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-Project Gutenberg's La Germanie, by Cornelius Tacitus and Henri Petitmangin
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: La Germanie
- Texte latin avec introduction, notes et lexique des noms propres
-
-Author: Cornelius Tacitus
- Henri Petitmangin
-
-Release Date: September 21, 2013 [EBook #43789]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA GERMANIE ***
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-
-Produced by Laurent Vogel, Bibimbop, Juliet Sutherland and
-the Online Distributed Proofreading Team at
-http://www.pgdp.net
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-Note de transcription:
-
-À l'exception des corrections mentionnées dans la note plus détaillée à
-la fin de ce livre, l'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas
-été harmonisée.
-
-Les mots en gras sont indiqués par =...=, et la translittération de
-texte en grec par +...+.
-
-Le glyphe [=e] représente la lettre e surmontée d'un macron.
-
-Une traduction en français de la Germanie est aussi disponible auprès
-du Project Gutenberg, sous le numéro 19662.
-
-
-
-
- TACITE
-
- LA GERMANIE
-
-
-
-
- PROPRIÉTÉ DE
-
- _J. de Gigord._
-
-
- _À LA MÊME LIBRAIRIE_
-
- OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
-
- _Nouveau cours de latin:_
-
- =Grammaire latine= (1re année). In-18, raisin 0 fr. 90
-
- =Grammaire latine= (2e année). 1 fr. 25
-
- =Grammaire latine= (complète). In-18, raisin. 1 fr. 40
-
- =Exercices latins illustrés= (1re série). In-18, raisin. 1 fr. 75
-
- -- _Livre du maître_ (1re série), en préparation.
-
- =Exercices latins illustrés= (2e série)
-
- -- _Livre du maître_ (2e série).
-
- =Exercices latins= (3e série)
-
- -- _Livre du maître_ (3e série), en préparation.
-
-
- =Tacite.= _Germanie_. In-18 raisin. 0 fr. 75
-
- -- _Agricolae_. In-18 raisin. 0 fr. 60
-
- -- _Extraits des Annales_. In-18 raisin. 1 fr. 75
-
- =Plutarque.= _Vie de Cicéron_. In-18 raisin. 1 fr. »
-
- -- _Extraits des vies parallèles_. In-18. 1 fr. 50
-
- =Xénophon.= _Économique_. In-18 raisin. 1 fr. 50
-
-
-
-
- TACITE
-
- LA GERMANIE
-
-
- TEXTE LATIN
- AVEC INTRODUCTION, NOTES ET LEXIQUE DES NOMS PROPRES
-
- PAR
- M. L'ABBÉ PETITMANGIN
- AGRÉGÉ DES LETTRES
- PROFESSEUR AU COLLÈGE STANISLAS
-
- TROISIÈME ÉDITION
-
- [Décoration]
-
- PARIS
-
- ANCIENNE LIBRAIRIE POUSSIELGUE
- J. DE GIGORD, ÉDITEUR
- RUE CASSETTE, 15
-
- 1913
-
-
-
-
-INTRODUCTION
-
-I.--LA VIE ET LES OUVRAGES DE TACITE.
-
-
-Nous avons bien peu de détails certains sur la vie de Tacite. Son
-prénom était-il _Publius_ comme le témoigne un manuscrit des _Annales_
-ou _Caius_ comme l'écrit Sidoine Apollinaire? Appartenait-il à la
-_gens Cornelia_? Son père était-il ce chevalier romain, procurateur
-de la Gaule Belgique, nommé dans une inscription et dont parle Pline
-l'Ancien? Autant de questions toujours renouvelées, jamais épuisées,
-auxquelles on ne pourra fournir aucune réponse certaine tant que de
-nouvelles découvertes n'apporteront pas des preuves indiscutables[1].
-On admet cependant que Tacite est né en 54 ap. J.-C. ou 55 au plus
-tard. Mais on retombe dans l'incertitude, dès qu'on veut déterminer le
-lieu de sa naissance. Les habitants de Terni, l'ancienne Interamna,
-à peu de distance de Florence, le réclament pour compatriote; mais
-ce n'est pas fournir des arguments que de dresser des statues et l'on
-sait trop bien que cette tradition remonte à l'empereur Tacite (275-276
-ap. J.-C.) qui naquit à Interamna et se fit passer pour le descendant
-de l'illustre historien. Cette parenté, même démontrée, ne pourrait
-être un argument incontestable en faveur des habitants de Terni, et
-il faut renoncer à disserter sur cette heureuse coïncidence qui aurait
-rapproché les berceaux de Tacite, de Michel-Ange et de Machiavel.
-
- [1] La récente découverte d'une inscription paraît avoir levé
- tous les doutes en faveur du prénom de _Publius_.
-
-Que l'éducation de Tacite se soit faite à Rome, au milieu des vices
-raffinés qui minaient la société, ou dans quelque province où les
-antiques traditions, mieux conservées, trempaient plus fortement
-les âmes, il est probable qu'en aucun cas il ne se laissa entamer
-par la corruption de son siècle. Il s'adonna d'abord à l'éloquence,
-qui, malgré l'établissement de l'Empire et la suppression des grands
-débats politiques, restait la base et presque l'unique objet des
-études pour les jeunes romains de bonne famille. La philosophie semble
-l'avoir moins attiré. Pline le Jeune, qui fut très lié avec lui, nous
-atteste ses succès oratoires et caractérise son éloquence d'un mot qui
-résume tout un côté du génie de Tacite: «_Respondit Cornelius Tacitus
-eloquentissime et, quod eximium orationi ejus inest_, +semnôs+.» Nous
-connaissons d'ailleurs les idées de Tacite sur l'art oratoire par son
-premier ouvrage, le _Dialogue des orateurs_, dont l'authenticité a été
-contestée, mais à tort, semble-t-il. Ses préférences vont à Cicéron,
-qu'il se propose d'imiter, mais le style de ce dialogue, quoique
-différent, à la vérité, de la vraie manière de Tacite telle que nous la
-révèlent les _Annales_ et les _Histoires_, nous fait sentir déjà que le
-temps des larges et symétriques périodes est passé.
-
-Cependant Tacite ne se confinait pas dans les déclamations d'école et
-les débats judiciaires. Successivement questeur sous Vespasien, édile
-ou tribun du peuple sous Titus, préteur sous Domitien, il parvint au
-consulat sous le règne de Nerva en 97. Il eut alors à prononcer l'éloge
-de Verginius Rufus, mort simple citoyen après avoir refusé l'empire.
-Ce fut probablement dans l'année qui suivit son consulat qu'il écrivit
-l'_Agricola_. Il retraçait, en phrases émues, éloquentes, et semées
-de mots profonds, la vie de son beau-père, qu'il représentait comme le
-type du fonctionnaire intègre et digne sous un gouvernement corrompu.
-Vers le même temps, entre 98 et 100, il publiait _la Germanie_.
-
-Ces courts écrits, dans lesquels on sent le style si original de
-Tacite tendre de plus en plus à la brièveté et à la profondeur tout
-en s'animant d'une couleur poétique assez prononcée, conduisent
-insensiblement aux grands ouvrages de l'écrivain: les _Annales_ et
-les _Histoires_. On ne saurait assez regretter que le temps ait creusé
-dans ces deux chefs-d'oeuvre d'irréparables lacunes. Les _Histoires_
-publiées entre 104 et 109 contenaient les règnes de Galba, Othon,
-Vitellius, Vespasien, Titus et Domitien, c'est-à-dire les faits
-contemporains de Tacite. Les _Annales_, qui durent paraître vers l'an
-116, renfermaient la période de l'histoire romaine comprise entre la
-mort de l'empereur Auguste et le règne de Galba par lequel commencent
-les _Histoires_.
-
-À partir de l'an 100, époque à laquelle il soutint, de concert avec
-son ami Pline le Jeune, le procès des Africains contre Marius Priscus,
-Tacite semble s'être retiré des affaires publiques pour s'adonner
-tout entier à la composition de ses grands ouvrages. Il vivait
-vraisemblablement encore à l'avènement d'Hadrien (117) et mourut
-probablement entre 117 et 120.
-
-
-II.--_LA GERMANIE._
-
-L'érudition allemande, qui s'est beaucoup occupée du court écrit de
-Tacite sur la Germanie, a soulevé une foule de questions sur le but,
-les sources, la date et le titre même de cet ouvrage. On a supposé que
-le titre authentique s'était perdu, avec une préface où Tacite rendait
-peut-être compte de l'idée qui avait inspiré son livre. Les différents
-titres que l'on propose sont fort incertains. On a à choisir entre:
-_De origine et situ Germanorum_ (ou _Germaniæ_), _De situ Germaniæ_,
-_De situ ac populis Germaniæ_, _De origine, situ, moribus ac populis
-Germanorum_. Comme il n'y a presque pas de motif de préférence entre
-ces divers titres, on peut se contenter, comme Halm, d'écrire en tête
-du livre de Tacite: _C. Taciti de Germania liber_. On ne peut, en
-effet, sur ce point, accorder grande confiance aux manuscrits; ceux
-qui existent actuellement et dont les principaux sont le _Vaticanus_
-1862 et 1518, le _Leidensis_, le _Neapolitanus_, ont été copiés par
-des humanistes de la Renaissance et reproduisent un manuscrit unique
-apporté d'Allemagne en Italie et aujourd'hui perdu.
-
-La date de la composition de _la Germanie_ est assez facile à
-déterminer. Tacite nous dit (§ 37) que, depuis la première invasion des
-Cimbres (an de Rome 641) jusqu'au second consulat de Trajan (851), il
-s'est écoulé 210 ans. On peut en conclure que si Tacite prend le second
-consulat de Trajan pour point de départ de son calcul, c'est parce
-que cet ouvrage fut composé à cette époque même ou du moins avant le
-troisième consulat, un peu avant ou un peu après l'arrivée de Trajan à
-Rome.
-
-On s'est souvent demandé quel but s'est proposé Tacite en écrivant _la
-Germanie_. Comme on peut s'y attendre, toutes les solutions possibles
-ont été proposées. On a été jusqu'à soutenir que _la Germanie_ était
-une sorte de dialogue, dans lequel Tacite avait voulu réunir les
-opinions des écrivains antérieurs sur la Germanie, en interrompant
-sans cesse cette relation pour compléter, confirmer et, plus souvent,
-infirmer leur témoignage. Sa méthode la plus ordinaire de contredire
-ses adversaires serait l'ironie. Méthode bien dangereuse, en vérité,
-puisqu'on a si souvent pris pour la pensée de Tacite ce qui en était
-exactement le contraire[2]. Le tort de la plupart des commentateurs
-qui ont voulu trancher nettement la question, a été, semble-t-il, de
-se montrer trop exclusifs et de ne pas assez distinguer, autour du
-but principal, quel qu'il soit d'ailleurs, l'existence incontestable
-d'intentions secondaires. Il est évident, par exemple, qu'on aurait
-tort de ne voir dans _la Germanie_ qu'une sorte de roman où serait
-dépeint un certain idéal de bonheur, de vie simple et vertueuse. Cet
-ouvrage serait ainsi une réplique de la fiction de l'âge d'or, la scène
-étant transportée dans le lointain de l'espace au lieu d'être reculée
-dans le temps. Le romanesque que l'on croit découvrir dans certains
-passages ne doit pas faire illusion. Tacite, il est vrai, fait une
-description fantastique du culte mystérieux de la déesse _Nerthus_ et
-nous montre une armée entière couverte de boucliers noirs; cela vient
-de ce que, trop grave pour inventer des fables, il est aussi trop
-consciencieux pour omettre les informations qu'il a recueillies. Dans
-le second livre des _Histoires_ nous trouvons sa profession de foi:
-«Je crois, dit-il, qu'il est contraire à la gravité de l'histoire de
-vouloir intéresser les lecteurs avec des fictions et des fables, mais
-je ne voudrais pas non plus enlever toute créance à des traditions
-généralement reçues.» D'ailleurs, comment expliquer, dans cette
-hypothèse, la présence de tant de détails géographiques? Pourquoi tant
-de précision dans la notation du caractère spécial de chaque peuplade?
-Et si Tacite a voulu vanter la vie simple et frugale, pourquoi
-insiste-t-il sur l'ivrognerie et l'entêtement de ces robustes Germains?
-Cependant on ne saurait nier que Tacite ait souvent embelli la vie
-de ces peuplades à demi sauvages et fait de leur ignorance des vertus
-réfléchies de philosophe.
-
- [2] Voici, par exemple, comment M. Holub entend le ch. XVII:
- Tacite rapporte l'opinion d'un de ses prédécesseurs: _Tegumen
- omnibus sagum fibula aut, si desit, spina consertum._--Et Tacite
- reprend aussitôt ironiquement: _Ceterum intecti: totos dies juxta
- focum atque ignem agunt!_ C'est-à-dire: «Eh quoi! pas d'autre
- vêtement? Mais alors le climat les obligerait à rester des
- journées entières près du feu! Ne faut-il pas qu'ils aillent à la
- chasse, aux assemblées, à la guerre? Ce simple manteau peut-il
- suffire?» On devine ce qu'une semblable interprétation peut
- réserver de surprises à qui voudra s'y livrer.
-
-La rhétorique, dont on sent parfois l'influence sur la composition
-de l'ouvrage, n'a pas peu contribué à lui donner ce faux air de roman
-utopique; mais plus sensible encore est l'influence des préoccupations
-du moment et ce n'est pas sans quelque apparence de raison qu'on a
-soutenu que Tacite avait voulu avant tout faire la satire des moeurs
-de son temps. On sait que Tacite n'est pas l'historien selon l'idée de
-Fénelon. Il est bien de son temps et de son pays, et dans le coeur de
-ce penseur profond bouillonne un ardent patriotisme. Tacite a étudié
-les vices de son siècle; il y a reconnu le signe d'une civilisation
-trop avancée qui court fatalement à la décadence. Pour lui, comme
-pour tous les Romains qui ont gardé l'amour et l'admiration du peuple
-roi, l'idéal est vers le passé; c'est le _mos majorum_ qui a fait la
-grandeur de la République, c'est lui qui peut seul la sauver de la
-ruine. Aussi, sans être pour cela un révolutionnaire, il saisit avec
-empressement l'occasion qui lui est offerte d'opposer à la civilisation
-corrompue qui règne à Rome les rudes vertus des Barbares. À chaque
-instant la pensée de Tacite est reportée de l'objet de son étude vers
-l'état actuel de sa patrie. Si cette préoccupation l'a amené à forcer
-quelques traits, elle lui a fourni l'occasion de belles antithèses,
-dans lesquelles un peu d'affectation ne nuit pas à la profondeur de la
-pensée. Il serait exagéré cependant de considérer _la Germanie_ comme
-une satire analogue aux ouvrages de nos philosophes du XVIIIe siècle
-qui prétendaient opposer aux vices et aux mensonges conventionnels
-de la société le bon sens et les vertus spontanées de la nature
-inculte. Tacite s'est contenté de rappeler aux Romains que, chez ces
-prétendus barbares, les lois du mariage étaient sévèrement gardées,
-la corruption ne prêtait pas à rire, les testaments et les abus qu'ils
-provoquent étaient inconnus, les enfants n'étaient point abandonnés à
-des mercenaires, la douceur envers les esclaves était habituelle. Avant
-Tacite, Horace avait déjà usé de ce procédé en opposant aux moeurs des
-Romains les vertus des Gètes et des Scythes (_Odes_, III, 24), et l'on
-a pu relever des tendances analogues chez Valérius Flaccus qui publia
-son ouvrage environ trente ans avant l'apparition de _la Germanie_.
-
-_La Germanie_ serait-elle donc plutôt une brochure politique analogue
-aux monographies qui paraissent aujourd'hui à propos des questions
-brûlantes de la politique extérieure? Les partisans de cette opinion
-avouent toutefois que _la Germanie_ n'a pas été improvisée comme le
-sont la plupart des écrits de ce genre, mais composée d'après des notes
-dès longtemps recueillies. Cette intention politique est loin d'être
-aussi évidente qu'on l'a prétendu, puisque les défenseurs de cette
-opinion soutiennent, les uns, que Tacite a voulu détourner Trajan de
-faire la guerre à des gens si vertueux et si forts, les autres qu'il
-a simplement voulu soutenir sa politique. L'empereur en effet, appelé
-au trône pendant qu'il se trouvait en Germanie, y resta longtemps
-pour consolider la frontière. On désirait le revoir à Rome; de là,
-chez Tacite, le désir d'expliquer l'absence de Trajan en montrant la
-nécessité de tenir en respect les Barbares. Si telle était l'idée de
-Tacite, non seulement elle devrait s'exprimer nettement dans quelque
-endroit de l'ouvrage, mais on devrait la deviner présente partout;
-or rien ne serait plus difficile à prouver. En effet, quiconque lira
-_la Germanie_ sans idée préconçue aura l'impression d'un ouvrage
-scientifique. C'est l'avis de Mommsen: «Tout cet écrit, dit-il, fait
-l'effet d'être simplement géographique.»
-
-On s'est appuyé sur cette constatation pour soutenir que _la Germanie_
-était un livre détaché des grands ouvrages. Il aurait survécu à la
-perte d'une partie considérable des _Annales_ et des _Histoires_, parce
-qu'il aurait été de bonne heure remarqué et copié à part par des moines
-allemands du moyen âge. On a été jusqu'à lui fixer sa place dans les
-_Histoires_ à l'endroit où Tacite devait parler de la grande coalition
-des Sarmates et des Suèves. Selon d'autres, _la Germanie_ aurait été
-en effet, d'abord, destinée à prendre place dans les _Annales_ ou les
-_Histoires_, mais elle en aurait été séparée par Tacite lui-même et
-publiée à part.
-
-Cette opinion, quelque vraisemblable qu'elle puisse paraître, n'est
-pas concluante. Si l'on se rappelle que le _Dialogue des orateurs_ est
-un ouvrage de rhétorique où les souvenirs d'école et le désir d'imiter
-les périodes cicéroniennes sont si apparents, que l'_Agricola_ garde
-une parenté évidente avec les panégyriques depuis si longtemps à la
-mode, que _la Germanie_ elle-même fourmille de pointes, de réticences
-calculées et d'effets de style, on est tenté de regarder cet ouvrage
-comme un essai, où Tacite a voulu former son style et se faire la
-main pour aborder les grands ouvrages qu'il méditait. Ceci n'est pas
-pour en diminuer la valeur: au contraire. Tacite a dû y apporter tous
-ses soins; il a dû à cette occasion consulter de nombreux ouvrages,
-non seulement pour assembler des matériaux, mais pour s'inspirer des
-meilleurs modèles. Nous le voyons commencer à la manière de César et
-terminer par une imitation de Salluste. Sans doute, le procédé est
-encore sensible dans _la Germanie_, mais, en somme, c'est l'oeuvre
-soignée d'un homme déjà maître de son talent, qui, en exerçant sa
-sagacité d'historien et son originalité de styliste, se prépare à la
-composition de chefs-d'oeuvre immortels.
-
-On s'explique pourquoi _la Germanie_ lui a paru le sujet le plus
-intéressant. La question germanique était à l'ordre du jour. Depuis que
-César avait franchi le Rhin, les Germains n'avaient pas cessé d'être
-mêlés aux affaires de Rome, comme ennemis ou comme alliés. À César même
-ils avaient fourni, dans sa guerre contre les Gaulois, d'excellents
-cavaliers. Ils avaient tenu en échec la puissance d'Auguste. Sous
-ses successeurs, ils avaient continué à inquiéter la frontière et on
-n'avait jamais pu les considérer comme définitivement soumis de la
-même façon que les Gaulois. Tacite avoue qu'ils avaient fourni aux
-généraux plutôt des occasions de triomphe que de véritables victoires.
-Tout le monde sentait vaguement, et Tacite sans doute mieux que
-personne, que le danger viendrait du Nord et que, si une invasion des
-Cimbres et des Teutons se renouvelait, on trouverait difficilement un
-nouveau Marius et des légions semblables aux vainqueurs de Verceil.
-Ajoutez à cela la curiosité qui porte les civilisations raffinées vers
-l'étude des populations encore voisines de la barbarie. Le succès de
-la littérature exotique de nos jours ne s'explique pas autrement. Or,
-à l'époque de Tacite, l'Orient, souvent décrit, était trop connu; la
-Germanie et les pays du Nord, du côté des mers mystérieuses et des
-nuits de plusieurs mois, devaient intéresser davantage. Ces récits
-sur des peuples lointains remplaçaient dans la curiosité des lecteurs
-les légendes mythologiques auxquelles on ne croyait plus. Le livre
-de Tacite répondait à ce besoin; il avait l'exactitude d'une sérieuse
-étude géographique et l'intérêt d'un roman. Tacite reconnaît dans ses
-_Annales_ que les récits de ce genre sont les plus propres à piquer la
-curiosité du lecteur.
-
-Au reste, quoi qu'il en soit du but de Tacite dans la composition
-de _la Germanie_, on s'accorde à reconnaître que ce livre renferme
-un grand nombre de faits exacts, intéressants, puisés aux meilleures
-sources. Ici une question se pose: Tacite parle-t-il de choses qu'il a
-vues lui-même? A-t-il visité la Germanie? On sait, par le témoignage
-de l'écrivain lui-même dans l'_Agricola_, qu'il fut absent de Rome
-à partir de 89 pendant quatre ou peut-être sept ans. Quel fut le
-motif de cette absence? On a prétendu que ce ne pouvait être l'exil
-ni une retraite volontaire, qu'il s'agissait donc d'une mission
-assez lointaine, peut-être du commandement d'une légion sur le Rhin.
-Malheureusement on ne peut fournir aucune preuve à l'appui de cette
-assertion. Il est vrai que Tacite, par la vivacité de son style, semble
-peindre des choses qu'il a vues lui-même, mais on ne peut rien conclure
-de cette observation puisqu'il parle de la même manière de certaines
-contrées qu'il n'a certainement jamais visitées.
-
-Si Tacite n'est pas un témoin oculaire, on peut être du moins certain
-qu'il n'a négligé aucun moyen d'information. Il a naturellement
-consulté les écrivains qui s'étaient occupés avant lui de la Germanie.
-Beaucoup de ces ouvrages étant perdus pour nous, nous ne pouvons savoir
-au juste dans quelle mesure Tacite s'est inspiré de ses devanciers.
-Ses principales sources paraissent avoir été César, Mela, Pline et
-peut-être Salluste. Le rapprochement n'est possible qu'avec César dont
-nous possédons les oeuvres. César avait souvent eu l'occasion, dans sa
-guerre des Gaules, de connaître les Germains, mais il s'était contenté
-de leur consacrer quelques chapitres de ses _Commentaires_. Tacite est
-donc plus explicite, mais il n'est jamais en contradiction avec celui
-qu'il appelle _summus auctorum_.
-
-Bien qu'il soit impossible de déterminer exactement ce que Tacite a
-ajouté aux connaissances déjà consignées par les écrivains antérieurs,
-on ne peut douter qu'il ait contrôlé avec soin leurs affirmations et
-recueilli tous les renseignements oraux de nature à rendre son étude
-plus neuve, plus complète et plus intéressante. Or il était facile
-de recueillir sur la Germanie une foule de détails offrant toutes
-les garanties de certitude désirables. Si Tacite n'a pas été chargé
-personnellement de quelque mission sur les bords du Rhin, il a eu
-souvent l'occasion d'interroger les soldats qui avaient pris part aux
-guerres de Germanie. En outre, le commerce amenait des Germains à Rome,
-et les marchands italiens parcouraient des pays du nord où les aigles
-romaines ne s'étaient pas encore montrées. Il est probable que le
-commerce du succin attira des commerçants jusqu'en Suède. Si toutefois
-les indications géographiques de Tacite restent bien inférieures
-à ses descriptions ethnographiques, on ne peut s'en étonner; les
-anciens n'ont jamais pu arriver, en géographie, qu'à des connaissances
-approximatives, faute des instruments nécessaires à cette science.
-Au reste, peu nous importent aujourd'hui les erreurs de ce genre; ce
-sont les détails de moeurs qui offrent, pour les modernes, le plus
-haut intérêt. Les grandes invasions qui ont bouleversé la meilleure
-partie de l'Europe quelques siècles après l'ère chrétienne, ont établi
-dans les moeurs et dans les institutions des territoires envahis un
-grand nombre de coutumes d'abord propres aux peuplades de la Germanie.
-Montesquieu a dit: «Il est impossible d'entrer un peu avant dans
-notre droit politique si l'on ne connaît parfaitement les lois et les
-moeurs des peuples germains.» On peut voir, dans le premier livre de
-l'_Histoire de la littérature anglaise_, quel usage Taine a su faire de
-l'ouvrage de Tacite pour marquer les traits caractéristiques de la race
-anglo-saxonne.
-
-Il est à regretter cependant que Tacite n'ait pas assez compris
-l'importance des langues pour le classement des peuples, que le peu
-de détails qu'il donne sur la religion des Germains soit gâté par
-l'habitude d'identifier les dieux de tous les peuples aux habitants de
-l'Olympe gréco-romain, mais on ne peut raisonnablement exiger de Tacite
-des méthodes et des connaissances qui furent complètement étrangères
-à son époque. Tel qu'il est, ce livre de _la Germanie_ si court et si
-substantiel mérite l'éloge qu'en fait Montesquieu dans l'_Esprit des
-lois_: «Tacite a fait un ouvrage exprès sur les moeurs des Germains;
-il est court, mais c'est l'ouvrage de Tacite qui abrégeait tout parce
-qu'il voyait tout.»
-
-
-III.--SOMMAIRE DE _LA GERMANIE_.
-
-_La Germanie_ a été composée avec beaucoup de soin; la facilité avec
-laquelle Tacite passe d'un sujet à l'autre en suivant l'enchaînement
-naturel des idées, masque habilement un plan très bien agencé. Le livre
-se divise naturellement en deux parties: une partie générale consacrée
-aux renseignements géographiques, aux moeurs et institutions communes
-à tous les Germains, et une partie spéciale dans laquelle sont décrites
-à part toutes les peuplades de la Germanie, chacune avec les traits qui
-la distinguent des tribus voisines.
-
-
-I. PARTIE GÉNÉRALE.
-
-
-A. _Le sol et les habitants._
-
-1. Position et géographie physique de la Germanie. 2. Origine des
-anciens peuples de la Germanie et légendes qui s'y rapportent. 3. Suite
-des traditions antiques, le Bardit. 4. Pureté de la race; le physique
-des Germains. 5. Productions du sol; mépris de l'or et de l'argent.
-
-
-B. _Institutions publiques._
-
-6. Armement des Germains. Cavalerie et infanterie. Punition des lâches.
-7. Autorité des rois et des chefs. Rôle des prêtres. Courage des femmes
-germaines. 8. Vénération pour les femmes. Veleda. Albruna. 9. Religion
-des Germains. Leurs divinités. 10. Différentes manières de tirer
-des augures. 11. Assemblées publiques. Délibérations. 12. La justice
-rendue dans les assemblées. Tribunaux organisés pour les cantons. 13.
-Émancipation du jeune homme, organisation militaire. 14. Obligations
-des chefs de guerre et de leurs compagnons. 15. Manière de vivre
-pendant la paix. Cadeaux faits aux chefs.
-
-
-C. _Vie privée._
-
-16. Les habitations. 17. Les vêtements. 18. Respect du mariage.
-Les présents, symboles des devoirs des époux. 19. Châtiment de
-l'inconduite. Pureté des moeurs. 20. Éducation des enfants. Parentés.
-Successions. 21. Haines héréditaires. Compensation de l'homicide.
-Hospitalité. 22. Défauts des Germains. Ivresse. Brutalité. Affaires
-traitées pendant et après les festins. 23. Boisson fermentée.
-Nourriture simple et frugale. 24. Amusements. Danse des armes. Passion
-du jeu. 25. Rôle et condition des esclaves et des affranchis. 26.
-Ignorance de l'usure. Partage des terres. 27. Funérailles.
-
-
-II. PARTIE SPÉCIALE.
-
-28. Les Gaulois qui se sont établis en Germanie: Helvètes, Boïens,
-Aravisques, Oses. Germains établis sur la rive gauche du Rhin:
-Trévires, Nerviens, Vangions, Triboques, Ubiens. 29. Bataves.
-Mattiaques. Champs décumates. 30. Les Chattes, peuple guerrier et
-discipliné. 31. Coutumes guerrières, aspect effrayant des Chattes.
-32. Les Usipiens; les Tenctères, excellents cavaliers. 33. Les
-Bructères; ils sont chassés par les Chamaves et les Angrivariens.
-Pressentiments de Tacite. 34. Les Dulgubniens, les Chasuares, les
-Frisons. 35. Les Chauques, le plus noble peuple de Germanie. 36. Les
-Chérusques, vaincus par les Chattes. Leur défaite entraîne celle des
-Foses. 37. Les Cimbres; rapide esquisse des guerres de Germanie. 38.
-Les Suèves: usages spéciaux. 39. Les Semnons; leur bois sacré. 40.
-Les Langobards, les Reudignes, etc. Culte de la déesse Nerthus. 41.
-Les Hermondures. Relations commerciales avec les Romains. 42. Les
-Naristes, les Marcomans, les Quades. 43. Les Marsignes, les Cotins, les
-Oses, les Bures. La Suévie traversée par une chaîne de montagne. Les
-Tugiens. Aspect terrifiant des Hariens. 44. Les Suiones, navigateurs.
-Gouvernement royal. Les Sitones gouvernés par une femme. 45. La
-mer dormante. Les Æstiens. Commerce du succin. 46. Les Peucins, les
-Venèdes, les Fennes. Légendes sur des peuples fabuleux.
-
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-
-CORNELII TACITI
-
-DE GERMANIA
-
-LIBER
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-
-=1.= Germania omnis[1] a Gallis Rætisque et Pannoniis[2] Rheno et
-Danuvio fluminibus, a Sarmatis Dacisque mutuo metu aut montibus[3]
-separatur: cetera Oceanus[4] ambit, latos sinus et insularum immensa[5]
-spatia complectens, nuper cognitis[6] quibusdam gentibus ac regibus,
-quos bellum aperuit. Rhenus, Ræticarum Alpium inaccesso ac præcipiti
-vertice[7] ortus, modico flexu[8] in occidentem versus septentrionali
-Oceano miscetur. Danuvius, molli et clementer edito[9] montis Abnobæ
-jugo effusus, plures populos adit, donec[10] in Ponticum mare sex
-meatibus[11] erumpat: septimum[12] os paludibus hauritur.
-
- [1] =Germania omnis=, la Germanie prise dans son ensemble. Il
- s'agit de la grande Germanie, par opposition aux deux provinces
- romaines de Germanie, situées sur la rive gauche du Rhin. Ce
- début paraît imité de César, _B. G._, I, 1.
-
- [2] =A Gallis Rætisque et Pannoniis=. Le changement de particule
- indique que ces trois termes sont répartis en deux groupes, d'un
- côté _Gallis_, de l'autre _Rætis et Pannoniis_, correspondant
- l'un à _Rheno_, l'autre à _Danuvio_. Cf. Ragon, _Gr. lat._, §
- 534.
-
- [3] =Mutuo metu aut montibus=. Remarquez la vivacité de cette
- expression, produite par le rapprochement de deux idées de nature
- différente. Ces montagnes sont les Karpathes. Cf. 7, note 13.
-
- [4] =Oceanus=. Sous cette dénomination il faut entendre la Mer
- du Nord et la Baltique. Ces _latos sinus_ sont des presqu'îles,
- et non pas des golfes, le Jutland probablement. Cf. 29,
- _sinus imperii_, et la note. À travers l'incertitude de ces
- renseignements géographiques, certains commentateurs ont voulu
- voir l'intention de grandir, dans un but politique, l'importance
- de la Germanie.
-
- [5] =Immensa=: ce mot a un sens plus faible qu'à l'époque
- classique. Tacite remploie communément dans le sens de _très
- grand_. Traduisez: de vastes étendues d'îles.
-
- [6] =Nuper cognitis=. Cette proposition à l'ablatif absolu, où
- le participe a la valeur de l'aoriste et non pas du parfait,
- exprime avec beaucoup de concision la source des renseignements
- donnés dans le membre de phrase précédent. _Nuper_ a une valeur
- relative, car les expéditions dont il s'agit ici ont eu lieu 10
- ans avant J.-C.
-
- [7] =Vertice=: l'Adula (en latin _Adulas_) ou Rheinwaldhorn qui
- se trouve à l'est du Saint-Gothard.
-
- [8] =Modico flexu=. Il ne s'agit pas, comme on le croit
- quelquefois, d'un coude du fleuve ou d'un «léger détour», mais
- d'une direction générale. Le Rhin, au lieu de se diriger vers le
- Nord, s'incline légèrement vers l'Occident.--_Versus_. Bien qu'on
- trouve parfois _versus_, adverbe, joint à _in_ par pléonasme,
- ce mot est plutôt ici un participe, malgré le manque de liaison
- entre _ortus_ et _versus_.
-
- [9] =Molli et clementer edito=. Ces deux expressions sont fort
- voisines de sens, mais la première se trouve déjà à l'époque
- classique, tandis que la seconde n'apparaît dans ce sens que plus
- tard. Les expressions presque synonymiques sont nombreuses dans
- les premiers ouvrages de Tacite, où la couleur oratoire est plus
- prononcée.--_Abnoba_. L'orthographe de ce mot a été longtemps
- incertaine, mais des inscriptions ont levé tous les doutes.
-
- [10] =Donec... erumpat=. Ce subjonctif est contraire à l'usage
- classique. Tacite emploie ainsi le subjonctif présent avec
- _donec_ sans distinguer s'il y a ou non une intention à exprimer.
- Cf. 31, _donec absolvat_, _donec faciat_; 35, _donec sinuetur_,
- et 20, note 5.
-
- [11] =Meatus=, litt., «marche» (de _meare_), puis, «passage,
- voie, canal», enfin comme ici, «embouchure». Ce mot, à l'époque
- classique, est poétique.
-
- [12] =Septimum=. Ovide dit du Danube (_Tristes_, II, 2, 189):
- _Septemplicis Histri_. Hister (+Istros+) est le nom grec, Danuvius
- le nom celtique latinisé.
-
-
-=2.= Ipsos[1] Germanos indigenas crediderim[2] minimeque aliarum
-gentium adventibus[3] et hospitiis mixtos, quia nec terra olim, sed
-classibus advehebantur qui mutare sedes quærebant[4], et immensus
-ultra[5] utque sic dixerim adversus[6] Oceanus raris ab orbe nostro
-navibus aditur. Quis porro[7], præter periculum horridi et ignoti
-maris, Asia aut Africa aut Italia relicta, Germaniam peteret[8],
-informem terris, asperam cælo, tristem cultu aspectuque[9], nisi si
-patria sit? Celebrant carminibus antiquis, quod[10] unum apud illos
-memoriæ et annalium genus est, Tuistonem[11] deum terra editum et
-filium Mannum originem gentis conditoresque[12]. Manno tres filios
-assignant, e quorum nominibus proximi Oceano Ingævones, medii
-Herminones, ceteri Istævones vocentur[13]. Quidam[14], ut[15] in
-licentia vetustatis, plures deo ortos pluresque gentis appellationes,
-Marsos, Gambrivios, Suevos, Vandilios affirmant, eaque vera et antiqua
-nomina. Ceterum Germaniæ vocabulum recens et nuper additum[16], quoniam
-qui primi Rhenum transgressi Gallos expulerint ac nunc Tungri[17], tunc
-Germani vocati sint: ita, nationis nomen, non gentis[18], evaluisse
-paulatim, ut omnes primum a victore ob metum, mox[19] etiam a se ipsis
-invento nomine Germani vocarentur[20].
-
- [1] =Ipsos= marque ici la transition. Tacite passe du pays aux
- habitants eux-mêmes. Cf. _Agricola_, 13, une transition analogue.
-
- [2] =Crediderim=. Le subjonctif affaiblit encore l'affirmation
- déjà adoucie par l'emploi de ce verbe. (_Gr. lat._, 423.)
-
- [3] =Adventibus= peut s'appliquer à des immigrations (_adventus
- gallicus_ dans Cicéron signifie l'invasion des Gaulois),
- _hospitiis_, seulement à des relations pacifiques. Cette opinion
- de Tacite et, par conséquent, les raisons sur lesquelles il
- l'appuie sont inexactes. De grandes migrations venues d'Asie
- ont peuplé l'Europe, et elles se sont effectuées par terre;
- mais Tacite songe à combattre l'opinion d'après laquelle des
- immigrations auraient eu lieu des bords de la Méditerranée, et en
- ce sens il a raison.
-
- [4] =Quærebant=. Ce verbe ne se construit pas d'ordinaire avec
- l'infinitif, sauf chez les poètes, et postérieurement à l'époque
- classique.
-
- [5] =(Oceanus) ultra=. L'océan qui s'étend vers le nord de
- l'autre côté de la Germanie. _Ultra_ joue ici le rôle d'adjectif.
- Cette façon de parler, que l'existence d'un article en grec rend
- très fréquente dans cette langue, est rare en latin, du moins
- chez Cicéron et César, mais Tite-Live et Tacite en usent assez
- souvent. Cf. Riemann, _Synt. lat._, § 5.
-
- [6] =Adversus=. Ce mot signifie ici opposé (au monde romain dont
- la Méditerranée occupait le centre). On le traduit quelquefois
- par hostile (cf. 34, note 6) et, comme on dit souvent _adverso
- flumine navigare_, on a pensé aussi que Tacite voulait marquer
- par ce mot qu'en allant vers le Nord on est en quelque façon
- obligé de remonter l'Océan, que les anciens se représentaient
- comme un fleuve entourant la terre.
-
- [7] =Porro= introduit une confirmation du raisonnement commencé.
- _Præter_ = _ut prætermittam_, sans parler de.
-
- [8] =Quis... peteret?= Qui aurait gagné la Germanie? Sur la
- signification de cet imparfait du subjonctif (potentiel du
- passé), cf. Ragon, _Gr. lat._, 423, rem. 3.
-
- [9] =Tristem cultu aspectuque=. D'après Tacite, le sol de la
- Germanie n'est pas favorable à la culture et ne rachète même pas
- ce défaut par le pittoresque de son aspect. Il manque à la fois
- de fertilité et de beauté.--_Nisi si_ est un pléonasme de la
- langue familière.
-
- [10] =Quod= s'accorde avec l'attribut au lieu de s'accorder avec
- son antécédent. (_Gr. lat._, 360.)--_Memoriæ et annalium genus_:
- pléonasme, cf. 1, note 9. _Memoria_, terme plus général, désigne
- tout moyen de conserver le souvenir des événements, _annales_
- désigne plus spécialement l'histoire écrite.
-
- [11] =Tuistonem=, =Mannum=. On croit reconnaître dans ces deux
- mots l'allemand _deutsch_ (Allemand) et _Mann_ (homme).
-
- [12] =Originem gentis conditoresque=: pléonasme. Cf. note 10. Ce
- sens du mot _conditor_ est fréquent chez Virgile.
-
- [13] =Vocentur=: subjonctif du discours indirect. _Assignant_
- équivaut en effet à _fuisse dicunt_. (_Gr. lat._, 452 et rem.)
-
- [14] =Quidam=: il s'agit, non des Germains, mais des Romains qui
- se sont occupés des antiquités germaniques.
-
- [15] =Ut= s'emploie souvent pour introduire une explication
- fondée sur l'expérience, sur un fait habituel. Il équivaut alors
- à _ut fieri solet_.--_Licentia vetustatis_. Les temps reculés
- fournissent plus ample matière à la légende et plus de liberté
- aux discussions historiques.
-
- [16] =Recens et nuper additum=: pléonasme. Cf. 1, note
- 9. VIRGILE, _Énéide_, I, 267: _Cui nunc cognomen Julo
- Additur_.--Cette phrase continue le discours indirect introduit
- par _affirmant_; de là l'emploi des subjonctifs _expulerint_,
- _vocati sint_.
-
- [17] Après =Tungri=, suppléez _vocentur_ au lieu de _vocati
- sint_; c'est la figure appelée zeugma.
-
- [18] =Gentis=, la race entière. _Natio_, une peuplade.
-
- [19] =Mox=: cf. 10, note 4.
-
- [20] =Vocarentur=. À propos de cette phrase un savant
- commentateur dit: _Interpretes hic fluctuant et fluctuabunt
- æternum._ On peut l'expliquer ainsi: tous ces barbares
- d'abord appelés du nom de Germains par les vainqueurs des
- Gaulois (c.-à-d. les Tungres) dans le dessein d'effrayer leurs
- adversaires, se désignèrent ensuite eux-mêmes de ce nom une
- fois inventé. Ces explications de Tacite sont naturellement fort
- sujettes à caution. Cf. lexique des noms propres, _Germani_.
-
-
-=3.= Fuisse apud eos et Herculem memorant[1], primumque omnium virorum
-fortium ituri in proelia canunt. Sunt illis hæc[2] quoque carmina,
-quorum relatu[3], quem barditum[4] vocant, accendunt animos futuræque
-pugnæ fortunam ipso cantu augurantur: terrent enim trepidantve, prout
-sonuit[5] acies, nec tam vocis ille quam virtutis concentus videtur.
-Affectatur præcipue asperitas soni et fractum murmur[6], objectis
-ad os scutis, quo[7] plenior et gravior vox repercussu intumescat.
-Ceterum[8] et Ulixen[9] quidam opinantur longo illo[10] et fabuloso
-errore in hunc Oceanum delatum adisse Germaniæ terras, Asciburgiumque,
-quod in ripa Rheni situm hodieque[11] incolitur, ab illo constitutum
-nominatumque[12]; aram quin etiam[13] Ulixi[14] consecratam, adjecto
-Laertæ patris nomine, eodem loco olim repertam, monumentaque et
-tumulos[15] quosdam Græcis litteris inscriptos in confinio Germaniæ
-Rætiæque adhuc exstare. Quæ neque confirmare argumentis neque refellere
-in animo est[16]: ex ingenio suo quisque demat vel addat fidem[17].
-
- [1] =Memorant= (_quidam_). Cf. 2, note 14.--_Herculem_, «un
- Hercule», et non pas l'Hercule grec.--_Primum_, «comme le
- premier».
-
- [2] =Hæc=: certains commentateurs trouvent ce mot embarrassant,
- et proposent de le changer en _alia_. Il indique que l'existence
- de ces chants était bien connue des Romains.
-
- [3] =Relatu=: Tacite paraît être le premier, et peut-être le seul
- qui ait employé ce mot dans le sens de «exécution d'un chant».
-
- [4] =Barditum= ou =baritum=: l'un, dit-on, viendrait de _Bardhi_
- (bouclier), l'autre de _Baren_ (crier).
-
- [5] =Sonuit=, s.-e. _cantu_.
-
- [6] =Fractum murmur=, sons saccadés. VIRG., _Georg._, 4, 72:
- _Vox..... fractos sonitus imitata tubarum_.
-
- [7] =Quo=: cf. _Gr. lat._, 472.
-
- [8] =Ceterum= indique que le développement reprend son cours
- normal après les détails donnés sur le chant des barbares.
-
- [9] =Ulixen=. Le manque d'un sens critique assez développé a
- souvent conduit les anciens à identifier des légendes sur de
- simples ressemblances de noms. Les auteurs latins et grecs
- paraissent avoir été trompés par le nom celtique _Ulohoxis_.
-
- [10] =Ille= est souvent emphatique: «ce voyage si fameux». Mais
- dans _hunc oceanum_, le pronom _hic_ (_ille_ chez les classiques)
- rappelle seulement qu'on a déjà parlé de cette mer.
-
- [11] =Hodieque= a le sens non classique de _hodie quoque, etiam
- hodie_. Cf. Riemann, _Synt. lat._, p. 504, note. On sous-entend
- quelquefois _est_ après _situm_, _que_ conservant son sens
- ordinaire.
-
- [12] =Nominatumque=. On suppose une lacune après ces mots. Tacite
- aurait écrit sans doute le nom grec qu'on supposait remonter à
- Ulysse, peut-être +astypyrgion askipyrgion+. Très probablement les
- anciens ont été trompés ici encore par une fausse analogie. Il y a
- aujourd'hui près du Rhin une localité nommée _Asburg_.
-
- [13] =Quin etiam=. Tacite aime à placer cette locution après un
- mot. Cf. 8, _Inesse quin etiam..._; 34, _Ipsum quin etiam_.
-
- [14] =Ulixi= (= _ab Ulixe_): datif avec le passif. Certains
- commentateurs s'opposent à ce que ce datif soit regardé comme
- désignant l'agent, à cause de _adjecto patris nomine_, et
- traduisent: «autel consacré à Ulysse».
-
- [15] =Monumenta et tumulos=. Comme au ch. 2: _memoriæ et annalium
- genus_, le mot général précède le mot spécial. Cf. 1, note 9.
-
- [16] =In animo est=: cette expression paraît avoir appartenu
- surtout au langage familier. Cf. Riemann, _Synt. lat._, § 183,
- 2º.
-
- [17] =Ex ingenio=, d'après sa tournure d'esprit. Cf. 7, note
- 1.--_Demere_ et _addere fidem_ sont des expressions poétiques;
- elles ne signifient pas seulement «croire» ou «ne pas croire»,
- mais «accréditer» ou «discréditer». Cf. _Annales_, IV, 9: _Ad
- vana revolutus vero quoque fidem dempsit_. _Histoires_, III, 39:
- _Addidit facinori fidem_. Mais, dans Ovide, _Remed. am._, 290,
- _Deme veneficiis carminibusque fidem_ signifie simplement «ôte ta
- confiance, cesse de croire à...».
-
-
-=4.= Ipse eorum opinionibus[1] accedo, qui Germaniæ populos nullis[2]
-aliarum nationum conubiis infectos[3] propriam et sinceram et tantum
-sui similem gentem exstitisse arbitrantur. Unde habitus[4] quoque
-corporum, quanquam in tanto hominum numero, idem omnibus: truces et
-cærulei oculi, rutilæ comæ, magna corpora et tantum ad impetum[5]
-valida; laboris atque operum[6] non eadem[7] patientia, minimeque sitim
-æstumque tolerare, frigora atque inediam cælo solove[8] assueverunt.
-
- [1] =Opinionibus=. Tacite met le pluriel, bien qu'il ne s'agisse
- que d'une seule opinion, parce qu'il pense à chaque érudit en
- particulier. On écrit d'ailleurs aussi _opinioni_.
-
- [2] =Aliis= est employé à la façon des Grecs, pour renforcer
- _aliarum_. Cf. _Dial. des orateurs_, 10: _Ceteris aliarum artium
- studiis_. On prend aussi quelquefois _aliis_ dans le sens fort
- d'«étrangers». D'autres le suppriment simplement.
-
- [3] Parfois _inficere_ signifie seulement «imprégner, mélanger».
- Sénèque: _Sapientia nisi infecit animum..._ mais l'idée
- d'altération, de corruption s'y ajoute souvent. Cf. 46: _Conubiis
- mixtis nonnihil in Sarmatarum habitum foedantur._
-
- [4] =Habitus=. Il ne s'agit pas de la constitution intérieure,
- mais de la conformation, de l'aspect extérieur. Cf. 17, note 9.
-
- [5] =Impetum=, l'élan, c.-à-d. les actions qui demandent une
- certaine impétuosité.
-
- [6] =Laboris= (travail en général) _et operum_ (travaux
- militaires): cf. 1, note 9.
-
- [7] =Non eadem= indique une comparaison et suppose deux termes;
- mais si le second ressort du contexte, Tacite l'omet souvent. Cf.
- 23 et 35.
-
- [8] =Cælo solove=: ablatifs de cause; l'inclémence du ciel les
- habitue au froid, la stérilité du sol, à la faim. Remarquez
- la construction de la phrase: d'un côté _sitim æstumque_,
- de l'autre _frigora et inediam_, opposés par asyndète, avec
- entre-croisement. Mais il est inutile de supposer que Tacite,
- pour plus de variété encore, fait dépendre le premier membre de
- _tolerare_, le second directement de _assueverunt_: _tolerare_
- gouverne les deux membres.
-
-
-=5.= Terra etsi aliquanto[1] specie differt, in universum[2] tamen aut
-silvis horrida aut paludibus foeda, humidior, qua Gallias, ventosior
-qua Noricum ac Pannoniam aspicit; satis[3] ferax, frugiferarum
-arborum impatiens, pecorum[4] fecunda, sed plerumque improcera[5].
-Ne armentis quidem suus[6] honor aut gloria frontis: numero gaudent,
-eæque solæ et gratissimæ opes sunt. Argentum et aurum propitiine
-an irati dii negaverint dubito[7]; nec tamen affirmaverim[8] nullam
-Germaniæ venam argentum aurumve gignere: quis enim scrutatus est[9]?
-Possessione et usu haud perinde[10] afficiuntur. Est videre[11] apud
-illos argentea vasa, legatis et principibus eorum muneri data, non in
-alia[12] vilitate quam quæ humo finguntur; quanquam[13] proximi ob usum
-commerciorum aurum et argentum in pretio habent[14] formasque quasdam
-nostræ pecuniæ[15] agnoscunt atque eligunt; interiores simplicius et
-antiquius permutatione mercium utuntur. Pecuniam probant veterem et
-diu notam[16], serratos bigatosque; argentum quoque magis quam aurum
-sequuntur, nulla affectione animi[17], sed quia numerus argenteorum
-facilior usui est promiscua ac vilia mercantibus.
-
- [1] =Aliquanto=, jusqu'à un certain point. Trad.: «Bien que le
- pays offre des aspects assez divers».
-
- [2] =In universum=, en général, en faisant abstraction des
- différences partielles. Cf. 6: _In universum æstimanti_, et la
- note. Les expressions de ce genre sont fréquentes chez Tacite.
- Cf. 27 et 38, _in commune_; 21, _in publicum_.--_Horrida_, s.-e.
- _est_.
-
- [3] =Satis= (ablatif pluriel) désigne tout ce qui se sème,
- spécialement les céréales, mais aussi d'autres graines. Il
- s'oppose à _frugiferarum arborum_, qui signifie les arbres
- fruitiers proprement dits, c.-à-d. cultivés, comme en Italie;
- autrement il y aurait contradiction avec le chap. 23, où Tacite
- dit que les Germains vivaient de fruits sauvages.
-
- [4] =Pecus= désigne le bétail en général, comme chevaux, boeufs,
- brebis, et sans doute aussi, en cet endroit, porcs. Il signifie
- spécialement le menu bétail quand il est opposé à _armenta_, qui
- désigne les gros animaux employés au labour.
-
- [5] =Improcera= (_hæc pecora sunt_). La substitution subite d'un
- nouveau sujet, d'ailleurs sous-entendu, rend cette construction
- fort dure.
-
- [6] =Suus=, qui leur convient. Tacite en juge d'après les boeufs
- d'Italie qui avaient et ont encore de fort longues cornes. Pour
- cet emploi de _suus_ avec un nominatif, cf. Ragon, _Gr. lat._,
- 346, 1º, et Riemann, _Synt. lat._, § 9, rem. IV.--_Honor_ et
- _gloria_ sont pris métaphoriquement pour ce qui les produit.
- _Aut_ distingue nettement les deux qualités: _honor_, c'est la
- grandeur de la taille (_proceritas_); _gloria frontis_, c'est la
- longueur des cornes.
-
- [7] =Dubito=. Une de ces pointes fréquentes chez Tacite et fort
- recherchées des écrivains de son temps.
-
- [8] =Affirmaverim=: cf. 2, note 2.
-
- [9] =Scrutatus est=. Tacite raconte dans les _Annales_ (XI, 20)
- qu'un certains Rufus exploitait une mine d'argent en Germanie.
- Mais il ignorait encore ce fait quand il composa ce livre, ou
- peut-être n'a-t-il pas cru devoir en tenir compte, car cette
- entreprise rapporta peu de chose et ne dura pas: _Unde tenuis
- fructus nec in longum fuit_.
-
- [10] =Haud perinde=. Les uns expliquent: «ils sont inégalement
- touchés, les uns plus, les autres moins». D'autres, suppléant
- le second terme de la comparaison, traduisent: «Ils ne sont pas
- touchés de la même manière que nous», ou entendent: _Possessione
- haud perinde quam (atque) usu afficiuntur._ Il est plus simple de
- traduire _haud perinde_ par «non pas tellement, pas beaucoup, pas
- comme on pourrait le croire», en grec, +ouch homoiôs+. On en a des
- exemples dans Suétone (_Tiber._, 52): _Tiberius ne mortuo quidem
- Druso perinde affectus est_; et dans Tacite même: _Arminius Romanis
- haud perinde celebris_.
-
- [11] =Est videre=, en grec +estin (= exestin) idein+; cette
- construction est peut-être d'origine vulgaire. Cf. Riemann, page
- 299, note, où ce passage est cité.
-
- [12] =Non in alia= = _in eadem, in pari vilitate_.
-
- [13] =Quanquam=, cependant (_Gr. lat._, 499, rem.).--_Proximi_
- (s.-e. _nobis_) est opposé à _interiores_, trois lignes plus
- loin.--_Usus commerciorum_ dit plus que _commercium_ seul; c'est
- la pratique habituelle des relations commerciales.
-
- [14] =In pretio habere=, «attacher du prix à». OVIDE: _In pretio
- pretium nunc est_, on attache aujourd'hui du prix à l'argent
- seul.
-
- [15] =Pecunia=, ici «argent monnayé, monnaie».
-
- [16] =Veterem et diu notam=. Ce n'était pas sans raison, car les
- anciennes pièces contenaient plus de métal précieux. _Serratos
- bigatosque (denarios)_. Les _serrati_ (_serra_, scie) avaient
- le bord dentelé; les _bigati_ portaient l'effigie d'une Victoire
- conduisant un char à deux chevaux (_bigæ_).
-
- [17] =Nulla affectione animi=: ce n'est pas chez eux une
- affaire de sentiment, de goût, mais une préférence fondée sur la
- commodité.--_Promiscua_, à la portée de tous, vulgaire, commun.
-
-
-=6.= Ne ferrum quidem superest[1], sicut ex genere telorum colligitur.
-Rari[2] gladiis aut majoribus lanceis utuntur: hastas vel ipsorum
-vocabulo _frameas_ gerunt, angusto et brevi ferro[3], sed ita acri
-et ad usum habili, ut eodem telo, prout ratio poscit, vel cominus vel
-eminus pugnent. Et eques quidem scuto frameaque contentus est; pedites
-et missilia[4] spargunt, plura singuli, atque in immensum[5] vibrant,
-nudi aut sagulo leves[6]. Nulla cultus[7] jactatio; scuta tantum
-lætissimis coloribus[8] distinguunt. Paucis loricæ, vix uni alterive
-cassis aut galea[9]. Equi non forma, non velocitate conspicui; sed
-nec variare gyros[10] in morem nostrum docentur: in rectum aut uno
-flexu dextros agunt, ita conjuncto orbe[11] ut nemo posterior sit. In
-universum æstimanti[12] plus penes peditem roboris; eoque[13] mixti
-proeliantur, apta et congruente ad equestrem pugnam velocitate[14]
-peditum, quos ex omni juventute delectos ante aciem locant. Definitur
-et numerus: centeni ex singulis pagis sunt, idque ipsum inter suos
-vocantur[15], et quod primo numerus fuit, jam nomen et honor est. Acies
-per cuneos[16] componitur. Cedere loco, dummodo rursus instes, consilii
-quam[17] formidinis arbitrantur. Corpora suorum etiam in dubiis
-proeliis referunt. Scutum reliquisse præcipuum[18] flagitium, nec aut
-sacris adesse aut concilium inire ignominioso fas; multique superstites
-bellorum infamiam laqueo finierunt[19].
-
- [1] =Superest=, litt., est surabondant. TÉRENCE: _Cui tanta erat
- res et supererat_. Traduisez: le fer lui-même n'est pas fort
- abondant.
-
- [2] =Rari=, c'est le petit nombre qui se sert de.
-
- [3] =Angusto et brevi ferro=. Cependant Tacite désigne ainsi
- les armes des Germains, _Annales_, I, 64: _Hastæ ingentes_; II,
- 14: _enormes hastas_; II, 21: _prælongas hastas_. On n'est pas
- d'accord sur la forme de la framée. Les uns en font une épée,
- les autres une hache. Si certaines armes, découvertes dans les
- tombeaux mérovingiens, sont bien les antiques framées, elles
- avaient la forme d'une pique. C'est aussi ce que ferait croire
- la ressemblance du mot _framea_ avec l'allemand _Pfriem_, qui
- désigne un corps long et pointu, comme une broche; Mullenhof le
- rapproche de l'ancien allemand _fram_, en avant.
-
- [4] =Missilia= (de _missus_), tout ce qui peut être lancé,
- projectiles de toute espèce, spécialement javelots et pierres.
-
- [5] =In immensum=. Cf. 1, note 5.
-
- [6] =Leves=, «vêtus légèrement», c.-à-d. portant le léger
- vêtement appelé _sagulum_, plus court que le _sagum_. Cf. 17,
- note 1.
-
- [7] =Cultus=, l'habillement, l'équipement considéré au point
- de vue de l'ornementation. Trad., «ils n'ont pas la vanité du
- costume».
-
- [8] =Lætissimis coloribus=, couleurs très voyantes, opposées aux
- couleurs sombres des boucliers des Hariens au ch. 43. On écrit
- aussi _lectissimis_ qui paraît moins satisfaisant. STACE, _Ach._,
- I, 323: _lætum rubere_.
-
- [9] =Vix uni alterive=, à peine un ou deux.--_Cassis_, casque en
- métal; _galea_, casque en cuir.
-
- [10] =Variare gyros= = _in varios gyros ire_.
-
- [11] =Orbe=. Certains commentateurs pensent que les Germains
- font manoeuvrer leurs chevaux droit devant eux (_in rectum_) ou
- en cercle fermé (_conjuncto orbe_) dans lequel personne ne se
- trouve le dernier. Mais ce mouvement paraît bien élémentaire, et
- d'ailleurs _dextros_ et _posterior_ s'expliquent mal. Il s'agit
- plutôt d'un mouvement de conversion à droite, exécuté autour d'un
- centre fixe. Les cavaliers décrivent le cercle, alignés les uns
- près des autres (_conjuncto orbe_) de telle façon qu'aucun d'eux
- ne reste trop en arrière.
-
- [12] =Æstimanti=. Ce datif de relation désigne la personne par
- rapport à laquelle l'affirmation est vraie: «Pour quelqu'un
- qui...» Cet emploi du datif, inconnu à Cicéron et à Salluste,
- paraît imité du grec. On trouve déjà dans César, _B. G._ III, 80,
- 1: _Venientibus ab Epiro_. (_Gr. lat._, 280, rem. 2.)
-
- [13] =Eo= = _ideo_.
-
- [14] =Velocitate=. César, _B. G._, I, 48, décrit avec beaucoup
- de précision, en général qui l'a vu exécuter, cette manoeuvre qui
- n'est qu'indiquée ici.
-
- [15] =Id ipsum vocantur=. Ils sont désignés sous ce nom même: les
- _cent_.
-
- [16] =Per cuneos=: leur front de bataille est formé par des
- groupes ayant la forme de coins et rangés en ligne.
-
- [17] =Quam=, s.-e. _potius esse_. Cette sorte d'ellipse dans
- les comparaisons est fréquente chez Tacite. Il emploie même
- ainsi deux adjectifs au positif, _Ann._, IV, 61: _Agrippa claris
- majoribus quam vetustis_.
-
- [18] =Præcipuum=, le principal, le plus grand opprobre. Cet
- adjectif est fréquemment employé par les auteurs de la décadence
- pour marquer une idée superlative en général. Il en est de même
- de _egregius_, _eximius_.--_Reliquisse_: cet infinitif parfait
- marque que l'on considère l'action dans son achèvement et dans
- ses conséquences.
-
- [19] =Finierunt=. D'après Gantrelle, _Gram. de Tacite_, § 7,
- Tacite emploie, au parfait, la 3e personne du pluriel en _[=e]re_
- dans le sens de notre passé défini, et en _[=e]runt_ dans le sens
- du passé indéfini. Ici: ont mis fin à leur honte.
-
-
-=7.= Reges ex[1] nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus
-infinita aut libera[2] potestas, et duces exemplo potius quam imperio,
-si prompti, si conspicui, si ante aciem agant, admiratione præsunt[3].
-Ceterum neque animadvertere[4] neque vincire, ne verberare quidem nisi
-sacerdotibus permissum, non quasi[5] in poenam nec ducis jussu, sed
-velut deo imperante, quem adesse bellantibus credunt. Effigiesque et
-signa[6] quædam detracta lucis in proelium ferunt. Quodque[7] præcipuum
-fortitudinis incitamentum est, non casus nec fortuita conglobatio[8]
-turmam aut cuneum[9] facit, sed familiæ et propinquitates; et in
-proximo pignora[10], unde feminarum ululatus audiri[11], unde vagitus
-infantium. Hi cuique sanctissimi testes, hi maximi laudatores: ad
-matres, ad conjuges vulnera ferunt[12]; nec illæ numerare aut exigere
-plagas pavent, cibosque et hortamina[13] pugnantibus gestant.
-
- [1] =Ex=, suivant, d'après: cf. 3, _ex ingenio suo_.
-
- [2] =Infinita aut libera=. Bien que cette expression ait l'air
- d'un pléonasme, on peut trouver entre ces deux adjectifs une
- différence de sens accentuée par l'emploi de _aut_ au lieu
- de _et_. Trad.: «Le pouvoir des rois n'est pas illimité ou
- même simplement sans contrôle.»--Tandis que les Romains de la
- république méprisaient les barbares en les regardant comme les
- esclaves de leurs rois, les Romains de l'empire, opprimés par
- les tyrans, en étaient venus à envier la liberté de ces mêmes
- barbares; Lucain (_Phars._, VII) appelle la liberté _Germanum
- Scythicumque bonum_.
-
- [3] Cette phrase est remarquable par l'emploi répété (anaphore)
- de _si_, qui, entraînant la suppression de la liaison, ajoute
- beaucoup de vivacité. De plus l'asyndète entre _exemplo
- potiusquam imperio_ et _admiratione_ indique une forte gradation.
- Pour le subjonctif après _si_, cf. 14, note 4.
-
- [4] =Animadvertere=, non pas simplement punir, mais punir de
- mort. La gradation dans _animadvertere_, _vincire_, _verberare_,
- est descendante. Pour les Romains _vincire_ est plus fort que
- _verberare_. Cependant Cicéron (_in Verr._, II, 5, 170), à propos
- du supplice de Gavius, observe un ordre différent: _Facinus
- est vinciri civem romanum, scelus verberari, prope parricidium
- necari._
-
- [5] =Quasi= tombe également sur _ducis jussu_. On peut
- reconnaître ici une sorte d'hendiadyn: _in poenam nec ducis
- jussu_ équivaut à: _in poenam ducis jussu ab aliquo petendam_.
- Cf. 25, note 7.--_Deo_, la divinité en général parce qu'elle
- changeait de nom suivant les peuplades.--Ici, comme en beaucoup
- d'autres endroits, Tacite prête aux coutumes des Germains
- des raisons d'être que ceux-ci ne soupçonnaient pas. Il use
- habilement de ce procédé pour faire la leçon à ses compatriotes.
-
- [6] =Effigies et signa=, des images et des symboles. Ces images
- n'étaient pas des statues de forme humaine, mais représentaient
- des animaux tels que loups, ours. Cf. _Hist._, IV, 22. Ces
- symboles étaient des étendards ou des armes: ainsi la lance était
- l'attribut de Wôdan, le marteau celui de Thunar.
-
- [7] =Quod=. Cette proposition relative forme une apposition à
- toute la proposition qui suit.--_Præcipuum_: cf. 6, note 18.
-
- [8] =Non casus nec fortuita conglobatio=, comme s'il y avait:
- _non casus fortuitæ conglobationis_; expression qui tient à la
- fois de l'hendiadyn et du pléonasme.
-
- [9] =Turma= se dit des cavaliers, _cuneus_, des fantassins. Cf.
- 6.
-
- [10] =Pignora=, litt., «gages, objets d'affection». Suivi ou non
- de _conjugum liberorumque_, ce mot se dit souvent des membres de
- la famille.
-
- [11] =Audiri=. Cet emploi de l'infinitif est remarquable. On
- attendrait _audire est_, ou _audiri possunt_ ou _audias_. C'est
- peut-être une imitation de cet infinitif descriptif chez Virgile,
- _Énéide_, VII, 15: _Hinc exaudiri gemitus_.
-
- [12] Il y a dans cette phrase un emploi répété de l'anaphore:
- _unde, unde_; _hi, hi_; _ad, ad_; la couleur poétique est très
- marquée dans ce passage.
-
- [13] =Cibos et hortamina=. Tacite réunit ici encore l'abstrait
- et le concret comme au ch. 1: _Metu aut montibus_. Cf. Hugo
- (_Burgraves_, I, VII): «Debout sur sa montagne et dans sa
- volonté.»--_Hortamen_, au lieu de _Hortamentum_, est poétique;
- on trouve chez Ovide une foule de mots de ce genre, qui ont
- l'avantage d'entrer facilement dans la mesure du vers.
-
-
-=8.= Memoriæ proditur quasdam acies inclinatas jam et labantes[1]
-a feminis restitutas constantia precum et objectu pectorum[2] et
-monstrata cominus[3] captivitate, quam longe impatientius feminarum
-suarum nomine[4] timent, adeo ut[5] efficacius obligentur animi
-civitatum quibus inter obsides puellæ quoque nobiles imperantur[6].
-Inesse quin etiam sanctum aliquid et providum[7] putant, nec aut
-consilia earum aspernantur aut responsa negligunt. Vidimus[8] sub divo
-Vespasiano Veledam diu apud plerosque[9] numinis loco habitam; sed
-et olim Albrunam et complures alias venerati sunt, non adulatione nec
-tanquam[10] facerent deas.
-
- [1] =Inclinatas et labantes=, qui commençaient à plier et à
- lâcher pied.--_Restituere_, de même que nous disons en français
- «rétablir» la bataille en ramenant les soldats au combat.
-
- [2] =Objectu pectorum=, au lieu de _objectis pectoribus_.
- L'ablatif du nom abstrait, chez les auteurs de l'époque
- impériale, remplace souvent le participe passif. Tacite
- cherche ici la variété, puisque _monstrata captivitate_ suit
- immédiatement.--Les Romains avaient observé cet usage des femmes
- germaines lors de l'invasion des Cimbres. D'après Plutarque
- (_Marius_, 19), les femmes des barbares tuaient les fuyards,
- écrasaient leurs enfants sous les chars, puis s'égorgeaient
- elles-mêmes.
-
- [3] =Cominus= a ici la valeur d'un adjectif, comme s'il y avait:
- _dum captivitatem proximam (in proximo) esse monstrant_. Cf.
- _Ann._, II, 20: _Imparem cominus pugnam_.
-
- [4] =Nomine=, «pour le compte de» ou simplement «pour». CICÉRON:
- _meo nomine_, par égard pour moi, à ma considération.
-
- [5] =Adeo ut= marque une gradation, sur laquelle _quin etiam_,
- deux lignes plus loin, renchérira encore.
-
- [6] Cet usage n'était pas inconnu en Italie, puisque les Romains
- eux-mêmes avaient donné comme otages à Porséna des jeunes filles,
- et parmi elles Clélie.
-
- [7] =Providum=. Il ne s'agit pas seulement de prudence ou de
- prévoyance, mais de caractère prophétique.
-
- [8] Bien que _Vidimus_ ne signifie pas nécessairement que Tacite
- ait vu lui-même Véléda, on peut cependant le supposer, car elle
- fut amenée à Rome. STACE, _Sylv._, I, 4, 90: _Captivæque preces
- Veledæ_.
-
- [9] =Plerique= se prend souvent chez Tacite dans le sens de
- _multi_.
-
- [10] =Tanquam=: cf. 20, note 11. Ici encore Tacite interprète
- les actes des Germains pour faire la leçon aux Romains. Selon
- lui, les barbares agissaient ainsi par une superstition de bonne
- foi moins honteuse que la servilité qui poussait les Romains à
- déclarer déesses et à adorer, sans conviction, les soeurs et les
- épouses de leurs tyrans.
-
-
-=9.= Deorum maxime Mercurium[1] colunt, cui certis diebus humanis
-quoque hostiis[2] litare fas habent. Herculem ac Martem[3] concessis
-animalibus[4] placant. Pars Sueborum et Isidi[5] sacrificat: unde causa
-et origo peregrino sacro[6], parum comperi, nisi quod signum ipsum
-in modum liburnæ figuratum docet advectam religionem[7]. Ceterum nec
-cohibere parietibus deos neque in ullam humani oris speciem assimulare
-ex[8] magnitudine cælestium arbitrantur: lucos ac nemora[9] consecrant
-deorumque nominibus appellant secretum illud[10], quod sola reverentia
-vident.
-
- [1] =Mercurium=. Cet exposé de la religion des Germains,
- plein de détails intéressants, est malheureusement gâté par
- l'habitude d'interpréter à la romaine les croyances étrangères.
- L'assimilation de Wôdan à Mercure repose sur une ressemblance
- d'attributs. Cf. _Mercurii dies_, mercredi, et Wednesday en
- anglais.
-
- [2] =Hostiis=. C'étaient généralement des prisonniers de guerre.
- C'est ainsi que furent sacrifiés les officiers des légions de
- Varus. Selon Strabon, les prêtresses égorgeaient ces victimes et
- tiraient des présages de leur sang.
-
- [3] =Herculem et Martem=: Thunar et Tiu. Comparez l'anglais
- _Tuesday_ et le français _mardi_.
-
- [4] =Concessis animalibus=, les animaux qu'il est permis de
- sacrifier, soit parce que les Germains distinguaient entre les
- animaux ceux qui étaient propres aux sacrifices, soit plus
- probablement par opposition aux sacrifices humains que la
- conscience réprouve.
-
- [5] Cette prétendue Isis est probablement l'épouse de Wôdan.
- Isis, épouse d'Osiris, était une divinité égyptienne acceptée par
- les Romains.
-
- [6] =Peregrino sacro=: datif de possession ou de destination.
- Cet emploi est fréquent chez Tacite. Cf. _Ann._, II, 64: _Causas
- bello_.--_Nisi quod_: cf. 29, note 11.
-
- [7] =Religionem= signifie ici non pas doctrine religieuse, mais
- culte extérieur. Les savants modernes ne sont pas plus renseignés
- sur ce point que Tacite. On ne sait trop ce que lui-même veut
- prouver dans ces quelques mots: comme Isis chez les Romains
- avait pour attribut un navire, a-t-il voulu dire que ce navire
- est une preuve que cette déesse est bien l'Isis des Romains et
- des Égyptiens? Le texte paraît signifier que le navire symbolise
- l'importation de ce culte.--_Liburna_, navire léger, d'abord
- propre aux Liburnes d'Illyrie.
-
- [8] =Ex=, en rapport avec. Cf. 7, note 5. Encore une
- interprétation des usages des Germains. Il est fort possible que
- ce peuple n'eût ni temples ni statues, tout simplement parce
- qu'il ignorait l'architecture et la sculpture. Les Germains
- représentèrent d'abord leurs dieux par des symboles ou des
- attributs, mais plus tard par de vraies statues.
-
- [9] =Lucos ac nemora=. Pléonasme. _Lucus_ signifie plus
- spécialement bois sacré, mais aussi forêt en général; _Nemus_,
- habituellement bois en général, surtout entouré de pâturages,
- s'emploie aussi pour bois sacré. Ces deux mots sont souvent
- réunis en poésie. VIRGILE, _Buc._, VIII, 86: _Per nemora atque
- altos quærendo bucula lucos_.
-
- [10] =Secretum illud=, ils se servent du nom des dieux pour
- désigner cette présence mystérieuse que la vénération seule
- leur rend sensible et pour ainsi dire visible. Au contraire
- les Romains désignaient du nom des dieux, non pas une présence
- spirituelle, mais la statue elle-même qui habitait le bois sacré
- et qu'ils voyaient de leurs yeux.
-
-
-=10.= Auspicia sortesque[1] ut qui maxime[2] observant. Sortium
-consuetudo simplex: virgam frugiferæ[3] arbori decisam in surculos
-amputant eosque notis quibusdam discretos super candidam vestem
-temere ac fortuito spargunt. Mox[4], si publice consultetur, sacerdos
-civitatis, sin privatim, ipse pater familiæ, precatus deos cælumque
-suspiciens ter singulos[5] tollit, sublatos secundum impressam ante
-notam interpretatur. Si prohibuerunt[6], nulla de eadem re in eumdem
-diem[7] consultatio; sin permissum, auspiciorum adhuc[8] fides
-exigitur. Et illud quidem etiam hic notum, avium voces volatusque
-interrogare: proprium gentis[9] equorum quoque præsagia ac monitus
-experiri. Publice aluntur iisdem nemoribus[10] ac lucis, candidi et
-nullo[11] mortali opere contacti; quos pressos sacro curru[12] sacerdos
-ac rex vel princeps[13] civitatis comitantur hinnitusque ac fremitus
-observant. Nec ulli auspicio major fides, non solum apud plebem, sed
-apud proceres; sacerdotes enim ministros deorum, illos[14] conscios
-putant. Est et[15] alia observatio auspiciorum, qua gravium bellorum
-eventus explorant. Ejus gentis, cum qua bellum est, captivum quoquo
-modo[16] interceptum cum electo popularium suorum, patriis quemque
-armis, committunt: victoria hujus vel illius pro præjudicio[17]
-accipitur.
-
- [1] =Auspicia= et =sortes=. Comme on le voit par le reste
- du chapitre, ces mots ne sont nullement synonymes. _Sortes_,
- divination par le sort. Cette coutume fut sévèrement réprimée par
- les lois après la conversion des Germains au Christianisme, mais
- elle survécut au paganisme sous la forme des jugements de Dieu.
-
- [2] =Ut qui maxime=, autant que personne. (_Gr. lat._, 371.)
-
- [3] =Frugiferæ= est pris ici dans un sens plus général qu'au
- ch. 5. Il désigne tout arbre qui porte des fruits, comme le
- poirier, le hêtre, etc.--_Notis_. C'étaient, soit les caractères
- spéciaux appelés _runes_, en usage chez les anciens Germains,
- soit des signes quelconques auxquels on attribuait d'avance une
- signification conventionnelle.--_Vestis_, étoffe en général. Cf.
- 40, note 10.
-
- [4] =Mox= signifie «ensuite» chez Tacite. Il est souvent employé
- pour marquer le progrès de la narration. Cf. 2, où il est précédé
- de _primum_.--_Publice_. Cf. 15, note 7.
-
- [5] =Ter singulos=. On emploie les adjectifs distributifs lorsque
- le nombre doit être répété plusieurs fois. C'est ainsi que l'on
- dit _bis bini_, deux fois deux; donc ici: il lève trois fois un
- morceau, c.-à-d. trois morceaux l'un après l'autre; et non pas:
- il lève trois fois chaque morceau.
-
- [6] =Si prohibuerunt= (_surculi_), si les pronostics qu'on en a
- tirés sont défavorables.
-
- [7] =In eumdem diem=, pour le même jour, c.-à-d. dans la même
- journée. Tite-Live, 29, 23: _Ex Hispania forte in idem tempus
- Scipio atque Asdrubal convenerunt._
-
- [8] =Adhuc=, en outre.--_Et etiam_ au lieu de _etiam_ seul.
- Cf. _Agricola_, 10: _et jugis etiam_. Tacite emploie aussi _et
- quoque_.
-
- [9] =Proprium gentis=. Tacite compare toujours les coutumes
- des Germains à celles des Romains. En Italie on ne tirait
- pas de présages des chevaux, mais les Perses le faisaient,
- au dire d'Hérodote. Cet usage, à en juger par l'épisode du
- cheval d'Achille dans Homère, n'était peut-être pas inconnu
- aux Grecs.--_Præsagia et monitus_: ces deux mots ne sont pas
- entièrement synonymes, car le premier désigne le pronostic en
- lui-même, le second, par rapport aux conséquences qu'on en tire.
- Néanmoins l'expression est pléonastique.
-
- [10] =Iisdem nemoribus=. Ce sont les bois sacrés dont il a
- été question au ch. précédent. L'ablatif sans préposition
- pour marquer le lieu (question _ubi_) s'emploie chez Tacite
- avec toutes sortes de noms lorsqu'ils sont accompagnés d'un
- déterminatif. On trouve même (_Hist._, II, 16) l'ablatif du
- substantif seul: _balineis interficitur_.
-
- [11] =Et nullo= au lieu de _neque ullo_. Cf. 28, note
- 5.--_Contacti_, touchés, c.-à-d. souillés par aucun travail
- profane. Cf. 4, note 3, sur _infectus_. Le contraire, très
- employé, est _intactus_; Virgile dit du bétail qui n'a pas porté
- le joug: _grex intactus_.
-
- [12] =Pressos sacro curru=: expression poétique qu'Ovide emploie
- plusieurs fois.
-
- [13] =Sacerdos ac rex vel princeps=, le prêtre, auquel se joint
- le roi ou, s'il n'y a pas de roi, le chef de la cité.
-
- [14] =Illos=, les chevaux; _conscios_ (s.-e. _deorum_), ils
- s'imaginent que ces animaux connaissent les secrets des dieux.
- TIBULLE, 1, 9: _conscia fibra deorum_.
-
- [15] =Et=, aussi. Cf. 34, note 5.
-
- [16] =Quoquo modo=: ellipse très correcte (_Gr. lat._, 370,
- rem.). Cf. Riemann, _Synt. lat._, 14, rem. 1.--_Committunt_:
- terme technique des écrivains de l'empire en parlant des combats
- de l'arène.
-
- [17] =Pro præjudicio=, comme une décision marquant d'avance
- quelle sera l'issue de la guerre.
-
-
-=11.= De minoribus[1] rebus principes consultant, de majoribus omnes,
-ita tamen, ut ea quoque, quorum penes plebem arbitrium est, apud
-principes pertractentur[2]. Coeunt, nisi quid fortuitum et subitum
-incidit, certis diebus[3], cum aut inchoatur luna aut impletur[4];
-nam agendis rebus hoc auspicatissimum initium credunt. Nec dierum
-numerum, ut nos, sed noctium[5] computant. Sic constituunt, sic
-condicunt[6]; nox ducere[7] diem videtur. Illud[8] ex libertate
-vitium, quod non simul nec ut jussi conveniunt, sed et alter[9] et
-tertius dies cunctatione coeuntium absumitur. Ut turbæ placuit[10],
-considunt armati. Silentium per sacerdotes, quibus tum et coercendi
-jus est, imperatur. Mox rex vel princeps, prout[11] ætas cuique,
-prout nobilitas, prout decus bellorum, prout facundia est, audiuntur,
-auctoritate suadendi magis quam jubendi potestate. Si displicuit
-sententia, fremitu[12] aspernantur; sin placuit, frameas concutiunt:
-honoratissimum assensus genus est armis laudare.
-
- [1] =Minoribus=, les choses de moindre importance, comme
- les difficultés entre particuliers; _majoribus_, surtout les
- questions de paix et de guerre, les traités.
-
- [2] =Pertractentur=. Les questions importantes sont d'abord
- examinées à fond par les chefs, ensuite présentées au peuple qui
- décide souverainement.
-
- [3] =Certis diebus=: à des jours déterminés et périodiquement.
- Ces assemblées, d'après ce passage de Tacite, paraissent avoir
- été tenues assez fréquemment, peut-être tous les quinze jours.
- Mais chez les peuples qui couvraient une grande étendue de pays,
- ces assemblées étaient plus rares. Les Francs ne se réunissaient
- régulièrement qu'une fois l'an.
-
- [4] =Aut impletur=: c'est le temps de la nouvelle ou de la pleine
- lune.
-
- [5] =Noctium=. César rapporte la même chose des Gaulois. On
- trouve des traces de cet usage dans certaines expressions
- allemandes et anglaises, par exemple: fortnight.
-
- [6] =Sic constituunt, sic condicunt=: termes du droit romain,
- qu'il faut prendre dans un sens plus large. C'est en comptant
- ainsi qu'ils fixent un terme, qu'ils datent leurs conventions.
-
- [7] =Ducere=. La nuit semble marcher la première et ramener
- le jour. Tacite veut dire que la nuit, d'après les idées des
- Germains et à cause du climat, semble commander le jour. C'est
- ainsi que l'hiver semble commencer l'année et qu'on ne compte que
- trois saisons: _hiems et ver et æstas_ (ch. 29).
-
- [8] =Illud= annonce la proposition qui commence par _quod_, comme
- au chapitre précédent _illud_ annonçait un infinitif: _illud
- etiam notum ..... interrogare_.--_Ut jussi_, comme pour obéir à
- un ordre.
-
- [9] =Alter=, un second jour. Cf. 6, note 9.
-
- [10] =Ut turbæ placuit=, dès que l'assemblée le juge à propos.
- Cette indépendance est en outre marquée par ce fait que les
- prêtres seuls ont alors le droit de punir (_coercendi_).--_Mox_:
- cf. 10, n. 4.
-
- [11] =Prout=. Le roi ou le chef est alors écouté en raison de
- son âge, de son renom, de son éloquence, et non pas en vertu
- de son titre même, comme l'explique ce qui suit.--_Auctoritate
- suadendi_: l'ablatif de manière est employé chez Tacite plus
- librement que chez les auteurs classiques. Trad.: «Ils se font
- écouter plutôt par le pouvoir de la persuasion que par celui du
- commandement.»
-
- [12] =Fremitus=, murmures défavorables. Ce mot se prend aussi en
- bonne part. VIRG., _Én._, V, 148: _Tum plausu fremituque virum...
- Consonat omne nemus_, VIII, 717.--_Sin_: _Gr. lat._, § 491,
- rem.--_Concutiunt_, heurtent de manière à faire du bruit. César
- raconte la même chose des Gaulois.
-
-
-=12.= Licet apud concilium[1] accusare quoque et discrimen capitis
-intendere. Distinctio poenarum ex[2] delicto: proditores et
-transfugas[3] arboribus suspendunt, ignavos et imbelles et corpore
-infames[4] cæno ac palude, injecta insuper crate, mergunt. Diversitas
-supplicii illuc respicit[5], tanquam scelera ostendi opporteat, dum
-puniuntur, flagitia abscondi. Sed et levioribus delictis pro modo[6]
-poena: equorum pecorumque numero convicti multantur. Pars multæ
-regi vel civitati[7], pars ipsi, qui vindicatur, vel propinquis ejus
-exsolvitur.
-
-Eliguntur in iisdem conciliis et principes, qui jura per pagos
-vicosque[8] reddunt. Centeni singulis ex plebe comites[9] consilium
-simul et auctoritas adsunt.
-
- [1] =Concilium=, l'assemblée dont Tacite vient de décrire la
- formation et dont il va indiquer les attributions.--_Discrimen
- capitis intendere_, intenter un procès pour crime capital.
- CICÉRON, _de Orat._; 1, 10: _Singulæ familiæ litem tibi
- intenderent_.
-
- [2] =Ex=: cf. 7, note 1.
-
- [3] =Proditores et transfugas=, ceux qui trahissent leur patrie
- et marchent avec l'ennemi.--_Ignavos et imbelles_, non pas
- simplement les poltrons, mais ceux qui ont commis à la guerre
- quelque lâcheté insigne.
-
- [4] =Corpore infames=, ceux qui se sont déshonorés. _Cæno ac
- palude_: hendiadyn pour _cæno paludis_.
-
- [5] =Illuc respicit tanquam=, a pour raison d'être cette idée
- que... _Tanquam_ a souvent chez Tacite le sens de +hôs+ en grec:
- dans la pensée que. Tite-Live l'emploie aussi dans ce sens avec
- un participe au lieu de _ut_. Riemann, _Synt. lat._, § 262,
- rem. 1. Cf. 20, note 11.
-
- [6] =Pro modo=, s.-e. _delicti_.
-
- [7] =Regi vel civitati=: datifs d'intérêt. L'amende est payée en
- partie au profit du roi, et là où il n'y a pas de roi, au profit
- de la cité.--_Vel propinquis_, aux parents lorsqu'il y a eu
- mort. Cf. 21: _luitur etiam homicidium_, etc. Cette coutume des
- compensations exista longtemps chez les Francs. La loi salique
- fixait fort minutieusement la somme à payer pour chaque espèce de
- délit.
-
- [8] =Pagus=, canton; _vicus_ groupe d'habitations, village.
-
- [9] =Ex plebe comites=, des assesseurs choisis parmi les hommes
- libres. _Ex plebe_ remplit la fonction d'adjectif.--_Consilium
- simul et auctoritas_ sert d'attribut: comme conseil et comme
- autorité, c.-à-d. pour former leur conseil et ajouter à leur
- autorité.
-
-
-=13.= Nihil autem neque publicæ neque privatæ rei[1] nisi armati agunt.
-Sed arma sumere non ante cuiquam moris,[2] quam civitas suffecturum[3]
-probaverit. Tum in ipso concilio vel principum aliquis vel pater vel
-propinqui scuto frameaque juvenem ornant. Hæc[4] apud illos toga, hic
-primus juventæ honos; ante hoc domus pars videntur, mox reipublicæ.
-Insignis nobilitas aut magna patrum merita principis dignationem[5]
-etiam adolescentulis assignant; ceteris robustioribus ac jam pridem
-probatis aggregantur, nec rubor[6] inter comites[7] adspici. Gradus
-quin etiam ipse comitatus habet, judicio ejus quem sectantur; magnaque
-et comitum æmulatio[8], quibus primus apud principem suum locus, et
-principum, cui plurimi et acerrimi comites. Hæc[9] dignitas, hæ vires,
-magno semper electorum juvenum globo circumdari; in pace decus, in
-bello præsidium. Nec solum in sua gente cuique, sed apud finitimas
-quoque civitates id nomen, ea gloria[10] est, si numero ac virtute
-comitatus[11] emineat: expetuntur enim legationibus et muneribus
-ornantur, et ipsa[12] plerumque fama bella profligant.
-
- [1] =Nihil rei= = _nullam rem_ (Ragon, _Gr. lat._, § 255, rem.
- 2, et Riemann, _Synt. lat._, § 51, rem. 1).--_Nisi armati_. La
- loi salique ordonnait à plusieurs reprises d'apporter ces armes
- dans les réunions publiques.--Tite-Live (21, 20) rapporte la même
- chose des Gaulois: _In his nova terribilisque species visa est
- quod armati (ita mos gentis) in concilium venerunt._
-
- [2] =Moris= (s.-e. _est_) équivaut à _mos est_, qui est plus
- ordinaire. Cf. 15: _mos est civitatibus_. On trouve aussi _mos
- est_ ou _moris est_ avec _ut_ au lieu de l'infinitif.
-
- [3] =Suffecturum=, suppléez _armis gerendis_: avant que la cité
- ait reconnu qu'il sera capable de les porter.--_Probaverit_.
- Tacite emploie le subjonctif avec _antequam_ pour marquer une
- action qui se répète. Cf. _Ann._, XV, 74: _Deum honor principi
- non ante habetur quam agere inter homines desierit._
-
- [4] =Hæc=, =hic=, les pronoms neutres _id_, _hoc_, _illud_,
- _quod_, s'accordent souvent avec le substantif attribut (Ragon,
- _Gr. lat._, 358).--_Toga_, c'est chez eux la robe virile, c.-à-d.
- cette cérémonie place le jeune homme au nombre des citoyens comme
- à Rome la robe virile. D'après les lois de certaines nations
- germaniques cette remise des armes devait se faire lorsque le
- jeune homme avait atteint quinze ans. C'est de là que semble
- venir l'usage si répandu plus tard d'armer chevalier.--_Mox_,
- ensuite. Cf. 10, note 4.
-
- [5] =Dignationem principis= peut signifier: la dignité de chef
- ou la faveur, la considération du chef de la cité. Mais le
- second sens paraît mieux expliquer ce qui suit: ces jeunes gens
- sont rangés, par préférence, dans la suite du prince parmi les
- guerriers plus âgés et déjà éprouvés.
-
- [6] =Rubor= au lieu de _rubori_: le nominatif au lieu du datif
- de destination ou d'effet. Cf. _Agricola_, 6: _idque matrimonium
- ad majora nitenti decus ac robur fuit_. VIRG., _Égl._ III,
- 101: _Amor exitium est_, pour _exitio est_ (_Gr. lat._, § 283,
- rem. 3). On trouve même (_Germanie_, 44) le double datif de
- destination remplacé d'une façon tout à fait insolite par un
- nominatif accompagné d'un adjectif: _regia utilitas est_ pour
- _regibus utilitati est_.
-
- [7] =Comites=, compagnons, gens de la suite du prince. On voit
- dans cet usage l'origine des leudes ou vassaux et l'explication
- des liens de fidélité qui les rattachaient à leur seigneur.
-
- [8] =Æmulatio quibus=, il y a entre les compagnons une grande
- émulation pour avoir la première place.--_Locus_, s.-e. _sit_, et
- _sint_ après _comites_. Le verbe _esse_ se sous-entend en latin,
- mais rarement au subjonctif, au moins chez Cicéron. Tacite l'omet
- souvent à ce mode, surtout lorsque suit un autre subjonctif. Cf.
- 19: _Ne ulla cogitatio ultra (sit), ne ament_.
-
- [9] =Hæc=, =hæ=. Cf. 19, note 4. Un peu plus bas, dans _id nomen,
- ea gloria_, _id_ et _ea_, qui s'accordent aussi par attraction,
- annoncent la proposition commençant par _si_.
-
- [10] =Nomen=, =gloria=. Pléonasme. Le plus souvent en pareil cas
- le second mot est plus spécial ou plus expressif, de manière à
- renchérir sur l'autre. Cf. 2, note 10.
-
- [11] =Comitatus=: génitif; _emineat_ a pour sujet _quisque_
- sous-entendu.
-
- [12] =Ipse= précise et par conséquent restreint: par lui-même,
- sans secours étranger, seul. En grec +autos+ a le même sens:
- _Iliade_, VIII, 99: +autos per eôn+, quoique n'étant que lui,
- c.-à-d. quoique seul. Cf. 43, _ipsa formidine_.--_Plerumque_ a
- souvent chez Tacite le sens de _sæpe_. Cf. 8, note 9. Plus bas,
- _plerique_ équivaut à _multi_.
-
-
-=14.= Cum ventum in aciem, turpe principi virtute vinci, turpe
-comitatui virtutem principis non adæquare. Jam vero[1] infame in omnem
-vitam ac probrosum superstitem[2] principi suo ex acie recessisse:
-illum defendere, tueri[3], sua quoque fortia facta gloriæ ejus
-assignare præcipuum sacramentum est; principes pro victoria pugnant,
-comites pro principe. Si civitas in qua orti sunt longa pace et
-otio torpeat[4], plerique nobilium adolescentium petunt ultro[5] eas
-nationes, quæ tum bellum aliquod gerunt, quia et ingrata[6] genti quies
-et facilius inter ancipitia[7] clarescunt magnumque comitatum non nisi
-vi belloque tueare[8]. Exigunt[9] enim principis sui liberalitate
-illum[10] bellatorem equum, illam cruentam victricemque frameam;
-nam[11] epulæ et quanquam incompti, largi tamen apparatus pro stipendio
-cedunt. Materia munificentiæ per bella et raptus. Nec arare terram, aut
-exspectare annum[12] tam facile persuaseris[13] quam vocare hostem et
-vulnera mereri. Pigrum quin imo et iners videtur sudore acquirere quod
-possis sanguine[14] parare.
-
- [1] =Jam vero= indique une gradation énergique: en français,
- _mais_.
-
- [2] =Superstitem=. César, _B. G._, III, 22: _Neque adhuc hominum
- memoria repertus est quisquam, qui, eo interfecto cujus se
- amicitiæ devovisset, recusaret mori._ Ce dévouement héroïque
- était donc commun aux Germains et aux Gaulois.
-
- [3] =Defendere, tueri=: l'asyndète marque la gradation;
- _defendere_, le défendre lorsqu'il est attaqué; _tueri_,
- avoir l'oeil fixé, veiller sur lui pour écarter les dangers
- possibles.--_Præcipuum_. Cf. 6, note 18 et 7, note 7.
-
- [4] =Torpeat=: le subjonctif pour marquer le fait qui se répète,
- comme au chap. 10, _si publice consultetur_.--_Plerique_. Cf. 13,
- note 12.
-
- [5] =Ultro=, d'eux-mêmes, de leur propre mouvement.
-
- [6] =Ingrata=, s.-e. _est_. Cf. 13, note 8.
-
- [7] =Ancipitia=, les choses dont l'issue est double, c.-à-d.
- incertaine, les hasards de la guerre.
-
- [8] =Tueare=, comme _instes_, ch. 6. (Ragon, _Gr. lat._, 373.)
-
- [9] =Exigunt= a pour sujet _comites_ contenu dans le collectif
- _comitatus_.
-
- [10] =Illum=, =illam=: sens emphatique (_Gr. lat._, 352, rem.
- 2).--_Bellatorem_: les substantifs en _tor_, employés comme
- adjectifs, marquent la destination, l'habitude.
-
- [11] =Nam=, car les repas ne sont pas des présents gratuits, mais
- sont dus à titre de solde.--_Pro stipendio cedere_, tenir lieu de
- solde.
-
- [12] =Annum=, ce que produit une année, la récolte. Ce mot est
- poétique en ce sens. STACE, _Sylv._, IV, 2: _Nilus magnum inducit
- annum_. Cf. _Agricola_, 31.
-
- [13] =Persuaseris=, et plus bas _possis_: cf. note 8.--_Vocare_
- au lieu de _provocare_; Tacite aime à employer le simple pour le
- composé: il met ainsi en relief la valeur étymologique du mot et
- ajoute de l'énergie au style. Cf. _Annales_, XIII, 55, _vocare_
- pour _invocare_: _sidera vocans_.--_Mereri_. L'emploi de ce verbe
- est justifié, car les blessures sont un titre d'honneur: «gagner
- de glorieuses blessures».
-
- [14] =Sudore=, =sanguine=. Allitération qui accentue le trait
- final. Tacite, en habile styliste, aime à achever son paragraphe
- par un trait qui le résume et le grave dans l'esprit du lecteur.
-
-
-=15.= Quoties bella non ineunt, non multum venatibus[1], plus per
-otium transigunt, dediti somno ciboque, fortissimus[2] quisque ac
-bellicosissimus nihil agens, delegata domus et penatium[3] et agrorum
-cura feminis senibusque et infirmissimo cuique ex familia: ipsi hebent,
-mira diversitate[4] naturæ, cum iidem homines sic ament inertiam et
-oderint quietem. Mos est[5] civitatibus ultro ac viritim conferre
-principibus vel armentorum[6] vel frugum, quod pro honore acceptum
-etiam necessitatibus subvenit. Gaudent præcipue finitimarum gentium
-donis, quæ non modo a singulis, sed et[7] publice mittuntur, electi
-equi, magna arma, phaleræ torquesque[8]. Jam et pecuniam accipere
-docuimus.
-
- [1] =Venatibus=: l'ablatif de manière s'emploie rarement sans
- qualificatif, sauf dans un nombre déterminé d'expressions toutes
- faites.--César semble contredire ce que dit ici Tacite: _Bell.
- Gall._, VI, 21: _Vita omnis in venationibus consistit_; mais
- chez Tacite il ne s'agit peut-être que des _comites_, gens d'un
- certain rang.--_Per otium_. Remarquez la variété d'expression:
- Cicéron recherche la symétrie, Tacite la fuit le plus
- souvent.--_Plus transigunt_, s.-e. _ætatis_.
-
- [2] =Fortissimus quisque=, et plus bas _infirmissimo cuique_. Cf.
- Ragon, _Gr. lat._, 369.
-
- [3] =Penates=, l'intérieur, le ménage.
-
- [4] =Mira diversitate=. Tacite semble oublier que, selon une
- idée chère à l'antiquité, une certaine paresse pour ce qui
- concerne les occupations matérielles est soeur de la liberté
- et du courage. C'était l'avis de Socrate lui-même, qui donnait
- pour exemple les Indiens, paresseux mais libres, et les Lydiens,
- travailleurs mais esclaves.
-
- [5] =Mos est=: cf. 13, note 2.--_Ultro ac viritim_: chacun offre
- sa contribution volontairement et pour son propre compte, sans
- qu'il soit besoin de collecteur. Cf. 29, _nec publicanus (eos)
- atterit_.
-
- [6] =Armentorum vel frugum=: il faut suppléer _aliquid_ avec ce
- génitif, à moins qu'on ne le fasse dépendre de _quod_. Cf. 18:
- _Armorum aliquid_.
-
- [7] =Sed et=: cf. 35, note 5.--_Publice_, au nom de la cité,
- comme au chapitre 10, _si publice consultetur_.
-
- [8] =Phaleræ torquesque=. Les phalères étaient des ornements en
- métal en forme de médaillon, que les soldats portaient sur la
- poitrine, les chevaux sur le poitrail; les _torques_ étaient des
- ornements en forme d'anneau ou de chaîne, qu'on portait au cou ou
- au bras.
-
-
-=16.= Nullas Germanorum populis[1] urbes habitari satis notum
-est, ne pati quidem inter se junctas sedes. Colunt discreti ac
-diversi[2], ut fons, ut campus, ut nemus placuit. Vicos locant non
-in[3] nostrum morem connexis et cohærentibus ædificiis: suam quisque
-domum spatio circumdat, sive adversus casus ignis remedium[4], sive
-inscitia ædificandi. Ne cæmentorum quidem apud illos aut tegularum
-usus: materia[5] ad omnia utuntur informi et citra[6] speciem aut
-delectationem. Quædam loca[7] diligentius illinunt terra ita pura
-ac splendente, ut picturam[8] ac lineamenta colorum imitetur. Solent
-et[9] subterraneos specus aperire eosque multo insuper fimo onerant,
-suffugium[10] hiemis et receptaculum frugibus, quia rigorem frigorum
-ejusmodi loci molliunt, et si quando hostis advenit[11], aperta
-populatur, abdita autem et defossa aut ignorantur aut eo ipso fallunt,
-quod quærenda sunt[12].
-
- [1] =Populis=: datif. Dans la prose classique le datif ne
- s'emploie ainsi avec le passif qu'aux formes composées du
- participe, mais les poètes et les prosateurs de la décadence
- l'emploient avec une forme quelconque du passif. Il y a
- d'ailleurs entre le sens de ce datif et celui de l'ablatif avec
- _ab_ une différence assez sensible. Cf. Ragon, _Gr. lat._, 293,
- rem., et Riemann, _Synt. lat._, § 46 (c).--_Urbes_. Il s'agit
- de villes véritables comme il y en avait en Italie. Car César et
- Tacite lui-même parlent d'agglomérations assez considérables qui
- pouvaient passer pour des villes au sens large du mot.
-
- [2] =Discreti ac diversi=, leurs maisons sont isolées et éparses
- au hasard sans souci de la symétrie, comme aujourd'hui dans les
- pays de montagnes.
-
- [3] =In=, dans le sens de c.-à-d., conformément à, selon.
-
- [4] =Sive remedium, sive inscitia=, le premier à l'accusatif
- comme apposition à toute la phrase (Gantrelle, _Gramm. de
- Tacite_, § 75), le second à l'ablatif de cause.
-
- [5] =Materia=, le bois.--_Informi_, non pas simplement informe,
- brut, mais disgracieux, employé sans souci de la beauté.
-
- [6] =Citra=, en deçà de; par conséquent, sans aller jusqu'à
- (Ovide, _Trist._, 5, 8, 23: _Citra scelus_), puis par extension
- comme ici: sans.
-
- [7] =Quædam loca=, certaines parties des parois à l'intérieur ou
- à l'extérieur.
-
- [8] =Picturam et lineamenta colorum=. On change quelquefois
- _colorum_ en _corporum_ et on explique _imitari_ par refléter
- comme un miroir; mais cette explication peu naturelle est
- difficile à admettre. Tacite veut dire que cet enduit de terre
- remplaçait et imitait, de loin sans doute, la peinture et les
- dessins au trait qui ornaient les maisons romaines. La chaux
- surtout devait être employée ainsi que des terres colorées de
- diverses nuances.
-
- [9] =Et= a assez souvent chez Tacite le sens de _etiam_ (_et
- jam_), aussi. Il se rattache ici à _subterraneos specus_. Il est
- souvent précédé de _jam_. Cf. _Agricola_, 30: _Postquam defuere
- terræ, jam et mare scrutantur._
-
- [10] =Suffugium= avec le génitif _hiemis_, comme 46, _imbrium
- suffugium_. Tacite emploie très hardiment le génitif objectif.
- Ainsi _Ann._, I, 46: _Vulgi largitione_, pour _in vulgus_.
-
- [11] =Advenit= au parfait marque la répétition.
-
- [12] =Eo ipso fallunt quod quærenda sunt=. Une de ces pointes qui
- flattaient le goût de l'époque.
-
-
-=17.= Tegumen omnibus sagum[1] fibula aut, si desit, spina consertum:
-cetera intecti[2] totos dies juxta focum atque ignem agunt.
-Locupletissimi veste distinguuntur non fluitante[3], sicut Sarmatæ ac
-Parthi, sed stricta et singulos artus exprimente. Gerunt et ferarum
-pelles, proximi ripæ[4] negligenter, ulteriores exquisitius, ut
-quibus[5] nullus per commercia cultus. Eligunt[6] feras et detracta
-velamina spargunt maculis pellibusque[7] belluarum, quas exterior
-Oceanus[8] atque ignotum mare gignit. Nec alius feminis quam viris
-habitus[9], nisi quod feminæ sæpius lineis amictibus velantur eosque
-purpura[10] variant, partemque vestitus superioris in manicas[11]
-non extendunt, nudæ brachia ac lacertos[12]; sed et[13] proxima pars
-pectoris patet.
-
- [1] =Sagum=. Cette sorte de manteau consistait en un simple carré
- d'étoffe suspendu à l'épaule par les deux extrémités supérieures;
- il ne couvrait donc que le dos et une partie de la poitrine. Ce
- vêtement est ici assimilé au _sagum_ des soldats romains, moins à
- cause de sa forme qu'à cause de la matière dont il était fait et
- de sa couleur.--_Si desit_: cf. 14, note 4.
-
- [2] =Cetera=: acc. de relation qui dépend de _intecti_: pour
- le reste, c.-à-d. à cela près. Cf. Salluste: _Cetera ignarus_,
- et Tite-Live: _cetera egregius_. Traduisez: «sans autre
- vêtement».--_Totos dies_: acc. de durée; _agunt_ seul signifie
- passer le temps, vivre.
-
- [3] =Fluitante=. Nous disons de même un vêtement
- _flottant_.--_Stricta_: serré, collant, de manière à mouler tous
- les membres.
-
- [4] =Proximi ripæ=: les plus voisins des rives du Danube et du
- Rhin, c.-à-d. les plus rapprochés des Romains. Ces Germains,
- connaissant et appréciant les étoffes importées chez eux,
- portaient avec indifférence les peaux de bêtes lorsqu'ils étaient
- réduits à s'en servir, tandis que les plus éloignés, ne pouvant
- se procurer des vêtements plus élégants, y mettaient plus de
- recherche.
-
- [5] =Ut quibus=: cf. 2, note 15, et 22, note 4.--_Cultus_: cf. 6,
- note 7.
-
- [6] =Eligunt=: ils ne prennent pas au hasard, ils choisissent les
- animaux qui ont la plus belle fourrure.
-
- [7] =Maculis pellibusque=: hendiadyn. Cf. 7, note 5, et 25, note
- 7. Ils les parsèment de taches, c.-à-d. de touffes de poils de
- couleur différente confectionnées avec les dépouilles d'autres
- animaux.
-
- [8] =Exterior Oceanus atque ignotum mare= désignent la même
- chose. Il s'agit des mers qui s'étendent au nord de la Germanie
- et que l'insuffisance des renseignements géographiques ne
- permettait pas à Tacite de désigner autrement. Voyez au lexique
- _Oceanus_.
-
- [9] =Habitus= ne désigne pas seulement le vêtement, mais d'une
- façon générale tout ce qui contribue à modifier l'aspect,
- l'extérieur, ou cet extérieur même.--_Nisi quod_: cf. 29, note
- 11.
-
- [10] =Purpura=: ce n'est sans doute pas la pourpre proprement
- dite, connue des Romains, mais une teinture rouge quelconque.
-
- [11] =In manicas=, en forme de manches. Notez l'acc. avec
- _extendere_. Cf. 20: _in hos artus excrescunt_.
-
- [12] =Brachia et lacertos=: accusatifs de relation marquant
- une idée d'extension.--_Brachium_ ordinairement désigne tout le
- bras; ici seulement l'avant-bras. _Lacertus_, le bras du coude à
- l'épaule.
-
- [13] =Sed et=: cf. 35, note 5.--_Patet_. La partie de la poitrine
- la plus rapprochée de la tête et des épaules, c.-à-d. la partie
- supérieure, est à découvert.
-
-
-=18.= Quanquam[1] severa illic matrimonia, nec ullam morum partem magis
-laudaveris. Nam prope soli barbarorum singulis[2] uxoribus contenti
-sunt, exceptis admodum paucis, qui non libidine[3], sed ob nobilitatem
-plurimis nuptiis ambiuntur. Dotem non uxor marito, sed uxori maritus[4]
-offert. Intersunt parentes et propinqui ac munera probant, non ad
-delicias muliebres[5] quæsita nec quibus nova nupta comatur, sed
-boves et frenatum equum et scutum cum framea gladioque. In[6] hæc
-munera uxor accipitur, atque invicem ipsa armorum aliquid[7] viro
-affert. Hoc maximum vinculum, hæc arcana sacra, hos conjugales deos
-arbitrantur. Ne se mulier extra virtutum cogitationes extraque bellorum
-casus putet, ipsis incipientis matrimonii auspiciis admonetur venire
-se laborum periculorumque sociam, idem[8] in pace, idem in proelio
-passuram ausuramque: hoc juncti boves, hoc paratus equus, hoc data arma
-denuntiant; sic vivendum[9], sic pereundum; accipere se quæ[10] liberis
-inviolata ac digna reddat, quæ nurus accipiant rursusque ad nepotes
-referantur.
-
- [1] =Quanquam=, cependant (_Gr. lat._, 499, rem.). Ce sens
- est rare chez Tacite (_Dialog._, 28-33). Sur l'autre emploi de
- _quanquam_, cf. 28, note 16.
-
- [2] =Singulis=, une pour chacun. Cet usage n'était pas sans
- exception, comme l'avoue Tacite lui-même. Les premiers rois
- francs eurent souvent plusieurs épouses et il fallut leur
- conversion au christianisme pour extirper la polygamie.
-
- [3] =Non libidine=, non par libertinage. Le sens s'oppose à ce
- que cet ablatif soit rattaché à _ambiuntur_; il faut suppléer
- un autre verbe. C'est la figure de style, assez fréquente chez
- Tacite, qu'on appelle zeugma.--_Nuptiis_: datif d'intérêt (_Gr.
- lat._, § 280).--_Plurimis_ a un sens affaibli: plusieurs. Cf. 13,
- note 12, et 14, note 4.
-
- [4] =Non uxor marito, sed uxori maritus=. Remarquez la
- disposition des mots: c'est la figure appelée _entrecroisement_,
- fréquente chez Tacite.--Tout ce chapitre, comme le suivant, est
- une satire à peine dissimulée des moeurs romaines.
-
- [5] =Delicias muliebres=, la vaine parure des femmes. La
- proposition qui suit exprime la même idée.
-
- [6] =In hæc munera=, contre, c.-à-d. à la condition de, en
- échange de, comme en grec +epi toutois+.
-
- [7] =Armorum aliquid=, une arme quelconque, spécialement une
- épée. Cf. 15, note 6.--_Hoc_, _hæc_, _hos_: cf. 13, note 4.
-
- [8] Remarquez les anaphores fréquentes à la fin de ce chapitre:
- _idem_, _hoc_, _sic_, _quæ_ sont répétés. Visiblement Tacite est
- entraîné par le tableau de ces moeurs viriles.
-
- [9] =Vivendum (esse)= dépend de _denuntiant_;--_accipere_ est
- suivi du réfléchi se parce que l'idée contenue dans _admonetur_
- se poursuit jusqu'à la fin de la phrase.
-
- [10] =Quæ=: il s'agit moins des objets eux-mêmes que des
- sentiments qu'ils symbolisent. Le second _quæ_ ne dépend pas de
- _digna_; un troisième _quæ_ est à sous-entendre comme sujet de
- _referantur_ et se tire du second qui est complément.
-
-
-=19.= Ergo sæpta pudicitia[1] agunt, nullis spectaculorum illecebris,
-nullis conviviorum irritationibus corruptæ. Litterarum secreta[2] viri
-pariter ac feminæ ignorant. Paucissima in tam numerosa gente adulteria,
-quorum poena præsens[3] et maritis permissa: accisis crinibus, nudatam
-coram propinquis expellit domo maritus ac per omnem vicum verbere agit.
-Publicatæ enim pudicitiæ[4] nulla venia: non forma, non ætate, non
-opibus maritum invenerit. Nemo enim illic vitia ridet, nec corrumpere
-et corrumpi sæculum[5] vocatur. Melius[6] quidem adhuc eæ civitates
-in quibus tantum virgines nubunt et cum spe votoque uxoris semel
-transigitur[7]. Sic unum accipiunt maritum quomodo unum corpus unamque
-vitam, ne ulla cogitatio ultra[8], ne longior cupiditas, ne tanquam
-maritum, sed tanquam matrimonium ament. Numerum liberorum finire[9] aut
-quemquam ex agnatis[10] necare flagitium[11] habetur, plusque ibi boni
-mores valent quam alibi[12] bonæ leges.
-
- [1] =Sæpta pudicitia=, leur vertu est comme entourée, c.-à-d.
- défendue, protégée par les moeurs et les institutions.--_Agunt_:
- cf. 17, note 2.
-
- [2] =Litterarum secreta=, non pas en général l'art de se
- faire comprendre au moyen de signes appelés lettres, c.-à-d.
- l'écriture, mais les correspondances secrètes: _litteræ_ équivaut
- à _epistolæ_. Ici la satire des moeurs romaines devient presque
- directe.
-
- [3] =Præsens=, immédiate, qui n'attend pas les délais de la
- procédure.
-
- [4] =Publicatæ pudicitiæ nulla venia=, point de pardon pour celle
- qui prostitue son honneur.
-
- [5] =Sæculum=, les moeurs du siècle. Traduisez: «ne s'appelle pas
- vivre selon le siècle, ou être de son temps».
-
- [6] =Melius=, s.-e. _agunt_. Cf. _Ann._, I, 43: _Melius et
- amantius ille qui gladium offerebat._
-
- [7] =Semel transigitur=: on en finit une fois pour toutes avec...
- Ainsi la mort même d'un époux ne rendait pas au survivant sa
- liberté et n'autorisait pas les secondes noces. Tacite songe aux
- Romains, pour qui le divorce, introduit dans les lois et dans les
- moeurs, réduisait le mariage à n'être qu'une formalité, révocable
- presque sans motif.
-
- [8] =Ultra=, s.-e. _sit_. Cf. 13, note 8.
-
- [9] =Finire numerum=, limiter le nombre.
-
- [10] =Agnatis=, litt., qui naît en sus, c.-à-d. nouveau-né qui
- vient grossir le nombre des enfants déjà existants.
-
- [11] =Flagitium habetur=: en réalité le père avait droit de vie
- et de mort sur ses enfants, mais sans doute on considérait comme
- un crime honteux d'en user contre les nouveau-nés.
-
- [12] =Alibi=: à Rome sans doute, où on avait dû, pour arrêter la
- dissolution croissante de la famille, attribuer par des lois des
- récompenses aux citoyens pères de plusieurs enfants.
-
-
-=20.= In omni[1] domo nudi ac sordidi in hos artus[2], in hæc corpora,
-quæ miramur, excrescunt. Sua quemque mater uberibus alit, nec ancillis
-aut nutricibus[3] delegantur. Dominum ac servum nullis educationis
-deliciis[4] dignoscas; inter eadem pecora, in eadem humo degunt, donec
-ætas separet[5] ingenuos, virtus agnoscat. Sera juvenum venus, eoque
-inexhausta pubertas[6]. Nec virgines festinantur[7]; eadem juventa,
-similis proceritas: pares validæque[8] miscentur, ac robora parentum
-liberi referunt. Sororum filiis idem apud avunculum qui[9] ad patrem
-honor. Quidam sanctiorem arctioremque hunc nexum sanguinis arbitrantur
-et in accipiendis obsidibus magis exigunt[10], tanquam[11] et animum
-firmius et domum latius teneant. Heredes tamen successoresque sui
-cuique liberi, et nullum testamentum[12]. Si liberi non sunt, proximus
-gradus in possessione[13] fratres, patrui, avunculi. Quanto plus
-propinquorum[14], quanto major affinium numerus, tanto gratiosior
-senectus; nec ulla orbitatis pretia.
-
- [1] =Omni=: chez les pauvres comme chez les riches. Cf. plus
- loin: _donec ætas separet ingenuos_.--_Nudi ac sordidi_: il
- s'agit des jeunes enfants, à peine vêtus; ils étaient facilement
- malpropres.
-
- [2] =In hos artus=: cf. 17, note 11.--_Miramur_. Les Romains
- avaient souvent l'occasion de voir des Germains à Rome même, en
- qualité de soldats ou d'esclaves.
-
- [3] =Nutricibus=: le contraire se faisait à Rome, et Tacite
- (_Dial. Or._, 29) déplore explicitement les funestes effets de
- cette coutume sur l'éducation: _At nunc infans delegatur græculæ
- alicui ancillæ_, etc.
-
- [4] =Deliciis=, délicatesse, raffinements.
-
- [5] =Donec separet=. Tacite emploie volontiers le subjonctif
- présent après _donec_ pour marquer la répétition de l'action. Cf.
- 1, note 10.--_Separet_, _agnoscat_. L'âge met à part les jeunes
- gens libres, mais c'est le courage seul qui les désigne comme
- vraiment tels. Ici la vertu est personnifiée. Cf. 34, note 6.
-
- [6] =Sera... pubertas=, «une longue ignorance de la volupté
- assure aux garçons une jeunesse pleine de vigueur».
-
- [7] =Festinantur=. On ne hâte pas leur mariage.
-
- [8] =Pares validæque= insiste sur l'idée précédente. Elles
- s'unissent lorsque l'âge les a faites également vigoureuses,
- comme s'il y avait: _pares ætate pariterque validæ_.
-
- [9] =Idem qui=: cf. Ragon, _Gr. lat._, 337, rem.--_Ad patrem_
- équivaut à _apud patrem_.
-
- [10] =Magis exigunt=, c.-à-d. _hujusmodi obsides, sororum
- filios_.
-
- [11] =Tanquam=, chez Tacite, indique souvent la cause telle
- qu'elle est envisagée par les gens dont il s'agit: «dans la
- pensée que», en grec +hôs+ avec le participe.--_Latius_: les
- engagements s'étendent ainsi à plus de personnes.--_Domum_: cf.
- 21, note 3.
-
- [12] =Et nullum testamentum=. Il y avait des coutumes et plus
- tard des lois qui réglaient la transmission des biens, mais
- ces lois ne faisaient que consacrer les droits naturels des
- parents.--Sur _et_ suivi de la négation, cf. 28, note 5.
-
- [13] =Possessione=, prise de possession. Ce mot se rattache
- non seulement à _possideo_, être en possession, mais aussi à
- _possido_, se rendre maître de.
-
- [14] =Propinqui=, parents par le sang; _affines_, parents par
- alliance.--_Orbitatis pretia_: il n'y a aucun avantage à n'avoir
- pas d'héritier direct, tandis qu'à Rome les vieillards riches
- et sans enfants étaient entourés des soins et des respects
- d'une foule de gens attentifs à capter leur héritage. Beaucoup
- d'auteurs latins ou grecs nous dépeignent le cynisme avec lequel
- se pratiquait cette chasse aux testaments.
-
-
-=21.= Suscipere tam inimicitias seu patris seu propinqui quam
-amicitias necesse est[1]. Nec[2] implacabiles durant: luitur enim
-etiam homicidium certo armentorum ac pecorum numero[3] recipitque
-satisfactionem universa domus, utiliter in publicum[4], quia
-periculosiores sunt inimicitiæ juxta libertatem[5]. Convictibus et
-hospitiis[6] non alia gens effusius indulget. Quemcumque mortalium
-arcere tecto nefas habetur; pro fortuna[7] quisque apparatis epulis
-excipit. Cum defecere[8], qui modo hospes fuerat, monstrator hospitii
-et comes; proximam domum non invitati adeunt. Nec interest: pari
-humanitate accipiuntur. Notum ignotumque quantum ad[9] jus hospitis
-nemo discernit. Abeunti, si quid poposcerit, concedere moris[10];
-et poscendi invicem eadem facilitas. Gaudent muneribus, sed nec data
-imputant[11] nec acceptis obligantur: vinculum inter hospites comitas.
-
- [1] =Necesse est=: ils regardent cette coutume comme fondée sur
- le droit naturel au même titre que les successions.
-
- [2] =Nec=, de même que _et_, a souvent le sens adversatif; ici il
- équivaut à _neque tamen_.
-
- [3] =Certo numero=: cf. 12, note 7.--_Domus_, dans le sens de
- «famille» comme au ch. 20.
-
- [4] =In publicum=: cf. 5, note 2.
-
- [5] =Juxta libertatem= = _apud liberos homines_. En prose
- classique, _juxta_ ne s'emploie guère que pour signifier «près
- de», et au propre. Cf. ch. 30, encore un autre sens non classique
- et un emploi spécial à Tacite _juxta formidinem_.
-
- [6] =Convictibus et hospitiis=. Le premier mot s'applique
- aux rapports avec voisins et amis, le second, aux relations
- d'hospitalité avec les étrangers. On remarque les mêmes coutumes
- à l'origine de toutes les civilisations; la Bible, Homère nous
- montrent déjà la même hospitalité cordiale: bienveillance dans
- l'accueil, présents au départ, respect de l'hôte comme d'un être
- sacré.
-
- [7] =Pro fortuna=, selon sa fortune. _Apparatus_ seul signifie
- bien apprêté. Tite-Live, XXIII, 4: _apparatis accipere epulis_.
-
- [8] =Cum defecere=, s.-e. _epulæ_.--_Monstrator_, s.-e. _fit_.
-
- [9] =Quantum ad=, pour ce qui est de, quant à, au lieu du
- classique _quod attinet ad_. Cette expression, qui se retrouve,
- _Histoires_, V, 10 et _Agricola_, 44, est déjà dans Ovide.
-
- [10] =Moris=, s.-e. _est_. Cf. 14, note 2.
-
- [11] =Imputant=, litt., porter quelque chose en ligne de compte;
- ici, se faire un titre à la reconnaissance.
-
-
-=22.= Statim e[1] somno, quem plerumque in diem[2] extrahunt,
-lavantur[3], sæpius calida, ut apud quos[4] plurimum hiems occupat.
-Lauti cibum capiunt; separatæ singulis sedes[5] et sua cuique mensa.
-Tum ad negotia nec minus sæpe ad convivia procedunt armati. Diem
-noctemque[6] continuare potando nulli probrum. Crebræ, ut inter
-vinolentos[7], rixæ raro conviciis[8], sæpius cæde et vulneribus
-transiguntur. Sed et de reconciliandis invicem[9] inimicis et jungendis
-affinitatibus et adsciscendis principibus, de pace denique ac bello
-plerumque in conviviis consultant, tanquam[10] nullo magis tempore aut
-ad simplices[11] cogitationes pateat animus aut ad magnas incalescat.
-Gens non astuta nec callida aperit adhuc[12] secreta pectoris licentia
-joci. Ergo detecta et nuda[13] omnium mens postera die retractatur[14],
-et salva utriusque temporis ratio est[15]: deliberant dum fingere
-nesciunt, constituunt dum errare non possunt.
-
- [1] =Ex= signifie souvent au sortir de, immédiatement après.
- César, _Bell. Civ._, I, 22, 4, _ex prætura_. Ce sens peut être
- précisé comme ici par _statim_. Cf. _Ann._, XV, 69, _ex mensa_.
-
- [2] =Plerumque=: cf. 13, note 12.--_In diem_, jusque dans le
- jour, et non pas jusqu'au jour, sens que _in_ a quelquefois à
- l'époque impériale. Quintilien, 8, 3, 68: _usque in illum diem_.
- Cf. 45, _in ortum_, et la note.
-
- [3] =Lavantur=: forme passive qu'on peut rattacher à une voix
- moyenne (Ragon, _Gr. lat._, 409, et Riemann, _Synt. lat._, § 133,
- a 1º). _Calida_, s.-e. _aqua_.
-
- [4] =Ut apud quos=: cf. 2, note 15. Cette proposition relative
- marquant la cause devrait être construite avec le subjonctif
- (Ragon, _Gr. lat._, 503, 3º). L'exception, qu'on rencontre
- quelquefois, est une construction incorrecte (Riemann, _Synt.
- lat._, § 221, rem. II et note 3). On propose d'ailleurs
- _occupet_ au lieu de _occupat_, mais déjà au ch. XVIII, dans
- _ut quibus nullus per commercia cultus_, il semble bien qu'on
- doive sous-entendre _est_, et non pas _sit_.--_Plurimum_, s.-e.
- _temporis_ ou _anni_.
-
- [5] =Separatæ sedes=. Tacite, comme on peut s'y attendre chez
- un écrivain qui peint un peuple étranger, signale surtout
- les détails de moeurs qui s'écartent le plus des habitudes de
- son pays. Chez les Romains la salle à manger contenait trois
- lits, sur chacun desquels trois et quelquefois quatre convives
- prenaient place. Horace, _Sat._, I, IV, 86: _Sæpe tribus lectis
- videas cenare quaternos_.--_Sua cuique mensa_. C'était sans doute
- moins une table qu'un simple plateau sur lequel chacun mettait
- sa part du repas. Cf. l'allemand _Tisch_, qui vient du latin
- _discus_.
-
- [6] =Diem noctemque=, un jour entier et la nuit suivante, comme
- l'indique le verbe _continuare_.
-
- [7] =Ut inter vinolentos=: cf. 2, note 15.--_Vinolentus_ désigne
- l'état d'ivresse en général, car nous voyons au commencement du
- chapitre suivant que les Germains s'enivraient avec autre chose
- que du vin.
-
- [8] =Raro conviciis=: les injures sont le fait d'un homme qui
- n'ose en venir aux mains, d'un poltron. Dans les _Niebelungen_ on
- lit: «Il ne convient pas à des guerriers de se blesser avec des
- paroles à la manière des vieilles femmes.»--_Transigitur_: cf.
- 19, note 7.
-
- [9] Proprement, _invicem_ ne signifie que _tour à tour_; mais
- à l'époque impériale on l'emploie fréquemment pour marquer la
- réciprocité au lieu de _inter se_. Cf. 37, _multa invicem damna_.
-
- [10] =Tanquam=, dans la conviction que. Cf. 20, note 11.
-
- [11] =Simplices= (de _sim_, «un», comme dans _semel_, _singuli_,
- et _plico_), litt., qui n'a qu'un pli, sans détour, franc,
- ouvert.
-
- [12] =Adhuc=, si on le rapporte à _aperit_, signifie «jusqu'ici»,
- Tacite voulant dire qu'à l'époque où il écrit, ce peuple n'a
- pas encore appris l'art de dissimuler; mais il vaut mieux le
- rattacher à _secreta_: des choses restées cachées jusqu'alors.
- Un commentateur allemand, qui voit partout de l'ironie, prend le
- contrepied de cette pensée (cf. Introduction), et cite non sans
- quelque apparence de raison Velleius Paterculus, 118, qui appelle
- les Germains _natum mendacio genus_.
-
- [13] =Detecta et nuda omnium mens=. CORNEILLE, _Théodore_,
- II, ii: «Voilà pour vous montrer mon âme toute nue.» RACINE,
- _Britannicus_, II, ii: «Mais je t'expose ici mon âme toute nue.»
-
- [14] =Retractatur=. Les idées exprimées en toute franchise durant
- le festin sont de nouveau discutées.
-
- [15] =Salva utriusque temporis ratio est=. Ce qui convient
- dans les deux cas (la délibération et la décision) est ainsi
- sauvegardé.
-
-
-=23.= Potui humor ex[1] hordeo aut frumento in quamdam similitudinem
-vini corruptus[2]; proximi ripæ[3] et vinum mercantur. Cibi
-simplices: agrestia poma[4], recens fera[5], aut lac concretum: sine
-apparatu, sine blandimentis[6] expellunt famem. Adversus sitim non
-eadem[7] temperantia: si indulseris[8] ebrietati suggerendo quantum
-concupiscunt, haud minus facile[9] vitiis quam armis vincentur.
-
- [1] =Ex= marque la matière dont une chose est faite (_Gr. lat._,
- 250).
-
- [2] =Corruptus= n'a pas ici un sens défavorable: altéré, c.-à-d.
- fermenté. On voit assez qu'il s'agit d'une sorte de bière.--_In
- similitudinem vini_, non pas à la manière du vin, mais de
- façon à ressembler à du vin. Sur _in_ marquant le résultat ou
- l'intention, voir des exemples dans Draeger, § 80. Cf. 38: _in
- altitudinem quamdam et terrorem... ornantur_; et 17, note 11; 24,
- note 3.
-
- [3] =Proximi ripæ=. Il s'agit des rives du Rhin et du Danube. Cf.
- 5, note 13.
-
- [4] =Agrestia poma=. De même que _frugifera arbor_ (10, note 3)
- signifie toute espèce d'arbre qui porte des fruits, ici _poma_
- désigne des fruits ou productions sauvages de toute espèce, des
- noix ou des baies, peut-être même certains légumes sauvages.
-
- [5] =Recens fera=, venaison fraîche.--_Lac concretum_, lait
- caillé ou peut-être le lait à tous les états où il peut être
- rangé parmi les _cibi_ que Tacite énumère ici par opposition à la
- boisson.
-
- [6] =Sine blandimentis=, sans tous les raffinements inventés
- pour réveiller l'appétit paresseux, ce que Salluste appelle
- _irritamenta gulæ_.
-
- [7] =Eadem=: formule de transition que nous avons déjà vue au ch.
- 4: _non eadem patientia_. Pour la pensée, voir aussi ce chapitre:
- _minime sitim tolerare, etc._
-
- [8] =Si indulseris=, si on se prête à.
-
- [9] =Haud minus facile= est une litote, au lieu de _facilius_.
- Cependant l'affirmation de Tacite est relative: il ne veut pas
- dire qu'en fait les Germains sont faciles à vaincre (cf. 37),
- mais il compare seulement les deux moyens qu'on a de les dompter.
-
-
-=24.= Genus spectaculorum unum atque in omni coetu idem: nudi
-juvenes, quibus id ludicrum[1] est, inter gladios se atque infestas[2]
-frameas saltu jaciunt. Exercitatio artem paravit, ars decorem, non in
-quæstum[3] tamen aut mercedem: quamvis[4] audacis lasciviæ pretium
-est voluptas spectantium. Aleam, quod mirere, sobrii inter seria[5]
-exercent, tanta lucrandi perdendive temeritate[6], ut, cum omnia
-defecerunt, extremo ac novissimo[7] jactu de libertate ac de corpore
-contendant. Victus voluntariam servitutem adit: quamvis juvenior,
-quamvis robustior, alligari se ac venire[8] patitur. Ea est[9] in
-re prava pervicacia; ipsi fidem vocant. Servos conditionis hujus per
-commercia[10] tradunt, ut se quoque[11] pudore victoriæ exsolvant.
-
- [1] =Ludicrum= est attribut de _id_: pour qui c'est un jeu. À
- Rome on voyait dans les arènes des exercices plus dangereux,
- mais ils étaient exécutés par de misérables condamnés pour qui ce
- n'était point un passe-temps.
-
- [2] =Infestas= se rapporte également à _gladios_ (_Gr. lat._,
- 228): menaçantes, dangereuses par la manière dont elles sont
- placées. Sidoine Apollinaire, 5, 246: _Intortas præcedere
- saltibus hastas_.--_Saltu se jacere_: expression plus pittoresque
- que _saltare_.
-
- [3] =In quæstum=, «en vue d'un gain». Cf. 23, note 2.
-
- [4] =Quamvis= ne signifie pas _quoique_ et ne tombe pas sur le
- verbe à l'indicatif, ce qui serait doublement contraire au bon
- usage classique (Ragon, _Gr. lat._, 501, et rem.; Riemann, § 201,
- 2). Il tombe ici exclusivement sur _audacis_: quelque audacieux
- que soit. Tacite emploie d'ailleurs _quamvis_ dans le sens de
- quoique avec le subjonctif: cf. _Histoires_, II, 79 et 85.
-
- [5] =Sobrii inter seria=. Cette habitude pouvait étonner les
- Romains, pour qui ce jeu faisait partie des divertissements d'un
- festin, quand le vin avait déjà échauffé les têtes.
-
- [6] =Temeritate=, s'exposant avec tant d'audace aux chances de
- gain ou de perte.
-
- [7] =Extremo ac novissimo=: pléonasme oratoire. Cf. 1, note
- 9. Mais il n'en est pas de même de _libertate et corpore_: le
- second mot marque la conséquence du premier, la perte de la
- liberté entraînait le risque de perdre la vie même dans un pays
- où le maître pouvait punir l'esclave de mort. Cf. 25: _occidere
- solent_.--_Jactu_, coup de dés.
-
- [8] =Venire=: inf. de _veneo_, qui sert de passif à _vendo_ (_Gr.
- lat._, 411).
-
- [9] =Ea est=, telle est.
-
- [10] =Per commercia=. Cf. 17: _nullus per commercia cultus_.
-
- [11] =Quoque=. Les vainqueurs veulent échapper _eux aussi_ à
- la honte de leur victoire, comme le vaincu a voulu échapper en
- risquant sa liberté à la honte d'une défaite où il avait tout
- perdu.
-
-
-=25.= Ceteris[1] servis non in nostrum morem[2] descriptis per
-familiam ministeriis utuntur: suam quisque sedem, suos penates regit.
-Frumenti modum[3] dominus aut pecoris aut vestis ut colono injungit,
-et servus hactenus[4] paret. Cetera[5] domus officia uxor ac liberi
-exsequuntur. Verberare servum ac vinculis et opere[6] coercere rarum:
-occidere solent, non disciplina et severitate[7], sed impetu et ira,
-ut inimicum, nisi quod[8] impune est. Liberti non multum supra servos
-sunt, raro aliquod momentum[9] in domo, nunquam in civitate[10],
-exceptis dumtaxat iis gentibus quæ regnantur[11]. Ibi enim et super
-ingenuos et super nobiles ascendunt: apud ceteros impares libertini[12]
-libertatis argumentum sunt.
-
- [1] =Ceteris= sert de transition; il s'agit maintenant des
- esclaves autres que ceux dont il vient d'être parlé. C'étaient
- des prisonniers de guerre ou des fils d'esclaves.
-
- [2] =In nostrum morem=, à notre manière. Cf. 16, note 3. En
- effet, les Romains pouvaient distribuer à tout un personnel
- composé parfois de plusieurs centaines d'esclaves (_familia_)
- une foule de rôles distincts qui répondaient à autant de besoins
- créés par le luxe. Les Germains qui n'avaient point de palais et
- dont la vie était fort simple auraient été plutôt embarrassés
- de tenir chez eux leurs esclaves. Ces derniers avaient donc
- leurs habitations sans doute groupées autour de celle du maître
- et se livraient aux travaux des champs. Ces moeurs, avec les
- modifications amenées par le christianisme, sont reconnaissables
- durant tout le moyen âge.
-
- [3] =Modum=, une quantité déterminée.--_Colono_: le colon romain
- était un homme libre, mais la terre qu'il cultivait ne lui
- appartenait pas.
-
- [4] =Hactenus= s'emploie tantôt en parlant du lieu (_Agricola_,
- 16), tantôt en parlant du temps (Virg., _Énéide_, XI, 823), ou
- comme ici au figuré: à cela se borne son esclavage. Il s'agit,
- bien entendu, de ce qui se passait habituellement, car l'esclave
- pouvait en certains cas être mis à mort par son maître.
-
- [5] =Cetera domus officia= ne peut signifier les autres emplois
- de la maison, puisque Tacite n'en a encore cité aucun; il
- faut traduire: les autres services, ceux qui se font dans la
- maison, par opposition à la culture des champs. +Allos+ a très
- fréquemment cet emploi, _Odyssée_, I, 132: +ektosthen allôn
- mnêstêrôn+, loin des autres, à savoir des prétendants (Ragon,
- _Gr. gr._, 187 _bis_, rem.).--_Uxor et liberi_, s.-e. _domini_.
-
- [6] =Vinculis et opere=, les fers et les travaux forcés. Tacite
- songe peut-être aux malheureux condamnés à Rome à tourner la
- meule.--_Coercere_: cf. 11.
-
- [7] =Disciplina et severitate= = _disciplinæ severitate,
- disciplina severa_. _Impetu et ira_ = _impetu iræ_. C'est la
- figure appelée hendiadyn (+hen dia dyoin+) qui consiste à réunir
- par _et_ deux substantifs dont l'un précise l'autre et remplace
- soit un génitif, soit un adjectif.
-
- [8] =Nisi quod= après une proposition affirmative et _nisi_ seul
- après une négation, s'emploient avec l'indicatif pour signifier:
- si ce n'est que, avec cette restriction que (_Gr. lat._, 494).
-
- [9] =Momentum=. Les affranchis ont rarement quelque influence. On
- dit plutôt _momenti esse_; Cicéron dit: _esse maximi ponderis et
- momenti_. Mais Tacite aime à employer le nominatif attribut au
- lieu d'un génitif ou d'un datif avec _esse_; il semble qu'ainsi
- la relation avec le sujet devienne plus directe. Cf. 13, note 6,
- et plus bas _argumentum sunt_.
-
- [10] =In civitate=. À Rome, au contraire, des affranchis,
- tout-puissants auprès des empereurs, tenaient souvent les rênes
- du gouvernement.
-
- [11] Le passif _regnari_ n'appartient pas à la prose classique
- (Riemann, _Synt. lat._, § 31, _d_, et la note). Cf. 37,
- _triumphati_.
-
- [12] =Impares libertini=. Le fait que les affranchis sont
- au-dessous des citoyens libres est une preuve de liberté
- chez un peuple. _Impares_ joue ici le rôle d'une proposition
- circonstancielle.--_Libertus_, l'affranchi par rapport à son
- maître; _libertinus_, l'affranchi considéré dans ses rapports
- avec l'État, _libertini_, la classe des affranchis.
-
-
-=26.= Fenus agitare[1] et in usuras extendere ignotum; ideoque
-magis servatur[2] quam si vetitum esset. Agri pro numero cultorum
-ab universis vicis[3] occupantur, quos mox inter se secundum
-dignationem[4] partiuntur. Facilitatem partiendi camporum spatia
-præbent. Arva[5] per annos mutant[6], et superest ager. Nec enim cum
-ubertate et amplitudine soli labore contendunt[7], ut[8] pomaria
-conserant et prata separent et hortos rigent: sola terræ seges[9]
-imperatur. Unde annum quoque ipsum non in totidem[10] digerunt species:
-hiems et ver et æstas intellectum[11] ac vocabula habent, autumni
-perinde nomen ac bona ignorantur.
-
- [1] =Fenus agitare=. On n'est pas d'accord sur le sens de ce
- passage. On entend communément: faire valoir un capital et
- étendre cette opération aux intérêts eux-mêmes, c'est-à-dire
- prendre l'intérêt de l'intérêt. Après ce qui a été dit au ch.
- 5 de la rareté de la monnaie en Germanie, cette phrase peut
- paraître superflue; mais Tacite songe toujours à Rome, où l'usure
- et les dettes qui en naissaient avaient causé tant de troubles:
- _Sane vetus urbi malum_, dit-il, _Ann._, VI, 16.
-
- [2] =Servatur= a pour sujet _non agitare fenus_, l'idée négative
- étant suggérée par _ignotum_; _vetitum esset_ a le même sujet,
- mais sans négation. On reconnaît encore ici une de ces _pointes_
- qu'on aimait au temps de Tacite; mais la concision est obtenue
- aux dépens de la clarté.
-
- [3] =Ab universis vicis=, des communautés entières se déplacent
- et occupent un espace de terrain plus ou moins grand, soit sans
- possesseurs, soit nouvellement conquis.--_Mox_: cf. 10, note 4.
-
- [4] =Dignationem=, rang, considération.
-
- [5] =Arva=, la terre cultivée par chacun, s'oppose à _ager_, le
- territoire entier assigné à la communauté.
-
- [6] =Mutant=: afin de laisser reposer alternativement la terre
- épuisée par une récolte.
-
- [7] =Contendunt=: ils n'essaient pas, à force de travail, de
- faire valoir chaque parcelle de terrain et d'en tirer tout ce
- qu'elle peut produire, comme cela se pratiquait en Italie, où,
- dès l'époque de Caton, on s'était préoccupé d'obtenir du sol le
- maximum de rendement.
-
- [8] =Ut= a le sens consécutif: en sorte que, de façon à, au point
- de.
-
- [9] =Seges=, les céréales.
-
- [10] =Totidem=. Le second membre de la comparaison est
- sous-entendu. Il s'agit des Romains.--_Species_, formes sous
- lesquelles l'année se montre à nous, saisons.
-
- [11] =Intellectum=, sens, signification. Ce mot est pris
- passivement. De même, dans Quintilien, _intellectu carere_ = _non
- intelligi_, être inintelligible.
-
-
-=27.= Funerum nulla ambitio[1]: id solum observatur, ut corpora
-clarorum virorum certis lignis crementur[2]. Struem rogi nec vestibus
-nec odoribus cumulant: sua cuique arma, quorumdam igni et equus
-adjicitur. Sepulcrum cæspes erigit[3]: monumentorum arduum et operosum
-honorem ut[4] gravem defunctis aspernantur. Lamenta ac lacrimas[5]
-cito, dolorem et tristitiam tarde ponunt[6]. Feminis lugere honestum
-est, viris meminisse.
-
-Hæc in commune[7] de omnium Germanorum origine ac moribus accepimus.
-Nunc singularum gentium instituta ritusque, quatenus differant, quæ
-nationes e Germania in Gallias commigraverint, expediam.
-
- [1] =Ambitio=, faste, désir de briller. À Rome, au contraire, les
- funérailles se faisaient en grande pompe; on célébrait à cette
- occasion des jeux funèbres fort somptueux.
-
- [2] =Crementur=. Cet usage de brûler les cadavres paraît
- relativement récent chez les Germains; plus anciennement ils
- enterraient leurs morts; ils revinrent à cette coutume en se
- convertissant au christianisme.
-
- [3] =Cæspes erigit= au lieu de _cæspite erigitur_: tour poétique
- qui se trouve dans Sénèque, _Ep._ 8: _Hanc domum utrum cæspes
- erexerit an varius lapis gentis alienæ nihil interest._
-
- [4] =Ut=, dans la pensée que, le regardant comme. Cf. 8, note 10,
- et 20, note 11.
-
- [5] =Lamenta et lacrimas=: allitération. Cf. 40: _præliis ac
- periclitando_.
-
- [6] =Ponunt= pour _deponunt_. Cf. 14, note 13. Cicéron avait déjà
- dit _ponere dolorem_. Tacite emploie ailleurs _ponere_ au lieu de
- _proponere_ et cet emploi lui est particulier.
-
- [7] =In commune=: cf. 5, note 2.
-
-
-=28.= Validiores[1] olim Gallorum res fuisse summus auctorum[2]
-divus Julius tradit; eoque credibile est etiam Gallos in Germaniam
-transgressos[3]. Quantulum enim amnis obstabat quominus, ut quæque[4]
-gens evaluerat, occuparet permutaretque sedes promiscuas adhuc et
-nulla[5] regnorum potentia divisas? Igitur[6] inter Hercyniam[7] silvam
-Rhenumque et Moenum amnes Helvetii, ulteriora Boii, Gallica utraque
-gens, tenuere. Manet adhuc Boihæmi[8] nomen significatque loci veterem
-memoriam, quamvis mutatis[9] cultoribus. Sed utrum Aravisci[10] in
-Pannoniam ab Osis, Germanorum natione; an Osi ab Araviscis in Germaniam
-commigraverint, cum eodem adhuc sermone, institutis, moribus utantur,
-incertum est, quia pari olim inopia ac libertate eadem utriusque ripæ
-bona malaque[11] erant. Treveri et Nervii circa[12] affectationem
-Germanicæ originis ultro ambitiosi sunt, tanquam[13] per hanc gloriam
-sanguinis a similitudine et inertia[14] Gallorum separentur. Ipsam
-Rheni ripam haud dubie[15] Germanorum populi colunt, Vangiones,
-Triboci, Nemetes. Ne Ubii quidem, quanquam[16] Romana colonia esse
-meruerint ac libentius Agrippinenses conditoris sui[17] nomine
-vocentur, origine erubescunt, transgressi olim et experimento[18] fidei
-super ipsam Rheni ripam collocati, ut arcerent, non ut custodirentur.
-
- [1] =Validiores=, plus puissants que les Germains, et non pas
- qu'aujourd'hui, comme le témoigne le passage de César, _Bell.
- Gall._, VI, 24: _Ac fuit antea tempus cum Germanos Galli virtute
- superarent._
-
- [2] =Auctor=, garant, autorité, et non pas écrivain.
-
- [3] =Transgressos=. Il est plus probable que ces Gaulois qui
- habitaient en Germanie n'y avaient pas passé, mais s'y étaient
- maintenus, tandis que les autres avaient été refoulés de l'autre
- côté du Rhin.
-
- [4] =Ut=, dans _ut quisque_, signifie tantôt «à mesure que»,
- tantôt «dans la mesure où».
-
- [5] =Et nulla=, au lieu de _neque ulla_, qui est plus ordinaire
- (Ragon, _Gr. lat._, 531; Riemann, _Synt. lat._, § 268 et rem.).
- Tacite emploie volontiers (cf. 10 et 20, et vingt fois dans les
- autres ouvrages) cette tournure qui semble accentuer davantage la
- négation. Après lui cet usage se répand de plus en plus.
-
- [6] =Igitur= indique que l'auteur, après une courte digression ou
- explication préliminaire, revient à son sujet.
-
- [7] =Hercynia silva=: la Forêt Noire, avec laquelle on
- l'identifie, ne devait en être qu'une faible partie. Cf.
- _Hercynia_, au lexique.
-
- [8] =Boihæmi=. Le mot germanique _heim_ signifie domicile, pays,
- et forme beaucoup de noms de lieu. Cf. lexique des noms propres.
-
- [9] =Mutatis=. Les Marcomans avaient remplacé les Boïens dans la
- Bohême.
-
- [10] =Aravisci=. Pour tous les noms propres, consulter le
- lexique.
-
- [11] =Bona malaque=. Par conséquent on ne peut alléguer aucune
- raison qui ait pu pousser les uns plutôt que les autres à
- franchir le fleuve.
-
- [12] =Circa=, dans l'usage classique, signifie autour de,
- environ. Son emploi dans le sens de «au sujet de» appartient
- à l'époque impériale.--_Affectationem_, désir d'atteindre,
- d'obtenir, prétention à.
-
- [13] =Tanquam=: cf. 20, note 11.
-
- [14] =A similitudine et inertia=. Il y a vraisemblablement
- hendiadyn. Il ne s'agit point d'une ressemblance extérieure:
- _inertia_ explique en quoi consisterait la ressemblance qu'ils
- répudient (_similitudine inertiæ_). Cf. 25, note 7, et 29, note
- 8.
-
- [15] =Haud dubie= tombe sur _Germanorum_: des peuplades
- incontestablement de race germanique. Tacite semble douter de
- l'origine germanique des Trévires et des Nerviens.
-
- [16] =Quanquam... meruerint=. C'est ainsi que Tacite construit
- d'ordinaire _quanquam_ contrairement à l'usage classique (_Gr.
- lat._, 499).--_Mereri_ se construit avec _ut_, mais l'infinitif
- se trouve aussi chez Ovide, Tacite, Valère Maxime, Florus.
-
- [17] =Conditoris sui=. On attendrait plutôt le féminin, Agrippine
- étant la véritable fondatrice de la Colonie. S'agit-il d'Agrippa
- qui les établit sur les bords du Rhin? On peut, à la rigueur,
- considérer _sui_ comme le génitif du pronom personnel, car cet
- emploi peu correct, mais non sans exemple dans l'usage classique,
- n'est pas rare chez Tacite. Cf. Riemann, _Synt. lat._, § 53,
- rem. 1, et Draeger, § 63. L'emploi de _conditor_ pour désigner
- une femme est poétique. De même, _auctor_ s'emploie parfois au
- féminin.
-
- [18] =Experimento=, sur la preuve acquise: abl. de cause.
-
-
-=29.= Omnium harum gentium virtute præcipui Batavi non multum ex
-ripa[1], sed insulam[2] Rheni amnis colunt, Chattorum quondam populus
-et seditione domestica in eas sedes transgressus, in quibus pars Romani
-imperii fierent[3]. Manet honos et antiquæ societatis insigne[4]:
-nam nec tributis contemnuntur[5] nec publicanus atterit; exempti
-oneribus et collationibus et tantum in usum[6] proeliorum sepositi,
-velut tela atque arma[7] bellis reservantur. Est in eodem obsequio
-et Mattiacorum gens. Protulit enim magnitudo populi Romani ultra
-Rhenum ultraque veteres terminos[8] imperii reverentiam. Ita sede
-finibusque[9] in sua ripa, mente animoque nobiscum agunt; cetera[10]
-similes Batavis, nisi quod[11] ipso adhuc terræ suæ solo et cælo acrius
-animantur. Non numeraverim[12] inter Germaniæ populos, quanquam trans
-Rhenum Danuviumque consederint, eos qui decumates agros[13] exercent.
-Levissimus quisque[14] Gallorum et inopia audax dubiæ possessionis
-solum occupavere. Mox[15] limite acto promotisque præsidiis sinus
-imperii et pars provinciæ[16] habentur.
-
- [1] =Non multum ex ripa=, une petite partie de la rive. _Ex_
- comme _de_ a souvent le sens partitif. Il s'agit de la rive
- gauche du Wahal et de la Meuse.
-
- [2] =Insulam=. L'île des Bataves est bornée au nord par une
- branche du Rhin et au sud par le Wahal et la Meuse, mais Tacite
- ne se trompe pas en l'appelant _insulam Rheni_, car les eaux
- de ce fleuve l'entourent réellement. Cf. _Histoires_, IV, 12:
- _Insulam... quam mare oceanus a fronte, Rhenus amnis tergum ac
- latera circumluit_.
-
- [3] =Fierent=. Ce subjonctif de la proposition relative (_Gr.
- lat._, 503) marque la conséquence et non le but: «où ils étaient
- destinés à devenir».
-
- [4] =Honos et insigne=: cf. 25, note 7.--_Insigne_ ne fait
- qu'expliquer _honos_ en indiquant qu'il constitue un trait
- distinctif. Cf. 38, note 3. Traduisez: «Il leur reste un
- privilège, marque certaine d'une antique alliance, c'est que...»
-
- [5] =Contemnuntur=, =atterit= (_eos_). Remarquez l'énergie de
- l'expression et le changement subit du sujet. Cf. note 13.
-
- [6] =In usum=, pour servir. Tacite donne volontiers à _in_ deux
- emplois rares à l'époque classique: 1º pour marquer le résultat
- (Cf. 23, note 2); 2º pour marquer le but, au lieu de _ad_.
-
- [7] =Tela atque arma=, armes offensives et défensives.
-
- [8] =Ultra Rhenum ultraque veteres terminos=. Dans Tacite,
- _et_, _que_, _neque_ sont souvent explicatifs, au lieu d'une
- apposition. Cf. _Agricola_, 4: _De limine imperii et ripa_, au
- delà du Rhin qui était l'ancienne frontière.
-
- [9] =Sede finibusque= et _mente animoque_: ablatifs de relation
- (_Gr. lat._, 303).--_Agunt_, ils vivent. Cf. 17, note 2.
-
- [10] =Cetera=. Cf. 17, note 2.
-
- [11] =Nisi quod=: cf. 25, note 8.--_Solo et cælo_. Tacite
- reconnaît, en dehors de l'influence de la race, l'influence du
- milieu.
-
- [12] =Non numeraverim=: cf. 2, note 2.--_Quanquam_: cf. 28, note
- 16.
-
- [13] =Decumates agros=, terres qui paient la dîme. Cf. lexique
- des noms propres.--_Exercent_ indique un travail pénible. Tacite
- aime à employer un mot caractéristique au lieu du terme général
- qui serait ici _colunt_. Cf. note 5.
-
- [14] =Levissimus quisque=: cf. 15, note 2. _Audax_ devrait être
- également au superlatif.
-
- [15] =Mox=: cf. 10, note 4.--_Limite acto_. Il ne s'agit pas
- d'une simple frontière mais d'un rempart véritable qui, commencé
- sous Domitien et continué sous Trajan, ne fut achevé que par
- Hadrien; de là son nom de _vallum hadrianum_. Il s'étendit
- alors depuis le Danube près de Ratisbonne jusqu'au Rhin près de
- Cologne.--Sur l'expression _limitem agere_, cf. Virg., _Énéide_,
- X, 514, _limitem agit ferro_.--_Sinus_, enclave.
-
- [16] =Provinciæ=. Une partie des champs décumates était rattachée
- à la Germanie supérieure, l'autre à la Rhétie.--_Habentur_:
- grammaticalement le sujet de ce verbe doit être le même que celui
- de _occupavere_ ou plutôt de _exercent_; mais logiquement, dans
- la pensée de l'auteur, il s'agit des champs décumates eux-mêmes.
- _Habentur_ paraît être ici le simple équivalent de _sunt_.
-
-
-=30.= Ultra hos Chatti[1] initium sedis ab Hercynio saltu[2]
-inchoant[3], non ita effusis[4] ac palustribus locis, ut ceteræ
-civitates, in quas Germania patescit: durant siquidem colles, paulatim
-rarescunt, et Chattos suos[5] saltus Hercynius prosequitur simul
-atque deponit. Duriora genti corpora, stricti[6] artus, minax vultus
-et[7] major animi vigor. Multum, ut inter Germanos[8], rationis[9] ac
-sollertiæ: præponere[10] electos, audire præpositos, nosse ordines[11],
-intelligere occasiones, differre impetus, disponere diem, vallare
-noctem, fortunam inter[12] dubia, virtutem inter certa numerare,
-quodque rarissimum nec nisi Romanæ disciplinæ concessum, plus reponere
-in duce quam in exercitu. Omne robur in pedite, quem super[13] arma
-ferramentis[14] quoque et copiis onerant: alios ad proelium ire videas,
-Chattos ad bellum. Rari excursus[15] et fortuita pugna. Equestrium sane
-virium id proprium, cito parare victoriam, cito cedere: velocitas juxta
-formidinem[16], cunctatio propior constantiæ est.
-
- [1] =Chatti=: auj. les Hessois. Cf. lexique.
-
- [2] =Hercynio saltu=: cf. 28, note 7, et le lexique.
-
- [3] =Initium inchoare=. Cette expression, qui nous semble
- pléonastique, est tout à fait dans le génie de la langue latine,
- qui aime à rapprocher deux mots de sens analogue. Cf. Cicéron:
- _Eligendi optio_, et au chap. 31, _visu mitiore mansuescunt_.
-
- [4] =Effusis locis=, pays de plaines.
-
- [5] =Suos=. Ce fait que le pays des Chattes s'étend tout entier
- dans la Forêt Noire, crée une sorte de lien entre cette contrée
- et ses habitants.--_Prosequitur simul atque deponit_, les
- accompagne et les dépose. Les terrains montagneux sur lesquels
- vivent les Chattes s'abaissent au niveau de la plaine à leur
- frontière même et semblent les déposer, c'est-à-dire finissent
- avec eux. La couleur poétique est ici sensible. Cf. 34, note 6.
-
- [6] =Stricti=, durs, nerveux. Cf. 17, note 3.
-
- [7] =Et= doit être répété entre tous les termes d'une énumération
- (_Gr. lat._, 534), mais cette règle est souvent violée par Tacite
- dans les _Histoires_ et les _Annales_. Ici il n'y a véritablement
- que trois termes sans liaison: le troisième se subdivise en deux
- plus étroitement unis.
-
- [8] =Ut inter Germanos= restreint la portée du jugement (_Gr.
- lat._, 534, _pour_).
-
- [9] =Rationis=, non pas intelligence en général, mais réflexion,
- calcul, opposé à l'irréflexion qui obéit au premier mouvement.
-
- [10] =Præponere=: cet infinitif et ceux qui suivent développent
- les mots précédents en expliquant en quoi consiste l'habileté des
- Chattes.
-
- [11] =Nosse ordines=, garder les rangs dans le combat.--_Vallare
- noctem_, fortifier la nuit, c.-à-d. la rendre sûre en s'abritant
- derrière des retranchements.
-
- [12] =Inter=, «au nombre de», comme faisant partie de. Cf. 32,
- note 6.--_Rarissimum (est)_.
-
- [13] =Super= = _præter_, outre. On rencontre dans _la Germanie_
- deux emplois de _super_ qui ne se trouvent ni dans Cicéron ni
- dans César: 1º _super_ pour _præter_. Cf. 43, _super vires_; 2º
- au delà de, plus de. Cf. 33, _super sexaginta millia ceciderunt_.
-
- [14] =Ferramentis=, outils de fer.--_Copiis_, vivres.
-
- [15] =Excursus=, excursion, sortie, c.-à-d. attaque soudaine qui
- a pour résultat une bataille imprévue: _fortuita pugna_.
-
- [16] =Juxta formidinem=, est voisine, touche de près à la peur.
- Cf. 21, note 5.
-
-
-=31.= Et aliis Germanorum populis usurpatum[1] raro et privata cujusque
-audentia apud Chattos in consensum[2] vertit, ut primum adoleverunt,
-crinem barbamque submittere, nec nisi hoste cæso exuere votivum
-obligatumque[3] virtuti oris habitum. Super[4] sanguinem et spolia
-revelant frontem, seque tum demum pretia nascendi retulisse dignosque
-patria ac parentibus ferunt. Ignavis et imbellibus manet squalor[5].
-Fortissimus quisque[6] ferreum insuper anulum (ignominiosum id genti)
-velut vinculum gestat, donec se cæde hostis absolvat[7]. Plurimis[8]
-Chattorum hic placet habitus, jamque canent insignes[9] et hostibus
-simul suisque monstrati. Omnium penes hos initia pugnarum, hæc[10]
-prima semper acies, visu nova: nam ne in pace quidem vultu mitiore[11]
-mansuescunt. Nulli domus aut ager aut aliqua cura: prout ad quemque[12]
-venere, aluntur, prodigi alieni, contemptores[13] sui, donec exsanguis
-senectus tam duræ virtuti impares[14] faciat.
-
- [1] =Usurpatum= est employé substantivement et équivaut à une
- proposition relative: _quod usurpatur raro et privata cujusque
- audentia_. Il est expliqué appositionnellement par les infinitifs
- _submittere_, _exuere_.
-
- [2] =Consensum=, coutume acceptée par tous.
-
- [3] =Votivum obligatumque=, voué et consacré au courage,
- c.-à-dire par lequel ils s'obligent à se conduire
- vaillamment.--_Habitum_. Cf. 17, note 9.
-
- [4] =Super=: parce que la victime est considérée comme gisant
- à leurs pieds.--_Revelant_, ils découvrent (en coupant leurs
- cheveux).--_Pretia nascendi retulisse_, avoir payé la dette de
- leur naissance, le prix de leur existence, mérité la vie qu'ils
- ont reçue.
-
- [5] =Squalor=, l'aspect hideux que leur donne une chevelure
- longue et inculte.
-
- [6] =Fortissimus quisque=: cf. 15, note 2.
-
- [7] =Donec absolvat=: cf. 2, note 11.
-
- [8] =Plurimis=, un grand nombre. Cf. 13, note 12.
-
- [9] =Jamque canent insignes= = _jam canentes insignes sunt_.
- _Insignis_ se dit proprement de celui qui porte un signe spécial
- auquel on le reconnaît. Cf. Virg., _Én._, VI, 167: _Et lituo
- pugnas insignis obibat et hasta_.--_Monstrati_. C'est une
- marque de célébrité bien connue. Cf. Horace, _Od._, IV, 2. _Quod
- monstror digito prætereuntium_. Perse, I, 28: _At pulchrum est
- digito monstrari et dicier: hic est._
-
- [10] =Hæc=. C'est d'eux qu'est formé le premier rang.--_Nova_,
- nouveau, par conséquent inaccoutumé, surprenant, étrange. Cf. 43:
- _novum ac velut infernum aspectum_.
-
- [11] =Mitiore=: prolepse. L'adjectif marque d'avance le résultat.
- Cf. 30, note 3.
-
- [12] =Prout ad quemque=: cf. 28, note 4.
-
- [13] =Contemptores=, sans souci de.--_Sui_: génitif de _suum_.
-
- [14] =Impares=, inégaux, qui ne sont pas à la hauteur de; c.-à-d.
- incapables de soutenir cette sauvage bravoure.
-
-
-=32.= Proximi Chattis certum jam alveo[1] Rhenum quique terminus
-esse sufficiat[2] Usipi ac Tencteri colunt. Tencteri super[3] solitum
-bellorum decus, equestris disciplinæ arte præcellunt; nec major apud
-Chattos[4] peditum laus quam Tencteris equitum. Sic instituere majores,
-posteri imitantur. Hi lusus infantium, hæc[5] juvenum æmulatio;
-perseverant senes. Inter[6] familiam et penates et jura successionum
-equi traduntur; excipit[7] filius, non, ut cetera, maximus natu, sed
-prout ferox bello et melior[8].
-
- [1] =Certum jam alveo=: par opposition au cours supérieur du
- Rhin.
-
- [2] =Quique (talis qui)... sufficiat=. Proposition relative
- marquant la conséquence (_Gr. lat._, 502).--_Sufficere_ avec
- l'infinitif n'est pas classique.
-
- [3] =Super=, outre. Cf. 30, note 13.
-
- [4] =Apud Chattos=, =Tencteris=. Tacite aime à varier les
- constructions.
-
- [5] =Hi=, =hæc=, ce sont là les jeux, etc. Cf. 13, note 4.
-
- [6] =Inter=, comme faisant partie de, c.-à-d. sur le même pied.
- Cf. 30, note 12. _Familia_ désigne ici spécialement les esclaves
- qu'on se partageait dans la succession.--_Jura successionum_.
- L'abstrait pour le concret: tout ce qui tombe sous la
- réglementation des droits de succession.
-
- [7] =Excipit= (et non pas _accipit_) marque mieux la continuité
- d'une même tradition dans la famille.
-
- [8] =Bello= se rattache aussi à _melior_, plus brave. Cf. en grec
- +ameinôn+. _Iliade_, VI, 479: +kai pote tis eipêsi: patros g'
- hode pollon ameinôn+.
-
-
-=33.= Juxta Tencteros Bructeri olim occurrebant[1]: nunc Chamavos
-et Angrivarios immigrasse narratur[2], pulsis Bructeris ac penitus
-excisis[3] vicinarum consensu[4] nationum, seu superbiæ odio,
-seu prædæ dulcedine, seu favore quodam erga nos deorum; nam ne
-spectaculo[5] quidem proelii invidere. Super[6] sexaginta millia non
-armis telisque[7] Romanis, sed, quod magnificentius est, oblectationi
-oculisque[8] ceciderunt. Maneat, quæso, duretque gentibus, si non
-amor nostri, at certe[9] odium sui: quando[10], urgentibus[11] imperii
-fatis, nihil jam præstare fortuna majus potest quam hostium discordiam.
-
- [1] =Occurrebant=, se présentaient, c.-à-d. se trouvaient.
-
- [2] =Narratur= ne s'emploie impersonnellement qu'après l'époque
- classique (_Gr. lat._, 448 et 449).
-
- [3] =Penitus excisis=. C'est exagéré sans doute, car les
- Bructères apparaissent encore à diverses reprises dans
- l'histoire.
-
- [4] =Consensu=, ici, «coalition».
-
- [5] =Spectaculo=: datif.--_Invidere_ signifie littéralement
- regarder d'un oeil malveillant, puis envier, enfin, comme ici,
- refuser par sentiment de jalousie.
-
- [6] =Super=, au delà de. Cf. 30, note 13.
-
- [7] =Armis telisque=: cf. 29, note 7.
-
- [8] =Oblectationi oculisque=: datifs d'intérêt et hendiadyn,
- au lieu de _oblectationi oculorum_. Tacite se montre ici bien
- Romain: Rome a assisté tranquille aux luttes sanglantes de ses
- ennemis et goûté le plaisir qu'éprouvaient les spectateurs en
- regardant les gladiateurs s'égorger dans l'arène.
-
- [9] =Si non=, =at certe=: _Gr. lat._, 543.--_Amor nostri_,
- l'affection envers nous: génitif objectif (_Gr. lat._, 249).
-
- [10] =Quando= = _quandoquidem_, du moment que.
-
- [11] =Urgentibus=. Nous n'avons pu nous décider à supprimer
- ce mot malgré les difficultés qu'il soulève et les spécieuses
- raisons données par M. Brunot (Étude sur le _De moribus
- Germanorum_). Tite-Live avait déjà dit, V, 36: _Jam urgentibus
- Romanam urbem fatis..._ Ce mot résume toutes les inquiétudes de
- Tacite sur l'avenir de son pays. Cf. Introduction.
-
-
-=34.= Angrivarios et Chamavos a tergo[1] Dulgubnii et Chasuarii
-claudunt aliæque gentes haud perinde memoratæ[2], a fronte Frisii
-excipiunt. Majoribus minoribusque Frisiis vocabulum[3] est ex modo
-virium. Utræque nationes[4] usque ad Oceanum Rheno prætexuntur,
-ambiuntque[5] immensos insuper lacus et Romanis classibus navigatos.
-Ipsum quin etiam Oceanum illa[6] tentavimus, et superesse adhuc
-Herculis columnas[7] fama vulgavit, sive[8] adiit Hercules, seu
-quicquid ubique magnificum est in claritatem ejus referre consensimus.
-Nec defuit audentia Druso Germanico[9], sed obstitit Oceanus in se
-simul atque in Herculem inquiri[10]. Mox[11] nemo tentavit, sanctiusque
-ac reverentius visum de actis deorum credere quam scire.
-
- [1] =A tergo=, =a fronte=. Tacite indique la position relative de
- ces peuples par rapport à un spectateur placé sur le Rhin. C'est
- de là surtout que Rome surveillait la Germanie. Cf. 42, note
- 3.--_Claudunt_, _excipiunt_ expriment d'une façon pittoresque
- l'idée qui correspond aux expressions _a tergo_, _a fronte_.
-
- [2] =Haud perinde memoratæ=, dont on ne parle pas autant, c.-à-d.
- moins connues, ou plutôt de moindre importance.
-
- [3] =Vocabulum= équivaut à _nomen_ et se construit comme lui
- (_Gr. lat._, 282).--_Ex_, d'après. Cf. 7, note 1.
-
- [4] Le pluriel de _uterque_ pour désigner deux nations est
- peu correct. On trouve aussi, _Ann._, XVI, 11: _illa utrosque
- intuens_, où il s'agit de deux personnes.
-
- [5] =Ambiunt=, embrassent.--_Immensos lacus_. Ce qu'on
- appelle le Zuiderzée n'avait pas à l'époque de Tacite toute
- l'étendue actuelle, mais il devait exister de vastes lacs dans
- ces contrées.--_Et_ signifie «aussi» et tombe sur _Romanis
- classibus_. Cf. 10, note 15. Tacite fait allusion aux expéditions
- de Drusus et de Germanicus.
-
- [6] =Illa=, s.-e. _parte_, de ce côté.--_Tentavimus_ et plus
- bas _obstitit in se inquiri_: on voit que l'océan est en quelque
- sorte personnifié. Ces sortes de personnifications sont un des
- caractères du style de Tacite.
-
- [7] =Herculis columnas=. Les anciens plaçaient aussi des colonnes
- d'Hercule au détroit de Gibraltar.
-
- [8] =Sive=, =seu=. Le changement de forme de la conjonction
- accentue l'absence de symétrie des deux propositions.
-
- [9] =Germanico=. Ce surnom est aussi donné à Drusus, _Hist._, V,
- 19.
-
- [10] =Obstitit inquiri=. Cette construction ne se rencontre
- qu'ici. _Obstare_ est construit avec l'infinitif, comme
- _prohibere_ dont il a le sens.
-
- [11] =Mox=: cf. 10, note 4.
-
-
-=35.= Hactenus[1] in occidentem Germaniam novimus. In septentrionem
-ingenti flexu redit[2]. Ac primo statim Chaucorum gens, quanquam[3]
-incipiat a Frisiis ac partem littoris occupet, omnium quas exposui
-gentium lateribus obtenditur, donec[4] in Chattos usque sinuetur.
-Tam immensum terrarum spatium non tenent tantum Chauci, sed et[5]
-implent, populus inter Germanos nobilissimus, quique magnitudinem suam
-malit[6] justitia tueri. Sine cupiditate, sine impotentia[7], quieti
-secretique[8] nulla provocant bella, nullis raptibus aut latrociniis
-populantur. Id præcipuum[9] virtutis ac virium argumentum est, quod,
-ut superiores[10] agant, non per injurias assequuntur. Prompta tamen
-omnibus arma ac, si res poscat, exercitus, plurimum virorum equorumque;
-et quiescentibus[11] eadem fama.
-
- [1] =Hactenus=: sens local. C'était la Germanie occidentale
- que les Romains connaissaient le mieux. Aussi les indications
- géographiques de Tacite, qui étaient jusqu'ici assez peu
- précises, vont devenir de plus en plus vagues. La description des
- moeurs se mêlera également de détails fabuleux.
-
- [2] =Ingenti flexu redit=: elle forme un vaste détour en
- remontant vers le nord. Les côtes de la Germanie ont en effet
- cette forme, mais il ne s'agit peut-être que de la presqu'île
- Cimbrique.
-
- [3] =Quanquam=: cf. 28, note 16.
-
- [4] =Donec... sinuetur=, «forme une enclave qui se prolonge
- jusqu'aux Chattes». Cf. _sinus_, 29, note 15.
-
- [5] =Sed et= = _sed etiam_.--_Implent_, ils le remplissent (par
- la densité de leur population).
-
- [6] =Malit=. Le subjonctif indique que cette proposition relative
- marque la conséquence. Ce peuple est, entre tous les peuples
- germaniques, le plus noble et tel qu'il préfère, c.-à-d. le seul
- qui préfère.
-
- [7] =Impotentia=, passion violente. _Impotens_ se dit de celui
- qui n'est pas maître de lui-même; le contraire est _sui compos_.
- Cf. +akratês+ et +enkratês+.
-
- [8] =Secreti=, vivant retirés, isolés, c.-à-d. ne sortant pas de
- leurs frontières pour inquiéter leurs voisins.
-
- [9] =Præcipuum=: cf. 6, note 18.
-
- [10] =Superiores= est au nominatif et se rapporte à
- _Chauci_.--_Agant_: cf. 17, note 2.
-
- [11] =Quiescentibus=: en temps de paix.
-
-
-=36.= In latere Chaucorum Chattorumque Cherusci nimiam ac marcentem[1]
-diu pacem illacessiti nutrierunt: idque jucundius quam tutius fuit,
-quia inter impotentes[2] et validos falso quiescas; ubi manu agitur,
-modestia ac probitas nomina superioris sunt[3]. Ita qui olim[4] boni
-æquique Cherusci, nunc inertes ac stulti vocantur; Chattis victoribus,
-fortuna in sapientiam cessit[5]. Tracti ruina[6] Cheruscorum et
-Fosi, contermina gens; adversarum rerum ex æquo[7] socii sunt, cum in
-secundis minores fuissent.
-
- [1] =Marcentem=, énervante.--_Illacessiti_, sans agresseurs. Les
- Chérusques que Tacite peint ici comme amollis avaient autrefois
- lutté courageusement contre les Romains sous la conduite
- d'Arminius.
-
- [2] =Impotentes=, turbulents. Cf. 35, note 7.--_Falso quiescas_,
- «le repos est illusoire». Cf. 14, note 8.
-
- [3] =Nomina superioris sunt=: ces vertus sont attribuées à celui
- qui l'emporte, au plus fort.
-
- [4] =Qui olim=, s.-e. _vocabantur_: zeugma. Cf. 2, note 17.
-
- [5] =In sapientiam cessit=, litt., tourna en sagesse, c.-à-d.
- leur succès leur tint lieu de sagesse, leur fit une réputation de
- sagesse.
-
- [6] =Tracti ruina=, qui forme ici image, est employé au sens
- propre. _Histoires,_ III, 29: _Quæ (balista) summa valli ruina
- sua traxit_.
-
- [7] =Ex æquo=. Tacite emploie l'ablatif neutre d'un adjectif avec
- _ex_ dans le sens d'un adverbe. Cf. _Agricola_, 15: _ex facili_.
- Le même tour existe en grec: +ek tou eutheos+, +ex isou+.
-
-
-=37.= Eumdem Germaniæ sinum[1] proximi Oceano Cimbri tenent, parva
-nunc civitas, sed gloria[2] ingens. Veterisque famæ lata vestigia
-manent, utraque ripa[3] castra ac spatia[4], quorum ambitu nunc quoque
-metiaris[5] molem manusque gentis et tam magni exitus fidem[6].
-Sexcentesimum et quadragesimum annum[7] Urbs nostra agebat, cum
-primum Cimbrorum audita sunt arma, Cæcilio Metello ac Papirio Carbone
-consulibus. Ex quo si ad alterum[8] imperatoris Trajani consulatum
-computemus, ducenti ferme et decem anni colliguntur. Tam diu Germania
-vincitur[9]. Medio tam longi ævi spatio multa invicem[10] damna. Non
-Samnis, non Poeni, non Hispaniæ Galliæve, ne Parthi quidem sæpius
-admonuere[11]: quippe regno Arsacis[12] acrior est Germanorum libertas.
-Quid enim aliud nobis quam cædem Crassi, amisso et ipse Pacoro[13],
-infra Ventidium[14] dejectus Oriens objecerit? At[15] Germani, Carbone
-et Cassio et Scauro Aurelio et Servilio Cæpione Cn. quoque Manlio fusis
-vel captis, quinque simul[16] consulares exercitus populo Romano[17],
-Varum tresque cum eo legiones etiam Cæsari abstulerunt. Nec impune[18]
-C. Marius in Italia, divus Julius in Gallia, Drusus ac Nero et
-Germanicus in suis eos sedibus[19] perculerunt. Mox[20] ingentes Gai
-Cæsaris minæ in ludibrium versæ. Inde otium, donec occasione discordiæ
-nostræ et civilium armorum[21] expugnatis legionum hibernis, etiam
-Gallias affectavere[22], ac rursus inde pulsi proximis temporibus
-triumphati[23] magis quam victi sunt.
-
- [1] =Sinum=. Il s'agit de la presqu'île Cimbrique dont Tacite
- parle plus haut. Cf. 35: _Germania in septentrionem ingenti flexu
- redit_, et la note 2.
-
- [2] =Gloria=: ablatif de relation.
-
- [3] =Utraque ripa=: ablatif de lieu sans _in_. Cf. 10, note 10.
-
- [4] =Castra ac spatia= = _castrorum spatia_; _spatia_ renferme
- l'idée de vaste étendue.
-
- [5] =Metiaris=: cf. 14, note 8.--_Molem manusque_, la masse et
- la force de ce peuple. Cf. _Ann._, I, 61: _Prima Vari castra lato
- ambitu et dimensis principiis trium legionum manus ostentabant._
-
- [6] =Fidem=, la foi qu'il faut ajouter à, c.-à-d. une si vaste
- enceinte rend croyable ce qu'on raconte de leur émigration
- (_exitus_).
-
- [7] Les historiens anciens, qui ne visent pas à une précision
- scientifique, se contentent souvent du nombre rond: ici 640 est
- pour 641 ou 113 av. J.-C. et plus loin 210 est pour 211.
-
- [8] =Ad alterum=. Trajan fut consul pour la seconde fois aussitôt
- après la mort de Nerva en 98 après J.-C. Ce passage nous donne la
- date de la composition de _la Germanie_.
-
- [9] =Vincitur=. Le présent, comme l'imparfait, marque une action
- qu'on est en train de faire, qui, par conséquent, n'est point
- encore achevée: on est occupé à vaincre la Germanie, sans qu'on
- puisse dire une fois pour toutes qu'elle est soumise. Cf. plus
- loin la même idée: _Triumphati magis quam victi_.
-
- [10] =Invicem=: cf. 22, note 9. Ce mot joue le rôle d'adjectif
- auprès de _damna_: des dommages réciproques. Cf. 2, note 5.
-
- [11] =Sæpius admonuere=, ne nous donnèrent de plus fréquents
- avertissements. Sur le parfait en _[=e]re_, cf. 6, note 19.
-
- [12] =Regno Arsacis=, la monarchie des Parthes dont Arsace fut le
- fondateur.--_Regnum_ forme antithèse avec _libertas_.--_Acrior_,
- plus vigoureuse, résistante, opiniâtre dans la défense.
-
- [13] =Amisso et ipse Pacoro=. Construction hardie, assez
- fréquente chez Tite-Live, qui consiste à conserver au nominatif,
- dans une proposition au participe absolu passif, _ipse_ (ou
- _quisque_) représentant la personne qui jouerait le rôle de sujet
- dans la tournure active. C'est comme s'il y avait: _cum et ipse
- (oriens) Pacorum amisisset_. Il faut d'ailleurs que ce nominatif
- ainsi conservé représente la même personne que le sujet du verbe
- principal.--_Pacorus_: cf. lexique.
-
- [14] =Infra Ventidium=, sous un homme comme Ventidius. Ce
- Ventidius avait été muletier et s'était élevé, grâce à la
- protection de César, jusqu'aux plus hautes charges. Cf. lexique.
-
- [15] =At= marque une forte opposition (_Gr. lat._, 542).
-
- [16] =Simul=: toutes les défaites dont parle ici Tacite avaient
- été subies en quelques années et durant la même guerre. Pour la
- date de ces luttes, voir le lexique.
-
- [17] =Populo Romano=, au peuple Romain, c.-à-d. au temps de la
- République par opposition au gouvernement des Césars. _Cæsari_
- désigne ici Auguste. Jules César est nommé dans ce chapitre et au
- chap. XXVIII: _divus Julius_.
-
- [18] =Nec impune=, et ce ne fut pas impunément, c.-à-d. sans
- éprouver de grandes pertes.
-
- [19] =In suis eos sedibus=. _Suus_ s'emploie régulièrement
- pour renvoyer à un mot autre que le sujet de la proposition,
- lorsque le contact est immédiat. _Suus_ a d'ailleurs ici le sens
- emphatique de «leur propre» (_Gr. lat._, 446, 1º).
-
- [20] =Mox=, puis. Cf. 10, note 4.--_Ingentes_: il y a de
- l'ironie dans ce mot. Cf. _Agricola_, 13: _Ingentes adversus
- Germaniam conatus_. Caligula termina la guerre par une ridicule
- supercherie. Cf. _Gaius_, au lexique.
-
- [21] =Civilium armorum=. Il s'agit des guerres civiles entre les
- empereurs Othon, Vitellius et Vespasien.
-
- [22] =Gallias affectavere=. Civilis et les Bataves voulaient
- enlever la Gaule à l'empire romain.
-
- [23] =Triumphati=. Le passif de _triumphare_ se trouve déjà dans
- Virgile, _Én._, VI, 836: _triumphata Corintho_. En prose, il
- est postérieur à l'âge classique. Cf. 25, note 11. Tacite fait
- peut-être allusion à Domitien et à son ridicule triomphe.
-
-
-=38.= Nunc de Suebis dicendum est, quorum non una ut Chattorum
-Tencterorumve gens; majorem enim Germaniæ partem[1] obtinent, propriis
-adhuc[2] nationibus nominibusque discreti, quanquam in commune Suebi
-vocentur. Insigne[3] gentis obliquare crinem nodoque substringere. Sic
-Suebi a ceteris Germanis, sic Sueborum ingenui a servis separantur. In
-aliis gentibus, seu cognatione aliqua Sueborum seu, quod sæpe accidit,
-imitatione, rarum[4] et intra juventæ spatium: apud Suebos usque ad
-canitiem horrentem capillum retorquent[5], ac sæpe in ipso vertice
-religant. Principes[6] et ornatiorem habent. Ea cura formæ[7], sed
-innoxia: neque enim ut ament amenturve, in altitudinem[8] quamdam et
-terrorem adituri bella comptius[9] hostium oculis ornantur.
-
- [1] =Majorem partem=, la majeure partie (_Gr. lat._, 340).
-
- [2] =Adhuc=, jusqu'à présent.--_Quanquam_: Cf. 28, note 16.--_In
- commune_: cf. 5, note 2.
-
- [3] =Insigne=, «trait distinctif». Cf. 31, note 9, et 29,
- note 4.--_Obliquare_, détourner quelque chose de sa direction
- naturelle; ici, retrousser les cheveux pour les nouer.
-
- [4] =Rarum=. Pour expliquer _seu cognatione aliqua seu
- imitatione_, il faut traduire: cet usage se rencontre, mais
- rarement.
-
- [5] =Retorquent=, ils retroussent leurs cheveux en les tordant
- pour les nouer soit sur la nuque, soit souvent sur le sommet même
- de la tête (_in ipso vertice_). Cf. Martial (_De spect._, 3):_
- Crinibus in nodum tortis venere Sicambri_.
-
- [6] =Principes=, non seulement les rois ou chefs de cité, mais
- les nobles en général.
-
- [7] =Ea cura formæ=, c'est là le souci qu'ils prennent de leur
- beauté.
-
- [8] =In altitudinem=: acc. avec _in_ pour marquer le but.
- L'omission de la particule _sed_ qu'on attendrait devant ces
- mots (_asyndeton_), jointe au changement de tournure, marque
- énergiquement l'opposition des deux membres de phrase.
-
- [9] =Comptius= (_solito_): cf. Ragon, _Gr. lat._, 334.--_Oculis_:
- datif d'intérêt.
-
-
-=39.= Vetustissimos se nobilissimosque Sueborum Semnones memorant.
-Fides[1] antiquitatis religione firmatur. Stato[2] tempore in silvam
-auguriis[3] patrum et prisca formidine sacram omnes ejusdem sanguinis
-populi legationibus[4] coeunt, cæsoque publice homine, celebrant
-barbari ritus horrenda primordia. Est et alia luco reverentia[5]: nemo
-nisi vinculo ligatus ingreditur, ut[6] minor et potestatem numinis
-præ se ferens. Si forte prolapsus est, attolli et insurgere[7] haud
-licitum; per humum evolvuntur. Eoque omnis superstitio[8] respicit,
-tanquam inde[9] initia gentis, ibi regnator omnium deus, cetera
-subjecta atque parentia. Adjicit auctoritatem[10] fortuna Semnonum:
-centum pagi iis habitantur, magnoque corpore[11] efficitur ut se
-Sueborum caput credant.
-
- [1] =Fides= avec le génitif de l'objet, comme 37, note
- 6.--_Religione_, pratique religieuse.
-
- [2] =Stato= dit plus que _constituto_: à une date fixe et
- périodiquement.
-
- [3] =Auguriis= paraît avoir un sens plus général qu'à
- l'ordinaire: des cérémonies religieuses. Ce mot commence un
- hexamètre. Il s'en trouve plusieurs dans les écrits de Tacite;
- bien que ce puisse être l'effet du hasard, celui qui commence les
- _Annales_ n'a pas dû échapper à l'attention de l'écrivain.
-
- [4] =Legationibus=, en se faisant représenter par des
- députés.--_Cæso homine_, en immolant un homme. Ici le participe
- passé passif équivaut à un présent (Ragon, _Gr. lat._, 400, rem.,
- et Riemann, _Synt. lat._, § 156, rem. 1). Cf. 40, note 12.
-
- [5] =Reverentia=, marque de vénération.
-
- [6] =Ut= introduit l'explication de cette coutume.--_Minor_,
- inférieur (à la divinité), c.-à-d. comme symbole de sa
- faiblesse.--_Aliquid præ se ferre_, afficher, faire voir
- ostensiblement.
-
- [7] =Attolli et insurgere=, se soulever et se mettre
- debout; _attolli_ est un passif à sens moyen, comme plus bas
- _evolvuntur_. Cf. 22, note 3.
-
- [8] =Omnis superstitio=, toutes les pratiques superstitieuses
- dont ce bois est l'objet.--_Eo respicit tanquam_: cf. 12, note 5.
-
- [9] =Inde= (_sint_): cf. 13, note 8.
-
- [10] =Auctoritatem=. Il ne s'agit plus de l'autorité de cette
- tradition, mais de celle des Semnons eux-mêmes; Tacite, après
- avoir prouvé l'antiquité des Semnons par leur religion, prouve
- maintenant leur noblesse par leur puissance.
-
- [11] =Corpore=, le corps même de la nation.
-
-
-=40.= Contra Langobardos paucitas[1] nobilitat. Plurimis ac
-valentissimis nationibus cincti non per obsequium, sed proeliis et
-periclitando[2] tuti sunt[3]. Reudigni deinde et Aviones et Anglii
-et Varini et Eudoses et Suardones et Nuithones[4] fluminibus aut
-silvis muniuntur. Nec quicquam notabile in singulis, nisi quod[5] in
-commune Nerthum[6], id est Terram matrem, colunt eamque intervenire
-rebus hominum, invehi populis[7] arbitrantur. Est in insula[8]
-Oceani castum[9] nemus, dicatumque in eo vehiculum veste[10]
-contectum; attingere uni sacerdoti concessum. Is adesse penetrali[11]
-deam intelligit vectamque bubus feminis multa cum veneratione
-prosequitur[12]. Læti tunc dies, festa loca quæcumque adventu
-hospitioque[13] dignatur. Non bella ineunt, non arma sumunt; clausum
-omne ferrum; pax et quies tunc tantum nota, tunc tantum amata, donec
-idem sacerdos satiatam conversatione mortalium deam templo reddat.
-Mox[14] vehiculum et vestes et, si credere velis, numen ipsum secreto
-lacu abluitur. Servi ministrant, quos statim idem lacus haurit[15].
-Arcanus hinc terror sanctaque ignorantia, quid sit illud quod tantum
-perituri vident.
-
- [1] =Paucitas= sert de transition en s'opposant au _magnum
- corpus_ des Semnons.
-
- [2] =Proeliis ac periclitando=: allitération. Cf. 27, note 5.
-
- [3] =Tuti sunt=, ils pourvoient à leur sûreté. Pour plus de
- variété les trois compléments marquant le moyen sont exprimés
- par trois tournures différentes: _per obsequium_, _proeliis_,
- _periclitando_.
-
- [4] Il est difficile de déterminer exactement le lieu
- qu'habitaient ces peuples, dont la plupart ne sont connus que de
- nom. Cf. lexique.
-
- [5] =Nisi quod=: cf. 29, note 11.--_In commune_: cf. 5, note 2.
-
- [6] =Nerthum=: nom fém. de la 4e déclinaison; on l'écrit
- quelquefois _Herthum_ ou _Hertham_ pour le rattacher à l'allemand
- _Erde_ (anglais _Earth_).--Tacite identifie _Nerthus_ avec la
- déesse Cybèle, _Terram matrem_. Cf. 9, note 1.
-
- [7] =Invehi populis=, parcourir les peuples montée sur un char.
-
- [8] =Insula=: probablement l'île de Rügen dans la Baltique.
-
- [9] =Castum=, pur, parce que les hommes n'y pénètrent pas,
- c.-à-d. sacré.
-
- [10] =Veste=, et plus loin au pluriel _vestes_, voile. Cf. 10,
- note 3 à la fin.
-
- [11] =Penetrali=: c'est sans doute l'intérieur du char qui sert
- de sanctuaire. _Templo_, quelques lignes plus loin, ne désigne
- probablement que la partie de la forêt où réside la déesse.
-
- [12] =Vectam= équivaut à un participe présent: tandis qu'elle est
- portée sur le char. Cf. 39, note 4.
-
- [13] =Adventu hospitioque= ne font pas double emploi: l'un marque
- le simple passage, l'autre le séjour.
-
- [14] =Mox=: cf. 10, note 4.--_Numen ipsum_, l'image de la déesse,
- non pas une statue, mais plutôt une représentation grossière ou
- un symbole. Cf. 7, note 6.
-
- [15] =Haurit=, engloutit. Expression énergique qui s'harmonise
- bien avec ces sombres et mystérieuses pratiques.
-
-
-=41.= Et hæc quidem pars Sueborum in secretiora Germaniæ[1] porrigitur.
-Propior, ut quomodo paulo ante Rhenum[2], sic nunc Danuvium sequar,
-Hermundurorum civitas, fida Romanis; eoque solis Germanorum non[3] in
-ripa commercium, sed penitus atque in splendidissima Rætiæ provinciæ
-colonia[4]. Passim sine custode[5] transeunt; et cum ceteris gentibus
-arma modo castraque nostra ostendamus, his domos villasque patefecimus
-non concupiscentibus[6]. In Hermunduris Albis[7] oritur, flumen
-inclitum et notum olim; nunc tantum auditur.
-
- [1] =Secretiora Germaniæ=. La construction d'un adjectif neutre
- au positif ou au comparatif avec le génitif partitif est rare
- chez Cicéron et César, mais très fréquente chez les poètes et
- certains prosateurs.
-
- [2] =Rhenum=, s.-e. _secutus sum_: zeugma. Cf. 2, note 17.
-
- [3] =Non... sed=, au lieu de _non solum... sed
- etiam_.--_Commercium_, le droit de faire le commerce.--_Penitus_,
- à l'intérieur de l'empire.
-
- [4] =Colonia=: Augsbourg (_Augusta Vindelicorum_).
-
- [5] =Passim et sine custode=, partout et sans garde. Sur
- certaines frontières, par exemple sur celle des Tenctères, près
- de Cologne, les Romains interdisaient le passage aux étrangers
- ou les faisaient accompagner d'un Romain qui les surveillait. Cf.
- _Histoires_, IV, 64.
-
- [6] =Non concupiscentibus=, sans qu'ils songent à les convoiter.
-
- [7] =Albis=: on suppose généralement que Tacite confond ici
- l'Elbe avec son affluent l'Éger.--_Notum olim_. Les légions
- romaines, dans plusieurs expéditions, avaient campé sur les bords
- de l'Elbe; à l'époque de Tacite, on ne connaissait plus ce fleuve
- que pour en avoir entendu parler.
-
-
-=42.= Juxta Hermunduros Naristi ac deinde Marcomani[1] et Quadi agunt.
-Præcipua Marcomanorum gloria viresque, atque ipsa etiam sedes, pulsis
-olim Boiis, virtute parta. Nec Naristi Quadive degenerant[2]. Eaque[3]
-Germaniæ velut frons est, quatenus Danuvio præcingitur. Marcomanis
-Quadisque usque ad nostram memoriam reges manserunt ex gente ipsorum,
-nobile Marobodui et Tudri genus[4]; jam et externos patiuntur. Sed vis
-et potentia regibus ex auctoritate Romana. Raro armis nostris, sæpius
-pecunia juvantur[5], nec minus valent.
-
- [1] =Marcomani=: cf. 28, note 9.
-
- [2] =Nec degenerant=, ne sont pas non plus indignes d'eux.
-
- [3] =Ea= s'accorde avec l'attribut par attraction. Cf. 13, notes
- 4 et 9.--_Velut frons_, en quelque sorte le front de la Germanie,
- c'est-à-dire la partie antérieure, la plus rapprochée des Romains
- du côté du Danube, qu'atteignait la province de Rhétie. Cf. 34,
- note 1.
-
- [4] =Nobile genus=. On ne connaît pas autrement cette dynastie.
- On n'a aucun détail sur Tuder lui-même; quant à Maroboduus, cf.
- _Ann._, II, 63. On ne sait rien non plus sur leurs successeurs,
- sinon qu'ils étaient imposés par Rome, comme le dit Tacite.
-
- [5] =Juvantur= (_reges_). Les Romains fournissaient à ces rois
- étrangers, dévoués aux intérêts de l'empire, des subsides qui
- suffisaient à maintenir leur autorité.
-
-
-=43.= Retro[1], Marsigni, Cotini, Osi, Buri terga Marcomanorum
-Quadorumque claudunt. E quibus Marsigni et Buri sermone cultuque
-Suebos referunt[2]; Cotinos Gallica, Osos Pannonica lingua coarguit
-non esse Germanos, et quod tributa patiuntur[3]. Partem tributorum
-Sarmatæ, partem Quadi, ut[4] alienigenis imponunt. Cotini, quo
-magis pudeat[5], et ferrum effodiunt. Omnesque hi populi pauca[6]
-campestrium, ceterum saltus et vertices montium insederunt. Dirimit
-enim scinditque Suebiam continuum montium jugum[7], ultra quod
-plurimæ gentes agunt[8], ex quibus latissime patet Lugiorum nomen in
-plures civitates diffusum. Valentissimas nominasse sufficiet, Harios,
-Helveconas, Manimos, Helysios, Nahanarvalos. Apud Nahanarvalos antiquæ
-religionis lucus ostenditur. Præsidet sacerdos muliebri ornatu[9],
-sed deos interpretatione Romana[10] Castorem Pollucemque memorant:
-ea vis numini[11], nomen Alcis. Nulla simulacra, nullum peregrinæ
-superstitionis vestigium; ut fratres tamen, ut juvenes venerantur.
-Ceterum Harii, super[12] vires quibus enumeratos paulo ante populos
-antecedunt, truces insitæ feritati arte ac tempore lenocinantur:
-nigra scuta, tincta corpora; atras ad proelia noctes legunt; ipsaque
-formidine[13] atque umbra feralis exercitus terrorem inferunt, nullo
-hostium[14] sustinente novum ac velut infernum aspectum: nam primi in
-omnibus proeliis oculi vincuntur. Trans Lugios Gotones regnantur[15],
-paulo jam adductius[16] quam ceteræ Germanorum gentes, nondum tamen
-supra libertatem. Protinus deinde ab[17] Oceano Rugii et Lemovii.
-Omniumque harum gentium insigne[18] rotunda scuta, breves gladii et
-erga reges obsequium.
-
- [1] =Retro=, par opposition à _frons_ (42, note 3), c.-à-d. vers
- le nord-est.
-
- [2] =Referre Suebos sermone= équivaut à _sermonem Sueborum
- referre_, qui se dit également. VIRGILE, _Én._, IV, 329: _Qui te
- tamen ore referret_.
-
- [3] =Quod tributa patiuntur= est relié par _et_ à _lingua_, comme
- étant au même titre sujet de _coarguit_. Sur les propositions
- complétives avec _quod_, cf. _Gr. lat._, 470.
-
- [4] =Ut=: cf. 39, note 6.
-
- [5] =Quo magis pudeat=, pour surcroît de honte; non pas qu'il
- y ait honte pour eux à s'employer aux mines, comme on traduit
- quelquefois, mais ce fer qu'ils savent extraire devrait servir à
- sauver leur liberté.
-
- [6] =Pauca= avec le génitif partitif. Cf. 41, note 1.--_Ceterum_,
- pour le reste, par opposition à _pauca_.
-
- [7] =Continuum montium jugum=, une chaîne de montagnes. Il s'agit
- ici du Riesengebirge.
-
- [8] =Agunt=: cf. 17, note 2.
-
- [9] =Muliebri ornatu=. On traduit, généralement: en habit de
- femme; selon Müllenhof, il ne s'agit que de l'arrangement des
- cheveux.
-
- [10] =Interpretatione romana=. Tacite avoue ici ce qu'on a déjà
- observé ch. 9, note 1, et 40, note 6.--_Memorant_, comme 3, note
- 1. Cf. 2, note 14.
-
- [11] =Numini=. Ces deux dieux dont le culte est uni sont
- considérés comme formant une seule divinité.--_Alcis_: datif
- pluriel. Pour la construction, cf. 34, note 3.
-
- [12] =Super=, outre. Cf. 30, note 13.--_Lenocinantur_, viennent
- en aide à, enchérissent encore sur.--_Arte et tempore_ sont
- expliqués par ce qui suit: _nigra scuta_, _atras noctes_.
-
- [13] =Ipsa formidine=, par la crainte seule. Cf. 13, note
- 12.--_Feralis_, lugubre.
-
- [14] =Hostium nullo= = _nullo hoste_.--_Novum_, étrange. Cf. 31,
- note 10.
-
- [15] =Regnantur=: cf. 25, note 11.--On peut remarquer ici la
- concision de Tacite: les Gotons habitent au delà des Lugiens et
- sont gouvernés par des rois.
-
- [16] =Adductius=. On dit _adducere habenas_, amener à soi les
- rênes, serrer le frein; de là le sens de _adductius_, plus
- étroitement, plus sévèrement.--_Supra_, au-dessus de, c.-à-d.
- sans que la liberté succombe complètement sous l'autorité des
- rois.
-
- [17] =Protinus ab=, immédiatement à partir de, c.-à-d. sur le
- bord même de.
-
- [18] =Insigne=: cf. 38, note 3.--_Et_: emploi non classique. Cf.
- 30, note 7.
-
-
-=44.= Suionum hinc civitates, ipso in Oceano[1], præter viros armaque
-classibus valent. Forma navium eo differt, quod utrinque prora[2]
-paratam semper appulsui frontem agit. Nec velis ministrant[3] nec remos
-in ordinem lateribus adjungunt: solutum, ut in quibusdam fluminum[4],
-et mutabile, ut res poscit, hinc vel illinc remigium. Est apud illos
-et opibus honos, eoque[5] unus imperitat, nullis jam exceptionibus[6],
-non precario jure parendi[7]. Nec arma, ut apud ceteros Germanos, in
-promiscuo[8], sed clausa sub custode, et quidem servo, quia subitos
-hostium incursus prohibet Oceanus, otiosæ porro[9] armatorum manus
-facile lasciviunt. Enimvero neque nobilem neque ingenuum, ne libertinum
-quidem armis præponere regia utilitas est[10].
-
-Suionibus Sitonum gentes continuantur. Cetera[11] similes uno
-differunt, quod femina dominatur: in tantum non modo a libertate, sed
-etiam a servitute degenerant.
-
- [1] =Ipso in Oceano=. Il s'agit de la Scandinavie, que Tacite et
- ses contemporains prenaient pour une île.
-
- [2] =Utrinque prora=, la proue qui se trouve des deux
- côtés. L'arrière du navire était, comme l'avant, en forme de
- proue.--_Utrinque_ joue le rôle d'adjectif. Cf. 37, note 10.
-
- [3] =Velis= est au datif, comme s'il y avait: _velis ministerium
- præstant_. On explique aussi: _velis_ (ablatif) _naves
- ministrant_. Cf. Virg., _Én._, VI, 302, où _velis ministrat_
- reçoit aussi cette double interprétation.
-
- [4] =Quibusdam fluminum=: cf. 43, note 14.
-
- [5] =Eoque=, et à cause de cela, aussi. Tacite passe bien
- rapidement sur cette affirmation qui est contestable.
-
- [6] =Nullis jam exceptionibus=, sans restrictions. _Jam_ indique
- l'opposition avec ce qui se passe chez les autres peuples dont il
- a été parlé jusqu'ici.
-
- [7] =Jure parendi=, le droit à l'obéissance. C'est inutilement
- qu'on a voulu substituer _imperandi_ à _parendi_. Le gérondif
- latin se traduit d'ordinaire par un infinitif actif précédé
- d'une préposition; mais dans certains cas il semble avoir un sens
- passif qu'il n'a pas en réalité: il est alors l'équivalent d'un
- substantif verbal. Ainsi C. Nepos, _Att._, 9: _spes restituendi
- nulla erat_, comme s'il y avait _restitutionis_. Salluste,
- _Jug._, 62: _cum Jugurtha ad imperandum vocaretur_, pour recevoir
- des ordres, litt., pour le commandement. En français nous avons
- des constructions analogues: La fortune vient en dormant, on paie
- en servant.
-
- [8] =In promiscuo=, dans toutes les mains. Chez Tacite l'adjectif
- neutre précédé de _in_ remplit souvent les fonctions d'attribut
- ou d'adverbe. Cf. _Hist._, III, 2: _Fortuna in integro est_.
- L'expression _in promiscuo_ se trouve d'ailleurs aussi chez
- Tite-Live, Sénèque, etc. Cf. 36, note 7.
-
- [9] =Porro=, et en outre, d'autre part.
-
- [10] =Regia utilitas est= = _regibus utilitati est_. Cf. 13, note
- 6.
-
- [11] =Cetera=: cf. 17, note 2.--La proposition complétive
- commençant par _quod_ sert d'apposition à _uno_.--_In tantum_,
- litt., «à un tel degré».
-
-
-=45.= Trans Suionas aliud[1] mare, pigrum ac prope immotum, quo cingi
-claudique terrarum orbem hinc[2] fides, quod extremus cadentis jam
-solis fulgor in ortum[3] edurat adeo clarus, ut sidera hebetet. Sonum
-insuper emergentis audiri[4] formasque equorum et radios capitis[5]
-adspici persuasio adjicit. Illuc usque, et fama vera[6], tantum natura.
-
-Ergo jam[7] dextro Suebici maris littore Æstiorum gentes alluuntur,
-quibus ritus[8] habitusque Sueborum, lingua Britannicæ propior. Matrem
-deum venerantur. Insigne[9] superstitionis formas aprorum gestant:
-id pro armis omnique tutela securum deæ cultorem etiam inter hostes
-præstat. Rarus ferri, frequens fustium usus. Frumenta ceterosque
-fructus patientius quam pro solita Germanorum inertia laborant[10]. Sed
-et mare scrutantur ac soli omnium sucinum[11], quod ipsi glæsum vocant,
-inter vada atque in ipso littore legunt. Nec quæ natura quæve ratio
-gignat[12], ut[13] barbaris, quæsitum compertumve. Diu quin etiam inter
-cetera ejectamenta maris jacebat, donec luxuria nostra dedit nomen[14].
-Ipsis in nullo usu: rude[15] legitur, informe perfertur, pretiumque
-mirantes accipiunt. Sucum tamen[16] arborum esse intellegas, quia
-terrena quædam atque etiam volucria animalia plerumque interlucent,
-quæ implicata humore mox durescente materia clauduntur. Fecundiora
-igitur nemora lucosque sicut Orientis secretis[17], ubi tura balsamaque
-sudantur, ita Occidentis insulis terrisque inesse crediderim, quæ
-vicini solis radiis expressa atque liquentia in proximum mare labuntur
-ac vi tempestatum in adversa littora exundant. Si naturam[18] sucini
-admoto igne tentes, in modum tædæ accenditur alitque flammam pinguem et
-olentem; mox ut in picem resinamve lentescit.
-
- [1] =Aliud=, par opposition à l'Océan dont Tacite a parlé plus
- haut.--_Pigrum_. On ne sait pas au juste quelle mer est désignée
- ici. Les uns veulent reconnaître l'Océan glacial, dont des
- géographes grecs plus anciens que Tacite parlent déjà; d'autres,
- seulement le golfe qui sépare au sud la Suède de la Norvège; mais
- il est plus probable qu'il s'agit de la mer déjà décrite dans
- l'_Agricola_, 10: _mare pigrum et grave remigantibus_, c.-à-d.
- l'espace compris entre les Orcades et l'antique Thulé (les îles
- Shetland).
-
- [2] =Hinc= annonce la prop. complétive commençant par _quod_,
- et _hinc fides (est)_ = _hoc probatur_. À l'époque classique
- le nombre des locutions formées d'un substantif et de _esse_
- (_fas est_, _tempus est_, _mos est_) qui se construisent avec
- l'infinitif est assez restreint, mais à l'époque impériale ces
- constructions se multiplient; on a: _finis est_, _pudor est_,
- _amor est_, _fides est_, etc.
-
- [3] =In ortum=, jusqu'au lever du soleil. Cf. 22, note 2.
-
- [4] =Sonum audiri=. Les anciens croyaient que le soleil, plongé
- dans les eaux comme une masse de fer rouge, surtout à son
- coucher, faisait entendre des sifflements. JUVÉNAL, _Sat._ 14,
- 280: _Audiet Herculeo stridentem gurgite solem_.
-
- [5] =Capitis=. Pour les anciens le soleil est un dieu monté sur
- un char et dont le front rayonne.--_Persuasio_, la croyance, par
- opp. à ce qui est prouvé par des faits (_fides_).
-
- [6] =Et fama vera=, et ce qu'on raconte est vrai. Ici Tacite
- accepte la responsabilité de l'assertion, parce que son beau-père
- Agricola lui a fourni à ce sujet des renseignements précis. On
- sait d'ailleurs que Tacite confond le nord de la Scandinavie avec
- celui de la Grande-Bretagne. Cf. note 1.--_Natura tantum_, le
- monde ne s'étend pas plus loin.
-
- [7] =Ergo jam=. Comme le monde finit en cet endroit, Tacite
- revient _donc maintenant_ en arrière.--_Mare Suebicum_: cf.
- lexique.
-
- [8] =Ritus habitusque=, la manière de vivre et l'extérieur.
-
- [9] =Insigne=: cf. 38, note 3.--_Formas aprorum_: sans doute des
- statuettes de bois que l'on portait sur soi comme des amulettes.
-
- [10] =Frumenta laborant=. L'accusatif avec _laborare_ est
- poétique. Cf. _vallare noctem_, au ch. 30.--_Patientius quam
- pro_. Le comparatif ainsi construit indique la disproportion
- entre deux termes (_Gr. lat._, 335). Traduisez: avec plus de
- patience qu'on n'en attendrait de la paresse habituelle des
- Germains.
-
- [11] =Sucinum=, le succin ou ambre jaune, que les Grecs appelaient
- +êlektron+.--_Glæsum_: on peut rapprocher ce mot de l'allemand
- _Glas_, corps transparent, verre.
-
- [12] =Quæ natura= _(sit) quæve ratio gignat_, quelle est sa
- nature et quel est son mode de production. Cf. note 18.
-
- [13] =Ut=: cf. 2, note 15.--_Barbaris_: datif complément d'un
- verbe passif (cf. 16, note 1) en apposition à _iis_ sous-entendu.
-
- [14] =Dedit nomen=, lui fit une réputation, le mit à la mode.
-
- [15] =Rude=, brut, _informe_, sans être travaillé.--_Pretium
- mirantes accipiunt_. C'est dans les traits de ce genre que se
- révèle le grand peintre que nous admirons en Tacite: un seul mot
- nous montre ici l'étonnement qui saisit le Barbare à son premier
- contact avec une civilisation qu'il ne comprend pas.
-
- [16] =Tamen=, cependant, c.-à-d. quoique ceux qui le recueillent
- ne puissent fournir aucun renseignement sur sa nature.--_Volucria
- animalia_. André Chénier dit en parlant de l'ambre (_Poème
- sur l'invention_, v. 248): «Tombe odorante où vit l'insecte
- volatile.»--_Plerumque_, souvent. Cf. 13, note 12.
-
- [17] =Orientis secretis= (s.-e. _inesse credo_), dans les pays
- les plus reculés de l'Orient.--_Crediderim_, je serais porté à
- croire. Cf. 2, note 2.--_Quæ_, des matières qui.
-
- [18] =Naturam=: cf. note 12.--_Mox_, puis. Cf. 10, note 4.--_Ut
- in picem resinamve_, en formant une sorte de poix ou de résine.
- _In_ marque le résultat. Cf. 23, note 2.
-
-
-=46.= Hic Suebiæ finis. Peucinorum Venedorumque et Fennorum nationes
-Germanis an Sarmatis adscribam dubito, quanquam Peucini, quos quidam
-Bastarnas vocant, sermone, cultu, sede ac domiciliis[1] ut Germani
-agunt: sordes omnium[2] ac torpor. Conubiis mixtis[3] nonnihil in
-Sarmatarum habitum foedantur. Venedi multum ex moribus[4] traxerunt;
-nam quicquid inter Peucinos Fennosque silvarum ac montium erigitur
-latrociniis pererrant. Hi tamen inter Germanos potius referuntur,
-quia et domos figunt[5] et scuta gestant et pedum usu ac pernicitate
-gaudent: quæ omnia diversa Sarmatis sunt in plaustro equoque
-viventibus. Fennis mira feritas, foeda paupertas: non arma, non equi,
-non penates[6]; victui herba, vestitui pelles, cubile humus. Solæ in
-sagittis spes, quas inopia ferri ossibus asperant[7]. Idemque venatus
-viros pariter ac feminas alit: passim[8] enim comitantur partemque
-prædæ petunt. Nec aliud infantibus ferarum imbriumque suffugium[9]
-quam ut in aliquo ramorum nexu contegantur. Huc redeunt juvenes, hoc
-senum receptaculum. Sed beatius arbitrantur quam ingemere agris[10],
-illaborare domibus, suas alienasque fortunas spe metuque versare:
-securi adversus homines, securi adversus deos, rem difficillimam
-assecuti sunt, ut illis ne voto quidem opus esset[11].
-
-Cetera jam fabulosa: Hellusios et Oxionas ora hominum vultusque,
-corpora atque artus ferarum[12] gerere. Quod ego ut incompertum in
-medio relinquam.
-
- [1] =Sede ac domiciliis=, par la manière dont ils forment leurs
- agglomérations et disposent leurs demeures.--_Agunt_, vivent. Cf.
- 17, note 2.
-
- [2] =Omnium= (_est_), se rencontre chez tous.
-
- [3] =Conubiis mixtis=, par les mariages qu'ils contractent avec
- les Sarmates.--_In_ ici encore marque le résultat. Cf. 45, note
- 18.
-
- [4] =Ex moribus= (_Sarmatarum_) s'oppose à _habitum_,
- l'extérieur, et _multum_ à _nonnihil_.
-
- [5] =Domos figunt=, ils ont des demeures fixes.--_Pedum usu_, la
- marche. Les Sarmates au contraire étaient nomades et passaient
- leur vie à cheval ou dans des chariots.
-
- [6] =Non penates=, pas d'intérieur, pas de maisons, soit fixes
- comme celles des Vénèdes, soit roulantes comme celles des
- Sarmates. Cf. 15, note 3.
-
- [7] =Ossibus asperare=, litt., rendre pointu avec des os, c.-à-d.
- armer d'os pointus.
-
- [8] =Passim=, partout. Cf. 41, note 5.
-
- [9] =Imbrium suffugium=, refuge contre la pluie. Cf. 16, note 10.
-
- [10] =Agris=: datif.--_Illaborare domibus_, peiner en
- construisant des maisons.
-
- [11] L'influence de la rhétorique et la recherche de l'effet sont
- visibles dans tout ce passage.
-
- [12] =Artus ferarum=. Il est probable que ceux dont Tacite tient
- directement ou indirectement ces renseignements ont été trompés
- par l'extérieur de ces hommes du Nord qui se vêtaient entièrement
- des peaux de divers animaux.
-
-
-
-
-LEXIQUE DES NOMS PROPRES
-
-
-A
-
-=Abnoba mons=, 1, le mont Abnoba, dans la Forêt Noire. Il s'appelle
-encore aujourd'hui _Abenauer Gebirge_.
-
-=Æstii=, 45, les Æstiens, sur la côte orientale de la Baltique. Ce sont
-les ancêtres des Lithuaniens et des Prussiens.
-
-=Africa=, 2.
-
-=Agrippinenses=, 28, les habitants de Cologne (_Colonia
-agrippinensis_). C'est le nom que prirent les Ubiens après
-qu'Agrippine, fille de Germanicus et femme de Claude, eut établi chez
-eux une colonie.
-
-=Albis=, 41, l'Elbe, fleuve de Germanie qui se jette dans la mer du
-Nord.
-
-=Albruna=, 8, Albruna, prophétesse des Germains.
-
-=Alci=, 43, les _Alci_, nom de deux dieux honorés par les Naharvales;
-Tacite les assimile à Castor et Pollux.
-
-=Alpes Ræticæ=, 1, les Alpes Rhétiques, ainsi nommées à cause de la
-province romaine de Rhétie; elles commencent au Saint-Gothard.
-
-=Anglii=, 40, les Angles ou Angliens, peuplade germanique qui occupait
-probablement une partie du Sleswig-Holstein.
-
-=Angrivarii=, 33, 34, les Angrivariens, qui habitaient sur les bords du
-Weser, au nord des Chamaves et des Chérusques.
-
-=Aravisci=, 28, les Aravisques, peuplade de Pannonie, sur la rive
-droite du Danube.
-
-=Arsaces=, 37, Arsace, fondateur du royaume des Parthes (256).
-
-=Asciburgium=, 3, Asburg ou Asberg, près du confluent de la Ruhr avec
-le Rhin.
-
-=Asia=, 2.
-
-=Aviones=, 40, les Aviones, qui habitaient probablement les îles qui se
-trouvent à l'ouest du Sleswig-Holstein.
-
-
-B
-
-=Bastarnæ=, 46, les Bastarnes, peuplade germanique. Les auteurs anciens
-donnent ce nom, les uns à des Gaulois du Danube, d'autres à des Gètes,
-d'autres enfin à des Scythes; voyez au mot _Peucini_.
-
-=Batavi=, 29, les Bataves; ils appartenaient d'abord à la nation des
-Chattes. Ils occupèrent plus tard l'île formée par le Rhin et le Wahal.
-
-=Boihæmum=, 28, la Bohême, du nom de ses premiers habitants les Boïens.
-
-=Boii=, 28, 42, les Boïens, qui appartenaient à la race celtique. Ils
-occupaient la Bohême et une partie de la Bavière.
-
-=Britannica lingua=, 45, la langue celtique parlée dans la
-Grande-Bretagne.
-
-=Bructeri=, 33, les Bructères, qui habitaient le bassin de la Lippe
-jusqu'à l'Ems; ils se divisaient en _Bructeri majores_ et _minores_.
-
-=Buri=, 43, les Bures, peuplade de la nation des Suèves, qui habitait
-vers les sources de l'Oder et du Waag.
-
-
-C
-
-=Cæcilius Metellus=, 37, collègue de Papirius Carbon, fut consul avec
-lui en 113 avant J.-C.
-
-=Cæsar=, 37, l'empereur Auguste.
-
-=Carbo=, 37, le consul Cneius Papirius Carbon qui fut battu par les
-Cimbres en 113 avant J.-C., non loin de Noreia en Carinthie, vers les
-sources de la Drave.
-
-=Cassius=, 37, le consul L. Cassius Longinus, battu en 107 avant J.-C.
-dans le pays des Allobroges.
-
-=Castor Polluxque=, 43, Castor et Pollux, les deux fils de Léda, que
-Tacite identifie avec les dieux _Alci_ des Naharvales.
-
-=Chamavi=, 33, 34, les Chamaves. Ils habitaient près de l'Yssel et du
-Zuiderzée.
-
-=Chasuarii=, 34, les Chasuares, qui habitaient entre le Weser et la
-Haase.
-
-=Chatti=, 29, 30, 31, 35, 36, 38, les Chattes, peuplade germanique. Ils
-habitaient dans le pays des Hessois d'aujourd'hui.
-
-=Chauci=, 35, 36, les Chauques. Ils habitaient le bassin du bas Weser
-jusqu'à l'Ems d'un côté et de l'autre jusqu'à l'Elbe.
-
-=Cherusci=, 36, les Chérusques. Ils habitaient entre le cours supérieur
-du Weser et l'Elbe au nord-est des Chattes.
-
-=Cimbri=, 37, les Cimbres, peuplade probablement germanique qui
-occupait à l'époque de Tacite une partie de la presqu'île danoise:
-+Kimbrikê chersonêsos+.
-
-=Cotini=, 43, les Cotins, peuplade de race celtique qui habitait au
-nord de la Hongrie, entre les sources de l'Oder et de la Vistule.
-
-=Crassus=, 37. Crassus fit partie du triumvirat avec César et Pompée.
-Il fut vaincu et tué en 53 avant J.-C. dans une bataille contre les
-Parthes.
-
-
-D
-
-=Daci=, 1. Les Daces, peuplade des Thraces, habitaient les contrées
-appelées aujourd'hui Moldavie, Roumanie, Valachie, et le sud-est de la
-Hongrie.
-
-=Danuvius=, 1, 29, 41, 42, le Danube, fleuve. Dans son cours inférieur
-il s'appelle aussi Ister (+Istros+).
-
-=Decumates agri=, 29, les champs Décumates, territoire qui se trouvait
-dans l'angle formé par les cours supérieurs du Danube et du Rhin.
-
-=Drusus=, 34, 37, Drusus Néron Germanicus, frère de Tibère, fit une
-expédition contre les Germains 12-9 avant J.-C.; de là son surnom de
-Germanicus.
-
-=Dulgubnii=, 34, les Dulgubniens, peuplade de race germanique qui
-habitait entre les Langobards et les Chérusques, sur les bords de
-l'Aller (_Alara_).
-
-
-E
-
-=Eudoses=, 40, les Eudoses, qui appartenaient à la nation des Suèves.
-Ils habitaient le Jutland.
-
-
-F
-
-=Fenni=, 46, les Finnois d'aujourd'hui. Ils habitaient le nord de la
-Scandinavie.
-
-=Fosi=, 36, les Foses. Ils habitaient au sud de l'Aller (_Alara_).
-C'est peut-être leur nom qu'on retrouve dans _Fosa_, petite rivière
-affluent de l'Aller.
-
-=Frisii=, 34, 35, les Frisons. Ils habitaient autour du lac Flevo,
-depuis l'embouchure du Rhin jusqu'à l'Ems.
-
-
-G
-
-=Gaius Cæsar=, 37, l'empereur Caligula (37 à 41 après J.-C.). Après
-un semblant d'expédition en Germanie, il fit déguiser des Gaulois en
-Germains pour les faire servir à son triomphe.
-
-=Gallia=, 5, 27, 37, la Gaule. Elle est nommée aussi _Galliæ_ parce
-qu'elle se divisait en trois parties.
-
-=Gambrivii=, 2, les Gambriviens, nation germanique, d'ailleurs
-inconnue. Ils habitaient probablement les bords de la Ruhr.
-
-=Germani=, 2, 16, 27, 30, 31, 35, 37, 41, 43, 44, 45, 46, les Germains.
-Le sens étymologique de ce mot est contesté. On le fait signifier
-tantôt homme de guerre (_War_, guerre; _Mann_, homme), tantôt
-_voisins_. On prétend aussi y voir l'équivalent de +boên agathoi+
-(celtique _garm_, cri).
-
-=Germania=, 1, 2, 5, 27, 28, 29, 30, 37, 38, 42, la Germanie.
-
-=Germanicus=, 34, 37. Germanicus, fils de Drusus, combattit les
-Germains de 14 à 16 après J.-C. et vengea le massacre des légions de
-Varus.
-
-=Gotones=, 43, peuple de race germanique qui habitait les bords de la
-Vistule inférieure jusqu'au Pregel.
-
-
-H
-
-=Harii=, 43, les Hariens, qui habitaient entre les cours supérieurs de
-l'Oder et de la Vistule.
-
-=Hellusii=, 46, les Hellusiens, peuple fabuleux qui selon Tacite
-habitait le nord-est de l'Europe.
-
-=Helvecones=, 43, les Helvecones, dont le nom s'écrit aussi
-_Helvæones_, peuplade des Suèves qui habitait à l'ouest du cours
-inférieur de la Vistule.
-
-=Helvetii=, 28, les Helvètes. Selon Tacite ils étaient d'origine
-celtique et avaient été chassés de leur pays par les Hermondures. César
-les trouva établis en Suisse.
-
-=Helysii=, 43, les Helysiens, peuplade des Suèves qui habitaient entre
-les cours supérieurs de l'Oder et de la Vistule.
-
-=Hercules=, 3, 9, 34, Hercule. Il semble que cette appellation
-gréco-romaine désigne le dieu _Thor_, qui portait lui aussi une massue.
-
-=Hercynia silva=, 28, la forêt Hercynienne, appelée aussi _Hercynius
-saltus_, ch. 30, et par Aristote +Arkynia orê+, chaîne de montagnes
-boisées qui comprenait la Forêt Noire, le Thuringer Wald, le
-Fichtelgebirge, les monts de Bohême et les autres chaînes qui
-traversent le sud de l'Allemagne.
-
-=Herminones=, 2, les Herminones, nom commun à toutes les peuplades du
-centre de la Germanie.
-
-=Hermunduri=, 41, 42, les Hermondures, peuplade germanique qui occupait
-la région du Jura Franconien, entre le Danube, le Mein et les sources
-de la Saale.
-
-=Hispanæ=, 37, les Espagnes, ainsi nommées parce que l'Espagne se
-divisait en _citerior_ (au nord) et _ulterior_ (au sud).
-
-
-I
-
-=Ingævones=, 2, les Ingévones, nom commun aux peuplades germaniques qui
-habitaient les côtes de l'Océan.
-
-=Isis=, 9, Isis, déesse égyptienne, dont Tacite prétend retrouver
-le culte parmi les Germains; c'est peut-être la divinité germanique
-_Nehalennia_.
-
-=Istævones=, 2, les Istévons, nom commun aux peuplades germaniques de
-la rive droite du Rhin.
-
-=Italia=, 2, l'Italie.
-
-
-J
-
-=Julius=, 28, 37, Jules César, le vainqueur des Gaules, qui avait
-décrit la Germanie avant Tacite.
-
-
-L
-
-=Laertes=, 3, Laerte, père d'Ulysse.
-
-=Langobardi=, 40, les Langobards, peuplade de la nation des Suèves qui
-habitait entre l'Elbe et l'Oder.
-
-=Lemovii=, 43, les Lémoviens, peuplade germanique, d'ailleurs inconnue,
-qui habitait probablement dans la Poméranie.
-
-=Lugii=, 43, les Lugiens, nom commun à plusieurs peuplades qui
-habitaient entre l'Oder et la Vistule dans les pays qui forment
-aujourd'hui la Pologne, la Silésie et la Gallicie.
-
-
-M
-
-=Manimi=, 43, les Manimes, peuplade de la nation des Suèves, qui
-habitait entre le cours inférieur de la Vistule et de l'Oder.
-
-=Manlius=, 37, Cn. Manlius ou Mallius, consul en 105 avant J.-C., fut
-battu par les Cimbres sur les rives du Rhône.
-
-=Mannus=, 2, Mannus, fils du dieu Tuiston.
-
-=Marcomani=, 42, 43, les Marcomans (c'est-à-dire habitants des
-frontières), peuplade germanique qui habita d'abord au sud du Mein et
-qui chassa ensuite les Boïens de la Bohême.
-
-=Marius=, 37, Marius, fameux général romain (153-86): il vainquit les
-Cimbres et les Teutons à _Aquæ Sextiæ_ (Aix) en 102 et à Verceil en
-101.
-
-=Marobuduus=, 42, Marobuduus ou Marbod, roi des Marcomans; il fut battu
-par les Chérusques commandés par Arminius et dut se réfugier chez les
-Romains.
-
-=Mars=, 9, Mars, dieu de la guerre chez les Romains; la divinité
-germanique que Tacite lui assimile est sans doute _Tiu_ ou _Ziu_.
-
-=Marsi=, 2, les Marses, peuple de race germanique qui habitait
-probablement dans le bassin du Weser.
-
-=Marsigni=, 43, les Marsignes, peuple de la nation des Suèves qui
-habitait entre les monts des Géants et l'Oder.
-
-=Mattiaci=, 29, les Mattiaques. Ils habitaient dans le bassin du Mein,
-aux environs du Taunus. Les sources qui se trouvent à Wiesbaden au pied
-du Taunus portaient le nom de _aquæ Mattiacæ_ ou _fontes Mattiaci_.
-
-=Mercurius=, 9, dieu gréco-romain. La divinité germanique que Tacite
-désigne du nom de Mercure est Wodan ou Odin.
-
-=Moenus=, 28, le Mein, affluent du Rhin.
-
-
-N
-
-=Naharvali=, 43, les Naharvales, peuplade de la nation des Suèves qui
-habitait entre l'Oder et la Vistule.
-
-=Naristi=, 42, les Naristes, peuplade germanique qui habitait entre le
-Fichtelgebirge et le Danube.
-
-=Nemetes=, 28, les Nemètes, peuplade germanique qui habitait sur la
-rive gauche du Rhin, aux environs de Spire.
-
-=Nero=, 37, Tiberius Claudius Néron, qui fut depuis l'empereur Tibère.
-Il fit contre les Germains plusieurs expéditions dont la dernière eut
-lieu en 11 après J.-C.
-
-=Nerthus=, 40, la déesse Nerthus que Tacite assimile à la _Terra Mater_.
-
-=Nervii=, 28, les Nerviens, peuplade d'origine probablement gauloise,
-mais qui se disait de race germanique. Ils habitaient entre l'Escaut et
-la Meuse.
-
-=Noricum=, 5, province du Norique, entre le Danube et les Alpes
-Carniques.
-
-=Nuithones=, 40, les Nuithons, peuplade de la nation des Suèves qui
-habitait probablement à l'est de l'Elbe, au sud de la presqu'île
-Cimbrique.
-
-
-O
-
-=Oceanus=, 1, 2, 3, 17, 34, 37, 40, 43, 44, l'océan. Dans la
-_Germanie_, _oceanus septentrionalis_ désigne tantôt la mer du Nord,
-tantôt la Baltique. _Oceanus exterior_, la partie orientale de la
-Baltique que Tacite suppose prolongée au delà de la Scandinavie que les
-anciens prenaient pour une île.
-
-=Osi=, 28, 43, les Oses, peuplade que Tacite semble rattacher aux
-Pannoniens. Ils habitaient au sud-est des sources de la Vistule.
-
-=Oxiones=, 46, les Oxions, peuple fabuleux du nord-est de l'Europe.
-
-
-P
-
-=Pacorus=, 37, Pacorus, fils d'Orodès, roi des Perses. Ayant pris parti
-pour les meurtriers de César, il battit le lieutenant d'Antoine en 40
-avant J.-C., mais il fut vaincu et tué l'année suivante par Ventidius.
-
-=Pannonia=, 5, 28, la Pannonie, qui s'étendait entre la province de
-Norique à l'ouest, la Save au sud, le Danube au nord et à l'est.
-
-=Pannonii=, 1, les Pannoniens, habitants de la Pannonie; ceux du nord
-paraissent avoir été de race celtique; ceux des bords de la Save qui
-étaient les vrais Pannoniens appartenaient à la race illyrienne.
-
-=Parthi=, 17, 37, les Parthes, peuple d'origine indo-européenne;
-leur empire, fondé par Arsace au IIIe siècle avant J.-C., s'étendit
-à l'ouest jusqu'à l'Euphrate; ils furent souvent en lutte avec les
-Romains.
-
-=Peucini=, 46, les Peucins. On désignait sous ce nom une peuplade
-de Bastarnes qui habitait à l'embouchure du Danube une île appelée
-+Peukê+.
-
-=Poeni=, 37, les Carthaginois.
-
-=Pollux=, 43, voyez au mot _Castor_.
-
-=Ponticum mare=, 4, le Pont-Euxin ou mer Noire, dans laquelle se jette
-le Danube.
-
-
-Q
-
-=Quadi=, 42, 43, les Quades, peuplade germanique qui habitait dans la
-Moravie en s'étendant vers le sud jusqu'au Danube.
-
-
-R
-
-=Ræti=, 1, les Rhètes, habitants de la Rhétie, spécialement sur les
-deux versants des Alpes dites Rhétiques.
-
-=Rætia=, 3, 41, la Rhétie, réduite en province romaine sous Auguste (15
-avant J.-C.); elle comprenait le Tyrol, la Bavière au sud du Danube et
-à l'est du Leck.
-
-=Reudigni=, 40, les Reudignes, peuplade germanique qui habitait à l'est
-de l'embouchure de l'Elbe.
-
-=Rhenus=, 1, 2, 3, 28, 29, 34, 41, le Rhin, qui bornait la Germanie à
-l'ouest.
-
-=Rugii=, 43, les Rugiens, peuplade germanique qui occupait la Poméranie
-à l'est de l'embouchure de l'Oder.
-
-
-S
-
-=Samnis=, 37, le Samnite, c'est-à-dire les Samnites qui luttèrent
-contre les Romains de 343 à 290 et leur infligèrent l'humiliation des
-Fourches Caudines.
-
-=Sarmatæ=, 1, 17, 43, 46, les Sarmates, nation slave qui habitait à
-l'est de la Vistule, peut-être jusqu'au Volga. Ils étaient encore moins
-connus des Romains que les Germains.
-
-=Scaurus Aurelius=, 37, général romain qui, envoyé comme lieutenant
-consulaire contre les Cimbres, fut battu et tué par eux sur les rives
-du Rhône.
-
-=Semnones=, 39, les Semnons, peuplade germanique qui habitait entre
-l'Elbe et l'Oder dans le bassin de la Sprée.
-
-=Servilius Cæpio=, 37, proconsul romain qui fut battu par les Cimbres
-près d'Orange en 105 avant J.-C.
-
-=Sitones=, 44, 45, les Sitones qui habitaient en Suède sur les côtes du
-golfe de Botnie.
-
-=Suardones=, 40, les Suardons, peuplade de la nation des Suèves qui
-habitait entre l'Elbe et l'Oder, dans le Mecklembourg.
-
-=Suebi=, 2, 9, 38, 45, les Suèves, peuple de race germanique. Ils
-habitaient un vaste territoire dont les limites sont mal connues,
-probablement entre le Danube, l'Elbe, l'Oder et la Baltique (_mare
-suebicum_).
-
-=Suebia=, 43, 46, la Suévie, pays des Suèves; voir au mot précédent.
-
-=Suebicum mare=, 45, la mer des Suèves, c'est-à-dire la Baltique.
-
-=Suiones=, 44, 45, les Suiones, peuplade germanique qui habitait le sud
-de la Scandinavie et peut-être les îles de l'embouchure de l'Oder. Ce
-sont probablement les ancêtres des Suédois.
-
-
-T
-
-=Tencteri=, 32, 38, le Tenctères, peuplade germanique qui habitait sur
-la rive droite du Rhin, entre la Ruhr et la Lahn.
-
-=Trajanus=, 37, Trajan, empereur romain contemporain de Tacite, qui
-régna de 98 à 117 ap. J.-C.
-
-=Treveri=, 28, les Trévires, qui habitaient sur les deux rives
-de la Moselle; leur nom est resté à la ville de Trèves (_Augusta
-Treverorum_). Le fond de la population était probablement celtique,
-mais absorbé par des conquérants germains.
-
-=Triboci=, 28, les Triboques, peuplade germanique qui habitait sur la
-rive gauche du Rhin, dans les Vosges, jusqu'à Strasbourg.
-
-=Tuder=, 42, Tuder, roi des Quades ou des Marcomans, d'ailleurs inconnu.
-
-=Tuiston=, 2, divinité germanique que les Germains reconnaissaient pour
-leur ancêtre (cf. _Tuisto_ et _Deutsch_).
-
-=Tungri=, 2, les Tongres, peuplade germanique qui habitait sur la rive
-gauche de la Meuse autour de la ville de Tongres.
-
-
-U
-
-=Ubii=, 28, les Ubiens, peuplade germanique. Ils habitèrent d'abord sur
-la rive droite du Rhin, Agrippa les fit passer sur la rive gauche. Leur
-ville (_oppidum Ubiorum_) fut appelée _Colonia Agrippinensis_ (Cologne)
-lorsque Agrippine, femme de l'empereur Claude, y eut fondé une colonie
-romaine.
-
-=Ulysses=, 3, Ulysse, qui, après la guerre de Troie, avait, selon la
-légende, abordé dans bien des pays et peut-être en Germanie.
-
-=Usipi=, 32, les Usipes, peuplade germanique qui occupait la rive
-droite du Rhin, au nord de la Ruhr.
-
-
-V
-
-=Vandilii= ou =Vandalii=, 2, les Vandales, peuplade germanique qui
-habitait au nord-est de la Germanie entre l'Oder et la Vistule. Ils
-changèrent d'ailleurs plusieurs fois de séjour.
-
-=Vangiones=, 28, les Vangions, peuplade germanique qui occupait la
-vallée du Rhin autour de Worms.
-
-=Varini=, 40, les Varins, peuplade germanique de la famille des Suèves
-qui occupait le nord du Sleswig et le sud du Jutland.
-
-=Varus=, 37, Quintilius Varus, général romain, lieutenant de l'empereur
-Auguste, qui fut battu par Arminius et massacré avec ses légions dans
-la forêt de Teutberg (Teutoburgerwald) en l'an 9 après J.-C.
-
-=Veleda=, 8, fameuse prophétesse de la nation des Bructères. Elle prit
-part à la révolte de Civilis et des Bataves; plus tard elle fut amenée
-à Rome pour orner un triomphe.
-
-=Venedi=, 46, les Venèdes, peuple slave qui habitait à l'est du cours
-inférieur de la Vistule.
-
-=Ventidius=, 37, P. Ventidius Bassus, lieutenant d'Antoine qui vainquit
-et tua Pacorus, roi des Parthes. Voyez le Commentaire.
-
-=Vespasianus=, 8, Vespasien, empereur romain de 69 à 79, le premier des
-Flaviens.
-
-
-
-
- TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT ET Cie.--MESNIL (EURE).
-
-
-
-
-Note de transcription détaillée:
-
-Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
-silencieusement corrigées.
-
-Cette version électronique comporte les corrections suivantes:
-
- p. 30, chap. 9: «placant,» corrigé en «placant.»
- («animalibus[4] placant.»),
- p. 39, note 7: la référence au chapitre 55 est incorrecte
- et a été changée en 35,
- p. 54: l'appel de note manquant pour la note 6 a été ajouté,
- p. 60: «comtemptores» corrigé en «contemptores»
- («aluntur, prodigi alieni, contemptores sui»),
- p. 79, «Angrivarii»: «Wéser» harmonisé en «Weser»
- («les bords du Weser»),
- p. 81, «Germanicus»: la référence au chapitre 47 est incorrecte
- et a été changée en 37.
-
-En page 83, l'ortographe «Marobuduus» semble être une erreur pour
-«Maroboduus»; la seconde forme apparaît une fois en page 71, note 4.
-L'ortographe du livre a toutefois été conservée.
-
-Quand ils manquaient, les accents ont été ajoutés aux lettres capitales.
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of La Germanie, by
-Cornelius Tacitus and Henri Petitmangin
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA GERMANIE ***
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