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| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-14 18:38:04 -0700 |
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E. FLAMMARION, RUE RACINE, 26.</span></p> + + + + +<h2 id="p1">LE CHASSEUR D'IMAGES</h2> + + +<p>Il saute du lit de bon matin, et ne part +que si son esprit est net, son cœur pur et +son corps léger comme un vêtement d'été. +Il n'emporte point de provisions. Il boira +l'air frais en route et reniflera les odeurs +salubres. Il laisse ses armes à la maison +et se contente d'ouvrir les yeux. Les yeux +servent de filets où les images s'emprisonnent d'elles-mêmes.</p> + +<p>La première qu'il fait captive est celle +du chemin qui montre ses os, cailloux +polis, et ses ornières, veines crevées, entre +deux haies riches de prunelles et de mûres.</p> + +<p>Il prend ensuite l'image de la rivière. +Elle blanchit aux coudes et dort sous la +caresse des saules. Elle miroite quand un +poisson tourne le ventre, comme si on +jetait une pièce d'argent, et, dès que tombe +une pluie fine, la rivière a la chair de +poule.</p> + +<p>Il lève l'image des blés mobiles, des +luzernes appétissantes et des prairies ourlées +de ruisseaux. Il saisit au passage le +vol d'une alouette ou d'un chardonneret. +Puis il entre au bois. Il ne se savait pas +doué de sens si délicats. Vite imprégné +de parfums, il ne perd aucune sourde +rumeur, et, pour qu'il communique avec +les arbres, ses nerfs se lient aux nervures +des feuilles.</p> + +<p>Bientôt, vibrant jusqu'au malaise, il +perçoit trop, il fermente, il a peur, quitte +le bois et suit de loin les paysans mouleurs +regagnant le village. Dehors, il fixe un +moment, au point que son œil éclate, le +soleil qui se couche et dévêt sur l'horizon +ses lumineux habits, ses nuages répandus +pêle-mêle.</p> + +<p>Enfin, rentré chez lui, la tête pleine, il +éteint sa lampe et longuement, avant de +s'endormir, il se plaît à compter ses images.</p> + +<p>Dociles, elles renaissent au gré du souvenir. +Chacune d'elles en éveille +une autre, et sans cesse leur troupe phosphorescente +s'accroît de nouvelles venues, +comme des perdrix poursuivies et divisées +tout le jour chantent le soir, à l'abri du +danger, et se rappellent aux creux des +sillons.</p> + + + + +<h2 id="p2">LES HIRONDELLES DE CHEMINÉE</h2> + + +<p>Elles me donnent ma leçon de chaque jour.</p> + +<p>Elles pointillent l'air de petits cris.</p> + +<p>Elles tracent une raie droite, posent +une virgule au bout, et, brusquement, vont +à la ligne.</p> + +<p>Elles mettent entre folles parenthèses +la maison où j'habite.</p> + +<p>Trop vives pour que la pièce d'eau du +jardin prenne copie de leur vol, elles +montent de la cave au grenier.</p> + +<p>D'une plume d'aile légère, elles bouclent +d'inimitables parafes.</p> + +<p>Puis, deux à deux, en accolade, elles se +joignent, se mêlent, et, sur le bleu du ciel, +elles font tache d'encre.</p> + +<p>Mais l'œil d'un ami peut seul les suivre, +et si vous savez le grec et le latin, moi +je sais lire l'hébreu que décrivent dans +l'air les hirondelles de cheminée.</p> + + + + +<h2 id="p3">LES PIGEONS</h2> + + +<p>Qu'ils fassent sur la maison un bruit de +tambour voilé;</p> + +<p>Qu'ils sortent de l'ombre, culbutent, +éclatent au soleil et rentrent dans l'ombre;</p> + +<p>Que leur col fugitif vive et meure comme +l'opale au doigt;</p> + +<p>Qu'ils s'endorment, le soir, dans la +forêt, si pressés que la plus haute branche +du chêne menace de rompre sous cette +charge de fruits peints;</p> + +<p>Que ces deux-là échangent des saluts +frénétiques et brusquement, l'un à l'autre, +se convulsent;</p> + +<p>Que celui-ci revienne d'exil, avec +une lettre, et vole comme la pensée de +notre amie lointaine (Ah! un gage!);</p> + +<p>Tous ces pigeons, qui d'abord amusent, +finissent par ennuyer.</p> + +<p>Ils ne sauraient tenir en place et les +voyages ne les forment point.</p> + +<p>Ils restent toute la vie un peu niais.</p> + +<p>Ils s'obstinent à croire qu'on fait les +enfants par le bec.</p> + +<p>Et c'est insupportable à la longue, cette +manie héréditaire d'avoir toujours dans la +gorge quelque chose qui ne passe pas.</p> + + + + +<h2 id="p4">LA POULE</h2> + + +<p>Pattes jointes, elle saute du poulailler, +dès qu'on lui ouvre la porte.</p> + +<p>C'est une poule commune, modestement +parée et qui ne pond jamais d'œufs d'or.</p> + +<p>Éblouie de lumière, elle fait quelques +pas, indécise, dans la cour.</p> + +<p>Elle voit d'abord le tas de cendres où, +chaque matin, elle a coutume de s'ébattre.</p> + +<p>Elle s'y roule, s'y trempe, et, d'une vive +agitation d'ailes, les plumes gonflées, elle +secoue ses puces de la nuit.</p> + +<p>Puis elle va boire au plat creux que la +dernière averse a rempli.</p> + +<p>Elle ne boit que de l'eau.</p> + +<p>Elle boit par petits coups et dresse le col, +en équilibre sur le bord du plat.</p> + +<p>Ensuite elle cherche sa nourriture éparse.</p> + +<p>Les fines herbes sont à elle, et les insectes +et les graines perdues.</p> + +<p>Elle pique, elle pique, infatigable.</p> + +<p>De temps en temps, elle s'arrête. Droite +sous son bonnet phrygien, l'œil vif, le +jabot avantageux, elle écoute de l'une et de +l'autre oreille.</p> + +<p>Et, sûre qu'il n'y a rien de neuf, elle se +remet en quête.</p> + +<p>Elle lève haut ses pattes raides comme +ceux qui ont la goutte. Elle écarte les +doigts et les pose avec précaution, sans +bruit.</p> + +<p>On dirait qu'elle marche pieds nus.</p> + + + + +<h2 id="p5">LA DINDE</h2> + + +<p>Elle se pavane au milieu de la cour, +comme si elle vivait sous l'ancien régime.</p> + +<p>Les autres volailles ne font que manger +toujours, n'importe quoi. Elle, entre ses +repas réguliers, ne se préoccupe que +d'avoir bel air. Toutes ses plumes sont +empesées et les pointes de ses ailes raient +le sol, comme pour tracer la route qu'elle +suit: c'est là qu'elle s'avance et non +ailleurs.</p> + +<p>Elle se rengorge tant qu'elle ne voit +jamais ses pattes.</p> + +<p>Elle ne doute de personne, et dès que +je m'approche, elle s'imagine que je veux +lui rendre mes hommages.</p> + +<p>Déjà elle glougloute d'orgueil.</p> + +<p>—Noble dinde, lui dis-je, si vous étiez +une oie, j'écrirais votre éloge, comme le +fit Buffon, avec une de vos plumes. Mais +vous n'êtes qu'une dinde.</p> + +<p>J'ai dû la vexer, car le sang monte à sa +tête. Des grappes de colère lui pendent au +bec. Elle a une crise de rouge. Elle fait +claquer d'un coup sec l'éventail de sa +queue et cette vieille chipie me tourne le +dos.</p> + + + + +<h2 id="p6">LA PINTADE</h2> + + +<p>C'est la bossue de ma cour. Elle ne +rêve que plaies à cause de sa bosse.</p> + +<p>Les poules ne lui disent rien. Brusquement, +elle se précipite et les harcèle.</p> + +<p>Puis elle baisse sa tête, penche le corps, +et de toute la vitesse de ses pattes maigres, +elle court frapper de son bec dur juste au +centre de la roue d'une dinde.</p> + +<p>Cette poseuse l'agaçait.</p> + +<p>Ainsi, la tête bleuie et ses barbillons +rouges à vif, elle rage du matin au soir. +Elle se bat sans motif, peut être parce +qu'elle s'imagine toujours qu'on se moque +de sa taille, de son crâne chauve et de sa +queue basse.</p> + +<p>Et elle ne cesse de jeter un cri discordant +qui perce l'air comme une pointe.</p> + +<p>Parfois elle quitte la cour et disparaît. +Elle laisse aux volailles pacifiques un +moment de répit. Mais elle revient plus +turbulente et plus criarde. Et, frénétique, +elle se vautre par terre.</p> + +<p>Qu'a-t-elle donc?</p> + +<p>La sournoise fait une farce.</p> + +<p>Elle est allée pondre son œuf à la campagne.</p> + +<p>Je peux le chercher si ça m'amuse.</p> + +<p>Elle se roule dans la poussière, +comme une bossue.</p> + + + + +<h2 id="p7">CANARDS</h2> + + +<p>C'est la cane qui va la première, boitant +des deux pattes, barboter au trou qu'elle +connaît.</p> + +<p>Et le canard la suit. Les pointes de ses +ailes croisées sur le dos, il boite aussi des +deux pattes.</p> + +<p>Et cane et canard marchent taciturnes +comme à un rendez-vous d'affaires.</p> + +<p>La cane d'abord se laisse glisser dans +l'eau boueuse où flottent des plumes, des +fientes, une feuille de vigne, et de la +paille. Elle a presque disparu.</p> + +<p>Elle attend. Elle est prête.</p> + +<p>Et le canard entre à son tour. Il noie ses +riches couleurs. On ne voit que sa tête +verte et l'accroche-cœur du derrière. Tous +deux se trouvent bien là. L'eau chauffe. +Jamais on ne la vide et elle ne se renouvelle +que les jours d'orage.</p> + +<p>Le canard, de son bec aplati, mordille +et serre la nuque de la cane. Un instant +il s'agite et l'eau est si épaisse qu'elle en +frissonne à peine. Et vite calmée, plate, +elle réfléchit, en noir, un coin de +ciel pur.</p> + +<p>La cane et le canard ne bougent plus. +Le soleil les cuit et les endort. On passerait +près d'eux sans les remarquer. Ils ne +se dénoncent que par les rares bulles d'air +qui viennent crever sur l'eau croupie.</p> + + + + +<h2 id="p8">LE PAON</h2> + + +<p>Il va sûrement se marier aujourd'hui.</p> + +<p>Ce devait être pour hier. En habit de +gala, il était prêt. Il n'attendait que sa +fiancée. Elle n'est pas venue. Elle ne peut +tarder.</p> + +<p>Glorieux, il se promène avec une allure +de prince indien et porte sur lui les riches +présents d'usage. L'amour avive l'éclat +de ses couleurs et son aigrette tremble +comme une lyre.</p> + +<p>La fiancée n'arrive pas.</p> + +<p>Il monte au haut du toit et regarde du +côté du soleil. Il jette son cri diabolique:</p> + +<p>Léon! Léon!</p> + +<p>C'est ainsi qu'il appelle sa fiancée. Il ne +voit rien venir et personne ne répond. +Les volailles habituées ne lèvent même +point la tête. Elles sont lasses de l'admirer. +Il redescend dans la cour, si sûr +d'être beau qu'il est incapable de rancune.</p> + +<p>Son mariage sera pour demain.</p> + +<p>Et, ne sachant que faire du reste de la +journée, il se dirige vers le perron. Il +gravit les marches, comme des marches +de temple, d'un pas officiel.</p> + +<p>Il relève sa robe à queue toute lourde +des yeux qui n'ont pu se détacher d'elle.</p> + +<p>Il répète une dernière fois la cérémonie.</p> + + + + +<h2 id="p9">L'OIE</h2> + + +<p>Tiennette voudrait aller à Paris, comme +les autres filles du village. Mais est-elle +seulement capable de garder ses oies?</p> + +<p>A vrai dire, elle les suit, plutôt qu'elle +ne les mène. Elle tricote, machinale, derrière +leur troupe, et elle s'en rapporte à +l'oie de Toulouse qui a la raison d'une +grande personne.</p> + +<p>L'oie de Toulouse connaît le chemin, +les bonnes herbes, et l'heure où il faut +rentrer.</p> + +<p>Si brave que le jars l'est moins, elle +protège ses sœurs contre le mauvais chien. +Son col vibre et serpente à ras de terre, +puis se redresse, et elle domine Tiennette +effarée. Dès que tout va bien, elle +triomphe et chante du nez qu'elle sait +grâce à qui l'ordre règne.</p> + +<p>Elle ne doute pas qu'elle ferait mieux +encore.</p> + +<p>Et, un soir, elle quitte le pays.</p> + +<p>Elle s'éloigne sur la route, bec au vent, +plumes collées. Des femmes, qu'elle +croise, n'osent l'arrêter. Elle marche vite +à faire peur.</p> + +<p>Et pendant que Tiennette, restée là-bas, +finit de s'abêtir, et, toute pareille aux +oies, ne s'en distingue plus, l'oie de Toulouse +vient à Paris.</p> + + + + +<h2 id="p10">LE CYGNE</h2> + + +<p>Il glisse sur le bassin, comme un traîneau +blanc, de nuage en nuage. Car il n'a +faim que des nuages floconneux qu'il voit +naître, bouger, et se perdre dans l'eau. +C'est l'un d'eux qu'il désire. Il le vise du +bec, et il plonge tout à coup son col vêtu +de neige.</p> + +<p>Puis, tel un bras de femme sort d'une +manche, il le retire.</p> + +<p>Il n'a rien.</p> + +<p>Il regarde: les nuages effarouchés ont +disparu.</p> + +<p>Il ne reste qu'un instant désabusé, car +les nuages tardent peu à revenir, et, là-bas, +où meurent les ondulations de l'eau, +en voici un qui se reforme.</p> + +<p>Doucement, sur son léger coussin de +plumes, le cygne rame et s'approche.</p> + +<p>Il s'épuise à pêcher de vains reflets, et +peut-être qu'il mourra, victime de cette +illusion, avant d'attraper un seul morceau +de nuage.</p> + +<p>Mais qu'est-ce que je dis?</p> + +<p>Chaque fois qu'il plonge, il fouille du +bec la vase nourrissante et ramène un +ver.</p> + +<p>Et il engraisse comme une oie.</p> + + + + +<h2 id="p11">L'ÉPERVIER</h2> + + +<p>Il décrit d'abord des ronds sur le village.</p> + +<p>Il n'était qu'une mouche, un grain de +suie.</p> + +<p>Il grossit à mesure que son vol se resserre.</p> + +<p>Parfois il demeure immobile. Les volailles +donnent des signes d'inquiétude. +Les pigeons rentrent au toit. Une poule, +d'un cri bref, rappelle ses petits, et on +entend cacarder les oies vigilantes d'une +basse-cour à l'autre.</p> + +<p>L'épervier hésite et plane à la même +hauteur. Peut-être n'en veut-il qu'au coq +du clocher.</p> + +<p>On le croirait pendu au ciel, par un fil.</p> + +<p>Brusquement le fil casse, l'épervier +tombe, sa victime choisie. C'est l'heure +d'un drame ici-bas.</p> + +<p>Mais, à la surprise générale, il s'arrête +avant de toucher terre, comme s'il manquait +de poids, et il remonte d'un coup +d'aile.</p> + +<p>Il a vu que je le guette de ma porte, et +que je cache, derrière moi, quelque chose +de long qui brille.</p> + + + + +<h2 id="p12">LE COQ</h2> + + +<p>Il n'a jamais chanté. Il n'a pas couché +une nuit dans un poulailler, connu une +seule poule.</p> + +<p>Il est en bois, avec une patte en fer au +milieu du ventre, et il vit, depuis des +années et des années, sur une vieille +église comme on n'ose plus en bâtir. Elle +ressemble à une grange et le faîte de ses +tuiles s'aligne aussi droit que le dos d'un +bœuf.</p> + +<p>Or, voici que des maçons paraissent à +l'autre bout de l'église. +Le coq de bois les regarde, quand un +brusque coup de vent le force à tourner +le dos.</p> + +<p>Et, chaque fois qu'il se retourne, de +nouvelles pierres lui bouchent un peu +plus de son horizon.</p> + +<p>Bientôt, d'une saccade levant la tête, il +aperçoit, à la pointe du clocher qu'on +vient de finir, un jeune coq qui n'était +pas là ce matin. Cet étranger porte haut +sa queue, ouvre le bec comme ceux qui +chantent, et l'aile sur la hanche, tout battant +neuf, il éclate en plein soleil.</p> + +<p>D'abord les deux coqs luttent de mobilité. +Mais le vieux coq de bois s'épuise vite +et se rend. Sous son unique pied, la +poutre menace ruine. Il penche, raidi, près +de tomber. Il grince et s'arrête.</p> + +<p>Et c'est le tour des charpentiers.</p> + +<p>Ils abattent ce coin vermoulu de +l'église, descendent le coq et le promènent +par le village. Chacun peut le toucher, +moyennant cadeau.</p> + +<p>Ceux-ci donnent un œuf, ceux-là un +sou, et M<sup>me</sup> Loriot une pièce d'argent.</p> + +<p>Les charpentiers boivent de bons coups, +et, après s'être disputé le coq, ils décident +de le brûler.</p> + +<p>Lui ayant fait un nid de paille et de +fagot, ils mettent le feu.</p> + +<p>Le coq de bois pétille clair et sa flamme +monte au ciel qu'il a bien gagné.</p> + + + + +<h2 id="p13">LE COCHON</h2> + + +<p>Grognon, mais familier comme si nous +t'avions gardé ensemble, tu fourres le nez +partout et tu marches autant avec lui qu'avec +les pattes.</p> + +<p>Tu caches sous des oreilles en feuilles +de betterave tes petits yeux cassis.</p> + +<p>Tu es cylindrique et ventru comme une +groseille à maquereau.</p> + +<p>Tu as de longs poils comme elle, comme +elle la peau claire et une courte queue +bouclée. +Et les méchants t'appellent: «Sale cochon!»</p> + +<p>Ils disent que, si rien ne te dégoûte, tu +dégoûtes tout le monde et que tu n'aimes +que l'eau de vaisselle grasse.</p> + +<p>Mais ils te calomnient.</p> + +<p>Qu'ils te débarbouillent et tu auras bonne +mine.</p> + +<p>Tu te négliges par leur faute.</p> + +<p>Comme on fait ton lit, tu te couches, +et la malpropreté n'est que ta seconde +nature.</p> + + + + +<h2 id="p14">LE BOUC</h2> + + +<p>Son odeur le précède. On ne le voit pas +encore qu'elle est arrivée.</p> + +<p>Il s'avance en tête du troupeau et les +brebis le suivent, pêle-mêle, dans un +nuage de poussière.</p> + +<p>Il a des poils longs et secs qu'une raie +partage sur le dos.</p> + +<p>Il est moins fier de sa barbe que de sa +taille, parce que la chèvre aussi porte une +barbe sous le menton.</p> + +<p>Quand il passe, les uns se bouchent le +nez, les autres aiment ce goût-là.</p> + +<p>Il ne regarde ni à droite ni à gauche: +il marche raide, les oreilles pointues et la +queue courte. Si les hommes l'ont chargé +de leurs péchés, il n'en sait rien, et il laisse, sans perdre le sérieux, tomber un chapelet +de crottes.</p> + +<p>Alexandre est son nom, connu même +des chiens.</p> + +<p>La journée finie, le soleil disparu, il +rentre au village, avec les moissonneurs, +et ses cornes, fléchissant de vieillesse, +prennent peu à peu la courbe des faucilles.</p> + + + + +<h2 id="p15">LES MOUTONS</h2> + + +<p>Ils reviennent des chaumes où, depuis +ce matin, ils paissaient, le nez à l'ombre +de leur corps.</p> + +<p>Selon les signes d'un berger indolent, +le chien nécessaire attaque la bande du +côté qu'il faut.</p> + +<p>Elle tient toute la route, ondule d'un +fossé à l'autre et déborde, ou, tassée, unie, moelleuse, piétine le sol, à petits pas de +vieilles femmes. Quand elle se met à courir, +les pattes font le bruit des roseaux et +criblent la poussière du chemin de nids +d'abeilles.</p> + +<p>Ce mouton frise et, bien garni, saute +comme un ballot jeté en l'air, et du cornet +de son oreille s'échappent des pastilles.</p> + +<p>Cet autre a le vertige et heurte du +genou sa tête mal vissée.</p> + +<p>Ils envahissent le village. On dirait que +c'est aujourd'hui leur fête et qu'avec pétulance, +ils bêlent de joie par les rues.</p> + +<p>Mais ils ne s'arrêtent pas au village, et +je les vois reparaître, là-bas. Ils gagnent l'horizon. Par le coteau, ils montent, +légers, vers le soleil. Ils s'en approchent +et se couchent à distance.</p> + +<p>Des traînards prennent, sur le ciel, une +dernière forme imprévue, et rejoignent la +troupe pelotonnée.</p> + +<p>Un flocon se détache encore et plane, +mousse blanche, puis fumée, vapeur, puis +rien.</p> + +<p>Il ne reste plus qu'une patte dehors.</p> + +<p>Elle s'allonge, elle s'effile comme une +quenouille, à l'infini.</p> + +<p>Les moutons frileux s'endorment +autour du soleil las qui défait sa couronne +et pique, jusqu'à demain, ses rayons dans leur +laine.</p> + + + + +<h2 id="p16">LE CHEVAL</h2> + + +<p>Il n'est pas beau, mon cheval. Il a trop +de nœuds et de salières; il a les côtes +plates, une queue de rat et des incisives +d'Anglaise. Mais il m'attendrit. Je n'en +reviens pas qu'il reste à mon service et se +laisse, sans révolte, tourner et retourner.</p> + +<p>Chaque fois que je l'attelle, je m'attends +à ce qu'il me dise: <i>non</i>, d'un signe brusque, +et détale.</p> + +<p>Point. Il baisse et lève sa grosse +tête comme pour remettre un chapeau +d'aplomb, recule avec docilité entre les +brancards.</p> + +<p>Aussi je ne lui ménage ni l'avoine ni le +maïs. Je le brosse jusqu'à ce que le poil +brille comme une cerise. Je peigne sa crinière, +je tresse sa queue maigre. Je le flatte +de la main et de la voix. J'éponge ses yeux, +je cire ses pieds.</p> + +<p>Est-ce que ça le touche?</p> + +<p>On ne sait pas.</p> + +<p>Il pète.</p> + +<p>C'est surtout quand il me promène en +voiture que je l'admire. Je le fouette et il +accélère son allure. Je l'arrête et il m'arrête. +Je tire la guide à gauche et il oblique +à gauche, au lieu d'aller à droite et de me +jeter dans le fossé avec des coups de sabots +quelque part.</p> + +<p>Il me fait peur, il me fait honte et il me +fait pitié.</p> + +<p>Est-ce qu'il ne va pas bientôt se réveiller +de son demi-sommeil, et prenant +d'autorité ma place, me réduire à la +sienne?</p> + +<p>A quoi pense-t-il?</p> + +<p>Il pète, pète, pète.</p> + + + + +<h2 id="p17">LE CHIEN</h2> + + +<p>On ne peut mettre Pointu dehors, par +ce temps, et l'aigre sifflet du vent sous la +porte l'oblige même à quitter le paillasson. +Il cherche mieux et glisse sa bonne tête +entre nos sièges. Mais nous nous penchons, +serrés, coude à coude, sur le feu, et je +donne une claque à Pointu. Mon père le +repousse du pied. Maman lui dit des injures. +Ma sœur lui offre un verre vide.</p> + +<p>Pointu éternue et va voir à la cuisine si +nous y sommes.</p> + +<p>Puis il revient, force notre cercle, au +risque d'être étranglé par les genoux, et le +voilà dans un coin de la cheminée.</p> + +<p>Après avoir longtemps tourné sur place, +il s'assied près du chenet et ne bouge plus. +Il regarde ses maîtres d'un œil si doux +qu'on le tolère. Seulement le chenet +presque rouge et les cendres écartées lui +brûlent le derrière.</p> + +<p>Il reste tout dé même.</p> + +<p>On lui rouvre un passage:</p> + +<p>—Allez, file! es-tu bête!</p> + +<p>Mais il s'obstine. A l'heure où les dents +des chiens perdus crissent de froid, Pointu, +au chaud, poil roussi, fesses cuites, se +retient de hurler et rit jaune, avec des +larmes plein les yeux.</p> + + + + +<h2 id="p18">LA SOURIS</h2> + + +<p>Comme, à la clarté d'une lampe, je fais +ma quotidienne page d'écriture, j'entends +un léger bruit. Si je m'arrête, il cesse. Il +recommence, dès que je gratte le papier.</p> + +<p>C'est une souris qui s'éveille.</p> + +<p>Je devine ses va-et-vient au bord du +trou obscur où notre servante met ses +torchons et ses brosses.</p> + +<p>Je distingue qu'elle saute par terre et +trotte sur les carreaux de cuisine. Elle +passe près de la cheminée sous l'évier, se +perd dans la vaisselle, et par une série de +reconnaissances qu'elle pousse de plus en +plus loin, elle se rapproche de moi.</p> + +<p>Chaque fois que je pose mon porte-plume, +ce silence l'inquiète. Chaque fois +que je m'en sers, elle croit peut-être qu'il +y a une autre souris quelque part, et elle +se rassure.</p> + +<p>Puis je ne la vois plus. Elle est sous +ma table, dans mes jambes. Elle circule +d'un pied de chaise à l'autre. Elle frôle +mes sabots, en mordille le bois, ou, hardiment, +la voilà dessus!</p> + +<p>Et il ne faut pas que je bouge la jambe, +que je respire trop fort: elle filerait.</p> + +<p>Mais il faut que je continue d'écrire, et, +de peur qu'elle ne m'abandonne à mon +ennui de solitaire, j'écris des signes, des +riens, petitement, menu, menu, comme +elle grignote.</p> + + + + +<h2 id="p19">LES LAPINS</h2> + + +<p>Dans une moitié de futaille, Lenoir et +Legris, les pattes au chaud sous la fourrure, mangent comme des vaches. Ils ne +font qu'un seul repas qui dure toute la +journée.</p> + +<p>Si l'on tarde à leur jeter une herbe +fraîche, ils rongent l'ancienne jusqu'à la +racine, et la racine même occupe les +dents.</p> + +<p>Or, il vient de leur tomber un pied de +salade. Ensemble Lenoir et Legris se mettent +après.</p> + +<p>Nez à nez, ils s'évertuent, hochent la +tête, et les oreilles trottent.</p> + +<p>Quand il ne reste qu'une feuille, ils la +prennent, chacun par un bout, et luttent +de vitesse.</p> + +<p>Vous croiriez qu'ils jouent, s'ils ne +rient pas, et que, la feuille avalée, une +caresse fraternelle unira les becs.</p> + +<p>Mais Legris se sent faiblir. Depuis hier +il a le gros ventre et une poche d'eau le +ballonne. Vraiment il se bourrait trop. +Bien qu'une feuille de salade passe +sans qu'on ait faim, il n'en peut plus. Il +lâche la feuille et se couche de côté, sur +ses crottes, avec des convulsions brèves.</p> + +<p>Le voilà rigide, les pattes écartées, +comme pour une réclame d'armurier: <i>On +tue net, on tue loin.</i></p> + +<p>Un instant, Lenoir s'arrête de surprise. +Assis en chandelier, le souffle doux, les +lèvres jointes et l'œil cerclé de rose, il +regarde.</p> + +<p>Il a l'air d'un sorcier qui pénètre un +mystère.</p> + +<p>Ses deux oreilles droites marquent +l'heure suprême.</p> + +<p>Puis elles se cassent.</p> + +<p>Et il achève la feuille de salade.</p> + + + + +<h2 id="p20">L'ANE</h2> + + +<p>Tout lui est égal. Chaque matin, il +voiture, d'un petit pas sec et dru de +fonctionnaire, le facteur Jacquot qui distribue +aux villages les commissions faites +en ville, les épices, le pain, la viande +de boucherie, quelques journaux, une +lettre.</p> + +<p>Cette tournée finie, Jacquot et l'âne +travaillent pour leur compte. La voiture +sert de charrette. Ils vont ensemble à la +vigne, au bois, aux pommes de terre. +Ils ramènent tantôt des légumes, tantôt +des balais verts, ça ou autre chose, selon +le jour.</p> + +<p>Jacquot ne cesse de dire: «Hue! hue!» +sans motif, comme il ronflerait. Parfois +l'âne, à cause d'un chardon qu'il flaire, +ou d'une idée qui le prend, ne marche +plus. Jacquot lui met un bras autour du +cou et pousse. Si l'âne résiste, Jacquot lui +mord l'oreille.</p> + +<p>Ils mangent dans les fossés, le maître +une croûte et des oignons, la bête ce +qu'elle veut.</p> + +<p>Ils ne rentrent qu'à la nuit. Leurs +ombres passent avec lenteur d'un arbre à +l'autre.</p> + +<p>Subitement, le lac de silence où les +choses baignent et dorment déjà, se +rompt, bouleversé.</p> + +<p>Quelle ménagère tire, à cette heure, +par un treuil rouillé et criard, des pleins +seaux d'eau de son puits?</p> + +<p>C'est l'âne qui remonte et jette toute +sa voix dehors et brait, jusqu'à extinction, +qu'il s'en fiche, qu'il s'en fiche.</p> + + + + +<h2 id="p21">LE BŒUF</h2> + + +<p>La porte s'ouvre ce matin, comme +d'habitude, et Castor quitte, sans butter, +l'écurie. Il boit à lentes gorgées sa part au +fond de l'auge et laisse la part de Pollux +attardé. Puis, le mufle s'égouttant ainsi +que l'arbre après l'averse, il va de bonne +volonté, avec ordre et pesanteur, se +ranger à sa place ordinaire, sous le joug +du chariot.</p> + +<p>Les cornes liées, la tête immobile, il +fronce le ventre, chasse mollement de sa +queue les mouches noires et, telle une +servante sommeille le balai à la main, il +rumine en attendant Pollux.</p> + +<p>Mais, par la cour, les domestiques +affairés crient et jurent et le chien jappe +comme à l'approche d'un étranger.</p> + +<p>Est-ce le sage Pollux qui, pour la première +fois, résiste à l'aiguillon, tournaille, +heurte le flanc de Castor, fume, et quoique +attelé, tâche encore de secouer le joug +commun?</p> + +<p>Non, c'est un autre.</p> + +<p>Et Castor, dépareillé, arrête ses mâchoires, +quand il voit près du sien cet +œil trouble de bœuf qu'il ne reconnaît +pas.</p> + + + + +<h2 id="p22">LE TAUREAU</h2> + + +<p>Le pêcheur à la ligne volante marche +d'un pas léger au bord de l'Yonne et fait +sautiller sur l'eau sa mouche verte.</p> + +<p>Les mouches vertes, il les attrape aux +troncs des peupliers polis par le frottement +du bétail.</p> + +<p>Il jette sa ligne d'un coup sec et tire +d'autorité.</p> + +<p>Il s'imagine que chaque place nouvelle +est la meilleure, et bientôt il la quitte, +enjambe un échalier et de ce pré passe +dans l'autre.</p> + +<p>Soudain, comme il traverse un grand +pré que grille le soleil, il s'arrête.</p> + +<p>Là-bas, du milieu des vaches paisibles +et couchées, le taureau vient de se lever +pesamment.</p> + +<p>C'est un taureau fameux et sa taille +étonne les passants sur la route. On l'admire +à distance et, s'il ne l'a fait déjà, il +pourrait lancer son homme au ciel, ainsi +qu'une flèche, avec l'arc de ses cornes. +Plus doux qu'un agneau tant qu'il veut, +il se met tout à coup en fureur, quand ça +le prend, et près de lui, on ne sait jamais +ce qui arrivera.</p> + +<p>Le pêcheur l'observe obliquement.</p> + +<p>—Si je fuis, pense-t-il, le taureau sera +sur moi avant que je ne sorte du pré. Si, +sans savoir nager, je plonge dans la rivière, +je me noie. Si je fais le mort par +terre, le taureau, dit-on, me flairera et +ne me touchera pas. Est-ce bien sûr? +Et, s'il ne s'en va plus, quelle angoisse! +Mieux vaut feindre une indifférence trompeuse. +Et le pêcheur à la ligne volante continue +de pêcher, comme si le taureau était +absent. Il espère ainsi lui donner le +change.</p> + +<p>Sa nuque cuit sous son chapeau de +paille.</p> + +<p>Il retient ses pieds qui brûlent de +courir et les oblige à fouler l'herbe. Il +a l'héroïsme de tremper dans l'eau sa +mouche verte. Il ne se cache que de temps +en temps, derrière les peupliers. Il gagne +posément l'échalier de la haie, d'où il +pourra, d'un dernier effort de ses membres +rompus, bondir hors du pré, sain et +sauf.</p> + +<p>D'ailleurs, qui le presse?</p> + +<p>Le taureau ne s'occupe pas de lui et reste +avec les vaches.</p> + +<p>Il ne s'est mis debout que pour remuer, +par lassitude, comme on s'étire.</p> + +<p>Il tourne au vent du soir sa tête +crépue.</p> + +<p>Il beugle par intervalles, l'œil à demi +fermé.</p> + +<p>Il mugit de langueur et s'écoute mugir.</p> + + + + +<h2 id="p23">LES MOUCHES D'EAU</h2> + + +<p>Il n'y a qu'un chêne au milieu du pré, +et les bœufs occupent toute l'ombre +de ses feuilles.</p> + +<p>La tête basse, ils font les cornes au soleil.</p> + +<p>Ils seraient bien, sans les mouches. +Mais aujourd'hui, vraiment, elles dévorent. +Acres et nombreuses, les noires se +collent par plaques de suie aux yeux, aux +narines, aux coins des lèvres même, et +les vertes sucent de préférence la dernière +écorchure.</p> + +<p>Quand un bœuf remue son tablier de +cuir, ou frappe du sabot la terre sèche, le +nuage de mouches se déplace avec murmure. +On dirait qu'elles fermentent.</p> + +<p>Il fait si chaud que les vieilles femmes, +sur leur porte, flairent l'orage, et déjà +elles plaisantent de peur:</p> + +<p>—Gare au bourdoudou! disent-elles.</p> + +<p>Là-bas, un premier coup de lance lumineux +perce le ciel, sans bruit. Une goutte +de pluie tombe.</p> + +<p>Les bœufs, avertis, relèvent la tête, se +meuvent jusqu'au bord du chêne et soufflent patiemment.</p> + +<p>Ils le savent: voici que les bonnes +mouches viennent chasser les mauvaises.</p> + +<p>D'abord rares, une par une, puis serrées, +toutes ensemble, elles fondent du ciel déchiqueté +sur l'ennemi qui cède peu à peu, +s'éclaircit, se disperse.</p> + +<p>Et bientôt, du nez camus à la queue +inusable, les bœufs ruisselants ondulent +d'aise sous l'essaim victorieux des mouches +d'eau.</p> + + + + +<h2 id="p24">LE GRILLON</h2> + + +<p>C'est l'heure où, las d'errer, l'insecte +nègre revient de promenade et répare avec +soin le désordre de son domaine.</p> + +<p>D'abord il ratisse ses étroites allées de +sable.</p> + +<p>Il fait du bran de scie qu'il écarte au +seuil de sa retraite.</p> + +<p>Il lime la racine de cette grande herbe +propre à le harceler.</p> + +<p>Il se repose.</p> + +<p>Puis il remonte sa minuscule montre.</p> + +<p>A-t-il fini? Est-elle cassée? Il se repose +encore un peu.</p> + +<p>Il rentre chez lui et ferme sa porte.</p> + +<p>Longtemps il tourne sa clé dans la +serrure délicate.</p> + +<p>Et il écoute:</p> + +<p>Point d'alarme dehors.</p> + +<p>Mais il ne se trouve pas en sûreté.</p> + +<p>Et comme par une chaînette dont la +poulie grince, il descend jusqu'au fond +de la terre.</p> + +<p>On n'entend plus rien.</p> + +<p>Dans la campagne muette, les peupliers +se dressent comme des doigts en +l'air et désignent la lune.</p> + + + + +<h2 id="p25">LES GRENOUILLES</h2> + + +<p>Par brusques détentes, elles exercent +leurs ressorts.</p> + +<p>Elles sautent de l'herbe comme de +lourdes gouttes d'huile frite.</p> + +<p>Elles se posent, presse-papiers de bronze, +sur les larges feuilles du nénuphar.</p> + +<p>L'une se gorge d'air. On mettrait un +sou, par sa bouche, dans la tirelire de son +ventre.</p> + +<p>Elles montent, comme des soupirs, de +la vase.</p> + +<p>Immobiles, elles semblent les gros yeux +à fleur d'eau, les tumeurs de la mare +plate.</p> + +<p>Assises en tailleur, stupéfiées, elles bâillent +au soleil couchant.</p> + +<p>Puis, comme les camelots assourdissants +des rues, elles crient les dernières nouvelles +du soir.</p> + +<p>Parfois, elles happent un insecte.</p> + +<p>Et d'autres ne s'occupent que d'amour.</p> + +<p>Et toutes, elles tentent le pêcheur à la +ligne.</p> + +<p>Je casse, sans difficulté, une gaule. J'ai, +piquée à mon paletot, une épingle que je recourbe en hameçon.</p> + +<p>La ficelle ne me manque pas, Dieu +merci!</p> + +<p>Mais il me faudrait encore un brin de +laine, un bout de n'importe quoi rouge.</p> + +<p>Je cherche sur moi, par terre, au ciel.</p> + +<p>Je ne trouve rien et je regarde mélancoliquement +ma boutonnière fendue, toute +prête, que, sans reproche, on ne se hâte +guère d'orner du ruban rouge.</p> + + + + +<h2 id="p26">LE CRAPAUD</h2> + + +<p>Né d'une pierre, il vit sous une pierre +et s'y creusera un tombeau.</p> + +<p>Je le visite fréquemment, et, chaque fois +que je lève sa pierre, j'ai peur de le retrouver et peur qu'il n'y soit plus.</p> + +<p>Il y est.</p> + +<p>Caché dans ce gîte sec, propre, étroit, +bien à lui, il l'occupe pleinement, gonflé +comme une bourse d'avare.</p> + +<p>Qu'une pluie le fasse sortir, et il vient +au-devant de moi. Quelques sauts lourds, +et il s'arrête sur ses cuisses et me regarde +de ses yeux rougis. Si le monde injuste le +traite en lépreux, je ne crains pas de m'accroupir +près de lui et d'approcher du sien +mon visage d'homme.</p> + +<p>Puis je dompterai un reste de dégoût, +et je te caresserai de ma main, crapaud!</p> + +<p>On en avale dans la vie qui font +plus mal au cœur.</p> + +<p>Pourtant, hier, j'ai manqué de tact. Il +fermentait et suintait, toutes ses verrues +crevées.</p> + +<p>—Mon pauvre ami, lui dis-je, je ne +veux pas te faire de peine, mais, Dieu! +que tu es laid!</p> + +<p>Il ouvrit sa bouche puérile et sans dents, +à l'haleine chaude, et me répondit avec +un léger accent anglais:</p> + +<p>—Et toi?</p> + + + + +<h2 id="p27">LA CHENILLE</h2> + + +<p>Elle sort d'une touffe d'herbe qui l'avait +cachée pendant la chaleur. Elle traverse +l'allée de sable à grandes ondulations. Elle +se garde d'y faire halte et un moment elle +se croit perdue dans une trace de sabot du +jardinier.</p> + +<p>Arrivée aux fraises, elle se repose, lève +le nez de droite et de gauche pour flairer; +puis elle repart et sous les feuilles et sur +les feuilles, elle sait maintenant où elle va.</p> + +<p>Quelle belle chenille, grasse, velue, fourrée, +brune avec des points d'or et ses yeux +noirs!</p> + +<p>Guidée par l'odorat, elle se trémousse et +se fronce comme un épais sourcil.</p> + +<p>Elle s'arrête au bas d'un rosier.</p> + +<p>De ses fines agrafes, elle tâte l'écorce +rude, balance sa petite tête de chien nouveau-né et se décide à grimper.</p> + +<p>Et, cette fois, vous diriez qu'elle avale +péniblement chaque longueur de chemin +par déglutition.</p> + +<p>Tout en haut du rosier, s'épanouit une +rose au teint de candide fillette. Ses parfums qu'elle prodigue la grisent. Elle ne +se défie de personne. Elle laisse monter +par sa tige la première chenille venue. Elle +l'accueille comme un cadeau.</p> + +<p>Et, pressentant qu'il fera froid cette +nuit, elle est bien aise de se mettre un +boa autour du cou.</p> + + + + +<h2 id="p28">LA SAUTERELLE</h2> + + +<p>Serait-ce le gendarme des insectes?</p> + +<p>Tout le jour, elle saute et s'acharne aux +trousses d'invisibles braconniers qu'elle n'attrape jamais.</p> + +<p>Les plus hautes herbes ne l'arrêtent pas.</p> + +<p>Rien ne lui fait peur, car elle a des bottes +de sept lieues, un cou de taureau, le front génial, le ventre d'une carène, des ailes +en celluloïd, des cornes diaboliques et un +grand sabre au derrière.</p> + +<p>Comme on ne peut avoir les vertus d'un +gendarme sans les vices, il faut bien le +dire, la sauterelle chique.</p> + +<p>Si je mens, poursuis-la de tes doigts, +joue avec elle à quatre coins, et quand tu +l'auras saisie, entre deux bonds, sur une +feuille de luzerne, observe sa bouche: Par +ses terribles mandibules, elle sécrète une +mousse noire comme du jus de tabac.</p> + +<p>Mais déjà tu ne la tiens plus. Sa rage +de sauter la reprend. Le monstre vert +t'échappe d'un brusque effort et, fragile, +te laisse une petite cuisse dans la main.</p> + + + + +<h2 id="p29">LA CAGE</h2> + + +<p>Félix ne comprend pas qu'on tienne des +oiseaux prisonniers dans une cage.</p> + +<p>—De même, dit-il, que c'est un crime +de cueillir une fleur, et, personnellement, +je ne veux la respirer que sur sa tige, de +même les oiseaux sont faits pour voler.</p> + +<p>Cependant il achète une cage; il l'accroche +à sa fenêtre. Il y dépose un nid +d'ouate, une soucoupe de graines, une +tasse d'eau pure et renouvelable, une balançoire +et une petite glace.</p> + +<p>Et comme on l'interroge avec surprise:</p> + +<p>—Je me félicite de ma générosité, dit-il, +chaque fois que je regarde cette cage. Je pourrais y mettre un oiseau et je la laisse +vide. Si je voulais, telle grive brune, tel bouvreuil pimpant, qui sautille, ou tel +autre de nos petits oiseaux variés serait esclave. Mais grâce à moi, l'un d'eux au moins +reste libre. C'est toujours ça.</p> + + + + +<h2 id="p30">MERLE!</h2> + + +<p>Dans mon jardin il y a un vieux noyer +presque mort qui fait peur aux petits oiseaux. +Seul un oiseau noir habite ses dernières +feuilles.</p> + +<p>Mais le reste du jardin est plein de jeunes +arbres fleuris où nichent des oiseaux gais, vifs et de toutes les couleurs.</p> + +<p>Et il semble que ces jeunes arbres se +moquent du vieux noyer. A chaque instant, +ils lui lancent, comme des paroles +taquines, une volée d'oiseaux +babillards.</p> + +<p>Tour à tour, pierrots, martins, mésanges +et pinsons le harcèlent. Ils choquent +de l'aile la pointe de ses branches. +L'air crépite de leurs cris menus; puis ils +se sauvent, et c'est une autre bande +importune qui part des jeunes arbres.</p> + +<p>Tant qu'elle peut, elle nargue, piaille, +siffle et s'égosille.</p> + +<p>Ainsi de l'aube au crépuscule, comme +des mots railleurs, pinsons, mésanges, +martins et pierrots s'échappent des jeunes +arbres vers le vieux noyer.</p> + +<p>Mais parfois il s'impatiente, il remue ses +dernières feuilles, lâche son oiseau noir et répond:</p> + +<p>—Merle!</p> + + + + +<h2 id="p31">L'ALOUETTE</h2> + + +<p>Je n'ai jamais vu d'alouette et je me lève +inutilement avec l'aurore. L'alouette n'est +pas un oiseau de la terre.</p> + +<p>Depuis ce matin, je foule les mottes et +les herbes sèches.</p> + +<p>Des bandes de moineaux gris ou de chardonnerets +peints à vif flottent sur les haies +d'épines.</p> + +<p>Le geai passe la revue des arbres dans +un costume de préfecture.</p> + +<p>Une caille rase des luzernes et trace au +cordeau la ligne droite de son vol.</p> + +<p>Derrière le berger qui tricote mieux +qu'une femme, les moutons se suivent et +se ressemblent.</p> + +<p>Et tout s'imprègne d'une lumière si +neuve que le corbeau, qui ne présage rien +de bon, fait sourire.</p> + +<p>Mais écoutez comme j'écoute.</p> + +<p>Entendez-vous quelque part, là-haut, +piler dans une coupe d'or des morceaux +de cristal?</p> + +<p>Qui peut me dire où l'alouette chante?</p> + +<p>Si je regarde en l'air, le soleil brûle mes +yeux.</p> + +<p>Il me faut renoncer à la voir.</p> + +<p>L'alouette vit au ciel, et c'est le seul +oiseau du ciel qui chante jusqu'à nous.</p> + + + + +<h2 id="p32">LE GOUJON</h2> + + +<p>Il remonte le courant d'eau vive et suit +le chemin que tracent les cailloux: car il +n'aime ni la vase, ni les herbes.</p> + +<p>Il aperçoit une bouteille couchée sur un +lit de sable. Elle n'est pleine que d'eau. +J'ai oublié à dessein d'y mettre une amorce. +Le goujon tourne autour, cherche l'entrée +et le voilà pris.</p> + +<p>Je ramène la bouteille et rejette le goujon.</p> + +<p>Plus haut, il entend du bruit. Loin +de fuir, il s'approche, par curiosité. C'est +moi qui m'amuse, piétine dans l'eau et +remue le fond avec une perche, au bord +d'un filet. Le goujon têtu veut passer par +une maille. Il y reste.</p> + +<p>Je lève le filet et rejette le goujon.</p> + +<p>Plus bas, une brusque secousse tend +ma ligne et le bouchon bicolore file entre +deux eaux.</p> + +<p>Je tire et c'est encore lui.</p> + +<p>Je le décroche de l'hameçon et le rejette.</p> + +<p>Cette fois, je ne le verrai plus.</p> + +<p>Il est là, immobile, à mes pieds, sous +l'eau claire. Je distingue sa tête élargie, +son gros œil stupide et sa paire de barbillons.</p> + +<p>Il bâille, la lèvre déchirée, et il respire +fort, après une telle émotion.</p> + +<p>Mais rien ne le corrige.</p> + +<p>Je laisse de nouveau tremper ma ligne +avec le même ver.</p> + +<p>Et aussitôt le goujon mord.</p> + +<p>Lequel de nous deux se lassera le premier?</p> + + + + +<h2 id="p33">LA DEMOISELLE</h2> + + +<p>Elle soigne son ophtalmie.</p> + +<p>D'un bord à l'autre de la rivière, elle +ne fait que tremper dans l'eau fraîche ses +yeux gonflés.</p> + +<p>Et elle grésille, comme si elle volait à +l'électricité.</p> + + + + +<h2 id="p34">LA PIE</h2> + + +<p>Elle était toute noire; mais elle a passé +l'hiver dernier aux champs et il lui reste +de la neige.</p> + + + + +<h2 id="p35">L'ARAIGNÉE</h2> + + +<p>Une petite main poilue crispée sur des +cheveux.</p> + + + + +<h2 id="p36">LE PAPILLON</h2> + + +<p>Ce billet doux plié en deux cherche une +adresse de fleurs.</p> + + + + +<h2 id="p37">LA GUÊPE</h2> + + +<p>Elle finira pourtant par abîmer sa taille!</p> + + + + +<h2 id="p38">LA PUCE</h2> + + +<p>Un grain de tabac à ressort.</p> + + + + +<h2 id="p39">L'ESCARGOT</h2> + + +<p>Dans la saison des rhumes, son cou de +girafe rentré, l'escargot bout comme un +nez plein.</p> + + + + +<h2 id="p40">LE VER</h2> + + +<p>En voilà un qui s'allonge comme une +belle nouille.</p> + + + + +<h2 id="p41">LA COULEUVRE</h2> + + +<p>De quel ventre est-elle tombée, cette +colique?</p> + + + + +<h2 id="p42">LES FOURMIS</h2> + + +<p>Chacune d'elle ressemble au chiffre 3.</p> + +<p>Et il y en a! il y en a!</p> + +<p>Il y en a 333333333333… jusqu'à +l'infini.</p> + + + + +<h2 id="p43">CHAUVES-SOURIS</h2> + + +<p>La nuit s'use à force de servir.</p> + +<p>Elle ne s'use point par le haut, dans ses +étoiles. Elle s'use comme une robe qui +traîne à terre, entre les cailloux et les +arbres, jusqu'au fond des tunnels malsains +et des caves humides.</p> + +<p>Il n'est pas de coin où ne pénètre un +pan de nuit. L'épine le crève, les froids le +gercent, la boue le gâte. Et chaque matin, +quand la nuit remonte, des loques s'en +détachent, accrochées au hasard.</p> + +<p>Ainsi naissent les chauves-souris.</p> + +<p>Et elles doivent à cette origine de ne +pouvoir supporter l'éclat du jour.</p> + +<p>Le soleil couché, quand nous prenons +le frais, elles se décollent des vieilles poutres +où, léthargiques, elles pendaient d'une +griffe.</p> + +<p>Leur vol gauche nous inquiète. D'une +aile baleinée et sans plumes, elles palpitent +autour de nous. Elles se dirigent +moins avec d'inutiles yeux blessés qu'avec +l'oreille.</p> + +<p>Mon amie cache son visage, et moi je +détourne la tête par crainte du choc impur.</p> + +<p>On dit qu'avec plus d'ardeur que notre +amour même, elles nous suceraient le sang +jusqu'à la mort.</p> + +<p>Comme on exagère!</p> + +<p>Elles ne sont pas méchantes. Elles ne +nous touchent jamais.</p> + +<p>Filles de la nuit, elles ne détestent que +les lumières, et, du frôlement de leurs petits +châles funèbres, elles cherchent des bougies +à souffler.</p> + + + + +<h2 id="p44">LE CERF</h2> + + +<p>J'entrai au bois par un bout de l'allée, +comme il arrivait par l'autre bout.</p> + +<p>Je crus d'abord qu'une personne étrangère +s'avançait avec un pot de fleurs.</p> + +<p>Puis je distinguai le petit arbre nain, +aux branches écartées et sans feuilles.</p> + +<p>Enfin le cerf apparut net et nous nous +arrêtâmes tous deux.</p> + +<p>Je lui dis:</p> + +<p>—Approche. Ne crains rien. Si j'ai un +fusil, c'est par contenance, pour imiter les +hommes qui se prennent au sérieux. Je +ne m'en sers jamais et je laisse ses cartouches +dans leur tiroir.</p> + +<p>Le cerf écoutait et flairait mes paroles. +Dès que je me tus, il n'hésita point: ses +jambes remuèrent comme des tiges qu'un +souffle d'air croise et décroise. Il s'enfuit.</p> + +<p>—Quel dommage! lui criai-je. Je rêvais +déjà que nous faisions route ensemble. +Moi, je t'offrais, de ma main, les herbes +que tu aimes, et toi, d'un pas de promenade, +tu portais mon fusil couché sur ta +ramure.</p> + + + + +<h2 id="p45">UNE FAMILLE D'ARBRES</h2> + + +<p>C'est après avoir traversé une plaine +brûlée de soleil que je les rencontre.</p> + +<p>Ils ne demeurent pas au bord de la +route, à cause du bruit. Ils habitent les +champs incultes, sur une source connue +des oiseaux seuls.</p> + +<p>De loin, ils semblent impénétrables. +Dès que j'approche, leurs troncs se desserrent. +Ils m'accueillent avec prudence. +Je peux me reposer, me rafraîchir, mais +je devine qu'ils m'observent et se défient.</p> + +<p>Ils vivent en famille, les plus âgés au +milieu et les petits, ceux dont les premières feuilles viennent de naître, un peu partout, +sans jamais s'écarter.</p> + +<p>Ils mettent longtemps à mourir, et ils +gardent les morts debout jusqu'à la chute +en poussière.</p> + +<p>Ils se flattent de leurs longues branches, +pour s'assurer qu'ils sont tous là, comme +les aveugles. Ils gesticulent de colère si le +vent s'essouffle à les déraciner. Mais entre +eux aucune dispute. Ils ne murmurent que +d'accord.</p> + +<p>Je sens qu'ils doivent être ma vraie +famille. J'oublierai vite l'autre. Ces arbres m'adopteront peu à peu, et pour le mériter +j'apprends ce qu'il faut savoir:</p> + +<p>Je sais déjà regarder les nuages qui +passent.</p> + +<p>Je sais aussi rester en place.</p> + +<p>Et je sais presque me taire.</p> + + + + +<h2>TABLE DES MATIÈRES</h2> + + +<ul> +<li><a href="#p1">Le Chasseur d'images</a></li> +<li><a href="#p2">Les Hirondelles de cheminée</a></li> +<li><a href="#p3">Les Pigeons</a></li> +<li><a href="#p4">La Poule</a></li> +<li><a href="#p5">La Dinde</a></li> +<li><a href="#p6">La Pintade</a></li> +<li><a href="#p7">Canards</a></li> +<li><a href="#p8">Le Paon</a></li> +<li><a href="#p9">L'Oie</a></li> +<li><a href="#p10">Le Cygne</a></li> +<li><a href="#p11">L'Épervier</a></li> +<li><a href="#p12">Le Coq</a></li> +<li><a href="#p13">Le Cochon</a></li> +<li><a href="#p14">Le Bouc</a></li> +<li><a href="#p15">Les Moutons</a></li> +<li><a href="#p16">Le Cheval</a></li> +<li><a href="#p17">Le Chien</a></li> +<li><a href="#p18">La Souris</a></li> +<li><a href="#p19">Les Lapins</a></li> +<li><a href="#p20">L'Ane</a></li> +<li><a href="#p21">Le Bœuf</a></li> +<li><a href="#p22">Le Taureau</a></li> +<li><a href="#p23">Les Mouches d'eau</a></li> +<li><a href="#p24">le Grillon</a></li> +<li><a href="#p25">les Grenouilles</a></li> +<li><a href="#p26">Le Crapaud</a></li> +<li><a href="#p27">La Chenille</a></li> +<li><a href="#p28">La Sauterelle</a></li> +<li><a href="#p29">La Cage</a></li> +<li><a href="#p30">Merle!</a></li> +<li><a href="#p31">L'Alouette</a></li> +<li><a href="#p32">Le Goujon</a></li> +<li><a href="#p33">La Demoiselle</a></li> +<li><a href="#p34">La Pie</a></li> +<li><a href="#p35">L'Araignée</a></li> +<li><a href="#p36">Le Papillon</a></li> +<li><a href="#p37">La Guêpe</a></li> +<li><a href="#p38">La Puce</a></li> +<li><a href="#p39">L'Escargot</a></li> +<li><a href="#p40">Le Ver</a></li> +<li><a href="#p41">La Couleuvre</a></li> +<li><a href="#p42">Les Fourmis</a></li> +<li><a href="#p43">Chauves-Souris</a></li> +<li><a href="#p44">Le Cerf</a></li> +<li><a href="#p45">Une Famille d'Arbres</a></li> +</ul> + +<p class="c"><span class="small">IMPRIMERIE E. FLAMMARION, 26, RUE RACINE, PARIS.</span></p> + +<div class="cbreak"><img src="images/b.png" alt="" /></div> + +<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 44255 ***</div> +</body> +</html> diff --git a/44255-h/images/a.png b/44255-h/images/a.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..023e4e0 --- /dev/null +++ b/44255-h/images/a.png diff --git a/44255-h/images/b.png b/44255-h/images/b.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..165932c --- /dev/null +++ b/44255-h/images/b.png diff --git a/44255-h/images/cover.jpg b/44255-h/images/cover.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..76278ca --- /dev/null +++ b/44255-h/images/cover.jpg |
