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+ The Project Gutenberg eBook of Journal du corsaire Jean Doublet de Honfleur, by Charles Bréard.
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+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of Journal du corsaire Jean Doublet de Honfleur, by
+Jean Doublet
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Journal du corsaire Jean Doublet de Honfleur
+ Publié d'après le manuscrit autographe avec introduction,
+ notes et additions
+
+Author: Jean Doublet
+
+Editor: Charles Bréard
+
+Release Date: September 30, 2013 [EBook #43849]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JEAN DOUBLET DE HONFLEUR ***
+
+
+
+
+Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
+produced from images generously made available by the
+Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
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+</pre>
+
+<h1>JOURNAL DU CORSAIRE<br/>
+<span class="large">JEAN DOUBLET</span><br/>
+DE HONFLEUR<br/>
+<span class="small">LIEUTENANT DE FRÉGATE SOUS LOUIS XIV</span></h1>
+
+<p class="c"><span class="small">PUBLIÉ D'APRÈS</span><br/>
+LE MANUSCRIT AUTOGRAPHE<br/>
+<span class="small">AVEC INTRODUCTION, NOTES ET ADDITIONS<br/>
+PAR</span><br/>
+<b>CHARLES BRÉARD</b></p>
+
+<div class="c"><img src="images/perrin.png" alt="Marque d'imprimeur: P D" /></div>
+<p class="c"><span class="large">PARIS</span><br/>
+<span class="small">LIBRAIRIE ACADÉMIQUE DIDIER</span><br/>
+PERRIN ET C<sup>ie</sup>, LIBRAIRES-ÉDITEURS<br/>
+<span class="small">35, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 35</span></p>
+
+<p class="c">1887</p>
+
+<p class="c"><span class="small">Tous droits réservés.</span></p>
+
+
+
+
+<h2><a name="intro" id="intro"></a>INTRODUCTION</h2>
+
+
+<h3>I</h3>
+
+<p>Jean-François Doublet<a id="FNanchor_1" name="FNanchor_1"></a><a href="#Footnote_1" class="fnanchor">1</a> naquit à Honfleur au milieu du
+dix-septième siècle. Nous n'avons pas la date de sa naissance;
+son baptistaire ne se retrouve point dans les anciens registres
+des paroisses de sa ville natale, à côté de ceux des autres
+enfants de François Doublet et de Madeleine Fontaine, ses
+père et mère. Il résulte de là que l'on n'a point d'autre moyen
+pour déterminer cette date inconnue que d'accepter l'indication
+fournie par Doublet lui-même lorsqu'il parle de son âge à
+l'époque de son premier embarquement. Il avait sept ans et
+trois mois, dit-il, lorsque brûlant d'accompagner son père au
+Canada il se cacha dans l'entrepont du navire qui emportait
+vers la Nouvelle-France la fortune et les espérances de sa
+famille. D'après cette donnée, il faut reporter la naissance de
+notre marin au mois de novembre 1655.</p>
+
+<p>L'obscurité qui enveloppe la naissance de Doublet n'entoure
+heureusement pas sa parenté. Les registres municipaux, les
+minutes des anciens tabellionages d'Auge, de Grestain et de
+Roncheville et des papiers de famille nous ont mis à portée de
+<span class="pagenum"><a name="pg6" id="pg6"></a>-6-</span>
+recueillir sur elle des informations nombreuses et précises. On
+en pourra juger par les notes déjà publiées dans la <i>Revue historique</i>
+et par celles qui nous restent encore à donner. Mais
+notre intention n'est pas de reproduire tous les renseignements
+biographiques ou généalogiques qu'une recherche patiente
+nous a permis de rassembler; nous ferons un choix dans nos
+matériaux.</p>
+
+<p>Doublet appartenait à une bonne famille de moyenne bourgeoisie
+qui comptait plusieurs de ses membres dans les conseils
+de la ville depuis le commencement du dix-septième
+siècle. Lorsque, soupçonné de piraterie et interrogé d'un ton
+hautain par le duc d'York,&mdash;plus-tard Jacques II,&mdash;Doublet
+répondit: «Monseigneur, je suis de bonne naissance,»
+il ne se vantait aucunement, il énonçait simplement la vérité.
+Il paraîtrait même que les emplois en la possession de sa
+famille, ou la propriété de la moitié d'une sergenterie et garde-noble
+située en la forêt de Touques<a id="FNanchor_2" name="FNanchor_2"></a><a href="#Footnote_2" class="fnanchor">2</a>, lui avaient fait obtenir
+l'anoblissement. Doublet est dit noble homme dans l'acte de
+son mariage que nous donnons plus loin<a id="FNanchor_3" name="FNanchor_3"></a><a href="#Footnote_3" class="fnanchor">3</a>; il est qualifié
+d'écuyer dans l'acte du décès de sa femme<a id="FNanchor_4" name="FNanchor_4"></a><a href="#Footnote_4" class="fnanchor">4</a>, mais ce détail
+est de peu d'importance.</p>
+
+<p>C'était l'un des seize enfants d'un bourgeois de Honfleur,
+maître François Doublet, qui pratiqua pendant plus de trente-cinq
+ans l'art de l'apothicaire<a id="FNanchor_5" name="FNanchor_5"></a><a href="#Footnote_5" class="fnanchor">5</a>, devint capitaine-marchand,
+arma et équipa des navires, rêva la fortune et chercha un
+climat et un destin meilleurs. Sa mère, Madeleine Fontaine,
+<span class="pagenum"><a name="pg7" id="pg7"></a>-7-</span>
+était fille d'un Jacques Fontaine décédé vers 1652 et qui laissa
+une autre fille, Marie Fontaine, marié à Guillaume de Valsemé,
+tabellion royal en la vicomté d'Auge, fils d'Olivier de
+Valsemé, tabellion en 1604, conseiller de ville en 1622,
+échevin de 1626 à 1639.&mdash;Parmi la tribu des Doublet,
+nous citerons Louis Doublet, chirurgien, lieutenant du premier
+barbier du roi en 1664, premier échevin en 1666 et
+1668; Nicolas-Claude Doublet du Rousseau, président et
+receveur du grenier à sel en 1680; Pierre Doublet, sergent en
+la vicomté de Blangy; Guillaume Doublet, sieur des Bords,
+bourgeois, vivant en 1650.&mdash;Son aïeul paternel avait épousé
+Marguerite Auber, et était ainsi entré dans l'alliance d'une
+famille très-considérée parmi les bourgeois de Honfleur. Voici
+quelques-uns de ses membres que nous ont fait connaître des
+documents des XVI<sup>e</sup> et XVII<sup>e</sup> siècles. Un Nicolas Auber
+était procureur-sindic des bourgeois en l'année 1550. Le bisaïeul
+maternel de Doublet se nommait Richard Auber; il remplissait
+les fonctions de receveur du duc d'Orléans pour le
+domaine de Roncheville. Ses deux grands-oncles, Jacques
+Auber l'aîné et Jacques Auber le jeune, furent receveurs des
+deniers municipaux de l'année 1621 à l'année 1674; leur habitation
+se voit encore<a id="FNanchor_6" name="FNanchor_6"></a><a href="#Footnote_6" class="fnanchor">6</a> avec sa porte basse en pierre, ses pilastres,
+ses bossages et ses murs en damier dans le goût qui régnait
+au temps de Louis XIII. Son cousin germain, Louis Auber, sieur
+des Rocquettes, était premier échevin en 1672; un autre cousin,
+Jean-Baptiste Auber, occupait l'office de procureur du roi au siége
+de l'amirauté, en 1656. On trouvera plus loin, dans un
+tableau généalogique, le nom de plusieurs de ses frères et de
+<span class="pagenum"><a name="pg8" id="pg8"></a>-8-</span>
+ses s&oelig;urs. Doublet, comme on le verra, n'a donné que très-peu
+de renseignements sur sa famille. Le devoir de son biographe
+était donc sinon de rechercher à fond la filiation du
+corsaire normand, du moins de rassembler et de présenter
+quelques notes à ce sujet. Nous pourrions nous en tenir là.
+Mais de nouvelles recherches nous ayant permis de rectifier
+certaines indications déjà données et de suivre les ramifications
+de la descendance de Doublet, nous ajouterons les détails qui
+suivent.</p>
+
+<p>Jean-François Doublet se maria à Saint-Malo en 1692. De
+son union avec Françoise Fossard, naquit un premier enfant,
+Jeanne-Rose Doublet, qui vint au monde en cette ville vers
+la fin de l'année 1693, et fut élevée à Honneur où sa mère
+s'était fixée au milieu de la famille de son mari. A l'âge de
+dix-neuf ans, le 13 mars 1712, Jeanne-Rose Doublet épousa
+Me Thomas Quillet, conseiller du roi, lieutenant général
+en la vicomté de Roncheville. Elle entrait dans l'alliance d'une
+famille de marchands aisés qui n'avaient eu d'autre ambition
+que celle de faire de leur fils un officier du roi, en lui achetant
+une charge à laquelle d'importants privilèges étaient attachés.
+L'achat de cet office pour un modeste marchand de dentelles
+ou de draperie a été en partie&mdash;soit dit en passant&mdash;la
+source de la fortune de ces vaniteux Quillet qui détenaient
+encore les principales charges du bailliage de Honfleur à l'époque
+de la révolution.</p>
+
+<p>Du mariage de Jeanne-Rose Doublet et de M<sup>e</sup> Thomas
+Quillet sortirent cinq enfants. Un seul nous intéresse particulièrement
+parce qu'il nous fournira la descendance du corsaire
+Doublet jusqu'à nos jours. Ce fut Françoise-Marguerite-Rose
+Quillet, née à Honfleur, le 25 décembre 1712. Par l'alliance
+<span class="pagenum"><a name="pg9" id="pg9"></a>-9-</span>
+de sa fille, Doublet avait vu sa famille s'unir à la bourgeoisie
+aristocratique, un second mariage devait donner à celle-ci accès
+dans la noblesse. En effet à vingt ans, en 1733, le 23 juin,
+Rose Quillet épousa un gentilhomme, messire Alexandre de
+Naguet, écuyer, sieur de Saint-Georges, descendant d'une
+famille qui mérite de nous arrêter un moment.</p>
+
+<p>Les de Naguet dont le nom est aujourd'hui éteint faisaient
+jadis quelque figure. Leur race était ancienne et elle était, ce
+semble, assez vigoureuse; à la fin du siècle dernier, elle formait
+quatre ou cinq rameaux qui s'étaient étendus aux environs
+de Honfleur. La tige nous en est connue, mais c'est dans
+la bourgeoisie marchande, parmi les armateurs honfleurais du
+quinzième siècle et non dans la noblesse qu'elle avait jeté ses
+racines. Ainsi, certaines pièces des archives municipales<a id="FNanchor_7" name="FNanchor_7"></a><a href="#Footnote_7" class="fnanchor">7</a>
+font mention d'un Jacques Naguet qui prenait rang parmi les
+conseillers-élus de la cité en l'année 1499. A ses côtés figurent
+d'autres bourgeois du même nom: Guillaume Naguet et Jean
+Naguet. Le premier, Jacques Naguet, se qualifiait avocat; il
+fut en effet, «avocat de la communauté.» Mais il est certain
+qu'en réalité il exerçait la profession de marchand-armateur,
+qu'il «faisoit, ainsi que s'exprime un ancien document<a id="FNanchor_8" name="FNanchor_8"></a><a href="#Footnote_8" class="fnanchor">8</a>,
+train et trafic de marchandises par terre et par mer.» Il
+fut anobli par lettres-patentes de février 1522, et ses fils,
+Adrien et Louis dits Naguet, produisirent en 1540 l'anoblissement
+donné à leur père<a id="FNanchor_9" name="FNanchor_9"></a><a href="#Footnote_9" class="fnanchor">9</a>. A une époque antérieure à cette
+date, les Naguet avaient fait l'acquisition d'une terre située
+<span class="pagenum"><a name="pg10" id="pg10"></a>-10-</span>
+en la paroisse de Pennedepie. On connaît bien aujourd'hui
+encore la maison qu'ils habitaient. Le manoir sieurial de
+Saint-Georges se voit sur la droite en faisant route de Honfleur
+à Trouville, au milieu d'un vaste verger, à deux pas d'un
+moulin qui, depuis plus de trois cents ans, «fait de bled farine.»
+La façade, avec ses cordons de briques de couleur claire mélangés
+de cailloux noirs posés en damier, a encore bon air, sinon
+grand air. A l'intérieur, si l'on excepte le mobilier qui a disparu,
+rien n'a été changé. Mais nous croyons que si les de
+Naguet revenaient au monde, et que si leur prenait fantaisie de
+revenir habiter le berceau de la famille, ils ne s'y trouveraient
+point logés suivant leur rang.</p>
+
+<p>C'est dans cette maison que la petite-fille du corsaire Doublet
+devenue Madame de Saint-Georges, mit au monde un fils,
+le 12 septembre 1739<a id="FNanchor_10" name="FNanchor_10"></a><a href="#Footnote_10" class="fnanchor">10</a>. Ce dernier, nommé Robert-Jacques-Alexandre
+de Naguet, servit d'abord dans la marine royale,
+puis il entra au régiment d'Auvergne. Il en sortit avec le
+grade de capitaine et la croix de St-Louis; il fut plus tard
+lieutenant de MM. les maréchaux de France. De son mariage
+il eut un fils qui, le 5 octobre 1767, reçut comme son père et
+comme son aïeul le prénom d'Alexandre. Notre époque a connu
+cet Alexandre de Naguet de St-Georges menant à Honfleur une
+existence très retirée et tant soit peu étrange. Le rameau qu'il
+représentait s'éteignit en lui quant au nom. Il ne laissa qu'une
+fille. Ses arrière-petits-enfants portent de nos jours des noms
+qui appartiennent à la haute noblesse. Ce sont Madame la
+marquise de Caulaincourt et Madame la comtesse d'Andigné.
+Or, ces deux noms représentent dans la ligne féminine la
+descendance du corsaire normand Jean-François Doublet.</p>
+
+
+<p class="c"><span class="pagenum"><a name="pg11" id="pg11"></a>-11-</span>TABLEAU GÉNÉALOGIQUE DE LA FAMILLE DOUBLET.</p>
+
+<div class="centered">
+<table class="small" border="0" cellpadding="3" cellspacing="0" summary="Descendance de Richard Auber">
+<tr>
+<td colspan="10" class="tdc">RICHARD AUBER<br/>
+receveur du domaine de Roncheville.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="4" class="br bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="6" class="tdc bl bb">&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="4" class="tdc bt">JACQUES AUBER L'AÎNÉ<br/>
+receveur de la ville, de 1621 à 1657; épousa en 1619, Suzanne Esnault.</td>
+<td colspan="4" class="tdc bt">NICOLAS AUBER</td>
+<td colspan="2" rowspan="3" class="tdl bt">MARGUERITE AUBER<br/>
+ép. 1<sup>o</sup> François Doublet;<br/>
+2<sup>o</sup> Constant Patin, procureur du roi en l'amirauté.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="2" class="br bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="2" class="bl bb">&nbsp;</td>
+<td rowspan="3" class="bb">&nbsp;</td>
+<td class="br bb">&nbsp;</td>
+<td class="bl bb">&nbsp;</td>
+<td>&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdl bt">FRANÇOISE AUBER<br/>
+ép. Olivier Sanson, s<sup>r</sup> du Monarque, capit. de navire.</td>
+<td rowspan="2" class="tdl bt bb">JACQUES AUBER<br/>
+marchand, receveur de la ville de 1657 à 1660, de 1670 à 1674.</td>
+<td rowspan="2" class="tdl bt bb">JEAN-BAP<sup>TE</sup> AUBER<br/>
+procureur en l'amirauté.</td>
+<td colspan="2" class="tdc bt">LOUIS AUBER<br/>
+s<sup>r</sup> des Rocquettes;
+échevin de 1670 à 1673.</td>
+<td>&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="br bb">&nbsp;</td>
+<td class="bl bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="3">&nbsp;</td>
+<td class="br bb">&nbsp;</td>
+<td class="bl bb">&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="3" class="tdc bt">OLIVIER SANSON<br/>
+capitaine de navire; ép. vers 1680, Catherine Godard.</td>
+<td colspan="2" class="tdc bt">JACQUES SANSON<br/>
+capitaine de navire.</td>
+<td colspan="3">&nbsp;</td>
+<td colspan="2" class="tdc bt">CONSTANT PATIN<br/>
+avocat du roi en l'amirauté.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="2" class="br bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="3" class="bl bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="5" rowspan="2">&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="5" class="tdc bt">MARIE FRANÇOISE SANSON<br/>
+morte en 1752; ép.
+vers 1717, Charles Miard, sieur des Hogues.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="2" class="br bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="4" class="bl bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="4" rowspan="2">&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="6" class="tdc bt">MARIE-CATHERINE MIARD DES HOGUES<br/>
+ép. vers 1751, Jean-Baptiste Lelièvre, capitaine de navire.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="3" class="br bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="5" class="bl bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="2" rowspan="4">&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="8" class="tdc bt">CHARLES-LOUIS LELIÈVRE<br/>
+capitaine de navire, mort en l'an VI; ép. en 1785, Henriette Liébart.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="3" class="br bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="5" class="bl bb">&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="8" class="tdc bt">PIERRE-CHARLES LELIÈVRE DES HOGUES<br/>
+(1786-1859), contrôleur des Douanes.</td>
+</tr>
+</table>
+</div>
+<div class="centered">
+<table class="small" border="0" cellpadding="3" cellspacing="0" summary="descendance de François Doublet">
+<tr>
+<td colspan="6" class="tdc">FRANÇOIS DOUBLET<br />
+ép. vers 1620, Marguerite Auber.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td rowspan="2">&nbsp;</td>
+<td colspan="2" class="br bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="2" class="bl bb">&nbsp;</td>
+<td rowspan="2">&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="4" class="tdc bt">FRANÇOIS DOUBLET<br />
+apothicaire (1640),
+cap<sup>ne</sup> de navire (1663), mort avant 1678; ép.
+Madeleine Fontaine. (16 enfants dont entr'autres:)</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="3" class="br bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="3" class="bl bb">&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="tdc bt bb" rowspan="2">LOUIS DOUBLET<br />
+m<sup>e</sup> apothicaire, receveur
+de la vil. en 1695</td>
+<td class="tdc bt bb" rowspan="2">JEAN-BAPTISTE DOUBLET<br />
+clerc tonsuré.</td>
+<td colspan="2" class="tdl bt">JEAN-FRANÇOIS DOUBLET<br />
+lieutenant de frégate, né
+en 1655; ép. en 1692, Françoise Fossard, morte en 1722.</td>
+<td class="tdc bt bb" rowspan="2">CONSTANT-FRANÇOIS DOUBLET<br />
+bapt. 31 mars 1660.</td>
+<td class="tdc bt bb" rowspan="2">JACQUELINE DOUBLET<br />
+bapt. 22 janvier 1666.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="br bb">&nbsp;</td>
+<td class="bl bb">&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="3" class="tdl bt">JEANNE-ROSE DOUBLET<br />
+née à St-Malo en 1693;
+ép. en 1712, Thomas Quillet, conseiller du roi, lieutenant général de la
+vicomté de Roncheville, mort en 1726.</td>
+<td rowspan="2" class="tdc bt bb">MARIE-MADELEINE DOUBLET<br />
+bapt. 27 août 1699.</td>
+<td colspan="2" rowspan="2" class="tdc bt bb">FRANÇOISE-LOUISE-MARGUERITE DOUBLET<br />
+bapt. 10 février 1704.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="br bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="2" class="bl bb">&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdl bt">FRANÇOISE-MARGUERITE-ROSE QUILLET<br />
+née en 1712; morte en 1764; ép. en 1733, Alexandre de Naguet, écuyer,
+sieur de Saint-Georges, mort en 1758.</td>
+<td rowspan="2" class="tdc bt bb" >RENÉ-FRANÇOISE QUILLET<br />
+née en 1714.</td>
+<td rowspan="2" class="tdc bt bb">NICOLAS-FRANÇOIS-THOMAS QUILLET<br />
+né en 1715.</td>
+<td rowspan="2" class="tdc bt bb">JEAN-BAPT<sup>TE</sup> QUILLET<br />
+né en 1716.</td>
+<td rowspan="2" class="tdc bt bb">JEAN-THOMAS QUILLET<br />
+né en 1722.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="br bb">&nbsp;</td>
+<td class="bl bb">&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="tdc bt">FRANÇOISE-AIMÉE<br />
+née le 18 juin 1734.</td>
+<td colspan="3" class="tdl bt">ROBERT-JACQUES-ALEXAND. DE NAGUET DE ST-GEORGES<br />
+officier au régiment d'Auvergne, né en 1739, mort en 1773; ép. en 1765
+Thérèse-Victoire Quillet, morte en 1777.</td>
+<td class="tdc bt">ANDRÉE-ALEXANDRE<br />
+né le 28 novemb. 1742.</td>
+<td rowspan="2" class="tdc bt bb">ROSE-HENRIET.-ÉLISAB.<br />
+ép. en 1772 Ch.-Franç.-Gabr. Dandel, écuyer-seigneur d'Asseville.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="2" class="br bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="3" class="bl bb">&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdc bt">ALEXANDRE DE NAGUET DE ST-GEORGES<br />
+chevalier de St-Louis, né le 5 octobre 1767,
+ép. D<sup>elle</sup> Chauffer de Barneville.</td>
+<td colspan="2" class="tdc bt">ALEXANDRE DE NAGUET DE ST-GEORGES<br />
+né le 5 mai 1770</td>
+<td colspan="2" class="tdc bt">VICTOIRE-CONSTANCE DE NAGUET DE ST-G.<br />
+née le 21 janvier 1772, ép. Jacques Foubert.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="br bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="2" class="bl bb">&nbsp;</td>
+<td>&nbsp;</td>
+<td class="br bb">&nbsp;</td>
+<td class="bl bb">&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="3" class="tdc bt">VICTOIRE-ALEXANDRINE-SOPHIE DE NAGUET DE ST-GEORGES<br />
+ép. M. de Pieffort.</td>
+<td class="tdl">&nbsp;</td>
+<td colspan="3" rowspan="5" class="tdc bt">ÉLISABETH-ANTOINETTE FOUBERT<br />
+ép. Georges-Marie de Pracomtal</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="2" class="br bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="2" class="bl bb">&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="4" class="tdc bt">BLANCHE DE PIEFFORT<br />
+ép. M. le marquis de Croix.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="2" class="br bb">&nbsp;</td>
+<td colspan="2" class="bl bb">&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdc bt">M<sup>me</sup> LA M<sup>ise</sup> DE CAULAINCOURT.</td>
+<td colspan="2" class="tdc bt">M<sup>me</sup> LA C<sup>esse</sup> D'ANDIGNÉ.</td>
+</tr>
+</table>
+</div>
+
+
+<h3>II</h3>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg12" id="pg12"></a>-12-</span>
+Le détail des voyages de découvertes et des essais de colonisation
+où la Normandie engagea durant deux siècles la fortune
+de ses marins et de ses armateurs manque à l'histoire maritime.
+Quelques noms ont cependant survécu et on sait que
+les navires normands trafiquaient dans l'Inde, au Brésil, à la
+Floride, sur les côtes des futurs Etats-Unis, sur le banc et
+dans les baies de Terre-Neuve, mais s'il nous reste de ces
+voyages des témoignages non douteux, on n'a pas encore
+montré le lien qui les rattache les uns aux autres. A ce point
+de vue, le journal de Doublet s'ouvre par des renseignements
+d'un grand intérêt. On y voit les négociants de Rouen et de
+Honfleur poursuivre librement leurs projets de commerce
+extérieur et de colonisation. La compagnie d'associés agit pour
+son propre compte et avec ses seules ressources. Le créateur
+de l'entreprise, animé de l'esprit de son temps et de son pays,
+avait su réunir des sommes importantes et faire partager à ses
+amis l'espérance d'un succès certain. L'association eut une
+triste fin. On y vit, comme dans tant d'autres entreprises de
+cette époque, l'initiative privée s'user, faiblir et finalement se
+décourager, faute de protection. La relation de Doublet n'en
+établit pas moins la chaîne non interrompue des traditions.
+Elle montre la marine marchande de Normandie continuer
+ses pratiques de navigation comme au temps où Champlain
+était venu lui demander des matelots et des colons. Elle a
+donc une valeur historique.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg13" id="pg13"></a>-13-</span>
+A sept ans et demi, Doublet fit les premiers pas dans l'aventureuse
+carrière qu'il devait poursuivre pendant près de
+cinquante années. Quand l'heure du repos eut plus tard sonné,
+quand assis au foyer d'un voisin qui avait comme lui navigué
+dans le golfe et les bouches du Saint-Laurent, longé les banquises
+de glace des mers du Nord, mesuré du regard Ténériffe,
+échappé aux pirates de Salé et combattu les frégates d'Angleterre
+et de Hollande, Doublet charmait la veillée par ses
+récits, l'auditoire l'exhortait à les écrire. Quoique très peu
+clerc, le corsaire se mit à l'&oelig;uvre, il voulut «satisfaire sa famille
+et ses intimes amis, nous dit-il, lesquels l'avoient souvent
+prié de leur laisser un manuscrit de ses voyages.» Il travailla
+sur ce qui lui restait de ses journaux de bord, et d'une
+main moins habile à tenir la plume qu'à manier l'esponton
+ou le sabre d'abordage il commença sa narration. Tour à tour
+volontaire, matelot, second capitaine au commerce, pilote sur
+les vaisseaux du roi, lieutenant puis commandant de barques
+longues, enfin lieutenant de frégate, il n'eut qu'à évoquer du
+fond sa mémoire des souvenirs déjà lointains pour se remettre
+de nouveau en mouvement, pour raconter ses croisières et ses
+stratagêmes, énumérer ses prises, expliquer ses entrevues avec
+le duc d'York, Engil de Ruyter, Jean Bart, Tourville, Seignelay,
+le roi de Danemark et tant d'autres personnages dont
+il s'honorait d'avoir conquis l'estime.</p>
+
+<p>Doublet raconte avec simplicité, avec bonhomie, sans prétention
+d'aucune sorte. Mais il faut quelque habitude pour le
+suivre dans ses longues explications. Il est sincère, crédule, impartial
+et bavard. Il abonde en digressions. Il s'embrouille
+dans des périodes interminables; ses yeux si attentifs «à
+observer les constellations régulièrement monter et descendre
+<span class="pagenum"><a name="pg14" id="pg14"></a>-14-</span>
+les degrés de la voûte céleste,» sont impuissants à surveiller
+l'arrangement des mots. Le secret de jalonner sa route sur les
+flots lui était plus familier que l'art d'écrire. D'ailleurs il fait
+dès les premières pages l'aveu de son inexpérience. On aurait
+donc mauvaise grâce à lui reprocher son ignorance des procédés
+de composition les plus simples. Il y a plus d'intérêt à
+considérer le <i>journal</i> de Doublet comme un tableau d'histoire.
+Il fournit en effet plus d'un détail expressif et parmi les faits
+qu'il renferme il en est de nouveaux.</p>
+
+<p>Esprit méthodique et laborieux, Doublet s'était initié aux
+pratiques du pilotage, à la connaissance des marées, des bancs,
+des courants, des écueils. Sur le rivage comme en mer, toujours
+la sonde en main, il explorait les chenaux, il multipliait
+les observations et il composait pour son usage un de ces
+livres qu'on nomme routiers. Il devint ainsi un modeste mais
+précieux auxiliaire des chefs d'escadre. Même avant d'avoir
+satisfait aux examens exigés, on le citait à Dunkerque comme
+un pilote des plus habiles. Les capitaines Delattre et Panetié,
+Jean Bart et d'autres commandants se disputaient à qui l'embarquerait
+à son bord. Cette faveur est l'éloge de celui qui en
+était l'objet, mais au point de vue de l'histoire ne prouve-t-elle
+pas autre chose? Ne voit-on pas dans cet empressement
+à s'assurer les services d'un jeune homme inconnu mais qui
+passe pour expérimenté, combien les officiers de la marine
+royale étaient alors étrangers à la science du pilotage et à
+celle de l'hydrographie? Répandre l'instruction pratique dans
+la classe des officiers fut, en effet, un des premiers et des plus
+graves problêmes que Colbert eut à résoudre lorsqu'il prit en
+main les affaires de la marine. Comment parvint-il à doter la
+France d'un enseignement fécond et durable? C'est ce qu'a
+<span class="pagenum"><a name="pg15" id="pg15"></a>-15-</span>
+révélé une suite d'études récemment publiées, où se trouvent
+rassemblés les faits les plus précis et les plus nouveaux<a id="FNanchor_11" name="FNanchor_11"></a><a href="#Footnote_11" class="fnanchor">11</a>. On
+y peut apprécier la sollicitude du puissant secrétaire d'Etat
+secondant l'initiative privée et sa persévérance à exposer aux
+intendants dans des instructions nombreuses et étendues ses
+vues de réforme et de progrès. Justement désireux de voir
+prospérer la petite école créée à Dieppe par le bon abbé Denys,
+Colbert la prit sous sa protection et prodigua maints encouragements
+au professeur dieppois. Joignant les moyens d'action
+aux recommendations, il ordonna la fondation d'écoles d'hydrographie
+dans les ports militaires et dans les ports marchands,
+ne voulant plus demander de pilotes à l'étranger.</p>
+
+<p>On verra Doublet pour se perfectionner dans l'astronomie
+nautique, choisir l'école de Dieppe, et il ne passera point inaperçu
+que son professeur, l'abbé Guillaume Denys, surpris
+autant que flatté des succès de son élève se l'adjoingnit pendant
+quelque temps en qualité de répétiteur. Notre corsaire
+n'avait donc pas seulement les qualités brillantes d'un marin
+audacieux et brave, il gardait et on retrouvait en lui les mérites
+plus solides qui distinguaient ses compatriotes, tout cet héritage
+de connaissances que les «nobles et gentilz mariniers» de
+Honfleur avaient mis à profit depuis le XV<sup>e</sup> siècle. En résumé,
+le vrai titre d'honneur de Doublet, ce qui le recommanda aux
+chefs d'escadre dès le début de sa carrière, c'est qu'il était un
+<span class="pagenum"><a name="pg16" id="pg16"></a>-16-</span>
+pilote, c'est-à-dire le guide sûr de ces vaisseaux bâtis à grand
+frais et qui étaient l'objet des soins incessants de Colbert.</p>
+
+<p>La vie de Doublet se partagea en deux périodes distinctes:
+dans l'une, officier marinier et capitaine marchand, il trafiqua
+avec des chances diverses; dans l'autre, corsaire et commandant
+une de ces barques longues connues alors sous le nom
+frégates, il fut l'adversaire redoutable du commerce ennemi.
+Au temps où se préparaient les grands armements de guerre,
+Doublet rentrait au port où l'on pouvait tenter les entreprises
+les plus avantageuses. Un ordre du roi autorisait-il les particuliers
+à armer en course, Doublet était des premiers à offrir ses
+services et bientôt il prenait la mer sur une fine frégate. C'est
+ici l'époque on pourrait dire la plus brillante de sa vie, celle
+où l'on le voit s'élancer sur les convois et les amariner, porter
+l'épouvante sur les côtes d'Angleterre,&mdash;comme ce marin
+havrais qui fit descente, en 1692, entre le cap Lezard et Falmouth,
+avec cinquante hommes de son équipage et brûla un
+village de trente maisons.</p>
+
+<p>Doublet est à Brest à l'heure où Seignelay surveille l'arrivée
+de la flotte de Tourville et presse les armements destinés à la
+restauration des Stuarts. Il est accueilli dans l'état-major du
+ministre; sa longue pratique des côtes de la Manche et de
+l'Océan lui permet de s'y faire une toute petite place, et le
+cercle de ses relations s'en trouve étendu.</p>
+
+<p>La guerre finie, Doublet recouvrait sa liberté d'action. On
+louait ses services au moment du besoin, on le licenciait la
+campagne terminée non sans toutefois le récompenser. Mais
+songeant que le brevet de lieutenant de frégate qu'il a obtenu
+ne le mènerait à rien, que ce brevet n'était pas de nature à le
+tirer des rangs secondaires, Doublet renonce à ce grade et s'adonne
+<span class="pagenum"><a name="pg17" id="pg17"></a>-17-</span>
+au commerce. Il apparaît alors dans les colonies espagnoles
+et portugaises comme un marchand plein d'honnêteté
+mais peu endurant, gagnant la confiance des consuls et se
+faisant un devoir d'user de son crédit pour déjouer les fraudes
+des Juifs et des Marocains. Par certains traits de son caractère
+droit et ferme où le pilote, le corsaire et le marchand s'unissent,
+Doublet fait songer parfois à Robert Surcouf. Rien n'est
+plus curieux, par exemple, que de le voir exiger le salut des
+vaisseaux portugais et des flûtes de Hollande, et rien ne fait
+mieux ressortir la dignité et l'élévation de ses sentiments que
+la conduite qu'il tint devant le Grand Conseil de Danemark.
+On ne lira pas avec moins d'intérêt les autres épisodes qu'il a
+pris plaisir à raconter au milieu de détails sans nombre: tels
+sont le bombardement de Saint-Malo, l'histoire de dom Garcia
+d'une sincérité de sentiment singulière, le portrait de ce juge
+qui pesait les sacs à procès, la défense du consulat de la
+Havane et cent récits ingénieux ou bizarres.</p>
+
+<p>Le journal de Doublet se termine en 1707. Il nous reste à
+faire connaître comment prit fin la carrière de ce marin.
+Comme il le dit, il accepta le commandement d'un navire de
+500 tonneaux, le <i>Saint-Jean-Baptiste</i>, portant 36 canons et
+175 hommes d'équipage, et armé à Marseille pour un voyage
+de découvertes dans les mers du Sud. L'expédition dura plus
+de trois années et elle se termina le 22 avril 1711. Quant au
+commandant Doublet, résolu à ne plus retourner sur la mer,
+il se retira à Honfleur. Afin de jouir des priviléges accordés
+aux officiers commensaux de la maison du roi et des maisons
+royales, il se fit pourvoir par lettres du 5 septembre 1711 d'une
+charge de capitaine-exempt d'une compagnie de gardes-suisses
+<span class="pagenum"><a name="pg18" id="pg18"></a>-18-</span>
+du duc d'Orléans. Il décéda le 20<sup>e</sup> de décembre 1728 et fut
+inhumé dans l'église de Barneville-la-Bertran<a id="FNanchor_12" name="FNanchor_12"></a><a href="#Footnote_12" class="fnanchor">12</a>.</p>
+
+<p>Maintenant que l'on a fait connaissance avec le personnage,
+nous prions le lecteur de parcourir les récits qui suivent. La
+composition, nous l'avons déjà dit, n'en vaut guère mieux
+que le style, mais le caractère du corsaire y est bien mis en
+relief et l'on y saisit, pour ainsi dire, dans l'action même, les
+qualités qui ont attiré sur lui l'attention des premiers marins
+de son temps. Doublet, né dans un rang obscur, fut intrépide,
+éclairé, avide d'entreprises hasardeuses. Il joignait à la promptitude
+de la décision, la fécondité de ressources et l'habilité de
+l'exécution. Aussi attaché à ses devoirs qu'attentif à faire observer
+une exacte discipline, il se montrait sévère sans être rigide,
+d'un courage poussé jusqu'à la témérité, plein de bon sens et
+d'honnêteté. En outre il savait porter les sentiments de l'honneur
+à un haut point et ne point se laisser surprendre par aucun
+malheur. On aime à penser que si ce marin eût vécu un
+siècle plus tard, au milieu des événements qui ont transformé
+la société, la fortune l'aurait appelé dans de nouvelles routes.
+La solide barrière qui séparait les officiers proprement dits des
+officiers mariniers s'étant abaissée, on peut présumer avec
+quelque certitude que Doublet serait devenu l'un des meilleurs
+capitaines de vaisseau des armées navales de la République.</p>
+
+
+<h3><a name="intro3" id="intro3"></a>III</h3>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg19" id="pg19"></a>-19-</span>
+Le manuscrit original du journal que nous publions est
+conservé à Rouen dans les archives départementales de la
+Seine-Inférieure. L'éminent archiviste, M. de Beaurepaire, a
+bien voulu nous dire que ce manuscrit a été rencontré par lui
+chez un bouquiniste, qu'il en fit l'acquisition et en fit don au
+dépôt départemental.</p>
+
+<p>C'est un registre grand in-folio, d'un papier vergé fort, à dos
+et couverture de parchemin. Les feuillets paginés de 1 à 136 et
+de 1 à 65 sont sans réglure. Chaque page porte une marge de
+30 millimètres et renferme 40 lignes environ. L'écriture est
+fine, nette, très-lisible. On en pourra juger par le spécimen que
+nous présentons. C'est la signature de Doublet à l'époque
+même où il se décida, lui le plus simple et le moins ambitieux
+des hommes, à raconter le bruit qu'il avait fait dans le monde.</p>
+
+<div class="c"><img src="images/sign.png" alt="signature de Doublet" /></div>
+<p>Le petit nombre de ratures et de
+changements que le manuscrit contient,
+indique que l'on a sous les
+yeux la transcription faite par l'auteur
+lui-même d'une première rédaction.
+D'ailleurs Doublet expose dans une note (n<sup>o</sup> 46) qu'il
+avait égaré l'original de ses voyages.</p>
+
+<p>Le manuscrit se divise en deux parties. La première, dont
+nous avons principalement à nous occuper forme le texte
+de la présente publication, elle n'a point de titre. Elle contient
+seulement des notes marginales que l'auteur a placées de
+<span class="pagenum"><a name="pg20" id="pg20"></a>-20-</span>
+loin en loin pour indiquer soit les dates de ses embarquements,
+soit les passages principaux de son récit. Nous les avons
+supprimées en raison des erreurs chronologiques qu'elles contiennent,
+mais on les trouvera en substance dans le sommaire
+des chapitres.</p>
+
+<p>Sur deux points nous nous sommes écartés du texte du
+manuscrit: la chronologie et la division du récit. Les dates,
+en effet, sont fautives en plusieurs passages; nous les avons
+rétablies à l'aide des documents du dépôt de la Marine.
+La narration de Doublet offre très peu d'alinéas; l'auteur
+a écrit quatre ou cinq pages, c'est-à-dire la valeur d'au moins
+cent cinquante lignes, sans coupures tranchées. Nous avons
+cru à propos de distribuer le <i>Journal</i> en morceaux afin d'en
+faciliter la lecture. On y a également introduit une ponctuation
+qui fait absolument défaut dans l'original; pour marquer
+les pauses, Doublet ne se sert que des deux points et du point
+et il les place au hasard.</p>
+
+<p>Pour l'établissement du texte, nous avons dû nous préoccuper
+de l'orthographe, qui est des plus défectueuses. Nous l'avons
+maintenue malgré les irrégularités, les bizarreries qu'elle présente
+et parce qu'au demeurant elle vaut celle des meilleurs
+écrivains du dix-septième siècle. Elle offre du reste plusieurs
+particularités curieuses. On remarquera chez Doublet l'accumulation
+anormale des consonnes et la suppression fréquente
+des consonnes doubles, une hésitation à distinguer le genre des
+substantifs, une incertitude à fixer l'accord des verbes, enfin
+un effort constant à conformer l'orthographe à la prononciation.
+Par exemple, dans les noms et dans tous les verbes qui
+se terminent par un <i>ez</i>, l'<i>é</i> de la dernière syllabe se prononce
+généralement comme un <i>é</i> fermé: <i>prez</i>, <i>beautez</i>, <i>aimez</i>. Doublet
+<span class="pagenum"><a name="pg21" id="pg21"></a>-21-</span>
+au contraire écrit ces finales avec un <i>ees</i> auquel il donnait
+probablement le son de l'<i>è</i> ouvert. Il semble ainsi reproduire
+les sons de la prononciation normande qui existent encore dans
+le parler provincial<a id="FNanchor_13" name="FNanchor_13"></a><a href="#Footnote_13" class="fnanchor">13</a>. Nous citerons les mots: <i>assées</i>, <i>allées</i>,
+<i>nées</i>, <i>difficultées</i>, pour <i>assez</i>, <i>allez</i>, <i>nez</i>, <i>difficultez</i>. Quant à l'orthographe
+des noms de personnes et de lieux, tout en en conservant
+les incorrections dans le texte, nous en avons autant
+que possible rétabli la forme exacte dans les notes.</p>
+
+<p>Nous avons dit que le manuscrit se composait de deux parties.
+La seconde que nous ne publierons point comprend 63
+feuillets. Elle contient le journal de bord du voyage de Doublet
+dans les mers du Sud et une quinzaine de cartes coloriées
+représentant les principales rades et baies que son navire, le
+<i>Saint-Jean-Baptiste</i>, visita: telles que Montevideo, Valparaiso,
+Coquimbo, Arica, Pisco, Callao de Lima, etc. Le voyage
+dura quarante-deux mois. Ayant mis à la voile au mois de
+novembre 1707, Doublet touchait aux Canaries au mois de mai
+1708, relevait les côtes du Brésil le 24 juillet suivant, mouillait
+à Montevideo le 8 août, reconnaissait l'île des États en décembre,
+passait à une cinquantaine de lieues du cap Horn et
+jetait l'ancre dans la baie de la Conception (Chili) le 20 janvier
+1709. Après un séjour d'un mois, Doublet reprit la mer et
+toucha successivement à Valparaiso, Coquimbo, Cobica, Chipana,
+Arica, Callao, visita Lima, dont il donne une description
+dans son journal (fol. 47), enfin le 23 novembre 1710 il
+quittait le Chili et faisait voile pour la France. Il débouquait
+du détroit de Lemaire le 12 janvier 1711 et arrivait à Cayenne
+le 3 mars. Parti de cette île le 22 mars suivant il entrait dans
+<span class="pagenum"><a name="pg22" id="pg22"></a>-22-</span>
+le Port-Louis le 22 avril 1711, «et s'est trouvé, dit-il, notre
+erreur en tout n'estre que de 34 lieues &#x2154; que j'étois plus de
+l'avant que le vaisseau.»</p>
+
+<p>Le retour du <i>Saint-Jean-Baptiste</i> au Port-Louis fut annoncé
+au ministre de la marine par M. Clairambault, ordonnateur
+à Lorient<a id="FNanchor_14" name="FNanchor_14"></a><a href="#Footnote_14" class="fnanchor">14</a>. Ce navire apportait des matières d'or et d'argent
+montant à la somme de 635,000 piastres. Il avait à son bord,
+parmi plusieurs personnages de distinction, un seigneur espagnol
+nommé Don Manuel Feyro de Fossa, porteur de riches
+présents offerts au roi et à la reine d'Espagne par l'évêque de
+la Conception<a id="FNanchor_15" name="FNanchor_15"></a><a href="#Footnote_15" class="fnanchor">15</a>.</p>
+
+<p>A la suite de ce journal de bord, où il y aurait à glaner
+plus d'un fait intéressant, Doublet a transcrit deux pages intitulées:
+<i>Relation de la nouvelle découverte des îles Cebaldes et à quoy
+elles pourroient estre utiles</i><a id="FNanchor_16" name="FNanchor_16"></a><a href="#Footnote_16" class="fnanchor">16</a>. Il y déclare que s'il était moins
+en âge et que le roi lui voulût accorder la permission d'habiter
+ces îles, dont l'état lui paraissait meilleur que celui de la
+Hollande, il s'y établirait, il y fonderait un poste commercial,
+«veu que l'on en pourroit retirer de grandes utilitées.»</p>
+
+<p>Doublet s'arrête sur ce rêve qu'il caressait alors que depuis
+dix années il avait renoncé aux voyages sur mer. Mais il en
+parle avec la même vivacité, la même résolution qu'il apporta
+dans les tentatives de colonisation par lesquels débutent les
+récits qui suivent.</p>
+
+
+
+<div class="break">
+<p class="titre">JOURNAL</p>
+
+
+
+<h2><a name="au_lecteur" id="au_lecteur"></a>AU LECTEUR</h2>
+
+</div>
+<p><span class="pagenum"><a name="pg25" id="pg25"></a>-25-</span>
+Amy lecteur, sy j'ay la témérité de travailler à ce petit ouvrage
+ce nest par aucune vanité mais plutost pour faire connoistre les
+Grandeurs d'un Dieu tout puissant, qui du néant dont nous sommes
+formées il luy a pleu me donner des forces pour soutenir à autant
+de fatigues et advantures qui me sont arrivées dès ma tendre jeunesse
+jusqu'à la fin de mes voyages: depuis l'anée 1663 jusqu'à
+1711. Ce nest donc que pour satisfaire ma famille et de mes intimes
+amis lesquels m'ont souvent prié de leurs laisser un manuscrit de
+mes voyages, et pour les contenter je m'y suis apliqué, ay travailler
+avec autant d'exatitude et de sincérité que ma mémoire a pü y
+fournir, ainsy qu'une exacte recherche que j'ay faitte de ce qui m'est
+resté de mes journaux, desquels j'ay perdu la plus grande partie
+par les malheurs qui me sont arrivés, comme la suitte en fera mention.
+Je suplie donc mes amis lecteurs de m'excuser à mes foibles
+styles et mauvais défauts dans cette espesce de relation, veu que
+je n'ay eu aucunnes études que celles pour ma profession de naviger.
+Et n'ayant en vüe que cecy paroisse au public, j'obmets d'y
+mettre quantité d'avantures et remarques que j'ay vües et qui feroit
+un trop long discours qui pouroit ennuyer les amys, et je n'ay mis
+que simplement les plus essentielles; ainssy ayez la bonté de pardonner
+mes deffauts tant sur les mots mal apliquées et discours mal
+arangées ainssy qu'à l'ortografe lesquels je vous suplie de coriger.
+Et vous obligerez. Etc.</p>
+
+<p>Puisque pour vous contenter, mes chers enfants, et bons amys,
+sur ce que vous m'avez témoigné de l'empressement que je vous
+<span class="pagenum"><a name="pg26" id="pg26"></a>-26-</span>
+laisse un recüeil de tous mes voyages, advantures et hazards que j'ay
+encourus pendant l'espasce de quarante neuf anées sur les élléments
+du vaste Ocxéan, je me suis vollontiers résoult à vous donner cette satisfaction,
+mais je vous réitère ma prière que de ne me pas exposer à
+la critique de ces beaux esprits qui ont leu quantité de belles relations
+quoy que la plus part sont flattées et amplifiez, je ne manquerois
+de tomber dans le ridiculle par mes sincéritées et raports simples
+et autant fidelles que je vous les laisse. Etc.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch1" id="ch1"></a>CHAPITRE PREMIER</h2>
+
+<p class="d">Colonisation des îles Brion.&mdash;Voyages au Canada.&mdash;Destruction de la colonie.&mdash;Voyage
+à Québec; excursion chez les Iroquois.&mdash;Voyage à Terre
+Neuve; naufrage.&mdash;Promenade à Londres.&mdash;Doublet est pris par un corsaire
+d'Ostende.&mdash;Voyage au Sénégal.&mdash;Entrevue avec le duc d'Yorck.&mdash;Autres
+voyages.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg27" id="pg27"></a>-27-</span>
+Je ne doute pas que vous n'ayez entendu souvent parler que feu
+mon père,<a id="FNanchor_17" name="FNanchor_17"></a><a href="#Footnote_17" class="fnanchor">17</a> que Dieu aye à sa gloire, se voyant un grand nombre
+d'enfants, restant encore saize bien vivants, et en état avec son
+épouze d'augmenter, n'ayant enssemble que médiocrement des biens
+en fonds et sa profession pour pouvoir élever une aussy nombreuse
+famille, mon père se détermina de s'intéresser dans une grande entreprise
+d'une société avec des M<sup>rs</sup>. de Paris et de Roüen, dans le
+dessain d'établir une colonie aux îlles de Brion et de Sainct-Jean,
+dans la baie de l'Acadie, coste du Canadas<a id="FNanchor_18" name="FNanchor_18"></a><a href="#Footnote_18" class="fnanchor">18</a>. Et pour y parvenir,
+on obtint du Consseil les concessions et pattentes du Roy, avec
+des privilèges accordés et de porter dans l'écusson de leurs armes
+ayant pour suports deux sauvages avec leurs massües et le dit
+écusson remply de textes de Griffon etc., tenant à fief et relevance à
+sa Majesté. Et il fut permis à mon père de changer les noms des isles
+Brion en celui de la Madelaine comme se nomoit ma mère.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg28" id="pg28"></a>-28-</span>
+Et pour commencer, mon père fut député de passer en Holande
+pour y faire l'achapt d'un navire, du port de trois à quatre cents
+thonneaux, qui fut nommée le <i>sainct Michel</i>, et en mesme tems il fit
+achapt de plusieurs outils de charpente et autres propres pour deffricher
+les terres et pour travailler à la pesche des morues et des
+loups marins pour en tirer des huiles. L'on jugea à propos d'y
+joindre à cette despence un autre navire de cent cinquante thoneaux
+nomé <i>le Grenadin</i> et l'armement de ces deux navires se
+comenssa à Honfleur en 1662 avec beaucoup de précautions, et en
+outre les équipages une augmentation de vingt cinq hommes destinées
+pour hiverner et tuer des loups marins au commencement du
+printemps qui est leurs saison, puits viennent abondamment à terre
+dans les bayes avec leurs petits, puis les hommes leurs coupent
+chemin du bord de la mer et les frapent sur le museau d'un seul
+coup de petite massue de bois et tombent morts; puis on leur lève
+la peau et on en hache les chairs pour les réduire en cretons dans
+des chaudières, puis l'on entonne les huilles dans des bariques, mais
+nous n'eusmes pas cette paine comme le verez cy-après.</p>
+
+<p>Il faut venir au principe de notre départ de Honfleur en février
+1663, que mon père chef et commandant sur les navires le <i>sainct Michel</i>
+et le <i>sainct Jean</i>, Bérengier sur <i>le Grenadin</i> étant disposés à partir
+d'un beau vent d'amonts propre pour partir, l'on tira un coup de
+canon dès le matin pour assembler les équipages. Mon père fit
+célébrer une grande messe à la jettée dans son navire atandant la
+marée. Les parents et amis y assistèrent pour prendre congé les
+uns des autres, et quelqu'uns restèrent sur le navire pour acompagner
+mon père jusque vis-à-vis la chapelle de Notre Dame de Grâce
+où il se faut absolument se quiter, lorsque les navires ne se
+doivent pas arester à la rade.</p>
+
+<p>Et ayant le dessein de faire le voyage, quoy que n'ayant que
+sept ans et trois mois<a id="FNanchor_19" name="FNanchor_19"></a><a href="#Footnote_19" class="fnanchor">19</a>, je me futs cacher entre ponts dans une
+cabane, et me couvrits pardessus la teste pour n'estre pas veu.
+<span class="pagenum"><a name="pg29" id="pg29"></a>-29-</span>
+J'entendois bien crier lors de la séparation: «Embarque embarque
+tous ceux qui doivent retourner à terre, les dernières chaloupes
+vont partir.» Et je ne remüé pas de mon giste quoyque la faim
+me pressats. Je m'endormis à l'agitation du navire jusqu'à sept ou
+huit heures du soir qu'un nomé Jean L'espoir qui étoit contre
+maistre vint pour se coucher dans sa cabane où j'étois. Etant fort
+fatigué il se jetta de son long sur moy, qui me fit crier: «Vous
+m'écrasez». Et il se releva en grondant: «Qui est-ce qui sets
+mis dans ma cabane?» Et je me fits conoistre. Il me prist entre
+ses bras et me porta au bord du lict de mon père qui étoit couché
+ayant esté fatigué. Il fut très-surpris en me voyant et il me demanda
+d'un ton de colère pourquoy je n'étois pas alé à terre avec les
+autre. Et je luy dits que je m'étois endormy, et envie de faire le
+voyage avec luy. Il parut très fasché et dits que si nous rencontrons
+quelques navires qui aille au pays qu'il m'y renvoira, et il me fit aporter
+à souper dont je mengé d'apétit sans me sentir émeu de la
+mer, et puis il me fit coucher à ses costées et il fut contrainct de
+me laisser faire le voyage n'ayant pas rencontré d'ocasion pour me
+renvoyer.</p>
+
+<p>Et pour ne pas faire une longue narration, de nostre traversée
+qui fut longue, nous n'arrivasmes qu'à la my-may à la grande ille
+Brion que nous nomerons la Madelaine, et nous entrasmes les deux
+navires dans son port qui forme un espesce de bassin, et nous trouvasmes
+une loge où estoient une vingtaine d'hommes Basques que
+le S<sup>r</sup> Dantès de Bayosne y avoit faits hiverner, et qui avoient bien
+réussy à la pesche des loups marins soubs la recommandation de
+M<sup>r</sup>. Denis<a id="FNanchor_20" name="FNanchor_20"></a><a href="#Footnote_20" class="fnanchor">20</a> qui habitoit le fort de S<sup>t</sup>. Pierre proche de Canceau,
+à l'ille du cap Breton, lequel S<sup>r</sup>. Denis se croyoit maistre absolu
+de nos illes comme étant adjecentes et proche de luy. Les susdits
+Basques atendoient leur navire comandé par le capitaine Jean Sopite
+de S<sup>t</sup>. Jean-de-Luz, qui devoit leurs aporter des vivres et faire pendant
+l'esté sa pesche des morues et emporter leurs huilles qu'ils
+<span class="pagenum"><a name="pg30" id="pg30"></a>-30-</span>
+avoient faittes. A l'abord mon père fit planter une grande croix sur
+le plus haut cap de l'entrée du port et l'on chanta le <i>Te Deum</i>, et les
+navires tirèrent chacun unze coups de canons, puis on alluma un
+grand feu en signe de prendre la possession, et on travailla une partie
+de l'équipage à faire des logements seulement couverts avec des
+voiles, et l'autre partye du monde disposoient les batteaux et
+échauffants pour faire la pesche des morues au sec.</p>
+
+<p>Il fut enssuitte quiestion d'examiner le lieu le plus à comodité
+proche de deux bayes ou l'on peut plus abondament prendre les loups
+marins afin d'y faire des logements pour faire hiverner ceux qui y
+estoient destinés, dont M<sup>r</sup>. Philipe Gagnard,<a id="FNanchor_21" name="FNanchor_21"></a><a href="#Footnote_21" class="fnanchor">21</a> bon maistre chirurgien,
+devoit avoir commandement portant qualité de lieutenant
+de mon père. L'on découvrit l'endroit le plus comode, à deux lieux
+et demie éloigné du port où nous étions, et pour y aler on pratiqua
+un chemin de dix huipt pieds en largeur; mais l'on faisoit transporter
+ce qui étoit pesant par un bateau qui débarquoit dans la
+baye la plus prochaine du cabanage nommé l'habitation. J'y futs,
+et tout jeune que j'étois je remarqué bien que le dit s<sup>r</sup> Gagnard
+étoit plus propre à la chirurgie qu'à gouverner, en se rendant trop
+famillier et trop doux envers les travaillants, et en divertissoit plusieurs
+à faire la chasse à tout gibier qui y ets abondant et dont la
+pluspart des jours s'écouloient à la bonne chère et ne ménageant pas
+leurs boissons. Le dit sr Gagnard et plusieurs syvroient survenant
+des querelles, et point de subordination; je revint au port et en
+advertis mon père qui se transporta sur l'habitation et nota bonne
+partie de ce que je luy avois dit, mais les gens le tournèrent de ce
+qu'il ne devoit s'arester aux raports d'un enfant et il n'en vit que
+trop les mauvais effects.</p>
+
+<p>Sur la fin de may ariva au port le navire du capitaine Sopite, lequel
+parut très surpris de nous voir ainssy établir, et que mon père
+luy déclara que pour cette fois il luy permettoit de faire sa pesche
+<span class="pagenum"><a name="pg31" id="pg31"></a>-31-</span>
+aux morues seulement, après quoy il retiroit tous ces hommes à
+moins qu'il ne voulust nous céder un tiers des huilles des loups
+marins qu'ils feroient pendant l'hiver et le dit capitaine Sopite dépescha
+une chaloupe où il mit son fils pour donner advis à M<sup>r</sup> Denis
+qui étoit à Canceau, et le dit sieur Denis se transporta dans
+une plus grande chaloupe à luy et alla à son abord, sans faire compliment,
+usa de menaces et puis fit plusieurs protestations et procès-verbaux
+et s'il n'avoit esté beaucoup inférieur en force d'hommes on en
+seroit venu aux mains, mais mon père quoyque très prompt luy représenta
+qu'il falloit examiner les statuts d'un chacun et se rendre justice
+à qui auroit plus de fondement, et après le tout examiné le S<sup>r</sup>
+Denis aquiessa que les gens basques qui hiverneroient donneroient
+le tiers des huilles. Les morues manquèrent à la fin d'aoust et nos
+navires n'avoient qu'un peu plus qu'un tiers de leur charge. L'on
+se fondoit que les principes sont toujours les moins advantageux et
+qu'on avoit bien perdu des tems à faire les établissements et que
+dans l'anée suivante on trouveroit de grands avantages par les huilles
+qu'on espéroit faire pendant l'hiver, et l'on dispoza bien l'habitation
+de bonnes cazes couvertes de planches et gazons par dessus et autour
+les enclos. La saison nous pressa de partir sur la fin de septembre,
+un navire à moitié chargé et l'autre avec un peu moins. Et
+arrivasmes au port de Honfleur vers la fin de décembre 1663.</p>
+
+<p>L'on commença à réquiper nos deux navires, la sociétté ayant de
+grandes espérances pour l'avenir<a id="FNanchor_22" name="FNanchor_22"></a><a href="#Footnote_22" class="fnanchor">22</a>. Nous partismes du port au
+commencement de mars 1664; nous fusmes très mal traittés par des
+vents contraires, et n'arivasmes que à la my-juin, au port de l'ille de
+la Madelaine, et ayant tiré du canon nous fusmes surpris de n'y
+pas trouver de nos habitants, n'y aucun des basques. Mon père
+dépescha deux hommes portant de l'eaudevie à ceux de notre habitation,
+<span class="pagenum"><a name="pg32" id="pg32"></a>-32-</span>
+et leur dire qu'on leur aportoit de tous vivres et rafraichissements
+et ordre de venir quelqu'uns pour rendre compte de ce
+qu'ils avoient fait pendant l'hiver. Mais nos deux hommes étant revenus
+raportèrent n'y avoir touvé aucuns hommes, ayant trouvé les
+portes des maisons arières ouvertes et que les vents y avoient poussé
+les neiges de dans et dont il y en avoit 3 à quatre pieds de haut
+n'étant encore fondues, et qu'ils croyoient que M<sup>r</sup> Denis les auroit
+fait sacager par des sauvages dont il étoit aimé et auroit fait retirer
+les basques. D'autres suposoient que ce pouroit être quelque forban,
+qui auroit fait ces désordres peu après nos départs, enfin on ne
+sceut que présumer. Et mon père demeura dans une grande consternation
+offrant ses paines au Seigneur, et fit raporter plusieurs
+outils et ce qu'on peut ramasser d'utile, et voyant qu'il ne se trouvoit
+presque pas de morues pour pescher autour de l'ille, il tint conseil
+où il fut résolu d'aller à l'ille Percée, où les morues y restent plus
+de tems. Nous abandonnasmes cette entreprise qui avoit donné lieu
+à de bonnes espérances et nous arivasmes à l'ille Percée vers la
+my-aoust. Nous y trouvasmes avec plusieurs navires le capitaine
+Sopiste qui nous raconta avoir passé avant nous à l'ille Madelaine
+et que, n'y ayant trouvé non plus que nous ses gens ny les nostres,
+il avoit pris le party de venir à l'ille Percée, où il avoit apris que
+nos gens avoient monté dans deux de nos barques à Québec peu
+après nos départs pour France; ils s'ennyvroient tous les jours
+jouant aux cartes et dez pour des verres de vin et d'eaudevie, et lorsqu'ils
+n'en eurent du tout plus, ils furent piller toutes celles des
+Basques, ce qui les fit aussy abandonner, et dont tous se dispercèrent
+sur chaque des navires qui étoient là présents. Mon père
+les fit assembler en présence des capitaines et fit dresser le raport de
+leurs déclarations, et dont il n'y aloit pas moins que de la potence
+pour nos malheureux coquins, d'avoir mis à ruine une aussy bonne
+entreprise sy elle avoit esté bien secondée. Enfin l'on pescha ce
+que l'on peut de morues jusqu'à ce que la saison obligea de nous
+retirer, et la grande perte qu'il y eut fit rompre cette société et les
+navires furent vendus à l'ancan. Voilà un beau commencement de
+voyage pour un enfant qui voyoit un aussy aimable père accablé de
+<span class="pagenum"><a name="pg33" id="pg33"></a>-33-</span>
+pertes et chagrins, et les soutenoit avec grande résignation que je
+luy entendois souvent dire: «Seigneur que votre saincte volonté
+soit faite». Homme sans vices, beau et bien fait et beaucoup d'esprit
+au récit de tous nos citoyens qui l'on connu et regretté, mais
+toujours puny de malheurs dans toutes ses entreprises.</p>
+
+<p>En l'anée 1665, mon père fut demandé par la compagnie du Canadas<a id="FNanchor_23" name="FNanchor_23"></a><a href="#Footnote_23" class="fnanchor">23</a>,
+lesquels luy proposèrent que s'il vouloit entreprendre
+pour eux d'aler à Québec sur un de nos vaisseaux qui armoit au
+Havre, en quallité de commissaire le long des costes de fleuve de
+S<sup>t</sup> Laurent, pour y faire creuser un minne de plomb que l'on avoit
+découverte depuis peu dans les costes de Gasprée<a id="FNanchor_24" name="FNanchor_24"></a><a href="#Footnote_24" class="fnanchor">24</a>, et qu'on
+luy fourniroit soixsante et dix hommes engagés à ce subjet, comme
+aussy un ingénieur mineur allemand de nation, et qu'on leur fourniroit
+un interprestre pour s'entendre, tous aux gages de la dite
+compagnie, qui fourniroit généralement tous les instruments et vivres
+ainsy que les barques nécessaires. Mon père avoit 3000 fr. par
+an et 4 pour cent de ce qu'on retireroit de plomb; l'ingénieur avoit
+4000 fr. et l'interprestre 600 fr.; les forgeurs et autres à proportion.
+Mon père accepta le party, ce qu'il n'auroit pas fait sans les pertes
+cy-devant. Lorsque le navire fut à la rade du Havre prest à partir,
+une chaloupe vint pour y porter mon père qui se tenoit tout prest;
+je fits sy bien en sorte que je le gagné et ma mère pour me laisser
+aler avec luy, et nous fusmes conduits au bord de ce navire que
+commandoit le fameux capitaine Poulet<a id="FNanchor_25" name="FNanchor_25"></a><a href="#Footnote_25" class="fnanchor">25</a>, de Diepe. Nous trouvasmes
+<span class="pagenum"><a name="pg34" id="pg34"></a>-34-</span>
+ce navire extrêmement embarrassé par 18 cavales et deux
+étalons des harnois du Roy<a id="FNanchor_26" name="FNanchor_26"></a><a href="#Footnote_26" class="fnanchor">26</a> et dont les foins pour les norir
+ocupoient toutes les places; dans l'entre pont étoient quatre-vingts
+filles d'honneur pour estre mariées à nostre arrivée à Québec,
+et puis nos 70 travaillants avec équipage formoit une arche de
+Noé.</p>
+
+<p>Notre traversée fut assez heureuse, quoyqu'elle dura trois mois
+et dix jours pour arriver au dit Québec. M<sup>r</sup>. de Tracy<a id="FNanchor_27" name="FNanchor_27"></a><a href="#Footnote_27" class="fnanchor">27</a> étoit
+vice-roy, M<sup>r</sup>. de Courselles<a id="FNanchor_28" name="FNanchor_28"></a><a href="#Footnote_28" class="fnanchor">28</a>, gouverneur, M<sup>r</sup>. Talon<a id="FNanchor_29" name="FNanchor_29"></a><a href="#Footnote_29" class="fnanchor">29</a>, intendant,
+M<sup>r</sup>. de la Chesnée-Aubert<a id="FNanchor_30" name="FNanchor_30"></a><a href="#Footnote_30" class="fnanchor">30</a>, commissaire général de
+la compagnie. Lorsque mon père eut communiqué ses ordres, on
+équipa une barque de 70 à 80 thonneaux de port affin de nous porter,
+avec tout le nécessaire pour les minnes. Le 13, nous arivasmes
+et nous débarquasmes au dit Gaspée, et nous travaillasmes à nos
+logemens et fourneaux. Dès le 28<sup>e</sup>, nous commencasmes de perçer
+dans le roc du costé du midy qui étoit la première découverte
+qu'en firent les sauvages naturels du pais, qui en faisant leur feu
+pour leurs chaudronnées mirent une de ces roches à servir de chenet,
+il en découla du plomb qu'ils trouvèrent après l'étainte de leur
+feu et en aportèrent à M<sup>r</sup>. De la Chesnée, qui l'envoya en France
+et qui occassionna l'entreprise, croyant qu'il se troveroit beaucoup
+de ce métail comme en Angleterre. Le six de septembre l'on mit
+le feu à la dite mine après l'avoir creuzée de 32 pieds en profondeur
+<span class="pagenum"><a name="pg35" id="pg35"></a>-35-</span>
+et nous eusmes deux homme tuez et un nomé Doguet, de Rouen,
+qui eut les deux jambes amportées et trois autres légèrement blessés,
+fautes à iceux de n'avoir voulu autant s'éloigner qu'on leur
+avoit indiqué. A deux pieds profonds cette minne promettoit beaucoup,
+y ayant trouvé huit pouces et 4 lignes de face. Cependant
+après qu'on l'eut fait sauter et découverte en sa profondeur desdits
+32 pieds, elle se trouva au néant, ce qui découragea le sieur Vreiznic
+notre ingénieur, disant que toutes les minnes qu'il a perçées seulement
+sur deux à trois lignes de la surface, elles se trouvoient dans
+la profondeur de 20 pieds plus d'un pied de face sans compter les
+vaines esparcées en divers endroits.</p>
+
+<p>Du 15<sup>e</sup> au 24<sup>e</sup> septembre l'on perça du costé du Septentrion. Il
+se trouva à la surface, après avoir osté les terres de dessus le roc,
+cinq pouces une ligne; et après que la minne fut ouverte il ne s'y
+trouva que deux lignes. Du 27<sup>e</sup> au 4<sup>e</sup> octobre fut ouvert dans la
+partie du levant sans pertes ny blessés de nos hommes. Nous eusmes
+quelques espérances de mieux réussir ayant touvé dans la surface
+neuf pouces et trois lignes, et en profondeur rien du tout. Et pour
+n'avoir rien à reproche, le 28<sup>e</sup> octobre il fut ouvert du costé du
+couchant, ou dans la superficie marquoit seulement 2 pouces ½
+et à 20 pieds fonds rien. La saison nous obligea de nous retirer à
+Québec, n'étant munis de vivres ny de bons logemens pour résister
+aux grands froids et neiges nous fusmes contrainct d'abandonner,
+n'ayant pas retiré plus de huit à neuf milliers pesant de plomb.
+Nous partismes le jour de la S<sup>t</sup> Martin embarqués sur le mesme
+bastiment qui nous avoit aportés, et la minne mina la bource des
+mineurs. Nous arrivasmes à Québec le 2<sup>e</sup> décembre, dont il étoit
+grand temps puisque la rivière se glaçoit. Mon père fit son raport
+à M<sup>r</sup>. le Vice-roy et autres M<sup>rs</sup>. Et on nous donna un logement
+pour passer notre hiver, mais je fus mis en pension aux Pères Jésuittes<a id="FNanchor_31" name="FNanchor_31"></a><a href="#Footnote_31" class="fnanchor">31</a>.</p>
+
+<p>Au printemps 1666, après le débordement des glaces, M<sup>r</sup>. le
+Vice-roy et intendant ordonnèrent à mon père de se rembarquer
+<span class="pagenum"><a name="pg36" id="pg36"></a>-36-</span>
+sur nostre mesme bastiment en qualité de comissaire des Costes, et
+que le R. Père Chaumonot<a id="FNanchor_32" name="FNanchor_32"></a><a href="#Footnote_32" class="fnanchor">32</a>, jésuite, qui savoit les langues des
+sauvages, serviroit d'aumosnier et Missionnaire et pour interpréter
+aux besoins et en faisant sa mission de convertir les sauvages infidelles,
+dont mon père leur faisoit des présents pour les attirer dans
+le party de France contre ceux avec qui on avoit la guerre sur les
+Iroquois. Nous atirasmes dans notre party deux nations les Esquimaux
+et les Papinachoïs, qui peu de temps après deffirent vers le
+grand Saquenay plus de deux cents desdits Iroquois. Ce voyage
+à parcourir les deux costés du fleuve dura plus de cinq mois et traitèrent
+avec les susdits sauvages et j'étois resté en pension. Il falut
+encore hiverner, et au printemps mon père désirant retourner en
+France sur un navire apartenant à M<sup>r</sup>. Grignon, de la Rochelle,
+qui avoit hiverné à Québec, tomba d'accord du prix de son passage
+et du mien, et pour des pelletries dont il avoit esté payé pour ses
+gages. Nous partismes de Québec le 8<sup>e</sup> de May 1667 et poussasmes
+nostre navigation jusque entre le banc à vert et le grand banc<a id="FNanchor_33" name="FNanchor_33"></a><a href="#Footnote_33" class="fnanchor">33</a>
+où nous fusmes environnées d'une quantité de montages de glaces
+flotantes sur l'eau et nous enfermèrent sans pouvoir nous en dégager.
+Nous suspendismes nos câbles le long de notre navire pendants
+entre le bord et les glaces pour empescher que le navire ne fut
+crevé. Les v&oelig;ux et prières ne manquoient pas, mais en moins de
+deux jours les câbles se trouvoient coupés et la partie d'entre les
+glaces aloit au fond de l'eau. Nous continuasmes d'en mettre jusqu'au
+dernier bout, et puis nous y mismes ensuite toutes nos voiles
+de rechange toutes freslées, et en trois jours elles furent aussy
+consommées, et la réverbération des dites glaces nous causoit des
+froidures insuportables, et la neufviesme journée, sur le soir, notre
+navire nous manqua tout d'un coup sous nous et nous débarquasmes
+sur les dites glaces sans avoir eu le temps de sauver aucunes hardes.
+Mais mon père avoit sur luy double rechange d'habits et sa robe
+<span class="pagenum"><a name="pg37" id="pg37"></a>-37-</span>
+doublée de castors qui le garantissoit du froid. Le pilote du navire
+avoit eu la précaution d'emplir deux jours avant la paillasse de pains
+après en avoir vidé les feures, et la jeta heureusement sur la glace
+voyant le navire couler au fond, et quelques matelots avoient aussy
+jetté deux petites voilles des peroquets et deux jambons. Nous
+fismes une petite tente de nos deux voiles; on sauva quelques écoutilles
+et paneaux qui avoient flotté, ce qui nous servit de plancher
+soubs la tente pour mettre notre pain et nous retirer tour à tour
+dessous pour y reposer. Nous ne pusmes où alumer du feu. Nous
+étions reiglés sur chacun 4 onces du pain sauvé, et la nuit les matelots
+tuoient des loups marins avec des morceaux de bois qu'on
+avoit trouves de notre débris; l'on tuoit aussy des mauves et des
+gros margaux qui dans les commencements nous en sucions les
+sangs et puis les foix et sur la fin on s'acoutuma à manger leurs chairs
+crües, et de jour à autre il nous mouroit quelque de nos hommes.
+Les jours on se disperçoit de tous costés pour découvrir quelque
+navires, et de plus sy on avoit pas agi à coure le grand froid saisissoit
+et on étoit gelé. La quatorziesme journée que nous étions sur les
+glaces, d'un temps très-brun je fus à l'exercisse de marcher avec
+deux matelots, ayant fait environ deux lieues sur les onze heures
+le temps s'éclaircit, et j'aperceu un navire pas plus éloigné d'une
+lieue, qui aparament par la brume n'avoit pas veu le péril où il tomboit
+car il venoit dessus; je crié: «navire, navire, mes chers
+frères». Les deux matelots et moy s'aprochant de la mer vers le
+navire nous crions à gorge déployée: «sauvez-nous la vie». Nous
+tendions les bras en haut et jettions nos bonnets en l'air pour nous
+faire voir; nos gens d'autour se joignirent à nous et crioyoient à force;
+le dit navire ayant aperceu les glaces revira du bord pour s'en écarter,
+ce qui nous cauza de grandes frayeurs qu'il ne nous eust aperceu
+ou nous vouloir abandoner, les cris et les pleurs redoublèrent et
+un de nos gens plus advisé dépouilla sa chemise et la mit à un baston
+en pavillon, la faisant jouer en haut, et on crioit de toute voix.
+Le dit navire aparement nous aperceu et serra quelque voille se tenan
+en estat de fuir les glaces. Il envoya son batteau avec deux hommes:
+la joye s'étend parmy nous, l'on fit embarquer mon pauvre cher
+père à demy mort, puis le capitaine et six autres avec moy, et étant
+<span class="pagenum"><a name="pg38" id="pg38"></a>-38-</span>
+embarqués au navire nous embrassions nos libérateurs, l'on renvoya
+la chaloupe reprendre le reste, et puis l'on se retira sur le grand
+banc. Nous perdismes sur les glaces huit hommes par misère, et
+trois qui moururent après estre sauvés deux jours après avoir trop
+mengé du biscuit et trop tost. Ce cher navire qui nous sauva ainssy
+la vie étoit un olonois pour la pesche des morues et n'en trouvant
+presque plus n'étant qu'à moitié de sa charge, il couroit au banc à
+vert et sans l'éclaircie qu'il nous le découvrit, encore moins de demie
+heure, il auroit esté en grande risque d'estre surpris comme nous
+dans les glaces.</p>
+
+<p>L'augmentation de 26 hommes que nous fusmes dans ce navire
+leur faisait grande paine de s'en retourner à my-charge. Nous leurs
+dismes de nous donner seulement troïs à quatre onces de pain chacun
+par jour et deux verres de leur boisson ordinaire, ces pauvres
+gens dirent que nous aurions tout et autant qu'eux, et le firent, et
+pour les soulager dans leur pesche nous les échangions jour et nuit
+et Dieu les bénit. Nous trouvasmes des morues à sept et huit cents
+par jour, et en douze jours il conssoma son sel et prit sa routte
+pour Nantes où il nous débarqua à Pain B&oelig;uf. Et mon père se
+voyant dépouillé de tout ce qu'il avoit pu gagner emprunta à un de
+ses amis à Nantes de quoy nous reconduire au pays.&mdash;Après
+quoy, il fut à Paris pour rendre compte de ses gestions, et contre
+mon inclination ma mère m'obligeoit de prendre les études du latin
+soubs un nomé M<sup>r</sup>. Chabot prestre, et après quelque temps en 1668,
+j'appris que mon père s'étoit rengagé dans la compagnie du Sénégal<a id="FNanchor_34" name="FNanchor_34"></a><a href="#Footnote_34" class="fnanchor">34</a>,
+qui ne voulut plus me recevoir avec luy pour me laisser étudier.
+Il prit en ma place un de mes frères âgé d'un an plus que moy. Je les
+laissé partir et puis je fus prier un de mes proches parents qui comendoit
+un navire pour la terre neufve de me prendre avec luy, ce qu'il
+m'accorda; et ma mère ne pouvant rien détourner luy pria de m'estre
+rigoureux pendant le voyage afin qu'il pust me rebuter de la mer
+pour que je reprist les études, et mon dit capitaine ne manqua pas
+d'exécuter ces ordres et de m'exposer à tout ce qu'il y avoit de plus
+<span class="pagenum"><a name="pg39" id="pg39"></a>-39-</span>
+fatiguant, et je ne me rebuté nullement et aprenois toujours la maneuvre
+et la navigation.&mdash;</p>
+
+<p>1669<a id="FNanchor_35" name="FNanchor_35"></a><a href="#Footnote_35" class="fnanchor">35</a>. L'un de nos proche voisins qui avoit longtemps commandé
+un navire à terre neufve où il avoit augmenté sa fortune et
+se sentant apesantyr par âge et ses fatigues, ayant son fils aisné à
+peu près de mon âge il luy fit bastir un bon navire et luy en donna
+le comandement, et ayant esté camarade d'écolle, et que j'étois
+plus au fait que luy il me proposa d'aler avec luy et que je serois
+la 3<sup>e</sup> perssonne de son navire, et qu'en outre de mon loyer il m'acordoit
+le tiers sur le sien dont il me passa un écrit secret à cause
+de sa mère qui n'y aurait pas conssenty étant très avare. Et pour
+abréger discours, nous fusmes près de sept mois sur le grand banc,
+et ne peschasmes pas entièrement la moitié de notre charge; les
+vivres nous manquant nous obligèrent de revenir, et étant arrivés
+jusqu'à l'entrée de la Manche, les vents de Nord-Est nous contrarièrent
+pendant plus d'un mois, à court de tous vivres et boissons,
+voltigeants d'un bord sur l'autre pendant cet espasce, nous nous
+rassemblasmes jusqu'à vingt et un navires tous terreneuviers, tant
+du Havre, Diepe et Honfleur, tous dans la mesme disette sans se
+pouvoir assister aucuns, et nous faisions tous nos efforts pour relascher
+fut-ce aux costes d'Angleterre ou à nos costes de Bretagne,
+et lorsque nous avions aproché de l'un ou de l'autre, le vent y étoit
+entièrement oposé; et après avoir bien debatu nous gagnasmes en
+vüe de l'ille de Wic. L'on prit tous résolution d'y relascher, et il
+n'y eut entre tous les capitaines qu'un qui dit bien en connoistre
+l'entrée du port, qui étoit le capitaine Duval, du Havre, qui avoit
+pour pilotte le S<sup>r</sup> Bougard<a id="FNanchor_36" name="FNanchor_36"></a><a href="#Footnote_36" class="fnanchor">36</a> qui a fait ce bon livre <i>le Petit Flambeau
+<span class="pagenum"><a name="pg40" id="pg40"></a>-40-</span>
+de la mer</i> et qui depuis est parvenu à estre un des premiers
+pilotes des armées navales de Sa Majesté et fait capitaine de brûlot.
+Nous fusmes tous nos navires soubs la conduitte de ces deux conducteurs
+pour entrer par la pointe de S<sup>te</sup> Heleine de la dite isle et comme
+c'étoit sur le soir et que la nuit s'aprochoit ils dirent qu'ils alloient
+alumer un fanal et marcheroient à la teste et sur lesquels nous les
+suivirions, ce qui fut exécuté. Mais ils se trompèrent aux cours des
+marées, qui nous transportoient sur les bancs, nomées les <i>Ours</i>, où
+ils eschouèrent et tirèrent un coup de canon qu'un chacun croyoit
+estre à dessein de marquer que ce soit où il falloit jetter l'ancre,
+mais c'étoit pour demander du secours, et tous les navires eurent
+le mesme sort d'échouer comme ces mauvais guides. L'on entendoit
+de tous costés que cris et lamentations, et par un bonheur les vents
+calmèrent et la mer, ce qui empescha le perdition totale des corps
+et biens, et qu'à la marée suivante du lendemain au matin un chacun
+se rechapèrent de leur mieux de dessus les bancs, où il n'en
+resta que trois dont les équipages furent sauvés, et cette pauvre
+flotte regagna à la rade de S<sup>te</sup> Hélène, puis entra au havre de Porsemuths,
+où l'on nous y aprist la guerre avec l'Espagne et Holande.
+Chaque capitaine de nos navires écrivirent à leurs interessées, ce
+qui était arivé et demandant des lettres de crédit pour avoir le
+nécessaire.</p>
+
+<p>Dans l'intervale il arriva à la rade de S<sup>te</sup> Heleine<a id="FNanchor_37" name="FNanchor_37"></a><a href="#Footnote_37" class="fnanchor">37</a> une escadre
+holandoise venant du retour du combat de Palerne contre
+l'armée du Roy comandé par M<sup>r</sup> le duc de Vivonne, où M<sup>r</sup> l'admiral
+Ruiter fut tué<a id="FNanchor_38" name="FNanchor_38"></a><a href="#Footnote_38" class="fnanchor">38</a>, dont son cercueil en plomb étoit dans la dite
+escadre, et M<sup>r</sup> Angel de Ruiter son fils, qui commandoit l'un des
+vaisseaux, très beau cavalier, très-affable et parlant bon latin et
+françois. Et comme nos capitaines atendoient leurs réponsces à leurs
+lettres, nous estions fort à loisir; nous alions souvent les après-disner
+<span class="pagenum"><a name="pg41" id="pg41"></a>-41-</span>
+aux promenades et aux cabarets boire de la bière; M<sup>r</sup> Ruiter
+fils entra dans nostre auberge avec un de ses officiers et me
+demanda sy j'étois l'un des capitaines de ces pauvres terneuviers,
+et que je les pouvois tous assurer de sa parolle que sy le vent nous
+venoit favorable, que nous pourions en toute seureté en profiter
+pour nous rendre chez nous, et que aucun de son escadre ne coureroit
+sur nous; ce que je raporté à tous nos capitaines. Après quoy
+nous nous séparasmes et busmes à la santé l'un de l'autre. Et me
+pria pour le landemain de me trouver à la mesme auberge du <i>Grand
+Ours</i> sur les deux heures d'après midy, et mon capitaine par timidité
+ny voulut retourner, et je n'y manqué pas, et le trouvé qui
+m'attendoit. Et après avoir bu une canette de bière il me dits qu'ils
+prenoit beaucoup de plaisir à parler françois et qu'il les aimoit naturellement,
+quoyque M<sup>r</sup> son père en avoit esté tué, qu'ils étoient
+braves et tout ce qu'on peu d'obligeant pour une nation leurs adverses.</p>
+
+<p>Comme nous sortions pour aler à une promenade, on luy dit que
+Madame la duchesse de Porsemuths<a id="FNanchor_39" name="FNanchor_39"></a><a href="#Footnote_39" class="fnanchor">39</a> venoit d'ariver en ville.
+Il me dit: Alons la saluer. Je luy dits: «J'ai l'honneur d'estre
+connu de Madame la contesse de Keroal, sa mère, mais de cette
+dame non.» Il me pressa fort d'y aler; et je m'en excusois, disant
+que je luy ferois deshonneur à luy mesme par mon trop comun
+habillement. Il me répond: «Bon c'est comme l'on aime les marins.»
+Et m'engagea d'y aler. Nous la trouvasmes entourée d'une grande
+cour d'officiers comme étant maitresse du Roy d'Angleterre, et tour
+à tour elle receut les compliments d'un chacun ainsy de M<sup>r</sup> Ruiter
+qui eut la bonté de luy dire que j'étois connu de Madame sa Mère
+et qu'il se plaisoit avec moy, quoy qu'en guerre. Cette dame me
+questionna sur Madame sa Mère et connaissant ma justesse nous
+fit bien des gracieusetées en la quittant et nous dit un peu bas:
+«Or ça, il faut demain venir disner avec moy, et ny manquez pas.»
+Ce que nous ne pusmes refuser.</p>
+
+<p>Nous y fusmes. Après le disner le caffé fut présenté et puis des
+<span class="pagenum"><a name="pg42" id="pg42"></a>-42-</span>
+tables pour les jeux. Elle demanda à M<sup>r</sup> Ruiter s'il avoit vu Londres
+et la cour, il dit que non. «Et vous, me dit-elle.» «Non madame»&mdash;«Ah!
+vraiment puisque vous en êtes sy proches il faut que vous
+y alliez.» Nous nous excusions très-fort tous les deux en disant ne
+pouvoir nous écarter de nos navires, en cas pour moy d'un bon vent.
+«Hé, bon, bon, dit-elle, ce n'est qu'un voyage de sept à huit jours.
+Je vous presteray ma chaise à deux et mon cocher, et prendrez logement
+dans mon hostel. Quoy! des jeunes gens.»&mdash;Enfin elle nous
+gagna par ses belles manières, elle se mit au jeu qui nous donna
+lieu de sortir sans sérémonie et sans estre aperceus.</p>
+
+<p>Ce seigneur craignoit la dépence comme tous ceux de sa nation
+et moy pour n'avoir en pareille occasion rien épargné, je n'en avois
+pas. Il fallut pensser tous les deux comment faire et comment nous
+dégager. Il me dits qu'il ne pouvoit faire ce voyage qu'incognito,
+que sy M<sup>rs</sup> les Etats Généraux le savent que se sera pour estre disgrascié.
+Je luy dits que l'odeur de M<sup>r</sup> son père étoit forte en Holande
+et qu'il avoit beau se couvrir, en disant qu'il aloit s'emboucher
+avec M<sup>r</sup> leur Embassadeur qui étoit son oncle, mais que pour
+moy que j'étois excusable, n'ayant ny argent ny crédit ny de quoy
+en faire, cependant que s'il payoit les trois quarts de nostre dépence,
+que je ne l'abandonnerois pas. Et il fut sy bas de me dire que j'en
+payerois la moittié et à la fin nous acordasmes pour luy les deux tiers.
+Sur quoy je fut emprunter dix livres sterlins à un marchand nommé
+M<sup>r</sup> Smits, et entreprismes le voyage et estant arivées à Londre M<sup>r</sup>
+L'Angel Ruiter fit toujours servir la chaise de Madame la duchesse
+à nos promenades du Withals, S<sup>t</sup> Jemes et Winsorts et dont
+j'en avois honte, et une mexquinerie horible en tout, et après neuf
+jours et demy nous remerciasmes la dame Duchesse notre bienfaitrice.</p>
+
+<p>Peu de jours ensuitte, il nous arriva à S<sup>te</sup> Héleine deux frégattes
+du Roy de 24 et 18 canons, soubs les comandements de M<sup>rs</sup> de
+Gravansson<a id="FNanchor_40" name="FNanchor_40"></a><a href="#Footnote_40" class="fnanchor">40</a> et S<sup>t</sup> Mars Colbert<a id="FNanchor_41" name="FNanchor_41"></a><a href="#Footnote_41" class="fnanchor">41</a>, que les intéressés de
+<span class="pagenum"><a name="pg43" id="pg43"></a>-43-</span>
+nostre petite flotte avoient obtenües de la cour, pour nous venir
+escorter jusqu'à la rade du Havre, et nous aconduire deux caravelles
+de Quilbeuf où estoient des pilotes lamaneurs pour chacun de nous
+et aussy des vivres pour tous nos équipages, et on nous fit sortir
+du port de Porsemuts pour nous joindre à la rade de S<sup>te</sup> Heleine
+proche de nos frégates, pour partir du premier bon vent. Je fut
+prendre congé de Madame la Duchesse et ensuitte de M<sup>r</sup> Angel
+de Ruiter qui en m'embrassant m'apela son frère et son amy, en
+m'assurant que sy je voulois l'aler trouver lorsqu'il sera arivé en
+Holande, et que sy je veux il fera mon advancement dans le service
+de M<sup>rs</sup> les Etats et sur toutes choses que j'eus à luy donner de
+mes nouvelles, et que j'assurats M<sup>rs</sup> les captaines de nos convois de
+ses civilités, et qu'il ne souffrira aucun de son escadre de coure
+après nous. Le 16 de janvier, sur le midy, d'un assez beau tems,
+nous mismes tous soubs les voilles faisant route et pendant la nuit
+pour la rade du Havre, et sur les huit heures du 17<sup>e</sup>, au matin,
+nous eusmes connoissance du cap de la Hève éloigné de 5 à 6 lieux
+de nous et les deux convois forcèrent de voille et furent mouiller
+leurs ancres à la rade se persuadant que nous n'avions rien à craindre.
+Mais sur les dix heures aperceusmes en arrière de nous trois navires
+qui faisoient nostre mesme route et qui nous aprochoient promptement,
+ayant leurs pavillons blancs qui nous donnoit lieu de croire
+que c'étoit des navires pour le Havre; mais nous fusmes bien surpris
+qu'estant à portée nous aperceusmes leurs canons et leurs
+équipages prest à nous donner leur décharge sur la moindre de
+nos résistances, et arborèrent les pavillons d'Ostende et nous
+sommèrent d'ameiner nos voilles, ce qui fut bien tots obéy, et nous
+amarinèrent et nous firent tous changer de route, excepté un qui
+étoit proche la rade comandé par Jean le Comte qui échapa, et M<sup>rs</sup>
+de nos convois eurent la confusion de nous voir ainssy enlever à
+leur vüe. Il est vray que les trois navires d'Ostende étoient beaucoup
+supérieurs, ayant le vaisseau le <i>Palleul</i> de 52 canons, le <i>Castel-Rodrigue</i>
+de 36 et la <i>Justtice</i> de 24, qui revenoient de Cadix aporter
+<span class="pagenum"><a name="pg44" id="pg44"></a>-44-</span>
+la paye des troupes d'Espagne en Flandre, et nous conduisirent
+en Ostende tous bien dépouillés, et ne fusmes que trois jours prisonniers,
+puis on nous distribua à chacun deux escalins valant
+quinze sols pour notre conduite. Je n'avois sur moy qu'un justaucorps
+sans manches raptassé de pièces de thoille godronnée et une
+pareille culote, des vieux bas de deux couleurs et sans pieds, et de
+misérables souliers qui m'abandonnèrent à la première lieue, et
+pour bonnet le haut d'un vieux bas ataché avec une ficelle. Bel
+équipage dans un rigoureux froid, et réduit à la mandicité qui me
+causa bien des larmes avant de m'y résoudre, cepandant j'euts
+quelques bonnes aubeines chez des gens de qualité et qui seroient
+trop longues à réciter.</p>
+
+<p>1672.&mdash;Etant arivé au pays, je fus ataqué d'une rude maladie
+causée par les fatigues que j'avoie souffertes, et pandant l'été je me
+rétabli la santé, et il se fit l'armement d'une flûte nomée <i>le Chasseur</i>,
+de douze canons, commandée par le sieur Jacques Sansson mon
+proche parent<a id="FNanchor_42" name="FNanchor_42"></a><a href="#Footnote_42" class="fnanchor">42</a>. Nous fusmes au Sénégal charger 150 nègres et
+autres effects de la compagnie, et fusmes à l'ille Cayenne débarquer
+nos neigres et y chargeasmes quelques caisses de sucre, un
+peu de l'indigot et du rocou et ensuite nous fusmes à l'isle de S<sup>t</sup>
+Cristofle où nous fusmes frapés d'une branche de houracan quoyque
+au quatreiesme d'octobre, ce qui fut tout extraordinaire. Nous
+étions sept bastiments à la rade de la Basse Terre, tous furent
+péris, échoués à la coste, et bien des hommes noyez excepté nous
+qui résistèrent sur nos câbles, mais ayant coupé généralement tous
+nos mâts, et étions tous disposés à revevoir le sort des autres, et
+après que la tempeste eut cessé nous nous réquipasmes du mieux
+possible avec les débris des mâts de ceux qui avoient péry et aussy
+des autres. Il revint d'autres navires dans cette rade, et nous achevasmes
+nostre chargement de sucre et indigot, et sur la my-novembre
+nous partismes de cette ille avec six autres navires tous marchands
+<span class="pagenum"><a name="pg45" id="pg45"></a>-45-</span>
+et de peu de force pour un temps de guerre, et étant au débouquement
+un flûton de la Tremblade, capitaine Chevalier, qui étoit
+grand voilier prit congé de nous, disant avoir très peu de vivre et
+qu'il espéroit étant seul de se rendre en France avant 15 jours, et
+en moins de trois heures il gagna plus de cinq lieues de l'avant de
+nous, mais tout à coup il fut surpris d'une grande voye d'eau qui
+combla son navire, et n'ayant aucun canon il fit plusieurs fusées de
+poudre et serra toutes ses voilles, demandant d'estre promptement
+secouru. Nous y fusmes et à paine nous n'eusmes loisir que de
+sauver l'équipage, et le navire coula au fond en très peu de temps.
+Nous continuasmes nostre route pendant 15 jours et un coup de vent
+nous sépara, qu'une flûte de la Rochelle de 18 canons, capitaine
+Merot, qui resta avec nous jusqu'à la sonde de &OElig;ssant désirant
+aler à Brest; mais nous fusmes rencontrés d'un corssaire de Flessingue
+de 28 canons, lequel nous ataqua, où le capitaine Merot fut
+tüé et plusieurs de son équipage, et nous n'ayant que douze canons
+nous eusmes un de nos passagers nommé M<sup>r</sup> Leblanc, de Diepe.
+Cette frégate ayant esté maltraitée par nous se retira, mais ayant
+fait rencontre d'un de ses camarades, qui avait 36 canons, le landemain
+étant proche l'Iroise, à l'entrée de Brest, il nous ratrapèrent
+et nous prirent sans beaucoup de résistance, et à peine il nous
+eurent enlevé notre capitaine et les officiers qu'il s'éleva une tempeste
+qui les sépara d'avec nous et il n'eurent loisir que de nous
+mettre vingt hommes des leurs pour nous amariner et leur officier
+qui comandoit étoit très peu au fait de la navigation, et n'avoient
+presque rien pillé de nostre bord n'ayant eu le loisir. Nous entrasmes
+dans nostre Manche où cet officier se trouvoit fort embarassé, mais
+comme il y aloit de la vie, je le radressois sur les sondes qu'il ne
+connoissoit pas, et à un soir, nous nous trouvasmes proche de Portland
+en Angleterre. Il aspiroit de relascher à l'ille de Wic, je l'en
+détourna dans la vüe de nous soulever et de les enlever eux mesmes
+au Havre; à cet effect je communiquay le dessain à plusieurs de
+notre équipage dont nous étions restés encore vingt deux, contre
+21 holandois dont la moitié faisoit le cart, j'avois caché six sabres
+et quatre pistolets et les espontons étoient libres, le tout bien prémédité
+la chose étoit facille, et les aurions enlevés au Havre en
+<span class="pagenum"><a name="pg46" id="pg46"></a>-46-</span>
+moins de 18 heures. Mais un coquin nomé Nicolas Laloet, de
+Diepe, qui parloit holandois et de notre équipage nous trahit et
+fut la cauze que je futs fort mal traitté, ainsy que trois de mes gens
+auxquels on trouva les armes cachées, et sans que je leur étois
+utille pour la navigation, ils m'ont juré depuis qu'ils m'auroient
+jetté dans la mer. Enfin conduisant la route pour Zélande, en
+passant au Pas de Calais, nous trouvasmes un moyen corssaire qui
+venoit de sortir du mesme port, il s'aprocha de nous à la voye et
+il n'oza nous ataquer et il nous auroit enlevées sans coup férir et
+auroit gagné plus de trois cents mil livres. Le landemain au matin,
+étant au travers de Dunkerque, deux frégates d'Angleterre de
+chacque 24 canons ne nous marchandèrent pas, étant d'union
+avec la France, nous prirent et nous conduirent aux Dunes et nous
+creusmes en estre beaucoup mieux et soulagées, et ce fut tout le
+contraire, ils nous redépouillèrent mieux que les Flessinguais et
+nous enfermèrent dans leur fond de câbles, ne pouvant ou coucher
+que sur des câbles mouillées et pleins de vaze pendant six jours pour
+nous oster la connoissance des effects qu'ils enlevoient, se doutant
+qu'il faudroit rendre notre prise par l'union entre les deux couronnes;
+mais ils ne se doutoient pas que j'avois dans les poches d'une
+vieille culote une copie du contenu de tout notre chargement. Ils
+avoient renvoyé les Holendois le lendemain que nous fusmes
+pris, et nous ils ne nous débarquèrent aux Dunes que la 7<sup>e</sup> journée
+et dans un pauvre état, et nous fismes trois lieux à pied pour
+gagner à Douvres, où nous arrivasmes sur les trois heures du
+soir.</p>
+
+<p>Nous fusmes sur le port pour nous informer à trouver un passage
+pour Calais et aussy chercher où pouvoir gister. Il survint
+un gros Seigneur se promener sur le quay, et sans m'informer qui
+c'étoit je futs le supplier de me faire charité et à mes camarades de
+nous donner de quoy souper, et de nous procurer le passage pour
+retourner en France, et sans me questionner, il dit à un de ses
+gens de nous conduire au palais et qu'on nous fits manger et boire,
+et qu'à la sortie de la comédie, il nous parleroit. M. Maret étoit
+notre chirurgien et François de Ville canonier et un nommé
+Fauché, de Pontlevesque, étoient de ma cabale, et contents de
+<span class="pagenum"><a name="pg47" id="pg47"></a>-47-</span>
+ma hardiesse. Lorqu'on nous régala au palais, nous y aprismes
+que c'étoit à M. le Duc d'Yorc<a id="FNanchor_43" name="FNanchor_43"></a><a href="#Footnote_43" class="fnanchor">43</a> que je m'étois adressé, et sur
+les 8 heures qu'il revint de la comédie, il dit: «Qu'on me fasse
+venir ces 4 françois». Et commença: «D'où estes-vous et d'où venez-vous?
+et pourquoy n'estes-vous pas retournés chez vous? c'est qu'aparament
+vous faites les gueux».&mdash;Je luy dits sans m'intimider:
+«Non, Monseigneur, je suis de bonne famille et proche parent
+du capitaine avec lequel j'ay esté pris; j'étois l'écrivain du bord et
+2<sup>e</sup> pilotte; voilà notre M<sup>e</sup> chirurgien et le premier et segond cannonier,
+et il n'y avoit quatre heures que nous étions débarqués
+aux Dunes quant j'ay eu l'honneur de parler à votre Royalle
+Altesse. L'on nous a détenus sept jours, couchant dans la fosse
+aux câbles pour nous oster la connoissance du grand pillage qu'on
+a fait dans notre bord, et l'on a débarqué les Holandois deux
+jours après notre prise, et on nous a dépouillées ce que les holandois
+nous avoient laissé sur nous». Il se tourna: «Ho, ho! je
+n'ay pas seu cela. Et de quoy étoit chargé votre navire?» Je tira
+de ma vieille poche l'état du chargement et il le donna à lire à un
+officier ou secrétaire, luy disant: «Lisez haut et puis dites comment
+l'on ne m'a dit, qu'il n'y avoit que du sucre et du coton.
+Alées vous reposer, mes enfants, et soupez bien et vous aurez un
+lit à deux et puis dites qu'on serve à souper.» L'on nous conduit en
+notre premier lieu et bien chaufées et bien traitées, M. Maret et
+les deux autres étoient tristes et abattus et me disoient: «Ah!
+mon cher, cets à un seigneur anglois que vous en avez trop dit. Je ne
+scay comme nous passerons la nuit ou demain.» Cela ne m'étonna
+pas, je jasois comme un peroquet, tantôt avec un page et tantôts
+avec le laquais. Et quant ce vint pour nous coucher je dits: «Il
+n'y a pas d'aparance que comme nous sommes que nous gastions
+de sy beaux lits, nous nous tiendrons devant le feu». On le dit à
+son Altesse et il dit: «Ce jeune homme raisonne bien, qu'on leur
+donne à chacun une de vos chemises, et vous en aurez d'autres».
+Ce qui fut fait et mismes nos garnisons en paquet dans un coin,
+<span class="pagenum"><a name="pg48" id="pg48"></a>-48-</span>
+et je dormis très bien pendant que le pauvre M. Maret faisoit
+des lamentations. Dès le lendemain matin entre dans notre chambre
+un tailleur qui prit ma mesure; seul, on m'aporta une robe de
+chambre, et l'on osta mon régiment et sur les six heures du soir
+je fus rabillé avec de bonne frize, des bas, souliers et un chapeau,
+et sur les 8 heures son altesse me fit venir seul et me dits: «Mais
+les Holandois lorsqu'ils vous prirent pillèrent tout ce qu'il y avoit
+de bon, et le portèrent à leur bord». Je dits: «Pardonnez-moy,
+monseigneur, leurs chaloupes n'ont fait que deux voyages à notre
+bord, pour enlever notre monde et enfournir à paine dès leur et la
+tempeste survint, qui nous sépara, et depuis n'y est entré d'autres
+que vos gens,&mdash;Alés, cets assés, et demain je vous feray passer
+en France sur un yac du Roy qui porte des chevaux pour M. le
+Dauphin». Et j'appris que les deux capitaines anglois, furent emprisonnez
+et cassées. Le lendemain le yac étant prêt à partir l'on
+nous vint advertir de nous embarquer, mais je voulus pousser la
+civilité à bout. Je demanda la permission de pouvoir remercier son
+altesse. Il le permit et on l'habilloit; il me fit donner six écus de
+France et m'ordonna, d'aler faire ses compliments à M. le marquis
+de Courtebon<a id="FNanchor_44" name="FNanchor_44"></a><a href="#Footnote_44" class="fnanchor">44</a>, gouverneur à Calais, à quoy à mon arivée.
+Je ne manquay pas et m'en trouvay très bien, et sur ma route il se
+passa quelques particularités qui ennuyeroyent trop. Notre capitaine
+M. Sansson, qui fut conduit en Holande, eut ordre d'aler
+reprendre son navire aux Dunes et le ramena à Honfleur avec une
+partye du chargement. Je me suis pas informé comme l'on a traité
+pour ce qui fut volé.</p>
+
+<p>(1673). Etant de retour à Honfleur que le sieur Sansson eut ramené
+son navire on luy fit offre du commandement d'un navire de
+30 canons nomé le <i>Florissant</i> pour la compagnie de la Mérique, il
+<span class="pagenum"><a name="pg49" id="pg49"></a>-49-</span>
+commença à l'équiper et m'engagea pour retourner avec luy, et son
+navire le <i>Chasseur</i> fut donné en commandement au capitaine Berengier
+dit Vert galant<a id="FNanchor_45" name="FNanchor_45"></a><a href="#Footnote_45" class="fnanchor">45</a>. Le <i>Florissant</i> presque tout équipé, le sieur
+Sansson ne le monta pas, soit qu'il eut peur de la guerre qu'il n'aimoit
+pas ou par sa femme, il se tint à terre, et ce fut le capitaine
+Acher du Havre, qui eut le commandement et nous fusmes une
+belle flote de 34 navires ayant pour convoy la frégatte du Roy, le
+<i>Hardy</i> de 36 canons. Depuis notre départ de la rade du Havre
+nous fusmes batues des mauvais vents contraires, l'espace de deux
+mois et demy sans pouvoir les vents alizées, ny aussy sans qu'aucun
+de nous fut divisé de la flotte, quoyque nous rencontrions
+souvent des corssaires, tout fut consservé jusque proche de l'ille
+de Madère où nous voulions aler rafreschir et prendre des eaux,
+mais nous y trouvasme des corssaires de Flessingue, qui nous ataquèrent
+où le sieur Despestits-Patin, écrivain du Roy sur le <i>Hardy</i>
+fut tué et une vingtaine de matelots, et les corssaires laschèrent
+pied, et craignant qu'il ne leur arivats quelque renfort, M. de la
+Roque<a id="FNanchor_46" name="FNanchor_46"></a><a href="#Footnote_46" class="fnanchor">46</a> tint conseil et l'on prits la résolution d'aler à l'ile de Santiago,
+au Cap-Vert. Y étant arrivés l'on achepta des rafreschissements
+pendant qu'on faisoit les eaux à la praye, et devant la ville
+habitée par les portugois presque tous neigres et mûlâtes, jusqu'à
+leurs moines et prestres, et tous de mauvaise vie et canaille. L'on
+pognardoit impunément nos pauvres matelots pour les voller; ils
+empoissonnèrent toutes nos eaux qui nous causa les diarées et dissenteries
+dont il nous mourut sur notre flotte plus de deux cens
+hommes, et j'ay consservé cette maladie deux ans et demy après y
+avoir bien dépencé de l'argent.</p>
+
+<p>Et après quatre mois de navigation, nous arivassmes aux illes de
+la Mérique, et nous chargeasmes à celle de Sainct-Cristofle, du
+sucre et indigot et des cuirs. Nous étions tous prêts et rassemblés
+<span class="pagenum"><a name="pg50" id="pg50"></a>-50-</span>
+soubs nostre mesme convoy, prêts à partir pour France, lorsque
+le temps se prépara à une branche de houragan, quoy qu'au 2<sup>e</sup>
+octobre comme nous avions eu le 4<sup>e</sup> l'année précédente. Je dits
+au capitaine Acher qu'il seroit bon de faire porter au loin notre
+maitre ancre, sur un bon câble, il me rebuta disant que s'y j'avois
+peur qu'il me boucheroit le derière d'un fêtu. Je luy dits que j'en
+aurois moins que luy et il dits: «Bon, nous voilà prêts à partir et
+je ferois mouiller un câble tout neuf pour le gaster!» Le tourbillon
+survint peu après, notre navire chassoit, il n'étoit plus à tems
+de jeter ce maître ancre et nous fusmes donner sur les cayes ou
+rochers; le navire coula à fonds et puis sauve qui peut. Nous
+y pérismes 27 hommes. Je me tins avec Michel Cécire, contre-mestre
+sur la poupe qui ne se rompit pas et deux heures
+après le vent cessa et la chaloupe du <i>Hardy</i> nous sauva, et il n'y
+eut que notre navire seul de perdu par la faute de notre brutal de
+capitaine.</p>
+
+<p>Et pour revenir en France, je creu bien faire que de m'embarquer
+sur le <i>Chasseur</i>, capitaine Berengier, que mon père avoit fait
+cy-devant capitaine et mesme nostre parent. Cet ingrat, Dieu luy
+pardonne ses fautes, eut la lâcheté deux jours après nostre départ
+de m'oster de sa chambre et de la table soubs prétexte que ma
+dissenterie se communiqueroit ou à son fils, me traita à l'ordinaire
+des matelots, en beuf salé et de l'eau. Le pain et l'eau vint à manquer,
+et nous fusmes vingt et un jours sans en voir gros comme un
+poix. L'on mangeoit des cuirs, et j'ay payé pour un rat une piastre
+valant 68 s. Enfin Dieu ne voulut disposer de moy; nous allions
+à dessain d'atérer à Bellille et en étant à 20 lieux nous parlasmes à
+une caiche angloise qui nous advertit que l'armée de Holande y
+étoit pour la prendre et sans quoy nous y alions nous livrer plus
+de 50 navires richement chargés. Nous tournasmes le bord pour
+Brest ou en deux jours nous y entrions, mais on nous prit pour
+l'armée d'Holande et de toutes les forteresses l'on tiroit sur nous,
+sans que M. De la Roque envoya son canot avec le pavillon
+blanc et advertit qui nous étions, mais les paisants de Bretagne
+qui vouloient faire révolte arborèrent au haut des clochers des
+pavillons holandois croyant que nous en étions l'armée; enfin
+<span class="pagenum"><a name="pg51" id="pg51"></a>-51-</span>
+nous entrasmes à Brest, où je me rétablis un peu avant de me
+mettre en route pour le pays, après trois malheureux voyages de
+suitte et resté infirme.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch2" id="ch2"></a>CHAPITRE DEUXIÈME</h2>
+
+<p class="d">Doublet embarque sur l'escadre de M. Panetié.&mdash;Il enseigne les principes
+de la navigation à son commandant.&mdash;Prise de 22 navires chargés
+de blé.&mdash;Doublet passe second lieutenant sur l'<i>Alcyon</i>, commandé par
+Jean Bart.&mdash;Son éloge par M. Panetié.&mdash;Son séjour à l'école d'hydrographie
+de Dieppe.&mdash;Il est reçu pilote.&mdash;Il commande la <i>Diligente</i>;
+combats, prises et blessure.&mdash;Lettre de M. Engil de Ruyter.&mdash;Croisières.&mdash;Voyages
+en Portugal.&mdash;Les pirates de Salé.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg52" id="pg52"></a>-52-</span>
+Cependant j'avois l'ambition de ne vouloir estre à charge à ma
+merre ny à la famille; quoy qu'avec mon incommodité je cherchois
+à voyager. Un nommé M. De Lastre<a id="FNanchor_47" name="FNanchor_47"></a><a href="#Footnote_47" class="fnanchor">47</a> de Dunquerque,
+qui avoit commandement d'une frégatte du Roy pour estre de
+l'escadre de M. le Pannetier<a id="FNanchor_48" name="FNanchor_48"></a><a href="#Footnote_48" class="fnanchor">48</a>, vint à Honfleur pour y engager
+sans contrainte des matelots et soldats et volontaires. Je futs le
+trouver au <i>Soleil</i><a id="FNanchor_49" name="FNanchor_49"></a><a href="#Footnote_49" class="fnanchor">49</a> où il logeoit et m'offrits pour second ou 3<sup>me</sup>
+pilotte. Il me dit qu'il en avoit assez et gens connus pour le Nord;
+je lui demandé déstre patron de son canot et il me l'accorda. Je
+partis d'Honfleur avec une cinquantaine de jeunes gens accordées
+comme moy pour nous rendre à Dunkerque soubs la conduite de
+notre capitaine qui nous défraya par terre, et nous trouvasmes
+l'escadre de M. Pannetier, composée de sept frégates prestes à
+<span class="pagenum"><a name="pg53" id="pg53"></a>-53-</span>
+sortir du port. Nostre frégate s'apeloit la <i>Vipère</i>, de 18 canons,
+et notre capitaine me tint parolle et me posa patron de son canot.
+Mais lorsque nous fusmes en mer, je fut réduis à la gamelle, ce
+que je trouvai étrange, croyant estre avec les pilotes. J'en fut très
+chagrin, et je me trouvois déconcerté que j'en perdois l'apétit,
+qu'un jour sur l'heure du disner je m'étois acoudé sur le bord du
+navire que nostre maistre chirurgien nommé M. Prevosts me
+demanda sy j'étois malade de ce que je ne mangeois pas avec mes
+camarades. Je soupirois et je m'empressa de luy dire qui me tenoit
+dans cette tristesse. Un nommé Castor Crestey lui dits que je
+n'étois pas acoutumé à pareille ordinaire ny compagnie. Il le questionna
+s'informant qui j'estois et Crestey l'en ayant instruit et
+nommé mon père, M. Prévost dit. «Ah! je l'ay connu, et ay
+esté à son service.» Et en fut entretenir M. De Latre avec lequel
+il étoit fort familier. M. De Latre luy dits de m'ameiner
+dans sa chambre, et me demanda qui j'étois et ce que j'avois
+à me chagriner. Je lui dits que je plaignois mon sort
+de ce que la fortune m'avoit esté contraire trois années de suite,
+et que la suivante en m'étoit pas meilleure. Il dits: «Il ne faut
+pas qu'un jeune homme se rebute.» Il me demanda si je savois
+les principes de la navigation, et je luy dits que j'en savois plus
+que les principes, puisque je luy avois demandé un poste de pillote.
+Il m'engagea à boire un verre de vin avec luy et me demanda
+si les principes sont dificiles d'apprendre. Je luy dits qu'à
+un homme d'esprit comme luy, je les luy aprendrois en moins
+de six semaines, et sur le champ je luy en donna ouverture dès la
+première reigle. Et il me fit souper à sa table et le lendemain
+nous commenssasmes à travailler, où il y prit du goût, et me dit
+que j'avois sa table pendant toute la campagne, il me prit en affection
+et il me fit faire une cabane dans sa chambre, ce qui me fit
+un peu plus respecter. Et dans les moments de son loisir, je luy
+donnois des leçons dont il profitoit très-bien. L'on fit plusieurs
+prises et dont ma capitainerie du canot qui aloit toujours des premiers
+au bord des dites prises dont je seut en profiter, me procura
+de bonnes nipes, dont au retour de notre campagne j'en fits de
+bon argent, et je m'équipay très-honnestement et modestement et
+<span class="pagenum"><a name="pg54" id="pg54"></a>-54-</span>
+donnois à garder tout mon petit butin à Madame Delatre son
+épouse; ils n'avoient qu'un enfant qui mourut, n'ayant plus d'espérance
+d'en avoir enssemble quoy qu'encore jeunes. Ils me prirent
+tous deux sy fortement en affection, qu'ils m'obligèrent de
+loger et manger chez eux en me disant qu'ils n'avoient d'autre
+enfant que moy, ainssy j'avois toute la soubmission et complaisance
+possible pour eux.</p>
+
+<p>En octobre 1673, notre commandant M. le Panetier receut ordre
+de rarmer promptement son escadre sur des advis que la cour eut
+que les Holandois attendoient le retour de plusieurs de leurs vaisseaux
+venant des Indes Orientalles sur quoy M. Delastre de son
+chef m'honora du poste de segond lieutenant. Je prenois tous les
+soins possibles à bien remplir mon devoir et de plus sur la navigation
+et en sondant quatre et cinq fois par quart, écrivant ponctuellement
+les brasses d'eau et les fonds des sondes à connaîstre les
+courants des marées qu'il me dits plusieurs fois: Vous vous fatiguez
+trop et laissées faire cela à nos pilotes qui sont gagées pour
+cela, c'est leur office, et je continua. Trois semaines après notre
+départ, étant sur le banq aux Dogres, nous avisasmes deux vaisseaux
+sur lesquels nous donnasmes la chasse, et en étant aprochées
+nous les reconusmes estre les convois de Hambourg avec
+lesquels nous avions aussi guerre. L'un avait 66 canons, l'autre
+54. M. notre commandant n'avoit que 36 canons sur la
+<i>Droite</i> et nos autres frégates 30 et 24 et nous 18; les forces étaient
+fort inégalles, et particulièrement la mer qui étoit agitée, nous ne
+pouvions les aborder sans nous briser comme le pot contre le
+rocher, cependant nous les suivions hors leurs portées de canons
+espérant avoir plus de calme, et ils nous conduirent en fesant leur
+route jusqu'à l'entrée de la rivière d'Elbe, l'entrée de Hambourg.</p>
+
+<p>M. le Panetier se démontoit de les voir nous échaper, prit résolution
+que nous les fussions attaquer et nous y fusmes à portée
+du mousquet, malgré leur décharge de leurs gros canons qui nous
+brisoient an pièces, le vent et la mer s'augmenta et ne pusmes les
+aborder. Nous perdismes 148 hommes sur notre escadre, sans plus
+de cent estropiés, où j'euts pour ma part le bras droit rompu en deux
+par un éclat, qui me prit au travers du costé et me culbuta en bas
+<span class="pagenum"><a name="pg55" id="pg55"></a>-55-</span>
+du château d'avant où j'étois pour sauter à l'abordage; il nous falut
+abandonner la partie. Nous fusmes ensuite vers le cap Derneuf,
+coste de Norvègue; nous y trouvasmes une flotte de Holandois de
+la mer Baltique, chargée de froment qui étoit très-cher en France,
+et nous n'en prismes que vingt et deux navires; leurs convois se
+sauvèrent et la plus grande partye dans un havre de Norvègue et
+nous amenasmes à Dunquerque les 22 navires, qui y causèrent
+bien de la joye et mesme jusque dans Paris.</p>
+
+<p>Nous trouvasmes le fameux M. Jean Bart qui venoit de recevoir
+son brevet de lieutenant de haut bord<a id="FNanchor_50" name="FNanchor_50"></a><a href="#Footnote_50" class="fnanchor">50</a> auquel le Roy luy donna
+le comandement de la frégate l'<i>Alcion</i> de 40 canons, avec
+quatre autres frégattes légères formant son escadre de cinq bâtiments,
+lequel étoit prêt à sortir du Port, et il me fit l'honneur de
+me demander pour son segond lieutenant. Je n'étois encore bien
+guéri de mon bras ny de mon costé, je m'excusay sur cela, et que
+je ne ferois rien sans l'agrément de M. de Lâtre auquel je devois
+tout. M. Bart en fit ma cour à M. de Lastre et luy dits: «J'aurey
+plutots finy ma campagne que vous ne serez prets à sortir;
+je vous rendray Doublet au retour.» Le soir je rentray chés mes
+bons hostes pour souper, et je ne leur dits rien de la proposition,
+et sur la fin du repas, la dame me dits: «Je ne vous croyois pas
+sy dissimulé vous voulez aller avec Jean Bart et quiter mon mary.»</p>
+
+<p>Je paru estonné crainte que M. Bart n'eut dit que c'étoit moy
+qui l'eut sollicité. Et M. de Latre prit la parolle et dits: «Non c'est
+M. Bart qui l'a demandé et a fait une honeste responsce, qui me
+fait augmenter l'estime que j'ay pour luy. S'il étoit bien guéri, je luy
+consseillerois d'y aler pourveut qu'au retour il revienne à moy et
+j'ay mesme donné mon consentement à M. Bart.» Et je conssentits.</p>
+
+<p>Le 9 janvier 1674, nous sortismes les cinq frégates du Roy avec
+trois autres frégates de particuliers et le 20<sup>e</sup> du mesme mois nous
+prismes une grande flûte holandoise venant de Moscovie, richement
+<span class="pagenum"><a name="pg56" id="pg56"></a>-56-</span>
+chargée, et après quoy nous rencontrasmes le gros de la flotte des
+bleds que nous avions fait relascher avec M. le Panetier et nous
+donnasme sur les deux convoys, l'un de 40 et l'autre de 24 canons
+que nous prismes et toute la flote de 36 grosses flûtes que nous
+aconduismes au port de Dunquerque ce qui redoubla les joyes des
+peuples, et les bleds diminuèrent bien de leur haut prix, et notre
+campagne ne fut que 37 jours. Nous trouvasmes à notre arrivée
+l'escadre et M. le Panetier en état de reprendre la mer, et M. le
+marquis Damblimonts chef d'escadre et commandant à Dunquerque
+avoit obtenu de commander l'<i>Alcion</i> dont il démonta M. Bart, et
+on luy donna la <i>Serpente</i> de 36 canons, et M. De Lastre monta
+la <i>Sorcière</i> de 30 canons formant cete escadre de M. Le Pannetier
+de 8 frégattes et M. De Lâtre me prits avec luy comme il
+étoit convenu, et je fus son premier lieutenant. Nous sortismes le
+5 de mars pour aler aux isles Orcades et celles de Féroe, tout au
+nord d'Ecosse, espérant d'y rencontrer les vaisseaux venant des
+Indes Orientales. Mais après avoir bien essuyé des tempestes
+sans rien trouver, nous fusmes à la grande ille de Hitlant<a id="FNanchor_51" name="FNanchor_51"></a><a href="#Footnote_51" class="fnanchor">51</a>, ou il
+y a de très bons hâvres de toutes marées pour nous y espalmer,
+nos batiments étant très-sales et ne marchoient plus, et là nous y
+aprismes que les Indiens que nous cherchions y avoient passé il y
+avoit dix jours et devoient être rendues en Holande. Notre commandant
+s'arrachoit la barbe de dépit. Ce pays d'Hitlant est habité
+par des Ecossais tous galeux comme des chiens; il ne vivent
+que presque tout poisson et de mauvais pain d'orge et d'avoine;
+ils ont quelques troupeaux de moutons et chèvres, la laine ets
+métisse dont ils font de gros bas et habillement; ils appellent ville
+de méchantes bourgades, pauvres maisons basses où leurs bestiaux
+sont enfermés avec eux et ils puent comme des boucs; leurs
+chevaux ne sont pas plus haut que des bourriques ayant une grosse
+teste, et mal faits de corps, ainsy les beufs et vaches; ils peschent
+quantité de morues qu'ils font seicher sans sel, à la gelée, quils
+nomment Stocfit ou poisson en baston; les testes étant bien seichées
+<span class="pagenum"><a name="pg57" id="pg57"></a>-57-</span>
+et les harestes ils les broyent et en donne à menger à leurs
+bestiaux en guize d'avoine; il n'y a aucun arbre de quoy faire un
+menche à baley, etc.</p>
+
+<p>Je reviens à nostre voyage. Lorsque les frégates furent espalmées
+M. Le Pannetier nous fit remettre à la mer, et fusmes entre le
+banc des Dogres et le Welles, et d'un beau calme convia tous nos
+capitaines à disner et pour tenir consseil; et dans le repas l'on
+parla de la grande ignorance de nos pillotes pour les bancs, qui ne
+savent lire ny écrire et seulement d'avoir esté sur les bateaux
+pescheurs aux harancs, disent conoistre les fonds, M. De Lastre
+dit bonnement: «J'ay mon lieutenant qui est de Honfleur, qui en
+quatre ou cinq campagnes que je l'ay avec moy, et cete dernière
+avec M. Bart. Je croy qu'il a marché soubs les eaux tant il en
+conoit les fonds, et rend mes pillotes toujours confus, mais aussy
+il a pris bien des peines à sonder souvent quelque froid qu'il fît et
+toujours écrit.» M. Pannetier luy dits: «Comment l'apelez-vous?»
+Et il me noma et dits: «Je say ce que c'est. Son
+père a esté mon amy; envoyez-le chercher, je le veux entendre.»
+Le conseil détermina que pour sauver les fraix de notre armement
+que l'escadre seroit divisée en deux, et que celle de M. Baert iroit
+vers Jarmuth prendre tout ce qu'il trouveroit des pesheurs de harenc
+holandois, et que M. De Latre seroit avec M. Baert et les
+deux autres moyennes frégates, que pour luy avec les trois autres
+il aloit aler à Gronland dans les glaces chercher les baleiniers.
+Ce fut le coup fatal pour mon capitaine et moy quand je paru et
+que le commandant m'ordonna d'aler sur le champ apporter à son
+bord mes hardes et qu'il auroit bien le soin de moy et au retour
+me feroit avoir un brevet; nous eusmes beau nous deffendre,
+luy avec un: «je vous ordonne de la part du Roy,» il fallut
+obeir quoy qu'à contre c&oelig;ur. Il me donna une chambrette
+et sa table, et je fut bien mieux que je ne m'étois attendu, quoy
+que regrettant toujours mon cher et premier capitaine. C'étoit
+au commencement de juin que nous fusmes arrivées à Spitbergue
+soubs les 72 degrez latitude Nord, pauvre pays bien froid, et sans
+aucuns aliments, et sans aucun autres peuples que de pauvres
+Norvégiens, et sous la domination du Roy de Danemarc. Nous
+<span class="pagenum"><a name="pg58" id="pg58"></a>-58-</span>
+fusmes autour du Gronland parmy les glasses affreuses; nous prismes
+dix navires hollandois, dont à peine en fismes les chargements
+de deux, qui étoit lard des balaines et quelques fanons et nous
+bruslames sept, et un qu'on donna pour reporter les équipages dans
+leur pays; les Maloüins y avoient esté qui avoient pis que nous,
+et en faisant notre retour nous prismes au Nord d'Ecosse un navire
+holandois de 24 canons venant de Portugal richement chargé,
+et on nous aprits que M. Baert avec son escadre avoit emmené
+trente deux bus ou flibots holandois et leurs deux convoys; ainsy
+le Roy gagna à ces armements.</p>
+
+<p>Lorsque nous fusmes désarmées et bien payées, je futs obligé
+de reprendre auberge chez M. de Latre et je luy dits que mon
+dessein étoit d'aller quelques mois chez M. Denis, prestre et géografe
+du Roy à Diepe<a id="FNanchor_52" name="FNanchor_52"></a><a href="#Footnote_52" class="fnanchor">52</a>, affin de me perfectionner davantage
+avec un aussy habil homme. Il eut paine à y conssentir, me demandant
+sy je voulois tenir l'école de Marine. Je luy dits que ce
+n'étoit pas ma pensée, mais que je peuts devenir estropié et que
+cela me pouroit servir, et conssentirent à mon départ que je les
+ferois gardains de mon butin pour m'obliger à retourner avec eux.
+Je leur fit aconnoistre qu'il n'y avoit pas dautres moyens de me
+dégager d'avec M. Le Panetier, qui me dits au désarmement
+qu'il me retenoit pour la prochaine campagne, et ils m'aprouvèrent
+très-fort.</p>
+
+<p>Je fus à Diepe trouver M. Denis, et m'acordé avec luy de me
+recevoir en pension à sa table, couché et blanchir moyennant
+cinquante livres par mois et me fournirait les livres nécessaires. Il
+me comença par les principes de la Sphère, les marées, les hauteurs,
+le quartier de réduction et l'échelle angloise, etc., que je
+savois parfaitement, ainsy que les sinus, tangentes et lorgaritsmes.
+Sur quoy il me demanda ce que je venois faire chez luy ayant
+autant de théorie et d'en savoir les pratiques. Je luy dits que je me
+voulois perfectionuer avec un aussy habile maistre; ainsy il eut la
+<span class="pagenum"><a name="pg59" id="pg59"></a>-59-</span>
+bonté de ne me pas épargner ses soins. Il m'aprit les triangles
+sphériques et les éllements d'Euclides et les calculations en moins
+de trois mois, que je voulus le quiter n'ayant pas dessain de m'établir
+maitre géographe, n'y voulant borner ma petite fortune. Et
+dans ce tems là, juin 1675, je receu une letre de M. De Lastre,
+qui me donnoit advis que l'on réarmoit l'escadre, et que M. Le
+Pannetier luy ordonnoit de me faira retourner pour aler avec luy.
+Cependant je ne savois à quoy m'en tenir. L'envie d'aler gagner
+de quoy et ne pas dépençer ce que j'avois me fit donner lecture de
+ma lettre à M. Denis et demander à compter. Et il me dits:
+«Qu'alez-vous faire? vous alees quiter dans un tems où vous
+faites bien; croyez-moy, Monsieur, demeurez encore deux à trois
+mois; vous n'avez fait que dévorer ce que vous venez d'aprendre
+trop promptement pour bien retenir; servez-moy comme un prévots
+de sale à mes écoliers, cela vous fortifiera à fonds, et je ne
+veux rien de votre pension; ce n'est point l'intherest qui me
+commande et je trouveray moyen d'éviter d'aler avec M. Pannetier.»
+Je luy dits que sy je luy faisois plaisir que je resterois
+en continuant de payer la penssion. Il répliqua: «Vous m'obligerez
+infiniment en restant, car vous me soulagerez un casse teste
+avec ce nombre d'écoliers dont la pluspart ont la teste dure
+comme la pierre.» Enfin je restay encore trois mois; ce qu'ayant
+apris mondit sieur le Pannetier montra à M. De Lastre un brevet de
+lieutenant de frégate qu'il m'avoit obtenu et luy dits: «Puisqu'il
+n'a voulu s'embarquer avec moy, je le donneray à un autre qui en
+sera bien aise.»</p>
+
+<p>Et lors qu'au bout de mes six mois de penssion dont j'en avois
+payé trois, en quitant je vouluts payer les trois autres, il me futs
+de toute imposibilité de les faire prendre, ny mesme par la s&oelig;ur de
+M. Denis qui me proposa qu'avant de la quiter que j'euts à soufrir
+les examents et me faire recevoir à l'admirauté pour pillote et
+que cela ne me dérogeroit en rien ains au contraire, et que je luy
+ferois plaisir et honneur et qu'il en payeroit la dépence. Sur quoy
+je luy dits quil me l'avoit plus que payée et que je le satisferois en
+tout ce que je pourois, et fus terminé que trois jours enssuite l'assemblée
+s'en feroit. Il convia pour moy quatre anciens capitaines
+<span class="pagenum"><a name="pg60" id="pg60"></a>-60-</span>
+et 4 pillottes, qu'ils me quiestionnèrent de tous costés, et à leurs
+aprobations je fus enregistré devant M<sup>rs</sup> de l'admirauté. Après
+quoy nous fusmes tous disner chez M. Denis, qui étoit prestre et
+n'auroit voulu entrer en auberge, et ne conssentit que je payats
+que ce qui étoit venu de chez le traiteur et rien de ce qu'il avoit
+fourny de chez luy. Je creut partir le landemain ayant disposé
+mon porte manteau, et luy et Madame sa s&oelig;ur m'arestèrent pour
+le landemain en disant qu'il faloit que je leur aidats à manger ce
+qui étoit resté du repas, et à nostre séparation ce fut des amittiez et
+tendresses réciproques.</p>
+
+<p>Je me rendis à Dunquerque pour la veille des Roys, 1676, chez
+mon ancien capitaine où nous régalasmes avec les parents et amis,
+et me conta qu'à sa dernière campagne une de leur frégate périt
+sur le banc des Ysselles, et que toute l'escadre y penssa périr
+par l'ignorance de leurs pilotes, et que M. Le Pannetier avoit bien
+pesté de ce que je n'étois avec luy et qu'il me conseilloit pas
+de paroistre sitots devant luy, et que luy il avoit quelques propositions
+à me faire et me tint deux jours en suspend, après quoy il
+me déclara que par le moyen de ses amys il me vouloit faire capitaine
+d'une jolie frégate de 14 canons nommée la <i>Diligente</i>. Je
+luy dits que j'étois tout à lui et ferois tout ce qu'il jugeroit à propos,
+cepandant que je serois fort aise de continuer soubs son
+comandement, et il me dits: «Je le voudrois bien, mais M. le
+Pannetier vous en ostera, et ne vous fera plus d'avance étant piqué
+contre vous, et lorsque vous serez capitaine en chef hors de sa
+dépendance il ne pourra plus vous nuire». Ainssy il s'intéressa sur
+la <i>Diligente</i> et me fit agréer par tous les autres intéressés, et
+après quoy je fus saluer M. l'intendant et M. Le Pannetier, qui
+me demanda d'où je venois, et que j'avois perdu à être lieutenant
+de frégate du Roy, qu'il en avoit obtenu le brevet, et que par
+mon absence il avoit fait placer M. Domain, mais qu'il n'y avoit
+rien de perdu et que faisant une ou deux campagnes avec luy il
+récupéreroit ce poste. Je luy dits que j'étois fasché de ne pouvoir
+plus aller soubs son commandement, et que j'étois engagé pour
+commander une frégatte que des particuliers m'avoient donnée et
+qu'ils m'avoient fait venir de Diepe pour le subjet. Il dits: «Cela
+<span class="pagenum"><a name="pg61" id="pg61"></a>-61-</span>
+est beau de quitter le service du Roy pour des particuliers». Et
+je me retiray avec profonde révérence.</p>
+
+<p>Je sortis du port le 14 février (1676) avec 92 hommes d'équipage
+et fut croiser vers le Texel et le Vlye qui est à l'entrée
+et la sortye des bastiments d'Amsterdam, mais j'en fus chassé
+par des navires de guerre, et je futs à l'ouvert de la baye de
+Hull au nord d'Angleterre et dans le dessain d'entrer dans la
+dite baye quoyque très-dangereuse pour ses bancs de sables,
+mais il en sortoit deux moyens bâtiments que je prits tous deux
+chargés de charbon de terre; l'un en outre avoit 60 saumons
+d'étain et 150 de plomb, et l'autre 20 saumons d'étain et 100 de
+plomb et trois balots de bayette ou flanelles, et les amarinois pour
+Dunkerque. Et étant au travers de l'Ecluse une frégate qui sortoit
+de Flesingue de 18 canons voulut m'aracher ma proie, je fis
+dépasser mes prises en avant de moy et je l'atendis pour la combattre
+avant qu'elle les peut atraper pour leur donner loisir à
+s'échapper, et elle m'attaqua vivement et sans m'oser aborder,
+nous nous chamaillasmes près d'une heure, et elle fut désemparée
+de son petit mât d'hune. Je tins ferme et s'étant raccomodée
+elle revint à la charge et sa grande vergue luy tomba, faute à elle,
+des précautions qu'elle devoit prendre, et je me trouvay blessé
+au costé gauche de la teste par un coup de fusil, et dont il n'y
+eut que les chairs emportées et l'os effleuré, à ce que reconnut
+mon chirurgien par une esquille qu'il en retira, et je ne m'aperceut
+de ma blessure qu'après le combat et que j'étois remply de sang,
+j'eus quatre de mes hommes tuez, deux estropiez, l'un d'un bras
+et l'autre de la cuisse cassée et six moyennement blessés, dont
+j'étois le 7<sup>e</sup>. Je courois après mes prises qui avoient déjà dépassé
+une lieue d'Ostende, où je craignois le plus, il se trouva une corvete
+de quatre canons sortye de Nieuport qui enleva la plus petite
+de mes prises avant que je les eût pu joindre et auroit enlevé
+l'autre sy je m'étois trouvé à tems de l'en empescher; je la conduit
+au port où il falut que j'entras avec ma frégate pour la raccomoder
+des coups de canons qu'elle avoit reçeus et pour me faire
+guérir et mes blessés.</p>
+
+<p>Pendant mon absence dans ce petit voyage il y eut une lettre de
+<span class="pagenum"><a name="pg62" id="pg62"></a>-62-</span>
+Holande à mon adresse à la poste; elle fut portée à M. l'Intendant
+de la marine, et comme étant un peu rétably de ma playe je
+le fus saluer. Après quoy il me demanda quelle habitude et relation
+j'avois en Hollande et avec quy, étant en guerre. Je luy
+dits que j'avois paine à savoir de quelle part elle me venoit,
+excepté M. de Ruiter avec lequel j'avois lié amittié en Angleterre.
+Il la demanda à son secrétaire et me la rendit cachetée dizant:
+«Voyons ce que l'on vous écrit.» Je lui redonnai sans l'ouvrir, et
+il me dit: «Ouvrez et la lisez haut.» Je la leut et luy donnai à
+voir si je n'avois rien déguizé. Elle contenoit de ce que j'avois
+esté longtemps sans luy écrire et bien des honnestetés et ammittiez
+et m'ofroit de l'aller trouver, il me procureroit ma fortune en me
+marquant entre autre que si je n'étois pas pourvu, que j'eus à
+l'aller trouver et qu'il étoit dans l'état de m'avancer et me donner
+le commandement d'un vaisseau des Etats. Sur quoy M. l'Intendant
+me dit: «Voudriez-vous prendre les armes contre le Roy et
+estre traitre à l'Etat.» Je protestay que non: et il me dits:
+«Je vous défends d'avoir plus de commerce de lettre avec ce M.»
+Je lui demanday seulement la permission que je peuts répondre
+cette fois à ces honnestetez et le prier de ne me plus écrire que
+la guerre ne futs finie et que cela me feroit préjudice et que je
+donnerois ma lettre à son secrétaire pour lui communiquer avant
+de l'envoyer, ce qu'il trouva bon.</p>
+
+<p>Après estre bien guéry et ma frégate bien redoublée et renforcé
+mon équipage, je sorty du port le 26 de mars et fut droit à l'entrée
+de la Tamise, entrée de Londres, et le surlandemain je fus
+bien chassé par deux gardes costes d'Angleterre lesquels nous
+penssèrent faire périr à force de porter les voilles d'un tens de
+neige et très rude, et nous avions déjà trois pieds d'eau dans
+nottre calle quand j'arivé à la rade de Dunkerque où ils m'abandonnèrent,
+et deux jours après je repris la mer et fut croiser, sur
+le banc des Dogres où j'en prits un qui avait quarante-deux barils
+de morue blanche salée; je l'envoyai au hazard par dix de mes
+gens et arivèrent heureusement. Six jours après je pris un flûton
+d'environ 90 thonneaux venant de Portugal avec du sel, 28 pipes
+d'huille d'olive, 6 balles de laine lavée, et de plusieurs caissons
+<span class="pagenum"><a name="pg63" id="pg63"></a>-63-</span>
+d'orange et de citrons, et je la conduits heureusement à Dunkerque.
+Nostre biscuit se trouva gasté dans la soute par la grande
+eau que nous eusmes lorsque les Anglois m'avoient chassé cy-devant,
+il me fallut rentrer et désarmer la frégatte. Je ne pus
+réquiper ny sortir avec ma frégatte qu'au 10 octobre parcequ'il
+nous fut fait deffense à tous les particuliers d'engager aucun matelots
+que M. Bart n'eut acomply les équipages de son escadre, et
+après quoy je fits en peu de temps la mienne, ainsy que deux
+autres frégates de mes confrères, et sortismes de compagnie et
+douze jours après nous fusmes très mal traités des tempestes, qui
+nous séparèrent. Je couru vers les costes d'Ecosse en vue de
+trouver quelque abry au risque d'estre prisonnier de guerre plutots
+que de périr, mais le vent cessa après neuf jours de tourmente;
+j'aperceu un moyen navire sur le soir et je fits semblant
+d'aler une autre route que luy. Et aussi tots qu'il fit bien nuit nous
+redonnasmes après luy à petite voilure; et au clair de la lune, sur
+les 4 heures du matin, nous en eusmes connoissance, et ne l'aprochasmes
+pas plus près, et le jour venant nous fusmes après iceluy,
+que nous prismes sur les neuf heures, et c'étoit une grande barque
+que les Flessinguois avoient prises sur notre nation venant
+de l'ille Madère, chargée de grosse écorce de citrons confits et
+du vin; je la conduisois jusqu'au travers de la Meuze où je futs
+rencontré par deux frégates de Zélande, l'une de 24 canons et
+l'autre dix-huit, qui coururent droit à ma prize et s'en empara et
+celle de 24 me batoit en ruine et m'aborda et ne sauta que 3 de
+ses hommes dans nous, et nous décrocha ayant son mât de beaupré
+rompu à l'uny de son étrave, je luy donnay la décharge de nos
+canons et de mousqueteries, et celle de 18 canons étoit trop
+soubz le vent pour nous ratraper, j'eus huit hommes tuez et 15 à
+16 blessés, sans estre estropiés, et il nous falut rentrer au port
+bien batus, et sans prise; nous y aprismes qu'un de ceux qui avoit
+sorty avec nous avoient péry corps et biens, et que l'autre étoit
+revenu sans rien faire à sa course, ayant penssé aussy périr par la
+tempeste que nous eusmes.</p>
+
+<p>En mars, 1677, je ressorty avec ma mesme frégatte; je fits
+plusieurs moyennes prises que j'envoyois par mes gens, n'étant
+<span class="pagenum"><a name="pg64" id="pg64"></a>-64-</span>
+de valeur, et elles furent toutes reprises; je parcouru aux costes
+de Norvègues sans y rien trouver, et m'en revenant pour désarmer
+je rencontré plusieurs navires marchands holandois, lesquels
+avoient trop de force pour que je les peus ataquer, étant affoibly
+de mon équipage par les petites prises dont j'ay parlé; cela me
+dégousta de retourner avec un navire d'aussy peu de force, me
+ressouvenant des hazards que j'y avois encourus, et lors que je
+l'eus désarmée, je remerciay MM. les inthéressés par l'advis de
+mon ancien capitaine qui me promit la place de second capitaine
+avec luy sur la frégate de 30 canons, dans l'escadre de M. Pannetier
+qui comandoit l'<i>Etroitte</i> de 40 canons.</p>
+
+<p>Nous sortismes six frégates sur la fin de may, nous fusmes
+cinq mois à croiser sans avoir encontré ny fait rien de remarquable,
+et après quoy l'on nous désarma tous à notre retour.</p>
+
+<p>En juillet 1678 la cour ordonna à M<sup>rs</sup> Le Pannetier et Bart
+de r'armer et de se diviser en mer leur escadre, je retournay avec
+mon premier capitaine. Nous fusmes aux iles Orcades entre Fulo
+et Faril y atendre les Indiens dont on avoit advis de leur retour
+pour Hollande, mais M<sup>rs</sup> les Etats toujours bien advisés, avoient
+envoyé audevant plusieurs galiotes bonnes voilières avec des pilotes
+costiers pour les bancs et des rafreschissements et vivres,
+nous donasmes plusieurs chasses sur ces galiotes sans en pouvoir
+atrader; cela nous tira du bon parage où nous étions. Et y ayant
+retourné nous aprismes par un bateau pescheur de ces illes que
+la flotte de dix de ces vaisseaux avoient passé il y avoit trois jours,
+et que par les maladies ils avoient bien perdu de leurs équipages;
+nous courusmes après jusqu'à l'ouvert du Texel sur le Bree Vertin
+sans rien trouver, cela nous unis tous en consternation. Les vivres
+aloient nous manquer et prêts à nous en retourner, lorsque
+sur le banc des Dogres, nous aperçusmes deux gros navires,
+nous creusmes estre quelque Indiens, nous les atrapasmes
+en peu de tems à portée de nos canons et ils furent bientots
+rendus. C'étoit deux pinasses de 7 à 800 thonneaux, avec un
+36 canons et l'autre 30, lesquels venoient de Suirinan et Curassao
+chargés de bonnes marchandises comme sucre, indigo,
+cuirs, rocou et bois du Brésil et Campesche. Nous les escortasmes
+<span class="pagenum"><a name="pg65" id="pg65"></a>-65-</span>
+soigneusement jusqu'à Dunquerque, où nous désarmasmes
+tous, et on parloit de la paix, et à la fin du déchargement
+de la grande prise on trouva 26,000 piastres.</p>
+
+<p>M<sup>r</sup> Bart avoit rentré au port huit jours avant nous, et y avoit
+amené 20 buschs avec du haran et en avoit fait brusler 32 et
+enleva aussy leurs convois qui étoit le <i>Mars</i> de 40 canons, et le
+<i>Prince Peerts</i> de 24. Le Roy ne faisoit ces armements qu'en
+vüe de faire crier les peuples d'Hollande en détruisant leurs flotes
+des marchands et de la pesche de leurs poissons qui est d'un profit
+considérable pour la Hollande, et par ces pertes les provoquer
+à demander la paix.</p>
+
+<p>1679. L'on eut la nouvelle de la paix avec la Hollande et Angleterre.
+Les deux dernières prises que nous avions amenées
+étoient d'un trop grand port pour nos marchands de France, le
+conseil ordonna de les envoyer à Lisbonne en Portugal pour les
+y vendre, étant très-propres pour les voyages du Brésil; M<sup>r</sup> de
+Latre eut cette comission de les conduire et de les vendre, et un
+parent de M<sup>r</sup> Bart nommé Corneille Bart comandoit l'autre soubs
+les ordres du dit sieur de Latre qui me prit pour son segond, et nous
+partismes de Dunkerque vers la fin de février n'ayant que du lest
+et un simple équipage seulement pour amariner, et nous arrivasmes
+devant Lisbonne le 21 mars et peu à peu nos capitaines congédioient
+nos équipages, pour en épargner la dépence. M<sup>r</sup> Desgranges
+pour lors consul de notre nation et comissaire de marine
+pour le Roy eut ordre d'en procurer la vente, et il me pria de
+dresser les inventaires de ce que contenoit les agreits et ustencilles
+de chaque navire en son particulier, et sy j'avois creu les mauvais
+consseils j'aurois mis de mon costé à l'écart pour plus de cinq
+cents pistoles, que cela n'auroit en rien diminué la vente, et qu'on
+m'offroit et à mon capitaine de nous les transporter à couvert. Je
+le vits un peu dans ce penchant et luy dits famillièrement:
+«Qu'avons-nous de plus cher et plus précieux a consserver, que
+l'honneur?» Sur quoy ayant réfléchy, il me dits: «Mon enfant,
+tu as bien raison, je t'ay estimé et t'estime d'avantage.» Et je
+travaillé exactement et très-fidellement aux inventaires, et l'on fut
+plus de trois semaines à nous acorder du prix que M<sup>r</sup> Desgranges
+<span class="pagenum"><a name="pg66" id="pg66"></a>-66-</span>
+en souhaitoit. Les marchands portugois ne marquaient pas d'empressement
+à leurs offres, ce qui déconcertoit un peu nos M<sup>r</sup>. Je
+leurs dits que j'avois en penssée une ruze qui m'étoit venue en
+l'esprit, qu'il faloit faire sourdement coure le bruit que les marchands
+de Cadix en ayant eu advis qu'ils en faisoient offrir plus
+de quinze mil livres qu'on ne nous en offroit, et faire remettre les
+mâts d'hunne et les voilles en état d'apareiller, et tirer les expéditions
+pour sortir du port. La choze fut trouvée bonne, et
+nous travaillasmes à nous réquiper, on nous offroit déjà mil cruzades
+de plus et puis encore 500. Je dits: «Il faut aler plus haut;
+il faut faire dessendre nos vaisseaux à Blem<a id="FNanchor_53" name="FNanchor_53"></a><a href="#Footnote_53" class="fnanchor">53</a> qui est la sortye,
+et au pis aler nous concluerons.» Et deux jours après comme
+nous étions soubs les voilles, il vint à nos bords une chaloupe
+avec un ordre de M<sup>r</sup> Desgranges de remonter à nos places, sur
+ce qu'il avoit conclu le marché des deux navires. Nous ne pouvions
+remonter à cause de la marée que nous avions atendu baisser
+pour nous dessendre; nous mouillasmes les ancres et dits à
+M<sup>r</sup> Delastre: «Alez trouver M<sup>r</sup> le consul et luy demandés s'il a
+penssé à notre chapeau<a id="FNanchor_54" name="FNanchor_54"></a><a href="#Footnote_54" class="fnanchor">54</a> et que ne l'ayant fait il fasse savoir à
+ces acheteurs que nous ne conssentons à la vente et que nous
+irons à Cadix.» Et il conduit M<sup>r</sup> de Lastre chez les marchands où
+ils s'expliquèrent, où nous obtinsmes six cents cruzades de chapeau
+valant douze cents livres, que nous partageasmes en trois et
+nous remontasmes le lendemain à marée montante, et secrètement
+M<sup>r</sup> le Consul me donna cent cruzades pour mes paines des inventaires
+et pour l'advis que j'avois donné. Je présentay mes cent
+cruzades à mon capitaine, lequel n'en voulut rien prendre et dits
+seulement: «M<sup>r</sup> le Consul devoit honnestement me les délivrer
+pour que je vous les euts présentées.» Puis l'on me paya mes
+gages, et M<sup>r</sup> Delastre me dit: «Il nous faut chercher un passage
+<span class="pagenum"><a name="pg67" id="pg67"></a>-67-</span>
+pour retourner enssemble à Dunkerque où nous verons ce que
+nous ferons pour l'advenir.» M<sup>r</sup> le Consul nous engagea nous
+deux à souper chez luy, car l'autre capitaine étoit une vraye cruche
+pour ne pas dire beste; sur la fin du repas M<sup>r</sup> Desgranges
+me demanda si je me proposois de retourner en France, lui disant
+que ouy, et: «Qu'alez-vous faire au commencement de cette paix
+où l'on ne sait encore que entreprendre?» M<sup>r</sup> De Latre prit la parolle:
+«Il ne sera pas dés&oelig;uvré.» Et M<sup>r</sup> Desgranges me dits:
+«Sy vous voulez commander icy une caravelle où j'ay intérêt,
+nous luy avons depuis peu fait la poupe en frégate et mastée aussy
+de mesme elle est bonne voilière, mais elle n'a que six canons
+et autant de périers, voyez là; elle est placée devant St-Paul.»
+Et je luy demandai au lendemain pour luy répondre, afin de savoir
+les sentiments de mon amy et capitaine qui eut la bonté de
+m'acompagner à en faire la visite. Je la trouvois à mon gré excepté
+son peu de déffence contre les Saletins où l'on est fort exposé;
+mon capitaine m'en représentoit les dangers pour m'en dégouster,
+et il me reconnu y avoir du penchant. Il me dits: «Vous
+en ferez ce qu'il vous plaira.» Je futs retrouver M<sup>r</sup> Desgranges
+pour luy demander à quel voyage il destinoit. Il dits pour aler
+porter des sucres à Bilbaots et raporter du fer et autre choze. Je
+vouluts aussy savoir soubs quel pavillon et passeports. Il me
+promit que ce seroit soubs ceux de France, car soubs pavillon de
+Portugal je n'aurois pas acxepté. Nous convinmes pour mes gages,
+ainsy je me séparay de mon capitaine et fits en peu de jours
+mon équipage et chargement, et fit heureusement le voyage de
+Biscaye et retour à Lisbonne, et après avoir fait ma décharge
+l'on m'en proposa un segond et pareil, mais lequel ne fut pas tout
+à fait aussy heureux, car j'échapay belle d'estre esclave par
+deux frégates de Saley: lorsque je faisois route pour Biscaye,
+étant au travers de Tamina, en vue des isles de Bayosne en Galisse,
+j'aperceus les susdites frégates, qui me donnoient la chasse.
+Je reviray de bord et prits la fuitte pour me sauver dans la rivière
+de Vianna<a id="FNanchor_55" name="FNanchor_55"></a><a href="#Footnote_55" class="fnanchor">55</a> et où la barre y est périlleuse, et par malheur la
+<span class="pagenum"><a name="pg68" id="pg68"></a>-68-</span>
+mer y avoit baissé d'une heure et demie; je mits tout au hazard de
+la vie pour la liberté, car j'étois fort empressé puisque leurs mousqueteries
+nous frapoient à nostre bort que j'euts mon contre-maistre
+blessé à la cuisse et un gros dogue que j'avois qui fut tué. Je
+resté seul sur mon pont à faire gouverner, et j'entray entre deux
+rochers par-dessus la barre; les pilotes du lieu n'osoient m'aprocher
+avec leurs chaloupes à cause des boulets de leurs canons qui
+me surpassoient, mais la forteresse de Vianna tira plusieurs coups
+sur ces pirates qui les écarta au large, mais par la marée trop basse,
+je ne peus entrer assées avant dans le port et mon navire échoua
+presqu'à sec, dont il souffrit beaucoup, et que je le creu perdre
+et les sucres, car je futs avec la chaloupe tout autour en faire la
+visite et je remarquay plusieurs coutures entre ouvertes dont l'étoupe
+en sortoit et point de secours des gens du pays, je me fis
+aporter des chandelles de suif qui étoient molasses par la chaleur
+et dont je les couchois en long, les écrasant avec mes pouces
+dans les coutures et les bouchoirs par ce moyen, et lorsque la marée
+fut au deux tiers montée mon navire se dressa et flotta, et les
+coutures se resserèrent sy fort que toutes mes chandelles parurent
+sur l'eau et que je ne m'arestay pas à les represcher, mais
+bien à faire pomper deux pieds d'eau qui avoit entré dedans ma
+calle dont le premir rang d'en bas des caisses de sucre fut endommagées
+et nous entrasmes au port proche de la ville, quoyque petite
+qui est une des plus agréables que j'ay vues, étant pavée par de
+grandes pierres de taille blanche et grisâtes, et à toutes les places
+de très belles fontaines bouillantes à triple rang et qui maintien
+une grande propreté des rues. Je fis connoissance avec M<sup>r</sup> Michel
+de Lescole<a id="FNanchor_56" name="FNanchor_56"></a><a href="#Footnote_56" class="fnanchor">56</a>, parisien et ingénieur en chef du roy de Portugal,
+lequel finisoit de fortifier cette ville. J'y fis aussy connoissance
+avec M<sup>r</sup> le Marquis Desminas<a id="FNanchor_57" name="FNanchor_57"></a><a href="#Footnote_57" class="fnanchor">57</a>, gouverneur des frontières,
+et dont le fils est aujourdhuy généralissime des armées du
+<span class="pagenum"><a name="pg69" id="pg69"></a>-69-</span>
+Roy de Portugal. Je fus 15 jours avant de pouvoir sortir du dit
+port, et faisant route pour Bilbao, le travers du Cap Pinas, à un
+petit matin, j'aperceut un navire qui aparament ne me vit pas; je
+seray de bord et au jour il me chassa vivement. C'étoit un de ceux
+qui me fit entrer à Vienne; je poussay au hazard dans la barre des
+Ribadios dont j'étois proche, et trois jours après je reprits ma
+route et arrivey à Portugaletto au bas de la rivière de Bilbao, et
+ensuite montay à St-Mames à demie lieux proche la dite ville qui
+est encorre très-agréable.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch3" id="ch3"></a>CHAPITRE III</h2>
+
+<p class="d">Voyages aux Açores.&mdash;Explosion d'un volcan.&mdash;Les Pirates d'Alger.&mdash;Voyages
+à Madère.&mdash;Découverte d'un banc de rochers.&mdash;Naufrage.&mdash;Voyage
+à l'Ile de Ténériffe; excursion dans l'Ile.&mdash;Voyages à la côte de
+Barbarie.&mdash;Supplice d'un Juif.&mdash;Doublet résiste aux séductions de M<sup>me</sup> Thierry.&mdash;Autres
+voyages à Ste-Croix-de-Barbarie.&mdash;Les Maures attaquent
+Mazagan.&mdash;Retour à Cadix puis en France.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg70" id="pg70"></a>-70-</span>
+1681. Pendant cete année j'ay fait plusieurs voyages à toutes
+les illes Assores pour y charger des bleds froments et les porter
+à Lisbonne, et dans mon premier en vüe de l'ille de Saint-Michel
+j'échapay heureusement par adresse d'un piratte de Salé, ce qui
+seroit ennuyeux à réciter.</p>
+
+<p>Dans le segond, je futs à la Tercère, capitale de toutes les autres,
+où est un bon évesché et un colège de jésuites et plusieurs
+beaux couvents, tant Récolets que Religieuses de trois ordres, une
+bonne citadelle presque imprenable par sa situation ne pouvant
+estre ataquée que du costé de la ville qui forme un amphitéastre.
+A la sortie de ce port, je futs au Fayal pour y charger
+des sucres qui y étoient arrivés du Brésil et finir mon chargement
+d'excellents vins de l'ille Pico nommés vins <i>passados</i> qu'on apelle
+vins du Fayal, mais il n'y en croit que très peu, tout vient de l'ille
+du Pic, mais c'est que la rade où posent les navires est devant et
+proche la ville du Fayal, où pendant que j'y étois un volcan creva
+au haut de la montagne, et les ruisseaux de feu en dessendoient à
+un cart de lieux de la ville dans une ravine qui les recevoit, dont
+on étoit empoisonné des odeurs du souffre et bithume. Notre
+consul étoit le sieur Gédéon Labat de la Rochelle, qui se convertit
+<span class="pagenum"><a name="pg71" id="pg71"></a>-71-</span>
+pour épouser une demoiselle portuguaize; le consul pour les
+Anglois étoit Jacques Ston, et celuy des Holandois Jean Abraham,
+et il étoit resté chez les Pères jésuites un cordelier françois qui
+n'avoit voulu se rembarquer sur un navire qui avoit relasché en
+cette ville. Je fus convié par tous les sus-nommés d'aler avec eux
+voir autant que possible le dit volcan, et sans quelques affaires qui
+me survindre à mon bord j'aurois esté de la partie; et lorsque le
+soir je retournay à terre j'en apris le succès, qu'ils avoient esté
+près d'une lieue dans la montagne et qu'il se creva un autre volcan
+autour d'eux et dont le cordelier y fut englouty sans le plus
+apercevoir. Abraham le holandois, fort alerte à sauter, en fut quite
+pour les jambes un peu brûlées, ayant sauté des ruisseaux en feu,
+et le reste furent fort épouvantés et fatigués d'avoir raporté de
+leur mieux le pauvre Abraham qui ne vécut plus que deux jours.
+Et je retournay à Lisbonne, et en peu de jours je futs réquipé
+pour le mesme voyage où de chemin faisant je devois porter à
+l'île de la Terciere Don Roberto de Saa, secrétaire d'un nouveau
+évesque, avec une partie de ses ornements et meubles et de ses
+domestiques.</p>
+
+<p>Etant environ cent cinquante lieux en mer, je fus rencontré
+d'une frégate de 36 canons nommé le <i>Rosier Dargel</i><a id="FNanchor_58" name="FNanchor_58"></a><a href="#Footnote_58" class="fnanchor">58</a>, et plus
+de 300 hommes. M'ayant aproché à la voix, il me fit comandement
+d'abaisser mes voilles et d'aler avec ma chaloupe à son bord, ce
+qu'il fallut faire. Aussitôt que je fus dans son bord, quatre gros
+Maures les bras nus jusqu'aux épaules tenant d'une main chacun
+un sabre clair comme argent me conduisirent au Reys qui étoit
+assis comme un tailleur sur un beau tapis, fumant de bonne grasce
+avec une longue pipe, me faisoit questionner par un renégat de
+Provence qui étoit son lieutenant. L'on fit aussy embarquer mes
+4 hommes, et bien une douzaine de turcs armés furent à mon
+bord. Il me demanda mon passeport dont j'étois porteur, et après
+l'avoir bien examiné, il me fit dire que sy je savois avant mon départ
+que la guerre entre Alger et la France étoit déclarée et que
+<span class="pagenum"><a name="pg72" id="pg72"></a>-72-</span>
+j'étois son esclave avec mes gens. Je luy dits que j'étois certain
+du contraire et que j'en étois bien informé chez notre ambassadeur.
+Et pour me mieux intimider, il me fit dépouiller mon justau
+corps et veste, chapeau et peruque, cela ne laissa pas de m'éfrayer.
+Et ses gens revindrent de nostre bord et lui dirent avoir trouvé
+dans ma chambre un prestre portugais malade dans une cabane et
+qu'il avoit cinq à six valets et neuf à dix chiens de chasse,
+et qu'il faloit que ce fût un évesque. Je luy dis: «Vos gens ne
+se trompent pas de beaucoup, car c'est son secrétaire.» Et sur
+cela, il dits: «Prends garde, crestien, ne me ment pas.» Je dis
+«Faites examiner ses papiers et ses gens et sy je ments jettez-moy
+à la mer.»&mdash;Il répliqua: «Non, non, je te garderay mieux.»&mdash;Tout
+cela m'embarassoit fort, et je croy mon passager et tout le
+reste ne l'étoit pas moins. Mais à mauvais jeu, bonne minne.
+Après m'avoir bien tourné sur tous sens, il me fit rabiller, et me
+donna un verre d'eaudevie et me voulut engager à fumer. Je m'en
+excusay disant que je n'en avois pas l'usage. Ensuitte il me parla
+luy mesme en langue franque demy Espagnol et François corompu
+et que j'entendois très bien.&mdash;«Sy tu veux avoir ta liberté,
+ton équipage et ton navire, il faut que tu conssente par écrit que
+j'enlève tous tes portugais et leurs bagages seront à toy.»&mdash;Je
+luy dits: «Vous avez la force en main, je ne puis empescher vos
+volontées, et vous savez mieux que moy que sy je faisois telle
+action que je serois au moins pendu et que je m'estimerois bien
+plus heureux d'estre son esclave.»&mdash;Il me dit par deux fois:
+«Tu es malin, prends bien garde à toy, entends-tu?»&mdash;«Oui
+seigneur, j'entends. Et sy vous m'enlevez, le moindre de mes passagers,
+il faut aussy m'enlever, sinon jiray droit vous attendre à Argel
+devant vostre Dey qui me fera justice.» Et le lieutenant renégat
+me donna un souflet légèrement en disant: «Ets ainssy que tu
+parles au Reys.»&mdash;Je luy enfonça du pied sur l'os de la jambe
+croyant luy pousser au ventre. Le Reys se leva: «Alons, qu'on
+donne la bastonnade à ce jeune coco.» L'on s'y préparoit. Je
+dits au Roy; «Seigneur, écoutez. Cet homme qui m'a frapé le
+premier et sans vos ordres n'est pas un turc, cets de ma nation
+<span class="pagenum"><a name="pg73" id="pg73"></a>-73-</span>
+renié<a id="FNanchor_59" name="FNanchor_59"></a><a href="#Footnote_59" class="fnanchor">59</a>.»&mdash;Il tend les bras vers moy disant: «Il a raison.
+Va à ton bord et te retire de moy.» Ce que j'aspirois entendre.
+Ses gens enlevèrent seulement six rôles de tabac de Brézil, qui
+étoient pour le bureau de la Terciere, dont je fits semblant n'en
+rien voir; l'on fit rembarquer mes 4 matelots et nous retournasmes
+jouyeux dans notre petit bâtiment et continuyons notre route.
+C'étoit sur les 6 heures du soir lorsqu'il nous relascha, et nous
+en perdismes la vue en peu de temps. C'étoit le beau de voir le
+secrétaire se lever de sa cabane et me baiser les pieds et aussy ses
+gens sans m'en pouvoir dégager m'apelant; <i>Santo, santo liberator</i>.</p>
+
+<p>Deux jours après ce malheureux encontre, nous fusmes ataqués
+des vents de oest et sud-oist tout opozès à nôtre route, et grande
+tempeste pendant 16 jours; nos vivres manquoient; la contagion
+se mit à mes passagers excepté M<sup>r</sup> de Saa; les autres mouroient
+au premier et deuxième jour qu'ils estoient pris par un seignement
+de neez. Mon chirurgien fut le premier des nostres
+mort la deuxième journée, mon pillote ensuite en un jour; plus
+personne ne voulut se hazarder d'aler tirer deux morts entre
+ponts, j'y fut les atacher à une corde et criois à ceux de haut:
+«Hisse.» J'en fus pris d'une grande douleur de teste, et sentois
+comme un feu soubs l'aisselle gauche. Mon contre maistre, vénitien
+de nation, me pilla du vieil oingt, de l'ail, du sel, de la poudre à
+canon et m'apliqua sur la douleur qui étoit enflée son emplastre;
+j'en penssay perdre l'esprit ayant une fièvre terible; je m'atachay
+la teste d'une fine serviette que je faisois étraindre par deux hommes
+de toute leur force que mes yeux en étoient forcées; l'abcès
+creva dès la mesme nuit, et mon vénitien me lava avec du vin
+presque bouillant; je me soutint et je faisois pousser vent arière à
+toute force pour atraper la première terre venue; j'avois perdu
+mon point de navigation dans mon mal, je poussois au hazard et
+en cinq jours par un matin nous aperceumes la terre que je reconnuts
+estre entre Port à port et Viana où j'avois esté. Je
+poussay dedans en tirant quelques canons et nous trouvasmes une
+<span class="pagenum"><a name="pg74" id="pg74"></a>-74-</span>
+chaloupe de pillotes de la barre qui nous y entrèrent, et je ne
+permis à aucun d'eux d'entrer dans mon bord crainte de leur communiquer
+notre contagion, je leur donnay une lettre ouverte et
+trempay au vinaigre pour M. de l'Escolle, où je luy donnois advis
+de nostre malheur et le suppliois de sa protection et ses pilotes la
+receurent ne sachant lire le françois, ny à qui je l'adressois. Ils la
+portèrent au consul de notre nation, qui la fut communiquer à M<sup>r</sup>
+le Marquis Desminnes, lequel ordonna de nous mettre avec notre
+bâtiment dans une crique, à deux lieues éloignées de la ville, entre
+une pénisule de sable déserte de toutes maisons plus d'une lieue autour
+de nous, lequel me fit dire que lorsque j'aurois quelques
+besoin de mettre mon pavillon en berne, et que moy ny mes gens
+ne se communiquats avec ceux par quy il m'envoiroit les secours
+que l'on débarqueroit sur la pointe et où je metrois mes lettres
+trempées ou vinaigre au bout d'une gaule. M<sup>r</sup> de Saa et moy lui
+écrivismes une lettre respectueuse le suppliant de nous honorer
+de sa protection, et il nous fit responsce de bien observer les
+reigles requizes au pareil cas, et que rien ne nous manquera et que
+Don Miguel de l'Escole étoit retourné à Lisbonne. Il fit poser
+des sentinelles pour nous empescher communication avec ces habitants,
+mais il se fit une cabale pour nous venir brusler dans notre
+navire, et auxquels nous fismes la peur de tirer dessus, et en
+donnai advis à M<sup>r</sup> Desmines qui me manda de tirer sur ceux qui
+m'aprocheroient, et il fit redoubler sa garde. Je fits débarquer des
+voilles sur la pointe de sable et des petits mâts et fits deux tentes
+l'une pour mes gens et pour M<sup>r</sup> de Saa et moy et notre mousse.
+Il me mourut un matelot au bout de trois jours de notre arivée,
+et nous l'enssablasmes bien au loin de nous sans le donner à conoistre
+à ceux du pays, le restant de mes gens se rétablissoient
+d'un jour à autre, ainssy que M<sup>r</sup> de Saa et moy; il est vray que
+nous fusmes bien secourus de tous vivres et rafreschissements et
+les deux communautées de religieuses nous acabloient de confitures
+et conssomées. Au bout de quinze jours M<sup>r</sup> de Saa et
+moy écrivismes une lettre civile à M<sup>r</sup> le Marquis en luy donnant
+advis que depuis nous estre débarqués sur la péninsule
+et fait airer notre navire et le laver avec l'eau de la mer tous
+<span class="pagenum"><a name="pg75" id="pg75"></a>-75-</span>
+les jours et nos hardes et brullé les paillasses, que nous jouissions
+d'une parfaite santé et que nous nous sentions en état de reprendre
+la mer, ayant repris des vivres et quatre matelots qui me
+manquoit. Il nous fit réponsce de ne nous pas précipiter et qu'il
+me faloit rester jusqu'aux 40 jours, et après quoy nous aurons
+toute satisfaction. Cependant au bout d'un mois il se fit aporter
+dans une barque couverte avec des tapis et nous aprocha de fort
+près, à nous entre parler avec facilité, et nous exorta à patienter
+dix à douze jours, et que je luy envoya un mémoire de tout ce
+qu'il me faudroit pour mon voyage, qu'il le feroit tenir tout près
+pour ne me pas retarder d'un moment, et puis il s'adressa au secrétaire
+de l'évesque luy disant: «Votre seigneur Evesque est
+mon parent et mon amy; je vous consseille de vous débarquer
+après la quarantaine et d'aler à Lisbonne où vous aurez occasion
+d'un plus gros bastiment». M<sup>r</sup> de Saa luy repliqua: «Monsieur,
+sy vous saviez ce qui nous est arivé avec un navire turc et comme
+mon capitaine a agy à me délivrer de la captivité vous seriez surpris,
+et vous mesmes ne me conseillerez pas de le quitter». Et luy
+conta en racourci l'histoire, et dont M<sup>r</sup> le Marquis me donna des
+louanges et qu'il m'avoit cy-devant connu quant j'échapay les
+deux saletins, et qu'il feroit de son mieux pour nous contenter et
+il me fit engager par notre consul cinq matelots, qui s'étoient
+trouvés échoués dans une tartane, à l'entrée de Caminie. Attendant
+ma quarantaine finie, je receu les provisions du contenu en
+mon mémoire et le secrétaire fit faire provision de volailles et
+moutons sans les présents de M<sup>r</sup> le Marquis et des nonnes que
+j'en avois ma chambre remplie. Je livray une lettre de change sur
+M<sup>r</sup> Desgranges au secrétaire de M<sup>r</sup> le Marquis pour le montant
+de ce qu'il avoit fourny en argent et vivres, et le remerciasmes
+très fort de toutes ses bontées. M<sup>r</sup> de Saa luy voulut aussy payer
+comptant ce qu'il avoit receu, mais M<sup>r</sup> le Marquis n'en voulut
+rien recevoir, s'excusant qu'il s'acomoderoit bien avec le seigneur
+évesque son cousin. Et la 39<sup>e</sup> journée de notre détention, comme
+il faisoit un tems très-favorable pour sortir le port et la barre,
+obtinmes notre congé étant tous en bonne santé, et en sept jours
+nous arrivasmes à Angra, ville capitale des Assores, où l'on nous
+<span class="pagenum"><a name="pg76" id="pg76"></a>-76-</span>
+croyoit péris ou esclaves, et ce fut des joyes de nous y voir. M<sup>r</sup>
+de Saa en étoit originaire et sa famille qui étoit des plus considérables
+dans l'ille, après qu'il fut débarqué et raconté nos
+advantures j'estois caressé et estimé d'un chacun; j'estois
+acablé de présents de table sans ce qui m'en restoit du départ
+de Vienna. Ayant en trois jours débarqué ce qui étoit
+pour le seigneur évesque et secrétaire, je party pour me rendre à
+l'ille du Fayal et y arriva au landemain n'y ayant que 30 lieux de
+distance, et au Fayal je trouvay des ordres d'y recevoir seulement
+64 caisses du sucre et ensuitte aler à l'ille de Madère y recevoir
+le reste de mon chargement à 250 lieues éloigné, et fus 17 jours à
+m'y rendre, et en dix jours j'eus fait mes expéditions. Et ayant
+party en faisant ma route pour me rendre à Cadix, me trouvant 7
+à 8 lieux dans le Nord-Est de Porto-Santo<a id="FNanchor_60" name="FNanchor_60"></a><a href="#Footnote_60" class="fnanchor">60</a>, le calme me
+prit, j'aperceus à une portée de mousquet de mon bord un grand
+frémillement de la mer, comme d'une forte marée; mes gens
+croyoient que c'étoit un lit de poissons, cela ne me contenta pas.
+Je fis mettre la chaloupe à la mer et m'y embarquay avec une ligne
+et un plomb pour sonder, et en étant proche je trouvay 13 à
+14 brasses d'eau, et avançant je ne trouvay plus que onze pieds
+d'eau et rochers. Je trouvay une grande vergue d'un gros vaisseau
+qui avoit plus de 60 pieds en longueur taillée sur les 16 carres
+excepté au bout; sa poulie de grande drisse étoit à trois roüets
+de gayac et la cheville ayant 7 pouces en grosseur, j'eus de la
+peine à atirer cette vergue le bout d'un de ses bras étoit acroché
+au fond ou au corps du vaisseau, et aussy la grande drisse, j'eus
+peine de les couper et l'entrainay le long de notre bort, mais impossible
+de la pouvoir embarquer et je n'en eut que la grosse poulie
+et celle d'un dormant d'un bras; il survint du vent et poursuivi
+ma route. Cets de cette découverte que M<sup>r</sup> Bougard me cite
+dans son livre intitulé: <i>Le petit Flambeau de mer</i><a id="FNanchor_61" name="FNanchor_61"></a><a href="#Footnote_61" class="fnanchor">61</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg77" id="pg77"></a>-77-</span>
+(1682). J'arivé dans la baye de Cadix le 8<sup>e</sup> janvier; je fust à
+terre trouver M. notre consul, qui me demanda sy je savois que
+la peste y estoit, Je luy dits que non.&mdash;«A qui estes-vous
+adressé?» Je luy dits; il m'y fit conduire. C'étoit à M. Bonfily et
+Gualanduchy, marchands génois, qui me dirent: «Hé mon Dieu,
+mon capitaine, retournés au plus vitte à votre bord et mettez soubs
+voille la peste est icy. Alez-vous en dans la rivière de Siville, où
+nous vous envoirons des ordres.» Et je part sur-le-champ et
+mits à la voille, et à minuit j'étois à l'ouvert de cette rivière, et
+je fist revirer de bord alant vers la mer, atandant que le jour paruts.
+J'étois extrêmement las et fatigué. Je dits à mon pilote, à
+qui c'étoit à luy de veiller, de continuer d'aler au large jusqu'au
+point du jour, mais il n'en eut pas la patience. Sur les deux heurres
+il fit revirer de bord pour nous aprocher de l'entrée, pendant
+que je dormois d'un profond sommeil, et sur les trois heures je fus
+réveillé en sursault, sentant notre navire sauter sur les roches et
+d'entendre crier: «Nous sommes péris.» Et sortant de ma
+chambre tout effrayé, je crie: «Ameine les voilles.» Mais je ne
+trouvay de tout mon équipage qu'un garçon qui me servoit dans
+ma chambre. Mon coquin de pillotte qui étoit Anglois de nation
+s'estant jetté dans ma chaloupe avec mes matelots m'abandonnèrent
+avec ce seul garçon, fils du capitaine Pelvey, d'Honfleur.
+Et je criay à force de voix à ceux de mon équipage que lorsqu'ils
+seroient arrivés à terre de m'envoyer la chaloupe et quelque
+bateau du pays pour me secourir et le navire s'il se peut
+faire. Je restay ainssy ne sachant mon dernier moment, le navire
+à demy plein d'eau jusqu'à dix heures du matin, lorsqu'il vint deux
+barques espagnolles, qui avoient party exprès de San-Lucar de
+Baraméda, entrée de la rivière de Siville. J'avois avant leur arrivée
+coupé tous les mâts de crainte que le navire ne se fut ouvert
+et dépiéssé. Les deux barques sitôt arrivées attachèrent un
+câble sur le navire, et leurs équipages sautèrent dans mon bord
+<span class="pagenum"><a name="pg78" id="pg78"></a>-78-</span>
+et pillèrent toutes mes hardes dans ma chambre et ce qu'ils purent
+enlever, après quoy déployèrent leurs voilles la mer ayant
+monté, et arachèrent le navire de dessus le banc de rochers
+nommé les salmedives de Chipionne<a id="FNanchor_62" name="FNanchor_62"></a><a href="#Footnote_62" class="fnanchor">62</a>. Je restay seul dans le
+navire et lorsqu'il fut hors du banc, il s'enfonssa jusqu'à l'ung
+des bords. Et cependant les deux barques l'entraîsnèrent dans la
+rivière de Séville vis-à-vis la chapelle de Bonance où résidoit un
+moine de l'ordre de St-Jérôme qui me fit conduire dans sa chambre
+éloignée d'une demie lieue de San-Lucar, dont le consul
+nommé Jean Boulard, de Bayosne, qui avoit pris le nom de Jean
+de Hiriarte me vint trouver et promettre tout le secours qui dépendroit
+de luy. Je me trouvay dénué d'argent, de linge et de
+hardes. Il m'avanssa dix pistoles pour me réquiper simplement, et
+aux marées basses l'on sauva bien des sucres, mais à demy fondus
+et marinés.</p>
+
+<p>Et me trouvant dénüé et ne savoir de quel costé tourner,
+le sieur Hiriarte me proposa d'aler pour marchand sur une sienne
+tartane, le patron Louis Gazen, seulement armé d'un petit canon
+de fonte, dix périer et 14 hommes d'équipage pour aller aux isles de
+Canaries négossier. J'acxeptai le party sans beaucoup réfléchir aux
+grands risques qu'il y avoit d'estre pris et esclave des Salletins
+qui reignent souvent vers ces illes. Je party de San-Lucar le 9
+de janvier. Le dix janvier<a id="FNanchor_63" name="FNanchor_63"></a><a href="#Footnote_63" class="fnanchor">63</a> le lendemain de notre départ sur la
+tartanne le <i>St-Anthoine</i> du port de 70 thoneaux armées d'un
+moyen canon de fonte de trois livres de balle et dix pieriers de
+fer, quatorze hommes d'équipage et un passager espagnol revenu
+depuis peu des Indes du Pérou, et moy, composions en tout
+seize y compris un jeune mousse, le patron intéressé à la dite
+tartanne nommé Louis Gazan, du Martigue en Provence. En faisant
+notre route pour les illes Canaries jusqu'au dix de janvier sur
+le Midi nous fusmes d'un très grand calme et nous (nous) trouvions
+<span class="pagenum"><a name="pg79" id="pg79"></a>-79-</span>
+estre à la hauteur de Cadix environ trentre lieux dans le
+oüest, et nous aperceusmes environ à trois lieux de nous, un bastiment
+qui à ses voilles nous le reconnusmes pour estre une seitie,
+sorte d'embarcations qu'on ne fabrique qu'aux costes de la
+Méditerranée, laquelle nous jugions venir de Portugal pour
+aler dans le détroit de Gibraltar. Mais nous apercevant qu'elle
+nous approchait promptement quoyque sans aucun souffle de
+vent, je prits des lunettes d'approche. Je découvrits qu'elle servoit
+d'un grand nombre de rames et que sa chaloupe la nageoit à
+son avant, ce qui me donna beaucoup à penser, vü qu'un tel bâtiment
+en marchandise ne peut avoir autant de rameurs, et qu'étant
+en paix excepté les Salletins, je ne savois que préjuger. Et en
+discourant de la sorte toute notre équipage vouloient assurer que
+jamais aucun Saletins ne se servoient de ces sortes de bâtiments,
+mais bien les Argérins (Algériens) qui ne sortoient jamais le détroit
+avec telles embarcations. Et mon espagnol s'assurant sur
+leurs discours me dits: «Vous ressemblées à notre Dom Quixotte
+qui se fait avanture de tout ce qu'il voyoit»; sur ce qu'il
+me voyoit opiner fortement pour nous disposer au combat. Et je
+me rendit maistre absolu et commencey par bien charger notre
+unique canon avec les dix pieriers, ayant remply de mitraille par
+dessu leur charge. Nous avions en outre huit gros mousquets
+comme fauconneaux portant trois quarterons de balle, lequels
+pour affûts étoient montées sur chandeliers de fer en piériers, et
+on y metoit le feu aussy avec des mesches. Nous avions aussy six
+bons gros fuzils, et mes deux pistolets crochées à ma ceinture
+pour me faire mieux obéir. Nous avions aussy douze demie piques,
+et l'espagnol et moy chacun notre épée. Je fit tirer nos matelots
+de nos cabanes et les fits atacher en long avec des cloux en
+dedans de notre bord autour de notre timonier afin de le conserver,
+et ensuite entre chaque piérier où nous aurions le plus affaire.
+Et je fits saisir avec une moyenne chaisne de fer notre grande
+enteine ou vergue pour l'empescher de tomber au cas que la
+drisse en futs coupées. Et dans ces intervalles la seitie s'étoit approchées
+à portée du mousquet, et sans nous tirer aucun coup
+elle nous envoya sa chaloupe avec six hommes habillées à la provenssale,
+<span class="pagenum"><a name="pg80" id="pg80"></a>-80-</span>
+ayant chacun un chapeau. Et étant à la voix ils nous demandèrent
+d'où nous étions et où nous allions. Ayant fait réponsce
+je demandey la mesme chose. Il répondire de Marseille, venant
+de Portugal alant au détroit, et que nous n'eussions pas peur. Je
+leur criay de n'aprocher davantage où que j'alois faire feu sur eux.
+Ils retournèrent à leur bord où entre temps j'aperceu quelques
+turbans et Mores. Je fits deffense de tirer aucun coup sans mon
+ordre. Et dans le moment tous mes gens pleuroient en lamantant,
+«Adieu, nos libertées! Et que deviendront nos femmes et
+enfants?» Je dits: «Il faut bien nous deffendre. Ayons recours à
+Dieu et à la Ste-Vierge. Et sy nous en échapons, prometons d'y
+faire dire des messes et y aler nuds pieds au premier endroit où il
+y aura Eglise.» Et chantasmes un peu bas le <i>salve regina</i>. Je
+voyois mes gens très abatus. Je fis deffonser un baril de poudre à
+l'ouvert de ma chambrette et mit une mesche alumée à la bouche
+d'un pistolet, et dits d'un ton de colère; «Jour de Dieu, si quelqu'un
+manque à son devoir je le tueray et mettray aussy tots le
+feu à la poudre. Autant mourir que d'être esclave de ces cruels
+barbares.» Et incontinent la seitie étant à portée de pistolet tira
+ces 8 canons et treize pieriers de son costé babord sans ne nous
+faire mal qu'au corps de notre bâtiment et dans nos voilles, croyant
+nous faire tirer notre vollée: ce que je deffendits entièrement,
+les voyant disposées à nous aborder et à quoy je me réservois.
+Et par une espesce de miracle il nous survint un petit vent qui
+nous mit en état de gouverner, et dont notre timonnier se prévalut
+sy à propos qu'il nous fit revirer de bord en un instant que
+l'ennemy nous abordoit et ne nous peut joindre que par la poupe
+qui est pointüe et ne donna lieu qu'à trois Maures de sauter dans
+nous, dont je tuay un d'un (coup de) pistolet. Et nos décharges se
+firent sy à propos que nous leur tuasmes beaucoup des leurs, et
+que autour d'eux la mer en étoit rougie de sang. Il leur en tomba
+beaucoup à la mer qui étoient sur leur proüe pour sauter dans
+nous; nous les voyons repescher avec leur chaloupe, sur quoy
+nous tirasmes toujours; et nous les avions désemparées de leur
+pointe de la voille de misenne ou le trinquet, ce qui les empeschoit
+de gouverner leur bâtiment pour revenir sur nous. Il y eut
+<span class="pagenum"><a name="pg81" id="pg81"></a>-81-</span>
+un des trois Maures qui avoit sauté dans nous qui se jetta à la
+mer croyant regagner à son bord, mais je fits tirer dessus et il fut
+tué, et le 3<sup>e</sup> je le fits sauter dans rejoufond de cale. La seitie
+racomodoit le point d'écoute de sa misenne pour nous revenir à la
+charge. Je mits en résolution de revirer sur eux pour ne leur donner
+loisir à se racomoder. L'on me fit un peu d'opposition. Et
+ayant fait connoistre que si nous leurs donnions ce tems qu'ils
+n'aloient pas manquer à nous aborder une seconde fois et nous
+enleveroient, nos forces étant trop inégalles, et que j'aimois autant
+hasarder la vie que tomber esclave et qu'il n'y auroit de
+ransson suffisant pour m'en tirer, veu que j'aurois passé pour
+propriétere des effects que nous avions. Et j'encouragé notre
+équipage et revirasmes dessus nos ennemis qui nous tiroient du
+canon mais lentement, ce que je fis remarquer. Et je ne voulu
+faire tirer que lorsque nous serions à portée d'un bon pistolet, ce
+qui fut bien exécuté. Et nous les désolâmes. Je continué une seconde
+décharge, et nous les entendismes crier: «Quartier,
+quartier, crétiens.» Et sy j'avois eu une trentaine d'hommes, je
+les aurois enlevées. Mais quelle aparence avec quinze hommes et
+un mousse de s'y hasarder. Encore trop heureux d'en avoir
+échapé comme nous fismes. Notre contremestre nommé Anthoine
+Animou se trouva très blessé à l'épaule droite d'un coup de
+mousquet, et Pierre Caillau, matelot, d'un demi-pique qu'il receut
+de moy au costé gauche lorsqu'il voulut se sauver dans la calle, et
+moy j'en fut quite par une grosse contusion à la cuisse droitte
+proche l'aine, ayant trouvé la poche de ma culote en fasson de
+gousset à l'espagnole toute rompue où étoit ma tabattière de vermeil
+doré toute brisée qu'on n'a pas pu racomoder et à quoy on
+at atribué m'avoir sauvé la cuisse.&mdash;Et quant nous quitasmes
+l'ennemy, il étoit autour de sept heures du soir, et continuasmes
+notre route jusque vers les 9 à 10 heures que je fits gouverner en
+changeant d'un rumb et demy de la bussole, crainte qu'il ne revienne
+après nous. Et ne dormismes que très peu pandant la
+nuit. Et au matin nous fusmes très joyeux de ne plus voir nos ennemis.
+Mon équipage me fit mile caresses, ainsy que l'Espagnol
+qui me présenta une joli boette d'or à la condition que je donnerois
+<span class="pagenum"><a name="pg82" id="pg82"></a>-82-</span>
+la mienne à la Vierge où nous ferions nos actions de grasces, et
+je luy promis de plus que ma boette je donnerois un devant
+d'hautel d'un beau tissu d'or. Ce qui fut exécuté le landemain de
+notre arrivée à l'ille de Ténérif. Nous fusmes à un monastère de
+Dominicains où l'église est fondée à Notre-Dame de la Chandeleur,
+à trois lieux du port, où nous fusmes pieds nuds faire chanter une
+grande messe, et y fusmes bien traitées par les religieux qui ne
+manquèrent d'enregistrer nos déclarations atribuées au miracle.
+Et pendant la route je penssé mes blessés avec du charpy oint de
+cire blanche neuve fondue en huille d'olive et un jaune d'&oelig;uf
+broyé, ce qui entretint la playe de mon contremestre en bonne
+supuration, et le coup de pique fut en dix jours guéry, ayant rencontré
+une côte, et comme je n'avois point de chirurgien ny onguents
+je fit de mon mieux. Et dès que je fus arrivé à Ténérif, je
+fis débarquer mon blessé chez un chirurgien bayonois étably là.
+Il fit plusieurs grandes ouvertures autour de la playe et en tira
+une balle d'une once qui avoit esté mordüe, ce qui causa bien de la
+pouriture et long à guérir. Il m'en couta 125 piastres, mais notre
+Maure nous deffraya, en l'ayant vendu trois cents vingt-cinq
+piastres à un riche habitant qui avoit son frère esclave à Maroc,
+en espérant en faire échange pour son frère. Et lorsqu'il se vit
+vendu il se déclara estre le lieutenant de la sietie, ce qu'il m'avoit
+toujours caché, et que je le laissey à la gamelle des matelots, et il
+releva beaucoup les actions de notre conduite dans notre rencontre.
+Il nous resta trois bons sabres de ceux qui avoient
+sauté à l'abordage. J'en donnay un à mon passager et un à M<sup>r</sup> le
+vice-roy, lieutenant général de ces illes, et j'en fut fort conssidéré
+et de la noblesse et des principaux habitants qui n'aimoient pas
+notre nation.</p>
+
+<p>Et le 27<sup>e</sup> j'arrivé heureusement à l'ille de Ténérif à la rade et
+devant la ville de Ste-Croix où je débarqué. Je trouvé sur le rivage
+un vice-consul de notre nation pour servir de guide et truchement
+pour bien faire les déclarations tant à la Doane qu'au
+gouverneur, après quoi l'on loua des chevaux ou des bouriques
+pour monter en haut de la ville de la Laguna, à deux lieux de
+chemin, où l'on va chez le consul qui vous conduit chez le Grand
+<span class="pagenum"><a name="pg83" id="pg83"></a>-83-</span>
+Inquiziteur et puis à l'Evesque et au Général commandant toutes
+ces illes. L'on fait les déclarations conformes à celles d'en bas.</p>
+
+<p>C'est l'ille où est ce fameux pic ou prémontoire que j'ay découvert
+en y venant étant éloigné de soixante et six lieux, me trouvant
+le travers de l'ille de Lancerotte; nous l'avons veu fixement
+de dessus notre pont quoyque en un petit bâtiment, Ténérif ets
+où il croits la meilleure malvoizie; puis à l'ille de Palme ets un
+autre sorte de vin, cepandent qu'à douze lieux de distance, etc.</p>
+
+<p>Je fits débarquer nos marchandizes a la Doane pour estre visitées
+et payer en espesce les droits, et ensuite mis en magasin
+que j'avois loué, mais je trouvois peu de débit à cause que M<sup>rs</sup>
+les négossiants Anglois ont des grands magasins remplis de toutes
+sortes d'effects et lesquels vendent à crédit aux Espagnols à
+compte de leurs récoltes des meilleures malvoizies, et aussy sur
+les retours de trois ou quatre navires qui arrivent d'ordinaire des
+isles Havana en l'Amérique. Et comme mes ordres portoient de
+ne vendre qu'en argent, qui y est fort rare, excepté des petits
+réaux dont il en faut 34 pour pezer une piastre en lieu qu'aux
+réaux d'Espagne il n'en faut que huit à la piastre, je me trouvay
+très embarassé, et de faire séjourner le navire qui auroit tout
+conssomé. J'apris que le trésorier des Bulles pour les dispences
+de manger des viandes, avoit besoin d'un moyen navire pour en
+envoyer prendre à Caddix, je luy affrétay ma Tartane et dans la
+vüe de donner advis à mes marchands de l'état de nos affaires: le
+fret conclu par quatre cens cinquante piastres pour l'aler et revenir,
+et dépeschay incontinent, et restay à Ténérif atandant le retour et
+des ordres, étant stipulé que mon navire seroit expédié en 15
+jours à Cadix, et s'il y est retardé plus, il nous sera compté huit
+piastres par jour.</p>
+
+<p>Sur la fin de juillet, je me trouvay au port et ville de Lorotava
+où M<sup>rs</sup> les Anglois résident ordinairement pour le négosse des
+bons voisins, M<sup>e</sup> Jean Penderne, bon gentilhomme Anglois qui
+parloit bon françois, me fit la proposition d'aler par curiosité sur
+le sommet du Pic, et qu'il ferait toute la dépense nécessaire
+pour la noriture et conduite. J'acxepta le party. Il commanda à
+deux neigres ses deux domestiques de nous préparer des mulles,
+<span class="pagenum"><a name="pg84" id="pg84"></a>-84-</span>
+avec de bonnes provisions et une tente de coitil, et partismes
+le 7<sup>e</sup> aoust. Nous montasmes pendant deux jours sur nos mulles
+et quelquefois à pied à cause des précipices, mais la troisième à
+cause du trop rapide nous fusmes à pied, ayant chacun un nègre
+devant armé d'un baston ferré qu'il piquoit pour s'assurer sa
+marche, et autour de luy avoit une ceinture dont le bout pendoit
+derrière luy, que nous entortillons à une de nos mains qui nous
+atiroit et le suivions pas à pas. Et lors que nous eusmes atrapés la
+région glaciale qui sont des neiges que le soleil fonds et que la
+nuit se gellent, forme un verglas fort dur et glissant, mais les neigres
+avec leur baston ferrés faisoient des trous pour placer leurs
+pieds où après nous plassions les nostres en les suivant tenant
+toujours leurs ceintures, ce qui étoit fort ennuyeux et fatiguant.
+Nous suyons par le corps et le visage, et les oreilles étoient coupées
+du froid aspre et vif qui nous obligea de nous lier la teste
+avec notre mouchoir où j'aurois creu perdre mes oreilles. Et après
+avoir surmonté ces glaces nous trouvasmes une terre aride avec
+beaucoup de moyennes pierres bruslées remplies de concavitées
+comme ce qui sort des forges, et à notre troisiesme journée, sur
+les 4 à 5 heures du soir, nous gagnasmes sur le sommet d'un
+temps très serein et très clair, mais un froid fin et très piquant.
+Nous nous mismes à plat cul sur terre pour reposer, contemplant
+l'air et la mer et les autres illes adjacentes qui nous paraissoient
+très petites, et les gros navires qui étoient à la rade de Lorotava
+nous paraissoient comme des corbeaux, et les petits ne les pouvions
+découvrir qu'avec de bonnes lunettes dont nous étions munis.</p>
+
+<p>Nous trouvasmes le milieu de cette haute éminence creux,
+apointissant par en bas comme un chapeau pointu d'antiquité renverssé,
+et sur le haut de sa circonférence plat comme le bord du
+chapeau renverssé, pouvant contenir en son contour un demy
+quart de lieux sur cinquante six pieds de largeur, à plat tout autour
+sans aucune herbe ny arbuste, toujours pierre bruslée et
+dure. Nous eusmes la curiozité de sonder cette profondeur du
+creux avec une pierre attachée à une ficelle. Il s'y trouva 62 pieds
+de profonds, et nous reconnusmes qu'il y avoit eu un volcan, et
+<span class="pagenum"><a name="pg85" id="pg85"></a>-85-</span>
+comme il y en a encore bien audessoubs de la région froide, lesquels
+continuent et font de grands ravages de temps en temps. Il
+ets arrivé depuis notre voyage que la petite ville de Guarachico qui
+est au bord de la mer en a esté ravagée. Mais avant de songer à
+dessendre ce promontoire, je fus pris de froid et d'une faim canine.
+M. Penderne ne songeoit qu'à faire des observations, étant amateur
+des sciences astronomiques, et dont il étoit muny de grandes
+lunettes et autres instruments, commenssa à s'établir, mais je
+m'aprochay du neigre qui avoit les provisions de pastées, jambons
+et langues fumées et bon pain. Je n'ay jamais mengé d'un sy bon
+apétit et bu mon flacon de malvoisie un peu seiche. Après quoy je
+luy demanday s'il vouloit dessendre à la tente audessoubs des neiges,
+et qu'il en étoit tems pour n'estre pas pris de la nuit. Il me
+dits: «Ho, mon amy, ne me quite pas de ce beau temps; je
+vais faire des observations très-curieuses.» Je luy dits que la
+place n'étoit pas tenable, et qu'il me laissats un de ces neigres
+seulement pour me reconduire juqu'aux neiges où nos pas étoient
+tracés. Il me dit: «Vous n'avez qu'à le garder, j'en ay assées de
+l'autre.» Et les quitay à bonne heure car sans le clair de lune
+j'aurois resté en chemin. Mais comme étant arrivé je fits faire
+bon feu, je mengeay et bu cinq à six verres de vin et m'endormis
+très bien. Et sur les quatre heures du matin je renvoyai le neigre
+qui m'avoit conduit savoir sy mon maitre aloit descendre, et
+comme il avoit passé la nuit, n'étant curieux de remonter sy haut.
+Et sur les unze heures aprochant de midi, j'aperceu les deux neigres
+tenant soubs les bras leur maistre, lequel avoit sa robe de
+chambre par dessus ses habits, la teste envelopée de servietes;
+j'eus peur qu'il ne fut tombé et blessé, je courus audevant et demanday
+quel malheur luy étoit arrivé, et à paine put-il me répondre
+à faute de respiration. Il me dits tenant sa main sur la poitrine;
+«C'est l'air trop subtile qui m'a ofusqué les polmonts.»
+Je fits de mon mieux à luy aider pour le conduire à la tente. Nous
+fismes bon feu; on lui fit chauffer du vin et du sucre et muscade,
+et le bien couvrir. Il sua fortement; nous le changeasmes de
+linge, mais il fut pris d'une grande douleur de costé droit alant
+aux reins le long de l'échine. Il nous dits de le reconduire
+<span class="pagenum"><a name="pg86" id="pg86"></a>-86-</span>
+à la ville, ce que nous mismes à l'effect, et nous fusmes quatre
+autres jours à nous rendre chez luy où tous les médecins furent
+appelés et ne purent le soulager; ses douleurs augmentoient;
+il prit luy-mesme la résolution de se faire faire l'opération de l'empiesme
+et rendit l'âme quarante heures après. J'en fus vivement
+touché, car c'étoit un très galand et habil homme, ayant son frère
+ainé Milord d'Angleterre.</p>
+
+<p>Je partis le lendemain de son deceds, pour retourner à la ville
+de Saincte-Croix y atendre le retour de mon navire, et trois jours
+après il arriva en rade. Je receu les lettres de mes marchands qui
+aprouvoient ma conduite et me donnnoient carte blanche de faire
+comme je trouverois le mieux pour les tirer de perte; j'empressay
+la décharge des bulles de mon navire, croyant en peu recevoir le
+fret dont étions convenus, mais il falut en venir par justice qui
+malicieusement ordonna mon recours à la saizie des effects. Jugez
+qu'aurois-je fait des dites bulles? il n'y a point prize de corps sur
+les officiers de l'inquizition ny de la Santa-Cruzada. Je portay ma
+plainte à Don Foelix Nieta de Silva, vice-roy et général et protecteur
+des nations étrangères. Il me dits: «Vous avez raison de vous
+plaindre, mais c'est un fripon; son caractère de trésorier de la
+Saincte-Cruzade m'empesche l'autorité sur luy.» Cela me
+mit en fureur de lascher mal à propos. Je vis bien qu'il n'y avoit
+en ce pays aucune justice, et sorty le palais très brusquement, et
+fus dans la boutique d'un orfèvre françois luy dire mes paines, et
+dans l'instant entra aussy mon homme qui ne m'apercevois pas et
+qui comanda quelque ouvrage. Je luy parlay et luy demanday
+doucement: «Hé bien, monsieur, n'avez-vous pas d'envie de me
+payer.» Il ne répondit nullement. Et sans mot dire, je sortis à
+la rüe estant presque midy qui d'ordinaire on ne rencontre perssonne,
+et je me tins au coin d'une rüe où il ne pouvoit se dispenser
+de passer. Bien un quart d'heure après je l'aperceut venir, et
+lorsqu'il fut proche je pars et marche à sa rencontre pour me
+donner lieu de dire que je l'atendois. Il me salua. Je luy sommé
+de tirer l'épée; il me tourna le dos. Je le frapé de mon épée sur
+les épaules et luy tailladé deux coupeures. Il courut à toutes
+jambes mieux que moy criant à l'aide du Roy, et je fus chez M<sup>r</sup>
+<span class="pagenum"><a name="pg87" id="pg87"></a>-87-</span>
+nostre consul qui étonné de me voir échauffé me quiestionna, et
+je luy advoüay le fait, et me dits: «J'en suis bien fasché, voilà
+une méchante affaire.» Dans l'instant un adjudante major et deux
+soldats armés viennent me demander d'aler chez le vice-Roy.
+Et d'abord il gronda fort, me menassant de chachots. Je luy dits
+seulement. «Seigneur, qui perd son bien perd son sang et la raison.
+Vous m'avez dit cy-devant que vous n'aviez d'autorité sur
+luy, j'ay cherché par les armes à l'avoir.» Il demeura un peu suspends
+et me renvoya chez nostre Consul avec ordre d'arêts de
+n'en sortir de huipt jours, et pandant mon arets il fit venir ma
+partye et luy dits que j'étois un jeune foux qui le tuera quant il y
+penssera la moins. Cela l'intimida et par accomodement il me
+paya 300 piastres, et on nous fit entre embrasser. Après quoy je
+rembarquay mes effects dispozant d'avoir des vivres et payer ce
+qui étoit deub à l'équipage.</p>
+
+<p>Et au deux de septembre je payé les gages de mon équipage
+et rembarquay des vivres, et fit une troque de mes marchandizes
+de laines excepté quelque pièce de drap fin. Je pris des thoilles
+en place et avec le peu de piastres que j'avois amassées, ayant
+aussy changé mes petits réaux pour des piastres en y perdant dix-huit
+par cent, je me trouvay en fonds de 2,750 piastres et je pris à
+la grosse du Marquis de Fortavantura 250 piastres à 20 pour cent
+pour deux mois pour fournir mes 3,000 piastres et pour environ
+mile piastres de thoile Cambray, Clairs et Bretagne. Le 5 de
+septembre, je party de la rade de Saincte-Croix de Ténérif pour
+aller à Saincte-Croix en Barbarie, où j'arrivé heureusement en 9
+jours; et dessendit à terre sous le fort de la Fontaine, où aussitots
+douze mousquetaires neigres me conduisirent au dit fort pour parler
+au gouverneur aussy neigre, qui par un interprète me quiestionna
+d'où je venois, qui j'étois, et ce je venois faire, et après
+ma réponsse, il me fit conduire à la ville qui est au haut d'une
+moyenne montagne presque toute ronde. Je fus conduit dans la
+cour de la Doane où logent les marchands étrangers, qui ne conssiste
+qu'en deux couloirs, l'un pour ce fameux M<sup>r</sup> Thomas Le
+Gendre,<a id="FNanchor_64" name="FNanchor_64"></a><a href="#Footnote_64" class="fnanchor">64</a> de Rouen, et l'autre pour M<sup>r</sup> Holder, de Londre. Je
+<span class="pagenum"><a name="pg88" id="pg88"></a>-88-</span>
+m'adressay au comptoir françois, où étoit M<sup>r</sup> de Bisson, de Caen,
+et Maurisse, de Roüen, et nous parlasmes de nostre négosse. Le
+restant des logements dans cette cour de la Doane ets occupé
+par les officiers qui ont la régie des droits et enssuite par plusieurs
+juifs négossiants, et je restai avec eux. Cete cour n'a qu'une porte
+qui ferme tous les soirs à huit heures et n'ouvre qu'à six du matin,
+de sorte qu'on est emfermé de beau jour. Nous parlasmes
+avant et après souper de notre négosse, je montrai ma facture
+dont le plus tentatif étoit mes 3,000 piastres, et nous convinsmes
+des prix de toutes chozes et qu'en retour de mes effects, j'aurois
+de bonne cire en brut, du cuivre en rozette tangoult, des vieux chaudrons,
+des peaux de bouc et chèvres en poil et des amandes en
+coques, et que dans six jours je serois payé de tout<a id="FNanchor_65" name="FNanchor_65"></a><a href="#Footnote_65" class="fnanchor">65</a>.</p>
+
+<p>Mais le lendemain, 15<sup>e</sup> du mois, à l'ouverture de la porte, nous
+fusmes étonnés de voir au bas de la montagne sur la plaine et le rivage,
+une armée de Maures escadronner et beaucoup de cavalerye
+montant à la ville. Ils s'en rendirent les maistres sans coup férir; et
+nous aprismes que c'étoit l'aisné des fils de Moley Ismael, Roy de
+Fes et Maroque, lequel s'étoit révolté contre son père et qui s'étoit
+emparé de Saffy et de la ville de Teroudan, capitalle du royaume
+de Sut. Et lorsqu'on luy eut délivré les portes de Saincte-Croix,
+il y poza garnison et se tint campé avec son armée au bas
+de la montagne avec des tentes et pavillons, au quartier des Crestiens,
+et le tout sans aucun bruit ny désordre. Il demanda seulement
+<span class="pagenum"><a name="pg89" id="pg89"></a>-89-</span>
+que j'euts de l'aller trouver. Je le fus saluer sans épée n'ayant
+que ma canne en main. Après m'avoir fait demander ce qui m'amenoit
+et receu ma réponsce, où je demanday sa protection, il
+me fit bon acueuil et je luy fit demander s'il voudroit boire de bonne
+malvoizie. Il dit: «Ma loy me déffend le vin.» Et son grand
+marabou luy dit: «Ce n'est pas du vin, cets de la Malvoizie.»&mdash;«Hé
+bien, dites à ce reys qu'il m'en envoy.»&mdash;J'envoyay à
+bord en prendre un quartault, et six flacons pour qu'il ne le perssats
+dont il auroit trouvé brouillé. Il le receut et en beut jusqu'à
+moitié du flacon et le trouva bon et m'en fit remerciement. Je fis
+pescher avec un fillet qu'on nomme en Provence un bourgin et
+d'un seul coup nous jetasmes sur le sable plus de dix charges de
+chevaux de toutes sortes de beaux et bons poissons, dont il en
+fit choix de près d'un demy cent, et il parut très content en me
+frapant doucement sur l'épaule.</p>
+
+<p>Je fis dès l'après midy débarquer mes marchandizes pour le
+lendemain recevoir celles du pays. L'on commença par me délivrer
+le tangoult en rozette et dont je ne peus en faire lessay, ainsy je
+m'y trouvay en Espagne trompé.</p>
+
+<p>Mais quant ce vint à me livrer la cire en gros pains enveloppés
+de sacs de spart, j'en fis tirer sur une toile au bord du rivage avant
+l'embarquer dans ma chaloupe, et avec une hache j'en fis casser
+par morceaux, et il s'y trouva envelopé des gros cailloux et dans
+d'autres beaucoup de sable. Je demeuré très surpris. M<sup>rs</sup> Buisson
+et Morisse qui étoient en haut à la ville, lorsqu'ils le seurent
+venoient me chercher, mais j'étois alé droit au camp du Roy me
+plaindre à luy. Il prit la peine de venir voir cette tromperie et il
+me fit dire que je n'y perdrois rien. Ces deux messieurs étoient
+très chagrains de ma promptitude et ne savoient comme m'aprocher.
+Cependant ils me dirent: «Ce n'est pas nous qui vous
+avons trompé, cets Abraham le juif qui est une moitié de votre négosse
+et que pour sa part ce seroit à luy à fournir la cire et à nous
+le surplus de ce que nous avons promis.» Le Roy les sachant avec
+moy devant ma chaloupe et la cire rompue, nous fit venir devant
+luy et gronda fort messieurs Bisson et Morisse. Ils trembloient à
+faire peur, et dirent comme les choses étoient. Il envoya quérir le
+<span class="pagenum"><a name="pg90" id="pg90"></a>-90-</span>
+juif plus mort que vif et m'ordonna de m'assoir à plat cul sur un tapis,
+et dont il ne peut s'empescher de rire, voyant que je faisois
+effort de m'assoir comme luy en tailleur d'abits. Mais je n'y peus
+tenir. Il reprit son air sérieux, parlant au juif sans interprète. Le
+juif se jeta la face contre terre et je fus étonné de voir aporter un
+grand trépied et une grande chaudière et du bois et alumer bon
+feu. Je penssois: toute ma cire va estre purifiée, comme il arriva
+aprés. Mais à cette première chaudronnée bouillante l'on prit à
+quatre le juif et on luy enfonssa les bras jusqu'au dessus des coudes,
+qu'ils en sortirent et les mains toutes courbées<a id="FNanchor_66" name="FNanchor_66"></a><a href="#Footnote_66" class="fnanchor">66</a>. J'eus
+beau demander son pardon, il essuya cet effort très rigoureux, et
+on le jetta par terre comme un chien le visage en bas, et toute ma
+cire fut refondue et passée en serpillère et on me fournit mon
+poids ce qui me retarda de 4 jours, qui furent bien récompencés.
+Je partis le 26 après midy et le Roy avec son armée avoit décampé
+la mesme nuit et sans bruit, et en trente cinq jours j'étois
+de retour de mon voyage à Saincte-Croix de Ténérif. Je fis le lendemain
+la vente de mes cires et des amendes très advantageusement
+et comptant, et j'acheptay des cuirs de la Havana et du bois
+de Campesche, de l'orchilla, qui est une mousse seiche qui croist
+sur les rochers aprochant du bord de la mer et qui sert aux teintures.
+J'embarqué le tout dans le navire où le cuivre étoit resté et
+je renvoyai cette carguaison à mes intéresés à San-Lucar de Barameda,
+et leur écrivit de m'envoyer incessammeet une tartane
+que je savois leur appartenir, et que j'avois en main un coup seur
+pour bien gagner en peu de tems, moyennant qu'ils m'envoyassent
+quelques effets que je leur demandois, et que la dite Tartane
+m'étoit plus nécessaire que le navire parce qu'elle étoit plus propre
+pour louvoyer et gagner au vent. Et mon navire partit de Ténérif
+le 13 octobre et je restay encore à cette ille.</p>
+
+<p>Dans cet intervale notre consul nommé Thiery<a id="FNanchor_67" name="FNanchor_67"></a><a href="#Footnote_67" class="fnanchor">67</a>, de Rouen,
+<span class="pagenum"><a name="pg91" id="pg91"></a>-91-</span>
+étant fort âgé se disposoit à mourir, et me pria de luy écrire ses
+dernières volontés, puis il me propoza d'épouzer sa fille unique
+âgée de treize ans et à laquelle il laissoit de beaux biens en fonds
+de vignes et bonnes maisons à la ville de Laguna, ayant en horeur
+que sa fille n'épousats un espagnol, qui ont toujours des maîtresses.
+Et en mesme tems il me pria de luy écrire une lettre à M<sup>r</sup> le
+Marquis de Seignelay, ministre d'Etat, où il luy rendoit compte
+de ses dernières jestions dans sa charge, et qu'il prévoyoit qu'il ne
+pouvoit revenir de cette maladie, et que Sa Grandeur ne pouvoit
+nommer en sa place, un meilleur subjet et plus au fait que moy
+pour remplir ce poste. Il dicta le tout avec beaucoup de jugement
+et signa, et sur la minuit rendit son âme à Dieu après avoir receu
+tous les sacrements, et le lendemain son corps fut inhumé avec
+pompe. Et comme j'étois logé chez luy, je fus un des chefs de la
+cérémonie. Je consolois la veufve et la fille le mesme soir, mais la
+mère n'en avoit pas bezoin, en me dizant qu'il étoit fort viel, et
+me dits nettement qu'elle n'effectueroit pas son testament de me
+donner sa fille, mais que sy je voulois penser pour elle qu'elle me
+feroit tous les advantages possibles, le bien étant de son costé,
+et que sa fille n'étoit qu'un enfant, et que pour elle elle n'avoit
+pas plus de 42 ans et vouloit se remarier. Ces déclarations me refroidirent
+n'y ayant aucun goût malgré les caresses dont elle me
+prévenoit et auxquelles je corespondois très mal. Et sept à huit
+jours après que tous ceux de la maison étoient endormis et moy
+où j'estois couché dans un salon, je fus surpris de sentir à mon
+costé une personne, et sans lumière je ne seu que penser. Je
+tastonné en demandant: «Qui est-ce?» On me répond par des
+embrassements, et se déclara m'aimer à la fureur et que je ne
+pensats nulement à sa fille. Après bien des converssations le jour
+aloit paroistre; elle fut obligée de monter à son apartement, et
+me traita de chien et verssa un torent de pleurs, et éclata ne pouvant
+disimuler sa rage. Je fus contraint de déloger pour finir tout
+commerce, afin de me retirer du pays où je n'aurois plus esté en
+seureté.</p>
+
+<p>Le 17<sup>e</sup> novembre ma tartane ariva devant Saincte-Croix et
+m'avoit aporté party de ce que j'avois demandé. Je fits diligence
+<span class="pagenum"><a name="pg92" id="pg92"></a>-92-</span>
+à ramasser mes effects que j'embarquois à fure et mesure et prenois
+congé de mes amis, et le 28 du mesme mois je mis à la voille
+et fit la route pour retourner à Saincte-Croix de Barbarie où j'arrivay
+le 8<sup>e</sup> décembre qui n'étoit pas festé en ce lieu là.</p>
+
+<p>Je fus trouver M<sup>rs</sup> Bisson et Morisse avec lesquels je traitay dès
+le 9<sup>e</sup> de tout ce que j'avois qui avoit esté sur un mémoire qu'ils
+m'avoient donné au précédent voyage et les prix fixés de toute
+choses, ainssy l'expédition en fut prompte, et j'appris que le fils
+rebelle du Roy de Maroque avoit esté détruit et son armée, dont
+j'euts regret parce qu'il étoit affable aux négossiants étrangers.
+Je fus voir les commis anglois du comptoir de M<sup>r</sup> Holder que je
+trouvay dans un pitoyable état, ayant reçeu 4 jours avant mon
+arivée cent coups de baston sur la plante des pieds et cent autres
+coups sur le ventre, qu'il etoit enflé partout son pauvre corps
+qu'il en estoit affreux, et son pauvre fondement étoit plus gros
+que le poing, pour avoir parlé indiscrètement de Mahomet; ce
+jeune homme ne pouvoit réchaper.</p>
+
+<p>Le 13<sup>e</sup> décembre je reparty de Barbarye toujours cotoyant la
+vue de ces terres, crainte d'estre pris des Salletins, et le 16 j'avois
+gagné en vue de Mazagan, place de guerre ou bonne citadelle
+apartenant au Roy de Portugal depuis plusieurs siècles, et j'aperçeus
+deux bastiments qui sortoient du dit lieu, cela ne m'épouvanta
+nulement ains au contraire, je creut qu'ils aloient aux illes Assores
+chercher du bled comme de coutume. C'étoit deux caravalles
+du Roy qui avoient chaque 24 canons et bordées de périers, et
+plains d'hommes, lesquels me croyoient pour un Saletin venoient
+foncer sur moy qui ne changeoit pas de route ayant mon pavillon
+blanc arboré. Et lorsqu'ils furent à portée sans me parler ils m'envoyèrent
+leur bordée de canons, périers et mousqueterie, emportèrent
+mon pavillon et tuèrent un de mes hommes, et viennent
+m'aborder. Jamais on ne peut estre plus surpris. Et me trouvant
+seul sur mon pont, je sautay sur une mèche allumée et mis le feu
+à un périer qui étoit rempli de mitraille jusque à la bouche et qui
+donna sur ceux qui voulurent sauter dans mon bord, dont il y en
+eut de tués et entr'autres un capitaine de chevaux et plusieurs de
+la place estropiez; enfin ils sautèrent plus d'un cent dans mon
+<span class="pagenum"><a name="pg93" id="pg93"></a>-93-</span>
+bord et s'entrenuisoient à qui me donneroit des coups de plat et
+taillant de leur longue épée, cependant sans me percer. Ils me
+laissèrent étendu comme mort sur le pont et j'étois sans aucun
+sentiment de vie. Et lorsque je revins de mon évanouissement, je
+me trouvay brisé de coups, mon pauvre corps et mon visage couverts
+de mon sang. Cependant il ne se trouva qu'une playe à ma
+teste depuis le sommet jusques auprès du front, par une taillade
+de sabre qui ala jusques à l'os, mais j'avois quantité de cheveux
+qui s'enfoncèrent dans ma playe et qui me sauva le coup de n'avoir
+eu la teste ouverte. Enfin ils pillèrent et m'amarinèrent ma
+tartane dans leur port, et me débarquèrent et conduirent chez le
+gouverneur Dom Bernard de Tavora, homme pieux et bon qui
+avoit madame son épouse et deux fils de 14 à 16 ans jolys cavaliers.
+Et lon prist un très grand soin de moy à me pansser et bien
+coucher; on me presta une chemise car tout ce que j'avois fut pillé.
+J'eus une grosse fièvre et on me saigna, et je me rétablis en peu
+de jours, et lorsqu'il fut quiestion de me rendre ce qu'on avoit
+volé, le gouverneur fut fort en peine; il en fit emprisonner et tous
+le menacèrent d'une révolte. Il fut contraint d'aquiescer et les
+relascher, et dans cet intervalle la place fut investie par un camp
+de dix huipt mille Maures qui n'avoient que deux canons, et la
+place qui en est bien munie. On tira plusieurs volées à cartouche
+sur le camp des ennemis, et quoyque j'eus la teste liée de serviettes
+je servy de canonnier pendant les deux jours que dura ce
+siège, les Maures firent alphaqueca: cest un étendar blanc au
+bout d'une pique pour parlementer. Ils demandèrent le temps
+d'enlever leurs morts et estropiés, et jetèrent plusieurs chevaux
+et chameaux dans la fontaine qui est dans un roc enfoncé à portée
+de demy fusil de la place et puis décampèrent.</p>
+
+<p>Et le lendemain je me rembarquay pour reprendre ma route,
+après que M<sup>r</sup> le gouverneur m'eut fourny des provisions et bons
+rafreschissements; mais nos hardes et partie de nos marchandizes
+et 200 piastres y restèrent.</p>
+
+<p>J'arivé à Cadix la veille de la Purification février 1684 et fut
+à terre trouver M<sup>r</sup> Catalan, nostre consul, pour faire mon
+rapport de ce qui m'étoit arivé et pour faire mes déclarations.
+<span class="pagenum"><a name="pg94" id="pg94"></a>-94-</span>
+J'étois resté à terre, et le sieur d'Hiriarte, consul à San-Lucar
+de Baraméda, eut advis par une barque de mon arrivée.
+Il partit sur-le-champ pour venir à bord où il se fit porter croyant
+m'y trouver, et sur la minuit il fut à notre bord une chaloupe d'anglois
+d'un navire de guerre, qui demanda s'il n'y avoit pas du vin
+de Canarie à vendre. L'équipage dits: «Il y en a six pièces, mais
+voilà le marchand endormy.» Il s'éveilla et en vendit deux pièces
+par l'avidité d'avoir de l'argent, et les embarqua dans cette
+chaloupe; mais une des barques de la doane, qui sont toujours
+aux aguets s'en aperceut et laissa aller la chaloupe de guerre qu'elle
+n'oza attaquer, et peu après aborda la tartane et l'enleva devant
+la porte de Séville où ils l'échouèrent et mirent Hiriarte et l'équipage
+en prison, les fers aux pieds et me cherchèrent pour aussy
+m'emprisonner quoy qu'inocent. De ce fait M<sup>r</sup> Catalan en fust
+adverty et me cacha chez luy, et fut porter sa plainte à M<sup>r</sup> le
+Duc de Villahermoza pour lors gouverneur de Cadix, de ce qu'on
+avoit uzé d'autant de violence sur un bastiment de France, croyant
+qu'on nous rendroit le tout. Mais les Doanistes soustinrent la
+confiscation bonne, sur ce que le propriétaire sieur Hiriarte, consul
+de San-Lucar de Barameda, savoit les loix et y avoit prévariqué,
+ayant luy-mesme fait décharger avant que les déclarations
+fussent faites, et que sy ç'avoit esté le capitaine ou patron qui
+eust peu ignorer les dites loix, il seroit plus tolérable. Par ainssy
+le tout but confisqué avec condemnation de payer la quatruple
+partye de la valeur; par là je me trouvay frustré de tous mes travaux
+et desnué de toutes choses. Hiriarte sorty de la prison soubs
+caution, et il me rechercha, et m'emmena chez luy, me promettant
+que nous ferions quelqu'autre affaire pour nous recuperer, et
+au bout de trois jours que je fus chez luy, à un après disner, je fus
+repozer et dormir la sieste comme il se pratique. Il s'imigina de
+faire venir en son cabinet un nottaire, et fit faire un acte tout prêt
+à signer et me fit éveiller et aler au cabinet; et il me dits en nostre
+langue: «Cest pour signer un acte de bail de la petite ferme
+de Bomance où nous irons divertir.» Et je fus assez inocent,
+sans me faire lire, de donner ma signature, et ensuitte j'apprits de
+deux de ces voisins qui firent comme moy et ny pensay plus.
+<span class="pagenum"><a name="pg95" id="pg95"></a>-95-</span>
+Quelques jours s'écoulèrent; étant enssemble je luy demanday
+quelle proposition il avoit à me faire, et il me dits: «Je suis sans
+fonds et ne puis rien entreprendre.» Sur quoy nous nous séparasmes,
+et m'en fut à Cadix, pour chercher mon passage pour France,
+et trouver ou m'employer de nouveau. Je fits rencontre de M<sup>r</sup>
+de Chalons, comandant un vaisseau de 40 canons nommé la <i>Ville
+de Rouen</i>, qui s'aprestoit à partir pour le Havre; il m'accorda
+mon passage et dont à peine il me restoit de quoy pour luy payer.
+Etant en mer à la hauteur du cap de Saint-Vincent, lorsqu'on
+guindoit le grand hunier la poulie d'en haut de l'itaque se cassa et
+les morceaux en tombant le plus gros fut sur la teste de nostre
+premier pillote, et tomba roide mort, ce qui affligea fort mon dit
+sieur de Chalons, et qui dans la suite contre son ordinaire voulut
+veiller la nuit pour prendre le soin de la route. Je luy offris mes
+services qu'il accepta, et je pris tous les soings le restant du voyage,
+où il y eut bien des fascheux contre temps qui seroient trop
+longs à réciter, et pour finir et abréger matière nous arrivasmes
+au Havre, 4 avril 1684, où estant débarqués M<sup>rs</sup> les intéressés de
+Rouen vindre voirs M<sup>r</sup> de Chalons. Nous étions tous logés chez
+Madame de la Chapelle. Le matin suivant je fus prendre congé
+et offrir mon passage en présentant ma bource un peu plate, M<sup>r</sup>
+de Chalons l'a prit sans l'ouvrir, et me dits: «Vous disnerez encore
+avec moy et nos M<sup>rs</sup>.» Je dits qu'il ne me seroit plus à tems
+de pouvoir passer au passager pour Honfleur.<a id="FNanchor_68" name="FNanchor_68"></a><a href="#Footnote_68" class="fnanchor">68</a>&mdash;«Cela nets
+rien, vous passerez demain.»&mdash;Enfin, sur le dessert du disner,
+il mit ma pauvre bourse sur la table, disant: «Voilà tout ce qui
+luy reste, M<sup>rs</sup>, vous y contentées-vous?» Puis il me dits: «Alez
+voir vos amis, et ne manqués de venir souper avec nous.»&mdash;Ces
+Messieurs en dirent autant. Aparamment dans mon abcence
+il conta mes désavantures, et ce que j'avois fait dans ce passage
+où il m'atribua d'avoir sauvé le vaisseau, et au souper il eut la
+bonté de dire: «Messieurs, sy votre navire est bien arrivé, cets à
+ce M<sup>r</sup> que vous le devez.»&mdash;Puis ces M<sup>rs</sup> dirent: «Rendez
+<span class="pagenum"><a name="pg96" id="pg96"></a>-96-</span>
+luy sa bource,» et il me la mit en main où je la trouvay plus enflée
+et pesante qu'elle n'étoit lorsque je luy présentay, et après les
+avoir quittés, je fus dans ma chambre où couchoit M<sup>r</sup> Chaussé,
+lieutenant de M<sup>r</sup> de Chalons; je n'osois devant luy visiter la bource,
+et il me prévint en me demandant si je l'avois vüe. Je dits non.
+Il dits: «Regardez, vous estes peu curieux.» J'y trouvé trente
+pistoles en or plus que je n'y avois, et en demeuray très surpris
+sur quoy il dit: «Vous les avez bien mérités.» Et d'aize je n'en
+penssé dormir toute la nuit. Le lendemain matin je fus remercier
+mes bienfaiteurs pour m'embarquer au passager et rentrer chez
+moy.</p>
+
+<p>1684. Lorsque je débarquay du passager, beaucoup de gens
+parurent surpris et en m'approchant dirent: «Comment, c'est
+vous. L'on vous a creu mort.» Je fus chez une de mes s&oelig;urs qui
+m'en dit autant, et puis je m'informay de ma chère mère et de la
+famille où j'appris la mort d'un oncle<a id="FNanchor_69" name="FNanchor_69"></a><a href="#Footnote_69" class="fnanchor">69</a> et de mon frère cadet.
+Mon frère aisné n'estoit trop content de ma venue s'étant emparé
+de ma part de succession de cet oncle, à laquelle n'éritions qu'aux
+meubles étant sortys du second mariage de notre grand-mère;
+mais il falut que mon frère me donnast ma part, et dont j'avois
+besoin, ayant esté dépouillé, et qu'il ne me restoit que ce que
+j'euts de M<sup>r</sup> de Chalons. Je quitois mon frère pour douze cents
+livres pour éviter le procès. Il me payoit de mauvaises raisons. Et
+je fus consseillé de plaider contre mon envie, et cependant je
+commenssay. Mais M<sup>r</sup> de Sainct-Martin<a id="FNanchor_70" name="FNanchor_70"></a><a href="#Footnote_70" class="fnanchor">70</a> et M<sup>r</sup> de Boisseret-Malassis<a id="FNanchor_71" name="FNanchor_71"></a><a href="#Footnote_71" class="fnanchor">71</a>
+me proposèrent acomodement, et je leur promis d'en
+<span class="pagenum"><a name="pg97" id="pg97"></a>-97-</span>
+passer à leur décision; et m'ajugèrent huit cents livres, mon frère
+m'en donna quatre avec une roquelaure de camelot de Bruxelle
+ayant boutons, orfèverie d'argent, une paire de botte et un porte-manteau.
+Je dis: «Je n'en veux pas davantage, buvons enssemble
+et soyons bons frères et bons amys.» Je fus voir ma mère à
+la campagne et en pris congé et de la famille, et le lendemain
+partis pour me rendre à Dunkerque où j'arrivé le 26<sup>e</sup> may m'estant
+arresté pour la feste à Calais.&mdash;La guerre fut déclarée contre
+l'Espagne par le Roy qui assiégea et prit Luxembourg.&mdash;Etant
+à Dunkerque j'y aprits que mon ancien capitaine M<sup>r</sup> Delastre étoit
+party pour l'Amérique sur la frégatte du Roy, <i>la Droite</i>, montée
+de 36 canons, et qu'il m'avoit fort souhaité.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch4" id="ch4"></a>CHAPITRE IV</h2>
+
+<p class="d">Doublet arme en course.&mdash;Croisières et prises.&mdash;Razzia opérée à
+Ténériffe.&mdash;Croisières.&mdash;Retour
+en France.&mdash;Voyage à Madère.&mdash;Pluie
+d'insectes.&mdash;Aventures avec le gouverneur de Madère.&mdash;Rencontre d'un
+monstre marin.&mdash;Retour au Havre.&mdash;Autre voyage aux Açores; naufrage.&mdash;Retour
+à Lisbonne.&mdash;Combat contre un Saletin.&mdash;Retour à la Rochelle.&mdash;Amours
+de Doublet.&mdash;Débarquement de Jacques II à Ambleteuse.&mdash;Croisières.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg98" id="pg98"></a>-98-</span>
+Plusieurs amis me proposèrent d'armer une corvette de six canons
+pour la course. Je leur dis: «Quoy prendre sur les Espagnols
+qui ne sont nulle part qu'aux Indes de l'Amérique, il faut
+croizer au Pas de Calais, y attendre les prises que les Ostendois
+feront sur nostre nation.» Et le 13 juin je sorty de Dunkerque avec
+40 hommes d'équipage et fut croizer depuis le Pas de Calais jusque
+à Blanquef, coste d'Angleterre, et visité plusieurs navires
+Hollandois, Suédois et Danois pendant 20 jours. Je dis à nos officiers:
+«Nous alons icy conssomer nos vivres sans rien prendre.»
+Ayant apris que les Ostendois logeoient leurs prises dans
+les ports d'Angleterre, nous prismes la résolution de pousser jusqu'aux
+illes des Canaries, ou nous arrivasmes le 16 juillet et gardions
+le parage de la pointe de Nagos, qui est l'abord de tous les
+bastiments qui viennent à Ténérif où se fait tout le commerce, et
+le 23 juillet, nous aperceusmes un navire qui y venoit, et pour ne
+le pas efrayer nous alions à petite voille comme sy nous voulions
+donner dans la rade de Saincte-Croix comme luy, afin qu'il s'engageat
+soubs la terre de la dite pointe qui est une montagne de
+rochers où l'on ne peut s'approcher. Les vents et la mer étoient
+<span class="pagenum"><a name="pg99" id="pg99"></a>-99-</span>
+pour lors fort rudes. Nous espérions qu'étant soubs ces montagnes
+nous aurions plus d'abry; et nous les laissasmes s'engager
+jusqu'à la vallée de Sainct-André, une lieue et demie de la dite
+pointe. Et il n'y avoit plus d'éloignement pour atraper la rade soubs
+deux bonnes forteresses, ce qui nous fit résoudre bien préparés
+de l'aler aborder d'emblée. Et en l'approchant nous la connusmes
+frégatte fabrique de France, mais son pavillon étoit espagnol, et
+son pont embarrassé de balots: cela nous encourageoit et nous
+alions pour l'aborder. Ils nous tira ses canons et quelque mousqueterie,
+qui ne nous rebutoit pas quoy que mon lieutenant receut
+un coup de fusil au pied droit; nous n'étions pas à dix brassses de
+luy qu'un malheureux coup de mer sauta dans nostre bord que
+nous en fusmes tous couverts et toutes nos armes trempées, ce qui
+nous fit l'abandonner en faisant vent arrière pour nous vider de
+cette eau, et puis nous nous mîsmes à recoure dessus, mais il
+avoit gagné la portée des canons des forteresses, lesquelles nous
+saluoient de bonnes grasses, les boulets nous surpassant d'un
+cart de lieue, qu'il est à admirer qu'ils ne nous atrapèrent pas
+et nous auroient d'un seul coup coulés au fonds. Ainssy nous
+échapa cette belle proie.</p>
+
+<p>Le 26, estant encore à la pointe de Nagos, je fis prise d'une
+barque venant du port de Lorotave, chargée de faverolle et deux
+pipes de malvoisie que nous prismes joyeusement dans notre bord;
+je voulus ranssonner la barque et les feves pour ne pas dégarnir
+de mon monde, mais le patron n'en rien voulut offrir, et il m'aprit
+que le navire cy-devant étoit la <i>Perle</i>, de Sainct-Malo, acheptée à
+Cadix et chargée de balottages alant d'avis audevant des galions
+à Cartagesne pour les advertir de la guerre avec nous, et qu'elle
+valoit plus de trois cens mile piastres, n'ayant que 16 canons et
+60 hommes, et sans le fatal coup de mer nous l'aurions immanquablement
+enlevées. Et voyant ne pouvoir ranssonner ma prise, je
+pris la résolution de l'envoyer à l'îlle de Madère appartenant au
+Portugois, et l'adressay à mes amis M<sup>r</sup> Caires frères, marchands
+marseillois établis à la ville de Funchal.</p>
+
+<p>Le lendemain, au mesme parage, nous prismes deux barques
+<span class="pagenum"><a name="pg100" id="pg100"></a>-100-</span>
+venant des costes de Barbarie chargées de poissons nommés pargas
+et tazards salées comme l'on fait les morues. Et je les voulus
+ranssonner, ils n'en voulurent point; des deux demies charges je
+n'en fits qu'une que j'envoyay aussy à Madère, sachant qu'ils auroient
+débit de toutes ces chozes, et de l'autre barque plutôt que
+de la brusler ou couler à fond je la redonnay à son patron nommé
+Pedro Garcia qui m'avoit rendu service lorsque j'avois résidé à
+Ténérif.</p>
+
+<p>M<sup>r</sup> le Général étoit en fureur contre moy de ce que je désolois
+son pays. Il fit assembler son consseil et toute la noblesse et leur
+dit: «N'est-ce pas une honte à la nation de voir qu'une barque va
+nous causer dizette de tout? N'y a-t-il pas dans toute cete assemblée
+d'asses braves gens pour s'embarquer sur la <i>Biscayinne</i> qui a
+4 canons et sur la <i>Seitye</i> catalane qui en aussy six pièces et 14 périers,
+et m'aler prendre et m'amener ce Doublet pour le cuire en
+huille bouillante?»&mdash;Il s'émeut des écoliers et jeunes gentils
+hommes qui dirent: «Nous y voulons aller, et donnez vos ordres
+pour qu'on nous embarque.»&mdash;J'appris cette délibération par
+une chaloupe de pescheurs que je pris et luy redonnay sa chaloupe.
+Cela fit un peu de peur à mon équipage, et pour les laisser rassurer
+je me retiray du parage pour deux ou trois jours, et j'arivé le
+long de l'ille voir si je ne rencontrerois quelque bastiment en rade
+de Lorotava ou de Garachicos; et enssuite à la pointe d'Adexa<a id="FNanchor_72" name="FNanchor_72"></a><a href="#Footnote_72" class="fnanchor">72</a>
+où est une grande maitérie d'un marquis portant ce nom je fis une
+dessente avec 20 de mes gens. Nous nous emparasmes du château
+sans canons, on nous y lascha six coups d'arquebuzade de travers
+d'un bois et nous prismes dans la maison 4 moitiez de cochons salée
+et enfumée et 8 gros pains de sucre rafiné, y ayant une sucrerie,
+et des orenges et citrons et des gros oignons que l'on voitura
+à bord pendant que je restay avec douze de mes gens qui devoient
+revenir. Puis nous châssasmes devant nous deux jeunes b&oelig;ufs,
+douze moutons et six cabrits et quelques dousaines de dindes et
+poules. Je laissay sur une table un écrit que, en attendant qu'on me
+<span class="pagenum"><a name="pg101" id="pg101"></a>-101-</span>
+bouille à l'huile, je prenois ces petites provisions et que si on
+me relaschoit pas deux de mes amis de Sainct-Malo nommés
+Arsson et Diego Bouton, je reviendrois sacager et mettre tout à
+feu, et que à cette considération et respect pour M<sup>r</sup> le Marquis
+je n'avois fait enlever aucunes hardes ny ustencilles de son chasteau
+et que j'avois besoin de ces rafreschissements pour aller trouver
+ceux qui doivent me prendre. Enfin mon équipage, bien content
+quant la pansse joue, je leur dit: «Il faut aler combatre cette canaille
+qui nous a obligé à quiter nostre bon parage.» Ils dirent:
+«Alons, mon capitaine, nous yrons où vous souhaiterez.»</p>
+
+<p>Le soir du 6 courant on nous tira de terre 7 à 8 coups de fauconneau
+de l'abry des rochers dont on perça nostre bord à l'uny
+du pont; je fis tirer 3 canons du mesme costé et on ne recommença
+plus cette tirerie et je fis lever l'ancre et mis à la voille pour
+retourner au parage. Il faut remarquer que de terre l'on me
+voyoit toujours. L'alarme reprend en me voyant retourner; la
+<i>Biscayinne</i> et la <i>Seitie</i> de mettre soubs voille pour venir me combattre;
+tout le rivage étoit bordé de cavalerye; je fis semblant de
+fuir pour les faire éloigner de la portée des canons des forts et
+lorsqu'ils en furent à une distance de trois lieux je coupay chemin
+sur la <i>Seitie</i> qui étoit bien demie lieue écartée de la <i>Biscayinne</i>. Je
+les empêchay de se joindre; je canonnay la <i>Seitye</i> qui prit la fuite
+et marchoit mieux que moy au plus près du vent, et puis j'arrivay
+sur l'autre qui prit aussy la fuitte en courant soubs les forteresses;
+je la canonnois toujours jusqu'à ce qu'un boulet du fort passa au
+travers de ma grande voille qu'il me fallut cesser ma chasse et la
+peur prit à ceux de la dite barque qu'il la furent échouer à toute
+voille entre les deux forts. Et quoyque mes canons ne portoient
+jusqu'à eux, j'en tirois toujours quelques coups pour les effrayer.
+Ils se débarquoient avec précipitation les uns sur les autres à
+l'eau, où j'aprist qu'il y eut 32 jeunes hommes noyés et deux matelots
+de la dite barque, ce qui mit toute l'ille en consternation et
+la barque fut brizée et perdue, et la <i>Seitie</i> doubla la pointe de
+Nagos et s'en fut débarquer ces Sipions au port de Lorotava et
+n'oza plus me venir rechercher.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg102" id="pg102"></a>-102-</span>
+Le 9<sup>e</sup> du dit mois, il parut à la mesme pointe de Nagos une
+barque que je pris venant de l'ille de la Palma où il y avoit 22
+espagnols tant moines de différents ordres et un doctor médecin
+venant de passage pour Ténérif. Il y avoit en outre 18 botes ou
+pipes d'excellent vin et une centaine de beaux pains de sucre rafiné,
+beaucoup de gros oignons, des choux et plusieurs moutons et
+cabrits, et des poules et de bons biscuits et bien des confitures et
+plusieurs caissons de bray noir, six caissons de chandelles, de
+suif et douze gros pains de suif et dont le tout nous convenoit
+fort et très à propos dont nous servinsmes bien utilement du bon
+soin que l'on avoit de nous entretenir. Quant aux passagers, on
+eut le soin, en premier lieu, du médecin que l'on soulagea d'un
+enfle qu'il avoit à sa ceinture de neuf mille réaux de Plata, qu'on
+luy tira sans faire d'ouverture avec le fer et sans inflamation, mais
+il en perdit l'apétit plus de 24 heures. Quant aux moines, excepté
+les Francisquains, on les vizita l'un après l'autre et on les soulagea
+de quelques pesanteurs mais point sy considérables qu'au
+médecin, et j'empeschay leurs dépouilles, et puis nous les débarquasmes
+au Val Sainct-André sans opozition, et leur délivray
+toutes les lettres adressées au seigneur évesque sans en décacheter
+aucunne non plus que celles de l'inquisiteur, ny celles du seigneur
+Dom-Félix-Nieta Dasilva, vice-roy et général, auquel j'écrivis le
+respect que je gardois pour luy me souvenant de ses bontés par le
+passé, et qu'étant général de guerre il ne devoit trouver à mauvaize
+part que je la fis suivant les lois uzitées, et que je luy donnois
+pas lieu de s'iriter envers moy qui n'exerçoit que humanité
+et sans cruautez, et que je luy renvoyois sans maltraitement tous
+mes prisonniers, ainssy que je le supliois d'uzer de la mesme charité
+pour les deux perssonnes que je luy avois demandé cy-devant.
+Après avoir débarqué mes ostes norissiers, nous trouvasmes un
+des paquets de lettres de moines et de nonnes adressées à leurs
+pareils qui avoient en leurs directions de conduite, et dans les
+moments de loisir je prenois plaisir à les lire. Il s'en trouva
+entr'autres de sacrilèges et abominables sur les expressions lascives
+d'amour qui étoient outrées, et d'autres très galantes et jolies
+<span class="pagenum"><a name="pg103" id="pg103"></a>-103-</span>
+penssées de tendresses. J'en fis une séparation, et des criminelles
+j'en fis un gros paquet pour les envoyer à l'évesque et à l'inquisiteur
+où je leur marquois qu'ils devoient estre contents de ce que
+ces lettres n'étoient tombées aux mains d'un hérétique et que je
+les supliois d'intercéder pour la liberté de mes deux amis prisonniers
+de guerre, et j'envoyé mes paquets par une petite barque
+d'un pescheur, auquel je payay son poisson plus cher qu'il ne l'avoit
+vendu au pays.</p>
+
+<p>Je pris route pour me rendre du costé du Nord de l'ille de
+Lanssarote pour netoyer et espalmer notre bastiment entre la dite
+ille et une plus petite nomée la Gracioze qui forme un joly havre
+et sans danger d'estre incomodé des gens du pays, ny de bastiments,
+ny des tempestes. Nous y trouvasmes des salinières, et
+nous nous racomodasmes. Sy j'avois eu 100 hommes, j'aurois pris
+la ville et toute l'ille dont j'aurois fait plus de 150 mil livres de
+ranssons. Nous partismes le 28 juillet, et le 1<sup>er</sup> aoust nous étions
+encore à notre parage de la pointe de Nagos. Etans frais et
+pleins de santé, il ne faut quiter ce pays sans leur faire à conoistre
+que nous y sommes encore. Il se passa 8 jours sans rien voir,
+et le 9<sup>e</sup> nous aperceusmes au large deux bastiments qui venoient,
+nous courusmes à l'abry de la pointe qui est l'unique passage et
+les atendismes près de trois heures pour les laisser aprocher.
+Nous les reconnusmes sans force d'aucun canon et les prismes et
+amarinasmes. Elles venoient de Sainct-Michel aux Assores, et
+chargés de froment, de gros mahys ou bled du turquie et quelques
+cochons salés et fumés. Je dis: «Enfants, voilà de quoy nous
+faire du biscuit pour retourner chez nous; la saison d'hiver s'aproche,
+alons à Maderre nous aprester». Et nous y dressasmes
+nostre route et y arivasmes le 16<sup>e</sup> et fusmes bien receus par Dom
+Pedro Dalmeida, gouverneur, et du peuple parce que la cherté
+étoit sur les grains, ce qui nous les fit vendre advantageusement,
+et comme l'argent n'est pas commun en cette ille je fis un échange
+pour des écorces de limons, autrement de gros citrons confits à
+sec et 4 caissons de fleurs d'orenges confites seiches et une vingtaine
+de pipes de vin que je chargeay dans la plus grande et la
+<span class="pagenum"><a name="pg104" id="pg104"></a>-104-</span>
+meilleurs barque de mes prises, et j'en redonnay deux de mes
+barques à mes prisoniers espagnols pour les reconduire à leurs
+pays, et dont ils furent très contents et cela m'atira l'applaudissement
+du peuple de Madère, et pour retirer mon payement tant en
+écorces qu'en vins il me falut atendre la récolte pour confire les
+écorces et ne pusmes les embarquer qu'au 20<sup>e</sup> octobre et notre
+départ fut au 26<sup>e</sup>, où dans notre route étant par les 46 dégrez de
+latitude, nous fusmes batus de cruelles tempestes et la mer très
+affreuze que nous ne pouvions présenter un morceau de voilles,
+nous descendismes nos canons dans notre calle et apréhendions
+fort le moindre coup de mer, étant à sec, le costé au travers. Je
+m'avizay d'amarer notre petit câble sur un affut de canon et le
+jetter à la mer et le filler jusqu'au bout sur 140 brasses de long,
+et lorsqu'il fut étendu de son long il nous fit présenter la proue
+debout au vent, et notre bâtiment s'y maintint comme s'il avoit
+esté à l'ancre et sans se tourmenter, ce qui nous rassura sy bien
+que l'on fit la chaudière et nos gens partye dormoient sur le pont
+et les autres jouoient aux cartes, et cela dura neuf jours et ne savions
+le sort de nostre prise où étoit tout notre butin, exepté six
+caissons des dites écorces et une de fleur d'orange que j'avois embarqués
+avec moy.</p>
+
+<p>Le 6 novembre du temps passable nous rembarquasmes notre
+câble et notre afut et faisons notre route pour entrer dans la
+Manche, et le 10<sup>e</sup> nous étions à 5 lieues au nord-oues de Ouessant,
+du temps de neige et obscur, et nous nous trouvasmes en vue
+du four, lorsque le vent en foudre sauta au nord nord-ouest
+avec de grosse grelle, défonssa nostre voille de misenne et sans
+voille au hazard nous fuyons le vent en poupe et passasmes au
+travers des roches d'un costé et d'autre, et nous donnasmes dans
+la fosse de Camaret où mesme il y périt plusieurs batiments qui se
+croyoient en toute seureté. Et lorsque la tempeste fut cessée, je
+fus dans mon canot à Brest tant pour m'informer des nouvelles
+que de ma barque où étoit notre butin. M<sup>r</sup> le Marquis de Langeron<a id="FNanchor_73" name="FNanchor_73"></a><a href="#Footnote_73" class="fnanchor">73</a>,
+lieutenant général des armées navales, comandoit pour
+<span class="pagenum"><a name="pg105" id="pg105"></a>-105-</span>
+lors et dont j'avois l'honneur d'estre bien connu et que je fus saluer.
+M'ayant demandé d'où je venois et sur quel navire j'étois,
+lorsque je luy eut rendu compte il s'étonna et dit: «Comment
+diable avez-vous pu résister? Toutes nos costes sont remplies de
+navires naufragés et bordés de cadavres.» Je luy dit la maneuvre
+de mon afût de canon.&mdash;«Et où avez-vous apris cela?»&mdash;Je
+luy dits l'avoir inventé. «Bien vous en a pris, me dit-il, je n'avois
+jamais ouy telle choze.» Je luy dits: «Sy vous voulez envoyer votre
+canot demain avec moy quand je retourneray à mon bord, j'auroy
+l'honneur de vous envoyer deux serins de Canaries.&mdash;Très
+volontiers, mon amy, je les accepte, et vous aurez plus de comodité
+et seureté de vous embarquer dans mon canot et vos
+gens, et on traisnera le vostre.» J'acceptay le party, et il eut la
+bonté de faire embarquer de bon vin et de quoy bien déjuner dont
+je fis bon uzage et me remis dans ma barque longue et envoyay
+les deux serins.</p>
+
+<p>Il y avoit à Brest et Camaret quantité de navires relaschés depuis
+un long-temps qui attendoient un bon vent pour partir, mais
+il m'ennuyoit jusqu'au unze décembre que le temps parut modéré
+je mis à la voille. Un chacun me demandoit: «Où voulez-vous
+aler de ce temps qui ne va pas durer six heures?» Je réponds:
+«Quite pour relascher.» Et je tins ferme. Je gagnay à la coste
+d'Angleterre, et le 18 décembre j'entray dans Dunkerque où
+l'on ne m'y atendoit plus me croyant péry, et de n'avoir eu aucune
+de mes nouvelles. L'on m'aprits la paix faite, et j'espérois toujours
+sur ma prize qui étoit bien plus de résistance que nostre bastiment.
+Mais quand je vis écouler deux mois sans nouvelles, je n'y espéray
+plus. Ainssy ce fut bien du tems et bien des périls encourus sans
+aucuns profits, et il me falut pensser de quel costé donner, pour
+tascher de gagner pour m'entretenir.</p>
+
+<p>Au commencement de février 1685, deux marchands de mes
+amys qui avoient esté intéressés à ce dernier armement, ayant
+<span class="pagenum"><a name="pg106" id="pg106"></a>-106-</span>
+considéré que si la prize où estoit les effects fût arrivée à bien
+que nous aurions bien profité dans cette coursse où j'avois maintenu
+le bastiment et l'équipage sans qu'il leur en eut coûté pendant
+un si longs-temps, me proposèrent d'affretter un moyen bastiment
+pour aler en commerce à Madère et aux Canaries, puisque
+nous avions une paix générale ecxepté avec les Saletins qui
+sont les plus dangereux à cause du risque de la captivité, et que
+je fis recherche d'un bastiment convenable, et que je leur fist un
+mémoire des marchandizes nécessaires, et qu'ils m'y intéressoient
+d'une seiziesme partye dont ils feroient les advances et encoureroient
+les risques, et j'acceptay le party. Je ne peut trouver autre
+bastiment dans le port qu'une barque bretonne de 70 thonneaux,
+ayant un pont et demy et un gaillard devant pour résister
+aux tempestes, et pour déffences six périers et dix hommes d'équipage.
+Je l'affretay par 450 livres par mois, en payant d'avance
+trois et qu'il entretiendroit le dit équipage et barque de vivres,
+gages et de tout le nécessaire, et passasmes un acte devant notaire.
+Mes marchandizes furent en peu acheptées et embarquées,
+et partismes du port de Dunkerque le 5 avril 1685, et ne m'areste
+point à faire le détail de notre route, non plus que j'ay fait de
+toutes les autres cy-devant lesquelles seroient ennuyeuses et qu'il
+faudroit plusieurs volumes, me contentant d'écrire ce que j'ay
+trouvé de remarquable. Comme encore en ce petit voyage où je
+me trouvois par notre estime éloigné de l'ille de Madère de 51
+lieues, avec un temps de nuages et de clarté du soleil par intervalle,
+il tomboit comme une petite pluye fasson de neige fondue
+dont nous nous trouvasmes couverts de poux blancs et plats
+d'une petite grandeur et qui avoient vie et faim qu'ils nous faisoient
+des empoules ou ils mordoient sur nos peaux, ce qui ne
+dura plus d'un <i>Miserere</i><a id="FNanchor_74" name="FNanchor_74"></a><a href="#Footnote_74" class="fnanchor">74</a>, puis le soleil parut que nous observions
+<span class="pagenum"><a name="pg107" id="pg107"></a>-107-</span>
+pour la hauteur, et au bout d'un demy quart d'heure tous
+ces insectes qui furent frappés du soleil moururent, mais celles
+qui avoient entré dans nos hardes et linges vivoient et nous piquoient
+vivement. Je fis baleyer et jeter de l'eau de mer partout
+le navire et dans la chaloupe qui étoit sur le pont, et jettasmes le
+tout que l'on peu ramasser, et croyant en estre quitte j'en fis une
+raillerye en dizant: «Le Seigneur a toujours aimé les pauvres et
+les atire au ciel, aparament qu'ils font leur revue et secouent leurs
+guenilles dans ce parage, il faut s'en tirer.» Mais sur les deux
+heures d'après midy, nous en receusmes une ondée bien plus
+forte, ce qui nous fit regreter d'avoir changé de toutes hardes que
+nous avions lavées à la mer et mizes au sec qui en furent toute
+couverte et mesme jusqu'aux maneuvres du bastiment. Le soleil
+ayant survenu il ariva comme j'ay dit cy-dessus, et m'étant et nos
+gens encore dépouillés de tout je pris sur moy ma robe de chambre
+atachée d'une ceinture et sans chemize ny bas après qu'on eut
+relavé et jeté à la mer toutes ces bestides; mais un remord me
+pris sur la raillerye que j'avois faite, et sur les 4 heures et demie
+il nous en ariva encore autant, ce qui nous fit avoir recours aux
+prières bien dévotement croyant que c'étoit un chastiment du
+Seigneur pour nos péchez, et craignant que cela ne dureroit; mais
+tout le reste du soir il n'en tomba plus ny la nuit, et le lendemain
+entre dix et onze heures nous aperceusmes Madère qui se fait
+voir de très loin par la hauteur de ses montagnes, et nous n'y arrivasmes
+que le jour en suivant qui étoit le 29<sup>e</sup> d'avril. Je débarqué
+derière le fort de l'illeau; je fis rapport de ce qui nous estoit
+arivé, et les conssuls et les marchands et autres furent curieux de
+voir débarquer nos hardes que nous voulions faire bouillir, lesquelles
+se trouvèrent remplies.</p>
+
+<p>J'abrégeray encore les longs discours de mes négociations, sinon
+de dire les changements de voyage et ce que j'y ay trouvé de
+remarquable. Il ariva en cette ille un bastiment Anglois venant de
+Ténérif, lequel ayant seu que je me disposois d'y bientôt aler négossier,
+il eut la bonté d'y venir avec M<sup>r</sup> son consul m'advertir
+de n'y pas pensser quoyque la paix fust, et que je serois lapidé
+<span class="pagenum"><a name="pg108" id="pg108"></a>-108-</span>
+immanquablement par les gentilshommes et la populace, se ressentant
+encore trop vivement de la triste mort de la fleur de la
+jeunesse, qui furent noyés et dont les plus grandes familles de l'ille
+sont en deuil. Et le capitaine raporta que M<sup>r</sup> le Vice-Roy disoit
+il y avoit peu de jours: sy par malheur pour Doublet il revenoit
+icy, quoy qu'en paix je ne le pourois sauver car je serois en risque
+d'estre aussy assasiné. Et sur ce raport M<sup>r</sup> nostre consul et
+mes amis me déconsseillièrent de ne m'y pas risquer, ainssy il falut
+pensser d'aler d'un autre costé. Je débarqué une bonne partye
+de mes effects les plus convenables pour cette ille, et les mit aux
+mains de M<sup>rs</sup> Louis et Joseph Caire, bons négossiants pour en
+procurer les ventes, et ils me donnèrent avis d'aller charger du froment
+et du mahis à l'ille de Sainct-Michel aux Assores pour le
+raporter, et qu'il y auroit à y profiter, et me prioient de les intéressser
+d'un quart au chargement en m'en payant le fret, et qu'ils
+me fourniroient des lettres de crédit pour toute la carguaison, et
+tombas d'acord par écrit, et étant sur mon départ Dom Pedro
+Dalmada, gouverneur de Madère me demanda que je l'intéressats
+de moitié dans tout le chargement autrement qu'il ne me permettroit
+pas de négossier dans son gouvernement. Il me falut céder
+à la force en lui cédant d'un quart d'intérêts, et obligea M<sup>rs</sup>
+Caire de payer pour luy. Je partis de la rade du Funchal pour
+me rendre à celle de Punta Delgada, îlle de Sainct-Michel et le
+25 ayant esté adressé au sieur Jean Ston, conssul des Anglois,
+bien converty et marié à une dame portugaise, ayant une belle famille,
+travailla avec beaucoup de diligence à faire mon chargement,
+et sans me prévaloir du crédit de M<sup>rs</sup> Caire pour la moitié
+d'intérêt que je risquois pour mes intérescés et moy, il prits en
+effects de France que j'avois réservés et en cinq jours je fus expédié,
+et party le 12 juin à cause du jour de la feste du patron de
+la ville que les Portugais m'auroient creu hérétique, et le 27 j'arivé
+au Funchal et débarqué les froments en deux jours. Ces M<sup>rs</sup>
+Caire et M<sup>r</sup> Biard, notre consul, me représentèrent que sy je
+voulois aler à Lisbonne prendre une partye de sel et des huilles
+d'olives en petits jarons et des sardinnes salées en canastes ou paniers,
+<span class="pagenum"><a name="pg109" id="pg109"></a>-109-</span>
+qu'il y auroit un bon guain à faire. Je topé à cette entreprise,
+mais ce diable de gouverneur ou tiran voulut y entrer d'une
+moitié sans jamais rien débourcer, sur cela je luy dis que j'alois où
+étois la cour où nous avions un ambassadeur et s'il ne désiroit rien
+m'ordonner. Il comprit bien et me dit: «Je veux payer comptant
+pour ma part.» Je luy déclara au net: «Vous n'y aurez rien,
+et je feray conoistre vos vexations.» M<sup>rs</sup> Caire et le consul en
+furent faschez contre moy, disant: «C'est un diable, il nous fera
+enrager.» Je dis: «Vous estes tous lasches. Ne sauriez-vous
+écrire?» Il seut par les domestiques nos entretiens et il me vint
+voir, et il fut plus doux qu'un agneau, dizant ne vouloir me faire
+aucune paine, etc. Enfin il n'y eut aucun intérêt et m'envoya pour
+plus de vingt pistoles de différentes confitures seiches et liquides
+et un quartault de bon vin malvoizie. Et party le 4<sup>e</sup> juillet j'atrapé
+heureusement Lisbonne le 26<sup>e</sup> suivant, travaillé à mes expéditions;
+M<sup>r</sup> le comte d'Opède étoit notre ambassadeur, après l'avoir salué
+j'eus deux jours après l'honneur de manger avec luy, où je l'entretins
+des concussions que faisois le gouverneur de Madère, et
+que j'appréhendois d'y retourner sur ce que je lui avois menacé.
+M<sup>r</sup> D'Opède me dit: «Vous m'avez fait plaisir, et je vais remédier
+à ce mal sans que vous n'ayez rien à craindre ny ceux de la
+nation.»</p>
+
+<p>Lorsque j'eus fait mes emplettes je me disposay à partir, et je
+fus prendre congé de M<sup>e</sup> l'ambassadeur, lequel me délivra un paquet
+du Roy de Portugal dont il prit mon receu pour délivrer au
+sieur gouverneur. Je fus chez M<sup>e</sup> Desgranges, nostre consul, pour
+lever mes expéditions. Il m'aprit qu'il y avoit un petit navire de la
+Rochelle, le capitaine Brevet, qui devoit aussy prendre ces expéditions
+pour Madère et qui avoit un chargement pareil au mien,
+ce qui m'étonna un peu, car c'est se faire tort aux ventes des marchands
+lorsqu'on est plusieurs. Je fis recherche de ce capitaine et
+luy demanday s'il vouloit que nous fussions de compagnie à cause
+des Saletins qui sont souvent autour de Madère. Il parut content
+comme moy de ma proposition, et nous mismes à l'effect de partir
+enssemble, mais étant au dehors de la barre, le travers de Cascays,<a id="FNanchor_75" name="FNanchor_75"></a><a href="#Footnote_75" class="fnanchor">75</a>
+<span class="pagenum"><a name="pg110" id="pg110"></a>-110-</span>
+mon grand mât d'hune rompit à l'uny du chuquet du
+grand mats, ce qui m'obligea de rentrer jusqu'à Belem, et mon
+prétendu camarade continua sa route et, je croy, fort aise de ma
+petite disgrasce. Je fus par terre à Lisbonne, j'acheptai un autre
+mât, et sur les trois heures j'y fis travailler par quatre charpantiers
+portugais qui m'impatientoient par leurs lenteurs. La nuit s'approchoit
+et à force d'argent je les engageay de travailler avec deux
+flambeaux alumés jusqu'à unze heures que mon mât fut achevé, et
+les priai de le mettre à l'eau au bord de la rivière, et je les payay
+bien. Je loué une frégate qui est une chaloupe avec deux grandes
+rames où je m'embarquay et fit traisner mon mât le long de mon
+navire. Sur les trois heures ½ du matin je fis travailler à remaster,
+et quoy qu'il ne fut encore guindé je fis lever l'ancre et mis à
+la voille d'un assées bon vent, ainssy ce n'étoit au plus que 22
+heures que le dit Brevet avoit d'avantage sur moy. Sitôt que mon
+mât fut bien placé, je forssois de voille au risque de quelqu'autre
+accident, et heureusement tout fut bien, et le 20<sup>e</sup> j'arive derrière
+l'illot du Funchal. Sitôt que j'eus pied à terre, je fus chez M<sup>r</sup> notre
+consul et luy demanday s'il n'étoit pas arivé quelque navire françois
+venant de Lisbonne, et me dit que non. Je reprends courage
+sans en dire davantage, et puis je luy dis que j'avois un gros paquet
+de lettres que M<sup>r</sup> le comte D'Opède m'avoit chargé pour le gouverneur
+dont j'avois donné un receu, et qu'il m'en fallait une décharge
+et eut à m'y accompagner, ce qu'il fist. Et le sieur gouverneur ne
+fist aucune difficulté de m'en donner son receu. C'étoit son ordre de
+révoquation sur plusieurs plaintes contre luy. Je faisois débarquer
+mes marchandizes, et la 3<sup>e</sup> journée après mon arivé il parut un moyen
+navire à trois lieues soubs le vent de l'ille, ainsy il ne pouvait ariver
+en rade que le lendemain. Je le reconnu avec les lunettes. Le
+gouverneur étoit tout troublé et m'envoya son secrettaire me
+prier d'alez chez luy, et y fust avec M<sup>r</sup> Dade notre Vice-Consul.
+Il me demanda sy je connoissois ce bastiment qui paroissoit. Je
+luy dis que non. Il dit: «N'est-il pas party le mesme jour que
+<span class="pagenum"><a name="pg111" id="pg111"></a>-111-</span>
+vous de Lisbonne un moyen navire de la Rochelle pour venir icy.»
+Je luy dis que ouy; mais que mon mat ayant cassé je rentray pour
+en prendre un autre et qu'il avoit continué sa route. Et sur quoy il
+dit: «J'en ai lettre d'advis par votre bastiment. C'est pour mon
+compte qu'il est chargé de pareils effects que les vostres puisque
+vous ne m'avez voulu intéresser avec vous, et je crois que c'est
+luy qui paroit et cela vous fera tort à vostre vente.» Pendant nos
+discours on vint luy donner advis qu'il paroissoit encore un autre
+navire qui avoit le pavillon blanc et qui faisoit sa route pour aler
+parler au premier qui avoit paru. Je secouois les oreilles. Il me
+presta sa lunette et fusmes hors du chasteau pour mirer. Je dis:</p>
+
+<p>«Le plus petit des deux est le navire que vous atendez et l'autre à
+sa démarche me fait bien paine que ce ne soit un saletin, toute
+l'aparence y est.» Et en peu moins de deux heures nous vismes à
+plain tirer les canons et mousqueterye, et il fut pris en un quart
+d'heure et changement de routte, ce qui véritablement fit bien du
+chagrain de voir un tel spectacle de la captivité.</p>
+
+<p>Le ruzé gouverneur avoit fait dire dans toute l'ille qu'il atendoit
+ce navire et que le voyant disgrascié qu'il vendroit à bon marché
+ces effects, ce qui fit que pas un ne demandoit de mes marchandizes,
+mais le lendemain c'étoit à qui en auroit pour les vendanges
+qui étoient proches. Et pendant que j'étois à terre, le 27
+aoust, il parut autour de notre bastiment un monstre marin qui
+après quelques promenades se vint prendre à une corde où étoit
+une chemize de matelot qui trempoit à la mer. Ce matelot en la
+peur qu'il ne lui enleva sa chemize fut tirer sur la corde, apelant
+d'autres à son secours. Et cet animal tenoit ferme comme avec
+deux mains, et l'élevèrent jusqu'à moitié de son corps hors de
+l'eau, et remarquèrent que la teste et le minois et les oreilles étoient
+d'une figure d'homme et autour de son menton étoit comme une
+longue barbe à la capucine d'un tisssu de peaux comme les nageoires
+d'une morue qui luy pendoient sur l'estomac, et avoit deux
+seins comme les nostres et le corps en forme humaine jusqu'à la
+ceinture, et le restant amenuissant comme un saumon ainsy que
+sa queue, mais d'un pied de largeur à peu près, ayant des peaux
+<span class="pagenum"><a name="pg112" id="pg112"></a>-112-</span>
+de poisson comme nageoires tenantes aux esselles, n'ayant à ses
+bras de coudes, et point plus long que nous les avons du coude à
+la main, dont les doits étoient bien distingués, mais remplis de
+peaux comme les pieds d'un oye, et le chef étoit garny de petites
+peaux pendantes sur son col d'un demy pied de long, et le front
+à découvert avec des gros yeux de toureau et un regard fier et
+plain de feu. Je fis débarquer nos gens pour en faire leurs
+raports devant M<sup>r</sup> le Consul. Jean Le Natro, originaire de Penerf
+en Bretagne, qui étoit maître et propriétaire de notre bastiment et
+son frère en firent cette déclaration. Et Nicolas Thiberge, de
+Dunkerque, nostre pillotte et homme d'esprit, confirma le tout
+de point en point, et signèrent le procès-verbal qui en fut dressé,
+et quelques pescheurs du pays déclarèrent avoir veu plusieurs fois
+cette mesme figure, qui une fois leur aracha un poisson au bout
+de leurs cordeaux.<a id="FNanchor_76" name="FNanchor_76"></a><a href="#Footnote_76" class="fnanchor">76</a></p>
+
+<p>Je m'apliqué à faire mon négosse pour partir au plustôt de cette
+ille voyant la saison de l'hiver s'approcher, et n'en peut partir
+que le 20 novembre pour retourner à Dunkerque avec un autre
+chargement de vin, écorces de citrons confits ou sec, et fleur d'orange,
+et une partie de cuivre en tangoul venant de Saincte-Croix
+de Barbarie. Le jeune Caire nommé Joseph se trouvant fort attaqué
+d'un asme s'embarca avec nous dans le dessein de se rendre à
+Paris pour se faire traiter de la maladie, et sur notre route nous
+fusmes très mal traités par vents contraires et tempestes, qui nous
+poussèrent jusqu'au 52° degré et demi de latitude, où dans une
+bonnace nous nous trouvasmes entourés d'un nombre infiny de
+poissons dorades, et dont nous en peschasmes à discrétion; dans
+la matinée à moy seul j'en embarqué vingt-huit, et n'en voulions
+plus ne sachant qu'en faire, n'étant bonnes lorsqu'elles sont salées
+<span class="pagenum"><a name="pg113" id="pg113"></a>-113-</span>
+plus d'un jour par leur graisse qui se jaunit et rend un goût
+huileux. Ma surprize fut de trouver ces poissons aussy Nord puisque
+rarement on les trouve qu'aprochant des chaleurs<a id="FNanchor_77" name="FNanchor_77"></a><a href="#Footnote_77" class="fnanchor">77</a>. Nous
+fusmes pris des vents de sud et sud-est, le pain et l'eau manquaient,
+ce qui nous obligea de relascher à la ville de Galloway
+en Irlande, où j'acheptay nos provisions nécessaires que je payay
+en vin de Madère, ainssy que mille quintaux de suif.</p>
+
+<p>(1686). Au 3 de janvier fut notre départ d'Irlande, et ayant entré
+dans la Manche le 12 janvier nous eusmes connoissance de
+Portlant en Angleterre, les vents forcés au nord-est nous empeschoient
+de chercher le Pas de Calais, ce qui nous obligea d'aler
+au Havre de Grâce, et en donné aussitôt advis à nos M<sup>rs</sup> de Dunkerque,
+lesquels me mandèrent d'envoyer les effects à M<sup>r</sup> Le
+Gendre, de Rouen, et de payer le fret de nostre bastiment pour
+le congédier au plutots. Après quoy je fus à Rouen arester compte
+du contenu des effects et de là fus par terre à Dunkerque ajuster
+les comptes dans lesquels il s'y trouva que j'avois laissé à Madère
+quelques effects invendues restés chez M<sup>r</sup> Caire, ce qui occasiona
+nos intéressés de me prier d'y retourner sur une flutte du port de
+deux cents cinquante thonneaux, mais sans aucun canon n'y étant
+disposée à en placer. Je refuzey de ce que j'avois deux fois encouru
+le risque d'estre esclave à Salé, et pour m'encourager il me promire
+d'assurer sur ma personne neuf mile livres, en cas que j'eus
+le malheur d'estre pris de cette moraille, ce qui fut exécuté et conclu
+devant notaire, et que j'aurois pour capitaine soubs mes ordres
+le nommé Georges Roy, frère du plus fort intéressé au navire nomé
+le <i>Sainct-André</i>. L'on fit une emplette de marchandises sur mes
+mémoires. Et partis du port de Dunkerque le 5 juillet et sans rencontre
+arivé à Madère le 7 aoust. Jusqu'au 15 je débarquay les
+effects et M<sup>rs</sup> Caire me conseillèrent d'en garder partie qui étoient
+propres pour l'isle de Sainct-Michel aux Assores, que je troquerois
+pour du blé, où il y avoit 70 pour cent à gagner l'aportant à
+Madère. Et comme ce que j'avois porté d'effects ne faisoit pas
+<span class="pagenum"><a name="pg114" id="pg114"></a>-114-</span>
+moitié de ma charge en blé, je pris à fret le surplus pour le porter
+à Mazagan apartenant au Roy de Portugal, côte de Barbarie,
+proche Azamor<a id="FNanchor_78" name="FNanchor_78"></a><a href="#Footnote_78" class="fnanchor">78</a>, aux conditions qu'en route faisant je débarquerois
+ce qui étoit de nostre compte à Madère, et j'avois réservé
+autour de 800 piastres, de ce que j'avois vendu en argent
+pour faciliter mon négoce qu'à payer ce qu'on ne peut se dispenser.
+Alors que notre navire fut rempli de blé, j'envoyai des vivres
+à bord et trois pipes de vin, mon coffre et hardes et rafreschissements,
+n'ayant plus à faire à terre que pour 4 à cinq heures pour
+tirer mes dépesches et finir un petit compte, ayant donné les ordres
+que la chaloupe me viendroit sur les 4 heures du soir. Au 27
+de septembre, les vents se mirent de la bande du sud et sud-oist
+assées violents; la chaloupe ne put exécuter mes ordres, et il faut
+savoir de ces sortes de vents tous les navires qui se trouvent à
+cette rade doibvent abandonner leurs cables et ancres et se mettre
+à la voille pour éviter le péril de perdre corps et biens à cette
+coste, et il y avoit deux moyens navires anglois proches du notre
+qui firent bien leurs maneuvres, et je voyois le nostre dans l'inaction,
+ce qui m'impatientoit. Je fus au château prier le gouverneur
+de me permettre que je tirats un de ces canons de 8 livres
+de boulet et que luy payeroits bien la charge, à quoy il consentit.
+Je le chargé et y mis le feu à boulet vers nostre navire, et ce qui
+les fit agir pour le mettre soubs les voilles. Mais je remarquois
+qu'ils faisoient fort mal leurs maneuvres ayant déployé les deux
+basses voilles, avant de lascher leurs cables, ayant eu la précaution
+d'amasser un cordage sur le dit cable, tenant par la poupe du
+navire, qu'on apelle en croupière afin de faire abattre le navire,
+pour faire entrer le vent dans les voilles qui avoient le vent dessus
+qui les coloit sur les mats, ce qui faisoit aculer le navire proche de
+la terre. Et j'étois à les observer, la pluye sur le corps, que j'étois
+au désespoir de voir une sy méchante man&oelig;uvre sans y pouvoir
+remédier, et survint la nuit que je les perdis entièrement de
+vüe. L'on m'entraisna chez notre consul où je logeois et on m'obligea
+<span class="pagenum"><a name="pg115" id="pg115"></a>-115-</span>
+de changer de toutes hardes, qu'il me prit me voyant tout
+percé, et que j'avois fait rembarquer les miennes; l'on me voulut
+faire souper et ne le pus ny me coucher, étant toujours en crainte
+de ce qui devoit ariver par la mauvaise maneuvre que j'avois vüe,
+et disois toujours: «Il faut quils soient saoüls; les flamands ne
+se peuvent contenir lorsqu'ils ont du vin. Les navires en flûte dérivent
+plus qu'un autre et s'il n'est pas bon voilier à tenir le vent,
+je crois qu'ils n'en échaperont nullement.» Ce fut toujours mes discours
+lorsque l'on me voulut donner quelque espérance de consolation.
+Et sur les deux heures d'après minuit un paisant Portugais m'anonça
+la perte totalle de mon navire échoüé à la pointe des plus
+affreux rochers de ceste ille, dont on ne creut aucun de l'équipage
+échapés. M<sup>r</sup> le consul quiestiona ce portugais de l'endroit du naufrage,
+il le dit estre à cinq quarts de lieues de Punta Delgada<a id="FNanchor_79" name="FNanchor_79"></a><a href="#Footnote_79" class="fnanchor">79</a> où nous
+étions et qu'il ne savoit s'il se serait sauvé quelqu'un, que luy n'avoit
+ozé aprocher, à cause des difficultés de passer sur les rochers
+remplis de précipices. Je le fis prier de m'y conduire incontinent,
+et il dit: «Avant deux heures il fera jour, sans quoy on
+ne peut s'y hazarder». Je ne disois pas ouvertement les raisons qui
+m'empressoient de m'y transporter avant le jour, qui étois que
+j'aurais pu sauver quelques hardes ou mon coffre où étoit mon argent,
+me voyant dénüé généralement de toutes choses, et j'empressé
+de partir avant le jour avec mon guide qui me conduit à peu
+près vers le lieu du naufrage, et la pointe du jour étoit lorsque
+nous entrions dans les rochers. Nous n'y fismes pas à 5 pas que
+les forces me manquoient, et je tumbé d'un des plus hault dans un
+précipe de plus de 30 pieds profonds, où il y avoit près de deux
+pieds d'eau salée, et dans ma chutte je rencontrois souvent quelques
+pointes de rochers qui me recevoient, et sans quoy je n'aurais eu
+aucune vie, mais en récompense je fus blessé et écorché en bien
+des endroits de mon pauvre corps. Je voulus me tirer de cet eau;
+je creu avoir la jambe gauche rompüe, mais c'étoit la cheville
+du pied demize et mon genouil et les mains dont j'avois creu
+m'acrocher aux pointes; j'eus le coude droit tout emporté ainssy
+<span class="pagenum"><a name="pg116" id="pg116"></a>-116-</span>
+que mes costés tout écorchées et meurtris; j'étois en <i>Exce Homo</i>
+et les habits du consul tout déchirées, et sans peruque ny chapeau,
+et mon pauvre guide pleuroit en me disant: «Il m'est impossible
+de vous retirer, prenez patience, je vais chercher de l'assistance.»
+Il fut plus d'une heure et demie à revenir; j'avois ma montre qui par
+bonheur fut consservée, et mon guide revint avec trois hommes
+dont il y avoit un nègre qui avoit une corde autour de luy, s'étant
+disposé d'aller chercher une charge de bois pour son maître qui
+me l'envoya, et se servant de sa corde il descendit, et il me l'atacha
+par dessoubs les aisselles et les trois autres dessendirent de
+leur mieux où étoit atachée la dite corde et m'atirèrent à eux, et
+le nègre me soutenoit pendant qu'ils me montèrent sur le haut où
+ils m'atirèrent encore. Je faisois des cris et plaintes comme on
+peut le juger et ils trouvèrent un sentier, que mon guide avoit erré,
+et par là ils m'amenèrent en plain terain; ils furent à deux chercher
+une bourrique et une couverture, mais il fut impossible de me
+monter pour m'aporter en ville tant j'étois acablé de douleurs; je
+les priay de me porter dans la couverte et que je les payerais bien,
+et nostre consul ariva, qui les engagea à me porter ainssy chez
+luy, ce qui leur donna beaucoup de paine, et étant arivés l'on fit
+venir un chirurgien qui me seigna et penssa. Nous y trouvasmes
+trois des nostres qui avoient échapé qui nous déclarèrent que plusieurs
+de nostre équipage conseillèrent au capitaine de mettre le
+navire à la voille et que les Anglois s'y mettoient, et qu'il ne les
+voulus entendre se tenant dans la chambre avec son pillotte, le
+charpentier et le contre-maistre dizant qu'ils vouloient finir leur
+disner avant de rien faire, on leur récidiva les mesmes raisons sans
+qu'ils remuassent de leurs tables, et que ce fut le coup de canon
+qui les engagea à travailler, mais qu'ils estoient sy saouls de vin
+qu'ils ne savoient ce qu'ils faisoient, dont le malheur s'ensuivit, et
+comme je devois partir le lendemain j'avois fait tout embarquer,
+mes hardes, effects et argent qui causa la mort des susdits quatre
+principaux de mes officiers et des autres qui voyant le navire se
+briser contre les rochers se mirent à vouloir sauver mon grand
+coffre de ma chambre, et que le grand mât s'estant rompu et
+tomba sur la chambre qui fut écrasée où ils furent engloutis dessoubs,
+<span class="pagenum"><a name="pg117" id="pg117"></a>-117-</span>
+et le tout fut entièrement péry; cepandant sy je n'avois esté
+incommodé j'aurais esté sur les lieux où j'aurois pu sauver quelques
+hardes ou marchandizes, mais le tout fut pillé par les païsants
+qui ne s'en font pas de scrupules de restituer puisque naturellement
+ils sont adonnés au larcin.</p>
+
+<p>Et pour comble de chagrain les Ministres du Roy de Portugal
+me firent un procès pour me faire payer les bleds qu'ils avoient
+chargés pour Masagan prenant le prétexte sur la déclaration des
+trois hommes de l'équipage qui s'estoient sauvés qui avoient dépozé
+que la faute étoit arivée par notre capitaine et officiers. Ce
+procès m'aresta neuf mois dans cette ille, après quoy il y vint un
+petit navire françois chargé de bled pour le porter à Lisbonne, et
+dans lequel je m'embarquay pour passager avec mes deux hommes.
+M<sup>r</sup> l'abé D'Estrée<a id="FNanchor_80" name="FNanchor_80"></a><a href="#Footnote_80" class="fnanchor">80</a> étoit ambassadeur et il me dégagea de la
+poursuite de ce procès, mais je me trouvois dépourvu de toutes
+comodités et de la fortune. Peu de jours après mon arivée il ariva
+à Lisbonne un navire de la Rochelle armé de douze canons nommé
+le <i>Cézard</i> apartenant à M<sup>rs</sup> Godefroy<a id="FNanchor_81" name="FNanchor_81"></a><a href="#Footnote_81" class="fnanchor">81</a> et sur lequel étoit pour
+marchand un de leurs frères qui pendant leurs traversées fut injurié
+et maltraité de parolles par son capitaine nomé Peron étant
+souvent yvre, et étant à Lisbonne récidiva ces brutalités dont M<sup>r</sup>
+Godefroy fut obliger d'en porter plainte à son Excellence M.
+l'abé D'Estré, qui ordonna de déposseder le dit capitaine et de
+me donner le commandement du dit navire, et me fit venir devant
+luy pour me le faire acxepter, et fit mes conditions d'engagement.
+M. Godefroy trouva un fret pour l'ille de la Terciere
+<span class="pagenum"><a name="pg118" id="pg118"></a>-118-</span>
+pour revenir à Lisbonne où M. Godefroy restoit pour faire son
+négosse pandant que je ferois le dit voyage. Je party au 15 may
+1687; j'arivé au port d'Angra soubs la ville de ce nom et ne pus
+recevoir mon chargement que le 25 juillet et partis le 2<sup>e</sup> aoust et
+arivé à Lisbonne le 26 du mesme mois, sitost que la décharge
+fut finie, l'on me proposa un segond voyage pour le mesme lieu,
+je m'apresté et party le 9<sup>e</sup> septembre et arivé à Angra le 21, et
+pris incontinent mon chargement et partis le 3 octobre. Estant à
+60 lieux au Nord-Ouest de la Tercère un navire me donna la
+chasse. Je dis: «Il nous est inutille de croire fuir puisqu'il marche
+mieux que nous, et il nous faut disposer à nous bien deffendre
+n'ayant guerre avec d'autres qu'avec les Saletins où il s'agit de la
+captivité.»</p>
+
+<p>J'avois 24 bons hommes d'équipage, six passagers portuguais
+étudians qui aloient pour faire leurs exercisses, douze canons et
+six périers et de bons fusils que je délivray à mes passagers, que
+j'animois sur le malheureux état où nous tomberions sy nous
+sommes pris; ce navire m'ayant aproché à distance de son canon,
+ayant le pavillon françois, fit deux fois le tour de nous sans tirer
+un seul coup, et puis il s'enhardit à venir pour m'aborder à toutes
+voilles, je fis carguer les deux basses voilles et ordonnay que
+lorsqu'il nous abordera de mettre le vent dessus nos deux humiers
+pour faire reculer nostre navire et que luy portant un grand erre
+il ne pouroit se tenir acroché et que ces cordages manqueront. Estant
+à portée du pistolet de nous, il nous tira sa bordée de canons
+et d'une grêle de mousqueterie dont un passager fut tué et
+un matelot blessé dans la cuisse, quoyque tous sur un genouil sur
+le pont pour n'estre découverts, et nous déchargeasmes très à
+propos nos canons et périers chargés de mitraille comme ils nous
+abordoient, que nous les empeschasmes de sauter plus de trois
+dans notre bord, dont deux furent aussitot tuez et l'autre se jetta
+à la mer, et les grapins et cordages rompirent par la maneuvre que
+j'avois faite faire de metre le vant sur les huniers, et dans l'instant
+nous fusmes décrochés. Il passa aussytôt bien de l'avant de
+nous et amena toutes ses voilles voyant son mât de beaupré rompu
+à l'uny de sa ligature. Nous n'eusmes que deux chaisnes de haubans
+<span class="pagenum"><a name="pg119" id="pg119"></a>-119-</span>
+rompus par un grapin de fer qui s'y trouva attaché, deux
+haubans cassés et lestay d'artimon et nos voilles offencées et trois
+troux de canon et une bitte rompue par leurs canons. Je voulois
+foncer dessus, luy lascher deux au trois bordées de nos canons,
+mais mes passagers et officiers me dirent: «Il ne nous peut plus
+faire de mal et nous pourrons recevoir quelque malheureux coup
+qui tuera ou estropiera quelqu'un de nous, vault mieux nous en
+tirer.» Je les creus et fit faire notre route, et comme nous alions
+nous entendismes une voix crier: «Sauve la vie.» On regarde
+de tous costés sans rien apercevoir, la voix redouble; je regardé
+par un sabord de ma chambre et j'aperceu un homme qui se tenoit
+à la sauve garde de nostre gonvernail. J'appelé du monde et on
+luy donnay une corde doublée en deux qu'il passa soubs ses aisselles,
+et on le tira dans ma chambre. Il se mit à genoux demandant
+cartier mizéricorde et nous dis estre françois d'Avignon, fils d'un
+artizain en soye nomé Périn, agé de 36 ans, qui voulant aller à
+Gesnes aprendre à travailler en velours fut pris sur une tartane
+de Marseille dans son âge de dix-huipt ans et mené esclave à Tétuan
+et fut donné au Roy de Maroc, et qu'après deux ans de persécutions
+il renia et prits une femme Moresse dont il avoit cinq
+enfants, et nous ne luy fismes aucun mauvais traitement. Et le
+23 octobre j'arivé à Lisbonne où je fis la décharge, et M. Godefroy
+n'avoit encore achevé son négosse. Je fis conduire mon renégat
+chez M. l'ambassadeur qui le retint chez luy jusqu'à ocasion
+de le renvoyer en seureté à son pays d'Avignon. Il déclara que
+le navire où il étoit avoit 200 hommes, 18 canons et seize périers.</p>
+
+<p>En attendant que M<sup>r</sup> Godefroy eut finy son commerce, je fis calfaster
+le navire et enssuite le fis échouer pour visiter ses fonds afin
+d'estre en estat de recevoir son chargement, et au commencement
+de décembre ariva la flotte du Brézil au nombre de quarante
+gros navires marchands richement chargés et escortés par
+six vaisseaux de guerre dont deux d'iceux de soixsante et six canons
+avoient esté construits à Goa, lesquels dès leur sortie enlevèrent
+deux vaisseaux de 40 canons sur le Grand Mogol qui
+portoient grand nombre de pellerins Musulmans qui alloient à la
+<span class="pagenum"><a name="pg120" id="pg120"></a>-120-</span>
+Mecque porter leurs offrandes au tombeau de leur grand prophète
+Mahomet. On en fit des réjouissances et feux de joye à Lisbonne.
+Le 20 janvier 1688 nous commenssasmes notre chargement pour
+retourner à la Rochelle. Nous embarquasmes 82 grands coffres
+de sucre et 60 rolles de tabac du Brézil, 20 bottes d'huile et 35
+balles de laines lavées et 400 caisses d'orenges, et 25 caisses de
+citrons, et nous partismes de Lisbonne le 24 février. M<sup>r</sup> Godefroy
+s'étant embarqué avec nous, les vents nous contrarièrent
+étans prêts de sortir la barre et nous rentrasmes à la rade de
+Saint-Joseph<a id="FNanchor_82" name="FNanchor_82"></a><a href="#Footnote_82" class="fnanchor">82</a> et y restasmes jusque au 10<sup>e</sup> mars que nous sortismes
+la dite barre avec plusieurs navires de diverses nations, et
+le 2 avril arivasmes à la rade chef de Bois<a id="FNanchor_83" name="FNanchor_83"></a><a href="#Footnote_83" class="fnanchor">83</a> atandant la vive
+eau pour entrer dans le port de la Rochelle. M<sup>r</sup> Godefroy s'étoit
+débarqué dès notre arivée à la rade et fis le récit de nos voyages
+et comme je m'y étois comporté à l'ataque du Saletin. J'entray le
+navire dans la chaisne le 13 avril, où je fus très bien receu des
+trois M<sup>rs</sup> Godefroy et dont Jean, aîsné de tous, m'en chargea de
+n'aler prendre d'autre auberge que chez luy, et dont je ne peus
+m'en deffendre et le lendemain je fis les déclarations à tous les
+bureaux et mon rapport à ladmirauté, et puis on débarqua les
+marchandizes.</p>
+
+<p>Ce M<sup>r</sup> Jean Godefroy étoit remarié à une dame Bussereau
+aussy veufve, et qui avoit deux aimables filles âgées de 18 et 20
+ans et de luy n'avoit pas d'enfants. Tous les soirs, après le souper
+j'accompagnois ces demoiselles à la promenade, et se joignoit avec
+nous une cousine qu'on apeloit la belle Goislard, mais de qui la fortune
+étoit bien moindre que de ses cousines. Cependant je fus épris
+de sa beauté, et en peu de jours je le luy déclaray en la ramenant chez
+elle que je l'aimois tendrement, mais que ma fortune étoit trop médiocre
+pour luy présenter. Elle me répondit qu'un garsson qui a autant
+de c&oelig;ur, comme elle a entendu dire à ses oncles, ne doibt pas se rebuter;
+que pour elle sa fortune étoit très bornée ayant perdu de bonheure
+<span class="pagenum"><a name="pg121" id="pg121"></a>-121-</span>
+son père et que sy elle avoit bien du bien qu'elle se feroit un plaisir
+de me le sacrifier, pourvueu que je l'enlevats en Angletere ou en
+Holande pour y vivre dans la liberté de sa religion, et que moy
+je vivrois aussy dans la mienne. Sur quoy je luy dits qu'il ne faloit
+pas sortir de son pays pour cela, que puisque l'on l'avoit contrainte
+d'abjurer ce ne seroit plus une grande paine de s'y marier, et
+qu'on auroit plus rien à luy dire sy elle m'épousoit, et que je ne
+la contraindrois en aucune choze. Et elle ne voulut se deffaire de
+son entestement que je l'enlevasse, ce qui me la fit quiter crainte
+qu'elle ne me gagnats à faire ce mauvais coup. Et je me tournay
+le c&oelig;ur pour la cadette Bussereau sachant très bien son
+aisnée estoit assurée d'un amant de Bordeaux nouveau converty,
+et cette cadette correspondoit fort à mes honnestes tendresses.
+Madame sa mère y donnoit fort les mains, ainsy que M. Godefroy
+qui me fit bien des offres pour que je restats avec eux, et
+que sy je n'étois pas content de son navire le <i>Cezard</i>, qu'il m'en
+donneroit un de 24 canons qu'il attendoit du retour de Sainct-Domingue.
+Je luy fits connoistre que nécessairement il me faloit aler
+à Dunkerque pour rendre compte de ce navire naufragé à lille
+de Sainct-Michel et dont j'étois porteur des procès-verbaux comme
+il ne s'étoit rien sauvé des effects, et que sy je restois à la Rochelle
+ou ailleurs sans me justifier, ils pouvoient suposer que j'eus
+sauvé bien des affaires et me faire poursuivre, ce qui tourneroit à
+mon deshonneur et désavantage. Sur quoy ils m'aprouvèrent fort,
+et me prièrent tous les frères de retourner vers eux lors que je me
+serois entièrement libéré, ce que je promis faire. Mais l'homme
+propose et Dieu dispose. Sur la fin de juin je les remerciay bien
+et pris congé de ces messieurs et demoiselles trouvant un bastiment
+prêt à partir pour Dunkerque dont je m'étois assuré de mon
+passage et partis de la Rochelle le 3 juillet, et le 11<sup>e</sup> du mesme
+mois étant à l'ouest du port de Pleimuth en Angleterre nostre
+maistre de bastiment me dit qu'il y alloit relascher seulement pour
+un ou deux jours, et n'y voyant aucune nécessité je luy demanday
+pourquoy ce relasche, et il m'en dis ses raisons: que c'étoit pour y
+débarquer en rade quelques pièces d'eau-de-vie en fraude à cause
+des grands droits, ainsy je fus dans la ville où je couchay quatre
+<span class="pagenum"><a name="pg122" id="pg122"></a>-122-</span>
+nuitée, et les nouvelles furent publiées de la naissance du prince de
+Gall<a id="FNanchor_84" name="FNanchor_84"></a><a href="#Footnote_84" class="fnanchor">84</a> dont par forme la citadelle tira quelques coups de canons;
+mais le peuple et particulièrement nos Religionnaires refugiés
+disoient milles infamies de la pauvre Reine<a id="FNanchor_85" name="FNanchor_85"></a><a href="#Footnote_85" class="fnanchor">85</a> et mesme du
+Roy, ce qui faisoit peine d'entendre, et le 17 nous mismes à la
+voille partant de Pleimuts<a id="FNanchor_86" name="FNanchor_86"></a><a href="#Footnote_86" class="fnanchor">86</a> et le 6 aoust j'arrivé au dit Dunkerque
+dont entr'autre de mes intéressés au navire perdu me fit
+à l'abord un mauvais compliment en me demandant sy je leurs raportois
+bien des effets qu'il avoit appris avoir esté sauvés après le
+naufrage. Je luy répondis: «Avant 24 heures je vous feray conoistre
+au net toutes choses.» Quant aux autres, je fus chez eux,
+où ils me receurent comme gens raisonnables qui ont fait de la
+perte, mais me receurent tous honnestement en me disant estre
+bien persuadés des vérités que je leur avoient marquées par mes
+lettres et que le sieur Batement qui m'avoit fait ce mauvais compliment
+étoit un brutal et le moindre intéressé et que je ne devois
+m'arrester à ces mauvais discours si mal fondés. Je leur présentay
+les attestations et les procès-verbaux de tout ce qui s'estoit passé;
+ils les communiquèrent à ce brutal de Batement, et il en consulta
+et ne peut me faire ny dire et se remit d'amitié avec moy, après
+quoy ils reconnurent la vérité.</p>
+
+<p>Et sur la fin de septembre 1688 on parloit fortement d'une déclaration
+de la guerre, où les préparatifs d'une armée navale en Holande
+et que les meilleurs amis et gros milords du Roy Jacques
+aloient auprès du prince Orange. L'on arma plusieurs chaloupes de
+nos navires du Roy pour aller épier aux ports d'Angleterre s'il y
+auroit quelques remuements ou pour aider à sauver la Reine et le
+prince de Galle. M<sup>r</sup> Desvaux-Mimard<a id="FNanchor_87" name="FNanchor_87"></a><a href="#Footnote_87" class="fnanchor">87</a>, lieutenant de nos
+<span class="pagenum"><a name="pg123" id="pg123"></a>-123-</span>
+vaisseaux du Roy, me pria de m'embarquer avec luy dans la
+chaloupe qu'il commandoit. Il n'avoit qu'un bras, l'autre étant
+paralétique. Nous fusmes pendant la nuit aux Dunes<a id="FNanchor_88" name="FNanchor_88"></a><a href="#Footnote_88" class="fnanchor">88</a>, où je
+fus dans un cafe pendant une heure, que le bruit se répandit que
+le Roy Jacques avoit pris la fuite s'étant veu abandonné sur la
+nouvelle que le prince d'Orange avoit débarqué en Angleterre
+vers Torbays. Je fus en faire le récit à M<sup>r</sup> Mimard et aussy tots
+nous fit retourner vers nos costes, et nous atterrasmes à Ambleteuse
+en Picardie, et dans le moment nous vismes une chaloupe
+angloise très proche de nous qui abordoit au mesme lieu,
+et lors que la dite chaloupe toucha à terre, nous y remarquasmes
+quatre seigneurs dont à l'un diceux les autres ainssy que les mariniers
+luy portoient un grand respect<a id="FNanchor_89" name="FNanchor_89"></a><a href="#Footnote_89" class="fnanchor">89</a>. Lorsqu'il voulut se
+débarquer, M<sup>r</sup> Mimard et moy nous nous mismes à l'eau jusqu'aux
+cuisses pour le recevoir, mais un des officiers de sa chaloupe
+s'étant mis à l'eau le receut à fourchet sur son épaule ayant
+la teste nüe; M<sup>r</sup> Mimard lui soutenoit une main. Et lorsqu'il fut
+dessendu pieds à terre, il demanda au sieur Mimard qui il étoit,
+et son nom. Il luy dit. Puis le Roy luy dit qu'il se souviendroit
+de luy et nous l'accompagnasmes à l'auberge, où il n'aresta que le
+temps qu'on luy aprestats des chevaux de poste et partit aussitots
+avec deux de ces messieurs, et nous ramenasmes nostre chaloupe
+dans le bassin à Dunkerque, où je receut une lettre de M<sup>r</sup>
+Jean Godefroy qui me mandoit qu'il atendoit en peu sa frégate de
+24 canons, et lorsqu'elle luy seroit arrivée qu'il me le feroit savoir
+pour l'aler trouver.</p>
+
+<p>Sur le mois d'octobre le Roy fist déclarer la guerre contre la
+Holande seulement, donnant pouvoir aux particuliers de ses subjets
+<span class="pagenum"><a name="pg124" id="pg124"></a>-124-</span>
+de faire la course dessus. Mais le port étoit dépourveu de
+frégattes propres à faire la course, et un chascun en faisoit bastir.
+Les sieurs Geraldin et Lec, Irlandois établis à Dunkerque, me
+proposèrent d'armer une petite corvette seulement de quatre canons,
+qu'un nommé capitaine Laurens, anglois de nation, avoit
+amenée de la Jamayque, lequel nous assura estre finne de voille,
+et ils me détournèrent de pensser d'aller à la Rochelle et qu'ils
+m'aloient faire bastir une frégatte de 24 canons toute preste pour
+mars en suivant et dont ils en firent en ma présence le marché
+avec le constructeur. Cela m'encouragea, car j'avois répugnance
+dans l'hyver de m'embarquer sur un sy foible bastiment. J'engageay
+trente deux bons hommes tant bas officiers que matelots et
+le capitaine Laurens pour mon segond, et pour lieutenant un
+nommé Welkisson aussy anglois, mais tous les deux braves et
+bons marins. Je receu commission de son altesse sénérissime M<sup>r</sup>
+le comte de Vermandois<a id="FNanchor_90" name="FNanchor_90"></a><a href="#Footnote_90" class="fnanchor">90</a> sous le nom de la corvette la <i>Princesse
+de Conty</i>, et sorty du port au six de novembre pour aller
+croiser vers le Nord, ou le 20 du mesme mois nous eusmes un
+rude vent du Nord-Nord-oist, dont un coup de mer nous enfonça
+tout un costé et nous combla presque à demy d'eau, ce fut un
+hazard comme nous en échapasmes en fuyant au gré du vent, et
+relachasme à Dunkerque le 12<sup>e</sup> et je ne sais comme après nous
+ozasme penser à nous rembarquer dans cette bicquoque. Cependant
+les marins oublient facilement les périls dont ils ont échapé
+et nous fismes radouber nostre barque, et nous partismes le 18,
+n'ozant plus retourner vers le Nord, ou les vents et la mer sont
+plus agités. Nous n'avions point pour lors de guerre déclarée avec
+l'Angleterre et nous fusmes tout le long de ceste coste et ayant
+passé entre la grande terre et l'ille de Wic, dont devant Chatam
+on nous tira d'une forteresse deux coups de canons à boulets qui
+passèrent entre nos mâts sans nous endomager qu'une seule maneuvre
+nommée un bras de misenne qui fut coupé, et nous tirasmes
+au large, et fusmes à Torbay puis devant Pleimuths, où nous
+trouvasmes à trois lieux au large un bateau traversier venant de
+<span class="pagenum"><a name="pg125" id="pg125"></a>-125-</span>
+la Rochelle avec neuf à dix familles de la religion qui se sauvoient
+dans Pleimuts. Ces pauvres gens étoient à demy morts de peur
+que je ne les enlevasse en France et faisoient compassion<a id="FNanchor_91" name="FNanchor_91"></a><a href="#Footnote_91" class="fnanchor">91</a>. J'en
+fus reconnus de plusieurs qui se jetoient à nos pieds et entr'autres
+un nommé M<sup>r</sup> Briant, fameux marchand, et le capitaine Roc.
+Je leur dis pour les rassurer que ma commission ne portoit pas
+de coure sur eux, mais seulement sur les Holandois. A cela mes
+deux officiers anglois protestants m'aprouvèrent fort, mais les bas
+officiers et matelots voulurent se mutiner pour que nous les emmenassions.
+Et M<sup>r</sup> Briant me dit proche l'oreille: «Ayez pitié
+de vostre belle Goislard que voilà déguizée en cavalier». Je fus
+l'embrasser et luy dire que je périray plustot que de la perdre, et
+nostre équipage fust apaizé par une cinquantaine de louis d'or que
+M<sup>r</sup> Briant leur jeta, disant: «Voilà tout ce que nous possédons
+d'espesces, ayant bon crédit en Angleterre». Et nous les laissasmes
+échaper, en nous ayant promis sur serment qu'ils ne nous
+découvriroient aucunement lorsqu'ils seraient débarqués, et ce
+que nous avons trouvé véritable dans la suite, ayant déclaré
+comme je les en avois prié de dire que nous étions Ostendois qui
+les avoient visités sans leur faire aucuns domages.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch5" id="ch5"></a>CHAPITRE V</h2>
+
+<p class="d">Prise d'un navire hollandais dans un port d'Angleterre.&mdash;Croisières dans
+la Manche.&mdash;Naufrage à Cherbourg.&mdash;Doublet est présenté à M. de Seignelay.&mdash;Il
+prend le commandement de deux barques longues.&mdash;Son
+arrivée à Brest.&mdash;Il découvre la flotte de Tourville.&mdash;Ses entrevues avec
+Seignelay.&mdash;Enlèvement d'un percepteur anglais.&mdash;Croisières.&mdash;Prise
+d'un navire anglais.&mdash;Naufrage.&mdash;Autres prises.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg126" id="pg126"></a>-126-</span>
+Et deux jours après cette rencontre, ne trouvant rien, je fus
+mouiller l'ancre vis à vis d'un petit bourg situé au bord de la mer
+et sans forteresse, éloigné d'une bonne lieue de Pleimuth, ayant
+le pavillon d'Ostende déployé. Nos échappés nous reconnurent
+et vivoient au dit bourg nomé Ramshed<a id="FNanchor_92" name="FNanchor_92"></a><a href="#Footnote_92" class="fnanchor">92</a> où sont tous françois
+réfugiés, et ne nous décelèrent aucunement. Et sur les 3 heures
+du soir, il me prit fantaisie d'aller avec deux hommes dans nottre
+petit bateau à terre, et moy déguisé en bon et simple matelot,
+voulant m'informer adroitement s'il n'y auroit pas dans les ports
+quelques navires Holandois prêts à en partir, et dont je réussis à
+mon dessein. Et lorsque je mis pied à terre, je trouvai le capitaine
+Roc et son fils qui me disoient mille bénédictions, et me voulurent
+convier à boire de la bierre et les priay de m'en dispenser, et que
+je serois fasché d'estre connu de d'autres, et leur déclaray le
+subjet de ma dessente, et ils me dirent qu'au port du cap Ouastre,
+il y avoit un houcre Holandois de dix canons, venant d'Espagne
+richement chargé, et que ce seroit bien mon fait s'il sortoit en
+mer, mais qu'ils ont appris qu'il n'en sortyroit sans avoir un convoy;
+<span class="pagenum"><a name="pg127" id="pg127"></a>-127-</span>
+et que dans le port de Saltache<a id="FNanchor_93" name="FNanchor_93"></a><a href="#Footnote_93" class="fnanchor">93</a> il y avoit une grande
+pinasse de six à sept cents thonneaux de port et ayant 40 canons
+et peu d'hommes à proportion, et que les canons de sa batterye
+de bas ne pouvoit jouer, estant embarrassés par des ballots de
+laine d'Espagne, mais que nous avions trop peu de force pour y
+attenter. Je quittay mes deux amis et fus au bourg de Saltache
+dans un cabaret demander une pinte de bierre. Et je rencontray
+le capitaine de ce navire, lequel je reconnus à son nées extraordinairement
+long et avec lequel j'avois autrefois bu en Portugal, mais
+il ne me reconnus pas et il me quiestionna d'où j'étois et ce que
+je faisois. Je luy dis que j'étois de Bruges en Flandre et que j'avois
+fait naufrage sur une belandre chargée de vin et eau-de-vie et
+avions esté poussé par tempestes sur la coste de Gandetur, et
+que je cherchois passage pour retourner au pays, et luy demanday
+passage pour Holande qui en est proche. Il me dits: «Mon camarade
+je ne say quand je partiray d'icy et ne le feray sans un
+convoy, car mon navire vaux plus de quatre cents miles
+florins.» Je luy dits: «Vous avez bien du canon.»&mdash;«Oui,
+dit-il, mais mon plus fort ets embarrassé, et je n'ay que trente et
+huyt hommes.» La nuit s'approchoit; je n'en voulus savoir d'avantage
+et je me retiray promptement à mon bord avant qu'il fust
+nuit, et les bateaux venant de la pesche se retiroient au port. Il
+y en eut un qui passoit proche de nous. Je luy fist demander par
+le capitaine Laurens s'il vouloit nous vendre du poisson. Il répondit
+que ouy, et pendant qu'il venoit à notre bord, je racontay
+en peu ce que j'avois apris à terre et représentay la faiblesse de
+notre bastiment, où nous avions échapé un grand péril, et que
+nous courions risque d'en essuyer d'autres dont peut estre nous
+n'en échaperons pas, et que notre fortune étoit dans le port de
+Saltache dans cette mesme nuitée dont les vents et ce batteau
+nous étoient favorables. Les sieurs Laurens et Welkisson trouvèrent
+la choze faisable et la firent gouster à nostre équipage. On
+<span class="pagenum"><a name="pg128" id="pg128"></a>-128-</span>
+acheta tout le poisson de ce basteau où ils n'étoient que trois, le
+maistre étoit âgé de plus de soixante années et son fils environ de
+30 à 35 ans. Nous les conviasmes d'entrer dans notre cahute de
+chambre pour leur faire boire de l'eau-de-vie de France: ils
+nous croyoient d'Ostende. Et ayant eu la teste échauffée de la
+liqueur qu'ils aiment passionément, ils jasoient avec mes deux
+Anglois qui se conservoient sur la boisson. Le vielard disoit
+beaucoup de louanges du gouvernement de M<sup>r</sup> le prince d'Orange
+qui alloit exterminer tous les chiens de papistes françois,
+etc.; et pour finir on les saoula sy plains qu'ils tombèrent à beste
+morte dans la chambre et degorgeoient leur estomac. Nous avions
+mis au mesme état le troisiesme et le plus jeune dans son bateau
+et on l'embarqua dans notre bord. Nous nous munismes de dix-huit
+pistolets et autant de sabres et de vingt quatre grenades et de
+six bonnes haches de charpente, ne devant faire qu'un prompt
+coup de main. Et sur la minuit nous nous embarquasmes en tout
+vingt-huit de l'élite de nos hommes et partismes sourdement avec
+ordre d'un grand silence, et qu'il n'y auroit que le S<sup>r</sup> Laurens
+qui répondroit à ceux qui demanderont d'où est le batteau. C'étoit
+entrant au 26 de novembre 1688 et en passant près du chasteau
+de l'ille de Rat<a id="FNanchor_94" name="FNanchor_94"></a><a href="#Footnote_94" class="fnanchor">94</a>, un des sentinelles ne manqua pas de crier:
+«D'où ets le bateau?» Laurens répondit: «A fischer Boat»,
+qui veut dire basteau pescheur. Il en ariva autant passant sous
+la citadelle et au fort de l'entrée de Saltache, et nous y entrasmes
+sans aucun contredit, et fusmes droit aborder le Holandois au travers
+de ses grands haubans, et nous grimpasmes tous exepté un
+seul pour la garde de nostre bateau. Il se trouva un seul Holandois
+sur leur pont, qui d'un levier cassa un bras d'un de nos matelots
+qui étoit de Calais, et nous nous emparasmes de toutes les
+portes des dunettes et des gaillards de proüe et de poupe, ainsy
+que de toutes les écoutilles, et avec les haches on enfonssa la
+dunette, où l'on se saisit de trois officiers qui y reposoient, et il
+y avoit une écoutille dans le milieu de cette dunette qui communiquoit
+dans la grande chambre où reposoit le capitaine qui, entendant
+<span class="pagenum"><a name="pg129" id="pg129"></a>-129-</span>
+le bruit, se préparoit à faire un mauvais spectacle. Mais par
+un bonheur tout extraordinaire, mon charpentier qui avoit foncé
+la dunette, nomé Jacques Férand, de la ville de Caen, ayant entré
+dans la dite dunette, tomba dans la grande chambre sur le dos du
+capitaine Holandois par cette écoutille où il y avoit six pieds de haut
+et acabla soubs luy le dit Holandois, et Férand se sentant avec
+un homme criant quartier, dougre quartier, en rüant de sa hache
+il blessa au bras le pauvre capitaine. Le dict Ferrand cherchant à
+taston la porte de la grande chambre, il l'ouvre, et cria: «Qu'on
+aporte vite de l'eau, tout est icy plain de poudre répandue soubs
+mes pieds, et qu'on aproche pas aucun feu.» Je fis aporter force
+sceaux d'eau qu'on jeta partout dans la dite chambre, et il n'ariva
+aucun acxident, car le coquin de capitaine advoüa qu'il aloit battre
+du feu pour faire périr son navire et généralement tout. Je fis
+rassembler tout et autant que nous peusmes trouver gens de son
+équipage et les fis enfermer dans le gaillard d'avant, et garder
+par deux de nos gens armés et n'en peusmes trouver que vingt-six;
+les autres s'estoient cachez parmy les balles de laine. Ce navire
+avoit ses deux vergues majeures amenées tout bas, ce fut un
+gros et long travail pour les reguinder pour pouvoir apareiller le
+navire avec le peu de monde que nous étions dont quatre étoient
+occupés en sentinelle à garder les sorties. Je fus prendre dix de
+nos enfermés et les fis aider à guinder avec nos gens, et quand le
+taut fut bien préparé pour apareiller et mesme les deux huniers
+furent déployés et guindés, je fis renfermer mes dix prisonniers
+et crainte qu'ils ne tirassent quelque canon de gaillard où ils
+estoient je fus à tastons en oster les amorces, et fis couper les
+deux câbles sur ses écubiers. Et il étoit à ma montre un peu plus
+de cinq heures quand le vent fut dans nos voilles, et fit déployer la
+misenne la tenant toute preste à la laisser aussy déployer. Le capitaine
+Laurans fut un peu blessé au gras de jambe par un sabre
+de nos gens par mégarde, et lequel connaissoit parfaitement le
+port, et pour nous éviter de passer entre la citadelle, le fort et le
+château de Rat, il nous fit sortir par la passe du Ouest, quoyque
+très dangereuse par les rochers et qu'il n'y passe presque que
+quelques moyens navires. Il hazarda le tout pour le tout, cependant
+<span class="pagenum"><a name="pg130" id="pg130"></a>-130-</span>
+sans nous rien ariver. Et comme nous passasmes à portée
+d'un moyen pistolet du costé du dit chasteau de Rat, un des
+sentinelles cria en anglois: «Où va le navire? Avez-vous vos
+despesches?» Laurans répondit que ouy, et que les courants
+nous forssoient de passer au risque par cette passe. Et nous sortismes
+très heureusement que le jour commençoit à pointer. Nous
+amarinasmes nostre belle prize et laissé le capitaine Laurens et
+Welkisson pour la conduire avec une copie de ma comission et
+vingt de nos meilleurs hommes, et dans le bateau anglois je m'embarqué
+avec le reste de mes gens, le capitaine Holandois et vingt-quatre
+de ses gens et les conduis au bord de ma corvette quoy que
+plus en nombre que nous n'estions. Je trouvay mes trois anglois
+encore endormis et eusmes de la peine à les réveiller pour se
+rembarquer. Je leur payay grassement leurs poissons et les fit
+boire chacun un verre d'eau-de-vie et je leur dis: «Voilà mon
+câble et mon ancre que je vais laisser, je vous le donne.» Car
+étant foible de mon monde je ne pouvois le lever sans perdre bien
+du temps, et ma prise étoit déjà de plus de 5 lieux de l'avant.
+Mes trois anglois se trouvant trop foibles pour lever mon ancre
+furent prier des bateliers qui aloient à la pesche pour leur aider,
+qui aprirent à nos yvrongnes que j'avois enlevé le gros navire Holandois
+et que tout étoit en rumeur dans la ville et les forteresses
+dont les sentinelles furent tous emprisonnés, disant qu'il y
+avoit connivence avec moy; nos prisonniers en disoient autant.
+Mais depuis j'apris qu'il y eut trois sentinelles de pendues et le
+vieux battelier et son bateau et le câble brullé par le boureau, et
+l'ancre jetté dans le passage où j'avois sorty la prize. Sitost que
+je fus soubs voille je la ratrapay en peu de temps et puis j'alois à
+trois et quatre lieux devant elle, et sur les costés pour faire la
+découverte, et estant le travers du cap Blancquef je découvris
+une frégate Holandoise de 24 canons, je creus bien qu'elle me raviroit
+ma proye. Je reviré dessus et fut advertir le sieur Laurens
+qui me cria: «Nous sommes en estat de nous bien deffendre, et
+sy vous nous voyez embarassés venez tous vous embarquer et laissez
+aller la corvette à l'abandon.» Et après quoy j'étois tout
+resoult, et la frégatte vint reconoistre notre prize qui arbora le
+<span class="pagenum"><a name="pg131" id="pg131"></a>-131-</span>
+pavillon de France et cargua ses deux basses voilles tout à coup
+et tira un canon de douze livres de boulet sur la frégatte Holandoise,
+laquelle s'en tirer s'en écarta. Nous avons bien creu qu'elle
+ne creu pas que ce fût notre prize et plustot la creurent un bâtiment
+de ces grosses flûtes du Roy, et nous laissa faire nostre
+route. Et le 30 novembre nous entrasmes dans les jettées de
+Dunkerque ayant cependant abordé en entrant la jettée du fort
+vert que je creus la prize preste à couler au pied, mais il n'y en
+eut que le haut d'endommagé: et un chacun fut surpris de voir
+une soury avoir enlevé un éléfant. Mais ayant apris l'endroit fort
+dont elle fut enlevée étonna bien plus, et creurent qu'il y avoit
+eu connivence. Je fus caressé et des louanges entières, puis on
+me pria de sortir en mer pour achever d'y consommer le restant
+des vivres de l'armement; ce qui fait connoistre que l'homme
+avide n'est jamais content des biens du monde<a id="FNanchor_95" name="FNanchor_95"></a><a href="#Footnote_95" class="fnanchor">95</a>.</p>
+
+<p>Enfin je les voulus contenter et rassemblay mon petit équipage
+qui disoient ne rien craindre soubs ma conduite, quoiqu'on dize
+que j'ay de la présomption, mais c'est choze réelle que cela fut
+dit par mon équipage. Nous sortons du port du 6 décembre et
+poussons la route vers le Ouest de la Manche, où étant proche
+de Portland en Angleterre nous creusmes estre abimés par la mer.
+Je fis à petite voilure coure vers les costes de France et atrapé la
+rade de Cherbourg, où je fus à terre et y saluay M<sup>r</sup> le Marquis de
+Fontenay<a id="FNanchor_96" name="FNanchor_96"></a><a href="#Footnote_96" class="fnanchor">96</a> qui en étoit gouverneur et seigneur de mérite et bien
+grascieux. Après l'avoir satisfait sur la manière de ma prize, je me
+retiray à mon bord sur les trois heures du soir que les vents sautèrent
+au nord-ouest qui sont très dangereux dans cette rade, et
+sur les six heures ils augmentèrent et la mer devint impétueuse.
+J'aurois bien souhaité estre dans la crique, mais il y avoit encore
+<span class="pagenum"><a name="pg132" id="pg132"></a>-132-</span>
+plus de trois heures pour attendre que la mer fus haute, où pendant
+cette attente nous souffrions beaucoup par les fréquents coups de
+mer qui nous couvroient depuis la proue à la poupe. Mon équipage
+disoit: «Il faut abandonner les câbles et pousser en coste.»
+Et je leur remontray qu'aucun de nous ne pourroit sauver la vie,
+et que pour périr il vaudroit mieux périr où nous étions pour n'estre
+blasmés d'imprudence, et nous soufrismes jusques sur les 8
+heures et demye que je fis tirer un de nos canons par distance, et
+la mer se devoit trouver en son plain à neuf heures et demie. De
+nuit très obscure et au bruit de nos petits canons M<sup>r</sup> le Marquis
+de Fontenay fit aborder les deux costés de la crique de lanternes
+allumées, ce qui nous dénotoit la voye que nous devions tenir,
+et dans l'instant un coup de mer nous fit rompre une de nos bittes
+où nos câbles nous tenoient attachés, et il falut de toute nécessité
+couper nos câbles et donner au hazard pour entrer, et nous nous
+dépouillasmes tous en chemise pour mieux nous sauver, et nous
+entrasmes très heureusement et échouasmes tout au haut de la
+crique. Et je repris mes habits et fus au gouvernement remercier
+M. de Fontenay qui achevoit son souper avec grosse compagnie
+d'officiers suisses dont M. Du Buisson étoit du nombre. Tous ces
+messieurs me tesmoignèrent leur joye de ce que j'avois échapé du
+naufrage et particulièrement Madame de Brevent, belle-mère de
+M. le Marquis.</p>
+
+<p>Deux jours enssuite arriva à Cherbourg Monsieur le Marquis
+de Seignelay chez M. de Fontenay. On luy conta l'avanture de
+ma prize et aussy comme je venois de réchaper du naufrage. Il
+dit: «L'on m'a écrit sucintement sur la manière qu'il fit cette
+prize, mais puisqu'il est icy je seray bien aize de l'aprendre par
+luy mesme.» Il m'envoya chercher par un officier de marinne. J'y
+fus ayant des botines aux jambes, et si tost que je l'eus salué il me
+dit: «Comptées moy un peu comme vous vous y pristes pour enlever
+cette prize, et me dites au net sy quelques anglois ne vous
+y ont pas facilité.» Je lui dis: «Non, Monseigneur, et en moins
+que je le pourray j'en vais faire le détail à Votre Grandeur, et j'ay mon
+journal qui justifira le tout.» Et je commençay par la rencontre de
+réfugiez et de celle du capitaine au grand neez nommé Jean Stam,
+<span class="pagenum"><a name="pg133" id="pg133"></a>-133-</span>
+et la suite jusqu'à Dunkerque. Après quoy il dit tout haut: «Il y
+a eu de la témérité mais beaucoup de précautions et bien de la
+conduite.» J'inclinay la teste. Puis il me dit: «Je vous ordonne
+que du premier beau temps vous retourniez à Dunkerque et que
+vous désarmiez cet engin propre à périr du monde; je l'ay veu en
+passant, et j'écris à l'intendant de marinne de vous employer pour
+le service du Roy, en ce que je luy indiqueray.» Et je remerciay
+Sa Grandeur. Je fus congratulé de toute sa cour, et M. de Combe,<a id="FNanchor_97" name="FNanchor_97"></a><a href="#Footnote_97" class="fnanchor">97</a>
+ingénieur, me fit bien valoir que c'étoit par ses bons récits
+que j'avois esté apelé du Ministre, mais j'en étois redevable seul
+à Monsieur de Fontenay ce que j'apris au sertain. Le Ministre
+partit au lendemain pour Torrigny et suivre sa routte pour Brest<a id="FNanchor_98" name="FNanchor_98"></a><a href="#Footnote_98" class="fnanchor">98</a>,
+et trois jours après qui étoit au 9<sup>e</sup> janvier 1689, je party de Cherbourg
+pour me rendre à Dunkerque où j'arrivay le 12 ensuivant et
+aussitost que je fus débarqué, M. Geraldin<a id="FNanchor_99" name="FNanchor_99"></a><a href="#Footnote_99" class="fnanchor">99</a> me dit: «Notre
+frégatte neufve s'avance bien et il faudroit donner vos atentions.»
+Je fus ensuite saluer M<sup>r</sup> Patoulet,<a id="FNanchor_100" name="FNanchor_100"></a><a href="#Footnote_100" class="fnanchor">100</a> intendant de marinne, et il
+dit: «J'ay des ordres du Ministre de vous donner le commandement
+des deux barques longues qui sont neuves et prestes de
+lancer à l'eau, et à vous de choisir un capitaine bien expérimenté
+pour en commander l'autre, et de suivre vos ordres.» Je le priay
+de m'en nommer un de son choix, et il me dit qu'il ne me faloit
+pas un jeune officier qui fût de qualité, parce qu'il me pourrait
+contrecarer dans la subordination à cause de sa naissance et que
+cela préjudicieroit au service. Il jetoit en vue sur le capitaine
+Pierre Harel<a id="FNanchor_101" name="FNanchor_101"></a><a href="#Footnote_101" class="fnanchor">101</a> qu'on avoit envoyé du Havre pour servir de pillotte
+<span class="pagenum"><a name="pg134" id="pg134"></a>-134-</span>
+sur un des gros vaisseaux du port, mais M<sup>r</sup> l'intendant me dit
+que si je pouvois m'acomoder de M<sup>r</sup> Durand<a id="FNanchor_102" name="FNanchor_102"></a><a href="#Footnote_102" class="fnanchor">102</a> que luy étoit
+recomandé par M<sup>r</sup> Begon,<a id="FNanchor_103" name="FNanchor_103"></a><a href="#Footnote_103" class="fnanchor">103</a> intendant à Rochefort, que je ferois
+plaisir à tous les deux, et qu'il faudrait que ce fût moy qui anonssât
+cette nouvelle au dit S<sup>r</sup> Durand comme de mon choix pour le tenir
+plus ataché à moy, ce que je fis, et M<sup>e</sup> l'Intendant luy confirma
+la chose qu'il acxepta. L'on équipa les deux barques longues,<a id="FNanchor_104" name="FNanchor_104"></a><a href="#Footnote_104" class="fnanchor">104</a>
+la mienne étoit nomée la <i>Sans Peur</i>, et l'autre l'<i>Utille</i>;
+j'avois huit canons et l'autre six et chacun quarante-cinq hommes
+d'équipage, et nous receusmes les ordres de la cour cachetées pour
+ne les pas ouvrir que nous ne fussions hors des bancs de Flandre,
+et les ayant ouvertes elles portoient d'aller devant la Tamise, rivière
+de Londres, pour observer combien de vaisseaux de guerre
+nous y pourions découvrir, et à peu près leurs forces et enssuite
+aux Dunnes, et puis à l'ille de Wic, Darthemuths, et Plemuths,
+et après avoir observé nous revenions rendre compte de nos gestions.
+La cinquiesme journée d'après nostre départ, qui fut le
+premier de février et la 6<sup>e</sup> dito, étant le travers de la Rie éloignée
+de 3 lieux, sur le soir nous aperceusmes un bâtiment qui venoit
+pour nous reconnoistre et la nuit survenant nous le perdismes
+de vue. Je fis passer la nuitée soubs la cape pour ne nous exposer
+dans les bancs, et au jour nous aperceusmes M<sup>r</sup> Durand éloigné
+de plus de trois lieux et qui donnoit la chasse sur un bastiment.
+Je fis tirer un coup de canon pour le rappeler à nous, il n'en fit
+aucun cas; et fis tirer un segond coup et il ne cessa pas quoy
+que ses ordres comme les miennes portoient d'éviter toutes occasions
+<span class="pagenum"><a name="pg135" id="pg135"></a>-135-</span>
+de prendre aucun bastiment ny de nous faire prendre. Il
+fut bien surpris de voir que celuy sur qui il avoit chassé, le chassa
+luy mesme, et qu'avant que je le peus secourir, il fut pris par une
+frégatte de douze canons de Flessingue qui l'ammarina. Et le 7<sup>e</sup>
+février, je rentra au port et rendis compte à M. l'intendant qui fut
+fort irité envers le sieur Durand, et le 9 la frégatte de Flesingue
+et notre barque longue furent encontrées par deux de nos frégates,
+qui revenoient escorter trois prises qu'ils avoient faites au Nord
+sur les Hollandois, lesquels prirent le flessinguois et l'<i>Utille</i> devant
+Ostende, et nous les amenèrent dans Dunkerque, et où le pauvre
+Durand fut menacé du cachot et traité d'incapable de commander,
+dont il creu que je l'avois par trop blasmé sa conduite. Mais
+M. l'intendant luy fit bien conoistre le contraire, et que je l'avois
+excusé, mais ses officiers propres, après estre de retour, déposèrent
+son entestement, luy reprochant de luy avoir remontré qu'il
+outrepassoit les ordres et n'avoir voulu cesser la chasse après que
+j'eus fait tirer les deux coups de canon. M<sup>r</sup> l'intendant m'ordonna
+de nommer un autre capitaine pour l'<i>Utille</i> qui avoit esté rechaspée.
+Je luy dits: «M. Durand sera corigé et fera mieux.» Il me
+dit: «Ne m'en parlez pas, la cour deffend de l'employer. Vous
+m'avez cy-devant proposé Harel comme homme expérimenté et
+posé, prenez-le et vous disposez à partir dès demain sy le vent
+permet pour escorter plusieurs petits bastimants qui atendent
+pour aler à Calais, à Bologne et St Valery-en-Somme et puis en
+rameinerez d'autres qui sont pour revenir icy.» Le S<sup>r</sup> Harel étoit
+d'une entière reconnoissance de son élévation et avoit toutes
+soubmissions possible; et le Roy étoit bien servy. Nous fismes
+ce manège près de deux mois et puis nous escortasmes des bastiments
+jusqu'au Havre, où M. de Louvigny<a id="FNanchor_105" name="FNanchor_105"></a><a href="#Footnote_105" class="fnanchor">105</a> pour lors intendant
+m'ordonna d'en escorter jusqu'à Cherbourg où je trouverois
+mes ordres chez monsieur De Matignon<a id="FNanchor_106" name="FNanchor_106"></a><a href="#Footnote_106" class="fnanchor">106</a>, qui après l'avoir esté
+salué m'ordonna de rester avec l'<i>Utille</i> jusqu'à ses ordres.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg136" id="pg136"></a>-136-</span>
+Peu après ariva à Cherbourg monsieur De la Hoguette,<a id="FNanchor_107" name="FNanchor_107"></a><a href="#Footnote_107" class="fnanchor">107</a>
+lieutenant général des armées du Roy, qui avoit un camp volant
+pour au cas que les ennemis voulut atenter une dessente vers ces
+costes. Le conseil de ces seigneurs s'assembla à la Paintrerye<a id="FNanchor_108" name="FNanchor_108"></a><a href="#Footnote_108" class="fnanchor">108</a>
+proche de la Hogue. Je receu leurs ordres par écrit, portant que
+M. le chevalier de Beaumonts,<a id="FNanchor_109" name="FNanchor_109"></a><a href="#Footnote_109" class="fnanchor">109</a> commandant une petite frégate
+de douze canons, et M<sup>r</sup> de Rantot<a id="FNanchor_110" name="FNanchor_110"></a><a href="#Footnote_110" class="fnanchor">110</a>, son frère, comandoit
+une corvette de six canons qu'ils avoient armées à leurs frais,
+lesquels devoient étant en mer suivre en tout mes ordres. Je représentay
+à M<sup>rs</sup> de Matignon et De la Hoguette que c'étoit faire
+affront à des M<sup>rs</sup> d'une naissance bien au-dessus de la mienne et
+que l'on m'accuseroit d'ambition. Ces messieurs me dirent: «Vous
+êtes porteur de commission du Roy et eux de M<sup>r</sup> l'admiral, et
+ils acceptent avec plaisir, d'aller soubs un habille homme.» Nos
+ordres étoient d'aller croiser de dans notre Manche<a id="FNanchor_111" name="FNanchor_111"></a><a href="#Footnote_111" class="fnanchor">111</a>, le long
+des costes d'Angleterre, pour y découvrir leurs armées et savoir
+s'y celle de Hollande y étoit jointe, et que ne rencontrant dans
+le canal, que nous irions en mer depuis les hauteurs de 50<sup>e</sup> degrez,
+jusqu'aux 47<sup>e</sup> degrez et sur le tout de ne nous pas arrester à faire
+aucunes prises. Et nous partismes avec les deux M<sup>r</sup> de Baumont,
+de la Hongue, le 17<sup>e</sup> juillet, et croisasmes de tous costés jusqu'au
+11<sup>e</sup> aoust, qu'en rétrogradant nos premières routes étant
+proche de Torbay,<a id="FNanchor_112" name="FNanchor_112"></a><a href="#Footnote_112" class="fnanchor">112</a> nous aperceusmes une flotte qui y estoit à
+<span class="pagenum"><a name="pg137" id="pg137"></a>-137-</span>
+l'ancre composée d'une soixssantaine de vaisseaux tant de guerre
+que gros marchands, et il nous fut donné chasse par deux frégattes,
+et nous nous sauvasmes devant la Hougue où je débarquay
+avec le chevalier de Beaumonts. Nous montasmes à cheval et fusmes
+à Cherbourg rendre compte à ces deux messieurs les généraux
+qui creurent que c'étoit les deux armées jointes enssemble
+qui avoient dessain de faire quelque dessente; nous eusmes beau
+leur dire que non, et leurs dits: «Donnez-nous quelqu'un auquel
+vous ayez plus de confiance qu'à nous et nous allons retourner
+les observer, autant que nous le pourons.» Ces messieurs disoient:
+«Allées, toute la confiance est en vous.» Et remis soubs
+voille et fusmes observer, et le 14 ils mirent soubs voilles et firent
+route pour sortir la Manche, et je renvoyay M<sup>r</sup> De Baumonts
+randre fidel compte et rassurer ces messieurs et que j'alois continuer
+d'observer leur marche pour ensuite en donner les avis, et
+j'accompagnay toujours de vüe pendant six jours cette flotte jusqu'à
+la hauteur du Cap de Finistère à 70 lieues dans le ouest faisant
+leur route vers le Portugal en Espagne, et je jugeay à propos de
+n'aler plus loing, et de retourner à Cherbourg pour ne tenir plus
+longtemps nos deux généraux en suspends et arivay à Cherbourg
+le 8<sup>e</sup> de septembre où je feu bien receu, et le 20<sup>e</sup> suivant
+ces messieurs receurent ordre de me garder quelque temps
+pour garder le long de la coste depuis la Hougue jusqu'à l'entrée
+du Ras de Blanchard et de tems à autre d'aler 15 à 20
+lieux vers l'Angleterre, pour faire découverte, et sur la fin
+de Novembre j'eus ordre d'aller à la Hougue, joindre les deux
+frégates du Havre commandée par M<sup>rs</sup> De Failly et Sainct-Michel
+qui y avoient escorté une flotte de moyens bastiments
+chargés pour fournir aux magazins de Brest, où nous eusmes les
+ordres de les y escorter avec les dites deux frégates et fusmes avec
+cette flote de port en port le long de la Bretagne, où nous y joignions
+plusieurs autres bastiments pour le mesme subjet des magazins
+<span class="pagenum"><a name="pg138" id="pg138"></a>-138-</span>
+du Roy, et nous n'arrivasmes à Brest que le 5<sup>e</sup> février,<a id="FNanchor_113" name="FNanchor_113"></a><a href="#Footnote_113" class="fnanchor">113</a> que
+monsieur le mareschal d'Estrées, le père, étoit commandant que
+je fus saluer et luy demanday ces ordres et où il souhaiteroit de
+m'occuper. Il me parut triste<a id="FNanchor_114" name="FNanchor_114"></a><a href="#Footnote_114" class="fnanchor">114</a> en me disant: «Ce n'est plus
+à moy de vous ordonner. M<sup>r</sup> le Marquis de Seignelay arivera demain
+où le jour ensuivant qui disposera à sa volonté.» Et je pris
+congé.</p>
+
+<p>Juillet 1689. M<sup>r</sup> de Seignelay sitosts son arivée à Brest<a id="FNanchor_115" name="FNanchor_115"></a><a href="#Footnote_115" class="fnanchor">115</a> fit empresser
+l'armement de tous les vaisseaux de haut bort et des frégates
+et brulots et flûtes de transport; c'étoit un fracas terrible
+dans le port de Brest jour et nuit. Et Sa Grandeur nous ordonna
+à tous les capitaines des barques longues et corvettes de différents
+endroits d'aler croiser.<a id="FNanchor_116" name="FNanchor_116"></a><a href="#Footnote_116" class="fnanchor">116</a> Mon quartier fut devers Belille après
+que j'aurois eu délivré un paquet de lettres à M<sup>r</sup> de Bercy
+qui y estoit. Et aussitôt je remis en mer 30 et 40 lieux au large,
+où je fis rencontre de M<sup>r</sup> le chevalier de Lévy,<a id="FNanchor_117" name="FNanchor_117"></a><a href="#Footnote_117" class="fnanchor">117</a> lieutenant
+de haut bord, qui comandoit une barque longue de 4 canons,
+et nous nous joignismes enssemble quelques jours. C'étoit
+un officier d'un grand esprit mais bien débauché et satirique.
+Il me dit: «Le Ministre ne sait comment se déffaire de ma personne
+que par me faire commander cette coque de noix, mais il
+ne sait pas que les ivrognes ont leurs Dieux, et ainssy je ne crains
+<span class="pagenum"><a name="pg139" id="pg139"></a>-139-</span>
+pas l'eau salée.» Effectivement son bastiment n'étoit pas capable
+de résister au moindre coup de vent. Puis nous retournasmes à
+Brest pour reprendre des vivres et y recevoir nouvelles ordres.
+Et en entrant à la baye de Brest entre le Conquets et Bertheaume
+nous y trouvasmes partye de notre armée mouillée à l'ancre. Et
+M<sup>r</sup> de Seignelay étoit sur le <i>Soleil Royal</i>.<a id="FNanchor_118" name="FNanchor_118"></a><a href="#Footnote_118" class="fnanchor">118</a> L'ayant salué il
+nous ordonna de n'estre qu'un jour à recevoir nos vivres et aussitôt
+de retourner tous en mer<a id="FNanchor_119" name="FNanchor_119"></a><a href="#Footnote_119" class="fnanchor">119</a>, chacun de nostre costé, sans nous
+fixer les hauteurs, afin d'aler à la rencontre et tascher de découvrir
+l'armée de M<sup>r</sup> le chevalier de Tourville qu'on atendoit venir de
+Toulon pour faire l'adjonction des deux armées,<a id="FNanchor_120" name="FNanchor_120"></a><a href="#Footnote_120" class="fnanchor">120</a> dont le Ministre
+étoit impatient d'avoir des nouvelles. Et nous étions déjà
+au 2<sup>e</sup> Mai<a id="FNanchor_121" name="FNanchor_121"></a><a href="#Footnote_121" class="fnanchor">121</a>. Je fus seul à 80 lieux dans le ouest, puis je fus chercher
+la hauteur du cap Finistère toujours à cette distance, et le 13<sup>e</sup>
+May j'aperceus une frégate qui avoit pavillon anglois, j'eus crainte
+d'en estre pris. Elle ne tint pas compte de nous et je repris ma
+routte, et une demie heure après mon homme à la découverte du
+haut du mât cria: «Monsieur, voilà ce que nous cherchons.
+Voilà une armée de gros vaisseaux qui viennent à nous.» J'amenay
+mes voilles pour les atendre et les reconnoistre, et lors que je
+fus certain je poussay à toute voile sur l'admiral, et en étant proche
+je le saluay de sept coups de canon. Aussitôt un canot avec
+un aide-major vint m'ordonner d'aler au bord. J'y fus et M<sup>r</sup> De
+Tourville m'ayant demandé sy M<sup>r</sup> de Seignelay étoit en santé et
+en quelle disposition étoit l'armée à Brest et luy ayant rendu
+compte sur tout, je le priay de me donner un mot de sa main pour
+<span class="pagenum"><a name="pg140" id="pg140"></a>-140-</span>
+le Ministre, et que je voulois retourner suivant mes ordres, et il
+écrit sur champ: «Les vaisseaux de Sa Majesté sont en bon état,
+tout se porte bien et suis ravi d'en avoir autant apris de vous, auquel
+je suis respectueusement, le chevalier de Tourville.» Et
+sans fermer son billet il ajouta au bas: «à M<sup>r</sup> de Seignelay, secrétaire
+et Ministre d'Etat.» Et je retournay sur mes pas à toute
+force et sur les 7 heures du soir j'eus ratrapé la vedete qui m'avoit
+mis pavillon anglois, et pendant toute la nuitée je forçois de
+voille à faire trembler mon équipage et j'arrivay à Berteaume au
+vaisseau où étoit le Ministre le 18 may.</p>
+
+<p>Il étoit encore endormy, l'on me faisoit signe de ne faire aucun
+bruit. Mais quand j'eus dit à M<sup>r</sup> de Perinet<a id="FNanchor_122" name="FNanchor_122"></a><a href="#Footnote_122" class="fnanchor">122</a>, comandant du
+pavillon, que j'aportois à Sa Grandeur les nouvelles de M<sup>r</sup> de
+Tourville, il dit: «C'est un bon réveil, je vais l'advertir.» Et aussitost
+je l'entends crier: «Qu'on me fasse entrer cet officier.»
+Je fais mon compliment en luy donnant le billet ouvert. Il me le
+redonne disant: «Lisées, car j'ay encore les yeux fermés.» Et
+après la lecture il receut sa robe de chambre et m'atira au balcon
+où il me quiestionna où je l'avois laissé, et quand je croyois
+qu'il pouroit ariver. Et l'ayant satisfait en luy disant que dans un
+ou deux jours s'il n'arive du contre-temps qu'ils ariveroient, il
+dit: «Qu'on donne à déjeuner à cet officier.» Je m'y arrestay
+très peu; je fus luy demander ses ordres et il me fit donner un
+billet d'ordonnance de cent pistoles sur le trésor royal de Brest,
+et m'ordonna de retourner en mer audevant de M<sup>r</sup> de Tourville, et
+qu'aussitôt que je l'aurois découvert que je repris le devant pour
+revenir luy dire où je les aurois rencontrés. Et le lendemain de
+mon départ de Bertheaume je trouvai l'armée à 18 lieux au ouest
+de l'ille de Groys<a id="FNanchor_123" name="FNanchor_123"></a><a href="#Footnote_123" class="fnanchor">123</a>, et je n'eus loisir que d'estre arivé à Bertheaume
+que sept heures avant la dite armée. Et se fit l'adjonction<a id="FNanchor_124" name="FNanchor_124"></a><a href="#Footnote_124" class="fnanchor">124</a>.
+Et M<sup>r</sup> de Seignelay quitta le vaissau sur lequel il étoit et
+<span class="pagenum"><a name="pg141" id="pg141"></a>-141-</span>
+se fit porter à celuy de M<sup>r</sup> le comte de Tourville nommé le
+<i>Conquérant</i> monté de 90 canons, et le mesme soir il ordonna à M<sup>r</sup>
+de Moyencourt<a id="FNanchor_125" name="FNanchor_125"></a><a href="#Footnote_125" class="fnanchor">125</a>, aide-major de l'armée, de s'embarquer avec
+moy pour aler croiser dans nostre Manche jusqu'au travers de
+Pleimuts pour y pouvoir découvrir les armées d'Angleterre et de
+Holande, et que ne les trouvant pas nous reviendrions à l'ille de
+Ouessant donner des ordres au sieur gouverneur pour faire des
+signaux au cas que de son ille il aperceu les ennemis. Et puis
+nous retournasmes rendre compte de n'avoir rien découvert<a id="FNanchor_126" name="FNanchor_126"></a><a href="#Footnote_126" class="fnanchor">126</a>.</p>
+
+<p>Nous étions déjà au 23 de may<a id="FNanchor_127" name="FNanchor_127"></a><a href="#Footnote_127" class="fnanchor">127</a> et on n'avoit jusqu'alors pu
+apprendre le nombre ny les forces des armées ennemies lorsque
+je remis M<sup>r</sup> de Moyencourt près du Ministre, lequel dit hautement:
+«En vérité, Messieurs, je vois que le Roy est très mal
+servy, ayant autant de ces frégates légères et barques longues bien
+équipées et qui vont aux découvertes, qu'il n'y en aye pas une qui
+luy donne nouvelle des armées ennemies ny seulement qu'ils luy
+ayent amené quelque bateau anglois pour en aprendre quelques
+nouvelles.» Un chacun gardoit le silence. Je m'aproché de M<sup>r</sup> le
+chevalier Venize<a id="FNanchor_128" name="FNanchor_128"></a><a href="#Footnote_128" class="fnanchor">128</a> qui étoit le capitaine du pavillon du <i>Conquérant</i>,
+<span class="pagenum"><a name="pg142" id="pg142"></a>-142-</span>
+et je luy dis que si Monseigneur de Seignelay vouloit me
+donner une commission portant les ordres de faire des dessentes
+et d'y enlever sur les costes ennemies ce qui peut s'uziter par les
+loix de la guerre, que je me hazarderois dans peu de temps de luy
+amener quelques prisonniers Anglois qui informeroient mieux Sa
+Grandeur que ne le pouroit un maître ou matelot de barque ou
+d'un pescheur. M<sup>r</sup> de Venize fit ce récit au ministre, qui me fit
+apeler et me quiestionna comme je m'y prendrois, et luy ayant
+dis à peu près il me fit délivrer ma commission ample comme je la
+souhaitois, signée Louis, datée de Versailles, et au bas, Colbert;
+et il me promit que sy je suis pris qu'il me feroit délivrer le plutôt
+possible, dont plusieurs officiers s'entredisoient: «Voilà
+une entreprise d'étourdi qui ne manquera pas d'estre pris et peut
+estre pendu:» Ce qui ne m'ébranla aucunement, et party sur le
+champ et fut aterrer à Monsbay en Angleterre. J'en fus chassé
+par un garde coste, et m'échapé au travers des rochers du cap
+Lézard. Je costoyois la dite coste jusqu'à Portland, et fus au
+matin mouiller l'ancre devant le port de Oüesmuths ayant un
+pavillon d'Ostende arboré, et ne fis paroistre que dix à douze
+hommes de mon équipage, et le surplus en bas de la calle avec le
+chevalier Daumonville, mon lieutenant, pour les faire contenir
+dans un silence et en estat de monter au premier coup de pied
+que je fraperois. Il ne manqua pas de venir une chaloupe venant de
+terre avec six hommes me demander d'où j'étois et sy je voulois
+entrer dans le port. J'attiray le maistre et luy fis boire un coup
+d'eau-de-vie qu'il reconnut bien estre de France, et me demanda
+sy j'en avois encore à vendre. Je luy dis en avoir plusieurs pièces
+avec d'autres marchandises qui ont esté prises sur les françois,
+et, comme c'est contrebande en Angleterre, que je voudrois
+qu'il vint en rade quelqu'un avec lequel j'en peu traiter. Il me
+dit: «Je vais vous envoyer un brave homme et vous pourez vous
+acomoder enssemble». Il s'en ala. Et bien une heure et demie
+après il vint une belle chaloupe bien peinte voguant à huit rames
+et un officier en manteau rouge, lequel s'embarqua et dit: «Où
+<span class="pagenum"><a name="pg143" id="pg143"></a>-143-</span>
+est le maistre?» Je luy dis que c'étoit moy et le fis entrer dans
+ma chambre, et je frappay du pied sur le tillac. Le chevalier
+Daumonville, au moment, fit monter mon équipage et luy. Ils
+sautèrent dans la chaloupe une partie pour piller les matelots anglois.
+Je quité compagnie à mon hoste qui fut tout troublé et j'empeschay
+la pillerie, et fis rendre ce qu'on avoit pris et fis lever
+nostre ancre et apareiller nos voilles et changeay de pavillon, ce
+qui consterna mon hoste et ses gens. Il me pria de luy dire qui
+j'étois et que je luy donnast lieu d'écrire à son épouze. Je luy dis
+n'avoir ce loisir et je me nommay, et que j'étois pour le Roy de
+France, et qu'il ne luy seroit fait aucun mal ny tort, et congédiay
+la dite chaloupe et les 8 hommes, et fis ma route pour gagner nos
+coste. En arivant en vue de l'ille de Bats en Bretagne, je fus
+rencontré par deux frégates de Flessingue, qui me donnèrent la
+chasse et à grands coups de canon. Je me sauvay entre les rochers
+et mouillay l'ancre devant Roscof où je débarquay avec mon
+hoste, et trouvay M<sup>r</sup> Le Roy de la Potterie<a id="FNanchor_129" name="FNanchor_129"></a><a href="#Footnote_129" class="fnanchor">129</a>, commissaire de
+la marinne, auquel je dis de me faire donner des chevaux de poste
+pour conduire plus seurement mon cavalier à Brest où estoit encore
+l'armée à Berteaume. M<sup>r</sup> de la Potterie nous fit servir à
+manger pendant la recherche de trois chevaux, mais mon anglois
+ne peut que boire un verre de vin et moy je fis très bien le devoir
+de table. Et puis montasmes à cheval et arivasmes le mesme
+soir 29 may à Brest, et fusmes descendre à l'intendance où M<sup>r</sup>
+Descluzeaux<a id="FNanchor_130" name="FNanchor_130"></a><a href="#Footnote_130" class="fnanchor">130</a>, intendant, me fit donner une chaloupe bien
+équipée et de bon vin pour nous rendre à Berteaume où j'arrivé
+sur les 4 heures du matin, 30<sup>e</sup>, au bord du <i>Conquérant</i>, où M<sup>r</sup>
+de Tourville me receut très gracieusement, sachant ma capture,
+et fus éveiller M<sup>r</sup> de Seigneiay, qui en robe de chambre me fit entrer
+et mon anglois auquel il fit bien des honnestetez, en le rassurant
+que sy il luy dizoit vérité à ses demandes il le renvoiroit en
+peu de temps à son pays, puis il luy demanda son nom, son employ,
+<span class="pagenum"><a name="pg144" id="pg144"></a>-144-</span>
+et comme je l'avois enlevé, et sy je ne l'avois point maltraité
+ni pillé, sur quoy il tira une belle montre et une bourse bien garnie
+de guinées et son diamant au doigt et dis: «J'ai offert tout
+cecy à votre capitaine afin qu'il me laissat retourner dans ma
+chaloupe, et a tout refusé. Je me nomme Thomas Fisjons. Je suis
+le colecteur ou receveur des deniers royaux de la ville et dépendance
+de &OElig;sumths<a id="FNanchor_131" name="FNanchor_131"></a><a href="#Footnote_131" class="fnanchor">131</a>, que souhaitez-vous de moy?» Alors le ministre
+luy dit: «Je vous demande en toute sincérité que vous me
+déclariez le nombre et qualitez des vaisseaux de l'armée du Roy
+de la Grande Bretagne et aussy des vaisseaux Holandois, et de
+quel temps la dijonction s'en fit.» Il resta une poze sans répondre
+et jetant un grand soupir et puis il dit: «Seigneur, je serois perdu
+en le dizant et passerois pour traistre à l'Etat.» Et le ministre le voulant
+rassurer luy promettoit le secret. Il dit: «Si vostre capitaine
+eut esté un pillard et qu'il m'eust ou fait fouiller, il auroit trouvé
+ce que vous demandez.» Le ministre entendit à son discours et
+se retira au balcon et me fit venir et me dit: «Vous n'avez fouillé,
+ni fait faire à votre prisonnier:» Je dis: «Non, en vérité, Monseigneur.»
+Je le say. «Fouillez-le et luy ostez son portefeuille
+et tous les papiers et me les aportez.» Je me mis à l'effect dans la
+chambre du conseil, où plusieurs officiers furent surpris de me
+voir faire en disant: «Tenez-vous, voilà le ministre qui vous voit.
+Pourquoy n'avez-vous fait cela étant dans votre bord?» Je pris
+son portefeuille n'ayant trouvé d'autres papiers; je les porté au
+ministre, et à l'ouverture nous trouvasmes deux pancartes, où
+étoit en la plus grande, le dénombrement des vaisseaux des deux
+armées, et bien désignées, les noms de chaque vaisseaux et des
+commandants, le nombre des canons d'un chacun et des équipages,
+ainsy de ceux d'Holande avec les divisions et les ordres de
+la marche de bataille au cas de rencontre et aussy tous les signaux.
+Sur quoy M<sup>r</sup> de Seignelay et fit venir M<sup>r</sup> de Tourville et
+luy dit: «Je n'en désire pas davantage.» Mais ces deux Seigneurs
+furent bien surpris que la deuxième pancarte que j'ouvris
+que c'étoit les véritables portraits et nombre et les forces et signaux
+<span class="pagenum"><a name="pg145" id="pg145"></a>-145-</span>
+de notre armée. Et fort étonné le ministre dit: «Nous
+n'avons plus de secrets en France; elle est trahie de tous costés.»
+Et me dit: «Alées à votre bord jusqu'à ordre et j'aurey le
+soin de vous.»</p>
+
+<p>Le consseil s'assembla et dura toute l'après midy jusqu'au soir,
+après quoy on me fit venir où M<sup>r</sup> de Seignelay me dit: «J'ay fait
+demander à M<sup>r</sup> Thomas Fisjons s'il vouloit que je le renvoyast par
+terre à Calais ou Zélande pour repasser chez luy. Il craint les fatigues,
+et me demande d'estre renvoyé par celuy qui l'a emmené
+et qu'il répond qu'il ne vous sera fait aucun tort au cas de rencontre.»
+Sur quoy je dis: «C'est à quoy je ne doibs m'y fier, et
+pour bonne expédition, je supplie Vostre Grandeur d'ordonner
+que l'on me délivre une petite chaloupe outre la mienne et qu'on
+me donne quatre matelots anglois qui sont aux prisons afin que
+lorsque je seray proche de la coste d'Angleterre où je pouray atraper,
+je mettray mes anglois dans la dite chaloupe tout près de
+terre, et reprendray ma route.» Mon expédient fut trouvé bon,
+et le Ministre me fit porter 48 bouteilles de vin de Champagne,
+douze flacons de malvoizie et des liqueurs de Marseille, des saucissons,
+cervelas, jambons, langues fumées, des patées, deux
+moutons et volailles pour régaler en route mon anglois. Mais je
+ne le garday que deux jours, l'ayant débarqué près de Torbay,
+avec des bouteilles de Champagne dont il fut très content et m'embrassa<a id="FNanchor_132" name="FNanchor_132"></a><a href="#Footnote_132" class="fnanchor">132</a>
+et jetta sur mon pont trente guinées d'or pour mon équipage,
+et dont M<sup>r</sup> le chevalier Daumonville s'en voulut retenir la
+plus grosse partye et je les fis partager.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg146" id="pg146"></a>-146-</span>
+En retournant joindre notre armée, ce qui fut le 8<sup>e</sup> juin<a id="FNanchor_133" name="FNanchor_133"></a><a href="#Footnote_133" class="fnanchor">133</a> et
+je la trouvay toute preste à mettre soubs les voilles pour sortir par
+Liroize. Je fus rendre compte du débarquement de mon hoste,
+et dis le présent qu'il fit à mon équipage et il me pria de présenter
+ses respects au Ministre et à M<sup>r</sup> de Tourville, lesquels m'ordonnèrent
+de mettre soubs voile et d'aler cinq à six lieues au devant
+de l'armée pour faire découverte, et l'on me donna par écrit tous
+les signaux. Je me croyois hors d'espérance de quelque gracieusetez,
+mais comme j'étois pour descendre à m'embarquer dans
+mon canot, M<sup>r</sup> de Tourville me fit rentrer et me mis dans la
+main un papier bouchonné, où il y avoit des espèces. Je fis un peu
+de difficulté, et il me dit: «C'est M<sup>r</sup> de Seignelay qui vous fait
+ce présent, atandant vous mieux faire et ne refuzées pas, et il m'a
+dit de luy faire souvenir de vous à la promotion, et que si vous
+aviez esté un pillard que vous auriez profité davantage avec votre
+anglois, mais vous auriez perdu l'estime qu'il a conceu et moy
+pour vous. Allez et continuez à bien servir.» Sitot que je fus
+dans ma petite chambre, je fus curieux comme les enfans de voir
+mes bonbons. Je trouvay soixante louis que je mis à remotis et
+fit appareiller. L'armée sortit et courut toute la nuit au large et
+sur le jour on courut vers le sud-ouest, jusqu'au soir que nous
+pouvions estre 60 lieux au large de Bellille où l'on garda ce parage
+plusieurs jours d'une assées beau temps, et je reconus bien
+que l'on avoit pas envie de rencontrer nos ennemys, et l'onziesme
+jours après la sortye l'on fit le signal de m'apeler au bord de l'admiral
+où m'étant aproché à la voix, l'on m'envoya le canot blanc
+destiné pour le grand major nommé M<sup>r</sup> de Remondy<a id="FNanchor_134" name="FNanchor_134"></a><a href="#Footnote_134" class="fnanchor">134</a>, lequel
+s'embarqua dans mon bord et renvoya son canot. Il m'indiqua
+les vaisseaux de l'armée où il vouloit aler, et lorsque nous en étions
+proche il demandoit qu'on l'envoyast chercher, puis tour à tour
+il fit ses visites savoir s'il manquoit quelque chose, s'informoit combien
+il y avoit de malades et les envoyoit sur les flûtes hospitalières
+<span class="pagenum"><a name="pg147" id="pg147"></a>-147-</span>
+et sur l'assoirant revenoit à mon bord où il se trouvoit indisposé
+du mal de teste et de la mer par la petitesse de mon bâtiment
+qui agitoit bien plus que les gros. Cepandant il fit la revue
+généralle en trois jours et demy et me quitta fort content des manières
+dont j'avoy agy à son égard et me mena avec luy auprès du
+Ministre, lequel faisant bon acueil dizant: «M<sup>r</sup> de Remondy, je
+vous ay plaint et je vous trouve changé. Vous trouvez-vous mal?
+Et je croy que vous avez fait bien pauvre chère dans un sy petit
+bastiment». Sur quoy M<sup>r</sup> De Remondy luy dit: «Il n'y a eu
+que les agitations qui m'ont esmeu et empescher de bien manger;
+j'ay esté surpris de sa bonne chère et de son bon vin de champagne;
+il a ce que vous n'avez pas, qui sont des petites huitres à l'écaille
+toute fraiches.» Le Ministre s'étonnant dit: «Et vous n'avez pas
+désemparé l'armée! Comme avez-vous fait pour les consserver?»
+Je le luy dis. Et il dits: «Ha, il m'en faut un peu.» Et j'envoyay
+chercher mon reste conssistant à plus de deux cents. M<sup>r</sup> de
+Moyancour luy dits: «Monseigneur, quant vous m'envoyastes
+avec luy à Ouessant il me régala très bien et proprement.» Sur
+cela M<sup>r</sup> de Seignelay me demanda à combien estoient mes gages.
+Je répondis: «Monseigneur, à cent livres par mois, mais je me
+fais honneur qu'il m'en coûte du mien.» Répliqua le Ministre:
+«Je ne veux pas qu'il vous en coute, et vous aurées 200 livres tous
+les mois.» M<sup>rs</sup> de Moyencourt et le chevalier de Venize dirent:
+«Il les méritte bien.» Puis M<sup>r</sup> de Venize me dit tout haut:
+«Qui chapon mange, chapon luy vient.» Je dis: «Plus Sa Grandeur
+m'honorera des bienfaits de Sa Majesté je n'en mettray point
+en poche.» Il se prit à rire, et je m'en retournay très content à
+mon bord.</p>
+
+<p>L'armée tint la mer jusqu'au 20<sup>e</sup> aoust sans rien encontrer. Le
+Ministre se trouva indisposé à la poitrine; il fist relascher devant
+Bellille et despescha un courier au Roy et dont il atendit la responsce,
+et le Roy luy ordonna de se débarquer, et de retourner
+à la cour et ordre à l'armée d'aller désarmer. M<sup>r</sup> de Seignelay
+me fit l'honneur de me choisir pour le porter dans ma barque longue
+jusqu'à Paimb&oelig;uf, rivière de Nantes, et M<sup>r</sup> de Tourville luy
+dit que ce seroit faire affront au chevalier de Lévy, ancien officier
+<span class="pagenum"><a name="pg148" id="pg148"></a>-148-</span>
+qui avoit aussy une barque longue. Le Ministre dit à M<sup>r</sup> de
+Tourville: «Hé bien, faites-moy souvenir de Doublet dans la
+promotion.» Et peu après que le grand Ministre fut à la cour il
+mourut,<a id="FNanchor_135" name="FNanchor_135"></a><a href="#Footnote_135" class="fnanchor">135</a> et je fus mis aux oubliettes.</p>
+
+<p>Après que nous eusmes désarmé à Brest, M<sup>r</sup> le chevalier de
+Venize demanda deux frégattes en brulot dont on tira les artifices
+pour les équiper en course soubs son commandement, et il me fit
+l'honneur de me choisir pour son capitaine, en segond; l'autre étoit
+monté par M. Naudy<a id="FNanchor_136" name="FNanchor_136"></a><a href="#Footnote_136" class="fnanchor">136</a> capitaine de brulot. Et ayant party de
+Brest au 16 de septembre, nous fusmes croiser vers les illes de
+Madère et Porto-Santo; nous y encontrasmes un navire anglois
+qui avoit 14 canons et nous étions seuls, parce que M<sup>r</sup> Nandy
+s'étoit séparé de nous. Ce navire anglois étoit fort par ses deux
+gaillards d'avant et d'arière bien garnies de vieux câbles entre les
+éclouezons, et avoit à chaque gaillard deux pièces de canon qui batoient
+devant et arière, et aussy des meurtrières d'où ils tiroient
+en seureté leurs mousqueteries et fauconneaux de bronze, et sans
+que nous puissions les découvrir, et sur les deux gaillards y avoit à
+chacun quatre coffres à feu remplis d'artifices et des flacons de
+double verre plains de poudre. Je dis à M<sup>r</sup> de Venize qu'avant que
+nous l'abordions, qu'il faudroit luy envoyer notre bordée de canons.
+Il dit: «Point du tout, il faut l'aborder damblée.» Ce qu'il
+fit faire, et je passay au gaillard d'avant pour sauter à l'abordage
+avec une vingtaine de nos hommes et ce que nous fismes. Je passay
+arrière de ce navire et voulut en baisser son pavillon, mais il étoit
+cloué par le haut. Leurs 4 canons de dessoubs leurs corps de garde
+tiroient à mitraille ainssy que leurs fauconneaux qui tuoient et
+estropioient ceux qui étoient avec moy, et nous ne scavions par
+quels endroits pouvoir en découvrir aucuns. Notre frégatte avoit
+débordé et croyons qu'elle avoit receu quelque coup fatal. Je m'étois
+mis dans le porte hauban d'artimon pour n'estre à découvert
+<span class="pagenum"><a name="pg149" id="pg149"></a>-149-</span>
+des anglois qui nous défaisoient d'autant de nos hommes qu'ils en
+découvraient. Je criay à M<sup>r</sup> de Venize de faire tirer quelques canons
+dans le bord de ce navire, sans quoy je ne pouvois le réduire
+et que j'avois perdu plus de moitié de mes gens qui étoient avec
+moy, et il fit tirer presque à bout portant sept à huit coups qui
+firent bresche, par lesquelles je jettay des grenades qui firent rendre
+nos ennemis et demandèrent quartier à ceux du chasteau de
+poupe. Et celuy d'avant tenoit encore fort, j'y cours avec quatre
+hommes dont un nommé Bérurier, de Touque,<a id="FNanchor_137" name="FNanchor_137"></a><a href="#Footnote_137" class="fnanchor">137</a> s'y porta vaillament.
+Leurs deux canons furent tirés sur nous sans nous endomager,
+mais j'aperceu à une meurtrière un fauconneau ajusté sur
+moy et je pris par un bras le dit Bérurier en luy disant: «Retire
+toy», et il receut le coup dans le sain et tomba mort à mes pieds.
+J'apellé mes deux hommes qui avoient des haches pour enfoncer
+la porte de ce château d'avant et aux premiers coups il fut ouvert
+par un anglois qui vouloit sortir avec un fauconneau, et sur lequel
+bien à point je luy déchargeai du taillant de mon sabre au travers
+du nez et des yeux un rude coup qui l'aresta, et puis je l'achevay
+de pointe et taille qu'il tomba sur la place; après quoy le reste demanda
+quartier. Lorsque nous en fusmes les maitres, ils nous déclarèrent
+venir de l'ille de Sainct-Michel où ils avoient chargé de
+bled pour apporter à Madère et qu'ils nous crurent pour un Saletin,
+ce qui les fit autant nous résister. Et comme nous étions proche
+de Porto-Santo noue les y débarquasmes ainsy que quelques
+portugais qui y étoient pour passagers. Et nous eusmes dix hommes
+tuez et sept estropiez, et les Anglois n'y perdirent que trois
+des leurs et un portugais de leurs passagers et trois blessés; mais
+il est surprenant comme j'ay échapé de ce rencontre. Et deux
+jours après nous prismes une flûte holandoise sans résistance, laquelle
+alloit à Madère avec son chargement de plusieurs marchandizes,
+et fut donnée à commandement à Jean Bérengier<a id="FNanchor_138" name="FNanchor_138"></a><a href="#Footnote_138" class="fnanchor">138</a>, segond
+pilote, à cause qu'il m'étoit parent. Et la mesme nuit il s'enyvra
+et son équipage; il fut à toutes voilles donner du nez contre la
+grande ille déserte et le navire coula à fond où il s'y noya 14 hommes,
+<span class="pagenum"><a name="pg150" id="pg150"></a>-150-</span>
+et luy et un matelot ayant monté au haut de leur mât trouvèrent
+un tronc en forme de trou à cete ille toute escarpée et se
+jetèrent dedans, et les mâts et son navire disparurent et au jour
+se trouvèrent tous les deux sans savoir par où se retirer de leur
+trou futs à dessendre ou monter, ils trouvèrent beaucoup d'oiseaux
+qui au jour prirent le vol, et trouvèrent plusieurs nids avec des
+&oelig;ufs et les oiseaux voltigeant autour, il n'y avoit ni herbes ny eau
+et ils se substentèrent avec des &oelig;ufs cruds pendant trois jours
+mais ayant une grande soif, et le matelot buvoit son urine, et à la 4<sup>e</sup>
+journée il s'aviza qu'il avoit un batement à feu et en tira et rompit
+le devant de sa chemize et aluma du feu avec des bruttilles des
+nids d'oiseaux et de leur fiente, cela faisoit fumée qui les fit découvrir
+par les Portuguais habitants de la dite ille, consistant en
+tout en trois petites familles qui avoient aperceu quelques débris
+du navire naufragé, et ils furent à l'extrémité de l'ille ou paroissoit
+la fumée, et crièrent du haut en langue portugaize: «Y a-t-il
+quelqu'un? <i>Aye a qui algunos?</i>» Les deux emprisonnés répondirent:
+«Sy seignor, sauve la vie!» Et les portuguais crièrent:
+«<i>Esper.</i>» Et furent au débris des mâts que la mer avoit transportés
+à une petite plage d'où ils en tirèrent des cordes, et puis
+revindre sur le haut du cap, qui estoit extrêmement haut et escarpé
+et filèrent deux cordes vis-à-vis le trou où paroissoit la fumée et
+attirèrent nos deux hommes avec eux, et les soulagèrent à leurs
+besoins de la soif et noriture pendant six jours jusqu'à trouver le
+temps favorable de les passer à l'ille de Madère, où nous étions
+avec notre frégatte et notre prize Angloise: Et on nous aprit qu'à
+la dite ille déserte il n'y a que trois pauvres familles, qui font rente
+au Roy de Portugal de 80 mille raies qui sont presque autant de
+nos deniers montant à 80 livres de rente, et qu'ils y recueillent un
+peu de bled, et font la chasse aux oizeaux nommés par nos terreneuviers
+des fauchets, que les portugais nomment pardelles, qui veut
+dire par couples, étant toujours deux à deux dans leurs nids comme
+les pigeons, et ils en sallent les corps, et de leurs tripes et graisses
+en font des huilles à brusler aux lampes et que dans la saizon avec
+la glue ils font la chasse aux cerins canariens qu'ils vendent à Madère
+et aux étrangers, de plus ces habitants font amas d'une
+<span class="pagenum"><a name="pg151" id="pg151"></a>-151-</span>
+mousse seiche qui croit sur les gros rochers au bord de la mer et
+où l'eau ne les frape pas ne provenant que par les salitres exalées
+et est nommée <i>orchilla</i>, servant aux teintures, et quoy que la dite
+ille est sans aucune deffences d'armes et que les corssaires d'Alger,
+et de Saley y fréquente souvent au tour, il est comme impraticable
+d'y monter, et un homme seul faisant rouler des pierres du
+haut il n'y a aucune accessibilité.</p>
+
+<p>Et au 10 décembre, nous partismes de Madère, M<sup>r</sup> de Venize
+n'y ayant voulu vendre le bled de nostre prize et me pria de la
+conduire en France soubs son escorte, et estant à 40 lieux de
+Belille nous encontrasmes un navire portuguais soubs pavillon
+et commission de France, chargé de fromage de Hollande venant
+d'Amsterdam, et nous découvrismes que le chargement étoit pour
+le compte des marchands holandois, ce qui nous la fit conduire à
+Brest où elle fut jugée bonne prize, et audessous des fromages il
+s'y trouva des ballots d'épisseries, cloux, muscade et cannelle qui
+méritoit des atentions plus qu'aux fromages, et nous désarmasmes
+à Brest au 28 décembre 1690.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch6" id="ch6"></a>CHAPITRE VI</h2>
+
+<p class="d">Mission en Ecosse.&mdash;Les pommes de reinette.&mdash;Entrevue de Doublet
+et de l'intendant de Dunkerque.&mdash;Amours de Doublet.&mdash;Il est nommé
+lieutenant de frégate.&mdash;Il reçoit le commandement de deux corsaires.&mdash;Combat.&mdash;Prises
+de trois navires.&mdash;Mission à Elséneur.&mdash;Passage du
+Sund.&mdash;Arrivée à Copenhague; à Dantzick.&mdash;Prise à l'abordage d'un
+navire anglais.&mdash;Naufrage devant Dunkerque.&mdash;Voyage à Versailles.&mdash;Aventure
+avec le sieur Pletz.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg152" id="pg152"></a>-152-</span>
+1690. Lorsque j'eus salué M<sup>r</sup> Des Cluseaux, intendant, il me
+dit: «J'ay des ordres de M. de Pontchartrain, Ministre de la
+marinne, de vous envoyer pour luy parler à la cour, et cela vous
+doibt faire plaisir; mais il faut avant partir faire désarmer votre frégatte
+et faire décharger et désarmer vos prises.» Je creus mon
+advancement estre indubitable, sur ce qu'il s'étoit passé avec M.
+de Seignelay. M. de Venize m'en témoignoit sa joye. Et lorsque
+les désarmements furent faits, je fus recevoir les ordres de M. l'intendant,
+qui ne consistoient que de me rendre à la cour chez M.
+de Pontchartrain et de recevoir cinquante pistoles à compte. J'acheptay
+deux chevaux pour moy et mon vallet après avoir pris
+congé de mes amys, je party le 9 janvier 1691 et le 17 j'arivay à
+Versailles et receus audience du Ministre le mesme soir, lequel
+m'ordonna de partir le matin pour me rendre à Dunkerque; où je
+trouverois mes ordres chez M. Patoulet, Intendant de marinne.
+Je fis connoistre avoir besoin d'argent ayant deux chevaux et un
+valet et que je priois Sa Grandeur de m'accorder deux jours de
+résidence à Paris. Il me remit au lendemain à sept heures du matin.
+M'y estant rendu, il me fit entrer en son cabinet et me
+fit compter cinq cents livres, et me dit de ne pas retarder à
+<span class="pagenum"><a name="pg153" id="pg153"></a>-153-</span>
+Paris plus de deux jours, et il me répéta: «Vous trouverez
+vos ordres à Dunkerque». Et je fus disner à Paris, d'où je partis
+le 21<sup>e</sup>, et arivay à Dunkerque le 27<sup>e</sup> sur les 5 heures du soir chez
+M. l'intendant, qui m'attira en particulier pour me dire qu'il y
+avoit une affaire d'importance pour le service du Roy, ce qui fera
+mon advancement; et que pour y réussir ny causer de soubssons,
+je m'abstiendrois d'aller chez luy, et qu'il me faloit conférer
+sur les moyens avec le chevalier Géraldin et duquel ses ordres
+pour moy étoient autant que celles de la cour. Il falut donc s'ouvrir
+et me déclarer le secret conssistant à pouvoir conduire en
+Ecosse un ingénieur au duc de Gordon qui tenoit bon pour le Roy
+d'Angletere Jacques second dans le château d'Edimbourg, capitalle
+du Royaume d'Ecosse, comme aussy de faire tenir en seureté
+un paquet de la cour au dit seigneur Duc de Gordon,<a id="FNanchor_139" name="FNanchor_139"></a><a href="#Footnote_139" class="fnanchor">139</a> et que pour
+y parvenir je cherchas dans mon idée les moyens, et que rien ne
+me manqueroit, et puis beaucoup de promesses et flatteries, disant
+avoir informé la cour ne conoistre personne autant capable que moy
+etc. Je répondis: «Cela mérite bien des attentions et des réflexions
+puisque M<sup>r</sup> le prince d'Orange par ses troupes est déjà possesseur
+de la ville d'Edimbourg et de la ville de Leict qui en est le
+port de mer, et je n'ay aucune personnes de connoissance en ces
+deux villes, et avec lesquels il faudroit prendre les mesures et il
+faut quelqu'un en crédit ou quelque autorité.» Et cela me fut
+promis et tenu. «&mdash;Secundo il nous faut un moyen bastiment,
+bon de voille, et qui ne paraisse pas estre disposé pour la guerre.»
+Et je fis choix d'un gras basteau pescheur de harens; et que l'on
+m'y donneroit quelqu'un pour bien m'interpréter les langues angloises
+et écossaises; et que l'on m'acorda un jeune Irlandois
+nommé le S<sup>r</sup> Welchs; et que M<sup>r</sup> l'ingénieur seroit déguizé en gros
+marin et passât pour mon pilote, n'ayant belle perruque ny habits galonnés,
+afin de n'estre reconnu par mon équipage, qui seroit composé
+de dix matelots flamands, et que l'on me muniroit d'un passeport
+d'Ostende, remply de mon nom sans le changer parce que j'étois
+<span class="pagenum"><a name="pg154" id="pg154"></a>-154-</span>
+fort connu en bien des endroits. Ce fut une difficulté que ce
+passeport étant en guerre avec Ostende où j'étois entièrement
+connu. Cependan le chevalier Géraldin ayant écrit à ses amis en
+obtint un et l'emplacement du nom étoit en blanc, que nous remplismes
+du mien, et il fut question de quel prétexte se servir pour
+l'introduire. Je dis: «Il faut faire charger dans ce bateau pour
+25 à 30 pistoles de pommes rainettes dont on fait cas en Ecosse,
+et il me faut une lettre de crédit de cinq à six mille livres sur quelque
+banquier de la ville d'Edimbourg, parce que l'on me questionnera,
+je répondray, venir pour négocier soit du charbon de
+terre et du plomb; on me dira vos pommes ne suffirent pour le
+quart de votre chargement et seray pris sans verd.» Et M<sup>r</sup> Geraldin
+se trouvait embarrassé, cependant en trois jours il obtint
+cette lettre de crédit en ma faveur, ainsy qu'il avoit obtenu le
+passeport de M<sup>r</sup> Hamilton, consul des anglois en Ostende, toujours
+bien zélé pour son véritable Roy. Enfin m'étant déterminé
+à cette entreprise en vüe de rendre mes services aux deux testes
+couronnées, le Roy nostre maistre et le Roy Jacques, desquels
+on me flatoit d'avoir de grosses récompenses en advançant dans
+la marine, me fit partir avec courage, le 6 février, avec mon ingénieur
+sans autre nom que Claes Dromer, passant pour mon pillote.
+J'avois dans le bord deux caisses plaines de fusils et deux
+ballots d'habits de soldats pour les délivrer au fort de la Basse, à
+l'embouchure du fleuve Edembourg, lequel tenoit encore pour le
+Roy Jacques, et un paquet de lettres pour celuy qui y commandoit.
+Je leur délivray le 22 février et m'advertit que M<sup>r</sup> le Duc de
+Gordon se défendoit faiblement contre M. de Makay, commandant
+les troupes du prince d'Orenge.</p>
+
+<p>Enfin, au 23<sup>e</sup>, j'arrivey en rade de Leict<a id="FNanchor_140" name="FNanchor_140"></a><a href="#Footnote_140" class="fnanchor">140</a> et descendit avec
+mon pillote, tous trois habillés à la matelote. A l'abord, les soldats
+me conduire à M<sup>r</sup> de Makay, qui m'ayant questionné d'où
+j'étois et revenois et leu mon passeport me dit: «Allez et faites
+vostre négosse.» Je luy demandey s'il nous seroit permis d'aller
+à Edembourg. Il dit: «Allez partout exepté autour de mon camp.»
+<span class="pagenum"><a name="pg155" id="pg155"></a>-155-</span>
+Et nous fusmes tous trois lentement à pied à Edembourg, qui n'est
+que demie lieux au-dessus de Leict où est le port et forteresse.
+Nous fusmes chez un libraire, faisant semblant d'y marchander
+un petit livre pour nous aprendre les marées et dangers du pays, et
+je luy glissay une petite lettre de son Roy Jacques, qui l'instruisit
+de nostre voyage et du paquet que nous avions pour l'introduire
+à M<sup>r</sup> le duc de Gordon, ainsy que notre ingénieur, et par
+crainte de sa femme, les enfants et la servante, il dit: «Allons
+boire un verre de bonne bierre.» Sa femme dit: «N'en avez-vous
+pas icy?» Ouy, mais j'en connois de meilleur. Et nous fusmes
+dans un cabaret, où nous entretinmes sur les moyens, et luy
+délivray le paquet, et nous séparasmes, Welsch et moy, luy laissant
+le prétendu pilotte, et retournasmes à Leict pour retourner
+à notre bord, et où nous y restasmes jusqu'au lendemain l'après
+midy sur une heure, que nous entendismes plusieurs coups de
+canon partir du château, lequel avoit les pavillons déployés je
+pensois que le siège en fût levé de devant. M<sup>r</sup> de Makay et tous
+ses officiers ne seurent que penser sur cet éclat. Il dit: «Aparamment
+que M<sup>r</sup> de Gordon a receu quelque espérance, d'un
+prompt secours; il nets pas jour d'ordinaire et il faut que cette
+barque luy ay fait tenir quelque paquet, que l'on m'équipe une
+chaloupe avec six grenadiers, et qu'on m'amène les premiers de
+cette barque et qu'on les dépose au corps de garde jusqu'à ce
+que j'aye visité le camp, et qu'on y mène aussy un des leurs qui
+a resté à terre.» Sur les cinq heures du soir, nous fusmes conduits
+Welchs et moy dans un corps de garde où étoit déjà mon
+prétendu pilote, et nous étions fort observés en toutes nos actions
+et nous n'osions nous entreparler, et sur les neuf heures on
+nous mena au château devant M<sup>r</sup> de Makay qui étoit environné
+d'un grand nombre d'officiers. Puis il demanda: «Qui est le
+maître de cette barque?» Je dis: «C'est moy,» «Quy sont les
+autres?» Je répondis: «Voilà mon pilote et mon contre maître.»
+«D'où estes-vous partis?»&mdash;«D'Ostende.»&mdash;«Donnez vostre
+passeport.» On l'examina, enfin je fus interrogé sur tout,
+puis il ne manqua pas de demander sy je n'avois pas d'autre chargement
+que des pommes, et qui je prétendois remporter. Je dis:
+<span class="pagenum"><a name="pg156" id="pg156"></a>-156-</span>
+«Du charbon de terre et du plomb,» et que pour l'effect j'étois
+porteur d'une lettre de crédit sur un nommé Charter maire d'Edembourg.
+Il me demanda: «Le connoissées-vous?»&mdash;Je dis:
+«Non»&mdash;«Pourquoi ne l'avez-vous esté trouvé hier?»&mdash;Je
+dis que je defferois jusqu'à sçavoir ce que je pourois vendre mes
+pommes pour me régler. Il me demanda: «Avez-vous sur vous
+cette lettre de crédit?» Et je la présentay à M<sup>r</sup> de Makay qui la
+redonna à un M<sup>r</sup> proche de luy, et qui la leus, et puis me dit:
+«C'ets sur moy qu'elle ets tirée, j'y feray honneur quand vous
+souhaiterez.» Ce qui me le fit connoistre, et on nous aloit renvoyer
+à notre bord qui étoit à la rade, et par malheur un nommé Richard
+Kintson, marchand, que j'avois connu en Espagne, me reconnut,
+me faisant bon acueil. On luy demanda où il m'avoit veu.
+Il dit: «A Cadix; nous avons beu souvent ensemble; il commandoit
+une jolie frégatte françoise.» On dit: «Quoy, il est
+françois et se dit d'Ostende.» Puis un autre nommé Smits me
+vient prendre la main en me demandant encore de ma santé. On
+luy demanda aussy d'où la connoissance. «Au diable que trop,
+c'ets Doublet qui me prit il y a un an devant le port d'Ostende et
+me mena mon navire à Dunkerque.» Cela nous pensa perdre, et
+M<sup>r</sup> de Makay dit: «Il est heure de manger, qu'on remette ces
+gens au corps de garde et bien gardées jusqu'à demain, et qu'on
+ne les laisse parler à personne.» On nous y conduit soubs bonne
+escorte, et un officier eut la malice de me faire attacher les deux
+bras, prenant dans les plis des coudes et par derrière le dos avec
+de la mesche à mousquet. Bien une heure après, je dit aux officiers:
+«M<sup>r</sup> de Makay n'a pas donné un ordre si rigoureux.» Et
+on me fit détacher. Nous demandasmes un peu de pain et de
+la bierre, et on nous apporta de l'Elle<a id="FNanchor_141" name="FNanchor_141"></a><a href="#Footnote_141" class="fnanchor">141</a> qui yvre plus que de
+l'eau-de-vie. Je dis à mes deux confrères: «Défiez-vous de
+cette boisson, vous en seriez incommodez.» N'ozant en dire
+plus, et nous passasmes une triste nuitée. Le lendemain dès six
+heures, on nous reconduit devant M. de Makay qui m'interrogea
+pour la deuxième fois, et particulièrement que j'étois reconnu
+<span class="pagenum"><a name="pg157" id="pg157"></a>-157-</span>
+pour françois. Je luy dis: «Je ne l'ay pas dénié ny changé
+mon nom, voyez le passeport et ma lettre de crédit.» Il dits:
+«Comment donc estes-vous à prezent flamand Espagnol.» Je
+répliqué: «Permettez que je vous le dise en particulier.» Il s'écria:
+«Non, non, pas de secret; c'est icy un conseil assemblé.»
+Et en soupirant je dis: «Il y a quatre mois que j'ay eu le malheur
+de me battre avec un officier de marine que j'ay jetté par terre,
+vous savez les rigueurs en France pour les duels, j'ay tout abandonné
+et me suis sauvé en Ostende où M<sup>r</sup> le gouverneur me pris
+soubs sa protection et M<sup>r</sup> le consul anglois, et m'ont envoyé icy
+pour gagner ma vie atendant où ils puissent m'employer.» Sur
+quoy M<sup>r</sup> Charter et plusieurs officiers dirent: «Cela se peut et
+paroit vraisemblable.» Et on ne quiestionna pas mes deux hommes.
+M<sup>r</sup> de Makay me dit: «Allez et faites entrer vostre barque
+dans le port et vous négossierez, mais que vous ou le pilote
+reste chez moy jusqu'à ce temps que le bateau soit entré.»&mdash;Claes
+Dromer penssa gaster tout et nous perdre entièrement ne
+sachant mon dessain, et il n'y auroit jamais réussy. Il dit: «Moy
+qui suis le pillote je vais faire entrer le bateau.» Peut-estre avait-il
+quelque dessain, mais il n'étoit nullement au fait de la marine.
+Je dis: «Messieurs, dans toutes les ordres de marine, il faut
+qu'un maitre ou patron et capitaine soit dans son bord qu'il entre
+ou sort d'un havre.» On dit: «Cela est vray, alez, vous, maistre,
+et nous garderons ce gros homme.» En effet, il étoit puissant de
+corps.</p>
+
+<p>Je party assées guay ayant mon projet en teste, et lorsque je
+fus sur le quay pour m'embarquer dans mon petit canot où il y
+avoit seulement deux rameurs qui étoient venu pour aprendre de
+nos nouvelles,&mdash;Welchs étoit avec moy,&mdash;il se présenta à
+moy un joly cavalier de 15 à 16 ans, bien équipé, le plumet blanc
+au chapeau et me dit: «N'estes-vous pas le marchand de ces pommes?
+Madame ma chère mère en voudroit de belles avant que vous
+les vendiez.» Je pensois que c'étoit l'ange que Dieu m'envoyoit à
+mon dessain, et luy dit: «Monsieur, venez avec moy et vous aurez
+à choisir.» Il parloit françois très bien, excepté quelques
+prononciations. Je luy dis: «Embarquez-vous avec moy.» Et il y
+<span class="pagenum"><a name="pg158" id="pg158"></a>-158-</span>
+étoit déjà dans mon canot quant un brutal de maistre des quais
+luy dit en anglois où il aloit; le jeune homme luy dit le subjet et le
+maistre des quais le fit débarquer, luy disant que sy j'avois cette
+bonne volonté, que je l'exécuterois lorsque la barque seroit entrée
+au port, et qu'il avoit ordre de ne laisser aller qui que ce
+soit à mon bord. Je fus déconcerté et en alant je fis d'autres projets.
+A peine je fus arrivé à mon bord qu'il y vint une chaloupe
+avec six matelots dont le chef étoit le pilote royale du port, lequel
+me dit: «Je viens ici pour vous guider dans le port et il faut avant
+une heure lever l'ancre.» Je réponds, toujours par Welchs, mon
+contremaitre, que, à la bonne heure! Et Welchs en françois me
+disoit: «Egorgeons tous ces bougres-là.» Je luy dis: «Tout
+beau, nous le saurions faire sans bruit; voilà une frégatte angloise
+proche de nous qui nous perdera. Sy je ne puis nous en défaire
+par une autre voie, nous en viendrons là et ne dites mot.» Je m'aproché
+de ce pilote et luy demendey son nom, il me dit: «Willem
+Fischer.» Je luy demanday s'il ne boiroit pas bien un petit doibt
+brandevin de France. Il parut content. Puis par Welche je luy fis
+dire qu'il étoit bien tard pour nous entrer dans son port tout bordé
+de rochers. Il répondit: «Ne craignez pas, je suis seur de mon
+fait.» Je luy fis encore dire que j'avois peur et que s'il vouloit me
+faire plaisir que d'atendre au matin et qu'il restasse la nuitée à
+mon bord, qui est très courte, et qu'il renvoya sa chaloupe et ces
+gens dire à M. de Makay qu'il étoit trop tard pour m'entrer, et
+qu'il envoyast de nos pommes à sa femme, avant que les autres
+en euts. Il tomba dans mon piège. Je leur laissay prendre des
+pommes tant qu'ils voulurent et Welchs me disoit: «Faisons
+main-basse.» Je luy résistois fortement. Enfin la chaloupe part
+avec les ordres de M<sup>r</sup> Willem d'aller dire qu'il restoit à mon
+bord et qu'il étoit trop tard pour m'entrer qu'à la marée du matin
+il n'y manqueroit pas. Et lorsque la chaloupe fut partye, je le conviay
+dans ma cahute de chambrette pour boire le brandevin, et il
+n'eus sitôt beu que je sorty, et l'enfermay à la clef. Je fis déployer
+les voilles et couper le câble, et forçois à toute voille, et par un
+bonheur extresme les vents étoient très favorables. Je coupay la
+corde de ma petite chaloupe et la laissay en dérive, et la frégatte
+<span class="pagenum"><a name="pg159" id="pg159"></a>-159-</span>
+croyois que j'allois entrer dans le port, et mon Willem fit un
+grand cry. J'entrouvé la porte et luy présentay un grand couteau
+proche son estomac; il se teu et s'agenouilla. Je luy dis de se
+taire, ce qu'il fit. Mais lorsque la dite frégatte m'aperceut ayant
+bien dépassé le port me lascha un coup de canon qui creva ma
+grande voile, et un moment après les canons des forts de Leict
+tiroient à boule vüe, et la frégatte n'oza venir près nous pour n'aler
+sans le capitaine qui étoit à terre. Ainssy j'échappay avec mon
+hoste en la place de celuy que l'on m'avoit retint. J'étois donc sans
+passeport ny pillotte, et je pris route opozée, crainte la frégatte,
+et fut droit au nord vers la Norvesque ou Dannemark neutre, et
+en six jours j'arivay à Suinneur proche de Derneus où étoit le
+chevalier Jean Baert, chef descadre, sans que je le seut, et fut
+par là en seureté: j'avois eu l'honneur d'avoir esté son lieutenant,
+je le futs trouver à Derneus et il me dit qu'il aloit retourner dans
+deux jours conduire ses prizes à Dunkerque et que j'euts pour
+seureté à m'embarquer avec luy et mon prisonnier. Je le priay de
+me laisser reconduire ma barque soubs son escorte et qu'il me
+donna seulement un de ses passeports, et que j'étois seur de ne
+m'écarter de luy qui avoit des prizes à conduire. Il me munit de
+bonnes provisions de table et je party avec luy et nous arivasmes
+à Dunkerque au seize avril 1691<a id="FNanchor_142" name="FNanchor_142"></a><a href="#Footnote_142" class="fnanchor">142</a>.</p>
+
+<p>Et aussitôt que je fus débarqué avec mon écossois je requis à
+un officier de premier corps de garde de me donner un escorte
+pour conduire avec seureté mon prisonnier chez M<sup>r</sup> l'intendant de
+la marine, et l'on me donna deux soldats avec leurs fusils et fusmes
+à l'intendant, qui me receut à l'abord très gracieusement en
+me demandant si tout avoit bien esté, et ce que c'estoit que cet
+homme. Je luy dis en abrégé ma relation cy-devant, et que je
+croyois le pauvre sieur ingénieur à un gibet. «Comment donc,
+nostre ingénieur pendu! Et vous l'avez abandonné? Vous estes
+perdu.» Je luy dits: «Non encore, suspendez s'il vous plait votre
+<span class="pagenum"><a name="pg160" id="pg160"></a>-160-</span>
+jugement, et sy vous aviez esté au mesme cas que M<sup>r</sup> Dromer, je
+vous y aurois aussy délaissé. Vous savez que je n'ay point craint dans
+les occasions le bruit des canons et des mousquets, non plus que
+les périls de la mer, mais je n'ay jamais creu estre déshonoré par
+une potence où vous et le chevalier Géraldin me venez d'exposer
+par vos belles promesses. Je m'en suis heureusement échapé et
+vous ameine cet homme que par adresse j'ay enlevé et qui peut
+sauver l'ingénieur s'il nets pas encore fait mourir. Il faut faire au
+plutots écrire par cet homme à M<sup>r</sup> de Makay qui l'a obligé de venir
+à mon bord pour servir au nouveau conquérant, ainssy qu'ils
+apeloient M<sup>r</sup> le prince d'Orange, et que je l'ay enlevé par surprise,
+et que sy l'on fait mourir mon pillote Claes Dromer qu'il
+subira pareil suplice, et aussy le faire écrire des lettres circulaires
+à sa femme et à toute sa parenté pour demander la liberté de notre
+pilote pour qu'il puisse obtenir la sienne.» Et aussytots nostre
+ostage écrivit plusieurs lettres remplies à faire compation, et puis
+on le déposa dans une chambre d'un bon cabaret, soubs bonne
+garde par quatre fusilliers, avec ordre de ne le laisser parler à
+aucune personne, crainte qu'il n'aprit ce que c'étoit que notre
+prétendu pillote. Et les dites lettres furent envoyées, et M<sup>r</sup> l'Intendant
+envoya à la cour toutes ces informations, et dont il receut
+ordre de me donner une gratification, et il me fit venir chez luy,
+et il me dit: «Quoy que vous n'ayez pas bien réussy aux
+dessains projetées, cependant la cour ayant esgard aux risques
+que vous avez encourus et par votre adresse d'avoir enlevé
+ce pillote, elle m'ordonne de vous gratifier de cinquante
+pistoles.» Je répondis: «Je n'ay point agy par interest; je n'ay
+pas demandé de gages; je me suis nory et l'ingénieur sur mes
+frais, et cets me trop payer pour deux mois et quelques jours.
+Donnez à vos laquais cette belle récompense. Vous m'avez promis
+au nom de la cour mon advancement, et j'ay couru plus de
+risques à désonorer ma famille qu'en mile combats, et je chercheray
+ailleurs mon party.» Il se récria: «Quoy! avec quel
+mépris et audace vous parlées et refusées une grasce de la cour.»
+Je dits en me retirant: «Elle est trop belle pour moy.» Et il luy
+souvint du commerce de lettre qu'il me deffendit d'avec le fils
+<span class="pagenum"><a name="pg161" id="pg161"></a>-161-</span>
+de M<sup>r</sup> l'admiral Ruiter. Me voyant sortir de la salle, me dit:
+«Aparaman vous yrez trouver M<sup>r</sup> Ruiter pour vous faire pendre
+sy jamais vous estes pris.» Et je ne répondis rien. Aparaman
+qu'il récrit sur cela en cour, et huipt jours après il m'envoya chercher
+et me dis: «J'ay écris que vous n'avez voulu recevoir la
+gratification sur ce que l'on vous a fait espérer vostre advancement
+dans la marine, et sy j'avois écrit vos fiertées vous seriez
+perdu, et mes intentions ont toujours esté bonnes pour vous.
+Voicy un brevet de lieutenant de frégatte<a id="FNanchor_143" name="FNanchor_143"></a><a href="#Footnote_143" class="fnanchor">143</a> de sa Majesté que
+je vous ay obtenu avec le commandement de la frégatte la <i>Sorcière</i>,
+montée de 30 canons que j'ay ordre de faire armer incessamman,
+ainsy que la frégatte la <i>Serpente</i> aussy montée de 30 canons,
+qui sera commandée par le capitaine Keizer<a id="FNanchor_144" name="FNanchor_144"></a><a href="#Footnote_144" class="fnanchor">144</a> flamand,
+et vous aurez commandement sur les deux frégattes, et vous n'engagerez
+tous les deux aucuns matelots françois couchés sur les
+classes, le Roy en ayant besoin pour ses gros vaisseaux, ains apportées
+tous vos soins et ne soyez à l'advenir sy prompt ny sy
+fier, car tout autre Intendant vous auroit perdu.»</p>
+
+<p>Je le remerciay gracieusement et fis grande diligence pour les
+deux armements. Et j'ay obrmis d'écrire cy-devant que lorsque
+j'eus les ordres de partir de Brest pour me rendre à la cour, en
+route faisant je passay par la ville de Sainct-Malo où je rencontray
+plusieurs capitaines et marchands avec lesquels j'avois fait
+connoissance à Cadix en Espagne et à Lisbonne en Portugal et
+autres endroits, qui à mon bord me vouloient régaler, et entr'autres
+M<sup>r</sup> Desmarets-Fossard, brave capitaine et marchand avec lequel
+j'avois une plus étroite liaison, jusqu'à nous traiter de frères,
+mesmes par nos lettres. Il m'emporta pardessus les autres pour
+me donner le souper chez luy, sur ce que j'avois déclaré que le
+matin suivant je devois continuer ma route, et convia huipt de
+ceux qu'il creut de mes meilleurs amis au souper pour me faire
+<span class="pagenum"><a name="pg162" id="pg162"></a>-162-</span>
+compagnie, et l'un et l'autre sans pensser à autre chose. Il nous
+conduit chez luy, où en entrant il dit à Madame sa mère: «Voilà
+mon meilleur amy M<sup>r</sup> Doublet dont je vous ay tant parlé; cets mon
+frère et je l'ameine avec ses amis et les miens à souper.» La
+bonne dame dits: «J'en suis ravie, alées faire une promenade et
+je vais donner mes soins.» Et nous fusmes à Sainct-Servant à un
+baptesme de ses parents, et puis nous rendismes à l'heure du
+souper, et à l'entrée de la table l'on me plassa entre sa cousinne
+germaine Mademoiselle Lhostelier d'une charmante beauté, et
+une seur de M<sup>r</sup> Desmarets qui n'étoit pas moins agréable et que
+je n'avois encore vüe ny entendue parler. Je me sentis le c&oelig;ur
+épris, et mon apétit estoit d'amour et non des mets délicieux dont
+on me reforçoit. J'étois observé; l'on m'en faisoit la guerre, et
+voyant le peu de temps que j'avois à rester je fis doucement ma
+déclaration de mon amour à Mademoiselle Fossard-Desmarets,
+laquelle ne me rejetta pas éloigné, disant ne vouloir suivre que les
+sentiments de sa chère mère. Et sur un changement de service de
+la table, la mère fut pour ordonner. Je fus la joindre et l'atiray en
+particulier, et luy fis la demande de sa chère fille. Elle ne manqua
+pas de me marquer sa surprize du peu de temps, et que je devois
+partir le matin. Elle me dit: «Vous me faites icy un compliment
+d'un cavalier de passage.» Et je soutins l'assurant de ma constance,
+et retournay entre mes deux belles, où je persuadois à la mienne
+que madame sa mère m'avait promis son consentement. Et sur
+la minuit je quitay la table disant estre fatigué et que à 4 heures je
+remonterois à cheval. Afin de dissiper la compagnie qui m'acompagna
+à mon auberge où étoit mon valet et mes chevaux, je fis
+semblant de me coucher sur l'heure, et les amis me quittère,
+excepté M<sup>r</sup> Desmarets auquel je dis avoir à le communiquer. Et
+nous voyant seuls, je luy déclara mon parfait amour pour sa seur,
+et le priay de m'y servir d'amy, pour que nous puissions estre
+réellement frères. Il m'embrassa et me promit de m'y apuyer, et
+je le priay de me reconduire chez luy avant le coucher, et il ne peut
+me le refuser à mes empressements, et je passay jusqu'à trois
+heures et demie, où j'employai toute ma rétorique à confirmer
+mon zèle et mon amour, et j'obtins parole de la mère et de la
+<span class="pagenum"><a name="pg163" id="pg163"></a>-163-</span>
+s&oelig;ur et du frère, leur promettent que je quitterois dans peu le
+service du Roy pour me marier et m'établir à Sainct-Malo. Et les
+ayant quittés je montay à cheval sur les quatre heures et demie
+sans avoir couché ny fermé les yeux, et pendant ma route je n'ay
+manqué un jour d'écrire à ma maitresse étant arrivé à Paris qu'à
+Dunkerque, excepté le voyage des pommes en Ecosse que je
+leur déguisay. Mais lorsque je fus pourveu du brevet et du commandement
+des deux frégattes cy-dessus, je leur en donnay advis
+et en leur promettant que malgré le brevet je quitterois le service,
+et pour mieux les en assurer je fis une remise de 15,000 livr. en
+lettre de change à ma prétendue et une belle pendule à répétition
+et mon portrait en petit, dont je luy faisois un don en cas
+que Dieu disposats de moy, n'étant biens de ma famille, etc.</p>
+
+<p>Pendant que je faisois diligence pour armer, les deux frégattes
+du Roy la <i>Serpente</i> et <i>Sorcière</i>, ariva à Dunkerque le sieur Dromer
+dans un pitoyable état, enflé par toutes les parties de son
+corps par hidropisie causée qu'on l'avoit dessendu dans un puis à
+sec avec une grille de fer audessus et que à toutes les marées
+haultes il avoit l'eau jusqu'au sein, et lorsque la mer avait baissé
+il se posoit sur une pierre de taille, et pour pain c'étoit des fois
+de b&oelig;uf cuit et de la petite bière, et on atendoit des réponsces
+d'Ostende pour le convaincre et le pendre. Mais son bonheur
+fut par l'enlèvement que j'avois fait de Willem Ficher qui le
+sauva, et que nous avons relasché bien sain et gros et gras, et le
+sieur Dromer après bien des remèdes n'a vescu que huipt mois
+après son retour, et me remercia fort de mon adresse.</p>
+
+<p>Nos deux frégattes se trouvèrent toutes équipées et prestes à
+faire voille le 8<sup>e</sup> may, nous ne atendions que les ordres et un bon
+vent pour sortir du port, et le 10<sup>e</sup> M<sup>r</sup> l'Intendant nous ayant apelés
+les deux capitaines seuls nous présenta deux officiers anglois
+ou Ecossois et nous dits que de la part du Roy nous embarquerions
+chacun un de ces officiers, et leur donnerions à coucher
+dans nos chambres et la table, et que au moment de notre départ
+il nous délivrera à chacun un paquet cacheté de la cour que nous
+n'ouvrions qu'en présence des dits deux officiers, et de suivre
+exactement ce qui y sera marqué, et que l'ouverture ne s'en fera
+<span class="pagenum"><a name="pg164" id="pg164"></a>-164-</span>
+que lorsque nous serons au Nord de tous les bancs de Flandre,
+et qu'au cas de rencontre supérieure de nos ennemis qui nous fit
+succomber, prêts à estre pris ou péris nous jetterons les dits ordres
+à la mer dans un sachet avec un ou plusieurs boulets à canons
+pour les faire précipiter au fond.</p>
+
+<p>Les vents étant assez favorables, nous sortismes du Port sur le
+midy, et fismes les routes du nord jusqu'au 13<sup>e</sup> à 8 heures que
+nous étions dépassées tous les bancs, et fis serrer une partye de
+nos voilles, et fits le signal à M<sup>r</sup> Keizer de venir à mon bord et
+d'aporter son paquet pour en faire l'ouverture ainssy que du
+mien, et il vint avec l'officier. Nos ordres étoient de fuir toutes
+les rencontres que nous pourions trouver qui nous peut engager
+en aucun combat ny mesme de ne nous arester à faire aucunes
+prises quelque aparente d'estre riche ou non, et d'aler vers les
+costes de Flandres ou Aberdin pour y débarquer chacun notre
+officier, dont nous raporterions un certificat comme ils sont contents
+du lieu de leur débarquement et bon traitement pendant
+le voyage. Et nous continuasmes la route jusqu'au 15<sup>e</sup> que nous
+étions en vue des terres de Hulm, où nous trouvasmes plus de
+cent bastiments holandois pescheurs qui n'avoient que deux
+moyens convoys de 20 à 24 canons pour les garder. Nous avions
+les pavillons anglois arborées, et nous passions au travers parlant
+aux uns et aux autres sans leur faire la moindre peine, et nous
+creurent anglois leurs amis. Sur le soir nous n'étions qu'à trois
+lieux au large du cap Flamberghot que je fus parler à M<sup>r</sup> Keizer
+et luy recommander de se tenir proche de nous, ce qu'il me promit.
+Mais je fus fort étonné que sur la minuit nous entendismes
+quelques coups de canons éloignés de nous, et qu'au petit jour
+nous ne voyons plus nostre camarade, ce qui nous mit en grandes
+inquiétudes, je faisois faire exacte découverte du haut de nos
+mats.</p>
+
+<p>Et sur les huipt heures notre homme de la découverte nous
+advertit qu'il voyoit un navire venir à nous, et fit route pour sa
+rencontre, et à dix heures nous étions à portée de la voix, et
+un des officiers nous cria de leur envoyer ma chaloupe, et
+pour lors nous aperceusmes que cette frégatte avoit combattu, et
+<span class="pagenum"><a name="pg165" id="pg165"></a>-165-</span>
+la reconnusmes désemparée et bien mal traitée. Je m'embarquay
+dans ma chaloupe, et fus à son bord; je trouvay bien de la consternation
+et le dit capitaine Keizer tout étendu sur le plancher
+de sa chambre ayant une épaule toute fracassée jurant et
+reniant comme un désespéré, et yvre. Je n'en pu tirer de bonnes
+raisons; je sortys sur le gaillard et interrogeay le second capitaine
+qui étoit moins yvre. Pendant que nos chirurgiens travailloient
+sur les blessés, les charpentiers de leur costé raccommodoient
+les mâts et les vergues et le corps du vaisseau, ainsy que
+les matelots aux voiles et aux maneuvres. Enfin le second capitaine
+m'aprit que l'officier passager fut tué de la première décharge
+et a esté jetté à la mer. Je demanday pourquoy nous
+avoir quittés contre les ordres, et il me dits que depuis que nous
+eûmes passé au travers de cette flotte sans en avoir pris, que le
+capitaine Keizer devint comme enragé et que sitôt qu'il fit obscur
+il força de voille, ayant mesme un peu changé nostre route pour
+se mieux écarter de nous, et que sur les onze heures ils aperceurent
+une lumière et coururent dessus, et qu'un peu avant minuit
+ils se trouvèrent proche d'un navire qui avoit cette lumière, et
+sans estre aucunement préparés pour le combat le sieur Keizer
+l'aprocha et cria: «D'où est le navire», qui luy répond: «De la
+mer»: «Et d'où est le vostre.» Keizer sans déguisement cria:
+«De Dunkerque.»&mdash;«Ameine, chien!»&mdash;Et ce navire luy
+lascha une bordée de canons chargées à mitraille suivie d'une
+bonne mousqueterye qui tua l'officier anglois et blessa au costé
+Keizer et ensuite à l'épaule et une trentaine de l'équipage tuez et
+estropiez et nos gens à peine laschèrent leurs bordée de canons,
+n'ayant aucuns mousquets de préparées; ils receurent une segonde
+et troisième bordée, et puis ce navire à nos gens inconnu se retira
+et continua sa route, et s'ils avoient voulu ils auroient enlevé
+notre frégatte sans que j'en euts connoissance. Enfin il se trouva
+52 hommes morts, 21 estropiées et 14 passablement blessées. Je
+me fis reporter à mon bord pour conférer avec mon officier passager,
+et pendant qu'on raccommodoit toute chose, ce pauvre
+officier étant tout déconcerté me dit: «M<sup>r</sup>, il nous faut retourner
+en France; je ne puis plus rien sans mon camarade; voilà une
+<span class="pagenum"><a name="pg166" id="pg166"></a>-166-</span>
+grande imprudence du vostre, et il mérite estre roué vif s'il
+échape.» Et je priay mon officier de se transporter au bord de
+Keizer avec notre écrivain et que nous allions dresser un procès-verbal,
+et puis nous en retourner, et cependant que s'il vouloit
+je le débarquerais à l'un des endroits destinés. Il dit: «Non Monsieur,
+il faut sy l'on peut retourner au plustot en France.» Et
+dès que ma chaloupe eut porté une vingtaine de mes matelots à
+la <i>Serpente</i> et qu'elle fut revenue à mon bord je fis la route pour
+Dunkerque, et le 23<sup>e</sup> may me trouvant proche de la rade d'Ostende,
+je trouvay quatre navires anglois dont j'en pris trois chargées
+de charbon de terre et de l'étain et du plomb les conduit à
+Dunkerque et ma frégate la <i>Sorcière</i> faisoit grande eau et dont il
+luy falloit faire un grand radoub, et l'on jugea qu'il y avoit bien
+moins de travail à faire à la <i>Serpente</i>, il fut ordonné que je la
+commanderois et l'armerois incessamment pour aller vers la mer
+Baltique et, le 10 de juin, étant tout prêts à sortir du port M<sup>r</sup>
+l'intendant me dit de recevoir mes ordres du chevalier Géraldin,
+lequel cy-devant me les avoit donnés, et il m'ordonna de recevoir
+dans ma chambre et à la table un officier dont il ne m'importoit
+en savoir le nom, et défense d'attaquer ny chercher aucune rencontre
+de faire des prises, et moy d'éviter toutes rencontres, et de
+faire en diligence ma route pour me rendre au Zund, à Elzeineur,
+où se débarquerait mon passager, et après quoy j'irois dans la
+mer Baltique en rade de Danzik prendre soubs mon escorte<a id="FNanchor_145" name="FNanchor_145"></a><a href="#Footnote_145" class="fnanchor">145</a> la
+flûte du Roy nomée la <i>Diepoise</i>, commandée par le capitaine
+Postel, de Honfleur. Au 12<sup>e</sup> juin je party de Dunkerque et, sur
+les 6 heures du soir étant entré à Ostende et l'Ecluse, je fus rencontré
+par cinq vaisseaux de guerre anglois, lesquels me donnèrent
+chasse, et pour me faire engager entre les bancs de sable ou
+de passer à leur portée de leurs canons je fis le semblant de vouloir
+donner dans les bancs, et les trois plus légers de leurs vaisseaux
+<span class="pagenum"><a name="pg167" id="pg167"></a>-167-</span>
+n'y coupoient le chemin, ce qui venoit à mon dessein de
+les faire séparer. Et lorsque je les creut assez distant de ne me
+pouvoir rejoindre, je reviray le bord en résolution d'essuyer la
+bordée des deux plus gros qui marchoient le moins et forçant de
+voille je passay bien à portée d'un moyen canon de ces deux vaisseaux
+qui ne me tiroient pas leurs canons crainte d'interrompre
+leur marche. Mais lorsque je les euts un peu dépassées et qu'ils
+voyoient que je les éloignoient, ils me cannonèrent fortement et
+tous les cinq couroient après moy, et je ne receut qu'un seul
+coup de canon du costé de tribord en arrière de mon artimon qui
+brisa dans ma chambre quelques-uns de nos fusils, et la plus légère
+étoit une frégate de 24 canons qui aloit mieux que nous continua
+la chasse jusqu'à 9 heures, mais elle n'oza m'aprocher de
+trop près, et nous nous tirasmes heureusement, et mon passager
+vint m'embrasser me disant: «En vérité, Monsieur, je vois bien
+ce qu'on m'a dit, qu'il n'y avoit rien à craindre avec vous.» Et je
+repris ma route, et passant sur le banc des Dogres, je passay
+proche de plusieurs de ces bastiments pescheurs de morues sans
+leur rien dire, j'avois les pavillons anglois arborés et me prirent
+pour frégatte d'Angleterre.</p>
+
+<p>Et le 29<sup>e</sup> juin étant proche du cap de Kol<a id="FNanchor_146" name="FNanchor_146"></a><a href="#Footnote_146" class="fnanchor">146</a> où l'on fait la
+cérémonie de baptizer ceux qui n'ont pas passé au Zund, il se fit
+un grand préparatif par mon équipage qui étoient tous flamands et
+que leurs coutumes ainssy qu'à tous les gens du nord est de donner
+la calle, en guidant les hommes au haut du bout de la grande
+vergue et de le laisser tomber d'en haut dans la mer trois fois
+quelque froid qu'il fasse, puis on leur donne un verre d'eau-de-vie
+et ils payent ce qu'ils ont promis et on l'écrit pour le payer
+sur leurs apointements, et cela revestit pour avoir de quoy les
+régaler tous. Mon navire n'y avoit encore passé ny mon passager
+ny moy. Je fis présent de deux bariques de vin pour n'estre baptizé
+que d'un verre d'eau de la mer et empescher pour le navire qu'il
+n'en coupasse la figure en place du lion, ce qui est d'ancienne
+<span class="pagenum"><a name="pg168" id="pg168"></a>-168-</span>
+pratique<a id="FNanchor_147" name="FNanchor_147"></a><a href="#Footnote_147" class="fnanchor">147</a>. Et le mesme soir nous entrasmes à Elseineur. Je fus
+à terre pour donner mes déclarations que j'étois frégate du Roy,
+n'ayant aucune marchandise dans mon bord, et le lendemain je
+fus à la rade de Copenhaguen, capitalle du royaume de Dannemarc;
+je fus à terre avec mon passager et nous fusmes chez M<sup>r</sup>
+notre ambassadeur, M<sup>r</sup> le marquis de Martangits<a id="FNanchor_148" name="FNanchor_148"></a><a href="#Footnote_148" class="fnanchor">148</a>, qui nous
+receus très-gracieusement, et sur l'heure du midy il nous mena
+devant le Roy de Dannemarc<a id="FNanchor_149" name="FNanchor_149"></a><a href="#Footnote_149" class="fnanchor">149</a> qui nous fit un bon acueil, et
+ensuite il nous conduit chez le prince de Guenldenlen<a id="FNanchor_150" name="FNanchor_150"></a><a href="#Footnote_150" class="fnanchor">150</a> frère
+naturel du Roy, lequel nous convia pour le lendemain à disner
+chez luy, et enssuie nous fusmes chez M<sup>r</sup> le premier admiral
+Bielcs<a id="FNanchor_151" name="FNanchor_151"></a><a href="#Footnote_151" class="fnanchor">151</a> et chez M<sup>r</sup> le comte de Rancinclos, chancelier, et il
+étoit plus de deux heures quand nous retournasmes à disner chez
+M<sup>r</sup> l'ambassadeur, et ordonnasmes de débarquer les hardes de
+mon passager, lequel me mit en bonne réputation avec M<sup>r</sup> l'ambassadeur.
+Après quoy je pris un pillote pour dépasser les bouez
+et entrer dans la mer Baltique le 5<sup>e</sup> juillet. Après quoy je fus pour
+me rendre devant Dansik où j'arrivé en rade le 4<sup>e</sup> aoust et y trouvay
+la <i>Dieppoise</i> qui n'avoit encore commencé de prendre sa
+charge, et le 5 je me fis porter dans mon canot à la ville de Dansik
+<span class="pagenum"><a name="pg169" id="pg169"></a>-169-</span>
+trouver M<sup>r</sup> Souchey, agent du Roy, auquel nous étions recommandées.
+Je le priay de nous diligenter le chargement de la
+<i>Dieppoise</i>, et il me fit conoistre que les mastures n'étoient encore
+dessendues la Vistule, ny les câbles encore faits, et j'eus le temps
+d'examiner cette belle ville qui est magnifique et bien policée par
+un sénat, et y ayant un bel arsenail toujours prêt à armer 30 mil
+hommes; toutes marchandizes combustibles sont en un quartier
+hors la ville entourées de grands fossées plains d'eaux, et à
+chaque bout des magasins ce sont de grands dogues enchaînées le
+jour et qui la nuit rodent; les magasins aux froments sont de
+mesmes et séparées et mesme garde les dehors de la ville sont en
+plaine remplie de jolis maisons de campagne où l'on va librement
+avec les dames faire des colations avec des truites et écrevisses et
+à très bon compte, et c'est une ville d'un très grand commerce.</p>
+
+<p>Les câbles se trouvèrent faits: l'on embarqua des barils d'acier
+et de fer blanc et de cuivre en table et 18 gros câbles et d'autres
+à proportion, et 22 gros mâts et de plus moïens du godron et du
+bray, et le chargement s'acheva au 25, et ayant receu les expéditions
+je party avec la dite flûtte pour nous rendre devant Elseineur,
+et en partismes le 29 septembre. J'avois receu les ordres
+de n'escorter la dite flutte que jusqu'aux illes de Fer par le nord
+d'Ecosse, et après l'y avoir conduite de la laisser seule pour se
+rendre à Brest. Je tiray un certificat du capitaine Postel du lieu
+où je le quitois pour suivre mes ordres qui étoient que je ferois la
+course jusqu'au bout de mes vivres. Et croisant aux costes d'Ecosse
+devant la ville de Scarbourg<a id="FNanchor_152" name="FNanchor_152"></a><a href="#Footnote_152" class="fnanchor">152</a>, nous aperceusmes une moyenne
+frégatte qui nous reconnut, et c'étoit le capitaine Piter Baert ayant
+54 canons, lequel m'ayant parlé me dits qu'il y avoit à la rade du
+dit Scarbourg cinq navires. Je luy dits: «Il faut les aller reconnoistre.»
+Il répondit: «Mais il y a une bonne forteresse
+pour leurs défférences.» Je luy dits: «La forteresse ne sortira
+pas de sa place pour venir après nous, et sy vous voulez me seconder
+nous yrons les attaquer». Et il me le promit, et nous
+<span class="pagenum"><a name="pg170" id="pg170"></a>-170-</span>
+préparasmes un combat pour les attaquer, et lorsque nous
+fusmes à la portée des canons des dits navires et de la forteresse,
+c'étoit une gresle continuelle, et le dit Bart se tira au large,
+et je fus d'emblée en aborder un qui me couvroit des coups de la
+forteresse, et mon équipage ayant sauté au bord de la bordée ne
+savoit par où entrer, ayant les gaillards bien fermées, et tuoient
+mes gens autant qu'ils en découvroient, et de dessus mon pont
+nous étions battues en ruine par les 4 autres navires qui avoient
+20 et 24 canons. Je fits couper le câble de celuy auquel j'étois accroché;
+je me trouvay abandonné tout seul sur mon pont, tous
+mes faux braves d'officiers s'étoient jettés dans la calle et dans
+ma chaloupe qui étoit entre nos deux navires. Je leur fis
+honte et ils remontèrent, mais le combat étoit fini, et étions hors
+de cannonades, et il est certain que sy j'avois esté tué ou bien
+blessé qu'au lieu de prendre j'aurois esté pris, ou s'il avoit sauté
+deux ou trois anglois dans mon bord je n'en pouvois échaper. J'eus
+de morts 28 hommes et six estropiés des bras et jambes et seize
+blessés, et dont j'eus une cuisse offencées dans les chairs, mon
+mats d'artimon hors d'estat de service et beaucoup de nos manneuvres
+endommagées, et ainsy que nos voiles, et mon coquin de
+prétendu camarade n'osa plus s'approcher de moy. Je pris résolution
+de faire route pour Norvègue où les ports de mer sont fréquents
+et sans forteresses, étant neutre, le capitaine de ma prise
+me proposa de luy ransonner, et j'en convins avec luy par dix
+mille livres, monnoye de France, quoy qu'il en valus plus de
+25,000 liv. étant bon navire de 160 thonneaux, douze canons et
+chargé de charbon de terre et plusieurs saumons d'étain et de
+plomb. Je luy relascha son navire et chargement soubs la conduite
+de son pillote qui étoit son oncle, et que luy me resterait pour
+seureté de la ransson. Je fis ma relasche à Suinneur<a id="FNanchor_153" name="FNanchor_153"></a><a href="#Footnote_153" class="fnanchor">153</a> pour y
+reprendre un mât d'artimon qui ne me coûta que deux pots d'eau-de-vie
+et le travail de mes gens, et étant bien réquipé je remis en
+mer au 16<sup>e</sup> octobre après avoir bien espalmé ma frégatte en vue
+de ne pas retourner sans bonne prize. Je fus à l'embouchure du
+<span class="pagenum"><a name="pg171" id="pg171"></a>-171-</span>
+Texel jusqu'à passer les deux premières boüées ou tonnes. Je pris
+une grande galliotte bien richement chargée destinée pour Londres,
+et je la conduis jusque tout proche de la rade de Dunkerque,
+et je repris la mer malgré les murmures de mon équipage sur
+ce que j'étois bien affaibli de monde par la première rencontre.
+Cependant je fus croiser entre le dogre blanc, la Flye et le
+Texel qui sont les entrées pour Amsterdam, et au bout de
+trois jours et nuitamment nous nous trouvasmes proche d'une
+flotte que nous reconnusmes par les lumières des fanaux des
+convois. J'éprouvai ma marche, et voulus me mesler dans le gros
+de la dite flotte; un convoy voulu m'aprocher et je l'évitay et ils
+étaignirent leurs feux. Je tiray, étant éloigné après deux lieux, dix
+à douze canons distant les uns des autres comme sy j'en avois combattu
+quelqu'un écarté, et les trois convois y coururent où avoient
+paru nos hommes, et moy je recours au-devant de la flotte et en
+aborde une grosse flutte et, sans bruit ny un seul coup tiré ny
+fait paroistre de lumière, je luy mets promptement vingt hommes
+de mon équipage et en retire partie des siens et la fait changer de
+route, et m'étant un peu écarté je refis ma première maneuvre de
+tirer quelques canons et mettre fanal à ma grande hune et les convois
+redonnèrent après moy, et au petit jour ils m'aperceurent
+seul et sans prize à ce qu'ils creurent, mais lorsqu'ils furent à leur
+troupeau ils en trouvèrent un de moins, et je forçay de voille
+pour suivre sur la route que j'avois ordonné à la prise de faire, et
+sy j'avois eu quelque autre frégatte avec moy je leurs aurois enlevé
+une partie de leur flote sur les contre temps que je leur faisois,
+et je ne savois ce que j'avois pris; étant fort attentif à la rencontrer,
+je fis ma chasse à peu près, et sur le midy notre homme
+de la découverte cria: «Navire devant et au-devant de nous.»
+Et à deux heures nous étions à la voix. Le S<sup>r</sup> Havard, mon capitaine
+en segond, que j'y avois pozé pour la comander me cria:
+«Voilà une belle prize venant de Moscovie.» Elle avoit 24 canons
+et plus de 600 thonneaux de port et toute neuve se nomoit la
+<i>Laitière d'Amsterdam</i>. Je l'escortois avec grand plaisir, mais les
+joyes de ce monde sont de peu de durée. Le 11 novembre, feste
+de St-Martin, nous étions au petit jour devant Ostende,&mdash;et je
+<span class="pagenum"><a name="pg172" id="pg172"></a>-172-</span>
+n'écris cecy qu'avec frayeur;&mdash;nous tinsmes conseil sy nous
+yrions entre les bancs de Flandre et la terre ou sy nous en passerions
+au large. Il fut représenté que plusieurs vaisseaux de guerre
+anglois avoient gardé pendant l'été le passage du dehors, n'osant
+se mettre entre les bancs. Nous avions un pillotte pour les bancs,
+réputé habil homme, proche parent de M<sup>r</sup> le chevalier Baert, portant
+mesme nom, lequel nous dit: «Il ne faut pas hasarder de faire
+prendre une si belle prize, et il n'y a rien à craindre de passer entre
+la terre et les bancs, je suis pour cela et je réponds sur ma vie.» Et il
+fut conclu que nous y passerions, et étant au travers du vieux port
+notre homme de la découverte cria: «Il y a 4 gros navires à la passe
+du costé de Graveline.» Notre pilote dit: «Ai-je pas bien
+conseillé de ny pas risquer? Et ne craignez pas, je suis sûr de
+mon fait.» Et il sondoit à chaque moment, et j'étois tout proche
+de luy, et il se crut échappé des dits bancs, en disant: «Monsieur
+ne craignez plus; faites-moy donner un verre d'eau-de-vie, et sy
+vous avez quelque signal à faire, faites-le.» Et aïant convenu avec
+M<sup>r</sup> l'Intendant avant mon départ que sy j'amenois quelque prise
+au-dessus de valeur de cent mil livres, que j'arborerois au grand
+mât un pavillon rouge je l'envoyay arborer; et dans l'instant, nous
+sentismes nostre frégate toucher et s'arester tout cour malgré toutes
+les voiles déployées. L'épouvante prend un chacun; la frégate
+s'emplit d'eau, et les vents du Nord-est s'augmentèrent, et un
+froid rigoureux et violent. Je fais couper tous les mâts et jeter les
+ancres à la mer afin que le bâtiment ne se rompre sytots. Un chacun
+se lamente et pleure; notre prise n'eut pas meilleur sort, excepté
+qu'après avoir perdu son gouvernail elle sauta par dessus les
+bancs et elle fut s'échouer à la coste proche de Boulogne dont le
+monde fut sauvé. Mais ce ne fut pas de mesme à nostre bord,
+j'envoyai ma grande chaloupe avec 16 hommes et un de mes nepveux
+pour demander le secours à M<sup>r</sup> l'Intendant qui fit tout le possible
+pour m'envoyer des chaloupes du Roy avec des officiers, et
+comme ils venoient à nostre secours les vaisseaux que nous avions
+creu estre des Anglois étoient quatre vaisseaux du Roy sortys
+de Dunkerque qui étoient à la rade, desquels l'<i>Ecueil</i> cassa
+par le gros vent son câble et fut risque de se perdre sur le banc
+<span class="pagenum"><a name="pg173" id="pg173"></a>-173-</span>
+du Brack, et il tira du canon qui obligea les chaloupes d'aler à
+luy plutôt qu'à nous; plusieurs de mes gens se jettèrent en foule
+dans mon canot et me criant: «Sauvez-vous, nous dirons comme
+il n'y a pas de votre faute.» Et la mer les submergea tous à mes
+yeux. D'autres s'attachoient à des bouts de mats et à des bariques
+vides et périssoient tous. J'avois travaillé à faire un ponton
+des mâts et vergues que j'avois rassemblés et bien liées croyant
+m'y sauver avec le reste de l'équipage, mais leurs précipitations à
+se jetter dessus avant qu'il fut achevé fit encor périr tous ceux qui
+s'y étoient mis. Enfin comme la mer montoit et couvroit le corps
+du bastiment, je me mis à fourchon sur le dernier couronnement
+de poupe, tenant la gaule du pavillon et mon Rançon anglois etoit
+assys sur le fanal tenant aussy le mât du pavillon. M<sup>r</sup> de la Houssaye
+et Guillemard<a id="FNanchor_154" name="FNanchor_154"></a><a href="#Footnote_154" class="fnanchor">154</a> estoient à mes costés, et chaque vague nous
+couvroit par-dessus teste, et ne respirions qu'entre deux, et nous
+résistames, jusqu'à 4 heures du soir qu'il començoit destre nuit,
+lorsqu'un coup de mer rompit notre machine, et flottions dessus
+au gré des flots et des vents, et que sur les six à sept heures j'entendis
+un bruit extraordinaire, et j'aperçeu une grosse noirceur, nous
+étions le corps dans l'eau, n'osant nous tenir dessus notre pièce par
+crainte de le faire couler soubs nous, et nous tenions autour avec
+nos mains. Nous coupasmes nos habits pour estre moins chargés,
+et apercevant cette noirceur je criay: «Mon Dieu, sauvez-nous
+la vie.» Et nous entendismes des gens crier: «Ameine les voilles
+et promptement des lanternes.» Et nous jettèrent des cordes
+dont j'en receu une sur la teste, que j'atrapay d'une main et la
+tint ferme et les autres en receurent aussy, et l'on nous attira dans
+cette barque où aussitôt que je fus hors de l'eau je fus saisy
+du froid et fut sans parolle, et l'on me reconnut quoyque nud en
+chemize. L'on me couvrit de capots pour m'échaufer ainsy que les
+trois autres. C'estoit une barque à pescheur dans laquelle s'étoient
+jetté quatorze des plus braves capitaines de Dunkerque pour nous
+sauver, et il étoit une heure après minuit, et lorsqu'ils me débarquèrent
+M<sup>r</sup> de Harcourt commandoit la ville pour lors et eut la
+<span class="pagenum"><a name="pg174" id="pg174"></a>-174-</span>
+bonté de faire tenir les portes ouvertes, jusqu'à savoir de mes nouvelles.
+Je fus porté dans ma chambre sans avoir connoissance
+qui m'y avoit mis. Il me pris un vomissement d'eau salée et
+de sang, j'avois un de mes talons dont la peau étoit enlevée.
+Et le matin M<sup>r</sup> l'Intendant se donna la paine avec M<sup>r</sup> les officiers
+de me venir voir, et m'encourager sur ce qu'ils étoient bien informés
+qu'il n'y avoit nullement de ma faute et que j'avois agi en
+très brave homme et qu'il l'avoit écrit à la cour, cela me consola.<a id="FNanchor_155" name="FNanchor_155"></a><a href="#Footnote_155" class="fnanchor">155</a></p>
+
+<p>Et dans cet intervale M<sup>r</sup> de Pontchartrain fils succéda au Ministère
+en place de M<sup>r</sup> son père qui fut chancelier<a id="FNanchor_156" name="FNanchor_156"></a><a href="#Footnote_156" class="fnanchor">156</a>. Il ordonna
+à M<sup>r</sup> l'Intendant de m'envoyer pour me justifier sitôt que j'en serois
+en l'état, et six jours après je party en poste pour Versailles
+où je n'imploray pas l'apuy d'un protecteur. Je paru le matin dans
+son antichambre où l'attendoient M<sup>r</sup> les officiers de marinne, et
+je m'aprochay de luy disant: «Monseigneur. Je suis celuy échapé
+du naufrage de la frégate la <i>Serpente</i> qui vient soubmis aux ordres
+de Votre Grandeur.» Et il me regarda fixe de son &oelig;il et me dit:
+«J'ay receu les verbaux comme la choze vous est arivée. Vous
+estes lavé devant le Roy, mais ce coquin de pillote sera pendu.
+J'ay mandé que l'on fasse son procès.» Je dis: «Monseigneur,
+ça va estre un grand dégout pour M<sup>r</sup> le chevalier Bart, c'est son
+parent et son filleul, portant les mesmes noms de Jean Bart.»&mdash;«Ha!
+Ha! Je vay informer le Roy, et vous demain à mon lever
+faites-vous énoncer pour me parler.» Je n'y manquay pas dès les
+six heures du matin. J'étois connu de M<sup>r</sup> Potin, son valet de chambre,
+qui m'y présenta en son cabinet, et il me dit: «Le Roy fait
+grasce à ce malheureux, qui a fait périr la frégate et autant d'hommes
+et en considération de M<sup>r</sup> Bart, ne manquez à luy dire. Et,
+vous, prenez bien garde qu'une autre fois il ne vous arive un pareil
+accident, tenez voilà une ordonnance de cent pistoles que vous
+ferez payer au trésorier de la marine que le roy vous donne pour
+<span class="pagenum"><a name="pg175" id="pg175"></a>-175-</span>
+vous réquiper sur le <i>Profond</i> que vous commanderez, et de suivre
+les ordres que l'on envoira à l'Intendant, et ne tardez pas sans
+vous rendre à Dunkerque.» Je remerciay humblement Sa Grandeur
+et luy promis de n'arester que deux jours à Paris, et il m'arêta
+en me disant: «Tenez, voilà ce qu'on m'a écrit de vous mais
+j'ay esté informé du contraire, gouvernez-vous toujours sagement.»
+Et il me laissa la lettre. Je ne sorty pas de l'antichambre sans la
+lire et j'en fus surpris du contenu. Elle étoit du S<sup>r</sup> Plets, grand
+armateur, qui écrivoit faux mesme jusque contre les intendants et
+l'état major. Je garday la dite lettre et partis pour Paris, où je ne
+fus que les deux jours, et pris ma route pour Calais.</p>
+
+<p>Et entre Calais et Graveline courant la poste, je passay proche
+d'une chaize d'où l'on me souhaitoit le bon jour et comme je me
+portois. J'arestay à la portière et fus très surpris de voir Plets me
+faire sy bon accueil, me demandant des nouvelles. Je descendis
+de cheval et donnay à mon postillon la bride, et dis à celuy de la
+chaise: «Arreste.» Je dis en frappant de mon fouet: «Comment
+coquin, avez-vous osé me parler?» Et redoublois mes coups du
+manche du fouet et des bourades du bout je l'obligeay de mettre
+pied à terre, et luy dis de tirer son épée. Il se jeta à genoux disant:
+«Que vous ai-je fait? je ne suis pas homme d'épée.» Je
+luy présente un pistolet et il le laissa tomber. Je le fis soufler et
+je le blessay un peu à la lèvre d'en haut et me promit de ne s'en
+pas plaindre.</p>
+
+<p>Je reprends ma route courant mieux que luy, et a demie-lieue
+en avant je fus rencontré de deux officiers de la marine, M<sup>r</sup> de
+Maisonneuve et chevalier de Montant,<a id="FNanchor_157" name="FNanchor_157"></a><a href="#Footnote_157" class="fnanchor">157</a> qui aloient à Calais.
+Ils s'arestèrent à me questionner comme j'avois esté receu et sur
+les nouvelles, et la chaise de Plets me passa devant et n'étions
+plus que trois quarts de lieux de Gravelines où il gagna un peu
+avant moy. Cependant je ne m'arestay pas à conter l'advanture
+de Plets et continué. En rentrant à la barrière des palissades,
+<span class="pagenum"><a name="pg176" id="pg176"></a>-176-</span>
+je trouvay un officier avec un hauscol et un esponton
+qui m'aresta et me fait escorter par deux fusilliers chez M<sup>r</sup>
+de Vercantière commandant. Je mets pied à terre et il m'attendit
+au seuil de la salle. Il me receut froid disant: «Comment,
+Monsieur, faites-vous mestier d'assasin sur les routes.» Je
+dis: «Aparamant vous êtes mal informé.»&mdash;«Voyons et entrées.»&mdash;Sitots
+entré je trouvay mon plaintif dans un fauteuil
+tenant son mouchoir un peu ensanglanté contre sa bouche et Madame
+de Vercantière voulant se mesler de me gronder. Et pour
+abréger matière, je dis: «Il n'y a qu'un ordre du Roy, qui puis
+me faire arrester; je vais à Dunkerque où j'ay ordre de m'y rendre
+incessament.» Et puis je présentay sa lettre et dis: «Monsieur
+et Madame, que feroit tout autre que moy? Il a eu l'effronterie
+de m'apeler et me demander come je me portois, que ne me
+laissoit-il passer, je ne luy aurais dit ny fait, et il m'a fait serment
+de ne s'en pas plaindre. Il écrit contre l'Etat-major et contre les
+Intendants.» Monsieur et Madame luy dirent: «Alez vous plaindre
+ailleurs.» Il fit le pleureur disant n'estre pas en seureté de vie
+sy on ne m'areste jusqu'à ce qu'il puisse estre arrivé à Dunkerque.
+Je luy dis: «Alées, marault, je vous assure de ma part vous n'en
+valez plus la paine.» Et il partit et M<sup>r</sup> le commandant m'aresta
+bien une heure en buvant une bouteille de champagne, et je n'avois
+que pour une heure de course à faire. Je pris congé et repris
+la poste. Je croyais mon homme rendu mais je le trouvay encore
+entre Mardye et la basse ville; sa chaise s'étoit embarrassée dans
+les dumes, et j'arrivay un peu plustôt que luy et les portes se
+fermoient. Il crioit de sa force pour qu'on l'entendit, et je priay
+M<sup>r</sup> le Major de fermer et ne laisser entrer. Il dit: «Ho! Ho! c'est
+ce coquin, ferme, ferme.» Et il fut coucher à la basse ville, et
+j'eus loisir d'aller voir M<sup>r</sup> les deux Intendants et commandants et
+les prévins sur les plaintes qu'il avoit à leur faire, et je fus me tranquiliser.</p>
+
+<p>Vous ne devez pas doubter que je n'informats ma maîtresse de
+toutes choses, et qui avoit apréhendé que je ne fus entièrement
+disgracié puisque son oncle m'avoit écrit: «Il est juste pour votre
+honneur de vous justifier à la cour, mais ne vous inquiétez pas
+<span class="pagenum"><a name="pg177" id="pg177"></a>-177-</span>
+de n'y plus estre employé, cets ce que nous souhaitons et aurons
+une bonne frégatte à vous donner en commandement,» et je luy
+manday qu'il m'étoit bien plus honorable d'estre remonté comme
+je l'étois et après quoy je quitteray le service quant je voudray et
+qu'on ne retient pas les officiers par force et qu'estant destiné
+pour aller désarmer à Brest que je ne manquerois pas d'aller pour
+accomplir ma parole et mes désirs.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch7" id="ch7"></a>CHAPITRE VII</h2>
+
+<p class="d">Croisières et voyages dans la mer du Nord.&mdash;Aventure avec l'abbé
+d'Oliva.&mdash;Démêlés avec les Anglais.&mdash;Doublet comparaît devant le Sénat
+de Copenhague, il est acquitté.&mdash;Présents qu'il reçoit.&mdash;Il force les
+Hollandais à saluer son pavillon.&mdash;Retour à Brest avec des fournitures
+pour l'arsenal.&mdash;Mariage de Doublet.&mdash;Il refuse d'embarquer avec
+Duguay-Trouin.&mdash;Il arme en course.&mdash;Voyage aux Açores.&mdash;Combat.&mdash;Retour
+à Brest.&mdash;Nouvelle Croisière.&mdash;Prise du <i>Scarboroug</i>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg178" id="pg178"></a>-178-</span>
+1692. Le 15 janvier M. l'Intendant me fit venir chez lui pour
+me communiquer les ordres qu'il recevoit de me donner le commandement
+de la flutte du Roy le <i>Profond</i><a id="FNanchor_158" name="FNanchor_158"></a><a href="#Footnote_158" class="fnanchor">158</a> et d'y mettre quarante
+canons avec deux-cents hommes flamands particulièrement
+les matelots afin que les matelots françois des classes futs réservées
+pour les autres vaisseaux du Roy. M<sup>r</sup> le Marquis d'Amblimont<a id="FNanchor_159" name="FNanchor_159"></a><a href="#Footnote_159" class="fnanchor">159</a>,
+chef d'Escadre, et pour lors commandant au port, qui
+venoit de commander le <i>Profond</i> me dit: «Je suis surpris que
+vous ayez couru sur mes brisées; j'ayme ce vaisseau et vous m'en
+voulez déposséder.» Je luy dis: «Monsieur, je ne l'ay pas demandé
+et le Ministre me l'a ordonné.» Et M<sup>r</sup> l'Intendant print
+la parole en luy disant: «Je say qu'il ne l'a pas demandé et qu'on
+l'a choisy pour une expédition qui ne vous est pas convenable, et
+vous, Monsieur, estes destiné pour comander le <i>Grand Henry</i> à
+la teste de l'escadre que nous allons bientots armer.» Sur quoy
+mon dit sieur D'Amblimont me dits: «Je suis bien aise que se
+<span class="pagenum"><a name="pg179" id="pg179"></a>-179-</span>
+soit vous qui l'ayez et vous avez un très bon vaisseau.» Et il fut
+question de l'armer et de faire mon équipage de flamands qui n'aime
+pas à s'embarquer sur les vaisseaux du Roy, à cause de la paye qui
+est moindre et aussy par la subordination qu'il y faut observer, et
+pour ne pas paraître l'armement pour le service du Roy c'étoit le
+chevalier Géraldin qui fournissoit pour les advancer des gages aux
+matelots pour les vivres, et le gros de l'armement se fit à l'arcenail
+et futs prêt au 26 février que je le fis sortir du bassin pour le
+mettre le long des jettées affin de pouvoir le mettre dans la rade
+au premier beau temps qui ne fut propre qu'au 20<sup>e</sup> mars. Et aussy
+tots que je l'eus conduit en rade, M<sup>r</sup> le prince de Tingry<a id="FNanchor_160" name="FNanchor_160"></a><a href="#Footnote_160" class="fnanchor">160</a> se
+fit amener à notre bord par curiosité de voir un vaisseau armé, et
+nous levasmes l'ancre et mis soubs les voiles pour luy donner le
+contentement de voir comme se gouverne un vaisseau. Après quoy
+nous remismes en place pour recevoir le reste de mon équipage.
+Le 21 nous fismes voilles accompagné d'un corsaire de douze canons
+faisant route pour aller croiser vers le Nord pendant un mois
+comme le portoient mes ordres, et après le mois de course expiré,
+prises faites ou non, étoit d'aller en droitture à Dantzick où
+y trouverois des ordres. Et en croisant avec l'autre corsaire le 22<sup>e</sup>
+au matin d'un temps de brouillards nous aperceumes soubs le vent
+de nous une frégatte angloise sur laquelle nous donasmes chasse. Je
+la reconnus n'avoir que 24 canons et bien des officiers vêtus en rouge
+et gallonnées. J'en aprocha à portées d'un bon mousquet, et ne
+vouluts luy tirer du canon crainte de rompre la marche, et vouloit
+l'aborder, et nous étions proche des bancs de jarmuits et elle couroit
+dessus. J'euts la précaution de faire sonder bien à propos, car
+il ne se trouva que 17 pieds d'eau et notre vaisseau en tiroit un
+peu plus que les 15. Je fis abandonner la chasse et retenir au
+vent dont il étoit grand temps, car avec très grande peine et à
+force de voilles nous échapasmes d'aborder un banc dont les brisants
+de la mer estoient à portées de pistolets de nous soubs le
+<span class="pagenum"><a name="pg180" id="pg180"></a>-180-</span>
+vent, et ne trouvasmes que 16 pieds d'eau et nostre navire couché
+par le costé si fort que nos canons du premier pont labouroient la
+mer, que nous aurions touché et péry tous. Nous aperceusmes devant
+et au costé de nous d'autres brisants, des bancs et plus rien du costé
+de dessoubs le vent. Je fis arriver vent arrière et lever toutes nos
+voilles et mettre un gros ancre sur un bon câble ajusté de trois sur
+un bout et nous tinsmes fermes à 15 brasses d'eau et un bon fonds
+de vase, et il s'éleva une tempeste qui nous obligea d'amener tout
+bas nos vergues et mâts d'hune et résistances pendant trois fois 24
+heures, tousjours en crainte que nostre câble ne manquats, et après
+la tempeste cessée nous fismes de grands efforts pour lever notre
+ancre et elle rompit par sa croisée, sy cela avoit arrivé dans la
+tempeste l'on auroit jamais eu de nouvelles de nous. Enfin Dieu
+permis de nous retirer heureusement, et nous fusmes croiser au
+large où nous rencontrasmes un flibot écossois avec du charbon
+de terre apartenant à M<sup>r</sup> Chaters dont j'ay parlé à mon voyage
+des pommes, et je le ranssonnay que pour trois cens livres sterling.
+Mon mois de course estant finy, je pris la route pour me
+rendre à Dantzic, et au 8<sup>e</sup> may j'arrivay à Elseineur après avoir
+fait les cérémonies accoustumées devant le cap Kol, et le unze je
+fus en rade de Copenhague et fus à terre saluer M<sup>r</sup> notre ambassadeur
+auquel je fis présent de cent bouteilles de vin de champagne;
+il en présenta une douzaine à la Reine de Dannemark qui nous
+dit n'avoir gousté d'aussy excellent vin, ce qui m'occasionna dès
+l'après midy de luy en envoyer cent autres bouteilles. Et le landemain
+M<sup>r</sup> l'ambassadeur me conduit voir diner le Roy et la Reine
+et la princesse de Nassau, et la reine beut hautement à ma santé,
+ce qui me fit beaucoup d'honneur à la cour. Sortant de là nous
+fusmes disner chez son altesse sérénissisme M<sup>r</sup> de Gueuldenleur
+frère naturel du Roy et vice-roy de la Norvègue et généralissime
+des armées. Il nous régala à la française et on y parla notre langue,
+mais il nous fit boire à l'allemande, <i>egregie</i>, et me trouvay
+heureux d'avoir prétexte d'aler me rembarquer pour continuer ma
+route, sur ce que le pilote me vint demandar je prit congé et à la
+sortye je me sentis un peu chancelant, mais mon canot étoit tout
+proche et y étant ambarqué je m'endormis jusqu'à estre arrivé à
+<span class="pagenum"><a name="pg181" id="pg181"></a>-181-</span>
+mon bord, et eus loisir de reposer la nuitée pour partir le matin
+ensuivant que nous appareillasmes la route pour Dantzik où j'arrivé
+en la rade, le 27<sup>e</sup> may. Il est à remarquer qu'il n'y à que les
+petits navires qui peuvent entrer dans la rivière de Danzik et
+que les navires tirant 9 à 10 pieds d'eau sont obligés de rester à
+la rade à plus d'une lieue de l'entrée, ainssy je me fis porter dans
+mon canot jusqu'à la ville, où je fus trouver M<sup>r</sup> Louchay, agent de
+France, et il me conduit chez les anciens sénateurs, et à notre retour
+chez luy il me dit de renvoyer mon canot, et que nous raisonnerions
+sur nos affaires, et il me communiqua ses ordres qui
+étoient de me charger mon vaisseau de plusieurs mâts de 80 à 85
+pieds de long et de 32 à 33 palmes en circonférence et aussy 20
+câbles de 120 brasses de long depuis 18 à 21 pouces de grosseur,
+mil à 1200 barils d'acier et des hossières de cordages depuis 4 à
+6 pouces de grosseur et 200 barils de ferblanc, 200 paquets de
+fil de laiton et 200 paquets de fil de fer et du bray noir en barils
+et des petites mastures. Je luy dis de m'envoyer en premier
+lieu tout ce qui étoit de menu et le plus de poids pour servir de
+lest dans les fonds, et ensuite 2 à 300 longues planches pour
+mettre au-dessus avant de recevoir les mâts mais les fonds des
+payements n'étoient encore arrivés et j'eus le loisir de me promener
+et d'examiner le pays jusqu'au 20<sup>e</sup> de juin que j'eus advis
+qu'il faloit charger et le 21<sup>e</sup> nous commençâmes par les menus
+et plus de poids, le 25 et 26 par les câbles et le 2 juillet par
+les planches pour recevoir les mâts quoyque long et gros je trouvay
+le secret de les embarquer plus facilement et promptement que les
+Holandois qu'on m'avoit envoyés pour l'effect, et ordinairement
+ces grosses mastures se conduise par des basteaux qui les entraînent
+proche du bord de celuy qui les doibt recevoir, et du premier
+j'en embarquay huyt, ce qui surprist fort mes Holandois qui n'avoient
+coustume d'embarquer que deux ou trois par jour.</p>
+
+<p>Et la nuit il survint un coup de vent qui fit rompre le câble qui
+en tenoit cinq mats attachés derrière nous, et lorsqu'il calma j'envoyai
+mes chaloupes à leurs recherche le long de la coste où nous
+jugions à peu près estre transportés, et mon canot ayant esté du
+costé de la baye d'Olive<a id="FNanchor_161" name="FNanchor_161"></a><a href="#Footnote_161" class="fnanchor">161</a> les y trouva échoués, et m'en ayant fait
+<span class="pagenum"><a name="pg182" id="pg182"></a>-182-</span>
+rapport, je changeay d'équipage du canot et my embarqué et my fits
+porter, et ayant mis pied à terre je trouvay deux païsans et nous dirent
+qu'ils y gardoient par ordre de M<sup>r</sup> l'abé Dolives pour qu'on ne
+les enlevats. Je m'informay de sa demeure et ils me la montrèrent
+à bonne demie lieue en dedans les dunnes. Je fus saluer M<sup>r</sup> l'abbé
+et luy dis de ne pas trouver mauvais que j'envoye reprendre
+les mâts du Roy mon maistre. Et il répondit: «Qui est-il votre
+Roy? Il n'a rien icy; les mâts sont à moy et tout ce qui vient en
+cette coste par droit de seigneur et de gravage:» Je dits: «Mon
+Roy et mon maistre n'a d'autre Seigneur que Dieu, ainsy je les
+auray de grey ou de force.» Il me brusqua en me disant: «Retirez-vous
+d'icy.» Je retournay à mon vaisseau me trouvant trop
+faible et sur le soir. Ma grande chaloupe y étoit, je laissay passer
+la nuit et dès le petit jour je fis armer la grande chaloupe de 4
+périers et des fusils et sabres et des grenades et 45 bons hommes,
+un cric et de bons leviers et des rouleaux et 25 hommes armés
+dans mon canot où je m'embarquey, et fusmes descendre proche
+de nos mâts et y déjeunasmes dessus pour avoir meilleur courage
+d'y travailler. M. l'abé en fut adverty à son lever; j'avois posté
+des sentinelles en découverte et l'un d'iceux m'advisa qu'il venoit
+des gens armés. Je fus les examiné et je remarquay comme une
+procession de païsants mal armés et M. l'abé vêtu en camail et
+rochet qui suivoit à pas graves. Lorsqu'il fut approché et son armée
+de membrin je luy oposé 30 fusilliers, et les fis faire halte, et
+il demanda à me parler. Je m'aproché et luy dis qu'il n'auroit
+autres raisons de moy que de me laisser reprendre mes mâts, et
+que s'il s'y oposoit le moindrement ou ses gens que j'avois donné
+ordre de faire main basse sur tout, excepté luy que j'enleverois
+en France. Il répondit d'un air doux: «Monsieur, cela est bien
+violent et j'en écrirai au Roy de France.»&mdash;«Alez, Monsieur,
+je luy dits et vous me ferez plaisir.» Et j'enlevay tous mes mâts
+sans plus d'oposition.</p>
+
+<p>Je me trouvay près ayant levé toutes mes expéditions pour
+partir pour France. Il y eut plusieurs dames chez lesquelles
+j'avois fréquenté à Dantzik qui me témoignèrent avoir envie de
+voir un vaisseau du Roy de France, et je ne peut me dispenser
+<span class="pagenum"><a name="pg183" id="pg183"></a>-183-</span>
+de les convier d'y venir disner avec M<sup>rs</sup> leurs maris, et je retournay
+à mon bord pour faire préparer le repas et renvoyay M<sup>r</sup> Durand,
+mon capitaine en segond, dans ma grande chaloupe et le
+fils de M<sup>r</sup> Alvarès, garde de la marinne, mon enseigne, dans mon
+canot pour amener cette compagnie, que j'atendois à disner. Et
+un peu après que mes chaloupes furent parties il arriva en cette
+rade un grand yac du Roy de Dannemarc et duquel sa chaloupe
+vint à mon bord où étoit M<sup>r</sup> de Rancey que j'avois connu à Lisbonne,
+lequel m'aprits que monsieur le vidame Denneval,<a id="FNanchor_162" name="FNanchor_162"></a><a href="#Footnote_162" class="fnanchor">162</a> chez
+qui je l'avois veu lors de son ambassade en Portugal, étoit avec
+Madame son épouse et M<sup>r</sup> le chevalier son fils dedans le dit yac,
+et venoit se débarquer à Dantzick pour se rendre ambassadeur à
+Varsovie, cour de Pologne. Je marqué mon ressentiment à M<sup>r</sup> de
+Rancey de ce que je n'avois mon canot ny ma chaloupe pour
+aller rendre mes respects à Son Excelence, mais que s'il le voulait
+bien j'y allois aler dans le canot du Danois, et il me marqua
+que je ferois plaisir à Son Excellence. Je fits arborer les pavillons
+et tirer treize coups de canons avant de m'embarquer pour saluer
+la venue de M<sup>r</sup> l'ambassadeur, et fus le saluer. Il me reconnut et
+j'en receus beaucoup d'honnestetés et de Madame. Après quoy,
+il me dits: «Vous voudrées bien sur le soir me prester vos chaloupes
+pour aider à nous débarquer.» Et je lui dis: «N'y penssées
+pas, Monsieur, vous recevriées un affront de n'estre pas salué
+des forteresses et de la ville.» Il me dit le pourquoy donc?
+«C'est qu'il n'en ont pas receu nouvelles de la cour de France et
+ils le savent par voyes indirectes comme je l'ay pu apprendre, et
+sy vous débarquez vous ne trouverez vostre logement préparé, ny
+salut ny le Sénat à vous recevoir, et il faut que vous envoyez
+votre secrétaire ou votre écuyer leur annoncer votre venüe pour
+<span class="pagenum"><a name="pg184" id="pg184"></a>-184-</span>
+que l'on se dispose à vous recevoir dans les dispositions dues à
+votre rang et dignité et vos chaloupes reviendront et pourront demain
+vous servir suivant vos réponses que vous recevrez.» Surquoy
+il m'embrassa et dits: «Parbleu, je suis heureux de vous
+avoir trouvé icy.» Et envoya M<sup>r</sup> de Rancey au Sénat de Danzick
+dans le canot du yac, et je luy dits: «Monsieur, je vais m'embarquer
+avec luy pour qu'il me remette à mon bord n'ayant
+d'autre batteaux, car les miens sont en la recherche d'une compagnie
+d'hommes et de dames qui viendront disner à mon bord,
+et je ne puis y manquer pour rester avec vous.» Et il me dit:
+«Je m'en vais avec vous.» Sur quoy je répondits qu'il me feroit
+beaucoup d'honneur et Madame sy elle le vouloit bien. Il en
+parla à Madame qui dits n'aimer à aller dans des chaloupes. Et
+nous nous fismes porter à notre bord et il envoya M<sup>r</sup> de Rancey
+et mes deux chaloupes sur le midy m'ameinèrent la compagnie que
+j'atendois et dont M<sup>r</sup> l'ambassadeur fut fort aise de s'informer de
+ce que je l'avois prévenu, et lorsqu'il vit le préparatif de ma table
+il dit: «Hé, mordié, quelle bonne chère! Madame et moy
+avons paty n'ayant que des viandes salées et fumées au bord de
+ces mesquins Danois.» Je luy dits avant de faire servir: «Choisissez
+tout ce qui peut estre du goût de Madame et je luy vay
+envoyé.» Il fit un peu de difficultés disant qu'il ne falloit qu'une
+ou deux assiettes et j'en envoyay de huipt sortes de différents
+mets.</p>
+
+<p>M<sup>r</sup> Durand mon segond nous raconta que, amenant notre compagnie
+on apprit la nouvelle que notre armée navale avoit esté
+battue et défaitte à la Hougue<a id="FNanchor_163" name="FNanchor_163"></a><a href="#Footnote_163" class="fnanchor">163</a> et que, au bas de la rivière de
+Dantzik, il avait rencontré un moyen navire de six canons qui
+leurs dits mille insolences, criant: «chiens de François votre
+armée est deffaite,» et montrant leur derrière à nud à toutes ces
+dames qu'ils apeloient putains. Et cela nous diminua de beaucoup
+les dispositions que nous étions proposées, et M<sup>r</sup> l'ambassadeur
+par une prudence achevée remis un peu la compagnie en disant:
+«Il peut y avoir quelque disgrâce, événements de la guerre, mais
+<span class="pagenum"><a name="pg185" id="pg185"></a>-185-</span>
+jamais si grand que les ennemis les publient, et il ne faut pas paroistre
+déconcertés.</p>
+
+<p>L'on disna bien, et sur les six heures il falut reporter à terre
+notre compagnie et M<sup>r</sup> Durand avoit eu la prévoyance d'embarquer
+plusieurs menues armes dans ma grande chaloupe sans le
+faire paroistre. Et entrant dans la rivière, il ne peut éviter de
+passer proche le navire Anglois qui avoit insulté, lequel ne manqua
+pas de recommencer, et il pacifia tout autant qu'il fut occupé.
+Mais lorsqu'il eut tout débarqué, et revenant pour se rendre à
+bord et passant proche le dit anglois qui récidiva en luy jettant
+des pierres dans sa chaloupe, il prit les armes et fit sauter nos
+hommes avec luy à l'abordage; l'anglois tira un coup de canon qui
+passa par dessus nos gens, lesquels de toc et de taille, à coups
+de sabre, ruoient sur ce qu'ils rencontraient, puis en ayant mis 8
+à dix sur le carreau se rembarquèrent et étant à bord firent le
+récit à M<sup>r</sup> l'ambassadeur, qui y étoit encore sur les neuf heures et
+nous dit qu'on avoit bien fait de réprimer cette insolence et que
+nous n'eussions à nous pas embarrasser. Le dit navire anglois
+échoua en coste, mais il échapa le lendemain. M<sup>r</sup> de Rancey revint
+rendre compte à Son Excellence de sa négociation et comme
+le Sénat fut assemblé où il fut délibéré pour le recevoir, mais que
+l'on prioit Son Excellence de différer au lendemain pour se débarquer
+pour donner loisir de préparer son logement, et M<sup>r</sup> l'ambassadeur
+pour se desennuyer vint à mon bord avec Madame et y
+passèrent la journée jusqu'au soir, étant bien content des advis
+que je luy avois donnés. J'étois tout prêt à partir et il me pria de
+luy prester mon canot et ma chaloupe pour lui aider à le débarquer
+et son meuble, et je m'embarqué dans mon canot pour recevoir
+leurs Exellences, et les conduire, ayant mon trompette qui
+jouait des famfares.<a id="FNanchor_164" name="FNanchor_164"></a><a href="#Footnote_164" class="fnanchor">164</a> Et lorsque nous débordasmes du yac Danois
+il tira dix coups de canons, et en dépassant nostre vaisseau
+on tira treize coups et nous fusmes au Heels, à l'entrée de la
+<span class="pagenum"><a name="pg186" id="pg186"></a>-186-</span>
+rivière de Dansik, où ets la première forteresse d'où l'on tira
+neufs coups, et nous y trouvasmes une demie galère couverte d'un
+damas rouge avec des franges d'or, où il y avoit deux députés du
+sénat qui prièrent leurs Excellences de s'embarquer, et puis on
+monta devant la ville où toutes les forteresses tirèrent. Et à cause
+de l'affaire de l'Anglois je quittay leurs Excellences après en
+avoir receu bien des honnestetés et marques de leurs amitiez, et
+sitost que je fus à mon bord, et que ma chaloupe fut venue je
+mis soubs les voilles pour me rendre a Copenhague.</p>
+
+<p>J'arrivay le 16<sup>e</sup>; je fus trouver M<sup>r</sup> le marquis de Martangist
+notre ambassadeur, qui à l'abord me receu froid, ayant receu des
+plaintes pour ce navire anglois, et que cela avoit fait bien du bruit
+à la cour de Dannemark par les ambassadeurs d'Angleterre et
+d'Hollande qui demandoient que je fus arresté avec mon vaisseau
+jusqu'à avoir une satisfaction. Et me doutant de l'affaire j'eus la
+précaution d'aporter mon journal où j'avois dressé le procès-verbal
+de tout ce qui s'étoit passé envers le dit Anglois et que j'avois
+fait attester véritable par tous les messieurs et dames qui avoient
+receu les insolences lorsqu'ils vindrent et se débarquèrent de mon
+vaisseau, et dont le greffier du Sénat et Mademoiselle son épouze
+étoient du nombre et avoient tous signé le contenu. Lorsque
+M<sup>r</sup> de Martangis en prit lecture, il fut fort content et me fit
+mettre avec lui dans son carrosse et son secréttaire, et nous fusmes
+trouver M<sup>r</sup> Bielks grand admiral pour le prévenir. Il fut content
+de ma précaution et il nous dit qu'il aloit se rendre au consseil
+qui s'assembloit pour ce subject où seraient les ambassadeurs
+d'Anglettere et d'Holande et que M<sup>r</sup> de Martangit n'avoit besoin
+d'y paroistre puisque j'étois muni de si bonnes défences, et
+M<sup>r</sup> l'ambassadeur me conduit à l'hôtel du conseil où il me laissa
+avec M<sup>r</sup> Bezé son secrétaire et retourna à son hostel, m'ayant
+dit qu'il me renvoirroit chercher pour aler dîner avec luy. L'on
+nous fit entrer dans une antichambre du conseil et peu après l'on
+m'y fit entrer seul et l'on ne voulut pas que M<sup>r</sup> Bezé y entrats.
+Je vis tous les seigneurs autour d'une grande table couverte d'un
+velours vert et M<sup>r</sup> l'admiral au haut bout soubs un dais et les
+deux ambassadeurs un à chaque de ses costés, tous assis en fauteuils.
+<span class="pagenum"><a name="pg187" id="pg187"></a>-187-</span>
+Je les saluay tous; et puis un de l'assemblée me demanda
+mon nom et celuy de mon vaisseau en langue françoise. Je ne
+fis aucune réponce. Il recommença et demanda pourquoy je ne
+répondois pas. Je dis appartenir à un trop grand maistre pour que
+son officier fût traité avec autant de mépris d'estre comme un valet
+interrogé sur pied lorsque toute l'assemblée étoient assis. Et l'on
+m'aprocha un fauteuil, où avant de m'asseoir je saluay tous ces
+messieurs. Et puis je dis: «Ce seroit trop vous fatiguer et par
+trop ennuyeux à une si honorable assemblée de faire un long interrogatoire
+et recevoir mes responces. Voici au net tout le procès verbal
+de ce qui s'est passé et bien vérifié; examinées les plaintes
+de mes partyes, je n'ay autre chose à vous répondre, et surquoy
+il vous plaise rendre vostre bonne justice.» Et l'ambassadeur anglois
+présenta son mémoire de plainte et dans lequel il y avoit
+beaucoup d'exagérations outrées, disant n'avoir pas insulté qui
+que ce soit et que mes gens n'ont eu d'autres intentions que de
+piller ce qui étoit dans le dit navire et de le faire périr à la coste
+pour que l'on ne s'aperceut d'un vol fait, ayant enlevé plus de 25
+mille florins d'espesses d'or et d'argent, etc. L'on leut tout au
+long mon procès-verbal et les temoignages, et il n'y eut d'autres
+répliques à me faire que sur le prétendu vol. Et je pris le discours:
+qu'il nets pas surprenant que l'auteur d'une querelle ne dise beaucoup
+de faussetées pour se disculper et pour agraver sa partie;
+que l'on examine sur les factures de son chargement sy l'on y a
+rien pris, et que le total avec son navire qui n'avoit que des mâts
+et des planches et quelques balles de chanvres sont propres d'enlever,
+et quant aux espèces il n'est nullement probable que l'on
+en remporte de ce pays; et qu'il produise sy son chargement en
+allant auroit pu produire en retour la dite cargaison et remporter
+autant d'espèces quand mesme elles seroient d'usage en Angleterre.
+Après quoy l'on me dit: «Monsieur, passés dans l'antichambre
+et l'on vous rendra vostre journal.» Je rejoins le secrétaire de
+son Excellence et luy conte comme j'ay abrégé matière et comme
+j'avois agi à l'entrée. Il en fut très content et dits: «Dans peu
+nous saurons ce qui vat estre jugé.» Et un quart d'heure après
+les deux ambassadeurs sortirent par notre antichambre, et celuy
+<span class="pagenum"><a name="pg188" id="pg188"></a>-188-</span>
+d'Angleterre me dits: «Monsieur, vous devez estre content;
+vous avez trop bien défendu vostre cause, et j'ai connu que l'on
+ne m'a pas accusé juste, et suis votre serviteur.» Le Holandais
+me dits: «Tous les capitaines n'ont tant de précautions que
+vous.» Et le Conseil se sépara, et on me rendit mon journal
+sans me rien dire, et au sortir nous trouvasmes le carrose de
+M<sup>r</sup> nostre ambassadeur où étoit M<sup>r</sup> De Cormaillon<a id="FNanchor_165" name="FNanchor_165"></a><a href="#Footnote_165" class="fnanchor">165</a> qui nous
+attendoit et pour me dire que M<sup>r</sup> Bezé retourne à l'hostel et que
+nous alions chez le Roy où M<sup>r</sup> de Martangits étoit. Nous atendismes
+que leurs Majestées euts commencé à disner, et le Roy fut informé
+du résultat du conseil dit tout hault à son Exellence: «Monsieur,
+je suis bien aize que votre capitaine se soit sy bien justifié, avec
+aplaudissement mesme de ses ennemis.» Et la Reine dits: «J'en
+suis bien aize et je vais boire à sa santé.» Je répondis par des
+grandes humiliations et puis on se retira, et fus disner chez Son
+Excellence avec M<sup>r</sup> de Cormaillon, homme de qualité de France
+qui s'étoit batu en duel avec M<sup>r</sup> le comte de Chapelle et de
+Montmorency et se sauva en Dannemark où il a esté fait lieutenant
+général des armées, ayant le cordon de l'ordre de l'Elephan
+Blanc et promit de ne jamais lever les armes contre le Roy de
+France et a esté fort estimé. Je fus étonné de voir venir disner
+avec nous M<sup>r</sup> l'admiral Bielks et qui fis mes élloges sur les manières
+du soutient d'honneur pour ma séance et comme je m'étois
+si bien défendu, et l'après disner Son Exellence me promena à
+toutes les curiozetées de plaisances de cette cour où il n'y a rien
+qui mérite récit que la tour pour l'observatoire.<a id="FNanchor_166" name="FNanchor_166"></a><a href="#Footnote_166" class="fnanchor">166</a> Je prits congé
+de Son Exellence qui fit embarquer dans ma chaloupe 24 grands
+jambons de Mayence dont douze m'estoient présentés par la
+Reine avec un flacon d'or pour l'eau de Hongrie<a id="FNanchor_167" name="FNanchor_167"></a><a href="#Footnote_167" class="fnanchor">167</a> et dont le
+<span class="pagenum"><a name="pg189" id="pg189"></a>-189-</span>
+pied étoit tout à vice en boite remplie d'un exelent beaume, et
+les douze autres jambons étoient de M<sup>r</sup> l'ambassadeur, le tout
+pour le vin de Champagne que j'avois présenté.</p>
+
+<p>J'arrivey à Elseineur sur le midy, où je trouvay en rade une
+flotte de navires anglois et une de Holandois. Les premiers n'avoient
+que deux convois, l'un de 50 et l'autre de 32 canons qui en
+atendoient deux autres avec d'autres navires, et les Holandois
+avoient une cinquantaine de navires marchands à escorter avec
+trois convois depuis 40 et 36 et 30 canons, qui n'atendoient qu'un
+vent propre à sortir le Zund ainsy que moy, qui sur les deux
+heures je fus à terre pour retirer mes despesches et fus trover
+M<sup>r</sup> Hanssen, agent de France, pour mes expéditions; et comme
+c'est l'ordinaire d'aler an cabaret nous y fusmes dans une belle
+et longue salle où ets plusieurs tables comme au café. Les
+capitaines des convoys Holandois y entrèrent et un me demanda
+sy j'étois le capitaine de cette flutte. Je réponds pourquoy?
+«Cets, dit-il, que vous ne devriez porter la flame devant plusieurs
+navires de guerre comme nous sommes et ceux d'Angleterre.»
+Je fus surpris d'un pareil discours et leurs dits: «Venez
+l'oster, je vous y attendray.» Et il répondit: «Cela pourra arriver
+sy nous nous trouvons hors le Zund.»&mdash;«Je le souhaite, luy
+dis-je, et si vous n'estes que vous trois je me propose bien de
+vous faire abattre les vostres et de faire saluer celle du Roy mon
+Maistre.» Et Monsieur Hanssen fit changer la conversation,
+voyant que je prenois feu. Il me donna mes despesches et je retournay
+sur les quatre heures à mon bord, où vint pour me voir
+ce pauvre capitaine Danshin que j'avois rançoné et qui s'échapa
+avec moy du naufrage de la <i>Serpente</i>. Je le régalay avec de bon
+vin, il se grisa, et je lui en donnay six bouteilles dans son canot.
+Sur les six heures qu'il s'en retournoit à son bord et comme il
+passoit proche d'un de ses convois, celuy de 52 canons, il en fut
+apelé par M<sup>r</sup> Robinsson commandant qui le gronda d'où vient
+qu'il étoit venu à mon bord, et si c'étoit pour déclarer leurs
+forces. Danshin luy dits que je l'avois bien traité cy-devant et
+qu'encore après l'avoir régalé je lui avois donné six bouteilles de
+bon vin desquelles il en donna quatre à M<sup>r</sup> Robinsson. Sur quoy
+<span class="pagenum"><a name="pg190" id="pg190"></a>-190-</span>
+M<sup>r</sup> Robinsson soit par raillerie ou autrement luy dits: «Retournés
+au bord de Doublet et luy dire de ma part qu'il ne soit si prodigue
+de ce vin, et que je feray en sorte de luy en faire boire en Angleterre.»
+Danshin qui estoit grix vient me faire le compliment, et
+je luy donnay un chapeau de castor bordé d'or et luy envoyay
+dire à son comandant que je doute de nous rencontrer, et que s'il
+en vouloit boire qu'il eust à se faire débarquer présentement et
+seul sur l'ille de Wein qui étoit proche de nous et que sur le
+champ je m'y ferois débarquer seul et y porterois six flacons et que
+le vainqueur les emporteroit. Il avoit compagnie à son bord lors
+de mon compliment qu'il n'accepta pas, et le lendemain cela fut
+dit à terre où il fut baffoué de tous les officiers Danois et de sa
+nation. Le 19<sup>e</sup> au point du jour le vent se trouvant bon je tiray
+un coup de canon comme si j'avois eu quelqu'un à conduire, et fit
+appareiller pour que les Holandois n'euts publié que je me sauvois
+d'eux à la sourdine, et je sortys du Zund sur les 4 heures du matin
+ayant salué de sept coups de canons, les chasteaux de Crunnebourg,
+et d'Elsembourg<a id="FNanchor_168" name="FNanchor_168"></a><a href="#Footnote_168" class="fnanchor">168</a>, de Dannemarck et Suède, lesquels
+me rendirent le salut. Et estant un peu dépassé le cap Kol
+un calme me prit et les courants me portoient en arrière, je fis
+jetter une ancre à la mer pour m'arrester, et sur les six heures
+nous aperçeumes la flotte des Hollandois qui sortoit le Zund avec
+un petit vent favorable qui nous les faisoit approcher, ne pouvant
+passer que bien proche de nous je les atendits, et dans cet intervale
+nous aperceusmes du costé de la mer une escadre de cinq
+vaisseaux de guerre portant les pavillons de Dannemarck qui faisoient
+route pour entrer au Zund, et les Holandois ayant le bon
+vent se trouvèrent proche de moy et dont l'avant garde étoit à
+portée d'un bon pistolet. Je luy somma d'abaisser ses huniers et
+sa flame et de saluer le pavillon de France. J'étois bien disposé
+au combat n'ayant que d'un costé à combattre. Ils furent un peu
+lents à me répondre. Je recommençay ma sommation vu que j'alois
+les couler à fonds. Ils abaissèrent leurs huniers et saluèrent de sept
+<span class="pagenum"><a name="pg191" id="pg191"></a>-191-</span>
+coups de canon. J'aperçus encore leur flame au mât et je les
+fis abaisser, et ensuite l'arrière-garde se joignit au comandant
+qui étoit au gros de la flotte et je creus qu'il y aurait résistance
+et action, mais sur la deuxième semonce ils me saluèrent comme
+avoit fait l'autre, et entre temps l'escadre des cinq vaisseaux que
+nous voyons s'approchèrent de nous et m'envoya un canot avec
+un officier françois me dire que le fils aisné du roy de Dannemarck<a id="FNanchor_169" name="FNanchor_169"></a><a href="#Footnote_169" class="fnanchor">169</a>
+commandoit cet escadre et qu'il vouloit savoir qu'en sa
+présence d'où procédoit cette violence dans leur mer qui étoit sacrées
+et neutre pour les nations. J'excitay l'officier et ses gens à
+boire, et luy dits que j'alois en sa compagnie dans mon canot en
+rendre un fidel compte à son Altesse Royale. Et lorsque le canot
+de l'officier déborda, je fis tirer treize coups de canon et fit abaisser
+ma flame pour faire salut au prince qui trouva bon mon salut.
+Et il me fit recevoir lorsque j'entray dans son vaisseau, les soldats
+en hays soubs les armes, la caisse battant, et il me receut au travers
+de son grand mât et me conduit dans sa chambre, où je luy
+fis un récit de ce que les Holandois dans l'auberge d'Elseineur
+m'avoient insulté en me menaçant de se faire saluer et me faire
+abaisser ma flame dès la sortie du Zund, et je ne peux croire que
+les gens d'une République eussent autant de droit pour entreprendre
+sur une teste couronnée et aussy puissante qu'est mon
+Roy, et je les ay mis à la raison et sachant très bien que le Roy
+de Dannemark a esté informé de leur audace, qu'il trouvera bon
+ce que j'ay fait, et que Son Altesse Royalle m'approuveray aussy.
+Le prince m'embrassa et me dit: «Vous méritez une récompense
+et eux sont des coquins qui ne méritent pas comander des vaisseaux.»
+Et me convia à boire et salué sa santé, puis il dit: «Je
+veux aller voir votre vaisseau, allez et je vais vous suivre dans mon
+canot.» Et lorsque je déborday il me fit saluer de treize coups
+de canons, ce qu'il ne devoit pas, et vint incontinent. Je fis mettre
+mes soldats en hays, la caisse battant et le trompette jouant, et il
+fit sa revüe jusque entre ponts, et puis entra dans ma chambre
+où je luy présentay la colation dont il mangea un peu et beut à la
+<span class="pagenum"><a name="pg192" id="pg192"></a>-192-</span>
+santé du Roy, le segond à la mienne et se rembarqua après bien
+des marques de son amitié, et lorsqu'il déborda je le fis saluer
+d'une décharge de mousqueterie et treize coups de canon et puis
+deux autres décharges de la mousqueterye, et fis mettre soubs les
+voilles pour continuer ma route pour passer par le Nord d'Ecosse
+et d'Irlande afin de me rendre à Brest, où je suis heureusement
+arrivé au 25 aoust.</p>
+
+<p>Je fus saluer M<sup>r</sup> le maréchal de C&oelig;uvre<a id="FNanchor_170" name="FNanchor_170"></a><a href="#Footnote_170" class="fnanchor">170</a> qui étoit comandant
+et luy rendis compte de mon voyage et de la carguaison que
+j'amenois. Il me dits: «Voilà un beau bouquet pour le Roy, nos
+vaisseaux en ayant grand besoin et vous mérittez récompense.»
+Je lui dits: «Monseigneur, il y a bien du temps que l'on me l'a
+faite espérer, et je n'obtiens rien et suis déterminé à quitter le
+service.» Il dits: «Il ne faut pas faire cela.» Et je prits congé de
+luy pour aler à M. l'intendant pour lors M<sup>r</sup> Descluzeaux
+qui me receus encor très bien, et avec lequel je tins les mesmes
+discours. L'on fit incontinent la décharge de mon vaisseau, puis je
+rendis mes comptes et j'en tiray une décharge et fut simplement
+payé de mes gages, et j'eus ordre de remettre mon vaisseau aux
+mains de M<sup>r</sup> Dugué-Troüin pour armer pour faire la course, et je
+party de Brest au commencement d'octobre pour me rendre à
+Saint-Malo afin d'aller accomplir ma parolle de me marier comme
+je l'avois promis par toutes mes lettres, et le 24 du mesme mois la
+célébration en fut faite,<a id="FNanchor_171" name="FNanchor_171"></a><a href="#Footnote_171" class="fnanchor">171</a> et dix jours après il me survint ordre
+de me rendre à Brest pour recommander le <i>Profond</i> sur ce que
+l'équipage que j'avois amené étoient tous Flamands et qui ne
+vouloient servir soubs M<sup>r</sup> Dugué, et lorsque je fus arrivé on me
+proposa de m'embarquer pour segond soubs luy, et je n'en voulus
+point et retournay à Saint-Malo et il me falut songer à m'occuper.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg193" id="pg193"></a>-193-</span>
+Et il ne se trouvoit qu'une moyenne frégatte de 18 canons qui
+étoit à Grandville où je pris intérest et la fust armer pour la course.
+Je fus croiser dans la Manche de Bristol, et je fis trois moyennes
+prises de peu de valeur et puis je fus aux costes d'Angleterre où
+je fus rudement poursuivi par plusieurs gardes costes qui m'obligèrent
+de jeter ma chaloupe dans la mer et qu'à force de porter
+les voiles pour échapper je fus prest à périr, et heureusement je
+m'échappay et fut pour croiser vers les illes des Assores, où j'étois
+tort connu et me flattant d'y trouver des vivres à très bon compte
+et sur mon crédit. Au dix de may 1693 je dessendit à Punte Delgade,
+ville capitale de l'ille de Saint-Michel, appartenante à M<sup>r</sup> le
+comte de Ribeira-Grande et où tout les moinnes de l'ordre de
+Saint-François étoient en grand désordre pour faire élection d'un
+Prouvincial, ayant deux factions l'une pour Nolet et l'autre pour
+Sapator, et cherchoient à se battre courant les jours et les nuits
+par troupes comme des bandits portant des ceintures rouges et les
+autres blanches, allant mesmes quelques-uns à cheval avec des
+fusils criant comme des enragez: «<i>Vivat Nolet; Vivat Sapator.</i>»
+Et me demandaient de quel party j'étois, et je dis bonnement:
+«du plus fort,» ils se prirent à rire. Le gouverneur me fit aller chez
+lui et me pria de recevoir dans mon bord le R. P. Sapator avec
+dix ou douze de ces religieux pour les porter jusqu'à l'ille Tercère
+qui n'est éloignée que de 30 lieues, et je dis avoir besoin de vivres
+pour mes gens. Il envoya chercher son ami Sapotor qui me dit:
+«N'en acheptez pas, faites votre mémoire et tout vous sera
+promptement envoyé sans qu'il vous en couste.» Et je fis sur le
+champ le mémoire bien ample et sans rien oublier et fut bien
+exécuté dès le 16<sup>e</sup>. Les moinnes s'embarquèrent nuitamment et
+avoient deux barques caravales qui les suivoient soubs mon escorte
+crainte des Salletins, et le 17<sup>e</sup> may nous estions à 6 lieues dépassés
+la pointe du ouest de l'ille que les deux caravalles étoient
+à plus d'une lieue de l'avant de nous. Il s'éleva un grand bruit de
+la mer quoyque tout en calme et soudain un volcan en sortit avec
+tant d'impétuosité que nous crueusmes tous estre à notre dernière
+fin, sentant notre navire tout ébranlé et que les deux caravalles
+avoient sauté à perte de vue dans l'air et entourés d'une épaisse
+<span class="pagenum"><a name="pg194" id="pg194"></a>-194-</span>
+fumée qui nous offusquoit d'odeur de soufre; un chacun de nous
+agenouillé demandant la bénédiction de nos séraphins qui en
+avoient autant besoin que nous, et les prières ne manquèrent pas.
+Mais ayant revüe à nos pompes et que le navire ne faisoit point
+d'eau, je les rassuray tous et poursuivis la route espérant sauver
+quelqu'uns des deux caravelles, et nous n'aperceusmes pendant
+près de deux lieues que des pierres de ponces flottantes sur l'eau
+avec quantité de différents poissons, dont en ayant pris on n'en
+peut gouster tant ils étoient corrompus du souffre. Et le 18 nous
+entrasmes au port d'Angra où est la ville capitale, et débarquasmes
+nostre marchandise, les restes des franciscains qui me laissèrent
+toutes leurs provisions et le lendemain me régalèrent splendidement
+au grand couvent et envoyèrent b&oelig;ufs et moutons, volailles,
+vin, jusqu'à des biscuits sucrés pour toute mon équipage au nombre
+de 120 hommes, et je ne m'arrestoy que trois jours. Je fus comblé
+de remerciements et de provisions jusqu'à des herbes potagères.
+Et malgré les régalles je ne fus pas 8 jours en mer que je
+voyois dépérir mon équipage, et mes chirurgiens, furent obligés de
+me déclarer qu'ils étoient tous gastées de maux vénériens, mesme
+jusqu'à un mousse de 15 à 16 ans, et au bout de 20 jours je n'avois
+pas 30 hommes en état de combattre. Je prits une flutte Angloise
+sans canons et qui n'avoit pas de sable pour son lest, et fut contrainct
+d'aller désarmer à Saint-Malo vers le 15 juin.</p>
+
+<p>Après quoy<a id="FNanchor_172" name="FNanchor_172"></a><a href="#Footnote_172" class="fnanchor">172</a> je m'intéressay d'une huitiesme partie d'une
+frégatte de 36 canons nomé le <i>Comte de Revel</i><a id="FNanchor_173" name="FNanchor_173"></a><a href="#Footnote_173" class="fnanchor">173</a> pour la comander
+et faire la course. Je l'équipay avec beaucoup de diligence et
+engageay 220 bons hommes, et M<sup>rs</sup> de Villestreux de la Hays<a id="FNanchor_174" name="FNanchor_174"></a><a href="#Footnote_174" class="fnanchor">174</a> et
+de Beauchesnes-Guouin<a id="FNanchor_175" name="FNanchor_175"></a><a href="#Footnote_175" class="fnanchor">175</a> armoient à mesme dessein les vaisseaux,
+<span class="pagenum"><a name="pg195" id="pg195"></a>-195-</span>
+le <i>Sainct-Anthoine</i> de 52 canons et le <i>Prudent</i> de 44, le
+premier avec 320 hommes et l'autre 290. Et sortismes du port de
+Saint-Malo à quelques jours différents les uns des autres étant
+prévenus de nos signaux et du lieu de nous rencontrer qui étoit
+sur les environs des sondes de la Manche, où nous nous joignismes
+peu de jours après le départ. Et le lendemain suivant
+nous aperceumes une flotte de 60 navires desquels il y avoit dix
+gros vaisseaux de guerre et quatre frégattes. Nous en approchasmes
+à deux portées de canon et mesme plus proche et les
+reconnusmes Anglois qui tenoient un bon ordre dans leur marche
+sans se diviser pour nous chasser et continuèrent leur route vers
+l'Espagne ou le détroit. Nous les suivions pendant 3 jours et deux
+nuits, ce qui nous écarta de notre croisière, et nous chassasmes
+chacun de nostre costé.</p>
+
+<p>Et me trouvant seul au 21 aoust à environ 70 lieux au ouest du
+cap de Finisterre, nous aperceumes une flotte de 40 navires desquels
+nous aprochions pour les reconnoistre avec leurs forces.
+Notre homme de la découverte cria qu'il y avoit un navire qui en
+étoit fort écarté. Nous chassions dessus, et il nous fit nos signaux
+où nous luy répondismes, et il s'approcha de nous pour nous parler.
+C'étoit la frégatte L'<i>Amitié</i> de 24 canons commandée par le
+S<sup>r</sup> La Janais Le Gouts<a id="FNanchor_176" name="FNanchor_176"></a><a href="#Footnote_176" class="fnanchor">176</a>, de Saint-Malo, lequel nous dits qu'il
+y avoit trois jours qu'il suivoit et observoit cette flotte, et que
+n'étant assez fort il n'avoit osé l'attaquer, et je luy demanday de
+quelle force à peu près il croyoit estre leurs convoys. Il me répondit
+que le commandant et le plus gros ne pouvoit avoir que 36
+canons, le segond de 30 et le 3<sup>e</sup> de 24 à 26, mais qu'il y avoit des
+navires marchands depuis 30 à 36 canons. Surquoy je luy demanday
+que s'il me vouloit segonder que nous les irions attaquer, et
+que sa frégate qui étoit plus légère que la mienne qu'il faudroit
+qu'il poussat avec toutes ses voilles tout proche et par dessoubs le
+vent du commandant et de lui lascher toute sa bordée afin de luy
+<span class="pagenum"><a name="pg196" id="pg196"></a>-196-</span>
+faire partir la sienne, et qu'incontinent je serais en état de lascher
+la mienne et tout d'un temps sauter à son abordage et que luy
+sieur Trouard reviendroit m'aborder, me metant son monde dans
+mon bord qui suivoient les miens de dedans le dit commandant.
+Et il ne le jugea pas à propos; je lui dits de me suivre très proche
+pour me seconder, et que j'alois livrer le combat, et le commandant
+Anglois me voyant disposé pendant que je discourois avec
+mon camarade, il fit un signal à sa flotte et qui luy envoyèrent à
+son bord dix chaloupes, remplies d'hommes et fit amarer derrière
+sa poupe et il cargua ses basses voilles, ainsy que tous les navires
+de sa flotte pour nous attendre dans un bon ordre ayant son arrière
+garde derrière luy à portée de pistolets qui avoit 40 canons
+et son avant garde 36 canons, et voyant tout mon équipage bien
+animé et bien disposé j'approchay du commandant à demie portée
+de pistolet et luy laschay ma bordée et la mousqueterie. J'essuyay
+la sienne et de ces deux confrères, et notre mousquetterie étoit
+bien servie et fusmes plus d'une grosse heure à nous chamailler,
+mais mon camarade s'écarta dès la première volée qu'il receut de
+l'arrière garde dont il avoit receu quelque dommage. Mes officiers
+m'advertirent qu'il s'étoit retiré, je les encourageois à soustenir,
+et ils me dirent que je ne voyais pas notre domage où nous
+étions par la quantité des morts et estropiez ainsi que plusieurs de
+nos canons démontés et qu'il y avait plus de trois pieds d'eau dedans
+notre fonds de calle, et par un bonheur le commandant, ses
+camarades et toute sa flotte firent toutte voille pour se tirer de nous
+et je ne peus plus les poursuivre. Lorsque j'eus considéré le mauvais
+état où nous étions, nous travaillasmes à étancher l'eau que
+les coups de canons nous avoient causés, et quarante six de nos
+hommes tuez dont notre aumônier fut du nombre, ayant sorty de
+son poste de la calle pour me prier de cesser le combat, dont le
+dernier coup de canon de notre ennemi luy emporta la teste. Nous
+eusmes 21 estropiez des cuisses, bras et jambes et 32 de bien
+blessés et huit de nos canons entièrement démontés de leurs affûts
+qui estoient brisés et toutes voilles coupées à morceaux,
+ainsy que nos man&oelig;uvres dont il ne nous restait qu'un seul lanbau
+du grands mât et les mâts et vergues hachés ainsy que le
+<span class="pagenum"><a name="pg197" id="pg197"></a>-197-</span>
+corps de notre vaisseau par des carreaux de fer, de pied et demy
+à deux pieds de longueur sur 2 à trois pouces dépaisseur, qu'ils
+nous avoient envoyés par leurs canons, et il est surprenant comme
+nous en avons échappé. Et pendant que nous nous raccordions le
+sieur de la Jannais vint m'approcher et m'offrir quelques secours.
+Je le gronday de ce qu'il m'avoit abandonné sitôt et il me dit avoir
+reçu deux coups de canons à l'eau et que son segond capitaine
+le sieur Truchot avoit un bras emporté. Je luy redis: «Sy vous
+m'aviez aidé seulement une demie heure nous aurions eu la
+victoire.» Il me répondit: «Vous estes trop heureux d'avoir
+échappé après estre si mal traité et nets-ce pas victoire de
+les avoir fait lascher pied et prendre la fuitte.» Je luy dits de se
+retirer d'avec moy, et il s'en alla. Ma chaloupe et le canot furent
+brisés des canons, et je fis routte sur celles que nos ennemis
+abandonnèrent pour mieux fuir et j'en choisis une très belle, puis
+on aperceut un moyen navire à une lieue des dites chaloupes et
+c'étoit un flutton d'environ 150 thoneaux de port chargé de bons
+balots de diverses étoffes et toilles de merceries, lequel estoit de
+la mesme flotte que nous venions de combattre, et nous déclara
+leurs forces et qu'ils aloient en Pensilvanie et portaient neuf cens
+hommes de troupes réglées. Et je fis route avec cette prise pour
+relascher à Sainct-Malo me faire racomoder et étant par trop mal
+traité, je ne peus résister aux vents un peu contraires, et je fus
+contraint d'entrer à la rade de Brest où M. Herpin le capitaine
+du port vint à mon bord, et fut très surpris de ce que je m'étois
+retiré d'un pareil embarras, voyant mon navire et mon équipage
+sortis mal traités; et il eust la bonté de m'envoyer aussitots un batteau
+chalant pour avec des chirurgiens faire enlever mes estropiez
+et blessez au grand hospital du Roy et puis fit entrer notre frégatte,
+et je fus saluer M. le Marquis de Langeron qui était commandant
+et M. Descluseaux intendants, qui me promirent de
+bien faire radouber et équiper ma frégatte et que j'eus à aller
+par terre à Sainct-Malo refère un équipage et que je ne me mis
+en paine que mon radoub seroit sur le tault du Roy. Les effects
+de ma prize produire autour de trente six mil livres et ayant rengagé
+162 bons hommes je les aconduits à Brest le 19 septembre.
+<span class="pagenum"><a name="pg198" id="pg198"></a>-198-</span>
+L'on me fournit mesmes un des magazins du Roy sur le mesme
+prix pour la bonne amitié qu'avoit pour moy M. Albust munissionnaire.
+Je partis seul de Brest le 26 septembre et fut croiser
+entre le cap Lezards et les Sollingues. J'aperceu un
+vaisseaux de 50 canons; je fis nos signaux et il me répondit
+juste; nous nous aprochasmes à nous parler, c'était le vaisseau
+du Roy: Le <i>François</i> comandé par M. Dugué-Troüin
+armé par des particuliers et nous fusmes à l'ancre en rade de la
+grande ille Sorlingue ayant nos pavillons anglois. Il vint à nostre
+bord une chaloupe du pays, j'étois au bord de M. Dugué pour y
+disner, et nous aperceusmes un vaisseau seul venant sur nous,
+lequel nous croyoit anglois voyant nos pavillons. Je me fis promptement
+reporter à mon bord, où il me resta un officier de M.
+Dugué. Nous levasmes nos ancres, le dernier vaisseau qui nous
+avoit approché à portée du canon se deffia ou il nous reconnut. Il
+prit la fuitte et nous lui donnions bonne chasse. J'alois beaucoup
+mieux que le <i>François</i>, et aproché à portée du fusil le vaisseau
+anglois qui avoit 60 canons et il m'aurait enlevé avant que M.
+Dugué m'euts peu secourir. Le dit anglois jetta des chaloupes,
+mats et vergues d'hune de rechange et ses éclouaisons à la mer
+pour mieux aller et s'échapper, je le laissay s'échaper et me rejoignit
+à M. Dugué et luy renvoyai son officier, et la nuit il survint
+un coup de vent, qui nous sépara d'avec mondit sieur Dugué.</p>
+
+<p>Et je pris résolution me voyant seul d'aler croiser au Nord des
+côtes d'Irlande jusqu'au travers et en vue de Londondery où nous
+aperçeumes une moyenne frégatte, à laquelle nous fismes les signaux
+et elle y répondit, et nous nous approchasmes à nous entreparler.
+C'étoit l'<i>Etoille</i> de 18 canons, capitaine Pignon-Vert-Creton,
+de Sainct-Malo, et tombasmes d'accord de croiser quelques
+jours ensemble. C'étoit au soir et que le lendemain au matin nous
+aperceusmes à deux ou 3 lieues soubs le vent de nous un navire qui
+vouloit nous approcher, le jugeant pour un garde coste denviron
+40 canons et qu'il falloit tascher à l'éviter, le Sieur Creton en convint
+et nous serrasmes le vent à toutes boulinnes, et le dit garde-coste
+nous approchoit à vue d'&oelig;il, ce qui intimidoit grandement
+nos équipages, qui se servoient de lunettes d'aproches et raisonnoient
+<span class="pagenum"><a name="pg199" id="pg199"></a>-199-</span>
+ensemble: «cets un garde coste de 50 canons»;
+d'autres: «il est bien plus fort que nous.» Et entendant
+ces murmures j'arachey toutes les lunettes d'approches et les
+jettay dans la mer et d'un ton colérique je prits parrolle leur disant:
+«Vous voyez tous que nous ne pouvons éviter le combat; quant à
+estre batus en fuyant vous l'estes à demy et l'ennemy se fortifie;
+je suis d'avis de fronder sur luy et il aura la moittié de la peur.»
+Et j'en dis autant au S<sup>r</sup> Creton qui me répondit: «nous ferons
+ce qu'il vous plaira», mais du ton trop lent, et mon équipage la
+mesme chose. Je fis aporter du vin, le versant à tous, je bus
+hautement à la santé du Roy et qu'il vive; et la plus part crièrent:
+«Vive le Roy». Je dis: «Allons mes amis vous estes des braves
+gens soutenons l'honneur du pavillon, et qu'on leur verse encore
+à boire, et nous disposons à vaincre nostre ennemy; ce nets pas
+les canons qui batte se sont les braves gens et il nen a pas dix
+plus que nous, et alant nous mesme l'attaquer ils sont plus qu'à
+demy battus.» Et fis armer vent arrière sur luy, et l'<i>Etoille</i> nous
+suivoit lentement, ainsy ce n'étoit pas celles des trois Mages. Le
+garde coste nous atendoit avec ses deux voilles majeures carguées
+et le vent sur le petit hunier ayant son costé de tribord au vent, et
+y avoit échangé trois de ces plus forts canons croyant que je l'ataquerois
+du mesme costé, mais étant tout proche de luy je fits ariver
+par sa poupe et luy tirant ma volée coup après coup qui le
+prenoient en enfilade, et puis fits tenir au vent soubs le vent de
+luy qu'il ne peut faire aucune man&oelig;uvre, et notre mousqueterie
+très bien servie nous luy coupasmes la drisse du grand hunier
+dont la vergue et voile tomba; nous redoublames nos décharges
+et en une heure de combat, il se rendit, je ne perdits qu'un homme
+qui eut la teste emportée nommé Mazelinne, d'Honfleur, et notre
+ennemy eut 24 tuez avec leur capitaine M<sup>r</sup> Kilincword. Le navire
+étoit tout neuf, mis à l'eau depuis 3 mois, armé de 40 canons,
+percé pour 44, se nommait le <i>Scarboug</i>, avec 200 hommes; et
+l'<i>Etoille</i> ne me seconda nullement cependant a eu part à cette
+prise pour avoir assisté de tesmoing, et après l'avoir pris les officiers
+et équipages qui restoient me prièrent de les faire débarquer
+à la terre d'Irlande, dont nous n'étions éloignés que de trois
+<span class="pagenum"><a name="pg200" id="pg200"></a>-200-</span>
+lieues, ainsy que leurs blessés et estropiez dont ils périroient la
+plus grande partie sy je les enlevois en France. J'accorday leurs
+demandes et m'en débarrassay et les fit porter à terre dont je fus
+grandement loué par leurs nations, et j'escortay la dite prise au
+Port-Louis le 6 de novembre et en ressortis 2 jours après sur ma
+frégatte le <i>Comte de Revel</i> ne l'ayant montée que de 30 canons à
+cause de l'hiver, ainsy l'anglois en avoit 10 canons plus que moy
+et de plus gros calibre et 24 hommes plus. Je partis du Port-Louis
+seul le 8 novembre pour retourner à Sainct-Malo désarmer où
+j'arivay le 12 novembre<a id="FNanchor_177" name="FNanchor_177"></a><a href="#Footnote_177" class="fnanchor">177</a>.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch8" id="ch8"></a>CHAPITRE VIII</h2>
+
+<p class="d">Bombardement de Saint-Malo.&mdash;Visite de Vauban.&mdash;Voyage à Bourg
+neuf.&mdash;Second bombardement de Saint-Malo.&mdash;Croisières.&mdash;Excursion
+en Irlande.&mdash;Superstition de Doublet.&mdash;Voyages aux Açores.&mdash;Lutte
+contre les Anglais.&mdash;Séjour de Doublet à Salé et à Saffi.&mdash;Il refuse le
+salut à deux vaisseaux portugais.&mdash;Martyre de la fille de Dom Garcia.&mdash;Retour
+à Marseille.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg201" id="pg201"></a>-201-</span>
+1693. Le 26 sur les deux heures de l'après midy, je fus
+à la promenade sur les remparts proche de la porte de Sainct
+Thomas, avec plusieurs messieurs de la ville, et l'on aperceu
+au large de la Conchée<a id="FNanchor_178" name="FNanchor_178"></a><a href="#Footnote_178" class="fnanchor">178</a> une flotte qui s'en approchoit.
+La pluspart de nos messieurs croyoient estre une flotte du
+party des gabelles qui venoient d'Honfleur, et nous les regardions
+avec des lunettes d'aproches. Je dits: «Ce n'est nullement
+une flotte de navires marchands, ce sont vaisseaux de guerre.»
+Et il y eut presque un pary entre M. de la Motte-Gaillard et moy.
+Il se fondoit que la saison étoit par trop advancée et j'opinay tousjours
+que c'étoit des vaisseaux de guerre jusqu'à payer dix pistoles
+pour gajeures. Et sur les 4 heures ils mouillèrent leurs
+ancres en dedans de la Conchée à la fosse aux Normands, je quitay
+ma compagnie en leur disant qu'ils feroient bien d'ordonner
+de préparer les forteresses pour les deffences de la ville, et que
+j'alois changer d'habit pour m'y disposer. Je fus chez moy très
+embarrassé pour advertir mon épouse qui étoit sur son huitiesme
+mois de sa première grossesse et pour l'envoyer à la campagne de
+<span class="pagenum"><a name="pg202" id="pg202"></a>-202-</span>
+sa mère, et j'étois encore plus embarrassé comment la quitter. Je
+dis à son frère de l'aler conduire et que je ne le pouvois faire,
+crainte que l'on ne m'accusât de lascheté et qu'on ne dit que j'avois
+pris ce prétexte pour me sauver, et elle consentit de partir avec
+son frère. Et je fus au fort Royal où il n'y avoit rien de préparé
+aux batteries des canons, et les ennemis se postèrent ayant des
+pavillons blancs, ce qui faisoit encore doubter que ce ne fut des
+françois. Et lorsqu'ils eurent bien placé deux galiotes à bombes,
+sur les 5 heures, ils envoyèrent plusieurs grosses bombes qui par
+un bonheur outrepassoient de beaucoup la ville et sans faire aucun
+dommage, et alors les portes se trouvoient trop petites pour passer
+l'afluence du monde qui se vouloit sauver. Et nous leur envoyâmes
+plusieurs coups de canons sans nous apercevoir leur avoir
+fait dommage. La nuit survint et l'on cessa de tirer de part et
+d'autre.</p>
+
+<p>Nous avions deux mortiers au pied du glacis sous la guérite du
+bastion du fort Royal. Au lendemain nous les mismes en estat de
+les faire jouer, mais il n'y avoit pas gens expérimentés pour cela,
+je m'y offris sachant le fait, mais M. le Camus, écrivain principal,
+qui représentoit la place de M. le commissaire qui étoit à Paris<a id="FNanchor_179" name="FNanchor_179"></a><a href="#Footnote_179" class="fnanchor">179</a>
+m'osta cette pratique la croyant mieux savoir que moy<a id="FNanchor_180" name="FNanchor_180"></a><a href="#Footnote_180" class="fnanchor">180</a>, et se
+voyant sans réussite et par la sollicitation de plusieurs messieurs
+il m'abandonna les mortiers. Et avec l'assemblée nous aperçeusmes
+que lorsque les galiotes avoient envoyé leurs bombes elles changeoient
+de leur place pour n'estre pas endomagés par les nostres,
+et je proposay que si l'on ne me veut pas troubler que je feray crever
+toutes les bombes en l'air que j'envoirray, et que par les éclats
+épars de tous cotez que nous pourrons par ce moyen plustot incomoder
+les dites Galiotes. Je commençay par mettre le feu à la
+fusée de chaque bombe et puis, à une distance de deux <i>Ave Maria</i>,
+<span class="pagenum"><a name="pg203" id="pg203"></a>-203-</span>
+je fis mettre feu à l'amorce des mortiers et le mât d'hune de la
+Galiote la plus éloignée fut emporté, et se retira de sa place; et
+de ma seconde volée la poupe de l'autre galiotte fut fort endommagée
+et mis le feu à un baril de poudre qui fit bien du fracas, et
+se retira au large, dont j'eus bien des applaudissements. Et lorsque
+j'eus cessé, je montay au fort Royal pour découvrir d'où provenoit
+des pierres de taille que nous tomboient proche de nostre batterie
+des deux mortiers qui risquoient à nous blesser, et je remarquay
+que c'étoit la guérite du bastion qui tombait par l'effort de nos
+mortiers. Je fis achever d'abattre la dite guérite, et y fis porter
+une pièce de canon de 36 livres de boulet, qui avoit démonté l'affut
+à l'embrasure voisine qui ne pouvoit donner sur nos ennemis,
+et la place vidée de la guérite battoit directement ou ils étoient
+mouillés et fit un bon effet, et nos ennemis se tirèrent plus que
+très lentement. Nous étions dans le château Royal avec tous les
+plus braves et signalés capitaines de frégate de Sainct-Malo, tous
+enfants des meilleures familles, et qui agissoient du concert sans
+se piquer du commandement, résolus de combattre jusqu'à la fin,
+lorsque sur les 5 à 6 heures du soir il survint une compagnie d'infanterie
+dont l'officier creut nous comander comme à ses soldats
+et nous vivions à nos frais&mdash;nous nous retirasmes tous du fort et
+y laissâmes les officiers et soldats. Nous estions tous très échauffés
+par nos agitations; nous fusmes souper et changer. Sur les
+huict heures du soir, on se croyoit tranquille pour la nuit, j'étois à
+souper en bonne compagnie lorsqu'il se répandit comme un terrible
+coup de tonnerre que l'on creut entièrement abismée, les lanternes
+de tous costés, que un chacun regardoit sy sa maison subsistait.
+Nous courusmes vers le fort Royal où avoit esté le grand
+effort et on aperceut un navire échoué derrière les murs qui avoit
+sauté par une quantité de poudre et d'artifices dont les murs de
+la ville du mesme costé étoient entr'ouverts, et au jour on ne remarqua
+que très peu de maisons peu endommagées, et presque
+tous les vitrages et des églises entièrement fracassés, et le lendemain
+les ennemis voyant la ville encore debout se retira sans bruit
+et les gens de ce navire furent trouvés écrasés et brisés. C'étoit
+cette fameuse machine infernale dont les gasettes avoient fait mention
+<span class="pagenum"><a name="pg204" id="pg204"></a>-204-</span>
+que l'on la composoit dans la tour de Londres, et sy les soldats
+ne nous euts dépossédez du fort Royal nous aurions coulé à
+fonds cette dite machine avant qu'elle eut approché de la ville;
+c'est un hazard comme elle (la ville), n'en at esté ruinée, etc.<a id="FNanchor_181" name="FNanchor_181"></a><a href="#Footnote_181" class="fnanchor">181</a>.</p>
+
+<p>Je fus pris d'un grand rumatisme par tout le corps des fatigues
+que j'avois euts. M<sup>rs</sup> les intéressés en la frégatte le <i>comte de Revel</i>
+me déclarèrent qu'ils aloient se rendre adjudicataires de la prise
+du garde côte que j'avois faite et que sy je voulais bien m'y intéresser
+que je la commanderois de compagnie avec le <i>Revel</i>. J'acceptay
+le party aux conditions que mon beau-frère le S<sup>r</sup> Demarets-Fossard
+auroit le commandement du dit <i>Revel</i>, Et il étoit connu
+pour un très brave homme et il n'y eut aucune difficultés.</p>
+
+<p>Peu de jours ensuitte Monsieur le duc de Chaulne,<a id="FNanchor_182" name="FNanchor_182"></a><a href="#Footnote_182" class="fnanchor">182</a> gouverneur
+et admiral de la Bretagne, vint faire sa demeure a Sainct-Malo,
+et il fut informé comme j'avois agy au bombardement et comme
+j'avois enlevé corps à corps un vaisseau de guerre plus fort que
+n'étoit le mien, Il dits: «Cela mérite une récompense.» Et il me
+fit venir devant luy et me fit présent d'une espée à garde et poignée
+d'argent doré et un beau ceinturon brodé, et dits: «Je veux
+prendre intérêts avec vous dans le garde coste que vous avez pris
+et le nommerez de mon nom.» Je le remerciay humblement des
+bontés de Sa Grandeur et de l'honneur qu'il me faisait.</p>
+
+<p>M<sup>r</sup> de Vauban premier ingénieur du Royaume vint pour examiner
+la ville de Sainct-Malo, et lorsqu'il passa au fort Royal il vit la
+guérite en question abatue, il demanda sy savoit esté par quelque
+boulet des ennemis, et il avoit une grande troupe d'officiers à sa
+<span class="pagenum"><a name="pg205" id="pg205"></a>-205-</span>
+suitte et entr'autres M<sup>r</sup> Carajean ingénieur en chef à Sainct-Malo
+qui sourdement m'en vouloit. Il dit à mon dit S<sup>r</sup> de Vauban que
+c'étoit moy qui avoit démoly la dite guérite et sans subjet. M<sup>r</sup> de
+Vauban s'échauffa et dits: «Que l'on me fasse venir cet homme
+je luy feray rédifier à ses frais. Quoy, moi-mesme je n'oserois
+faire abattre ma guéritte de bois sans le permis du Roy.» J'étois
+assés proche de luy pour entendre son discours, et je ne me démonté
+pas. Je luy dits: «Monseigneur, ayez la bonté de m'entendre,
+il faut que j'aye quelqu'ennemy caché qui vous a mal informé,
+et je me raporterai à la pluralité des voix d'une aussy belle cour
+que vous avez. Je ne mérite pas un sy mauvais sort pour mes paines.»
+Il dit: «Hé bien, qu'avez-vous à dire?» Je luy contay
+comme j'avois agy et fait, et quantités d'honnestes gens m'aprouvèrent
+et luy dirent que j'acusois vérité, et il se tourna vers l'ingénieur
+et luy dit: «Vous avez grand tort d'accuser à faux cet homme;
+il mérite plustot une récompense qu'une reprise.» Et je fus affranchi
+de monter les gardes dont les M<sup>rs</sup> de la ville y sont obligez.</p>
+
+<p>Et sur la fin de l'année 1694, mes intéressés m'avertirent que le
+garde coste que j'avois mené au Port-Louis nous étoit adjugé par
+trente quatre mil cinq cens livres, et que j'eusse à me disposer de
+partir par l'aller armer avec seulement soixante hommes d'équipage,
+et que j'irois le conduire à Bourneuf pour y charger aux
+deux tiers de sel pour aporter à Sainct-Malo, afin d'y armer tout
+d'un mesme temps avec le <i>Revel</i>, que j'avois cédé à M<sup>r</sup> Desmarets
+et je partis par terre. Etant arrivé au Port-Louis, je fis équiper
+simplement le navire qui fut nommé le <i>Duc de Chaulne</i>, et le 20
+janvier 1695 je fus arrivé à Bourg neuf pour y charger le sel. Je
+fus par terre à Nantes pour faire l'épreuve de 70 fusils boucaniers
+que j'avois fait faire et les fis apporter par charrette. Ayant chargé
+le sel, je partis de Bourgneuf au 4 février et par vents contraires,
+je relaschay à Camaret<a id="FNanchor_183" name="FNanchor_183"></a><a href="#Footnote_183" class="fnanchor">183</a> où il y avoit une flotte de nos navires
+marchands qui atendoient le vent favorable pour passer par la
+Manche et tous les capitaines me prièrent de leur servir de convoy
+<span class="pagenum"><a name="pg206" id="pg206"></a>-206-</span>
+et je les conduis jusqu'à Sainct-Malo après les avoir préservés de
+cinq corsaires de Garnesey. Etant arrivé au 26 avril nous travaillasmes
+fortement à armer nos deux frégattes et à engager plus de
+quatre cents matelots et 120 volontaires pour la mousqueterie, et
+sur le 20<sup>e</sup> juin nos frégattes étoient armées et mis en la rade de
+Rance.<a id="FNanchor_184" name="FNanchor_184"></a><a href="#Footnote_184" class="fnanchor">184</a> Je demanday à M<sup>r</sup> Desmarets<a id="FNanchor_185" name="FNanchor_185"></a><a href="#Footnote_185" class="fnanchor">185</a>, s'il étoit en état de
+sortir en mer, et il me dit qu'il ne le pouvoit que pour la marée
+du lendemain. Je luy dits de se bien aprester et que j'alois sortir
+pour l'attendre à la rade du dehors qui est sur le vieux banc, et
+que je me disposerois à mettre tout en estat et réglerois mes bordées
+pour les quarts et pour régler les portées au cas de combat,
+et comme le temps étoit beau je faisois ces réglements étant soubs
+les voiles pour aussy éprouver la marche du vaisseau.</p>
+
+<p>Nous fusmes<a id="FNanchor_186" name="FNanchor_186"></a><a href="#Footnote_186" class="fnanchor">186</a> trois à 4 lieux en mer que j'envoyay un homme
+au haut du mât pour faire la découverte. Sitots qu'il fut en haut
+il cria qu'il voyoit plusieurs batteaux qu'il croyoit estre des pescheurs,
+et j'envoyay en haut un de nos enseignes, lequel me cria
+aussy que c'étoit des batteaux, cependant qu'il y en avoit quelqu'uns
+qui paroissoient plus gros. Je montay aussitost sur la hune
+du grand mâts, et me servit de moyennes lunettes d'aproche pour
+mieux examiner. Et j'aperceus que c'étoit de gros vaisseaux qui
+venoient vers nos rades, allant dans un bon ordre. Je redessendis
+et dis: «Quelle diable de méprise de prendre des vaisseaux de
+guerre pour des bateaux pescheurs! et il faut que nous les remarquions
+de plus près afin de les bien connoistre.» Et comme ils
+venoient de notre costé ils s'aprochèrent en très peu de temps,
+dont nous ayant aperceus il y en eut deux qui me donnèrent la
+chasse et j'aperceu que le plus gros de ces vaisseaux portoit à son
+<span class="pagenum"><a name="pg207" id="pg207"></a>-207-</span>
+grand mât un grand pavillon rouge. Et je fis revirer de bord pour
+rentrer à la rade de rancée. Devant la ville il y avoit une grande
+quantité de monde sur la Holande<a id="FNanchor_187" name="FNanchor_187"></a><a href="#Footnote_187" class="fnanchor">187</a> et sur les remparts à nous
+regarder. Les uns croyoient qu'il se seroit ouvert quelque voye
+d'eau à nostre vaisseau et on ne savoit que présumer, car on ne
+voyoit pas de la ville les vaisseaux qui m'avoient obligé de rentrer.
+C'est que la marée baissoit et le vent cessa qui les obligea de reculer
+plutots que d'avancer. L'on m'envoya un bateau de la ville
+pour s'informer ce qui me pouvoit estre arivé. J'avois défendu à
+tout mon équipage de ne rien dire, et je dits aux gens du dit bateau
+que j'allois dessendre à terre et j'ordonnay à mon segond capitaine
+de ne laisser aprocher aucun bateau de nous, et je m'embarquay
+dans mon canot avec M<sup>r</sup> De la Motte Nepveu, mon premier
+lieutenant, et luy ordonnay qu'aussitots que j'aurois débarqué
+à terre qu'il eut à retourner à nostre bord et ne pas déclarer
+à qui que ce fut ce que nous avions veu. Mes intéressés et amis se
+trouvèrent à mon débarquement, étant très inquiets m'empressoient
+de leur déclarer le subjet de ma relasche sy précipitée. Je les priay
+de ne pas obliger à parler devant une sy grande quantité de monde
+et que j'alois chez M<sup>r</sup> le comte de Polastron<a id="FNanchor_188" name="FNanchor_188"></a><a href="#Footnote_188" class="fnanchor">188</a> qui étoit le comandant,
+et que là ils sauroient toutes chozes. Et lorsque j'entray
+je dits: «Monsieur, que j'aye s'il vous plaits l'honneur de vous entretenir
+un moment en particulier avec M<sup>rs</sup> mes intéressés.» Et
+il nous fit entrer dans une autre chambre et gardée par deux sentinelles.
+Et je déclaray ce que nous avions veu et le prévint que
+s'il ne le voyoit pas que c'étoit les marées qui les avoit empeschées
+d'avancer et que j'avois compté jusqu'à quarante vaisseaux de guerre
+et qu'infailliblement venoient pour attaquer la ville et qu'il donnât
+<span class="pagenum"><a name="pg208" id="pg208"></a>-208-</span>
+les ordres pour les deffences. Il me prit par la main et me dits:
+«Allons chez M<sup>r</sup> le commissaire, nous y trouverons tous les officiers.»
+Nous y fusmes et je le priay de me laisser pour un moment
+aller chez moy advenir mon épouse et famille pour mettre ordre
+aux affaires de ma maison. Et il me dit: «Je vous prie de ne vous
+pas séparer de moy. Vous allez estre accablé de questionneurs
+et ne pourrez vous en débarrasser. Cette affaire est de toute importance.»</p>
+
+<p>Et nous fusmes chez M<sup>r</sup> Desgastimes<a id="FNanchor_189" name="FNanchor_189"></a><a href="#Footnote_189" class="fnanchor">189</a> commissaire. Je fus
+retenu pour estre du conseil et j'étois très faible par la faim. Je
+priay que l'on me donna du pain et du vin, mais l'on me servit une
+petite table avec du dindonneau froid et je mangeois et buvois d'un
+grand appétit. Il fut résolu qu'on feroit sonner le tocsin dans toutes
+les paroisses voisines pour assembler du monde pour les deffences
+de la ville. Je dits que autant de matelots que l'on pouroit
+trouver qu'il falloit les porter dans nos deux frégattes où je les
+norirois, et que j'aurois soin d'envoyer 50 hommes et un chirurgien
+et des poudres pour défendre le fort de la Conchée et autant au
+fort de l'isle Erbout. L'on m'aprouva et l'on me pria encore d'envoyer
+six barils de poudre au fort Royal, ce que je fits. M<sup>rs</sup> de la
+Palletrie et de Langeron<a id="FNanchor_190" name="FNanchor_190"></a><a href="#Footnote_190" class="fnanchor">190</a> comandant les gallères<a id="FNanchor_191" name="FNanchor_191"></a><a href="#Footnote_191" class="fnanchor">191</a> se préparèrent,
+<span class="pagenum"><a name="pg209" id="pg209"></a>-209-</span>
+et il y eut douze chaloupes armées avec chacun un canon comme
+les gallères et étoient bien matelassés et commandés par des enseignes
+des vaisseaux du Roy et des gardes marinnes. Et je priay
+M<sup>rs</sup> les comandants d'avoir la bonté puisque je ne pouvois agir de
+faire conduire mon épouse et ma belle mère du costé de St-Servant,
+et M<sup>r</sup> des Gastinnes me promit de se charger de ce soin et qu'il
+les alloit faire porter dans son canot ce qu'il fit faire, et je futs à
+mon bord pour satisfaire à ce que j'avois promis. M<sup>rs</sup> les comtes de
+Verus et Kailus, De Mailly et Hautefort<a id="FNanchor_192" name="FNanchor_192"></a><a href="#Footnote_192" class="fnanchor">192</a> placèrent leurs régiments
+le long de la plage et sur les remparts, et les portes de la
+ville se trouvoient étroites pour sortir les femmes et familles, dont
+il y en eut plusieurs étoufés.</p>
+
+<p>Mais au lendemain matin les vaisseaux me paroissoient encore
+pas. Le murmure du peuple me calomniait, disant que j'étois aparament
+saoul et que j'avois pris des bateaux pescheurs pour des
+navires de guerre et mille imprécations, désirant me tenir pour me
+lapider, et ce qui les confirma d'autant plus est que sur les 6 à 7
+heures il entra une frégatte de dix huipt canons avec une prise holandoise
+et n'avoit pas veu l'armée. Je me tint à mon bord tranquille
+me doutant de tout ce murmure et toute la populace rentroit avec
+leur rage dans la ville. Mais sur les huipt heures et demie, les ennemis
+parurent venir en bon ordre, et un chacun reprenoit la
+fuitte, et je fus dans tous les applaudissements que c'étoit pour moy
+la 2<sup>e</sup> fois que je sauvois la ville et la populace. Et les ennemis
+passèrent par la Conchée et mouillèrent à la fosse aux Normands
+et attachèrent à la dite Conchée un gros navire remply de poudre
+et d'artifice où ils mirent le feu sans beaucoup d'effect.<a id="FNanchor_193" name="FNanchor_193"></a><a href="#Footnote_193" class="fnanchor">193</a> J'y perdis
+<span class="pagenum"><a name="pg210" id="pg210"></a>-210-</span>
+mon contre-maitre et un matelot. Les 3 galliottes à bombes se
+postèrent en moins d'une heure et envoyèrent leurs bombes qui
+outrepassoient de beaucoup la ville. Les deux gallères et les chaloupes
+furent sur les ennemis qui estoient à l'ancre et leur envoyèrent
+plusieurs décharges de leurs canons en les attaquant en
+poupe, et immanquablement les incommodèrent fort et leur tuèrent
+bien de leurs hommes puisque les ennemis abandonnèrent et ne firent
+aucun domage à la ville ny aux forteresses. Ils firent dessente
+sur l'ille Sinzembre<a id="FNanchor_194" name="FNanchor_194"></a><a href="#Footnote_194" class="fnanchor">194</a> où il n'y avoit qu'un couvent de Récollets
+abandonné et sans monde, et ils le brûlèrent. Il y eut le soir une
+de leurs galiotes à bombe qui prit en feu et nous n'avons seu si
+c'étoit par nos bombes à feu, et étant presque bruslée elle alloit
+en dérive et nos chaloupes furent s'en saisir et la conduirent à la
+plage, et on y trouva deux beaux mortiers de bronze montés sur
+des pivots. Et il n'y a aucuns de ce temps qui puissent dénier que
+sans moy on étoit surpris au dépourveu.<a id="FNanchor_195" name="FNanchor_195"></a><a href="#Footnote_195" class="fnanchor">195</a> Et après le départ des
+ennemis je fis demander les poudres et munitions et vivres que
+j'ay fournies pour les deffences de la ville et dont j'eus peine à recouvrer
+la moitié et il nous en cousta à notre société plus de mil
+écus pour remplacer ce que nous avions donné de bonne
+grasce.</p>
+
+<p>Je fits travailler à réquiper nos frégattes et partismes de Sainct-Malo
+le 15<sup>e</sup> May 1696 et fis une routte pour aller le long des costes
+d'Angleterre y croiser et la 3<sup>e</sup> journée après notre départ et
+<span class="pagenum"><a name="pg211" id="pg211"></a>-211-</span>
+pendant la nuit notre frégate le <i>Revel</i> se trouva écartée de nous
+et au jour je fus surpris de ne plus le voir. Il faisoit de la bruine,
+je cherchois au hazard ou le pouvoir rejoindre et sur le midy dans
+une éclaircie nous aperceumes trois navires bien à deux lieux dessoubs
+le vent de nous et dont deux d'iceux donnoient la chasse
+sur le 3<sup>e</sup> lequel étoit enfermé de la terre et des deux autres. Je
+voulois m'en aprocher et ils tournoient leur chasses pour aussy
+me faire envelopper entre leurs costes et eux et j'aurois immanquablement
+esté pris ou désemparé avant de pouvoir rejoindre
+M<sup>r</sup> Desmarets. Nous assemblames nostre conseil et y fut resoult
+de ne nous pas exposer avec deux vaissaux bien supérieurs en
+force que nous, et ne pouvant nous joindre il valoit mieux en perdre
+un que les deux. Cependant j'insistois d'aller dessus et tous
+mes officiers et équipages sy opposèrent en disant: «Lorsque
+nous serons bien battus et pris cets perdre deux armements considérables
+pour un et peut-être ferons-nous quelque bonne rencontre
+qui récupérera toutes choses.» Et la bruine nous sépara
+de vue et ne les vismes pas combattre ny prendre, et j'étois dans
+un très grand chagrains. Mes officiers me représentèrent que
+nous étions au parages des gardes costes, et que nous ny ferions
+rien, et au risque d'estre tous les jours battus ou pris, et nous
+trouvasmes à propos d'aller vers les costes d'Irlandes, où nous
+fismes une petite prise ne valant que 19 à vingt mille livres que
+j'envoyay au hazard, et nous fusmes pour croiser tout au Nord
+d'Irlande autour d'une petite isle la plus exposée en mer nommée
+St-Kilda, que d'ordinaire tous les navires en esté qui veulent
+passer au Nord d'Ecosse vont la reconnoistre. Jy futs et mis à
+l'ancre dans une petite baye de cette isle où il y a un beau courant
+d'eau douce, et j'envoyé quelques hommes sur le haut de la
+montagne pour découvrir sy l'on verroit quelques navires en mer
+aux environs. Elle n'a pas demie lieux de circuit. Je fits remplir
+nos futailles d'eaux, et mes gens dirent n'avoir rien découvert
+qu'un petit troupeau de moutons, dont ils n'en purent attraper à
+la course et qu'ils n'avoient veu aucun arbre ny bois autour, et
+nous passames la nuit en cette rade, et le matin je renvoyay pour
+prendre des eaux et faire la découverte pour les navires. Mon
+<span class="pagenum"><a name="pg212" id="pg212"></a>-212-</span>
+capitaine d'armes qui estoit Irlandois me demanda d'y aller et
+permission de porter quelques fusils. Je luy permis et il fut à la
+recherche des moutons, et il n'en peut découvrir. Il aperceu une
+petite fumée au pied d'un gros rocher qui formoit une caverne et
+il assembla trois de nos hommes et y furent et cria en sa langue,
+et il sortit un homme qu'il m'emmena à bord. Il étoit bien fait de
+corps et de visage, couvert comme d'un chasuble sans manches
+ataché d'une couroye de cuir de b&oelig;uf à poil par la ceinture, une
+tocque à la Béarnoise, le tout d'un gros lainage et sans culote, ny
+bas ny souliers, les cheveux mal peignés ou point du tout, et
+salope, püoit la fumée et le fumier et l'oiseau de marine, et sans
+se décontenancer il nous dit qu'il étoit le gouverneur de l'Isle où
+il pouvoit y avoir trente deux familles dans des cavernes, et qu'ils
+vivoient d'oiseaux marins qu'ils prenoient de nuit, qu'ils prenoient
+du poisson et qu'ils en faisoient sécher l'hiver par les gelées;
+qu'ils ramassoient quelquefois un peu d'orge qu'ils écrasoient
+entre des pierres et qu'ils payoient tous les ans vers la
+Pasques un tribut de moutons et b&oelig;ufs et poisson à un seigneur
+milord d'Ecosse qui leur envoyoit un batteau et un Ministre qui
+les venoit donner la cesne pasquale et marier et baptiser lorsqu'il
+y en avoit pour le subject. Il nous creut Anglois et nous vendit
+deux petits b&oelig;ufs pas plus gros qun veau d'un an et demy pour
+cinq écus pièces, et il nous dit que leurs bestiaux estoient dans
+les cavernes pour profiter de leurs chaleurs lorsqu'il fait froid et
+qu'ils les treuvent cachées lorsqu'ils voient des navires venir en
+leur rade, et que plusieurs s'en sont allés sans s'apercevoir qu'il y
+eut du monde sur l'ille. Pour moy, j'ay bien parcouru et bien veu
+de toutes sortes de sauvages, maures et neigres, je n'ay jamais
+veu de sy pauvres ny de sy misérables gens. Je les croy sorciers,
+car sans vent ny la mer agités mon ancre chassa quoyqu'en bon
+fonds de gravier; nous penssasmes perdre notre vaisseau contre
+la dite ille et fut contraint d'y abandonner un câble et un ancre
+pour nous en retirer, mais la vie auroit esté sauve.</p>
+
+<p>Je repris la mer à croiser de tous costés jusqu'au bout de nos
+vivres et ne fit qu'une moyenne prize chargée de raisins et figues
+que je conduit à Saint-Malo, où je désarmé vers la fin de juin.&mdash;Mes
+<span class="pagenum"><a name="pg213" id="pg213"></a>-213-</span>
+armateurs me proposèrent de réarmer promptement et que
+j'irois guerre et marchandize; qu'ils avoient des balots sufisament
+tant à Saint-Malo qu'à Morlaix pour les porter à Faro aux Algarves
+apartenant au Roy de Portugal qui étoit en neutralité et
+qu'aussy je changerois pour 70 à 75 mil livres d'autres marchandizes
+que j'irois négoscier à Salé après que j'aurois débarqué les
+balots à Faro. Et dans l'intervalle mon beau frère M<sup>r</sup> Desmarets
+revint et son équipage des prisons d'Angleterre, et raporta avoir
+esté pris par les deux vaisseaux que j'avois pu voir, l'un de 60 et
+l'autre de 66 canons, et que pour peu que j'en eus encore aproché
+j'aurois esté pris comme luy; et comme nul ne peut se dire
+exempt d'ennemis il s'étoit répandu un faux bruit que j'avois abandonné
+laschement, et que les deux anglois n'étoient que de 30 à
+40 canons. Mais les gens d'esprit considéroient le contraire, sachant
+que j'avois intérest dans nos deux frégattes, et que j'aimois
+M<sup>r</sup> Desmarest auquel j'avois fait avoir le comandement. Peu de
+jours après son retour, il mourut en deux jours par une apoplexie
+et fut grandement regretté par sa bravoure et grande douceur.</p>
+
+<p>Je continuay mon armement, et on arma aussi une frégatte de
+18 canons avec aussy des balots pour venir soubs mon escorte, et
+apartismes de Saint-Malo au 28<sup>e</sup> juillet 1696 et fis la routte pour
+passer hors les caps à plus de 80 lieux au large pour éviter mauvaise
+rencontre. Mais ayant dépassé la hauteur de Lisbonne, il falloit
+revenir attérer au cap de St-Vincent, où nous trouvasmes la nuit
+du 12 aoust presque sans vent a demie lieue du dit cap, et au petit
+nous n'en n'étions qu'à portée d'un fusil du dit cap, et le s<sup>r</sup>
+Moinerie-Trochon<a id="FNanchor_196" name="FNanchor_196"></a><a href="#Footnote_196" class="fnanchor">196</a>, capitaine de la petite frégatte, nous cria:
+«Nous voyons deux navires au large de nous.» Nous les
+voyions aussy et que estant chargés aussi richement que nous
+étions il ne convenoit pas d'exposer le bien de ceux qui nous l'avoient
+confié et qu'il faloit voir clair, et qu'il eut à ne pas s'éloigner
+de moy que nous ne puissions découvrir autour de nous, et
+par précipitation il me cria autre fois: «Monsieur, courons dessus;
+<span class="pagenum"><a name="pg214" id="pg214"></a>-214-</span>
+ne voyez-vous pas qu'ils sont petits. Ce sont des Saltins qui
+attendent à ce passage des navires marchands.» Je luy demanda
+qu'il fasse plus de jour et que nous les connoistrons mieux. Et peu
+après le jour augmentant nous aperceusmes qu'ils estoient dessoubs
+leurs deux basses voiles à la cape pour ne pas tant paroistre
+et qu'ils ne nous avoient pas aperceus à cause que nous étions
+proche de la terre, et sitôt qu'ils nous aperceurent ils déployèrent
+leurs huniers et toutes les menues voiles pour nous donner la
+chasse, et heureusement nous doublasmes le dit cap de Sacra
+qu'il falloit aussi dépasser pour être en bonne rade et à couvert
+d'insulte. Mais le plus gros des deux navires m'y avoit coupé le
+chemin et avoient arboré leurs pavillons anglois et nous les nôtres
+blancs sans déguisement, et comme il faisoit très peu de vent j'avertis
+le s<sup>r</sup> Moinnerie qu'il falloit promptement mouiller chacun
+un ancre, quoyque ce n'étoit qu'entre deux rochers entre ces
+deux caps de St-Vincent et Sacra, et plutots risquer et perdre
+nos deux frégattes le tout ou partie plutost que de nous livrer
+avec un sy bon butin à nos ennemis et de nous tenir toujours
+prêts sur la deffensive au cas d'un combat que nous ne pouvions
+éviter. Et je m'avizay d'envoyer mon canot avec M<sup>r</sup> Fossard,
+mon segond beau frère qui étoit pour lieutenant et marchand
+avec nous. Je luy donnay 24 pièces de thoile de Bretagne et
+deux castors blancs pour présenter au gouvernement du chasteau
+en luy demandant sa protection pour ne me laisser maltraiter
+soubs ces dépendances, veu qu'il étoit pour le Roy qui estoit
+neustre et que nous estions destinés pour Faro où son Roy recevoit
+de grands droits de nous. Le gouverneur receut de grand
+c&oelig;ur les présents et dits qu'il luy manquoit d'habiles canoniers et
+M<sup>r</sup> Fossard luy dit: «J'en vay servir avec de mes gens». Et me
+renvoya mon canot avec deux des moins habiles. Mes officiers
+par trop impatients et le sieur Moinerie me disoient de tirer ma
+volée de canons sur celuy qui étoit à portée de nous. Je dis:
+«Doucement, Monsieur, ce n'est pas à nous à comencer et nous
+tenons seulement bien préparés à la deffense sy l'on nous attaque,
+et c'est au gouverneur à faire son devoir.» Et dans cet interval
+nos ennemis mouillèrent leurs ancres à un quart de lieux au
+<span class="pagenum"><a name="pg215" id="pg215"></a>-215-</span>
+large de nous par crainte que je ne mis nos navires sur les rochers,
+et je fis sons leur faire a conoistre fresler nos voiles avec
+des fils de caret pour dans l'ocasion les apareiller tout d'un moment,
+et fit aussy embosser le câble et la mesme chose au bord
+du sieur Moinerie, et nous restasmes plus de deux heures à nous
+entre observer de part et d'autre. Après quoy il paru une Seitie
+qui venoit du costé de Lisbonne; nos ennemis la creurent être de
+notre nation et ils envoyèrent audevant leurs chaloupes et leurs
+canots, et le vent s'augmentoit. J'avertis La Moinerie de se préparer
+à me suivre et que j'alois faire couper mon câble et apareiller
+tout d'un coup pour nous tirer du péril où nous étions et tascher
+de primer nos ennemis à doubler le cap de Sacra, et qu'il fit
+comme nous pendant que leurs chaloupes estoient absentes et
+qui avoient une partye de leurs équipages, et nostre man&oelig;uvre
+fut en un instant exécutée et qui surpris fort nos ennemis, lesquels
+tirèrent chacun un coup de canon pour faire ramener leurs
+chaloupes, et le plus gros qui avoit 66 canons coupa son câble et
+mis soubs voile pour nous chasser sans atendre ces chaloupes, et
+véritablement nous atrapoit et creu en venir en action, mais M<sup>r</sup>
+Fossard tira très à propos une pièce de canon du chasteau qui
+frapa dans l'avant du vaisseau ennemy et il s'aresta en mettant le
+vent sur ces voiles d'avant et nous entrasmes heureusement dans
+la bonne baye, et sans coup férir. Et un peu après le canot du
+gros navire sur lequel on avoit tiré vint avec un officier au pied
+du chasteau demander raison pourquoy on luy avoit tiré, et qu'on
+leur avoit tué deux hommes dont l'un étoit le premier lieutenant
+et avec deux estropiez. Le gouverneur respondit: «Tant pis pour
+vous, nous devons garder la neutralité. Pourquoy venez-vous sy
+proche troubler ceux qui cherchent asile? J'en ferois autant aux
+François pour vos navires et n'ay autre satisfaction à vous faire.
+Retirés vous au plutôt.» Et ce qu'il firent. Le gouverneur me
+renvoya M<sup>r</sup> Fossard et mes gens avec son fils âgé d'environ 24 à
+25 ans, lequel ne manqua pas de bien faire valoir sa protection et
+me remercia du présent que je luy avoit fait et qu'il espéroit
+quelque chose de plus. Je luy dits que sy je débarque heureusement
+nos effets que je le gratifierois encore mieux, et comme
+<span class="pagenum"><a name="pg216" id="pg216"></a>-216-</span>
+nous n'étions eloignés que de 7 lieux de Faro pour y faire notre
+décharge, et que nos ennemis ne s'éloignoient de vue pour nous
+observer, je pris résolution d'envoyer par terre M<sup>r</sup> Fossard advertir
+de toutes choses nos marchands auxquels nous estions
+adressés et les priois de me députer quelqu'uns portans ordres
+signés de tous pour pourvoir à ce que nous ferions pour l'advenir.
+Et le lendemain M<sup>r</sup> Fossard revint avec deux des plus intéressés
+ayant les ordres des autres pour que j'eus à faire débarquer en
+lieu sec proche le rivage de Sacra tous les balots et qu'ils les feroient
+enlever par des barques qui estoient bonnes voilières et
+nous travaillasmes à tout débarquer pendant 2 jours, au bout
+desquels il se joignit trois autres vaisseaux avec les deux précédents
+qui après s'estre entretenus de ce qui s'estoit passé à notre
+subject le comandant m'envoya son canot avec un pavillon au mât
+d'avant et deux officiers soubs prétexte de demander qu'on leur
+permis de prendre des eaux pour toute l'escadre. Et le gouverneur
+leur dit qu'à deux lieux plus bas il leur étoit plus facile d'en
+prendre et sans troubler personne, cette démarche n'étoit que
+pour observer nos forces et ce que nous faisions. Et ils virent
+bien les balots que nous débarquions et lorsque le dit canot fut au
+bord du comandant il fit tirer un coup de canon comme un signal
+et déploya ses voiles faisant la routte pour donner dans la baie
+où nous étions croyant peut-estre que par la peur nous échourions
+nos frégattes en coste. J'envoyay M<sup>r</sup> Fossard avec 6 bons
+canoniers au chasteau et fis disposer sur nos câbles nos frégattes
+pour la deffense. Mais l'escadre n'oza aprocher sous la portée
+des canons du dit chasteau et se tint à distance. M<sup>rs</sup> de Faro nous
+envoyèrent des barques pour recevoir les balots; l'escadre s'en
+aperceut et se doubtant bien que nous ne les ferions partir que
+nuitament, ils envoyoient leurs chaloupes armées proche de terre
+pour en surprendre, mais pendant qu'ils étoient retournés à leurs
+vaissaux je fis porter deux canons de 4 livres de boulet sur le cap
+de l'Est opozé à celuy du chasteau qui forme la dite baye par où
+devoient passer nos barques. Je pozai 12 bons fusilliers avec deux
+canonniers et de distance à autre 6 fusilliers, en ayant adverty le
+gouverneur, crainte d'alarme et aussy les maitre des barques, et
+<span class="pagenum"><a name="pg217" id="pg217"></a>-217-</span>
+lorsque tout fut disposé je fis partir deux barques avec leur
+charge un peu plus d'une heure avant que le soleil couché. Les
+Anglois les aperceurent, ils envoyèrent cinq chaloupes armées
+après et les dites barques ne s'éloignoient pas de la terre et les
+Anglois ne se doubtant pas de nos embuscades n'ayant rien découvert
+la nuit précédente fonssoient sur nos 2 barques et ils receurent
+la décharge de 2 canons chargés à mitraille et la mousqueterie.
+Il y en eut 2 désemparées qui s'échouèrent à la coste
+avec dix hommes morts, et quelques blessés qui furent noyés, et
+4 furent pris par nos gens, et les 4 autres retournèrent à leur
+bord rendre compte de ce qu'ils avoient trouvé, et le comandant
+fit signal à son escadre pour assembler conseil. Après quoy il envoya
+son canot avec pavillon au mats d'avant et un officier, lequel
+fit ces plaintes qu'on leur avoit bien massacré injustement de leurs
+gens qui étoient à la pesche proche de terre où il y avoit des
+officiers de la première qualité d'Angleterre et qu'ils en porteraient
+leurs plaintes en Cour de Portugal, et que tout au moins
+on leur envoya leurs chaloupes qui avoient échoué à leurs gens.
+Le gouverneur me pria d'aler chez luy et nous convinmes qu'il
+leur répondroit que, ayant eu bonne connoissance la nuit précédentes
+que leurs chaloupes étoient armées et non pour pescher
+et qu'ils vouloient enlever les barques et effets par conséquent
+frustré le Roy de ses droits, que je luy avois demandé la permission
+de précautionner aux inconvénients et qu'il me l'avoit permis,
+et ne s'est meslé d'autre chose, à joindre que leurs chaloupes
+échouées n'avoit aucun appareil pour prescher mais bien armée et
+qu'ayant eu le malheur de se trouver sous les coups elles étoient
+brisées par les rochers et pillées par les gens de la coste et les
+miens; quant aux 4 hommes qui ont échapé, qu'on leur aloit délivrer
+et que s'ils veulent les cadavres qu'on a découvert du sable
+qu'on leur délivrera et les débris du bateau. L'officier du canot
+reçeu les 4 hommes et fut rendre compte de sa gestion, et après
+ce petit rencontre je fis partir cinq autres barques chargées doubtant
+bien que les Anglois les laisseraient passer contents de ce
+qui leur venoient d'arriver. Et le gouverneur me dit que l'officier
+du canot pestoit comme un enragé contre moy disant que j'ay
+<span class="pagenum"><a name="pg218" id="pg218"></a>-218-</span>
+joué plusieurs tours et que s'ils m'attrapent ils me hacheront par
+pièces: ce sont les propres termes. Je luy dits: «Laissez aboyer
+les chiens.» La dite escadre gardoit toujours l'entrée de la
+baye, mais n'envoyèrent plus leurs chaloupes et nous envoyasmes
+le restant de nos balots à Faro, et fit retirer mes deux canons et
+mes gens et je pris de bons receus des députés de ma livraison et
+réglay pour le fret du total et passay mon ordre à M<sup>r</sup> Allaire, consul
+de Faro, pour en recevoir les deniers pour en tenir compte à
+mes intéressés ainsy que M<sup>r</sup> de la Moinerie pour les siens, et puis
+nous espalmasmes nos deux frégates pour nous échaper à quelques
+moments d'une nuit un peu obscure malgré l'observance de l'escadre
+de nos ennemis. Je devois suivre ma route pour Salé et
+Moinerie pour St-Malo; j'envoyois le jour en découverte au
+plus haut lieu du cap de Sacra et au 22<sup>e</sup> d'aoust, sur le soir, on
+reconnut la dite escadre divisée et plus de 8 lieux au large, et la
+même nuit nous fismes force voile avec un bon vent de la terre cachant
+bien nos lumières et nous passasmes heureusement, dont il
+n'y eut qu'un qui nous aperceu et qui tira du canon pour appeler
+les autres. Mais au jour à paine on les voyoit du haut de nos mâts
+et je faisois faire notre route pour aprocher à l'ouvert de la baye de
+Cadix dans l'espérance d'y faire quelque prise. Et nous en sentant
+assez proche sur les 9 heures du soir je fis mettre à la cape
+jusqu'au jour que nous aperceumes trois navires qui avoient party
+de Cadix et qui venoient à notre rencontre voulant chercher le
+détroit de Gibraltar. Je fis arborer les pavillons anglois et eux
+aussy, et mon navire qui avoit esté construit en Angleterre ils me
+crurent estre de leur nation, et ils s'aprochèrent à bonne distance
+de nous particulièrement une frégatte galère de 20 canons qui
+n'étoit qu'à portée d'un fusil et sur laquelle je ne voulu faire tirer
+pour que les deux autres s'aprochassent: il y en avoit une de 36
+canons et l'autre de 24. Je fis ouvrir notre batterie de bas pour
+leur donner la décharge et ils s'en aperceurent et prirent la fuite
+vent arrière, mettant toutes leurs mesmes voiles. Je ne faisois pas
+tirer crainte d'interrompre notre marche, et ils jetoient à la mer
+leurs chaloupes et mâts d'hune de rechange, et ils nous échapèrent
+et entrèrent en Gibraltar. Ils avoient bien du monde et beaucoup
+<span class="pagenum"><a name="pg219" id="pg219"></a>-219-</span>
+d'officiers en habits rouges galonnés. Je fus surpris de leurs
+lachetées d'avoir fuy étant trois contre nous seuls; je repris la route
+pour me rendre à la rade de Saley pour y faire nostre négosse et y arrivasmes
+au 2<sup>e</sup> septembre 1696. J'envoyay M<sup>r</sup> Fossard avec mon
+canot pour s'emboucher avec le consul de notre nation nommé le
+s<sup>r</sup> Gauttier, lesquels furent demander la permission au gouverneur
+du château de la Barre de négossier, ce qu'il accorda en payant les
+droits et un quintal de poudre et 12 pièces de toile de Bretagne
+pour luy. Et l'on nous envoya deux batteaux du pays pour débarquer
+nos marchandises, conduis par des Maures a cause de la barre
+qui est très périlleuse pour entrer et sortir le port. J'avois une partie
+de sacs de maniguette<a id="FNanchor_197" name="FNanchor_197"></a><a href="#Footnote_197" class="fnanchor">197</a> qui est une graine noire et carrée plus
+violente que le poivre, et M<sup>r</sup> le consul n'eut pas la précaution d'en
+faire quelque présent au Mufty et il fit prescher par les Marabouts
+des mosquées que cette drogue étoit contraire à la génération et
+que les chiens de crestiens leur en aportoient exprès, et il me fit
+renvoyer le tout dans mon navire et mesme la populace voulut maltraiter
+quelques uns de mes gens qui étoient à terre. Mon navire
+étoit trop grand pour entrer audedans de la barre et restions à la
+rade toujours en état de se mettre soubs les voiles au cas de mauvais
+temps ou qu'il y survint quelques navires de nos ennemis. Et le 6<sup>e</sup> de
+septembre, il nous aparu quatre navires qui venoient en rade, j'eus
+peur que ce ne fut de l'escadre qui m'avoit bloqué à Sacra. Je mis
+à la voile et lorsqu'ils eurent mouillé à la rade avec leurs pavillons
+de Portugal je fus rassuré et revint reprendre place où j'avois abandonné
+mon câble, et comme s'estoit vaisseaux du Roy de Portugal
+je les fis saluer par neuf coups de canon, et ils me rendirent le salut.
+Deux avoient chacun 66 canons et 2 frégattes de chacun 30. Le
+comandant nommé Dom Antonio de Gamache, m'envoya sa grande
+chaloupe armée d'une trentaine de fusilliers et un sergeant ayant
+une pertuisane et un pot de fer sur sa teste et un officier, lesquels
+s'étant aprochés à la voix de nous je fis mettre mes gens en armes,
+et leur criai de faire halte, et ce qu'ils vouloient. S'estant arestés, le
+<span class="pagenum"><a name="pg220" id="pg220"></a>-220-</span>
+dit officier cria: «N'ayez pas de peur, je viens de la part de Dom
+et c&oelig;tera vous demander qui estes-vous et d'où vous venez et
+que venez-vous faire icy, et j'ay ordre de visiter votre navire, savoir
+sy vous n'apportez pas des poudres et des armes à nos ennemis
+les Maures.» Je luy dis: «Retirez-vous au plutots, et alez
+dire au sieur comandant qu'il n'a nul droit de visiter sur les vaisseaux
+du Roy très chrestien et que périray plutôt que de le souffrir,
+et que s'il m'y veut contraindre que j'iray l'aborder et mettray
+le feu au mien pour nous chauffer enssemble, et que s'il y a
+quelqu'autre chose à me demander qu'il m'envoye seulement son
+canot avec un officier raisonnable, que je conteray les raisons avec
+telle honnesté que l'on me rendra, mais que l'on ne m'envoie pas
+de chaloupe armée ny prendre d'autorités». Ils s'en furent faire
+leurs rapports; le comandant par des signaux fit venir les autres
+capitaines à son bord. Ils tinrent un conseil et nous les examinions
+qui faisoient de grands remuement pour se préparer à me
+combattre. J'en faisois autant et assurois à mes gens qu'ils n'en
+viendroient jamais à l'excès. Après avoir fait leurs préparatifs, il
+me fut envoyé un canot sans hommes armés et avec le mesme officier
+que j'avois parlé. Je le fus recevoir civilement au pied de l'échelle
+et le conduis dans ma chambre. Il remarqua que tout étoit
+bien disposé et les mêches alumées et des pots à feu et des grenades.
+Il fit un signe de croix puis il dit: «Quoy, vous voudriez en
+venir à ce point de périr plutots que d'obéir à la force.» Je luy dis:
+«La résolution en est prise plutots que de souffrir un affront pareil
+puisqu'on attente à l'honneur d'un aussy puissant Roy. Et que
+le comandant prenne bien garde que cela ne rejaillississe sur sa
+teste et que je suis très seur que ces ordres ne portent pas à une
+pareille offense et qu'il se souvienne de ce qui arriva en 1681 par
+deux de leurs vaisseaux devant leur place de Cascaye<a id="FNanchor_198" name="FNanchor_198"></a><a href="#Footnote_198" class="fnanchor">198</a> qui voulurent
+faire saluer une de nos frégattes et de ce qui en ariva, et
+je n'atends que la première attaque.» Je luy présentai un verre
+de vin et saluai sa santé. Lorsqu'il eut beut à la mienne il me dit:
+«Du moins puisque vous ne voulez souffrir de visites abaissées
+<span class="pagenum"><a name="pg221" id="pg221"></a>-221-</span>
+votre flamme, et cela apaisera nostre escadre et vivons en paix.»
+Je luy dis: «J'ay comencé le salut, et sy j'avois creu que pareille
+insulte n'eut esté proposée, j'aurois péry plutost que de le faire.»
+Je luy offris une autre fois à boire et il me remercia et s'en retourna,
+et étant dans son canot il me dits: «Vous voulez donc
+quon agisse en rigueur.» Je luy dits: «Cets l'honneur de mon
+maistre et imprudence à M<sup>r</sup> votre comandant.» Lorsqu'il est
+rendu compte de notre conversation nous les aperceusmes se remettre
+en estat de ne pas agir, et le canot revenoit à nous avec le
+premier officier et le premier major de l'escadre qui parloit bon
+françois, et étant sur mon pont où je le recevois il m'embrassa de
+la part du comandant et des autres capitaines, disant qu'ils avoient
+une vraye estime pour moy et que nous vécussions en bons amis
+et qu'ils estoient venus en cette rade pour empescher les corsaires
+de Salé de sortir ny de rentrer dans leur port, et que sy je voulois
+faire l'honneur au s<sup>r</sup> comandant d'aller souper avec luy que je luy
+ferais bien plaisir. Je fis mes humbles remerciements disant que
+dans une rade il n'est pas permis à un capitaine de quitter son
+bord.</p>
+
+<p>Et sur l'après midy M<sup>r</sup> Fossard m'envoya deux batteaux du
+port pour prendre le reste des effets et en mesme occasion il
+m'envoya plusieurs rafraîchissements du pays savoir: un b&oelig;uf
+coupé par quartiers et 6 moutons vifs, dont il y en avoit deux à six
+cornes et quatre à quatre, deux sangliers frais tués, plusieurs douzaines
+de perdrix vives et des cailles et un bon nombre de tourterelles
+vives, et dont j'en mis bon nombre en des cages pour les engraisser,
+et quatre grands paniers de raisins blancs et des noirs; et
+j'envoyai une partie de toutes ces choses au comandant qui n'en pouvoit
+avoir à cause qu'il étoit pour leur faire la guerre. Et dans l'un des
+bateaux étoit incognito l'admiral de Salé, nommé Benasche, qui
+par curiosité voulu voir mon bâtiment qu'on luy avoit dit que je
+l'avois pris en une heure sur les Anglois, et que celuy avec lequel
+je l'avois pris n'avoit que 30 canons et luy 40 de montés, et il me
+fit dire: «Vous pristes ces gens endormis.» Et il examina partout
+mon vaisseau, et je ne luy fit aucuns honneurs puisqu'il ne
+vouloit estre reconneu. Et ayant débarqué mes effects destinés
+<span class="pagenum"><a name="pg222" id="pg222"></a>-222-</span>
+pour Salé, m'estant resté la partie de maniquette, je me disposay
+dès le soir de mettre à la voille croyant les pouvoir aller vendre
+ou troquer à Saffy et d'un mesme temps faire la course environ
+un mois pour donner le temps à M<sup>r</sup> Fossard de faire la négociation
+et pendant que je mettois soubs voille le comandant Portugais
+m'envoya son canot avec le major qui me fit présent de 12
+jambons de la Mega et 24 fromages du Lenteja; le major me demanda
+si je ne saluerois pas l'escadre, je luy répondis que c'étoit
+bien mon dessain et que j'espérois bien que l'on me rendroit coup
+pour coup, et il dit: «je vous en assure», et nous nous embrassasmes,
+et peu après qu'il fut rendu à son bord je déployai les voiles
+et saluay de neuf coups qui me furent rendus.</p>
+
+<p>Et je fis route pour Saffy où j'arrivay le 23<sup>e</sup> à la rade où je trouvay
+un moyen navire soubs pavillon et commission de Suède quoyque
+Holandois; j'envoyai mon canot avec mon écrivain à terre
+avec une lettre que j'avois écrite à M<sup>r</sup> Lenoir, commis étably au
+comptoir de M<sup>r</sup> Thomas Legendre<a id="FNanchor_199" name="FNanchor_199"></a><a href="#Footnote_199" class="fnanchor">199</a>, de Rouen, lequel S<sup>r</sup> Lenoir
+me manda que je pouvois luy envoyer ma partie de maniguette et
+qu'il me la troquerait pour des cires en brut et j'en fis aussitôt
+charger 50 poches dans ma grande chaloupe avec 14 de mes
+hommes et mon écrivain, et dans cet interval le capitaine du Suédois
+fut dire au gouverneur de Saffy qu'il ne se croyoit pas en
+seureté que je ne l'enlevast avec son navire, et le gouverneur sans
+autres formalités donna ordre de s'emparer de ma chaloupe et
+équipage aussitots qu'elle arriveroit et ce qui fut exécuté avec
+cruauté et perfidie. Et il y avoit au bord du rivage plus de 200
+maures qui les atendoient et sitots qu'elle en fut aprochée partye
+de ce peuple se mit à la nage et s'emparèrent de l'équipage les maltraitèrent
+rudement jusqu'à les mordre à belles dents et échouèrent
+tout haut ma chaloupe et menèrent tous mes 15 hommes dedans
+une matamore qui est un puits à sec, profond de 40 pieds et
+qui se ferme par une trape de fer et dont il faut descendre et
+monter par une échelle que l'on retire après s'en estre servi. J'atendois
+avec impatience le retour de ma chaloupe, et voyant
+<span class="pagenum"><a name="pg223" id="pg223"></a>-223-</span>
+qu'elle retardoit j'envoyay mon canot avec un enseigne au bord du
+navire Suédois, et il nous appris ce qui s'étoit passé sans avoir
+déclaré qu'il en estoit l'agresseur, et nous fusmes encore assés
+heureux qu'il nous rendit les services d'introduire mes lettres pour
+M<sup>r</sup> Lenoir et de m'en apporter les réponses qui m'informoient
+de toutes choses et surtout de la prétendue captivité que le gouverneur
+vouloit faire de mes gens et de garder ma chaloupe. Et
+entr'autres il me donna advis d'écrire à M<sup>r</sup> Gautier, notre consul,
+et à M<sup>r</sup> Fossard à Salé pour qu'ils dépéchassent un courier avec
+remontrances à l'empereur de Maroc contre l'injustice et manque
+de bonne foy de ce gouverneur, et le s<sup>r</sup> Lenoir envoya un exprès
+porter à Salé mes dépesches, et au bout de 10 jours les ordres
+de l'Empereur furent arivés qui portoient de me rendre mes
+hommes et ma chaloupe moyennant que je payats deux cents ducas
+et que la partye de maniguettes débarquées seroit jetée dans
+la mer étant contraires aux générations sur l'advis que je luy en
+avoit donné le Mufti de la ville de Saley. Et mes gens et chaloupe
+ne furent sitost arivées dans mon bord, qu'il survint au
+gouverneur un contrordre portant de les arester et les envoyer à
+Miquenez ou étoit le dit empereur, mais il nest pas croyable de
+voir en un si peu de temps le changement de mes pauvres gens,
+qui la plupart avoient leur esprit très aliéné et leurs vues
+égarées et tous contrefaits de leurs visages, et eusmes bien des
+paines à les rétablir quoyque rien ne leur manquats. Je me retiray
+de ce mauvais pays le 9 octobre pour aller croiser vers les illes de
+Madère et Porto Santo, où je n'ay fait d'autre encontre que deux
+navires d'Alger auxquels je donnay chasse pendant six heures que
+j'en aprochay à la voix du plus grand qui avoit 36 canons et plus
+de trois cents hommes, je luy fits mettre sa chaloupe en mer et
+venir à mon bord m'aporter son passeport, et celuy qui me l'aporta
+étoit lieutenant et renégat anglois. Et lorsqu'il fut retourné à son
+bord ils saluèrent notre pavillon de unze coups de canons et leur
+en rendis neuf, puis je repris ma route le long des costes de Barbarie,
+pour me rendre à Saley y recueillir nos effets que M<sup>r</sup> Fossard
+y pouvoit avoir négossier, et arivay en la rade au 26 novembre,
+et y trouvay encore l'escadre portugoise qui devoit se retirer
+<span class="pagenum"><a name="pg224" id="pg224"></a>-224-</span>
+à cause de l'hiver. Et avant que d'en partir ils voulurent le lendemain
+de mon arrivée canonner la ville de Saley et ils n'y firent que
+brusler leurs poudres aux moineaux. Le vaisseau le <i>Saincte-Claire</i>
+s'estant aproché de la barre y pensa périr et toucha par plusieurs fois
+et par un bonheur tout extraordinaire, elle s'en retira et avoit 60
+canons et plus de 300 hommes d'équipage. M<sup>r</sup> Fossard m'envoya
+plusieurs bateaux avec des cires, du cuivre tangoul, des laines
+grasses et des cuirs en poil et des cuirs de chèvres et des amendes
+cassées.</p>
+
+<p>Et dans l'un des bateaux il vint un Espagnol nommé Dom Antonio
+de Garcia qui étoit avec toute sa famille esclave de l'Empereur
+du Maroc, lequel l'avoit député pour venir au bord du comandant
+Portugais, affin qu'il emmena sur son vaisseau au Roy de
+Portugal afin de faire quelqu'échange de part et autre de plusieurs
+captifs des deux nations. Je le fis conduire par mon canot au bord
+du portugois qui le receut bien quoyque pauvrement habillé, et il
+pria le sieur comandant de diférer son départ de trois à quatre
+jours pour atendre les instructions de son ambassade, et le présent
+de l'Empereur pour le Roy de Portugal, lesquels présents estoient
+de deux chevaux barbes, un lion et un tigre et quatre autruches et
+six béliers à six cornes, le tout de très peu de valeur, à l'ordinaire
+des affriquains pour recevoir au quadruple.</p>
+
+<p>Ce Dom Garcia revint à mon bord souper et coucher et m'entretint
+du comencement de son malheureux esclavage et de son
+épouse, et que son père étoit le lieutenant du Roy de la place de
+Larache coste d'Afrique et qu'elle fut subjuguée par les armes de
+Maroc, qui manqua au traité de la capitulation ayant permis de
+mettre en liberté et de renvoyer tous les prisonniers et au contraire
+il les rendit tous esclaves, et que son père en mourut de chagrain
+peu après et qu'après une rude servitude luy et sa femme fut affectionnées
+de l'Empereur qui les mit ensemble dans le grand jardin de
+Fez ou estoient des bains et un sérail, étoient posées concierge des
+bains et vivoient des fruits du jardin d'une vie assées paisible et puis
+de leur mariage est issu une fille puis un garçon et une autre fille,
+et que sa première fille ayant atteint l'âge de 15 ans, l'empereur la
+demanda à Dom Garcia pour son sérail. Dom Garcia luy répondit
+<span class="pagenum"><a name="pg225" id="pg225"></a>-225-</span>
+que Dieu l'avoit fait maistre de leurs personnes et non de leurs
+âmes et que l'enfant appartenoit à la mère, et le Roy luy dit: «Je t'ordonne
+de me l'envoyer dès ce soir à un tel bain.» Garcia tout affligé
+le fut dire à son épouse; elle en tomba en faiblesse et lorsqu'elle en
+fut revenue elle dit à sa fille sy elle n'aimeroit pas mieux souffrir le
+martyr et mourir en la foy de Jésus-Christ plutots que de renier son
+Dieu et se faire mahométante. Elle dits: «Chère mère, tuez-moy
+plutots vous mesme avant que pareil malheur m'arrive, peut-estre
+ne serais-je maitresse de résister aux menaces ou tourments.» Et
+la mère qui estoit munie d'un gros canif coupa et tailla en divers endroits
+le visage de sa fille, en luy disant: «Souffre pour Jésus-Christ.»
+Et la pauvre fille sans se plaindre ny crier disoit: «Encore,
+ma chère mère», par plusieurs fois, et elle fut toute défigurée.
+Ce qu'ayant seu l'Empereur, il fit donner cent coups de bâton sur la
+plante des pieds à Dom Antonio et deux cents coups sur le ventre
+de la mère, dont elle expira soubs les coups, et que sa fille cadette
+qui prenoit dix années leur fut ostée et mise au sérail et mourut de
+chagrain peu de jours après y estre enfermée, et que six mois après
+ces malheurs, le Roy le reprit en amitié et luy redonna sa première
+office dans le jardin et luy permis d'élever son fils avec les missionnaires
+servant d'interprettes, et que c'étoit pour la troisiesme fois
+qu'il le députoit pour traiter des échanges d'esclave: effectivement
+ce s<sup>r</sup> Garcia étoit homme d'esprit et bien prudent. Et le lendemain
+par un bateau qui nous vint, il retourna à terre recevoir ses dépêches
+et trois jours après l'escadre partit avec luy et les présents.</p>
+
+<p>Les temps devenoient fascheux et les bateaux ne pouvoient plus
+sortir sans risquer cors et biens. J'écrivis une lettre à M<sup>r</sup> Fossard
+de faire en sorte de m'envoyer le restant de nos effects s'il le peut,
+et que nous courions de grands risques de perdre la vie et biens sy
+pas tempestes nos câbles ou ancres nous manquent ou que ceux
+qui échaperoient à la coste seroient esclave, et il trouva les moyens
+de m'envoyer sa responce pour lequel il me marquoit n'avoir plus
+qu'une barque de marchandizes à m'envoyer et qu'il serait impossible
+de le faire avant huit jours qui seroit nouvelle lune, temps où la
+barre est la plus agitée, et que luy ni l'homme que je luy avois
+donné pour le servir ne pouroient se hasarder de s'embarquer.
+<span class="pagenum"><a name="pg226" id="pg226"></a>-226-</span>
+Et le 28 décembre par un rude coup de vent de sud-ouest
+notre maistre câble se rompit et nous mismes promptement
+soubs les voiles pour nous échaper de la coste, et puis nous poussasmes
+pour entrer au détroit de Gibraltar afin de nous rendre à
+Marseille pour y débarquer nos marchandizes, et arrivasmes en rade
+au 20<sup>e</sup> de janvier 1697, où nous eusmes ordre de M<sup>r</sup> de la santé de
+nous placer dans la baye de l'ille de Pomégué<a id="FNanchor_200" name="FNanchor_200"></a><a href="#Footnote_200" class="fnanchor">200</a> pour y faire la
+quarantaine à cause des effets venant de Barbarie que nous envoyasmes
+par bateaux au lazaret pour y estre éventés, et lorsque
+nous avions quelques besoins nous mettions un pavillon au bout de
+la pointe de l'ile, on nous envoyoit un bateau et nous luy donnions
+une lettre trempée au vinaigre et nous raportoit sur la mesme pointe
+ce que nous avions demandé, et après les quarante jours on nous demanda
+de venir à la chaisne à l'entrée du port et en présence de M<sup>r</sup>
+de la Santé, le médecin et chirurgien nous examinèrent tous et ensuite
+on nous enfuma et le navire, et on nous permis d'entrer dans
+le port. Je disposay à faire caresner notre navire et à le ravitailler
+pour faire la course en faisant notre retour vers le Ponnant. Et il
+se fit une sédition dans mon équipage qui fut suscitée par un nommé
+Le Désert. Ils jetoient les plats et les gamelles plaines de vivres
+dans le port. Je demanday d'où cela provenoit. Le Désert qui étoit
+contre-maître prit la parole et dits: «Nous ne prétendons point
+travailler à moins que vous ne nous payez ce qui est deubs jusqu'à
+présent et que vous nous payez encore trois mois en advance de
+partir d'icy.» Je dits qu'il n'étoit pas besoin de venir à l'extrémité
+de jetter les gamelles plaines et que l'admirauté étoit pour rendre
+justice sur l'engagement de la charte-partie. Et il fut ordonné
+que je payerois ce qui étoit deub des advances étant continuation
+du voyage. Le dit Désert sur le souper recommença la mutinerie
+jetant en mer une gamelle plaine, et je le frappé d'une corde et luy
+fit mettre les fers aux pieds dans la proüe du vaisseau, et le matin je
+portay mes plaintes à M<sup>r</sup> de Montmaur<a id="FNanchor_201" name="FNanchor_201"></a><a href="#Footnote_201" class="fnanchor">201</a> pour lors intendant de
+<span class="pagenum"><a name="pg227" id="pg227"></a>-227-</span>
+police et de gallères, et il députta M<sup>r</sup> Lemonnier, lieutenant du
+port, pour venir à mon bord faire les informations afin de rendre
+compte du subject de la mutinerie, ce qui fut fait avec exactitude
+et en porta le reffect à Monsieur l'intendant, lequel envoya deux
+sergents des galères pour y conduire Le Désert qui étoient de
+sa caballe, et furent tous mis à la chaisne avec chacun un forçat
+dans la Réalle<a id="FNanchor_202" name="FNanchor_202"></a><a href="#Footnote_202" class="fnanchor">202</a>, et on leur coupa les cheveux. Ils se creurent
+perdus entièrement et ils employèrent des personnes charitables
+pour me prier de commisération et m'écrivoient des lettres pitoyables,
+ce qui m'engagea d'aler prier M<sup>r</sup> l'intendant d'acorder leurs
+grasces. Et il me dits: «Lorsque vous serez prêts de mettre soubs
+les voiles, je les feray rendre à votre bord.» Et ont esté plus de
+trois semaines en cet état.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch9" id="ch9"></a>CHAPITRE IX</h2>
+
+<p class="d">Croisières sur les côtes d'Afrique.&mdash;Relâche à Lisbonne.&mdash;Doublet est
+pris par les Anglais.&mdash;Retour à Saint-Malo et à Honfleur.&mdash;Voyages à
+Terre-Neuve.&mdash;Voyage à Saint-Domingue.&mdash;Historiette du S<sup>r</sup> Gotreau,
+qui pesait les sacs à procès.&mdash;Tempête.&mdash;Retour à Saint-Nazaire.&mdash;Voyage
+à Paris.&mdash;Doublet prend le commandement de quatre vaisseaux
+de Compagnie.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg228" id="pg228"></a>-228-</span>
+Le 9<sup>e</sup> avril je sorty du port de Marseille; l'on me renvoya mes cinq
+mutins et Le Désert étoit attaqué de fièvre; il étoit naturellement mal
+souffrant et en avoit souvent contre les uns et autres qui luy disoient
+ne vouloir pas faire comparaison avec un galérien, il s'en chagrina et
+mourut, un mois après estre rembarqué à mon bord. Je fus détenu
+près d'un mois à la rade de Dome par vents contraires et pris la
+mer au 12 may j'ay croisé depuis aux costes d'Affrique et celles d'Espagne
+sans autre rencontre que des corssaires d'Alger avec lesquels
+nous étions en paix et qui nous évitoient de nous parler. Et étant
+pour sortir le détroit, m'étant approché de Senta et du camp des
+Maures, l'on m'envoya plusieurs bombes dont une surpasssa pardessus
+nos mâts, et je fits prendre au large et il étoit le 6<sup>e</sup> juin quand je
+sorty le détroit sans rien trouver. Je fits les routes de m'aprocher
+de Cadix et les costes D'Algarves jusqu'au travers de Lisbonne que je
+prits un flûton anglois de 150 thonneaux de port n'ayant que du sable
+pour lest. Je le conduits à Lisbonne pour y espalmer le navire
+et y remettre des vivres, et vendits ma prise pour 2,700 croisades
+dont je paya les frais de ma relasche, et partis le 16 aoust. Je prits
+la mer à 60 et 70 lieux au large des caps jusqu'à l'entrée de notre
+Manche sans rencontre et nous aprochâmes aux costes d'Angleterre
+entre les Sorlingues et le cap Lézard au 4<sup>e</sup> de septembre, et le neufviesme
+<span class="pagenum"><a name="pg229" id="pg229"></a>-229-</span>
+nous aperceusmes un navire sur lequel nous chassions, et
+il nous fit nos signaux et auxquels nous fismes réponsce et nous nous
+joignismes, et nous parlasmes. C'étoit aussy un Garde coste Anglois
+de 36 canons, que le S<sup>r</sup> Belière-le-Fer avoit pris et donné à
+commander au S<sup>r</sup> De la Rüe, et nous convinsmes de croiser quelques
+jours par enssemble et n'ayant pas eu plus de bonheur dans les
+rencontres que nous, et après sept jours de notre jonction nous apperceusmes
+2 navires proche de Lézard, et comme nous allions
+pour les reconnoistre ils nous prévindrent en donnant eux-mêmes
+vers nous. Je criay à M<sup>r</sup> De la Rüe que c'étoit deux gardes costes
+ennemis et ils dits: «ce peut estre aussy des marchands», et ne se
+mit en peine de fuir que trop tard. Mes officiers et équipage en murmuroient.
+Je leur dits: «Quoy faire? si ce jeune homme est pris
+il publiera que je l'ay abandonné, et s'il en échape il dira que c'étoit
+deux forts navires marchands et quétant luy seul n'osoit les ataquer,
+il est allié des plus puissants de St-Malo, il nous tirera l'honneur et
+le crédit, et il vaut mieux se battre en braves.» Cepandant pour
+l'engager à fuir je le faisois moi-même, mais il n'en étoit plus tems et
+les Anglois marchoient mieux que nous. Le plus gros qui avoit
+66 canons m'atrapa à portée de son canon et il ne m'en tira
+qu'un seul dont je ne fits aucun cas, et il poursuivit le S<sup>r</sup> De Larüe.
+Voyant son camarade venir sur moy je dits: «M<sup>rs</sup>, celuy qui
+nous poursuit n'est pas aussy fort que nous, laissons encore dépasser
+le gros et puis nous mesmes yrons d'emblée aborder celuy
+qui nous chasse, et nous l'étourdirons et le prendrons à coup
+seur avant que l'autre puis revenir sur nous, et disposons-nous
+bien.» Et jordonnay de serrer toutes nos menues voilles pour revirer
+sur luy, et dans ce moment mon grand mât rompit à l'uny du
+tillac, emporta avec luy le mât d'artimon et tomba sur le mat
+de missenne et le cassa et le tout tomba à la mer. Nostre
+pont estoit couvert de nos voilles, notre navire vint le costé au travers
+sans pouvoir gouverner, et nos canons que nous avions désaisis
+passoient d'un bord à l'autre par les grands roulie de notre vaisseau.
+Aucun homme n'osoit se présenter crainte d'estre écrasées, et nous
+fusmes pris sans pouvoir combattre contre une frégatte qui n'avoit
+que 32 canons nomée le <i>Rie</i>, et M<sup>r</sup> de la Rüe en fuyant avec des
+<span class="pagenum"><a name="pg230" id="pg230"></a>-230-</span>
+coups de retraite fut aussy pris par le <i>Cantorbéry</i> de 66 canons, et
+ils nous conduirent tous les deux à Pleimuts où nous fusmes emprisonnés
+le 18 septembre 1697, nous achevasmes de remplir la prison,
+où nous fusmes très étroitement logées à 3 et 4 officiers sur
+des méchants lits; quant aux aliments nous les faisions achepter
+dans la ville et l'on nous les survendoit plus de la moittiée et estions
+fort observées par deux corps de garde, et au mois de décembre
+l'on dépescha un paquebot avec 200 de nos prisonniers pour les
+porter à Sainct-Malo et faire un échange pour des Anglois. M<sup>rs</sup> de
+Ferville et Cochard avec leurs officiers de la marine furent renvoyées
+avec leurs équipages en partie, et deux jours ensuitte on dépescha
+un autre paquebot avec 200 autres prisonniers et les officiers
+dont partie avoit esté pris depuis nous. J'en fis mes plaintes à M<sup>rs</sup>
+les commissaires de leur injustice que de renvoyer ceux depuis nous
+et ils me dirent: «Nous renvoyons la plus part de vos équipages et
+nous avons ordre de vous garder jusqu'à ce que l'on nous renvoie
+un ambassadeur qui aloit en Suède et que les Dunkerquois ont pris.»
+je dits: «Cela n'a pas relation d'avec les malouins.&mdash;Pourquoy
+ne déteniez-vous plustots que moy les officiers de la marine?»
+Et ils me dirent: «Ils n'ont pas esté sy bien recommandées que
+vous l'estes; ils ne nous ne sont pas sy connus; ils n'ont pas enlevé
+de navire dans ce port et ils n'ont pas esté sy bons marchands en
+Ecosse et ils ne sont pas réclamés de M<sup>r</sup> De Pontchartrain comme
+vous l'estes. Tenez, en voilà une lettre; consolées vous et prenez
+patience il en partira encore d'autres avant vous.» Et sur un
+placet que je fits présenter à la Reine, il me fut accordé permission
+d'aler à la ville et une lieux en dehors soubs l'escorte de
+deux soldats qui tous les soirs me reconduiront à la prison. J'ay eu
+cette satisfaction pendant un temps et avec grands frais de dépences.
+L'on dépescha encore deux autres paquebots sans me permettre de
+m'y embarquer, et à la fin de l'an 1697 l'on me permit de m'embarquer
+au dernier paquebot que la paix fut déclarée.</p>
+
+<p>Etant de retour à Sainct-Malo, me trouvant démonté de navires
+et ne sachant quoy entreprendre, je proposay à mon épouze de venir
+à mon pays natal y voir ma mère et mes parents, et que j'avois un
+peu de bien dont je n'avois rien receu en considération de ma chère
+<span class="pagenum"><a name="pg231" id="pg231"></a>-231-</span>
+Mère, et qu'il étoit bon de vois à nos petites affaires. Et nous entreprismes
+avec une chaize ce voyage. Nous fusmes bien reçus de
+tous nos amis, desquels une partie me proposèrent que sy je voulois
+me tabler que nous ferions une petite société d'achepter un navire
+pour entreprendre de faire la pesche des morues au sec, à la coste
+du Canada, pour les apporter à Honfleur où il s'en étoit fait de
+grands débits au temps passé, et que nous ne serions que deux navires
+du pays à faire ce commerce. J'acceptay ces propositions et reconduits
+mon épouze à Sainct-Malo affin de disposer à nos affaires
+pendant que j'yrois à Dunkerque ou Hollande achepter un navire, et
+que lorsque je l'aurois a conduit à Honfleur j'yrois la prendre avec
+deux enfants que nous avions<a id="FNanchor_203" name="FNanchor_203"></a><a href="#Footnote_203" class="fnanchor">203</a> affin de nous établir au dit Honfleur.
+Je trouvay à Dunkerque un navire de 300 thonneaux et 16 canons
+qui me parut convenable pour notre entreprise. Je l'acheptay et
+l'équipay simplement pour l'a conduire au dit Honfleur et pour y faire
+le nécessaire pour notre entreprise comme des grandes barques et
+chaloupes, et après quoy je fus pour a conduire mon épouse et nos
+deux enfants et affrettay une barque pour aller m'apporter nos meubles,
+le tout arriva heureusement. Et au commencement de mars 1698
+je party pour le voyage du Canada, et après que j'aurois pris du sel
+à Sainct-Martin de Rey d'où je partis sur la fin d'avril, et après cinq
+semaines de traversée ayant dépassé le grand banc à vert nous trouvasmes
+devant nous un enchainement de glaces qui m'empeschoient
+ma route. Je parcourus plus de cent lieux sans en trouver le bout, et
+nous appercumes une ouverture entre deux hautes montagnes de
+glace qui nous fit croire qu'elles estoient divisées et creusmes y trouver
+nostre passage et donnasmes dedans jusqu'à 15 et 16 lieux, que
+nous y rencontrasmes un petit navire de Grandville qui faisoit la route
+pour en sortir, lequel nous apprits quil n'y avoit pas de sortye et
+nous retournasmes fort à propos sur nos pas, car le lieu où nous avions
+entré se fermoit, et en arrière la brume survint fort épaisse et l'avons
+creu enfermé, et après que nous fusmes échapés nous fismes la route
+pour approcher la terre du Cap Breton et dont nous eumes la connoissance
+<span class="pagenum"><a name="pg232" id="pg232"></a>-232-</span>
+au lendemain matin, mais nous y trouvasmes encore un
+grand banc de glace qui nous baroit le chemin de notre route, et nous
+arrivasmes courant au sud le long du dit banc, et en attrapasmes le
+bout, et nous aprochasmes de la dite terre, où nous aperceusmes à
+trois lieux au large un navire que nous croyons estre de Granville et
+nous luy parlasmes. Il étoit de la Rochelle, nommé le capitaine Thomas,
+qui nous dit avoir party de la Rochelle le 3<sup>e</sup> février et qu'ayant
+fait la route jusqu'au 16 mars, il avoit rencontré les mesmes glaces que
+nous qui l'avoient empêché de passer plus outre pendant sept semaines
+et que par les grandes froidures qu'ils ont ressenty ils avoient consomé tout
+leur bois à feu jusqu'à avoir décloué les planches du dedans
+de leurs bords et mesme ont été contrainct de brusler des bariques et
+tous leurs mâts et les vergues de leurs perroquets. Je leurs dits que
+sy avant la nuit nous pouvions mouiller l'ancre dans la baye qui paroissoit
+devant nous, qu'il m'envoyroit sa chaloupe et je l'en assisterois,
+mais que nous n'avons pas ce temps à perdre pour y attraper, le
+vent nous favorisa et nous donnasmes à l'ancre tous les deux dans la
+dite baye sur les 3 heures du soir, et la reconnusmes pour la baye de
+Ste-Anne, et il envoya aussitôt à terre deux chaloupes pour prendre
+du bois et je me fis porter à terre par curiosité de voir ce pays où à ma
+dessente je ramassey sur le rivage plusieurs morceaux de charbon
+de terrre, qui me fit conjecturer qu'il y avoit aux environs une mine de
+ce charbon. Sur la nuit je me rendis à mon bord et le lendemain j'envoyai
+un de mes officiers représenter au capitaine Thomas que les
+glaces étoient desendus par les courants vis à vis de l'ouverture de
+la baye et que nous ne pourrions sortir qu'après qu'elles seroient dépassées,
+et que s'il vouloit d'intelligence, que je luy donnerois un
+homme et qu'il m'en donnât un des siens afin qu'au cas de notre séparation
+le premier arrivé à L'ille Percée, lieu de nos destinations,
+l'on prendroit possession d'une des meilleures places pour l'arrivée
+du navire et il y consentit. Et voyant que nous ne pouvions sortir, je
+fis embarquer des provisions dans une de mes chaloupes et me fis
+conduire au haut de la dite baye où donnoit une rivière afin d'y faire
+quelque découverte et avant de partir j'avois donné mes ordres que,
+au cas qu'il y eut apparence de pouvoir partir de tirer un coup de canon
+pour m'appeler, et j'avancey près de quatre lieux dans cette rivière,
+<span class="pagenum"><a name="pg233" id="pg233"></a>-233-</span>
+où nous voyons de temps à autre plusieurs ours et je vits une
+futaye d'ormes prodigieux dont un que le vent avoit abattu
+avoit 65 pieds de long portant à cette longueur 14 pouces de
+largeur et au pied trois pieds et 10 pouces de diamètre, et il y en avoit
+quantité. Il survint un brouillard qui m'empescha de pénétrer plus
+avant, et comme je retournois à bord sur les 3 heures j'entendis un
+coup de canon et ne savois que présumer voyant qu'il ne faisoit pas
+bon d'appareiller tant par les glaces et que la nuit survenoit. J'arrivay
+à mon bord sur les six heures, où j'appris que le capitaine Thomas
+avoit dans le brouillard appareillé sans envoyer son homme, ny
+advertir pourquoy. Je dits: «Voilà un fourbe qui croit arriver le
+premier et il se trompe et se met dans un grand hazard.» Le brouillard
+fut extrême et jugey très à propos de ne pas bouger, et sur une
+heure après minuit nous entendions souvent des coups de canons
+de ce navire que nous creusmes bien avoir esté transporté dans
+les glaces, mais d'une aussy grande obscurité où le pouvoir trouver?
+et mettre mes gens au péril. Et à 3 heures nous n'entendismes plus
+les canons, et sur le jour il tomba une grande pluye, et nous restasmes
+à notre place. Le lendemain il fit beau clair et du haut de nos
+mats on ne voyoit plus de glaces, et nous appareillasmes et rangions
+la terre à portée d'un moyen canon, et nous retrouvasmes d'autres
+glaces après avoir fait 8 lieux de chemin, où nous trouvasmes
+une autre petite baye où je fits mouiller l'ancre. Je dessendis au
+fond de la dite baye nommée Niganich; on trouva le débris
+d'une carcasse d'un navire perdu; je fus sur une petite isle où
+je trouvay huipt chaloupes sur le terrain qui en les accomodant pouvoient
+servir pour faire la pesche et, voyant la saison un peu avancée
+et l'obstacle des glaces, je proposay à mon équipage de nous tenir
+en ce lieu pour y faire nostre pesche. Ils répondirent qu'ils le voulaient
+bien, et je dits qu'il en falloit dresser un procès-verbal que
+nous signerions tous l'ayant jugé utile pour le bien commun des intéressés
+et de l'équipage qui étoit engagé au tiers du provenu de la
+pesche, et ils refusèrent de signer, et pendant 4 jours que nous
+restasmes je leur fits couper des bois pour les préparatifs de la pesche,
+et les glaces ayant disparu nous mismes à la voille. Je fis passer
+notre navire entre l'isle de St-Paul et le cap St-Laurent, et ensuitte
+<span class="pagenum"><a name="pg234" id="pg234"></a>-234-</span>
+passey entre les isles Brion et la Madelaine, lieux si peu fréquentés
+que tous mes officiers disoient que s'ils avoient cent navires il n'y
+en risqueroit pas un, et nous passames sans accident, et au 24 juin
+feste de St-Jean, nous arrivasmes à l'isle Percée tout le premier
+et travaillasmes d'une grande diligence à nous cabaner et acomoder
+nos barques et chaloupes que nous avions portés par pièces numérotées,
+et au premier de juillet on commença notre pescherie, et
+sur la fin de septembre elle fut achevée ayant notre charge. Il y
+eut quatre de nos gens qui voulurent bien rester à hiverner avec un
+pauvre habitant qui avoit sa femme. Je leur fit faire un bon logement
+par des doubles rangs de pieux, entre les deux de bons gasons,
+et fut couverte de planche, et y reportasmes leurs vivres et
+toutes choses à servir à la pesche pour l'année ensuivant qu'il
+avoit fallu porter et rapporter et nous partimes au 4 octobre.</p>
+
+<p>Et arrivasmes à Honfleur au 20 de novembre, et comme il n'y
+avoit qu'un moyen navire qui avoit fait la mesme pesche avec nous,
+nos morues furent assés avantageusement vendues. Mais l'envie
+qui ne meurt jamais fit entreprendre à d'autres particuliers d'équiper
+encore deux autres navires pour nostre mesme dessein et furent
+avec nous à l'Isle Percée et arrivèrent tous les quatre à
+bon port, et par la quantité des morues la vente s'en fit à bien
+moindre prix, et mesme il en resta bonne partie à vendre, et l'année
+1700 ce fut encor pis et qui causa bien des pertes. A ce dernier
+voyage<a id="FNanchor_204" name="FNanchor_204"></a><a href="#Footnote_204" class="fnanchor">204</a> une de mes chaloupes m'advertit avoir veu une
+grosse baleine morte et échouée près du cap enragé à deux lieux
+d'où nous étions établis. Je m'y fis porter et mesuray sa longueur
+qui portoit cent six pieds de long sans y comprendre la queue qui
+en avoit bien encore quinze; j'en fits couper plusieurs grands morceaux
+de lard et les portay à fondre dedans nos plus grandes chaudières,
+et en emplis deux bariques d'huile; j'y renvoyay deux chaloupes
+pour en rapporter, et la mer avait enlevé le reste du cadavre.
+Voyant la perte que nous faisions sur les deux derniers voyages
+<span class="pagenum"><a name="pg235" id="pg235"></a>-235-</span>
+notre société ainsy qu'une des autres se rebutèrent, et il n'y
+eut que deux navires qui retournèrent; le nôtre avec l'autre demeurèrent
+au fossé. Et la guerre survint au sujet de M<sup>r</sup> le duc d'Anjou,
+les Anglois prirent ceux qui étoient à l'isle Percée et brulèrent
+toutes nos barques et ustensils et mon magasin. Il survint
+un différent entre deux ou trois de mes intéressés qui vouloient
+envoyer notre navire charger à fret du sel pour les gabelles. Les
+autres s'y opposèrent en voyant que je ne voulois plus le comander;
+on adjusta les comptes où il y eut une contestation de trois
+livres dix sols dont ils eurent un procès qui a conté plus de mil
+livres en fraix et le navire demeura au fossé à dépérir, et à la fin
+il fut vendu par justice dont on a pas retiré cinq mil livres de
+ce qui en avoit cousté cinquante deux mil.</p>
+
+<p>1702. Et pendant leurs brouils il vint à notre ville un espagnol
+nommé Dom Bartolomé Ramos, qui ne sachant notre langue s'informa
+si quelqu'un savoit la sienne et le maître de son auberge me
+l'amena, et cet espagnol me raconta son désastre<a id="FNanchor_205" name="FNanchor_205"></a><a href="#Footnote_205" class="fnanchor">205</a>, que s'estant
+embarqué sur un de leurs navires avec peu de force, luy et plusieurs
+de sa nation partant de Portobello pour se rendre à Carthagesme,
+ils furent rencontrés d'un forban qui les pilla toutes leurs
+richesses et que luy dit Ramos y perdit à sa part un peu plus de
+quarante mil piastres dont il en avoit gardé les connoissements,
+et que ayant appris le nom du capitaine forban et sachant qu'il
+avoit esté désarmé et débarqué tout le butin au Petit-Goave, Ille
+de Sainct-Domingue, et sachant que nous étions en bonne paix
+avec l'Espagne par le Duc d'Anjou qui y feut receu pour Roy, le
+dit Ramos étant muni de bonnes attestations du vol qui luy fut
+fait, trouva les moyens de se faire aporter à Saint-Domingue pour
+réclamer ce qu'on luy avoit volé, porta des plaintes au commandant
+pour lors deux lieutenants du Roy: Galifet<a id="FNanchor_206" name="FNanchor_206"></a><a href="#Footnote_206" class="fnanchor">206</a> pour le
+<span class="pagenum"><a name="pg236" id="pg236"></a>-236-</span>
+département de Leogane et M<sup>r</sup> Du Paty<a id="FNanchor_207" name="FNanchor_207"></a><a href="#Footnote_207" class="fnanchor">207</a> au Petit Goüave,
+ils contrefirent les faschées et qu'ils aloient faire justice,
+et au lieu de faire avertir les forbans ils les firent évader dans
+d'autres quartiers. Et le dit Ramos ayant appris et reconnoissant
+que l'on le jouoit prit la résolution de passer en France
+pour faire ses remontrances à la cour par l'ambassadeur d'Espagne
+qui luy obtint un ordre du Roy qui en joignoit aux
+deux susdits deux lieutenants de faire rendre au dit Ramos ou à
+son comettant l'entière somme et de faire punir les forbants à
+peine de répondre à leur privé nom. Le S<sup>r</sup> Ramos vint me trouver
+et me prier de passer avec luy à Sainct-Domingue et qu'il me
+donnerait le quart de ce qui luy seroit rendu croyant la chose très
+seure avec de sy bonnes ordres, et il me fit consentir d'aller avec
+luy. Et étant disposés d'aler à Nantes trouver le passage il survint
+des lettres au dit Ramos de sa femme et de sa famille, qui le
+demandoient à San-Lucar de Barameda pour affaire qui luy estoient
+de plus de conséquence, ce qu'il me fit voir et me pria instamment
+d'aller à cette poursuitte et qu'il m'en céderoit le tiers
+veu qu'il n'étoit pas en état de me rien advancer.</p>
+
+<p>J'entrepris le voïage à mes fraix; je fus à Nantes où je trouvay
+un navire prêt à partir, et en 6 semaines je débarqué au Leogane
+et délivray le paquet de la cour à M<sup>r</sup> de Galifet, qui l'ayant leu
+me regarda et me traita de mauvaises paroles et bien colère en me
+menaçant de me mettre dans un cachot dont on n'entendroit pas
+de nouvelles. Je luy répondis: «Monsieur, je n'ay ouy dire à
+personne qu'un porteur d'ordre du Roy fut maltraité et vous estes
+trop sage pour le faire.» Et il changea de ton, et pour toutes conclusions
+je n'obtins rien en huit mois de poursuite au conseil de
+Sainct-Domingue lesquels s'entendoient comme larons en foire.
+Et peu après que je fus arrivé il survint un religieux Augustin qui
+<span class="pagenum"><a name="pg237" id="pg237"></a>-237-</span>
+fit jonction avec moy s'étant trouvé avec le S<sup>r</sup> Ramos lors du dit
+forbant, le dit Religieux prouvant avoir esté pillé de plus de
+soixante mil livres piastres, et il fut joué comme moy, et nous cherchons
+repasser ensemble en France et j'avois dépensé inutilement
+bien de l'argent. Et M<sup>r</sup> Morville<a id="FNanchor_208" name="FNanchor_208"></a><a href="#Footnote_208" class="fnanchor">208</a>, lieutenant de vaisseau, comandoit
+une grande flutte du Roy nomée la <i>Gironde</i> ayant 40 canons,
+et il s'apprêtoit pour partir et me promis et au Religieux
+notre passage gratis, et je fis embarquer une partie de mes hardes
+et provisions au bord. Et en même temps il parut cinq vaisseaux
+le travers de la Gonave qui est une isle inhabitée à 4 lieux de
+Leogane où notre navire étoit devant la petite rivière, et lorsque
+nous reconnusmes les pavillons anglois M<sup>r</sup> De Morville jugea à
+propos pour sauver son navire de tascher de le faire entrer dans
+le grand cul de sac, et nous fismes nos diligences; mais à l'entrée
+le vent nous manqua et voyant que nos ennemis s'approchoient
+nous mismes nos chaloupes en avant pour nous attirer
+à terre et échouer pour ne pas nous laisser enlever.<a id="FNanchor_209" name="FNanchor_209"></a><a href="#Footnote_209" class="fnanchor">209</a>
+Nous échouasmes proche des mangliers qui sont des tissus d'arbres
+entrelassés qu'à peine les hommes y peuvent passer, et nos
+ennemis voyant notre man&oelig;uvre nous cannonnèrent fortement, tirant
+dans nos mastures pour favoriser et ne pas endommager deux
+brigantins et leurs chaloupes qu'ils avoient envoyées armées pour
+nous enlever. Je dis à M<sup>r</sup> de Morville qu'il falloit faire percer
+quelques trous dans notre calle pour y faire entrer l'eau et de ne
+permettre à l'équipage de se débarquer affin de deffendre l'abordage
+des brigandins et des chaloupes. Nous les rebutasmes par
+plusieurs décharges de notre mousqueterie, mais ils envoyèrent
+deux frégattes légères de 24 à 30 canons qui ne tiroient pas tant
+d'eau que nous et qui ne venoient pour nous aborder et auroient
+enlevé nostre vaisseau, ce qui nous engagea d'y mettre
+<span class="pagenum"><a name="pg238" id="pg238"></a>-238-</span>
+le feu à trois différents endroits, et nous nous sauvasmes
+à terre simplement qu'avec ce que nous avions sur notre corps,
+et le tout fut conssomé par le feu, et de dépit nos ennemis cannonnèrent
+le bourg de la Petite Rivière et ceux de l'Ester et
+du Petit Goave sans nous faire que très peu de domage, et un seul
+homme fut tué et un qui eut une jambe emportée et nous n'avons
+pu savoir ce que nous leur avons fait par nos canons. Nous aprismes
+seulement que c'étoit l'admiral Benbou<a id="FNanchor_210" name="FNanchor_210"></a><a href="#Footnote_210" class="fnanchor">210</a> qui comandoit
+une escadre et qu'ils cherchoient M<sup>r</sup> Ducasse<a id="FNanchor_211" name="FNanchor_211"></a><a href="#Footnote_211" class="fnanchor">211</a> qui comandoit
+une de nos escadres,<a id="FNanchor_212" name="FNanchor_212"></a><a href="#Footnote_212" class="fnanchor">212</a> enfin nous nous trouvions presque dépourvus
+de nos commodités et privés de repasser sitost que nous
+l'espérions en France. Et plusieurs riches habitants s'efforçoient à
+qui nous auroit chez eux et de nous bien traiter entr'autres un M<sup>r</sup>
+Le Maire, originaire de Dieppe, et le gendre de son épouse procureur
+général du conseil, nomé M<sup>e</sup> Duquesnot. Et un nomé Gottreau
+de la Rochelle n'étant qu'un tonnelier de profession sans
+savoir ny A ny B., avoit hérité d'une belle succession avec une
+belle terre et sucrerie et plus de 50 neigres travaillants et vivoit
+honorablement, Et par amys il obtint une charge de consseiller
+qui l'anoblit, et M<sup>rs</sup> ses confrères l'ayant receu et enregistré
+ses provisions luy defférèrent de rendre un raport sur un
+procèes qui étoit assées d'importance que l'on creut bien estre
+lui estre donné par dérizion. Il n'y avoit ny procureur ny advocats
+pour se conssulter. Il me vint chercher avec mon Religieux dans
+<span class="pagenum"><a name="pg239" id="pg239"></a>-239-</span>
+son carosse, nous disant que nous luy fissions l'honneur de passer
+quelques jours avec luy, et nous emena. Le premier jour il ne me
+parla de rien; et le landemain, au lever, il me fit apporter par un
+jeune commis qu'il avoit à à gages deux sacs de papiers du procès
+qu'il avoit à rapporter et débuta: «Vous qui estes de Normandie
+debvez estre au fait des affaires; je vous prie de m'aider.»
+Je luy dits: «Je n'y suis pas plus savant que vous; j'ay
+esté en mer dès ma tendre jeunesse et ne me suis attaché qu'à la
+navigation.» Il me répartit: «Vous savez sy bien lire et écrire,
+peut-estre comprendez-vous le fort de cette affaire.» Et pour
+le contenter j'examiné les écritures du premier sac. Je trouvois
+que cette partye avoit grande raison dans ses demandes. Et quelques
+jours après que j'eus veu les pièces du deffendeur, je trouvois
+qu'il avoit encore plus de raison. M<sup>r</sup> Gottreau se prend à rire et dire:
+«Qui diable a donc plus de raison? Parbleu, je say bien pour me débarasser
+ce que j'ay à faire.» Je demande: «Hé quoy, mon amy?» «Il
+m'est venu une bonne pensée. J'ay toujours ouy dire que la justice
+avoit des balences en main et les yeux bandés, je les ay bien puisque
+je ne vois goute en cet affaire, ma foy je vais peser les deux sacs et
+celuy qui pèsera le plus je luy donne le gain de sa cause avec dépends.»
+Et je ne peus m'empescher de rire tout mon saoul. Il dits:
+«Riez sy vous voulez, je ne saurois mieux me tirer de cet affaire que
+par là, M<sup>rs</sup> mes confrères me l'ont remise pour se moquer de moy
+et je me moqueray d'eux. Tout ce qui en peut arriver est que le
+perdant pourra en appeler au conseil de Paris, et il se passera plus
+d'un an avant que l'on sache rien, et dont je vous prie de me garder
+le secret.» Ce que je luy promis et tenu. Après avoir pesé, il fut
+question de dresser le raport, et il m'en pria. Je luy dits n'y entendre
+rien non plus et il fut chercher un raport qui avoit esté rendu
+pour luy au subjet de sa succession; nous travaillâsmes dessus, à
+changer quelques termes avec les noms des parties, et luy dits de le
+faire copier pour que mon écriture ne parut pas, ce qu'il fit par son
+comis, et il demeura content et le porta dès la première audience,
+et le perdant ne manqua pas d'en appeler, et on apris depuis que
+son jugement fut aprouvé au consseil de Paris, et il en fut sy aize
+qu'il divulgua comme il avoit fait, et on a pris à proverbe sur les
+<span class="pagenum"><a name="pg240" id="pg240"></a>-240-</span>
+affaires embarrassantes; il faut faire un jugement à la Gottreau.</p>
+
+<p>Je ne peut trouver de passage que sur le mois de février 1703
+que M<sup>r</sup> de Morville ayant apris qu'au Petit Goave il y avoit un
+moyen navire de 12 canons de la Rochelle, le capitaine Billoteau
+qui s'aprestoit à partir et que luy et son équipage devoient passer
+et je fus par terre trouver le dit capitaine et arrestay mon passage
+et du religieux pour chacun 50 écus et que nous embarquerions des
+volailles et rafraichissements, et ce navire fut retardé de 2 mois et
+demye par une voye d'eau qu'ils eurent paine à trouver et l'étancher,
+et ne peumes partir qu'à la fin de juin avec un petit navire
+aussy de la Rochelle nomé la <i>Biche</i>, et nous débousquasmes pour
+l'isle de Sainct-Thomé, et faisant nos routes jusqu'à la hauteur
+des isles de Bermudes que nous vismes étant à 7 lieux de nous.
+Et lorsque nous les eusmes dépassés d'environ 60 lieux nous fusmes
+frappés d'une rude tempeste, en ouragan et dont un rude coup
+de mer nous renversa entièrement sur le costé de babord, quoyque
+nous n'eussions que notre seulle grande voille déployée et les
+mâts d'hune abaissés, nous nous creumes tous péris et je sautay
+avec un bon matelot sur le haut costé de nostre navire pour éviter
+un peu le dernier moment de vie. Je pris mon couteau et coupois les
+ris des grands haubans. Je dits à ce matelot nomé André d'en
+faire autant et ce qu'il fit avec agilité; cela fit rompre notre grand
+mât, lequel tomba sur celuy de Misenne quy tomba aussy sur le
+mât de Bauprey, lesquels cassèrent tout, et le navire se redressa.
+Nous coupasmes le mât d'artimon, ainssy nous nous trouvasmes
+sans aucun mat ny vergues. L'on courut aux pompes et ne trouvasmes
+que trois pieds d'eau dans notre calle qui y avoit entré
+par nos mortes &oelig;uvres lorsque le navire fut empenché sur le costé,
+et nos mats qui étoient retenus le long de nous par leurs cordages
+qui les y arestoient, et nuitament sans pouvoir se servir de lanternes
+et à tastons nous coupasmes tous les cordages qui les arestoient
+et heureusement un segond rude coup de mer nous frapa et
+nous fit passer pardessus, ce qui nous en dégagea. Mais ce dernier
+coup de mer nous cassa nostre timon dans la mortoise du gouvernail,
+lequel donnoit de si grandes secousses aux ferrures du
+<span class="pagenum"><a name="pg241" id="pg241"></a>-241-</span>
+gouvernail que nous étions dans les frayeurs qu'il n'évantat ou emportats
+l'étambot. Cependant je trouvay un expédient d'arester ce
+débat et de faire saisir d'un bord notre gouvernail et sans secousse,
+et notre pauvre navire arriva vent arrière sans mâts ny sentiment du
+dit gouvernail, et se mit sur l'autre costé à travers au vent, et il
+se tourmentoit extrêmement à rouler à faute du soutient des mâts.
+Je fits jeter à la mer dix de nos canons pour le soulager, après quoy
+je creus pouvoir changer d'une chemise et d'habit, mais aucun de
+nous n'eurent un filet de sec. On me donna un verre d'eau-de-vie
+et M<sup>r</sup> de Morville ainssy que tous en général dirent: «Après
+Dieu, voilà notre sauveur.» Et je fus caressé on ne le peut plus.
+Nous trouvasmes six de nos hommes de moins et tout notre pain
+et biscuit mouillé et gasté ainssy que nos légumes, toutes nos volailles
+emportées et nos moutons, cochons et canards. Nous trouvasmes
+une cage avec dix dindes noyées, que nous salasmes par
+quartiers et une truye noyée arestée soubs notre chaloupe. Nous
+épluchasmes nostre biscuit qui n'étoit point mouillé ou peu que
+nous mismes seicher au soleil et puis nous le partageâmes également
+du petit au grand à chacun trois onces par jour pendant 20
+jours. La tempeste dura trois fois 24 heures et la mer étoit épouvantable;
+les vagues estoient en feu et plus hautes que des hautes
+montagnes, et nous fusmes pendant ces espaces à la dérive au gré
+des temps, et lorsque cela fut apaisé nous tinsmes conseil pour nous
+réquiper de notre mieux, et de quel costé nous pouvions faire une
+relasche. Les uns étoient d'aler chercher Plaisance<a id="FNanchor_213" name="FNanchor_213"></a><a href="#Footnote_213" class="fnanchor">213</a> en Terre
+Neuve et les autres pour la Martinique. Je remontray que Plaisance
+étoit plus éloigné de nous et que les gros vents et les brouillards
+y reignent souvent, et que de l'autre costé les temps y sont
+plus pacifiques et tous d'un commun accord adhérèrent à mes sentiments.
+Il se trouva dans notre entrepont un sapin de 18 pieds de
+long et gros de 9 à 10 pouces dont nous fismes un grand mat,
+l'ayant renforcé par des quartiers de planches que ny avions reliez;
+notre timon de gouvernail fut ralongé et renférer par deux pinces
+de fer; nous déclouâmes les ourlets et lisses de nos plats bords
+<span class="pagenum"><a name="pg242" id="pg242"></a>-242-</span>
+que nous reliasmes ensemble comme un fagot et en fismes un mât
+de misenne, et nous attachasmes trois avirons de chaloupe pour
+faire un mât de beaupré, et de la gaule d'enseigne en fismes le mât
+d'artimon, ainsy nous fismes des vergues de toutes menues pièces
+avec des barres de cabestan, et de nos menues voiles d'étay et
+des perroquets nous fismes des voilles légères à proportion des
+mastures. Et nous faisions 16 à 18 lieux quelquefois 20 par 24
+heures. Il y avoit pour l'équipage un peu de b&oelig;uf et du lard salé,
+mais échaufé et détrempé à l'eau de mer. Je dits à quelques matelots
+de nous atraper des rats, et que je les payerois bien. Ils firent
+des attrapes et j'en payé deux 30 sols. Cela anima les autres à en
+prendre, et il n'en manque pas aux navires qui sont chargés de
+sucre. Ceux qui s'étoient raillées de moy pour les rats y prirent
+du goût, et nous les firent enchérir jusqu'à un écu la pièce étant
+devenus plus rares. Et au bout de 21 jours, nous mettions des
+morceaux de cuir en poil à la détrempe; nous en fimes bouillir,
+cela venoit en colle et très puante, mais grillés sur les charbons
+nous en servions et apaisions notre grande faim. Nous souhaitions
+fort d'estre encontrés de quelques navires ennemy qui nous peut
+prendre; les médecins n'ont jamais ordonné pareil régime. Et la
+26<sup>e</sup> journée de route après, ce torrent nous conduit en vue de
+l'isle de Sainct-Eustache habitée par les Holandois. Plusieurs de
+nous disoient de nous y aler rendre. Je mits opposay et fit connoistre
+à M<sup>r</sup> de Morville et au capitaine Biloteau qu'il n'y avoit
+pas de sens à nous mettre prisonniers. Et que avant la nuit nous
+attraperions l'isle de Saint-Thomé appartenant aux Danois avec
+lesquels nous étions en paix. J'en feu creut, et le lendemain après
+27 jours de cette marche nous y entrasmes dans un bon port, où
+rien ne nous manqua sitots que j'eus salué le gouverneur Danois,
+lequel me dits de nous adresser au directeur du comptoir de Brandebourg
+qui avoit de bons magasins. Je fus le saluer avec notre
+capitaine, et après luy avoir raconté notre désastre il nous dit:
+«Voilà un navire proche du vostre qui est à peu près de mesme
+grandeur, qui est une prise faite sur les Anglois par M<sup>r</sup> de
+Beaumont<a id="FNanchor_214" name="FNanchor_214"></a><a href="#Footnote_214" class="fnanchor">214</a> comandant une frégatte de 24 canons pour le Roy
+<span class="pagenum"><a name="pg243" id="pg243"></a>-243-</span>
+de France et il m'a délaissé cette prize pour la vendre s'il en
+trouve l'occasion. Le corps du navire a esté jugé incapable de
+pouvoir retourner en Europe et il en a pris dans sa frégate
+le chargement, la masture et les agrès vous seront propres; je
+vous vendray le tout, voyez ce que vous m'en voulez donner.»
+Billoteau demanda du temps pour répondre et voulut s'informer
+s'il se trouveroit pas des mats du pays a bon compte. Je luy fis
+connoistre que non et où trouveroit-il des haubans, étais et autres
+man&oelig;uvres, mâts d'hune et vergues et voiles, et il me pria le
+lendemain d'aler arrester le prix de toutes choses, et qu'il m'aprouveroit.
+Je fus au directeur lequel me dit: «Je ne vendray
+rien en particulier, il faut que vous achetiez tout ou rien.» Il en
+vouloit cinq mille livres et nous tombasmes d'accord pour trois
+mil deux cents cinquante livres. Je retournay à nostre bord en
+rendre compte, et on fut avec raison bien contents. M<sup>r</sup> de Morville
+me demanda sy je comptois encore me hasarder avec le navire
+du dit Billoteau après ce qui nous étoit arrivé. Je dits que c'en
+estoit la raison et que dans tout autre que nous n'aurions pas
+échapé. Il me dits: «Pour moy ny mes officiers ny équipage ne
+nous y embarquerons pas, je vais affretter un bateau du pays pour
+nous porter à la Martinique, sy vous voulez venir, il ne vous en
+coûtera rien ny à votre moine.» Je le remerciay et luy représentay
+qu'à la Martinique l'on couroit risque d'estre attaqués de la maladie
+de Siam<a id="FNanchor_215" name="FNanchor_215"></a><a href="#Footnote_215" class="fnanchor">215</a> et que nous serions aussy prêts à partir de ce
+port que luy arrivé à la Martinique et étions au débarquement et
+il se fascha de ce que je ne le voulut pas suivre, et trois jours
+après il partit dans le bateau. Je donnay les soins de faire faire le
+biscuit pendant que Billoteau accrocha son navire contre la prise
+et se ramasta entièrement à des vergues, cordages, et de huit canons
+et de deux ancres et cables et ne laissa que la carcasse de la
+dite prise. L'on fit des eaux et du bois; nous fismes bonnes provisions
+de bestiaux et volailles étant à meilleur compte que dans
+nos isles et deux bariques de vin, et partismes le 9<sup>e</sup> septembre
+1702 de ce port: nous débouquasmes le mesme jour et continuasmes
+<span class="pagenum"><a name="pg244" id="pg244"></a>-244-</span>
+nostre route pour France jusqu'au 15 octobre n'estant qu'à trente
+lieux de Belle isle nous fusmes encore frapés d'une très rude tempeste
+où nous pensasmes encore périr, notre capitaine voulut faire
+couper le grand mat et m'y oposay, et deux braves hommes montèrent
+à la hune et coupèrent le mat d'hune qui tomba à la mer et le
+navire en fut soulagé et nous étions sans aucune voile nous sentant
+proche de la terre, et qu'il y avoit plus de 8 jours que nous n'avions
+pu observer la hauteur. Sur les dix heures de nuit il calma et
+nous sondasmes et y trouvasmes 37 brasses d'eau, nous mismes à
+la cape jusqu'au jour que nous poussasmes à toute voile excepté le
+grand hunier dont nous avions coupé le mat, et sur les deux
+heures après midy nous reconnusmes la terre par la baie de Marmoutier,
+le capitaine Billoteau voulut reprendre au large pour regagner
+la Rochelle, je luy représentay que le temps étoit tout disposé
+à nous redonner une segonde tempeste au soleil couchant, et
+que n'ayant plus de grand hunier pour soutenir au vent et que
+nous péririons tous. Son pilote et son équipage se mirent de mon
+costé, et je conseillay d'entrer dans la rivière de Nantes d'où nous
+n'étions plus qu'à 3 lieux et nous attrapasmes à cinq heures à l'ancre
+devant St-Nazère. Il vint à notre bord une chaloupe du dit
+lieu, je m'y embarqué et le moine et quatre autres passagers et
+nous ne fusmes pas sitots débarqués de la chaloupe que la tempeste
+recomença; on ne pouvoit se tenir dans les rues par les ardoises, qui
+tomboient des maisons et de l'église, et le lendemain il se trouva
+perdu et échoué à la coste plus de 4 batiments. Billoteau y pensa
+périr sy la tempeste avoit un peu duré. Nous affrétames une chaloupe
+pour nous porter à Nantes, où je débarquay sur les trois heures;
+les négossiants s'estoient assemblés à la bourse s'informant
+des navires qui avoient péry le jour précédent, et il y en eut qui
+me reconneurent et me firent de grands accueils me conviant à
+souper, et entr'autres M<sup>r</sup> René Montaudouin et M<sup>r</sup> le Prieur me
+demandant d'où je venois. Je leurs dits et donnay des lettres au dit
+sieur de Montaudouin. Il m'embrassa et me dit: «Je suis intéressé
+de plus de 6 mil livres sur ce navire; j'ay receu des lettres dès
+son départ de Sainct-Domingue et par le long temps je l'ay creu
+péry, car s'il avoit esté pris j'en apris les nouvelles et hier je voulut
+<span class="pagenum"><a name="pg245" id="pg245"></a>-245-</span>
+donner 80 pour cent pour que l'on m'assura et n'ay pas trouvé
+qu'il le voulut.» Je me deffendis de souper étant fatigué et à cause du
+moine, et le lendemain M<sup>r</sup> de Montaudouin receu une lettre de son
+capitaine Billoteau qui luy marquoit sy nous sommes en vie et arrivés
+au bon port nous le devons par deux fois après Dieu à M<sup>r</sup>
+Doublet que nous avons nomé notre Rédempteur, et vous ne
+debvez luy faire payer son passage. M<sup>r</sup> de Montaudouin fit lecture
+de la lettre devant la Bourse, après quoy il vint avec son frère Bertiere
+à mon auberge me prier d'aler disner et ne peut m'en dispenser,
+et à la fin du repas il me leut sa lettre et me dit: «Vous ne
+m'aviez dit, et j'aurois pris votre passage mais je vous l'aurois en
+voyé sy vous aviez party et, loin d'en prendre, acceptées ce petit
+présent, je say que vous n'avez pas gagné dans votre voyage.» Et
+il me donna 25 louis d'or malgré mes refus, et deux jours après
+je pris la route de venir chez moy avec mon religieux Espagnol et
+nous restasmes bien 15 jours à nous rétablir.</p>
+
+<p>Et ce religieux me prioit d'aler l'acompagner à Paris et luy servir
+de conducteur par mes amis pour se présenter aux pieds du
+Roy, représenter l'injustice de M<sup>rs</sup> ses lieutenants contre les ordres
+de sa Majesté tant pour luy que pour le sieur Ramos. Je luy
+dis que je ne voulois plus faire de poursuites à mes dépends, et que
+je ne voyois pas jour de pouvoir rien obtenir, et que ces messieurs
+qui avoient eu le plus fort du butin des forbants nous joueroient
+toujours, et il me pria sy fortement et qu'il me défrayeroit avec
+mon épouse de l'aler et du séjour à Paris et de notre besoin chez
+nous et nous nous laissasmes gagner. J'avois aussy en vue quelqu'entreprise.
+Nous y fusmes dans une auberge plus d'un mois
+sans pouvoir obtenir d'audience et pouvoir le faire aprocher de sa
+Majesté. J'eus recours à M<sup>r</sup> le mareschal duc de Harcourt<a id="FNanchor_216" name="FNanchor_216"></a><a href="#Footnote_216" class="fnanchor">216</a>
+dont j'avois eu l'honneur d'estre bien voulu étant à Dunkerque, et
+il nous promit qu'en peu s'il nous présentoit pas qu'il le feroit par
+quelqu'autre seigneur, et au bout de huipt jours il me fit advertir de
+<span class="pagenum"><a name="pg246" id="pg246"></a>-246-</span>
+nous rendre à Versailles le trouver, où il nous dits d'aller de sa
+part à M<sup>r</sup> le mareschal duc de Duras<a id="FNanchor_217" name="FNanchor_217"></a><a href="#Footnote_217" class="fnanchor">217</a> qui étoit de garde. Ce
+seigneur nous receut bien et nous dits de nous trouver le lendemain
+dans la grande galerie avant que le Roy fut à la messe et nous
+n'y manquasmes pas. M<sup>r</sup> de Duras nous présenta à Sa Majesté.
+Le religieux avoit son placet tout prêt, se jetta à genoux et le Roy
+luy dits en bon Espagnol: «Levez-vous, Père, je vais expédier
+votre placet que vous redemanderez à M<sup>r</sup> de Pont Chartrain<a id="FNanchor_218" name="FNanchor_218"></a><a href="#Footnote_218" class="fnanchor">218</a>.»
+Et nous nous retirasmes. Le Père étoit bien content et je ne l'étois
+pas. Car je savois que les deux lieutenants du Roy étoient ses
+créatures, mais coment le dire au Roy. M<sup>r</sup> de Pontchartrain nous
+détint plus de quinze jours sans nous expédier, et il nous dits:
+«Que prétendez-vous? que les lieutenants du Roy payent pour
+des forbans qui se sont échapés, j'en ay des nouvelles, revenez demain.»
+Nous y fusmes et il nous délivra un paquet bien cacheté
+disant: «Tenez, voilà les dernières ordres du Roy.» Et puis il
+me demanda: «Et vous? retournez-vous aussi à Sainct-Domingue.»
+Je dits: «Non, Monseigneur, j'y ay perdu mon temps et
+n'espère pas en rien retirer.» Il sourit et ne dit rien. J'en tiray
+mauvaise augure et nous retournasmes à notre auberge à Paris de
+la part de M<sup>r</sup> D'Argenson<a id="FNanchor_219" name="FNanchor_219"></a><a href="#Footnote_219" class="fnanchor">219</a>. Et dès le lendemain vint nous trouver
+deux religieux du grand couvent des Augustins<a id="FNanchor_220" name="FNanchor_220"></a><a href="#Footnote_220" class="fnanchor">220</a> nous dirent
+que leur supérieur ne pouvoit souffrir un de l'ordre en auberge, et
+qu'ils avoient une chambre à luy donner et l'enlevèrent au grand
+couvent où il se dit docteur en médecine, et un jeune moine adroit
+le proclamoit habile de tous costés, et il eut beaucoup de gens de
+<span class="pagenum"><a name="pg247" id="pg247"></a>-247-</span>
+considération qui tomboient dans ce panneau et s'en faisoit traiter
+et en bonne foy il ne savoit pas son rudimen et atrapa bien des
+sots. Je voulois m'en revenir avec mon épouse, il nous pria sy fort
+et nous défrayoit jusqu'aux carosses dont nous nous servions.</p>
+
+<p>Je pensois à mes affaires, et un jour vers le mois de mars 1703
+que j'étois en visite chez M<sup>r</sup> Ducas<a id="FNanchor_221" name="FNanchor_221"></a><a href="#Footnote_221" class="fnanchor">221</a> qui venoit d'estre fait Grand
+d'Espagne et lieutenant général des armées navales, et après que
+je l'eus complimenté, il me demanda ce que je faisois et que c'étoit
+domage que j'avois quitté le service du Roy, et que je serois fort
+advancé, je luy dits que je n'ay quitté que lorsque je n'avois plus de
+patrons. Sur cela il me dit: «Voulez-vous comander un vaisseau du
+Roy pour notre compagnie de la Siento<a id="FNanchor_222" name="FNanchor_222"></a><a href="#Footnote_222" class="fnanchor">222</a>?» Je luy répondit qu'il
+me fera bien de l'honneur et du plaisir, et il m'en assura et me dits
+que dans quinzaine je fus le trouver à l'assemblée au grand bureau, où
+je ne manquay pas de m'y trouver, et lorsque ces M<sup>rs</sup> firent assemblée
+on me fit entrer et M<sup>r</sup> Ducas dits: «Messieurs, voilà un homme
+dont je connois fort les capacités au fait de marine et qui a du service
+sur les vaisseaux du Roy, vous ne pouvez mieux à qui donner le commandement
+d'un des vaisseaux.» Et je fus agréé, et l'on me dits que
+le lendemain j'eus à me rendre chez M<sup>r</sup> Pasquier, directeur général
+de cette Compagnie Royale, pour faire avec luy mes conditions d'engagement,
+ce qui fut arresté, et M<sup>r</sup> Pasquier me donna congé pour
+un mois pour reconduire mon épouse et pour disposer de mes affaires
+domestiques, et après ce terme expiré ordre de me rendre à Paris
+pour y recevoir mes derniers ordres, lesquels portoient de me rendre
+incessament à Rochefort pour faire le radoub du vaisseau du Roy
+nomé l'<i>Avenant</i> et de ne l'armer que de 36 canons et 160 hommes
+d'équipage et que toute chose me seroit fournie à l'arsenal touchant
+ce qui concernait le radoub et l'armement quant aux vituailles et dépences;
+pour les engagements des équipages la compagnie fourniroit
+le nécessaire par M<sup>r</sup> Du Casse, directeur à Rochefort, et à la
+<span class="pagenum"><a name="pg248" id="pg248"></a>-248-</span>
+Rochelle par M<sup>r</sup> Herault père et fils. J'arrivé à Rochefort au comencement
+d'octobre. Après avoir salué M<sup>r</sup> Begon<a id="FNanchor_223" name="FNanchor_223"></a><a href="#Footnote_223" class="fnanchor">223</a> intendant et M<sup>r</sup>
+Du Magnou<a id="FNanchor_224" name="FNanchor_224"></a><a href="#Footnote_224" class="fnanchor">224</a> et marquis de Villette pour lors comandant, je fus
+chez M<sup>rs</sup> les officiers du port, dont j'étois fort connu et nous travaillasmes
+de concert au devis de ce qu'il y avoit à faire au vaisseau,
+après quoy me restoit les soins d'y faire travailler, ce que je fis avec
+beaucoup d'exactitude. La Compagnie nomma M<sup>r</sup> de Fondat pour
+capitaine de la frégatte la <i>Badinne</i> et le s<sup>r</sup> Barnaban pour capitaine
+du vaisseau le <i>Faucon</i> de chacun 30 canons et le sieur Desmonts
+capitaine de la frégatte le <i>Marin</i> montée de 26 canons et chaque de
+130 hommes. L'on travailla au radoub des quatre à la fois, et aussy
+M<sup>r</sup> Marin<a id="FNanchor_225" name="FNanchor_225"></a><a href="#Footnote_225" class="fnanchor">225</a> capitaine de brulot pour comander la frégatte l'<i>Hermione</i>
+de 30 canons pour porter aux isles de l'Amérique M<sup>r</sup> Deslandes<a id="FNanchor_226" name="FNanchor_226"></a><a href="#Footnote_226" class="fnanchor">226</a>
+intendant à Sainct-Domingue et directeur général dans
+toute l'Amérique pour cette royale compagnie. Nos frégattes et
+vaisseaux ne furent aprestés qu'à la my de février 1704 que nous
+sortismes la rivière de Rochefort et fusmes à la rade de l'isle d'Aix
+huipt jours pour y recevoir nos rechanges et les poudres et munitions
+ensuite nous fusmes en la rade de chef de Bois pour recevoir les marchandises
+pour la traitte des neigres ainsy que les vituailles, et la
+Compagnie m'honora de me donner le commandement sur l'escadre
+de nos quatre vaisseaux. Le sieur de Fondat voulut prétendre commander
+disant qu'il étoit mon ancien dans le service de cette compagnie,
+ayant fait un voyage dans une de leurs frégattes. M<sup>r</sup> Du
+Casse, lieutenant général des armées du Roy, qui avoit toute direction,
+luy demanda combien de campagnes il avoit fait au service de
+Sa Majesté, ne sachant que répondre il luy dit de m'obéir ou d'estre
+démonté et le tout fut apaisé. Et M<sup>r</sup> Du Coudray Guymont<a id="FNanchor_227" name="FNanchor_227"></a><a href="#Footnote_227" class="fnanchor">227</a>
+<span class="pagenum"><a name="pg249" id="pg249"></a>-249-</span>
+arriva aussi en rade du chef de Bois avec le vaisseau du Roy l'<i>Alcion</i>
+de 52 canons et plusieurs frégattes et navires marchands pour l'Amérique
+et nous composant d'une flotte de 46 batiments dont le
+sieur Du Coudray étoit commandant jusqu'à notre séparation et
+nous partismes le 26 de mars de cette rade de chef de Bois, et
+fusmes tous ensemble à 120 lieux ouest des caps sans rencontre
+d'ennemis, et nous nous séparasmes, et je repris le commandement
+sur nos quatre vaisseaux<a id="FNanchor_228" name="FNanchor_228"></a><a href="#Footnote_228" class="fnanchor">228</a>.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch10" id="ch10"></a>CHAPITRE X</h2>
+
+<p class="d">Voyage aux côtes d'Afrique.&mdash;Prise de dix navires.&mdash;Traite des nègres
+à Whydah.&mdash;Construction d'un fort.&mdash;Coutumes du pays.&mdash;Incendie de
+l'<i>Avenant</i>.&mdash;Arrivée à la Grenade, à Saint-Domingue.&mdash;Maladie de Doublet.&mdash;Il
+séjourne à la Havane.&mdash;Il y défend le consulat de France.&mdash;Retour
+en Europe.&mdash;Entrevue avec M. de Pontchartrain.&mdash;Doublet
+reçoit le commandement d'un vaisseau de 40 canons.&mdash;Il se prépare à un
+voyage dans les mers du Sud.&mdash;Il défend Toulon contre les Anglais.&mdash;Conclusion.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg250" id="pg250"></a>-250-</span>
+Nous fismes nos routes pour nous rendre aux costes de Guinée et
+lieu de destination à Spada, et la première terre de ceste coste que
+nous aprochasmes fut le cap de Mesurade<a id="FNanchor_229" name="FNanchor_229"></a><a href="#Footnote_229" class="fnanchor">229</a> où nous prismes
+quelque peu d'eau et de bois et nous y trouvasmes quelques nègres
+qui nous vendirent un peu de ris, et en passant en vue du cap
+de Monte le sieur de Fondat sur la <i>Badine</i> s'en étant aproché
+plus que nous y aperceut un navire à l'ancre et nous fit des signaux
+d'aller avec luy ce que nous fismes. Et l'ayant aproché nous le reconnusmes
+estre anglois et nous le canonasmes. Ils coupèrent
+leurs câbles et échouèrent en costes plutôt que de se rendre à
+nous. Nous envoyasmes des chaloupes bien équipées avec nos officiers
+qui le sauvèrent et mirent à flot, et nous descendismes à terre
+où nous trouvasmes une grande baraque faite avec facinnes dont
+<span class="pagenum"><a name="pg251" id="pg251"></a>-251-</span>
+les nègres du pays s'en étoient mis en possession et pilloient tout
+ce qui étoit dedans, ayant peur de nous se sauvoient dans les bois
+avec chacun leur charge, de bassins d'étain et des petites canivettes
+pleines de liqueurs composées d'eau-de-vie de grains et
+avoient enlevé les Anglois dans le haut du pays rempli de
+marais et rivières qui inonde beaucoup de ce pays. Nous
+rapatriasmes de ces naturels du pays qui étoient très farouches
+et pour les amener à nous on leur présentoit des raisins et
+canivettes et pots d'étain qu'ils n'avoient encore enlevés ils les recevoient
+à longueur des bras et nous les arachoient et fuyoient. A
+la fin leur chef nous présenta à nous capitaines chacun un petit bateau
+de roseau qui est le signal de paix et beurent en mesmes les flacons
+et sumanisèrent avec nous par des signes d'amitié ny ayant aucuns
+de nous qui entendissent leur langue ny eux la nostre, et par
+signes montrant le navire anglois et la baraque nous leur fismes entendre
+de nous amener les gens, et ils députèrent deux des leurs
+qui sur le soir nous amenèrent deux hommes et dont il y avoit un
+françois nomé Pierre Roche, de Bourdeaux, qui nous dits avoir esté
+pris par ce mesme navire à la hauteur de Madère chargé de vins et
+affecté pour la Martinique et que luy dit Roche étoit le capitaine du
+navire et que l'Anglois l'avoit envoyé son dit navire et les gens à la
+Barbade, et luy retenu sur ce navire anglois, nomé l'<i>Archiduc</i> avec
+trois de ces gens, mais que sy nous n'avons pas de compassion des
+autres qui ont esté enlevés qu'indubitablement ils seront tous mangés
+par les Barbares qui sont antropophages, et qu'ils avoient un
+des quartiers d'hommes pendus à des crocs et qu'on leur fit entendre
+que lorsque les quartiers seroient mangés on leur en feroit
+autant, et qu'on le fit boire dans un crâne où la chaire étoit encore
+fraiche. Et sur cette déposition nous nous saisismes du chef
+et de dix autres leur faisant entendre de nous renvoyer les autres.
+Il députa les deux mesmes qui avoient amené le dit Roche et le
+lendemain nous ramenèrent le capitaine Anglois et reste de son
+équipage, excepté un jeune homme nepveu du dit capitaine qui fut
+mangé en sa présence la nuit précédente dont il étoit fort afligé.
+Ils traitoient du bois en bûche très jaune et busche de bois de
+campesche et puis nous en alasmes avec ceste prise où il n'y avait
+<span class="pagenum"><a name="pg252" id="pg252"></a>-252-</span>
+presque plus rien dedans et nous laissasmes les bois en buscher, et
+poursuivismes nos routes, et cinq jours après étant éloignés viron
+à trente lieux au large de Sestre, la <i>Badinne</i> aperceut un navire
+sur lequel elle donna la chasse, et nous tira du canon pour nous
+appeler, l'ayant reconnu navire Holandois et mesme M<sup>r</sup> Fondat le
+fut ataquer, mais n'osoit l'aborder le croyant aussy fort que luy, ce
+qui m'obligea d'y aller. Et étant à portée du dit Holandois je luy
+envoyay deux bordées de canons et il se rendit et nous l'amarinasmes.
+Le capitaine nomé Simon Roux fut blessé à la cuisse et
+au jaret, dont il se guérit longtemps après. Je fis amariner par
+mes gens et officiers cette prise qui étoit une flutte de 350 thonnaux
+et 24 canons, 70 hommes d'équipage et nomée la <i>Rachel
+d'Amsterdam</i> destinée pour le fort de Mina où est le comptoir
+de Holande, et étoit chargé de beaucoup de bons effets pour la
+traitte des neigres, et nos officiers et équipages de nostre petite
+escadre ne manquèrent pas de piller beaucoup de choses, quelques
+soins que je peus aporter à les en empescher, et tout ce qui
+fut emporté dans mon bord de marchandises je fis prendre un état
+par notre écrivain du Roy et par nos commis préposés de la Compagnie
+et les fit enfermer dans une de nos soutes qui avoit esté
+vidée de biscuits, promettant à tous nos officiers que lorsque nous
+arriverons à un port de l'Amérique soit Cartagesne ou Portobello
+où il s'y doibt trouver un directeur de la compagnie que
+nous luy déclarerions tous les susdits effets provenant des prises,
+et que ce qu'il nous adjugera estre pour nous que j'en feray faire
+les partages entre nous afin de n'avoir des reproches de la Compagnie.
+Mais cela m'attira autant d'ennemis qui vouloient posséder
+chacun leur part pour les trafiques aux costes de Guinées, ce
+qui nous étoit bien défendu par nos engagements en fin d'une
+bonne paix que nous vivions, ce me fut autant d'ennemis. Et continuasmes
+nos routes et fismes encore quelques prises de trois
+brigandins anglois et de cinq brigandins portugois de peu de valleur
+et dont nous en redonnasmes quatre à nos prisonniers pour
+les reconduire ou bon leur sembleroit. Nous fusmes devant le fort
+d'Acra où est deux comptoirs, l'un Holandois et l'autre pour le
+Roy de Dannemarc dont le lieutenant vint à mon bord savoir sy je
+<span class="pagenum"><a name="pg253" id="pg253"></a>-253-</span>
+voudrois traiter quelques effets de la prise Holandoise. Je luy dits
+ne le pouvoir faire et mes officiers demandoient leur part des pillages
+que je ne voulus leur acorder, ce qui redoubla la haine
+contre moy, jusqu'à nostre aumonier qui étoit le pis de tous et à
+les animer. Enfin le 27 de septembre 1704 nous arivasmes à la rade
+de Juida<a id="FNanchor_230" name="FNanchor_230"></a><a href="#Footnote_230" class="fnanchor">230</a>, lieu de destination où étoit nostre comptoir sous la
+direction du sieur Gommets. Il fallut débarquer au rivage pour
+l'aler trouver à deux lieux dans les terres où ets le Roy en la ville
+de Xavier qui nets qu'un hameau de cabanes en forme du dessus
+d'un colombier, les murs d'argille et couverte de roseaux. Et estant
+advertis qu'il est dangereux aux Europiers d'estre mouillés particulièrement
+au ventre, l'on enfonce dans un baril ce qu'on a de
+bonnes hardes pour échanger sitots que l'on est débarqué et on
+at sur soy simplement que veste et culotte et bas, car on ne peut
+débarquer que très rarement sans estre mouillé des flots, en premier
+lieu partant d'abord dans les chaloupes lorsqu'on aproche de
+la barre. Il faut mouiller l'ancre de la chaloupe et se tenir au
+dehors des brisans de la dite barre, puis deux ou quatre nègres
+s'embarquent dans un canot et viennent vous recevoir et ce que vous
+avez repassent par dessus la dite barre, qui est toujours fort agitée
+et qu'il est presque impossible d'éviter d'estre mouillé, et à l'abord
+du rivage sont plusieurs neigres préparés à vous débarquer promptement
+et échouer le dit canot, et au cas qu'il soit comblé d'eau en
+passant la barre, ils vous repeschent, mais il en périt quelquefois
+des nostres, et lorsqu'on a repris les hardes du baril, on change
+sans estre à couvert, puis on vous présente un hamac attaché à
+une bonne perche par les deux bouts du dit hamac, et vous couchées
+de vostre long, et deux forts neigres le chargent sur leurs
+épaules et vous portent jusqu'au comptoir parce qu'il y a plusieurs
+étangs pleins d'eaux à passer sur cette route, ce qui en fait leurs
+fortifications, et il n'y a d'eau que jusqu'à la ceinture d'un homme
+de bonne taille. Etant arrivés, M<sup>r</sup> Gomat et autres comis nous reçoivent
+<span class="pagenum"><a name="pg254" id="pg254"></a>-254-</span>
+civilement, et nous présentent bien à manger, et après estre
+reposés jusque sur les 3 à 4 heures, il me conduit avec un ministre
+d'Estat avec nos présents.</p>
+
+<p>L'on y entre par une basse cour quarrée, entourée de basses
+maisons, les murs d'argile et couverte de rozeaux, et ladite basse
+cour sans pavés. A l'entrée est un corps de garde gardé par dix ou
+douze noirs avec leurs fusils apuyées contre le mur, et à l'entrée
+de la salle est un sentinelle sans armes et la dite salle sans porte,
+où à l'entrée est tendu du haut en bas une étamine comme d'un
+pavillon de nos navires par careaux rouges et blancs. Le ministre
+de la marine nomé le capitaine Asson, homme très bien de taille
+et d'esprit quoyque noir laissa ses gardes à l'entrée de la cour de
+ce magnifique palais, et lorsqu'il nous conduit proche le rideau
+sans couler il se mit à marcher par dessoubs sur ses genoüils et
+ses mains passant par dessoub le dit pavillon comme une beste
+jusquà estre à portée de parler au Roy, et luy annoncer notre venue
+pour avoir son audience. Et il revint sur ses pas en la mesme
+posture, le cul en arrière jusqu'à dépasser le dit pavillon, et puis il
+se dressa en nous disant d'entrer et de nous seoir sur les tabourets
+qui étoient en la dite salle. C'étoit des sièges d'une masse
+d'argille qui ne peuvent estre remuez, et il nous suivit sur les quatres
+pattes ainsy dire, et en cette figure s'aprocha du cabinet
+Royal situé dans le milieu de la salle contre le mur qui est un petit
+enclos de cannes de roseaux où ce roy noir des plus noirs étoit
+couché sur une natte sur le costé apuyé sur son coude et fumant
+une pipe de tabac, et du costé de sa teste est une ouverture à
+cete alcôve, et aux pieds où étoit une négresse qui tenoit un bassin
+de cuivre très salle pour luy servir de pot de comodité, et luy
+emplissoit une autre pipe pour fumer et vis-à-vis son estomac étoit
+une plus jeune noire assise sur ces talons tenant un vase de
+fayence où le dit Roy crachoit affin qu'à nuit fermante, au son du
+tambour, on enteroit ces Reliques, etc. A son audience il me fit
+dire par son ministre, capitaine Asson, qui parloit françois sans
+avoir sorty du pays, l'ayant apris dans notre comptoir. Il témoigna
+sa joye de notre arrivée, et qu'il m'invitoit avec les autres capitaines
+de mon escadre au lendemain à disner, et nous présenta un
+<span class="pagenum"><a name="pg255" id="pg255"></a>-255-</span>
+petit verre d'au-de-vie et puis nous retirasmes au comptoir où fusmes
+souper et coucher.</p>
+
+<p>Au lendemain, nous fusmes sur les unze heures introduits par le
+mesme ministre pour le disner. Ce fut la mesme sérémonie à notre
+entrée, et une table fut dressée au milieu de douze tabourets
+d'argille immuable, et je fus placé à celuy plus proche de l'ouverture
+de l'alcôve pour que le Roy me fit entendre ces discours
+par un autre interprète, veu que le capitaine Asson étoit à table
+avec nous pour représenter sa place. Et l'on nous servit du riz avec
+des poulles et force poisure, puis du b&oelig;uf, du cabrit et des poules
+en abondance, rôties, à demy bruslées, les cuisses et les ailles
+sans brochettes, tirant des bottes de chaque costé. Le pain et le
+vin ayant esté fourny et les serviettes par M<sup>r</sup> Gomet, et aux deux
+bouts de la salle qui nest planchée ny voutée, voyant les lattes et
+roseaux et quelques lézards et couleuvres coure au travers, à ces
+deux bouts étoient grand nombre de femmes et filles du sérail que
+chantoient à gorge déployées et d'autres jouent avec des cornes
+de bouc parées et d'espèces de cilintres de fer où il y avoit des
+bagues de laiton, d'autres de courges et calbasses ornées de cordes,
+et des bassins de cuivre sur lesquels on changeoit différents
+tons faisoient cacafonie au lieu d'harmonie, ce fut l'opéra dont
+j'aurois voulu en estre bien éloigné. Le Roy me fit l'honneur de
+boire deux fois de l'eau-de-vie à ma santé et du Roy notre Maistre.</p>
+
+<p>M<sup>r</sup> Gomet me prévint de demander à sa Majesté la permission
+de faire bastir un fort au delà du passage des eaux affin d'y reporter
+les effects de la compagnie que l'on débarqueroit venant de leurs
+vaisseaux qui ne pouvoient de mesme jour estre transportées au
+comptoir, et que les neigres en voloient grande partie pendant
+les nuits, et il nous accorda nostre demande. M<sup>r</sup> Gommet m'en
+pria et mes confrères, et je demanday au Roy 200 hommes et femmes
+pour bescher les fossés, et de la mesme terre qui est toute
+argille la faire humecter et pétrir par ces gens pour en dresser nos
+murs tant de la fortification que des logements, ce qui nous fut
+accordé. Après quoy nous visitasmes le lieu plus convenable et
+en dressay un plan en forme d'une citadelle à quatre bastions
+<span class="pagenum"><a name="pg256" id="pg256"></a>-256-</span>
+et six demye lunes, savoir: une entre deux bastions et deux
+aux costez de l'entrée du pont levis, et puis les logemens et
+magasins que je tracey. Après quoy le Roy nous envoya plus de
+400 personnes hommes et femmes, lesquels creusèrent leurs fossées
+sur les alignemens que j'avois marqués de 24 pieds de large
+sur douze de profondeur, et des mesmes terres du fossé les nègres
+et négresses au nombre de 50 la pilloient avec leurs pieds
+pendant que d'autres y jettoient de l'eau et formoient comme une
+dance ronde s'entretenant par dessoubs les bras, pendant que deux
+femmes chantoient une cadence au milieu, puis les autres aportoient
+cette terre détrempée sur les alignements du bord du fossey
+venant en dedans du fort, en largeur, pour fondemens de 22 pieds
+et sur la première toise d'élévation réduit à 18 pieds, et à la seconde
+thoise sur 16 et à la demie thoise sur 12 pieds, formant un
+rempart couvert en dehors d'un parapet de 5 pieds à la base, et
+sur 4 pieds de hauteur deux pieds d'épaisseur avec des créneaux
+de 4 pieds de distance, ainsy les bastions à proportion avec six
+embrasures à canons chaque et creneaux entre iceux, et à l'entrée
+de la porte étoient soubs le terrain du rempart deux corps de
+garde celuy de la droite à costé de l'entrée, et celuy de la gauche
+un peu plus en dedans de la place, et y fismes un bon puits
+qui à douze pieds de profonds fournissoit de l'eau abondament.
+Nous condannasmes la prise holandoise à estre depiècée; nous
+coupasmes ses ponts par quartiers pour servir de plate forme
+soubs les canons des bastions et montasmes les 24 canons. Nous
+fismes double porte et le pont levis des mesmes tillacs de ce navire
+et les herces du pont levis des plus forts barots avec les chaisnes
+de fer destinées pour leurs vergues. Et puis je fits arborer le
+grand mât d'hune avec un autre mâts ajusté par dessus pour y
+arborer un grand pavillon blanc sur le bastion du costé de la mer
+que l'on voyoit de plus de trois lieux, et pour la première fois on
+célébra une grande messe et puis les canons du fort tirèrent et nos
+vaissaux y répondirent.</p>
+
+<p>La saison nous pressoit à partir, nous laissâmes à M<sup>r</sup> Gommet
+de faire ses logements à son loisir, et travailla pour expédier notre
+chargement et à celuy de la <i>Badinne</i>, et il nous délivra 560 nègres
+<span class="pagenum"><a name="pg257" id="pg257"></a>-257-</span>
+et à la <i>Badinne</i> 450 et des vivres et rafraichissements du pays.
+Nous avions mis nos eaux et nos bois dans la prise angloise l'<i>Archiduc</i>
+et aussy dans un gros brigandin portuguais pour venir avec
+nous, et laissasmes les vaissaux le <i>Faucon</i> et le <i>Marin</i> à cause qu'il
+n'y avoit pas suffisamment de noirs pour leurs chargements, et
+partismes de Juida au 15 de novembre 1704. Et avant de quitter
+ce pays j'en diray succinctement de leur Religion et police.</p>
+
+<p>Ils sont tous païens et idolâtres de différentes choses à leur fantaisie
+quoiqu'ils aient un grand marabout et d'autres inférieurs. Le
+grand marabout étoit le frère de ce capitaine Asson qui un jour
+me convia à disner. Et attendant qu'il fut apresté, l'envie d'aller
+aux commoditez me prit et il m'enseigna un cabinet où m'étant
+mis sur le siège j'aperçeu sur le mur vis-à-vis de moy un serpent
+vivant gros comme le bas de ma jambe et qui me regardoit fixement.
+J'eus frayeur et m'enfuit la culotte en la main et dits au capitaine
+Asson sy c'étoit pour me jouer pièce qu'il m'avoit envoyé au cabinet
+au serpent. Il se prit à rire et à le dire à son frère Marabout,
+lequel y alla et aporta sur ces bras ceste hideuse beste qu'il caressoit.
+Je m'en éloignay, et il me dit: «N'ayez pas peur cest
+notre fétisse» qui veut dire leur Dieu. Et ils luy donnèrent du
+pain de mahis et le reportèrent. Les uns adorent des cayemants,
+autres des lézards, autres des chauves souris qui sont gros comme
+des pigeons, les autres des arbres, des marmousets faits de terre et
+plusieurs choses, cependant sont tous circoncis et ont du judaïsme
+et du mahométisme, et ceux qui sont convaincus de crimes sont
+vendus esclaves ainsy que les prisonniers de guerre qu'ils font sur
+leurs ennemis et ils ont autant de femmes qu'ils en peuvent entretenir.</p>
+
+<p>Quant à leur police, ils sont six Ministres, qui pour distinction
+portent une peau de veau et dont les extrémitées en sont ostées,
+et la pend avec un cordon de cuir du bout où étoit la queue pendue
+à leur col, le poil en dehors trainant de l'épaule gauche au
+genouil, et lorsqu'ils passent par les chemins les peuples se croupissent
+sur leurs talons et joignent leurs mains qu'ils frappent l'une
+contre l'autre très doucement en baissant la teste et se relèvent lorsque
+ce ministre les a dépascées. Le premier est pour la perception
+<span class="pagenum"><a name="pg258" id="pg258"></a>-258-</span>
+des droits du Roy et pour le règlement de la justice et pour mettre à
+prix les denrées pour les subsistances, aux marchées, qu'il change
+de lune en lune. Il est habillé de thoile de coton rayées de blanc et
+bleu ayant sur la teste un chapeau de longue forme pointue et garny
+sur les bords de petits rubans de diverses couleurs comme nos
+païsans aux nopces, et il monte sur une bourique grise ayant pour
+selle un tapis de thoille de coton rayé et sans étriées et un mors
+de bride d'un os de cabrit, et sortant du palais Royal il dit: «Il
+faut aler à un tel ou tel village,» et une femme porte sur sa teste
+une grande caisse de tambour ayant derière elle une autre femme
+qui avec ces deux mains frape toujours une cadence à leur mode,
+et bien du peuple qui les suive. Et lorsqu'ils sont arrivés au hameau
+ce Ministre étant monté tournoye autour de tout ce qui est exposé
+en vente et en dit le prix qu'on doibt les vendre, on troque d'autres
+choses n'ayant autres espèces de monnoye que des petits coquillages
+nommées des bouges et lorsqu'il a fixé les prix il dit:
+«A l'autre lune ce marché se tiendra à un tel hameau.» Puis il
+dessend à plat cul, s'asiet sur l'herbe et on luy présente beaucoup
+de plats de viande cuittes et des fruits du pays qu'il mange assées
+sobrement, et en donne à ses tambourineresses et gens de la suitte,
+puis il laisse ses restans à la populace. Cette politique est pour
+ameilliorer et faire valoir chaque hameau et puis il retourne comme
+il ets venu<a id="FNanchor_231" name="FNanchor_231"></a><a href="#Footnote_231" class="fnanchor">231</a>.</p>
+
+<p>L'autre ministre ets pour la discipline des Guerres; l'autre
+est pour despescher et recevoir les couriers qui sont toujours de
+pied, ne sachant écrire.</p>
+
+<p>L'autre est nostre capitaine Asson pour la Marinne, mais un des
+plus beaux noirs que l'on puisse voir ayant de beaux traits, un
+nées bien fait, point les lèvres grosses, grands yeux et un beau
+front, d'une taille de cinq pieds 8 pouces et bien proportionné de
+corps et très poly et gracieux, parlant joliment françois et généreux.
+Son frère n'est pas sy bien fait ny poly quoyque grand marabou,
+<span class="pagenum"><a name="pg259" id="pg259"></a>-259-</span>
+et nous n'avons pas de missionnaires dans tous ces vastes
+pays où il y a tant de royaumes divizées qui se font la guerre pour
+avoir des esclaves et ont différentes m&oelig;urs et religions quoyqu'elles
+tiennent toutes de Mahomet.</p>
+
+<p>Nous reprenons notre route pour nous rendre au cap de Lopès,
+à 2 degrés au sud de la ligne équinocxiale, pour y prendre des
+eaux et du bois avant que d'entreprendre le trajet de passer à
+l'Amérique et nous y arivasmes au 1<sup>er</sup> de décembre 1704 avec la
+<i>Badinne</i> et nos deux prises, et nous envoyasmes nos chaloupes
+avec bien du monde pour nos expéditions de bois et eaux. On me
+raporta qu'il y avoit plusieurs buschers de bois coupé à vendre à
+très bon compte, et qu'il y avoit 5 ou 6 neigres pour le débiter et
+entr'autres un qui se disoit le Roy du pays. J'ordonné d'achepter
+tous les dits bois coupés, tant pour faire une prompte expédition
+que pour conserver nos équipages, sur ce que ce païs est très mal
+sein pour nos Européens. Et ce Roy se fit aporter à mon bord,
+ayant le corps enveloppé d'une pagne ou coton rayé bleu et blanc.
+C'étoit un grand homme bien fait, pouvoit estre âgé d'une soixantaine
+d'anées, ayant au menton une barbe longue de 4 à 5 doibs et
+fourchue. Il avoit à son col une médaille de plomb doré qui lui
+tomboit sur le creux de l'estomac, qu'il avoit eue d'un Holandois
+qui luy fit acroire que le prince d'Orange étoit son cousin et luy
+avoit envoyées et en faisoit beaucoup de cas. Je luy fits présent de
+mon manteau écarlate, galonné d'or, au nom du Roy Louis de
+France; et nos gens qui s'étoient cabanées à terre pour diligenter
+notre travail m'aprirent que ce Roy et ces gens avoient pour couchure
+un grabat sur 4 fourches eslevées de 2 à 3 pieds sans autre
+chose que des bastons de cannes de rozeaux proche les uns des
+autres luy servant de paillasse et matelats, et qu'avant de se coucher
+ces gens luy amassoient des fagots de haziers où il métoit le
+feu et lors que tout estoit bien bruslé il poussoient les cendres et
+petits charbons tout chauds dessoubs et les étendoient de toute la
+grandeur de ce lit et puis il se couchoit à nud dessus pour consserver
+sa santé. Et quelques des nostres furent à la chasse des buffes,
+et nous en aportèrent plusieurs quartiers que l'on ne trouvoit pas
+de mauvois goût excepté que la viande en étoit brune et un
+<span class="pagenum"><a name="pg260" id="pg260"></a>-260-</span>
+peu dure, et ceux qui furent à cette chasse on me les raporta très
+malades ayant leurs esprits très égarées. Je n'avois pour lors qu'un
+malade dans mon bord qui étoit le sieur Auber, nostre enseigne et
+mon parent, et dont il n'y avoit plus d'espoir de vie étant aténué
+depuis plus de 3 mois des fièvres et dyssenteries. Nos travaux
+étoient fort advancées le 7 décembre au soir, que je dits à notre
+aumosnier que je le priois de se préparer à nous dire la messe de
+bon matin pour la faire entendre à nos équipages à cause de la
+feste de la Vierge avant qu'ils reprissent leur travail, L'aumosnier
+dressa l'autel dès les cinq heures du mattin et entendit quelqu'un
+de confesse, et pendant ce temps les comis de la calle disposoient
+pour le déjeuner des équipages. Je faisois donner à chacun
+un grand verre d'eau-de-vie. Ils furent à deux pour en tirer
+d'une pièce qui étoit en perce et ostèrent la chandelle de leur fanal
+contre toutes nos déffences et aprochèrent cette lumière de la
+bonde de la dite pièce, que par atraction, la lumière se communiniqua
+dans l'eau-de-vie et le malheureux comis nomé Corbin, courut
+pour avoir de l'eau pour éteindre le feu, au lieu de boucher la
+bonde de quelque nipes ou de s'assoir dessus, et en peu la pièce
+défonssa et fit un bruit sourd, comme un coup souterrain: J'étois
+proche l'aumosnier qui n'avoit que la chasuble à mettre; nous
+fusmes épouvantées. Je courus pour m'informer et l'on cria au
+feu et toute l'équipage émues se jettoient dans les chaloupes. Je ne
+pouvois les obliger de rentrer; je pris un sabre et me jetay dans
+la chaloupe et frappay dessus et j'en blessay plusieurs et fis prendre
+les sceaux d'eau; mais le feu gagna en plusieurs endroits et
+dans les cordages des mats, dont les vergues tombèrent à bas, et
+alors je me vis entièrement abandonné de tous. Je m'exposay encore
+à tirer le sieur Auber de sa chambre et ne peut se tenir debout;
+le feu l'embraza, et avec bien de la paine, je gagné en avant du
+navire et courut sur le beaupré où je trouvé une petite chaloupe
+d'une de nos prises, avec 6 de nos hommes. Je me glissey le long
+d'une corde et ils me receurent, et je les fis ramer droit en avant et
+nous n'étions à portée d'un pistolet, que tous nos canons chargées
+et échauffées du feu tiroient des deux bords, qui obligèrent ceux de
+la <i>Badinne</i> de couper les câbles pour se tirer des coups, et en
+<span class="pagenum"><a name="pg261" id="pg261"></a>-261-</span>
+mesme temps le feu prit à nos grandes poudres, qui étoient en
+bonne quantité, et le vaisseau sauta en morceaux, avec un bruit
+épouvantable, et il tomba sur les reins d'un des nostres dans notre
+petite chaloupe une pièce de bois qui écrasa ce pauvre homme, et
+sans sa rencontre nous aurions esté coulées au fonds; c'étoit une
+choze épouvantable de voir des noirs et neigresses nager sur l'eau
+quoyque plusieurs avoient les fers aux pieds, et les requiens en grand
+nombre les dévoroient, nos chaloupes couroient de tous
+costés et en sauvèrent environ une centaine, dont la plupart estoient
+endomagées par le feu, et je me retiray au bord de la <i>Badinne</i>
+presque tout nud, sans perruque ny souliers, n'ayant que des
+calssons de thoile et la chemise, et des bas de fil a étrier. Le capitaine
+avec lequel j'avois eu quelque froideur me receut sans
+compassion, cependant il me fit donner la chambrette de son segond.
+Et le chagrain s'étant emparé de moy je fus saisy d'une
+grosse fièvre et mal de teste, et me survint une dissenterie lientérique,
+et comme mon équipage partye sauvées dans ce navire et
+les noirs il falut retrancher les vivres ayant un trajet de plus de
+quinze cents lieues à faire avant de pouvoir recevoir aucun secours,
+lorsqu'on pesa tout le biscuit et il s'en trouva pour deux mois à
+chacun quatre onces par jour pour chaque homme, et d'abondant
+pour les officiers de la chambre à chacun deux moyens verres de
+vin, qui étoit tourné à demy aigre et des viandes de b&oelig;ufs et lards
+corrompues, ce qui étoit très contraire à ma dissenterie et fièvre
+continue. J'acheptay de quelques matelots huipt testes d'ail, et
+dont j'en mettois trois à quatre gousses dans un petit pot avec la
+moitié de ma ration d'eau avec deux onces de mon biscuit que je
+faisois mitonner et y répandois une cuillerée de très méchante
+huile, c'étoit en lieu de bouillon chaque jour; peut-on plus souffrir
+sans mourir! Et en 50 jours dans cette traversée nous atrapasmes
+à Lisle de Grenade, où je me fits débarquer avec un petit
+mousse pour me servir. Je loué une petite loge sur le bord du port,
+et my reposois sur un matelas très mince et dur allant des cinquante
+fois à la selle par jour, jettant le sanc et du puts. M<sup>r</sup> De
+Bouloc étoit gouverneur et M<sup>r</sup> Gilbert, lieutenant de Roy, qui ne
+donnoient aucun secours. Mais un Père Capucin, nommé le Père
+<span class="pagenum"><a name="pg262" id="pg262"></a>-262-</span>
+Jean-Marie qui servoit de curé m'asista de quelques poules et
+d'&oelig;ufs et de ces visites dont je luy ay eu obligation.</p>
+
+<p>Un mois après arriva aussy nos deux autres navires, que nous
+avions laissés à la coste de Guinées. Je présentay une requeste à
+tous les capitaines et au gouverneur de m'octroyer le comandement
+de notre prise l'<i>Archiduc</i> avec un ou deux de mes officiers
+pour nous faire gagner des gages pour nous récupérer d'une partie
+de nos malheurs: et nous fusmes refusées, disant que ce seroit
+faire affront de destituer le lieutenant qu'ils y avoient pozé, et
+qui n'avoit d'expérience que de deux voyages sur mer. Après ce
+refus, je demandey le commandement de nostre autre prise, le
+brigandin portuguais qui étoit tout désagrée de maneuvres et voilles
+uzées, faisant mesme une voye d'eau, affin de me conduire dessus
+à Sainct-Domingue y trouver M<sup>r</sup> Deslandes, Intendant et Directeur
+pour luy rendre compte du malheur arivé et me procurer
+passage pour France, et ils aimoient mieux abandonner le dit
+Brigantin dans le port dont le Gouverneur voulut en profiter et
+le disoient incapable de pouvoir naviger, mais comme le sieur Griel
+mon lieutenant et moy protestasmes que nous nous obligions de
+le conduire à Sainct-Domingue, où il seroit vendu au profit de la
+compagnie on ne peut plus nous le refuser. Et dans cet intervale
+ariva M<sup>r</sup> Guérin, nepveu de M<sup>r</sup> Saupin, avec un vaisseau du Roy
+de 52 canons qui venoit de prendre le fort de Sarelione en Guinée
+sur les Anglois, et il eut compassion de mon pitoyable état, et
+m'offrit le passage et sa table. Mais comme il ne devoit sitôt faire
+son retour en France et devoit aller à Cartagesme et ailleurs, je
+le remerciay et le priay de m'assister de quoy réquiper mon brigantin,
+ce qu'il fit obligeamment, et il m'envoya un matelas et traversain
+et une courte pointe, et il me presta cent cinquante piastres
+que depuis je luy ay rendues avec bien des remerciements.</p>
+
+<p>Enfin après deux mois de séjour à nos trois vaisseaux et s'estre
+bien rafreschis et repris des vivres d'eux, savoir: le <i>Marin</i> et l'<i>Archiduc</i>
+suivirent leur destination pour Laguaire coste Espagnole. La
+<i>Badinne</i> qui avoit embarqué mes officiers et équipages et les capitaines
+de nos prises, faisant la route pour Cartagesne, fut nuitamment
+s'échouer à toutes voilles sur un banc de rochers où tous périrent
+<span class="pagenum"><a name="pg263" id="pg263"></a>-263-</span>
+excepté le capitaine S<sup>r</sup> Frondat, et 7 à 8 hommes qui s'échapèrent
+dans un canot sur une ille voisine inhabitée où ils n'y trouvèrent
+que quelques lézards et tortues qu'ils faisoient cuire au soleil, et
+un bateau de Cartagesne les sauva par hazard. Le <i>Faucon</i> fut
+très heureusement à Portobello, et y avoit quelques de mes
+gens.</p>
+
+<p>Le Sieur Griel et Vattier mon nepveu avec dix de nos matelots
+caresnèrent notre brigandin, étanchèrent sa voye d'eau. Nous le
+réquipasmes de notre mieux et de mon argent nous le ravitaillasmes
+et nous partismes de la Grenade (avril 1705) et en huipt jours
+nous arrivasmes au Cap François de Saint-Domingue, où je présentay
+mon rapport que j'avois fait devant le juge de la Grenade,
+vérifié des écrivains du Roy de notre Escadre, présenté à M. Fontaine
+Directeur, ainssy luy remit le Brigantin qu'il fit vendre neuf
+mil livres, et M<sup>r</sup> Fontaine me dits qu'il me faloit aler trouver M<sup>r</sup>
+Deslandes, Intendant et Directeur général, qui demeuroit au Leogane
+à 70 lieux par terre pour luy présenter mon raport et justifications.
+Et ne se trouvant pas de navire pour aler au Leogane,
+quoyque toujours dans l'infirmité de ma maladie, j'achepté un
+cheval pour me porter par terre et louay un nègre pour me conduire
+et porter des vivres, car il n'y a pas de maisons ny ou coucher
+que dans les bois jusqu'à Artibonnite, à 20 lieux de Leogane,
+où j'arivey la 5<sup>e</sup> journée et n'en pouvant plus, et un habitant charitable,
+nommé M<sup>r</sup> Rossignol, que j'avois connu il y avoit près de
+30 ans fort à son aise à L'ille de Sainct-Cristofe fut dépouillé de
+tous ses biens par les Anglois et s'est venu établir en ce lieu, et m'y
+a retenu 4 jours à me procurer tous les soulagements qu'il peut et
+renvoya mon nègre conducteur pour m'épargner et m'en donna
+un autre pour me conduire au Leogane où j'arrivey sur la fin d'apvril
+chez M. Deslandes Intendant, lequel me receut d'un air froid,
+me disant bien compatir à mes paines et misères que j'ay soufertes
+et à soufrir sur ce que j'avois bien des ennemis à combatre
+qu'une aussy grande compagnie, et que des gens de mon équipage
+avoient bien fait de mauvaises déclarations contre moy, je luy présentay
+mon raport et luy demandey sa protection. Il me dits de le
+garder pour mes justifications lorsque je serais en France, et qu'il
+<span class="pagenum"><a name="pg264" id="pg264"></a>-264-</span>
+me nuiroit plus en voulant servir veu que la compagnie a esté toujours
+persuadé qu'il étoit de mes amis et que sans paroistre pour
+moy, il me rendra des meilleurs services et par ses amis. Il me fit
+donner une chambre chez luy et un petit nègre pour me servir et ordonna
+à son maître d'hostel d'avoir soin de moy et que rien ne me
+manquats. Le chagrain s'empara de mon esprit et je retombay
+plus mal que cy-devant. Et bien un mois après M. Duquesnot,
+Procureur général du consseil, étoit venu voir M. l'Intendant, et
+puis demanda à me voir, et il me fit bien des amittiez me conssolant
+sur mes malheurs et m'offrant de l'argent et des services, et
+me pria d'aller demeurer chez luy jusqu'à l'ocasion de pouvoir
+m'embarquer pour France, disant que l'air étoit meilleur chez
+luy et que M<sup>r</sup> l'Intendant n'ayant pas de femme, je n'étois pas
+bien soigné et que Madame son épouse avoit tous les soins possible,
+et en fut dire autant à M. l'Intendant lequel consentit que
+j'alat chez M<sup>r</sup> Duquesnot, et fit disposer son carosse pour my
+porter. Et effectivement la bonne dame Duquesnot eut de grandes
+atentions pour me soulager et plus d'un mois après ariva un
+vaisseau du Roy de 50 canons nomé le <i>François</i> commandé par
+M<sup>r</sup> De Corbon-Blenac<a id="FNanchor_232" name="FNanchor_232"></a><a href="#Footnote_232" class="fnanchor">232</a>, qui m'avoit promis mon passage,
+mais ma maladie redoubla, que lorsqu'il étoit prêt à partir pour
+France je receu mes derniers sacrements. Et ayant fait mon testament,
+et puis je tombay dans une létargie pendant plus de six
+heures et sans aucune connoissance, ny pouls ny mouvement de
+vie. L'on me posa une glace sur la bouche sans y apercevoir d'aleine,
+et pour plus de seureté le chirurgien m'ouvrit la veine au
+pied dont il n'en sorty aucun sang. L'on me creut mort et l'on
+l'envoya dire à M<sup>r</sup> l'Intendant, qui le manda dans ces lettres à M<sup>r</sup>
+De Pontchartrain par le vaisseau le <i>François</i> qui partoit pour
+France. L'on demande le carosse de mon dit S. Intendant pour
+porter mon corps à l'église de l'Ester, à une bonne lieux du logis
+et où l'on avoit fait creuser ma fosse. L'on m'avoit jetté en bas du
+lit dans la place et l'on m'enssevelissoit que c'estoit presque finy,
+<span class="pagenum"><a name="pg265" id="pg265"></a>-265-</span>
+lorsqu'un débordement du cerveau me débonda par le nez par
+un éternüement jetant et par la bouche un sang noir et pourry.
+L'on s'écria en disant: «Il n'est pas mort.» L'on me décousit
+et délia aussytots, et l'on me remit sur un matelat, où l'on s'aperceut
+que mon pied saignoit et qu'on n'y avoit pas mis de ligature.
+Madame Duquesnot fit venir du vin qu'on verssa dans un bassin
+d'argent et trempa son mouchoir avec une dentelle et m'essuya le
+nez et la bouche m'arosant les tempes. Mes yeux s'ouvrirent, revenant
+de mon entousiasme<a id="FNanchor_233" name="FNanchor_233"></a><a href="#Footnote_233" class="fnanchor">233</a> je revins en connoissance, et l'on
+me fit prendre un cordial et du bouillon qui me fortifièrent, et l'on
+me fit le récit de tout ce contenu, et puis M<sup>r</sup> l'Intendant eut la
+bonté de me venir voir et m'encourager ainsy que beaucoup d'honnestes
+gens, mais j'étois dans des grandes faiblesses. Et les Pères
+de la Charité de Sainct-Jean de Dieu m'étant venus voir me sollicitèrent
+d'aller chez eux y demeurer. Et voyant que j'y avois répugnance
+ils me représentèrent que tous les officiers du Roy qui
+étoient malades n'en faisoient aucunes dificultées, ce qui m'engagea
+d'y aller. Et effectivement leurs bons traitements et bons
+soins me rétablirent mes forces, à la diarée prêt, dont ils ne peurent
+me garantir non plus que d'une fièvre lente. Mais cependant
+au bout de deux mois je me trouvois en un état de pouvoir m'exposer
+de repasser en France à la première ocasion.</p>
+
+<p>Et il survint chez les bons religieux de la Charité un nomé
+Rouleau, marchand et intéressé sur un navire de trente canons
+nomé le <i>Duc de Bretagne</i>, de Bourdeaux, lequel sieur Rouleau
+disna avec ces bons Pères et moy. Et il nous comptoit son chagrain
+qu'il voyoit un voyage ruineux pour luy et sa société, que
+la plupart de ces vins s'estoient gastées et qu'il luy restoit encore
+bien des effects en balots de thoile blanchies dont il ne pouvoit
+avoir débit. Je pris la parolle: «Vous voyez que ces marchandises
+ne sont que peu de débit. Je say ou vous pourriez vous en deffaire
+avec advantage.» Et il ouvrit les yeux. Je luy dits. «Il vous
+faudroit aler à la Havane Isle Espagnolle, à 150 lieux d'icy, où
+j'ay un bon amy et parent qui est directeur de la compagnie de
+<span class="pagenum"><a name="pg266" id="pg266"></a>-266-</span>
+Lassiento et commissaire de marine pour le Roy, et il nets pas
+permis aux navires françois d'y négossier mais bien d'y relascher
+au cas de nécessitées, et pour y parvenir il faudra faire une voye
+d'eau au navire lorsque que l'on sera prets du port et faire bien
+pomper lorsque les officiers du port viendront avec une chaloupe
+visiter ce qui vous engage de venir. Vous demanderez le secours
+de pouvoir entrer pour étancher votre navire et estant entrées
+vous ne manquerez de vous deffaire de tout ce qui vous reste.» Il
+trouva l'advis si bon qu'il partit sur champ et fut l'annoncer à son
+capitaine nomé Javelot, et le lendemain tous deux me vindre
+trouver et me dire que puisque je devois m'en retourner en
+France que j'acceptasse mon passage sur les vaisseaux et qu'ils
+me donneroient leurs tables et un lit dans leur chambre et que
+n'avois que faire de provisions et que j'avois comme eux le tout
+grastis et qu'ils partiroient aussitots que je le voudrois. Je leurs
+dis de s'aprester et qu'il me faloit bien une huitaine pour aler
+remercier et prendre congé de plusieurs honnestes gens auxquels
+j'avois bien des obligations, et ils dirent: «Nous serons tous
+prets pour ce mesme temps.» Je fus chez M. l'intendant luy communiquer
+la choze et le prier de m'estre favorable, lequel me dits:
+«Je viens de recevoir des lettres de M. Miton, intendant de la
+Martinique, lequel me mande que sept à huit hommes de votre
+équipage luy ont fait des plaintes criantes contre vous, et particulièrement
+votre aumonier et un pilote de votre pays, lesquels
+ont suscité les autres contre vous que, dans l'incendie
+de votre navire vous vous sauvastes le premier et emportastes
+une malle où il y avoit plus de cinquante livres de poudre
+d'or. Et qu'étant à l'isle Grenade vous n'avez daigné les secourir
+d'aliments ny d'habits.» Je répondits à M<sup>r</sup> l'intendant qu'il
+pouvoit connoistre par le raport la fausseté et malice de ces gens
+là, que l'aumosnier avoit ce venin contre moy depuis que je leurs
+mis aux arets pour ces mauvais déportemens en blasphêmes et
+avec nos négresses; que ce pillote je l'avois fait capitaine d'une
+prise dont il falut le déposséder par ces friponneries avérées, et
+que m'étant sauvé le dernier et par dessus le beaupré en chemise
+et calsons, il n'étoit pas probable que j'eus rien sauvé non plus
+<span class="pagenum"><a name="pg267" id="pg267"></a>-267-</span>
+que cette quantité d'or, puisque en toute la coste de Juida il n'y
+en a aucunement. Et sur ces articles il me dits: «Je vois bien
+des malices qui vous seront advantageuses, car M<sup>r</sup> Miton me
+marque que les autres n'ont voulu signer disant n'avoir connoissance
+que de ne les avoir voulu norir à la Grenade au cabaret;
+leurs ayant dit d'aller à bord des vaisseaux de la compagnie.» Je
+dits: «Monsieur, je sorts du tombeau, et j'ay eu le temps de
+pensser à ma dernière fin; j'ay fait mon testament qui ets chez le
+greffier, je n'y aurois obmis de marquer mes volontés comme je
+les ay faites sy j'avois eu quelque mouvant à disposer; j'y ay marqué
+ceux de quy j'ay emprunté pour que mon épouze leurs rende.
+Obligez-moy en grâce d'en faire tirer un extrait et de l'envoyer à
+la compagnie et vous me soulagerez mon innocence et justification.»
+Et il me le promit en m'embrassant tendrement, et me
+dits: «Vous aurez fort à combattre envers tant de testes qui se
+laisse éprendre sur des raports faux ou vrais lorsqu'il s'agit d'intérests.»
+Je luy dits: «Dieu est juste et que sa volonté sois faite.»
+Puis il me dits: «La compagnie a fait des pertes très considérables.
+Voilà mon vaisseau péry qui étoit d'importance puis la
+<i>Badinne</i> et l'<i>Archiduc</i> qu'on avoit richement chargé pour France
+que les Anglois ont repris. Le <i>Marin</i> est condamné incapable de
+retourner. L'<i>Hermionne</i> qui m'at apporté a aussy péri. Il nets
+resté que le <i>Faucon</i>.» Je luy dits que j'avois apris que tous ceux
+qui font comerce des nègres ne profitent jamais, et que cest mon
+malheur d'y avoir entré, je pris congé.</p>
+
+<p>Je fut adverty par M<sup>r</sup> Rouleau de me rendre au Petit Goüave
+où étoit le vaisseau à 14 lieux de Leogane. J'y fut et fut reçeu par
+M<sup>r</sup> de Choupède-Salampart<a id="FNanchor_234" name="FNanchor_234"></a><a href="#Footnote_234" class="fnanchor">234</a>, lieutenant de vaisseau et lieutenant
+du Roy au Petit Goüave où je fus 5 jours. Un marchand de
+Nantes nomé Le François, habitant en ce quartier, me proposa
+de recevoir de luy deux balots de thoile dont il ne pouvoit se
+deffaire et me pria de luy en procurer la vente lorsque je seray à
+la Havane et qu'il les metoit sur le prix du premier achapt, et
+<span class="pagenum"><a name="pg268" id="pg268"></a>-268-</span>
+qu'après avoir son principal il me donnoit la moitié du profit, et
+que ce qui luy reviendra je le délivrerois à ces amis dont il m'avoit
+donné le mémoire. Je demandey la permission de les embarquer
+à M<sup>r</sup> Rouleau et capitaine Javelot qui me le permirent gratis,
+et nous partismes du Petit Goüave pour passer au sud de
+l'isle de Cuba, où deux jours après au grand matin étant éloignés
+de plus de 4 lieux de terre nous nous trouvasmes engagés dans
+rochers qu'on nomme Cayes presque à fleur d'eau et d'une ou
+deux brasses en dessoubs que nous creusmes ne pouvoir échapper
+de vies, mais notre capitaine en segond nomée Ozée Baudouin
+monta au haut du grand mât et commandoit avec dextérité
+au timonier tantots tribord et puis babord et puis droit, comme
+cela il nous faisoit passer quelquefois entre quelques de ces cayes
+qu'il n'y avoit qu'un peut plus que la grosseur de notre navire, pendant
+une heure et demye et plus de 3 lieux de ce mauvois passage
+que les cheveux en dressoient à la teste, et heureusement nous
+échapasmes, et les fièvres me quittèrent pendant plus d'un mois,
+dont j'en atribué la cause à la frayeur du péril ou nous fusmes
+exposés. Le 13<sup>e</sup> décembre 1705, nous arivasmes devant le port de
+la Havane, M<sup>r</sup> Rouleau s'embarqua dans le canot pour aler demander
+la permission d'entrer pour étancher l'eau que faisoit son
+navire, et je luy donnay une lettre pour M<sup>r</sup> Jonchées où je luy
+donnois advis de notre manège, et que sy l'on refusoit l'entrée à
+nostre vaisseau qu'il couroit risque de couler au fonds, et que
+tout au moins il obtienne la permission de me débarquer pour
+pouvoir rétablir ma santé, et il mena le sieur Rouleau chez le gouverneur
+et les magistrats, lisant et interprétant ma lettre comme
+il l'entendoit. L'on fit quelques difficultés sur ce qu'il nets pas
+permis de recevoir aucuns navires étrangers excepté ceux de la
+Royale compagnie de Lassiento, mais comme étant commissaire
+du Roy il leur protesta que s'il arivoit du mal à ce navire qu'il en
+écriroit aux deux Roys de France et d'Espagne, ce qui les intimida
+et accordèrent l'entrée, et nous envoyèrent une chaloupe
+avec deux officiers pour visiter notre navire savoir s'il faisoit de l'eau
+comme nous le disions, et dès lors que nous aperceumes cette
+chaloupe venir ayant un pavillon Espagnol nous fismes un trou et
+<span class="pagenum"><a name="pg269" id="pg269"></a>-269-</span>
+laissasmes entrer l'eau, et l'on faisoit jouer les deux pompes, et
+nos gens contrefoisoient estre bien fatigués, et l'on nous dits
+d'entrer. Et M<sup>r</sup> Jonchée vint au-devant de nous dans son canot
+couvert d'une tente pour m'amener chez luy et advertit le capitaine
+Javelot comme il devoit se comporter, et le navire entra
+toujours jouant les pompes et avec empressement l'on demanda
+un magasin à louer pour y débarquer ce qui étoit dans le navire
+afin de pouvoir trouver son eau, et l'on enfonssa dedans des futailles
+vides toutes les marchandises que l'on porta dans le dit
+magasin parmi les futailles des vivres. Et après quoy le navire ne
+faisoit plus d'eau dont on marqua bien de la joye par les pavillons,
+et nuitamment on enleva toutes les marchandises chez les
+achepteurs et elles furent vendues advantageusement et dont M<sup>r</sup>
+Javelot et Rouleau se contentoient de m'en remercier sur mes
+bons conseils et furent dix à douze jours sans me voir ny me témoigner
+d'autres reconnaissances dont M<sup>r</sup> Jonchée me dits:
+«Monsieur, je n'ai fait ces choses qu'à votre seule considération
+et vous avez procuré un grand bonheur à ces gens là qui seroient
+ruinées sans vous. Je vois que ce sont des ingrats et qui vous
+fuye, mais je veux qu'il vous en revienne tout au moins plus de
+deux cents pistoles et vous méritez bien plus.» Je le priay de ne
+leur en pas parler, et il répondit: «Cest une bagatelle pour eux.
+Ce sont des vilains, sans vous ils auroient reporté ces marchandises
+en France, et je leur en ai procuré la décharge et la vente où
+ils ont profité de plus de 120 pour cent de leur adveu. Laissées
+moy faire, me dit-il, parbleu, vous estes ruiné de votre voyage et
+de votre peu de santé, vous vous estes endepté, hé! combien vous
+en a-t-il couté pour vous rendre à Paris chez vous? Laissées les
+venir, je les veray.» Enfin ils se disposoient pour partir et il
+ariva deux vaisseaux du Roy pour la compagnie de la Siento,
+ayant chaque 50 canons commadées par M<sup>r</sup> de Vaulezard et Leroux,
+officiers de la marinne, puis une frégatte de 24 canons par
+le sieur Cosny, tous les trois capitaines bien de mes amis qui
+compatissoient à mes malheurs, et m'offraient leurs bourses. Et
+M<sup>r</sup> Rouleau vint trouver M<sup>r</sup> Jonchée le prier qu'un de ses commis
+travaillats à lever leurs expéditions pour partir pour France. M<sup>r</sup>
+<span class="pagenum"><a name="pg270" id="pg270"></a>-270-</span>
+Jonchée leurs dits: «Rien ne vous presse, et je ne vous laisseray
+partir qu'avec ces trois navires lorsque je les aurey espédiez, car sy
+malheureusement vous estes pris au sortir d'icy où sont toujours
+des navires de guerre anglois, votre équipage ne manqueroit de
+dire aux ennemis que ces trois navires sont icy et les atendrois au
+débarquement, cela est trop de conséquence et j'en serois blasmé
+des deux cours. Et je trouverais une bonne occasion à vous dédommager
+de votre retardement par un bon fret que je vous donnerois
+en chargeant vostre navire, mais vous estes des mengeurs
+de lard puant et des vilains qui ne meritez pas mes atentions. Ne
+me devez-vous la commission d'avoir vendu si bien vos effects et
+vous ne m'en parlez pas. Ne la devriez-vous pas à tout autre et
+auroit-il peu y réussir? Vous me prenez donc pour votre valet. Et
+vous estes sy vilains de ne pas reconnoistre les advis salutaires de
+mon pauvre parent qui a tout perdu et qui est infirme, et qu'à sa
+seule considération je vous ay rendu d'aussi bons services.» Les
+capitaines du Roy y etoient présents lesquels dirent qu'effectivement
+ils estoient des ingrats et que du moins ils auraient deub me
+présenter mil piastres. Et M<sup>r</sup> Jonchée dits: «Il m'a prié de ne
+rien demander»,&mdash;parlant de moy&mdash;«mais je suis piqué.» Là
+dessus Rouleau et Javelot dits: «Il est vray que nous avons manqué
+en luy et en nous, vostre commission vous est légitimement
+deub et à M<sup>r</sup> Doublet nous luy donnons 500 piastres.» M<sup>r</sup> de
+Vaulezard et Le Roux dirent: «Cest trop peu.» Mais M. Jonchée
+dits: «Cest assées, car mesme il ne vouloit pas que j'en
+parlats.» Et sur cela M. Jonchée leur dits: «Alées préparer
+votre navire pour recevoir des poches de tabac en poudre et cela
+vous produira un fret de plus de 40,000 livres et partirez dans un
+mois avec ces messieurs que je vais expédier en mesme temps.»</p>
+
+<p>1706. Et il fallut caresner le vaisseau La <i>Renomée</i> comandé
+par M<sup>r</sup> Le Roux, et l'on avoit pozé des sentinelles Espagnols sur
+le quay près de ce vaisseau pour garder qu'on ne débarque pas
+des marchandizes, parmy les agréez du dit vaisseau, et un sentinelle
+s'aviza mal a propos de repousser du bout de son fusil un enseigne
+de la <i>Renomée</i> nomé M<sup>r</sup> Langlois, qui se sentant mal à
+propos frapé tira son épée et culbutta le sentinelle sur le careau,
+<span class="pagenum"><a name="pg271" id="pg271"></a>-271-</span>
+ce qui causa une révolte entre nos gens et ceux de la ville qui
+s'assembloient en grand nombre en armes criant: «Tue, tue les
+François.» Et le gouverneur du chasteau très imprudent fit tirer
+un coup de canon et soner le tocssain pour alarme et s'enferma
+avec sa garnison, que c'étoit un désordre dans la ville où autant
+de nos matelots qu'ils rencontroient autant de tuées. Et M<sup>r</sup>
+Jonchée fut manqué de deux coups de fusil alant pour apaizer le
+tumulte, et sa maison où j'étois fut incontinent investie. Je fit fermer
+et baricader la porte de la rue et fit faire un retranchement en
+dedans de tous les bois d'un buscher pour en empescher l'entrée
+dans la basse cour voyant qu'ils enfonssoient la porte à coups de
+haches. Je fits dresser quatre périers en batterye et bien chargés
+à mitraille batant à la porte au cas qu'il eusse ouverte pour en
+tuer une partye. Et il y avoit une grande galerie en dedans autour
+du logis où il y avoit deux escaliers que j'avois pourvus au
+haut d'une quantité de grosses pierres pour jetter au besoin et
+j'enfoncey la porte du cabinet de M<sup>r</sup> Jonchées pour y prendre des
+menues armes, poudres et munitions. Le cuisinier s'étoit muni de
+ses broches à rotir et les Espagnols ayant aperceu nos préparatifs
+par un trou qu'ils avoient faits à la grande porte se retapirent. Le
+contrôleur de la compagnie nomé M<sup>r</sup> Galeux, fut sy effrayé quand
+je luy présentay deux pistolets pour nous défendre, qu'il ne fut
+par maistre de son ventre, qu'il gasta toutes ses culottes et nous
+penssa empoisonner. Un enseigne de M<sup>r</sup> Vaulezard dont je tairay
+le nom à cauze qu'il est gentilhomme et fils d'un brave capitaine
+des vaissaux du Roy en fit autant que le controlleur, et se cacha
+soubs le lit de M<sup>r</sup> Jonchée et une flandrine nomée dame Catherine,
+économe de la maison, prits les deux pistolets et me dits. «Monsieur
+je ne vous abandonneray pas. Il faut deffendre notre vie.»
+Elle vint avec moy bien à temps sur la terasse dont j'aperceut quatre
+échelles contre la muraille et des hommes qui y montoient pour
+piller le trésor de la compagnie qui estoit à costé, elle et moy renversasmes
+une des échelles avec les gens qui y estoient et ils
+abandonnèrent les deux autres que nous atirasmes avec agilité sur
+la terasse et les jetasmes dans nostre basse cour malgré plus de
+vingt mousquetades et des cailloux qui nous furent tirées. Je futs
+<span class="pagenum"><a name="pg272" id="pg272"></a>-272-</span>
+dans un balcon donnant sur la rüe au-dessus de la grande porte et
+criay en langue Espagnolle: «Messieurs, que voulez-vous? et que
+nous vous avons fait.» Un coup de mousquet partit et la balle
+perça le bord de mon chapeau, et on me cria: «Ouvre la porte;
+nous te le dirons.» Je fits deffensse à Caterine de tirer sur aucuns
+pour ne les pas iriter davantage, mais je leurs dits; «Ouvrez la
+porte et vous verrez comme nous vous recevrons.» Et dans le
+moment j'aperceut le gouverneur à la teste d'une trentaine de soldats,
+et Don Leaureano Dastorès qui venoit gouverneur de Chaillacola,
+et M<sup>r</sup> Jonchée tout ensanglanté qu'ils amenoient tous d'un
+visage guay et me dirent d'ouvrir la porte et faisoient évader tous
+les assiégeants. Je fus faire ouvrir la porte et fus embrassé de tous
+et postèrent corps de garde soubs notre grande porte en disant:
+«Vous estes par votre vigilance en vie et seureté.» Et admirèrent
+les précautions que j'avois prise pour résister. Je demandé à
+M<sup>r</sup> Jonchée ou il étoit blessé voyant autant de sang sur son habit,
+et il me dits. «Cest qu'ils ont asasiné un malheureux jeune homme
+entre mes bras et ils m'ont manqué par deux fois de coups de mousquets.
+Et je vous prie que Catherinne nous fasse donner à disner,
+car je meurs de faim.»&mdash;«J'en suis comme vous, luy dis-je
+et on a pas fait de feu à la cuisine, mangeons du pain et buvons
+du vin et ce soir nous souperons mieux. Mais votre controlleur et
+l'ensseigne de Vaulezard sont sy saouls que le premier a défonscé
+sa culotte, et on crève auprès de luy de sa bonne odeur; l'autre
+est couché dessoubs votre lit.» M<sup>r</sup> Jonchée prit le sérieux et
+dit: «Parbleu! cest bien mal se comporter dans une pareille ocasion.»
+Et les fut trouver croyant les gronder, mais ils luy firent
+adveu de la faiblesse de nature qui les avoit maitrizées, puis ils
+vint me dire: «Pardié, vous me l'avez donnée belle; j'alois les gronder,
+mais ils m'ont fait pitié et mon dit que vous estes un intrépide.»
+Je dis: «Ils n'en ont pas veu la moitié, songées à fermer votre cabinet
+que j'ay forcé la porte pour avoir des armes et munissions.»
+Et il m'embrassa très tendrement, et nous eumes trente deux
+hommes massacrés et 7 à 8 bien blessés, sans que nos pauvres
+gens fissent résistance, et il est certain que sy cela avait duré encore
+un quart d'heure que M. de Vaulezard avoit disposé les
+<span class="pagenum"><a name="pg273" id="pg273"></a>-273-</span>
+quatre vaisseaux à canoner la ville et chasteaux et les auroient
+bouleversées, ce qui auroit cauzé de fascheuses suites et un
+grand domage, étant une très jolie ville et le plus beau port et
+plus comode qu'il y aye, je puis dire, au monde.</p>
+
+<p>Le six février ensuivaant entra en ce port cinq vaisseaux du Roy
+partye de l'escadre de M<sup>r</sup> d'Hiberville<a id="FNanchor_235" name="FNanchor_235"></a><a href="#Footnote_235" class="fnanchor">235</a> dont cette partye étoit
+comandée par le frère de mon dit sieur d'Hiberville nomé M<sup>r</sup> de
+Sérigy<a id="FNanchor_236" name="FNanchor_236"></a><a href="#Footnote_236" class="fnanchor">236</a>, lesquels revenoient d'avoir fait descente et pillé sur les
+Anglois les isles de Nieve et Antigue et prirent le prétexte de relascher
+à la Havane pour y racomoder leurs vaisseaux et y vendirent
+à la sourdine pour plus d'un ½ million de piastres de leurs
+pillages et s'en alèrent ensuite en France avant nous. Les deux
+balots que m'avoit confiées M<sup>r</sup> le François au Petit-Goave me
+produirent, pour ma moitié du profit, 427 piastres et à luy autant
+avec son capital que j'ay bien payé en France au sieur Pomenié
+suivant l'ordre que j'en avois, et avec les 500 piastres des sieurs
+Rouleau et Javelot cela me fit un grand plaisir, et nous partismes
+ensemble 4 navires soubs le commandement de M<sup>r</sup> de Vaulezard<a id="FNanchor_237" name="FNanchor_237"></a><a href="#Footnote_237" class="fnanchor">237</a>
+dans le vaisseau l'<i>Indien</i> et il me fit rembarquer avec luy
+où il m'a traité comme luy mesme.</p>
+
+<p>Nostre départ fut au 10<sup>e</sup> mars 1706 et avons esté trente huit
+jours à nous rendre à Chef de Boys, rade de la Rochelle, sans
+mauvaise rencontre que au dehors des pertuis nous rencontrasmes
+trois navires de guerre anglois qui nous vouloient taster nos
+forces. Mais nous fismes figure d'aler à eux et ils se retirèrent. Je
+débarqué à la Rochelle le 19 may et y fut quatre jours pour obtenir
+une place au carosse de Paris. Je m'étois chargé du soin d'y
+faire voiturer une grande cage où étoit 50 perdrix de la Havanne
+qui ont la teste bleue et les yeux bordées d'un grand cercle
+<span class="pagenum"><a name="pg274" id="pg274"></a>-274-</span>
+rouge et devant leur poitrail un émail noir et blanc, et aussy une
+autre cage remplie de petits oizeaux curieux nomées maryposa<a id="FNanchor_238" name="FNanchor_238"></a><a href="#Footnote_238" class="fnanchor">238</a>
+et azulettes que M<sup>r</sup> Jonchée envoyoit à son Altesse, M<sup>r</sup> le comte
+de Briosne, fils aisné de M<sup>r</sup> d'Armagnac, grand écuyer et en
+survivance<a id="FNanchor_239" name="FNanchor_239"></a><a href="#Footnote_239" class="fnanchor">239</a>. Et étant arrivé à Paris, je me fit porter avec les
+cages à l'hostel d'Armagnac, où je fus bien receut de son Altesse
+qui étoit avec Madame la comtesse d'Arcos<a id="FNanchor_240" name="FNanchor_240"></a><a href="#Footnote_240" class="fnanchor">240</a> favorite de M<sup>r</sup>
+l'Electeur de Bavière qui eut sa part des petits oizeaux.</p>
+
+<p>Je présentay à son Altesse les lettres de M<sup>r</sup> Jonchées, où j'étois
+recomandé à l'honneur de sa protection pour me présenter à M.
+de Pontchartrain dont je craignois l'abord, sur ce qu'on l'avoit à
+faux informé contre moy, et lorsque ce prince eut leu ces lettres
+il me dits: «Reposées-vous». Et me fit servir proprement à
+manger, car il avoit disné et me dits: «Dans deux jours je vous
+meneray à Versailles et vous présenteray au Ministre». Madame
+d'Arcos luy demanda pourquoy, il luy dits le subjet et elle le pria
+de m'y servir. Il me demanda où j'avois laissé mes hardes, je luy
+dits: «Mon prince, elle ne consiste que dans une petite malle
+que j'ay laissée au carosse». Et il l'envoya quérir et la fit porter
+dans une de ses chambres, où il me dit d'y rester pour aler à
+Versailles avec luy. Et au bout de deux jours il m'y mena dans son
+carosse quoyque j'étois très mal habillé. Il fut droit descendre au
+pied de l'escalier du Ministre et m'ayant introduit dans l'antichambre,
+il entra au cabinet et parla bien une demie heure à M<sup>r</sup>
+de Pont Chartrain et luy représenta mon malheur et innocence
+<span class="pagenum"><a name="pg275" id="pg275"></a>-275-</span>
+que M<sup>r</sup> Jonchée luy avoit marquées et l'on me fit entrer. Et le
+ministre comença par dire: «Quoy, vous voilà! M<sup>r</sup> Deslandes
+m'a écrit il y a plus de six mois que vous étiez enterré à Lester».
+«Il l'a creu, Monseigneur, puisqu'il presta son carosse pour
+porter mon cadavre étant déjà enssevely».&mdash;«Et coment avez-vous
+échapé?»&mdash;«Par un débordement du cerveau qui fit connoistre
+que j'avois encore vie après six heures d'une léthargie, et
+l'on me débarrassa du cercueil, puis le sang paru à la veine de
+mon pied qui n'avoit pas esté lié, et peu à peu j'ay repris le
+peu de forces que Votre Grandeur me voit». Il se mit à rire et
+dits: «Elles ne sont pas grandes; taschez à vous rétablir. Cependant
+vous avez de grands ennemis qui m'ont fait écrire par
+M<sup>r</sup> Miton<a id="FNanchor_241" name="FNanchor_241"></a><a href="#Footnote_241" class="fnanchor">241</a> bien des choses contre vous». Je dits: «Monseigneur,
+vous avez tous les jours des exemples que dans les
+malheurs les chefs sont chargés et accablés par des mécontents
+qu'on a reprimés dans leurs fautes et que l'on a chastiées, et trouvent
+les occasions de se venger par des faussetez.» Il dits:
+«Cela arive fort souvent: tranquilisez-vous, et pensées à vous
+restablir.» Et je prits congé et M<sup>r</sup> de Briosne me ramena chez
+luy au pavillon de la grande écurye, et fut chez le Roy. Et il ne
+revint que sur les deux heures pour disner, et comme j'étois
+faible ne pouvant atendre sy tard, j'avois mangé. Il me dits d'aler
+disner avec luy, je le remerciay et luy dits estre pourvu et qu'il
+me permis d'aler à Paris voir M<sup>rs</sup> les directeurs de la compagnie,
+et auprès desquels je prévoyois avoir autant besoin de l'honneur
+de sa protection qu'en celle du Ministre, et qu'ils le pouvoient
+faire changer de sentiments, et il me dits: «Alées et ne manquez
+de m'informer de tout ce qui pourra vous arriver.» Je le remerciay
+humblement de ces grandes bontées, et fut louer une chaise
+pour me porter à Paris, et le lendemain je fus trouver M<sup>r</sup> Pasquier,
+directeur général, qui me receut froidement et doucement
+car c'est un bon et honneste homme. Il me montra les dépositions
+<span class="pagenum"><a name="pg276" id="pg276"></a>-276-</span>
+que l'on luy avoit envoyées contre moy. Je luy dits que je venois
+d'estre hier présenté au Ministre qui m'en dits à peu près autant
+et m'avoit dit de penser à restablir ma santé, mais ce qui me
+surpris le plus cets les fausses déclarations qu'avoit données un
+homme de mon pays et auquel j'avois cherché à faire plaisir à son
+advancement et mesme qui n'étoit présent lorsque le malheur de
+l'incendie arriva et m'ayant creu mort par le bruit qui en courut
+disoit que j'étois heureux dans notre ville que d'avoir finy mes
+jours, et que sy j'en étois revenu que j'aurois mal finy, et plusieurs
+calomnies, et je ne fut pas sitot revenu au pays qu'il vint m'en témoigner
+sa joie avec bien des honnestetez. Ce que cest que le
+monde!</p>
+
+<p>M<sup>r</sup> Pasquier m'envoyoit chez M<sup>r</sup> de Salabery<a id="FNanchor_242" name="FNanchor_242"></a><a href="#Footnote_242" class="fnanchor">242</a> et M<sup>r</sup> de
+Fontanieu qui présidoient dans cette compagnie, l'un pour le Roy
+et l'autre pour le Roy d'Espagne. J'y alois de cinq à six fois sans
+les pouvoir parler et cela me fatiguoit et causoit du chagrain et
+dépense. M<sup>r</sup> et Madame Du Casse eurent la bonté de les parler
+de moy, et ils dirent que puisque le ministre m'avoit renvoyé de la
+sorte que j'euts à me tranquiliser et ne m'inquiéteroient pas, ayant
+reconneu bien de la passion et faussetez dans les dépositions. Et
+un nommé Paupin qui étoit intéressé dans cette compagnie qui
+avoit esté toujours de mes amis ayant creu comme mes ennemis
+luy avoient raporté que j'avois sauvé bien de l'or, et quant je le
+fus voir il me receut d'un aizé me faisant seoir proche de luy, il
+me disoit en riant: «Quoyque vous ayez bien sauvé de l'or,
+comme j'en suis bien informé, il auroit aussy bien péry qu'autre
+chose, et il vous est bien acquis. Vous savez que j'ay épousé une
+demoiselle proche parente de Monseigneur de Pont Chartrain,
+mais autre bien que de la protection il faut que vous luy donniez
+huipt à dix livres de poudre d'or. Et elle vous mettra à l'abry de
+tout. Croyez-moy et ne me déguisez pas.» Sy homme fut jamais
+surpris à ces discours ce fut moy, et demeuray tout étonné, puis
+me prenant la main, disant: «Ouy, ouy, mon capitaine, et mon
+<span class="pagenum"><a name="pg277" id="pg277"></a>-277-</span>
+amy, il faut que vous donniez cela à Madame où cest fait de vous;
+je say ce qui s'ets passé et qu'il n'y aye que nous eux qui sache
+cet affaire.» Je fut sy surpris encore une fois qu'à peine je fut à
+mon auberge que j'en tombay rudement malade de chagrain. Ma
+dissenterye et la fièvre me radoubla et ensuite une fluxion sur la
+poitrine, et une fièvre continue avec redoublement, et dans une
+auberge, à un 4<sup>e</sup> étage, ayant une garde 35 sols par jour qui avoit
+plus de soing de prendre mes bouillons qu'à me les donner. Je fus
+visité par M<sup>r</sup> Duhangar, médecin de M<sup>r</sup> le premier Président
+du Harlay, lequel me fit saigner huipt fois et me réduit à
+une tisanne et bouillons au poulet pendant trois semaines et
+j'écrits à mon épouse de venir me voir pour la dernière fois.
+Elle vint en poste dans une chaize en un jour et demy, me consola
+et avec ces bons soins elle m'aida à me rétablir et mon médecin
+m'ordonna de changer de demeure pour estre à portée de
+prendre du lait d'anesse. Et je futs dans l'ille de St-Louis, chez
+M<sup>r</sup> et Madame Léger, bon marchand de vin et bon amy ainsy
+que son épouze. Enfin je me rétablit, mais toujours l'esprit très
+préoccupé de ce M<sup>r</sup> Paupin et d'estre dégagé des poursuites de
+la compagnie que je fus trouver à un jour de leurs assemblées au
+grand bureau, et ils me dirent tous: «Alées chez vous et ne vous
+inquiétez pas; nous sommes bien informées et ne vous demandons
+rien. Le Ministre nous a dit de vous en assurer», mais Paupin
+qui étoit un tonnelier de profession qui avoit fait une grosse fortune
+dans l'arcenail de Brest, et que pour apaiser l'erreur de ces
+comptes épouza la demoiselle parente du Seigneur, il dit comme
+je sortois: «Je ne le tiens pas quitte, moy, pour mon intérets.»
+Et l'on me dits: «Alées, alées mon bon homme, chez vous et ne
+le craignez pas.» Et nous partismes dans une chaize à deux et futs
+chez moy jusqu'au mois de juin 1707.</p>
+
+<p>M<sup>r</sup> Morel du Mein Président à la cour des Aides, et beau-frère
+de M<sup>r</sup> de Salaber, m'écrivit une lettre que sy je me sentois
+bien rétably que j'eus à aller le trouver et qu'il me proposeroit
+le commandement d'un bon vaisseau pour un voyage qui me
+feroit oublier mes peines du précédent. Je party trois jours après
+luy avoir fait une réponce, et que j'alois le trouver, et il me proposa
+<span class="pagenum"><a name="pg278" id="pg278"></a>-278-</span>
+que sy je pouvois partir dans huit à dix jours par la diligence
+de Lion pour me rendre à Marseille qu'il m'y feroit comander un
+bon vaisseau de quarante canons pour le voyage de la mer du
+Sud. Je luy demandey 15 jours pour mettre chez moy mes affaires
+en état, et sy je finissois plutots que je me rendrois chez luy pour
+recevoir ses ordres. Et l'envie de faire un sy beau voyage me fit
+cacher une fièvre lente que je couvois sans me plaindre à mon
+épouse. Le 14 juillet je m'étois rendu chez M<sup>r</sup> Morel qui me
+donna seulement une lettre pour la délivrer à M<sup>r</sup> Jean-Baptiste
+Bruny et qui devoit armer le vaisseau en question, et la diligence
+partoit le 15 et heureusement j'y trouvay une place vacante et
+arivey à Marseille le 23<sup>e</sup> juillet, où je fus bien receu et commenssay
+à faire radouber le vaisseau le <i>Levrier</i> depuis fut nomé le <i>St-Jean-Baptiste</i>.</p>
+
+<p>Et pendant que j'étois à cette occupation, l'armée navalle d'Angleterre
+vint prendre les illes d'Hières proche de Toulon, où ils
+atendirent d'avoir les nouvelles que M<sup>r</sup> le duc de Savoie euts fait
+passer son armée le passage du Var<a id="FNanchor_243" name="FNanchor_243"></a><a href="#Footnote_243" class="fnanchor">243</a> pour assiéger par terre
+la ville de Toulon et le port par l'armée Angloise, et toute la
+Provence estoit en grande alarme étant presque sans deffence
+n'étant prévenue; nos troupes y accoururent soubs M<sup>r</sup> de
+Thessé<a id="FNanchor_244" name="FNanchor_244"></a><a href="#Footnote_244" class="fnanchor">244</a> et M. de St-Pair<a id="FNanchor_245" name="FNanchor_245"></a><a href="#Footnote_245" class="fnanchor">245</a>, l'on coula à l'entrée du port le
+vaisseau le <i>St-Philipe</i> où l'on fit une baterye de 90 canons. Mon
+travail cessa. Je fus offrir mes services à M. de Vauvrey<a id="FNanchor_246" name="FNanchor_246"></a><a href="#Footnote_246" class="fnanchor">246</a> Intendant,
+<span class="pagenum"><a name="pg279" id="pg279"></a>-279-</span>
+où étoit pour lors M. Combe<a id="FNanchor_247" name="FNanchor_247"></a><a href="#Footnote_247" class="fnanchor">247</a>, commissaire de l'artillerye,
+et me prits par le bras, disant: «Bon acteur, j'ay de quoy
+vous occuper». Et il me donna deux pièces de canon de douze
+livres de boulet à comander vers la porte de Ste-Catherine. Les
+ennemis bombardaient par terre. Et les troupes de M. de Savoye
+s'aprochèrent à portée d'un moyen canon de Ste-Catherine; l'on
+fit plusieurs sorties qui repoussèrent les ennemis et la troisiesme
+journée fut presque sans actions de part et d'autres, et l'on appris
+depuis que M. de Savoye envoya dire à l'admiral Anglois que
+ces troupes étoient à portée et toute prestes à donner l'assaut,
+mais qu'elles vouloient avant tout recevoir la paye que l'Angleterre
+avoit promise, ce qui fut payé par les Anglois, et la nuitée
+se passa tranquille comme le jour. L'armée angloise s'étoit aprochée
+près du fort de Ste-Marguerite dont ils s'étoient rendus les
+maistres<a id="FNanchor_248" name="FNanchor_248"></a><a href="#Footnote_248" class="fnanchor">248</a> et espéroient au petit jour bombarder lorsqu'ils verroient
+les signaux de l'assaut prétendu, mais ils furent bien étonnés
+que à 8 et 9 heures ils n'apercevoient aucuns mouvements et
+aprirent que M. de Savoye avoit fait décamper la nuit son armée
+et sans bruit, et la ville fut délivrée. On auroit bien peu par des
+embuscades dans les bois harceler et tuer des hommes de M.
+de Savoye sy l'on avoit voulu les suivre. Mais à son ennemy qui
+fuit il luy faut faire pont d'or. Et l'on a creu que ce prince étoit
+d'intelligence avec le Roy pour luy laisser Toulon comme on luy
+fit Turin. Mais les Anglois en furent les dupes, sans faire aucun
+mal à cette ville se sont retirées. Et je retournay à Marseille suivre
+l'armement. Je fus un peu blasmé par M. Bruny qui me dits
+que l'on ne m'avoit pas fait venir pour Toulon.&mdash;Et je finis mes
+discours jusqu'à présent en me raportant au journal ensuivant de
+<span class="pagenum"><a name="pg280" id="pg280"></a>-280-</span>
+mon voyage de la mer du Sud où j'y ay insséré plus corectement
+toutes les particularitez et mesme le plans des places où j'ay passé
+jusqu'à mon retour en France au Port-Louis au 22 avril 1711, où
+j'ay terminé de ne plus retourner sur la mer où j'ay comencé d'aler
+en février de l'anée 1663<a id="FNanchor_249" name="FNanchor_249"></a><a href="#Footnote_249" class="fnanchor">249</a>.&mdash;Dieu veuille que ce que j'ay à
+vivre soit pour sa gloire et pour mon salut. Finis.</p>
+
+
+
+
+<p class="c"><span class="small">FIN</span></p>
+
+
+
+
+<h2>PIÈCES JUSTIFICATIVES</h2>
+
+
+
+
+<h3><a name="add1" id="add1"></a>I<br/>
+Coppie de la concession des Iles de la Magdelaine, St-Jean,
+Brion et aux Oisseaux, faitte au sieur Doublet.</h3>
+
+
+<p class="date">Du 19 janvier 1663.</p>
+<p><span class="pagenum"><a name="pg281" id="pg281"></a>-281-</span>
+La compagnie de la Nouvelle France assemblée avec celle de Miscou
+et de son consentement, à tous présens et à venir, salut. Désirant aider
+ceux qui peuvent travailler à la colonie du pays, sur la demande à nous
+faitte par le sieur Doublet, capitaine de navire, des isles de la Magdeleine,
+St-Jean, aux Oiseaux et de Brion dans le golfe de St-Laurens, pour y faire
+colonie et y envoyer navire nécessaires, et pour y faire toutes sortes de
+pesches aux environs et sur les bastures desdites isles, desfricher et cultiver
+lesdites terres. Sur quoy délibération se seroit ensuivie suivant le pouvoir à
+elle donné par Sa Majesté, a audit sieur Doublet donné, concédé et accordé
+lesdites isles de la Magdelaine, St-Jean, aux Oiseaux, Brion, en toute
+propriété et redevance de vasselage de notre dite compagnie de Miscou,
+et chargée vers elle de cinquante livres par chacun an pour toutte redevance
+qui sera payée pendant les trois premières années, sans pourtant
+que ledit sieur Doublet puisse traitter aucunes peaux ni pelleteries dans
+l'estendue desdits lieux ni ailleurs. En tesmoing de quoy nous avons fait
+<span class="pagenum"><a name="pg282" id="pg282"></a>-282-</span>
+apposer le scel de notre compagnie. Fait au Bureau de notre compagnie de
+la Nouvelle France, le 19<sup>e</sup> janvier 1663.</p>
+
+<p>Extrait des délibérations de la compagnie de la Nouvelle France pair
+moy A. Cheffaut secrétaire, avec paraphe.</p>
+
+<p>J'ay l'original, J.-B. de Brévedent.</p>
+
+<p>Arch. de la Marine, Colonies, Amérique du Nord, vol. 1<sup>er</sup>, 1661-1693.
+Cf. <i>Mémoires des commissaires du Roi</i>, t. II, p. 521.</p>
+
+
+
+
+<h3><a name="add2" id="add2"></a>II<br/>
+Association formée entre François Doublet et Philippe Gaignard,
+pour l'exploitation des îles de la Madeleine dans le golfe
+de Saint-Laurent.</h3>
+
+
+<p class="date">23 avril 1663.</p>
+<p>Je François Doublet, maistre en proprietté et conducteur du navire
+nommé le <i>Saint-Michel</i> du port de deux cents thonneaux ou viron, de présent
+en ce port et havre prest à partir pour faire, Dieu aidant, le voyage
+de Canada aux Illes de la Magdelaine scituez dans le golfe de Saint-Laurens
+et autres lieux de la coste que besoing sera pour faire la pesche des
+morues ordinaires dudict lieu, et ausdites Illes à moy propriettairement appartenant
+suivant la concession qui m'en a esté octroyée par le Roy notre
+sire, establir une colonye pour la demeurer et faire desfricher les terres
+en sorte que l'on puisse rendre à l'advenir lesdites Illes commodément habitables,
+confesse avoir pacté avec M. Philippes Gaignard affin de demeurer
+aux dites illes pendant trois ans consecutifs à commencer du jour de
+notre arrivée au dict lieu en qualité de lieutenant auquel j'ay donné pouvoir
+de commander et faire travailler les habitantz aux choses nécessaires
+pour l'utilité et accroissement de l'habitation; Et pour faire en temps et
+<span class="pagenum"><a name="pg283" id="pg283"></a>-283-</span>
+saison la pesche des loups marins aux lieux où il jugera à propos et iceux
+estre réduitz en huilles, mesme aussy faire la pesche des morues et icelles
+aprester soit en vert ou en sec comme et autant que faire se pourra;
+pour les gaiges duquel je consentz et accorde que les choses cy-après
+soient entièrement gardez et observez, ascavoir:</p>
+
+<p>Que du nombre desdites marchandises tant huilles que morues ainsi
+aprestez à ladite terre ensemble celles qui le seront année présente dans
+mon dict vaisseau soient partagez par tiers, deux desquels vertiront au
+profit des armateurs de la colonye et sur le dernier tiers seront levez les
+loyers qu'il conviendra payer aux hommes qui habiteront les dites Illes et
+matelots dudict vesseau; le restant duquel tiers sera derechef partagé encore
+par tiers l'un desquels tiers au bénéfice seul dudit Gaignard et les
+deux autres restant à mon profict pour aucunnement me rescompenser des
+frais et advancs que j'ay faictz à l'établissement de ladicte colonye par ce
+que en cas où il y auroit quelques pertes ou moins de profict pour payer
+suffisamment les loyers desdicts habitantz et matelotz ledict Gaignard a
+promis de contribuer de sa part à l'entière perfection de touttes choses, à
+quoy il s'est comme moy obligé par corps et biens et à l'entretien de tout
+ce que dessus. Faict à Honfleur ce jourd'huy vingt-troisiesme jour d'april,
+mil six cent-soixante et trois, présence.</p>
+
+<p class="sign"><span class="sc">Doublet. Gaignard.</span></p>
+<p>Minutes du tabellionnage de Roncheville à la date du 9 may 1665.</p>
+
+
+
+
+<h3><a name="add3" id="add3"></a>III<br/>
+Acte de mariage de Jean-François Doublet.</h3>
+
+
+<p class="date">(14 octobre 1692)</p>
+<p>Nous soussigné Pierre de la Cornillère, prestre, chanoine de l'église
+cathédrale et paroissiale de St-Malo, certifions avoir administré ce présent
+<span class="pagenum"><a name="pg284" id="pg284"></a>-284-</span>
+jour, dans ladite église, les bénédictions nuptiales à noble homme Jan-François
+Doublet, natif de la ville de Honfleur, paroisse de St-Catherine,
+au diocèze de Lizieux, fils de deffunt le sieur François Doublet et de Demoiselle
+Magdeleine Fontaine; et à Demoiselle Françoise Fossard, de cette
+dite ville de St-Malo, fille de deffunt Pierre Fossard, sieur Des Maretz et
+de Demoiselle Janne Laisné; et ce ensuite du consentement de noble et
+discrepte personne M. Louis Desnos aussi chanoine et vicaire perpétuel
+de ladite église cathédrale et paroissialle dudit St-Malo en datte du jour
+d'hyer, ledit consentement faisant mention du premier banc et publication
+faite dimanche dernier douziesme jour du courant des promesses du futur
+mariage entre les susdites parties sans que personne y ait formé opposition,
+comme aussi ensuite de la dispense du second et troisiesme banc des
+susdites promesses du futur mariage entre lesdites parties en datte aussi
+du jour d'hyer, leur accordée par Monseigneur Symon, vicaire général de
+Monseigneur l'illustrissime et révérendissime Sébastien Du Quemandeuc,
+évesque dudit St-Malo, et insinuée pareillement ledit jour d'hyer sur le registre
+des insinuations ecclésiastiques de ce diocèze, au feuillet seiziesme,
+et finalement ensuitte d'un certificat en attestation de M. Michel du Tertre,
+prestre curé de ladite paroisse de Ste-Catherine, de Robert Hounet, aussi
+prestre, vicaire d'icelle paroisse et de plusieurs personnes dignes de foy,
+en datte du mercredy huitiesme jour du courant, passée devant le tabellion
+royal de ladite ville de Honfleur, vicomte d'Auge, et son adioinct, par laquelle
+il conste que ledit sieur Jean-François Doublet n'est promis ny engagé
+dans le sacrement de mariage; ladite dispance et attestation à nous
+apparüe et rendüe à mondit sieur le vicaire perpétuel de St-Malo qui s'en
+est resaisi, fin lesdites bénédictions nuptiales administrées en présence de
+ladite Demoiselle Janne Laisné, mère de ladite Demoiselle espousée; du
+sieur Jan Fossard, frère de ladite Demoiselle espousée; de Nicolas Lhostelier,
+sieur des Naudierres; de Thomas Lhostelier, sieur des Landelles,
+frère dudit sieur des Naudierres, et de plusieurs autres. Et ont signé les
+susdits dénommez audit Saint-Malo, le quatorziesme jour du mois d'octobre
+de l'an mil six cent nonante deux.</p>
+
+<p>Signé, Jean-François Doublet, Françoise Fossard, Jeanne Lesnée, Lhostelier,
+Jean Fossard, Lhostelier, Nicolas Lhostelier le jeune, Perronne et
+Pierre de La Cornillère.</p>
+
+<p>Arch. de St-Malo, reg. de l'état civil.</p>
+
+
+
+
+<h3><a name="add4" id="add4"></a>IV<br/>
+Lettre de M. Le Bigot des Gastines, commissaire ordinaire de
+la marine, à Louis Phelypeaux, comte de Pontchartrain.</h3>
+
+
+<p class="date">A Saint-Malo, ce 15 aoust 1694.</p>
+<p><span class="pagenum"><a name="pg285" id="pg285"></a>-285-</span>
+Vous aurés appris par le Port-Louis, Mgr, la prise et l'arrivée d'un navire
+de guerre anglois, garde de coste d'Irlande, de 30 canons et de 142
+hommes d'équipage. C'est le sieur Doublet de cette ville, comandant le
+<i>Comte de Revel</i> qui a faict, Mgr, cette iolie action<a id="FNanchor_250" name="FNanchor_250"></a><a href="#Footnote_250" class="fnanchor">250</a>. Vous avès accoustumé
+d'accorder quelque récompense et honeurs aux capitaines qui enlevent
+aux ennemis de leurs vaisseaux de guerre, ie vous la demande d'autant
+plus volontiers, Mgr, pour ledit sieur Doublet que c'est d'ailleurs un
+honneste homme et très bon navigateur, capable d'entreprendre tout ce
+que vous lui ordonnerés pour le service du Roy, dont vous redoublerès le
+courage et l'émulation par la moindre petite récompense d'honeur. Mais ie
+vous demande en mesme temps, Mgr, de marquer par quelque punition au
+sieur Creton du Pignonvert, capitaine de l'<i>Estoille</i>, combien vous estes mal
+satisfaict du peu de courage qu'il a faict paroistre en cette occasion. Je
+ioins icy un petit récit sommaire de cette action...</p>
+
+<p>Arch. de la marine, service général.</p>
+
+<p class="sign"><span class="sc">De Gastines.</span></p>
+
+
+
+<h3><a name="add5" id="add5"></a>V<br/>
+Relation de la prise d'un navire de guerre anglois garde coste
+d'Irlande de nouvelle fabrique par le sieur Doublet de Honfleur,
+capitaine du <i>comte de Revel</i>.</h3>
+
+
+<p><span class="pagenum"><a name="pg286" id="pg286"></a>-286-</span>
+Le sieur Doublet, comandant le <i>Comte de Revel</i>, ayant trouvé à la mer le
+sieur Creton du Pignonvert, capitaine de l'<i>Estoille</i>, tous deux corsaires de
+Saint-Malo, firent société ensemble pour aller de compagnie croiser dans
+le Nord où ledit sieur Doublet est extrêmement pratitien et bon pilote.</p>
+
+<p>Le 28<sup>e</sup> juillet dernier, estans par le travers de l'isle de Forre en Irlande,
+à 15 lieux de Londondery, l'<i>Estoille</i> fist signal à 4 heures du matin qu'il
+voyoit un bastiment soubz le vent. Ils arrivèrent tous deux dessus. Ce navire
+fist d'abord le fier se tenant soubz ses deux huniers à mi-mâts, mais
+voyant que ces deux navires approchaient il fist servir ses basses voiles et
+hisser ses huniers tout hauts pour gaigner pays, mais le <i>comte de Revel</i> qui
+alloit mieux que luy arriva tout court par la pouppe et luy demanda en anglois
+d'où estoit le navire, à quoy il répondist de Londres et qu'il alloit au
+destroit. Ledit sieur Doublet fist arborer son pavillon blanc et tirer son canon
+et la mousqueterie. L'anglois en fist de mesme et couppa au dit sieur
+Doublet le poing de sa misaine et le bras et faux bras du vent du petit hunier
+Le sieur Doublet couppa à l'Anglois la drisse de son grand hunier qui faute
+d'avoir une fausse drisse vint à bas et embarrassa toute sa voilure; comme il
+ventoit assez frais le sieur Doublet dépassa bien viste l'Anglois. Il croyoit
+estre suivy par l'<i>Estoille</i> qui en donnant seulement quelque bordée de canon
+luy donnerait le temps de revirer sur l'ennemi pour l'achever. Mais il fust
+bien étoné de voir que le sieur Creton du Pignonvert, capitaine dudit navire
+l'<i>Estoille</i> avoit mis le vent sur ses voiles d'avant pour ne pas aprocher trop près de
+ce navire, et que se tenant ainsy à la portée du canon il se contentoit de tirer
+quelques volées de loin. Il racomoda promptement ses bras et faux bras et ayant
+mis ses voiles d'avant sur le mast pour culer, il se trouva bientost en parallèle
+de l'anglois et recomença à luy faire tirer du canon et de la mousqueterie.
+<span class="pagenum"><a name="pg287" id="pg287"></a>-287-</span>
+Le capitaine et maistre anglois furent tués dans cette décharge et
+quelques autres ensuite ce qui obligea le reste d'amener le pavillon et de
+se rendre. Nous n'avons perdu que 2 matelots en cette occasion quoyque le
+<i>Comte de Revel</i> y aye receu 3 coups de canon à l'eau et une infinité dans ses
+&oelig;uvres mortes, qui estoient chargées de paquets de mitraille de 12 à 15 pouces
+de long et d'un pouce ½ quarré. Le sieur Doublet a mis tout cet équipage
+à la coste d'Irlande à l'exception du lieutenant et de 8 à 9 autres qui sont
+restés dans le navire qui a esté mené au Port-Louis.</p>
+
+<p>Fait à St-Malo, ce 15<sup>e</sup> aoust 1694.</p>
+
+<p class="sign">De Gastines</p>
+<p>Arch. de la Marine, <i>Campagnes</i>.</p>
+
+
+
+
+<h3><a name="add6" id="add6"></a>VI<br/>
+Lettre de M. Clairambault, ordonnateur de la marine, à M. de
+Pontchartrain.</h3>
+
+
+<p class="date">A Lorient, le 22 avril 1711.</p>
+<p>Il vient d'arriver au Port Louis, Monseigneur, un vaisseau de Marseille,
+nommé le <i>st-Jeanbatiste</i>, de 36 canons, commandé par le sieur Doublet, venant
+de la mer du Sud, dont le principal armateur est M. Croizat, j'ay l'honneur
+de vous envoyer la déclaration qu'il ma faite des matières d'or et d'argent
+aportées dans ce vaisseau montant à la somme de 635,000 piastres, et
+m'a dit avoir envoyé le surplus par un navire de St-Malo qui y est arrivé il
+y a quelques mois. Il a fait sa soumission de les porter aux hotels de Monnayes,
+et en attendant qu'il vous plaise de m'honorer de vos ordres au sujet
+de ces vaisseaux particuliers qui arriveront désormais de cette mer du Sud
+<span class="pagenum"><a name="pg288" id="pg288"></a>-288-</span>
+j'ay ordonné au sieur Doublet d'empescher qu'il soit débarqué de son vaisseau
+aucune matière d'or et d'argent sous quelque prétexte que ce puisse estre
+sans de nouveaux ordres de Sa Majesté, à quoy il a promis de se conformer
+exactement. Je vous supplie de me marquer le plutôt qu'il se pourra si vous
+luy permettez de les débarquer.</p>
+
+<p>A l'égard des vaisseaux le <i>St-Antoine</i> et le <i>Solide</i>, ledit sieur Doublet dit
+que ledit vaisseau le <i>Solide</i> après avoir fait sa traitte à la mer du Sud est
+allé à la Chine et que ledit vaisseau le <i>St-Antoine</i> pourra arriver icy de cette
+mer du Sud dans deux mois avec les vaisseaux armés par le sieur de Benac
+et son vaisseau malouin commandée par le sieur Noël.</p>
+
+<p>J'ay, Monseigneur, l'honneur de vous envoyer cy-joint quatre pacquets
+de lettres qui m'ont esté remis par ledit sieur Doublet.</p>
+
+<p>Je suis avec un très profond respect, etc.</p>
+
+<p class="sign"><span class="sc">Clairambault.</span></p>
+<p>Arch. de la Marine. Serv. général.</p>
+
+
+
+
+<h3><a name="add7" id="add7"></a>VII<br/>
+Déclaration du capitaine du <i>St-Jean-Baptiste</i> de Marseille.</h3>
+
+
+<table summary="">
+<tr><td><span class="pagenum"><a name="pg289" id="pg289"></a>-289-</span>
+Je soussigné capitaine commandant le vaisseau le <i>St-Jean-Batiste</i> de Marseille
+venant de la mer du Sud, déclare avoir dans mon vaisseau tant en
+pignes, barres que piastres la quantité de cent-soixante-dix mil piastres
+pour le compte des armateurs du vaisseau, ci</td><td class="num">170,000</td><td class="num">piastres.</td></tr>
+<tr><td>Sur laquelle somme je suis obligé suivant les conventions
+faites à Marseille de payer quarante-sept à quarante-huit
+mil piastres pour les salaires des équipages
+en piastres effectives.</td><td colspan="2">&nbsp;</td></tr>
+<tr><td><span class="pagenum"><a name="pg290" id="pg290"></a>-290-</span>
+Et pour la pacotille ne le pouvant pas savoir je juge
+qu'elle pourra monter de quarante-cinq à cinquante
+mil piastres, cy</td><td class="num">50,000</td><td class="num">piastres.</td></tr>
+<tr><td>Plus de divers français et espagnols passagers quatre
+cents dix à quatre cens quinze mil piastres, ou diverses
+espèces d'or et d'argent, cy</td><td class="bb num">415,000</td><td class="num">piastres.</td></tr>
+<tr><td>Total</td><td class="num">635,000</td><td class="num">piastres.</td></tr>
+</table>
+<p>Et je promets pour ce qui me concerne de les faire porter dans les hotels
+des Monnoyes du Royaume et d'en raporter les acquits. Fait au Port Louis
+dans mondit vaisseau, le 22<sup>e</sup> avril 1711, jour de mon arrivée. Signé, Doublet.</p>
+
+<p class="sign">Pour copie, Clairambault.</p>
+<p>Arch. de la Marine, serv. général.</p>
+
+
+
+
+<h3><a name="add8" id="add8"></a>VIII<br/>
+Lettres portant nomination de Jean-François Doublet à la
+charge de capitaine-exempt des Cent-Suisses du duc d'Orléans.</h3>
+
+
+<p class="date">5 septembre 1711.</p>
+<p>Nous, Louis-Jacques-Aimé-Théodore de Dreux, marquis de Nancré<a id="FNanchor_251" name="FNanchor_251"></a><a href="#Footnote_251" class="fnanchor">251</a>,
+capitaine colonel de la compagnie des Gardes-Suisses du corps de Son
+Altesse Royale Monseigneur Philippe d'Orléans, petit-fils de France, duc
+d'Orléans, à tous ceux qui ces présentes lettres, verront, salut. Scavoir
+faisons que sur le bon et fidelle rapport qui nous a esté fait des bonnes vie
+<span class="pagenum"><a name="pg291" id="pg291"></a>-291-</span>
+et m&oelig;urs du sieur Jean-François Doublet, de la profession qu'il fait de la religion
+catholique, apostolique et romaine, de sa capacité et expérience au
+fait des armées, de la bonne affection qu'il a au service du Roy et que nous espérons
+qu'il continuera en celuy de Monseigneur le duc d'Orléans, nous, pour
+ces causes et autres à ce nous mourants avons donné et octroyé, donnons et
+octroyons par ces présentes audit sieur Jean-François Doublet la charge de
+capitaine exempt des suisses de nostre compagnie vacante par la mort du
+sieur Mathieu Bruslé pour jouir des gages, honneurs, préeminences, privilèges,
+exemptions, droits, fruits, proffits, revenus et esmoluments atribuez à
+ladite charge. Sy donnons en comandement aux lieutenants, enseignes,
+exempts et autres officiers de nostre dite compagnie de faire et laisser jouir
+ledit sieur Doublet de ladite charge plainement et paisiblement et à toujours,
+de luy payer les gages atribuez<a id="FNanchor_252" name="FNanchor_252"></a><a href="#Footnote_252" class="fnanchor">252</a> à la charge, de prester par luy en nos
+mains le serment de fidélité en tel cas requis et accoustumé. En foy de quoy
+nous luy avons fait expédier ces présentes signées de nostre main et contresignées
+par le secrétaire de la compagnie, auquel nous avons fait apposer le
+scel du cachet ordinaire de nos armes. Fait à Paris le cinquiesme septembre
+mil six cents onze. Signé, de Nancré, et scellé d'un scel de cire rouge.</p>
+
+<p>(Délib. munic. de Honfleur, reg. n<sup>o</sup> 73).</p>
+
+
+
+
+<h2>TABLE DES CHAPITRES</h2>
+
+
+
+<ul>
+<li><a href="#intro" class="sc">Introduction</a></li>
+<li><a href="#au_lecteur" class="sc">Au lecteur</a></li>
+<li><a href="#ch1" class="sc">Chapitre I</a>
+(1663-1672).&mdash;Colonisation des îles Brion. Voyages au
+Canada.&mdash;Destruction de la colonie.&mdash;Voyage à Québec; excursions
+chez les Iroquois.&mdash;Voyages à Terre-Neuve, naufrage.&mdash;Promenade
+à Londres.&mdash;Doublet est pris par un corsaire d'Ostende.&mdash;Voyage
+au Sénégal.&mdash;Entrevue avec le duc d'York.&mdash;Autres voyages</li>
+<li><a href="#ch2" class="sc">Chapitre II</a>
+(1673-1681).&mdash;Doublet embarque sur l'escadre de M.
+Panetié.&mdash;Il enseigne les principes de la navigation à son
+commandant.&mdash;Prise de 22 navires chargés de blés.&mdash;Doublet passe
+second lieutenant sur l'<i>Alcyon</i> commandé par Jean Bart.&mdash;Son
+éloge par M. Panetié. Son séjour à l'école d'hydrographie de
+Dieppe. Il est reçu pilote.&mdash;Il commande la <i>Diligente</i>; combats
+prise et blessure.&mdash;Lettre de M. Engil de Ruyter.&mdash;Croisières.&mdash;Voyages
+en Portugal.&mdash;Les pirates de Salé</li>
+<li><a href="#ch3" class="sc">Chapitre III</a>
+(1681-1684).&mdash;Voyages aux Açores.&mdash;Explosion d'un
+volcan.&mdash;Les pirates d'Alger.&mdash;Voyages à Madère.&mdash;Découvertes
+d'un banc de rochers.&mdash;Naufrage.&mdash;Voyage à Ténériffe; excursions
+dans l'île.&mdash;Voyages à la côte de Barbarie.&mdash;Supplice d'un
+juif.&mdash;Doublet résiste aux séductions de Madame Thierry.&mdash;Autres
+voyages à Ste-Croix de Barbarie.&mdash;Les maures attaquent Mazagan.&mdash;Retour
+à Cadix puis en France</li>
+<li><a href="#ch4" class="sc">Chapitre IV</a>
+(1684-1688).&mdash;Doublet arme en course.&mdash;Croisières
+et prises.&mdash;Razzia opérée à Ténériffe.&mdash;Croisières.&mdash;Retour en
+France.&mdash;Voyage à Madère.&mdash;Pluie d'insectes.&mdash;Aventures avec le
+gouvernement de Madère.&mdash;Rencontre d'un monstre marin.&mdash;Retour
+au Havre.&mdash;Autre voyage aux Açores; naufrage.&mdash;Retour à
+Lisbonne.&mdash;Combat contre un Saletin.&mdash;Retour à la Rochelle.&mdash;Amours de
+Doublet.&mdash;Débarquement de Jacques II à Ambleteuse.&mdash;Croisières</li>
+<li><a href="#ch5" class="sc">Chapitre V</a>
+(1688-1690).&mdash;Prise d'un navire hollandais dans un
+port d'Angleterre.&mdash;Croisières dans la Manche&mdash;Naufrage à
+Cherbourg.&mdash;Doublet est présenté à M. de Seignelay.&mdash;Il prend
+le commandement de deux barques longues.&mdash;Son arrivée à Brest.&mdash;Il
+découvre la flotte de Tourville.&mdash;Enlèvement d'un percepteur
+anglais.&mdash;Croisières.&mdash;Prise d'un navire
+anglais.&mdash;Naufrage.&mdash;Autres prises</li>
+<li><a href="#ch6" class="sc">Chapitre VI</a>
+(1691-1692).&mdash;Expédition en Ecosse.&mdash;Les pommes de
+reinette.&mdash;Entrevue de Doublet et de l'intendant de
+Dunkerque.&mdash;Amours de Doublet.&mdash;Il est nommé lieutenant de frégate.&mdash;Il
+reçoit le commandement de deux corsaires.&mdash;Combat.&mdash;Prise de
+trois navires.&mdash;Mission à Elseneur.&mdash;Passage du Sund.&mdash;Arrivée
+à Copenhague; à Dantzick.&mdash;Prise à l'abordage d'un navire
+anglais.&mdash;Naufrage devant Dunkerque.&mdash;Voyage à
+Versailles.&mdash;Aventures avec le sieur Pletz</li>
+<li><a href="#ch7" class="sc">Chapitre VII</a>
+(1692-1693).&mdash;Croisières et voyages dans la mer
+du Nord.&mdash;Aventure avec l'abbé d'Oliva.&mdash;Démêlés avec les
+Anglais.&mdash;Doublet comparaît devant le sénat de Copenhague; il
+est acquitté.&mdash;Présents qu'il reçoit.&mdash;Il force les hollandais
+à saluer son pavillon.&mdash;Retour à Brest avec des fournitures
+pour l'arsenal.&mdash;Mariage de Doublet.&mdash;Il refuse d'embarquer
+avec Duguay-Trouin.&mdash;Il arme en course.&mdash;Voyage aux
+Açores.&mdash;Combat.&mdash;Retour à Brest.&mdash;Nouvelles croisières.&mdash;Prise du
+<i>Scarborough</i></li>
+<li><a href="#ch8" class="sc">Chapitre VIII</a>
+(1693-1697).&mdash;Bombardement de St-Malo.&mdash;Visite
+de Vauban.&mdash;Voyage à Bourgneuf.&mdash;Second bombardement de
+St-Malo.&mdash;Croisières.&mdash;Excursion en Irlande.&mdash;Superstition de
+Doublet.&mdash;Voyage aux Açores.&mdash;Lutte contre les Anglais.&mdash;Séjour
+de Doublet à Salé et à Saffi.&mdash;Il refuse le salut à
+deux vaisseaux espagnols.&mdash;Martyre de la fille de Dom
+Garcia.&mdash;Retour à Marseille</li>
+<li><a href="#ch9" class="sc">Chapitre IX</a>
+(1699-1704). Croisières sur les côtes d'Afrique.&mdash;Relâche
+à Lisbonne.&mdash;Doublet est pris par les Anglais.&mdash;Retour
+à St-Malo et à Honfleur.&mdash;Voyages à Terre-Neuve.&mdash;Voyage
+à St-Domingue.&mdash;Historiette du sieur Gottreau qui
+pesait les sacs à procès.&mdash;Tempête.&mdash;Retour à
+St-Nazaire.&mdash;Voyage à Paris.&mdash;Doublet prend le commandement de quatre
+vaisseaux de compagnie</li>
+<li><a href="#ch10" class="sc">Chapitre X</a>
+(1704-1707).&mdash;Voyage aux côtes d'Afrique.&mdash;Prise
+de dix navires.&mdash;Traite des nègres à Whydah.&mdash;Construction
+d'un fort.&mdash;Coutumes du pays.&mdash;Incendie de l'<i>Avenant</i>.&mdash;Arrivée
+à la Grenade; à St-Domingue.&mdash;Maladie de Doublet.&mdash;Il
+séjourne à la Havane.&mdash;Il y défend le consulat de
+France.&mdash;Retour en Europe.&mdash;Entrevue avec M. de
+Pontchartrain.&mdash;Doublet reçoit le commandement d'un
+vaisseau de 40 canons.&mdash;Il se prépare à un voyage
+dans la mer du Sud.&mdash;Il défend
+Toulon contre les Anglais.&mdash;Conclusion</li>
+<li><span class="sc">Additions</span>
+<ul>
+<li><a href="#add1">I.</a>&mdash;Concession des îles de la Magdeleine, St-Jean, etc. au sieur
+Doublet</li>
+<li><a href="#add2">II.</a>&mdash;Association formée entre François Doublet et Ph. Gaignard
+pour l'exploitation des îles de la Madeleine</li>
+<li><a href="#add3">III.</a>&mdash;Acte de mariage de Doublet</li>
+<li><a href="#add4">IV.</a>&mdash;Lettre de M. des Gastines à M. de Pontchartrain</li>
+<li><a href="#add5">V.</a>&mdash;Relation de la prise d'un navire de guerre anglais</li>
+<li><a href="#add6">VI.</a>&mdash;Lettre de M. Clairambault, à M. de Pontchartrain</li>
+<li><a href="#add7">VII.</a>&mdash;Déclaration de Doublet commandant le <i>St-Jean-Baptiste</i></li>
+<li><a href="#add8">VIII.</a>&mdash;Lettre portant nomination de Jean-François Doublet à la
+charge de capitaine-exempt des Cent-Suisses du duc d'Orléans</li>
+</ul>
+</li>
+<li><a href="#table">Table des noms cités</a></li>
+</ul>
+
+
+
+<h2><a name="table" id="table"></a>TABLE DES NOMS CITÉS</h2>
+
+<p class="c">(<span class="sc">Les noms de navires sont en caractères italiques.</span>)</p>
+
+<div class="c">
+<a name="index_abcd" id="index_abcd" href="#index_a">A</a>
+<a href="#index_b">B</a>
+<a href="#index_c">C</a>
+<a href="#index_d">D</a>
+<a href="#index_e">E</a>
+<a href="#index_f">F</a>
+<a href="#index_g">G</a>
+<a href="#index_h">H</a>
+<a href="#index_i">I</a>
+<a href="#index_j">J</a>
+<a href="#index_k">K</a>
+<a href="#index_l">L</a>
+<a href="#index_m">M</a>
+<a href="#index_n">N</a>
+<a href="#index_o">O</a>
+<a href="#index_p">P</a>
+<a href="#index_q">Q</a>
+<a href="#index_r">R</a>
+<a href="#index_s">S</a>
+<a href="#index_t">T</a>
+<a href="#index_u">U</a>
+<a href="#index_v">V</a>
+<a href="#index_y">Y</a>
+</div>
+<div class="index_title"><a name="index_a" id="index_a" href="#index_abcd">A</a></div>
+<ul><li>
+<span class="sc">Acher</span> (le capitaine) du Havre, p. <a href="#pg49">49</a>.</li>
+<li><i>Alcion</i> (l'), p. <a href="#pg55">55</a>, <a href="#pg56">56</a>, <a href="#pg249">249</a>.</li>
+<li><span class="sc">Amblimont</span> (d'), chef d'escadre, p. <a href="#pg178">178</a>.</li>
+<li><i>Amitié</i> (l'), p. <a href="#pg195">195</a>.</li>
+<li><i>Archiduc</i> (l'), p. <a href="#pg251">251</a>, <a href="#pg257">257</a>, <a href="#pg262">262</a>.</li>
+<li><span class="sc">Arco</span> (la comtesse d'), p. <a href="#pg274">274</a>.</li>
+<li><span class="sc">Argenson</span> (Marc René de Voyer, comte d'), p. <a href="#pg246">246</a>.</li>
+<li><span class="sc">Auber</span> (famille), p. <a href="#pg7">7</a>, <a href="#pg11">11</a>.</li>
+<li><span class="sc">Auber</span> (sieur de la Chesnée), p. <a href="#pg34">34</a>.</li>
+<li><i>Avenant</i> (l') p. <a href="#pg247">247</a>, <a href="#pg260">260</a>, <a href="#pg261">261</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_b" id="index_b" href="#index_abcd">B</a></div>
+<ul>
+<li><i>Badine</i> (la), p. <a href="#pg248">248</a>, <a href="#pg250">250</a>, <a href="#pg252">252</a>, <a href="#pg256">256</a>, <a href="#pg257">257</a>, <a href="#pg260">260</a>, <a href="#pg261">261</a>, <a href="#pg262">262</a>.</li>
+<li><span class="sc">Bart</span> (Cornil), p. <a href="#pg65">65</a>.</li>
+<li><span class="sc">Bart</span> (Jean), p. <a href="#pg55">55</a>, <a href="#pg56">56</a>, <a href="#pg57">57</a>, <a href="#pg58">58</a>, <a href="#pg63">63</a>, <a href="#pg64">64</a>, <a href="#pg65">65</a>, <a href="#pg159">159</a>, <a href="#pg172">172</a>, <a href="#pg174">174</a>.</li>
+<li><span class="sc">Bart</span> (Piter). p. <a href="#pg169">169</a>, <a href="#pg170">170</a>.</li>
+<li><span class="sc">Beaumont</span> (le chevalier de) capitaine de vaisseau, p. <a href="#pg136">136</a>, <a href="#pg137">137</a>.</li>
+<li><span class="sc">Begon</span> (Michel), intendant, p. <a href="#pg134">134</a>, <a href="#pg248">248</a>.</li>
+<li><span class="sc">Benlow</span> (John) amiral anglais, p. <a href="#pg238">238</a>.</li>
+<li><span class="sc">Béranger</span> (Jean), p. <a href="#pg28">28</a>, <a href="#pg50">50</a>, <a href="#pg49">49</a>, <a href="#pg149">149</a>.</li>
+<li><i>Biche</i> (la), p. <a href="#pg241">241</a>.</li>
+<li><span class="sc">Bielck</span> (l'amiral), p. <a href="#pg168">168</a>, <a href="#pg186">186</a>, <a href="#pg188">188</a>.</li>
+<li><span class="sc">Bigot des Gastines</span> (le), intendant, p. <a href="#pg208">208</a>, <a href="#pg209">209</a>, <a href="#pg286">286</a>, <a href="#pg288">288</a>.</li>
+<li><span class="sc">Boisseret</span> (Jean de), marquis de Sainte-Marie. p. <a href="#pg96">96</a>.</li>
+<li><span class="sc">Bougard</span>, pilote, p. <a href="#pg39">39</a>, <a href="#pg76">76</a>.</li>
+<li><span class="sc">Boulard</span> (Jean) de Bayonne, p. <a href="#pg78">78</a>, <a href="#pg94">94</a>.</li>
+<li><span class="sc">Brionne</span> (Louis de Lorraine, comte de), p. <a href="#pg274">274</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_c" id="index_c" href="#index_abcd">C</a></div>
+<ul>
+<li><span class="sc">Caire</span>, frères, marchands marseillais, p. <a href="#pg99">99</a>, <a href="#pg108">108</a>, <a href="#pg109">109</a>, <a href="#pg112">112</a>, <a href="#pg113">113</a>.</li>
+<li><span class="sc">Camus</span> (le), écrivain de marine, p. <a href="#pg202">202</a>.</li>
+<li><i>Cantorbéry</i> (le), p. <a href="#pg230">230</a>.</li>
+<li><i>Castel-Rodrigue</i> (le), p. <a href="#pg43">43</a>.</li>
+<li><span class="sc">Catalan</span>, consul à Cadix, p. <a href="#pg93">93</a>, <a href="#pg94">94</a>.</li>
+<li><i>César</i> (le), p. <a href="#pg117">117</a>.</li>
+<li><span class="sc">Chabot</span>, prêtre, p. <a href="#pg38">38</a>.</li>
+<li><span class="sc">Chalons</span> (de), capitaine de vaisseau, p. <a href="#pg95">95</a>, <a href="#pg96">96</a>.</li>
+<li><span class="sc">Charter</span>, maire d'Edimbourg, p. <a href="#pg156">156</a>, <a href="#pg157">157</a>, <a href="#pg180">180</a>.</li>
+<li><i>Chasseur</i> (le), p. <a href="#pg44">44</a>, <a href="#pg48">48</a>, <a href="#pg50">50</a>.</li>
+<li><span class="sc">Chaulnes</span> (Albert d'Ailly, duc de), p. <a href="#pg204">204</a>.</li>
+<li><span class="sc">Chaumonot</span> (le P.), p. <a href="#pg36">36</a>.</li>
+<li><span class="sc">Chevalier</span>, p. <a href="#pg45">45</a>.</li>
+<li><span class="sc">Clairambault</span>, p. <a href="#pg22">22</a>, <a href="#pg289">289</a>, <a href="#pg290">290</a>.</li>
+<li><span class="sc">Colbert de Saint-Mars</span> (François), p. <a href="#pg42">42</a>.</li>
+<li><span class="sc">Combe</span> (de), ingénieur, p. <a href="#pg133">133</a>.</li>
+<li><span class="sc">Combes</span> (de), capitaine de vaisseau, p. <a href="#pg279">279</a>.</li>
+<li><i>Comte de Revel</i> (le), p. <a href="#pg192">192</a>, <a href="#pg200">200</a>, <a href="#pg204">204</a>, <a href="#pg205">205</a>, <a href="#pg211">211</a>, <a href="#pg286">286</a>, <a href="#pg287">287</a>.</li>
+<li><i>Conquérant</i> (le), p. <a href="#pg141">141</a>, <a href="#pg143">143</a>.</li>
+<li><span class="sc">Cormaillon</span> (de), p. <a href="#pg188">188</a>.</li>
+<li><span class="sc">Coudray</span> (René Guimont du), p. <a href="#pg248">248</a>.</li>
+<li><span class="sc">Courbon-Blenac</span> (François-de), p. <a href="#pg264">264</a>.</li>
+<li><span class="sc">Courcelles</span> (Daniel de Remy de), p. <a href="#pg34">34</a>.</li>
+<li><span class="sc">Courtebourne</span> (Charles de Calonne, marquis de), p. <a href="#pg48">48</a>.</li>
+<li><span class="sc">Creton</span> (Pignon-Vert), de St-Malo, p. <a href="#pg198">198</a>, <a href="#pg199">199</a>, <a href="#pg286">286</a>, <a href="#pg287">287</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_d" id="index_d" href="#index_abcd">D</a></div>
+<ul>
+<li><span class="sc">Deslandes</span> intendant, p. <a href="#pg248">248</a>, <a href="#pg263">263</a>, <a href="#pg275">275</a>.</li>
+<li><span class="sc">Delastre</span> (le capitaine), p. <a href="#pg52">52</a>, <a href="#pg53">53</a>, <a href="#pg54">54</a>, <a href="#pg55">55</a>, <a href="#pg56">56</a>, <a href="#pg58">58</a>, <a href="#pg59">59</a>, <a href="#pg66">66</a>, <a href="#pg67">67</a>.</li>
+<li><span class="sc">Denis</span> (l'abbé), hydrographe, p. <a href="#pg15">15</a>, <a href="#pg58">58</a>, <a href="#pg59">59</a>, <a href="#pg60">60</a>.</li>
+<li><span class="sc">Denis</span> (Nicolas), lieutenant général au Canada, p. <a href="#pg29">29</a>, <a href="#pg31">31</a>, <a href="#pg32">32</a>.</li>
+<li><span class="sc">Desclouseaux</span> (Hubert de Champi), intendant, p. <a href="#pg143">143</a>, <a href="#pg152">152</a>, <a href="#pg192">192</a>, <a href="#pg197">197</a>.</li>
+<li><span class="sc">Desgranges</span>, p. <a href="#pg66">66</a>, <a href="#pg67">67</a>, <a href="#pg75">75</a>, <a href="#pg109">109</a>.</li>
+<li><span class="sc">Des Marchais</span> (le chevalier), p. <a href="#pg249">249</a>.</li>
+<li><i>Dieppoise</i> (la), p. <a href="#pg166">166</a>, <a href="#pg168">168</a>, <a href="#pg169">169</a>.</li>
+<li><i>Diligente</i> (la), p. <a href="#pg60">60</a>.</li>
+<li><span class="sc">Doublet</span> (famille), p. <a href="#pg7">7</a>.</li>
+<li><span class="sc">Doublet</span> (François), p. <a href="#pg6">6</a>, <a href="#pg27">27</a>, <a href="#pg281">281</a>, <a href="#pg282">282</a>, <a href="#pg284">284</a>.</li>
+<li><span class="sc">Ducasse</span> (Jean-Baptiste), chef d'escadre, p. <a href="#pg238">238</a>, <a href="#pg247">247</a>, <a href="#pg248">248</a>, <a href="#pg276">276</a>.</li>
+<li><i>Duc de Bretagne</i> (le), p. <a href="#pg265">265</a>.</li>
+<li><i>Duc de Chaulnes</i> (le), p. <a href="#pg205">205</a>.</li>
+<li><span class="sc">Duguay-Trouin</span>, p. <a href="#pg192">192</a>, <a href="#pg198">198</a>.</li>
+<li><span class="sc">Durand</span> (Nicolas-Jacques), corsaire, p. <a href="#pg134">134</a>, <a href="#pg135">135</a>.</li>
+<li><span class="sc">Duras</span> (Jacques Henri de Durfort de), p. <a href="#pg246">246</a>.</li>
+<li><span class="sc">Dupaty</span>, p. <a href="#pg236">236</a>.</li>
+<li><span class="sc">Duquesnot</span>, procureur général à St-Domingue, p. <a href="#pg264">264</a>, <a href="#pg265">265</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_e" id="index_e" href="#index_abcd">E</a></div>
+<ul>
+<li><i>Ecueil</i> (l'), p. <a href="#pg172">172</a>.</li>
+<li><i>Etoile</i> (l'), p. <a href="#pg198">198</a>, <a href="#pg199">199</a>, <a href="#pg286">286</a>, <a href="#pg287">287</a>.</li>
+<li><span class="sc">Esneval</span> (Robert le Roux, baron d') ambassadeur, p. <a href="#pg183">183</a>.</li>
+<li><i>Estrées</i> (l'abbé d'), p. <a href="#pg117">117</a>.</li>
+<li><span class="sc">Estrées</span> (Victor-Marie, duc d'), p. <a href="#pg138">138</a>, <a href="#pg192">192</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_f" id="index_f" href="#index_abcd">F</a></div>
+<ul>
+<li><span class="sc">Feyro de Fossa</span> (don Manuel), p. <a href="#pg22">22</a>.</li>
+<li><i>Faucon</i> (le), p. <a href="#pg248">248</a>, <a href="#pg257">257</a>.</li>
+<li><i>Florissant</i> (le), p. <a href="#pg48">48</a>, <a href="#pg49">49</a>.</li>
+<li><span class="sc">Fontaine</span> (Madeleine), p. <a href="#intro">5</a>, <a href="#pg6">6</a>, <a href="#pg284">284</a>.</li>
+<li><span class="sc">Fontenay</span> (Hervé le Berçeur, marquis de), p. <a href="#pg131">131</a>, <a href="#pg132">132</a>, <a href="#pg133">133</a>.</li>
+<li><span class="sc">Fossard, sieur Desmarets</span>, (Pierre), p. <a href="#pg284">284</a>.</li>
+<li><span class="sc">Fossard de Saint-Malo</span>, p. <a href="#pg214">214</a>, <a href="#pg215">215</a>, <a href="#pg216">216</a>, <a href="#pg219">219</a>, <a href="#pg221">221</a>, <a href="#pg222">222</a>, <a href="#pg223">223</a>, <a href="#pg224">224</a>, <a href="#pg225">225</a>.</li>
+<li><span class="sc">Fossard-Desmarets</span>, corsaire, p. <a href="#pg161">161</a>, <a href="#pg162">162</a>, <a href="#pg205">205</a>, <a href="#pg206">206</a>, <a href="#pg211">211</a>, <a href="#pg213">213</a>.</li>
+<li><span class="sc">Fossard</span> (Françoise), p. <a href="#pg8">8</a>, <a href="#pg162">162</a>, <a href="#pg284">284</a>.</li>
+<li><i>Français</i> (le), p. <a href="#pg198">198</a>, <a href="#pg264">264</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_g" id="index_g" href="#index_abcd">G</a></div>
+<ul>
+<li><span class="sc">Gaignard</span> (Philippe), chirurgien, p. <a href="#pg30">30</a>, <a href="#pg282">282</a>.</li>
+<li><span class="sc">Galiffet</span> (de), p. <a href="#pg235">235</a>.</li>
+<li><span class="sc">Garcia</span> (don Antonio de), p. <a href="#pg224">224</a>.</li>
+<li><span class="sc">Géraldin</span> (André de), capitaine de vaisseau, p. <a href="#pg133">133</a>, <a href="#pg153">153</a>, <a href="#pg154">154</a>.</li>
+<li><span class="sc">Godefroy de la rochelle</span>, p. <a href="#pg117">117</a>, <a href="#pg119">119</a>, <a href="#pg120">120</a>, <a href="#pg123">123</a>.</li>
+<li><span class="sc">Goislard</span> (la belle) de la Rochelle, p. <a href="#pg120">120</a>, <a href="#pg125">125</a>.</li>
+<li><span class="sc">Gomet</span> (le sieur) directeur à la côte d'Afrique, p. <a href="#pg253">253</a>, <a href="#pg254">254</a>, <a href="#pg255">255</a>.</li>
+<li><span class="sc">Gon, sieur de Quincé</span> (François), p. <a href="#pg31">31</a>.</li>
+<li><span class="sc">Gordon-Oneill</span> (duc de), p. <a href="#pg153">153</a>, <a href="#pg154">154</a>, <a href="#pg155">155</a>.</li>
+<li><span class="sc">Gouin de Beauchêne</span> (Jacques), p. <a href="#pg194">194</a>.</li>
+<li><span class="sc">Gottreau</span> (le sieur) de la Rochelle, p. <a href="#pg238">238</a>, <a href="#pg239">239</a>.</li>
+<li><i>Grand Henry</i> (le), p. <a href="#pg178">178</a>.</li>
+<li><span class="sc">Gravenson</span> (le capitaine), p. <a href="#pg42">42</a>.</li>
+<li><span class="sc">Graville</span> (Malet de), p. <a href="#pg96">96</a>.</li>
+<li><i>Grenadin</i> (le), p. <a href="#pg28">28</a>.</li>
+<li><span class="sc">Grignon, armateur de la Rochelle</span>, p. <a href="#pg36">36</a>.</li>
+<li><span class="sc">Gyldenloeve</span> (Ulric, comte de), p. <a href="#pg168">168</a>, <a href="#pg180">180</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_h" id="index_h" href="#index_abcd">H</a></div>
+<ul>
+<li><span class="sc">Harcourt</span> (Henri d'), marquis de Beuvron, p. <a href="#pg173">173</a>, <a href="#pg245">245</a>.</li>
+<li><i>Hardi</i> (le), p. <a href="#pg49">49</a>.</li>
+<li><span class="sc">Harel</span> (Pierre), p. <a href="#pg133">133</a>.</li>
+<li><span class="sc">Hautefort</span>, capitaine de vaisseau, p. <a href="#pg209">209</a>.</li>
+<li><i>Hermione</i> (l'), p. <a href="#pg248">248</a>.</li>
+<li><span class="sc">Hoguette</span> (Charles Fortin, marquis de la), p. <a href="#pg136">136</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_i" id="index_i" href="#index_abcd">I</a></div>
+<ul>
+<li><i>Indien</i> (l'), p. <a href="#pg273">273</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_j" id="index_j" href="#index_abcd">J</a></div>
+<ul>
+<li><span class="sc">Jacques ii</span>, roi d'Angleterre, p. <a href="#pg47">47</a>, <a href="#pg48">48</a>, <a href="#pg123">123</a>.</li>
+<li><span class="sc">Jonchée</span>, consul à la Havane, p. <a href="#pg269">269</a>, <a href="#pg270">270</a>, <a href="#pg271">271</a>, <a href="#pg272">272</a>, <a href="#pg274">274</a>.</li>
+<li><i>Justice</i> (la), p. <a href="#pg43">43</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_k" id="index_k" href="#index_abcd">K</a></div>
+<ul>
+<li><span class="sc">Kerhouent</span> (Louise de), duchesse de Portsmouth, p. <a href="#pg41">41</a>.</li>
+<li><span class="sc">Keroal</span> (la comtesse de), p. <a href="#pg41">41</a>.</li>
+<li><span class="sc">Keyser</span> (Charles), lieutenant de vaisseau, p. <a href="#pg161">161</a>, <a href="#pg164">164</a>, <a href="#pg165">165</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_l" id="index_l" href="#index_abcd">L</a></div>
+<ul>
+<li><i>Laitière d'Amsterdam</i> (la) p. <a href="#pg171">171</a>.</li>
+<li><span class="sc">Laloet</span> (Nicolas) de Dieppe, p. <a href="#pg46">46</a>.</li>
+<li><span class="sc">Landemare</span> (Claude de), p. <a href="#pg31">31</a>.</li>
+<li><span class="sc">Langeron</span> (le marquis de), lieutenant-général, p. <a href="#pg104">104</a>, <a href="#pg197">197</a>, <a href="#pg208">208</a>.</li>
+<li><span class="sc">Laroque</span> (de), p. <a href="#pg49">49</a>, <a href="#pg50">50</a>.</li>
+<li><span class="sc">Las Minas</span> (marquis de), p. <a href="#pg68">68</a>, <a href="#pg74">74</a>, <a href="#pg75">75</a>.</li>
+<li><span class="sc">Leblanc</span>, p. <a href="#pg45">45</a>.</li>
+<li><span class="sc">LeGendre</span> (Thomas) de Rouen, p. <a href="#pg87">87</a>, <a href="#pg222">222</a>.</li>
+<li><span class="sc">Legoux de la Jannaye</span>, p. <a href="#pg195">195</a>.</li>
+<li><span class="sc">Le Moine d'Iberville</span> (Pierre), capitaine de vaisseau, p. <a href="#pg273">273</a>.</li>
+<li><span class="sc">Le Moine de Sérigny</span> (Joseph), capitaine de vaisseau, p. <a href="#pg273">273</a>.</li>
+<li><span class="sc">Le Roy de la Potterie</span>, commissaire de marine, p. <a href="#pg143">143</a>.</li>
+<li><span class="sc">Lescole</span> (Michel de), ingénieur, p. <a href="#pg68">68</a>, <a href="#pg74">74</a>.</li>
+<li><i>Lévrier</i> (le), p. <a href="#pg278">278</a>.</li>
+<li><span class="sc">Lévy</span> (le chevalier de), capitaine de vaisseau, <a href="#pg138">138</a>, <a href="#pg147">147</a>.</li>
+<li><span class="sc">Louvigny</span> (Paul de), intendant, P. <a href="#pg135">135</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_m" id="index_m" href="#index_abcd">M</a></div>
+<ul>
+<li><span class="sc">Maisonneuve</span> (de), capitaine de vaisseau, p. <a href="#pg175">175</a>.</li>
+<li><span class="sc">Magnou</span> (Guérusseau du), chef d'escadre, p. <a href="#pg248">248</a>.</li>
+<li><span class="sc">Makay</span> (de), p. <a href="#pg154">154</a>, <a href="#pg155">155</a>, <a href="#pg156">156</a>, <a href="#pg157">157</a>, <a href="#pg158">158</a>, <a href="#pg160">160</a>.</li>
+<li><span class="sc">Maret</span>, chirurgien, p. <a href="#pg46">46</a>, <a href="#pg47">47</a>, <a href="#pg48">48</a>.</li>
+<li><i>Marin</i> (le), p. <a href="#pg248">248</a>, <a href="#pg257">257</a>, <a href="#pg262">262</a>.</li>
+<li><span class="sc">Marin</span>, capitaine de brûlot, p. <a href="#pg248">248</a>.</li>
+<li><i>Mars</i> (le), p. <a href="#pg65">65</a>.</li>
+<li><span class="sc">Martangis</span> (de), ambassadeur, p. <a href="#pg168">168</a>, <a href="#pg186">186</a>.</li>
+<li><span class="sc">Matignon</span> (Jacques Goyon, sire de), lieutenant-général en Normandie, p. <a href="#pg135">135</a>, <a href="#pg136">136</a>.</li>
+<li><span class="sc">Maurville</span> (Bidé de), p. <a href="#pg237">237</a>, <a href="#pg240">240</a>, <a href="#pg241">241</a>, <a href="#pg242">242</a>.</li>
+<li><span class="sc">Merot</span>, p. <a href="#pg45">45</a>.</li>
+<li><span class="sc">Mithon</span> (Jean-Jacques), intendant, p. <a href="#pg266">266</a>, <a href="#pg267">267</a>.</li>
+<li><span class="sc">Moinerie-Trochon</span> (la), de St-Malo, p. <a href="#pg213">213</a>, <a href="#pg214">214</a>, <a href="#pg215">215</a>, <a href="#pg218">218</a>.</li>
+<li><span class="sc">Montault</span> (de), lieutenant de vaisseau, p. <a href="#pg175">175</a>.</li>
+<li><span class="sc">Montmort</span> (Hubert de Fargis de), intendant, p. <a href="#pg226">226</a>.</li>
+<li><span class="sc">Moyencourt</span> (de), capitaine de vaisseau, p. <a href="#pg141">141</a>, <a href="#pg147">147</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_n" id="index_n" href="#index_abcd">N</a></div>
+<ul>
+<li><span class="sc">Naguet</span> (famille de), p. <a href="#pg9">9</a>, <a href="#pg11">11</a>.</li>
+<li><span class="sc">Nancré</span> (de Dreux, marquis de), p. <a href="#pg291">291</a>.</li>
+<li><span class="sc">Naudy</span>, capitaine de brûlot, p. <a href="#pg148">148</a>.</li>
+<li><span class="sc">Niels-Juel</span>, amiral, p. <a href="#pg168">168</a>, <a href="#pg186">186</a>, <a href="#pg188">188</a>.</li>
+<li><span class="sc">Noailles</span> (le chevalier de), p. <a href="#pg208">208</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_o" id="index_o" href="#index_abcd">O</a></div>
+<ul>
+<li><span class="sc">Oliva</span> (l'abbé d'), p. <a href="#pg182">182</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_p" id="index_p" href="#index_abcd">P</a></div>
+<ul>
+<li><span class="sc">Pailletrie</span> (le bailli de la), chef d'escadre, p. <a href="#pg208">208</a>.</li>
+<li><i>Palleul</i> (le), p. <a href="#pg43">43</a>.</li>
+<li><span class="sc">Panetié,</span> capitaine de vaisseau, p. <a href="#pg52">52</a>, <a href="#pg54">54</a>, <a href="#pg56">56</a>, <a href="#pg57">57</a>, <a href="#pg58">58</a>, <a href="#pg60">60</a>.</li>
+<li><span class="sc">Patin</span> (Constant), p. <a href="#pg96">96</a>.</li>
+<li><span class="sc">Patoulet</span> (Jean-Baptiste), intendant, p. <a href="#pg133">133</a>, <a href="#pg152">152</a>.</li>
+<li><span class="sc">Penderne</span> (Jean), anglais, p. <a href="#pg83">83</a>.</li>
+<li><i>Perle</i> (la), p. <a href="#pg99">99</a>.</li>
+<li><span class="sc">Perrinet</span> (de), capitaine de vaisseau, p. <a href="#pg140">140</a>.</li>
+<li><span class="sc">Plets</span> (le sieur), armateur, p. <a href="#pg175">175</a>, <a href="#pg176">176</a>.</li>
+<li><span class="sc">Polastron</span> (Denis, comte de), p. <a href="#pg207">207</a>.</li>
+<li><span class="sc">Pontchartrain</span> (de), p, <a href="#pg174">174</a>, <a href="#pg230">230</a>, <a href="#pg246">246</a>.</li>
+<li><span class="sc">Postel</span> (le capitaine), p. <a href="#pg166">166</a>, <a href="#pg169">169</a>.</li>
+<li><span class="sc">Poulet</span> (le capitaine) de Dieppe, p. <a href="#pg33">33</a>.</li>
+<li><i>Princesse de Conti</i> (la), p. <a href="#pg124">124</a>.</li>
+<li><i>Prince Peerts</i> (le), p. <a href="#pg65">65</a>.</li>
+<li><i>Profond</i> (le), p. <a href="#pg175">175</a>, <a href="#pg178">178</a>, <a href="#pg192">192</a>.</li>
+<li><i>Prudent</i> (le). </li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_q" id="index_q" href="#index_abcd">Q</a></div>
+<ul>
+<li><span class="sc">Quillet</span> (famille), p. <a href="#pg8">8</a>, <a href="#pg11">11</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_r" id="index_r" href="#index_abcd">R</a></div>
+<ul>
+<li><i>Rachel d'Amsterdam</i> (la), p. <a href="#pg254">254</a>.</li>
+<li><span class="sc">Rancey</span> (de), p. <a href="#pg183">183</a>, <a href="#pg184">184</a>, <a href="#pg185">185</a>.</li>
+<li><span class="sc">Rantot</span> (de), p. <a href="#pg136">136</a>.</li>
+<li><span class="sc">Raymondis</span> (de), capitaine de vaisseau, p. <a href="#pg146">146</a>, <a href="#pg147">147</a>.</li>
+<li><i>Renommée</i> (la), p. <a href="#pg270">270</a>.</li>
+<li><i>Rosier d'Alger</i> (le), p. <a href="#pg71">71</a>.</li>
+<li><span class="sc">Ruyter</span> (l'amiral de), p. <a href="#pg40">40</a>.</li>
+<li><span class="sc">Ruyter</span> (Engil de), p. <a href="#pg40">40</a>, <a href="#pg41">41</a>, <a href="#pg42">42</a>, <a href="#pg43">43</a>, <a href="#pg62">62</a>, <a href="#pg161">161</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_s" id="index_s" href="#index_abcd">S</a></div>
+<ul>
+<li><span class="sc">Saa</span> (Don Roberto de), p. <a href="#pg71">71</a>, <a href="#pg73">73</a>, <a href="#pg74">74</a>, <a href="#pg75">75</a>, <a href="#pg76">76</a>.</li>
+<li><i>Saint-André</i> (le), p. <a href="#pg113">113</a>.</li>
+<li><i>Saint-Antoine</i> (le), p. <a href="#pg78">78</a>, <a href="#pg195">195</a>, <a href="#pg289">289</a>.</li>
+<li><i>Sainte-Claire</i> (le), p. <a href="#pg224">224</a>.</li>
+<li><i>Saint-Jean-Baptiste</i> (le), p. <a href="#pg17">17</a>, <a href="#pg21">21</a>, <a href="#pg22">22</a>.</li>
+<li><i>Saint-Jean-Baptiste</i> (le), p. <a href="#pg278">278</a>, <a href="#pg289">289</a>, <a href="#pg290">290</a>.</li>
+<li><i>Saint-Michel</i> (le), p. <a href="#pg28">28</a>, <a href="#pg282">282</a>.</li>
+<li><span class="sc">Saint-Pater</span> (Jacques Le Coutelier marquis de), p. <a href="#pg278">278</a>.</li>
+<li><span class="sc">Salampart de Chouppes</span> (Marie-Gobert), p. <a href="#pg267">267</a>.</li>
+<li><span class="sc">Sallaberry</span> (Charles de), p. <a href="#pg276">276</a>.</li>
+<li><span class="sc">Samson</span> (Jacques), p. <a href="#pg44">44</a>, <a href="#pg48">48</a>.</li>
+<li><i>Sans-Peur</i> (la), p. <a href="#pg134">134</a>.</li>
+<li><i>Scarborough</i> (le), p. <a href="#pg199">199</a>.</li>
+<li><i>Soleil Royal</i> (le), p. <a href="#pg139">139</a>.</li>
+<li><i>Sorcière</i> (la), p. <a href="#pg56">56</a>, <a href="#pg161">161</a>, <a href="#pg163">163</a>, <a href="#pg166">166</a>.</li>
+<li><span class="sc">Seignelay</span> (le marquis de), p. <a href="#pg132">132</a>, <a href="#pg133">133</a>, <a href="#pg138">138</a>, <a href="#pg139">139</a>, <a href="#pg140">140</a>, <a href="#pg142">142</a>, <a href="#pg144">144</a>, <a href="#pg145">145</a>.</li>
+<li><i>Serpente</i> (la), p. <a href="#pg56">56</a>, <a href="#pg161">161</a>, <a href="#pg163">163</a>, <a href="#pg166">166</a>, <a href="#pg174">174</a>, <a href="#pg189">189</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_t" id="index_t" href="#index_abcd">T</a></div>
+<ul>
+<li><span class="sc">Talon</span> (Jean), intendant, p. <a href="#pg33">33</a>, <a href="#pg34">34</a>.</li>
+<li><span class="sc">Tessé</span> (René, sire de Fronlay, comte de), p. <a href="#pg278">278</a>.</li>
+<li><span class="sc">Thiberge</span> (Nicolas), pilote, p. <a href="#pg112">112</a>.</li>
+<li><span class="sc">Thierry</span> (Raphaël), de Rouen, p. <a href="#pg90">90</a>, <a href="#pg91">91</a>.</li>
+<li><span class="sc">Thomas</span> (le capitaine) de la Rochelle, p. <a href="#pg232">232</a>.</li>
+<li><span class="sc">Tingry</span> (le prince de), p. <a href="#pg179">179</a>.</li>
+<li><span class="sc">Tracy</span> (Alexandre de Pourville, marquis de), p. <a href="#pg34">34</a>.</li>
+<li><span class="sc">Tourville</span> (le chevalier de) p. <a href="#pg139">139</a>, <a href="#pg140">140</a>, <a href="#pg144">144</a>, <a href="#pg146">146</a>, <a href="#pg147">147</a>, <a href="#pg148">148</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_u" id="index_u" href="#index_abcd">U</a></div>
+<ul>
+<li><i>Utile</i> (l'), p. <a href="#pg135">135</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_v" id="index_v" href="#index_abcd">V</a></div>
+<ul>
+<li><span class="sc">Valsemé</span> (Guillaume de), p. <a href="#pg7">7</a>.</li>
+<li><span class="sc">Vauban</span> (le maréchal de), p. <a href="#pg204">204</a>.</li>
+<li><span class="sc">Vaulezard</span> (Juchereau de), p. <a href="#pg269">269</a>, <a href="#pg273">273</a>.</li>
+<li><span class="sc">Vauvré</span> (Louis Girardin de), intendant, p. <a href="#pg278">278</a>.</li>
+<li><span class="sc">Vaux-Mimars</span> (de), p. <a href="#pg122">122</a>, <a href="#pg123">123</a>.</li>
+<li><span class="sc">Venize</span> (de), capitaine de vaisseau, <a href="#pg141">141</a>, <a href="#pg142">142</a>, <a href="#pg147">147</a>, <a href="#pg148">148</a>, <a href="#pg149">149</a>, <a href="#pg115">115</a>.</li>
+<li><i>Ville de Rouen</i> (la), p. <a href="#pg95">95</a>.</li>
+<li><i>Vipère</i> (la), p. <a href="#pg53">53</a>.</li>
+<li><span class="sc">Vivonne</span> (le duc de), p. <a href="#pg40">40</a>.</li>
+</ul>
+
+<div class="index_title"><a name="index_y" id="index_y" href="#index_abcd">Y</a></div>
+<ul>
+<li><span class="sc">York</span> (le duc d'), p. <a href="#pg47">47</a>, <a href="#pg48">48</a>, <a href="#pg123">123</a>.</li>
+</ul>
+
+
+
+<p class="c">IMPRIMÉ PAR J. MAYET ET C<sup>ie</sup> À LONS-LE-SAUNIER</p>
+
+
+
+<div class="footnotes">
+<h2>NOTES</h2>
+
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1"></a>
+<a href="#FNanchor_1">
+<span class="label">[1]</span></a> Voyez la <i>Revue historique</i>, tome XII, p. 48 et 314.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2"></a>
+<a href="#FNanchor_2">
+<span class="label">[2]</span></a> Dép. du Calvados, arr. de Pont-l'Evêque.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3"></a>
+<a href="#FNanchor_3">
+<span class="label">[3]</span></a> Voy. aux additions, pièce n<sup>o</sup> 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4"></a>
+<a href="#FNanchor_4">
+<span class="label">[4]</span></a> Reg. de l'état civil de Honfleur, 12 avril 1722.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5"></a>
+<a href="#FNanchor_5">
+<span class="label">[5]</span></a> Acte de notoriété du 24 mai 1679. Arch. munic., Délibér., reg. n<sup>o</sup> 57,
+fol. 20 r<sup>o</sup>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_6" id="Footnote_6"></a>
+<a href="#FNanchor_6">
+<span class="label">[6]</span></a> Rue des Capucins, n<sup>o</sup> 25.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_7" id="Footnote_7"></a>
+<a href="#FNanchor_7">
+<span class="label">[7]</span></a> Actes de l'Hôtel-de-Ville des 17 novembre 1499, 15 mai 1502, février
+1522.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_8" id="Footnote_8"></a>
+<a href="#FNanchor_8">
+<span class="label">[8]</span></a> <i>Recherche faite en 1540 par les Elus de Lisieux</i>, (Caen, 1827.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_9" id="Footnote_9"></a>
+<a href="#FNanchor_9">
+<span class="label">[9]</span></a> Id. p. 112 et 118.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_10" id="Footnote_10"></a>
+<a href="#FNanchor_10">
+<span class="label">[10]</span></a> Arc. de Pennedepie, reg. de l'état-civil.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_11" id="Footnote_11"></a>
+<a href="#FNanchor_11">
+<span class="label">[11]</span></a> Les historiens n'ont pas manqué depuis un siècle à la marine française,
+mais tout ce qui, au point de vue historique, concerne la transformation de
+ses institutions est resté généralement ignoré. Dans une série d'articles parus
+dans la <i>Revue maritime</i> M. Didier Neuville a commencé à combler cette
+lacune, en étudiant les <i>Etablissements scientifiques</i> dans leur origine et leur
+développement. On y trouvera notamment exposé clairement tout ce qu'on
+connaît jusqu'ici sur la création des écoles d'hydrographie.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_12" id="Footnote_12"></a>
+<a href="#FNanchor_12">
+<span class="label">[12]</span></a> Reg. des délib. munic. 29 septembre 1711, 21 janvier, 15 février et 1<sup>er</sup>
+octobre 1712, 4 septembre 1725, 9 décembre 1726 et 18 décembre 1728. Reg.
+de l'état civil de Barneville, 21 déc. 1728.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_13" id="Footnote_13"></a>
+<a href="#FNanchor_13">
+<span class="label">[13]</span></a> Quelquefois il emploie des expressions usitées dans le patois normand:
+il dit <i>l'assoirant</i> qui signifie l'approche du soir; <i>s'ivrer</i> pour s'enivrer.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_14" id="Footnote_14"></a>
+<a href="#FNanchor_14">
+<span class="label">[14]</span></a> Voy. aux Additions les pièces n<sup>os</sup> 6 et 7.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_15" id="Footnote_15"></a>
+<a href="#FNanchor_15">
+<span class="label">[15]</span></a> Arch. de la Marine, service général, 22 avril et 4 mai 1711.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_16" id="Footnote_16"></a>
+<a href="#FNanchor_16">
+<span class="label">[16]</span></a> Il s'agit des îles <i>Sebaldines</i>, dans le détroit de Magellan, découvertes
+par Sebald de Weerdt, navigateur hollandais, en 1599.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_17" id="Footnote_17"></a>
+<a href="#FNanchor_17">
+<span class="label">[17]</span></a> François Doublet, M<sup>e</sup> apothicaire, rue Brûlée à Honfleur, né dans les vingt premières
+années du dix-septième siècle, mort avant l'année 1678 «aux païs estrangers où
+il étoit employé pour le service du roy.»&mdash;Reg. des délib. munic. 24 mai 1679.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_18" id="Footnote_18"></a>
+<a href="#FNanchor_18">
+<span class="label">[18]</span></a> Les îles St. Jean, de la Madeleine, Brion et aux Oiseaux forment un groupe d'îlots
+situés au nord du cap Breton, dans le golfe du fleuve St. Laurent. La compagnie de la
+Nouvelle France concéda ces îles à François Doublet par lettres du 19 janvier 1663.
+Voy. aux additions la pièce n<sup>o</sup> 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_19" id="Footnote_19"></a>
+<a href="#FNanchor_19">
+<span class="label">[19]</span></a> A défaut de l'acte de baptême, cette indication permet de fixer la date de naissance de
+Doublet. Suivant lui, il était âgé de sept ans et trois mois en février 1663; il faut
+donc reporter sa naissance au mois de novembre 1655.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_20" id="Footnote_20"></a>
+<a href="#FNanchor_20">
+<span class="label">[20]</span></a> Nicolas Denis reçut provisions de lieutenant général en Canada le 30 janvier 1654.
+Il était fils de Mathurin Denis, écuyer, sieur de Fronsac, capitaine des gardes de Henri
+III.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_21" id="Footnote_21"></a>
+<a href="#FNanchor_21">
+<span class="label">[21]</span></a> Ce Philippe Gaignard établi chirurgien à Rouen avait précédemment résidé à Honfleur.
+Il était le neveu d'un capitaine de navire de ce port, Thomas Frontin, beau-frère
+de l'armateur Nicolas Lion de St.-Thibault dont les navires le <i>Henry</i> et le <i>St.-Pierre</i>
+effectuaient chaque année un voyage à Terre-Neuve.&mdash;Reg. de l'amirauté.
+Voy. aux additions la pièce n<sup>o</sup> 2 du 23 avril 1663.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_22" id="Footnote_22"></a>
+<a href="#FNanchor_22">
+<span class="label">[22]</span></a> Un acte d'association du 1<sup>er</sup> février 1664 avait été passé entre François Doublet,
+François Gon sieur de Quincé et Claude de Landemare, marchands à Rouen, pour l'exploitation
+des îles de la Madeleine. Ce dernier, Claude de Landemare, était déjà intéressé
+dans l'opération, car il parut devant les tabellions de Honfleur le <i>30 mars, 1664</i> et fit
+ses comptes avec François Doublet. Il lui revenait pour le voyage de 1663, 612 livres
+15 sols 3 deniers.&mdash;Reg. du tabellionage de Roncheville.</p>
+
+<p>A la ligne suivante, Doublet a écrit: «nous partismes du port au <i>commencement de
+Mars</i>....»; dans l'acte cité ci-dessus son père s'engage à partir pour un nouveau voyage
+à la marée du lendemain, c'est-à-dire le 1<sup>er</sup> avril.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_23" id="Footnote_23"></a>
+<a href="#FNanchor_23">
+<span class="label">[23]</span></a> Il s'agit de la compagnie de la Terre ferme d'Amérique réorganisée par un édit du 28
+mai 1664 sous le nom de compagnie des Indes Occidentales.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_24" id="Footnote_24"></a>
+<a href="#FNanchor_24">
+<span class="label">[24]</span></a> La découverte de cette mine coincida avec le départ de l'intendant Talon pour le Canada.
+Jugeant que la découverte des minéraux ou riches ou de basse estoffé était un point
+essentiel aux affaires du roi, Talon obtint l'envoi au Canada de quarante travailleurs.
+La compagnie les recruta en Normandie et elle en confia la conduite à François Doublet.
+En outre de plomb, l'ingénieur-fondeur prétendait trouver de l'argent à la côte de
+Gaspée; «cette prétention paroist fondée,» écrivait Talon.&mdash;Arch. de la marine,
+Canada, 22 avril, 27 avril et 4 octobre 1665.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_25" id="Footnote_25"></a>
+<a href="#FNanchor_25">
+<span class="label">[25]</span></a> Ce marin originaire de Normandie, est resté inconnu. Toutefois la correspondance
+de Talon, intendant au Canada, et les dépêches de Colbert en font mention. Au mois
+de novembre 1670, le capitaine Poulet ou Poullet se trouvait à Québec. «Cet homme
+savant par une longue habitude et une expérience acquise de bas aage et devenu habile
+navigateur,» proposa de tenter la découverte de la communication de la mer du Sud et de
+celle du Nord par le détroit de Davis, «ou par le détroit de Magellan pour après avoir
+doublé tout le revers de l'Amérique jusqu'au Califourny reprendre les vents de l'Ouest et à
+leur faveur rentrer par la baie d'Hudson.» Son dessein, en outre, était de percer jusqu'à
+la Chine par l'un ou l'autre de ces endroits. Arch. de la Marine, Mémoire de Talon, 10
+novembre 1670; Lettre de Colbert, février 1671. (Colonies, Canada).</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_26" id="Footnote_26"></a>
+<a href="#FNanchor_26">
+<span class="label">[26]</span></a> Le débarquement des chevaux que le roi envoyait au Canada causa un grand enthousiasme
+parmi les habitants. A l'exception d'un cheval donné à M. de Montmagny près de
+vingt ans auparavant, c'étaient les premiers qu'on y voyait.&mdash;Ferland, <i>Histoire du Canada</i>,
+t. II, p. 36.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_27" id="Footnote_27"></a>
+<a href="#FNanchor_27">
+<span class="label">[27]</span></a> Alexandre de Pourville, marquis de Tracy, reçut le 19 novembre 1663 la commission
+de lieutenant-général des armées du roi et les fonctions et pouvoirs de vice-roi en Amérique.
+Décédé gouverneur de Dunkerque le 28 avril 1670.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_28" id="Footnote_28"></a>
+<a href="#FNanchor_28">
+<span class="label">[28]</span></a> Daniel de Remy, sieur de Courcelles, reçut commission de lieutenant-général en Canada
+le 23 mars 1665.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_29" id="Footnote_29"></a>
+<a href="#FNanchor_29">
+<span class="label">[29]</span></a> Jean Talon, ancien intendant du Hainaut, l'administrateur le plus éminent que Louis
+XIV ait envoyé au Canada, reçut la commission d'intendant à la Nouvelle-France le
+23 mars 1665.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_30" id="Footnote_30"></a>
+<a href="#FNanchor_30">
+<span class="label">[30]</span></a> Auber, sieur de la Chesnée ou Chesnaye. Nous croyons que des liens de parenté l'unissaient
+à la famille de Doublet, dont le grand père paternel avait épousé Marguerite Auber,
+fille de Richard Auber, receveur du domaine de Roncheville.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_31" id="Footnote_31"></a>
+<a href="#FNanchor_31">
+<span class="label">[31]</span></a> Le séminaire des jésuites de Québec fut fondé par M. de Laval-Montmorency suivant
+lettres patentes du 26 mars 1663.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_32" id="Footnote_32"></a>
+<a href="#FNanchor_32">
+<span class="label">[32]</span></a> Pierre-Joseph-Marie Chaumonot, mourut à Québec le 21 février 1693. Il est l'auteur
+d'une grammaire, d'un dictionnaire et d'un catéchisme en langue huronne; la grammaire
+seule a été publiée.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_33" id="Footnote_33"></a>
+<a href="#FNanchor_33">
+<span class="label">[33]</span></a> Ces termes que Doublet emploiera souvent désignent les bancs situés à l'ouest et au
+nord de Terre-Neuve.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_34" id="Footnote_34"></a>
+<a href="#FNanchor_34">
+<span class="label">[34]</span></a> La compagnie du Sénégal établie en 1679, fut réunie à la compagnie des Indes
+en 1719. Ses districts s'étendaient depuis le cap Blanc jusqu'à la rivière Serra Leone.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_35" id="Footnote_35"></a>
+<a href="#FNanchor_35">
+<span class="label">[35]</span></a> Dans le ms. les pages qui suivent sont enregistrées sous la date de 1669. La date
+exacte est 1676; les faits cités permettent de l'établir.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_36" id="Footnote_36"></a>
+<a href="#FNanchor_36">
+<span class="label">[36]</span></a> Nommé lieutenant de frégate le 25 octobre 1689; capitaine de brûlot le 1<sup>er</sup> janvier
+1693. Tué sur le <i>Bon</i> en mars 1694. Il a publié le <i>Petit Flambeau de la mer ou le véritable
+guide des pilotes côtiers</i>, (Havre, 1731, in-8<sup>o</sup>).</p>
+
+<p>Une famille du nom de Bougard, et à laquelle le pilote-hydrographe cité par Doublet
+appartenait peut-être, vivait à Honfleur au milieu du dix-septième siècle: Elle professait
+la religion réformée. Nous pouvons citer: Marie Bougard mariée à Jacques Lelou,
+avocat; M<sup>e</sup> Bougard médecin et Judith Le Prevost, sa femme, qui abjurèrent en novembre
+1685 ainsi que dix-sept autres religionnaires.&mdash;Reg. du tabellionnage d'Auge, 7
+octobre 1684; Reg. de l'état civil, nov. 1685.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_37" id="Footnote_37"></a>
+<a href="#FNanchor_37">
+<span class="label">[37]</span></a> Sur la partie est de l'île de Wight, au large de Portsmouth, au nord du port Brading.
+Cette rade peut contenir tous les vaisseaux de la marine anglaise.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_38" id="Footnote_38"></a>
+<a href="#FNanchor_38">
+<span class="label">[38]</span></a> Le combat de Palerme est du 2 juin 1676; 12 vaisseaux hollandais et espagnols furent
+incendiés, ainsi que la galère réale et quatre autres galères. L'amiral espagnol Florès
+et l'amiral hollandais de Haën périrent dans les flammes.</p>
+
+<p>Quant à l'amiral Ruyter, ce fut à la bataille du Mont-Gibel livrée par Duquesne le
+22 avril 1676 qu'il reçut une blessure dont il mourut le 29 du même mois.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_39" id="Footnote_39"></a>
+<a href="#FNanchor_39">
+<span class="label">[39]</span></a> Louise de Kerhouent, duchesse de Portsmouth, maîtresse de Charles II, roi d'Angleterre,
+avait été amenée de France, en 1670, par Henriette d'Angleterre, duchesse
+d'Orléans.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_40" id="Footnote_40"></a>
+<a href="#FNanchor_40">
+<span class="label">[40]</span></a> Le capitaine Gravenson était originaire de Nantes. Il fut promu lieutenant de vaisseau
+le 1<sup>er</sup> janvier 1667; capitaine de frégate en 1671 et capitaine de vaisseau le 1<sup>er</sup>
+mars 1673. Noyé au Havre en 1679.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_41" id="Footnote_41"></a>
+<a href="#FNanchor_41">
+<span class="label">[41]</span></a> François Colbert de St-Mars, enseigne en 1672, lieutenant de vaisseau en 1673, capitaine
+de frégate en 1675, obtint le grade de capitaine de vaisseau le 7 février 1678. Il
+se retira, le 1<sup>er</sup> juillet 1721, chef d'escadre honoraire et mourut près de La Rochelle, le
+22 janvier 1722.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_42" id="Footnote_42"></a>
+<a href="#FNanchor_42">
+<span class="label">[42]</span></a> Ordre du roi aux officiers de l'amirauté de Honfleur pour leur dire de donner les
+congez nécessaires au capitaine du vaisseau le <i>Chasseur</i> qui est chargé d'armes et de victuailles
+destinées, par la compagnie des Indes occidentales, aux colonies françaises du Sénégal
+et de Cayenne (20 mars 1672.)&mdash;Arch. de la Marine, Colonies, année 1672,
+fol. 31.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_43" id="Footnote_43"></a>
+<a href="#FNanchor_43">
+<span class="label">[43]</span></a> Plus tard Jacques II, roi d'Angleterre, 1685-1688, 2<sup>e</sup> fils de Charles 1<sup>er</sup> et d'Henriette
+de France. Doublet reviendra bientôt sur le duc d'York et il racontera, plus loin, qu'il
+aida ce prince à débarquer à Ambleteuse, en 1689.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_44" id="Footnote_44"></a>
+<a href="#FNanchor_44">
+<span class="label">[44]</span></a> Charles de Calonne, marquis de Courtebourne, d'une famille ancienne du Boulonnais,
+était lieutenant de roi à Calais et non gouverneur. Le gouverneur particulier de Calais
+était Armand de Béthune, marquis puis duc de Charost, né en 1640, capitaine des
+gardes du corps du roi, duc et pair de France, mort en 1717.</p>
+
+<p>Le marquis de Courtebourne servit à Calais jusqu'à sa mort (octobre 1695). On lui
+accorda le grade de maréchal de camp par brevet du 26 mars 1652 et par la suite une
+commission pour commander à Hesdin et la lieutenance de roi au gouvernement de
+Flandre en 1693.&mdash;Pinard, <i>Chron. hist. mil.</i>, t. VI, p. 351.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_45" id="Footnote_45"></a>
+<a href="#FNanchor_45">
+<span class="label">[45]</span></a> Jean Bérenger, capitaine de navire du port de Honfleur, commandait la
+<i>Marie</i> en 1669; le <i>Chasseur</i> en 1673 et 1674; le <i>Saint-Pierre</i> en 1677; le <i>Saint-Antoine</i>
+en 1681.&mdash;Arch. de l'amirauté de Honfleur. Rapports de mer.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_46" id="Footnote_46"></a>
+<a href="#FNanchor_46">
+<span class="label">[46]</span></a> Capitaine de brûlot en 1673 et enseigne de vaisseau la même année, il fut mis à la
+Bastille le 15 décembre 1679. Elargi trois semaines après, il fut fait lieutenant de
+vaisseau en 1682, capitaine de frégate le 1<sup>er</sup> janvier 1693 et capitaine de vaisseau le
+1<sup>er</sup> janvier 1703. Il fut tué au fort de Gambie, en Guinée, le 6 novembre 1703.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_47" id="Footnote_47"></a>
+<a href="#FNanchor_47">
+<span class="label">[47]</span></a> Ce capitaine, quoique chirurgien de son métier, avait appris l'art de la navigation
+dans ses voyages maritimes. En 1673, âgé de 28 ans, il commandait une frégate de 10 pièces
+de canon, équipée de 100 hommes. Arch. de la marine. Service général, corresp. d'Hubert,
+intendant à Dunkerque.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_48" id="Footnote_48"></a>
+<a href="#FNanchor_48">
+<span class="label">[48]</span></a> M. Panetié, brave homme et bon man&oelig;uvrier, dit M. Jal, devint capitaine de vaisseau
+le 31 mars 1665 et chef d'escadre le 1<sup>er</sup> novembre 1689; décédé le 26 avril 1696. Arch.
+de la Marine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_49" id="Footnote_49"></a>
+<a href="#FNanchor_49">
+<span class="label">[49]</span></a> Auberge «où pend pour enseigne le <i>Soleil d'Or</i>,» rue du Puits, à Honfleur (1676).</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_50" id="Footnote_50"></a>
+<a href="#FNanchor_50">
+<span class="label">[50]</span></a> Jean Bart fut fait lieutenant de vaisseau le 5 janvier 1679; capitaine de frégate le
+14 août 1686; capitaine de vaisseau le 20 juin 1689. Il fut anobli le 3 août 1694 et
+nommé chef d'escadre le 1<sup>er</sup> avril 1697. Arch. de la Marine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_51" id="Footnote_51"></a>
+<a href="#FNanchor_51">
+<span class="label">[51]</span></a> Iles de l'Océan septentrional appartenant à l'Angleterre. Les cartes modernes les
+nomment Shetland.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_52" id="Footnote_52"></a>
+<a href="#FNanchor_52">
+<span class="label">[52]</span></a> Consulter sur l'école d'hydrographie de Dieppe: De Beaurepaire, <i>Recherches sur
+l'instruction publique</i>, etc., t. III.&mdash;Didier Neuville. <i>Etablissements scientifiques de la
+Marine</i> (<i>Revue maritime</i>).&mdash;Le Dépôt de la Marine, série des Ordres du Roi, 21 novembre
+1671, 30 septembre 1672, 4 janvier 1675, 6 janvier et 4 juillet 1679.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_53" id="Footnote_53"></a>
+<a href="#FNanchor_53">
+<span class="label">[53]</span></a> Belem, bourg de Portugal, sur le Tage, à deux lieues au-dessous de Lisbonne, au
+devant duquel on voit une tour. C'est auprès de cette tour que les navires mouillaient en
+attendant leurs dépêches. Doublet écrit indifféremment <i>Blem</i>, <i>Bleum</i>, <i>Balem</i> et <i>Belem</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_54" id="Footnote_54"></a>
+<a href="#FNanchor_54">
+<span class="label">[54]</span></a> Terme de commerce maritime. <i>Chapeau de mérite</i>, ou simplement et plus ordinairement,
+<i>chapeau</i>, gratification accordée par convention au capitaine d'un bâtiment de commerce,
+qui remet à bon port les marchandises chargées à fret. (Littré).</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_55" id="Footnote_55"></a>
+<a href="#FNanchor_55">
+<span class="label">[55]</span></a> Port de Portugal sur la Lima, province de Minho. Quatre lieues au-delà est situé
+un autre hâvre nommé <i>Ville del Conde</i>, et plus loin se trouve <i>Port-à-Port</i> dont Doublet
+citera le nom dans les pages suivantes.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_56" id="Footnote_56"></a>
+<a href="#FNanchor_56">
+<span class="label">[56]</span></a> On trouve dans les registres des Ordres du Roi du dépôt de la Marine plusieurs lettres
+adressées à cet ingénieur. Voyez notamment à la date du 20 juin 1689.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_57" id="Footnote_57"></a>
+<a href="#FNanchor_57">
+<span class="label">[57]</span></a> Le marquis de La Mina ou de Las Minas.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_58" id="Footnote_58"></a>
+<a href="#FNanchor_58">
+<span class="label">[58]</span></a> Le <i>Rosier d'Alger</i>. Le ms. porte <i>Dargel</i> en un seul mot. Plus loin, Doublet écrira
+correctement <i>Alger</i>; plus loin encore il écrira <i>Argérins</i> pour Algériens. Il dit encore <i>Europiers</i>
+pour Européens.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_59" id="Footnote_59"></a>
+<a href="#FNanchor_59">
+<span class="label">[59]</span></a> C'est un renégat de ma nation.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_60" id="Footnote_60"></a>
+<a href="#FNanchor_60">
+<span class="label">[60]</span></a> Ile de l'Afrique portugaise, une des îles Madère.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_61" id="Footnote_61"></a>
+<a href="#FNanchor_61">
+<span class="label">[61]</span></a> On lit, en effet, dans le <i>Petit Flambeau de la Mer</i>, p. 379:</p>
+
+<p><i>Remarque nouvellement découverte.</i></p>
+
+<p>«Le sieur François Doublet d'Honfleur, m'a dit que lorsqu'il commandoit une petite
+Frégate en course contre les Hollandois et Espagnols, qu'étant à trois lieuës au Nord-Est
+du milieu de l'Isle de Porto-Sancto, il se seroit trouvé sur un Banc de Roches, où il
+n'avoit au plus profond que 13 pieds d'eau, et qu'il y trouva encore quelque debris d'un
+Navire qui y avoit été perdu, et que ce Banc est de la longueur d'un Cable en largeur,
+et autant en longueur; c'est à quoi ceux qui naviguent à cet endroit doivent avoir
+égard.»</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_62" id="Footnote_62"></a>
+<a href="#FNanchor_62">
+<span class="label">[62]</span></a> Chipiona, à l'embouchure du Guadalquivir.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_63" id="Footnote_63"></a>
+<a href="#FNanchor_63">
+<span class="label">[63]</span></a> Ce qui suit jusqu'au paragraphe commençant par ces mots: «Et le 27<sup>e</sup> j'arivé.....»
+forme un supplément dans le manuscrit. Le feuillet placé entre les pages 28 et 29 porte la
+note suivante: «Ayant égaré une feuille dans l'original de ce voyage, ce qui m'a fait y
+adiouter cette page pour renvoyé avant mon arrivée à Ténérif, sur ce qui m'arriva le
+jour d'après mon départ de St-Lucar.»</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_64" id="Footnote_64"></a>
+<a href="#FNanchor_64">
+<span class="label">[64]</span></a> Riche marchand-armateur intéressé dans les compagnies de commerce fondées au dix-septième
+siècle et qui possédait des relations commerciales très étendues. C'était un des
+principaux négociants de cette époque avec lequel Colbert correspondait. Voy. Arch. de
+la marine, Ordres du Roi et Commerce, 1675, 1689, etc.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_65" id="Footnote_65"></a>
+<a href="#FNanchor_65">
+<span class="label">[65]</span></a> Dans le passage qui suit il s'agit de Muley-Mohammed fils de Muley-Ismael, empereur
+de Maroc de 1672 à 1727. Le P. Dominique Busnot, religieux de la congrégation
+réformée de l'Ordre de la Trinité, a consacré un chapitre de son <i>Histoire du règne
+de Mouley-Ismael, roi de Maroc, Fez, Talifet et Souz</i> (Rouen, 1714), à la vie, aux aventures
+et à la mort tragique de Muley-Mohammed. D'après un mémoire du consul de
+France à Salé, en 1699, les négociants français trouvaient de grands avantages au commerce
+avec la Barbarie. La Provence y envoyait des papiers, des bonnets rouges de laine,
+du souffre, des toiles de Lyon, de la futaine, des fils d'or, du brocart d'or et de soie; le
+Languedoc y expédiait des draps; les navires de St-Malo, de Rouen et de Nantes y portaient
+des toiles. On estimait le négoce de la France avec cette région à 400,000 écus.
+Les marchandises étaient échangées avec celles du pays: cire, laine, cuivre en chaudron;
+cuivre neuf, étain, dattes, amandes, plumes d'autruche. Onze maisons françaises y étaient
+établies. Arch. de la Marine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_66" id="Footnote_66"></a>
+<a href="#FNanchor_66">
+<span class="label">[66]</span></a> Doublet parlera encore de Muley-Mohammed, mais il ne dira pas que ce prince
+tombé par trahison entre les mains de son père, en 1705, subit le même supplice. On lui
+coupa le pied et la main, et on plongea ses membres mutilés dans une chaudière pleine de
+poix et d'huile bouillante; il mourut douze jours après.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_67" id="Footnote_67"></a>
+<a href="#FNanchor_67">
+<span class="label">[67]</span></a> Raphaël Thierry, négociant de Rouen, nommé au consulat de la nation française
+aux îles Canaries par provision des 27 avril et 20 mai, 1670. Arch. de la Marine, commerce,
+t. I, fol. 184, et t. II, fol. 769.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_68" id="Footnote_68"></a>
+<a href="#FNanchor_68">
+<span class="label">[68]</span></a> On entendait par passager les barques passagères appartenant aux hôpitaux du Havre
+et de Honfleur et qui recevaient à leur bord les personnes, les bestiaux et les denrées
+de toutes espèces pour les transporter d'un port dans l'autre. Ces deux établissements
+hospitaliers jouirent pendant longtemps du monopole des droits de passage.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_69" id="Footnote_69"></a>
+<a href="#FNanchor_69">
+<span class="label">[69]</span></a> Constant Patin, avocat du roi en l'amirauté de Honfleur, fils de Constant Patin,
+procureur d'office en la vicomté de Roncheville, lequel avait épousé Marguerite Auber
+grand'mère de Doublet.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_70" id="Footnote_70"></a>
+<a href="#FNanchor_70">
+<span class="label">[70]</span></a> François Mallet de Graville, seigneur et comte de Saint-Martin, Blosseville, Drubec,
+Quatravaux, et autres terres, marié à Jacqueline ou Gabrielle Langlois du Guesclin, résidant
+à Criquebeuf, près de Honfleur.&mdash;Minutes du tabell. de Roncheville.</p>
+
+<p>Sa fille avait épousé Charles de Boisseret, chevalier, seigneur d'Herbelay, marquis de
+Sainte-Marie, capitaine des gardes de Monsieur, seigneur, gouverneur et lieutenant pour le
+roi des îles de la Guadeloupe, la Désirade, Marie-Galande, les Saintes, la Grande et Petite
+Terre, etc. Fils aîné de Jean de Boisseret et de Madeleine Houel.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_71" id="Footnote_71"></a>
+<a href="#FNanchor_71">
+<span class="label">[71]</span></a> Jean de Boisseret, chevalier, marquis de Sainte-Marie, seigneur de Malassis, second
+fils de Jean de Boisseret et de Madeleine Houel s&oelig;ur de Charles Houel, chevalier, seigneur
+du Petit-Pré, gouverneur des îles de la Guadeloupe. Ce Jean de Boisseret habitait, au
+temps dont parle Doublet, la ferme dite le Petit-Paris, à peu de distance de Villerville.
+Il épousa, en 1686, Demoiselle Marie-Anne Estièvre, fille de Michel Estièvre, écuyer,
+sieur de Montessart. Minutes du tabellionage de Roncheville; Reg. de l'état civil de la
+commune de Pennedepie.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_72" id="Footnote_72"></a>
+<a href="#FNanchor_72">
+<span class="label">[72]</span></a> Adassa, d'après les anciennes cartes, est un petit havre situé à l'ouest de l'île de Ténériffe;
+on y chargeait beaucoup de vin.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_73" id="Footnote_73"></a>
+<a href="#FNanchor_73">
+<span class="label">[73]</span></a> Le marquis de Langeron, embarqué comme enseigne en pied sur le <i>Henri</i>, le 1<sup>er</sup> février
+1671, fut fait capitaine de vaisseau le 2 novembre 1671; chef d'escadre le 1<sup>er</sup> novembre
+1689; lieutenant général le 1<sup>er</sup> avril 1697; mort à Sceaux le 28 mai 1711. Arch.
+de la Marine. Voyez le Mercure de juin 1711.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_74" id="Footnote_74"></a>
+<a href="#FNanchor_74">
+<span class="label">[74]</span></a> Au temps de Doublet de pareils phénomènes jettaient l'épouvante parmi les paysans
+et les marins. On citait des pluies de sang, de fer, de laines, de poissons, de grenouilles,
+etc., qu'on attribuait à des causes surnaturelles. Doublet et son équipage partageaient
+cette crédulité; ils sont bien persuadés que c'est un châtiment divin.</p>
+
+<p>Il s'agit d'insectes aquatiques qui multiplient en grande quantité pendant l'été dans les
+mers tropicales et que des tourbillons de vent transportent à de grandes distances.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_75" id="Footnote_75"></a>
+<a href="#FNanchor_75">
+<span class="label">[75]</span></a> Cascaes, ville à l'embouchure du Tage, à 5 lieues de Lisbonne. La rade de cette
+place est dangereuse à cause des vents d'ouest qui y règnent.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_76" id="Footnote_76"></a>
+<a href="#FNanchor_76">
+<span class="label">[76]</span></a> Cette description si peu séduisante qu'elle soit permet de croire qu'il s'agit d'une de
+ces divinités marines qui durent leur naissance à la fable. La croyance aux sirènes ou aux
+monstres marins à figure humaine se maintint longtemps, comme on le voit, puisque
+Doublet mentionne très sérieusement la merveilleuse apparition qui, «par son regard
+fier et plein de feu» terrifia son équipage. D'ailleurs, dans son enfance, il avait été familiarisé
+avec ces contes, car une ruelle de sa ville natale portait et porte encore le nom
+de rue de la Sirène («ruette et advenue de la Seraine»), en 1588; une figure fantastique
+était gravée sur la pierre à l'angle de cette rue; il en subsiste des traces.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_77" id="Footnote_77"></a>
+<a href="#FNanchor_77">
+<span class="label">[77]</span></a> Les dorades suivent les vaisseaux en troupes souvent nombreuses et nagent avec
+beaucoup de vitesse. Leur pêche, qui est pour les marins un véritable divertissement,
+leur procure facilement une chair fraîche, savoureuse et très agréable au goût.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_78" id="Footnote_78"></a>
+<a href="#FNanchor_78">
+<span class="label">[78]</span></a> Azamore, ville forte du Maroc, port d'accès difficile à l'embouchure de la Morbéa
+dans l'Atlantique. Mazagan, petite ville forte du royaume de Maroc, port sur l'Atlantique,
+près de l'embouchure de la Morbéa. Elle a appartenu aux Portugais jusqu'en 1762.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_79" id="Footnote_79"></a>
+<a href="#FNanchor_79">
+<span class="label">[79]</span></a> Ponta-Delgada, dans l'île de San-Miguel, chef-lieu du district oriental des Açores.
+Son port est mauvais.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_80" id="Footnote_80"></a>
+<a href="#FNanchor_80">
+<span class="label">[80]</span></a> Jean d'Estrées, abbé d'Evron, de Préaux et de Saint-Claude, archevêque et duc de
+Cambrai. Il était fils de Jean comte d'Estrées, maréchal et vice-amiral de France, vice-roi
+d'Amérique.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_81" id="Footnote_81"></a>
+<a href="#FNanchor_81">
+<span class="label">[81]</span></a> Famille illustre dans les annales de la Rochelle. Un Jean Godefroy, sieur du Richard,
+né en 1579, pair en 1608, capitaine de l'artillerie en 1617, était maire et capitaine de
+La Rochelle au début du siège de 1627. Doublet citera dans les pages qui suivent les
+neveux de ce capitaine: Jean Godefroy, écuyer, Benjamin, Alexandre et César Godefroy,
+marins et armateurs, puis la cousine de Jean, l'aîné, veuf d'une dame Goislard et remarié
+à une dame Bussereau, suivant Doublet, à Elisabeth Duprat, s&oelig;ur du pasteur d'Arvert,
+suivant des renseignements plus sûrs.</p>
+
+<p>D'après un très curieux tableau généalogique que M. de Richmond, archiviste de la
+Charente-Inférieure, a bien voulu dresser pour nous, des liens de parenté unissent de
+nos jours les derniers représentants des Godefroy à la famille du général Louis-Eugène
+Cavaignac.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_82" id="Footnote_82"></a>
+<a href="#FNanchor_82">
+<span class="label">[82]</span></a> Le nom de cette rade ne figure point sur les cartes que nous avons consultées.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_83" id="Footnote_83"></a>
+<a href="#FNanchor_83">
+<span class="label">[83]</span></a> Au nord du pertuis d'Antioche, entre les rochers dits Lavardins et la terre vers La
+Rochelle. «L'on ancre son chef de Bois sur 5 à 6 brasses d'eau de profondeur, dit le
+<i>Flambeau de la mer</i>, le fond y est mol.»</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_84" id="Footnote_84"></a>
+<a href="#FNanchor_84">
+<span class="label">[84]</span></a> Jacques-François-Edouard Stuart, fils de Marie d'Este et de Jacques II, né le 20
+juin 1688 et mort à Rome le 1<sup>er</sup> janvier 1766 après une existence extrêmement agitée.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_85" id="Footnote_85"></a>
+<a href="#FNanchor_85">
+<span class="label">[85]</span></a> Marie d'Este, fille du duc de Modène, née en 1658; mariée en 1673 à Jacques
+Stuart qui n'était alors que duc d'York. Elle mourut au château de Saint-Germain-en-Laye
+le 7 mai 1718.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_86" id="Footnote_86"></a>
+<a href="#FNanchor_86">
+<span class="label">[86]</span></a> Plymouth. Doublet écrit tantôt Pleimuths, tantôt Pleimuts. Son orthographe des
+noms de lieu et des noms propres varie à chaque page.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_87" id="Footnote_87"></a>
+<a href="#FNanchor_87">
+<span class="label">[87]</span></a> De Vaux-Mimars, ancien garde-marine le 19 février 1681, fait enseigne en 1684,
+lieutenant en 1689 et capitaine de frégate le 1<sup>er</sup> décembre 1705. Mort le 18 octobre
+1718.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_88" id="Footnote_88"></a>
+<a href="#FNanchor_88">
+<span class="label">[88]</span></a> Point de la côte d'Angleterre, entre Douvres et la Tamise, où il y a un bon ancrage
+pour les vaisseaux.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_89" id="Footnote_89"></a>
+<a href="#FNanchor_89">
+<span class="label">[89]</span></a> On sait qu'il s'agit de Jacques II, de la famille des Stuarts, fils du roi Charles I<sup>er</sup>
+et de la reine Henriette de France fille de Henri IV, né en 1633. Il porta jusqu'à son
+avènement au trône le titre de duc d'York. Détrôné en 1688 par son gendre Guillaume de
+Nassau, prince d'Orange, il se réfugia en France. Il était accompagné de son fils naturel,
+Jacques Fitz-James, duc de Berwick, promu en 1706 à la dignité de maréchal de France.&mdash;La
+date du débarquement de Jacques II à Ambleteuse n'est point le mois de septembre
+1688 ainsi que Doublet l'indique mais le 4 janvier 1689. Jacques II arrivait à St-Germain
+le 7 du même mois. Voy. la <i>Gazette</i> du 10 janvier 1689.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_90" id="Footnote_90"></a>
+<a href="#FNanchor_90">
+<span class="label">[90]</span></a> Le comte de Vermandois, fils naturel de Louis XIV. La charge d'amiral de France
+fut rétablie en sa faveur le 12 novembre 1669.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_91" id="Footnote_91"></a>
+<a href="#FNanchor_91">
+<span class="label">[91]</span></a> Les mesures les plus diverses furent prises pour arrêter la fuite des religionnaires.
+En Normandie on établit trente corps-de-garde et autant de pelotons de cavaliers «destinez
+pour battre l'estrade sur les costes.» Des chaloupes armées procédaient en mer à la
+visite des navires. Les arrestations étaient nombreuses. Les religionnaires s'embarquaient
+la nuit sur un point peu fréquenté, et on les voyait la nuit allumer des feux sur les falaises
+de la Seine-Inférieure, du Havre à Dieppe, échangeant ainsi des signaux avec des navires
+étrangers qui louvoyaient près des côtes. Pour empêcher les embarquements clandestins,
+les intendants promettaient aux paysans de leur céder la moitié des meubles des religionnaires
+en cas de dénonciation. Arch. de la Marine, service général, correspondance de M.
+de Montmort, 1686.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_92" id="Footnote_92"></a>
+<a href="#FNanchor_92">
+<span class="label">[92]</span></a> Ramehead, pointe à l'ouest de la baie de Plymouth.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_93" id="Footnote_93"></a>
+<a href="#FNanchor_93">
+<span class="label">[93]</span></a> Saltash, bourg d'Angleterre, en Cornouailles, sur le penchant d'une colline baignée
+par la Tamer; l'embouchure de cette rivière lui forme un port situé à 2 milles marins au-dessus
+de Plymouth. Ce fut dans ce port que Doublet captura, sous le feu des forts, un
+vaisseau hollandais de 6 à 700 tonneaux et armé de 40 canons.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_94" id="Footnote_94"></a>
+<a href="#FNanchor_94">
+<span class="label">[94]</span></a> Dans l'île de Saint-Nicolas.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_95" id="Footnote_95"></a>
+<a href="#FNanchor_95">
+<span class="label">[95]</span></a> Doublet doit revenir plus loin sur cet épisode et expliquer qu'il eut l'honneur d'en
+raconter les péripéties à M. de Seignelay. En outre, il y a lieu de croire que «l'action
+jolie» mais d'une grande témérité racontée ici devint l'objet d'une assez vive curiosité. En
+effet, on en trouve le récit dans l'<i>Inquisition française ou Histoire de la Bastille</i> (t. II, p.
+325) par C. de Renneville.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_96" id="Footnote_96"></a>
+<a href="#FNanchor_96">
+<span class="label">[96]</span></a> Hervé le Berçeur, seigneur et patron de Fontenay et d'Emondeville, enseigne au
+régiment des Gardes et commandant des villes et château de Cherbourg, allié, par contrat
+du 21 novembre 1664, avec Marie-Anne-Jacqueline de La Luzerne, dame de Brévant.&mdash;(Lachesnaye-Desbois,
+XII, p. 632.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_97" id="Footnote_97"></a>
+<a href="#FNanchor_97">
+<span class="label">[97]</span></a> Ingénieur du roi, chargé pendant quelques années de l'inspection des travaux maritimes
+en Normandie. Au mois de mars 1684, il visitait le port de Honfleur par ordre de
+Seignelay.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_98" id="Footnote_98"></a>
+<a href="#FNanchor_98">
+<span class="label">[98]</span></a> Seignelay arriva à Brest dans le courant du mois de mars 1689 pour accélérer les grands
+mouvements qui s'y faisaient. Vauban, après avoir visité toutes les côtes et une partie des
+îles depuis Ypres jusqu'à l'embouchure de la Loire, l'y avait précédé et était arrivé le 18
+février.&mdash;(Levot, <i>Hist. de Brest</i>, t. II, p. 28.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_99" id="Footnote_99"></a>
+<a href="#FNanchor_99">
+<span class="label">[99]</span></a> André de Géraldin, né à Saint-Malo, fut nommé capitaine de brûlot le 1<sup>er</sup> janvier
+1691; capitaine de frégate le 1<sup>er</sup> janvier 1703; capitaine de vaisseau le 23 avril 1708.
+Mort le 11 avril 1738.&mdash;(Arch. de la Marine.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_100" id="Footnote_100"></a>
+<a href="#FNanchor_100">
+<span class="label">[100]</span></a> Jean-Baptiste Patoulet, chevalier, conseiller du roi, commissaire général à Rochefort
+le 15 août 1676; intendant aux îles d'Amérique, 1<sup>er</sup> avril 1679; intendant à Dunkerque,
+1<sup>er</sup> janvier 1683.&mdash;(Arch. de la Marine.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_101" id="Footnote_101"></a>
+<a href="#FNanchor_101">
+<span class="label">[101]</span></a> Capitaine marchand du quartier du Havre, fut fait capitaine de brûlot en 1692 et
+mourut en mer vers 1704.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_102" id="Footnote_102"></a>
+<a href="#FNanchor_102">
+<span class="label">[102]</span></a> Nicolas-Jacques Durand commanda en course en 1675 et 1678 plusieurs frégates
+légères armées à Dunkerque. Il fut envoyé en croisière dans la mer du Nord, en 1695, et
+mourut pendant la campagne.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_103" id="Footnote_103"></a>
+<a href="#FNanchor_103">
+<span class="label">[103]</span></a> Michel Begon, chevalier, né à Blois en décembre 1638. Etait frère du premier commis
+de M. de Seignelay. Président et lieutenant général du bailliage de Blois en 1677, il
+devint commissaire général de la marine à Rochefort en 1680; intendant aux îles, 1684;
+intendant général des galères, 1685; intendant à Rochefort, 1688; à la Rochelle, 1694.
+Il fut révoqué, vers 1705, par M. de Pontchartrain et décéda à Rochefort le 13 mars 1710,
+laissant plusieurs enfants.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_104" id="Footnote_104"></a>
+<a href="#FNanchor_104">
+<span class="label">[104]</span></a> Petites frégates de 6, 10 et 12 pièces de canon, «qui vont parfaitement à la voile,
+mais qui ne sont bonnes pour la course que l'été, l'hiver les Dunkerquois se servent
+de doggres pêcheurs qu'ils équipent en guerre, et comme ces vaisseaux sont fort ronds
+ils soutiennent parfaitement la mer dans les plus rudes tourmentes.» Arch. de la Marine,
+campagnes, 1689-1690.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_105" id="Footnote_105"></a>
+<a href="#FNanchor_105">
+<span class="label">[105]</span></a> Paul de Louvigny, seigneur d'Orgemont, conseiller du roi. Intendant au Havre,
+1<sup>er</sup> septembre 1688; à Brest le 15 mai 1701. Mort à Brest le 24 décembre 1702.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_106" id="Footnote_106"></a>
+<a href="#FNanchor_106">
+<span class="label">[106]</span></a> Jacques Goyon, sire de Matignon, comte de Thorigny, baron de Saint-Lo, lieutenant
+général en Normandie, gouverneur de Cherbourg, Granville et les îles Chaussey,
+né à Thorigny en 1644, chevalier des ordres en 1688, lieutenant général des armées en
+1693. Mort à Paris en 1725.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_107" id="Footnote_107"></a>
+<a href="#FNanchor_107">
+<span class="label">[107]</span></a> Charles Fortin, marquis de la Hoguette, après avoir servi dans les gardes, était
+devenu corvette des mousquetaires gris en 1672, enseigne en 1683, sous-lieutenant en 1684,
+maréchal de camp en 1688, lieutenant-général et gouverneur de Mézières en mars 1693.
+Il mourut d'une blessure reçue à la bataille donnée en Piémont, le 4 octobre 1693, par le
+maréchal de Catinat.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_108" id="Footnote_108"></a>
+<a href="#FNanchor_108">
+<span class="label">[108]</span></a> Les régiments n'y campèrent que quelques jours. Leur commandant se rapprocha
+de Cherbourg et envoya une partie de ses troupes vers Granville que les frégates anglaises
+menaçaient.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_109" id="Footnote_109"></a>
+<a href="#FNanchor_109">
+<span class="label">[109]</span></a> Henry-Joseph de Beaumont d'Eschilais, originaire de la Saintonge, fut promu enseigne
+de vaisseau le 1<sup>er</sup> janvier 1691, lieutenant de vaisseau le 1<sup>er</sup> janvier 1692, capitaine
+de frégate le 12 novembre 1706, capitaine de vaisseau le 24 juin 1709. Mort le
+8 décembre 1724.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_110" id="Footnote_110"></a>
+<a href="#FNanchor_110">
+<span class="label">[110]</span></a> Ne se trouve pas inscrit au répertoire Laffilard des Archives de la Marine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_111" id="Footnote_111"></a>
+<a href="#FNanchor_111">
+<span class="label">[111]</span></a> Le 23 juillet 1689, Seignelay écrivait à M. de la Hoguette: «Je n'ay pas besoin à
+présent des s<sup>rs</sup> de Beaumont et Doublet,... vous pouvez leur permettre de faire la course
+ainsy qu'ils en avoient dessein lorsqu'ils ont commencé d'armer leurs bâtimens.»&mdash;(Arch.
+de la Marine. Ordres du Roi.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_112" id="Footnote_112"></a>
+<a href="#FNanchor_112">
+<span class="label">[112]</span></a> Baie et port d'Angleterre, dans la Manche, sur la côte du Devonshire. C'est le lieu
+de réunion des forces maritimes anglaises. Doublet l'a déjà cité plusieurs fois comme le
+point principal de ses croisières.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_113" id="Footnote_113"></a>
+<a href="#FNanchor_113">
+<span class="label">[113]</span></a> Il faut lire <i>Juillet</i>. Doublet donne ses dates assez négligemment, ainsi les faits relatés
+ci-dessus et les suivants se rapportent à l'année 1689; le manuscrit les enregistre à la date
+de 1690.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_114" id="Footnote_114"></a>
+<a href="#FNanchor_114">
+<span class="label">[114]</span></a> Le maréchal d'Estrées avait été investi du commandement de la flotte réunie à Brest
+durant les premiers mois de 1689. Vers le milieu de l'année, alors que le maréchal était
+embarqué et que tous ses ordres étaient donnés, M. de Seignelay prit en personne le commandement,
+et le comte d'Estrées resta «sur le pavé des vaches à Brest», suivant l'expression
+de M<sup>me</sup> de Sévigné. Il ne s'en consola pas; M<sup>me</sup> De La Fayette et M<sup>me</sup> de Sévigné
+l'ont constaté. On voit en outre que son déboire ne passa pas inaperçu aux yeux de Doublet.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_115" id="Footnote_115"></a>
+<a href="#FNanchor_115">
+<span class="label">[115]</span></a> Le voyage de Seignelay à Brest fut tout un évènement. «Il étoit général en tout,
+dit M<sup>me</sup> De La Fayette dans ses <i>Mémoires</i>, lors qu'il ne donnoit pas le mot; et mesme il
+en avoit les habits et la mine.» (Michaud et Poujoulat, 3<sup>e</sup> série, t. 8, p. 243.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_116" id="Footnote_116"></a>
+<a href="#FNanchor_116">
+<span class="label">[116]</span></a> Arch. de la marine, Ordres du roi, Ponant, 14, 15, 24, 26, 30 et 31 juillet 1689.
+Dans la lettre du 30 juillet on lit: «les sieurs de Beaumont et Doublet ayant eu ordre de
+naviguer entre Pennemarc et Glenan pour descouvrir si les ennemis s'estoient avancez
+jusqu'à ce parage, il (M. de Beaugey) les cherchera et leur ordonnera de revenir incessamment
+à Brest.»</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_117" id="Footnote_117"></a>
+<a href="#FNanchor_117">
+<span class="label">[117]</span></a> Enseigne de vaisseau, 3 mars 1673; capitaine de brûlot, 1<sup>er</sup> juillet 1673; aide-major,
+20 janvier 1676; capitaine de frégate, 3 avril 1686; capitaine de vaisseau, 10 août 1689.
+Mort à la Hougue, 26 janvier 1703.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_118" id="Footnote_118"></a>
+<a href="#FNanchor_118">
+<span class="label">[118]</span></a> Les ordres expédiés par Seignelay pendant le mois de juillet 1689 sont datés de
+Brest «à bord du <i>Souverain</i>.» (Arch. de la marine.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_119" id="Footnote_119"></a>
+<a href="#FNanchor_119">
+<span class="label">[119]</span></a> Ordre du roy (25 juillet 1689) au s<sup>r</sup> Doublet de sortir des rades de Brest et d'aller
+naviguer pendant trois jours entre Glenan et Penmark pour découvrir si les ennemis naviguent
+dans ce parage.&mdash;Ordres au s<sup>r</sup> de Beaugey d'aller croiser à la hauteur d'Ouessant
+(14 juillet 1689); aux s<sup>rs</sup> de la Guiche et de Septèmes d'aller reconnaître la flotte
+ennemie (14 juillet); Mémoire instructif au s<sup>r</sup> de Levy, commandant la <i>Lutine</i>, pour aller
+à la rencontre de M. de Tourville (15 juillet).&mdash;Ordre pour le s<sup>r</sup> Doublet, commandant
+la <i>Sans-Peur</i> entre Glenan et Penmark, de revenir au port de Brest pour y recevoir d'autres
+ordres (31 juillet 1689). (Arch. de la marine.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_120" id="Footnote_120"></a>
+<a href="#FNanchor_120">
+<span class="label">[120]</span></a> Tourville était parti des îles d'Hyères, le 9 juin 1689, avec vingt vaisseaux de
+guerre, une frégate, huit brûlots, deux flûtes et deux tartanes. Il montait le <i>Conquérant</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_121" id="Footnote_121"></a>
+<a href="#FNanchor_121">
+<span class="label">[121]</span></a> Il faut lire: à la fin du mois de juillet 1689.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_122" id="Footnote_122"></a>
+<a href="#FNanchor_122">
+<span class="label">[122]</span></a> Barthélémy-Alexandre de Perrinet fut fait lieutenant de vaisseau le 26 avril 1675;
+capitaine de vaisseau le 5 janvier 1682; décédé le 10 janvier 1705. (Arch. de la marine.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_123" id="Footnote_123"></a>
+<a href="#FNanchor_123">
+<span class="label">[123]</span></a> Groix, Groais ou Grouais, île fortifiée à 9 kil. de Port-Louis, en face de l'embouchure
+du Blavet.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_124" id="Footnote_124"></a>
+<a href="#FNanchor_124">
+<span class="label">[124]</span></a> L'escadre de la Méditerranée arriva à la hauteur d'Ouessant le 29 juillet 1689, et à
+la rade de Brest le 30 du même mois d'après la <i>Gazette</i>, le 4 août suivant M. Eug. Sue
+IV, 346).</p>
+
+<p>M<sup>me</sup> de Sévigné a écrit (6 août 1689): «Tout brille de joie dans cette province de
+l'arrivée du chevalier de Tourville à Brest: M. de Revel a vu ce moment heureux: on
+l'attendoit si peu ce Tourville, qu'on crut d'abord que c'étoit des ennemis; et quand il se
+fit connoître, ce fut une joie et une surprise agréable... M. de Seignelai est à son bord
+faisant grande chère.»</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_125" id="Footnote_125"></a>
+<a href="#FNanchor_125">
+<span class="label">[125]</span></a> Le comte de Moyencourt, volontaire du 9 mars 1682, fut nommé enseigne de vaisseau
+le 1<sup>er</sup> janvier 1684; aide-major le 10 janvier 1687; capitaine de vaisseau le 1<sup>er</sup> janvier
+1703; major le 1<sup>er</sup> novembre 1705; gouverneur de la Grenade le 1<sup>er</sup> août 1717; de la
+Guadeloupe le 1<sup>er</sup> novembre 1717; mort à Paris le 2 septembre 1728. Arch. de la Marine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_126" id="Footnote_126"></a>
+<a href="#FNanchor_126">
+<span class="label">[126]</span></a> Durant les croisières que Doublet raconte, d'assez graves évènements maritimes
+passionnaient le public. Le 12 mai 1689, la flotte française sous le commandement de
+Château-Renault livrait la bataille de Bantry. Le 22 du même mois, Forbin et Jean Bart
+étaient faits prisonniers et conduits à Plymouth. Peu de temps après ces derniers réussissaient
+à s'enfuir dans une petite barque et ils abordaient après une navigation de 48 heures
+à quelques lieues de St-Malo.&mdash;Le 5 juillet 1689 une division française prenait à l'abordage
+cinq bâtiments anglais, et le 27 le chevalier d'Amblimont anéantissait deux vaisseaux
+hollandais.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_127" id="Footnote_127"></a>
+<a href="#FNanchor_127">
+<span class="label">[127]</span></a> Lire: <i>août 1689</i>. Depuis le commencement du mois, ainsi que Doublet le mentionne,
+M. de Seignelay avait en vain cherché à connaître la force de l'escadre anglaise qu'on équipait
+à Portsmouth. De nombreux ordres avaient été expédiés dans ce but:</p>
+
+<p>Ordre pour le s<sup>r</sup> Dumené pour aller descouvrir l'armée ennemie. Il ira jusqu'à Plimouth
+et tâchera de prendre quelques bâtiments (17 août 1689); même ordre à M. Desfrans,
+commandant le <i>Trident</i> (17 août); Ordre au s<sup>r</sup> de Lévy pour aller aux Sorlingues
+avec la frégate la <i>Gratienne</i>, découvrir l'armée ennemie (17 août).&mdash;Arch. de la marine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_128" id="Footnote_128"></a>
+<a href="#FNanchor_128">
+<span class="label">[128]</span></a> De Venize, enseigne de vaisseau depuis le 28 décembre 1671; lieutenant de vaisseau
+le 7 février 1678; capitaine de vaisseau le 1<sup>er</sup> novembre 1689; mort à la Havane,
+sur <i>le Superbe</i>, le 11 mai 1702.&mdash;Arch. de la Marine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_129" id="Footnote_129"></a>
+<a href="#FNanchor_129">
+<span class="label">[129]</span></a> Ecrivain principal de la marine à Roscoff, le 20 juillet 1694; à Port-Louis en
+1696; nommé contrôleur au Canada le 1<sup>er</sup> mai 1698.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_130" id="Footnote_130"></a>
+<a href="#FNanchor_130">
+<span class="label">[130]</span></a> Hubert de Champi, seigneur Desclouseaux, commissaire général à Dunkerque de
+1671 à 1680; intendant à Brest en 1683. Décédé dans ce port le 6 mai 1701.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_131" id="Footnote_131"></a>
+<a href="#FNanchor_131">
+<span class="label">[131]</span></a> Weymouth (?)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_132" id="Footnote_132"></a>
+<a href="#FNanchor_132">
+<span class="label">[132]</span></a> Ces embrassades reviennent souvent dans le récit de Doublet. La mode de ces caresses,
+de ces saluts était générale parmi les gens de qualité au dix-septième siècle. Elle a
+été ridiculisée par Quinault dans la <i>Mère Coquette</i>:</p>
+
+<div class="poem">
+ <div class="stanza">
+ <span class="i0">Estimez-vous beaucoup l'air dont vous affectez<br/></span>
+ <span class="i0">D'estropier les gens par vos civilités,<br/></span>
+ <span class="i0">Ces compliments de main, ces rudes embrassades...</span>
+ </div>
+</div>
+
+<p>et par Molière dans les <i>Précieuses</i>, dans les <i>Fâcheux</i> et dans le <i>Misanthrope</i>:</p>
+
+<div class="poem">
+ <div class="stanza">
+ <span class="i0">Je vous vois accabler un homme de tendresses<br/></span>
+ <span class="i0">Et témoigner pour lui les dernières tendresses;<br/></span>
+ <span class="i0">De protestations, d'offres et de serments<br/></span>
+ <span class="i0">Vous chargez la fureur de vos embrassements.</span>
+ </div>
+</div>
+
+<p>Plus loin Molière dit de nouveau:</p>
+
+<div class="poem">
+ <div class="stanza">
+ <span class="i0">Et je ne hais tant que les contorsions<br/></span>
+ <span class="i0">De tous ces grands faiseurs de protestations,<br/></span>
+ <span class="i0">Ces affables donneurs d'embrassades frivoles...</span>
+ </div>
+</div>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_133" id="Footnote_133"></a>
+<a href="#FNanchor_133">
+<span class="label">[133]</span></a> Août 1689.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_134" id="Footnote_134"></a>
+<a href="#FNanchor_134">
+<span class="label">[134]</span></a> De Raymondis, lieutenant en 1677, major en 1682, fut élevé au grade de capitaine
+de vaisseau le 1<sup>er</sup> février 1682 et de major général le 1<sup>er</sup> novembre 1689. Il mourut le 5
+juin 1692 d'une blessure reçue à la bataille de la Hougue.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_135" id="Footnote_135"></a>
+<a href="#FNanchor_135">
+<span class="label">[135]</span></a> Le marquis de Seignelay, secrétaire d'Etat, arriva de Brest à Versailles le 4 septembre
+1689; il mourut l'année suivante, le 3 novembre.</p>
+
+<p>Un ordre du roi, du 2 mai 1690, donna à Doublet le commandement de la frégate la
+<i>Gentille</i>, à Dunkerque.&mdash;Arch. de la Marine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_136" id="Footnote_136"></a>
+<a href="#FNanchor_136">
+<span class="label">[136]</span></a> Capitaine de brûlot le 1<sup>er</sup> janvier 1691 d'après les répertoires de la Marine; sauté
+en l'air sur l'<i>Oriflamme</i> à Vigo, le 21 octobre 1702.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_137" id="Footnote_137"></a>
+<a href="#FNanchor_137">
+<span class="label">[137]</span></a> Bourg du Calvados, arr. de Pont-Levêque, sur la rivière du même nom.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_138" id="Footnote_138"></a>
+<a href="#FNanchor_138">
+<span class="label">[138]</span></a> Voyez ci-dessus, page <a href="#pg49">49</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_139" id="Footnote_139"></a>
+<a href="#FNanchor_139">
+<span class="label">[139]</span></a> Le duc de Gordon-Oneill, fils du général Félix Oneill et petit-fils d'Henriette
+Stuart, de la famille de Balzac d'Entragues. Après la bataille d'Aghrim et la prise de
+Limerick (1691), il passa en France avec son régiment.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_140" id="Footnote_140"></a>
+<a href="#FNanchor_140">
+<span class="label">[140]</span></a> Leith, dans le golfe de Forth, à 3 kil. d'Edimbourg.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_141" id="Footnote_141"></a>
+<a href="#FNanchor_141">
+<span class="label">[141]</span></a> Ale (ou aile), boisson anglaise.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_142" id="Footnote_142"></a>
+<a href="#FNanchor_142">
+<span class="label">[142]</span></a> La date exacte est décembre 1691. Jean Bart était sorti de Dunkerque le 14 juillet
+et avait été retenu sur la rade pendant quelques jours. Après une campagne sur les côtes
+de Norvège il était de retour en vue de Dunkerque le 29 novembre, et sur rade avec deux
+prises le 1<sup>er</sup> décembre.&mdash;Arch. de la Marine, Campagnes, 1691, t. 13.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_143" id="Footnote_143"></a>
+<a href="#FNanchor_143">
+<span class="label">[143]</span></a> D'après les listes générales des officiers de vaisseau (t. VI, 1609 à 1770), le brevet
+de lieutenant de frégate fut expédié à Doublet le 1<sup>er</sup> janvier 1693; il fut «biffé et rayé» la
+même année.&mdash;Arch. de la marine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_144" id="Footnote_144"></a>
+<a href="#FNanchor_144">
+<span class="label">[144]</span></a> Charles Keyser, né en 1653, fut fait enseigne de vaisseau le 10 janvier 1687; lieutenant
+de vaisseau le 1<sup>er</sup> janvier 1691. Mort le 3 janvier 1694. C'était un des amis les
+plus intimes de Jean Bart.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_145" id="Footnote_145"></a>
+<a href="#FNanchor_145">
+<span class="label">[145]</span></a> Doublet remplit plusieurs missions de ce genre. Elles consistaient à convoyer les
+navires de commerce chargés d'approvisionnements achetés à l'étranger. A l'époque où
+Colbert prit en main les affaires de la marine (1665), il trouva les arsenaux fort dégarnis;
+tout y manquait à la fois. Aussi la France, pendant plus de dix ans, dut-elle tirer du
+dehors et notamment de la Suède et de la Hollande les bois de construction, les mâts, les
+cordages, le goudron, les canons de fer et de bronze.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_146" id="Footnote_146"></a>
+<a href="#FNanchor_146">
+<span class="label">[146]</span></a> Le cap Kol, ainsi nommé sur les cartes marines du dix-septième siècle, est le cap
+Kullen, sur la côte de Suède, à l'entrée du Sund. Il est formé d'un groupe de montagnes
+qui, au dire du savant Rudbesk, étaient tout simplement les vrais colonnes d'Hercule.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_147" id="Footnote_147"></a>
+<a href="#FNanchor_147">
+<span class="label">[147]</span></a> Plusieurs voyageurs, en effet, en ont parlé. «Nous nous trouvasmes, dit l'un deux,
+vis-à-vis de Kolle, qui est une haute roche. Nous l'avions à main gauche. Ce fut là que
+pas un de la compagnie ne fut exemt de la cérémonie qu'ont accoustumé de faire observer
+tous les matelots qui passent par cet endroit. Ils sont deux qui mettent un cordeau
+autour du cou et un autre qui jette un seau d'eau de mer sur la teste. La cérémonie fut
+faite sans y rien oublier, car après avoir esté mouillé, il m'en cousta encore une pistole
+pour le vin des matelots.»&mdash;<i>Les Voyages de M. Des Hayes en Dannemarc</i>, 1664, p. 30.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_148" id="Footnote_148"></a>
+<a href="#FNanchor_148">
+<span class="label">[148]</span></a> «M. de Martangis, ambassadeur du roi en Danemark se trouvant mal en ce pays-là,
+a demandé son congé; le roi y enverra bientôt un autre ambassadeur en sa place.»
+<i>Journal de Dangeau</i>, t. IV, p. 175, 179.</p>
+
+<p>Le roi y envoya M. de Bonrepaus, intendant général des armées navales, qui conclut
+avec le roi de Danemark deux traités, l'un, le 11 mars 1693, concernant le duc de Wolfenbüttel,
+l'autre, le 11 avril suivant, pour le bombardement de Ratzebourg.&mdash;Deschard,
+<i>Notice sur le commissariat de la marine</i>, p. 94.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_149" id="Footnote_149"></a>
+<a href="#FNanchor_149">
+<span class="label">[149]</span></a> Christian V, roi de Danemark et de Norvège, fils de Frédéric III, né en 1646,
+mort en 1699; marié à Charlotte-Amélie de Hesse.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_150" id="Footnote_150"></a>
+<a href="#FNanchor_150">
+<span class="label">[150]</span></a> Ce nom est défiguré. Il s'agit du gouverneur de Norvège, comte Ulric de Gyldenloeve,
+frère naturel de Christian I<sup>er</sup>, roi de Danemark, né le 4 juin 1638, mort le 17
+avril 1714.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_151" id="Footnote_151"></a>
+<a href="#FNanchor_151">
+<span class="label">[151]</span></a> Plus loin Doublet écrit <i>Bielks</i> et commet une erreur. En effet, il entend parler du
+grand-amiral-lieutenant Niels-Juel, l'un des plus célèbres marins danois, et non du maréchal
+Bielk ou de Bieck, suédois, qui fut gouverneur de Poméranie et ambassadeur en
+France.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_152" id="Footnote_152"></a>
+<a href="#FNanchor_152">
+<span class="label">[152]</span></a> Scarborough, ville d'Angleterre, sur la mer du Nord, au fond d'une belle baie. Son
+port, le plus important de la côte orientale de l'Angleterre est vaste, commode et d'une
+profondeur suffisante pour recevoir les plus gros vaisseaux.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_153" id="Footnote_153"></a>
+<a href="#FNanchor_153">
+<span class="label">[153]</span></a> Elseneur.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_154" id="Footnote_154"></a>
+<a href="#FNanchor_154">
+<span class="label">[154]</span></a> Officiers-mariniers du quartier de Honfleur.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_155" id="Footnote_155"></a>
+<a href="#FNanchor_155">
+<span class="label">[155]</span></a> Il se trouva 85 hommes de mon équipage noyés et 16 holandais de la prise.&mdash;Note
+du manuscrit.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_156" id="Footnote_156"></a>
+<a href="#FNanchor_156">
+<span class="label">[156]</span></a> Ce passage contient une erreur évidente. Jérôme Phelypeaux, comte de Pontchartrain,
+ne devint ministre de la marine que le 6 septembre 1699.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_157" id="Footnote_157"></a>
+<a href="#FNanchor_157">
+<span class="label">[157]</span></a> Nestor-Clemenceau de la Faudière de Maisonneuve, nommé lieutenant de vaisseau
+en 1675; capitaine de galiote en 1684; capitaine de vaisseau en 1689. Mort à Rochefort
+le 4 novembre 1700.</p>
+
+<p>De Montault, garde-marine en 1671, enseigne de vaisseau en 1678 et lieutenant en
+1691, fut interdit en 1692 et rayé des cadres en 1695.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_158" id="Footnote_158"></a>
+<a href="#FNanchor_158">
+<span class="label">[158]</span></a> Voyez les <i>Mémoires de Duguay-Trouin</i>, année 1692.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_159" id="Footnote_159"></a>
+<a href="#FNanchor_159">
+<span class="label">[159]</span></a> Thomas-Claude-Renard de Fuschamberg, marquis d'Amblimont, fut nommé capitaine
+de vaisseau en 1669; chef d'escadre le 1<sup>er</sup> janvier 1693 et fait commandeur de Saint-Louis
+la même année. Il devint gouverneur général aux Iles et mourut à la Martinique le
+17 août 1700.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_160" id="Footnote_160"></a>
+<a href="#FNanchor_160">
+<span class="label">[160]</span></a> Christian-Louis de Montmorency-Luxembourg, prince de Tingry, fils aîné du maréchal
+de Luxembourg. Il était né en 1675. Chevalier de St. Jean de Jérusalem, colonel
+au régiment de Provence en 1693, brigadier d'infanterie en 1702, lieutenant-général des
+armées en 1708, il devint maréchal de France en 1734 et mourut le 23 décembre 1746.&mdash;Pinard,
+<i>Chron. hist. mil.</i>, t. IV, p. 638.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_161" id="Footnote_161"></a>
+<a href="#FNanchor_161">
+<span class="label">[161]</span></a> Oliva ou Olive, couvent de la Prusse Polonaise, sur la côte à un mille de Dantzik.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_162" id="Footnote_162"></a>
+<a href="#FNanchor_162">
+<span class="label">[162]</span></a> «M. le Vidame d'Enval, qui était ambassadeur du roi en Portugal, s'en va en la
+même qualité en Pologne en la place du marquis de Béthune.» <i>Journal de Dangeau</i>,
+t. III, p. 447.</p>
+
+<p>Robert le Roux, baron d'Esneval, vidame de Normandie, d'une très ancienne famille
+de cette province, avait été conseiller au parlement de Rouen. «Madame son épouse»,
+dont parle le narrateur, était Anne-Marie-Catherine de Canonville, marquise de Grémonville
+et «Monsieur le chevalier son fils» se nommait Anne-Robert-Claude Le Roux
+d'Esneval; ce dernier mourut président à mortier au parlement de Rouen, en 1766.
+Voy. Lachesnaye-Desbois.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_163" id="Footnote_163"></a>
+<a href="#FNanchor_163">
+<span class="label">[163]</span></a> 29 mai 1692.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_164" id="Footnote_164"></a>
+<a href="#FNanchor_164">
+<span class="label">[164]</span></a> Au dix-septième siècle, les officiers généraux et les capitaines entretenaient des
+trompettes; c'était un luxe d'une assez grande considération pour qu'un des hommes de
+mer les plus graves, l'illustre Abraham Du Quesne, prît vivement à partie le comte
+d'Estrées qui voulait lui enlever un des siens.&mdash;<i>Gloss. naut.</i></p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_165" id="Footnote_165"></a>
+<a href="#FNanchor_165">
+<span class="label">[165]</span></a> De la famille de Damas-Cormaillon, originaire de la Bourgogne.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_166" id="Footnote_166"></a>
+<a href="#FNanchor_166">
+<span class="label">[166]</span></a> L'ordre de l'Eléphant Blanc cité plus haut avait été institué par Christian I<sup>er</sup>, roi
+de Danemark, né en 1425 mort en 1481, à l'occasion du mariage du prince royal Jean
+avec Christine, fille d'Ernest électeur de Saxe. Il fut rétabli au dix-septième siècle par
+Christian V.</p>
+
+<p>La «tour pour l'observatoire» est la tour de l'église de la Trinité, dite <i>Tour Ronde</i>,
+bâtie en 1642, où l'on peut monter par une allée en spirale.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_167" id="Footnote_167"></a>
+<a href="#FNanchor_167">
+<span class="label">[167]</span></a> Autrement dit: eau de la reine de Hongrie, médicament aromatique autrefois célèbre,
+tiré de l'essence du romarin.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_168" id="Footnote_168"></a>
+<a href="#FNanchor_168">
+<span class="label">[168]</span></a> Helsinborg, ville de Suède, sur le Sund, vis-à-vis de Kronenbourg, forteresse située
+dans l'île de Seeland près d'Helsingor (Elseneur).&mdash;L'île de Ween ou Hueen citée
+plus haut est située également dans le détroit du Sund et appartient à la Suède.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_169" id="Footnote_169"></a>
+<a href="#FNanchor_169">
+<span class="label">[169]</span></a> Plus tard roi sous le nom de Frédéric IV, 1699-1730.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_170" id="Footnote_170"></a>
+<a href="#FNanchor_170">
+<span class="label">[170]</span></a> Victor-Marie duc d'Estrées, né en 1660, pair, maréchal et vice-amiral de France,
+prit le nom de maréchal de C&oelig;uvres.&mdash;Il était entré dans la marine comme volontaire en
+1678. Il fut nommé capitaine de vaisseau le 5 janvier 1679; lieutenant général et vice-amiral
+en survivance le 12 décembre 1684; maréchal de France en 1703; vice-amiral
+en pied le 19 mai 1707; vice-roi d'Amérique le 19 mai 1707. Il mourut à Paris le 27 décembre
+1737.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_171" id="Footnote_171"></a>
+<a href="#FNanchor_171">
+<span class="label">[171]</span></a> L'acte de mariage de Doublet est du 14 octobre 1692. Voyez aux additions la
+<a href="#add3">pièce n<sup>o</sup> 3</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_172" id="Footnote_172"></a>
+<a href="#FNanchor_172">
+<span class="label">[172]</span></a> La frégate portait le nom de Charles-Amédée de Broglie, comte de Revel, brigadier
+par brevet du 12 mars 1675, maréchal de camp en 1678, lieutenant général des armées
+en 1688; mort le 25 octobre 1707.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_173" id="Footnote_173"></a>
+<a href="#FNanchor_173">
+<span class="label">[173]</span></a> Comme nous l'avons déjà dit, le manuscrit contient des dates marginales placées en
+regard de chaque passage principal. Un grand nombre de ces dates sont inexactes. Ici
+Doublet a écrit en marge: «août 1693.» La croisière et la prise du garde-côte d'Irlande
+qu'il va raconter appartiennent au contraire à l'année 1694 et devraient prendre place
+après le récit du premier bombardement de Saint-Malo qu'on trouvera plus loin. Voyez
+aux additions les <a href="#add4">pièces n<sup>o</sup> 4</a> et <a href="#add5">5</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_174" id="Footnote_174"></a>
+<a href="#FNanchor_174">
+<span class="label">[174]</span></a> De La Haye de la Villestreux.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_175" id="Footnote_175"></a>
+<a href="#FNanchor_175">
+<span class="label">[175]</span></a> Jacques Gouin de Beauchêne, marin né Saint-Malo. Il fut le premier malouin, dit
+M. Cunat (p. 480), qui ouvrit le commerce avec les colonies espagnoles. Il doubla le cap
+Horn en 1698.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_176" id="Footnote_176"></a>
+<a href="#FNanchor_176">
+<span class="label">[176]</span></a> Legoux, sieur de la Jannaye ou Jeannais, d'une famille de marin originaire de Saint-Malo.
+Il commanda plusieurs corsaires de ce port en 1692 et 1695.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_177" id="Footnote_177"></a>
+<a href="#FNanchor_177">
+<span class="label">[177]</span></a> Voyez aux additions les <a href="#add4">pièces n<sup>o</sup> 4</a> et <a href="#add5">5</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_178" id="Footnote_178"></a>
+<a href="#FNanchor_178">
+<span class="label">[178]</span></a> Le fort de la Conchée, situé au nord-quart-nord-ouest de la partie la plus septentrionale
+de Saint-Malo, fut commencé en 1689 et achevé en 1707. C'est un des chefs-d'&oelig;uvre
+de Vauban.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_179" id="Footnote_179"></a>
+<a href="#FNanchor_179">
+<span class="label">[179]</span></a> Dans une lettre du 25 novembre 1693. M. Le Camus annonce le départ de M. Le
+Bigot des Gastines pour Paris. Arch. de la Marine, serv. général.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_180" id="Footnote_180"></a>
+<a href="#FNanchor_180">
+<span class="label">[180]</span></a> M. Le Camus écrivait au ministre, le 26 novembre 1693: «M. le chevalier de Ste-Maur
+et M. de Sever, capitaines, se sont trouvé en passant pour aller à Paris qui se
+mettent en estat de faire tous leurs efforts du costé de la marine, et moy, Monseigneur,
+je me rendray demain avec M. Doublet à la batterie des mortiers pour bombarder les
+ennemis et pour tacher de les incommoder.» Arch. de la Marine, serv. général,
+1693.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_181" id="Footnote_181"></a>
+<a href="#FNanchor_181">
+<span class="label">[181]</span></a> Sur le bombardement de Saint-Malo, voyez les relations de la <i>Gazette</i>, p. 625 et
+637, du <i>Mercure</i>, décembre, p. 285-331 et les correspondances du dépôt de la Marine,
+service général et campagnes, année 1693.&mdash;L'escadre anglaise comptait en tout 42 voiles.
+Elle lança 150 bombes dont 26 seulement tombèrent dans la ville. La machine infernale
+dont Doublet parle consistait en un brûlot de 160 tonneaux environ, rempli d'artifices
+et de bombes. L'effet de son explosion fut à peu près nul. Les bombes trop épaisses,
+d'un fer trop liant et contenant trop peu de poudre n'éclatèrent pas; il en resta environ
+deux cents sur la grève. Le P. Daniel a donné (<i>Histoire de la Milice Françoise</i>) une description
+de cette machine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_182" id="Footnote_182"></a>
+<a href="#FNanchor_182">
+<span class="label">[182]</span></a> Charles d'Albert d'Ailly, duc de Chaulnes, chevalier des ordres du roi en 1661;
+lieutenant-général puis gouverneur de la province de Bretagne en 1670; ambassadeur à
+Rome; mort à Paris en 1698. Il étoit le neveu du connétable de Luynes dont la s&oelig;ur,
+Louise d'Albert, épousa Antoine de Villeneuve, marquis de Monts premier maître
+d'hôtel de Gaston d'Orléans, gouverneur de Honfleur de 1645 à 1682.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_183" id="Footnote_183"></a>
+<a href="#FNanchor_183">
+<span class="label">[183]</span></a> Camaret (Finistère).</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_184" id="Footnote_184"></a>
+<a href="#FNanchor_184">
+<span class="label">[184]</span></a> Embouchure de la rivière qui forme la rade de Saint-Malo.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_185" id="Footnote_185"></a>
+<a href="#FNanchor_185">
+<span class="label">[185]</span></a> Déjà cité plus haut. François Fossard, sieur Desmaretz, capitaine marchand et
+corsaire de Saint-Malo, était le beau-frère de Doublet.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_186" id="Footnote_186"></a>
+<a href="#FNanchor_186">
+<span class="label">[186]</span></a> Le passage qui suit contient le récit du bombardement de Saint-Malo, les 14 et 15
+juillet 1695, par la flotte anglo-hollandaise aux ordres de lord Barckley, forte de 70 voiles.
+Quoique Doublet affirme que cette attaque ne causa aucun dommage à la ville et aux
+forts, on sait qu'il en fut autrement. De cinq à six cents bombes tombèrent dans Saint-Malo;
+huit personnes furent tuées et sept maisons incendiées. On évaluait le dommage
+que la ville avait souffert à trois cent mille livres. Arch. de la Marine, Campagnes,
+Lettre du 24 juillet 1695.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_187" id="Footnote_187"></a>
+<a href="#FNanchor_187">
+<span class="label">[187]</span></a> Partie des remparts de Saint-Malo où était établie la batterie dite <i>de Hollande</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_188" id="Footnote_188"></a>
+<a href="#FNanchor_188">
+<span class="label">[188]</span></a> Denis, comte de Polastron, enseigne au régiment du roi en 1663, obtint le rang
+de capitaine en 1667, de major en 1676 et devint lieutenant-colonel en 1678. Brigadier
+par brevet du 28 février 1686, il combattit à Fleurus en 1690 et servit au siège de
+Mons en 1691. Il fut créé maréchal du camp la même année. En 1693, il fut envoyé sur
+les côtes de Bretagne et commanda à Saint-Malo jusqu'à la Paix. Il contribua à la défense
+de cette place en 1695. Nommé lieutenant-général des armées en 1696. Gouverneur de
+Mont-Dauphin en 1698. Il commanda dans les évêchés de Dol, de St-Malo et de St-Brieuc,
+sous le maréchal d'Estrées par commission du 7 juillet 1701. Il mourut le 28
+février 1706.&mdash;Pinard, <i>Chronologie hist. mil.</i> T. IV, p. 407.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_189" id="Footnote_189"></a>
+<a href="#FNanchor_189">
+<span class="label">[189]</span></a> Le Bigot des Gastinnes (Louis), commissaire ordinaire à Nantes en 1677; à Saint-Malo
+de 1693 à 1699; commissaire général à Brest de 1699 à 1703. Il fut fait intendant
+à Dunkerque le 15 juillet 1703. Il se retira le 1<sup>er</sup> décembre 1704 et fut nommé inspecteur
+général des Echelles du Levant et de Barbarie en 1705.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_190" id="Footnote_190"></a>
+<a href="#FNanchor_190">
+<span class="label">[190]</span></a> Le chevalier puis bailly de la Pailletrie avait servi sept ans dans un régiment de
+cavalerie avant d'entrer dans la marine. Il fut nommé lieutenant de la galère réale le 1<sup>er</sup>
+janvier 1685; capitaine de galère le 1<sup>er</sup> mai 1690; chef d'escadre le 11 juillet 1702; décédé
+le 5 octobre 1719. Arch. de la Marine.</p>
+
+<p>Sur le marquis de Langeron, voyez page <a href="#FNanchor_73">104</a> et Jal, <i>Abraham Duquesne</i>, T. II, p.
+392-403.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_191" id="Footnote_191"></a>
+<a href="#FNanchor_191">
+<span class="label">[191]</span></a> Les galères du roi au nombre de quinze, commandées par le chevalier de Noailles,
+étaient passées de Levant en Ponant. Le 14 juin 1690 elles partirent de Rochefort et
+après plusieurs escales elles mouillaient à la rade du Havre le 17 août. Deux d'entre
+elles, la <i>Palme</i> et l'<i>Emeraude</i> séjournèrent pendant deux ans environ dans le bassin de
+Honfleur. Elles quittèrent ce bassin, «qui est si petit que l'on n'avoit pu exercer à la
+rame les cents matelots de ces galères», et furent amenées au Havre à la fin de septembre
+1693.&mdash;Deux autres galères, la <i>Sublime</i> et la <i>Constante</i>, sous les ordres du chevalier
+d'Escrainville, furent chargées de protéger Saint-Malo contre les attaques des Anglais;
+elles jetaient l'ancre devant ce port le 24 avril 1693, mais elles ne rendirent aucun
+service. Arch. de la Marine, Ordres du roi, Galères, 1690, campagnes, 1689-1690, 1<sup>er</sup>
+décembre 1693; service général, 23 juillet, 20 et 29 septembre 1693, correspondance de
+M. de Louvigny.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_192" id="Footnote_192"></a>
+<a href="#FNanchor_192">
+<span class="label">[192]</span></a> Entré au service comme garde marine en 1685, il fut fait enseigne de vaisseau en
+1687, lieutenant de vaisseau en 1691, capitaine de vaisseau en 1692, chef d'escadre en
+1712, lieutenant général des armées navales le 8 juin 1722. Il mourut à Paris le 7 février
+1727.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_193" id="Footnote_193"></a>
+<a href="#FNanchor_193">
+<span class="label">[193]</span></a> Le commandant du fort de la Conchée a exposé le rôle qu'avait joué la machine infernale
+destinée à ruiner l'&oelig;uvre de Vauban.</p>
+
+<p>«Ils me vinre canonner avec leurs gros navire, dit-il, et manvoyère à la faveur de la
+fumée un brûlot. Il vint à la portée du fusil sans que je peux tirer dessus, venent du costé
+que je naues point de canon. Ils y mire le feu et lanvoyerent vent arriere au pied des baterie
+avec des ancre pendente pour acrocher la roche, il vint au pied, le feu dedent et une sy
+grosse fumée qu'il estoit impossible de se voir, le vent la poussant avec la flame dans nos
+embrasures avec une grande violance. C'est une nouvele machine inventée en Holande
+pour empescher des baterie de tirer et de voir. Dans ce tems-là, ils envoyèrent un autre
+bâtiment rembly d'artifice et de machine à feu pour mestre le feu aux baterie qu'il saves
+que les platte forme estés de bois. Ce navire mit le feu de mesme que le premier mes le
+courant le fit passer de lautre costé du fort où il sauta après avoir touché et ouver contre
+une roche ce quy empescha son grand effet. Il ne nous laissa pas de nous remplir d'artifice,
+de mestre le feu aux logements quy nestes couvert que de prelats goderonez et extrêmement
+combustible.»</p>
+
+<p><i>Lettre de M. de La Marguerie, 17 juillet 1695.</i> Arch. de la Marine, Campagnes.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_194" id="Footnote_194"></a>
+<a href="#FNanchor_194">
+<span class="label">[194]</span></a> L'île de Césambre ou Sezembre, en vue de Saint-Malo, vers le nord-nord-ouest.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_195" id="Footnote_195"></a>
+<a href="#FNanchor_195">
+<span class="label">[195]</span></a> D'après une dépêche de M. de Nointel, intendant de Bretagne, ce fut M. le chevalier
+de Cargrées de Tracy qui apporta la première nouvelle de la venue des Anglais:
+«La première nouvelle que l'on en eut fut par le sieur de Kergrée, capitaine de frégate
+légère, lequel revenant de la découverte aprit à la fosse d'Amonville qu'on les avoit veus
+six lieues au large; il fut envoié le mesme jour pour avoir des nouvelles plus certaines et
+en effet il aperceut les vaisseaux ennemis faisant voile vers Saint-Malo.» Arch. de la
+Marine, Campagnes, 1695.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_196" id="Footnote_196"></a>
+<a href="#FNanchor_196">
+<span class="label">[196]</span></a> Originaire de Saint-Malo, il appartenait à une famille qui a fourni plusieurs marins
+connus, tel que La Moinerie-Miniac qui fut promu capitaine de frégate en 1711 et mourut
+commandant la <i>Fidèle</i> le 18 janvier 1712.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_197" id="Footnote_197"></a>
+<a href="#FNanchor_197">
+<span class="label">[197]</span></a> Maniguette ou graine de Paradis. «A Sanguin, côte de la Guinée, dit un mémoire,
+on commence à traiter de la maniguette qui est une espèce de poivre.» Arch. de la
+Marine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_198" id="Footnote_198"></a>
+<a href="#FNanchor_198">
+<span class="label">[198]</span></a> Voyez page <a href="#pg110">110</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_199" id="Footnote_199"></a>
+<a href="#FNanchor_199">
+<span class="label">[199]</span></a> Voyez page <a href="#pg87">87</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_200" id="Footnote_200"></a>
+<a href="#FNanchor_200">
+<span class="label">[200]</span></a> Petite île de France (Bouches-du-Rhône) dans la Méditerranée, à 8 kil. de Marseille.
+Les navires qui arrivent d'Afrique et du Levant y font quarantaine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_201" id="Footnote_201"></a>
+<a href="#FNanchor_201">
+<span class="label">[201]</span></a> Hubert de Fargis de Montmort (Jean-Louis), conseiller au Châtelet de Paris, intendant
+au Havre, 1684; intendant général des galères, 1688; conseiller honoraire au parlement
+d'Aix, 1690; intendant des armées navales, 1710. Décédé le 6 décembre 1720.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_202" id="Footnote_202"></a>
+<a href="#FNanchor_202">
+<span class="label">[202]</span></a> Nom que dans l'escadre des galères, on donnait à la galère destinée à porter le Roi,
+les Princes, l'Amiral de France ou en leur absence le général des galères. Le musée du
+Louvre possède un fort beau modèle de la Réale de France. <i>Gloss. naut.</i></p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_203" id="Footnote_203"></a>
+<a href="#FNanchor_203">
+<span class="label">[203]</span></a> Nous connaissons trois enfants de Doublet, Jeanne-Rose, née à Saint-Malo vers la
+fin de 1693; Marie-Magdeleine, baptisée à Honfleur le 27 août 1699; Françoise-Louise-Marguerite,
+baptisée dans la même ville le 10 février 1704.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_204" id="Footnote_204"></a>
+<a href="#FNanchor_204">
+<span class="label">[204]</span></a> Doublet veut dire son avant-dernier voyage à Terre-Neuve, car au mois de décembre
+1701 il entrait dans le port de Honfleur avec le navire le <i>Repos de la Patrie</i> qu'il
+commandait. Il rapatria alors un sieur Pierre Remy, ancien habitant de l'île Percée,
+qu'il avait trouvé dans cette île abandonné sans vivres et sans asile. Reg. de l'amirauté.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_205" id="Footnote_205"></a>
+<a href="#FNanchor_205">
+<span class="label">[205]</span></a> Le récit qui suit est confirmé par plusieurs actes des reg. de l'amirauté de Honfleur
+(2 et 3 décembre 1701). Un espagnol arrivé dans ce port sur le navire du capitaine Jacques
+Gaspard et ayant pris Doublet pour interprète exposa devant les officiers de l'amirauté
+qu'un capitaine Delaunay, commandant le navire l'<i>Europe</i> «dont il se servoit en qualité
+de forban», avait capturé et pillé, à la côte de St-Domingue, le navire sur lequel il était
+embarqué. N'ayant pu obtenir justice auprès du gouverneur, l'espagnol venait en France
+s'adresser au Roi.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_206" id="Footnote_206"></a>
+<a href="#FNanchor_206">
+<span class="label">[206]</span></a> M. de Galiffet, gouverneur de Sainte-Croix et du Cap prit l'intérim et le titre de commandant
+en chef, attendu le départ de M. Ducasse pour la France.</p>
+
+<p>M. Du Paty, lieutenant du roi, commandant la partie de l'ouest y rendait les ordonnances
+pendant cet intérim.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_207" id="Footnote_207"></a>
+<a href="#FNanchor_207">
+<span class="label">[207]</span></a> Garde-marine, capitaine et major à St-Domingue de 1694 à 1697. Fait lieutenant
+de roi dans la même colonie le 3 février 1699. Chevalier de Saint-Louis le 23
+mars 1706. Gouverneur au Petit-Goave le 25 mars 1713; à St-Louis le 19 novembre
+1700. Lieutenant de roi au gouvernement général le 7 septembre 1723. Mort en passant
+en France sur le <i>Paon</i> le 17 octobre 1723.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_208" id="Footnote_208"></a>
+<a href="#FNanchor_208">
+<span class="label">[208]</span></a> Bidè de Maurville, fait capitaine de flûte le 1<sup>er</sup> janvier 1696, capitaine de brulôt en
+1703. Il mourut sur le <i>Magnifique</i> le 8 octobre 1704.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_209" id="Footnote_209"></a>
+<a href="#FNanchor_209">
+<span class="label">[209]</span></a> L'<i>Histoire navale d'Angleterre</i>, t. III, p. 278, fait mention de ce fait: «Il (l'amiral
+de Benlow) poursuivit un vaisseau de guerre du port de cinquante canons, mais qui
+n'étoit monté que de quarante, lequel gagna le rivage et y échoua.»</p>
+
+<p>Nous croyons qu'il existe de nouveau dans le passage qui suit une erreur de date. Les
+faits dont parle Doublet ainsi que son voyage aux Antilles se rapportent à l'année 1702.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_210" id="Footnote_210"></a>
+<a href="#FNanchor_210">
+<span class="label">[210]</span></a> John Benlow, amiral anglais, né vers 1650, mort le 4 novembre 1702. Il est surtout
+connu par le bombardement de Saint-Malo, en 1693, où il faisait fonctionner une machine
+infernale, par ses croisières devant Dunkerque qu'il était chargé de bloquer et par
+son combat entre Ste-Marthe et Carthagène des Indes en 1702, contre l'escadre française
+commandée par Ducasse.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_211" id="Footnote_211"></a>
+<a href="#FNanchor_211">
+<span class="label">[211]</span></a> Jean-Baptiste Ducasse, né dans le Béarn en 1650. Lieutenant de vaisseau le 15
+mars 1686; capitaine de frégate le 1<sup>er</sup> novembre 1689; gouverneur à Saint-Domingue le
+1<sup>er</sup> juin 1691; capitaine de vaisseau le 1<sup>er</sup> janvier 1693, chef d'escadre le 20 juillet
+1701 et lieutenant général des armées navales le 27 décembre 1707. Mort à Bourbon le
+25 juin 1715.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_212" id="Footnote_212"></a>
+<a href="#FNanchor_212">
+<span class="label">[212]</span></a> En effet, les deux escadres se cherchaient. Elles se rencontrèrent entre Ste-Marthe
+et Carthagène des Indes (côte de Vénézuéla). Ducasse qui n'avait que 4 vaisseaux livra
+aux Anglais cinq combats les plus longs et les plus terribles dont les annales maritimes
+aient gardé la mémoire (30 août 7 septembre 1702). Dans le dernier, il attaqua lui-même
+le vaisseau de Benlow qui fut gravement blessé. Presque tous les vaisseaux anglais furent
+mis hors de combat. Ducasse continua sa route et arriva à Carthagène le 15 septembre.&mdash;D'Hamecourt,
+p. 686.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_213" id="Footnote_213"></a>
+<a href="#FNanchor_213">
+<span class="label">[213]</span></a> Plaisanse. Baie de l'Amérique anglaise du Nord, sur la côte sud de l'île de Terre
+Neuve, avec un beau port. La pêche des morues y est abondante.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_214" id="Footnote_214"></a>
+<a href="#FNanchor_214">
+<span class="label">[214]</span></a> Voyez la note <a href="#Footnote_109">109</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_215" id="Footnote_215"></a>
+<a href="#FNanchor_215">
+<span class="label">[215]</span></a> Le <i>mal de Siam</i> des anciens historiens des Antilles, le <i>vomito negro</i> des Espagnols,
+le <i>typhus d'Amérique</i> ou la <i>fièvre jaune</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_216" id="Footnote_216"></a>
+<a href="#FNanchor_216">
+<span class="label">[216]</span></a> Henri d'Harcourt, marquis de Beuvron, né en 1654. Colonel d'infanterie en 1675;
+brigadier en 1683, maréchal de camp en 1688, lieutenant-général en 1693; maréchal de
+France en 1703; il mourut en 1718. Le marquisat de Beuvron fut érigé en duché d'Harcourt
+au mois de novembre 1700.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_217" id="Footnote_217"></a>
+<a href="#FNanchor_217">
+<span class="label">[217]</span></a> Jacques-Henri de Durfort de Duras, né en 1626, capitaine des gardes du corps en
+1671; maréchal de France en 1675; chevalier des ordres en 1688; chevalier de Saint-Louis
+en 1693. Il mourut à Paris le 12 octobre 1704. Le marquisat de Duras fut érigé en
+duché par lettres de février 1689.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_218" id="Footnote_218"></a>
+<a href="#FNanchor_218">
+<span class="label">[218]</span></a> Jérôme de Phélipeaux, comte de Pontchartain, né en 1674, conseiller au Parlement
+de Paris, conserva le département de la maison du Roi et de la marine du 6 septembre
+1699 au 1<sup>er</sup> septembre 1715.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_219" id="Footnote_219"></a>
+<a href="#FNanchor_219">
+<span class="label">[219]</span></a> Marc-René de Voyer, comte d'Argenson, né en 1652, lieutenant-général de la police
+à Paris.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_220" id="Footnote_220"></a>
+<a href="#FNanchor_220">
+<span class="label">[220]</span></a> Le couvent des grands Augustins était établi sur l'emplacement actuel du marché de
+la Vallée, sur la rive gauche de la Seine. C'était dans la chapelle de ce couvent qu'avait
+été faite, en 1578, la première promotion des chevaliers du Saint-Esprit; Philippe de
+Commines y était inhumé ainsi que le poète Remy Belleau. On sait que les Etats-Généraux
+se réunirent plusieurs fois aux Grands Augustins.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_221" id="Footnote_221"></a>
+<a href="#FNanchor_221">
+<span class="label">[221]</span></a> Voyez plus haut note <a href="#Footnote_211">211</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_222" id="Footnote_222"></a>
+<a href="#FNanchor_222">
+<span class="label">[222]</span></a> Il s'agit de l'<i>Assiento</i>, compagnie de traite à laquelle le gouvernement espagnol
+avait octroyé le droit d'importer des nègres dans ses colonies. Ce monopole fut accordé à
+la compagnie française des côtes de Guinée par Philippe V, en 1701. Celle-ci ne tarda
+pas à en être dépossédée par l'Angleterre qui fit de ce privilège l'une des clauses expresses
+du traité d'Utrecht (4 mai 1713).</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_223" id="Footnote_223"></a>
+<a href="#FNanchor_223">
+<span class="label">[223]</span></a> Voyez la note <a href="#Footnote_103">103</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_224" id="Footnote_224"></a>
+<a href="#FNanchor_224">
+<span class="label">[224]</span></a> Guérusseau Du Magnou, fait lieutenant de vaisseau en 1662 et capitaine de vaisseau
+en 1666, fut condamné à mort pour avoir perdu le vaisseau le <i>Rouen</i>. Rétabli dans son
+grade en 1672, il fut nommé chef d'escadre le 1<sup>er</sup> janvier 1693 et mourut à Rochefort le
+10 mai 1706.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_225" id="Footnote_225"></a>
+<a href="#FNanchor_225">
+<span class="label">[225]</span></a> Capitaine de flûte le 1<sup>er</sup> janvier 1691; capitaine de brûlot le 1<sup>er</sup> janvier 1703.
+Mort à Brest le 28 mai 1719.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_226" id="Footnote_226"></a>
+<a href="#FNanchor_226">
+<span class="label">[226]</span></a> Commissaire ordinaire de la marine le 21 avril 1703. Commissaire ordonnateur le
+28 décembre 1703. Faisant fonctions d'intendant de justice, police et finances de l'île de
+la Tortue et côte de Saint-Domingue, 1708.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_227" id="Footnote_227"></a>
+<a href="#FNanchor_227">
+<span class="label">[227]</span></a> René Guimont du Coudray, garde, écrivain de la marine en 1692; sous-lieutenant et
+lieutenant et capitaine d'artillerie de 1692 à 1701. Fait capitaine de vaisseau le 1<sup>er</sup> novembre
+1705. Chevalier de St-Louis le 28 juin 1715. Mort à Rochefort le 13 novembre 1745.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_228" id="Footnote_228"></a>
+<a href="#FNanchor_228">
+<span class="label">[228]</span></a> Sur un des vaisseaux que Doublet commandait se trouvait en qualité de major le chevalier
+Des Marchais. On a de cet officier un <i>Voyage en Guinée et aux îles voisines</i>, imprimé
+à Paris en 1730 par les soins du P. Labat. Le chevalier Des Marchais y fait allusion
+au voyage qu'il effectua avec Doublet.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_229" id="Footnote_229"></a>
+<a href="#FNanchor_229">
+<span class="label">[229]</span></a> Les navires en campagne de traite mouillaient ordinairement au cap Mesurado, sur
+la côte des Graines (Guinée supérieure), pour faire de l'eau et du bois; ils venaient ensuite
+découvrir le cap des Palmes.</p>
+
+<p>La traite commençait au cap Blanc pour finir à la rivière du Congo, mais elle était particulièrement
+abondante en or et en noirs depuis le cap des Trois-Pointes jusqu'à la rivière
+de la Volta.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_230" id="Footnote_230"></a>
+<a href="#FNanchor_230">
+<span class="label">[230]</span></a> La ville de Ouiddah ou Whydah fait partie du royaume de Dahomey. On l'aperçoit
+de la mer, dont elle est distante d'environ 3 milles. Une lagune ou lac, d'une largeur de
+1 mille environ et d'une profondeur de 2 à 6 pieds anglais, s'étend entre elle et la mer.
+Son aspect est très pittoresque. Whydah et Badagry étaient les deux grands ports de
+traîte du golfe de Benin.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_231" id="Footnote_231"></a>
+<a href="#FNanchor_231">
+<span class="label">[231]</span></a> Le ms (p. 123) contient une longue note marginale relative à une révolte des noirs
+embarqués à bord de la <i>Badine</i>. Cinq hommes de l'équipage furent tués; le conseil de
+guerre qui se réunit condamna à mort deux des principaux meneurs de la révolte: l'un fut
+coupé en quatre morceaux, le second fut pendu à la grande vergue.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_232" id="Footnote_232"></a>
+<a href="#FNanchor_232">
+<span class="label">[232]</span></a> Le chevalier François de Courbon-Blenac, enseigne en 1673. Fait lieutenant de
+vaisseau en 1679; capitaine de vaisseau le 1<sup>er</sup> novembre 1689. Retiré le 8 novembre
+1713.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_233" id="Footnote_233"></a>
+<a href="#FNanchor_233">
+<span class="label">[233]</span></a> Le texte est bien <i>entousiasme</i>; le mot propre serait syncope en léthargie.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_234" id="Footnote_234"></a>
+<a href="#FNanchor_234">
+<span class="label">[234]</span></a> Marie-Gobert Salampart de Chouppes. Nouveau garde-marine le 1<sup>er</sup> janvier 1699,
+enseigne le 20 octobre 1703. Investi des fonctions de major au Petit-Goave le 21 octobre
+1703. Capitaine en pied à St-Domingue, le 30 avril 1706. Mort le 2 août 1717.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_235" id="Footnote_235"></a>
+<a href="#FNanchor_235">
+<span class="label">[235]</span></a> Pierre Le Moine d'Iberville, promu capitaine de frégate au mois de février 1692,
+fut nommé capitaine de vaisseau le 1<sup>er</sup> juillet 1702. Il mourut à la Havane le 9 juillet
+1706 sur le vaisseau le <i>Juste</i> qu'il commandait.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_236" id="Footnote_236"></a>
+<a href="#FNanchor_236">
+<span class="label">[236]</span></a> Joseph Le Moine de Sérigny, fut fait enseigne de vaisseau le 1<sup>er</sup> janvier 1692; lieutenant
+de vaisseau le 1<sup>er</sup> janvier 1696; capitaine de vaisseau le 1<sup>er</sup> février 1720. Mort le
+12 septembre 1734.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_237" id="Footnote_237"></a>
+<a href="#FNanchor_237">
+<span class="label">[237]</span></a> Juchereau de Vaulezard, nouveau garde-marine le 15 mars 1693. Fait enseigne et
+capitaine à la Louisiane en 1703. Retiré et passé à St-Domingue en 1713. Mort dans
+cette île en 1729.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_238" id="Footnote_238"></a>
+<a href="#FNanchor_238">
+<span class="label">[238]</span></a> Le <i>mariposa</i> est un oiseau du genre bengali; c'est le pinson de la Louisiane que les
+créoles nomment le <i>pape</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_239" id="Footnote_239"></a>
+<a href="#FNanchor_239">
+<span class="label">[239]</span></a> Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, de Brionne, vicomte de Marsan, grand
+écuyer de France, chevalier des ordres du roi, gouverneur d'Anjou, né en 1641, mourut le
+13 juin 1718. Il était fils de Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, grand écuyer, sénéchal
+de Bourgogne et gouverneur d'Anjou, décédé en 1666.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_240" id="Footnote_240"></a>
+<a href="#FNanchor_240">
+<span class="label">[240]</span></a> «M<sup>me</sup> d'Arco, dit Saint-Simon, mourut à Paris (1717) où elle donnoit à jouer
+tant qu'elle pouvoit. Elle s'appeloit étant fille M<sup>lle</sup> Popuel, étoit fort belle, et avoit été
+longtemps maîtresse déclarée, en Flandre, de l'électeur de Bavière.»&mdash;«Cette comtesse
+d'Arco, ajoute Dangeau, est une fille de Flandre, ancienne maîtresse de l'électeur, dont
+il a eu le chevalier puis comte de Bavière, et qu'il maria au frère du général de ses troupes,
+que chez lui on appeloit le maréchal d'Arco. Madame d'Arco est morte à Paris où
+elle faisoit une grande dépense. Son fils a été avancé dans le service et à la fin a été
+fait grand d'Espagne.»</p>
+
+<p><i>Mémoires de St-Simon</i>, t. XIV, p. 171. <i>Journal de Dangeau</i>, t. VIII, p. 97 et 98.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_241" id="Footnote_241"></a>
+<a href="#FNanchor_241">
+<span class="label">[241]</span></a> Jean-Jacques Mithon, chevalier, seigneur de Senneville, originaire d'Orléans. Ecrivain
+de la marine de 1690 à 1692. Commissaire à la Martinique de 1697 à 1708. Subdélégué
+intendant, commissaire général et intendant à Saint-Domingue de 1713 à 1718.
+Intendant à Toulon en 1720. Mort en congé, à Paris, le 30 juin 1737.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_242" id="Footnote_242"></a>
+<a href="#FNanchor_242">
+<span class="label">[242]</span></a> Charles d'Irumberry-de-Sallaberry, né en 1659, fut maître des Comptes en 1690
+et président en la même Chambre en 1710.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_243" id="Footnote_243"></a>
+<a href="#FNanchor_243">
+<span class="label">[243]</span></a> Les côtes de Provence furent envahies par le duc de Savoie et le prince Eugène au
+mois d'août 1707; leurs troupes passèrent le Var le 11 août tandis que la flotte ennemie
+s'était avancée pour favoriser le passage.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_244" id="Footnote_244"></a>
+<a href="#FNanchor_244">
+<span class="label">[244]</span></a> René, sire de Fronlay et comte de Tessé, né en 1651, fut aide-de-camp du maréchal
+de Créqui en 1669 et devint colonel de dragons en 1684, brigadier en 1678, gouverneur
+du Maine en 1680, mestre de camp général des dragons en 1684, maréchal-de-camp et
+chevalier du Saint-Esprit en 1688, lieutenant-général en 1691, maréchal de France en
+1703, général des galères en 1712. Il mourut en 1725.&mdash;Pinard, <i>chron. hist. mil.</i>, t. III,
+p. 141-151.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_245" id="Footnote_245"></a>
+<a href="#FNanchor_245">
+<span class="label">[245]</span></a> Jacques Le Coutelier, marquis de Saint-Pater, page du roi en 1676, lieutenant au
+régiment Dauphin-Infanterie 1677 et colonel du régiment d'infanterie du Vivarais en
+1685, devint brigadier en 1695; maréchal de camp en 1704 et lieutenant général en
+1706. Il fut nommé pour commander à Toulon le 19 juin 1707.&mdash;Pinard, <i>chron. hist.
+mil.</i> t. IV, p. 621.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_246" id="Footnote_246"></a>
+<a href="#FNanchor_246">
+<span class="label">[246]</span></a> Louis Girardin, chevalier, seigneur de Vauvré, enseigne en 1665, commissaire
+ordinaire de la marine en 1670; commissaire général en 1673; ordonnateur au Havre
+en 1675; intendant à Toulon en 1680; maître d'hôtel ordinaire du roi et conseiller
+d'Etat en 1700. A passé pour un des plus grands intendants que la marine ait eus,
+(Deschard, p. 93).</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_247" id="Footnote_247"></a>
+<a href="#FNanchor_247">
+<span class="label">[247]</span></a> De Combes, fut nommé enseigne de vaisseau le 7 août 1677; lieutenant de vaisseau
+le 2 mars 1680; capitaine de galiote le 16 janvier 1684, capitaine de vaisseau le 1<sup>er</sup> janvier
+1689; commissaire général d'artillerie le 1<sup>er</sup> janvier 1703. Mort à Brest le 25 novembre
+1717.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_248" id="Footnote_248"></a>
+<a href="#FNanchor_248">
+<span class="label">[248]</span></a> Les assiégeants s'attachèrent principalement au fort Sainte-Marguerite, à celui de
+Saint-Louis et à la Grosse-Tour. Le fort Ste-Marguerite se rendit le 16 août 1707.
+Quelques jours plus tard, le 22, les Impériaux levèrent le siège de Toulon.&mdash;Voyez la
+<i>Gazette</i> 30 juillet, 6, 13, 27 août, 3 et 10 septembre 1707.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_249" id="Footnote_249"></a>
+<a href="#FNanchor_249">
+<span class="label">[249]</span></a> Le voyage de Doublet dans les mers du sud dura 42 mois; il en avait conservé le
+journal. Voyez à ce sujet l'introduction <a href="#intro3">§ III</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_250" id="Footnote_250"></a>
+<a href="#FNanchor_250">
+<span class="label">[250]</span></a> <i>En marge de la main du ministre</i>: J'ay appris cette action par le Port Louis et par
+Brest, elle m'a fait bien du plaisir.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_251" id="Footnote_251"></a>
+<a href="#FNanchor_251">
+<span class="label">[251]</span></a> Fils de Claude de Dreux et d'Aimée-Thérèse de Montgommery, ambassadeur en
+Espagne; capitaine des Cent-Suisses duc d'Orléans: mort en 1719.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_252" id="Footnote_252"></a>
+<a href="#FNanchor_252">
+<span class="label">[252]</span></a> Ces gages étaient de 612 livres.</p>
+</div>
+</div>
+
+
+<h2>&OElig;UVRES DE M. GUIZOT</h2>
+
+<p class="c">Édition format in-8<sup>o</sup></p>
+
+
+<table summary="catalogue">
+<tr><td><b>HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION D'ANGLETERRE</b>, depuis l'avénement de Charles 1<sup>er</sup> jusqu'au
+rétablissement des Stuart (1625-1660). 6 vol in-8, en trois parties.</td><td class="num">42</td><td class="num">fr.</td></tr>
+<tr><td>&mdash;<b>HISTOIRE DE CHARLES 1<sup>er</sup></b> depuis son avénement jusqu'à sa mort (1625-1649); précédée
+d'un <i>Discours sur la Révolution d'Angleterre</i>. 8<sup>e</sup> édit. 2 vol. in-8.</td><td class="num">14</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td>&mdash;<b>HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE D'ANGLETERRE ET DE CROMWELL</b> (1649-1658).
+Nouvelle édition. 2 vol. in-8.</td><td class="num">14</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td>&mdash;<b>HISTOIRE DU PROTECTORAT DE RICHARD CROMWELL</b> et du <span class="sc">Rétablissement des
+Stuart</span> (1659-1660). 2 vol. in-8.</td><td class="num">14</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>MONK. CHUTE DE LA RÉPUBLIQUE</b>, etc.; étude historique. Nouv. édit. 1 vol. in-8.</td><td class="num">6</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>PORTRAITS POLITIQUES</b> des hommes des divers partis: <i>Parlementaires</i>, <i>Cavaliers</i>, <i>Républicains</i>,
+<i>Niveleurs</i>; études historiques. 1 vol. in-8.</td><td class="num">6</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>SIR ROBERT PEEL</b>. Étude d'histoire contemporaine, augmentée de documents inédits.
+1 vol. in-8.</td><td class="num">6</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>ESSAIS SUR L'HISTOIRE DE FRANCE</b>, etc. 12<sup>e</sup> édit. 1 vol. in-8.</td><td class="num">6</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>HISTOIRE DE LA CIVILISATION EN EUROPE ET EN FRANCE</b>, depuis la chute de l'Empire
+romain, etc. 11<sup>e</sup> édit. 5 vol. in-8.</td><td class="num">30</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td>&mdash;<b>HISTOIRE DE LA CIVILISATION EN EUROPE</b>, depuis la chute de l'Empire romain
+jusqu'à la Révolution française. 12<sup>e</sup> édit. 1 vol. in-8, portrait.</td><td class="num">6</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>HISTOIRE DES ORIGINES DU GOUVERNEMENT REPRÉSENTATIF</b> et des <i>Institutions politiques
+de l'Europe</i>, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'au XIV<sup>e</sup> siècle. (<i>Cours</i> de
+1820 à 1822.) Nouv. édit. 2 vol. in-8.</td><td class="num">10</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>CORNEILLE</b> <span class="small">ET SON TEMPS</span>. Étude littéraire, suivie d'un <i>Essai sur Chapelain, Rotrou</i> et <i>Scarron</i>,
+etc. 1 vol. in-8.</td><td class="num">6</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>MÉDITATIONS ET ÉTUDES MORALES</b> sur la <i>Religion</i>, la <i>Philosophie</i>, l'<i>Éducation</i>, etc.
+Nouvelle édition. 1 vol. in-8.</td><td class="num">6</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>ÉTUDES SUR LES BEAUX-ARTS</b> en général. <i>De l'état des beaux-arts en France et du Salon
+de 1810</i>.&mdash;<i>Description des tableaux du Musée du Louvre</i>, etc. Nouvelle édition. 1 vol.
+in-8.</td><td class="num">6</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>DISCOURS ACADÉMIQUES</b>, suivis des <i>Discours prononcés au concours général de l'Université
+et devant diverses Sociétés religieuses</i>, etc. 1 vol. in-8.</td><td class="num">6</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>ABAILARD ET HÉLOISE</b>. Essai historique, par M. et M<sup>me</sup> Guizot, suivi des <i>Lettres d'Abailard
+et d'Héloïse</i>, traduites en français par M. <span class="sc">Oddoul</span>. Nouvelle édition, revue et corrigée.
+1 vol. in-8.</td><td class="num">6</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>DICTIONNAIRE UNIVERSEL DES SYNONYMES DE LA LANGUE FRANÇAISE</b>, 8<sup>e</sup> édition.
+1 vol. grand in-8.</td><td class="num">12</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>GRÉGOIRE DE TOURS ET FRÉDÉGAIRE</b>. <i>Histoire des Francs</i>, suivie de la <i>Chronique de
+Frédégaire</i>, traduction de M. <span class="sc">Guizot</span>, entièrement revue. Nouv. édit., complétée et augmentée
+de la <i>Géographie de Grégoire de Tours</i>, par Alfred <span class="sc">Jacobs</span>. 2 vol. in-8, avec une
+carte de la Gaule.</td><td class="num">14</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>&OElig;UVRES COMPLÈTES DE SHAKSPEARE</b>, trad. de M. <span class="sc">Guizot</span>, entièrement revue, accompagnée
+d'une Étude sur Shakspeare, de notices et de notes. 8 vol. in-8.</td><td class="num">48</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>HISTOIRE DE WASHINGTON</b> <i>et de la fondation de la République des États-Unis</i>, par
+M. <span class="sc">Cornelis de Witt</span>, précédée d'une <i>Étude historique</i> sur Washington, par M. <span class="sc">Guizot</span>.
+Nouvelle édition. 1 vol. in-8, avec carte.</td><td class="num">7</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>THOMAS JEFFERSON</b>. Étude sur la démocratie américaine, par <span class="sc">Cornelis de Witt</span>. 3<sup>e</sup> édit.
+1 vol. in-8, portrait.</td><td class="num">7</td><td class="num">»</td></tr>
+<tr><td><b>MÉNANDRE</b>. Étude historique et littéraire sur la Comédie et la Société grecques, par
+M. <span class="sc">Guillaume Guizot</span>. Ouvrage couronné par l'Académie française en 1853. 1 vol. in-8,
+avec portrait.</td><td class="num">6</td><td class="num">»</td></tr>
+</table>
+<p class="c">Paris.&mdash;Imp. E. <span class="sc">Capiomont</span> et V. <span class="sc">Renault</span>, rue des Poitevins 6.</p>
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Journal du corsaire Jean Doublet de
+Honfleur, by Jean Doublet
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JEAN DOUBLET DE HONFLEUR ***
+
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
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+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
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+
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+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
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+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
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+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
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+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
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+received the work on a physical medium, you must return the medium with
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+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation information page at www.gutenberg.org
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at 809
+North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email
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+Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact
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+Literary Archive Foundation
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+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
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+
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+any statements concerning tax treatment of donations received from
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+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
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+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
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+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For forty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
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+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
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+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
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+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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+</html>
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