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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org - - -Title: La Germanie - Texte latin avec introduction, notes et lexique des noms propres - -Author: Cornelius Tacitus - Henri Petitmangin - -Release Date: September 21, 2013 [EBook #43789] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA GERMANIE *** - - - - -Produced by Laurent Vogel, Bibimbop, Juliet Sutherland and -the Online Distributed Proofreading Team at -http://www.pgdp.net - - - - - - - - - -Note de transcription: - -À l'exception des corrections mentionnées dans la note plus détaillée à -la fin de ce livre, l'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas -été harmonisée. - -Les mots en gras sont indiqués par =...=, et la translittération de -texte en grec par +...+. - -Le glyphe [=e] représente la lettre e surmontée d'un macron. - -Une traduction en français de la Germanie est aussi disponible auprès -du Project Gutenberg, sous le numéro 19662. - - - - - TACITE - - LA GERMANIE - - - - - PROPRIÉTÉ DE - - _J. de Gigord._ - - - _À LA MÊME LIBRAIRIE_ - - OUVRAGES DU MÊME AUTEUR - - _Nouveau cours de latin:_ - - =Grammaire latine= (1re année). In-18, raisin 0 fr. 90 - - =Grammaire latine= (2e année). 1 fr. 25 - - =Grammaire latine= (complète). In-18, raisin. 1 fr. 40 - - =Exercices latins illustrés= (1re série). In-18, raisin. 1 fr. 75 - - -- _Livre du maître_ (1re série), en préparation. - - =Exercices latins illustrés= (2e série) - - -- _Livre du maître_ (2e série). - - =Exercices latins= (3e série) - - -- _Livre du maître_ (3e série), en préparation. - - - =Tacite.= _Germanie_. In-18 raisin. 0 fr. 75 - - -- _Agricolae_. In-18 raisin. 0 fr. 60 - - -- _Extraits des Annales_. In-18 raisin. 1 fr. 75 - - =Plutarque.= _Vie de Cicéron_. In-18 raisin. 1 fr. » - - -- _Extraits des vies parallèles_. In-18. 1 fr. 50 - - =Xénophon.= _Économique_. In-18 raisin. 1 fr. 50 - - - - - TACITE - - LA GERMANIE - - - TEXTE LATIN - AVEC INTRODUCTION, NOTES ET LEXIQUE DES NOMS PROPRES - - PAR - M. L'ABBÉ PETITMANGIN - AGRÉGÉ DES LETTRES - PROFESSEUR AU COLLÈGE STANISLAS - - TROISIÈME ÉDITION - - [Décoration] - - PARIS - - ANCIENNE LIBRAIRIE POUSSIELGUE - J. DE GIGORD, ÉDITEUR - RUE CASSETTE, 15 - - 1913 - - - - -INTRODUCTION - -I.--LA VIE ET LES OUVRAGES DE TACITE. - - -Nous avons bien peu de détails certains sur la vie de Tacite. Son -prénom était-il _Publius_ comme le témoigne un manuscrit des _Annales_ -ou _Caius_ comme l'écrit Sidoine Apollinaire? Appartenait-il à la -_gens Cornelia_? Son père était-il ce chevalier romain, procurateur -de la Gaule Belgique, nommé dans une inscription et dont parle Pline -l'Ancien? Autant de questions toujours renouvelées, jamais épuisées, -auxquelles on ne pourra fournir aucune réponse certaine tant que de -nouvelles découvertes n'apporteront pas des preuves indiscutables[1]. -On admet cependant que Tacite est né en 54 ap. J.-C. ou 55 au plus -tard. Mais on retombe dans l'incertitude, dès qu'on veut déterminer le -lieu de sa naissance. Les habitants de Terni, l'ancienne Interamna, -à peu de distance de Florence, le réclament pour compatriote; mais -ce n'est pas fournir des arguments que de dresser des statues et l'on -sait trop bien que cette tradition remonte à l'empereur Tacite (275-276 -ap. J.-C.) qui naquit à Interamna et se fit passer pour le descendant -de l'illustre historien. Cette parenté, même démontrée, ne pourrait -être un argument incontestable en faveur des habitants de Terni, et -il faut renoncer à disserter sur cette heureuse coïncidence qui aurait -rapproché les berceaux de Tacite, de Michel-Ange et de Machiavel. - - [1] La récente découverte d'une inscription paraît avoir levé - tous les doutes en faveur du prénom de _Publius_. - -Que l'éducation de Tacite se soit faite à Rome, au milieu des vices -raffinés qui minaient la société, ou dans quelque province où les -antiques traditions, mieux conservées, trempaient plus fortement -les âmes, il est probable qu'en aucun cas il ne se laissa entamer -par la corruption de son siècle. Il s'adonna d'abord à l'éloquence, -qui, malgré l'établissement de l'Empire et la suppression des grands -débats politiques, restait la base et presque l'unique objet des -études pour les jeunes romains de bonne famille. La philosophie semble -l'avoir moins attiré. Pline le Jeune, qui fut très lié avec lui, nous -atteste ses succès oratoires et caractérise son éloquence d'un mot qui -résume tout un côté du génie de Tacite: «_Respondit Cornelius Tacitus -eloquentissime et, quod eximium orationi ejus inest_, +semnôs+.» Nous -connaissons d'ailleurs les idées de Tacite sur l'art oratoire par son -premier ouvrage, le _Dialogue des orateurs_, dont l'authenticité a été -contestée, mais à tort, semble-t-il. Ses préférences vont à Cicéron, -qu'il se propose d'imiter, mais le style de ce dialogue, quoique -différent, à la vérité, de la vraie manière de Tacite telle que nous la -révèlent les _Annales_ et les _Histoires_, nous fait sentir déjà que le -temps des larges et symétriques périodes est passé. - -Cependant Tacite ne se confinait pas dans les déclamations d'école et -les débats judiciaires. Successivement questeur sous Vespasien, édile -ou tribun du peuple sous Titus, préteur sous Domitien, il parvint au -consulat sous le règne de Nerva en 97. Il eut alors à prononcer l'éloge -de Verginius Rufus, mort simple citoyen après avoir refusé l'empire. -Ce fut probablement dans l'année qui suivit son consulat qu'il écrivit -l'_Agricola_. Il retraçait, en phrases émues, éloquentes, et semées -de mots profonds, la vie de son beau-père, qu'il représentait comme le -type du fonctionnaire intègre et digne sous un gouvernement corrompu. -Vers le même temps, entre 98 et 100, il publiait _la Germanie_. - -Ces courts écrits, dans lesquels on sent le style si original de -Tacite tendre de plus en plus à la brièveté et à la profondeur tout -en s'animant d'une couleur poétique assez prononcée, conduisent -insensiblement aux grands ouvrages de l'écrivain: les _Annales_ et -les _Histoires_. On ne saurait assez regretter que le temps ait creusé -dans ces deux chefs-d'oeuvre d'irréparables lacunes. Les _Histoires_ -publiées entre 104 et 109 contenaient les règnes de Galba, Othon, -Vitellius, Vespasien, Titus et Domitien, c'est-à-dire les faits -contemporains de Tacite. Les _Annales_, qui durent paraître vers l'an -116, renfermaient la période de l'histoire romaine comprise entre la -mort de l'empereur Auguste et le règne de Galba par lequel commencent -les _Histoires_. - -À partir de l'an 100, époque à laquelle il soutint, de concert avec -son ami Pline le Jeune, le procès des Africains contre Marius Priscus, -Tacite semble s'être retiré des affaires publiques pour s'adonner -tout entier à la composition de ses grands ouvrages. Il vivait -vraisemblablement encore à l'avènement d'Hadrien (117) et mourut -probablement entre 117 et 120. - - -II.--_LA GERMANIE._ - -L'érudition allemande, qui s'est beaucoup occupée du court écrit de -Tacite sur la Germanie, a soulevé une foule de questions sur le but, -les sources, la date et le titre même de cet ouvrage. On a supposé que -le titre authentique s'était perdu, avec une préface où Tacite rendait -peut-être compte de l'idée qui avait inspiré son livre. Les différents -titres que l'on propose sont fort incertains. On a à choisir entre: -_De origine et situ Germanorum_ (ou _Germaniæ_), _De situ Germaniæ_, -_De situ ac populis Germaniæ_, _De origine, situ, moribus ac populis -Germanorum_. Comme il n'y a presque pas de motif de préférence entre -ces divers titres, on peut se contenter, comme Halm, d'écrire en tête -du livre de Tacite: _C. Taciti de Germania liber_. On ne peut, en -effet, sur ce point, accorder grande confiance aux manuscrits; ceux -qui existent actuellement et dont les principaux sont le _Vaticanus_ -1862 et 1518, le _Leidensis_, le _Neapolitanus_, ont été copiés par -des humanistes de la Renaissance et reproduisent un manuscrit unique -apporté d'Allemagne en Italie et aujourd'hui perdu. - -La date de la composition de _la Germanie_ est assez facile à -déterminer. Tacite nous dit (§ 37) que, depuis la première invasion des -Cimbres (an de Rome 641) jusqu'au second consulat de Trajan (851), il -s'est écoulé 210 ans. On peut en conclure que si Tacite prend le second -consulat de Trajan pour point de départ de son calcul, c'est parce -que cet ouvrage fut composé à cette époque même ou du moins avant le -troisième consulat, un peu avant ou un peu après l'arrivée de Trajan à -Rome. - -On s'est souvent demandé quel but s'est proposé Tacite en écrivant _la -Germanie_. Comme on peut s'y attendre, toutes les solutions possibles -ont été proposées. On a été jusqu'à soutenir que _la Germanie_ était -une sorte de dialogue, dans lequel Tacite avait voulu réunir les -opinions des écrivains antérieurs sur la Germanie, en interrompant -sans cesse cette relation pour compléter, confirmer et, plus souvent, -infirmer leur témoignage. Sa méthode la plus ordinaire de contredire -ses adversaires serait l'ironie. Méthode bien dangereuse, en vérité, -puisqu'on a si souvent pris pour la pensée de Tacite ce qui en était -exactement le contraire[2]. Le tort de la plupart des commentateurs -qui ont voulu trancher nettement la question, a été, semble-t-il, de -se montrer trop exclusifs et de ne pas assez distinguer, autour du -but principal, quel qu'il soit d'ailleurs, l'existence incontestable -d'intentions secondaires. Il est évident, par exemple, qu'on aurait -tort de ne voir dans _la Germanie_ qu'une sorte de roman où serait -dépeint un certain idéal de bonheur, de vie simple et vertueuse. Cet -ouvrage serait ainsi une réplique de la fiction de l'âge d'or, la scène -étant transportée dans le lointain de l'espace au lieu d'être reculée -dans le temps. Le romanesque que l'on croit découvrir dans certains -passages ne doit pas faire illusion. Tacite, il est vrai, fait une -description fantastique du culte mystérieux de la déesse _Nerthus_ et -nous montre une armée entière couverte de boucliers noirs; cela vient -de ce que, trop grave pour inventer des fables, il est aussi trop -consciencieux pour omettre les informations qu'il a recueillies. Dans -le second livre des _Histoires_ nous trouvons sa profession de foi: -«Je crois, dit-il, qu'il est contraire à la gravité de l'histoire de -vouloir intéresser les lecteurs avec des fictions et des fables, mais -je ne voudrais pas non plus enlever toute créance à des traditions -généralement reçues.» D'ailleurs, comment expliquer, dans cette -hypothèse, la présence de tant de détails géographiques? Pourquoi tant -de précision dans la notation du caractère spécial de chaque peuplade? -Et si Tacite a voulu vanter la vie simple et frugale, pourquoi -insiste-t-il sur l'ivrognerie et l'entêtement de ces robustes Germains? -Cependant on ne saurait nier que Tacite ait souvent embelli la vie -de ces peuplades à demi sauvages et fait de leur ignorance des vertus -réfléchies de philosophe. - - [2] Voici, par exemple, comment M. Holub entend le ch. XVII: - Tacite rapporte l'opinion d'un de ses prédécesseurs: _Tegumen - omnibus sagum fibula aut, si desit, spina consertum._--Et Tacite - reprend aussitôt ironiquement: _Ceterum intecti: totos dies juxta - focum atque ignem agunt!_ C'est-à-dire: «Eh quoi! pas d'autre - vêtement? Mais alors le climat les obligerait à rester des - journées entières près du feu! Ne faut-il pas qu'ils aillent à la - chasse, aux assemblées, à la guerre? Ce simple manteau peut-il - suffire?» On devine ce qu'une semblable interprétation peut - réserver de surprises à qui voudra s'y livrer. - -La rhétorique, dont on sent parfois l'influence sur la composition -de l'ouvrage, n'a pas peu contribué à lui donner ce faux air de roman -utopique; mais plus sensible encore est l'influence des préoccupations -du moment et ce n'est pas sans quelque apparence de raison qu'on a -soutenu que Tacite avait voulu avant tout faire la satire des moeurs -de son temps. On sait que Tacite n'est pas l'historien selon l'idée de -Fénelon. Il est bien de son temps et de son pays, et dans le coeur de -ce penseur profond bouillonne un ardent patriotisme. Tacite a étudié -les vices de son siècle; il y a reconnu le signe d'une civilisation -trop avancée qui court fatalement à la décadence. Pour lui, comme -pour tous les Romains qui ont gardé l'amour et l'admiration du peuple -roi, l'idéal est vers le passé; c'est le _mos majorum_ qui a fait la -grandeur de la République, c'est lui qui peut seul la sauver de la -ruine. Aussi, sans être pour cela un révolutionnaire, il saisit avec -empressement l'occasion qui lui est offerte d'opposer à la civilisation -corrompue qui règne à Rome les rudes vertus des Barbares. À chaque -instant la pensée de Tacite est reportée de l'objet de son étude vers -l'état actuel de sa patrie. Si cette préoccupation l'a amené à forcer -quelques traits, elle lui a fourni l'occasion de belles antithèses, -dans lesquelles un peu d'affectation ne nuit pas à la profondeur de la -pensée. Il serait exagéré cependant de considérer _la Germanie_ comme -une satire analogue aux ouvrages de nos philosophes du XVIIIe siècle -qui prétendaient opposer aux vices et aux mensonges conventionnels -de la société le bon sens et les vertus spontanées de la nature -inculte. Tacite s'est contenté de rappeler aux Romains que, chez ces -prétendus barbares, les lois du mariage étaient sévèrement gardées, -la corruption ne prêtait pas à rire, les testaments et les abus qu'ils -provoquent étaient inconnus, les enfants n'étaient point abandonnés à -des mercenaires, la douceur envers les esclaves était habituelle. Avant -Tacite, Horace avait déjà usé de ce procédé en opposant aux moeurs des -Romains les vertus des Gètes et des Scythes (_Odes_, III, 24), et l'on -a pu relever des tendances analogues chez Valérius Flaccus qui publia -son ouvrage environ trente ans avant l'apparition de _la Germanie_. - -_La Germanie_ serait-elle donc plutôt une brochure politique analogue -aux monographies qui paraissent aujourd'hui à propos des questions -brûlantes de la politique extérieure? Les partisans de cette opinion -avouent toutefois que _la Germanie_ n'a pas été improvisée comme le -sont la plupart des écrits de ce genre, mais composée d'après des notes -dès longtemps recueillies. Cette intention politique est loin d'être -aussi évidente qu'on l'a prétendu, puisque les défenseurs de cette -opinion soutiennent, les uns, que Tacite a voulu détourner Trajan de -faire la guerre à des gens si vertueux et si forts, les autres qu'il -a simplement voulu soutenir sa politique. L'empereur en effet, appelé -au trône pendant qu'il se trouvait en Germanie, y resta longtemps -pour consolider la frontière. On désirait le revoir à Rome; de là, -chez Tacite, le désir d'expliquer l'absence de Trajan en montrant la -nécessité de tenir en respect les Barbares. Si telle était l'idée de -Tacite, non seulement elle devrait s'exprimer nettement dans quelque -endroit de l'ouvrage, mais on devrait la deviner présente partout; -or rien ne serait plus difficile à prouver. En effet, quiconque lira -_la Germanie_ sans idée préconçue aura l'impression d'un ouvrage -scientifique. C'est l'avis de Mommsen: «Tout cet écrit, dit-il, fait -l'effet d'être simplement géographique.» - -On s'est appuyé sur cette constatation pour soutenir que _la Germanie_ -était un livre détaché des grands ouvrages. Il aurait survécu à la -perte d'une partie considérable des _Annales_ et des _Histoires_, parce -qu'il aurait été de bonne heure remarqué et copié à part par des moines -allemands du moyen âge. On a été jusqu'à lui fixer sa place dans les -_Histoires_ à l'endroit où Tacite devait parler de la grande coalition -des Sarmates et des Suèves. Selon d'autres, _la Germanie_ aurait été -en effet, d'abord, destinée à prendre place dans les _Annales_ ou les -_Histoires_, mais elle en aurait été séparée par Tacite lui-même et -publiée à part. - -Cette opinion, quelque vraisemblable qu'elle puisse paraître, n'est -pas concluante. Si l'on se rappelle que le _Dialogue des orateurs_ est -un ouvrage de rhétorique où les souvenirs d'école et le désir d'imiter -les périodes cicéroniennes sont si apparents, que l'_Agricola_ garde -une parenté évidente avec les panégyriques depuis si longtemps à la -mode, que _la Germanie_ elle-même fourmille de pointes, de réticences -calculées et d'effets de style, on est tenté de regarder cet ouvrage -comme un essai, où Tacite a voulu former son style et se faire la -main pour aborder les grands ouvrages qu'il méditait. Ceci n'est pas -pour en diminuer la valeur: au contraire. Tacite a dû y apporter tous -ses soins; il a dû à cette occasion consulter de nombreux ouvrages, -non seulement pour assembler des matériaux, mais pour s'inspirer des -meilleurs modèles. Nous le voyons commencer à la manière de César et -terminer par une imitation de Salluste. Sans doute, le procédé est -encore sensible dans _la Germanie_, mais, en somme, c'est l'oeuvre -soignée d'un homme déjà maître de son talent, qui, en exerçant sa -sagacité d'historien et son originalité de styliste, se prépare à la -composition de chefs-d'oeuvre immortels. - -On s'explique pourquoi _la Germanie_ lui a paru le sujet le plus -intéressant. La question germanique était à l'ordre du jour. Depuis que -César avait franchi le Rhin, les Germains n'avaient pas cessé d'être -mêlés aux affaires de Rome, comme ennemis ou comme alliés. À César même -ils avaient fourni, dans sa guerre contre les Gaulois, d'excellents -cavaliers. Ils avaient tenu en échec la puissance d'Auguste. Sous -ses successeurs, ils avaient continué à inquiéter la frontière et on -n'avait jamais pu les considérer comme définitivement soumis de la -même façon que les Gaulois. Tacite avoue qu'ils avaient fourni aux -généraux plutôt des occasions de triomphe que de véritables victoires. -Tout le monde sentait vaguement, et Tacite sans doute mieux que -personne, que le danger viendrait du Nord et que, si une invasion des -Cimbres et des Teutons se renouvelait, on trouverait difficilement un -nouveau Marius et des légions semblables aux vainqueurs de Verceil. -Ajoutez à cela la curiosité qui porte les civilisations raffinées vers -l'étude des populations encore voisines de la barbarie. Le succès de -la littérature exotique de nos jours ne s'explique pas autrement. Or, -à l'époque de Tacite, l'Orient, souvent décrit, était trop connu; la -Germanie et les pays du Nord, du côté des mers mystérieuses et des -nuits de plusieurs mois, devaient intéresser davantage. Ces récits -sur des peuples lointains remplaçaient dans la curiosité des lecteurs -les légendes mythologiques auxquelles on ne croyait plus. Le livre -de Tacite répondait à ce besoin; il avait l'exactitude d'une sérieuse -étude géographique et l'intérêt d'un roman. Tacite reconnaît dans ses -_Annales_ que les récits de ce genre sont les plus propres à piquer la -curiosité du lecteur. - -Au reste, quoi qu'il en soit du but de Tacite dans la composition -de _la Germanie_, on s'accorde à reconnaître que ce livre renferme -un grand nombre de faits exacts, intéressants, puisés aux meilleures -sources. Ici une question se pose: Tacite parle-t-il de choses qu'il a -vues lui-même? A-t-il visité la Germanie? On sait, par le témoignage -de l'écrivain lui-même dans l'_Agricola_, qu'il fut absent de Rome -à partir de 89 pendant quatre ou peut-être sept ans. Quel fut le -motif de cette absence? On a prétendu que ce ne pouvait être l'exil -ni une retraite volontaire, qu'il s'agissait donc d'une mission -assez lointaine, peut-être du commandement d'une légion sur le Rhin. -Malheureusement on ne peut fournir aucune preuve à l'appui de cette -assertion. Il est vrai que Tacite, par la vivacité de son style, semble -peindre des choses qu'il a vues lui-même, mais on ne peut rien conclure -de cette observation puisqu'il parle de la même manière de certaines -contrées qu'il n'a certainement jamais visitées. - -Si Tacite n'est pas un témoin oculaire, on peut être du moins certain -qu'il n'a négligé aucun moyen d'information. Il a naturellement -consulté les écrivains qui s'étaient occupés avant lui de la Germanie. -Beaucoup de ces ouvrages étant perdus pour nous, nous ne pouvons savoir -au juste dans quelle mesure Tacite s'est inspiré de ses devanciers. -Ses principales sources paraissent avoir été César, Mela, Pline et -peut-être Salluste. Le rapprochement n'est possible qu'avec César dont -nous possédons les oeuvres. César avait souvent eu l'occasion, dans sa -guerre des Gaules, de connaître les Germains, mais il s'était contenté -de leur consacrer quelques chapitres de ses _Commentaires_. Tacite est -donc plus explicite, mais il n'est jamais en contradiction avec celui -qu'il appelle _summus auctorum_. - -Bien qu'il soit impossible de déterminer exactement ce que Tacite a -ajouté aux connaissances déjà consignées par les écrivains antérieurs, -on ne peut douter qu'il ait contrôlé avec soin leurs affirmations et -recueilli tous les renseignements oraux de nature à rendre son étude -plus neuve, plus complète et plus intéressante. Or il était facile -de recueillir sur la Germanie une foule de détails offrant toutes -les garanties de certitude désirables. Si Tacite n'a pas été chargé -personnellement de quelque mission sur les bords du Rhin, il a eu -souvent l'occasion d'interroger les soldats qui avaient pris part aux -guerres de Germanie. En outre, le commerce amenait des Germains à Rome, -et les marchands italiens parcouraient des pays du nord où les aigles -romaines ne s'étaient pas encore montrées. Il est probable que le -commerce du succin attira des commerçants jusqu'en Suède. Si toutefois -les indications géographiques de Tacite restent bien inférieures -à ses descriptions ethnographiques, on ne peut s'en étonner; les -anciens n'ont jamais pu arriver, en géographie, qu'à des connaissances -approximatives, faute des instruments nécessaires à cette science. -Au reste, peu nous importent aujourd'hui les erreurs de ce genre; ce -sont les détails de moeurs qui offrent, pour les modernes, le plus -haut intérêt. Les grandes invasions qui ont bouleversé la meilleure -partie de l'Europe quelques siècles après l'ère chrétienne, ont établi -dans les moeurs et dans les institutions des territoires envahis un -grand nombre de coutumes d'abord propres aux peuplades de la Germanie. -Montesquieu a dit: «Il est impossible d'entrer un peu avant dans -notre droit politique si l'on ne connaît parfaitement les lois et les -moeurs des peuples germains.» On peut voir, dans le premier livre de -l'_Histoire de la littérature anglaise_, quel usage Taine a su faire de -l'ouvrage de Tacite pour marquer les traits caractéristiques de la race -anglo-saxonne. - -Il est à regretter cependant que Tacite n'ait pas assez compris -l'importance des langues pour le classement des peuples, que le peu -de détails qu'il donne sur la religion des Germains soit gâté par -l'habitude d'identifier les dieux de tous les peuples aux habitants de -l'Olympe gréco-romain, mais on ne peut raisonnablement exiger de Tacite -des méthodes et des connaissances qui furent complètement étrangères -à son époque. Tel qu'il est, ce livre de _la Germanie_ si court et si -substantiel mérite l'éloge qu'en fait Montesquieu dans l'_Esprit des -lois_: «Tacite a fait un ouvrage exprès sur les moeurs des Germains; -il est court, mais c'est l'ouvrage de Tacite qui abrégeait tout parce -qu'il voyait tout.» - - -III.--SOMMAIRE DE _LA GERMANIE_. - -_La Germanie_ a été composée avec beaucoup de soin; la facilité avec -laquelle Tacite passe d'un sujet à l'autre en suivant l'enchaînement -naturel des idées, masque habilement un plan très bien agencé. Le livre -se divise naturellement en deux parties: une partie générale consacrée -aux renseignements géographiques, aux moeurs et institutions communes -à tous les Germains, et une partie spéciale dans laquelle sont décrites -à part toutes les peuplades de la Germanie, chacune avec les traits qui -la distinguent des tribus voisines. - - -I. PARTIE GÉNÉRALE. - - -A. _Le sol et les habitants._ - -1. Position et géographie physique de la Germanie. 2. Origine des -anciens peuples de la Germanie et légendes qui s'y rapportent. 3. Suite -des traditions antiques, le Bardit. 4. Pureté de la race; le physique -des Germains. 5. Productions du sol; mépris de l'or et de l'argent. - - -B. _Institutions publiques._ - -6. Armement des Germains. Cavalerie et infanterie. Punition des lâches. -7. Autorité des rois et des chefs. Rôle des prêtres. Courage des femmes -germaines. 8. Vénération pour les femmes. Veleda. Albruna. 9. Religion -des Germains. Leurs divinités. 10. Différentes manières de tirer -des augures. 11. Assemblées publiques. Délibérations. 12. La justice -rendue dans les assemblées. Tribunaux organisés pour les cantons. 13. -Émancipation du jeune homme, organisation militaire. 14. Obligations -des chefs de guerre et de leurs compagnons. 15. Manière de vivre -pendant la paix. Cadeaux faits aux chefs. - - -C. _Vie privée._ - -16. Les habitations. 17. Les vêtements. 18. Respect du mariage. -Les présents, symboles des devoirs des époux. 19. Châtiment de -l'inconduite. Pureté des moeurs. 20. Éducation des enfants. Parentés. -Successions. 21. Haines héréditaires. Compensation de l'homicide. -Hospitalité. 22. Défauts des Germains. Ivresse. Brutalité. Affaires -traitées pendant et après les festins. 23. Boisson fermentée. -Nourriture simple et frugale. 24. Amusements. Danse des armes. Passion -du jeu. 25. Rôle et condition des esclaves et des affranchis. 26. -Ignorance de l'usure. Partage des terres. 27. Funérailles. - - -II. PARTIE SPÉCIALE. - -28. Les Gaulois qui se sont établis en Germanie: Helvètes, Boïens, -Aravisques, Oses. Germains établis sur la rive gauche du Rhin: -Trévires, Nerviens, Vangions, Triboques, Ubiens. 29. Bataves. -Mattiaques. Champs décumates. 30. Les Chattes, peuple guerrier et -discipliné. 31. Coutumes guerrières, aspect effrayant des Chattes. -32. Les Usipiens; les Tenctères, excellents cavaliers. 33. Les -Bructères; ils sont chassés par les Chamaves et les Angrivariens. -Pressentiments de Tacite. 34. Les Dulgubniens, les Chasuares, les -Frisons. 35. Les Chauques, le plus noble peuple de Germanie. 36. Les -Chérusques, vaincus par les Chattes. Leur défaite entraîne celle des -Foses. 37. Les Cimbres; rapide esquisse des guerres de Germanie. 38. -Les Suèves: usages spéciaux. 39. Les Semnons; leur bois sacré. 40. -Les Langobards, les Reudignes, etc. Culte de la déesse Nerthus. 41. -Les Hermondures. Relations commerciales avec les Romains. 42. Les -Naristes, les Marcomans, les Quades. 43. Les Marsignes, les Cotins, les -Oses, les Bures. La Suévie traversée par une chaîne de montagne. Les -Tugiens. Aspect terrifiant des Hariens. 44. Les Suiones, navigateurs. -Gouvernement royal. Les Sitones gouvernés par une femme. 45. La -mer dormante. Les Æstiens. Commerce du succin. 46. Les Peucins, les -Venèdes, les Fennes. Légendes sur des peuples fabuleux. - - - - -CORNELII TACITI - -DE GERMANIA - -LIBER - - -=1.= Germania omnis[1] a Gallis Rætisque et Pannoniis[2] Rheno et -Danuvio fluminibus, a Sarmatis Dacisque mutuo metu aut montibus[3] -separatur: cetera Oceanus[4] ambit, latos sinus et insularum immensa[5] -spatia complectens, nuper cognitis[6] quibusdam gentibus ac regibus, -quos bellum aperuit. Rhenus, Ræticarum Alpium inaccesso ac præcipiti -vertice[7] ortus, modico flexu[8] in occidentem versus septentrionali -Oceano miscetur. Danuvius, molli et clementer edito[9] montis Abnobæ -jugo effusus, plures populos adit, donec[10] in Ponticum mare sex -meatibus[11] erumpat: septimum[12] os paludibus hauritur. - - [1] =Germania omnis=, la Germanie prise dans son ensemble. Il - s'agit de la grande Germanie, par opposition aux deux provinces - romaines de Germanie, situées sur la rive gauche du Rhin. Ce - début paraît imité de César, _B. G._, I, 1. - - [2] =A Gallis Rætisque et Pannoniis=. Le changement de particule - indique que ces trois termes sont répartis en deux groupes, d'un - côté _Gallis_, de l'autre _Rætis et Pannoniis_, correspondant - l'un à _Rheno_, l'autre à _Danuvio_. Cf. Ragon, _Gr. lat._, § - 534. - - [3] =Mutuo metu aut montibus=. Remarquez la vivacité de cette - expression, produite par le rapprochement de deux idées de nature - différente. Ces montagnes sont les Karpathes. Cf. 7, note 13. - - [4] =Oceanus=. Sous cette dénomination il faut entendre la Mer - du Nord et la Baltique. Ces _latos sinus_ sont des presqu'îles, - et non pas des golfes, le Jutland probablement. Cf. 29, - _sinus imperii_, et la note. À travers l'incertitude de ces - renseignements géographiques, certains commentateurs ont voulu - voir l'intention de grandir, dans un but politique, l'importance - de la Germanie. - - [5] =Immensa=: ce mot a un sens plus faible qu'à l'époque - classique. Tacite remploie communément dans le sens de _très - grand_. Traduisez: de vastes étendues d'îles. - - [6] =Nuper cognitis=. Cette proposition à l'ablatif absolu, où - le participe a la valeur de l'aoriste et non pas du parfait, - exprime avec beaucoup de concision la source des renseignements - donnés dans le membre de phrase précédent. _Nuper_ a une valeur - relative, car les expéditions dont il s'agit ici ont eu lieu 10 - ans avant J.-C. - - [7] =Vertice=: l'Adula (en latin _Adulas_) ou Rheinwaldhorn qui - se trouve à l'est du Saint-Gothard. - - [8] =Modico flexu=. Il ne s'agit pas, comme on le croit - quelquefois, d'un coude du fleuve ou d'un «léger détour», mais - d'une direction générale. Le Rhin, au lieu de se diriger vers le - Nord, s'incline légèrement vers l'Occident.--_Versus_. Bien qu'on - trouve parfois _versus_, adverbe, joint à _in_ par pléonasme, - ce mot est plutôt ici un participe, malgré le manque de liaison - entre _ortus_ et _versus_. - - [9] =Molli et clementer edito=. Ces deux expressions sont fort - voisines de sens, mais la première se trouve déjà à l'époque - classique, tandis que la seconde n'apparaît dans ce sens que plus - tard. Les expressions presque synonymiques sont nombreuses dans - les premiers ouvrages de Tacite, où la couleur oratoire est plus - prononcée.--_Abnoba_. L'orthographe de ce mot a été longtemps - incertaine, mais des inscriptions ont levé tous les doutes. - - [10] =Donec... erumpat=. Ce subjonctif est contraire à l'usage - classique. Tacite emploie ainsi le subjonctif présent avec - _donec_ sans distinguer s'il y a ou non une intention à exprimer. - Cf. 31, _donec absolvat_, _donec faciat_; 35, _donec sinuetur_, - et 20, note 5. - - [11] =Meatus=, litt., «marche» (de _meare_), puis, «passage, - voie, canal», enfin comme ici, «embouchure». Ce mot, à l'époque - classique, est poétique. - - [12] =Septimum=. Ovide dit du Danube (_Tristes_, II, 2, 189): - _Septemplicis Histri_. Hister (+Istros+) est le nom grec, Danuvius - le nom celtique latinisé. - - -=2.= Ipsos[1] Germanos indigenas crediderim[2] minimeque aliarum -gentium adventibus[3] et hospitiis mixtos, quia nec terra olim, sed -classibus advehebantur qui mutare sedes quærebant[4], et immensus -ultra[5] utque sic dixerim adversus[6] Oceanus raris ab orbe nostro -navibus aditur. Quis porro[7], præter periculum horridi et ignoti -maris, Asia aut Africa aut Italia relicta, Germaniam peteret[8], -informem terris, asperam cælo, tristem cultu aspectuque[9], nisi si -patria sit? Celebrant carminibus antiquis, quod[10] unum apud illos -memoriæ et annalium genus est, Tuistonem[11] deum terra editum et -filium Mannum originem gentis conditoresque[12]. Manno tres filios -assignant, e quorum nominibus proximi Oceano Ingævones, medii -Herminones, ceteri Istævones vocentur[13]. Quidam[14], ut[15] in -licentia vetustatis, plures deo ortos pluresque gentis appellationes, -Marsos, Gambrivios, Suevos, Vandilios affirmant, eaque vera et antiqua -nomina. Ceterum Germaniæ vocabulum recens et nuper additum[16], quoniam -qui primi Rhenum transgressi Gallos expulerint ac nunc Tungri[17], tunc -Germani vocati sint: ita, nationis nomen, non gentis[18], evaluisse -paulatim, ut omnes primum a victore ob metum, mox[19] etiam a se ipsis -invento nomine Germani vocarentur[20]. - - [1] =Ipsos= marque ici la transition. Tacite passe du pays aux - habitants eux-mêmes. Cf. _Agricola_, 13, une transition analogue. - - [2] =Crediderim=. Le subjonctif affaiblit encore l'affirmation - déjà adoucie par l'emploi de ce verbe. (_Gr. lat._, 423.) - - [3] =Adventibus= peut s'appliquer à des immigrations (_adventus - gallicus_ dans Cicéron signifie l'invasion des Gaulois), - _hospitiis_, seulement à des relations pacifiques. Cette opinion - de Tacite et, par conséquent, les raisons sur lesquelles il - l'appuie sont inexactes. De grandes migrations venues d'Asie - ont peuplé l'Europe, et elles se sont effectuées par terre; - mais Tacite songe à combattre l'opinion d'après laquelle des - immigrations auraient eu lieu des bords de la Méditerranée, et en - ce sens il a raison. - - [4] =Quærebant=. Ce verbe ne se construit pas d'ordinaire avec - l'infinitif, sauf chez les poètes, et postérieurement à l'époque - classique. - - [5] =(Oceanus) ultra=. L'océan qui s'étend vers le nord de - l'autre côté de la Germanie. _Ultra_ joue ici le rôle d'adjectif. - Cette façon de parler, que l'existence d'un article en grec rend - très fréquente dans cette langue, est rare en latin, du moins - chez Cicéron et César, mais Tite-Live et Tacite en usent assez - souvent. Cf. Riemann, _Synt. lat._, § 5. - - [6] =Adversus=. Ce mot signifie ici opposé (au monde romain dont - la Méditerranée occupait le centre). On le traduit quelquefois - par hostile (cf. 34, note 6) et, comme on dit souvent _adverso - flumine navigare_, on a pensé aussi que Tacite voulait marquer - par ce mot qu'en allant vers le Nord on est en quelque façon - obligé de remonter l'Océan, que les anciens se représentaient - comme un fleuve entourant la terre. - - [7] =Porro= introduit une confirmation du raisonnement commencé. - _Præter_ = _ut prætermittam_, sans parler de. - - [8] =Quis... peteret?= Qui aurait gagné la Germanie? Sur la - signification de cet imparfait du subjonctif (potentiel du - passé), cf. Ragon, _Gr. lat._, 423, rem. 3. - - [9] =Tristem cultu aspectuque=. D'après Tacite, le sol de la - Germanie n'est pas favorable à la culture et ne rachète même pas - ce défaut par le pittoresque de son aspect. Il manque à la fois - de fertilité et de beauté.--_Nisi si_ est un pléonasme de la - langue familière. - - [10] =Quod= s'accorde avec l'attribut au lieu de s'accorder avec - son antécédent. (_Gr. lat._, 360.)--_Memoriæ et annalium genus_: - pléonasme, cf. 1, note 9. _Memoria_, terme plus général, désigne - tout moyen de conserver le souvenir des événements, _annales_ - désigne plus spécialement l'histoire écrite. - - [11] =Tuistonem=, =Mannum=. On croit reconnaître dans ces deux - mots l'allemand _deutsch_ (Allemand) et _Mann_ (homme). - - [12] =Originem gentis conditoresque=: pléonasme. Cf. note 10. Ce - sens du mot _conditor_ est fréquent chez Virgile. - - [13] =Vocentur=: subjonctif du discours indirect. _Assignant_ - équivaut en effet à _fuisse dicunt_. (_Gr. lat._, 452 et rem.) - - [14] =Quidam=: il s'agit, non des Germains, mais des Romains qui - se sont occupés des antiquités germaniques. - - [15] =Ut= s'emploie souvent pour introduire une explication - fondée sur l'expérience, sur un fait habituel. Il équivaut alors - à _ut fieri solet_.--_Licentia vetustatis_. Les temps reculés - fournissent plus ample matière à la légende et plus de liberté - aux discussions historiques. - - [16] =Recens et nuper additum=: pléonasme. Cf. 1, note - 9. VIRGILE, _Énéide_, I, 267: _Cui nunc cognomen Julo - Additur_.--Cette phrase continue le discours indirect introduit - par _affirmant_; de là l'emploi des subjonctifs _expulerint_, - _vocati sint_. - - [17] Après =Tungri=, suppléez _vocentur_ au lieu de _vocati - sint_; c'est la figure appelée zeugma. - - [18] =Gentis=, la race entière. _Natio_, une peuplade. - - [19] =Mox=: cf. 10, note 4. - - [20] =Vocarentur=. À propos de cette phrase un savant - commentateur dit: _Interpretes hic fluctuant et fluctuabunt - æternum._ On peut l'expliquer ainsi: tous ces barbares - d'abord appelés du nom de Germains par les vainqueurs des - Gaulois (c.-à-d. les Tungres) dans le dessein d'effrayer leurs - adversaires, se désignèrent ensuite eux-mêmes de ce nom une - fois inventé. Ces explications de Tacite sont naturellement fort - sujettes à caution. Cf. lexique des noms propres, _Germani_. - - -=3.= Fuisse apud eos et Herculem memorant[1], primumque omnium virorum -fortium ituri in proelia canunt. Sunt illis hæc[2] quoque carmina, -quorum relatu[3], quem barditum[4] vocant, accendunt animos futuræque -pugnæ fortunam ipso cantu augurantur: terrent enim trepidantve, prout -sonuit[5] acies, nec tam vocis ille quam virtutis concentus videtur. -Affectatur præcipue asperitas soni et fractum murmur[6], objectis -ad os scutis, quo[7] plenior et gravior vox repercussu intumescat. -Ceterum[8] et Ulixen[9] quidam opinantur longo illo[10] et fabuloso -errore in hunc Oceanum delatum adisse Germaniæ terras, Asciburgiumque, -quod in ripa Rheni situm hodieque[11] incolitur, ab illo constitutum -nominatumque[12]; aram quin etiam[13] Ulixi[14] consecratam, adjecto -Laertæ patris nomine, eodem loco olim repertam, monumentaque et -tumulos[15] quosdam Græcis litteris inscriptos in confinio Germaniæ -Rætiæque adhuc exstare. Quæ neque confirmare argumentis neque refellere -in animo est[16]: ex ingenio suo quisque demat vel addat fidem[17]. - - [1] =Memorant= (_quidam_). Cf. 2, note 14.--_Herculem_, «un - Hercule», et non pas l'Hercule grec.--_Primum_, «comme le - premier». - - [2] =Hæc=: certains commentateurs trouvent ce mot embarrassant, - et proposent de le changer en _alia_. Il indique que l'existence - de ces chants était bien connue des Romains. - - [3] =Relatu=: Tacite paraît être le premier, et peut-être le seul - qui ait employé ce mot dans le sens de «exécution d'un chant». - - [4] =Barditum= ou =baritum=: l'un, dit-on, viendrait de _Bardhi_ - (bouclier), l'autre de _Baren_ (crier). - - [5] =Sonuit=, s.-e. _cantu_. - - [6] =Fractum murmur=, sons saccadés. VIRG., _Georg._, 4, 72: - _Vox..... fractos sonitus imitata tubarum_. - - [7] =Quo=: cf. _Gr. lat._, 472. - - [8] =Ceterum= indique que le développement reprend son cours - normal après les détails donnés sur le chant des barbares. - - [9] =Ulixen=. Le manque d'un sens critique assez développé a - souvent conduit les anciens à identifier des légendes sur de - simples ressemblances de noms. Les auteurs latins et grecs - paraissent avoir été trompés par le nom celtique _Ulohoxis_. - - [10] =Ille= est souvent emphatique: «ce voyage si fameux». Mais - dans _hunc oceanum_, le pronom _hic_ (_ille_ chez les classiques) - rappelle seulement qu'on a déjà parlé de cette mer. - - [11] =Hodieque= a le sens non classique de _hodie quoque, etiam - hodie_. Cf. Riemann, _Synt. lat._, p. 504, note. On sous-entend - quelquefois _est_ après _situm_, _que_ conservant son sens - ordinaire. - - [12] =Nominatumque=. On suppose une lacune après ces mots. Tacite - aurait écrit sans doute le nom grec qu'on supposait remonter à - Ulysse, peut-être +astypyrgion askipyrgion+. Très probablement les - anciens ont été trompés ici encore par une fausse analogie. Il y a - aujourd'hui près du Rhin une localité nommée _Asburg_. - - [13] =Quin etiam=. Tacite aime à placer cette locution après un - mot. Cf. 8, _Inesse quin etiam..._; 34, _Ipsum quin etiam_. - - [14] =Ulixi= (= _ab Ulixe_): datif avec le passif. Certains - commentateurs s'opposent à ce que ce datif soit regardé comme - désignant l'agent, à cause de _adjecto patris nomine_, et - traduisent: «autel consacré à Ulysse». - - [15] =Monumenta et tumulos=. Comme au ch. 2: _memoriæ et annalium - genus_, le mot général précède le mot spécial. Cf. 1, note 9. - - [16] =In animo est=: cette expression paraît avoir appartenu - surtout au langage familier. Cf. Riemann, _Synt. lat._, § 183, - 2º. - - [17] =Ex ingenio=, d'après sa tournure d'esprit. Cf. 7, note - 1.--_Demere_ et _addere fidem_ sont des expressions poétiques; - elles ne signifient pas seulement «croire» ou «ne pas croire», - mais «accréditer» ou «discréditer». Cf. _Annales_, IV, 9: _Ad - vana revolutus vero quoque fidem dempsit_. _Histoires_, III, 39: - _Addidit facinori fidem_. Mais, dans Ovide, _Remed. am._, 290, - _Deme veneficiis carminibusque fidem_ signifie simplement «ôte ta - confiance, cesse de croire à...». - - -=4.= Ipse eorum opinionibus[1] accedo, qui Germaniæ populos nullis[2] -aliarum nationum conubiis infectos[3] propriam et sinceram et tantum -sui similem gentem exstitisse arbitrantur. Unde habitus[4] quoque -corporum, quanquam in tanto hominum numero, idem omnibus: truces et -cærulei oculi, rutilæ comæ, magna corpora et tantum ad impetum[5] -valida; laboris atque operum[6] non eadem[7] patientia, minimeque sitim -æstumque tolerare, frigora atque inediam cælo solove[8] assueverunt. - - [1] =Opinionibus=. Tacite met le pluriel, bien qu'il ne s'agisse - que d'une seule opinion, parce qu'il pense à chaque érudit en - particulier. On écrit d'ailleurs aussi _opinioni_. - - [2] =Aliis= est employé à la façon des Grecs, pour renforcer - _aliarum_. Cf. _Dial. des orateurs_, 10: _Ceteris aliarum artium - studiis_. On prend aussi quelquefois _aliis_ dans le sens fort - d'«étrangers». D'autres le suppriment simplement. - - [3] Parfois _inficere_ signifie seulement «imprégner, mélanger». - Sénèque: _Sapientia nisi infecit animum..._ mais l'idée - d'altération, de corruption s'y ajoute souvent. Cf. 46: _Conubiis - mixtis nonnihil in Sarmatarum habitum foedantur._ - - [4] =Habitus=. Il ne s'agit pas de la constitution intérieure, - mais de la conformation, de l'aspect extérieur. Cf. 17, note 9. - - [5] =Impetum=, l'élan, c.-à-d. les actions qui demandent une - certaine impétuosité. - - [6] =Laboris= (travail en général) _et operum_ (travaux - militaires): cf. 1, note 9. - - [7] =Non eadem= indique une comparaison et suppose deux termes; - mais si le second ressort du contexte, Tacite l'omet souvent. Cf. - 23 et 35. - - [8] =Cælo solove=: ablatifs de cause; l'inclémence du ciel les - habitue au froid, la stérilité du sol, à la faim. Remarquez - la construction de la phrase: d'un côté _sitim æstumque_, - de l'autre _frigora et inediam_, opposés par asyndète, avec - entre-croisement. Mais il est inutile de supposer que Tacite, - pour plus de variété encore, fait dépendre le premier membre de - _tolerare_, le second directement de _assueverunt_: _tolerare_ - gouverne les deux membres. - - -=5.= Terra etsi aliquanto[1] specie differt, in universum[2] tamen aut -silvis horrida aut paludibus foeda, humidior, qua Gallias, ventosior -qua Noricum ac Pannoniam aspicit; satis[3] ferax, frugiferarum -arborum impatiens, pecorum[4] fecunda, sed plerumque improcera[5]. -Ne armentis quidem suus[6] honor aut gloria frontis: numero gaudent, -eæque solæ et gratissimæ opes sunt. Argentum et aurum propitiine -an irati dii negaverint dubito[7]; nec tamen affirmaverim[8] nullam -Germaniæ venam argentum aurumve gignere: quis enim scrutatus est[9]? -Possessione et usu haud perinde[10] afficiuntur. Est videre[11] apud -illos argentea vasa, legatis et principibus eorum muneri data, non in -alia[12] vilitate quam quæ humo finguntur; quanquam[13] proximi ob usum -commerciorum aurum et argentum in pretio habent[14] formasque quasdam -nostræ pecuniæ[15] agnoscunt atque eligunt; interiores simplicius et -antiquius permutatione mercium utuntur. Pecuniam probant veterem et -diu notam[16], serratos bigatosque; argentum quoque magis quam aurum -sequuntur, nulla affectione animi[17], sed quia numerus argenteorum -facilior usui est promiscua ac vilia mercantibus. - - [1] =Aliquanto=, jusqu'à un certain point. Trad.: «Bien que le - pays offre des aspects assez divers». - - [2] =In universum=, en général, en faisant abstraction des - différences partielles. Cf. 6: _In universum æstimanti_, et la - note. Les expressions de ce genre sont fréquentes chez Tacite. - Cf. 27 et 38, _in commune_; 21, _in publicum_.--_Horrida_, s.-e. - _est_. - - [3] =Satis= (ablatif pluriel) désigne tout ce qui se sème, - spécialement les céréales, mais aussi d'autres graines. Il - s'oppose à _frugiferarum arborum_, qui signifie les arbres - fruitiers proprement dits, c.-à-d. cultivés, comme en Italie; - autrement il y aurait contradiction avec le chap. 23, où Tacite - dit que les Germains vivaient de fruits sauvages. - - [4] =Pecus= désigne le bétail en général, comme chevaux, boeufs, - brebis, et sans doute aussi, en cet endroit, porcs. Il signifie - spécialement le menu bétail quand il est opposé à _armenta_, qui - désigne les gros animaux employés au labour. - - [5] =Improcera= (_hæc pecora sunt_). La substitution subite d'un - nouveau sujet, d'ailleurs sous-entendu, rend cette construction - fort dure. - - [6] =Suus=, qui leur convient. Tacite en juge d'après les boeufs - d'Italie qui avaient et ont encore de fort longues cornes. Pour - cet emploi de _suus_ avec un nominatif, cf. Ragon, _Gr. lat._, - 346, 1º, et Riemann, _Synt. lat._, § 9, rem. IV.--_Honor_ et - _gloria_ sont pris métaphoriquement pour ce qui les produit. - _Aut_ distingue nettement les deux qualités: _honor_, c'est la - grandeur de la taille (_proceritas_); _gloria frontis_, c'est la - longueur des cornes. - - [7] =Dubito=. Une de ces pointes fréquentes chez Tacite et fort - recherchées des écrivains de son temps. - - [8] =Affirmaverim=: cf. 2, note 2. - - [9] =Scrutatus est=. Tacite raconte dans les _Annales_ (XI, 20) - qu'un certains Rufus exploitait une mine d'argent en Germanie. - Mais il ignorait encore ce fait quand il composa ce livre, ou - peut-être n'a-t-il pas cru devoir en tenir compte, car cette - entreprise rapporta peu de chose et ne dura pas: _Unde tenuis - fructus nec in longum fuit_. - - [10] =Haud perinde=. Les uns expliquent: «ils sont inégalement - touchés, les uns plus, les autres moins». D'autres, suppléant - le second terme de la comparaison, traduisent: «Ils ne sont pas - touchés de la même manière que nous», ou entendent: _Possessione - haud perinde quam (atque) usu afficiuntur._ Il est plus simple de - traduire _haud perinde_ par «non pas tellement, pas beaucoup, pas - comme on pourrait le croire», en grec, +ouch homoiôs+. On en a des - exemples dans Suétone (_Tiber._, 52): _Tiberius ne mortuo quidem - Druso perinde affectus est_; et dans Tacite même: _Arminius Romanis - haud perinde celebris_. - - [11] =Est videre=, en grec +estin (= exestin) idein+; cette - construction est peut-être d'origine vulgaire. Cf. Riemann, page - 299, note, où ce passage est cité. - - [12] =Non in alia= = _in eadem, in pari vilitate_. - - [13] =Quanquam=, cependant (_Gr. lat._, 499, rem.).--_Proximi_ - (s.-e. _nobis_) est opposé à _interiores_, trois lignes plus - loin.--_Usus commerciorum_ dit plus que _commercium_ seul; c'est - la pratique habituelle des relations commerciales. - - [14] =In pretio habere=, «attacher du prix à». OVIDE: _In pretio - pretium nunc est_, on attache aujourd'hui du prix à l'argent - seul. - - [15] =Pecunia=, ici «argent monnayé, monnaie». - - [16] =Veterem et diu notam=. Ce n'était pas sans raison, car les - anciennes pièces contenaient plus de métal précieux. _Serratos - bigatosque (denarios)_. Les _serrati_ (_serra_, scie) avaient - le bord dentelé; les _bigati_ portaient l'effigie d'une Victoire - conduisant un char à deux chevaux (_bigæ_). - - [17] =Nulla affectione animi=: ce n'est pas chez eux une - affaire de sentiment, de goût, mais une préférence fondée sur la - commodité.--_Promiscua_, à la portée de tous, vulgaire, commun. - - -=6.= Ne ferrum quidem superest[1], sicut ex genere telorum colligitur. -Rari[2] gladiis aut majoribus lanceis utuntur: hastas vel ipsorum -vocabulo _frameas_ gerunt, angusto et brevi ferro[3], sed ita acri -et ad usum habili, ut eodem telo, prout ratio poscit, vel cominus vel -eminus pugnent. Et eques quidem scuto frameaque contentus est; pedites -et missilia[4] spargunt, plura singuli, atque in immensum[5] vibrant, -nudi aut sagulo leves[6]. Nulla cultus[7] jactatio; scuta tantum -lætissimis coloribus[8] distinguunt. Paucis loricæ, vix uni alterive -cassis aut galea[9]. Equi non forma, non velocitate conspicui; sed -nec variare gyros[10] in morem nostrum docentur: in rectum aut uno -flexu dextros agunt, ita conjuncto orbe[11] ut nemo posterior sit. In -universum æstimanti[12] plus penes peditem roboris; eoque[13] mixti -proeliantur, apta et congruente ad equestrem pugnam velocitate[14] -peditum, quos ex omni juventute delectos ante aciem locant. Definitur -et numerus: centeni ex singulis pagis sunt, idque ipsum inter suos -vocantur[15], et quod primo numerus fuit, jam nomen et honor est. Acies -per cuneos[16] componitur. Cedere loco, dummodo rursus instes, consilii -quam[17] formidinis arbitrantur. Corpora suorum etiam in dubiis -proeliis referunt. Scutum reliquisse præcipuum[18] flagitium, nec aut -sacris adesse aut concilium inire ignominioso fas; multique superstites -bellorum infamiam laqueo finierunt[19]. - - [1] =Superest=, litt., est surabondant. TÉRENCE: _Cui tanta erat - res et supererat_. Traduisez: le fer lui-même n'est pas fort - abondant. - - [2] =Rari=, c'est le petit nombre qui se sert de. - - [3] =Angusto et brevi ferro=. Cependant Tacite désigne ainsi - les armes des Germains, _Annales_, I, 64: _Hastæ ingentes_; II, - 14: _enormes hastas_; II, 21: _prælongas hastas_. On n'est pas - d'accord sur la forme de la framée. Les uns en font une épée, - les autres une hache. Si certaines armes, découvertes dans les - tombeaux mérovingiens, sont bien les antiques framées, elles - avaient la forme d'une pique. C'est aussi ce que ferait croire - la ressemblance du mot _framea_ avec l'allemand _Pfriem_, qui - désigne un corps long et pointu, comme une broche; Mullenhof le - rapproche de l'ancien allemand _fram_, en avant. - - [4] =Missilia= (de _missus_), tout ce qui peut être lancé, - projectiles de toute espèce, spécialement javelots et pierres. - - [5] =In immensum=. Cf. 1, note 5. - - [6] =Leves=, «vêtus légèrement», c.-à-d. portant le léger - vêtement appelé _sagulum_, plus court que le _sagum_. Cf. 17, - note 1. - - [7] =Cultus=, l'habillement, l'équipement considéré au point - de vue de l'ornementation. Trad., «ils n'ont pas la vanité du - costume». - - [8] =Lætissimis coloribus=, couleurs très voyantes, opposées aux - couleurs sombres des boucliers des Hariens au ch. 43. On écrit - aussi _lectissimis_ qui paraît moins satisfaisant. STACE, _Ach._, - I, 323: _lætum rubere_. - - [9] =Vix uni alterive=, à peine un ou deux.--_Cassis_, casque en - métal; _galea_, casque en cuir. - - [10] =Variare gyros= = _in varios gyros ire_. - - [11] =Orbe=. Certains commentateurs pensent que les Germains - font manoeuvrer leurs chevaux droit devant eux (_in rectum_) ou - en cercle fermé (_conjuncto orbe_) dans lequel personne ne se - trouve le dernier. Mais ce mouvement paraît bien élémentaire, et - d'ailleurs _dextros_ et _posterior_ s'expliquent mal. Il s'agit - plutôt d'un mouvement de conversion à droite, exécuté autour d'un - centre fixe. Les cavaliers décrivent le cercle, alignés les uns - près des autres (_conjuncto orbe_) de telle façon qu'aucun d'eux - ne reste trop en arrière. - - [12] =Æstimanti=. Ce datif de relation désigne la personne par - rapport à laquelle l'affirmation est vraie: «Pour quelqu'un - qui...» Cet emploi du datif, inconnu à Cicéron et à Salluste, - paraît imité du grec. On trouve déjà dans César, _B. G._ III, 80, - 1: _Venientibus ab Epiro_. (_Gr. lat._, 280, rem. 2.) - - [13] =Eo= = _ideo_. - - [14] =Velocitate=. César, _B. G._, I, 48, décrit avec beaucoup - de précision, en général qui l'a vu exécuter, cette manoeuvre qui - n'est qu'indiquée ici. - - [15] =Id ipsum vocantur=. Ils sont désignés sous ce nom même: les - _cent_. - - [16] =Per cuneos=: leur front de bataille est formé par des - groupes ayant la forme de coins et rangés en ligne. - - [17] =Quam=, s.-e. _potius esse_. Cette sorte d'ellipse dans - les comparaisons est fréquente chez Tacite. Il emploie même - ainsi deux adjectifs au positif, _Ann._, IV, 61: _Agrippa claris - majoribus quam vetustis_. - - [18] =Præcipuum=, le principal, le plus grand opprobre. Cet - adjectif est fréquemment employé par les auteurs de la décadence - pour marquer une idée superlative en général. Il en est de même - de _egregius_, _eximius_.--_Reliquisse_: cet infinitif parfait - marque que l'on considère l'action dans son achèvement et dans - ses conséquences. - - [19] =Finierunt=. D'après Gantrelle, _Gram. de Tacite_, § 7, - Tacite emploie, au parfait, la 3e personne du pluriel en _[=e]re_ - dans le sens de notre passé défini, et en _[=e]runt_ dans le sens - du passé indéfini. Ici: ont mis fin à leur honte. - - -=7.= Reges ex[1] nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus -infinita aut libera[2] potestas, et duces exemplo potius quam imperio, -si prompti, si conspicui, si ante aciem agant, admiratione præsunt[3]. -Ceterum neque animadvertere[4] neque vincire, ne verberare quidem nisi -sacerdotibus permissum, non quasi[5] in poenam nec ducis jussu, sed -velut deo imperante, quem adesse bellantibus credunt. Effigiesque et -signa[6] quædam detracta lucis in proelium ferunt. Quodque[7] præcipuum -fortitudinis incitamentum est, non casus nec fortuita conglobatio[8] -turmam aut cuneum[9] facit, sed familiæ et propinquitates; et in -proximo pignora[10], unde feminarum ululatus audiri[11], unde vagitus -infantium. Hi cuique sanctissimi testes, hi maximi laudatores: ad -matres, ad conjuges vulnera ferunt[12]; nec illæ numerare aut exigere -plagas pavent, cibosque et hortamina[13] pugnantibus gestant. - - [1] =Ex=, suivant, d'après: cf. 3, _ex ingenio suo_. - - [2] =Infinita aut libera=. Bien que cette expression ait l'air - d'un pléonasme, on peut trouver entre ces deux adjectifs une - différence de sens accentuée par l'emploi de _aut_ au lieu - de _et_. Trad.: «Le pouvoir des rois n'est pas illimité ou - même simplement sans contrôle.»--Tandis que les Romains de la - république méprisaient les barbares en les regardant comme les - esclaves de leurs rois, les Romains de l'empire, opprimés par - les tyrans, en étaient venus à envier la liberté de ces mêmes - barbares; Lucain (_Phars._, VII) appelle la liberté _Germanum - Scythicumque bonum_. - - [3] Cette phrase est remarquable par l'emploi répété (anaphore) - de _si_, qui, entraînant la suppression de la liaison, ajoute - beaucoup de vivacité. De plus l'asyndète entre _exemplo - potiusquam imperio_ et _admiratione_ indique une forte gradation. - Pour le subjonctif après _si_, cf. 14, note 4. - - [4] =Animadvertere=, non pas simplement punir, mais punir de - mort. La gradation dans _animadvertere_, _vincire_, _verberare_, - est descendante. Pour les Romains _vincire_ est plus fort que - _verberare_. Cependant Cicéron (_in Verr._, II, 5, 170), à propos - du supplice de Gavius, observe un ordre différent: _Facinus - est vinciri civem romanum, scelus verberari, prope parricidium - necari._ - - [5] =Quasi= tombe également sur _ducis jussu_. On peut - reconnaître ici une sorte d'hendiadyn: _in poenam nec ducis - jussu_ équivaut à: _in poenam ducis jussu ab aliquo petendam_. - Cf. 25, note 7.--_Deo_, la divinité en général parce qu'elle - changeait de nom suivant les peuplades.--Ici, comme en beaucoup - d'autres endroits, Tacite prête aux coutumes des Germains - des raisons d'être que ceux-ci ne soupçonnaient pas. Il use - habilement de ce procédé pour faire la leçon à ses compatriotes. - - [6] =Effigies et signa=, des images et des symboles. Ces images - n'étaient pas des statues de forme humaine, mais représentaient - des animaux tels que loups, ours. Cf. _Hist._, IV, 22. Ces - symboles étaient des étendards ou des armes: ainsi la lance était - l'attribut de Wôdan, le marteau celui de Thunar. - - [7] =Quod=. Cette proposition relative forme une apposition à - toute la proposition qui suit.--_Præcipuum_: cf. 6, note 18. - - [8] =Non casus nec fortuita conglobatio=, comme s'il y avait: - _non casus fortuitæ conglobationis_; expression qui tient à la - fois de l'hendiadyn et du pléonasme. - - [9] =Turma= se dit des cavaliers, _cuneus_, des fantassins. Cf. - 6. - - [10] =Pignora=, litt., «gages, objets d'affection». Suivi ou non - de _conjugum liberorumque_, ce mot se dit souvent des membres de - la famille. - - [11] =Audiri=. Cet emploi de l'infinitif est remarquable. On - attendrait _audire est_, ou _audiri possunt_ ou _audias_. C'est - peut-être une imitation de cet infinitif descriptif chez Virgile, - _Énéide_, VII, 15: _Hinc exaudiri gemitus_. - - [12] Il y a dans cette phrase un emploi répété de l'anaphore: - _unde, unde_; _hi, hi_; _ad, ad_; la couleur poétique est très - marquée dans ce passage. - - [13] =Cibos et hortamina=. Tacite réunit ici encore l'abstrait - et le concret comme au ch. 1: _Metu aut montibus_. Cf. Hugo - (_Burgraves_, I, VII): «Debout sur sa montagne et dans sa - volonté.»--_Hortamen_, au lieu de _Hortamentum_, est poétique; - on trouve chez Ovide une foule de mots de ce genre, qui ont - l'avantage d'entrer facilement dans la mesure du vers. - - -=8.= Memoriæ proditur quasdam acies inclinatas jam et labantes[1] -a feminis restitutas constantia precum et objectu pectorum[2] et -monstrata cominus[3] captivitate, quam longe impatientius feminarum -suarum nomine[4] timent, adeo ut[5] efficacius obligentur animi -civitatum quibus inter obsides puellæ quoque nobiles imperantur[6]. -Inesse quin etiam sanctum aliquid et providum[7] putant, nec aut -consilia earum aspernantur aut responsa negligunt. Vidimus[8] sub divo -Vespasiano Veledam diu apud plerosque[9] numinis loco habitam; sed -et olim Albrunam et complures alias venerati sunt, non adulatione nec -tanquam[10] facerent deas. - - [1] =Inclinatas et labantes=, qui commençaient à plier et à - lâcher pied.--_Restituere_, de même que nous disons en français - «rétablir» la bataille en ramenant les soldats au combat. - - [2] =Objectu pectorum=, au lieu de _objectis pectoribus_. - L'ablatif du nom abstrait, chez les auteurs de l'époque - impériale, remplace souvent le participe passif. Tacite - cherche ici la variété, puisque _monstrata captivitate_ suit - immédiatement.--Les Romains avaient observé cet usage des femmes - germaines lors de l'invasion des Cimbres. D'après Plutarque - (_Marius_, 19), les femmes des barbares tuaient les fuyards, - écrasaient leurs enfants sous les chars, puis s'égorgeaient - elles-mêmes. - - [3] =Cominus= a ici la valeur d'un adjectif, comme s'il y avait: - _dum captivitatem proximam (in proximo) esse monstrant_. Cf. - _Ann._, II, 20: _Imparem cominus pugnam_. - - [4] =Nomine=, «pour le compte de» ou simplement «pour». CICÉRON: - _meo nomine_, par égard pour moi, à ma considération. - - [5] =Adeo ut= marque une gradation, sur laquelle _quin etiam_, - deux lignes plus loin, renchérira encore. - - [6] Cet usage n'était pas inconnu en Italie, puisque les Romains - eux-mêmes avaient donné comme otages à Porséna des jeunes filles, - et parmi elles Clélie. - - [7] =Providum=. Il ne s'agit pas seulement de prudence ou de - prévoyance, mais de caractère prophétique. - - [8] Bien que _Vidimus_ ne signifie pas nécessairement que Tacite - ait vu lui-même Véléda, on peut cependant le supposer, car elle - fut amenée à Rome. STACE, _Sylv._, I, 4, 90: _Captivæque preces - Veledæ_. - - [9] =Plerique= se prend souvent chez Tacite dans le sens de - _multi_. - - [10] =Tanquam=: cf. 20, note 11. Ici encore Tacite interprète - les actes des Germains pour faire la leçon aux Romains. Selon - lui, les barbares agissaient ainsi par une superstition de bonne - foi moins honteuse que la servilité qui poussait les Romains à - déclarer déesses et à adorer, sans conviction, les soeurs et les - épouses de leurs tyrans. - - -=9.= Deorum maxime Mercurium[1] colunt, cui certis diebus humanis -quoque hostiis[2] litare fas habent. Herculem ac Martem[3] concessis -animalibus[4] placant. Pars Sueborum et Isidi[5] sacrificat: unde causa -et origo peregrino sacro[6], parum comperi, nisi quod signum ipsum -in modum liburnæ figuratum docet advectam religionem[7]. Ceterum nec -cohibere parietibus deos neque in ullam humani oris speciem assimulare -ex[8] magnitudine cælestium arbitrantur: lucos ac nemora[9] consecrant -deorumque nominibus appellant secretum illud[10], quod sola reverentia -vident. - - [1] =Mercurium=. Cet exposé de la religion des Germains, - plein de détails intéressants, est malheureusement gâté par - l'habitude d'interpréter à la romaine les croyances étrangères. - L'assimilation de Wôdan à Mercure repose sur une ressemblance - d'attributs. Cf. _Mercurii dies_, mercredi, et Wednesday en - anglais. - - [2] =Hostiis=. C'étaient généralement des prisonniers de guerre. - C'est ainsi que furent sacrifiés les officiers des légions de - Varus. Selon Strabon, les prêtresses égorgeaient ces victimes et - tiraient des présages de leur sang. - - [3] =Herculem et Martem=: Thunar et Tiu. Comparez l'anglais - _Tuesday_ et le français _mardi_. - - [4] =Concessis animalibus=, les animaux qu'il est permis de - sacrifier, soit parce que les Germains distinguaient entre les - animaux ceux qui étaient propres aux sacrifices, soit plus - probablement par opposition aux sacrifices humains que la - conscience réprouve. - - [5] Cette prétendue Isis est probablement l'épouse de Wôdan. - Isis, épouse d'Osiris, était une divinité égyptienne acceptée par - les Romains. - - [6] =Peregrino sacro=: datif de possession ou de destination. - Cet emploi est fréquent chez Tacite. Cf. _Ann._, II, 64: _Causas - bello_.--_Nisi quod_: cf. 29, note 11. - - [7] =Religionem= signifie ici non pas doctrine religieuse, mais - culte extérieur. Les savants modernes ne sont pas plus renseignés - sur ce point que Tacite. On ne sait trop ce que lui-même veut - prouver dans ces quelques mots: comme Isis chez les Romains - avait pour attribut un navire, a-t-il voulu dire que ce navire - est une preuve que cette déesse est bien l'Isis des Romains et - des Égyptiens? Le texte paraît signifier que le navire symbolise - l'importation de ce culte.--_Liburna_, navire léger, d'abord - propre aux Liburnes d'Illyrie. - - [8] =Ex=, en rapport avec. Cf. 7, note 5. Encore une - interprétation des usages des Germains. Il est fort possible que - ce peuple n'eût ni temples ni statues, tout simplement parce - qu'il ignorait l'architecture et la sculpture. Les Germains - représentèrent d'abord leurs dieux par des symboles ou des - attributs, mais plus tard par de vraies statues. - - [9] =Lucos ac nemora=. Pléonasme. _Lucus_ signifie plus - spécialement bois sacré, mais aussi forêt en général; _Nemus_, - habituellement bois en général, surtout entouré de pâturages, - s'emploie aussi pour bois sacré. Ces deux mots sont souvent - réunis en poésie. VIRGILE, _Buc._, VIII, 86: _Per nemora atque - altos quærendo bucula lucos_. - - [10] =Secretum illud=, ils se servent du nom des dieux pour - désigner cette présence mystérieuse que la vénération seule - leur rend sensible et pour ainsi dire visible. Au contraire - les Romains désignaient du nom des dieux, non pas une présence - spirituelle, mais la statue elle-même qui habitait le bois sacré - et qu'ils voyaient de leurs yeux. - - -=10.= Auspicia sortesque[1] ut qui maxime[2] observant. Sortium -consuetudo simplex: virgam frugiferæ[3] arbori decisam in surculos -amputant eosque notis quibusdam discretos super candidam vestem -temere ac fortuito spargunt. Mox[4], si publice consultetur, sacerdos -civitatis, sin privatim, ipse pater familiæ, precatus deos cælumque -suspiciens ter singulos[5] tollit, sublatos secundum impressam ante -notam interpretatur. Si prohibuerunt[6], nulla de eadem re in eumdem -diem[7] consultatio; sin permissum, auspiciorum adhuc[8] fides -exigitur. Et illud quidem etiam hic notum, avium voces volatusque -interrogare: proprium gentis[9] equorum quoque præsagia ac monitus -experiri. Publice aluntur iisdem nemoribus[10] ac lucis, candidi et -nullo[11] mortali opere contacti; quos pressos sacro curru[12] sacerdos -ac rex vel princeps[13] civitatis comitantur hinnitusque ac fremitus -observant. Nec ulli auspicio major fides, non solum apud plebem, sed -apud proceres; sacerdotes enim ministros deorum, illos[14] conscios -putant. Est et[15] alia observatio auspiciorum, qua gravium bellorum -eventus explorant. Ejus gentis, cum qua bellum est, captivum quoquo -modo[16] interceptum cum electo popularium suorum, patriis quemque -armis, committunt: victoria hujus vel illius pro præjudicio[17] -accipitur. - - [1] =Auspicia= et =sortes=. Comme on le voit par le reste - du chapitre, ces mots ne sont nullement synonymes. _Sortes_, - divination par le sort. Cette coutume fut sévèrement réprimée par - les lois après la conversion des Germains au Christianisme, mais - elle survécut au paganisme sous la forme des jugements de Dieu. - - [2] =Ut qui maxime=, autant que personne. (_Gr. lat._, 371.) - - [3] =Frugiferæ= est pris ici dans un sens plus général qu'au - ch. 5. Il désigne tout arbre qui porte des fruits, comme le - poirier, le hêtre, etc.--_Notis_. C'étaient, soit les caractères - spéciaux appelés _runes_, en usage chez les anciens Germains, - soit des signes quelconques auxquels on attribuait d'avance une - signification conventionnelle.--_Vestis_, étoffe en général. Cf. - 40, note 10. - - [4] =Mox= signifie «ensuite» chez Tacite. Il est souvent employé - pour marquer le progrès de la narration. Cf. 2, où il est précédé - de _primum_.--_Publice_. Cf. 15, note 7. - - [5] =Ter singulos=. On emploie les adjectifs distributifs lorsque - le nombre doit être répété plusieurs fois. C'est ainsi que l'on - dit _bis bini_, deux fois deux; donc ici: il lève trois fois un - morceau, c.-à-d. trois morceaux l'un après l'autre; et non pas: - il lève trois fois chaque morceau. - - [6] =Si prohibuerunt= (_surculi_), si les pronostics qu'on en a - tirés sont défavorables. - - [7] =In eumdem diem=, pour le même jour, c.-à-d. dans la même - journée. Tite-Live, 29, 23: _Ex Hispania forte in idem tempus - Scipio atque Asdrubal convenerunt._ - - [8] =Adhuc=, en outre.--_Et etiam_ au lieu de _etiam_ seul. - Cf. _Agricola_, 10: _et jugis etiam_. Tacite emploie aussi _et - quoque_. - - [9] =Proprium gentis=. Tacite compare toujours les coutumes - des Germains à celles des Romains. En Italie on ne tirait - pas de présages des chevaux, mais les Perses le faisaient, - au dire d'Hérodote. Cet usage, à en juger par l'épisode du - cheval d'Achille dans Homère, n'était peut-être pas inconnu - aux Grecs.--_Præsagia et monitus_: ces deux mots ne sont pas - entièrement synonymes, car le premier désigne le pronostic en - lui-même, le second, par rapport aux conséquences qu'on en tire. - Néanmoins l'expression est pléonastique. - - [10] =Iisdem nemoribus=. Ce sont les bois sacrés dont il a - été question au ch. précédent. L'ablatif sans préposition - pour marquer le lieu (question _ubi_) s'emploie chez Tacite - avec toutes sortes de noms lorsqu'ils sont accompagnés d'un - déterminatif. On trouve même (_Hist._, II, 16) l'ablatif du - substantif seul: _balineis interficitur_. - - [11] =Et nullo= au lieu de _neque ullo_. Cf. 28, note - 5.--_Contacti_, touchés, c.-à-d. souillés par aucun travail - profane. Cf. 4, note 3, sur _infectus_. Le contraire, très - employé, est _intactus_; Virgile dit du bétail qui n'a pas porté - le joug: _grex intactus_. - - [12] =Pressos sacro curru=: expression poétique qu'Ovide emploie - plusieurs fois. - - [13] =Sacerdos ac rex vel princeps=, le prêtre, auquel se joint - le roi ou, s'il n'y a pas de roi, le chef de la cité. - - [14] =Illos=, les chevaux; _conscios_ (s.-e. _deorum_), ils - s'imaginent que ces animaux connaissent les secrets des dieux. - TIBULLE, 1, 9: _conscia fibra deorum_. - - [15] =Et=, aussi. Cf. 34, note 5. - - [16] =Quoquo modo=: ellipse très correcte (_Gr. lat._, 370, - rem.). Cf. Riemann, _Synt. lat._, 14, rem. 1.--_Committunt_: - terme technique des écrivains de l'empire en parlant des combats - de l'arène. - - [17] =Pro præjudicio=, comme une décision marquant d'avance - quelle sera l'issue de la guerre. - - -=11.= De minoribus[1] rebus principes consultant, de majoribus omnes, -ita tamen, ut ea quoque, quorum penes plebem arbitrium est, apud -principes pertractentur[2]. Coeunt, nisi quid fortuitum et subitum -incidit, certis diebus[3], cum aut inchoatur luna aut impletur[4]; -nam agendis rebus hoc auspicatissimum initium credunt. Nec dierum -numerum, ut nos, sed noctium[5] computant. Sic constituunt, sic -condicunt[6]; nox ducere[7] diem videtur. Illud[8] ex libertate -vitium, quod non simul nec ut jussi conveniunt, sed et alter[9] et -tertius dies cunctatione coeuntium absumitur. Ut turbæ placuit[10], -considunt armati. Silentium per sacerdotes, quibus tum et coercendi -jus est, imperatur. Mox rex vel princeps, prout[11] ætas cuique, -prout nobilitas, prout decus bellorum, prout facundia est, audiuntur, -auctoritate suadendi magis quam jubendi potestate. Si displicuit -sententia, fremitu[12] aspernantur; sin placuit, frameas concutiunt: -honoratissimum assensus genus est armis laudare. - - [1] =Minoribus=, les choses de moindre importance, comme - les difficultés entre particuliers; _majoribus_, surtout les - questions de paix et de guerre, les traités. - - [2] =Pertractentur=. Les questions importantes sont d'abord - examinées à fond par les chefs, ensuite présentées au peuple qui - décide souverainement. - - [3] =Certis diebus=: à des jours déterminés et périodiquement. - Ces assemblées, d'après ce passage de Tacite, paraissent avoir - été tenues assez fréquemment, peut-être tous les quinze jours. - Mais chez les peuples qui couvraient une grande étendue de pays, - ces assemblées étaient plus rares. Les Francs ne se réunissaient - régulièrement qu'une fois l'an. - - [4] =Aut impletur=: c'est le temps de la nouvelle ou de la pleine - lune. - - [5] =Noctium=. César rapporte la même chose des Gaulois. On - trouve des traces de cet usage dans certaines expressions - allemandes et anglaises, par exemple: fortnight. - - [6] =Sic constituunt, sic condicunt=: termes du droit romain, - qu'il faut prendre dans un sens plus large. C'est en comptant - ainsi qu'ils fixent un terme, qu'ils datent leurs conventions. - - [7] =Ducere=. La nuit semble marcher la première et ramener - le jour. Tacite veut dire que la nuit, d'après les idées des - Germains et à cause du climat, semble commander le jour. C'est - ainsi que l'hiver semble commencer l'année et qu'on ne compte que - trois saisons: _hiems et ver et æstas_ (ch. 29). - - [8] =Illud= annonce la proposition qui commence par _quod_, comme - au chapitre précédent _illud_ annonçait un infinitif: _illud - etiam notum ..... interrogare_.--_Ut jussi_, comme pour obéir à - un ordre. - - [9] =Alter=, un second jour. Cf. 6, note 9. - - [10] =Ut turbæ placuit=, dès que l'assemblée le juge à propos. - Cette indépendance est en outre marquée par ce fait que les - prêtres seuls ont alors le droit de punir (_coercendi_).--_Mox_: - cf. 10, n. 4. - - [11] =Prout=. Le roi ou le chef est alors écouté en raison de - son âge, de son renom, de son éloquence, et non pas en vertu - de son titre même, comme l'explique ce qui suit.--_Auctoritate - suadendi_: l'ablatif de manière est employé chez Tacite plus - librement que chez les auteurs classiques. Trad.: «Ils se font - écouter plutôt par le pouvoir de la persuasion que par celui du - commandement.» - - [12] =Fremitus=, murmures défavorables. Ce mot se prend aussi en - bonne part. VIRG., _Én._, V, 148: _Tum plausu fremituque virum... - Consonat omne nemus_, VIII, 717.--_Sin_: _Gr. lat._, § 491, - rem.--_Concutiunt_, heurtent de manière à faire du bruit. César - raconte la même chose des Gaulois. - - -=12.= Licet apud concilium[1] accusare quoque et discrimen capitis -intendere. Distinctio poenarum ex[2] delicto: proditores et -transfugas[3] arboribus suspendunt, ignavos et imbelles et corpore -infames[4] cæno ac palude, injecta insuper crate, mergunt. Diversitas -supplicii illuc respicit[5], tanquam scelera ostendi opporteat, dum -puniuntur, flagitia abscondi. Sed et levioribus delictis pro modo[6] -poena: equorum pecorumque numero convicti multantur. Pars multæ -regi vel civitati[7], pars ipsi, qui vindicatur, vel propinquis ejus -exsolvitur. - -Eliguntur in iisdem conciliis et principes, qui jura per pagos -vicosque[8] reddunt. Centeni singulis ex plebe comites[9] consilium -simul et auctoritas adsunt. - - [1] =Concilium=, l'assemblée dont Tacite vient de décrire la - formation et dont il va indiquer les attributions.--_Discrimen - capitis intendere_, intenter un procès pour crime capital. - CICÉRON, _de Orat._; 1, 10: _Singulæ familiæ litem tibi - intenderent_. - - [2] =Ex=: cf. 7, note 1. - - [3] =Proditores et transfugas=, ceux qui trahissent leur patrie - et marchent avec l'ennemi.--_Ignavos et imbelles_, non pas - simplement les poltrons, mais ceux qui ont commis à la guerre - quelque lâcheté insigne. - - [4] =Corpore infames=, ceux qui se sont déshonorés. _Cæno ac - palude_: hendiadyn pour _cæno paludis_. - - [5] =Illuc respicit tanquam=, a pour raison d'être cette idée - que... _Tanquam_ a souvent chez Tacite le sens de +hôs+ en grec: - dans la pensée que. Tite-Live l'emploie aussi dans ce sens avec - un participe au lieu de _ut_. Riemann, _Synt. lat._, § 262, - rem. 1. Cf. 20, note 11. - - [6] =Pro modo=, s.-e. _delicti_. - - [7] =Regi vel civitati=: datifs d'intérêt. L'amende est payée en - partie au profit du roi, et là où il n'y a pas de roi, au profit - de la cité.--_Vel propinquis_, aux parents lorsqu'il y a eu - mort. Cf. 21: _luitur etiam homicidium_, etc. Cette coutume des - compensations exista longtemps chez les Francs. La loi salique - fixait fort minutieusement la somme à payer pour chaque espèce de - délit. - - [8] =Pagus=, canton; _vicus_ groupe d'habitations, village. - - [9] =Ex plebe comites=, des assesseurs choisis parmi les hommes - libres. _Ex plebe_ remplit la fonction d'adjectif.--_Consilium - simul et auctoritas_ sert d'attribut: comme conseil et comme - autorité, c.-à-d. pour former leur conseil et ajouter à leur - autorité. - - -=13.= Nihil autem neque publicæ neque privatæ rei[1] nisi armati agunt. -Sed arma sumere non ante cuiquam moris,[2] quam civitas suffecturum[3] -probaverit. Tum in ipso concilio vel principum aliquis vel pater vel -propinqui scuto frameaque juvenem ornant. Hæc[4] apud illos toga, hic -primus juventæ honos; ante hoc domus pars videntur, mox reipublicæ. -Insignis nobilitas aut magna patrum merita principis dignationem[5] -etiam adolescentulis assignant; ceteris robustioribus ac jam pridem -probatis aggregantur, nec rubor[6] inter comites[7] adspici. Gradus -quin etiam ipse comitatus habet, judicio ejus quem sectantur; magnaque -et comitum æmulatio[8], quibus primus apud principem suum locus, et -principum, cui plurimi et acerrimi comites. Hæc[9] dignitas, hæ vires, -magno semper electorum juvenum globo circumdari; in pace decus, in -bello præsidium. Nec solum in sua gente cuique, sed apud finitimas -quoque civitates id nomen, ea gloria[10] est, si numero ac virtute -comitatus[11] emineat: expetuntur enim legationibus et muneribus -ornantur, et ipsa[12] plerumque fama bella profligant. - - [1] =Nihil rei= = _nullam rem_ (Ragon, _Gr. lat._, § 255, rem. - 2, et Riemann, _Synt. lat._, § 51, rem. 1).--_Nisi armati_. La - loi salique ordonnait à plusieurs reprises d'apporter ces armes - dans les réunions publiques.--Tite-Live (21, 20) rapporte la même - chose des Gaulois: _In his nova terribilisque species visa est - quod armati (ita mos gentis) in concilium venerunt._ - - [2] =Moris= (s.-e. _est_) équivaut à _mos est_, qui est plus - ordinaire. Cf. 15: _mos est civitatibus_. On trouve aussi _mos - est_ ou _moris est_ avec _ut_ au lieu de l'infinitif. - - [3] =Suffecturum=, suppléez _armis gerendis_: avant que la cité - ait reconnu qu'il sera capable de les porter.--_Probaverit_. - Tacite emploie le subjonctif avec _antequam_ pour marquer une - action qui se répète. Cf. _Ann._, XV, 74: _Deum honor principi - non ante habetur quam agere inter homines desierit._ - - [4] =Hæc=, =hic=, les pronoms neutres _id_, _hoc_, _illud_, - _quod_, s'accordent souvent avec le substantif attribut (Ragon, - _Gr. lat._, 358).--_Toga_, c'est chez eux la robe virile, c.-à-d. - cette cérémonie place le jeune homme au nombre des citoyens comme - à Rome la robe virile. D'après les lois de certaines nations - germaniques cette remise des armes devait se faire lorsque le - jeune homme avait atteint quinze ans. C'est de là que semble - venir l'usage si répandu plus tard d'armer chevalier.--_Mox_, - ensuite. Cf. 10, note 4. - - [5] =Dignationem principis= peut signifier: la dignité de chef - ou la faveur, la considération du chef de la cité. Mais le - second sens paraît mieux expliquer ce qui suit: ces jeunes gens - sont rangés, par préférence, dans la suite du prince parmi les - guerriers plus âgés et déjà éprouvés. - - [6] =Rubor= au lieu de _rubori_: le nominatif au lieu du datif - de destination ou d'effet. Cf. _Agricola_, 6: _idque matrimonium - ad majora nitenti decus ac robur fuit_. VIRG., _Égl._ III, - 101: _Amor exitium est_, pour _exitio est_ (_Gr. lat._, § 283, - rem. 3). On trouve même (_Germanie_, 44) le double datif de - destination remplacé d'une façon tout à fait insolite par un - nominatif accompagné d'un adjectif: _regia utilitas est_ pour - _regibus utilitati est_. - - [7] =Comites=, compagnons, gens de la suite du prince. On voit - dans cet usage l'origine des leudes ou vassaux et l'explication - des liens de fidélité qui les rattachaient à leur seigneur. - - [8] =Æmulatio quibus=, il y a entre les compagnons une grande - émulation pour avoir la première place.--_Locus_, s.-e. _sit_, et - _sint_ après _comites_. Le verbe _esse_ se sous-entend en latin, - mais rarement au subjonctif, au moins chez Cicéron. Tacite l'omet - souvent à ce mode, surtout lorsque suit un autre subjonctif. Cf. - 19: _Ne ulla cogitatio ultra (sit), ne ament_. - - [9] =Hæc=, =hæ=. Cf. 19, note 4. Un peu plus bas, dans _id nomen, - ea gloria_, _id_ et _ea_, qui s'accordent aussi par attraction, - annoncent la proposition commençant par _si_. - - [10] =Nomen=, =gloria=. Pléonasme. Le plus souvent en pareil cas - le second mot est plus spécial ou plus expressif, de manière à - renchérir sur l'autre. Cf. 2, note 10. - - [11] =Comitatus=: génitif; _emineat_ a pour sujet _quisque_ - sous-entendu. - - [12] =Ipse= précise et par conséquent restreint: par lui-même, - sans secours étranger, seul. En grec +autos+ a le même sens: - _Iliade_, VIII, 99: +autos per eôn+, quoique n'étant que lui, - c.-à-d. quoique seul. Cf. 43, _ipsa formidine_.--_Plerumque_ a - souvent chez Tacite le sens de _sæpe_. Cf. 8, note 9. Plus bas, - _plerique_ équivaut à _multi_. - - -=14.= Cum ventum in aciem, turpe principi virtute vinci, turpe -comitatui virtutem principis non adæquare. Jam vero[1] infame in omnem -vitam ac probrosum superstitem[2] principi suo ex acie recessisse: -illum defendere, tueri[3], sua quoque fortia facta gloriæ ejus -assignare præcipuum sacramentum est; principes pro victoria pugnant, -comites pro principe. Si civitas in qua orti sunt longa pace et -otio torpeat[4], plerique nobilium adolescentium petunt ultro[5] eas -nationes, quæ tum bellum aliquod gerunt, quia et ingrata[6] genti quies -et facilius inter ancipitia[7] clarescunt magnumque comitatum non nisi -vi belloque tueare[8]. Exigunt[9] enim principis sui liberalitate -illum[10] bellatorem equum, illam cruentam victricemque frameam; -nam[11] epulæ et quanquam incompti, largi tamen apparatus pro stipendio -cedunt. Materia munificentiæ per bella et raptus. Nec arare terram, aut -exspectare annum[12] tam facile persuaseris[13] quam vocare hostem et -vulnera mereri. Pigrum quin imo et iners videtur sudore acquirere quod -possis sanguine[14] parare. - - [1] =Jam vero= indique une gradation énergique: en français, - _mais_. - - [2] =Superstitem=. César, _B. G._, III, 22: _Neque adhuc hominum - memoria repertus est quisquam, qui, eo interfecto cujus se - amicitiæ devovisset, recusaret mori._ Ce dévouement héroïque - était donc commun aux Germains et aux Gaulois. - - [3] =Defendere, tueri=: l'asyndète marque la gradation; - _defendere_, le défendre lorsqu'il est attaqué; _tueri_, - avoir l'oeil fixé, veiller sur lui pour écarter les dangers - possibles.--_Præcipuum_. Cf. 6, note 18 et 7, note 7. - - [4] =Torpeat=: le subjonctif pour marquer le fait qui se répète, - comme au chap. 10, _si publice consultetur_.--_Plerique_. Cf. 13, - note 12. - - [5] =Ultro=, d'eux-mêmes, de leur propre mouvement. - - [6] =Ingrata=, s.-e. _est_. Cf. 13, note 8. - - [7] =Ancipitia=, les choses dont l'issue est double, c.-à-d. - incertaine, les hasards de la guerre. - - [8] =Tueare=, comme _instes_, ch. 6. (Ragon, _Gr. lat._, 373.) - - [9] =Exigunt= a pour sujet _comites_ contenu dans le collectif - _comitatus_. - - [10] =Illum=, =illam=: sens emphatique (_Gr. lat._, 352, rem. - 2).--_Bellatorem_: les substantifs en _tor_, employés comme - adjectifs, marquent la destination, l'habitude. - - [11] =Nam=, car les repas ne sont pas des présents gratuits, mais - sont dus à titre de solde.--_Pro stipendio cedere_, tenir lieu de - solde. - - [12] =Annum=, ce que produit une année, la récolte. Ce mot est - poétique en ce sens. STACE, _Sylv._, IV, 2: _Nilus magnum inducit - annum_. Cf. _Agricola_, 31. - - [13] =Persuaseris=, et plus bas _possis_: cf. note 8.--_Vocare_ - au lieu de _provocare_; Tacite aime à employer le simple pour le - composé: il met ainsi en relief la valeur étymologique du mot et - ajoute de l'énergie au style. Cf. _Annales_, XIII, 55, _vocare_ - pour _invocare_: _sidera vocans_.--_Mereri_. L'emploi de ce verbe - est justifié, car les blessures sont un titre d'honneur: «gagner - de glorieuses blessures». - - [14] =Sudore=, =sanguine=. Allitération qui accentue le trait - final. Tacite, en habile styliste, aime à achever son paragraphe - par un trait qui le résume et le grave dans l'esprit du lecteur. - - -=15.= Quoties bella non ineunt, non multum venatibus[1], plus per -otium transigunt, dediti somno ciboque, fortissimus[2] quisque ac -bellicosissimus nihil agens, delegata domus et penatium[3] et agrorum -cura feminis senibusque et infirmissimo cuique ex familia: ipsi hebent, -mira diversitate[4] naturæ, cum iidem homines sic ament inertiam et -oderint quietem. Mos est[5] civitatibus ultro ac viritim conferre -principibus vel armentorum[6] vel frugum, quod pro honore acceptum -etiam necessitatibus subvenit. Gaudent præcipue finitimarum gentium -donis, quæ non modo a singulis, sed et[7] publice mittuntur, electi -equi, magna arma, phaleræ torquesque[8]. Jam et pecuniam accipere -docuimus. - - [1] =Venatibus=: l'ablatif de manière s'emploie rarement sans - qualificatif, sauf dans un nombre déterminé d'expressions toutes - faites.--César semble contredire ce que dit ici Tacite: _Bell. - Gall._, VI, 21: _Vita omnis in venationibus consistit_; mais - chez Tacite il ne s'agit peut-être que des _comites_, gens d'un - certain rang.--_Per otium_. Remarquez la variété d'expression: - Cicéron recherche la symétrie, Tacite la fuit le plus - souvent.--_Plus transigunt_, s.-e. _ætatis_. - - [2] =Fortissimus quisque=, et plus bas _infirmissimo cuique_. Cf. - Ragon, _Gr. lat._, 369. - - [3] =Penates=, l'intérieur, le ménage. - - [4] =Mira diversitate=. Tacite semble oublier que, selon une - idée chère à l'antiquité, une certaine paresse pour ce qui - concerne les occupations matérielles est soeur de la liberté - et du courage. C'était l'avis de Socrate lui-même, qui donnait - pour exemple les Indiens, paresseux mais libres, et les Lydiens, - travailleurs mais esclaves. - - [5] =Mos est=: cf. 13, note 2.--_Ultro ac viritim_: chacun offre - sa contribution volontairement et pour son propre compte, sans - qu'il soit besoin de collecteur. Cf. 29, _nec publicanus (eos) - atterit_. - - [6] =Armentorum vel frugum=: il faut suppléer _aliquid_ avec ce - génitif, à moins qu'on ne le fasse dépendre de _quod_. Cf. 18: - _Armorum aliquid_. - - [7] =Sed et=: cf. 35, note 5.--_Publice_, au nom de la cité, - comme au chapitre 10, _si publice consultetur_. - - [8] =Phaleræ torquesque=. Les phalères étaient des ornements en - métal en forme de médaillon, que les soldats portaient sur la - poitrine, les chevaux sur le poitrail; les _torques_ étaient des - ornements en forme d'anneau ou de chaîne, qu'on portait au cou ou - au bras. - - -=16.= Nullas Germanorum populis[1] urbes habitari satis notum -est, ne pati quidem inter se junctas sedes. Colunt discreti ac -diversi[2], ut fons, ut campus, ut nemus placuit. Vicos locant non -in[3] nostrum morem connexis et cohærentibus ædificiis: suam quisque -domum spatio circumdat, sive adversus casus ignis remedium[4], sive -inscitia ædificandi. Ne cæmentorum quidem apud illos aut tegularum -usus: materia[5] ad omnia utuntur informi et citra[6] speciem aut -delectationem. Quædam loca[7] diligentius illinunt terra ita pura -ac splendente, ut picturam[8] ac lineamenta colorum imitetur. Solent -et[9] subterraneos specus aperire eosque multo insuper fimo onerant, -suffugium[10] hiemis et receptaculum frugibus, quia rigorem frigorum -ejusmodi loci molliunt, et si quando hostis advenit[11], aperta -populatur, abdita autem et defossa aut ignorantur aut eo ipso fallunt, -quod quærenda sunt[12]. - - [1] =Populis=: datif. Dans la prose classique le datif ne - s'emploie ainsi avec le passif qu'aux formes composées du - participe, mais les poètes et les prosateurs de la décadence - l'emploient avec une forme quelconque du passif. Il y a - d'ailleurs entre le sens de ce datif et celui de l'ablatif avec - _ab_ une différence assez sensible. Cf. Ragon, _Gr. lat._, 293, - rem., et Riemann, _Synt. lat._, § 46 (c).--_Urbes_. Il s'agit - de villes véritables comme il y en avait en Italie. Car César et - Tacite lui-même parlent d'agglomérations assez considérables qui - pouvaient passer pour des villes au sens large du mot. - - [2] =Discreti ac diversi=, leurs maisons sont isolées et éparses - au hasard sans souci de la symétrie, comme aujourd'hui dans les - pays de montagnes. - - [3] =In=, dans le sens de c.-à-d., conformément à, selon. - - [4] =Sive remedium, sive inscitia=, le premier à l'accusatif - comme apposition à toute la phrase (Gantrelle, _Gramm. de - Tacite_, § 75), le second à l'ablatif de cause. - - [5] =Materia=, le bois.--_Informi_, non pas simplement informe, - brut, mais disgracieux, employé sans souci de la beauté. - - [6] =Citra=, en deçà de; par conséquent, sans aller jusqu'à - (Ovide, _Trist._, 5, 8, 23: _Citra scelus_), puis par extension - comme ici: sans. - - [7] =Quædam loca=, certaines parties des parois à l'intérieur ou - à l'extérieur. - - [8] =Picturam et lineamenta colorum=. On change quelquefois - _colorum_ en _corporum_ et on explique _imitari_ par refléter - comme un miroir; mais cette explication peu naturelle est - difficile à admettre. Tacite veut dire que cet enduit de terre - remplaçait et imitait, de loin sans doute, la peinture et les - dessins au trait qui ornaient les maisons romaines. La chaux - surtout devait être employée ainsi que des terres colorées de - diverses nuances. - - [9] =Et= a assez souvent chez Tacite le sens de _etiam_ (_et - jam_), aussi. Il se rattache ici à _subterraneos specus_. Il est - souvent précédé de _jam_. Cf. _Agricola_, 30: _Postquam defuere - terræ, jam et mare scrutantur._ - - [10] =Suffugium= avec le génitif _hiemis_, comme 46, _imbrium - suffugium_. Tacite emploie très hardiment le génitif objectif. - Ainsi _Ann._, I, 46: _Vulgi largitione_, pour _in vulgus_. - - [11] =Advenit= au parfait marque la répétition. - - [12] =Eo ipso fallunt quod quærenda sunt=. Une de ces pointes qui - flattaient le goût de l'époque. - - -=17.= Tegumen omnibus sagum[1] fibula aut, si desit, spina consertum: -cetera intecti[2] totos dies juxta focum atque ignem agunt. -Locupletissimi veste distinguuntur non fluitante[3], sicut Sarmatæ ac -Parthi, sed stricta et singulos artus exprimente. Gerunt et ferarum -pelles, proximi ripæ[4] negligenter, ulteriores exquisitius, ut -quibus[5] nullus per commercia cultus. Eligunt[6] feras et detracta -velamina spargunt maculis pellibusque[7] belluarum, quas exterior -Oceanus[8] atque ignotum mare gignit. Nec alius feminis quam viris -habitus[9], nisi quod feminæ sæpius lineis amictibus velantur eosque -purpura[10] variant, partemque vestitus superioris in manicas[11] -non extendunt, nudæ brachia ac lacertos[12]; sed et[13] proxima pars -pectoris patet. - - [1] =Sagum=. Cette sorte de manteau consistait en un simple carré - d'étoffe suspendu à l'épaule par les deux extrémités supérieures; - il ne couvrait donc que le dos et une partie de la poitrine. Ce - vêtement est ici assimilé au _sagum_ des soldats romains, moins à - cause de sa forme qu'à cause de la matière dont il était fait et - de sa couleur.--_Si desit_: cf. 14, note 4. - - [2] =Cetera=: acc. de relation qui dépend de _intecti_: pour - le reste, c.-à-d. à cela près. Cf. Salluste: _Cetera ignarus_, - et Tite-Live: _cetera egregius_. Traduisez: «sans autre - vêtement».--_Totos dies_: acc. de durée; _agunt_ seul signifie - passer le temps, vivre. - - [3] =Fluitante=. Nous disons de même un vêtement - _flottant_.--_Stricta_: serré, collant, de manière à mouler tous - les membres. - - [4] =Proximi ripæ=: les plus voisins des rives du Danube et du - Rhin, c.-à-d. les plus rapprochés des Romains. Ces Germains, - connaissant et appréciant les étoffes importées chez eux, - portaient avec indifférence les peaux de bêtes lorsqu'ils étaient - réduits à s'en servir, tandis que les plus éloignés, ne pouvant - se procurer des vêtements plus élégants, y mettaient plus de - recherche. - - [5] =Ut quibus=: cf. 2, note 15, et 22, note 4.--_Cultus_: cf. 6, - note 7. - - [6] =Eligunt=: ils ne prennent pas au hasard, ils choisissent les - animaux qui ont la plus belle fourrure. - - [7] =Maculis pellibusque=: hendiadyn. Cf. 7, note 5, et 25, note - 7. Ils les parsèment de taches, c.-à-d. de touffes de poils de - couleur différente confectionnées avec les dépouilles d'autres - animaux. - - [8] =Exterior Oceanus atque ignotum mare= désignent la même - chose. Il s'agit des mers qui s'étendent au nord de la Germanie - et que l'insuffisance des renseignements géographiques ne - permettait pas à Tacite de désigner autrement. Voyez au lexique - _Oceanus_. - - [9] =Habitus= ne désigne pas seulement le vêtement, mais d'une - façon générale tout ce qui contribue à modifier l'aspect, - l'extérieur, ou cet extérieur même.--_Nisi quod_: cf. 29, note - 11. - - [10] =Purpura=: ce n'est sans doute pas la pourpre proprement - dite, connue des Romains, mais une teinture rouge quelconque. - - [11] =In manicas=, en forme de manches. Notez l'acc. avec - _extendere_. Cf. 20: _in hos artus excrescunt_. - - [12] =Brachia et lacertos=: accusatifs de relation marquant - une idée d'extension.--_Brachium_ ordinairement désigne tout le - bras; ici seulement l'avant-bras. _Lacertus_, le bras du coude à - l'épaule. - - [13] =Sed et=: cf. 35, note 5.--_Patet_. La partie de la poitrine - la plus rapprochée de la tête et des épaules, c.-à-d. la partie - supérieure, est à découvert. - - -=18.= Quanquam[1] severa illic matrimonia, nec ullam morum partem magis -laudaveris. Nam prope soli barbarorum singulis[2] uxoribus contenti -sunt, exceptis admodum paucis, qui non libidine[3], sed ob nobilitatem -plurimis nuptiis ambiuntur. Dotem non uxor marito, sed uxori maritus[4] -offert. Intersunt parentes et propinqui ac munera probant, non ad -delicias muliebres[5] quæsita nec quibus nova nupta comatur, sed -boves et frenatum equum et scutum cum framea gladioque. In[6] hæc -munera uxor accipitur, atque invicem ipsa armorum aliquid[7] viro -affert. Hoc maximum vinculum, hæc arcana sacra, hos conjugales deos -arbitrantur. Ne se mulier extra virtutum cogitationes extraque bellorum -casus putet, ipsis incipientis matrimonii auspiciis admonetur venire -se laborum periculorumque sociam, idem[8] in pace, idem in proelio -passuram ausuramque: hoc juncti boves, hoc paratus equus, hoc data arma -denuntiant; sic vivendum[9], sic pereundum; accipere se quæ[10] liberis -inviolata ac digna reddat, quæ nurus accipiant rursusque ad nepotes -referantur. - - [1] =Quanquam=, cependant (_Gr. lat._, 499, rem.). Ce sens - est rare chez Tacite (_Dialog._, 28-33). Sur l'autre emploi de - _quanquam_, cf. 28, note 16. - - [2] =Singulis=, une pour chacun. Cet usage n'était pas sans - exception, comme l'avoue Tacite lui-même. Les premiers rois - francs eurent souvent plusieurs épouses et il fallut leur - conversion au christianisme pour extirper la polygamie. - - [3] =Non libidine=, non par libertinage. Le sens s'oppose à ce - que cet ablatif soit rattaché à _ambiuntur_; il faut suppléer - un autre verbe. C'est la figure de style, assez fréquente chez - Tacite, qu'on appelle zeugma.--_Nuptiis_: datif d'intérêt (_Gr. - lat._, § 280).--_Plurimis_ a un sens affaibli: plusieurs. Cf. 13, - note 12, et 14, note 4. - - [4] =Non uxor marito, sed uxori maritus=. Remarquez la - disposition des mots: c'est la figure appelée _entrecroisement_, - fréquente chez Tacite.--Tout ce chapitre, comme le suivant, est - une satire à peine dissimulée des moeurs romaines. - - [5] =Delicias muliebres=, la vaine parure des femmes. La - proposition qui suit exprime la même idée. - - [6] =In hæc munera=, contre, c.-à-d. à la condition de, en - échange de, comme en grec +epi toutois+. - - [7] =Armorum aliquid=, une arme quelconque, spécialement une - épée. Cf. 15, note 6.--_Hoc_, _hæc_, _hos_: cf. 13, note 4. - - [8] Remarquez les anaphores fréquentes à la fin de ce chapitre: - _idem_, _hoc_, _sic_, _quæ_ sont répétés. Visiblement Tacite est - entraîné par le tableau de ces moeurs viriles. - - [9] =Vivendum (esse)= dépend de _denuntiant_;--_accipere_ est - suivi du réfléchi se parce que l'idée contenue dans _admonetur_ - se poursuit jusqu'à la fin de la phrase. - - [10] =Quæ=: il s'agit moins des objets eux-mêmes que des - sentiments qu'ils symbolisent. Le second _quæ_ ne dépend pas de - _digna_; un troisième _quæ_ est à sous-entendre comme sujet de - _referantur_ et se tire du second qui est complément. - - -=19.= Ergo sæpta pudicitia[1] agunt, nullis spectaculorum illecebris, -nullis conviviorum irritationibus corruptæ. Litterarum secreta[2] viri -pariter ac feminæ ignorant. Paucissima in tam numerosa gente adulteria, -quorum poena præsens[3] et maritis permissa: accisis crinibus, nudatam -coram propinquis expellit domo maritus ac per omnem vicum verbere agit. -Publicatæ enim pudicitiæ[4] nulla venia: non forma, non ætate, non -opibus maritum invenerit. Nemo enim illic vitia ridet, nec corrumpere -et corrumpi sæculum[5] vocatur. Melius[6] quidem adhuc eæ civitates -in quibus tantum virgines nubunt et cum spe votoque uxoris semel -transigitur[7]. Sic unum accipiunt maritum quomodo unum corpus unamque -vitam, ne ulla cogitatio ultra[8], ne longior cupiditas, ne tanquam -maritum, sed tanquam matrimonium ament. Numerum liberorum finire[9] aut -quemquam ex agnatis[10] necare flagitium[11] habetur, plusque ibi boni -mores valent quam alibi[12] bonæ leges. - - [1] =Sæpta pudicitia=, leur vertu est comme entourée, c.-à-d. - défendue, protégée par les moeurs et les institutions.--_Agunt_: - cf. 17, note 2. - - [2] =Litterarum secreta=, non pas en général l'art de se - faire comprendre au moyen de signes appelés lettres, c.-à-d. - l'écriture, mais les correspondances secrètes: _litteræ_ équivaut - à _epistolæ_. Ici la satire des moeurs romaines devient presque - directe. - - [3] =Præsens=, immédiate, qui n'attend pas les délais de la - procédure. - - [4] =Publicatæ pudicitiæ nulla venia=, point de pardon pour celle - qui prostitue son honneur. - - [5] =Sæculum=, les moeurs du siècle. Traduisez: «ne s'appelle pas - vivre selon le siècle, ou être de son temps». - - [6] =Melius=, s.-e. _agunt_. Cf. _Ann._, I, 43: _Melius et - amantius ille qui gladium offerebat._ - - [7] =Semel transigitur=: on en finit une fois pour toutes avec... - Ainsi la mort même d'un époux ne rendait pas au survivant sa - liberté et n'autorisait pas les secondes noces. Tacite songe aux - Romains, pour qui le divorce, introduit dans les lois et dans les - moeurs, réduisait le mariage à n'être qu'une formalité, révocable - presque sans motif. - - [8] =Ultra=, s.-e. _sit_. Cf. 13, note 8. - - [9] =Finire numerum=, limiter le nombre. - - [10] =Agnatis=, litt., qui naît en sus, c.-à-d. nouveau-né qui - vient grossir le nombre des enfants déjà existants. - - [11] =Flagitium habetur=: en réalité le père avait droit de vie - et de mort sur ses enfants, mais sans doute on considérait comme - un crime honteux d'en user contre les nouveau-nés. - - [12] =Alibi=: à Rome sans doute, où on avait dû, pour arrêter la - dissolution croissante de la famille, attribuer par des lois des - récompenses aux citoyens pères de plusieurs enfants. - - -=20.= In omni[1] domo nudi ac sordidi in hos artus[2], in hæc corpora, -quæ miramur, excrescunt. Sua quemque mater uberibus alit, nec ancillis -aut nutricibus[3] delegantur. Dominum ac servum nullis educationis -deliciis[4] dignoscas; inter eadem pecora, in eadem humo degunt, donec -ætas separet[5] ingenuos, virtus agnoscat. Sera juvenum venus, eoque -inexhausta pubertas[6]. Nec virgines festinantur[7]; eadem juventa, -similis proceritas: pares validæque[8] miscentur, ac robora parentum -liberi referunt. Sororum filiis idem apud avunculum qui[9] ad patrem -honor. Quidam sanctiorem arctioremque hunc nexum sanguinis arbitrantur -et in accipiendis obsidibus magis exigunt[10], tanquam[11] et animum -firmius et domum latius teneant. Heredes tamen successoresque sui -cuique liberi, et nullum testamentum[12]. Si liberi non sunt, proximus -gradus in possessione[13] fratres, patrui, avunculi. Quanto plus -propinquorum[14], quanto major affinium numerus, tanto gratiosior -senectus; nec ulla orbitatis pretia. - - [1] =Omni=: chez les pauvres comme chez les riches. Cf. plus - loin: _donec ætas separet ingenuos_.--_Nudi ac sordidi_: il - s'agit des jeunes enfants, à peine vêtus; ils étaient facilement - malpropres. - - [2] =In hos artus=: cf. 17, note 11.--_Miramur_. Les Romains - avaient souvent l'occasion de voir des Germains à Rome même, en - qualité de soldats ou d'esclaves. - - [3] =Nutricibus=: le contraire se faisait à Rome, et Tacite - (_Dial. Or._, 29) déplore explicitement les funestes effets de - cette coutume sur l'éducation: _At nunc infans delegatur græculæ - alicui ancillæ_, etc. - - [4] =Deliciis=, délicatesse, raffinements. - - [5] =Donec separet=. Tacite emploie volontiers le subjonctif - présent après _donec_ pour marquer la répétition de l'action. Cf. - 1, note 10.--_Separet_, _agnoscat_. L'âge met à part les jeunes - gens libres, mais c'est le courage seul qui les désigne comme - vraiment tels. Ici la vertu est personnifiée. Cf. 34, note 6. - - [6] =Sera... pubertas=, «une longue ignorance de la volupté - assure aux garçons une jeunesse pleine de vigueur». - - [7] =Festinantur=. On ne hâte pas leur mariage. - - [8] =Pares validæque= insiste sur l'idée précédente. Elles - s'unissent lorsque l'âge les a faites également vigoureuses, - comme s'il y avait: _pares ætate pariterque validæ_. - - [9] =Idem qui=: cf. Ragon, _Gr. lat._, 337, rem.--_Ad patrem_ - équivaut à _apud patrem_. - - [10] =Magis exigunt=, c.-à-d. _hujusmodi obsides, sororum - filios_. - - [11] =Tanquam=, chez Tacite, indique souvent la cause telle - qu'elle est envisagée par les gens dont il s'agit: «dans la - pensée que», en grec +hôs+ avec le participe.--_Latius_: les - engagements s'étendent ainsi à plus de personnes.--_Domum_: cf. - 21, note 3. - - [12] =Et nullum testamentum=. Il y avait des coutumes et plus - tard des lois qui réglaient la transmission des biens, mais - ces lois ne faisaient que consacrer les droits naturels des - parents.--Sur _et_ suivi de la négation, cf. 28, note 5. - - [13] =Possessione=, prise de possession. Ce mot se rattache - non seulement à _possideo_, être en possession, mais aussi à - _possido_, se rendre maître de. - - [14] =Propinqui=, parents par le sang; _affines_, parents par - alliance.--_Orbitatis pretia_: il n'y a aucun avantage à n'avoir - pas d'héritier direct, tandis qu'à Rome les vieillards riches - et sans enfants étaient entourés des soins et des respects - d'une foule de gens attentifs à capter leur héritage. Beaucoup - d'auteurs latins ou grecs nous dépeignent le cynisme avec lequel - se pratiquait cette chasse aux testaments. - - -=21.= Suscipere tam inimicitias seu patris seu propinqui quam -amicitias necesse est[1]. Nec[2] implacabiles durant: luitur enim -etiam homicidium certo armentorum ac pecorum numero[3] recipitque -satisfactionem universa domus, utiliter in publicum[4], quia -periculosiores sunt inimicitiæ juxta libertatem[5]. Convictibus et -hospitiis[6] non alia gens effusius indulget. Quemcumque mortalium -arcere tecto nefas habetur; pro fortuna[7] quisque apparatis epulis -excipit. Cum defecere[8], qui modo hospes fuerat, monstrator hospitii -et comes; proximam domum non invitati adeunt. Nec interest: pari -humanitate accipiuntur. Notum ignotumque quantum ad[9] jus hospitis -nemo discernit. Abeunti, si quid poposcerit, concedere moris[10]; -et poscendi invicem eadem facilitas. Gaudent muneribus, sed nec data -imputant[11] nec acceptis obligantur: vinculum inter hospites comitas. - - [1] =Necesse est=: ils regardent cette coutume comme fondée sur - le droit naturel au même titre que les successions. - - [2] =Nec=, de même que _et_, a souvent le sens adversatif; ici il - équivaut à _neque tamen_. - - [3] =Certo numero=: cf. 12, note 7.--_Domus_, dans le sens de - «famille» comme au ch. 20. - - [4] =In publicum=: cf. 5, note 2. - - [5] =Juxta libertatem= = _apud liberos homines_. En prose - classique, _juxta_ ne s'emploie guère que pour signifier «près - de», et au propre. Cf. ch. 30, encore un autre sens non classique - et un emploi spécial à Tacite _juxta formidinem_. - - [6] =Convictibus et hospitiis=. Le premier mot s'applique - aux rapports avec voisins et amis, le second, aux relations - d'hospitalité avec les étrangers. On remarque les mêmes coutumes - à l'origine de toutes les civilisations; la Bible, Homère nous - montrent déjà la même hospitalité cordiale: bienveillance dans - l'accueil, présents au départ, respect de l'hôte comme d'un être - sacré. - - [7] =Pro fortuna=, selon sa fortune. _Apparatus_ seul signifie - bien apprêté. Tite-Live, XXIII, 4: _apparatis accipere epulis_. - - [8] =Cum defecere=, s.-e. _epulæ_.--_Monstrator_, s.-e. _fit_. - - [9] =Quantum ad=, pour ce qui est de, quant à, au lieu du - classique _quod attinet ad_. Cette expression, qui se retrouve, - _Histoires_, V, 10 et _Agricola_, 44, est déjà dans Ovide. - - [10] =Moris=, s.-e. _est_. Cf. 14, note 2. - - [11] =Imputant=, litt., porter quelque chose en ligne de compte; - ici, se faire un titre à la reconnaissance. - - -=22.= Statim e[1] somno, quem plerumque in diem[2] extrahunt, -lavantur[3], sæpius calida, ut apud quos[4] plurimum hiems occupat. -Lauti cibum capiunt; separatæ singulis sedes[5] et sua cuique mensa. -Tum ad negotia nec minus sæpe ad convivia procedunt armati. Diem -noctemque[6] continuare potando nulli probrum. Crebræ, ut inter -vinolentos[7], rixæ raro conviciis[8], sæpius cæde et vulneribus -transiguntur. Sed et de reconciliandis invicem[9] inimicis et jungendis -affinitatibus et adsciscendis principibus, de pace denique ac bello -plerumque in conviviis consultant, tanquam[10] nullo magis tempore aut -ad simplices[11] cogitationes pateat animus aut ad magnas incalescat. -Gens non astuta nec callida aperit adhuc[12] secreta pectoris licentia -joci. Ergo detecta et nuda[13] omnium mens postera die retractatur[14], -et salva utriusque temporis ratio est[15]: deliberant dum fingere -nesciunt, constituunt dum errare non possunt. - - [1] =Ex= signifie souvent au sortir de, immédiatement après. - César, _Bell. Civ._, I, 22, 4, _ex prætura_. Ce sens peut être - précisé comme ici par _statim_. Cf. _Ann._, XV, 69, _ex mensa_. - - [2] =Plerumque=: cf. 13, note 12.--_In diem_, jusque dans le - jour, et non pas jusqu'au jour, sens que _in_ a quelquefois à - l'époque impériale. Quintilien, 8, 3, 68: _usque in illum diem_. - Cf. 45, _in ortum_, et la note. - - [3] =Lavantur=: forme passive qu'on peut rattacher à une voix - moyenne (Ragon, _Gr. lat._, 409, et Riemann, _Synt. lat._, § 133, - a 1º). _Calida_, s.-e. _aqua_. - - [4] =Ut apud quos=: cf. 2, note 15. Cette proposition relative - marquant la cause devrait être construite avec le subjonctif - (Ragon, _Gr. lat._, 503, 3º). L'exception, qu'on rencontre - quelquefois, est une construction incorrecte (Riemann, _Synt. - lat._, § 221, rem. II et note 3). On propose d'ailleurs - _occupet_ au lieu de _occupat_, mais déjà au ch. XVIII, dans - _ut quibus nullus per commercia cultus_, il semble bien qu'on - doive sous-entendre _est_, et non pas _sit_.--_Plurimum_, s.-e. - _temporis_ ou _anni_. - - [5] =Separatæ sedes=. Tacite, comme on peut s'y attendre chez - un écrivain qui peint un peuple étranger, signale surtout - les détails de moeurs qui s'écartent le plus des habitudes de - son pays. Chez les Romains la salle à manger contenait trois - lits, sur chacun desquels trois et quelquefois quatre convives - prenaient place. Horace, _Sat._, I, IV, 86: _Sæpe tribus lectis - videas cenare quaternos_.--_Sua cuique mensa_. C'était sans doute - moins une table qu'un simple plateau sur lequel chacun mettait - sa part du repas. Cf. l'allemand _Tisch_, qui vient du latin - _discus_. - - [6] =Diem noctemque=, un jour entier et la nuit suivante, comme - l'indique le verbe _continuare_. - - [7] =Ut inter vinolentos=: cf. 2, note 15.--_Vinolentus_ désigne - l'état d'ivresse en général, car nous voyons au commencement du - chapitre suivant que les Germains s'enivraient avec autre chose - que du vin. - - [8] =Raro conviciis=: les injures sont le fait d'un homme qui - n'ose en venir aux mains, d'un poltron. Dans les _Niebelungen_ on - lit: «Il ne convient pas à des guerriers de se blesser avec des - paroles à la manière des vieilles femmes.»--_Transigitur_: cf. - 19, note 7. - - [9] Proprement, _invicem_ ne signifie que _tour à tour_; mais - à l'époque impériale on l'emploie fréquemment pour marquer la - réciprocité au lieu de _inter se_. Cf. 37, _multa invicem damna_. - - [10] =Tanquam=, dans la conviction que. Cf. 20, note 11. - - [11] =Simplices= (de _sim_, «un», comme dans _semel_, _singuli_, - et _plico_), litt., qui n'a qu'un pli, sans détour, franc, - ouvert. - - [12] =Adhuc=, si on le rapporte à _aperit_, signifie «jusqu'ici», - Tacite voulant dire qu'à l'époque où il écrit, ce peuple n'a - pas encore appris l'art de dissimuler; mais il vaut mieux le - rattacher à _secreta_: des choses restées cachées jusqu'alors. - Un commentateur allemand, qui voit partout de l'ironie, prend le - contrepied de cette pensée (cf. Introduction), et cite non sans - quelque apparence de raison Velleius Paterculus, 118, qui appelle - les Germains _natum mendacio genus_. - - [13] =Detecta et nuda omnium mens=. CORNEILLE, _Théodore_, - II, ii: «Voilà pour vous montrer mon âme toute nue.» RACINE, - _Britannicus_, II, ii: «Mais je t'expose ici mon âme toute nue.» - - [14] =Retractatur=. Les idées exprimées en toute franchise durant - le festin sont de nouveau discutées. - - [15] =Salva utriusque temporis ratio est=. Ce qui convient - dans les deux cas (la délibération et la décision) est ainsi - sauvegardé. - - -=23.= Potui humor ex[1] hordeo aut frumento in quamdam similitudinem -vini corruptus[2]; proximi ripæ[3] et vinum mercantur. Cibi -simplices: agrestia poma[4], recens fera[5], aut lac concretum: sine -apparatu, sine blandimentis[6] expellunt famem. Adversus sitim non -eadem[7] temperantia: si indulseris[8] ebrietati suggerendo quantum -concupiscunt, haud minus facile[9] vitiis quam armis vincentur. - - [1] =Ex= marque la matière dont une chose est faite (_Gr. lat._, - 250). - - [2] =Corruptus= n'a pas ici un sens défavorable: altéré, c.-à-d. - fermenté. On voit assez qu'il s'agit d'une sorte de bière.--_In - similitudinem vini_, non pas à la manière du vin, mais de - façon à ressembler à du vin. Sur _in_ marquant le résultat ou - l'intention, voir des exemples dans Draeger, § 80. Cf. 38: _in - altitudinem quamdam et terrorem... ornantur_; et 17, note 11; 24, - note 3. - - [3] =Proximi ripæ=. Il s'agit des rives du Rhin et du Danube. Cf. - 5, note 13. - - [4] =Agrestia poma=. De même que _frugifera arbor_ (10, note 3) - signifie toute espèce d'arbre qui porte des fruits, ici _poma_ - désigne des fruits ou productions sauvages de toute espèce, des - noix ou des baies, peut-être même certains légumes sauvages. - - [5] =Recens fera=, venaison fraîche.--_Lac concretum_, lait - caillé ou peut-être le lait à tous les états où il peut être - rangé parmi les _cibi_ que Tacite énumère ici par opposition à la - boisson. - - [6] =Sine blandimentis=, sans tous les raffinements inventés - pour réveiller l'appétit paresseux, ce que Salluste appelle - _irritamenta gulæ_. - - [7] =Eadem=: formule de transition que nous avons déjà vue au ch. - 4: _non eadem patientia_. Pour la pensée, voir aussi ce chapitre: - _minime sitim tolerare, etc._ - - [8] =Si indulseris=, si on se prête à. - - [9] =Haud minus facile= est une litote, au lieu de _facilius_. - Cependant l'affirmation de Tacite est relative: il ne veut pas - dire qu'en fait les Germains sont faciles à vaincre (cf. 37), - mais il compare seulement les deux moyens qu'on a de les dompter. - - -=24.= Genus spectaculorum unum atque in omni coetu idem: nudi -juvenes, quibus id ludicrum[1] est, inter gladios se atque infestas[2] -frameas saltu jaciunt. Exercitatio artem paravit, ars decorem, non in -quæstum[3] tamen aut mercedem: quamvis[4] audacis lasciviæ pretium -est voluptas spectantium. Aleam, quod mirere, sobrii inter seria[5] -exercent, tanta lucrandi perdendive temeritate[6], ut, cum omnia -defecerunt, extremo ac novissimo[7] jactu de libertate ac de corpore -contendant. Victus voluntariam servitutem adit: quamvis juvenior, -quamvis robustior, alligari se ac venire[8] patitur. Ea est[9] in -re prava pervicacia; ipsi fidem vocant. Servos conditionis hujus per -commercia[10] tradunt, ut se quoque[11] pudore victoriæ exsolvant. - - [1] =Ludicrum= est attribut de _id_: pour qui c'est un jeu. À - Rome on voyait dans les arènes des exercices plus dangereux, - mais ils étaient exécutés par de misérables condamnés pour qui ce - n'était point un passe-temps. - - [2] =Infestas= se rapporte également à _gladios_ (_Gr. lat._, - 228): menaçantes, dangereuses par la manière dont elles sont - placées. Sidoine Apollinaire, 5, 246: _Intortas præcedere - saltibus hastas_.--_Saltu se jacere_: expression plus pittoresque - que _saltare_. - - [3] =In quæstum=, «en vue d'un gain». Cf. 23, note 2. - - [4] =Quamvis= ne signifie pas _quoique_ et ne tombe pas sur le - verbe à l'indicatif, ce qui serait doublement contraire au bon - usage classique (Ragon, _Gr. lat._, 501, et rem.; Riemann, § 201, - 2). Il tombe ici exclusivement sur _audacis_: quelque audacieux - que soit. Tacite emploie d'ailleurs _quamvis_ dans le sens de - quoique avec le subjonctif: cf. _Histoires_, II, 79 et 85. - - [5] =Sobrii inter seria=. Cette habitude pouvait étonner les - Romains, pour qui ce jeu faisait partie des divertissements d'un - festin, quand le vin avait déjà échauffé les têtes. - - [6] =Temeritate=, s'exposant avec tant d'audace aux chances de - gain ou de perte. - - [7] =Extremo ac novissimo=: pléonasme oratoire. Cf. 1, note - 9. Mais il n'en est pas de même de _libertate et corpore_: le - second mot marque la conséquence du premier, la perte de la - liberté entraînait le risque de perdre la vie même dans un pays - où le maître pouvait punir l'esclave de mort. Cf. 25: _occidere - solent_.--_Jactu_, coup de dés. - - [8] =Venire=: inf. de _veneo_, qui sert de passif à _vendo_ (_Gr. - lat._, 411). - - [9] =Ea est=, telle est. - - [10] =Per commercia=. Cf. 17: _nullus per commercia cultus_. - - [11] =Quoque=. Les vainqueurs veulent échapper _eux aussi_ à - la honte de leur victoire, comme le vaincu a voulu échapper en - risquant sa liberté à la honte d'une défaite où il avait tout - perdu. - - -=25.= Ceteris[1] servis non in nostrum morem[2] descriptis per -familiam ministeriis utuntur: suam quisque sedem, suos penates regit. -Frumenti modum[3] dominus aut pecoris aut vestis ut colono injungit, -et servus hactenus[4] paret. Cetera[5] domus officia uxor ac liberi -exsequuntur. Verberare servum ac vinculis et opere[6] coercere rarum: -occidere solent, non disciplina et severitate[7], sed impetu et ira, -ut inimicum, nisi quod[8] impune est. Liberti non multum supra servos -sunt, raro aliquod momentum[9] in domo, nunquam in civitate[10], -exceptis dumtaxat iis gentibus quæ regnantur[11]. Ibi enim et super -ingenuos et super nobiles ascendunt: apud ceteros impares libertini[12] -libertatis argumentum sunt. - - [1] =Ceteris= sert de transition; il s'agit maintenant des - esclaves autres que ceux dont il vient d'être parlé. C'étaient - des prisonniers de guerre ou des fils d'esclaves. - - [2] =In nostrum morem=, à notre manière. Cf. 16, note 3. En - effet, les Romains pouvaient distribuer à tout un personnel - composé parfois de plusieurs centaines d'esclaves (_familia_) - une foule de rôles distincts qui répondaient à autant de besoins - créés par le luxe. Les Germains qui n'avaient point de palais et - dont la vie était fort simple auraient été plutôt embarrassés - de tenir chez eux leurs esclaves. Ces derniers avaient donc - leurs habitations sans doute groupées autour de celle du maître - et se livraient aux travaux des champs. Ces moeurs, avec les - modifications amenées par le christianisme, sont reconnaissables - durant tout le moyen âge. - - [3] =Modum=, une quantité déterminée.--_Colono_: le colon romain - était un homme libre, mais la terre qu'il cultivait ne lui - appartenait pas. - - [4] =Hactenus= s'emploie tantôt en parlant du lieu (_Agricola_, - 16), tantôt en parlant du temps (Virg., _Énéide_, XI, 823), ou - comme ici au figuré: à cela se borne son esclavage. Il s'agit, - bien entendu, de ce qui se passait habituellement, car l'esclave - pouvait en certains cas être mis à mort par son maître. - - [5] =Cetera domus officia= ne peut signifier les autres emplois - de la maison, puisque Tacite n'en a encore cité aucun; il - faut traduire: les autres services, ceux qui se font dans la - maison, par opposition à la culture des champs. +Allos+ a très - fréquemment cet emploi, _Odyssée_, I, 132: +ektosthen allôn - mnêstêrôn+, loin des autres, à savoir des prétendants (Ragon, - _Gr. gr._, 187 _bis_, rem.).--_Uxor et liberi_, s.-e. _domini_. - - [6] =Vinculis et opere=, les fers et les travaux forcés. Tacite - songe peut-être aux malheureux condamnés à Rome à tourner la - meule.--_Coercere_: cf. 11. - - [7] =Disciplina et severitate= = _disciplinæ severitate, - disciplina severa_. _Impetu et ira_ = _impetu iræ_. C'est la - figure appelée hendiadyn (+hen dia dyoin+) qui consiste à réunir - par _et_ deux substantifs dont l'un précise l'autre et remplace - soit un génitif, soit un adjectif. - - [8] =Nisi quod= après une proposition affirmative et _nisi_ seul - après une négation, s'emploient avec l'indicatif pour signifier: - si ce n'est que, avec cette restriction que (_Gr. lat._, 494). - - [9] =Momentum=. Les affranchis ont rarement quelque influence. On - dit plutôt _momenti esse_; Cicéron dit: _esse maximi ponderis et - momenti_. Mais Tacite aime à employer le nominatif attribut au - lieu d'un génitif ou d'un datif avec _esse_; il semble qu'ainsi - la relation avec le sujet devienne plus directe. Cf. 13, note 6, - et plus bas _argumentum sunt_. - - [10] =In civitate=. À Rome, au contraire, des affranchis, - tout-puissants auprès des empereurs, tenaient souvent les rênes - du gouvernement. - - [11] Le passif _regnari_ n'appartient pas à la prose classique - (Riemann, _Synt. lat._, § 31, _d_, et la note). Cf. 37, - _triumphati_. - - [12] =Impares libertini=. Le fait que les affranchis sont - au-dessous des citoyens libres est une preuve de liberté - chez un peuple. _Impares_ joue ici le rôle d'une proposition - circonstancielle.--_Libertus_, l'affranchi par rapport à son - maître; _libertinus_, l'affranchi considéré dans ses rapports - avec l'État, _libertini_, la classe des affranchis. - - -=26.= Fenus agitare[1] et in usuras extendere ignotum; ideoque -magis servatur[2] quam si vetitum esset. Agri pro numero cultorum -ab universis vicis[3] occupantur, quos mox inter se secundum -dignationem[4] partiuntur. Facilitatem partiendi camporum spatia -præbent. Arva[5] per annos mutant[6], et superest ager. Nec enim cum -ubertate et amplitudine soli labore contendunt[7], ut[8] pomaria -conserant et prata separent et hortos rigent: sola terræ seges[9] -imperatur. Unde annum quoque ipsum non in totidem[10] digerunt species: -hiems et ver et æstas intellectum[11] ac vocabula habent, autumni -perinde nomen ac bona ignorantur. - - [1] =Fenus agitare=. On n'est pas d'accord sur le sens de ce - passage. On entend communément: faire valoir un capital et - étendre cette opération aux intérêts eux-mêmes, c'est-à-dire - prendre l'intérêt de l'intérêt. Après ce qui a été dit au ch. - 5 de la rareté de la monnaie en Germanie, cette phrase peut - paraître superflue; mais Tacite songe toujours à Rome, où l'usure - et les dettes qui en naissaient avaient causé tant de troubles: - _Sane vetus urbi malum_, dit-il, _Ann._, VI, 16. - - [2] =Servatur= a pour sujet _non agitare fenus_, l'idée négative - étant suggérée par _ignotum_; _vetitum esset_ a le même sujet, - mais sans négation. On reconnaît encore ici une de ces _pointes_ - qu'on aimait au temps de Tacite; mais la concision est obtenue - aux dépens de la clarté. - - [3] =Ab universis vicis=, des communautés entières se déplacent - et occupent un espace de terrain plus ou moins grand, soit sans - possesseurs, soit nouvellement conquis.--_Mox_: cf. 10, note 4. - - [4] =Dignationem=, rang, considération. - - [5] =Arva=, la terre cultivée par chacun, s'oppose à _ager_, le - territoire entier assigné à la communauté. - - [6] =Mutant=: afin de laisser reposer alternativement la terre - épuisée par une récolte. - - [7] =Contendunt=: ils n'essaient pas, à force de travail, de - faire valoir chaque parcelle de terrain et d'en tirer tout ce - qu'elle peut produire, comme cela se pratiquait en Italie, où, - dès l'époque de Caton, on s'était préoccupé d'obtenir du sol le - maximum de rendement. - - [8] =Ut= a le sens consécutif: en sorte que, de façon à, au point - de. - - [9] =Seges=, les céréales. - - [10] =Totidem=. Le second membre de la comparaison est - sous-entendu. Il s'agit des Romains.--_Species_, formes sous - lesquelles l'année se montre à nous, saisons. - - [11] =Intellectum=, sens, signification. Ce mot est pris - passivement. De même, dans Quintilien, _intellectu carere_ = _non - intelligi_, être inintelligible. - - -=27.= Funerum nulla ambitio[1]: id solum observatur, ut corpora -clarorum virorum certis lignis crementur[2]. Struem rogi nec vestibus -nec odoribus cumulant: sua cuique arma, quorumdam igni et equus -adjicitur. Sepulcrum cæspes erigit[3]: monumentorum arduum et operosum -honorem ut[4] gravem defunctis aspernantur. Lamenta ac lacrimas[5] -cito, dolorem et tristitiam tarde ponunt[6]. Feminis lugere honestum -est, viris meminisse. - -Hæc in commune[7] de omnium Germanorum origine ac moribus accepimus. -Nunc singularum gentium instituta ritusque, quatenus differant, quæ -nationes e Germania in Gallias commigraverint, expediam. - - [1] =Ambitio=, faste, désir de briller. À Rome, au contraire, les - funérailles se faisaient en grande pompe; on célébrait à cette - occasion des jeux funèbres fort somptueux. - - [2] =Crementur=. Cet usage de brûler les cadavres paraît - relativement récent chez les Germains; plus anciennement ils - enterraient leurs morts; ils revinrent à cette coutume en se - convertissant au christianisme. - - [3] =Cæspes erigit= au lieu de _cæspite erigitur_: tour poétique - qui se trouve dans Sénèque, _Ep._ 8: _Hanc domum utrum cæspes - erexerit an varius lapis gentis alienæ nihil interest._ - - [4] =Ut=, dans la pensée que, le regardant comme. Cf. 8, note 10, - et 20, note 11. - - [5] =Lamenta et lacrimas=: allitération. Cf. 40: _præliis ac - periclitando_. - - [6] =Ponunt= pour _deponunt_. Cf. 14, note 13. Cicéron avait déjà - dit _ponere dolorem_. Tacite emploie ailleurs _ponere_ au lieu de - _proponere_ et cet emploi lui est particulier. - - [7] =In commune=: cf. 5, note 2. - - -=28.= Validiores[1] olim Gallorum res fuisse summus auctorum[2] -divus Julius tradit; eoque credibile est etiam Gallos in Germaniam -transgressos[3]. Quantulum enim amnis obstabat quominus, ut quæque[4] -gens evaluerat, occuparet permutaretque sedes promiscuas adhuc et -nulla[5] regnorum potentia divisas? Igitur[6] inter Hercyniam[7] silvam -Rhenumque et Moenum amnes Helvetii, ulteriora Boii, Gallica utraque -gens, tenuere. Manet adhuc Boihæmi[8] nomen significatque loci veterem -memoriam, quamvis mutatis[9] cultoribus. Sed utrum Aravisci[10] in -Pannoniam ab Osis, Germanorum natione; an Osi ab Araviscis in Germaniam -commigraverint, cum eodem adhuc sermone, institutis, moribus utantur, -incertum est, quia pari olim inopia ac libertate eadem utriusque ripæ -bona malaque[11] erant. Treveri et Nervii circa[12] affectationem -Germanicæ originis ultro ambitiosi sunt, tanquam[13] per hanc gloriam -sanguinis a similitudine et inertia[14] Gallorum separentur. Ipsam -Rheni ripam haud dubie[15] Germanorum populi colunt, Vangiones, -Triboci, Nemetes. Ne Ubii quidem, quanquam[16] Romana colonia esse -meruerint ac libentius Agrippinenses conditoris sui[17] nomine -vocentur, origine erubescunt, transgressi olim et experimento[18] fidei -super ipsam Rheni ripam collocati, ut arcerent, non ut custodirentur. - - [1] =Validiores=, plus puissants que les Germains, et non pas - qu'aujourd'hui, comme le témoigne le passage de César, _Bell. - Gall._, VI, 24: _Ac fuit antea tempus cum Germanos Galli virtute - superarent._ - - [2] =Auctor=, garant, autorité, et non pas écrivain. - - [3] =Transgressos=. Il est plus probable que ces Gaulois qui - habitaient en Germanie n'y avaient pas passé, mais s'y étaient - maintenus, tandis que les autres avaient été refoulés de l'autre - côté du Rhin. - - [4] =Ut=, dans _ut quisque_, signifie tantôt «à mesure que», - tantôt «dans la mesure où». - - [5] =Et nulla=, au lieu de _neque ulla_, qui est plus ordinaire - (Ragon, _Gr. lat._, 531; Riemann, _Synt. lat._, § 268 et rem.). - Tacite emploie volontiers (cf. 10 et 20, et vingt fois dans les - autres ouvrages) cette tournure qui semble accentuer davantage la - négation. Après lui cet usage se répand de plus en plus. - - [6] =Igitur= indique que l'auteur, après une courte digression ou - explication préliminaire, revient à son sujet. - - [7] =Hercynia silva=: la Forêt Noire, avec laquelle on - l'identifie, ne devait en être qu'une faible partie. Cf. - _Hercynia_, au lexique. - - [8] =Boihæmi=. Le mot germanique _heim_ signifie domicile, pays, - et forme beaucoup de noms de lieu. Cf. lexique des noms propres. - - [9] =Mutatis=. Les Marcomans avaient remplacé les Boïens dans la - Bohême. - - [10] =Aravisci=. Pour tous les noms propres, consulter le - lexique. - - [11] =Bona malaque=. Par conséquent on ne peut alléguer aucune - raison qui ait pu pousser les uns plutôt que les autres à - franchir le fleuve. - - [12] =Circa=, dans l'usage classique, signifie autour de, - environ. Son emploi dans le sens de «au sujet de» appartient - à l'époque impériale.--_Affectationem_, désir d'atteindre, - d'obtenir, prétention à. - - [13] =Tanquam=: cf. 20, note 11. - - [14] =A similitudine et inertia=. Il y a vraisemblablement - hendiadyn. Il ne s'agit point d'une ressemblance extérieure: - _inertia_ explique en quoi consisterait la ressemblance qu'ils - répudient (_similitudine inertiæ_). Cf. 25, note 7, et 29, note - 8. - - [15] =Haud dubie= tombe sur _Germanorum_: des peuplades - incontestablement de race germanique. Tacite semble douter de - l'origine germanique des Trévires et des Nerviens. - - [16] =Quanquam... meruerint=. C'est ainsi que Tacite construit - d'ordinaire _quanquam_ contrairement à l'usage classique (_Gr. - lat._, 499).--_Mereri_ se construit avec _ut_, mais l'infinitif - se trouve aussi chez Ovide, Tacite, Valère Maxime, Florus. - - [17] =Conditoris sui=. On attendrait plutôt le féminin, Agrippine - étant la véritable fondatrice de la Colonie. S'agit-il d'Agrippa - qui les établit sur les bords du Rhin? On peut, à la rigueur, - considérer _sui_ comme le génitif du pronom personnel, car cet - emploi peu correct, mais non sans exemple dans l'usage classique, - n'est pas rare chez Tacite. Cf. Riemann, _Synt. lat._, § 53, - rem. 1, et Draeger, § 63. L'emploi de _conditor_ pour désigner - une femme est poétique. De même, _auctor_ s'emploie parfois au - féminin. - - [18] =Experimento=, sur la preuve acquise: abl. de cause. - - -=29.= Omnium harum gentium virtute præcipui Batavi non multum ex -ripa[1], sed insulam[2] Rheni amnis colunt, Chattorum quondam populus -et seditione domestica in eas sedes transgressus, in quibus pars Romani -imperii fierent[3]. Manet honos et antiquæ societatis insigne[4]: -nam nec tributis contemnuntur[5] nec publicanus atterit; exempti -oneribus et collationibus et tantum in usum[6] proeliorum sepositi, -velut tela atque arma[7] bellis reservantur. Est in eodem obsequio -et Mattiacorum gens. Protulit enim magnitudo populi Romani ultra -Rhenum ultraque veteres terminos[8] imperii reverentiam. Ita sede -finibusque[9] in sua ripa, mente animoque nobiscum agunt; cetera[10] -similes Batavis, nisi quod[11] ipso adhuc terræ suæ solo et cælo acrius -animantur. Non numeraverim[12] inter Germaniæ populos, quanquam trans -Rhenum Danuviumque consederint, eos qui decumates agros[13] exercent. -Levissimus quisque[14] Gallorum et inopia audax dubiæ possessionis -solum occupavere. Mox[15] limite acto promotisque præsidiis sinus -imperii et pars provinciæ[16] habentur. - - [1] =Non multum ex ripa=, une petite partie de la rive. _Ex_ - comme _de_ a souvent le sens partitif. Il s'agit de la rive - gauche du Wahal et de la Meuse. - - [2] =Insulam=. L'île des Bataves est bornée au nord par une - branche du Rhin et au sud par le Wahal et la Meuse, mais Tacite - ne se trompe pas en l'appelant _insulam Rheni_, car les eaux - de ce fleuve l'entourent réellement. Cf. _Histoires_, IV, 12: - _Insulam... quam mare oceanus a fronte, Rhenus amnis tergum ac - latera circumluit_. - - [3] =Fierent=. Ce subjonctif de la proposition relative (_Gr. - lat._, 503) marque la conséquence et non le but: «où ils étaient - destinés à devenir». - - [4] =Honos et insigne=: cf. 25, note 7.--_Insigne_ ne fait - qu'expliquer _honos_ en indiquant qu'il constitue un trait - distinctif. Cf. 38, note 3. Traduisez: «Il leur reste un - privilège, marque certaine d'une antique alliance, c'est que...» - - [5] =Contemnuntur=, =atterit= (_eos_). Remarquez l'énergie de - l'expression et le changement subit du sujet. Cf. note 13. - - [6] =In usum=, pour servir. Tacite donne volontiers à _in_ deux - emplois rares à l'époque classique: 1º pour marquer le résultat - (Cf. 23, note 2); 2º pour marquer le but, au lieu de _ad_. - - [7] =Tela atque arma=, armes offensives et défensives. - - [8] =Ultra Rhenum ultraque veteres terminos=. Dans Tacite, - _et_, _que_, _neque_ sont souvent explicatifs, au lieu d'une - apposition. Cf. _Agricola_, 4: _De limine imperii et ripa_, au - delà du Rhin qui était l'ancienne frontière. - - [9] =Sede finibusque= et _mente animoque_: ablatifs de relation - (_Gr. lat._, 303).--_Agunt_, ils vivent. Cf. 17, note 2. - - [10] =Cetera=. Cf. 17, note 2. - - [11] =Nisi quod=: cf. 25, note 8.--_Solo et cælo_. Tacite - reconnaît, en dehors de l'influence de la race, l'influence du - milieu. - - [12] =Non numeraverim=: cf. 2, note 2.--_Quanquam_: cf. 28, note - 16. - - [13] =Decumates agros=, terres qui paient la dîme. Cf. lexique - des noms propres.--_Exercent_ indique un travail pénible. Tacite - aime à employer un mot caractéristique au lieu du terme général - qui serait ici _colunt_. Cf. note 5. - - [14] =Levissimus quisque=: cf. 15, note 2. _Audax_ devrait être - également au superlatif. - - [15] =Mox=: cf. 10, note 4.--_Limite acto_. Il ne s'agit pas - d'une simple frontière mais d'un rempart véritable qui, commencé - sous Domitien et continué sous Trajan, ne fut achevé que par - Hadrien; de là son nom de _vallum hadrianum_. Il s'étendit - alors depuis le Danube près de Ratisbonne jusqu'au Rhin près de - Cologne.--Sur l'expression _limitem agere_, cf. Virg., _Énéide_, - X, 514, _limitem agit ferro_.--_Sinus_, enclave. - - [16] =Provinciæ=. Une partie des champs décumates était rattachée - à la Germanie supérieure, l'autre à la Rhétie.--_Habentur_: - grammaticalement le sujet de ce verbe doit être le même que celui - de _occupavere_ ou plutôt de _exercent_; mais logiquement, dans - la pensée de l'auteur, il s'agit des champs décumates eux-mêmes. - _Habentur_ paraît être ici le simple équivalent de _sunt_. - - -=30.= Ultra hos Chatti[1] initium sedis ab Hercynio saltu[2] -inchoant[3], non ita effusis[4] ac palustribus locis, ut ceteræ -civitates, in quas Germania patescit: durant siquidem colles, paulatim -rarescunt, et Chattos suos[5] saltus Hercynius prosequitur simul -atque deponit. Duriora genti corpora, stricti[6] artus, minax vultus -et[7] major animi vigor. Multum, ut inter Germanos[8], rationis[9] ac -sollertiæ: præponere[10] electos, audire præpositos, nosse ordines[11], -intelligere occasiones, differre impetus, disponere diem, vallare -noctem, fortunam inter[12] dubia, virtutem inter certa numerare, -quodque rarissimum nec nisi Romanæ disciplinæ concessum, plus reponere -in duce quam in exercitu. Omne robur in pedite, quem super[13] arma -ferramentis[14] quoque et copiis onerant: alios ad proelium ire videas, -Chattos ad bellum. Rari excursus[15] et fortuita pugna. Equestrium sane -virium id proprium, cito parare victoriam, cito cedere: velocitas juxta -formidinem[16], cunctatio propior constantiæ est. - - [1] =Chatti=: auj. les Hessois. Cf. lexique. - - [2] =Hercynio saltu=: cf. 28, note 7, et le lexique. - - [3] =Initium inchoare=. Cette expression, qui nous semble - pléonastique, est tout à fait dans le génie de la langue latine, - qui aime à rapprocher deux mots de sens analogue. Cf. Cicéron: - _Eligendi optio_, et au chap. 31, _visu mitiore mansuescunt_. - - [4] =Effusis locis=, pays de plaines. - - [5] =Suos=. Ce fait que le pays des Chattes s'étend tout entier - dans la Forêt Noire, crée une sorte de lien entre cette contrée - et ses habitants.--_Prosequitur simul atque deponit_, les - accompagne et les dépose. Les terrains montagneux sur lesquels - vivent les Chattes s'abaissent au niveau de la plaine à leur - frontière même et semblent les déposer, c'est-à-dire finissent - avec eux. La couleur poétique est ici sensible. Cf. 34, note 6. - - [6] =Stricti=, durs, nerveux. Cf. 17, note 3. - - [7] =Et= doit être répété entre tous les termes d'une énumération - (_Gr. lat._, 534), mais cette règle est souvent violée par Tacite - dans les _Histoires_ et les _Annales_. Ici il n'y a véritablement - que trois termes sans liaison: le troisième se subdivise en deux - plus étroitement unis. - - [8] =Ut inter Germanos= restreint la portée du jugement (_Gr. - lat._, 534, _pour_). - - [9] =Rationis=, non pas intelligence en général, mais réflexion, - calcul, opposé à l'irréflexion qui obéit au premier mouvement. - - [10] =Præponere=: cet infinitif et ceux qui suivent développent - les mots précédents en expliquant en quoi consiste l'habileté des - Chattes. - - [11] =Nosse ordines=, garder les rangs dans le combat.--_Vallare - noctem_, fortifier la nuit, c.-à-d. la rendre sûre en s'abritant - derrière des retranchements. - - [12] =Inter=, «au nombre de», comme faisant partie de. Cf. 32, - note 6.--_Rarissimum (est)_. - - [13] =Super= = _præter_, outre. On rencontre dans _la Germanie_ - deux emplois de _super_ qui ne se trouvent ni dans Cicéron ni - dans César: 1º _super_ pour _præter_. Cf. 43, _super vires_; 2º - au delà de, plus de. Cf. 33, _super sexaginta millia ceciderunt_. - - [14] =Ferramentis=, outils de fer.--_Copiis_, vivres. - - [15] =Excursus=, excursion, sortie, c.-à-d. attaque soudaine qui - a pour résultat une bataille imprévue: _fortuita pugna_. - - [16] =Juxta formidinem=, est voisine, touche de près à la peur. - Cf. 21, note 5. - - -=31.= Et aliis Germanorum populis usurpatum[1] raro et privata cujusque -audentia apud Chattos in consensum[2] vertit, ut primum adoleverunt, -crinem barbamque submittere, nec nisi hoste cæso exuere votivum -obligatumque[3] virtuti oris habitum. Super[4] sanguinem et spolia -revelant frontem, seque tum demum pretia nascendi retulisse dignosque -patria ac parentibus ferunt. Ignavis et imbellibus manet squalor[5]. -Fortissimus quisque[6] ferreum insuper anulum (ignominiosum id genti) -velut vinculum gestat, donec se cæde hostis absolvat[7]. Plurimis[8] -Chattorum hic placet habitus, jamque canent insignes[9] et hostibus -simul suisque monstrati. Omnium penes hos initia pugnarum, hæc[10] -prima semper acies, visu nova: nam ne in pace quidem vultu mitiore[11] -mansuescunt. Nulli domus aut ager aut aliqua cura: prout ad quemque[12] -venere, aluntur, prodigi alieni, contemptores[13] sui, donec exsanguis -senectus tam duræ virtuti impares[14] faciat. - - [1] =Usurpatum= est employé substantivement et équivaut à une - proposition relative: _quod usurpatur raro et privata cujusque - audentia_. Il est expliqué appositionnellement par les infinitifs - _submittere_, _exuere_. - - [2] =Consensum=, coutume acceptée par tous. - - [3] =Votivum obligatumque=, voué et consacré au courage, - c.-à-dire par lequel ils s'obligent à se conduire - vaillamment.--_Habitum_. Cf. 17, note 9. - - [4] =Super=: parce que la victime est considérée comme gisant - à leurs pieds.--_Revelant_, ils découvrent (en coupant leurs - cheveux).--_Pretia nascendi retulisse_, avoir payé la dette de - leur naissance, le prix de leur existence, mérité la vie qu'ils - ont reçue. - - [5] =Squalor=, l'aspect hideux que leur donne une chevelure - longue et inculte. - - [6] =Fortissimus quisque=: cf. 15, note 2. - - [7] =Donec absolvat=: cf. 2, note 11. - - [8] =Plurimis=, un grand nombre. Cf. 13, note 12. - - [9] =Jamque canent insignes= = _jam canentes insignes sunt_. - _Insignis_ se dit proprement de celui qui porte un signe spécial - auquel on le reconnaît. Cf. Virg., _Én._, VI, 167: _Et lituo - pugnas insignis obibat et hasta_.--_Monstrati_. C'est une - marque de célébrité bien connue. Cf. Horace, _Od._, IV, 2. _Quod - monstror digito prætereuntium_. Perse, I, 28: _At pulchrum est - digito monstrari et dicier: hic est._ - - [10] =Hæc=. C'est d'eux qu'est formé le premier rang.--_Nova_, - nouveau, par conséquent inaccoutumé, surprenant, étrange. Cf. 43: - _novum ac velut infernum aspectum_. - - [11] =Mitiore=: prolepse. L'adjectif marque d'avance le résultat. - Cf. 30, note 3. - - [12] =Prout ad quemque=: cf. 28, note 4. - - [13] =Contemptores=, sans souci de.--_Sui_: génitif de _suum_. - - [14] =Impares=, inégaux, qui ne sont pas à la hauteur de; c.-à-d. - incapables de soutenir cette sauvage bravoure. - - -=32.= Proximi Chattis certum jam alveo[1] Rhenum quique terminus -esse sufficiat[2] Usipi ac Tencteri colunt. Tencteri super[3] solitum -bellorum decus, equestris disciplinæ arte præcellunt; nec major apud -Chattos[4] peditum laus quam Tencteris equitum. Sic instituere majores, -posteri imitantur. Hi lusus infantium, hæc[5] juvenum æmulatio; -perseverant senes. Inter[6] familiam et penates et jura successionum -equi traduntur; excipit[7] filius, non, ut cetera, maximus natu, sed -prout ferox bello et melior[8]. - - [1] =Certum jam alveo=: par opposition au cours supérieur du - Rhin. - - [2] =Quique (talis qui)... sufficiat=. Proposition relative - marquant la conséquence (_Gr. lat._, 502).--_Sufficere_ avec - l'infinitif n'est pas classique. - - [3] =Super=, outre. Cf. 30, note 13. - - [4] =Apud Chattos=, =Tencteris=. Tacite aime à varier les - constructions. - - [5] =Hi=, =hæc=, ce sont là les jeux, etc. Cf. 13, note 4. - - [6] =Inter=, comme faisant partie de, c.-à-d. sur le même pied. - Cf. 30, note 12. _Familia_ désigne ici spécialement les esclaves - qu'on se partageait dans la succession.--_Jura successionum_. - L'abstrait pour le concret: tout ce qui tombe sous la - réglementation des droits de succession. - - [7] =Excipit= (et non pas _accipit_) marque mieux la continuité - d'une même tradition dans la famille. - - [8] =Bello= se rattache aussi à _melior_, plus brave. Cf. en grec - +ameinôn+. _Iliade_, VI, 479: +kai pote tis eipêsi: patros g' - hode pollon ameinôn+. - - -=33.= Juxta Tencteros Bructeri olim occurrebant[1]: nunc Chamavos -et Angrivarios immigrasse narratur[2], pulsis Bructeris ac penitus -excisis[3] vicinarum consensu[4] nationum, seu superbiæ odio, -seu prædæ dulcedine, seu favore quodam erga nos deorum; nam ne -spectaculo[5] quidem proelii invidere. Super[6] sexaginta millia non -armis telisque[7] Romanis, sed, quod magnificentius est, oblectationi -oculisque[8] ceciderunt. Maneat, quæso, duretque gentibus, si non -amor nostri, at certe[9] odium sui: quando[10], urgentibus[11] imperii -fatis, nihil jam præstare fortuna majus potest quam hostium discordiam. - - [1] =Occurrebant=, se présentaient, c.-à-d. se trouvaient. - - [2] =Narratur= ne s'emploie impersonnellement qu'après l'époque - classique (_Gr. lat._, 448 et 449). - - [3] =Penitus excisis=. C'est exagéré sans doute, car les - Bructères apparaissent encore à diverses reprises dans - l'histoire. - - [4] =Consensu=, ici, «coalition». - - [5] =Spectaculo=: datif.--_Invidere_ signifie littéralement - regarder d'un oeil malveillant, puis envier, enfin, comme ici, - refuser par sentiment de jalousie. - - [6] =Super=, au delà de. Cf. 30, note 13. - - [7] =Armis telisque=: cf. 29, note 7. - - [8] =Oblectationi oculisque=: datifs d'intérêt et hendiadyn, - au lieu de _oblectationi oculorum_. Tacite se montre ici bien - Romain: Rome a assisté tranquille aux luttes sanglantes de ses - ennemis et goûté le plaisir qu'éprouvaient les spectateurs en - regardant les gladiateurs s'égorger dans l'arène. - - [9] =Si non=, =at certe=: _Gr. lat._, 543.--_Amor nostri_, - l'affection envers nous: génitif objectif (_Gr. lat._, 249). - - [10] =Quando= = _quandoquidem_, du moment que. - - [11] =Urgentibus=. Nous n'avons pu nous décider à supprimer - ce mot malgré les difficultés qu'il soulève et les spécieuses - raisons données par M. Brunot (Étude sur le _De moribus - Germanorum_). Tite-Live avait déjà dit, V, 36: _Jam urgentibus - Romanam urbem fatis..._ Ce mot résume toutes les inquiétudes de - Tacite sur l'avenir de son pays. Cf. Introduction. - - -=34.= Angrivarios et Chamavos a tergo[1] Dulgubnii et Chasuarii -claudunt aliæque gentes haud perinde memoratæ[2], a fronte Frisii -excipiunt. Majoribus minoribusque Frisiis vocabulum[3] est ex modo -virium. Utræque nationes[4] usque ad Oceanum Rheno prætexuntur, -ambiuntque[5] immensos insuper lacus et Romanis classibus navigatos. -Ipsum quin etiam Oceanum illa[6] tentavimus, et superesse adhuc -Herculis columnas[7] fama vulgavit, sive[8] adiit Hercules, seu -quicquid ubique magnificum est in claritatem ejus referre consensimus. -Nec defuit audentia Druso Germanico[9], sed obstitit Oceanus in se -simul atque in Herculem inquiri[10]. Mox[11] nemo tentavit, sanctiusque -ac reverentius visum de actis deorum credere quam scire. - - [1] =A tergo=, =a fronte=. Tacite indique la position relative de - ces peuples par rapport à un spectateur placé sur le Rhin. C'est - de là surtout que Rome surveillait la Germanie. Cf. 42, note - 3.--_Claudunt_, _excipiunt_ expriment d'une façon pittoresque - l'idée qui correspond aux expressions _a tergo_, _a fronte_. - - [2] =Haud perinde memoratæ=, dont on ne parle pas autant, c.-à-d. - moins connues, ou plutôt de moindre importance. - - [3] =Vocabulum= équivaut à _nomen_ et se construit comme lui - (_Gr. lat._, 282).--_Ex_, d'après. Cf. 7, note 1. - - [4] Le pluriel de _uterque_ pour désigner deux nations est - peu correct. On trouve aussi, _Ann._, XVI, 11: _illa utrosque - intuens_, où il s'agit de deux personnes. - - [5] =Ambiunt=, embrassent.--_Immensos lacus_. Ce qu'on - appelle le Zuiderzée n'avait pas à l'époque de Tacite toute - l'étendue actuelle, mais il devait exister de vastes lacs dans - ces contrées.--_Et_ signifie «aussi» et tombe sur _Romanis - classibus_. Cf. 10, note 15. Tacite fait allusion aux expéditions - de Drusus et de Germanicus. - - [6] =Illa=, s.-e. _parte_, de ce côté.--_Tentavimus_ et plus - bas _obstitit in se inquiri_: on voit que l'océan est en quelque - sorte personnifié. Ces sortes de personnifications sont un des - caractères du style de Tacite. - - [7] =Herculis columnas=. Les anciens plaçaient aussi des colonnes - d'Hercule au détroit de Gibraltar. - - [8] =Sive=, =seu=. Le changement de forme de la conjonction - accentue l'absence de symétrie des deux propositions. - - [9] =Germanico=. Ce surnom est aussi donné à Drusus, _Hist._, V, - 19. - - [10] =Obstitit inquiri=. Cette construction ne se rencontre - qu'ici. _Obstare_ est construit avec l'infinitif, comme - _prohibere_ dont il a le sens. - - [11] =Mox=: cf. 10, note 4. - - -=35.= Hactenus[1] in occidentem Germaniam novimus. In septentrionem -ingenti flexu redit[2]. Ac primo statim Chaucorum gens, quanquam[3] -incipiat a Frisiis ac partem littoris occupet, omnium quas exposui -gentium lateribus obtenditur, donec[4] in Chattos usque sinuetur. -Tam immensum terrarum spatium non tenent tantum Chauci, sed et[5] -implent, populus inter Germanos nobilissimus, quique magnitudinem suam -malit[6] justitia tueri. Sine cupiditate, sine impotentia[7], quieti -secretique[8] nulla provocant bella, nullis raptibus aut latrociniis -populantur. Id præcipuum[9] virtutis ac virium argumentum est, quod, -ut superiores[10] agant, non per injurias assequuntur. Prompta tamen -omnibus arma ac, si res poscat, exercitus, plurimum virorum equorumque; -et quiescentibus[11] eadem fama. - - [1] =Hactenus=: sens local. C'était la Germanie occidentale - que les Romains connaissaient le mieux. Aussi les indications - géographiques de Tacite, qui étaient jusqu'ici assez peu - précises, vont devenir de plus en plus vagues. La description des - moeurs se mêlera également de détails fabuleux. - - [2] =Ingenti flexu redit=: elle forme un vaste détour en - remontant vers le nord. Les côtes de la Germanie ont en effet - cette forme, mais il ne s'agit peut-être que de la presqu'île - Cimbrique. - - [3] =Quanquam=: cf. 28, note 16. - - [4] =Donec... sinuetur=, «forme une enclave qui se prolonge - jusqu'aux Chattes». Cf. _sinus_, 29, note 15. - - [5] =Sed et= = _sed etiam_.--_Implent_, ils le remplissent (par - la densité de leur population). - - [6] =Malit=. Le subjonctif indique que cette proposition relative - marque la conséquence. Ce peuple est, entre tous les peuples - germaniques, le plus noble et tel qu'il préfère, c.-à-d. le seul - qui préfère. - - [7] =Impotentia=, passion violente. _Impotens_ se dit de celui - qui n'est pas maître de lui-même; le contraire est _sui compos_. - Cf. +akratês+ et +enkratês+. - - [8] =Secreti=, vivant retirés, isolés, c.-à-d. ne sortant pas de - leurs frontières pour inquiéter leurs voisins. - - [9] =Præcipuum=: cf. 6, note 18. - - [10] =Superiores= est au nominatif et se rapporte à - _Chauci_.--_Agant_: cf. 17, note 2. - - [11] =Quiescentibus=: en temps de paix. - - -=36.= In latere Chaucorum Chattorumque Cherusci nimiam ac marcentem[1] -diu pacem illacessiti nutrierunt: idque jucundius quam tutius fuit, -quia inter impotentes[2] et validos falso quiescas; ubi manu agitur, -modestia ac probitas nomina superioris sunt[3]. Ita qui olim[4] boni -æquique Cherusci, nunc inertes ac stulti vocantur; Chattis victoribus, -fortuna in sapientiam cessit[5]. Tracti ruina[6] Cheruscorum et -Fosi, contermina gens; adversarum rerum ex æquo[7] socii sunt, cum in -secundis minores fuissent. - - [1] =Marcentem=, énervante.--_Illacessiti_, sans agresseurs. Les - Chérusques que Tacite peint ici comme amollis avaient autrefois - lutté courageusement contre les Romains sous la conduite - d'Arminius. - - [2] =Impotentes=, turbulents. Cf. 35, note 7.--_Falso quiescas_, - «le repos est illusoire». Cf. 14, note 8. - - [3] =Nomina superioris sunt=: ces vertus sont attribuées à celui - qui l'emporte, au plus fort. - - [4] =Qui olim=, s.-e. _vocabantur_: zeugma. Cf. 2, note 17. - - [5] =In sapientiam cessit=, litt., tourna en sagesse, c.-à-d. - leur succès leur tint lieu de sagesse, leur fit une réputation de - sagesse. - - [6] =Tracti ruina=, qui forme ici image, est employé au sens - propre. _Histoires,_ III, 29: _Quæ (balista) summa valli ruina - sua traxit_. - - [7] =Ex æquo=. Tacite emploie l'ablatif neutre d'un adjectif avec - _ex_ dans le sens d'un adverbe. Cf. _Agricola_, 15: _ex facili_. - Le même tour existe en grec: +ek tou eutheos+, +ex isou+. - - -=37.= Eumdem Germaniæ sinum[1] proximi Oceano Cimbri tenent, parva -nunc civitas, sed gloria[2] ingens. Veterisque famæ lata vestigia -manent, utraque ripa[3] castra ac spatia[4], quorum ambitu nunc quoque -metiaris[5] molem manusque gentis et tam magni exitus fidem[6]. -Sexcentesimum et quadragesimum annum[7] Urbs nostra agebat, cum -primum Cimbrorum audita sunt arma, Cæcilio Metello ac Papirio Carbone -consulibus. Ex quo si ad alterum[8] imperatoris Trajani consulatum -computemus, ducenti ferme et decem anni colliguntur. Tam diu Germania -vincitur[9]. Medio tam longi ævi spatio multa invicem[10] damna. Non -Samnis, non Poeni, non Hispaniæ Galliæve, ne Parthi quidem sæpius -admonuere[11]: quippe regno Arsacis[12] acrior est Germanorum libertas. -Quid enim aliud nobis quam cædem Crassi, amisso et ipse Pacoro[13], -infra Ventidium[14] dejectus Oriens objecerit? At[15] Germani, Carbone -et Cassio et Scauro Aurelio et Servilio Cæpione Cn. quoque Manlio fusis -vel captis, quinque simul[16] consulares exercitus populo Romano[17], -Varum tresque cum eo legiones etiam Cæsari abstulerunt. Nec impune[18] -C. Marius in Italia, divus Julius in Gallia, Drusus ac Nero et -Germanicus in suis eos sedibus[19] perculerunt. Mox[20] ingentes Gai -Cæsaris minæ in ludibrium versæ. Inde otium, donec occasione discordiæ -nostræ et civilium armorum[21] expugnatis legionum hibernis, etiam -Gallias affectavere[22], ac rursus inde pulsi proximis temporibus -triumphati[23] magis quam victi sunt. - - [1] =Sinum=. Il s'agit de la presqu'île Cimbrique dont Tacite - parle plus haut. Cf. 35: _Germania in septentrionem ingenti flexu - redit_, et la note 2. - - [2] =Gloria=: ablatif de relation. - - [3] =Utraque ripa=: ablatif de lieu sans _in_. Cf. 10, note 10. - - [4] =Castra ac spatia= = _castrorum spatia_; _spatia_ renferme - l'idée de vaste étendue. - - [5] =Metiaris=: cf. 14, note 8.--_Molem manusque_, la masse et - la force de ce peuple. Cf. _Ann._, I, 61: _Prima Vari castra lato - ambitu et dimensis principiis trium legionum manus ostentabant._ - - [6] =Fidem=, la foi qu'il faut ajouter à, c.-à-d. une si vaste - enceinte rend croyable ce qu'on raconte de leur émigration - (_exitus_). - - [7] Les historiens anciens, qui ne visent pas à une précision - scientifique, se contentent souvent du nombre rond: ici 640 est - pour 641 ou 113 av. J.-C. et plus loin 210 est pour 211. - - [8] =Ad alterum=. Trajan fut consul pour la seconde fois aussitôt - après la mort de Nerva en 98 après J.-C. Ce passage nous donne la - date de la composition de _la Germanie_. - - [9] =Vincitur=. Le présent, comme l'imparfait, marque une action - qu'on est en train de faire, qui, par conséquent, n'est point - encore achevée: on est occupé à vaincre la Germanie, sans qu'on - puisse dire une fois pour toutes qu'elle est soumise. Cf. plus - loin la même idée: _Triumphati magis quam victi_. - - [10] =Invicem=: cf. 22, note 9. Ce mot joue le rôle d'adjectif - auprès de _damna_: des dommages réciproques. Cf. 2, note 5. - - [11] =Sæpius admonuere=, ne nous donnèrent de plus fréquents - avertissements. Sur le parfait en _[=e]re_, cf. 6, note 19. - - [12] =Regno Arsacis=, la monarchie des Parthes dont Arsace fut le - fondateur.--_Regnum_ forme antithèse avec _libertas_.--_Acrior_, - plus vigoureuse, résistante, opiniâtre dans la défense. - - [13] =Amisso et ipse Pacoro=. Construction hardie, assez - fréquente chez Tite-Live, qui consiste à conserver au nominatif, - dans une proposition au participe absolu passif, _ipse_ (ou - _quisque_) représentant la personne qui jouerait le rôle de sujet - dans la tournure active. C'est comme s'il y avait: _cum et ipse - (oriens) Pacorum amisisset_. Il faut d'ailleurs que ce nominatif - ainsi conservé représente la même personne que le sujet du verbe - principal.--_Pacorus_: cf. lexique. - - [14] =Infra Ventidium=, sous un homme comme Ventidius. Ce - Ventidius avait été muletier et s'était élevé, grâce à la - protection de César, jusqu'aux plus hautes charges. Cf. lexique. - - [15] =At= marque une forte opposition (_Gr. lat._, 542). - - [16] =Simul=: toutes les défaites dont parle ici Tacite avaient - été subies en quelques années et durant la même guerre. Pour la - date de ces luttes, voir le lexique. - - [17] =Populo Romano=, au peuple Romain, c.-à-d. au temps de la - République par opposition au gouvernement des Césars. _Cæsari_ - désigne ici Auguste. Jules César est nommé dans ce chapitre et au - chap. XXVIII: _divus Julius_. - - [18] =Nec impune=, et ce ne fut pas impunément, c.-à-d. sans - éprouver de grandes pertes. - - [19] =In suis eos sedibus=. _Suus_ s'emploie régulièrement - pour renvoyer à un mot autre que le sujet de la proposition, - lorsque le contact est immédiat. _Suus_ a d'ailleurs ici le sens - emphatique de «leur propre» (_Gr. lat._, 446, 1º). - - [20] =Mox=, puis. Cf. 10, note 4.--_Ingentes_: il y a de - l'ironie dans ce mot. Cf. _Agricola_, 13: _Ingentes adversus - Germaniam conatus_. Caligula termina la guerre par une ridicule - supercherie. Cf. _Gaius_, au lexique. - - [21] =Civilium armorum=. Il s'agit des guerres civiles entre les - empereurs Othon, Vitellius et Vespasien. - - [22] =Gallias affectavere=. Civilis et les Bataves voulaient - enlever la Gaule à l'empire romain. - - [23] =Triumphati=. Le passif de _triumphare_ se trouve déjà dans - Virgile, _Én._, VI, 836: _triumphata Corintho_. En prose, il - est postérieur à l'âge classique. Cf. 25, note 11. Tacite fait - peut-être allusion à Domitien et à son ridicule triomphe. - - -=38.= Nunc de Suebis dicendum est, quorum non una ut Chattorum -Tencterorumve gens; majorem enim Germaniæ partem[1] obtinent, propriis -adhuc[2] nationibus nominibusque discreti, quanquam in commune Suebi -vocentur. Insigne[3] gentis obliquare crinem nodoque substringere. Sic -Suebi a ceteris Germanis, sic Sueborum ingenui a servis separantur. In -aliis gentibus, seu cognatione aliqua Sueborum seu, quod sæpe accidit, -imitatione, rarum[4] et intra juventæ spatium: apud Suebos usque ad -canitiem horrentem capillum retorquent[5], ac sæpe in ipso vertice -religant. Principes[6] et ornatiorem habent. Ea cura formæ[7], sed -innoxia: neque enim ut ament amenturve, in altitudinem[8] quamdam et -terrorem adituri bella comptius[9] hostium oculis ornantur. - - [1] =Majorem partem=, la majeure partie (_Gr. lat._, 340). - - [2] =Adhuc=, jusqu'à présent.--_Quanquam_: Cf. 28, note 16.--_In - commune_: cf. 5, note 2. - - [3] =Insigne=, «trait distinctif». Cf. 31, note 9, et 29, - note 4.--_Obliquare_, détourner quelque chose de sa direction - naturelle; ici, retrousser les cheveux pour les nouer. - - [4] =Rarum=. Pour expliquer _seu cognatione aliqua seu - imitatione_, il faut traduire: cet usage se rencontre, mais - rarement. - - [5] =Retorquent=, ils retroussent leurs cheveux en les tordant - pour les nouer soit sur la nuque, soit souvent sur le sommet même - de la tête (_in ipso vertice_). Cf. Martial (_De spect._, 3):_ - Crinibus in nodum tortis venere Sicambri_. - - [6] =Principes=, non seulement les rois ou chefs de cité, mais - les nobles en général. - - [7] =Ea cura formæ=, c'est là le souci qu'ils prennent de leur - beauté. - - [8] =In altitudinem=: acc. avec _in_ pour marquer le but. - L'omission de la particule _sed_ qu'on attendrait devant ces - mots (_asyndeton_), jointe au changement de tournure, marque - énergiquement l'opposition des deux membres de phrase. - - [9] =Comptius= (_solito_): cf. Ragon, _Gr. lat._, 334.--_Oculis_: - datif d'intérêt. - - -=39.= Vetustissimos se nobilissimosque Sueborum Semnones memorant. -Fides[1] antiquitatis religione firmatur. Stato[2] tempore in silvam -auguriis[3] patrum et prisca formidine sacram omnes ejusdem sanguinis -populi legationibus[4] coeunt, cæsoque publice homine, celebrant -barbari ritus horrenda primordia. Est et alia luco reverentia[5]: nemo -nisi vinculo ligatus ingreditur, ut[6] minor et potestatem numinis -præ se ferens. Si forte prolapsus est, attolli et insurgere[7] haud -licitum; per humum evolvuntur. Eoque omnis superstitio[8] respicit, -tanquam inde[9] initia gentis, ibi regnator omnium deus, cetera -subjecta atque parentia. Adjicit auctoritatem[10] fortuna Semnonum: -centum pagi iis habitantur, magnoque corpore[11] efficitur ut se -Sueborum caput credant. - - [1] =Fides= avec le génitif de l'objet, comme 37, note - 6.--_Religione_, pratique religieuse. - - [2] =Stato= dit plus que _constituto_: à une date fixe et - périodiquement. - - [3] =Auguriis= paraît avoir un sens plus général qu'à - l'ordinaire: des cérémonies religieuses. Ce mot commence un - hexamètre. Il s'en trouve plusieurs dans les écrits de Tacite; - bien que ce puisse être l'effet du hasard, celui qui commence les - _Annales_ n'a pas dû échapper à l'attention de l'écrivain. - - [4] =Legationibus=, en se faisant représenter par des - députés.--_Cæso homine_, en immolant un homme. Ici le participe - passé passif équivaut à un présent (Ragon, _Gr. lat._, 400, rem., - et Riemann, _Synt. lat._, § 156, rem. 1). Cf. 40, note 12. - - [5] =Reverentia=, marque de vénération. - - [6] =Ut= introduit l'explication de cette coutume.--_Minor_, - inférieur (à la divinité), c.-à-d. comme symbole de sa - faiblesse.--_Aliquid præ se ferre_, afficher, faire voir - ostensiblement. - - [7] =Attolli et insurgere=, se soulever et se mettre - debout; _attolli_ est un passif à sens moyen, comme plus bas - _evolvuntur_. Cf. 22, note 3. - - [8] =Omnis superstitio=, toutes les pratiques superstitieuses - dont ce bois est l'objet.--_Eo respicit tanquam_: cf. 12, note 5. - - [9] =Inde= (_sint_): cf. 13, note 8. - - [10] =Auctoritatem=. Il ne s'agit plus de l'autorité de cette - tradition, mais de celle des Semnons eux-mêmes; Tacite, après - avoir prouvé l'antiquité des Semnons par leur religion, prouve - maintenant leur noblesse par leur puissance. - - [11] =Corpore=, le corps même de la nation. - - -=40.= Contra Langobardos paucitas[1] nobilitat. Plurimis ac -valentissimis nationibus cincti non per obsequium, sed proeliis et -periclitando[2] tuti sunt[3]. Reudigni deinde et Aviones et Anglii -et Varini et Eudoses et Suardones et Nuithones[4] fluminibus aut -silvis muniuntur. Nec quicquam notabile in singulis, nisi quod[5] in -commune Nerthum[6], id est Terram matrem, colunt eamque intervenire -rebus hominum, invehi populis[7] arbitrantur. Est in insula[8] -Oceani castum[9] nemus, dicatumque in eo vehiculum veste[10] -contectum; attingere uni sacerdoti concessum. Is adesse penetrali[11] -deam intelligit vectamque bubus feminis multa cum veneratione -prosequitur[12]. Læti tunc dies, festa loca quæcumque adventu -hospitioque[13] dignatur. Non bella ineunt, non arma sumunt; clausum -omne ferrum; pax et quies tunc tantum nota, tunc tantum amata, donec -idem sacerdos satiatam conversatione mortalium deam templo reddat. -Mox[14] vehiculum et vestes et, si credere velis, numen ipsum secreto -lacu abluitur. Servi ministrant, quos statim idem lacus haurit[15]. -Arcanus hinc terror sanctaque ignorantia, quid sit illud quod tantum -perituri vident. - - [1] =Paucitas= sert de transition en s'opposant au _magnum - corpus_ des Semnons. - - [2] =Proeliis ac periclitando=: allitération. Cf. 27, note 5. - - [3] =Tuti sunt=, ils pourvoient à leur sûreté. Pour plus de - variété les trois compléments marquant le moyen sont exprimés - par trois tournures différentes: _per obsequium_, _proeliis_, - _periclitando_. - - [4] Il est difficile de déterminer exactement le lieu - qu'habitaient ces peuples, dont la plupart ne sont connus que de - nom. Cf. lexique. - - [5] =Nisi quod=: cf. 29, note 11.--_In commune_: cf. 5, note 2. - - [6] =Nerthum=: nom fém. de la 4e déclinaison; on l'écrit - quelquefois _Herthum_ ou _Hertham_ pour le rattacher à l'allemand - _Erde_ (anglais _Earth_).--Tacite identifie _Nerthus_ avec la - déesse Cybèle, _Terram matrem_. Cf. 9, note 1. - - [7] =Invehi populis=, parcourir les peuples montée sur un char. - - [8] =Insula=: probablement l'île de Rügen dans la Baltique. - - [9] =Castum=, pur, parce que les hommes n'y pénètrent pas, - c.-à-d. sacré. - - [10] =Veste=, et plus loin au pluriel _vestes_, voile. Cf. 10, - note 3 à la fin. - - [11] =Penetrali=: c'est sans doute l'intérieur du char qui sert - de sanctuaire. _Templo_, quelques lignes plus loin, ne désigne - probablement que la partie de la forêt où réside la déesse. - - [12] =Vectam= équivaut à un participe présent: tandis qu'elle est - portée sur le char. Cf. 39, note 4. - - [13] =Adventu hospitioque= ne font pas double emploi: l'un marque - le simple passage, l'autre le séjour. - - [14] =Mox=: cf. 10, note 4.--_Numen ipsum_, l'image de la déesse, - non pas une statue, mais plutôt une représentation grossière ou - un symbole. Cf. 7, note 6. - - [15] =Haurit=, engloutit. Expression énergique qui s'harmonise - bien avec ces sombres et mystérieuses pratiques. - - -=41.= Et hæc quidem pars Sueborum in secretiora Germaniæ[1] porrigitur. -Propior, ut quomodo paulo ante Rhenum[2], sic nunc Danuvium sequar, -Hermundurorum civitas, fida Romanis; eoque solis Germanorum non[3] in -ripa commercium, sed penitus atque in splendidissima Rætiæ provinciæ -colonia[4]. Passim sine custode[5] transeunt; et cum ceteris gentibus -arma modo castraque nostra ostendamus, his domos villasque patefecimus -non concupiscentibus[6]. In Hermunduris Albis[7] oritur, flumen -inclitum et notum olim; nunc tantum auditur. - - [1] =Secretiora Germaniæ=. La construction d'un adjectif neutre - au positif ou au comparatif avec le génitif partitif est rare - chez Cicéron et César, mais très fréquente chez les poètes et - certains prosateurs. - - [2] =Rhenum=, s.-e. _secutus sum_: zeugma. Cf. 2, note 17. - - [3] =Non... sed=, au lieu de _non solum... sed - etiam_.--_Commercium_, le droit de faire le commerce.--_Penitus_, - à l'intérieur de l'empire. - - [4] =Colonia=: Augsbourg (_Augusta Vindelicorum_). - - [5] =Passim et sine custode=, partout et sans garde. Sur - certaines frontières, par exemple sur celle des Tenctères, près - de Cologne, les Romains interdisaient le passage aux étrangers - ou les faisaient accompagner d'un Romain qui les surveillait. Cf. - _Histoires_, IV, 64. - - [6] =Non concupiscentibus=, sans qu'ils songent à les convoiter. - - [7] =Albis=: on suppose généralement que Tacite confond ici - l'Elbe avec son affluent l'Éger.--_Notum olim_. Les légions - romaines, dans plusieurs expéditions, avaient campé sur les bords - de l'Elbe; à l'époque de Tacite, on ne connaissait plus ce fleuve - que pour en avoir entendu parler. - - -=42.= Juxta Hermunduros Naristi ac deinde Marcomani[1] et Quadi agunt. -Præcipua Marcomanorum gloria viresque, atque ipsa etiam sedes, pulsis -olim Boiis, virtute parta. Nec Naristi Quadive degenerant[2]. Eaque[3] -Germaniæ velut frons est, quatenus Danuvio præcingitur. Marcomanis -Quadisque usque ad nostram memoriam reges manserunt ex gente ipsorum, -nobile Marobodui et Tudri genus[4]; jam et externos patiuntur. Sed vis -et potentia regibus ex auctoritate Romana. Raro armis nostris, sæpius -pecunia juvantur[5], nec minus valent. - - [1] =Marcomani=: cf. 28, note 9. - - [2] =Nec degenerant=, ne sont pas non plus indignes d'eux. - - [3] =Ea= s'accorde avec l'attribut par attraction. Cf. 13, notes - 4 et 9.--_Velut frons_, en quelque sorte le front de la Germanie, - c'est-à-dire la partie antérieure, la plus rapprochée des Romains - du côté du Danube, qu'atteignait la province de Rhétie. Cf. 34, - note 1. - - [4] =Nobile genus=. On ne connaît pas autrement cette dynastie. - On n'a aucun détail sur Tuder lui-même; quant à Maroboduus, cf. - _Ann._, II, 63. On ne sait rien non plus sur leurs successeurs, - sinon qu'ils étaient imposés par Rome, comme le dit Tacite. - - [5] =Juvantur= (_reges_). Les Romains fournissaient à ces rois - étrangers, dévoués aux intérêts de l'empire, des subsides qui - suffisaient à maintenir leur autorité. - - -=43.= Retro[1], Marsigni, Cotini, Osi, Buri terga Marcomanorum -Quadorumque claudunt. E quibus Marsigni et Buri sermone cultuque -Suebos referunt[2]; Cotinos Gallica, Osos Pannonica lingua coarguit -non esse Germanos, et quod tributa patiuntur[3]. Partem tributorum -Sarmatæ, partem Quadi, ut[4] alienigenis imponunt. Cotini, quo -magis pudeat[5], et ferrum effodiunt. Omnesque hi populi pauca[6] -campestrium, ceterum saltus et vertices montium insederunt. Dirimit -enim scinditque Suebiam continuum montium jugum[7], ultra quod -plurimæ gentes agunt[8], ex quibus latissime patet Lugiorum nomen in -plures civitates diffusum. Valentissimas nominasse sufficiet, Harios, -Helveconas, Manimos, Helysios, Nahanarvalos. Apud Nahanarvalos antiquæ -religionis lucus ostenditur. Præsidet sacerdos muliebri ornatu[9], -sed deos interpretatione Romana[10] Castorem Pollucemque memorant: -ea vis numini[11], nomen Alcis. Nulla simulacra, nullum peregrinæ -superstitionis vestigium; ut fratres tamen, ut juvenes venerantur. -Ceterum Harii, super[12] vires quibus enumeratos paulo ante populos -antecedunt, truces insitæ feritati arte ac tempore lenocinantur: -nigra scuta, tincta corpora; atras ad proelia noctes legunt; ipsaque -formidine[13] atque umbra feralis exercitus terrorem inferunt, nullo -hostium[14] sustinente novum ac velut infernum aspectum: nam primi in -omnibus proeliis oculi vincuntur. Trans Lugios Gotones regnantur[15], -paulo jam adductius[16] quam ceteræ Germanorum gentes, nondum tamen -supra libertatem. Protinus deinde ab[17] Oceano Rugii et Lemovii. -Omniumque harum gentium insigne[18] rotunda scuta, breves gladii et -erga reges obsequium. - - [1] =Retro=, par opposition à _frons_ (42, note 3), c.-à-d. vers - le nord-est. - - [2] =Referre Suebos sermone= équivaut à _sermonem Sueborum - referre_, qui se dit également. VIRGILE, _Én._, IV, 329: _Qui te - tamen ore referret_. - - [3] =Quod tributa patiuntur= est relié par _et_ à _lingua_, comme - étant au même titre sujet de _coarguit_. Sur les propositions - complétives avec _quod_, cf. _Gr. lat._, 470. - - [4] =Ut=: cf. 39, note 6. - - [5] =Quo magis pudeat=, pour surcroît de honte; non pas qu'il - y ait honte pour eux à s'employer aux mines, comme on traduit - quelquefois, mais ce fer qu'ils savent extraire devrait servir à - sauver leur liberté. - - [6] =Pauca= avec le génitif partitif. Cf. 41, note 1.--_Ceterum_, - pour le reste, par opposition à _pauca_. - - [7] =Continuum montium jugum=, une chaîne de montagnes. Il s'agit - ici du Riesengebirge. - - [8] =Agunt=: cf. 17, note 2. - - [9] =Muliebri ornatu=. On traduit, généralement: en habit de - femme; selon Müllenhof, il ne s'agit que de l'arrangement des - cheveux. - - [10] =Interpretatione romana=. Tacite avoue ici ce qu'on a déjà - observé ch. 9, note 1, et 40, note 6.--_Memorant_, comme 3, note - 1. Cf. 2, note 14. - - [11] =Numini=. Ces deux dieux dont le culte est uni sont - considérés comme formant une seule divinité.--_Alcis_: datif - pluriel. Pour la construction, cf. 34, note 3. - - [12] =Super=, outre. Cf. 30, note 13.--_Lenocinantur_, viennent - en aide à, enchérissent encore sur.--_Arte et tempore_ sont - expliqués par ce qui suit: _nigra scuta_, _atras noctes_. - - [13] =Ipsa formidine=, par la crainte seule. Cf. 13, note - 12.--_Feralis_, lugubre. - - [14] =Hostium nullo= = _nullo hoste_.--_Novum_, étrange. Cf. 31, - note 10. - - [15] =Regnantur=: cf. 25, note 11.--On peut remarquer ici la - concision de Tacite: les Gotons habitent au delà des Lugiens et - sont gouvernés par des rois. - - [16] =Adductius=. On dit _adducere habenas_, amener à soi les - rênes, serrer le frein; de là le sens de _adductius_, plus - étroitement, plus sévèrement.--_Supra_, au-dessus de, c.-à-d. - sans que la liberté succombe complètement sous l'autorité des - rois. - - [17] =Protinus ab=, immédiatement à partir de, c.-à-d. sur le - bord même de. - - [18] =Insigne=: cf. 38, note 3.--_Et_: emploi non classique. Cf. - 30, note 7. - - -=44.= Suionum hinc civitates, ipso in Oceano[1], præter viros armaque -classibus valent. Forma navium eo differt, quod utrinque prora[2] -paratam semper appulsui frontem agit. Nec velis ministrant[3] nec remos -in ordinem lateribus adjungunt: solutum, ut in quibusdam fluminum[4], -et mutabile, ut res poscit, hinc vel illinc remigium. Est apud illos -et opibus honos, eoque[5] unus imperitat, nullis jam exceptionibus[6], -non precario jure parendi[7]. Nec arma, ut apud ceteros Germanos, in -promiscuo[8], sed clausa sub custode, et quidem servo, quia subitos -hostium incursus prohibet Oceanus, otiosæ porro[9] armatorum manus -facile lasciviunt. Enimvero neque nobilem neque ingenuum, ne libertinum -quidem armis præponere regia utilitas est[10]. - -Suionibus Sitonum gentes continuantur. Cetera[11] similes uno -differunt, quod femina dominatur: in tantum non modo a libertate, sed -etiam a servitute degenerant. - - [1] =Ipso in Oceano=. Il s'agit de la Scandinavie, que Tacite et - ses contemporains prenaient pour une île. - - [2] =Utrinque prora=, la proue qui se trouve des deux - côtés. L'arrière du navire était, comme l'avant, en forme de - proue.--_Utrinque_ joue le rôle d'adjectif. Cf. 37, note 10. - - [3] =Velis= est au datif, comme s'il y avait: _velis ministerium - præstant_. On explique aussi: _velis_ (ablatif) _naves - ministrant_. Cf. Virg., _Én._, VI, 302, où _velis ministrat_ - reçoit aussi cette double interprétation. - - [4] =Quibusdam fluminum=: cf. 43, note 14. - - [5] =Eoque=, et à cause de cela, aussi. Tacite passe bien - rapidement sur cette affirmation qui est contestable. - - [6] =Nullis jam exceptionibus=, sans restrictions. _Jam_ indique - l'opposition avec ce qui se passe chez les autres peuples dont il - a été parlé jusqu'ici. - - [7] =Jure parendi=, le droit à l'obéissance. C'est inutilement - qu'on a voulu substituer _imperandi_ à _parendi_. Le gérondif - latin se traduit d'ordinaire par un infinitif actif précédé - d'une préposition; mais dans certains cas il semble avoir un sens - passif qu'il n'a pas en réalité: il est alors l'équivalent d'un - substantif verbal. Ainsi C. Nepos, _Att._, 9: _spes restituendi - nulla erat_, comme s'il y avait _restitutionis_. Salluste, - _Jug._, 62: _cum Jugurtha ad imperandum vocaretur_, pour recevoir - des ordres, litt., pour le commandement. En français nous avons - des constructions analogues: La fortune vient en dormant, on paie - en servant. - - [8] =In promiscuo=, dans toutes les mains. Chez Tacite l'adjectif - neutre précédé de _in_ remplit souvent les fonctions d'attribut - ou d'adverbe. Cf. _Hist._, III, 2: _Fortuna in integro est_. - L'expression _in promiscuo_ se trouve d'ailleurs aussi chez - Tite-Live, Sénèque, etc. Cf. 36, note 7. - - [9] =Porro=, et en outre, d'autre part. - - [10] =Regia utilitas est= = _regibus utilitati est_. Cf. 13, note - 6. - - [11] =Cetera=: cf. 17, note 2.--La proposition complétive - commençant par _quod_ sert d'apposition à _uno_.--_In tantum_, - litt., «à un tel degré». - - -=45.= Trans Suionas aliud[1] mare, pigrum ac prope immotum, quo cingi -claudique terrarum orbem hinc[2] fides, quod extremus cadentis jam -solis fulgor in ortum[3] edurat adeo clarus, ut sidera hebetet. Sonum -insuper emergentis audiri[4] formasque equorum et radios capitis[5] -adspici persuasio adjicit. Illuc usque, et fama vera[6], tantum natura. - -Ergo jam[7] dextro Suebici maris littore Æstiorum gentes alluuntur, -quibus ritus[8] habitusque Sueborum, lingua Britannicæ propior. Matrem -deum venerantur. Insigne[9] superstitionis formas aprorum gestant: -id pro armis omnique tutela securum deæ cultorem etiam inter hostes -præstat. Rarus ferri, frequens fustium usus. Frumenta ceterosque -fructus patientius quam pro solita Germanorum inertia laborant[10]. Sed -et mare scrutantur ac soli omnium sucinum[11], quod ipsi glæsum vocant, -inter vada atque in ipso littore legunt. Nec quæ natura quæve ratio -gignat[12], ut[13] barbaris, quæsitum compertumve. Diu quin etiam inter -cetera ejectamenta maris jacebat, donec luxuria nostra dedit nomen[14]. -Ipsis in nullo usu: rude[15] legitur, informe perfertur, pretiumque -mirantes accipiunt. Sucum tamen[16] arborum esse intellegas, quia -terrena quædam atque etiam volucria animalia plerumque interlucent, -quæ implicata humore mox durescente materia clauduntur. Fecundiora -igitur nemora lucosque sicut Orientis secretis[17], ubi tura balsamaque -sudantur, ita Occidentis insulis terrisque inesse crediderim, quæ -vicini solis radiis expressa atque liquentia in proximum mare labuntur -ac vi tempestatum in adversa littora exundant. Si naturam[18] sucini -admoto igne tentes, in modum tædæ accenditur alitque flammam pinguem et -olentem; mox ut in picem resinamve lentescit. - - [1] =Aliud=, par opposition à l'Océan dont Tacite a parlé plus - haut.--_Pigrum_. On ne sait pas au juste quelle mer est désignée - ici. Les uns veulent reconnaître l'Océan glacial, dont des - géographes grecs plus anciens que Tacite parlent déjà; d'autres, - seulement le golfe qui sépare au sud la Suède de la Norvège; mais - il est plus probable qu'il s'agit de la mer déjà décrite dans - l'_Agricola_, 10: _mare pigrum et grave remigantibus_, c.-à-d. - l'espace compris entre les Orcades et l'antique Thulé (les îles - Shetland). - - [2] =Hinc= annonce la prop. complétive commençant par _quod_, - et _hinc fides (est)_ = _hoc probatur_. À l'époque classique - le nombre des locutions formées d'un substantif et de _esse_ - (_fas est_, _tempus est_, _mos est_) qui se construisent avec - l'infinitif est assez restreint, mais à l'époque impériale ces - constructions se multiplient; on a: _finis est_, _pudor est_, - _amor est_, _fides est_, etc. - - [3] =In ortum=, jusqu'au lever du soleil. Cf. 22, note 2. - - [4] =Sonum audiri=. Les anciens croyaient que le soleil, plongé - dans les eaux comme une masse de fer rouge, surtout à son - coucher, faisait entendre des sifflements. JUVÉNAL, _Sat._ 14, - 280: _Audiet Herculeo stridentem gurgite solem_. - - [5] =Capitis=. Pour les anciens le soleil est un dieu monté sur - un char et dont le front rayonne.--_Persuasio_, la croyance, par - opp. à ce qui est prouvé par des faits (_fides_). - - [6] =Et fama vera=, et ce qu'on raconte est vrai. Ici Tacite - accepte la responsabilité de l'assertion, parce que son beau-père - Agricola lui a fourni à ce sujet des renseignements précis. On - sait d'ailleurs que Tacite confond le nord de la Scandinavie avec - celui de la Grande-Bretagne. Cf. note 1.--_Natura tantum_, le - monde ne s'étend pas plus loin. - - [7] =Ergo jam=. Comme le monde finit en cet endroit, Tacite - revient _donc maintenant_ en arrière.--_Mare Suebicum_: cf. - lexique. - - [8] =Ritus habitusque=, la manière de vivre et l'extérieur. - - [9] =Insigne=: cf. 38, note 3.--_Formas aprorum_: sans doute des - statuettes de bois que l'on portait sur soi comme des amulettes. - - [10] =Frumenta laborant=. L'accusatif avec _laborare_ est - poétique. Cf. _vallare noctem_, au ch. 30.--_Patientius quam - pro_. Le comparatif ainsi construit indique la disproportion - entre deux termes (_Gr. lat._, 335). Traduisez: avec plus de - patience qu'on n'en attendrait de la paresse habituelle des - Germains. - - [11] =Sucinum=, le succin ou ambre jaune, que les Grecs appelaient - +êlektron+.--_Glæsum_: on peut rapprocher ce mot de l'allemand - _Glas_, corps transparent, verre. - - [12] =Quæ natura= _(sit) quæve ratio gignat_, quelle est sa - nature et quel est son mode de production. Cf. note 18. - - [13] =Ut=: cf. 2, note 15.--_Barbaris_: datif complément d'un - verbe passif (cf. 16, note 1) en apposition à _iis_ sous-entendu. - - [14] =Dedit nomen=, lui fit une réputation, le mit à la mode. - - [15] =Rude=, brut, _informe_, sans être travaillé.--_Pretium - mirantes accipiunt_. C'est dans les traits de ce genre que se - révèle le grand peintre que nous admirons en Tacite: un seul mot - nous montre ici l'étonnement qui saisit le Barbare à son premier - contact avec une civilisation qu'il ne comprend pas. - - [16] =Tamen=, cependant, c.-à-d. quoique ceux qui le recueillent - ne puissent fournir aucun renseignement sur sa nature.--_Volucria - animalia_. André Chénier dit en parlant de l'ambre (_Poème - sur l'invention_, v. 248): «Tombe odorante où vit l'insecte - volatile.»--_Plerumque_, souvent. Cf. 13, note 12. - - [17] =Orientis secretis= (s.-e. _inesse credo_), dans les pays - les plus reculés de l'Orient.--_Crediderim_, je serais porté à - croire. Cf. 2, note 2.--_Quæ_, des matières qui. - - [18] =Naturam=: cf. note 12.--_Mox_, puis. Cf. 10, note 4.--_Ut - in picem resinamve_, en formant une sorte de poix ou de résine. - _In_ marque le résultat. Cf. 23, note 2. - - -=46.= Hic Suebiæ finis. Peucinorum Venedorumque et Fennorum nationes -Germanis an Sarmatis adscribam dubito, quanquam Peucini, quos quidam -Bastarnas vocant, sermone, cultu, sede ac domiciliis[1] ut Germani -agunt: sordes omnium[2] ac torpor. Conubiis mixtis[3] nonnihil in -Sarmatarum habitum foedantur. Venedi multum ex moribus[4] traxerunt; -nam quicquid inter Peucinos Fennosque silvarum ac montium erigitur -latrociniis pererrant. Hi tamen inter Germanos potius referuntur, -quia et domos figunt[5] et scuta gestant et pedum usu ac pernicitate -gaudent: quæ omnia diversa Sarmatis sunt in plaustro equoque -viventibus. Fennis mira feritas, foeda paupertas: non arma, non equi, -non penates[6]; victui herba, vestitui pelles, cubile humus. Solæ in -sagittis spes, quas inopia ferri ossibus asperant[7]. Idemque venatus -viros pariter ac feminas alit: passim[8] enim comitantur partemque -prædæ petunt. Nec aliud infantibus ferarum imbriumque suffugium[9] -quam ut in aliquo ramorum nexu contegantur. Huc redeunt juvenes, hoc -senum receptaculum. Sed beatius arbitrantur quam ingemere agris[10], -illaborare domibus, suas alienasque fortunas spe metuque versare: -securi adversus homines, securi adversus deos, rem difficillimam -assecuti sunt, ut illis ne voto quidem opus esset[11]. - -Cetera jam fabulosa: Hellusios et Oxionas ora hominum vultusque, -corpora atque artus ferarum[12] gerere. Quod ego ut incompertum in -medio relinquam. - - [1] =Sede ac domiciliis=, par la manière dont ils forment leurs - agglomérations et disposent leurs demeures.--_Agunt_, vivent. Cf. - 17, note 2. - - [2] =Omnium= (_est_), se rencontre chez tous. - - [3] =Conubiis mixtis=, par les mariages qu'ils contractent avec - les Sarmates.--_In_ ici encore marque le résultat. Cf. 45, note - 18. - - [4] =Ex moribus= (_Sarmatarum_) s'oppose à _habitum_, - l'extérieur, et _multum_ à _nonnihil_. - - [5] =Domos figunt=, ils ont des demeures fixes.--_Pedum usu_, la - marche. Les Sarmates au contraire étaient nomades et passaient - leur vie à cheval ou dans des chariots. - - [6] =Non penates=, pas d'intérieur, pas de maisons, soit fixes - comme celles des Vénèdes, soit roulantes comme celles des - Sarmates. Cf. 15, note 3. - - [7] =Ossibus asperare=, litt., rendre pointu avec des os, c.-à-d. - armer d'os pointus. - - [8] =Passim=, partout. Cf. 41, note 5. - - [9] =Imbrium suffugium=, refuge contre la pluie. Cf. 16, note 10. - - [10] =Agris=: datif.--_Illaborare domibus_, peiner en - construisant des maisons. - - [11] L'influence de la rhétorique et la recherche de l'effet sont - visibles dans tout ce passage. - - [12] =Artus ferarum=. Il est probable que ceux dont Tacite tient - directement ou indirectement ces renseignements ont été trompés - par l'extérieur de ces hommes du Nord qui se vêtaient entièrement - des peaux de divers animaux. - - - - -LEXIQUE DES NOMS PROPRES - - -A - -=Abnoba mons=, 1, le mont Abnoba, dans la Forêt Noire. Il s'appelle -encore aujourd'hui _Abenauer Gebirge_. - -=Æstii=, 45, les Æstiens, sur la côte orientale de la Baltique. Ce sont -les ancêtres des Lithuaniens et des Prussiens. - -=Africa=, 2. - -=Agrippinenses=, 28, les habitants de Cologne (_Colonia -agrippinensis_). C'est le nom que prirent les Ubiens après -qu'Agrippine, fille de Germanicus et femme de Claude, eut établi chez -eux une colonie. - -=Albis=, 41, l'Elbe, fleuve de Germanie qui se jette dans la mer du -Nord. - -=Albruna=, 8, Albruna, prophétesse des Germains. - -=Alci=, 43, les _Alci_, nom de deux dieux honorés par les Naharvales; -Tacite les assimile à Castor et Pollux. - -=Alpes Ræticæ=, 1, les Alpes Rhétiques, ainsi nommées à cause de la -province romaine de Rhétie; elles commencent au Saint-Gothard. - -=Anglii=, 40, les Angles ou Angliens, peuplade germanique qui occupait -probablement une partie du Sleswig-Holstein. - -=Angrivarii=, 33, 34, les Angrivariens, qui habitaient sur les bords du -Weser, au nord des Chamaves et des Chérusques. - -=Aravisci=, 28, les Aravisques, peuplade de Pannonie, sur la rive -droite du Danube. - -=Arsaces=, 37, Arsace, fondateur du royaume des Parthes (256). - -=Asciburgium=, 3, Asburg ou Asberg, près du confluent de la Ruhr avec -le Rhin. - -=Asia=, 2. - -=Aviones=, 40, les Aviones, qui habitaient probablement les îles qui se -trouvent à l'ouest du Sleswig-Holstein. - - -B - -=Bastarnæ=, 46, les Bastarnes, peuplade germanique. Les auteurs anciens -donnent ce nom, les uns à des Gaulois du Danube, d'autres à des Gètes, -d'autres enfin à des Scythes; voyez au mot _Peucini_. - -=Batavi=, 29, les Bataves; ils appartenaient d'abord à la nation des -Chattes. Ils occupèrent plus tard l'île formée par le Rhin et le Wahal. - -=Boihæmum=, 28, la Bohême, du nom de ses premiers habitants les Boïens. - -=Boii=, 28, 42, les Boïens, qui appartenaient à la race celtique. Ils -occupaient la Bohême et une partie de la Bavière. - -=Britannica lingua=, 45, la langue celtique parlée dans la -Grande-Bretagne. - -=Bructeri=, 33, les Bructères, qui habitaient le bassin de la Lippe -jusqu'à l'Ems; ils se divisaient en _Bructeri majores_ et _minores_. - -=Buri=, 43, les Bures, peuplade de la nation des Suèves, qui habitait -vers les sources de l'Oder et du Waag. - - -C - -=Cæcilius Metellus=, 37, collègue de Papirius Carbon, fut consul avec -lui en 113 avant J.-C. - -=Cæsar=, 37, l'empereur Auguste. - -=Carbo=, 37, le consul Cneius Papirius Carbon qui fut battu par les -Cimbres en 113 avant J.-C., non loin de Noreia en Carinthie, vers les -sources de la Drave. - -=Cassius=, 37, le consul L. Cassius Longinus, battu en 107 avant J.-C. -dans le pays des Allobroges. - -=Castor Polluxque=, 43, Castor et Pollux, les deux fils de Léda, que -Tacite identifie avec les dieux _Alci_ des Naharvales. - -=Chamavi=, 33, 34, les Chamaves. Ils habitaient près de l'Yssel et du -Zuiderzée. - -=Chasuarii=, 34, les Chasuares, qui habitaient entre le Weser et la -Haase. - -=Chatti=, 29, 30, 31, 35, 36, 38, les Chattes, peuplade germanique. Ils -habitaient dans le pays des Hessois d'aujourd'hui. - -=Chauci=, 35, 36, les Chauques. Ils habitaient le bassin du bas Weser -jusqu'à l'Ems d'un côté et de l'autre jusqu'à l'Elbe. - -=Cherusci=, 36, les Chérusques. Ils habitaient entre le cours supérieur -du Weser et l'Elbe au nord-est des Chattes. - -=Cimbri=, 37, les Cimbres, peuplade probablement germanique qui -occupait à l'époque de Tacite une partie de la presqu'île danoise: -+Kimbrikê chersonêsos+. - -=Cotini=, 43, les Cotins, peuplade de race celtique qui habitait au -nord de la Hongrie, entre les sources de l'Oder et de la Vistule. - -=Crassus=, 37. Crassus fit partie du triumvirat avec César et Pompée. -Il fut vaincu et tué en 53 avant J.-C. dans une bataille contre les -Parthes. - - -D - -=Daci=, 1. Les Daces, peuplade des Thraces, habitaient les contrées -appelées aujourd'hui Moldavie, Roumanie, Valachie, et le sud-est de la -Hongrie. - -=Danuvius=, 1, 29, 41, 42, le Danube, fleuve. Dans son cours inférieur -il s'appelle aussi Ister (+Istros+). - -=Decumates agri=, 29, les champs Décumates, territoire qui se trouvait -dans l'angle formé par les cours supérieurs du Danube et du Rhin. - -=Drusus=, 34, 37, Drusus Néron Germanicus, frère de Tibère, fit une -expédition contre les Germains 12-9 avant J.-C.; de là son surnom de -Germanicus. - -=Dulgubnii=, 34, les Dulgubniens, peuplade de race germanique qui -habitait entre les Langobards et les Chérusques, sur les bords de -l'Aller (_Alara_). - - -E - -=Eudoses=, 40, les Eudoses, qui appartenaient à la nation des Suèves. -Ils habitaient le Jutland. - - -F - -=Fenni=, 46, les Finnois d'aujourd'hui. Ils habitaient le nord de la -Scandinavie. - -=Fosi=, 36, les Foses. Ils habitaient au sud de l'Aller (_Alara_). -C'est peut-être leur nom qu'on retrouve dans _Fosa_, petite rivière -affluent de l'Aller. - -=Frisii=, 34, 35, les Frisons. Ils habitaient autour du lac Flevo, -depuis l'embouchure du Rhin jusqu'à l'Ems. - - -G - -=Gaius Cæsar=, 37, l'empereur Caligula (37 à 41 après J.-C.). Après -un semblant d'expédition en Germanie, il fit déguiser des Gaulois en -Germains pour les faire servir à son triomphe. - -=Gallia=, 5, 27, 37, la Gaule. Elle est nommée aussi _Galliæ_ parce -qu'elle se divisait en trois parties. - -=Gambrivii=, 2, les Gambriviens, nation germanique, d'ailleurs -inconnue. Ils habitaient probablement les bords de la Ruhr. - -=Germani=, 2, 16, 27, 30, 31, 35, 37, 41, 43, 44, 45, 46, les Germains. -Le sens étymologique de ce mot est contesté. On le fait signifier -tantôt homme de guerre (_War_, guerre; _Mann_, homme), tantôt -_voisins_. On prétend aussi y voir l'équivalent de +boên agathoi+ -(celtique _garm_, cri). - -=Germania=, 1, 2, 5, 27, 28, 29, 30, 37, 38, 42, la Germanie. - -=Germanicus=, 34, 37. Germanicus, fils de Drusus, combattit les -Germains de 14 à 16 après J.-C. et vengea le massacre des légions de -Varus. - -=Gotones=, 43, peuple de race germanique qui habitait les bords de la -Vistule inférieure jusqu'au Pregel. - - -H - -=Harii=, 43, les Hariens, qui habitaient entre les cours supérieurs de -l'Oder et de la Vistule. - -=Hellusii=, 46, les Hellusiens, peuple fabuleux qui selon Tacite -habitait le nord-est de l'Europe. - -=Helvecones=, 43, les Helvecones, dont le nom s'écrit aussi -_Helvæones_, peuplade des Suèves qui habitait à l'ouest du cours -inférieur de la Vistule. - -=Helvetii=, 28, les Helvètes. Selon Tacite ils étaient d'origine -celtique et avaient été chassés de leur pays par les Hermondures. César -les trouva établis en Suisse. - -=Helysii=, 43, les Helysiens, peuplade des Suèves qui habitaient entre -les cours supérieurs de l'Oder et de la Vistule. - -=Hercules=, 3, 9, 34, Hercule. Il semble que cette appellation -gréco-romaine désigne le dieu _Thor_, qui portait lui aussi une massue. - -=Hercynia silva=, 28, la forêt Hercynienne, appelée aussi _Hercynius -saltus_, ch. 30, et par Aristote +Arkynia orê+, chaîne de montagnes -boisées qui comprenait la Forêt Noire, le Thuringer Wald, le -Fichtelgebirge, les monts de Bohême et les autres chaînes qui -traversent le sud de l'Allemagne. - -=Herminones=, 2, les Herminones, nom commun à toutes les peuplades du -centre de la Germanie. - -=Hermunduri=, 41, 42, les Hermondures, peuplade germanique qui occupait -la région du Jura Franconien, entre le Danube, le Mein et les sources -de la Saale. - -=Hispanæ=, 37, les Espagnes, ainsi nommées parce que l'Espagne se -divisait en _citerior_ (au nord) et _ulterior_ (au sud). - - -I - -=Ingævones=, 2, les Ingévones, nom commun aux peuplades germaniques qui -habitaient les côtes de l'Océan. - -=Isis=, 9, Isis, déesse égyptienne, dont Tacite prétend retrouver -le culte parmi les Germains; c'est peut-être la divinité germanique -_Nehalennia_. - -=Istævones=, 2, les Istévons, nom commun aux peuplades germaniques de -la rive droite du Rhin. - -=Italia=, 2, l'Italie. - - -J - -=Julius=, 28, 37, Jules César, le vainqueur des Gaules, qui avait -décrit la Germanie avant Tacite. - - -L - -=Laertes=, 3, Laerte, père d'Ulysse. - -=Langobardi=, 40, les Langobards, peuplade de la nation des Suèves qui -habitait entre l'Elbe et l'Oder. - -=Lemovii=, 43, les Lémoviens, peuplade germanique, d'ailleurs inconnue, -qui habitait probablement dans la Poméranie. - -=Lugii=, 43, les Lugiens, nom commun à plusieurs peuplades qui -habitaient entre l'Oder et la Vistule dans les pays qui forment -aujourd'hui la Pologne, la Silésie et la Gallicie. - - -M - -=Manimi=, 43, les Manimes, peuplade de la nation des Suèves, qui -habitait entre le cours inférieur de la Vistule et de l'Oder. - -=Manlius=, 37, Cn. Manlius ou Mallius, consul en 105 avant J.-C., fut -battu par les Cimbres sur les rives du Rhône. - -=Mannus=, 2, Mannus, fils du dieu Tuiston. - -=Marcomani=, 42, 43, les Marcomans (c'est-à-dire habitants des -frontières), peuplade germanique qui habita d'abord au sud du Mein et -qui chassa ensuite les Boïens de la Bohême. - -=Marius=, 37, Marius, fameux général romain (153-86): il vainquit les -Cimbres et les Teutons à _Aquæ Sextiæ_ (Aix) en 102 et à Verceil en -101. - -=Marobuduus=, 42, Marobuduus ou Marbod, roi des Marcomans; il fut battu -par les Chérusques commandés par Arminius et dut se réfugier chez les -Romains. - -=Mars=, 9, Mars, dieu de la guerre chez les Romains; la divinité -germanique que Tacite lui assimile est sans doute _Tiu_ ou _Ziu_. - -=Marsi=, 2, les Marses, peuple de race germanique qui habitait -probablement dans le bassin du Weser. - -=Marsigni=, 43, les Marsignes, peuple de la nation des Suèves qui -habitait entre les monts des Géants et l'Oder. - -=Mattiaci=, 29, les Mattiaques. Ils habitaient dans le bassin du Mein, -aux environs du Taunus. Les sources qui se trouvent à Wiesbaden au pied -du Taunus portaient le nom de _aquæ Mattiacæ_ ou _fontes Mattiaci_. - -=Mercurius=, 9, dieu gréco-romain. La divinité germanique que Tacite -désigne du nom de Mercure est Wodan ou Odin. - -=Moenus=, 28, le Mein, affluent du Rhin. - - -N - -=Naharvali=, 43, les Naharvales, peuplade de la nation des Suèves qui -habitait entre l'Oder et la Vistule. - -=Naristi=, 42, les Naristes, peuplade germanique qui habitait entre le -Fichtelgebirge et le Danube. - -=Nemetes=, 28, les Nemètes, peuplade germanique qui habitait sur la -rive gauche du Rhin, aux environs de Spire. - -=Nero=, 37, Tiberius Claudius Néron, qui fut depuis l'empereur Tibère. -Il fit contre les Germains plusieurs expéditions dont la dernière eut -lieu en 11 après J.-C. - -=Nerthus=, 40, la déesse Nerthus que Tacite assimile à la _Terra Mater_. - -=Nervii=, 28, les Nerviens, peuplade d'origine probablement gauloise, -mais qui se disait de race germanique. Ils habitaient entre l'Escaut et -la Meuse. - -=Noricum=, 5, province du Norique, entre le Danube et les Alpes -Carniques. - -=Nuithones=, 40, les Nuithons, peuplade de la nation des Suèves qui -habitait probablement à l'est de l'Elbe, au sud de la presqu'île -Cimbrique. - - -O - -=Oceanus=, 1, 2, 3, 17, 34, 37, 40, 43, 44, l'océan. Dans la -_Germanie_, _oceanus septentrionalis_ désigne tantôt la mer du Nord, -tantôt la Baltique. _Oceanus exterior_, la partie orientale de la -Baltique que Tacite suppose prolongée au delà de la Scandinavie que les -anciens prenaient pour une île. - -=Osi=, 28, 43, les Oses, peuplade que Tacite semble rattacher aux -Pannoniens. Ils habitaient au sud-est des sources de la Vistule. - -=Oxiones=, 46, les Oxions, peuple fabuleux du nord-est de l'Europe. - - -P - -=Pacorus=, 37, Pacorus, fils d'Orodès, roi des Perses. Ayant pris parti -pour les meurtriers de César, il battit le lieutenant d'Antoine en 40 -avant J.-C., mais il fut vaincu et tué l'année suivante par Ventidius. - -=Pannonia=, 5, 28, la Pannonie, qui s'étendait entre la province de -Norique à l'ouest, la Save au sud, le Danube au nord et à l'est. - -=Pannonii=, 1, les Pannoniens, habitants de la Pannonie; ceux du nord -paraissent avoir été de race celtique; ceux des bords de la Save qui -étaient les vrais Pannoniens appartenaient à la race illyrienne. - -=Parthi=, 17, 37, les Parthes, peuple d'origine indo-européenne; -leur empire, fondé par Arsace au IIIe siècle avant J.-C., s'étendit -à l'ouest jusqu'à l'Euphrate; ils furent souvent en lutte avec les -Romains. - -=Peucini=, 46, les Peucins. On désignait sous ce nom une peuplade -de Bastarnes qui habitait à l'embouchure du Danube une île appelée -+Peukê+. - -=Poeni=, 37, les Carthaginois. - -=Pollux=, 43, voyez au mot _Castor_. - -=Ponticum mare=, 4, le Pont-Euxin ou mer Noire, dans laquelle se jette -le Danube. - - -Q - -=Quadi=, 42, 43, les Quades, peuplade germanique qui habitait dans la -Moravie en s'étendant vers le sud jusqu'au Danube. - - -R - -=Ræti=, 1, les Rhètes, habitants de la Rhétie, spécialement sur les -deux versants des Alpes dites Rhétiques. - -=Rætia=, 3, 41, la Rhétie, réduite en province romaine sous Auguste (15 -avant J.-C.); elle comprenait le Tyrol, la Bavière au sud du Danube et -à l'est du Leck. - -=Reudigni=, 40, les Reudignes, peuplade germanique qui habitait à l'est -de l'embouchure de l'Elbe. - -=Rhenus=, 1, 2, 3, 28, 29, 34, 41, le Rhin, qui bornait la Germanie à -l'ouest. - -=Rugii=, 43, les Rugiens, peuplade germanique qui occupait la Poméranie -à l'est de l'embouchure de l'Oder. - - -S - -=Samnis=, 37, le Samnite, c'est-à-dire les Samnites qui luttèrent -contre les Romains de 343 à 290 et leur infligèrent l'humiliation des -Fourches Caudines. - -=Sarmatæ=, 1, 17, 43, 46, les Sarmates, nation slave qui habitait à -l'est de la Vistule, peut-être jusqu'au Volga. Ils étaient encore moins -connus des Romains que les Germains. - -=Scaurus Aurelius=, 37, général romain qui, envoyé comme lieutenant -consulaire contre les Cimbres, fut battu et tué par eux sur les rives -du Rhône. - -=Semnones=, 39, les Semnons, peuplade germanique qui habitait entre -l'Elbe et l'Oder dans le bassin de la Sprée. - -=Servilius Cæpio=, 37, proconsul romain qui fut battu par les Cimbres -près d'Orange en 105 avant J.-C. - -=Sitones=, 44, 45, les Sitones qui habitaient en Suède sur les côtes du -golfe de Botnie. - -=Suardones=, 40, les Suardons, peuplade de la nation des Suèves qui -habitait entre l'Elbe et l'Oder, dans le Mecklembourg. - -=Suebi=, 2, 9, 38, 45, les Suèves, peuple de race germanique. Ils -habitaient un vaste territoire dont les limites sont mal connues, -probablement entre le Danube, l'Elbe, l'Oder et la Baltique (_mare -suebicum_). - -=Suebia=, 43, 46, la Suévie, pays des Suèves; voir au mot précédent. - -=Suebicum mare=, 45, la mer des Suèves, c'est-à-dire la Baltique. - -=Suiones=, 44, 45, les Suiones, peuplade germanique qui habitait le sud -de la Scandinavie et peut-être les îles de l'embouchure de l'Oder. Ce -sont probablement les ancêtres des Suédois. - - -T - -=Tencteri=, 32, 38, le Tenctères, peuplade germanique qui habitait sur -la rive droite du Rhin, entre la Ruhr et la Lahn. - -=Trajanus=, 37, Trajan, empereur romain contemporain de Tacite, qui -régna de 98 à 117 ap. J.-C. - -=Treveri=, 28, les Trévires, qui habitaient sur les deux rives -de la Moselle; leur nom est resté à la ville de Trèves (_Augusta -Treverorum_). Le fond de la population était probablement celtique, -mais absorbé par des conquérants germains. - -=Triboci=, 28, les Triboques, peuplade germanique qui habitait sur la -rive gauche du Rhin, dans les Vosges, jusqu'à Strasbourg. - -=Tuder=, 42, Tuder, roi des Quades ou des Marcomans, d'ailleurs inconnu. - -=Tuiston=, 2, divinité germanique que les Germains reconnaissaient pour -leur ancêtre (cf. _Tuisto_ et _Deutsch_). - -=Tungri=, 2, les Tongres, peuplade germanique qui habitait sur la rive -gauche de la Meuse autour de la ville de Tongres. - - -U - -=Ubii=, 28, les Ubiens, peuplade germanique. Ils habitèrent d'abord sur -la rive droite du Rhin, Agrippa les fit passer sur la rive gauche. Leur -ville (_oppidum Ubiorum_) fut appelée _Colonia Agrippinensis_ (Cologne) -lorsque Agrippine, femme de l'empereur Claude, y eut fondé une colonie -romaine. - -=Ulysses=, 3, Ulysse, qui, après la guerre de Troie, avait, selon la -légende, abordé dans bien des pays et peut-être en Germanie. - -=Usipi=, 32, les Usipes, peuplade germanique qui occupait la rive -droite du Rhin, au nord de la Ruhr. - - -V - -=Vandilii= ou =Vandalii=, 2, les Vandales, peuplade germanique qui -habitait au nord-est de la Germanie entre l'Oder et la Vistule. Ils -changèrent d'ailleurs plusieurs fois de séjour. - -=Vangiones=, 28, les Vangions, peuplade germanique qui occupait la -vallée du Rhin autour de Worms. - -=Varini=, 40, les Varins, peuplade germanique de la famille des Suèves -qui occupait le nord du Sleswig et le sud du Jutland. - -=Varus=, 37, Quintilius Varus, général romain, lieutenant de l'empereur -Auguste, qui fut battu par Arminius et massacré avec ses légions dans -la forêt de Teutberg (Teutoburgerwald) en l'an 9 après J.-C. - -=Veleda=, 8, fameuse prophétesse de la nation des Bructères. Elle prit -part à la révolte de Civilis et des Bataves; plus tard elle fut amenée -à Rome pour orner un triomphe. - -=Venedi=, 46, les Venèdes, peuple slave qui habitait à l'est du cours -inférieur de la Vistule. - -=Ventidius=, 37, P. Ventidius Bassus, lieutenant d'Antoine qui vainquit -et tua Pacorus, roi des Parthes. Voyez le Commentaire. - -=Vespasianus=, 8, Vespasien, empereur romain de 69 à 79, le premier des -Flaviens. - - - - - TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT ET Cie.--MESNIL (EURE). - - - - -Note de transcription détaillée: - -Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été -silencieusement corrigées. - -Cette version électronique comporte les corrections suivantes: - - p. 30, chap. 9: «placant,» corrigé en «placant.» - («animalibus[4] placant.»), - p. 39, note 7: la référence au chapitre 55 est incorrecte - et a été changée en 35, - p. 54: l'appel de note manquant pour la note 6 a été ajouté, - p. 60: «comtemptores» corrigé en «contemptores» - («aluntur, prodigi alieni, contemptores sui»), - p. 79, «Angrivarii»: «Wéser» harmonisé en «Weser» - («les bords du Weser»), - p. 81, «Germanicus»: la référence au chapitre 47 est incorrecte - et a été changée en 37. - -En page 83, l'ortographe «Marobuduus» semble être une erreur pour -«Maroboduus»; la seconde forme apparaît une fois en page 71, note 4. -L'ortographe du livre a toutefois été conservée. - -Quand ils manquaient, les accents ont été ajoutés aux lettres capitales. - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of La Germanie, by -Cornelius Tacitus and Henri Petitmangin - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA GERMANIE *** - -***** This file should be named 43789-8.txt or 43789-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/3/7/8/43789/ - -Produced by Laurent Vogel, Bibimbop, Juliet Sutherland and -the Online Distributed Proofreading Team at -http://www.pgdp.net - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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