de <i>jolies chansons</i>.»</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_230_230" id="Footnote_230_230"></a><a href="#FNanchor_230_230"><span class="label">[230]</span></a></span>
-<i>Mélanges</i> de Louis Veuillot, 1<sup>re</sup> série, t. VI, p. 338, 342.&mdash;Avril
-1855.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_231_231" id="Footnote_231_231"></a><a href="#FNanchor_231_231"><span class="label">[231]</span></a></span>
-Voir dans les <i>Mélanges</i>, 1<sup>re</sup> série, t. VI, p. 538 à 574.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_232_232" id="Footnote_232_232"></a><a href="#FNanchor_232_232"><span class="label">[232]</span></a></span>
-Louis Veuillot avait cinq filles. Deux venaient de mourir,
-l’une à Reichshoffen, le 18 juin 1855, au château de M. de Bussières,
-et l’autre, le 3 juillet, à Versailles, chez sa grand’mère
-maternelle. Une troisième, Madeleine, devait mourir à son tour, peu
-de temps après, à Paris, le 2 août.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_233_233" id="Footnote_233_233"></a><a href="#FNanchor_233_233"><span class="label">[233]</span></a></span>
-<i>Correspondance de Louis Veuillot</i>, t. I, p. 355.&mdash;Cette lettre
-porte pour suscription: <i>A M. le comte A. de Pontmartin, à Serrières
-(Ardennes)</i>. Il faut lire: <i>A Serrières (Ardèche)</i>. Pontmartin
-était alors chez sa belle-mère, au château de la Mûre, à 8 kilometres
-du bourg de Serrières, qui était le chef-lieu de canton et le
-bureau de poste. Comme le nom de la Mûre avait souvent donné
-lieu à des confusions avec deux petites villes de l’Isère et du Rhône
-et entraîné de grands retards dans l’arrivée des lettres, la consigne
-de la famille était de mettre simplement sur l’adresse: <i>Serrières
-(Ardèche)</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_234_234" id="Footnote_234_234"></a><a href="#FNanchor_234_234"><span class="label">[234]</span></a></span>
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. X, p. 167.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_235_235" id="Footnote_235_235"></a><a href="#FNanchor_235_235"><span class="label">[235]</span></a></span>
-Voir, dans la biographie de <i>Montalembert</i>, par le P. Lecanuet,
-le chapitre <span class="smcap lowercase">VI</span> du tome III.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_236_236" id="Footnote_236_236"></a><a href="#FNanchor_236_236"><span class="label">[236]</span></a></span>
-La première livraison du nouveau <i>Correspondant</i>&mdash;celui de
-Montalembert, de M. de Falloux et du prince Albert de Broglie&mdash;parut
-le 25 octobre 1855.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_237_237" id="Footnote_237_237"></a><a href="#FNanchor_237_237"><span class="label">[237]</span></a></span>
-Le dernier article de Pontmartin dans le <i>Correspondant</i> parut
-le 10 mai 1890. Il avait pour titre: <i>Le Suicide d’un journal, L’Assemblée
-nationale</i>. Voir <i>Épisodes littéraires</i>, p. 254-321.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_238_238" id="Footnote_238_238"></a><a href="#FNanchor_238_238"><span class="label">[238]</span></a></span>
-<i>Épisodes littéraires</i>, p. 253.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_239_239" id="Footnote_239_239"></a><a href="#FNanchor_239_239"><span class="label">[239]</span></a></span>
-25 décembre 1856.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_240_240" id="Footnote_240_240"></a><a href="#FNanchor_240_240"><span class="label">[240]</span></a></span>
-A propos des romans de M. Edmond About et de M. Gustave
-Flaubert.&mdash;25 juin 1857.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_241_241" id="Footnote_241_241"></a><a href="#FNanchor_241_241"><span class="label">[241]</span></a></span>
-<i>Causeries du Samedi</i>, t. I, p. 134-135.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_242_242" id="Footnote_242_242"></a><a href="#FNanchor_242_242"><span class="label">[242]</span></a></span>
-Édouard <span class="smcap">Thierry</span>, né à Paris le 14 septembre 1813. Après
-avoir été longtemps un de nos meilleurs critiques dramatiques, il
-devint, en octobre 1859, administrateur de la Comédie-Française,
-fonctions qu’il abandonna en 1871. Il fut alors nommé conservateur-administrateur
-de la Bibliothèque de l’Arsenal.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_243_243" id="Footnote_243_243"></a><a href="#FNanchor_243_243"><span class="label">[243]</span></a></span>
-<i>Le Fils naturel</i>, comédie en cinq actes et en prose, d’Alexandre
-Dumas fils, jouée sur le Théâtre du Gymnase, le 16 janvier 1858.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_244_244" id="Footnote_244_244"></a><a href="#FNanchor_244_244"><span class="label">[244]</span></a></span>
-<i>La Jeunesse</i>, comédie en cinq actes et en vers, d’Émile Augier,
-jouée sur le Théâtre de l’Odéon, le 6 février 1858.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_245_245" id="Footnote_245_245"></a><a href="#FNanchor_245_245"><span class="label">[245]</span></a></span>
-Lettre à Alfred Nettement, du 12 juin 1858.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_246_246" id="Footnote_246_246"></a><a href="#FNanchor_246_246"><span class="label">[246]</span></a></span>
-<i>Le Correspondant</i> du 25 février 1857.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_247_247" id="Footnote_247_247"></a><a href="#FNanchor_247_247"><span class="label">[247]</span></a></span>
-25 décembre 1859.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_248_248" id="Footnote_248_248"></a><a href="#FNanchor_248_248"><span class="label">[248]</span></a></span>
-25 novembre 1860.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_249_249" id="Footnote_249_249"></a><a href="#FNanchor_249_249"><span class="label">[249]</span></a></span>
-25 avril 1861.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_250_250" id="Footnote_250_250"></a><a href="#FNanchor_250_250"><span class="label">[250]</span></a></span>
-25 décembre 1861.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_251_251" id="Footnote_251_251"></a><a href="#FNanchor_251_251"><span class="label">[251]</span></a></span>
-25 décembre 1863.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_252_252" id="Footnote_252_252"></a><a href="#FNanchor_252_252"><span class="label">[252]</span></a></span>
-25 février 1866.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_253_253" id="Footnote_253_253"></a><a href="#FNanchor_253_253"><span class="label">[253]</span></a></span>
-25 mars 1866.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_254_254" id="Footnote_254_254"></a><a href="#FNanchor_254_254"><span class="label">[254]</span></a></span>
-Ce fut Michel Lévy qui, voulant faire entrer le volume dans
-une nouvelle collection à 2 francs, imagina de l’appeler <i>les Brûleurs
-de Temples</i>, ce qui contraria beaucoup Pontmartin, surtout au point
-de vue de la loyauté envers l’acheteur.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_255_255" id="Footnote_255_255"></a><a href="#FNanchor_255_255"><span class="label">[255]</span></a></span>
-<i>L’Enseignement mutuel</i> ou <i>Un bien averti en vaut deux</i>, dans le
-volume des <i>Contes et Nouvelles</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_256_256" id="Footnote_256_256"></a><a href="#FNanchor_256_256"><span class="label">[256]</span></a></span>
-Voir <i>Causeries du Samedi</i>, t. II, p. 378.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_257_257" id="Footnote_257_257"></a><a href="#FNanchor_257_257"><span class="label">[257]</span></a></span>
-Voir ci-dessus page 209.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_258_258" id="Footnote_258_258"></a><a href="#FNanchor_258_258"><span class="label">[258]</span></a></span>
-Sur le vicomte Eugène-Melchior de Vogüé, voir <i>Nouveaux
-Samedis</i>, tomes XV et XX; <i>Souvenirs d’un Vieux critique</i>, tomes V,
-VII, VIII et IX; <i>Derniers Samedis</i>, tomes I et II.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_259_259" id="Footnote_259_259"></a><a href="#FNanchor_259_259"><span class="label">[259]</span></a></span>
-Le baron Pougeard-Dulimbert.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_260_260" id="Footnote_260_260"></a><a href="#FNanchor_260_260"><span class="label">[260]</span></a></span>
-Son fils Henri qui suivait les cours du lycée Bonaparte.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_261_261" id="Footnote_261_261"></a><a href="#FNanchor_261_261"><span class="label">[261]</span></a></span>
-Théophile Gautier avait publié en 1856 un conte intitulé: <i>Avatar</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_262_262" id="Footnote_262_262"></a><a href="#FNanchor_262_262"><span class="label">[262]</span></a></span>
-Je dois de pouvoir publier cette lettre et toutes les autres
-lettres à Autran qui vont suivre, à la gracieuse obligeance de la
-fille et du gendre du poète, M. et M<sup>me</sup> Jacques Normand.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_263_263" id="Footnote_263_263"></a><a href="#FNanchor_263_263"><span class="label">[263]</span></a></span>
-P. 206-209.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_264_264" id="Footnote_264_264"></a><a href="#FNanchor_264_264"><span class="label">[264]</span></a></span>
-Le tome II des <i>Causeries du Samedi</i>, qui venait de paraître.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_265_265" id="Footnote_265_265"></a><a href="#FNanchor_265_265"><span class="label">[265]</span></a></span>
-Cette lettre de Louis Veuillot ne figure pas dans sa <i>Correspondance</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_266_266" id="Footnote_266_266"></a><a href="#FNanchor_266_266"><span class="label">[266]</span></a></span>
-Voir Joseph Autran, <i>Œuvres complètes</i>, t. II, p. 342.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_267_267" id="Footnote_267_267"></a><a href="#FNanchor_267_267"><span class="label">[267]</span></a></span>
-Elles paraissaient le mardi, tous les quinze jours, à la troisième
-page du journal, sous le titre: <i>Variétés</i>. Comme elles avaient
-un très vif succès, M. de Riancey insista auprès de Pontmartin pour
-qu’il lui donnât non plus deux mais quatre articles par mois. On
-lit dans l’<i>Union</i> du 28 décembre 1858: «A dater du 1<sup>er</sup> janvier 1859,
-les Causeries littéraires de M. Armand de Pontmartin deviendront
-hebdomadaires; elles paraîtront régulièrement le samedi de chaque
-semaine dans le feuilleton du journal.»</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_268_268" id="Footnote_268_268"></a><a href="#FNanchor_268_268"><span class="label">[268]</span></a></span>
-Le dernier secrétaire de Sainte-Beuve, M. Jules Troubat, a
-recueilli ces articles en 1876 sous le titre de <i>Chroniques parisiennes</i>.
-Un vol. in-18, Calmann-Lévy, éditeur.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_269_269" id="Footnote_269_269"></a><a href="#FNanchor_269_269"><span class="label">[269]</span></a></span>
-Cf. l’article de Sainte-Beuve sur la <i>Vie de Rancé</i>, par Chateaubriand,
-dans la <i>Revue des Deux Mondes</i> du 15 mai 1844, et le chapitre
-<span class="smcap lowercase">LVIII</span> des <i>Chroniques parisiennes</i>, du 4 juin 1844.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_270_270" id="Footnote_270_270"></a><a href="#FNanchor_270_270"><span class="label">[270]</span></a></span>
-Célestin-Joseph <span class="smcap">Félix</span>, membre de la Compagnie de Jésus, né
-à Neuville-sur-l’Escaut, près Valenciennes, le 29 juin 1810, mort
-le 6 juillet 1891 à Lille. Ses Conférences de Notre-Dame sur <i>le
-Progrès par le Christianisme</i>, prononcées de 1853 à 1872, forment
-dix-neuf volumes in-8.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_271_271" id="Footnote_271_271"></a><a href="#FNanchor_271_271"><span class="label">[271]</span></a></span>
-Un vol. in-32. C. Dillet, éditeur, rue de Sèvres, 15.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_272_272" id="Footnote_272_272"></a><a href="#FNanchor_272_272"><span class="label">[272]</span></a></span>
-Voir, au tome II des <i>Derniers Samedis</i>, p. 117, le chapitre sur
-le R. P. <span class="smcap">Félix</span>. «Je me souviens, écrit Pontmartin, de l’époque
-où j’avais le bonheur de l’entendre à Notre-Dame..... Que de fois
-j’ai entendu M. Cousin, auditeur attentif et assidu de ces conférences,
-me dire, au sortir de l’église, avec son exubérance habituelle
-de parole et de pantomime: «Je n’ai pas d’objection! je n’ai
-pas d’objection!»</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_273_273" id="Footnote_273_273"></a><a href="#FNanchor_273_273"><span class="label">[273]</span></a></span>
-Les bureaux du <i>Correspondant</i> étaient alors rue de Tournon,
-29, à la librairie Ch. Douniol.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_274_274" id="Footnote_274_274"></a><a href="#FNanchor_274_274"><span class="label">[274]</span></a></span>
-Déjà, à la fin de 1857, Pontmartin s’était, encore une fois,
-rapatrié avec Buloz. Seulement, ce dernier voulait qu’il <i>redébutât</i>
-par un article de critique, et Pontmartin voyait à cela plus d’un
-inconvénient. Il écrivait à Autran, le 16 janvier 1858: «Tout le
-monde ici, à commencer par ma femme, me dit que j’ai pris, depuis
-trois ans, une situation trop accentuée dans la critique, pour que
-ma rentrée à la <i>Revue</i> puisse s’effectuer sans inconvénient. Buloz,
-il faut l’avouer, est plus anti-chrétien que jamais. Il est homme à se
-lever la nuit, une veille de numéro, pour changer, supprimer ou
-ajouter, dans un de mes articles, de quoi me faire passer pour un
-déserteur ou un <i>capitulateur</i> en religion ou en politique. Il n’en
-faudrait pas davantage pour me faire fusiller, sur toute la ligne,
-depuis les Barbey du <i>Réveil</i> et les Jouvin du <i>Figaro</i>, jusqu’aux
-Alloury et aux Rigaud des <i>Débats</i>. Et cette fois, ce serait sur des
-points plus graves que ce qui touche à la vanité littéraire. Il en
-résulte, de mon côté, des hésitations, des alternatives, des lenteurs,
-qui, se combinant avec toutes les aspérités de Buloz, amènent le
-résultat négatif que vous voyez. Mon désir serait de débuter par
-l’<i>Écu de six francs</i>, Buloz voudrait, au contraire, me faire commencer
-par un article de critique et ce petit tiraillement intérieur
-a encore tout ajourné.»&mdash;Pontmartin tenait bon pour sa Nouvelle;
-Buloz, naturellement, exigeait une refonte générale de l’<i>Écu
-de six francs</i>. Pontmartin se résigne, et, le 5 février, il écrit: «Je
-corrige à satiété, avec une docilité d’élève de quatrième, les dernières
-pages de ma Nouvelle, qui avait dû paraître <i>irrévocablement</i>
-le 15 janvier, puis le 1<sup>er</sup> février et qui me semble maintenant
-ajournée au 1<sup>er</sup> mars.»</p>
-<p class="pfn4">Le 1<sup>er</sup> mars, rien ne paraît, et, le 4, Pontmartin écrit de nouveau
-à Autran: «Le 25 février, lorsque les 42 pages de ma Nouvelle
-étaient <i>composées</i>, corrigées par de Mars et par moi, lorsque le bon
-à tirer était donné, M. Buloz a déclaré que de Mars m’avait égaré,
-que ma première donnée était la bonne, qu’il fallait y revenir,
-mais que nous n’avions plus le temps pour le 1<sup>er</sup> mars. Ce n’était
-là qu’une façon de prévenir mon irritation du premier moment.
-Hier, nous avons eu une longue conversation, et il m’a demandé de
-tels changements qu’il serait beaucoup plus court et plus simple
-d’écrire une œuvre toute nouvelle. Pourtant, dans ce naufrage, j’ai
-eu au moins un bonheur: je ne me suis pas emporté une seule
-minute; nous nous sommes quittés sans orage, et s’il y a séparation,
-il n’y aura pas rupture.»</p>
-<p class="pfn4">Et puisque j’ai rouvert ces lettres de Pontmartin à Autran, je
-détacherai de celle du 15 décembre 1857 un mot typique de
-M. Buloz, qui avait perdu, le 13 décembre, son beau-père, M. Castil-Blaze,
-le très spirituel critique musical du <i>Journal des Débats</i>, où
-il signait: X. X. X. «Adieu, cher! écrivait Pontmartin; j’attends
-ma femme après-demain et j’aurai alors un peu plus de liberté.
-J’en profiterai pour aller recueillir çà et là quelques-unes de ces
-nouvelles que je ne vous donne pas aujourd’hui: ce que je sais de
-plus intéressant, ce sont deux enterrements: Castil-Blaze et Lefèvre-Deumier.
-Voici l’oraison funèbre de C. Blaze, adressée par Buloz
-à sa femme: «Votre père s’est toujours plu à me contrarier: le
-voilà qui meurt l’avant-veille d’un numéro!»&mdash;C’est tout ce qu’on
-a pu tirer du <i>Reviewer quand même</i>.»</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_275_275" id="Footnote_275_275"></a><a href="#FNanchor_275_275"><span class="label">[275]</span></a></span>
-<i>Revue des Deux Mondes</i>, 1<sup>er</sup> août 1861.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_276_276" id="Footnote_276_276"></a><a href="#FNanchor_276_276"><span class="label">[276]</span></a></span>
-1<sup>er</sup> octobre 1861.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_277_277" id="Footnote_277_277"></a><a href="#FNanchor_277_277"><span class="label">[277]</span></a></span>
-1<sup>er</sup> décembre 1861.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_278_278" id="Footnote_278_278"></a><a href="#FNanchor_278_278"><span class="label">[278]</span></a></span>
-M. Victor Fournel.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_279_279" id="Footnote_279_279"></a><a href="#FNanchor_279_279"><span class="label">[279]</span></a></span>
-Lundi 3 février 1862, <i>Nouveaux Lundis</i>, t. II, p. 1.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_280_280" id="Footnote_280_280"></a><a href="#FNanchor_280_280"><span class="label">[280]</span></a></span>
-<i>Le Correspondant</i> du 25 décembre 1856.&mdash;<i>Causeries du Samedi</i>,
-t. I<sup>er</sup>, ch. <span class="smcap lowercase">II</span>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_281_281" id="Footnote_281_281"></a><a href="#FNanchor_281_281"><span class="label">[281]</span></a></span>
-<i>Le Correspondant</i> du 25 mai 1856.&mdash;<i>Causeries du Samedi</i>,
-t. I<sup>er</sup>, ch. <span class="smcap lowercase">III</span>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_282_282" id="Footnote_282_282"></a><a href="#FNanchor_282_282"><span class="label">[282]</span></a></span>
-L’<i>Assemblée nationale</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_283_283" id="Footnote_283_283"></a><a href="#FNanchor_283_283"><span class="label">[283]</span></a></span>
-M. Henry de Riancey, directeur de l’<i>Union</i>, où Pontmartin,
-depuis la suppression de l’<i>Assemblée nationale</i>, publiait ses Causeries
-littéraires.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_284_284" id="Footnote_284_284"></a><a href="#FNanchor_284_284"><span class="label">[284]</span></a></span>
-Pontmartin venait de publier dans l’<i>Union</i> trois articles sur le
-tome I<sup>er</sup> des <i>Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps</i>, par
-M. Guizot. Voy. ces articles au tome II des <i>Causeries du Samedi</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_285_285" id="Footnote_285_285"></a><a href="#FNanchor_285_285"><span class="label">[285]</span></a></span>
-<i>Souvenirs de la Restauration</i>, par Alfred Nettement. Un vol.
-in-18, 1858.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_286_286" id="Footnote_286_286"></a><a href="#FNanchor_286_286"><span class="label">[286]</span></a></span>
-Le pseudonyme de <i>Curtius</i> cachait le nom d’un sous-directeur
-du Timbre, M. Charles Bouglé: il avait publié autrefois dans la
-<i>Mode</i>, d’abord sous le titre des <i>Leçons de Neuilly</i>, puis sous celui de
-<i>l’Enfant terrible</i>, des dialogues extrêmement piquants et qui avaient
-eu leur quart d’heure de célébrité.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_287_287" id="Footnote_287_287"></a><a href="#FNanchor_287_287"><span class="label">[287]</span></a></span>
-Alfred Nettement, dans la <i>Semaine des Familles</i>, ne prenait
-pas moins de trois pseudonymes: <i>Félix-Henry</i>, <i>Nathaniel</i> et <i>René</i>,
-si bien qu’il y avait souvent, dans la même livraison, sous trois
-ou quatre noms différents, trois ou quatre articles du directeur.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_288_288" id="Footnote_288_288"></a><a href="#FNanchor_288_288"><span class="label">[288]</span></a></span>
-Le <i>Réveil</i> était un recueil hebdomadaire, dirigé par A. Granier
-de Cassagnac, avec la collaboration de Louis Veuillot, Barbey
-d’Aurevilly, Ernest Hello, etc.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_289_289" id="Footnote_289_289"></a><a href="#FNanchor_289_289"><span class="label">[289]</span></a></span>
-Lettre du 22 septembre 1887.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_290_290" id="Footnote_290_290"></a><a href="#FNanchor_290_290"><span class="label">[290]</span></a></span>
-Livraison du 15 janvier 1859.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_291_291" id="Footnote_291_291"></a><a href="#FNanchor_291_291"><span class="label">[291]</span></a></span>
-<i>Semaine des Familles</i> du 12 février 1859.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_292_292" id="Footnote_292_292"></a><a href="#FNanchor_292_292"><span class="label">[292]</span></a></span>
-Livraison du 26 novembre 1859.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_293_293" id="Footnote_293_293"></a><a href="#FNanchor_293_293"><span class="label">[293]</span></a></span>
-Voir ci-dessus notre chapitre VII, pages 161 et suivantes.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_294_294" id="Footnote_294_294"></a><a href="#FNanchor_294_294"><span class="label">[294]</span></a></span>
-<i>La Madelène</i> (Jules-François-Ézéar de), né en 1820, à Versailles,
-d’une famille originaire de Carpentras, mort en 1859. Ses
-œuvres principales sont, avec <i>le Marquis des Saffras</i>, <i>Brigitte</i> et <i>le
-Comte Alighiera</i>.&mdash;Son frère Henry, auteur également de plusieurs
-romans remarquables, parmi lesquels je citerai en première
-ligne <i>la Fin du marquisat d’Aurel</i> (1879), a publié, en 1856, <i>le
-Comte Gaston de Raousset-Boulbon, sa vie et ses aventures, d’après sa
-correspondance</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_295_295" id="Footnote_295_295"></a><a href="#FNanchor_295_295"><span class="label">[295]</span></a></span>
-<i>Semaine des Familles</i> du 16 juin 1860.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_296_296" id="Footnote_296_296"></a><a href="#FNanchor_296_296"><span class="label">[296]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Lundis</i>, t. III, p. 35.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_297_297" id="Footnote_297_297"></a><a href="#FNanchor_297_297"><span class="label">[297]</span></a></span>
-<i>Lettres à l’Étrangère</i>, p. 303, 8 mars 1836.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_298_298" id="Footnote_298_298"></a><a href="#FNanchor_298_298"><span class="label">[298]</span></a></span>
-<i>Historique du procès auquel a donné lieu «le Lys dans la vallée».</i>
-Mai 1836. <span class="smcap">Balzac</span>, <i>Œuvres complètes</i>, t. XXII, p. 436.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_299_299" id="Footnote_299_299"></a><a href="#FNanchor_299_299"><span class="label">[299]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Lundis</i>, t. III, p. 36.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_300_300" id="Footnote_300_300"></a><a href="#FNanchor_300_300"><span class="label">[300]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Lundis</i>, t. III, p. 42.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_301_301" id="Footnote_301_301"></a><a href="#FNanchor_301_301"><span class="label">[301]</span></a></span>
-Voir ci-dessus, chapitre <span class="smcap lowercase">VIII</span>, p. 187.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_302_302" id="Footnote_302_302"></a><a href="#FNanchor_302_302"><span class="label">[302]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Lundis</i>, t. III, p. 41.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_303_303" id="Footnote_303_303"></a><a href="#FNanchor_303_303"><span class="label">[303]</span></a></span>
-<i>Les Jeudis de Madame Charbonneau</i>, p. 65.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_304_304" id="Footnote_304_304"></a><a href="#FNanchor_304_304"><span class="label">[304]</span></a></span>
-Tome IV, p. 45.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_305_305" id="Footnote_305_305"></a><a href="#FNanchor_305_305"><span class="label">[305]</span></a></span>
-M. Buloz était alors commissaire du roi près le Théâtre-Français,
-en même temps que directeur de la <i>Revue des Deux Mondes</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_306_306" id="Footnote_306_306"></a><a href="#FNanchor_306_306"><span class="label">[306]</span></a></span>
-<i>Revue des Deux Mondes</i>, 15 novembre 1891.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_307_307" id="Footnote_307_307"></a><a href="#FNanchor_307_307"><span class="label">[307]</span></a></span>
-<i>Correspondance de Jules Janin</i>, p. 224.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_308_308" id="Footnote_308_308"></a><a href="#FNanchor_308_308"><span class="label">[308]</span></a></span>
-<i>Le Correspondant</i> des 25 juillet et 25 août 1862.&mdash;<i>Semaines
-littéraires</i>, t. II, p. 1-92.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_309_309" id="Footnote_309_309"></a><a href="#FNanchor_309_309"><span class="label">[309]</span></a></span>
-Aujourd’hui n<sup>o</sup> 18.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_310_310" id="Footnote_310_310"></a><a href="#FNanchor_310_310"><span class="label">[310]</span></a></span>
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. II. p. 252.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_311_311" id="Footnote_311_311"></a><a href="#FNanchor_311_311"><span class="label">[311]</span></a></span>
-Frédéric <span class="smcap">Béchard</span> était né à Nimes en novembre 1824. Journaliste,
-il a collaboré à l’<i>Artiste</i>, à la <i>Mode nouvelle</i>, à la <i>Patrie</i>, à
-la <i>Revue de Paris</i>, à la <i>Gazette de France</i>, etc. Romancier, il a publié
-les <i>Existences déclassées</i> (1859), et <i>Jambe d’argent</i>, scènes de la
-grande chouannerie (1865). Auteur dramatique, il a fait jouer à
-l’Odéon les <i>Tribulations d’un grand homme</i> (1847) et le <i>Passé d’une
-femme</i> (1859), et au Vaudeville les <i>Déclassés</i> (1856). Il était fils de
-Ferdinand Béchard (1799-1870), l’un des meilleurs lieutenants de
-Berryer, député de la droite de 1842 à 1846, puis représentant du
-Gard aux Assemblées de 1848 et 1849.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_312_312" id="Footnote_312_312"></a><a href="#FNanchor_312_312"><span class="label">[312]</span></a></span>
-Amable <span class="smcap">Escande</span>, né à Castres (Tarn) en 1810. De 1834 à
-1848, il écrivit dans la <i>Gazette de France</i>, la <i>Mode</i> et l’<i>Union</i>. Après
-le 24 février, il alla prendre la direction de l’<i>Écho du Midi</i>, à Montpellier.
-Un de ses articles fut l’occasion d’un duel fameux entre
-M. Aristide Ollivier, rédacteur en chef du <i>Suffrage universel</i>, et le
-comte de Ginestous. M. Ollivier, frère du futur ministre de l’Empire
-libéral, fut tué sur le coup, et M. de Ginestous grièvement
-blessé. A la suite de cette malheureuse affaire, Escande revint à
-Paris (1851) et rentra à l’<i>Union</i>, puis à la <i>Gazette de France</i>, dont
-il ne se sépara, après une longue et très active collaboration, que
-pour devenir directeur de la <i>Gazette du Languedoc</i> à Toulouse.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_313_313" id="Footnote_313_313"></a><a href="#FNanchor_313_313"><span class="label">[313]</span></a></span>
-M. Gustave Janicot était, depuis 1861, directeur de la <i>Gazette
-de France</i>, où il avait succédé à M. de Lourdoueix, et où il défend
-encore aujourd’hui avec un talent toujours jeune et une inlassable
-vaillance la cause de la monarchie et celle de l’Église.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_314_314" id="Footnote_314_314"></a><a href="#FNanchor_314_314"><span class="label">[314]</span></a></span>
-Janvier 1863.&mdash;<i>Semaines littéraires</i>, t. II, p. 233.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_315_315" id="Footnote_315_315"></a><a href="#FNanchor_315_315"><span class="label">[315]</span></a></span>
-Lettre du 7 avril 1863.&mdash;Le comte Achille Treilhard, petit-fils
-du conventionnel, était depuis le 28 août 1862 directeur de la
-presse.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_316_316" id="Footnote_316_316"></a><a href="#FNanchor_316_316"><span class="label">[316]</span></a></span>
-<i>Le Correspondant</i> du 25 septembre 1863.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_317_317" id="Footnote_317_317"></a><a href="#FNanchor_317_317"><span class="label">[317]</span></a></span>
-Lettre du 11 mai 1866.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_318_318" id="Footnote_318_318"></a><a href="#FNanchor_318_318"><span class="label">[318]</span></a></span>
-Pages 146-150. Les <i>Odeurs de Paris</i> parurent en novembre
-1866.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_319_319" id="Footnote_319_319"></a><a href="#FNanchor_319_319"><span class="label">[319]</span></a></span>
-Auteur d’une <i>Histoire de Christophe Colomb</i>. Voir sur lui les
-<i>Causeries du Samedi</i>, t. II, p. 312-323.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_320_320" id="Footnote_320_320"></a><a href="#FNanchor_320_320"><span class="label">[320]</span></a></span>
-M. Challemel-Lacour fut, pendant quelques mois, gérant de la
-<i>Revue des Deux Mondes</i>, après la mort de M. V. de Mars.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_321_321" id="Footnote_321_321"></a><a href="#FNanchor_321_321"><span class="label">[321]</span></a></span>
-Lettre pastorale sur <i>les Malheurs et les Signes du temps</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_322_322" id="Footnote_322_322"></a><a href="#FNanchor_322_322"><span class="label">[322]</span></a></span>
-Lettre du 1<sup>er</sup> juillet 1867.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_323_323" id="Footnote_323_323"></a><a href="#FNanchor_323_323"><span class="label">[323]</span></a></span>
-Situé dans la commune de Cabriès, canton de Gardanne,
-arrondissement d’Aix (Bouches-du-Rhône).</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_324_324" id="Footnote_324_324"></a><a href="#FNanchor_324_324"><span class="label">[324]</span></a></span>
-Le château de Pradine, commune de Grambois, canton de
-Pertuis, arrondissement d’Apt (Vaucluse).</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_325_325" id="Footnote_325_325"></a><a href="#FNanchor_325_325"><span class="label">[325]</span></a></span>
-Voir, dans les <i>Souvenirs d’un vieux mélomane</i>, le chapitre <span class="smcap lowercase">XVII</span>,
-<i>une Partie de boules, Souvenirs des vacances de 1866</i>. Pontmartin y
-a placé une très exacte description de La Malle: «Sur l’ancienne
-route royale d’Aix à Marseille, à une distance à peu près égale entre
-la vieille capitale du Parlement et la nouvelle capitale de la
-Méditerranée, à deux portées de fusil du Pin, autrefois relais de la
-poste aux chevaux, aujourd’hui bureau de la poste aux lettres, on
-voit une jolie maison de campagne, qui a l’esprit de n’être ni un
-château, ni une villa, ni une <i>bastide</i>. De grands arbres, presque
-aussi vieux, mais beaucoup plus beaux que des académiciens,
-d’élégants massifs de marguerites, de dahlias et de chrysanthèmes,
-des allées plantées de sycomores et de saphoras, une gracieuse
-façade se tournant à demi du côté des champs et des collines,
-comme pour éviter les regards indiscrets ou la poussière du grand
-chemin: entre la maison et la route un quinconce d’ormeaux
-séculaires sur une terrasse séparée des passants par une grille.»</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_326_326" id="Footnote_326_326"></a><a href="#FNanchor_326_326"><span class="label">[326]</span></a></span>
-Joseph-Louis <span class="smcap">d’Ortigue</span>, né à Cavaillon (Vaucluse) le 22 mai
-1802, mort à Paris le 20 novembre 1866. Il a fait la critique musicale
-dans la <i>Quotidienne</i>, l’<i>Ère nouvelle</i>, l’<i>Opinion publique</i>, le <i>Journal
-des Débats</i>, et publié plusieurs volumes de littérature et d’histoire
-musicales: <i>la Sainte-Baume</i>, <i>le Balcon de l’Opéra</i>, <i>la Musique à
-l’église</i>, <i>la Musique au théâtre</i>, etc.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_327_327" id="Footnote_327_327"></a><a href="#FNanchor_327_327"><span class="label">[327]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. IV, p. 148.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_328_328" id="Footnote_328_328"></a><a href="#FNanchor_328_328"><span class="label">[328]</span></a></span>
-Aurélien <span class="smcap">Scholl</span> (1833-1902), auteur dramatique et journaliste.
-Il a, pendant un demi-siècle, alimenté de ses <i>chroniques</i> une
-vingtaine de journaux, et il a créé une nuée de petites feuilles, la
-<i>Silhouette</i>, le <i>Nain Jaune</i>, le <i>Club</i>, le <i>Jockey</i>, le <i>Lorgnon</i>, etc., etc.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_329_329" id="Footnote_329_329"></a><a href="#FNanchor_329_329"><span class="label">[329]</span></a></span>
-Paul <span class="smcap">Parfait</span>, né à Paris le 23 octobre 1841, journaliste et
-romancier. Il fut le secrétaire d’Alexandre Dumas père, qu’il
-accompagna en Italie, écrivit au <i>Charivari</i>, au <i>Rappel</i>, au <i>National</i>,
-à la <i>République française</i>, et publia plusieurs romans, <i>l’Assassin
-du bel Antoine</i>, <i>la Seconde vie de Marius Robert</i>, <i>l’Agent secret</i>,
-<i>les Audaces de Ludovic</i>, etc.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_330_330" id="Footnote_330_330"></a><a href="#FNanchor_330_330"><span class="label">[330]</span></a></span>
-Ce fut M. Challemel-Lacour qui rendit compte de la pièce
-dans la livraison du 1<sup>er</sup> avril 1867.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_331_331" id="Footnote_331_331"></a><a href="#FNanchor_331_331"><span class="label">[331]</span></a></span>
-Autran souffrait alors d’une affection de la vue qui devait le
-conduire, dans les dernières années de sa vie, à une cécité presque
-complète.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_332_332" id="Footnote_332_332"></a><a href="#FNanchor_332_332"><span class="label">[332]</span></a></span>
-Lettre du 14 avril 1867.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_333_333" id="Footnote_333_333"></a><a href="#FNanchor_333_333"><span class="label">[333]</span></a></span>
-De Pontmartin (Note du Père Félix).</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_334_334" id="Footnote_334_334"></a><a href="#FNanchor_334_334"><span class="label">[334]</span></a></span>
-<i>Le Progrès par le christianisme, Conférences de Notre-Dame de
-Paris.</i> Année 1867, page 237.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_335_335" id="Footnote_335_335"></a><a href="#FNanchor_335_335"><span class="label">[335]</span></a></span>
-Arthur <span class="smcap">de Boissieu</span>, né en 1835, mort à trente-huit ans le
-29 mars 1873. Il avait débuté, sous le voile de l’anonyme, par les
-<i>Lettres de Colombine</i>, qui eurent une grande vogue dans le <i>Figaro</i>
-et dont le mystère fut longtemps si bien gardé. Ses <i>Lettres d’un
-Passant</i>, publiées dans la <i>Gazette de France</i> de 1865 à 1873, forment
-cinq volumes (1868-1875).</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_336_336" id="Footnote_336_336"></a><a href="#FNanchor_336_336"><span class="label">[336]</span></a></span>
-<i>Lettres d’un Passant</i>, t. II, p. 137.&mdash;Juin 1867.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_337_337" id="Footnote_337_337"></a><a href="#FNanchor_337_337"><span class="label">[337]</span></a></span>
-Les bureaux du <i>Figaro</i> étaient alors rue Rossini, 3. C’est seulement
-en 1874 que le journal de Villemessant se transporta rue
-Drouot, n<sup>o</sup> 26.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_338_338" id="Footnote_338_338"></a><a href="#FNanchor_338_338"><span class="label">[338]</span></a></span>
-Les corbeaux le diront.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_339_339" id="Footnote_339_339"></a><a href="#FNanchor_339_339"><span class="label">[339]</span></a></span>
-Pierre-Eugène <span class="smcap">Basté</span>, dit <span class="smcap">Grangé</span>, né à Paris en 1812. Il a composé
-un grand nombre de vaudevilles, de comédies et de drames,
-dont les principaux sont: <i>Les Premiers beaux jours</i> (1847), <i>Fualdès</i>
-(1848), <i>les Domestiques</i> (1861), <i>la Boîte au lait</i> (1862), <i>le Supplice
-d’un homme</i> (1865), <i>la Voleuse d’enfants</i> (1865), <i>la Bergère d’Ivry</i>
-(1866), <i>un Voyage autour du demi-monde</i> (1868).</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_340_340" id="Footnote_340_340"></a><a href="#FNanchor_340_340"><span class="label">[340]</span></a></span>
-<i>Du nouveau sur Joubert</i>, par l’abbé G. Pailhès, p. 46 et suiv.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_341_341" id="Footnote_341_341"></a><a href="#FNanchor_341_341"><span class="label">[341]</span></a></span>
-Séance du 2 décembre 1867.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_342_342" id="Footnote_342_342"></a><a href="#FNanchor_342_342"><span class="label">[342]</span></a></span>
-Les <i>Lettres d’un Passant</i>, d’Arthur de Boissieu, paraissaient le
-vendredi dans la <i>Gazette de France</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_343_343" id="Footnote_343_343"></a><a href="#FNanchor_343_343"><span class="label">[343]</span></a></span>
-Voir, dans les <i>Lettres d’un Passant</i>, t. II, p. 147-169, la <i>Lettre
-d’un Japonais à sa fiancée</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_344_344" id="Footnote_344_344"></a><a href="#FNanchor_344_344"><span class="label">[344]</span></a></span>
-Aujourd’hui rue Joseph-Autran.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_345_345" id="Footnote_345_345"></a><a href="#FNanchor_345_345"><span class="label">[345]</span></a></span>
-M. Guizot avait jusque-là voté contre Autran.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_346_346" id="Footnote_346_346"></a><a href="#FNanchor_346_346"><span class="label">[346]</span></a></span>
-Lettre à M. Jules Claretie, du 26 mai 1868.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_347_347" id="Footnote_347_347"></a><a href="#FNanchor_347_347"><span class="label">[347]</span></a></span>
-Lettre à M. Jules Claretie.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_348_348" id="Footnote_348_348"></a><a href="#FNanchor_348_348"><span class="label">[348]</span></a></span>
-Aux Angles.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_349_349" id="Footnote_349_349"></a><a href="#FNanchor_349_349"><span class="label">[349]</span></a></span>
-M. le V<sup>te</sup> de Salvador, au Mas d’Auphan, par Raphèle, près
-Arles.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_350_350" id="Footnote_350_350"></a><a href="#FNanchor_350_350"><span class="label">[350]</span></a></span>
-Célestin Crevel, l’un des principaux personnages de la <i>Cousine
-Bette</i>. Il figure également dans <i>César Birotteau</i> et dans le <i>Cousin
-Pons</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_351_351" id="Footnote_351_351"></a><a href="#FNanchor_351_351"><span class="label">[351]</span></a></span>
-Autran avait alors en préparation un nouveau volume de poésies.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_352_352" id="Footnote_352_352"></a><a href="#FNanchor_352_352"><span class="label">[352]</span></a></span>
-M<sup>lle</sup> Rachel s’était refusée à jouer le rôle de Méganire dans la
-<i>Fille d’Eschyle</i>, de Joseph Autran.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_353_353" id="Footnote_353_353"></a><a href="#FNanchor_353_353"><span class="label">[353]</span></a></span>
-Lettre du 20 novembre 1868.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_354_354" id="Footnote_354_354"></a><a href="#FNanchor_354_354"><span class="label">[354]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. IV, p. 240-270.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_355_355" id="Footnote_355_355"></a><a href="#FNanchor_355_355"><span class="label">[355]</span></a></span>
-Ces deux articles sur Lamartine, celui de l’<i>Illustration</i> et celui
-de la <i>Gazette</i>, se trouvent au tome VII des <i>Nouveaux Samedis</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_356_356" id="Footnote_356_356"></a><a href="#FNanchor_356_356"><span class="label">[356]</span></a></span>
-Christine <span class="smcap">Nilsson</span>, cantatrice suédoise, née en 1843. Après
-avoir débuté à Paris, au Théâtre-Lyrique, le 27 octobre 1864, dans
-le rôle de Violette de la <i>Traviata</i>, de Verdi, elle fut engagée au
-Grand-Opéra, le 15 novembre 1867, pour créer le rôle d’Ophélie
-dans l’<i>Hamlet</i> de M. Ambroise Thomas, et joua en 1869, dans le
-<i>Faust</i> de Gounod, le rôle de Marguerite. Après son mariage à
-Londres, en 1872, avec un Français, M. Auguste Rouzeaud, fils
-d’un riche négociant de Jonzac, elle ne joua plus à Paris et ne fit
-que de courtes apparitions sur les scènes lyriques de la province et
-de l’étranger.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_357_357" id="Footnote_357_357"></a><a href="#FNanchor_357_357"><span class="label">[357]</span></a></span>
-Le tome VI des <i>Nouveaux Samedis</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_358_358" id="Footnote_358_358"></a><a href="#FNanchor_358_358"><span class="label">[358]</span></a></span>
-Berryer était mort le 29 novembre 1868. L’étude de Pontmartin
-parut le 31 décembre 1868.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_359_359" id="Footnote_359_359"></a><a href="#FNanchor_359_359"><span class="label">[359]</span></a></span>
-<i>Victor Hugo et la Restauration</i>, par Edmond Biré. Un volume
-in-18; 1869.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_360_360" id="Footnote_360_360"></a><a href="#FNanchor_360_360"><span class="label">[360]</span></a></span>
-Pontmartin n’a pas consacré à Lamartine moins de neuf Causeries.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_361_361" id="Footnote_361_361"></a><a href="#FNanchor_361_361"><span class="label">[361]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. XIV, p. 225.&mdash;Quelques jours après
-la mort de Sainte-Beuve, Pontmartin écrivait, des Angles, à
-M. Jules Claretie: «En fait de rappel, il me semble que la littérature
-n’est pas épargnée par le tambour voilé de crêpe. Lamartine
-et Sainte-Beuve dans la même année, c’est trop!... Étranges
-natures que les natures littéraires qui pourraient se dédoubler de
-manière à produire un méchant et un bonhomme sous une même
-calotte de velours! Depuis deux ans, si j’avais osé, je serais allé dix
-fois lui serrer la main, à ce pauvre Sainte-Beuve, et je faisais des
-vœux bien sincères pour que ce maître, ce modèle, nous fût conservé
-encore quelques années. J’ai appris sa mort, et les détails de
-sa mort avec une douloureuse émotion.» (Lettre du 30 octobre
-1869.)</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_362_362" id="Footnote_362_362"></a><a href="#FNanchor_362_362"><span class="label">[362]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. VII, p. 342.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_363_363" id="Footnote_363_363"></a><a href="#FNanchor_363_363"><span class="label">[363]</span></a></span>
-Le 10 novembre 1869.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_364_364" id="Footnote_364_364"></a><a href="#FNanchor_364_364"><span class="label">[364]</span></a></span>
-L’élection eut lieu le 7 avril 1870. M. Émile Ollivier réunit
-26 voix sur 28 votants.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_365_365" id="Footnote_365_365"></a><a href="#FNanchor_365_365"><span class="label">[365]</span></a></span>
-Henri <span class="smcap">Chevreau</span> (1823-1903). Préfet de l’Ardèche à 26 ans,
-conseiller d’État et préfet de Lyon depuis 1864, il avait été nommé
-préfet de la Seine, le 5 janvier 1870, en remplacement du baron
-Haussmann. Le 10 août suivant, il fut appelé à prendre, dans le
-ministère Palikao, le portefeuille de l’Intérieur.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_366_366" id="Footnote_366_366"></a><a href="#FNanchor_366_366"><span class="label">[366]</span></a></span>
-M. Villemain était mort le 8 mai 1870.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_367_367" id="Footnote_367_367"></a><a href="#FNanchor_367_367"><span class="label">[367]</span></a></span>
-Prosper Mérimée mourut, en effet, peu de temps après, au
-mois de septembre 1870. Prévost-Paradol, hélas! était mort avant
-lui, à Washington, le 11 juillet.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_368_368" id="Footnote_368_368"></a><a href="#FNanchor_368_368"><span class="label">[368]</span></a></span>
-Le plébiscite du 8 mai 1870.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_369_369" id="Footnote_369_369"></a><a href="#FNanchor_369_369"><span class="label">[369]</span></a></span>
-M. Émile Ollivier, M. Chevandier de Valdrôme et leurs collègues
-furent renversés le 10 août 1870, et remplacés par le cabinet
-Palikao.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_370_370" id="Footnote_370_370"></a><a href="#FNanchor_370_370"><span class="label">[370]</span></a></span>
-<i>Journal d’un voyageur pendant la guerre</i>, avril 1871.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_371_371" id="Footnote_371_371"></a><a href="#FNanchor_371_371"><span class="label">[371]</span></a></span>
-Le mot est du républicain Lanfrey, <i>Moniteur de Seine-et-Oise</i>,
-Décembre 1870.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_372_372" id="Footnote_372_372"></a><a href="#FNanchor_372_372"><span class="label">[372]</span></a></span>
-<i>Lettre</i> du 12 octobre 1870.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_373_373" id="Footnote_373_373"></a><a href="#FNanchor_373_373"><span class="label">[373]</span></a></span>
-Victor Cousin et Prosper Mérimée étaient morts tous les deux
-à Cannes, le premier le 13 janvier 1867; le second le 23 septembre
-1870.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_374_374" id="Footnote_374_374"></a><a href="#FNanchor_374_374"><span class="label">[374]</span></a></span>
-Voir dans le <i>Correspondant</i> des 10 août et 10 septembre 1871,
-<i>Cent jours à Cannes pendant les deux sièges</i>, et dans la <i>Mandarine</i>,
-p. 195-309.&mdash;Dans son récit, Pontmartin parle avec reconnaissance
-des personnes qu’il voyait pendant ce séjour à Cannes et
-dont l’amitié le soutint dans cette épreuve; mais il ne les désigne
-que par des initiales: «M. Ernest L...d, élégant et poétique traducteur
-des sonnets de Shakespeare, de Pétrarque, de Lope de
-Vega; l’abbé C...; M. Dubois d’A.; M. X., un des avocats les plus
-distingués de Paris; M<sup>me</sup> Justin D...».&mdash;Voici les vrais noms:
-M. Ernest Lafond; l’abbé Chaix, du clergé de Cannes; M. Duboys
-d’Angers, premier président de la Cour d’appel d’Orléans à la fin
-de l’Empire; M. Grandmanche de Beaulieu; M<sup>me</sup> Justin Durand,
-née de Zagarriga, femme de l’ancien député des Pyrénées-Orientales
-au Corps législatif, qui, à la veille de la guerre, exerçait une
-vraie royauté dans toute la région de Perpignan et de Montpellier.
-Pontmartin, qui sait encore sourire au milieu de ses larmes, parle
-d’elle en ces termes: «Madame Justin D..., type de charité, de
-grâce et de bienveillance, à qui j’ai vu faire quelque chose de bien
-plus extraordinaire qu’une aumône de cent mille écus ou une souscription
-de trois millions: chiffres qui n’eussent pas été en désaccord
-avec son immense fortune et les inspirations de son cœur généreux.
-En plein siège de Paris, elle trouva moyen de se procurer
-tous mes ouvrages, et je crois même, Dieu me pardonne, qu’elle
-les lut!»</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_375_375" id="Footnote_375_375"></a><a href="#FNanchor_375_375"><span class="label">[375]</span></a></span>
-Alors directeur de la <i>Décentralisation</i>, de Lyon, après avoir
-appartenu à la rédaction de la <i>Gazette de France</i>. De Lyon il passa
-à Marseille, où il dirigea la <i>Gazette du Midi</i> et où il est mort en 1899.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_376_376" id="Footnote_376_376"></a><a href="#FNanchor_376_376"><span class="label">[376]</span></a></span>
-John <span class="smcap">Martin</span>, peintre anglais, 1789-1854. Ses meilleures toiles
-sont: <i>la Chute de Babylone</i>, <i>le Festin de Balthazar</i>, <i>la Destruction
-d’Herculanum</i>, <i>la Chute de Ninive</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_377_377" id="Footnote_377_377"></a><a href="#FNanchor_377_377"><span class="label">[377]</span></a></span>
-L’article parut le 10 juillet 1871, dans le <i>Correspondant</i>, sous
-ce titre: <i>la Critique en 1871</i>.&mdash;Voir <i>Nouveaux Samedis</i>, t. VIII,
-p. 1-51.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_378_378" id="Footnote_378_378"></a><a href="#FNanchor_378_378"><span class="label">[378]</span></a></span>
-Voir, au sujet de cet épisode, l’éloquent écrit de M. Émile
-Ollivier: <i>M. Thiers à l’Académie et dans l’histoire</i> (1880).</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_379_379" id="Footnote_379_379"></a><a href="#FNanchor_379_379"><span class="label">[379]</span></a></span>
-Trois ans plus tard, le 4 octobre 1874, une brillante revanche
-fut prise pour ce même siège au Conseil général par Louis-Numa
-Baragnon, qui déploya dans la lutte, sur ce petit théâtre, un merveilleux
-talent. Pontmartin avait été le principal patron de sa candidature;
-il eut les joies de la victoire, sans en avoir les embarras.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_380_380" id="Footnote_380_380"></a><a href="#FNanchor_380_380"><span class="label">[380]</span></a></span>
-Voir ci-dessus chapitre XII, p. 317.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_381_381" id="Footnote_381_381"></a><a href="#FNanchor_381_381"><span class="label">[381]</span></a></span>
-Le <i>Filleul de Beaumarchais</i> a paru dans le <i>Correspondant</i> des
-25 décembre 1871, 10 et 25 janvier 1872.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_382_382" id="Footnote_382_382"></a><a href="#FNanchor_382_382"><span class="label">[382]</span></a></span>
-Joseph-Othenin-Bernard <span class="smcap">de Cléron</span>, comte <span class="smcap">d’Haussonville</span>
-(1809-1884), membre de l’Académie française, auteur de l’<i>Histoire
-de la réunion de la Lorraine à la France</i>, de <i>l’Église romaine et le premier
-Empire</i>, etc.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_383_383" id="Footnote_383_383"></a><a href="#FNanchor_383_383"><span class="label">[383]</span></a></span>
-Arthur-Marie <span class="smcap">Bucheron</span> (1834-1902), connu sous le pseudonyme
-de <i>Saint-Genest</i>. Ses articles du <i>Figaro</i> ont eu un grand retentissement.
-La plupart ont été réunis en volume: <i>La Politique d’un
-soldat</i> (1872); <i>Lettres d’un soldat</i> (1873), etc.&mdash;Voir sur lui <i>Nouveaux
-Samedis</i>, t. VIII, p. 140; tome XI, p. 178; t. XIV, p. 289.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_384_384" id="Footnote_384_384"></a><a href="#FNanchor_384_384"><span class="label">[384]</span></a></span>
-Pontmartin ne devait pas tarder à quitter le n<sup>o</sup> 20 de la rue
-Laffitte pour prendre, au n<sup>o</sup> 2 de la même rue, un petit appartement
-meublé dans l’immense immeuble qui était alors la propriété
-de sir Richard Wallace.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_385_385" id="Footnote_385_385"></a><a href="#FNanchor_385_385"><span class="label">[385]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. VIII, p. 52.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_386_386" id="Footnote_386_386"></a><a href="#FNanchor_386_386"><span class="label">[386]</span></a></span>
-Le 9 juin 1872, des élections partielles avaient eu lieu dans
-le Nord, dans la Somme et dans l’Yonne. MM. Deregnaucourt,
-Barni et Paul Bert, tous les trois républicains avancés, avaient été
-nommés.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_387_387" id="Footnote_387_387"></a><a href="#FNanchor_387_387"><span class="label">[387]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. VIII, p. 203.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_388_388" id="Footnote_388_388"></a><a href="#FNanchor_388_388"><span class="label">[388]</span></a></span>
-Canton de Châteaurenard, commune de Barbentane (Bouches-du-Rhône).</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_389_389" id="Footnote_389_389"></a><a href="#FNanchor_389_389"><span class="label">[389]</span></a></span>
-Le général marquis Léon <span class="smcap">d’Andigné</span> pair de France, sénateur
-de Maine-et-Loire, fils du comte Auguste d’Andigné, l’auteur
-des <i>Mémoires</i>; il était le gendre du marquis de Barbentane. Il s’était
-conduit en héros à Reichshoffen et à Sedan. Dans la journée du
-1<sup>er</sup> septembre 1870, il avait été laissé pour mort sur le champ de
-bataille. Deux chevaux tués sous lui, ses deux jambes traversées,
-son bras droit fracassé par des balles, attestaient l’acharnement de
-la lutte soutenue.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_390_390" id="Footnote_390_390"></a><a href="#FNanchor_390_390"><span class="label">[390]</span></a></span>
-<i>Lis Isclo d’or</i>, par Frédéric Mistral, 1875.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_391_391" id="Footnote_391_391"></a><a href="#FNanchor_391_391"><span class="label">[391]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. IX, p. 68 et suiv.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_392_392" id="Footnote_392_392"></a><a href="#FNanchor_392_392"><span class="label">[392]</span></a></span>
-<i>Gazette de France</i> du 13 octobre 1872.&mdash;<i>Nouveaux Samedis</i>,
-t. IX, p. 69.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_393_393" id="Footnote_393_393"></a><a href="#FNanchor_393_393"><span class="label">[393]</span></a></span>
-Edmond <span class="smcap">Tarbé des Sablons</span> (1838-1902), critique musical, romancier
-et auteur dramatique. Le 5 juillet 1868, il avait fondé,
-avec Henri de Pène, le journal <i>le Gaulois</i>, dont il resta, l’année
-suivante, l’unique directeur et qu’il ne quitta qu’en juillet 1879.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_394_394" id="Footnote_394_394"></a><a href="#FNanchor_394_394"><span class="label">[394]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. X, p. 296-343.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_395_395" id="Footnote_395_395"></a><a href="#FNanchor_395_395"><span class="label">[395]</span></a></span>
-La <i>Mandarine</i> avait paru dans le <i>Correspondant</i> du 10 juin 1870.
-Cette nouvelle, primitivement destinée à la <i>Revue des Deux Mondes</i>,
-avait dû s’appeler tout d’abord <i>le Feu de sarments</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_396_396" id="Footnote_396_396"></a><a href="#FNanchor_396_396"><span class="label">[396]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. X, p. 111.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_397_397" id="Footnote_397_397"></a><a href="#FNanchor_397_397"><span class="label">[397]</span></a></span>
-Ce fut Ledru-Rollin qui l’emporta. Il fut élu le 1<sup>er</sup> mars.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_398_398" id="Footnote_398_398"></a><a href="#FNanchor_398_398"><span class="label">[398]</span></a></span>
-Le <i>Correspondant</i> du 10 janvier 1874.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_399_399" id="Footnote_399_399"></a><a href="#FNanchor_399_399"><span class="label">[399]</span></a></span>
-Le <i>Correspondant</i> du 25 mars 1874.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_400_400" id="Footnote_400_400"></a><a href="#FNanchor_400_400"><span class="label">[400]</span></a></span>
-Voici le passage auquel fait allusion Joseph Autran: «M. de
-Pontmartin n’a eu de rival, comme critique, que Sainte-Beuve, à
-qui son talent n’avait rien à envier, et qui lui a, plus d’une fois,
-envié devant moi sa foi chrétienne et monarchique.» Le <i>Figaro</i>
-du 25 mars 1874. Article signé <i>François Duclos</i>, pseudonyme qui
-cachait un des plus spirituels écrivains du temps.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_401_401" id="Footnote_401_401"></a><a href="#FNanchor_401_401"><span class="label">[401]</span></a></span>
-Jules Janin mourut le 19 juin 1874.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_402_402" id="Footnote_402_402"></a><a href="#FNanchor_402_402"><span class="label">[402]</span></a></span>
-Le Chancelier de fer, qui aimait à maximer ses pratiques,
-disait volontiers: <i>Beati possidentes!</i> C’était aussi l’un des mots favoris
-de son maître Frédéric II.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_403_403" id="Footnote_403_403"></a><a href="#FNanchor_403_403"><span class="label">[403]</span></a></span>
-Lettre du 4 avril 1875.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_404_404" id="Footnote_404_404"></a><a href="#FNanchor_404_404"><span class="label">[404]</span></a></span>
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. VII, p. 251.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_405_405" id="Footnote_405_405"></a><a href="#FNanchor_405_405"><span class="label">[405]</span></a></span>
-Edmond Rostand, l’auteur de <i>Cyrano de Bergerac</i>, des <i>Romanesques</i>
-et de l’<i>Aiglon</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_406_406" id="Footnote_406_406"></a><a href="#FNanchor_406_406"><span class="label">[406]</span></a></span>
-Académie française, séance du 4 juin 1903.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_407_407" id="Footnote_407_407"></a><a href="#FNanchor_407_407"><span class="label">[407]</span></a></span>
-C’était le titre sous lequel paraissaient, dans la <i>Gazette de
-France</i>, ses articles du samedi.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_408_408" id="Footnote_408_408"></a><a href="#FNanchor_408_408"><span class="label">[408]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. XIV, p. 366.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_409_409" id="Footnote_409_409"></a><a href="#FNanchor_409_409"><span class="label">[409]</span></a></span>
-Chez Baudouin frères, Pollet et Barba, rue de Vaugirard,
-n<sup>o</sup> 17, rue du Temple, n<sup>o</sup> 36, et au Palais-Royal.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_410_410" id="Footnote_410_410"></a><a href="#FNanchor_410_410"><span class="label">[410]</span></a></span>
-Le Théâtre du Gymnase, dont Eugène Scribe était le principal
-fournisseur et que la duchesse de Berry avait pris sous sa protection,
-porta, depuis le 8 septembre 1834 et jusqu’à la révolution
-de Juillet, le nom de <i>Théâtre de Son Altesse Royale Madame</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_411_411" id="Footnote_411_411"></a><a href="#FNanchor_411_411"><span class="label">[411]</span></a></span>
-La Chambre des députés et le Sénat siégeaient encore à Versailles.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_412_412" id="Footnote_412_412"></a><a href="#FNanchor_412_412"><span class="label">[412]</span></a></span>
-Pontmartin eut beaucoup d’amis. J’en ai nommé plusieurs.
-Je me reprocherais de ne pas citer ici les trois amis d’enfance, de
-jeunesse et de toujours, avec lesquels il eut peut-être la plus constante
-intimité: Alphonse d’Archimbaud (1811-1865), fils du
-marquis d’Archimbaud, député de la Chambre <i>introuvable</i>, dont
-les réceptions cordiales et paternelles dans son château de Vérone,
-près Nyons (Drôme), avaient laissé à Pontmartin de tels souvenirs
-qu’il aimait à les évoquer sans cesse, surtout dans ses dernières
-années;&mdash;Isidore d’Athénosy (1806-1872), fils d’un haut fonctionnaire
-de l’administration pontificale à Avignon, un homme d’étude
-et de science, un royaliste militant, un catholique des anciens temps;&mdash;Eugène
-de Baciocchi (1807-1884), fils d’un officier corse marié
-à Avignon, authentiquement cousin des parents de Napoléon III,
-peut-être même cousin de l’Empereur. Il n’aurait eu qu’un mot à
-dire pour obtenir une préfecture ou tout autre haut emploi, que
-sa grande intelligence et son vaste savoir l’eussent rendu apte à
-remplir; mais ce mot, par fidélité royaliste et quoiqu’il fût pauvre,
-il ne voulut jamais le prononcer.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_413_413" id="Footnote_413_413"></a><a href="#FNanchor_413_413"><span class="label">[413]</span></a></span>
-M. Amédée de Jonquières, qui devait entrer, en novembre
-1878, au noviciat de la Compagnie de Jésus, devenir profès de
-cette Compagnie le 15 août 1897 et avoir, en 1901, les honneurs
-de la proscription.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_414_414" id="Footnote_414_414"></a><a href="#FNanchor_414_414"><span class="label">[414]</span></a></span>
-Sur le tome XIV des <i>Nouveaux Samedis</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_415_415" id="Footnote_415_415"></a><a href="#FNanchor_415_415"><span class="label">[415]</span></a></span>
-
-Le 23 juin 1877.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_416_416" id="Footnote_416_416"></a><a href="#FNanchor_416_416"><span class="label">[416]</span></a></span>
-M. Thiers était mort le 3 septembre 1877.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_417_417" id="Footnote_417_417"></a><a href="#FNanchor_417_417"><span class="label">[417]</span></a></span>
-M. Léon Lavedan était alors directeur de la presse au ministère
-de l’Intérieur.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_418_418" id="Footnote_418_418"></a><a href="#FNanchor_418_418"><span class="label">[418]</span></a></span>
-<i>Vie de M<sup>gr</sup> Dupanloup</i>, par l’abbé <span class="smcap">F. Lagrange</span>, t. III, p. 450.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_419_419" id="Footnote_419_419"></a><a href="#FNanchor_419_419"><span class="label">[419]</span></a></span>
-<i>Vie de M<sup>gr</sup> Dupanloup</i>, t. III, p. 452.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_420_420" id="Footnote_420_420"></a><a href="#FNanchor_420_420"><span class="label">[420]</span></a></span>
-Voir ces trois récits dans les <i>Souvenirs d’un vieux Mélomane</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_421_421" id="Footnote_421_421"></a><a href="#FNanchor_421_421"><span class="label">[421]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. X, p. 334.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_422_422" id="Footnote_422_422"></a><a href="#FNanchor_422_422"><span class="label">[422]</span></a></span>
-Le <i>Correspondant</i> du 10 juin et du 25 juin 1878.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_423_423" id="Footnote_423_423"></a><a href="#FNanchor_423_423"><span class="label">[423]</span></a></span>
-Salon de 1850.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_424_424" id="Footnote_424_424"></a><a href="#FNanchor_424_424"><span class="label">[424]</span></a></span>
-Salon de 1863.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_425_425" id="Footnote_425_425"></a><a href="#FNanchor_425_425"><span class="label">[425]</span></a></span>
-<i>Le Correspondant</i> du 25 décembre 1878. Article de M. Henri
-Lavedan.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_426_426" id="Footnote_426_426"></a><a href="#FNanchor_426_426"><span class="label">[426]</span></a></span>
-M. Villemain.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_427_427" id="Footnote_427_427"></a><a href="#FNanchor_427_427"><span class="label">[427]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. I, p. 164.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_428_428" id="Footnote_428_428"></a><a href="#FNanchor_428_428"><span class="label">[428]</span></a></span>
-<i>Les Jeudis de Madame Charbonneau</i>, p. 71.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_429_429" id="Footnote_429_429"></a><a href="#FNanchor_429_429"><span class="label">[429]</span></a></span>
-Montalembert était mort le 13 mars 1870; Villemain, le 8 mai;
-Prévost-Paradol, le 11 juillet; Prosper Mérimée, le 23 septembre.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_430_430" id="Footnote_430_430"></a><a href="#FNanchor_430_430"><span class="label">[430]</span></a></span>
-Au printemps de 1870 (les 7 avril et 19 mai), il y avait eu,
-non pas un <i>triple</i>, mais un quadruple scrutin; MM. Emile Ollivier,
-Jules Janin, Xavier Marmier et Duvergier de Hauranne avaient été
-élus en remplacement de Lamartine, de Sainte-Beuve, de M. de
-Pongerville et du duc Victor de Broglie. Pontmartin n’avait posé
-sa candidature à aucun des quatre fauteuils.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_431_431" id="Footnote_431_431"></a><a href="#FNanchor_431_431"><span class="label">[431]</span></a></span>
-Sur ce voyage de M. de Falloux à Versailles, au mois d’août
-1871, voy. les <i>Mémoires d’un royaliste</i>, t. II, p. 469-511.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_432_432" id="Footnote_432_432"></a><a href="#FNanchor_432_432"><span class="label">[432]</span></a></span>
-Il venait d’être battu, comme candidat au Conseil général,
-dans le canton de Villeneuve-lès-Avignon, par un petit avocat d’Uzès,
-ex-sous-préfet gambettiste. J’extrais de sa lettre du 6 novembre ce
-menu détail: «Les mêmes électeurs qui m’ont repoussé comme
-trop aristocrate, trop féodal, c’est-à-dire, j’imagine, trop peu libéral,
-ont voté comme un seul homme, pendant la phase impériale,
-pour un chambellan qu’ils n’avaient jamais vu: voilà le suffrage
-universel!» Voir, sur ce petit épisode électoral, le chapitre XIII,
-p. 339.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_433_433" id="Footnote_433_433"></a><a href="#FNanchor_433_433"><span class="label">[433]</span></a></span>
-<i>Vie de M<sup>gr</sup> Dupanloup, évêque d’Orléans</i>, par M. l’abbé <span class="smcap">F. Lagrange</span>,
-t. III, p. 245.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_434_434" id="Footnote_434_434"></a><a href="#FNanchor_434_434"><span class="label">[434]</span></a></span>
-M. Thiers avait été le patron et le principal agent de l’élection
-de M. Littré.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_435_435" id="Footnote_435_435"></a><a href="#FNanchor_435_435"><span class="label">[435]</span></a></span>
-M. Duvergier de Hauranne, élu le 19 mai 1870, en remplacement
-du duc Victor de Broglie, n’avait pas encore pris séance; il ne
-le devait faire que le 29 février 1872.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_436_436" id="Footnote_436_436"></a><a href="#FNanchor_436_436"><span class="label">[436]</span></a></span>
-C’est, on le sait, le titre d’un des meilleurs recueils de Laprade.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_437_437" id="Footnote_437_437"></a><a href="#FNanchor_437_437"><span class="label">[437]</span></a></span>
-Le tome IX de ses <i>Nouveaux Samedis</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_438_438" id="Footnote_438_438"></a><a href="#FNanchor_438_438"><span class="label">[438]</span></a></span>
-Taine n’avait pas encore publié le premier volume de son admirable
-ouvrage sur <i>les Origines de la France contemporaine</i>, qui parut
-seulement en 1876, et dans lequel il prenait si courageusement
-parti pour l’histoire contre la légende.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_439_439" id="Footnote_439_439"></a><a href="#FNanchor_439_439"><span class="label">[439]</span></a></span>
-L’élection en remplacement de M. de Ségur. Elle eut lieu le
-1<sup>er</sup> mai 1873.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_440_440" id="Footnote_440_440"></a><a href="#FNanchor_440_440"><span class="label">[440]</span></a></span>
-Voir, ci-dessus, chapitre XIII, p. 352 et suivantes.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_441_441" id="Footnote_441_441"></a><a href="#FNanchor_441_441"><span class="label">[441]</span></a></span>
-M. Pierre Lebrun était décédé subitement le 27 mai 1873.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_442_442" id="Footnote_442_442"></a><a href="#FNanchor_442_442"><span class="label">[442]</span></a></span>
-Voir, ci-dessus, chapitre XIII, p. 352.&mdash;Sous le pseudonyme de
-M. Bourgarel et sous le titre de <i>Fantaisies et Variations sur le temps
-présent</i>, Pontmartin avait inséré, dans son neuvième volume des
-<i>Nouveaux Samedis</i>, trois ou quatre chapitres humoristiques publiés
-au mois d’octobre 1872 et dont le premier était intitulé: «M. Gambetta,
-membre de l’Académie française.» Le discours du récipiendaire
-est écrit dans une langue si... gambettiste, qu’après l’avoir
-entendu, cinq quarts d’heure durant, les académiciens prodiguent
-des marques de l’aliénation mentale la mieux caractérisée: «M. Pingard
-danse la pyrrhique; M. de Laprade crie: Vive l’Empereur!
-M. le duc de Broglie donne un croc-en-jambe à M<sup>gr</sup> le duc d’Aumale;
-M. Duvergier de Hauranne se croit métamorphosé en pain
-de sucre, et en offre un morceau à M. Guizot; M. Dufaure s’habille
-en Apollon du Belvédère et marivaude avec les trois Grâces;
-M. Lebrun demande une valse à M<sup>me</sup> Mohl; M. Jules Favre calcule
-tout haut combien il entre de pouces cubes dans un moellon, et
-s’écrie en éclatant de rire: «Pas un!»&mdash;M. de Sacy risque trois
-calembours indécents; M. Littré dit: <i>JE CROIS EN DIEU!</i> en
-quatorze langues différentes; M. Patin fait une déclaration d’amour
-à M<sup>me</sup> Mathusalem; M. Saint-Marc Girardin ôte sa cravate pour y
-tailler deux paires de draps; le duc de Noailles jure comme un charretier.
-A la fin, M. Cuvillier-Fleury, seul maître de ses sens, propose
-à l’Académie de lui lire <i>Alexandre</i>, tragédie inédite de feu
-M. Viennet. Cette proposition insidieuse met tout le monde en fuite
-et les immortels se réveillent sur le pont des Arts, comme s’ils
-sortaient d’un mauvais rêve.» (<i>Nouveaux Samedis</i>, t. IX, p. 73.)</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_443_443" id="Footnote_443_443"></a><a href="#FNanchor_443_443"><span class="label">[443]</span></a></span>
-Ce volume de Pontmartin avait paru au mois d’avril 1872.&mdash;Voir
-chapitre XIII, p. 347.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_444_444" id="Footnote_444_444"></a><a href="#FNanchor_444_444"><span class="label">[444]</span></a></span>
-Le château de Pradine, commune de Grambois (Vaucluse).</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_445_445" id="Footnote_445_445"></a><a href="#FNanchor_445_445"><span class="label">[445]</span></a></span>
-L’élection eut lieu le 29 janvier 1874. Le fauteuil de M. Lebrun
-fut attribué à Dumas fils; celui de Saint-Marc Girardin, à
-M. Mézières; et celui de Vitet, à M. Caro.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_446_446" id="Footnote_446_446"></a><a href="#FNanchor_446_446"><span class="label">[446]</span></a></span>
-M. Guizot était mort le 12 octobre 1874.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_447_447" id="Footnote_447_447"></a><a href="#FNanchor_447_447"><span class="label">[447]</span></a></span>
-Voir ci-dessus chapitre XIV, p. 376.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_448_448" id="Footnote_448_448"></a><a href="#FNanchor_448_448"><span class="label">[448]</span></a></span>
-L’élection au fauteuil de M. de Loménie eut lieu le 14 novembre
-1878. Taine, devenu le candidat de la droite de l’Académie, fut
-élu par 20 voix sur 26.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_449_449" id="Footnote_449_449"></a><a href="#FNanchor_449_449"><span class="label">[449]</span></a></span>
-Le château de la Combe de Lancey, appartenant à M. Albert
-du Boys.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_450_450" id="Footnote_450_450"></a><a href="#FNanchor_450_450"><span class="label">[450]</span></a></span>
-<i>Mes Mémoires</i>, tome II, chapitre 1.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_451_451" id="Footnote_451_451"></a><a href="#FNanchor_451_451"><span class="label">[451]</span></a></span>
-Depuis le printemps de 1888, un des deux canapés a cédé la
-place au très beau buste en marbre du Maître par Antoine Bastet.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_452_452" id="Footnote_452_452"></a><a href="#FNanchor_452_452"><span class="label">[452]</span></a></span>
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. VII, p. 240. 1886.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_453_453" id="Footnote_453_453"></a><a href="#FNanchor_453_453"><span class="label">[453]</span></a></span>
-M. Edme Cade, docteur en médecine à Avignon. <i>Bulletin de
-l’Association amicale des anciens élèves de l’Ecole libre Saint-Joseph
-d’Avignon.</i> Juin 1890.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_454_454" id="Footnote_454_454"></a><a href="#FNanchor_454_454"><span class="label">[454]</span></a></span>
-François-Nicolas-Xavier-Louis <span class="smcap">Besson</span> (1821-1888), évêque de
-Nîmes de 1875 à 1888. Ses <i>Sermons</i>, <i>Conférences</i>, <i>Panégyriques</i> et
-<i>Oraisons funèbres</i> ne forment pas moins de quinze volumes. On lui
-doit en outre la <i>Vie de M<sup>gr</sup> Cart</i>, évêque de Nîmes, la <i>Vie de
-M. l’abbé Besson</i>, ancien secrétaire général des Affaires ecclésiastiques,
-<i>Montalembert en Franche-Comté</i>, la <i>Vie du Cardinal Mathieu</i>,
-la <i>Vie de M<sup>gr</sup> Paulinier</i>, archevêque de Besançon, etc., etc. Sur
-M<sup>gr</sup> Besson, voir <i>Nouveaux Samedis</i>, tome XX, et <i>Souvenirs d’un
-vieux critique</i>, tomes III et VIII.&mdash;M<sup>gr</sup> Besson avait succédé sur le
-siège de Nîmes à M<sup>gr</sup> Plantier, évêque de 1855 à 1875, qui avait,
-lui aussi, comblé Pontmartin de prévenances et de marques de
-vraie amitié, et en qui l’auteur des <i>Samedis</i> saluait un causeur encore
-plus remarquable que l’orateur et l’écrivain.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_455_455" id="Footnote_455_455"></a><a href="#FNanchor_455_455"><span class="label">[455]</span></a></span>
-Article du 12 octobre 1887.&mdash;<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>,
-t. X, p. 278.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_456_456" id="Footnote_456_456"></a><a href="#FNanchor_456_456"><span class="label">[456]</span></a></span>
-Lettre du 12 janvier 1881.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_457_457" id="Footnote_457_457"></a><a href="#FNanchor_457_457"><span class="label">[457]</span></a></span>
-L’article de M. Emile, Zola avait paru dans le <i>Figaro</i> du 27 décembre
-1880, sous ce titre: <i>MONSIEUR LE COMTE</i>. Voyez la
-réponse de Pontmartin au tome I des <i>Souvenirs d’un vieux critique</i>,
-p. 355 et suivantes. J’en détache seulement ces lignes, où il répond
-au triomphant auteur de <i>Nana</i> qui le raillait d’être «un vaincu».
-</p>
-<p>
-«Oui, vous êtes un vainqueur; moi, je suis un vaincu, vaincu
-depuis cinquante ans, et je m’en fais gloire; vaincu, avec la justice,
-avec la vérité, avec le droit, avec l’honneur, avec la lumière, avec
-la liberté, avec l’Alsace, avec la Lorraine, avec la France;&mdash;je ne dis
-pas avec la Religion, plus victorieuse dans ses défaites que dans ses
-triomphes; vaincu en bien bonne compagnie, avec les nobles femmes
-condamnées à l’amende pour avoir protesté contre des effractions
-sacrilèges; vaincu avec les ordres religieux que l’on disperse, avec
-les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul que l’on expulse, avec les images
-sacrées que l’on déchire ou que l’on décroche, avec les Frères de
-la doctrine chrétienne que les médecins les moins dévots saluaient
-comme des héros pendant le siège et la guerre; vaincu avec les
-zouaves de Lamoricière et les zouaves de Charette, avec tout ce
-qu’il y a, dans notre malheureux pays, d’honnête, de loyal, de généreux,
-d’éloquent, d’illustre, de libéral, de fidèle aux lois immortelles
-du beau, du vrai et du bien!»</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_458_458" id="Footnote_458_458"></a><a href="#FNanchor_458_458"><span class="label">[458]</span></a></span>
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. V, p. 220,. 1884.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_459_459" id="Footnote_459_459"></a><a href="#FNanchor_459_459"><span class="label">[459]</span></a></span>
-Cette lettre n’est pas de la main d’Armand de Pontmartin;
-elle fut dictée par lui à son fils. Il en sera de même, à partir de ce
-moment, pour la plupart des lettres qu’il m’adressera.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_460_460" id="Footnote_460_460"></a><a href="#FNanchor_460_460"><span class="label">[460]</span></a></span>
-Le premier volume des <i>Mémoires</i>, avec ce sous-titre: <i>Enfance
-et Jeunesse</i>, parut dans le <i>Correspondant</i> des 10 et 25 septembre,
-25 octobre, 25 novembre et 25 décembre 1881.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_461_461" id="Footnote_461_461"></a><a href="#FNanchor_461_461"><span class="label">[461]</span></a></span>
-Ce second volume parut dans le <i>Correspondant</i> des 25 novembre,
-10 et 25 décembre 1885, 10 janvier, 10 et 25 février 1886.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_462_462" id="Footnote_462_462"></a><a href="#FNanchor_462_462"><span class="label">[462]</span></a></span>
-Voir ci-dessus, chapitre IV, p. 82, et chapitre V, p. 98.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_463_463" id="Footnote_463_463"></a><a href="#FNanchor_463_463"><span class="label">[463]</span></a></span>
-Voir ci-dessus chapitre XII, p. 312.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_464_464" id="Footnote_464_464"></a><a href="#FNanchor_464_464"><span class="label">[464]</span></a></span>
-<i>Mes Mémoires</i>, t. II, p. 218.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_465_465" id="Footnote_465_465"></a><a href="#FNanchor_465_465"><span class="label">[465]</span></a></span>
-<i>Correspondance de Jules Janin</i>, p. 265.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_466_466" id="Footnote_466_466"></a><a href="#FNanchor_466_466"><span class="label">[466]</span></a></span>
-Livraison du 25 décembre 1885.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_467_467" id="Footnote_467_467"></a><a href="#FNanchor_467_467"><span class="label">[467]</span></a></span>
-Dans le <i>Correspondant</i> du 10 janvier 1886.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_468_468" id="Footnote_468_468"></a><a href="#FNanchor_468_468"><span class="label">[468]</span></a></span>
-<i>Le Correspondant</i> du 10 septembre 1888.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_469_469" id="Footnote_469_469"></a><a href="#FNanchor_469_469"><span class="label">[469]</span></a></span>
-<i>Derniers Samedis</i>, t. III, p. 55.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_470_470" id="Footnote_470_470"></a><a href="#FNanchor_470_470"><span class="label">[470]</span></a></span>
-Le numéro <i>mille</i> des <i>Samedis</i> de la <i>Gazette de France</i>, qui eux-mêmes
-faisaient suite aux Semaines littéraires de l’<i>Assemblée nationale</i>,
-du <i>Spectateur</i> et de l’<i>Union</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_471_471" id="Footnote_471_471"></a><a href="#FNanchor_471_471"><span class="label">[471]</span></a></span>
-Il avait pour sujet la publication de M<sup>me</sup> Charles Lenormant:
-<span class="smcap">Le temps passé</span>. <i>Mélanges de Critique littéraire et de Morale par M. et
-M<sup>me</sup> Guizot.</i> Pontmartin ne l’a pas recueilli dans ses volumes de
-Causeries.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_472_472" id="Footnote_472_472"></a><a href="#FNanchor_472_472"><span class="label">[472]</span></a></span>
-Joseph <span class="smcap">Roumanille</span> (1818-1891), né à Saint-Rémy de Provence
-d’une famille de jardiniers, mort libraire à Avignon. Catholique
-et royaliste, il a publié, sous la seconde République, en langue
-provençale, de merveilleux dialogues en prose pour la défense religieuse
-et sociale, <i>le Choléra</i>, <i>les Clubs</i>, <i>un Rouge et un Blanc</i>, <i>les Partageux</i>,
-<i>la Férigoulo</i> (c’est-à-dire le thym, emblème du parti rouge), <i>les
-Prêtres</i>, etc. Plus tard, sous la troisième République, il a fait, dans
-le même genre, <i>les Enterre-Chiens</i>; l’apostolat est resté identique;
-mais la verve a baissé. A la même époque que les premiers dialogues
-appartiennent les poésies, les <i>Marguerites</i>, les <i>Songeuses</i>, <i>la
-Part du bon Dieu</i>, les <i>Fleurs de songe</i>, et aussi un recueil de <i>Noëls</i>,
-œuvres exquises de sentiment, simples de forme, et qui conservent
-absolument la note populaire, quoique l’auteur soit un vrai lettré
-et même un humaniste.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_473_473" id="Footnote_473_473"></a><a href="#FNanchor_473_473"><span class="label">[473]</span></a></span>
-Augustin <span class="smcap">Canron</span> (1829-1888), né et mort à Avignon, n’a
-guère vécu ailleurs et se serait senti dépaysé partout, sauf dans les
-deux Romes, celle du Rhône et celle du Tibre. Il était le principal
-rédacteur de l’<i>Union de Vaucluse</i>. Son instruction était grande en
-toutes choses, mais, en histoire locale, elle était prodigieuse. Il
-avait déchiffré et classé tous les manuscrits de la région. Sa verve
-était à la hauteur de sa science, et quelquefois même elle lui nuisait:
-on l’accusait, à l’occasion, d’avoir inventé ce qu’il avait véritablement
-découvert. Catholique ardent, liturgiste consommé, sa
-piété très italienne n’excluait pas une grande liberté de langage
-quand il s’agissait de juger les évêques et les curés dans leurs rapports
-avec le pouvoir civil. En somme, personnage très intéressant,
-et peut-être encore plus amusant. Il avait le mérite de conserver
-une inaltérable gaieté au milieu d’une existence qui n’était qu’une
-lutte contre la pauvreté. Peu d’hommes ont plus honoré que lui,
-par son talent, son désintéressement et sa fidélité, la presse monarchique
-de province.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_474_474" id="Footnote_474_474"></a><a href="#FNanchor_474_474"><span class="label">[474]</span></a></span>
-Voir l’<i>Appendice</i>, à la fin du volume.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_475_475" id="Footnote_475_475"></a><a href="#FNanchor_475_475"><span class="label">[475]</span></a></span>
-Le P. Victor <span class="smcap">Delaporte</span>, né le 6 novembre 1846 à Saint-Vandrille
-(Orne). Ses deux volumes de <i>Récits et légendes</i> ont eu
-onze éditions. Une troisième série, <i>A travers les âges</i>, a obtenu un
-égal succès. On lui doit aussi des drames en vers, <i>Loc’h Maria</i>,
-<i>Saint Louis</i>, <i>Tolbiac</i>, <i>Pour l’Honneur</i>, <i>Patria</i>, etc., ainsi que plusieurs
-volumes de critique littéraire: <i>Du Merveilleux dans la littérature
-française sous le règne de Louis XIV</i>; <i>L’Art poétique de Boileau</i>, commenté
-par Boileau et ses contemporains; les <i>Études et Causeries littéraires</i>,
-etc.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_476_476" id="Footnote_476_476"></a><a href="#FNanchor_476_476"><span class="label">[476]</span></a></span>
-<i>Causeries littéraires</i>, 3 volumes; <i>Causeries du Samedi</i>, 3 vol.;
-<i>Semaines littéraires</i>, 3 vol.; <i>Nouveaux Samedis</i>, 20 vol.; <i>Souvenirs d’un
-vieux critique</i>, 8 volumes.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_477_477" id="Footnote_477_477"></a><a href="#FNanchor_477_477"><span class="label">[477]</span></a></span>
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, tomes IX et X; <i>Derniers Samedis</i>,
-3 volumes.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_478_478" id="Footnote_478_478"></a><a href="#FNanchor_478_478"><span class="label">[478]</span></a></span>
-Notice sur Armand de Pontmartin, en tête des <i>Épisodes littéraires</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_479_479" id="Footnote_479_479"></a><a href="#FNanchor_479_479"><span class="label">[479]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. IX, p. 317.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_480_480" id="Footnote_480_480"></a><a href="#FNanchor_480_480"><span class="label">[480]</span></a></span>
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. V, p. 178.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_481_481" id="Footnote_481_481"></a><a href="#FNanchor_481_481"><span class="label">[481]</span></a></span>
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. X, p. 197.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_482_482" id="Footnote_482_482"></a><a href="#FNanchor_482_482"><span class="label">[482]</span></a></span>
-La comtesse Diane de Beausacq.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_483_483" id="Footnote_483_483"></a><a href="#FNanchor_483_483"><span class="label">[483]</span></a></span>
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. V, p. 132.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_484_484" id="Footnote_484_484"></a><a href="#FNanchor_484_484"><span class="label">[484]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. IV, p. 211.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_485_485" id="Footnote_485_485"></a><a href="#FNanchor_485_485"><span class="label">[485]</span></a></span>
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. II, p. 296.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_486_486" id="Footnote_486_486"></a><a href="#FNanchor_486_486"><span class="label">[486]</span></a></span>
-<i>Semaines littéraires</i>, t. II, p. 333.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_487_487" id="Footnote_487_487"></a><a href="#FNanchor_487_487"><span class="label">[487]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. VIII, p. 330.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_488_488" id="Footnote_488_488"></a><a href="#FNanchor_488_488"><span class="label">[488]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. XVII, p. 155.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_489_489" id="Footnote_489_489"></a><a href="#FNanchor_489_489"><span class="label">[489]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. XIX, p. 362.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_490_490" id="Footnote_490_490"></a><a href="#FNanchor_490_490"><span class="label">[490]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. XX, p. 1.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_491_491" id="Footnote_491_491"></a><a href="#FNanchor_491_491"><span class="label">[491]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. XIX. p. 227.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_492_492" id="Footnote_492_492"></a><a href="#FNanchor_492_492"><span class="label">[492]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. XII, p. 1.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_493_493" id="Footnote_493_493"></a><a href="#FNanchor_493_493"><span class="label">[493]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. XVII, p. 279.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_494_494" id="Footnote_494_494"></a><a href="#FNanchor_494_494"><span class="label">[494]</span></a></span>
-<i>Souvenirs d’un vieux critique</i>, t. VIII, p. 1.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_495_495" id="Footnote_495_495"></a><a href="#FNanchor_495_495"><span class="label">[495]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. III, p. 267.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_496_496" id="Footnote_496_496"></a><a href="#FNanchor_496_496"><span class="label">[496]</span></a></span>
-<i>Causeries littéraires.</i>&mdash;<i>Semaines littéraires.</i>&mdash;<i>Nouveaux Samedis.</i></p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_497_497" id="Footnote_497_497"></a><a href="#FNanchor_497_497"><span class="label">[497]</span></a></span>
-Voir ci-dessus, page 369.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_498_498" id="Footnote_498_498"></a><a href="#FNanchor_498_498"><span class="label">[498]</span></a></span>
-<i>Géorgiques</i>, livre IV.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_499_499" id="Footnote_499_499"></a><a href="#FNanchor_499_499"><span class="label">[499]</span></a></span>
-Le livre fut saisi, et, pour arrêter les poursuites, il ne fallut
-rien moins que l’intervention de Gambetta. Je lis, à ce sujet, dans
-une lettre de Pontmartin à M. Jules Claretie, du 3 janvier 1875:
-«Que dites-vous de l’ami Barbey? Cette fois, c’est trop fort. Quand
-je conseillais la tolérance à ce fougueux absolutiste, je ne m’attendais
-pas à le voir conduire Joseph de Maistre dans une de ces maisons
-qui empruntent leur sous-titre à la plus belle des vertus chrétiennes.
-C’est dommage, car à ne juger son livre qu’en artiste, avec
-le dilettantisme impassible qu’on apporterait, par exemple, au musée
-secret de Naples, ce diable d’homme&mdash;66 ans&mdash;n’avait jamais
-rien fait de si fort. <i>Le Rideau cramoisi</i>, <i>Une Vengeance de femme</i>, et
-surtout <i>Un Dîner d’Athées</i>, sont trois magnifiques cantharides. Figurez-vous
-qu’au moment où j’ai appris la saisie, j’allais en parler, et
-je comptais plaider la <i>Possession</i>, comme on l’entendait au Moyen
-Age.»</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_500_500" id="Footnote_500_500"></a><a href="#FNanchor_500_500"><span class="label">[500]</span></a></span>
-Pontmartin m’écrivait, des Angles, le 4 décembre 1879: «A
-peine avais-je fait partir ma dernière lettre, que je me suis reproché
-de vous avoir parlé de M. Barbey d’Aurevilly avec cette amertume
-et de ce ton tranchant qui me va si mal. Royalistes et catholiques,
-la charité chrétienne est pour nous, en pareil cas, non seulement
-une vertu, mais une habileté, en face de tant d’ennemis acharnés
-contre nos croyances. Mes bonnes résolutions ont persisté...
-24 heures. Un de mes amis avignonnais, vieux, spirituel et lettré,
-est venu me voir, levant les yeux au ciel, agitant un journal au-dessus
-de sa tête, se livrant à une pantomime qui traduisait le:
-«Où allons-nous?» de J. Prudhomme. C’était un n<sup>o</sup> de <i>Paris-Journal</i>
-(21 novembre), renfermant un feuilleton de B. d’Aur... sur
-<i>le Mariage de Figaro</i>. Mon ami, après m’avoir demandé une tasse
-de tilleul pour calmer ses nerfs, m’a lu le passage suivant: «En
-regardant M<sup>lle</sup> Reichenberg, en voyant, à <i>genoux</i>, aux <i>pieds</i> de la
-comtesse, ces <i>jambes</i> de femme qui ont leur <i>sexe</i>, je pensais aux
-<i>jambes</i> sans sexe qu’il faudrait (je ne note que des indigences) à
-cette charmante et incertaine créature d’entre les deux <i>sexes</i>, qui
-s’appelle Chérubin; je songeais à ces jambes <i>si voluptueusement hermaphrodites</i>(!!)
-que Raphaël donne à ses <i>archanges</i>, et que montre
-en ce moment à tout Paris cette merveille d’Emma Juteau, <i>l’acrobate</i>
-du Cirque.» Pas de commentaires, cher ami; mais encore un
-remerciement et une cordialissime poignée de main.»&mdash;Ce jour-là,
-on le pense bien, je n’essayai même pas de plaider les circonstances
-atténuantes en faveur de Barbey d’Aurevilly.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_501_501" id="Footnote_501_501"></a><a href="#FNanchor_501_501"><span class="label">[501]</span></a></span>
-Lettre du 24 octobre 1879.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_502_502" id="Footnote_502_502"></a><a href="#FNanchor_502_502"><span class="label">[502]</span></a></span>
-François-Victor <span class="smcap">Fournel</span> (1829-1894), érudit, critique et romancier;
-ses principaux ouvrages sont: <i>les Contemporains de Molière</i>,
-<i>la Littérature indépendante</i>, <i>les Rues du vieux Paris</i>, <i>l’Ancêtre</i>, <i>le Roman
-d’un père</i>, <i>Esquisses et croquis parisiens</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_503_503" id="Footnote_503_503"></a><a href="#FNanchor_503_503"><span class="label">[503]</span></a></span>
-Lettre du 1<sup>er</sup> novembre 1865.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_504_504" id="Footnote_504_504"></a><a href="#FNanchor_504_504"><span class="label">[504]</span></a></span>
-Cuvillier-Fleury demeurait à Passy, avenue Raphaël, 4.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_505_505" id="Footnote_505_505"></a><a href="#FNanchor_505_505"><span class="label">[505]</span></a></span>
-<i>Journal des Débats</i> du 28 novembre 1897.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_506_506" id="Footnote_506_506"></a><a href="#FNanchor_506_506"><span class="label">[506]</span></a></span>
-Parce qu’il était Nimois et aussi parce qu’il a beaucoup de talent
-et qu’il est un parfait galant homme, M. Gaston Boissier est
-un des écrivains dont Pontmartin a toujours parlé avec le plus de
-sympathie. Voy. <i>Nouveaux Samedis</i>, t. III.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_507_507" id="Footnote_507_507"></a><a href="#FNanchor_507_507"><span class="label">[507]</span></a></span>
-Voici les titres des sept nouvelles qui composent ce volume:
-<i>les Feux de paille</i>; <i>le Point d’orgue tragique</i>; <i>l’Impasse</i>; <i>English
-Spoken</i>; <i>la Veillée</i>; <i>la Véritable auberge des Adrets</i>; <i>Rachel à trois
-époques</i>.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_508_508" id="Footnote_508_508"></a><a href="#FNanchor_508_508"><span class="label">[508]</span></a></span>
-Lettre du 11 novembre 1886.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_509_509" id="Footnote_509_509"></a><a href="#FNanchor_509_509"><span class="label">[509]</span></a></span>
-Les <i>Épisodes littéraires</i> ont paru dans le <i>Correspondant</i> des
-25 octobre, 10 et 25 novembre, 10 et 25 décembre 1889, 10 janvier
-et 10 mai 1890.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_510_510" id="Footnote_510_510"></a><a href="#FNanchor_510_510"><span class="label">[510]</span></a></span>
-Ci-dessus chapitre VII, p. 130.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_511_511" id="Footnote_511_511"></a><a href="#FNanchor_511_511"><span class="label">[511]</span></a></span>
-Il fut publié dans la <i>Gazette de France</i> du 23 mars.&mdash;Au
-moment de sa mort (29 mars), Pontmartin avait <i>dix-huit</i> articles
-d’avance aux bureaux de la <i>Gazette</i>. Ils parurent sans interruption
-pendant quatre mois. Le dernier, publié le 2 août 1890, est consacré
-au volume de M. Henry Houssaye sur <i>Aspasie, Cléopâtre, Théodora</i>.
-On le trouvera au tome I des <i>Derniers Samedis</i>; il est daté du 8 mars
-1890.]</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_512_512" id="Footnote_512_512"></a><a href="#FNanchor_512_512"><span class="label">[512]</span></a></span>
-<i>Derniers Samedis</i>, t. II, p. 372.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_513_513" id="Footnote_513_513"></a><a href="#FNanchor_513_513"><span class="label">[513]</span></a></span>
-<i>Nouveaux Samedis</i>, t. I, p. 114.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_514_514" id="Footnote_514_514"></a><a href="#FNanchor_514_514"><span class="label">[514]</span></a></span>
-<i>Notice sur Armand de Pontmartin.</i></p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_515_515" id="Footnote_515_515"></a><a href="#FNanchor_515_515"><span class="label">[515]</span></a></span>
-Le R. P. Elie Bonnet, de la Compagnie de Jésus. Il avait été
-aumônier militaire en Algérie, puis à Avignon pendant les cinq ou
-six ans où nos garnisons eurent des aumôniers. Il est mort au collège
-de Mongré (Rhône) en mars 1895.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_516_516" id="Footnote_516_516"></a><a href="#FNanchor_516_516"><span class="label">[516]</span></a></span>
-Le 19 mars.&mdash;<i>Joseph</i> était l’un de ses prénoms, et aussi celui
-de l’oncle qui l’avait tant aimé.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_517_517" id="Footnote_517_517"></a><a href="#FNanchor_517_517"><span class="label">[517]</span></a></span>
-<i>Bulletin de l’Association amicale des anciens élèves de l’École libre
-de Saint-Joseph d’Avignon.</i> Juin 1890.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_518_518" id="Footnote_518_518"></a><a href="#FNanchor_518_518"><span class="label">[518]</span></a></span>
-28 mars.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_519_519" id="Footnote_519_519"></a><a href="#FNanchor_519_519"><span class="label">[519]</span></a></span>
-Lettre du 2 avril 1890.</p>
-
-<p class="pfn4"><span class="ln1"><a name="Footnote_520_520" id="Footnote_520_520"></a><a href="#FNanchor_520_520"><span class="label">[520]</span></a></span>
-Ci-dessus, page 458.</p></div></div>
-
-</div>
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Armand de Pontmartin, sa vie et ses
-oeuvres 1811-1890, by Edmond Biré
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ARMAND DE PONTMARTIN ***
-
-***** This file should be named 50930-h.htm or 50930-h.zip *****
-This and all associated files of various formats will be found in:
- http://www.gutenberg.org/5/0/9/3/50930/
-
-Produced by Giovanni Fini, Clarity and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions will
-be renamed.
-
-Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
-law means that no one owns a United States copyright in these works,
-so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United
-States without permission and without paying copyright
-royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
-of this license, apply to copying and distributing Project
-Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm
-concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
-and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive
-specific permission. If you do not charge anything for copies of this
-eBook, complying with the rules is very easy. You may use this eBook
-for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports,
-performances and research. They may be modified and printed and given
-away--you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks
-not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the
-trademark license, especially commercial redistribution.
-
-START: FULL LICENSE
-
-THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
-
-To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase "Project
-Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full
-Project Gutenberg-tm License available with this file or online at
-www.gutenberg.org/license.
-
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project
-Gutenberg-tm electronic works
-
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or
-destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your
-possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
-Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound
-by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the
-person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph
-1.E.8.
-
-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this
-agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm
-electronic works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the
-Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
-of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual
-works in the collection are in the public domain in the United
-States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
-United States and you are located in the United States, we do not
-claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
-displaying or creating derivative works based on the work as long as
-all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
-that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting
-free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm
-works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
-Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily
-comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
-same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when
-you share it without charge with others.
-
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
-in a constant state of change. If you are outside the United States,
-check the laws of your country in addition to the terms of this
-agreement before downloading, copying, displaying, performing,
-distributing or creating derivative works based on this work or any
-other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no
-representations concerning the copyright status of any work in any
-country outside the United States.
-
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
-immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear
-prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work
-on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the
-phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed,
-performed, viewed, copied or distributed:
-
- This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
- most other parts of the world at no cost and with almost no
- restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it
- under the terms of the Project Gutenberg License included with this
- eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the
- United States, you'll have to check the laws of the country where you
- are located before using this ebook.
-
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is
-derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
-contain a notice indicating that it is posted with permission of the
-copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
-the United States without paying any fees or charges. If you are
-redistributing or providing access to a work with the phrase "Project
-Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply
-either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
-obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm
-trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
-additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
-will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works
-posted with the permission of the copyright holder found at the
-beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
-
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg-tm License.
-
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
-any word processing or hypertext form. However, if you provide access
-to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format
-other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official
-version posted on the official Project Gutenberg-tm web site
-(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
-to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
-of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain
-Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the
-full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1.
-
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works
-provided that
-
-* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
- to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has
- agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
- within 60 days following each date on which you prepare (or are
- legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
- payments should be clearly marked as such and sent to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
- Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg
- Literary Archive Foundation."
-
-* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
- License. You must require such a user to return or destroy all
- copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
- all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm
- works.
-
-* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
- any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
- receipt of the work.
-
-* You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg-tm works.
-
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
-Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than
-are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
-from both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and The
-Project Gutenberg Trademark LLC, the owner of the Project Gutenberg-tm
-trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below.
-
-1.F.
-
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
-Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm
-electronic works, and the medium on which they may be stored, may
-contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
-or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
-intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
-other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
-cannot be read by your equipment.
-
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
-of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium
-with your written explanation. The person or entity that provided you
-with the defective work may elect to provide a replacement copy in
-lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
-or entity providing it to you may choose to give you a second
-opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
-the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
-without further opportunities to fix the problem.
-
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
-OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
-LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of
-damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
-violates the law of the state applicable to this agreement, the
-agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
-limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
-unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
-remaining provisions.
-
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in
-accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
-production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm
-electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
-including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
-the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
-or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
-Defect you cause.
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
-
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
-mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
-volunteers and employees are scattered throughout numerous
-locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
-Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
-date contact information can be found at the Foundation's web site and
-official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
-
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
-state visit www.gutenberg.org/donate
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search
-facility: www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-
-
-
-</pre>
-
-</body>
-</html>
diff --git a/old/50930-h/images/cover.jpg b/old/50930-h/images/cover.jpg
deleted file mode 100644
index f9e4473..0000000
--- a/old/50930-h/images/cover.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/50930-h/images/fr.jpg b/old/50930-h/images/fr.jpg
deleted file mode 100644
index 7d82fa9..0000000
--- a/old/50930-h/images/fr.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ