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diff --git a/44023-h/44023-h.htm b/44023-h/44023-h.htm
index 64abcce..c07af8d 100644
--- a/44023-h/44023-h.htm
+++ b/44023-h/44023-h.htm
@@ -3,7 +3,7 @@
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- content="text/html;charset=iso-8859-1" />
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<title>
The Project Gutenberg's eBook of Les Romanciers d'aujourd'hui, by Charles le Goffic</title>
@@ -208,50 +208,12 @@
</style>
</head>
<body>
-
-
-<pre>
-
-Project Gutenberg's Les Romanciers d'Aujourd'hui, by Charles Le Goffic
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: Les Romanciers d'Aujourd'hui
-
-Author: Charles Le Goffic
-
-Release Date: October 23, 2013 [EBook #44023]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES ROMANCIERS D'AUJOURD'HUI ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-
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-
-
-
-</pre>
-
+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 44023 ***</div>
<div class="tnote">
-<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
-L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.
-Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.</p></div>
+<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
+L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.
+Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.</p></div>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_I"> I</a></span></p>
@@ -261,27 +223,27 @@ ROMANCIERS<br />
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_II"> II</a></span></p>
-<p class="p4 center">DU MÊME AUTEUR</p>
+<p class="p4 center">DU MÊME AUTEUR</p>
<div class="hanging indent">
-<p><b>Amour breton</b>, poésies, un vol. in-18 jésus
-(Lemerre, édit.).</p>
+<p><b>Amour breton</b>, poésies, un vol. in-18 jésus
+(Lemerre, édit.).</p>
<p><b>Extraits de Saint-Simon</b> (en collaboration
-avec Jules <span class="smcap">Tellier</span>), un vol. in-8 cavalier, illustré,
-avec notes et préface (Delagrave, édit.).</p>
+avec Jules <span class="smcap">Tellier</span>), un vol. in-8 cavalier, illustré,
+avec notes et préface (Delagrave, édit.).</p>
-<p><b>Nouveau traité de versification française</b>
-(en collaboration avec M. Édouard
-<span class="smcap">Thieulin</span>), un vol. in-18 (Masson, édit.).</p>
+<p><b>Nouveau traité de versification française</b>
+(en collaboration avec M. Édouard
+<span class="smcap">Thieulin</span>), un vol. in-18 (Masson, édit.).</p>
-<p class="center">POUR PARAÎTRE PROCHAINEMENT</p>
+<p class="center">POUR PARAÃŽTRE PROCHAINEMENT</p>
-<p><b>Le bois dormant</b>, poésies.</p>
-<p><b>Le crucifié de Keraliès</b>, roman.</p>
+<p><b>Le bois dormant</b>, poésies.</p>
+<p><b>Le crucifié de Keraliès</b>, roman.</p>
</div>
-<p class="end">ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY</p>
+<p class="end">ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY</p>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_III"> III</a></span></p>
@@ -299,13 +261,13 @@ avec notes et préface (Delagrave, édit.).</p>
</div>
<p><span class="large">PARIS</span><br />
-LÉON VANIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR<br />
+LÉON VANIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR<br />
<span class="small">19, <span class="smcap">QUAI SAINT-MICHEL</span>, 19</span></p>
<hr class="deco" />
<p><span class="small">1890</span></p>
-<p class="xs">Tous droits réservés.</p>
+<p class="xs">Tous droits réservés.</p>
</div>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_IV"> IV</a></span><br />
@@ -313,82 +275,82 @@ LÉON VANIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR<br />
<h2>INTRODUCTION</h2>
-<p>Dans les études qui suivent, et dont
-le plan fut concerté entre M. Jules Tellier
-et moi en vue d'une série sur les
-<cite>Ecrivains d'aujourd'hui</cite>, j'ai rangé,
-comme il l'a fait pour les poètes, les romanciers
-contemporains par catégories.
+<p>Dans les études qui suivent, et dont
+le plan fut concerté entre M. Jules Tellier
+et moi en vue d'une série sur les
+<cite>Ecrivains d'aujourd'hui</cite>, j'ai rangé,
+comme il l'a fait pour les poètes, les romanciers
+contemporains par catégories.
On trouvera donc ici des rustiques, des
mondains, des philosophes, des naturalistes,
-des impressionnistes et jusqu'à
+des impressionnistes et jusqu'à
des symbolistes. Je prie qu'on n'attache
-pas plus d'importance à ces catégories
+pas plus d'importance à ces catégories
<span class="pagenum"><a id="Page_VI"> vi</a></span>
-que je n'en attache moi-même. Dans ma
-pensée elles ne sont point arbitraires,
+que je n'en attache moi-même. Dans ma
+pensée elles ne sont point arbitraires,
mais n'ont aussi rien d'absolu. Elles simplifient.
-Par ailleurs, il se présentera fréquemment
-au cours de ces études des
-noms qui ne sont point encore arrivés à
-la notoriété parfaite; je me suis complu
+Par ailleurs, il se présentera fréquemment
+au cours de ces études des
+noms qui ne sont point encore arrivés à
+la notoriété parfaite; je me suis complu
sur ces noms un peu trop, sans doute, et
-au détriment de noms plus connus. Mais
-qu'ajouter à la gloire de M. Zola ou de
-M. Bourget? C'était une maxime de
+au détriment de noms plus connus. Mais
+qu'ajouter à la gloire de M. Zola ou de
+M. Bourget? C'était une maxime de
Pline qu'il faut accorder quelque flatterie
-à l'oreille des jeunes gens, quand surtout
-la matière ne s'y oppose pas trop:
-<i lang="la" xml:lang="la">Sunt quædam adolescentium auribus danda,
-præsertim si materia non refragetur</i>. J'ai
+à l'oreille des jeunes gens, quand surtout
+la matière ne s'y oppose pas trop:
+<i lang="la" xml:lang="la">Sunt quædam adolescentium auribus danda,
+præsertim si materia non refragetur</i>. J'ai
suivi le conseil, quelquefois, et ce qui
serait une faute, si je donnais mon
-livre pour une poétique, ne l'est plus, je
+livre pour une poétique, ne l'est plus, je
<span class="pagenum"><a id="Page_VII"> vii</a></span>
-pense, si mon livre prétend seulement à
-renseigner au plus près et par annotations
+pense, si mon livre prétend seulement à
+renseigner au plus près et par annotations
sur l'ensemble du mouvement contemporain.</p>
-<p>Je dis au plus près, car, hélas! quel
+<p>Je dis au plus près, car, hélas! quel
biais prendre pour parler ici de tous les
-romanciers vivants? «On dit qu'ils sont
-six mille!» s'écriait naguère M. Bergerat.
+romanciers vivants? «On dit qu'ils sont
+six mille!» s'écriait naguère M. Bergerat.
Avec une moyenne de cinq romans
par romancier, c'est donc trente mille
-volumes environ qu'il m'eût fallu dépouiller
-pour écrire mon livre. Je n'ai
+volumes environ qu'il m'eût fallu dépouiller
+pour écrire mon livre. Je n'ai
pas eu ce courage, et l'aurais-je eu que
-ma vie n'eût pas suffi à la tâche<a name="FNanchor_1" id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">&nbsp;[1]</a>. Mais
-le classement que j'ai adopté permettra
+ma vie n'eût pas suffi à la tâche<a name="FNanchor_1" id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">&nbsp;[1]</a>. Mais
+le classement que j'ai adopté permettra
au lecteur de combler cette lacune sans
<span class="pagenum"><a id="Page_VIII"> viii</a></span>
-grande fatigue. Comme, au pistil ou à
-l'étamine, on range une fleur qu'on ne
-connaît point dans sa catégorie naturelle,
-il lui sera aisé de grouper, d'après
+grande fatigue. Comme, au pistil ou à
+l'étamine, on range une fleur qu'on ne
+connaît point dans sa catégorie naturelle,
+il lui sera aisé de grouper, d'après
le style ou le genre d'observation,
tel roman nouveau sous un des chefs
-choisis. A la vérité, l'ordonnance du
+choisis. A la vérité, l'ordonnance du
livre, et aussi des nuances entre les talents,
m'ont fait comprendre un assez
grand nombre de divisions. C'est ainsi
-que les réalistes se sont partagés en naturalistes,
+que les réalistes se sont partagés en naturalistes,
impressionnistes et symbolistes.
Mais, dans le fond, les formules ne
-sont point si variées, et on pourrait les
-ramener toutes au réalisme et à l'idéalisme.
+sont point si variées, et on pourrait les
+ramener toutes au réalisme et à l'idéalisme.
Encore ces deux formules, qui
semblent s'exclure l'une l'autre, se trouvent-elles
souvent fondues dans un
-même romancier. Je n'ai point à décider
+même romancier. Je n'ai point à décider
<span class="pagenum"><a id="Page_IX"> ix</a></span>
-ici de leur supériorité respective;
-c'est affaire aux théoriciens de profession.
-Pour moi, bornant ma tâche à
+ici de leur supériorité respective;
+c'est affaire aux théoriciens de profession.
+Pour moi, bornant ma tâche à
celle d'un humble scholiaste, je me suis
-montré dans ce livre plus soucieux de
+montré dans ce livre plus soucieux de
l'application des formules que des formules
-elles-mêmes.</p>
+elles-mêmes.</p>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_X"> X</a></span>
<span class="pagenumh"><a id="Page_1"> 1</a></span></p>
@@ -404,137 +366,137 @@ LES NATURALISTES</h2>
<p class="summary"><i>Emile Zola.&mdash;Paul Bonnetain.&mdash;Paul
Margueritte.&mdash;G.-H. Rosny.&mdash;Gustave
Guiches.&mdash;Joseph Caraguel.&mdash;Henry
-Fèvre.&mdash;Lucien Descaves.&mdash;Abel Hermant.&mdash;Jules
-Perrin.&mdash;Oscar Métenier.&mdash;Camille
+Fèvre.&mdash;Lucien Descaves.&mdash;Abel Hermant.&mdash;Jules
+Perrin.&mdash;Oscar Métenier.&mdash;Camille
Lemonnier.&mdash;Georges Eckoud.&mdash;Maurice
Talmeyr.&mdash;Philippe Chaperon.&mdash;Henry
-Lavedan.&mdash;Boyer d'Agen.&mdash;Léo
-Rouanet.&mdash;Léo Trézenick.&mdash;Jean
+Lavedan.&mdash;Boyer d'Agen.&mdash;Léo
+Rouanet.&mdash;Léo Trézenick.&mdash;Jean
Blaize.&mdash;Francis Enne.&mdash;Vast-Ricouard.&mdash;Georges
Duval.&mdash;Paul Alexis.&mdash;Henry
-Céard.&mdash;Léon Hennique.&mdash;Guy</i>
+Céard.&mdash;Léon Hennique.&mdash;Guy</i>
<span class="pagenum"><a id="Page_4"> 4</a></span>
-<i>de Maupassant.&mdash;Maurice Montégut.&mdash;Dubut
+<i>de Maupassant.&mdash;Maurice Montégut.&mdash;Dubut
de Laforest.&mdash;Octave Mirbeau.</i></p>
-<p>Je n'ai point à rappeler ici les origines
-du réalisme contemporain. Aussi bien,
+<p>Je n'ai point à rappeler ici les origines
+du réalisme contemporain. Aussi bien,
pourra-t-on se reporter aux manuels de
-M. Ferdinand Brunetière et de M. David-Sauvageot.
-Le réalisme contemporain
-a passé, dans le roman, par trois
-états: le naturalisme, l'impressionnisme,
-et, plus récemment, le symbolisme.
+M. Ferdinand Brunetière et de M. David-Sauvageot.
+Le réalisme contemporain
+a passé, dans le roman, par trois
+états: le naturalisme, l'impressionnisme,
+et, plus récemment, le symbolisme.
Je vous parlerai d'abord des naturalistes.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_5"> 5</a></span></p>
<h3>I</h3>
-<p>&mdash;«Assis devant sa table, les coudes
-parmi les pages du livre en train, écrites
-dans la matinée, il se mit à parler du
-dernier roman de sa série, qu'il avait publié
+<p>&mdash;«Assis devant sa table, les coudes
+parmi les pages du livre en train, écrites
+dans la matinée, il se mit à parler du
+dernier roman de sa série, qu'il avait publié
dans le <cite>Gil-Blas</cite>. Ah! on le lui arrangeait,
-son pauvre bouquin! C'était un
-égorgement, un massacre, toute la critique
-hurlant à ses trousses, une bordée
-d'imprécations, comme s'il eût assassiné
-les gens, à la corne d'un bois. Et il en
-riait, excité plutôt, les épaules solides,
+son pauvre bouquin! C'était un
+égorgement, un massacre, toute la critique
+hurlant à ses trousses, une bordée
+d'imprécations, comme s'il eût assassiné
+les gens, à la corne d'un bois. Et il en
+riait, excité plutôt, les épaules solides,
avec la tranquille carrure du travailleur
<span class="pagenum"><a id="Page_6"> 6</a></span>
-qui sait où il va. Un étonnement seul
+qui sait où il va. Un étonnement seul
lui restait, la profonde inintelligence
-de ces gaillards, dont les articles, bâclés
+de ces gaillards, dont les articles, bâclés
sur des coins de bureau, le couvraient
-de boue, sans paraître soupçonner
+de boue, sans paraître soupçonner
la moindre de ses intentions. Tout
-se trouvait jeté dans le baquet aux injures:
-son étude nouvelle de l'homme
-physiologique, le rôle tout-puissant rendu
-aux milieux, la vaste nature éternellement
-en création, la vie enfin, la vie
+se trouvait jeté dans le baquet aux injures:
+son étude nouvelle de l'homme
+physiologique, le rôle tout-puissant rendu
+aux milieux, la vaste nature éternellement
+en création, la vie enfin, la vie
totale, universelle, qui va d'un bout de
-l'animalité à l'autre, sans haut ni bas,
-sans beauté ni laideur; et les audaces
+l'animalité à l'autre, sans haut ni bas,
+sans beauté ni laideur; et les audaces
de langage, la conviction que tout doit
se dire, qu'il y a des mots abominables
-nécessaires comme des fers rouges,
+nécessaires comme des fers rouges,
qu'une langue sort enrichie de ces bains
de force; et surtout l'acte sexuel, l'origine
-et l'achèvement continu du monde,
+et l'achèvement continu du monde,
<span class="pagenum"><a id="Page_7"> 7</a></span>
-tiré de la honte où on le cache, remis
+tiré de la honte où on le cache, remis
dans sa gloire, sous le soleil. Qu'on se
-fâchât, il l'admettait aisément; mais il
-aurait voulu au moins qu'on lui fît
-l'honneur de comprendre et de se fâcher
-pour ses audaces, non pour les saletés
-imbéciles qu'on lui prêtait.</p>
+fâchât, il l'admettait aisément; mais il
+aurait voulu au moins qu'on lui fît
+l'honneur de comprendre et de se fâcher
+pour ses audaces, non pour les saletés
+imbéciles qu'on lui prêtait.</p>
-<p>Il se tut, envahi d'une tristesse.»&mdash;</p>
+<p>Il se tut, envahi d'une tristesse.»&mdash;</p>
-<p>Et quelqu'un se leva: Maître, dit-il,
-tu parles d'indulgence; hélas, qui en
+<p>Et quelqu'un se leva: Maître, dit-il,
+tu parles d'indulgence; hélas, qui en
eut moins que toi? Et pour que nous te
-comprenions, hélas, que n'as-tu commencé
-par te comprendre toi-même? Il
-n'y a, selon toi, ni beauté ni laideur dans
-les choses. Hélas, les choses existent-elles
+comprenions, hélas, que n'as-tu commencé
+par te comprendre toi-même? Il
+n'y a, selon toi, ni beauté ni laideur dans
+les choses. Hélas, les choses existent-elles
seulement, et crois-tu que la vie dont
tu les animes soit ailleurs qu'en toi? Ta
vision du monde n'est ni plus vraie ni
-plus fausse que la nôtre. C'est toi qui la
-fais. Mais quel prosélytisme fâcheux et
+plus fausse que la nôtre. C'est toi qui la
+fais. Mais quel prosélytisme fâcheux et
<span class="pagenum"><a id="Page_8"> 8</a></span>
-pousse à nous l'imposer! Tout art qui n'a
-pas en soi sa raison d'être se condamne à
-n'être plus. O musicien, nous avons
-frémi quand ta lyre secouait les hymnes
+pousse à nous l'imposer! Tout art qui n'a
+pas en soi sa raison d'être se condamne à
+n'être plus. O musicien, nous avons
+frémi quand ta lyre secouait les hymnes
triomphaux du <cite>Paradou</cite> et les marches
-funèbres de <cite>Germinal</cite>. O peintre, la nature
+funèbres de <cite>Germinal</cite>. O peintre, la nature
t'apparaissait par grandes masses
-concrètes. O sculpteur, le beau et le laid
-se pétrissaient en lumière sous ta main.
-Ton &oelig;uvre entier, poète, n'était que symbole.
+concrètes. O sculpteur, le beau et le laid
+se pétrissaient en lumière sous ta main.
+Ton &oelig;uvre entier, poète, n'était que symbole.
Par quelle aberration en as-tu fait
-cette chose de collège: un traité de sociologie?
+cette chose de collège: un traité de sociologie?
Ah! tout ainsi que nous avons
-applaudi au poète, laisse-nous rire un
+applaudi au poète, laisse-nous rire un
peu du sociologue! Laisse-nous rire de
-ses formules: «Voici la mort de l'antique
-société, la naissance d'une société
-nouvelle. Il n'y a de vérité que dans
-l'étude de l'homme physiologique, déterminé
+ses formules: «Voici la mort de l'antique
+société, la naissance d'une société
+nouvelle. Il n'y a de vérité que dans
+l'étude de l'homme physiologique, déterminé
par le milieu, agissant sous
<span class="pagenum"><a id="Page_9"> 9</a></span>
le jeu de tous ses organes, et c'est cette
-vérité que je vous apporte.» Piètre vérité,
-hélas! Mais cette vérité, si tant est
+vérité que je vous apporte.» Piètre vérité,
+hélas! Mais cette vérité, si tant est
que c'en soit une, d'autres que tu oublies
-l'avaient apportée avant toi. Elle est
+l'avaient apportée avant toi. Elle est
dans Mill, dans Spencer, dans Taine; et
-les Goncourt se vantent de l'avoir appliquée
-les premiers à la littérature. Tu te
-proclames «évolutionniste». Puisque
+les Goncourt se vantent de l'avoir appliquée
+les premiers à la littérature. Tu te
+proclames «évolutionniste». Puisque
tu honores pour chefs les philosophes
-de cette école, que n'as-tu appris d'eux
+de cette école, que n'as-tu appris d'eux
au moins que rien n'est absolu, non pas
-même ton art, maître, dont il t'eût fallu
+même ton art, maître, dont il t'eût fallu
dire en une formule moins hautaine:
-«Prenez et lisez! Voici le mensonge de
-mon imagination.» Et alors, si cruel et
-si triste qu'il eût été, si cruel aux êtres
+«Prenez et lisez! Voici le mensonge de
+mon imagination.» Et alors, si cruel et
+si triste qu'il eût été, si cruel aux êtres
et aux choses, si triste pour nous et pour
-toi, nous eussions ajouté ton rêve d'art
-aux autres rêves où se complurent des
+toi, nous eussions ajouté ton rêve d'art
+aux autres rêves où se complurent des
<span class="pagenum"><a id="Page_10"> 10</a></span>
-imaginations moins amères. La vérité
-est faite de tous ces rêves assemblés.
-Elle n'est dans aucun d'eux pris isolément.
-O maître, c'est en art surtout que
-les systèmes sont vrais par ce qu'ils affirment
+imaginations moins amères. La vérité
+est faite de tous ces rêves assemblés.
+Elle n'est dans aucun d'eux pris isolément.
+O maître, c'est en art surtout que
+les systèmes sont vrais par ce qu'ils affirment
et faux par ce qu'ils nient<a name="FNanchor_2" id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">&nbsp;[2]</a>.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_11"> 11</a></span></p>
@@ -544,11 +506,11 @@ et faux par ce qu'ils nient<a name="FNanchor_2" id="FNanchor_2" href="#Footnote_
<p>Donc, et encore que <cite>Chien-Caillou</cite> soit
de 1847 et M. Champfleury toujours de
ce monde, encore que <cite>Germinie Lacerteux</cite>
-ait précédé l'<cite>Assommoir</cite> et que les
-Goncourt se réclament, avec quelque
-raison, d'avoir donné la formule du premier
+ait précédé l'<cite>Assommoir</cite> et que les
+Goncourt se réclament, avec quelque
+raison, d'avoir donné la formule du premier
roman physiologique, encore que
-«le petit Chose» soit devenu M. Alphonse
+«le petit Chose» soit devenu M. Alphonse
Daudet et que les soixante mille
lectrices de M. Daudet balancent les
cent vingt mille lecteurs de M. Zola, c'est
@@ -557,73 +519,73 @@ bien M. Emile Zola et non M. Alphonse
Daudet, ou M. Edmond de Goncourt, ou
M. Champfleury, que les naturalistes saluent
pour chef. Et, de fait, n'est-ce pas
-lui qui les a menés à l'abordage? N'a-t-il
-point, comme on dit, payé de sa personne
+lui qui les a menés à l'abordage? N'a-t-il
+point, comme on dit, payé de sa personne
en vingt occasions? Et quand M. Champfleury
se retirait dans la caricature, quand
-les Goncourt, vieillis et rebutés, se gardaient
-à l'écart, quand Daudet, ni ami ni
+les Goncourt, vieillis et rebutés, se gardaient
+à l'écart, quand Daudet, ni ami ni
ennemi, attendait de prendre parti que la
-victoire fût décidée, n'a-t-il point crânement
-attaché sa fortune personnelle à celle
-du naturalisme? Epopée! L'idéalisme qui
+victoire fût décidée, n'a-t-il point crânement
+attaché sa fortune personnelle à celle
+du naturalisme? Epopée! L'idéalisme qui
coule bas faisant feu de tous ses sabords,
-la galère naturaliste soutenant le choc,
-renvoyant triple décharge, courant sus et
-maîtresse enfin de la voie, avec Zola pour
-capitaine, Huysmans, Maupassant, Céard,
-Hennique et Alexis pour équipage! La
+la galère naturaliste soutenant le choc,
+renvoyant triple décharge, courant sus et
+maîtresse enfin de la voie, avec Zola pour
+capitaine, Huysmans, Maupassant, Céard,
+Hennique et Alexis pour équipage! La
victoire tourna au triomphe.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_13"> 13</a></span>
-Elle fut féconde en recrues. Aux noms
-précédents vinrent s'ajouter ceux de
+Elle fut féconde en recrues. Aux noms
+précédents vinrent s'ajouter ceux de
Paul Bonnetain, Camille Lemonnier,
-Louis Desprès, Octave Mirbeau, Henri
-Fèvre, G.-H. Rosny, Oscar Méténier,
+Louis Desprès, Octave Mirbeau, Henri
+Fèvre, G.-H. Rosny, Oscar Méténier,
Gustave Guiches, Paul Adam, Lucien
Descaves, Boyer d'Agen, vingt autres,
toute la boucanerie de Kistemakers et
-des éditeurs belges. La convention naturaliste
-(je le rappelle pour mémoire) portait
+des éditeurs belges. La convention naturaliste
+(je le rappelle pour mémoire) portait
que le roman serait impersonnel et
documentaire, ou ne serait pas<a name="FNanchor_3" id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">&nbsp;[3]</a>. Il
-fut. Enquête sociale chez l'un, histoire naturelle
+fut. Enquête sociale chez l'un, histoire naturelle
des familles chez l'autre, le titre
-variait; chez l'un et chez l'autre, c'était,
-sans plus, le même positivisme de tête et la
-même crudité d'exécution. Balzac, dont
-on se réclamait, avait dit: «Un livre
+variait; chez l'un et chez l'autre, c'était,
+sans plus, le même positivisme de tête et la
+même crudité d'exécution. Balzac, dont
+on se réclamait, avait dit: «Un livre
<span class="pagenum"><a id="Page_14"> 14</a></span>
doit amuser ou doit instruire. L'art moderne
admet que l'on peigne pour peindre:
il admet la fantaisie de Callot, la
-statue de la Grèce, le magot de la Chine,
-la vierge de Raphaël, les nymphes de
+statue de la Grèce, le magot de la Chine,
+la vierge de Raphaël, les nymphes de
Rubens, les portraits de Velasquez, le dialogue,
-le récit, toutes les formes, tous
-les genres. Il permet de faire une épopée
+le récit, toutes les formes, tous
+les genres. Il permet de faire une épopée
dans un roman et un roman dans
-une épopée; mais quelque large que soit
-son champ, les lois y règnent, et l'art
-littéraire en France ne pourra jamais
-divorcer avec la raison.» Et il ajoutait:
-Il faut dans tout livre «un <em>sentiment</em>,
-une <em>action</em>, un <em>intérêt</em> qui conduise le
-lecteur, qui le captive et le mène à un
-<em>dénoûment souhaité</em>»<a name="FNanchor_4" id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">&nbsp;[4]</a>. Il avait dit
-cela, Balzac. Mais de ce Balzac-là, si l'on
+une épopée; mais quelque large que soit
+son champ, les lois y règnent, et l'art
+littéraire en France ne pourra jamais
+divorcer avec la raison.» Et il ajoutait:
+Il faut dans tout livre «un <em>sentiment</em>,
+une <em>action</em>, un <em>intérêt</em> qui conduise le
+lecteur, qui le captive et le mène à un
+<em>dénoûment souhaité</em>»<a name="FNanchor_4" id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">&nbsp;[4]</a>. Il avait dit
+cela, Balzac. Mais de ce Balzac-là, si l'on
ne se moqua pas ouvertement, du moins
<span class="pagenum"><a id="Page_15"> 15</a></span>
-n'en fut-il jamais question dans l'école;
-et il est bien sûr, en effet, qu'on prenait
-tout juste le contre-pied de sa théorie,
-encore qu'on fît cas de s'y ranger au plus
+n'en fut-il jamais question dans l'école;
+et il est bien sûr, en effet, qu'on prenait
+tout juste le contre-pied de sa théorie,
+encore qu'on fît cas de s'y ranger au plus
strict. Le sentiment? Vous devez confondre
-avec la sensation dont il est le réflexe.
-L'intérêt? L'action? Seigneur!
-mais où voyez-vous que la vie soit intéressante
-et que les choses s'y dénouent
+avec la sensation dont il est le réflexe.
+L'intérêt? L'action? Seigneur!
+mais où voyez-vous que la vie soit intéressante
+et que les choses s'y dénouent
avec logique? Et alors pourquoi choisir,
et comment? C'est ceci le naturalisme:
au hasard de l'heure et du milieu<a name="FNanchor_5" id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">&nbsp;[5]</a>
@@ -635,105 +597,105 @@ pour cela? Le document.</p>
<h3>III</h3>
-<p>Et le document abonda, médical toujours.
-Nous connûmes l'obstétrique,
-qu'on appelle aussi généthliologie, et la
-sarcologie, et l'ostéologie, et la céphalogie,
-qui sont des sciences à peu près
-honnêtes. Il ne fut plus question du c&oelig;ur
-que comme d'un viscère, et de l'âme
-que par métaphore. Mais on nous renseigna
+<p>Et le document abonda, médical toujours.
+Nous connûmes l'obstétrique,
+qu'on appelle aussi généthliologie, et la
+sarcologie, et l'ostéologie, et la céphalogie,
+qui sont des sciences à peu près
+honnêtes. Il ne fut plus question du c&oelig;ur
+que comme d'un viscère, et de l'âme
+que par métaphore. Mais on nous renseigna
sur les cuisines, les magasins,
les blanchisseries, les lavoirs, les casernes,
les ateliers de couture et les maisons
-de tolérance: celles-ci plus particulièrement
+de tolérance: celles-ci plus particulièrement
<span class="pagenum"><a id="Page_17"> 17</a></span>
-mises à l'épreuve, forcées et
-pénétrées à jour par les maîtres eux-mêmes,
-qui donnèrent des comptes, bâtirent
+mises à l'épreuve, forcées et
+pénétrées à jour par les maîtres eux-mêmes,
+qui donnèrent des comptes, bâtirent
des statistiques, et conclurent
-que les pensionnaires de ces établissements
-avaient des droits réels à l'estime
+que les pensionnaires de ces établissements
+avaient des droits réels à l'estime
publique. M. Yves Guyot, dans la <cite>Lanterne</cite>,
en profita pour demander l'abolition
-de la police des m&oelig;urs. On la renforça
+de la police des m&oelig;urs. On la renforça
d'une brigade. Cependant, de dix
-heures à minuit, on put voir dans les
+heures à minuit, on put voir dans les
brasseries du Quartier-Latin de jeunes
-hommes méditatifs et graves, qui prenaient
+hommes méditatifs et graves, qui prenaient
des notes et fumaient des pipes,
-et qui étaient les Eliacins du naturalisme.
-Et on les reconnaissait d'abord à
+et qui étaient les Eliacins du naturalisme.
+Et on les reconnaissait d'abord à
ces deux traits: qu'ils appelaient George
-Sand «laveuse de vaisselle» et disaient
-«poigner» pour poindre. Rentrés chez
-eux, ils rédigeaient leurs notes. Mais
+Sand «laveuse de vaisselle» et disaient
+«poigner» pour poindre. Rentrés chez
+eux, ils rédigeaient leurs notes. Mais
<span class="pagenum"><a id="Page_18"> 18</a></span>
ils soignaient surtout les imparfaits.
-Ainsi parurent des <cite>Gouines</cite>, des <cite>Traînées</cite>
-et jusqu'à des <cite>Salopes</cite>. Et des éditeurs
+Ainsi parurent des <cite>Gouines</cite>, des <cite>Traînées</cite>
+et jusqu'à des <cite>Salopes</cite>. Et des éditeurs
belges estampillaient ces petites polissonneries
-documentaires, où des collégiens
-gâteux et de vieilles dames en enfance
+documentaires, où des collégiens
+gâteux et de vieilles dames en enfance
s'instruisirent au vice pour 3 fr. 50.</p>
<p>Un de ces Eliacins, qui est sorti depuis
avec quelque tapage du naturalisme,
-M. Paul Adam, écrivait récemment ces
-lignes: «A l'époque des grands triomphes
-médaniens, une nuée de jeunes gens se
-groupèrent autour du Maître. Forts de
-la poétique, préconisant les &oelig;uvres documentaires
-et le mépris de la rhétorique,
-ces ambitieux man&oelig;uvres créèrent
-une littérature de reportage qui, depuis
-dix ans, nous harcèle. Chaque éphèbe,
-soucieux de prendre l'absinthe à Tortoni
-en société de gens connus, bloqua
+M. Paul Adam, écrivait récemment ces
+lignes: «A l'époque des grands triomphes
+médaniens, une nuée de jeunes gens se
+groupèrent autour du Maître. Forts de
+la poétique, préconisant les &oelig;uvres documentaires
+et le mépris de la rhétorique,
+ces ambitieux man&oelig;uvres créèrent
+une littérature de reportage qui, depuis
+dix ans, nous harcèle. Chaque éphèbe,
+soucieux de prendre l'absinthe à Tortoni
+en société de gens connus, bloqua
<span class="pagenum"><a id="Page_19"> 19</a></span>
sous la couverture d'un volume toutes
-les puériles turpitudes de son existence
-bourgeoise, et, sous le prétexte de franchise,
-fit abstraction d'habileté inventive,
-de composition, d'écriture»<a name="FNanchor_6" id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">&nbsp;[6]</a>. L'aveu
-est à retenir, aujourd'hui que ces mêmes
-éphèbes, espoir de l'école, par besoin
+les puériles turpitudes de son existence
+bourgeoise, et, sous le prétexte de franchise,
+fit abstraction d'habileté inventive,
+de composition, d'écriture»<a name="FNanchor_6" id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">&nbsp;[6]</a>. L'aveu
+est à retenir, aujourd'hui que ces mêmes
+éphèbes, espoir de l'école, par besoin
d'expansion, vagabondage, caprice, etc.,
-ont brisé leur longe et crié franchise.
+ont brisé leur longe et crié franchise.
On se souvient encore du bruit que fit,
-l'an passé, la fameuse <cite>Déclaration des
+l'an passé, la fameuse <cite>Déclaration des
Cinq</cite>. La publication de <cite>La Terre</cite> avait
-ému ces jeunes gens; ils protestèrent
+ému ces jeunes gens; ils protestèrent
contre la scatologie montante, le sadisme
-cérébral de M. Zola, et firent savoir
-à l'Europe que le grand chef de
-l'école naturaliste était affligé d'une maladie
-lombaire qui expliquait ses débordements
+cérébral de M. Zola, et firent savoir
+à l'Europe que le grand chef de
+l'école naturaliste était affligé d'une maladie
+lombaire qui expliquait ses débordements
<span class="pagenum"><a id="Page_20"> 20</a></span>
-sans les excuser; qu'étant, eux,
-personnellement sains et bien constitués,
+sans les excuser; qu'étant, eux,
+personnellement sains et bien constitués,
il n'y avait plus de raison pour
-qu'ils évacuassent dans leurs &oelig;uvres le
-trop-plein de leur sensualité; qu'il était
-temps de réagir; qu'ils en avaient assez
+qu'ils évacuassent dans leurs &oelig;uvres le
+trop-plein de leur sensualité; qu'il était
+temps de réagir; qu'ils en avaient assez
du roman-exutoire; que le public partageait
-cette lassitude; et qu'en conséquence,
+cette lassitude; et qu'en conséquence,
rompant le cordon, ils revenaient
-aux bonnes m&oelig;urs et à la propreté
-littéraire dont ils n'auraient jamais
-dû se départir. Ces cinq s'appelaient
+aux bonnes m&oelig;urs et à la propreté
+littéraire dont ils n'auraient jamais
+dû se départir. Ces cinq s'appelaient
Paul Bonnetain, G.-H. Rosny, Paul Margueritte,
Lucien Descaves et Gustave
-Guiches. On s'étonna bien un peu dans
-la presse que leur déclaration affectât
-une allure de généralité. Ces cinq parlaient
-juste comme s'ils avaient été cinq
+Guiches. On s'étonna bien un peu dans
+la presse que leur déclaration affectât
+une allure de généralité. Ces cinq parlaient
+juste comme s'ils avaient été cinq
cents, et pourtant il manquait des noms
-autorisés au bas de leur déclaration, et
+autorisés au bas de leur déclaration, et
<span class="pagenum"><a id="Page_21"> 21</a></span>
d'abord ceux de M. de Maupassant et de
-M. Mirbeau. Et l'on chercha aussi d'où
-avaient pu venir à ces messieurs des
+M. Mirbeau. Et l'on chercha aussi d'où
+avaient pu venir à ces messieurs des
scrupules si honorables.</p>
<p>M. Rosny? C'est l'auteur de l'<cite>Immolation</cite>.
@@ -746,155 +708,155 @@ quatre</cite>. Sujet: le saphisme.</p>
s'amuse</cite>. Sujet: l'onanisme.</p>
<p>Seuls, M. Guiches et M. Descaves pouvaient
-prétendre dans le groupe à une
-chasteté relative. Encore le premier a-t-il
+prétendre dans le groupe à une
+chasteté relative. Encore le premier a-t-il
commis quelques pages sur les maladies
-honteuses où il ne faudrait point trop
-s'arrêter; et, pour le second, s'il n'apporte
-point de crudité aux sentiments et aux
+honteuses où il ne faudrait point trop
+s'arrêter; et, pour le second, s'il n'apporte
+point de crudité aux sentiments et aux
passions, il ne laisse point que de prendre
sa revanche avec les mots. Et voyez
l'ironie: quand, des cinq protestataires
<span class="pagenum"><a id="Page_22"> 22</a></span>
du <cite>Figaro</cite>, trois, les moins en droit justement
de signer cette protestation, pour
-leur primitive complaisance à traiter des
-sujets médicaux ou simplement obscènes,
+leur primitive complaisance à traiter des
+sujets médicaux ou simplement obscènes,
MM. Bonnetain, Rosny et Margueritte,
rompaient franchement leurs attaches et
publiaient par la suite des &oelig;uvres d'une
-très vigoureuse personnalité, telles que
-<cite>En mer</cite>, <cite>Pascal Géfosse</cite> ou <cite>Marc Fane</cite>,
+très vigoureuse personnalité, telles que
+<cite>En mer</cite>, <cite>Pascal Géfosse</cite> ou <cite>Marc Fane</cite>,
M. Guiches et M. Descaves, dont une
-attitude presque décente légitimait les
-scrupules, la déclaration signée, n'en conservaient
+attitude presque décente légitimait les
+scrupules, la déclaration signée, n'en conservaient
pas moins dans leurs livres tous
-les vieux procédés de l'école, s'attardaient
-au moule suranné de la phrase naturaliste,
-aux descriptions, aux antithèses, aux hyperboles,
+les vieux procédés de l'école, s'attardaient
+au moule suranné de la phrase naturaliste,
+aux descriptions, aux antithèses, aux hyperboles,
donnaient dans le trompe-l'&oelig;il
-de l'hérédité, et gardaient ineffaçablement
+de l'hérédité, et gardaient ineffaçablement
sur eux la dure et rude empreinte
-du maître qu'ils venaient de renier.</p>
+du maître qu'ils venaient de renier.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_23"> 23</a></span></p>
<h3>IV</h3>
-<p>M. Bonnetain a publié, depuis <cite>Charlot
-s'amuse</cite> (qu'il reconnaît très gentiment
-pour un péché de jeunesse), un
+<p>M. Bonnetain a publié, depuis <cite>Charlot
+s'amuse</cite> (qu'il reconnaît très gentiment
+pour un péché de jeunesse), un
certain nombre de romans impressionnistes
et exotiques, dont <cite>En mer</cite>, qui se
distingue par le pittoresque de la description
-et l'attachante simplicité du
-thème<a name="FNanchor_7" id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">&nbsp;[7]</a>. Deux passagers, inconnus la
+et l'attachante simplicité du
+thème<a name="FNanchor_7" id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">&nbsp;[7]</a>. Deux passagers, inconnus la
veille, et qu'un hasard de voyage rapproche
-sur le même paquebot, Georges
+sur le même paquebot, Georges
<span class="pagenum"><a id="Page_24"> 24</a></span>
-le Teil et la jolie Mme d'Hénoy, se
-prennent d'amour à contempler de compagnie
+le Teil et la jolie Mme d'Hénoy, se
+prennent d'amour à contempler de compagnie
l'ensorcelant et magique visage
-de la mer. Avec la charmeresse disparaît
-le charme. Touché terre, l'idylle agonise
-dans une mutuelle indifférence; les deux
+de la mer. Avec la charmeresse disparaît
+le charme. Touché terre, l'idylle agonise
+dans une mutuelle indifférence; les deux
amoureux ont un peu cette stupeur des
-gens réveillés à qui l'on raconte ce qu'ils
+gens réveillés à qui l'on raconte ce qu'ils
ont dit en dormant. C'est tout. Cela
n'est rien, vous voyez, et c'est d'une
-mélancolie étrange qui fait songer à
+mélancolie étrange qui fait songer à
Loti. Ou je me trompe, ou M. Bonnetain,
qui est jeune encore, s'annonce comme
-un des maîtres du roman impressionniste.</p>
+un des maîtres du roman impressionniste.</p>
-<p>Je ferai des compliments analogues à
-M. Margueritte. Son livre de début,
-<cite>Tous quatre</cite>, était un peu bien touffu,
-pénible d'ensemble, encore qu'éclairci
+<p>Je ferai des compliments analogues à
+M. Margueritte. Son livre de début,
+<cite>Tous quatre</cite>, était un peu bien touffu,
+pénible d'ensemble, encore qu'éclairci
par endroits de belles pages descriptives.
<span class="pagenum"><a id="Page_25"> 25</a></span>
-Mais de son dernier livre<a name="FNanchor_8" id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">&nbsp;[8]</a>, <cite>Pascal Géfosse</cite>,
-il n'y a qu'à louer la simple ordonnance
-et le tour délicat. Voici la
-donnée, assez voisine de celle d'<cite>En mer</cite>.
-Le romancier à la mode, Pascal Géfosse,
+Mais de son dernier livre<a name="FNanchor_8" id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">&nbsp;[8]</a>, <cite>Pascal Géfosse</cite>,
+il n'y a qu'à louer la simple ordonnance
+et le tour délicat. Voici la
+donnée, assez voisine de celle d'<cite>En mer</cite>.
+Le romancier à la mode, Pascal Géfosse,
rencontre sur l'entrepont du paquebot
d'Alger-Marseille la femme d'un de ses
-anciens camarades de collège, devenu
-député; et quoiqu'il rie bien haut des
-amours «coup de foudre», il se sent
+anciens camarades de collège, devenu
+député; et quoiqu'il rie bien haut des
+amours «coup de foudre», il se sent
brusquement et irraisonnablement pris
-au charme des yeux et à la grâce naturelle
+au charme des yeux et à la grâce naturelle
et douce de cette femme qu'une
impulsion analogue fait sienne presque
-en même temps. Il y a dans ces pages
-une psychologie très attentive et très
-sûre. Le caractère de Géfosse est fouillé
-jusqu'aux replis, et les hésitations, le
+en même temps. Il y a dans ces pages
+une psychologie très attentive et très
+sûre. Le caractère de Géfosse est fouillé
+jusqu'aux replis, et les hésitations, le
<span class="pagenum"><a id="Page_26"> 26</a></span>
trouble, la lutte et la chute finale de sa
-maîtresse sont déduits avec une logique
-supérieure<a name="FNanchor_9" id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">&nbsp;[9]</a>.</p>
+maîtresse sont déduits avec une logique
+supérieure<a name="FNanchor_9" id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">&nbsp;[9]</a>.</p>
<p><cite>Marc Fane</cite>, le meilleur roman de M.
Rosny<a name="FNanchor_10" id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">&nbsp;[10]</a>, pour si personnels qu'en
-soient le fond et la forme, me plaît moins.
-M. Rosny fait un abus déplorable de sa
-science. Si l'on ne connaît la chimie, la
+soient le fond et la forme, me plaît moins.
+M. Rosny fait un abus déplorable de sa
+science. Si l'on ne connaît la chimie, la
physique, la statique, la balistique et la
-cryptologie, il est bien malaisé de l'entendre.
-Sa phrase, endimanchée de ces
+cryptologie, il est bien malaisé de l'entendre.
+Sa phrase, endimanchée de ces
gros termes, a les allures solennelles et
gourdes des phrases d'instituteur. Il n'y
a que ces fonctionnaires et M. Rosny
-pour écrire «un crâne de mégalocéphale»
+pour écrire «un crâne de mégalocéphale»
<span class="pagenum"><a id="Page_27"> 27</a></span>
-au lieu d'un grand crâne; et s'ils veulent
+au lieu d'un grand crâne; et s'ils veulent
dire la bienfaisante influence du
printemps, il n'y a encore que M. Rosny
-et eux pour assurer que «la palingénésie
-universelle renouvelle les globules».
-Malgré tout, lisez Rosny. Ses livres enferment
-d'indéniables qualités de pensée
-et de réflexion. Et, par exemple,
-dans cette causerie du début, entre Marc
-et Honoré Fane, sur «les lieux communs
-du rêve», que de petits faits significatifs
-et bien observés! Je regrette seulement
-que M. Rosny ait ramené toutes
-ses explications à la physiologie. Vous
-me dites que tel songe, «plein d'un tas
-de choses révoltantes»,<a name="FNanchor_11" id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">&nbsp;[11]</a> provient de
+et eux pour assurer que «la palingénésie
+universelle renouvelle les globules».
+Malgré tout, lisez Rosny. Ses livres enferment
+d'indéniables qualités de pensée
+et de réflexion. Et, par exemple,
+dans cette causerie du début, entre Marc
+et Honoré Fane, sur «les lieux communs
+du rêve», que de petits faits significatifs
+et bien observés! Je regrette seulement
+que M. Rosny ait ramené toutes
+ses explications à la physiologie. Vous
+me dites que tel songe, «plein d'un tas
+de choses révoltantes»,<a name="FNanchor_11" id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">&nbsp;[11]</a> provient de
<span class="pagenum"><a id="Page_28"> 28</a></span>
telle position du corps. J'entends bien;
mais s'il faut m'expliquer comment le
-plus honnête homme du monde peut
+plus honnête homme du monde peut
s'abandonner dans le sommeil aux songes
-les moins honnêtes qui soient, c'est
-où va chopper votre physiologie. Hélas!
+les moins honnêtes qui soient, c'est
+où va chopper votre physiologie. Hélas!
qu'est-ce que cette conscience absente
du sommeil, qui n'y guide et n'y critique
point nos actes, qui fait de nous
-les frères amoraux des bêtes, et qui ne
-s'éveille qu'au jour et à la réflexion? Et
+les frères amoraux des bêtes, et qui ne
+s'éveille qu'au jour et à la réflexion? Et
pourquoi cette double vie? Et si ce ne serait
-pas, comme les matérialistes le veulent,
-que la moitié au moins, sinon toutes
+pas, comme les matérialistes le veulent,
+que la moitié au moins, sinon toutes
les lois de conscience, sont d'acquisition
et d'appropriation aux besoins
-sociaux? Car, quelle différence du crime
-qu'endormi je commets avec tranquillité
-d'âme, au crime d'un Gamahut éveillé et
-lucide en qui la conscience n'a pas parlé
+sociaux? Car, quelle différence du crime
+qu'endormi je commets avec tranquillité
+d'âme, au crime d'un Gamahut éveillé et
+lucide en qui la conscience n'a pas parlé
<span class="pagenum"><a id="Page_29"> 29</a></span>
-plus qu'à moi pendant le sommeil? Ceux-là
-sont logiques avec eux-mêmes qui,
+plus qu'à moi pendant le sommeil? Ceux-là
+sont logiques avec eux-mêmes qui,
pour ne point nier la conscience, font
-porter à l'homme éveillé la responsabilité
+porter à l'homme éveillé la responsabilité
des fautes qu'il a commises endormi.
-«Le sommeil de l'homme, dit l'un d'eux,
-est plein de péchés; il y perpètre des
-forfaits de volition dont il doit compte».
+«Le sommeil de l'homme, dit l'un d'eux,
+est plein de péchés; il y perpètre des
+forfaits de volition dont il doit compte».
Et je ne vois en effet que ce moyen pour
mettre d'accord la raison et la foi.</p>
@@ -903,47 +865,47 @@ mettre d'accord la raison et la foi.</p>
<h3>V</h3>
<p>J'arrive au gros du bataillon naturaliste,
-MM. Guiches, Fèvre, Descaves,
-Méténier, Lemonnier, Chaperon, etc.</p>
+MM. Guiches, Fèvre, Descaves,
+Méténier, Lemonnier, Chaperon, etc.</p>
<p>M. Guiches a un vif sentiment des
-choses et des êtres de nature. <cite>Céleste
+choses et des êtres de nature. <cite>Céleste
Prudhommat</cite> et <cite>L'ennemi</cite> sont des livres
consciencieux et massifs qui mettent en
-scène des m&oelig;urs villageoises correctement
-observées. A ce compte, on le
-retrouvera dans les rustiques, à côté,
+scène des m&oelig;urs villageoises correctement
+observées. A ce compte, on le
+retrouvera dans les rustiques, à côté,
sinon un peu au-dessus d'un autre naturaliste,
-M. Caraguel, qu'on vit préluder
+M. Caraguel, qu'on vit préluder
<span class="pagenum"><a id="Page_31"> 31</a></span>
-à l'étude des champs par celle du <cite>Boul-Mich</cite>.</p>
+à l'étude des champs par celle du <cite>Boul-Mich</cite>.</p>
-<p>M. Fèvre eut pour début un volume
+<p>M. Fèvre eut pour début un volume
en collaboration avec ce pauvre Louis
-Desprès, qu'une législation imbécile
-mena demi-mort à Saint-Lazare. On
+Desprès, qu'une législation imbécile
+mena demi-mort à Saint-Lazare. On
lui doit, entre autres livres personnels,
-<cite>Au port d'armes</cite>, où il y a sous l'enflure
-des mots quelques bonnes qualités d'analyse.</p>
+<cite>Au port d'armes</cite>, où il y a sous l'enflure
+des mots quelques bonnes qualités d'analyse.</p>
-<p>De M. Descaves je ne dirai rien, et à
-la vérité je ne goûte guère ses truculences
-de style, son débraillement, ses allures
+<p>De M. Descaves je ne dirai rien, et à
+la vérité je ne goûte guère ses truculences
+de style, son débraillement, ses allures
d'adjudant gueuleur et casseur
-de vitres qui se rue sur la littérature
-comme sur un matelas. Il a publié les
-<cite>Misères du sabre</cite><a name="FNanchor_12" id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">&nbsp;[12]</a> qui est une insulte
-en trois cents pages à l'armée.
+de vitres qui se rue sur la littérature
+comme sur un matelas. Il a publié les
+<cite>Misères du sabre</cite><a name="FNanchor_12" id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">&nbsp;[12]</a> qui est une insulte
+en trois cents pages à l'armée.
<span class="pagenum"><a id="Page_32"> 32</a></span>
-Cela n'a point choqué outre mesure. Nos
-romanciers ne sont point tendres au métier
+Cela n'a point choqué outre mesure. Nos
+romanciers ne sont point tendres au métier
militaire: un de plus, un de moins,
il n'importe. Car rappelez-vous le <cite>Cavalier
Miserey</cite> de M. Abel Hermant<a name="FNanchor_13" id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">&nbsp;[13]</a>,
-<cite>Au port d'armes</cite> de M. Fèvre, <cite>P&oelig;uf</cite> de M.
-Hennique, <cite>Fusil chargé</cite> de M. Mouton, le
-<cite>Nommé Perreux</cite> de M. Bonnetain, la <cite>Croix</cite>
-de M. Méténier, le <cite>Calvaire</cite> de M. Mirbeau,
+<cite>Au port d'armes</cite> de M. Fèvre, <cite>P&oelig;uf</cite> de M.
+Hennique, <cite>Fusil chargé</cite> de M. Mouton, le
+<cite>Nommé Perreux</cite> de M. Bonnetain, la <cite>Croix</cite>
+de M. Méténier, le <cite>Calvaire</cite> de M. Mirbeau,
le <cite>Canon</cite> de M. Jules Perrin<a name="FNanchor_14" id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">&nbsp;[14]</a>,
livres de rancunes, les uns, ou de
foi triste et souffrante (ce qui vaut
@@ -951,116 +913,116 @@ foi triste et souffrante (ce qui vaut
mieux), les autres<a name="FNanchor_15" id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">&nbsp;[15]</a>. Et c'est un ironique
contraste, si l'on se rappelle encore
que M. Bourget, dans cette curieuse
-étude qu'il publia, à vingt et un ans et
-au lendemain de nos désastres, sur le
-roman naturaliste et le roman piétiste<a name="FNanchor_16" id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">&nbsp;[16]</a>,
+étude qu'il publia, à vingt et un ans et
+au lendemain de nos désastres, sur le
+roman naturaliste et le roman piétiste<a name="FNanchor_16" id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">&nbsp;[16]</a>,
cherchant ce que serait le roman
de l'avenir et quelles conditions il lui
-faudrait observer, faisait ingénuement
-du patriotisme la première de ces conditions.</p>
+faudrait observer, faisait ingénuement
+du patriotisme la première de ces conditions.</p>
-<p>M. Méténier, dans ses livres: la <cite>Chair</cite>,
-la <cite>Grâce</cite>, la <cite>Croix</cite>, <cite>Bohème bourgeoise</cite>,
-montre un réalisme net et cruel qui n'est
+<p>M. Méténier, dans ses livres: la <cite>Chair</cite>,
+la <cite>Grâce</cite>, la <cite>Croix</cite>, <cite>Bohème bourgeoise</cite>,
+montre un réalisme net et cruel qui n'est
<span class="pagenum"><a id="Page_34"> 34</a></span>
-pas sans mérite. (Voyez particulièrement
-<cite>Bohème bourgeoise</cite>)<a name="FNanchor_17" id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">&nbsp;[17]</a>.</p>
+pas sans mérite. (Voyez particulièrement
+<cite>Bohème bourgeoise</cite>)<a name="FNanchor_17" id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">&nbsp;[17]</a>.</p>
-<p>M. Camille Lemonnier a touché à
+<p>M. Camille Lemonnier a touché à
tous les genres ou presque, histoire,
-géographie, critique d'art, etc. Dans le
+géographie, critique d'art, etc. Dans le
roman, on cite de lui les <cite>Concubins</cite> et
-<cite>Madame Lupar</cite><a name="FNanchor_18" id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">&nbsp;[18]</a>, d'une langue imagée
-et forte jusqu'à la brutalité.</p>
+<cite>Madame Lupar</cite><a name="FNanchor_18" id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">&nbsp;[18]</a>, d'une langue imagée
+et forte jusqu'à la brutalité.</p>
<p>Il y a enfin de l'observation, sous des
violences, dans le <cite>Grisou</cite> de M. Maurice
Talmeyr, <cite>Argine Lamiral</cite> de M. Chaperon,
<cite>Mademoiselle Vertu</cite> de M. Henri Lavedan,
-<cite>Ahénobarda</cite> et la <cite>Gouine</cite> de M. Boyer
-d'Agen, <cite>Chambre d'hôtel</cite> de M. Léo
+<cite>Ahénobarda</cite> et la <cite>Gouine</cite> de M. Boyer
+d'Agen, <cite>Chambre d'hôtel</cite> de M. Léo
<span class="pagenum"><a id="Page_35"> 35</a></span>
-Rouanet, la <cite>Jupe</cite> de M. Trézenick, les
-<cite>Planches</cite> de M. Jean Blaize. Peut-être
+Rouanet, la <cite>Jupe</cite> de M. Trézenick, les
+<cite>Planches</cite> de M. Jean Blaize. Peut-être
aussi conviendrait-il de rattacher au naturalisme
-quelques écrivains plus âgés,
-et dont les débuts ont précédé ceux de
-l'école ou qui se sont rangés sur le tard
-à son éthique: ainsi M. Francis Enne
-(<cite>Brutalités</cite>), MM. Vast-Ricouard (<cite>Claire
+quelques écrivains plus âgés,
+et dont les débuts ont précédé ceux de
+l'école ou qui se sont rangés sur le tard
+à son éthique: ainsi M. Francis Enne
+(<cite>Brutalités</cite>), MM. Vast-Ricouard (<cite>Claire
Aubertin</cite>, la <cite>Vieille garde</cite>, <cite>Madame Lavernon</cite>),
-M. Georges Duval (la <cite>Prétentaine</cite>,
-<cite>Une virginité</cite>).</p>
+M. Georges Duval (la <cite>Prétentaine</cite>,
+<cite>Une virginité</cite>).</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_36"> 36</a></span></p>
<h3>VI</h3>
<p>Mais les disciples chers au c&oelig;ur du
-maître, les vrais fidèles et éternellement,
-ne sont point là. Ils s'appellent Paul
-Alexis, Henry Céard et Léon Hennique.
-Des deux autres combattants de la première
+maître, les vrais fidèles et éternellement,
+ne sont point là. Ils s'appellent Paul
+Alexis, Henry Céard et Léon Hennique.
+Des deux autres combattants de la première
heure, l'un, M. Huysmans (Joris-Karl),
-s'est jeté dans la traverse symboliste
-et est devenu à son tour chef de
+s'est jeté dans la traverse symboliste
+et est devenu à son tour chef de
bande; et M. de Maupassant, son talent
-sain et vigoureux a tranché trop vite
-sur l'honnête médiocrité des disciples
-pour qu'on puisse le considérer autrement
+sain et vigoureux a tranché trop vite
+sur l'honnête médiocrité des disciples
+pour qu'on puisse le considérer autrement
<span class="pagenum"><a id="Page_37"> 37</a></span>
-qu'en lui-même et dans sa pleine
+qu'en lui-même et dans sa pleine
possession. On le retrouvera plus loin et
-isolé.</p>
+isolé.</p>
-<p>Pour M. Alexis, qu'il est passé en
+<p>Pour M. Alexis, qu'il est passé en
habitude de traiter de bourrique naturaliste,
il ne l'est point tant qu'on dit, je
pense. Il a eu du talent, au moins une
fois, en 1875, dans une petite nouvelle
-intitulée <cite>Blanche d'Entrecasteaux</cite>, qu'il a
-justement négligé de recueillir, et c'est
-bien regrettable pour la réputation de
+intitulée <cite>Blanche d'Entrecasteaux</cite>, qu'il a
+justement négligé de recueillir, et c'est
+bien regrettable pour la réputation de
Trublot.</p>
-<p>M. Céard est l'auteur d'<cite>Une belle journée</cite>.
+<p>M. Céard est l'auteur d'<cite>Une belle journée</cite>.
Mme Duhamain, bourgeoise en mal
-d'amour, s'est laissée prendre aux gilets
-à fleur et au parler sentimental d'un
-courtier en vins nommé Trudon. Elle
+d'amour, s'est laissée prendre aux gilets
+à fleur et au parler sentimental d'un
+courtier en vins nommé Trudon. Elle
accepte un rendez-vous, entre au bras
de Trudon dans un restaurant de Bercy,
-déguste du vin blanc et des huîtres, engloutit
+déguste du vin blanc et des huîtres, engloutit
<span class="pagenum"><a id="Page_38"> 38</a></span>
une sole normande, des petits
pois, du fromage et de la frangipane;
et la grande ironie du livre, c'est que
-tous ces prolégomènes n'aboutissent,
-chez Mme Duhamain, qu'à un éc&oelig;urement
-stomachique où sombrent ses idées
-d'amour. Depuis <cite>Une belle journée</cite>,
-M. Céard n'a publié aucun roman.
-«Cette affirmation de sa personnalité
-faite et bien faite, dit M. Geffroy, Céard
-revint à ses bureaucratiques occupations
-et garda le silence»<a name="FNanchor_19" id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">&nbsp;[19]</a>.</p>
+tous ces prolégomènes n'aboutissent,
+chez Mme Duhamain, qu'à un éc&oelig;urement
+stomachique où sombrent ses idées
+d'amour. Depuis <cite>Une belle journée</cite>,
+M. Céard n'a publié aucun roman.
+«Cette affirmation de sa personnalité
+faite et bien faite, dit M. Geffroy, Céard
+revint à ses bureaucratiques occupations
+et garda le silence»<a name="FNanchor_19" id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">&nbsp;[19]</a>.</p>
<p>Reste M. Hennique. Celui-ci est un
-mâle, comme on dit dans l'école, et qui
-porte allègrement un bagage déjà lourd.
-Je signalerai seulement <cite>Dévouée</cite> et <cite>P&oelig;uf</cite>,
+mâle, comme on dit dans l'école, et qui
+porte allègrement un bagage déjà lourd.
+Je signalerai seulement <cite>Dévouée</cite> et <cite>P&oelig;uf</cite>,
qui est l'histoire d'un brave homme de
-sapeur condamné à mort pour avoir
-volé un mouchoir bleu. La chanteuse
+sapeur condamné à mort pour avoir
+volé un mouchoir bleu. La chanteuse
<span class="pagenum"><a id="Page_39"> 39</a></span>
-Thérésa et le nouvelliste Becquet avaient
-déjà pris la défense du pauvre troubade.
+Thérésa et le nouvelliste Becquet avaient
+déjà pris la défense du pauvre troubade.
Mais le colonel demeure intraitable dans
le roman comme dans la nouvelle, et
dans la nouvelle comme dans la chanson.
-Et P&oelig;uf continue à être fusillé. M. Hennique
-a une corde à sa lyre que n'ont
-point ses confrères en naturalisme, le
+Et P&oelig;uf continue à être fusillé. M. Hennique
+a une corde à sa lyre que n'ont
+point ses confrères en naturalisme, le
sentiment, et il en tire d'assez jolies
notes, parfois.</p>
@@ -1068,215 +1030,215 @@ notes, parfois.</p>
<h3>VII</h3>
-<p>Et enfin, voici un maître: M. Guy de
+<p>Et enfin, voici un maître: M. Guy de
Maupassant. D'observateur plus net et
-plus précis des menues choses de l'existence,
-je n'en connais et il n'en est peut-être
+plus précis des menues choses de l'existence,
+je n'en connais et il n'en est peut-être
point. Je remarquerai seulement que
cette observation s'exerce dans un domaine
-un peu bien étroit; que l'auteur,
-normand lui-même, n'a très évidemment
-étudié que des normands, qui sont une
-race volontaire et dure, mais égoïste,
-sèche, et maussade à désespérer; qu'il ramène
-toute l'humanité de ses livres à ce
+un peu bien étroit; que l'auteur,
+normand lui-même, n'a très évidemment
+étudié que des normands, qui sont une
+race volontaire et dure, mais égoïste,
+sèche, et maussade à désespérer; qu'il ramène
+toute l'humanité de ses livres à ce
<span class="pagenum"><a id="Page_41"> 41</a></span>
-type unique, et que c'est là un procédé
-de généralisation assez méchant pour
+type unique, et que c'est là un procédé
+de généralisation assez méchant pour
un romancier qui a, comme lui, des
parties de philosophe.</p>
-<p>M. de Maupassant débuta dans les
-<cite>Soirées de Médan</cite> par une nouvelle qui
-fut appréciée, <cite>Boule de suif</cite>. Longtemps
-il cultiva le genre, excellant à condenser
+<p>M. de Maupassant débuta dans les
+<cite>Soirées de Médan</cite> par une nouvelle qui
+fut appréciée, <cite>Boule de suif</cite>. Longtemps
+il cultiva le genre, excellant à condenser
en quelques paragraphes de petits
-drames pessimistes, publiés d'abord
+drames pessimistes, publiés d'abord
dans les journaux et qu'il recueillait
ensuite sous divers titres: la <cite>Maison
Tellier</cite>, <cite>Mlle Fifi</cite>, etc. L'auteur ne mettait
point grand scrupule au choix des sujets,
qu'il prenait dans les maisons publiques
et le purin des fermes. Au reste,
-la note en était toujours intéressante,
+la note en était toujours intéressante,
quoique, disent les uns, pour ce que,
-affirment les autres. Et cela même est
-à remarquer, comme un trait distinctif,
+affirment les autres. Et cela même est
+à remarquer, comme un trait distinctif,
<span class="pagenum"><a id="Page_42"> 42</a></span>
-que, dès ses premières nouvelles, M. de
-Maupassant tient pour l'«intérêt»
-contre la «tranche de vie». La plupart
-de ses livres se porteraient aisément à la
-scène, et au vrai ce sont des drames,
+que, dès ses premières nouvelles, M. de
+Maupassant tient pour l'«intérêt»
+contre la «tranche de vie». La plupart
+de ses livres se porteraient aisément à la
+scène, et au vrai ce sont des drames,
avec un commencement, un milieu et
une fin, je ne sais quoi de cursif dans
-l'écriture, de ramassé dans les sentiments,
-le dialogue souvent substitué au
-récit. L'action est la première chose à ses
-yeux; il ne la sépare point de la vie, et il
-n'a point tort. Et à mesure qu'il avance,
-il lui sacrifie les descriptions chères à
-l'école, ou ne s'y laisse aller qu'avec réserve
+l'écriture, de ramassé dans les sentiments,
+le dialogue souvent substitué au
+récit. L'action est la première chose à ses
+yeux; il ne la sépare point de la vie, et il
+n'a point tort. Et à mesure qu'il avance,
+il lui sacrifie les descriptions chères à
+l'école, ou ne s'y laisse aller qu'avec réserve
et par petits paragraphes<a name="FNanchor_20" id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">&nbsp;[20]</a>. Et
son style s'en ressent un peu aussi, net et
bref, et sans panache. Par quoi il sort
-de l'école une fois de plus.</p>
+de l'école une fois de plus.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_43"> 43</a></span>
-Nouvelliste, sa réputation fut vite assise.
-On l'attendit à son premier roman,
-non sans défiance et quelque pique. <cite>Une
+Nouvelliste, sa réputation fut vite assise.
+On l'attendit à son premier roman,
+non sans défiance et quelque pique. <cite>Une
vie</cite>, <cite>Bel-ami</cite>, <cite>Mont-Oriol</cite>, parurent coup
-sur coup, et il fallut bien reconnaître
-que le nouvelliste ne gênait point le romancier.
+sur coup, et il fallut bien reconnaître
+que le nouvelliste ne gênait point le romancier.
Puis il revint aux nouvelles.
C'est <cite>Miss Harriet</cite>, c'est les <cite>S&oelig;urs Rondoli</cite>,
c'est <cite>Monsieur Parent</cite>, <cite>Yvette</cite>, le
<cite>Horla</cite>, <cite>Clair de Lune</cite>, les <cite>Contes du jour
-et de la nuit</cite>, les <cite>Contes de la Bécasse</cite>,
+et de la nuit</cite>, les <cite>Contes de la Bécasse</cite>,
toute une librairie. Pour l'auteur, il ne
-change point; il est le même ici et là,
-d'un réalisme cruel et pénétrant (c'est,
-je pense, notre seul grand réaliste), peu
-donneur de phrases, s'écoutant peu,
-sans gestes en l'air, mais plutôt procédurier,
-déduisant, induisant, construisant
+change point; il est le même ici et là,
+d'un réalisme cruel et pénétrant (c'est,
+je pense, notre seul grand réaliste), peu
+donneur de phrases, s'écoutant peu,
+sans gestes en l'air, mais plutôt procédurier,
+déduisant, induisant, construisant
avec des faits, rarement avec des
-idées, le moins spéculatif des hommes,
+idées, le moins spéculatif des hommes,
<span class="pagenum"><a id="Page_44"> 44</a></span>
-ayant eu je ne sais quelles velléités de
+ayant eu je ne sais quelles velléités de
fantastique dans le <cite>Horla</cite>, dans la <cite>Peur</cite>,
-dans la <cite>Main</cite>, et ayant gagné à son échec
-de se connaître mieux et de se réserver.</p>
+dans la <cite>Main</cite>, et ayant gagné à son échec
+de se connaître mieux et de se réserver.</p>
-<p>Sa misanthropie est d'un caractère à
+<p>Sa misanthropie est d'un caractère à
part. Il y a des misanthropies douces et
-résignées, qui sont bonnes à la vie, encore
+résignées, qui sont bonnes à la vie, encore
qu'elles savent au juste le peu qu'elle
vaut, et c'est de cette misanthropie
-qu'est faite l'âme ironique d'un Renan
+qu'est faite l'âme ironique d'un Renan
ou d'un France. Celle-ci a quelque chose
-de sec et qui éloigne. On sent qu'elle
-est plus intuitive que réfléchie; on y sent
-l'homme qui s'est trop défié, et de tout
+de sec et qui éloigne. On sent qu'elle
+est plus intuitive que réfléchie; on y sent
+l'homme qui s'est trop défié, et de tout
temps, pour avoir jamais souffert. Et
comme elle est un bouclier pour ceux-ci,
-on sent qu'elle est une arme pour celui-là.
-Il n'a point appris le monde peu à
-peu et en comptant chaque étape de sa
-science par une illusion tuée, et à vrai
+on sent qu'elle est une arme pour celui-là.
+Il n'a point appris le monde peu à
+peu et en comptant chaque étape de sa
+science par une illusion tuée, et à vrai
<span class="pagenum"><a id="Page_45"> 45</a></span>
dire il n'eut jamais d'illusions et il vit le
monde tout d'abord comme il est. Il n'y
a pas une larme dans tous ses livres, pas
-une pitié, et seulement du mépris. C'est
-moins de la misanthropie que de l'égoïsme<a name="FNanchor_21" id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">&nbsp;[21]</a>.</p>
+une pitié, et seulement du mépris. C'est
+moins de la misanthropie que de l'égoïsme<a name="FNanchor_21" id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">&nbsp;[21]</a>.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_46"> 46</a></span></p>
<h3>VIII</h3>
<p>Le talent de M. Mirbeau est plus humain;
-je devrais dire qu'il s'est <em>humanisé</em>
-en se développant. M. Mirbeau commença
-par suivre d'un peu bien près les
-traces de l'auteur d'<cite>Une vie</cite>, et à ce compte
-ses premières nouvelles sont d'un bon
-élève, mais d'un élève. Lisez ou relisez les
-<cite>Lettres de ma chaumière</cite>. Il s'y efforce vers
-les réalités substantielles et concises de
+je devrais dire qu'il s'est <em>humanisé</em>
+en se développant. M. Mirbeau commença
+par suivre d'un peu bien près les
+traces de l'auteur d'<cite>Une vie</cite>, et à ce compte
+ses premières nouvelles sont d'un bon
+élève, mais d'un élève. Lisez ou relisez les
+<cite>Lettres de ma chaumière</cite>. Il s'y efforce vers
+les réalités substantielles et concises de
M. de Maupassant et il y atteint, mais
-soufflant et suant. Il ne se dégage à peu
-près que dans le <cite>Calvaire</cite>; et il est tout
+soufflant et suant. Il ne se dégage à peu
+près que dans le <cite>Calvaire</cite>; et il est tout
<span class="pagenum"><a id="Page_47"> 47</a></span>
-à fait lui dans l'<cite>Abbé Jules</cite>. J'entends
-d'abord qu'il a dépouillé cette sécheresse
-et cette indifférence qui sont le pire dandysme,
+à fait lui dans l'<cite>Abbé Jules</cite>. J'entends
+d'abord qu'il a dépouillé cette sécheresse
+et cette indifférence qui sont le pire dandysme,
quand elles n'ont point un fonds
-de nature. Et c'est le cas ici. Soyez sûrs
-que M. de Maupassant eût pu signer
+de nature. Et c'est le cas ici. Soyez sûrs
+que M. de Maupassant eût pu signer
toutes, ou presque, les <cite>Lettres de ma
-chaumière</cite>, qui sont de la misanthropie
-tassée et concentrée suivant sa recette,
-et qu'il n'eût jamais ni pensé ni écrit,
+chaumière</cite>, qui sont de la misanthropie
+tassée et concentrée suivant sa recette,
+et qu'il n'eût jamais ni pensé ni écrit,
par exemple, les belles pages du <cite>Calvaire</cite>
-toutes débordantes d'humaine pitié,
-où le petit soldat Jean-François, de
+toutes débordantes d'humaine pitié,
+où le petit soldat Jean-François, de
garde au bord des plaines grises de la
-Beauce, fusille à bout portant un éclaireur
+Beauce, fusille à bout portant un éclaireur
prussien:</p>
-<p>«Cet homme, j'avais pitié de lui et je
+<p>«Cet homme, j'avais pitié de lui et je
l'aimais; oui, je vous le jure, je l'aimais!...
Alors, comment cela s'est-il
-fait?... Une détonation éclata, et dans
+fait?... Une détonation éclata, et dans
<span class="pagenum"><a id="Page_48"> 48</a></span>
-le même temps que j'avais entrevu à
-travers un rond de fumée une botte en
+le même temps que j'avais entrevu à
+travers un rond de fumée une botte en
l'air, le pan tordu d'une capote, une
-crinière folle qui volait sur la route...
+crinière folle qui volait sur la route...
puis rien, j'avais entendu le heurt
d'un sabre, la chute lourde d'un corps,
le bruit furieux d'un galop... puis
-rien.... Mon arme était chaude et de la
-fumée s'en échappait... Je la laissai tomber
-à terre... Etais-je le jouet d'une hallucination?...
+rien.... Mon arme était chaude et de la
+fumée s'en échappait... Je la laissai tomber
+à terre... Etais-je le jouet d'une hallucination?...
Mais non... De la grande
ombre qui se dressait au milieu de la
-route, comme une statue équestre de
+route, comme une statue équestre de
bronze, il ne restait plus rien qu'un
-petit cadavre tout noir, couché, la face
+petit cadavre tout noir, couché, la face
contre le sol, les bras en croix... Je me
-rappelai le pauvre chat que mon père
-avait tué, alors que de ses yeux charmés
+rappelai le pauvre chat que mon père
+avait tué, alors que de ses yeux charmés
il suivait dans l'espace le vol d'un papillon...
-Moi, stupidement, j'avais tué un
+Moi, stupidement, j'avais tué un
<span class="pagenum"><a id="Page_49"> 49</a></span>
homme, un homme que j'aimais, un
-homme en qui mon àme venait de se
-confondre, un homme qui, dans l'éblouissement
+homme en qui mon àme venait de se
+confondre, un homme qui, dans l'éblouissement
du soleil levant, suivait
-les rêves les plus purs de sa vie!...
-Je l'avais peut-être tué à l'instant précis
-où cet homme se disait: «Et
-quand je reviendrai là-bas...» Comment?
+les rêves les plus purs de sa vie!...
+Je l'avais peut-être tué à l'instant précis
+où cet homme se disait: «Et
+quand je reviendrai là-bas...» Comment?
Pourquoi? Puisque je l'aimais,
-puisque, si des soldats l'avaient menacé,
-je l'eusse défendu, lui, lui, que
-j'avais assassiné! En deux bonds, je
-fus près de l'homme... je l'appelai; il
+puisque, si des soldats l'avaient menacé,
+je l'eusse défendu, lui, lui, que
+j'avais assassiné! En deux bonds, je
+fus près de l'homme... je l'appelai; il
ne bougea pas... Ma balle lui avait
-traversé le cou, au-dessous de l'oreille,
+traversé le cou, au-dessous de l'oreille,
et le sang coulait d'une veine rompue
-avec un bruit de glou-glou, s'étalait
-en marge rouge, poissait déjà à
-sa barbe... Je lui tâtai la poitrine à
+avec un bruit de glou-glou, s'étalait
+en marge rouge, poissait déjà à
+sa barbe... Je lui tâtai la poitrine à
la place du c&oelig;ur: le c&oelig;ur ne battait
<span class="pagenum"><a id="Page_50"> 50</a></span>
plus... Alors, je le soulevai davantage,
-maintenant sa tête sur mes genoux,
-et, tout à coup, je vis ses deux
+maintenant sa tête sur mes genoux,
+et, tout à coup, je vis ses deux
yeux, ses deux yeux clairs, qui me regardaient
tristement, sans une larme,
sans un reproche, ses deux yeux qui
semblaient vivants! Je crus que j'allais
-défaillir, mais rassemblant mes forces
-dans un suprême effort, j'étreignis le
+défaillir, mais rassemblant mes forces
+dans un suprême effort, j'étreignis le
cadavre du Prussien, je le plantai tout
-droit contre moi, et, collant mes lèvres
-sur ce visage sanglant, d'où pendaient
+droit contre moi, et, collant mes lèvres
+sur ce visage sanglant, d'où pendaient
de longues baves pourpres,
-éperdûment, je l'embrassai...»<a name="FNanchor_22" id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">&nbsp;[22]</a></p>
+éperdûment, je l'embrassai...»<a name="FNanchor_22" id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">&nbsp;[22]</a></p>
-<p>Je ne voudrais point ajouter à cette
+<p>Je ne voudrais point ajouter à cette
belle page; je dirai seulement qu'elle
<span class="pagenum"><a id="Page_51"> 51</a></span>
n'est point unique dans l'&oelig;uvre de M.
-Mirbeau. Et admirez tout de même
-comme les petites choses d'école se fondent
+Mirbeau. Et admirez tout de même
+comme les petites choses d'école se fondent
dans le talent: voici un naturaliste,&mdash;un
impersonnel, donc&mdash;et qui
-émeut!...</p>
+émeut!...</p>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_52"> 52</a></span>
<span class="pagenumh"><a id="Page_53"> 53</a></span></p>
@@ -1291,54 +1253,54 @@ LES IMPRESSIONNISTES</h2>
<span class="larger">LES IMPRESSIONNISTES</span></p>
<p class="summary"><i>Edmond et Jules de Goncourt.&mdash;Alphonse
-Daudet.&mdash;Paul Arène.&mdash;Paul
-Châlon.&mdash;Hugues Le Roux.&mdash;Jean Lorrain.&mdash;Jules
+Daudet.&mdash;Paul Arène.&mdash;Paul
+Châlon.&mdash;Hugues Le Roux.&mdash;Jean Lorrain.&mdash;Jules
Claretie.&mdash;Pierre Loti.</i></p>
<p>L'impressionnisme, ou ce qu'on appelle
-de ce nom, est une autre forme du réalisme,
-un art tout matériel encore. Mais
-voici où il se distingue du naturalisme:
+de ce nom, est une autre forme du réalisme,
+un art tout matériel encore. Mais
+voici où il se distingue du naturalisme:
quand le naturaliste (M. Zola,
-par exemple, après Balzac et Taine)
-d'une scène ou d'un paysage prendra
+par exemple, après Balzac et Taine)
+d'une scène ou d'un paysage prendra
<span class="pagenum"><a id="Page_56"> 56</a></span>
-indifféremment tous les détails élémentaires,
+indifféremment tous les détails élémentaires,
les entassera l'un sur l'autre, et,
par cette accumulation, atteindra quelquefois
-à un effet d'ensemble, l'impressionniste
+à un effet d'ensemble, l'impressionniste
dans ce paysage ou dans cette
-scène distinguera d'abord le détail dominant,
-la tâche, comme dit M. Brunetière,
-et c'est la tâche seule qu'il mettra
+scène distinguera d'abord le détail dominant,
+la tâche, comme dit M. Brunetière,
+et c'est la tâche seule qu'il mettra
en valeur pour obtenir l'impression totale<a name="FNanchor_23" id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">&nbsp;[23]</a>.
Voyez les Goncourt, surtout
M. Daudet et M. Loti. Au reste, ici,
-comme dans le naturalisme, pensées et
+comme dans le naturalisme, pensées et
sentiments, la langue de l'impressionniste
les traduira toujours en sensations;
-ou, pour mieux dire, la pensée et le sentiment,
-indiqués d'une manière très
-succincte, s'éclairciront au cours de la
+ou, pour mieux dire, la pensée et le sentiment,
+indiqués d'une manière très
+succincte, s'éclairciront au cours de la
phrase par une image sensible, telle,
<span class="pagenum"><a id="Page_57"> 57</a></span>
-par exemple, que celle-ci: «Il lui semblait
-que son passé se rapprochait dans
-l'enchantement mélancolique d'une harmonie
-éloignée sur la corde d'un violon
-qui eût pleuré<a name="FNanchor_24" id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">&nbsp;[24]</a>.» Vienne une école
-plus hardie qui, supprimant la pensée
-ou le sentiment, déjà sacrifiés à l'image,
+par exemple, que celle-ci: «Il lui semblait
+que son passé se rapprochait dans
+l'enchantement mélancolique d'une harmonie
+éloignée sur la corde d'un violon
+qui eût pleuré<a name="FNanchor_24" id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">&nbsp;[24]</a>.» Vienne une école
+plus hardie qui, supprimant la pensée
+ou le sentiment, déjà sacrifiés à l'image,
conservera seulement l'image
-(<cite>Une harmonie éloignée sur la corde</cite>, etc.),
-nous aurons la troisième et dernière incarnation
-du réalisme: le symbolisme
+(<cite>Une harmonie éloignée sur la corde</cite>, etc.),
+nous aurons la troisième et dernière incarnation
+du réalisme: le symbolisme
sensationnel de M. Huysmans et de M.
-Moréas.</p>
+Moréas.</p>
-<p>Le procédé d'exécution (je ne dis pas
-l'exécution) est donc, avec des nuances,
-à peu près le même chez tous les impressionnistes.
+<p>Le procédé d'exécution (je ne dis pas
+l'exécution) est donc, avec des nuances,
+à peu près le même chez tous les impressionnistes.
Pour nous communiquer
une vision exacte des choses, il faudra
qu'ils transposent dans leur style les
@@ -1346,29 +1308,29 @@ qu'ils transposent dans leur style les
moyens de la peinture. Ils renonceront,
nous l'avons vu, au terme abstrait en
faveur de l'image; ils choisiront dans
-les mots ceux qui ont, en soi-même et
-en dehors du sens, une beauté et une
+les mots ceux qui ont, en soi-même et
+en dehors du sens, une beauté et une
valeur propres<a name="FNanchor_25" id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">&nbsp;[25]</a>; par quoi ils seront
-amenés, ou à les détourner de leur vrai
-sens, ou à les associer, en vue de l'effet,
-à des mots d'un autre ordre, ou à créer
-de toutes pièces des vocables nouveaux.
-Joignez à ces procédés généraux l'emploi
+amenés, ou à les détourner de leur vrai
+sens, ou à les associer, en vue de l'effet,
+à des mots d'un autre ordre, ou à créer
+de toutes pièces des vocables nouveaux.
+Joignez à ces procédés généraux l'emploi
de la petite phrase courte et sans
-verbe, de l'adjectif démonstratif <em>ce</em>, <em>cette</em>,
-<em>ces</em>, qui indique les objets comme présents,
+verbe, de l'adjectif démonstratif <em>ce</em>, <em>cette</em>,
+<em>ces</em>, qui indique les objets comme présents,
<span class="pagenum"><a id="Page_59"> 59</a></span>
-et de l'adverbe <em>très</em>, qui accentue
+et de l'adverbe <em>très</em>, qui accentue
la couleur ou la forme des objets, vous
-aurez, je pense, l'ensemble des procédés
-d'exécution communs à M. Daudet, à
-M. Loti, à M. de Goncourt et à tous les
-impressionnistes de leur école.</p>
-
-<p>Il reste maintenant à pénétrer dans
-l'intimité du groupe. Mais ici les distinctions
-s'établissent d'elles-mêmes, le
-fonds d'idées, de sentiments et de sensations,
+aurez, je pense, l'ensemble des procédés
+d'exécution communs à M. Daudet, à
+M. Loti, à M. de Goncourt et à tous les
+impressionnistes de leur école.</p>
+
+<p>Il reste maintenant à pénétrer dans
+l'intimité du groupe. Mais ici les distinctions
+s'établissent d'elles-mêmes, le
+fonds d'idées, de sentiments et de sensations,
variant avec chacun.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_60"> 60</a></span></p>
@@ -1376,436 +1338,436 @@ variant avec chacun.</p>
<h3>I</h3>
<p>MM. Edmond et Jules de Goncourt
-sont entrés dans les lettres par un roman
-intitulé: <cite>En 18...</cite>, dont le survivant
-des Goncourt a porté cette appréciation,
-qu'il serait messéant de discuter:</p>
-
-<p>«C'est mal fait, ce n'est pas fait, si
-vous le voulez, ce livre! Mais les fières
-révoltes, les endiablés soulèvements,
-les forts blasphèmes à l'endroit
-des religions de toutes sortes, la crâne
-affiche d'indépendance littéraire et artistique,
+sont entrés dans les lettres par un roman
+intitulé: <cite>En 18...</cite>, dont le survivant
+des Goncourt a porté cette appréciation,
+qu'il serait messéant de discuter:</p>
+
+<p>«C'est mal fait, ce n'est pas fait, si
+vous le voulez, ce livre! Mais les fières
+révoltes, les endiablés soulèvements,
+les forts blasphèmes à l'endroit
+des religions de toutes sortes, la crâne
+affiche d'indépendance littéraire et artistique,
<span class="pagenum"><a id="Page_61"> 61</a></span>
-le hautain révolutionnarisme
-prêché en ces pages; puis, quelle recherche
-de l'érudition, quelle curiosité
-de la science, et dans quelle littérature
-légère de débutant trouverez-vous
+le hautain révolutionnarisme
+prêché en ces pages; puis, quelle recherche
+de l'érudition, quelle curiosité
+de la science, et dans quelle littérature
+légère de débutant trouverez-vous
ce ferraillement des hautes conversations,
cette prestidigitation des
paradoxes, cette verve qui, plus tard,
-tout à fait maîtresse d'elle-même,
-enlèvera les morceaux de bravoure de
+tout à fait maîtresse d'elle-même,
+enlèvera les morceaux de bravoure de
<cite>Charles Demailly</cite> et de <cite>Manette Salomon</cite>,
et encore ce remuement des
-problèmes qui agitent les bouquins les
-plus sérieux, et, tout le long du volume,
+problèmes qui agitent les bouquins les
+plus sérieux, et, tout le long du volume,
cet effort et cette aspiration vers
-les sommets de la pensée?...»<a name="FNanchor_26" id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">&nbsp;[26]</a></p>
+les sommets de la pensée?...»<a name="FNanchor_26" id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">&nbsp;[26]</a></p>
<p>Qu'entendent MM. de Goncourt par les
-«sommets de la pensée»? Voici qui
+«sommets de la pensée»? Voici qui
nous renseignera. Dans un de leurs
<span class="pagenum"><a id="Page_62"> 62</a></span>
premiers livres, <cite>Madame Gervaisais</cite>, ils
-ont écrit:</p>
+ont écrit:</p>
-<p>«Ses initiateurs, ses guides, au milieu
-de cette poursuite des plus écrasants problèmes
-psychologiques, avaient été ces
-deux maîtres de la sagesse moderne:
+<p>«Ses initiateurs, ses guides, au milieu
+de cette poursuite des plus écrasants problèmes
+psychologiques, avaient été ces
+deux maîtres de la sagesse moderne:
Reid et Dugald-Stewart, les illustres fondateurs
-de l'Ecole écossaise, les ennemis
-de la méthode analytique et hypothétique
-des écoles anciennes. Après avoir traversé
-tout le scepticisme de Loke, le matérialisme
-de Condillac, elle éprouvait pour
+de l'Ecole écossaise, les ennemis
+de la méthode analytique et hypothétique
+des écoles anciennes. Après avoir traversé
+tout le scepticisme de Loke, le matérialisme
+de Condillac, elle éprouvait pour
ces deux philosophes la reconnaissance
-d'avoir eu, par eux, respiré sur ces <em>purs
-sommets</em>, pareils aux hauteurs du «Bon-Sens»,
-où Reid rend à l'homme le sentiment
-de sa dignité et base la morale
-et la métaphysique sur la puissance et
-l'excellence de la vie humaine<a name="FNanchor_27" id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">&nbsp;[27]</a>.»</p>
+d'avoir eu, par eux, respiré sur ces <em>purs
+sommets</em>, pareils aux hauteurs du «Bon-Sens»,
+où Reid rend à l'homme le sentiment
+de sa dignité et base la morale
+et la métaphysique sur la puissance et
+l'excellence de la vie humaine<a name="FNanchor_27" id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">&nbsp;[27]</a>.»</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_63"> 63</a></span>
-J'espère qu'on est satisfait. Peut-être
-désirerait-on seulement que MM. de Goncourt
-nous éclairassent par quelques
-traits sur le compte de ces deux maîtres
+J'espère qu'on est satisfait. Peut-être
+désirerait-on seulement que MM. de Goncourt
+nous éclairassent par quelques
+traits sur le compte de ces deux maîtres
de la sagesse moderne, Reid et Dugald-Stewart,
en qui une ignorance commune
-à bon nombre d'esprits n'avait
-voulu voir jusqu'à eux que d'honnêtes
-façons d'empiriques. Mais ces messieurs
+à bon nombre d'esprits n'avait
+voulu voir jusqu'à eux que d'honnêtes
+façons d'empiriques. Mais ces messieurs
ont eu soin de nous avertir qu'au culte
de Reid Mme Gervaisais associait celui
-de Kant. Kant, disent-ils, a fait «découler
-la liberté, l'Homme-Dieu, du beau
-principe désintéressé qui est pour lui
-comme l'honneur de l'humanité et la
-clef de voûte de sa philosophie: le devoir.»
+de Kant. Kant, disent-ils, a fait «découler
+la liberté, l'Homme-Dieu, du beau
+principe désintéressé qui est pour lui
+comme l'honneur de l'humanité et la
+clef de voûte de sa philosophie: le devoir.»
Evidemment, il n'y a plus rien
-à dire. A peine oserai-je formuler une
+à dire. A peine oserai-je formuler une
timide objection de style sur cet Homme-Dieu
-qui découle d'une clef de voûte.</p>
+qui découle d'une clef de voûte.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_64"> 64</a></span>
-Par les idées et par le style, il faut
-donc reconnaître que les livres de MM.
+Par les idées et par le style, il faut
+donc reconnaître que les livres de MM.
de Goncourt<a name="FNanchor_28" id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">&nbsp;[28]</a> sont au nombre des
plus curieux de ce temps. Il n'en est
-point, comme ils disent, qui aient remué
+point, comme ils disent, qui aient remué
plus de questions, ou, ce qui revient
-au même, qui aient transformé en questions
-ce qui, pour nous, n'en était pas.
+au même, qui aient transformé en questions
+ce qui, pour nous, n'en était pas.
Les exemples se pressent. Entre tous,
-sachons-leur gré d'avoir ravivé sur
-Homère un débat qu'on croyait éteint
-depuis Zénodote d'Ephèse. Et à qui donc,
+sachons-leur gré d'avoir ravivé sur
+Homère un débat qu'on croyait éteint
+depuis Zénodote d'Ephèse. Et à qui donc,
mieux qu'aux auteurs de la <cite>Fille Elisa</cite>
et de <cite>Germinie Lacerteux</cite>, appartenait-il
-de nous révéler que l'auteur de l'<cite>Iliade</cite>
+de nous révéler que l'auteur de l'<cite>Iliade</cite>
n'a jamais peint au monde que des souffrances
physiques? Ils l'affirment. Il n'y
-a plus à y revenir. Mais je regrette
+a plus à y revenir. Mais je regrette
<span class="pagenum"><a id="Page_65"> 65</a></span>
qu'ici encore MM. de Goncourt aient cru
devoir garder pour eux les motifs de
-leur arrêt.</p>
+leur arrêt.</p>
-<p>Ces larges esprits n'ont point été retenus,
+<p>Ces larges esprits n'ont point été retenus,
comme on pense, par de vaines
-considérations de temps et de lieu. Leur
+considérations de temps et de lieu. Leur
dernier livre (<cite>Journal des Goncourt</cite>) met
-en scène, dans le déshabillé d'une causerie
-familière, les principaux écrivains
-du siècle. Ils nous débarrassent
-ainsi d'un certain nombre de préjugés
-des plus fâcheux, dont ceux qui tendaient
-à nous faire voir dans Taine,
+en scène, dans le déshabillé d'une causerie
+familière, les principaux écrivains
+du siècle. Ils nous débarrassent
+ainsi d'un certain nombre de préjugés
+des plus fâcheux, dont ceux qui tendaient
+à nous faire voir dans Taine,
dans Renan, dans Berthelot, quelques-unes
des grandes intelligences contemporaines.
Sainte-Beuve, qui nous apparaissait
-dans l'éloignement comme le
-modèle des honnêtes hommes de lettres,
-n'échappe pas à cette justice amère
-et rétrospective. Dorénavant, si l'on veut
+dans l'éloignement comme le
+modèle des honnêtes hommes de lettres,
+n'échappe pas à cette justice amère
+et rétrospective. Dorénavant, si l'on veut
<span class="pagenum"><a id="Page_66"> 66</a></span>
-connaître le fin mot sur cet écrivain de
+connaître le fin mot sur cet écrivain de
dernier ordre, ce n'est point dans ses
articles qu'on l'ira chercher, mais dans
-les conversations des dîners Magny, si
-fidèlement croquées par MM. de Goncourt.
-On se trouvera en présence d'une manière
-de pion, sans idées et sans style, qui
-fut trop heureux de rencontrer çà et là
+les conversations des dîners Magny, si
+fidèlement croquées par MM. de Goncourt.
+On se trouvera en présence d'une manière
+de pion, sans idées et sans style, qui
+fut trop heureux de rencontrer çà et là
de complaisants amis, comme MM. de
Goncourt, pour lui souffler ses articles.
L'avouerai-je? Tout reconnaissant que
-je sois à ces messieurs de leurs révélations,
+je sois à ces messieurs de leurs révélations,
j'ai comme un scrupule et un
-regret. Peut-être qu'avant de publier
+regret. Peut-être qu'avant de publier
leur <cite>Journal</cite>, ils n'ont pas suffisamment
-médité cette phrase du même Sainte-Beuve:
-«Les anciens, honnêtes gens,
+médité cette phrase du même Sainte-Beuve:
+«Les anciens, honnêtes gens,
avaient un principe, une religion: tout
-ce qui était dit à table entre convives
-était sacré et devait rester secret; tout
+ce qui était dit à table entre convives
+était sacré et devait rester secret; tout
<span class="pagenum"><a id="Page_67"> 67</a></span>
-ce qui était dit sous la rose (<i lang="la" xml:lang="la">sub rosâ</i>,
-par allusion à cette coutume antique de
+ce qui était dit sous la rose (<i lang="la" xml:lang="la">sub rosâ</i>,
+par allusion à cette coutume antique de
se couronner de roses dans les festins)
-ne devait point être divulgué ni profané»<a name="FNanchor_29" id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">&nbsp;[29]</a>.
-Après cela, vous me répondrez
+ne devait point être divulgué ni profané»<a name="FNanchor_29" id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">&nbsp;[29]</a>.
+Après cela, vous me répondrez
que MM. de Goncourt n'aiment
-point les anciens. Et c'est, à être franc,
+point les anciens. Et c'est, à être franc,
la seule excuse de tous ces papotages. Il
-n'y a donc qu'eux dans le siècle? Ils
-résument tout, philosophie, histoire,
-critique, et le roman, qui est la synthèse
-des synthèses? Quelle plaisanterie!</p>
-
-<p>Prenons-les plutôt pour ce qu'ils sont,
-pour ce qu'ils ont toujours été, des artistes<a name="FNanchor_30" id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">&nbsp;[30]</a>.
-La qualité n'est déjà point si
-dédaignable, et elle eût pu leur suffire.
-Mettons qu'ils ont été Brauwers et Watteau,
+n'y a donc qu'eux dans le siècle? Ils
+résument tout, philosophie, histoire,
+critique, et le roman, qui est la synthèse
+des synthèses? Quelle plaisanterie!</p>
+
+<p>Prenons-les plutôt pour ce qu'ils sont,
+pour ce qu'ils ont toujours été, des artistes<a name="FNanchor_30" id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">&nbsp;[30]</a>.
+La qualité n'est déjà point si
+dédaignable, et elle eût pu leur suffire.
+Mettons qu'ils ont été Brauwers et Watteau,
<span class="pagenum"><a id="Page_68"> 68</a></span>
-une combinaison extrêmement savoureuse
-de maniéré et de sincère. Leurs
+une combinaison extrêmement savoureuse
+de maniéré et de sincère. Leurs
paradoxes (j'allais dire leurs charges),
cette intransigeance dans les jugements
-qui est la marque d'esprits cantonnés, et
-jusqu'à ce modernisme farouche des
-deux frères, qui, à tout propos, part en
+qui est la marque d'esprits cantonnés, et
+jusqu'à ce modernisme farouche des
+deux frères, qui, à tout propos, part en
campagne contre la tradition, un peu
comme don Quichotte contre les moulins,
-sourions-en, si ce sont les inévitables
-petits côtés de leur nature d'artistes.
-Sainte-Beuve (bien imprévoyant dans
-l'épithète) les a appelés d' «aimables hérétiques».
+sourions-en, si ce sont les inévitables
+petits côtés de leur nature d'artistes.
+Sainte-Beuve (bien imprévoyant dans
+l'épithète) les a appelés d' «aimables hérétiques».
Aimables, je ne sais point.
Mais c'est, sans doute, qu'avec un peu
plus d'orthodoxie et un peu moins d'intransigeance,
ils n'eussent pas, les premiers,
-apporté cette fièvre, cette fougue
-heureuse, tant de passion et de vie à la
-peinture de la société contemporaine.
+apporté cette fièvre, cette fougue
+heureuse, tant de passion et de vie à la
+peinture de la société contemporaine.
<span class="pagenum"><a id="Page_69"> 69</a></span>
-On n'eût point eu d'eux ni <cite>Charles Demailly</cite>,
-ni <cite>Manette Salomon</cite>, ni même
-<cite>Germinie Lacerteux</cite>, et pour ces livres-là
-il faut leur pardonner de trouver Raphaël
-«bourgeois» et de dire de l'antiquité
-qu'elle n'a été «faite que pour être le
-pain des professeurs». Eh! oui, leur
-maîtrise est réelle et nul ne songe à la
+On n'eût point eu d'eux ni <cite>Charles Demailly</cite>,
+ni <cite>Manette Salomon</cite>, ni même
+<cite>Germinie Lacerteux</cite>, et pour ces livres-là
+il faut leur pardonner de trouver Raphaël
+«bourgeois» et de dire de l'antiquité
+qu'elle n'a été «faite que pour être le
+pain des professeurs». Eh! oui, leur
+maîtrise est réelle et nul ne songe à la
contester. Mais je ne pense point qu'elle
-soit là où ils la placent, et que, pour
-avoir écrit <cite>Madame Gervaisais</cite> ni la
-<cite>Femme au XVIII<sup>e</sup> siècle</cite>, la postérité voie
+soit là où ils la placent, et que, pour
+avoir écrit <cite>Madame Gervaisais</cite> ni la
+<cite>Femme au XVIII<sup>e</sup> siècle</cite>, la postérité voie
en eux les philosophes et les historiens
-qu'ils prétendent. Est-il donc nécessaire de
+qu'ils prétendent. Est-il donc nécessaire de
le rappeler? La philosophie, comme l'histoire,
-demande un esprit de généralisation
-qui est justement l'opposé du leur.
-S'ils ont une maîtrise, c'est au contraire
-dans le détail qu'elle éclate, c'est dans
-cette acuité d'une vision qui dès l'abord
+demande un esprit de généralisation
+qui est justement l'opposé du leur.
+S'ils ont une maîtrise, c'est au contraire
+dans le détail qu'elle éclate, c'est dans
+cette acuité d'une vision qui dès l'abord
<span class="pagenum"><a id="Page_70"> 70</a></span>
-décompose le concret et pousse son analyse
-jusqu'à l'infinitésimal. Daudet raconte
+décompose le concret et pousse son analyse
+jusqu'à l'infinitésimal. Daudet raconte
qu'un an durant le monde des
peintres ne jura que par <cite>Manette Salomon</cite><a name="FNanchor_31" id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">&nbsp;[31]</a>.
Je le crois sans peine. Ils vivront
-par là, et par là seulement, par
-cette fidélité dans le rendu, par cette
-minutie littérale qu'ils ont les premiers
+par là, et par là seulement, par
+cette fidélité dans le rendu, par cette
+minutie littérale qu'ils ont les premiers
introduite dans la composition, et qui
-est devenue, après eux, un procédé de
-l'école, et aussi et surtout par le relief
+est devenue, après eux, un procédé de
+l'école, et aussi et surtout par le relief
d'une langue merveilleusement riche en
-contrastes et en nuances, et si mêlée
+contrastes et en nuances, et si mêlée
qu'elle soit.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_71"> 71</a></span></p>
<h3>II</h3>
-<p>«Vérité, fantaisie, esprit, tendresse,
-gaieté, mélancolie, dit M. Jules Lemaître,
+<p>«Vérité, fantaisie, esprit, tendresse,
+gaieté, mélancolie, dit M. Jules Lemaître,
il entre beaucoup de choses dans le plus
-petit conte de M. Alphonse Daudet<a name="FNanchor_32" id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">&nbsp;[32]</a>.»
-Je pense que l'on retrouverait ces qualités-là
+petit conte de M. Alphonse Daudet<a name="FNanchor_32" id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">&nbsp;[32]</a>.»
+Je pense que l'on retrouverait ces qualités-là
dans le plus long roman de M.
-Daudet. Peut-être qu'elles y sont associées
-et combinées d'une manière différente:
+Daudet. Peut-être qu'elles y sont associées
+et combinées d'une manière différente:
<span class="pagenum"><a id="Page_72"> 72</a></span>
la fantaisie n'y est point,
-comme dans les contes, à proportion de
-la vérité; celle-ci a la belle part. L'esprit
-aussi s'y dérobe davantage à mesure
-que l'écrivain tâche à l'impersonnalité.
+comme dans les contes, à proportion de
+la vérité; celle-ci a la belle part. L'esprit
+aussi s'y dérobe davantage à mesure
+que l'écrivain tâche à l'impersonnalité.
La tendresse n'y est point si ardente;
j'y trouve plus de tristesse que de
-mélancolie, et, sur la fin même, de la
-haine. Après tout, Chamfort a raison:
-celui-là n'a point aimé les hommes qui
-n'est point misanthrope à quarante ans.
+mélancolie, et, sur la fin même, de la
+haine. Après tout, Chamfort a raison:
+celui-là n'a point aimé les hommes qui
+n'est point misanthrope à quarante ans.
Et si envahissante qu'elle soit dans le
dernier roman de M. Daudet, dans l'<cite>Immortel</cite>,
cette misanthropie y laisse encore
-une petite place à l'émotion; il y a
+une petite place à l'émotion; il y a
le coin des larmes jusque dans cette
-&oelig;uvre de colère. C'est par là qu'il nous
+&oelig;uvre de colère. C'est par là qu'il nous
prendra toujours, et il ne faut point
-chercher ailleurs que dans l'émotion le
+chercher ailleurs que dans l'émotion le
secret de ce charme extraordinaire qui
<span class="pagenum"><a id="Page_73"> 73</a></span>
-lui attache toutes les âmes sentimentales
-ou passionnées de ce temps. On a beau
-dire qu'il procède de Dickens, que <cite>Jack</cite>
+lui attache toutes les âmes sentimentales
+ou passionnées de ce temps. On a beau
+dire qu'il procède de Dickens, que <cite>Jack</cite>
et le <cite>Petit Chose</cite> sont un peu bien parents
du pauvre <cite>Olivier Twist</cite>, il serait
plus vrai de dire qu'il y a entre ces deux
-natures d'étroites affinités et qu'elles
+natures d'étroites affinités et qu'elles
sont sensibles l'une et l'autre aux souffrances
des humbles. Encore ne sont-elles
-point tout à fait pareilles de ce
-côté-là; leur pitié elle-même diffère:
+point tout à fait pareilles de ce
+côté-là; leur pitié elle-même diffère:
celle de Dickens est plus active, d'abord,
-plus confiante dans la générosité
+plus confiante dans la générosité
de nos bons instincts, et, si elle nous montre
le mal, elle ne nous dit point qu'il
-soit inguérissable. Avez-vous remarqué
-que tous ses romans «finissent bien»?
+soit inguérissable. Avez-vous remarqué
+que tous ses romans «finissent bien»?
Le petit Twist et Rose Fleming se marient;
mais Jack meurt de la poitrine
-dans un hôpital. Notez encore que Dickens
+dans un hôpital. Notez encore que Dickens
<span class="pagenum"><a id="Page_74"> 74</a></span>
-a trouvé çà et là d'inoubliables
-accents de détresse, des cris d'appel
-vers la justice de Dieu, que la pitié légère
-et un peu méprisante de Daudet ne
-pouvait connaître. Quand Olivier, traité
-de bâtard, rossé à coups de trique par
+a trouvé çà et là d'inoubliables
+accents de détresse, des cris d'appel
+vers la justice de Dieu, que la pitié légère
+et un peu méprisante de Daudet ne
+pouvait connaître. Quand Olivier, traité
+de bâtard, rossé à coups de trique par
l'horrible M. Bumble, s'est vu enfin
-seul, abandonné à lui-même dans la
+seul, abandonné à lui-même dans la
boutique morne et silencieuse du croque-mort,
-«il tomba à genoux sur le plancher,
-écrit Dickens, et, cachant son visage
+«il tomba à genoux sur le plancher,
+écrit Dickens, et, cachant son visage
dans ses mains, il versa de telles
larmes qu'il faut souhaiter pour l'honneur
de la nature que Dieu veuille
-en faire rarement répandre de semblables
-à des enfants de cet âge!» Ces lignes-là,
-si simples, sont uniques. Le côté
-d'art, chez Dickens, est souvent inférieur;
-il n'a pas la maîtrise soutenue de M.
+en faire rarement répandre de semblables
+à des enfants de cet âge!» Ces lignes-là,
+si simples, sont uniques. Le côté
+d'art, chez Dickens, est souvent inférieur;
+il n'a pas la maîtrise soutenue de M.
Daudet. Il l'emporte en vive et profonde
<span class="pagenum"><a id="Page_75"> 75</a></span>
-humanité. La pitié de M. Daudet reste
+humanité. La pitié de M. Daudet reste
toujours un peu aristocrate; elle se
-gantera pour faire l'aumône, et les
-misères dont elle nous entretient auront
-quand même une poésie latente. C'est
-par là qu'elle plaît si fort aux féminins.</p>
+gantera pour faire l'aumône, et les
+misères dont elle nous entretient auront
+quand même une poésie latente. C'est
+par là qu'elle plaît si fort aux féminins.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_76"> 76</a></span></p>
<h3>III</h3>
<p>Ne quittons point M. Alphonse Daudet
-sans signaler le petit groupe d'écrivains
-qui lui font habituellement cortège.
-Car c'est à lui, je pense, qu'on
+sans signaler le petit groupe d'écrivains
+qui lui font habituellement cortège.
+Car c'est à lui, je pense, qu'on
devra rattacher, dans le clan impressionniste,
-les quelques écrivains qui
-suivent, sauf M. Paul Arène, qui revendique
-à bon droit, sinon d'avoir précédé
-M. Daudet, du moins d'avoir aidé
-à ces jolis <cite>Contes de mon moulin</cite>, point
-de départ, comme on sait, de la réputation
-de son collaborateur. M. Paul Arène
+les quelques écrivains qui
+suivent, sauf M. Paul Arène, qui revendique
+à bon droit, sinon d'avoir précédé
+M. Daudet, du moins d'avoir aidé
+à ces jolis <cite>Contes de mon moulin</cite>, point
+de départ, comme on sait, de la réputation
+de son collaborateur. M. Paul Arène
<span class="pagenum"><a id="Page_77"> 77</a></span>
-a publié depuis lors un certain nombre
+a publié depuis lors un certain nombre
de nouvelles, <cite>La Mort de Pan</cite>, <cite>Curo
Biasso</cite>, <cite>Le vin de la messe</cite>, <cite>les Haricots de
Pistalugue</cite>, le <cite>Canot des six capitaines</cite>, et
par dessus tout cet admirable <cite>Jean des
-Vignes</cite> qui m'apparaît comme la merveille
-des nouvelles pour la grâce chantante
-et l'ironie ailée du récit<a name="FNanchor_33" id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">&nbsp;[33]</a>.</p>
+Vignes</cite> qui m'apparaît comme la merveille
+des nouvelles pour la grâce chantante
+et l'ironie ailée du récit<a name="FNanchor_33" id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">&nbsp;[33]</a>.</p>
-<p>M. Paul Chalon n'a publié, lui aussi,
-que des nouvelles, et c'est le titre même
+<p>M. Paul Chalon n'a publié, lui aussi,
+que des nouvelles, et c'est le titre même
de l'unique volume qui ait paru de lui.
-«Sa prose, dit un jeune et délié critique,
+«Sa prose, dit un jeune et délié critique,
M. Charles Maurras<a name="FNanchor_34" id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">&nbsp;[34]</a>, a des bondissements
<span class="pagenum"><a id="Page_78"> 78</a></span>
-d'oiselle, des sauts élastiques et
+d'oiselle, des sauts élastiques et
<span class="pagenum"><a id="Page_79"> 79</a></span>
-vifs de graine en graine picorée sur le
+vifs de graine en graine picorée sur le
sol ou sur le toit de tuiles rouges d'une
ferme du Languedoc; elle ne se hasarde
-point sur les hautes branches.» M. Chalon
-relève directement de M. Daudet,
+point sur les hautes branches.» M. Chalon
+relève directement de M. Daudet,
du Daudet de la jeunesse, bien entendu.</p>
<p>On retrouverait encore un peu du
charme de M. Daudet, quelque chose de
-sa grâce émue, dans certaines pages de
+sa grâce émue, dans certaines pages de
M. Hugues le Roux<a name="FNanchor_35" id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">&nbsp;[35]</a>. Mais par le vif
des analyses, par le dramatique des situations,
-par l'intensité du sentiment,
-c'est surtout à Gontcharoff qu'il fait
+par l'intensité du sentiment,
+c'est surtout à Gontcharoff qu'il fait
songer. Au reste, tel de ses romans,
comme l'<cite>Attentat Sloughine</cite>, n'est qu'une
-mise en scène du nihilisme. Ses études
-précédentes, et en particulier sa traduction
+mise en scène du nihilisme. Ses études
+précédentes, et en particulier sa traduction
de la <cite>Russie souterraine</cite> de Stepniak,
<span class="pagenum"><a id="Page_80"> 80</a></span>
-l'avaient préparé à l'analyse de ce grand
+l'avaient préparé à l'analyse de ce grand
cas passionnel de toute une race. Dans
l'<cite>Amour infirme</cite><a name="FNanchor_36" id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">&nbsp;[36]</a>, M. Hugues le Roux
-est revenu au roman français.</p>
+est revenu au roman français.</p>
-<p>Enfin, l'acuité de vision et la facilité
-de notation, qui sont, à défaut d'émotion,
+<p>Enfin, l'acuité de vision et la facilité
+de notation, qui sont, à défaut d'émotion,
ses vertus marquantes, font de M. Jean
-Lorrain un impressionniste de la même
-école. Son style est un fouillis de choses
-heurtées, contradictoires, jolies et laides,
-tragiques et bouffonnes, à travers quoi
-perce un tempérament intéressant et
-original. Je recommande surtout <cite>Très
+Lorrain un impressionniste de la même
+école. Son style est un fouillis de choses
+heurtées, contradictoires, jolies et laides,
+tragiques et bouffonnes, à travers quoi
+perce un tempérament intéressant et
+original. Je recommande surtout <cite>Très
Russe</cite>.</p>
-<p>Mais le décalque du maître, sa doublure,
+<p>Mais le décalque du maître, sa doublure,
son ombre, nous ne l'avons point
vu encore, et c'est M. Claretie<a name="FNanchor_37" id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">&nbsp;[37]</a>. Journaliste,
<span class="pagenum"><a id="Page_81"> 81</a></span>
historien, dramaturge, critique
-d'art et de théâtre en même temps que
-critique littéraire, et par-dessus tout
+d'art et de théâtre en même temps que
+critique littéraire, et par-dessus tout
romancier, M. Claretie est un de ces talents
moyens dont il est permis de se
demander la figure qu'ils feraient, s'ils
-n'avaient trouvé dans la vie sur qui
+n'avaient trouvé dans la vie sur qui
prendre mesure. Il peut faire illusion; il
fait illusion quelquefois. On n'est pas sa
-chose bien longtemps. Il déclarait naguère
-à propos de <cite>Robert Burat</cite>, qu'il avait écrit
-ce roman «dans les heures volées à l'improvisation
-quotidienne», et, de fait, le
-roman est médiocre. Mais est-ce donc
-une excuse à sa médiocrité que la hâte
-de l'auteur, et, de grâce, que nous fait
-le temps qu'il a mis à l'écrire? On cite
+chose bien longtemps. Il déclarait naguère
+à propos de <cite>Robert Burat</cite>, qu'il avait écrit
+ce roman «dans les heures volées à l'improvisation
+quotidienne», et, de fait, le
+roman est médiocre. Mais est-ce donc
+une excuse à sa médiocrité que la hâte
+de l'auteur, et, de grâce, que nous fait
+le temps qu'il a mis à l'écrire? On cite
<cite>Monsieur le Ministre</cite> comme son chef-d'&oelig;uvre.
Je le veux bien. Mais relisez-en
-le début:</p>
+le début:</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_82"> 82</a></span>
-&mdash;«Allons au foyer, voulez-vous, Granet?</p>
+&mdash;«Allons au foyer, voulez-vous, Granet?</p>
-<p>&mdash;«Allons au foyer, monsieur le ministre!</p>
+<p>&mdash;«Allons au foyer, monsieur le ministre!</p>
-<p>«Il fallait traverser l'immense scène
+<p>«Il fallait traverser l'immense scène
envahie par les machinistes man&oelig;uvrant
les portants, comme les matelots
-équipent leur navire;&mdash;et, cravatés de
+équipent leur navire;&mdash;et, cravatés de
blanc, coquets, sans pardessus, leur
-claque sur la tête, des gens en habit
+claque sur la tête, des gens en habit
noir allaient, venaient, traversaient la
-scène parmi les cordages, <em>arpentant lestement
-le vaste espace qui mène au foyer
+scène parmi les cordages, <em>arpentant lestement
+le vaste espace qui mène au foyer
de la danse</em>. Il en sortait de partout, des
fauteuils et des loges, et la plupart fredonnant
la ballade de Nelusko, <em>franchissaient
-lestement</em>, en habitués, <em>l'espèce
-d'antichambre qui mène de la salle à la
-scène</em>... etc.»</p>
+lestement</em>, en habitués, <em>l'espèce
+d'antichambre qui mène de la salle à la
+scène</em>... etc.»</p>
-<p>Voilà l'impressionisme de M. Claretie
+<p>Voilà l'impressionisme de M. Claretie
<span class="pagenum"><a id="Page_83"> 83</a></span>
-et le soin qu'il apporte à préciser sa vision
-et à varier ses effets. Que lui reste-t-il
+et le soin qu'il apporte à préciser sa vision
+et à varier ses effets. Que lui reste-t-il
donc et par quoi expliquer sa situation
-littéraire? Il lui reste, comme l'a
-excellemment dit M. Brunetière<a name="FNanchor_38" id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">&nbsp;[38]</a>, d'avoir
+littéraire? Il lui reste, comme l'a
+excellemment dit M. Brunetière<a name="FNanchor_38" id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">&nbsp;[38]</a>, d'avoir
introduit le <em>reportage</em> dans le roman,
-de s'être tenu à l'affût de la curiosité publique
-et d'avoir su la satisfaire à temps,
-en lui donnant pour pâture <cite>Monsieur le
-Ministre</cite>, quand cette curiosité se portait
-aux hommes de la politique, le <cite>Troisième
-dessous</cite>, quand c'était aux gens de
-théâtre, <cite>Jean Mornas</cite> et les <cite>Amours d'un
-interne</cite>, quand c'était aux mystères malsains
+de s'être tenu à l'affût de la curiosité publique
+et d'avoir su la satisfaire à temps,
+en lui donnant pour pâture <cite>Monsieur le
+Ministre</cite>, quand cette curiosité se portait
+aux hommes de la politique, le <cite>Troisième
+dessous</cite>, quand c'était aux gens de
+théâtre, <cite>Jean Mornas</cite> et les <cite>Amours d'un
+interne</cite>, quand c'était aux mystères malsains
de l'hypnotisme. C'est tout?&mdash;C'est
tout.</p>
@@ -1813,263 +1775,263 @@ tout.</p>
<h3>IV</h3>
-<p>J'avais vraiment hâte d'arriver à M.
+<p>J'avais vraiment hâte d'arriver à M.
Pierre Loti. Voici des &oelig;uvres; voici un
-chef-d'&oelig;uvre: <cite>Pêcheur d'Islande</cite>. Qu'il serait
-intéressant d'en connaître la genèse!
-Nous admirons dans l'Artémis grecque
-une incomparable pureté de type; mais
-que ne doit pas notre curiosité au savant
-qui a mis à nu, dans l'île de Délos, ces
-quelques statues ruinées aux trois quarts,
-qui reproduisent un type inférieur de
-beauté et forment une série étroite où se
-marquent, degré par degré, les progrès
+chef-d'&oelig;uvre: <cite>Pêcheur d'Islande</cite>. Qu'il serait
+intéressant d'en connaître la genèse!
+Nous admirons dans l'Artémis grecque
+une incomparable pureté de type; mais
+que ne doit pas notre curiosité au savant
+qui a mis à nu, dans l'île de Délos, ces
+quelques statues ruinées aux trois quarts,
+qui reproduisent un type inférieur de
+beauté et forment une série étroite où se
+marquent, degré par degré, les progrès
<span class="pagenum"><a id="Page_85"> 85</a></span>
-de l'art archaïque? C'est sous une inspiration
-pareille, et toutes mesures gardées,
-que j'ai écrit les lignes qui suivent<a name="FNanchor_39" id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">&nbsp;[39]</a>.
-Elles m'ont été dictées par des Paimpolais
+de l'art archaïque? C'est sous une inspiration
+pareille, et toutes mesures gardées,
+que j'ai écrit les lignes qui suivent<a name="FNanchor_39" id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">&nbsp;[39]</a>.
+Elles m'ont été dictées par des Paimpolais
de bonne foi qui avaient reconnu
-dans la vie les «héros» de <cite>Pêcheurs
-d'Islande</cite>. Ils ne se sont point trompés
-pour Yan. M. Loti a protesté contre
+dans la vie les «héros» de <cite>Pêcheurs
+d'Islande</cite>. Ils ne se sont point trompés
+pour Yan. M. Loti a protesté contre
l'assimilation faite entre Gaud et une
-«cabaretière». Je donne acte ici de
-cette protestation. Mais comment empêcher
-cette recherche inquiète et parfois
+«cabaretière». Je donne acte ici de
+cette protestation. Mais comment empêcher
+cette recherche inquiète et parfois
hasardeuse du public dans le domaine
-idéal du livre? Et puis, j'y tiens, ceci
-peut éclairer sur les procédés de composition
+idéal du livre? Et puis, j'y tiens, ceci
+peut éclairer sur les procédés de composition
de M. Loti.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_86"> 86</a></span></p>
<hr class="tb" />
-<p>C'est, sur la tombée de mai, au pardon
-de Ploubazlanec, qu'on m'a montré
-Guillaume F..., le bon géant breton qui
-a servi de type à Pierre Loti, dans <cite>Pêcheurs
+<p>C'est, sur la tombée de mai, au pardon
+de Ploubazlanec, qu'on m'a montré
+Guillaume F..., le bon géant breton qui
+a servi de type à Pierre Loti, dans <cite>Pêcheurs
d'Islande</cite>.</p>
<p>La procession venait de finir. Guillaume
et trois autres matelots y avaient
-porté sur leurs épaules une miniature de
-frégate, pendue le reste de l'année en
-<i lang="la" xml:lang="la">ex voto</i> au plafond de l'église. Le navire
-est à califourchon sur une mince planchette,
-et, par derrière les matelots, un
-mousse secoue en mesure un ruban accroché
-à la poupe, pour imiter le tangage.
+porté sur leurs épaules une miniature de
+frégate, pendue le reste de l'année en
+<i lang="la" xml:lang="la">ex voto</i> au plafond de l'église. Le navire
+est à califourchon sur une mince planchette,
+et, par derrière les matelots, un
+mousse secoue en mesure un ruban accroché
+à la poupe, pour imiter le tangage.
Guillaume avait son costume blanc
-de la procession, le col empesé gondolant
+de la procession, le col empesé gondolant
aux angles, la large ceinture et le
-chapeau ciré des matelots de l'Etat. A ce
+chapeau ciré des matelots de l'Etat. A ce
<span class="pagenum"><a id="Page_87"> 87</a></span>
-moment il riait à une demi-douzaine
+moment il riait à une demi-douzaine
de petites filles qui fouillaient dans ses
-poches pour chercher des noix. «Kraoun!
-Kraoun!»<a name="FNanchor_40" id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">&nbsp;[40]</a> chantait le ch&oelig;ur. Il secouait
-les épaules, la tête, chatouillé
-doucement par ces menottes familières
-et obstinées. Les enfants ne le lâchèrent
-qu'après qu'il leur eut donné un sou.
-Elles coururent jusqu'à la prochaine
+poches pour chercher des noix. «Kraoun!
+Kraoun!»<a name="FNanchor_40" id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">&nbsp;[40]</a> chantait le ch&oelig;ur. Il secouait
+les épaules, la tête, chatouillé
+doucement par ces menottes familières
+et obstinées. Les enfants ne le lâchèrent
+qu'après qu'il leur eut donné un sou.
+Elles coururent jusqu'à la prochaine
marchande. Lui riait toujours, de son
rire un peu grave, et les petites chantaient
maintenant, en agitant leurs noix, de
-loin: «Merci, Lome, Lomic de notre
-âme!...»</p>
+loin: «Merci, Lome, Lomic de notre
+âme!...»</p>
<p>Lome ou Lomic, pour lui garder son
-joli diminutif, est en effet très assidu
+joli diminutif, est en effet très assidu
aux pardons de sa commune. Vous connaissez
-par ouï-dire ces pardons bretons:
-ils sont les mêmes qu'ils étaient il y a
+par ouï-dire ces pardons bretons:
+ils sont les mêmes qu'ils étaient il y a
<span class="pagenum"><a id="Page_88"> 88</a></span>
deux cents ans, et vous ne trouverez rien
-de si délicieusement suranné. Ils ne ressemblent
-point aux autres fêtes. Ce ne
-sont point des prétextes à ripailles comme
+de si délicieusement suranné. Ils ne ressemblent
+point aux autres fêtes. Ce ne
+sont point des prétextes à ripailles comme
les kermesses flamandes, ni des rendez-vous
de somnambules et d'hommes-troncs
comme les foires de Paris. L'attrait
vient de plus haut: ces pardons
-sont restés des fêtes de l'âme. On y rit
+sont restés des fêtes de l'âme. On y rit
peu et on y prie beaucoup. Puis, les
-vêpres dites, les jeunes filles s'assoient
-côte à côte sur le talus du cimetière, et
-des groupes d'hommes s'arrêtent à leur
+vêpres dites, les jeunes filles s'assoient
+côte à côte sur le talus du cimetière, et
+des groupes d'hommes s'arrêtent à leur
causer d'amour, gauchement et bien
doucement, tandis qu'elles baissent les
yeux et roulent leur tablier, avec des
moues ou des rougeurs ou des soupirs
-pour réponse. Et dans ces cimetières
-d'église, près des vieux parents couchés
-à deux pas et qui écoutent sous terre,
+pour réponse. Et dans ces cimetières
+d'église, près des vieux parents couchés
+à deux pas et qui écoutent sous terre,
<span class="pagenum"><a id="Page_89"> 89</a></span>
-là-bas c'est comme un sacrement et la
+là-bas c'est comme un sacrement et la
mort y fiance vraiment l'amour.</p>
-<p>Ils durent être de ces pardons, Yan et
-Gaud, les deux «héros» de <cite>Pêcheurs
-d'Islande</cite>. Ils se revirent à Paimpol.
-Vous savez comme ils se marièrent, et
-que le lendemain même des noces Yan
+<p>Ils durent être de ces pardons, Yan et
+Gaud, les deux «héros» de <cite>Pêcheurs
+d'Islande</cite>. Ils se revirent à Paimpol.
+Vous savez comme ils se marièrent, et
+que le lendemain même des noces Yan
appareilla pour l'Islande. Yan ne revint
pas et Gaud en mourut.</p>
<p>Mais c'est le roman, cela. Au vrai, ni
Gaud ni Yan ne sont morts; ils ne se
-sont point mariés; ils n'ont point échangé
-leur parole au cimetière. Peut-être ne se
+sont point mariés; ils n'ont point échangé
+leur parole au cimetière. Peut-être ne se
connaissent-ils pas; mais, s'ils se connaissent,
-soyez bien sûrs qu'ils ne se
-sont jamais aimés, ni Yan ni Gaud.</p>
+soyez bien sûrs qu'ils ne se
+sont jamais aimés, ni Yan ni Gaud.</p>
<hr class="tb" />
<p>La Gaud du roman s'appelle aussi
-Gaud dans la vie et est une véritable demoiselle.
+Gaud dans la vie et est une véritable demoiselle.
<span class="pagenum"><a id="Page_90"> 90</a></span>
-J'ai quelque scrupule à écrire son
-nom de famille. Mais si vous allez à Paimpol,
+J'ai quelque scrupule à écrire son
+nom de famille. Mais si vous allez à Paimpol,
demandez simplement Mlle Gaud:
-on vous mènera chez elle, par une petite
-rue étroite et sonore où les gros sabots
-des campagnards claquent sur les pavés
-et rebondissent en écho sur les ardoises
+on vous mènera chez elle, par une petite
+rue étroite et sonore où les gros sabots
+des campagnards claquent sur les pavés
+et rebondissent en écho sur les ardoises
des toits. Elle tient auberge, Mlle Gaud.
-C'est, dans la venelle qui touche à l'église,
-une maison à deux étages, bien
-vieille sous son crépi de chaux fraîche,
-et toute penchée. La salle du rez-de-chaussée
+C'est, dans la venelle qui touche à l'église,
+une maison à deux étages, bien
+vieille sous son crépi de chaux fraîche,
+et toute penchée. La salle du rez-de-chaussée
n'a que des tables et des bancs;
-au fond un petit comptoir d'étain, des
+au fond un petit comptoir d'étain, des
barriques, l'escalier, et sur les murs, se
-répondant, une enluminure d'Epinal en
-face d'un arrêté contre l'ivrognerie. Vous
-êtes chez Mlle Gaud.</p>
+répondant, une enluminure d'Epinal en
+face d'un arrêté contre l'ivrognerie. Vous
+êtes chez Mlle Gaud.</p>
<p>Elle a aujourd'hui trente ans. Petite,
-grassouillette, avec une matité de teint
+grassouillette, avec une matité de teint
<span class="pagenum"><a id="Page_91"> 91</a></span>
-où se reconnaît la demoiselle, ses cheveux
-roulés en bandeaux sous une coiffe
-de mousseline, sa bouche un peu plissée,
+où se reconnaît la demoiselle, ses cheveux
+roulés en bandeaux sous une coiffe
+de mousseline, sa bouche un peu plissée,
ses yeux durs et ronds, elle incline la
-tête légèrement quand on entre, et sert
-la «pratique» sans lui parler. Elle n'est
+tête légèrement quand on entre, et sert
+la «pratique» sans lui parler. Elle n'est
pas jolie comme dans le roman. Loti l'a
-caressée. Mais tout de même elle est bien
-Mlle Gaud, la silencieuse, dédaigneuse
-et résignée demoiselle. Sa robe noire
+caressée. Mais tout de même elle est bien
+Mlle Gaud, la silencieuse, dédaigneuse
+et résignée demoiselle. Sa robe noire
porte le deuil d'une chose morte et qu'on
ne sait pas. Elle fut riche, jadis. Son
-père, une manière de vieux forban qui
-courait la traite, quelque part, en Guinée,
-l'avait fait élever au meilleur pensionnat
-de Saint-Brieuc. Elle y prit des délicatesses
-de vie. Elle sortit du pensionnat à
-seize ans (son père ayant vendu sa dernière
+père, une manière de vieux forban qui
+courait la traite, quelque part, en Guinée,
+l'avait fait élever au meilleur pensionnat
+de Saint-Brieuc. Elle y prit des délicatesses
+de vie. Elle sortit du pensionnat à
+seize ans (son père ayant vendu sa dernière
cargaison de chair), vint habiter
Paimpol avec lui, y passa quatre ans
<span class="pagenum"><a id="Page_92"> 92</a></span>
-dans la haute société bourgeoise. Puis,
-tout d'un coup, le capital du vieux, engagé
-à nouveau, sombra dans une spéculation.
+dans la haute société bourgeoise. Puis,
+tout d'un coup, le capital du vieux, engagé
+à nouveau, sombra dans une spéculation.
Avec les sous intacts, on monta
-une auberge, qu'elle tint à elle seule,
+une auberge, qu'elle tint à elle seule,
sans servante. Vous connaissez l'auberge:
un buis sur la porte, quelques
-tables, des chopines à fleurs et deux
+tables, des chopines à fleurs et deux
barils d'eau-de-vie. Mais les maisons
-anciennes lui furent fermées. Elle tomba
-de sa classe. Les «dames de la société»
+anciennes lui furent fermées. Elle tomba
+de sa classe. Les «dames de la société»
regardaient ailleurs, pour ne la point
saluer, quand elle passait. Elle souffrit
-plus de cette déchéance que de toutes les
-misères physiques. Peu à peu, l'auberge
+plus de cette déchéance que de toutes les
+misères physiques. Peu à peu, l'auberge
s'achalanda. Il y vint des Islandais, des
ouvriers du port, des matelots de la petite
-pêche. Ceux-là aussi oublièrent que Gaud
-était de famille, et quelques-uns s'enhardirent
-à lui demander sa main. Mais
+pêche. Ceux-là aussi oublièrent que Gaud
+était de famille, et quelques-uns s'enhardirent
+à lui demander sa main. Mais
<span class="pagenum"><a id="Page_93"> 93</a></span>
elle les remercia doucement, avec une
-honte vite cachée. Son teint pâlit encore;
-elle causait à peine, elle avait dans ses
+honte vite cachée. Son teint pâlit encore;
+elle causait à peine, elle avait dans ses
yeux une mauvaise flamme. Et elle ne
-se plaignait point, restant à rêver sur le
+se plaignait point, restant à rêver sur le
pas de sa porte, ou tricotant au comptoir
-de ses petites mains blanches et fuselées.
+de ses petites mains blanches et fuselées.
Ainsi depuis dix ans...</p>
<p>Et l'on vous montrera, dans l'auberge
-de Mlle Gaud, la table boiteuse, où, quand
+de Mlle Gaud, la table boiteuse, où, quand
il habitait Paimpol, venait s'accouder,
les soirs, Loti.</p>
<hr class="tb" />
-<p>Mais Pors-Aven, où habite Lomic, était
-sa promenade aimée.</p>
+<p>Mais Pors-Aven, où habite Lomic, était
+sa promenade aimée.</p>
-<p>De Paimpol, le chemin qui y mène
-longe un instant la côte, file à travers
-champs, et retombe dans la mer, à l'autre
+<p>De Paimpol, le chemin qui y mène
+longe un instant la côte, file à travers
+champs, et retombe dans la mer, à l'autre
<span class="pagenum"><a id="Page_94"> 94</a></span>
-bout de Pors-Aven, après avoir coupé
+bout de Pors-Aven, après avoir coupé
Ploubazlanec et Perros-Hamon. J'ai refait
cette promenade, un matin d'automne,
-le livre de Loti à la main. Je suis
-entré à sa suite dans le cimetière de
-Perros, vous savez, le cimetière des
-Islandais. L'église est en forme de croix,
-des ormes et des frênes autour, et elle
-est si tassée de vieillesse que ses pauvres
+le livre de Loti à la main. Je suis
+entré à sa suite dans le cimetière de
+Perros, vous savez, le cimetière des
+Islandais. L'église est en forme de croix,
+des ormes et des frênes autour, et elle
+est si tassée de vieillesse que ses pauvres
flancs gris disparaissent presque dans
leur verdure. Et sous le porche, le long
-des murs, dans le cimetière, partout, les
-mêmes inscriptions noires sur de petits
-carrés de bois blancs: François Floury,
+des murs, dans le cimetière, partout, les
+mêmes inscriptions noires sur de petits
+carrés de bois blancs: François Floury,
perdu en mer, Pierre Caous, perdu en
mer, Jean Caous, perdu en mer. Ou bien,
ce sont des croix, de minuscules chapelles
-peintes, surmontées d'un c&oelig;ur,
-des plaques en marbre, des losanges à
-jour et ouvrés à la main, naïvement. Et
+peintes, surmontées d'un c&oelig;ur,
+des plaques en marbre, des losanges à
+jour et ouvrés à la main, naïvement. Et
<span class="pagenum"><a id="Page_95"> 95</a></span>
les inscriptions sont alors plus longues:
-«<em>A la mémoire de Sylvestre Camus, enlevé
+«<em>A la mémoire de Sylvestre Camus, enlevé
du bord de son navire et disparu aux
-environs du Nordfiord en Islande, à l'âge
-de seize ans, le 18 juin 1856.</em>» Et celle-ci,
-toute grosse d'effusions: «<em>A la mémoire
+environs du Nordfiord en Islande, à l'âge
+de seize ans, le 18 juin 1856.</em>» Et celle-ci,
+toute grosse d'effusions: «<em>A la mémoire
de Sylvestre Bernard, capitaine de
-la goélette Mathilde, disparue en Islande
-dans l'ouragan du 5 au 8 avril 1867, à
-l'âge de trente-deux ans, ainsi que 18 hommes
-formant son équipage. Bon frère, le
-Seigneur t'a appelé à la fleur de ton âge.
-Nous n'étions pas dignes de t'assister à ton
-heure dernière. La sainte Vierge, sous la
-protection de laquelle tu étais, nous a remplacés.
-Elle t'a fermé les paupières. Aimable
-enfant, compte sur nos prières. Nous
-ne t'oublions pas.</em>»</p>
+la goélette Mathilde, disparue en Islande
+dans l'ouragan du 5 au 8 avril 1867, à
+l'âge de trente-deux ans, ainsi que 18 hommes
+formant son équipage. Bon frère, le
+Seigneur t'a appelé à la fleur de ton âge.
+Nous n'étions pas dignes de t'assister à ton
+heure dernière. La sainte Vierge, sous la
+protection de laquelle tu étais, nous a remplacés.
+Elle t'a fermé les paupières. Aimable
+enfant, compte sur nos prières. Nous
+ne t'oublions pas.</em>»</p>
<p>Il y a des tombes, pour chacun de ces
-Islandais, dans le cimetière de Perros-Hamon,
+Islandais, dans le cimetière de Perros-Hamon,
<span class="pagenum"><a id="Page_96"> 96</a></span>
et sous ces tombes autant de
grands trous vides. C'est une croyance,
-là-bas, que les naufragés n'habitent pas
+là-bas, que les naufragés n'habitent pas
toujours la mer, et qu'ils viennent une
-fois l'an, à la fête des morts, prendre
-possession des fosses creusées pour eux
-dans le cimetière de leur paroisse...</p>
+fois l'an, à la fête des morts, prendre
+possession des fosses creusées pour eux
+dans le cimetière de leur paroisse...</p>
<hr class="tb" />
@@ -2077,138 +2039,138 @@ dans le cimetière de leur paroisse...</p>
qui passe, une bouffarde aux dents. Je lui
demande la maison de Lomic.</p>
-<p>&mdash;Lomic? Le «héros» n'est-ce pas?</p>
+<p>&mdash;Lomic? Le «héros» n'est-ce pas?</p>
-<p>&mdash;Le «héros»? Est-ce qu'on l'appelle
-de la sorte à Pors-Aven?</p>
+<p>&mdash;Le «héros»? Est-ce qu'on l'appelle
+de la sorte à Pors-Aven?</p>
-<p>&mdash;Oh! et à Paimpol aussi. Tout le
-monde le connaît, allez, avec sa bonne
-face rouge et ses épaules d'hercule.</p>
+<p>&mdash;Oh! et à Paimpol aussi. Tout le
+monde le connaît, allez, avec sa bonne
+face rouge et ses épaules d'hercule.</p>
-<p>Le brigadier&mdash;un gallot, à l'air et à
+<p>Le brigadier&mdash;un gallot, à l'air et à
<span class="pagenum"><a id="Page_97"> 97</a></span>
la voix&mdash;prend un temps pour rallumer
sa pipe...</p>
<p>&mdash;Faites-vous route avec moi, monsieur?
-Je suis à l'heure. Je vais à Pors-Aven.
-Je vous déposerai chez Lomic en
+Je suis à l'heure. Je vais à Pors-Aven.
+Je vous déposerai chez Lomic en
passant.</p>
-<p>Nous voilà en route.</p>
+<p>Nous voilà en route.</p>
<p>&mdash;Et Lome?</p>
<p>&mdash;Lome? Mais vous savez bien. Il
-paraît qu'il a été mis dans un roman, et
-tout de même qu'il ne connaît pas son
-A. B. C, faut croire que ça le flatte dur,
-puisque l'idée lui revient au premier coup
+paraît qu'il a été mis dans un roman, et
+tout de même qu'il ne connaît pas son
+A. B. C, faut croire que ça le flatte dur,
+puisque l'idée lui revient au premier coup
qu'il boit. Pour lors, il n'y a que lui.
Il se dandine, il fait le joli c&oelig;ur, il court
-les cafés de Paimpol en cornant à la
-compagnie: «C'est moi qui suis le
-héros!» Les seuls mots français qu'il
+les cafés de Paimpol en cornant à la
+compagnie: «C'est moi qui suis le
+héros!» Les seuls mots français qu'il
ait pu retenir, croiriez-vous, ou presque.
-Car ces têtus d'Avenois sont plus
+Car ces têtus d'Avenois sont plus
<span class="pagenum"><a id="Page_98"> 98</a></span>
-fainéants les uns que les autres. Ils ne
-veulent point de l'école; ils n'y sont
-point allés; leur marmaille n'y va point.
+fainéants les uns que les autres. Ils ne
+veulent point de l'école; ils n'y sont
+point allés; leur marmaille n'y va point.
Et comme ils baragouinent tous breton,
qu'ils se marient chez eux, et qu'il n'y
a dans le village que trois familles, les
-Caous, les Floury, et les Maël, vous
+Caous, les Floury, et les Maël, vous
voyez d'ici la belle crasse d'ignorance
qu'ils ont sur l'entendement...</p>
<p>&mdash;Et Lome?</p>
-<p>&mdash;Lome? Mais guère plus éduqué
+<p>&mdash;Lome? Mais guère plus éduqué
que les camarades, Lome. Par exemple,
-monsieur, bon garçon, et dur et fort
+monsieur, bon garçon, et dur et fort
comme rouvre. Et si vous voyiez comme
les armateurs se l'arrachent pour l'avoir
-à leur bord! Ah! il en faut aussi, et des
-ruses, et du nerf, pour cette satanée pêche
+à leur bord! Ah! il en faut aussi, et des
+ruses, et du nerf, pour cette satanée pêche
d'Islande! On ne prend point la
morue avec des mitaines! Faut point
des demoiselles en soie dans les dorys!
<span class="pagenum"><a id="Page_99"> 99</a></span>
-Souque et trime, garçon, houp! Il
-n'y a pas à sortir de là...</p>
+Souque et trime, garçon, houp! Il
+n'y a pas à sortir de là...</p>
<p>&mdash;Et Lome?</p>
<p>&mdash;Lome? Dame, que voulez-vous que
je vous dise encore? Qu'il court sur ses
-trente ans? Qu'il a cinq frères et deux
-s&oelig;urs? Qu'il est l'aîné de la garçaille?
-Vous savez tout ça. Non? Son père doit
+trente ans? Qu'il a cinq frères et deux
+s&oelig;urs? Qu'il est l'aîné de la garçaille?
+Vous savez tout ça. Non? Son père doit
friser la soixante-dizaine, et Yan-Bras
-(Jean le Grand), comme on dit ici, mérite
+(Jean le Grand), comme on dit ici, mérite
joliment encore son surnom. C'est
-le colosse de Pors-Aven, un pays où les
+le colosse de Pors-Aven, un pays où les
petits hommes ont cinq pieds six pouces.
Et ce qu'il trime, le vieux! Un qui
-ne se couchera que mort, pour sûr et
-certain. Croiriez-vous qu'à son âge il est
+ne se couchera que mort, pour sûr et
+certain. Croiriez-vous qu'à son âge il est
toujours matelot? Il balaie la baie d'une
-marée à l'autre, avec son germain, Sylvestre,
-qui est capitaine du bord. Même,
-voici quelque temps ils ont trouvé un
+marée à l'autre, avec son germain, Sylvestre,
+qui est capitaine du bord. Même,
+voici quelque temps ils ont trouvé un
<span class="pagenum"><a id="Page_100"> 100</a></span>
navire grec d'au moins 800 tonneaux,
-chargé de fin froment et délesté de l'équipage.
-Ils l'ont remorqué à Paimpol,
-et, pour sa part, le père de Lome a reçu
+chargé de fin froment et délesté de l'équipage.
+Ils l'ont remorqué à Paimpol,
+et, pour sa part, le père de Lome a reçu
une demi-douzaine de mille francs. Ah!
-monsieur, c'est ça qui vous soulage une
-existence! On a réparé la maison, qui
-croulait, acquis un champ, remplacé la
-toiture de glui par des ardoises, bordé
+monsieur, c'est ça qui vous soulage une
+existence! On a réparé la maison, qui
+croulait, acquis un champ, remplacé la
+toiture de glui par des ardoises, bordé
le tout d'un mur neuf. Tant et tant que
quand Lome est revenu des fiords, il
ne reconnaissait plus la maison de son
-ascendant, et restait bouche bée devant
+ascendant, et restait bouche bée devant
l'huis, sans oser ouvrir!...</p>
-<p>Le brigadier s'arrête.</p>
+<p>Le brigadier s'arrête.</p>
-<p>&mdash;Tenez, monsieur, à votre gauche,
+<p>&mdash;Tenez, monsieur, à votre gauche,
cette petite maison blanche, toute blanche,
-avec son jardinet où vague et claque
+avec son jardinet où vague et claque
du bec un gros cagnard... Je vous
-quitte: c'est la maison du «héros».</p>
+quitte: c'est la maison du «héros».</p>
<hr class="tb" />
-<p>Ce jour-là, pourtant, je ne vis point
-mon ami Lome. Il avait embarqué à
-bord de la <cite>Champenoise</cite>, une «Islandaise»
-qui s'en allait à Cadix acheter du sel.
-L'hôtesse m'accompagne sur la porte.
-Cette fine goëlette, là-bas, qui double
-les Héaux, c'est la <cite>Champenoise</cite>. Une petite
+<p>Ce jour-là, pourtant, je ne vis point
+mon ami Lome. Il avait embarqué à
+bord de la <cite>Champenoise</cite>, une «Islandaise»
+qui s'en allait à Cadix acheter du sel.
+L'hôtesse m'accompagne sur la porte.
+Cette fine goëlette, là-bas, qui double
+les Héaux, c'est la <cite>Champenoise</cite>. Une petite
brume court sur la mer. En face de
-Pors-Aven, des îles s'estompent que
+Pors-Aven, des îles s'estompent que
chanta Loti, Craka toute nue, Houic-Poul,
Duz, Saint-Riom, l'antique et fertile
-Carohènes, où s'établirent au <span class="smcap">XII</span><sup>e</sup> siècle
-des moines réguliers de l'ordre de
-Saint-Victor, plus loin Rochsonne, dentelée
-comme une forteresse, les Créo, où
-geignent des âmes, les Gast, nids à
+Carohènes, où s'établirent au <span class="smcap">XII</span><sup>e</sup> siècle
+des moines réguliers de l'ordre de
+Saint-Victor, plus loin Rochsonne, dentelée
+comme une forteresse, les Créo, où
+geignent des âmes, les Gast, nids à
courlieux, et au dernier plan de l'horizon,
<span class="pagenum"><a id="Page_102"> 102</a></span>
-l'échine allongée, les monstrueux
-Metz de Gouellou, pareils à des cachalots.
+l'échine allongée, les monstrueux
+Metz de Gouellou, pareils à des cachalots.
La mer est toute grise sous le ciel
-gris. On ne sait pas où commence la
-mer et où finit le ciel. Et dans cette uniformité,
-imaginez le soleil blanc, fatigué
-et sénile, des déclins d'automne...</p>
+gris. On ne sait pas où commence la
+mer et où finit le ciel. Et dans cette uniformité,
+imaginez le soleil blanc, fatigué
+et sénile, des déclins d'automne...</p>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_103"> 103</a></span></p>
@@ -2222,42 +2184,42 @@ LES SYMBOLISTES</h2>
<p class="summary">
<i>Joris-Karl Huysmans.&mdash;Paul Adam.&mdash;Jean
-Moréas.&mdash;Edouard Dujardin.&mdash;Gustave
+Moréas.&mdash;Edouard Dujardin.&mdash;Gustave
Kahn.&mdash;Francis Poictevin.&mdash;Maurice
-de Fleury.&mdash;Léo d'Arkaï.&mdash;Charles
+de Fleury.&mdash;Léo d'Arkaï.&mdash;Charles
Vignier.</i></p>
-<p>Le symbolisme date, à proprement
-parler, de la création des langues. L'anthropopithèque
+<p>Le symbolisme date, à proprement
+parler, de la création des langues. L'anthropopithèque
qui s'avisa le premier
-de désigner un objet par une onomatopée
-fit du symbolisme, et il ne paraît pas
-que le symbolisme contemporain diffère
+de désigner un objet par une onomatopée
+fit du symbolisme, et il ne paraît pas
+que le symbolisme contemporain diffère
<span class="pagenum"><a id="Page_106"> 106</a></span>
sensiblement du symbolisme de ce primitif.</p>
-<p>Dans sa forme définitive (Jean Moréas,
+<p>Dans sa forme définitive (Jean Moréas,
Poictevin, Kahn, etc.), le symbolisme
-consiste en ceci: qu'une pensée
-étant donnée, avec l'image qui la traduit,
+consiste en ceci: qu'une pensée
+étant donnée, avec l'image qui la traduit,
l'image seule sera mise en valeur.
C'est de l'art sensationnel, et il est au
moins curieux qu'avec une pareille formule
-il ait des prétentions à l'idéalisme.
+il ait des prétentions à l'idéalisme.
On pourra voir, tout au contraire, que
-le symbolisme est né directement du
-naturalisme qui le contenait mêlé à
-d'autres éléments.</p>
+le symbolisme est né directement du
+naturalisme qui le contenait mêlé à
+d'autres éléments.</p>
<p>Les symbolistes s'appellent quelquefois
-aussi décadents, décadistes et déliquescents<a name="FNanchor_41" id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">&nbsp;[41]</a>.
-En poésie, ils se réclament
+aussi décadents, décadistes et déliquescents<a name="FNanchor_41" id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">&nbsp;[41]</a>.
+En poésie, ils se réclament
<span class="pagenum"><a id="Page_107"> 107</a></span>
de M. Paul Verlaine; mais M. Verlaine
avait fait de bien beaux vers avant de
-s'apercevoir qu'il était symboliste<a name="FNanchor_42" id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">&nbsp;[42]</a>.
+s'apercevoir qu'il était symboliste<a name="FNanchor_42" id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">&nbsp;[42]</a>.
<span class="pagenum"><a id="Page_108"> 108</a></span>
-En prose, ils relèvent de M. Joris-Karl
+En prose, ils relèvent de M. Joris-Karl
Huysmans et de M. Arthur Rimbaud.
Mais M. Huysmans n'est qu'un demi-symboliste,
et M. Rimbaud est mort.</p>
@@ -2268,67 +2230,67 @@ et M. Rimbaud est mort.</p>
<p>Voici pour le vivant. Les conceptions
de M. Huysmans (Joris-Karl) se distinguent
-par leur extrême simplicité. Dans
-<cite>En ménage</cite>, un mari, trompé par sa
+par leur extrême simplicité. Dans
+<cite>En ménage</cite>, un mari, trompé par sa
femme, la quitte, essaie de l'amour
-libre, s'ennuie à périr, et de lassitude
+libre, s'ennuie à périr, et de lassitude
conclut qu'il vaut encore mieux reprendre
-son collier de misère. Dans <cite>A vau-l'eau</cite>,
-un employé de mairie, éc&oelig;uré des
+son collier de misère. Dans <cite>A vau-l'eau</cite>,
+un employé de mairie, éc&oelig;uré des
fromages au savon de Marseille, des
-carnes fétides et des litharges coupées
+carnes fétides et des litharges coupées
<span class="pagenum"><a id="Page_110"> 110</a></span>
-d'eau de pompe qu'on lui sert à son restaurant
-ordinaire, le quitte, tâte de restaurants
+d'eau de pompe qu'on lui sert à son restaurant
+ordinaire, le quitte, tâte de restaurants
nouveaux, y trouve la nourriture
-un peu plus détestable, et de lassitude
+un peu plus détestable, et de lassitude
conclut qu'il vaut encore mieux
-rentrer à son ancienne «gargote». Dans
-les <cite>S&oelig;urs Vatard</cite>, un garçon et une fille
-qui ne s'aiment point, qui ne se désirent
+rentrer à son ancienne «gargote». Dans
+les <cite>S&oelig;urs Vatard</cite>, un garçon et une fille
+qui ne s'aiment point, qui ne se désirent
point, et qu'une commune horreur
-de la solitude a rapprochés un temps,
-jugent bientôt toute cohabitation impossible,
+de la solitude a rapprochés un temps,
+jugent bientôt toute cohabitation impossible,
et de lassitude concluent qu'il
vaut encore mieux retourner chacun chez
soi. Dans <cite>A rebours</cite>, un gentilhomme de
-la décadence, un «fin de siècle», qu'énerve
+la décadence, un «fin de siècle», qu'énerve
notre monotone train de vie, se
lance, trois cents pages durant, dans des
-sensations rares, s'y énerve un peu plus,
+sensations rares, s'y énerve un peu plus,
et de lassitude conclut qu'il vaut encore
-mieux revenir à la vie normale. Enfin,
+mieux revenir à la vie normale. Enfin,
<span class="pagenum"><a id="Page_111"> 111</a></span>
-dans <cite>En rade</cite><a name="FNanchor_43" id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">&nbsp;[43]</a>, deux Parisiens, rassasiés
-de Paris, des clubs, des théâtres,
-des musées, de l'Institut et de M. Déroulède,
-se réfugient à la campagne, y
+dans <cite>En rade</cite><a name="FNanchor_43" id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">&nbsp;[43]</a>, deux Parisiens, rassasiés
+de Paris, des clubs, des théâtres,
+des musées, de l'Institut et de M. Déroulède,
+se réfugient à la campagne, y
souffrent mille avanies, et de lassitude
concluent qu'il vaut encore mieux regagner
leur entresol du boulevard. Ainsi,
-l'&oelig;uvre entier de M. Huysmans se ramène
-à cette proposition renouvelée du
-sage Siddartha: «Toute agitation est
+l'&oelig;uvre entier de M. Huysmans se ramène
+à cette proposition renouvelée du
+sage Siddartha: «Toute agitation est
vaine. Ne demande jamais d'&oelig;ufs frais
-au garçon de ton restaurant. Outre que
-ces ambitieuses pensées te perdraient
+au garçon de ton restaurant. Outre que
+ces ambitieuses pensées te perdraient
dans son estime, elles auraient cet autre
-résultat de te faire trouver ton omelette
+résultat de te faire trouver ton omelette
un peu plus rance que d'habitude. Ici-bas,
le mieux ne se rencontre jamais;
le pire seul arrive. Or, je vais te prouver
<span class="pagenum"><a id="Page_112"> 112</a></span>
-ça en six volumes de la collection Charpentier.
-Ça m'embêtera, mais ça t'embêtera.
-Et tout ça, ce sera le symbolisme!»</p>
+ça en six volumes de la collection Charpentier.
+Ça m'embêtera, mais ça t'embêtera.
+Et tout ça, ce sera le symbolisme!»</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_113"> 113</a></span></p>
<h3>II</h3>
-<p>Mais M. Huysmans reste sur la lisière
+<p>Mais M. Huysmans reste sur la lisière
du naturalisme et du symbolisme; avec
-MM. Poictevin, Paul Adam, Moréas,
+MM. Poictevin, Paul Adam, Moréas,
Kahn, Dujardin, Vignier, etc., nous entrons
dans le symbolisme pur. Voici
comment:</p>
@@ -2337,239 +2299,239 @@ comment:</p>
rade</cite>, ou tout autre livre de M. Huysmans,
on y trouvera deux sortes d'esprit.
Naturaliste, M. Huysmans l'est surtout
-par les mauvais côtés (thèmes
-vulgaires, détails bas, fausse méthode
+par les mauvais côtés (thèmes
+vulgaires, détails bas, fausse méthode
scientifique). Symboliste, c'est un autre
<span class="pagenum"><a id="Page_114"> 114</a></span>
-homme. Il lui faut la fine fleur de l'étrange;
-sa fantaisie sort du présent, vagabonde
-en des décors de rêve, évoque
-d'inconcevables magies qu'il tâche à rendre
+homme. Il lui faut la fine fleur de l'étrange;
+sa fantaisie sort du présent, vagabonde
+en des décors de rêve, évoque
+d'inconcevables magies qu'il tâche à rendre
d'une langue extraordinaire comme
-elles, somptueuse, barbare et maniérée.</p>
+elles, somptueuse, barbare et maniérée.</p>
-<p>Que si l'on s'inquiète à présent comment
+<p>Que si l'on s'inquiète à présent comment
ce symboliste et ce naturaliste,
d'essence si contradictoire, peuvent cohabiter
en M. Huysmans sans se prendre
aux cheveux et se manger le nez deux
fois par ligne, je ferai observer d'abord
-qu'ils ont bien réussi à vivre en bonne
-intelligence chez M. Zola lui-même, qu'il
-y a, au reste, une excellente façon pour
-les empêcher de s'entre-dévorer, qui est
-de les mettre chacun à part, et que c'est
-très sagement à quoi s'est résolu l'auteur
+qu'ils ont bien réussi à vivre en bonne
+intelligence chez M. Zola lui-même, qu'il
+y a, au reste, une excellente façon pour
+les empêcher de s'entre-dévorer, qui est
+de les mettre chacun à part, et que c'est
+très sagement à quoi s'est résolu l'auteur
d'<cite>En rade</cite>, divisant son livre en deux
-compartiments, l'un pour la réalité (Installation
+compartiments, l'un pour la réalité (Installation
<span class="pagenum"><a id="Page_115"> 115</a></span>
-du couple Malles à la campagne,
-saillies, vêlages, etc.), et l'autre pour le
-rêve (M. et Mme Malles s'intoxiquant de
+du couple Malles à la campagne,
+saillies, vêlages, etc.), et l'autre pour le
+rêve (M. et Mme Malles s'intoxiquant de
haschich et leur voyage dans les nues).</p>
<p>Ces deux tendances, qui n'ont point
-cessé de gouverner M. Huysmans, ont gouverné
-quelque temps eux-mêmes les plus
+cessé de gouverner M. Huysmans, ont gouverné
+quelque temps eux-mêmes les plus
en vue de nos jeunes romanciers symbolistes.
-Ils n'ont point trouvé leur voie du
-premier coup. C'est qu'en effet les littératures
+Ils n'ont point trouvé leur voie du
+premier coup. C'est qu'en effet les littératures
sont soumises aux lois des autres
-productions et ne sortent guère des
-cerveaux tout armées. Mais rappelez-vous
-<cite>La faute de l'abbé Mouret</cite>, <cite>Le ventre
-de Paris</cite>, <cite>La curée</cite>, <cite>Nana</cite>. Le naturalisme
-était gros du symbolisme. Si le
-cordon a été coupé un peu vite, si l'enfant
-s'est retourné contre sa nourrice,
-c'est par une fatalité d'ingratitude où les
-écoles n'échappent pas plus que les hommes.
+productions et ne sortent guère des
+cerveaux tout armées. Mais rappelez-vous
+<cite>La faute de l'abbé Mouret</cite>, <cite>Le ventre
+de Paris</cite>, <cite>La curée</cite>, <cite>Nana</cite>. Le naturalisme
+était gros du symbolisme. Si le
+cordon a été coupé un peu vite, si l'enfant
+s'est retourné contre sa nourrice,
+c'est par une fatalité d'ingratitude où les
+écoles n'échappent pas plus que les hommes.
<span class="pagenum"><a id="Page_116"> 116</a></span>
-Après cela, relèverai-je l'étonnante
+Après cela, relèverai-je l'étonnante
phrase de M. Paul Adam, affirmant que
-«le naturalisme s'est écroulé parce qu'il
-ne croyait pas à l'idéalisme<a name="FNanchor_44" id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">&nbsp;[44]</a>»? C'est
-donc qu'il n'eût plus été le naturalisme,
+«le naturalisme s'est écroulé parce qu'il
+ne croyait pas à l'idéalisme<a name="FNanchor_44" id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">&nbsp;[44]</a>»? C'est
+donc qu'il n'eût plus été le naturalisme,
ou qu'il faut demander aux contraires
de se concilier. Pour ma part, et si tant est
que le naturalisme soit mort, je ne serais
-point éloigné d'en donner l'explication
-opposée, et que son échec final vient justement
+point éloigné d'en donner l'explication
+opposée, et que son échec final vient justement
de ce qu'il n'a point su se renfermer
-en lui-même et rester le naturalisme
-tout court, l'école de l'observation nette
-et précise. Ces raisons-ci sont-elles préférables,
-que donne à la suite M. Paul
-Adam, dont la première qu'en tant que
-<em>patriote</em> «il faut haïr l'&oelig;uvre naturaliste,
-qui tâche pour avilir à la face du monde
+en lui-même et rester le naturalisme
+tout court, l'école de l'observation nette
+et précise. Ces raisons-ci sont-elles préférables,
+que donne à la suite M. Paul
+Adam, dont la première qu'en tant que
+<em>patriote</em> «il faut haïr l'&oelig;uvre naturaliste,
+qui tâche pour avilir à la face du monde
<span class="pagenum"><a id="Page_117"> 117</a></span>
la plus perfectible des races, en souillant
son effigie de toutes les ordures morales
-comme de toutes les infirmités physiques»
-et l'autre qu'en tant que <em>politique</em> «soucieux
+comme de toutes les infirmités physiques»
+et l'autre qu'en tant que <em>politique</em> «soucieux
d'apaiser les guerres intestines, il
-faut réprouver une littérature qui excite
-la rage idiote des plèbes, afin que ces
-pitoyables multitudes soient grugées
-dans la suite, au bénéfice de triomphateurs
-cupides»? J'ai un peu de peine à
-le croire. Au reste, concède M. Adam,
-s'il est permis «aux gens du monde de
-flétrir pour ces motifs une &oelig;uvre, il messied
-aux littérateurs de reprendre un
-écrivain sur de telles raisons». La réprobation
+faut réprouver une littérature qui excite
+la rage idiote des plèbes, afin que ces
+pitoyables multitudes soient grugées
+dans la suite, au bénéfice de triomphateurs
+cupides»? J'ai un peu de peine à
+le croire. Au reste, concède M. Adam,
+s'il est permis «aux gens du monde de
+flétrir pour ces motifs une &oelig;uvre, il messied
+aux littérateurs de reprendre un
+écrivain sur de telles raisons». La réprobation
de ceux-ci se justifiera par
d'autres chefs, et d'abord par les ordures
-de M. Zola (M. Zola est évidemment
+de M. Zola (M. Zola est évidemment
ici pour naturalisme, une religion
-s'écroulant avec son dieu), par ses procédés
+s'écroulant avec son dieu), par ses procédés
<span class="pagenum"><a id="Page_118"> 118</a></span>
romantiques de composition, par
-ses inconséquences, par son sans-gêne
-avec la vérité. Enfin, dernier reproche, et
+ses inconséquences, par son sans-gêne
+avec la vérité. Enfin, dernier reproche, et
non celui qui tient le moins au c&oelig;ur des
-symbolistes, M. Zola «manque de style».</p>
+symbolistes, M. Zola «manque de style».</p>
-<p>C'est la préoccupation de l'école. La
-phrase plus qu'assouplie, disloquée; les
-règles, la syntaxe, la vieille construction
-logique dont parle Fénelon, abolies;
+<p>C'est la préoccupation de l'école. La
+phrase plus qu'assouplie, disloquée; les
+règles, la syntaxe, la vieille construction
+logique dont parle Fénelon, abolies;
mots anciens et de jargon, grecs, latins,
-picards, toute l'érudition en délire et
+picards, toute l'érudition en délire et
monstrueusement goguenarde de Rabelais,
-versée dogmatiquement et pontificalement
-dans la langue par ces prêtres
+versée dogmatiquement et pontificalement
+dans la langue par ces prêtres
du Son; l'absence de rythme devenant
-le rythme suprême; et des effets de
-verbe, des cabrioles d'adjectifs, des dégingandements
-de périodes, la langue
-entière prise d'hystérie, les oh! les ah!
+le rythme suprême; et des effets de
+verbe, des cabrioles d'adjectifs, des dégingandements
+de périodes, la langue
+entière prise d'hystérie, les oh! les ah!
les si! les pamoisons, les spasmes, les
<span class="pagenum"><a id="Page_119"> 119</a></span>
-râles et les roulements d'yeux coupant la
-prose en bonne santé de nos pères; par
-là-dessus, je ne sais quelle affectation de
-mystère et d'hiérophantisme, voilà, en
-fin de compte, à quoi se réduit «l'écriture
-symboliste». Mais de philosophie
-ou d'idées, l'école n'en a pas ou n'en a
-que d'emprunt. Elle en est restée au nihilisme
+râles et les roulements d'yeux coupant la
+prose en bonne santé de nos pères; par
+là-dessus, je ne sais quelle affectation de
+mystère et d'hiérophantisme, voilà, en
+fin de compte, à quoi se réduit «l'écriture
+symboliste». Mais de philosophie
+ou d'idées, l'école n'en a pas ou n'en a
+que d'emprunt. Elle en est restée au nihilisme
de Flaubert et de Zola. Tout le
-thème de l'école est, à bien prendre, dans
+thème de l'école est, à bien prendre, dans
le vers du pauvre Laforgue:</p>
<p class="quote">Ah! que la vie est quotidienne!</p>
-<p>Et d'immenses lassitudes, du dédain et
-du dégoût, transcendantalement rendus
+<p>Et d'immenses lassitudes, du dédain et
+du dégoût, transcendantalement rendus
dans le style qu'on sait<a name="FNanchor_45" id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">&nbsp;[45]</a>. Le seul, ou
<span class="pagenum"><a id="Page_120"> 120</a></span>
-presque, qui pense de cette école, car je
-n'y range point M. Barrès, bien que l'école
-se réclame de lui plus que lui-même
-ne se réclame de l'école, le seul qui pense,
-dis-je, qui ait raisonné sur son art et qui
-soit peut-être un écrivain de promesse,
-M. Paul Adam, en est encore à se chercher,
-donne du front tour à tour contre
-le réalisme et l'idéalisme, et vague un
-peu à l'inconnu<a name="FNanchor_46" id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">&nbsp;[46]</a>. Mais la prose de
-M. Moréas, avec son chant, ses rythmes, sa
-noblesse souvent, qui a lu ce grec frotté
-de Ruteb&oelig;uf et de Rabelais peut-il rêver
-une absence d'idées plus élémentaire
+presque, qui pense de cette école, car je
+n'y range point M. Barrès, bien que l'école
+se réclame de lui plus que lui-même
+ne se réclame de l'école, le seul qui pense,
+dis-je, qui ait raisonné sur son art et qui
+soit peut-être un écrivain de promesse,
+M. Paul Adam, en est encore à se chercher,
+donne du front tour à tour contre
+le réalisme et l'idéalisme, et vague un
+peu à l'inconnu<a name="FNanchor_46" id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">&nbsp;[46]</a>. Mais la prose de
+M. Moréas, avec son chant, ses rythmes, sa
+noblesse souvent, qui a lu ce grec frotté
+de Ruteb&oelig;uf et de Rabelais peut-il rêver
+une absence d'idées plus élémentaire
<span class="pagenum"><a id="Page_121"> 121</a></span>
-sous une rhétorique plus ornée? M. Moréas
-s'en est si bien rendu compte lui-même
-qu'il semble avoir renoncé à toute
-création personnelle pour s'abriter dans
-des adaptations de légendes moyen âge,
-où s'éploient à l'aise ses richesses de
-langue: «Et la belle princesse portait
-une robe de soie, où l'on voyait brodés
-à fin or des pards et des dragons, des
+sous une rhétorique plus ornée? M. Moréas
+s'en est si bien rendu compte lui-même
+qu'il semble avoir renoncé à toute
+création personnelle pour s'abriter dans
+des adaptations de légendes moyen âge,
+où s'éploient à l'aise ses richesses de
+langue: «Et la belle princesse portait
+une robe de soie, où l'on voyait brodés
+à fin or des pards et des dragons, des
serpents volants et des escramors et
-bien d'autres bêtes. Et le beau valet
+bien d'autres bêtes. Et le beau valet
Constant chevauchait un cheval baillet
-couvert d'un drap de couleur azurée,
-etc., etc.<a name="FNanchor_47" id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">&nbsp;[47]</a>.» Et il n'y a pas plus de raison
+couvert d'un drap de couleur azurée,
+etc., etc.<a name="FNanchor_47" id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">&nbsp;[47]</a>.» Et il n'y a pas plus de raison
pour que cela finisse qu'il n'y en a
-eu pour que cela ait commencé.</p>
+eu pour que cela ait commencé.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_122"> 122</a></span></p>
<h3>III</h3>
-<p>Encore M. Moréas peut-il se réclamer
-du rythme. Maladroit aux idées, c'est
+<p>Encore M. Moréas peut-il se réclamer
+du rythme. Maladroit aux idées, c'est
un subtil manieur de phrases, et il est
bon qu'on s'en souvienne<a name="FNanchor_48" id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">&nbsp;[48]</a>. Mais pour
M. Dujardin et M. Kahn, je crois bien
-qu'ils échappent entièrement à toute littérature.
-Ce dernier a publié dans les
-revues sémites des pages dont il n'y a
-rien à écrire<a name="FNanchor_49" id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">&nbsp;[49]</a>. M. Dujardin, lui, a
+qu'ils échappent entièrement à toute littérature.
+Ce dernier a publié dans les
+revues sémites des pages dont il n'y a
+rien à écrire<a name="FNanchor_49" id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">&nbsp;[49]</a>. M. Dujardin, lui, a
<span class="pagenum"><a id="Page_123"> 123</a></span>
-publié les <cite>Hantises</cite> (un recueil dans la
-manière noire d'Hoffman, compliquée
-d'inventions baroques à la Marck Twain),
-puis <cite>Les lauriers sont coupés</cite>, roman
+publié les <cite>Hantises</cite> (un recueil dans la
+manière noire d'Hoffman, compliquée
+d'inventions baroques à la Marck Twain),
+puis <cite>Les lauriers sont coupés</cite>, roman
symboliste, qui, si on ne connaissait
l'auteur pour imperturbable, semblerait
-la parodie anticipée de la belle
-monographie de M. Maurice Barrés:
+la parodie anticipée de la belle
+monographie de M. Maurice Barrés:
<cite>Sous l'&oelig;il des barbares</cite>. J'ai quelque
-inquiétude à analyser de tels livres. Qu'un
+inquiétude à analyser de tels livres. Qu'un
romancier s'impose le programme suivant:
-dans le désordre de la vie cérébrale,
-avec la confusion perpétuelle des
-sentiments, des idées et des sensations,
+dans le désordre de la vie cérébrale,
+avec la confusion perpétuelle des
+sentiments, des idées et des sensations,
le trouble qu'apportent les circonstances
-extérieures au développement logique
-de la pensée, les sautes brusques de
-cette pensée même, se rappeler et tâcher
-à décrire dans leur minutie absolue tous
-les sentiments, idées, sensations, qui
+extérieures au développement logique
+de la pensée, les sautes brusques de
+cette pensée même, se rappeler et tâcher
+à décrire dans leur minutie absolue tous
+les sentiments, idées, sensations, qui
<span class="pagenum"><a id="Page_124"> 124</a></span>
peuvent traverser un cerveau humain de
-sept heures à dix heures du soir, si vous
+sept heures à dix heures du soir, si vous
n'arrivez pas avec un programme comme
-celui-là à confectionner un monologue
+celui-là à confectionner un monologue
pour Coquelin cadet, je dis que vous
-n'aurez point été fidèle à votre programme.
-C'est ici l'éternel sophisme du
-<em>réel</em> pris et donné pour le <em>vrai</em>. En admettant
-que ce fût un homme de talent
-qui eût conçu le programme de M. Dujardin,
-et qu'il l'eût intégralement exécuté
+n'aurez point été fidèle à votre programme.
+C'est ici l'éternel sophisme du
+<em>réel</em> pris et donné pour le <em>vrai</em>. En admettant
+que ce fût un homme de talent
+qui eût conçu le programme de M. Dujardin,
+et qu'il l'eût intégralement exécuté
(chose que je tiens pour impossible),
pensez-vous que son &oelig;uvre produirait
l'impression de vie qu'il en attend? Eh!
oui, je sais que le cerveau est ainsi fait.
C'est, par exemple, en moi, dans le moment
-où j'écris, tout un chaos de perceptions,
+où j'écris, tout un chaos de perceptions,
bruits de voix, roulements de
voiture, coups sourds de marteaux sur
l'enclume, et la palpitation du sang aux
<span class="pagenum"><a id="Page_125"> 125</a></span>
tempes, l'afflux de mille sensations de
-bien-être ou de malaise, et ma pensée
-courant au travers, toute à sa tâche de
-réflexion. Mais quoi! si je ne venais pas
-de les noter ici pêle-mêle, perceptions
+bien-être ou de malaise, et ma pensée
+courant au travers, toute à sa tâche de
+réflexion. Mais quoi! si je ne venais pas
+de les noter ici pêle-mêle, perceptions
confuses et perceptions distinctes, ne serais-je
-pas bien embarrassé, une heure
-après, pour trouver dans mon souvenir
-la moindre trace des premières, alors
-que les secondes auront survécu? Et
-même dans celles-ci, dans les perceptions
+pas bien embarrassé, une heure
+après, pour trouver dans mon souvenir
+la moindre trace des premières, alors
+que les secondes auront survécu? Et
+même dans celles-ci, dans les perceptions
distinctes, un choix se fera encore
-à mesure. Mon passé finira par se ramasser
-en quelques traits nets et caractéristiques.
+à mesure. Mon passé finira par se ramasser
+en quelques traits nets et caractéristiques.
Au romancier d'observer ces
traits, car c'est avec eux seulement qu'il
-reconstituera mon «moi». La nature
+reconstituera mon «moi». La nature
simplifie; l'art ne peut que suivre la nature.
A les vouloir violenter tous deux,
on risque la cocasserie, uniment.</p>
@@ -2578,77 +2540,77 @@ on risque la cocasserie, uniment.</p>
<h3>IV</h3>
-<p>Parlerai-je à présent des obscénités
+<p>Parlerai-je à présent des obscénités
symbolistes de M. Poictevin<a name="FNanchor_50" id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">&nbsp;[50]</a>? Citerai-je,
comme la seule critique qu'on en
-puisse faire,&mdash;et le sujet mis à part,&mdash;des
-phrases de français taillées sur ce
-patron? «Invinciblement elle avançait,
-comme sans arrêt concevable, et le
+puisse faire,&mdash;et le sujet mis à part,&mdash;des
+phrases de français taillées sur ce
+patron? «Invinciblement elle avançait,
+comme sans arrêt concevable, et le
mouvement et la pose impassible du
-pied cambré, et la minime flexion de la
+pied cambré, et la minime flexion de la
<span class="pagenum"><a id="Page_127"> 127</a></span>
taille droite, et le feu fixe des grands
-yeux d'où, par intervalles, coule une
+yeux d'où, par intervalles, coule une
lueur fauve, sans jamais un battement
-de paupières, disent qu'elle ne supporte
+de paupières, disent qu'elle ne supporte
tout au plus que des tangences.
Et, dans cet avancement illusoire, dans
ce va-et-vient trompeur, elle garde une
-sinueuse immobilité. De la voix métallique
-le résonnant timbre un peu dur
-signifie que toute indiscrétion serait irrépondue.
+sinueuse immobilité. De la voix métallique
+le résonnant timbre un peu dur
+signifie que toute indiscrétion serait irrépondue.
Comme cette voix scandait,
en une mesure concordante, l'insondable,
l'inexorable fluence du pas, de tout
-le corps<a name="FNanchor_51" id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">&nbsp;[51]</a>!» Insondable fluence,
+le corps<a name="FNanchor_51" id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">&nbsp;[51]</a>!» Insondable fluence,
<span class="pagenum"><a id="Page_128"> 128</a></span>
inexorable fluence, admirable invention
que le symbolisme! Et si je nomme seulement,
-à la suite de M. Poictevin, M.
+à la suite de M. Poictevin, M.
<span class="pagenum"><a id="Page_129"> 129</a></span>
Maurice de Fleury, auteur d'<cite>Hydrargyre</cite>,
-et M. Léo d'Arkaï, auteur de <cite>Il</cite>, et que
-je dise du premier qu'il a trouvé le secret
-d'une forme encore plus compliquée,
+et M. Léo d'Arkaï, auteur de <cite>Il</cite>, et que
+je dise du premier qu'il a trouvé le secret
+d'une forme encore plus compliquée,
<span class="pagenum"><a id="Page_130"> 130</a></span>
-et de l'autre qu'il a découvert des thèmes
-un peu plus obscènes, n'aurai-je
+et de l'autre qu'il a découvert des thèmes
+un peu plus obscènes, n'aurai-je
point fait tout le possible pour m'acquitter
-envers l'école symboliste?</p>
+envers l'école symboliste?</p>
<p>Non, pourtant. Ouvrez l'<cite>Officiel</cite> de ces
-messieurs, la <cite>Revue indépendante</cite> de juin
-1887, et lisez à la page 405 une nouvelle
-assez courte, <cite>Pubère</cite>, signée de M.
-Charles Vignier<a name="FNanchor_52" id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">&nbsp;[52]</a>. Elle est délicieuse
+messieurs, la <cite>Revue indépendante</cite> de juin
+1887, et lisez à la page 405 une nouvelle
+assez courte, <cite>Pubère</cite>, signée de M.
+Charles Vignier<a name="FNanchor_52" id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">&nbsp;[52]</a>. Elle est délicieuse
d'ironie. Si M. Vignier, comme je le
-crois, a voulu faire là pour les symbolistes
+crois, a voulu faire là pour les symbolistes
ce que Gautier fit pour les romantiques
dans ses <cite>Jeunes-France</cite>, le pastiche
est de tous points admirable. C'est le
-récit en prose symboliste des amours
-d'une laveuse de vaisselle. J'ai regret à
+récit en prose symboliste des amours
+d'une laveuse de vaisselle. J'ai regret à
n'en pouvoir rien citer. Mais, comme il
est vrai qu'on ne combat bien les gens
<span class="pagenum"><a id="Page_131"> 131</a></span>
qu'avec leurs propres armes et quand
-on a déjà un peu couché sous leur tente,
+on a déjà un peu couché sous leur tente,
j'avancerai de la nouvelle symboliste de
-M. Vignier, qu'encore que très courte
-elle est peut-être la meilleure critique
+M. Vignier, qu'encore que très courte
+elle est peut-être la meilleure critique
qu'on ait faite et qu'on fera du symbolisme,
-de cette école prétentieuse et
+de cette école prétentieuse et
vide, toute en dehors, excellant, non
-point, comme le clament ses esthètes, à
+point, comme le clament ses esthètes, à
exprimer l'inexprimable, mais bien au
-contraire à rendre inintelligibles les
-plus simples notions de l'expérience<a name="FNanchor_53" id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">&nbsp;[53]</a>,
+contraire à rendre inintelligibles les
+plus simples notions de l'expérience<a name="FNanchor_53" id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">&nbsp;[53]</a>,
<span class="pagenum"><a id="Page_132"> 132</a></span>
-véritable école normale de jongleurs et
-d'avaleurs d'étoupes enflammées, où l'on
-prépare à Bicêtre, je le pense, mais à la
-littérature, c'est encore à prouver.</p>
+véritable école normale de jongleurs et
+d'avaleurs d'étoupes enflammées, où l'on
+prépare à Bicêtre, je le pense, mais à la
+littérature, c'est encore à prouver.</p>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_133"> 133</a></span></p>
@@ -2662,16 +2624,16 @@ LES PHILOSOPHES</h2>
<p class="summary">
<i>Paul Bourget.&mdash;Edmond Haraucourt.&mdash;Maurice
-Barrès.&mdash;Robert de Bonnières.&mdash;Marcel
-Prévost.&mdash;Édouard Rod.&mdash;Narcisse
-Quellien.&mdash;François Sauvy.&mdash;Mme
+Barrès.&mdash;Robert de Bonnières.&mdash;Marcel
+Prévost.&mdash;Édouard Rod.&mdash;Narcisse
+Quellien.&mdash;François Sauvy.&mdash;Mme
Alphonse Daudet.&mdash;Mme Juliette
-Adam.&mdash;Jules Lemaître.&mdash;Anatole France.&mdash;Jules
+Adam.&mdash;Jules Lemaître.&mdash;Anatole France.&mdash;Jules
Tellier.&mdash;Gilbert-Augustin Thierry.&mdash;Alexandre
-Dumas fils.&mdash;Louis Ulbach.&mdash;Arsène
-Houssaye.&mdash;Octave Uzanne.&mdash;Aurélien
-Scholl.&mdash;Pierre Véron.&mdash;Émile
-Blavet.&mdash;Quatrelles.&mdash;Mouton (Mérinos).&mdash;Glosclaude.&mdash;Eugène
+Dumas fils.&mdash;Louis Ulbach.&mdash;Arsène
+Houssaye.&mdash;Octave Uzanne.&mdash;Aurélien
+Scholl.&mdash;Pierre Véron.&mdash;Émile
+Blavet.&mdash;Quatrelles.&mdash;Mouton (Mérinos).&mdash;Glosclaude.&mdash;Eugène
Chavette.&mdash;Henri</i>
<span class="pagenum"><a id="Page_136"> 136</a></span>
<i>Rochefort.&mdash;H. Taine.&mdash;A. de Pontmartin.&mdash;Paul
@@ -2682,538 +2644,538 @@ Karr.</i></p>
des romans. M. Alexis Bouvier et
M. Georges Ohnet sont des psychologues.
Je ne les rangerai pourtant point
-dans cette catégorie, parce que ce n'est
+dans cette catégorie, parce que ce n'est
point la psychologie qui frappe d'abord
dans leurs &oelig;uvres. Au contraire, chez
les romanciers dont je parlerai plus loin,
psychologues proprement dits, moralistes
-et même humoristes, il est très sensible
-que l'étude des âmes et de leurs lois
+et même humoristes, il est très sensible
+que l'étude des âmes et de leurs lois
morales est la grande affaire, et que le
-roman lui-même n'est qu'un prétexte ou
+roman lui-même n'est qu'un prétexte ou
une occasion.</p>
-<p>Comme le réalisme est surtout représenté
-par les naturalistes, l'idéalisme me
+<p>Comme le réalisme est surtout représenté
+par les naturalistes, l'idéalisme me
<span class="pagenum"><a id="Page_137"> 137</a></span>
-paraît trouver sa vraie forme chez les
-meilleurs de ces écrivains<a name="FNanchor_54" id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">&nbsp;[54]</a>. Il n'est pas,
+paraît trouver sa vraie forme chez les
+meilleurs de ces écrivains<a name="FNanchor_54" id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">&nbsp;[54]</a>. Il n'est pas,
je le sais, que le grand courant d'observation
-qui a entraîné ces quinze dernières
-années n'ait agi sur eux pour les contraindre
-à une précision plus grande
+qui a entraîné ces quinze dernières
+années n'ait agi sur eux pour les contraindre
+à une précision plus grande
dans l'analyse des sentiments et des passions.
Ce qu'il y avait de romanesque
-dans l'&oelig;uvre des idéalistes de la vieille
-école (M. Feuillet, Sandeau, George Sand
-même), et ce qu'il reste de romanesque
-encore dans les disciples attardés de
-cette école (M. Duruy, M. Droz) a disparu
-ici presque entièrement: vous remarquerez
+dans l'&oelig;uvre des idéalistes de la vieille
+école (M. Feuillet, Sandeau, George Sand
+même), et ce qu'il reste de romanesque
+encore dans les disciples attardés de
+cette école (M. Duruy, M. Droz) a disparu
+ici presque entièrement: vous remarquerez
<span class="pagenum"><a id="Page_138"> 138</a></span>
que, pareillement aux naturalistes,
-ils répugnent aux complications
+ils répugnent aux complications
d'intrigue; la plupart de leurs romans
-se résumeraient en dix mots. Serrer la
-réalité au plus près, les deux écoles y
-prétendent également; c'est sur l'explication
-de la formule qu'elles diffèrent.
-Quand les naturalistes rejettent l'âme
-comme une entité métaphysique, les idéalistes
-repoussent le monde extérieur
-comme une vanité du sens. Les uns n'accordent
-de fondement qu'à la matière;
-les autres n'en accordent qu'à la pensée.
-Les termes extrêmes de ces deux conceptions
-pourraient bien être, pour les
+se résumeraient en dix mots. Serrer la
+réalité au plus près, les deux écoles y
+prétendent également; c'est sur l'explication
+de la formule qu'elles diffèrent.
+Quand les naturalistes rejettent l'âme
+comme une entité métaphysique, les idéalistes
+repoussent le monde extérieur
+comme une vanité du sens. Les uns n'accordent
+de fondement qu'à la matière;
+les autres n'en accordent qu'à la pensée.
+Les termes extrêmes de ces deux conceptions
+pourraient bien être, pour les
naturalistes, <cite>A vau-l'eau</cite>, de M. Joris-Karl
-Huysmans, et, pour les idéalistes,
+Huysmans, et, pour les idéalistes,
<cite>Sous l'&oelig;il des barbares</cite>, de M. Maurice
-Barrès. Mais, entre ces deux extrêmes,
-il y a place à des tempéraments, et, de
+Barrès. Mais, entre ces deux extrêmes,
+il y a place à des tempéraments, et, de
<span class="pagenum"><a id="Page_139"> 139</a></span>
fait, ni M. Bourget, ni M. Rod, ni M. Haraucourt,
ne poussent aussi loin. Leurs
-idées ont figure et se meuvent dans
-un décor; mais à ces emprunts du dehors,
+idées ont figure et se meuvent dans
+un décor; mais à ces emprunts du dehors,
qui sont l'accessoire, ils mettent
-une infinie sobriété. Le livre gagne ainsi
+une infinie sobriété. Le livre gagne ainsi
en vie apparente, sans perdre de sa vie
-intime. C'est là une conception très
-saine de l'idéalisme, et il faut bien
-reconnaître qu'elle est un peu due aux
-habitudes de précision que les réalistes
+intime. C'est là une conception très
+saine de l'idéalisme, et il faut bien
+reconnaître qu'elle est un peu due aux
+habitudes de précision que les réalistes
ont introduites dans le roman contemporain.
Deux autres causes encore
-semblent y avoir contribué pour une
+semblent y avoir contribué pour une
part assez forte, l'influence du public,
-d'abord, soucieux d'une vérité plus
-étroite, et l'influence (par delà l'école de
+d'abord, soucieux d'une vérité plus
+étroite, et l'influence (par delà l'école de
M. Feuillet, Sandeau, etc.) de quelques
devanciers, tels que Benjamin Constant,
Beyle, Sainte-Beuve, Fromentin,
<span class="pagenum"><a id="Page_140"> 140</a></span>
-dont le rayonnement n'a commencé à
-se faire sentir qu'en ces dernières
-années.</p>
+dont le rayonnement n'a commencé à
+se faire sentir qu'en ces dernières
+années.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_141"> 141</a></span></p>
<h3>I</h3>
-<p>Une vie littéraire qui est tout unie<a name="FNanchor_55" id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">&nbsp;[55]</a>.
-En 1873, à l'âge de vingt et un ans,
-M. Paul Bourget, le plus délicat, comme
-on dit, de nos psychologues, débutait à
+<p>Une vie littéraire qui est tout unie<a name="FNanchor_55" id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">&nbsp;[55]</a>.
+En 1873, à l'âge de vingt et un ans,
+M. Paul Bourget, le plus délicat, comme
+on dit, de nos psychologues, débutait à
la <cite>Revue des Deux-Mondes</cite> par un essai
-sur le roman réaliste et le roman piétiste.
+sur le roman réaliste et le roman piétiste.
Il ne l'a point recueilli, et cela
-explique que personne n'en ait parlé.
-Bien des essais ont eu le même sort.
+explique que personne n'en ait parlé.
+Bien des essais ont eu le même sort.
<span class="pagenum"><a id="Page_142"> 142</a></span>
-Mais je voudrais qu'on dédaignât moins
+Mais je voudrais qu'on dédaignât moins
ces premiers balbutiements de l'esprit.
Ils sont, la plupart, d'une confusion charmante.
-La pensée s'y cherche, ou bien
-les mots répondent de travers à la pensée.
-Cette confusion même fait qu'on y
+La pensée s'y cherche, ou bien
+les mots répondent de travers à la pensée.
+Cette confusion même fait qu'on y
trouve tout ce qu'on veut, et cela aussi
est un charme.</p>
<p>Il n'en va pas de la sorte avec M. Paul
-Bourget. Dès qu'il a su penser, M. Bourget
-a pensé d'une façon précise. Il n'y
-a jamais eu chez lui de l'inachevé ni
-du flottant; il fut logicien à l'âge où
+Bourget. Dès qu'il a su penser, M. Bourget
+a pensé d'une façon précise. Il n'y
+a jamais eu chez lui de l'inachevé ni
+du flottant; il fut logicien à l'âge où
d'autres jouent aux billes. Vous savez
-bien, ces photographies d'enfant où l'on
-retrouve, nettement accusés déjà, les
-traits de l'homme mûr? C'est ainsi,
+bien, ces photographies d'enfant où l'on
+retrouve, nettement accusés déjà, les
+traits de l'homme mûr? C'est ainsi,
j'imagine, que l'auteur de <cite>Mensonges</cite> et
de <cite>Crime d'amour</cite> se retrouve tout entier,
ou presque, dans l'adolescent qui signa
<span class="pagenum"><a id="Page_143"> 143</a></span>
-en 1873 l'étude sur le roman réaliste et
-le roman piétiste.</p>
-
-<p>En art, et dès cette époque, il avait sa
-théorie à lui, et il l'appliqua, l'année
-suivante, dans une petite nouvelle appelée
-<cite>Céline Lacoste</cite><a name="FNanchor_56" id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">&nbsp;[56]</a>. L'application ne
-vaut guère. Il réussit mieux, quelques
-années plus tard, avec l'<cite>Irréparable</cite> et
-<cite>Crime d'amour</cite>. <cite>Cruelle énigme</cite> le fit passer
-maître. Il confirma cette gloire naissante
-par <cite>André Cornélis</cite>. Voici enfin
-<cite>Mensonges</cite>. C'est un livre de pleine maturité;
+en 1873 l'étude sur le roman réaliste et
+le roman piétiste.</p>
+
+<p>En art, et dès cette époque, il avait sa
+théorie à lui, et il l'appliqua, l'année
+suivante, dans une petite nouvelle appelée
+<cite>Céline Lacoste</cite><a name="FNanchor_56" id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">&nbsp;[56]</a>. L'application ne
+vaut guère. Il réussit mieux, quelques
+années plus tard, avec l'<cite>Irréparable</cite> et
+<cite>Crime d'amour</cite>. <cite>Cruelle énigme</cite> le fit passer
+maître. Il confirma cette gloire naissante
+par <cite>André Cornélis</cite>. Voici enfin
+<cite>Mensonges</cite>. C'est un livre de pleine maturité;
et le curieux, c'est que M. Paul
-Bourget y demeure plus que jamais fidèle
-à l'esthétique de sa vingt et unième
-année.</p>
+Bourget y demeure plus que jamais fidèle
+à l'esthétique de sa vingt et unième
+année.</p>
-<p>Car le roman qu'il rêvait alors et le
-roman qu'il vient d'écrire ne font qu'un.
+<p>Car le roman qu'il rêvait alors et le
+roman qu'il vient d'écrire ne font qu'un.
<span class="pagenum"><a id="Page_144"> 144</a></span>
-Le roman rêvé devait être «humain»,
-c'est-à-dire qu'il proscrirait «les créations
-monstrueuses dont nous obsèdent
-les réalistes». Ainsi fermé à la tératologie,
-«ce roman retrouverait la beauté
-dans l'étude des choses saines et des
-sentiments nobles». L'auteur s'y «imposerait
-une entière sincérité». Il chercherait
-à dégager «la loi qui gouverne
-les passions humaines». Son roman,
-enfin, «respirerait l'amour d'une existence
-meilleure». Mais le Bourget de
-<cite>Mensonges</cite> et de <cite>Cruelle énigme</cite> n'est-il
-pas là dans son entier, et l'analyste, et
-le moraliste, et l'idéaliste? Et cette unité
+Le roman rêvé devait être «humain»,
+c'est-à-dire qu'il proscrirait «les créations
+monstrueuses dont nous obsèdent
+les réalistes». Ainsi fermé à la tératologie,
+«ce roman retrouverait la beauté
+dans l'étude des choses saines et des
+sentiments nobles». L'auteur s'y «imposerait
+une entière sincérité». Il chercherait
+à dégager «la loi qui gouverne
+les passions humaines». Son roman,
+enfin, «respirerait l'amour d'une existence
+meilleure». Mais le Bourget de
+<cite>Mensonges</cite> et de <cite>Cruelle énigme</cite> n'est-il
+pas là dans son entier, et l'analyste, et
+le moraliste, et l'idéaliste? Et cette unité
de vie n'est-elle pas chose bien extraordinaire?</p>
-<p>De l'analyste, il n'y a qu'à louer la
-sûreté de main et la finesse d'observation.
-Nul, de nos jours, ne s'entend à
+<p>De l'analyste, il n'y a qu'à louer la
+sûreté de main et la finesse d'observation.
+Nul, de nos jours, ne s'entend à
<span class="pagenum"><a id="Page_145"> 145</a></span>
-mieux fouiller une âme, c'est convenu;
-puis le moraliste érige en maximes et
-apophtegmes ces observations de détail.
-Il lui arrive de découvrir ainsi un certain
-nombre de vérités courantes. Mais,
-ô nos mères et nos s&oelig;urs, admirez-le
-écrivant de vous: «Il y a une espèce
-d'immoralité impersonnelle particulière
-aux femmes... Elle consiste à ne plus
+mieux fouiller une âme, c'est convenu;
+puis le moraliste érige en maximes et
+apophtegmes ces observations de détail.
+Il lui arrive de découvrir ainsi un certain
+nombre de vérités courantes. Mais,
+ô nos mères et nos s&oelig;urs, admirez-le
+écrivant de vous: «Il y a une espèce
+d'immoralité impersonnelle particulière
+aux femmes... Elle consiste à ne plus
percevoir les lois de la conscience,
-quand il s'agit de l'être aimé». Et c'est
+quand il s'agit de l'être aimé». Et c'est
d'une vie si profonde! Que pour l'auteur,
suivant l'expression de Gautier, le monde
-extérieur semble n'exister pas, qu'il
-nous dise d'un vieillard: «Il paraissait
-maigre et comme tassé sur lui-même»,
-ce qui est malaisé à concilier, qu'il confonde
+extérieur semble n'exister pas, qu'il
+nous dise d'un vieillard: «Il paraissait
+maigre et comme tassé sur lui-même»,
+ce qui est malaisé à concilier, qu'il confonde
le palais tunisien qui domine le
-parc de Montsouris avec «un pavillon
-d'architecture chinoise», ou qu'il prête
+parc de Montsouris avec «un pavillon
+d'architecture chinoise», ou qu'il prête
<span class="pagenum"><a id="Page_146"> 146</a></span>
-à une mondaine, comme Gyp le lui reprochait
-cruellement hier, le «corset
-noir» cher aux filles de brasserie, c'est
-à quoi, soyez sûrs, nous ne prenons
-point garde en l'écoutant, et nous passons
-volontiers à cet idéaliste le coup
-d'&oelig;il distrait qu'il jette sur l'extérieur
-des choses pour les belles et mystérieuses
-consciences où il nous fait pénétrer.</p>
+à une mondaine, comme Gyp le lui reprochait
+cruellement hier, le «corset
+noir» cher aux filles de brasserie, c'est
+à quoi, soyez sûrs, nous ne prenons
+point garde en l'écoutant, et nous passons
+volontiers à cet idéaliste le coup
+d'&oelig;il distrait qu'il jette sur l'extérieur
+des choses pour les belles et mystérieuses
+consciences où il nous fait pénétrer.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_147"> 147</a></span></p>
<h3>II</h3>
-<p>Je rattacherai directement à M. Bourget,
-qui est leur aîné, MM. Edmond
-Haraucourt et Maurice Barrès.</p>
+<p>Je rattacherai directement à M. Bourget,
+qui est leur aîné, MM. Edmond
+Haraucourt et Maurice Barrès.</p>
-<p>M. Haraucourt n'a encore publié
-qu'un roman: <cite>Amis</cite><a name="FNanchor_57" id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">&nbsp;[57]</a>; mais, à mon
-sens, on n'a point fait attention à tout ce
-que ce livre contenait de noble et de délicat,
-et qu'un tel livre était un des plus
-méritants efforts d'art de ces dernières
+<p>M. Haraucourt n'a encore publié
+qu'un roman: <cite>Amis</cite><a name="FNanchor_57" id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">&nbsp;[57]</a>; mais, à mon
+sens, on n'a point fait attention à tout ce
+que ce livre contenait de noble et de délicat,
+et qu'un tel livre était un des plus
+méritants efforts d'art de ces dernières
<span class="pagenum"><a id="Page_148"> 148</a></span>
-années. Vous en connaissez le sujet: une
-amitié (non de ces amitiés «ordinaires et
-coutumières» qui ne sont, comme dit
-Montaigne, que «superficielles accointances»,
-mais cette «souveraine et
-maîtresse amitié» où atteignent du premier
+années. Vous en connaissez le sujet: une
+amitié (non de ces amitiés «ordinaires et
+coutumières» qui ne sont, comme dit
+Montaigne, que «superficielles accointances»,
+mais cette «souveraine et
+maîtresse amitié» où atteignent du premier
bond les grands c&oelig;urs, comme si
-ces c&oelig;urs, qui se cherchaient dans l'inquiétude
-avant de s'être trouvés, obéissaient
-à je ne sais quelle «force inexplicable
-et fatale, médiatrice de leur
-union») et cette amitié traversée par
+ces c&oelig;urs, qui se cherchaient dans l'inquiétude
+avant de s'être trouvés, obéissaient
+à je ne sais quelle «force inexplicable
+et fatale, médiatrice de leur
+union») et cette amitié traversée par
un amour de femme, les petits ongles
-cruels lacérant à plaisir ces c&oelig;urs doux
-et graves, la déchirure des c&oelig;urs qui
-s'élargit, et rien pour la fermer, sinon
+cruels lacérant à plaisir ces c&oelig;urs doux
+et graves, la déchirure des c&oelig;urs qui
+s'élargit, et rien pour la fermer, sinon
la mort.</p>
-<p>Ne dites pas que de telles amitiés sont
+<p>Ne dites pas que de telles amitiés sont
impossibles. Mieux vaut convenir avec
-Montaigne «qu'il faut tant de rencontres
+Montaigne «qu'il faut tant de rencontres
<span class="pagenum"><a id="Page_149"> 149</a></span>
-à les bâtir que c'est beaucoup si la
-fortune y arrive en trois siècles». Mais
-Montaigne connut cette amitié, et il en
-a parlé divinement dans les <cite>Essais</cite><a name="FNanchor_58" id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">&nbsp;[58]</a>:
-«Si on me presse de dire pourquoi je
+à les bâtir que c'est beaucoup si la
+fortune y arrive en trois siècles». Mais
+Montaigne connut cette amitié, et il en
+a parlé divinement dans les <cite>Essais</cite><a name="FNanchor_58" id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">&nbsp;[58]</a>:
+«Si on me presse de dire pourquoi je
l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer
-qu'en répondant: parce que c'était
-lui, parce que c'était moi. Chacun
-de nous se donne si entier à son ami
-qu'il ne lui reste rien à départir ailleurs.
+qu'en répondant: parce que c'était
+lui, parce que c'était moi. Chacun
+de nous se donne si entier à son ami
+qu'il ne lui reste rien à départir ailleurs.
Au rebours, il est marri qu'il ne
soit double, triple, ou quadruple, et
-qu'il n'ait plusieurs volontés pour les
-conférer toutes à ce sujet.» Vous n'avez
-pas oublié non plus les exemples fameux
-tirés de l'histoire grecque ou latine.
-Mais la candeur d'un maître d'école
-peut seule se méprendre aux amours
+qu'il n'ait plusieurs volontés pour les
+conférer toutes à ce sujet.» Vous n'avez
+pas oublié non plus les exemples fameux
+tirés de l'histoire grecque ou latine.
+Mais la candeur d'un maître d'école
+peut seule se méprendre aux amours
d'Achille et de Patrocle, de Nisus et
<span class="pagenum"><a id="Page_150"> 150</a></span>
d'Euryale, ou d'Harmodius et d'Aristogiton.
Montaigne a grand soin de les distinguer:
-«Lesquels, dit-il, pour avoir
-une si nécessaire disparité d'âge et différence
-d'office, ne répondent non plus
-assez à la parfaite union et convenance
-que nous demandons.» C'est où se marque
-pour lui l'amitié, dans cette «parfaite
-union et convenance» de deux êtres. Il
-les veut «à moitié de tout». Il ne paraît
-point croire que l'amitié puisse vivre, si
-elle n'est également partagée. Et voilà,
-je pense, où est l'erreur. Car ce partage
+«Lesquels, dit-il, pour avoir
+une si nécessaire disparité d'âge et différence
+d'office, ne répondent non plus
+assez à la parfaite union et convenance
+que nous demandons.» C'est où se marque
+pour lui l'amitié, dans cette «parfaite
+union et convenance» de deux êtres. Il
+les veut «à moitié de tout». Il ne paraît
+point croire que l'amitié puisse vivre, si
+elle n'est également partagée. Et voilà,
+je pense, où est l'erreur. Car ce partage
est bien la chose la plus rare; mais on
-voit souvent deux êtres, dont l'un s'est
-tout entier donné à l'autre, qui, celui-là,
-reste indifférent. Cette amitié, comme
-l'amour chez les êtres disgraciés, se nourrit
+voit souvent deux êtres, dont l'un s'est
+tout entier donné à l'autre, qui, celui-là,
+reste indifférent. Cette amitié, comme
+l'amour chez les êtres disgraciés, se nourrit
d'amertume et de silence. Elle se replie
-sur soi-même, se cache par pudeur
+sur soi-même, se cache par pudeur
<span class="pagenum"><a id="Page_151"> 151</a></span>
-de soi, et aussi pour que l'être égoïste et
+de soi, et aussi pour que l'être égoïste et
vain dont elle s'est faite l'invisible servante
-n'ait point à rougir de la comparaison.
-Triste amitié, au demeurant, dont
+n'ait point à rougir de la comparaison.
+Triste amitié, au demeurant, dont
aucune larme, aucun sourire, aucun
plaisir d'amour-propre (les seuls qui
-touchent) ne paiera les délicats services!
+touchent) ne paiera les délicats services!
Elle vit, pourtant, et rien ne la
satisfait d'un autre que celui qu'elle
-aime.&mdash;Pour moi, me disait un désabusé,
+aime.&mdash;Pour moi, me disait un désabusé,
mon ami ne m'a jamais fait que
-du mal, et je l'aime. C'est d'un étranger,
-à qui je ne m'étais confié qu'à demi et
-qui ne m'apprécie point, que m'est venue
+du mal, et je l'aime. C'est d'un étranger,
+à qui je ne m'étais confié qu'à demi et
+qui ne m'apprécie point, que m'est venue
ma seule consolation d'amour-propre.
-Et celui-là, je sens bien qu'il m'est
-indifférent.</p>
+Et celui-là, je sens bien qu'il m'est
+indifférent.</p>
-<p>M. Haraucourt, dans les premières
-pages de son livre, a finement analysé
-ce genre d'amitié, et c'est un bel éloge
+<p>M. Haraucourt, dans les premières
+pages de son livre, a finement analysé
+ce genre d'amitié, et c'est un bel éloge
<span class="pagenum"><a id="Page_152"> 152</a></span>
-à en faire de dire qu'elles ne sont pas
+à en faire de dire qu'elles ne sont pas
indignes du chapitre de Montaigne, et
-même qu'elles le complètent. Je sais bien,
-au reste, ce qui manque à son livre pour
-être un chef-d'&oelig;uvre. Et ce n'est presque
-rien, et c'est tout: le métier seulement<a name="FNanchor_59" id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">&nbsp;[59]</a>.
+même qu'elles le complètent. Je sais bien,
+au reste, ce qui manque à son livre pour
+être un chef-d'&oelig;uvre. Et ce n'est presque
+rien, et c'est tout: le métier seulement<a name="FNanchor_59" id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">&nbsp;[59]</a>.
Du livre de M. Haraucourt un
-écrivain plus adroit eût tiré sans peine
-la matière de deux ou trois livres. Les
-observations, très subtiles et pénétrantes
+écrivain plus adroit eût tiré sans peine
+la matière de deux ou trois livres. Les
+observations, très subtiles et pénétrantes
toujours, s'y pressent, s'y entassent, envahissent
l'action et usurpent sur elle; et
c'est au point qu'un des chapitres du
-livre est fait de maximes isolées qui
+livre est fait de maximes isolées qui
n'ont pu trouver place ailleurs. J'imagine
que M. Bourget y mettrait plus de
<span class="pagenum"><a id="Page_153"> 153</a></span>
-réserve. M. Haraucourt, lui, se donne
+réserve. M. Haraucourt, lui, se donne
tout entier et tout de suite. Et comme il
ne se commande pas assez, je lui reprocherai
-de commander trop à ses personnages.
+de commander trop à ses personnages.
Je crois sentir qu'il est moraliste,
-psychologue, métaphysicien, et très
+psychologue, métaphysicien, et très
peu romancier. Ses personnages lui ressemblent:
-ils n'arrivent point à se dégager
-de l'absolu. Leurs façons de parler
-sont étrangères à notre monde.
-«Desreines parlait comme on écrit;
-tant de jeunes gens écrivent comme on
-parle!» dit-il lui-même de l'un d'eux.
-Et je vois là une sorte d'excuse, ou tout
-au moins de préparation, aux formules
-axiomatiques qu'il leur prête et qui feraient
+ils n'arrivent point à se dégager
+de l'absolu. Leurs façons de parler
+sont étrangères à notre monde.
+«Desreines parlait comme on écrit;
+tant de jeunes gens écrivent comme on
+parle!» dit-il lui-même de l'un d'eux.
+Et je vois là une sorte d'excuse, ou tout
+au moins de préparation, aux formules
+axiomatiques qu'il leur prête et qui feraient
rire ou bayer si on en usait dans
-la conversation. L'auteur est évidemment
-derrière ses personnages et parle
-par leur bouche. Il semble n'être pas sûr
+la conversation. L'auteur est évidemment
+derrière ses personnages et parle
+par leur bouche. Il semble n'être pas sûr
<span class="pagenum"><a id="Page_154"> 154</a></span>
d'eux. Il ne les quitte pas; il leur tient
-la main; il leur fait la leçon qu'ils répètent
+la main; il leur fait la leçon qu'ils répètent
ensuite. Et ce qu'ils disent ainsi
-n'est pas toujours d'accord avec l'idée
+n'est pas toujours d'accord avec l'idée
que nous prenions d'eux.</p>
-<p>M. Maurice Barrès n'a, lui aussi, publié
-qu'un livre<a name="FNanchor_60" id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">&nbsp;[60]</a>. Ce livre de début
+<p>M. Maurice Barrès n'a, lui aussi, publié
+qu'un livre<a name="FNanchor_60" id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">&nbsp;[60]</a>. Ce livre de début
s'appelle <cite>Sous l'&oelig;il des Barbares</cite>, et, faute
de le pouvoir cataloguer dans aucun
genre, j'accepterai le sous-titre que lui
-a donné son auteur, de monographie
-réaliste. Réaliste? Vous entendez bien
-qu'il n'y a point de réalité, pour M. Barrès,
-en dehors de la pensée pure. «C'est
+a donné son auteur, de monographie
+réaliste. Réaliste? Vous entendez bien
+qu'il n'y a point de réalité, pour M. Barrès,
+en dehors de la pensée pure. «C'est
<span class="pagenum"><a id="Page_155"> 155</a></span>
-aux manuels spéciaux, dit-il dans sa
-préface, de raconter où jette sa gourme
-un jeune homme, sa bibliothèque, son
-installation à Paris, son entrée aux affaires
-étrangères et toute son intrigue.
-Je me borne à mettre en valeur les modifications
+aux manuels spéciaux, dit-il dans sa
+préface, de raconter où jette sa gourme
+un jeune homme, sa bibliothèque, son
+installation à Paris, son entrée aux affaires
+étrangères et toute son intrigue.
+Je me borne à mettre en valeur les modifications
qu'a subies de ces passes banales
-une âme infiniment sensible.»
-Cette âme sensible «a gardé une mémoire
-fort nette de six ou sept réalités différentes»;
-elles se sont superposées dans sa
+une âme infiniment sensible.»
+Cette âme sensible «a gardé une mémoire
+fort nette de six ou sept réalités différentes»;
+elles se sont superposées dans sa
conscience; elles ont fait tableau; et ce
-sont ces «tableaux» que M. Barrès s'est
-appliqué à «copier» dans son livre, du
+sont ces «tableaux» que M. Barrès s'est
+appliqué à «copier» dans son livre, du
plus exactement qu'il a pu.</p>
<p>Ce livre, je n'essaierai pas de l'analyser
-en ses détails. Quand je l'essaierais,
-sa délicatesse, ses subtilités, la volontaire
-confusion du «je» et du «il»,
-l'incertitude même de l'auteur, qui ne
+en ses détails. Quand je l'essaierais,
+sa délicatesse, ses subtilités, la volontaire
+confusion du «je» et du «il»,
+l'incertitude même de l'auteur, qui ne
<span class="pagenum"><a id="Page_156"> 156</a></span>
-se résout point à choisir entre le symbole
-et la chose symbolisée, tout ce vague
-fuirait les doigts. «Au premier
-feuillet, dit M. Barrès, on voit une jeune
+se résout point à choisir entre le symbole
+et la chose symbolisée, tout ce vague
+fuirait les doigts. «Au premier
+feuillet, dit M. Barrès, on voit une jeune
femme autour d'un jeune homme. N'est-ce
-pas plutôt l'histoire d'une âme avec
-ses deux éléments, féminin et mâle? Ou
-encore, à côté du <em>moi</em> qui se garde, veut
-se connaître et s'affirmer, la fantaisie, le
-goût du plaisir, le vagabondage, si vif
-chez un être jeune et sensible?» C'est
-en effet là tout le livre: des sensations,
-des sentiments, des idées, passant, comme
-des ombres, en des paysages mystérieux
-et effacés, paysages de rêve, dont quelques-uns,
-pour la sobriété des lignes et
-l'infini des perspectives, sont littérairement
+pas plutôt l'histoire d'une âme avec
+ses deux éléments, féminin et mâle? Ou
+encore, à côté du <em>moi</em> qui se garde, veut
+se connaître et s'affirmer, la fantaisie, le
+goût du plaisir, le vagabondage, si vif
+chez un être jeune et sensible?» C'est
+en effet là tout le livre: des sensations,
+des sentiments, des idées, passant, comme
+des ombres, en des paysages mystérieux
+et effacés, paysages de rêve, dont quelques-uns,
+pour la sobriété des lignes et
+l'infini des perspectives, sont littérairement
incomparables.</p>
<p>Car il est d'abord d'un artiste, ce minuscule
livret de deux cents pages. Imaginez
<span class="pagenum"><a id="Page_157"> 157</a></span>
-l'intelligence la plus déliée servie
+l'intelligence la plus déliée servie
par la langue la plus souple, une langue
-tour à tour abstraite et imagée, tour à
-tour simple et subtile, tour à tour précise
+tour à tour abstraite et imagée, tour à
+tour simple et subtile, tour à tour précise
et fuyante, langue d'analyste et de
-poète, qui se plie aux nuances les plus
-délicates de la pensée et brusquement
+poète, qui se plie aux nuances les plus
+délicates de la pensée et brusquement
se hausse au ton de la plus vraie passion.
-Et pour être d'un artiste, le livre de
-M. Barrès n'en est pas moins le livre d'un
-sage, d'un sage très jeune et très précoce,
+Et pour être d'un artiste, le livre de
+M. Barrès n'en est pas moins le livre d'un
+sage, d'un sage très jeune et très précoce,
qui a beaucoup vu, beaucoup lu,
beaucoup retenu aussi, et qui le laisse
-paraître en certains endroits, où l'on ne
+paraître en certains endroits, où l'on ne
sait plus si c'est lui qui parle, si c'est
Sainte-Beuve<a name="FNanchor_61" id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">&nbsp;[61]</a>, Platon, lord Beaconsfield,
-Schopenhauer ou Mlle de Scudéry.
-Mais elles sont de lui et à lui, ces nobles,
+Schopenhauer ou Mlle de Scudéry.
+Mais elles sont de lui et à lui, ces nobles,
<span class="pagenum"><a id="Page_158"> 158</a></span>
-ces douloureuses pensées:&mdash;«Chacun
-de nous se fait sa légende. Nous servons
-notre âme comme notre idole; les idées
-assimilées, les hommes pénétrés, toutes
-nos expériences nous servent à l'embellir
-et à nous tromper. C'est en écoutant
-les légendes des autres que nous commençons
-à limiter notre âme; nous soupçonnons
+ces douloureuses pensées:&mdash;«Chacun
+de nous se fait sa légende. Nous servons
+notre âme comme notre idole; les idées
+assimilées, les hommes pénétrés, toutes
+nos expériences nous servent à l'embellir
+et à nous tromper. C'est en écoutant
+les légendes des autres que nous commençons
+à limiter notre âme; nous soupçonnons
qu'elle n'occupe pas la place
-que nous croyions dans l'univers.»&mdash;«Pour
-m'éprouver, je me touchai avec
-ingéniosité de mille traits d'analyse jusque
-dans les fibres les plus délicates de
-ma pensée. Mon âme en est toute déchirée.
-Je fatigue à la réparer. Mes curiosités,
-jadis si vives et si agréables à voir,
-tristesse et dérision. <em>Et voilà bien la guitare
-démodée de celui qui ne fut jamais
-qu'un enfant de promesses!</em>»&mdash;«La
-chevelure de la jeune femme, soulevée
+que nous croyions dans l'univers.»&mdash;«Pour
+m'éprouver, je me touchai avec
+ingéniosité de mille traits d'analyse jusque
+dans les fibres les plus délicates de
+ma pensée. Mon âme en est toute déchirée.
+Je fatigue à la réparer. Mes curiosités,
+jadis si vives et si agréables à voir,
+tristesse et dérision. <em>Et voilà bien la guitare
+démodée de celui qui ne fut jamais
+qu'un enfant de promesses!</em>»&mdash;«La
+chevelure de la jeune femme, soulevée
<span class="pagenum"><a id="Page_159"> 159</a></span>
par la brise, vint baiser la bouche du
jeune homme, et <em>cette odeur continuait si
-harmonieusement sa pensée</em> qu'il se tut,
-impuissant à saisir ses subtilités; et
-seule la fraîcheur où soupiraient les
-fleurs du soir n'eût pas froissé la délicatesse
-de son âme».&mdash;J'imagine (une
-fois le ton donné et admis) qu'on ne
+harmonieusement sa pensée</em> qu'il se tut,
+impuissant à saisir ses subtilités; et
+seule la fraîcheur où soupiraient les
+fleurs du soir n'eût pas froissé la délicatesse
+de son âme».&mdash;J'imagine (une
+fois le ton donné et admis) qu'on ne
saurait pousser plus loin la nuance du
dire. Cela est unique; c'est l'expression
-même de cette forme rêvée par Barrès,
-«qui sait des alanguissements comme des
+même de cette forme rêvée par Barrès,
+«qui sait des alanguissements comme des
caresses pour les douleurs, des chuchotements
et des nostalgies pour les tendresses
et des sursauts d'hosannah pour
-nos triomphes, cette beauté du verbe,
-plastique et idéale, et dont il est délicieux
-de se tourmenter.»</p>
+nos triomphes, cette beauté du verbe,
+plastique et idéale, et dont il est délicieux
+de se tourmenter.»</p>
-<p><cite>Sous l'&oelig;il des Barbares</cite> a été reçu
-comme un bréviaire par un petit nombre
+<p><cite>Sous l'&oelig;il des Barbares</cite> a été reçu
+comme un bréviaire par un petit nombre
<span class="pagenum"><a id="Page_160"> 160</a></span>
-d'esprits distingués et souffrants. Je
+d'esprits distingués et souffrants. Je
sais des jeunes hommes et des jeunes
femmes&mdash;qui ont aujourd'hui vingt-cinq
ans&mdash;pour qui c'est une sorte
-d'<cite>Imitation</cite><a name="FNanchor_62" id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">&nbsp;[62]</a>. M. Barrès les a révélés à
-eux-mêmes. Ils se sont reconnus et aimés
-dans cette âme double. Aimés surtout.
+d'<cite>Imitation</cite><a name="FNanchor_62" id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">&nbsp;[62]</a>. M. Barrès les a révélés à
+eux-mêmes. Ils se sont reconnus et aimés
+dans cette âme double. Aimés surtout.
<span class="pagenum"><a id="Page_161"> 161</a></span>
C'est qu'en effet ce livret maladif
d'art et de passion met dans le jour le
plus vif les habitudes morales d'une
-jeunesse d'extrême civilisation, clairsemée
-dans la foule assurément, mais qui,
-si on en réunissait les membres épars,
-apparaîtrait plus compacte qu'on ne
+jeunesse d'extrême civilisation, clairsemée
+dans la foule assurément, mais qui,
+si on en réunissait les membres épars,
+apparaîtrait plus compacte qu'on ne
croit. Est-ce donc un mal nouveau qui
-nous travaille? Dans un récent article<a name="FNanchor_63" id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">&nbsp;[63]</a>,
-M. Paul Bourget rapprochait de la détresse
-morale que décrit M. Barrès le cas
+nous travaille? Dans un récent article<a name="FNanchor_63" id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">&nbsp;[63]</a>,
+M. Paul Bourget rapprochait de la détresse
+morale que décrit M. Barrès le cas
de ce jeune Plessing que G&oelig;the essaya
-vainement de rappeler à la vie. Les
-discours de G&oelig;the restèrent sans effet
+vainement de rappeler à la vie. Les
+discours de G&oelig;the restèrent sans effet
sur le malade, qui ne voyait dans la
-guérison qu'une diminution de sa personne.
+guérison qu'une diminution de sa personne.
Ah! non, elle n'est pas nouvelle,
-la maladie! C'était contre elle que Sénèque
+la maladie! C'était contre elle que Sénèque
<span class="pagenum"><a id="Page_162"> 162</a></span>
-prévenait Lucilius, et les jeunes
-philosophes du Portique en mouraient à
-Athènes. Mais si elle ne se modifie pas
+prévenait Lucilius, et les jeunes
+philosophes du Portique en mouraient à
+Athènes. Mais si elle ne se modifie pas
essentiellement, elle se transforme avec
-le milieu, avec l'époque, avec le pays.
-Prenez, comme l'a fait M. Jules Lemaître,
+le milieu, avec l'époque, avec le pays.
+Prenez, comme l'a fait M. Jules Lemaître,
le <cite>Journal de Stendhal</cite>, et admirez
-quelle différence entre l'énergie, la santé
-presque outrecuidante que révèlent ces
-mémoires d'un contemporain de Napoléon,
+quelle différence entre l'énergie, la santé
+presque outrecuidante que révèlent ces
+mémoires d'un contemporain de Napoléon,
et l'affaissement, le trouble, les
-hésitations du contemporain de Boulanger
-qu'est M. Barrès. Leur mal à tous
-deux est pourtant le même; il est fait
-chez l'un et chez l'autre d'idolâtrie pour
+hésitations du contemporain de Boulanger
+qu'est M. Barrès. Leur mal à tous
+deux est pourtant le même; il est fait
+chez l'un et chez l'autre d'idolâtrie pour
le <em>moi</em>. Oserai-je dire mon sentiment et
-qu'à tout prendre je préfère la forme
+qu'à tout prendre je préfère la forme
ironique et souriante qu'il affecte chez
-M. Barrès?</p>
+M. Barrès?</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_163"> 163</a></span></p>
<h3>III</h3>
-<p>Pour être d'autre sorte, ce sont des
+<p>Pour être d'autre sorte, ce sont des
psychologues encore et surtout, je pense,
-que MM. de Bonnières, Rod, Marcel
-Prévost, Quellien, Mme Daudet et Mme
-Juliette Adam elle-même, celle-ci plus
-métaphysicienne pourtant que psychologue.
-(Mais l'éditeur répugnerait à bâtir
-une catégorie à part pour un seul romancier,
-fût-ce la belle directrice de la
+que MM. de Bonnières, Rod, Marcel
+Prévost, Quellien, Mme Daudet et Mme
+Juliette Adam elle-même, celle-ci plus
+métaphysicienne pourtant que psychologue.
+(Mais l'éditeur répugnerait à bâtir
+une catégorie à part pour un seul romancier,
+fût-ce la belle directrice de la
<cite>Nouvelle Revue</cite>.)</p>
-<p>M. de Bonnières, avant d'être le romancier
+<p>M. de Bonnières, avant d'être le romancier
qu'on sait, signait <cite>Janus</cite> au
<span class="pagenum"><a id="Page_164"> 164</a></span>
<cite>Figaro</cite>, et l'on rencontrait cette signature
-ambiguë au bas d'un portrait,
-presque toujours. Les tons en étaient
+ambiguë au bas d'un portrait,
+presque toujours. Les tons en étaient
d'une grande finesse; les nuances bien
-observées; l'ensemble très précis<a name="FNanchor_64" id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">&nbsp;[64]</a>.
-En devenant romancier, M. de Bonnières
-est resté portraitiste. C'est un éloge
-à lui faire, et aussi une critique. Il s'entend
-mieux qu'homme du monde à camper
+observées; l'ensemble très précis<a name="FNanchor_64" id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">&nbsp;[64]</a>.
+En devenant romancier, M. de Bonnières
+est resté portraitiste. C'est un éloge
+à lui faire, et aussi une critique. Il s'entend
+mieux qu'homme du monde à camper
un personnage dans son attitude et
son geste familiers; il le saisit au point;
il trouve le trait, et non pas seulement,
comme M. de Maupassant, par exemple,
le trait physique, la ligne, le tic, mais le
-trait moral encore. Il est peintre d'âme
+trait moral encore. Il est peintre d'âme
autant et plus que de figure; c'est un
psychologue avant qu'un physiologiste.
Ses romans sont des galeries de portraits,
<span class="pagenum"><a id="Page_165"> 165</a></span>
-où chacun a une vie propre, un
-costume, une attitude, un fonds moral à
-soi. La galerie est bien animée. Et les
-portraits ont ceci de supérieur qu'ils
+où chacun a une vie propre, un
+costume, une attitude, un fonds moral à
+soi. La galerie est bien animée. Et les
+portraits ont ceci de supérieur qu'ils
sortent de l'individu et tendent au type.
Qu'est-ce que Jeanne Avril<a name="FNanchor_65" id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">&nbsp;[65]</a>? Mlle X
ou Mlle Z? Point. Une jeune fille simplement,
@@ -3221,137 +3183,137 @@ la demoiselle moderne, qui fait
la demoiselle avant que d'avoir fait toutes
ses dents, comme Mme Avril est la
femme moderne uniment, la femme du
-monde qui ne se résout à son rôle de
-mère qu'avec les cheveux gris et la patte
-d'oie. On pourrait se poser la même
-question et répondre de même pour tous
-les autres personnages de M. de Bonnières.
-Il a réellement le don qui fait les
+monde qui ne se résout à son rôle de
+mère qu'avec les cheveux gris et la patte
+d'oie. On pourrait se poser la même
+question et répondre de même pour tous
+les autres personnages de M. de Bonnières.
+Il a réellement le don qui fait les
<span class="pagenum"><a id="Page_166"> 166</a></span>
-bons peintres: il abstrait et généralise
-sans ôter à la vie. Il est parfait dans le
-genre; il est médiocre comme romancier<a name="FNanchor_66" id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">&nbsp;[66]</a>.
+bons peintres: il abstrait et généralise
+sans ôter à la vie. Il est parfait dans le
+genre; il est médiocre comme romancier<a name="FNanchor_66" id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">&nbsp;[66]</a>.
J'entends ici,&mdash;et il entend
avec moi par roman&mdash;une intrigue, un
groupement de personnages qui agissent
-les uns sur les autres, se pénètrent
+les uns sur les autres, se pénètrent
et se fondent. Mais le groupement chez
-lui est artificiel, sensiblement; la pénétration
-réciproque des personnages à
-peu près nulle, ou forcée. Ils n'ont d'existence
+lui est artificiel, sensiblement; la pénétration
+réciproque des personnages à
+peu près nulle, ou forcée. Ils n'ont d'existence
qu'en soi; la vie ne rayonne pas
-d'eux alentour; leur atmosphère est
+d'eux alentour; leur atmosphère est
fausse. Voici une comparaison assez
basse, mais qui me fera entendre: je
-songe, quand je lis M. de Bonnières, à
-ces groupes en cire du musée Grévin,
-où chaque individu est admirablement
+songe, quand je lis M. de Bonnières, à
+ces groupes en cire du musée Grévin,
+où chaque individu est admirablement
<span class="pagenum"><a id="Page_167"> 167</a></span>
-pris sur le vif, campé et posé, isolément, et
-où c'est l'ensemble qui détruit l'illusion.</p>
+pris sur le vif, campé et posé, isolément, et
+où c'est l'ensemble qui détruit l'illusion.</p>
-<p><cite>Chonchette</cite> de M. Marcel Prévost,&mdash;qui
+<p><cite>Chonchette</cite> de M. Marcel Prévost,&mdash;qui
est aussi l'auteur applaudi du <cite>Scorpion</cite><a name="FNanchor_67" id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">&nbsp;[67]</a>&mdash;offre
quelque analogie avec
-la Jeanne Avril de M. de Bonnières<a name="FNanchor_68" id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">&nbsp;[68]</a>.
-C'est une étude de jeune fille, assez
-exacte d'abord, mais poussée au bleu sur
-la fin, et, ce qui est pis, à mon sens, en
-vertu d'une théorie cherchée et affichée,
-qui est qu'un élément romanesque doit
+la Jeanne Avril de M. de Bonnières<a name="FNanchor_68" id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">&nbsp;[68]</a>.
+C'est une étude de jeune fille, assez
+exacte d'abord, mais poussée au bleu sur
+la fin, et, ce qui est pis, à mon sens, en
+vertu d'une théorie cherchée et affichée,
+qui est qu'un élément romanesque doit
s'introduire dans tout roman<a name="FNanchor_69" id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">&nbsp;[69]</a>. Ceci a
<span class="pagenum"><a id="Page_168"> 168</a></span>
l'air d'une tautologie, et n'est rien moins
qu'acceptable. Si romanesque n'est pas,
comme dans la langue courante, synonyme
absolu de faux, et si le romanesque
-ne sert qu'à l'agencement du drame
+ne sert qu'à l'agencement du drame
et dans la juste mesure, va pour le romanesque
dans le roman, puisque aussi
-bien la vie ne présente guère de drame
-complet ou tout d'une pièce et qu'il faut
-choisir entre le drame à commencement,
-milieu et fin, et la «tranche de vie»
-quelconque des naturalistes. Où le romanesque
-devient seulement haïssable,
+bien la vie ne présente guère de drame
+complet ou tout d'une pièce et qu'il faut
+choisir entre le drame à commencement,
+milieu et fin, et la «tranche de vie»
+quelconque des naturalistes. Où le romanesque
+devient seulement haïssable,
c'est si du drame il passe aux personnages.
-Toutes les théories et préfaces du
+Toutes les théories et préfaces du
monde n'y feront rien. Les hommes sont
-bien vieux, et dégoûtés surtout, pour se
-plaire encore aux légendes. <cite>Peau-d'âne</cite>
-leur serait contée qu'il n'est pas sûr
-qu'elle leur causât un si extrême plaisir.
+bien vieux, et dégoûtés surtout, pour se
+plaire encore aux légendes. <cite>Peau-d'âne</cite>
+leur serait contée qu'il n'est pas sûr
+qu'elle leur causât un si extrême plaisir.
<span class="pagenum"><a id="Page_169"> 169</a></span>
Mais <cite>Peau-d'Ane</cite> en un milieu moderne,
sans les robes couleur de soleil et de lune,
-sans le prince Charmant, sans les fées,
-<cite>Peau-d'Ane</cite> en manches à gigot et en
+sans le prince Charmant, sans les fées,
+<cite>Peau-d'Ane</cite> en manches à gigot et en
jupe directoire, traversant le boulevard
-au bras d'un ingénieur des mines,
+au bras d'un ingénieur des mines,
vous n'y pensez pas!</p>
-<p>M. Prévost naquit, j'imagine, par quelque
-aube d'été, sur les bords fleuris du
-Lignon, d'une bergère à houlette rose et
-d'un berger zinzolin. M. Rod est de l'âpre
-Genève, et il en a bien le ton. On le connaît
-et on l'estime très justement pour sa critique
-pesée, réfléchie et curieuse. Dans le
+<p>M. Prévost naquit, j'imagine, par quelque
+aube d'été, sur les bords fleuris du
+Lignon, d'une bergère à houlette rose et
+d'un berger zinzolin. M. Rod est de l'âpre
+Genève, et il en a bien le ton. On le connaît
+et on l'estime très justement pour sa critique
+pesée, réfléchie et curieuse. Dans le
roman, je crois qu'il n'a point encore
-donné toute sa mesure, malgré la <cite>Course
-à la Mort</cite> et de belles pages. Le livre de
-M. Rod ne dément point les promesses
+donné toute sa mesure, malgré la <cite>Course
+à la Mort</cite> et de belles pages. Le livre de
+M. Rod ne dément point les promesses
du titre: c'est du Schopenhauer en action,
et, si l'on veut, par endroits, du
<span class="pagenum"><a id="Page_170"> 170</a></span>
Schopenhauer de premier ordre. Son pessimisme
-a de la profondeur et de la sincérité.
+a de la profondeur et de la sincérité.
Le style, chez lui, est un curieux
-mélange de la rude simplicité calviniste
-et de la recherche des nouvelles écoles;
-on voudrait qu'il fût mieux fondu, ou
-qu'il restât simple, tout uniment, pour
-être très beau<a name="FNanchor_70" id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">&nbsp;[70]</a>.</p>
+mélange de la rude simplicité calviniste
+et de la recherche des nouvelles écoles;
+on voudrait qu'il fût mieux fondu, ou
+qu'il restât simple, tout uniment, pour
+être très beau<a name="FNanchor_70" id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">&nbsp;[70]</a>.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_171"> 171</a></span>
Et M. Quellien, lui, est de Bretagne,
un peu triste donc et nuageux, comme
-la race dont il est un des représentants
-attitrés à Paris. S'il n'y porte point le
-costume national, comme ce sénateur
-de Léon qui étale en plein boulevard
+la race dont il est un des représentants
+attitrés à Paris. S'il n'y porte point le
+costume national, comme ce sénateur
+de Léon qui étale en plein boulevard
<span class="pagenum"><a id="Page_172"> 172</a></span>
l'anachronisme de ses braies, c'est qu'on
-ne tolère pas la couleur locale dans les
-bureaux ministériels<a name="FNanchor_71" id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">&nbsp;[71]</a> comme dans
+ne tolère pas la couleur locale dans les
+bureaux ministériels<a name="FNanchor_71" id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">&nbsp;[71]</a> comme dans
les couloirs du Luxembourg. Mais rendez-le
-à lui-même: il arborera le <em>chupen</em>,
-la ceinture bleue et le chapeau lamé
+à lui-même: il arborera le <em>chupen</em>,
+la ceinture bleue et le chapeau lamé
<span class="pagenum"><a id="Page_173"> 173</a></span>
-d'argent. Bien sûr, vous le retrouverez
+d'argent. Bien sûr, vous le retrouverez
dans quelque carrefour de Grenelle ou
-de Vaugirard, sonnant de la bombarde à
+de Vaugirard, sonnant de la bombarde à
ceux de ses nostalgiques compatriotes
qu'y fait vivre la compagnie du gaz. Il
-a publié un volume intitulé: <em>Loin de
+a publié un volume intitulé: <em>Loin de
Bretagne</em>, qui est justement une psychologie
-du Breton. L'âme de la race est
-bien là, toute contemplative; mais la
-nature extérieure, les formes, n'entrent
-pour rien dans son rêve qui est fait de
-mysticisme et de fatalisme. C'est l'âme
+du Breton. L'âme de la race est
+bien là, toute contemplative; mais la
+nature extérieure, les formes, n'entrent
+pour rien dans son rêve qui est fait de
+mysticisme et de fatalisme. C'est l'âme
d'un peuple incomplet; il meurt dans
notre civilisation active, les yeux toujours
-sur son rêve. Adieu, âme charmante
-et ailée, âme des vieux bardes
-Gwichlan et Taliésin, qui fûtes l'âme des
-derniers de nous, du meunier de la Léta
+sur son rêve. Adieu, âme charmante
+et ailée, âme des vieux bardes
+Gwichlan et Taliésin, qui fûtes l'âme des
+derniers de nous, du meunier de la Léta
qui tille son lin en chantant, et du piqueur
-de pierres trégorrois qui rythme
+de pierres trégorrois qui rythme
<span class="pagenum"><a id="Page_174"> 174</a></span>
ses coups de marteau sur l'air de l'<cite>Ann-ini-goz</cite>!
-M. Quellien a fixé un peu de
-cette âme dans <cite>Loin de Bretagne</cite>, et c'est
+M. Quellien a fixé un peu de
+cette âme dans <cite>Loin de Bretagne</cite>, et c'est
assez pour qu'il ait sa place ici<a name="FNanchor_72" id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">&nbsp;[72]</a>.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_175"> 175</a></span></p>
@@ -3361,75 +3323,75 @@ assez pour qu'il ait sa place ici<a name="FNanchor_72" id="FNanchor_72" href="#F
<p>Je parlerai maintenant, avec toute la
courtoisie qui sied, de Mme Alphonse
Daudet et de Mme Juliette Adam. Pour
-la première, c'est bien aisé. Mme Daudet
-ne se rattache à aucun maître contemporain.
-C'est un esprit indépendant,
+la première, c'est bien aisé. Mme Daudet
+ne se rattache à aucun maître contemporain.
+C'est un esprit indépendant,
et, si l'on voit bien la part de collaboration
qu'elle a pu prendre aux &oelig;uvres de
son mari, il est plus difficile de distinguer
-dans son &oelig;uvre à elle ce qui revient
-à M. Alphonse Daudet. Elle a la
-grâce, le piquant, et un peu aussi le
+dans son &oelig;uvre à elle ce qui revient
+à M. Alphonse Daudet. Elle a la
+grâce, le piquant, et un peu aussi le
<span class="pagenum"><a id="Page_176"> 176</a></span>
-maniéré. Ses livres ne sont point, à proprement
+maniéré. Ses livres ne sont point, à proprement
parler, des romans. Ils n'ont
aucune sorte d'intrigue<a name="FNanchor_73" id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">&nbsp;[73]</a>. Ce sont
-plutôt des dissertations fines et abrégées,
+plutôt des dissertations fines et abrégées,
et comme on en faisait dans les bonnes
-ruelles, au <span class="smcap">XVII</span><sup>e</sup> siècle, par manière d'entretiens.
-Elle a dit elle-même quelque
-part: «J'adore la littérature, le bien
+ruelles, au <span class="smcap">XVII</span><sup>e</sup> siècle, par manière d'entretiens.
+Elle a dit elle-même quelque
+part: «J'adore la littérature, le bien
dire, le mot pour le mot. Homme, j'aurais
-essayé de faire de la plus pure littérature,
+essayé de faire de la plus pure littérature,
en dehors de l'existence,
-toute en compréhension des êtres et
-des choses, détachée de l'aventure, du
-vulgaire des événements<a name="FNanchor_74" id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">&nbsp;[74]</a>. J'aurais
+toute en compréhension des êtres et
+des choses, détachée de l'aventure, du
+vulgaire des événements<a name="FNanchor_74" id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">&nbsp;[74]</a>. J'aurais
voulu faire triompher l'expression comprise
dans sa plus fine, sa plus absolue
-vérité». La voilà toute, n'est-ce
+vérité». La voilà toute, n'est-ce
<span class="pagenum"><a id="Page_177"> 177</a></span>
-pas, avec ses ondoiements, ses grâces,
-ses idées, un peu bien subtiles parfois,
-mais d'une subtilité qui n'est, en somme,
-que l'exagération d'une belle et rare
-qualité: la délicatesse.</p>
+pas, avec ses ondoiements, ses grâces,
+ses idées, un peu bien subtiles parfois,
+mais d'une subtilité qui n'est, en somme,
+que l'exagération d'une belle et rare
+qualité: la délicatesse.</p>
-<p>Pour Mme Adam, la tâche est plus
+<p>Pour Mme Adam, la tâche est plus
rude. On la salue couramment grande
philosophe et grande politicienne. Politicienne,
-ça m'est égal. Philosophe, c'est
+ça m'est égal. Philosophe, c'est
une autre affaire. Philosophe de quoi?
De l'amour antique, dit-on et dit-elle, et,
si vous en doutez, un crayon de Bonnat
-la représente sur la couverture d'un de
+la représente sur la couverture d'un de
ses livres en Diane chasseresse, le croissant
-au front, et elle est très belle ainsi,
+au front, et elle est très belle ainsi,
au reste, ce qui serait une consolation.
Ses livres s'appellent tous d'un petit nom
-synthétique, <cite>Païenne</cite> ou <cite>Grecque</cite>, ou autrement,
+synthétique, <cite>Païenne</cite> ou <cite>Grecque</cite>, ou autrement,
et n'en sont au fond ni plus
-païens ni plus grecs,&mdash;si peu païens et
+païens ni plus grecs,&mdash;si peu païens et
<span class="pagenum"><a id="Page_178"> 178</a></span>
-si peu grecs qu'à quelqu'un qui désirerait
+si peu grecs qu'à quelqu'un qui désirerait
savoir d'abord ce que n'est pas l'amour
-païen et ce que n'est pas l'amour
+païen et ce que n'est pas l'amour
grec, pour se rendre compte ensuite de
-ce qu'ils sont, j'en conseillerais irrésistiblement
-la lecture. Laissons là tous ces
+ce qu'ils sont, j'en conseillerais irrésistiblement
+la lecture. Laissons là tous ces
titres. L'amour, dont Mme Adam est la
-grande-prêtresse, nous le connaissons
-pour en avoir subi, pendant trente années
-de littérature, l'ennuyeux et pesant
-servage. C'est l'amour précieux, l'amour
-à la façon de Mlle de Scudéry, qui baptisait,
+grande-prêtresse, nous le connaissons
+pour en avoir subi, pendant trente années
+de littérature, l'ennuyeux et pesant
+servage. C'est l'amour précieux, l'amour
+à la façon de Mlle de Scudéry, qui baptisait,
elle aussi, ses romans de noms
-romains ou grecs. Mlle de Scudéry était
-dans l'intimité une âme charmante, très
-douce aux siens, et d'une sûreté de commerce
-incomparable. Elle était très laide.
-Mme Adam est très belle. Je ne connais
-point son âme; mais sa beauté rétablirait
+romains ou grecs. Mlle de Scudéry était
+dans l'intimité une âme charmante, très
+douce aux siens, et d'une sûreté de commerce
+incomparable. Elle était très laide.
+Mme Adam est très belle. Je ne connais
+point son âme; mais sa beauté rétablirait
la balance.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_179"> 179</a></span></p>
@@ -3438,346 +3400,346 @@ la balance.</p>
<p>Une commune tenue intellectuelle,
cette disposition d'esprit que l'un d'eux
-a nommé le «renanisme», pourrait distinguer,
+a nommé le «renanisme», pourrait distinguer,
dans le groupe des philosophes,
-M. Anatole France et M. Jules Lemaître.
-Critiques tous les deux, en même temps
-que romanciers, il est arrivé que nul
-n'a mieux parlé de M. Jules Lemaître
+M. Anatole France et M. Jules Lemaître.
+Critiques tous les deux, en même temps
+que romanciers, il est arrivé que nul
+n'a mieux parlé de M. Jules Lemaître
que M. Anatole France, ni de M. Anatole
-France que M. Jules Lemaître. Je leur
-céderai alternativement la parole. Et
+France que M. Jules Lemaître. Je leur
+céderai alternativement la parole. Et
voici, tout d'abord, la conclusion de l'article
<span class="pagenum"><a id="Page_180"> 180</a></span>
-de M. Jules Lemaître sur M. Anatole
+de M. Jules Lemaître sur M. Anatole
France<a name="FNanchor_75" id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">&nbsp;[75]</a>:</p>
-<p>«Je ne sais pas d'écrivain en qui la
-réalité se réflète à travers une couche
-plus riche de science, de littérature,
-d'impressions et de méditations antérieures.
+<p>«Je ne sais pas d'écrivain en qui la
+réalité se réflète à travers une couche
+plus riche de science, de littérature,
+d'impressions et de méditations antérieures.
M. Hugues le Roux le disait dans
-une élégante <cite>Chinoiserie</cite>: «Toutes les
-choses de ce monde sont réverbérées,
+une élégante <cite>Chinoiserie</cite>: «Toutes les
+choses de ce monde sont réverbérées,
les ponts de jade dans les ruisseaux des
jardins, le grand ciel dans la nappe des
fleuves, l'amour dans le souvenir. Le
-poète, penché sur ce monde d'apparences,
-préfère à la lune qui se lève sur les
+poète, penché sur ce monde d'apparences,
+préfère à la lune qui se lève sur les
montagnes celle qui s'allume au fond des
-eaux, et la mémoire de l'amour défunt
+eaux, et la mémoire de l'amour défunt
<span class="pagenum"><a id="Page_181"> 181</a></span>
-aux voluptés présentes de l'amour.» Eh
+aux voluptés présentes de l'amour.» Eh
bien! pour M. Anatole France, les choses
-ont coutume de se réfléchir deux ou trois
-fois; car, outre qu'elles se réfléchissent
-les unes dans les autres, elles se réfléchissent
+ont coutume de se réfléchir deux ou trois
+fois; car, outre qu'elles se réfléchissent
+les unes dans les autres, elles se réfléchissent
encore dans les livres avant de
-se réfléchir dans son esprit. «Il n'y a
+se réfléchir dans son esprit. «Il n'y a
pour moi dans le monde que des mots,
tant je suis philologue! dit Sylvestre
-Bonnard. Chacun fait à sa manière le
-rêve de la vie. J'ai fait ce rêve dans ma
-bibliothèque.» Mais le rêve qu'on fait
-dans une bibliothèque, pour s'enrichir
-du rêve de beaucoup d'autres hommes,
-ne cesse point d'être personnel. Les
+Bonnard. Chacun fait à sa manière le
+rêve de la vie. J'ai fait ce rêve dans ma
+bibliothèque.» Mais le rêve qu'on fait
+dans une bibliothèque, pour s'enrichir
+du rêve de beaucoup d'autres hommes,
+ne cesse point d'être personnel. Les
contes de M. Anatole France sont,
-avant tout, les contes d'un grand lettré
+avant tout, les contes d'un grand lettré
d'un mandarin excessivement savant
et subtil; mais, parmi tout le butin
-offert, il a fait un choix déterminé par
+offert, il a fait un choix déterminé par
<span class="pagenum"><a id="Page_182"> 182</a></span>
-son tempérament, par son originalité
-propre; et peut-être ne le définirait-on
-pas mal un humoriste érudit et
-tendre, épris de beauté antique. Il
+son tempérament, par son originalité
+propre; et peut-être ne le définirait-on
+pas mal un humoriste érudit et
+tendre, épris de beauté antique. Il
est remarquable, en tout cas, que cette
intelligence si riche ne doive presque
rien (au contraire de M. Paul Bourget)
-aux littératures du Nord: elle
-me paraît le produit extrême et très
+aux littératures du Nord: elle
+me paraît le produit extrême et très
pur de la seule tradition grecque et
-latine<a name="FNanchor_76" id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">&nbsp;[76]</a>.»</p>
+latine<a name="FNanchor_76" id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">&nbsp;[76]</a>.»</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_183"> 183</a></span>
Lisez maintenant ce fragment de l'article
de M. Anatole France sur le <cite>Serenus</cite>
-de M. Jules Lemaître:</p>
+de M. Jules Lemaître:</p>
-<p>«M. Jules Lemaître vient de publier un
+<p>«M. Jules Lemaître vient de publier un
petit conte philosophique, <cite>Serenus</cite><a name="FNanchor_77" id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">&nbsp;[77]</a>,
qui ne fut qu'un jeu pour son esprit
facile et charmant, mais qui pourra
bien un jour marquer dans l'histoire
<span class="pagenum"><a id="Page_184"> 184</a></span>
-de la pensée du <span class="smcap">XIX</span><sup>e</sup> siècle, comme
+de la pensée du <span class="smcap">XIX</span><sup>e</sup> siècle, comme
<cite>Candide</cite> ou <cite>Zadig</cite> marque aujourd'hui
-dans celle du <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup>. Après M. Ernest
+dans celle du <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup>. Après M. Ernest
Renan, avec quelques autres, M. Jules
-Lemaître répète, sous les formes les
-plus ingénieuses, le mot profond du
-vieux fonctionnaire romain: «Qu'est-ce
-que la vérité<a name="FNanchor_78" id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">&nbsp;[78]</a>?» Il admire les
+Lemaître répète, sous les formes les
+plus ingénieuses, le mot profond du
+vieux fonctionnaire romain: «Qu'est-ce
+que la vérité<a name="FNanchor_78" id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">&nbsp;[78]</a>?» Il admire les
croyants et il ne croit pas. On peut
-dire qu'avec lui la critique est décidément
-sortie de l'âge théologique. Il
-conçoit que sur toutes choses il y a
-beaucoup de vérités, sans qu'une seule
-de ces vérités soit la vérité. Il a, plus
+dire qu'avec lui la critique est décidément
+sortie de l'âge théologique. Il
+conçoit que sur toutes choses il y a
+beaucoup de vérités, sans qu'une seule
+de ces vérités soit la vérité. Il a, plus
encore que Sainte-Beuve, de qui nous
-sortons tous, le sens du relatif et l'inquiétude
-avec l'amour de l'éternelle
+sortons tous, le sens du relatif et l'inquiétude
+avec l'amour de l'éternelle
<span class="pagenum"><a id="Page_185"> 185</a></span>
illusion qui nous enveloppe. Un vieux
-poète grec a dit: «Nous sommes agités
-au hasard par des mensonges»;
-de cette idée, M. Jules Lemaître a tiré
-mille et mille idées, et comme une
-philosophie éparse dans des feuilles
-détachées. C'est la philosophie d'un
-honnête homme. Vous entendez bien
-ce mot. Quand je dis honnête homme,
+poète grec a dit: «Nous sommes agités
+au hasard par des mensonges»;
+de cette idée, M. Jules Lemaître a tiré
+mille et mille idées, et comme une
+philosophie éparse dans des feuilles
+détachées. C'est la philosophie d'un
+honnête homme. Vous entendez bien
+ce mot. Quand je dis honnête homme,
je dis un esprit dont le commerce
-est doux et sûr, une intelligence
-qui ne connaît point la peur, une
-âme souriante et pleine d'indulgence.
-M. Jules Lemaître est tout cela. En
-ajoutant qu'il a l'ironie légère et le
-sensualisme délicat, bien qu'un peu
+est doux et sûr, une intelligence
+qui ne connaît point la peur, une
+âme souriante et pleine d'indulgence.
+M. Jules Lemaître est tout cela. En
+ajoutant qu'il a l'ironie légère et le
+sensualisme délicat, bien qu'un peu
vif, j'aurai fait l'esquisse de son
-portrait.»</p>
+portrait.»</p>
-<p>Ce sont là deux maîtres. Et pourtant
-je n'hésite pas à rapprocher d'eux
+<p>Ce sont là deux maîtres. Et pourtant
+je n'hésite pas à rapprocher d'eux
<span class="pagenum"><a id="Page_186"> 186</a></span>
-M. Jules Tellier<a name="FNanchor_79" id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">&nbsp;[79]</a>, un écrivain de vingt-six
+M. Jules Tellier<a name="FNanchor_79" id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">&nbsp;[79]</a>, un écrivain de vingt-six
ans, qui du premier coup s'est fait
<span class="pagenum"><a id="Page_187"> 187</a></span>
un nom dans la critique, et dont les
-&oelig;uvres d'imagination, éparses dans les
+&oelig;uvres d'imagination, éparses dans les
<span class="pagenum"><a id="Page_188"> 188</a></span>
-revues, rappellent et égalent pour la tristesse
-et la noblesse Maurice de Guérin.
+revues, rappellent et égalent pour la tristesse
+et la noblesse Maurice de Guérin.
Je citerai surtout de lui <cite>Les deux paradis</cite>
<span class="pagenum"><a id="Page_189"> 189</a></span>
<cite>d'Abd-er-Rhaman</cite>, qui est dans son &oelig;uvre
-ce qu'est <cite>Serenus</cite> dans l'&oelig;uvre de M. Lemaître
+ce qu'est <cite>Serenus</cite> dans l'&oelig;uvre de M. Lemaître
et <cite>Le crime de Sylvestre Bonnard</cite>
dans l'&oelig;uvre de M. France, un chef-d'&oelig;uvre.
-Au reste, chez ces trois écrivains
+Au reste, chez ces trois écrivains
l'&oelig;uvre et l'homme se confondent.
-Sous les mèches blanches du bon Sylvestre
+Sous les mèches blanches du bon Sylvestre
et sous les boucles blondes du
petit Servien, c'est M. France en personne
-que nous entendons. Et de même,
-l'âme inquiète de Serenus et l'âme désenchantée
+que nous entendons. Et de même,
+l'âme inquiète de Serenus et l'âme désenchantée
du vieil Abd-er-Rhaman nous
-racontent les âmes plus voisines de nous,
-de M. Lemaître et de M. Tellier. Prenez-les
-où il vous conviendra, vous verrez
-qu'en réalité ils ne nous entretiennent jamais
-que d'eux-mêmes. Eux aussi, on dirait
-qu'ils «ne savent que leurs âmes».
-Mais faites bien attention que c'est là cette
+racontent les âmes plus voisines de nous,
+de M. Lemaître et de M. Tellier. Prenez-les
+où il vous conviendra, vous verrez
+qu'en réalité ils ne nous entretiennent jamais
+que d'eux-mêmes. Eux aussi, on dirait
+qu'ils «ne savent que leurs âmes».
+Mais faites bien attention que c'est là cette
seconde ignorance dont parle Pascal, qui
<span class="pagenum"><a id="Page_190"> 190</a></span>
-n'est point naïveté, qui est l'aboutissant
-d'une longue science. S'ils revêtent une
-figure, c'est pour s'étudier d'un cerveau
-plus libre et sous des angles différents.
+n'est point naïveté, qui est l'aboutissant
+d'une longue science. S'ils revêtent une
+figure, c'est pour s'étudier d'un cerveau
+plus libre et sous des angles différents.
Ainsi, dans un autre de ses contes, dans
-son <cite>Tristan Noël</cite>, Tellier enveloppe d'une
-action impersonnelle les états d'esprit
-qu'il a lui-même traversés aux «heures
-d'ennui», aux «heures de pensée»,
-aux «heures de tristesse», qui furent
-dès vingt ans toute sa vie morale. Tristan
-Noël étudiait le droit à Caen. «C'était
-un grand garçon de vingt-deux ans,
-maigre et pâle, aux yeux caves et aux
+son <cite>Tristan Noël</cite>, Tellier enveloppe d'une
+action impersonnelle les états d'esprit
+qu'il a lui-même traversés aux «heures
+d'ennui», aux «heures de pensée»,
+aux «heures de tristesse», qui furent
+dès vingt ans toute sa vie morale. Tristan
+Noël étudiait le droit à Caen. «C'était
+un grand garçon de vingt-deux ans,
+maigre et pâle, aux yeux caves et aux
moustaches brunes. Il avait dans la
physionomie quelque chose de hagard,
-et dans l'allure quelque chose d'abandonné...»
-Délicat symbolisme, où l'on
-sent une pudeur du «moi» qui rend
-plus précieuse encore cette confession
+et dans l'allure quelque chose d'abandonné...»
+Délicat symbolisme, où l'on
+sent une pudeur du «moi» qui rend
+plus précieuse encore cette confession
<span class="pagenum"><a id="Page_191"> 191</a></span>
-d'un esprit supérieur! M. Tellier doit
-prochainement réunir ses contes; si je
+d'un esprit supérieur! M. Tellier doit
+prochainement réunir ses contes; si je
ne me trompe, ils lui assureront une
-belle place dans l'estime des lettrés.</p>
+belle place dans l'estime des lettrés.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_192"> 192</a></span></p>
<h3>VI</h3>
-<p>C'est à une autre sorte de public que
+<p>C'est à une autre sorte de public que
s'adressent, du haut de leur chaire ou
du coin de leur confessionnal, M. Louis
-Ulbach et M. Arsène Houssaye, M. Octave
+Ulbach et M. Arsène Houssaye, M. Octave
Uzanne et M. Alexandre Dumas
-fils. On les trouvera groupés dans ce
+fils. On les trouvera groupés dans ce
chapitre. Un peu bien divers de ton et
de fond, ils ont je ne sais quelle commune
-et obscure tendance à l'apostolat,
-et cela leur peut faire une parenté.</p>
+et obscure tendance à l'apostolat,
+et cela leur peut faire une parenté.</p>
<p>Mais vraiment, quand on parle du romancier
chez M. Alexandre Dumas fils,
<span class="pagenum"><a id="Page_193"> 193</a></span>
on baisse la voix et il semble qu'on parle
-d'un défunt. Qui se souvient de <cite>Tristan
+d'un défunt. Qui se souvient de <cite>Tristan
le Roux</cite>, de <cite>Trois hommes forts</cite>, de <cite>La vie
-à vingt ans</cite>, du <cite>Régent Mustel</cite>? «Pourtant,
-dit M. Barrès<a name="FNanchor_80" id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">&nbsp;[80]</a>, en ces années
-d'apprentissage, où il tâche à réussir
+à vingt ans</cite>, du <cite>Régent Mustel</cite>? «Pourtant,
+dit M. Barrès<a name="FNanchor_80" id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">&nbsp;[80]</a>, en ces années
+d'apprentissage, où il tâche à réussir
par l'imagination, M. Dumas raisonne
-déjà ses facultés. «Mon père, disait-il
-plus tard à Lindeau, mon père partait
-d'un fait, je pars d'une idée.» Et
-dans <cite>Antonine</cite>, il se déclare déjà moraliste:
-«Le roman, dit-il, est plus
+déjà ses facultés. «Mon père, disait-il
+plus tard à Lindeau, mon père partait
+d'un fait, je pars d'une idée.» Et
+dans <cite>Antonine</cite>, il se déclare déjà moraliste:
+«Le roman, dit-il, est plus
qu'un miroir, c'est un avertissement...
-Le roman doit être un guide.» Son
-raisonnement tâtonnait encore sur la
-forme d'art qu'il choisirait. Mais déjà
-son instinct de moraliste, élargissant
+Le roman doit être un guide.» Son
+raisonnement tâtonnait encore sur la
+forme d'art qu'il choisirait. Mais déjà
+son instinct de moraliste, élargissant
ses ambitions, lui montrait des consciences
<span class="pagenum"><a id="Page_194"> 194</a></span>
-à diriger, toute une mission
-plus féconde que la vie brillante de l'éblouissant
-conteur que fut son père,
-déjà son sentimentalisme et cette âme
-élégiaque qui soupire en sa large poitrine
-le vouaient à l'étude de l'amour,
-à l'analyse des <cite>hommes et femmes d'amour</cite>.
-Il fallait une expérience de son
-c&oelig;ur pour qu'il cessât d'imiter les
-héros de son père, pour qu'il s'essayât
-à être soi<a name="FNanchor_81" id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">&nbsp;[81]</a>. C'est après tous ces trébuchements
+à diriger, toute une mission
+plus féconde que la vie brillante de l'éblouissant
+conteur que fut son père,
+déjà son sentimentalisme et cette âme
+élégiaque qui soupire en sa large poitrine
+le vouaient à l'étude de l'amour,
+à l'analyse des <cite>hommes et femmes d'amour</cite>.
+Il fallait une expérience de son
+c&oelig;ur pour qu'il cessât d'imiter les
+héros de son père, pour qu'il s'essayât
+à être soi<a name="FNanchor_81" id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">&nbsp;[81]</a>. C'est après tous ces trébuchements
<span class="pagenum"><a id="Page_195"> 195</a></span>
que M. Dumas y atteignit.
Quinze romans maladroits attestent
-son acharné labeur. Comme Balzac,
+son acharné labeur. Comme Balzac,
comme tant d'autres des plus
grands, il n'eut pas de naissance le
-don littéraire<a name="FNanchor_82" id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">&nbsp;[82]</a>. Par l'étude, il acquit
-deux qualités étroites, mais puissantes:
+don littéraire<a name="FNanchor_82" id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">&nbsp;[82]</a>. Par l'étude, il acquit
+deux qualités étroites, mais puissantes:
<span class="pagenum"><a id="Page_196"> 196</a></span>
la concentration et le mouvement.
-Elles furent tout son style.»</p>
+Elles furent tout son style.»</p>
-<p>Moraliste plus apaisé, mais non pas
-moins curieux, à solutions moins brutales,
+<p>Moraliste plus apaisé, mais non pas
+moins curieux, à solutions moins brutales,
mais plus pratiques, M. Louis Ulbach<a name="FNanchor_83" id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">&nbsp;[83]</a>
s'entend, comme M. Dumas fils, aux
-faits de conscience, et, avec une subtilité
-de casuiste, les analyse à fond et les résout
-presque toujours de manière à
-sauvegarder la loi morale. C'est un «directeur»
+faits de conscience, et, avec une subtilité
+de casuiste, les analyse à fond et les résout
+presque toujours de manière à
+sauvegarder la loi morale. C'est un «directeur»
incomparable. Il sait toutes les
-inclinations du c&oelig;ur, excelle à débrouiller
-les situations les plus délicates, possède
+inclinations du c&oelig;ur, excelle à débrouiller
+les situations les plus délicates, possède
pour les petits malaises de la
vie amoureuse, pour les troubles des
-sens à tous les âges, d'admirables recettes
-familières, et il vous les donne
-sans pédanterie, avec sa longue expérience,
+sens à tous les âges, d'admirables recettes
+familières, et il vous les donne
+sans pédanterie, avec sa longue expérience,
<span class="pagenum"><a id="Page_197"> 197</a></span>
sa fine bonhomie et sa grande
douceur de parole. Lisez, je vous prie,
-si vous ne l'avez déjà fait, la <cite>Confession
-d'un abbé</cite>, les <cite>Inutiles du mariage</cite>, <cite>Autour
-de l'amour</cite>. L'éducation du c&oelig;ur le
-préoccupe avant tout. Il est de l'avis de
+si vous ne l'avez déjà fait, la <cite>Confession
+d'un abbé</cite>, les <cite>Inutiles du mariage</cite>, <cite>Autour
+de l'amour</cite>. L'éducation du c&oelig;ur le
+préoccupe avant tout. Il est de l'avis de
Fontenelle que, pour bien vivre, les plus
petits sentiments valent mieux que les
-plus belles réflexions. Volontiers encore
+plus belles réflexions. Volontiers encore
je me le figurerais comme un de ces sages
-d'autrefois, dissertant à loisir du
+d'autrefois, dissertant à loisir du
noble amour, sous les platanes emplis
-du chant des cigales divines. Peut-être
-n'est-il point le maître du ch&oelig;ur. Ce
+du chant des cigales divines. Peut-être
+n'est-il point le maître du ch&oelig;ur. Ce
serait M. Renan, si vous voulez, qui
tiendrait ici la scytale; mais M. Ulbach
-ferait à merveille Eryximaque ou Agathon.</p>
+ferait à merveille Eryximaque ou Agathon.</p>
-<p>Et M. Arsène Houssaye, lui, ferait
-Alcibiade. Il en eut la beauté, que des
+<p>Et M. Arsène Houssaye, lui, ferait
+Alcibiade. Il en eut la beauté, que des
<span class="pagenum"><a id="Page_198"> 198</a></span>
-aèdes chantèrent<a name="FNanchor_84" id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">&nbsp;[84]</a>; il en a hérité la
-grâce, et aussi la légèreté, le rien, ce
+aèdes chantèrent<a name="FNanchor_84" id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">&nbsp;[84]</a>; il en a hérité la
+grâce, et aussi la légèreté, le rien, ce
don charmant de discourir d'abondance
en mots fleuris et doux. Les livres de
M. Houssaye<a name="FNanchor_85" id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">&nbsp;[85]</a> sont les confessions de
-ses amours, et il apparaît qu'elles furent
-belles et précieuses. La leçon qu'il
+ses amours, et il apparaît qu'elles furent
+belles et précieuses. La leçon qu'il
en tire est bien simple, c'est qu'il faut
aimer, et puis aimer encore.</p>
-<p>Ce conseil d'une philosophie agréable,
-un moraliste de la même école, M. Octave
-Uzanne, l'appuierait, je crois, très
-volontiers. Il a défini lui-même ses livres
-des «essais pimpants, irradiés de couleurs
+<p>Ce conseil d'une philosophie agréable,
+un moraliste de la même école, M. Octave
+Uzanne, l'appuierait, je crois, très
+volontiers. Il a défini lui-même ses livres
+des «essais pimpants, irradiés de couleurs
<span class="pagenum"><a id="Page_199"> 199</a></span>
gaies, qui chassent de l'&oelig;il la monotonie
-du noir.» La définition est un
+du noir.» La définition est un
peu subtile, mais elle dit bien l'auteur.
Je l'emprunte au <cite>Miroir du monde</cite>,
-qui est un livre de réflexion fine et vive,
-dans la manière des conteurs galants de
-l'autre siècle. Ce n'est point là, peut-être,
-une morale très élevée; mais après
-tout elle contenta nos pères; elle fut celle
-des plus Français de notre race, et la
-mode, en France, n'a pas toujours été à
-l'hypocondrie et à l'austérité.</p>
+qui est un livre de réflexion fine et vive,
+dans la manière des conteurs galants de
+l'autre siècle. Ce n'est point là, peut-être,
+une morale très élevée; mais après
+tout elle contenta nos pères; elle fut celle
+des plus Français de notre race, et la
+mode, en France, n'a pas toujours été à
+l'hypocondrie et à l'austérité.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_200"> 200</a></span></p>
<h3>VII</h3>
-<p>Il me reste à nommer les humoristes.
+<p>Il me reste à nommer les humoristes.
Car ce sont des philosophes aussi, moins
-attachés à la lettre du dogme, moins disciplinés
+attachés à la lettre du dogme, moins disciplinés
sans doute, sortes d'enfants perdus
-tiraillant sur la vie un peu à tort et
-à travers, les Quatrelles<a name="FNanchor_86" id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">&nbsp;[86]</a>, les Véron<a name="FNanchor_87" id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">&nbsp;[87]</a>,
+tiraillant sur la vie un peu à tort et
+à travers, les Quatrelles<a name="FNanchor_86" id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">&nbsp;[86]</a>, les Véron<a name="FNanchor_87" id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">&nbsp;[87]</a>,
les Hervieu<a name="FNanchor_88" id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">&nbsp;[88]</a>, les Claudin<a name="FNanchor_89" id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">&nbsp;[89]</a>, les Grosclaude<a name="FNanchor_90" id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">&nbsp;[90]</a>,&mdash;et
<span class="pagenum"><a id="Page_201"> 201</a></span>
M. Taine<a name="FNanchor_91" id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">&nbsp;[91]</a>, au temps
-qu'il faisait Graindorge à la <cite>Vie parisienne</cite>,
+qu'il faisait Graindorge à la <cite>Vie parisienne</cite>,
et M. de Pontmartin, quand il
-fréquentait chez Mme Charbonneau<a name="FNanchor_92" id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">&nbsp;[92]</a>.
-Ils ont le piquant, le dégagé, l'à-propos,
-et ils s'appellent Aurélien Scholl<a name="FNanchor_93" id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">&nbsp;[93]</a>,
-Pierre Véron, Emile Blavet<a name="FNanchor_94" id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">&nbsp;[94]</a>. Vous
-trouvez une fleur de grâce jusqu'en leurs
-pires débauches, et ils s'appellent Quatrelles
-ou Mouton-Mérinos<a name="FNanchor_95" id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">&nbsp;[95]</a>. Est-ce
+fréquentait chez Mme Charbonneau<a name="FNanchor_92" id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">&nbsp;[92]</a>.
+Ils ont le piquant, le dégagé, l'à-propos,
+et ils s'appellent Aurélien Scholl<a name="FNanchor_93" id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">&nbsp;[93]</a>,
+Pierre Véron, Emile Blavet<a name="FNanchor_94" id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">&nbsp;[94]</a>. Vous
+trouvez une fleur de grâce jusqu'en leurs
+pires débauches, et ils s'appellent Quatrelles
+ou Mouton-Mérinos<a name="FNanchor_95" id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">&nbsp;[95]</a>. Est-ce
<span class="pagenum"><a id="Page_202"> 202</a></span>
l'esprit de mot, le sens du saugrenu, la
charge? Ils s'appellent Grosclaude ou Chavette<a name="FNanchor_96" id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">&nbsp;[96]</a>.
-S'ils mordent ou égratignent,
+S'ils mordent ou égratignent,
pour le coup de dents ils s'appellent
Henri Rochefort<a name="FNanchor_97" id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">&nbsp;[97]</a>, pour le coup de
griffes Paul Hervieu et Gustave Claudin.
Mais coups de griffes ou coups de dents,
-ne vous effrayez point. Cela reste véniel
+ne vous effrayez point. Cela reste véniel
et nos gens se font plus mauvais qu'ils
ne sont. Leur doyen, Alphonse Karr<a name="FNanchor_98" id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">&nbsp;[98]</a>,
-quand ses <cite>Guêpes</cite> piquaient encore, n'a
+quand ses <cite>Guêpes</cite> piquaient encore, n'a
point fait, que je sache, de blessures bien
-cuisantes. Le fonds général de leur esprit,
-c'est la malice, et cette malice-là est
-aussi éloignée des macabreries saxonnes
-ou des métaphysiques germaines qu'une
+cuisantes. Le fonds général de leur esprit,
+c'est la malice, et cette malice-là est
+aussi éloignée des macabreries saxonnes
+ou des métaphysiques germaines qu'une
<span class="pagenum"><a id="Page_203"> 203</a></span>
-pochade de Forain peut l'être d'un fusain
+pochade de Forain peut l'être d'un fusain
du <cite>Punch</cite> ou d'une enluminure de la
-<cite>Berliner-Ragg</cite>. C'est de l'esprit français,
+<cite>Berliner-Ragg</cite>. C'est de l'esprit français,
toujours.</p>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_204"> 204</a></span>
@@ -3793,23 +3755,23 @@ LES RUSTIQUES</h2>
<span class="larger">LES RUSTIQUES</span></p>
<p class="summary">
-<i>Emile Pouvillon.&mdash;André Theuriet.&mdash;Jules
+<i>Emile Pouvillon.&mdash;André Theuriet.&mdash;Jules
de Glouvet.&mdash;Erckmann-Chatrian.&mdash;Ferdinand
Fabre.&mdash;Robert de
-la Villehervé.&mdash;Charles Canivet.&mdash;Gustave
-Guiches.&mdash;Antony Blondel.&mdash;Léon
+la Villehervé.&mdash;Charles Canivet.&mdash;Gustave
+Guiches.&mdash;Antony Blondel.&mdash;Léon
Duvauchel.&mdash;Joseph Caraguel.&mdash;Emile
-Dodillon.&mdash;Léon Deschamps.&mdash;Jean Sigaux.&mdash;Gaston
+Dodillon.&mdash;Léon Deschamps.&mdash;Jean Sigaux.&mdash;Gaston
d'Hailly.&mdash;Maurice Jouannin.&mdash;F.
-de la Biotière.&mdash;Pierre Arnous.&mdash;Georges
-Renard.&mdash;Pierre Maël.</i></p>
+de la Biotière.&mdash;Pierre Arnous.&mdash;Georges
+Renard.&mdash;Pierre Maël.</i></p>
<p>Ce n'est qu'un petit clan, car la mode
n'est point aux choses rustiques. Quelques-uns,
<span class="pagenum"><a id="Page_208"> 208</a></span>
-pourtant, ont forcé l'attention
-des gens de Paris: André Theuriet,
-avec les combes et les sapinières des
+pourtant, ont forcé l'attention
+des gens de Paris: André Theuriet,
+avec les combes et les sapinières des
monts lorrains; Emile Pouvillon, avec
les bordes du Quercy; Erckmann-Chatrian,
avec les grasses prairies de la
@@ -3817,290 +3779,290 @@ Meuse; Jules de Glouvet, avec la Loire,
les barquettes des saumoniers, les joncs
tristes qui sifflotent au vent; Ferdinand
Fabre, avec les durs et secs paysages
-des Cévennes; d'autres encore, qui du
-Dauphiné, qui de l'Anjou, qui de la
-Normandie, chacun d'eux avec les façons
+des Cévennes; d'autres encore, qui du
+Dauphiné, qui de l'Anjou, qui de la
+Normandie, chacun d'eux avec les façons
et l'accent du terroir natal. Mais la
-nature est leur vrai «héros» à tous. Ils
+nature est leur vrai «héros» à tous. Ils
l'aiment pour sa physionomie ondoyante,
ses aubes laborieuses, ses pleins ciels,
-ses crépuscules indécis, ses alanguissements,
-ses sommeils, ses éveils, ses voix,
-son inconnu. Leurs livres ressemblent à
+ses crépuscules indécis, ses alanguissements,
+ses sommeils, ses éveils, ses voix,
+son inconnu. Leurs livres ressemblent à
<span class="pagenum"><a id="Page_209"> 209</a></span>
ce beau pastel de Millet: <em>La plaine</em>, tout
-aride et désolée, et puis le jour gris qui
-monte, et, dans un coin, mal indiquée
-et sensible à peine, la silhouette d'un
-pastoureau coulé dans sa houppelande.
-L'homme ne tient guère plus de place
-chez eux. Ils vont d'abord à la nature.
-Ils la sentent comme ils l'aiment, profondément.
-Pour décrire cette nature une
+aride et désolée, et puis le jour gris qui
+monte, et, dans un coin, mal indiquée
+et sensible à peine, la silhouette d'un
+pastoureau coulé dans sa houppelande.
+L'homme ne tient guère plus de place
+chez eux. Ils vont d'abord à la nature.
+Ils la sentent comme ils l'aiment, profondément.
+Pour décrire cette nature une
et diverse des pays de France, chacun
-d'eux a trouvé l'épithète vraie, le verbe
-et le mot qui peignent, et M. Jules Lemaître
-a pu dire très justement qu'on
-formerait, en réunissant leurs tableaux,
-une sorte de géographie pittoresque et
-morale de la patrie française<a name="FNanchor_99" id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">&nbsp;[99]</a>. Et
-cette géographie serait nuancée et précise
+d'eux a trouvé l'épithète vraie, le verbe
+et le mot qui peignent, et M. Jules Lemaître
+a pu dire très justement qu'on
+formerait, en réunissant leurs tableaux,
+une sorte de géographie pittoresque et
+morale de la patrie française<a name="FNanchor_99" id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">&nbsp;[99]</a>. Et
+cette géographie serait nuancée et précise
<span class="pagenum"><a id="Page_210"> 210</a></span>
pour les paysages, certes, mais la
plus conventionnelle du monde pour les
paysans. Je demanderai seulement qu'on
-les écoute parler. Sauf les mots de patois,
-rares du reste et cachés dans la
-foule, et quelques locutions où perce un
+les écoute parler. Sauf les mots de patois,
+rares du reste et cachés dans la
+foule, et quelques locutions où perce un
coin de terroir, les paysans de M. Theuriet,
de M. Pouvillon et de M. Fabre,
-qui sont d'extrémités opposés, parlent
+qui sont d'extrémités opposés, parlent
une langue artificielle et voulue, d'une
-naïveté déterminée d'avance, et la même
-pour tous. Cette langue-là, vous l'avez
-entendue déjà dans les <em>Maîtres-Sonneurs</em>
+naïveté déterminée d'avance, et la même
+pour tous. Cette langue-là, vous l'avez
+entendue déjà dans les <em>Maîtres-Sonneurs</em>
de George Sand, qui la parla
-peut-être la première. Je la crois parfaitement
-fausse. Elle est faite d'archaïsmes
-et de flexions verbales au goût du
+peut-être la première. Je la crois parfaitement
+fausse. Elle est faite d'archaïsmes
+et de flexions verbales au goût du
populaire. Elle est bien gracieuse, souvent,
et fort peu exacte, toujours. Observez
-que je constate la chose sans arrière-pensée
+que je constate la chose sans arrière-pensée
<span class="pagenum"><a id="Page_211"> 211</a></span>
-de blâme. Entre les véridiques
+de blâme. Entre les véridiques
coups de gueule de Buteau<a name="FNanchor_100" id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">&nbsp;[100]</a> et le petit
-babil arrangé d'une Cézette<a name="FNanchor_101" id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">&nbsp;[101]</a>, je
-suis très nettement pour le babil de
-Cézette. Il me suffit qu'il soit la traduction
-d'un état d'âme, et que la naïveté,
-qui n'est pas toujours sur les lèvres, se
+babil arrangé d'une Cézette<a name="FNanchor_101" id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">&nbsp;[101]</a>, je
+suis très nettement pour le babil de
+Cézette. Il me suffit qu'il soit la traduction
+d'un état d'âme, et que la naïveté,
+qui n'est pas toujours sur les lèvres, se
retrouve dans le c&oelig;ur et dans l'esprit.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_212"> 212</a></span></p>
<h3>I</h3>
-<p>Cette naïveté, qui est le premier trait
+<p>Cette naïveté, qui est le premier trait
des natures paysannes, M. Pouvillon l'a
rendue merveilleusement. Voyez, je vous
prie, <em>L'Innocent</em>, <em>Jean-de-Jeanne</em> et cette
-même <em>Cézette</em>. Comme on les aime et
+même <em>Cézette</em>. Comme on les aime et
comme ils feraient envie, si l'on ne devinait
-derrière eux la silhouette brutale
+derrière eux la silhouette brutale
d'une Rouzils, orgueilleuse et sotte, ou
d'un Guiral<a name="FNanchor_102" id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">&nbsp;[102]</a>, rapace et matois! L'auteur
a beau s'en cacher: cette vie des
<span class="pagenum"><a id="Page_213"> 213</a></span>
-champs, où il semble qu'il nous appelle
-par horreur des dépravations urbaines,
+champs, où il semble qu'il nous appelle
+par horreur des dépravations urbaines,
le mal y prime encore le bien; les joies
-y sont rares, la lutte tout aussi âpre et
-tragique qu'à la ville. Avec leur gai
-parler fleuri, ces paysans ont l'âme de
-juifs plus que de chrétiens. L'optimisme de
+y sont rares, la lutte tout aussi âpre et
+tragique qu'à la ville. Avec leur gai
+parler fleuri, ces paysans ont l'âme de
+juifs plus que de chrétiens. L'optimisme de
l'auteur (puisqu'il se tient optimiste) est
surtout dans l'opposition qu'il fait de ces
-caractères misérables et petits avec la
-nature qu'il aime pour sa bonté et sa
-beauté, l'or de ses chaumes et la fondante
+caractères misérables et petits avec la
+nature qu'il aime pour sa bonté et sa
+beauté, l'or de ses chaumes et la fondante
douceur de ses couchants. Elle
est le personnage de premier plan, la
-maternelle et la consolatrice à qui son
+maternelle et la consolatrice à qui son
livre est offert, comme un bel hymne. Il
-semble qu'à lui aussi elle soit apparue,
-une nuit d'été, dans son voile plein
-d'astres, et qu'il se soit écrié comme le
-voyant de Madore: «Sainte déesse, éternelle
+semble qu'à lui aussi elle soit apparue,
+une nuit d'été, dans son voile plein
+d'astres, et qu'il se soit écrié comme le
+voyant de Madore: «Sainte déesse, éternelle
<span class="pagenum"><a id="Page_214"> 214</a></span>
providence des hommes, toujours
prodigue de tes bienfaits, tu as pour les
malheureux la double affection d'une
-mère. Nature, tout ce que peut un fidèle
+mère. Nature, tout ce que peut un fidèle
comme moi, je le ferai; je garderai tes
-traits gravés dans le secret de mon c&oelig;ur,
+traits gravés dans le secret de mon c&oelig;ur,
et de ce c&oelig;ur je veux faire un temple
-où soit adorée jusqu'à la mort l'image
-de ta divinité!»<a name="FNanchor_103" id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">&nbsp;[103]</a></p>
+où soit adorée jusqu'à la mort l'image
+de ta divinité!»<a name="FNanchor_103" id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">&nbsp;[103]</a></p>
-<p>C'est la prière de tous les grands
-amants de Cybèle, et j'aurais aussi bien
-pu la prêter à M. André Theuriet qu'à
+<p>C'est la prière de tous les grands
+amants de Cybèle, et j'aurais aussi bien
+pu la prêter à M. André Theuriet qu'à
M. Pouvillon. On a dit de M. Theuriet<a name="FNanchor_104" id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">&nbsp;[104]</a>
qu'il se consolait des hommes avec des
-paysages, et que c'était à peine si la réconfortante
-fraîcheur de ceux-ci réussissait
-à compenser la laideur morale de
+paysages, et que c'était à peine si la réconfortante
+fraîcheur de ceux-ci réussissait
+à compenser la laideur morale de
<span class="pagenum"><a id="Page_215"> 215</a></span>
-ceux-là. Et l'on a dit encore qu'à le lire
-il semblait qu'il eût plusieurs âmes; et
+ceux-là. Et l'on a dit encore qu'à le lire
+il semblait qu'il eût plusieurs âmes; et
le malheur, c'est qu'elles ne sont point
faites toujours pour s'harmoniser. Son
-âme de poète dégage les choses avec une
-délicatesse dont rien n'approche. Mais
+âme de poète dégage les choses avec une
+délicatesse dont rien n'approche. Mais
le botaniste et l'entomologiste qui sont
-aussi en lui se complaisent à des minuties
-de catalogue, à des puérilités savantes
-où toute flamme s'éteint. Il y a
-même chez lui (qui le croirait?) une
-sorte de Prudhomme latent, qui écrit
-gros, pense communément, et dit des
-jeunes filles qu'«elles sont avancées
-pour leur âge<a name="FNanchor_105" id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">&nbsp;[105]</a>.» Ce M. Prudhomme-là
+aussi en lui se complaisent à des minuties
+de catalogue, à des puérilités savantes
+où toute flamme s'éteint. Il y a
+même chez lui (qui le croirait?) une
+sorte de Prudhomme latent, qui écrit
+gros, pense communément, et dit des
+jeunes filles qu'«elles sont avancées
+pour leur âge<a name="FNanchor_105" id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">&nbsp;[105]</a>.» Ce M. Prudhomme-là
n'intervient que par exception dans
les livres de M. Theuriet. Des phrases
-comme celle que j'ai citée sont rares et
+comme celle que j'ai citée sont rares et
<span class="pagenum"><a id="Page_216"> 216</a></span>
-trouvent presque leur excuse dans le hâtif
+trouvent presque leur excuse dans le hâtif
de la composition. Il a, par ailleurs,
-d'admirables élans, une tristesse infinie,
+d'admirables élans, une tristesse infinie,
et dans ses peintures une touche
-molle et douce qui est sa marque. Peut-être
-se laisse-t-il trop aller à lui-même.
+molle et douce qui est sa marque. Peut-être
+se laisse-t-il trop aller à lui-même.
En tels endroits, sa peinture n'est qu'une
juxtaposition de couleurs qu'il n'a pris
ni le temps, ni le soin de fondre. Je
note un passage, dans le <em>Journal de Tristan</em>,
-où en dix lignes il décrit une mer
+où en dix lignes il décrit une mer
bleue, des falaises d'un jaune d'ocre, une
-montagne auréolée de lilas, un cap gris,
-des roches d'un noir humide, des châtaigneraies
-vert foncé, des maisons
+montagne auréolée de lilas, un cap gris,
+des roches d'un noir humide, des châtaigneraies
+vert foncé, des maisons
blanches, et trois vaches rousses. Bleu,
jaune, lilas, gris, noir, vert, blanc, roux,
je doute que l'imagination reproduise
un tel paysage. Il en est pour elle des
couleurs comme des lignes: elle ne se
<span class="pagenum"><a id="Page_217"> 217</a></span>
-représentera pas plus l'intérieur d'un
-kaléidoscope que les mille côtés d'un chiliogone<a name="FNanchor_106" id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">&nbsp;[106]</a>.</p>
+représentera pas plus l'intérieur d'un
+kaléidoscope que les mille côtés d'un chiliogone<a name="FNanchor_106" id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">&nbsp;[106]</a>.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_218"> 218</a></span></p>
<h3>II</h3>
-<p>C'est, chez M. Theuriet, excès d'abondance,
-et, pour cette qualité qu'il pousse
-jusqu'au défaut, on l'aimera toujours
+<p>C'est, chez M. Theuriet, excès d'abondance,
+et, pour cette qualité qu'il pousse
+jusqu'au défaut, on l'aimera toujours
plus qu'on ne l'admirera. M. de Glouvet
a lui aussi de l'abondance, mais d'une
autre sorte. Si M. Theuriet voit la nature
-en poète, M. de Glouvet la voit en
-agronome, comme il voit la société en
-magistrat. Des romans qu'il a écrits<a name="FNanchor_107" id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">&nbsp;[107]</a>,
+en poète, M. de Glouvet la voit en
+agronome, comme il voit la société en
+magistrat. Des romans qu'il a écrits<a name="FNanchor_107" id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">&nbsp;[107]</a>,
<span class="pagenum"><a id="Page_219"> 219</a></span>
on peut extraire des documents curieux,
des rapports probes et substantiels sur
la vie des bois et des eaux. Mais, et sauf
-dans <cite>Le Père</cite>, où il est vraiment supérieur
-à lui-même, on n'y sent point
-autre chose que l'acuité d'un &oelig;il qui
-détaille et inventorie, et qui proprement
-regarde sans être affecté. La vie, comme
+dans <cite>Le Père</cite>, où il est vraiment supérieur
+à lui-même, on n'y sent point
+autre chose que l'acuité d'un &oelig;il qui
+détaille et inventorie, et qui proprement
+regarde sans être affecté. La vie, comme
il la montre, ne laisse rien dans l'esprit.
-Si le détail a son importance, tous les
-détails ne l'ont point. Quand M. Daudet
-nous décrit de petites maisons d'ouvriers
-«qui se serrent les unes contre les autres,
-comme pour s'aider à supporter
-leur misère<a name="FNanchor_108" id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">&nbsp;[108]</a>», je n'ai que faire
-d'autres renseignements. Et de même,
+Si le détail a son importance, tous les
+détails ne l'ont point. Quand M. Daudet
+nous décrit de petites maisons d'ouvriers
+«qui se serrent les unes contre les autres,
+comme pour s'aider à supporter
+leur misère<a name="FNanchor_108" id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">&nbsp;[108]</a>», je n'ai que faire
+d'autres renseignements. Et de même,
quand MM. Erckmann-Chatrian nous
peignent un lever de jour en Alsace,
<span class="pagenum"><a id="Page_220"> 220</a></span>
-«le soleil pâle montant dans la brume,
+«le soleil pâle montant dans la brume,
les maisonnettes aux larges toitures
de chaume regardant de leurs petites
-fenêtres noires<a name="FNanchor_109" id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">&nbsp;[109]</a>», ces traits ramassés
+fenêtres noires<a name="FNanchor_109" id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">&nbsp;[109]</a>», ces traits ramassés
et sobres me paraissent bien valoir
les minutieux inventaires de M. de Glouvet.
Ils nous ont fait aimer l'Alsace et
-ajouté aux regrets des provinces chères
-et perdues. Que de bonnes heures passées
-en compagnie de maître Rok<a name="FNanchor_110" id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">&nbsp;[110]</a>,
-du docteur Mathéus<a name="FNanchor_111" id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">&nbsp;[111]</a>, de Koffel le Taupier<a name="FNanchor_112" id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">&nbsp;[112]</a>,
+ajouté aux regrets des provinces chères
+et perdues. Que de bonnes heures passées
+en compagnie de maître Rok<a name="FNanchor_110" id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">&nbsp;[110]</a>,
+du docteur Mathéus<a name="FNanchor_111" id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">&nbsp;[111]</a>, de Koffel le Taupier<a name="FNanchor_112" id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">&nbsp;[112]</a>,
braves gens, et qu'on aime
-aussi! Et comme on prend part à leurs
-petites misères, à leurs joies de rien,
-à cette vie végétative et douce, et que
-confine l'orée d'un champ! La nature
+aussi! Et comme on prend part à leurs
+petites misères, à leurs joies de rien,
+à cette vie végétative et douce, et que
+confine l'orée d'un champ! La nature
<span class="pagenum"><a id="Page_221"> 221</a></span>
-ici est plus délaissée que chez les autres
-romanciers. Mais elles sont si près de la
-nature, ces âmes simples des paysans
+ici est plus délaissée que chez les autres
+romanciers. Mais elles sont si près de la
+nature, ces âmes simples des paysans
d'Alsace, qu'elle finissent par se confondre
un peu avec elle. Au reste, une
bonne partie des romans de ces messieurs
est du pur roman d'aventure. Dirai-je
-que je préfère leurs idylles à leurs
-épopées, que pour cela je les ai classés
+que je préfère leurs idylles à leurs
+épopées, que pour cela je les ai classés
parmi les rustiques, et qu'une raison
analogue m'y a fait ranger M. Fabre,
-quoiqu'il se soit voué d'abord à la peinture
-des m&oelig;urs cléricales? Je ne conteste
+quoiqu'il se soit voué d'abord à la peinture
+des m&oelig;urs cléricales? Je ne conteste
point la grandeur farouche de son
-abbé Tigrane<a name="FNanchor_113" id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">&nbsp;[113]</a>, la merveilleuse psychologie
-dont il a éclairé Lucifer<a name="FNanchor_114" id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">&nbsp;[114]</a> et
-Barnabé<a name="FNanchor_115" id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">&nbsp;[115]</a>. Mais j'avoue mon faible
+abbé Tigrane<a name="FNanchor_113" id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">&nbsp;[113]</a>, la merveilleuse psychologie
+dont il a éclairé Lucifer<a name="FNanchor_114" id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">&nbsp;[114]</a> et
+Barnabé<a name="FNanchor_115" id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">&nbsp;[115]</a>. Mais j'avoue mon faible
<span class="pagenum"><a id="Page_222"> 222</a></span>
-pour <cite>Monsieur Jean</cite>, une de ses dernières
+pour <cite>Monsieur Jean</cite>, une de ses dernières
&oelig;uvres, et la plus parfaite: ce coin d'idylle
-du Quercy, avec ses châtaigneraies,
+du Quercy, avec ses châtaigneraies,
ses sonneries de cloche, le petit
-Jean sur l'âne du maire, et la figure
-sauvage de Merlette à chaque tournant de
+Jean sur l'âne du maire, et la figure
+sauvage de Merlette à chaque tournant de
route; et je trouve aussi que le style de
-M. Fabre y est plus égal, plus nourri d'expressions
+M. Fabre y est plus égal, plus nourri d'expressions
de terroir et comme en fleur<a name="FNanchor_116" id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">&nbsp;[116]</a>.
-De telle sorte que si les études cléricales de
-M. Fabre avaient déjà fait de lui un maître,
+De telle sorte que si les études cléricales de
+M. Fabre avaient déjà fait de lui un maître,
<span class="pagenum"><a id="Page_223"> 223</a></span>
en un genre que d'autres n'avaient
-point abordé, ce roman le classe au premier
-rang des rustiques et sur le même
+point abordé, ce roman le classe au premier
+rang des rustiques et sur le même
pied que M. Pouvillon et M. Theuriet.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_224"> 224</a></span></p>
<h3>III</h3>
-<p>Ce sont là nos grands rustiques<a name="FNanchor_117" id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">&nbsp;[117]</a>;
+<p>Ce sont là nos grands rustiques<a name="FNanchor_117" id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">&nbsp;[117]</a>;
mais je ne voudrais pas clore la revue
sans signaler au moins, de romanciers
<span class="pagenum"><a id="Page_225"> 225</a></span>
-plus jeunes, quelques &oelig;uvres où s'affirme
+plus jeunes, quelques &oelig;uvres où s'affirme
un talent d'observation et de description
-très appréciable: <cite>Le gars Périer</cite>,
-par M. Robert de La Villehervé<a name="FNanchor_118" id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">&nbsp;[118]</a>,
+très appréciable: <cite>Le gars Périer</cite>,
+par M. Robert de La Villehervé<a name="FNanchor_118" id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">&nbsp;[118]</a>,
<span class="pagenum"><a id="Page_226"> 226</a></span>
-étude souvent puissante, vive et vraie
-toujours, la <cite>Ferme des Gohel</cite> et les <cite>Hautemanière</cite>,
-deux bons tableaux d'intérieurs
+étude souvent puissante, vive et vraie
+toujours, la <cite>Ferme des Gohel</cite> et les <cite>Hautemanière</cite>,
+deux bons tableaux d'intérieurs
normands, par M. Canivet, l'<cite>Ennemi</cite>, par
<span class="pagenum"><a id="Page_227"> 227</a></span>
-M. Guiches, un livre où le pastiche du
-style de M. Zola n'enlève que peu au mérite
-très réel de l'observation, le <cite>Roman
-d'un maître d'école</cite>, par M. Antony Blondel
+M. Guiches, un livre où le pastiche du
+style de M. Zola n'enlève que peu au mérite
+très réel de l'observation, le <cite>Roman
+d'un maître d'école</cite>, par M. Antony Blondel
<span class="pagenum"><a id="Page_228"> 228</a></span>
-(celui-là même que M. Richepin n'a
+(celui-là même que M. Richepin n'a
pas craint d'appeler un Saint-Simon
-paysan), <cite>La Moussière</cite> et le <cite>Tourbier</cite>, par
-M. Léon Duvauchel (avec telles pages du
+paysan), <cite>La Moussière</cite> et le <cite>Tourbier</cite>, par
+M. Léon Duvauchel (avec telles pages du
<cite>Tourbier</cite> que pourrait signer un Theuriet
ou un Fabre), <cite>Les Barthozouls</cite>, par
M. Joseph Caraguel, le <cite>Moulin Blant</cite>, par
-M. Emile Dodillon, <cite>Le Village</cite>, par M. Léon
+M. Emile Dodillon, <cite>Le Village</cite>, par M. Léon
Deschamps, <cite>Le Paysan</cite>, par M. Jean Sigaux,
<cite>Fleur de pommier</cite>, par M. Gaston
<span class="pagenum"><a id="Page_229"> 229</a></span>
-d'Hailly, la <cite>Grève de Penhoat</cite>, par M. Jouannin,
-la <cite>Muguette</cite>, par M. de la Biotière,
-les <cite>Compagnons du Légué</cite>, par M. Pierre
-Arnous, les <cite>Croquis champêtres</cite>, par
-M. Georges Renard, <cite>Pilleur d'épaves</cite>, par
-M. Pierre Maël, toutes &oelig;uvres diversement
+d'Hailly, la <cite>Grève de Penhoat</cite>, par M. Jouannin,
+la <cite>Muguette</cite>, par M. de la Biotière,
+les <cite>Compagnons du Légué</cite>, par M. Pierre
+Arnous, les <cite>Croquis champêtres</cite>, par
+M. Georges Renard, <cite>Pilleur d'épaves</cite>, par
+M. Pierre Maël, toutes &oelig;uvres diversement
estimables et qui font bien augurer
-de la jeune école.</p>
+de la jeune école.</p>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_230"> 230</a></span>
<span class="pagenumh"><a id="Page_231"> 231</a></span></p>
@@ -4116,45 +4078,45 @@ LES MONDAINS</h2>
<p class="summary">
<i>Gyp.&mdash;Octave Feuillet.&mdash;Henri Rabusson.&mdash;Ludovic
-Halévy.&mdash;Edouard Droz.&mdash;Georges
+Halévy.&mdash;Edouard Droz.&mdash;Georges
Duruy.</i></p>
-<p>... Je l'allai voir et lui dis d'abordée:</p>
+<p>... Je l'allai voir et lui dis d'abordée:</p>
<p>&mdash;Monsieur l'homme du monde, que
pensez-vous de nos romanciers mondains?</p>
<p>Il se recueillit.</p>
-<p>&mdash;Monsieur, me répondit-il, je pense
-qu'on les a nommés ainsi, parce que le
+<p>&mdash;Monsieur, me répondit-il, je pense
+qu'on les a nommés ainsi, parce que le
monde, qui lit peu, ne les lit pas du
<span class="pagenum"><a id="Page_234"> 234</a></span>
tout. Ils sont quatre ou cinq, sans plus.
Car je ne tiens pas pour mondains
M. de Goncourt ni M. Bourget, quoiqu'ils
-aient écrit sur le monde<a name="FNanchor_119" id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">&nbsp;[119]</a>. Mais
-leur littérature est trop savante. Ils réfléchissent
-sur tout, déduisent et induisent,
-et il est visible qu'ils songent à
-satisfaire leur propre curiosité plus qu'à
-exciter la nôtre. Ce sont des philosophes.
+aient écrit sur le monde<a name="FNanchor_119" id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">&nbsp;[119]</a>. Mais
+leur littérature est trop savante. Ils réfléchissent
+sur tout, déduisent et induisent,
+et il est visible qu'ils songent à
+satisfaire leur propre curiosité plus qu'à
+exciter la nôtre. Ce sont des philosophes.
Tout autre est le romancier mondain.
-Celui-là n'a cure d'être profond. Il lui
+Celui-là n'a cure d'être profond. Il lui
faut plaire, d'abord, et pour ce s'accommoder
-aux exigences d'un public qui, à
-mesure qu'il est moins dégrossi, raffole
-davantage d'élégance et de bel air. On
-ne lui demande aucune sincérité. Ses
-drames et ses comédies se donneraient
+aux exigences d'un public qui, à
+mesure qu'il est moins dégrossi, raffole
+davantage d'élégance et de bel air. On
+ne lui demande aucune sincérité. Ses
+drames et ses comédies se donneraient
dans l'azur, qu'ils n'auraient ni plus ni
<span class="pagenum"><a id="Page_235"> 235</a></span>
moins de consistance. Voyez <cite>Sibylle</cite> de
-M. Feuillet, et voyez <cite>L'Abbé Constantin</cite> de
-M. Halévy. Le grand monde y est aussi
-scrupuleusement dépeint, à peu près, que
+M. Feuillet, et voyez <cite>L'Abbé Constantin</cite> de
+M. Halévy. Le grand monde y est aussi
+scrupuleusement dépeint, à peu près, que
le monde bourgeois, ouvrier et paysan,
-dans les &oelig;uvres complètes de M. Emile
+dans les &oelig;uvres complètes de M. Emile
Zola.</p>
<hr class="tb" />
@@ -4164,290 +4126,290 @@ en votre langue, MM. les journalistes,
d'autres moyens d'information que les
romans de M. Feuillet ou de M. Zola,
j'imagine que nos petits-neveux seront
-fort gênés un jour pour se faire une idée
-de la vie contemporaine. On s'y reconnaît
-à peine aujourd'hui. Que sera-ce
+fort gênés un jour pour se faire une idée
+de la vie contemporaine. On s'y reconnaît
+à peine aujourd'hui. Que sera-ce
dans deux cents ans? Puisque vous
<span class="pagenum"><a id="Page_236"> 236</a></span>
faites tant que de me consulter, sachez que
-vos idéalistes et vos naturalistes sont
-aussi loin de la vérité les uns que les
-autres. Il n'y a peut-être eu en ce siècle
-que deux écrivains exacts, informés,
-fidèles décalques de la vie qu'ils ont représentée;
+vos idéalistes et vos naturalistes sont
+aussi loin de la vérité les uns que les
+autres. Il n'y a peut-être eu en ce siècle
+que deux écrivains exacts, informés,
+fidèles décalques de la vie qu'ils ont représentée;
et, par un contre-sens inexplicable,
on n'a voulu voir en eux,&mdash;au
-lieu des très sincères historiographes
-qu'ils sont,&mdash;que des à-peu-près de
+lieu des très sincères historiographes
+qu'ils sont,&mdash;que des à-peu-près de
vaudevillistes. Je vous parle de Henri
Monnier et de Gyp. Et ne cherchez
-pas là un paradoxe. Les scènes de
+pas là un paradoxe. Les scènes de
Monnier et de Gyp sont minutieusement
vraies. Pour retrouver Jean Hiroux<a name="FNanchor_120" id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">&nbsp;[120]</a>,
-il n'y a qu'à ouvrir les gazettes judiciaires.
-Et, de même, croyez bien que
+il n'y a qu'à ouvrir les gazettes judiciaires.
+Et, de même, croyez bien que
<span class="pagenum"><a id="Page_237"> 237</a></span>
Paulette, Bob et Loulou<a name="FNanchor_121" id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">&nbsp;[121]</a> agissent
et parlent dans la vie comme les fait
-agir et parler Gyp. Tenez, j'ai là une
-sorte de <em>memorandum</em>, où je me suis
-amusé, jadis, au jour le jour, à noter
-les menues aventures de mes débuts
+agir et parler Gyp. Tenez, j'ai là une
+sorte de <em>memorandum</em>, où je me suis
+amusé, jadis, au jour le jour, à noter
+les menues aventures de mes débuts
dans le monde. Gyp n'avait pas encore
-publié <cite>Autour du Mariage</cite>. Méditez-moi
-ces deux traits, Monsieur:&mdash;«Une demoiselle
-de seize ans (grâce pour le
-nom), fardée et maquillée comme une
+publié <cite>Autour du Mariage</cite>. Méditez-moi
+ces deux traits, Monsieur:&mdash;«Une demoiselle
+de seize ans (grâce pour le
+nom), fardée et maquillée comme une
femme de quarante, profitant de l'absence
de ses parents pour courir les
-petits théâtres au bras de son frère à
-peine plus âgé qu'elle, et, sur le devant
-de la loge où ils se sont assis, bien
-en vue, cette requête de la mignonne:</p>
+petits théâtres au bras de son frère à
+peine plus âgé qu'elle, et, sur le devant
+de la loge où ils se sont assis, bien
+en vue, cette requête de la mignonne:</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_238"> 238</a></span>
-«P'tit frère, dis-moi donc zut, tout haut,
-qu'on croie qu'tu parles à ta maîtresse».&mdash;Et
-ceci:&mdash;«Déclaration d'une demoiselle
-de dix-huit ans à son cavalier:
-«Oh! vous, je ne vous épouserai pas.
-Vous n'êtes pas suffisamment bête pour
-faire un mari. Mais votre tête me va.
+«P'tit frère, dis-moi donc zut, tout haut,
+qu'on croie qu'tu parles à ta maîtresse».&mdash;Et
+ceci:&mdash;«Déclaration d'une demoiselle
+de dix-huit ans à son cavalier:
+«Oh! vous, je ne vous épouserai pas.
+Vous n'êtes pas suffisamment bête pour
+faire un mari. Mais votre tête me va.
Tout de bon! Je veux des amants chics;
-vous viendrez le troisième, hein? Il y en a
-deux d'inscrits avant vous.»&mdash;Et elle les
+vous viendrez le troisième, hein? Il y en a
+deux d'inscrits avant vous.»&mdash;Et elle les
nommait. Reconnaissez-vous les petites
amies de Paulette, monsieur le journaliste,
-ces idéales jeunes filles, dont
-M. Feuillet a dit, dans un accès de franchise,
+ces idéales jeunes filles, dont
+M. Feuillet a dit, dans un accès de franchise,
qu'elles tenaient entre elles des
-conversations à faire rougir un singe?
-Revenez à la Sibylle du même M. Feuillet,
-et voyez, je vous prie, où est la vérité.</p>
+conversations à faire rougir un singe?
+Revenez à la Sibylle du même M. Feuillet,
+et voyez, je vous prie, où est la vérité.</p>
-<p>Non, non, ce n'est pas le «monde»
-qui fait le succès de ce qu'on nomme
+<p>Non, non, ce n'est pas le «monde»
+qui fait le succès de ce qu'on nomme
<span class="pagenum"><a id="Page_239"> 239</a></span>
-la littérature mondaine. Peut-être y touche-t-il,
+la littérature mondaine. Peut-être y touche-t-il,
du bout des doigts, pour comparer
-la copie à l'original, mais il sait d'avance
+la copie à l'original, mais il sait d'avance
que cette fois encore l'original
-n'aura pas été rendu dans ses extrêmes délicatesses
+n'aura pas été rendu dans ses extrêmes délicatesses
et ses infinies nuances, et il a
-plaisir à se sentir si impénétrable toujours.
+plaisir à se sentir si impénétrable toujours.
Croyez que M. Feuillet et M. Rabusson et
M. Droz et les autres n'obtiennent pas
-plus grâce à ses yeux que n'en obtint
+plus grâce à ses yeux que n'en obtint
Balzac, et que seule, entendez-vous, seule,
-Gyp a pu jusqu'ici étonner ces grandes
+Gyp a pu jusqu'ici étonner ces grandes
dames par l'impressionnisme hardi et
-l'instantanéité de ses reproductions<a name="FNanchor_122" id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">&nbsp;[122]</a>.
+l'instantanéité de ses reproductions<a name="FNanchor_122" id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">&nbsp;[122]</a>.
Et comment le monde ne ferait-il pas
-bon marché de vos romanciers mondains?
+bon marché de vos romanciers mondains?
Ce sont pour lui comme pour le
<span class="pagenum"><a id="Page_240"> 240</a></span>
baron Desforges, de <cite>Mensonges</cite>, des
-«phonographes bêtes ou qui mentent».
-Leur clientèle est ailleurs: rue Saint-Denis,
+«phonographes bêtes ou qui mentent».
+Leur clientèle est ailleurs: rue Saint-Denis,
au Temple, au Marais, un peu
partout dans le gros public des commissaires-priseurs,
des notairesses et des
-quincaillières. Ces gens-là sont jaloux,
+quincaillières. Ces gens-là sont jaloux,
n'importe par quel interstice, par un
-écho du <cite>Gil-Blas</cite> comme par le livre du
-jour, de pénétrer en idée dans des salons
-où ils n'iront jamais autrement. L'inconnu
+écho du <cite>Gil-Blas</cite> comme par le livre du
+jour, de pénétrer en idée dans des salons
+où ils n'iront jamais autrement. L'inconnu
jusque dans cette forme les attire,
-et ils éprouvent le même charme à la
-mondanité d'un Feuillet que nous en
-trouvons, nous autres, à l'exotisme d'un
+et ils éprouvent le même charme à la
+mondanité d'un Feuillet que nous en
+trouvons, nous autres, à l'exotisme d'un
Loti.</p>
<hr class="tb" />
<p>Et M. Feuillet ne l'ignore pas. Quand
-éclata, il y a quelques années, la tourmente
+éclata, il y a quelques années, la tourmente
<span class="pagenum"><a id="Page_241"> 241</a></span>
naturaliste, on put craindre un
-instant pour la fragile clientèle de ce
+instant pour la fragile clientèle de ce
romancier. Ce fut un nuage, et qui passa.
M. Feuillet, qui avait eu le bon esprit de
-survivre à cette réaction, y gagna un
-regain de succès<a name="FNanchor_123" id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">&nbsp;[123]</a>. D'autres se mirent
-à sa suite que vous connaissez, MM. Rabusson,
-Halévy, Duruy, Droz. Le monde,
-ou ce qu'on appelle ainsi, s'était fort
+survivre à cette réaction, y gagna un
+regain de succès<a name="FNanchor_123" id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">&nbsp;[123]</a>. D'autres se mirent
+à sa suite que vous connaissez, MM. Rabusson,
+Halévy, Duruy, Droz. Le monde,
+ou ce qu'on appelle ainsi, s'était fort
accru dans l'intervalle. Au monde du
-faubourg Saint-Germain, étaient venus
+faubourg Saint-Germain, étaient venus
s'ajouter, comme par stratification, le
-monde du faubourg Saint-Honoré et celui
-de l'Arc-de-Triomphe. Déjà, en 1868, un
-des vôtres et des plus spirituels, M. Scholl,
-pouvait écrire en toute raison: «Le
-faubourg Saint-Germain est moins fermé.
+monde du faubourg Saint-Honoré et celui
+de l'Arc-de-Triomphe. Déjà, en 1868, un
+des vôtres et des plus spirituels, M. Scholl,
+pouvait écrire en toute raison: «Le
+faubourg Saint-Germain est moins fermé.
<span class="pagenum"><a id="Page_242"> 242</a></span>
-Il se forme une société composée de gens
+Il se forme une société composée de gens
intelligents de tous les mondes. On est
moins absolu, moins exclusif qu'autrefois
-et l'on s'en trouve bien»<a name="FNanchor_124" id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">&nbsp;[124]</a>. Intelligents
-est peut-être de trop, et je ne
+et l'on s'en trouve bien»<a name="FNanchor_124" id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">&nbsp;[124]</a>. Intelligents
+est peut-être de trop, et je ne
sache pas que l'on s'en trouve si bien.
-Mais il est très exact qu'aujourd'hui
-toutes les barrières tombent ou vont
-tomber. Le monde, c'est le luxe, voilà la
-vérité, et c'est M. Rabusson qui a eu le
-mérite de la découvrir. Ah! il ne lui
-est pas tendre, à ce luxe! On a fort
-joliment remarqué (qui donc, déjà?)
-que M. Rabusson n'était qu'un Feuillet
-retourné. Mais Sainte-Beuve avait dit
-de M. Feuillet lui-même qu'il n'était
+Mais il est très exact qu'aujourd'hui
+toutes les barrières tombent ou vont
+tomber. Le monde, c'est le luxe, voilà la
+vérité, et c'est M. Rabusson qui a eu le
+mérite de la découvrir. Ah! il ne lui
+est pas tendre, à ce luxe! On a fort
+joliment remarqué (qui donc, déjà?)
+que M. Rabusson n'était qu'un Feuillet
+retourné. Mais Sainte-Beuve avait dit
+de M. Feuillet lui-même qu'il n'était
qu'un Musset converti<a name="FNanchor_125" id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">&nbsp;[125]</a>. Et ce que
Sainte-Beuve disait de cette conversion,
<span class="pagenum"><a id="Page_243"> 243</a></span>
on pourrait le reprendre et l'appliquer
-à l'auteur de <cite>Marcelle</cite><a name="FNanchor_126" id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">&nbsp;[126]</a>. Comme
-M. Feuillet procède de Musset, M. Rabusson
-procède de M. Feuillet; mais lui
+à l'auteur de <cite>Marcelle</cite><a name="FNanchor_126" id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">&nbsp;[126]</a>. Comme
+M. Feuillet procède de Musset, M. Rabusson
+procède de M. Feuillet; mais lui
aussi, en homme d'esprit, il ne cherche
-à imiter son maître qu'en le contredisant.
-Et de cette sorte, rien qu'à prendre
-le contre-pied des théories de
+à imiter son maître qu'en le contredisant.
+Et de cette sorte, rien qu'à prendre
+le contre-pied des théories de
M. Feuillet, en substituant, par exemple,
le pessimisme et le dandysme du jour
-à l'optimisme béat d'il y a trente ans, il
-fait lui aussi du «neuf»; il fait, sinon
+à l'optimisme béat d'il y a trente ans, il
+fait lui aussi du «neuf»; il fait, sinon
mieux, du moins autrement que son
-maître, et c'est pourquoi il a réussi.
-Dans tout succès un peu vif, conclurai-je
+maître, et c'est pourquoi il a réussi.
+Dans tout succès un peu vif, conclurai-je
avec Sainte-Beuve, il y a de ces contrastes
-et de ces à-propos.</p>
+et de ces à-propos.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_244"> 244</a></span></p>
<hr class="tb" />
-<p>Tenez, <cite>L'Abbé Constantin</cite>? M. Ganderax<a name="FNanchor_127" id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">&nbsp;[127]</a>
-a pu dire que le roman de M. Halévy,
-en littérature, il y a juste sept ans,
+<p>Tenez, <cite>L'Abbé Constantin</cite>? M. Ganderax<a name="FNanchor_127" id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">&nbsp;[127]</a>
+a pu dire que le roman de M. Halévy,
+en littérature, il y a juste sept ans,
fit l'effet d'un 9 thermidor,&mdash;sans guillotine.
Relisez-le. Que cette peinture
-vertueuse et morale de la société soit
+vertueuse et morale de la société soit
plus exacte que les autres, c'est dont
je doute et dont se soucie fort peu, au
-reste, M. Halévy. Il lui suffit que ce
+reste, M. Halévy. Il lui suffit que ce
soit une idylle possible ou simplement
-vraisemblable. Et il a bien raison! Malgré
-tout, j'éprouve quelque gêne à apprécier
-cette seconde manière de M. Halévy.
-On le savait curieux, léger, sceptique.
-Il était pour une grande part dans
+vraisemblable. Et il a bien raison! Malgré
+tout, j'éprouve quelque gêne à apprécier
+cette seconde manière de M. Halévy.
+On le savait curieux, léger, sceptique.
+Il était pour une grande part dans
<span class="pagenum"><a id="Page_245"> 245</a></span>
-la création de cette petite et si vivante
-toquée de Frou-Frou<a name="FNanchor_128" id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">&nbsp;[128]</a>. Après quoi j'ai
-peine à saisir le fil pour passer à <cite>L'Abbé
+la création de cette petite et si vivante
+toquée de Frou-Frou<a name="FNanchor_128" id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">&nbsp;[128]</a>. Après quoi j'ai
+peine à saisir le fil pour passer à <cite>L'Abbé
Constantin</cite>. Cela vous a un air de gageure,
l'accomplissement d'une promesse
-faite avant son mariage académique
-à quelqu'une de nos pieuses
-douairières qui le chaperonnait. Mais,
-pour être toute de tête, je n'en vois pas
-moins ce que cette littérature a de rare
-et de délicat. J'y trouve ce goût, auquel
-on ne croit plus guère, et qui n'est que
+faite avant son mariage académique
+à quelqu'une de nos pieuses
+douairières qui le chaperonnait. Mais,
+pour être toute de tête, je n'en vois pas
+moins ce que cette littérature a de rare
+et de délicat. J'y trouve ce goût, auquel
+on ne croit plus guère, et qui n'est que
le sentiment de la mesure. La plaisanterie
-y naît d'elle-même, sans qu'on la
+y naît d'elle-même, sans qu'on la
pousse, et comme une jolie fleur au milieu
<span class="pagenum"><a id="Page_246"> 246</a></span>
-d'un parterre naturel. Voici un éloge
-de blasé: mais je ne sais pas de roman
+d'un parterre naturel. Voici un éloge
+de blasé: mais je ne sais pas de roman
qui fatigue moins. On quitte M. Zola
-avec des maux de tête et des hallucinations,
+avec des maux de tête et des hallucinations,
de gros cauchemars de viandes ou
-de légumes. M. Bourget lui-même veut
-être feuilleté doucement, aux heures grises
-et crépusculaires, plus que lu tout
-d'une traite. Mais l'exquise après-dînée
-qu'on passe avec M. Halévy! On n'a besoin
+de légumes. M. Bourget lui-même veut
+être feuilleté doucement, aux heures grises
+et crépusculaires, plus que lu tout
+d'une traite. Mais l'exquise après-dînée
+qu'on passe avec M. Halévy! On n'a besoin
d'aucun effort, parce qu'il n'y en a
point non plus chez le romancier. On
-n'y est point arrêté, surpris, chatouillé
-et à la longue énervé, comme chez les
+n'y est point arrêté, surpris, chatouillé
+et à la longue énervé, comme chez les
Goncourt, par des rencontres de verbes
-et d'épithètes rares. C'est encore, en fait
+et d'épithètes rares. C'est encore, en fait
de style, ce que je sais de plus parisien.
-Rien de banal ni d'outré, certes, quelque
-chose qui glisse et froufroute et n'étale
-ni paillettes ni verroterie, la grâce d'une
+Rien de banal ni d'outré, certes, quelque
+chose qui glisse et froufroute et n'étale
+ni paillettes ni verroterie, la grâce d'une
<span class="pagenum"><a id="Page_247"> 247</a></span>
-jolie femme décolletée dans un salon
+jolie femme décolletée dans un salon
bien tenu.</p>
<hr class="tb" />
-<p>Mais si ce décolletage sait bien où s'arrêter,
-avec M. Halévy, il n'a plus de
+<p>Mais si ce décolletage sait bien où s'arrêter,
+avec M. Halévy, il n'a plus de
mesure, avec M. Droz. Je voudrais m'en
-défendre: mais toutes ces manières, ces
-précautions de style et ces enguirlandements
+défendre: mais toutes ces manières, ces
+précautions de style et ces enguirlandements
autour d'une situation franchement
libertine, me rappellent les jeux
de cartes que des industriels malpropres
-débitent à l'oreille des gens, sur le boulevard.
-Au juger, et pour qui ne connaît
-point le mystère, cela demeure inoffensif
+débitent à l'oreille des gens, sur le boulevard.
+Au juger, et pour qui ne connaît
+point le mystère, cela demeure inoffensif
et anodin, avec des airs candides de
-sujets de genre. A la lumière, l'obscénité
-transparaît. <cite>Monsieur, Madame et Bébé</cite>
+sujets de genre. A la lumière, l'obscénité
+transparaît. <cite>Monsieur, Madame et Bébé</cite>
est un peu dans ce cas. Mais M. Droz a
-fait pénitence, depuis, et cela serait
+fait pénitence, depuis, et cela serait
<span class="pagenum"><a id="Page_248"> 248</a></span>
-bien, sans doute, si l'excès de son repentir
-ne l'avait condamné à la littérature
-terriblement honnête de <cite>Tristesses
-et sourires</cite><a name="FNanchor_129" id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">&nbsp;[129]</a>. Le succès l'a récompensé.
+bien, sans doute, si l'excès de son repentir
+ne l'avait condamné à la littérature
+terriblement honnête de <cite>Tristesses
+et sourires</cite><a name="FNanchor_129" id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">&nbsp;[129]</a>. Le succès l'a récompensé.
J'en suis ravi. Mais il faut croire qu'il y
-a un dieu pour les pédants, puisque de
-tels livres s'impriment et se débitent, et
-font des réputations. Oui, monsieur, ne
-secouez pas la tête, des réputations. Et
-vous en avez une autre preuve bien distinguée
+a un dieu pour les pédants, puisque de
+tels livres s'impriment et se débitent, et
+font des réputations. Oui, monsieur, ne
+secouez pas la tête, des réputations. Et
+vous en avez une autre preuve bien distinguée
dans la personne de M. Duruy.
-Ce jeune homme fut cacochyme à vingt
-ans. Les muses lui avaient été avares de
-sourires, et il dut à cette austérité de
-régime le succès de sa littérature<a name="FNanchor_130" id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">&nbsp;[130]</a>.
+Ce jeune homme fut cacochyme à vingt
+ans. Les muses lui avaient été avares de
+sourires, et il dut à cette austérité de
+régime le succès de sa littérature<a name="FNanchor_130" id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">&nbsp;[130]</a>.
On m'affirme que M. Duruy, pour avoir
-traversé l'école normale, se fait figure d'un
+traversé l'école normale, se fait figure d'un
<span class="pagenum"><a id="Page_249"> 249</a></span>
psychologue, et on me dit encore que, de
-n'avoir point fréquenté la Boule-Noire,
-il tient que l'idéalisme n'eut pas de servant
+n'avoir point fréquenté la Boule-Noire,
+il tient que l'idéalisme n'eut pas de servant
plus scrupuleux. Si l'on appelle
-idéalisme la négation de la vie, la substitution
-d'un rêve sans consistance à la
-réalité logique, va pour idéalisme. Il en
-est un moins éthéré, plus voisin de nous,
-qui ne traite pas la vie avec ce sans-gêne,
-qui choisit, élimine, néglige volontiers
+idéalisme la négation de la vie, la substitution
+d'un rêve sans consistance à la
+réalité logique, va pour idéalisme. Il en
+est un moins éthéré, plus voisin de nous,
+qui ne traite pas la vie avec ce sans-gêne,
+qui choisit, élimine, néglige volontiers
de nous renseigner sur les fonctions
-du gros intestin, s'occupe médiocrement
+du gros intestin, s'occupe médiocrement
du corps, mais retient toute
-l'âme. C'est l'idéalisme d'un Racine et,
+l'âme. C'est l'idéalisme d'un Racine et,
par endroits, d'un Anatole France.
-M. Duruy en est loin, avec de belles prétentions
-à y toucher. Peut-être aussi se
+M. Duruy en est loin, avec de belles prétentions
+à y toucher. Peut-être aussi se
figure-t-il qu'il suffit de peindre le
-«grand monde» pour être un idéaliste.
+«grand monde» pour être un idéaliste.
Si vous voulez bien, nous le renverrons
<span class="pagenum"><a id="Page_250"> 250</a></span>
-là-dessus à notre amie Gyp, qui n'est point
-une idéaliste, Dieu sait! mais qui connut
+là-dessus à notre amie Gyp, qui n'est point
+une idéaliste, Dieu sait! mais qui connut
le monde et le rendit comme elle le connaissait...<a name="FNanchor_131" id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">&nbsp;[131]</a>.</p>
<hr class="tb" />
-<p>&mdash;Sur quoi, je pris congé...</p>
+<p>&mdash;Sur quoi, je pris congé...</p>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_251"> 251</a></span></p>
@@ -4461,229 +4423,229 @@ LES NOUVELLISTES</h2>
<span class="larger">LES NOUVELLISTES</span></p>
<p class="summary">
-<i>Charles Monselet.&mdash;Aurélien Scholl.&mdash;Théodore
-de Banville.&mdash;Paul Arène.&mdash;Guy
-de Maupassant.&mdash;Armand Sylvestre.&mdash;François
-Coppée.&mdash;Catulle Mendès.&mdash;Quatrelles.&mdash;René
-Maizeroy.&mdash;Arsène
-Houssaye.&mdash;Pierre Véron.&mdash;Augustin
+<i>Charles Monselet.&mdash;Aurélien Scholl.&mdash;Théodore
+de Banville.&mdash;Paul Arène.&mdash;Guy
+de Maupassant.&mdash;Armand Sylvestre.&mdash;François
+Coppée.&mdash;Catulle Mendès.&mdash;Quatrelles.&mdash;René
+Maizeroy.&mdash;Arsène
+Houssaye.&mdash;Pierre Véron.&mdash;Augustin
Filon.&mdash;Edmond Lepelletier.&mdash;Paul Ginisty.&mdash;Hugues
Le Roux.&mdash;Maurice Talmeyr.&mdash;Joseph
Montet.&mdash;Charles Leroy.&mdash;Armand
Dayot.&mdash;Jean Destrem.&mdash;Henri
-Carnoy.&mdash;Eugène Chavette.&mdash;Théo-Critt.&mdash;Dubut
+Carnoy.&mdash;Eugène Chavette.&mdash;Théo-Critt.&mdash;Dubut
de Laforest.&mdash;Paul Alexis.&mdash;Jules
<span class="pagenum"><a id="Page_254"> 254</a></span>
Moinaux.&mdash;Edmond Deschaumes.&mdash;Horace
-Bertin.&mdash;Eugène Mouton.&mdash;Harry
-Allis.&mdash;Félicien Champsaur.&mdash;Eugène
-Guyon.&mdash;Edouard Siébecker.&mdash;Coquelin
+Bertin.&mdash;Eugène Mouton.&mdash;Harry
+Allis.&mdash;Félicien Champsaur.&mdash;Eugène
+Guyon.&mdash;Edouard Siébecker.&mdash;Coquelin
cadet.&mdash;Etincelle.&mdash;Auguste
Germain.&mdash;Alexandre Pothey.&mdash;Albert
Cim.&mdash;Mme Jeanne Mairet.&mdash;Louis Tiercelin.&mdash;Charles
-Buet.&mdash;Oscar Méténier.&mdash;Rachilde.&mdash;Léon
+Buet.&mdash;Oscar Méténier.&mdash;Rachilde.&mdash;Léon
Barracand.&mdash;Jean Rameau.&mdash;Adrien
Marx.&mdash;Alphonse Allais.&mdash;Divers.&mdash;La</i>
<span class="smcap">Vie parisienne</span>.</p>
-<p>Les nouvellistes ou «novellistes» sont
-aujourd'hui légion, et je ne puis songer
-à les énumérer tous, car tous nos écrivains,
-ou presque, se sont établis nouvellistes.
-On y mettait plus de discrétion
-jadis. La nouvelle n'était cultivée que
+<p>Les nouvellistes ou «novellistes» sont
+aujourd'hui légion, et je ne puis songer
+à les énumérer tous, car tous nos écrivains,
+ou presque, se sont établis nouvellistes.
+On y mettait plus de discrétion
+jadis. La nouvelle n'était cultivée que
du petit nombre, et ce petit nombre ne
-comptait que des délicats. Souvenez-vous
-de Nodier et de Mérimée. Et rappelez-vous
+comptait que des délicats. Souvenez-vous
+de Nodier et de Mérimée. Et rappelez-vous
<span class="pagenum"><a id="Page_255"> 255</a></span>
aussi Charles de Bernard. Il
-faut regretter ces temps lointains, où la
+faut regretter ces temps lointains, où la
nouvelle, en son raccourci savant, avait
-encore quelques droits à passer pour le
-fin mot de l'art. Nos pères, qui étaient
-des classificateurs émérites, la plaçaient
-au-dessus du roman. Peut-être n'avaient-ils
-pas tort. La nouvelle, en ces âges
-naïfs, faisait pendant au sonnet. Une
-nouvelle sans défaut illustrait d'un coup
-son auteur, et Becquet, ignoré la veille,
-n'avait qu'à écrire <cite>Le mouchoir bleu</cite> pour
-devenir «quelqu'un».</p>
+encore quelques droits à passer pour le
+fin mot de l'art. Nos pères, qui étaient
+des classificateurs émérites, la plaçaient
+au-dessus du roman. Peut-être n'avaient-ils
+pas tort. La nouvelle, en ces âges
+naïfs, faisait pendant au sonnet. Une
+nouvelle sans défaut illustrait d'un coup
+son auteur, et Becquet, ignoré la veille,
+n'avait qu'à écrire <cite>Le mouchoir bleu</cite> pour
+devenir «quelqu'un».</p>
<p>Nous sommes faits autrement. Sans
-doute aussi que l'excès nous a un peu
-gâtés. Mais s'il est vrai qu'en ces dernières
-années les nouvelles se soient multipliées
+doute aussi que l'excès nous a un peu
+gâtés. Mais s'il est vrai qu'en ces dernières
+années les nouvelles se soient multipliées
au point de fatiguer le public et
-par contre-coup les éditeurs, n'est-ce pas
+par contre-coup les éditeurs, n'est-ce pas
uniment la faute des gazettes qui se
<span class="pagenum"><a id="Page_256"> 256</a></span>
-sont avisées d'en demander aux écrivains
-jusqu'à deux, trois et quatre par
-jour? Leur talent s'est dépensé à cet effort
+sont avisées d'en demander aux écrivains
+jusqu'à deux, trois et quatre par
+jour? Leur talent s'est dépensé à cet effort
quotidien. Pour une nouvelle bien
-venue, que d'autres où la lassitude se
-marque! De celles-là, je voudrais n'avoir
-point à vous parler. Mais vous savez
+venue, que d'autres où la lassitude se
+marque! De celles-là, je voudrais n'avoir
+point à vous parler. Mais vous savez
comme les recueils se font, et s'il n'y a
-dans le monde que quelques-uns d'entièrement
+dans le monde que quelques-uns d'entièrement
accomplis, n'est-ce point, cette
-fois, la faute des écrivains eux-mêmes
-qui y entassent pêle-mêle leurs productions
-mauvaises et bonnes, jusqu'à concurrence
-des trois cents pages réclamées
-par l'éditeur?</p>
+fois, la faute des écrivains eux-mêmes
+qui y entassent pêle-mêle leurs productions
+mauvaises et bonnes, jusqu'à concurrence
+des trois cents pages réclamées
+par l'éditeur?</p>
<hr class="tb" />
<p><span class="pagenum"><a id="Page_257"> 257</a></span>
-J'imagine une sorte de défilé des nouvellistes,
-où nous verrions Monselet<a name="FNanchor_132" id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">&nbsp;[132]</a>,
-qui a gardé dans la vieillesse ses grâces
-aimables; Aurélien Scholl, l'esprit fait
-homme; Théodore de Banville, magnifique
-et abondant; Paul Arène, baigné
+J'imagine une sorte de défilé des nouvellistes,
+où nous verrions Monselet<a name="FNanchor_132" id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">&nbsp;[132]</a>,
+qui a gardé dans la vieillesse ses grâces
+aimables; Aurélien Scholl, l'esprit fait
+homme; Théodore de Banville, magnifique
+et abondant; Paul Arène, baigné
de soleil; Maupassant, qui tient la vie
dans une anecdote; Armand Sylvestre,
-dont les larges gauloiseries éclatent tout
-d'un coup en couplets lyriques; François
-Coppée, le poète des <cite>Contes en prose</cite>;
-Catulle Mendès, le raffiné des <cite>Iles d'amour</cite>
-et du <cite>Nouveau Décaméron</cite>; Quatrelles,
+dont les larges gauloiseries éclatent tout
+d'un coup en couplets lyriques; François
+Coppée, le poète des <cite>Contes en prose</cite>;
+Catulle Mendès, le raffiné des <cite>Iles d'amour</cite>
+et du <cite>Nouveau Décaméron</cite>; Quatrelles,
l'humour, la verve, le diable-au-corps;
-Maiseroy, confesseur né des Parisiennes,
+Maiseroy, confesseur né des Parisiennes,
le moins discret et le plus coquet des
-confesseurs; Arsène Houssaye, d'un
-charme alangui et doux; Pierre Véron,
+confesseurs; Arsène Houssaye, d'un
+charme alangui et doux; Pierre Véron,
<span class="pagenum"><a id="Page_258"> 258</a></span>
un gamin de Paris promenant au hasard
des jours sa belle humeur gouailleuse;
-Augustin Filon, le pur lettré des <cite>Nouveaux
+Augustin Filon, le pur lettré des <cite>Nouveaux
contes</cite>; Edmond Lepelletier, dont
les <cite>Morts heureuses</cite> enferment de petites
merveilles; Ginisty, qui, avant de devenir
le scrupuleux annotateur qu'on
-connaît, a écrit ce joli livre: <cite>Quand l'amour
-va, tout va</cite>; Hugues le Roux, passé
-maître-chroniqueur et maître-romancier,
-maître-nouvelliste par surcroît; Talmeyr,
-d'une pénétration si aiguë; Montet, qui
-émeut; Leroy, qui fait rire aux larmes;
+connaît, a écrit ce joli livre: <cite>Quand l'amour
+va, tout va</cite>; Hugues le Roux, passé
+maître-chroniqueur et maître-romancier,
+maître-nouvelliste par surcroît; Talmeyr,
+d'une pénétration si aiguë; Montet, qui
+émeut; Leroy, qui fait rire aux larmes;
Armand Dayot<a name="FNanchor_133" id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">&nbsp;[133]</a>, en qui le bon conteur
s'allie au bon critique; Destrem<a name="FNanchor_134" id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">&nbsp;[134]</a>,
<span class="pagenum"><a id="Page_259"> 259</a></span>
un Parisien de Paris, et c'est dire beaucoup;
-Henry Carnoy, l'exquis élégiaque
+Henry Carnoy, l'exquis élégiaque
des <cite>Contes Bleus</cite>; Chavette, le Monnier
-des concierges; Théo-Critt, le Chavette
-des casernes; Dubut de Laforest, agrégé
-des hôpitaux, docteur en tératologie;
-Paul Alexis, de Médan; Jules Moinaux,
-du Palais; Deschaumes, qui préluda
-par les <cite>Monstres roses</cite> à cette belle et
-sérieuse étude: <cite>Le grand patriote</cite>; Horace
-Bertin, trop oublié et dont les
-<cite>Croquis de province</cite> méritaient mieux;
-Eugène Mouton, dont il n'y a qu'à
-citer <cite>L'Invalide à la tête de bois</cite>; Harry
+des concierges; Théo-Critt, le Chavette
+des casernes; Dubut de Laforest, agrégé
+des hôpitaux, docteur en tératologie;
+Paul Alexis, de Médan; Jules Moinaux,
+du Palais; Deschaumes, qui préluda
+par les <cite>Monstres roses</cite> à cette belle et
+sérieuse étude: <cite>Le grand patriote</cite>; Horace
+Bertin, trop oublié et dont les
+<cite>Croquis de province</cite> méritaient mieux;
+Eugène Mouton, dont il n'y a qu'à
+citer <cite>L'Invalide à la tête de bois</cite>; Harry
Allis, observateur amer et souvent profond
-des misères de l'âme; Champsaur<a name="FNanchor_135" id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">&nbsp;[135]</a>,
+des misères de l'âme; Champsaur<a name="FNanchor_135" id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">&nbsp;[135]</a>,
<span class="pagenum"><a id="Page_260"> 260</a></span>
qui est pour l'entrain et le vice de
-la lignée de Rivarol; Eugène Guyon, l'élégant
-auteur des <cite>Soirées de la baronne</cite>; Siébecker,
+la lignée de Rivarol; Eugène Guyon, l'élégant
+auteur des <cite>Soirées de la baronne</cite>; Siébecker,
plein de souffle; Coquelin cadet,
-que les hypocondres élurent pour médecin;
-Etincelle, qui prêche délicieusement
+que les hypocondres élurent pour médecin;
+Etincelle, qui prêche délicieusement
le beau monde, dans sa chaire de la
rue Drouot; Auguste Germain, d'un
-«modernisme» à faire peur; Pothey,
+«modernisme» à faire peur; Pothey,
qui est le roi de la charge; Albert Cim,
malicieux et fin; Mme Mairet, d'une
tenue de style toute parfaite dans les
-nouvelles de son <cite>Jean Méronde</cite> et de
+nouvelles de son <cite>Jean Méronde</cite> et de
<span class="pagenum"><a id="Page_261"> 261</a></span>
-<cite>Paysanne</cite>; Tiercelin, dont la muse s'ébat
+<cite>Paysanne</cite>; Tiercelin, dont la muse s'ébat
sans voiles au courant d'<cite>Amourettes</cite>;
-Charles Buet, le très distingué polygraphe<a name="FNanchor_136" id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">&nbsp;[136]</a>;
-Méténier, qui pourrait bien avoir
-découvert nos bas-fonds sociaux; Rachilde,
+Charles Buet, le très distingué polygraphe<a name="FNanchor_136" id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">&nbsp;[136]</a>;
+Méténier, qui pourrait bien avoir
+découvert nos bas-fonds sociaux; Rachilde,
une petite demoiselle alerte et
-polissonne, toute en nerfs et détraquée à
+polissonne, toute en nerfs et détraquée à
ravir; Barracand, que couva la <cite>Revue-bleue</cite>;
Rameau, le Robert-Houdin des
-<cite>Fantasmagories</cite>; Adrien Marx, «fusil et
-plume»; Alphonse Allais, l'ironiste en
+<cite>Fantasmagories</cite>; Adrien Marx, «fusil et
+plume»; Alphonse Allais, l'ironiste en
chef du <cite>Chat noir</cite>; qui encore et quel
-biais prendre pour énumérer tous les
-dignes figurants de cette Courtille littéraire<a name="FNanchor_137" id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">&nbsp;[137]</a>?</p>
+biais prendre pour énumérer tous les
+dignes figurants de cette Courtille littéraire<a name="FNanchor_137" id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">&nbsp;[137]</a>?</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_262"> 262</a></span></p>
<hr class="tb" />
-<p>Mais j'accorderai une place à part aux
+<p>Mais j'accorderai une place à part aux
nouvellistes de la <cite>Vie parisienne</cite>. On ne
sait point qui ils sont; ils signent de petits
<span class="pagenum"><a id="Page_263"> 263</a></span>
pseudonymes en <em>oup</em> et en <em>ip</em>; et
-l'on est bien étonné, cinq ou six ans
-après, quand on apprend que ces monosyllabes
-voulaient dire Halévy, Taine,
-Henry Maret, Jacques Saint-Cère, Comtesse
-de Martel. Ce qu'a écrit de l'un
-d'eux un très délicat critique, M. A. Cartault,
-peut s'appliquer à presque tous:</p>
-
-<p>«C'est la verve parisienne. Oui, malgré
+l'on est bien étonné, cinq ou six ans
+après, quand on apprend que ces monosyllabes
+voulaient dire Halévy, Taine,
+Henry Maret, Jacques Saint-Cère, Comtesse
+de Martel. Ce qu'a écrit de l'un
+d'eux un très délicat critique, M. A. Cartault,
+peut s'appliquer à presque tous:</p>
+
+<p>«C'est la verve parisienne. Oui, malgré
<span class="pagenum"><a id="Page_264"> 264</a></span>
la cohue cosmopolite qui emplit
nos rues, le parisien de race existe
-encore; il a sa manière à lui de voir,
+encore; il a sa manière à lui de voir,
de conter, de tenir une plume. Il est
avant tout un regardeur et un badaud.
Il adore le spectacle, et tout est spectacle
-pour lui. A la fois très sceptique
-et très naïf, il a assisté à tant de choses
-que rien ne l'étonne plus, et pourtant
-il ne peut s'empêcher de courir à toutes
-les curiosités. Il est d'haleine un peu
-courte et ne s'embarque guère dans
+pour lui. A la fois très sceptique
+et très naïf, il a assisté à tant de choses
+que rien ne l'étonne plus, et pourtant
+il ne peut s'empêcher de courir à toutes
+les curiosités. Il est d'haleine un peu
+courte et ne s'embarque guère dans
les grands enthousiasmes. Moqueur et
bon enfant, avec un fond de conception
aimable et l'habitude de laisser
faire, il n'a point l'indignation facile
et tonnante. Il y a en lui de la gaminerie.
-Toujours leste, jamais embarrassé,
-il se tire d'affaire par une réflexion
-amusante; l'être auquel il
+Toujours leste, jamais embarrassé,
+il se tire d'affaire par une réflexion
+amusante; l'être auquel il
<span class="pagenum"><a id="Page_265"> 265</a></span>
a le plus peur de ressembler, c'est
-M. Prudhomme. Il écrit pour se divertir,
-sans prétention, sans banalité, sans
+M. Prudhomme. Il écrit pour se divertir,
+sans prétention, sans banalité, sans
emphase. Moderne entre les modernes,
-il emprunterait volontiers au télégraphe
-sa rapidité; avec une concision
-toute boulevardière, il supprime les
-inutilités: c'est une politesse que d'être
-bref; en s'exprimant à demi-mot, l'écrivain
+il emprunterait volontiers au télégraphe
+sa rapidité; avec une concision
+toute boulevardière, il supprime les
+inutilités: c'est une politesse que d'être
+bref; en s'exprimant à demi-mot, l'écrivain
semble compter sur l'intelligence
de l'auditeur. Jadis, on aimait
-à voir un auteur développer sa pensée
+à voir un auteur développer sa pensée
en long et en large et se servir des
-mots avec une virtuosité savante. Aujourd'hui
-on est pressé; on n'admet,
-en fait de mots, que le strict nécessaire;
+mots avec une virtuosité savante. Aujourd'hui
+on est pressé; on n'admet,
+en fait de mots, que le strict nécessaire;
le temps est de l'argent; on se
-hâte, on se bouscule, on supprime au
-besoin même le verbe...<a name="FNanchor_138" id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">&nbsp;[138]</a>.»</p>
+hâte, on se bouscule, on supprime au
+besoin même le verbe...<a name="FNanchor_138" id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">&nbsp;[138]</a>.»</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_266"> 266</a></span>
Le portrait est joli et fin, non sans
une pointe d'ironie. MM. de la <cite>Vie parisienne</cite>
-s'y reconnaîtront aisément. Et
-qu'importe leur mépris des règles? C'est
+s'y reconnaîtront aisément. Et
+qu'importe leur mépris des règles? C'est
une belle chose aussi que l'orthographe;
-mais Mme de Sévigné ne la savait point.</p>
+mais Mme de Sévigné ne la savait point.</p>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_267"> 267</a></span></p>
@@ -4697,164 +4659,164 @@ LES ROMANTIQUES</h2>
<span class="larger">LES ROMANTIQUES</span></p>
<p class="summary">
-<i>Léon Cladel.&mdash;Catulle Mendès.&mdash;Clovis
-Hugues.&mdash;René Maizeroy.&mdash;Jacques Madeleine.&mdash;Henry
+<i>Léon Cladel.&mdash;Catulle Mendès.&mdash;Clovis
+Hugues.&mdash;René Maizeroy.&mdash;Jacques Madeleine.&mdash;Henry
d'Argis.&mdash;M. de Souillac.&mdash;Jean
-Richepin.&mdash;Joséphin Péladan.&mdash;Villiers
+Richepin.&mdash;Joséphin Péladan.&mdash;Villiers
de l'Isle-Adam&mdash;Emile Bergerat.&mdash;Mme
Judith Gautier.&mdash;Bertrand Robidou.&mdash;Jean
-Rameau.&mdash;Elémir Bourges.&mdash;Barbey
+Rameau.&mdash;Elémir Bourges.&mdash;Barbey
d'Aurevilly.</i></p>
-<p>Et le maître étant mort, ceux-ci sont
-les héritiers du maître, les derniers romantiques,
-les grands «faiseurs de
+<p>Et le maître étant mort, ceux-ci sont
+les héritiers du maître, les derniers romantiques,
+les grands «faiseurs de
<span class="pagenum"><a id="Page_270"> 270</a></span>
-monstres» dont la race semblait à jamais
-éteinte, Léon Cladel, Barbey d'Aurevilly,
-Catulle Mendès, Joséphin Péladan, Jean
+monstres» dont la race semblait à jamais
+éteinte, Léon Cladel, Barbey d'Aurevilly,
+Catulle Mendès, Joséphin Péladan, Jean
Richepin, Villiers de l'Isle-Adam, d'autres.
-Leur romantisme, pour avoir traversé
-Beaudelaire, diffère assez peu du
-romantisme de 1830. Ils ont gardé le
+Leur romantisme, pour avoir traversé
+Beaudelaire, diffère assez peu du
+romantisme de 1830. Ils ont gardé le
souci du rare, de l'exception, des cas
-isolés et extraordinaires. Et la théorie
-romantique est là toute. Han d'Islande,
+isolés et extraordinaires. Et la théorie
+romantique est là toute. Han d'Islande,
Hernani, Quasimodo, Marguerite de
Bourgogne, Tragaldabas, Albertus, vingt
-types, l'incarnent au théâtre et dans le
-roman, en prose et en vers. Les «monstres»
-prennent pied dans la littérature.
-Pétrus Borel fait dévorer un père par
-son fils, après quoi cet anthropophage
+types, l'incarnent au théâtre et dans le
+roman, en prose et en vers. Les «monstres»
+prennent pied dans la littérature.
+Pétrus Borel fait dévorer un père par
+son fils, après quoi cet anthropophage
s'adresse au bourreau, et, sur un ton
-d'exquise politesse: «Monsieur le bourreau,
-je désirerais que vous me guillotinassiez.»
+d'exquise politesse: «Monsieur le bourreau,
+je désirerais que vous me guillotinassiez.»
<span class="pagenum"><a id="Page_271"> 271</a></span>
-O psychologie! Jules Vabre écrit
-son <cite>Essai sur l'incommodité des commodes</cite>;
-Célestin Nanteuil propose qu'on scalpe
-les quarante; Gautier les compare à des
+O psychologie! Jules Vabre écrit
+son <cite>Essai sur l'incommodité des commodes</cite>;
+Célestin Nanteuil propose qu'on scalpe
+les quarante; Gautier les compare à des
genoux; Jehan du Seigneur se bat en
-duel parce qu'on l'a traité de «bourgeois»<a name="FNanchor_139" id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">&nbsp;[139]</a>;
-Philothée O'Neddy s'écrie
-dans <cite>Feu et Flamme</cite>: Les préjugés ont
+duel parce qu'on l'a traité de «bourgeois»<a name="FNanchor_139" id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">&nbsp;[139]</a>;
+Philothée O'Neddy s'écrie
+dans <cite>Feu et Flamme</cite>: Les préjugés ont
une telle puissance que si j'assassine
-par hasard l'homme qui a insulté ma
-maîtresse,</p>
+par hasard l'homme qui a insulté ma
+maîtresse,</p>
<p class="quote">Les sots, les vertueux, les niais m'appelleront<br />
Chacal...</p>
-<p>Et la bonne et douce George Sand elle-même
-se résigne à «faire des monstres»,
+<p>Et la bonne et douce George Sand elle-même
+se résigne à «faire des monstres»,
puisque la mode du temps est aux
<span class="pagenum"><a id="Page_272"> 272</a></span>
monstres<a name="FNanchor_140" id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">&nbsp;[140]</a>. D'autres modes, ni meilleures
-ni pires, ont succédé à celle-là.
-Mais à lui être demeurés fidèles, par
-tempérament ou par éducation, il se sera
-trouvé les sept ou huit mousquetaires
-qu'on sait, et ce n'est pas là, après tout,
-une des moindres curiosités de cette fin
-de siècle, où, faute d'un concept nouveau,
+ni pires, ont succédé à celle-là.
+Mais à lui être demeurés fidèles, par
+tempérament ou par éducation, il se sera
+trouvé les sept ou huit mousquetaires
+qu'on sait, et ce n'est pas là, après tout,
+une des moindres curiosités de cette fin
+de siècle, où, faute d'un concept nouveau,
les plus antiques formes d'art ont
-été tour à tour reprises et rajeunies.</p>
+été tour à tour reprises et rajeunies.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_273"> 273</a></span></p>
<h3>I</h3>
-<p>D'abord Léon Cladel. Au physique, un
-corps d'ogre et une tête de Christ. La
-tête émerge d'un hoqueton jaune de terre
+<p>D'abord Léon Cladel. Au physique, un
+corps d'ogre et une tête de Christ. La
+tête émerge d'un hoqueton jaune de terre
qu'il porte en ville et aux champs et qu'il
-surmonte d'un feutre graisseux et démesuré,
-les jours de pluie. Ce costume-là
-est déjà une indication.</p>
+surmonte d'un feutre graisseux et démesuré,
+les jours de pluie. Ce costume-là
+est déjà une indication.</p>
-<p>Les titres de ses livres sont aussi très
+<p>Les titres de ses livres sont aussi très
particuliers: <cite>Raca</cite>, <cite>Les Va-nu-pieds</cite>, <cite>N'a
qu'un &oelig;il</cite> (que ce candide proposa comme
-feuilleton à la <cite>République française</cite> de
+feuilleton à la <cite>République française</cite> de
Gambetta), <cite>Mi-diable</cite>, <cite>Une brute</cite>, <cite>Gueux</cite>
<span class="pagenum"><a id="Page_274"> 274</a></span>
-<cite>de marque</cite>, <cite>Le Bouscassié</cite>, <cite>L'homme de la
-Croix-aux-b&oelig;ufs</cite>, <cite>Kerkadec le garde-barrière</cite>.
-Tout cela sonne terriblement. Et à
-la vérité, les héros de M. Cladel sont à la
-fois terribles et horribles. C'est la lignée
+<cite>de marque</cite>, <cite>Le Bouscassié</cite>, <cite>L'homme de la
+Croix-aux-b&oelig;ufs</cite>, <cite>Kerkadec le garde-barrière</cite>.
+Tout cela sonne terriblement. Et à
+la vérité, les héros de M. Cladel sont à la
+fois terribles et horribles. C'est la lignée
de Han d'Islande et de Gilliat. Voit-il ses
semblables ainsi? Sans doute. En toute
chose, le simple et l'humain sont ce qui
frappe et ce qu'on voit le moins. Il faut
-une psychologie très affinée pour y être
-sensible. Et peut-être n'est-ce point le
+une psychologie très affinée pour y être
+sensible. Et peut-être n'est-ce point le
cas de M. Cladel, ni des romantiques en
-général.</p>
+général.</p>
-<p>Et comme il voit les êtres, il voit les
+<p>Et comme il voit les êtres, il voit les
objets. Il n'y a rien d'amusant comme la
-nature décrite par M. Cladel, si ce n'est
-peut-être l'histoire commentée par lui<a name="FNanchor_141" id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">&nbsp;[141]</a>.
+nature décrite par M. Cladel, si ce n'est
+peut-être l'histoire commentée par lui<a name="FNanchor_141" id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">&nbsp;[141]</a>.
<span class="pagenum"><a id="Page_275"> 275</a></span>
-Je renvoie sur ce point à <cite>N'a qu'un &oelig;il</cite>,
-dont les très calamiteuses aventures se
-déroulent à la veille de la Révolution. Il
-est malaisé d'accumuler plus d'horreurs
+Je renvoie sur ce point à <cite>N'a qu'un &oelig;il</cite>,
+dont les très calamiteuses aventures se
+déroulent à la veille de la Révolution. Il
+est malaisé d'accumuler plus d'horreurs
(pillages, viols, meurtres, tortures, incendies)
en trois cents pages. Mais M. Cladel
-met à cette besogne une candeur de
-petit garçon épelant dans une école primaire
-la leçon de son instituteur. Il n'est
+met à cette besogne une candeur de
+petit garçon épelant dans une école primaire
+la leçon de son instituteur. Il n'est
point cause, au reste, si les choses lui
-apparaissent ainsi. La réalité se déforme
+apparaissent ainsi. La réalité se déforme
naturellement pour lui, comme pour ces
b&oelig;ufs dont on dit qu'ils voient les objets
quatre fois au-dessus de leur grandeur
-vraie. Il voit, il pense, il écrit de même.
+vraie. Il voit, il pense, il écrit de même.
<span class="pagenum"><a id="Page_276"> 276</a></span>
-Sa phrase, pareille à ces grosses souches
-raboteuses, éclate en jets et en enchevêtrements
+Sa phrase, pareille à ces grosses souches
+raboteuses, éclate en jets et en enchevêtrements
de toute sorte. C'est inextricable;
-on y étouffe, et il fait bon d'en sortir.
-Que restera-t-il de son &oelig;uvre? Hélas!
+on y étouffe, et il fait bon d'en sortir.
+Que restera-t-il de son &oelig;uvre? Hélas!
Vous souvenez-vous de ce Langlade
-dont parle quelque part M. Halévy? «Langlade
-était l'auteur de la plus grande
-phrase de toute la littérature française:
-cette phrase avait 72 lignes.»&mdash;Et c'est
-tout ce que la postérité se rappelait de
+dont parle quelque part M. Halévy? «Langlade
+était l'auteur de la plus grande
+phrase de toute la littérature française:
+cette phrase avait 72 lignes.»&mdash;Et c'est
+tout ce que la postérité se rappelait de
Langlade.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_277"> 277</a></span></p>
<h3>II</h3>
-<p>Mais M. Catulle Mendès restera. Il
+<p>Mais M. Catulle Mendès restera. Il
restera, parmi les romantiques de la
-dernière heure, comme le plus magnifique
-exemplaire de l'art du décalque.
-Son tempérament ne le disposait à aucun
+dernière heure, comme le plus magnifique
+exemplaire de l'art du décalque.
+Son tempérament ne le disposait à aucun
genre bien particulier. Il s'est fait
romantique, comme il se serait fait naturaliste
-ou symboliste avec une égale souplesse.
+ou symboliste avec une égale souplesse.
Car c'est un merveilleux virtuose,
-capable de se plier à toutes langues et
+capable de se plier à toutes langues et
de les parler toutes, fors la sienne. Dans
-son romantisme, il n'y a à bien prendre
+son romantisme, il n'y a à bien prendre
<span class="pagenum"><a id="Page_278"> 278</a></span>
qu'une chose qui lui appartienne en
-propre: la sensualité, une sensualité
-raffinée et d'autant plus excitante, qui
-n'est pas là seulement pour chatouiller
-et gagner la clientèle, mais qui s'épand
-aussi, je crois, par quelque vice de l'encéphale.
+propre: la sensualité, une sensualité
+raffinée et d'autant plus excitante, qui
+n'est pas là seulement pour chatouiller
+et gagner la clientèle, mais qui s'épand
+aussi, je crois, par quelque vice de l'encéphale.
Dans ce genre, les amateurs
-possèdent de lui toute une bibliothèque
+possèdent de lui toute une bibliothèque
de chaise longue: <cite>Pour lire au bain</cite>,
<cite>Tendrement</cite>, <cite>Lili et Colette</cite>, <cite>les Iles d'amour</cite>,
-<cite>Le nouveau décaméron</cite>, de ces
+<cite>Le nouveau décaméron</cite>, de ces
livres comme les aimait la belle dame de
Jean-Jacques et qu'elle ne trouvait incommodes
qu'en ce qu'on ne les peut
@@ -4862,383 +4824,383 @@ lire que d'une main<a name="FNanchor_142" id="FNanchor_142" href="#Footnote_142"
<span class="pagenum"><a id="Page_279"> 279</a></span>
ces livres sont, au reste, de simples recueils
de nouvelles. Mais dans les romans
-(<cite>Zo'har</cite>, <cite>la Première maîtresse</cite>, etc.), la
+(<cite>Zo'har</cite>, <cite>la Première maîtresse</cite>, etc.), la
veine libertine coule tout aussi large.
-Mettons à part, si vous voulez, un livre
-entièrement beau et sain: <cite>Les mères ennemies</cite>.</p>
+Mettons à part, si vous voulez, un livre
+entièrement beau et sain: <cite>Les mères ennemies</cite>.</p>
<p>Malheureusement, il n'est pas que cette
-littérature n'ait fait école. M. Clovis
-Hugues, qui fut mieux inspiré, jadis, a
-donné dans <cite>Madame Phaéton</cite> une contrefaçon
-assez réussie des romans de
-M. Mendès. C'est suffisamment lubrique
-et atourné. Je crois bien que le délicat
-M. Maizeroy relève aussi du genre. Sur
-le champ littéraire, tout au moins, l'auteur
+littérature n'ait fait école. M. Clovis
+Hugues, qui fut mieux inspiré, jadis, a
+donné dans <cite>Madame Phaéton</cite> une contrefaçon
+assez réussie des romans de
+M. Mendès. C'est suffisamment lubrique
+et atourné. Je crois bien que le délicat
+M. Maizeroy relève aussi du genre. Sur
+le champ littéraire, tout au moins, l'auteur
de <cite>Deux amies</cite><a name="FNanchor_143" id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">&nbsp;[143]</a> peut tendre le
-petit doigt à l'auteur de <cite>Zo'har</cite>. En
+petit doigt à l'auteur de <cite>Zo'har</cite>. En
<span class="pagenum"><a id="Page_280"> 280</a></span>
somme, toutes ces classifications reviennent
-à: dis-moi qui te lit, je te dirai
-de qui tu procèdes. Ce qui fait que
+à: dis-moi qui te lit, je te dirai
+de qui tu procèdes. Ce qui fait que
M. Jacques Madeleine avec <cite>Un couple</cite>,
M. d'Argis avec <cite>Sodome</cite>, et M. de Souillac,
-avec <cite>Zé Boïm</cite>, pourraient bien appartenir
-à la même école d'indécence et de
-préciosité.</p>
+avec <cite>Zé Boïm</cite>, pourraient bien appartenir
+à la même école d'indécence et de
+préciosité.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_281"> 281</a></span></p>
<h3>III</h3>
-<p>Avec MM. Richepin, Péladan, Villiers
-de l'Isle-Adam, celui-ci zingari, celui-là
+<p>Avec MM. Richepin, Péladan, Villiers
+de l'Isle-Adam, celui-ci zingari, celui-là
mage, cet autre chevalier de l'Ordre
de Malte, nous entrons dans un romantisme
-plus honnête et quelquefois aussi
+plus honnête et quelquefois aussi
plus original.</p>
-<p>C'est M. Richepin qui l'a dit lui-même:
-«En moi cohabitent un rhétoricien de
-la décadence et un zingari de la grande
-route, rétameur de casseroles, maquignon
-et acrobate.» Le curieux, c'est qu'il
-ait vu aussi clair en lui. Rhétoricien, il
+<p>C'est M. Richepin qui l'a dit lui-même:
+«En moi cohabitent un rhétoricien de
+la décadence et un zingari de la grande
+route, rétameur de casseroles, maquignon
+et acrobate.» Le curieux, c'est qu'il
+ait vu aussi clair en lui. Rhétoricien, il
<span class="pagenum"><a id="Page_282"> 282</a></span>
-l'est, par une virtuosité de langue au
-moins égale à celle de M. Mendès, par
+l'est, par une virtuosité de langue au
+moins égale à celle de M. Mendès, par
l'aisance avec laquelle il se plie au ton
de chaque genre, par son amour du lieu
-commun et de l'antithèse. Je laisse de
-côté ici le poète; dans le roman, il a des
+commun et de l'antithèse. Je laisse de
+côté ici le poète; dans le roman, il a des
pages de description minutieuse et pointilleuse
qui rappellent Dickens<a name="FNanchor_144" id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">&nbsp;[144]</a>; telles
-de ses tirades à panache sont d'un Alexandre
-Dumas supérieur<a name="FNanchor_145" id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">&nbsp;[145]</a>; la sobriété et
+de ses tirades à panache sont d'un Alexandre
+Dumas supérieur<a name="FNanchor_145" id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">&nbsp;[145]</a>; la sobriété et
l'horreur muette de certains dialogues
-font penser à Mérimée<a name="FNanchor_146" id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">&nbsp;[146]</a>; par le heurté
-et le vif de quelques analyses, il dépasse
-Vallès<a name="FNanchor_147" id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">&nbsp;[147]</a>; d'autres fois,&mdash;moins souvent&mdash;c'est
-M. de Montépin en personne
+font penser à Mérimée<a name="FNanchor_146" id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">&nbsp;[146]</a>; par le heurté
+et le vif de quelques analyses, il dépasse
+Vallès<a name="FNanchor_147" id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">&nbsp;[147]</a>; d'autres fois,&mdash;moins souvent&mdash;c'est
+M. de Montépin en personne
<span class="pagenum"><a id="Page_283"> 283</a></span>
-qu'il nous présente, mais un Montépin
-correct et presque académisable<a name="FNanchor_148" id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">&nbsp;[148]</a>.
-Du rhéteur, il a encore l'ampleur d'accent,
+qu'il nous présente, mais un Montépin
+correct et presque académisable<a name="FNanchor_148" id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">&nbsp;[148]</a>.
+Du rhéteur, il a encore l'ampleur d'accent,
l'adroite sophistique qui sait plaider
-le faux et le vrai, les généralisations
-faciles surtout. Ses grossièretés,
-rhétorique; ses blasphèmes, rhétorique
-toujours. Il a cherché une affaire au
+le faux et le vrai, les généralisations
+faciles surtout. Ses grossièretés,
+rhétorique; ses blasphèmes, rhétorique
+toujours. Il a cherché une affaire au
bon Dieu pour avoir l'occasion de jongler
avec des vocables plus sonores. Il
peut tout, il est capable de tout. Il n'est
-pas jusqu'à la simplicité qu'il n'ait atteinte
-quand il a voulu. <cite>S&oelig;ur Doctrouvé</cite>
-est la merveille du genre. Dans les premières
-pages de <cite>Césarine</cite>, rien que par
-sa notation nette et sèche des choses, il
-emplit l'âme d'une grande horreur physique.
-Rhéteur donc, si vous voulez, mais
+pas jusqu'à la simplicité qu'il n'ait atteinte
+quand il a voulu. <cite>S&oelig;ur Doctrouvé</cite>
+est la merveille du genre. Dans les premières
+pages de <cite>Césarine</cite>, rien que par
+sa notation nette et sèche des choses, il
+emplit l'âme d'une grande horreur physique.
+Rhéteur donc, si vous voulez, mais
<span class="pagenum"><a id="Page_284"> 284</a></span>
-assurément un maître rhéteur, et, comme
-il dit encore, comme cette étrange
-Miarka, la «fille à l'ours», qu'un caprice
-de la destinée jeta de sa roulante
-tribu à la banalité des villes, une
-sorte de zingari civilisé, un zingari
-qui aurait fait ses classes, traversé la rue
-d'Ulm et les littératures anciennes, et
-qui garderait du tempérament ancestral
-les fièvres, les colères, les spasmes, l'amour
+assurément un maître rhéteur, et, comme
+il dit encore, comme cette étrange
+Miarka, la «fille à l'ours», qu'un caprice
+de la destinée jeta de sa roulante
+tribu à la banalité des villes, une
+sorte de zingari civilisé, un zingari
+qui aurait fait ses classes, traversé la rue
+d'Ulm et les littératures anciennes, et
+qui garderait du tempérament ancestral
+les fièvres, les colères, les spasmes, l'amour
enfantin du tam-tam et des paillettes,
et le culte aussi des grandes choses
naturelles<a name="FNanchor_149" id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">&nbsp;[149]</a>.</p>
<p>Vous avez vu le zingari; ci-joint le
-mage. C'est M. Joséphin Péladan que je
+mage. C'est M. Joséphin Péladan que je
<span class="pagenum"><a id="Page_285"> 285</a></span>
veux dire. Que cette magie ne contienne
pas un tantinet de mystification, je n'oserais
pas l'affirmer; je n'oserais pas
-affirmer le contraire non plus. M. Péladan
+affirmer le contraire non plus. M. Péladan
a l'air si convaincu, et M. de Gayda,
et M. Jouhney, et Mme Olympe Audouard!
-Dès qu'il s'y mêle une religion,
+Dès qu'il s'y mêle une religion,
toute pratique devient respectable. Au
reste, M. Berthelot vous dira que la chimie
est sortie de l'alchimie, que tout
-n'est point à mépriser chez les théurges,
-et que c'est à l'un d'eux, par exemple,
-Cardan, qu'on doit en algèbre la solution
-des équations du 3<sup>e</sup> degré. M. Péladan
-n'a fait, que je sache, aucune découverte
-algébrique notable. Mais il a
-écrit sous ce titre général: <cite>La décadence
-latine</cite>, une série de romans<a name="FNanchor_150" id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">&nbsp;[150]</a> qu'il est
+n'est point à mépriser chez les théurges,
+et que c'est à l'un d'eux, par exemple,
+Cardan, qu'on doit en algèbre la solution
+des équations du 3<sup>e</sup> degré. M. Péladan
+n'a fait, que je sache, aucune découverte
+algébrique notable. Mais il a
+écrit sous ce titre général: <cite>La décadence
+latine</cite>, une série de romans<a name="FNanchor_150" id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">&nbsp;[150]</a> qu'il est
<span class="pagenum"><a id="Page_286"> 286</a></span>
-permis de trouver lourds, confus, prétentieux,
+permis de trouver lourds, confus, prétentieux,
mais dont je reconnais ici la
-très éclatante puissance. Au demeurant
-livres malsains pour la santé de l'esprit,
-gardez-vous-en précieusement, âmes
-faibles déjà. J'aurais peur pour ma raison
+très éclatante puissance. Au demeurant
+livres malsains pour la santé de l'esprit,
+gardez-vous-en précieusement, âmes
+faibles déjà. J'aurais peur pour ma raison
de vivre avec de pareils livres...</p>
<p>Et s'avance le chevalier de Malte, M. le
comte de Villiers de l'Isle-Adam<a name="FNanchor_151" id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">&nbsp;[151]</a>.
Ah! peuple de gobeurs que nous sommes!
-Je ne me soucie guère du chevalier,
-mais pour le «penseur» comme
+Je ne me soucie guère du chevalier,
+mais pour le «penseur» comme
on dit, c'est le plus beau vide avec
la plus belle affectation de la profondeur
que je sache<a name="FNanchor_152" id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">&nbsp;[152]</a>. Affectation?
<span class="pagenum"><a id="Page_287"> 287</a></span>
Et de quel autre mot d'abord veut-on
-que j'appelle tout cet étalage de guillemets,
+que j'appelle tout cet étalage de guillemets,
de tirets, de points de suspension
-et de lettres italiques et majuscules, où
+et de lettres italiques et majuscules, où
M. de Villiers cherche ses effets les plus
-sûrs?&mdash;«L'Année Dernière, Au Clair de
-Lune, au Colosseum, la Petite Voix Séduisante
+sûrs?&mdash;«L'Année Dernière, Au Clair de
+Lune, au Colosseum, la Petite Voix Séduisante
M'EST Venue et M'A DIT: Smith
ou Jones (le Nom de l'Auteur N'est Ni
-Celui-ci, Ni Celui-là), Mon Bon Ami, etc.,
-etc.»&mdash;La phrase est de Thakeray singeant
+Celui-ci, Ni Celui-là), Mon Bon Ami, etc.,
+etc.»&mdash;La phrase est de Thakeray singeant
chez les snobs d'outre-Manche un
charlatanisme analogue: mais, pour le
<span class="pagenum"><a id="Page_288"> 288</a></span>
ridicule et le creux, pour la manie de
fixer sur des riens notre attention surprise
-et déroutée, elle pourrait être tout
+et déroutée, elle pourrait être tout
aussi bien de M. de l'Isle-Adam. Car,
-même ce procédé-là, il n'y a rien de
+même ce procédé-là, il n'y a rien de
neuf chez lui. Et, pour le reste, sa plaisanterie
de pince-sans-rire n'est qu'une
traduction assez basse de l'humour de
Swift; son Tribulat Bonhomet n'est que
la caricature du Homais de Flaubert,
-sorti lui-même du pharmacien anonyme
-d'<cite>Hermann et Dorothée</cite><a name="FNanchor_153" id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">&nbsp;[153]</a>; son macabre
-fait sourire à côté de celui de Poë, et, dans
+sorti lui-même du pharmacien anonyme
+d'<cite>Hermann et Dorothée</cite><a name="FNanchor_153" id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">&nbsp;[153]</a>; son macabre
+fait sourire à côté de celui de Poë, et, dans
la farce, Marc Twain, qu'il transpose<a name="FNanchor_154" id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">&nbsp;[154]</a>,
<span class="pagenum"><a id="Page_289"> 289</a></span>
-lui est vingt fois supérieur. Reste son
+lui est vingt fois supérieur. Reste son
style. Je me garderai d'en rien dire. Il
-l'a trop bien jugé lui-même, le jour
-qu'il l'a fait consister en «d'étranges
+l'a trop bien jugé lui-même, le jour
+qu'il l'a fait consister en «d'étranges
consonnances, presque nulles (oh! combien
-nulles, parfois!) de signification».</p>
+nulles, parfois!) de signification».</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_290"> 290</a></span></p>
<h3>IV</h3>
-<p>On peut grouper encore à cette place,
-sous la rubrique «romantiques», quelques
-écrivains, comme M. Bergerat ou
-M. Elémir Bourges, dont le romantisme se
-tempère d'observation. Ce ne sont point
-des romantiques «purs»; mais la nuance
-ne laisse pas que d'offrir quelque intérêt.</p>
+<p>On peut grouper encore à cette place,
+sous la rubrique «romantiques», quelques
+écrivains, comme M. Bergerat ou
+M. Elémir Bourges, dont le romantisme se
+tempère d'observation. Ce ne sont point
+des romantiques «purs»; mais la nuance
+ne laisse pas que d'offrir quelque intérêt.</p>
<p>M. Emile Bergerat est surtout connu
par les chroniques qu'il signe au <cite>Figaro</cite>
du pseudonyme de Caliban. Dans ces
-chroniques-là, M. Bergerat est «zutiste»,
-et c'est un peu lui qui a créé le groupe
-ou qui l'a baptisé, tout au moins. Romancier,
+chroniques-là, M. Bergerat est «zutiste»,
+et c'est un peu lui qui a créé le groupe
+ou qui l'a baptisé, tout au moins. Romancier,
<span class="pagenum"><a id="Page_291"> 291</a></span>
il rentre dans le rang. Voir <cite>Le
-viol</cite>, où il y a le souvenir de <cite>Mlle de Maupin</cite>.
-<cite>Le petit Moreau</cite> est une étude à part
-(très honnête, très discrète, attristée et
+viol</cite>, où il y a le souvenir de <cite>Mlle de Maupin</cite>.
+<cite>Le petit Moreau</cite> est une étude à part
+(très honnête, très discrète, attristée et
douce) du sentiment maternel.</p>
<p>Mme Judith Gautier, fille du grand
-Théo et belle-s&oelig;ur de M. Bergerat<a name="FNanchor_155" id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">&nbsp;[155]</a>,
+Théo et belle-s&oelig;ur de M. Bergerat<a name="FNanchor_155" id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">&nbsp;[155]</a>,
reste aussi dans la tradition. On cite ses
-drames, ses «salons», ses bons mots;
+drames, ses «salons», ses bons mots;
on ne cite presque jamais ses romans,
et c'est dommage, car il y a de la chaleur
et de l'emportement dans <cite>Le lion
de la victoire</cite> et dans <cite>La reine de Bengalore</cite>.</p>
-<p>M. Bertrand Robidou, qu'on connaît
-moins<a name="FNanchor_156" id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">&nbsp;[156]</a>, a prodigué dans tous les genres,
+<p>M. Bertrand Robidou, qu'on connaît
+moins<a name="FNanchor_156" id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">&nbsp;[156]</a>, a prodigué dans tous les genres,
<span class="pagenum"><a id="Page_292"> 292</a></span>
-histoire, philosophie, roman, théâtre,
-poésie, un talent qui semble n'avoir rien
-perdu à se répandre sur un objet si
-vaste. Ses vers sont fort beaux, particulièrement
-l'épisode d'<cite>Elohim et Jaweh</cite> que
-cite M. Jules Tellier (<cite>Nos poètes</cite>). Dans le
-roman, n'eût-il écrit que la <cite>Dame de
-Coëtquen</cite>, qu'il mériterait une place distinguée
-entre ses confrères. Mais je recommanderai
-surtout de lui <cite>Les Mériahs</cite>, où
-j'ai trouvé sous la fantasmagorie du sujet
-un sens philosophique très profond.</p>
-
-<p>M. Jean Rameau est aussi un poète,
-et ses débuts firent quelque fracas, voici
+histoire, philosophie, roman, théâtre,
+poésie, un talent qui semble n'avoir rien
+perdu à se répandre sur un objet si
+vaste. Ses vers sont fort beaux, particulièrement
+l'épisode d'<cite>Elohim et Jaweh</cite> que
+cite M. Jules Tellier (<cite>Nos poètes</cite>). Dans le
+roman, n'eût-il écrit que la <cite>Dame de
+Coëtquen</cite>, qu'il mériterait une place distinguée
+entre ses confrères. Mais je recommanderai
+surtout de lui <cite>Les Mériahs</cite>, où
+j'ai trouvé sous la fantasmagorie du sujet
+un sens philosophique très profond.</p>
+
+<p>M. Jean Rameau est aussi un poète,
+et ses débuts firent quelque fracas, voici
quatre ans. Comme romancier, on cite
-de lui <cite>Possédée d'amour</cite> et le <cite>Satyre</cite>. S'il
+de lui <cite>Possédée d'amour</cite> et le <cite>Satyre</cite>. S'il
faut dire, ce dernier livre n'est point tout
-à fait indigne de M. de Montépin, et telles
+à fait indigne de M. de Montépin, et telles
pages, dans le premier, atteignent au
dramatique sombre de Ponson du Terrail.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_293"> 293</a></span>
-Le cas de M. Elémir Bourges mériterait
-une dissertation à part qui pourrait
+Le cas de M. Elémir Bourges mériterait
+une dissertation à part qui pourrait
s'intituler: <cite>Comment on ne doit pas se
faire un style</cite><a name="FNanchor_157" id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">&nbsp;[157]</a>. Voici un romancier
-plein de vie, très au courant de son art,
+plein de vie, très au courant de son art,
expert au groupement des personnages
et au jeu des sentiments; ce romancier
-rencontre par surcroît une donnée de
+rencontre par surcroît une donnée de
premier ordre, quelque chose, si vous
-voulez, comme la donnée des <cite>Rois en
+voulez, comme la donnée des <cite>Rois en
exil</cite>. Bien entendu que le sujet est tout
moderne, qu'il ne s'agit point d'une reconstitution
-archaïque à la Flaubert.
-M. Bourges est ce romancier-là, et pour
-traiter ce sujet-là, avec ces qualités-là,
-il ira emprunter à Saint-Simon (voyez
+archaïque à la Flaubert.
+M. Bourges est ce romancier-là, et pour
+traiter ce sujet-là, avec ces qualités-là,
+il ira emprunter à Saint-Simon (voyez
<span class="pagenum"><a id="Page_294"> 294</a></span>
-la belle idée), au maître du style soudain,
-primesautier, tout en à-coups, au
+la belle idée), au maître du style soudain,
+primesautier, tout en à-coups, au
classique par excellence de l'incorrection
-et de la négligence, quoi? Ses incorrections,
-ses négligences d'abord; il se
+et de la négligence, quoi? Ses incorrections,
+ses négligences d'abord; il se
fera un cahier de ses expressions et de
-ses tours les plus ordinaires; il étudiera
-méticuleusement jusqu'aux places
+ses tours les plus ordinaires; il étudiera
+méticuleusement jusqu'aux places
des <em>que</em>, des <em>si</em>, des virgules; il s'embrouillera
-à plaisir d'incidentes; il ne
-risquera de métaphores qu'autant qu'elles
-auront déjà servi aux <cite>Mémoires</cite>; et ainsi
-pendant trois cents pages. Le résultat,
-c'est qu'un lettré ne saurait lire toutes
-ces belles choses, ramené qu'il est
-perpétuellement à leur origine, et que
-voilà trois cents pages et bien du talent
-de gaspillés.</p>
+à plaisir d'incidentes; il ne
+risquera de métaphores qu'autant qu'elles
+auront déjà servi aux <cite>Mémoires</cite>; et ainsi
+pendant trois cents pages. Le résultat,
+c'est qu'un lettré ne saurait lire toutes
+ces belles choses, ramené qu'il est
+perpétuellement à leur origine, et que
+voilà trois cents pages et bien du talent
+de gaspillés.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_295"> 295</a></span></p>
<h3>V</h3>
-<p>J'ai gardé pour la fin et pour la bonne
+<p>J'ai gardé pour la fin et pour la bonne
bouche, comme on dit, M. Barbey d'Aurevilly.</p>
<p>M. Jules Barbey d'Aurevilly ne veut
-point paraître notre contemporain. Voilà
-quatre-vingt et un ans qu'il se meurt à
-petit feu d'être né dans ce méchant
-siècle de bourgeoisie, et les protestations
+point paraître notre contemporain. Voilà
+quatre-vingt et un ans qu'il se meurt à
+petit feu d'être né dans ce méchant
+siècle de bourgeoisie, et les protestations
dont il emplit ses volumes sont encore
-le seul prétexte qu'il ait trouvé à vivre.</p>
+le seul prétexte qu'il ait trouvé à vivre.</p>
-<p>Du moins, on l'a «distingué». Il dit
-d'un de ses héros qu'il était pareil à un
+<p>Du moins, on l'a «distingué». Il dit
+d'un de ses héros qu'il était pareil à un
<span class="pagenum"><a id="Page_296"> 296</a></span>
portrait qui marche<a name="FNanchor_158" id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">&nbsp;[158]</a>. M. d'Aurevilly
-a un peu de cet air-là, et un peu aussi
+a un peu de cet air-là, et un peu aussi
de celui d'une gravure de modes. Mais
-il soigne cet archaïsme et ce dandysme,
+il soigne cet archaïsme et ce dandysme,
et volontiers se condamne au petit lit de
fer dans une mansarde mal close pour
-quelque belle cravate blanche à pois d'or,
-dont il épinglera méticuleusement les
+quelque belle cravate blanche à pois d'or,
+dont il épinglera méticuleusement les
ailes sur son pourpoint de casimir,
comme un grand papillon. On ne peut
trop l'admirer. J'ouvre son <cite>Memorandum</cite>,
et j'y lis de huit pages en huit pages:
-«Le coiffeur est venu.» J'y lis aussi
+«Le coiffeur est venu.» J'y lis aussi
qu'il compte acheter une limousine de
charretier normand et la doubler de velours
noir pour l'hiver. Et je vois, sur
son portrait, qu'il est beau, d'un genre
-de beauté qui n'est point, pour parler sa
+de beauté qui n'est point, pour parler sa
<span class="pagenum"><a id="Page_297"> 297</a></span>
-langue, la beauté niaise et tempéramenteuse
-d'Antinoüs, mais la beauté insolente,
-impériale, juanesque, qu'il donne,
-comme un peu de lui, à ses héros Mesnilgrand
-et Ravilès. Porter beau est
-pour lui une première manière de se
-«distinguer», dans ce siècle où la figure
-humaine, tolérable seulement
-chez la femme et l'enfant, «s'en va
-comme tout le reste»<a name="FNanchor_159" id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">&nbsp;[159]</a>. Et, par
-le reste, entendez les m&oelig;urs, la suprématie
+langue, la beauté niaise et tempéramenteuse
+d'Antinoüs, mais la beauté insolente,
+impériale, juanesque, qu'il donne,
+comme un peu de lui, à ses héros Mesnilgrand
+et Ravilès. Porter beau est
+pour lui une première manière de se
+«distinguer», dans ce siècle où la figure
+humaine, tolérable seulement
+chez la femme et l'enfant, «s'en va
+comme tout le reste»<a name="FNanchor_159" id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">&nbsp;[159]</a>. Et, par
+le reste, entendez les m&oelig;urs, la suprématie
des nobles, la religion, tout,
-jusqu'aux ridicules, qui chez nous «ont
-moins de gaieté et de variété par eux-mêmes
-que ceux de nos pères»<a name="FNanchor_160" id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">&nbsp;[160]</a>. Je
-crois voir que M. d'Aurevilly s'est étudié
-à fond. Il est donc aristocrate, et c'est sa
-seconde manière de se «distinguer.»
+jusqu'aux ridicules, qui chez nous «ont
+moins de gaieté et de variété par eux-mêmes
+que ceux de nos pères»<a name="FNanchor_160" id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">&nbsp;[160]</a>. Je
+crois voir que M. d'Aurevilly s'est étudié
+à fond. Il est donc aristocrate, et c'est sa
+seconde manière de se «distinguer.»
<span class="pagenum"><a id="Page_298"> 298</a></span>
-Son aristocratisme consiste surtout à
+Son aristocratisme consiste surtout à
dire: Tudieu! Il est le dernier gentilhomme
au monde qui sache dire encore:
-Tudieu! Que voilà un joli juron:
-Tudieu! Mais il a aussi un répertoire de
-phrases sévères sur la civilisation actuelle.
-Cette civilisation, il n'y découvre
-«que des usines et des latrines<a name="FNanchor_161" id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">&nbsp;[161]</a>.»
-C'est bien dur. Les «classes moyennes» le
-dégoûtent. «Bourgeois, cela dit tout<a name="FNanchor_162" id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">&nbsp;[162]</a>.»
+Tudieu! Que voilà un joli juron:
+Tudieu! Mais il a aussi un répertoire de
+phrases sévères sur la civilisation actuelle.
+Cette civilisation, il n'y découvre
+«que des usines et des latrines<a name="FNanchor_161" id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">&nbsp;[161]</a>.»
+C'est bien dur. Les «classes moyennes» le
+dégoûtent. «Bourgeois, cela dit tout<a name="FNanchor_162" id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">&nbsp;[162]</a>.»
Monsieur Thiers, fi! Odilon Barrot, pouah!
-Ils étaient petits, laids et honnêtes. Sodérini,
-qui fut gonfalonnier à Florence
+Ils étaient petits, laids et honnêtes. Sodérini,
+qui fut gonfalonnier à Florence
et la pire des canailles, valait mieux,
-s'étant conservé très beau dans le portrait
-de Vinci. Et Sodérini fut bon catholique,
+s'étant conservé très beau dans le portrait
+de Vinci. Et Sodérini fut bon catholique,
ce qui le rapproche encore de M. Barbey.
Car ce dandy et cet aristocrate s'est
<span class="pagenum"><a id="Page_299"> 299</a></span>
-fait une troisième et dernière «distinction»
+fait une troisième et dernière «distinction»
de son catholicisme, mais un catholicisme
que vous n'imaginez point,
-bonnes âmes, et où il entre des hystéries,
+bonnes âmes, et où il entre des hystéries,
du sadisme et de la diablerie, un catholicisme
-à la Gilles de Retz et d'il y a
-quatre cents ans. En vérité, et quoi qu'il
-dise, bien en a pris à M. d'Aurevilly de
-naître notre contemporain. Le Saint-Office
-aurait pu ne pas trouver à son goût
-ce genre de dévotion-là<a name="FNanchor_163" id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">&nbsp;[163]</a>.</p>
+à la Gilles de Retz et d'il y a
+quatre cents ans. En vérité, et quoi qu'il
+dise, bien en a pris à M. d'Aurevilly de
+naître notre contemporain. Le Saint-Office
+aurait pu ne pas trouver à son goût
+ce genre de dévotion-là<a name="FNanchor_163" id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">&nbsp;[163]</a>.</p>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_300"> 300</a></span>
<span class="pagenumh"><a id="Page_301"> 301</a></span></p>
<h2><span class="medium">CHAPITRE IX</span><br />
-LES ÉCLECTIQUES</h2>
+LES ÉCLECTIQUES</h2>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_302"> 302</a></span>
<span class="pagenum"><a id="Page_303"> 303</a></span></p>
<p class="title">CHAPITRE IX<br />
-<span class="larger">LES ÉCLECTIQUES</span></p>
+<span class="larger">LES ÉCLECTIQUES</span></p>
<p class="summary">
<i>Hector Malot.&mdash;Victor Cherbuliez.&mdash;Jules
Case.&mdash;Albert Delpit.&mdash;Ernest Daudet.&mdash;Camille
Le Senne.&mdash;Adolphe Belot.&mdash;Mario
-Uchard.&mdash;Francisque Sarcey.&mdash;François
-Coppée.&mdash;Amédée Pigeon.&mdash;Edouard
+Uchard.&mdash;Francisque Sarcey.&mdash;François
+Coppée.&mdash;Amédée Pigeon.&mdash;Edouard
Cadol.&mdash;Paul Perret.&mdash;Mme de
Peyrebrune.&mdash;Gustave Toudouze.&mdash;Albert
-Cim.&mdash;Léon de Tinseau.&mdash;Charles Foley.&mdash;Léon
+Cim.&mdash;Léon de Tinseau.&mdash;Charles Foley.&mdash;Léon
Tyssandier.&mdash;Ph. Audebrand.&mdash;Gaston
Bergeret.&mdash;Charles Beaumont.&mdash;Jacques
-Normand.&mdash;Marcel Sémezies.&mdash;Henry
+Normand.&mdash;Marcel Sémezies.&mdash;Henry
<span class="pagenum"><a id="Page_304"> 304</a></span>
-Baüer.&mdash;Hippolyte Buffenoir.&mdash;Henri
+Baüer.&mdash;Hippolyte Buffenoir.&mdash;Henri
Beauclair.&mdash;Louis Tiercelin.&mdash;Alfred
Bonsergent.&mdash;Alain Beauquesne.&mdash;Jules
Hoche.&mdash;Jules Vidal.&mdash;Gilbert
@@ -5248,374 +5210,374 @@ Charpentier.&mdash;A. Richard.&mdash;Antoine
Mathivet.&mdash;Yveling Rambaud.&mdash;De
Beausire-Seyssel.&mdash;Georges Ohnet.</i></p>
-<p>Les écrivains que voici n'appartiennent,
-je crois, à aucune école bien déterminée.
-Ce ne sont ni des idéalistes, ni
+<p>Les écrivains que voici n'appartiennent,
+je crois, à aucune école bien déterminée.
+Ce ne sont ni des idéalistes, ni
des impressionnistes, ni des symbolistes.
Ils n'ont point de formule; ce sont simplement
des romanciers, et comme on
-était romancier avant tous ces pugilats
-d'écoles, c'est-à-dire avec l'unique préoccupation
-d'intéresser. Balzac, que l'on
-accapare, pourrait bien être leur vrai
+était romancier avant tous ces pugilats
+d'écoles, c'est-à-dire avec l'unique préoccupation
+d'intéresser. Balzac, que l'on
+accapare, pourrait bien être leur vrai
<span class="pagenum"><a id="Page_305"> 305</a></span>
patron<a name="FNanchor_164" id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">&nbsp;[164]</a>. Il fut comme eux et d'abord
un grand agenceur de drames; si la part
d'observation est la plus forte dans ses
-livres, elle y est bien mêlée: réalisme,
-fantaisie, mysticité, il entre bien des
-éléments dans la composition de ce colosse.
+livres, elle y est bien mêlée: réalisme,
+fantaisie, mysticité, il entre bien des
+éléments dans la composition de ce colosse.
Il ne se raisonnait pas; il produisait.
-C'était tout, excepté un romancier
-à système. Aussi sa vraie lignée, peut-être
-n'est-ce point, malgré l'apparence,
+C'était tout, excepté un romancier
+à système. Aussi sa vraie lignée, peut-être
+n'est-ce point, malgré l'apparence,
M. Zola et M. de Goncourt, et point
-davantage M. Bourget; mais plutôt
+davantage M. Bourget; mais plutôt
M. Malot, M. Delpit, M. Case. Je ne dis
-point que ceux-là soient restés étrangers
-à toute préoccupation d'école. Le courant
-a réagi certainement sur eux dans
+point que ceux-là soient restés étrangers
+à toute préoccupation d'école. Le courant
+a réagi certainement sur eux dans
<span class="pagenum"><a id="Page_306"> 306</a></span>
un sens ou dans l'autre, et suivant que
-leur nature les disposait à l'idée ou au
-fait. Mais ils n'ont point penché tout entiers
-d'un côté ni de l'autre; ils sont
-restés des éclectiques. Ne sourions point
+leur nature les disposait à l'idée ou au
+fait. Mais ils n'ont point penché tout entiers
+d'un côté ni de l'autre; ils sont
+restés des éclectiques. Ne sourions point
du genre: s'il n'a pas produit de chefs-d'&oelig;uvre,
il a produit plus d'une &oelig;uvre
-vive, sensée, intéressante. Sans autre
-discipline que la naturelle, il s'est développé
-à côté des genres classés et tranchés.
+vive, sensée, intéressante. Sans autre
+discipline que la naturelle, il s'est développé
+à côté des genres classés et tranchés.
Les chefs-d'&oelig;uvre sont rares partout.
Heureux, dirons-nous avec Sainte-Beuve,
-le roman, fût-il inégal, où il y
-a de la vérité et qu'a visité la grâce!</p>
+le roman, fût-il inégal, où il y
+a de la vérité et qu'a visité la grâce!</p>
<p><span class="smcap">Hector Malot.</span>&mdash;C'est M. Taine qui
-fit la réputation littéraire d'Hector Malot
-dans un article resté célèbre du <cite>Journal
-des Débats</cite>. J'y renvoie le lecteur.
+fit la réputation littéraire d'Hector Malot
+dans un article resté célèbre du <cite>Journal
+des Débats</cite>. J'y renvoie le lecteur.
Il y verra pour quelles raisons M. Taine
-admire M. Malot, et comment il l'établit
+admire M. Malot, et comment il l'établit
<span class="pagenum"><a id="Page_307"> 307</a></span>
dans la succession de Balzac. Pour la
-fécondité, peut-être (Le seul énoncé des
+fécondité, peut-être (Le seul énoncé des
livres de M. Malot prendrait toute une
page: <cite>Zyte</cite>, <cite>Micheline</cite>, <cite>Les millions honteux</cite>,
<cite>Ghislaine</cite>, <cite>Le sang bleu</cite>, <cite>Le lieutenant
-Bonnet</cite>, <cite>Une belle-mère</cite>, <cite>Clotilde Martory</cite>,
+Bonnet</cite>, <cite>Une belle-mère</cite>, <cite>Clotilde Martory</cite>,
<cite>Sans famille</cite>, <cite>Madame Obernin</cite>, etc.),
pour la langue, qui est chez M. Malot
-plus franche, plus ferme, moins mêlée
+plus franche, plus ferme, moins mêlée
que chez Balzac, pour le tour de l'intrigue,
la bonne charpente du drame, la
-force et la variété des situations, j'y
+force et la variété des situations, j'y
consens encore. Mais ce large sens de la
-vie, cette puissance créatrice, cette rude
-et indélébile empreinte que Balzac applique
-à Rubempré, à Gobsek, à Vautrin,
-à Ursule Mirouet, au vieux Grandet
-et qui les fait reconnaître entre tous
+vie, cette puissance créatrice, cette rude
+et indélébile empreinte que Balzac applique
+à Rubempré, à Gobsek, à Vautrin,
+à Ursule Mirouet, au vieux Grandet
+et qui les fait reconnaître entre tous
pour ses fils et filles, je pense qu'il n'en
-faut point trop parler à M. Malot.</p>
+faut point trop parler à M. Malot.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_308"> 308</a></span>
<span class="smcap">Victor Cherbuliez<a name="FNanchor_165" id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">&nbsp;[165]</a>.</span>&mdash;Et parlons-en
-bien moins encore à M. Cherbuliez.
-Il serait le premier à sourire; il se prend
-si peu au sérieux qu'il sourit à chaque
-instant de lui-même. Que par bonne fortune
+bien moins encore à M. Cherbuliez.
+Il serait le premier à sourire; il se prend
+si peu au sérieux qu'il sourit à chaque
+instant de lui-même. Que par bonne fortune
il mette la main sur un vrai type,
-comme son Jean Têterol, ou sur un cas
+comme son Jean Têterol, ou sur un cas
de vraie passion, comme dans <cite>Ladislas
-Boski</cite>, la préoccupation de l'esprit le point,
-le retourne, l'enlève à la réalité entrevue.
-Et le voilà qui part à tout railler, mais
-avec tant de grâce, de finesse, une politesse
-de si bon ton, qu'on est vite consolé
-du change. Il se peut même, après tout,
+Boski</cite>, la préoccupation de l'esprit le point,
+le retourne, l'enlève à la réalité entrevue.
+Et le voilà qui part à tout railler, mais
+avec tant de grâce, de finesse, une politesse
+de si bon ton, qu'on est vite consolé
+du change. Il se peut même, après tout,
<span class="pagenum"><a id="Page_309"> 309</a></span>
-que ce soit là son grand charme. Du moins,
+que ce soit là son grand charme. Du moins,
pour le <cite>Comte Kostia</cite>, est-il bien certain
que l'attrait du livre vient de ces sautes
continuelles de la passion et de l'esprit.
-M. Cherbuliez ne veut être qu'un amuseur;
-mais c'est l'amuseur des délicats.</p>
+M. Cherbuliez ne veut être qu'un amuseur;
+mais c'est l'amuseur des délicats.</p>
<p><span class="smcap">Jules Case<a name="FNanchor_166" id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">&nbsp;[166]</a>.</span>&mdash;Pour M. Case, quoique
jeune encore, il occupe une place
-très honorable dans le roman contemporain.
-Je citerai particulièrement de lui
+très honorable dans le roman contemporain.
+Je citerai particulièrement de lui
<cite>Bonnet-Rouge</cite> et <cite>Une Bourgeoise</cite>. Le premier
-de ces romans est une étude de
+de ces romans est une étude de
psychologie politique: Olivier Dathan,
-le héros de <cite>Bonnet-Rouge</cite>, à force de
+le héros de <cite>Bonnet-Rouge</cite>, à force de
compromissions et de volte-face, devient
un personnage; le second roman, une
-étude d'adultère, s'agite dans un milieu
+étude d'adultère, s'agite dans un milieu
<span class="pagenum"><a id="Page_310"> 310</a></span>
-manufacturier. Talent réfléchi, bien littéraire,
-répugnant à la grossièreté sans
-dédaigner l'exactitude, ami de l'idée
+manufacturier. Talent réfléchi, bien littéraire,
+répugnant à la grossièreté sans
+dédaigner l'exactitude, ami de l'idée
qu'il concilie avec le fait, M. Case se
-montre à nous dans ces deux romans
+montre à nous dans ces deux romans
comme un des bons disciples de Balzac.</p>
<p><span class="smcap">Albert Delpit</span><a name="FNanchor_167" id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">&nbsp;[167]</a>; <span class="smcap">Ernest Daudet</span><a name="FNanchor_168" id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">&nbsp;[168]</a>;
<cite>Camille le Senne</cite><a name="FNanchor_169" id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">&nbsp;[169]</a>; <cite>Adolphe Belot</cite><a name="FNanchor_170" id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">&nbsp;[170]</a>.&mdash;Je
<span class="pagenum"><a id="Page_311"> 311</a></span>
-goûte moins M. Albert Delpit, dont
-le tempérament, plus audacieux, sans
+goûte moins M. Albert Delpit, dont
+le tempérament, plus audacieux, sans
doute, garde toujours quelque chose de
-mélodramatique. Sa langue reste médiocre;
-c'est cette langue semi-poétique
+mélodramatique. Sa langue reste médiocre;
+c'est cette langue semi-poétique
que vous connaissez, et qui est toute
-tissue de métaphores courantes (<em>Les barques
+tissue de métaphores courantes (<em>Les barques
comme des mouettes frileuses</em>, etc.
Et pourquoi <em>frileuses</em>?) On peut lui reprocher
-encore d'être trop docile à l'actualité
+encore d'être trop docile à l'actualité
dans le choix de ses sujets. Voyez,
par exemple, <cite>Solange de Croix-Saint-Luc</cite>,
qui est la mise en &oelig;uvre du triste drame
-de Solesmes. L'inconvénient de ces sortes
+de Solesmes. L'inconvénient de ces sortes
de livres, c'est qu'ils subordonnent l'art
-à la réalité; le romancier n'est plus son
-maître, mais une manière de juge instructeur.
+à la réalité; le romancier n'est plus son
+maître, mais une manière de juge instructeur.
Nous touchons une fois de plus
-ici à cette question du «reportage dans
-le roman», qui a pris tant de gravité
+ici à cette question du «reportage dans
+le roman», qui a pris tant de gravité
<span class="pagenum"><a id="Page_312"> 312</a></span>
-en ces dernières années. Les romanciers
+en ces dernières années. Les romanciers
du genre de M. Delpit,&mdash;et ils sont
nombreux, depuis M. Camille le Senne
-et M. Ernest Daudet jusqu'à M. Adolphe
-Belot,&mdash;«commencent, dit M. Brunetière<a name="FNanchor_171" id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">&nbsp;[171]</a>,
-par faire une espèce d'enquête
-générale sur l'état de l'opinion. Quel est
-l'événement parisien de l'année dernière
+et M. Ernest Daudet jusqu'à M. Adolphe
+Belot,&mdash;«commencent, dit M. Brunetière<a name="FNanchor_171" id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">&nbsp;[171]</a>,
+par faire une espèce d'enquête
+générale sur l'état de l'opinion. Quel est
+l'événement parisien de l'année dernière
dont le retentissement dure encore ou
-dont on puisse espérer, à tout le moins,
-de réveiller aisément l'écho? Et quel enchaînement
+dont on puisse espérer, à tout le moins,
+de réveiller aisément l'écho? Et quel enchaînement
de faits divers, ou quelle heureuse
combinaison de menus scandales
du boulevard et du bois, pourrait bien
grossir l'aventure jusqu'aux proportions
-d'un volume?» Et la question résolue,
-vous voyez paraître ou <cite>Solange de Croix-Saint-Luc</cite>,
-de M. Delpit, ou <cite>Défroqué</cite>, de
+d'un volume?» Et la question résolue,
+vous voyez paraître ou <cite>Solange de Croix-Saint-Luc</cite>,
+de M. Delpit, ou <cite>Défroqué</cite>, de
<span class="pagenum"><a id="Page_313"> 313</a></span>
M. Ernest Daudet, ou <cite>Louise Mengal</cite>, de
M. Camille Le Senne, ou <cite>La bouche de
Madame X...</cite>, de M. Belot. Que ce souci
-de l'actualité, ce soin de flatter le goût
-du public, ôtent de ses moyens au romancier,
+de l'actualité, ce soin de flatter le goût
+du public, ôtent de ses moyens au romancier,
la chose, je pense, n'est point
contestable. Il arrive ainsi que des romanciers
-bien doués, ayant, comme
+bien doués, ayant, comme
M. Ernest Daudet, la vigueur et l'emportement,
comme M. Adolphe Belot, la
passion, ou, comme M. Le Senne, une psychologie
-très sûre, servie par une langue
-très suffisante, se condamnent à des
+très sûre, servie par une langue
+très suffisante, se condamnent à des
sujets de rencontre auxquels leur talent
-ne les préparait point et qui rebutent
+ne les préparait point et qui rebutent
leur analyse, quand ils ne descendent
-pas, pour flatter des goûts pires, à l'étude
+pas, pour flatter des goûts pires, à l'étude
de simples cas pathologiques<a name="FNanchor_172" id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">&nbsp;[172]</a>.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_314"> 314</a></span>
-<span class="smcap">Mario Uchard.</span>&mdash;C'est là, du reste,
-un courant. Que si notre littérature a des
-excès, ce n'est point de pudeur. Nos
-pères souffraient de la métaphore; nous
+<span class="smcap">Mario Uchard.</span>&mdash;C'est là, du reste,
+un courant. Que si notre littérature a des
+excès, ce n'est point de pudeur. Nos
+pères souffraient de la métaphore; nous
souffrons du mot propre. Je ne dis point
cela pour M. Mario Uchard; mais enfin
il est bien certain que M. Mario Uchard
-lui-même ne s'est point toujours tenu
-dans les limites d'une saine et étroite
+lui-même ne s'est point toujours tenu
+dans les limites d'une saine et étroite
morale et que ce ne sont point des livres
-à mettre aux mains des jeunes filles que
-<cite>Mon oncle Barbassou</cite> et <cite>Inès Parker</cite>. Par
-exemple, il n'y a rien à dire à <cite>Mademoiselle
-Blaisot</cite>, non plus qu'à <cite>Joconde
-Berthier</cite>. M. Uchard n'a peut-être point
-une imagination très puissante; mais je
-lui reconnaîtrai bien volontiers ce qu'on
-lui reconnaît ordinairement, du bon
+à mettre aux mains des jeunes filles que
+<cite>Mon oncle Barbassou</cite> et <cite>Inès Parker</cite>. Par
+exemple, il n'y a rien à dire à <cite>Mademoiselle
+Blaisot</cite>, non plus qu'à <cite>Joconde
+Berthier</cite>. M. Uchard n'a peut-être point
+une imagination très puissante; mais je
+lui reconnaîtrai bien volontiers ce qu'on
+lui reconnaît ordinairement, du bon
sens, de la verve, un esprit un peu gros,
-amusant tout de même, l'art de narrer
+amusant tout de même, l'art de narrer
<span class="pagenum"><a id="Page_315"> 315</a></span>
-des choses simples en une langue aisée.</p>
+des choses simples en une langue aisée.</p>
-<p><span class="smcap">Francisque Sarcey.</span>&mdash;Portez les qualités
-précédentes au degré éminent
+<p><span class="smcap">Francisque Sarcey.</span>&mdash;Portez les qualités
+précédentes au degré éminent
qu'elles atteignent chez M. Sarcey, vous
-aurez, je pense, la caractéristique de son
-talent. On le connaît assez peu pour romancier;
+aurez, je pense, la caractéristique de son
+talent. On le connaît assez peu pour romancier;
le feuilletoniste, chez lui, a eu
-tôt fait d'accaparer toute l'attention.
+tôt fait d'accaparer toute l'attention.
Avez-vous entendu parler d'<cite>Etienne Moret</cite>,
du <cite>Piano de Jeanne</cite>, de <cite>Deux amis</cite>,
de <cite>Qui perd gagne</cite>? Pourtant, il y a quelque
-vingt années, et quand le feuilletoniste
-n'était qu'en bouton, <cite>Le piano de
-Jeanne</cite> et <cite>Qui perd gagne</cite> récréèrent fort
-nos parents. Ils pourraient encore délasser
-les fils. Ils furent publiés dans le
-<cite>Journal illustré</cite>, où ils eurent le succès
-que méritait cette langue alerte, franche,
+vingt années, et quand le feuilletoniste
+n'était qu'en bouton, <cite>Le piano de
+Jeanne</cite> et <cite>Qui perd gagne</cite> récréèrent fort
+nos parents. Ils pourraient encore délasser
+les fils. Ils furent publiés dans le
+<cite>Journal illustré</cite>, où ils eurent le succès
+que méritait cette langue alerte, franche,
bien sonnante, une imagination toujours
prudente, un tour heureux dans l'agencement
<span class="pagenum"><a id="Page_316"> 316</a></span>
-du drame et la présentation des
+du drame et la présentation des
personnages. L'auteur a lu Balzac; il
s'en souvient quelquefois. Son Valdreck
-est un peu lui-même cousin du bon
+est un peu lui-même cousin du bon
Pons; dans les <cite>Deux amis</cite>, il figure un
Rastignac de province qui est une caricature
toute parlante. Son <cite>Etienne Moret</cite>
-doit être mis à part: c'est une étude
-très sérieuse, attristée souvent, de la vie
-universitaire. Je voudrais qu'on dédaignât
+doit être mis à part: c'est une étude
+très sérieuse, attristée souvent, de la vie
+universitaire. Je voudrais qu'on dédaignât
moins ces jolies &oelig;uvres, vives,
-vraies, intéressantes, et je voudrais que
+vraies, intéressantes, et je voudrais que
mes contemporains se persuadassent
-qu'il y a plus de courage et d'originalité
-qu'on ne croit à être, en prose comme en
+qu'il y a plus de courage et d'originalité
+qu'on ne croit à être, en prose comme en
vers, un homme de bon sens.</p>
-<p><span class="smcap">François Coppée.</span>&mdash;Ecoutez l'histoire
+<p><span class="smcap">François Coppée.</span>&mdash;Ecoutez l'histoire
d'Henriette Perrin et d'Armand Bernard:
-Henriette Perrin était couturière; Armand
-Bernard était étudiant. Ils se rencontrèrent
+Henriette Perrin était couturière; Armand
+Bernard était étudiant. Ils se rencontrèrent
<span class="pagenum"><a id="Page_317"> 317</a></span>
-une après-dînée de dimanche
-devant l'hôpital Laënnec; ils marchèrent
-quelque temps côte à côte; il lui prit le
-bras et elle ne sut pas résister. Ils dînèrent
+une après-dînée de dimanche
+devant l'hôpital Laënnec; ils marchèrent
+quelque temps côte à côte; il lui prit le
+bras et elle ne sut pas résister. Ils dînèrent
chez Lavenue; ils firent leur promenade
-de noces sous les étoiles, serrés
+de noces sous les étoiles, serrés
l'un contre l'autre; puis il la reconduisit
-chez elle, et, «ce soir-là, Armand ne
-rentra chez sa mère que bien après minuit».
+chez elle, et, «ce soir-là, Armand ne
+rentra chez sa mère que bien après minuit».
Henriette avait dix-neuf ans; Armand
-en avait vingt. «Comme ils s'aimaient!
+en avait vingt. «Comme ils s'aimaient!
Comme ils s'aimaient bien! Oh!
certes, avec la joie et la folie de leurs
-jeunes sens, avec de rapides voluptés
-de colombe. Mais si tendrement aussi!»
+jeunes sens, avec de rapides voluptés
+de colombe. Mais si tendrement aussi!»
Et des jours, des semaines, des mois
-passèrent. Mme Bernard avait surpris
+passèrent. Mme Bernard avait surpris
le secret de son fils et ne lui pardonnait
-pas. L'enfant fut atteint d'une fièvre typhoïde;
+pas. L'enfant fut atteint d'une fièvre typhoïde;
il mourut. Et Henriette aussi
<span class="pagenum"><a id="Page_318"> 318</a></span>
-mourut<a name="FNanchor_173" id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">&nbsp;[173]</a>...&mdash;O poète, j'ai vu des
-yeux chers qui pleuraient sur la destinée
+mourut<a name="FNanchor_173" id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">&nbsp;[173]</a>...&mdash;O poète, j'ai vu des
+yeux chers qui pleuraient sur la destinée
d'Henriette et d'Armand. Quel charme
-avez-vous donc que cette vieille et éternelle
+avez-vous donc que cette vieille et éternelle
histoire revive avec vous dans sa
-fraîcheur et sa grâce premières? Bénie
+fraîcheur et sa grâce premières? Bénie
soit la Muse! Par elle, et jusqu'en vos
-infidélités, vous restez toujours notre
-poète, le poète des jeunes c&oelig;urs, des
-jeunes amours, douces et brèves, l'enchanteur
-des mélancolies confuses de la
-vingtième année...</p>
+infidélités, vous restez toujours notre
+poète, le poète des jeunes c&oelig;urs, des
+jeunes amours, douces et brèves, l'enchanteur
+des mélancolies confuses de la
+vingtième année...</p>
<p><span class="pagenum"><a id="Page_319"> 319</a></span>
-<span class="smcap">Amédée Pigeon.</span>&mdash;Un poète encore,
-si délicat, si triste, comme souffrant,
-qu'on connaît à peine et qu'il faudrait
-admirer. Le connaît-on beaucoup plus
+<span class="smcap">Amédée Pigeon.</span>&mdash;Un poète encore,
+si délicat, si triste, comme souffrant,
+qu'on connaît à peine et qu'il faudrait
+admirer. Le connaît-on beaucoup plus
pour romancier? Je ne crois pas. Mais
-ceux des hommes de mon âge qui ont
-lu <cite>Femme jalouse</cite>, qui ont vécu avec le
-poète dans la tragique intimité de
-Mme Fauvel et deviné un frère d'esprit
-dans la pâle et douloureuse figure de son
-amant, ne sauraient oublier de sitôt
-cette pénétrante analyse. M. Pigeon n'a
-rien publié depuis <cite>Femme jalouse</cite>. J'ai
+ceux des hommes de mon âge qui ont
+lu <cite>Femme jalouse</cite>, qui ont vécu avec le
+poète dans la tragique intimité de
+Mme Fauvel et deviné un frère d'esprit
+dans la pâle et douloureuse figure de son
+amant, ne sauraient oublier de sitôt
+cette pénétrante analyse. M. Pigeon n'a
+rien publié depuis <cite>Femme jalouse</cite>. J'ai
peur qu'il ne renonce au roman. Il
semble pourtant qu'une observation aussi
-sûre que la sienne, une langue si déliée,
-devraient trouver à s'exercer à l'aise
+sûre que la sienne, une langue si déliée,
+devraient trouver à s'exercer à l'aise
dans ce libre domaine de l'analyse psychologique.</p>
-<p>Et voici d'autres écrivains, gens de
+<p>Et voici d'autres écrivains, gens de
<span class="pagenum"><a id="Page_320"> 320</a></span>
-talent, un peu mêlés, que je ne puis,
+talent, un peu mêlés, que je ne puis,
je crois, mieux cataloguer que dans les
-éclectiques: d'abord, M. Edouard Cadol.
-Romancier honnête et d'une bonne humeur
+éclectiques: d'abord, M. Edouard Cadol.
+Romancier honnête et d'une bonne humeur
continue, on lui doit entre autres
-livres de mérite, <cite>Gilberte</cite>, <cite>La revanche
-d'une honnête femme</cite>, <cite>Les parents riches</cite>.
-La caractéristique de ses livres, c'est
-qu'ils sont déjà tout découpés pour la
-scène;&mdash;M. Paul Perret (<cite>Ni fille, ni
-vierge</cite>, <cite>S&oelig;ur Sainte-Agnès</cite>, <cite>Le roi Margot</cite>).
+livres de mérite, <cite>Gilberte</cite>, <cite>La revanche
+d'une honnête femme</cite>, <cite>Les parents riches</cite>.
+La caractéristique de ses livres, c'est
+qu'ils sont déjà tout découpés pour la
+scène;&mdash;M. Paul Perret (<cite>Ni fille, ni
+vierge</cite>, <cite>S&oelig;ur Sainte-Agnès</cite>, <cite>Le roi Margot</cite>).
Ses affabulations sortent du domaine
-courant et présentent presque toujours
-au dernier chapitre quelque péripétie
+courant et présentent presque toujours
+au dernier chapitre quelque péripétie
inattendue<a name="FNanchor_174" id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">&nbsp;[174]</a>;&mdash;Mme de Peyrebrune
-(<cite>Gatienne</cite>, <cite>Mlle de Trémor</cite>, <cite>Une séparation</cite>,
+(<cite>Gatienne</cite>, <cite>Mlle de Trémor</cite>, <cite>Une séparation</cite>,
<cite>Victoire la Rouge</cite>, <cite>Les ensevelis</cite>, etc.).
<span class="pagenum"><a id="Page_321"> 321</a></span>
-«Mme de Peyrebrune est un esprit vivant,
-dit M. Jules Lemaître, actif, curieux,
-infatigable, ouvert à toutes les
-impressions.» Ses meilleurs romans
+«Mme de Peyrebrune est un esprit vivant,
+dit M. Jules Lemaître, actif, curieux,
+infatigable, ouvert à toutes les
+impressions.» Ses meilleurs romans
sont un compromis entre le roman romanesque
et le roman d'observation;&mdash;M.
-Gustave Toudouze (<cite>Le ménage Botsec</cite>,
+Gustave Toudouze (<cite>Le ménage Botsec</cite>,
<cite>Toinon</cite>, <cite>Le pompon vert</cite>, <cite>Fleur d'oranger</cite>).
-M. Toudouze est un romancier à thèses;
-du moins apporte-t-il à leur développement
-un talent d'écrivain et une conscience
-d'analyste très appréciables. J'ai
-déjà cité <cite>Le pompon vert</cite> comme un de
+M. Toudouze est un romancier à thèses;
+du moins apporte-t-il à leur développement
+un talent d'écrivain et une conscience
+d'analyste très appréciables. J'ai
+déjà cité <cite>Le pompon vert</cite> comme un de
nos bons recueils de nouvelles<a name="FNanchor_175" id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">&nbsp;[175]</a>; je
citerai <cite>Fleur d'oranger</cite> comme un roman
qui se lit et se discute et qui a sa marque
-d'originalité;&mdash;M. Albert Cim (<cite>Service
+d'originalité;&mdash;M. Albert Cim (<cite>Service
de Nuit</cite>, <cite>Un coin de province</cite>, <cite>Institution
-de demoiselles</cite>). M. Cim s'entend à camper
+de demoiselles</cite>). M. Cim s'entend à camper
<span class="pagenum"><a id="Page_322"> 322</a></span>
en pied des figures de grotesques et
-de déclassés qui ne laissent pas que d'avoir
-leur mérite;&mdash;M. Léon de Tinseau
+de déclassés qui ne laissent pas que d'avoir
+leur mérite;&mdash;M. Léon de Tinseau
(<cite>Ma cousine Pot-au-Feu</cite>, <cite>Montescourt</cite>, <cite>Madame
-Villeféron jeune</cite>, etc.). M. de Tinseau
-s'est cantonné dans la province, qu'il
-a rendue çà et là d'une manière amusante
+Villeféron jeune</cite>, etc.). M. de Tinseau
+s'est cantonné dans la province, qu'il
+a rendue çà et là d'une manière amusante
et fine. <cite>Montescourt</cite> est la peinture d'une
-petite ville pendant la période électorale;
-il est dommage que M. de Tinseau mêle
-des histoires d'enlèvement à ces jolis
-croquis sans prétention;&mdash;M. Charles
+petite ville pendant la période électorale;
+il est dommage que M. de Tinseau mêle
+des histoires d'enlèvement à ces jolis
+croquis sans prétention;&mdash;M. Charles
Foley (<cite>Risque-tout</cite>, <cite>La Course au mariage</cite>,
-etc.). «Ce dernier livre, dit
-M. Adolphe Brisson<a name="FNanchor_176" id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">&nbsp;[176]</a>, est une étude,
+etc.). «Ce dernier livre, dit
+M. Adolphe Brisson<a name="FNanchor_176" id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">&nbsp;[176]</a>, est une étude,
<span class="pagenum"><a id="Page_323"> 323</a></span>
prise sur le vif, de ce monde cosmopolite
que tous les Parisiens ont plus ou
-moins coudoyé. A ses qualités d'analyse
+moins coudoyé. A ses qualités d'analyse
et d'observation, il joint l'attrait d'une
-action piquante et mouvementée»;&mdash;M. Léon
+action piquante et mouvementée»;&mdash;M. Léon
<span class="pagenum"><a id="Page_324"> 324</a></span>
-Tyssandier (<cite>La première passion</cite>,
-<cite>La femme du préfet</cite>). L'auteur a aussi
-collaboré au roman posthume de Henri
-de Pène: <cite>Demi-crimes</cite>. Son roman de
-début, <cite>La première passion</cite>, bien accueilli
+Tyssandier (<cite>La première passion</cite>,
+<cite>La femme du préfet</cite>). L'auteur a aussi
+collaboré au roman posthume de Henri
+de Pène: <cite>Demi-crimes</cite>. Son roman de
+début, <cite>La première passion</cite>, bien accueilli
de la critique, accuse une langue originale,
<span class="pagenum"><a id="Page_325"> 325</a></span>
-un sentiment très vif des choses de
-l'amour et une très réelle connaissance
-des dessous parisiens.&mdash;Enfin et pour être
-fidèle à ma conscience d'annotateur, il
+un sentiment très vif des choses de
+l'amour et une très réelle connaissance
+des dessous parisiens.&mdash;Enfin et pour être
+fidèle à ma conscience d'annotateur, il
me faudrait citer tout au moins ici, avec
les romans et nouvelles (quelques-unes
sont exquises) de M. Philibert Audebrand<a name="FNanchor_177" id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">&nbsp;[177]</a>,
@@ -5623,31 +5585,31 @@ sont exquises) de M. Philibert Audebrand<a name="FNanchor_177" id="FNanchor_177"
<cite>Le cahier de Marcel</cite>, par M. Charles
Baumont, <cite>La Madone</cite>, par M. Jacques
Normand, <cite>L'Impasse</cite> et <cite>L'Etoile</cite>, par
-M. Marcel Sémezies, <cite>Une comédienne</cite>, par
-M. Henri Baüer, <cite>Le député Ronquerolles</cite>,
+M. Marcel Sémezies, <cite>Une comédienne</cite>, par
+M. Henri Baüer, <cite>Le député Ronquerolles</cite>,
par M. H. Buffenoir, <cite>Le pantalon de
-Mme Desnoux</cite> (un livre très amusant, un
-peu tourné à la charge), par M. Henri
+Mme Desnoux</cite> (un livre très amusant, un
+peu tourné à la charge), par M. Henri
Bauclair, <cite>La Comtesse Gendelettre</cite> (une
<span class="pagenum"><a id="Page_326"> 326</a></span>
-étude de ville d'eaux, très fouillée et
-très mordante), par M. Louis Tiercelin,
-<cite>Madame Caliban</cite> et <cite>Bébelle</cite>, par M. Alfred
-Bonsergent, <cite>L'Ecuyère</cite> et <cite>La maréchale</cite>,
+étude de ville d'eaux, très fouillée et
+très mordante), par M. Louis Tiercelin,
+<cite>Madame Caliban</cite> et <cite>Bébelle</cite>, par M. Alfred
+Bonsergent, <cite>L'Ecuyère</cite> et <cite>La maréchale</cite>,
par M. Alain Beauquesne, <cite>Le vice sentimental</cite>,
-par M. Jules Hoche, <cite>Un c&oelig;ur fêlé</cite>,
+par M. Jules Hoche, <cite>Un c&oelig;ur fêlé</cite>,
par M. Jules Vidal, <cite>Une fille de Paris</cite> et
-<cite>Maître Dufresnoy</cite>, par M. Gilbert Stenger,
+<cite>Maître Dufresnoy</cite>, par M. Gilbert Stenger,
<cite>Miracle</cite>, par M. Victor Meunier,
<cite>Yvon d'Or</cite> et <cite>Monsieur de Joyeuse</cite>, par
-M. L. Martin-Laya (avec dédicace à
+M. L. Martin-Laya (avec dédicace à
Chambige), <cite>La marquise de Rozel</cite>, par
-M. Gustave Vinot, <cite>Une jeune fille</cite> (roman à
-thèse et à thèse bien soutenue), par
-M. Saint-Maxent, <cite>Le bonheur à trois</cite> (autre
-roman à thèse, lui, elle et l'autre) par
+M. Gustave Vinot, <cite>Une jeune fille</cite> (roman à
+thèse et à thèse bien soutenue), par
+M. Saint-Maxent, <cite>Le bonheur à trois</cite> (autre
+roman à thèse, lui, elle et l'autre) par
M. Armand Charpentier, <cite>Peur de la vie</cite>
-(dont la morale optimiste quand même
+(dont la morale optimiste quand même
est un peu cousine de celle de M. Cherbuliez),
par M. Richard, <cite>L'assassin de</cite>
<span class="pagenum"><a id="Page_327"> 327</a></span>
@@ -5655,90 +5617,90 @@ par M. Richard, <cite>L'assassin de</cite>
Mathivet, <cite>Achille Robineau</cite> (monde de la
bourse) par M. Yveling Rambaud, <cite>Un
mariage parisien</cite>, par M. de Beausire-Seyssel.
-Je prie qu'on m'excuse d'arrêter ma
+Je prie qu'on m'excuse d'arrêter ma
nomenclature sur ce dernier nom; pour
-les «manquants», il sera plus simple de
-se reporter au <cite>Journal général de la librairie</cite>.
+les «manquants», il sera plus simple de
+se reporter au <cite>Journal général de la librairie</cite>.
Je dirai seulement quelques mots
du cas de M. Georges Ohnet<a name="FNanchor_178" id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">&nbsp;[178]</a>.</p>
-<p>Salué à ses débuts comme un des maîtres
-du roman et du théâtre contemporains,
-en possession d'un succès dépassant
-toute prévision, M. Georges Ohnet,
-qui n'attendait plus qu'un fauteuil à l'Académie,
-s'est vu tout d'un coup dépouillé
-de son auréole et jeté bas de son piédestal
+<p>Salué à ses débuts comme un des maîtres
+du roman et du théâtre contemporains,
+en possession d'un succès dépassant
+toute prévision, M. Georges Ohnet,
+qui n'attendait plus qu'un fauteuil à l'Académie,
+s'est vu tout d'un coup dépouillé
+de son auréole et jeté bas de son piédestal
<span class="pagenum"><a id="Page_328"> 328</a></span>
par la main vigoureuse de M. Jules
-Lemaître. Dieu sait le revirement qui
-suivit cette exécution! Ce fut un <em>tolle</em>
+Lemaître. Dieu sait le revirement qui
+suivit cette exécution! Ce fut un <em>tolle</em>
dans toute la critique; point de roquet
-de lettres qui ne crut à honneur d'aboyer
+de lettres qui ne crut à honneur d'aboyer
aux chausses du malheureux romancier;
-s'il vit encore, c'est en vérité qu'il
-a la peau dure. Et pourtant, réfléchissez:
-que les succès de M. Georges Ohnet, ses
-prétentions à la maîtrise, une morgue à
+s'il vit encore, c'est en vérité qu'il
+a la peau dure. Et pourtant, réfléchissez:
+que les succès de M. Georges Ohnet, ses
+prétentions à la maîtrise, une morgue à
l'avenant, aient fini par agacer quelques-uns,
-je le conçois. Il serait aussi ridicule
-de prendre M. Ohnet pour un grand écrivain
-qu'il est ridicule, je pense, de lui dénier
-toute espèce de talent. Sa syntaxe et
-son style sont médiocres, soit! Mais croyez-vous,
-tout bien réfléchi, qu'il écrive plus
+je le conçois. Il serait aussi ridicule
+de prendre M. Ohnet pour un grand écrivain
+qu'il est ridicule, je pense, de lui dénier
+toute espèce de talent. Sa syntaxe et
+son style sont médiocres, soit! Mais croyez-vous,
+tout bien réfléchi, qu'il écrive plus
mal que vingt autres de nos contemporains,
M. Delpit, par exemple, ou
M. Jules Mary, dont vous tenez les &oelig;uvres
<span class="pagenum"><a id="Page_329"> 329</a></span>
en une certaine estime? Et quand M. Jules
-Mary écrit cette phrase: «On eût dit que
+Mary écrit cette phrase: «On eût dit que
l'occupation des Flandres par les Espagnols,
-mêlant le sang des deux races,
-revivait tout à coup en lui par-dessus les
-générations», s'exprime-t-il beaucoup
+mêlant le sang des deux races,
+revivait tout à coup en lui par-dessus les
+générations», s'exprime-t-il beaucoup
mieux que M. Georges Ohnet? Et quand
-M. Delpit parle des nuages «noirs
-comme de l'encre», des barques qui
-rentrent «pareilles à des mouettes frileuses»,
-et de l'amour qui naît de la
-haine «comme un lys d'un fumier»,
-ces métaphores sont-elles beaucoup plus
+M. Delpit parle des nuages «noirs
+comme de l'encre», des barques qui
+rentrent «pareilles à des mouettes frileuses»,
+et de l'amour qui naît de la
+haine «comme un lys d'un fumier»,
+ces métaphores sont-elles beaucoup plus
neuves que celles de M. Georges Ohnet?
Et quand M. Emile Blavet, dont M. Jules
-Lemaître se plaît à reconnaître, avec une
+Lemaître se plaît à reconnaître, avec une
grande raison d'ailleurs, l'entrain, la
vie, le parisianisme, dit couramment
-«la horde misère», sa syntaxe est-elle
-enfin si supérieure à celle de M. Georges
+«la horde misère», sa syntaxe est-elle
+enfin si supérieure à celle de M. Georges
<span class="pagenum"><a id="Page_330"> 330</a></span>
Ohnet? Mais notez bien que les trois
-quarts de nos écrivains n'ont jamais pu
-conjuguer le verbe «poindre», ni connu
-le genre du substantif «effluve», ni su
-distinguer un pluriel dans la préposition
-«ès». Et vous irez faire un grief mortel
-à M. Georges Ohnet de ce que vous
-pardonnez si aisément à ses confrères!
-Soyons justes. Si M. Ohnet s'est emparé
+quarts de nos écrivains n'ont jamais pu
+conjuguer le verbe «poindre», ni connu
+le genre du substantif «effluve», ni su
+distinguer un pluriel dans la préposition
+«ès». Et vous irez faire un grief mortel
+à M. Georges Ohnet de ce que vous
+pardonnez si aisément à ses confrères!
+Soyons justes. Si M. Ohnet s'est emparé
du public et s'il le tient toujours, c'est
-qu'il a les deux qualités qui décident
-habituellement de ces sortes de succès:
-ses livres sont charpentés de main d'ouvrier
-et il apporte une réelle puissance
-au développement des lieux communs
+qu'il a les deux qualités qui décident
+habituellement de ces sortes de succès:
+ses livres sont charpentés de main d'ouvrier
+et il apporte une réelle puissance
+au développement des lieux communs
dramatiques de l'amour. Le public n'en
-demande pas davantage. Et après tout,
-sont-ce là des qualités qu'il faille tant
-dédaigner? Je ne suis pas sûr que si
-les romans de M. Ohnet étaient écrits
+demande pas davantage. Et après tout,
+sont-ce là des qualités qu'il faille tant
+dédaigner? Je ne suis pas sûr que si
+les romans de M. Ohnet étaient écrits
<span class="pagenum"><a id="Page_331"> 331</a></span>
-en slave, que l'action se passât à Saint-Pétersbourg
-ou à Nijni-Novogorod, et
-qu'enfin M. Georges Ohnet s'appelât d'un
+en slave, que l'action se passât à Saint-Pétersbourg
+ou à Nijni-Novogorod, et
+qu'enfin M. Georges Ohnet s'appelât d'un
nom en <em>off</em>, en <em>eff</em> ou en <em>ki</em>, beaucoup
-de ceux qui le raillent ne lui découvrissent
-tout de suite du génie.</p>
+de ceux qui le raillent ne lui découvrissent
+tout de suite du génie.</p>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_332"> 332</a></span>
<span class="pagenumh"><a id="Page_333"> 333</a></span></p>
@@ -5754,43 +5716,43 @@ ROMANCIERS DIVERS</h2>
<div class="summary">
<p class="center"><span class="smcap">(LE ROMAN DE VOYAGE; LE ROMAN SCIENTIFIQUE;
-LE ROMAN PRÉDICANT; LE ROMAN-FEUILLETON)</span></p>
+LE ROMAN PRÉDICANT; LE ROMAN-FEUILLETON)</span></p>
-<p><i>Henri Gréville.&mdash;Michel Delines.&mdash;Léopold
-de Sacher-Masoch.&mdash;Léon Sichler.&mdash;Ary
+<p><i>Henri Gréville.&mdash;Michel Delines.&mdash;Léopold
+de Sacher-Masoch.&mdash;Léon Sichler.&mdash;Ary
Ecilaw.&mdash;Hector France.&mdash;Th.
Bentzon.&mdash;F. de Jupilles.&mdash;Lucien Biart.&mdash;Louis
Jacolliot.&mdash;Louis Boussenard.&mdash;Victor
Tissot.&mdash;Xavier Marmier.</i></p>
-<p><i>Jules Verne.&mdash;A. de Lamothe.&mdash;André
-Laurie.&mdash;Jean Macé.&mdash;Eugène Parès.</i></p>
+<p><i>Jules Verne.&mdash;A. de Lamothe.&mdash;André
+Laurie.&mdash;Jean Macé.&mdash;Eugène Parès.</i></p>
-<p><i>Mme Zénaïde Fleuriot.&mdash;Mme Mathilde
+<p><i>Mme Zénaïde Fleuriot.&mdash;Mme Mathilde
Bourdon.&mdash;Mme Nelly Lieutier.&mdash;Mme</i>
<span class="pagenum"><a id="Page_336"> 336</a></span>
<i>Marie Guerrier de Haupt.&mdash;Mme Maryan.&mdash;Mme
-Marie Maréchal.&mdash;Jean Grange.&mdash;Aimé
+Marie Maréchal.&mdash;Jean Grange.&mdash;Aimé
Giron.&mdash;M. du Campfranc.</i></p>
<p><i>Pierre Ninous.&mdash;Charles Buet.&mdash;Jules
-Mary.&mdash;Pierre Zaccone.&mdash;Tony Révillon.&mdash;Adolphe
+Mary.&mdash;Pierre Zaccone.&mdash;Tony Révillon.&mdash;Adolphe
d'Ennery.</i></p>
</div>
-<p>Il s'est créé, en ces dernières années,&mdash;et
-par l'éveil d'une curiosité que nos
-pères ne connurent point et qui fait de
-ce siècle le plus impersonnel de nos
-siècles littéraires,&mdash;tout un genre nouveau
+<p>Il s'est créé, en ces dernières années,&mdash;et
+par l'éveil d'une curiosité que nos
+pères ne connurent point et qui fait de
+ce siècle le plus impersonnel de nos
+siècles littéraires,&mdash;tout un genre nouveau
qu'on pourrait cataloguer sous le
-nom de <em>roman de voyage</em>, la prétention
-de ceux qui cultivent le genre étant tout
-autant d'enseigner que d'intéresser.
+nom de <em>roman de voyage</em>, la prétention
+de ceux qui cultivent le genre étant tout
+autant d'enseigner que d'intéresser.
Ainsi les romans slaves de Mme Henri
-Gréville<a name="FNanchor_179" id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">&nbsp;[179]</a>, de M. Michel Delines<a name="FNanchor_180" id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">&nbsp;[180]</a>,
+Gréville<a name="FNanchor_179" id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">&nbsp;[179]</a>, de M. Michel Delines<a name="FNanchor_180" id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">&nbsp;[180]</a>,
<span class="pagenum"><a id="Page_337"> 337</a></span>
-de M. de Sacher Masoch<a name="FNanchor_181" id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">&nbsp;[181]</a>, de M. Léon
+de M. de Sacher Masoch<a name="FNanchor_181" id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">&nbsp;[181]</a>, de M. Léon
Sichler<a name="FNanchor_182" id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">&nbsp;[182]</a>, de M. Ary Ecilaw<a name="FNanchor_183" id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">&nbsp;[183]</a>;
les romans anglo-saxons de M. Hector
France<a name="FNanchor_184" id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">&nbsp;[184]</a>, de M. Bentzon<a name="FNanchor_185" id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">&nbsp;[185]</a>,
@@ -5805,107 +5767,107 @@ romans canadiens et spitzbergeois de
M. Xavier Marmier<a name="FNanchor_192" id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">&nbsp;[192]</a>; les romans iraniens
de Mme Judith Gautier<a name="FNanchor_193" id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">&nbsp;[193]</a>. Ce
<span class="pagenum"><a id="Page_339"> 339</a></span>
-n'est point là une littérature si dédaignable,
+n'est point là une littérature si dédaignable,
et il faut tout au moins tirer hors
de pair M. Marmier, M. Lucien Biart et
-Mme Henri Gréville, pour les peintures
+Mme Henri Gréville, pour les peintures
qu'ils nous ont faites des m&oelig;urs et coutumes
-de leurs pays d'élection. Le succès
-de Mme Gréville a baissé, sans doute,
-à mesure que les Russes, qu'elle avait
-plus que tout autre contribué à nous
-faire connaître, nous sont devenus plus
-directement familiers,&mdash;et, à vrai dire,
-des réputations plus éclatantes auraient
-pâli devant la révélation d'un Tolstoï et
+de leurs pays d'élection. Le succès
+de Mme Gréville a baissé, sans doute,
+à mesure que les Russes, qu'elle avait
+plus que tout autre contribué à nous
+faire connaître, nous sont devenus plus
+directement familiers,&mdash;et, à vrai dire,
+des réputations plus éclatantes auraient
+pâli devant la révélation d'un Tolstoï et
d'un Dostowieski.&mdash;Mais pour M. Lucien
-Biart et M. Xavier Marmier, bénéficiant
-de l'ignorance où nous sommes
-encore de la littérature des habitants
+Biart et M. Xavier Marmier, bénéficiant
+de l'ignorance où nous sommes
+encore de la littérature des habitants
d'Arispe et de la Nouvelle-Frieslande, il
-n'y a aucun danger à affirmer avec un
+n'y a aucun danger à affirmer avec un
critique disparu, M. Marius Topin, que
<span class="pagenum"><a id="Page_340"> 340</a></span>
leurs &oelig;uvres appartiennent si bien aux
-pays décrits par eux qu'ils semblent
-traduits de la langue même de ces pays.</p>
+pays décrits par eux qu'ils semblent
+traduits de la langue même de ces pays.</p>
-<p>A côté du roman de voyage (et se confondant
+<p>A côté du roman de voyage (et se confondant
souvent avec lui) nous placerons
le roman scientifique, dont M. Jules
-Verne<a name="FNanchor_194" id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">&nbsp;[194]</a> est à cette heure le représentant
-le mieux accrédité. J'estime qu'il
+Verne<a name="FNanchor_194" id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">&nbsp;[194]</a> est à cette heure le représentant
+le mieux accrédité. J'estime qu'il
serait parfaitement oiseux de se poser
-au sujet de M. Jules Verne l'éternelle
-question: «M. Jules Verne a-t-il fait
+au sujet de M. Jules Verne l'éternelle
+question: «M. Jules Verne a-t-il fait
entrer la science dans le cadre du roman
ou a-t-il introduit le roman dans le
<span class="pagenum"><a id="Page_341"> 341</a></span>
-domaine austère de la science?» Ce qu'il
-faut reconnaître à M. Jules Verne, c'est
-son entrain, sa facilité et sa fécondité;
+domaine austère de la science?» Ce qu'il
+faut reconnaître à M. Jules Verne, c'est
+son entrain, sa facilité et sa fécondité;
il a su, le premier en France, utiliser le
-merveilleux scientifique, et c'est là surtout
-ce qui a décidé de son énorme succès.
-Après lui, je citerai M. de Lamothe<a name="FNanchor_195" id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">&nbsp;[195]</a>,
+merveilleux scientifique, et c'est là surtout
+ce qui a décidé de son énorme succès.
+Après lui, je citerai M. de Lamothe<a name="FNanchor_195" id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">&nbsp;[195]</a>,
qui ne fait souvent, au reste,
-que le copier; M. André Laurie (Paschal
-Grousset), dans ses études sur <cite>La vie
-de collège aux Etats-Unis, en Angleterre,
-en Allemagne</cite>, etc.; M. Jean Macé<a name="FNanchor_196" id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">&nbsp;[196]</a>;
-M. Eugène Parès<a name="FNanchor_197" id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">&nbsp;[197]</a>; et en général les
+que le copier; M. André Laurie (Paschal
+Grousset), dans ses études sur <cite>La vie
+de collège aux Etats-Unis, en Angleterre,
+en Allemagne</cite>, etc.; M. Jean Macé<a name="FNanchor_196" id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">&nbsp;[196]</a>;
+M. Eugène Parès<a name="FNanchor_197" id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">&nbsp;[197]</a>; et en général les
<span class="pagenum"><a id="Page_342"> 342</a></span>
-auteurs du <cite>Magasin d'éducation et de
-récréation</cite>, de la <cite>Bibliothèque rose</cite>, du
+auteurs du <cite>Magasin d'éducation et de
+récréation</cite>, de la <cite>Bibliothèque rose</cite>, du
<cite>Journal de la jeunesse</cite> et de l'<cite>Ouvrier</cite>.</p>
<p>Joignons-leur, si vous voulez, et puisque
-aussi bien ils combattent côte à côte
-dans les mêmes revues, le bataillon des
-romanciers prédicants, Mmes Zénaïde
+aussi bien ils combattent côte à côte
+dans les mêmes revues, le bataillon des
+romanciers prédicants, Mmes Zénaïde
Fleuriot<a name="FNanchor_198" id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">&nbsp;[198]</a>, Mathilde Bourdon<a name="FNanchor_199" id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">&nbsp;[199]</a>, Nelly
Lieutier<a name="FNanchor_200" id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">&nbsp;[200]</a>, Marie Guerrier de Haulpt<a name="FNanchor_201" id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">&nbsp;[201]</a>,
<span class="pagenum"><a id="Page_343"> 343</a></span>
-Maryan<a name="FNanchor_202" id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">&nbsp;[202]</a>, Marie Maréchal<a name="FNanchor_203" id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">&nbsp;[203]</a>; MM. Jean
-Grange<a name="FNanchor_204" id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">&nbsp;[204]</a>, Aimé Giron<a name="FNanchor_205" id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">&nbsp;[205]</a>, M. du
-Campfranc<a name="FNanchor_206" id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">&nbsp;[206]</a>, etc. C'est un genre où
-ont brillé jadis Mmes Caro et Craven,
-mais qui n'a poussé ses vraies fleurs
-qu'à l'étranger, avec la <cite>Fabiola</cite> du cardinal
+Maryan<a name="FNanchor_202" id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">&nbsp;[202]</a>, Marie Maréchal<a name="FNanchor_203" id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">&nbsp;[203]</a>; MM. Jean
+Grange<a name="FNanchor_204" id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">&nbsp;[204]</a>, Aimé Giron<a name="FNanchor_205" id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">&nbsp;[205]</a>, M. du
+Campfranc<a name="FNanchor_206" id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">&nbsp;[206]</a>, etc. C'est un genre où
+ont brillé jadis Mmes Caro et Craven,
+mais qui n'a poussé ses vraies fleurs
+qu'à l'étranger, avec la <cite>Fabiola</cite> du cardinal
Wisemann et le <cite>Vicaire de Wackefield</cite>
de ce bon et ennuyeux Goldsmith.</p>
-<p>Ces divers genres échappent déjà par
-certains côtés à la littérature; j'ai bien
-peur que le roman-feuilleton n'y échappe
+<p>Ces divers genres échappent déjà par
+certains côtés à la littérature; j'ai bien
+peur que le roman-feuilleton n'y échappe
<span class="pagenum"><a id="Page_344"> 344</a></span>
-par tous les côtés à la fois. Quel rapport,
-je vous prie, entre un écrivain et
-M. Pierre Ninous<a name="FNanchor_207" id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">&nbsp;[207]</a>? La clientèle des
-feuilletonistes, ce n'est même plus ce
-public moyen, vaguement teinté de notions
-littéraires, des romans de M. Delpit
+par tous les côtés à la fois. Quel rapport,
+je vous prie, entre un écrivain et
+M. Pierre Ninous<a name="FNanchor_207" id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">&nbsp;[207]</a>? La clientèle des
+feuilletonistes, ce n'est même plus ce
+public moyen, vaguement teinté de notions
+littéraires, des romans de M. Delpit
et de M. Georges Ohnet; c'est la
grande masse lisante et ruminante, et
-pour satisfaire cette clientèle qu'il connaît
-bien, le journal exigera à l'avance
-de ses feuilletonistes qu'ils renoncent à
-toute délicatesse de style et d'idée, qu'ils
-échauffent la bête et la tiennent sur son
-appétit jusqu'au bout par les mystérieux
-points d'interrogation de la cinquième
+pour satisfaire cette clientèle qu'il connaît
+bien, le journal exigera à l'avance
+de ses feuilletonistes qu'ils renoncent à
+toute délicatesse de style et d'idée, qu'ils
+échauffent la bête et la tiennent sur son
+appétit jusqu'au bout par les mystérieux
+points d'interrogation de la cinquième
colonne. Qu'y faire? Ce sont des exceptions
fort honorables, sans doute, que
<span class="pagenum"><a id="Page_345"> 345</a></span>
M. Charles Buet<a name="FNanchor_208" id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">&nbsp;[208]</a>, M. Jules Mary<a name="FNanchor_209" id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">&nbsp;[209]</a>,
-M. Pierre Zaccone<a name="FNanchor_210" id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">&nbsp;[210]</a>, M. Tony Révillon<a name="FNanchor_211" id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">&nbsp;[211]</a>,
+M. Pierre Zaccone<a name="FNanchor_210" id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">&nbsp;[210]</a>, M. Tony Révillon<a name="FNanchor_211" id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">&nbsp;[211]</a>,
M. Adolphe d'Ennery<a name="FNanchor_212" id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">&nbsp;[212]</a> et
deux ou trois autres<a name="FNanchor_213" id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">&nbsp;[213]</a>. Mais ce sont
<span class="pagenum"><a id="Page_346"> 346</a></span>
des exceptions, et le genre n'en est pas
-moins condamné, non point tant comme
-inconciliable avec une saine littérature
-(voyez Paul Féval), qu'à cause des exigences
+moins condamné, non point tant comme
+inconciliable avec une saine littérature
+(voyez Paul Féval), qu'à cause des exigences
du journalisme contemporain.</p>
<p><span class="pagenumh"><a id="Page_347"> 347</a></span></p>
@@ -5918,164 +5880,164 @@ du journalisme contemporain.</p>
<p>Comme on l'a pu voir par ces notes,
le roman contemporain, qui, il y a dix
-ans, allait tout au réalisme, hésite maintenant
-entre le réalisme et l'idéalisme.
+ans, allait tout au réalisme, hésite maintenant
+entre le réalisme et l'idéalisme.
A dire vrai, c'est moins les romanciers
-que le public qui décideront lequel des
+que le public qui décideront lequel des
deux doit l'emporter sur l'autre. Quand
-le public est à bout d'une veine, disait
-Sainte-Beuve, il aime à en changer et il
-adopte vite les auteurs à qui il est redevable
-d'une série de sensations nouvelles.
-Ainsi une formule peut être un moment
+le public est à bout d'une veine, disait
+Sainte-Beuve, il aime à en changer et il
+adopte vite les auteurs à qui il est redevable
+d'une série de sensations nouvelles.
+Ainsi une formule peut être un moment
<span class="pagenum"><a id="Page_350"> 350</a></span>
victorieuse; sa victoire ne durera
jamais bien longtemps<a name="FNanchor_214" id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">&nbsp;[214]</a>.</p>
-<p>Le réalisme a eu d'abord sa raison
-d'être; ses excès commencent à inquiéter
-le public qui se reprend peu à peu
-à une renaissance de l'idéalisme. L'heure
-est encore indécise, semblable à ces
-heures troubles du crépuscule, où de
-larges nappes d'ombre et de lumière se
+<p>Le réalisme a eu d'abord sa raison
+d'être; ses excès commencent à inquiéter
+le public qui se reprend peu à peu
+à une renaissance de l'idéalisme. L'heure
+est encore indécise, semblable à ces
+heures troubles du crépuscule, où de
+larges nappes d'ombre et de lumière se
<span class="pagenum"><a id="Page_351"> 351</a></span>
-disputent l'étendue. Elle n'en est que
+disputent l'étendue. Elle n'en est que
plus favorable pour embrasser le mouvement
-contemporain dans sa complexité.
-Le réalisme a produit et produit
-encore de belles &oelig;uvres; l'idéalisme
-régénéré n'a rien à envier à son
+contemporain dans sa complexité.
+Le réalisme a produit et produit
+encore de belles &oelig;uvres; l'idéalisme
+régénéré n'a rien à envier à son
rival, et la psychologie de M. Bourget
-vaut à tout prendre l'impressionnisme
-de M. de Goncourt. Mais on peut prévoir
-déjà, à de certains signes avant-coureurs,
-que le temps du réalisme est passé:
-les jeunes gens s'en écartent dès leurs
-débuts, ou ceux que leurs débuts y
-avaient poussés d'abord font retraite. Les
-querelles d'écoles recommencent, plus
-âpres et mieux armées, et c'est des idéalistes
+vaut à tout prendre l'impressionnisme
+de M. de Goncourt. Mais on peut prévoir
+déjà, à de certains signes avant-coureurs,
+que le temps du réalisme est passé:
+les jeunes gens s'en écartent dès leurs
+débuts, ou ceux que leurs débuts y
+avaient poussés d'abord font retraite. Les
+querelles d'écoles recommencent, plus
+âpres et mieux armées, et c'est des idéalistes
que part cette fois l'offensive. Et
-voici que les maîtres eux-mêmes sont
-pris d'inquiétude. M. Zola quitte chaque
+voici que les maîtres eux-mêmes sont
+pris d'inquiétude. M. Zola quitte chaque
jour un peu de son dogmatisme; si
<span class="pagenum"><a id="Page_352"> 352</a></span>
quelque manifeste, comme celui de <cite>Marie
-Fougère</cite>, vient tout à coup à rompre
-la trêve, ce n'est plus lui qui monte sur
-le mûr et qui pousse la triple clameur:
-l'Achille du réalisme est définitivement
-rentré sous la tente.</p>
-
-<p>Pourtant l'heure de l'idéalisme passera,
-comme va passer l'heure du réalisme,
-et c'est la fortune de toutes les écoles
-que ce continuel déclin et cette continuelle
-renaissance. Prétendre, comme le
-fit M. Zola, au triomphe absolu, définitif
-et sans discussion, quelle chimère! Dans
-la conclusion de son beau livre <cite>Le réalisme
-et le naturalisme dans la littérature
+Fougère</cite>, vient tout à coup à rompre
+la trêve, ce n'est plus lui qui monte sur
+le mûr et qui pousse la triple clameur:
+l'Achille du réalisme est définitivement
+rentré sous la tente.</p>
+
+<p>Pourtant l'heure de l'idéalisme passera,
+comme va passer l'heure du réalisme,
+et c'est la fortune de toutes les écoles
+que ce continuel déclin et cette continuelle
+renaissance. Prétendre, comme le
+fit M. Zola, au triomphe absolu, définitif
+et sans discussion, quelle chimère! Dans
+la conclusion de son beau livre <cite>Le réalisme
+et le naturalisme dans la littérature
et dans l'art</cite>, M. David-Sauvageot, rappelant
-le mot d'Ampère sur les épopées du
-moyen âge: «Toute combinaison de
-nationalité dégage de la poésie», semble
-prévoir un temps où la pénétration réciproque
+le mot d'Ampère sur les épopées du
+moyen âge: «Toute combinaison de
+nationalité dégage de la poésie», semble
+prévoir un temps où la pénétration réciproque
<span class="pagenum"><a id="Page_353"> 353</a></span>
-du génie français et du génie
+du génie français et du génie
russe communiquerait une nouvelle vie
-au réalisme des deux races. Nous emprunterions
+au réalisme des deux races. Nous emprunterions
aux Russes cette foi, cette
-émotion, cette pitié sincère pour les
-humbles, ce souci passionné des hauts
-mystères qui rachète leur amour pour
+émotion, cette pitié sincère pour les
+humbles, ce souci passionné des hauts
+mystères qui rachète leur amour pour
l'inconscient et l'obscur; nous leur donnerions
-en retour nos habitudes de précision
-et de méthode. «Ainsi l'art serait
-renouvelé à la fois par l'ardeur et par la
-lumière.» C'est le rêve d'un noble esprit;
+en retour nos habitudes de précision
+et de méthode. «Ainsi l'art serait
+renouvelé à la fois par l'ardeur et par la
+lumière.» C'est le rêve d'un noble esprit;
j'ai peur que ce ne soit jamais
-qu'un rêve. On a dit beaucoup de mal
+qu'un rêve. On a dit beaucoup de mal
d'un de nos plus illustres contemporains
-qui ramenait tout au tempérament. Sans
+qui ramenait tout au tempérament. Sans
doute, c'est un facteur qui n'est point
-négligeable, et, comme il est vrai qu'il y
-a des races plus réalistes ou plus idéalistes,
-il paraît vrai aussi que le tempérament
+négligeable, et, comme il est vrai qu'il y
+a des races plus réalistes ou plus idéalistes,
+il paraît vrai aussi que le tempérament
<span class="pagenum"><a id="Page_354"> 354</a></span>
-de l'écrivain balancera toujours
+de l'écrivain balancera toujours
les autres influences. N'est-ce pas
M. Paul Alexis qui raconte que dans sa
-toute première enfance, M. Zola faisait
-le désespoir des siens par son bégayement,
+toute première enfance, M. Zola faisait
+le désespoir des siens par son bégayement,
et que le premier mot qu'on lui
-entendit prononcer avec netteté, ce fut
+entendit prononcer avec netteté, ce fut
(j'en demande bien excuse) ce vocable
gros de promesses: cochon? L'anecdote
-a son intérêt; je n'en prétends point
-conclure au néant de l'éducation et à la
-toute-puissance du tempérament; avouez
-cependant qu'elle donne à songer et que
-ce n'est point là une enfance comme on
+a son intérêt; je n'en prétends point
+conclure au néant de l'éducation et à la
+toute-puissance du tempérament; avouez
+cependant qu'elle donne à songer et que
+ce n'est point là une enfance comme on
nous raconte de Platon et de Virgile.
-Mais je veux croire au contraire à une
-certaine efficacité de l'éducation. Je reconnais
-que l'éducation agit sur l'individu
+Mais je veux croire au contraire à une
+certaine efficacité de l'éducation. Je reconnais
+que l'éducation agit sur l'individu
pour le fortifier ou le contrarier
dans la direction naturelle de son esprit:
<span class="pagenum"><a id="Page_355"> 355</a></span>
-d'où, quelquefois, ces ruptures d'équilibre,
+d'où, quelquefois, ces ruptures d'équilibre,
ces antinomies choquantes, qui
-accusent dans un même écrivain les
-tendances les plus opposées; mais
-d'où aussi, dans notre littérature,
-cette continuité, cette suite, ce long
-enchaînement des &oelig;uvres et des hommes,
-qui lie l'une à l'autre les générations
+accusent dans un même écrivain les
+tendances les plus opposées; mais
+d'où aussi, dans notre littérature,
+cette continuité, cette suite, ce long
+enchaînement des &oelig;uvres et des hommes,
+qui lie l'une à l'autre les générations
en apparence les plus hostiles,
-Zola à Hugo, Hugo à Boileau, Boileau à
-Ronsard. L'esprit a commencé par se
-soumettre au passé; il lui a emprunté
-ses habitudes et sa méthode, quitte à
-rompre brusquement et à s'inventer une
+Zola à Hugo, Hugo à Boileau, Boileau à
+Ronsard. L'esprit a commencé par se
+soumettre au passé; il lui a emprunté
+ses habitudes et sa méthode, quitte à
+rompre brusquement et à s'inventer une
formule nouvelle, mais non point si nouvelle
-qu'elle n'ait gardé dans l'application
-quelque chose des formules antérieures.
-L'éducation seule, une tradition
-sévère, patiente, reconnue et acceptée
+qu'elle n'ait gardé dans l'application
+quelque chose des formules antérieures.
+L'éducation seule, une tradition
+sévère, patiente, reconnue et acceptée
de tous, a pu ce miracle de conciliation
<span class="pagenum"><a id="Page_356"> 356</a></span>
et d'union. Or, bien ou mal, c'est un fait
-assuré que la tradition s'en va en littérature.
-J'ai réussi à établir un peu d'ordre
+assuré que la tradition s'en va en littérature.
+J'ai réussi à établir un peu d'ordre
dans un livre comme celui-ci, qui
embrasse un cycle assez large; la chose
-eût été impossible, si je m'en étais strictement
-tenu aux deux ou trois dernières
-années. Regardez avec attention: dans
-le roman, dans la poésie, au théâtre,
+eût été impossible, si je m'en étais strictement
+tenu aux deux ou trois dernières
+années. Regardez avec attention: dans
+le roman, dans la poésie, au théâtre,
partout le spectacle se ressemble. Il y
-a encore des maîtres, des écoles, des
-systèmes, et personne pour les suivre.
-Où va-t-on? On s'interroge, on cherche.
-Quoi? Nul ne sait au juste. Idéalistes et
-réalistes, tous vous diront que les anciennes
+a encore des maîtres, des écoles, des
+systèmes, et personne pour les suivre.
+Où va-t-on? On s'interroge, on cherche.
+Quoi? Nul ne sait au juste. Idéalistes et
+réalistes, tous vous diront que les anciennes
formules ont fait leur temps et
qu'on n'en veut plus. Mais cette belle
-entente crève en fumée, dès qu'il s'agit
-de déterminer la formule nouvelle. Et
-les préfaces succèdent aux manifestes,
+entente crève en fumée, dès qu'il s'agit
+de déterminer la formule nouvelle. Et
+les préfaces succèdent aux manifestes,
<span class="pagenum"><a id="Page_357"> 357</a></span>
-les théories aux poétiques. M. Prévost
-donne la réplique à M. Champsaur, lequel
+les théories aux poétiques. M. Prévost
+donne la réplique à M. Champsaur, lequel
dispute avec M. Thierry sans pouvoir
tomber d'accord avec M. de Brinn'gaubast.
C'est le triomphe de l'individualisme,&mdash;un
vilain mot, sans doute, mais
-le seul propre à caractériser cette fin de
-siècle turbulente et confuse, et dont l'avenir
-déconcerte toute prévision.</p>
+le seul propre à caractériser cette fin de
+siècle turbulente et confuse, et dont l'avenir
+déconcerte toute prévision.</p>
<hr class="chap" />
@@ -6085,147 +6047,147 @@ déconcerte toute prévision.</p>
<div class="footnotes"><h2 class="note">NOTES:</h2>
<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1" href="#FNanchor_1" class="label">[1]</a> Un exemple. Le <cite>Journal général de la librairie</cite>
+<p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1" href="#FNanchor_1" class="label">[1]</a> Un exemple. Le <cite>Journal général de la librairie</cite>
porte environ 570 titres de romans nouveaux
-pour l'année 1887. Et je mets à part les rééditions
+pour l'année 1887. Et je mets à part les rééditions
et les traductions.</p>
-<p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2" href="#FNanchor_2" class="label">[2]</a> On connaît, je pense, les romans de M.
-Emile Zola: ses <cite>Contes à Ninon</cite>, d'abord, puis <cite>Les
-Rougon-Macquart</cite>, avec <cite>La conquête de Plassans</cite>,
-<cite>La Curée</cite>, <cite>Une page d'Amour</cite>, <cite>L'Assommoir</cite>, <cite>Nana</cite>,
+<p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2" href="#FNanchor_2" class="label">[2]</a> On connaît, je pense, les romans de M.
+Emile Zola: ses <cite>Contes à Ninon</cite>, d'abord, puis <cite>Les
+Rougon-Macquart</cite>, avec <cite>La conquête de Plassans</cite>,
+<cite>La Curée</cite>, <cite>Une page d'Amour</cite>, <cite>L'Assommoir</cite>, <cite>Nana</cite>,
<cite>L'&OElig;uvre</cite>, <cite>Germinal</cite>, etc., et enfin <cite>La Terre</cite>, dont
nous parlons surtout ici, et dont la publication
-était la dernière.</p>
+était la dernière.</p>
-<p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3" href="#FNanchor_3" class="label">[3]</a> Voir le <cite>Roman naturaliste</cite> de M. Brunetière,
-<cite>Le Réalisme et le Naturalisme</cite> de M. A. David-Sauvageot,
+<p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3" href="#FNanchor_3" class="label">[3]</a> Voir le <cite>Roman naturaliste</cite> de M. Brunetière,
+<cite>Le Réalisme et le Naturalisme</cite> de M. A. David-Sauvageot,
et les recueils critiques de M. Zola.</p>
-<p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4" href="#FNanchor_4" class="label">[4]</a> Cf. la <cite>Revue parisienne</cite>. Année 1840.</p>
+<p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4" href="#FNanchor_4" class="label">[4]</a> Cf. la <cite>Revue parisienne</cite>. Année 1840.</p>
-<p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5" href="#FNanchor_5" class="label">[5]</a> «Dans le train banal de l'existence», comme
+<p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5" href="#FNanchor_5" class="label">[5]</a> «Dans le train banal de l'existence», comme
dit M. Emile Zola.</p>
-<p><a name="Footnote_6" id="Footnote_6" href="#FNanchor_6" class="label">[6]</a> Voir le n<sup>o</sup> 1 de <cite>la Revue de Paris et de Saint-Pétersbourg</cite>.
-Première année.</p>
+<p><a name="Footnote_6" id="Footnote_6" href="#FNanchor_6" class="label">[6]</a> Voir le n<sup>o</sup> 1 de <cite>la Revue de Paris et de Saint-Pétersbourg</cite>.
+Première année.</p>
<p><a name="Footnote_7" id="Footnote_7" href="#FNanchor_7" class="label">[7]</a> Voir aussi les vives et fines impressions de
-voyage publiées par M. Bonnetain sur l'extrême
-Orient et réunies sous diverses formes (<cite>Au large</cite>,
+voyage publiées par M. Bonnetain sur l'extrême
+Orient et réunies sous diverses formes (<cite>Au large</cite>,
<cite>L'Opium</cite>, <cite>Marsouins et mathurins</cite>, <cite>Au Tonkin</cite>).</p>
-<p><a name="Footnote_8" id="Footnote_8" href="#FNanchor_8" class="label">[8]</a> M. Margueritte a publié, depuis que ceci
-est écrit, un maître roman: <cite>Jours d'épreuve</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_8" id="Footnote_8" href="#FNanchor_8" class="label">[8]</a> M. Margueritte a publié, depuis que ceci
+est écrit, un maître roman: <cite>Jours d'épreuve</cite>.</p>
<p><a name="Footnote_9" id="Footnote_9" href="#FNanchor_9" class="label">[9]</a> Voir encore de M. Paul Margueritte: <cite>Maison
-ouverte</cite>, <cite>Mon père</cite>, etc. Ce dernier livre n'est pas
-écrit avec la simplicité qu'on désirerait. Mais
-M. Margueritte était bien jeune et enfoncé dans
-l'école.</p>
+ouverte</cite>, <cite>Mon père</cite>, etc. Ce dernier livre n'est pas
+écrit avec la simplicité qu'on désirerait. Mais
+M. Margueritte était bien jeune et enfoncé dans
+l'école.</p>
-<p><a name="Footnote_10" id="Footnote_10" href="#FNanchor_10" class="label">[10]</a> Voir <cite>l'Immolation</cite>, <cite>le Bilatéral</cite>, <cite>les Corneille</cite>,
+<p><a name="Footnote_10" id="Footnote_10" href="#FNanchor_10" class="label">[10]</a> Voir <cite>l'Immolation</cite>, <cite>le Bilatéral</cite>, <cite>les Corneille</cite>,
etc., etc.</p>
-<p><a name="Footnote_11" id="Footnote_11" href="#FNanchor_11" class="label">[11]</a> Il y a là-dessus un mot bien terrible de Sophocle
-et presque impossible à traduire:</p>
+<p><a name="Footnote_11" id="Footnote_11" href="#FNanchor_11" class="label">[11]</a> Il y a là-dessus un mot bien terrible de Sophocle
+et presque impossible à traduire:</p>
<div class="quote">
&#928;&#959;&#955;&#955;&#959;&#953; &#947;&#945;&#961; &#951;&#948;&#951; &#954;&#945;&#957; &#959;&#957;&#949;&#953;&#961;&#945;&#963;&#953; &#946;&#961;&#959;&#964;&#969;&#957;<br />
&#924;&#951;&#964;&#961;&#953; &#958;&#965;&#957;&#949;&#965;&#957;&#945;&#963;&#952;&#951;&#963;&#945;&#957;...
-<p>(Polloi gar êdê kan oneirasi brotôn<br />
-Mêtri xyneunasthêsan...)</p>
+<p>(Polloi gar êdê kan oneirasi brotôn<br />
+Mêtri xyneunasthêsan...)</p>
</div>
<p><span class="i12">(<cite>&OElig;dipe-Roi, 966-967.</cite>)</span></p>
-<p><a name="Footnote_12" id="Footnote_12" href="#FNanchor_12" class="label">[12]</a> Et très récemment <cite>Sous-offs</cite>, aggravation
+<p><a name="Footnote_12" id="Footnote_12" href="#FNanchor_12" class="label">[12]</a> Et très récemment <cite>Sous-offs</cite>, aggravation
dans l'injure.</p>
<p><a name="Footnote_13" id="Footnote_13" href="#FNanchor_13" class="label">[13]</a> Ce dernier livre a surtout fait du bruit
-hors du clan naturaliste. On se reportera à l'article
-de M. Anatole France dans la <cite>Vie littéraire</cite>
-(pages 73 et suiv.): «M. Abel Hermant reconnaîtra
-un jour qu'il a, sans le vouloir, offensé un
+hors du clan naturaliste. On se reportera à l'article
+de M. Anatole France dans la <cite>Vie littéraire</cite>
+(pages 73 et suiv.): «M. Abel Hermant reconnaîtra
+un jour qu'il a, sans le vouloir, offensé un
des sentiments qui nous tiennent le plus au
-c&oelig;ur. Il reconnaîtra qu'il est injuste de ne montrer
-que les moindres côtés des grandes choses
-et de ne voir dans l'armée que les laides humilités
-de la vie de garnison.» Lire encore de M.
+c&oelig;ur. Il reconnaîtra qu'il est injuste de ne montrer
+que les moindres côtés des grandes choses
+et de ne voir dans l'armée que les laides humilités
+de la vie de garnison.» Lire encore de M.
Hermant la <cite>Surintendante</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_14" id="Footnote_14" href="#FNanchor_14" class="label">[14]</a> Voir du même auteur la <cite>Reine Arthémise</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_14" id="Footnote_14" href="#FNanchor_14" class="label">[14]</a> Voir du même auteur la <cite>Reine Arthémise</cite>.</p>
<p><a name="Footnote_15" id="Footnote_15" href="#FNanchor_15" class="label">[15]</a> Citons pour leur excellent esprit le <cite>Pompon
-vert</cite> de M. Toudouze et <cite>Disciplinée</cite> de M. Alphonse
-de Launay, deux livres, où les petitesses de la
-vie militaire sont noblement relevées par l'idée
+vert</cite> de M. Toudouze et <cite>Disciplinée</cite> de M. Alphonse
+de Launay, deux livres, où les petitesses de la
+vie militaire sont noblement relevées par l'idée
de patrie.</p>
<p><a name="Footnote_16" id="Footnote_16" href="#FNanchor_16" class="label">[16]</a> Dans la <cite>Revue des deux mondes</cite>. Article non
recueilli (1873).</p>
<p><a name="Footnote_17" id="Footnote_17" href="#FNanchor_17" class="label">[17]</a> On en trouvera une bonne analyse dans
-l'<cite>Année littéraire</cite> de M. Paul Ginisty (1887).</p>
+l'<cite>Année littéraire</cite> de M. Paul Ginisty (1887).</p>
<p><a name="Footnote_18" id="Footnote_18" href="#FNanchor_18" class="label">[18]</a> M. Francisque Sarcey dit de ce dernier roman:
-«Il est d'une conception puissante, d'une
-belle ordonnance et d'une exécution très grasse
-et très fouillée.» Voir encore de M. Lemonnier:
-<cite>Un mâle</cite>, l'<cite>Hystérique</cite> et <cite>Happechair</cite>. On peut lui
+«Il est d'une conception puissante, d'une
+belle ordonnance et d'une exécution très grasse
+et très fouillée.» Voir encore de M. Lemonnier:
+<cite>Un mâle</cite>, l'<cite>Hystérique</cite> et <cite>Happechair</cite>. On peut lui
rattacher un autre Belge, M. Georges Eckoud,
l'auteur de la <cite>Nouvelle Carthage</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_19" id="Footnote_19" href="#FNanchor_19" class="label">[19]</a> Cf. <cite>Notes d'un journaliste</cite>, art. Henry Céard.</p>
+<p><a name="Footnote_19" id="Footnote_19" href="#FNanchor_19" class="label">[19]</a> Cf. <cite>Notes d'un journaliste</cite>, art. Henry Céard.</p>
<p><a name="Footnote_20" id="Footnote_20" href="#FNanchor_20" class="label">[20]</a> A moins qu'il ne fasse des livres de description
pure, comme <cite>Au soleil</cite> et <cite>Sur l'eau</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_21" id="Footnote_21" href="#FNanchor_21" class="label">[21]</a> Ceci était écrit avant <cite>Fort comme la mort</cite>.
+<p><a name="Footnote_21" id="Footnote_21" href="#FNanchor_21" class="label">[21]</a> Ceci était écrit avant <cite>Fort comme la mort</cite>.
Il semble que l'auteur se renouvelle dans ce livre
admirable de tout point.</p>
-<p>On peut rattacher à M. de Maupassant l'auteur
+<p>On peut rattacher à M. de Maupassant l'auteur
de la <cite>Peau d'un homme</cite> et de l'<cite>Ile muette</cite>,
-M. Montégut, qui a donné aussi au <cite>Gil Blas</cite>
-des contes et nouvelles dans la manière cursive
-de l'auteur d'<cite>Yvette</cite>. Mettons même, si
+M. Montégut, qui a donné aussi au <cite>Gil Blas</cite>
+des contes et nouvelles dans la manière cursive
+de l'auteur d'<cite>Yvette</cite>. Mettons même, si
vous voulez, que M. Dubut de Laforest, avec les
-livres qui s'appellent <cite>Mlle de Marbeuf</cite>, la <cite>Bonne à
+livres qui s'appellent <cite>Mlle de Marbeuf</cite>, la <cite>Bonne à
tout faire</cite>, le <cite>Gaga</cite>, et qui sont dans la tradition
-de Pigault-Lebrun, relève comme littérateur de
+de Pigault-Lebrun, relève comme littérateur de
M. de Maupassant, puisque M. de Maupassant
-lui a donné par lettre publique ses titres de naturalisation.</p>
+lui a donné par lettre publique ses titres de naturalisation.</p>
<p><a name="Footnote_22" id="Footnote_22" href="#FNanchor_22" class="label">[22]</a> Extrait du <cite>Calvaire</cite>, pages 86-87. On sent
-que le réalisme russe, que Tolstoï a passé là et
-sa saignante humanité.&mdash;Rapprochez l'admirable
-pièce de Théodore de Banville: <cite>Le prussien mort</cite>
+que le réalisme russe, que Tolstoï a passé là et
+sa saignante humanité.&mdash;Rapprochez l'admirable
+pièce de Théodore de Banville: <cite>Le prussien mort</cite>
(<cite>Idylles prussiennes</cite>).</p>
<p><a name="Footnote_23" id="Footnote_23" href="#FNanchor_23" class="label">[23]</a> Se reporter au <cite>Roman naturaliste</cite> de M. Ferdinand
-Brunetière. (Art. <cite>L'impressionisme dans
+Brunetière. (Art. <cite>L'impressionisme dans
le roman</cite>.)</p>
<p><a name="Footnote_24" id="Footnote_24" href="#FNanchor_24" class="label">[24]</a> Cf. <cite>Madame Gervaisais</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_25" id="Footnote_25" href="#FNanchor_25" class="label">[25]</a> C'est l'expression de Théophile Gautier: «Les
-mots ont en eux-mêmes et en dehors du sens
-qu'ils expriment une beauté et une valeur propres,
-comme des pierres précieuses qui ne sont pas
-encore taillées et montées en bracelets, en colliers
-ou en bagues.» Ailleurs: «Il y a des mots
-diamant, saphir, rubis, émeraude, d'autres qui
+<p><a name="Footnote_25" id="Footnote_25" href="#FNanchor_25" class="label">[25]</a> C'est l'expression de Théophile Gautier: «Les
+mots ont en eux-mêmes et en dehors du sens
+qu'ils expriment une beauté et une valeur propres,
+comme des pierres précieuses qui ne sont pas
+encore taillées et montées en bracelets, en colliers
+ou en bagues.» Ailleurs: «Il y a des mots
+diamant, saphir, rubis, émeraude, d'autres qui
luisent comme du phosphore quand on les frotte,
-et ce n'est pas un mince travail de les choisir.»</p>
+et ce n'est pas un mince travail de les choisir.»</p>
-<p><a name="Footnote_26" id="Footnote_26" href="#FNanchor_26" class="label">[26]</a> Cf. la préface de <cite>En 18...</cite></p>
+<p><a name="Footnote_26" id="Footnote_26" href="#FNanchor_26" class="label">[26]</a> Cf. la préface de <cite>En 18...</cite></p>
<p><a name="Footnote_27" id="Footnote_27" href="#FNanchor_27" class="label">[27]</a> Cf. <cite>Madame Gervaisais</cite>.</p>
<p><a name="Footnote_28" id="Footnote_28" href="#FNanchor_28" class="label">[28]</a> Et en particulier ceux du survivant. (<cite>Les
-frères Zemganno</cite>, <cite>Chérie</cite>, <cite>La Faustin</cite>, etc.)</p>
+frères Zemganno</cite>, <cite>Chérie</cite>, <cite>La Faustin</cite>, etc.)</p>
<p><a name="Footnote_29" id="Footnote_29" href="#FNanchor_29" class="label">[29]</a> Cf. <cite>Les nouveaux lundis</cite>. (Art. Pontmartin),
tome IX.</p>
@@ -6239,56 +6201,56 @@ tome IX.</p>
Principales &oelig;uvres de M. Daudet: Les
<cite>Contes</cite>, <cite>Numa Roumestan</cite>, le <cite>Nabab</cite>, les <cite>Rois en exil</cite>,
<cite>Sapho</cite>, <cite>Tartarin de Tarascon</cite>, <cite>Jack</cite>, <cite>Fromont jeune
-et Risler aîné</cite>, l'<cite>Immortel</cite>, sa dernière &oelig;uvre.</p>
+et Risler aîné</cite>, l'<cite>Immortel</cite>, sa dernière &oelig;uvre.</p>
<p><a name="Footnote_33" id="Footnote_33" href="#FNanchor_33" class="label">[33]</a> <cite>Jean des Vignes</cite> vient d'avoir son pendant
-dans la <cite>Chèvre d'or</cite>.</p>
+dans la <cite>Chèvre d'or</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_34" id="Footnote_34" href="#FNanchor_34" class="label">[34]</a> Voir l'<cite>Observateur français</cite>, du 10 avril. Je
+<p><a name="Footnote_34" id="Footnote_34" href="#FNanchor_34" class="label">[34]</a> Voir l'<cite>Observateur français</cite>, du 10 avril. Je
citerai, comme une jolie page de style impressionniste
le passage suivant d'une nouvelle de
-M. Chalon (mort maintenant): «... Il y soufflait
+M. Chalon (mort maintenant): «... Il y soufflait
toujours, dans ce haut Saint-Majan, un vent terrible,
-qui vous avait une voix et des cris à croire
-qu'il était vivant. Il arrivait en grondant, tout en
-colère, des hauteurs du Trou-la-Baume, fier avec
-ça et parlant haut, comme un conquérant qui
+qui vous avait une voix et des cris à croire
+qu'il était vivant. Il arrivait en grondant, tout en
+colère, des hauteurs du Trou-la-Baume, fier avec
+ça et parlant haut, comme un conquérant qui
somme une forteresse; puis, houm! houm! de
-grands coups d'aile appliqués contre le mur,
-comme avec un bélier; puis un silence, il attendait
-qu'on lui ouvrît, et comme on n'avait garde, il
-se fâchait tout rouge. C'était une belle rage alors.
+grands coups d'aile appliqués contre le mur,
+comme avec un bélier; puis un silence, il attendait
+qu'on lui ouvrît, et comme on n'avait garde, il
+se fâchait tout rouge. C'était une belle rage alors.
On aurait dit qu'il prenait du champ; puis terriblement
-il s'engouffrait dans les rues trop étroites
+il s'engouffrait dans les rues trop étroites
pour ses ailes. Il allait comme un aveugle, droit
devant lui, se brisait au coin des maisons, tourbillonnait
dans les enfoncements, faisait trembler
-les vitres, battait les contre-vents détachés, s'acharnait
-après les girouettes, culbutait les tuiles
-des vieux toits, buvait d'une lapée l'eau des ruisseaux,
+les vitres, battait les contre-vents détachés, s'acharnait
+après les girouettes, culbutait les tuiles
+des vieux toits, buvait d'une lapée l'eau des ruisseaux,
s'abattait sur les arbres de la place
avec un bruit d'averse, souffletait la flamme
-des réverbères, bref, menait un train d'enfer.
+des réverbères, bref, menait un train d'enfer.
Et quel virtuose! quels cris! quels hurlements!
-quels gémissements! Tantôt il commandait,
-tantôt il suppliait. Il avait des clameurs
-de clairon et des vagissements de bête blessée!
-Tour à tour humble et belliqueux, il pleurait
+quels gémissements! Tantôt il commandait,
+tantôt il suppliait. Il avait des clameurs
+de clairon et des vagissements de bête blessée!
+Tour à tour humble et belliqueux, il pleurait
comme un petit enfant, puis, fantasque en ses
allures, il embouchait sa longue trompette et
-vous sonnait des fanfares, des chevauchées qui
+vous sonnait des fanfares, des chevauchées qui
s'en allaient au galop le long des murailles. Enfin,
-convaincu peut-être de son impuissance, il se
+convaincu peut-être de son impuissance, il se
faisait tout petit, se taisait presque, se glissait
sous les portes, montait l'escalier vivement et
-venait remuer quelque portière souple, ou faire
+venait remuer quelque portière souple, ou faire
danser la flamme de la lampe sur la grande table
-où j'étudiais.»</p>
+où j'étudiais.»</p>
<p><a name="Footnote_35" id="Footnote_35" href="#FNanchor_35" class="label">[35]</a> Voyez cette exquise petite nouvelle: le
<cite>Mousse</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_36" id="Footnote_36" href="#FNanchor_36" class="label">[36]</a> Précédemment dans <cite>Un de nous</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_36" id="Footnote_36" href="#FNanchor_36" class="label">[36]</a> Précédemment dans <cite>Un de nous</cite>.</p>
<p><a name="Footnote_37" id="Footnote_37" href="#FNanchor_37" class="label">[37]</a> Comme romans, on lui doit <cite>Monsieur le
ministre</cite>, <cite>Robert Burat</cite>, <cite>Madeleine Bertin</cite>, le <cite>Beau
@@ -6296,526 +6258,526 @@ Solignac</cite>, les <cite>Amours d'un interne</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_38" id="Footnote_38" href="#FNanchor_38" class="label">[38]</a> Cf. le <cite>Roman naturaliste</cite>. (Art. <cite>Le reportage
dans le roman</cite>.)&mdash;Voyez encore sur M. Claretie
-tels articles, admirables de dédain et d'ironie, de
+tels articles, admirables de dédain et d'ironie, de
M. Henri Fouquier.</p>
-<p><a name="Footnote_39" id="Footnote_39" href="#FNanchor_39" class="label">[39]</a> Publiées dans le <cite>Monde illustré</cite>, d'abord. Sur
-la querelle qui en résulta, je renverrai aux articles
+<p><a name="Footnote_39" id="Footnote_39" href="#FNanchor_39" class="label">[39]</a> Publiées dans le <cite>Monde illustré</cite>, d'abord. Sur
+la querelle qui en résulta, je renverrai aux articles
de M. Jules Tellier dans le <cite>Parti national</cite> du
-20 janvier 1888 et de M. Maurice Barrès dans le
+20 janvier 1888 et de M. Maurice Barrès dans le
<cite>Voltaire</cite> du 14.</p>
-<p><a name="Footnote_40" id="Footnote_40" href="#FNanchor_40" class="label">[40]</a> «Des noix! Des noix!»</p>
+<p><a name="Footnote_40" id="Footnote_40" href="#FNanchor_40" class="label">[40]</a> «Des noix! Des noix!»</p>
-<p><a name="Footnote_41" id="Footnote_41" href="#FNanchor_41" class="label">[41]</a> Remarquons pourtant que M. Moréas proteste
-contre ces qualifications: «Cette manifestation
-(la manifestation symboliste), couvée depuis
-longtemps, vient d'éclore. Et toutes les anodines
-facéties des joyeux de la presse, toutes les
-inquiétudes des critiques graves, toute la mauvaise
+<p><a name="Footnote_41" id="Footnote_41" href="#FNanchor_41" class="label">[41]</a> Remarquons pourtant que M. Moréas proteste
+contre ces qualifications: «Cette manifestation
+(la manifestation symboliste), couvée depuis
+longtemps, vient d'éclore. Et toutes les anodines
+facéties des joyeux de la presse, toutes les
+inquiétudes des critiques graves, toute la mauvaise
humeur du public surpris dans ses nonchalances
-moutonnières ne font qu'affirmer chaque
-jour davantage la vitalité de l'évolution actuelle
-dans les lettres françaises, cette évolution
-que des juges pressés notèrent, par une inexplicable
-antinomie, de décadence. Remarquez pourtant
-que les littératures décadentes se révèlent
-essentiellement coriaces, filandreuses, timorées
+moutonnières ne font qu'affirmer chaque
+jour davantage la vitalité de l'évolution actuelle
+dans les lettres françaises, cette évolution
+que des juges pressés notèrent, par une inexplicable
+antinomie, de décadence. Remarquez pourtant
+que les littératures décadentes se révèlent
+essentiellement coriaces, filandreuses, timorées
et serviles... Et que peut-on reprocher, que reproche-t-on
-à la nouvelle école? L'abus de la
-pompe, l'étrangeté de la métaphore, un vocabulaire
-neuf où les harmonies se combinent avec
-les couleurs et les lignes: caractéristiques de
-toute renaissance...» (<cite>Manifeste des symbolistes.</cite>)</p>
-
-<p><a name="Footnote_42" id="Footnote_42" href="#FNanchor_42" class="label">[42]</a> Et d'autres grands poètes avant lui. «C'est
-à mon avis, dit M. Paul Bourget, une des preuves
+à la nouvelle école? L'abus de la
+pompe, l'étrangeté de la métaphore, un vocabulaire
+neuf où les harmonies se combinent avec
+les couleurs et les lignes: caractéristiques de
+toute renaissance...» (<cite>Manifeste des symbolistes.</cite>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_42" id="Footnote_42" href="#FNanchor_42" class="label">[42]</a> Et d'autres grands poètes avant lui. «C'est
+à mon avis, dit M. Paul Bourget, une des preuves
les plus frappantes de la hauteur de vue d'Alfred
-de Vigny que d'avoir deviné la valeur poétique
-du symbolisme. La beauté poétique pure réside
+de Vigny que d'avoir deviné la valeur poétique
+du symbolisme. La beauté poétique pure réside
en effet dans la suggestion plus encore que dans
-l'expression... Il faut, pour que le sortilège des
-beaux vers s'accomplisse, du rêve et de l'au-delà,
-de la pénombre morale et du mystérieux.» (<cite>Journal
-des Débats</cite>, 24 mars 1885.) Mais mystérieux
+l'expression... Il faut, pour que le sortilège des
+beaux vers s'accomplisse, du rêve et de l'au-delà,
+de la pénombre morale et du mystérieux.» (<cite>Journal
+des Débats</cite>, 24 mars 1885.) Mais mystérieux
n'est pas synonyme d'obscur.</p>
-<p><a name="Footnote_43" id="Footnote_43" href="#FNanchor_43" class="label">[43]</a> J'abrège la nomenclature. Pourtant il serait
-dommage d'oublier «l'histoire du monsieur qui
-a la diarrhée».</p>
-
-<p><a name="Footnote_44" id="Footnote_44" href="#FNanchor_44" class="label">[44]</a> Cf. le n<sup>o</sup> 1 de la <cite>Revue de Paris et de Saint-Pétersbourg</cite>.
-Première année.</p>
-
-<p><a name="Footnote_45" id="Footnote_45" href="#FNanchor_45" class="label">[45]</a> Rouvrons le manifeste de M. Moréas: «Ennemi
-de l'enseignement, la déclamation, la fausse
-sensibilité, la description objective», le symbolisme
-«cherche à vêtir l'Idée d'une forme sensible
-qui, néanmoins, ne serait pas son but à
-elle-même, mais qui, tout en servant à exprimer
-l'Idée, demeurerait sujette. L'Idée, à son tour,
-ne doit point se laisser voir privée des somptueuses
-simarres des analogies extérieures; car
-le caractère essentiel de l'art symbolique consiste
-à ne jamais aller jusqu'à la conception de l'Idée
-en soi...»</p>
-
-<p><a name="Footnote_46" id="Footnote_46" href="#FNanchor_46" class="label">[46]</a> Voir non les <cite>Demoiselles Goubert</cite> (médiocre),
-<cite>Le thé chez Miranda</cite> (médiocre encore), mais <cite>Soi</cite>
+<p><a name="Footnote_43" id="Footnote_43" href="#FNanchor_43" class="label">[43]</a> J'abrège la nomenclature. Pourtant il serait
+dommage d'oublier «l'histoire du monsieur qui
+a la diarrhée».</p>
+
+<p><a name="Footnote_44" id="Footnote_44" href="#FNanchor_44" class="label">[44]</a> Cf. le n<sup>o</sup> 1 de la <cite>Revue de Paris et de Saint-Pétersbourg</cite>.
+Première année.</p>
+
+<p><a name="Footnote_45" id="Footnote_45" href="#FNanchor_45" class="label">[45]</a> Rouvrons le manifeste de M. Moréas: «Ennemi
+de l'enseignement, la déclamation, la fausse
+sensibilité, la description objective», le symbolisme
+«cherche à vêtir l'Idée d'une forme sensible
+qui, néanmoins, ne serait pas son but à
+elle-même, mais qui, tout en servant à exprimer
+l'Idée, demeurerait sujette. L'Idée, à son tour,
+ne doit point se laisser voir privée des somptueuses
+simarres des analogies extérieures; car
+le caractère essentiel de l'art symbolique consiste
+à ne jamais aller jusqu'à la conception de l'Idée
+en soi...»</p>
+
+<p><a name="Footnote_46" id="Footnote_46" href="#FNanchor_46" class="label">[46]</a> Voir non les <cite>Demoiselles Goubert</cite> (médiocre),
+<cite>Le thé chez Miranda</cite> (médiocre encore), mais <cite>Soi</cite>
et <cite>Etre</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_47" id="Footnote_47" href="#FNanchor_47" class="label">[47]</a> Cf. la <cite>Revue indépendante</cite> de juillet 1887
+<p><a name="Footnote_47" id="Footnote_47" href="#FNanchor_47" class="label">[47]</a> Cf. la <cite>Revue indépendante</cite> de juillet 1887
(<cite>L'empereur Constant, paraphrase</cite>).</p>
-<p><a name="Footnote_48" id="Footnote_48" href="#FNanchor_48" class="label">[48]</a> Sur M. Moréas, poète, et de premier ordre
-souvent, voir <cite>Nos poètes</cite>, de M. Jules Tellier (art.
+<p><a name="Footnote_48" id="Footnote_48" href="#FNanchor_48" class="label">[48]</a> Sur M. Moréas, poète, et de premier ordre
+souvent, voir <cite>Nos poètes</cite>, de M. Jules Tellier (art.
<cite>Symbolistes</cite>).</p>
-<p><a name="Footnote_49" id="Footnote_49" href="#FNanchor_49" class="label">[49]</a> Plus des vers incompréhensibles, sous les
-«simarres de leurs analogies extérieures», <cite>Les
+<p><a name="Footnote_49" id="Footnote_49" href="#FNanchor_49" class="label">[49]</a> Plus des vers incompréhensibles, sous les
+«simarres de leurs analogies extérieures», <cite>Les
palais nomades</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_50" id="Footnote_50" href="#FNanchor_50" class="label">[50]</a> Voir <cite>Ludine</cite> surtout. <cite>Seuls</cite> marque un progrès.
-Je renvoie sur <cite>Ludine</cite> à un excellent article
-de M. Gustave Geffroy, réimprimé dans <cite>Les notes
+<p><a name="Footnote_50" id="Footnote_50" href="#FNanchor_50" class="label">[50]</a> Voir <cite>Ludine</cite> surtout. <cite>Seuls</cite> marque un progrès.
+Je renvoie sur <cite>Ludine</cite> à un excellent article
+de M. Gustave Geffroy, réimprimé dans <cite>Les notes
d'un journaliste</cite>.</p>
<p><a name="Footnote_51" id="Footnote_51" href="#FNanchor_51" class="label">[51]</a> Encore cette page s'entend-elle nettement.
-Mais que démêler dans celle-ci, Seigneur, que
-j'emprunte à des <cite>notes</cite> de M. Stéphane Mallarmé?</p>
+Mais que démêler dans celle-ci, Seigneur, que
+j'emprunte à des <cite>notes</cite> de M. Stéphane Mallarmé?</p>
-<p>«La Gloire! je ne la sus qu'hier, irréfragable, et
-rien ne m'intéressera d'appelé par quelqu'un ainsi.</p>
+<p>«La Gloire! je ne la sus qu'hier, irréfragable, et
+rien ne m'intéressera d'appelé par quelqu'un ainsi.</p>
-<p>«Cent affiches s'assimilant l'or incompris des
-jours, trahison de la lettre, ont fui, comme à
+<p>«Cent affiches s'assimilant l'or incompris des
+jours, trahison de la lettre, ont fui, comme à
tous confins de la ville, mes yeux au ras de l'horizon,
-par un départ sur le rail traînés avant de
-se recueillir dans l'abstruse fierté que donne une
-approche de forêt en son temps d'apothéose.</p>
-
-<p>«Si discord parmi l'exaltation de l'heure, un
-cri faussa ce nom connu, pour déployer la continuité
-de cimes tard évanouies, Fontainebleau,
-que je pensai, la glace du compartiment violentée,
-du poing aussi étreindre à la gorge l'interrupteur:
+par un départ sur le rail traînés avant de
+se recueillir dans l'abstruse fierté que donne une
+approche de forêt en son temps d'apothéose.</p>
+
+<p>«Si discord parmi l'exaltation de l'heure, un
+cri faussa ce nom connu, pour déployer la continuité
+de cimes tard évanouies, Fontainebleau,
+que je pensai, la glace du compartiment violentée,
+du poing aussi étreindre à la gorge l'interrupteur:
Tais-toi! Ne divulgue pas, du fait d'un
-aboi indifférent, l'ombre ici insinuée dans mon
-esprit, aux portières de wagons battant sous
-un vent inspiré et égalitaire, les touristes omniprésents
-vomis. Une quiétude menteuse de riches
-bois suspend alentour quelque extraordinaire état
-d'illusion, que ne réponds-tu? qu'ils ont ces voyageurs,
-pour ta gare aujourd'hui quitté la capitale,&mdash;(oh!
+aboi indifférent, l'ombre ici insinuée dans mon
+esprit, aux portières de wagons battant sous
+un vent inspiré et égalitaire, les touristes omniprésents
+vomis. Une quiétude menteuse de riches
+bois suspend alentour quelque extraordinaire état
+d'illusion, que ne réponds-tu? qu'ils ont ces voyageurs,
+pour ta gare aujourd'hui quitté la capitale,&mdash;(oh!
cet alexandrin de Baour-Lormian
-dans cette prose!)&mdash;bon employé vociférateur par
+dans cette prose!)&mdash;bon employé vociférateur par
devoir, et dont je n'attends, loin d'accaparer une
-ivresse à tous départie par les libéralités conjointes
-de la Nature et de l'Etat, rien qu'un silence prolongé,
-le temps de m'isoler de la délégation urbaine
-vers l'extatique torpeur de ces feuillages là-bas
-trop immobilisés pour qu'une crise ne les éparpille
-bientôt dans l'air; voici, sans attenter à ton
-intégrité, tiens, une monnaie.</p>
-
-<p>«Un uniforme inattentif m'invitant vers quelque
-barrière, je remets sans dire mot, au lieu
-du suborneur métal, mon billet.</p>
-
-<p>«Obéi pourtant, oui, à ne voir que l'asphalte
-s'étaler nette de pas, car je ne peux encore imaginer
+ivresse à tous départie par les libéralités conjointes
+de la Nature et de l'Etat, rien qu'un silence prolongé,
+le temps de m'isoler de la délégation urbaine
+vers l'extatique torpeur de ces feuillages là-bas
+trop immobilisés pour qu'une crise ne les éparpille
+bientôt dans l'air; voici, sans attenter à ton
+intégrité, tiens, une monnaie.</p>
+
+<p>«Un uniforme inattentif m'invitant vers quelque
+barrière, je remets sans dire mot, au lieu
+du suborneur métal, mon billet.</p>
+
+<p>«Obéi pourtant, oui, à ne voir que l'asphalte
+s'étaler nette de pas, car je ne peux encore imaginer
qu'en ce pompeux octobre exceptionnel
-du million d'existences étageant leur vacuité en
-tant qu'une monotonie énorme de capitale dont
+du million d'existences étageant leur vacuité en
+tant qu'une monotonie énorme de capitale dont
va s'effacer ici la hantise avec le coup de sifflet
-sous la brume, aucun furtivement évadé que moi
+sous la brume, aucun furtivement évadé que moi
n'ait senti qu'il est, cet an, d'amers et lumineux
-sanglots, mainte indécise flottaison d'idée désertant
+sanglots, mainte indécise flottaison d'idée désertant
les hasards comme des branches, tel frisson
-et ce qui fait penser à un automne sous les cieux.</p>
+et ce qui fait penser à un automne sous les cieux.</p>
-<p>«Personne et, les bras de doute envolés
+<p>«Personne et, les bras de doute envolés
comme qui porte aussi un lot d'une splendeur
-secrète, trop inappréciable trophée pour paraître!
-mais sans du coup m'élancer dans cette
-diurne veillée d'immortels troncs au déversement
+secrète, trop inappréciable trophée pour paraître!
+mais sans du coup m'élancer dans cette
+diurne veillée d'immortels troncs au déversement
sur un d'orgueils surhumains (or ne faut-il pas
-qu'on en constate l'authenticité?), ni passer le
-seuil où des torches consument, dans une haute
-garde, tous rêves antérieurs à leur éclat, répercutant
+qu'on en constate l'authenticité?), ni passer le
+seuil où des torches consument, dans une haute
+garde, tous rêves antérieurs à leur éclat, répercutant
en pourpre dans la nue l'universel sacre
-de l'intrus royal qui n'aura eu qu'à venir: j'attendis,
-pour l'être, que lent et repris du mouvement
-ordinaire, se réduisit à ses proportions
-d'une chimère puérile emportant du monde quelque
-part, le train qui m'avait là déposé seul.»</p>
-
-<p><a name="Footnote_52" id="Footnote_52" href="#FNanchor_52" class="label">[52]</a> M. Vignier n'a pas réuni ses nouvelles.
-Comme poète, il tient un rang très estimable.
+de l'intrus royal qui n'aura eu qu'à venir: j'attendis,
+pour l'être, que lent et repris du mouvement
+ordinaire, se réduisit à ses proportions
+d'une chimère puérile emportant du monde quelque
+part, le train qui m'avait là déposé seul.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_52" id="Footnote_52" href="#FNanchor_52" class="label">[52]</a> M. Vignier n'a pas réuni ses nouvelles.
+Comme poète, il tient un rang très estimable.
(Voir <cite>Centon</cite>.)</p>
<p><a name="Footnote_53" id="Footnote_53" href="#FNanchor_53" class="label">[53]</a> Et ils s'en font gloire! Dans un article de la
<cite>Caravane</cite> du 10 novembre 1889, je lis sous la signature
-P. Marius André: «Scientifiquement,
-voici l'évidence de la théorie symboliste: «Comme
-il faut plus d'énergie pour retrouver un objet
+P. Marius André: «Scientifiquement,
+voici l'évidence de la théorie symboliste: «Comme
+il faut plus d'énergie pour retrouver un objet
sous un signe indirect que sous un signe direct,
-on fournit à l'entendement l'occasion d'employer
-plus de force disponible et par conséquent d'éprouver
-plus de plaisir.» (Dumont, <cite>Théorie scientifique
-de la sensibilité</cite>). La raison est amusante,
-tout de même. Mais alors qu'on nous ramène
-aux logogriphes et aux rébus.</p>
+on fournit à l'entendement l'occasion d'employer
+plus de force disponible et par conséquent d'éprouver
+plus de plaisir.» (Dumont, <cite>Théorie scientifique
+de la sensibilité</cite>). La raison est amusante,
+tout de même. Mais alors qu'on nous ramène
+aux logogriphes et aux rébus.</p>
<p><a name="Footnote_54" id="Footnote_54" href="#FNanchor_54" class="label">[54]</a> Sur tels d'entre eux, consulter les recueils
-critiques de M. Jules Lemaître (<cite>Les contemporains</cite>),
-de M. Philippe Gille (<cite>La bataille littéraire</cite>),
-de M. Anatole France (<cite>La vie littéraire</cite>), de
-M. Paul Ginisty (<cite>L'année littéraire</cite>), les articles
+critiques de M. Jules Lemaître (<cite>Les contemporains</cite>),
+de M. Philippe Gille (<cite>La bataille littéraire</cite>),
+de M. Anatole France (<cite>La vie littéraire</cite>), de
+M. Paul Ginisty (<cite>L'année littéraire</cite>), les articles
au jour le jour de M. Francisque Sarcey,
F. Lhomme, Adolphe Brisson, Edmond Lepelletier,
-Édouard Petit, Charles Maurras, etc.</p>
+Édouard Petit, Charles Maurras, etc.</p>
<p><a name="Footnote_55" id="Footnote_55" href="#FNanchor_55" class="label">[55]</a> Je ne traite que du roman. Je n'ai pas besoin,
-je l'espère, de renvoyer aux beaux volumes
-de critique et de poésie de M. Bourget.&mdash;Depuis
+je l'espère, de renvoyer aux beaux volumes
+de critique et de poésie de M. Bourget.&mdash;Depuis
<cite>Mensonges</cite>, le <cite>Disciple</cite> a paru.</p>
<p><a name="Footnote_56" id="Footnote_56" href="#FNanchor_56" class="label">[56]</a> Cf. <cite>Revue des Deux-Mondes</cite>. Cette nouvelle
-n'a point été recueillie en volume.</p>
+n'a point été recueillie en volume.</p>
-<p><a name="Footnote_57" id="Footnote_57" href="#FNanchor_57" class="label">[57]</a> La <cite>Revue bleue</cite> a publié, depuis que ceci est
-écrit, un <cite>Conte philosophique</cite> de M. Haraucourt.
-Voir encore ses vers, et particulièrement <cite>L'âme
+<p><a name="Footnote_57" id="Footnote_57" href="#FNanchor_57" class="label">[57]</a> La <cite>Revue bleue</cite> a publié, depuis que ceci est
+écrit, un <cite>Conte philosophique</cite> de M. Haraucourt.
+Voir encore ses vers, et particulièrement <cite>L'âme
nue</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_58" id="Footnote_58" href="#FNanchor_58" class="label">[58]</a> Au ch. <span class="smcap">XXVII</span>, l. I, <cite>De l'Amitié</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_58" id="Footnote_58" href="#FNanchor_58" class="label">[58]</a> Au ch. <span class="smcap">XXVII</span>, l. I, <cite>De l'Amitié</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_59" id="Footnote_59" href="#FNanchor_59" class="label">[59]</a> «Il serait facile de le démontrer, dit M. Brunetière,
+<p><a name="Footnote_59" id="Footnote_59" href="#FNanchor_59" class="label">[59]</a> «Il serait facile de le démontrer, dit M. Brunetière,
ce que la plupart de nos romanciers
savent le moins, quoi qu'ils en disent, quoi qu'ils
veulent nous en imposer, ne vous y trompez pas:
-c'est leur métier.» (<cite>Le Roman naturaliste.</cite>)</p>
+c'est leur métier.» (<cite>Le Roman naturaliste.</cite>)</p>
<p><a name="Footnote_60" id="Footnote_60" href="#FNanchor_60" class="label">[60]</a> Et des brochures, les <cite>Taches d'encre</cite>, ou des
-articles et des nouvelles d'un esprit très fin, une
+articles et des nouvelles d'un esprit très fin, une
autre brochure sur le <cite>Quartier latin</cite>, une autre,
-plus que critiquable par un côté: <cite>Huit jours chez
-M. Renan</cite>. Tout récemment enfin, il vient de publier
+plus que critiquable par un côté: <cite>Huit jours chez
+M. Renan</cite>. Tout récemment enfin, il vient de publier
son second roman, <cite>Un homme libre</cite>, qui consacre
-définitivement sa réputation. Voir l'article de
-M. Jules Lemaître (<cite>Figaro</cite> du 8 juin 1889).</p>
+définitivement sa réputation. Voir l'article de
+M. Jules Lemaître (<cite>Figaro</cite> du 8 juin 1889).</p>
-<p><a name="Footnote_61" id="Footnote_61" href="#FNanchor_61" class="label">[61]</a> Le Sainte-Beuve de <cite>Volupté</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_61" id="Footnote_61" href="#FNanchor_61" class="label">[61]</a> Le Sainte-Beuve de <cite>Volupté</cite>.</p>
<p><a name="Footnote_62" id="Footnote_62" href="#FNanchor_62" class="label">[62]</a> Avec toutes les restrictions qu'une telle
-comparaison comporte. Lamennais, dans sa préface
-à l'<cite>Imitation</cite>, a très bien montré en quoi et
+comparaison comporte. Lamennais, dans sa préface
+à l'<cite>Imitation</cite>, a très bien montré en quoi et
par quoi l'<cite>Imitation</cite> se distingue des livres de
-morale profane: «L'auteur ne se borne pas,
-dit-il, à nous montrer nos misères: il en indique
-le remède; il nous le fait goûter; et c'est un de ces
-caractères qui distingue les écrivains ascétiques
-des simples moralistes. Ceux-ci ne savent guère
+morale profane: «L'auteur ne se borne pas,
+dit-il, à nous montrer nos misères: il en indique
+le remède; il nous le fait goûter; et c'est un de ces
+caractères qui distingue les écrivains ascétiques
+des simples moralistes. Ceux-ci ne savent guère
que sonder les plaies de notre nature. Ils nous
-effrayent de nous-mêmes et affaiblissent l'espérance
-de tout ce qu'ils ôtent à l'orgueil. Ceux-là,
+effrayent de nous-mêmes et affaiblissent l'espérance
+de tout ce qu'ils ôtent à l'orgueil. Ceux-là,
au contraire, ne nous abaissent que pour nous
-relever; et, plaçant dans le ciel notre point d'appui,
-ils nous apprennent à contempler sans découragement,
-du sein même de notre impuissance,
-la perfection infinie où les chrétiens sont
-appelés.» Ceux qui ont lu le livre de M. Barrès
-trouveront peut-être que cette citation n'était pas
-déplacée ici.</p>
+relever; et, plaçant dans le ciel notre point d'appui,
+ils nous apprennent à contempler sans découragement,
+du sein même de notre impuissance,
+la perfection infinie où les chrétiens sont
+appelés.» Ceux qui ont lu le livre de M. Barrès
+trouveront peut-être que cette citation n'était pas
+déplacée ici.</p>
-<p><a name="Footnote_63" id="Footnote_63" href="#FNanchor_63" class="label">[63]</a> Cf. <cite>Journal des Débats</cite> du 3 avril 1888.</p>
+<p><a name="Footnote_63" id="Footnote_63" href="#FNanchor_63" class="label">[63]</a> Cf. <cite>Journal des Débats</cite> du 3 avril 1888.</p>
-<p><a name="Footnote_64" id="Footnote_64" href="#FNanchor_64" class="label">[64]</a> Voir le recueil de ces portraits: <cite>Mémoires
+<p><a name="Footnote_64" id="Footnote_64" href="#FNanchor_64" class="label">[64]</a> Voir le recueil de ces portraits: <cite>Mémoires
d'aujourd'hui</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_65" id="Footnote_65" href="#FNanchor_65" class="label">[65]</a> Voir le roman du même nom. Voir aussi
-<cite>Les Monach</cite>. M. de Bonnières, très goûté comme
-critique et comme romancier, ne l'est peut-être
-pas assez comme poète.</p>
+<p><a name="Footnote_65" id="Footnote_65" href="#FNanchor_65" class="label">[65]</a> Voir le roman du même nom. Voir aussi
+<cite>Les Monach</cite>. M. de Bonnières, très goûté comme
+critique et comme romancier, ne l'est peut-être
+pas assez comme poète.</p>
-<p><a name="Footnote_66" id="Footnote_66" href="#FNanchor_66" class="label">[66]</a> Voir, pour la raison peut-être, la note <a href="#FNanchor_59">59</a> de
+<p><a name="Footnote_66" id="Footnote_66" href="#FNanchor_66" class="label">[66]</a> Voir, pour la raison peut-être, la note <a href="#FNanchor_59">59</a> de
la page 152.</p>
-<p><a name="Footnote_67" id="Footnote_67" href="#FNanchor_67" class="label">[67]</a> Surtout pour la très belle scène romantique
-de la confession. L'auteur a depuis publié un
-autre roman à succès, <cite>Mademoiselle Jaufre</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_67" id="Footnote_67" href="#FNanchor_67" class="label">[67]</a> Surtout pour la très belle scène romantique
+de la confession. L'auteur a depuis publié un
+autre roman à succès, <cite>Mademoiselle Jaufre</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_68" id="Footnote_68" href="#FNanchor_68" class="label">[68]</a> Notez combien de nos romanciers ont essayé
+<p><a name="Footnote_68" id="Footnote_68" href="#FNanchor_68" class="label">[68]</a> Notez combien de nos romanciers ont essayé
cette psychologie de la jeune fille du monde:
-Edmond de Goncourt avec <cite>Chérie</cite>, Gyp avec <cite>Loulou</cite>
-et <cite>Paulette</cite>, Halévy avec <cite>Princesse</cite>, etc. Je
-signale encore sur le même sujet <cite>Filles du monde</cite>,
-une forte étude de M. Oudinot, qu'il faudrait
+Edmond de Goncourt avec <cite>Chérie</cite>, Gyp avec <cite>Loulou</cite>
+et <cite>Paulette</cite>, Halévy avec <cite>Princesse</cite>, etc. Je
+signale encore sur le même sujet <cite>Filles du monde</cite>,
+une forte étude de M. Oudinot, qu'il faudrait
ranger parmi les jeunes impressionnistes d'avenir.</p>
-<p><a name="Footnote_69" id="Footnote_69" href="#FNanchor_69" class="label">[69]</a> Cf. la préface de <cite>Chonchette</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_69" id="Footnote_69" href="#FNanchor_69" class="label">[69]</a> Cf. la préface de <cite>Chonchette</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_70" id="Footnote_70" href="#FNanchor_70" class="label">[70]</a> Depuis, M. Rod a donné un pendant à la
-<cite>Course à la mort</cite>. Je renvoie sur ce très beau livre,
-<cite>Le Sens de la vie</cite>, à un excellent article de M. Charles
-Maurras, dans l'<cite>Instruction publique</cite> du 16 février
-1889. Le «pessimiste» de M. Rod finit par trouver
+<p><a name="Footnote_70" id="Footnote_70" href="#FNanchor_70" class="label">[70]</a> Depuis, M. Rod a donné un pendant à la
+<cite>Course à la mort</cite>. Je renvoie sur ce très beau livre,
+<cite>Le Sens de la vie</cite>, à un excellent article de M. Charles
+Maurras, dans l'<cite>Instruction publique</cite> du 16 février
+1889. Le «pessimiste» de M. Rod finit par trouver
le bonheur dans le mariage. Ainsi la vie
-«prend un sens» pour lui. Soit! dit M. Maurras,
-mais adoptez le conseil. Est-il si sûr que le
-mariage vous guérisse aussi? «Ce jeune homme
-se marie; il aurait pu très bien se faire, précisément
-à cause de sa misanthropie et de son shopenhauérisme
-intellectuel, qu'il se refusât obstinément
-au mariage. Admettons que la nécessité,
-l'amour&mdash;qui est la plus efficace des nécessités&mdash;lui
-ait imposé ces justes noces; le héros de
+«prend un sens» pour lui. Soit! dit M. Maurras,
+mais adoptez le conseil. Est-il si sûr que le
+mariage vous guérisse aussi? «Ce jeune homme
+se marie; il aurait pu très bien se faire, précisément
+à cause de sa misanthropie et de son shopenhauérisme
+intellectuel, qu'il se refusât obstinément
+au mariage. Admettons que la nécessité,
+l'amour&mdash;qui est la plus efficace des nécessités&mdash;lui
+ait imposé ces justes noces; le héros de
M. Rod a toujours ce bonheur immense, et peu
-prévu pour un analyste comme lui, de ne pas
-rencontrer dans le caractère, dans le tempérament
-de sa jeune femme, ces antipathies foncières
-contre lesquelles le pauvre amour éclate
-en morceaux comme un verre lancé contre une
-muraille. Il y a des différences dans leur pensée;
+prévu pour un analyste comme lui, de ne pas
+rencontrer dans le caractère, dans le tempérament
+de sa jeune femme, ces antipathies foncières
+contre lesquelles le pauvre amour éclate
+en morceaux comme un verre lancé contre une
+muraille. Il y a des différences dans leur pensée;
il y a dans leurs personnes des points muets,
des places qui ne vibrent pas&mdash;ou pas encore.
-Mais l'analyste, le chercheur, si bien qu'il pénètre,
-ne fait nulle part dans l'aimée cette angoissante
-découverte de l'<em>ennemie</em>, de l'<em>autre</em>, qui ôte au
-bonheur souhaité jusqu'à la possibilité d'être.
-Oh! le héros de M. Rod est un heureux! Et les
-événements arrivent bien à point, ni une heure
-trop tôt, ni une heure trop tard, pour lui révéler
-chacun des nouveaux liens qui l'ont rattaché à
+Mais l'analyste, le chercheur, si bien qu'il pénètre,
+ne fait nulle part dans l'aimée cette angoissante
+découverte de l'<em>ennemie</em>, de l'<em>autre</em>, qui ôte au
+bonheur souhaité jusqu'à la possibilité d'être.
+Oh! le héros de M. Rod est un heureux! Et les
+événements arrivent bien à point, ni une heure
+trop tôt, ni une heure trop tard, pour lui révéler
+chacun des nouveaux liens qui l'ont rattaché à
la vie sans qu'il y ait pris garde.&mdash;Tu croyais
ne pas aimer ta femme! Mais vois donc, malheureux,
-comme te voilà jaloux de l'enfant avec
+comme te voilà jaloux de l'enfant avec
qui il va falloir que tu partages sa tendresse! Tu
-croyais n'aimer pas ta fille, «ce paquet de chair
-rouge qui se violace et qui glousse», dont ta
+croyais n'aimer pas ta fille, «ce paquet de chair
+rouge qui se violace et qui glousse», dont ta
femme a tant souffert pendant cette nuit mortelle
-où tu te convulsais de rage, de honte et de peur,
-aux cris de l'accouchée,&mdash;cette petite envahissante
-qui t'a volé jusqu'aux soins de ta vieille
-bonne, a troublé le travail de tes soirs, le repos
+où tu te convulsais de rage, de honte et de peur,
+aux cris de l'accouchée,&mdash;cette petite envahissante
+qui t'a volé jusqu'aux soins de ta vieille
+bonne, a troublé le travail de tes soirs, le repos
de tes nuits,&mdash;qu'as-tu donc, si tu ne l'aimes
-pas, à trembler comme un peuplier à la pensée
+pas, à trembler comme un peuplier à la pensée
de te voir enlever ta petite Marie?&mdash;Et c'est
-tout le temps ainsi. Mais si la petite Marie était
-morte, je vois distinctement à quelles récriminations
-blasphématoires l'aventure «paternelle»
+tout le temps ainsi. Mais si la petite Marie était
+morte, je vois distinctement à quelles récriminations
+blasphématoires l'aventure «paternelle»
aurait pu tourner; et j'en dirai autant de l'aventure
-«mariage», car la naissance de Marie aurait
-pu être indéfiniment retardée par l'un quelconque
+«mariage», car la naissance de Marie aurait
+pu être indéfiniment retardée par l'un quelconque
des scrupules philosophiques de l'homme, l'une
-quelconque des appréhensions très modernes de
-la femme, ou par les précautions malthusiennes
-de tous les deux. Le héros de M. Rod risquait,
-en ce cas, d'ignorer perpétuellement son amour
-pour madame; et, à force de chercher en elle
-la petite bête, l'endroit défectueux, c'eût été bien
-le diable s'il ne l'eût découvert à la fin.»</p>
-
-<p><a name="Footnote_71" id="Footnote_71" href="#FNanchor_71" class="label">[71]</a> La littérature est une mère avare. M. Quellien,
-comme tant d'autres, est employé dans un
-de nos ministères.</p>
-
-<p><a name="Footnote_72" id="Footnote_72" href="#FNanchor_72" class="label">[72]</a> J'ai connu trop tard le livre de M. François
-Sauvy: <cite>Loin de la vie</cite>, pour donner à l'auteur la
-place qu'il mériterait. Du moins, signalerai-je
-le livre pour un des meilleurs romans «psychologiques»
-de ces dernières années.</p>
-
-<p><a name="Footnote_73" id="Footnote_73" href="#FNanchor_73" class="label">[73]</a> Cf. <cite>Fragments d'un livre inédit</cite> et <cite>Le livre
-d'une Mère</cite>.</p>
+quelconque des appréhensions très modernes de
+la femme, ou par les précautions malthusiennes
+de tous les deux. Le héros de M. Rod risquait,
+en ce cas, d'ignorer perpétuellement son amour
+pour madame; et, à force de chercher en elle
+la petite bête, l'endroit défectueux, c'eût été bien
+le diable s'il ne l'eût découvert à la fin.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_71" id="Footnote_71" href="#FNanchor_71" class="label">[71]</a> La littérature est une mère avare. M. Quellien,
+comme tant d'autres, est employé dans un
+de nos ministères.</p>
+
+<p><a name="Footnote_72" id="Footnote_72" href="#FNanchor_72" class="label">[72]</a> J'ai connu trop tard le livre de M. François
+Sauvy: <cite>Loin de la vie</cite>, pour donner à l'auteur la
+place qu'il mériterait. Du moins, signalerai-je
+le livre pour un des meilleurs romans «psychologiques»
+de ces dernières années.</p>
+
+<p><a name="Footnote_73" id="Footnote_73" href="#FNanchor_73" class="label">[73]</a> Cf. <cite>Fragments d'un livre inédit</cite> et <cite>Le livre
+d'une Mère</cite>.</p>
<p><a name="Footnote_74" id="Footnote_74" href="#FNanchor_74" class="label">[74]</a> N'est-ce point un peu ce qu'a fait M. Maurice
-Barrès?</p>
+Barrès?</p>
<p><a name="Footnote_75" id="Footnote_75" href="#FNanchor_75" class="label">[75]</a> Principaux livres de M. France: Dans le
-roman, <cite>Les désirs de Jean Servien</cite>, <cite>Le crime de
+roman, <cite>Les désirs de Jean Servien</cite>, <cite>Le crime de
Sylvestre Bonnard</cite>, <cite>Jocaste</cite>, <cite>Balthazar</cite>, <cite>Le livre d'un
-enfant</cite>. En poésie, <cite>Les noces corinthiennes</cite>. En
-critique, <cite>La vie littéraire</cite> (série).</p>
+enfant</cite>. En poésie, <cite>Les noces corinthiennes</cite>. En
+critique, <cite>La vie littéraire</cite> (série).</p>
-<p><a name="Footnote_76" id="Footnote_76" href="#FNanchor_76" class="label">[76]</a> C'est peut-être à M. France qu'il faudrait
+<p><a name="Footnote_76" id="Footnote_76" href="#FNanchor_76" class="label">[76]</a> C'est peut-être à M. France qu'il faudrait
rattacher M. Gilbert-Augustin Thierry, encore
-qu'il prétende à ne relever que de lui-même. On
-connaît de M. Thierry <cite>Les aventures d'une âme
-en peine</cite>, le <cite>Capitaine sans façon</cite>, surtout <cite>Marfa</cite> et
-<cite>La tresse blonde</cite>, d'où date son succès. Ce dernier
-livre est précédé d'une sorte de manifeste où je
-relève ce qui suit, pour la curiosité: «Notre vieux
-roman d'<em>observation</em> se meurt d'épuisement. (On
-ne s'en douterait guère....) Désormais l'étude de
+qu'il prétende à ne relever que de lui-même. On
+connaît de M. Thierry <cite>Les aventures d'une âme
+en peine</cite>, le <cite>Capitaine sans façon</cite>, surtout <cite>Marfa</cite> et
+<cite>La tresse blonde</cite>, d'où date son succès. Ce dernier
+livre est précédé d'une sorte de manifeste où je
+relève ce qui suit, pour la curiosité: «Notre vieux
+roman d'<em>observation</em> se meurt d'épuisement. (On
+ne s'en douterait guère....) Désormais l'étude de
l'homme doit poursuivre sa recherche plus haut
-que l'homme, vers ces régions de l'Infini dont
-nous sommes des atômes passionnels.... Se haussant
-vers l'Occulte, s'élevant jusqu'au grand Inconnu,
+que l'homme, vers ces régions de l'Infini dont
+nous sommes des atômes passionnels.... Se haussant
+vers l'Occulte, s'élevant jusqu'au grand Inconnu,
hardiment, le roman nouveau devra s'efforcer
-à pénétrer les abîmes réputés impénétrables,
-à percer les ténèbres dont l'absolu
-enveloppe son être.... L'absolu providentiel une
-fois dégagé, l'homme observé dans ses passions
-sera placé alors par son analyste en face des lois
+à pénétrer les abîmes réputés impénétrables,
+à percer les ténèbres dont l'absolu
+enveloppe son être.... L'absolu providentiel une
+fois dégagé, l'homme observé dans ses passions
+sera placé alors par son analyste en face des lois
immuables, aux prises avec elles et sous leurs
-étreintes. Aussitôt bien des questions troublantes
-se présenteront à la divination de l'artiste-penseur...»
+étreintes. Aussitôt bien des questions troublantes
+se présenteront à la divination de l'artiste-penseur...»
C'est un beau ph&oelig;bus pour dire que les
sciences hypnotiques ouvrent une nouvelle voie
-à la curiosité du romancier. Et, en effet, toute
-une littérature hypnotique s'échafaude, avec la
+à la curiosité du romancier. Et, en effet, toute
+une littérature hypnotique s'échafaude, avec la
<cite>Marfa</cite> de M. Thierry, l'<cite>Inconnu</cite> de M. Paul
-Hervieu, le <cite>Jean Mornas</cite> de M. Claretie, la série
-de la <cite>Décadence latine</cite> de M. Péladan, l'<cite>Uranie</cite> de
+Hervieu, le <cite>Jean Mornas</cite> de M. Claretie, la série
+de la <cite>Décadence latine</cite> de M. Péladan, l'<cite>Uranie</cite> de
M. Camille Flammarion, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_77" id="Footnote_77" href="#FNanchor_77" class="label">[77]</a> Suivi de quelques autres groupés sous le
+<p><a name="Footnote_77" id="Footnote_77" href="#FNanchor_77" class="label">[77]</a> Suivi de quelques autres groupés sous le
titre du premier.</p>
-<p><a name="Footnote_78" id="Footnote_78" href="#FNanchor_78" class="label">[78]</a> Jésus ayant dit à Pilate: «Je suis venu
-dans le monde pour rendre témoignage à la vérité;
-quiconque est de la vérité écoute ma voix»,
-Pilate lui répondit: «Qu'est-ce que la vérité?»</p>
-
-<p><a name="Footnote_79" id="Footnote_79" href="#FNanchor_79" class="label">[79]</a> Je n'ai voulu rien changer à ceci, qui fut
-écrit quand Tellier vivait encore. Notre pauvre
-ami n'avait publié qu'un livre: <cite>Nos poètes</cite>, et des
-articles, çà et là, au <cite>Gaulois</cite>, au <cite>Parti national</cite> et
-aux <cite>Annales</cite>. Mais il avait la tête pleine de projets.
-Il méditait un livre sur la poésie lyrique au
-moyen âge, un autre sur l'érudition des romantiques,
-un autre sur la versification française au
-<span class="smcap">XIX</span><sup>e</sup> siècle, un autre sur le <cite>Timon</cite> de Libanius
+<p><a name="Footnote_78" id="Footnote_78" href="#FNanchor_78" class="label">[78]</a> Jésus ayant dit à Pilate: «Je suis venu
+dans le monde pour rendre témoignage à la vérité;
+quiconque est de la vérité écoute ma voix»,
+Pilate lui répondit: «Qu'est-ce que la vérité?»</p>
+
+<p><a name="Footnote_79" id="Footnote_79" href="#FNanchor_79" class="label">[79]</a> Je n'ai voulu rien changer à ceci, qui fut
+écrit quand Tellier vivait encore. Notre pauvre
+ami n'avait publié qu'un livre: <cite>Nos poètes</cite>, et des
+articles, çà et là, au <cite>Gaulois</cite>, au <cite>Parti national</cite> et
+aux <cite>Annales</cite>. Mais il avait la tête pleine de projets.
+Il méditait un livre sur la poésie lyrique au
+moyen âge, un autre sur l'érudition des romantiques,
+un autre sur la versification française au
+<span class="smcap">XIX</span><sup>e</sup> siècle, un autre sur le <cite>Timon</cite> de Libanius
et la sophistique grecque. Tout cela est perdu.
-Il laisse seulement un livre de vers, <cite>La Cité
-intérieure</cite>, que ses amis publieront bientôt et qui
+Il laisse seulement un livre de vers, <cite>La Cité
+intérieure</cite>, que ses amis publieront bientôt et qui
le classera en un haut rang, et, avec ses contes
-philosophiques et ses poèmes en prose, la matière
-d'un livre de mélanges. Lui-même devait les
-réunir à son retour d'Alger; il y aurait joint
-deux contes qu'il caressait dans sa tête: <cite>Le maître
-d'école de Ravenne</cite> et <cite>Le voyage du rhéteur
-Epidius</cite>. Le livre se fût appelé <cite>La mort</cite>. Hélas!
+philosophiques et ses poèmes en prose, la matière
+d'un livre de mélanges. Lui-même devait les
+réunir à son retour d'Alger; il y aurait joint
+deux contes qu'il caressait dans sa tête: <cite>Le maître
+d'école de Ravenne</cite> et <cite>Le voyage du rhéteur
+Epidius</cite>. Le livre se fût appelé <cite>La mort</cite>. Hélas!
cette mort, dont il inscrivait ainsi d'avance le
-nom sur son livre, elle est venue à vingt-six ans
+nom sur son livre, elle est venue à vingt-six ans
pour notre ami, pour la plus noble et la plus
-belle des intelligences de cette génération. Sa
-mort a été une consternation sans égale, et l'on
+belle des intelligences de cette génération. Sa
+mort a été une consternation sans égale, et l'on
peut dire qu'aucun jeune homme, depuis ce
-Maurice de Guérin qu'il aimait tant et dont la
-destinée fut si voisine de la sienne, n'a emporté
+Maurice de Guérin qu'il aimait tant et dont la
+destinée fut si voisine de la sienne, n'a emporté
avec lui un regret si universel.</p>
<p>Suivent les titres des <cite>Contes</cite> et des <cite>Proses</cite> qui
ont paru de lui, tant dans les <cite>Chroniques</cite> qu'au
-<cite>Parti-national</cite>: <cite>Le pacte de l'écolier Juan</cite>, <cite>Nocturne</cite>,
-<cite>Discours à la bien-aimée</cite>, <cite>Les notes de Tristan
-Noël</cite>, <cite>Les deux paradis d'Abd-er-Rhaman</cite>. Je
+<cite>Parti-national</cite>: <cite>Le pacte de l'écolier Juan</cite>, <cite>Nocturne</cite>,
+<cite>Discours à la bien-aimée</cite>, <cite>Les notes de Tristan
+Noël</cite>, <cite>Les deux paradis d'Abd-er-Rhaman</cite>. Je
citerai le plus court de ces admirables morceaux:
<cite>Nocturne</cite>.</p>
-<p>«Nous quittâmes la Gaule sur un vaisseau qui
-partait de Massilia, un soir d'automne, à la tombée
+<p>«Nous quittâmes la Gaule sur un vaisseau qui
+partait de Massilia, un soir d'automne, à la tombée
de la nuit.</p>
-<p>«Et cette nuit-là et la suivante, je restai seul
-éveillé sur le pont, tantôt écoutant gémir le vent
-sur la mer, et songeant à des regrets, et tantôt
+<p>«Et cette nuit-là et la suivante, je restai seul
+éveillé sur le pont, tantôt écoutant gémir le vent
+sur la mer, et songeant à des regrets, et tantôt
aussi contemplant les flots nocturnes et me
-perdant en d'autres rêves.</p>
+perdant en d'autres rêves.</p>
-<p>«Car c'est la mer sacrée, la mer mystérieuse
-où il y a trente siècles le subtil et malheureux
+<p>«Car c'est la mer sacrée, la mer mystérieuse
+où il y a trente siècles le subtil et malheureux
Ulysse, agita ses longues erreurs; le subtile
-Ulysse, qui, délivré des périls marins, devait encore,
-d'après Tirésias, parcourir des terres nombreuses,
-portant une rame sur l'épaule, jusqu'à
-ce qu'il rencontrât des hommes si ignorants de
+Ulysse, qui, délivré des périls marins, devait encore,
+d'après Tirésias, parcourir des terres nombreuses,
+portant une rame sur l'épaule, jusqu'à
+ce qu'il rencontrât des hommes si ignorants de
la navigation qu'ils prissent ce fardeau pour une
-aile de moulin à vent.</p>
+aile de moulin à vent.</p>
-<p>«C'est la mer que sillonnaient jadis sur les
-galères et les trirèmes les vieux poètes et les
-vieux sages; et comme ils se tenaient debout à
+<p>«C'est la mer que sillonnaient jadis sur les
+galères et les trirèmes les vieux poètes et les
+vieux sages; et comme ils se tenaient debout à
la poupe, au milieu des matelots attentifs, attentive
-elle-même, elle a écouté en des nuits pareilles
-les chansons d'Homère et les paroles de
+elle-même, elle a écouté en des nuits pareilles
+les chansons d'Homère et les paroles de
Solon.</p>
-<p>«Et c'est aussi la mer où, dans les premiers
-siècles de l'erreur chrétienne, alors que le règne
-de la sainte nature finissait et que commençait
-celui de l'ascétisme cruel, le patron d'une barque
+<p>«Et c'est aussi la mer où, dans les premiers
+siècles de l'erreur chrétienne, alors que le règne
+de la sainte nature finissait et que commençait
+celui de l'ascétisme cruel, le patron d'une barque
africaine entendit des voix dans l'ombre, et l'une
-d'entre elles l'appeler et lui dire: «Le grand
+d'entre elles l'appeler et lui dire: «Le grand
Pan est mort! Va-t'en parmi les hommes, et annonce-leur
-que le grand Pan est mort!»</p>
+que le grand Pan est mort!»</p>
-<p>«Et, par la mystérieuse nuit sans étoiles, sur
+<p>«Et, par la mystérieuse nuit sans étoiles, sur
le chaos noir de la mer et sous le noir chaos du
-ciel, il y avait quelque chose de triste et d'étrange
-à songer que peut-être l'endroit innommé,
+ciel, il y avait quelque chose de triste et d'étrange
+à songer que peut-être l'endroit innommé,
mouvant et obscur, que traversait notre vaisseau
-avait vu passer tous ces fantômes, et qu'il n'en
-avait rien gardé.</p>
+avait vu passer tous ces fantômes, et qu'il n'en
+avait rien gardé.</p>
-<p>«Et c'est parce que cette pensée me vint, et
-qu'elle me parut étrange et triste, et qu'elle
-troubla longtemps mon c&oelig;ur de rhéteur ennuyé,
+<p>«Et c'est parce que cette pensée me vint, et
+qu'elle me parut étrange et triste, et qu'elle
+troubla longtemps mon c&oelig;ur de rhéteur ennuyé,
qu'il m'est possible encore, entre tant d'heures
-oubliées, d'évoquer ces lointaines heures noires
-où je rêvais seul sur le pont du navire parti de
-Massilia, un soir d'automne, à la tombée de la
-nuit.»</p>
+oubliées, d'évoquer ces lointaines heures noires
+où je rêvais seul sur le pont du navire parti de
+Massilia, un soir d'automne, à la tombée de la
+nuit.»</p>
-<p><a name="Footnote_80" id="Footnote_80" href="#FNanchor_80" class="label">[80]</a> Cf. N<sup>o</sup> 2 des <cite>Chroniques</cite> (livraison de décembre
+<p><a name="Footnote_80" id="Footnote_80" href="#FNanchor_80" class="label">[80]</a> Cf. N<sup>o</sup> 2 des <cite>Chroniques</cite> (livraison de décembre
1887).</p>
-<p><a name="Footnote_81" id="Footnote_81" href="#FNanchor_81" class="label">[81]</a> On peut croire que M. Dumas a raconté
-cette crise de son génie dans ce fragment de <cite>La
+<p><a name="Footnote_81" id="Footnote_81" href="#FNanchor_81" class="label">[81]</a> On peut croire que M. Dumas a raconté
+cette crise de son génie dans ce fragment de <cite>La
dame aux perles</cite>:</p>
-<p>«Jusqu'au jour où Jacques avait connu la duchesse,
-il avait été un homme de talent, mais
+<p>«Jusqu'au jour où Jacques avait connu la duchesse,
+il avait été un homme de talent, mais
comme il y en a beaucoup, comme il y en aura
toujours, comme tout le monde peut le devenir
-avec un peu d'étude, de jeunesse, de nature et
-de sentiment. Au début de sa carrière agréable,
-heureuse, distinguée, un amour prit tout à coup
+avec un peu d'étude, de jeunesse, de nature et
+de sentiment. Au début de sa carrière agréable,
+heureuse, distinguée, un amour prit tout à coup
dans sa vie une grande importance et brusquement
-relégua au second plan ce talent si peu
-sûr de lui-même. Il souffrit de cet amour. Ce fut
+relégua au second plan ce talent si peu
+sûr de lui-même. Il souffrit de cet amour. Ce fut
le commencement de sa transformation. Jamais
-il ne s'était avoué si complètement son infériorité,
-son inutilité en art. Alors commença son
-véritable travail, germa en lui la consolation
-réelle avec l'ambition de devenir un maître à
-son tour. Il admit pour lui la possibilité d'entreprendre
+il ne s'était avoué si complètement son infériorité,
+son inutilité en art. Alors commença son
+véritable travail, germa en lui la consolation
+réelle avec l'ambition de devenir un maître à
+son tour. Il admit pour lui la possibilité d'entreprendre
plus qu'il n'avait fait jusqu'alors. A son
-grand étonnement, quand il se mit à l'&oelig;uvre, il
-trouva en lui des accents pleins, énergiques et
-mâles, qu'il avait ignorés jusqu'alors, impression
-facile d'une âme civilisée par la douleur.
-Son talent, éclairé et façonné par ces émotions
+grand étonnement, quand il se mit à l'&oelig;uvre, il
+trouva en lui des accents pleins, énergiques et
+mâles, qu'il avait ignorés jusqu'alors, impression
+facile d'une âme civilisée par la douleur.
+Son talent, éclairé et façonné par ces émotions
intimes, prenait la couleur et le contour, sans
-qu'il sût positivement ce qu'il faisait, sans qu'il
-se fatiguât en efforts.»</p>
+qu'il sût positivement ce qu'il faisait, sans qu'il
+se fatiguât en efforts.»</p>
-<p><a name="Footnote_82" id="Footnote_82" href="#FNanchor_82" class="label">[82]</a> Son père disait de lui: «Ce n'est pas de la
-littérature qu'il fait, c'est de la musique; on ne
-voit que des barres, et, de temps à autre, quelques
-paroles.»</p>
+<p><a name="Footnote_82" id="Footnote_82" href="#FNanchor_82" class="label">[82]</a> Son père disait de lui: «Ce n'est pas de la
+littérature qu'il fait, c'est de la musique; on ne
+voit que des barres, et, de temps à autre, quelques
+paroles.»</p>
-<p><a name="Footnote_83" id="Footnote_83" href="#FNanchor_83" class="label">[83]</a> Mort récemment.</p>
+<p><a name="Footnote_83" id="Footnote_83" href="#FNanchor_83" class="label">[83]</a> Mort récemment.</p>
<p><a name="Footnote_84" id="Footnote_84" href="#FNanchor_84" class="label">[84]</a></p>
<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Arsène Houssaye, à qui souvent, le c&oelig;ur troublé</p>
-<p class="i2"> Rêvent les jeunes filles,</p>
-<p>A des cheveux pareils à ceux des champs de blé</p>
+<p>Arsène Houssaye, à qui souvent, le c&oelig;ur troublé</p>
+<p class="i2"> Rêvent les jeunes filles,</p>
+<p>A des cheveux pareils à ceux des champs de blé</p>
<p class="i2"> Tombant sous les faucilles.</p>
</div>
<div class="stanza">
@@ -6823,464 +6785,464 @@ paroles.»</p>
</div></div>
<p><a name="Footnote_85" id="Footnote_85" href="#FNanchor_85" class="label">[85]</a> Cf. <cite>Contes pour les femmes</cite>, <cite>La couronne de
-bleuets</cite>, <cite>les Grandes Dames</cite>, <cite>Les comédiens sans le
+bleuets</cite>, <cite>les Grandes Dames</cite>, <cite>Les comédiens sans le
savoir</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_86" id="Footnote_86" href="#FNanchor_86" class="label">[86]</a> Cf. <cite>A outrance</cite>, <cite>70 et 90</cite>, <cite>Le petit manuel du
-parfait causeur parisien</cite>, <cite>Sans queue ni tête</cite>, etc.</p>
+parfait causeur parisien</cite>, <cite>Sans queue ni tête</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_87" id="Footnote_87" href="#FNanchor_87" class="label">[87]</a> Cf. <cite>Ohé, vitrier!</cite> <cite>Boutique de plâtres</cite>, <cite>Paris
+<p><a name="Footnote_87" id="Footnote_87" href="#FNanchor_87" class="label">[87]</a> Cf. <cite>Ohé, vitrier!</cite> <cite>Boutique de plâtres</cite>, <cite>Paris
vicieux</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_88" id="Footnote_88" href="#FNanchor_88" class="label">[88]</a> Cf. <cite>Diogène le chien</cite>, <cite>La bêtise parisienne</cite>, et
+<p><a name="Footnote_88" id="Footnote_88" href="#FNanchor_88" class="label">[88]</a> Cf. <cite>Diogène le chien</cite>, <cite>La bêtise parisienne</cite>, et
dans le roman l'<cite>Inconnu</cite> surtout.</p>
-<p><a name="Footnote_89" id="Footnote_89" href="#FNanchor_89" class="label">[89]</a> Cf. <cite>Tarte à la crème</cite>, <cite>Entre minuit et une
+<p><a name="Footnote_89" id="Footnote_89" href="#FNanchor_89" class="label">[89]</a> Cf. <cite>Tarte à la crème</cite>, <cite>Entre minuit et une
heure</cite>, <cite>Point et virgule</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_90" id="Footnote_90" href="#FNanchor_90" class="label">[90]</a> Cf. la série des <cite>Gaietés de l'année</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_90" id="Footnote_90" href="#FNanchor_90" class="label">[90]</a> Cf. la série des <cite>Gaietés de l'année</cite>.</p>
<p><a name="Footnote_91" id="Footnote_91" href="#FNanchor_91" class="label">[91]</a> Cf. <cite>Notes sur Paris</cite>.</p>
<p><a name="Footnote_92" id="Footnote_92" href="#FNanchor_92" class="label">[92]</a> Cf. les <cite>Jeudis de Madame Charbonneau</cite>, <cite>Mes
-mémoires</cite>, etc. Dans le roman: <cite>Un filleul de Beaumarchais</cite>,
+mémoires</cite>, etc. Dans le roman: <cite>Un filleul de Beaumarchais</cite>,
<cite>Contes d'un planteur de choux</cite>, <cite>Entre
chien et loup</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_93" id="Footnote_93" href="#FNanchor_93" class="label">[93]</a> Cf. <cite>Fruits défendus</cite>, <cite>Paris aux cent coups</cite>,
+<p><a name="Footnote_93" id="Footnote_93" href="#FNanchor_93" class="label">[93]</a> Cf. <cite>Fruits défendus</cite>, <cite>Paris aux cent coups</cite>,
<cite>Le roman de Folette</cite>, <cite>l'Esprit du Boulevard</cite>, <cite>Paris
-en caleçon</cite>, etc.</p>
+en caleçon</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_94" id="Footnote_94" href="#FNanchor_94" class="label">[94]</a> Cf. les recueils de <cite>La vie à Paris</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_94" id="Footnote_94" href="#FNanchor_94" class="label">[94]</a> Cf. les recueils de <cite>La vie à Paris</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_95" id="Footnote_95" href="#FNanchor_95" class="label">[95]</a> Cf. l'<cite>Invalide à la tête de bois</cite>, <cite>Zoologie morale</cite>,
-etc., et dans le roman <cite>Fusil chargé</cite> et <cite>Chimère</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_95" id="Footnote_95" href="#FNanchor_95" class="label">[95]</a> Cf. l'<cite>Invalide à la tête de bois</cite>, <cite>Zoologie morale</cite>,
+etc., et dans le roman <cite>Fusil chargé</cite> et <cite>Chimère</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_96" id="Footnote_96" href="#FNanchor_96" class="label">[96]</a> Cf. les <cite>Bêtises vraies</cite>, <cite>Les petites comédies du
+<p><a name="Footnote_96" id="Footnote_96" href="#FNanchor_96" class="label">[96]</a> Cf. les <cite>Bêtises vraies</cite>, <cite>Les petites comédies du
vice</cite>, <cite>Les petits drames de la vertu</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_97" id="Footnote_97" href="#FNanchor_97" class="label">[97]</a> Cf. les <cite>Français de la décadence</cite>, <cite>la Grande
-Bohème</cite>, <cite>Les signes du temps</cite>, etc.</p>
+<p><a name="Footnote_97" id="Footnote_97" href="#FNanchor_97" class="label">[97]</a> Cf. les <cite>Français de la décadence</cite>, <cite>la Grande
+Bohème</cite>, <cite>Les signes du temps</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_98" id="Footnote_98" href="#FNanchor_98" class="label">[98]</a> Voir surtout la collection des <cite>Guêpes</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_98" id="Footnote_98" href="#FNanchor_98" class="label">[98]</a> Voir surtout la collection des <cite>Guêpes</cite>.</p>
<p><a name="Footnote_99" id="Footnote_99" href="#FNanchor_99" class="label">[99]</a> Cf. <em>Les contemporains</em>, art. <em>De Glouvet</em>. C'est ce
-qu'a fait, en les reliant d'un commentaire délicat,
-M. Charles Fuster, avec les vers des <em>Poètes
+qu'a fait, en les reliant d'un commentaire délicat,
+M. Charles Fuster, avec les vers des <em>Poètes
de clocher</em>.</p>
<p><a name="Footnote_100" id="Footnote_100" href="#FNanchor_100" class="label">[100]</a> Cf. <em>La Terre</em>, de M. Zola.</p>
-<p><a name="Footnote_101" id="Footnote_101" href="#FNanchor_101" class="label">[101]</a> Cf. <em>Cézette</em>, de M. Pouvillon.</p>
+<p><a name="Footnote_101" id="Footnote_101" href="#FNanchor_101" class="label">[101]</a> Cf. <em>Cézette</em>, de M. Pouvillon.</p>
-<p><a name="Footnote_102" id="Footnote_102" href="#FNanchor_102" class="label">[102]</a> Cf. <em>Cézette</em>.</p>
+<p><a name="Footnote_102" id="Footnote_102" href="#FNanchor_102" class="label">[102]</a> Cf. <em>Cézette</em>.</p>
-<p><a name="Footnote_103" id="Footnote_103" href="#FNanchor_103" class="label">[103]</a> Cf. Apulée: <em>L'Ane d'or</em>.</p>
+<p><a name="Footnote_103" id="Footnote_103" href="#FNanchor_103" class="label">[103]</a> Cf. Apulée: <em>L'Ane d'or</em>.</p>
-<p><a name="Footnote_104" id="Footnote_104" href="#FNanchor_104" class="label">[104]</a> Le mot est de M. Rod, qui est lui-même un
+<p><a name="Footnote_104" id="Footnote_104" href="#FNanchor_104" class="label">[104]</a> Le mot est de M. Rod, qui est lui-même un
romancier de grand talent. On le retrouvera au
chapitre des <em>Philosophes</em>.</p>
<p><a name="Footnote_105" id="Footnote_105" href="#FNanchor_105" class="label">[105]</a> Cf. <em>Les &oelig;illets de Kerlaz</em> (<em>La flouve odorante</em>).
p. 172.</p>
-<p><a name="Footnote_106" id="Footnote_106" href="#FNanchor_106" class="label">[106]</a> «J'ai une idée claire et distincte du chiliogone,
-dit Descartes; mais je ne puis l'imaginer.»
+<p><a name="Footnote_106" id="Footnote_106" href="#FNanchor_106" class="label">[106]</a> «J'ai une idée claire et distincte du chiliogone,
+dit Descartes; mais je ne puis l'imaginer.»
Rapprochez, par contraste, les jolis vers
-de M. Frédéric Plessis dans sa <em>Lampe d'argile</em>:</p>
+de M. Frédéric Plessis dans sa <em>Lampe d'argile</em>:</p>
<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Oh! puissé-je revoir...</p>
-<p>L'allée au banc de pierre et, devant la maison,</p>
+<p>Oh! puissé-je revoir...</p>
+<p>L'allée au banc de pierre et, devant la maison,</p>
<p><i>Cet arbuste inconnu dont la fleur est si rose</i>.</p>
</div></div>
<p>En effet, cela m'en dit plus que tous les termes
-savants, à moi qui ne suis pas forcé d'être un
+savants, à moi qui ne suis pas forcé d'être un
botaniste.</p>
-<p>M. Theuriet a beaucoup écrit. En vers, c'est
-notre premier poète rustique. Il y est incomparable.
-Dans le roman, outre les livres que j'ai cités
-de lui, il faut connaître: <cite>Madame Heurteloup</cite>,
-<cite>Tante Aurélie</cite ><cite>Raymonde</cite> <cite>Le fils Maugars</cite>, <cite>Toute
-seule</cite>, <cite>Eusèbe Lombard</cite>, <cite>Le Mariage de Gérard</cite>,
-<cite>L'Amoureux de la Préfète</cite>, etc.</p>
-
-<p><a name="Footnote_107" id="Footnote_107" href="#FNanchor_107" class="label">[107]</a> Cf. <cite>L'Idéal</cite>, <cite>Le Forestier</cite>, <cite>Le Marinier</cite>, <cite>Le Père</cite>,
-<cite>Le Berger</cite>, etc. M. de Glouvet a publié sous l'anonyme,
-depuis que ceci est écrit, un roman à
-manifeste, intitulé: <cite>Marie Fougère</cite>, et qui s'est
-attiré une riposte assez vive de M. Alphonse
+<p>M. Theuriet a beaucoup écrit. En vers, c'est
+notre premier poète rustique. Il y est incomparable.
+Dans le roman, outre les livres que j'ai cités
+de lui, il faut connaître: <cite>Madame Heurteloup</cite>,
+<cite>Tante Aurélie</cite ><cite>Raymonde</cite> <cite>Le fils Maugars</cite>, <cite>Toute
+seule</cite>, <cite>Eusèbe Lombard</cite>, <cite>Le Mariage de Gérard</cite>,
+<cite>L'Amoureux de la Préfète</cite>, etc.</p>
+
+<p><a name="Footnote_107" id="Footnote_107" href="#FNanchor_107" class="label">[107]</a> Cf. <cite>L'Idéal</cite>, <cite>Le Forestier</cite>, <cite>Le Marinier</cite>, <cite>Le Père</cite>,
+<cite>Le Berger</cite>, etc. M. de Glouvet a publié sous l'anonyme,
+depuis que ceci est écrit, un roman à
+manifeste, intitulé: <cite>Marie Fougère</cite>, et qui s'est
+attiré une riposte assez vive de M. Alphonse
Daudet.</p>
<p><a name="Footnote_108" id="Footnote_108" href="#FNanchor_108" class="label">[108]</a> Cf. <cite>Contes</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_109" id="Footnote_109" href="#FNanchor_109" class="label">[109]</a> Cf. <cite>Madame Thérèse</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_109" id="Footnote_109" href="#FNanchor_109" class="label">[109]</a> Cf. <cite>Madame Thérèse</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_110" id="Footnote_110" href="#FNanchor_110" class="label">[110]</a> Cf. <cite>Maître Rok</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_110" id="Footnote_110" href="#FNanchor_110" class="label">[110]</a> Cf. <cite>Maître Rok</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_111" id="Footnote_111" href="#FNanchor_111" class="label">[111]</a> Cf. <cite>Le docteur Mathéus</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_111" id="Footnote_111" href="#FNanchor_111" class="label">[111]</a> Cf. <cite>Le docteur Mathéus</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_112" id="Footnote_112" href="#FNanchor_112" class="label">[112]</a> Cf. <cite>Madame Thérèse</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_112" id="Footnote_112" href="#FNanchor_112" class="label">[112]</a> Cf. <cite>Madame Thérèse</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_113" id="Footnote_113" href="#FNanchor_113" class="label">[113]</a> Cf. <cite>L'abbé Tigrane</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_113" id="Footnote_113" href="#FNanchor_113" class="label">[113]</a> Cf. <cite>L'abbé Tigrane</cite>.</p>
<p><a name="Footnote_114" id="Footnote_114" href="#FNanchor_114" class="label">[114]</a> Cf. <cite>Lucifer</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_115" id="Footnote_115" href="#FNanchor_115" class="label">[115]</a> Cf. <cite>Barnabé</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_115" id="Footnote_115" href="#FNanchor_115" class="label">[115]</a> Cf. <cite>Barnabé</cite>.</p>
<p><a name="Footnote_116" id="Footnote_116" href="#FNanchor_116" class="label">[116]</a> Ce charme, je le retrouve dans le dernier
-roman de M. Fabre: <cite>Norine</cite>. «Le sujet est très
-simple, dit M. Adolphe Brisson, et se résume en
+roman de M. Fabre: <cite>Norine</cite>. «Le sujet est très
+simple, dit M. Adolphe Brisson, et se résume en
deux mots: l'auteur se promenant, en 1842,
-dans un village des Cévennes, où son oncle était
-curé, a rencontré une paysanne qui mangeait des
-cerises avec son fiancé. Il a partagé leur repas
-rustique, accompagné par la musique des chardonnerets.
-Quarante ans après, il retrouve cette
-paysanne établie charbonnière à Paris, dans une
+dans un village des Cévennes, où son oncle était
+curé, a rencontré une paysanne qui mangeait des
+cerises avec son fiancé. Il a partagé leur repas
+rustique, accompagné par la musique des chardonnerets.
+Quarante ans après, il retrouve cette
+paysanne établie charbonnière à Paris, dans une
maison obscure de la rue Visconti. Et c'est
-tout...»</p>
-
-<p><a name="Footnote_117" id="Footnote_117" href="#FNanchor_117" class="label">[117]</a> A bien des titres aussi, il m'eût fallu ranger
-M. Léon Cladel parmi les romanciers de la
-nature. Il a dit quelque part: «Si Paris a tué en
-moi le dévot et le chauvin qui s'y développèrent
-ensemble, il n'a même pas entamé le Celte, le
-paysan, et je reste, à l'instar de mes ancêtres,
-un des mille et mille pygmées fidèles à la grande
+tout...»</p>
+
+<p><a name="Footnote_117" id="Footnote_117" href="#FNanchor_117" class="label">[117]</a> A bien des titres aussi, il m'eût fallu ranger
+M. Léon Cladel parmi les romanciers de la
+nature. Il a dit quelque part: «Si Paris a tué en
+moi le dévot et le chauvin qui s'y développèrent
+ensemble, il n'a même pas entamé le Celte, le
+paysan, et je reste, à l'instar de mes ancêtres,
+un des mille et mille pygmées fidèles à la grande
nature, et aussi, comme mes devanciers, des
-étoiles, de la terre et de l'eau, de tout ce qui
-marche, vole, nage ou rampe, luit et respire.»
-C'est d'un bel effet; mais le côté champêtre n'est
+étoiles, de la terre et de l'eau, de tout ce qui
+marche, vole, nage ou rampe, luit et respire.»
+C'est d'un bel effet; mais le côté champêtre n'est
pas ce qui frappe d'abord chez M. Cladel. Voir
-néanmoins sur les paysans de M. Cladel un
+néanmoins sur les paysans de M. Cladel un
excellent article de M. Charles Buet (<cite>Revue bleue</cite>
du 4 janvier 1890).</p>
-<p><a name="Footnote_118" id="Footnote_118" href="#FNanchor_118" class="label">[118]</a> On connaît, par ailleurs, l'admirable poète
-de la <cite>Chanson des Roses</cite> et de <cite>Toute la Comédie</cite>.
-Comme prosateur, on lui doit encore une très
-fine étude de la vie d'artiste, la <cite>Princesse Pâle</cite>,
-écrite en collaboration avec M. G. Millet et parue
-trop tard pour trouver place ici. Du moins détacherai-je
-du <cite>Gars Périer</cite> un épisode d'un rendu
-intense et profond: c'est celui où Constant Périer,
-le braconnier, à qui un vieux bonhomme,
-le père Marolles, a donné asile dans un réduit
-de la forêt de Bourgon, est pris par les gendarmes
-et grièvement blessé, au moment où, sur les
-instances de sa fiancée, Marie Allain, il se décidait
-à se livrer de lui-même à la justice:</p>
-
-<p>«Une sorte de conseil de guerre avait été tenu.
-Il y fut décidé qu'à tout prix on en finirait avec
-le gars. Et à l'heure même où le père Chenel
-s'en retournait de la forêt à Champ-Viel, près de
-Marie Allain bien impatiente, c'était dans les
-brigades un mouvement inusité, une animation,
+<p><a name="Footnote_118" id="Footnote_118" href="#FNanchor_118" class="label">[118]</a> On connaît, par ailleurs, l'admirable poète
+de la <cite>Chanson des Roses</cite> et de <cite>Toute la Comédie</cite>.
+Comme prosateur, on lui doit encore une très
+fine étude de la vie d'artiste, la <cite>Princesse Pâle</cite>,
+écrite en collaboration avec M. G. Millet et parue
+trop tard pour trouver place ici. Du moins détacherai-je
+du <cite>Gars Périer</cite> un épisode d'un rendu
+intense et profond: c'est celui où Constant Périer,
+le braconnier, à qui un vieux bonhomme,
+le père Marolles, a donné asile dans un réduit
+de la forêt de Bourgon, est pris par les gendarmes
+et grièvement blessé, au moment où, sur les
+instances de sa fiancée, Marie Allain, il se décidait
+à se livrer de lui-même à la justice:</p>
+
+<p>«Une sorte de conseil de guerre avait été tenu.
+Il y fut décidé qu'à tout prix on en finirait avec
+le gars. Et à l'heure même où le père Chenel
+s'en retournait de la forêt à Champ-Viel, près de
+Marie Allain bien impatiente, c'était dans les
+brigades un mouvement inusité, une animation,
un entrain, comme en guerre avant une attaque.
-Les bons gendarmes ciraient leurs bottes, démontaient
+Les bons gendarmes ciraient leurs bottes, démontaient
et nettoyaient leurs carabines, caressaient
-à grandes tapes sur le col et la croupe
-leurs chevaux étonnés. Le boutte-selle sonnait
-sur toutes les lèvres dans les écuries; et ainsi
-qu'elles l'eussent fait si leurs maris s'en étaient
-allés à une guerre véritable, les femmes silencieusement
-regardaient ces préparatifs avec des
+à grandes tapes sur le col et la croupe
+leurs chevaux étonnés. Le boutte-selle sonnait
+sur toutes les lèvres dans les écuries; et ainsi
+qu'elles l'eussent fait si leurs maris s'en étaient
+allés à une guerre véritable, les femmes silencieusement
+regardaient ces préparatifs avec des
yeux douloureux, car probablement le gars se
-défendrait.</p>
-
-<p>«Comme il ne s'agissait pas d'envelopper seulement
-la forêt de Bourgon, mais les bois d'Hermet
-et tout le pays de Jublains à Deux-Evailles,
-les brigades s'ébranlèrent de minuit à deux
-heures du matin, selon que tel ou tel rôle leur
-avait été assigné. Une pluie glaciale tombait. La
-nuit était noire comme poix. Ce furent de tragiques
-départs. Dans les villages qu'on traversait,
+défendrait.</p>
+
+<p>«Comme il ne s'agissait pas d'envelopper seulement
+la forêt de Bourgon, mais les bois d'Hermet
+et tout le pays de Jublains à Deux-Evailles,
+les brigades s'ébranlèrent de minuit à deux
+heures du matin, selon que tel ou tel rôle leur
+avait été assigné. Une pluie glaciale tombait. La
+nuit était noire comme poix. Ce furent de tragiques
+départs. Dans les villages qu'on traversait,
plus d'un, entendant le clapotement des fers des
-chevaux dans l'eau, risqua son nez à la fenêtre
-et frissonna de voir s'enfoncer en les ténèbres
-ces cavalcades d'hommes taciturnes engoncés
+chevaux dans l'eau, risqua son nez à la fenêtre
+et frissonna de voir s'enfoncer en les ténèbres
+ces cavalcades d'hommes taciturnes engoncés
dans leurs manteaux et qu'un bruit d'armes accompagnait.</p>
-<p>«Néanmoins, l'éveil ne fut pas donné, et quand,
-avec l'aube indécise, la battue commença, nul, en
-la forêt de Bourgon, ne soupçonnait ce déploiement
+<p>«Néanmoins, l'éveil ne fut pas donné, et quand,
+avec l'aube indécise, la battue commença, nul, en
+la forêt de Bourgon, ne soupçonnait ce déploiement
de forces.</p>
-<p>«Quant à Constant, il avait chassé toute cette
-nuit, sous la pluie incessante. Et il était revenu
-à la hutte du père Marolles... Là, sur quelques
-fumerons, péniblement allumés dans la baie de
+<p>«Quant à Constant, il avait chassé toute cette
+nuit, sous la pluie incessante. Et il était revenu
+à la hutte du père Marolles... Là, sur quelques
+fumerons, péniblement allumés dans la baie de
la porte, il cuisine son maigre repas et de son
-mieux tâche de se réchauffer, sous ses vêtements
-mouillés.</p>
+mieux tâche de se réchauffer, sous ses vêtements
+mouillés.</p>
-<p>«Il a vidé ses poches; son couteau, de la ficelle,
+<p>«Il a vidé ses poches; son couteau, de la ficelle,
la lettre de Marie Allain sont sur la couchette. Il
-est tranquille, il ne se défie de rien, il tourne le
-dos au bois. Le père Marolles, pendant ce temps,
-était en quête d'un fagot un peu plus sec qui
-consentît à brûler. Il en a trouvé un, et, courbé
+est tranquille, il ne se défie de rien, il tourne le
+dos au bois. Le père Marolles, pendant ce temps,
+était en quête d'un fagot un peu plus sec qui
+consentît à brûler. Il en a trouvé un, et, courbé
sous ce fardeau, il s'achemine.&mdash;Mais les gendarmes
-sont à cent pas. Il les aperçoit, fait demi-tour.</p>
+sont à cent pas. Il les aperçoit, fait demi-tour.</p>
-<p>&mdash;«Eh! eh! dit le brigadier, voilà un bonhomme
-qui change bien vite de résolution.» Le brigadier
-interroge la clairière. Une mince fumée
-bleue s'échappe d'une hutte.</p>
+<p>&mdash;«Eh! eh! dit le brigadier, voilà un bonhomme
+qui change bien vite de résolution.» Le brigadier
+interroge la clairière. Une mince fumée
+bleue s'échappe d'une hutte.</p>
-<p>&mdash;«Allons voir!» dit-il, et, par-dessus les buissons,
-qu'il domine du haut de son carcan, il reconnaît
-Constant à son habillement de velours,
-saute à bas de son cheval, confie les bêtes à l'un
+<p>&mdash;«Allons voir!» dit-il, et, par-dessus les buissons,
+qu'il domine du haut de son carcan, il reconnaît
+Constant à son habillement de velours,
+saute à bas de son cheval, confie les bêtes à l'un
de ses hommes, se dirige avec l'autre vers la
-hutte, s'approche, et tout à coup:</p>
+hutte, s'approche, et tout à coup:</p>
-<p>&mdash;«Perrier!» dit-il.</p>
+<p>&mdash;«Perrier!» dit-il.</p>
-<p>«Constant, à cet appel, s'est dressé sur ses
-pieds. Aussitôt, il a son fusil en main. Et voici
+<p>«Constant, à cet appel, s'est dressé sur ses
+pieds. Aussitôt, il a son fusil en main. Et voici
ce qui a lieu: tandis que le brigadier lui fait
sommations sur sommations, il met un genou en
-terre, il arme son fusil, il épaule. Le brigadier
-n'obtenant de lui que cette réponse, se piète,
+terre, il arme son fusil, il épaule. Le brigadier
+n'obtenant de lui que cette réponse, se piète,
ajuste, tire.. Le coup rate. Constant aurait pu
-trois fois tuer cet homme. Mais non, il a abaissé
+trois fois tuer cet homme. Mais non, il a abaissé
son arme.</p>
-<p>«La seconde balle du brigadier l'atteignit à la
-tête, le jeta à terre.</p>
+<p>«La seconde balle du brigadier l'atteignit à la
+tête, le jeta à terre.</p>
-<p>&mdash;«Mort? hélas! le pauvre gars n'eut pas
-même la chance de mourir ainsi ..»</p>
+<p>&mdash;«Mort? hélas! le pauvre gars n'eut pas
+même la chance de mourir ainsi ..»</p>
-<p><a name="Footnote_119" id="Footnote_119" href="#FNanchor_119" class="label">[119]</a> Voir surtout <cite>Chérie</cite> et <cite>Mensonges</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_119" id="Footnote_119" href="#FNanchor_119" class="label">[119]</a> Voir surtout <cite>Chérie</cite> et <cite>Mensonges</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_120" id="Footnote_120" href="#FNanchor_120" class="label">[120]</a> Il y a encore, chez Henry Monnier, ces inénarrables
-scènes de la vie d'étudiant, trop crues
+<p><a name="Footnote_120" id="Footnote_120" href="#FNanchor_120" class="label">[120]</a> Il y a encore, chez Henry Monnier, ces inénarrables
+scènes de la vie d'étudiant, trop crues
pour nous, mais qu'on pourra trouver chez les
-éditeurs belges.</p>
+éditeurs belges.</p>
<p><a name="Footnote_121" id="Footnote_121" href="#FNanchor_121" class="label">[121]</a> Cf. <cite>Autour du Mariage</cite>, <cite>Petit Bob</cite>, <cite>Loulou</cite>, etc.
-Se reporter à un exquis article de Jules Tellier
+Se reporter à un exquis article de Jules Tellier
(<cite>Parti-National</cite>, du 2 octobre 1888).</p>
-<p><a name="Footnote_122" id="Footnote_122" href="#FNanchor_122" class="label">[122]</a> Mon «homme du monde» parle un peu ici
+<p><a name="Footnote_122" id="Footnote_122" href="#FNanchor_122" class="label">[122]</a> Mon «homme du monde» parle un peu ici
comme les photographes. Il s'en excusa dans
la conversation.</p>
<p><a name="Footnote_123" id="Footnote_123" href="#FNanchor_123" class="label">[123]</a> Avec <cite>La Morte</cite>. On a lu de M. Feuillet son
<cite>Roman d'un jeune homme pauvre</cite>, <cite>M. de Camors</cite>,
-<cite>Julia de Tréc&oelig;ur</cite>, <cite>L'Histoire de Sybille</cite>, etc.</p>
+<cite>Julia de Tréc&oelig;ur</cite>, <cite>L'Histoire de Sybille</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_124" id="Footnote_124" href="#FNanchor_124" class="label">[124]</a> Cf. <cite>Fruits défendus</cite>, par Aurélien Scholl.</p>
+<p><a name="Footnote_124" id="Footnote_124" href="#FNanchor_124" class="label">[124]</a> Cf. <cite>Fruits défendus</cite>, par Aurélien Scholl.</p>
<p><a name="Footnote_125" id="Footnote_125" href="#FNanchor_125" class="label">[125]</a> Cf. <cite>Nouveaux Lundis</cite>, tome X (art. <cite>Feuillet</cite>).</p>
-<p><a name="Footnote_126" id="Footnote_126" href="#FNanchor_126" class="label">[126]</a> Et de l'<cite>Amie</cite>, du <cite>Stage d'Adhémar</cite>, d'<cite>Un
-homme du monde</cite>, de l'<cite>Epousée</cite>, etc.</p>
+<p><a name="Footnote_126" id="Footnote_126" href="#FNanchor_126" class="label">[126]</a> Et de l'<cite>Amie</cite>, du <cite>Stage d'Adhémar</cite>, d'<cite>Un
+homme du monde</cite>, de l'<cite>Epousée</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_127" id="Footnote_127" href="#FNanchor_127" class="label">[127]</a> Cf. <cite>Revue des Deux-Mondes</cite>, 15 décembre 1887.</p>
+<p><a name="Footnote_127" id="Footnote_127" href="#FNanchor_127" class="label">[127]</a> Cf. <cite>Revue des Deux-Mondes</cite>, 15 décembre 1887.</p>
-<p><a name="Footnote_128" id="Footnote_128" href="#FNanchor_128" class="label">[128]</a> Voir la pièce du même nom. Et <cite>Monsieur et
+<p><a name="Footnote_128" id="Footnote_128" href="#FNanchor_128" class="label">[128]</a> Voir la pièce du même nom. Et <cite>Monsieur et
Madame Cardinal</cite>? Et <cite>Les petites Cardinal</cite>? On se
-reportera sur M. Halévy à un très fin article de
+reportera sur M. Halévy à un très fin article de
M. A. Cartault, paru dans la <cite>Revue bleue</cite> du 28
mai 1881, et qui, comme tant d'autres articles judicieux
-et délicats du même écrivain, mériterait
-d'être recueilli.</p>
+et délicats du même écrivain, mériterait
+d'être recueilli.</p>
<p><a name="Footnote_129" id="Footnote_129" href="#FNanchor_129" class="label">[129]</a> Voir encore <cite>Autour d'une source</cite> et <cite>Babolain</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_130" id="Footnote_130" href="#FNanchor_130" class="label">[130]</a> Cf. <cite>Andrée</cite>, <cite>L'Unisson</cite>, <cite>Le Garde du corps</cite>, etc.</p>
+<p><a name="Footnote_130" id="Footnote_130" href="#FNanchor_130" class="label">[130]</a> Cf. <cite>Andrée</cite>, <cite>L'Unisson</cite>, <cite>Le Garde du corps</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_131" id="Footnote_131" href="#FNanchor_131" class="label">[131]</a> Mais que d'exagération en tout ceci! Mon
-«homme du monde», quand il s'exprimait si
-dédaigneusement, n'avait certainement pas lu
-<cite>Fin de rêve</cite>, et, dans <cite>Fin de rêve</cite>, la description
+<p><a name="Footnote_131" id="Footnote_131" href="#FNanchor_131" class="label">[131]</a> Mais que d'exagération en tout ceci! Mon
+«homme du monde», quand il s'exprimait si
+dédaigneusement, n'avait certainement pas lu
+<cite>Fin de rêve</cite>, et, dans <cite>Fin de rêve</cite>, la description
de la revue, les pages sur Gambetta, l'agonie tragique
du grand homme. Que n'assistait-il, comme
-nous, à une conférence de M. Maurice Souriau,
-où l'orateur, prenant pour texte les romans militaires,
+nous, à une conférence de M. Maurice Souriau,
+où l'orateur, prenant pour texte les romans militaires,
faisait haleter toute une salle en lisant
des fragments de ce beau livre!...</p>
<p><a name="Footnote_132" id="Footnote_132" href="#FNanchor_132" class="label">[132]</a> Mort depuis.</p>
-<p><a name="Footnote_133" id="Footnote_133" href="#FNanchor_133" class="label">[133]</a> Cf. <cite>L'Aventure de Briscart</cite>. M. Dayot a publié
+<p><a name="Footnote_133" id="Footnote_133" href="#FNanchor_133" class="label">[133]</a> Cf. <cite>L'Aventure de Briscart</cite>. M. Dayot a publié
aussi chez Magnier des <cite>Souvenirs de voyage</cite> (Italie,
Espagne, Portugal) qui sont pleins de verve et
d'esprit.</p>
<p><a name="Footnote_134" id="Footnote_134" href="#FNanchor_134" class="label">[134]</a> Cf. <cite>Drames en cinq minutes</cite>. Une des nouvelles,
-<cite>Fleur bretonne</cite>, est à noter pour l'identité
-de thème qu'elle présente avec <cite>Pêcheurs d'Islande</cite>.
+<cite>Fleur bretonne</cite>, est à noter pour l'identité
+de thème qu'elle présente avec <cite>Pêcheurs d'Islande</cite>.
Elle a paru dans le <cite>Rappel</cite> des 7 et 8 juillet
-1884, et, s'il y a eu réminiscence (dont je
+1884, et, s'il y a eu réminiscence (dont je
doute), ce n'est point, la date le montre, chez
M. Destrem.</p>
-<p><a name="Footnote_135" id="Footnote_135" href="#FNanchor_135" class="label">[135]</a> «Son style est agaçant, dit M. Maurice Barrès,
-coupé, heurté, rentré, plein de réticences,
-d'allusions, d'éruditions boulevardières, mais
-très propre par sa complexité même à rendre
-l'aventure du Parisien sensuel et énergique que
-paraît être l'auteur. Tous ses livres sont des
-confessions, poèmes brutaux, ou mieux encore
-affiches d'amour; mais timbrées d'un sceau personnel
-et à la date de cette époque.» (<cite>Les Chroniques</cite>,
+<p><a name="Footnote_135" id="Footnote_135" href="#FNanchor_135" class="label">[135]</a> «Son style est agaçant, dit M. Maurice Barrès,
+coupé, heurté, rentré, plein de réticences,
+d'allusions, d'éruditions boulevardières, mais
+très propre par sa complexité même à rendre
+l'aventure du Parisien sensuel et énergique que
+paraît être l'auteur. Tous ses livres sont des
+confessions, poèmes brutaux, ou mieux encore
+affiches d'amour; mais timbrées d'un sceau personnel
+et à la date de cette époque.» (<cite>Les Chroniques</cite>,
n<sup>o</sup> de sept. 1887.)</p>
-<p><a name="Footnote_136" id="Footnote_136" href="#FNanchor_136" class="label">[136]</a> Qui fut supérieur dans quelques scènes du
-<cite>Prêtre</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_136" id="Footnote_136" href="#FNanchor_136" class="label">[136]</a> Qui fut supérieur dans quelques scènes du
+<cite>Prêtre</cite>.</p>
<p><a name="Footnote_137" id="Footnote_137" href="#FNanchor_137" class="label">[137]</a> Il y faudrait la plume d'airain qui servit dans
-sa tâche l'auteur du <cite>Dictionnaire des cent mille
-adresses</cite>. N'oublions point cependant Tancrède
+sa tâche l'auteur du <cite>Dictionnaire des cent mille
+adresses</cite>. N'oublions point cependant Tancrède
Martel avec <cite>La main aux dames</cite>; Frantz-Jourdain,
-avec <cite>Beau-Mignon</cite>; Jacques Lozère, avec sa <cite>Vie
+avec <cite>Beau-Mignon</cite>; Jacques Lozère, avec sa <cite>Vie
en jaune</cite>; Lucien-Victor Meunier, avec <cite>Plaisirs en
deuil</cite>; Jules Lermina, avec ses <cite>Histoires incroyables</cite>;
Alain Beauquesne, avec les <cite>Amours cocasses</cite>;
Charles Grandmougin, avec ses <cite>Contes d'aujourd'hui</cite>;
-Léon Allard, avec <cite>Les Vies muettes</cite>; Guillaume
-Livet, avec les <cite>Récits de Jean Féru</cite>; Edmond
-Thiaudière, avec <cite>La Proie du néant</cite>; Gaston
+Léon Allard, avec <cite>Les Vies muettes</cite>; Guillaume
+Livet, avec les <cite>Récits de Jean Féru</cite>; Edmond
+Thiaudière, avec <cite>La Proie du néant</cite>; Gaston
Bergeret, avec ses <cite>Contes modernes</cite>; Gabriel Marc,
-avec <cite>Lindetta</cite>; Georges Moynet, avec <cite>Entre garçons</cite>;
-Auguste Erhard, avec ses <cite>Contes panachés</cite>; Léon
-Deschamps, avec ses <cite>Contes à Sylvie</cite>; Charles Diguet,
+avec <cite>Lindetta</cite>; Georges Moynet, avec <cite>Entre garçons</cite>;
+Auguste Erhard, avec ses <cite>Contes panachés</cite>; Léon
+Deschamps, avec ses <cite>Contes à Sylvie</cite>; Charles Diguet,
avec les <cite>Contes du Moulin-Joli</cite>; Pierre Gauthiez,
-avec <cite>La Danaé</cite>; Charles Lexpert, avec ses
-<cite>Nouvelles gauloises</cite>; Camille Bruno, avec <cite>En désordre</cite>;
-Paul Chetelat, avec <cite>Le Monde où l'on s'abuse</cite>;
-Noël Blache, avec <cite>Les Clairs de soleil</cite>; Fernand
+avec <cite>La Danaé</cite>; Charles Lexpert, avec ses
+<cite>Nouvelles gauloises</cite>; Camille Bruno, avec <cite>En désordre</cite>;
+Paul Chetelat, avec <cite>Le Monde où l'on s'abuse</cite>;
+Noël Blache, avec <cite>Les Clairs de soleil</cite>; Fernand
Boissier, avec <cite>Le Galoubet</cite>; Jules de Marthold,
avec <cite>Casse-Noisette</cite> et les <cite>Contes sur la
-Branche</cite>; H. de Chennevières, avec les <cite>Contes sans
-«qui» ni «que»</cite>, etc., etc.</p>
-
-<p>Encore n'ai-je point parlé des nouvelles de certains
-maîtres, Daudet, France, Bourget, d'Aurevilly,
-etc., qui ont marqué ailleurs, non plus que
-des recueils en collaboration publiés annuellement
-par la Société des gens de lettres, par les
-secrétaires des journaux de Paris, par les chroniqueurs
-judiciaires, etc. Toutefois relèverai-je dans
+Branche</cite>; H. de Chennevières, avec les <cite>Contes sans
+«qui» ni «que»</cite>, etc., etc.</p>
+
+<p>Encore n'ai-je point parlé des nouvelles de certains
+maîtres, Daudet, France, Bourget, d'Aurevilly,
+etc., qui ont marqué ailleurs, non plus que
+des recueils en collaboration publiés annuellement
+par la Société des gens de lettres, par les
+secrétaires des journaux de Paris, par les chroniqueurs
+judiciaires, etc. Toutefois relèverai-je dans
ce dernier recueil le nom d'un alerte et spirituel
nouvelliste, M. L. Vonoven. Je rappellerai enfin, au
-hasard, les noms de quelques écrivains de talent,
-dont les nouvelles, contes, «proses», traductions
-et adaptations, publiés un peu partout dans nos
-périodiques parisiens, n'ont pas encore été réunis
+hasard, les noms de quelques écrivains de talent,
+dont les nouvelles, contes, «proses», traductions
+et adaptations, publiés un peu partout dans nos
+périodiques parisiens, n'ont pas encore été réunis
en volume: ainsi M. Emile Michelet, M. Raymond
-de la Tailhède, M. Charles Frémine, M. Anatole
-Lebraz, M. Raoul Gineste, M. Ephraïm Mikaël,
+de la Tailhède, M. Charles Frémine, M. Anatole
+Lebraz, M. Raoul Gineste, M. Ephraïm Mikaël,
M. Lucien Charles, M. Emile Taboureux,
-M. Robert de la Villehervé.</p>
+M. Robert de la Villehervé.</p>
<p><a name="Footnote_138" id="Footnote_138" href="#FNanchor_138" class="label">[138]</a> Cf. <cite>Revue bleue</cite> du 28 mai 1881.</p>
-<p><a name="Footnote_139" id="Footnote_139" href="#FNanchor_139" class="label">[139]</a> Cette haine du bourgeois est bien caractéristique.
+<p><a name="Footnote_139" id="Footnote_139" href="#FNanchor_139" class="label">[139]</a> Cette haine du bourgeois est bien caractéristique.
Vous la retrouverez chez presque tous,
-et c'est en particulier le thème favori de M. Richepin
+et c'est en particulier le thème favori de M. Richepin
et de M. Barbey d'Aurevilly.</p>
-<p><a name="Footnote_140" id="Footnote_140" href="#FNanchor_140" class="label">[140]</a> «Pendant longtemps, dit M. Emile Faguet,
-George Sand a reçu et reflété. En 1831, elle disait
-gaiement: «Les monstres sont à la mode,
-faisons des monstres.» Les monstres de George
-Sand ne pouvaient pas être très monstrueux;
-mais c'étaient, en effet, des êtres bien extraordinaires.»
-<cite>Etudes littéraires sur le XIX<sup>e</sup> siècle</cite>,
+<p><a name="Footnote_140" id="Footnote_140" href="#FNanchor_140" class="label">[140]</a> «Pendant longtemps, dit M. Emile Faguet,
+George Sand a reçu et reflété. En 1831, elle disait
+gaiement: «Les monstres sont à la mode,
+faisons des monstres.» Les monstres de George
+Sand ne pouvaient pas être très monstrueux;
+mais c'étaient, en effet, des êtres bien extraordinaires.»
+<cite>Etudes littéraires sur le XIX<sup>e</sup> siècle</cite>,
art. George Sand.</p>
<p><a name="Footnote_141" id="Footnote_141" href="#FNanchor_141" class="label">[141]</a> Voyez par exemple, pages 209 et suiv. <cite>N'a
qu'un &oelig;il</cite>. Il y a aussi le latin de M. Cladel. Page
-198 du même livre: <i lang="la" xml:lang="la">salve, regina; salve, rege</i>
+198 du même livre: <i lang="la" xml:lang="la">salve, regina; salve, rege</i>
(pour <i lang="la" xml:lang="la">rex</i>), etc. Observez que le livre commence
-ainsi: «Xénophon, Horace, Virgile, Tacite, Juvénal,
+ainsi: «Xénophon, Horace, Virgile, Tacite, Juvénal,
Esope, Aristophane, Eschyle, Sophocle,
-Euripide, Homère, et tous les autres classiques,
-grecs et latins, m'avaient excédé terriblement.»
+Euripide, Homère, et tous les autres classiques,
+grecs et latins, m'avaient excédé terriblement.»
On le croirait.</p>
-<p><a name="Footnote_142" id="Footnote_142" href="#FNanchor_142" class="label">[142]</a> L'&oelig;uvre de M. Mendès «est quelque chose
-comme la villa d'Hadrien, qui contenait des réductions
+<p><a name="Footnote_142" id="Footnote_142" href="#FNanchor_142" class="label">[142]</a> L'&oelig;uvre de M. Mendès «est quelque chose
+comme la villa d'Hadrien, qui contenait des réductions
de tous les monuments de l'univers.
-Seulement, dans l'édifice composite, vous trouverez
-un coin décoré d'un goût bien personnel,
-et c'est l'alcôve.» J. Tellier (<cite>Nos poètes</cite>, p. 204).</p>
+Seulement, dans l'édifice composite, vous trouverez
+un coin décoré d'un goût bien personnel,
+et c'est l'alcôve.» J. Tellier (<cite>Nos poètes</cite>, p. 204).</p>
-<p><a name="Footnote_143" id="Footnote_143" href="#FNanchor_143" class="label">[143]</a> Et de <cite>Bébé Million</cite>, et du <cite>Boulet</cite>, de <cite>P'tit-mi</cite>,
+<p><a name="Footnote_143" id="Footnote_143" href="#FNanchor_143" class="label">[143]</a> Et de <cite>Bébé Million</cite>, et du <cite>Boulet</cite>, de <cite>P'tit-mi</cite>,
des <cite>Deux femmes de mademoiselle</cite>, etc., etc.</p>
-<p><a name="Footnote_144" id="Footnote_144" href="#FNanchor_144" class="label">[144]</a> Voir, par exemple, le début de <cite>S&oelig;ur Doctrouvé</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_144" id="Footnote_144" href="#FNanchor_144" class="label">[144]</a> Voir, par exemple, le début de <cite>S&oelig;ur Doctrouvé</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_145" id="Footnote_145" href="#FNanchor_145" class="label">[145]</a> Voir la confession du pape dans <cite>Les Débuts
-de César Borgia</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_145" id="Footnote_145" href="#FNanchor_145" class="label">[145]</a> Voir la confession du pape dans <cite>Les Débuts
+de César Borgia</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_146" id="Footnote_146" href="#FNanchor_146" class="label">[146]</a> Cf. <cite>Les Débuts de César Borgia</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_146" id="Footnote_146" href="#FNanchor_146" class="label">[146]</a> Cf. <cite>Les Débuts de César Borgia</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_147" id="Footnote_147" href="#FNanchor_147" class="label">[147]</a> Cf. <cite>La Glu</cite>; <cite>Madame Andrée</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_147" id="Footnote_147" href="#FNanchor_147" class="label">[147]</a> Cf. <cite>La Glu</cite>; <cite>Madame Andrée</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_148" id="Footnote_148" href="#FNanchor_148" class="label">[148]</a> Cf. <cite>Monsieur Destrémeaux</cite>; <cite>Une Histoire de
+<p><a name="Footnote_148" id="Footnote_148" href="#FNanchor_148" class="label">[148]</a> Cf. <cite>Monsieur Destrémeaux</cite>; <cite>Une Histoire de
l'autre monde</cite>.</p>
<p><a name="Footnote_149" id="Footnote_149" href="#FNanchor_149" class="label">[149]</a> Remarquez qu'il y a presque toujours un
saltimbanque dans ses livres. Vous en trouverez
dans <cite>Les Braves gens</cite>, dans <cite>Miarka</cite>, dans les <cite>Morts
bizarres</cite>, dans la <cite>Chanson des gueux</cite>, dans <cite>Monsieur
-Destrémeaux</cite>, dans <cite>Une Histoire de l'autre
+Destrémeaux</cite>, dans <cite>Une Histoire de l'autre
monde</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_150" id="Footnote_150" href="#FNanchor_150" class="label">[150]</a> Cf. <cite>Curieuse</cite>, <cite>Le Livre suprême</cite>, <cite>L'Initiation
+<p><a name="Footnote_150" id="Footnote_150" href="#FNanchor_150" class="label">[150]</a> Cf. <cite>Curieuse</cite>, <cite>Le Livre suprême</cite>, <cite>L'Initiation
sentimentale</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_151" id="Footnote_151" href="#FNanchor_151" class="label">[151]</a> Mort depuis. Ses principaux livres sont:
-<cite>Les Contes cruels</cite>, <cite>L'Amour suprême</cite>, <cite>L'Eve future</cite>,
-<cite>Axël</cite>, etc.</p>
-
-<p><a name="Footnote_152" id="Footnote_152" href="#FNanchor_152" class="label">[152]</a> N'est-ce pas à propos de son <cite>Nouveau
-Monde</cite>, que M. Weiss écrivait: «Dans tout autre
-domaine que le théâtre il est aisé d'appliquer
-des principes de cénacle... On conçoit gigantesque.
-On turlupine les maîtres reconnus et acceptés,
-et on ne s'est pas seulement donné la peine
-de les comprendre. On est luministe et immenséïste.
-On fait... des romans réfractaires, sans
-pieds ni têtes, où les ateliers du haut de Montmartre
-et les capharnaüms du boulevard Saint-Michel
+<cite>Les Contes cruels</cite>, <cite>L'Amour suprême</cite>, <cite>L'Eve future</cite>,
+<cite>Axël</cite>, etc.</p>
+
+<p><a name="Footnote_152" id="Footnote_152" href="#FNanchor_152" class="label">[152]</a> N'est-ce pas à propos de son <cite>Nouveau
+Monde</cite>, que M. Weiss écrivait: «Dans tout autre
+domaine que le théâtre il est aisé d'appliquer
+des principes de cénacle... On conçoit gigantesque.
+On turlupine les maîtres reconnus et acceptés,
+et on ne s'est pas seulement donné la peine
+de les comprendre. On est luministe et immenséïste.
+On fait... des romans réfractaires, sans
+pieds ni têtes, où les ateliers du haut de Montmartre
+et les capharnaüms du boulevard Saint-Michel
reconnaissent avec exaltation la vie
comme elle est, exactement, superbement comme
-elle est..»</p>
+elle est..»</p>
<p><a name="Footnote_153" id="Footnote_153" href="#FNanchor_153" class="label">[153]</a> Le rapprochement, que je ne fais qu'indiquer
-ici (le premier, je crois), mériterait d'être
-suivi avec quelque développement. C'est tout un,
+ici (le premier, je crois), mériterait d'être
+suivi avec quelque développement. C'est tout un,
le pharmacien de <cite>Madame Bovary</cite> et celui de
-<cite>Hermann et Dorothée</cite>.</p>
+<cite>Hermann et Dorothée</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_154" id="Footnote_154" href="#FNanchor_154" class="label">[154]</a> Voir particulièrement <cite>Le Vol de l'éléphant
-blanc</cite>, de Marc Twain, et <cite>La Légende de l'éléphant
+<p><a name="Footnote_154" id="Footnote_154" href="#FNanchor_154" class="label">[154]</a> Voir particulièrement <cite>Le Vol de l'éléphant
+blanc</cite>, de Marc Twain, et <cite>La Légende de l'éléphant
blanc</cite>, de M. de Villiers.</p>
-<p><a name="Footnote_155" id="Footnote_155" href="#FNanchor_155" class="label">[155]</a> Plus, épouse divorcée de M. Catulle Mendès.</p>
+<p><a name="Footnote_155" id="Footnote_155" href="#FNanchor_155" class="label">[155]</a> Plus, épouse divorcée de M. Catulle Mendès.</p>
<p><a name="Footnote_156" id="Footnote_156" href="#FNanchor_156" class="label">[156]</a> On trouvera sur M. Robidou de bons articles
de M. Mario Proth et de M. Oscar Comettant.
-J'y renvoie. Tout récemment, son <cite>Histoire du
-clergé pendant la Révolution</cite> a fait faire un pas
-considérable à l'étude de ce grave problème.</p>
+J'y renvoie. Tout récemment, son <cite>Histoire du
+clergé pendant la Révolution</cite> a fait faire un pas
+considérable à l'étude de ce grave problème.</p>
-<p><a name="Footnote_157" id="Footnote_157" href="#FNanchor_157" class="label">[157]</a> Je laisse de côté ici <cite>Sous la hache</cite>, sorte de
-roman révolutionnaire dans le genre un peu usé
+<p><a name="Footnote_157" id="Footnote_157" href="#FNanchor_157" class="label">[157]</a> Je laisse de côté ici <cite>Sous la hache</cite>, sorte de
+roman révolutionnaire dans le genre un peu usé
du <cite>Quatre-vingt-treize</cite> de Hugo. L'auteur confesse
-lui-même qu'il s'agit d'un fond de tiroir.</p>
+lui-même qu'il s'agit d'un fond de tiroir.</p>
<p><a name="Footnote_158" id="Footnote_158" href="#FNanchor_158" class="label">[158]</a> Cf. <cite>Les Diaboliques</cite>.</p>
@@ -7292,69 +7254,69 @@ lui-même qu'il s'agit d'un fond de tiroir.</p>
<p><a name="Footnote_162" id="Footnote_162" href="#FNanchor_162" class="label">[162]</a> Voir la note <a href="#FNanchor_141">141</a> de la page 273.</p>
-<p><a name="Footnote_163" id="Footnote_163" href="#FNanchor_163" class="label">[163]</a> Barbey d'Aurevilly est mort récemment. Ce
+<p><a name="Footnote_163" id="Footnote_163" href="#FNanchor_163" class="label">[163]</a> Barbey d'Aurevilly est mort récemment. Ce
fut, du reste, et sous toutes les poses de cette
-vie outrée, criarde, puérile, un véritable écrivain,
-un de ceux qui ont leur marque particulière, la
-fleur de coin dans l'expression à quoi on reconnaît
-les batteurs de style. Voir <cite>L'Ensorcelée</cite>, <cite>Une
-vieille maîtresse</cite>, <cite>Les Diaboliques</cite>, <cite>Un prêtre marié</cite>,
-<cite>Ce qui ne meurt pas</cite>, etc. Peut-être aussi qu'il ne
-m'eût point fallu tant m'attacher à ce dandysme
-et à ce diabolisme. Je me demande maintenant
-si c'est bien là tout l'homme, la synthèse de cette
-«âpre et solitaire destinée», dont a parlé M. Bourget,
-et à laquelle «le grand Barbey» aura dû «de
-séjourner dans un monde de visions magnifiques
-et de conserver une superbe intégrité de
-sa pensée». J'hésite; je ne serais pas éloigné de
-croire que c'est plutôt l'extérieur, la surface, l'enveloppe,
+vie outrée, criarde, puérile, un véritable écrivain,
+un de ceux qui ont leur marque particulière, la
+fleur de coin dans l'expression à quoi on reconnaît
+les batteurs de style. Voir <cite>L'Ensorcelée</cite>, <cite>Une
+vieille maîtresse</cite>, <cite>Les Diaboliques</cite>, <cite>Un prêtre marié</cite>,
+<cite>Ce qui ne meurt pas</cite>, etc. Peut-être aussi qu'il ne
+m'eût point fallu tant m'attacher à ce dandysme
+et à ce diabolisme. Je me demande maintenant
+si c'est bien là tout l'homme, la synthèse de cette
+«âpre et solitaire destinée», dont a parlé M. Bourget,
+et à laquelle «le grand Barbey» aura dû «de
+séjourner dans un monde de visions magnifiques
+et de conserver une superbe intégrité de
+sa pensée». J'hésite; je ne serais pas éloigné de
+croire que c'est plutôt l'extérieur, la surface, l'enveloppe,
ce qu'il voulait montrer de lui pour occuper
-les yeux. Et il peut se vanter d'avoir réussi,
-et que c'est bien ainsi qu'il n'a cessé d'apparaître
-à ses contemporains. Sa vraie vie, nul, dit-on, ne
-sait ce qu'elle a été. Elle tient peut-être dans ce
-<i lang="en" xml:lang="en">Too late</i> (trop tard!) dont il fit sa mélancolique
-devise. L'autre, au contraire, sa vie extérieure,
-il l'a étalée avec une complaisance si marquée
-qu'on peut le soupçonner de l'avoir fait exprès
-pour détourner des curiosités gênantes.</p>
-
-<p><a name="Footnote_164" id="Footnote_164" href="#FNanchor_164" class="label">[164]</a> On se reportera sur Balzac à l'étude de
+les yeux. Et il peut se vanter d'avoir réussi,
+et que c'est bien ainsi qu'il n'a cessé d'apparaître
+à ses contemporains. Sa vraie vie, nul, dit-on, ne
+sait ce qu'elle a été. Elle tient peut-être dans ce
+<i lang="en" xml:lang="en">Too late</i> (trop tard!) dont il fit sa mélancolique
+devise. L'autre, au contraire, sa vie extérieure,
+il l'a étalée avec une complaisance si marquée
+qu'on peut le soupçonner de l'avoir fait exprès
+pour détourner des curiosités gênantes.</p>
+
+<p><a name="Footnote_164" id="Footnote_164" href="#FNanchor_164" class="label">[164]</a> On se reportera sur Balzac à l'étude de
M. Emile Faguet, dans ses <cite>Ecrivains du XIX<sup>e</sup>
-siècle</cite>.&mdash;M. Nettement l'appelle d'une belle expression:
-«le poète des faits».</p>
+siècle</cite>.&mdash;M. Nettement l'appelle d'une belle expression:
+«le poète des faits».</p>
<p><a name="Footnote_165" id="Footnote_165" href="#FNanchor_165" class="label">[165]</a> Principales &oelig;uvres: <cite>Le Comte Kostia</cite>, <cite>La
Ferme du Choquard</cite>, <cite>L'Aventure de LadisLas Boski</cite>,
-<cite>Olivier Maugand</cite>, etc. Valbert, le délicat «essayiste»
+<cite>Olivier Maugand</cite>, etc. Valbert, le délicat «essayiste»
de la <cite>Revue des deux mondes</cite> n'est autre,
comme on sait, que M. Cherbuliez. Se reporter
-sur M. Cherbuliez à un excellent article de M. André
+sur M. Cherbuliez à un excellent article de M. André
Bellessort (<cite>Chroniques</cite>, n<sup>o</sup> d'oct. 1888.)</p>
-<p><a name="Footnote_166" id="Footnote_166" href="#FNanchor_166" class="label">[166]</a> Cf. <cite>La petite Zette</cite>, <cite>Une Bourgeoise</cite>, <cite>La fille à
+<p><a name="Footnote_166" id="Footnote_166" href="#FNanchor_166" class="label">[166]</a> Cf. <cite>La petite Zette</cite>, <cite>Une Bourgeoise</cite>, <cite>La fille à
Blanchard</cite>, <cite>Bonnet-Rouge</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_167" id="Footnote_167" href="#FNanchor_167" class="label">[167]</a> Cf. <cite>Solange de Croix-Saint-Luc</cite>, <cite>Disparu</cite>, <cite>Mademoiselle
de Bressier</cite>, <cite>Le fils de Coralie</cite>, <cite>La Marquise</cite>,
-<cite>Les Fils du siècle</cite>, etc.</p>
+<cite>Les Fils du siècle</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_168" id="Footnote_168" href="#FNanchor_168" class="label">[168]</a> Cf. <cite>Défroqué</cite>, <cite>Jean Malory</cite>, <cite>La baronne Almati</cite>,
-<cite>Gisèle Rubens</cite>, etc.</p>
+<p><a name="Footnote_168" id="Footnote_168" href="#FNanchor_168" class="label">[168]</a> Cf. <cite>Défroqué</cite>, <cite>Jean Malory</cite>, <cite>La baronne Almati</cite>,
+<cite>Gisèle Rubens</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_169" id="Footnote_169" href="#FNanchor_169" class="label">[169]</a> Voir, en plus des livres que M. Camille Le
-Senne écrivit en collaboration avec M. Edmond
+Senne écrivit en collaboration avec M. Edmond
Texier (<cite>La Dame du lac</cite>, <cite>Le Mariage de Rosette</cite>, <cite>Les
-Idées du docteur Simpson</cite>, etc.), <cite>En Commandite</cite> et
-<cite>Louise Mengal</cite>. Ce dernier livre met en scène un
+Idées du docteur Simpson</cite>, etc.), <cite>En Commandite</cite> et
+<cite>Louise Mengal</cite>. Ce dernier livre met en scène un
peintre homme du monde de l'avenue de Villiers.
-C'est un des sujets les plus fréquemment traités
+C'est un des sujets les plus fréquemment traités
par nos romanciers.</p>
<p><a name="Footnote_170" id="Footnote_170" href="#FNanchor_170" class="label">[170]</a> Cf. <cite>Les Cravates blanches</cite>, <cite>Le Chantage</cite>, <cite>Courtisane</cite>,
<cite>La bouche de Mme X...</cite>, <cite>Mademoiselle Giraud
-ma femme</cite>, <cite>Alphonsine, Hélène et Mathilde</cite>,
+ma femme</cite>, <cite>Alphonsine, Hélène et Mathilde</cite>,
etc., etc.</p>
<p><a name="Footnote_171" id="Footnote_171" href="#FNanchor_171" class="label">[171]</a> Cf. le <cite>Roman naturaliste</cite> (Art.: <cite>Le Reportage
@@ -7363,201 +7325,201 @@ dans le roman</cite>).</p>
<p><a name="Footnote_172" id="Footnote_172" href="#FNanchor_172" class="label">[172]</a> Ainsi <cite>Mademoiselle Giraud, ma femme</cite>.</p>
<p><a name="Footnote_173" id="Footnote_173" href="#FNanchor_173" class="label">[173]</a> Voir avec <cite>Henriette</cite> les <cite>Contes en prose</cite> de
-M. François Coppée.&mdash;Tout dernièrement (trop
-tard pour mon texte) l'<cite>Illustration</cite> a publié de lui
-un nouveau roman. Le héros du livre, Amédée
-Violette, ne laisse pas que de présenter certains
+M. François Coppée.&mdash;Tout dernièrement (trop
+tard pour mon texte) l'<cite>Illustration</cite> a publié de lui
+un nouveau roman. Le héros du livre, Amédée
+Violette, ne laisse pas que de présenter certains
rapports d'esprit avec l'auteur. Monographie attachante,
-au demeurant, écrite dans cette jolie
-langue souple et dorée que vous connaissez bien,
+au demeurant, écrite dans cette jolie
+langue souple et dorée que vous connaissez bien,
avec je ne sais quelle vague tristesse, comme un
rappel de souvenirs, la gloire perdue, l'oubli qui
vient.. Le livre s'appelle: <cite>Toute la jeunesse</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_174" id="Footnote_174" href="#FNanchor_174" class="label">[174]</a> Je note que Sainte-Beuve appréciait fort la
-«sensibilité» de M. Paul Perret. Cf. <cite>Nouveaux
+<p><a name="Footnote_174" id="Footnote_174" href="#FNanchor_174" class="label">[174]</a> Je note que Sainte-Beuve appréciait fort la
+«sensibilité» de M. Paul Perret. Cf. <cite>Nouveaux
lundis</cite>, t. V (art. <cite>Feuillet</cite>).</p>
<p><a name="Footnote_175" id="Footnote_175" href="#FNanchor_175" class="label">[175]</a> Voir le chapitre I, p. <a href="#Page_33">33</a>.</p>
-<p><a name="Footnote_176" id="Footnote_176" href="#FNanchor_176" class="label">[176]</a> On trouve en tête du livre une préface de
-M. Adolphe Brisson, où l'intelligent critique recherche
-et démêle les causes du pessimisme
-contemporain dans ses rapports avec la littérature.
-J'en détache la conclusion, qui me paraît
+<p><a name="Footnote_176" id="Footnote_176" href="#FNanchor_176" class="label">[176]</a> On trouve en tête du livre une préface de
+M. Adolphe Brisson, où l'intelligent critique recherche
+et démêle les causes du pessimisme
+contemporain dans ses rapports avec la littérature.
+J'en détache la conclusion, qui me paraît
trouver sa place ici:</p>
-<p>«La plupart des jeunes écrivains... repoussent
+<p>«La plupart des jeunes écrivains... repoussent
violemment les traditions du roman d'hier. Ils
-répudient, avec une véhémence un peu ridicule,
-l'idéalisme de George Sand et la fantaisie de
-Dumas père. Ils ne veulent pas que le roman ressemble
-à une &oelig;uvre d'imagination. Ils n'admettent
-pas que l'écrivain puisse pétrir à son gré la
-réalité, inventer des caractères, interpréter la
+répudient, avec une véhémence un peu ridicule,
+l'idéalisme de George Sand et la fantaisie de
+Dumas père. Ils ne veulent pas que le roman ressemble
+à une &oelig;uvre d'imagination. Ils n'admettent
+pas que l'écrivain puisse pétrir à son gré la
+réalité, inventer des caractères, interpréter la
nature et l'embellir. Ils exigent qu'il la suive pas
-à pas. Entre leurs mains, le roman revêt un caractère
+à pas. Entre leurs mains, le roman revêt un caractère
purement psychologique; l'analyse y
remplace l'invention; l'observation patiente des
milieux y tient lieu des belles imaginations. En
-un mot, le roman n'est plus un écrit; c'est une
-étude, une copie désintéressée de la vie contemporaine.
-L'auteur dissèque avec amour l'âme, ou
-pour mieux dire, le tempérament de ses héros;
-il en démonte les ressorts cachés; il en fait vibrer
-les fibres secrètes; il le met à nu devant
+un mot, le roman n'est plus un écrit; c'est une
+étude, une copie désintéressée de la vie contemporaine.
+L'auteur dissèque avec amour l'âme, ou
+pour mieux dire, le tempérament de ses héros;
+il en démonte les ressorts cachés; il en fait vibrer
+les fibres secrètes; il le met à nu devant
nous.</p>
-<p>«Cette anatomie morale n'est pas sans dangers.
-Celui qui procède à ces analyses s'y livre
-avec passion, et, par cela même, les pousse trop
-loin, au delà des limites raisonnables. Après
-avoir étudié les grands mouvements de l'âme
+<p>«Cette anatomie morale n'est pas sans dangers.
+Celui qui procède à ces analyses s'y livre
+avec passion, et, par cela même, les pousse trop
+loin, au delà des limites raisonnables. Après
+avoir étudié les grands mouvements de l'âme
humaine, il passe aux secondaires, puis aux
-plus petits. Une tendance secrète l'attire vers les
+plus petits. Une tendance secrète l'attire vers les
exceptions physiologiques et psychologiques. Les
-monstres le tentent, l'intéressent; il aime mieux
-peindre les déviations de l'amour que l'amour
-lui-même; il se grise avec ses recherches. Il lui
-semble qu'il n'atteint jamais la vérité, qu'il ne
+monstres le tentent, l'intéressent; il aime mieux
+peindre les déviations de l'amour que l'amour
+lui-même; il se grise avec ses recherches. Il lui
+semble qu'il n'atteint jamais la vérité, qu'il ne
fouille jamais assez profond, et la crainte qu'il a
-d'être banal et superficiel le conduit tout droit
-aux complexités bizarres. De là, cette psychologie
-affinée, maladive, étrangement subtile, qui
-s'étale dans les romans de M. Huysmans, et dans
+d'être banal et superficiel le conduit tout droit
+aux complexités bizarres. De là, cette psychologie
+affinée, maladive, étrangement subtile, qui
+s'étale dans les romans de M. Huysmans, et dans
les derniers livres des Goncourt. Enfin, pour exprimer
ces sensations anormales, ces nuances
-infinies de la pensée et du sentiment, les mots
-usuels ne suffisent plus. On en invente; on crée
-ces épithètes extraordinaires, ces verbes macabres,
+infinies de la pensée et du sentiment, les mots
+usuels ne suffisent plus. On en invente; on crée
+ces épithètes extraordinaires, ces verbes macabres,
ces mots surprenants, qui ne participent
-pas plus du français que du chinois et qui font
-de certains livres modernes une énigme prétentieuse
-et puérile.»</p>
+pas plus du français que du chinois et qui font
+de certains livres modernes une énigme prétentieuse
+et puérile.»</p>
-<p><a name="Footnote_177" id="Footnote_177" href="#FNanchor_177" class="label">[177]</a> Cf. <cite>Les Mariages d'aujourd'hui</cite>, <cite>Petits mémoires
+<p><a name="Footnote_177" id="Footnote_177" href="#FNanchor_177" class="label">[177]</a> Cf. <cite>Les Mariages d'aujourd'hui</cite>, <cite>Petits mémoires
d'une stalle d'orchestre</cite>, <cite>Les fredaines de
-Jean de Cérilly</cite>, <cite>La Pivardière le bigame</cite>, etc.</p>
+Jean de Cérilly</cite>, <cite>La Pivardière le bigame</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_178" id="Footnote_178" href="#FNanchor_178" class="label">[178]</a> Cf. <cite>Serge Panine</cite>, <cite>Les Dames de Croix-Mort</cite>,
-<cite>Le Maître de Forges</cite>, <cite>La grande Marnière</cite>, <cite>Noir et
-Rose</cite>, <cite>Volonté</cite>, etc.</p>
+<cite>Le Maître de Forges</cite>, <cite>La grande Marnière</cite>, <cite>Noir et
+Rose</cite>, <cite>Volonté</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_179" id="Footnote_179" href="#FNanchor_179" class="label">[179]</a> Cf. <cite>Le comte Xavier</cite>, <cite>Nouvelles russes</cite>, <cite>Un Violon
-russe</cite>, <cite>Angèle</cite>, <cite>Cléopâtre</cite>, <cite>Claire fontaine</cite>, <cite>L'Amie</cite>, etc.</p>
+russe</cite>, <cite>Angèle</cite>, <cite>Cléopâtre</cite>, <cite>Claire fontaine</cite>, <cite>L'Amie</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_180" id="Footnote_180" href="#FNanchor_180" class="label">[180]</a> Cf. <cite>La Chasse aux juifs</cite>. M. Delines est un des
-traducteurs attitrés des romans russes (traduct.
-de Tolstoï et de Tchédrine).</p>
+traducteurs attitrés des romans russes (traduct.
+de Tolstoï et de Tchédrine).</p>
<p><a name="Footnote_181" id="Footnote_181" href="#FNanchor_181" class="label">[181]</a> Voir surtout ses <cite>Contes juifs</cite>. M. de Sacher-Masoch,
petit-russien de naissance, est originaire
-de Lemberg. Son cas présente quelques
-rapports avec celui de Tourguenieff, qui écrivit
-comme lui dans sa langue natale et en français.
-On admire fort, à l'étranger, son <cite>Kaunitz</cite>, son
-<cite>Dernier roi des magyars</cite> et <cite>Le fils de Caïn</cite>.</p>
+de Lemberg. Son cas présente quelques
+rapports avec celui de Tourguenieff, qui écrivit
+comme lui dans sa langue natale et en français.
+On admire fort, à l'étranger, son <cite>Kaunitz</cite>, son
+<cite>Dernier roi des magyars</cite> et <cite>Le fils de Caïn</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_182" id="Footnote_182" href="#FNanchor_182" class="label">[182]</a> Voir ses <cite>Contes russes</cite>. M. Sichler a écrit
-une <cite>Histoire de la littérature russe</cite> qui a quelque
-mérite dans sa partie mythique et légendaire.</p>
+<p><a name="Footnote_182" id="Footnote_182" href="#FNanchor_182" class="label">[182]</a> Voir ses <cite>Contes russes</cite>. M. Sichler a écrit
+une <cite>Histoire de la littérature russe</cite> qui a quelque
+mérite dans sa partie mythique et légendaire.</p>
<p><a name="Footnote_183" id="Footnote_183" href="#FNanchor_183" class="label">[183]</a> Un pseudonyme qui cache je ne sais qui,
-mais point un français, à coup sûr. Gauchement
-écrits, les romans d'Ary Ecilaw (<cite>Roland</cite>, <cite>Une altesse
-impériale</cite>, etc.), fourmillent, dit-on, de révélations
+mais point un français, à coup sûr. Gauchement
+écrits, les romans d'Ary Ecilaw (<cite>Roland</cite>, <cite>Une altesse
+impériale</cite>, etc.), fourmillent, dit-on, de révélations
sur les cours du nord.</p>
-<p><a name="Footnote_184" id="Footnote_184" href="#FNanchor_184" class="label">[184]</a> Voir la série des <cite>Va-nu-pieds de Londres</cite>.</p>
+<p><a name="Footnote_184" id="Footnote_184" href="#FNanchor_184" class="label">[184]</a> Voir la série des <cite>Va-nu-pieds de Londres</cite>.</p>
-<p><a name="Footnote_185" id="Footnote_185" href="#FNanchor_185" class="label">[185]</a> Cf. <cite>Le Retour</cite>, <cite>Tête folle</cite>, etc. Au reste, M. Bentzon
-est surtout connu pour ses études et traductions.</p>
+<p><a name="Footnote_185" id="Footnote_185" href="#FNanchor_185" class="label">[185]</a> Cf. <cite>Le Retour</cite>, <cite>Tête folle</cite>, etc. Au reste, M. Bentzon
+est surtout connu pour ses études et traductions.</p>
<p><a name="Footnote_186" id="Footnote_186" href="#FNanchor_186" class="label">[186]</a> Cf. <cite>La moderne Babylone</cite>, <cite>Jacques Bonhomme
chez John Bull</cite>, <cite>Au pays des brouillards</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_187" id="Footnote_187" href="#FNanchor_187" class="label">[187]</a> Cf. <cite>Jonathan et son continent</cite>, <cite>John Bull et
-son île</cite>, etc.</p>
+son île</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_188" id="Footnote_188" href="#FNanchor_188" class="label">[188]</a> Cf. <cite>Les Clientes du docteur Bernagus</cite>, <cite>Laborde
et C<sup>ie</sup></cite>, <cite>L'Eau dormante</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_189" id="Footnote_189" href="#FNanchor_189" class="label">[189]</a> Cf. <cite>L'Homme des déserts</cite>, <cite>Les Mangeurs de
+<p><a name="Footnote_189" id="Footnote_189" href="#FNanchor_189" class="label">[189]</a> Cf. <cite>L'Homme des déserts</cite>, <cite>Les Mangeurs de
feu</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_190" id="Footnote_190" href="#FNanchor_190" class="label">[190]</a> Cf. <cite>Le tour du monde d'un gamin de Paris</cite>
-(série), <cite>Les Mystères de la Guyane</cite>, etc.</p>
+(série), <cite>Les Mystères de la Guyane</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_191" id="Footnote_191" href="#FNanchor_191" class="label">[191]</a> Cf. <cite>L'Allemagne amoureuse</cite>, <cite>Histoires militaires</cite>,
<cite>La Vie viennoise</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_192" id="Footnote_192" href="#FNanchor_192" class="label">[192]</a> Cf. <cite>Les Mémoires d'un orphelin</cite>, <cite>Les Fiancés
+<p><a name="Footnote_192" id="Footnote_192" href="#FNanchor_192" class="label">[192]</a> Cf. <cite>Les Mémoires d'un orphelin</cite>, <cite>Les Fiancés
du Spitzberg</cite>, <cite>Les Ames en peine</cite>, <cite>Le Roman d'un
-héritier</cite>, <cite>Hélène et Suzanne</cite>, etc.</p>
+héritier</cite>, <cite>Hélène et Suzanne</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_193" id="Footnote_193" href="#FNanchor_193" class="label">[193]</a> Voir chap. <span class="smcap">VIII</span> (<cite>Les Romantiques</cite>). Ajoutez
-à la liste des livres cités dans la notice <cite>Iskender</cite>
+à la liste des livres cités dans la notice <cite>Iskender</cite>
(roman persan), d'une grande vie, d'un beau
souffle.</p>
<p><a name="Footnote_194" id="Footnote_194" href="#FNanchor_194" class="label">[194]</a> Cf. <cite>Vingt mille lieues sous les mers</cite>, <cite>Les Enfants
-du capitaine Grant</cite>, <cite>L'Ile mystérieuse</cite>, <cite>Cinq
+du capitaine Grant</cite>, <cite>L'Ile mystérieuse</cite>, <cite>Cinq
semaines en ballon</cite>, <cite>Michel Strogoff</cite>, <cite>Aventures de
trois Russes et de trois Anglais</cite>, <cite>Le tour du monde
en 80 jours</cite>, <cite>Nord contre Sud</cite>, etc. Jules Verne est
-plus qu'en puissance déjà dans Edgar Poë. Il ne
+plus qu'en puissance déjà dans Edgar Poë. Il ne
lui a pris que son merveilleux scientifique. Le
-reste de son héritage, le macabre, l'humour à
+reste de son héritage, le macabre, l'humour à
vif, vous le retrouverez dans Villiers de l'Isle-Adam,
par exemple.</p>
-<p><a name="Footnote_195" id="Footnote_195" href="#FNanchor_195" class="label">[195]</a> Cf. <cite>Les Secrets de l'Océan</cite>, <cite>Le capitaine Ferragus</cite>,
+<p><a name="Footnote_195" id="Footnote_195" href="#FNanchor_195" class="label">[195]</a> Cf. <cite>Les Secrets de l'Océan</cite>, <cite>Le capitaine Ferragus</cite>,
<cite>Flora chez les nains</cite>, <cite>Quinze mois dans la
-lune</cite>, etc. C'est du Jules Verne arrangé et pas au
-mieux. M. de Lamothe eut à répondre autrefois
+lune</cite>, etc. C'est du Jules Verne arrangé et pas au
+mieux. M. de Lamothe eut à répondre autrefois
de ces imitations un peu bien directes.</p>
-<p><a name="Footnote_196" id="Footnote_196" href="#FNanchor_196" class="label">[196]</a> Cf. <cite>Histoire d'une bouchée de pain</cite>, <cite>Les Serviteurs
-de l'estomac</cite>, <cite>Les contes du Petit-Château</cite>, etc.</p>
+<p><a name="Footnote_196" id="Footnote_196" href="#FNanchor_196" class="label">[196]</a> Cf. <cite>Histoire d'une bouchée de pain</cite>, <cite>Les Serviteurs
+de l'estomac</cite>, <cite>Les contes du Petit-Château</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_197" id="Footnote_197" href="#FNanchor_197" class="label">[197]</a> Cf. <cite>Le Palais de marbre</cite>, <cite>La Vengeance du
-bonze</cite>, <cite>La fille du Boer</cite>, etc. Cette littérature enfantine
-a, du reste, beaucoup baissé. On y chercherait
-en vain les pendants à <cite>la Roche aux
-mouettes</cite>, à <cite>Romain Kalbris</cite>, à <cite>Maroussia</cite>, à <cite>Jean-Paul
+bonze</cite>, <cite>La fille du Boer</cite>, etc. Cette littérature enfantine
+a, du reste, beaucoup baissé. On y chercherait
+en vain les pendants à <cite>la Roche aux
+mouettes</cite>, à <cite>Romain Kalbris</cite>, à <cite>Maroussia</cite>, à <cite>Jean-Paul
Choppard</cite>, au <cite>Prince Coqueluche</cite>, ces chefs-d'&oelig;uvre
d'antan.</p>
<p><a name="Footnote_198" id="Footnote_198" href="#FNanchor_198" class="label">[198]</a> Cf. <cite>Aigle et Colombe</cite>, <cite>Les Pieds d'argile</cite>, <cite>Bigarette</cite>,
-<cite>Le clan des Pentom</cite>, <cite>Les Rosaëc</cite>, <cite>Désertion</cite>, etc.</p>
+<cite>Le clan des Pentom</cite>, <cite>Les Rosaëc</cite>, <cite>Désertion</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_199" id="Footnote_199" href="#FNanchor_199" class="label">[199]</a> Cf. <cite>Les Laferté</cite>, <cite>Jacqueline</cite>, <cite>Denise</cite>, <cite>L'Ange
+<p><a name="Footnote_199" id="Footnote_199" href="#FNanchor_199" class="label">[199]</a> Cf. <cite>Les Laferté</cite>, <cite>Jacqueline</cite>, <cite>Denise</cite>, <cite>L'Ange
du sommeil</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_200" id="Footnote_200" href="#FNanchor_200" class="label">[200]</a> Cf. <cite>Jean le boiteux</cite>, <cite>Visites à grand'mère</cite>, <cite>La
+<p><a name="Footnote_200" id="Footnote_200" href="#FNanchor_200" class="label">[200]</a> Cf. <cite>Jean le boiteux</cite>, <cite>Visites à grand'mère</cite>, <cite>La
Fille de l'aveugle</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_201" id="Footnote_201" href="#FNanchor_201" class="label">[201]</a> On se reportera, sur Mme Guerrier de
-Haulpt, à l'article que j'ai déjà cité de M. Paul
-Bourget, sur le roman piétiste et le roman naturaliste
+Haulpt, à l'article que j'ai déjà cité de M. Paul
+Bourget, sur le roman piétiste et le roman naturaliste
(<cite>Revue des deux mondes</cite>, 1873). Voir de
-Mme de Haulpt <cite>Le Roman d'un athée</cite>, <cite>Le Trésor de
+Mme de Haulpt <cite>Le Roman d'un athée</cite>, <cite>Le Trésor de
Kermerel</cite>, <cite>La Clef des champs</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_202" id="Footnote_202" href="#FNanchor_202" class="label">[202]</a> Cf. <cite>Une dette d'honneur</cite>, <cite>En Poitou</cite>, <cite>La Faute
-du père</cite>, <cite>Petite reine</cite>, etc.</p>
+du père</cite>, <cite>Petite reine</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_203" id="Footnote_203" href="#FNanchor_203" class="label">[203]</a> Cf. <cite>Marcelle Dayre</cite>, <cite>Sabine de Rivas</cite>, <cite>Aventures
de Jean-Paul Riquet</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_204" id="Footnote_204" href="#FNanchor_204" class="label">[204]</a> Cf. <cite>Les Souvenirs d'un enfant de ch&oelig;ur</cite>, <cite>Les
-Récits du commissaire</cite>, <cite>Les athées du Pont-aux-Choux</cite>,
+Récits du commissaire</cite>, <cite>Les athées du Pont-aux-Choux</cite>,
etc.</p>
-<p><a name="Footnote_205" id="Footnote_205" href="#FNanchor_205" class="label">[205]</a> Cf. <cite>Maître Bernillon</cite>, <cite>La Béate</cite>, <cite>Un mariage
+<p><a name="Footnote_205" id="Footnote_205" href="#FNanchor_205" class="label">[205]</a> Cf. <cite>Maître Bernillon</cite>, <cite>La Béate</cite>, <cite>Un mariage
difficile</cite>, <cite>Chez l'oncle Aristide</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_206" id="Footnote_206" href="#FNanchor_206" class="label">[206]</a> Cf. <cite>Yves Trévirec</cite>, <cite>La Mission de Marguerite</cite>,
+<p><a name="Footnote_206" id="Footnote_206" href="#FNanchor_206" class="label">[206]</a> Cf. <cite>Yves Trévirec</cite>, <cite>La Mission de Marguerite</cite>,
<cite>Edith</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_207" id="Footnote_207" href="#FNanchor_207" class="label">[207]</a> Je prends M. Ninous au hasard. Mais
@@ -7567,19 +7529,19 @@ autres.</p>
<p><a name="Footnote_208" id="Footnote_208" href="#FNanchor_208" class="label">[208]</a> Cf. <cite>Aubanon Cinq-liards</cite>, <cite>Les Chevaliers de
la Croix-Blanche</cite>, <cite>Le Crime de Maltaverne</cite>, <cite>Les Rois
du Pays d'or</cite>, <cite>L'Honneur du Nom</cite>, etc., etc. Tous
-ces romans ont une réelle tenue littéraire; l'auteur
-est peut-être, à présent, notre meilleur romancier
+ces romans ont une réelle tenue littéraire; l'auteur
+est peut-être, à présent, notre meilleur romancier
picaresque.</p>
-<p><a name="Footnote_209" id="Footnote_209" href="#FNanchor_209" class="label">[209]</a> Cf. <cite>Le Panné</cite>, <cite>Le Wagon 303</cite>, <cite>Les Vaincus
+<p><a name="Footnote_209" id="Footnote_209" href="#FNanchor_209" class="label">[209]</a> Cf. <cite>Le Panné</cite>, <cite>Le Wagon 303</cite>, <cite>Les Vaincus
de la vie</cite>, <cite>L'Aventure d'une fille</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_210" id="Footnote_210" href="#FNanchor_210" class="label">[210]</a> Cf. <cite>Les Nuits du boulevard</cite>, <cite>Le Fer rouge</cite>,
-<cite>L'Enfant du Pavé</cite>, <cite>Les Drames du demi-monde</cite>, <cite>La
-duchesse d'Alvarès</cite>, et quelques nouvelles vraiment
+<cite>L'Enfant du Pavé</cite>, <cite>Les Drames du demi-monde</cite>, <cite>La
+duchesse d'Alvarès</cite>, et quelques nouvelles vraiment
exquises (<cite>Le Trombone de Salzbach</cite>, par
-exemple). Mais c'est surtout à l'imagination que
-M. Zaccone a dû le succès très mérité de ses
+exemple). Mais c'est surtout à l'imagination que
+M. Zaccone a dû le succès très mérité de ses
livres.</p>
<p><a name="Footnote_211" id="Footnote_211" href="#FNanchor_211" class="label">[211]</a> Cf. <cite>Le marquis de Saint-Luc</cite>, <cite>La Bataille de
@@ -7588,34 +7550,34 @@ la bourse</cite>, <cite>Le Faubourg Saint-Antoine</cite>, etc.</p>
<p><a name="Footnote_212" id="Footnote_212" href="#FNanchor_212" class="label">[212]</a> Cf. <cite>Martyre</cite>, <cite>Les Deux orphelines</cite>, <cite>Les Remords
d'un ange</cite>, etc.</p>
-<p><a name="Footnote_213" id="Footnote_213" href="#FNanchor_213" class="label">[213]</a> Tels que M. Paul Saunière (<cite>Le beau Sylvain</cite>,
-<cite>Le Chevalier Tempête</cite>, <cite>Flamberge</cite>, etc.), M. Elie
-Berthet (<cite>Un mariage secret</cite>, <cite>Mère et fille</cite>, <cite>Le Château
+<p><a name="Footnote_213" id="Footnote_213" href="#FNanchor_213" class="label">[213]</a> Tels que M. Paul Saunière (<cite>Le beau Sylvain</cite>,
+<cite>Le Chevalier Tempête</cite>, <cite>Flamberge</cite>, etc.), M. Elie
+Berthet (<cite>Un mariage secret</cite>, <cite>Mère et fille</cite>, <cite>Le Château
de Montbrun</cite>, etc.), Charles Valois (<cite>Le docteur
-André</cite>), Eugène Moret (<cite>La petite Kate</cite>), etc., etc.</p>
+André</cite>), Eugène Moret (<cite>La petite Kate</cite>), etc., etc.</p>
-<p><a name="Footnote_214" id="Footnote_214" href="#FNanchor_214" class="label">[214]</a> &mdash;«Les goûts sur les livres changent de
-mode chez les Français comme les habits. Les
+<p><a name="Footnote_214" id="Footnote_214" href="#FNanchor_214" class="label">[214]</a> &mdash;«Les goûts sur les livres changent de
+mode chez les Français comme les habits. Les
longs romans pleins de paroles et d'aventures
fabuleuses, vides des choses qui doivent rester
-dans l'esprit du lecteur et y faire fruit, étaient
+dans l'esprit du lecteur et y faire fruit, étaient
en vogue dans le temps que les chapeaux pointus
-étaient trouvés beaux. On s'est lassé presque en
-même temps des uns et des autres, et les petites
-histoires ornées des agréments que la vérité
-peut souffrir ont pris leur place et se sont trouvées
-plus propres au génie français, qui est impatient
-de voir en deux heures le dénouement et
-la fin de ce qu'il commence à lire.»&mdash;De qui
+étaient trouvés beaux. On s'est lassé presque en
+même temps des uns et des autres, et les petites
+histoires ornées des agréments que la vérité
+peut souffrir ont pris leur place et se sont trouvées
+plus propres au génie français, qui est impatient
+de voir en deux heures le dénouement et
+la fin de ce qu'il commence à lire.»&mdash;De qui
ces lignes? D'un certain Le Noble, auteur d'<cite>Ildegerte,
-reyne de Norwège</cite>, ou <cite>L'amour magnanime</cite>,
-nouvelle historique, publiée en 1646, et précédée
-d'un à-qui-lit dont je les ai extraites.</p>
+reyne de Norwège</cite>, ou <cite>L'amour magnanime</cite>,
+nouvelle historique, publiée en 1646, et précédée
+d'un à-qui-lit dont je les ai extraites.</p>
</div>
</div>
-<h2>TABLE DES MATIÈRES</h2>
+<h2>TABLE DES MATIÈRES</h2>
<table id="ToC" summary="contents">
<tr>
@@ -7665,7 +7627,7 @@ d'un à-qui-lit dont je les ai extraites.</p>
</tr>
<tr>
<td class="tdr">IX.</td>
-<td>Les Éclectiques</td>
+<td>Les Éclectiques</td>
<td class="tdr"><a href="#Page_303">303</a></td>
</tr>
<tr>
@@ -7680,384 +7642,8 @@ d'un à-qui-lit dont je les ai extraites.</p>
</tr>
</table>
-<p class="end">ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY</p>
-
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of Project Gutenberg's Les Romanciers d'Aujourd'hui, by Charles Le Goffic
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES ROMANCIERS D'AUJOURD'HUI ***
-
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-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
-WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
-WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
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-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
-If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
-law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
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-provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
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-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
-with this agreement, and any volunteers associated with the production,
-promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
-harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
-that arise directly or indirectly from any of the following which you do
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of computers
-including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
-because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
-people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation information page at www.gutenberg.org
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
-throughout numerous locations. Its business office is located at 809
-North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email
-contact links and up to date contact information can be found at the
-Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To
-SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
-particular state visit www.gutenberg.org/donate
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations.
-To donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For forty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
-keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
-
- www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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-
-</pre>
+<p class="end">ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY</p>
+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 44023 ***</div>
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