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diff --git a/43277-h/43277-h.htm b/43277-h/43277-h.htm
index 65e44d7..d72c723 100644
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+++ b/43277-h/43277-h.htm
@@ -3,7 +3,7 @@
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<title>The Project Gutenberg eBook of La Vie Universitaire dans l'Ancienne Espagne,
by Gustave Reynier</title>
@@ -143,45 +143,7 @@ span.pagenumh { display: none; }
</head>
<body>
-
-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of La Vie Universitaire dans l'Ancienne Espagne, by
-Gustave Reynier
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: La Vie Universitaire dans l'Ancienne Espagne
-
-Author: Gustave Reynier
-
-Release Date: July 21, 2013 [EBook #43277]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK UNIVERSITAIRE DANS L'ANCIENNE ESPAGNE ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43277 ***</div>
<p>
<span class="pagenum"><a id="pagei" name="pagei"></a>[p. i]</span>
@@ -204,7 +166,7 @@ by The Internet Archive/Canadian Libraries)
<span class="pagenum"><a id="pageiii" name="pageiii"></a>[p. iii]</span>
</p>
-<p class="frontmatter right"><i>Bibliothèque Espagnole.</i></p>
+<p class="frontmatter right"><i>Bibliothèque Espagnole.</i></p>
<p class="frontmatter"><span class="small">LA</span><br />
<span class="xlarge">VIE UNIVERSITAIRE</span><br />
@@ -223,12 +185,12 @@ L'ANCIENNE ESPAGNE</p>
<tr>
<td class="tdc"><span class="sc">Alphonse PICARD et Fils</span></td>
<td class="bar">|</td>
- <td class="tdc"><span class="sc">ÉDOUARD PRIVAT</span></td>
+ <td class="tdc"><span class="sc">ÉDOUARD PRIVAT</span></td>
</tr>
<tr>
- <td class="tdc">Libraires-éditeurs</td>
+ <td class="tdc">Libraires-éditeurs</td>
<td class="bar">|</td>
- <td class="tdc">Libraire-éditeur</td>
+ <td class="tdc">Libraire-éditeur</td>
</tr>
<tr>
<td class="tdc">82, <span class="sc">RUE BONAPARTE</span></td>
@@ -249,45 +211,45 @@ L'ANCIENNE ESPAGNE</p>
</h2>
<p class="p2">
-<i>Je n'ai pas songé à résumer en un si court volume l'Histoire de
-l'Enseignement supérieur en Espagne: j'ai tenté seulement d'esquisser,
+<i>Je n'ai pas songé à résumer en un si court volume l'Histoire de
+l'Enseignement supérieur en Espagne: j'ai tenté seulement d'esquisser,
aussi exactement que je l'ai pu, quelques tableaux de la vie
universitaire d'autrefois.</i>
</p>
<p>
-<i>J'ai d'abord voulu expliquer ce que c'était qu'une Université
-espagnole, comment elle était organisée, quelle situation y avaient
-les maîtres, quelle existence y menaient les étudiants. J'ai
+<i>J'ai d'abord voulu expliquer ce que c'était qu'une Université
+espagnole, comment elle était organisée, quelle situation y avaient
+les maîtres, quelle existence y menaient les étudiants. J'ai
naturellement</i>
<span class="pagenum"><a id="pagevi" name="pagevi"></a>[p. vi]</span>
-<i>choisi comme exemple l'Université la plus ancienne et la plus
-célèbre, celle de Salamanque, et je l'ai représentée dans le moment
-où, en apparence du moins, elle fut le plus prospère, c'est-à-dire à
-la fin du seizième siècle.</i>
+<i>choisi comme exemple l'Université la plus ancienne et la plus
+célèbre, celle de Salamanque, et je l'ai représentée dans le moment
+où, en apparence du moins, elle fut le plus prospère, c'est-à-dire à
+la fin du seizième siècle.</i>
</p>
<p>
-<i>Dans la seconde partie de ce travail, j'ai montré sommairement
-comment s'est propagée en Espagne cette vie universitaire, dont je
-venais, en quelque sorte, de tracer le cadre, à quelle époque et par
-quelles influences elle est devenue active et féconde, quelles raisons
-en ont trop vite arrêté le développement. J'en ai suivi le déclin
-jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, où la décadence est déjà
-complète.</i>
+<i>Dans la seconde partie de ce travail, j'ai montré sommairement
+comment s'est propagée en Espagne cette vie universitaire, dont je
+venais, en quelque sorte, de tracer le cadre, à quelle époque et par
+quelles influences elle est devenue active et féconde, quelles raisons
+en ont trop vite arrêté le développement. J'en ai suivi le déclin
+jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, où la décadence est déjà
+complète.</i>
</p>
<p>
-<i>J'ai marqué fort librement ce qu'avait eu d'attristant cette
-décadence. L'Enseignement supérieur est aujourd'hui assez</i>
+<i>J'ai marqué fort librement ce qu'avait eu d'attristant cette
+décadence. L'Enseignement supérieur est aujourd'hui assez</i>
<span class="pagenum"><a id="pagevii" name="pagevii"></a>[p. vii]</span>
-<i>brillamment représenté en Espagne pour qu'on puisse évoquer de son
-passé d'autres souvenirs que les souvenirs de gloire.</i>
+<i>brillamment représenté en Espagne pour qu'on puisse évoquer de son
+passé d'autres souvenirs que les souvenirs de gloire.</i>
</p>
<p>
<i>Les dimensions de ce petit livre ne m'ont malheureusement pas permis
-de donner toutes mes références; je tiens à m'en excuser.</i>
+de donner toutes mes références; je tiens à m'en excuser.</i>
</p>
<p>
<i>Je serais enfin bien ingrat de ne pas dire ici tout ce que je dois de
-précieux renseignements et d'utiles conseils à l'inépuisable
+précieux renseignements et d'utiles conseils à l'inépuisable
obligeance de M. Alfred Morel-Fatio.</i>
</p>
<p class="quote">
@@ -303,11 +265,11 @@ obligeance de M. Alfred Morel-Fatio.</i>
<div><a name="h2H_4_0001" id="h2H_4_0001"><!-- H2 anchor --></a></div>
<h2>
- PREMIÈRE PARTIE.
+ PREMIÈRE PARTIE.
</h2>
<p class="subheader">
-La vie d'une Université: Salamanque.
+La vie d'une Université: Salamanque.
</p>
<p>
<span class="pagenumh"><a id="page2" name="page2"></a>[p. 2]</span>
@@ -323,95 +285,95 @@ La vie d'une Université: Salamanque.
</h2>
<p class="subheader">
-SALAMANQUE ET SON UNIVERSITÉ.
+SALAMANQUE ET SON UNIVERSITÉ.
</p>
<p>
-On voudrait trouver des mots rares, des mots précieux pour rendre la
-beauté de Salamanque. Dans la plaine nue qu'entoure un cercle de pâles
-collines, couronnée de tours, de dômes et de clochers, elle se dresse
-comme une cité souveraine. Et, teinte de fines couleurs, qui vont du
+On voudrait trouver des mots rares, des mots précieux pour rendre la
+beauté de Salamanque. Dans la plaine nue qu'entoure un cercle de pâles
+collines, couronnée de tours, de dômes et de clochers, elle se dresse
+comme une cité souveraine. Et, teinte de fines couleurs, qui vont du
rose tendre au jaune d'or, lumineuse sous ce ciel clair et dans cet
-air léger, elle s'épanouit comme une fleur.
+air léger, elle s'épanouit comme une fleur.
</p>
<p>
-Nulle part peut-être on ne pourrait rencontrer, resserrés dans un si
-petit espace, tant d'&oelig;uvres exquises, tant d'édifices somptueux. La
-magnificence de la nouvelle cathédrale et la grâce robuste de
-l'ancienne, les lignes harmonieuses des églises, des vieux collèges;
-les palais chargés d'armoiries illustres où l'on voit briller le
-soleil des Solis, les étoiles des Fonseca, les cinq lis des Maldonado;
+Nulle part peut-être on ne pourrait rencontrer, resserrés dans un si
+petit espace, tant d'&oelig;uvres exquises, tant d'édifices somptueux. La
+magnificence de la nouvelle cathédrale et la grâce robuste de
+l'ancienne, les lignes harmonieuses des églises, des vieux collèges;
+les palais chargés d'armoiries illustres où l'on voit briller le
+soleil des Solis, les étoiles des Fonseca, les cinq lis des Maldonado;
tant d'antiques
<span class="pagenum"><a id="page4" name="page4"></a>[p. 4]</span>
-maisons dont les portes ouvertes laissent entrevoir des cours dallées
-de marbre, d'élégants portiques, de fines colonnades, les margelles
-usées des vieux puits, tout cela forme un ensemble véritablement
-unique où la poésie d'un passé lointain se mêle aux impressions d'art
-les plus délicates.
-</p>
-<p>
-Lorsqu'on erre dans ces rues, souvent silencieuses, on est arrêté
-presque à chaque pas: une grille en fer forgé, un bouquet d'&oelig;illets
-sculpté sur une porte, un médaillon encastré dans un mur, une Vierge
-ou un saint dans une niche, une frise où se poursuivent des animaux
-fabuleux, un balcon d'où retombent des guirlandes, mille détails
-charmants attirent et retiennent. Certaines façades sont de pures
-merveilles, des chefs-d'&oelig;uvre de cet art minutieux et compliqué que
-l'on appelle l'art <i>plateresque</i>. Les pierres y sont ciselées comme
-des bijoux, découpées comme de la dentelle; elles sont d'un grain si
-fin et si serré que le temps en a respecté les plus fragiles
+maisons dont les portes ouvertes laissent entrevoir des cours dallées
+de marbre, d'élégants portiques, de fines colonnades, les margelles
+usées des vieux puits, tout cela forme un ensemble véritablement
+unique où la poésie d'un passé lointain se mêle aux impressions d'art
+les plus délicates.
+</p>
+<p>
+Lorsqu'on erre dans ces rues, souvent silencieuses, on est arrêté
+presque à chaque pas: une grille en fer forgé, un bouquet d'&oelig;illets
+sculpté sur une porte, un médaillon encastré dans un mur, une Vierge
+ou un saint dans une niche, une frise où se poursuivent des animaux
+fabuleux, un balcon d'où retombent des guirlandes, mille détails
+charmants attirent et retiennent. Certaines façades sont de pures
+merveilles, des chefs-d'&oelig;uvre de cet art minutieux et compliqué que
+l'on appelle l'art <i>plateresque</i>. Les pierres y sont ciselées comme
+des bijoux, découpées comme de la dentelle; elles sont d'un grain si
+fin et si serré que le temps en a respecté les plus fragiles
arabesques; elles sont aussi, ces pierres de Salamanque, jaunes comme
-l'or ou roses comme la fleur de pêcher, et toujours d'une couleur si
-chaude que dans les plus grises matinées d'hiver on les croirait
+l'or ou roses comme la fleur de pêcher, et toujours d'une couleur si
+chaude que dans les plus grises matinées d'hiver on les croirait
encore
<span class="pagenum"><a id="page5" name="page5"></a>[p. 5]</span>
-éclairées par le soleil. Le palais des Monterey, la «Maison des
-Morts», la «Maison des Coquilles», le couvent du Saint-Esprit, que de
-monuments délicieux dont on ne peut détacher ses regards, dont on
+éclairées par le soleil. Le palais des Monterey, la «Maison des
+Morts», la «Maison des Coquilles», le couvent du Saint-Esprit, que de
+monuments délicieux dont on ne peut détacher ses regards, dont on
voudrait emporter dans ses yeux la claire, la riante image! Mais ce
-qui laisse encore l'impression la plus forte, la plus complète, c'est,
-à coup sûr, la place de l'Université.
-</p>
-<p>
-Quand on s'arrête au pied de la statue de Fray Luis, le maître très
-illustre et très bon, on a, à sa droite, l'antique hôpital des
-Etudiants, le ravissant portail des Écoles Mineures, leur cloître
-élégant et leur petit jardin; à gauche, les vieilles maisons que
-l'Université louait à ses libraires; en face, l'incomparable façade
-des Grandes Écoles, les aigles, les larges blasons, les profils des
-«Rois Catholiques», les statues de la Force et de la Beauté; sur le
-ciel se détachent le campanile et les deux cloches de la chapelle de
-San Jerónimo. Rien n'a changé là depuis trois siècles: les petits
-pavés ronds sur lesquels on marche sont les mêmes qu'ont foulés tant
+qui laisse encore l'impression la plus forte, la plus complète, c'est,
+à coup sûr, la place de l'Université.
+</p>
+<p>
+Quand on s'arrête au pied de la statue de Fray Luis, le maître très
+illustre et très bon, on a, à sa droite, l'antique hôpital des
+Etudiants, le ravissant portail des Écoles Mineures, leur cloître
+élégant et leur petit jardin; à gauche, les vieilles maisons que
+l'Université louait à ses libraires; en face, l'incomparable façade
+des Grandes Écoles, les aigles, les larges blasons, les profils des
+«Rois Catholiques», les statues de la Force et de la Beauté; sur le
+ciel se détachent le campanile et les deux cloches de la chapelle de
+San Jerónimo. Rien n'a changé là depuis trois siècles: les petits
+pavés ronds sur lesquels on marche sont les mêmes qu'ont foulés tant
de graves docteurs, tant d'adolescents ivres de savoir, d'ambition et
de jeunesse; les murs, ici comme dans toute la
<span class="pagenum"><a id="page6" name="page6"></a>[p. 6]</span>
ville, laissent voir encore aussi vifs, aussi nets qu'au premier jour,
-les fameux <i>vítores</i>, ces inscriptions en lettres rouges qui relatent
-les succès scolaires des temps anciens. Dans ce décor charmant, tout
+les fameux <i>vítores</i>, ces inscriptions en lettres rouges qui relatent
+les succès scolaires des temps anciens. Dans ce décor charmant, tout
porte encore l'empreinte de la vie universitaire d'autrefois, tout en
-évoque les scènes familières et les brillants souvenirs.
+évoque les scènes familières et les brillants souvenirs.
</p>
<hr class="c5" />
<p>
-Qu'il fût de riche ou de pauvre maison, qu'il arrivât en carrosse, à
-cheval ou sur une mule de louage, l'étudiant qui, vers la fin du
-seizième siècle, passait les fossés de Salamanque, devait se trouver
-tout d'abord ébloui. Vingt-cinq paroisses, vingt-cinq couvents
-d'hommes, vingt-cinq couvents de femmes, vingt-cinq collèges; tout
-cela dominé par l'imposante masse de la cathédrale nouvelle, dont les
-trois nefs étaient déjà debout; sept mille étudiants, dix-huit mille
-ouvriers ou marchands vivant à l'ombre de l'Université et vivant
+Qu'il fût de riche ou de pauvre maison, qu'il arrivât en carrosse, à
+cheval ou sur une mule de louage, l'étudiant qui, vers la fin du
+seizième siècle, passait les fossés de Salamanque, devait se trouver
+tout d'abord ébloui. Vingt-cinq paroisses, vingt-cinq couvents
+d'hommes, vingt-cinq couvents de femmes, vingt-cinq collèges; tout
+cela dominé par l'imposante masse de la cathédrale nouvelle, dont les
+trois nefs étaient déjà debout; sept mille étudiants, dix-huit mille
+ouvriers ou marchands vivant à l'ombre de l'Université et vivant
d'elle; cinquante-deux imprimeries et quatre-vingt-quatre librairies
dans un seul quartier, occupant trois mille six cents personnes. Dans
les rues, sur les places, un mouvement incessant, une rumeur qui ne
<span class="pagenum"><a id="page7" name="page7"></a>[p. 7]</span>
-s'éteignait pas. On était bien dans une capitale, et Salamanque était
-vraiment reine. «La reine du Tormès»: c'est le nom qu'on lui avait
-donné et dont aujourd'hui encore elle est fière. «O Salamanque, disait
-un vieux poète, il n'est pas sous le ciel de cité aussi héroïque ni
-d'Éden aussi précieux; tu t'es élevée plus haut que ne peut atteindre
-le vol hardi du faucon. Salamanque, métropole du monde<a href="#note-1" name="noteref-1"><small> 1</small></a>.»
+s'éteignait pas. On était bien dans une capitale, et Salamanque était
+vraiment reine. «La reine du Tormès»: c'est le nom qu'on lui avait
+donné et dont aujourd'hui encore elle est fière. «O Salamanque, disait
+un vieux poète, il n'est pas sous le ciel de cité aussi héroïque ni
+d'Éden aussi précieux; tu t'es élevée plus haut que ne peut atteindre
+le vol hardi du faucon. Salamanque, métropole du monde<a href="#note-1" name="noteref-1"><small> 1</small></a>.»
</p>
<p class="foot">
@@ -422,223 +384,223 @@ le vol hardi du faucon. Salamanque, métropole du monde<a href="#note-1" name="no
<div class="poem">
<div class="stanza">
<p>No hay cosa tan heroyca baxo el cielo; </p>
-<p>No hay eliseo campo ansí preciado. </p>
-<p>No hay garza, ni neblí tan alto en vuelo </p>
-<p>Que llegue adonde tú te has sublimado... </p>
-<p>Metrópoli del mundo... </p>
+<p>No hay eliseo campo ansí preciado. </p>
+<p>No hay garza, ni neblí tan alto en vuelo </p>
+<p>Que llegue adonde tú te has sublimado... </p>
+<p>Metrópoli del mundo... </p>
</div>
<div class="stanza">
-<p class="i2">(Bartolomé de Villalba y Estaña, <i>El Pelegrino</i></p>
-<p class="i2"><i>Curioso y Grandezas de España</i>, 1577.)</p>
+<p class="i2">(Bartolomé de Villalba y Estaña, <i>El Pelegrino</i></p>
+<p class="i2"><i>Curioso y Grandezas de España</i>, 1577.)</p>
</div>
</div>
<p>
-Si l'étudiant était riche, il n'avait pas à se mettre en quête d'un
-gîte: sa famille avait eu soin de lui retenir un logis et de monter
-d'avance sa maison. Était-il de très haut rang, il devait mener un
-train magnifique et qui fît honneur à ses parents: quand arriva, par
-exemple, le jeune Don Gaspar de Guzmán, qui fut plus tard comte-duc
-d'Olivares, il avait avec lui un gouverneur, un précepteur, huit
+Si l'étudiant était riche, il n'avait pas à se mettre en quête d'un
+gîte: sa famille avait eu soin de lui retenir un logis et de monter
+d'avance sa maison. Était-il de très haut rang, il devait mener un
+train magnifique et qui fît honneur à ses parents: quand arriva, par
+exemple, le jeune Don Gaspar de Guzmán, qui fut plus tard comte-duc
+d'Olivares, il avait avec lui un gouverneur, un précepteur, huit
pages, trois valets de chambre, quatre laquais, un chef
<span class="pagenum"><a id="page8" name="page8"></a>[p. 8]</span>
-de cuisine, sans compter les servantes et les valets d'écurie.
+de cuisine, sans compter les servantes et les valets d'écurie.
</p>
<p>
-Pour les écoliers de plus modeste fortune, s'ils n'étaient pas
-boursiers de quelque Collège et s'ils n'avaient point dans la ville de
-parents qui les voulussent recueillir, ils s'adressaient à quelques
-«bacheliers de pupilles». On appelait ainsi des maîtres de pension
-qui, avec l'autorisation de l'Université et sous son contrôle,
-logeaient et nourrissaient les étudiants des provinces ainsi que leurs
+Pour les écoliers de plus modeste fortune, s'ils n'étaient pas
+boursiers de quelque Collège et s'ils n'avaient point dans la ville de
+parents qui les voulussent recueillir, ils s'adressaient à quelques
+«bacheliers de pupilles». On appelait ainsi des maîtres de pension
+qui, avec l'autorisation de l'Université et sous son contrôle,
+logeaient et nourrissaient les étudiants des provinces ainsi que leurs
valets: un tarif officiel fixait les prix qu'ils pouvaient exiger, et
-ces prix étaient des plus modiques, surtout pour les jeunes gens qui
+ces prix étaient des plus modiques, surtout pour les jeunes gens qui
apportaient de la maison paternelle leur provision de pois chiches, de
-saucissons et de lard fumé. Mais, en revanche, on faisait chez eux
-bien maigre chère. La corporation des «bacheliers de pupilles» ne
-brillait pas en général par une libéralité excessive et elle abusait
-un peu de la situation privilégiée qui lui était faite. La
-Constitution de l'Université lui assurait en effet un véritable
-monopole. Toute personne qui eût logé des étudiants sans avoir obtenu
-l'autorisation, sans avoir subi l'examen de capacité et de moralité,
-se serait exposée à payer une amende de mille maravédis
+saucissons et de lard fumé. Mais, en revanche, on faisait chez eux
+bien maigre chère. La corporation des «bacheliers de pupilles» ne
+brillait pas en général par une libéralité excessive et elle abusait
+un peu de la situation privilégiée qui lui était faite. La
+Constitution de l'Université lui assurait en effet un véritable
+monopole. Toute personne qui eût logé des étudiants sans avoir obtenu
+l'autorisation, sans avoir subi l'examen de capacité et de moralité,
+se serait exposée à payer une amende de mille maravédis
<span class="pagenum"><a id="page9" name="page9"></a>[p. 9]</span>
-et à être expulsée, en cas de récidive<a href="#note-2" name="noteref-2"><small> 2</small></a>.
+et à être expulsée, en cas de récidive<a href="#note-2" name="noteref-2"><small> 2</small></a>.
</p>
<p class="foot"><a name="note-2"><!--Note--></a>
2 (<a href="#noteref-2"><small>retour</small></a>)<br />
<i>Estatutos hechos por lo muy insigne Universidad de
-Salamanca, recopilados nuevamente por su comisión.</i> Salamanca, 1625.
-C'est un volume, grand in-4<sup>o</sup>, d'une belle impression. Sur la première
-page est représenté un professeur dans sa chaire entouré de quelques
-étudiants: nous avons donné, en tête de ce livre, une reproduction de
-cette gravure. J'ai eu entre les mains l'édition enrichie d'additions
-manuscrites qui appartient à la bibliothèque de l'Université de
+Salamanca, recopilados nuevamente por su comisión.</i> Salamanca, 1625.
+C'est un volume, grand in-4<sup>o</sup>, d'une belle impression. Sur la première
+page est représenté un professeur dans sa chaire entouré de quelques
+étudiants: nous avons donné, en tête de ce livre, une reproduction de
+cette gravure. J'ai eu entre les mains l'édition enrichie d'additions
+manuscrites qui appartient à la bibliothèque de l'Université de
Salamanque.
</p>
<p class="next">
-J'aurais dû citer plus souvent encore que je n'ai fait cet intéressant
-recueil. Je n'ai pas pu, je le répète, donner ici toutes mes
-références. Sans parler des histoires de Salamanque, de Dávila, de
-Chacón, de Villar, la très érudite <i>Historia de las Universidades</i> de
+J'aurais dû citer plus souvent encore que je n'ai fait cet intéressant
+recueil. Je n'ai pas pu, je le répète, donner ici toutes mes
+références. Sans parler des histoires de Salamanque, de Dávila, de
+Chacón, de Villar, la très érudite <i>Historia de las Universidades</i> de
V. La Fuente et les trois excellents volumes de D. Antonio Gil de
-Zárate, <i>De la Instrucción Pública en España</i>, m'ont été naturellement
-d'un très grand secours.</p>
+Zárate, <i>De la Instrucción Pública en España</i>, m'ont été naturellement
+d'un très grand secours.</p>
<p>
-Le règlement imposait, d'ailleurs, à ces maîtres de pension des
-obligations multiples; ils devaient monter, dès le matin, dans la
-chambre de leurs écoliers pour s'assurer qu'ils étaient au travail,
-les empêcher de jouer aux cartes et aux dés, ne jamais laisser
-prononcer sous leur toit de parole impie ou déshonnête, fermer à clef
-la porte de leur maison à six heures du soir, l'hiver, à neuf heures,
-l'été, et ne la rouvrir sous aucun prétexte, sinon en cas de maladie
+Le règlement imposait, d'ailleurs, à ces maîtres de pension des
+obligations multiples; ils devaient monter, dès le matin, dans la
+chambre de leurs écoliers pour s'assurer qu'ils étaient au travail,
+les empêcher de jouer aux cartes et aux dés, ne jamais laisser
+prononcer sous leur toit de parole impie ou déshonnête, fermer à clef
+la porte de leur maison à six heures du soir, l'hiver, à neuf heures,
+l'été, et ne la rouvrir sous aucun prétexte, sinon en cas de maladie
ou de visite des parents, signaler au juge
<span class="pagenum"><a id="page10" name="page10"></a>[p. 10]</span>
-de l'Université les jeunes gens qui auraient passé la nuit dehors.
-Pour que la surveillance fût plus exacte, il leur était défendu
-d'avoir chez eux plus de vingt «pupilles». La Constitution avait tout
-prévu: si on l'avait toujours respectée, Salamanque aurait été
-vraiment, comme elle se piquait de l'être, «le jardin de toutes les
-vertus». Mais le nombre toujours croissant des écoliers rendit bientôt
-impossible un contrôle un peu rigoureux. Pour attirer la clientèle,
-les maîtres de pension rivalisèrent de complaisance, ne voulant point
-lutter de prodigalité, et la Constitution finit par avoir le sort de
-tous les règlements.
+de l'Université les jeunes gens qui auraient passé la nuit dehors.
+Pour que la surveillance fût plus exacte, il leur était défendu
+d'avoir chez eux plus de vingt «pupilles». La Constitution avait tout
+prévu: si on l'avait toujours respectée, Salamanque aurait été
+vraiment, comme elle se piquait de l'être, «le jardin de toutes les
+vertus». Mais le nombre toujours croissant des écoliers rendit bientôt
+impossible un contrôle un peu rigoureux. Pour attirer la clientèle,
+les maîtres de pension rivalisèrent de complaisance, ne voulant point
+lutter de prodigalité, et la Constitution finit par avoir le sort de
+tous les règlements.
</p>
<hr class="c5" />
<p>
-Dès que le nouvel étudiant s'était installé, dans sa petite chambre ou
-dans sa riche maison, son premier devoir était d'aller se présenter
-aux grands dignitaires de l'Université. Le premier de tous était
-l'Écolâtre (<i>Maestrescuela</i>), qui portait aussi le titre de
-chancelier: représentant de l'autorité papale, nommé à vie<a href="#note-3" name="noteref-3"><small> 3</small></a>, il
+Dès que le nouvel étudiant s'était installé, dans sa petite chambre ou
+dans sa riche maison, son premier devoir était d'aller se présenter
+aux grands dignitaires de l'Université. Le premier de tous était
+l'Écolâtre (<i>Maestrescuela</i>), qui portait aussi le titre de
+chancelier: représentant de l'autorité papale, nommé à vie<a href="#note-3" name="noteref-3"><small> 3</small></a>, il
<span class="pagenum"><a id="page11" name="page11"></a>[p. 11]</span>
-était chargé de faire respecter les Statuts, de diriger les études, de
-juger au criminel comme au civil tous ceux, maîtres, étudiants ou
-officiers, qui dépendaient de la juridiction universitaire. A côté de
-lui, le Recteur, élu seulement pour une année, représentait plus
-directement les professeurs des Écoles: il veillait au maintien du bon
-ordre, gouvernait les biens de la communauté, touchait les revenus,
-réglait les dépenses. Comme il était généralement de très noble
-famille, il relevait par son prestige personnel l'autorité d'une
-magistrature de trop courte durée<a href="#note-4" name="noteref-4"><small> 4</small></a>. C'est ainsi qu'au commencement
+était chargé de faire respecter les Statuts, de diriger les études, de
+juger au criminel comme au civil tous ceux, maîtres, étudiants ou
+officiers, qui dépendaient de la juridiction universitaire. A côté de
+lui, le Recteur, élu seulement pour une année, représentait plus
+directement les professeurs des Écoles: il veillait au maintien du bon
+ordre, gouvernait les biens de la communauté, touchait les revenus,
+réglait les dépenses. Comme il était généralement de très noble
+famille, il relevait par son prestige personnel l'autorité d'une
+magistrature de trop courte durée<a href="#note-4" name="noteref-4"><small> 4</small></a>. C'est ainsi qu'au commencement
<span class="pagenum"><a id="page12" name="page12"></a>[p. 12]</span>
-du dix-septième siècle Salamanque fut fière d'avoir pour Recteur le
-jeune Gaspar de Guzmán, dont nous avons déjà cité le nom et qui devait
-être plus tard comte d'Olivares et ministre de Philippe IV. Ce premier
-honneur lui fut décerné alors qu'il était encore sur les bancs de
-l'Université, car on n'hésitait jamais à confier un si grand pouvoir
-même à un simple étudiant lorsqu'on le jugeait capable de le bien
+du dix-septième siècle Salamanque fut fière d'avoir pour Recteur le
+jeune Gaspar de Guzmán, dont nous avons déjà cité le nom et qui devait
+être plus tard comte d'Olivares et ministre de Philippe IV. Ce premier
+honneur lui fut décerné alors qu'il était encore sur les bancs de
+l'Université, car on n'hésitait jamais à confier un si grand pouvoir
+même à un simple étudiant lorsqu'on le jugeait capable de le bien
exercer<a href="#note-5" name="noteref-5"><small> 5</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-3"><!--Note--></a>
3 (<a href="#noteref-3"><small>retour</small></a>)<br />
-Pendant un certain temps, il fut élu par l'assemblée des
+Pendant un certain temps, il fut élu par l'assemblée des
professeurs ou <i>Claustro</i>. En 1463, le <i>Claustro</i> de Salamanque nomma
ainsi Alonso de Aponte, docteur en droit canon, et, en 1525, D. Pedro
-Manrique, qui fut plus tard évêque de Cordoue et cardinal. Mais le
-plus souvent le <i>Maestrescuela</i> ou <i>Cancelario</i> était choisi par le
-pape ou par le roi. Dans d'autres Universités, ces fonctions
-revenaient de droit à l'évêque de la ville.
+Manrique, qui fut plus tard évêque de Cordoue et cardinal. Mais le
+plus souvent le <i>Maestrescuela</i> ou <i>Cancelario</i> était choisi par le
+pape ou par le roi. Dans d'autres Universités, ces fonctions
+revenaient de droit à l'évêque de la ville.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-4"><!--Note--></a>
4 (<a href="#noteref-4"><small>retour</small></a>)<br />
Sur la liste des Recteurs de Salamanque on pourrait
-retrouver des représentants des plus illustres maisons d'Espagne:
-marquis de Spínola, de Villena, de Pomar, de Santa Cruz, de
+retrouver des représentants des plus illustres maisons d'Espagne:
+marquis de Spínola, de Villena, de Pomar, de Santa Cruz, de
Villamanrique, de Pozas, de Aguilar...; comtes de Uceda, de Benavente,
-de Altamira, de La Fuente, de Lezo, de Oñate, de Montalvo, de Campo
+de Altamira, de La Fuente, de Lezo, de Oñate, de Montalvo, de Campo
Real...; ducs de Sessa, de Terranova, de Cardona, de Segorbe, de
-Villahermosa, de Béjar, d'Alburquerque...&mdash;On trouvera la liste de ces
-Recteurs dans la <i>Memoria histórica de la Universidad de Salamanca</i>,
+Villahermosa, de Béjar, d'Alburquerque...&mdash;On trouvera la liste de ces
+Recteurs dans la <i>Memoria histórica de la Universidad de Salamanca</i>,
de D. Alejandro Vidal y Diaz, Salamanque, 1869.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-5"><!--Note--></a>
5 (<a href="#noteref-5"><small>retour</small></a>)<br />
-Le premier Recteur de l'Université d'Alcalá fut aussi un
-tout jeune homme qu'on avait fait venir exprès de Salamanque où il
-étudiait le droit.
+Le premier Recteur de l'Université d'Alcalá fut aussi un
+tout jeune homme qu'on avait fait venir exprès de Salamanque où il
+étudiait le droit.
</p>
<p>
-Après avoir salué ces deux grands personnages, le jeune étudiant va
-donner son nom aux secrétaires des Écoles. On l'inscrit sur le grand
+Après avoir salué ces deux grands personnages, le jeune étudiant va
+donner son nom aux secrétaires des Écoles. On l'inscrit sur le grand
registre, s'il est roturier, sur le registre d'honneur (<i>matricula
-generosorum</i>), s'il est noble, et, à partir de ce moment, il fait
-partie de l'Université; il jouit de ses avantages et privilèges.
+generosorum</i>), s'il est noble, et, à partir de ce moment, il fait
+partie de l'Université; il jouit de ses avantages et privilèges.
</p>
<p>
-Dorénavant, il achètera tout moins cher que les autres habitants de la
-ville: car les objets nécessaires à son entretien, à sa subsistance ou
-à son travail sont exemptés de toute espèce de droits. S'il tombe
+Dorénavant, il achètera tout moins cher que les autres habitants de la
+ville: car les objets nécessaires à son entretien, à sa subsistance ou
+à son travail sont exemptés de toute espèce de droits. S'il tombe
malade et s'il est pauvre, il
<span class="pagenum"><a id="page13" name="page13"></a>[p. 13]</span>
-sera soigné gratuitement à l'Hôpital des Écoles. Il échappe désormais
-à l'autorité séculière: si la police le poursuit pour quelque délit,
-il trouvera toujours un asile sur le territoire franc de l'Université
-et, derrière les chaînes qui en marquent les limites, il pourra braver
-impunément les alguazils. S'il se laisse prendre, c'est à ses juges
-naturels qu'il devra être déféré et il pourra presque toujours compter
-sur leur indulgence. Arrêté pour les plus graves méfaits, vol à main
-armée ou même homicide, dans Salamanque, hors de Salamanque et jusque
-dans une province lointaine, il sera toujours ramené devant le
-<i>Maestrescuela</i> qui seul décidera de son sort.&mdash;Enfin, et ce n'est pas
-là le plus médiocre avantage, il a l'honneur d'appartenir à un corps
-illustre entre tous, déjà vieux de quatre siècles<a href="#note-6" name="noteref-6"><small> 6</small></a>, respecté de
-l'Europe entière
+sera soigné gratuitement à l'Hôpital des Écoles. Il échappe désormais
+à l'autorité séculière: si la police le poursuit pour quelque délit,
+il trouvera toujours un asile sur le territoire franc de l'Université
+et, derrière les chaînes qui en marquent les limites, il pourra braver
+impunément les alguazils. S'il se laisse prendre, c'est à ses juges
+naturels qu'il devra être déféré et il pourra presque toujours compter
+sur leur indulgence. Arrêté pour les plus graves méfaits, vol à main
+armée ou même homicide, dans Salamanque, hors de Salamanque et jusque
+dans une province lointaine, il sera toujours ramené devant le
+<i>Maestrescuela</i> qui seul décidera de son sort.&mdash;Enfin, et ce n'est pas
+là le plus médiocre avantage, il a l'honneur d'appartenir à un corps
+illustre entre tous, déjà vieux de quatre siècles<a href="#note-6" name="noteref-6"><small> 6</small></a>, respecté de
+l'Europe entière
<span class="pagenum"><a id="page14" name="page14"></a>[p. 14]</span>
-et que l'Espagne considère comme une de ses gloires. L'Université de
-Salamanque est alors à l'apogée de sa grandeur; elle ne le cède qu'à
-Paris et elle a été appelée «la seconde lumière du monde». Les maîtres
-qu'elle a formés sont recherchés par les Écoles les plus lointaines.
-Christophe Colomb est venu lui soumettre ses projets et en a reçu de
-précieux encouragements<a href="#note-7" name="noteref-7"><small> 7</small></a>. Les princes et les prélats la consultent
-sur l'interprétation des lois et même sur des points de dogme. Les
-papes lui font la faveur de lui notifier leur élection par des lettres
-particulières. Tout monarque montant sur le trône d'Espagne lui
-demande de le reconnaître par une déclaration solennelle. Quand le roi
-leur rend visite, les maîtres et les docteurs le reçoivent assis et la
-tête couverte. Lorsque Charles-Quint était venu à Salamanque, où l'on
-avait dépensé, pour lui faire une réception grandiose, «plus d'argent
-qu'il n'en aurait fallu pour fonder une ville», il avait avoué que
+et que l'Espagne considère comme une de ses gloires. L'Université de
+Salamanque est alors à l'apogée de sa grandeur; elle ne le cède qu'à
+Paris et elle a été appelée «la seconde lumière du monde». Les maîtres
+qu'elle a formés sont recherchés par les Écoles les plus lointaines.
+Christophe Colomb est venu lui soumettre ses projets et en a reçu de
+précieux encouragements<a href="#note-7" name="noteref-7"><small> 7</small></a>. Les princes et les prélats la consultent
+sur l'interprétation des lois et même sur des points de dogme. Les
+papes lui font la faveur de lui notifier leur élection par des lettres
+particulières. Tout monarque montant sur le trône d'Espagne lui
+demande de le reconnaître par une déclaration solennelle. Quand le roi
+leur rend visite, les maîtres et les docteurs le reçoivent assis et la
+tête couverte. Lorsque Charles-Quint était venu à Salamanque, où l'on
+avait dépensé, pour lui faire une réception grandiose, «plus d'argent
+qu'il n'en aurait fallu pour fonder une ville», il avait avoué que
rien ne lui
<span class="pagenum"><a id="page15" name="page15"></a>[p. 15]</span>
avait fait autant d'impression qu'un acte public de
-l'Université.&mdash;Tous les écoliers pouvaient prendre pour eux une petite
+l'Université.&mdash;Tous les écoliers pouvaient prendre pour eux une petite
part de ces hommages: quelque honneur en rejaillissait sur le plus
-humble d'entre eux; c'était un titre, même aux yeux des plus
-ignorants, d'avoir étudié à Salamanque.
+humble d'entre eux; c'était un titre, même aux yeux des plus
+ignorants, d'avoir étudié à Salamanque.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-6"><!--Note--></a>
6 (<a href="#noteref-6"><small>retour</small></a>)<br />
-L'Université de Salamanque avait été fondée au début du
-treizième siècle par Alphonse IX de Léon. Le 12 avril 1242, le célèbre
-saint Ferdinand, celui qui reconquit Séville, avait confirmé et étendu
-la fondation de son père. Par un bref d'avril 1255, le pape Alexandre
-avait compté Salamanque, avec Paris, Bologne et Oxford, parmi les
+L'Université de Salamanque avait été fondée au début du
+treizième siècle par Alphonse IX de Léon. Le 12 avril 1242, le célèbre
+saint Ferdinand, celui qui reconquit Séville, avait confirmé et étendu
+la fondation de son père. Par un bref d'avril 1255, le pape Alexandre
+avait compté Salamanque, avec Paris, Bologne et Oxford, parmi les
quatre grands <i>Estudios generales</i> du monde.
</p>
<p class="next">
-L'antique <i>Studium</i> de Palencia n'ayant duré que peu d'années,
-Salamanque était, de fait, la première Université d'Espagne, comme
+L'antique <i>Studium</i> de Palencia n'ayant duré que peu d'années,
+Salamanque était, de fait, la première Université d'Espagne, comme
elle fut aussi la plus glorieuse.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-7"><!--Note--></a>
7 (<a href="#noteref-7"><small>retour</small></a>)<br />
-Cf. Bartolomé Leonardo de Argensola, <i>Anales de Aragón</i>,
+Cf. Bartolomé Leonardo de Argensola, <i>Anales de Aragón</i>,
Part. I, <span class="sc">X</span>, 10.&mdash;Fernando Pizarro, <i>Varones Ilustres del Nuevo Mundo</i>
-(<i>Vida de Colón</i>, cap. <span class="sc">III</span>).
+(<i>Vida de Colón</i>, cap. <span class="sc">III</span>).
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page16" name="page16"></a>[p. 16]</span>
@@ -651,228 +613,228 @@ Part. I, <span class="sc">X</span>, 10.&mdash;Fernando Pizarro, <i>Varones Ilust
</h2>
<p class="subheader">
-PHYSIONOMIE DES ÉCOLES.
+PHYSIONOMIE DES ÉCOLES.
</p>
<p>
-Une fois «immatriculé», comme on disait, le nouveau venu pouvait
-commencer à suivre les cours. Il revêtait la soutane brune et le
-collet, se coiffait du bonnet carré et, tenant à la main son
-portefeuille et son écritoire, il se dirigeait dès le matin vers les
-Écoles.
+Une fois «immatriculé», comme on disait, le nouveau venu pouvait
+commencer à suivre les cours. Il revêtait la soutane brune et le
+collet, se coiffait du bonnet carré et, tenant à la main son
+portefeuille et son écritoire, il se dirigeait dès le matin vers les
+Écoles.
</p>
<p>
-De chaque rue débouchaient des troupes bruyantes de jeunes gens. Dans
-la <i>Rua</i>, qui était le quartier des libraires, le tumulte devenait
-assourdissant: entre les étalages où s'empilaient les in-folios, où se
+De chaque rue débouchaient des troupes bruyantes de jeunes gens. Dans
+la <i>Rua</i>, qui était le quartier des libraires, le tumulte devenait
+assourdissant: entre les étalages où s'empilaient les in-folios, où se
dressaient les rouleaux de parchemin, toute une foule se pressait.
-Criant, chantant, s'interpellant, les groupes se hâtaient vers les
-bâtiments de l'<i>Estudio</i>, se répandaient sur la place du Vieux
-Collège, remplissaient le <i>patio</i> des Écoles Mineures, assiégeaient
-les portes de l'Université, s'écrasaient sous le portique du cloître.
+Criant, chantant, s'interpellant, les groupes se hâtaient vers les
+bâtiments de l'<i>Estudio</i>, se répandaient sur la place du Vieux
+Collège, remplissaient le <i>patio</i> des Écoles Mineures, assiégeaient
+les portes de l'Université, s'écrasaient sous le portique du cloître.
Toutes les provinces
<span class="pagenum"><a id="page17" name="page17"></a>[p. 17]</span>
-de l'Espagne étaient là représentées, depuis l'Estramadure jusqu'à la
-Navarre et à la Catalogne, et même des nations étrangères, comme la
-France et l'Italie. On pouvait reconnaître les Andalous à leurs rires,
-à leurs gestes exubérants, les Valenciens à leur allure indolente, les
-Galiciens à leur tournure rustique, les Castillans à leur air de
-noblesse et à leur gravité.
+de l'Espagne étaient là représentées, depuis l'Estramadure jusqu'à la
+Navarre et à la Catalogne, et même des nations étrangères, comme la
+France et l'Italie. On pouvait reconnaître les Andalous à leurs rires,
+à leurs gestes exubérants, les Valenciens à leur allure indolente, les
+Galiciens à leur tournure rustique, les Castillans à leur air de
+noblesse et à leur gravité.
</p>
<p>
A mesure qu'approchait l'heure des cours, le flot montait encore. Les
-Collèges, presque tous établis dans le voisinage de l'Université,
-ouvraient en même temps leurs portes, et leurs élèves, s'avançant en
-bon ordre, sous la conduite d'un régent, se frayaient un passage au
+Collèges, presque tous établis dans le voisinage de l'Université,
+ouvraient en même temps leurs portes, et leurs élèves, s'avançant en
+bon ordre, sous la conduite d'un régent, se frayaient un passage au
travers de la foule.
</p>
<p>
-Presque tous étaient vêtus d'un long manteau brun, et les divers
-établissements ne se distinguaient les uns des autres que par la
-couleur de la <i>beca</i>, pièce de drap longue de trois aunes qui formait
-un pli sur la poitrine et, passant par les deux épaules, retombait par
-derrière jusqu'aux talons.
+Presque tous étaient vêtus d'un long manteau brun, et les divers
+établissements ne se distinguaient les uns des autres que par la
+couleur de la <i>beca</i>, pièce de drap longue de trois aunes qui formait
+un pli sur la poitrine et, passant par les deux épaules, retombait par
+derrière jusqu'aux talons.
</p>
<p>
-Voilà qu'arrivaient, portant la <i>beca</i> brune, les dix-sept boursiers
-du Collège de San Bartolomé, le plus ancien de tous et le plus
-respecté. Derrière eux marchaient les vingt-deux élèves
+Voilà qu'arrivaient, portant la <i>beca</i> brune, les dix-sept boursiers
+du Collège de San Bartolomé, le plus ancien de tous et le plus
+respecté. Derrière eux marchaient les vingt-deux élèves
<span class="pagenum"><a id="page18" name="page18"></a>[p. 18]</span>
-du Collège de l'Archevêque et leurs deux chapelains: leur manteau
-était largement échancré et la bande était écarlate. Voilà les
+du Collège de l'Archevêque et leurs deux chapelains: leur manteau
+était largement échancré et la bande était écarlate. Voilà les
boursiers d'Oviedo, avec la <i>beca</i> bleue, et ceux de Cuenca avec le
-manteau violet. Ces quatre Collèges étaient les fameux <i>Colegios
-Mayores</i>. Installés dans des bâtiments magnifiques, richement dotés
+manteau violet. Ces quatre Collèges étaient les fameux <i>Colegios
+Mayores</i>. Installés dans des bâtiments magnifiques, richement dotés
par d'illustres fondateurs, ils ne recevaient que des jeunes gens de
-très grandes familles. Dès qu'une place y devenait vacante, elle était
-briguée par vingt concurrents. Beaucoup de pères pensaient alors,
-comme le Don Beltran de la <i>Vérité suspecte</i> que, «le chemin des
-lettres est celui qui conduit le plus sûrement à la fortune et que
-pour un fils cadet c'est la meilleure porte qui mène aux honneurs de
-ce monde<a href="#note-8" name="noteref-8"><small> 8</small></a>». Et ils ne se trompaient guère: dans l'élite privilégiée
-qui s'était formée en ces maisons, l'Université choisissait ses
-Recteurs, le roi ses conseillers et ses juges, l'Église ses prélats.
+très grandes familles. Dès qu'une place y devenait vacante, elle était
+briguée par vingt concurrents. Beaucoup de pères pensaient alors,
+comme le Don Beltran de la <i>Vérité suspecte</i> que, «le chemin des
+lettres est celui qui conduit le plus sûrement à la fortune et que
+pour un fils cadet c'est la meilleure porte qui mène aux honneurs de
+ce monde<a href="#note-8" name="noteref-8"><small> 8</small></a>». Et ils ne se trompaient guère: dans l'élite privilégiée
+qui s'était formée en ces maisons, l'Université choisissait ses
+Recteurs, le roi ses conseillers et ses juges, l'Église ses prélats.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-8"><!--Note--></a>
8 (<a href="#noteref-8"><small>retour</small></a>)<br />
-Lope de Vega dit de même dans la <i>Dorotea</i> qu'il n'y a
+Lope de Vega dit de même dans la <i>Dorotea</i> qu'il n'y a
pour l'homme que trois moyens d'arriver: la Science, la Mer et la
Maison du Roi, <i>ciencia y mar y casa Real</i> (<i>Jorn. I, escena VIII</i>).
-Cervantes (<i>D. Quij.</i>, I, 39) cite le même proverbe.
+Cervantes (<i>D. Quij.</i>, I, 39) cite le même proverbe.
</p>
<p>
-Voici maintenant les collégiens des Ordres
+Voici maintenant les collégiens des Ordres
<span class="pagenum"><a id="page19" name="page19"></a>[p. 19]</span>
-Militaires, qui égalent en importance les <i>Mayores</i> et leur disputent
-le premier rang dans les cérémonies: les dix-huit étudiants de
-Santiago portent brodée sur la poitrine la rouge croix de
-Saint-Jacques; ceux de Saint-Jean-de-Jérusalem se reconnaissent à leur
-croix de Malte et à leur bonnet plat, ceux d'Alcántara et de Calatrava
+Militaires, qui égalent en importance les <i>Mayores</i> et leur disputent
+le premier rang dans les cérémonies: les dix-huit étudiants de
+Santiago portent brodée sur la poitrine la rouge croix de
+Saint-Jacques; ceux de Saint-Jean-de-Jérusalem se reconnaissent à leur
+croix de Malte et à leur bonnet plat, ceux d'Alcántara et de Calatrava
aux insignes de l'Ordre.
</p>
<p>
-Voici enfin l'interminable défilé des Collèges Mineurs: Monte Olivete,
-Santa María de los Ángeles, San Lázaro, San Elías, San Millán, Santa
-Cruz de Cañizares, la Magdalena, Santo Tomás, Pan y Carbón, San Pedro
-y San Pablo, etc.; et puis la troupe noire des moines, frères et
-autres réguliers qui sortent des Collèges ecclésiastiques, les
-Hiéronymites, les Minimes, les Carmélites chaussés, les Augustins, les
-Franciscains, les Prémontrés de Santa Susana, les Dominicains de San
-Esteban, les Bénédictins de San Vicente.&mdash;Sur ce fond sombre se
-détachent quelques costumes de couleurs plus vives: le manteau jaune
-et la <i>beca</i> violette des collégiens de Santa María de Burgos, la
+Voici enfin l'interminable défilé des Collèges Mineurs: Monte Olivete,
+Santa María de los Ãngeles, San Lázaro, San Elías, San Millán, Santa
+Cruz de Cañizares, la Magdalena, Santo Tomás, Pan y Carbón, San Pedro
+y San Pablo, etc.; et puis la troupe noire des moines, frères et
+autres réguliers qui sortent des Collèges ecclésiastiques, les
+Hiéronymites, les Minimes, les Carmélites chaussés, les Augustins, les
+Franciscains, les Prémontrés de Santa Susana, les Dominicains de San
+Esteban, les Bénédictins de San Vicente.&mdash;Sur ce fond sombre se
+détachent quelques costumes de couleurs plus vives: le manteau jaune
+et la <i>beca</i> violette des collégiens de Santa María de Burgos, la
soutane blanche et la <i>beca</i> bleue des Orphelins de la Conception, qui
-vont toujours tête nue, même sous la pluie. Voici encore les
+vont toujours tête nue, même sous la pluie. Voici encore les
<span class="pagenum"><a id="page20" name="page20"></a>[p. 20]</span>
-«Verts» de l'Insigne Collège de San Pelayo, les «Jolis Garçons», du
-Collège de San Miguel, dont les dames de Salamanque admirent fort le
-brillant uniforme: manteau bleu de ciel coupé par une bande écarlate.
+«Verts» de l'Insigne Collège de San Pelayo, les «Jolis Garçons», du
+Collège de San Miguel, dont les dames de Salamanque admirent fort le
+brillant uniforme: manteau bleu de ciel coupé par une bande écarlate.
Ces jeunes gens roux, au teint clair, qu'on remarque au milieu de
toutes ces faces brunes, ce sont les Irlandais qui viennent se faire
-instruire des vérités de la foi catholique dans un collège que
-Philippe II a fondé: ils ont tous juré d'aller plus tard prêcher à
-leurs frères la loi évangélique et de s'offrir au martyre pour les
-racheter; ils excitent l'étonnement par le soin minutieux qu'ils
+instruire des vérités de la foi catholique dans un collège que
+Philippe II a fondé: ils ont tous juré d'aller plus tard prêcher à
+leurs frères la loi évangélique et de s'offrir au martyre pour les
+racheter; ils excitent l'étonnement par le soin minutieux qu'ils
prennent de leur toilette et parce qu'ils vont se baigner dans le
-Tormès, hiver comme été.
+Tormès, hiver comme été.
</p>
<hr class="c5" />
<p>
-Cependant l'heure sonne: le nègre de l'horloge monumentale frappe neuf
-fois le timbre de son marteau; les deux béliers se redressent et
+Cependant l'heure sonne: le nègre de l'horloge monumentale frappe neuf
+fois le timbre de son marteau; les deux béliers se redressent et
retombent; les anges et les rois mages se prosternent au pied de la
-statue de la Vierge: avant même que soit arrêtée l'ingénieuse
-mécanique, les salles de cours sont envahies.
+statue de la Vierge: avant même que soit arrêtée l'ingénieuse
+mécanique, les salles de cours sont envahies.
</p>
<p>
Quelques-unes de ces salles sont toutes petites:
<span class="pagenum"><a id="page21" name="page21"></a>[p. 21]</span>
-ce sont celles où l'on enseigne des matières très spéciales comme
-l'hébreu, le chaldéen ou la musique. D'autres, comme celle de droit
+ce sont celles où l'on enseigne des matières très spéciales comme
+l'hébreu, le chaldéen ou la musique. D'autres, comme celle de droit
canon, peuvent contenir plus de deux mille auditeurs. Toutes ces
-salles sont fort obscures, éclairées par deux ou trois petites
-fenêtres. L'installation est peu confortable: on s'assied sur une
-poutre fort étroite, on écrit sur une poutre un peu plus large, tachée
-d'encre, chargée d'inscriptions. La chaire du maître est d'une
-simplicité extrême; il a pour siège un coffre de bois noir dans lequel
-il enferme ses livres quand la leçon est finie. Au pied de la chaire
-est le tabouret de l'<i>actuante</i>, l'étudiant qui lira les textes.
+salles sont fort obscures, éclairées par deux ou trois petites
+fenêtres. L'installation est peu confortable: on s'assied sur une
+poutre fort étroite, on écrit sur une poutre un peu plus large, tachée
+d'encre, chargée d'inscriptions. La chaire du maître est d'une
+simplicité extrême; il a pour siège un coffre de bois noir dans lequel
+il enferme ses livres quand la leçon est finie. Au pied de la chaire
+est le tabouret de l'<i>actuante</i>, l'étudiant qui lira les textes.
</p>
<p>
-Les retardataires se hâtent, poursuivis par le bedeau porte-verge, et
-se pressent dans le fond de la salle, où ils resteront debout. Le
+Les retardataires se hâtent, poursuivis par le bedeau porte-verge, et
+se pressent dans le fond de la salle, où ils resteront debout. Le
cours commence.
</p>
<p>
Ces cours sont aussi nombreux que dans la mieux pourvue de nos
-Universités modernes. Il n'y a pas moins de soixante-dix chaires: dix
-de droit canon, dix de «lois», c'est-à-dire de droit civil, sept de
-médecine, sept de théologie, onze de philosophie, une d'astrologie,
-une de musique, une de langue chaldéenne, une d'hébreu,
+Universités modernes. Il n'y a pas moins de soixante-dix chaires: dix
+de droit canon, dix de «lois», c'est-à-dire de droit civil, sept de
+médecine, sept de théologie, onze de philosophie, une d'astrologie,
+une de musique, une de langue chaldéenne, une d'hébreu,
<span class="pagenum"><a id="page22" name="page22"></a>[p. 22]</span>
-quatre de grec, dix-sept de rhétorique et de grammaire. Les juristes
+quatre de grec, dix-sept de rhétorique et de grammaire. Les juristes
tiennent le premier rang, et de beaucoup: ce sont eux qui ont le plus
-d'élèves et qui reçoivent les plus forts salaires. Un docteur de droit
+d'élèves et qui reçoivent les plus forts salaires. Un docteur de droit
canon touche deux cent soixante-douze florins, tandis qu'un professeur
de logique ou de philosophie morale n'en a que cent, un professeur de
-rhétorique ou de mathématiques soixante-dix.
+rhétorique ou de mathématiques soixante-dix.
</p>
<p>
-A côté des professeurs titulaires (<i>cátedras de propiedad</i>) qui ont le
+A côté des professeurs titulaires (<i>cátedras de propiedad</i>) qui ont le
traitement complet, il y a des professeurs stagiaires, des aspirants
-(<i>pretendientes</i>) qui sont beaucoup moins rétribués et même le plus
-souvent «n'ont autre chose que l'espérance».
+(<i>pretendientes</i>) qui sont beaucoup moins rétribués et même le plus
+souvent «n'ont autre chose que l'espérance».
</p>
<p>
-Quelques-uns de ces maîtres sont des hommes de grand savoir, dont le
+Quelques-uns de ces maîtres sont des hommes de grand savoir, dont le
nom est connu dans toute l'Espagne. Mais la plupart se soucient assez
-peu de faire &oelig;uvre personnelle. Surveillés de près par l'Église,
-préoccupés surtout de ne rien dire qui soit contraire à la doctrine de
+peu de faire &oelig;uvre personnelle. Surveillés de près par l'Église,
+préoccupés surtout de ne rien dire qui soit contraire à la doctrine de
saint Augustin et de saint Thomas, ils s'en tiennent aux explications
-fixées par les programmes et se bornent à lire et à commenter les
-«ouvrages de texte». A défaut de la gloire, qu'ils n'ambitionnent pas,
+fixées par les programmes et se bornent à lire et à commenter les
+«ouvrages de texte». A défaut de la gloire, qu'ils n'ambitionnent pas,
ils ont la certitude
<span class="pagenum"><a id="page23" name="page23"></a>[p. 23]</span>
-d'être appelés un jour dans un des Conseils royaux, d'obtenir un
-canonicat ou quelque haute dignité ecclésiastique, ou d'arriver, tout
-au moins, à la <i>jubilación</i>, c'est-à-dire à l'honorable retraite que
-l'Université assure à ses bons serviteurs<a href="#note-9" name="noteref-9"><small> 9</small></a>.
+d'être appelés un jour dans un des Conseils royaux, d'obtenir un
+canonicat ou quelque haute dignité ecclésiastique, ou d'arriver, tout
+au moins, à la <i>jubilación</i>, c'est-à-dire à l'honorable retraite que
+l'Université assure à ses bons serviteurs<a href="#note-9" name="noteref-9"><small> 9</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-9"><!--Note--></a>
9 (<a href="#noteref-9"><small>retour</small></a>)<br />
-Ce droit à la retraite (après vingt années
-d'enseignement) avait été garanti aux professeurs titulaires par une
-bulle du pape Eugène IV (1491).
+Ce droit à la retraite (après vingt années
+d'enseignement) avait été garanti aux professeurs titulaires par une
+bulle du pape Eugène IV (1491).
</p>
<p>
-Pendant la leçon, les étudiants prennent peu de notes: ils écoutent,
+Pendant la leçon, les étudiants prennent peu de notes: ils écoutent,
les coudes sur la table. Plusieurs sortent au milieu du cours;
d'autres arrivent des salles voisines: ce va-et-vient continuel
-provoque naturellement un certain désordre. Quand, par hasard, la
-leçon se prolonge au delà de l'heure, les auditeurs ne manquent jamais
+provoque naturellement un certain désordre. Quand, par hasard, la
+leçon se prolonge au delà de l'heure, les auditeurs ne manquent jamais
de manifester leur impatience en frottant bruyamment leurs pieds
-contre le plancher<a href="#note-10" name="noteref-10"><small> 10</small></a>. Beaucoup de maîtres font leur cours au milieu
+contre le plancher<a href="#note-10" name="noteref-10"><small> 10</small></a>. Beaucoup de maîtres font leur cours au milieu
du bruit; quelques-uns, qui sont impopulaires ou qui manquent
-d'autorité, sont assez fréquemment l'objet de manifestations d'autant
-plus tumultueuses que l'imposante masse des «juristes» est toujours
-disposée à prêter son
+d'autorité, sont assez fréquemment l'objet de manifestations d'autant
+plus tumultueuses que l'imposante masse des «juristes» est toujours
+disposée à prêter son
<span class="pagenum"><a id="page24" name="page24"></a>[p. 24]</span>
concours aux tapageurs. Il se produit parfois de tels scandales qu'il
-faut aller quérir le Recteur, et que l'Écolâtre lui-même arrive
-accompagné de son alguazil, de son procureur fiscal et du greffier de
-l'Audience ecclésiastique.
+faut aller quérir le Recteur, et que l'Écolâtre lui-même arrive
+accompagné de son alguazil, de son procureur fiscal et du greffier de
+l'Audience ecclésiastique.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-10"><!--Note--></a>
10 (<a href="#noteref-10"><small>retour</small></a>)<br />
-Mal-Lara, <i>Filosofía vulgar</i>, Centuria décima, f<sup>o</sup>
+Mal-Lara, <i>Filosofía vulgar</i>, Centuria décima, f<sup>o</sup>
380.&mdash;Pierre Martyr, <i>Epist.</i> 57.
</p>
<p>
-Plutôt que de recourir à ces interventions assez humiliantes, certains
-maîtres emploient, pour se faire respecter, des procédés quelque peu
-brutaux. Torres, qui fut professeur à Salamanque, raconte en ses
-Mémoires que chaque année, dans sa leçon d'ouverture, il intimidait
-les mauvais plaisants en les menaçant de leur rompre la tête. Et ce
-n'était pas là une menace en l'air:
+Plutôt que de recourir à ces interventions assez humiliantes, certains
+maîtres emploient, pour se faire respecter, des procédés quelque peu
+brutaux. Torres, qui fut professeur à Salamanque, raconte en ses
+Mémoires que chaque année, dans sa leçon d'ouverture, il intimidait
+les mauvais plaisants en les menaçant de leur rompre la tête. Et ce
+n'était pas là une menace en l'air:
</p>
<p>
-«Un soir, dit-il<a href="#note-11" name="noteref-11"><small> 11</small></a>, une lourde brute, un garçon de trente ans,
-étudiant en théologie et en grossièreté, me hurla je ne sais quelle
-ordure. Voici la récompense que reçut son audace: je pris sur le
-rebord de ma chaire un énorme compas de bronze qui pesait trois ou
+«Un soir, dit-il<a href="#note-11" name="noteref-11"><small> 11</small></a>, une lourde brute, un garçon de trente ans,
+étudiant en théologie et en grossièreté, me hurla je ne sais quelle
+ordure. Voici la récompense que reçut son audace: je pris sur le
+rebord de ma chaire un énorme compas de bronze qui pesait trois ou
quatre livres pour le moins et je le lui jetai au museau. Par bonheur
pour lui, et pour moi, il esquiva le coup, sans quoi je lui aurais
-sûrement fait jaillir la
+sûrement fait jaillir la
<span class="pagenum"><a id="page25" name="page25"></a>[p. 25]</span>
-cervelle...&mdash;A partir de ce jour-là, ajoute Torres, ce garçon se tint
-tranquille.»
+cervelle...&mdash;A partir de ce jour-là, ajoute Torres, ce garçon se tint
+tranquille.»
</p>
<p class="foot">
@@ -882,12 +844,12 @@ tranquille.»
Torres</i>, p. 84.
</p>
<p>
-La leçon finie, tandis que s'écoule bruyamment le flot des écoliers,
-le maître sort de sa classe et va, ainsi que l'y obligent les
-règlements, <i>asistir al poste</i>, c'est-à-dire «s'adosser au
-pilier<a href="#note-12" name="noteref-12"><small> 12</small></a>». Appuyé contre une des colonnes du cloître, il attend que
-les plus studieux de ses élèves viennent lui soumettre leurs doutes ou
-lui demander sur la matière du cours un supplément d'informations.
+La leçon finie, tandis que s'écoule bruyamment le flot des écoliers,
+le maître sort de sa classe et va, ainsi que l'y obligent les
+règlements, <i>asistir al poste</i>, c'est-à-dire «s'adosser au
+pilier<a href="#note-12" name="noteref-12"><small> 12</small></a>». Appuyé contre une des colonnes du cloître, il attend que
+les plus studieux de ses élèves viennent lui soumettre leurs doutes ou
+lui demander sur la matière du cours un supplément d'informations.
</p>
<p class="foot">
@@ -898,98 +860,98 @@ Salamanca.</i>&mdash;<i>Nic. Clenardi Epist.</i>, I, 2 (1535).
</p>
<hr class="c5" />
<p>
-Pendant ce temps, l'étudiant fraîchement débarqué s'engage
+Pendant ce temps, l'étudiant fraîchement débarqué s'engage
imprudemment au travers des groupes qui s'attardent sous le portique;
il admire les pompeuses inscriptions dont les murs sont couverts, les
-fresques où sont représentées Minerve, l'Astronomie, la Justice,
-l'Occasion et la Fortune; les armoiries de l'Université qui s'abritent
-sous la tiare pontificale et sont entourées de l'orgueilleuse devise:
-«Dans toutes les sciences, Salamanque est la première.&mdash;<i>Omnium
+fresques où sont représentées Minerve, l'Astronomie, la Justice,
+l'Occasion et la Fortune; les armoiries de l'Université qui s'abritent
+sous la tiare pontificale et sont entourées de l'orgueilleuse devise:
+«Dans toutes les sciences, Salamanque est la première.&mdash;<i>Omnium
<span class="pagenum"><a id="page26" name="page26"></a>[p. 26]</span>
-scientiarum princeps Salmantica docet.</i>» Il monte l'escalier, dont les
-riches sculptures représentent des chevaliers combattant des taureaux,
-il pénètre dans la bibliothèque, où sont ouverts sur des pupitres
-d'énormes in-folios attachés avec des chaînes de fer, il s'égare dans
-le cloître supérieur et s'arrête enfin émerveillé devant la vieille
+scientiarum princeps Salmantica docet.</i>» Il monte l'escalier, dont les
+riches sculptures représentent des chevaliers combattant des taureaux,
+il pénètre dans la bibliothèque, où sont ouverts sur des pupitres
+d'énormes in-folios attachés avec des chaînes de fer, il s'égare dans
+le cloître supérieur et s'arrête enfin émerveillé devant la vieille
horloge.
</p>
<p>
L'endroit est connu: s'ils ne se sont pas encore trahis par leur
-démarche hésitante et leur air embarrassé, les nouveaux venus se
-signalent toujours à l'attention des anciens par l'étonnement qu'ils
-manifestent en face de ce chef-d'&oelig;uvre de mécanique.
+démarche hésitante et leur air embarrassé, les nouveaux venus se
+signalent toujours à l'attention des anciens par l'étonnement qu'ils
+manifestent en face de ce chef-d'&oelig;uvre de mécanique.
</p>
<p>
-A peine une victime s'est-elle ainsi désignée que les deux cloîtres se
-remplissent de cris, d'appels, de vociférations. En un instant,
-l'étudiant novice est entraîné dans la rue ou dans le <i>patio</i> des
-Écoles Mineures, et là commence un jeu assez barbare. Tout d'abord, on
+A peine une victime s'est-elle ainsi désignée que les deux cloîtres se
+remplissent de cris, d'appels, de vociférations. En un instant,
+l'étudiant novice est entraîné dans la rue ou dans le <i>patio</i> des
+Écoles Mineures, et là commence un jeu assez barbare. Tout d'abord, on
forme le cercle autour du malheureux: quelques plaisants s'en
-détachent, le saluent avec d'excessives démonstrations de politesse et
+détachent, le saluent avec d'excessives démonstrations de politesse et
lui demandent fort civilement des nouvelles de sa famille, s'il a bien
-pleuré en la quittant et si on ne lui a pas donné, au moment des
+pleuré en la quittant et si on ne lui a pas donné, au moment des
adieux, quelques
<span class="pagenum"><a id="page27" name="page27"></a>[p. 27]</span>
-boîtes de raisin sec et quelques pots de confitures<a href="#note-13" name="noteref-13"><small> 13</small></a>. Ils le
-félicitent ironiquement sur la coupe de sa soutane et sur la qualité
-du drap et, pour en mieux essayer la qualité, ils en tirent les
-manches à les arracher; ils admirent la forme élégante de son bonnet
-neuf, se le passent de main en main, en écrasent les quatre pointes et
-ne manquent pas, en le remettant sur sa tête, de le lui enfoncer
+boîtes de raisin sec et quelques pots de confitures<a href="#note-13" name="noteref-13"><small> 13</small></a>. Ils le
+félicitent ironiquement sur la coupe de sa soutane et sur la qualité
+du drap et, pour en mieux essayer la qualité, ils en tirent les
+manches à les arracher; ils admirent la forme élégante de son bonnet
+neuf, se le passent de main en main, en écrasent les quatre pointes et
+ne manquent pas, en le remettant sur sa tête, de le lui enfoncer
jusqu'aux oreilles. Ils rentrent enfin dans le rang, tandis que le
-pauvre garçon se dégage et rajuste son col déchiré; et ici il faut
-donner la parole au héros de Quevedo, Don Pablos de Ségovie:
+pauvre garçon se dégage et rajuste son col déchiré; et ici il faut
+donner la parole au héros de Quevedo, Don Pablos de Ségovie:
</p>
<p>
-«Ils étaient plus de cent autour de moi. Ils commencèrent à renifler,
-à tousser, et, au mouvement de leurs lèvres, je vis qu'il se préparait
+«Ils étaient plus de cent autour de moi. Ils commencèrent à renifler,
+à tousser, et, au mouvement de leurs lèvres, je vis qu'il se préparait
des crachats. Le premier, un mauvais gamin catarrheux, me visa, en
-disant: «Voilà le mien!&mdash;Je jure Dieu, m'écriai-je, que tu me la...»
-Une véritable pluie tomba sur moi de toutes parts et m'empêcha de
-finir ma phrase. Je m'étais couvert la figure avec un pan de mon
+disant: «Voilà le mien!&mdash;Je jure Dieu, m'écriai-je, que tu me la...»
+Une véritable pluie tomba sur moi de toutes parts et m'empêcha de
+finir ma phrase. Je m'étais couvert la figure avec un pan de mon
manteau; tous m'avaient pris pour cible, et il fallait
<span class="pagenum"><a id="page28" name="page28"></a>[p. 28]</span>
-voir comme ils pointaient bien. Quand ils s'éloignèrent, j'étais tout
-blanc de la tête aux pieds... Je ressemblais au crachoir d'un vieil
-asthmatique<a href="#note-14" name="noteref-14"><small> 14</small></a>.»
+voir comme ils pointaient bien. Quand ils s'éloignèrent, j'étais tout
+blanc de la tête aux pieds... Je ressemblais au crachoir d'un vieil
+asthmatique<a href="#note-14" name="noteref-14"><small> 14</small></a>.»
</p>
<p class="foot">
<a name="note-13"><!--Note--></a>
13 (<a href="#noteref-13"><small>retour</small></a>)<br />
-El doctor Jerónimo de Alcalá, <i>Alonso, mozo de muchos
-amos</i>, éd. Rivadeneyra, p. 494.
+El doctor Jerónimo de Alcalá, <i>Alonso, mozo de muchos
+amos</i>, éd. Rivadeneyra, p. 494.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-14"><!--Note--></a>
14 (<a href="#noteref-14"><small>retour</small></a>)<br />
-Quevedo, <i>Vida del Gran Tacaño</i>, cap. <span class="sc">V</span>.
+Quevedo, <i>Vida del Gran Tacaño</i>, cap. <span class="sc">V</span>.
</p>
<p>
-Suárez de Figueroa, dans son <i>Pasagero</i><a href="#note-15" name="noteref-15"><small> 15</small></a>, nous rapporte les
-plaintes d'une autre victime dont, «sous la grêle épaisse des
-crachats», dans le ronflement odieux des appels de gorge, le beau
-manteau neuf fut couvert en un instant «des plus horribles
-expectorations qu'eussent jamais vomies des poumons malades» et se
-trouva, comme on disait, «passé à la neige».
+Suárez de Figueroa, dans son <i>Pasagero</i><a href="#note-15" name="noteref-15"><small> 15</small></a>, nous rapporte les
+plaintes d'une autre victime dont, «sous la grêle épaisse des
+crachats», dans le ronflement odieux des appels de gorge, le beau
+manteau neuf fut couvert en un instant «des plus horribles
+expectorations qu'eussent jamais vomies des poumons malades» et se
+trouva, comme on disait, «passé à la neige».
</p>
<p class="foot">
<a name="note-15"><!--Note--></a>
15 (<a href="#noteref-15"><small>retour</small></a>)<br />
<i>El Pasagero, Alivio III</i>, f<sup>o</sup> 106.&mdash;Dans le <i>Don
-Quichotte</i> de d'Avellaneda (chap. <span class="sc">XXV</span>), la même mésaventure arrive à
-Sancho, tombé aux mains des étudiants de Saragosse.
+Quichotte</i> de d'Avellaneda (chap. <span class="sc">XXV</span>), la même mésaventure arrive à
+Sancho, tombé aux mains des étudiants de Saragosse.
</p>
<p>
-Plusieurs jours de suite, le nouveau venu doit subir ce répugnant
-supplice du <i>gargajeo</i>. Quand il a échappé à un premier groupe de
-persécuteurs, d'autres mettent la main sur lui, l'étourdissent de
-leurs sifflets et de leurs huées, dansent des rondes autour de lui, le
+Plusieurs jours de suite, le nouveau venu doit subir ce répugnant
+supplice du <i>gargajeo</i>. Quand il a échappé à un premier groupe de
+persécuteurs, d'autres mettent la main sur lui, l'étourdissent de
+leurs sifflets et de leurs huées, dansent des rondes autour de lui, le
poussent dans une classe vide, le hissent dans la chaire
<span class="pagenum"><a id="page29" name="page29"></a>[p. 29]</span>
-avec une mitre en papier sur la tête<a href="#note-16" name="noteref-16"><small> 16</small></a> et l'obligent à prononcer un
+avec une mitre en papier sur la tête<a href="#note-16" name="noteref-16"><small> 16</small></a> et l'obligent à prononcer un
discours.
</p>
@@ -1000,11 +962,11 @@ C'est ce qu'on appelle <i>hacer de Obispillos</i> (Aleman,
<i>Alfarache</i>, liv. III, part. II, ch. <span class="sc">IV</span>.)
</p>
<p>
-Il n'échappe à ces brimades qu'en achetant au prix de quelques dîners
+Il n'échappe à ces brimades qu'en achetant au prix de quelques dîners
des protections efficaces; il finit par convier un certain nombre de
-camarades à un banquet<a href="#note-17" name="noteref-17"><small> 17</small></a>, dont la tradition a fixé le menu: du
-mouton, des perdrix, et la moitié d'un poulet pour chaque convive. Au
-dessert, on confère au nouveau le titre d'ancien et on lui en décerne
+camarades à un banquet<a href="#note-17" name="noteref-17"><small> 17</small></a>, dont la tradition a fixé le menu: du
+mouton, des perdrix, et la moitié d'un poulet pour chaque convive. Au
+dessert, on confère au nouveau le titre d'ancien et on lui en décerne
pompeusement les lettres patentes.
</p>
@@ -1025,83 +987,83 @@ loc. cit.</i>).
</h2>
<p class="subheader">
- <span class="sc">LA VIE DES ÉTUDIANTS: ÉTUDIANTS RICHES ET ÉTUDIANTS PAUVRES</span>;<br />
+ <span class="sc">LA VIE DES ÉTUDIANTS: ÉTUDIANTS RICHES ET ÉTUDIANTS PAUVRES</span>;<br />
<i>pupilos</i>, <i>camaristas</i> <span class="sc">ET</span> <i>capigorrones</i>.
</p>
<p>
-Voilà le <i>novato</i> sacré étudiant: pour lui commence cette vie
-universitaire qui, suivant la route qu'on a choisie, mène à tout ou ne
-mène à rien, mais qui pour tous est si pleine et si joyeuse que ceux
-qui l'ont connue en regrettent toujours l'indépendance et les
+Voilà le <i>novato</i> sacré étudiant: pour lui commence cette vie
+universitaire qui, suivant la route qu'on a choisie, mène à tout ou ne
+mène à rien, mais qui pour tous est si pleine et si joyeuse que ceux
+qui l'ont connue en regrettent toujours l'indépendance et les
plaisirs.
</p>
<p>
-Quelle que soit sa fortune et quels que soient ses goûts, le nouvel
-écolier est certain de ne pas manquer de compagnons. Dans cette grande
-république que forme l'Université<a href="#note-18" name="noteref-18"><small> 18</small></a>, les antiques Constitutions ont
-voulu que tous les étudiants soient égaux: pour effacer les
-distinctions de classes, elles ont imposé à tous le même
+Quelle que soit sa fortune et quels que soient ses goûts, le nouvel
+écolier est certain de ne pas manquer de compagnons. Dans cette grande
+république que forme l'Université<a href="#note-18" name="noteref-18"><small> 18</small></a>, les antiques Constitutions ont
+voulu que tous les étudiants soient égaux: pour effacer les
+distinctions de classes, elles ont imposé à tous le même
<span class="pagenum"><a id="page31" name="page31"></a>[p. 31]</span>
-costume. «Tous, sans exception, dit le voyageur Monconys, ils sont
-vêtus de long comme des prêtres, rasés, et le bonnet en tête, qu'ils
-portent non seulement dans l'Université, mais encore par toute la
+costume. «Tous, sans exception, dit le voyageur Monconys, ils sont
+vêtus de long comme des prêtres, rasés, et le bonnet en tête, qu'ils
+portent non seulement dans l'Université, mais encore par toute la
ville et en tout temps, hors de la pluye: car pour lors on peut porter
le chapeau. Il ne leur est pas permis de porter aucun habit de soie ni
-de se servir d'aucune vaisselle d'argent<a href="#note-19" name="noteref-19"><small> 19</small></a>.» A les voir de loin, en
-effet, on ne distinguerait guère le fils d'un grand seigneur du fils
-d'un médecin de village ou d'un marchand: toutes les soutanes se
+de se servir d'aucune vaisselle d'argent<a href="#note-19" name="noteref-19"><small> 19</small></a>.» A les voir de loin, en
+effet, on ne distinguerait guère le fils d'un grand seigneur du fils
+d'un médecin de village ou d'un marchand: toutes les soutanes se
ressemblent et les plus respectables sont les plus vieilles, parce
-qu'elles attestent que leur possesseur n'en est pas à ses débuts. Mais
-cette égalité n'est qu'apparente; si le vêtement est uniforme, si, aux
-yeux de cette Université démocratique, tous les étudiants ont les
-mêmes obligations et les mêmes droits, dans la vie extérieure, les
-différences de condition s'accusent à chaque instant.
+qu'elles attestent que leur possesseur n'en est pas à ses débuts. Mais
+cette égalité n'est qu'apparente; si le vêtement est uniforme, si, aux
+yeux de cette Université démocratique, tous les étudiants ont les
+mêmes obligations et les mêmes droits, dans la vie extérieure, les
+différences de condition s'accusent à chaque instant.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-18"><!--Note--></a>
18 (<a href="#noteref-18"><small>retour</small></a>)<br />
-«La república llamada Universidad» (<i>Estatutos hechos
+«La república llamada Universidad» (<i>Estatutos hechos
por la Universidad de Salamanca</i>).
</p>
<p class="foot">
<a name="note-19"><!--Note--></a>
19 (<a href="#noteref-19"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Voyage fait en l'année 1628</i> (<i>Journal des Voyages de
+<i>Voyage fait en l'année 1628</i> (<i>Journal des Voyages de
M. de Monconys</i>, III<sup>e</sup> partie, Lyon, 1666).
</p>
<p>
-Pour le jeune gentilhomme l'existence est régulière et facile: tout y
-est disposé pour lui
+Pour le jeune gentilhomme l'existence est régulière et facile: tout y
+est disposé pour lui
<span class="pagenum"><a id="page32" name="page32"></a>[p. 32]</span>
-épargner les préoccupations matérielles, pour lui ménager à propos les
-satisfactions de vanité qui sont si douces à cet âge, pour rappeler
-aux autres et à lui-même la supériorité de son rang.
+épargner les préoccupations matérielles, pour lui ménager à propos les
+satisfactions de vanité qui sont si douces à cet âge, pour rappeler
+aux autres et à lui-même la supériorité de son rang.
</p>
<p>
-Le matin, quand il s'éveille, toute sa maison est déjà sur pied: le
-barbier et les pages attendent à la porte de sa chambre pour venir le
+Le matin, quand il s'éveille, toute sa maison est déjà sur pied: le
+barbier et les pages attendent à la porte de sa chambre pour venir le
raser et l'habiller au premier signal; les valets de chambre brossent
-et nettoient ses vêtements; dans les écuries, les laquais étrillent et
+et nettoient ses vêtements; dans les écuries, les laquais étrillent et
harnachent les mules. Lorsque arrive l'heure du cours, il monte sur
-une bête de prix caparaçonnée de velours et tout un cortège
-l'accompagne aux Écoles. Dans la salle où il doit se rendre, il trouve
-sa place gardée par un domestique uniquement chargé de ce soin; on y a
-d'avance apporté son portefeuille ou <i>vade-mecum</i> et son écritoire. La
-leçon finie, il rencontre à la porte son <i>pasante</i> ou répétiteur, qui
-se tient à ses côtés, tandis qu'il cause avec les maîtres et docteurs
-ou avec des camarades de sa condition, et l'empêche de se mêler aux
+une bête de prix caparaçonnée de velours et tout un cortège
+l'accompagne aux Écoles. Dans la salle où il doit se rendre, il trouve
+sa place gardée par un domestique uniquement chargé de ce soin; on y a
+d'avance apporté son portefeuille ou <i>vade-mecum</i> et son écritoire. La
+leçon finie, il rencontre à la porte son <i>pasante</i> ou répétiteur, qui
+se tient à ses côtés, tandis qu'il cause avec les maîtres et docteurs
+ou avec des camarades de sa condition, et l'empêche de se mêler aux
mauvaises compagnies. Puis, il va rejoindre sa suite qui l'attend au
-coin d'une rue et il rentre chez lui dans le même équipage qu'il était
-venu. Après le déjeuner,
+coin d'une rue et il rentre chez lui dans le même équipage qu'il était
+venu. Après le déjeuner,
<span class="pagenum"><a id="page33" name="page33"></a>[p. 33]</span>
il quitte une table abondamment servie pour aller jouer aux boules ou
-à l'<i>argolla</i>, le jeu à la mode, qui ressemble à notre croquet. Il
-travaille un peu, fait quelques lectures, revoit avec son précepteur
-quelques règles de la grammaire latine qu'il importe de ne pas
-oublier, retourne au cours au milieu de l'après-midi, et enfin, le
-soir venu, il repasse les leçons du jour ou s'entretient avec le
+à l'<i>argolla</i>, le jeu à la mode, qui ressemble à notre croquet. Il
+travaille un peu, fait quelques lectures, revoit avec son précepteur
+quelques règles de la grammaire latine qu'il importe de ne pas
+oublier, retourne au cours au milieu de l'après-midi, et enfin, le
+soir venu, il repasse les leçons du jour ou s'entretient avec le
gouverneur de sa maison, l'<i>ayo</i>, qui est toujours un personnage de
bonne famille et de m&oelig;urs recommandables<a href="#note-20" name="noteref-20"><small> 20</small></a>.
</p>
@@ -1109,33 +1071,33 @@ bonne famille et de m&oelig;urs recommandables<a href="#note-20" name="noteref-2
<p class="foot">
<a name="note-20"><!--Note--></a>
20 (<a href="#noteref-20"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Instrucción que dió D. Enrique de Guzmán, Conde de
-Olivares, Embajador de Roma, á D. Laureano de Guzmán, ayo de D. Gaspar
-de Guzmán, su hijo, cuando le embió á estudiar á Salamanca, á 7 de
-Enero de 1601</i>, cité par La Fuente, <i>Historia de las Universidades</i>,
+<i>Instrucción que dió D. Enrique de Guzmán, Conde de
+Olivares, Embajador de Roma, á D. Laureano de Guzmán, ayo de D. Gaspar
+de Guzmán, su hijo, cuando le embió á estudiar á Salamanca, á 7 de
+Enero de 1601</i>, cité par La Fuente, <i>Historia de las Universidades</i>,
1885, t. II, p. 429 et sq.
</p>
<p>
-Les jours de congé apportent quelques distractions à cette existence
-un peu sévère; mais ces plaisirs restent des plaisirs de gentilhomme:
-ils ne vont point sans quelque solennité et le jeune seigneur, déjà
-réservé à de hauts emplois, est gardé par le sentiment précoce de sa
-dignité des fréquentations douteuses et des amusements vulgaires.
+Les jours de congé apportent quelques distractions à cette existence
+un peu sévère; mais ces plaisirs restent des plaisirs de gentilhomme:
+ils ne vont point sans quelque solennité et le jeune seigneur, déjà
+réservé à de hauts emplois, est gardé par le sentiment précoce de sa
+dignité des fréquentations douteuses et des amusements vulgaires.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page34" name="page34"></a>[p. 34]</span>
</p>
<p>
-A côté de ces fils de Grands d'Espagne ou de <i>títulos</i> de Castille, on
+A côté de ces fils de Grands d'Espagne ou de <i>títulos</i> de Castille, on
voit briller aussi des jeunes gens d'origine plus modeste, fils de
-bourgeois enrichis par la banque ou le négoce, à qui la vanité de
-leurs parents assure un train presque aussi magnifique. «Car, ainsi
+bourgeois enrichis par la banque ou le négoce, à qui la vanité de
+leurs parents assure un train presque aussi magnifique. «Car, ainsi
que dit Cervantes, c'est l'honneur et coutume des marchands de faire
-étalage de leurs richesses et de leur crédit non en leurs personnes,
+étalage de leurs richesses et de leur crédit non en leurs personnes,
mais en celles de leurs enfants, et c'est pourquoi ils les traitent et
-les rehaussent à tout prix, comme s'ils étaient des fils de
-prince<a href="#note-21" name="noteref-21"><small> 21</small></a>.» Mais la grande majorité des étudiants de Salamanque vit
-sans faste et plutôt pauvrement.
+les rehaussent à tout prix, comme s'ils étaient des fils de
+prince<a href="#note-21" name="noteref-21"><small> 21</small></a>.» Mais la grande majorité des étudiants de Salamanque vit
+sans faste et plutôt pauvrement.
</p>
<p class="foot">
@@ -1145,17 +1107,17 @@ sans faste et plutôt pauvrement.
</p>
<p>
Nous avons vu que ceux d'entre eux qui ne trouvaient pas asile dans
-les Collèges s'installaient le plus souvent dans les maisons des
-<i>pupileros</i> ou «bacheliers de pupilles». Or, on y était très
-médiocrement logé, dans des chambres étroites et fort mal aérées. De
-plus, malgré les Règlements qui les obligeaient de donner chaque jour
-à chacun de leurs hôtes une livre de viande ou de poisson<a href="#note-22" name="noteref-22"><small> 22</small></a>, à
+les Collèges s'installaient le plus souvent dans les maisons des
+<i>pupileros</i> ou «bacheliers de pupilles». Or, on y était très
+médiocrement logé, dans des chambres étroites et fort mal aérées. De
+plus, malgré les Règlements qui les obligeaient de donner chaque jour
+à chacun de leurs hôtes une livre de viande ou de poisson<a href="#note-22" name="noteref-22"><small> 22</small></a>, à
Salamanque comme
<span class="pagenum"><a id="page35" name="page35"></a>[p. 35]</span>
-dans d'autres Universités, les «bacheliers» imposaient de rudes
-épreuves aux robustes appétits de leurs pensionnaires. Les romans
+dans d'autres Universités, les «bacheliers» imposaient de rudes
+épreuves aux robustes appétits de leurs pensionnaires. Les romans
picaresques sont remplis des plaintes de leurs victimes,
-d'imprécations contre leur avarice et leur rapacité.
+d'imprécations contre leur avarice et leur rapacité.
</p>
<p class="foot">
@@ -1164,232 +1126,232 @@ d'imprécations contre leur avarice et leur rapacité.
<i>Estatutos hechos por la Universidad de Salamanca.</i>
</p>
<p>
-On connaît, par les descriptions de Don Pablos de Ségovie<a href="#note-23" name="noteref-23"><small> 23</small></a>, la
-maison du licencié Cabra<a href="#note-24" name="noteref-24"><small> 24</small></a>, dit <i>Vigile-Jeûne</i>, et l'on sait quelles
-sortes de repas on faisait à sa table:
+On connaît, par les descriptions de Don Pablos de Ségovie<a href="#note-23" name="noteref-23"><small> 23</small></a>, la
+maison du licencié Cabra<a href="#note-24" name="noteref-24"><small> 24</small></a>, dit <i>Vigile-Jeûne</i>, et l'on sait quelles
+sortes de repas on faisait à sa table:
</p>
<p>
-«Après le <i>Benedicite</i>, on apporta dans des écuelles de bois un
-bouillon fort clair... les maigres doigts des convives poursuivaient à
-la nage quelques pois orphelins et solitaires. «Rien ne vaut le
-pot-au-feu, s'écriait Cabra à chaque gorgée; qu'on dise ce qu'on
+«Après le <i>Benedicite</i>, on apporta dans des écuelles de bois un
+bouillon fort clair... les maigres doigts des convives poursuivaient à
+la nage quelques pois orphelins et solitaires. «Rien ne vaut le
+pot-au-feu, s'écriait Cabra à chaque gorgée; qu'on dise ce qu'on
voudra, tout
<span class="pagenum"><a id="page36" name="page36"></a>[p. 36]</span>
-le reste n'est que vice et gourmandise!»&mdash;Alors entra un jeune
-domestique qui ressemblait à un fantôme, tant il était décharné: on
-aurait pu croire qu'on lui avait enlevé sur le corps la viande qu'il
-apportait. Un seul navet flottait dans le plat, à l'aventure:
-«Comment! dit le maître, voilà des navets! Pour moi, il n'y pas de
-perdrix qui vaille un bon navet! Mangez, mes amis; je me réjouis de
-vous voir à l'&oelig;uvre!» Il découpa le mouton en si menus morceaux que
-tout disparut dans les ongles ou dans les dents creuses. «Mangez,
-mangez, répétait Cabra; vous êtes jeunes et votre appétit fait plaisir
-à voir!» Hélas! quel réconfort pour de pauvres diables qui bâillaient
+le reste n'est que vice et gourmandise!»&mdash;Alors entra un jeune
+domestique qui ressemblait à un fantôme, tant il était décharné: on
+aurait pu croire qu'on lui avait enlevé sur le corps la viande qu'il
+apportait. Un seul navet flottait dans le plat, à l'aventure:
+«Comment! dit le maître, voilà des navets! Pour moi, il n'y pas de
+perdrix qui vaille un bon navet! Mangez, mes amis; je me réjouis de
+vous voir à l'&oelig;uvre!» Il découpa le mouton en si menus morceaux que
+tout disparut dans les ongles ou dans les dents creuses. «Mangez,
+mangez, répétait Cabra; vous êtes jeunes et votre appétit fait plaisir
+à voir!» Hélas! quel réconfort pour de pauvres diables qui bâillaient
de faim!
</p>
<p class="foot">
<a name="note-23"><!--Note--></a>
23 (<a href="#noteref-23"><small>retour</small></a>)<br />
-Quevedo, <i>El Gran Tacaño</i>, ch. <span class="sc">III</span>.
+Quevedo, <i>El Gran Tacaño</i>, ch. <span class="sc">III</span>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-24"><!--Note--></a>
24 (<a href="#noteref-24"><small>retour</small></a>)<br />
-Il paraît que Quevedo l'avait peint d'après nature: le
+Il paraît que Quevedo l'avait peint d'après nature: le
personnage s'appelait D. Antonio Cabreriza (<i>Biblioteca de Autores
-Españoles</i>, t. XXIII, p. 489). Ce type fut bientôt célèbre et passa en
-proverbe. Dans l'intermède intitulé <i>El Doctor Borrego</i>, au maître
-avare qui leur reproche leur appétit: «Insatiables gloutons! Un &oelig;uf
-en quatre jours!... Je ne sais comment vous échappez à mille
-apoplexies!» Les domestiques répondent: «Nous partons, <i>licencié
-Cabra</i>!» (<i>Intermèdes espagnols</i>, traduits par Léo Rouanet, p. 243.)
+Españoles</i>, t. XXIII, p. 489). Ce type fut bientôt célèbre et passa en
+proverbe. Dans l'intermède intitulé <i>El Doctor Borrego</i>, au maître
+avare qui leur reproche leur appétit: «Insatiables gloutons! Un &oelig;uf
+en quatre jours!... Je ne sais comment vous échappez à mille
+apoplexies!» Les domestiques répondent: «Nous partons, <i>licencié
+Cabra</i>!» (<i>Intermèdes espagnols</i>, traduits par Léo Rouanet, p. 243.)
</p>
<p>
-«Il ne resta bientôt plus dans le plat que quelques os et quelques
-morceaux de peau: «Cela, c'est pour les domestiques, nous dit le
-maître; car il faut bien qu'ils mangent et nous ne pouvons pas tout
-avaler. Allons, cédons-leur la place, et vous autres, allez prendre un
-peu d'exercice jusqu'à deux heures, si vous voulez que votre déjeuner
-ne vous fasse pas du mal.»
+«Il ne resta bientôt plus dans le plat que quelques os et quelques
+morceaux de peau: «Cela, c'est pour les domestiques, nous dit le
+maître; car il faut bien qu'ils mangent et nous ne pouvons pas tout
+avaler. Allons, cédons-leur la place, et vous autres, allez prendre un
+peu d'exercice jusqu'à deux heures, si vous voulez que votre déjeuner
+ne vous fasse pas du mal.»
</p>
<p>
-Le docteur Cañizares, chez qui Estevanille
+Le docteur Cañizares, chez qui Estevanille
<span class="pagenum"><a id="page37" name="page37"></a>[p. 37]</span>
-González<a href="#note-25" name="noteref-25"><small> 25</small></a> avait pris pension, ne traitait pas mieux ses élèves. Un
+González<a href="#note-25" name="noteref-25"><small> 25</small></a> avait pris pension, ne traitait pas mieux ses élèves. Un
oignon, un peu de pain moisi formaient chez lui le fond du repas: une
-fricassée de pieds de chèvre y passait pour un régal
+fricassée de pieds de chèvre y passait pour un régal
extraordinaire<a href="#note-26" name="noteref-26"><small> 26</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-25"><!--Note--></a>
25 (<a href="#noteref-25"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Vida de Estebanillo González.</i>
+<i>Vida de Estebanillo González.</i>
</p>
<p class="foot">
<a name="note-26"><!--Note--></a>
26 (<a href="#noteref-26"><small>retour</small></a>)<br />
Voir aussi ce que dit Vicente Espinel du <i>pupilage</i> de
-Gálvez à Salamanque (<i>Relación primera de la vida del Escudero Marcos
-de Obregón: Descanso XII</i>).
+Gálvez à Salamanque (<i>Relación primera de la vida del Escudero Marcos
+de Obregón: Descanso XII</i>).
</p>
<p>
-Guzmán d'Alfarache<a href="#note-27" name="noteref-27"><small> 27</small></a> ne se louait pas davantage des <i>pupileros</i> et
-de leurs menus: «un bouillon plus clair que le jour et si transparent
-qu'on aurait pu voir courir un pou au fond de l'écuelle», des &oelig;ufs
-achetés au rabais pendant la bonne saison et conservés cinq ou six
+Guzmán d'Alfarache<a href="#note-27" name="noteref-27"><small> 27</small></a> ne se louait pas davantage des <i>pupileros</i> et
+de leurs menus: «un bouillon plus clair que le jour et si transparent
+qu'on aurait pu voir courir un pou au fond de l'écuelle», des &oelig;ufs
+achetés au rabais pendant la bonne saison et conservés cinq ou six
mois dans la cendre ou dans le sel, une sardine par personne; pendant
-l'hiver, une tranche de fromage «mince comme des copeaux de
-menuisier»; pendant l'été, quatre cerises ou trois prunes comptées
-exactement, «parce que les fruits donnent la fièvre», voilà de quoi
-devait se contenter cette «faim invétérée, cette faim d'étudiant,
-<i>hambre veterana y estudiantina</i>», qui dans toute l'Espagne était
-passée en proverbe.
+l'hiver, une tranche de fromage «mince comme des copeaux de
+menuisier»; pendant l'été, quatre cerises ou trois prunes comptées
+exactement, «parce que les fruits donnent la fièvre», voilà de quoi
+devait se contenter cette «faim invétérée, cette faim d'étudiant,
+<i>hambre veterana y estudiantina</i>», qui dans toute l'Espagne était
+passée en proverbe.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-27"><!--Note--></a>
27 (<a href="#noteref-27"><small>retour</small></a>)<br />
-Mateo Aleman, <i>Vida y Hechos de Guzmán de Alfarache</i>,
+Mateo Aleman, <i>Vida y Hechos de Guzmán de Alfarache</i>,
lib. III, part. II, cap. <span class="sc">IV</span>.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page38" name="page38"></a>[p. 38]</span>
</p>
<p>
-De toutes parts s'élève contre les maîtres de pension le même concert
-de malédictions et de plaintes. Des couplets d'étudiants nous montrent
-des tablées de pauvres diables dévorant des yeux la soupière où fume
-le brouet noyé d'eau chaude<a href="#note-28" name="noteref-28"><small> 28</small></a>, et serrant des deux mains leur ventre
-maigre «où les boyaux chantent de faim<a href="#note-29" name="noteref-29"><small> 29</small></a>». Ils nous parlent encore
-du pain «dur comme le ciment», des portions si adroitement coupées
+De toutes parts s'élève contre les maîtres de pension le même concert
+de malédictions et de plaintes. Des couplets d'étudiants nous montrent
+des tablées de pauvres diables dévorant des yeux la soupière où fume
+le brouet noyé d'eau chaude<a href="#note-28" name="noteref-28"><small> 28</small></a>, et serrant des deux mains leur ventre
+maigre «où les boyaux chantent de faim<a href="#note-29" name="noteref-29"><small> 29</small></a>». Ils nous parlent encore
+du pain «dur comme le ciment», des portions si adroitement coupées
qu'on voit le jour au travers et qu'au moindre souffle elles
-s'envoleraient au plafond, du vin mesuré dans un dé à coudre, baptisé
-et rebaptisé tour à tour par le marchand, le <i>pupilero</i> et le
-dépensier<a href="#note-30" name="noteref-30"><small> 30</small></a>.
+s'envoleraient au plafond, du vin mesuré dans un dé à coudre, baptisé
+et rebaptisé tour à tour par le marchand, le <i>pupilero</i> et le
+dépensier<a href="#note-30" name="noteref-30"><small> 30</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-28"><!--Note--></a>
28 (<a href="#noteref-28"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>La sopa de añadido</i>, comme on dit à Salamanque.
-(Mal-Lara, <i>Filosofía vulgar</i>, Lérida, 1621, f<sup>o</sup> 237.) Cf. <i>ibid.</i>,
+<i>La sopa de añadido</i>, comme on dit à Salamanque.
+(Mal-Lara, <i>Filosofía vulgar</i>, Lérida, 1621, f<sup>o</sup> 237.) Cf. <i>ibid.</i>,
<i>Centur.</i> V. 93; <i>Centur.</i> VII, 88; <i>Centur.</i> X, 59.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-29"><!--Note--></a>
29 (<a href="#noteref-29"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Cancionero</i> de Horozco, p. 5: «las tripas cantan de
-hambre.» (<i>La vida pupilar de Salamanca que escribió el auctor á un
-amigo suyo.</i>)&mdash;Cf. Bartolomé Palau, <i>La Farsa llamada Salamantina</i>
-(1552), publiée et annotée par M. Alfred Morel-Fatio, dans le
-<i>Bulletin Hispanique</i> d'octobre-décembre 1900, v. 474 et sq.
+<i>Cancionero</i> de Horozco, p. 5: «las tripas cantan de
+hambre.» (<i>La vida pupilar de Salamanca que escribió el auctor á un
+amigo suyo.</i>)&mdash;Cf. Bartolomé Palau, <i>La Farsa llamada Salamantina</i>
+(1552), publiée et annotée par M. Alfred Morel-Fatio, dans le
+<i>Bulletin Hispanique</i> d'octobre-décembre 1900, v. 474 et sq.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-30"><!--Note--></a>
30 (<a href="#noteref-30"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Ibid.</i>&mdash;Cf. <i>Floresta Española</i> (1618), IV, 8.
+<i>Ibid.</i>&mdash;Cf. <i>Floresta Española</i> (1618), IV, 8.
</p>
<p>
-Il faut évidemment tenir compte de l'habituelle exagération de ces
-sortes de morceaux; mais ce qui prouve bien que les maîtres de
+Il faut évidemment tenir compte de l'habituelle exagération de ces
+sortes de morceaux; mais ce qui prouve bien que les maîtres de
pension
<span class="pagenum"><a id="page39" name="page39"></a>[p. 39]</span>
abusaient par trop de leur monopole, c'est qu'au bout d'un certain
-temps l'Université ne se soucia plus de faire respecter les privilèges
-qu'elle leur avait d'abord assurés. Dès lors, bien des écoliers
-s'empressèrent de se dérober à une tutelle importune: ils s'allèrent
-loger dans les maisons de la ville où ils étaient sûrs de jouir d'une
-honnête liberté et ils prirent eux-mêmes la direction de leur petit
-ménage.
+temps l'Université ne se soucia plus de faire respecter les privilèges
+qu'elle leur avait d'abord assurés. Dès lors, bien des écoliers
+s'empressèrent de se dérober à une tutelle importune: ils s'allèrent
+loger dans les maisons de la ville où ils étaient sûrs de jouir d'une
+honnête liberté et ils prirent eux-mêmes la direction de leur petit
+ménage.
</p>
<p>
-Mais là encore ils couraient grand risque d'étre exploités. Les
-servantes d'étudiants ne passaient point pour des modèles de probité
+Mais là encore ils couraient grand risque d'étre exploités. Les
+servantes d'étudiants ne passaient point pour des modèles de probité
ni de vertu; elles avaient toujours quelque amant pour qui elles
-écrémaient le potage et détournaient les plus belles tranches du rôti;
-Guzman d'Alfarache en essaya cinq ou six à la file dont la probité lui
-parut douteuse et la propreté incertaine<a href="#note-31" name="noteref-31"><small> 31</small></a>. Plus d'une ressemblait
-sans doute à la vieille dont parle Quevedo, qui demandait à Dieu de
+écrémaient le potage et détournaient les plus belles tranches du rôti;
+Guzman d'Alfarache en essaya cinq ou six à la file dont la probité lui
+parut douteuse et la propreté incertaine<a href="#note-31" name="noteref-31"><small> 31</small></a>. Plus d'une ressemblait
+sans doute à la vieille dont parle Quevedo, qui demandait à Dieu de
lui pardonner ses larcins en disant son chapelet au-dessus de la
marmite: un beau jour, le fil du rosaire se rompit et les grains
-tombèrent dans le potage: «Cela fit le bouillon le plus
+tombèrent dans le potage: «Cela fit le bouillon le plus
<span class="pagenum"><a id="page40" name="page40"></a>[p. 40]</span>
-chrétien du monde.&mdash;«Des pois noirs! s'écria un étudiant, sans doute
-ils viennent d'Ethiopie?»&mdash;«Des pois en deuil! répliquait un autre,
-quel parent ont-ils donc perdu?»&mdash;Un autre se cassa une dent en y
-voulant mordre.» Plus d'une fois, cette estimable vieille prit la
-pelle à feu pour la cuiller à pot et distribua ainsi des morceaux de
-charbon au fond des écuelles. Il n'était point rare qu'on trouvât dans
-la soupe des insectes, des éclats de bois, des paquets d'étoupes ou de
-cheveux; les convives avalaient tout, sans fausse délicatesse: «Cela
-tenait tout de même de la place dans l'estomac<a href="#note-32" name="noteref-32"><small> 32</small></a>.»
+chrétien du monde.&mdash;«Des pois noirs! s'écria un étudiant, sans doute
+ils viennent d'Ethiopie?»&mdash;«Des pois en deuil! répliquait un autre,
+quel parent ont-ils donc perdu?»&mdash;Un autre se cassa une dent en y
+voulant mordre.» Plus d'une fois, cette estimable vieille prit la
+pelle à feu pour la cuiller à pot et distribua ainsi des morceaux de
+charbon au fond des écuelles. Il n'était point rare qu'on trouvât dans
+la soupe des insectes, des éclats de bois, des paquets d'étoupes ou de
+cheveux; les convives avalaient tout, sans fausse délicatesse: «Cela
+tenait tout de même de la place dans l'estomac<a href="#note-32" name="noteref-32"><small> 32</small></a>.»
</p>
<p class="foot">
<a name="note-31"><!--Note--></a>
31 (<a href="#noteref-31"><small>retour</small></a>)<br />
-Mateo Aleman, <i>Guzmán de Alfarache</i>, part. II, lib. III,
+Mateo Aleman, <i>Guzmán de Alfarache</i>, part. II, lib. III,
cap. <span class="sc">IV</span>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-32"><!--Note--></a>
32 (<a href="#noteref-32"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Gran Tacaño</i>, cap. <span class="sc">III</span>.
+<i>Gran Tacaño</i>, cap. <span class="sc">III</span>.
</p>
<p>
Les fournisseurs ne valaient pas mieux que les servantes; les
bouchers, par exemple, ne se faisaient pas faute de vendre de la
-viande pourrie; quelquefois, les écoliers s'indignaient et se
-faisaient eux-mêmes justice: pendant l'hiver de 1642, ils promenèrent
-par les rues attachée sur un âne, en la rouant de coups et en
-l'assommant de boules de neige, une femme qui avait ainsi manqué de
+viande pourrie; quelquefois, les écoliers s'indignaient et se
+faisaient eux-mêmes justice: pendant l'hiver de 1642, ils promenèrent
+par les rues attachée sur un âne, en la rouant de coups et en
+l'assommant de boules de neige, une femme qui avait ainsi manqué de
les empoisonner<a href="#note-33" name="noteref-33"><small> 33</small></a>; mais le plus souvent leurs estomacs complaisants
-se résignaient
+se résignaient
<span class="pagenum"><a id="page41" name="page41"></a>[p. 41]</span>
-aux pires nourritures<a href="#note-34" name="noteref-34"><small> 34</small></a>; ils étaient dans l'âge heureux où l'on
-supporte allégrement ces petites misères: «car, ainsi que le dit le
-bon maître Vicente Espinel, l'insouciante jeunesse sait tourner les
-chagrins en joie: les pires épreuves ne sont pour elles que sujets de
-rires et d'amusement<a href="#note-35" name="noteref-35"><small> 35</small></a>.»
+aux pires nourritures<a href="#note-34" name="noteref-34"><small> 34</small></a>; ils étaient dans l'âge heureux où l'on
+supporte allégrement ces petites misères: «car, ainsi que le dit le
+bon maître Vicente Espinel, l'insouciante jeunesse sait tourner les
+chagrins en joie: les pires épreuves ne sont pour elles que sujets de
+rires et d'amusement<a href="#note-35" name="noteref-35"><small> 35</small></a>.»
</p>
<p class="foot">
<a name="note-33"><!--Note--></a>
33 (<a href="#noteref-33"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Memor. Histór.</i>, XVI, 244.
+<i>Memor. Histór.</i>, XVI, 244.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-34"><!--Note--></a>
34 (<a href="#noteref-34"><small>retour</small></a>)<br />
-Aussi nous dit-on que les apothicaires étaient plus
-nombreux à Salamanque que partout ailleurs. Laguna parle d'une
-certaine Clara, «famosa clystelera de Salamanca» qui avait des
-recettes à elle pour «enxugar los infelices vientres de aquellos
-pupilos infortunados que jamás se vieron llenos sino de viandas
-pestilentiales.» (<i>Dioscórides</i>, p. 498.)
+Aussi nous dit-on que les apothicaires étaient plus
+nombreux à Salamanque que partout ailleurs. Laguna parle d'une
+certaine Clara, «famosa clystelera de Salamanca» qui avait des
+recettes à elle pour «enxugar los infelices vientres de aquellos
+pupilos infortunados que jamás se vieron llenos sino de viandas
+pestilentiales.» (<i>Dioscórides</i>, p. 498.)
</p>
<p class="foot">
<a name="note-35"><!--Note--></a>
35 (<a href="#noteref-35"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Relación primera de la vida del Escudero Marcos de
-Obregón, Descanso XII.</i>
+<i>Relación primera de la vida del Escudero Marcos de
+Obregón, Descanso XII.</i>
</p>
<hr class="c5" />
<p>
-Tous ces étudiants, les <i>pupilos</i> qui vivent chez les maîtres de
+Tous ces étudiants, les <i>pupilos</i> qui vivent chez les maîtres de
pension, et les <i>camaristas</i><a href="#note-36" name="noteref-36"><small> 36</small></a> qui habitent en chambre garnie,
-forment ensemble la grande corporation des <i>manteistas</i>, ainsi appelés
+forment ensemble la grande corporation des <i>manteistas</i>, ainsi appelés
du nom de leur grand manteau. Au-dessous d'eux sont les
<i>capigorristas</i> ou <i>capigorrones</i>, dont la vie est bien plus dure.
</p>
@@ -1397,19 +1359,19 @@ du nom de leur grand manteau. Au-dessous d'eux sont les
<p class="foot">
<a name="note-36"><!--Note--></a>
36 (<a href="#noteref-36"><small>retour</small></a>)<br />
-Mateo Aleman, <i>Guzmán de Alfarache</i>, lib. III, part. II,
+Mateo Aleman, <i>Guzmán de Alfarache</i>, lib. III, part. II,
cap. <span class="sc">IV</span>.
</p>
<p>
Leur nom leur vient de leur costume qui n'est
<span class="pagenum"><a id="page42" name="page42"></a>[p. 42]</span>
-pas tout à fait pareil à celui des autres écoliers: ils ont comme eux
-la soutane de laine noire, mais ils portent sur les épaules, au lieu
-de l'ample <i>manteo</i>, une cape d'étoffe grossière (<i>capa</i> ou <i>bernia</i>),
-et sur la tête, au lieu du bonnet carré, la <i>gorra</i>, qui est une
-espèce de casquette<a href="#note-37" name="noteref-37"><small> 37</small></a>. On les reconnaît aussi à leurs gros souliers
-ferrés, qui leur font la démarche lourde, et c'est pourquoi les
-latinistes les appellent dédaigneusement la bande <i>de calceo
+pas tout à fait pareil à celui des autres écoliers: ils ont comme eux
+la soutane de laine noire, mais ils portent sur les épaules, au lieu
+de l'ample <i>manteo</i>, une cape d'étoffe grossière (<i>capa</i> ou <i>bernia</i>),
+et sur la tête, au lieu du bonnet carré, la <i>gorra</i>, qui est une
+espèce de casquette<a href="#note-37" name="noteref-37"><small> 37</small></a>. On les reconnaît aussi à leurs gros souliers
+ferrés, qui leur font la démarche lourde, et c'est pourquoi les
+latinistes les appellent dédaigneusement la bande <i>de calceo
ferrato</i><a href="#note-38" name="noteref-38"><small> 38</small></a>.
</p>
@@ -1423,58 +1385,58 @@ Covarrubias, <i>Tesoro</i>, aux mots: <i>capigorrista</i>,
<p class="foot">
<a name="note-38"><!--Note--></a>
38 (<a href="#noteref-38"><small>retour</small></a>)<br />
-Covarrubias, <i>Tesoro</i>, au mot: <i>çapato</i>.
+Covarrubias, <i>Tesoro</i>, au mot: <i>çapato</i>.
</p>
<p>
-Ce sont les valets d'étudiants, étudiants eux aussi, inscrits comme
-leurs maîtres sur les registres de l'Université, mais qui ne sont pas
-naturellement traités avec les mêmes égards.
+Ce sont les valets d'étudiants, étudiants eux aussi, inscrits comme
+leurs maîtres sur les registres de l'Université, mais qui ne sont pas
+naturellement traités avec les mêmes égards.
</p>
<p>
Au mois d'octobre, quelques jours avant l'ouverture des cours, sur les
-routes qui mènent à Salamanque, derrière les mules de louage qui
-portent les écoliers<a href="#note-39" name="noteref-39"><small> 39</small></a> et leur mince bagage enveloppé de serge
-verte<a href="#note-40" name="noteref-40"><small> 40</small></a>, on voit, trottant à pied dans la poussière, des jeunes
+routes qui mènent à Salamanque, derrière les mules de louage qui
+portent les écoliers<a href="#note-39" name="noteref-39"><small> 39</small></a> et leur mince bagage enveloppé de serge
+verte<a href="#note-40" name="noteref-40"><small> 40</small></a>, on voit, trottant à pied dans la poussière, des jeunes
<span class="pagenum"><a id="page43" name="page43"></a>[p. 43]</span>
-gens pauvrement vêtus. Ils accompagnent dans la grande cité
-universitaire des camarades plus fortunés et vont les servir pendant
-toute la durée de leurs études. Fils de petits marchands ou de
-laboureurs, instruits des premiers éléments par quelque curé
-charitable, ils sont, eux aussi, attirés par la grande renommée des
-Écoles et ils ont pris le seul moyen qui leur fût offert de tenter la
-fortune et d'essayer de s'élever au-dessus de leur condition. Ils
-seront logés, habillés et nourris, et leur métier ne sera pas bien
-pénible: aller aux provisions, balayer le logis, brosser les bonnets
-et les manteaux, voilà quel sera à peu près tout leur office<a href="#note-41" name="noteref-41"><small> 41</small></a>. Le
+gens pauvrement vêtus. Ils accompagnent dans la grande cité
+universitaire des camarades plus fortunés et vont les servir pendant
+toute la durée de leurs études. Fils de petits marchands ou de
+laboureurs, instruits des premiers éléments par quelque curé
+charitable, ils sont, eux aussi, attirés par la grande renommée des
+Écoles et ils ont pris le seul moyen qui leur fût offert de tenter la
+fortune et d'essayer de s'élever au-dessus de leur condition. Ils
+seront logés, habillés et nourris, et leur métier ne sera pas bien
+pénible: aller aux provisions, balayer le logis, brosser les bonnets
+et les manteaux, voilà quel sera à peu près tout leur office<a href="#note-41" name="noteref-41"><small> 41</small></a>. Le
temps ne leur manquera pas pour travailler et ils pourront suivre,
-s'il leur plaît, les mêmes leçons que leurs maîtres. Ceux-ci, du
-reste, les traiteront avec douceur: des études communes ont bien vite
-rapproché les distances et le valet passe assez tôt au rang de
+s'il leur plaît, les mêmes leçons que leurs maîtres. Ceux-ci, du
+reste, les traiteront avec douceur: des études communes ont bien vite
+rapproché les distances et le valet passe assez tôt au rang de
confident, quelquefois de conseiller et presque d'ami<a href="#note-42" name="noteref-42"><small> 42</small></a>. Mais aux
heures de disette, qui ne sont pas rares, la vie devient presque
insupportable pour ces
<span class="pagenum"><a id="page44" name="page44"></a>[p. 44]</span>
malheureux: pendant les nuits d'hiver, on grelotte dans les galetas
-mal clos, et, quand les maîtres eux-mêmes souffrent de la faim, les
-domestiques jeûnent. Comment compulser Galien ou Bartole, quand les
-dents claquent de froid et qu'il faut par raison démonstrative
-«persuader à son estomac qu'il a dîné<a href="#note-43" name="noteref-43"><small> 43</small></a>?» On se décourage, on cesse
-de fréquenter les Ecoles ou l'on n'y reparaît qu'à de longs
-intervalles, allant d'un cours à l'autre au gré de sa fantaisie,
-passant de la théologie à la médecine ou au droit canon, et
+mal clos, et, quand les maîtres eux-mêmes souffrent de la faim, les
+domestiques jeûnent. Comment compulser Galien ou Bartole, quand les
+dents claquent de froid et qu'il faut par raison démonstrative
+«persuader à son estomac qu'il a dîné<a href="#note-43" name="noteref-43"><small> 43</small></a>?» On se décourage, on cesse
+de fréquenter les Ecoles ou l'on n'y reparaît qu'à de longs
+intervalles, allant d'un cours à l'autre au gré de sa fantaisie,
+passant de la théologie à la médecine ou au droit canon, et
recueillant ainsi de droite et de gauche quelques bribes d'un inutile
-savoir. Pour quatre valets tombés dans une riche maison où l'on peut
-manger tous les jours et dormir toutes les nuits, où l'on profite en
-même temps que le jeune maître des leçons du répétiteur, où l'on
+savoir. Pour quatre valets tombés dans une riche maison où l'on peut
+manger tous les jours et dormir toutes les nuits, où l'on profite en
+même temps que le jeune maître des leçons du répétiteur, où l'on
s'assure pour l'avenir de puissantes protections<a href="#note-44" name="noteref-44"><small> 44</small></a>, il y en a cent
-que l'excès de misère finit par détourner pour toujours des études.
+que l'excès de misère finit par détourner pour toujours des études.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-39"><!--Note--></a>
39 (<a href="#noteref-39"><small>retour</small></a>)<br />
-Ils vont souvent deux et quelquefois trois sur la même
-mule. (Juan de Mal-Lara, <i>Filosofía Vulgar</i>, 1621: <i>Centur.</i> X, 25).
+Ils vont souvent deux et quelquefois trois sur la même
+mule. (Juan de Mal-Lara, <i>Filosofía Vulgar</i>, 1621: <i>Centur.</i> X, 25).
</p>
<p class="foot">
@@ -1486,7 +1448,7 @@ mule. (Juan de Mal-Lara, <i>Filosofía Vulgar</i>, 1621: <i>Centur.</i> X, 25).
<p class="foot">
<a name="note-41"><!--Note--></a>
41 (<a href="#noteref-41"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Alonso, mozo de muchos amos</i>, éd. Rivadeneyra, p. 495
+<i>Alonso, mozo de muchos amos</i>, éd. Rivadeneyra, p. 495
<i>a</i>.
</p>
@@ -1499,58 +1461,58 @@ mule. (Juan de Mal-Lara, <i>Filosofía Vulgar</i>, 1621: <i>Centur.</i> X, 25).
<p class="foot">
<a name="note-43"><!--Note--></a>
43 (<a href="#noteref-43"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>El Gran Tacaño</i>, cap. <span class="sc">III</span>.
+<i>El Gran Tacaño</i>, cap. <span class="sc">III</span>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-44"><!--Note--></a>
44 (<a href="#noteref-44"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Instrucción que dió D. Enrique de Guzmán...</i>
-(1601).&mdash;Cf. aussi le début de la nouvelle de Cervantes, <i>Le Licencié
+<i>Instrucción que dió D. Enrique de Guzmán...</i>
+(1601).&mdash;Cf. aussi le début de la nouvelle de Cervantes, <i>Le Licencié
Vidriera</i>.
</p>
<p>
Sans doute, il y a des exceptions, des exceptions
<span class="pagenum"><a id="page45" name="page45"></a>[p. 45]</span>
-infiniment rares qu'on a toujours citées pendant deux siècles dans les
-pays d'Universités et qui, encore exagérées par la légende, ont sans
-doute décidé de bien des vocations et soutenu bien des courages. C'en
-est une que ce Juan Martínez Siliceo qui, venu à Salamanque comme
-simple valet, arriva, à force d'intelligence et de zèle, on peut dire
-héroïque, à attirer sur lui l'attention du haut personnel des Ecoles,
-réussit à obtenir la <i>beca</i> si enviée du Grand Collège de San
-Bartolomé et devint plus tard précepteur de Philippe II, archevêque de
-Tolède et cardinal. C'en est une autre que ce Gaspar de Quiroga qui,
-un peu après, trouva le moyen de poursuivre dans la même Université le
-cours complet des études théologiques, sans avoir pour exister d'autre
-pécule que le <i>real</i> quotidien que lui avait assuré pour sa vie
-entière la libéralité de la reine Jeanne: en 1593, il était, lui
-aussi, cardinal et archevêque de Tolède, ses rentes s'élevaient à deux
-cent mille ducats, et il continuait tous les jours à toucher son
-<i>real</i> «qui lui était, disait-il, plus précieux que tout le
-reste<a href="#note-45" name="noteref-45"><small> 45</small></a>». Il fallait pour réussir de la sorte,
+infiniment rares qu'on a toujours citées pendant deux siècles dans les
+pays d'Universités et qui, encore exagérées par la légende, ont sans
+doute décidé de bien des vocations et soutenu bien des courages. C'en
+est une que ce Juan Martínez Siliceo qui, venu à Salamanque comme
+simple valet, arriva, à force d'intelligence et de zèle, on peut dire
+héroïque, à attirer sur lui l'attention du haut personnel des Ecoles,
+réussit à obtenir la <i>beca</i> si enviée du Grand Collège de San
+Bartolomé et devint plus tard précepteur de Philippe II, archevêque de
+Tolède et cardinal. C'en est une autre que ce Gaspar de Quiroga qui,
+un peu après, trouva le moyen de poursuivre dans la même Université le
+cours complet des études théologiques, sans avoir pour exister d'autre
+pécule que le <i>real</i> quotidien que lui avait assuré pour sa vie
+entière la libéralité de la reine Jeanne: en 1593, il était, lui
+aussi, cardinal et archevêque de Tolède, ses rentes s'élevaient à deux
+cent mille ducats, et il continuait tous les jours à toucher son
+<i>real</i> «qui lui était, disait-il, plus précieux que tout le
+reste<a href="#note-45" name="noteref-45"><small> 45</small></a>». Il fallait pour réussir de la sorte,
<span class="pagenum"><a id="page46" name="page46"></a>[p. 46]</span>
</p>
<p>
-avec des mérites extraordinaires, une chance miraculeuse. Les pauvres
+avec des mérites extraordinaires, une chance miraculeuse. Les pauvres
<i>capigorristas</i> n'en demandaient pas tant: un office d'avocat ou
-quelque prébende eût abondamment comblé leurs désirs; mais, pour
-presque tous, cette ambition même était chimérique. Les uns, lassés de
-lutter contre la misère, s'éloignaient tristement de l'Université et
-regagnaient le <i>pueblo</i> natal à peu près comme ils en étaient venus;
-quant aux autres, les plus nombreux, incapables de se détacher de
-Salamanque, mais dégoûtés pour toujours d'une domesticité qui ne leur
+quelque prébende eût abondamment comblé leurs désirs; mais, pour
+presque tous, cette ambition même était chimérique. Les uns, lassés de
+lutter contre la misère, s'éloignaient tristement de l'Université et
+regagnaient le <i>pueblo</i> natal à peu près comme ils en étaient venus;
+quant aux autres, les plus nombreux, incapables de se détacher de
+Salamanque, mais dégoûtés pour toujours d'une domesticité qui ne leur
rapportait rien, aimant mieux, puisqu'il fallait ne pas manger,
-souffrir la faim en liberté qu'en servage, ils reprenaient leur
-indépendance et allaient se perdre dans la bande tumultueuse qu'on
+souffrir la faim en liberté qu'en servage, ils reprenaient leur
+indépendance et allaient se perdre dans la bande tumultueuse qu'on
voyait grouiller de jour et de nuit sur les places et dans les rues de
-la ville, la bande des étudiants qui avaient mal tourné.
+la ville, la bande des étudiants qui avaient mal tourné.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-45"><!--Note--></a>
45 (<a href="#noteref-45"><small>retour</small></a>)<br />
-Clemencin (éd. de <i>Don Quichotte</i>, t. III, p. 129).
+Clemencin (éd. de <i>Don Quichotte</i>, t. III, p. 129).
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page47" name="page47"></a>[p. 47]</span>
@@ -1563,47 +1525,47 @@ Clemencin (éd. de <i>Don Quichotte</i>, t. III, p. 129).
</h2>
<p class="subheader">
-LES ÉTUDIANTS QUI TRAVAILLENT ET LES ÉTUDIANTS QUI S'AMUSENT.
+LES ÉTUDIANTS QUI TRAVAILLENT ET LES ÉTUDIANTS QUI S'AMUSENT.
</p>
<p>
-A Salamanque ainsi qu'ailleurs, comme il y a des étudiants riches et
-des étudiants pauvres, il y a de bons et de mauvais étudiants.
+A Salamanque ainsi qu'ailleurs, comme il y a des étudiants riches et
+des étudiants pauvres, il y a de bons et de mauvais étudiants.
</p>
<p>
-Du bon étudiant on ne nous parle guère: sa vie est régulière et calme
-et son histoire est vite contée. Il est naturellement assidu aux cours
-et aux offices; il visite souvent ses maîtres, le curé de sa paroisse,
-les supérieurs des couvents voisins; son divertissement est
-d'assister, les jours de fête, aux tragédies latines qui se jouent
-dans le préau du Collège Trilingue et d'écrire des vers pieux pour les
-concours qui s'ouvrent chaque année en l'honneur du Très
+Du bon étudiant on ne nous parle guère: sa vie est régulière et calme
+et son histoire est vite contée. Il est naturellement assidu aux cours
+et aux offices; il visite souvent ses maîtres, le curé de sa paroisse,
+les supérieurs des couvents voisins; son divertissement est
+d'assister, les jours de fête, aux tragédies latines qui se jouent
+dans le préau du Collège Trilingue et d'écrire des vers pieux pour les
+concours qui s'ouvrent chaque année en l'honneur du Très
Saint-Sacrement<a href="#note-46" name="noteref-46"><small> 46</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-46"><!--Note--></a>
46 (<a href="#noteref-46"><small>retour</small></a>)<br />
-Mateo Luján de Sayavedra (Juan Martí), <i>Segunda parte de
-la Vida del pícaro Guzmán de Alfarache</i>, cap. <span class="sc">VI</span>.
+Mateo Luján de Sayavedra (Juan Martí), <i>Segunda parte de
+la Vida del pícaro Guzmán de Alfarache</i>, cap. <span class="sc">VI</span>.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page48" name="page48"></a>[p. 48]</span>
</p>
<p>
-La grande majorité des écoliers ne se contentent pas de ces plaisirs
-austères: ils se soucient beaucoup moins de commenter les <i>Súmulas</i> ou
-les <i>Institutes</i> que de jouir de leur liberté et de leur jeunesse.
-C'est une opinion bien établie parmi eux qu'une heure de travail par
+La grande majorité des écoliers ne se contentent pas de ces plaisirs
+austères: ils se soucient beaucoup moins de commenter les <i>Súmulas</i> ou
+les <i>Institutes</i> que de jouir de leur liberté et de leur jeunesse.
+C'est une opinion bien établie parmi eux qu'une heure de travail par
jour doit suffire<a href="#note-47" name="noteref-47"><small> 47</small></a>. Ils vivent donc, pour la plupart, dans une
-oisivité qui ne leur pèse guère. Les cartes et les dés, les quilles et
-la pelote<a href="#note-48" name="noteref-48"><small> 48</small></a>, les longs bavardages sur le marché de la <i>Verdura</i> ou
+oisivité qui ne leur pèse guère. Les cartes et les dés, les quilles et
+la pelote<a href="#note-48" name="noteref-48"><small> 48</small></a>, les longs bavardages sur le marché de la <i>Verdura</i> ou
sous les galeries de la place de Saint-Martin, les promenades aux
-bords riants du Tormès qui fuit entre les peupliers, les flâneries sur
-le vieux pont romain, aux pieds du légendaire taureau de granit, les
-sérénades sous les balcons des jolies filles, les combats avec les
-jaloux qui viennent troubler les concerts, les bruyantes mêlées où
-l'on se casse les guitares sur la tête<a href="#note-49" name="noteref-49"><small> 49</small></a>, tous ces joyeux
-passe-temps remplissent agréablement les journées.
+bords riants du Tormès qui fuit entre les peupliers, les flâneries sur
+le vieux pont romain, aux pieds du légendaire taureau de granit, les
+sérénades sous les balcons des jolies filles, les combats avec les
+jaloux qui viennent troubler les concerts, les bruyantes mêlées où
+l'on se casse les guitares sur la tête<a href="#note-49" name="noteref-49"><small> 49</small></a>, tous ces joyeux
+passe-temps remplissent agréablement les journées.
</p>
<p class="foot">
@@ -1621,28 +1583,28 @@ Mal-Lara, <i>Fil. Vulg.</i>, <i>Cent.</i> VII, f<sup>o</sup> 307.
<p class="foot">
<a name="note-49"><!--Note--></a>
49 (<a href="#noteref-49"><small>retour</small></a>)<br />
-Mateo Luján de Sayavedra, <i>op. cit.</i>, <span class="sc">VII</span>.
+Mateo Luján de Sayavedra, <i>op. cit.</i>, <span class="sc">VII</span>.
</p>
<p>
Pour ces jeunes gens pleins de feu les bagarres ont surtout un attrait
-toujours nouveau. Ces qualités dominantes de leur race: le culte
-exagéré
+toujours nouveau. Ces qualités dominantes de leur race: le culte
+exagéré
<span class="pagenum"><a id="page49" name="page49"></a>[p. 49]</span>
-du point d'honneur et le goût des excentricités dangereuses, ne les
+du point d'honneur et le goût des excentricités dangereuses, ne les
portent que trop aux rixes sanglantes et aux coups de main; les
-vieilles traditions de la vie universitaire développent encore chez
+vieilles traditions de la vie universitaire développent encore chez
eux cette humeur belliqueuse.
</p>
<p>
-S'ils veulent s'épargner, au début, des familiarités blessantes, les
+S'ils veulent s'épargner, au début, des familiarités blessantes, les
nouveaux venus doivent avoir le verbe haut et le ton agressif, marcher
-droit à qui les regarde un peu fixement et tirer au moindre propos
-l'épée que presque tous ces étudiants au costume pacifique dissimulent
-sous leur long manteau: on ne se fait respecter qu'à ce prix<a href="#note-50" name="noteref-50"><small> 50</small></a>.
-Aussi les duels sont-ils fréquents, surtout au commencement de
-l'année, et, comme les amis des combattants résistent rarement à
+droit à qui les regarde un peu fixement et tirer au moindre propos
+l'épée que presque tous ces étudiants au costume pacifique dissimulent
+sous leur long manteau: on ne se fait respecter qu'à ce prix<a href="#note-50" name="noteref-50"><small> 50</small></a>.
+Aussi les duels sont-ils fréquents, surtout au commencement de
+l'année, et, comme les amis des combattants résistent rarement à
l'envie de soutenir leurs champions, presque toujours ces duels se
-terminent par une bataille générale.
+terminent par une bataille générale.
</p>
<p class="foot">
@@ -1651,61 +1613,61 @@ terminent par une bataille générale.
Figueroa, <i>El Pasagero</i>, <i>alivio</i> III, f<sup>o</sup> 105.
</p>
<p>
-D'autres fois, par les belles nuits d'été où l'on se couche tard et où
-l'on sent le besoin de dépenser le trop plein de sa force, une troupe
-«fait partie» d'en aller attendre une autre au coin d'une rue et l'on
+D'autres fois, par les belles nuits d'été où l'on se couche tard et où
+l'on sent le besoin de dépenser le trop plein de sa force, une troupe
+«fait partie» d'en aller attendre une autre au coin d'une rue et l'on
s'allonge joyeusement de grands coups d'estoc, sans motif le plus
souvent,
<span class="pagenum"><a id="page50" name="page50"></a>[p. 50]</span>
-pour le seul plaisir de donner et de recevoir des coups. Enfin, à
-Salamanque comme à Paris, c'est un devoir pour les écoliers de rosser
-de temps en temps le guet, c'est-à-dire l'alguazil et son escorte,
-«n'y ayant pas, dit-on, d'amusement plus savoureux que de faire
-résistance aux gens de justice<a href="#note-51" name="noteref-51"><small> 51</small></a>».
+pour le seul plaisir de donner et de recevoir des coups. Enfin, à
+Salamanque comme à Paris, c'est un devoir pour les écoliers de rosser
+de temps en temps le guet, c'est-à-dire l'alguazil et son escorte,
+«n'y ayant pas, dit-on, d'amusement plus savoureux que de faire
+résistance aux gens de justice<a href="#note-51" name="noteref-51"><small> 51</small></a>».
</p>
<p class="foot">
<a name="note-51"><!--Note--></a>
51 (<a href="#noteref-51"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Alonso, mozo de muchos amos</i>, éd. Rivad., p. 495
+<i>Alonso, mozo de muchos amos</i>, éd. Rivad., p. 495
<i>b</i>.&mdash;<i>El Pasagero</i>, f<sup>o</sup> 106.
</p>
<p>
-Ces prouesses aventureuses sont un usage si bien établi que la
-juridiction universitaire renonce à peu près à les réprimer: elles
+Ces prouesses aventureuses sont un usage si bien établi que la
+juridiction universitaire renonce à peu près à les réprimer: elles
entrent en quelque sorte dans le programme d'une vie normale
-d'étudiant. Presque dans chaque chambre on voit accrochées au mur,
-au-dessus du lit, l'épée, la rondache et la casaque de buffle qui
+d'étudiant. Presque dans chaque chambre on voit accrochées au mur,
+au-dessus du lit, l'épée, la rondache et la casaque de buffle qui
s'endosse, le soir, par-dessus la soutane. Le jeune Espagnol qui va
-suivre les cours de l'Université oublie rarement d'emporter dans son
-bagage un bouclier, un baudrier et une bonne rapière signée de quelque
-armurier en renom, de Tomás de Ayala, de Sebastián Hernández ou de
-Sahagún le Vieux. «Le bel équipage, dit l'un d'eux, pour aller écouter
-des leçons de philosophie!»&mdash;«Les dieux que nous allions
+suivre les cours de l'Université oublie rarement d'emporter dans son
+bagage un bouclier, un baudrier et une bonne rapière signée de quelque
+armurier en renom, de Tomás de Ayala, de Sebastián Hernández ou de
+Sahagún le Vieux. «Le bel équipage, dit l'un d'eux, pour aller écouter
+des leçons de philosophie!»&mdash;«Les dieux que nous allions
<span class="pagenum"><a id="page51" name="page51"></a>[p. 51]</span>
-servir, dit un autre, ce n'étaient ni Minerve, ni Mercure, c'était
-Mars, et c'était aussi Vénus.»
+servir, dit un autre, ce n'étaient ni Minerve, ni Mercure, c'était
+Mars, et c'était aussi Vénus.»
</p>
<p>
On peut supposer en effet que les femmes tiennent quelque place dans
-les préoccupations de cette jeunesse «bouillante, fantasque, libre,
-emportée, amie du plaisir<a href="#note-52" name="noteref-52"><small> 52</small></a>». L'amour et la galanterie font encore
-plus de tort aux bonnes études que le goût des rixes et des bagarres.
-Tandis que les écoliers pauvres, se contentant de succès faciles, mais
-peu flatteurs, courtisent les servantes d'auberge et les cuisinières
-qui les aident à vivre<a href="#note-53" name="noteref-53"><small> 53</small></a>, les étudiants fortunés aspirent
-d'ordinaire à des conquêtes plus glorieuses. Certains s'éprennent de
-jolies filles de Salamanque, en quête d'épouseurs, qu'ils ont
-rencontrées à l'église, à la promenade ou dans quelque partie de
+les préoccupations de cette jeunesse «bouillante, fantasque, libre,
+emportée, amie du plaisir<a href="#note-52" name="noteref-52"><small> 52</small></a>». L'amour et la galanterie font encore
+plus de tort aux bonnes études que le goût des rixes et des bagarres.
+Tandis que les écoliers pauvres, se contentant de succès faciles, mais
+peu flatteurs, courtisent les servantes d'auberge et les cuisinières
+qui les aident à vivre<a href="#note-53" name="noteref-53"><small> 53</small></a>, les étudiants fortunés aspirent
+d'ordinaire à des conquêtes plus glorieuses. Certains s'éprennent de
+jolies filles de Salamanque, en quête d'épouseurs, qu'ils ont
+rencontrées à l'église, à la promenade ou dans quelque partie de
campagne: les familles indulgentes favorisent les rendez-vous, et il
arrive plus d'une fois que le jouvenceau se laisse prendre et se
-trouve un beau matin marié à une coquette<a href="#note-54" name="noteref-54"><small> 54</small></a>.
+trouve un beau matin marié à une coquette<a href="#note-54" name="noteref-54"><small> 54</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-52"><!--Note--></a>
52 (<a href="#noteref-52"><small>retour</small></a>)<br />
-Cervantes, <i>La Tía Fingida</i>.
+Cervantes, <i>La Tía Fingida</i>.
</p>
<p class="foot">
@@ -1717,43 +1679,43 @@ Mateo Aleman, <i>Alfarache</i>, part. II, lib. III, cap. <span class="sc">IV</sp
<p class="foot">
<a name="note-54"><!--Note--></a>
54 (<a href="#noteref-54"><small>retour</small></a>)<br />
-C'est la sottise que commet Guzman d'Alfarache à
-l'Université d'Alcalá.
+C'est la sottise que commet Guzman d'Alfarache à
+l'Université d'Alcalá.
</p>
<p>
-D'autres, moins naïfs ou plus raffinés, passent agréablement leurs
-après-midis dans les
+D'autres, moins naïfs ou plus raffinés, passent agréablement leurs
+après-midis dans les
<span class="pagenum"><a id="page52" name="page52"></a>[p. 52]</span>
-couvents de femmes où la règle n'est pas trop austère. Ils apportent
+couvents de femmes où la règle n'est pas trop austère. Ils apportent
sous le manteau quelques menues friandises<a href="#note-55" name="noteref-55"><small> 55</small></a>: des sucreries, des
-boîtes de confitures sèches, des flacons de ce vin <i>del Santo</i>, le
-plus réputé de Castille, que récoltent sur leurs coteaux arides les
-moines de l'Escurial; tout en faisant honneur à la collation, on
-devise pendant de longues heures avec les nonnes et leurs invitées: et
-les conversations qui s'engagent là, autour du brasero, dans la
-solennité des grands parloirs, roulent quelquefois sur des sujets
-assez brûlants. On y discute volontiers des questions de morale
+boîtes de confitures sèches, des flacons de ce vin <i>del Santo</i>, le
+plus réputé de Castille, que récoltent sur leurs coteaux arides les
+moines de l'Escurial; tout en faisant honneur à la collation, on
+devise pendant de longues heures avec les nonnes et leurs invitées: et
+les conversations qui s'engagent là, autour du brasero, dans la
+solennité des grands parloirs, roulent quelquefois sur des sujets
+assez brûlants. On y discute volontiers des questions de morale
galante; l'on se demande, par exemple, ce qui vaut le mieux, en amour,
-de la possession ou de l'espérance, et les jeunes religieuses ne sont
-pas les dernières à dire leur mot<a href="#note-56" name="noteref-56"><small> 56</small></a>. De telles libertés nous
-paraissent aujourd'hui étranges et même choquantes: elles étaient
+de la possession ou de l'espérance, et les jeunes religieuses ne sont
+pas les dernières à dire leur mot<a href="#note-56" name="noteref-56"><small> 56</small></a>. De telles libertés nous
+paraissent aujourd'hui étranges et même choquantes: elles étaient
presque admises autrefois et M<sup>lle</sup> de Montpensier nous raconte sur
les nonnes de Perpignan, ville alors tout espagnole, des histoires
-bien plus singulières<a href="#note-57" name="noteref-57"><small> 57</small></a>. L'autorité ecclésiastique n'intervenait
+bien plus singulières<a href="#note-57" name="noteref-57"><small> 57</small></a>. L'autorité ecclésiastique n'intervenait
<span class="pagenum"><a id="page53" name="page53"></a>[p. 53]</span>
-guère que lorsqu'il s'était produit quelque éclat fâcheux<a href="#note-58" name="noteref-58"><small> 58</small></a>. Or, les
-petits manèges des <i>galanes de monjas</i> ne tiraient généralement pas à
-conséquence: c'était pour l'ordinaire un amusement platonique, assez
-semblable au commerce de galanterie de nos précieux et de nos
-précieuses, mais qui devait paraître plus savoureux aux âmes hardies
-parce qu'il scandalisait les esprits simples<a href="#note-59" name="noteref-59"><small> 59</small></a> et frisait l'impiété.
+guère que lorsqu'il s'était produit quelque éclat fâcheux<a href="#note-58" name="noteref-58"><small> 58</small></a>. Or, les
+petits manèges des <i>galanes de monjas</i> ne tiraient généralement pas à
+conséquence: c'était pour l'ordinaire un amusement platonique, assez
+semblable au commerce de galanterie de nos précieux et de nos
+précieuses, mais qui devait paraître plus savoureux aux âmes hardies
+parce qu'il scandalisait les esprits simples<a href="#note-59" name="noteref-59"><small> 59</small></a> et frisait l'impiété.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-55"><!--Note--></a>
55 (<a href="#noteref-55"><small>retour</small></a>)<br />
-Mateo Luján de Sayavedra, <i>Segunda parte de la Vida del
-pícaro Guzmán de Alfarache</i>, <span class="sc">VI</span>.
+Mateo Luján de Sayavedra, <i>Segunda parte de la Vida del
+pícaro Guzmán de Alfarache</i>, <span class="sc">VI</span>.
</p>
<p class="foot">
@@ -1765,79 +1727,79 @@ pícaro Guzmán de Alfarache</i>, <span class="sc">VI</span>.
<p class="foot">
<a name="note-57"><!--Note--></a>
57 (<a href="#noteref-57"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Mémoires</i>, III, p. 440.
+<i>Mémoires</i>, III, p. 440.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-58"><!--Note--></a>
58 (<a href="#noteref-58"><small>retour</small></a>)<br />
-C'est ainsi qu'en 1564 un édit de l'évêque de Lérida
-constate que «han sucedido de la conversación de los estudiantes y
-otras personas algunos peligros y escándalos» et fait défense aux
-étudiants âgés de plus de quatorze ans de pénétrer dans les couvents
+C'est ainsi qu'en 1564 un édit de l'évêque de Lérida
+constate que «han sucedido de la conversación de los estudiantes y
+otras personas algunos peligros y escándalos» et fait défense aux
+étudiants âgés de plus de quatorze ans de pénétrer dans les couvents
de femmes sous peine d'excommunication. (D. Jaime Villanueva, <i>Viage
-literario á las Iglesias de España</i>, XVII (1851), pp. 277, 278.)
+literario á las Iglesias de España</i>, XVII (1851), pp. 277, 278.)
</p>
<p class="foot">
<a name="note-59"><!--Note--></a>
59 (<a href="#noteref-59"><small>retour</small></a>)<br />
-Voir les protestations indignées de Guzman d'Alfarache,
+Voir les protestations indignées de Guzman d'Alfarache,
<i>op. cit.</i>, <span class="sc">VI</span>.
</p>
<p>
Pour ceux, plus nombreux, qui ne se contentent pas de ces idylles
romanesques et un peu perverses, ils n'ont que trop d'occasion de
-satisfaire leur goût pour les réalités. Malgré les terribles menaces
-des règlements universitaires, Salamanque est remplie d'aimables
+satisfaire leur goût pour les réalités. Malgré les terribles menaces
+des règlements universitaires, Salamanque est remplie d'aimables
personnes d'abord engageant et de vertu peu farouche. Elles sont
-logées pour l'ordinaire dans la ville basse, aux bords du Tormès et en
+logées pour l'ordinaire dans la ville basse, aux bords du Tormès et en
ce quartier
<span class="pagenum"><a id="page54" name="page54"></a>[p. 54]</span>
-des tanneries où la fameuse Célestine exerça, dit-on, son métier. On
-peut les rencontrer le matin aux offices où elles ne manquent guère;
-elles se tiennent, l'après-midi, sur leur balcon, exposant aux regards
-un visage fardé et une gorge fort découverte; le soir venu, on va les
-retrouver à la taverne; parfois même on réussit à les introduire dans
-les pensions ou dans les Collèges, et ce sont alors des fêtes
-inoubliables, dont l'inquiétude double le plaisir.
-</p>
-<p>
-On voit parfois apparaître d'autres étoiles plus brillantes, étoiles
-parties on ne sait d'où, qui souvent ont déjà jeté quelques feux en
-Italie ou dans les Flandres et qui disparaîtront aussi brusquement
-qu'elles sont venues<a href="#note-60" name="noteref-60"><small> 60</small></a>. Ces belles étrangères ne se montrent pas en
-toutes les saisons: elles viennent à Salamanque au moment où les
-vacances viennent de finir et où les étudiants ont encore la bourse
-pleine, de même qu'elles vont à Séville pour l'arrivée des galions.
-Elles louent une maison sérieuse et de belle apparence; elles n'en
-sortent que rarement et toujours en pompeux équipage. A leur côté
-marche quelque duègne ou quelque tante d'emprunt,
+des tanneries où la fameuse Célestine exerça, dit-on, son métier. On
+peut les rencontrer le matin aux offices où elles ne manquent guère;
+elles se tiennent, l'après-midi, sur leur balcon, exposant aux regards
+un visage fardé et une gorge fort découverte; le soir venu, on va les
+retrouver à la taverne; parfois même on réussit à les introduire dans
+les pensions ou dans les Collèges, et ce sont alors des fêtes
+inoubliables, dont l'inquiétude double le plaisir.
+</p>
+<p>
+On voit parfois apparaître d'autres étoiles plus brillantes, étoiles
+parties on ne sait d'où, qui souvent ont déjà jeté quelques feux en
+Italie ou dans les Flandres et qui disparaîtront aussi brusquement
+qu'elles sont venues<a href="#note-60" name="noteref-60"><small> 60</small></a>. Ces belles étrangères ne se montrent pas en
+toutes les saisons: elles viennent à Salamanque au moment où les
+vacances viennent de finir et où les étudiants ont encore la bourse
+pleine, de même qu'elles vont à Séville pour l'arrivée des galions.
+Elles louent une maison sérieuse et de belle apparence; elles n'en
+sortent que rarement et toujours en pompeux équipage. A leur côté
+marche quelque duègne ou quelque tante d'emprunt,
<span class="pagenum"><a id="page55" name="page55"></a>[p. 55]</span>
-vénérable matrone, dont la mante sombre, les larges coiffes blanches,
-le chapelet à gros grains et la longue canne en jonc des Indes ne
-peuvent inspirer que le respect; un vieil écuyer va derrière, à qui sa
-golille empesée, sa rapière et son baudrier donnent des airs de
+vénérable matrone, dont la mante sombre, les larges coiffes blanches,
+le chapelet à gros grains et la longue canne en jonc des Indes ne
+peuvent inspirer que le respect; un vieil écuyer va derrière, à qui sa
+golille empesée, sa rapière et son baudrier donnent des airs de
gentilhomme. On voit tout de suite qu'une telle proie n'est point pour
-ces «jeunes corbeaux qui s'abattent sans discernement sur toute espèce
-de chair<a href="#note-61" name="noteref-61"><small> 61</small></a>», pour ces chétifs <i>vade-mecum</i><a href="#note-62" name="noteref-62"><small> 62</small></a> qui ne peuvent réunir
-pour une sérénade que quatre «musiciens de voix et de guitare», une
+ces «jeunes corbeaux qui s'abattent sans discernement sur toute espèce
+de chair<a href="#note-61" name="noteref-61"><small> 61</small></a>», pour ces chétifs <i>vade-mecum</i><a href="#note-62" name="noteref-62"><small> 62</small></a> qui ne peuvent réunir
+pour une sérénade que quatre «musiciens de voix et de guitare», une
harpe, un psalterion et quelques joueurs de sonnailles<a href="#note-63" name="noteref-63"><small> 63</small></a>. Il faut
-pour la conquérir autre chose que ces maigres présents dont se
-contentent les pauvres filles, limons, oublies, «pastilles de bouche»,
-bijoux en argent doré, dentelles de bas prix venues de Lorraine ou de
-Provence. Elle ne cède qu'aux colliers de perles, aux belles guipures
-de Hollande, aux chaînes d'or de cent ducats. Quand elle a pris, comme
-dit Cervantes, «à ses
+pour la conquérir autre chose que ces maigres présents dont se
+contentent les pauvres filles, limons, oublies, «pastilles de bouche»,
+bijoux en argent doré, dentelles de bas prix venues de Lorraine ou de
+Provence. Elle ne cède qu'aux colliers de perles, aux belles guipures
+de Hollande, aux chaînes d'or de cent ducats. Quand elle a pris, comme
+dit Cervantes, «à ses
<span class="pagenum"><a id="page56" name="page56"></a>[p. 56]</span>
-appeaux» quelqu'un de ces beaux galants, riches comme des «Péruviens»
-et qui savent jeter les doublons par les fenêtres, de ceux qu'on
-appelle à Salamanque les <i>Generosos</i><a href="#note-64" name="noteref-64"><small> 64</small></a>, elle a vite fait de le
-dépouiller et elle s'envole vers d'autres cieux,&mdash;à moins
-qu'intervenant à propos le Corregidor ne confisque un bien mal acquis
-et ne condamne l'aventurière à demeurer tout un jour sur une des
-places de la ville, attachée à une échelle, coiffée du bonnet pointu,
-exposée aux risées du petit peuple.
+appeaux» quelqu'un de ces beaux galants, riches comme des «Péruviens»
+et qui savent jeter les doublons par les fenêtres, de ceux qu'on
+appelle à Salamanque les <i>Generosos</i><a href="#note-64" name="noteref-64"><small> 64</small></a>, elle a vite fait de le
+dépouiller et elle s'envole vers d'autres cieux,&mdash;à moins
+qu'intervenant à propos le Corregidor ne confisque un bien mal acquis
+et ne condamne l'aventurière à demeurer tout un jour sur une des
+places de la ville, attachée à une échelle, coiffée du bonnet pointu,
+exposée aux risées du petit peuple.
</p>
<p class="foot">
@@ -1849,13 +1811,13 @@ Cervantes, <i>El Licenciado Vidriera</i>.
<p class="foot">
<a name="note-61"><!--Note--></a>
61 (<a href="#noteref-61"><small>retour</small></a>)<br />
-Cervantes, <i>La Tía Fingida</i>.
+Cervantes, <i>La Tía Fingida</i>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-62"><!--Note--></a>
62 (<a href="#noteref-62"><small>retour</small></a>)<br />
-Ce surnom des étudiants leur vient de leur portefeuille,
+Ce surnom des étudiants leur vient de leur portefeuille,
ou <i>vade-mecum</i>.
</p>
@@ -1869,32 +1831,32 @@ l'accompagnement.
<p class="foot">
<a name="note-64"><!--Note--></a>
64 (<a href="#noteref-64"><small>retour</small></a>)<br />
-«Cierto caballero..., mozo, rico, gastador,
-enamorado..., de los que llaman Generosos en Salamanca.» (<i>La Tía
+«Cierto caballero..., mozo, rico, gastador,
+enamorado..., de los que llaman Generosos en Salamanca.» (<i>La Tía
Fingida.</i>)
</p>
<hr class="c5" />
<p>
-En de tels passe-temps, les écoliers, riches ou pauvres, ont vite
-épuisé leurs ressources. Quand la bourse est à sec, quand, au risque
-d'être excommunié par le <i>Juez del Estudio</i>, on a vendu ou engagé
+En de tels passe-temps, les écoliers, riches ou pauvres, ont vite
+épuisé leurs ressources. Quand la bourse est à sec, quand, au risque
+d'être excommunié par le <i>Juez del Estudio</i>, on a vendu ou engagé
meubles, livres, habits et bonnets, tout ce qui peut s'engager ou se
-vendre<a href="#note-65" name="noteref-65"><small> 65</small></a>, on n'a plus qu'à adresser aux parents des appels
-désespérés et l'on attend avec angoisse le retour des muletiers qui
+vendre<a href="#note-65" name="noteref-65"><small> 65</small></a>, on n'a plus qu'à adresser aux parents des appels
+désespérés et l'on attend avec angoisse le retour des muletiers qui
servent de courriers
<span class="pagenum"><a id="page57" name="page57"></a>[p. 57]</span>
-et de commissionnaires<a href="#note-66" name="noteref-66"><small> 66</small></a>. Si les parents impitoyables ne répondent
+et de commissionnaires<a href="#note-66" name="noteref-66"><small> 66</small></a>. Si les parents impitoyables ne répondent
que par de bons conseils, si l'<i>arriero</i> n'apporte au lieu des ducats
-espérés qu'une douzaine de saucisses et un sac de pois, on flétrit
-solennellement la barbarie des pères en brûlant à la flamme d'une
-chandelle la lettre décevante, et tous les camarades entonnent en
-ch&oelig;ur le chant traditionnel qui s'appelle la <i>Paulina</i>: «Parents
-cruels et féroces, parents, nouveaux Nérons, pères qui n'envoyez pas
+espérés qu'une douzaine de saucisses et un sac de pois, on flétrit
+solennellement la barbarie des pères en brûlant à la flamme d'une
+chandelle la lettre décevante, et tous les camarades entonnent en
+ch&oelig;ur le chant traditionnel qui s'appelle la <i>Paulina</i>: «Parents
+cruels et féroces, parents, nouveaux Nérons, pères qui n'envoyez pas
la portion quotidienne, puissiez-vous souffrir, chaque semaine, notre
-faim de chaque jour, et, comme brûle ce papier, puisse l'argent que
-vous nous refusez se changer en charbon dans vos coffres. Amen<a href="#note-67" name="noteref-67"><small> 67</small></a>!»
+faim de chaque jour, et, comme brûle ce papier, puisse l'argent que
+vous nous refusez se changer en charbon dans vos coffres. Amen<a href="#note-67" name="noteref-67"><small> 67</small></a>!»
</p>
<p class="foot">
@@ -1907,74 +1869,74 @@ gothique, f<sup>o</sup> 1703, <i>a</i> et <i>b</i>.
<p class="foot">
<a name="note-66"><!--Note--></a>
66 (<a href="#noteref-66"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Relación primera de la Vida del Escudero Marcos de
-Obregón, Descanso</i> XII.&mdash;Jerónimo de Alcalá, <i>Alonso, mozo de muchos
-amos</i>, éd. Rivadeneyra (<i>Novelistas posteriores á Cervantes</i>), I, p.
-495 <i>a</i>.&mdash;Bartolomé Palau, <i>La Farsa llamada Salamantina</i> (1552),
-publiée et annotée par M. Alfred Morel-Fatio, v. 564 et sq.
+<i>Relación primera de la Vida del Escudero Marcos de
+Obregón, Descanso</i> XII.&mdash;Jerónimo de Alcalá, <i>Alonso, mozo de muchos
+amos</i>, éd. Rivadeneyra (<i>Novelistas posteriores á Cervantes</i>), I, p.
+495 <i>a</i>.&mdash;Bartolomé Palau, <i>La Farsa llamada Salamantina</i> (1552),
+publiée et annotée par M. Alfred Morel-Fatio, v. 564 et sq.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-67"><!--Note--></a>
67 (<a href="#noteref-67"><small>retour</small></a>)<br />
-Rojas, <i>Lo que quería ver el Marqués de Villena, Jorn.</i>
+Rojas, <i>Lo que quería ver el Marqués de Villena, Jorn.</i>
III:
</p>
<p class="next">
- «... Vaya la <i>Paulina</i>, pues;
- El candil apropinquad... etc.»
+ «... Vaya la <i>Paulina</i>, pues;
+ El candil apropinquad... etc.»
</p>
<div class="next">
-<p>Cf. <i>Alfarache</i> de Luján, chap. <span class="sc">VI</span>.&mdash;<i>Alonso, mozo de muchos amos</i>,
-éd. Rivad., 495 <i>b</i>.
+<p>Cf. <i>Alfarache</i> de Luján, chap. <span class="sc">VI</span>.&mdash;<i>Alonso, mozo de muchos amos</i>,
+éd. Rivad., 495 <i>b</i>.
</p>
<p>
-On peut également rapprocher de ce passage la scène suivante de
-<i>L'Invité</i> de Lope de Rueda:
+On peut également rapprocher de ce passage la scène suivante de
+<i>L'Invité</i> de Lope de Rueda:
</p>
<p>
-«<span class="sc">Le Licencié.</span>&mdash;Ah! Seigneur Juan Gómez, embrassez-moi! Et ma mère vous
-a-t-elle donné quelque chose pour moi?
+«<span class="sc">Le Licencié.</span>&mdash;Ah! Seigneur Juan Gómez, embrassez-moi! Et ma mère vous
+a-t-elle donné quelque chose pour moi?
</p>
<p>
-«<span class="sc">Le Voyageur.</span>&mdash;Oui, Seigneur.
+«<span class="sc">Le Voyageur.</span>&mdash;Oui, Seigneur.
</p>
<p>
-«<span class="sc">Le Licencié.</span>&mdash;Embrassez-moi encore, seigneur Juan Gómez. Que vous
-a-t-elle donné? Est-ce quelque chose d'importance?
+«<span class="sc">Le Licencié.</span>&mdash;Embrassez-moi encore, seigneur Juan Gómez. Que vous
+a-t-elle donné? Est-ce quelque chose d'importance?
</p>
<p>
-«<span class="sc">Le Voyageur.</span>&mdash;Pourquoi pas?
+«<span class="sc">Le Voyageur.</span>&mdash;Pourquoi pas?
</p>
<p>
-«<span class="sc">Le Licencié.</span>&mdash;Ah! seigneur Juan Gómez, soyez le bienvenu! Montrez-moi
+«<span class="sc">Le Licencié.</span>&mdash;Ah! seigneur Juan Gómez, soyez le bienvenu! Montrez-moi
ce que c'est.
</p>
<p>
-«<span class="sc">Le Voyageur.</span>&mdash;C'est une lettre, seigneur, qu'elle m'a chargé de vous
+«<span class="sc">Le Voyageur.</span>&mdash;C'est une lettre, seigneur, qu'elle m'a chargé de vous
remettre.
</p>
<p>
-«<span class="sc">Le Licencié.</span>&mdash;Une lettre, seigneur? Et madame ma mère vous remit-elle
+«<span class="sc">Le Licencié.</span>&mdash;Une lettre, seigneur? Et madame ma mère vous remit-elle
aussi quelque argent?
</p>
<p>
-«<span class="sc">Le Voyageur.</span>&mdash;Non, seigneur.
+«<span class="sc">Le Voyageur.</span>&mdash;Non, seigneur.
</p>
<p>
-«<span class="sc">Le Licencié.</span>&mdash;Alors, que me fait une lettre sans argent!»
+«<span class="sc">Le Licencié.</span>&mdash;Alors, que me fait une lettre sans argent!»
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page58" name="page58"></a>[p. 58]</span>
</p>
</div>
<p>
-Cet espoir évanoui, les fils de famille peuvent encore trouver quelque
-crédit auprès des usuriers qui pullulent à Salamanque et que la police
-traque vainement: les étudiants de petite maison n'ont plus qu'à
-apprendre les secrets de <i>andar sin blanca</i><a href="#note-68" name="noteref-68"><small> 68</small></a>, c'est-à-dire de vivre
+Cet espoir évanoui, les fils de famille peuvent encore trouver quelque
+crédit auprès des usuriers qui pullulent à Salamanque et que la police
+traque vainement: les étudiants de petite maison n'ont plus qu'à
+apprendre les secrets de <i>andar sin blanca</i><a href="#note-68" name="noteref-68"><small> 68</small></a>, c'est-à-dire de vivre
sans sou ni maille, et le premier de ces secrets, c'est d'aller
-«courir», autrement dit: de voler à l'étalage.
+«courir», autrement dit: de voler à l'étalage.
</p>
<p class="foot">
@@ -1983,80 +1945,80 @@ sans sou ni maille, et le premier de ces secrets, c'est d'aller
</p>
<div class="next">
<p>
-«<span class="sc">Lazaro.</span>&mdash;Que aprendí en Salamanca.<br />
-<span class="i4"> &nbsp; La ciencia infusa de <i>andar sin blanca</i>.»</span><br />
-<span class="i10">(<i>Entremés del hambriento.</i></span>
+«<span class="sc">Lazaro.</span>&mdash;Que aprendí en Salamanca.<br />
+<span class="i4"> &nbsp; La ciencia infusa de <i>andar sin blanca</i>.»</span><br />
+<span class="i10">(<i>Entremés del hambriento.</i></span>
</p>
<p>
-La <i>blanca</i> est une petite monnaie qui valait la moitié d'un
-maravédis.
+La <i>blanca</i> est une petite monnaie qui valait la moitié d'un
+maravédis.
</p>
</div>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page59" name="page59"></a>[p. 59]</span>
</p>
<p>
-C'est là, d'ailleurs, un jeu fort à la mode et qui n'a rien de
-déshonorant. Tous les héros de romans picaresques se vantent d'avoir
-pratiqué ce genre d'exercice et voici, par exemple, en quels termes
+C'est là, d'ailleurs, un jeu fort à la mode et qui n'a rien de
+déshonorant. Tous les héros de romans picaresques se vantent d'avoir
+pratiqué ce genre d'exercice et voici, par exemple, en quels termes
notre Don Pablos conte ses prouesses:
</p>
<p>
-«Je passais un soir dans la grand'rue; il y avait fort peu de monde: à
-l'étalage d'un confiseur, j'aperçois une caisse de raisins secs. Je
-prends mon élan, je mets la main sur la boîte et je me sauve. Le
-confiseur se précipite après moi, et, derrière lui, ses domestiques et
-ses voisins. La caisse était lourde: malgré mon avance, je vis qu'ils
-allaient m'atteindre. Au coin d'une rue, je jette ma boîte à terre, je
+«Je passais un soir dans la grand'rue; il y avait fort peu de monde: à
+l'étalage d'un confiseur, j'aperçois une caisse de raisins secs. Je
+prends mon élan, je mets la main sur la boîte et je me sauve. Le
+confiseur se précipite après moi, et, derrière lui, ses domestiques et
+ses voisins. La caisse était lourde: malgré mon avance, je vis qu'ils
+allaient m'atteindre. Au coin d'une rue, je jette ma boîte à terre, je
m'assieds dessus, je roule mon manteau autour de ma jambe et, la
-tenant à deux mains, je me mets à crier: «Ah! que Dieu lui pardonne!
-Il a marché sur «moi!» Toute la bande accourt en hurlant: «Frère, me
-disent-ils, un homme n'a-t-il pas «passé par ici?&mdash;Il est déjà loin!
-il m'a foulé «aux pieds; mais loué soit le Seigneur!» Ils repartent au
-plus vite, et tranquillement j'emporte la boîte au logis.
+tenant à deux mains, je me mets à crier: «Ah! que Dieu lui pardonne!
+Il a marché sur «moi!» Toute la bande accourt en hurlant: «Frère, me
+disent-ils, un homme n'a-t-il pas «passé par ici?&mdash;Il est déjà loin!
+il m'a foulé «aux pieds; mais loué soit le Seigneur!» Ils repartent au
+plus vite, et tranquillement j'emporte la boîte au logis.
</p>
<p>
-«Mes camarades, à qui je contai l'aventure, me félicitèrent chaudement
-de mon succès; mais ils ne voulaient pas croire que les choses
+«Mes camarades, à qui je contai l'aventure, me félicitèrent chaudement
+de mon succès; mais ils ne voulaient pas croire que les choses
<span class="pagenum"><a id="page60" name="page60"></a>[p. 60]</span>
-se fussent passées comme je le disais. Piqué au jeu, je les conviai à
-venir le lendemain me voir courir une autre boîte.
+se fussent passées comme je le disais. Piqué au jeu, je les conviai à
+venir le lendemain me voir courir une autre boîte.
</p>
<p>
-«Ils furent exacts au rendez-vous; mais cette fois les boîtes étaient
-rangées dans l'intérieur de la boutique et on ne pouvait songer à en
+«Ils furent exacts au rendez-vous; mais cette fois les boîtes étaient
+rangées dans l'intérieur de la boutique et on ne pouvait songer à en
saisir une avec la main: l'entreprise paraissait donc impossible,
d'autant plus qu'averti, le confiseur se tenait sur ses gardes. A
-quelques pas du magasin, je tire mon épée dont la lame était solide,
-je me précipite dans la maison en criant: «Meurs! Meurs!» et je porte
-une pointe dans la direction du marchand. Il tombe à la renverse en
-demandant confession; je pique une boîte, je l'enfile avec mon estoc
-et je décampe. Les camarades étaient émerveillés de mon adresse et
+quelques pas du magasin, je tire mon épée dont la lame était solide,
+je me précipite dans la maison en criant: «Meurs! Meurs!» et je porte
+une pointe dans la direction du marchand. Il tombe à la renverse en
+demandant confession; je pique une boîte, je l'enfile avec mon estoc
+et je décampe. Les camarades étaient émerveillés de mon adresse et
mouraient de rire en voyant la mine que faisait le confiseur; il
-suppliait qu'on l'examinât: «Je suis blessé, disait-il, c'est un homme
-avec qui j'ai eu une querelle.» Mais, quand il leva les yeux, le
-désordre que j'avais mis parmi les autres boîtes lui fit deviner le
-larcin et il se mit à faire tant de signes de croix qu'on crut qu'il
+suppliait qu'on l'examinât: «Je suis blessé, disait-il, c'est un homme
+avec qui j'ai eu une querelle.» Mais, quand il leva les yeux, le
+désordre que j'avais mis parmi les autres boîtes lui fit deviner le
+larcin et il se mit à faire tant de signes de croix qu'on crut qu'il
n'en finirait point<a href="#note-69" name="noteref-69"><small> 69</small></a>. Jamais, je
<span class="pagenum"><a id="page61" name="page61"></a>[p. 61]</span>
-l'avoue, aucun succès ne me donna autant de joie.»
+l'avoue, aucun succès ne me donna autant de joie.»
</p>
<p class="foot">
<a name="note-69"><!--Note--></a>
69 (<a href="#noteref-69"><small>retour</small></a>)<br />
-Quevedo, <i>El Gran Tacaño</i>, <span class="sc">VI</span>.&mdash;Cf. <i>Alonso</i>, d. Rivad.,
+Quevedo, <i>El Gran Tacaño</i>, <span class="sc">VI</span>.&mdash;Cf. <i>Alonso</i>, d. Rivad.,
495 <i>a</i>.
</p>
<p>
-Ces continuelles rapines inspirent aux marchands une légitime
-méfiance: ils redoublent de précautions, mais les «coureurs»
-redoublent d'ingéniosité et d'audace; l'exaspération des gens de
+Ces continuelles rapines inspirent aux marchands une légitime
+méfiance: ils redoublent de précautions, mais les «coureurs»
+redoublent d'ingéniosité et d'audace; l'exaspération des gens de
police, les mois de prison et les centaines de coups de fouet
-prodigués aux maladroits qui se font prendre, les menaces si redoutées
-de l'Église, tout cela, en accroissant le péril, ne fait que rendre le
+prodigués aux maladroits qui se font prendre, les menaces si redoutées
+de l'Église, tout cela, en accroissant le péril, ne fait que rendre le
jeu plus passionnant, et entre les boutiquiers et la race aventureuse
-des étudiants le duel se continue pendant plusieurs siècles.
+des étudiants le duel se continue pendant plusieurs siècles.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page62" name="page62"></a>[p. 62]</span>
@@ -2069,29 +2031,29 @@ des étudiants le duel se continue pendant plusieurs siècles.
</h2>
<p class="subheader">
-<span class="sc">LES ÉCOLIERS MENDIANTS OU CHEVALIERS DE LA</span> <i>Tuna</i>.
+<span class="sc">LES ÉCOLIERS MENDIANTS OU CHEVALIERS DE LA</span> <i>Tuna</i>.
</p>
<p>
-Même aux heures de grande nécessité la plupart des écoliers se bornent
-à ces espiègleries un peu fortes. Mais certains se laissent aller à de
-pires indélicatesses et, de chute en chute, ils en viennent à mener la
-vie de ces <i>pícaros</i> ou «mauvais garçons» qui, suivant le mot de
-Cervantes, semblent venus à Salamanque «moins pour apprendre les lois
-que pour les enfreindre». Ces étudiants faméliques et vagabonds,
+Même aux heures de grande nécessité la plupart des écoliers se bornent
+à ces espiègleries un peu fortes. Mais certains se laissent aller à de
+pires indélicatesses et, de chute en chute, ils en viennent à mener la
+vie de ces <i>pícaros</i> ou «mauvais garçons» qui, suivant le mot de
+Cervantes, semblent venus à Salamanque «moins pour apprendre les lois
+que pour les enfreindre». Ces étudiants faméliques et vagabonds,
<i>gorrones</i> ou chevaliers de la <i>Tuna</i><a href="#note-70" name="noteref-70"><small> 70</small></a>, forment comme une vaste
-corporation, où règne l'égalité la plus parfaite, où s'efface toute
+corporation, où règne l'égalité la plus parfaite, où s'efface toute
distinction sociale et dont tous les membres sont indissolublement
-unis par les souvenirs de leurs communes misères et la complicité
+unis par les souvenirs de leurs communes misères et la complicité
<span class="pagenum"><a id="page63" name="page63"></a>[p. 63]</span>
-de cent méfaits<a href="#note-71" name="noteref-71"><small> 71</small></a>. Parmi les sujets de ce royaume de gueuserie, on
-compte beaucoup d'anciens pages ou valets d'étudiants qui se sont
-lassés d'une telle dépendance; d'autres, dont le sort était plus doux
-et qui avaient jadis quitté leur famille pleins de nobles ambitions et
-de résolutions vertueuses, ont été gâtés par les mauvaises compagnies;
-d'autres, enfin, sont des jeunes gens riches qui, d'eux-mêmes, par
-fantaisie et par goût, ont préféré, dès le premier jour, à une
-condition paisible et à un bien-être assuré l'imprévu d'une existence
-errante et son inquiète liberté<a href="#note-72" name="noteref-72"><small> 72</small></a>.
+de cent méfaits<a href="#note-71" name="noteref-71"><small> 71</small></a>. Parmi les sujets de ce royaume de gueuserie, on
+compte beaucoup d'anciens pages ou valets d'étudiants qui se sont
+lassés d'une telle dépendance; d'autres, dont le sort était plus doux
+et qui avaient jadis quitté leur famille pleins de nobles ambitions et
+de résolutions vertueuses, ont été gâtés par les mauvaises compagnies;
+d'autres, enfin, sont des jeunes gens riches qui, d'eux-mêmes, par
+fantaisie et par goût, ont préféré, dès le premier jour, à une
+condition paisible et à un bien-être assuré l'imprévu d'une existence
+errante et son inquiète liberté<a href="#note-72" name="noteref-72"><small> 72</small></a>.
</p>
<p class="foot">
@@ -2103,9 +2065,9 @@ La <i>Tuna</i>, c'est la vie de paresse et d'aventures.
<p class="foot">
<a name="note-71"><!--Note--></a>
71 (<a href="#noteref-71"><small>retour</small></a>)<br />
-Ils ressemblent fort aux <i>vagi scolares</i>, aux «goliards»
-de nos Universités du Moyen Age, ou encore à ces écoliers mendiants de
-l'Université de Bologne dont Buoncompagno nous a laissé, dans son
+Ils ressemblent fort aux <i>vagi scolares</i>, aux «goliards»
+de nos Universités du Moyen Age, ou encore à ces écoliers mendiants de
+l'Université de Bologne dont Buoncompagno nous a laissé, dans son
<i>Antiqua Rhetorica</i> (1215), un si triste portrait. (Sutter, <i>Aus Leben
und Schriften des Magisters Buoncompagno</i>, Fribourg, 1894.)
</p>
@@ -2116,44 +2078,44 @@ und Schriften des Magisters Buoncompagno</i>, Fribourg, 1894.)
Cervantes, <i>La Ilustre Fregona</i>.
</p>
<p>
-Tous, drapés dans un manteau troué ou serrés dans une vieille soutane
-«dont les pans déchirés pendent comme des bras de pieuvre<a href="#note-73" name="noteref-73"><small> 73</small></a>», ils se
-promènent fièrement par les rues de Salamanque, espérant quelque
+Tous, drapés dans un manteau troué ou serrés dans une vieille soutane
+«dont les pans déchirés pendent comme des bras de pieuvre<a href="#note-73" name="noteref-73"><small> 73</small></a>», ils se
+promènent fièrement par les rues de Salamanque, espérant quelque
heureux hasard ou
<span class="pagenum"><a id="page64" name="page64"></a>[p. 64]</span>
-méditant quelque «tour de main». On les voit dès le matin attendant
-sur le seuil des couvents la distribution des écuelles de soupe, et
-c'est de là que leur vient leur surnom de <i>sopistas</i>. Quand les frères
-leur apportent l'énorme marmite où nagent tous les légumes de la
-terre, choux, navets, courges et laitues, assaisonnés de noyaux
-d'olives, d'escargots et de têtes de poissons, quant apparaît le frère
-portier chargé de répartir l'aumône, à peine la prière dite, tous se
-bousculent et jouent des coudes pour n'être pas les derniers servis:
-quelquefois on en vient aux coups et, pour rétablir l'ordre, le
+méditant quelque «tour de main». On les voit dès le matin attendant
+sur le seuil des couvents la distribution des écuelles de soupe, et
+c'est de là que leur vient leur surnom de <i>sopistas</i>. Quand les frères
+leur apportent l'énorme marmite où nagent tous les légumes de la
+terre, choux, navets, courges et laitues, assaisonnés de noyaux
+d'olives, d'escargots et de têtes de poissons, quant apparaît le frère
+portier chargé de répartir l'aumône, à peine la prière dite, tous se
+bousculent et jouent des coudes pour n'être pas les derniers servis:
+quelquefois on en vient aux coups et, pour rétablir l'ordre, le
<i>fraile</i> frappe de droite et de gauche avec sa grande cuiller<a href="#note-74" name="noteref-74"><small> 74</small></a>.
-Dans la journée ils courent la campagne et, malgré les chiens de
-garde, dévalisent jardins et vergers<a href="#note-75" name="noteref-75"><small> 75</small></a>, ou bien ils trompent leur
+Dans la journée ils courent la campagne et, malgré les chiens de
+garde, dévalisent jardins et vergers<a href="#note-75" name="noteref-75"><small> 75</small></a>, ou bien ils trompent leur
faim en allant demander aux nonnes quelques gobelets d'une boisson
-rafraîchissante qu'elles fabriquent et dont elles ne sont pas avares,
-et souvent même ils emportent la tasse, au risque de décourager la
-charité<a href="#note-76" name="noteref-76"><small> 76</small></a>. Mais, pour assurer le repas
+rafraîchissante qu'elles fabriquent et dont elles ne sont pas avares,
+et souvent même ils emportent la tasse, au risque de décourager la
+charité<a href="#note-76" name="noteref-76"><small> 76</small></a>. Mais, pour assurer le repas
<span class="pagenum"><a id="page65" name="page65"></a>[p. 65]</span>
-du soir, ils ne peuvent compter que sur la générosité d'un riche
-camarade, sur la crédulité d'un débutant et, plus sûrement, sur leur
+du soir, ils ne peuvent compter que sur la générosité d'un riche
+camarade, sur la crédulité d'un débutant et, plus sûrement, sur leur
propre savoir-faire. Les pains du boulanger, les melons et les piments
-du marché aux légumes, les pralines et les nougats du confiseur, les
-outres de vin accrochées à la porte des tavernes, ce qui se mange et
+du marché aux légumes, les pralines et les nougats du confiseur, les
+outres de vin accrochées à la porte des tavernes, ce qui se mange et
ce qui se boit, tout leur est d'une bonne prise: les marchands de
-marrons connaissent par de fâcheuses expériences la rapidité de leurs
-jambes et la dextérité de leurs mains<a href="#note-77" name="noteref-77"><small> 77</small></a>; les rôtisseurs et les
-pâtissiers les voient avec inquiétude respirer l'odeur de leurs
-étalages.
+marrons connaissent par de fâcheuses expériences la rapidité de leurs
+jambes et la dextérité de leurs mains<a href="#note-77" name="noteref-77"><small> 77</small></a>; les rôtisseurs et les
+pâtissiers les voient avec inquiétude respirer l'odeur de leurs
+étalages.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-73"><!--Note--></a>
73 (<a href="#noteref-73"><small>retour</small></a>)<br />
-«<i>Rabos de pulpo</i>» (<i>Don Quichotte</i>, II, ch. <span class="sc">XIX</span>).
+«<i>Rabos de pulpo</i>» (<i>Don Quichotte</i>, II, ch. <span class="sc">XIX</span>).
</p>
<p class="foot">
@@ -2166,15 +2128,15 @@ estudiantes</i>, Valencia.
<p class="foot">
<a name="note-75"><!--Note--></a>
75 (<a href="#noteref-75"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>El Gran Tacaño</i>, <span class="sc">VI</span>.
+<i>El Gran Tacaño</i>, <span class="sc">VI</span>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-76"><!--Note--></a>
76 (<a href="#noteref-76"><small>retour</small></a>)<br />
-«Entró Merlo Díaz, hecha la pretina una sarta de búcaros
+«Entró Merlo Díaz, hecha la pretina una sarta de búcaros
y vidrios los quales pidiendo de beber en los tornos de las Monjas
-avia agarrado con poco temor de Dios.» (<i>Gran Tacaño</i>, II<sup>a</sup> part.,
+avia agarrado con poco temor de Dios.» (<i>Gran Tacaño</i>, II<sup>a</sup> part.,
cap. <span class="sc">III</span>.)
</p>
@@ -2184,9 +2146,9 @@ cap. <span class="sc">III</span>.)
<i>Alonso</i>, Rivadeneyra, 455 <i>a</i>.
</p>
<p>
-S'ils paraissent rarement dans le cloître des Ecoles, s'ils sont mal
-renseignés sur les livres de «texte», ils connaissent parfaitement
-«cent manières et façons de soutirer l'argent d'autrui<a href="#note-78" name="noteref-78"><small> 78</small></a>».
+S'ils paraissent rarement dans le cloître des Ecoles, s'ils sont mal
+renseignés sur les livres de «texte», ils connaissent parfaitement
+«cent manières et façons de soutirer l'argent d'autrui<a href="#note-78" name="noteref-78"><small> 78</small></a>».
</p>
<p class="foot">
@@ -2196,14 +2158,14 @@ renseignés sur les livres de «texte», ils connaissent parfaitement
</p>
<p>
Tricher au jeu, faire l'office de spadassin ou d'entremetteur, jouer
-auprès des filles galantes
+auprès des filles galantes
<span class="pagenum"><a id="page66" name="page66"></a>[p. 66]</span>
-le rôle du frère qui veille sur l'honneur du nom et duper ainsi
-l'amoureux novice, mendier sous le porche des églises, un emplâtre sur
-l'&oelig;il et le rosaire à la main, fabriquer de fausses clefs, rompre
-les cadenas, piller les dépenses des collèges et dévaliser les
+le rôle du frère qui veille sur l'honneur du nom et duper ainsi
+l'amoureux novice, mendier sous le porche des églises, un emplâtre sur
+l'&oelig;il et le rosaire à la main, fabriquer de fausses clefs, rompre
+les cadenas, piller les dépenses des collèges et dévaliser les
chambres des boursiers, transformer les <i>cuartos</i><a href="#note-79" name="noteref-79"><small> 79</small></a> simples en
-<i>cuartos</i> doubles en les élargissant à coups de marteau, voilà le vrai
+<i>cuartos</i> doubles en les élargissant à coups de marteau, voilà le vrai
fond de leur savoir.
</p>
@@ -2211,20 +2173,20 @@ fond de leur savoir.
<a name="note-79"><!--Note--></a>
79 (<a href="#noteref-79"><small>retour</small></a>)<br />
Le <i>cuarto</i> est une monnaie de cuivre qui valait quatre
-maravédis.
+maravédis.
</p>
<p>
-Quoiqu'ils soient passés maîtres en de telles malices et dignes, comme
-dit Cervantes, «d'occuper une chaire en ces facultés<a href="#note-80" name="noteref-80"><small> 80</small></a>», quoiqu'une
-lutte constante contre les incommodités de la fortune «aiguise leur
-entendement et rende tous les jours leur esprit plus subtil<a href="#note-81" name="noteref-81"><small> 81</small></a>», il
+Quoiqu'ils soient passés maîtres en de telles malices et dignes, comme
+dit Cervantes, «d'occuper une chaire en ces facultés<a href="#note-80" name="noteref-80"><small> 80</small></a>», quoiqu'une
+lutte constante contre les incommodités de la fortune «aiguise leur
+entendement et rende tous les jours leur esprit plus subtil<a href="#note-81" name="noteref-81"><small> 81</small></a>», il
leur arrive pourtant plus d'une fois de se coucher sans avoir rien pu
-se mettre sous la dent. Ils vont passer la nuit dans le gîte que le
-hasard leur offre, quelquefois dans les hôpitaux<a href="#note-82" name="noteref-82"><small> 82</small></a>, quelquefois dans
-un grenier, souvent à la belle étoile, et le bon sommeil, «les
+se mettre sous la dent. Ils vont passer la nuit dans le gîte que le
+hasard leur offre, quelquefois dans les hôpitaux<a href="#note-82" name="noteref-82"><small> 82</small></a>, quelquefois dans
+un grenier, souvent à la belle étoile, et le bon sommeil, «les
enveloppant
<span class="pagenum"><a id="page67" name="page67"></a>[p. 67]</span>
-comme d'un manteau<a href="#note-83" name="noteref-83"><small> 83</small></a>», les console de leurs misères.
+comme d'un manteau<a href="#note-83" name="noteref-83"><small> 83</small></a>», les console de leurs misères.
</p>
<p class="foot">
@@ -2236,13 +2198,13 @@ comme d'un manteau<a href="#note-83" name="noteref-83"><small> 83</small></a>»,
<p class="foot">
<a name="note-81"><!--Note--></a>
81 (<a href="#noteref-81"><small>retour</small></a>)<br />
-Mateo Aleman, <i>Guzmán de Alfarache</i>.
+Mateo Aleman, <i>Guzmán de Alfarache</i>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-82"><!--Note--></a>
82 (<a href="#noteref-82"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Estebanillo González</i>, éd. Rivad., 305 <i>b</i>.
+<i>Estebanillo González</i>, éd. Rivad., 305 <i>b</i>.
</p>
<p class="foot">
@@ -2251,25 +2213,25 @@ Mateo Aleman, <i>Guzmán de Alfarache</i>.
C'est le mot de Sancho Panza.
</p>
<p>
-Ces misères d'ailleurs leur paraissent bien plus supportables que la
-monotonie d'une existence consacrée au travail. «Sans la faim et sans
-la gale, fléau commun des étudiants<a href="#note-84" name="noteref-84"><small> 84</small></a>», ils s'estimeraient les plus
-heureux des hommes. «Ni le froid, ni la chaleur ne les gênent: toutes
-les saisons de l'année sont pour eux comme un doux printemps; ils
-dorment d'aussi bon c&oelig;ur sur des gerbes de blé que sur un matelas;
-ils s'enfoncent dans la paille des auberges avec autant de volupté que
-si leur lit était fait de fine toile de Hollande<a href="#note-85" name="noteref-85"><small> 85</small></a>.» Comme
-Estevanille González, ils sont tous «garçons de bonne humeur», et
-cette naturelle gaîté les rend insensibles à bien des maux. On
+Ces misères d'ailleurs leur paraissent bien plus supportables que la
+monotonie d'une existence consacrée au travail. «Sans la faim et sans
+la gale, fléau commun des étudiants<a href="#note-84" name="noteref-84"><small> 84</small></a>», ils s'estimeraient les plus
+heureux des hommes. «Ni le froid, ni la chaleur ne les gênent: toutes
+les saisons de l'année sont pour eux comme un doux printemps; ils
+dorment d'aussi bon c&oelig;ur sur des gerbes de blé que sur un matelas;
+ils s'enfoncent dans la paille des auberges avec autant de volupté que
+si leur lit était fait de fine toile de Hollande<a href="#note-85" name="noteref-85"><small> 85</small></a>.» Comme
+Estevanille González, ils sont tous «garçons de bonne humeur», et
+cette naturelle gaîté les rend insensibles à bien des maux. On
retrouve en eux ce fatalisme presque oriental et cette admirable
-<i>conformidad</i> qui ont aidé les Espagnols de tous les temps à tout
-supporter et à se résigner à tout. Pourquoi s'indigneraient-ils contre
-des maux que leur a imposés le destin? Pour eux-mêmes, ils sont
-persuadés, comme la vieille Célestine,
+<i>conformidad</i> qui ont aidé les Espagnols de tous les temps à tout
+supporter et à se résigner à tout. Pourquoi s'indigneraient-ils contre
+des maux que leur a imposés le destin? Pour eux-mêmes, ils sont
+persuadés, comme la vieille Célestine,
<span class="pagenum"><a id="page68" name="page68"></a>[p. 68]</span>
-qu'ils sont «comme Dieu l'a voulu». Ils n'ont par conséquent ni regret
-ni remords et ils ne désespèrent pas de pouvoir, quand viendra l'heure
-fatale, «crocheter la porte du Paradis<a href="#note-86" name="noteref-86"><small> 86</small></a>» comme ils en ont crocheté
+qu'ils sont «comme Dieu l'a voulu». Ils n'ont par conséquent ni regret
+ni remords et ils ne désespèrent pas de pouvoir, quand viendra l'heure
+fatale, «crocheter la porte du Paradis<a href="#note-86" name="noteref-86"><small> 86</small></a>» comme ils en ont crocheté
bien d'autres.
</p>
@@ -2292,71 +2254,71 @@ Cervantes, <i>La Ilustre Fregona</i>.
</p>
<p>
Ces gueux sont d'ailleurs fiers de leur condition et se tiennent les
-uns les autres en très haute estime, se traitant avec considération et
-ne s'appelant jamais que <i>Votre Grâce</i> ou <i>Votre Seigneurie</i>. Il n'est
-pas de métier qui vaille à leurs yeux «cette glorieuse liberté auprès
+uns les autres en très haute estime, se traitant avec considération et
+ne s'appelant jamais que <i>Votre Grâce</i> ou <i>Votre Seigneurie</i>. Il n'est
+pas de métier qui vaille à leurs yeux «cette glorieuse liberté auprès
de laquelle tout l'or et toutes les richesses de la terre sont de peu
-de prix».
+de prix».
</p>
<p>
-Ils sont donc enivrés de leur indépendance, orgueilleux de leur
-paresse, et ils ont aussi la prétention et la fierté de rester des
-étudiants, du moins par le costume et par le nom, d'être encore
-«immatriculés» dans le corps glorieux de l'antique Université.
+Ils sont donc enivrés de leur indépendance, orgueilleux de leur
+paresse, et ils ont aussi la prétention et la fierté de rester des
+étudiants, du moins par le costume et par le nom, d'être encore
+«immatriculés» dans le corps glorieux de l'antique Université.
</p>
<p>
-Quoique leurs vies soient presque pareilles, ils rougiraient d'être
-confondus avec les mendiants du <i>Zocodover</i> de Tolède, les coupeurs de
+Quoique leurs vies soient presque pareilles, ils rougiraient d'être
+confondus avec les mendiants du <i>Zocodover</i> de Tolède, les coupeurs de
bourses de la <i>Plaza Mayor</i> de Madrid, les
<span class="pagenum"><a id="page69" name="page69"></a>[p. 69]</span>
-portefaix de Séville ou les rufians de Zahara.
+portefaix de Séville ou les rufians de Zahara.
</p>
<p>
-Lorsque, à la suite d'une bataille avec le guet ou de quelque grave
-friponnerie, l'air de la ville leur paraît malsain, ils s'en vont
-courir la campagne, emportant tous, pendue à leur ceinture, la
-<i>hortera</i>, l'écuelle de bois qui ne les quitte guère<a href="#note-87" name="noteref-87"><small> 87</small></a>. Les uns
+Lorsque, à la suite d'une bataille avec le guet ou de quelque grave
+friponnerie, l'air de la ville leur paraît malsain, ils s'en vont
+courir la campagne, emportant tous, pendue à leur ceinture, la
+<i>hortera</i>, l'écuelle de bois qui ne les quitte guère<a href="#note-87" name="noteref-87"><small> 87</small></a>. Les uns
chantent dans les bourgs au sortir des offices<a href="#note-88" name="noteref-88"><small> 88</small></a> et tendent le
-bonnet aux personnes charitables; les autres s'associent à des
-montreurs de singes, à des joueurs de gobelets ou à des porteurs de
+bonnet aux personnes charitables; les autres s'associent à des
+montreurs de singes, à des joueurs de gobelets ou à des porteurs de
fausses bulles. Certains, qui savent autant d'oraisons que de vieux
-aveugles<a href="#note-89" name="noteref-89"><small> 89</small></a>, les récitent à un demi-maravédis la pièce,
+aveugles<a href="#note-89" name="noteref-89"><small> 89</small></a>, les récitent à un demi-maravédis la pièce,
<span class="pagenum"><a id="page70" name="page70"></a>[p. 70]</span>
-et celle de sainte Lucie qui guérit les maux d'yeux<a href="#note-90" name="noteref-90"><small> 90</small></a>, comme celle
-de saint Blas qui guérit les maux de gorge<a href="#note-91" name="noteref-91"><small> 91</small></a>, leur sont surtout d'un
-merveilleux profit. Quelques-uns font métier de connaître les
-propriétés et vertus des plantes et des racines, et, pour se donner
-plus de crédit, ils assaisonnent leurs ordonnances de quelques mots
-latins qui leur sont restés dans la mémoire; d'autres font des
+et celle de sainte Lucie qui guérit les maux d'yeux<a href="#note-90" name="noteref-90"><small> 90</small></a>, comme celle
+de saint Blas qui guérit les maux de gorge<a href="#note-91" name="noteref-91"><small> 91</small></a>, leur sont surtout d'un
+merveilleux profit. Quelques-uns font métier de connaître les
+propriétés et vertus des plantes et des racines, et, pour se donner
+plus de crédit, ils assaisonnent leurs ordonnances de quelques mots
+latins qui leur sont restés dans la mémoire; d'autres font des
pronostics, tirent des horoscopes, lisent l'avenir dans les lignes de
-la main<a href="#note-92" name="noteref-92"><small> 92</small></a>. D'autres portent toujours soigneusement roulé dans leur
-collet «ce livre non relié, qu'ont coutume de lire les Espagnols de
-toute condition», à savoir un jeu de cartes<a href="#note-93" name="noteref-93"><small> 93</small></a>, cartes sales et
-crasseuses, il est vrai, usées des quatre coins, «mais qui ont, pour
+la main<a href="#note-92" name="noteref-92"><small> 92</small></a>. D'autres portent toujours soigneusement roulé dans leur
+collet «ce livre non relié, qu'ont coutume de lire les Espagnols de
+toute condition», à savoir un jeu de cartes<a href="#note-93" name="noteref-93"><small> 93</small></a>, cartes sales et
+crasseuses, il est vrai, usées des quatre coins, «mais qui ont, pour
qui sait s'en servir, cette admirable vertu qu'on ne coupe jamais sans
-laisser un as par dessous<a href="#note-94" name="noteref-94"><small> 94</small></a>»; comment
+laisser un as par dessous<a href="#note-94" name="noteref-94"><small> 94</small></a>»; comment
<span class="pagenum"><a id="page71" name="page71"></a>[p. 71]</span>
-mourir de faim avec cela quand il y a à la porte des hôtelleries tant
-de muletiers passionnés pour le vingt-et-un, le lansquenet et le
-quinola? De ces <i>gorrones</i> en rupture de ban, on en voit même qui se
-déguisent en captifs échappés des bagnes d'Alger: ils attendrissent
-les villageois en leur faisant voir sur un tableau grossièrement
-enluminé quels tourments endurent les pauvres chrétiens quand ils
-tombent aux mains des Maures infidèles<a href="#note-95" name="noteref-95"><small> 95</small></a>.
+mourir de faim avec cela quand il y a à la porte des hôtelleries tant
+de muletiers passionnés pour le vingt-et-un, le lansquenet et le
+quinola? De ces <i>gorrones</i> en rupture de ban, on en voit même qui se
+déguisent en captifs échappés des bagnes d'Alger: ils attendrissent
+les villageois en leur faisant voir sur un tableau grossièrement
+enluminé quels tourments endurent les pauvres chrétiens quand ils
+tombent aux mains des Maures infidèles<a href="#note-95" name="noteref-95"><small> 95</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-87"><!--Note--></a>
87 (<a href="#noteref-87"><small>retour</small></a>)<br />
-Francisco de Castro, <i>Entremés de la Casa de Posadas</i>.
+Francisco de Castro, <i>Entremés de la Casa de Posadas</i>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-88"><!--Note--></a>
88 (<a href="#noteref-88"><small>retour</small></a>)<br />
-Quelques-uns de ces chants ressemblent, sans doute, à la
+Quelques-uns de ces chants ressemblent, sans doute, à la
vieille complainte que nous pouvons lire dans le <i>Libro de Cantares</i>
-de l'Archiprêtre de Hita (1389):
+de l'Archiprêtre de Hita (1389):
</p>
<div class="next">
<p>
@@ -2367,9 +2329,9 @@ de l'Archiprêtre de Hita (1389):
<div class="stanza">
<p>Sennores, dat al escolar, </p>
<p>Que vos bien demandar, </p>
-<p>Dat limosna, o raçion, </p>
-<p>Faré por vos oraçion, </p>
-<p>Que Dios vos de salvaçion, </p>
+<p>Dat limosna, o raçion, </p>
+<p>Faré por vos oraçion, </p>
+<p>Que Dios vos de salvaçion, </p>
<p>Quered por Dios a mi dar..., etc. </p>
</div>
<div class="stanza">
@@ -2382,30 +2344,30 @@ de l'Archiprêtre de Hita (1389):
<p class="foot">
<a name="note-89"><!--Note--></a>
89 (<a href="#noteref-89"><small>retour</small></a>)<br />
-C'étaient, en effet, les aveugles qui faisaient surtout
-trafic de ces oraisons ou <i>ensalmos</i>: le maître de Lazarillo de Tormes
-en savait «cent et tant». Un héros d'une comédie de Cervantes, Pedro
-de Urdemalas, sait «l'oraison de l'âme seule, l'oraison de saint
-Pancrace, celle des engelures, celle qui guérit la jaunisse, celle qui
-fait fondre les écrouelles».
+C'étaient, en effet, les aveugles qui faisaient surtout
+trafic de ces oraisons ou <i>ensalmos</i>: le maître de Lazarillo de Tormes
+en savait «cent et tant». Un héros d'une comédie de Cervantes, Pedro
+de Urdemalas, sait «l'oraison de l'âme seule, l'oraison de saint
+Pancrace, celle des engelures, celle qui guérit la jaunisse, celle qui
+fait fondre les écrouelles».
</p>
<p class="foot">
<a name="note-90"><!--Note--></a>
90 (<a href="#noteref-90"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Pícara Justina</i>, f<sup>o</sup> 11.
+<i>Pícara Justina</i>, f<sup>o</sup> 11.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-91"><!--Note--></a>
91 (<a href="#noteref-91"><small>retour</small></a>)<br />
-Lope de Vega, <i>Peribañez</i>, II, 23.
+Lope de Vega, <i>Peribañez</i>, II, 23.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-92"><!--Note--></a>
92 (<a href="#noteref-92"><small>retour</small></a>)<br />
-Liñan y Verdugo, <i>Guía de Forasteros</i>, Valencia, 1635,
+Liñan y Verdugo, <i>Guía de Forasteros</i>, Valencia, 1635,
f<sup>o</sup> 92.
</p>
@@ -2413,7 +2375,7 @@ f<sup>o</sup> 92.
<a name="note-93"><!--Note--></a>
93 (<a href="#noteref-93"><small>retour</small></a>)<br />
C'est Covarrubias (<i>Tesoro</i>) qui donne cette
-définition.
+définition.
</p>
<p class="foot">
@@ -2429,11 +2391,11 @@ Cervantes, <i>Historia de los Trabajos de Persiles y
Sigismunda</i>, lib. III, cap. <span class="sc">X</span>.
</p>
<p>
-Dès qu'ils croient pouvoir affronter impunément les regards du
-Corregidor, ils rentrent à Salamanque avec quelques <i>blancas</i> dans
-leur poche et ne tardent point à y reprendre le «métier», le «saint et
-bon métier», qui finira peut-être par les conduire aux galères, à la
-prison ou même aux <i>finibus terræ</i>, c'est-à-dire à la potence.
+Dès qu'ils croient pouvoir affronter impunément les regards du
+Corregidor, ils rentrent à Salamanque avec quelques <i>blancas</i> dans
+leur poche et ne tardent point à y reprendre le «métier», le «saint et
+bon métier», qui finira peut-être par les conduire aux galères, à la
+prison ou même aux <i>finibus terræ</i>, c'est-à-dire à la potence.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page72" name="page72"></a>[p. 72]</span>
@@ -2446,44 +2408,44 @@ prison ou même aux <i>finibus terræ</i>, c'est-à-dire à la potence.
</h2>
<p class="subheader">
-<span class="sc">ÉPISODES DE LA VIE UNIVERSITAIRE: FÊTES ET CONGÉS</span>,<br />
+<span class="sc">ÉPISODES DE LA VIE UNIVERSITAIRE: FÊTES ET CONGÉS</span>,<br />
<i>oposiciones</i> <span class="sc">ET</span> <i>grados</i>.
</p>
<p>
-Pour le commun des étudiants, qui ne vont pas au delà des ordinaires
-espiègleries et qui se privent des fortes émotions de l'existence
-picaresque, la vie de Salamanque offre encore assez d'imprévu. Mille
-événements y rompent la monotonie des jours.
+Pour le commun des étudiants, qui ne vont pas au delà des ordinaires
+espiègleries et qui se privent des fortes émotions de l'existence
+picaresque, la vie de Salamanque offre encore assez d'imprévu. Mille
+événements y rompent la monotonie des jours.
</p>
<p>
-Tout d'abord, les fêtes religieuses sont une perpétuelle occasion de
-congés. Sans parler de Noël, de la semaine sainte, de la Pentecôte et
-de la Fête-Dieu, dix fois au moins dans l'année l'Université ferme ses
+Tout d'abord, les fêtes religieuses sont une perpétuelle occasion de
+congés. Sans parler de Noël, de la semaine sainte, de la Pentecôte et
+de la Fête-Dieu, dix fois au moins dans l'année l'Université ferme ses
portes en l'honneur de la Sainte Vierge: pour la Conception de
-Notre-Dame, l'Expectation de Notre-Dame, la Nativité de Notre-Dame, la
-Présentation, la Purification, l'Annonciation, la Visitation,
+Notre-Dame, l'Expectation de Notre-Dame, la Nativité de Notre-Dame, la
+Présentation, la Purification, l'Annonciation, la Visitation,
l'Assomption de Notre-Dame, etc. Les grands saints et les saints
-locaux sont chômés aussi avec une singulière
+locaux sont chômés aussi avec une singulière
<span class="pagenum"><a id="page73" name="page73"></a>[p. 73]</span>
-exactitude<a href="#note-96" name="noteref-96"><small> 96</small></a>: et ce sont alors des cérémonies magnifiques,
-d'interminables processions serpentant dans les rues étroites de la
+exactitude<a href="#note-96" name="noteref-96"><small> 96</small></a>: et ce sont alors des cérémonies magnifiques,
+d'interminables processions serpentant dans les rues étroites de la
ville, tandis que sonnent les cent clochers, de longues files de
-pénitents, nus jusqu'à la ceinture, se déchirant la peau avec les
+pénitents, nus jusqu'à la ceinture, se déchirant la peau avec les
boules de verre de leurs martinets et bombant le dos pour mieux faire
jaillir le sang; des expositions d'images et de reliques, des
-pèlerinages vers des chapelles éloignées ou vers des lieux qu'ont
-illustrés des miracles, des foires, des repas sur l'herbe, des troupes
-chantantes, des bals dans les carrefours: <i>danses de soulier</i> où l'on
+pèlerinages vers des chapelles éloignées ou vers des lieux qu'ont
+illustrés des miracles, des foires, des repas sur l'herbe, des troupes
+chantantes, des bals dans les carrefours: <i>danses de soulier</i> où l'on
marque la mesure en frappant de la main sa semelle, danses de
-<i>cascabel menudo</i> où l'on s'attache aux jarrets des colliers de
-grelots, <i>danses des épées</i> où s'escriment des quadrilles habillés en
-toile blanche; des tournois, des «jeux de cannes» où, sur leurs
-chevaux andalous caparaçonnés de drap d'or, des seigneurs en costume
-jaune et blanc simulent des combats contre des chevaliers vêtus de
-satin cramoisi; des concerts où le psaltérion, le hautbois<a href="#note-97" name="noteref-97"><small> 97</small></a>, la
+<i>cascabel menudo</i> où l'on s'attache aux jarrets des colliers de
+grelots, <i>danses des épées</i> où s'escriment des quadrilles habillés en
+toile blanche; des tournois, des «jeux de cannes» où, sur leurs
+chevaux andalous caparaçonnés de drap d'or, des seigneurs en costume
+jaune et blanc simulent des combats contre des chevaliers vêtus de
+satin cramoisi; des concerts où le psaltérion, le hautbois<a href="#note-97" name="noteref-97"><small> 97</small></a>, la
mandore et la
<span class="pagenum"><a id="page74" name="page74"></a>[p. 74]</span>
-cornemuse de Zamora associent leurs sons aux métalliques accords de la
+cornemuse de Zamora associent leurs sons aux métalliques accords de la
guitare.
</p>
@@ -2496,90 +2458,90 @@ guitare.
<p class="foot">
<a name="note-97"><!--Note--></a>
97 (<a href="#noteref-97"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Chirimia</i>, hautbois à douze trous, instrument d'origine
+<i>Chirimia</i>, hautbois à douze trous, instrument d'origine
arabe.
</p>
<p>
-La fête de San Marcos est l'occasion d'un divertissement étrange. Les
-étudiants achètent, aux frais de la cité, un taureau de belle
-apparence<a href="#note-98" name="noteref-98"><small> 98</small></a>, ils le conduisent à la cathédrale où il écoute la messe
-fort dévotement; après l'office, ils le promènent dans la ville en
-demandant l'aumône à chaque porte; ils lui attachent enfin entre les
-cornes des fusées auxquelles ils mettent le feu, et le lâchent affolé
-dans les rues où il renverse tout et met les passants en déroute.
+La fête de San Marcos est l'occasion d'un divertissement étrange. Les
+étudiants achètent, aux frais de la cité, un taureau de belle
+apparence<a href="#note-98" name="noteref-98"><small> 98</small></a>, ils le conduisent à la cathédrale où il écoute la messe
+fort dévotement; après l'office, ils le promènent dans la ville en
+demandant l'aumône à chaque porte; ils lui attachent enfin entre les
+cornes des fusées auxquelles ils mettent le feu, et le lâchent affolé
+dans les rues où il renverse tout et met les passants en déroute.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-98"><!--Note--></a>
98 (<a href="#noteref-98"><small>retour</small></a>)<br />
-La légende prétend que lorsque, la veille de la fête,
-les étudiants vont faire leur choix au pâturage, ils crient: «Marcos!»
-et qu'alors la bête qui plaît le mieux au saint sort d'elle-même du
-troupeau. (Padre Feijoo, <i>Obr. Escog.</i>, éd. Rivadeneyra, p. 382.)
-</p>
-<p>
-Le jour de la Saint-Martin, toute la ville est en joie: c'est à cette
-date qu'a lieu l'élection du nouveau Recteur. Au sortir du cloître de
-l'Université, où l'on vient de proclamer son nom, il fait au travers
-de Salamanque la traditionnelle promenade, le <i>paseo</i>. Le cortège est
-d'une extraordinaire magnificence: le nouvel élu appartient presque
-toujours à l'une de ces illustres familles qui ont donné à
-l'Université tant de
+La légende prétend que lorsque, la veille de la fête,
+les étudiants vont faire leur choix au pâturage, ils crient: «Marcos!»
+et qu'alors la bête qui plaît le mieux au saint sort d'elle-même du
+troupeau. (Padre Feijoo, <i>Obr. Escog.</i>, éd. Rivadeneyra, p. 382.)
+</p>
+<p>
+Le jour de la Saint-Martin, toute la ville est en joie: c'est à cette
+date qu'a lieu l'élection du nouveau Recteur. Au sortir du cloître de
+l'Université, où l'on vient de proclamer son nom, il fait au travers
+de Salamanque la traditionnelle promenade, le <i>paseo</i>. Le cortège est
+d'une extraordinaire magnificence: le nouvel élu appartient presque
+toujours à l'une de ces illustres familles qui ont donné à
+l'Université tant de
<span class="pagenum"><a id="page75" name="page75"></a>[p. 75]</span>
-brillants élèves et tant de puissants protecteurs: les Mendoza, les
-Guzmán, les Pimentel, les Córdova, les Sandoval, les Pacheco, les
-Fonseca; il n'hésite pas à dépenser des sommes considérables pour
-effacer par l'éclat de son équipage les souvenirs laissés par ses
-prédécesseurs. Derrière lui défilent les docteurs, les maîtres, les
-officiers, les étudiants. Il est d'usage qu'à cette occasion chaque
-écolier renouvelle sa garde-robe et que les jeunes gens riches
+brillants élèves et tant de puissants protecteurs: les Mendoza, les
+Guzmán, les Pimentel, les Córdova, les Sandoval, les Pacheco, les
+Fonseca; il n'hésite pas à dépenser des sommes considérables pour
+effacer par l'éclat de son équipage les souvenirs laissés par ses
+prédécesseurs. Derrière lui défilent les docteurs, les maîtres, les
+officiers, les étudiants. Il est d'usage qu'à cette occasion chaque
+écolier renouvelle sa garde-robe et que les jeunes gens riches
habillent de neuf leurs pages et leurs valets<a href="#note-99" name="noteref-99"><small> 99</small></a>. Tous les couvents,
-tous les Collèges ont orné leur façade; tous les habitants ont
-suspendu à leurs fenêtres des tapisseries, des couvertures, des
-étoffes de couleur. Ce jour-là, la cité entière témoigne son
-attachement à l'Université qui fait sa prospérité et sa gloire.
+tous les Collèges ont orné leur façade; tous les habitants ont
+suspendu à leurs fenêtres des tapisseries, des couvertures, des
+étoffes de couleur. Ce jour-là, la cité entière témoigne son
+attachement à l'Université qui fait sa prospérité et sa gloire.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-99"><!--Note--></a>
99 (<a href="#noteref-99"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Instrucción que dió D. Enrique de Guzmán, conde de
-Olivares, á D. Laureano de Guzmán.</i>
+<i>Instrucción que dió D. Enrique de Guzmán, conde de
+Olivares, á D. Laureano de Guzmán.</i>
</p>
<p>
-En dehors de ces solennités, divers événements viennent encore jeter
-dans la vie scolaire une singulière animation. Ce sont d'abord les
-<i>oposiciones</i>. Dès qu'une chaire devient vacante, un concours est
-aussitôt ouvert et dans tout le royaume le Recteur adresse un appel
+En dehors de ces solennités, divers événements viennent encore jeter
+dans la vie scolaire une singulière animation. Ce sont d'abord les
+<i>oposiciones</i>. Dès qu'une chaire devient vacante, un concours est
+aussitôt ouvert et dans tout le royaume le Recteur adresse un appel
aux <i>opositores</i>
<span class="pagenum"><a id="page76" name="page76"></a>[p. 76]</span>
-ou candidats. Les épreuves de ce concours sont publiques; elles
-comprennent généralement une leçon d'une heure sur un sujet fixé
-d'avance, une critique de la leçon par les concurrents, une réponse du
-candidat à ces critiques, et enfin une série de discussions
-improvisées sur divers points du programme<a href="#note-100" name="noteref-100"><small> 100</small></a>. A Salamanque, où
-l'organisation de l'<i>Estudio</i> est essentiellement démocratique, ce ne
-sont pas les docteurs qui choisissent leur futur collègue, ce sont les
-étudiants de la Faculté qui désignent leur futur maître. Quoique ces
+ou candidats. Les épreuves de ce concours sont publiques; elles
+comprennent généralement une leçon d'une heure sur un sujet fixé
+d'avance, une critique de la leçon par les concurrents, une réponse du
+candidat à ces critiques, et enfin une série de discussions
+improvisées sur divers points du programme<a href="#note-100" name="noteref-100"><small> 100</small></a>. A Salamanque, où
+l'organisation de l'<i>Estudio</i> est essentiellement démocratique, ce ne
+sont pas les docteurs qui choisissent leur futur collègue, ce sont les
+étudiants de la Faculté qui désignent leur futur maître. Quoique ces
jeunes gens fassent tous leurs efforts pour rester dignes d'un tel
-privilège et pour juger avec équité, on devine cependant qu'il y a
-bien des compétitions, bien des intrigues, et que tout ce monde
-remuant et passionné est violemment agité par l'approche d'une
-<i>oposición</i>. On voit se former des partis, de véritables
+privilège et pour juger avec équité, on devine cependant qu'il y a
+bien des compétitions, bien des intrigues, et que tout ce monde
+remuant et passionné est violemment agité par l'approche d'une
+<i>oposición</i>. On voit se former des partis, de véritables
factions<a href="#note-101" name="noteref-101"><small> 101</small></a>. Chaque concurrent peut compter sur l'appui de ses
-compatriotes; il fait d'ordinaire, quelques jours avant les épreuves,
+compatriotes; il fait d'ordinaire, quelques jours avant les épreuves,
un certain nombre de cours
<span class="pagenum"><a id="page77" name="page77"></a>[p. 77]</span>
-où il attire le plus d'auditeurs qu'il peut et où se comptent ses amis
-et ses adversaires<a href="#note-102" name="noteref-102"><small> 102</small></a>, il trouve toujours à la sortie un groupe
+où il attire le plus d'auditeurs qu'il peut et où se comptent ses amis
+et ses adversaires<a href="#note-102" name="noteref-102"><small> 102</small></a>, il trouve toujours à la sortie un groupe
d'admirateurs pour l'acclamer et lui faire escorte. Il arrive que des
-<i>opositores</i> plus fortunés recourent à des man&oelig;uvres peu délicates
-pour assurer un succès qu'ils jugent douteux. Ils tiennent table
-ouverte pendant une ou deux semaines, et c'est là une bonne aubaine
+<i>opositores</i> plus fortunés recourent à des man&oelig;uvres peu délicates
+pour assurer un succès qu'ils jugent douteux. Ils tiennent table
+ouverte pendant une ou deux semaines, et c'est là une bonne aubaine
pour les pauvres <i>sopistas</i>; leurs plus chauds partisans vont attendre
-aux portes de la ville les nouveaux étudiants qui arrivent de leur
-province; ils leur font mille civilités, les conduisent dans une
-hôtellerie et les régalent plusieurs jours de suite, pour obtenir
+aux portes de la ville les nouveaux étudiants qui arrivent de leur
+province; ils leur font mille civilités, les conduisent dans une
+hôtellerie et les régalent plusieurs jours de suite, pour obtenir
leurs voix<a href="#note-103" name="noteref-103"><small> 103</small></a>.
</p>
@@ -2587,8 +2549,8 @@ leurs voix<a href="#note-103" name="noteref-103"><small> 103</small></a>.
<a name="note-100"><!--Note--></a>
100 (<a href="#noteref-100"><small>retour</small></a>)<br />
<i>Vida, ascendencia, nacimiento, crianza y aventuras de
-el Doctor D. Diego de Torres Villaroel, catedrático de prima de
-matemáticas en la Universidad de Salamanca, Salamanca</i>, 1752, p. 79 et
+el Doctor D. Diego de Torres Villaroel, catedrático de prima de
+matemáticas en la Universidad de Salamanca, Salamanca</i>, 1752, p. 79 et
sq.
</p>
@@ -2602,168 +2564,168 @@ Mateo Aleman, <i>Alfarache</i>, Part. II, lib. III, cap.
<p class="foot">
<a name="note-102"><!--Note--></a>
102 (<a href="#noteref-102"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Instrucción que dió D. Enrique de Guzmán...</i>
+<i>Instrucción que dió D. Enrique de Guzmán...</i>
</p>
<p class="foot">
<a name="note-103"><!--Note--></a>
103 (<a href="#noteref-103"><small>retour</small></a>)<br />
-Mateo Luján de Sayavedra, <i>Segunda parte de la Vida de
-Guzmán de Alfarache</i>, lib. II, cap. <span class="sc">V</span>.&mdash;Figueroa, <i>El Pasagero</i>,
+Mateo Luján de Sayavedra, <i>Segunda parte de la Vida de
+Guzmán de Alfarache</i>, lib. II, cap. <span class="sc">V</span>.&mdash;Figueroa, <i>El Pasagero</i>,
<i>Alivio</i> III, f<sup>o</sup> 106.
</p>
<p>
-Malgré tout, il ne paraît pas que l'Université de Salamanque ait
-jamais vu d'élection vraiment scandaleuse, au moins pendant les
-premiers siècles de son existence<a href="#note-104" name="noteref-104"><small> 104</small></a>. C'est que là, comme dans la
-plupart des grandes Écoles du Moyen-Age,
+Malgré tout, il ne paraît pas que l'Université de Salamanque ait
+jamais vu d'élection vraiment scandaleuse, au moins pendant les
+premiers siècles de son existence<a href="#note-104" name="noteref-104"><small> 104</small></a>. C'est que là, comme dans la
+plupart des grandes Écoles du Moyen-Age,
<span class="pagenum"><a id="page78" name="page78"></a>[p. 78]</span>
-les jeunes étudiants finissent presque toujours, malgré les brigues et
+les jeunes étudiants finissent presque toujours, malgré les brigues et
les cabales, par subir l'influence de ceux de leurs camarades plus
-âgés et plus sérieux qui, ayant souvent passé la trentaine, déjà
-licenciés ou même docteurs et futurs candidats aux mêmes chaires, sont
-à la fois capables de bien juger les aspirants et intéressés à faire
-récompenser le vrai mérite.
+âgés et plus sérieux qui, ayant souvent passé la trentaine, déjà
+licenciés ou même docteurs et futurs candidats aux mêmes chaires, sont
+à la fois capables de bien juger les aspirants et intéressés à faire
+récompenser le vrai mérite.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-104"><!--Note--></a>
104 (<a href="#noteref-104"><small>retour</small></a>)<br />
-Avant que se soit établie la tyrannie des Grands
-Collèges. (Voir plus loin, <i>Deuxième Partie</i>, II, p. 181-188.)
+Avant que se soit établie la tyrannie des Grands
+Collèges. (Voir plus loin, <i>Deuxième Partie</i>, II, p. 181-188.)
</p>
<p>
-Dès que le résultat du vote est connu, les amis du nouvel élu se
-précipitent vers sa maison et remplissent sa rue de cris
+Dès que le résultat du vote est connu, les amis du nouvel élu se
+précipitent vers sa maison et remplissent sa rue de cris
assourdissants; mais cette victoire que tant de voix lui annoncent
n'est pas officielle encore, et il doit en savourer silencieusement le
plaisir. La tradition veut qu'il ne se montre point avant que le
-Recteur lui ait fait tenir le <i>testimonium delatæ cathedræ</i>,
-c'est-à-dire l'acte de nomination. Quand on voit apparaître au bout de
-la rue le bedeau de l'Université avec le rouleau de parchemin, le
-tumulte augmente encore: la porte est enfoncée, on arrache au
-vainqueur son bonnet, on le couronne de laurier, on le soulève de
-terre, et un vrai torrent l'entraîne jusqu'aux Écoles, renversant sur
-sa route les tréteaux des marchands. Suant, essoufflé, la soutane au
+Recteur lui ait fait tenir le <i>testimonium delatæ cathedræ</i>,
+c'est-à-dire l'acte de nomination. Quand on voit apparaître au bout de
+la rue le bedeau de l'Université avec le rouleau de parchemin, le
+tumulte augmente encore: la porte est enfoncée, on arrache au
+vainqueur son bonnet, on le couronne de laurier, on le soulève de
+terre, et un vrai torrent l'entraîne jusqu'aux Écoles, renversant sur
+sa route les tréteaux des marchands. Suant, essoufflé, la soutane au
vent,
<span class="pagenum"><a id="page79" name="page79"></a>[p. 79]</span>
-le nouveau maître fait son entrée dans le cloître sur les épaules de
-ses admirateurs; on le porte jusqu'à la chaire qu'il vient de
-conquérir et il en prend possession au milieu d'acclamations
-enthousiastes. Pendant ce temps, les plus riches de ses amis ont loué
-des montures: après avoir fait des courses folles dans les rues en
-criant son nom à tous les échos, ils pénètrent dans la cour de
-l'Université, tournent autour des colonnes, comme pris de vertige, et
+le nouveau maître fait son entrée dans le cloître sur les épaules de
+ses admirateurs; on le porte jusqu'à la chaire qu'il vient de
+conquérir et il en prend possession au milieu d'acclamations
+enthousiastes. Pendant ce temps, les plus riches de ses amis ont loué
+des montures: après avoir fait des courses folles dans les rues en
+criant son nom à tous les échos, ils pénètrent dans la cour de
+l'Université, tournent autour des colonnes, comme pris de vertige, et
font entrer leurs chevaux jusque dans les classes. Tout le jour, le
vacarme continue.
</p>
<p>
-Quand la nuit est tombée, un cortège se forme. Tenant à la main des
-torches et des lanternes, agitant au-dessus de leurs têtes des palmes
-et des branches de laurier, plusieurs centaines d'étudiants vont
-reprendre chez lui le héros de la journée et lui font faire le tour de
-Salamanque. D'immenses écriteaux, portés au bout d'une perche, font
-connaître au peuple son nom, le nom de son pays et son nouveau titre.
-A chaque instant partent des coups de pistolet, éclatent des pétards;
-des fusées montent dans le ciel. La ville est illuminée: les gens les
-plus pauvres ont mis sur le rebord de leur fenêtre une lampe ou une
+Quand la nuit est tombée, un cortège se forme. Tenant à la main des
+torches et des lanternes, agitant au-dessus de leurs têtes des palmes
+et des branches de laurier, plusieurs centaines d'étudiants vont
+reprendre chez lui le héros de la journée et lui font faire le tour de
+Salamanque. D'immenses écriteaux, portés au bout d'une perche, font
+connaître au peuple son nom, le nom de son pays et son nouveau titre.
+A chaque instant partent des coups de pistolet, éclatent des pétards;
+des fusées montent dans le ciel. La ville est illuminée: les gens les
+plus pauvres ont mis sur le rebord de leur fenêtre une lampe ou une
chandelle; les religieuses
<span class="pagenum"><a id="page80" name="page80"></a>[p. 80]</span>
-même ont allumé des flambeaux à la porte de leurs couvents<a href="#note-105" name="noteref-105"><small> 105</small></a>.
+même ont allumé des flambeaux à la porte de leurs couvents<a href="#note-105" name="noteref-105"><small> 105</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-105"><!--Note--></a>
105 (<a href="#noteref-105"><small>retour</small></a>)<br />
<i>Apparatus latini sermonis, auctore Melchiore de la
-Cerda, S. J., eloquentiæ professore</i>, Séville, 1598.&mdash;Torres
+Cerda, S. J., eloquentiæ professore</i>, Séville, 1598.&mdash;Torres
Villaroel, <i>loc. cit.</i>
</p>
<p>
-Parfois le cortège s'arrête devant une église, un collège, une maison
-bâtie en pierres de taille; on dresse une échelle, un étudiant y monte
+Parfois le cortège s'arrête devant une église, un collège, une maison
+bâtie en pierres de taille; on dresse une échelle, un étudiant y monte
et trace avec une encre rouge, faite d'huile et de sang de b&oelig;uf,
une inscription admirative, comme on en voit encore des milliers sur
les murs de Salamanque. Puis la troupe reprend sa marche, toujours
plus nombreuse et plus bruyante. Aux chants, aux sons de la musique se
-mêlent les airs de triomphe qui glorifient à la fois le nouveau maître
-et sa province: <i>Vítor Don Pedro, Vítor Castilla!</i> ou <i>Vítor Don Luis
-Vítor Navarra! Vítor!</i> Les clameurs emplissent la ville, elles
-s'étendent jusqu'aux plus misérables ruelles, et le petit peuple, à
-l'âme enfantine et obscure, est ébloui par cette apothéose du
+mêlent les airs de triomphe qui glorifient à la fois le nouveau maître
+et sa province: <i>Vítor Don Pedro, Vítor Castilla!</i> ou <i>Vítor Don Luis
+Vítor Navarra! Vítor!</i> Les clameurs emplissent la ville, elles
+s'étendent jusqu'aux plus misérables ruelles, et le petit peuple, à
+l'âme enfantine et obscure, est ébloui par cette apothéose du
savoir<a href="#note-106" name="noteref-106"><small> 106</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-106"><!--Note--></a>
106 (<a href="#noteref-106"><small>retour</small></a>)<br />
-Dans d'autres Universités et particulièrement à Alcalá,
-ces réjouissances prennent un autre caractère et tournent un peu à la
+Dans d'autres Universités et particulièrement à Alcalá,
+ces réjouissances prennent un autre caractère et tournent un peu à la
mascarade. Dans le <i>Don Quichotte</i> de d'Avellaneda, le Chevalier et
-son fidèle Sancho arrivent à Alcalá au moment où l'Université
-célébrait la réception d'un nouveau maître de théologie. «Il faisait
+son fidèle Sancho arrivent à Alcalá au moment où l'Université
+célébrait la réception d'un nouveau maître de théologie. «Il faisait
le tour de la ville dans un char de triomphe, et plus de deux mille
-Écoliers l'accompagnaient, les uns à pied, et les autres à cheval ou
-sur des mules. Don Quixotte et Sancho rencontrèrent bientôt les
-Écoliers qui marchaient deux à deux, la tête couronnée de fleurs, et
-chacun une branche de laurier à la main. Au milieu d'eux paraissait un
-char de triomphe d'une grandeur prodigieuse. Le devant était occupé
+Écoliers l'accompagnaient, les uns à pied, et les autres à cheval ou
+sur des mules. Don Quixotte et Sancho rencontrèrent bientôt les
+Écoliers qui marchaient deux à deux, la tête couronnée de fleurs, et
+chacun une branche de laurier à la main. Au milieu d'eux paraissait un
+char de triomphe d'une grandeur prodigieuse. Le devant était occupé
par un nombre infini de chanteurs et de joueurs d'instruments. On
-voyait dedans plusieurs Ecoliers habillés en femmes, dont les uns
-représentaient les vertus et les autres les vices; et chaque
-personnage portait une inscription qui le désignait. Ceux qui
-représentaient les vices étaient chargés de chaînes et assis aux pieds
+voyait dedans plusieurs Ecoliers habillés en femmes, dont les uns
+représentaient les vertus et les autres les vices; et chaque
+personnage portait une inscription qui le désignait. Ceux qui
+représentaient les vices étaient chargés de chaînes et assis aux pieds
des autres, et ils affectaient un air triste et convenable au malheur
de l'esclavage. Dans le fond du char paraissait par dessus tout le
-nouveau Professeur sur un trône et vêtu d'une longue robe d'écarlate
-avec une couronne de laurier sur la tête.» (<i>Nouvelles Aventures de
-Don Quixotte</i>, traduction de Lesage, éd. de 1707, p. 256.)
+nouveau Professeur sur un trône et vêtu d'une longue robe d'écarlate
+avec une couronne de laurier sur la tête.» (<i>Nouvelles Aventures de
+Don Quixotte</i>, traduction de Lesage, éd. de 1707, p. 256.)
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page81" name="page81"></a>[p. 81]</span>
</p>
<p>
-Dans la grande cité universitaire, la collation de certains grades
-excite un enthousiasme pareil. Le baccalauréat n'a qu'une assez mince
-importance: ce n'est guère qu'un certificat d'assiduité, que l'on peut
-quelquefois obtenir sur le simple témoignage du bedeau. La licence et
-même le diplôme de maître ès arts se confèrent sans grande pompe. Mais
-l'Université a tenu à entourer d'un éclat incomparable les cérémonies
-du doctorat, qui est l'acte le plus considérable
+Dans la grande cité universitaire, la collation de certains grades
+excite un enthousiasme pareil. Le baccalauréat n'a qu'une assez mince
+importance: ce n'est guère qu'un certificat d'assiduité, que l'on peut
+quelquefois obtenir sur le simple témoignage du bedeau. La licence et
+même le diplôme de maître ès arts se confèrent sans grande pompe. Mais
+l'Université a tenu à entourer d'un éclat incomparable les cérémonies
+du doctorat, qui est l'acte le plus considérable
<span class="pagenum"><a id="page82" name="page82"></a>[p. 82]</span>
-de la vie scolaire et comme le terme normal des études: elle a vu là
+de la vie scolaire et comme le terme normal des études: elle a vu là
un moyen de maintenir son prestige, de rendre manifestes aux yeux de
-tous sa richesse, sa puissance et sa majesté.
+tous sa richesse, sa puissance et sa majesté.
</p>
<p>
-La veille de l'examen, un étudiant à cheval, précédé de tambours et de
-trompettes, va distribuer à tous les docteurs la liste des conclusions
-qui seront soutenues. Aussitôt après, tout le corps universitaire se
-rassemble pour la procession solennelle. En tête, les musiciens,
-l'Alguazil du Chancelier, les Maîtres des cérémonies, les Rois
-d'armes, les deux Secrétaires de l'<i>Estudio</i>; derrière, les
+La veille de l'examen, un étudiant à cheval, précédé de tambours et de
+trompettes, va distribuer à tous les docteurs la liste des conclusions
+qui seront soutenues. Aussitôt après, tout le corps universitaire se
+rassemble pour la procession solennelle. En tête, les musiciens,
+l'Alguazil du Chancelier, les Maîtres des cérémonies, les Rois
+d'armes, les deux Secrétaires de l'<i>Estudio</i>; derrière, les
professeurs en grand costume: robe noire garnie de dentelles blanches,
-camail de couleur, toque noire ornée d'une houppe qui retombe en
-franges autour du bonnet; d'abord les maîtres ès arts en camail bleu
-de ciel, puis les théologiens en camail blanc, les médecins en jaune,
-les canonistes en vert, les légistes en rouge<a href="#note-107" name="noteref-107"><small> 107</small></a>. Après eux, le
+camail de couleur, toque noire ornée d'une houppe qui retombe en
+franges autour du bonnet; d'abord les maîtres ès arts en camail bleu
+de ciel, puis les théologiens en camail blanc, les médecins en jaune,
+les canonistes en vert, les légistes en rouge<a href="#note-107" name="noteref-107"><small> 107</small></a>. Après eux, le
candidat; les
<span class="pagenum"><a id="page83" name="page83"></a>[p. 83]</span>
-bedeaux avec leurs masses, l'Écolâtre, ayant à sa gauche le Recteur, à
-sa droite le docteur qui servira de parrain au récipiendaire; enfin
-les juges et les officiers de l'Université, les pages, les valets et
-les domestiques. Le candidat va tête nue; il monte un cheval richement
-harnaché, couvert d'un caparaçon qui traîne jusqu'à terre, il est vêtu
-de velours ou de soie avec le collet à l'espagnole et des bottes de
-maroquin; il est armé de l'épée et de la dague. Les cloches sonnent:
-au bourdon sourd de la cathédrale se mêlent les notes claires du
-clocher de Saint-Martin, les tintements des églises lointaines.
-Derrière le cortège se presse en désordre la foule innombrable des
-étudiants, toute la jeunesse de Salamanque, les artisans qui ont
-interrompu leur travail, les marchands qui ont fermé leurs boutiques,
-et les paysans des alentours, accourus comme pour une fête,
-villageoises en robe brodée, <i>charros</i><a href="#note-108" name="noteref-108"><small> 108</small></a> parés de leurs boutons
-d'argent, serrés dans leur large ceinture de cuir.
+bedeaux avec leurs masses, l'Écolâtre, ayant à sa gauche le Recteur, à
+sa droite le docteur qui servira de parrain au récipiendaire; enfin
+les juges et les officiers de l'Université, les pages, les valets et
+les domestiques. Le candidat va tête nue; il monte un cheval richement
+harnaché, couvert d'un caparaçon qui traîne jusqu'à terre, il est vêtu
+de velours ou de soie avec le collet à l'espagnole et des bottes de
+maroquin; il est armé de l'épée et de la dague. Les cloches sonnent:
+au bourdon sourd de la cathédrale se mêlent les notes claires du
+clocher de Saint-Martin, les tintements des églises lointaines.
+Derrière le cortège se presse en désordre la foule innombrable des
+étudiants, toute la jeunesse de Salamanque, les artisans qui ont
+interrompu leur travail, les marchands qui ont fermé leurs boutiques,
+et les paysans des alentours, accourus comme pour une fête,
+villageoises en robe brodée, <i>charros</i><a href="#note-108" name="noteref-108"><small> 108</small></a> parés de leurs boutons
+d'argent, serrés dans leur large ceinture de cuir.
</p>
<p class="foot">
@@ -2777,8 +2739,8 @@ Lope de Vega, <i>La Inocente Sangre</i>, II, 1:
<p><i>Como ya se ve mirando</i> </p>
<p><i>En los colores que veis,</i> </p>
<p><i>Rojo, verde, azul y blanco,</i> </p>
-<p><i>Cánones, leyes, maestros</i> </p>
-<p><i>Teólogos y hombres sabios...</i> </p>
+<p><i>Cánones, leyes, maestros</i> </p>
+<p><i>Teólogos y hombres sabios...</i> </p>
</div>
</div>
@@ -2788,29 +2750,29 @@ Lope de Vega, <i>La Inocente Sangre</i>, II, 1:
Les paysans de la plaine de Salamanque.
</p>
<p>
-La journée du lendemain est encore plus remplie. Après avoir été
-longuement interrogé dans
+La journée du lendemain est encore plus remplie. Après avoir été
+longuement interrogé dans
<span class="pagenum"><a id="page84" name="page84"></a>[p. 84]</span>
-le Paranymphe, qui est la salle d'honneur de l'Université, le candidat
-est livré à ses camarades qui lui font expier par des moqueries un peu
-fortes les satisfactions d'amour-propre qu'il a déjà goûtées et les
-honneurs qui l'attendent. Cette cérémonie bouffonne s'appelle le
+le Paranymphe, qui est la salle d'honneur de l'Université, le candidat
+est livré à ses camarades qui lui font expier par des moqueries un peu
+fortes les satisfactions d'amour-propre qu'il a déjà goûtées et les
+honneurs qui l'attendent. Cette cérémonie bouffonne s'appelle le
<i>vejamen</i>, et l'on nomme <i>gallos</i> les traits malicieux qui, ce
-jour-là, tombent un peu sur tout le monde.
+jour-là, tombent un peu sur tout le monde.
</p>
<p>
-Nous trouvons dans un recueil assez curieux et assez ignoré la
-description d'une de ces cérémonies caractéristiques<a href="#note-109" name="noteref-109"><small> 109</small></a>. Cette
-cérémonie eut un éclat particulier parce qu'on y voyait, au premier
+Nous trouvons dans un recueil assez curieux et assez ignoré la
+description d'une de ces cérémonies caractéristiques<a href="#note-109" name="noteref-109"><small> 109</small></a>. Cette
+cérémonie eut un éclat particulier parce qu'on y voyait, au premier
rang des spectateurs, le roi Philippe III et la reine Marguerite<a href="#note-110" name="noteref-110"><small> 110</small></a>.
-Le principal orateur était un maître de l'Université et la victime
-désignée était un religieux, de l'ordre des Carmélites.
+Le principal orateur était un maître de l'Université et la victime
+désignée était un religieux, de l'ordre des Carmélites.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-109"><!--Note--></a>
109 (<a href="#noteref-109"><small>retour</small></a>)<br />
-Gaspar Lucas Hidalgo, <i>Diálogos de apacible
+Gaspar Lucas Hidalgo, <i>Diálogos de apacible
entretenimiento</i>, Barcelona, 1609: <i>Noche Primera</i>, cap. <span class="sc">II</span>, <i>Que
contiene unos gallos que se dieron en Salamanca en presencia de los
Reyes</i>.
@@ -2819,137 +2781,137 @@ Reyes</i>.
<p class="foot">
<a name="note-110"><!--Note--></a>
110 (<a href="#noteref-110"><small>retour</small></a>)<br />
-Le roi et la reine étaient arrivés à Salamanque dans
-les premiers jours de juillet 1600; ils y avaient été reçus
-magnifiquement, particulièrement par les marchands d'habits de la
-ville qui avaient été à leur rencontre déguisés en <i>soldados galanes</i>.
-Leurs Majestés visitèrent longuement l'Université et aussi le Colegio
-Viejo, dont ils admirèrent la Bibliothèque. (<i>Diálogos de apacible
+Le roi et la reine étaient arrivés à Salamanque dans
+les premiers jours de juillet 1600; ils y avaient été reçus
+magnifiquement, particulièrement par les marchands d'habits de la
+ville qui avaient été à leur rencontre déguisés en <i>soldados galanes</i>.
+Leurs Majestés visitèrent longuement l'Université et aussi le Colegio
+Viejo, dont ils admirèrent la Bibliothèque. (<i>Diálogos de apacible
entretenimiento</i>, <i>Noche</i> II, cap. <span class="sc">I</span>.)
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page85" name="page85"></a>[p. 85]</span>
</p>
<p>
-Dans sa harangue, fort travaillée et qui sentait un peu trop l'apprêt,
-le <i>maestro</i> commença par se moquer, d'ailleurs assez doucement, de
-quelques-uns de ses collègues, rapportant quelques anecdotes récentes
-ou faisant allusion à quelque innocente manie. A l'un, chanoine de la
-sainte Cathédrale, la langue avait fourché, le jour de Pâques, tandis
-qu'il officiait, et il avait dit à la fin de la messe: «<i>Requiescant
-in pace! Alleluya! Alleluya!</i>» Un autre, en apprenant la mort d'un
-ami, s'était écrié machinalement: «<i>Ite, missa est!</i>» Il reprochait à
-un troisième de porter toujours sur la tête une calotte de drap noir,
-pour dissimuler sa calvitie. Il désignait assez clairement un docteur
-qui affectait, quoique marié, de porter le costume ecclésiastique et
-un religieux, maître de théologie, qu'on aurait pu prendre pour un
-tailleur parce qu'il n'était jamais assis que sur ses talons et
+Dans sa harangue, fort travaillée et qui sentait un peu trop l'apprêt,
+le <i>maestro</i> commença par se moquer, d'ailleurs assez doucement, de
+quelques-uns de ses collègues, rapportant quelques anecdotes récentes
+ou faisant allusion à quelque innocente manie. A l'un, chanoine de la
+sainte Cathédrale, la langue avait fourché, le jour de Pâques, tandis
+qu'il officiait, et il avait dit à la fin de la messe: «<i>Requiescant
+in pace! Alleluya! Alleluya!</i>» Un autre, en apprenant la mort d'un
+ami, s'était écrié machinalement: «<i>Ite, missa est!</i>» Il reprochait à
+un troisième de porter toujours sur la tête une calotte de drap noir,
+pour dissimuler sa calvitie. Il désignait assez clairement un docteur
+qui affectait, quoique marié, de porter le costume ecclésiastique et
+un religieux, maître de théologie, qu'on aurait pu prendre pour un
+tailleur parce qu'il n'était jamais assis que sur ses talons et
remuait sans cesse sa main, de bas en haut, comme s'il tirait
-l'aiguille.&mdash;Il en venait enfin au héros de la fête, qui attendait son
-tour avec inquiétude, et naturellement celui-là était moins ménagé:
-ses travers moraux et ses défauts physiques, son attitude et sa
+l'aiguille.&mdash;Il en venait enfin au héros de la fête, qui attendait son
+tour avec inquiétude, et naturellement celui-là était moins ménagé:
+ses travers moraux et ses défauts physiques, son attitude et sa
physionomie, la couronne touffue de ses cheveux bouffant autour de
<span class="pagenum"><a id="page86" name="page86"></a>[p. 86]</span>
-sa tonsure, sa prétention à un savoir universel, tout cela était
-relevé sans bienveillance, et ces traits réunis finissaient par former
+sa tonsure, sa prétention à un savoir universel, tout cela était
+relevé sans bienveillance, et ces traits réunis finissaient par former
un portrait fort grotesque et sans doute peu ressemblant.
</p>
<p>
-Ce mauvais moment passé, une tradition charitable voulait que le
-président de la cérémonie fît, en manière de contre-partie, le
-panégyrique du récipiendaire. Il n'était pas inutile en effet de le
-relever dans sa propre estime et dans celle de ses futurs collègues,
-surtout quand la verve satirique de ses persécuteurs s'était déchaînée
-sans contrainte; et, en temps ordinaire, quand la présence d'un
+Ce mauvais moment passé, une tradition charitable voulait que le
+président de la cérémonie fît, en manière de contre-partie, le
+panégyrique du récipiendaire. Il n'était pas inutile en effet de le
+relever dans sa propre estime et dans celle de ses futurs collègues,
+surtout quand la verve satirique de ses persécuteurs s'était déchaînée
+sans contrainte; et, en temps ordinaire, quand la présence d'un
monarque ne lui imposait pas quelque retenue, cette verve se portait,
-nous dit-on, à de telles libertés que les étudiants ecclésiastiques
-restaient, ce jour-là, au couvent<a href="#note-111" name="noteref-111"><small> 111</small></a>.
+nous dit-on, à de telles libertés que les étudiants ecclésiastiques
+restaient, ce jour-là, au couvent<a href="#note-111" name="noteref-111"><small> 111</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-111"><!--Note--></a>
111 (<a href="#noteref-111"><small>retour</small></a>)<br />
-Cette coutume du <i>Vejamen</i> était si généralement admise
-que Cisneros lui fit sa place dans les Statuts même de l'Université
-d'Alcalá: «Tandem aliquis de Universitate praefata faciet vexamen
-jocosum.»
+Cette coutume du <i>Vejamen</i> était si généralement admise
+que Cisneros lui fit sa place dans les Statuts même de l'Université
+d'Alcalá: «Tandem aliquis de Universitate praefata faciet vexamen
+jocosum.»
</p>
<p>
-Le <i>Vejamen</i> achevé, le cortège officiel vient reprendre le candidat
-et le conduit dans la nef de la cathédrale, où doit avoir lieu la
-réception solennelle. Une immense estrade y a été dressée, où prennent
-place les hauts dignitaires, les docteurs et les maîtres, tandis que
+Le <i>Vejamen</i> achevé, le cortège officiel vient reprendre le candidat
+et le conduit dans la nef de la cathédrale, où doit avoir lieu la
+réception solennelle. Une immense estrade y a été dressée, où prennent
+place les hauts dignitaires, les docteurs et les maîtres, tandis que
jouent les haut-bois,
<span class="pagenum"><a id="page87" name="page87"></a>[p. 87]</span>
les trompettes et les tambourins<a href="#note-112" name="noteref-112"><small> 112</small></a>. Le candidat prononce, en latin,
-un discours soigneusement travaillé. Le parrain lui répond par une
-autre harangue latine qu'il écoute, à genoux sur un coussin; puis,
-s'approchant de lui, il lui confère les insignes du grade. Il lui
-passe au doigt l'anneau d'or en disant: «Cet anneau est le gage de
-l'union indissoluble que contracte avec toi la Science: applique toi à
-te montrer digne époux d'une telle épouse.» Il lui met un livre entre
-les mains en prononçant ces mots: «Voici le livre. Je l'ouvre pour te
-faire entendre que tu pénétreras les mystères du savoir humain; je le
-ferme pour que tu apprennes à les tenir enfermés, quand il le faudra,
-au plus profond de ton âme<a href="#note-113" name="noteref-113"><small> 113</small></a>.» Il le coiffe ensuite du bonnet de
+un discours soigneusement travaillé. Le parrain lui répond par une
+autre harangue latine qu'il écoute, à genoux sur un coussin; puis,
+s'approchant de lui, il lui confère les insignes du grade. Il lui
+passe au doigt l'anneau d'or en disant: «Cet anneau est le gage de
+l'union indissoluble que contracte avec toi la Science: applique toi à
+te montrer digne époux d'une telle épouse.» Il lui met un livre entre
+les mains en prononçant ces mots: «Voici le livre. Je l'ouvre pour te
+faire entendre que tu pénétreras les mystères du savoir humain; je le
+ferme pour que tu apprennes à les tenir enfermés, quand il le faudra,
+au plus profond de ton âme<a href="#note-113" name="noteref-113"><small> 113</small></a>.» Il le coiffe ensuite du bonnet de
<span class="pagenum"><a id="page88" name="page88"></a>[p. 88]</span>
-docteur, il le fait monter dans une chaire, toujours en récitant les
-formes consacrées; il l'embrasse enfin en lui disant: «Viens donc dans
-mes bras, reçois ce baiser de paix et d'amour; que ce témoignage de
-tendresse te lie éternellement à moi et à l'Université, notre mère.»
+docteur, il le fait monter dans une chaire, toujours en récitant les
+formes consacrées; il l'embrasse enfin en lui disant: «Viens donc dans
+mes bras, reçois ce baiser de paix et d'amour; que ce témoignage de
+tendresse te lie éternellement à moi et à l'Université, notre mère.»
</p>
<p class="foot">
<a name="note-112"><!--Note--></a>
112 (<a href="#noteref-112"><small>retour</small></a>)<br />
-Lope de Vega a encore célébré dans une autre de ses
-pièces, <i>El Bobo del Colegio</i> (II, 4), la pompe de ces cérémonies:
+Lope de Vega a encore célébré dans une autre de ses
+pièces, <i>El Bobo del Colegio</i> (II, 4), la pompe de ces cérémonies:
</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
-<p>«<span class="sc">Fabio.</span>&mdash;No pienso yo que el Imperio, </p>
-<p>Cuando á su elección se hallan </p>
-<p>Los príncipes electores, </p>
+<p>«<span class="sc">Fabio.</span>&mdash;No pienso yo que el Imperio, </p>
+<p>Cuando á su elección se hallan </p>
+<p>Los príncipes electores, </p>
<p>Ya con mitras, ya con armas, </p>
<p>Resplandece en mayor vista </p>
<p>Que cuando ocupan sus gradas </p>
<p>Tantas borlas de colores </p>
<p>Verdes, azules y blancas, </p>
-<p>Carmesíes y amarillas...» </p>
+<p>Carmesíes y amarillas...» </p>
</div>
</div>
<p class="foot">
<a name="note-113"><!--Note--></a>
113 (<a href="#noteref-113"><small>retour</small></a>)<br />
-A l'Université d'Alcalá, les docteurs en droit civil ou
-canon reçoivent en outre le ceinturon avec la dague, les éperons et
-l'épée. (La Fuente, <i>Historia de las Universidades</i>, II, p. 621;
+A l'Université d'Alcalá, les docteurs en droit civil ou
+canon reçoivent en outre le ceinturon avec la dague, les éperons et
+l'épée. (La Fuente, <i>Historia de las Universidades</i>, II, p. 621;
<i>Appendice</i>.)
</p>
<p>
-Le nouveau docteur s'avance alors au milieu de l'estrade, récite à
-voix haute son acte de foi et prête serment. La cérémonie est
-terminée. Dans toute l'église les acclamations éclatent, tandis que
+Le nouveau docteur s'avance alors au milieu de l'estrade, récite à
+voix haute son acte de foi et prête serment. La cérémonie est
+terminée. Dans toute l'église les acclamations éclatent, tandis que
sur des plateaux d'argent les huissiers vont offrir les cadeaux
-d'usage: à chacun des docteurs et maîtres, des gants, une barrette et
+d'usage: à chacun des docteurs et maîtres, des gants, une barrette et
deux doublons; au parrain et au chancelier, cinquante florins; cent
-réaux au bedeau et au notaire des écoles.
+réaux au bedeau et au notaire des écoles.
</p>
<p>
-La cathédrale se vide, et toute l'assistance se rend sur la vaste
+La cathédrale se vide, et toute l'assistance se rend sur la vaste
place de Saint-Martin&mdash;qui est devenue aujourd'hui la <i>Plaza
-Mayor</i>.&mdash;Le maître des cérémonies l'a fait disposer pour la course de
-taureaux, qui est déjà à cette époque l'accompagnement obligé de
-toutes les fêtes,
+Mayor</i>.&mdash;Le maître des cérémonies l'a fait disposer pour la course de
+taureaux, qui est déjà à cette époque l'accompagnement obligé de
+toutes les fêtes,
<span class="pagenum"><a id="page89" name="page89"></a>[p. 89]</span>
-même des fêtes de canonisation<a href="#note-114" name="noteref-114"><small> 114</small></a>. Les arcades ont été fermées par
-une haute barrière derrière laquelle le peuple s'entasse. Les
-magistrats de la ville, les corps constitués se sont installés aux
-fenêtres des maisons que doivent leur céder en ces occasions-là leurs
-légitimes propriétaires. Un large balcon est réservé à l'Université:
-dès que le cortège s'y est assis, les trompettes sonnent, le
+même des fêtes de canonisation<a href="#note-114" name="noteref-114"><small> 114</small></a>. Les arcades ont été fermées par
+une haute barrière derrière laquelle le peuple s'entasse. Les
+magistrats de la ville, les corps constitués se sont installés aux
+fenêtres des maisons que doivent leur céder en ces occasions-là leurs
+légitimes propriétaires. Un large balcon est réservé à l'Université:
+dès que le cortège s'y est assis, les trompettes sonnent, le
Corregidor fait en voiture le tour de la <i>plaza</i>, et la course
commence.
</p>
@@ -2957,35 +2919,35 @@ commence.
<p class="foot">
<a name="note-114"><!--Note--></a>
114 (<a href="#noteref-114"><small>retour</small></a>)<br />
-Il y eut, par exemple, des courses à Salamanque pour la
-canonisation de sainte Thérèse, en 1622, et pour celle de san Juan de
-Sahagún. (Villar, <i>Historia de Salamanca</i>.)
+Il y eut, par exemple, des courses à Salamanque pour la
+canonisation de sainte Thérèse, en 1622, et pour celle de san Juan de
+Sahagún. (Villar, <i>Historia de Salamanca</i>.)
</p>
<p>
-Cinq taureaux, pour le moins, doivent paraître dans l'arène; une
-commission nommée par le Cloître des Docteurs<a href="#note-115" name="noteref-115"><small> 115</small></a> a été les choisir
-quelques jours auparavant dans une <i>ganadería</i> voisine. Les toreros de
-profession sont fort rares en ce temps-là: chacun peut aller, à son
-gré, montrer son courage et son adresse.
+Cinq taureaux, pour le moins, doivent paraître dans l'arène; une
+commission nommée par le Cloître des Docteurs<a href="#note-115" name="noteref-115"><small> 115</small></a> a été les choisir
+quelques jours auparavant dans une <i>ganadería</i> voisine. Les toreros de
+profession sont fort rares en ce temps-là: chacun peut aller, à son
+gré, montrer son courage et son adresse.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-115"><!--Note--></a>
115 (<a href="#noteref-115"><small>retour</small></a>)<br />
-L'assemblée des professeurs titulaires.
+L'assemblée des professeurs titulaires.
</p>
<p>
-Le premier jeu consiste à attirer le taureau, à le détourner à droite
-ou à gauche par un brusque mouvement de la cape rouge et à éviter les
-cornes redoutables, sans remuer les pieds, par une légère inclinaison
+Le premier jeu consiste à attirer le taureau, à le détourner à droite
+ou à gauche par un brusque mouvement de la cape rouge et à éviter les
+cornes redoutables, sans remuer les pieds, par une légère inclinaison
du corps. Quand
<span class="pagenum"><a id="page90" name="page90"></a>[p. 90]</span>
-l'animal commence à se lasser, un signal est donné par le président de
-la course: «Pour lors, raconte un voyageur, tous ceux qui sont dans le
-clos accourent, l'épée à la main, et tâchent de lui couper les jarrets
+l'animal commence à se lasser, un signal est donné par le président de
+la course: «Pour lors, raconte un voyageur, tous ceux qui sont dans le
+clos accourent, l'épée à la main, et tâchent de lui couper les jarrets
pour le mettre bas et le faire mourir. Il y a alors, ajoute-t-il, bien
-du désordre et du danger<a href="#note-116" name="noteref-116"><small> 116</small></a>.» Ce premier jeu est plutôt l'affaire
-«des gens de peu et de nulle considération».
+du désordre et du danger<a href="#note-116" name="noteref-116"><small> 116</small></a>.» Ce premier jeu est plutôt l'affaire
+«des gens de peu et de nulle considération».
</p>
<p class="foot">
@@ -2994,71 +2956,71 @@ du désordre et du danger<a href="#note-116" name="noteref-116"><small> 116</smal
<i>Voyage d'Espagne de M. de Monconys</i> (1628).
</p>
<p>
-Le second jeu est, au contraire, réservé à la noblesse: quelques
-seigneurs montés sur des chevaux bien harnachés, suivis de trente ou
-quarante laquais vêtus d'une même livrée, tournent en saluant autour
+Le second jeu est, au contraire, réservé à la noblesse: quelques
+seigneurs montés sur des chevaux bien harnachés, suivis de trente ou
+quarante laquais vêtus d'une même livrée, tournent en saluant autour
de la <i>plaza</i> et vont se ranger en face de la porte du toril. Quand
l'animal fond sur eux, ils le frappent d'un coup de pique entre les
-deux cornes et se dérobent aussitôt en faisant faire une volte à leur
-cheval. Si leur main a tremblé, si leur arme a dévié, ils sont obligés
-de mettre l'épée à la main, de suivre à pied le taureau et de le tuer
+deux cornes et se dérobent aussitôt en faisant faire une volte à leur
+cheval. Si leur main a tremblé, si leur arme a dévié, ils sont obligés
+de mettre l'épée à la main, de suivre à pied le taureau et de le tuer
sans aucun secours.
</p>
<p>
-Le troisième jeu s'appelle la lançade. «Celui qui la veut donner fait
-bander les yeux à son
+Le troisième jeu s'appelle la lançade. «Celui qui la veut donner fait
+bander les yeux à son
<span class="pagenum"><a id="page91" name="page91"></a>[p. 91]</span>
-cheval: il attend l'attaque et, lorsque le taureau court à lui avec
+cheval: il attend l'attaque et, lorsque le taureau court à lui avec
furie, il lui passe la lance au travers du corps. Quand il manque le
-taureau, le taureau ne le manque pas.»
-</p>
-<p>
-Ces courses étaient, on le voit, beaucoup plus dangereuses que les
-courses d'aujourd'hui<a href="#note-117" name="noteref-117"><small> 117</small></a>, elles laissaient plus de place à
-l'initiative personnelle et offraient infiniment plus d'imprévu. Rien
-ne pouvait être plus passionnant qu'un tel spectacle dont les
-péripéties étaient si brusques et si précipitées, où le plus souvent
-l'extrême hardiesse suppléait à l'expérience et où tant de braves gens
-exposaient tour à tour leur vie, sans profit et pour le plaisir. Ce
-spectacle enfiévrait la jeunesse des Écoles; sur le balcon d'honneur,
-les vénérables juristes, les austères théologiens en savouraient sans
-scrupule les poignantes émotions, et le peuple de Salamanque bénissait
+taureau, le taureau ne le manque pas.»
+</p>
+<p>
+Ces courses étaient, on le voit, beaucoup plus dangereuses que les
+courses d'aujourd'hui<a href="#note-117" name="noteref-117"><small> 117</small></a>, elles laissaient plus de place à
+l'initiative personnelle et offraient infiniment plus d'imprévu. Rien
+ne pouvait être plus passionnant qu'un tel spectacle dont les
+péripéties étaient si brusques et si précipitées, où le plus souvent
+l'extrême hardiesse suppléait à l'expérience et où tant de braves gens
+exposaient tour à tour leur vie, sans profit et pour le plaisir. Ce
+spectacle enfiévrait la jeunesse des Écoles; sur le balcon d'honneur,
+les vénérables juristes, les austères théologiens en savouraient sans
+scrupule les poignantes émotions, et le peuple de Salamanque bénissait
l'antique tradition qui consacrait
<span class="pagenum"><a id="page92" name="page92"></a>[p. 92]</span>
-par de telles fêtes l'investiture d'une dignité si grave et si
+par de telles fêtes l'investiture d'une dignité si grave et si
pacifique.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-117"><!--Note--></a>
117 (<a href="#noteref-117"><small>retour</small></a>)<br />
-Un grand seigneur bohémien qui passa à Salamanque, en
-1467, vit des courses données dans des conditions à peu près
-pareilles: «Le troisième taureau, dit-il, tua deux hommes et en blessa
-huit autres, plus un cheval.» <i>Viaje del noble Boemio León de Rosmital
-de Blatna por España y Portugal.</i> (<i>Viajes por España: Libros de
-Antaño.</i> Madrid, 1879, p. 81.)
+Un grand seigneur bohémien qui passa à Salamanque, en
+1467, vit des courses données dans des conditions à peu près
+pareilles: «Le troisième taureau, dit-il, tua deux hommes et en blessa
+huit autres, plus un cheval.» <i>Viaje del noble Boemio León de Rosmital
+de Blatna por España y Portugal.</i> (<i>Viajes por España: Libros de
+Antaño.</i> Madrid, 1879, p. 81.)
</p>
<p>
-Malheureusement, ces fêtes coûtaient fort cher. Après la course, dont
-les frais étaient naturellement considérables, il fallait encore
+Malheureusement, ces fêtes coûtaient fort cher. Après la course, dont
+les frais étaient naturellement considérables, il fallait encore
offrir une collation qui ne devait pas comprendre moins de cinq
-services, et ajouter aux présents déjà distribués dans la cathédrale
-une quantité d'autres cadeaux: des caisses de fruits secs et des
-sucreries, des dragées, des confitures, des cierges et même des paires
-de poulets<a href="#note-118" name="noteref-118"><small> 118</small></a>. On ne pouvait, sans être riche, suffire à tant
-d'obligations. Plus d'un licencié plein de savoir, nourri de Baldus ou
-des <i>Décrétales</i>, se trouvait ainsi arrêté au terme de ses études.
-Assez souvent des étudiants de fortune modeste s'arrangeaient pour se
-faire graduer le même jour, et la dépense s'en trouvait diminuée; mais
-il fallait, dans ce cas, faire paraître sur la place un plus grand
+services, et ajouter aux présents déjà distribués dans la cathédrale
+une quantité d'autres cadeaux: des caisses de fruits secs et des
+sucreries, des dragées, des confitures, des cierges et même des paires
+de poulets<a href="#note-118" name="noteref-118"><small> 118</small></a>. On ne pouvait, sans être riche, suffire à tant
+d'obligations. Plus d'un licencié plein de savoir, nourri de Baldus ou
+des <i>Décrétales</i>, se trouvait ainsi arrêté au terme de ses études.
+Assez souvent des étudiants de fortune modeste s'arrangeaient pour se
+faire graduer le même jour, et la dépense s'en trouvait diminuée; mais
+il fallait, dans ce cas, faire paraître sur la place un plus grand
nombre de taureaux: dix pour trois docteurs, davantage encore si les
-docteurs étaient plus nombreux. On en courut jusqu'à vingt-trois dans
-une même journée. D'autres candidats,
+docteurs étaient plus nombreux. On en courut jusqu'à vingt-trois dans
+une même journée. D'autres candidats,
<span class="pagenum"><a id="page93" name="page93"></a>[p. 93]</span>
-plus pauvres ou plus avisés, attendaient pour solliciter le diplôme
-qu'un deuil de Cour vînt proscrire toute fête et simplifier la
-cérémonie.
+plus pauvres ou plus avisés, attendaient pour solliciter le diplôme
+qu'un deuil de Cour vînt proscrire toute fête et simplifier la
+cérémonie.
</p>
<p class="foot">
@@ -3071,35 +3033,35 @@ Salamanca.</i>&mdash;Villar, <i>Historia de Salamanca</i>.
<hr class="c5" />
<p>
-Tels étaient les principaux événements de cette vie de Salamanque, si
-indépendante, si variée, si joyeuse, où se coudoyaient de jeunes
-hommes de tous pays et de toutes conditions, où chacun avait la
-liberté de régler son existence suivant son tempérament et suivant ses
-goûts, où la vertu était indulgente aux amusements et même aux folies,
-où les paresseux et les ignorants respectaient en retour le travail et
-le savoir, où la communauté des privilèges et l'égalité des droits
-créaient des liens solides et rendaient supportable l'inégalité des
-fortunes. Sans doute, à mesure que venaient les années, cette
-inégalité ne faisait que s'accentuer davantage. D'anciens camarades de
-cours pouvaient se trouver portés aux deux extrémités de la hiérarchie
-sociale, et la récompense n'était pas toujours proportionnée au mérite
-et à l'effort. Les jeunes gentilshommes s'élevaient naturellement aux
+Tels étaient les principaux événements de cette vie de Salamanque, si
+indépendante, si variée, si joyeuse, où se coudoyaient de jeunes
+hommes de tous pays et de toutes conditions, où chacun avait la
+liberté de régler son existence suivant son tempérament et suivant ses
+goûts, où la vertu était indulgente aux amusements et même aux folies,
+où les paresseux et les ignorants respectaient en retour le travail et
+le savoir, où la communauté des privilèges et l'égalité des droits
+créaient des liens solides et rendaient supportable l'inégalité des
+fortunes. Sans doute, à mesure que venaient les années, cette
+inégalité ne faisait que s'accentuer davantage. D'anciens camarades de
+cours pouvaient se trouver portés aux deux extrémités de la hiérarchie
+sociale, et la récompense n'était pas toujours proportionnée au mérite
+et à l'effort. Les jeunes gentilshommes s'élevaient naturellement aux
hautes charges de l'Etat; bien soutenus
<span class="pagenum"><a id="page94" name="page94"></a>[p. 94]</span>
-et bien dirigés, des étudiants de plus humble origine s'assuraient
-d'honorables destinées, devenaient conseillers, juges, chanoines,
-maîtres dans une Université ou recteurs dans un Collège. Pendant ce
-temps de pauvres diables, à qui tout secours avait manqué, épuisés par
-une lutte trop dure, finissaient garçons d'apothicaire, clercs de
+et bien dirigés, des étudiants de plus humble origine s'assuraient
+d'honorables destinées, devenaient conseillers, juges, chanoines,
+maîtres dans une Université ou recteurs dans un Collège. Pendant ce
+temps de pauvres diables, à qui tout secours avait manqué, épuisés par
+une lutte trop dure, finissaient garçons d'apothicaire, clercs de
procureur, barbiers, sacristains ou marchands<a href="#note-119" name="noteref-119"><small> 119</small></a>. Mais ces
-injustices du sort sont de tous les temps, et ceux mêmes que la chance
-avait trahis gardaient encore à l'antique <i>Estudio</i> un attachement
-fidèle; ils emportaient, comme un bien inestimable et comme une
-consolation, le souvenir des années qu'ils avaient passées à l'ombre
-de ses murs, des joies qu'ils y avaient goûtées et des misères qu'ils
-y avaient gaiement supportées: Salamanque restait pour eux la Ville
-Insigne, «Mère des vertus, des sciences et des arts», et ils
-l'aimaient tous du même amour.
+injustices du sort sont de tous les temps, et ceux mêmes que la chance
+avait trahis gardaient encore à l'antique <i>Estudio</i> un attachement
+fidèle; ils emportaient, comme un bien inestimable et comme une
+consolation, le souvenir des années qu'ils avaient passées à l'ombre
+de ses murs, des joies qu'ils y avaient goûtées et des misères qu'ils
+y avaient gaiement supportées: Salamanque restait pour eux la Ville
+Insigne, «Mère des vertus, des sciences et des arts», et ils
+l'aimaient tous du même amour.
</p>
<p class="foot">
@@ -3115,7 +3077,7 @@ estudiantes.</i> Valencia.
<div><a name="h2H_4_0008" id="h2H_4_0008"><!-- H2 anchor --></a></div>
<h2>
- DEUXIÈME PARTIE.
+ DEUXIÈME PARTIE.
</h2>
<p class="center">
@@ -3123,7 +3085,7 @@ estudiantes.</i> Valencia.
</p>
<p class="subheader">
-Origines et Progrès des Universités Espagnoles.
+Origines et Progrès des Universités Espagnoles.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page96" name="page96"></a>[p. 96]</span>
@@ -3138,105 +3100,105 @@ Origines et Progrès des Universités Espagnoles.
CHAPITRE PREMIER.
</h2>
-<p class="subheader">ANCIENNES UNIVERSITÉS ET FONDATIONS NOUVELLES; MULTIPLICATION DES
+<p class="subheader">ANCIENNES UNIVERSITÉS ET FONDATIONS NOUVELLES; MULTIPLICATION DES
CENTRES D'ENSEIGNEMENT. </p>
<p>
La gloire de Salamanque, avec le besoin croissant d'instruction, avait
-contribué à faire naître d'autres Universités sur divers points de la
-Péninsule.
+contribué à faire naître d'autres Universités sur divers points de la
+Péninsule.
</p>
<p>
-Pendant près d'un siècle, l'Université Salmantine avait été l'unique
-centre des études, le seul asile du savoir: car les premières Écoles
-d'Espagne, celles qu'avait fondées à Palencia Alphonse VIII de
-Castille, n'avaient eu qu'une destinée éphémère<a href="#note-120" name="noteref-120"><small> 120</small></a>. Pendant toute la
-durée du
+Pendant près d'un siècle, l'Université Salmantine avait été l'unique
+centre des études, le seul asile du savoir: car les premières Écoles
+d'Espagne, celles qu'avait fondées à Palencia Alphonse VIII de
+Castille, n'avaient eu qu'une destinée éphémère<a href="#note-120" name="noteref-120"><small> 120</small></a>. Pendant toute la
+durée du
<span class="pagenum"><a id="page98" name="page98"></a>[p. 98]</span>
-treizième siècle, seule elle s'était développée et enrichie.
+treizième siècle, seule elle s'était développée et enrichie.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-120"><!--Note--></a>
120 (<a href="#noteref-120"><small>retour</small></a>)<br />
-Les faibles ressources de cet <i>Estudio</i>, l'hostilité
-des habitants et des autorités ecclésiastiques, la rivalité de deux
-puissants collèges, l'un de Dominicains, l'autre de Franciscains,
-l'avaient obligé de fermer ses portes dès le milieu du treizième
-siècle. L'Université de Salamanque prétendait être sa légitime
-héritière. Lope de Vega fait allusion à cette prétention dans <i>La
+Les faibles ressources de cet <i>Estudio</i>, l'hostilité
+des habitants et des autorités ecclésiastiques, la rivalité de deux
+puissants collèges, l'un de Dominicains, l'autre de Franciscains,
+l'avaient obligé de fermer ses portes dès le milieu du treizième
+siècle. L'Université de Salamanque prétendait être sa légitime
+héritière. Lope de Vega fait allusion à cette prétention dans <i>La
Inocente Sangre</i>, II, <span class="sc">I</span>.
</p>
<p>
-Après Alphonse IX de Léon, son véritable fondateur, saint Ferdinand,
-le conquérant de Séville, avait augmenté le nombre de ses chaires;
-Alphonse le Savant avait payé ses maîtres sur sa propre cassette<a href="#note-121" name="noteref-121"><small> 121</small></a>.
-Dans le même temps, le pape Alexandre IV avait confirmé et étendu ses
-privilèges<a href="#note-122" name="noteref-122"><small> 122</small></a>. Boniface VIII lui avait accordé des rentes<a href="#note-123" name="noteref-123"><small> 123</small></a>. Sur
-elle seule s'étaient ainsi concentrées les faveurs des papes et les
-libéralités des rois.
+Après Alphonse IX de Léon, son véritable fondateur, saint Ferdinand,
+le conquérant de Séville, avait augmenté le nombre de ses chaires;
+Alphonse le Savant avait payé ses maîtres sur sa propre cassette<a href="#note-121" name="noteref-121"><small> 121</small></a>.
+Dans le même temps, le pape Alexandre IV avait confirmé et étendu ses
+privilèges<a href="#note-122" name="noteref-122"><small> 122</small></a>. Boniface VIII lui avait accordé des rentes<a href="#note-123" name="noteref-123"><small> 123</small></a>. Sur
+elle seule s'étaient ainsi concentrées les faveurs des papes et les
+libéralités des rois.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-121"><!--Note--></a>
121 (<a href="#noteref-121"><small>retour</small></a>)<br />
-Cédule de Badajoz (nov. 1252).
+Cédule de Badajoz (nov. 1252).
</p>
<p class="foot">
<a name="note-122"><!--Note--></a>
122 (<a href="#noteref-122"><small>retour</small></a>)<br />
-Bref daté de Naples (avril 1255).
+Bref daté de Naples (avril 1255).
</p>
<p class="foot">
<a name="note-123"><!--Note--></a>
123 (<a href="#noteref-123"><small>retour</small></a>)<br />
-Il lui avait en même temps adressé le recueil nouveau
-de ses Décrétales (livre VI), en lui demandant de créer une chaire
-spéciale pour l'explication de ce livre. Après lui, Jean XXII, Benoît
-XIII, Martin V (auteur d'un plan complet d'études en trente-cinq
-chapitres), Eugène IV furent tour à tour les bienfaiteurs de
-l'Université de Salamanque.
+Il lui avait en même temps adressé le recueil nouveau
+de ses Décrétales (livre VI), en lui demandant de créer une chaire
+spéciale pour l'explication de ce livre. Après lui, Jean XXII, Benoît
+XIII, Martin V (auteur d'un plan complet d'études en trente-cinq
+chapitres), Eugène IV furent tour à tour les bienfaiteurs de
+l'Université de Salamanque.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-124"><!--Note--></a>
124 (<a href="#noteref-124"><small>retour</small></a>)<br />
-On ne peut guère tenir compte de l'Université de
-Murcie, fondée en 1310 dans un couvent de Dominicains, et qui dura
+On ne peut guère tenir compte de l'Université de
+Murcie, fondée en 1310 dans un couvent de Dominicains, et qui dura
peu.
</p>
<p>
-Puis, en l'année 1300, paraît l'Université de Lérida, où le roi Jaime
-II ouvre dès l'abord quinze chaires pour que la <i>Corona</i> d'Aragon
-cesse d'être tributaire, en matière de science, de Castille et de
-Léon.
+Puis, en l'année 1300, paraît l'Université de Lérida, où le roi Jaime
+II ouvre dès l'abord quinze chaires pour que la <i>Corona</i> d'Aragon
+cesse d'être tributaire, en matière de science, de Castille et de
+Léon.
</p>
<p>
-Un demi-siècle encore se passe<a href="#note-124" name="noteref-124"><small> 124</small></a> et Alphonse XI
+Un demi-siècle encore se passe<a href="#note-124" name="noteref-124"><small> 124</small></a> et Alphonse XI
<span class="pagenum"><a id="page99" name="page99"></a>[p. 99]</span>
de Castille fait consacrer par une bulle pontificale<a href="#note-125" name="noteref-125"><small> 125</small></a> une
-institution nouvelle: l'Université de Valladolid, qui commence avec
-dix chaires et qui, cent cinquante ans après, en aura trente-quatre,
-dont les rentes finirent par s'élever jusqu'à 36,000 maravédis d'or et
+institution nouvelle: l'Université de Valladolid, qui commence avec
+dix chaires et qui, cent cinquante ans après, en aura trente-quatre,
+dont les rentes finirent par s'élever jusqu'à 36,000 maravédis d'or et
qui sera une des trois <i>Universidades mayores</i> d'Espagne.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-125"><!--Note--></a>
125 (<a href="#noteref-125"><small>retour</small></a>)<br />
-Bulle de Clément XI, datée d'Avignon (1346).
+Bulle de Clément XI, datée d'Avignon (1346).
</p>
<p>
-Quelques années après, Pierre IV d'Aragon, pour ne pas demeurer en
-reste, crée l'Université d'Huesca (1354).
+Quelques années après, Pierre IV d'Aragon, pour ne pas demeurer en
+reste, crée l'Université d'Huesca (1354).
</p>
<p>
-Puis, pendant plus d'un siècle, les fondations s'interrompent ou sont
-sans importance<a href="#note-126" name="noteref-126"><small> 126</small></a>. Et tout d'un coup, aux approches du seizième
-siècle, le mouvement s'accélère, prend une ampleur vraiment
-surprenante. Il semble que l'Espagne soit alors possédée d'une fièvre
+Puis, pendant plus d'un siècle, les fondations s'interrompent ou sont
+sans importance<a href="#note-126" name="noteref-126"><small> 126</small></a>. Et tout d'un coup, aux approches du seizième
+siècle, le mouvement s'accélère, prend une ampleur vraiment
+surprenante. Il semble que l'Espagne soit alors possédée d'une fièvre
de savoir: comme si elle avait le pressentiment de sa future grandeur,
elle s'efforce par avance de s'en rendre digne.
</p>
@@ -3244,79 +3206,79 @@ elle s'efforce par avance de s'en rendre digne.
<p class="foot">
<a name="note-126"><!--Note--></a>
126 (<a href="#noteref-126"><small>retour</small></a>)<br />
-Luchente (1423), Barcelone (1430), Gérone (1446).
+Luchente (1423), Barcelone (1430), Gérone (1446).
</p>
<p>
-Les princes, tout les premiers, se laissent emporter par ce grand élan
-et les papes n'y mettent pas obstacle.&mdash;Car l'Université est une
+Les princes, tout les premiers, se laissent emporter par ce grand élan
+et les papes n'y mettent pas obstacle.&mdash;Car l'Université est une
<span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>[p. 100]</span>
-institution pontificale aussi bien que royale; elle est même surtout,
-à son origine, un instrument de la puissance romaine. Comme les grades
-qu'elle confère ne se limitent pas aux bornes du royaume et conservent
-leur valeur dans toute la chrétienté, la papauté s'est naturellement
-arrogé le droit de discuter ses statuts, de fixer ses privilèges, de
-contrôler son enseignement<a href="#note-127" name="noteref-127"><small> 127</small></a>. Or, jusqu'à ce moment, le Saint-Siège
-a semblé peu désireux de multiplier ces centres d'instruction, par
+institution pontificale aussi bien que royale; elle est même surtout,
+à son origine, un instrument de la puissance romaine. Comme les grades
+qu'elle confère ne se limitent pas aux bornes du royaume et conservent
+leur valeur dans toute la chrétienté, la papauté s'est naturellement
+arrogé le droit de discuter ses statuts, de fixer ses privilèges, de
+contrôler son enseignement<a href="#note-127" name="noteref-127"><small> 127</small></a>. Or, jusqu'à ce moment, le Saint-Siège
+a semblé peu désireux de multiplier ces centres d'instruction, par
peur sans doute de ne pouvoir plus les dominer aussi absolument s'ils
-devenaient plus nombreux, de les voir se soustraire insensiblement à
-sa surveillance. Jusqu'ici les rois n'ont pu lui arracher qu'après de
-longues et laborieuses négociations les autorisations et confirmations
-nécessaires. Et tout d'un coup il cède au courant. A mesure que les
-princes d'Espagne deviennent plus forts, à mesure que, dans
-l'agitation du reste de l'Europe, leur fidélité lui devient plus
-précieuse, il sent le besoin de se montrer plus libéral et plus
-conciliant. Non seulement il sanctionne sans difficulté les
+devenaient plus nombreux, de les voir se soustraire insensiblement à
+sa surveillance. Jusqu'ici les rois n'ont pu lui arracher qu'après de
+longues et laborieuses négociations les autorisations et confirmations
+nécessaires. Et tout d'un coup il cède au courant. A mesure que les
+princes d'Espagne deviennent plus forts, à mesure que, dans
+l'agitation du reste de l'Europe, leur fidélité lui devient plus
+précieuse, il sent le besoin de se montrer plus libéral et plus
+conciliant. Non seulement il sanctionne sans difficulté les
<span class="pagenum"><a id="page101" name="page101"></a>[p. 101]</span>
-fondations nouvelles, mais encore il en assure généralement la durée
-en leur attribuant une part des rentes ecclésiastiques, sans craindre
-de diminuer ainsi les ressources des évêchés et des paroisses. Les
-rois complètent ces donations en se dépouillant au profit des jeunes
-Universités de certains de leurs revenus, particulièrement des
-<i>tercias</i>, c'est-à-dire des deux neuvièmes qu'ils prélèvent sur les
-dîmes. En même temps, de grands seigneurs, particulièrement de grands
-seigneurs d'Eglise, archevêques et cardinaux, mettent leur honneur à
-élever dans leur diocèse ou dans leur ville natale des bâtiments
-souvent magnifiques, à y ouvrir des Écoles ou des Collèges qu'ils
+fondations nouvelles, mais encore il en assure généralement la durée
+en leur attribuant une part des rentes ecclésiastiques, sans craindre
+de diminuer ainsi les ressources des évêchés et des paroisses. Les
+rois complètent ces donations en se dépouillant au profit des jeunes
+Universités de certains de leurs revenus, particulièrement des
+<i>tercias</i>, c'est-à-dire des deux neuvièmes qu'ils prélèvent sur les
+dîmes. En même temps, de grands seigneurs, particulièrement de grands
+seigneurs d'Eglise, archevêques et cardinaux, mettent leur honneur à
+élever dans leur diocèse ou dans leur ville natale des bâtiments
+souvent magnifiques, à y ouvrir des Écoles ou des Collèges qu'ils
dotent richement, auxquels ils laissent, en mourant, tous leurs biens
-en héritage. Ailleurs, particulièrement dans les pays d'Aragon, où la
-vie municipale a gardé toute sa puissance, ce sont les corps communaux
-qui réclament des Universités, qui les créent, qui les font vivre:
-c'est ainsi que les «jurés» de Saragosse et ceux de Valence veulent
-avoir leurs Ecoles, comme les «paheres» de Lérida et les conseillers
+en héritage. Ailleurs, particulièrement dans les pays d'Aragon, où la
+vie municipale a gardé toute sa puissance, ce sont les corps communaux
+qui réclament des Universités, qui les créent, qui les font vivre:
+c'est ainsi que les «jurés» de Saragosse et ceux de Valence veulent
+avoir leurs Ecoles, comme les «paheres» de Lérida et les conseillers
de Barcelone avaient eu les leurs. Et alors, sur tous les points du
royaume, l'on voit, comme en une floraison superbe, s'aligner les
<span class="pagenum"><a id="page102" name="page102"></a>[p. 102]</span>
colonnades, se dresser les portiques, monter dans les airs les
coupoles et les clochers. Les tailleurs de pierres sculptent encore
-sur les imposantes façades les attributs mythologiques, les emblèmes
-et les blasons, que déjà les salles de cours s'ouvrent et se
-remplissent: déjà se construisent autour de l'Université naissante les
-pensions, les Collèges, les maisons d'étudiants; déjà la ville prend
-une physionomie particulière, ranimée par l'afflux de toute cette
-jeunesse, vivifiée par cet élément de prospérité, et le corps nouveau
-grandit, conscient de sa force, société indépendante au sein de la
-société civile, formant comme une cité libre avec son organisation
-spéciale, ses privilèges, ses exemptions, ses immunités.
+sur les imposantes façades les attributs mythologiques, les emblèmes
+et les blasons, que déjà les salles de cours s'ouvrent et se
+remplissent: déjà se construisent autour de l'Université naissante les
+pensions, les Collèges, les maisons d'étudiants; déjà la ville prend
+une physionomie particulière, ranimée par l'afflux de toute cette
+jeunesse, vivifiée par cet élément de prospérité, et le corps nouveau
+grandit, conscient de sa force, société indépendante au sein de la
+société civile, formant comme une cité libre avec son organisation
+spéciale, ses privilèges, ses exemptions, ses immunités.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-127"><!--Note--></a>
127 (<a href="#noteref-127"><small>retour</small></a>)<br />
-Il en est de même à Paris, où l'autorité pontificale
-crée ou supprime à son gré les chaires de l'Université et y interdit
-même l'enseignement du droit civil.
+Il en est de même à Paris, où l'autorité pontificale
+crée ou supprime à son gré les chaires de l'Université et y interdit
+même l'enseignement du droit civil.
</p>
<p>
-En 1472, se fonde l'Université de Sigüenza; deux ans après, celle de
-Saragosse; en 1482, celle d'Ávila; en 1500, celle de Valence<a href="#note-128" name="noteref-128"><small> 128</small></a>; en
-1504, celle de Santiago<a href="#note-129" name="noteref-129"><small> 129</small></a>; en 1508, celle d'Alcalá; en 1516, celle
-de Séville; en 1520, celle de Tolède; en 1533, celle de Lucena; en
+En 1472, se fonde l'Université de Sigüenza; deux ans après, celle de
+Saragosse; en 1482, celle d'Ãvila; en 1500, celle de Valence<a href="#note-128" name="noteref-128"><small> 128</small></a>; en
+1504, celle de Santiago<a href="#note-129" name="noteref-129"><small> 129</small></a>; en 1508, celle d'Alcalá; en 1516, celle
+de Séville; en 1520, celle de Tolède; en 1533, celle de Lucena; en
1534, celle
<span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>[p. 103]</span>
-de Sahagún, bientôt transférée à Irache; en 1537, celle de
-Grenade<a href="#note-130" name="noteref-130"><small> 130</small></a>; en 1542, celle d'Oñate; en 1547, celle de Gandía<a href="#note-131" name="noteref-131"><small> 131</small></a>;
+de Sahagún, bientôt transférée à Irache; en 1537, celle de
+Grenade<a href="#note-130" name="noteref-130"><small> 130</small></a>; en 1542, celle d'Oñate; en 1547, celle de Gandía<a href="#note-131" name="noteref-131"><small> 131</small></a>;
en 1548, celle d'Osuna<a href="#note-132" name="noteref-132"><small> 132</small></a>; en 1551, celle d'Osma<a href="#note-133" name="noteref-133"><small> 133</small></a>; en 1553,
-celle d'Almagro, et, à peu près à la même époque, celle
+celle d'Almagro, et, à peu près à la même époque, celle
d'Oropesa<a href="#note-134" name="noteref-134"><small> 134</small></a>; en 1565, celle de Baeza; en 1568, celle
d'Orihuela<a href="#note-135" name="noteref-135"><small> 135</small></a>; en 1572, celle de Tarragone<a href="#note-136" name="noteref-136"><small> 136</small></a>.
</p>
@@ -3324,8 +3286,8 @@ d'Orihuela<a href="#note-135" name="noteref-135"><small> 135</small></a>; en 157
<p class="foot">
<a name="note-128"><!--Note--></a>
128 (<a href="#noteref-128"><small>retour</small></a>)<br />
-Favorisée, dès son origine, par le pape Alexandre VI
-(Rodrigo Borgia), né aux environs de Valence et ancien évêque de cette
+Favorisée, dès son origine, par le pape Alexandre VI
+(Rodrigo Borgia), né aux environs de Valence et ancien évêque de cette
ville.
</p>
@@ -3338,53 +3300,53 @@ Bulle de Jules II (1504).
<p class="foot">
<a name="note-130"><!--Note--></a>
130 (<a href="#noteref-130"><small>retour</small></a>)<br />
-En 1526, Charles-Quint avait déjà fondé à Grenade le
+En 1526, Charles-Quint avait déjà fondé à Grenade le
<i>Colegio de Santa Cruz de la Fe</i> et le <i>Imperial de San Miguel</i>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-131"><!--Note--></a>
131 (<a href="#noteref-131"><small>retour</small></a>)<br />
-Fondée par saint François de Borgia, duc de Gandía.
+Fondée par saint François de Borgia, duc de Gandía.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-132"><!--Note--></a>
132 (<a href="#noteref-132"><small>retour</small></a>)<br />
-Fondée par D. Juan Téllez Girón, quatrième comte
-d'Ureña.
+Fondée par D. Juan Téllez Girón, quatrième comte
+d'Ureña.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-133"><!--Note--></a>
133 (<a href="#noteref-133"><small>retour</small></a>)<br />
-Fondée par D. Pedro Álvarez de Acosta, évêque de Osma.
+Fondée par D. Pedro Ãlvarez de Acosta, évêque de Osma.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-134"><!--Note--></a>
134 (<a href="#noteref-134"><small>retour</small></a>)<br />
-Fondée par D. Francisco Álvarez de Toledo, natif de
-cette ville et vice-roi du Pérou.
+Fondée par D. Francisco Ãlvarez de Toledo, natif de
+cette ville et vice-roi du Pérou.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-135"><!--Note--></a>
135 (<a href="#noteref-135"><small>retour</small></a>)<br />
-Fondée par D. Fernando de Loaces, archevêque de Valence
+Fondée par D. Fernando de Loaces, archevêque de Valence
et patriarche d'Antioche.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-136"><!--Note--></a>
136 (<a href="#noteref-136"><small>retour</small></a>)<br />
-Fondée par le cardinal D. Melchor Cervantes de Gaeta,
-archevêque de Tarragone.
+Fondée par le cardinal D. Melchor Cervantes de Gaeta,
+archevêque de Tarragone.
</p>
<p>
-Vingt Universités en cent ans, alors qu'autrefois il en était né
-quatre en deux siècles! Dans la suite, l'Espagne n'en verra plus que
-cinq ou six nouvelles<a href="#note-137" name="noteref-137"><small> 137</small></a>: il semble qu'elle ait fait à ce moment
+Vingt Universités en cent ans, alors qu'autrefois il en était né
+quatre en deux siècles! Dans la suite, l'Espagne n'en verra plus que
+cinq ou six nouvelles<a href="#note-137" name="noteref-137"><small> 137</small></a>: il semble qu'elle ait fait à ce moment
tout son effort.
</p>
@@ -3392,63 +3354,63 @@ tout son effort.
<a name="note-137"><!--Note--></a>
137 (<a href="#noteref-137"><small>retour</small></a>)<br />
Vich (1599), Oviedo (1604), Pampelune (1619), Tortosa
-(1645), Mayorque (1691): nous ne comptons ni Madrid, héritière de
-l'Université d'Alcalá (1836), ni Cervera, formée en 1714 par la
-réunion des Universités de Catalogne.
+(1645), Mayorque (1691): nous ne comptons ni Madrid, héritière de
+l'Université d'Alcalá (1836), ni Cervera, formée en 1714 par la
+réunion des Universités de Catalogne.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>[p. 104]</span>
</p>
<p>
Et ce qui est encore plus surprenant que le nombre de ces
-établissements, c'est leur extrême variété. Chacun a son individualité
-propre et comme sa personnalité. L'on n'en trouverait pas deux qui
-aient eu la même origine, les mêmes constitutions, qui aient donné le
-même enseignement, qui aient vécu des mêmes ressources.
+établissements, c'est leur extrême variété. Chacun a son individualité
+propre et comme sa personnalité. L'on n'en trouverait pas deux qui
+aient eu la même origine, les mêmes constitutions, qui aient donné le
+même enseignement, qui aient vécu des mêmes ressources.
</p>
<p>
Les uns, nous l'avons dit, doivent leur existences et les moyens de la
-soutenir à des papes, d'autres à des rois, d'autres à de grands
-seigneurs, d'autres à des évêques, d'autres à des assemblées
+soutenir à des papes, d'autres à des rois, d'autres à de grands
+seigneurs, d'autres à des évêques, d'autres à des assemblées
municipales.
</p>
<p>
-Les uns, comme avaient fait Salamanque et Lérida, empruntent aux
-Universités italiennes, et particulièrement à Bologne, leur
-organisation démocratique et semblent s'être inspirés dans leurs
-statuts des <i>Habita</i> de Frédéric I<sup>er</sup> et des diplômes de Frédéric
-II. D'autres, comme Saragosse et Alcalá, se modèlent sur Paris;
+Les uns, comme avaient fait Salamanque et Lérida, empruntent aux
+Universités italiennes, et particulièrement à Bologne, leur
+organisation démocratique et semblent s'être inspirés dans leurs
+statuts des <i>Habita</i> de Frédéric I<sup>er</sup> et des diplômes de Frédéric
+II. D'autres, comme Saragosse et Alcalá, se modèlent sur Paris;
d'autres, comme Barcelone, sur Toulouse; d'autres, comme Huesca, sur
Montpellier.
</p>
<p>
-Les uns sont indépendants et laïques, quoique souvent entretenus par
-les rentes de l'Eglise. D'autres sont des sortes de séminaires qui
-appartiennent à des ordres monastiques, sont installés dans leurs
-couvents, relèvent directement
+Les uns sont indépendants et laïques, quoique souvent entretenus par
+les rentes de l'Eglise. D'autres sont des sortes de séminaires qui
+appartiennent à des ordres monastiques, sont installés dans leurs
+couvents, relèvent directement
<span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>[p. 105]</span>
-de leurs supérieurs: telles, par exemple, l'Université de Luchente,
-fondée dans un couvent de Franciscains, ou celle de Gandía, qui est
-aux Jésuites, ou celles d'Almagro et d'Orihuela, qui sont aux
+de leurs supérieurs: telles, par exemple, l'Université de Luchente,
+fondée dans un couvent de Franciscains, ou celle de Gandía, qui est
+aux Jésuites, ou celles d'Almagro et d'Orihuela, qui sont aux
Dominicains.
</p>
<p>
-Les uns sont de grands centres d'instruction supérieure, où les
-chaires sont nombreuses, où sont représentées toutes les matières du
-savoir, où les libres recherches ont leur place à côté de
-l'enseignement professionnel. Les autres, comme Sigüenza, comme
-Séville, comme Oñate, comme Osuna, comme Osma, sont des
-Collèges-Universités, sortes d'institutions hybrides, dont les
-ressources sont généralement médiocres, l'enseignement limité, dont
-l'existence est intimement liée à celle d'un Collège qui leur fournit
-à la fois ses étudiants et ses maîtres.
+Les uns sont de grands centres d'instruction supérieure, où les
+chaires sont nombreuses, où sont représentées toutes les matières du
+savoir, où les libres recherches ont leur place à côté de
+l'enseignement professionnel. Les autres, comme Sigüenza, comme
+Séville, comme Oñate, comme Osuna, comme Osma, sont des
+Collèges-Universités, sortes d'institutions hybrides, dont les
+ressources sont généralement médiocres, l'enseignement limité, dont
+l'existence est intimement liée à celle d'un Collège qui leur fournit
+à la fois ses étudiants et ses maîtres.
</p>
<p>
-Parmi les grandes Universités nées dans cette brillante époque des
-Rois Catholiques et de Charles-Quint, la plus intéressante est Alcalá:
-elle a exercé sur la culture espagnole une influence certaine et
+Parmi les grandes Universités nées dans cette brillante époque des
+Rois Catholiques et de Charles-Quint, la plus intéressante est Alcalá:
+elle a exercé sur la culture espagnole une influence certaine et
l'histoire de sa naissance est aussi significative que celle de ses
-progrès.
+progrès.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>[p. 106]</span>
@@ -3461,17 +3423,17 @@ progrès.
</h2>
<p class="subheader">
-UNE GRANDE UNIVERSITÉ: ALCALÁ.
+UNE GRANDE UNIVERSITÉ: ALCALÃ.
</p>
<p>
-A six lieues de Madrid, sur la rive droite du Hénarès, au milieu d'une
-vaste plaine assez nue, coupée par le ruisseau d'une ligne de verdure,
-la vieille Alcalá abritait dans son enceinte massive, couronnée de
+A six lieues de Madrid, sur la rive droite du Hénarès, au milieu d'une
+vaste plaine assez nue, coupée par le ruisseau d'une ligne de verdure,
+la vieille Alcalá abritait dans son enceinte massive, couronnée de
tours, une population pacifique et une vie silencieuse, lorsque le
-grand Jiménez de Cisneros, moine franciscain, confesseur de la reine
-Isabelle, archevêque de Tolède, primat d'Espagne et chancelier de
-Castille, résolut d'y fonder, à la place du petit Collège où il avait
-jadis étudié la grammaire et les humanités, une Université immense et
+grand Jiménez de Cisneros, moine franciscain, confesseur de la reine
+Isabelle, archevêque de Tolède, primat d'Espagne et chancelier de
+Castille, résolut d'y fonder, à la place du petit Collège où il avait
+jadis étudié la grammaire et les humanités, une Université immense et
magnifique, capable de rivaliser avec Salamanque<a href="#note-138" name="noteref-138"><small> 138</small></a>, digne de la
gloire des temps nouveaux.
</p>
@@ -3479,226 +3441,226 @@ gloire des temps nouveaux.
<p class="foot">
<a name="note-138"><!--Note--></a>
138 (<a href="#noteref-138"><small>retour</small></a>)<br />
-C'est cependant à Salamanque que Cisneros avait
-continué ses études. Il y avait été, en 1450, à l'âge de quatorze ans,
-il y avait étudié à la fois le droit civil et le droit canon et il
-avait obtenu le baccalauréat dans l'une et dans l'autre Faculté.
+C'est cependant à Salamanque que Cisneros avait
+continué ses études. Il y avait été, en 1450, à l'âge de quatorze ans,
+il y avait étudié à la fois le droit civil et le droit canon et il
+avait obtenu le baccalauréat dans l'une et dans l'autre Faculté.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>[p. 107]</span>
</p>
<p>
-Tandis que les Écoles Salmantines avaient crû lentement, d'année en
-année, de siècle en siècle, l'Université nouvelle fut une création
-subite, que pouvait seule réaliser une volonté aussi puissante et
+Tandis que les Écoles Salmantines avaient crû lentement, d'année en
+année, de siècle en siècle, l'Université nouvelle fut une création
+subite, que pouvait seule réaliser une volonté aussi puissante et
aussi tenace: elle fut l'&oelig;uvre d'un homme, et d'un homme qui, ayant
-déjà dépassé les limites ordinaires de la vie, sentait qu'il devait se
-hâter s'il voulait voir de ses yeux l'achèvement de son entreprise.
+déjà dépassé les limites ordinaires de la vie, sentait qu'il devait se
+hâter s'il voulait voir de ses yeux l'achèvement de son entreprise.
</p>
<p>
-En moins d'une année, Cisneros choisit l'emplacement, achète les
+En moins d'une année, Cisneros choisit l'emplacement, achète les
terrains, fait dresser par l'architecte Pedro Gumiel les plans du
-futur édifice. Le 14 mars 1498, il en pose solennellement la première
-pierre. Pendant que les murs s'élèvent, il quitte souvent son palais
-de Tolède, interrompt ses graves occupations et, comme fera plus tard
+futur édifice. Le 14 mars 1498, il en pose solennellement la première
+pierre. Pendant que les murs s'élèvent, il quitte souvent son palais
+de Tolède, interrompt ses graves occupations et, comme fera plus tard
Philippe II pour son Escurial gigantesque, il vient regarder grandir
-son ouvrage; on le voit quelquefois prenant lui-même des mesures, la
-règle et l'équerre en main, et distribuant de l'argent aux ouvriers
-pour stimuler leur zèle.
+son ouvrage; on le voit quelquefois prenant lui-même des mesures, la
+règle et l'équerre en main, et distribuant de l'argent aux ouvriers
+pour stimuler leur zèle.
</p>
<p>
-Dès l'année 1499, il a obtenu du pape Alexandre VI deux bulles qui
-concèdent à l'institution nouvelle des rentes et des privilèges.
+Dès l'année 1499, il a obtenu du pape Alexandre VI deux bulles qui
+concèdent à l'institution nouvelle des rentes et des privilèges.
</p>
<p>
-Cependant les travaux matériels n'avancent
+Cependant les travaux matériels n'avancent
<span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>[p. 108]</span>
-pas assez vite à son gré. Il ordonne que l'on achève les murs en
-torchis, et comme le roi Ferdinand s'étonne de la pauvreté de la
-bâtisse: «Je laisserai, lui répond-il, assez d'or à cette Université
-pour que ses fils puissent la refaire de marbre.» Et après sa mort on
+pas assez vite à son gré. Il ordonne que l'on achève les murs en
+torchis, et comme le roi Ferdinand s'étonne de la pauvreté de la
+bâtisse: «Je laisserai, lui répond-il, assez d'or à cette Université
+pour que ses fils puissent la refaire de marbre.» Et après sa mort on
la refera de marbre en effet: on sculptera dans la pierre dure la
-belle façade de style plateresque d'après les dessins de Gil de
-Hontañón; en souvenir de Cisneros on y fera courir, au-dessous de
-l'écusson royal, autour des balcons, la cordelière à gros n&oelig;uds des
-Franciscains; on élèvera les arceaux du magnifique cloître, on
-décorera somptueusement la vaste salle du Paranymphe et, au-dessus de
-son plus beau portique, l'Université attestera par cette inscription
-qu'elle a réalisé le v&oelig;u de son fondateur: <i>Olim lutea, nunc
-marmorea</i>, «Autrefois de boue, maintenant de marbre».
-</p>
-<p>
-Le 26 juillet 1508, des cours déjà s'inaugurent dans les bâtiments
-encore inachevés et on y fait en grande cérémonie une leçon sur
+belle façade de style plateresque d'après les dessins de Gil de
+Hontañón; en souvenir de Cisneros on y fera courir, au-dessous de
+l'écusson royal, autour des balcons, la cordelière à gros n&oelig;uds des
+Franciscains; on élèvera les arceaux du magnifique cloître, on
+décorera somptueusement la vaste salle du Paranymphe et, au-dessus de
+son plus beau portique, l'Université attestera par cette inscription
+qu'elle a réalisé le v&oelig;u de son fondateur: <i>Olim lutea, nunc
+marmorea</i>, «Autrefois de boue, maintenant de marbre».
+</p>
+<p>
+Le 26 juillet 1508, des cours déjà s'inaugurent dans les bâtiments
+encore inachevés et on y fait en grande cérémonie une leçon sur
l'<i>Ethique</i> d'Aristote.
</p>
<p>
-En 1509, Cisneros semble oublier quelque temps son &oelig;uvre préférée:
-il part sur la flotte qu'il a équipée à ses frais pour enlever Oran
-aux Barbaresques; mais, à peine revenu de
+En 1509, Cisneros semble oublier quelque temps son &oelig;uvre préférée:
+il part sur la flotte qu'il a équipée à ses frais pour enlever Oran
+aux Barbaresques; mais, à peine revenu de
<span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>[p. 109]</span>
-cette brillante expédition, alors que la Cour le presse d'aller
-recevoir à Valladolid les témoignages de la reconnaissance publique,
-il se rend tout droit à Alcalá. Les habitants ont ouvert pour son
-entrée une brèche dans leurs murailles: il se détourne modestement de
-cette voie triomphale et, pénétrant dans la ville par la porte
-ordinaire, il va tout de suite déposer dans le trésor de l'Université
-les trophées de sa victoire qu'apportent des chameaux et des esclaves
+cette brillante expédition, alors que la Cour le presse d'aller
+recevoir à Valladolid les témoignages de la reconnaissance publique,
+il se rend tout droit à Alcalá. Les habitants ont ouvert pour son
+entrée une brèche dans leurs murailles: il se détourne modestement de
+cette voie triomphale et, pénétrant dans la ville par la porte
+ordinaire, il va tout de suite déposer dans le trésor de l'Université
+les trophées de sa victoire qu'apportent des chameaux et des esclaves
africains: des vases d'or et d'argent, des bijoux pris dans les
-mosquées et une collection de manuscrits arabes encore plus précieuse.
+mosquées et une collection de manuscrits arabes encore plus précieuse.
</p>
<p>
-En 1513, il publie les fameux Statuts qu'on peut voir encore revêtus
-de sa signature, dans l'<i>Archivo Histórico</i> d'Alcalá. Il a alors près
-de quatre-vingts ans; depuis la mort de la reine Isabelle son autorité
-n'a fait que s'accroître. Il est maintenant cardinal, Grand
+En 1513, il publie les fameux Statuts qu'on peut voir encore revêtus
+de sa signature, dans l'<i>Archivo Histórico</i> d'Alcalá. Il a alors près
+de quatre-vingts ans; depuis la mort de la reine Isabelle son autorité
+n'a fait que s'accroître. Il est maintenant cardinal, Grand
Inquisiteur. Il organise les tribunaux du Saint-Office, il porte le
-poids des grandes affaires de la monarchie: et pourtant il a trouvé le
-temps de préparer lui-même pour le corps qui commence à naître une
-Constitution, une Charte, des programmes, de tout prévoir et de tout
-régler.
+poids des grandes affaires de la monarchie: et pourtant il a trouvé le
+temps de préparer lui-même pour le corps qui commence à naître une
+Constitution, une Charte, des programmes, de tout prévoir et de tout
+régler.
</p>
<p>
-Si Alcalá jouit des mêmes <i>fueros</i>, des mêmes
+Si Alcalá jouit des mêmes <i>fueros</i>, des mêmes
<span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>[p. 110]</span>
-immunités que Salamanque, son organisation est tout à fait différente.
-Alors que Salamanque est essentiellement démocratique et conserve
-encore les libertés du Moyen-Age, on voit se manifester dans les
-Statuts d'Alcalá ce pouvoir centralisateur qui est en train de
-s'étendre sur toute l'Espagne et qui plus tard s'affirmera jusqu'à
-l'exagération. Toute l'Université gravite autour d'un centre, qui est
-le Grand Collège de San Ildefonso, et ce Collège est gouverné par un
-seul homme, le Recteur que nomme l'archevêque de Tolède et qui est le
-représentant direct des rois de Castille. Les boursiers de San
+immunités que Salamanque, son organisation est tout à fait différente.
+Alors que Salamanque est essentiellement démocratique et conserve
+encore les libertés du Moyen-Age, on voit se manifester dans les
+Statuts d'Alcalá ce pouvoir centralisateur qui est en train de
+s'étendre sur toute l'Espagne et qui plus tard s'affirmera jusqu'à
+l'exagération. Toute l'Université gravite autour d'un centre, qui est
+le Grand Collège de San Ildefonso, et ce Collège est gouverné par un
+seul homme, le Recteur que nomme l'archevêque de Tolède et qui est le
+représentant direct des rois de Castille. Les boursiers de San
Ildefonso n'ont pas besoin de sortir de leur maison, comme leurs
-collègues des <i>Mayores</i> de Salamanque, pour aller suivre les cours de
-l'Université: ces cours se font chez eux, dans la demeure magnifique
-qui leur appartient, où les professeurs et les étudiants libres ne
-sont que leurs hôtes. C'est le Collège qui paye les salaires, qui
-administre les biens de la communauté. Une aristocratie domine tout le
-corps universitaire, maîtres et écoliers, et cette aristocratie
-elle-même est soumise à une volonté unique, qui a tous les pouvoirs,
-même celui d'excommunier.
+collègues des <i>Mayores</i> de Salamanque, pour aller suivre les cours de
+l'Université: ces cours se font chez eux, dans la demeure magnifique
+qui leur appartient, où les professeurs et les étudiants libres ne
+sont que leurs hôtes. C'est le Collège qui paye les salaires, qui
+administre les biens de la communauté. Une aristocratie domine tout le
+corps universitaire, maîtres et écoliers, et cette aristocratie
+elle-même est soumise à une volonté unique, qui a tous les pouvoirs,
+même celui d'excommunier.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>[p. 111]</span>
</p>
<p>
-Quant aux programmes, ils sont visiblement calqués sur ceux de
-l'Université de Paris; le fondateur le rappelle lui-même à chaque
-instant: «Cela se fera, dit-il, suivant la coutume de Paris, <i>more
-parisiensi</i>.»
+Quant aux programmes, ils sont visiblement calqués sur ceux de
+l'Université de Paris; le fondateur le rappelle lui-même à chaque
+instant: «Cela se fera, dit-il, suivant la coutume de Paris, <i>more
+parisiensi</i>.»
</p>
<p>
-La licence, grade moyen, intermédiaire entre le baccalauréat et le
-doctorat, et dont la plupart des étudiants se contentent, la licence
-est à Salamanque relativement facile; l'épreuve orale, ou
-<i>repetición</i>, s'y réduit à une argumentation et à un discours. Ici la
-préparation en est longue et, comme à la Sorbonne, elle comporte une
-série d'examens redoutables. Pour être licencié de théologie, par
+La licence, grade moyen, intermédiaire entre le baccalauréat et le
+doctorat, et dont la plupart des étudiants se contentent, la licence
+est à Salamanque relativement facile; l'épreuve orale, ou
+<i>repetición</i>, s'y réduit à une argumentation et à un discours. Ici la
+préparation en est longue et, comme à la Sorbonne, elle comporte une
+série d'examens redoutables. Pour être licencié de théologie, par
exemple, il faut dix ans de cours<a href="#note-139" name="noteref-139"><small> 139</small></a>. Quand on est bachelier, qu'on
a subi la <i>tentativa</i>, le <i>primero</i>, le <i>segundo</i> et le <i>tercero
-principio</i>, il faut affronter tour à tour les quatre grandes épreuves:
+principio</i>, il faut affronter tour à tour les quatre grandes épreuves:
le <i>Quod libet</i>, la <i>Parva Ordinaria</i>, la <i>Magna Ordinaria</i> et
l'<i>Alfonsina</i>. Le dernier de ces <i>actos</i> est le plus terrible: il
-ressemble à ce qu'à Paris on appelle la <i>Sorbonica</i>. Pendant tout un
-jour, quelquefois deux jours durant, le candidat doit répondre devant
+ressemble à ce qu'à Paris on appelle la <i>Sorbonica</i>. Pendant tout un
+jour, quelquefois deux jours durant, le candidat doit répondre devant
<span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>[p. 112]</span>
-le cloître plein des professeurs et des docteurs à cent vingt
-questions de théologie, chacun étant libre d'argumenter contre lui, en
-latin, s'entend, «dans la forme syllogistique ou socratique<a href="#note-140" name="noteref-140"><small> 140</small></a>».
+le cloître plein des professeurs et des docteurs à cent vingt
+questions de théologie, chacun étant libre d'argumenter contre lui, en
+latin, s'entend, «dans la forme syllogistique ou socratique<a href="#note-140" name="noteref-140"><small> 140</small></a>».
</p>
<p class="foot">
<a name="note-139"><!--Note--></a>
139 (<a href="#noteref-139"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Non nisi duobus lustris peractis</i>, dit Álvaro Gómez.
+<i>Non nisi duobus lustris peractis</i>, dit Ãlvaro Gómez.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-140"><!--Note--></a>
140 (<a href="#noteref-140"><small>retour</small></a>)<br />
-De fait, cette épreuve parut si dure que, lorsqu'une
-fois on y avait échoué, on ne s'y représentait plus: on préférait
-aller se faire graduer à Tolède ou ailleurs.
+De fait, cette épreuve parut si dure que, lorsqu'une
+fois on y avait échoué, on ne s'y représentait plus: on préférait
+aller se faire graduer à Tolède ou ailleurs.
</p>
<p>
Naturellement le doctorat est encore moins abordable.
</p>
<p>
-Le désir de créer en Espagne un centre de fortes études théologiques
-semble avoir été la première préoccupation du fondateur: c'est pour
-stimuler les efforts des étudiants qu'il avait ainsi multiplié les
-épreuves difficiles. En même temps il prenait soin de tenir en haleine
-le zèle des maîtres en établissant que leur traitement serait
-proportionné au nombre de leurs auditeurs, et aussi qu'ils seraient
-tous, au bout de quatre années d'enseignement, soumis à la réélection.
-Enfin en proscrivant l'enseignement du droit civil<a href="#note-141" name="noteref-141"><small> 141</small></a>, évidemment il
-se préoccupait bien moins de donner une nouvelle
+Le désir de créer en Espagne un centre de fortes études théologiques
+semble avoir été la première préoccupation du fondateur: c'est pour
+stimuler les efforts des étudiants qu'il avait ainsi multiplié les
+épreuves difficiles. En même temps il prenait soin de tenir en haleine
+le zèle des maîtres en établissant que leur traitement serait
+proportionné au nombre de leurs auditeurs, et aussi qu'ils seraient
+tous, au bout de quatre années d'enseignement, soumis à la réélection.
+Enfin en proscrivant l'enseignement du droit civil<a href="#note-141" name="noteref-141"><small> 141</small></a>, évidemment il
+se préoccupait bien moins de donner une nouvelle
<span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>[p. 113]</span>
preuve de son respect pour les traditions parisiennes que de tourner
-exclusivement vers la théologie et le droit canon des activités
-qu'auraient pu solliciter des carrières plus lucratives<a href="#note-142" name="noteref-142"><small> 142</small></a>. Tout
-fait donc supposer que, dans la pensée de Cisneros, la fondation de
-son Université était le complément naturel des mesures qu'il avait
-déjà prises pour réformer le clergé séculier et les ordres
+exclusivement vers la théologie et le droit canon des activités
+qu'auraient pu solliciter des carrières plus lucratives<a href="#note-142" name="noteref-142"><small> 142</small></a>. Tout
+fait donc supposer que, dans la pensée de Cisneros, la fondation de
+son Université était le complément naturel des mesures qu'il avait
+déjà prises pour réformer le clergé séculier et les ordres
monastiques<a href="#note-143" name="noteref-143"><small> 143</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-141"><!--Note--></a>
141 (<a href="#noteref-141"><small>retour</small></a>)<br />
-Il resta interdit à Alcalá jusqu'à l'année 1771, où
-deux chaires furent consacrées à l'étude des <i>Institutes</i> de
+Il resta interdit à Alcalá jusqu'à l'année 1771, où
+deux chaires furent consacrées à l'étude des <i>Institutes</i> de
Justinien.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-142"><!--Note--></a>
142 (<a href="#noteref-142"><small>retour</small></a>)<br />
-C'est sans doute le même motif qui avait déterminé le
-pape Honorius III à supprimer le droit civil à Paris (bulle de 1219).
-Voir Luchaire, <i>L'Université de Paris sous Philippe-Auguste</i>, 1899, p.
+C'est sans doute le même motif qui avait déterminé le
+pape Honorius III à supprimer le droit civil à Paris (bulle de 1219).
+Voir Luchaire, <i>L'Université de Paris sous Philippe-Auguste</i>, 1899, p.
58.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-143"><!--Note--></a>
143 (<a href="#noteref-143"><small>retour</small></a>)<br />
-De fait, la théologie resta pendant assez longtemps à
-Alcalá la Faculté maîtresse. Nous lisons en tête d'un curieux petit
-livre publié par l'Université en 1560: «La principal profesión desta
-Universidad es teología». (<i>El Recibimiento que la Universidad de
-Alcalá de Henares hizo á los Reyes, nuestros señores</i>, Alcalá de
+De fait, la théologie resta pendant assez longtemps à
+Alcalá la Faculté maîtresse. Nous lisons en tête d'un curieux petit
+livre publié par l'Université en 1560: «La principal profesión desta
+Universidad es teología». (<i>El Recibimiento que la Universidad de
+Alcalá de Henares hizo á los Reyes, nuestros señores</i>, Alcalá de
Henares, 1560, p. 1).
</p>
<p>
-Ses Statuts publiés, approuvés par l'autorité royale et l'autorité
-pontificale, l'Université d'Alcalá existe officiellement. La vaste
-usine de travail a maintenant tous ses rouages. Le cardinal a déjà
-choisi le Recteur du grand collège, qui administrera aussi les Écoles:
-c'est un jeune étudiant, désigné par des mérites exceptionnels et
-qu'on a fait venir exprès de Salamanque; il
+Ses Statuts publiés, approuvés par l'autorité royale et l'autorité
+pontificale, l'Université d'Alcalá existe officiellement. La vaste
+usine de travail a maintenant tous ses rouages. Le cardinal a déjà
+choisi le Recteur du grand collège, qui administrera aussi les Écoles:
+c'est un jeune étudiant, désigné par des mérites exceptionnels et
+qu'on a fait venir exprès de Salamanque; il
<span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>[p. 114]</span>
-s'appelle Pedro Campos. A peine créées, les chaires ont été pourvues:
-elles sont occupées par des maîtres éminents qu'on a pris un peu
-partout dans la Péninsule et dans les autres Universités d'Europe. Il
-y en a quarante-deux: six de théologie, six de droit canon, quatre de
-médecine, deux d'anatomie et de chirurgie, huit de <i>artes</i>, une de
-philosophie morale, une de mathématiques, quatorze de langues,
-grammaire et rhétorique. On a recueilli en quelques années les
-éléments d'une riche bibliothèque où l'on compte déjà un grand nombre
-de manuscrits, particulièrement de manuscrits arabes. C'est là que se
-prépare cette fameuse <i>Bible Polyglotte</i>, la Bible d'Alcalá
-(<i>Complutensis</i>), qui sera publiée en quatre langues: latin, grec,
-hébreu et chaldéen, suivant le plan conçu autrefois par Origène.
-</p>
-<p>
-Pour mener à bonne fin cet immense travail, le cardinal ne regarde
-point à la dépense. Il envoie copier à la bibliothèque du Vatican,
-dans toutes les grandes bibliothèques d'Italie et même d'Europe, tous
-les manuscrits un peu importants; il en achète d'autres à des prix
-démesurés<a href="#note-144" name="noteref-144"><small> 144</small></a>; il
+s'appelle Pedro Campos. A peine créées, les chaires ont été pourvues:
+elles sont occupées par des maîtres éminents qu'on a pris un peu
+partout dans la Péninsule et dans les autres Universités d'Europe. Il
+y en a quarante-deux: six de théologie, six de droit canon, quatre de
+médecine, deux d'anatomie et de chirurgie, huit de <i>artes</i>, une de
+philosophie morale, une de mathématiques, quatorze de langues,
+grammaire et rhétorique. On a recueilli en quelques années les
+éléments d'une riche bibliothèque où l'on compte déjà un grand nombre
+de manuscrits, particulièrement de manuscrits arabes. C'est là que se
+prépare cette fameuse <i>Bible Polyglotte</i>, la Bible d'Alcalá
+(<i>Complutensis</i>), qui sera publiée en quatre langues: latin, grec,
+hébreu et chaldéen, suivant le plan conçu autrefois par Origène.
+</p>
+<p>
+Pour mener à bonne fin cet immense travail, le cardinal ne regarde
+point à la dépense. Il envoie copier à la bibliothèque du Vatican,
+dans toutes les grandes bibliothèques d'Italie et même d'Europe, tous
+les manuscrits un peu importants; il en achète d'autres à des prix
+démesurés<a href="#note-144" name="noteref-144"><small> 144</small></a>; il
<span class="pagenum"><a id="page115" name="page115"></a>[p. 115]</span>
fait rechercher parmi les juifs d'Espagne les versions les plus
authentiques de l'Ancien Testament.
@@ -3708,197 +3670,197 @@ authentiques de l'Ancien Testament.
<a name="note-144"><!--Note--></a>
144 (<a href="#noteref-144"><small>retour</small></a>)<br />
Nous savons, par exemple, qu'il paya 4,000 couronnes
-d'or sept manuscrits étrangers, qui arrivèrent même trop tard pour
-qu'on pût s'en servir. (Álvaro Gómez de Castro, <i>De rebus gestis
+d'or sept manuscrits étrangers, qui arrivèrent même trop tard pour
+qu'on pût s'en servir. (Ãlvaro Gómez de Castro, <i>De rebus gestis
Ximenii</i>, lib. II.)
</p>
<p>
-Il réunit pour colliger tous ces documents, établir le texte,
-contrôler les traductions, un groupe de savants remarquables: le vieux
-Nebrija, qui a quitté Salamanque pour Alcalá; Fernando Núñez (le
-<i>Pinciano</i>), professeur de langue grecque dans l'Université nouvelle;
-López de Zúñiga, Bartolomé de Castro, Juan de Vergara, le fameux grec
-Demetrius de Crète, Alonso de Alcalá, Pablo Coronel et Alfonso Zamora,
-juif converti, merveilleusement instruit dans les langues hébraïque et
-chaldéenne. Cisneros lui-même assiste aux délibérations et presse les
-collaborateurs. Comme aucun imprimeur d'Espagne ne possède de
-caractères orientaux, il en fait fondre par des ouvriers venus
+Il réunit pour colliger tous ces documents, établir le texte,
+contrôler les traductions, un groupe de savants remarquables: le vieux
+Nebrija, qui a quitté Salamanque pour Alcalá; Fernando Núñez (le
+<i>Pinciano</i>), professeur de langue grecque dans l'Université nouvelle;
+López de Zúñiga, Bartolomé de Castro, Juan de Vergara, le fameux grec
+Demetrius de Crète, Alonso de Alcalá, Pablo Coronel et Alfonso Zamora,
+juif converti, merveilleusement instruit dans les langues hébraïque et
+chaldéenne. Cisneros lui-même assiste aux délibérations et presse les
+collaborateurs. Comme aucun imprimeur d'Espagne ne possède de
+caractères orientaux, il en fait fondre par des ouvriers venus
d'Allemagne. Quand paraissent enfin les six gros volumes in-folio, ils
-lui ont coûté, tout compte fait, plus de 52,000 ducats. Et comme si ce
-n'était pas assez pour assurer la réputation philologique de la jeune
-Alcalá, il songe encore
+lui ont coûté, tout compte fait, plus de 52,000 ducats. Et comme si ce
+n'était pas assez pour assurer la réputation philologique de la jeune
+Alcalá, il songe encore
<span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>[p. 116]</span>
-à publier, avec un soin tout pareil, les &oelig;uvres complètes
+à publier, avec un soin tout pareil, les &oelig;uvres complètes
d'Aristote!
</p>
<p>
-Autour de l'Université commencent à s'élever les Collèges. A côté du
-<i>Mayor</i> de San Ildefonso, réservé à une élite, Cisneros aurait voulu
-en créer dix-huit autres, ayant chacun douze <i>becarios</i> ou boursiers:
-deux cent seize étudiants pauvres auraient pu ainsi poursuivre leurs
-études à l'abri du besoin.
+Autour de l'Université commencent à s'élever les Collèges. A côté du
+<i>Mayor</i> de San Ildefonso, réservé à une élite, Cisneros aurait voulu
+en créer dix-huit autres, ayant chacun douze <i>becarios</i> ou boursiers:
+deux cent seize étudiants pauvres auraient pu ainsi poursuivre leurs
+études à l'abri du besoin.
</p>
<p>
Sur ces dix-huit, deux seulement ouvrent d'abord leurs portes, celui
-de San Eugenio et celui de San Isidoro. Mais on en voit bientôt
-paraître sept autres. Tous les ordres religieux un peu prospères se
-hâtent de venir profiter du nouvel enseignement. Pour faire montre de
-leur richesse et de leur puissance et en même temps pour faire leur
-cour au véritable maître de l'Espagne, certains fondent à la fois deux
-établissements. Avant de devenir ville universitaire, Alcalá ne
-comptait qu'un monastère, celui des Franciscains: elle en aura bientôt
-dix-neuf, couvents ou Collèges monastiques.
+de San Eugenio et celui de San Isidoro. Mais on en voit bientôt
+paraître sept autres. Tous les ordres religieux un peu prospères se
+hâtent de venir profiter du nouvel enseignement. Pour faire montre de
+leur richesse et de leur puissance et en même temps pour faire leur
+cour au véritable maître de l'Espagne, certains fondent à la fois deux
+établissements. Avant de devenir ville universitaire, Alcalá ne
+comptait qu'un monastère, celui des Franciscains: elle en aura bientôt
+dix-neuf, couvents ou Collèges monastiques.
</p>
<p>
-En 1513, le roi Ferdinand, qui voyage pour rétablir sa santé, vient
-visiter les nouvelles Écoles. Le Recteur va le recevoir à la porte du
-Grand Collège, précédé des massiers de l'Université.
+En 1513, le roi Ferdinand, qui voyage pour rétablir sa santé, vient
+visiter les nouvelles Écoles. Le Recteur va le recevoir à la porte du
+Grand Collège, précédé des massiers de l'Université.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>[p. 117]</span>
</p>
<p>
-Les gardes veulent arracher les masses d'argent, «jugeant que des
-sujets ne doivent point conserver en présence du souverain de tels
-emblèmes de puissance». Mais le prince, sans être fort instruit
-lui-même, n'ignore pas le prix de l'instruction: «Non, non,
-s'écrie-t-il, qu'on garde les masses! Cette maison est la maison des
-Muses, et ceux-là seuls ont le droit d'y être rois qu'elles ont
-initiés à leurs secrets.» Puis il va de salle en salle, assiste à des
-examens, préside à des discussions et, émerveillé de tout ce qu'il
-voit et entend, il exprime à Cisneros sa surprise.
+Les gardes veulent arracher les masses d'argent, «jugeant que des
+sujets ne doivent point conserver en présence du souverain de tels
+emblèmes de puissance». Mais le prince, sans être fort instruit
+lui-même, n'ignore pas le prix de l'instruction: «Non, non,
+s'écrie-t-il, qu'on garde les masses! Cette maison est la maison des
+Muses, et ceux-là seuls ont le droit d'y être rois qu'elles ont
+initiés à leurs secrets.» Puis il va de salle en salle, assiste à des
+examens, préside à des discussions et, émerveillé de tout ce qu'il
+voit et entend, il exprime à Cisneros sa surprise.
</p>
<p>
-La ville ne l'étonne pas moins que l'Université. Il ne la reconnaît
-plus! On a désséché des marais, on a pavé les rues, démoli de vieux
-bâtiments, on a percé des rues. De nouvelles églises se construisent:
-Pedro Gumiel, l'architecte des Écoles, rebâtit l'antique sanctuaire de
-San Justo, dont les canonicats seront réservés aux docteurs du cloître
-universitaire; on rajeunit Santa María la Mayor<a href="#note-145" name="noteref-145"><small> 145</small></a>; sur
-l'emplacement de la mosquée des Maures, presque tous convertis ou
-chassés, on construit Santiago.
+La ville ne l'étonne pas moins que l'Université. Il ne la reconnaît
+plus! On a désséché des marais, on a pavé les rues, démoli de vieux
+bâtiments, on a percé des rues. De nouvelles églises se construisent:
+Pedro Gumiel, l'architecte des Écoles, rebâtit l'antique sanctuaire de
+San Justo, dont les canonicats seront réservés aux docteurs du cloître
+universitaire; on rajeunit Santa María la Mayor<a href="#note-145" name="noteref-145"><small> 145</small></a>; sur
+l'emplacement de la mosquée des Maures, presque tous convertis ou
+chassés, on construit Santiago.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>[p. 118]</span>
</p>
<p>
-Des hôpitaux s'élèvent de terre. Les vieilles gens du pays finissent
+Des hôpitaux s'élèvent de terre. Les vieilles gens du pays finissent
par trouver que le grand cardinal leur change trop leur ville et ils
-disent, en riant, «qu'il n'y a jamais eu à Tolède d'archevêque plus
-<i>édifiant</i>».
+disent, en riant, «qu'il n'y a jamais eu à Tolède d'archevêque plus
+<i>édifiant</i>».
</p>
<p class="foot">
<a name="note-145"><!--Note--></a>
145 (<a href="#noteref-145"><small>retour</small></a>)<br />
-Où sera plus tard baptisé Cervantes.
+Où sera plus tard baptisé Cervantes.
</p>
<p>
-Dans la cité renaissante on voit affluer tous les corps de métier que
-les Universités attirent et font vivre: libraires, imprimeurs,
-hôteliers, maîtres de pension, marchands d'habits et de comestibles.
+Dans la cité renaissante on voit affluer tous les corps de métier que
+les Universités attirent et font vivre: libraires, imprimeurs,
+hôteliers, maîtres de pension, marchands d'habits et de comestibles.
Par la porte de Madrid qui regarde vers l'Occident, par la porte de
-Guadalajara qui s'appellera plus tard «la porte des Martyrs<a href="#note-146" name="noteref-146"><small> 146</small></a>»,
-arrivent sans cesse des compagnies d'étudiants, venant les uns de
-Castille, les autres d'Aragon ou de Catalogne: il y en a bientôt près
+Guadalajara qui s'appellera plus tard «la porte des Martyrs<a href="#note-146" name="noteref-146"><small> 146</small></a>»,
+arrivent sans cesse des compagnies d'étudiants, venant les uns de
+Castille, les autres d'Aragon ou de Catalogne: il y en a bientôt près
de deux mille.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-146"><!--Note--></a>
146 (<a href="#noteref-146"><small>retour</small></a>)<br />
-Quand on aura ramené par là dans la ville les reliques
+Quand on aura ramené par là dans la ville les reliques
des Enfants-Martyrs, San Justo et San Pastor (1568).
</p>
<p>
-Plus tard, ce chiffre même sera dépassé.
+Plus tard, ce chiffre même sera dépassé.
</p>
<p>
-Alcalá s'enrichira et s'embellira encore. Les études y prospéreront:
-sa renommée s'étendra dans toute l'Europe. Erasme l'appellera «le
-trésor de toutes les sciences»; le cardinal Wolsey citera ses écoles
-comme un modèle. Quand Philippe II aura définitivement choisi Madrid
+Alcalá s'enrichira et s'embellira encore. Les études y prospéreront:
+sa renommée s'étendra dans toute l'Europe. Erasme l'appellera «le
+trésor de toutes les sciences»; le cardinal Wolsey citera ses écoles
+comme un modèle. Quand Philippe II aura définitivement choisi Madrid
<span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>[p. 119]</span>
pour capitale, le voisinage de la Cour, source unique des faveurs,
-fera préférer aux jeunes gens ambitieux le séjour d'Alcalá à celui de
-Salamanque; les étourdis y seront attirés par la proximité des
-plaisirs. Le même Philippe II y fondera le «Collège du Roi» pour les
+fera préférer aux jeunes gens ambitieux le séjour d'Alcalá à celui de
+Salamanque; les étourdis y seront attirés par la proximité des
+plaisirs. Le même Philippe II y fondera le «Collège du Roi» pour les
enfants des serviteurs de la famille royale. On verra les sculpteurs
-Covarrubias et Berruguete travailler à la pompeuse décoration du
-palais des archevêques. On verra encore s'ouvrir le <i>Teólogo</i> et le
-<i>Trilingüe</i><a href="#note-147" name="noteref-147"><small> 147</small></a>. Il y aura alors vingt-et-un collèges monastiques et
-autant de séculiers<a href="#note-148" name="noteref-148"><small> 148</small></a>. Une vie puissante bouillonnera dans
-l'étroite enceinte, et Mateo Aleman, disciple reconnaissant et fidèle,
-pourra entonner le fameux couplet: «O mère Alcalá, que dirai-je de toi
-qui soit digne de ta gloire!...»
+Covarrubias et Berruguete travailler à la pompeuse décoration du
+palais des archevêques. On verra encore s'ouvrir le <i>Teólogo</i> et le
+<i>Trilingüe</i><a href="#note-147" name="noteref-147"><small> 147</small></a>. Il y aura alors vingt-et-un collèges monastiques et
+autant de séculiers<a href="#note-148" name="noteref-148"><small> 148</small></a>. Une vie puissante bouillonnera dans
+l'étroite enceinte, et Mateo Aleman, disciple reconnaissant et fidèle,
+pourra entonner le fameux couplet: «O mère Alcalá, que dirai-je de toi
+qui soit digne de ta gloire!...»
</p>
<p class="foot">
<a name="note-147"><!--Note--></a>
147 (<a href="#noteref-147"><small>retour</small></a>)<br />
-Mateo Aleman, <i>Guzmán de Alfarache</i>, Part. II, lib.
+Mateo Aleman, <i>Guzmán de Alfarache</i>, Part. II, lib.
III, cap. <span class="sc">IV</span>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-148"><!--Note--></a>
148 (<a href="#noteref-148"><small>retour</small></a>)<br />
-L'Italien Confalonieri, qui vint à Alcalá en 1592,
-prétend qu'on y comptait alors cinq mille étudiants et qu'il en avait
-vu huit cents à un cours de théologie prenant des notes sur leurs
-genoux. (<i>Mémoire sur quelques questions notables</i>, publié par
+L'Italien Confalonieri, qui vint à Alcalá en 1592,
+prétend qu'on y comptait alors cinq mille étudiants et qu'il en avait
+vu huit cents à un cours de théologie prenant des notes sur leurs
+genoux. (<i>Mémoire sur quelques questions notables</i>, publié par
Palmieri, t. I du <i>Spicilegio Vaticano</i>.) Mais ces chiffres sont bien
-exagérés.
+exagérés.
</p>
<p>
-Quand la mort vint le frapper, le grand Cisneros pouvait prévoir de
-telles destinées. Son
+Quand la mort vint le frapper, le grand Cisneros pouvait prévoir de
+telles destinées. Son
<span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>[p. 120]</span>
-&oelig;uvre était déjà assez forte et assez belle. Par son testament il
-ajouta aux revenus dont jouissait déjà l'Université une rente de
-14,000 ducats<a href="#note-149" name="noteref-149"><small> 149</small></a>, et il concéda pour toujours au Recteur du Grand
-Collège le prieuré de San Tuy avec ses avantages et bénéfices. Il
-voulut qu'on déposât dans l'église des Écoles les trophées qu'il avait
-rapportés de la conquête d'Oran, son étendard de guerre, sa croix
-épiscopale et ses insignes cardinalices. Il désira aussi que son corps
-fût enseveli dans cette même chapelle, au c&oelig;ur de sa maison. Le
-célèbre Domenico de Florence lui sculpta dans le marbre un tombeau
-magnifique, orné de médaillons et de feuillages, que gardent des
-griffons aux ailes étendues. A travers l'admirable grille de bronze
-dont Nicolas de Vergara, maître ciseleur, entoura ce riche monument,
-on peut lire encore cette inscription gravée au pied du lit funèbre:
+&oelig;uvre était déjà assez forte et assez belle. Par son testament il
+ajouta aux revenus dont jouissait déjà l'Université une rente de
+14,000 ducats<a href="#note-149" name="noteref-149"><small> 149</small></a>, et il concéda pour toujours au Recteur du Grand
+Collège le prieuré de San Tuy avec ses avantages et bénéfices. Il
+voulut qu'on déposât dans l'église des Écoles les trophées qu'il avait
+rapportés de la conquête d'Oran, son étendard de guerre, sa croix
+épiscopale et ses insignes cardinalices. Il désira aussi que son corps
+fût enseveli dans cette même chapelle, au c&oelig;ur de sa maison. Le
+célèbre Domenico de Florence lui sculpta dans le marbre un tombeau
+magnifique, orné de médaillons et de feuillages, que gardent des
+griffons aux ailes étendues. A travers l'admirable grille de bronze
+dont Nicolas de Vergara, maître ciseleur, entoura ce riche monument,
+on peut lire encore cette inscription gravée au pied du lit funèbre:
</p>
<p class="quote">
Condideram Musis, Franciscus, grande lycaeum,<br />
Condor in exiguo nunc ego sarcophago...
</p>
<p>
-«Moi, François, qui avais, en l'honneur des
+«Moi, François, qui avais, en l'honneur des
<span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>[p. 121]</span>
-Muses, élevé ce lycée superbe, j'y repose maintenant dans un étroit
-sarcophage.»
+Muses, élevé ce lycée superbe, j'y repose maintenant dans un étroit
+sarcophage.»
</p>
<p class="foot">
<a name="note-149"><!--Note--></a>
149 (<a href="#noteref-149"><small>retour</small></a>)<br />
-Plus tard, les revenus de l'Université s'élevèrent à
+Plus tard, les revenus de l'Université s'élevèrent à
42,000 ducats.
</p>
<p>
-Quelques années plus tard, après sa défaite de Pavie, François I<sup>er</sup>,
-qu'on emmenait prisonnier à Madrid, dut traverser la ville d'Alcalá.
-Les professeurs, les collégiaux et les étudiants furent le recevoir
-respectueusement aux portes de la cité et le conduisirent aux Écoles.
-Le monarque déchu parcourut silencieusement les cloîtres, les salles
-d'honneur et toutes les dépendances du vaste édifice. Il ne parla qu'à
-la fin de la visite, au moment de prendre congé du Recteur et des
+Quelques années plus tard, après sa défaite de Pavie, François I<sup>er</sup>,
+qu'on emmenait prisonnier à Madrid, dut traverser la ville d'Alcalá.
+Les professeurs, les collégiaux et les étudiants furent le recevoir
+respectueusement aux portes de la cité et le conduisirent aux Écoles.
+Le monarque déchu parcourut silencieusement les cloîtres, les salles
+d'honneur et toutes les dépendances du vaste édifice. Il ne parla qu'à
+la fin de la visite, au moment de prendre congé du Recteur et des
autres dignitaires, et il jugea d'un mot cette &oelig;uvre, si vite
-épanouie, d'une seule pensée et d'un unique effort: «En vérité, on
-n'appliquera pas à votre fondateur le mot de l'Évangile: <i>Hic homo
-c&oelig;pit ædificare et non potuit consummare</i>, «Cet homme a commencé à
-construire et il n'a pas terminé son ouvrage». Votre Jiménez a fait à
-lui seul plus que n'ont fait en France une suite de rois.»
+épanouie, d'une seule pensée et d'un unique effort: «En vérité, on
+n'appliquera pas à votre fondateur le mot de l'Évangile: <i>Hic homo
+c&oelig;pit ædificare et non potuit consummare</i>, «Cet homme a commencé à
+construire et il n'a pas terminé son ouvrage». Votre Jiménez a fait à
+lui seul plus que n'ont fait en France une suite de rois.»
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>[p. 122]</span>
@@ -3911,133 +3873,133 @@ lui seul plus que n'ont fait en France une suite de rois.»
</h2>
<p class="subheader">
-LES PETITES UNIVERSITÉS ET LES UNIVERSITÉS «SILVESTRES».
+LES PETITES UNIVERSITÉS ET LES UNIVERSITÉS «SILVESTRES».
</p>
<p>
-A côté d'Alcalá, à côté de Salamanque, à laquelle sa nouvelle rivale
-ne porte point ombrage et qui atteint même en ce temps-là le plus haut
-point de sa prospérité,&mdash;à côté de Valladolid, magnifiquement dotée,
-fortement appuyée sur son <i>Colegio Mayor de Santa Cruz</i>, sur son
-collège dominicain de San Gregorio et sur tant d'autres qui ont crû de
-toutes parts dans cette grande ville, illustre par son passé, séjour
-préféré des rois, véritable centre de la monarchie;&mdash;à côté de
-Valence, également opulente et fréquentée, pourvue de chaires de
-toutes sortes et particulièrement célèbre par la valeur de ses études
-médicales, quelques-unes des Universités qu'a fait naître si
-subitement le mouvement intellectuel de l'Espagne se développent
-régulièrement, mais sans grand éclat.
+A côté d'Alcalá, à côté de Salamanque, à laquelle sa nouvelle rivale
+ne porte point ombrage et qui atteint même en ce temps-là le plus haut
+point de sa prospérité,&mdash;à côté de Valladolid, magnifiquement dotée,
+fortement appuyée sur son <i>Colegio Mayor de Santa Cruz</i>, sur son
+collège dominicain de San Gregorio et sur tant d'autres qui ont crû de
+toutes parts dans cette grande ville, illustre par son passé, séjour
+préféré des rois, véritable centre de la monarchie;&mdash;à côté de
+Valence, également opulente et fréquentée, pourvue de chaires de
+toutes sortes et particulièrement célèbre par la valeur de ses études
+médicales, quelques-unes des Universités qu'a fait naître si
+subitement le mouvement intellectuel de l'Espagne se développent
+régulièrement, mais sans grand éclat.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>[p. 123]</span>
</p>
<p>
-Celle de Saragosse est servie par une situation particulièrement
-favorable; elle prospère au sein d'une population laborieuse. Celle de
-Santiago se soutient aisément par les rentes ecclésiastiques qui ne
-manquent jamais dans une cité enrichie par les pèlerinages; celle
-d'Ávila dispose d'un capital considérable, prélevé par Ferdinand et
-Isabelle sur les sommes qu'ils ont confisquées aux juifs.
-</p>
-<p>
-D'autres se heurtent dès le début à des difficultés de diverse nature.
-Les Universités de Catalogne sont trop voisines les unes des autres
-pour ne pas se faire de tort. Tolède ne peut guère lutter avec Alcalá
-et, quand la Cour se transporte à Madrid, la vie s'en va des Écoles,
-comme de la capitale découronnée. A Séville, où cependant les
-ressources abondent, où les esprits sont vifs et les intelligences
-faciles, où les hautes classes de la société ne manquent pas de
-culture, le Collège-Université de Santa María de Jesús<a href="#note-150" name="noteref-150"><small> 150</small></a> se trouve
-dès l'abord en concurrence avec le Collège de Santo Tomás, fondé par
-l'archevêque Fr. Diego Deza, soutenu par l'ordre
+Celle de Saragosse est servie par une situation particulièrement
+favorable; elle prospère au sein d'une population laborieuse. Celle de
+Santiago se soutient aisément par les rentes ecclésiastiques qui ne
+manquent jamais dans une cité enrichie par les pèlerinages; celle
+d'Ãvila dispose d'un capital considérable, prélevé par Ferdinand et
+Isabelle sur les sommes qu'ils ont confisquées aux juifs.
+</p>
+<p>
+D'autres se heurtent dès le début à des difficultés de diverse nature.
+Les Universités de Catalogne sont trop voisines les unes des autres
+pour ne pas se faire de tort. Tolède ne peut guère lutter avec Alcalá
+et, quand la Cour se transporte à Madrid, la vie s'en va des Écoles,
+comme de la capitale découronnée. A Séville, où cependant les
+ressources abondent, où les esprits sont vifs et les intelligences
+faciles, où les hautes classes de la société ne manquent pas de
+culture, le Collège-Université de Santa María de Jesús<a href="#note-150" name="noteref-150"><small> 150</small></a> se trouve
+dès l'abord en concurrence avec le Collège de Santo Tomás, fondé par
+l'archevêque Fr. Diego Deza, soutenu par l'ordre
<span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>[p. 124]</span>
-puissant de Saint-Dominique; il ne réussit même pas à s'agréger
-l'antique Collège de San Miguel, où s'entretient le culte des
-humanités et particulièrement des lettres latines, et, somme toute,
-cette Université reste fort indigne du centre important où elle s'est
-fondée<a href="#note-151" name="noteref-151"><small> 151</small></a>.
+puissant de Saint-Dominique; il ne réussit même pas à s'agréger
+l'antique Collège de San Miguel, où s'entretient le culte des
+humanités et particulièrement des lettres latines, et, somme toute,
+cette Université reste fort indigne du centre important où elle s'est
+fondée<a href="#note-151" name="noteref-151"><small> 151</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-150"><!--Note--></a>
150 (<a href="#noteref-150"><small>retour</small></a>)<br />
-On l'appelait communément <i>Colegio de Maese Rodrigo</i>,
-du nom de son fondateur, l'archidiacre Rodrigo Fernández de
+On l'appelait communément <i>Colegio de Maese Rodrigo</i>,
+du nom de son fondateur, l'archidiacre Rodrigo Fernández de
Santaella.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-151"><!--Note--></a>
151 (<a href="#noteref-151"><small>retour</small></a>)<br />
-Antonio Martín Villa, <i>Reseña Histórica de la
-Universidad de Sevilla</i>. (Sociedad de Bibliófilos Andaluces, Sevilla,
+Antonio Martín Villa, <i>Reseña Histórica de la
+Universidad de Sevilla</i>. (Sociedad de Bibliófilos Andaluces, Sevilla,
1886.)
</p>
<p>
-Un bon nombre d'autres établissements sont trop pauvrement pourvus ou
-organisés d'une façon trop incomplète pour affirmer fortement leur
-existence et exercer sur les contrées avoisinantes la force
-d'attraction nécessaire. Telle, par exemple, l'Université d'Orihuela.
-A deux pas de la cité de Murcie, non loin de la mer, née dans un pays
-admirable, un des plus fertiles qui soient au monde, où jamais ne
-manquent les récoltes<a href="#note-152" name="noteref-152"><small> 152</small></a>, où croissent des forêts superbes de
+Un bon nombre d'autres établissements sont trop pauvrement pourvus ou
+organisés d'une façon trop incomplète pour affirmer fortement leur
+existence et exercer sur les contrées avoisinantes la force
+d'attraction nécessaire. Telle, par exemple, l'Université d'Orihuela.
+A deux pas de la cité de Murcie, non loin de la mer, née dans un pays
+admirable, un des plus fertiles qui soient au monde, où jamais ne
+manquent les récoltes<a href="#note-152" name="noteref-152"><small> 152</small></a>, où croissent des forêts superbes de
palmiers, de grenadiers et d'orangers, elle se cantonne dans une
-maison triste et sombre, où par les petites fenêtres grillées entre à
-peine un peu de jour; elle distribue à quelques rares étudiants un
-enseignement médiocre
+maison triste et sombre, où par les petites fenêtres grillées entre à
+peine un peu de jour; elle distribue à quelques rares étudiants un
+enseignement médiocre
<span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>[p. 125]</span>
-et limité: elle tourne de bonne heure au couvent ou au séminaire.
+et limité: elle tourne de bonne heure au couvent ou au séminaire.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-152"><!--Note--></a>
152 (<a href="#noteref-152"><small>retour</small></a>)<br />
-On connaît le proverbe: <i>Llueva ó no llueva, trigo á
-Orihuela</i>: «Qu'il pleuve ou qu'il ne pleuve pas, toujours du blé à
-Orihuela.»
-</p>
-<p>
-Dans le petit bourg de Baeza, où la vie est presque nulle, la
-toute-puissance d'un Cisneros aurait à peine réussi à créer un centre
-universitaire important. Par un sentiment de patriotisme local, à la
-fois naïf et touchant, une famille originaire de cet endroit s'y
-emploie pendant près d'un demi-siècle avec une ardeur extraordinaire.
-Vers 1535, un certain D. Rodrigo López, possesseur de quelques
-opulents bénéfices, les résigne tous entre les mains du pape Paul III
-pour qu'il fonde des Écoles dans sa ville natale, et comme la donation
-n'est pas jugée suffisante, il y ajoute encore 1,000 ducats d'or, qui
+On connaît le proverbe: <i>Llueva ó no llueva, trigo á
+Orihuela</i>: «Qu'il pleuve ou qu'il ne pleuve pas, toujours du blé à
+Orihuela.»
+</p>
+<p>
+Dans le petit bourg de Baeza, où la vie est presque nulle, la
+toute-puissance d'un Cisneros aurait à peine réussi à créer un centre
+universitaire important. Par un sentiment de patriotisme local, à la
+fois naïf et touchant, une famille originaire de cet endroit s'y
+emploie pendant près d'un demi-siècle avec une ardeur extraordinaire.
+Vers 1535, un certain D. Rodrigo López, possesseur de quelques
+opulents bénéfices, les résigne tous entre les mains du pape Paul III
+pour qu'il fonde des Écoles dans sa ville natale, et comme la donation
+n'est pas jugée suffisante, il y ajoute encore 1,000 ducats d'or, qui
sont presque tout son bien. Il meurt sans achever son &oelig;uvre. Trois
de ses parents, Rodrigo de Molina, archidiacre de Campos, Bernardino
-de Castabal, Pedro Fernández de Córdoba, épuisent leur fortune à
-continuer son entreprise: ils font construire un vaste édifice, une
-chapelle; à force de démarches, longues et coûteuses, ils obtiennent
-de Pie V pour leur fondation commune le titre d'Université, avec les
-privilèges et prérogatives ordinaires. Mais tous ces frais
-d'établissement ont presque épuisé
+de Castabal, Pedro Fernández de Córdoba, épuisent leur fortune à
+continuer son entreprise: ils font construire un vaste édifice, une
+chapelle; à force de démarches, longues et coûteuses, ils obtiennent
+de Pie V pour leur fondation commune le titre d'Université, avec les
+privilèges et prérogatives ordinaires. Mais tous ces frais
+d'établissement ont presque épuisé
<span class="pagenum"><a id="page126" name="page126"></a>[p. 126]</span>
leurs ressources, et lorsqu'il s'agit d'attirer dans ces beaux
-bâtiments maîtres et écoliers, c'est tout au plus s'ils peuvent
-assurer à huit professeurs une maigre allocation.
+bâtiments maîtres et écoliers, c'est tout au plus s'ils peuvent
+assurer à huit professeurs une maigre allocation.
</p>
<hr class="c5" />
<p>
-Parmi ces créations à demi avortées, trois ont spécialement joui en
-Espagne d'une sorte de renom ridicule. Ce sont les Universités
-<i>silvestres</i>, les Universités «rustiques» de Sigüenza, d'Osuna et
-d'Oñate.
+Parmi ces créations à demi avortées, trois ont spécialement joui en
+Espagne d'une sorte de renom ridicule. Ce sont les Universités
+<i>silvestres</i>, les Universités «rustiques» de Sigüenza, d'Osuna et
+d'Oñate.
</p>
<p>
-On se souvient peut-être que, dans le temps où le bon Sancho
-administrait l'île de Barataria, le médecin «insulaire et
-gouvernemental» attaché à sa personne voulut lui prouver par raison
-démonstrative qu'ayant très faim il avait grand tort de manger.
-«Entendant ce discours, Sancho se renversa sur le dossier de sa
-chaise, regarda le médecin dans le blanc des yeux et lui demanda
+On se souvient peut-être que, dans le temps où le bon Sancho
+administrait l'île de Barataria, le médecin «insulaire et
+gouvernemental» attaché à sa personne voulut lui prouver par raison
+démonstrative qu'ayant très faim il avait grand tort de manger.
+«Entendant ce discours, Sancho se renversa sur le dossier de sa
+chaise, regarda le médecin dans le blanc des yeux et lui demanda
gravement comment il s'appelait et en quel endroit il avait fait ses
-études: «Seigneur Gouverneur, répondit l'autre, je suis le docteur
-Pedro Recio de Agüero, natif de Tirteafuera... et mon grade, je le
-tiens de l'Université d'Osuna<a href="#note-153" name="noteref-153"><small> 153</small></a>!»
+études: «Seigneur Gouverneur, répondit l'autre, je suis le docteur
+Pedro Recio de Agüero, natif de Tirteafuera... et mon grade, je le
+tiens de l'Université d'Osuna<a href="#note-153" name="noteref-153"><small> 153</small></a>!»
</p>
<p class="foot">
@@ -4049,142 +4011,142 @@ Don Quijote, parte II, cap. <span class="sc">XLVII</span>.
<span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>[p. 127]</span>
</p>
<p>
-Dans le même <i>Don Quichotte</i>, au chapitre premier de la seconde
-partie, le barbier commence ainsi son histoire: «A l'hôpital des fous
-de Séville, il y avait un homme que ses parents avaient enfermé là
-parce qu'il avait perdu la raison. Il était gradué en droit canon de
-l'Université d'Osuna; mais l'eût-il été de celle de Salamanque, au
-dire de beaucoup de gens, il n'en eût pas été moins fou.»
+Dans le même <i>Don Quichotte</i>, au chapitre premier de la seconde
+partie, le barbier commence ainsi son histoire: «A l'hôpital des fous
+de Séville, il y avait un homme que ses parents avaient enfermé là
+parce qu'il avait perdu la raison. Il était gradué en droit canon de
+l'Université d'Osuna; mais l'eût-il été de celle de Salamanque, au
+dire de beaucoup de gens, il n'en eût pas été moins fou.»
</p>
<p>
-Au moment où Madrid célébra par de grandes fêtes la canonisation de
-San Isidro, envoyant au concours poétique qui s'ouvrit alors un
-recueil de vers burlesques, Lope de Vega les signa ironiquement: «Tomé
-de Burguillos, maître ès arts de l'Université d'Oñate.»
+Au moment où Madrid célébra par de grandes fêtes la canonisation de
+San Isidro, envoyant au concours poétique qui s'ouvrit alors un
+recueil de vers burlesques, Lope de Vega les signa ironiquement: «Tomé
+de Burguillos, maître ès arts de l'Université d'Oñate.»
</p>
<p>
-Dans le <i>Gran Tacaño</i>, Quevedo nous montre un camarade de Don Pablos à
-moitié assommé à coups de pots de terre et d'écuelles de bois par une
-bande de mendiants faméliques, parce qu'à la grille du couvent de San
-Jerónimo, de Madrid, il s'est fait attribuer injustement une double
-part de soupe: «Voyez ce déguenillé, criait un des gueux les plus
-acharnés à le poursuivre (méchant étudiant <i>gorrón</i>, de ceux qui vont
+Dans le <i>Gran Tacaño</i>, Quevedo nous montre un camarade de Don Pablos à
+moitié assommé à coups de pots de terre et d'écuelles de bois par une
+bande de mendiants faméliques, parce qu'à la grille du couvent de San
+Jerónimo, de Madrid, il s'est fait attribuer injustement une double
+part de soupe: «Voyez ce déguenillé, criait un des gueux les plus
+acharnés à le poursuivre (méchant étudiant <i>gorrón</i>, de ceux qui vont
frapper aux portes avec un cabas), voyez ce loqueteux qu'on prendrait
-pour une poupée de
+pour une poupée de
<span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>[p. 128]</span>
-chiffons, plus triste qu'une pâtisserie en Carême, plus troué qu'une
-flûte, plus bigarré qu'une pie, plus taché que le jaspe, piqué de plus
+chiffons, plus triste qu'une pâtisserie en Carême, plus troué qu'une
+flûte, plus bigarré qu'une pie, plus taché que le jaspe, piqué de plus
de points qu'une page de musique, il ose manger la soupe du Saint
-Bienheureux à côté d'un homme qui pourra devenir un jour évêque ou
-quelque chose de pareil. Ne suis-je pas bachelier ès arts de
-l'Université de Sigüenza<a href="#note-154" name="noteref-154"><small> 154</small></a>!»
+Bienheureux à côté d'un homme qui pourra devenir un jour évêque ou
+quelque chose de pareil. Ne suis-je pas bachelier ès arts de
+l'Université de Sigüenza<a href="#note-154" name="noteref-154"><small> 154</small></a>!»
</p>
<p class="foot">
<a name="note-154"><!--Note--></a>
154 (<a href="#noteref-154"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Vida del Gran Tacaño</i>, parte II, cap. <span class="sc">II</span>.
+<i>Vida del Gran Tacaño</i>, parte II, cap. <span class="sc">II</span>.
</p>
<p>
-La plaisanterie était courante et toujours bonne.
+La plaisanterie était courante et toujours bonne.
</p>
<p>
-Ces <i>Universidades Menores</i>, qu'on s'amusait ainsi à opposer aux
-grandes, dont on raillait ainsi l'enseignement et les prétentions,
-elles étaient nées pourtant d'une pensée généreuse, elles avaient eu
-leurs espérances et leurs ambitions.
+Ces <i>Universidades Menores</i>, qu'on s'amusait ainsi à opposer aux
+grandes, dont on raillait ainsi l'enseignement et les prétentions,
+elles étaient nées pourtant d'une pensée généreuse, elles avaient eu
+leurs espérances et leurs ambitions.
</p>
<hr class="c5" />
<p>
-Quand, allant de Séville à Grenade, on voit se dresser au pied d'une
-colline aride, entre les oliviers et les aloès, la silhouette grise
-d'Osuna, avec ses dix clochers, son église massive, son lourd château
-flanqué de tours grêles, on aime à s'imaginer que sur cette terre si
-semblable à la terre africaine, dans cet air léger, imprégné
+Quand, allant de Séville à Grenade, on voit se dresser au pied d'une
+colline aride, entre les oliviers et les aloès, la silhouette grise
+d'Osuna, avec ses dix clochers, son église massive, son lourd château
+flanqué de tours grêles, on aime à s'imaginer que sur cette terre si
+semblable à la terre africaine, dans cet air léger, imprégné
<span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>[p. 129]</span>
-d'une poussière subtile, une civilisation a jadis fleuri où l'Orient
-et l'Occident se seraient mêlés, que des Écoles ont prospéré là,
-héritières de la science arabe, l'accommodant à des besoins nouveaux.
-La famille des ducs d'Osuna était peut-être assez riche et assez
-puissante pour réaliser une &oelig;uvre si originale. S'ils n'en eurent
-pas l'idée, du moins avaient-ils rêvé pour leur fondation un plus
-brillant avenir que la médiocrité où elle languit, tyrannisée par les
-couvents qui la tinrent tour à tour en tutelle<a href="#note-155" name="noteref-155"><small> 155</small></a>.
+d'une poussière subtile, une civilisation a jadis fleuri où l'Orient
+et l'Occident se seraient mêlés, que des Écoles ont prospéré là,
+héritières de la science arabe, l'accommodant à des besoins nouveaux.
+La famille des ducs d'Osuna était peut-être assez riche et assez
+puissante pour réaliser une &oelig;uvre si originale. S'ils n'en eurent
+pas l'idée, du moins avaient-ils rêvé pour leur fondation un plus
+brillant avenir que la médiocrité où elle languit, tyrannisée par les
+couvents qui la tinrent tour à tour en tutelle<a href="#note-155" name="noteref-155"><small> 155</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-155"><!--Note--></a>
155 (<a href="#noteref-155"><small>retour</small></a>)<br />
-Tout récemment, un des meilleurs érudits d'Espagne,
-Francisco Rodríguez Marín, qui est originaire d'Osuna, a généreusement
-pris la défense de la vieille Université de sa ville natale. Il a
-rappelé que le Colegio Mayor de la Santa Concepción y Universidad de
-Osuna avait eu jusqu'à quatorze chaires et, en 1599, jusqu'à trois
-cent trente deux étudiants. Il a donné les noms de quatre-vingts
-personnages formés par cette Université, dont aucun malheureusement
-n'est illustre. (<i>Cervantes y la Universidad de Osuna.</i>&mdash;<i>Homenaje á
-Menéndez y Pelayo, Estudios de erudición española</i>, 1899, t. II, p.
+Tout récemment, un des meilleurs érudits d'Espagne,
+Francisco Rodríguez Marín, qui est originaire d'Osuna, a généreusement
+pris la défense de la vieille Université de sa ville natale. Il a
+rappelé que le Colegio Mayor de la Santa Concepción y Universidad de
+Osuna avait eu jusqu'à quatorze chaires et, en 1599, jusqu'à trois
+cent trente deux étudiants. Il a donné les noms de quatre-vingts
+personnages formés par cette Université, dont aucun malheureusement
+n'est illustre. (<i>Cervantes y la Universidad de Osuna.</i>&mdash;<i>Homenaje á
+Menéndez y Pelayo, Estudios de erudición española</i>, 1899, t. II, p.
757 et sq.)
</p>
<p>
-Perdue dans une des régions les plus montagneuses de la Castille,
-comprimée entre ses murailles épaisses, étroitement serrée contre la
-masse énorme de sa cathédrale, la triste petite ville de Sigüenza put
+Perdue dans une des régions les plus montagneuses de la Castille,
+comprimée entre ses murailles épaisses, étroitement serrée contre la
+masse énorme de sa cathédrale, la triste petite ville de Sigüenza put
croire un jour qu'elle allait
<span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>[p. 130]</span>
-devenir un foyer de savoir, de lumière et de vie. Elle avait son vaste
-collège de San Martín et, près des bords du Hénarès, son Collège de
-San Antonio, qui se prétendait l'égal de tous les Grands Collèges
-d'Espagne et qui, à défaut du titre de <i>Mayor</i>, que toujours on lui
-refusa, portait officiellement celui de <i>Grande</i>. Son climat était
-sain, son air salubre; par sa situation, elle pouvait attirer à la
-fois les étudiants d'Aragon et ceux de Castille. La chance ne lui fut
+devenir un foyer de savoir, de lumière et de vie. Elle avait son vaste
+collège de San Martín et, près des bords du Hénarès, son Collège de
+San Antonio, qui se prétendait l'égal de tous les Grands Collèges
+d'Espagne et qui, à défaut du titre de <i>Mayor</i>, que toujours on lui
+refusa, portait officiellement celui de <i>Grande</i>. Son climat était
+sain, son air salubre; par sa situation, elle pouvait attirer à la
+fois les étudiants d'Aragon et ceux de Castille. La chance ne lui fut
pas favorable. Le cardinal Jimenez alla justement choisir pour y
-édifier son Université magnifique une ville voisine, riveraine du même
-ruisseau et bien plus proche de Madrid. Alcalá tua Sigüenza ou plutôt,
+édifier son Université magnifique une ville voisine, riveraine du même
+ruisseau et bien plus proche de Madrid. Alcalá tua Sigüenza ou plutôt,
ce qui est pis encore, la laissa lentement mourir dans une piteuse
agonie.
</p>
<p>
-Oñate est une humble cité de Guipúzcoa, qui touche presque aux limites
-de l'Álava. Eloigné de la mer, éloigné des grandes voies de
-communication, enfermé dans le creux profond d'une vallée, entre de
-hautes cimes abruptes et dépouillées, ce petit coin de terre semblait
-le dernier que l'on dût choisir pour en faire un des centres
-intellectuels du pays. Et de fait, Oñate n'aurait jamais été connue du
+Oñate est une humble cité de Guipúzcoa, qui touche presque aux limites
+de l'Ãlava. Eloigné de la mer, éloigné des grandes voies de
+communication, enfermé dans le creux profond d'une vallée, entre de
+hautes cimes abruptes et dépouillées, ce petit coin de terre semblait
+le dernier que l'on dût choisir pour en faire un des centres
+intellectuels du pays. Et de fait, Oñate n'aurait jamais été connue du
reste de l'Espagne
<span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>[p. 131]</span>
-que par ses cantharides et par sa bourrache<a href="#note-156" name="noteref-156"><small> 156</small></a>, et aussi peut-être
-par ses luttes séculaires et sanglantes contre ses seigneurs, si le
-hasard n'y avait fait naître D. Rodrigo de Mercado y Zuazola. Ce
-personnage n'avait point évidemment le génie d'un Cisneros, et il joua
-un rôle plus effacé; il devint seulement évêque d'Ávila et vice-roi de
-Navarre. Mais sa fortune était belle, ses bénéfices considérables, et,
-par une généreuse émulation, il voulut faire pour sa ville natale ce
-que le grand cardinal avait fait pour Alcalá.
+que par ses cantharides et par sa bourrache<a href="#note-156" name="noteref-156"><small> 156</small></a>, et aussi peut-être
+par ses luttes séculaires et sanglantes contre ses seigneurs, si le
+hasard n'y avait fait naître D. Rodrigo de Mercado y Zuazola. Ce
+personnage n'avait point évidemment le génie d'un Cisneros, et il joua
+un rôle plus effacé; il devint seulement évêque d'Ãvila et vice-roi de
+Navarre. Mais sa fortune était belle, ses bénéfices considérables, et,
+par une généreuse émulation, il voulut faire pour sa ville natale ce
+que le grand cardinal avait fait pour Alcalá.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-156"><!--Note--></a>
156 (<a href="#noteref-156"><small>retour</small></a>)<br />
La bourrache s'appelle aujourd'hui encore <i>jarrillos de
-Oñate</i>.
+Oñate</i>.
</p>
<p>
-Sur les bords de l'Aránzazu, en face de la charmante église de San
-Miguel, qui déjà s'édifiait à ses frais, étendant jusque par-dessus la
-rivière les frêles arceaux de son cloître et reflétant dans l'eau les
-longs fûts de ses colonnes, il souhaita d'élever une maison digne de
-la Science qu'elle allait abriter. Tandis que lui-même sollicitait à
-la Cour pour assurer le patronage royal à son Université future,
-tandis qu'à Rome il multipliait les démarches et finissait par obtenir
+Sur les bords de l'Aránzazu, en face de la charmante église de San
+Miguel, qui déjà s'édifiait à ses frais, étendant jusque par-dessus la
+rivière les frêles arceaux de son cloître et reflétant dans l'eau les
+longs fûts de ses colonnes, il souhaita d'élever une maison digne de
+la Science qu'elle allait abriter. Tandis que lui-même sollicitait à
+la Cour pour assurer le patronage royal à son Université future,
+tandis qu'à Rome il multipliait les démarches et finissait par obtenir
du pape Paul III des <i>fueros</i> et des
<span class="pagenum"><a id="page132" name="page132"></a>[p. 132]</span>
-privilèges égaux à ceux de Bologne, de Paris, de Salamanque et
-d'Alcalá<a href="#note-157" name="noteref-157"><small> 157</small></a>, l'architecte français Pierre Picard traçait les plans
-du Collège qui devait servir d'asile aux Écoles.
+privilèges égaux à ceux de Bologne, de Paris, de Salamanque et
+d'Alcalá<a href="#note-157" name="noteref-157"><small> 157</small></a>, l'architecte français Pierre Picard traçait les plans
+du Collège qui devait servir d'asile aux Écoles.
</p>
<p class="foot">
@@ -4193,121 +4155,121 @@ du Collège qui devait servir d'asile aux Écoles.
Bulle du 23 avril 1540.
</p>
<p>
-Les vastes bâtiments s'élevaient autour d'une cour intérieure: au
-rez-de-chaussée, les salles d'enseignement, la bibliothèque et la
-chapelle; au premier étage, les salons du Recteur, du <i>Claustro</i>
+Les vastes bâtiments s'élevaient autour d'une cour intérieure: au
+rez-de-chaussée, les salles d'enseignement, la bibliothèque et la
+chapelle; au premier étage, les salons du Recteur, du <i>Claustro</i>
professoral, le Paranymphe, les chambres des boursiers. Les sculpteurs
-taillaient la pierre de la façade, ornaient les fenêtres de guirlandes
-fleuries, ciselaient finement les piliers, qui, des deux côtés du
-portique, soutiennent des guerriers armés de lances, creusaient des
-niches, les peuplaient de statues de femmes et de dieux, et mêlaient
-partout aux armes impériales de Charles-Quint les deux soleils d'or
+taillaient la pierre de la façade, ornaient les fenêtres de guirlandes
+fleuries, ciselaient finement les piliers, qui, des deux côtés du
+portique, soutiennent des guerriers armés de lances, creusaient des
+niches, les peuplaient de statues de femmes et de dieux, et mêlaient
+partout aux armes impériales de Charles-Quint les deux soleils d'or
qui brillaient au blason du fondateur. Au centre, au-dessus de la
-porte, on voyait l'image de l'évêque Mercado, agenouillé devant un
-crucifix, soutenu par une divinité souriante qui semble représenter la
-Sagesse. A la base de l'édifice couraient des bas-reliefs d'un travail
-particulièrement délicat: enfants terrassant des
+porte, on voyait l'image de l'évêque Mercado, agenouillé devant un
+crucifix, soutenu par une divinité souriante qui semble représenter la
+Sagesse. A la base de l'édifice couraient des bas-reliefs d'un travail
+particulièrement délicat: enfants terrassant des
<span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>[p. 133]</span>
-lions, luttant contre des dragons et des chimères, symbole évident de
+lions, luttant contre des dragons et des chimères, symbole évident de
la Renaissance des lettres victorieuse de l'ancienne barbarie.
</p>
<p>
-Quand le monument fut achevé, quand on eut scellé dans les murs les
-fers forgés des balcons et des grilles, qu'on eut orné les plafonds du
-vestibule et des salles d'honneur de boiseries à caissons, d'un art
-ingénieux et patient, qu'on eut inscrit sur les murs de fières
+Quand le monument fut achevé, quand on eut scellé dans les murs les
+fers forgés des balcons et des grilles, qu'on eut orné les plafonds du
+vestibule et des salles d'honneur de boiseries à caissons, d'un art
+ingénieux et patient, qu'on eut inscrit sur les murs de fières
devises: <i>Universitas Onnatensis semper semperque fidelis; Sapientia
-ædificavit sibi domum</i>..., on fit venir quelques maîtres, on choisit
-quelques boursiers, et l'«Université Pontificale et Royale» ouvrit ses
+ædificavit sibi domum</i>..., on fit venir quelques maîtres, on choisit
+quelques boursiers, et l'«Université Pontificale et Royale» ouvrit ses
cours.
</p>
<p>
-Sur les pentes raides des montagnes, où dès le mois d'octobre traînent
-déjà de blanches nuées, on vit arriver par les petits chemins, sur
-leurs ânes ou sur leurs mules, ayant en croupe leur valet ou portant
-quelques sacs de provisions attachés à leur selle, les petits
-étudiants de Guipúzcoa et de Biscaye. Le pays Basque n'avait pas
-encore d'Écoles: Santiago ou Valladolid étaient bien loin. La
-fondation de l'évêque Mercado paraissait répondre à un besoin
-pressant; il pouvait croire sans fatuité qu'il avait bien mérité de sa
+Sur les pentes raides des montagnes, où dès le mois d'octobre traînent
+déjà de blanches nuées, on vit arriver par les petits chemins, sur
+leurs ânes ou sur leurs mules, ayant en croupe leur valet ou portant
+quelques sacs de provisions attachés à leur selle, les petits
+étudiants de Guipúzcoa et de Biscaye. Le pays Basque n'avait pas
+encore d'Écoles: Santiago ou Valladolid étaient bien loin. La
+fondation de l'évêque Mercado paraissait répondre à un besoin
+pressant; il pouvait croire sans fatuité qu'il avait bien mérité de sa
province aussi bien que de sa ville.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>[p. 134]</span>
</p>
<p>
-Quand il mourut, quelques années après, s'étant d'avance commandé un
-tombeau presque aussi beau que celui de Cisneros, entouré, comme celui
-de Cisneros, d'une clôture de bronze minutieusement ciselée, il
-s'imagina sans doute qu'il laissait à l'Espagne une nouvelle Alcalá.
+Quand il mourut, quelques années après, s'étant d'avance commandé un
+tombeau presque aussi beau que celui de Cisneros, entouré, comme celui
+de Cisneros, d'une clôture de bronze minutieusement ciselée, il
+s'imagina sans doute qu'il laissait à l'Espagne une nouvelle Alcalá.
</p>
<p>
-L'Université «Pontificale et Royale» ne fut digne, hélas! ni de son
-titre pompeux ni des espérances qu'elle avait fait naître. Les lettres
+L'Université «Pontificale et Royale» ne fut digne, hélas! ni de son
+titre pompeux ni des espérances qu'elle avait fait naître. Les lettres
grecques et latines ne fleurirent pas sous ce ciel brumeux. On
-n'essaya même pas d'y acclimater les sciences. L'enseignement resta
-réduit à la philosophie et au droit. L'insuffisance de la bibliothèque
-interdisait aux maîtres tout travail sérieux: la petite ville, dénuée
-de ressources, avait peine à nourrir ses étudiants et ne leur offrait
+n'essaya même pas d'y acclimater les sciences. L'enseignement resta
+réduit à la philosophie et au droit. L'insuffisance de la bibliothèque
+interdisait aux maîtres tout travail sérieux: la petite ville, dénuée
+de ressources, avait peine à nourrir ses étudiants et ne leur offrait
ni distractions ni plaisirs.
</p>
<p>
-Ce qui était plus grave encore, c'est que le fondateur avait, comme
-souvent il arrive, dépensé tout son bien en bâtiments et en
-décorations. Sa vanité imprévoyante s'était complue à ces
-manifestations visibles de son opulence et de sa libéralité et il
-n'avait pas calculé que, tous ces frais payés, les rentes qu'il allait
-laisser en mourant devaient à peine suffire à rétribuer
+Ce qui était plus grave encore, c'est que le fondateur avait, comme
+souvent il arrive, dépensé tout son bien en bâtiments et en
+décorations. Sa vanité imprévoyante s'était complue à ces
+manifestations visibles de son opulence et de sa libéralité et il
+n'avait pas calculé que, tous ces frais payés, les rentes qu'il allait
+laisser en mourant devaient à peine suffire à rétribuer
<span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>[p. 135]</span>
-cinq ou six professeurs et à entretenir une douzaine de boursiers.
+cinq ou six professeurs et à entretenir une douzaine de boursiers.
</p>
<p>
-Après lui, ces rentes, mal administrées, diminuèrent encore. Pour
-faire vivre les maîtres et même le Recteur, il fallut leur attribuer
+Après lui, ces rentes, mal administrées, diminuèrent encore. Pour
+faire vivre les maîtres et même le Recteur, il fallut leur attribuer
les bourses qui devenaient vacantes et, par suite, les loger et les
-nourrir dans le Collège<a href="#note-158" name="noteref-158"><small> 158</small></a>. Cette détresse trop apparente mit les
-écoliers en déroute: l'enseignement devint de plus en plus étroit et
-lamentable. L'Université d'Oñate aurait pu périr de misère; elle ne
-périt pas cependant, parce qu'en Espagne les fondations les plus
-précaires se soutiennent par la force de l'habitude et qu'à vrai dire
-rien n'y meurt complètement; mais pendant longtemps elle ne put se
-soutenir que par les moyens douteux qui avaient déjà valu à Sigüenza
-et à Osuna un renom assez ridicule.
+nourrir dans le Collège<a href="#note-158" name="noteref-158"><small> 158</small></a>. Cette détresse trop apparente mit les
+écoliers en déroute: l'enseignement devint de plus en plus étroit et
+lamentable. L'Université d'Oñate aurait pu périr de misère; elle ne
+périt pas cependant, parce qu'en Espagne les fondations les plus
+précaires se soutiennent par la force de l'habitude et qu'à vrai dire
+rien n'y meurt complètement; mais pendant longtemps elle ne put se
+soutenir que par les moyens douteux qui avaient déjà valu à Sigüenza
+et à Osuna un renom assez ridicule.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-158"><!--Note--></a>
158 (<a href="#noteref-158"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Oración inaugural (1870) que leyó en la Universidad
-literaria de Oñate D. Casimiro de Egaña, catedrático decano.</i>
+<i>Oración inaugural (1870) que leyó en la Universidad
+literaria de Oñate D. Casimiro de Egaña, catedrático decano.</i>
</p>
<p>
-L'étudiant qu'a mis en scène Figueroa dans son <i>Pasagero</i><a href="#note-159" name="noteref-159"><small> 159</small></a> raconte
-qu'après avoir passé à Alcalá six belles années à ne rien faire, il
-revint, aux environs de Pâques, «dans l'auberge qui
+L'étudiant qu'a mis en scène Figueroa dans son <i>Pasagero</i><a href="#note-159" name="noteref-159"><small> 159</small></a> raconte
+qu'après avoir passé à Alcalá six belles années à ne rien faire, il
+revint, aux environs de Pâques, «dans l'auberge qui
<span class="pagenum"><a id="page136" name="page136"></a>[p. 136]</span>
-nous est fournie par la nature», c'est-à-dire chez ses parents. Son
-père, qui soignait tant bien que mal les malades de son village,
-voulut, à la fin d'un repas, pour s'assurer qu'il avait bien profité
-de ces études, l'interroger sur quelque point de médecine. L'étudiant
-répondit «comme aurait pu le faire une mule avec sa bride, sa selle et
-sa housse» et, si peu docte qu'il fût lui-même, le père connut que son
-fils en savait encore beaucoup moins que lui. Après s'être indigné,
+nous est fournie par la nature», c'est-à-dire chez ses parents. Son
+père, qui soignait tant bien que mal les malades de son village,
+voulut, à la fin d'un repas, pour s'assurer qu'il avait bien profité
+de ces études, l'interroger sur quelque point de médecine. L'étudiant
+répondit «comme aurait pu le faire une mule avec sa bride, sa selle et
+sa housse» et, si peu docte qu'il fût lui-même, le père connut que son
+fils en savait encore beaucoup moins que lui. Après s'être indigné,
comme il convenait, et lui avoir fait les reproches attendus, il se
-calma cependant assez vite, et quelques heures après, l'ayant fait
-venir dans son cabinet: «Ton ignorance est extrême, lui dit-il, mais
-le mal n'est peut-être pas irréparable et il ne sera pas dit que
-j'aurai dépensé tant d'argent pour rien. Fort heureusement il n'est
-pas nécessaire d'être un savant pour exercer l'art de la médecine. Il
-suffit qu'on se soit meublé la mémoire d'un certain nombre de
+calma cependant assez vite, et quelques heures après, l'ayant fait
+venir dans son cabinet: «Ton ignorance est extrême, lui dit-il, mais
+le mal n'est peut-être pas irréparable et il ne sera pas dit que
+j'aurai dépensé tant d'argent pour rien. Fort heureusement il n'est
+pas nécessaire d'être un savant pour exercer l'art de la médecine. Il
+suffit qu'on se soit meublé la mémoire d'un certain nombre de
sentences et d'aphorismes qui sont les lieux communs de notre science.
-Pour ce qui est du grade, tu trouveras bien quelque Université
-<i>silvestre</i> où l'on ne se montre difficile ni sur les preuves de
-scolarité ni sur la soutenance et où la Faculté s'écrie d'une seule
+Pour ce qui est du grade, tu trouveras bien quelque Université
+<i>silvestre</i> où l'on ne se montre difficile ni sur les preuves de
+scolarité ni sur la soutenance et où la Faculté s'écrie d'une seule
voix: <i>Accipiamus pecuniam</i>
<span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>[p. 137]</span>
-<i>et mittamus asinum in patriam suam</i>: «Prenons l'argent et renvoyons
-cet âne dans son pays.»
+<i>et mittamus asinum in patriam suam</i>: «Prenons l'argent et renvoyons
+cet âne dans son pays.»
</p>
<p class="foot">
@@ -4316,23 +4278,23 @@ cet âne dans son pays.»
<i>Alivio III</i>, f<sup>o</sup> 110.
</p>
<p>
-Voilà pourquoi on se moquait tant en Espagne des licenciés et des
-docteurs de Sigüenza, d'Osuna ou d'Oñate. Non sans en éprouver quelque
-honte, ces Universités nécessiteuses en étaient réduites à trafiquer
+Voilà pourquoi on se moquait tant en Espagne des licenciés et des
+docteurs de Sigüenza, d'Osuna ou d'Oñate. Non sans en éprouver quelque
+honte, ces Universités nécessiteuses en étaient réduites à trafiquer
des grades: elles rivalisaient de complaisance et se disputaient les
candidats.
</p>
<p>
-Le résultat, sans doute, était pitoyable, et si leurs fondateurs
-avaient pu le prévoir, ils auraient assurément fait un autre emploi de
-leurs largesses. Mais, si mal qu'il ait réussi, leur zèle n'en paraît
+Le résultat, sans doute, était pitoyable, et si leurs fondateurs
+avaient pu le prévoir, ils auraient assurément fait un autre emploi de
+leurs largesses. Mais, si mal qu'il ait réussi, leur zèle n'en paraît
pas moins honorable. Ils avaient cru bien servir les lettres et leur
-patrie. L'ardeur inconsidérée qui leur avait fait multiplier les
+patrie. L'ardeur inconsidérée qui leur avait fait multiplier les
centres d'instruction, sans tenir compte des situations ni des
circonstances, sans mesurer leurs propres ressources, c'est, en somme,
une preuve de plus que la science avait alors en Espagne un
-merveilleux prestige et qu'elle exerçait une sorte de fascination sur
-toute âme un peu généreuse.
+merveilleux prestige et qu'elle exerçait une sorte de fascination sur
+toute âme un peu généreuse.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>[p. 138]</span>
@@ -4344,51 +4306,51 @@ toute âme un peu généreuse.
CHAPITRE IV.
</h2>
<p class="subheader">
-LE MOUVEMENT INTELLECTUEL EN ESPAGNE AU COMMENCEMENT DU SEIZIÈME
-SIÈCLE: LA RENAISSANCE ESPAGNOLE ET LES PROGRÈS DE L'ENSEIGNEMENT.
+LE MOUVEMENT INTELLECTUEL EN ESPAGNE AU COMMENCEMENT DU SEIZIÈME
+SIÈCLE: LA RENAISSANCE ESPAGNOLE ET LES PROGRÈS DE L'ENSEIGNEMENT.
</p>
<p>
-Ce grand mouvement intellectuel qui, pendant les dernières années du
-quinzième siècle et pendant la première moitié du seizième a fait
-naître en Espagne tant d'Universités nouvelles et sensiblement accrû
-la prospérité des anciennes, c'est assurément de la reine Isabelle de
-Castille qu'il est parti: c'est à elle qu'il faut en rapporter
+Ce grand mouvement intellectuel qui, pendant les dernières années du
+quinzième siècle et pendant la première moitié du seizième a fait
+naître en Espagne tant d'Universités nouvelles et sensiblement accrû
+la prospérité des anciennes, c'est assurément de la reine Isabelle de
+Castille qu'il est parti: c'est à elle qu'il faut en rapporter
l'honneur.
</p>
<p>
-Cette femme remarquable, à laquelle aucun don n'a manqué, tenait de
-son père, Jean II, le goût des lettres et de l'étude. Elle honora le
-savoir; elle fit tout ce qui dépendait d'elle pour répandre
-l'instruction dans ses États et particulièrement dans sa noblesse,
-dont les m&oelig;urs étaient encore rudes et l'esprit peu cultivé.
+Cette femme remarquable, à laquelle aucun don n'a manqué, tenait de
+son père, Jean II, le goût des lettres et de l'étude. Elle honora le
+savoir; elle fit tout ce qui dépendait d'elle pour répandre
+l'instruction dans ses États et particulièrement dans sa noblesse,
+dont les m&oelig;urs étaient encore rudes et l'esprit peu cultivé.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>[p. 139]</span>
</p>
<p>
-Elle-même donnait l'exemple. Elle demanda à Diego Valera de composer
+Elle-même donnait l'exemple. Elle demanda à Diego Valera de composer
pour elle une Histoire d'Espagne et d'y joindre une description des
-trois parties du monde alors connues. Quand elle allait à Salamanque,
+trois parties du monde alors connues. Quand elle allait à Salamanque,
elle ne manquait pas d'y assister aux disputes et exercices de
-l'Université, et elle pouvait s'y intéresser; elle avait en effet
-appris le latin<a href="#note-160" name="noteref-160"><small> 160</small></a>, qui lui était d'ailleurs indispensable, puisque
-c'était non seulement la langue des Écoles et de l'érudition, mais
-aussi la langue de la diplomatie; elle le savait même si bien que son
-confesseur pouvait mêler dans ses lettres le latin et l'espagnol; elle
-lisait Sénèque et le <i>De Officiis</i>.
+l'Université, et elle pouvait s'y intéresser; elle avait en effet
+appris le latin<a href="#note-160" name="noteref-160"><small> 160</small></a>, qui lui était d'ailleurs indispensable, puisque
+c'était non seulement la langue des Écoles et de l'érudition, mais
+aussi la langue de la diplomatie; elle le savait même si bien que son
+confesseur pouvait mêler dans ses lettres le latin et l'espagnol; elle
+lisait Sénèque et le <i>De Officiis</i>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-160"><!--Note--></a>
160 (<a href="#noteref-160"><small>retour</small></a>)<br />
-Après la guerre de Portugal. Ce fut une femme qui le
-lui enseigna, Doña Beatriz Galindo, surnommée «la Latine».
+Après la guerre de Portugal. Ce fut une femme qui le
+lui enseigna, Doña Beatriz Galindo, surnommée «la Latine».
</p>
<p>
-Elle voulut aussi qu'on enseignât le latin à ses deux filles, qui le
-parlèrent et l'écrivirent parfaitement<a href="#note-161" name="noteref-161"><small> 161</small></a>, et elle leur choisit
-comme maîtres deux savants, Antoine et Alexandre Geraldino, qu'elle
+Elle voulut aussi qu'on enseignât le latin à ses deux filles, qui le
+parlèrent et l'écrivirent parfaitement<a href="#note-161" name="noteref-161"><small> 161</small></a>, et elle leur choisit
+comme maîtres deux savants, Antoine et Alexandre Geraldino, qu'elle
avait fait venir d'Italie.
</p>
@@ -4399,15 +4361,15 @@ Luis Vives, <i>De Christiana Femina</i>, cap. <span class="sc">IV</span>.
</p>
<p>
Mais ce fut surtout l'instruction du prince Don Juan qui fut l'objet
-de tous ses soins. F. Diego de Deza, qui fut dans la suite archevêque
+de tous ses soins. F. Diego de Deza, qui fut dans la suite archevêque
<span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>[p. 140]</span>
-de Tolède, lui donna les premières leçons de grammaire et
-d'humanités<a href="#note-162" name="noteref-162"><small> 162</small></a>. Quand il fut plus grand, pour le faire bénéficier en
-quelque manière des avantages de l'éducation publique, la reine donna
-à son fils dix compagnons d'études, cinq du même âge, cinq plus âgés.
+de Tolède, lui donna les premières leçons de grammaire et
+d'humanités<a href="#note-162" name="noteref-162"><small> 162</small></a>. Quand il fut plus grand, pour le faire bénéficier en
+quelque manière des avantages de l'éducation publique, la reine donna
+à son fils dix compagnons d'études, cinq du même âge, cinq plus âgés.
Ces jeunes gens, qui appartenaient aux plus hautes familles, eurent
-tous plus tard de brillantes destinées: seul le jeune prince, sur qui
-étaient fondées tant d'espérances, fut frappé prématurément par la
+tous plus tard de brillantes destinées: seul le jeune prince, sur qui
+étaient fondées tant d'espérances, fut frappé prématurément par la
mort<a href="#note-163" name="noteref-163"><small> 163</small></a>.
</p>
@@ -4415,42 +4377,42 @@ mort<a href="#note-163" name="noteref-163"><small> 163</small></a>.
<a name="note-162"><!--Note--></a>
162 (<a href="#noteref-162"><small>retour</small></a>)<br />
Dans le catalogue des papiers de la reine qui se trouve
-aux archives de Simancas on voit mentionnés les cahiers du petit
+aux archives de Simancas on voit mentionnés les cahiers du petit
prince et les brouillons de ses compositions latines (D. Diego
-Clemencín, <i>Elogio de la Reina Católica; Memorias de la Real Academia
+Clemencín, <i>Elogio de la Reina Católica; Memorias de la Real Academia
de la Historia</i>, t. VI, 1821).
</p>
<p class="foot">
<a name="note-163"><!--Note--></a>
163 (<a href="#noteref-163"><small>retour</small></a>)<br />
-Il mourut, comme on le sait, à Salamanque. Pierre
-Martyr nous a rapporté tous les détails de cette fin douloureuse
+Il mourut, comme on le sait, à Salamanque. Pierre
+Martyr nous a rapporté tous les détails de cette fin douloureuse
(<i>Epist. 182</i>).
</p>
<p>
-A côté de cette école privilégiée, la reine en créa une autre, plus
-largement ouverte aux nobles, sorte d'école palatine assez semblable à
+A côté de cette école privilégiée, la reine en créa une autre, plus
+largement ouverte aux nobles, sorte d'école palatine assez semblable à
celle qu'avait voulu instituer Alphonse le Savant et qui suivait la
-Cour dans ses déplacements, tantôt à Tolède, tantôt à Valladolid,
-tantôt à Saragosse.
+Cour dans ses déplacements, tantôt à Tolède, tantôt à Valladolid,
+tantôt à Saragosse.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>[p. 141]</span>
</p>
<p>
-Pour diriger ce collège nomade on appela en Espagne un célèbre érudit
-milanais, Pierre Martyr d'Angleria, qui réussit presque dès le
-commencement à inspirer le goût des lettres à ces jeunes seigneurs,
-«autrefois dédaigneux de tout ce qui ne touchait pas au métier des
-armes<a href="#note-164" name="noteref-164"><small> 164</small></a>». «Ma maison, écrivait-il quelques années après son
-arrivée<a href="#note-165" name="noteref-165"><small> 165</small></a>, ma maison est pleine, du matin au soir, d'adolescents
-pleins de feu. Notre reine, modèle de toutes les vertus, a voulu que
+Pour diriger ce collège nomade on appela en Espagne un célèbre érudit
+milanais, Pierre Martyr d'Angleria, qui réussit presque dès le
+commencement à inspirer le goût des lettres à ces jeunes seigneurs,
+«autrefois dédaigneux de tout ce qui ne touchait pas au métier des
+armes<a href="#note-164" name="noteref-164"><small> 164</small></a>». «Ma maison, écrivait-il quelques années après son
+arrivée<a href="#note-165" name="noteref-165"><small> 165</small></a>, ma maison est pleine, du matin au soir, d'adolescents
+pleins de feu. Notre reine, modèle de toutes les vertus, a voulu que
son proche parent le duc de Guimaraens<a href="#note-166" name="noteref-166"><small> 166</small></a> et le duc de Villahermosa,
-neveu du roi, restent toute la journée sous mon toit. Cet exemple a
-été suivi par les principaux cavaliers de la Cour, qui assistent à mes
-leçons en compagnie de leurs précepteurs et les repassent le soir avec
-eux dans leurs propres quartiers.»
+neveu du roi, restent toute la journée sous mon toit. Cet exemple a
+été suivi par les principaux cavaliers de la Cour, qui assistent à mes
+leçons en compagnie de leurs précepteurs et les repassent le soir avec
+eux dans leurs propres quartiers.»
</p>
<p class="foot">
@@ -4471,16 +4433,16 @@ Pierre Martyr, <i>Epist.</i> 102 (avril 1492).
D. Juan de Portugal, duc de Braganza y Guimaraens.
</p>
<p>
-«Ces principaux cavaliers de la Cour», nous les connaissons par la
+«Ces principaux cavaliers de la Cour», nous les connaissons par la
correspondance suivie qu'ils entretinrent dans la suite avec leur
-maître: c'étaient D. Álvaro de Silva, le marquis de Mondejar et ses
-frères, D. García de Toledo, D. Pedro Girón, D. Pedro Fajardo,
+maître: c'étaient D. Ãlvaro de Silva, le marquis de Mondejar et ses
+frères, D. García de Toledo, D. Pedro Girón, D. Pedro Fajardo,
seigneur de
<span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>[p. 142]</span>
-Carthagène, les plus grands noms d'Espagne. Aussi Pierre Martyr
-pouvait-il écrire plus tard, avec plus de conviction que de goût: «Les
-premiers seigneurs de Castille se sont presque tous abreuvés à mes
-mamelles littéraires<a href="#note-167" name="noteref-167"><small> 167</small></a>.»
+Carthagène, les plus grands noms d'Espagne. Aussi Pierre Martyr
+pouvait-il écrire plus tard, avec plus de conviction que de goût: «Les
+premiers seigneurs de Castille se sont presque tous abreuvés à mes
+mamelles littéraires<a href="#note-167" name="noteref-167"><small> 167</small></a>.»
</p>
<p class="foot">
@@ -4490,110 +4452,110 @@ mamelles littéraires<a href="#note-167" name="noteref-167"><small> 167</small></
omnes.</i>&mdash;<i>Epist.</i> 662 (1520).
</p>
<p>
-Vers 1496, la reine adjoint à Pierre Martyr un autre humaniste
-italien, dont la collaboration lui fut précieuse et qui devait lui
-succéder. Lucio Marineo avait été ramené de Sicile, douze ans
-auparavant, par l'amiral D. Fadrique Enríquez et il avait jusque-là
-enseigné les lettres latines à l'Université de Salamanque. Il continue
-cet enseignement dans le Collège Noble et il y a, entre autres élèves
+Vers 1496, la reine adjoint à Pierre Martyr un autre humaniste
+italien, dont la collaboration lui fut précieuse et qui devait lui
+succéder. Lucio Marineo avait été ramené de Sicile, douze ans
+auparavant, par l'amiral D. Fadrique Enríquez et il avait jusque-là
+enseigné les lettres latines à l'Université de Salamanque. Il continue
+cet enseignement dans le Collège Noble et il y a, entre autres élèves
de marque, D. Diego de Acebedo, comte de Monterey, et D. Juan
d'Aragon, proche parent du Roi Catholique.
</p>
<p>
-Cette École du Palais modifie très rapidement les m&oelig;urs et les
+Cette École du Palais modifie très rapidement les m&oelig;urs et les
dispositions des gens de cour. A l'imitation d'Isabelle qui continue
d'encourager les travaux de l'esprit et qui honore toutes les formes
-du savoir<a href="#note-168" name="noteref-168"><small> 168</small></a>, toute la haute société
+du savoir<a href="#note-168" name="noteref-168"><small> 168</small></a>, toute la haute société
<span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>[p. 143]</span>
-commence à se piquer d'humanisme: «On s'habitue à ne plus tenir pour
-noble quiconque montre de l'aversion pour les études<a href="#note-169" name="noteref-169"><small> 169</small></a>.»
+commence à se piquer d'humanisme: «On s'habitue à ne plus tenir pour
+noble quiconque montre de l'aversion pour les études<a href="#note-169" name="noteref-169"><small> 169</small></a>.»
</p>
<p class="foot">
<a name="note-168"><!--Note--></a>
168 (<a href="#noteref-168"><small>retour</small></a>)<br />
-Antonio de Nebrija lui dédie sa <i>Grammaire latine</i> et
+Antonio de Nebrija lui dédie sa <i>Grammaire latine</i> et
sa <i>Grammaire espagnole</i>, Rodrigo de Santaella son <i>Vocabulaire</i>,
-Alonso de Córdoba ses <i>Tables astronomiques</i>.
+Alonso de Córdoba ses <i>Tables astronomiques</i>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-169"><!--Note--></a>
169 (<a href="#noteref-169"><small>retour</small></a>)<br />
-Paul Jove, <i>Éloge de Nebrija</i>.
+Paul Jove, <i>Éloge de Nebrija</i>.
</p>
<p>
-Parmi ceux qui s'appliquent, «suivant l'exemple des anciens Romains, à
-associer la gloire littéraire à la gloire des armes<a href="#note-170" name="noteref-170"><small> 170</small></a>», on compte
+Parmi ceux qui s'appliquent, «suivant l'exemple des anciens Romains, à
+associer la gloire littéraire à la gloire des armes<a href="#note-170" name="noteref-170"><small> 170</small></a>», on compte
le duc d'Albe D. Fadrique de Toledo, le marquis de Denia D. Bernardo
-de Rojas, qui se met, à soixante ans, à apprendre le latin; D.
-Francisco de Zúñiga, comte de Miranda; D. Diego Sarmento, comte de
-Salinas. Diego López de Toledo, commandeur de l'ordre d'Alcántara,
-traduit les <i>Commentaires</i> de César, Diego Guillén de Ávila les
-<i>Stratagèmes</i> de Frontin, Alonso de Palencia les <i>Vies</i> de Plutarque,
-tous ouvrages bien faits pour plaire à des gentilshommes guerriers.
-D'autres mettent en espagnol Juvénal, Pétrarque et le Dante: car la
-poésie aussi fleurit à la Cour, et parmi les auteurs du <i>Cancionero
+de Rojas, qui se met, à soixante ans, à apprendre le latin; D.
+Francisco de Zúñiga, comte de Miranda; D. Diego Sarmento, comte de
+Salinas. Diego López de Toledo, commandeur de l'ordre d'Alcántara,
+traduit les <i>Commentaires</i> de César, Diego Guillén de Ãvila les
+<i>Stratagèmes</i> de Frontin, Alonso de Palencia les <i>Vies</i> de Plutarque,
+tous ouvrages bien faits pour plaire à des gentilshommes guerriers.
+D'autres mettent en espagnol Juvénal, Pétrarque et le Dante: car la
+poésie aussi fleurit à la Cour, et parmi les auteurs du <i>Cancionero
general</i> on pourrait retrouver presque tous les grands noms de cette
-époque.
+époque.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-170"><!--Note--></a>
170 (<a href="#noteref-170"><small>retour</small></a>)<br />
-Juan Ginés de Sepúlveda, Prologue du <i>Democrates</i>.
+Juan Ginés de Sepúlveda, Prologue du <i>Democrates</i>.
</p>
<p>
-Les dames, à leur tour, se prennent d'une
+Les dames, à leur tour, se prennent d'une
<span class="pagenum"><a id="page144" name="page144"></a>[p. 144]</span>
-belle ardeur pour l'étude. Clemencín a donné la liste, qui est fort
-longue, de celles qui poussèrent alors leur instruction bien au delà
-des limites ordinaires<a href="#note-171" name="noteref-171"><small> 171</small></a>. On y relève les noms de Doña María de
-Mendoza, qui sut le latin, même le grec; de la comtesse de Monteagudo
-et de Doña María Pacheco, qui toutes deux n'avaient qu'à suivre des
-exemples domestiques, puisqu'elles étaient les petites-filles du
-marquis de Santillane; de Doña Juana de Contreras, qui fut l'élève et
-l'amie de l'érudit Lucio Marineo.
+belle ardeur pour l'étude. Clemencín a donné la liste, qui est fort
+longue, de celles qui poussèrent alors leur instruction bien au delà
+des limites ordinaires<a href="#note-171" name="noteref-171"><small> 171</small></a>. On y relève les noms de Doña María de
+Mendoza, qui sut le latin, même le grec; de la comtesse de Monteagudo
+et de Doña María Pacheco, qui toutes deux n'avaient qu'à suivre des
+exemples domestiques, puisqu'elles étaient les petites-filles du
+marquis de Santillane; de Doña Juana de Contreras, qui fut l'élève et
+l'amie de l'érudit Lucio Marineo.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-171"><!--Note--></a>
171 (<a href="#noteref-171"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Elogio de la Reina católica</i> (<i>Bibl. de la R. Acad. de
+<i>Elogio de la Reina católica</i> (<i>Bibl. de la R. Acad. de
la Hist.</i>, t. VI.)
</p>
<p>
-Après la reine Isabelle, personne n'a plus favorisé ces progrès de
-l'humanisme que les grands prélats qui ont alors honoré le clergé
-espagnol. Stimulés par l'exemple des évêques et des cardinaux
-italiens, ayant quelquefois pris eux-mêmes en Italie l'amour des
+Après la reine Isabelle, personne n'a plus favorisé ces progrès de
+l'humanisme que les grands prélats qui ont alors honoré le clergé
+espagnol. Stimulés par l'exemple des évêques et des cardinaux
+italiens, ayant quelquefois pris eux-mêmes en Italie l'amour des
lettres et des arts<a href="#note-172" name="noteref-172"><small> 172</small></a>, ils comprennent des premiers ce que
-l'Espagne peut gagner à cette renaissance et aussi quel intérêt
-l'Église peut avoir à la diriger. Leurs énormes revenus leur
-permettent de jouer aisément le rôle de Mécènes: ils collectionnent
+l'Espagne peut gagner à cette renaissance et aussi quel intérêt
+l'Église peut avoir à la diriger. Leurs énormes revenus leur
+permettent de jouer aisément le rôle de Mécènes: ils collectionnent
<span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>[p. 145]</span>
-les manuscrits et les livres, encouragent l'établissement des
+les manuscrits et les livres, encouragent l'établissement des
imprimeries, stimulent les recherches scientifiques, comme D. Fernando
-de Talavera, archevêque de Grenade, comme D. Juan de Zúñiga,
-grand-maître de l'ordre d'Alcántara, protecteur et ami de Nebrija; ils
-fondent des Collèges, comme le cardinal de Mendoza<a href="#note-173" name="noteref-173"><small> 173</small></a>, ou des
-Universités, comme le cardinal Jiménez.
+de Talavera, archevêque de Grenade, comme D. Juan de Zúñiga,
+grand-maître de l'ordre d'Alcántara, protecteur et ami de Nebrija; ils
+fondent des Collèges, comme le cardinal de Mendoza<a href="#note-173" name="noteref-173"><small> 173</small></a>, ou des
+Universités, comme le cardinal Jiménez.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-172"><!--Note--></a>
172 (<a href="#noteref-172"><small>retour</small></a>)<br />
-Comme, par exemple, D. Alonso de Fonseca, archevêque de
+Comme, par exemple, D. Alonso de Fonseca, archevêque de
Santiago.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-173"><!--Note--></a>
173 (<a href="#noteref-173"><small>retour</small></a>)<br />
-D. Pedro González de Mendoza, que la faveur des Rois
-Catholiques fit appeler le «troisième roi d'Espagne». Lettré du
-premier mérite, formé dès sa jeunesse par les plus sérieuses études,
-ce fut lui qui fonda à Valladolid le magnifique <i>Colegio mayor de
+D. Pedro González de Mendoza, que la faveur des Rois
+Catholiques fit appeler le «troisième roi d'Espagne». Lettré du
+premier mérite, formé dès sa jeunesse par les plus sérieuses études,
+ce fut lui qui fonda à Valladolid le magnifique <i>Colegio mayor de
Santa Cruz</i>.
</p>
@@ -4601,11 +4563,11 @@ Santa Cruz</i>.
<p>
Ces puissantes influences, ces exemples venus de si haut propagent
-rapidement dans la Péninsule le goût et le respect des études.
+rapidement dans la Péninsule le goût et le respect des études.
L'Espagne accueille avec confiance la nouvelle culture que la Cour
-honore, que l'Église protège et qui lui arrive de cette Italie à
-laquelle une sorte de parenté l'attache, qu'elle s'est habituée à
-respecter comme le centre du monde chrétien. La prospérité dont jouit
+honore, que l'Église protège et qui lui arrive de cette Italie à
+laquelle une sorte de parenté l'attache, qu'elle s'est habituée à
+respecter comme le centre du monde chrétien. La prospérité dont jouit
alors le royaume favorise cette diffusion de l'humanisme et du
savoir.
</p>
@@ -4613,79 +4575,79 @@ savoir.
<span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>[p. 146]</span>
</p>
<p>
-La jeunesse, riche ou pauvre, est portée, comme par un courant très
-fort, vers les Écoles dont le nombre s'accroît sans cesse et même,
-nous l'avons vu, au delà des besoins. Dans ces Écoles un souffle
+La jeunesse, riche ou pauvre, est portée, comme par un courant très
+fort, vers les Écoles dont le nombre s'accroît sans cesse et même,
+nous l'avons vu, au delà des besoins. Dans ces Écoles un souffle
nouveau ranime les ardeurs et rajeunit l'antique doctrine. C'est le
-moment, unique dans l'histoire, où l'Espagne semble vouloir rivaliser
-d'activité scientifique avec les grandes nations.
+moment, unique dans l'histoire, où l'Espagne semble vouloir rivaliser
+d'activité scientifique avec les grandes nations.
</p>
<p>
-Des maîtres comme le franciscain Fr. Luis de Carvajal, comme
+Des maîtres comme le franciscain Fr. Luis de Carvajal, comme
l'augustin Fr. Lorenzo de Villavicencio, comme le dominicain Francisco
-de Vitoria, s'appliquent à réformer les méthodes d'enseignement de la
-théologie et annoncent les Domingo de Soto, les Melchor Cano, les Luis
-de Granada, les Luis de León.
+de Vitoria, s'appliquent à réformer les méthodes d'enseignement de la
+théologie et annoncent les Domingo de Soto, les Melchor Cano, les Luis
+de Granada, les Luis de León.
</p>
<p>
-Des juristes comme Juan López de Palacios Rubios, Antonio de Nebrija,
-Antonio Agustín, Antonio Gouvea, Diego de Covarrubias y Leyva, des
+Des juristes comme Juan López de Palacios Rubios, Antonio de Nebrija,
+Antonio Agustín, Antonio Gouvea, Diego de Covarrubias y Leyva, des
canonistes comme Antonio de Burgos, Francisco de Torres (<i>Turriano</i>),
-J. Ginés de Sepúlveda, apportent dans l'étude du droit des idées plus
-élevées et une critique plus exacte.
+J. Ginés de Sepúlveda, apportent dans l'étude du droit des idées plus
+élevées et une critique plus exacte.
</p>
<p>
La philologie classique progresse encore plus sensiblement. De grands
-travailleurs, entreprenants et originaux, explorent tour à tour tous
+travailleurs, entreprenants et originaux, explorent tour à tour tous
<span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>[p. 147]</span>
-les domaines de l'érudition et laissent des &oelig;uvres durables.
+les domaines de l'érudition et laissent des &oelig;uvres durables.
</p>
<p>
Tel cet Antonio de Nebrija qui fut le plus grand ouvrier de la
-Renaissance espagnole, esprit véritablement encyclopédique que nous
-avons déjà cité parmi les restaurateurs de la science du droit, que
+Renaissance espagnole, esprit véritablement encyclopédique que nous
+avons déjà cité parmi les restaurateurs de la science du droit, que
l'on pourrait encore compter, pour son <i>Lexicon artis
-medicamentariae</i>, parmi les rénovateurs des sciences médicales, mais
-qui se consacra plus spécialement à l'étude des langues hébraïque,
+medicamentariae</i>, parmi les rénovateurs des sciences médicales, mais
+qui se consacra plus spécialement à l'étude des langues hébraïque,
grecque, latine et castillane, le premier des lexicographes et des
grammairiens de son temps, sorte de Pic de la Mirandole qui aurait pu
traiter, lui aussi, <i>De omni re scibili</i>.
</p>
<p>
-Après avoir étudié cinq ans à Salamanque, «préoccupé, nous dit-il
-lui-même, de sortir de l'ornière commune et d'aller puiser aux vraies
-sources du savoir», il partit pour l'Italie, «non pas pour y gagner
-des rentes ecclésiastiques ou pour en rapporter les formules de l'un
+Après avoir étudié cinq ans à Salamanque, «préoccupé, nous dit-il
+lui-même, de sortir de l'ornière commune et d'aller puiser aux vraies
+sources du savoir», il partit pour l'Italie, «non pas pour y gagner
+des rentes ecclésiastiques ou pour en rapporter les formules de l'un
et l'autre droit, mais pour en ramener dans sa terre natale ces nobles
-exilés: les grands maîtres de l'antiquité classique<a href="#note-174" name="noteref-174"><small> 174</small></a>».
+exilés: les grands maîtres de l'antiquité classique<a href="#note-174" name="noteref-174"><small> 174</small></a>».
</p>
<p class="foot">
<a name="note-174"><!--Note--></a>
174 (<a href="#noteref-174"><small>retour</small></a>)<br />
<i>Dictionarium ex Hispaniensi in Latinam sermonem,
-interprete Aelio Antonio Nebrissensi</i>, Salamanque, 1494: Dédicace
+interprete Aelio Antonio Nebrissensi</i>, Salamanque, 1494: Dédicace
(<i>Cl. Johanni Stunicae epistola hispano-latina</i>).
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>[p. 148]</span>
</p>
<p>
-Pendant dix ans, de 1452 à 1462, il y travailla avec la ferveur
-heureuse et passionnée d'un néophyte qui a retrouvé ses dieux.
-Boursier du fameux collège Saint-Clément de Bologne, ouvert depuis un
-siècle déjà à la jeunesse espagnole, il y reçut particulièrement les
-leçons de Galeotto Marzio. Il ne revint dans son pays que lorsqu'il se
-sentit capable d'y répandre la bonne parole.
+Pendant dix ans, de 1452 à 1462, il y travailla avec la ferveur
+heureuse et passionnée d'un néophyte qui a retrouvé ses dieux.
+Boursier du fameux collège Saint-Clément de Bologne, ouvert depuis un
+siècle déjà à la jeunesse espagnole, il y reçut particulièrement les
+leçons de Galeotto Marzio. Il ne revint dans son pays que lorsqu'il se
+sentit capable d'y répandre la bonne parole.
</p>
<p>
-Il professa quelque temps à Séville, où l'avait appelé l'archevêque
-Fonseca; mais «de même que Pierre et que Paul, princes des Apôtres,
+Il professa quelque temps à Séville, où l'avait appelé l'archevêque
+Fonseca; mais «de même que Pierre et que Paul, princes des Apôtres,
allaient combattre la religion des gentils, non pas dans les bourgs et
-dans les campagnes, mais dans Athènes, dans Antioche et dans Rome,
-c'est dans la capitale intellectuelle de l'Espagne, à Salamanque,
-qu'il voulut faire triompher sa doctrine et déraciner la
-barbarie<a href="#note-175" name="noteref-175"><small> 175</small></a>».
+dans les campagnes, mais dans Athènes, dans Antioche et dans Rome,
+c'est dans la capitale intellectuelle de l'Espagne, à Salamanque,
+qu'il voulut faire triompher sa doctrine et déraciner la
+barbarie<a href="#note-175" name="noteref-175"><small> 175</small></a>».
</p>
<p class="foot">
@@ -4694,67 +4656,67 @@ barbarie<a href="#note-175" name="noteref-175"><small> 175</small></a>».
<i>Ibid.</i>
</p>
<p>
-Ce fut là en effet que, pourvu d'une double chaire, il engagea un long
-combat contre l'antique routine et réussit enfin à faire prévaloir les
-méthodes et l'esprit des grands humanistes
+Ce fut là en effet que, pourvu d'une double chaire, il engagea un long
+combat contre l'antique routine et réussit enfin à faire prévaloir les
+méthodes et l'esprit des grands humanistes
<span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>[p. 149]</span>
-italiens, de Georges Merula, de Philelphe le Jeune, de François de
-Noles. Malgré les protestations qui s'élevèrent un peu partout, et
-surtout à Valence, il arracha des mains de la jeunesse les rudiments
+italiens, de Georges Merula, de Philelphe le Jeune, de François de
+Noles. Malgré les protestations qui s'élevèrent un peu partout, et
+surtout à Valence, il arracha des mains de la jeunesse les rudiments
gothiques, la grammaire de Pastrana, celle d'Alexandre de Villedieu,
-le <i>Catholicon</i> et le grécisme monstrueux d'Ébrard de Béthune<a href="#note-176" name="noteref-176"><small> 176</small></a>. Sa
+le <i>Catholicon</i> et le grécisme monstrueux d'Ébrard de Béthune<a href="#note-176" name="noteref-176"><small> 176</small></a>. Sa
grammaire castillane, qui fixait une langue moderne, sa grammaire
-latine, qui marquait une révolution dans l'étude des langues
-anciennes, parurent toutes deux avant la fin du quinzième siècle,
-alors qu'Érasme n'était encore qu'un enfant<a href="#note-177" name="noteref-177"><small> 177</small></a>.
+latine, qui marquait une révolution dans l'étude des langues
+anciennes, parurent toutes deux avant la fin du quinzième siècle,
+alors qu'Érasme n'était encore qu'un enfant<a href="#note-177" name="noteref-177"><small> 177</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-176"><!--Note--></a>
176 (<a href="#noteref-176"><small>retour</small></a>)<br />
-L. Massebieau, <i>Les colloques scolaires du seizième
-siècle</i>. Paris, 1878, p. 161.
+L. Massebieau, <i>Les colloques scolaires du seizième
+siècle</i>. Paris, 1878, p. 161.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-177"><!--Note--></a>
177 (<a href="#noteref-177"><small>retour</small></a>)<br />
-On trouvera un tableau à peu près complet de son énorme
+On trouvera un tableau à peu près complet de son énorme
production dans le <i>Specimen Bibliothecae Hispano-Majansianae</i>, sive
Idea Novi Calalogi critici operum scriptorum hispanorum..., Hanoverae,
-1753.&mdash;Cf. Antonio, <i>Bibliotheca hispana nova</i>, et Menéndez y Pelayo,
-<i>Ciencia Española</i>, III.
+1753.&mdash;Cf. Antonio, <i>Bibliotheca hispana nova</i>, et Menéndez y Pelayo,
+<i>Ciencia Española</i>, III.
</p>
<p>
-Après Nebrija, un autre esprit universel, c'est ce Francisco Sánchez,
-<i>el Brocense</i>, dont Salamanque ne fut pas moins fière. Non content
-d'enseigner la rhétorique et l'art de traduire, de classer d'après un
-plan nouveau les règles des syntaxes grecque et latine, il rédigea
+Après Nebrija, un autre esprit universel, c'est ce Francisco Sánchez,
+<i>el Brocense</i>, dont Salamanque ne fut pas moins fière. Non content
+d'enseigner la rhétorique et l'art de traduire, de classer d'après un
+plan nouveau les règles des syntaxes grecque et latine, il rédigea
<span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>[p. 150]</span>
-dans son <i>Commentaire sur Horace</i>, une très intelligente poétique,
-interpréta Épictète, entra fort heureusement dans le véritable esprit
-de la philosophie épicurienne et, abordant enfin la logique avec une
-indépendance qui étonne, avec un beau dédain de l'opinion vulgaire, il
-protesta vigoureusement contre les puériles traditions de la
+dans son <i>Commentaire sur Horace</i>, une très intelligente poétique,
+interpréta Épictète, entra fort heureusement dans le véritable esprit
+de la philosophie épicurienne et, abordant enfin la logique avec une
+indépendance qui étonne, avec un beau dédain de l'opinion vulgaire, il
+protesta vigoureusement contre les puériles traditions de la
scolastique<a href="#note-178" name="noteref-178"><small> 178</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-178"><!--Note--></a>
178 (<a href="#noteref-178"><small>retour</small></a>)<br />
-Menéndez y Pelayo, <i>Ideas Estéticas</i>, II.
+Menéndez y Pelayo, <i>Ideas Estéticas</i>, II.
</p>
<p>
D'autres savants de moins haute envergure travaillent avec autant de
-conscience dans des champs un peu plus limités. A Salamanque, le
+conscience dans des champs un peu plus limités. A Salamanque, le
Portugais Arias Barbosa explique les auteurs grecs et fonde une petite
-école d'hellénistes. Après lui, Hernán Núñez, le «Commandeur grec»,
-apporte aux mêmes travaux tant de méthode et de précision que de bons
-juges<a href="#note-179" name="noteref-179"><small> 179</small></a> ont pu le compter parmi les grands philologues du seizième
-siècle; il faut joindre à son nom celui de Juan de Mal-Lara, l'auteur
-de la <i>Filosofía vulgar</i>, qui, aussi passionné que lui pour la
-littérature classique, sait s'intéresser comme lui à la poésie
-populaire et à la sagesse populaire de son pays.
+école d'hellénistes. Après lui, Hernán Núñez, le «Commandeur grec»,
+apporte aux mêmes travaux tant de méthode et de précision que de bons
+juges<a href="#note-179" name="noteref-179"><small> 179</small></a> ont pu le compter parmi les grands philologues du seizième
+siècle; il faut joindre à son nom celui de Juan de Mal-Lara, l'auteur
+de la <i>Filosofía vulgar</i>, qui, aussi passionné que lui pour la
+littérature classique, sait s'intéresser comme lui à la poésie
+populaire et à la sagesse populaire de son pays.
</p>
<p class="foot">
@@ -4766,129 +4728,129 @@ Entre autres, M. Charles Graux.
<span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>[p. 151]</span>
</p>
<p>
-L'Université d'Alcalá a aussi ses «grécisants»: Démétrius de Crète,
-tout d'abord, et le <i>Pinciano</i>, qui lui succède, Diego López de
-Zúñiga, Lorenzo Balbo de Lillo, les deux frères de Vergara.
+L'Université d'Alcalá a aussi ses «grécisants»: Démétrius de Crète,
+tout d'abord, et le <i>Pinciano</i>, qui lui succède, Diego López de
+Zúñiga, Lorenzo Balbo de Lillo, les deux frères de Vergara.
</p>
<p>
-Tous ces hellénistes sont naturellement aussi des latinistes et de
-bons «cicéroniens», le latin étant essentiellement la langue
-universitaire et le fondement même des études. Ils sont aussi des
+Tous ces hellénistes sont naturellement aussi des latinistes et de
+bons «cicéroniens», le latin étant essentiellement la langue
+universitaire et le fondement même des études. Ils sont aussi des
philosophes: car il n'est pas alors d'humaniste qui n'essaye
-d'interpréter à sa manière Platon et Aristote, ou même de les
-concilier, comme fera Sebastián Fox Morcillo de Séville. Aristote
-surtout est une matière inépuisable; il reste le pôle de toute
-science, et longtemps encore il attirera avec la même force les
-esprits même les plus opposés: aussi bien les exégètes, comme Arias
-Montano, que les historiens, comme Sepúlveda.
+d'interpréter à sa manière Platon et Aristote, ou même de les
+concilier, comme fera Sebastián Fox Morcillo de Séville. Aristote
+surtout est une matière inépuisable; il reste le pôle de toute
+science, et longtemps encore il attirera avec la même force les
+esprits même les plus opposés: aussi bien les exégètes, comme Arias
+Montano, que les historiens, comme Sepúlveda.
</p>
<p>
Le mouvement scientifique est sans doute moins brillant. Dans ce
-seizième siècle, qui vit tant de savants de génie, tant d'initiateurs,
+seizième siècle, qui vit tant de savants de génie, tant d'initiateurs,
aux Cardan, aux Copernic, aux Corneille Agrippa, aux Paracelse,
-l'Espagne ne peut opposer que des renommées de second ordre. Si Michel
-Servet est Aragonais de naissance, c'est à Paris
+l'Espagne ne peut opposer que des renommées de second ordre. Si Michel
+Servet est Aragonais de naissance, c'est à Paris
<span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>[p. 152]</span>
-qu'il a étudié, c'est à Vienne en Dauphiné qu'il a découvert la
-«petite circulation» du sang. Si André Vésale est le premier médecin
+qu'il a étudié, c'est à Vienne en Dauphiné qu'il a découvert la
+«petite circulation» du sang. Si André Vésale est le premier médecin
de la Cour d'Espagne, c'est en Italie qu'il a poursuivi ses recherches
-et conquis la gloire. Si Pedro Ciruelo et Juan Martínez Siliceo se
-font un nom dans les mathématiques, c'est à Paris qu'ils ont été les
-apprendre. Seule l'histoire naturelle, à laquelle la découverte du
-Nouveau Monde ouvre un immense domaine, prend alors dans la Péninsule
-un développement original et intéressant.
-</p>
-<p>
-Malgré ces lacunes, et quoique la tutelle de l'Église ne lui laisse
-peut-être pas toujours l'indépendance nécessaire, on peut dire qu'à
-cette époque privilégiée l'enseignement supérieur a, comme les autres
-forces de l'Espagne, puissamment manifesté sa vitalité. Il faudra de
-longues années de despotisme étroit et déprimant pour ralentir le
+et conquis la gloire. Si Pedro Ciruelo et Juan Martínez Siliceo se
+font un nom dans les mathématiques, c'est à Paris qu'ils ont été les
+apprendre. Seule l'histoire naturelle, à laquelle la découverte du
+Nouveau Monde ouvre un immense domaine, prend alors dans la Péninsule
+un développement original et intéressant.
+</p>
+<p>
+Malgré ces lacunes, et quoique la tutelle de l'Église ne lui laisse
+peut-être pas toujours l'indépendance nécessaire, on peut dire qu'à
+cette époque privilégiée l'enseignement supérieur a, comme les autres
+forces de l'Espagne, puissamment manifesté sa vitalité. Il faudra de
+longues années de despotisme étroit et déprimant pour ralentir le
mouvement qui alors s'inaugure.
</p>
<p>
-Et ce mouvement ne se limite pas absolument aux frontières du royaume.
+Et ce mouvement ne se limite pas absolument aux frontières du royaume.
Pendant un temps, d'ailleurs trop court, l'Espagne est en communition
-intellectuelle avec les autres nations. Elle appelle des maîtres
-étrangers, de Grèce, d'Italie, de France. Elle envoie des étudiants
+intellectuelle avec les autres nations. Elle appelle des maîtres
+étrangers, de Grèce, d'Italie, de France. Elle envoie des étudiants
dans les
<span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>[p. 153]</span>
-grandes Universités d'Europe, particulièrement dans le Collège formé à
-Bologne par le cardinal Albornoz, et surtout à Paris. Elle y envoie
-même des maîtres: à Oxford et à Cambridge, à Padoue et à Rome, à
-Paris, à Bordeaux, à Toulouse, dans les Pays-Bas, en Lithuanie et en
-Bohème on peut trouver alors des professeurs espagnols.
+grandes Universités d'Europe, particulièrement dans le Collège formé à
+Bologne par le cardinal Albornoz, et surtout à Paris. Elle y envoie
+même des maîtres: à Oxford et à Cambridge, à Padoue et à Rome, à
+Paris, à Bordeaux, à Toulouse, dans les Pays-Bas, en Lithuanie et en
+Bohème on peut trouver alors des professeurs espagnols.
</p>
<p>
-Le plus célèbre de tous est Luis Vives qui enseigna à Louvain, à
-Oxford et à Bruges et fut avec Érasme et Budé une des premières
-lumières du siècle, esprit critique et conciliant, humaniste
-aimable<a href="#note-180" name="noteref-180"><small> 180</small></a>, pédagogue avisé, un des précurseurs de la psychologie
-écossaise, rénovateur de la méthode avant Bacon et Descartes, dont on
-a pu dire que par lui «l'Espagne eut, à une certaine heure, la
-prépondérance sur la république des lettres latines comme elle l'avait
-sur l'Europe politique<a href="#note-181" name="noteref-181"><small> 181</small></a>».
+Le plus célèbre de tous est Luis Vives qui enseigna à Louvain, à
+Oxford et à Bruges et fut avec Érasme et Budé une des premières
+lumières du siècle, esprit critique et conciliant, humaniste
+aimable<a href="#note-180" name="noteref-180"><small> 180</small></a>, pédagogue avisé, un des précurseurs de la psychologie
+écossaise, rénovateur de la méthode avant Bacon et Descartes, dont on
+a pu dire que par lui «l'Espagne eut, à une certaine heure, la
+prépondérance sur la république des lettres latines comme elle l'avait
+sur l'Europe politique<a href="#note-181" name="noteref-181"><small> 181</small></a>».
</p>
<p class="foot">
<a name="note-180"><!--Note--></a>
180 (<a href="#noteref-180"><small>retour</small></a>)<br />
-Ses <i>Dialogues</i> eurent dans toute l'Europe un succès au
-moins égal à celui des <i>Colloques</i> d'Erasme.
+Ses <i>Dialogues</i> eurent dans toute l'Europe un succès au
+moins égal à celui des <i>Colloques</i> d'Erasme.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-181"><!--Note--></a>
181 (<a href="#noteref-181"><small>retour</small></a>)<br />
-L. Massebieau, <i>Les Colloques scolaires du seizième
-siècle</i>, p. 159.
+L. Massebieau, <i>Les Colloques scolaires du seizième
+siècle</i>, p. 159.
</p>
<p>
-Salamanque et les autres grandes Universités sont le centre de cette
-vie débordante. Toutes les classes de la société leur donnent le
+Salamanque et les autres grandes Universités sont le centre de cette
+vie débordante. Toutes les classes de la société leur donnent le
meilleur
<span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>[p. 154]</span>
de leur jeunesse. Dans les archives de Salamanque, sur les registres
-où s'inscrivent alors, chaque année, sept mille étudiants, on peut
-voir représentées toutes les grandes maisons d'Espagne: Léon,
-Castille, Aragon, Tolède, Cordoue, Pimentel, Mendoza, Manrique, Lara,
-Sandoval, Silva, Luna, Dávalos, Villena, Pacheco, Padilla, Maldonado,
+où s'inscrivent alors, chaque année, sept mille étudiants, on peut
+voir représentées toutes les grandes maisons d'Espagne: Léon,
+Castille, Aragon, Tolède, Cordoue, Pimentel, Mendoza, Manrique, Lara,
+Sandoval, Silva, Luna, Dávalos, Villena, Pacheco, Padilla, Maldonado,
Fonseca.
</p>
<p>
Ces jeunes seigneurs croient s'honorer en briguant les charges
-universitaires, les fonctions de Recteur ou d'Écolâtre<a href="#note-182" name="noteref-182"><small> 182</small></a>. Certains
-même se présentent aux concours et montent dans les chaires. A
-Salamanque, un petit-fils du «bon comte» de Haro, D. Pedro Fernández
-de Velasco, qui sera connétable de Castille, explique Ovide et Pline.
+universitaires, les fonctions de Recteur ou d'Écolâtre<a href="#note-182" name="noteref-182"><small> 182</small></a>. Certains
+même se présentent aux concours et montent dans les chaires. A
+Salamanque, un petit-fils du «bon comte» de Haro, D. Pedro Fernández
+de Velasco, qui sera connétable de Castille, explique Ovide et Pline.
Plus tard, D. Alonso Manrique, fils du comte de Paredes, enseignera le
-grec à Alcalá.
+grec à Alcalá.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-182"><!--Note--></a>
182 (<a href="#noteref-182"><small>retour</small></a>)<br />
-En 1488, le <i>Maestrescuela</i> était un fils du duc
+En 1488, le <i>Maestrescuela</i> était un fils du duc
d'Albe.
</p>
<p>
-Des jeunes filles vont s'asseoir sur les bancs des Universités et
-quelques-unes y professent, comme cette Doña Lucía de Medrano que
-Marineo entendit commenter des textes latins à Salamanque, ou cette
-Francisca de Nebrija, fille de l'illustre érudit, qui, aux Écoles
-d'Alcalá, suppléa quelque temps son père dans la chaire
+Des jeunes filles vont s'asseoir sur les bancs des Universités et
+quelques-unes y professent, comme cette Doña Lucía de Medrano que
+Marineo entendit commenter des textes latins à Salamanque, ou cette
+Francisca de Nebrija, fille de l'illustre érudit, qui, aux Écoles
+d'Alcalá, suppléa quelque temps son père dans la chaire
<span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>[p. 155]</span>
-de rhétorique<a href="#note-183" name="noteref-183"><small> 183</small></a>. Les étudiants pauvres apportent aux études un zèle
-inaccoutumé depuis que, par une mesure libérale, qui malheureusement
-ne sera pas longtemps observée, les Rois Catholiques les ont dispensés
+de rhétorique<a href="#note-183" name="noteref-183"><small> 183</small></a>. Les étudiants pauvres apportent aux études un zèle
+inaccoutumé depuis que, par une mesure libérale, qui malheureusement
+ne sera pas longtemps observée, les Rois Catholiques les ont dispensés
des <i>propinas</i> ou frais d'examen<a href="#note-184" name="noteref-184"><small> 184</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-183"><!--Note--></a>
183 (<a href="#noteref-183"><small>retour</small></a>)<br />
-Nebrija avait en effet passé, nous l'avons dit, de
-l'Université de Salamanque à celle d'Alcalá.
+Nebrija avait en effet passé, nous l'avons dit, de
+l'Université de Salamanque à celle d'Alcalá.
</p>
<p class="foot">
@@ -4907,80 +4869,80 @@ cette jeunesse<a href="#note-185" name="noteref-185"><small> 185</small></a>.
<i>Epist.</i> 57.
</p>
<p>
-On l'avait souvent pressé de venir enseigner à Salamanque: il s'y
-était toujours refusé; mais sur les instances de quelques professeurs,
-dont deux au moins, Antonio Blaniardo et Lucio Marineo, étaient ses
-compatriotes et ses amis, il consentit à y faire une leçon.
+On l'avait souvent pressé de venir enseigner à Salamanque: il s'y
+était toujours refusé; mais sur les instances de quelques professeurs,
+dont deux au moins, Antonio Blaniardo et Lucio Marineo, étaient ses
+compatriotes et ses amis, il consentit à y faire une leçon.
</p>
<p>
-«A deux heures de l'après-midi, nous raconte-t-il, on envoie des
-crieurs annoncer dans la ville qu'un étranger va parler sur Juvénal.
-C'était un jeudi, jour où d'habitude il n'y a pas de cours à
-l'Université. Les étudiants accourent cependant en si grand nombre que
-j'ai toutes les peines du monde à pénétrer dans les Écoles. Il faut
+«A deux heures de l'après-midi, nous raconte-t-il, on envoie des
+crieurs annoncer dans la ville qu'un étranger va parler sur Juvénal.
+C'était un jeudi, jour où d'habitude il n'y a pas de cours à
+l'Université. Les étudiants accourent cependant en si grand nombre que
+j'ai toutes les peines du monde à pénétrer dans les Écoles. Il faut
que des docteurs s'arment de
<span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>[p. 156]</span>
-bâtons et de piques pour aider le bedeau à m'ouvrir un passage. A
-force de cris, de menaces et de coups on parvient à me faire un chemin
-jusqu'aux portes. Là, je suis soulevé de terre par ces jeunes hommes
-et porté jusqu'à la chaire au-dessus des têtes.»
-</p>
-<p>
-La bagarre a été si forte que bien des gens&mdash;Pierre Martyr rapporte
-fièrement leurs noms&mdash;ont été à moitié étouffés; on ne compte pas les
-bonnets perdus, les manteaux déchirés. Le bedeau lui-même a eu son
-camail de pourpre arraché, et, ne pouvant le retrouver, il veut se le
-faire rembourser par le professeur étranger, occasion de tout ce
-désordre.
-</p>
-<p>
-Cependant, la leçon commence. Pour mieux éblouir son public, Pierre
-Martyr demande à l'assistance de choisir le sujet qui lui plaira le
-mieux. Lucio Marineo, avec qui a été arrangée cette comédie, lui
-désigne la deuxième satire de Juvénal. Pierre Martyr parle donc de la
-deuxième satire, et ce commentaire en latin d'un texte latin assez
-difficile est écouté pendant plus d'une heure avec un religieux
-respect. Vers la fin pourtant, quelques très jeunes gens, trouvant que
-le professeur dépasse trop les limites ordinaires, commencent à
+bâtons et de piques pour aider le bedeau à m'ouvrir un passage. A
+force de cris, de menaces et de coups on parvient à me faire un chemin
+jusqu'aux portes. Là, je suis soulevé de terre par ces jeunes hommes
+et porté jusqu'à la chaire au-dessus des têtes.»
+</p>
+<p>
+La bagarre a été si forte que bien des gens&mdash;Pierre Martyr rapporte
+fièrement leurs noms&mdash;ont été à moitié étouffés; on ne compte pas les
+bonnets perdus, les manteaux déchirés. Le bedeau lui-même a eu son
+camail de pourpre arraché, et, ne pouvant le retrouver, il veut se le
+faire rembourser par le professeur étranger, occasion de tout ce
+désordre.
+</p>
+<p>
+Cependant, la leçon commence. Pour mieux éblouir son public, Pierre
+Martyr demande à l'assistance de choisir le sujet qui lui plaira le
+mieux. Lucio Marineo, avec qui a été arrangée cette comédie, lui
+désigne la deuxième satire de Juvénal. Pierre Martyr parle donc de la
+deuxième satire, et ce commentaire en latin d'un texte latin assez
+difficile est écouté pendant plus d'une heure avec un religieux
+respect. Vers la fin pourtant, quelques très jeunes gens, trouvant que
+le professeur dépasse trop les limites ordinaires, commencent à
manifester
<span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>[p. 157]</span>
leur impatience en frottant, suivant l'usage, leurs souliers contre le
plancher; mais les anciens les rappellent violemment au respect des
-convenances. La péroraison de Pierre Martyr provoque un
-applaudissement universel, des trépignements enthousiastes. Maîtres et
-étudiants le reconduisent jusqu'à sa maison «comme un héros vainqueur,
-comme un dieu descendu de l'Olympe».
+convenances. La péroraison de Pierre Martyr provoque un
+applaudissement universel, des trépignements enthousiastes. Maîtres et
+étudiants le reconduisent jusqu'à sa maison «comme un héros vainqueur,
+comme un dieu descendu de l'Olympe».
</p>
<p>
Quel triomphe pour l'humanisme! Aussi, en quittant Salamanque, ce
-dévot fervent des bonnes lettres s'écrie-t-il dans un grand mouvement
-de gratitude: «J'ai cru voir une nouvelle Athènes, j'ai cru voir un
-nouveau Sénat!»
+dévot fervent des bonnes lettres s'écrie-t-il dans un grand mouvement
+de gratitude: «J'ai cru voir une nouvelle Athènes, j'ai cru voir un
+nouveau Sénat!»
</p>
<p>
-Son succès le rendait sans doute trop optimiste. Salamanque ne
-ressemblait que de bien loin à la cité de Périclès et l'on n'y parlait
+Son succès le rendait sans doute trop optimiste. Salamanque ne
+ressemblait que de bien loin à la cité de Périclès et l'on n'y parlait
pas le latin comme dans la curie romaine. Lucio Marineo et Arias
Barbosa, qui la connaissaient mieux, se plaignaient au contraire qu'on
-y maltraitait trop la langue de Cicéron. Mais il est bien certain que
-la jeunesse espagnole faisait en ce temps un général effort pour se
-cultiver, pour s'intéresser aux choses de l'esprit.
+y maltraitait trop la langue de Cicéron. Mais il est bien certain que
+la jeunesse espagnole faisait en ce temps un général effort pour se
+cultiver, pour s'intéresser aux choses de l'esprit.
</p>
<p>
Elle ne devait pas s'entretenir bien longtemps dans ces dispositions
-généreuses.
+généreuses.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page158" name="page158"></a>[p. 158]</span>
</p>
<p>
-Elle considérera bientôt la science comme un moyen plutôt que comme un
-but, et on la verra s'attacher aux études plutôt pour les carrières
+Elle considérera bientôt la science comme un moyen plutôt que comme un
+but, et on la verra s'attacher aux études plutôt pour les carrières
qu'elles peuvent ouvrir que pour les joies qu'elles donnent. Ce n'en
est pas moins le grand honneur des Rois Catholiques d'avoir rompu pour
-un temps une longue tradition d'indifférence et d'indolence, et
-l'Université de Salamanque ne faisait que leur rendre un hommage bien
-légitime quand elle faisait sculpter leur image sur la grande porte de
+un temps une longue tradition d'indifférence et d'indolence, et
+l'Université de Salamanque ne faisait que leur rendre un hommage bien
+légitime quand elle faisait sculpter leur image sur la grande porte de
ses <i>Aulas</i>.
</p>
<p>
@@ -4994,7 +4956,7 @@ ses <i>Aulas</i>.
</h2>
<p class="subheader">
-La Décadence.
+La Décadence.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>[p. 160]</span></p>
@@ -5009,226 +4971,226 @@ La Décadence.
</h2>
<p class="subheader">
-CAUSES DE DÉCADENCE: LE DESPOTISME DES ROIS ET LA TYRANNIE DE
-L'ÉGLISE.
+CAUSES DE DÉCADENCE: LE DESPOTISME DES ROIS ET LA TYRANNIE DE
+L'ÉGLISE.
</p>
<p>
-Si l'on s'en tient aux apparences, le règne de Charles-Quint et même
-celui de Philippe II semblent encore marquer pour les Universités
-espagnoles un accroissement de prospérité.
+Si l'on s'en tient aux apparences, le règne de Charles-Quint et même
+celui de Philippe II semblent encore marquer pour les Universités
+espagnoles un accroissement de prospérité.
</p>
<p>
-On continue à ouvrir de nouvelles Écoles, qui ne font point de tort
-aux anciennes, et dans les grands centres les Collèges ne cessent de
-se multiplier<a href="#note-186" name="noteref-186"><small> 186</small></a>. Les étudiants sont plus nombreux
+On continue à ouvrir de nouvelles Écoles, qui ne font point de tort
+aux anciennes, et dans les grands centres les Collèges ne cessent de
+se multiplier<a href="#note-186" name="noteref-186"><small> 186</small></a>. Les étudiants sont plus nombreux
<span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>[p. 162]</span>
-que jamais: l'énorme extension de la monarchie en augmentant le nombre
-des places a augmenté aussi le nombre des candidats. Des maîtres
+que jamais: l'énorme extension de la monarchie en augmentant le nombre
+des places a augmenté aussi le nombre des candidats. Des maîtres
remarquables soutiennent encore le bon renom de l'enseignement et,
somme toute, la science espagnole ne se montre point indigne des
-grandes ambitions qui soulèvent alors tout le pays.
+grandes ambitions qui soulèvent alors tout le pays.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-186"><!--Note--></a>
186 (<a href="#noteref-186"><small>retour</small></a>)<br />
-Voici, par exemple, la liste des Collèges fondés,
-pendant ces deux règnes, de 1516 à 1598, dans la seule ville de
+Voici, par exemple, la liste des Collèges fondés,
+pendant ces deux règnes, de 1516 à 1598, dans la seule ville de
Salamanque:</p>
<ul>
- <li>1517: <i>Colegio Mayor de Oviedo.</i>&mdash;<i>Colegio de San Millán.</i></li>
+ <li>1517: <i>Colegio Mayor de Oviedo.</i>&mdash;<i>Colegio de San Millán.</i></li>
<li>1521: <i>Colegio Mayor del Arzobispo.</i></li>
- <li>1528: <i>Colegio de Santa María de Burgos.</i></li>
- <li>1534: Fondation par l'Empereur du Collège de l'Ordre de
- Santiago.&mdash;<i>Colegio de Santa Cruz de Cañizares.</i>&mdash;Collège militaire
- de l'Ordre de Saint-Jean.&mdash;Fondation du <i>Colegio Trilingüe</i> par
- l'Université.</li>
+ <li>1528: <i>Colegio de Santa María de Burgos.</i></li>
+ <li>1534: Fondation par l'Empereur du Collège de l'Ordre de
+ Santiago.&mdash;<i>Colegio de Santa Cruz de Cañizares.</i>&mdash;Collège militaire
+ de l'Ordre de Saint-Jean.&mdash;Fondation du <i>Colegio Trilingüe</i> par
+ l'Université.</li>
<li>1536: <i>Colegio de la Magdalena.</i></li>
- <li>1545: <i>Colegio de Santa Cruz de San Adrián.</i>&mdash;<i>Colegio de la
- Concepción (Huérfanos).</i></li>
- <li>1552: Fondation des Collèges militaires des Ordres de Calatrava et
- d'Alcántara.</li>
- <li>1560: <i>Colegio de Santa María de los Ángeles.</i></li>
+ <li>1545: <i>Colegio de Santa Cruz de San Adrián.</i>&mdash;<i>Colegio de la
+ Concepción (Huérfanos).</i></li>
+ <li>1552: Fondation des Collèges militaires des Ordres de Calatrava et
+ d'Alcántara.</li>
+ <li>1560: <i>Colegio de Santa María de los Ãngeles.</i></li>
<li>1567: <i>Colegio de los Verdes.</i></li>
<li>1572: <i>Colegio de Guadalupe.</i></li>
<li>1576: <i>Colegio de San Miguel.</i></li>
- <li>1592: Fondation par Philippe II du Collège des «Nobles Irlandais».</li>
+ <li>1592: Fondation par Philippe II du Collège des «Nobles Irlandais».</li>
</ul>
<p>
-Mais sous ces brillants dehors on peut déjà deviner les germes de
-décadence. Le mouvement intellectuel se continue en vertu de la force
-acquise; mais il va peu à peu se ralentir à mesure que la liberté lui
-manquera davantage. Les deux forces qui avaient le plus contribué à
+Mais sous ces brillants dehors on peut déjà deviner les germes de
+décadence. Le mouvement intellectuel se continue en vertu de la force
+acquise; mais il va peu à peu se ralentir à mesure que la liberté lui
+manquera davantage. Les deux forces qui avaient le plus contribué à
donner une si forte impulsion aux esprits, la
<span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>[p. 163]</span>
-royauté et l'Eglise, commencent, dès qu'éclate la Réforme, à
-s'inquiéter des progrès de leur &oelig;uvre. Une surveillance de plus en
-plus étroite réprime toute recherche un peu indépendante. Le Suprême
-Conseil de l'inquisition étend sur l'enseignement un contrôle qui le
+royauté et l'Eglise, commencent, dès qu'éclate la Réforme, à
+s'inquiéter des progrès de leur &oelig;uvre. Une surveillance de plus en
+plus étroite réprime toute recherche un peu indépendante. Le Suprême
+Conseil de l'inquisition étend sur l'enseignement un contrôle qui le
paralyse.
</p>
<p>
-Ferdinand et Isabelle avaient exempté de tous droits les livres
-étrangers qui pénétraient en Espagne, par la raison «qu'ils
-rapportaient à la fois honneur et profit au royaume en permettant aux
-hommes de s'instruire». Le Saint-Office s'impose la tâche d'examiner
-tous les ouvrages imprimés et fait publier en 1550 par l'Empereur son
+Ferdinand et Isabelle avaient exempté de tous droits les livres
+étrangers qui pénétraient en Espagne, par la raison «qu'ils
+rapportaient à la fois honneur et profit au royaume en permettant aux
+hommes de s'instruire». Le Saint-Office s'impose la tâche d'examiner
+tous les ouvrages imprimés et fait publier en 1550 par l'Empereur son
premier <i>Index Expurgatoire</i>. A partir de ce moment, aucun ouvrage ne
-peut plus être publié dans la Péninsule sans une licence spéciale:
-aucun livre de France ou d'Allemagne ne peut passer la frontière sans
-un permis de circulation. L'édit de 1558 punit de mort toute personne
-qui vendra, achètera ou gardera en sa possession un volume prohibé.
-Plus tard encore, toujours pour éviter la contagion du luthéranisme,
-Philippe II interdit à tout Espagnol d'aller étudier en pays étranger.
+peut plus être publié dans la Péninsule sans une licence spéciale:
+aucun livre de France ou d'Allemagne ne peut passer la frontière sans
+un permis de circulation. L'édit de 1558 punit de mort toute personne
+qui vendra, achètera ou gardera en sa possession un volume prohibé.
+Plus tard encore, toujours pour éviter la contagion du luthéranisme,
+Philippe II interdit à tout Espagnol d'aller étudier en pays étranger.
</p>
<p>
-Comme l'hérésie a commencé à se propager dans le royaume parmi les
+Comme l'hérésie a commencé à se propager dans le royaume parmi les
gens de savoir, c'est
<span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>[p. 164]</span>
-sur les maîtres les plus doctes que se portent surtout les soupçons.
-On voit avec effroi la persécution s'abattre sur un homme comme Fray
-Luis de León, poète éminent, helléniste distingué, hébraïsant du
-premier mérite, une des gloires de Salamanque.
+sur les maîtres les plus doctes que se portent surtout les soupçons.
+On voit avec effroi la persécution s'abattre sur un homme comme Fray
+Luis de León, poète éminent, helléniste distingué, hébraïsant du
+premier mérite, une des gloires de Salamanque.
</p>
<p>
-Dénoncé à l'inquisition pour avoir reçu des Flandres quelques livres
-suspects, accusé d'avoir voulu dépouiller le <i>Cantique de Salomon</i> de
+Dénoncé à l'inquisition pour avoir reçu des Flandres quelques livres
+suspects, accusé d'avoir voulu dépouiller le <i>Cantique de Salomon</i> de
son sens mystique et surnaturel, il est conduit dans la prison de
-Valladolid; après cinq années d'examens et d'interrogatoires, il est
-soumis à la question; relâché enfin, faute de preuves, il vient
-reprendre ses leçons «avec la même quiétude et la même allégresse
-d'âme» et, pour effacer d'un mot le souvenir de la dure épreuve,
-simplement, il recommence son cours par les paroles consacrées: «Ainsi
-que je vous le disais hier...»
-</p>
-<p>
-De tels exemples sont bien faits pour réprimer tout esprit
-d'initiative. Une inquiétude universelle pèse sur la pensée. Les purs
-érudits, dont les travaux semblent pourtant bien éloignés des
-questions de dogme, tremblent d'avoir, sans s'en douter, porté quelque
-atteinte à l'orthodoxie: de timides humanistes, en soumettant
+Valladolid; après cinq années d'examens et d'interrogatoires, il est
+soumis à la question; relâché enfin, faute de preuves, il vient
+reprendre ses leçons «avec la même quiétude et la même allégresse
+d'âme» et, pour effacer d'un mot le souvenir de la dure épreuve,
+simplement, il recommence son cours par les paroles consacrées: «Ainsi
+que je vous le disais hier...»
+</p>
+<p>
+De tels exemples sont bien faits pour réprimer tout esprit
+d'initiative. Une inquiétude universelle pèse sur la pensée. Les purs
+érudits, dont les travaux semblent pourtant bien éloignés des
+questions de dogme, tremblent d'avoir, sans s'en douter, porté quelque
+atteinte à l'orthodoxie: de timides humanistes, en soumettant
<span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>[p. 165]</span>
-leurs livres à l'examen du Saint-Office, s'excusent d'y avoir fait
-trop d'allusions à la mythologie. Même dans le domaine scientifique,
-toute innovation semble dangereuse. En 1568, on s'était avisé d'ouvrir
-pour la première fois, à Salamanque, une salle de dissection: on la
-ferme prudemment huit ans après et l'on supprime du même coup
+leurs livres à l'examen du Saint-Office, s'excusent d'y avoir fait
+trop d'allusions à la mythologie. Même dans le domaine scientifique,
+toute innovation semble dangereuse. En 1568, on s'était avisé d'ouvrir
+pour la première fois, à Salamanque, une salle de dissection: on la
+ferme prudemment huit ans après et l'on supprime du même coup
l'enseignement de l'anatomie.
</p>
<p>
-Le résultat d'une telle suspicion et d'une telle crainte, c'est que
-l'enseignement se rétrécit, s'interdit toute libre échappée.
+Le résultat d'une telle suspicion et d'une telle crainte, c'est que
+l'enseignement se rétrécit, s'interdit toute libre échappée.
</p>
<p>
-Au dehors rien n'est changé. Les Statuts ne sont pas modifiés, ni la
+Au dehors rien n'est changé. Les Statuts ne sont pas modifiés, ni la
forme des examens, ni les modes de recrutement des professeurs. Le
grand corps universitaire continue sa vie normale, il accomplit ses
-fonctions avec la même régularité solennelle. Mais la flamme
-intérieure s'est éteinte, et après le trop court affranchissement
-d'une Renaissance éphémère on en revient insensiblement aux traditions
-de l'enseignement scolastique. De nouveau le principe d'autorité
-domine et stérilise. Au commencement du dix-septième siècle, il y a
-beaucoup plus d'étudiants en Espagne qu'il n'y en avait au
-commencement du quinzième, il y a dix fois plus d'Universités; mais
-pour les méthodes
+fonctions avec la même régularité solennelle. Mais la flamme
+intérieure s'est éteinte, et après le trop court affranchissement
+d'une Renaissance éphémère on en revient insensiblement aux traditions
+de l'enseignement scolastique. De nouveau le principe d'autorité
+domine et stérilise. Au commencement du dix-septième siècle, il y a
+beaucoup plus d'étudiants en Espagne qu'il n'y en avait au
+commencement du quinzième, il y a dix fois plus d'Universités; mais
+pour les méthodes
<span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>[p. 166]</span>
-d'instruction il n'y a pas grande différence entre ces deux époques:
-on a renoué les deux bouts de la chaîne.
+d'instruction il n'y a pas grande différence entre ces deux époques:
+on a renoué les deux bouts de la chaîne.
</p>
<p>
-Au commencement du quinzième siècle, la rareté et le prix élevé des
-manuscrits obligeaient le maître à dicter aux étudiants «le livre de
-texte» dont il était seul à posséder l'exemplaire<a href="#note-187" name="noteref-187"><small> 187</small></a>. Au
-dix-septième siècle, quoique l'imprimerie ait multiplié les volumes,
-on dicte de même et le texte et le commentaire.
+Au commencement du quinzième siècle, la rareté et le prix élevé des
+manuscrits obligeaient le maître à dicter aux étudiants «le livre de
+texte» dont il était seul à posséder l'exemplaire<a href="#note-187" name="noteref-187"><small> 187</small></a>. Au
+dix-septième siècle, quoique l'imprimerie ait multiplié les volumes,
+on dicte de même et le texte et le commentaire.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-187"><!--Note--></a>
187 (<a href="#noteref-187"><small>retour</small></a>)<br />
C'est pourquoi dans le langage des Ecoles le mot <i>lire</i>
-est l'équivalent du mot <i>enseigner</i>.
+est l'équivalent du mot <i>enseigner</i>.
</p>
<p>
-On lisait dans les anciens Statuts: «Chaque professeur est
-formellement obligé d'interpréter dans son cours l'esprit de l'auteur
+On lisait dans les anciens Statuts: «Chaque professeur est
+formellement obligé d'interpréter dans son cours l'esprit de l'auteur
dont sa chaire porte le nom: le professeur d'<i>Aristote</i>, l'esprit
d'Aristote; le professeur de <i>Saint-Thomas</i>, l'esprit de saint Thomas;
-le professeur de <i>Scot</i>, l'esprit de Scot...»&mdash;Dans les Statuts
-réformés d'Alcalá, nous retrouvons des instructions à peu près
-pareilles: «Nous ordonnons que les régents de philosophie soient tenus
-de lire le texte même d'Aristote, qu'ils doivent apporter en chaire et
-lire à la lettre&mdash;sous peine d'amende&mdash;et qu'ils lisent d'une façon
-mesurée, sans trop de précipitation ni de lenteur.»
+le professeur de <i>Scot</i>, l'esprit de Scot...»&mdash;Dans les Statuts
+réformés d'Alcalá, nous retrouvons des instructions à peu près
+pareilles: «Nous ordonnons que les régents de philosophie soient tenus
+de lire le texte même d'Aristote, qu'ils doivent apporter en chaire et
+lire à la lettre&mdash;sous peine d'amende&mdash;et qu'ils lisent d'une façon
+mesurée, sans trop de précipitation ni de lenteur.»
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>[p. 167]</span>
</p>
<p>
-Cet étroit assujettissement à des textes imposés qu'on subissait au
-Moyen-Age par esprit de routine, on s'y résigne maintenant par
-prudence. Les anciens programmes, qu'on avait interprétés plus
-librement pendant un demi-siècle, sont appliqués de nouveau dans toute
-leur rigueur: ils pèsent lourdement sur les études.
+Cet étroit assujettissement à des textes imposés qu'on subissait au
+Moyen-Age par esprit de routine, on s'y résigne maintenant par
+prudence. Les anciens programmes, qu'on avait interprétés plus
+librement pendant un demi-siècle, sont appliqués de nouveau dans toute
+leur rigueur: ils pèsent lourdement sur les études.
</p>
<p>
-Prenons un écolier espagnol, contemporain de Philippe III, qui vient
-suivre les cours d'une grande Université, Valladolid, Alcalá ou
-Salamanque. Il sait déjà un peu de latin et a quelque teinture des
-humanités. Il s'inscrira d'abord dans la Faculté d'«Arts», sorte de
-Faculté préparatoire, où on lui inculquera les préceptes de la
-rhétorique, et il recevra pendant quatre ans les leçons des
-philosophes: la première année, il apprendra les <i>Súmulas</i> (ou <i>Petite
-Logique</i>) de Pedro Hispano; la seconde année, la suite de la Logique
-dans les <i>Prédicables</i> de Porphyre et les <i>Topiques</i> d'Aristote; la
-troisième année, la «Philosophie naturelle» dans la <i>Physique</i>
-d'Aristote, dans ses <i>Météores</i>, dans son <i>Traité de l'âme</i>; la
-quatrième année, il étudiera la <i>Métaphysique</i>, du même auteur<a href="#note-188" name="noteref-188"><small> 188</small></a>.
+Prenons un écolier espagnol, contemporain de Philippe III, qui vient
+suivre les cours d'une grande Université, Valladolid, Alcalá ou
+Salamanque. Il sait déjà un peu de latin et a quelque teinture des
+humanités. Il s'inscrira d'abord dans la Faculté d'«Arts», sorte de
+Faculté préparatoire, où on lui inculquera les préceptes de la
+rhétorique, et il recevra pendant quatre ans les leçons des
+philosophes: la première année, il apprendra les <i>Súmulas</i> (ou <i>Petite
+Logique</i>) de Pedro Hispano; la seconde année, la suite de la Logique
+dans les <i>Prédicables</i> de Porphyre et les <i>Topiques</i> d'Aristote; la
+troisième année, la «Philosophie naturelle» dans la <i>Physique</i>
+d'Aristote, dans ses <i>Météores</i>, dans son <i>Traité de l'âme</i>; la
+quatrième année, il étudiera la <i>Métaphysique</i>, du même auteur<a href="#note-188" name="noteref-188"><small> 188</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-188"><!--Note--></a>
188 (<a href="#noteref-188"><small>retour</small></a>)<br />
-Programmes d'Alcalá.
+Programmes d'Alcalá.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>[p. 168]</span>
</p>
<p>
-Le voilà imbu de tous les systèmes aristotéliques, embrouillés
+Le voilà imbu de tous les systèmes aristotéliques, embrouillés
d'ailleurs par la manie scolastique des divisions et des subdivisions,
-faussés par la préoccupation constante de mettre d'accord cette
-philosophie avec les principes de la religion révélée.
+faussés par la préoccupation constante de mettre d'accord cette
+philosophie avec les principes de la religion révélée.
</p>
<p>
-S'il passe en théologie, il y retrouvera Aristote, mais encore plus
-déformé, interprété en sens divers par des écoles opposées. Selon ses
-préférences il pourra choisir entre les Dominicains qui suivent saint
-Thomas, les Franciscains qui suivent Scot Erigène et les Jésuites qui
-suivent Suárez.
+S'il passe en théologie, il y retrouvera Aristote, mais encore plus
+déformé, interprété en sens divers par des écoles opposées. Selon ses
+préférences il pourra choisir entre les Dominicains qui suivent saint
+Thomas, les Franciscains qui suivent Scot Erigène et les Jésuites qui
+suivent Suárez.
</p>
<p>
-S'il préfère le droit civil ou le droit canon, il lui faudra, là
+S'il préfère le droit civil ou le droit canon, il lui faudra, là
aussi, apprendre par c&oelig;ur textes, gloses et commentaires.
</p>
<p>
-S'il s'est tourné vers la médecine, où l'on est encore fidèle à
-Hippocrate, à Galien et à Avicenne, c'est par les principes
+S'il s'est tourné vers la médecine, où l'on est encore fidèle à
+Hippocrate, à Galien et à Avicenne, c'est par les principes
d'Avicenne, d'Hippocrate et de Galien qu'il devra s'instruire dans
-l'art de reconnaître les maladies et de les guérir.
+l'art de reconnaître les maladies et de les guérir.
</p>
<p>
-Partout la même tyrannie des textes, partout le même enseignement,
+Partout la même tyrannie des textes, partout le même enseignement,
servile pour le fond, minutieux dans la forme, plein de chicanes et
d'arguties. C'est cet enseignement qu'avaient
<span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>[p. 169]</span>
-condamné avec tant de chaleur les grands humanistes comme Vives et le
-<i>Brocense</i>: il avait repris ses traditions et son autorité.
-Incompatible par essence avec toute liberté d'examen, hostile à toute
-idée de progrès, il allait pendant près de deux siècles tenir les
-Universités espagnoles à l'écart du monde, des progrès de la science,
-des grands mouvements de la pensée: il allait prolonger pour elles le
+condamné avec tant de chaleur les grands humanistes comme Vives et le
+<i>Brocense</i>: il avait repris ses traditions et son autorité.
+Incompatible par essence avec toute liberté d'examen, hostile à toute
+idée de progrès, il allait pendant près de deux siècles tenir les
+Universités espagnoles à l'écart du monde, des progrès de la science,
+des grands mouvements de la pensée: il allait prolonger pour elles le
Moyen-Age.
</p>
<p>
@@ -5242,37 +5204,37 @@ Moyen-Age.
</h2>
<p class="subheader">
-LA CONCURRENCE DE LA «COMPAGNIE».
+LA CONCURRENCE DE LA «COMPAGNIE».
</p>
<p>
-Des causes plus particulières ont hâté en Espagne la décadence des
-Universités.
+Des causes plus particulières ont hâté en Espagne la décadence des
+Universités.
</p>
<p>
-Une des premières, c'est la concurrence qu'a commencé à leur faire,
-presque dès sa naissance, la puissante Compagnie de Jésus. Elle
-s'introduit peu à peu dans toutes les villes importantes et y ouvre
-ses écoles. Avec une ténacité extraordinaire, malgré des résistances
+Une des premières, c'est la concurrence qu'a commencé à leur faire,
+presque dès sa naissance, la puissante Compagnie de Jésus. Elle
+s'introduit peu à peu dans toutes les villes importantes et y ouvre
+ses écoles. Avec une ténacité extraordinaire, malgré des résistances
presque unanimes, elle s'efforce de prendre pied dans les grands
centres d'instruction et, au contraire des autres ordres qui profitent
-des cours de l'Université et augmentent le nombre de ses étudiants,
+des cours de l'Université et augmentent le nombre de ses étudiants,
elle garde avec un soin jaloux, pour mieux leur imprimer sa forte
discipline, les jeunes gens qu'elle a conquis.
</p>
<p>
-C'est le 27 septembre 1540 qu'une bulle de Paul III avait approuvé la
+C'est le 27 septembre 1540 qu'une bulle de Paul III avait approuvé la
fondation d'Ignace
<span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>[p. 171]</span>
-de Loyola. Dès 1544, la Société de Jésus ouvre à Valence une maison
+de Loyola. Dès 1544, la Société de Jésus ouvre à Valence une maison
d'enseignement.
</p>
<p>
-Elle élève à Alcalá un superbe Collège qui domine les autres édifices
-par ses vastes proportions, par la majesté de sa façade décorée de
-statues et de colonnes. A Séville, elle achève de ruiner l'Université
-déjà chancelante en fondant une maison non moins magnifique, que
-Cervantes a pompeusement célébrée<a href="#note-189" name="noteref-189"><small> 189</small></a> et un autre Collège dit des
+Elle élève à Alcalá un superbe Collège qui domine les autres édifices
+par ses vastes proportions, par la majesté de sa façade décorée de
+statues et de colonnes. A Séville, elle achève de ruiner l'Université
+déjà chancelante en fondant une maison non moins magnifique, que
+Cervantes a pompeusement célébrée<a href="#note-189" name="noteref-189"><small> 189</small></a> et un autre Collège dit des
<i>Becas coloradas</i>.
</p>
@@ -5282,46 +5244,46 @@ Cervantes a pompeusement célébrée<a href="#note-189" name="noteref-189"><small>
<i>Coloquio de los Perros.</i>
</p>
<p>
-A Salamanque, «la Compagnie» s'insinue plus discrètement et triomphe
-avec plus de peine. Elle commence à s'établir assez loin de la ville,
-à Villamayor, puis plus près, à Villasendin, dans les faubourgs;
-quelques années après, elle a franchi les murs, mais reste encore tout
-près de l'enceinte, à côté de la porte de San Bernardo. L'Université,
-les Collèges, les communautés surveillent avec inquiétude ses travaux
-d'approche, et quand enfin, sûre de son pouvoir, elle veut s'installer
-à deux pas des Écoles, au c&oelig;ur même de la cité, elle se heurte à
+A Salamanque, «la Compagnie» s'insinue plus discrètement et triomphe
+avec plus de peine. Elle commence à s'établir assez loin de la ville,
+à Villamayor, puis plus près, à Villasendin, dans les faubourgs;
+quelques années après, elle a franchi les murs, mais reste encore tout
+près de l'enceinte, à côté de la porte de San Bernardo. L'Université,
+les Collèges, les communautés surveillent avec inquiétude ses travaux
+d'approche, et quand enfin, sûre de son pouvoir, elle veut s'installer
+à deux pas des Écoles, au c&oelig;ur même de la cité, elle se heurte à
une opposition formidable.
</p>
<p>
Mais elle a pour elle Philippe III et surtout
<span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>[p. 172]</span>
-la reine Marguerite qui lui a déjà promis 40,000 ducats pour sa future
-fondation<a href="#note-190" name="noteref-190"><small> 190</small></a>. Le roi et la reine viennent eux-mêmes à Salamanque
-pour essayer de désarmer les résistances, et enfin, en 1617, malgré le
-Recteur et malgré le Cloître des Docteurs, malgré les couvents, malgré
-le Chapitre, malgré le Corps municipal et la noblesse, on pose la
-première pierre du futur Collège.
+la reine Marguerite qui lui a déjà promis 40,000 ducats pour sa future
+fondation<a href="#note-190" name="noteref-190"><small> 190</small></a>. Le roi et la reine viennent eux-mêmes à Salamanque
+pour essayer de désarmer les résistances, et enfin, en 1617, malgré le
+Recteur et malgré le Cloître des Docteurs, malgré les couvents, malgré
+le Chapitre, malgré le Corps municipal et la noblesse, on pose la
+première pierre du futur Collège.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-190"><!--Note--></a>
190 (<a href="#noteref-190"><small>retour</small></a>)<br />
Elle en ajoutera 16,000, au moment de sa mort. (D.
-Diego de Guzmán, <i>Vida y muerte de D<sup>a</sup> Margarita de Austria, reyna de
-España</i>, Madrid, in-4<sup>o</sup>, II<sup>a</sup> Parte, p. 213.)
+Diego de Guzmán, <i>Vida y muerte de D<sup>a</sup> Margarita de Austria, reyna de
+España</i>, Madrid, in-4<sup>o</sup>, II<sup>a</sup> Parte, p. 213.)
</p>
<p>
-On a démoli, pour lui faire une place, deux rues et deux églises; on a
-failli démolir aussi la ravissante maison <i>de las Conchas</i>, pour
-laquelle les Jésuites avaient offert autant d'onces d'or qu'elle a de
-coquilles sculptées sur sa façade; et sur cet espace immense on bâtit
-le plus vaste édifice de Salamanque. Il coûtera 27 millions de réaux,
-aura plus de cinq cents portes, près de mille fenêtres et pourra loger
-pour le moins trois cents écoliers.
+On a démoli, pour lui faire une place, deux rues et deux églises; on a
+failli démolir aussi la ravissante maison <i>de las Conchas</i>, pour
+laquelle les Jésuites avaient offert autant d'onces d'or qu'elle a de
+coquilles sculptées sur sa façade; et sur cet espace immense on bâtit
+le plus vaste édifice de Salamanque. Il coûtera 27 millions de réaux,
+aura plus de cinq cents portes, près de mille fenêtres et pourra loger
+pour le moins trois cents écoliers.
</p>
<p>
-Mais c'est à Madrid, dans la capitale même du royaume, que «la
-Compagnie» porte à l'enseignement universitaire le coup le plus
+Mais c'est à Madrid, dans la capitale même du royaume, que «la
+Compagnie» porte à l'enseignement universitaire le coup le plus
dangereux.
</p>
<p>
@@ -5329,53 +5291,53 @@ dangereux.
</p>
<p>
En 1625, elle obtient de Philippe IV l'autorisation d'y fonder son
-fameux Collège Impérial.
+fameux Collège Impérial.
</p>
<p>
-Il est assez curieux de voir par quelles raisons elle avait démontré
-au prince la nécessité d'un tel établissement. «Ce Collège,
-disait-elle dans sa requête, ne fera pas double emploi avec les
-Universités déjà existantes parce que les grands personnages de la
-Cour n'envoient aux Universités que leurs fils cadets qui ont besoin
-de s'assurer des moyens d'existence en suivant la carrière des
-lettres. Ils n'y envoient pas leurs fils aînés, qui hériteront de
-leurs biens et de leurs charges, et comme ceux-là sont destinés à
+Il est assez curieux de voir par quelles raisons elle avait démontré
+au prince la nécessité d'un tel établissement. «Ce Collège,
+disait-elle dans sa requête, ne fera pas double emploi avec les
+Universités déjà existantes parce que les grands personnages de la
+Cour n'envoient aux Universités que leurs fils cadets qui ont besoin
+de s'assurer des moyens d'existence en suivant la carrière des
+lettres. Ils n'y envoient pas leurs fils aînés, qui hériteront de
+leurs biens et de leurs charges, et comme ceux-là sont destinés à
servir l'Etat dans les grands emplois, ils ont, plus encore que les
-autres, besoin d'être bien instruits.» Un autre argument, c'était que
-les Universités, «s'attachant exclusivement aux études supérieures,
-négligeaient l'érudition et les langues qui sont un si bel ornement
-pour les cavaliers et gens de noblesse<a href="#note-191" name="noteref-191"><small> 191</small></a>».
+autres, besoin d'être bien instruits.» Un autre argument, c'était que
+les Universités, «s'attachant exclusivement aux études supérieures,
+négligeaient l'érudition et les langues qui sont un si bel ornement
+pour les cavaliers et gens de noblesse<a href="#note-191" name="noteref-191"><small> 191</small></a>».
</p>
<p class="foot">
<a name="note-191"><!--Note--></a>
191 (<a href="#noteref-191"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Fundación de los estudios generales en el Colegio
-Imperial de los Jesuítas de Madrid, hecha por Felipe IV en 1625.
+<i>Fundación de los estudios generales en el Colegio
+Imperial de los Jesuítas de Madrid, hecha por Felipe IV en 1625.
(Copia que se halla en el archivo del Exemo Sr. Duque de Frias.)</i>
</p>
<p>
-Pour ces raisons et aussi «pour la singulière dévotion qu'il portait à
-saint Ignace», Philippe
+Pour ces raisons et aussi «pour la singulière dévotion qu'il portait à
+saint Ignace», Philippe
<span class="pagenum"><a id="page174" name="page174"></a>[p. 174]</span>
-IV approuva pleinement le projet et accorda expressément son patronage
-au nouvel établissement en lui conférant le titre d'<i>Estudios Reales</i>.
+IV approuva pleinement le projet et accorda expressément son patronage
+au nouvel établissement en lui conférant le titre d'<i>Estudios Reales</i>.
</p>
<p>
-Les grandes Universités protestèrent, comme on pouvait s'y attendre.
+Les grandes Universités protestèrent, comme on pouvait s'y attendre.
</p>
<p>
-Au nom de leurs collègues de Salamanque et au leur, les professeurs
-d'Alcalá firent remettre au Roi un mémoire de quarante-deux pages où
+Au nom de leurs collègues de Salamanque et au leur, les professeurs
+d'Alcalá firent remettre au Roi un mémoire de quarante-deux pages où
ils affirmaient que la fondation d'un <i>Estudio general</i> dans la
-capitale même du royaume était «déplacée et dangereuse» et qu'elle
-aurait sûrement pour résultat de ruiner l'enseignement universitaire.
+capitale même du royaume était «déplacée et dangereuse» et qu'elle
+aurait sûrement pour résultat de ruiner l'enseignement universitaire.
</p>
<p>
-Le Roi fit répondre que cette plainte était inconvenante et que rien
-ne la justifiait, puisque le nouvel établissement ne devait pas avoir
-le droit de conférer les grades: il ordonna de détruire immédiatement
-tous les exemplaires du mémoire, dont on avait fait deux tirages<a href="#note-192" name="noteref-192"><small> 192</small></a>.
+Le Roi fit répondre que cette plainte était inconvenante et que rien
+ne la justifiait, puisque le nouvel établissement ne devait pas avoir
+le droit de conférer les grades: il ordonna de détruire immédiatement
+tous les exemplaires du mémoire, dont on avait fait deux tirages<a href="#note-192" name="noteref-192"><small> 192</small></a>.
</p>
<p class="foot">
@@ -5385,39 +5347,39 @@ La Fuente, <i>Historia de las Universidades</i>, III, p.
66.
</p>
<p>
-Salamanque et Alcalá n'eurent plus qu'à se résigner et à subir une
-rivalité qui était, quoi qu'on eût dit, redoutable.
+Salamanque et Alcalá n'eurent plus qu'à se résigner et à subir une
+rivalité qui était, quoi qu'on eût dit, redoutable.
</p>
<p>
-Avec ses six chaires de grammaire et de rhétorique,
+Avec ses six chaires de grammaire et de rhétorique,
<span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>[p. 175]</span>
-avec ses dix-sept chaires d'enseignement supérieur, le Collège
-Impérial était bien, en effet, une Université véritable. Mais au lieu
-d'être comme les autres Universités une corporation relativement
-indépendante et autonome, il n'était qu'une partie d'un tout
-étroitement uni, soumis à une direction unique. Il devait être bien
+avec ses dix-sept chaires d'enseignement supérieur, le Collège
+Impérial était bien, en effet, une Université véritable. Mais au lieu
+d'être comme les autres Universités une corporation relativement
+indépendante et autonome, il n'était qu'une partie d'un tout
+étroitement uni, soumis à une direction unique. Il devait être bien
moins un centre de culture qu'un instrument de domination.
</p>
<p>
-Entre les habiles mains des Pères Jésuites, il devint rapidement
-prospère, il fut bientôt l'établissement à la mode où, loin des
-promiscuités fâcheuses, la fine fleur de la noblesse vint se former
-aux belles manières et chercher, sinon la science, du moins les
-apparences du savoir. Ce fut la pépinière des hommes de Cour et des
+Entre les habiles mains des Pères Jésuites, il devint rapidement
+prospère, il fut bientôt l'établissement à la mode où, loin des
+promiscuités fâcheuses, la fine fleur de la noblesse vint se former
+aux belles manières et chercher, sinon la science, du moins les
+apparences du savoir. Ce fut la pépinière des hommes de Cour et des
politiques, des bons serviteurs du roi, dociles et point trop
-scrupuleux<a href="#note-193" name="noteref-193"><small> 193</small></a>. Ainsi il enleva aux grandes Universités une bonne
-part de cette aristocratique clientèle dont elles étaient si fières et
-on peut dire qu'il les découronna.
+scrupuleux<a href="#note-193" name="noteref-193"><small> 193</small></a>. Ainsi il enleva aux grandes Universités une bonne
+part de cette aristocratique clientèle dont elles étaient si fières et
+on peut dire qu'il les découronna.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-193"><!--Note--></a>
193 (<a href="#noteref-193"><small>retour</small></a>)<br />
-La douzième chaire avait pour programme: d'interpréter
-la <i>Politique</i> et l'<i>Economique</i> d'Aristote «de manière à concilier la
-raison d'Etat avec la conscience, la religion et la foi catholique».
-(<i>Fundación de los Estudios generales</i>... etc.) On avait déjà beaucoup
-tiré d'Aristote: mais ceci est assez nouveau.
+La douzième chaire avait pour programme: d'interpréter
+la <i>Politique</i> et l'<i>Economique</i> d'Aristote «de manière à concilier la
+raison d'Etat avec la conscience, la religion et la foi catholique».
+(<i>Fundación de los Estudios generales</i>... etc.) On avait déjà beaucoup
+tiré d'Aristote: mais ceci est assez nouveau.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>[p. 176]</span>
@@ -5430,53 +5392,53 @@ tiré d'Aristote: mais ceci est assez nouveau.
</h2>
<p class="subheader">
-INFLUENCE DES GRANDS COLLÈGES.
+INFLUENCE DES GRANDS COLLÈGES.
</p>
<p>
-Une autre cause du déclin des Écoles, c'est, à n'en pas douter,
-l'influence croissante et enfin tyrannique des Grands Collèges,
-<i>Colegios Mayores</i>, qui s'étaient fondés sous leurs propres auspices.
+Une autre cause du déclin des Écoles, c'est, à n'en pas douter,
+l'influence croissante et enfin tyrannique des Grands Collèges,
+<i>Colegios Mayores</i>, qui s'étaient fondés sous leurs propres auspices.
</p>
<p>
-Les prélats qui avaient créé ces riches établissements avaient eu les
-intentions les plus honorables et même les plus touchantes. Ils
-avaient voulu ouvrir une maison hospitalière à une élite de jeunes
-gens pauvres et studieux, les mettre à l'abri des dures épreuves et
-des tentations de la vie d'étudiant, leur assurer au milieu des cités
+Les prélats qui avaient créé ces riches établissements avaient eu les
+intentions les plus honorables et même les plus touchantes. Ils
+avaient voulu ouvrir une maison hospitalière à une élite de jeunes
+gens pauvres et studieux, les mettre à l'abri des dures épreuves et
+des tentations de la vie d'étudiant, leur assurer au milieu des cités
bruyantes un asile confortable, silencieux, propice au travail, et
-leur rendre ainsi abordable la carrière des places et des honneurs.
+leur rendre ainsi abordable la carrière des places et des honneurs.
</p>
<p>
-Leurs sages Constitutions avaient prévu les abus possibles, fixé les
-principes qui devaient présider au choix des postulants, imposé une
+Leurs sages Constitutions avaient prévu les abus possibles, fixé les
+principes qui devaient présider au choix des postulants, imposé une
<span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>[p. 177]</span>
-stricte discipline. Ces Constitutions n'étaient pas seulement
-prudentes, elles étaient libérales. Elles laissaient à l'établissement
-une autonomie très réelle, elles intéressaient les boursiers à ses
-destinées en leur confiant le soin de veiller à sa prospérité et les
-mûrissaient ainsi par une responsabilité précoce. Le Collège était
-comme une petite république, qui se gouvernait, s'administrait, se
-recrutait elle-même. Il était la demeure privilégiée où l'aristocratie
-du talent pouvait prendre conscience de sa valeur et s'opposer à
-l'aristocratie de naissance, fière de ses pompeux cortèges et de ses
+stricte discipline. Ces Constitutions n'étaient pas seulement
+prudentes, elles étaient libérales. Elles laissaient à l'établissement
+une autonomie très réelle, elles intéressaient les boursiers à ses
+destinées en leur confiant le soin de veiller à sa prospérité et les
+mûrissaient ainsi par une responsabilité précoce. Le Collège était
+comme une petite république, qui se gouvernait, s'administrait, se
+recrutait elle-même. Il était la demeure privilégiée où l'aristocratie
+du talent pouvait prendre conscience de sa valeur et s'opposer à
+l'aristocratie de naissance, fière de ses pompeux cortèges et de ses
palais.
</p>
<p>
Quand, par exemple, le haut et puissant seigneur D. Diego de Anaya
-Maldonado, ancien évêque de Tuy, d'Orense, de Salamanque, et enfin
-archevêque de Séville, fonda en 1401, à l'ombre des Écoles
-Salmantines, le Collège de San Bartolomé, il prescrivit
-expressément<a href="#note-194" name="noteref-194"><small> 194</small></a> de n'attribuer la <i>beca</i> de laine brune, signe
-distinctif des futurs boursiers, qu'à des jeunes gens de plus de
-dix-huit ans, ayant déjà fait preuve
+Maldonado, ancien évêque de Tuy, d'Orense, de Salamanque, et enfin
+archevêque de Séville, fonda en 1401, à l'ombre des Écoles
+Salmantines, le Collège de San Bartolomé, il prescrivit
+expressément<a href="#note-194" name="noteref-194"><small> 194</small></a> de n'attribuer la <i>beca</i> de laine brune, signe
+distinctif des futurs boursiers, qu'à des jeunes gens de plus de
+dix-huit ans, ayant déjà fait preuve
<span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>[p. 178]</span>
-d'heureuses dispositions et de qualités sérieuses, pauvres (ils ne
-devaient pas posséder plus de cent ducats de rente) et enfin
-<i>limpios</i>, c'est-à-dire fils de vieilles familles chrétiennes, ne
-pouvant pas être même soupçonnées d'avoir jamais mêlé leur sang à
-celui des Maures ou des Juifs. Un boursier n'était admis qu'après
-qu'une minutieuse enquête avait été faite sur ses origines, dans le
-lieu même de sa naissance<a href="#note-195" name="noteref-195"><small> 195</small></a>.
+d'heureuses dispositions et de qualités sérieuses, pauvres (ils ne
+devaient pas posséder plus de cent ducats de rente) et enfin
+<i>limpios</i>, c'est-à-dire fils de vieilles familles chrétiennes, ne
+pouvant pas être même soupçonnées d'avoir jamais mêlé leur sang à
+celui des Maures ou des Juifs. Un boursier n'était admis qu'après
+qu'une minutieuse enquête avait été faite sur ses origines, dans le
+lieu même de sa naissance<a href="#note-195" name="noteref-195"><small> 195</small></a>.
</p>
<p class="foot">
@@ -5490,157 +5452,157 @@ constituentis nobile collegium in Parochia Sancti Sebastiani situm.</i>
<p class="foot">
<a name="note-195"><!--Note--></a>
195 (<a href="#noteref-195"><small>retour</small></a>)<br />
-La même qualité de <i>limpieza</i> était d'ailleurs exigée
-de tous les serviteurs de la maison: majordomes, secrétaires,
-procureur, médecin, et même du cuisinier et du porteur d'eau.
+La même qualité de <i>limpieza</i> était d'ailleurs exigée
+de tous les serviteurs de la maison: majordomes, secrétaires,
+procureur, médecin, et même du cuisinier et du porteur d'eau.
</p>
<p>
-Pour assurer une répartition plus égale, le fondateur recommandait
-qu'on ne choisît jamais plus d'un boursier dans la même famille et
-même dans la même ville.
+Pour assurer une répartition plus égale, le fondateur recommandait
+qu'on ne choisît jamais plus d'un boursier dans la même famille et
+même dans la même ville.
</p>
<p>
-La vie du Collège devait être modeste et la table frugale. On prenait
-les repas en commun; on se réunissait également le matin pour entendre
+La vie du Collège devait être modeste et la table frugale. On prenait
+les repas en commun; on se réunissait également le matin pour entendre
la messe dans la chapelle et au coucher du soleil pour y chanter le
-<i>Salve</i>. Pendant la journée, on allait suivre les cours de
-l'Université ou l'on écoutait les maîtres particuliers du Collège.
-Tous les samedis, les quinze boursiers<a href="#note-196" name="noteref-196"><small> 196</small></a> s'exerçaient
+<i>Salve</i>. Pendant la journée, on allait suivre les cours de
+l'Université ou l'on écoutait les maîtres particuliers du Collège.
+Tous les samedis, les quinze boursiers<a href="#note-196" name="noteref-196"><small> 196</small></a> s'exerçaient
<span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>[p. 179]</span>
-ensemble à la dispute. Chaque soir, avant de remonter dans leur
+ensemble à la dispute. Chaque soir, avant de remonter dans leur
chambre, ils se groupaient un moment dans le salon: les anciens
s'asseyaient, les plus jeunes restaient debout et recevaient
-respectueusement les observations de leurs aînés sur les fautes qu'ils
+respectueusement les observations de leurs aînés sur les fautes qu'ils
avaient pu commettre.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-196"><!--Note--></a>
196 (<a href="#noteref-196"><small>retour</small></a>)<br />
-Dix canonistes et cinq théologiens, y compris le
+Dix canonistes et cinq théologiens, y compris le
Recteur et les trois conseillers qu'on lui donnait comme auxiliaires.
</p>
<p>
-On ne pouvait sortir dans la ville sans être accompagné d'un camarade
+On ne pouvait sortir dans la ville sans être accompagné d'un camarade
ou d'un domestique. Dans la maison et hors de la maison, on ne devait
-parler que le latin, même dans les conversations familières.
+parler que le latin, même dans les conversations familières.
</p>
<p>
-Chaque année, les boursiers nommaient eux-mêmes leur Recteur dont les
-pouvoirs étaient fort étendus, puisqu'il réunissait dans ses mains
-l'administration financière et la direction morale et qu'il avait, en
+Chaque année, les boursiers nommaient eux-mêmes leur Recteur dont les
+pouvoirs étaient fort étendus, puisqu'il réunissait dans ses mains
+l'administration financière et la direction morale et qu'il avait, en
cas de faute grave, le droit d'exclusion<a href="#note-197" name="noteref-197"><small> 197</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-197"><!--Note--></a>
197 (<a href="#noteref-197"><small>retour</small></a>)<br />
-La hiérarchie des peines était, il faut en convenir,
-assez mal établie. Le premier et le second avertissements comportaient
-la privation de vin pendant une semaine; le troisième, l'exclusion
-définitive.
+La hiérarchie des peines était, il faut en convenir,
+assez mal établie. Le premier et le second avertissements comportaient
+la privation de vin pendant une semaine; le troisième, l'exclusion
+définitive.
</p>
<p>
-Tout d'ailleurs dans ce groupement démocratique était également soumis
-à l'élection: on
+Tout d'ailleurs dans ce groupement démocratique était également soumis
+à l'élection: on
<span class="pagenum"><a id="page180" name="page180"></a>[p. 180]</span>
-élisait jusqu'au dépensier et jusqu'au cuisinier. Enfin, privilège
-infiniment honorable, les boursiers étaient chargés de pourvoir
-eux-mêmes aux vacances qui se produisaient parmi eux: après avoir
-assisté à la messe et discuté les titres des candidats, ils
-s'engageaient par serment à voter pour le plus digne et choisissaient
-leur nouveau collègue dans la liberté de leur conscience.
+élisait jusqu'au dépensier et jusqu'au cuisinier. Enfin, privilège
+infiniment honorable, les boursiers étaient chargés de pourvoir
+eux-mêmes aux vacances qui se produisaient parmi eux: après avoir
+assisté à la messe et discuté les titres des candidats, ils
+s'engageaient par serment à voter pour le plus digne et choisissaient
+leur nouveau collègue dans la liberté de leur conscience.
</p>
<p>
-Quand expiraient les huit années, qui étaient la durée ordinaire de la
-bourse et le temps normal des études, le plus pauvre pouvait
-rechercher les grades coûteux de la licence et même du doctorat: la
-communauté payait encore pour lui toutes les dépenses<a href="#note-198" name="noteref-198"><small> 198</small></a>.
+Quand expiraient les huit années, qui étaient la durée ordinaire de la
+bourse et le temps normal des études, le plus pauvre pouvait
+rechercher les grades coûteux de la licence et même du doctorat: la
+communauté payait encore pour lui toutes les dépenses<a href="#note-198" name="noteref-198"><small> 198</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-198"><!--Note--></a>
198 (<a href="#noteref-198"><small>retour</small></a>)<br />
Est-il besoin de faire remarquer combien ces
-Constitutions se rapprochent de celles qui régissaient, au Moyen-Age,
-les Collèges parisiens et particulièrement la première maison de
+Constitutions se rapprochent de celles qui régissaient, au Moyen-Age,
+les Collèges parisiens et particulièrement la première maison de
Robert Sorbon?
</p>
<p>
-C'est à peu près sur ce modèle que se constituèrent dans la suite les
-cinq autres grands Collèges: à Salamanque, celui de Cuenca<a href="#note-199" name="noteref-199"><small> 199</small></a>, celui
-d'Oviedo<a href="#note-200" name="noteref-200"><small> 200</small></a>, celui de l'Archevêque<a href="#note-201" name="noteref-201"><small> 201</small></a>; à Valladolid,
+C'est à peu près sur ce modèle que se constituèrent dans la suite les
+cinq autres grands Collèges: à Salamanque, celui de Cuenca<a href="#note-199" name="noteref-199"><small> 199</small></a>, celui
+d'Oviedo<a href="#note-200" name="noteref-200"><small> 200</small></a>, celui de l'Archevêque<a href="#note-201" name="noteref-201"><small> 201</small></a>; à Valladolid,
<span class="pagenum"><a id="page181" name="page181"></a>[p. 181]</span>
-celui de Santa Cruz<a href="#note-202" name="noteref-202"><small> 202</small></a>; à Alcalá, celui de San Ildefonso.
+celui de Santa Cruz<a href="#note-202" name="noteref-202"><small> 202</small></a>; à Alcalá, celui de San Ildefonso.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-199"><!--Note--></a>
199 (<a href="#noteref-199"><small>retour</small></a>)<br />
-Fondé, en 1500, par D. Diego Ramírez de Villaescusa,
-évêque de Cuenca.
+Fondé, en 1500, par D. Diego Ramírez de Villaescusa,
+évêque de Cuenca.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-200"><!--Note--></a>
200 (<a href="#noteref-200"><small>retour</small></a>)<br />
-Fondé, en 1517, par D. Diego Minguez de Bendaña Oanes,
-évêque d'Oviedo.
+Fondé, en 1517, par D. Diego Minguez de Bendaña Oanes,
+évêque d'Oviedo.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-201"><!--Note--></a>
201 (<a href="#noteref-201"><small>retour</small></a>)<br />
-Fondé, en 1521, par D. Alonso de Fonseca, archevêque de
-Santiago, puis de Tolède.
+Fondé, en 1521, par D. Alonso de Fonseca, archevêque de
+Santiago, puis de Tolède.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-202"><!--Note--></a>
202 (<a href="#noteref-202"><small>retour</small></a>)<br />
-Fondé, en 1484, par le cardinal D. Pedro González de
-Mendoza, archevêque de Tolède.
+Fondé, en 1484, par le cardinal D. Pedro González de
+Mendoza, archevêque de Tolède.
</p>
<p>
-Régis par ces principes intelligents, soumis à ces austères
-disciplines, ils eurent tous les six d'heureuses destinées, fournirent
-aux Écoles d'excellents élèves et d'excellents maîtres, à l'Église des
-prélats insignes et aux rois de bons serviteurs.
+Régis par ces principes intelligents, soumis à ces austères
+disciplines, ils eurent tous les six d'heureuses destinées, fournirent
+aux Écoles d'excellents élèves et d'excellents maîtres, à l'Église des
+prélats insignes et aux rois de bons serviteurs.
</p>
<p>
-Pour ne parler que de ceux de Salamanque, en un demi-siècle, le
-Collège de Cuenca donna à l'Espagne six cardinaux, vingt archevêques,
-huit vice-rois; le Collège d'Oviedo, trois gouverneurs de royaumes,
-quatre Grands Inquisiteurs, soixante-sept évêques, dix-neuf
-archevêques, quatre cardinaux et un saint.
+Pour ne parler que de ceux de Salamanque, en un demi-siècle, le
+Collège de Cuenca donna à l'Espagne six cardinaux, vingt archevêques,
+huit vice-rois; le Collège d'Oviedo, trois gouverneurs de royaumes,
+quatre Grands Inquisiteurs, soixante-sept évêques, dix-neuf
+archevêques, quatre cardinaux et un saint.
</p>
<p>
-Le Collège de San Bartolomé put s'enorgueillir d'avoir nourri dans ses
-murs San Juan de Sahagún, «Apôtre de Salamanque», «Ange de paix» et
-«Martyr de la Pénitence», et le fameux Tostado, «le premier Salomon
-d'Espagne et le deuxième du monde».
+Le Collège de San Bartolomé put s'enorgueillir d'avoir nourri dans ses
+murs San Juan de Sahagún, «Apôtre de Salamanque», «Ange de paix» et
+«Martyr de la Pénitence», et le fameux Tostado, «le premier Salomon
+d'Espagne et le deuxième du monde».
</p>
<p>
-Au milieu du dix-septième siècle, sur cinq cents «collégiaux» qu'il
-avait alors formés, il
+Au milieu du dix-septième siècle, sur cinq cents «collégiaux» qu'il
+avait alors formés, il
<span class="pagenum"><a id="page182" name="page182"></a>[p. 182]</span>
-comptait: six cardinaux, quatre-vingt-quatre archevêques et évêques,
-six Pères du Concile de Trente, huit gouverneurs, neuf vice-rois, dix
-présidents de Castille, vingt-quatre présidents de divers Conseils,
-sept Grands Inquisiteurs, douze capitaines généraux, dix-huit
+comptait: six cardinaux, quatre-vingt-quatre archevêques et évêques,
+six Pères du Concile de Trente, huit gouverneurs, neuf vice-rois, dix
+présidents de Castille, vingt-quatre présidents de divers Conseils,
+sept Grands Inquisiteurs, douze capitaines généraux, dix-huit
ambassadeurs, sans compter les conseillers et auditeurs de la Sainte
-Rote, chanoines, grands d'Espagne, <i>títulos</i> de Castille, commandeurs
+Rote, chanoines, grands d'Espagne, <i>títulos</i> de Castille, commandeurs
et chevaliers des Ordres militaires<a href="#note-203" name="noteref-203"><small> 203</small></a>. Un proverbe disait:
-«Bartolomé remplit le monde», <i>Todo el mundo está lleno de
+«Bartolomé remplit le monde», <i>Todo el mundo está lleno de
Bartolomicos</i><a href="#note-204" name="noteref-204"><small> 204</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-203"><!--Note--></a>
203 (<a href="#noteref-203"><small>retour</small></a>)<br />
-D. Francisco Ruiz de Vergara y Álava, <i>Historia del
-Colegio Viejo de S. Bartolomé, Mayor de la célebre Universidad de
+D. Francisco Ruiz de Vergara y Ãlava, <i>Historia del
+Colegio Viejo de S. Bartolomé, Mayor de la célebre Universidad de
Salamanca</i> (1661).&mdash;<i>Corregida y aumentada por</i> D. Joseph de Roxas y
Contreras. Madrid, 1766.
</p>
@@ -5649,39 +5611,39 @@ Contreras. Madrid, 1766.
<a name="note-204"><!--Note--></a>
204 (<a href="#noteref-204"><small>retour</small></a>)<br />
<i>Tesoro</i> de Covarrubias, au mot <i>Bartolomico</i>.&mdash;Cf.
-Lope de Vega, <i>El Bobo del Colegio</i>, II, 4: «<span class="sc">Fabio.</span> Quatre Collèges,
-que l'on nomme les <i>Mayores</i>, portent au ciel cet édifice
-(L'Université de Salamanque).&mdash;<span class="sc">Garcerán.</span> Que de personnages fameux et
-insignes, qui se sont illustrés dans les Conseils du Roi ou dans les
-saints Ordres, sont sortis de ces maisons!»
+Lope de Vega, <i>El Bobo del Colegio</i>, II, 4: «<span class="sc">Fabio.</span> Quatre Collèges,
+que l'on nomme les <i>Mayores</i>, portent au ciel cet édifice
+(L'Université de Salamanque).&mdash;<span class="sc">Garcerán.</span> Que de personnages fameux et
+insignes, qui se sont illustrés dans les Conseils du Roi ou dans les
+saints Ordres, sont sortis de ces maisons!»
</p>
<p>
-Malheureusement, pendant ces longues années de prospérité, les Grands
-Collèges se modifièrent profondément. On peut suivre dans leurs
-Réglements les changements successifs qui finirent
+Malheureusement, pendant ces longues années de prospérité, les Grands
+Collèges se modifièrent profondément. On peut suivre dans leurs
+Réglements les changements successifs qui finirent
<span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>[p. 183]</span>
-par en transformer complètement le caractère.
+par en transformer complètement le caractère.
</p>
<p>
-C'est d'abord l'esprit même de l'institution qui s'altère. On cesse
-peu à peu d'imposer aux postulants la condition de pauvreté. On
+C'est d'abord l'esprit même de l'institution qui s'altère. On cesse
+peu à peu d'imposer aux postulants la condition de pauvreté. On
commence par accorder qu'ils pourront avoir deux cents ducats, puis
davantage. Des jeunes gens riches finissent par solliciter des bourses
et, comme ils sont bien soutenus, ils les obtiennent.&mdash;C'est alors la
discipline qui perd de sa rigueur: la vie devient plus luxueuse et
-plus libre. De nouvelles prescriptions insérées dans les Statuts, et
-qui ne devaient pas être inutiles, laissent deviner que le Collège
-n'est plus comme autrefois une maison d'humilité et de vertu: «Défense
+plus libre. De nouvelles prescriptions insérées dans les Statuts, et
+qui ne devaient pas être inutiles, laissent deviner que le Collège
+n'est plus comme autrefois une maison d'humilité et de vertu: «Défense
aux boursiers d'avoir des chevaux et des appartements dans la
-ville.&mdash;Défense aux boursiers de faire entrer dans le Collège aucune
-femme suspecte, seule ou accompagnée.&mdash;Défense aux boursiers de
-visiter les couvents de nonnes où ils n'ont pas une s&oelig;ur ou pour le
-moins une parente du troisième degré<a href="#note-205" name="noteref-205"><small> 205</small></a>...» Naturellement, l'on
-travaille moins depuis que la règle est devenue plus indulgente; mais
+ville.&mdash;Défense aux boursiers de faire entrer dans le Collège aucune
+femme suspecte, seule ou accompagnée.&mdash;Défense aux boursiers de
+visiter les couvents de nonnes où ils n'ont pas une s&oelig;ur ou pour le
+moins une parente du troisième degré<a href="#note-205" name="noteref-205"><small> 205</small></a>...» Naturellement, l'on
+travaille moins depuis que la règle est devenue plus indulgente; mais
les
<span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>[p. 184]</span>
-boursiers s'arrangent bientôt de telle sorte qu'ils n'ont plus besoin
-de travailler pour réussir.
+boursiers s'arrangent bientôt de telle sorte qu'ils n'ont plus besoin
+de travailler pour réussir.
</p>
<p class="foot">
@@ -5691,184 +5653,184 @@ de travailler pour réussir.
in Salmantina Universitate Majoris antiquiorisque.</i>
</p>
<p>
-Ils ont pris l'habitude d'entretenir à la Cour des représentants
-attitrés ou <i>hacedores</i>, qui sont tous d'anciens élèves du Collège et
+Ils ont pris l'habitude d'entretenir à la Cour des représentants
+attitrés ou <i>hacedores</i>, qui sont tous d'anciens élèves du Collège et
restent en communication constante avec lui. Ces <i>hacedores</i> sont en
-général des personnages considérables. Par une sorte de contrat
-tacite, ils s'engagent à réserver tout leur crédit à leurs jeunes
-camarades, à les soutenir exclusivement quand une bonne charge se
+général des personnages considérables. Par une sorte de contrat
+tacite, ils s'engagent à réserver tout leur crédit à leurs jeunes
+camarades, à les soutenir exclusivement quand une bonne charge se
trouve vacante, et, par contre, les jeunes camarades se font un devoir
de n'attribuer les <i>becas</i><a href="#note-206" name="noteref-206"><small> 206</small></a> qui deviennent libres qu'aux fils,
-parents ou protégés des <i>hacedores</i>.
+parents ou protégés des <i>hacedores</i>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-206"><!--Note--></a>
206 (<a href="#noteref-206"><small>retour</small></a>)<br />
-La <i>beca</i> est, on s'en souvient, l'écharpe de drap de
-couleur, signe distinctif du boursier de Collège.
+La <i>beca</i> est, on s'en souvient, l'écharpe de drap de
+couleur, signe distinctif du boursier de Collège.
</p>
<p>
-Le résultat de cette ingénieuse convention, c'est, d'une part, que les
-étudiants de famille modeste n'osent même plus solliciter les bourses
-des Grands Collèges, certains qu'ils sont de ne pas être choisis;
-c'est, d'autre part, que les étudiants libres les plus méritants se
-voient privés, par les intrigues des Collèges et de leurs
-représentants, de presque tous les emplois avantageux auxquels ils
-auraient pu prétendre. C'est
+Le résultat de cette ingénieuse convention, c'est, d'une part, que les
+étudiants de famille modeste n'osent même plus solliciter les bourses
+des Grands Collèges, certains qu'ils sont de ne pas être choisis;
+c'est, d'autre part, que les étudiants libres les plus méritants se
+voient privés, par les intrigues des Collèges et de leurs
+représentants, de presque tous les emplois avantageux auxquels ils
+auraient pu prétendre. C'est
<span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>[p. 185]</span>
-ainsi que des fondations qui avaient été primitivement destinées à
-corriger l'inégalité des fortunes et à aider le mérite obscur
-finissent par favoriser la paresse, l'intrigue et le népotisme et par
+ainsi que des fondations qui avaient été primitivement destinées à
+corriger l'inégalité des fortunes et à aider le mérite obscur
+finissent par favoriser la paresse, l'intrigue et le népotisme et par
devenir pour les riches et pour les puissants un nouveau moyen de tout
accaparer.
</p>
<p>
Ce n'est pas tout encore. Les <i>hacedores</i> ne peuvent, quel que soit
-leur zèle, assurer chaque année à tous les «Collégiaux» dont la bourse
-expire une situation suffisamment avantageuse. Or, les Collèges ne
-veulent pas admettre qu'un des leurs «dégrade, comme on dit, la
-<i>beca</i>» en acceptant un poste de second ordre, tel qu'une cure, une
-charge d'avocat ou quelque médiocre office de judicature. Ils aiment
-mieux le garder auprès d'eux et veiller à son entretien jusqu'à ce
-qu'on lui ait trouvé quelque position plus honorable. L'ancien
+leur zèle, assurer chaque année à tous les «Collégiaux» dont la bourse
+expire une situation suffisamment avantageuse. Or, les Collèges ne
+veulent pas admettre qu'un des leurs «dégrade, comme on dit, la
+<i>beca</i>» en acceptant un poste de second ordre, tel qu'une cure, une
+charge d'avocat ou quelque médiocre office de judicature. Ils aiment
+mieux le garder auprès d'eux et veiller à son entretien jusqu'à ce
+qu'on lui ait trouvé quelque position plus honorable. L'ancien
boursier ne peut plus revenir au milieu de ses compagnons, puisque son
-temps est fini. Mais on l'installe dans une maison voisine, louée ou
-construite à cet effet, qu'on nomme <i>hospedería</i> et où il prend place
-parmi d'autres boursiers non pourvus qui sont les <i>huéspedes</i>, les
-hôtes<a href="#note-207" name="noteref-207"><small> 207</small></a>.
+temps est fini. Mais on l'installe dans une maison voisine, louée ou
+construite à cet effet, qu'on nomme <i>hospedería</i> et où il prend place
+parmi d'autres boursiers non pourvus qui sont les <i>huéspedes</i>, les
+hôtes<a href="#note-207" name="noteref-207"><small> 207</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-207"><!--Note--></a>
207 (<a href="#noteref-207"><small>retour</small></a>)<br />
-D. Antonio Gil de Zárate, <i>De la Instrucción pública en
-España</i>, Madrid, 1855.
+D. Antonio Gil de Zárate, <i>De la Instrucción pública en
+España</i>, Madrid, 1855.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>[p. 186]</span>
</p>
<p>
-Ces <i>huéspedes</i>, qu'entretient ainsi chaque Collège, mènent, en somme,
+Ces <i>huéspedes</i>, qu'entretient ainsi chaque Collège, mènent, en somme,
la vie la plus douce et la plus facile. Ils ont le vivre et le
-couvert, ne vont à l'Université que s'il leur plaît, ne travaillent
-qu'à leur fantaisie, sortent et rentrent à leur heure. Beaucoup
-trouvent «l'auberge» bonne et ne songent plus à en sortir. On en cite
-qui y sont restés jusqu'à l'âge de cinquante ans.
+couvert, ne vont à l'Université que s'il leur plaît, ne travaillent
+qu'à leur fantaisie, sortent et rentrent à leur heure. Beaucoup
+trouvent «l'auberge» bonne et ne songent plus à en sortir. On en cite
+qui y sont restés jusqu'à l'âge de cinquante ans.
</p>
<p>
-Or, ces éternels candidats, en raison même de leur âge, exercent une
-autorité considérable sur les jeunes boursiers, pour lesquels ils sont
-cependant une lourde charge, et cette influence est tout à fait
-fâcheuse. Sans parler des mauvais exemples que parfois ils leur
-donnent, ils découragent par leur scepticisme ceux qui arrivent avec
+Or, ces éternels candidats, en raison même de leur âge, exercent une
+autorité considérable sur les jeunes boursiers, pour lesquels ils sont
+cependant une lourde charge, et cette influence est tout à fait
+fâcheuse. Sans parler des mauvais exemples que parfois ils leur
+donnent, ils découragent par leur scepticisme ceux qui arrivent avec
des intentions louables, ils leur persuadent qu'on ne peut se pousser
dans le monde que par la flatterie et les trafics d'influence, et ils
-leur répètent le proverbe: <i>Ventura ayas, hijo, que poco saber te
-basta</i><a href="#note-208" name="noteref-208"><small> 208</small></a>, autrement dit: «Chance vaut mieux que savoir.» Plus
+leur répètent le proverbe: <i>Ventura ayas, hijo, que poco saber te
+basta</i><a href="#note-208" name="noteref-208"><small> 208</small></a>, autrement dit: «Chance vaut mieux que savoir.» Plus
encore,
<span class="pagenum"><a id="page187" name="page187"></a>[p. 187]</span>
-ils développent outre mesure chez leurs cadets cette vanité et cet
-esprit de corps qui leur assurent, à eux, une existence si
-privilégiée. Le plus vieux d'entre eux, qu'on appelle «l'Aîné», finit
-par devenir le vrai chef du Collège. C'est lui qui suscite et dirige
-les cabales. C'est lui qui mène la campagne électorale lorsqu'un
-boursier ou un ancien boursier se présente pour une chaire des Écoles.
+ils développent outre mesure chez leurs cadets cette vanité et cet
+esprit de corps qui leur assurent, à eux, une existence si
+privilégiée. Le plus vieux d'entre eux, qu'on appelle «l'Aîné», finit
+par devenir le vrai chef du Collège. C'est lui qui suscite et dirige
+les cabales. C'est lui qui mène la campagne électorale lorsqu'un
+boursier ou un ancien boursier se présente pour une chaire des Écoles.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-208"><!--Note--></a>
208 (<a href="#noteref-208"><small>retour</small></a>)<br />
-Mal-Lara, <i>Filosofía vulgar, Centuria novena</i>, 36.
-Mal-Lara commente ainsi ce dicton: «Mon fils, aie des relations
-utiles, envoie des présents aux seigneurs de la Cour, aie des lettres
-de recommandation, apprends à te faufiler: cela vaut mieux que d'être
-savant.»
+Mal-Lara, <i>Filosofía vulgar, Centuria novena</i>, 36.
+Mal-Lara commente ainsi ce dicton: «Mon fils, aie des relations
+utiles, envoie des présents aux seigneurs de la Cour, aie des lettres
+de recommandation, apprends à te faufiler: cela vaut mieux que d'être
+savant.»
</p>
<p>
A Salamanque, il arrive souvent qu'au moment des <i>Oposiciones</i> les
-quatre Grands Collèges se coalisent. On en vient à ne plus considérer
-le mérite des candidats, mais seulement leur origine. Tous ceux de la
-maison qui sont déjà entrés dans la place aident les autres sans
+quatre Grands Collèges se coalisent. On en vient à ne plus considérer
+le mérite des candidats, mais seulement leur origine. Tous ceux de la
+maison qui sont déjà entrés dans la place aident les autres sans
scrupule.
</p>
<p>
-On retrouve à Alcalá le même sentiment de camaraderie mal comprise.
-Étant à l'article de la mort, un docteur de l'Université, qui avait
-été jadis «collégial», fait venir son confesseur: «Dans les affaires
-d'élections, lui dit le saint homme, Votre Seigneurie n'a-t-elle pas à
-se reprocher quelque injustice?»&mdash;«Mais non, mon Père, lui répond le
-mourant avec une admirable inconscience: en ces cas-là, j'ai toujours
-pris parti pour mon Collège!»
+On retrouve à Alcalá le même sentiment de camaraderie mal comprise.
+Étant à l'article de la mort, un docteur de l'Université, qui avait
+été jadis «collégial», fait venir son confesseur: «Dans les affaires
+d'élections, lui dit le saint homme, Votre Seigneurie n'a-t-elle pas à
+se reprocher quelque injustice?»&mdash;«Mais non, mon Père, lui répond le
+mourant avec une admirable inconscience: en ces cas-là, j'ai toujours
+pris parti pour mon Collège!»
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>[p. 188]</span>
</p>
<p>
-Forts de leur solidarité, de leurs moyens d'action, de leurs relations
-et de leurs patronages, les <i>Mayores</i> commencent à vouloir régenter la
-république universitaire.
+Forts de leur solidarité, de leurs moyens d'action, de leurs relations
+et de leurs patronages, les <i>Mayores</i> commencent à vouloir régenter la
+république universitaire.
</p>
<p>
-A Alcalá, San Ildefonso, qui avait dès le début une situation
-prépondérante, prétend gérer à sa guise les biens de l'Université,
-régler les traitements des professeurs, créer ou supprimer des
+A Alcalá, San Ildefonso, qui avait dès le début une situation
+prépondérante, prétend gérer à sa guise les biens de l'Université,
+régler les traitements des professeurs, créer ou supprimer des
chaires: son jeune Recteur s'arroge presque tous les pouvoirs
-épiscopaux et reconnaît à peine la suprématie de l'archevêque de
-Tolède.&mdash;A Valladolid, Santa Cruz est en guerre avec les maîtres et
+épiscopaux et reconnaît à peine la suprématie de l'archevêque de
+Tolède.&mdash;A Valladolid, Santa Cruz est en guerre avec les maîtres et
docteurs et trouve un appui constant dans la Chancellerie royale, dont
-presque tous les membres sont d'anciens élèves de ce Collège.
+presque tous les membres sont d'anciens élèves de ce Collège.
</p>
<p>
-A Salamanque, San Bartolomé, Cuenca, Oviedo et l'<i>Arzobispo</i>
-s'associent pour tyranniser les Écoles. Ils sont continuellement en
-procès avec les petits Collèges qu'ils veulent mener à leur fantaisie,
-et surtout avec les Collèges militaires qui osent s'égaler à eux. Mais
-c'est surtout avec les hauts dignitaires de l'Université qu'ils se
-querellent sans cesse sur des questions d'étiquette et de préséance.
+A Salamanque, San Bartolomé, Cuenca, Oviedo et l'<i>Arzobispo</i>
+s'associent pour tyranniser les Écoles. Ils sont continuellement en
+procès avec les petits Collèges qu'ils veulent mener à leur fantaisie,
+et surtout avec les Collèges militaires qui osent s'égaler à eux. Mais
+c'est surtout avec les hauts dignitaires de l'Université qu'ils se
+querellent sans cesse sur des questions d'étiquette et de préséance.
Un jour, au cours d'un de ces conflits, on voit leurs boursiers
envahir,
<span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>[p. 189]</span>
-l'épée à la main, l'église du couvent de Sainte-Ursule où se trouvait
-réuni le Cloître des docteurs, planter de force leurs bannières sur le
+l'épée à la main, l'église du couvent de Sainte-Ursule où se trouvait
+réuni le Cloître des docteurs, planter de force leurs bannières sur le
grand autel, blesser des officiers et des religieux.
</p>
<p>
-En 1633, le <i>Maestrescuela</i> Jerónimo Manrique, pour le punir de
-quelque méfait, consigne dans sa chambre un Collégial d'Oviedo.
-L'étudiant s'insurge ouvertement contre cet arrêt et s'en va se
+En 1633, le <i>Maestrescuela</i> Jerónimo Manrique, pour le punir de
+quelque méfait, consigne dans sa chambre un Collégial d'Oviedo.
+L'étudiant s'insurge ouvertement contre cet arrêt et s'en va se
promener en plein jour dans les rues de Salamanque. Le <i>Maestrescuela</i>
-le rencontre et veut le faire appréhender au corps: mais il appelle à
-son secours quelques camarades qui le délivrent et rouent de coups
-l'Ecolâtre et ses officiers: le soir venu, ils vont même démolir sa
-porte et envahir sa maison, où par bonheur il ne se trouvait pas.
+le rencontre et veut le faire appréhender au corps: mais il appelle à
+son secours quelques camarades qui le délivrent et rouent de coups
+l'Ecolâtre et ses officiers: le soir venu, ils vont même démolir sa
+porte et envahir sa maison, où par bonheur il ne se trouvait pas.
</p>
<p>
-Ces fâcheux incidents sont souvent suivis de longues périodes
-d'hostilité où toute la ville se divise en deux camps: d'un côté, le
-gros des étudiants, les Collèges militaires, les petits Collèges et
+Ces fâcheux incidents sont souvent suivis de longues périodes
+d'hostilité où toute la ville se divise en deux camps: d'un côté, le
+gros des étudiants, les Collèges militaires, les petits Collèges et
presque tous les couvents, de l'autre les <i>Mayores</i> et, avec eux,
-l'aristocratie et les Jésuites.
+l'aristocratie et les Jésuites.
</p>
<p>
-Découragé de voir sans cesse se renouveler de tels combats, un vieux
-professeur de l'Université s'écria un jour: «Si maintenant
+Découragé de voir sans cesse se renouveler de tels combats, un vieux
+professeur de l'Université s'écria un jour: «Si maintenant
<span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>[p. 190]</span>
-je voyais un âne entrer dans la chapelle de Santa Bárbara<a href="#note-209" name="noteref-209"><small> 209</small></a> avec la
-<i>beca</i> d'un grand Collège, je n'oserais plus le trouver mauvais!»
+je voyais un âne entrer dans la chapelle de Santa Bárbara<a href="#note-209" name="noteref-209"><small> 209</small></a> avec la
+<i>beca</i> d'un grand Collège, je n'oserais plus le trouver mauvais!»
</p>
<p class="foot">
<a name="note-209"><!--Note--></a>
209 (<a href="#noteref-209"><small>retour</small></a>)<br />
-C'est une chapelle de la Vieille Cathédrale de
-Salamanque où avaient lieu les examens de licence.
+C'est une chapelle de la Vieille Cathédrale de
+Salamanque où avaient lieu les examens de licence.
</p>
<p>
-Ces grandes communautés séculières, qui avaient été pour les
-Universités des auxiliaires précieux, devinrent ainsi pour elles une
-perpétuelle occasion de trouble et de discrédit: elles y
-introduisirent de fatales tendances, elles contribuèrent à en diminuer
+Ces grandes communautés séculières, qui avaient été pour les
+Universités des auxiliaires précieux, devinrent ainsi pour elles une
+perpétuelle occasion de trouble et de discrédit: elles y
+introduisirent de fatales tendances, elles contribuèrent à en diminuer
le prestige.
</p>
<p>
@@ -5882,183 +5844,183 @@ le prestige.
</h2>
<p class="subheader">
-LUTTES INTÉRIEURES DES UNIVERSITÉS ET DÉSORDRES DES ÉTUDIANTS.
+LUTTES INTÉRIEURES DES UNIVERSITÉS ET DÉSORDRES DES ÉTUDIANTS.
</p>
<p>
-Une dernière raison de la décadence des Universités ce sont les luttes
-et les désordres qui commencent dès la fin du seizième siècle à y
-désorganiser les études.
+Une dernière raison de la décadence des Universités ce sont les luttes
+et les désordres qui commencent dès la fin du seizième siècle à y
+désorganiser les études.
</p>
<p>
-Ici, les maîtres et les docteurs ont de longs démêlés avec les
-Municipalités, les Évêques et les Chapitres. Là, les ordres religieux
+Ici, les maîtres et les docteurs ont de longs démêlés avec les
+Municipalités, les Évêques et les Chapitres. Là, les ordres religieux
bataillent les uns contre les autres et se disputent des chaires. A
-Valence, à Valladolid, à Salamanque, les Thomistes et les Suaristes
+Valence, à Valladolid, à Salamanque, les Thomistes et les Suaristes
engagent des combats sans fin. A Saragosse, une chaire de philosophie,
-qualifiée d'«indifférente», et qui n'était réservée spécialement à
-aucune école, est convoitée également par toutes. Les Franciscains ou
-Scotistes, qui n'ont pas de cours à eux, la réclament assez justement.
-Mais les Jésuites<a href="#note-210" name="noteref-210"><small> 210</small></a>
+qualifiée d'«indifférente», et qui n'était réservée spécialement à
+aucune école, est convoitée également par toutes. Les Franciscains ou
+Scotistes, qui n'ont pas de cours à eux, la réclament assez justement.
+Mais les Jésuites<a href="#note-210" name="noteref-210"><small> 210</small></a>
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>[p. 192]</span>
</p>
<p>
-et les Dominicains, qui ont déjà un professeur, aimeraient bien en
-avoir deux. Tout le monde prend parti dans la querelle, les étudiants,
-les bourgeois, les autorités et même la Cour; elle ne se termine qu'au
-bout d'un siècle, par le triomphe des Franciscains<a href="#note-211" name="noteref-211"><small> 211</small></a>.
+et les Dominicains, qui ont déjà un professeur, aimeraient bien en
+avoir deux. Tout le monde prend parti dans la querelle, les étudiants,
+les bourgeois, les autorités et même la Cour; elle ne se termine qu'au
+bout d'un siècle, par le triomphe des Franciscains<a href="#note-211" name="noteref-211"><small> 211</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-210"><!--Note--></a>
210 (<a href="#noteref-210"><small>retour</small></a>)<br />
-C'est seulement pendant la minorité de Charles II que
-la reine régente, Marie-Anne d'Autriche, laissa pénétrer dans les
-grandes Universités l'enseignement des Jésuites: elle fit créer pour
-eux des chaires où l'on devait expliquer la doctrine de Suárez.
+C'est seulement pendant la minorité de Charles II que
+la reine régente, Marie-Anne d'Autriche, laissa pénétrer dans les
+grandes Universités l'enseignement des Jésuites: elle fit créer pour
+eux des chaires où l'on devait expliquer la doctrine de Suárez.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-211"><!--Note--></a>
211 (<a href="#noteref-211"><small>retour</small></a>)<br />
-Gil de Zárate. <i>De la Instrucción Pública en España.</i>
+Gil de Zárate. <i>De la Instrucción Pública en España.</i>
</p>
<p>
Depuis que les bons emplois s'obtiennent surtout par la faveur et
-deviennent en quelque façon le monopole d'un petit nombre de
-privilégiés, les étudiants ne travaillent plus guère: ils aiment mieux
-jouir agréablement d'une vie indépendante, s'en remettant au hasard ou
-à leurs protecteurs du soin de leur fortune. Ils arrivent d'ailleurs
-de plus en plus jeunes aux Écoles, quelques-uns dès l'âge de treize
-ans. Ces adolescents ne sont guère capables de résister aux
-tentations. Ils deviennent de bonne heure grands donneurs de sérénades
-et, comme dit Cervantes, «grands escaladeurs de toute fenêtre où se
-montre une coiffe<a href="#note-212" name="noteref-212"><small> 212</small></a>». A Alcalá, où le voisinage
+deviennent en quelque façon le monopole d'un petit nombre de
+privilégiés, les étudiants ne travaillent plus guère: ils aiment mieux
+jouir agréablement d'une vie indépendante, s'en remettant au hasard ou
+à leurs protecteurs du soin de leur fortune. Ils arrivent d'ailleurs
+de plus en plus jeunes aux Écoles, quelques-uns dès l'âge de treize
+ans. Ces adolescents ne sont guère capables de résister aux
+tentations. Ils deviennent de bonne heure grands donneurs de sérénades
+et, comme dit Cervantes, «grands escaladeurs de toute fenêtre où se
+montre une coiffe<a href="#note-212" name="noteref-212"><small> 212</small></a>». A Alcalá, où le voisinage
<span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>[p. 193]</span>
-de la capitale exerce un attrait bien fort<a href="#note-213" name="noteref-213"><small> 213</small></a>, les étudiants sont
-toujours sur la route: les jours où il y a à Madrid courses de
-taureaux ou de <i>cañas</i>, il n'y a plus un seul écolier dans les
-cloîtres<a href="#note-214" name="noteref-214"><small> 214</small></a>.
+de la capitale exerce un attrait bien fort<a href="#note-213" name="noteref-213"><small> 213</small></a>, les étudiants sont
+toujours sur la route: les jours où il y a à Madrid courses de
+taureaux ou de <i>cañas</i>, il n'y a plus un seul écolier dans les
+cloîtres<a href="#note-214" name="noteref-214"><small> 214</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-212"><!--Note--></a>
212 (<a href="#noteref-212"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>La Tía Fingida.</i>
+<i>La Tía Fingida.</i>
</p>
<p class="foot">
<a name="note-213"><!--Note--></a>
213 (<a href="#noteref-213"><small>retour</small></a>)<br />
-«L'Université d'Alcalá, dira plus tard Torres, ne
+«L'Université d'Alcalá, dira plus tard Torres, ne
pourra jamais vivre pure ni saine, parce que les vapeurs de la Cour
-lui feront toujours le teint blême et l'humeur cacochyme». (<i>Obras</i>,
-t. II: <i>Sueños morales</i>, p. 124.)
+lui feront toujours le teint blême et l'humeur cacochyme». (<i>Obras</i>,
+t. II: <i>Sueños morales</i>, p. 124.)
</p>
<p class="foot">
<a name="note-214"><!--Note--></a>
214 (<a href="#noteref-214"><small>retour</small></a>)<br />
-Luján de Sayavedra, <i>Segunda parte de la Vida del
-pícaro Guzmán de Alfarache</i>, cap. <span class="sc">VI</span>.
+Luján de Sayavedra, <i>Segunda parte de la Vida del
+pícaro Guzmán de Alfarache</i>, cap. <span class="sc">VI</span>.
</p>
<p>
-La race entreprenante des <i>pícaros</i> croît en nombre et en audace. Le
-centre de leurs opérations est à Alcalá la porte de Madrid, à
-Salamanque le quartier des abattoirs; c'est là qu'ils méditent les
+La race entreprenante des <i>pícaros</i> croît en nombre et en audace. Le
+centre de leurs opérations est à Alcalá la porte de Madrid, à
+Salamanque le quartier des abattoirs; c'est là qu'ils méditent les
bons coups et organisent les rapines. Leur conduite devient si
-intolérable qu'en 1645, on nomme une Commission chargée de suspendre
-pour eux les privilèges universitaires et de les soumettre au droit
+intolérable qu'en 1645, on nomme une Commission chargée de suspendre
+pour eux les privilèges universitaires et de les soumettre au droit
commun<a href="#note-215" name="noteref-215"><small> 215</small></a>. Mais
<span class="pagenum"><a id="page194" name="page194"></a>[p. 194]</span>
-les mesures auxquelles elle s'arrête reçoivent à peine un commencement
-d'exécution et les chevaliers de la <i>Tuna</i> continuent à poursuivre
-leurs prouesses et à faire des prosélytes.
+les mesures auxquelles elle s'arrête reçoivent à peine un commencement
+d'exécution et les chevaliers de la <i>Tuna</i> continuent à poursuivre
+leurs prouesses et à faire des prosélytes.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-215"><!--Note--></a>
215 (<a href="#noteref-215"><small>retour</small></a>)<br />
-«Attendu, dit la Commission dans son Rapport, attendu
-qu'on voit s'inscrire sur les registres des Universités beaucoup de
-jeunes gens de plus de vingt ans qui n'ont aucune intention d'étudier
-et qui, en effet, n'étudient jamais; attendu que ces jeunes gens ne se
-soucient que de faire les bravaches et de mener une vie de désordre et
-d'aventure, qu'ils peuvent ainsi corrompre les étudiants d'un âge plus
-tendre.....»
-</p>
-<p>
-Par ces motifs, la Commission émet l'avis qu'on ne puisse se faire
-immatriculer sans présenter un certificat de grammaire, que les
-écoliers de plus de vingt ans soient tenus de passer un examen, de
+«Attendu, dit la Commission dans son Rapport, attendu
+qu'on voit s'inscrire sur les registres des Universités beaucoup de
+jeunes gens de plus de vingt ans qui n'ont aucune intention d'étudier
+et qui, en effet, n'étudient jamais; attendu que ces jeunes gens ne se
+soucient que de faire les bravaches et de mener une vie de désordre et
+d'aventure, qu'ils peuvent ainsi corrompre les étudiants d'un âge plus
+tendre.....»
+</p>
+<p>
+Par ces motifs, la Commission émet l'avis qu'on ne puisse se faire
+immatriculer sans présenter un certificat de grammaire, que les
+écoliers de plus de vingt ans soient tenus de passer un examen, de
montrer leurs cahiers de cours et de prouver qu'ils savent le
-latin,&mdash;sous peine d'être livrés au Corregidor pour qu'il les arrête
-comme vagabonds et les envoie servir aux armées.
+latin,&mdash;sous peine d'être livrés au Corregidor pour qu'il les arrête
+comme vagabonds et les envoie servir aux armées.
</p>
<p>
-Cité par La Fuente, <i>Historia de las Universidades</i>, III, p. 95. Ces
-faits sont maintes fois confirmés par les lettres qu'écrivait alors de
-Salamanque le Père Jésuite Andrés Mendo au P. Pereira, de Séville.
+Cité par La Fuente, <i>Historia de las Universidades</i>, III, p. 95. Ces
+faits sont maintes fois confirmés par les lettres qu'écrivait alors de
+Salamanque le Père Jésuite Andrés Mendo au P. Pereira, de Séville.
</p>
<p>
-D'autres étudiants, plus authentiques, provoquent de temps en temps de
-terribles scandales. En un pays où les passions sont si vives et
+D'autres étudiants, plus authentiques, provoquent de temps en temps de
+terribles scandales. En un pays où les passions sont si vives et
l'amour-propre si irritable, tant de jeunes gens d'origines si
-différentes ne pouvaient toujours vivre en parfait accord. Dès que
-l'Université cesse d'être assez forte pour modérer leur ardeur
-turbulente, on voit se multiplier «les guerres de nations<a href="#note-216" name="noteref-216"><small> 216</small></a>».
+différentes ne pouvaient toujours vivre en parfait accord. Dès que
+l'Université cesse d'être assez forte pour modérer leur ardeur
+turbulente, on voit se multiplier «les guerres de nations<a href="#note-216" name="noteref-216"><small> 216</small></a>».
</p>
<p class="foot">
<a name="note-216"><!--Note--></a>
216 (<a href="#noteref-216"><small>retour</small></a>)<br />
-Chaque «nation» avait son cri de ralliement. Les
-étudiants de Castille criaient: <i>¡Viva la espiga!</i> (Vive l'épi!), ceux
-d'Andalousie: <i>¡Viva la aceituna!</i> (Vive l'olive!), ceux de
-l'Estremadure: <i>¡Viva el chorizo!</i> (Vive le saucisson!).
+Chaque «nation» avait son cri de ralliement. Les
+étudiants de Castille criaient: <i>¡Viva la espiga!</i> (Vive l'épi!), ceux
+d'Andalousie: <i>¡Viva la aceituna!</i> (Vive l'olive!), ceux de
+l'Estremadure: <i>¡Viva el chorizo!</i> (Vive le saucisson!).
</p>
<p>
Les Andalous, querelleurs et vantards, ne peuvent jamais s'entendre
avec les gens du
<span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>[p. 195]</span>
Nord: leurs ennemis naturels sont les Biscayens, froids, lourds et
-rancuneux. Une plaisanterie, un méchant propos suffisent à mettre aux
-prises les écoliers des deux provinces: ils se battent pendant des
-journées entières; le lendemain, chaque parti recueille ses blessés,
-ensevelit ses morts, et souvent, au retour des funérailles, les deux
+rancuneux. Une plaisanterie, un méchant propos suffisent à mettre aux
+prises les écoliers des deux provinces: ils se battent pendant des
+journées entières; le lendemain, chaque parti recueille ses blessés,
+ensevelit ses morts, et souvent, au retour des funérailles, les deux
troupes rivales en viennent encore aux mains.
</p>
<p>
-Quelquefois aussi ce sont des révoltes générales qui éclatent. Il y en
-eut une à Salamanque, à la fin du seizième siècle, parce que le bruit
-avait couru qu'on allait transporter à Rome les dossiers des archives
+Quelquefois aussi ce sont des révoltes générales qui éclatent. Il y en
+eut une à Salamanque, à la fin du seizième siècle, parce que le bruit
+avait couru qu'on allait transporter à Rome les dossiers des archives
universitaires. Mais les faits les plus graves, ceux qui font le plus
-de tort aux Écoles, ce sont les luttes sanglantes des étudiants et des
+de tort aux Écoles, ce sont les luttes sanglantes des étudiants et des
bourgeois.
</p>
<p>
-Depuis des siècles, les étudiants vivaient en assez mauvais termes
+Depuis des siècles, les étudiants vivaient en assez mauvais termes
avec la population civile. On raconte que le vieil <i>Estudio</i> de
-Palencia avait jadis clos ses portes à la suite d'une bagarre entre
-les écoliers et les habitants. A Valence, à Saragosse, à Valladolid,
-cités riches et fortes, qui n'avaient pas besoin des Écoles pour
-prospérer, les étudiants n'auraient pas osé troubler trop ouvertement
-la tranquillité publique.
+Palencia avait jadis clos ses portes à la suite d'une bagarre entre
+les écoliers et les habitants. A Valence, à Saragosse, à Valladolid,
+cités riches et fortes, qui n'avaient pas besoin des Écoles pour
+prospérer, les étudiants n'auraient pas osé troubler trop ouvertement
+la tranquillité publique.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>[p. 196]</span>
</p>
<p>
-Mais à Salamanque et à Alcalá, où une bonne partie de la ville vivait
-de l'Université et bénéficiait de ses privilèges<a href="#note-217" name="noteref-217"><small> 217</small></a>, ils se
-considéraient comme des maîtres absolus et leur insolence ne
-connaissait pas de limites. Au milieu du dix-septième siècle, quand
-rien ne les retint plus, ils allèrent si loin que l'on songea
-sérieusement, et à deux reprises, à fermer l'Université d'Alcalá. A
-Salamanque, les bourgeois, dont la patience n'était pas moins lassée,
-se résolurent à se défendre eux-mêmes. Ils répondirent assez
-brutalement aux ordinaires provocations. Les écoliers essayèrent de se
+Mais à Salamanque et à Alcalá, où une bonne partie de la ville vivait
+de l'Université et bénéficiait de ses privilèges<a href="#note-217" name="noteref-217"><small> 217</small></a>, ils se
+considéraient comme des maîtres absolus et leur insolence ne
+connaissait pas de limites. Au milieu du dix-septième siècle, quand
+rien ne les retint plus, ils allèrent si loin que l'on songea
+sérieusement, et à deux reprises, à fermer l'Université d'Alcalá. A
+Salamanque, les bourgeois, dont la patience n'était pas moins lassée,
+se résolurent à se défendre eux-mêmes. Ils répondirent assez
+brutalement aux ordinaires provocations. Les écoliers essayèrent de se
venger et il arriva que, plusieurs jours de suite, on se battit dans
les rues.
</p>
@@ -6066,55 +6028,55 @@ les rues.
<p class="foot">
<a name="note-217"><!--Note--></a>
217 (<a href="#noteref-217"><small>retour</small></a>)<br />
-Ce n'étaient pas seulement les serviteurs des étudiants
+Ce n'étaient pas seulement les serviteurs des étudiants
qui profitaient du <i>faero</i> universitaire, mais aussi leurs logeurs,
leurs fournisseurs de toute sorte, les muletiers et les voituriers qui
-leur apportaient des vivres. Du temps où il y avait à Salamanque sept
-mille étudiants, dix-huit mille noms étaient inscrits sur le
-registre-matricule des Écoles. (Gil de Zárate, <i>op. cit.</i>, II, p.
+leur apportaient des vivres. Du temps où il y avait à Salamanque sept
+mille étudiants, dix-huit mille noms étaient inscrits sur le
+registre-matricule des Écoles. (Gil de Zárate, <i>op. cit.</i>, II, p.
264.)
</p>
<p>
-En 1644, les deux «nations» de Biscaye et de Guipúzcoa, traversant la
+En 1644, les deux «nations» de Biscaye et de Guipúzcoa, traversant la
<i>Plaza Mayor</i>, se prennent de querelle avec les gens de la ville. Le
-Corregidor intervient: il reçoit une balle dans une jambe. Les
-étudiants sont poursuivis
+Corregidor intervient: il reçoit une balle dans une jambe. Les
+étudiants sont poursuivis
<span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>[p. 197]</span>
-par la foule jusqu'à la place de la <i>Yerba</i> et, de là, jusqu'au
-couvent de la <i>Madre de Dios</i>. Là ils s'arrêtent, font face à leurs
+par la foule jusqu'à la place de la <i>Yerba</i> et, de là, jusqu'au
+couvent de la <i>Madre de Dios</i>. Là ils s'arrêtent, font face à leurs
adversaires et tuent deux bourgeois; mais un des leurs est saisi,
-entraîné en prison et soumis aussitôt à la torture.
+entraîné en prison et soumis aussitôt à la torture.
</p>
<p>
-Le lendemain, les habitants fort excités font sonner le tocsin: ils
-marchent sur les Écoles, pénètrent violemment dans le cloître,
+Le lendemain, les habitants fort excités font sonner le tocsin: ils
+marchent sur les Écoles, pénètrent violemment dans le cloître,
poursuivent sous le portique et jusque dans les salles de cours les
-étudiants surpris. Pour les calmer, l'Écolâtre se montre à une
-fenêtre: on tire sur lui plusieurs coups de pistolet. D'autres bandes,
-pendant ce temps, vont casser les vitres des Grands Collèges et font
-la chasse à tous les écoliers qui se risquent dans les rues.
+étudiants surpris. Pour les calmer, l'Écolâtre se montre à une
+fenêtre: on tire sur lui plusieurs coups de pistolet. D'autres bandes,
+pendant ce temps, vont casser les vitres des Grands Collèges et font
+la chasse à tous les écoliers qui se risquent dans les rues.
</p>
<p>
-L'étudiant pris dans la première échauffourée est livré en hâte à la
-justice civile, contrairement au privilège universitaire, et condamné
-à mort, malgré l'intervention de l'évêque. Le malheureux subit le
-supplice du garrot, sur le balcon du Corregidor, en présence d'une
+L'étudiant pris dans la première échauffourée est livré en hâte à la
+justice civile, contrairement au privilège universitaire, et condamné
+à mort, malgré l'intervention de l'évêque. Le malheureux subit le
+supplice du garrot, sur le balcon du Corregidor, en présence d'une
foule immense et sans qu'on lui ait voulu donner le viatique.
</p>
<p>
Un grand nombre de ses camarades s'arment pour le venger, tandis que
les plus craintifs s'enfuient de Salamanque. Pendant toute une
<span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>[p. 198]</span>
-semaine, les deux partis continuent à échanger des coups de pistolet
-et des coups de couteau jusqu'à ce qu'arrive de Madrid un alcade de la
+semaine, les deux partis continuent à échanger des coups de pistolet
+et des coups de couteau jusqu'à ce qu'arrive de Madrid un alcade de la
Cour qui fait pendre ou fouetter de verges les batailleurs les plus
-acharnés et rétablit ainsi la paix.
+acharnés et rétablit ainsi la paix.
</p>
<p>
-On devine quel discrédit pouvaient jeter sur les Universités d'aussi
-graves désordres, bientôt connus dans tout le royaume. Les familles
-s'effrayaient de toutes ces scènes de violence et les Jésuites
-opposaient à de pareils tableaux la paix sereine de leurs maisons.
+On devine quel discrédit pouvaient jeter sur les Universités d'aussi
+graves désordres, bientôt connus dans tout le royaume. Les familles
+s'effrayaient de toutes ces scènes de violence et les Jésuites
+opposaient à de pareils tableaux la paix sereine de leurs maisons.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>[p. 199]</span>
@@ -6127,123 +6089,123 @@ opposaient à de pareils tableaux la paix sereine de leurs maisons.
</h2>
<p class="subheader">
-DÉCLIN RAPIDE DES UNIVERSITÉS.&mdash;L'ENSEIGNEMENT UNIVERSITAIRE AU
-DIX-SEPTIÈME ET AU DIX-HUITIÈME SIÈCLES.
+DÉCLIN RAPIDE DES UNIVERSITÉS.&mdash;L'ENSEIGNEMENT UNIVERSITAIRE AU
+DIX-SEPTIÈME ET AU DIX-HUITIÈME SIÈCLES.
</p>
<p>
-La surveillance de plus en plus étroite et méfiante de l'Église,
+La surveillance de plus en plus étroite et méfiante de l'Église,
l'absolutisme des rois qui abaisse le niveau intellectuel de la
-nation, l'hostilité de la Compagnie de Jésus, la tyrannie des Grands
-Collèges, les querelles intérieures et le relâchement de la
-discipline, voilà bien, semble-t-il, les principales raisons qui ont
-précipité la décadence des Universités espagnoles.
+nation, l'hostilité de la Compagnie de Jésus, la tyrannie des Grands
+Collèges, les querelles intérieures et le relâchement de la
+discipline, voilà bien, semble-t-il, les principales raisons qui ont
+précipité la décadence des Universités espagnoles.
</p>
<p>
-Dès la fin du dix-septième siècle, cette décadence est complète.
+Dès la fin du dix-septième siècle, cette décadence est complète.
</p>
<p>
-Le nombre des étudiants a prodigieusement diminué. Salamanque en
+Le nombre des étudiants a prodigieusement diminué. Salamanque en
comptait, en 1566, sept mille huit cents; en 1620, elle en avait
encore quatre mille. En 1700, elle n'en a plus que deux mille, et vers
-le milieu du dix-huitième siècle, il n'en restera guère plus de quinze
+le milieu du dix-huitième siècle, il n'en restera guère plus de quinze
cents. On peut
<span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>[p. 200]</span>
-juger par là de la déchéance des autres Écoles qui, elles, ne sont pas
-soutenues par les souvenirs d'un long passé de gloire.
+juger par là de la déchéance des autres Écoles qui, elles, ne sont pas
+soutenues par les souvenirs d'un long passé de gloire.
</p>
<p>
-L'enseignement, déjà fort espacé, est coupé par des congés de plus en
-plus nombreux. Dans certaines Universités, les cours vaquent une fois
-de plus par semaine, «pour que les étudiants puissent se raser» (<i>día
+L'enseignement, déjà fort espacé, est coupé par des congés de plus en
+plus nombreux. Dans certaines Universités, les cours vaquent une fois
+de plus par semaine, «pour que les étudiants puissent se raser» (<i>día
de barba</i>).
</p>
<p>
-D'ailleurs, quand les Écoles sont ouvertes, on n'y va que de temps à
-autre; c'est à peine si l'on est plus régulier pendant les mois qui
-précèdent les examens: pour obtenir les certificats d'assiduité qui
-sont alors nécessaires, il suffit de faire attester par trois
+D'ailleurs, quand les Écoles sont ouvertes, on n'y va que de temps à
+autre; c'est à peine si l'on est plus régulier pendant les mois qui
+précèdent les examens: pour obtenir les certificats d'assiduité qui
+sont alors nécessaires, il suffit de faire attester par trois
camarades complaisants qu'on a suivi les cours en leur compagnie.
</p>
<p>
-Aussi l'ignorance est-elle extrême. Déjà, au dix-septième siècle, l'on
-connaissait des étudiants qui, «après quinze ans d'inscriptions, ne
-savaient ni lire ni écrire<a href="#note-218" name="noteref-218"><small> 218</small></a>». Un siècle plus tard, il y en a bien
+Aussi l'ignorance est-elle extrême. Déjà, au dix-septième siècle, l'on
+connaissait des étudiants qui, «après quinze ans d'inscriptions, ne
+savaient ni lire ni écrire<a href="#note-218" name="noteref-218"><small> 218</small></a>». Un siècle plus tard, il y en a bien
davantage.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-218"><!--Note--></a>
218 (<a href="#noteref-218"><small>retour</small></a>)<br />
-Luján de Sayavedra, <i>Alfarache</i>, II, cap. <span class="sc">VI</span>.
+Luján de Sayavedra, <i>Alfarache</i>, II, cap. <span class="sc">VI</span>.
</p>
<p>
-On pourrait cependant citer quelques rares Collèges où l'on travaille
+On pourrait cependant citer quelques rares Collèges où l'on travaille
un peu; mais le seul exercice auquel on s'y livre est l'argumentation
<span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>[p. 201]</span>
ou dispute, exercice scolastique fait pour fausser le jugement plus
que pour aiguiser l'esprit et que les humanistes avaient jadis
-violemment condamné. On le pratique exactement comme au Moyen-Age<a href="#note-219" name="noteref-219"><small> 219</small></a>
-et on s'y intéresse encore parce qu'il stimule fortement
-l'amour-propre et tourne même au jeu violent<a href="#note-220" name="noteref-220"><small> 220</small></a>.
+violemment condamné. On le pratique exactement comme au Moyen-Age<a href="#note-219" name="noteref-219"><small> 219</small></a>
+et on s'y intéresse encore parce qu'il stimule fortement
+l'amour-propre et tourne même au jeu violent<a href="#note-220" name="noteref-220"><small> 220</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-219"><!--Note--></a>
219 (<a href="#noteref-219"><small>retour</small></a>)<br />
-«On met son honneur à trouver des questions sur les
+«On met son honneur à trouver des questions sur les
propositions les plus simples. Sur ces seuls mots: <i>scribe mihi</i>, on
posera une question de grammaire, de dialectique, de physique, de
-métaphysique. On ne laisse pas l'adversaire s'expliquer. S'il entre
-dans quelques développements, on lui crie: «Au fait! au fait! Réponds
-catégoriquement!» On ne s'inquiète pas de la vérité; on ne cherche
-qu'à défendre ce qu'on a une fois avancé. Est-on pressé trop vivement?
-on échappe à l'objection à force d'opiniâtreté; on nie insolemment; on
-abat aveuglément tous les obstacles en dépit de l'évidence. Aux
-objections les plus pressantes, qui poussent aux conséquences les plus
-absurdes, on se contente de répondre: «Je l'admets, car c'est la
-conséquence de ma thèse.» Pourvu qu'on se défende conséquemment, on
+métaphysique. On ne laisse pas l'adversaire s'expliquer. S'il entre
+dans quelques développements, on lui crie: «Au fait! au fait! Réponds
+catégoriquement!» On ne s'inquiète pas de la vérité; on ne cherche
+qu'à défendre ce qu'on a une fois avancé. Est-on pressé trop vivement?
+on échappe à l'objection à force d'opiniâtreté; on nie insolemment; on
+abat aveuglément tous les obstacles en dépit de l'évidence. Aux
+objections les plus pressantes, qui poussent aux conséquences les plus
+absurdes, on se contente de répondre: «Je l'admets, car c'est la
+conséquence de ma thèse.» Pourvu qu'on se défende conséquemment, on
passe pour un homme habile.
</p>
<p>
-«La dispute ne gâte pas moins le caractère que l'esprit. On crie à
-s'enrouer, on se prodigue les grossièretés, les injures, les
-menaces... Quelquefois la dispute dégénère en rixe et la rixe en
-combat...» (Luis Vives, <i>De causis Corr. Art.</i> (éd. Basil., I, p.
-345), résumé par Ch. Thurot, <i>De l'Organisation de l'enseignement dans
-l'Université de Paris au Moyen-Age</i>; Paris, 1850, p. 89.)
+«La dispute ne gâte pas moins le caractère que l'esprit. On crie à
+s'enrouer, on se prodigue les grossièretés, les injures, les
+menaces... Quelquefois la dispute dégénère en rixe et la rixe en
+combat...» (Luis Vives, <i>De causis Corr. Art.</i> (éd. Basil., I, p.
+345), résumé par Ch. Thurot, <i>De l'Organisation de l'enseignement dans
+l'Université de Paris au Moyen-Age</i>; Paris, 1850, p. 89.)
</p>
<p class="foot">
<a name="note-220"><!--Note--></a>
220 (<a href="#noteref-220"><small>retour</small></a>)<br />
On peut trouver un exemple d'un tel jeu dans <i>El Bobo
-del Colegio</i>, de Lope de Vega, où deux étudiants, Gerardo et Riselo,
-argumentent l'un contre l'autre sur la question de savoir «si les
-corps célestes sont animés ou non».
+del Colegio</i>, de Lope de Vega, où deux étudiants, Gerardo et Riselo,
+argumentent l'un contre l'autre sur la question de savoir «si les
+corps célestes sont animés ou non».
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page202" name="page202"></a>[p. 202]</span>
</p>
<p>
-Les professeurs ne sont guère plus instruits que leurs élèves.
+Les professeurs ne sont guère plus instruits que leurs élèves.
</p>
<p>
-Pour le grec, il y a longtemps qu'on en a abandonné presque
-complètement l'étude. A l'époque de Lope de Vega, les ignorants se
-vantaient volontiers de pouvoir le lire, «parce que, personne ne
-l'entendant, on ne pouvait les prendre en flagrant délit de
-mensonge<a href="#note-221" name="noteref-221"><small> 221</small></a>». Le même Lope nous raconte qu'un professeur de grec
-d'Alcalá, originaire du Guipúzcoa, vit un jour entrer dans sa classe
-une compagnie de gens de la Cour. Fort gêné par cette visite, il se
-risqua à parler devant eux, non le grec, puisqu'il l'ignorait, mais le
-basque que ces cavaliers ne devaient pas connaître davantage. Il fut,
+Pour le grec, il y a longtemps qu'on en a abandonné presque
+complètement l'étude. A l'époque de Lope de Vega, les ignorants se
+vantaient volontiers de pouvoir le lire, «parce que, personne ne
+l'entendant, on ne pouvait les prendre en flagrant délit de
+mensonge<a href="#note-221" name="noteref-221"><small> 221</small></a>». Le même Lope nous raconte qu'un professeur de grec
+d'Alcalá, originaire du Guipúzcoa, vit un jour entrer dans sa classe
+une compagnie de gens de la Cour. Fort gêné par cette visite, il se
+risqua à parler devant eux, non le grec, puisqu'il l'ignorait, mais le
+basque que ces cavaliers ne devaient pas connaître davantage. Il fut,
en effet, si peu compris, qu'on allait lui faire un renom
-d'helléniste, quand le secrétaire d'un des seigneurs, qui était, par
-malheur, des Provinces, révéla la supercherie<a href="#note-222" name="noteref-222"><small> 222</small></a>. Au dix-huitième
-siècle, les professeurs de grec n'auraient peut-être pas eu
+d'helléniste, quand le secrétaire d'un des seigneurs, qui était, par
+malheur, des Provinces, révéla la supercherie<a href="#note-222" name="noteref-222"><small> 222</small></a>. Au dix-huitième
+siècle, les professeurs de grec n'auraient peut-être pas eu
<span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>[p. 203]</span>
-autant de présence d'esprit, mais ils ne savaient pas mieux leur
+autant de présence d'esprit, mais ils ne savaient pas mieux leur
langue.
</p>
@@ -6257,27 +6219,27 @@ Lope de Vega, <i>Pobreza no es vileza</i> (<i>Comed.</i> IV,
<p class="foot">
<a name="note-222"><!--Note--></a>
222 (<a href="#noteref-222"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>El Verdadero Amante</i>, dédicace.
+<i>El Verdadero Amante</i>, dédicace.
</p>
<p>
-L'on enseigne encore le latin parce que les étudiants ecclésiastiques
+L'on enseigne encore le latin parce que les étudiants ecclésiastiques
ne peuvent pas s'en passer: mais c'est un latin barbare qui convient
tout au plus aux disputes et controverses. Il n'y a presque plus de
cours de philosophie. Il n'y a plus de cours de droit civil ni de
-droit canon<a href="#note-223" name="noteref-223"><small> 223</small></a>, du moins de cours régulier et sérieux.
+droit canon<a href="#note-223" name="noteref-223"><small> 223</small></a>, du moins de cours régulier et sérieux.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-223"><!--Note--></a>
223 (<a href="#noteref-223"><small>retour</small></a>)<br />
-Pérez Bayer, <i>Memorial por la libertad de la literatura
-española.&mdash;Diario histórico</i>. (Ms. de la <i>Biblioteca Nacional</i> de
+Pérez Bayer, <i>Memorial por la libertad de la literatura
+española.&mdash;Diario histórico</i>. (Ms. de la <i>Biblioteca Nacional</i> de
Madrid.)
</p>
<p>
-Les dominicains, bénédictins, jésuites et franciscains, qui occupent
-régulièrement les chaires attribuées aux diverses écoles théologiques,
-sont presque seuls à représenter l'enseignement littéraire<a href="#note-224" name="noteref-224"><small> 224</small></a>.
+Les dominicains, bénédictins, jésuites et franciscains, qui occupent
+régulièrement les chaires attribuées aux diverses écoles théologiques,
+sont presque seuls à représenter l'enseignement littéraire<a href="#note-224" name="noteref-224"><small> 224</small></a>.
</p>
<p class="foot">
@@ -6286,16 +6248,16 @@ sont presque seuls à représenter l'enseignement littéraire<a href="#note-224" na
<i>Ibid.</i>
</p>
<p>
-Quant à l'enseignement scientifique, il est plus pitoyable encore. Les
-cours de médecine, que l'on suit toujours, puisqu'il faut bien qu'il y
-ait des médecins, ne sont qu'une suite de définitions, de divisions,
-d'aphorismes empruntés aux anciens, de recettes et de superstitions
+Quant à l'enseignement scientifique, il est plus pitoyable encore. Les
+cours de médecine, que l'on suit toujours, puisqu'il faut bien qu'il y
+ait des médecins, ne sont qu'une suite de définitions, de divisions,
+d'aphorismes empruntés aux anciens, de recettes et de superstitions
ridicules,
<span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>[p. 204]</span>
-d'incertitudes et d'erreurs<a href="#note-225" name="noteref-225"><small> 225</small></a>. On ose à peine croire à la
-circulation du sang et on est encore persuadé que «la nature a horreur
-du vide». Salamanque reste pendant cent cinquante ans sans pouvoir
-trouver un professeur capable d'enseigner les mathématiques<a href="#note-226" name="noteref-226"><small> 226</small></a>.
+d'incertitudes et d'erreurs<a href="#note-225" name="noteref-225"><small> 225</small></a>. On ose à peine croire à la
+circulation du sang et on est encore persuadé que «la nature a horreur
+du vide». Salamanque reste pendant cent cinquante ans sans pouvoir
+trouver un professeur capable d'enseigner les mathématiques<a href="#note-226" name="noteref-226"><small> 226</small></a>.
</p>
<p class="foot">
@@ -6311,95 +6273,95 @@ de Torres</i>; Salamanca, 1752, p. 141.
<i>Ibid.</i>, p. 58.
</p>
<p>
-Celui qu'elle rencontre à la fin est l'être le plus singulier du
+Celui qu'elle rencontre à la fin est l'être le plus singulier du
monde. Comme, avant notre Rousseau, il a pris soin de livrer au public
-ses <i>Confessions</i>, nous sommes très bien renseignés sur son éducation,
-sur la nature de ses travaux, sur tous les incidents de sa carrière.
+ses <i>Confessions</i>, nous sommes très bien renseignés sur son éducation,
+sur la nature de ses travaux, sur tous les incidents de sa carrière.
Comme d'ailleurs il passa dans toute l'Espagne pour un homme
-supérieur, on peut voir par cet exemple comment on se préparait dans
-ce temps-là aux hautes études et à quel prix l'on pouvait se faire une
-réputation de savoir.
+supérieur, on peut voir par cet exemple comment on se préparait dans
+ce temps-là aux hautes études et à quel prix l'on pouvait se faire une
+réputation de savoir.
</p>
<p>
-Né, à Salamanque même, d'une famille plus que modeste, nommé, par
-charité, boursier d'un petit Collège, D. Diego de Torres se montre dès
-l'abord l'écolier le plus paresseux et le plus rebelle. On lui
-inculque péniblement, à grands coups de verges, les rudiments de la
+Né, à Salamanque même, d'une famille plus que modeste, nommé, par
+charité, boursier d'un petit Collège, D. Diego de Torres se montre dès
+l'abord l'écolier le plus paresseux et le plus rebelle. On lui
+inculque péniblement, à grands coups de verges, les rudiments de la
grammaire.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>[p. 205]</span>
</p>
<p>
-Il passe ensuite aux mains du maître de rhétorique. Ce vénérable
-docteur n'avait que trois élèves: il employait l'année à leur dicter
-mot pour mot un manuel rédigé en langue espagnole. Par malheur il perd
-son livre, un beau matin, en se rendant aux Écoles. Voilà le cours
+Il passe ensuite aux mains du maître de rhétorique. Ce vénérable
+docteur n'avait que trois élèves: il employait l'année à leur dicter
+mot pour mot un manuel rédigé en langue espagnole. Par malheur il perd
+son livre, un beau matin, en se rendant aux Écoles. Voilà le cours
suspendu: les heures de classe ne se passent plus qu'en conversations
et en plaisanteries. Torres profite de l'occasion pour interrompre
-tout travail et fréquenter les joyeuses compagnies. En quelques mois,
-il devient aussi habile que le premier <i>pícaro</i> venu à escalader les
-murs, à forcer les serrures, à dévaliser les étalages et à piller, les
-jours d'examens de licence, les tables préparées pour les docteurs
-dans la chapelle de Santa Bárbara. Il se lie d'amitié avec les toreros
+tout travail et fréquenter les joyeuses compagnies. En quelques mois,
+il devient aussi habile que le premier <i>pícaro</i> venu à escalader les
+murs, à forcer les serrures, à dévaliser les étalages et à piller, les
+jours d'examens de licence, les tables préparées pour les docteurs
+dans la chapelle de Santa Bárbara. Il se lie d'amitié avec les toreros
des faubourgs, apprend la danse et la mandoline et oublie le peu qu'il
savait.
</p>
<p>
-Un jour, son caprice le pousse à quitter la maison paternelle et à
-courir un peu le monde. Il s'en va jusque sur les frontières du
-Portugal, couchant dans les granges ou à la belle étoile, recevant de
-ci de là quelque aumône et soupant, d'autres fois, comme le brave Don
-Sanche, «d'un air de guitare tout sec». Il sert pendant trois mois un
+Un jour, son caprice le pousse à quitter la maison paternelle et à
+courir un peu le monde. Il s'en va jusque sur les frontières du
+Portugal, couchant dans les granges ou à la belle étoile, recevant de
+ci de là quelque aumône et soupant, d'autres fois, comme le brave Don
+Sanche, «d'un air de guitare tout sec». Il sert pendant trois mois un
ermite, uniquement
<span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>[p. 206]</span>
-occupé à panser son âne et à entretenir la lampe de la chapelle. De là
-il se rend à Coïmbre où il vit quelque temps en donnant des leçons de
-danse et des consultations de médecine. Les suites d'une affaire
-d'honneur l'obligent à quitter la ville: il s'engage dans une
+occupé à panser son âne et à entretenir la lampe de la chapelle. De là
+il se rend à Coïmbre où il vit quelque temps en donnant des leçons de
+danse et des consultations de médecine. Les suites d'une affaire
+d'honneur l'obligent à quitter la ville: il s'engage dans une
compagnie de soldats portugais, reste treize mois au service, puis
-déserte pour suivre une troupe de hardis compagnons qui vont courir le
-taureau à Lisbonne.
+déserte pour suivre une troupe de hardis compagnons qui vont courir le
+taureau à Lisbonne.
</p>
<p>
-Revenu enfin à Salamanque, le hasard fait tomber sous ses yeux
-quelques traités relatifs à la magie et à la transmutation des métaux.
+Revenu enfin à Salamanque, le hasard fait tomber sous ses yeux
+quelques traités relatifs à la magie et à la transmutation des métaux.
Il les lit avec passion et, trouvant enfin sa voie, il se promet de se
consacrer aux sciences. Pendant six mois, sans guide et sans
-instruments, il étudie les mathématiques, l'astronomie et
-l'astrologie. Après un si bel effort, sûr d'en savoir sur ces matières
+instruments, il étudie les mathématiques, l'astronomie et
+l'astrologie. Après un si bel effort, sûr d'en savoir sur ces matières
plus qu'aucun de ses contemporains, il sollicite et il obtient de
-l'Université l'autorisation de faire un cours public.
+l'Université l'autorisation de faire un cours public.
</p>
<p>
-Il allait peut-être apprendre son métier quand la malice du sort
-l'arrache à ses premiers travaux pour le jeter dans de nouvelles
-aventures. On le voit tour à tour prisonnier à Salamanque à la suite
-d'une bagarre, gueux à
+Il allait peut-être apprendre son métier quand la malice du sort
+l'arrache à ses premiers travaux pour le jeter dans de nouvelles
+aventures. On le voit tour à tour prisonnier à Salamanque à la suite
+d'une bagarre, gueux à
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>[p. 207]</span>
</p>
<p>
-Madrid, associé d'un moine contrebandier, exilé en France pour avoir
-voulu faire assassiner un prêtre, rendu à son pays, puis exilé encore
-en Portugal. Une comtesse l'héberge quelque temps pour lui faire
-guetter les apparitions qui troublent une maison hantée.
+Madrid, associé d'un moine contrebandier, exilé en France pour avoir
+voulu faire assassiner un prêtre, rendu à son pays, puis exilé encore
+en Portugal. Une comtesse l'héberge quelque temps pour lui faire
+guetter les apparitions qui troublent une maison hantée.
</p>
<p>
-Après bien d'autres incidents qui ne seraient pas déplacés dans la vie
+Après bien d'autres incidents qui ne seraient pas déplacés dans la vie
d'un Lazarille ou d'un Guzman d'Alfarache, il regagne enfin les bords
-du Tormès, confus de tant d'extravagances et résolu à se contenter
-désormais des paisibles occupations de la vie universitaire. Toute
-chaire lui semblant également bonne, à condition qu'elle ait son
+du Tormès, confus de tant d'extravagances et résolu à se contenter
+désormais des paisibles occupations de la vie universitaire. Toute
+chaire lui semblant également bonne, à condition qu'elle ait son
traitement complet, il se tourne d'abord vers un enseignement auquel
-sa vie précédente semblait l'avoir mal préparé: celui de la théologie
-morale. Mais un peu plus tard, faisant réflexion que cet enseignement
-est le plus encombré, et peu disposé à attendre dix ans une vacance,
-il revient brusquement aux mathématiques, non pas par goût, ni en
+sa vie précédente semblait l'avoir mal préparé: celui de la théologie
+morale. Mais un peu plus tard, faisant réflexion que cet enseignement
+est le plus encombré, et peu disposé à attendre dix ans une vacance,
+il revient brusquement aux mathématiques, non pas par goût, ni en
souvenir de ses premiers essais, mais uniquement parce que depuis un
-temps infini la chaire est inoccupée et qu'il n'aura pas de
-compétiteur<a href="#note-227" name="noteref-227"><small> 227</small></a>.
+temps infini la chaire est inoccupée et qu'il n'aura pas de
+compétiteur<a href="#note-227" name="noteref-227"><small> 227</small></a>.
</p>
<p class="foot">
@@ -6411,69 +6373,69 @@ compétiteur<a href="#note-227" name="noteref-227"><small> 227</small></a>.
<span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>[p. 208]</span>
</p>
<p>
-On organise pour lui un simulacre d'<i>Oposición</i>, on lui suscite un
-concurrent ridicule qu'il écrase sans effort devant un jury d'ailleurs
-incompétent; on lui décerne solennellement le titre convoité et,
-respectueuse des traditions, la bonne ville de Salamanque célèbre
+On organise pour lui un simulacre d'<i>Oposición</i>, on lui suscite un
+concurrent ridicule qu'il écrase sans effort devant un jury d'ailleurs
+incompétent; on lui décerne solennellement le titre convoité et,
+respectueuse des traditions, la bonne ville de Salamanque célèbre
joyeusement cette facile victoire comme elle le faisait jadis pour des
-succès plus glorieux.
+succès plus glorieux.
</p>
<p>
-On devine ce que put être l'enseignement d'un maître ainsi préparé.
+On devine ce que put être l'enseignement d'un maître ainsi préparé.
</p>
<p>
-Il occupa pourtant de son mieux les années qui lui restaient à vivre.
-Quoique son travail fût un peu trop souvent interrompu par des voyages
-à Madrid et des pèlerinages un peu longs, il rédigea fort
-soigneusement ses Mémoires, aussi remarquables par l'abondance des
-détails que par la variété des réflexions morales; il publia chaque
-année un almanach où il marquait avec une grande exactitude les phases
-de la lune et prédisait si heureusement les éclipses, les morts des
-princes et les autres catastrophes publiques, qu'il fit connaître son
+Il occupa pourtant de son mieux les années qui lui restaient à vivre.
+Quoique son travail fût un peu trop souvent interrompu par des voyages
+à Madrid et des pèlerinages un peu longs, il rédigea fort
+soigneusement ses Mémoires, aussi remarquables par l'abondance des
+détails que par la variété des réflexions morales; il publia chaque
+année un almanach où il marquait avec une grande exactitude les phases
+de la lune et prédisait si heureusement les éclipses, les morts des
+princes et les autres catastrophes publiques, qu'il fit connaître son
nom de toute l'Espagne et gagna, avec ces petits papiers, 40,000
ducats<a href="#note-228" name="noteref-228"><small> 228</small></a>; il composa un nombre respectable
<span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>[p. 209]</span>
d'ouvrages instructifs et divertissants: <i>Anatomie du Monde visible et
du Monde invisible</i>; <i>Voyage fantastique dans l'une et l'autre
-sphères</i>; <i>Visions et Songes moraux</i>, écrits dans la manière de
-Quevedo; <i>Médecine physique et morale</i>; <i>Traité des tremblements de
-terre et recettes domestiques</i>; <i>Traité de la Pierre philosophale</i>;
-deux recueils de <i>Poésies variées</i>: sonnets, épîtres, couplets,
-épigrammes, <i>sainetes</i>, intermèdes et divertissements; trois recueils
-de biographies édifiantes; une quantité de satires ou de pamphlets où
-se dépensa son humeur batailleuse.
+sphères</i>; <i>Visions et Songes moraux</i>, écrits dans la manière de
+Quevedo; <i>Médecine physique et morale</i>; <i>Traité des tremblements de
+terre et recettes domestiques</i>; <i>Traité de la Pierre philosophale</i>;
+deux recueils de <i>Poésies variées</i>: sonnets, épîtres, couplets,
+épigrammes, <i>sainetes</i>, intermèdes et divertissements; trois recueils
+de biographies édifiantes; une quantité de satires ou de pamphlets où
+se dépensa son humeur batailleuse.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-228"><!--Note--></a>
228 (<a href="#noteref-228"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Pronósticos de el Gran Piscator de Salamanca.</i>
+<i>Pronósticos de el Gran Piscator de Salamanca.</i>
</p>
<p>
-Non content d'avoir ainsi rempli quatorze gros volumes imprimés sur
-deux colonnes<a href="#note-229" name="noteref-229"><small> 229</small></a>, il se livra à d'autres occupations moins
-intelligentes, sans doute, mais également absorbantes: il broda de ses
+Non content d'avoir ainsi rempli quatorze gros volumes imprimés sur
+deux colonnes<a href="#note-229" name="noteref-229"><small> 229</small></a>, il se livra à d'autres occupations moins
+intelligentes, sans doute, mais également absorbantes: il broda de ses
mains un tapis de trente pieds de long et de quinze pieds de large; un
-panneau de dimensions à peu près pareilles; un frontal et une chasuble
-destinés aux Pères Capucins; dix vestes; une couverture et quelques
+panneau de dimensions à peu près pareilles; un frontal et une chasuble
+destinés aux Pères Capucins; dix vestes; une couverture et quelques
autres morceaux<a href="#note-230" name="noteref-230"><small> 230</small></a>.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>[p. 210]</span>
</p>
<p>
-Étant d'humeur allègre et sociable, il ne manqua jamais ni une fête,
-ni une comédie, ni une course de taureaux<a href="#note-231" name="noteref-231"><small> 231</small></a>; il accepta toutes les
+Étant d'humeur allègre et sociable, il ne manqua jamais ni une fête,
+ni une comédie, ni une course de taureaux<a href="#note-231" name="noteref-231"><small> 231</small></a>; il accepta toutes les
invitations et en rendit quelques-unes. Le reste de son temps, il le
-consacra aux mathématiques.
+consacra aux mathématiques.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-229"><!--Note--></a>
229 (<a href="#noteref-229"><small>retour</small></a>)<br />
<i>Obras de el Doctor D. Diego de Torres Villaroel, de el
-Gremio y Claustro de la Universidad de Salamanca, y su Catedrático de
-Prima de Matemáticas</i>; Salamanca, 1752, 14 vol. in-8<sup>o</sup>.
+Gremio y Claustro de la Universidad de Salamanca, y su Catedrático de
+Prima de Matemáticas</i>; Salamanca, 1752, 14 vol. in-8<sup>o</sup>.
</p>
<p class="foot">
@@ -6488,35 +6450,35 @@ Prima de Matemáticas</i>; Salamanca, 1752, 14 vol. in-8<sup>o</sup>.
<i>Ibid.</i>, p. 124.
</p>
<p>
-Si Torres n'était pas le mieux équilibré des professeurs de son temps,
-il était encore un des plus intelligents. Il eut quelques élèves.
-L'Université de Coïmbre voulut le disputer à celle de Salamanque. On
-peut juger par le sérieux et la précision de ses études de la valeur
+Si Torres n'était pas le mieux équilibré des professeurs de son temps,
+il était encore un des plus intelligents. Il eut quelques élèves.
+L'Université de Coïmbre voulut le disputer à celle de Salamanque. On
+peut juger par le sérieux et la précision de ses études de la valeur
des autres enseignements.
</p>
<p>
-Il s'est d'ailleurs chargé lui-même de nous représenter, avec sa
-franchise un peu brutale, la vie intellectuelle d'une Université de
-cette époque. Dans un de ses <i>Songes moraux</i><a href="#note-232" name="noteref-232"><small> 232</small></a>, il nous montre des
-maîtres paresseux et ignorants, uniquement occupés à s'épier, à se
-jalouser, à médire les uns des autres, à se disputer les chaires et
-les prébendes<a href="#note-233" name="noteref-233"><small> 233</small></a>; des salles de
+Il s'est d'ailleurs chargé lui-même de nous représenter, avec sa
+franchise un peu brutale, la vie intellectuelle d'une Université de
+cette époque. Dans un de ses <i>Songes moraux</i><a href="#note-232" name="noteref-232"><small> 232</small></a>, il nous montre des
+maîtres paresseux et ignorants, uniquement occupés à s'épier, à se
+jalouser, à médire les uns des autres, à se disputer les chaires et
+les prébendes<a href="#note-233" name="noteref-233"><small> 233</small></a>; des salles de
<span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>[p. 211]</span>
-cours vides ou occupées par des bandes de mauvais garçons qui viennent
-y attendre le professeur pour le huer, le siffler et l'empêcher de
-dicter la leçon<a href="#note-234" name="noteref-234"><small> 234</small></a>; des cloîtres déserts où l'on ne voit passer que
-quelques robes de moines. Et à ce tableau d'une Université qu'il ne
-nomme pas, mais qui ne peut être que l'Université de Salamanque, il
-oppose une flatteuse peinture du Collège Impérial des Jésuites, maison
-admirable «qui a rendu la Cour plus chrétienne et moins inculte la
-nation», «séminaire glorieux des sciences et des vertus».
+cours vides ou occupées par des bandes de mauvais garçons qui viennent
+y attendre le professeur pour le huer, le siffler et l'empêcher de
+dicter la leçon<a href="#note-234" name="noteref-234"><small> 234</small></a>; des cloîtres déserts où l'on ne voit passer que
+quelques robes de moines. Et à ce tableau d'une Université qu'il ne
+nomme pas, mais qui ne peut être que l'Université de Salamanque, il
+oppose une flatteuse peinture du Collège Impérial des Jésuites, maison
+admirable «qui a rendu la Cour plus chrétienne et moins inculte la
+nation», «séminaire glorieux des sciences et des vertus».
</p>
<p class="foot">
<a name="note-232"><!--Note--></a>
232 (<a href="#noteref-232"><small>retour</small></a>)<br />
-Obras, t. II: <i>Sueños Morales (Visión y Visita
-undécima)</i>, p. 116 et sq.
+Obras, t. II: <i>Sueños Morales (Visión y Visita
+undécima)</i>, p. 116 et sq.
</p>
<p class="foot">
@@ -6528,65 +6490,65 @@ undécima)</i>, p. 116 et sq.
<p class="foot">
<a name="note-234"><!--Note--></a>
234 (<a href="#noteref-234"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Obras</i>, t. II: <i>Sueños Morales</i>, p. 121.
+<i>Obras</i>, t. II: <i>Sueños Morales</i>, p. 121.
</p>
<p>
-Les Universités étaient condamnées même par ceux qui vivaient d'elles.
+Les Universités étaient condamnées même par ceux qui vivaient d'elles.
</p>
<hr class="c5" />
<p>
-Au milieu du dix-huitième siècle, la situation de ces Universités est
-à ce point déplorable qu'elle choque la vue des visiteurs les moins
-prévenus.
+Au milieu du dix-huitième siècle, la situation de ces Universités est
+à ce point déplorable qu'elle choque la vue des visiteurs les moins
+prévenus.
</p>
<p>
-L'un d'eux nous montre Alcalá devenu «un foyer de désordre et de
-confusion»: «Tout le monde crie et personne ne s'entend<a href="#note-235" name="noteref-235"><small> 235</small></a>.» Un
+L'un d'eux nous montre Alcalá devenu «un foyer de désordre et de
+confusion»: «Tout le monde crie et personne ne s'entend<a href="#note-235" name="noteref-235"><small> 235</small></a>.» Un
autre y a vu tondre des moutons dans une salle
<span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>[p. 212]</span>
-de cours<a href="#note-236" name="noteref-236"><small> 236</small></a>. A la fin du dix-septième siècle, il y avait encore plus
-de seize cents étudiants: en 1750, il n'y en a plus que mille; en
-1880, il y en aura à peine sept cents<a href="#note-237" name="noteref-237"><small> 237</small></a>.
+de cours<a href="#note-236" name="noteref-236"><small> 236</small></a>. A la fin du dix-septième siècle, il y avait encore plus
+de seize cents étudiants: en 1750, il n'y en a plus que mille; en
+1880, il y en aura à peine sept cents<a href="#note-237" name="noteref-237"><small> 237</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-235"><!--Note--></a>
235 (<a href="#noteref-235"><small>retour</small></a>)<br />
-D. Antonio Ponz, <i>Viaje de España</i>, t. I (3<sup>e</sup> édit.,
-Madrid, 1787), p. 297. Ponz avait vu Alcalá en 1769.
+D. Antonio Ponz, <i>Viaje de España</i>, t. I (3<sup>e</sup> édit.,
+Madrid, 1787), p. 297. Ponz avait vu Alcalá en 1769.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-236"><!--Note--></a>
236 (<a href="#noteref-236"><small>retour</small></a>)<br />
-Pérez-Bayer, Ms. de la <i>Biblioteca Nacional</i> (1747).
+Pérez-Bayer, Ms. de la <i>Biblioteca Nacional</i> (1747).
</p>
<p class="foot">
<a name="note-237"><!--Note--></a>
237 (<a href="#noteref-237"><small>retour</small></a>)<br />
-Ce sont les chiffres donnés par Vicente de la Fuente,
+Ce sont les chiffres donnés par Vicente de la Fuente,
<i>Historia de las Universidades</i>, III, p. 199.
</p>
<p>
-On ne trouve plus un seul Collège où le nombre des boursiers soit au
+On ne trouve plus un seul Collège où le nombre des boursiers soit au
complet.
</p>
<p>
-On s'aperçoit, en 1733, que le Collège de Léon ne renferme plus qu'un
-étudiant, qui est à la fois Recteur et Collégial et constitue à lui
-seul tout le Collège. Il n'y a plus également qu'un seul boursier dans
-le Collège de Santa Justa y Santa Rufina. On se décide à les abriter
-tous les deux sous le même toit.
+On s'aperçoit, en 1733, que le Collège de Léon ne renferme plus qu'un
+étudiant, qui est à la fois Recteur et Collégial et constitue à lui
+seul tout le Collège. Il n'y a plus également qu'un seul boursier dans
+le Collège de Santa Justa y Santa Rufina. On se décide à les abriter
+tous les deux sous le même toit.
</p>
<p>
-Les petites Universités sont presque complètement désertées. Il a déjà
-fallu réunir en une seule les six Universités de Catalogne. Le
-Collège-Université d'Osma finit par ne plus compter que trois
+Les petites Universités sont presque complètement désertées. Il a déjà
+fallu réunir en une seule les six Universités de Catalogne. Le
+Collège-Université d'Osma finit par ne plus compter que trois
boursiers, qui ne font rien: on leur promet que, s'ils veulent bien
-s'en aller, on leur accordera à chacun un bénéfice; ils quittent alors
+s'en aller, on leur accordera à chacun un bénéfice; ils quittent alors
la maison, et on la ferme<a href="#note-238" name="noteref-238"><small> 238</small></a>.
</p>
@@ -6596,254 +6558,254 @@ la maison, et on la ferme<a href="#note-238" name="noteref-238"><small> 238</sma
La Fuente, <i>Hist. de las Univ.</i>, III, p. 299.
</p>
<p>
-A Oñate, il n'y a plus, depuis longtemps, que
+A Oñate, il n'y a plus, depuis longtemps, que
<span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>[p. 213]</span>
-quatre professeurs. L'Université, qui peut rarement les payer, les
-nourrit, nous l'avons vu, dans son Collège, avec l'argent qui aurait
-dû faire vivre des étudiants. Mais la détresse est devenue si grande
-que, pour ménager les rentes de l'établissement, on les renvoie,
-chaque année, passer quatre mois dans leur famille.
+quatre professeurs. L'Université, qui peut rarement les payer, les
+nourrit, nous l'avons vu, dans son Collège, avec l'argent qui aurait
+dû faire vivre des étudiants. Mais la détresse est devenue si grande
+que, pour ménager les rentes de l'établissement, on les renvoie,
+chaque année, passer quatre mois dans leur famille.
</p>
<p>
-Plus que jamais ces malheureuses Écoles trafiquent des diplômes et
-vendent à des prix de plus en plus modestes les certificats de
-scolarité. Malgré les dénonciations, malgré les protestations
-indignées d'Alcalá et de Salamanque<a href="#note-239" name="noteref-239"><small> 239</small></a>, elles continuent par
-nécessité ce triste commerce, qui d'ailleurs ne les enrichit pas.
+Plus que jamais ces malheureuses Écoles trafiquent des diplômes et
+vendent à des prix de plus en plus modestes les certificats de
+scolarité. Malgré les dénonciations, malgré les protestations
+indignées d'Alcalá et de Salamanque<a href="#note-239" name="noteref-239"><small> 239</small></a>, elles continuent par
+nécessité ce triste commerce, qui d'ailleurs ne les enrichit pas.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-239"><!--Note--></a>
239 (<a href="#noteref-239"><small>retour</small></a>)<br />
-C'est surtout Sigüenza qui est désignée dans ces
-protestations. Mais les autres Universités <i>Silvestres</i> et même
-Almagro et Ávila ne soutiennent pas autrement leur existence.
+C'est surtout Sigüenza qui est désignée dans ces
+protestations. Mais les autres Universités <i>Silvestres</i> et même
+Almagro et Ãvila ne soutiennent pas autrement leur existence.
</p>
<p>
-Grandes et petites, presque toutes les Universités d'Espagne donnent à
-ce moment une impression de misère. Depuis bien des années déjà, en
-même temps que la jeunesse se détournait de leurs <i>Aulas</i>, leurs
+Grandes et petites, presque toutes les Universités d'Espagne donnent à
+ce moment une impression de misère. Depuis bien des années déjà, en
+même temps que la jeunesse se détournait de leurs <i>Aulas</i>, leurs
rentes diminuaient, subissant fatalement le contre-coup de
-l'appauvrissement général du royaume. Pour subvenir aux frais de la
+l'appauvrissement général du royaume. Pour subvenir aux frais de la
Guerre de Succession, Philippe V
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>[p. 214]</span>
</p>
<p>
-avait dû imposer aux moins nécessiteuses d'assez lourdes
-contributions<a href="#note-240" name="noteref-240"><small> 240</small></a> et ce dernier coup avait achevé de compromettre
-leur situation financière. Une administration singulièrement
-négligente avait encore augmenté leurs embarras. Au moment où nous
-sommes arrivés, elles souffrent de plus en plus de cet état de gêne
-qui décourage les maîtres et paralyse les dernières bonnes volontés.
+avait dû imposer aux moins nécessiteuses d'assez lourdes
+contributions<a href="#note-240" name="noteref-240"><small> 240</small></a> et ce dernier coup avait achevé de compromettre
+leur situation financière. Une administration singulièrement
+négligente avait encore augmenté leurs embarras. Au moment où nous
+sommes arrivés, elles souffrent de plus en plus de cet état de gêne
+qui décourage les maîtres et paralyse les dernières bonnes volontés.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-240"><!--Note--></a>
240 (<a href="#noteref-240"><small>retour</small></a>)<br />
-L'Université de Salamanque versa en une fois mille
-doublons et préleva, en plus, une retenue sur le traitement de tous
-les maîtres.
+L'Université de Salamanque versa en une fois mille
+doublons et préleva, en plus, une retenue sur le traitement de tous
+les maîtres.
</p>
<hr class="c5" />
<p>
-La vie intellectuelle des Écoles n'est ni moins réduite, ni moins
-misérable.
+La vie intellectuelle des Écoles n'est ni moins réduite, ni moins
+misérable.
</p>
<p>
-L'expulsion des Jésuites, qui aura lieu en 1767, les délivrera d'une
-concurrence redoutable sans réveiller leur activité. Les réformes
-générales du 14 février 1769, du 6 septembre 1770, du 22 février 1771
-tenteront inutilement de modifier l'organisation matérielle de ces
-vieux corps, esclaves de la tradition, obstinément hostiles à toute
-nouveauté, incapables de s'accommoder eux-mêmes aux nécessités du
-temps présent: le remède arrivera trop tard<a href="#note-241" name="noteref-241"><small> 241</small></a>.
+L'expulsion des Jésuites, qui aura lieu en 1767, les délivrera d'une
+concurrence redoutable sans réveiller leur activité. Les réformes
+générales du 14 février 1769, du 6 septembre 1770, du 22 février 1771
+tenteront inutilement de modifier l'organisation matérielle de ces
+vieux corps, esclaves de la tradition, obstinément hostiles à toute
+nouveauté, incapables de s'accommoder eux-mêmes aux nécessités du
+temps présent: le remède arrivera trop tard<a href="#note-241" name="noteref-241"><small> 241</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-241"><!--Note--></a>
241 (<a href="#noteref-241"><small>retour</small></a>)<br />
-Ferrer del Río, <i>Hist. del reinado de Carlos III</i>, t.
-III. p. 186 et sq.&mdash;G. Desdevises du Dézert, <i>Les Colegios Mayores et
-leur réforme en 1771</i>. <i>Revue hispanique</i>, t. VII, p. 223 et
-sq.&mdash;<i>L'Enseignement public en Espagne au dix-huitième siècle.</i> <i>Revue
-d'Auvergne</i>, août 1901.
+Ferrer del Río, <i>Hist. del reinado de Carlos III</i>, t.
+III. p. 186 et sq.&mdash;G. Desdevises du Dézert, <i>Les Colegios Mayores et
+leur réforme en 1771</i>. <i>Revue hispanique</i>, t. VII, p. 223 et
+sq.&mdash;<i>L'Enseignement public en Espagne au dix-huitième siècle.</i> <i>Revue
+d'Auvergne</i>, août 1901.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>[p. 215]</span>
</p>
<p>
-Désormais, tout ce qu'il y a en Espagne de pensée libre et de
-curiosité intelligente se réfugie dans ces Académies qui, à
-l'imitation des quatre Académies royales<a href="#note-242" name="noteref-242"><small> 242</small></a>, se constituent, par
-l'initiative privée, sur tous les points de la Péninsule<a href="#note-243" name="noteref-243"><small> 243</small></a>.
+Désormais, tout ce qu'il y a en Espagne de pensée libre et de
+curiosité intelligente se réfugie dans ces Académies qui, à
+l'imitation des quatre Académies royales<a href="#note-242" name="noteref-242"><small> 242</small></a>, se constituent, par
+l'initiative privée, sur tous les points de la Péninsule<a href="#note-243" name="noteref-243"><small> 243</small></a>.
</p>
<p class="foot">
<a name="note-242"><!--Note--></a>
242 (<a href="#noteref-242"><small>retour</small></a>)<br />
-Académie de la Langue (1714), Académie de Médecine
-(1734), Académie de l'Histoire (1738), Académie des Nobles Arts de San
+Académie de la Langue (1714), Académie de Médecine
+(1734), Académie de l'Histoire (1738), Académie des Nobles Arts de San
Fernando (1752).
</p>
<p class="foot">
<a name="note-243"><!--Note--></a>
243 (<a href="#noteref-243"><small>retour</small></a>)<br />
-Sans parler de toutes les Académies qui se fondent à
-Madrid (Académie de droit espagnol, Académie de jurisprudence
-théorique et pratique et de droit royal pragmatique, Académie de droit
-civil, canonique et national; Académie latine, etc...), l'on peut
-citer, parmi les Compagnies savantes qui se créent dans les provinces:
-l'<i>Academia de los desconfiados</i>, de Barcelone (1731), Académie
-géographique et historique de Valladolid (1746), Académie des
-Belles-Lettres et Société médicale de Séville, Académie de
-Jurisprudence et Société de Médecine pratique de Barcelone, Académie
-de Mathématiques et des Beaux-Arts, de Valladolid (1779); Académie de
-l'Histoire Nationale, de Jeréz, etc... (G. Desdevises du Dezert,
-<i>L'Enseignement public en Espagne au dix-huitième siècle</i>, p. 43).
+Sans parler de toutes les Académies qui se fondent à
+Madrid (Académie de droit espagnol, Académie de jurisprudence
+théorique et pratique et de droit royal pragmatique, Académie de droit
+civil, canonique et national; Académie latine, etc...), l'on peut
+citer, parmi les Compagnies savantes qui se créent dans les provinces:
+l'<i>Academia de los desconfiados</i>, de Barcelone (1731), Académie
+géographique et historique de Valladolid (1746), Académie des
+Belles-Lettres et Société médicale de Séville, Académie de
+Jurisprudence et Société de Médecine pratique de Barcelone, Académie
+de Mathématiques et des Beaux-Arts, de Valladolid (1779); Académie de
+l'Histoire Nationale, de Jeréz, etc... (G. Desdevises du Dezert,
+<i>L'Enseignement public en Espagne au dix-huitième siècle</i>, p. 43).
</p>
<p>
-Les antiques <i>Estudios</i> sont encore debout: mais lentement la pensée y
-meurt, l'âme se retire.
+Les antiques <i>Estudios</i> sont encore debout: mais lentement la pensée y
+meurt, l'âme se retire.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>[p. 216]</span>
</p>
<p>
-Un voyageur italien, qui parcourt l'Espagne un peu après 1750, le Père
-Norberto Caimo<a href="#note-244" name="noteref-244"><small> 244</small></a>, trouve «qu'il n'y a rien au monde de plus
-pitoyable que l'Université de Sigüenza et que ses trois Collèges».
-Personne n'y a entendu parler de Newton ni de Descartes. «J'ai
-assisté, dit-il, à une thèse publique de médecine et d'anatomie. La
-principale question qui y fut agitée fut de savoir «de quelle utilité
-ou de quel préjudice serait à l'homme d'avoir un doigt de plus ou un
-doigt de moins.»
+Un voyageur italien, qui parcourt l'Espagne un peu après 1750, le Père
+Norberto Caimo<a href="#note-244" name="noteref-244"><small> 244</small></a>, trouve «qu'il n'y a rien au monde de plus
+pitoyable que l'Université de Sigüenza et que ses trois Collèges».
+Personne n'y a entendu parler de Newton ni de Descartes. «J'ai
+assisté, dit-il, à une thèse publique de médecine et d'anatomie. La
+principale question qui y fut agitée fut de savoir «de quelle utilité
+ou de quel préjudice serait à l'homme d'avoir un doigt de plus ou un
+doigt de moins.»
</p>
<p class="foot">
<a name="note-244"><!--Note--></a>
244 (<a href="#noteref-244"><small>retour</small></a>)<br />
<i>Lettere d'un Vago italiano ad un suo amico</i>; Pittburgo
-(Milano), 1759-1767, 4 vol. in-8<sup>o</sup>. Je cite la traduction abrégée du
-P. de Livoy, barnabite, publiée à Paris, 1772, 2 vol. in-12, sous ce
-titre: <i>Voyage d'Espagne, fait en l'année 1755</i>.
+(Milano), 1759-1767, 4 vol. in-8<sup>o</sup>. Je cite la traduction abrégée du
+P. de Livoy, barnabite, publiée à Paris, 1772, 2 vol. in-12, sous ce
+titre: <i>Voyage d'Espagne, fait en l'année 1755</i>.
</p>
<p>
-Passe encore pour Sigüenza qui était depuis longtemps ridicule! Mais,
-quand il arrive à Salamanque, le Père Caimo se désole de voir tombées
-presque aussi bas ces Écoles vénérables.
+Passe encore pour Sigüenza qui était depuis longtemps ridicule! Mais,
+quand il arrive à Salamanque, le Père Caimo se désole de voir tombées
+presque aussi bas ces Écoles vénérables.
</p>
<p>
-Tandis qu'à ce moment, dans tout le reste de l'Europe, les sciences
+Tandis qu'à ce moment, dans tout le reste de l'Europe, les sciences
progressent, que partout la raison fait effort pour s'affranchir, ici
-l'enseignement recule, et dans ce mouvement de réaction, il remonte
-bien en arrière du quinzième
+l'enseignement recule, et dans ce mouvement de réaction, il remonte
+bien en arrière du quinzième
<span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>[p. 217]</span>
-siècle. Il se limite plus que jamais aux subtilités et aux arguties de
+siècle. Il se limite plus que jamais aux subtilités et aux arguties de
la philosophie scolastique, vide de sens, purement formelle.
</p>
<p>
-Comme dans les Universités du Moyen-Age, l'activité intellectuelle ne
+Comme dans les Universités du Moyen-Age, l'activité intellectuelle ne
s'emploie plus que dans la dialectique; la logique est redevenue
l'<i>art</i> par excellence. On voit encore dans les couvents quelques
-étudiants laborieux; mais ils ne savent qu'une chose: «définir,
+étudiants laborieux; mais ils ne savent qu'une chose: «définir,
diviser, distinguer et faire des syllogismes sur la substance et sur
-les accidents, sur ce qui est univoque, équivoque ou analogue, sur la
-transmutabilité, la composibilité, la résolubilité<a href="#note-245" name="noteref-245"><small> 245</small></a>.»
+les accidents, sur ce qui est univoque, équivoque ou analogue, sur la
+transmutabilité, la composibilité, la résolubilité<a href="#note-245" name="noteref-245"><small> 245</small></a>.»
</p>
<p class="foot">
<a name="note-245"><!--Note--></a>
245 (<a href="#noteref-245"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Voyage d'Espagne, fait en l'année 1755</i>, t. II, p. 105
+<i>Voyage d'Espagne, fait en l'année 1755</i>, t. II, p. 105
et sq.
</p>
<p>
-C'est surtout sur des questions de dévotion ou sur des points
-d'histoire sacrée que s'exerce cette puérile sophistique.
+C'est surtout sur des questions de dévotion ou sur des points
+d'histoire sacrée que s'exerce cette puérile sophistique.
</p>
<p>
-Le P. Caimo assiste à une thèse publique de théologie. «Pour vous
-donner une idée de la manière d'argumenter et de la force avec
+Le P. Caimo assiste à une thèse publique de théologie. «Pour vous
+donner une idée de la manière d'argumenter et de la force avec
laquelle on le fait, je vous dirai seulement qu'on sent l'air
-s'agiter, les murailles trembler et tous les meubles frémir au bruit
-des tonnerres redoublés d'une multitude intarissable d'<i>Ergo</i>,
+s'agiter, les murailles trembler et tous les meubles frémir au bruit
+des tonnerres redoublés d'une multitude intarissable d'<i>Ergo</i>,
<span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>[p. 218]</span>
-dont les décharges se suivent sans interruption.» Et quelle est la
+dont les décharges se suivent sans interruption.» Et quelle est la
proposition hardie qui se discute avec tant de violence? Il s'agit de
-Nuestra Señora de Raíces, Notre-Dame-des-Racines, une des nombreuses
-Vierges que les Espagnols ont honorées d'une dévotion particulière, et
-il faut démontrer «si, oui ou non, cette Dame-des-Racines est
-<i>enracinée</i> dans le c&oelig;ur de tous les hommes<a href="#note-246" name="noteref-246"><small> 246</small></a>».
+Nuestra Señora de Raíces, Notre-Dame-des-Racines, une des nombreuses
+Vierges que les Espagnols ont honorées d'une dévotion particulière, et
+il faut démontrer «si, oui ou non, cette Dame-des-Racines est
+<i>enracinée</i> dans le c&oelig;ur de tous les hommes<a href="#note-246" name="noteref-246"><small> 246</small></a>».
</p>
<p class="foot">
<a name="note-246"><!--Note--></a>
246 (<a href="#noteref-246"><small>retour</small></a>)<br />
-Pour donner une idée de la naïveté d'un tel exercice,
+Pour donner une idée de la naïveté d'un tel exercice,
qui ne reposait en somme que sur un jeu de mots, le P. Caimo a pris
-soin de reproduire le programme de la soutenance qu'on distribuait à
-tous les arrivants. En voici le début:
+soin de reproduire le programme de la soutenance qu'on distribuait à
+tous les arrivants. En voici le début:
</p>
<p class="center"><i>Q. P. D.</i><br />
- <i>Utrum B. M. de Raíces</i><br />
+ <i>Utrum B. M. de Raíces</i><br />
<i>Dicta sit in corde omnium radicata.</i></p>
-<p class="next"> <i>Radicavit B. Maria Virgo de Raíces et de Mercede in oppidulo
+<p class="next"> <i>Radicavit B. Maria Virgo de Raíces et de Mercede in oppidulo
Rayces dicto, sed radicavit postea in populo honorificato, in suo
conventu de Mercede magnifice radicavit in primis, et radices misit
inter suos mercenarios milites et filios in arena et littore
maris.....
-(Voyage d'Espagne, fait en l'année 1755</i>, t. II, p. 117 et sq.)
+(Voyage d'Espagne, fait en l'année 1755</i>, t. II, p. 117 et sq.)
</p>
<p>
-Un autre jour, le voyageur est invité à une cérémonie où l'on doit donner
-le bonnet de docteur à un moine de l'ordre de Cîteaux: «Cette
-cérémonie commença par une longue
+Un autre jour, le voyageur est invité à une cérémonie où l'on doit donner
+le bonnet de docteur à un moine de l'ordre de Cîteaux: «Cette
+cérémonie commença par une longue
<span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>[p. 219]</span>
-procession de religieux qui vinrent à l'Université d'un air magistral,
-au son assez déplaisant d'un petit tambour de la forme d'une marmite.
-Lorsqu'ils furent entrés dans la salle..., le candidat débuta par un
-compliment en vers, dans lequel il donna de l'encens à profusion à
-toute l'assemblée; après quoi il récita une dissertation sur
-Nabuchodonosor, où il était question de savoir s'il avait été
-véritablement changé en bête. Tout fut débité dans le latin usité à
-Salamanque; à la vérité, je ne suis pas resté à l'entendre jusqu'à la
-fin<a href="#note-247" name="noteref-247"><small> 247</small></a>...»
+procession de religieux qui vinrent à l'Université d'un air magistral,
+au son assez déplaisant d'un petit tambour de la forme d'une marmite.
+Lorsqu'ils furent entrés dans la salle..., le candidat débuta par un
+compliment en vers, dans lequel il donna de l'encens à profusion à
+toute l'assemblée; après quoi il récita une dissertation sur
+Nabuchodonosor, où il était question de savoir s'il avait été
+véritablement changé en bête. Tout fut débité dans le latin usité à
+Salamanque; à la vérité, je ne suis pas resté à l'entendre jusqu'à la
+fin<a href="#note-247" name="noteref-247"><small> 247</small></a>...»
</p>
<p class="foot">
<a name="note-247"><!--Note--></a>
247 (<a href="#noteref-247"><small>retour</small></a>)<br />
-<i>Voyage d'Espagne fait en l'année 1755</i>, t. II, p. 105
+<i>Voyage d'Espagne fait en l'année 1755</i>, t. II, p. 105
et sq.
</p>
<p>
-L'assistance, paraît-il, était assez nombreuse. Tous les maîtres
-avaient pris place sur l'estrade, vêtus de leur costume de cérémonie,
-avec leur bonnet frangé de soie, avec le camail rouge, vert, blanc ou
-bleu. A la fin, le cortège se reforma derrière le même petit
-tambourin. De tels débats devaient paraître encore plus misérables
-dans ce cadre d'une solennité un peu enfantine où la tradition
+L'assistance, paraît-il, était assez nombreuse. Tous les maîtres
+avaient pris place sur l'estrade, vêtus de leur costume de cérémonie,
+avec leur bonnet frangé de soie, avec le camail rouge, vert, blanc ou
+bleu. A la fin, le cortège se reforma derrière le même petit
+tambourin. De tels débats devaient paraître encore plus misérables
+dans ce cadre d'une solennité un peu enfantine où la tradition
essayait de faire revivre quelques apparences de grandeur.
</p>
<p>
-L'Université ne pouvait plus sauver que des apparences.
+L'Université ne pouvait plus sauver que des apparences.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>[p. 220]</span>
</p>
<p>
-Peu à peu s'éteignait l'ancien foyer de vie et de pensée. En attendant
-l'heure d'un réveil alors bien lointain, comme ses rivales et ses
-s&oelig;urs cadettes, la première École d'Espagne s'endormait doucement,
-dans le silence de son cloître déserté, entre ces murs dorés qui
-semblaient encore illuminés des reflets de l'ancienne gloire, à
-l'ombre du vieux laurier qui avait été longtemps son emblème.
+Peu à peu s'éteignait l'ancien foyer de vie et de pensée. En attendant
+l'heure d'un réveil alors bien lointain, comme ses rivales et ses
+s&oelig;urs cadettes, la première École d'Espagne s'endormait doucement,
+dans le silence de son cloître déserté, entre ces murs dorés qui
+semblaient encore illuminés des reflets de l'ancienne gloire, à
+l'ombre du vieux laurier qui avait été longtemps son emblème.
</p>
<p>
<span class="pagenum"><a id="page221" name="page221"></a>[p. 221]</span>
@@ -6852,67 +6814,67 @@ l'ombre du vieux laurier qui avait été longtemps son emblème.
<div><a name="h2H_4_0019" id="h2H_4_0019"><!-- H2 anchor --></a></div>
<h2>
- TABLE DES MATIÈRES
+ TABLE DES MATIÈRES
</h2>
<table id="toc" summary="contents">
<tr>
- <th colspan="4">PREMIÈRE PARTIE.</th>
+ <th colspan="4">PREMIÈRE PARTIE.</th>
</tr>
<tr>
- <th colspan="4">La Vie d'une Université: Salamanque.</th>
+ <th colspan="4">La Vie d'une Université: Salamanque.</th>
</tr>
<tr>
<td class="tdl"><span class="sc">Chapitre&nbsp;premier.</span></td>
<td class="tdl">&mdash;</td>
- <td class="tdl">Salamanque et son Université</td>
+ <td class="tdl">Salamanque et son Université</td>
<td class="tdr"><a href="#page3">3</a></td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl"><span class="sc">Chapitre II.</span></td>
<td class="tdl">&mdash;</td>
- <td class="tdl">Physionomie des Écoles</td>
+ <td class="tdl">Physionomie des Écoles</td>
<td class="tdr"><a href="#page16">16</a></td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl"><span class="sc">Chapitre III.</span></td>
<td class="tdl">&mdash;</td>
- <td class="tdl">La vie des étudiants. Étudiants riches et étudiants pauvres.
+ <td class="tdl">La vie des étudiants. Étudiants riches et étudiants pauvres.
<i>Pupilos</i>, <i>camaristas</i> et <i>capigorrones</i></td>
<td class="tdr"><a href="#page30">30</a></td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl"><span class="sc">Chapitre IV.</span></td>
<td class="tdl">&mdash;</td>
- <td class="tdl">Les étudiants qui travaillent et les étudiants qui s'amusent</td>
+ <td class="tdl">Les étudiants qui travaillent et les étudiants qui s'amusent</td>
<td class="tdr"><a href="#page47">47</a></td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl"><span class="sc">Chapitre V.</span></td>
<td class="tdl">&mdash;</td>
- <td class="tdl">Les écoliers mendiants ou chevaliers de la <i>Tuna</i></td>
+ <td class="tdl">Les écoliers mendiants ou chevaliers de la <i>Tuna</i></td>
<td class="tdr"><a href="#page62">62</a></td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl"><span class="sc">Chapitre VI.</span></td>
<td class="tdl">&mdash;</td>
- <td class="tdl">Épisodes de la vie universitaire: fêtes et congés, <i>oposiciones</i>
+ <td class="tdl">Épisodes de la vie universitaire: fêtes et congés, <i>oposiciones</i>
et <i>grados</i></td>
<td class="tdr"><a href="#page72">72</a></td>
</tr>
<tr>
-<th colspan="4">DEUXIÈME PARTIE.</th>
+<th colspan="4">DEUXIÈME PARTIE.</th>
</tr>
<tr>
<th colspan="4">I.</th>
</tr>
<tr>
-<th colspan="4">Origines et progrès des Universités espagnoles.</th>
+<th colspan="4">Origines et progrès des Universités espagnoles.</th>
</tr>
<tr>
<td class="tdl"><span class="sc">Chapitre&nbsp;premier.</span></td>
<td class="tdl">&mdash;</td>
- <td class="tdl">Anciennes Universités et fondations nouvelles;
+ <td class="tdl">Anciennes Universités et fondations nouvelles;
multiplication des centres d'enseignement</td>
<td class="tdr"><a href="#page97">97</a></td>
</tr>
@@ -6920,444 +6882,66 @@ l'ombre du vieux laurier qui avait été longtemps son emblème.
<td class="tdl"><span class="sc">Chapitre II.</span>
<span class="pagenumh"><a id="page222" name="page222"></a>[p. 222]</span></td>
<td class="tdl">&mdash;</td>
- <td class="tdl">Une grande Université: Alcalá</td>
+ <td class="tdl">Une grande Université: Alcalá</td>
<td class="tdr"><a href="#page106">106</a></td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl"><span class="sc">Chapitre III.</span></td>
<td class="tdl">&mdash;</td>
- <td class="tdl">Les petites Universités et les Universités «silvestres»</td>
+ <td class="tdl">Les petites Universités et les Universités «silvestres»</td>
<td class="tdr"><a href="#page122">122</a></td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl"><span class="sc">Chapitre IV.</span></td>
<td class="tdl">&mdash;</td>
<td class="tdl" > Le mouvement intellectuel en Espagne
- au commencement du seizième siècle:
- la Renaissance espagnole et les progrès de l'enseignement</td>
+ au commencement du seizième siècle:
+ la Renaissance espagnole et les progrès de l'enseignement</td>
<td class="tdr"><a href="#page138">138</a></td>
</tr>
<tr>
<th colspan="4">II.</th>
</tr>
<tr>
- <th colspan="4">La Décadence.</th>
+ <th colspan="4">La Décadence.</th>
</tr>
<tr>
<td class="tdl"><span class="sc">Chapitre&nbsp;premier.</span></td>
<td class="tdl">&mdash;</td>
- <td class="tdl">Causes de décadence: le despotisme des Rois et la tyrannie de l'Église</td>
+ <td class="tdl">Causes de décadence: le despotisme des Rois et la tyrannie de l'Église</td>
<td class="tdr"><a href="#page161">161</a></td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl"><span class="sc">Chapitre II.</span></td>
<td class="tdl">&mdash;</td>
- <td class="tdl">La concurrence de la «Compagnie»</td>
+ <td class="tdl">La concurrence de la «Compagnie»</td>
<td class="tdr"><a href="#page170">170</a></td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl"><span class="sc">Chapitre III.</span></td>
<td class="tdl">&mdash;</td>
- <td class="tdl">Influence des Grands Collèges</td>
+ <td class="tdl">Influence des Grands Collèges</td>
<td class="tdr"><a href="#page176">176</a></td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl"><span class="sc">Chapitre IV.</span></td>
<td class="tdl">&mdash;</td>
- <td class="tdl">Luttes intérieures des Universités et désordres des étudiants</td>
+ <td class="tdl">Luttes intérieures des Universités et désordres des étudiants</td>
<td class="tdr"><a href="#page191">191</a></td>
</tr>
<tr>
<td class="tdl"><span class="sc">Chapitre V.</span></td>
<td class="tdl">&mdash;</td>
- <td class="tdl">Déclin rapide des Universités.
- L'enseignement universitaire au dix-septième
- et au dix-huitième siècles</td>
+ <td class="tdl">Déclin rapide des Universités.
+ L'enseignement universitaire au dix-septième
+ et au dix-huitième siècles</td>
<td class="tdr"><a href="#page199">199</a></td>
</tr>
</table>
<p class="p2 center small">Toulouse, imp., <span class="sc">Ed. Privat</span>, rue des Tourneurs, 45.&mdash;632</p>
-
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-
-<pre>
-
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-
-End of the Project Gutenberg EBook of La Vie Universitaire dans l'Ancienne
-Espagne, by Gustave Reynier
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK UNIVERSITAIRE DANS L'ANCIENNE ESPAGNE ***
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-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
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-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
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+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43277 ***</div>
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