summaryrefslogtreecommitdiff
path: root/42021-h
diff options
context:
space:
mode:
Diffstat (limited to '42021-h')
-rw-r--r--42021-h/42021-h.htm17716
1 files changed, 8648 insertions, 9068 deletions
diff --git a/42021-h/42021-h.htm b/42021-h/42021-h.htm
index aafd5e5..028e518 100644
--- a/42021-h/42021-h.htm
+++ b/42021-h/42021-h.htm
@@ -2,9 +2,9 @@
<html lang="fr">
<head>
-<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">
+<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=UTF-8">
<title>The Project Gutenberg e-Book of Histoire
- de France: Moyen Âge, Volume 4; Author: J. Michelet.</title>
+ de France: Moyen Âge, Volume 4; Author: J. Michelet.</title>
<style type="text/css">
<!--
@@ -59,71 +59,29 @@ div.footnote p {text-indent: 0em;}
</head>
<body>
-
-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 4 /
-10), by Jules Michelet
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 4 / 10)
-
-Author: Jules Michelet
-
-Editor: Gabriel Monod
-
-Release Date: February 5, 2013 [EBook #42021]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE FRANCE ***
-
-
-
-
-Produced by Mireille Harmelin, Christine P. Travers and
-the Online Distributed Proofreading Team at
-http://www.pgdp.net (This file was produced from images
-generously made available by the Bibliothèque nationale
-de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 42021 ***</div>
<div class="tn">
<p>Notes au lecteur de ce fichier digital:</p>
-<p>Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
-corrigées.</p>
+<p>Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
+corrigées.</p>
</div>
-<p class="p4 center">&OElig;UVRES COMPLÈTES DE J. MICHELET</p>
+<p class="p4 center">&OElig;UVRES COMPLÈTES DE J. MICHELET</p>
<h1>HISTOIRE<br>
DE FRANCE</h1>
-<h1>MOYEN ÂGE</h1>
+<h1>MOYEN ÂGE</h1>
-<p class="p2 center">ÉDITION DÉFINITIVE, REVUE ET CORRIGÉE</p>
+<p class="p2 center">ÉDITION DÉFINITIVE, REVUE ET CORRIGÉE</p>
-<p class="p4 center">TOME QUATRIÈME</p>
+<p class="p4 center">TOME QUATRIÈME</p>
<p class="p4 center">PARIS<br>
- ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR<br>
- 26, RUE RACINE, PRÈS L'ODÉON<br>
- Tous droits réservés.</p>
+ ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR<br>
+ 26, RUE RACINE, PRÈS L'ODÉON<br>
+ Tous droits réservés.</p>
<p class="p4 center smaller">IMPRIMERIE E. FLAMMARION, 26, RUE RACINE, PARIS.</p>
@@ -135,8442 +93,8442 @@ corrigées.</p>
<p class="chaptitle">Jeunesse de Charles VI (1380-1383).</p>
-<p>Si le grave abbé Suger et son dévot roi Louis VII s'étaient éveillés, du
-fond de leurs caveaux, au bruit des étranges fêtes que Charles VI donna
-dans l'abbaye de Saint-Denis, s'ils étaient revenus un moment pour voir
-la nouvelle France, certes, ils auraient été éblouis, mais aussi surpris
-cruellement; ils se seraient signés de la tête aux pieds et bien
-volontiers recouchés dans leur linceul.</p>
-
-<p>Et en effet, que pouvaient-ils comprendre à ce spectacle? En vain ces
-hommes des temps féodaux, studieux contemplateurs des signes
-héraldiques, auraient parcouru des yeux la prodigieuse bigarrure des
-écussons <span class="pagenum"><a id="page2" name="page2"></a>(p. 2)</span> appendus aux murailles; en vain ils auraient cherché les
+<p>Si le grave abbé Suger et son dévot roi Louis VII s'étaient éveillés, du
+fond de leurs caveaux, au bruit des étranges fêtes que Charles VI donna
+dans l'abbaye de Saint-Denis, s'ils étaient revenus un moment pour voir
+la nouvelle France, certes, ils auraient été éblouis, mais aussi surpris
+cruellement; ils se seraient signés de la tête aux pieds et bien
+volontiers recouchés dans leur linceul.</p>
+
+<p>Et en effet, que pouvaient-ils comprendre à ce spectacle? En vain ces
+hommes des temps féodaux, studieux contemplateurs des signes
+héraldiques, auraient parcouru des yeux la prodigieuse bigarrure des
+écussons <span class="pagenum"><a id="page2" name="page2"></a>(p. 2)</span> appendus aux murailles; en vain ils auraient cherché les
familles des barons de la croisade qui suivirent Godefroi ou
-Louis-le-Jeune; la plupart étaient éteintes. Qu'étaient devenus les
+Louis-le-Jeune; la plupart étaient éteintes. Qu'étaient devenus les
grands fiefs souverains des ducs de Normandie, rois d'Angleterre, des
-comtes d'Anjou, rois de Jérusalem, des comtes de Toulouse et de
-Poitiers? On en aurait trouvé les armes à grand'peine, rétrécies
-qu'elles étaient ou effacées par les fleurs de lis dans les quarante-six
-écussons royaux. En récompense, un peuple de noblesse avait surgi avec
-un chaos de douteux blasons. Simples autrefois comme emblèmes des fiefs,
+comtes d'Anjou, rois de Jérusalem, des comtes de Toulouse et de
+Poitiers? On en aurait trouvé les armes à grand'peine, rétrécies
+qu'elles étaient ou effacées par les fleurs de lis dans les quarante-six
+écussons royaux. En récompense, un peuple de noblesse avait surgi avec
+un chaos de douteux blasons. Simples autrefois comme emblèmes des fiefs,
mais devenus alors les insignes des familles, ces blasons allaient
-s'embrouillant de mariages, d'héritages, de généalogies vraies ou
-fausses. Les animaux héraldiques s'étaient prêtés aux plus étranges
-accouplements. L'ensemble présentait une bizarre mascarade. Les devises,
+s'embrouillant de mariages, d'héritages, de généalogies vraies ou
+fausses. Les animaux héraldiques s'étaient prêtés aux plus étranges
+accouplements. L'ensemble présentait une bizarre mascarade. Les devises,
pauvre invention moderne<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1" title="Go to footnote 1"><span class="smaller">[1]</span></a>, essayaient d'expliquer ces noblesses
d'hier.</p>
-<p>Tels blasons, telles personnes. Nos morts du douzième siècle n'auraient
+<p>Tels blasons, telles personnes. Nos morts du douzième siècle n'auraient
pas vu sans humiliation, que dis-je! sans horreur, leurs successeurs du
-quatorzième. Grand eût été leur scandale, quand la salle se serait
+quatorzième. Grand eût été leur scandale, quand la salle se serait
remplie des monstrueux costumes de ce temps, des immorales et
fantastiques parures qu'on ne craignait pas de porter. D'abord des
-hommes-femmes, gracieusement attifés, et traînant mollement des robes de
-douze aunes; d'autres se dessinant dans leurs jaquettes de Bohème avec
-des chausses collantes, mais leurs <span class="pagenum"><a id="page3" name="page3"></a>(p. 3)</span> manches flottaient jusqu'à
-terre. Ici, des hommes-bêtes brodés de toute espèce d'animaux; là des
-hommes-musique, historiés de notes<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Go to footnote 2"><span class="smaller">[2]</span></a>, qu'on chantait devant ou
-derrière, tandis que d'autres s'affichaient d'un grimoire de lettres et
-de caractères qui sans doute ne disaient rien de bon.</p>
-
-<p>Cette foule tourbillonnait dans une espèce d'église; l'immense salle de
-bois qu'on avait construite en avait l'aspect. Les arts de Dieu étaient
+hommes-femmes, gracieusement attifés, et traînant mollement des robes de
+douze aunes; d'autres se dessinant dans leurs jaquettes de Bohème avec
+des chausses collantes, mais leurs <span class="pagenum"><a id="page3" name="page3"></a>(p. 3)</span> manches flottaient jusqu'à
+terre. Ici, des hommes-bêtes brodés de toute espèce d'animaux; là des
+hommes-musique, historiés de notes<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Go to footnote 2"><span class="smaller">[2]</span></a>, qu'on chantait devant ou
+derrière, tandis que d'autres s'affichaient d'un grimoire de lettres et
+de caractères qui sans doute ne disaient rien de bon.</p>
+
+<p>Cette foule tourbillonnait dans une espèce d'église; l'immense salle de
+bois qu'on avait construite en avait l'aspect. Les arts de Dieu étaient
descendus complaisamment aux plaisirs de l'homme. Les ornements les plus
-mondains avaient pris les formes sacrées. Les sièges des belles dames
-semblaient de petites cathédrales d'ébène, des châsses d'or. Les voiles
-précieux que l'on n'eût jadis tirés du trésor de la cathédrale que pour
+mondains avaient pris les formes sacrées. Les sièges des belles dames
+semblaient de petites cathédrales d'ébène, des châsses d'or. Les voiles
+précieux que l'on n'eût jadis tirés du trésor de la cathédrale que pour
parer le chef de Notre-Dame au jour de l'Assomption voltigeaient sur de
-jolies têtes mondaines. Dieu, la Vierge et les Saints avaient l'air
-d'avoir été mis à contribution pour la fête. Mais le Diable fournissait
+jolies têtes mondaines. Dieu, la Vierge et les Saints avaient l'air
+d'avoir été mis à contribution pour la fête. Mais le Diable fournissait
davantage. Les formes sataniques, bestiales, qui grimacent aux
-gargouilles des églises, des créatures vivantes n'hésitaient pas à s'en
-affubler. Les femmes portaient des cornes à la tête, les hommes aux
+gargouilles des églises, des créatures vivantes n'hésitaient pas à s'en
+affubler. Les femmes portaient des cornes à la tête, les hommes aux
pieds; leurs becs de souliers se tordaient en cornes, en griffes, en
queues de scorpion. Elles surtout, elles faisaient trembler; le sein nu,
-la tête haute, elles promenaient par-dessus la tête des hommes leur
-gigantesque hennin, échafaudé de cornes; il leur fallait se tourner et
-se baisser aux portes. À les voir ainsi belles, <span class="pagenum"><a id="page4" name="page4"></a>(p. 4)</span> souriantes,
-grasses<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Go to footnote 3"><span class="smaller">[3]</span></a>, dans la sécurité du péché, on doutait si c'étaient des
-femmes; on croyait reconnaître, dans sa beauté terrible, la Bête décrite
-et prédite; on se souvenait que le Diable était peint fréquemment comme
-une belle femme cornue<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Go to footnote 4"><span class="smaller">[4]</span></a>... Costumes échangés entre hommes et femmes,
-livrée du Diable portée par des chrétiens, parements d'autel sur
-l'épaule des ribauds, tout cela faisait une splendide et royale figure
+la tête haute, elles promenaient par-dessus la tête des hommes leur
+gigantesque hennin, échafaudé de cornes; il leur fallait se tourner et
+se baisser aux portes. À les voir ainsi belles, <span class="pagenum"><a id="page4" name="page4"></a>(p. 4)</span> souriantes,
+grasses<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Go to footnote 3"><span class="smaller">[3]</span></a>, dans la sécurité du péché, on doutait si c'étaient des
+femmes; on croyait reconnaître, dans sa beauté terrible, la Bête décrite
+et prédite; on se souvenait que le Diable était peint fréquemment comme
+une belle femme cornue<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Go to footnote 4"><span class="smaller">[4]</span></a>... Costumes échangés entre hommes et femmes,
+livrée du Diable portée par des chrétiens, parements d'autel sur
+l'épaule des ribauds, tout cela faisait une splendide et royale figure
de sabbat.</p>
-<p>Un seul costume eût trouvé grâce. Quelques-uns, de discret maintien, de
+<p>Un seul costume eût trouvé grâce. Quelques-uns, de discret maintien, de
douce et matoise figure, portaient humblement la robe royale, l'ample
-robe rouge fourrée d'hermine. Quels étaient ces rois? D'honnêtes
-bourgeois de la cité, domiciliés dans la rue de la Calandre ou dans la
+robe rouge fourrée d'hermine. Quels étaient ces rois? D'honnêtes
+bourgeois de la cité, domiciliés dans la rue de la Calandre ou dans la
cour de la Sainte-Chapelle. Scribes d'abord du royal parlement des
-barons, puis siégeant près d'eux comme juges, puis juges des barons
-eux-mêmes, au nom du roi et sous sa robe. Le roi, laissant cette lourde
-robe pour un habit plus leste, l'a jetée sur leurs bonnes grosses
-épaules. Voilà deux déguisements: le roi prend l'habit du peuple, le
+barons, puis siégeant près d'eux comme juges, puis juges des barons
+eux-mêmes, au nom du roi et sous sa robe. Le roi, laissant cette lourde
+robe pour un habit plus leste, l'a jetée sur leurs bonnes grosses
+épaules. Voilà deux déguisements: le roi prend l'habit du peuple, le
peuple prend l'habit du roi. Charles VI n'aura pas de plus <span class="pagenum"><a id="page5" name="page5"></a>(p. 5)</span> grand
plaisir que de se perdre dans la foule, et de recevoir les coups des
sergents<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5" title="Go to footnote 5"><span class="smaller">[5]</span></a>. Il peut courir les rues, danser, jouter dans sa courte
-jaquette; les bourgeois jugeront et régneront pour lui.</p>
+jaquette; les bourgeois jugeront et régneront pour lui.</p>
<p>Cette Babel des costumes et des blasons exprimait trop faiblement encore
-l'embrouillement des idées. L'ordre politique naissait; le désordre
-intellectuel semblait commencer. La paix publique s'était établie; la
-guerre morale se déclarait. On eût dit que du sérieux monde féodal et
-pontifical s'était, un matin, déchaînée la fantaisie. Cette nouvelle
-reine du temps se dédommageait après sa longue pénitence. C'était comme
-un écolier échappé qui fait du pis qu'il peut. Le moyen âge, son digne
-père, qui si longtemps l'avait contenue, elle le respectait fort; mais,
-sous prétexte d'honneur, elle l'habillait de si bonne sorte que le
+l'embrouillement des idées. L'ordre politique naissait; le désordre
+intellectuel semblait commencer. La paix publique s'était établie; la
+guerre morale se déclarait. On eût dit que du sérieux monde féodal et
+pontifical s'était, un matin, déchaînée la fantaisie. Cette nouvelle
+reine du temps se dédommageait après sa longue pénitence. C'était comme
+un écolier échappé qui fait du pis qu'il peut. Le moyen âge, son digne
+père, qui si longtemps l'avait contenue, elle le respectait fort; mais,
+sous prétexte d'honneur, elle l'habillait de si bonne sorte que le
pauvre vieillard ne se reconnaissait plus.</p>
-<p>On ne sait pas communément que le moyen âge s'est, de son vivant, oublié
-lui-même.</p>
+<p>On ne sait pas communément que le moyen âge s'est, de son vivant, oublié
+lui-même.</p>
-<p>Déjà le dur Speculator Durandus, ce gardien inflexible du symbolisme
-antique, déclare avec douleur que le prêtre même ne sait plus le sens
+<p>Déjà le dur Speculator Durandus, ce gardien inflexible du symbolisme
+antique, déclare avec douleur que le prêtre même ne sait plus le sens
des choses saintes<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6" title="Go to footnote 6"><span class="smaller">[6]</span></a>.</p>
-<p>Le conseiller de saint Louis, Pierre de Fontaines, se croit obligé
-d'écrire le droit de son temps. «Car, dit-il, les anciennes coutumes que
-les prud'hommes tenoient, sont tantôt mises à rien... En sorte que le
-pays est à peu près sans coutume<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7" title="Go to footnote 7"><span class="smaller">[7]</span></a>.»</p>
+<p>Le conseiller de saint Louis, Pierre de Fontaines, se croit obligé
+d'écrire le droit de son temps. «Car, dit-il, les anciennes coutumes que
+les prud'hommes tenoient, sont tantôt mises à rien... En sorte que le
+pays est à peu près sans coutume<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7" title="Go to footnote 7"><span class="smaller">[7]</span></a>.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page6" name="page6"></a>(p. 6)</span> Les chevaliers, qui se piquaient tant de fidélité, étaient-ils
-restés fidèles aux rites de la chevalerie? Nous lisons que, lorsque
+<p><span class="pagenum"><a id="page6" name="page6"></a>(p. 6)</span> Les chevaliers, qui se piquaient tant de fidélité, étaient-ils
+restés fidèles aux rites de la chevalerie? Nous lisons que, lorsque
Charles VI arma chevaliers ses jeunes cousins d'Anjou, et qu'il voulut
-suivre de point en point l'ancien cérémonial, beaucoup de gens
-«trouvèrent la chose étrange et extraordinaire<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8" title="Go to footnote 8"><span class="smaller">[8]</span></a>».</p>
+suivre de point en point l'ancien cérémonial, beaucoup de gens
+«trouvèrent la chose étrange et extraordinaire<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8" title="Go to footnote 8"><span class="smaller">[8]</span></a>».</p>
-<p>Ainsi, avant 1400, les grandes pensées du moyen âge, ses institutions
-les plus chères, vont s'altérant pour les signes, ou s'obscurcissant
-pour le sens. Nous connaissons aujourd'hui ce que nous fûmes au
-treizième siècle mieux que nous ne le savions au quinzième. Il en est
+<p>Ainsi, avant 1400, les grandes pensées du moyen âge, ses institutions
+les plus chères, vont s'altérant pour les signes, ou s'obscurcissant
+pour le sens. Nous connaissons aujourd'hui ce que nous fûmes au
+treizième siècle mieux que nous ne le savions au quinzième. Il en est
advenu comme d'un homme qui a perdu de vue sa famille, ses parents, ses
-jeunes années, et qui, plus tard, se recueillant, s'étonne d'avoir
-délaissé ces vieux souvenirs.</p>
+jeunes années, et qui, plus tard, se recueillant, s'étonne d'avoir
+délaissé ces vieux souvenirs.</p>
-<p>Quelqu'un offrant un jour une mnémonique au grand Thémistocle, il
-répondit ce mot amer: «Donne-moi plutôt un art d'oublier.» Notre France
+<p>Quelqu'un offrant un jour une mnémonique au grand Thémistocle, il
+répondit ce mot amer: «Donne-moi plutôt un art d'oublier.» Notre France
n'a pas besoin d'un tel art; elle n'oublie que trop vite!</p>
-<p>Qu'un tel homme ait dit ce mot sérieusement, je ne le croirai jamais. Si
-Thémistocle eût vraiment pensé ainsi, s'il eût dédaigné le passé, il
-n'eût pas mérité le solennel éloge que fait de lui Thucydide: «L'homme
-qui sut voir le présent et prévoir l'avenir.»</p>
+<p>Qu'un tel homme ait dit ce mot sérieusement, je ne le croirai jamais. Si
+Thémistocle eût vraiment pensé ainsi, s'il eût dédaigné le passé, il
+n'eût pas mérité le solennel éloge que fait de lui Thucydide: «L'homme
+qui sut voir le présent et prévoir l'avenir.»</p>
-<p>Quiconque néglige, oublie, méprise, il en sera puni par l'esprit de
-confusion. Loin d'entrevoir l'avenir, il ne comprendra rien au présent:
+<p>Quiconque néglige, oublie, méprise, il en sera puni par l'esprit de
+confusion. Loin d'entrevoir l'avenir, il ne comprendra rien au présent:
il n'y verra qu'un fait sans cause. Un fait, et rien qui le fasse!
-quelle chose <span class="pagenum"><a id="page7" name="page7"></a>(p. 7)</span> plus propre à troubler le sens?... Le fait lui
-apparaîtra sans raison, ni droit d'exister. L'ignorance du fait,
-l'obscurcissement du droit, sont le fléau du quatorzième et du quinzième
-siècle.</p>
+quelle chose <span class="pagenum"><a id="page7" name="page7"></a>(p. 7)</span> plus propre à troubler le sens?... Le fait lui
+apparaîtra sans raison, ni droit d'exister. L'ignorance du fait,
+l'obscurcissement du droit, sont le fléau du quatorzième et du quinzième
+siècle.</p>
<p>Les chroniqueurs, ne pouvant expliquer ces choses, y voient la peine du
-schisme. Ils ont raison en un sens. Mais le schisme pontifical était
-lui-même un incident du schisme universel qui travaillait les esprits.</p>
+schisme. Ils ont raison en un sens. Mais le schisme pontifical était
+lui-même un incident du schisme universel qui travaillait les esprits.</p>
<p>La discorde intellectuelle et morale se traduisait en guerres civiles.
Guerre dans l'Empire, entre Wenceslas et Robert; en Italie, entre Duras
-et Anjou; en Portugal, pour et contre les enfants d'Inès; en Aragon,
-entre Pierre VI et son fils; tandis qu'en France se préparent les
-guerres d'Orléans et de Bourgogne, en Angleterre celles d'York et de
+et Anjou; en Portugal, pour et contre les enfants d'Inès; en Aragon,
+entre Pierre VI et son fils; tandis qu'en France se préparent les
+guerres d'Orléans et de Bourgogne, en Angleterre celles d'York et de
Lancastre.</p>
-<p>Discorde dans chaque État, discorde dans chaque famille. «Deux hommes,
-se levant d'un même lit, disent à peine un mot qu'ils s'enfuient l'un de
+<p>Discorde dans chaque État, discorde dans chaque famille. «Deux hommes,
+se levant d'un même lit, disent à peine un mot qu'ils s'enfuient l'un de
l'autre; l'un crie York, l'autre Lancastre; et, pour adieu, ils croisent
-leurs épées<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9" title="Go to footnote 9"><span class="smaller">[9]</span></a>.»</p>
-
-<p>Voilà les parents, les frères. Mais qui eût pénétré plus avant encore,
-qui eût ouvert un c&oelig;ur d'homme, il y aurait trouvé toute une guerre
-civile, une mêlée acharnée d'idées, de sentiments en discorde.</p>
-
-<p>Si la sagesse consiste à se connaître soi-même et à se pacifier, nulle
-époque ne fut plus naturellement folle. L'homme, portant en lui cette
-furieuse guerre, <span class="pagenum"><a id="page8" name="page8"></a>(p. 8)</span> fuyait de l'idée dans la passion, du trouble
-dans le trouble. Peu à peu, esprit et sens, âme et corps, tout se
-détraquant, il n'y avait bientôt plus dans la machine humaine une pièce
-qui tînt. Comment, d'ignorance en erreur, d'idées fausses en passions
-mauvaises, d'ivresse en frénésie, l'homme perd-il sa nature d'homme?
-Nous ferons ce cruel récit. L'histoire individuelle explique l'histoire
-générale. La folie du roi n'était pas celle du roi seul: le royaume en
+leurs épées<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9" title="Go to footnote 9"><span class="smaller">[9]</span></a>.»</p>
+
+<p>Voilà les parents, les frères. Mais qui eût pénétré plus avant encore,
+qui eût ouvert un c&oelig;ur d'homme, il y aurait trouvé toute une guerre
+civile, une mêlée acharnée d'idées, de sentiments en discorde.</p>
+
+<p>Si la sagesse consiste à se connaître soi-même et à se pacifier, nulle
+époque ne fut plus naturellement folle. L'homme, portant en lui cette
+furieuse guerre, <span class="pagenum"><a id="page8" name="page8"></a>(p. 8)</span> fuyait de l'idée dans la passion, du trouble
+dans le trouble. Peu à peu, esprit et sens, âme et corps, tout se
+détraquant, il n'y avait bientôt plus dans la machine humaine une pièce
+qui tînt. Comment, d'ignorance en erreur, d'idées fausses en passions
+mauvaises, d'ivresse en frénésie, l'homme perd-il sa nature d'homme?
+Nous ferons ce cruel récit. L'histoire individuelle explique l'histoire
+générale. La folie du roi n'était pas celle du roi seul: le royaume en
avait sa part.</p>
-<p>Reprenons Charles VI à son enfance, à son avènement.</p>
+<p>Reprenons Charles VI à son enfance, à son avènement.</p>
-<p class="p2">Le petit roi de douze ans, déjà fol de chasse et de guerre, courait un
-jour le cerf dans la forêt de Senlis. Nos forêts étaient alors bien
-autrement vastes et profondes, et la dépopulation des quarante dernières
-années les avait encore épaissies. Charles VI fit dans cette chasse une
+<p class="p2">Le petit roi de douze ans, déjà fol de chasse et de guerre, courait un
+jour le cerf dans la forêt de Senlis. Nos forêts étaient alors bien
+autrement vastes et profondes, et la dépopulation des quarante dernières
+années les avait encore épaissies. Charles VI fit dans cette chasse une
merveilleuse rencontre: il vit un cerf qui portait, non la croix, comme
-le cerf de saint Hubert, mais un beau collier de cuivre doré, où on
-lisait ces mots latins: «<i lang="la">Cesar hoc mihi donavit</i> (César me l'a
-donné<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10" title="Go to footnote 10"><span class="smaller">[10]</span></a>).» Que ce cerf eût vécu si longtemps, c'était, tout le monde
-en convenait, chose prodigieuse et de grand présage. Mais comment
-fallait-il l'entendre? Était-ce un signe de Dieu qui promettait des
-victoires au règne de son élu? ou bien une de ces visions diaboliques
-par où le Tentateur prend possession des siens, <span class="pagenum"><a id="page9" name="page9"></a>(p. 9)</span> et les pousse au
-hasard à travers les précipices jusqu'à ce qu'ils se rompent le col?</p>
-
-<p>Quoi qu'il en soit, la faible imagination de l'enfant royal, déjà gâtée
-par les romans de chevalerie, fut frappée de cette aventure: il vit
-encore le cerf en songe avant sa victoire de Roosebeke. Dès lors, il
-plaça sous son écusson le cerf merveilleux, et donna pour support aux
+le cerf de saint Hubert, mais un beau collier de cuivre doré, où on
+lisait ces mots latins: «<i lang="la">Cesar hoc mihi donavit</i> (César me l'a
+donné<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10" title="Go to footnote 10"><span class="smaller">[10]</span></a>).» Que ce cerf eût vécu si longtemps, c'était, tout le monde
+en convenait, chose prodigieuse et de grand présage. Mais comment
+fallait-il l'entendre? Était-ce un signe de Dieu qui promettait des
+victoires au règne de son élu? ou bien une de ces visions diaboliques
+par où le Tentateur prend possession des siens, <span class="pagenum"><a id="page9" name="page9"></a>(p. 9)</span> et les pousse au
+hasard à travers les précipices jusqu'à ce qu'ils se rompent le col?</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit, la faible imagination de l'enfant royal, déjà gâtée
+par les romans de chevalerie, fut frappée de cette aventure: il vit
+encore le cerf en songe avant sa victoire de Roosebeke. Dès lors, il
+plaça sous son écusson le cerf merveilleux, et donna pour support aux
armes de France la malencontreuse figure du cornu et fugitif animal.</p>
-<p>C'était chose peu rassurante de voir un grand royaume remis, comme un
-jouet, au caprice d'un enfant. On s'attendait à quelque chose d'étrange;
+<p>C'était chose peu rassurante de voir un grand royaume remis, comme un
+jouet, au caprice d'un enfant. On s'attendait à quelque chose d'étrange;
des signes merveilleux apparaissaient.</p>
-<p>Ces signes, qui menaçaient-ils? le royaume ou les ennemis du royaume? On
+<p>Ces signes, qui menaçaient-ils? le royaume ou les ennemis du royaume? On
pouvait encore en douter. Jamais plus faible roi; mais jamais la France
-n'avait été si forte. Pendant tout le treizième, tout le quatorzième
-siècle, à travers les succès et les désastres, elle avait constamment
-gagné. Poussée fatalement dans la grandeur, elle croissait victorieuse;
-vaincue, elle croissait encore. Après la défaite de Courtrai, elle gagna
-la Champagne et la Navarre<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11" title="Go to footnote 11"><span class="smaller">[11]</span></a>; après la défaite de Créci, le Dauphiné
-et Montpellier; après celle de Poitiers, la Guyenne, les deux
-Bourgognes, la Flandre. Étrange puissance, qui réussissait toujours
-malgré ses fautes, par ses fautes.</p>
-
-<p>Non seulement le royaume s'étendait, mais le roi était plus roi. Les
-seigneurs lui avaient remis leur <span class="pagenum"><a id="page10" name="page10"></a>(p. 10)</span> épée de justice<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12" title="Go to footnote 12"><span class="smaller">[12]</span></a> et de
-bataille; ils n'attendaient qu'un signe de lui pour monter à cheval et
-le suivre n'importe où. On commençait à entrevoir la grande chose des
-temps modernes, un empire mû comme un seul homme.</p>
-
-<p>Cette force énorme, où allait-elle se tourner? Qui allait-elle écraser?
+n'avait été si forte. Pendant tout le treizième, tout le quatorzième
+siècle, à travers les succès et les désastres, elle avait constamment
+gagné. Poussée fatalement dans la grandeur, elle croissait victorieuse;
+vaincue, elle croissait encore. Après la défaite de Courtrai, elle gagna
+la Champagne et la Navarre<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11" title="Go to footnote 11"><span class="smaller">[11]</span></a>; après la défaite de Créci, le Dauphiné
+et Montpellier; après celle de Poitiers, la Guyenne, les deux
+Bourgognes, la Flandre. Étrange puissance, qui réussissait toujours
+malgré ses fautes, par ses fautes.</p>
+
+<p>Non seulement le royaume s'étendait, mais le roi était plus roi. Les
+seigneurs lui avaient remis leur <span class="pagenum"><a id="page10" name="page10"></a>(p. 10)</span> épée de justice<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12" title="Go to footnote 12"><span class="smaller">[12]</span></a> et de
+bataille; ils n'attendaient qu'un signe de lui pour monter à cheval et
+le suivre n'importe où. On commençait à entrevoir la grande chose des
+temps modernes, un empire mû comme un seul homme.</p>
+
+<p>Cette force énorme, où allait-elle se tourner? Qui allait-elle écraser?
Elle flottait incertaine dans une jeune main, gauche et violente, qui ne
-savait pas même ce qu'elle tenait.</p>
+savait pas même ce qu'elle tenait.</p>
-<p>Quelque part que le coup tombât, il n'y avait dans toute la chrétienté
-rien, ce semble, qui pût résister.</p>
+<p>Quelque part que le coup tombât, il n'y avait dans toute la chrétienté
+rien, ce semble, qui pût résister.</p>
-<p>L'Italie, sous ses belles formes, était déjà faible et malade. Ici les
-tyrans, successeurs des Gibelins; là les villes guelfes, autres tyrans,
-qui avaient absorbé toute vie. Naples était ce qu'elle est, mêlée
-d'éléments divers, une grosse tête sans corps. Sous le prétexte du vieux
+<p>L'Italie, sous ses belles formes, était déjà faible et malade. Ici les
+tyrans, successeurs des Gibelins; là les villes guelfes, autres tyrans,
+qui avaient absorbé toute vie. Naples était ce qu'elle est, mêlée
+d'éléments divers, une grosse tête sans corps. Sous le prétexte du vieux
crime de la reine Jeanne, les uns appelaient les princes hongrois de la
-première maison d'Anjou, sortie du frère de saint Louis; les autres
-réclamaient le secours de la seconde maison d'Anjou, c'est-à-dire de
-l'aîné des oncles de Charles VI.</p>
+première maison d'Anjou, sortie du frère de saint Louis; les autres
+réclamaient le secours de la seconde maison d'Anjou, c'est-à-dire de
+l'aîné des oncles de Charles VI.</p>
-<p>L'Allemagne ne valait pas mieux. Elle se dégageait à grand'peine de son
-ancien état de hiérarchie féodale, sans atteindre encore son nouvel état
-de fédération. Elle tournait, cette grande Allemagne, vacillante et
+<p>L'Allemagne ne valait pas mieux. Elle se dégageait à grand'peine de son
+ancien état de hiérarchie féodale, sans atteindre encore son nouvel état
+de fédération. Elle tournait, cette grande Allemagne, vacillante et
lourdement ivre, comme son empereur Wenceslas. La France n'avait, ce
-semble, qu'à lui prendre ce qu'elle voulait. Aussi le duc de Bourgogne,
+semble, qu'à lui prendre ce qu'elle voulait. Aussi le duc de Bourgogne,
<span class="pagenum"><a id="page11" name="page11"></a>(p. 11)</span> le plus jeune des oncles et le plus capable, poussait le roi de
-ce côté. Par mariage, par achat, par guerre, on pouvait enlever à
-l'Empire ce qui y tenait le moins, à savoir les Pays-Bas.</p>
-
-<p>Par delà les Pays-Bas, le duc de Bourgogne montrait l'Angleterre. Le
-moment était bon. Cette orgueilleuse Angleterre avait alors une terrible
-fièvre. Le roi, les barons et leur homme Wicleff avaient lâché le peuple
-contre l'Église. Mais le dogue, une fois lancé, se retournait contre les
-barons. Dans ce péril, tout ce qui avait autorité ou propriété, roi,
-évêques, barons, se serrèrent et firent corps. Le roi, jeune et
-impétueux, frappa le peuple, raffermit les grands, puis s'en repentit,
+ce côté. Par mariage, par achat, par guerre, on pouvait enlever à
+l'Empire ce qui y tenait le moins, à savoir les Pays-Bas.</p>
+
+<p>Par delà les Pays-Bas, le duc de Bourgogne montrait l'Angleterre. Le
+moment était bon. Cette orgueilleuse Angleterre avait alors une terrible
+fièvre. Le roi, les barons et leur homme Wicleff avaient lâché le peuple
+contre l'Église. Mais le dogue, une fois lancé, se retournait contre les
+barons. Dans ce péril, tout ce qui avait autorité ou propriété, roi,
+évêques, barons, se serrèrent et firent corps. Le roi, jeune et
+impétueux, frappa le peuple, raffermit les grands, puis s'en repentit,
recula. La France pouvait profiter de ce faux mouvement, et porter un
coup.</p>
-<p>Cette France, si forte, n'avait d'empêchement qu'en elle-même. Les
+<p>Cette France, si forte, n'avait d'empêchement qu'en elle-même. Les
oncles la tiraient en sens inverse, au midi, au nord. Il s'agissait de
savoir d'abord qui gouvernerait le petit Charles VI. Ces princes qui,
-pendant l'agonie de leur frère<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13" title="Go to footnote 13"><span class="smaller">[13]</span></a>, étaient venus avec deux armées se
-disputer la régence, consentirent pourtant à plaider leur droit au
-Parlement<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14" title="Go to footnote 14"><span class="smaller">[14]</span></a>. Le duc d'Anjou, comme aîné, fut régent. Mais on
-produisit <span class="pagenum"><a id="page12" name="page12"></a>(p. 12)</span> une ordonnance du feu roi, qui réservait la garde de
+pendant l'agonie de leur frère<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13" title="Go to footnote 13"><span class="smaller">[13]</span></a>, étaient venus avec deux armées se
+disputer la régence, consentirent pourtant à plaider leur droit au
+Parlement<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14" title="Go to footnote 14"><span class="smaller">[14]</span></a>. Le duc d'Anjou, comme aîné, fut régent. Mais on
+produisit <span class="pagenum"><a id="page12" name="page12"></a>(p. 12)</span> une ordonnance du feu roi, qui réservait la garde de
son fils au duc de Bourgogne et au duc de Bourbon, son oncle maternel.
-Charles VI devait être immédiatement couronné<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15" title="Go to footnote 15"><span class="smaller">[15]</span></a>.</p>
-
-<p>Une autre difficulté, c'est que, si le pays s'était un peu refait vers
-la fin du règne de Charles V, il n'y avait pas plus d'ordre ni
-d'habileté en finances; le peu d'argent qu'on levait mettait le peuple
-au désespoir, et le roi n'en profitait pas.</p>
-
-<p>On se plaisait à croire que le feu roi avait un moment aboli les
-nouveaux impôts pour le remède de son âme. On crut ensuite qu'ils
-seraient remis par le nouveau roi, comme joyeuse étrenne du sacre. Mais
-les oncles menèrent leur pupille droit à Reims, sans lui faire traverser
-les villes, de crainte qu'il n'entendît les plaintes. On lui fit même,
-au retour, éviter Saint-Denis, où l'abbé et les religieux l'attendaient
-en grande pompe; on l'empêcha de faire ses dévotions au patron de la
+Charles VI devait être immédiatement couronné<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15" title="Go to footnote 15"><span class="smaller">[15]</span></a>.</p>
+
+<p>Une autre difficulté, c'est que, si le pays s'était un peu refait vers
+la fin du règne de Charles V, il n'y avait pas plus d'ordre ni
+d'habileté en finances; le peu d'argent qu'on levait mettait le peuple
+au désespoir, et le roi n'en profitait pas.</p>
+
+<p>On se plaisait à croire que le feu roi avait un moment aboli les
+nouveaux impôts pour le remède de son âme. On crut ensuite qu'ils
+seraient remis par le nouveau roi, comme joyeuse étrenne du sacre. Mais
+les oncles menèrent leur pupille droit à Reims, sans lui faire traverser
+les villes, de crainte qu'il n'entendît les plaintes. On lui fit même,
+au retour, éviter Saint-Denis, où l'abbé et les religieux l'attendaient
+en grande pompe; on l'empêcha de faire ses dévotions au patron de la
France, comme faisaient toujours les nouveaux rois.</p>
-<p>La royale entrée fut belle; des fontaines jetaient du lait, du vin et de
+<p>La royale entrée fut belle; des fontaines jetaient du lait, du vin et de
l'eau de rose. Et il n'y avait pas de pain dans Paris. Le peuple perdit
-patience. Déjà, tout autour, les villes et les campagnes étaient en feu.
-Le prévôt crut gagner du temps en convoquant les <span class="pagenum"><a id="page13" name="page13"></a>(p. 13)</span> notables au
+patience. Déjà, tout autour, les villes et les campagnes étaient en feu.
+Le prévôt crut gagner du temps en convoquant les <span class="pagenum"><a id="page13" name="page13"></a>(p. 13)</span> notables au
Parloir aux bourgeois; mais il en vint bien d'autres; un tanneur demanda
-si l'on croyait les amuser ainsi. Ils menèrent, bon gré mal gré, le
-prévôt au palais. Le duc d'Anjou et le chancelier montèrent tout
-tremblants sur la Table de marbre et promirent l'abolition des impôts
-établis depuis Philippe-de-Valois, depuis Philippe-le-Bel. La populace
-courut de là aux juifs, aux receveurs, pilla, tua<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16" title="Go to footnote 16"><span class="smaller">[16]</span></a>.</p>
+si l'on croyait les amuser ainsi. Ils menèrent, bon gré mal gré, le
+prévôt au palais. Le duc d'Anjou et le chancelier montèrent tout
+tremblants sur la Table de marbre et promirent l'abolition des impôts
+établis depuis Philippe-de-Valois, depuis Philippe-le-Bel. La populace
+courut de là aux juifs, aux receveurs, pilla, tua<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16" title="Go to footnote 16"><span class="smaller">[16]</span></a>.</p>
-<p>Le moyen d'occuper ces bêtes furieuses, c'était de leur jeter un homme.
+<p>Le moyen d'occuper ces bêtes furieuses, c'était de leur jeter un homme.
Les princes choisirent un de leurs ennemis personnels, un des
-conseillers du feu roi, le vieil Aubriot, prévôt de Paris. Ils avaient
-d'ailleurs leurs raisons; Aubriot avait prêté de l'argent à plus d'un
-grand seigneur, qui se trouvait quitte, s'il était pendu. Ce prévôt
-était un rude justicier, un de ces hommes que la populace aime et hait,
-parce que, tout en malmenant le peuple, ils sont peuple eux-mêmes. Il
+conseillers du feu roi, le vieil Aubriot, prévôt de Paris. Ils avaient
+d'ailleurs leurs raisons; Aubriot avait prêté de l'argent à plus d'un
+grand seigneur, qui se trouvait quitte, s'il était pendu. Ce prévôt
+était un rude justicier, un de ces hommes que la populace aime et hait,
+parce que, tout en malmenant le peuple, ils sont peuple eux-mêmes. Il
avait fait faire d'immenses travaux dans Paris, le quai du Louvre, le
-mur Saint-Antoine, le pont Saint-Michel, les premiers égouts, tout cela
-par corvée, en ramassant les gens qui traînaient dans les rues. Il ne
-traitait pas l'Église ni l'Université plus doucement; il s'obstinait à
-ignorer leurs privilèges. Il avait fait tout exprès au Châtelet deux
-cachots pour les écoliers et les clercs<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17" title="Go to footnote 17"><span class="smaller">[17]</span></a>. Il haïssait nommément
-l'Université «comme mère des <span class="pagenum"><a id="page14" name="page14"></a>(p. 14)</span> prêtres». Il disait souvent à
-Charles V que les rois étaient des sots d'avoir si bien renté les gens
-d'Église. Jamais il ne communiait. Railleur, blasphémateur, fort
-débauché, malgré ses soixante ans, il était bien avec les juifs, mieux
+mur Saint-Antoine, le pont Saint-Michel, les premiers égouts, tout cela
+par corvée, en ramassant les gens qui traînaient dans les rues. Il ne
+traitait pas l'Église ni l'Université plus doucement; il s'obstinait à
+ignorer leurs privilèges. Il avait fait tout exprès au Châtelet deux
+cachots pour les écoliers et les clercs<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17" title="Go to footnote 17"><span class="smaller">[17]</span></a>. Il haïssait nommément
+l'Université «comme mère des <span class="pagenum"><a id="page14" name="page14"></a>(p. 14)</span> prêtres». Il disait souvent à
+Charles V que les rois étaient des sots d'avoir si bien renté les gens
+d'Église. Jamais il ne communiait. Railleur, blasphémateur, fort
+débauché, malgré ses soixante ans, il était bien avec les juifs, mieux
avec les juives; il leur rendait leurs enfants, qu'on enlevait pour les
-baptiser. Ce fut ce qui le perdit. L'Université l'accusa devant
-l'évêque. Un siècle plus tôt, il eût été brûlé. Il en fut quitte pour
-l'amende honorable et la pénitence <em>perpétuelle</em>, qui ne dura guère.</p>
-
-<p>Abolir les impôts établis depuis Philippe-le-Bel, c'eût été supprimer le
-gouvernement. Par deux fois, le duc d'Anjou essaya de les rétablir
-(octobre 1381, mars 1382). À la seconde tentative, il prit de grandes
-précautions. Il fit mettre les recettes à l'encan, mais à huis clos dans
-l'enceinte du Châtelet. Il y avait des gens assez hardis pour acheter,
-personne qui osât crier le rétablissement des impôts. Pourtant, à force
-d'argent, on trouva un homme déterminé, qui vint à cheval dans la halle,
-et cria d'abord, pour amasser la foule: «Argenterie du roi volée!
-Récompense à qui la rendra!» Puis, quand tout le monde écouta, il piqua
-des deux, en criant que le lendemain on aurait à payer l'impôt.</p>
-
-<p>Le lendemain, un des collecteurs se hasarda à demander un sol à une
-femme qui vendait du cresson<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18" title="Go to footnote 18"><span class="smaller">[18]</span></a>; il fut assommé. L'alarme fut si
-terrible, que l'évêque, les principaux bourgeois, le prévôt même
-<span class="pagenum"><a id="page15" name="page15"></a>(p. 15)</span> qui devait mettre l'ordre, se sauvèrent de Paris. Les furieux
+baptiser. Ce fut ce qui le perdit. L'Université l'accusa devant
+l'évêque. Un siècle plus tôt, il eût été brûlé. Il en fut quitte pour
+l'amende honorable et la pénitence <em>perpétuelle</em>, qui ne dura guère.</p>
+
+<p>Abolir les impôts établis depuis Philippe-le-Bel, c'eût été supprimer le
+gouvernement. Par deux fois, le duc d'Anjou essaya de les rétablir
+(octobre 1381, mars 1382). À la seconde tentative, il prit de grandes
+précautions. Il fit mettre les recettes à l'encan, mais à huis clos dans
+l'enceinte du Châtelet. Il y avait des gens assez hardis pour acheter,
+personne qui osât crier le rétablissement des impôts. Pourtant, à force
+d'argent, on trouva un homme déterminé, qui vint à cheval dans la halle,
+et cria d'abord, pour amasser la foule: «Argenterie du roi volée!
+Récompense à qui la rendra!» Puis, quand tout le monde écouta, il piqua
+des deux, en criant que le lendemain on aurait à payer l'impôt.</p>
+
+<p>Le lendemain, un des collecteurs se hasarda à demander un sol à une
+femme qui vendait du cresson<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18" title="Go to footnote 18"><span class="smaller">[18]</span></a>; il fut assommé. L'alarme fut si
+terrible, que l'évêque, les principaux bourgeois, le prévôt même
+<span class="pagenum"><a id="page15" name="page15"></a>(p. 15)</span> qui devait mettre l'ordre, se sauvèrent de Paris. Les furieux
couraient toute la ville avec des maillets tout neufs qu'ils avaient
-pris à l'arsenal. Ils les essayèrent sur la tête des collecteurs. L'un
-d'eux s'était réfugié à Saint-Jacques, et tenait la Vierge embrassée; il
-fut égorgé sur l'autel (1<sup>er</sup> mars 1382). Ils pillèrent les maisons des
-morts; puis, sous prétexte qu'il y avait des collecteurs ou des juifs
-dans Saint-Germain-des-Prés, ils forcèrent et pillèrent la riche abbaye.
-Ces gens, qui violaient les monastères et les églises, respectèrent le
+pris à l'arsenal. Ils les essayèrent sur la tête des collecteurs. L'un
+d'eux s'était réfugié à Saint-Jacques, et tenait la Vierge embrassée; il
+fut égorgé sur l'autel (1<sup>er</sup> mars 1382). Ils pillèrent les maisons des
+morts; puis, sous prétexte qu'il y avait des collecteurs ou des juifs
+dans Saint-Germain-des-Prés, ils forcèrent et pillèrent la riche abbaye.
+Ces gens, qui violaient les monastères et les églises, respectèrent le
palais du roi.</p>
-<p>Ayant forcé le Châtelet, ils y trouvèrent Aubriot, le délivrèrent, et le
-prirent pour capitaine. Mais l'ancien prévôt était trop avisé pour
-rester avec eux. La nuit se passa à boire, et le matin, ils trouvèrent
-que leur capitaine s'était sauvé. Le seul homme qui leur tint tête et
-gagna quelque chose sur eux, c'était le vieux Jean Desmarets, avocat
-général. Ce bonhomme, qu'on aimait beaucoup dans la ville, empêcha bien
-d'autres excès. Sans lui, ils auraient détruit le pont de Charenton.</p>
+<p>Ayant forcé le Châtelet, ils y trouvèrent Aubriot, le délivrèrent, et le
+prirent pour capitaine. Mais l'ancien prévôt était trop avisé pour
+rester avec eux. La nuit se passa à boire, et le matin, ils trouvèrent
+que leur capitaine s'était sauvé. Le seul homme qui leur tint tête et
+gagna quelque chose sur eux, c'était le vieux Jean Desmarets, avocat
+général. Ce bonhomme, qu'on aimait beaucoup dans la ville, empêcha bien
+d'autres excès. Sans lui, ils auraient détruit le pont de Charenton.</p>
-<p>Rouen s'était soulevé avant Paris, et se soumit avant. Paris commença à
-s'alarmer. L'Université, le bon vieux Desmarets, intercédèrent pour la
+<p>Rouen s'était soulevé avant Paris, et se soumit avant. Paris commença à
+s'alarmer. L'Université, le bon vieux Desmarets, intercédèrent pour la
ville. Ils obtinrent une amnistie pour tous, sauf quelques-uns des plus
-notés, que l'on fit tout doucement jeter, la nuit, à la rivière.
-Cependant, il n'y avait pas moyen de parler d'impôt aux Parisiens. Les
-princes assemblèrent à Compiègne les députés de plusieurs autres villes
-de France (mi-avril 1382). Ces députés demandèrent <span class="pagenum"><a id="page16" name="page16"></a>(p. 16)</span> à consulter
+notés, que l'on fit tout doucement jeter, la nuit, à la rivière.
+Cependant, il n'y avait pas moyen de parler d'impôt aux Parisiens. Les
+princes assemblèrent à Compiègne les députés de plusieurs autres villes
+de France (mi-avril 1382). Ces députés demandèrent <span class="pagenum"><a id="page16" name="page16"></a>(p. 16)</span> à consulter
leurs villes, et les villes ne voulurent rien entendre<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19" title="Go to footnote 19"><span class="smaller">[19]</span></a>. Il fallut
-que les princes cédassent. Ils vendirent aux Parisiens la paix pour cent
+que les princes cédassent. Ils vendirent aux Parisiens la paix pour cent
mille francs.</p>
-<p>Ce qui brusqua l'arrangement, c'est que le régent était forcé de partir;
-il ne pouvait plus différer son expédition d'Italie. La reine Jeanne de
-Naples, menacée par son cousin Charles de Duras, avait adopté Louis
+<p>Ce qui brusqua l'arrangement, c'est que le régent était forcé de partir;
+il ne pouvait plus différer son expédition d'Italie. La reine Jeanne de
+Naples, menacée par son cousin Charles de Duras, avait adopté Louis
d'Anjou, et l'appelait depuis deux ans<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20" title="Go to footnote 20"><span class="smaller">[20]</span></a>. Mais, tant qu'il avait eu
-quelque chose à prendre dans le royaume, il n'avait pu se décider à se
-mettre en route. Il avait employé ces deux ans à piller la France et
-l'Église de France. Le pape d'Avignon, espérant qu'il le déferait de son
-adversaire de Rome, lui avait livré non seulement tout ce que le
-Saint-Siège pouvait recevoir, mais tout ce qu'il pourrait emprunter,
+quelque chose à prendre dans le royaume, il n'avait pu se décider à se
+mettre en route. Il avait employé ces deux ans à piller la France et
+l'Église de France. Le pape d'Avignon, espérant qu'il le déferait de son
+adversaire de Rome, lui avait livré non seulement tout ce que le
+Saint-Siège pouvait recevoir, mais tout ce qu'il pourrait emprunter,
engageant, de plus, en garantie de ces emprunts, toutes les terres de
-l'Église<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21" title="Go to footnote 21"><span class="smaller">[21]</span></a>. Pour lever cet argent, le duc d'Anjou avait mis partout
-chez les gens d'Église des sergents royaux, des garnisaires, des
-<em>mangeurs</em>, comme on disait. Ils en étaient réduits à vendre les livres
-de leurs églises, les ornements, les calices, jusqu'aux tuiles de leurs
+l'Église<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21" title="Go to footnote 21"><span class="smaller">[21]</span></a>. Pour lever cet argent, le duc d'Anjou avait mis partout
+chez les gens d'Église des sergents royaux, des garnisaires, des
+<em>mangeurs</em>, comme on disait. Ils en étaient réduits à vendre les livres
+de leurs églises, les ornements, les calices, jusqu'aux tuiles de leurs
toits.</p>
-<p>Le duc d'Anjou partit enfin, tout chargé d'argent et de malédictions
-(fin avril 1382). Il partit lorsqu'il n'était plus temps de secourir la
-reine Jeanne. La malheureuse, fascinée par la terreur, affaissée par
-l'âge ou par le souvenir de son crime, avait attendu <span class="pagenum"><a id="page17" name="page17"></a>(p. 17)</span> son
-ennemi. Elle était déjà prisonnière, lorsqu'elle eut la douleur de voir
-enfin devant Naples la flotte provençale, qui l'eût sauvée quelques
-jours plus tôt. La flotte parut dans les premiers jours de mai. Le 12,
-Jeanne fut étouffée sous un matelas.</p>
+<p>Le duc d'Anjou partit enfin, tout chargé d'argent et de malédictions
+(fin avril 1382). Il partit lorsqu'il n'était plus temps de secourir la
+reine Jeanne. La malheureuse, fascinée par la terreur, affaissée par
+l'âge ou par le souvenir de son crime, avait attendu <span class="pagenum"><a id="page17" name="page17"></a>(p. 17)</span> son
+ennemi. Elle était déjà prisonnière, lorsqu'elle eut la douleur de voir
+enfin devant Naples la flotte provençale, qui l'eût sauvée quelques
+jours plus tôt. La flotte parut dans les premiers jours de mai. Le 12,
+Jeanne fut étouffée sous un matelas.</p>
-<p>Louis d'Anjou, qui se souciait peu de venger sa mère adoptive, avait
+<p>Louis d'Anjou, qui se souciait peu de venger sa mère adoptive, avait
envie de rester en Provence, et de recueillir ainsi le plus liquide de
la succession; le pape le poussa en Italie. Il semblait, en effet,
-honteux de ne rien faire avec une telle armée, une telle masse d'argent.
-Tout cela ne servit à rien. Louis d'Anjou n'eut même pas la consolation
+honteux de ne rien faire avec une telle armée, une telle masse d'argent.
+Tout cela ne servit à rien. Louis d'Anjou n'eut même pas la consolation
de voir son ennemi. Charles de Duras s'enferma dans les places, et
laissa faire le climat, la famine, la haine du peuple. Louis d'Anjou le
-défia par dix fois. Au bout de quelques mois, l'armée, l'argent, tout
-était perdu. Les nobles coursiers de bataille étaient morts de faim; les
-plus fiers chevaliers étaient montés sur des ânes. Le duc avait vendu
-toute sa vaisselle, tous ses joyaux, jusqu'à sa couronne. Il n'avait sur
-sa cuirasse qu'une méchante toile peinte. Il mourut de la fièvre à Bari.
+défia par dix fois. Au bout de quelques mois, l'armée, l'argent, tout
+était perdu. Les nobles coursiers de bataille étaient morts de faim; les
+plus fiers chevaliers étaient montés sur des ânes. Le duc avait vendu
+toute sa vaisselle, tous ses joyaux, jusqu'à sa couronne. Il n'avait sur
+sa cuirasse qu'une méchante toile peinte. Il mourut de la fièvre à Bari.
Les autres revinrent comme ils purent, en mendiant, ou ne revinrent pas
(1384).</p>
-<p>Des trois oncles de Charles VI, l'aîné, le duc d'Anjou, alla ainsi se
-perdre à la recherche d'une royauté d'Italie. Le second, le duc de
-Berri, s'en était fait une en France, gouvernant d'une manière absolue
-le Languedoc et la Guyenne, et ne se mêlant pas du reste. Le troisième,
-le duc de Bourgogne, débarrassé des deux autres, put faire ce qu'il
-voulait <span class="pagenum"><a id="page18" name="page18"></a>(p. 18)</span> du roi et du royaume. La Flandre était son héritage,
+<p>Des trois oncles de Charles VI, l'aîné, le duc d'Anjou, alla ainsi se
+perdre à la recherche d'une royauté d'Italie. Le second, le duc de
+Berri, s'en était fait une en France, gouvernant d'une manière absolue
+le Languedoc et la Guyenne, et ne se mêlant pas du reste. Le troisième,
+le duc de Bourgogne, débarrassé des deux autres, put faire ce qu'il
+voulait <span class="pagenum"><a id="page18" name="page18"></a>(p. 18)</span> du roi et du royaume. La Flandre était son héritage,
celui de sa femme; il mena le roi en Flandre, pour y terminer une
-révolution qui mettait ses espérances en danger.</p>
+révolution qui mettait ses espérances en danger.</p>
-<p>Il y avait alors une grande émotion dans toute la chrétienté. Il
-semblait qu'une guerre universelle commençât, des petits contre les
-grands. En Languedoc, les paysans, furieux de misère, faisaient main
-basse sur les nobles et sur les prêtres, tuant sans pitié tous ceux qui
+<p>Il y avait alors une grande émotion dans toute la chrétienté. Il
+semblait qu'une guerre universelle commençât, des petits contre les
+grands. En Languedoc, les paysans, furieux de misère, faisaient main
+basse sur les nobles et sur les prêtres, tuant sans pitié tous ceux qui
n'avaient pas les mains dures et calleuses, comme eux; leur chef
-s'appelait Pierre de La Bruyère<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22" title="Go to footnote 22"><span class="smaller">[22]</span></a>. Les chaperons blancs de Flandre
+s'appelait Pierre de La Bruyère<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22" title="Go to footnote 22"><span class="smaller">[22]</span></a>. Les chaperons blancs de Flandre
suivaient un bourgeois de Gand; les ciompi de Florence, un cardeur de
-laine; les compagnons de Rouen avaient fait roi, bon gré mal gré, un
-drapier, «un gros homme, pauvre d'esprit<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23" title="Go to footnote 23"><span class="smaller">[23]</span></a>». En Angleterre, un
-couvreur menait le peuple à Londres, et dictait au roi
-l'affranchissement général des serfs.</p>
-
-<p>L'effroi était grand. Les gentilshommes, attaqués partout en même temps,
-ne savaient à qui entendre. «L'on craignoit, dit Froissart, que toute
-gentillesse ne pérît.» Dans tout cela, pourtant, il n'y avait nul
-concert, nul ensemble. Quoique les maillotins de Paris eussent essayé de
+laine; les compagnons de Rouen avaient fait roi, bon gré mal gré, un
+drapier, «un gros homme, pauvre d'esprit<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23" title="Go to footnote 23"><span class="smaller">[23]</span></a>». En Angleterre, un
+couvreur menait le peuple à Londres, et dictait au roi
+l'affranchissement général des serfs.</p>
+
+<p>L'effroi était grand. Les gentilshommes, attaqués partout en même temps,
+ne savaient à qui entendre. «L'on craignoit, dit Froissart, que toute
+gentillesse ne pérît.» Dans tout cela, pourtant, il n'y avait nul
+concert, nul ensemble. Quoique les maillotins de Paris eussent essayé de
correspondre avec les blancs chaperons de Flandre<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24" title="Go to footnote 24"><span class="smaller">[24]</span></a>, tous ces
-mouvements, analogues <span class="pagenum"><a id="page19" name="page19"></a>(p. 19)</span> en apparence, procédaient de causes au
-fond si différentes qu'ils ne pouvaient s'accorder, et devaient être
-tous comprimés isolément.</p>
+mouvements, analogues <span class="pagenum"><a id="page19" name="page19"></a>(p. 19)</span> en apparence, procédaient de causes au
+fond si différentes qu'ils ne pouvaient s'accorder, et devaient être
+tous comprimés isolément.</p>
-<p>En Flandre, par exemple, la domination d'un comte français, ses
-exactions, ses violences, avaient décidé la crise; mais il y avait un
-mal plus grave encore, plus profond, la rivalité des villes de Gand et
+<p>En Flandre, par exemple, la domination d'un comte français, ses
+exactions, ses violences, avaient décidé la crise; mais il y avait un
+mal plus grave encore, plus profond, la rivalité des villes de Gand et
de Bruges<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25" title="Go to footnote 25"><span class="smaller">[25]</span></a>, leur tyrannie sur les petites villes et sur les
-campagnes. La guerre avait commencé par l'imprudence du comte, qui, pour
-faire de l'argent, vendit à ceux de Bruges le droit de faire passer la
-Lys dans leur canal, au préjudice de Gand. Cette grosse ville de Bruges,
-alors le premier comptoir de la chrétienté, avait étendu autour d'elle
-un monopole impitoyable. Elle empêchait les ports d'avoir des entrepôts,
-les campagnes de fabriquer<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26" title="Go to footnote 26"><span class="smaller">[26]</span></a>; elle avait établi sa domination sur
-vingt-quatre villes voisines. Elle ne put prévaloir sur Gand. Celle-ci,
-bien mieux située, au rayonnement des fleuves et des canaux, était
-d'ailleurs plus peuplée, et d'un peuple violent, prompt à tirer le
-couteau. Les Gantais tombèrent sur ceux de Bruges, qui détournèrent leur
-fleuve, tuèrent le bailli du comte, brûlèrent son château, Ypres,
-Courtrai se laissèrent entraîner par eux. Liège, Bruxelles, la Hollande
-même, les encourageaient, et regrettaient d'être si loin<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27" title="Go to footnote 27"><span class="smaller">[27]</span></a>. Liège leur
+campagnes. La guerre avait commencé par l'imprudence du comte, qui, pour
+faire de l'argent, vendit à ceux de Bruges le droit de faire passer la
+Lys dans leur canal, au préjudice de Gand. Cette grosse ville de Bruges,
+alors le premier comptoir de la chrétienté, avait étendu autour d'elle
+un monopole impitoyable. Elle empêchait les ports d'avoir des entrepôts,
+les campagnes de fabriquer<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26" title="Go to footnote 26"><span class="smaller">[26]</span></a>; elle avait établi sa domination sur
+vingt-quatre villes voisines. Elle ne put prévaloir sur Gand. Celle-ci,
+bien mieux située, au rayonnement des fleuves et des canaux, était
+d'ailleurs plus peuplée, et d'un peuple violent, prompt à tirer le
+couteau. Les Gantais tombèrent sur ceux de Bruges, qui détournèrent leur
+fleuve, tuèrent le bailli du comte, brûlèrent son château, Ypres,
+Courtrai se laissèrent entraîner par eux. Liège, Bruxelles, la Hollande
+même, les encourageaient, et regrettaient d'être si loin<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27" title="Go to footnote 27"><span class="smaller">[27]</span></a>. Liège leur
envoya six cents charrettes de farine.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page20" name="page20"></a>(p. 20)</span> Gand ne manqua pas d'habiles meneurs. Plus on en tuait, plus il
s'en trouvait. Le premier, Jean Hyoens, qui dirigea le mouvement, fut
-empoisonné; le second, décapité en trahison. Pierre Dubois, un
-domestique d'Hyoens, succéda; et voyant les affaires aller mal, il
-décida les Gantais, pour agir avec plus d'unité, à faire un tyran<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28" title="Go to footnote 28"><span class="smaller">[28]</span></a>.
+empoisonné; le second, décapité en trahison. Pierre Dubois, un
+domestique d'Hyoens, succéda; et voyant les affaires aller mal, il
+décida les Gantais, pour agir avec plus d'unité, à faire un tyran<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28" title="Go to footnote 28"><span class="smaller">[28]</span></a>.
Ce fut Philippe Artevelde, fils du fameux Jacquemart, sinon aussi
-habile, du moins aussi hardi que son père. Assiégé, sans secours, sans
+habile, du moins aussi hardi que son père. Assiégé, sans secours, sans
vivres, il prend ce qui restait, cinq charrettes de pain, deux de vin;
-avec cinq mille Gantais, il marche droit à Bruges, où était le comte.
-Les Brugeois, qui se voyaient quarante mille, sortent fièrement, et se
+avec cinq mille Gantais, il marche droit à Bruges, où était le comte.
+Les Brugeois, qui se voyaient quarante mille, sortent fièrement, et se
sauvent aux premiers coups. Les Gantais entrent dans la ville avec les
-fuyards, pillent, tuent, surtout les gens des gros métiers<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29" title="Go to footnote 29"><span class="smaller">[29]</span></a>. Le comte
-échappa en se cachant dans le lit d'une vieille femme (3 mai 1382).</p>
-
-<p>Le duc de Bourgogne, gendre et héritier du comté de Flandres n'eut pas
-de peine à faire croire au jeune roi que la noblesse était déshonorée,
-si on laissait l'avantage à de tels ribauds. Ils avaient d'ailleurs
-couru le pays de Tournai, qui était terre de France. Une guerre en
-Flandre, dans ce riche pays, était une fête pour les gens de guerre; il
-vint à l'armée tout un peuple de Bourguignons, de Normands, de
-Bretons<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30" title="Go to footnote 30"><span class="smaller">[30]</span></a>. Ypres eut peur; la peur gagna, les villes se livrèrent.
-<span class="pagenum"><a id="page21" name="page21"></a>(p. 21)</span> Les pillards n'eurent qu'à prendre; draps, toiles, coutils,
-vaisselle plate, ils vendaient, emballaient; expédiaient chez eux.</p>
-
-<p>Les Gantais, ne pouvant compter sur personne<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31" title="Go to footnote 31"><span class="smaller">[31]</span></a>, réduits à leurs
+fuyards, pillent, tuent, surtout les gens des gros métiers<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29" title="Go to footnote 29"><span class="smaller">[29]</span></a>. Le comte
+échappa en se cachant dans le lit d'une vieille femme (3 mai 1382).</p>
+
+<p>Le duc de Bourgogne, gendre et héritier du comté de Flandres n'eut pas
+de peine à faire croire au jeune roi que la noblesse était déshonorée,
+si on laissait l'avantage à de tels ribauds. Ils avaient d'ailleurs
+couru le pays de Tournai, qui était terre de France. Une guerre en
+Flandre, dans ce riche pays, était une fête pour les gens de guerre; il
+vint à l'armée tout un peuple de Bourguignons, de Normands, de
+Bretons<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30" title="Go to footnote 30"><span class="smaller">[30]</span></a>. Ypres eut peur; la peur gagna, les villes se livrèrent.
+<span class="pagenum"><a id="page21" name="page21"></a>(p. 21)</span> Les pillards n'eurent qu'à prendre; draps, toiles, coutils,
+vaisselle plate, ils vendaient, emballaient; expédiaient chez eux.</p>
+
+<p>Les Gantais, ne pouvant compter sur personne<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31" title="Go to footnote 31"><span class="smaller">[31]</span></a>, réduits à leurs
milices, n'ayant presque point de gentilshommes avec eux, partant, point
-de cavalerie, se tinrent à leur ordinaire en un gros bataillon. Leur
-position était bonne (Roosebeke près Courtrai), mais la saison devenait
-dure (27 novembre 1382). Ils avaient hâte de retrouver leurs poêles.
-D'ailleurs, les défections commençaient; le sire de Herzele, un de leurs
-chefs, les avait quittés. Ils forcèrent Artevelde de les mener au
+de cavalerie, se tinrent à leur ordinaire en un gros bataillon. Leur
+position était bonne (Roosebeke près Courtrai), mais la saison devenait
+dure (27 novembre 1382). Ils avaient hâte de retrouver leurs poêles.
+D'ailleurs, les défections commençaient; le sire de Herzele, un de leurs
+chefs, les avait quittés. Ils forcèrent Artevelde de les mener au
combat.</p>
-<p>Pour être sûrs de charger avec ensemble, et de ne pas être séparés par
-la gendarmerie, ils s'étaient liés les uns aux autres. La masse avançait
-en silence, toute hérissée d'épieux qu'ils poussaient vigoureusement de
-l'épaule et de la poitrine. Plus ils avançaient, plus ils s'enfonçaient
-entre les lances des gens d'armes qui les débordaient de droite et de
-gauche. Peu à peu, ceux-ci se rapprochèrent. Les lances étant plus
-longues que les épieux, les Flamands étaient atteints sans pouvoir
+<p>Pour être sûrs de charger avec ensemble, et de ne pas être séparés par
+la gendarmerie, ils s'étaient liés les uns aux autres. La masse avançait
+en silence, toute hérissée d'épieux qu'ils poussaient vigoureusement de
+l'épaule et de la poitrine. Plus ils avançaient, plus ils s'enfonçaient
+entre les lances des gens d'armes qui les débordaient de droite et de
+gauche. Peu à peu, ceux-ci se rapprochèrent. Les lances étant plus
+longues que les épieux, les Flamands étaient atteints sans pouvoir
atteindre. Le premier rang recula sur le second; le bataillon alla se
-serrant; une lente et terrible pression s'opéra sur la masse; cette
-force énorme se refoula cruellement contre elle-même. Le sang ne
-coulait <span class="pagenum"><a id="page22" name="page22"></a>(p. 22)</span> qu'aux extrémités; le centre étouffait. Ce n'était point
-le tumulte ordinaire d'une bataille, mais les cris inarticulés de gens
-qui perdaient haleine, les sourds gémissements, le râle des poitrines
+serrant; une lente et terrible pression s'opéra sur la masse; cette
+force énorme se refoula cruellement contre elle-même. Le sang ne
+coulait <span class="pagenum"><a id="page22" name="page22"></a>(p. 22)</span> qu'aux extrémités; le centre étouffait. Ce n'était point
+le tumulte ordinaire d'une bataille, mais les cris inarticulés de gens
+qui perdaient haleine, les sourds gémissements, le râle des poitrines
qui craquaient<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href="#footnote32" title="Go to footnote 32"><span class="smaller">[32]</span></a>.</p>
-<p>Les oncles du roi, qui l'avaient tenu hors de l'action et à cheval,
-l'amenèrent ensuite sur la place, et lui montrèrent tout. Ce champ était
-hideux à voir; c'était un entassement de plusieurs milliers d'hommes
-étouffés. Ils lui dirent que c'était lui qui avait gagné la bataille,
-puisqu'il en avait donné l'ordre et le signal. On avait remarqué
-d'ailleurs qu'au moment où le roi fit déployer l'oriflamme, le soleil se
-leva, après cinq jours d'obscurité et de brouillard.</p>
-
-<p>Contempler ce terrible spectacle, croire que c'était lui qui avait fait
-tout cela, éprouver, parmi les répugnances de la nature, la joie contre
-nature de cet immense meurtre, c'était de quoi troubler profondément un
-jeune esprit. Le duc de Bourgogne put bientôt s'en apercevoir, à son
-propre dommage. Lorsqu'il ramena à Courtrai son jeune roi, le c&oelig;ur
+<p>Les oncles du roi, qui l'avaient tenu hors de l'action et à cheval,
+l'amenèrent ensuite sur la place, et lui montrèrent tout. Ce champ était
+hideux à voir; c'était un entassement de plusieurs milliers d'hommes
+étouffés. Ils lui dirent que c'était lui qui avait gagné la bataille,
+puisqu'il en avait donné l'ordre et le signal. On avait remarqué
+d'ailleurs qu'au moment où le roi fit déployer l'oriflamme, le soleil se
+leva, après cinq jours d'obscurité et de brouillard.</p>
+
+<p>Contempler ce terrible spectacle, croire que c'était lui qui avait fait
+tout cela, éprouver, parmi les répugnances de la nature, la joie contre
+nature de cet immense meurtre, c'était de quoi troubler profondément un
+jeune esprit. Le duc de Bourgogne put bientôt s'en apercevoir, à son
+propre dommage. Lorsqu'il ramena à Courtrai son jeune roi, le c&oelig;ur
ivre de sang, quelqu'un ayant eu l'imprudence de lui parler des cinq
-cents éperons français qu'on y gardait depuis la défaite de
-Philippe-le-Bel, il ordonna qu'on mît la ville à sac et qu'on la brûlât.</p>
-
-<p>Le roi, ainsi animé, voulait pousser la guerre, aller jusqu'à Gand,
-l'assiéger; mais la ville était en défense. Le mois de décembre était
-venu; il pleuvait toujours. Les princes aimèrent mieux faire la guerre
-aux Parisiens soumis qu'aux Flamands armés. Paris était ému <span class="pagenum"><a id="page23" name="page23"></a>(p. 23)</span>
-encore, mais disposé à obéir. L'avocat général Desmarets avait eu
+cents éperons français qu'on y gardait depuis la défaite de
+Philippe-le-Bel, il ordonna qu'on mît la ville à sac et qu'on la brûlât.</p>
+
+<p>Le roi, ainsi animé, voulait pousser la guerre, aller jusqu'à Gand,
+l'assiéger; mais la ville était en défense. Le mois de décembre était
+venu; il pleuvait toujours. Les princes aimèrent mieux faire la guerre
+aux Parisiens soumis qu'aux Flamands armés. Paris était ému <span class="pagenum"><a id="page23" name="page23"></a>(p. 23)</span>
+encore, mais disposé à obéir. L'avocat général Desmarets avait eu
l'adresse de tout contenir, donnant de bonnes paroles, promettant plus
qu'il ne pouvait, trahissant vertueusement les deux partis, comme font
-les modérés. Lorsque le roi arriva, les bourgeois, pour, le mieux,
-fêter, crurent faire une belle chose en se mettant en bataille.
-Peut-être aussi espéraient-ils, en montrant ainsi leur nombre, obtenir
-de meilleures conditions. Ils s'étalèrent devant Montmartre en longues
-files; il y avait un corps d'arbalétriers, un corps armé de boucliers et
-d'épées, un autre armé de maillets; ces maillotins, à eux seuls, étaient
+les modérés. Lorsque le roi arriva, les bourgeois, pour, le mieux,
+fêter, crurent faire une belle chose en se mettant en bataille.
+Peut-être aussi espéraient-ils, en montrant ainsi leur nombre, obtenir
+de meilleures conditions. Ils s'étalèrent devant Montmartre en longues
+files; il y avait un corps d'arbalétriers, un corps armé de boucliers et
+d'épées, un autre armé de maillets; ces maillotins, à eux seuls, étaient
vingt mille hommes<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a href="#footnote33" title="Go to footnote 33"><span class="smaller">[33]</span></a>.</p>
-<p>Ce spectacle ne fit pas l'impression qu'ils espéraient. La noblesse, qui
+<p>Ce spectacle ne fit pas l'impression qu'ils espéraient. La noblesse, qui
menait le roi, revenait bouffie de sa victoire de Roosebeke. Les gens
-d'armes commencèrent par jeter bas les barrières; puis on arracha les
-portes même de leurs gonds; on les renversa sur la <em>chaussée du roi</em>;
+d'armes commencèrent par jeter bas les barrières; puis on arracha les
+portes même de leurs gonds; on les renversa sur la <em>chaussée du roi</em>;
les princes, toute cette noblesse, eurent la satisfaction de marcher sur
-les portes de Paris<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34" title="Go to footnote 34"><span class="smaller">[34]</span></a>. Ils continuèrent en vainqueurs jusqu'à
-Notre-Dame. Le jeune roi, bien dressé à faire son personnage,
+les portes de Paris<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34" title="Go to footnote 34"><span class="smaller">[34]</span></a>. Ils continuèrent en vainqueurs jusqu'à
+Notre-Dame. Le jeune roi, bien dressé à faire son personnage,
chevauchait la lance sur la cuisse, ne disant rien, ne saluant personne,
majestueux et terrible.</p>
<p>Le soldat logea militairement chez le bourgeois. On cria que tous
-eussent à porter leurs armes au Palais ou au Louvre. Ils en portèrent
+eussent à porter leurs armes au Palais ou au Louvre. Ils en portèrent
tant, dans leur peur, qu'il s'en trouvait, disait-on, de quoi armer
-huit cent <span class="pagenum"><a id="page24" name="page24"></a>(p. 24)</span> mille hommes<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35" title="Go to footnote 35"><span class="smaller">[35]</span></a>. La ville désarmée, on résolut de la
+huit cent <span class="pagenum"><a id="page24" name="page24"></a>(p. 24)</span> mille hommes<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35" title="Go to footnote 35"><span class="smaller">[35]</span></a>. La ville désarmée, on résolut de la
serrer entre deux forts; on acheva la Bastille Saint-Antoine, et l'on
-bâtit au Louvre une grosse tour qui plongeait dans l'eau; on croyait
-qu'une fois pris dans cet étau; Paris ne pourrait plus bouger.</p>
+bâtit au Louvre une grosse tour qui plongeait dans l'eau; on croyait
+qu'une fois pris dans cet étau; Paris ne pourrait plus bouger.</p>
-<p>Alors commencèrent les exécutions. On mit à mort les plus notés, les
-violents<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36" title="Go to footnote 36"><span class="smaller">[36]</span></a>; puis d'honnêtes gens qui les avaient contenus et qui
+<p>Alors commencèrent les exécutions. On mit à mort les plus notés, les
+violents<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36" title="Go to footnote 36"><span class="smaller">[36]</span></a>; puis d'honnêtes gens qui les avaient contenus et qui
avaient rendu les plus grands services, comme le pauvre Desmarets<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37" title="Go to footnote 37"><span class="smaller">[37]</span></a>.
-On ne lui pardonna pas de s'être mis entre le roi et la ville. Après
-quelques jours d'exécutions et de terreur, on arrangea une scène de
-clémence. L'Université, la vieille duchesse d'Orléans, avaient déjà
-demandé grâce; mais le duc de Berri avait répondu que tous les bourgeois
-méritaient la mort. Enfin on dressa, au plus haut des degrés du Palais,
-une tente magnifique, où le jeune roi siégea avec ses oncles et les
+On ne lui pardonna pas de s'être mis entre le roi et la ville. Après
+quelques jours d'exécutions et de terreur, on arrangea une scène de
+clémence. L'Université, la vieille duchesse d'Orléans, avaient déjà
+demandé grâce; mais le duc de Berri avait répondu que tous les bourgeois
+méritaient la mort. Enfin on dressa, au plus haut des degrés du Palais,
+une tente magnifique, où le jeune roi siégea avec ses oncles et les
hauts barons. La foule suppliante remplissait la cour. Le chancelier
-énuméra tous les crimes des Parisiens depuis le roi Jean, maudit leur
-trahison, et demanda quels supplices ils n'avaient pas mérités. Les
-malheureux voyaient déjà la foudre tomber et baissaient les épaules; ce
-n'était que cris, des femmes surtout qui avaient leurs <span class="pagenum"><a id="page25" name="page25"></a>(p. 25)</span> maris en
-prison: elles pleuraient et sanglotaient. Les oncles du roi, son frère,
-furent touchés; ils se jetèrent à ses pieds, comme il était convenu, et
-demandèrent que la peine de mort fût commuée en amende.</p>
-
-<p>L'effet était produit; la peur ouvrit les bourses. Tout ce qui avait eu
-charge, tout ce qui était riche ou aisé, fut mandé, taxé à de grosses
-sommes, à trois mille, à six mille, à huit mille francs. Plusieurs
-payèrent plus qu'ils n'avaient. Lorsqu'on crut ne pouvoir plus rien
-tirer, on publia à son de trompe que désormais on aurait à payer les
-anciens impôts, encore augmentés; on mit une surcharge de douze deniers
+énuméra tous les crimes des Parisiens depuis le roi Jean, maudit leur
+trahison, et demanda quels supplices ils n'avaient pas mérités. Les
+malheureux voyaient déjà la foudre tomber et baissaient les épaules; ce
+n'était que cris, des femmes surtout qui avaient leurs <span class="pagenum"><a id="page25" name="page25"></a>(p. 25)</span> maris en
+prison: elles pleuraient et sanglotaient. Les oncles du roi, son frère,
+furent touchés; ils se jetèrent à ses pieds, comme il était convenu, et
+demandèrent que la peine de mort fût commuée en amende.</p>
+
+<p>L'effet était produit; la peur ouvrit les bourses. Tout ce qui avait eu
+charge, tout ce qui était riche ou aisé, fut mandé, taxé à de grosses
+sommes, à trois mille, à six mille, à huit mille francs. Plusieurs
+payèrent plus qu'ils n'avaient. Lorsqu'on crut ne pouvoir plus rien
+tirer, on publia à son de trompe que désormais on aurait à payer les
+anciens impôts, encore augmentés; on mit une surcharge de douze deniers
sur toute marchandise vendue. La ville ne pouvait rien dire; il n'y
-avait plus de ville, plus de prévôt, plus d'échevins, plus de commune de
-Paris<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38" title="Go to footnote 38"><span class="smaller">[38]</span></a>. Les chaînes des rues furent portées à Vincennes. Les portes
-restèrent ouvertes de nuit et de jour.</p>
+avait plus de ville, plus de prévôt, plus d'échevins, plus de commune de
+Paris<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38" title="Go to footnote 38"><span class="smaller">[38]</span></a>. Les chaînes des rues furent portées à Vincennes. Les portes
+restèrent ouvertes de nuit et de jour.</p>
-<p>On traita à peu près de même Rouen<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39" title="Go to footnote 39"><span class="smaller">[39]</span></a>, Reims, Châlons, Troyes, Orléans
-et Sens; elles furent aussi rançonnées. La meilleure partie de cet
-argent, si rudement extorqué, alla finalement se perdre dans les poches
+<p>On traita à peu près de même Rouen<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39" title="Go to footnote 39"><span class="smaller">[39]</span></a>, Reims, Châlons, Troyes, Orléans
+et Sens; elles furent aussi rançonnées. La meilleure partie de cet
+argent, si rudement extorqué, alla finalement se perdre dans les poches
de quelques seigneurs. Il n'en resta pas grand'chose<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40" title="Go to footnote 40"><span class="smaller">[40]</span></a>. Ce qui resta,
ce fut l'outrecuidance de cette noblesse qui croyait avoir vaincu la
-Flandre et la France; ce fut l'infatuation du jeune roi, désormais tout
-prêt à toutes sottises, la tête à jamais brouillée par ses triomphes de
-Paris et de Roosebeke, et lancé à pleine course dans le grand chemin de
+Flandre et la France; ce fut l'infatuation du jeune roi, désormais tout
+prêt à toutes sottises, la tête à jamais brouillée par ses triomphes de
+Paris et de Roosebeke, et lancé à pleine course dans le grand chemin de
la folie.</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page26" name="page26"></a>(p. 26)</span> CHAPITRE II</h3>
<p class="chaptitle">Jeunesse de Charles VI (1384-1391).</p>
-<p>La Flandre, qu'on disait vaincue, domptée, l'était si peu qu'il y fallut
+<p>La Flandre, qu'on disait vaincue, domptée, l'était si peu qu'il y fallut
encore deux campagnes, et pour finir par accorder aux Flamands tout ce
-qu'on leur avait refusé d'abord.</p>
+qu'on leur avait refusé d'abord.</p>
-<p>Cette pauvre Flandre était pillée à la fois par les Français, ses
-ennemis et, par les Anglais, ses amis. Ceux-ci, irrités du succès des
-Français à Roosebeke, préparèrent une croisade contre eux comme
-schismatiques et partisans du pape d'Avignon. Cette croisade, dirigée,
+<p>Cette pauvre Flandre était pillée à la fois par les Français, ses
+ennemis et, par les Anglais, ses amis. Ceux-ci, irrités du succès des
+Français à Roosebeke, préparèrent une croisade contre eux comme
+schismatiques et partisans du pape d'Avignon. Cette croisade, dirigée,
disait-on, contre la Picardie, tomba sur la Flandre. Les Flamands eurent
-beau représenter au chef de la croisade, à l'évêque de Norwick, qu'ils
-étaient amis des Anglais, point schismatiques, mais, comme eux,
-partisans du pape de Rome; l'évêque qui, sous ce titre épiscopal,
-n'était qu'un rude homme d'armes et grand pillard, s'obstina à croire
-que la Flandre était conquise par les Français et devenue <span class="pagenum"><a id="page27" name="page27"></a>(p. 27)</span> toute
-française. Il prit d'assaut Gravelines, une ville amie, sans défense,
-qui ne s'attendait à rien. Cassel, pillée par les Anglais, fut ensuite
-brûlée par les Français. Bergues eut beau ouvrir ses portes au roi de
-France; le jeune roi, qui n'avait pas encore pris de ville, s'obstina à
-donner l'assaut; il escalada les murs dégarnis, força les portes
+beau représenter au chef de la croisade, à l'évêque de Norwick, qu'ils
+étaient amis des Anglais, point schismatiques, mais, comme eux,
+partisans du pape de Rome; l'évêque qui, sous ce titre épiscopal,
+n'était qu'un rude homme d'armes et grand pillard, s'obstina à croire
+que la Flandre était conquise par les Français et devenue <span class="pagenum"><a id="page27" name="page27"></a>(p. 27)</span> toute
+française. Il prit d'assaut Gravelines, une ville amie, sans défense,
+qui ne s'attendait à rien. Cassel, pillée par les Anglais, fut ensuite
+brûlée par les Français. Bergues eut beau ouvrir ses portes au roi de
+France; le jeune roi, qui n'avait pas encore pris de ville, s'obstina à
+donner l'assaut; il escalada les murs dégarnis, força les portes
ouvertes.</p>
-<p>Le comte de Flandre insistait pour qu'on agît sérieusement et qu'on
-terminât la guerre. Mais tout le monde était las. Le pays commençait à
-être bien appauvri; il n'y avait plus rien à prendre sans combat. Ce
-qu'il fallait prendre, si on pouvait, c'était cette grosse ville de
-Gand; à quoi il fallait un siège, un long et rude siège; personne ne
-s'en souciait. Le duc de Berri surtout se désolait d'être tenu si
+<p>Le comte de Flandre insistait pour qu'on agît sérieusement et qu'on
+terminât la guerre. Mais tout le monde était las. Le pays commençait à
+être bien appauvri; il n'y avait plus rien à prendre sans combat. Ce
+qu'il fallait prendre, si on pouvait, c'était cette grosse ville de
+Gand; à quoi il fallait un siège, un long et rude siège; personne ne
+s'en souciait. Le duc de Berri surtout se désolait d'être tenu si
longtemps loin de son beau Midi, de passer tous ses hivers dans la boue
-et le brouillard, à faire les affaires du duc de Bourgogne et du comte
+et le brouillard, à faire les affaires du duc de Bourgogne et du comte
de Flandre. Heureusement celui-ci mourut. Les Flamands, dans leur haine
-contre les Français, prétendirent que le duc de Berri l'avait
-poignardé<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41" title="Go to footnote 41"><span class="smaller">[41]</span></a>. Si ce prince, naturellement doux et plutôt homme de
-plaisir, eût fait ce mauvais coup, ce qui est peu croyable, il eût servi
-mieux qu'il ne voulait le duc de Bourgogne, gendre et héritier du mort.
+contre les Français, prétendirent que le duc de Berri l'avait
+poignardé<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41" title="Go to footnote 41"><span class="smaller">[41]</span></a>. Si ce prince, naturellement doux et plutôt homme de
+plaisir, eût fait ce mauvais coup, ce qui est peu croyable, il eût servi
+mieux qu'il ne voulait le duc de Bourgogne, gendre et héritier du mort.
Ce gendre ne fut pas difficile sur les conditions de la paix; il n'avait
-contre les Flamands ni haine ni rancune; l'essentiel pour lui était
-d'hériter. Il leur accorda tout ce qu'ils voulurent, jura toutes les
-chartes qu'ils lui donnèrent <span class="pagenum"><a id="page28" name="page28"></a>(p. 28)</span> à jurer. Il les dispensa même de
-parler à genoux, cérémonial qui pourtant était d'usage du vassal au
-seigneur, et qui n'avait rien d'humiliant dans les idées féodales (18
-décembre 1384).</p>
-
-<p>Le duc de Bourgogne était la seule tête politique de cette famille. Il
+contre les Flamands ni haine ni rancune; l'essentiel pour lui était
+d'hériter. Il leur accorda tout ce qu'ils voulurent, jura toutes les
+chartes qu'ils lui donnèrent <span class="pagenum"><a id="page28" name="page28"></a>(p. 28)</span> à jurer. Il les dispensa même de
+parler à genoux, cérémonial qui pourtant était d'usage du vassal au
+seigneur, et qui n'avait rien d'humiliant dans les idées féodales (18
+décembre 1384).</p>
+
+<p>Le duc de Bourgogne était la seule tête politique de cette famille. Il
s'affermit dans les Pays-Bas par un double mariage de ses enfants avec
-ceux de la maison de Bavière, laquelle, possédant à la fois le Hainaut,
-la Hollande et la Zélande, entourait ainsi la Flandre au nord et au
+ceux de la maison de Bavière, laquelle, possédant à la fois le Hainaut,
+la Hollande et la Zélande, entourait ainsi la Flandre au nord et au
midi. Il eut encore l'adresse de marier le jeune roi, et de le marier
-dans cette même maison de Bavière. On proposait les filles des ducs de
-Bavière, de Lorraine et d'Autriche. Un peintre fut envoyé pour faire le
-portrait des trois princesses. La Bavaroise ne manqua pas d'être la plus
-belle, comme il convenait aux intérêts du duc de Bourgogne. On la fit
-venir en grande pompe à Amiens<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42" title="Go to footnote 42"><span class="smaller">[42]</span></a>. Le mariage devait se faire à Arras.
-Mais le roi déclara qu'il voulait avoir tout de suite sa petite femme;
-il fallut la lui donner. C'étaient pourtant deux enfants; il avait seize
+dans cette même maison de Bavière. On proposait les filles des ducs de
+Bavière, de Lorraine et d'Autriche. Un peintre fut envoyé pour faire le
+portrait des trois princesses. La Bavaroise ne manqua pas d'être la plus
+belle, comme il convenait aux intérêts du duc de Bourgogne. On la fit
+venir en grande pompe à Amiens<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42" title="Go to footnote 42"><span class="smaller">[42]</span></a>. Le mariage devait se faire à Arras.
+Mais le roi déclara qu'il voulait avoir tout de suite sa petite femme;
+il fallut la lui donner. C'étaient pourtant deux enfants; il avait seize
ans, elle quatorze.</p>
-<p>Voilà le duc de Bourgogne bien fort, un pied en France, un pied dans
+<p>Voilà le duc de Bourgogne bien fort, un pied en France, un pied dans
l'Empire. Il voulait faire une plus grande chose, chose immense, et
-pourtant alors faisable: la conquête de l'Angleterre. Les Anglais
-désolaient tout le midi de la France; ils envahissaient la Castille,
-notre alliée. Au lieu de traîner cette guerre interminable sur le
-continent, il valait mieux aller les trouver dans leur île, faire la
-guerre chez eux et à leurs <span class="pagenum"><a id="page29" name="page29"></a>(p. 29)</span> dépens. Ils avaient entre eux une
+pourtant alors faisable: la conquête de l'Angleterre. Les Anglais
+désolaient tout le midi de la France; ils envahissaient la Castille,
+notre alliée. Au lieu de traîner cette guerre interminable sur le
+continent, il valait mieux aller les trouver dans leur île, faire la
+guerre chez eux et à leurs <span class="pagenum"><a id="page29" name="page29"></a>(p. 29)</span> dépens. Ils avaient entre eux une
autre guerre qui les occupait, guerre sourde, silencieuse et terrible.
-Ils étaient si enragés de haines, si acharnés à se mordre, qu'on pouvait
-les battre et les tuer avant qu'ils s'en aperçussent.</p>
+Ils étaient si enragés de haines, si acharnés à se mordre, qu'on pouvait
+les battre et les tuer avant qu'ils s'en aperçussent.</p>
<p>L'effort fut grand, digne du but. On rassembla tout ce qu'on put
-acheter, louer de vaisseaux, depuis la Prusse jusqu'à la Castille. On
-parvint à en réunir jusqu'à treize cent quatre-vingt-sept<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43" title="Go to footnote 43"><span class="smaller">[43]</span></a>. Vaisseaux
+acheter, louer de vaisseaux, depuis la Prusse jusqu'à la Castille. On
+parvint à en réunir jusqu'à treize cent quatre-vingt-sept<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43" title="Go to footnote 43"><span class="smaller">[43]</span></a>. Vaisseaux
de transport plus que de guerre; tout le monde voulait s'embarquer. Il
-semblait qu'on préparât une émigration générale de la noblesse
-française. Les seigneurs ne craignaient pas de ruine, sûrs d'en trouver
-dix fois plus de l'autre côté du détroit. Ils tenaient à passer
-galamment; ils paraient leurs vaisseaux comme des maîtresses. Ils
-faisaient argenter les mâts, dorer les proues; d'immenses pavillons de
-soie, flottant dans tout l'orgueil héraldique, déployaient au vent les
-lions, les dragons, les licornes, pour faire peur aux léopards.</p>
-
-<p>La merveille de l'expédition, c'était une ville de bois qu'on apportait
-toute charpentée des forêts de la Bretagne, et qui faisait la charge de
+semblait qu'on préparât une émigration générale de la noblesse
+française. Les seigneurs ne craignaient pas de ruine, sûrs d'en trouver
+dix fois plus de l'autre côté du détroit. Ils tenaient à passer
+galamment; ils paraient leurs vaisseaux comme des maîtresses. Ils
+faisaient argenter les mâts, dorer les proues; d'immenses pavillons de
+soie, flottant dans tout l'orgueil héraldique, déployaient au vent les
+lions, les dragons, les licornes, pour faire peur aux léopards.</p>
+
+<p>La merveille de l'expédition, c'était une ville de bois qu'on apportait
+toute charpentée des forêts de la Bretagne, et qui faisait la charge de
soixante-douze vaisseaux. Elle devait se remonter au moment du
-débarquement, et s'étendre, pour loger l'armée, sur trois mille pas de
-diamètre<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44" title="Go to footnote 44"><span class="smaller">[44]</span></a>. Quel que fût l'événement des batailles, elle assurait aux
-Français le plus sûr résultat du débarquement; elle leur donnait une
-place en Angleterre, pour recueillir les mécontents, une sorte de Calais
+débarquement, et s'étendre, pour loger l'armée, sur trois mille pas de
+diamètre<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44" title="Go to footnote 44"><span class="smaller">[44]</span></a>. Quel que fût l'événement des batailles, elle assurait aux
+Français le plus sûr résultat du débarquement; elle leur donnait une
+place en Angleterre, pour recueillir les mécontents, une sorte de Calais
britannique.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page30" name="page30"></a>(p. 30)</span> Tout cela était assez raisonnable. Mais le duc de Bourgogne
-n'était pas roi de France. Le projet avait le tort de lui être trop
-utile; le maître de la Flandre eût profité plus que personne du succès
-de l'invasion d'Angleterre. On obéit donc lentement et de mauvaise
-grâce. La ville de bois se fit attendre, et n'arriva qu'à moitié brisée
-par la tempête. Le duc de Berri amusa le roi, le plus longtemps qu'il
-put, en mariant son fils avec la petite s&oelig;ur du roi, âgée de neuf
-ans. Charles VI partit seulement le 5 août, et on lui fit encore visiter
-lentement les places de la Picardie, de manière qu'il n'arriva à Arras
-qu'à la mi-septembre. Le temps était beau, on pouvait passer. Mais les
-Anglais négociaient. Le duc de Berri n'arrivait pas; il n'était
-aucunement pressé. Lettres, messages, rien ne pouvait lui faire hâter sa
-marche. Il arriva lorsque la saison rendait le passage à peu près
-impossible<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45" title="Go to footnote 45"><span class="smaller">[45]</span></a>. Le mois de décembre était venu, les mauvais temps, les
-longues nuits. L'Océan garda encore cette fois son île, comme il a fait
+<p><span class="pagenum"><a id="page30" name="page30"></a>(p. 30)</span> Tout cela était assez raisonnable. Mais le duc de Bourgogne
+n'était pas roi de France. Le projet avait le tort de lui être trop
+utile; le maître de la Flandre eût profité plus que personne du succès
+de l'invasion d'Angleterre. On obéit donc lentement et de mauvaise
+grâce. La ville de bois se fit attendre, et n'arriva qu'à moitié brisée
+par la tempête. Le duc de Berri amusa le roi, le plus longtemps qu'il
+put, en mariant son fils avec la petite s&oelig;ur du roi, âgée de neuf
+ans. Charles VI partit seulement le 5 août, et on lui fit encore visiter
+lentement les places de la Picardie, de manière qu'il n'arriva à Arras
+qu'à la mi-septembre. Le temps était beau, on pouvait passer. Mais les
+Anglais négociaient. Le duc de Berri n'arrivait pas; il n'était
+aucunement pressé. Lettres, messages, rien ne pouvait lui faire hâter sa
+marche. Il arriva lorsque la saison rendait le passage à peu près
+impossible<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45" title="Go to footnote 45"><span class="smaller">[45]</span></a>. Le mois de décembre était venu, les mauvais temps, les
+longues nuits. L'Océan garda encore cette fois son île, comme il a fait
contre Philippe II, contre Bonaparte<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46" title="Go to footnote 46"><span class="smaller">[46]</span></a>.</p>
<p>Notre meilleure arme contre la Grande-Bretagne, c'est la Bretagne. Nos
marins bretons sont les vrais adversaires des leurs; aussi fermes, moins
-sages peut-être, mais réparant cela par l'élan dans le moment critique.
-Le connétable de Clisson, homme du roi et chef des résistances
-bretonnes contre le duc de Bretagne, <span class="pagenum"><a id="page31" name="page31"></a>(p. 31)</span> reprit l'expédition, et en
+sages peut-être, mais réparant cela par l'élan dans le moment critique.
+Le connétable de Clisson, homme du roi et chef des résistances
+bretonnes contre le duc de Bretagne, <span class="pagenum"><a id="page31" name="page31"></a>(p. 31)</span> reprit l'expédition, et en
fit l'affaire de sa province. Clisson visait haut; il venait de racheter
-aux Anglais le jeune comte de Blois, prétendant au duché de Bretagne; il
-lui donna sa fille, et il l'aurait fait duc. Le duc régnant, Jean de
-Montfort, prit Clisson en trahison; mais ses barons l'empêchèrent de le
-tuer<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47" title="Go to footnote 47"><span class="smaller">[47]</span></a>. Ce petit événement fit encore manquer la grande expédition
+aux Anglais le jeune comte de Blois, prétendant au duché de Bretagne; il
+lui donna sa fille, et il l'aurait fait duc. Le duc régnant, Jean de
+Montfort, prit Clisson en trahison; mais ses barons l'empêchèrent de le
+tuer<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47" title="Go to footnote 47"><span class="smaller">[47]</span></a>. Ce petit événement fit encore manquer la grande expédition
d'Angleterre.</p>
-<p>Les Anglais, réveillés toutefois et bien avertis, prirent des mesures.
-Ils désarmèrent leur roi, qui leur était suspect. Leur nouveau
+<p>Les Anglais, réveillés toutefois et bien avertis, prirent des mesures.
+Ils désarmèrent leur roi, qui leur était suspect. Leur nouveau
gouvernement nous chercha de l'occupation en Allemagne. Il y avait force
-petits princes nécessiteux qu'on pouvait acheter à bon marché. Le duc de
-Gueldre, qui avait plus d'un différend avec les maisons de Bourgogne et
+petits princes nécessiteux qu'on pouvait acheter à bon marché. Le duc de
+Gueldre, qui avait plus d'un différend avec les maisons de Bourgogne et
de Blois, se vendit aux Anglais pour une pension de vingt-quatre mille
-francs; il leur fit hommage, et, d'autant plus hardi qu'il avait moins à
-perdre<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48" title="Go to footnote 48"><span class="smaller">[48]</span></a>, il défia majestueusement le roi de France.</p>
+francs; il leur fit hommage, et, d'autant plus hardi qu'il avait moins à
+perdre<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48" title="Go to footnote 48"><span class="smaller">[48]</span></a>, il défia majestueusement le roi de France.</p>
-<p>Le duc de Bourgogne fut charmé, pour l'extension de son influence, de
+<p>Le duc de Bourgogne fut charmé, pour l'extension de son influence, de
faire sentir dans les Pays-Bas et si loin vers le nord ce que pesait le
grand royaume. Il fit faire contre cette imperceptible duc de Gueldre
-<span class="pagenum"><a id="page32" name="page32"></a>(p. 32)</span> presque autant d'efforts qu'il en aurait fallu pour conquérir
+<span class="pagenum"><a id="page32" name="page32"></a>(p. 32)</span> presque autant d'efforts qu'il en aurait fallu pour conquérir
l'Angleterre. On rassembla quinze mille hommes d'armes, quatre-vingt
-mille fantassins<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49" title="Go to footnote 49"><span class="smaller">[49]</span></a>. La difficulté n'était pas de lever des hommes,
-mais de les faire arriver jusque-là. Le duc de Bourgogne, pour qui on
-faisait la guerre, ne voulut pas que cette grande et dévorante armée
-passât par son riche Brabant, dont il allait hériter. Il fallut tourner
-par les déserts de la Champagne, s'enfoncer dans les Ardennes, par les
-basses, humides et boueuses forêts, en suivant, comme on pouvait, les
-sentiers des chasseurs. Deux mille cinq cents hommes armés de haches
+mille fantassins<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49" title="Go to footnote 49"><span class="smaller">[49]</span></a>. La difficulté n'était pas de lever des hommes,
+mais de les faire arriver jusque-là. Le duc de Bourgogne, pour qui on
+faisait la guerre, ne voulut pas que cette grande et dévorante armée
+passât par son riche Brabant, dont il allait hériter. Il fallut tourner
+par les déserts de la Champagne, s'enfoncer dans les Ardennes, par les
+basses, humides et boueuses forêts, en suivant, comme on pouvait, les
+sentiers des chasseurs. Deux mille cinq cents hommes armés de haches
allaient devant pour frayer la route, jetaient des ponts, comblaient les
-marais. La pluie tombait; le pays était triste et monotone. On ne
-trouvait rien à prendre, personne, pas même d'ennemis. D'ennui et de
-lassitude, on finit par écouter les princes qui intercédaient,
-l'archevêque de Cologne, l'évêque de Liège, le duc de Juliers. Charles
-VI fut touché surtout des prières d'une grande dame du pays, qui se
-disait éprise d'amour pour l'invincible roi de France<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50" title="Go to footnote 50"><span class="smaller">[50]</span></a>. Sous ce doux
-patronage, le duc de Gueldre fut reçu à s'excuser; il parla à genoux, et
-affirma que les défis n'avaient pas été écrits par lui, que c'étaient
-ses clercs qui lui avaient joué ce tour (1388).</p>
-
-<p>Le résultat était grand pour le duc de Bourgogne, petit pour le roi.
-Deux mots d'excuses pour payer tant de peines et de dépenses, c'était
-peu. Au reste, les autres <span class="pagenum"><a id="page33" name="page33"></a>(p. 33)</span> expéditions n'avaient pas mieux
-tourné. La France avait envahi l'Italie, menacé l'Angleterre, touché
-l'Allemagne. Elle avait fait de grands mouvements, elle avait fatigué et
-sué, et il ne lui en restait rien. Elle n'était pas heureuse; rien ne
-venait à bien. Le roi, gâté de bonne heure par la bataille de Roosebeke,
-avait cru tout facile, et il ne rencontrait que des obstacles<a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a><a href="#footnote51" title="Go to footnote 51"><span class="smaller">[51]</span></a>. À qui
-pouvait-il s'en prendre, sinon à ceux qui l'avaient jeté dans les
-guerres? À ses oncles, qui l'avaient toujours conseillé à son dam et à
+marais. La pluie tombait; le pays était triste et monotone. On ne
+trouvait rien à prendre, personne, pas même d'ennemis. D'ennui et de
+lassitude, on finit par écouter les princes qui intercédaient,
+l'archevêque de Cologne, l'évêque de Liège, le duc de Juliers. Charles
+VI fut touché surtout des prières d'une grande dame du pays, qui se
+disait éprise d'amour pour l'invincible roi de France<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50" title="Go to footnote 50"><span class="smaller">[50]</span></a>. Sous ce doux
+patronage, le duc de Gueldre fut reçu à s'excuser; il parla à genoux, et
+affirma que les défis n'avaient pas été écrits par lui, que c'étaient
+ses clercs qui lui avaient joué ce tour (1388).</p>
+
+<p>Le résultat était grand pour le duc de Bourgogne, petit pour le roi.
+Deux mots d'excuses pour payer tant de peines et de dépenses, c'était
+peu. Au reste, les autres <span class="pagenum"><a id="page33" name="page33"></a>(p. 33)</span> expéditions n'avaient pas mieux
+tourné. La France avait envahi l'Italie, menacé l'Angleterre, touché
+l'Allemagne. Elle avait fait de grands mouvements, elle avait fatigué et
+sué, et il ne lui en restait rien. Elle n'était pas heureuse; rien ne
+venait à bien. Le roi, gâté de bonne heure par la bataille de Roosebeke,
+avait cru tout facile, et il ne rencontrait que des obstacles<a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a><a href="#footnote51" title="Go to footnote 51"><span class="smaller">[51]</span></a>. À qui
+pouvait-il s'en prendre, sinon à ceux qui l'avaient jeté dans les
+guerres? À ses oncles, qui l'avaient toujours conseillé à son dam et à
leur profit.</p>
-<p>Les pacifiques conseillers de Charles V prévalurent à leur tour, le sire
-de La Rivière, l'évêque de Laon, Montaigu et Clisson. Charles VI, tout
-enfant qu'il était, avait toujours aimé ces hommes. Il avait obtenu de
-bonne heure que Clisson fût connétable. Il avait sauvé la vie au doux et
-aimable sire de La Rivière, que ses oncles voulaient perdre. La Rivière
-était l'ami et le serviteur personnel de Charles V; il a été enterré à
-Saint-Denis, aux pieds de son maître.</p>
+<p>Les pacifiques conseillers de Charles V prévalurent à leur tour, le sire
+de La Rivière, l'évêque de Laon, Montaigu et Clisson. Charles VI, tout
+enfant qu'il était, avait toujours aimé ces hommes. Il avait obtenu de
+bonne heure que Clisson fût connétable. Il avait sauvé la vie au doux et
+aimable sire de La Rivière, que ses oncles voulaient perdre. La Rivière
+était l'ami et le serviteur personnel de Charles V; il a été enterré à
+Saint-Denis, aux pieds de son maître.</p>
<p>Le roi avait atteint vingt et un ans. Mais les oncles avaient le pouvoir
-en main: il fallait de l'adresse pour le leur ôter. L'affaire fut bien
-menée<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52" title="Go to footnote 52"><span class="smaller">[52]</span></a>. Au retour de leur triste expédition de Gueldre, un grand
-conseil fut assemblé à Reims, dans la salle de l'archevêché. Le <span class="pagenum"><a id="page34" name="page34"></a>(p. 34)</span>
+en main: il fallait de l'adresse pour le leur ôter. L'affaire fut bien
+menée<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52" title="Go to footnote 52"><span class="smaller">[52]</span></a>. Au retour de leur triste expédition de Gueldre, un grand
+conseil fut assemblé à Reims, dans la salle de l'archevêché. Le <span class="pagenum"><a id="page34" name="page34"></a>(p. 34)</span>
roi demanda les moyens de rendre au peuple un peu de repos, et ordonna
-aux assistants de donner leur avis. Alors l'évêque de Laon se leva,
-énuméra doctement toutes les qualités du roi, corporelles et
-spirituelles, la dignité de sa personne, sa prudence et sa
-circonspection<a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a><a href="#footnote53" title="Go to footnote 53"><span class="smaller">[53]</span></a>; il déclara qu'il ne lui manquait rien, pour régner
-par lui-même. Les oncles n'osant dire le contraire, Charles VI répondit
-qu'il goûtait l'avis du prélat; il remercia ses oncles de leurs bons
+aux assistants de donner leur avis. Alors l'évêque de Laon se leva,
+énuméra doctement toutes les qualités du roi, corporelles et
+spirituelles, la dignité de sa personne, sa prudence et sa
+circonspection<a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a><a href="#footnote53" title="Go to footnote 53"><span class="smaller">[53]</span></a>; il déclara qu'il ne lui manquait rien, pour régner
+par lui-même. Les oncles n'osant dire le contraire, Charles VI répondit
+qu'il goûtait l'avis du prélat; il remercia ses oncles de leurs bons
services, et leur ordonna de se rendre chez eux, l'un en Languedoc,
l'autre en Bourgogne. Il ne garda que le duc de Bourbon, son oncle
-maternel, qui était en effet le meilleur des trois.</p>
+maternel, qui était en effet le meilleur des trois.</p>
-<p>L'évêque de Laon mourut empoisonné, mais il avait rendu un double
-service au royaume. Les oncles, renvoyés chez eux, s'occupèrent un peu
-de leurs provinces, les purgèrent des brigands qui les dévastaient. Les
+<p>L'évêque de Laon mourut empoisonné, mais il avait rendu un double
+service au royaume. Les oncles, renvoyés chez eux, s'occupèrent un peu
+de leurs provinces, les purgèrent des brigands qui les dévastaient. Les
nouveaux conseillers du roi, ces petites gens, ces <em>marmousets</em>, comme
-on les appelait, rendirent à la ville de Paris ses échevins et son
-prévôt des marchands. Ils conclurent une trêve avec l'Angleterre,
-favorisèrent l'Université contre le pape, et cherchèrent les moyens
-d'éteindre le schisme. Ils auraient aussi voulu réformer les finances.
-Ils allégèrent d'abord les impôts, mais furent bientôt obligés de les
-rétablir.</p>
-
-<p>Le gouvernement était plus sage, mais le roi était plus fol. À défaut de
-batailles, il lui fallait des fêtes. Il avait eu le malheur de
-commencer son règne par un <span class="pagenum"><a id="page35" name="page35"></a>(p. 35)</span> de ces heureux hasards qui tournent
-les plus sages têtes; il avait à quatorze ans gagné une grande bataille;
-il s'était vu salué vainqueur sur un champ couvert de vingt-six mille
-morts. Chaque année il avait eu les espérances de la guerre; à chaque
-printemps sa bannière s'était déployée pour les belles aventures. Et
-c'était à vingt ans, lorsque le jeune homme avait atteint sa force,
-lorsqu'il était reconnu pour un cavalier accompli dans tout exercice de
+on les appelait, rendirent à la ville de Paris ses échevins et son
+prévôt des marchands. Ils conclurent une trêve avec l'Angleterre,
+favorisèrent l'Université contre le pape, et cherchèrent les moyens
+d'éteindre le schisme. Ils auraient aussi voulu réformer les finances.
+Ils allégèrent d'abord les impôts, mais furent bientôt obligés de les
+rétablir.</p>
+
+<p>Le gouvernement était plus sage, mais le roi était plus fol. À défaut de
+batailles, il lui fallait des fêtes. Il avait eu le malheur de
+commencer son règne par un <span class="pagenum"><a id="page35" name="page35"></a>(p. 35)</span> de ces heureux hasards qui tournent
+les plus sages têtes; il avait à quatorze ans gagné une grande bataille;
+il s'était vu salué vainqueur sur un champ couvert de vingt-six mille
+morts. Chaque année il avait eu les espérances de la guerre; à chaque
+printemps sa bannière s'était déployée pour les belles aventures. Et
+c'était à vingt ans, lorsque le jeune homme avait atteint sa force,
+lorsqu'il était reconnu pour un cavalier accompli dans tout exercice de
guerre, qu'on le condamnait au repos! Un gouvernement de <em>marmousets</em>
-lui défendait les hautes espérances, les vastes pensées... Combien
-fallait-il de tournois pour le dédommager des combats réels, combien de
-fêtes, de bals, de vives et rapides amours, pour lui faire oublier la
+lui défendait les hautes espérances, les vastes pensées... Combien
+fallait-il de tournois pour le dédommager des combats réels, combien de
+fêtes, de bals, de vives et rapides amours, pour lui faire oublier la
vie dramatique de la guerre, ses joies, ses hasards!</p>
-<p>Il se jeta en furieux dans les fêtes, fit rude guerre aux finances,
-prodiguant en jeune homme, donnant en roi. Son bon c&oelig;ur était une
-calamité publique. La chambre des Comptes, ne sachant comment résister,
-notait tristement chaque don du roi de ces mots: «<i lang="la">Nimis habuit</i>» ou
-«<i lang="la">Recuperetur</i>». Les sages conseillers de la chambre avaient encore
-imaginé d'employer ce qui pouvait rester, après toute dépense, à faire
-un beau cerf d'or, dans l'espoir que cette figure aimée du roi serait
-mieux respectée. Mais le cerf fuyait, fondait toujours; on ne put même
+<p>Il se jeta en furieux dans les fêtes, fit rude guerre aux finances,
+prodiguant en jeune homme, donnant en roi. Son bon c&oelig;ur était une
+calamité publique. La chambre des Comptes, ne sachant comment résister,
+notait tristement chaque don du roi de ces mots: «<i lang="la">Nimis habuit</i>» ou
+«<i lang="la">Recuperetur</i>». Les sages conseillers de la chambre avaient encore
+imaginé d'employer ce qui pouvait rester, après toute dépense, à faire
+un beau cerf d'or, dans l'espoir que cette figure aimée du roi serait
+mieux respectée. Mais le cerf fuyait, fondait toujours; on ne put même
jamais l'achever<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a><a href="#footnote54" title="Go to footnote 54"><span class="smaller">[54]</span></a>.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page36" name="page36"></a>(p. 36)</span> D'abord, les fils du duc d'Anjou devant partir pour revendiquer
-la malheureuse royauté de Naples, le roi voulut auparavant leur conférer
-l'ordre de chevalerie. La fête se fit à Saint-Denis, avec une
+la malheureuse royauté de Naples, le roi voulut auparavant leur conférer
+l'ordre de chevalerie. La fête se fit à Saint-Denis, avec une
magnificence et un concours de monde incroyables. Toute la noblesse de
-France, d'Angleterre, d'Allemagne, était invitée. Il fallut que la
-silencieuse et vénérable abbaye, l'église des tombeaux, s'ouvrît à ces
-pompes mondaines, que les cloîtres retentissent sous les éperons dorés,
-que les pauvres moines accueillissent les belles dames. Elles logèrent
-dans l'abbaye même<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55" title="Go to footnote 55"><span class="smaller">[55]</span></a>. Le récit du moine chroniqueur en est encore tout
-ému.</p>
-
-<p>Aucune salle n'était assez vaste pour le banquet royal; on en fit une
-dans la grande cour. Elle avait la forme d'une église<a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56" title="Go to footnote 56"><span class="smaller">[56]</span></a>, et n'avait
-pas moins de trente-deux toises de long. L'intérieur était tendu d'une
-toile immense, rayée de blanc et de vert. Au bout s'élevait un large et
-haut pavillon de tapisseries précieuses, bizarrement historiées; on eût
-dit l'autel de cette église, mais c'était le trône.</p>
-
-<p>Hors des murs de l'abbaye, on aplanit, on ferma de barrières des lices
-longues de cent vingt pas. Sur un côté s'élevaient des galeries et des
-tours, où devaient siéger les dames, pour juger des coups.</p>
-
-<p>Il y eut trois jours de fêtes: d'abord les messes, les cérémonies de
-l'Église, puis les banquets et les joûtes, puis le bal de nuit; un
-dernier bal enfin, mais celui-ci <span class="pagenum"><a id="page37" name="page37"></a>(p. 37)</span> masqué, pour dispenser de
-rougir. La présence du roi, la sainteté du lieu, n'imposèrent en rien.
-La foule s'était enivrée d'une attente de trois jours. Ce fut un
-véritable <i lang="la">Pervigilium Veneris</i>; on était aux premiers jours du mois de
-mai. «Mainte demoiselle s'oublia, plusieurs maris pâtirent...» Serait-ce
-par hasard dans cette funeste nuit que le jeune duc d'Orléans, frère du
-roi, aurait plu, pour son malheur, à la femme de son cousin
+France, d'Angleterre, d'Allemagne, était invitée. Il fallut que la
+silencieuse et vénérable abbaye, l'église des tombeaux, s'ouvrît à ces
+pompes mondaines, que les cloîtres retentissent sous les éperons dorés,
+que les pauvres moines accueillissent les belles dames. Elles logèrent
+dans l'abbaye même<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55" title="Go to footnote 55"><span class="smaller">[55]</span></a>. Le récit du moine chroniqueur en est encore tout
+ému.</p>
+
+<p>Aucune salle n'était assez vaste pour le banquet royal; on en fit une
+dans la grande cour. Elle avait la forme d'une église<a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56" title="Go to footnote 56"><span class="smaller">[56]</span></a>, et n'avait
+pas moins de trente-deux toises de long. L'intérieur était tendu d'une
+toile immense, rayée de blanc et de vert. Au bout s'élevait un large et
+haut pavillon de tapisseries précieuses, bizarrement historiées; on eût
+dit l'autel de cette église, mais c'était le trône.</p>
+
+<p>Hors des murs de l'abbaye, on aplanit, on ferma de barrières des lices
+longues de cent vingt pas. Sur un côté s'élevaient des galeries et des
+tours, où devaient siéger les dames, pour juger des coups.</p>
+
+<p>Il y eut trois jours de fêtes: d'abord les messes, les cérémonies de
+l'Église, puis les banquets et les joûtes, puis le bal de nuit; un
+dernier bal enfin, mais celui-ci <span class="pagenum"><a id="page37" name="page37"></a>(p. 37)</span> masqué, pour dispenser de
+rougir. La présence du roi, la sainteté du lieu, n'imposèrent en rien.
+La foule s'était enivrée d'une attente de trois jours. Ce fut un
+véritable <i lang="la">Pervigilium Veneris</i>; on était aux premiers jours du mois de
+mai. «Mainte demoiselle s'oublia, plusieurs maris pâtirent...» Serait-ce
+par hasard dans cette funeste nuit que le jeune duc d'Orléans, frère du
+roi, aurait plu, pour son malheur, à la femme de son cousin
Jean-sans-Peur, comme il eut ensuite l'imprudence de s'en vanter<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a><a href="#footnote57" title="Go to footnote 57"><span class="smaller">[57]</span></a>?</p>
-<p>Cette bacchanale près des tombeaux eut un bizarre lendemain. Ce ne fut
-pas assez que les morts eussent été troublés par le bruit de la fête, on
-ne les tint pas quittes. Il fallut qu'ils jouassent aussi leur rôle.
+<p>Cette bacchanale près des tombeaux eut un bizarre lendemain. Ce ne fut
+pas assez que les morts eussent été troublés par le bruit de la fête, on
+ne les tint pas quittes. Il fallut qu'ils jouassent aussi leur rôle.
Pour aviver le plaisir par le contraste, ou tromper les langueurs qui
-suivent, le roi se fit donner le spectacle d'une pompe funèbre. Le héros
-de Charles VI<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58" title="Go to footnote 58"><span class="smaller">[58]</span></a>, celui dont les exploits avaient amusé son enfance,
+suivent, le roi se fit donner le spectacle d'une pompe funèbre. Le héros
+de Charles VI<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58" title="Go to footnote 58"><span class="smaller">[58]</span></a>, celui dont les exploits avaient amusé son enfance,
Duguesclin, mort depuis dix ans, eut le triste honneur d'amuser de ses
-funérailles la folle et luxurieuse cour.</p>
+funérailles la folle et luxurieuse cour.</p>
-<p>Les fêtes appellent les fêtes; le roi voulut que la reine Isabeau, qui,
-depuis quatre ans, était entrée cent fois dans Paris, y fit sa <em>première
-entrée</em>. Après la noble fête féodale, le populaire devait avoir la
+<p>Les fêtes appellent les fêtes; le roi voulut que la reine Isabeau, qui,
+depuis quatre ans, était entrée cent fois dans Paris, y fit sa <em>première
+entrée</em>. Après la noble fête féodale, le populaire devait avoir la
sienne, celle-ci gaie, bruyante, avec les accidents vulgaires et
-risibles, le vertige étourdissant des grandes foules. Les bourgeois
-étaient généralement vêtus de vert, les gens des <span class="pagenum"><a id="page38" name="page38"></a>(p. 38)</span> princes
-l'étaient en rose. On ne voyait aux fenêtres que belles filles vêtues
-d'écarlate avec des ceintures d'or. Le lait et le vin coulaient des
-fontaines; des musiciens jouaient à chaque porte que passait la reine.
-Aux carrefours, des enfants représentaient de pieux mystères. La reine
+risibles, le vertige étourdissant des grandes foules. Les bourgeois
+étaient généralement vêtus de vert, les gens des <span class="pagenum"><a id="page38" name="page38"></a>(p. 38)</span> princes
+l'étaient en rose. On ne voyait aux fenêtres que belles filles vêtues
+d'écarlate avec des ceintures d'or. Le lait et le vin coulaient des
+fontaines; des musiciens jouaient à chaque porte que passait la reine.
+Aux carrefours, des enfants représentaient de pieux mystères. La reine
suivit la rue Saint-Denis. Deux anges descendirent par une corde, lui
-posèrent sur la tête une couronne d'or en chantant:</p>
+posèrent sur la tête une couronne d'or en chantant:</p>
<p class="poem10">
Dame enclose entre fleurs de lis,<br>
- Êtes-vous pas du paradis?</p>
-
-<p>Lorsqu'elle fut arrivée au pont Notre-Dame, on vit avec étonnement un
-homme descendre, deux flambeaux à la main, par une corde tendue des
-tours de la cathédrale.</p>
-
-<p>Le roi avait pris tout comme un autre sa part de la fête; il s'était
-mêlé à la foule des bourgeois, pour voir aussi passer sa belle jeune
-Allemande. Il reçut même des sergents «plus d'un horion» pour avoir
-approché trop près; le soir, il s'en vanta aux dames<a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a><a href="#footnote59" title="Go to footnote 59"><span class="smaller">[59]</span></a>. Le prince
-débonnaire, sachant aussi qu'il y avait à la fête beaucoup d'étrangers
-qui regrettaient de n'avoir jamais vu joûter le roi, se mêla aux joûtes
+ Êtes-vous pas du paradis?</p>
+
+<p>Lorsqu'elle fut arrivée au pont Notre-Dame, on vit avec étonnement un
+homme descendre, deux flambeaux à la main, par une corde tendue des
+tours de la cathédrale.</p>
+
+<p>Le roi avait pris tout comme un autre sa part de la fête; il s'était
+mêlé à la foule des bourgeois, pour voir aussi passer sa belle jeune
+Allemande. Il reçut même des sergents «plus d'un horion» pour avoir
+approché trop près; le soir, il s'en vanta aux dames<a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a><a href="#footnote59" title="Go to footnote 59"><span class="smaller">[59]</span></a>. Le prince
+débonnaire, sachant aussi qu'il y avait à la fête beaucoup d'étrangers
+qui regrettaient de n'avoir jamais vu joûter le roi, se mêla aux joûtes
pour leur faire plaisir.</p>
-<p>Bientôt après, le jeune frère du roi, le duc d'Orléans, épousa la fille
+<p>Bientôt après, le jeune frère du roi, le duc d'Orléans, épousa la fille
de Visconti, le riche duc de Milan<a id="footnotetag60" name="footnotetag60"></a><a href="#footnote60" title="Go to footnote 60"><span class="smaller">[60]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page39" name="page39"></a>(p. 39)</span> Charles VI voulut que la
-fête se fît à Melun. Il y reçut magnifiquement la charmante Valentina,
+fête se fît à Melun. Il y reçut magnifiquement la charmante Valentina,
qui devait exercer un si doux et si durable ascendant sur ce faible
esprit.</p>
-<p>La ville de Paris avait cru que l'<em>entrée</em> de la reine lui vaudrait une
-diminution d'impôt. Ce fut tout le contraire. Il fallut, pour payer la
-fête, hausser la gabelle, et, de plus, l'on décria les pièces de douze
-et de quatre deniers, avec défense de les passer, sous peine de la hart.
-C'était la monnaie du petit peuple, des pauvres. Pendant quinze jours
-ces gens furent au désespoir, ne pouvant, avec cette monnaie, acheter de
+<p>La ville de Paris avait cru que l'<em>entrée</em> de la reine lui vaudrait une
+diminution d'impôt. Ce fut tout le contraire. Il fallut, pour payer la
+fête, hausser la gabelle, et, de plus, l'on décria les pièces de douze
+et de quatre deniers, avec défense de les passer, sous peine de la hart.
+C'était la monnaie du petit peuple, des pauvres. Pendant quinze jours
+ces gens furent au désespoir, ne pouvant, avec cette monnaie, acheter de
quoi manger<a id="footnotetag61" name="footnotetag61"></a><a href="#footnote61" title="Go to footnote 61"><span class="smaller">[61]</span></a>.</p>
<p>Cependant le roi s'ennuyait; il s'avisa d'un voyage. Il n'avait pas fait
-son tour du royaume, sa royale <em>chevauchée</em>. Il ne connaissait pas
-encore ses provinces du Midi. Il en avait reçu de tristes nouvelles. Un
-pieux moine de Saint-Bernard était venu du fond du Languedoc lui
-dénoncer le mauvais gouvernement de son oncle de Berri. Le moine avait
-surmonté tous les obstacles, forcé les portes, et, en présence même de
-l'oncle du roi, il avait parlé avec une hardiesse toute chrétienne. Le
-roi, qui avait bon c&oelig;ur, l'écouta patiemment, le prit sous sa
-sauvegarde, et promit d'aller lui-même voir ce malheureux pays. Il
-voulait, d'ailleurs, passer à Avignon, et s'entendre avec le pape sur
-les moyens d'éteindre le schisme.</p>
-
-<p>Après avoir, selon l'usage de nos rois en pareille <span class="pagenum"><a id="page40" name="page40"></a>(p. 40)</span>
-circonstance, fait ses dévotions à l'abbaye de Saint-Denis, il prit sa
-route par Nevers, et y fut reçu avec la prodigue magnificence de la
-maison de Bourgogne. Mais il ne permit pas à ses oncles de le
+son tour du royaume, sa royale <em>chevauchée</em>. Il ne connaissait pas
+encore ses provinces du Midi. Il en avait reçu de tristes nouvelles. Un
+pieux moine de Saint-Bernard était venu du fond du Languedoc lui
+dénoncer le mauvais gouvernement de son oncle de Berri. Le moine avait
+surmonté tous les obstacles, forcé les portes, et, en présence même de
+l'oncle du roi, il avait parlé avec une hardiesse toute chrétienne. Le
+roi, qui avait bon c&oelig;ur, l'écouta patiemment, le prit sous sa
+sauvegarde, et promit d'aller lui-même voir ce malheureux pays. Il
+voulait, d'ailleurs, passer à Avignon, et s'entendre avec le pape sur
+les moyens d'éteindre le schisme.</p>
+
+<p>Après avoir, selon l'usage de nos rois en pareille <span class="pagenum"><a id="page40" name="page40"></a>(p. 40)</span>
+circonstance, fait ses dévotions à l'abbaye de Saint-Denis, il prit sa
+route par Nevers, et y fut reçu avec la prodigue magnificence de la
+maison de Bourgogne. Mais il ne permit pas à ses oncles de le
suivre<a id="footnotetag62" name="footnotetag62"></a><a href="#footnote62" title="Go to footnote 62"><span class="smaller">[62]</span></a>; il ne voulait qu'ils fermassent ses oreilles aux plaintes
-des peuples. Peut-être aussi se sentait-il moins libre, en leur
-présence, de se livrer à ses fantaisies de jeune homme. Pour la même
+des peuples. Peut-être aussi se sentait-il moins libre, en leur
+présence, de se livrer à ses fantaisies de jeune homme. Pour la même
raison, il n'emmena point la reine; il voulait jouir sans contrainte,
-goûter royalement tout ce que la France avait de plaisirs.</p>
+goûter royalement tout ce que la France avait de plaisirs.</p>
-<p>Il s'arrêta d'abord à Lyon, dans cette grande et aimable ville,
-demi-italienne. Il fut reçu sous un dais de drap d'or par quatre jeunes
-belles demoiselles, qui le menèrent à l'archevêché. Ce ne fut, pendant
+<p>Il s'arrêta d'abord à Lyon, dans cette grande et aimable ville,
+demi-italienne. Il fut reçu sous un dais de drap d'or par quatre jeunes
+belles demoiselles, qui le menèrent à l'archevêché. Ce ne fut, pendant
quatre jours, que jeux, et bals et galanteries.</p>
-<p>Mais nulle part le roi ne passa le temps plus agréablement qu'à Avignon,
-chez le pape. Personne n'était plus consommé que ces prêtres dans tous
-les arts du plaisir. Nulle part la vie n'était plus facile, nulle part
-les esprits plus libres. L'eussent-ils été moins, ils se trouvaient à la
-source même des indulgences; le pardon était tout près du péché. Le roi,
-au départ, laissa de riches souvenirs aux belles dames d'Avignon, «qui
-s'en louèrent toutes<a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a><a href="#footnote63" title="Go to footnote 63"><span class="smaller">[63]</span></a>».</p>
-
-<p>Il partit grand ami du pape, et tout gagné à son <span class="pagenum"><a id="page41" name="page41"></a>(p. 41)</span> parti. Clément
-VIII avait donné au jeune duc d'Anjou le titre de roi de Naples, et au
-roi lui-même la disposition de sept cent cinquante bénéfices, celle,
-entre autres, de l'archevêché de Reims. Mais l'élu du roi, qui était un
-fameux adversaire du pape et des dominicains, mourut bientôt
-empoisonné<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a><a href="#footnote64" title="Go to footnote 64"><span class="smaller">[64]</span></a>.</p>
-
-<p>Arrivé en Languedoc, le roi n'entendit que plaintes et que cris. Le duc
-de Berri avait réduit le pays à un tel désespoir, que déjà plus de
-quarante mille hommes s'étaient enfuis en Aragon. Ce prince, bon et doux
-dans son Berri, livrait le Languedoc à ses agents comme une ferme à
-exploiter. Avide et prodigue, il se faisait bénir des uns, détester des
-autres. Il était homme à donner deux cent mille francs à son bouffon. Il
-est vrai qu'en récompense il donnait aussi aux clercs et construisait
-des églises. Il bâtissait ces tourelles aériennes, faisait tailler à
+<p>Mais nulle part le roi ne passa le temps plus agréablement qu'à Avignon,
+chez le pape. Personne n'était plus consommé que ces prêtres dans tous
+les arts du plaisir. Nulle part la vie n'était plus facile, nulle part
+les esprits plus libres. L'eussent-ils été moins, ils se trouvaient à la
+source même des indulgences; le pardon était tout près du péché. Le roi,
+au départ, laissa de riches souvenirs aux belles dames d'Avignon, «qui
+s'en louèrent toutes<a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a><a href="#footnote63" title="Go to footnote 63"><span class="smaller">[63]</span></a>».</p>
+
+<p>Il partit grand ami du pape, et tout gagné à son <span class="pagenum"><a id="page41" name="page41"></a>(p. 41)</span> parti. Clément
+VIII avait donné au jeune duc d'Anjou le titre de roi de Naples, et au
+roi lui-même la disposition de sept cent cinquante bénéfices, celle,
+entre autres, de l'archevêché de Reims. Mais l'élu du roi, qui était un
+fameux adversaire du pape et des dominicains, mourut bientôt
+empoisonné<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a><a href="#footnote64" title="Go to footnote 64"><span class="smaller">[64]</span></a>.</p>
+
+<p>Arrivé en Languedoc, le roi n'entendit que plaintes et que cris. Le duc
+de Berri avait réduit le pays à un tel désespoir, que déjà plus de
+quarante mille hommes s'étaient enfuis en Aragon. Ce prince, bon et doux
+dans son Berri, livrait le Languedoc à ses agents comme une ferme à
+exploiter. Avide et prodigue, il se faisait bénir des uns, détester des
+autres. Il était homme à donner deux cent mille francs à son bouffon. Il
+est vrai qu'en récompense il donnait aussi aux clercs et construisait
+des églises. Il bâtissait ces tourelles aériennes, faisait tailler à
grands frais ces dentelles de pierre que nous admirons et que le peuple
-maudissait. Précieux manuscrits, riches miniatures, sceaux admirables,
-rien ne lui coûtait. En dernier lieu, à soixante ans, il venait
-d'épouser une petite fille de douze ans, la nièce du comte de Foix.
-Combien de fêtes et de dépenses fallait-il au sexagénaire pour se faire
-pardonner son âge par cette enfant?</p>
-
-<p>Le roi, retenu douze jours entiers à Montpellier par les vives et
-«frisques» demoiselles du pays<a id="footnotetag65" name="footnotetag65"></a><a href="#footnote65" title="Go to footnote 65"><span class="smaller">[65]</span></a>, vint <span class="pagenum"><a id="page42" name="page42"></a>(p. 42)</span> ensuite assister, à
-Toulouse, à l'exécution de Bétisac, trésorier de son oncle. Cet homme
+maudissait. Précieux manuscrits, riches miniatures, sceaux admirables,
+rien ne lui coûtait. En dernier lieu, à soixante ans, il venait
+d'épouser une petite fille de douze ans, la nièce du comte de Foix.
+Combien de fêtes et de dépenses fallait-il au sexagénaire pour se faire
+pardonner son âge par cette enfant?</p>
+
+<p>Le roi, retenu douze jours entiers à Montpellier par les vives et
+«frisques» demoiselles du pays<a id="footnotetag65" name="footnotetag65"></a><a href="#footnote65" title="Go to footnote 65"><span class="smaller">[65]</span></a>, vint <span class="pagenum"><a id="page42" name="page42"></a>(p. 42)</span> ensuite assister, à
+Toulouse, à l'exécution de Bétisac, trésorier de son oncle. Cet homme
avouait tous ses crimes, mais il ajoutait qu'il n'avait rien fait que
par ordre de monseigneur de Berri. Ne sachant comment le tirer de cette
puissante protection, on lui persuada qu'il n'avait d'autre ressource
-que de se dire hérétique, qu'alors on l'enverrait au pape, qu'il serait
-sauvé. Il crut ce conseil, se déclara hérétique, et fut brûlé vif.
-L'exécution eut lieu sous les fenêtres du roi, aux acclamations du
+que de se dire hérétique, qu'alors on l'enverrait au pape, qu'il serait
+sauvé. Il crut ce conseil, se déclara hérétique, et fut brûlé vif.
+L'exécution eut lieu sous les fenêtres du roi, aux acclamations du
peuple. Le roi donna cette satisfaction aux plaintes du Languedoc.</p>
-<p>Pour faire encore chose agréable à la bonne ville de Toulouse, Charles
+<p>Pour faire encore chose agréable à la bonne ville de Toulouse, Charles
VI accorda aux <em>abbayes</em> des filles de joie, que ces filles ne fussent
-plus obligées de porter un costume<a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a><a href="#footnote66" title="Go to footnote 66"><span class="smaller">[66]</span></a>, mais que désormais elles
-s'habillassent à leur fantaisie. Il voulait qu'elles prissent part à la
-joie de sa royale entrée.</p>
-
-<p>Il revint droit à Paris, soûl de plaisirs, las de fêtes; il évita au
-retour celles qu'on lui préparait. Il gagea avec son frère que, tous
-deux partant à franc étrier, il arriverait avant lui. Il n'y avait plus
-de repos pour lui que dans l'étourdissement. À vingt-deux ans, il était
-fini; il avait usé deux vies, une de guerre, une de plaisirs. La tête
-était morte, le c&oelig;ur vide; les sens commençaient à défaillir. Quel
-remède à cet état désolant? L'agitation, le vertige d'une course
-furieuse. «Les morts vont vite.»</p>
+plus obligées de porter un costume<a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a><a href="#footnote66" title="Go to footnote 66"><span class="smaller">[66]</span></a>, mais que désormais elles
+s'habillassent à leur fantaisie. Il voulait qu'elles prissent part à la
+joie de sa royale entrée.</p>
+
+<p>Il revint droit à Paris, soûl de plaisirs, las de fêtes; il évita au
+retour celles qu'on lui préparait. Il gagea avec son frère que, tous
+deux partant à franc étrier, il arriverait avant lui. Il n'y avait plus
+de repos pour lui que dans l'étourdissement. À vingt-deux ans, il était
+fini; il avait usé deux vies, une de guerre, une de plaisirs. La tête
+était morte, le c&oelig;ur vide; les sens commençaient à défaillir. Quel
+remède à cet état désolant? L'agitation, le vertige d'une course
+furieuse. «Les morts vont vite.»</p>
<p>La vie est un combat, sans doute, mais il ne faut <span class="pagenum"><a id="page43" name="page43"></a>(p. 43)</span> pas s'en
-plaindre; c'est un malheur quand le combat finit. La guerre intérieure
+plaindre; c'est un malheur quand le combat finit. La guerre intérieure
de l'<i lang="la">Homo duplex</i> est justement ce qui nous soutient. Contemplons-la,
cette guerre, non plus dans le roi, mais dans le royaume, dans le Paris
-d'alors, qui la représentait si bien.</p>
+d'alors, qui la représentait si bien.</p>
<p>Le Paris de Charles VI, c'est surtout le Paris du Nord, ce grand et
-profond Paris de la plaine, étendant ses rues obscures du royal hôtel
-Saint-Paul à l'hôtel de Bourgogne, aux halles. Au c&oelig;ur de ce Paris,
-vers la Grève, s'élevaient deux églises, deux idées, Saint-Jacques et
+profond Paris de la plaine, étendant ses rues obscures du royal hôtel
+Saint-Paul à l'hôtel de Bourgogne, aux halles. Au c&oelig;ur de ce Paris,
+vers la Grève, s'élevaient deux églises, deux idées, Saint-Jacques et
Saint-Jean.</p>
-<p>Saint-Jacques de la Boucherie était la paroisse des bouchers et des
-lombards, de l'argent et de la viande. Dignement enceinte d'écorcheries,
-de tanneries et de mauvais lieux, la sale et riche paroisse s'étendait
-de la rue Troussevache au quai des Peaux ou Pelletier. À l'ombre de
-l'église des bouchers, sous la protection de ses confréries, dans une
-chétive échoppe, écrivaient, intriguaient, amassaient Flamel et sa
-vieille Pernelle, gens avisés, qui passaient pour alchimistes, et qui de
+<p>Saint-Jacques de la Boucherie était la paroisse des bouchers et des
+lombards, de l'argent et de la viande. Dignement enceinte d'écorcheries,
+de tanneries et de mauvais lieux, la sale et riche paroisse s'étendait
+de la rue Troussevache au quai des Peaux ou Pelletier. À l'ombre de
+l'église des bouchers, sous la protection de ses confréries, dans une
+chétive échoppe, écrivaient, intriguaient, amassaient Flamel et sa
+vieille Pernelle, gens avisés, qui passaient pour alchimistes, et qui de
cette boue infecte surent en effet tirer de l'or<a id="footnotetag67" name="footnotetag67"></a><a href="#footnote67" title="Go to footnote 67"><span class="smaller">[67]</span></a>.</p>
-<p>Contre la matérialité de Saint-Jacques, s'élevait, à deux pas, la
-spiritualité de Saint-Jean. Deux événements tragiques avaient fait de
-cette chapelle une <span class="pagenum"><a id="page44" name="page44"></a>(p. 44)</span> grande église, une grande paroisse: le
-miracle de la rue des Billettes, où «Dieu fut boulu par un juif»; puis,
-la ruine du Temple, qui étendit la paroisse de Saint-Jean sur ce vaste
-et silencieux quartier. Son curé était le grand docteur du temps, Jean
+<p>Contre la matérialité de Saint-Jacques, s'élevait, à deux pas, la
+spiritualité de Saint-Jean. Deux événements tragiques avaient fait de
+cette chapelle une <span class="pagenum"><a id="page44" name="page44"></a>(p. 44)</span> grande église, une grande paroisse: le
+miracle de la rue des Billettes, où «Dieu fut boulu par un juif»; puis,
+la ruine du Temple, qui étendit la paroisse de Saint-Jean sur ce vaste
+et silencieux quartier. Son curé était le grand docteur du temps, Jean
Gerson, cet homme de combat et de contradiction. Mystique, ennemi des
-mystiques, mais plus ennemi encore des hommes de matière et de
-brutalité, pauvre et impuissant curé de Saint-Jean, entre les folies de
+mystiques, mais plus ennemi encore des hommes de matière et de
+brutalité, pauvre et impuissant curé de Saint-Jean, entre les folies de
Saint-Paul et les violences de Saint-Jacques, il censura les princes, il
-attaqua les bouchers; il écrivit contre les dangereuses sciences de la
-matière, qui sourdement minaient le christianisme, contre l'astrologie,
+attaqua les bouchers; il écrivit contre les dangereuses sciences de la
+matière, qui sourdement minaient le christianisme, contre l'astrologie,
contre l'alchimie.</p>
-<p>Sa tâche était difficile; la partie était forte. La nature, et les
-sciences de la nature, comprimées par l'esprit chrétien, allaient voir
+<p>Sa tâche était difficile; la partie était forte. La nature, et les
+sciences de la nature, comprimées par l'esprit chrétien, allaient voir
leur <em>renaissance</em>.</p>
<p>Cette dangereuse puissance, longtemps captive dans les creusets et les
-matrices des disciples d'Averroès, transformée par Arnauld de Villeneuve
-et quasi spiritualisée<a id="footnotetag68" name="footnotetag68"></a><a href="#footnote68" title="Go to footnote 68"><span class="smaller">[68]</span></a>, se contint encore au treizième siècle; au
-quinzième, elle flamba...</p>
-
-<p>Combien, en présence de cette éblouissante apparition, la vieille
-éristique pâlit! Celle-ci avait tout occupé en l'homme; puis, tout
-laissé vide. Dans l'entr'acte <span class="pagenum"><a id="page45" name="page45"></a>(p. 45)</span> de la vie spirituelle, l'éternelle
-nature reparaît, toujours jeune et charmante. Elle s'empare de l'homme
-défaillant, et l'attire contre son sein.</p>
-
-<p>Elle revient après le christianisme, malgré lui, elle revient comme
-péché. Le charme n'en est que plus irritant pour l'homme, le désir plus
-âpre. N'étant pas encore comprise, n'étant pas science, mais magie, elle
-exerce sur l'homme une fascination meurtrière. Le fini va se perdre dans
-le charme infiniment varié de la nature. Lui, il donne, donne sans
-compter. Elle, belle, immuable, elle reçoit toujours et sourit.</p>
-
-<p>Il faut donc que tout y passe. L'alchimiste vieillissant à la recherche
-de l'or, maigre et pâle sur son creuset, soufflera jusqu'à la fin. Il
-brûlera ses meubles, ses livres; il brûlerait ses enfants... D'autres
-poursuivront la nature dans ses formes les plus séduisantes; ils
-languiront à la recherche de la beauté. Mais la beauté fuit comme l'or;
-chacune de ses gracieuses apparitions échappe à l'homme, vaine et vide,
+matrices des disciples d'Averroès, transformée par Arnauld de Villeneuve
+et quasi spiritualisée<a id="footnotetag68" name="footnotetag68"></a><a href="#footnote68" title="Go to footnote 68"><span class="smaller">[68]</span></a>, se contint encore au treizième siècle; au
+quinzième, elle flamba...</p>
+
+<p>Combien, en présence de cette éblouissante apparition, la vieille
+éristique pâlit! Celle-ci avait tout occupé en l'homme; puis, tout
+laissé vide. Dans l'entr'acte <span class="pagenum"><a id="page45" name="page45"></a>(p. 45)</span> de la vie spirituelle, l'éternelle
+nature reparaît, toujours jeune et charmante. Elle s'empare de l'homme
+défaillant, et l'attire contre son sein.</p>
+
+<p>Elle revient après le christianisme, malgré lui, elle revient comme
+péché. Le charme n'en est que plus irritant pour l'homme, le désir plus
+âpre. N'étant pas encore comprise, n'étant pas science, mais magie, elle
+exerce sur l'homme une fascination meurtrière. Le fini va se perdre dans
+le charme infiniment varié de la nature. Lui, il donne, donne sans
+compter. Elle, belle, immuable, elle reçoit toujours et sourit.</p>
+
+<p>Il faut donc que tout y passe. L'alchimiste vieillissant à la recherche
+de l'or, maigre et pâle sur son creuset, soufflera jusqu'à la fin. Il
+brûlera ses meubles, ses livres; il brûlerait ses enfants... D'autres
+poursuivront la nature dans ses formes les plus séduisantes; ils
+languiront à la recherche de la beauté. Mais la beauté fuit comme l'or;
+chacune de ses gracieuses apparitions échappe à l'homme, vaine et vide,
et toute vaine qu'elle est, elle n'emporte pas moins les plus riches
-dons de son être... Ainsi triomphe de l'être éphémère l'insatiable,
+dons de son être... Ainsi triomphe de l'être éphémère l'insatiable,
l'infatigable nature. Elle absorbe sa vie, sa force; elle le reprend en
-elle, lui et son désir, et résout l'amour et l'amant dans l'éternelle
+elle, lui et son désir, et résout l'amour et l'amant dans l'éternelle
chimie.</p>
-<p>Que si la vie ne manque point, mais que seulement l'âme défaille, alors
+<p>Que si la vie ne manque point, mais que seulement l'âme défaille, alors
c'est bien pis. L'homme n'a plus de la vie que la conscience de sa mort.
-Ayant éteint son dieu intérieur, il se sent délaissé de Dieu, et comme
-excepté seul de l'universelle providence.</p>
+Ayant éteint son dieu intérieur, il se sent délaissé de Dieu, et comme
+excepté seul de l'universelle providence.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page46" name="page46"></a>(p. 46)</span> Seul... Mais au moyen âge on n'était pas longtemps seul. Le
-Diable vient vite, dans ces moments, à la place de Dieu. L'âme gisante
-est pour lui un jouet qu'il tourne et pelote... Et cette pauvre âme est
+<p><span class="pagenum"><a id="page46" name="page46"></a>(p. 46)</span> Seul... Mais au moyen âge on n'était pas longtemps seul. Le
+Diable vient vite, dans ces moments, à la place de Dieu. L'âme gisante
+est pour lui un jouet qu'il tourne et pelote... Et cette pauvre âme est
si malade qu'elle veut rester malade, creusant son mal et fouillant les
-mauvaises jouissances: <i lang="la">Mala mentis gaudia</i>. Leurrée de croyances
-folles, amusée de lueurs sombres, menée de côté et d'autre par la vaine
-curiosité, elle cherche à tâtons dans la nuit; elle a peur et elle
+mauvaises jouissances: <i lang="la">Mala mentis gaudia</i>. Leurrée de croyances
+folles, amusée de lueurs sombres, menée de côté et d'autre par la vaine
+curiosité, elle cherche à tâtons dans la nuit; elle a peur et elle
cherche...</p>
-<p>Ce sont d'étranges époques. On nie, on croit tout. Une fiévreuse
-atmosphère de superstition sceptique enveloppe les villes sombres.
-L'ombre augmente dans leurs rues étroites; leur brouillard va
-s'épaississant aux fumées d'alchimie et de sabbat. Les croisées obliques
+<p>Ce sont d'étranges époques. On nie, on croit tout. Une fiévreuse
+atmosphère de superstition sceptique enveloppe les villes sombres.
+L'ombre augmente dans leurs rues étroites; leur brouillard va
+s'épaississant aux fumées d'alchimie et de sabbat. Les croisées obliques
ont des regards louches. La boue noire des carrefours grouille en
-mauvaises paroles. Les portes sont fermées tout le jour; mais elles
+mauvaises paroles. Les portes sont fermées tout le jour; mais elles
savent bien s'ouvrir le soir pour recevoir l'homme du mal, le juif, le
sorcier, l'assassin.</p>
-<p>On s'attend alors à quelque chose. À quoi? On l'ignore. Mais la nature
-avertit; les éléments semblent chargés. Le bruit courut un moment, sous
-Charles VI, qu'on avait empoisonné les rivières<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a><a href="#footnote69" title="Go to footnote 69"><span class="smaller">[69]</span></a>. Dans tous les
-esprits, flottait d'avance une vague pensée de crime.</p>
+<p>On s'attend alors à quelque chose. À quoi? On l'ignore. Mais la nature
+avertit; les éléments semblent chargés. Le bruit courut un moment, sous
+Charles VI, qu'on avait empoisonné les rivières<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a><a href="#footnote69" title="Go to footnote 69"><span class="smaller">[69]</span></a>. Dans tous les
+esprits, flottait d'avance une vague pensée de crime.</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page47" name="page47"></a>(p. 47)</span> CHAPITRE III</h3>
<p class="chaptitle">Folie de Charles VI (1392-1400).</p>
-<p>Cette brutale histoire qui va présenter tant de crimes hardis, de crimes
+<p>Cette brutale histoire qui va présenter tant de crimes hardis, de crimes
orgueilleux qui cherchent le jour, elle commence par un vilain crime de
-nuit, un guet-apens. Ce fut un attentat de la féodalité mourante contre
-le droit féodal, commis en trahison par un arrière-vassal sur un
-officier de son suzerain, dans la résidence du suzerain même; et
-par-dessus, ce fut un sacrilège, l'assassin ayant pris pour faire son
+nuit, un guet-apens. Ce fut un attentat de la féodalité mourante contre
+le droit féodal, commis en trahison par un arrière-vassal sur un
+officier de son suzerain, dans la résidence du suzerain même; et
+par-dessus, ce fut un sacrilège, l'assassin ayant pris pour faire son
coup le jour du Saint-Sacrement.</p>
-<p>Les Marmousets, les petits devenus maîtres des grands, étaient
-mortellement haïs; Clisson, de plus, était craint. En France, il était
-connétable, l'épée du roi contre les seigneurs; en Bretagne, il était au
-contraire le chef des seigneurs contre le duc. Lié étroitement aux
-maisons de Penthièvre et d'Anjou, il n'attendait qu'une occasion pour
+<p>Les Marmousets, les petits devenus maîtres des grands, étaient
+mortellement haïs; Clisson, de plus, était craint. En France, il était
+connétable, l'épée du roi contre les seigneurs; en Bretagne, il était au
+contraire le chef des seigneurs contre le duc. Lié étroitement aux
+maisons de Penthièvre et d'Anjou, il n'attendait qu'une occasion pour
chasser le duc de Bretagne et le renvoyer chez ses amis, les Anglais.
-Le duc, qui le <span class="pagenum"><a id="page48" name="page48"></a>(p. 48)</span> savait à merveille, qui vivait en crainte
-continuelle de Clisson, et ne rêvait que du terrible borgne<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a><a href="#footnote70" title="Go to footnote 70"><span class="smaller">[70]</span></a>, ne
+Le duc, qui le <span class="pagenum"><a id="page48" name="page48"></a>(p. 48)</span> savait à merveille, qui vivait en crainte
+continuelle de Clisson, et ne rêvait que du terrible borgne<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a><a href="#footnote70" title="Go to footnote 70"><span class="smaller">[70]</span></a>, ne
pouvait se consoler d'avoir eu son ennemi entre les mains, de l'avoir
tenu et de n'avoir pas eu le courage de le tuer. Or il y avait un homme
-qui avait intérêt à tuer Clisson, qui avait tout à craindre du
-connétable et de la maison d'Anjou. C'était un seigneur angevin, Pierre
-de Craon, qui, ayant volé le trésor du duc d'Anjou, son maître, dans
-l'expédition de Naples, fut cause qu'il périt sans secours<a id="footnotetag71" name="footnotetag71"></a><a href="#footnote71" title="Go to footnote 71"><span class="smaller">[71]</span></a>. La veuve
-ne perdait pas de vue cet homme, et Clisson, allié de la maison d'Anjou,
-ne rencontrait pas le voleur sans le traiter comme il le méritait.</p>
+qui avait intérêt à tuer Clisson, qui avait tout à craindre du
+connétable et de la maison d'Anjou. C'était un seigneur angevin, Pierre
+de Craon, qui, ayant volé le trésor du duc d'Anjou, son maître, dans
+l'expédition de Naples, fut cause qu'il périt sans secours<a id="footnotetag71" name="footnotetag71"></a><a href="#footnote71" title="Go to footnote 71"><span class="smaller">[71]</span></a>. La veuve
+ne perdait pas de vue cet homme, et Clisson, allié de la maison d'Anjou,
+ne rencontrait pas le voleur sans le traiter comme il le méritait.</p>
<p>Les deux peurs, les deux haines s'entendirent. Craon promit au duc de
-Bretagne de le défaire de Clisson. Il revint secrètement à Paris, rentra
-de nuit dans la ville; les portes étaient toujours ouvertes depuis la
-punition des Maillotins. Il remplit de coupe-jarrets son hôtel du
-Marché-Saint-Jean. Là, portes et croisées fermées, ils attendirent
-plusieurs jours. Enfin le 13 juin, jour de la fête du Saint-Sacrement,
-un grand gala ayant eu lieu à l'hôtel Saint-Paul, joûtes, souper et
-danses après minuit, le connétable revenait presque seul à son hôtel de
-la rue de Paradis. Ce vaste et silencieux Marais, assez désert même
-aujourd'hui, l'était bien plus alors; ce n'étaient que grands hôtels,
-jardins <span class="pagenum"><a id="page49" name="page49"></a>(p. 49)</span> et couvents. Craon se tint à cheval avec quarante
+Bretagne de le défaire de Clisson. Il revint secrètement à Paris, rentra
+de nuit dans la ville; les portes étaient toujours ouvertes depuis la
+punition des Maillotins. Il remplit de coupe-jarrets son hôtel du
+Marché-Saint-Jean. Là, portes et croisées fermées, ils attendirent
+plusieurs jours. Enfin le 13 juin, jour de la fête du Saint-Sacrement,
+un grand gala ayant eu lieu à l'hôtel Saint-Paul, joûtes, souper et
+danses après minuit, le connétable revenait presque seul à son hôtel de
+la rue de Paradis. Ce vaste et silencieux Marais, assez désert même
+aujourd'hui, l'était bien plus alors; ce n'étaient que grands hôtels,
+jardins <span class="pagenum"><a id="page49" name="page49"></a>(p. 49)</span> et couvents. Craon se tint à cheval avec quarante
bandits au coin de la rue Sainte-Catherine; Clisson arrive, ils
-éteignent les torches, fondent sur lui. Le connétable crut d'abord que
-c'était un jeu du jeune frère du roi. Mais Craon voulut, en le tuant,
-lui donner l'amertume de savoir par qui il mourait. «Je suis votre
-ennemi, lui dit il, je suis Pierre de Craon.» Le connétable, qui n'avait
-qu'un petit coutelas, para du mieux qu'il put. Enfin, atteint à la tête,
+éteignent les torches, fondent sur lui. Le connétable crut d'abord que
+c'était un jeu du jeune frère du roi. Mais Craon voulut, en le tuant,
+lui donner l'amertume de savoir par qui il mourait. «Je suis votre
+ennemi, lui dit il, je suis Pierre de Craon.» Le connétable, qui n'avait
+qu'un petit coutelas, para du mieux qu'il put. Enfin, atteint à la tête,
il tomba; fort heureusement, il ouvrit en tombant une porte
-entre-bâillée, celle d'un boulanger qui chauffait son four à cette heure
-avancée de la nuit. La tête et la moitié du corps se trouvèrent dans la
-boutique; pour l'achever, il eût fallu entrer. Mais les quarante braves
-n'osèrent descendre de cheval; ils aimèrent mieux croire qu'il en avait
-assez, et se sauvèrent au galop par la porte Saint-Antoine.</p>
+entre-bâillée, celle d'un boulanger qui chauffait son four à cette heure
+avancée de la nuit. La tête et la moitié du corps se trouvèrent dans la
+boutique; pour l'achever, il eût fallu entrer. Mais les quarante braves
+n'osèrent descendre de cheval; ils aimèrent mieux croire qu'il en avait
+assez, et se sauvèrent au galop par la porte Saint-Antoine.</p>
-<p>Le roi, qui se couchait, fut averti un moment après. Il ne prit pas le
+<p>Le roi, qui se couchait, fut averti un moment après. Il ne prit pas le
temps de s'habiller; il vint sans attendre sa suite, en chemise, dans un
-manteau. Il trouva le connétable déjà revenu à lui et lui promit de le
-venger, jurant que jamais chose ne serait payée plus cher que celle-là.</p>
+manteau. Il trouva le connétable déjà revenu à lui et lui promit de le
+venger, jurant que jamais chose ne serait payée plus cher que celle-là.</p>
-<p>Cependant le meurtrier s'était blotti dans son château de Sablé au
+<p>Cependant le meurtrier s'était blotti dans son château de Sablé au
Maine, puis dans quelque coin de la Bretagne. Les oncles du roi qui
-étaient ravis de l'événement, et qui d'avance en avaient su quelque
-chose, disaient, pour amuser le roi et gagner du temps, que Craon était
-en Espagne. Mais le roi ne s'y trompait pas. C'était le duc de Bretagne
-qu'il voulait punir. Il <span class="pagenum"><a id="page50" name="page50"></a>(p. 50)</span> était loin, ce duc; il fallait
-l'atteindre chez lui, dans son pauvre et rude pays, à travers les forêts
-du Mans, de Vitré, de Rennes. Il fallait que les oncles du roi lui
-amenassent leurs vassaux, c'est-à-dire qu'ils se prêtassent à punir le
-crime de leurs amis, le leur peut-être<a id="footnotetag72" name="footnotetag72"></a><a href="#footnote72" title="Go to footnote 72"><span class="smaller">[72]</span></a>. Le roi, ne sachant comment
-venir à bout de leur répugnance et de leurs lenteurs, alla jusqu'à
+étaient ravis de l'événement, et qui d'avance en avaient su quelque
+chose, disaient, pour amuser le roi et gagner du temps, que Craon était
+en Espagne. Mais le roi ne s'y trompait pas. C'était le duc de Bretagne
+qu'il voulait punir. Il <span class="pagenum"><a id="page50" name="page50"></a>(p. 50)</span> était loin, ce duc; il fallait
+l'atteindre chez lui, dans son pauvre et rude pays, à travers les forêts
+du Mans, de Vitré, de Rennes. Il fallait que les oncles du roi lui
+amenassent leurs vassaux, c'est-à-dire qu'ils se prêtassent à punir le
+crime de leurs amis, le leur peut-être<a id="footnotetag72" name="footnotetag72"></a><a href="#footnote72" title="Go to footnote 72"><span class="smaller">[72]</span></a>. Le roi, ne sachant comment
+venir à bout de leur répugnance et de leurs lenteurs, alla jusqu'à
rendre au duc de Berri le Languedoc qu'il lui avait si justement
-retiré<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a><a href="#footnote73" title="Go to footnote 73"><span class="smaller">[73]</span></a>.</p>
-
-<p>Il était languissant, malade d'impatience. Il avait eu une fièvre chaude
-peu de temps auparavant, et n'était pas trop remis. Il y avait en lui
-quelque chose d'égaré et comme d'étrange. Ses oncles auraient voulu
-qu'il se soignât, qu'il se tînt tranquille, qu'il s'abstînt surtout de
-venir au conseil; mais ils ne gagnaient rien sur lui. Il monta à cheval
-malgré eux, et les mena jusqu'au Mans. Là, ils parvinrent encore à le
-retenir trois semaines. Enfin, se croyant mieux, il n'écouta plus rien
-et fit déployer son étendard.</p>
-
-<p>C'était le milieu de l'été, les jours brûlants, les lourdes chaleurs
-d'août. Le roi était enterré dans un habit de velours noir, la tête
-chargée d'un chaperon écarlate, aussi de velours. Les princes traînaient
-derrière sournoisement, et le laissaient seul, afin, disaient-ils, de
-lui faire moins de poussière. Seul, il traversait les ennuyeuses forêts
-du Maine, de méchants bois <span class="pagenum"><a id="page51" name="page51"></a>(p. 51)</span> pauvres d'ombrage, les chaleurs
-étouffées des clairières, les mirages éblouissants du sable à midi.
-C'était aussi dans une forêt, mais combien différente! que, douze ans
+retiré<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a><a href="#footnote73" title="Go to footnote 73"><span class="smaller">[73]</span></a>.</p>
+
+<p>Il était languissant, malade d'impatience. Il avait eu une fièvre chaude
+peu de temps auparavant, et n'était pas trop remis. Il y avait en lui
+quelque chose d'égaré et comme d'étrange. Ses oncles auraient voulu
+qu'il se soignât, qu'il se tînt tranquille, qu'il s'abstînt surtout de
+venir au conseil; mais ils ne gagnaient rien sur lui. Il monta à cheval
+malgré eux, et les mena jusqu'au Mans. Là, ils parvinrent encore à le
+retenir trois semaines. Enfin, se croyant mieux, il n'écouta plus rien
+et fit déployer son étendard.</p>
+
+<p>C'était le milieu de l'été, les jours brûlants, les lourdes chaleurs
+d'août. Le roi était enterré dans un habit de velours noir, la tête
+chargée d'un chaperon écarlate, aussi de velours. Les princes traînaient
+derrière sournoisement, et le laissaient seul, afin, disaient-ils, de
+lui faire moins de poussière. Seul, il traversait les ennuyeuses forêts
+du Maine, de méchants bois <span class="pagenum"><a id="page51" name="page51"></a>(p. 51)</span> pauvres d'ombrage, les chaleurs
+étouffées des clairières, les mirages éblouissants du sable à midi.
+C'était aussi dans une forêt, mais combien différente! que, douze ans
auparavant, il avait fait rencontre du cerf merveilleux qui promettait
-tant de choses. Il était jeune alors, plein d'espoir, le c&oelig;ur haut,
-tout dressé aux grandes pensées. Mais combien il avait fallu en
-rabattre! Hors du royaume, il avait échoué partout, tout tenté et tout
-manqué. Dans le royaume même, était-il bien roi? Voilà que tout le
-monde, les princes, le clergé, l'Université, attaquaient ses
+tant de choses. Il était jeune alors, plein d'espoir, le c&oelig;ur haut,
+tout dressé aux grandes pensées. Mais combien il avait fallu en
+rabattre! Hors du royaume, il avait échoué partout, tout tenté et tout
+manqué. Dans le royaume même, était-il bien roi? Voilà que tout le
+monde, les princes, le clergé, l'Université, attaquaient ses
conseillers. On lui faisait le dernier outrage, on lui tuait son
-connétable et personne ne remuait; un simple gentilhomme, en pareil cas,
-aurait eu vingt amis pour lui offrir leur épée. Le roi n'avait pas même
-ses parents; ils se laissaient sommer de leur service féodal, et alors
+connétable et personne ne remuait; un simple gentilhomme, en pareil cas,
+aurait eu vingt amis pour lui offrir leur épée. Le roi n'avait pas même
+ses parents; ils se laissaient sommer de leur service féodal, et alors
ils se faisaient marchander; il fallait les payer d'avance, leur
-distribuer des provinces, le Languedoc, le duché d'Orléans. Son frère,
-ce nouveau duc d'Orléans, c'était un beau jeune prince qui n'avait que
+distribuer des provinces, le Languedoc, le duché d'Orléans. Son frère,
+ce nouveau duc d'Orléans, c'était un beau jeune prince qui n'avait que
trop d'esprit et d'audace, qui caressait tout le monde; il venait de
mettre dans les fleurs de lis la belle couleuvre de Milan<a id="footnotetag74" name="footnotetag74"></a><a href="#footnote74" title="Go to footnote 74"><span class="smaller">[74]</span></a>... Donc,
-rien d'ami ni de sûr. Des gens qui n'avaient pas craint d'attaquer son
-connétable à sa porte, ne se feraient pas grand scrupule de mettre la
-main sur lui. Il était seul parmi des traîtres... Qu'avait-il fait
-pourtant pour être ainsi haï de tous, lui qui ne haïssait personne, qui
-plutôt aimait tout le monde? Il <span class="pagenum"><a id="page52" name="page52"></a>(p. 52)</span> aurait voulu pouvoir faire
+rien d'ami ni de sûr. Des gens qui n'avaient pas craint d'attaquer son
+connétable à sa porte, ne se feraient pas grand scrupule de mettre la
+main sur lui. Il était seul parmi des traîtres... Qu'avait-il fait
+pourtant pour être ainsi haï de tous, lui qui ne haïssait personne, qui
+plutôt aimait tout le monde? Il <span class="pagenum"><a id="page52" name="page52"></a>(p. 52)</span> aurait voulu pouvoir faire
quelque chose pour le soulagement du peuple, tout au moins il avait bon
c&oelig;ur; les bonnes gens le savaient bien.</p>
-<p>Comme il traversait ainsi la forêt, un homme de mauvaise mine, sans
-autre vêtement qu'une méchante cotte blanche, se jette tout à coup à la
-bride du cheval du roi, criant d'une voix terrible: «Arrête, noble roi,
-ne passe outre, tu es trahi!» On lui fit lâcher la bride, mais on le
+<p>Comme il traversait ainsi la forêt, un homme de mauvaise mine, sans
+autre vêtement qu'une méchante cotte blanche, se jette tout à coup à la
+bride du cheval du roi, criant d'une voix terrible: «Arrête, noble roi,
+ne passe outre, tu es trahi!» On lui fit lâcher la bride, mais on le
laissa suivre le roi et crier une demi-heure.</p>
-<p>Il était midi, et le roi sortait de la forêt pour entrer dans une plaine
-de sable où le soleil frappait d'aplomb. Tout le monde souffrait de la
+<p>Il était midi, et le roi sortait de la forêt pour entrer dans une plaine
+de sable où le soleil frappait d'aplomb. Tout le monde souffrait de la
chaleur. Un page qui portait la lance royale s'endormit sur son cheval,
-et la lance tombant alla frapper le casque que portait un autre page. À
-ce bruit d'acier, à cette lueur, le roi tressaille, tire l'épée et,
-piquant des deux, il crie: «Sus, sus aux traîtres! ils veulent me
-livrer!» Il courait ainsi l'épée nue sur le duc d'Orléans. Le duc
-échappa, mais le roi eut le temps de tuer quatre hommes avant qu'on pût
-l'arrêter<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a><a href="#footnote75" title="Go to footnote 75"><span class="smaller">[75]</span></a>. Il fallut qu'il se fut lassé; alors, un de ses chevaliers
-vint le saisir par derrière. On le désarma, on le descendit de cheval,
-on le coucha doucement par terre. Les yeux lui roulaient étrangement
-dans la tête, il ne reconnaissait personne et ne disait mot. Ses oncles,
-son frère, étaient autour de lui. Tout le monde pouvait approcher et le
+et la lance tombant alla frapper le casque que portait un autre page. À
+ce bruit d'acier, à cette lueur, le roi tressaille, tire l'épée et,
+piquant des deux, il crie: «Sus, sus aux traîtres! ils veulent me
+livrer!» Il courait ainsi l'épée nue sur le duc d'Orléans. Le duc
+échappa, mais le roi eut le temps de tuer quatre hommes avant qu'on pût
+l'arrêter<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a><a href="#footnote75" title="Go to footnote 75"><span class="smaller">[75]</span></a>. Il fallut qu'il se fut lassé; alors, un de ses chevaliers
+vint le saisir par derrière. On le désarma, on le descendit de cheval,
+on le coucha doucement par terre. Les yeux lui roulaient étrangement
+dans la tête, il ne reconnaissait personne et ne disait mot. Ses oncles,
+son frère, étaient autour de lui. Tout le monde pouvait approcher et le
voir. Les ambassadeurs d'Angleterre y vinrent comme les autres, ce qu'on
-trouva généralement fort mauvais. Le duc de Bourgogne, surtout, <span class="pagenum"><a id="page53" name="page53"></a>(p. 53)</span>
-s'emporta contre le chambellan La Rivière qui avait laissé voir le roi
-en cet état aux ennemis de la France.</p>
-
-<p>Lorsqu'il revint un peu à lui, et qu'il sut ce qu'il avait fait, il en
-eut horreur, demanda pardon et se confessa. Les oncles s'étaient emparés
-de tout, et avaient mis en prison La Rivière et les autres conseillers
-du roi; Clisson avait seul échappé. Toutefois le roi défendit qu'on leur
-fît mal, et leur fit même rendre leurs biens<a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a><a href="#footnote76" title="Go to footnote 76"><span class="smaller">[76]</span></a>.</p>
-
-<p>Les médecins ne manquèrent point au royal malade, mais ils ne firent pas
-grand'chose. C'était déjà, comme aujourd'hui, la médecine matérialiste,
-qui soigne le corps sans se soucier de l'âme, qui veut guérir le mal
+trouva généralement fort mauvais. Le duc de Bourgogne, surtout, <span class="pagenum"><a id="page53" name="page53"></a>(p. 53)</span>
+s'emporta contre le chambellan La Rivière qui avait laissé voir le roi
+en cet état aux ennemis de la France.</p>
+
+<p>Lorsqu'il revint un peu à lui, et qu'il sut ce qu'il avait fait, il en
+eut horreur, demanda pardon et se confessa. Les oncles s'étaient emparés
+de tout, et avaient mis en prison La Rivière et les autres conseillers
+du roi; Clisson avait seul échappé. Toutefois le roi défendit qu'on leur
+fît mal, et leur fit même rendre leurs biens<a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a><a href="#footnote76" title="Go to footnote 76"><span class="smaller">[76]</span></a>.</p>
+
+<p>Les médecins ne manquèrent point au royal malade, mais ils ne firent pas
+grand'chose. C'était déjà, comme aujourd'hui, la médecine matérialiste,
+qui soigne le corps sans se soucier de l'âme, qui veut guérir le mal
physique sans rechercher le mal moral, lequel pourtant est ordinairement
-la cause première de l'autre. Le moyen âge faisait tout le contraire; il
-ne connaissait pas toujours les remèdes matériels; mais il savait à
-merveille calmer, <em>charmer</em> le malade, le préparer à se laisser guérir.
-La médecine se faisait chrétiennement, au bénitier même des églises.
-Souvent on commençait par confesser le patient, et l'on connaissait
+la cause première de l'autre. Le moyen âge faisait tout le contraire; il
+ne connaissait pas toujours les remèdes matériels; mais il savait à
+merveille calmer, <em>charmer</em> le malade, le préparer à se laisser guérir.
+La médecine se faisait chrétiennement, au bénitier même des églises.
+Souvent on commençait par confesser le patient, et l'on connaissait
ainsi sa vie, ses habitudes. On lui donnait ensuite la communion, ce qui
-aidait à rétablir l'harmonie des esprits troublés. Quand le malade avait
-mis bas la passion, l'habitude mauvaise, dépouillé le vieil homme, alors
-on cherchait quelque remède. C'était ordinairement quelque absurde
-recette; mais sur un homme si bien préparé tout réussissait. Au
-quatorzième siècle, on ne <span class="pagenum"><a id="page54" name="page54"></a>(p. 54)</span> connaissait déjà plus ces ménagements
-préalables; on s'adressait directement, brutalement au corps; on le
-tourmentait. Le roi se lassa bientôt du traitement, et dans un moment de
-raison il chassa ses médecins.</p>
-
-<p>Les gens de la cour l'engageaient à ne chercher d'autre remède que les
-amusements, les fêtes, à guérir la folie par la folie. Une belle
-occasion se présenta: la reine mariait une de ses dames allemandes, déjà
-veuve. Les noces de veuves étaient des charivaris, des fêtes folles, où
+aidait à rétablir l'harmonie des esprits troublés. Quand le malade avait
+mis bas la passion, l'habitude mauvaise, dépouillé le vieil homme, alors
+on cherchait quelque remède. C'était ordinairement quelque absurde
+recette; mais sur un homme si bien préparé tout réussissait. Au
+quatorzième siècle, on ne <span class="pagenum"><a id="page54" name="page54"></a>(p. 54)</span> connaissait déjà plus ces ménagements
+préalables; on s'adressait directement, brutalement au corps; on le
+tourmentait. Le roi se lassa bientôt du traitement, et dans un moment de
+raison il chassa ses médecins.</p>
+
+<p>Les gens de la cour l'engageaient à ne chercher d'autre remède que les
+amusements, les fêtes, à guérir la folie par la folie. Une belle
+occasion se présenta: la reine mariait une de ses dames allemandes, déjà
+veuve. Les noces de veuves étaient des charivaris, des fêtes folles, où
l'on disait et faisait tout. Afin d'en faire, s'il se pouvait,
-davantage, le roi et cinq chevaliers se déguisèrent en satyres. Celui
-qui mettait en train ces farces obscènes était un certain Hugues de
+davantage, le roi et cinq chevaliers se déguisèrent en satyres. Celui
+qui mettait en train ces farces obscènes était un certain Hugues de
Guisay, un mauvais homme, de ces gens qui deviennent quelque chose en
amusant les grands et marchant sur les petits. Il fit coudre ces satyres
-dans une toile enduite de poix-résine, sur quoi fut collée une toison
-d'étoupes qui les faisait paraître velus comme des boucs. Pendant que le
-roi, sous ce déguisement, lutine sa jeune tante, la toute jeune épouse
-du vieux duc de Berri, le duc d'Orléans, son frère, qui avait passé la
-soirée ailleurs, rentre avec le comte de Bar; ces malheureux étourdis
-imaginent, pour faire peur aux dames, de mettre le feu aux étoupes. Ces
-étoupes tenaient à la poix-résine; à l'instant les satyres flambèrent.
-La toile était cousue; rien ne pouvait les sauver. Ce fut chose horrible
+dans une toile enduite de poix-résine, sur quoi fut collée une toison
+d'étoupes qui les faisait paraître velus comme des boucs. Pendant que le
+roi, sous ce déguisement, lutine sa jeune tante, la toute jeune épouse
+du vieux duc de Berri, le duc d'Orléans, son frère, qui avait passé la
+soirée ailleurs, rentre avec le comte de Bar; ces malheureux étourdis
+imaginent, pour faire peur aux dames, de mettre le feu aux étoupes. Ces
+étoupes tenaient à la poix-résine; à l'instant les satyres flambèrent.
+La toile était cousue; rien ne pouvait les sauver. Ce fut chose horrible
de voir courir dans la salle ces flammes vivantes, hurlantes...
-Heureusement, la jeune duchesse de Berri retint le roi, l'empêcha de
-bouger, le couvrit de sa robe, de sorte qu'aucune étincelle <span class="pagenum"><a id="page55" name="page55"></a>(p. 55)</span> ne
-tombât sur lui. Les autres brûlèrent une demi-heure, et mirent trois
-jours à mourir<a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a><a href="#footnote77" title="Go to footnote 77"><span class="smaller">[77]</span></a>.</p>
-
-<p>Les princes avaient tout à craindre, si le roi n'eût échappé; le peuple
-les aurait mis en pièces. Quand le bruit de cette aventure se répandit
-dans la ville, ce fut un mouvement général d'indignation et de pitié.
-Que l'on abandonnât le roi à ces honteuses folies, qu'il eût risqué,
-innocent et simple qu'il était, d'être enveloppé dans ce terrible
-châtiment de Dieu, l'honnête bourgeoisie de Paris frémissait d'y penser.
-Ils se portèrent plus de cinq cents à l'hôtel Saint-Paul. On ne put les
-calmer qu'en leur montrant leur roi sous son dais royal, où il les
+Heureusement, la jeune duchesse de Berri retint le roi, l'empêcha de
+bouger, le couvrit de sa robe, de sorte qu'aucune étincelle <span class="pagenum"><a id="page55" name="page55"></a>(p. 55)</span> ne
+tombât sur lui. Les autres brûlèrent une demi-heure, et mirent trois
+jours à mourir<a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a><a href="#footnote77" title="Go to footnote 77"><span class="smaller">[77]</span></a>.</p>
+
+<p>Les princes avaient tout à craindre, si le roi n'eût échappé; le peuple
+les aurait mis en pièces. Quand le bruit de cette aventure se répandit
+dans la ville, ce fut un mouvement général d'indignation et de pitié.
+Que l'on abandonnât le roi à ces honteuses folies, qu'il eût risqué,
+innocent et simple qu'il était, d'être enveloppé dans ce terrible
+châtiment de Dieu, l'honnête bourgeoisie de Paris frémissait d'y penser.
+Ils se portèrent plus de cinq cents à l'hôtel Saint-Paul. On ne put les
+calmer qu'en leur montrant leur roi sous son dais royal, où il les
remercia et leur dit de bonnes paroles.</p>
<p>Une telle secousse ne pouvait manquer d'amener une rechute. Celle-ci fut
-violente. Il soutenait qu'il n'était point marié, qu'il n'avait pas
-d'enfant. Un autre trait de sa folie, et ce n'était pas le plus fol,
-c'était de ne vouloir plus être lui-même, point Charles, point roi. S'il
+violente. Il soutenait qu'il n'était point marié, qu'il n'avait pas
+d'enfant. Un autre trait de sa folie, et ce n'était pas le plus fol,
+c'était de ne vouloir plus être lui-même, point Charles, point roi. S'il
voyait des lis sur les vitraux ou sur les murs, il s'en moquait, dansait
-devant, les brisait, les effaçait. «Je m'appelle Georges, disait-il; mes
-armes sont un lion percé d'une épée<a id="footnotetag78" name="footnotetag78"></a><a href="#footnote78" title="Go to footnote 78"><span class="smaller">[78]</span></a>.»</p>
+devant, les brisait, les effaçait. «Je m'appelle Georges, disait-il; mes
+armes sont un lion percé d'une épée<a id="footnotetag78" name="footnotetag78"></a><a href="#footnote78" title="Go to footnote 78"><span class="smaller">[78]</span></a>.»</p>
<p>Les femmes seules avaient encore puissance sur lui, sauf la reine,
-qu'il ne pouvait plus souffrir. Une femme <span class="pagenum"><a id="page56" name="page56"></a>(p. 56)</span> l'avait sauvé du feu.
-Mais celle qui avait sur lui le plus d'empire, c'était sa belle-s&oelig;ur,
-Valentina, la duchesse d'Orléans. Il la reconnaissait fort bien, et
-l'appelait: «Chère s&oelig;ur.» Il fallait qu'il la vît tous les jours; il
+qu'il ne pouvait plus souffrir. Une femme <span class="pagenum"><a id="page56" name="page56"></a>(p. 56)</span> l'avait sauvé du feu.
+Mais celle qui avait sur lui le plus d'empire, c'était sa belle-s&oelig;ur,
+Valentina, la duchesse d'Orléans. Il la reconnaissait fort bien, et
+l'appelait: «Chère s&oelig;ur.» Il fallait qu'il la vît tous les jours; il
ne pouvait durer sans elle; si elle ne venait, il l'allait chercher.
-Cette jeune femme, déjà délaissée de son mari, avait pour le pauvre fol
-un singulier attrait; ils étaient tous deux malheureux. Elle seule
-savait se faire écouter de lui; il lui obéissait, ce fol, elle était
+Cette jeune femme, déjà délaissée de son mari, avait pour le pauvre fol
+un singulier attrait; ils étaient tous deux malheureux. Elle seule
+savait se faire écouter de lui; il lui obéissait, ce fol, elle était
devenue sa raison.</p>
-<p>Personne, que je sache, n'a bien expliqué encore ce phénomène de
-l'infatuation, cette fascination étrange qui tient de l'amour et n'est
+<p>Personne, que je sache, n'a bien expliqué encore ce phénomène de
+l'infatuation, cette fascination étrange qui tient de l'amour et n'est
pas l'amour. Ce ne sont pas seulement les personnes qui l'exercent; les
-lieux ont aussi cette influence; témoin le lac dont Charlemagne ne
-pouvait, dit-on, détacher ses yeux<a id="footnotetag79" name="footnotetag79"></a><a href="#footnote79" title="Go to footnote 79"><span class="smaller">[79]</span></a>. Si la nature, si les forêts
+lieux ont aussi cette influence; témoin le lac dont Charlemagne ne
+pouvait, dit-on, détacher ses yeux<a id="footnotetag79" name="footnotetag79"></a><a href="#footnote79" title="Go to footnote 79"><span class="smaller">[79]</span></a>. Si la nature, si les forêts
muettes, les froides eaux, nous captivent et nous fascinent, que sera-ce
-donc de la femme? Quel pouvoir n'exercera-t-elle pas sur l'âme
-souffrante qui viendra chercher près d'elle le charme des entretiens
+donc de la femme? Quel pouvoir n'exercera-t-elle pas sur l'âme
+souffrante qui viendra chercher près d'elle le charme des entretiens
solitaires et des voluptueuses compassions?</p>
-<p>Douce, mais dangereuse médecine, qui calme et qui trouble. Le peuple,
-qui juge grossièrement, et qui juge bien, sentait que ce remède était un
+<p>Douce, mais dangereuse médecine, qui calme et qui trouble. Le peuple,
+qui juge grossièrement, et qui juge bien, sentait que ce remède était un
mal encore. Elle a, disaient-ils, cette Visconti, venue du pays des
-poisons, des maléfices, elle a ensorcelé le roi... Et il pouvait bien y
+poisons, des maléfices, elle a ensorcelé le roi... Et il pouvait bien y
avoir, en effet, quelque enchantement dans <span class="pagenum"><a id="page57" name="page57"></a>(p. 57)</span> les paroles de
l'Italienne, un subtil poison dans le regard de la femme du Midi.</p>
-<p>Un meilleur remède aux troubles d'esprit, un moyen plus sage
-d'harmoniser nos puissances morales, c'est de recourir à la paix
-suprême, de se réfugier en Dieu. Le roi se voua à saint Denis, et lui
-offrit une grosse châsse d'or. Il se fit mener en Bretagne, au
-mélancolique pèlerinage du Mont-Saint-Michel, <i lang="la">in periculo maris</i>; plus
+<p>Un meilleur remède aux troubles d'esprit, un moyen plus sage
+d'harmoniser nos puissances morales, c'est de recourir à la paix
+suprême, de se réfugier en Dieu. Le roi se voua à saint Denis, et lui
+offrit une grosse châsse d'or. Il se fit mener en Bretagne, au
+mélancolique pèlerinage du Mont-Saint-Michel, <i lang="la">in periculo maris</i>; plus
tard, aux affreuses montagnes volcaniques du Puy-en-Velay. On lui fit
-faire aussi de sévères ordonnances contre les blasphémateurs, contre les
-juifs. Cette fois, du moins, les juifs furent mieux traités; le roi, en
+faire aussi de sévères ordonnances contre les blasphémateurs, contre les
+juifs. Cette fois, du moins, les juifs furent mieux traités; le roi, en
les chassant, leur permit d'emporter leurs biens. Une autre ordonnance
-accordait un confesseur aux condamnés, de manière qu'en tuant le corps
-on sauvât du moins l'âme. Tout jeu fut défendu, sauf l'utile exercice de
-l'arbalète. Une fille du roi fut offerte à la Vierge, et faite
-religieuse en naissant; on espérait que l'innocente créature expierait
-les péchés de son père et lui obtiendrait guérison.</p>
+accordait un confesseur aux condamnés, de manière qu'en tuant le corps
+on sauvât du moins l'âme. Tout jeu fut défendu, sauf l'utile exercice de
+l'arbalète. Une fille du roi fut offerte à la Vierge, et faite
+religieuse en naissant; on espérait que l'innocente créature expierait
+les péchés de son père et lui obtiendrait guérison.</p>
<p>De toutes les bonnes &oelig;uvres royales, la plus royale c'est la paix;
ainsi en jugeait saint Louis<a id="footnotetag80" name="footnotetag80"></a><a href="#footnote80" title="Go to footnote 80"><span class="smaller">[80]</span></a>. Les rois ne sont ici-bas que pour
-garder la paix de Dieu. On croyait généralement que la maison de France
-était frappée <span class="pagenum"><a id="page58" name="page58"></a>(p. 58)</span> pour avoir mis la guerre et le schisme dans le
-monde chrétien. Donc, la paix était le remède; paix de l'Église entre
-Rome et Avignon, par la cession des deux papes; paix de la chrétienté
-entre la France et l'Angleterre, par un bon traité entre les deux rois,
-par une belle croisade contre le Turc, c'était le v&oelig;u de tout le
-monde; c'était ce que disaient tout haut les sermons des prédicateurs,
-les harangues de l'Université; tout bas les pleurs et les prières de
-tant de misérables, la prière commune des familles, celle que les mères
+garder la paix de Dieu. On croyait généralement que la maison de France
+était frappée <span class="pagenum"><a id="page58" name="page58"></a>(p. 58)</span> pour avoir mis la guerre et le schisme dans le
+monde chrétien. Donc, la paix était le remède; paix de l'Église entre
+Rome et Avignon, par la cession des deux papes; paix de la chrétienté
+entre la France et l'Angleterre, par un bon traité entre les deux rois,
+par une belle croisade contre le Turc, c'était le v&oelig;u de tout le
+monde; c'était ce que disaient tout haut les sermons des prédicateurs,
+les harangues de l'Université; tout bas les pleurs et les prières de
+tant de misérables, la prière commune des familles, celle que les mères
enseignaient le soir aux petits enfants.</p>
-<p>Il faut voir avec quelle vivacité Jean Gerson célèbre ce beau don de la
-paix, dans un de ces moments d'espoir où l'on crut à la cession des deux
-papes. Ce sermon est plutôt un hymne; l'ardent prédicateur devient poète
-et rime sans le vouloir; nul doute que ces rimes n'aient été redites et
-chantées par la foule émue qui les entendait:</p>
+<p>Il faut voir avec quelle vivacité Jean Gerson célèbre ce beau don de la
+paix, dans un de ces moments d'espoir où l'on crut à la cession des deux
+papes. Ce sermon est plutôt un hymne; l'ardent prédicateur devient poète
+et rime sans le vouloir; nul doute que ces rimes n'aient été redites et
+chantées par la foule émue qui les entendait:</p>
<p class="poem10">
- «Allons, allons, sans attarder,<br>
+ «Allons, allons, sans attarder,<br>
Allons de paix le droit chemin...<br>
- Grâces à Dieu, honneur et gloire,<br>
- Quand il nous a donné victoire.</p>
+ Grâces à Dieu, honneur et gloire,<br>
+ Quand il nous a donné victoire.</p>
-<p>«Élevons nos c&oelig;urs, ô dévot peuple chrétien! mettons hors toute autre
-cure, donnons cette heure à considérer le beau don de paix qui approche.
-Que de fois, par grands désirs, depuis près de trente ans, avons-nous
-demandé la paix, soupiré la paix! <i lang="la">Veniat pax</i><a id="footnotetag81" name="footnotetag81"></a><a href="#footnote81" title="Go to footnote 81"><span class="smaller">[81]</span></a>!»</p>
+<p>«Élevons nos c&oelig;urs, ô dévot peuple chrétien! mettons hors toute autre
+cure, donnons cette heure à considérer le beau don de paix qui approche.
+Que de fois, par grands désirs, depuis près de trente ans, avons-nous
+demandé la paix, soupiré la paix! <i lang="la">Veniat pax</i><a id="footnotetag81" name="footnotetag81"></a><a href="#footnote81" title="Go to footnote 81"><span class="smaller">[81]</span></a>!»</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page59" name="page59"></a>(p. 59)</span> Les rois se réconcilièrent plus aisément que les papes. Les
+<p><span class="pagenum"><a id="page59" name="page59"></a>(p. 59)</span> Les rois se réconcilièrent plus aisément que les papes. Les
Anglais ne voulaient point la paix<a id="footnotetag82" name="footnotetag82"></a><a href="#footnote82" title="Go to footnote 82"><span class="smaller">[82]</span></a>; mais leur roi la voulut; il
-signa du moins une trêve de vingt-huit ans. Richard II, haï des siens,
-avait besoin de l'amitié de la France. Il épousa une fille du roi<a id="footnotetag83" name="footnotetag83"></a><a href="#footnote83" title="Go to footnote 83"><span class="smaller">[83]</span></a>,
-avec une dot énorme de huit cent mille écus<a id="footnotetag84" name="footnotetag84"></a><a href="#footnote84" title="Go to footnote 84"><span class="smaller">[84]</span></a>. Mais il rendait Brest
+signa du moins une trêve de vingt-huit ans. Richard II, haï des siens,
+avait besoin de l'amitié de la France. Il épousa une fille du roi<a id="footnotetag83" name="footnotetag83"></a><a href="#footnote83" title="Go to footnote 83"><span class="smaller">[83]</span></a>,
+avec une dot énorme de huit cent mille écus<a id="footnotetag84" name="footnotetag84"></a><a href="#footnote84" title="Go to footnote 84"><span class="smaller">[84]</span></a>. Mais il rendait Brest
et Cherbourg.</p>
-<p>Cet heureux traité permit à la noblesse de France, ce qu'elle souhaitait
+<p>Cet heureux traité permit à la noblesse de France, ce qu'elle souhaitait
depuis si longtemps, de faire encore une croisade. La guerre contre les
-infidèles, c'était la paix entre les chrétiens. Il n'y avait plus si
-loin à chercher la croisade; elle venait nous chercher. Les Turcs
-avançaient; ils enveloppaient Constantinople, serraient la Hongrie. Ce
-rapide conquérant, Bajazet l'<em>Éclair</em> (Hilderim), avait, disait-on, juré
-de faire manger l'avoine à son cheval sur l'autel de Saint-Pierre de
-Rome. Une nombreuse noblesse partit, le connétable, quatre princes du
-sang, plusieurs hommes de grande réputation, l'amiral de Vienne, les
+infidèles, c'était la paix entre les chrétiens. Il n'y avait plus si
+loin à chercher la croisade; elle venait nous chercher. Les Turcs
+avançaient; ils enveloppaient Constantinople, serraient la Hongrie. Ce
+rapide conquérant, Bajazet l'<em>Éclair</em> (Hilderim), avait, disait-on, juré
+de faire manger l'avoine à son cheval sur l'autel de Saint-Pierre de
+Rome. Une nombreuse noblesse partit, le connétable, quatre princes du
+sang, plusieurs hommes de grande réputation, l'amiral de Vienne, les
sires de Couci, de Boucicaut. L'ambitieux duc de Bourgogne obtint que
-son fils, le duc de Nevers, un jeune homme de vingt-deux ans, fût le
-chef de ces vieux et expérimentés capitaines<a id="footnotetag85" name="footnotetag85"></a><a href="#footnote85" title="Go to footnote 85"><span class="smaller">[85]</span></a>. Une foule de jeunes
-seigneurs qui faisaient leurs premières armes déployèrent un luxe
-insensé. Les bannières, les guidons, les housses, étaient chargés d'or
-et d'argent; les tentes étaient de satin vert. La vaisselle d'argent
+son fils, le duc de Nevers, un jeune homme de vingt-deux ans, fût le
+chef de ces vieux et expérimentés capitaines<a id="footnotetag85" name="footnotetag85"></a><a href="#footnote85" title="Go to footnote 85"><span class="smaller">[85]</span></a>. Une foule de jeunes
+seigneurs qui faisaient leurs premières armes déployèrent un luxe
+insensé. Les bannières, les guidons, les housses, étaient chargés d'or
+et d'argent; les tentes étaient de satin vert. La vaisselle d'argent
suivait sur <span class="pagenum"><a id="page60" name="page60"></a>(p. 60)</span> des chariots; les bateaux de vins exquis
-descendaient le Danube. Le camp de ces croisés fourmillait de femmes et
+descendaient le Danube. Le camp de ces croisés fourmillait de femmes et
de filles.</p>
<p>Que devenait, pendant ce temps, l'affaire du schisme? Reprenons d'un peu
plus haut.</p>
-<p>Longtemps les princes avaient exploité à leur profit la division de
-l'Église; le duc d'Anjou d'abord, puis le duc de Berri. Les papes
-d'Avignon, serviles créatures de ces princes, ne donnaient de bénéfices
-qu'à ceux qu'ils leur désignaient. Les prêtres erraient, mouraient de
-faim. Les suppôts de l'Université, les plus savants élèves qu'elle
-formait, ses plus éloquents docteurs, restaient oubliés à Paris,
+<p>Longtemps les princes avaient exploité à leur profit la division de
+l'Église; le duc d'Anjou d'abord, puis le duc de Berri. Les papes
+d'Avignon, serviles créatures de ces princes, ne donnaient de bénéfices
+qu'à ceux qu'ils leur désignaient. Les prêtres erraient, mouraient de
+faim. Les suppôts de l'Université, les plus savants élèves qu'elle
+formait, ses plus éloquents docteurs, restaient oubliés à Paris,
languissant dans quelque grenier<a id="footnotetag86" name="footnotetag86"></a><a href="#footnote86" title="Go to footnote 86"><span class="smaller">[86]</span></a>.</p>
-<p>À la longue pourtant, quand l'Église fut presque ruinée, et que les abus
-devinrent moins lucratifs, alors, enfin, les princes commencèrent à
-écouter les plaintes de l'Université. Cette compagnie, enhardie par
-l'abaissement des papes, prit en main l'autorité; elle déclara qu'elle
+<p>À la longue pourtant, quand l'Église fut presque ruinée, et que les abus
+devinrent moins lucratifs, alors, enfin, les princes commencèrent à
+écouter les plaintes de l'Université. Cette compagnie, enhardie par
+l'abaissement des papes, prit en main l'autorité; elle déclara qu'elle
avait de droit divin la charge non seulement d'enseigner, mais de
corriger et de censurer, de censurer et <em>doctrinaliter et judicialiter</em>,
-pour parler le langage du temps. Elle appela tous ses membres à donner
-avis sur la grande question de l'union de l'Église. Tous votèrent, du
-plus grand au plus petit. Un tronc était ouvert aux Mathurins. Le
-moindre des <em>pauvres maîtres</em> de Sorbonne, le plus crasseux des cappets
+pour parler le langage du temps. Elle appela tous ses membres à donner
+avis sur la grande question de l'union de l'Église. Tous votèrent, du
+plus grand au plus petit. Un tronc était ouvert aux Mathurins. Le
+moindre des <em>pauvres maîtres</em> de Sorbonne, le plus crasseux des cappets
de Montaigu, y jeta son vote. On en compta dix <span class="pagenum"><a id="page61" name="page61"></a>(p. 61)</span> mille; mais les
-dix mille votes se réduisirent à trois avis: compromis entre les deux
-papes, cession de l'un et de l'autre, concile général pour juger
-l'affaire. La voie de cession sembla la plus sûre. On la croyait
-d'autant plus facile que Clément VII venait de mourir. Le roi écrivit
-aux cardinaux de surseoir à l'élection. Ils gardèrent ses lettres
-cachetées, et se hâtèrent d'élire. Le nouvel élu, Pierre de Luna, Benoît
-XIII, avait promis, il est vrai, de tout faire pour l'union de l'Église,
-et de céder, s'il le fallait<a id="footnotetag87" name="footnotetag87"></a><a href="#footnote87" title="Go to footnote 87"><span class="smaller">[87]</span></a>.</p>
-
-<p>Pour obtenir de lui qu'il tînt parole, on lui envoya la plus solennelle
-ambassade qu'aucun pape eût jamais reçue. Les ducs de Berri, de
-Bourgogne et d'Orléans vinrent le trouver à Avignon, avec un docteur
-envoyé par l'Université de Paris. Celui-ci harangua le pape avec la plus
-grande hardiesse. Il avait pris ce texte: «Illuminez, grand Dieu, ceux
-qui devraient nous conduire et qui sont eux-mêmes dans les ténèbres et
-dans l'ombre de la mort.» Le pape parla à merveille; il répondit avec
-beaucoup de présence d'esprit et d'éloquence, protestant qu'il ne
-désirait rien plus que l'union. C'était un habile homme, mais un
-Aragonais, une tête dure, pleine d'obstination et d'astuce. Il se joua
-des princes, lassa leur patience, les excédant de doctes harangues, de
-discours, de réponses et de répliques, lorsqu'il ne fallait, comme on le
+dix mille votes se réduisirent à trois avis: compromis entre les deux
+papes, cession de l'un et de l'autre, concile général pour juger
+l'affaire. La voie de cession sembla la plus sûre. On la croyait
+d'autant plus facile que Clément VII venait de mourir. Le roi écrivit
+aux cardinaux de surseoir à l'élection. Ils gardèrent ses lettres
+cachetées, et se hâtèrent d'élire. Le nouvel élu, Pierre de Luna, Benoît
+XIII, avait promis, il est vrai, de tout faire pour l'union de l'Église,
+et de céder, s'il le fallait<a id="footnotetag87" name="footnotetag87"></a><a href="#footnote87" title="Go to footnote 87"><span class="smaller">[87]</span></a>.</p>
+
+<p>Pour obtenir de lui qu'il tînt parole, on lui envoya la plus solennelle
+ambassade qu'aucun pape eût jamais reçue. Les ducs de Berri, de
+Bourgogne et d'Orléans vinrent le trouver à Avignon, avec un docteur
+envoyé par l'Université de Paris. Celui-ci harangua le pape avec la plus
+grande hardiesse. Il avait pris ce texte: «Illuminez, grand Dieu, ceux
+qui devraient nous conduire et qui sont eux-mêmes dans les ténèbres et
+dans l'ombre de la mort.» Le pape parla à merveille; il répondit avec
+beaucoup de présence d'esprit et d'éloquence, protestant qu'il ne
+désirait rien plus que l'union. C'était un habile homme, mais un
+Aragonais, une tête dure, pleine d'obstination et d'astuce. Il se joua
+des princes, lassa leur patience, les excédant de doctes harangues, de
+discours, de réponses et de répliques, lorsqu'il ne fallait, comme on le
lui dit, qu'un tout petit mot: Cession<a id="footnotetag88" name="footnotetag88"></a><a href="#footnote88" title="Go to footnote 88"><span class="smaller">[88]</span></a>. Puis, quand il les vit
-languissants, découragés, <span class="pagenum"><a id="page62" name="page62"></a>(p. 62)</span> malades d'ennui, il s'en débarrassa
+languissants, découragés, <span class="pagenum"><a id="page62" name="page62"></a>(p. 62)</span> malades d'ennui, il s'en débarrassa
par un coup hardi. Les princes ne demeuraient pas dans la ville
-d'Avignon, mais de l'autre côté, à Villeneuve, et tous les jours ils
-passaient le pont du Rhône, pour conférer avec le pape. Un matin, ce
-pont se trouva brûlé, on ne passait qu'en barque avec danger et lenteur.
-Le pape assura qu'il allait rétablir le pont<a id="footnotetag89" name="footnotetag89"></a><a href="#footnote89" title="Go to footnote 89"><span class="smaller">[89]</span></a>. Mais les princes
-perdirent patience, et laissèrent l'Aragonais maître du champ de
-bataille. La paix de l'Église fut ajournée pour longtemps.</p>
-
-<p>Les affaires de Turquie, d'Angleterre, ne tournèrent pas mieux.</p>
-
-<p>Le 25 décembre 1396, pendant la nuit de Noël, au milieu des
-réjouissances de cette grande fête, tous les princes étant chez le roi,
-un chevalier entra à l'hôtel Saint-Paul, tout botté et en éperons. Il se
-jeta à genoux devant le roi, et dit qu'il venait de la part du duc de
-Nevers, prisonnier des Turcs. L'armée tout entière avait péri. De tant
+d'Avignon, mais de l'autre côté, à Villeneuve, et tous les jours ils
+passaient le pont du Rhône, pour conférer avec le pape. Un matin, ce
+pont se trouva brûlé, on ne passait qu'en barque avec danger et lenteur.
+Le pape assura qu'il allait rétablir le pont<a id="footnotetag89" name="footnotetag89"></a><a href="#footnote89" title="Go to footnote 89"><span class="smaller">[89]</span></a>. Mais les princes
+perdirent patience, et laissèrent l'Aragonais maître du champ de
+bataille. La paix de l'Église fut ajournée pour longtemps.</p>
+
+<p>Les affaires de Turquie, d'Angleterre, ne tournèrent pas mieux.</p>
+
+<p>Le 25 décembre 1396, pendant la nuit de Noël, au milieu des
+réjouissances de cette grande fête, tous les princes étant chez le roi,
+un chevalier entra à l'hôtel Saint-Paul, tout botté et en éperons. Il se
+jeta à genoux devant le roi, et dit qu'il venait de la part du duc de
+Nevers, prisonnier des Turcs. L'armée tout entière avait péri. De tant
de milliers d'hommes, il restait vingt-huit hommes, les plus grands
-seigneurs, que les Turcs avaient réservés pour les mettre à rançon.</p>
-
-<p>Il n'y a pas lieu de s'en étonner; la folle présomption des croisés ne
-pouvait qu'amener un tel désastre. Ils n'avaient pas même voulu croire
-que les Turcs pussent les attendre. Bajazet était à six lieues, que le
-maréchal Boucicaut faisait couper les oreilles aux insolents qui
-prétendaient que cette canaille infidèle osait venir à sa rencontre<a id="footnotetag90" name="footnotetag90"></a><a href="#footnote90" title="Go to footnote 90"><span class="smaller">[90]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page63" name="page63"></a>(p. 63)</span> Le roi de Hongrie, qui avait appris à ses dépens ce genre de
-guerre, pria du moins les croisés de laisser ses Hongrois à
-l'avant-garde, d'opposer ainsi des troupes légères aux troupes légères,
-de se réserver. C'était l'avis du sire de Couci. Mais les autres ne
-voulurent rien écouter. L'avant-garde était le poste d'honneur pour des
-chevaliers; ils coururent à l'avant-garde, ils chargèrent, et d'abord
-renversèrent tout devant eux. Derrière les premiers corps, ils en
-trouvèrent d'autres, et les dispersèrent encore. Les janissaires mêmes
-furent enfoncés. Arrivés ainsi au haut d'une colline, ils aperçurent de
-l'autre côté quarante mille hommes de réserve, et virent en même temps
-les grandes ailes de l'armée turque qui se rapprochaient pour les
+seigneurs, que les Turcs avaient réservés pour les mettre à rançon.</p>
+
+<p>Il n'y a pas lieu de s'en étonner; la folle présomption des croisés ne
+pouvait qu'amener un tel désastre. Ils n'avaient pas même voulu croire
+que les Turcs pussent les attendre. Bajazet était à six lieues, que le
+maréchal Boucicaut faisait couper les oreilles aux insolents qui
+prétendaient que cette canaille infidèle osait venir à sa rencontre<a id="footnotetag90" name="footnotetag90"></a><a href="#footnote90" title="Go to footnote 90"><span class="smaller">[90]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page63" name="page63"></a>(p. 63)</span> Le roi de Hongrie, qui avait appris à ses dépens ce genre de
+guerre, pria du moins les croisés de laisser ses Hongrois à
+l'avant-garde, d'opposer ainsi des troupes légères aux troupes légères,
+de se réserver. C'était l'avis du sire de Couci. Mais les autres ne
+voulurent rien écouter. L'avant-garde était le poste d'honneur pour des
+chevaliers; ils coururent à l'avant-garde, ils chargèrent, et d'abord
+renversèrent tout devant eux. Derrière les premiers corps, ils en
+trouvèrent d'autres, et les dispersèrent encore. Les janissaires mêmes
+furent enfoncés. Arrivés ainsi au haut d'une colline, ils aperçurent de
+l'autre côté quarante mille hommes de réserve, et virent en même temps
+les grandes ailes de l'armée turque qui se rapprochaient pour les
enfermer. Alors, il y eut un moment de terreur panique; la foule des
-croisés se débanda; les chevaliers seuls s'obstinèrent; ils pouvaient
-encore se replier sur les Hongrois, qui étaient tout près derrière eux
-et encore entiers. Mais après de telles bravades il y aurait eu trop de
-honte; ils s'élancèrent à travers les Turcs, et se firent tuer pour la
+croisés se débanda; les chevaliers seuls s'obstinèrent; ils pouvaient
+encore se replier sur les Hongrois, qui étaient tout près derrière eux
+et encore entiers. Mais après de telles bravades il y aurait eu trop de
+honte; ils s'élancèrent à travers les Turcs, et se firent tuer pour la
plupart.</p>
<p>Quand le sultan vit le champ de bataille et l'immense massacre qui avait
-été fait des siens, il pleura, se fit amener tous les prisonniers, et
-les fit décapiter ou assommer; ils étaient dix mille<a id="footnotetag91" name="footnotetag91"></a><a href="#footnote91" title="Go to footnote 91"><span class="smaller">[91]</span></a>. Il n'épargna
+été fait des siens, il pleura, se fit amener tous les prisonniers, et
+les fit décapiter ou assommer; ils étaient dix mille<a id="footnotetag91" name="footnotetag91"></a><a href="#footnote91" title="Go to footnote 91"><span class="smaller">[91]</span></a>. Il n'épargna
que le duc de Nevers et vingt-quatre des plus grands seigneurs; il
-fallut qu'ils fussent témoins de cette horrible boucherie.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page64" name="page64"></a>(p. 64)</span> Dès qu'on sut l'événement, et dans quel péril se trouvait encore
-le comte de Nevers, le roi de France et le duc de Bourgogne se hâtèrent
-d'envoyer au cruel sultan de riches présents pour l'apaiser; un drageoir
-d'or, des faucons de Norwège, du linge de Reims, des tapisseries d'Arras
-qui représentaient Alexandre-le-Grand. On rassembla promptement les deux
-cent mille ducats qu'il exigeait pour rançon. Lui, il envoya aussi des
-présents au roi de France; mais c'étaient des dons insolents et
-dérisoires: une masse de fer, une cotte d'armes de laine à la turque, un
-tambour et des arcs dont les cordes étaient tissues avec des entrailles
-humaines<a id="footnotetag92" name="footnotetag92"></a><a href="#footnote92" title="Go to footnote 92"><span class="smaller">[92]</span></a>. Pour que rien ne manquât à l'outrage, il fit venir ses
-prisonniers au départ, et, s'adressant au comte de Nevers, il lui dit
-ces rudes paroles<a id="footnotetag93" name="footnotetag93"></a><a href="#footnote93" title="Go to footnote 93"><span class="smaller">[93]</span></a>: «Jean, je sais que tu es un grand seigneur en ton
+fallut qu'ils fussent témoins de cette horrible boucherie.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page64" name="page64"></a>(p. 64)</span> Dès qu'on sut l'événement, et dans quel péril se trouvait encore
+le comte de Nevers, le roi de France et le duc de Bourgogne se hâtèrent
+d'envoyer au cruel sultan de riches présents pour l'apaiser; un drageoir
+d'or, des faucons de Norwège, du linge de Reims, des tapisseries d'Arras
+qui représentaient Alexandre-le-Grand. On rassembla promptement les deux
+cent mille ducats qu'il exigeait pour rançon. Lui, il envoya aussi des
+présents au roi de France; mais c'étaient des dons insolents et
+dérisoires: une masse de fer, une cotte d'armes de laine à la turque, un
+tambour et des arcs dont les cordes étaient tissues avec des entrailles
+humaines<a id="footnotetag92" name="footnotetag92"></a><a href="#footnote92" title="Go to footnote 92"><span class="smaller">[92]</span></a>. Pour que rien ne manquât à l'outrage, il fit venir ses
+prisonniers au départ, et, s'adressant au comte de Nevers, il lui dit
+ces rudes paroles<a id="footnotetag93" name="footnotetag93"></a><a href="#footnote93" title="Go to footnote 93"><span class="smaller">[93]</span></a>: «Jean, je sais que tu es un grand seigneur en ton
pays, et fils d'un grand seigneur. Tu es jeune, tu as long avenir. Il se
peut que tu sois confus et chagrin de ce qui t'est advenu lors de ta
-première chevalerie, et que, pour réparer ton honneur, tu rassembles
-contre moi une puissante armée. Je pourrais, avant de te délivrer, te
+première chevalerie, et que, pour réparer ton honneur, tu rassembles
+contre moi une puissante armée. Je pourrais, avant de te délivrer, te
faire jurer, sur ta foi et ta loi, que tu n'armeras contre moi ni toi ni
-tes gens. Mais non, je ne ferai faire ce serment ni à eux ni à toi.
-Quand tu seras de retour là-bas, arme-toi, si cela te fait plaisir, et
-viens m'attaquer. Et ce que je te dis, je le dis pour tous les chrétiens
-que tu voudrais amener. Je suis né pour guerroyer toujours, toujours
-conquérir.»</p>
+tes gens. Mais non, je ne ferai faire ce serment ni à eux ni à toi.
+Quand tu seras de retour là-bas, arme-toi, si cela te fait plaisir, et
+viens m'attaquer. Et ce que je te dis, je le dis pour tous les chrétiens
+que tu voudrais amener. Je suis né pour guerroyer toujours, toujours
+conquérir.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page65" name="page65"></a>(p. 65)</span> La honte était grande pour le royaume, le deuil universel. Il y
+<p><span class="pagenum"><a id="page65" name="page65"></a>(p. 65)</span> La honte était grande pour le royaume, le deuil universel. Il y
avait peu de nobles familles qui n'eussent perdu quelqu'un. On
-n'entendait aux églises que des messes des morts. On ne voyait que gens
+n'entendait aux églises que des messes des morts. On ne voyait que gens
en noir.</p>
-<p>À peine on quittait ce deuil, que le roi et le royaume en eurent un
-autre à porter. Le gendre de Charles VI, le roi d'Angleterre Richard II,
-fut, au grand étonnement de tout le monde, renversé en quelques jours
-par son cousin Bolingbroke, fils du duc de Lancastre. Richard était ami
+<p>À peine on quittait ce deuil, que le roi et le royaume en eurent un
+autre à porter. Le gendre de Charles VI, le roi d'Angleterre Richard II,
+fut, au grand étonnement de tout le monde, renversé en quelques jours
+par son cousin Bolingbroke, fils du duc de Lancastre. Richard était ami
de la France. Sa terrible catastrophe et l'usurpation des Lancastre nous
-préparaient Henri V et la bataille d'Azincourt.</p>
+préparaient Henri V et la bataille d'Azincourt.</p>
<p>Nous parlerons ailleurs, et tout au long, de cette ambitieuse maison de
-Lancastre, les sourdes menées par lesquelles, ayant manqué le trône de
-Castille, elle se prépara celui de l'Angleterre. Un mot seulement de la
+Lancastre, les sourdes menées par lesquelles, ayant manqué le trône de
+Castille, elle se prépara celui de l'Angleterre. Un mot seulement de la
catastrophe.</p>
-<p>Quelque violent et aveugle que fût Richard, sa mort fut pleurée. C'était
-le fils du Prince Noir; il était né en Guyenne, sur une terre conquise,
-dans l'insolence des victoires de Créci et de Poitiers; il avait le
-courage de son père, il le prouva dans la grande révolte de 1380, où il
+<p>Quelque violent et aveugle que fût Richard, sa mort fut pleurée. C'était
+le fils du Prince Noir; il était né en Guyenne, sur une terre conquise,
+dans l'insolence des victoires de Créci et de Poitiers; il avait le
+courage de son père, il le prouva dans la grande révolte de 1380, où il
comprima le peuple, qui voulait faire main basse sur l'aristocratie. Il
-était difficile qu'il se laissât faire la loi par ceux qu'il avait
-sauvés, par les barons et les évêques, par ses oncles, qui les
-excitaient sous main. Il entra contre eux tous dans une lutte à mort;
-provoqué par le Parlement <em>impitoyable</em>, qui lui tua ses favoris, il fut
-à son tour sans pitié; il fit tuer son oncle Glocester, et chassa le
-fils de son <span class="pagenum"><a id="page66" name="page66"></a>(p. 66)</span> autre oncle Lancastre. C'était jouer quitte ou
-double. Mais sa violence sembla justifiée par la lâcheté publique. Il
-trouva un empressement extraordinaire dans les amis à trahir leurs amis;
-il y eut foule pour dénoncer, pour jurer et parjurer; chacun tâchait de
+était difficile qu'il se laissât faire la loi par ceux qu'il avait
+sauvés, par les barons et les évêques, par ses oncles, qui les
+excitaient sous main. Il entra contre eux tous dans une lutte à mort;
+provoqué par le Parlement <em>impitoyable</em>, qui lui tua ses favoris, il fut
+à son tour sans pitié; il fit tuer son oncle Glocester, et chassa le
+fils de son <span class="pagenum"><a id="page66" name="page66"></a>(p. 66)</span> autre oncle Lancastre. C'était jouer quitte ou
+double. Mais sa violence sembla justifiée par la lâcheté publique. Il
+trouva un empressement extraordinaire dans les amis à trahir leurs amis;
+il y eut foule pour dénoncer, pour jurer et parjurer; chacun tâchait de
se laver avec le sang d'un autre<a id="footnotetag94" name="footnotetag94"></a><a href="#footnote94" title="Go to footnote 94"><span class="smaller">[94]</span></a>. Richard en eut mal au c&oelig;ur, et
-un tel mépris des hommes, qu'il crut ne pouvoir jamais trop fouler cette
-boue. Il osa déclarer dix-sept comtés coupables de trahison et acquis à
-la couronne, condamnant tout un peuple en masse pour le rançonner en
-détail, escomptant le pardon, revendant aux gens leurs propres biens,
-brocantant l'iniquité. Cet acte, audacieusement fou, par delà toutes les
-folies de Charles VI, perdit Richard II. Les Anglais lui léchaient les
-mains, tant qu'il se contentait de verser du sang. Dès qu'il toucha
-leurs biens, à leur arche sacro-sainte, la propriété, ils appelèrent le
+un tel mépris des hommes, qu'il crut ne pouvoir jamais trop fouler cette
+boue. Il osa déclarer dix-sept comtés coupables de trahison et acquis à
+la couronne, condamnant tout un peuple en masse pour le rançonner en
+détail, escomptant le pardon, revendant aux gens leurs propres biens,
+brocantant l'iniquité. Cet acte, audacieusement fou, par delà toutes les
+folies de Charles VI, perdit Richard II. Les Anglais lui léchaient les
+mains, tant qu'il se contentait de verser du sang. Dès qu'il toucha
+leurs biens, à leur arche sacro-sainte, la propriété, ils appelèrent le
fils de Lancastre<a id="footnotetag95" name="footnotetag95"></a><a href="#footnote95" title="Go to footnote 95"><span class="smaller">[95]</span></a>.</p>
-<p>Celui-ci était encouragé tantôt par Orléans, tantôt par Bourgogne, qui,
-sans doute, souhaitait, comme précédent, le triomphe des branches
+<p>Celui-ci était encouragé tantôt par Orléans, tantôt par Bourgogne, qui,
+sans doute, souhaitait, comme précédent, le triomphe des branches
cadettes. Il passa <span class="pagenum"><a id="page67" name="page67"></a>(p. 67)</span> en Angleterre, protestant hypocritement qu'il
-ne demandait autre chose que l'héritage de son père. Mais quand même il
-eût voulu s'en tenir là, il ne l'aurait pu. Tout le monde vint se
-joindre à lui, comme ils ont fait tant de fois<a id="footnotetag96" name="footnotetag96"></a><a href="#footnote96" title="Go to footnote 96"><span class="smaller">[96]</span></a>, et pour York et pour
-Warwick, et pour Édouard IV et pour Guillaume. Richard se trouva seul;
-tous le quittèrent, même son chien<a id="footnotetag97" name="footnotetag97"></a><a href="#footnote97" title="Go to footnote 97"><span class="smaller">[97]</span></a>. Le comte de Northumberland
-l'amusa par des serments, le baisa et le livra. Conduit à son rival sur
-un vieux cheval étique, abreuvé d'outrages, mais ferme, il accepta avec
-dignité le jugement de Dieu, il abdiqua<a id="footnotetag98" name="footnotetag98"></a><a href="#footnote98" title="Go to footnote 98"><span class="smaller">[98]</span></a>. Lancastre fut obligé par
-les siens de régner, obligé, pour leur sûreté, de leur laisser tuer
+ne demandait autre chose que l'héritage de son père. Mais quand même il
+eût voulu s'en tenir là, il ne l'aurait pu. Tout le monde vint se
+joindre à lui, comme ils ont fait tant de fois<a id="footnotetag96" name="footnotetag96"></a><a href="#footnote96" title="Go to footnote 96"><span class="smaller">[96]</span></a>, et pour York et pour
+Warwick, et pour Édouard IV et pour Guillaume. Richard se trouva seul;
+tous le quittèrent, même son chien<a id="footnotetag97" name="footnotetag97"></a><a href="#footnote97" title="Go to footnote 97"><span class="smaller">[97]</span></a>. Le comte de Northumberland
+l'amusa par des serments, le baisa et le livra. Conduit à son rival sur
+un vieux cheval étique, abreuvé d'outrages, mais ferme, il accepta avec
+dignité le jugement de Dieu, il abdiqua<a id="footnotetag98" name="footnotetag98"></a><a href="#footnote98" title="Go to footnote 98"><span class="smaller">[98]</span></a>. Lancastre fut obligé par
+les siens de régner, obligé, pour leur sûreté, de leur laisser tuer
Richard<a id="footnotetag99" name="footnotetag99"></a><a href="#footnote99" title="Go to footnote 99"><span class="smaller">[99]</span></a>.</p>
-<p>Le gendre du roi avait péri, et avec lui l'alliance anglaise et la
-sécurité de la France. La croisade avait manqué, les Turcs pouvaient
-avancer. La chrétienté semblait irrémédiablement divisée, le schisme
-incurable. Ainsi la paix, espérée un instant, s'éloignait de plus en
-plus. Elle ne pouvait revenir dans les affaires, n'étant pas dans les
-esprits; jamais ils ne furent moins pacifiés, plus discordants
+<p>Le gendre du roi avait péri, et avec lui l'alliance anglaise et la
+sécurité de la France. La croisade avait manqué, les Turcs pouvaient
+avancer. La chrétienté semblait irrémédiablement divisée, le schisme
+incurable. Ainsi la paix, espérée un instant, s'éloignait de plus en
+plus. Elle ne pouvait revenir dans les affaires, n'étant pas dans les
+esprits; jamais ils ne furent moins pacifiés, plus discordants
d'orgueil, de passions violentes et de haines.</p>
-<p>On avait beau prier Dieu pour la paix et pour la santé du roi; ces
-prières, parmi les injures et les malédictions, ne pouvaient se faire
-entendre. Tout en s'adressant à Dieu, on essayait aussi du Diable. On
-<span class="pagenum"><a id="page68" name="page68"></a>(p. 68)</span> faisait des offrandes à l'un, pour l'autre des conjurations. On
-implorait à la fois le ciel et l'enfer.</p>
+<p>On avait beau prier Dieu pour la paix et pour la santé du roi; ces
+prières, parmi les injures et les malédictions, ne pouvaient se faire
+entendre. Tout en s'adressant à Dieu, on essayait aussi du Diable. On
+<span class="pagenum"><a id="page68" name="page68"></a>(p. 68)</span> faisait des offrandes à l'un, pour l'autre des conjurations. On
+implorait à la fois le ciel et l'enfer.</p>
<p>On avait fait venir du Languedoc un homme fort extraordinaire qui
-veillait, jeûnait comme un saint, non pour se sanctifier, mais afin
-d'acquérir influence sur les éléments et de faire des astres ce qu'il
-voulait. Sa science était dans un livre merveilleux qui s'appelait
-<em>Smagorad</em>, et dont l'original avait été donné à Adam<a id="footnotetag100" name="footnotetag100"></a><a href="#footnote100" title="Go to footnote 100"><span class="smaller">[100]</span></a>. Notre
-premier père, disait-il, ayant pleuré cent ans son fils Abel, Dieu lui
+veillait, jeûnait comme un saint, non pour se sanctifier, mais afin
+d'acquérir influence sur les éléments et de faire des astres ce qu'il
+voulait. Sa science était dans un livre merveilleux qui s'appelait
+<em>Smagorad</em>, et dont l'original avait été donné à Adam<a id="footnotetag100" name="footnotetag100"></a><a href="#footnote100" title="Go to footnote 100"><span class="smaller">[100]</span></a>. Notre
+premier père, disait-il, ayant pleuré cent ans son fils Abel, Dieu lui
envoya ce livre par un ange pour le consoler, le relever de sa chute,
-pour donner à l'homme régénéré puissance sur les étoiles.</p>
+pour donner à l'homme régénéré puissance sur les étoiles.</p>
-<p>Le livre ne réussissant pas pour Charles VI aussi bien que pour Adam, on
-eut recours à deux Gascons ermites de Saint-Augustin. On les établit à
-la Bastille près de l'hôtel Saint-Paul. On leur fournit tout ce qu'ils
+<p>Le livre ne réussissant pas pour Charles VI aussi bien que pour Adam, on
+eut recours à deux Gascons ermites de Saint-Augustin. On les établit à
+la Bastille près de l'hôtel Saint-Paul. On leur fournit tout ce qu'ils
demandaient, entre autres choses des perles en poudre, dont ils firent
un breuvage pour le roi. Ce breuvage, et les paroles magiques dont ils
le fortifiaient, ne produisirent aucun bien durable; les deux moines,
-pour s'excuser, accusèrent le barbier du roi et le concierge du duc
-d'Orléans de troubler leurs opérations par de mauvais sortilèges. Ce
-barbier avait été vu, disait-on, rôdant autour du gibet, pour y prendre
-les ingrédients de ses maléfices. Toutefois les moines ne purent rien
-prouver; on les sacrifia au duc d'Orléans, au clergé. Ils avaient fait
-grand scandale. Tout le monde venait les consulter à la Bastille, leur
-demander des remèdes <span class="pagenum"><a id="page69" name="page69"></a>(p. 69)</span> pour les maladies, des philtres d'amour.
-Ils furent dégradés en Grève par l'évêque de Paris, puis promenés par la
-ville, décapités, mis en quartiers, et les quartiers attachés aux portes
+pour s'excuser, accusèrent le barbier du roi et le concierge du duc
+d'Orléans de troubler leurs opérations par de mauvais sortilèges. Ce
+barbier avait été vu, disait-on, rôdant autour du gibet, pour y prendre
+les ingrédients de ses maléfices. Toutefois les moines ne purent rien
+prouver; on les sacrifia au duc d'Orléans, au clergé. Ils avaient fait
+grand scandale. Tout le monde venait les consulter à la Bastille, leur
+demander des remèdes <span class="pagenum"><a id="page69" name="page69"></a>(p. 69)</span> pour les maladies, des philtres d'amour.
+Ils furent dégradés en Grève par l'évêque de Paris, puis promenés par la
+ville, décapités, mis en quartiers, et les quartiers attachés aux portes
de Paris.</p>
-<p>L'effet de ces mauvais remèdes fut d'aggraver le mal. Le pauvre prince,
-après une lueur de raison, sentit l'approche de la frénésie; il dit
-lui-même qu'il fallait se hâter de lui ôter son couteau<a id="footnotetag101" name="footnotetag101"></a><a href="#footnote101" title="Go to footnote 101"><span class="smaller">[101]</span></a>. Il
+<p>L'effet de ces mauvais remèdes fut d'aggraver le mal. Le pauvre prince,
+après une lueur de raison, sentit l'approche de la frénésie; il dit
+lui-même qu'il fallait se hâter de lui ôter son couteau<a id="footnotetag101" name="footnotetag101"></a><a href="#footnote101" title="Go to footnote 101"><span class="smaller">[101]</span></a>. Il
souffrait de grandes douleurs, et disait, les larmes aux yeux, qu'il
aimerait mieux mourir. Tout le monde pleurait aussi, quand on
-l'entendait dire, comme il fit au milieu de toute sa maison: «S'il est
+l'entendait dire, comme il fit au milieu de toute sa maison: «S'il est
ici parmi vous, celui qui me fait souffrir, je le conjure, au nom de
Notre-Seigneur, de ne pas me tourmenter davantage, de faire que je ne
-languisse plus; qu'il m'achève plutôt, et que je meure.»</p>
+languisse plus; qu'il m'achève plutôt, et que je meure.»</p>
-<p>Hélas! disaient les bonnes gens, comment un roi si débonnaire<a id="footnotetag102" name="footnotetag102"></a><a href="#footnote102" title="Go to footnote 102"><span class="smaller">[102]</span></a>
-est-il ainsi frappé de Dieu et livré aux mauvais esprits? Il n'a
-pourtant jamais fait de mal. Il n'était pas fier; il saluait tout le
+<p>Hélas! disaient les bonnes gens, comment un roi si débonnaire<a id="footnotetag102" name="footnotetag102"></a><a href="#footnote102" title="Go to footnote 102"><span class="smaller">[102]</span></a>
+est-il ainsi frappé de Dieu et livré aux mauvais esprits? Il n'a
+pourtant jamais fait de mal. Il n'était pas fier; il saluait tout le
monde, les petits comme les grands<a id="footnotetag103" name="footnotetag103"></a><a href="#footnote103" title="Go to footnote 103"><span class="smaller">[103]</span></a>. On pouvait lui dire tout ce
-qu'on voulait. Il ne rebutait personne; dans les tournois, il joûtait
+qu'on voulait. Il ne rebutait personne; dans les tournois, il joûtait
avec le premier venu. Il s'habillait simplement, non comme un roi, mais
-comme un homme. Il était paillard, il est vrai; il aimait les femmes,
-les filles. Après tout, on ne pouvait dire qu'il eût jamais fait de
-peine aux familles honnêtes. La reine ne voulant plus coucher avec lui,
-on lui mettait dans son lit une petite <span class="pagenum"><a id="page70" name="page70"></a>(p. 70)</span> fille<a id="footnotetag104" name="footnotetag104"></a><a href="#footnote104" title="Go to footnote 104"><span class="smaller">[104]</span></a>, mais c'était
+comme un homme. Il était paillard, il est vrai; il aimait les femmes,
+les filles. Après tout, on ne pouvait dire qu'il eût jamais fait de
+peine aux familles honnêtes. La reine ne voulant plus coucher avec lui,
+on lui mettait dans son lit une petite <span class="pagenum"><a id="page70" name="page70"></a>(p. 70)</span> fille<a id="footnotetag104" name="footnotetag104"></a><a href="#footnote104" title="Go to footnote 104"><span class="smaller">[104]</span></a>, mais c'était
en la payant bien, et jamais il ne lui fit mal dans ses plus mauvais
moments.</p>
-<p>Ah! s'il avait eu sa tête, la ville et le royaume s'en seraient bien
-mieux trouvés. Chaque fois qu'il revenait à lui, il tâchait de faire un
-peu de bien, de remédier à quelque mal. Il avait essayé de mettre de
-l'ordre dans les finances, de révoquer les dons qu'on lui surprenait
+<p>Ah! s'il avait eu sa tête, la ville et le royaume s'en seraient bien
+mieux trouvés. Chaque fois qu'il revenait à lui, il tâchait de faire un
+peu de bien, de remédier à quelque mal. Il avait essayé de mettre de
+l'ordre dans les finances, de révoquer les dons qu'on lui surprenait
dans ses absences d'esprit. Comment n'aurait-il pas eu bon c&oelig;ur pour
-les chrétiens, lui qui avait ménagé les juifs même, en les renvoyant?...</p>
+les chrétiens, lui qui avait ménagé les juifs même, en les renvoyant?...</p>
-<p>En quelque état qu'il fût, il voyait toujours avec plaisir ses braves
-bourgeois. «Je n'ai, disait-il, confiance qu'en mon prévôt des
-marchands, Juvénal, et mes bourgeois de Paris.» Quand d'autres gens
-venaient le voir, il regardait d'un air effaré; mais quand c'était le
-prévôt, il lui parlait; il disait: «Juvénal, ne perdons pas notre temps,
-faisons de bonne besogne.»</p>
+<p>En quelque état qu'il fût, il voyait toujours avec plaisir ses braves
+bourgeois. «Je n'ai, disait-il, confiance qu'en mon prévôt des
+marchands, Juvénal, et mes bourgeois de Paris.» Quand d'autres gens
+venaient le voir, il regardait d'un air effaré; mais quand c'était le
+prévôt, il lui parlait; il disait: «Juvénal, ne perdons pas notre temps,
+faisons de bonne besogne.»</p>
-<p>Nous avons remarqué au commencement de cette histoire, en parlant des
-rois <em>fainéants</em>, combien le peuple était naturellement porté à
+<p>Nous avons remarqué au commencement de cette histoire, en parlant des
+rois <em>fainéants</em>, combien le peuple était naturellement porté à
respecter ces muettes et innocentes figures, qui passaient deux fois par
-an devant lui sur leur char attelé de b&oelig;ufs. Les musulmans regardent
-les idiots comme marqués du sceau de Dieu, et souvent comme personnes
-saintes. Dans certains cantons de la Savoie, c'est un touchant préjugé
-que le crétin porte bonheur à sa famille. La brute qui ne suit que
+an devant lui sur leur char attelé de b&oelig;ufs. Les musulmans regardent
+les idiots comme marqués du sceau de Dieu, et souvent comme personnes
+saintes. Dans certains cantons de la Savoie, c'est un touchant préjugé
+que le crétin porte bonheur à sa famille. La brute qui ne suit que
l'instinct, en qui la raison individuelle <span class="pagenum"><a id="page71" name="page71"></a>(p. 71)</span> est nulle, semble, par
-cela même, rester plus près de la raison divine. Elle est tout au moins
+cela même, rester plus près de la raison divine. Elle est tout au moins
innocente.</p>
-<p>Rien d'étonnant, si le peuple, au milieu de tous ces princes
+<p>Rien d'étonnant, si le peuple, au milieu de tous ces princes
orgueilleux, violents et sanguinaires, prenait pour objet de
-prédilection cette pauvre créature, comme lui humiliée sous la main de
-Dieu. Dieu pouvait par lui, aussi bien que par un plus sage, guérir les
+prédilection cette pauvre créature, comme lui humiliée sous la main de
+Dieu. Dieu pouvait par lui, aussi bien que par un plus sage, guérir les
maux du royaume. Il n'avait pas fait grand'chose; mais visiblement il
aimait le peuple. Il aimait! mot immense. Le peuple le lui rendit bien.
-Il lui resta toujours fidèle. Dans quelque abaissement qu'il fût, il
-s'obstina à espérer en lui; il ne voulait être sauvé que par lui. Rien
-de plus touchant, et en même temps de plus hardi que les paroles par
-lesquelles le grand prédicateur populaire, Jean Gerson, bravant à la
+Il lui resta toujours fidèle. Dans quelque abaissement qu'il fût, il
+s'obstina à espérer en lui; il ne voulait être sauvé que par lui. Rien
+de plus touchant, et en même temps de plus hardi que les paroles par
+lesquelles le grand prédicateur populaire, Jean Gerson, bravant à la
fois les ambitions rivales des princes qui attendaient la succession du
-malade, s'adresse à lui, et lui dit: <i lang="la">Rex, in sempiternum vive!</i>... Ô
+malade, s'adresse à lui, et lui dit: <i lang="la">Rex, in sempiternum vive!</i>... Ô
mon roi, vivez toujours!...</p>
<p>Cet attachement universel du peuple pour Charles VI parut dans un de ces
-malheureux essais que l'on fit pour le guérir. Deux sorciers offrirent
-au bailli de Dijon de découvrir d'où venait sa maladie. Au fond d'une
-forêt voisine, ils élevèrent un grand cercle de fer sur douze colonnes
-de fer; douze chaînes de fer étaient à l'entour. Mais il fallait trouver
-douze hommes, prêtres; nobles et bourgeois, qui voulussent entrer dans
-ce cercle formidable et se laisser lier de ces chaînes. On en trouva
-onze sans peine, et le bailli fut le douzième, qui se dévouèrent ainsi,
-au risque <span class="pagenum"><a id="page72" name="page72"></a>(p. 72)</span> d'être peut-être emportés corps et âme par le
+malheureux essais que l'on fit pour le guérir. Deux sorciers offrirent
+au bailli de Dijon de découvrir d'où venait sa maladie. Au fond d'une
+forêt voisine, ils élevèrent un grand cercle de fer sur douze colonnes
+de fer; douze chaînes de fer étaient à l'entour. Mais il fallait trouver
+douze hommes, prêtres; nobles et bourgeois, qui voulussent entrer dans
+ce cercle formidable et se laisser lier de ces chaînes. On en trouva
+onze sans peine, et le bailli fut le douzième, qui se dévouèrent ainsi,
+au risque <span class="pagenum"><a id="page72" name="page72"></a>(p. 72)</span> d'être peut-être emportés corps et âme par le
Diable<a id="footnotetag105" name="footnotetag105"></a><a href="#footnote105" title="Go to footnote 105"><span class="smaller">[105]</span></a>.</p>
-<p>Le peuple de Paris voulait toujours voir son roi. Quand il n'était pas
+<p>Le peuple de Paris voulait toujours voir son roi. Quand il n'était pas
trop fol, et qu'on ne craignait pas qu'il fit rien d'inconvenant, on le
-menait aux églises. Ou bien encore, abattu et languissant, il allait aux
-représentations des <em>Mystères</em> que les Confrères de la Passion jouaient
-alors rue Saint-Denis. Ces Mystères, moitié pieux, moitié burlesques,
-étaient considérés comme des actes de foi. Ceux qui n'y auraient pas
-trouvé d'amusement n'y eussent pas moins assisté, pour leur édification.
-Dans plusieurs églises, on avançait l'heure des vêpres pour qu'on pût
-aller aux Mystères.</p>
+menait aux églises. Ou bien encore, abattu et languissant, il allait aux
+représentations des <em>Mystères</em> que les Confrères de la Passion jouaient
+alors rue Saint-Denis. Ces Mystères, moitié pieux, moitié burlesques,
+étaient considérés comme des actes de foi. Ceux qui n'y auraient pas
+trouvé d'amusement n'y eussent pas moins assisté, pour leur édification.
+Dans plusieurs églises, on avançait l'heure des vêpres pour qu'on pût
+aller aux Mystères.</p>
<p>Mais on n'osait pas toujours faire sortir le roi. Alors dans son retrait
-de l'hôtel Saint-Paul, ou dans la librairie du Louvre, amassée par
+de l'hôtel Saint-Paul, ou dans la librairie du Louvre, amassée par
Charles V, on lui mettait dans les mains des figures pour l'amuser.
-Immobiles dans les livres écrits, ces figures prirent mouvement, et
+Immobiles dans les livres écrits, ces figures prirent mouvement, et
devinrent des cartes<a id="footnotetag106" name="footnotetag106"></a><a href="#footnote106" title="Go to footnote 106"><span class="smaller">[106]</span></a>. Le roi jouant aux cartes, tout le monde
-voulut y jouer. Elles étaient peintes d'abord; mais cela étant trop
+voulut y jouer. Elles étaient peintes d'abord; mais cela étant trop
cher, on s'avisa de les imprimer<a id="footnotetag107" name="footnotetag107"></a><a href="#footnote107" title="Go to footnote 107"><span class="smaller">[107]</span></a>. Ce qu'on aimait dans ce jeu,
-c'est qu'il empêchait de penser, qu'il donnait l'oubli. Qui eût dit
-qu'il en sortirait l'instrument qui multiplie la pensée et qui
-l'éternise, que de ce jeu des fols sortirait le tout-puissant véhicule
+c'est qu'il empêchait de penser, qu'il donnait l'oubli. Qui eût dit
+qu'il en sortirait l'instrument qui multiplie la pensée et qui
+l'éternise, que de ce jeu des fols sortirait le tout-puissant véhicule
de la sagesse?</p>
-<p>Quelque recette de distraction qu'il y eût au fond <span class="pagenum"><a id="page73" name="page73"></a>(p. 73)</span> de ce jeu,
-ces rois, ces dames, ces valets dans leur bal perpétuel, dans leurs
-indifférentes et rapides évolutions, devaient quelquefois faire songer.
-À force de les regarder, le pauvre fol solitaire pouvait y placer ses
-rêves; le fol? pourquoi pas le sage?... N'y avait-il pas dans ces cartes
-de naïves images du temps? N'était-ce pas un beau coup de cartes, et des
-plus soudains, de voir Bajazet <em>l'Éclair</em>, vainqueur à Nicopolis,
-quasi-maître de Constantinople, entrer dans une cage de fer? N'en
-était-ce pas un de voir le gendre du roi de France, le magnifique
-Richard II, supplanté en quelques jours par l'exilé Bolingbroke? Ce roi,
-en qui tout à l'heure il y avait dix millions d'hommes, le voilà qui est
+<p>Quelque recette de distraction qu'il y eût au fond <span class="pagenum"><a id="page73" name="page73"></a>(p. 73)</span> de ce jeu,
+ces rois, ces dames, ces valets dans leur bal perpétuel, dans leurs
+indifférentes et rapides évolutions, devaient quelquefois faire songer.
+À force de les regarder, le pauvre fol solitaire pouvait y placer ses
+rêves; le fol? pourquoi pas le sage?... N'y avait-il pas dans ces cartes
+de naïves images du temps? N'était-ce pas un beau coup de cartes, et des
+plus soudains, de voir Bajazet <em>l'Éclair</em>, vainqueur à Nicopolis,
+quasi-maître de Constantinople, entrer dans une cage de fer? N'en
+était-ce pas un de voir le gendre du roi de France, le magnifique
+Richard II, supplanté en quelques jours par l'exilé Bolingbroke? Ce roi,
+en qui tout à l'heure il y avait dix millions d'hommes, le voilà qui est
moins qu'un homme, un homme en peinture, roi de carreau...</p>
<p>Dans une des farces de la basoche que les petits clercs du palais
jouaient sur la royale Table de marbre, figuraient comme personnages les
-temps d'un verbe latin: «Regno, regnavi, regnabo.» Pédantesque comédie,
-mais dont il était difficile de méconnaître le sens.</p>
+temps d'un verbe latin: «Regno, regnavi, regnabo.» Pédantesque comédie,
+mais dont il était difficile de méconnaître le sens.</p>
<p>Dans l'ordonnance par laquelle Charles VI autorise ceux qui jouaient les
-Mystères de la Passion, il les appelle «ses amés et chers
-confrères<a id="footnotetag108" name="footnotetag108"></a><a href="#footnote108" title="Go to footnote 108"><span class="smaller">[108]</span></a>». Quoi de plus juste, en effet? Triste acteur lui-même,
-Pauvre jongleur du grand Mystère historique, il allait voir ses
-confrères, saints, anges et diables, bouffonner tristement la Passion.
-Il n'était pas seulement spectateur, <span class="pagenum"><a id="page74" name="page74"></a>(p. 74)</span> il était spectacle. Le
-peuple venait voir en lui la Passion de la royauté. Roi et peuple, ils
-se contemplaient, et avaient pitié l'un de l'autre. Le roi y voyait le
-peuple misérable, déguenillé, mendiant. Le peuple y voyait le roi plus
-pauvre encore sur le trône, pauvre d'esprit, pauvre d'amis, délaissé de
-sa famille, de sa femme, veuf de lui-même et se survivant, riant
-tristement du rire des fols, vieil enfant sans père ni mère pour en
+Mystères de la Passion, il les appelle «ses amés et chers
+confrères<a id="footnotetag108" name="footnotetag108"></a><a href="#footnote108" title="Go to footnote 108"><span class="smaller">[108]</span></a>». Quoi de plus juste, en effet? Triste acteur lui-même,
+Pauvre jongleur du grand Mystère historique, il allait voir ses
+confrères, saints, anges et diables, bouffonner tristement la Passion.
+Il n'était pas seulement spectateur, <span class="pagenum"><a id="page74" name="page74"></a>(p. 74)</span> il était spectacle. Le
+peuple venait voir en lui la Passion de la royauté. Roi et peuple, ils
+se contemplaient, et avaient pitié l'un de l'autre. Le roi y voyait le
+peuple misérable, déguenillé, mendiant. Le peuple y voyait le roi plus
+pauvre encore sur le trône, pauvre d'esprit, pauvre d'amis, délaissé de
+sa famille, de sa femme, veuf de lui-même et se survivant, riant
+tristement du rire des fols, vieil enfant sans père ni mère pour en
avoir soin.</p>
-<p>La dérision n'eût pas été suffisante, la tragédie eût été moins comique,
-s'il eût cessé de régner. Le merveilleux, le bizarre, c'est qu'il
-régnait par moments. Toute négligée et sale qu'était sa personne, sa
+<p>La dérision n'eût pas été suffisante, la tragédie eût été moins comique,
+s'il eût cessé de régner. Le merveilleux, le bizarre, c'est qu'il
+régnait par moments. Toute négligée et sale qu'était sa personne, sa
main signait encore, et semblait toute-puissante. Les plus graves
-personnages, les plus sages têtes du conseil, venaient entre deux accès
-profiter d'un moment lucide, épier les faibles lueurs d'une intelligence
+personnages, les plus sages têtes du conseil, venaient entre deux accès
+profiter d'un moment lucide, épier les faibles lueurs d'une intelligence
obscurcie, provoquer les douteux oracles qui tombaient de cette bouche
-imbécile.</p>
+imbécile.</p>
-<p>C'était toujours le roi de France, le premier roi chrétien, la tête de
-la chrétienté. Les principaux États d'Italie, Milan, Florence, Gênes, se
-disaient ses clients. Gênes ne crut pouvoir échapper à Visconti qu'en se
-donnant à Charles VI. Ainsi la fortune moqueuse s'amusait à charger d'un
+<p>C'était toujours le roi de France, le premier roi chrétien, la tête de
+la chrétienté. Les principaux États d'Italie, Milan, Florence, Gênes, se
+disaient ses clients. Gênes ne crut pouvoir échapper à Visconti qu'en se
+donnant à Charles VI. Ainsi la fortune moqueuse s'amusait à charger d'un
nouveau poids cette faible main qui ne pouvait rien porter.</p>
-<p>Ce fut un curieux spectacle de voir l'empereur Wenceslas, amené en
-France par les affaires de l'Église, conférer avec Charles VI (1398).
-L'un était fol, l'autre presque toujours ivre. Il fallait prendre
-l'empereur à <span class="pagenum"><a id="page75" name="page75"></a>(p. 75)</span> jeun; mais pour le roi ce n'était pas toujours le
+<p>Ce fut un curieux spectacle de voir l'empereur Wenceslas, amené en
+France par les affaires de l'Église, conférer avec Charles VI (1398).
+L'un était fol, l'autre presque toujours ivre. Il fallait prendre
+l'empereur à <span class="pagenum"><a id="page75" name="page75"></a>(p. 75)</span> jeun; mais pour le roi ce n'était pas toujours le
moment lucide.</p>
<p>Charles VI ayant eu pourtant trois jours de bon, on en profita pour lui
-faire signer une ordonnance qui, selon le v&oelig;u de l'Université,
-suspendait l'autorité de Benoît XIII dans le royaume de France. Le
-maréchal Boucicaut fut envoyé à Avignon pour le contraindre par corps.
-Le vieux pontife se défendit dans le château d'Avignon, en vrai
-capitaine (1398-1399). N'ayant plus de bois pour sa cuisine, il brûla
-une à une les poutres de son palais. Les Français avaient honte
-eux-mêmes de cette guerre ridicule. Les partisans de l'autre pape ne lui
-étaient pas plus soumis. Les Romains étaient en armes contre Boniface,
-comme les Français contre Benoît.</p>
-
-<p>Voilà donc la papauté, l'empire, la royauté aux prises et s'injuriant;
+faire signer une ordonnance qui, selon le v&oelig;u de l'Université,
+suspendait l'autorité de Benoît XIII dans le royaume de France. Le
+maréchal Boucicaut fut envoyé à Avignon pour le contraindre par corps.
+Le vieux pontife se défendit dans le château d'Avignon, en vrai
+capitaine (1398-1399). N'ayant plus de bois pour sa cuisine, il brûla
+une à une les poutres de son palais. Les Français avaient honte
+eux-mêmes de cette guerre ridicule. Les partisans de l'autre pape ne lui
+étaient pas plus soumis. Les Romains étaient en armes contre Boniface,
+comme les Français contre Benoît.</p>
+
+<p>Voilà donc la papauté, l'empire, la royauté aux prises et s'injuriant;
l'empereur ivre, le roi idiot, prenant le pouvoir spirituel, suspendant
le pape, tandis que le pape saisit les armes temporelles et endosse la
-cuirasse. Les dieux humains délirent, défendent qu'on leur obéisse, et
+cuirasse. Les dieux humains délirent, défendent qu'on leur obéisse, et
se proclament fols...</p>
-<p>Cela était certain, réel, mais aucunement vraisemblable, contraire à
-toute raison, propre à faire croire de préférence les mensonges les plus
-hasardés. Nulle comédie, nul Mystère ne devait dès lors choquer les
-esprits. Le plus fol n'était pas celui qui oubliait des réalités
-absurdes pour des fictions raisonnables. Ces Mystères aidaient
-d'ailleurs à l'illusion par leur prodigieuse durée; quelques-uns se
-divisaient en quarante jours. Une représentation si longue devenait
+<p>Cela était certain, réel, mais aucunement vraisemblable, contraire à
+toute raison, propre à faire croire de préférence les mensonges les plus
+hasardés. Nulle comédie, nul Mystère ne devait dès lors choquer les
+esprits. Le plus fol n'était pas celui qui oubliait des réalités
+absurdes pour des fictions raisonnables. Ces Mystères aidaient
+d'ailleurs à l'illusion par leur prodigieuse durée; quelques-uns se
+divisaient en quarante jours. Une représentation si longue devenait
pour le <span class="pagenum"><a id="page76" name="page76"></a>(p. 76)</span> spectateur assidu une vie artificielle qui faisait
-oublier l'autre, ou pouvait lui faire douter souvent de quel côté était
-le rêve<a id="footnotetag109" name="footnotetag109"></a><a href="#footnote109" title="Go to footnote 109"><span class="smaller">[109]</span></a>.</p>
+oublier l'autre, ou pouvait lui faire douter souvent de quel côté était
+le rêve<a id="footnotetag109" name="footnotetag109"></a><a href="#footnote109" title="Go to footnote 109"><span class="smaller">[109]</span></a>.</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page77" name="page77"></a>(p. 77)</span> LIVRE VIII</h2>
<h3>CHAPITRE PREMIER</h3>
-<p class="chaptitle">Le duc d'Orléans, le duc de Bourgogne.&mdash;Meurtre du duc d'Orléans
+<p class="chaptitle">Le duc d'Orléans, le duc de Bourgogne.&mdash;Meurtre du duc d'Orléans
(1400-1407).</p>
<p>Il y a dans la personne humaine deux personnes, deux ennemis qui
-guerroient à nos dépens, jusqu'à ce que la mort y mette ordre. Ces deux
-ennemis, l'orgueil et le désir, nous les avons vus aux prises dans cette
-pauvre âme de roi. L'un a prévalu d'abord, puis l'autre; puis, dans ce
-long combat, cette âme s'est éclipsée, et il n'y a plus eu où combattre.
-La guerre finie dans le roi, elle éclate dans le royaume; les deux
-principes vont agir en deux hommes et deux factions, jusqu'à ce que
-cette guerre ait produit son acte frénétique, le meurtre; jusqu'à ce
-que, les deux hommes ayant été tués l'un par l'autre, les deux factions,
-pour se tuer, s'accordent à tuer la France.</p>
+guerroient à nos dépens, jusqu'à ce que la mort y mette ordre. Ces deux
+ennemis, l'orgueil et le désir, nous les avons vus aux prises dans cette
+pauvre âme de roi. L'un a prévalu d'abord, puis l'autre; puis, dans ce
+long combat, cette âme s'est éclipsée, et il n'y a plus eu où combattre.
+La guerre finie dans le roi, elle éclate dans le royaume; les deux
+principes vont agir en deux hommes et deux factions, jusqu'à ce que
+cette guerre ait produit son acte frénétique, le meurtre; jusqu'à ce
+que, les deux hommes ayant été tués l'un par l'autre, les deux factions,
+pour se tuer, s'accordent à tuer la France.</p>
<p>Cela dit, au fond tout est dit. Si pourtant on veut <span class="pagenum"><a id="page78" name="page78"></a>(p. 78)</span> savoir le
-nom des deux hommes, nommons l'homme du plaisir, le duc d'Orléans, frère
+nom des deux hommes, nommons l'homme du plaisir, le duc d'Orléans, frère
du roi; l'homme de l'orgueil, du brutal et sanguinaire orgueil,
Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne.</p>
<p>Les deux hommes et les deux partis doivent se choquer dans Paris. Deux
-partis, deux paroisses; nous les avons nommées déjà, celle de la cour,
-celle des bouchers, la folie de Saint-Paul, la brutalité de
-Saint-Jacques. La scène de l'histoire dit d'avance l'histoire même.</p>
-
-<p class="p2">Louis d'Orléans, ce jeune homme qui mourut si jeune, qui fut tant aimé
-et regretté toujours, qu'avait-il fait pour mériter de tels regrets? Il
-fut pleuré des femmes, et c'est tout simple, il était beau, avenant,
-gracieux<a id="footnotetag110" name="footnotetag110"></a><a href="#footnote110" title="Go to footnote 110"><span class="smaller">[110]</span></a>; mais non moins regretté de l'Église, pleuré des saints...
-C'était pourtant un grand pécheur. Il avait, dans ses emportements de
-jeunesse, terriblement vexé le peuple; il fut maudit du peuple, pleuré
-du peuple... Vivant, il coûta bien des larmes; mais combien plus, mort!</p>
-
-<p>Si vous eussiez demandé à la France si ce jeune homme était bien digne
-de tant d'amour, elle eût répondu: Je l'aimais<a id="footnotetag111" name="footnotetag111"></a><a href="#footnote111" title="Go to footnote 111"><span class="smaller">[111]</span></a>. Ce n'est pas
-seulement pour le bien qu'on aime; qui aime, aime tout, les défauts
-aussi. Celui-ci plut comme il était, mêlé de bien et de <span class="pagenum"><a id="page79" name="page79"></a>(p. 79)</span> mal. La
-France n'oublia jamais qu'en ses défauts mêmes elle avait vu poindre
-l'aimable et brillant esprit, l'esprit léger, peu sévère, mais gracieux
+partis, deux paroisses; nous les avons nommées déjà, celle de la cour,
+celle des bouchers, la folie de Saint-Paul, la brutalité de
+Saint-Jacques. La scène de l'histoire dit d'avance l'histoire même.</p>
+
+<p class="p2">Louis d'Orléans, ce jeune homme qui mourut si jeune, qui fut tant aimé
+et regretté toujours, qu'avait-il fait pour mériter de tels regrets? Il
+fut pleuré des femmes, et c'est tout simple, il était beau, avenant,
+gracieux<a id="footnotetag110" name="footnotetag110"></a><a href="#footnote110" title="Go to footnote 110"><span class="smaller">[110]</span></a>; mais non moins regretté de l'Église, pleuré des saints...
+C'était pourtant un grand pécheur. Il avait, dans ses emportements de
+jeunesse, terriblement vexé le peuple; il fut maudit du peuple, pleuré
+du peuple... Vivant, il coûta bien des larmes; mais combien plus, mort!</p>
+
+<p>Si vous eussiez demandé à la France si ce jeune homme était bien digne
+de tant d'amour, elle eût répondu: Je l'aimais<a id="footnotetag111" name="footnotetag111"></a><a href="#footnote111" title="Go to footnote 111"><span class="smaller">[111]</span></a>. Ce n'est pas
+seulement pour le bien qu'on aime; qui aime, aime tout, les défauts
+aussi. Celui-ci plut comme il était, mêlé de bien et de <span class="pagenum"><a id="page79" name="page79"></a>(p. 79)</span> mal. La
+France n'oublia jamais qu'en ses défauts mêmes elle avait vu poindre
+l'aimable et brillant esprit, l'esprit léger, peu sévère, mais gracieux
et doux, de la Renaissance; tel il se continua dans son fils, Charles
-d'Orléans, l'exilé, le poète<a id="footnotetag112" name="footnotetag112"></a><a href="#footnote112" title="Go to footnote 112"><span class="smaller">[112]</span></a>, dans son bâtard Dunois, dans son
-petit-fils le bon et clément Louis XII.</p>
-
-<p>Cet esprit, louez-le, blâmez-le, ce n'est pas celui d'un temps, d'un
-âge, c'est celui de la France même. Pour la première fois, au sortir du
-roide et gothique moyen âge, elle se vit ce qu'elle est, mobilité,
-élégance légère, fantaisie gracieuse. Elle se vit, elle s'adora.
-Celui-ci fut le dernier enfant, le plus jeune et le plus cher, celui à
-qui tout est permis, celui qui peut gâter, briser; la mère gronde, mais
-elle sourit... Elle aimait cette jolie tête qui tournait celle des
-femmes; elle aimait cet esprit hardi qui déconcertait les docteurs:
-c'était plaisir de voir les vieilles barbes de l'Université au milieu de
-leurs lourdes harangues, se troubler à ses vives saillies et
-balbutier<a id="footnotetag113" name="footnotetag113"></a><a href="#footnote113" title="Go to footnote 113"><span class="smaller">[113]</span></a>. Il n'en était pas moins bon pour les doctes, les clercs
-et les prêtres, pour les pauvres aumônier et charitable. L'Église était
+d'Orléans, l'exilé, le poète<a id="footnotetag112" name="footnotetag112"></a><a href="#footnote112" title="Go to footnote 112"><span class="smaller">[112]</span></a>, dans son bâtard Dunois, dans son
+petit-fils le bon et clément Louis XII.</p>
+
+<p>Cet esprit, louez-le, blâmez-le, ce n'est pas celui d'un temps, d'un
+âge, c'est celui de la France même. Pour la première fois, au sortir du
+roide et gothique moyen âge, elle se vit ce qu'elle est, mobilité,
+élégance légère, fantaisie gracieuse. Elle se vit, elle s'adora.
+Celui-ci fut le dernier enfant, le plus jeune et le plus cher, celui à
+qui tout est permis, celui qui peut gâter, briser; la mère gronde, mais
+elle sourit... Elle aimait cette jolie tête qui tournait celle des
+femmes; elle aimait cet esprit hardi qui déconcertait les docteurs:
+c'était plaisir de voir les vieilles barbes de l'Université au milieu de
+leurs lourdes harangues, se troubler à ses vives saillies et
+balbutier<a id="footnotetag113" name="footnotetag113"></a><a href="#footnote113" title="Go to footnote 113"><span class="smaller">[113]</span></a>. Il n'en était pas moins bon pour les doctes, les clercs
+et les prêtres, pour les pauvres aumônier et charitable. L'Église était
faible pour cet aimable prince; elle lui passait bien des choses; il n'y
-avait pas moyen d'être sévère avec cet enfant gâté de la nature et de la
-grâce.</p>
+avait pas moyen d'être sévère avec cet enfant gâté de la nature et de la
+grâce.</p>
<p>De qui Louis tenait-il ces dons qu'il apporta en naissant? De qui,
-sinon d'une femme? De sa charmante <span class="pagenum"><a id="page80" name="page80"></a>(p. 80)</span> mère apparemment, dont son
-mari même, le sage et froid Charles V, ne pouvait s'empêcher de dire:
-«C'est le soleil du royaume.» Une femme mit la grâce en lui, et les
-femmes la cultivèrent.... Et que serions-nous sans elles? Elles nous
-donnent la vie (et cela, c'est peu), mais aussi la vie de l'âme. Que de
-choses nous apprenons près d'elles comme fils, comme amants ou amis...
-C'est par elles, pour elles, que l'esprit français est devenu le plus
-brillant, et, ce qui vaut mieux, le plus sensé de l'Europe. Ce peuple
-n'étudiait volontiers que dans les conversations des femmes; en causant
+sinon d'une femme? De sa charmante <span class="pagenum"><a id="page80" name="page80"></a>(p. 80)</span> mère apparemment, dont son
+mari même, le sage et froid Charles V, ne pouvait s'empêcher de dire:
+«C'est le soleil du royaume.» Une femme mit la grâce en lui, et les
+femmes la cultivèrent.... Et que serions-nous sans elles? Elles nous
+donnent la vie (et cela, c'est peu), mais aussi la vie de l'âme. Que de
+choses nous apprenons près d'elles comme fils, comme amants ou amis...
+C'est par elles, pour elles, que l'esprit français est devenu le plus
+brillant, et, ce qui vaut mieux, le plus sensé de l'Europe. Ce peuple
+n'étudiait volontiers que dans les conversations des femmes; en causant
avec ces aimables docteurs qui ne savaient rien, il a tout appris<a id="footnotetag114" name="footnotetag114"></a><a href="#footnote114" title="Go to footnote 114"><span class="smaller">[114]</span></a>.</p>
-<p>Nous n'avons pas la galerie où le jeune Louis eut la dangereuse fatuité
-de faire peindre ses maîtresses. Nous connaissons assez mal les femmes
-de ce temps-là. J'en vois trois pourtant qui de près ou de loin tinrent
-au duc d'Orléans. Toutes trois, de père ou de mère, étaient Italiennes.
-De l'Italie partait déjà le premier souffle de la Renaissance; le Nord,
-réchauffé de ce vent parfumé du Sud, crut sentir, comme dit le poète,
-«une odeur de Paradis<a id="footnotetag115" name="footnotetag115"></a><a href="#footnote115" title="Go to footnote 115"><span class="smaller">[115]</span></a>».</p>
+<p>Nous n'avons pas la galerie où le jeune Louis eut la dangereuse fatuité
+de faire peindre ses maîtresses. Nous connaissons assez mal les femmes
+de ce temps-là. J'en vois trois pourtant qui de près ou de loin tinrent
+au duc d'Orléans. Toutes trois, de père ou de mère, étaient Italiennes.
+De l'Italie partait déjà le premier souffle de la Renaissance; le Nord,
+réchauffé de ce vent parfumé du Sud, crut sentir, comme dit le poète,
+«une odeur de Paradis<a id="footnotetag115" name="footnotetag115"></a><a href="#footnote115" title="Go to footnote 115"><span class="smaller">[115]</span></a>».</p>
-<p>De ces Italiennes, l'une fut la femme du duc d'Orléans, <span class="pagenum"><a id="page81" name="page81"></a>(p. 81)</span>
+<p>De ces Italiennes, l'une fut la femme du duc d'Orléans, <span class="pagenum"><a id="page81" name="page81"></a>(p. 81)</span>
Valentina Visconti, sa femme, sa triste veuve, et elle mourut de sa
-mort. L'autre, Isabeau de Bavière (Visconti du côté maternel) fut sa
-belle-s&oelig;ur, son amie, peut-être davantage. La troisième, dans un rang
+mort. L'autre, Isabeau de Bavière (Visconti du côté maternel) fut sa
+belle-s&oelig;ur, son amie, peut-être davantage. La troisième, dans un rang
bien modeste, la chaste, la savante Christine<a id="footnotetag116" name="footnotetag116"></a><a href="#footnote116" title="Go to footnote 116"><span class="smaller">[116]</span></a>, n'eut avec lui
-d'autre rapport que les encouragements qu'il donna à son aimable
-génie<a id="footnotetag117" name="footnotetag117"></a><a href="#footnote117" title="Go to footnote 117"><span class="smaller">[117]</span></a>.</p>
+d'autre rapport que les encouragements qu'il donna à son aimable
+génie<a id="footnotetag117" name="footnotetag117"></a><a href="#footnote117" title="Go to footnote 117"><span class="smaller">[117]</span></a>.</p>
<p>L'Italie, la Renaissance, l'art, l'irruption de la fantaisie, il y avait
-dans tout cela de quoi séduire et de quoi blesser. Ce jour du seizième
-siècle, qui éclatait brusquement dès la fin du quatorzième, dut
-effaroucher les ténèbres. L'art n'était-il pas une coupable contrefaçon
+dans tout cela de quoi séduire et de quoi blesser. Ce jour du seizième
+siècle, qui éclatait brusquement dès la fin du quatorzième, dut
+effaroucher les ténèbres. L'art n'était-il pas une coupable contrefaçon
de la nature? Celle-ci n'a-t-elle pas assez de danger, assez de
-séduction, sans qu'une diabolique adresse la reproduise encore pour la
-perdition des âmes? Cette perfide Italie, la terre des poisons et des
-maléfices, n'est-ce pas aussi le pays de ces miracles du Diable?</p>
-
-<p>C'étaient là les propos du peuple, ce qu'il disait tout haut. Joignez-y
-le silence haineux des scolastiques, qui voyaient bien que peu à peu il
-leur fallait céder la place. Derrière, appuyaient la foule des esprits
-secs et étroits, qui demandent toujours: À quoi bon?... À quoi bon un
+séduction, sans qu'une diabolique adresse la reproduise encore pour la
+perdition des âmes? Cette perfide Italie, la terre des poisons et des
+maléfices, n'est-ce pas aussi le pays de ces miracles du Diable?</p>
+
+<p>C'étaient là les propos du peuple, ce qu'il disait tout haut. Joignez-y
+le silence haineux des scolastiques, qui voyaient bien que peu à peu il
+leur fallait céder la place. Derrière, appuyaient la foule des esprits
+secs et étroits, qui demandent toujours: À quoi bon?... À quoi bon un
tableau du Giotto, une miniature du beau Froissart, une ballade de
Christine?</p>
<p>De tels esprits sont toujours un grand peuple. Mais alors ils avaient
-pour eux un grave et puissant auxiliaire, <span class="pagenum"><a id="page82" name="page82"></a>(p. 82)</span> la pauvreté publique,
-qui ne voyait dans les dépenses d'art et de luxe qu'une coupable
-prodigalité.</p>
-
-<p>À ces mécontentements, à ces malveillances, à ces haines publiques ou
-secrètes, il fallait un envieux pour chef. La nature semblait avoir fait
-le duc de Bourgogne Jean-sans-Peur tout exprès pour haïr le duc
-d'Orléans. Il avait peu d'avantages physiques, peu d'apparence, peu de
-taille, peu de facilité<a id="footnotetag118" name="footnotetag118"></a><a href="#footnote118" title="Go to footnote 118"><span class="smaller">[118]</span></a>. Son silence habituel couvrait un caractère
-violent. Héritier d'une grande puissance, il tenta de grandes choses et
-échoua d'autant plus tristement. Sa captivité de Nicopolis coûta gros au
+pour eux un grave et puissant auxiliaire, <span class="pagenum"><a id="page82" name="page82"></a>(p. 82)</span> la pauvreté publique,
+qui ne voyait dans les dépenses d'art et de luxe qu'une coupable
+prodigalité.</p>
+
+<p>À ces mécontentements, à ces malveillances, à ces haines publiques ou
+secrètes, il fallait un envieux pour chef. La nature semblait avoir fait
+le duc de Bourgogne Jean-sans-Peur tout exprès pour haïr le duc
+d'Orléans. Il avait peu d'avantages physiques, peu d'apparence, peu de
+taille, peu de facilité<a id="footnotetag118" name="footnotetag118"></a><a href="#footnote118" title="Go to footnote 118"><span class="smaller">[118]</span></a>. Son silence habituel couvrait un caractère
+violent. Héritier d'une grande puissance, il tenta de grandes choses et
+échoua d'autant plus tristement. Sa captivité de Nicopolis coûta gros au
royaume. Nourri d'amertume et d'envie, il souffrait cruellement de voir
en face cette heureuse et brillante figure qui devait toujours
-l'éclipser. Avant que leur rivalité éclatât, avant que de secrets
-outrages eussent engendré en eux de nouvelles haines, il semblait être
-déjà le Caïn prédestiné de cet Abel.</p>
+l'éclipser. Avant que leur rivalité éclatât, avant que de secrets
+outrages eussent engendré en eux de nouvelles haines, il semblait être
+déjà le Caïn prédestiné de cet Abel.</p>
-<p>L'équité nous oblige de faire remarquer avant tout que l'histoire de ce
-temps n'a guère été écrite que par les ennemis du duc d'Orléans. Cela
-doit nous mettre en défiance. Ceux qui le tuèrent en sa personne, ont dû
+<p>L'équité nous oblige de faire remarquer avant tout que l'histoire de ce
+temps n'a guère été écrite que par les ennemis du duc d'Orléans. Cela
+doit nous mettre en défiance. Ceux qui le tuèrent en sa personne, ont dû
faire ce qu'il fallait pour le tuer aussi dans l'histoire.</p>
<p>Monstrelet est sujet et serviteur de la maison de Bourgogne<a id="footnotetag119" name="footnotetag119"></a><a href="#footnote119" title="Go to footnote 119"><span class="smaller">[119]</span></a>. Le
-Bourgeois de Paris est un bourguignon <span class="pagenum"><a id="page83" name="page83"></a>(p. 83)</span> furieux. Paris était
-généralement hostile au duc d'Orléans, et cela pour un motif facile à
-comprendre: le duc d'Orléans demandait sans cesse de l'argent; le duc de
-Bourgogne défendait de payer.</p>
+Bourgeois de Paris est un bourguignon <span class="pagenum"><a id="page83" name="page83"></a>(p. 83)</span> furieux. Paris était
+généralement hostile au duc d'Orléans, et cela pour un motif facile à
+comprendre: le duc d'Orléans demandait sans cesse de l'argent; le duc de
+Bourgogne défendait de payer.</p>
-<p>Cette rancune de Paris n'a pas été sans influence sur le plus impartial
+<p>Cette rancune de Paris n'a pas été sans influence sur le plus impartial
des historiens de ce temps, sur le Religieux de Saint-Denis. Il n'a pu
-se défendre de reproduire la clameur de cette grande ville voisine. Le
-moine a pu céder aussi à celle du clergé, que le duc d'Orléans essayait
-indirectement de soumettre à l'impôt<a id="footnotetag120" name="footnotetag120"></a><a href="#footnote120" title="Go to footnote 120"><span class="smaller">[120]</span></a>.</p>
+se défendre de reproduire la clameur de cette grande ville voisine. Le
+moine a pu céder aussi à celle du clergé, que le duc d'Orléans essayait
+indirectement de soumettre à l'impôt<a id="footnotetag120" name="footnotetag120"></a><a href="#footnote120" title="Go to footnote 120"><span class="smaller">[120]</span></a>.</p>
-<p>Il ne faut pas oublier que le duc d'Orléans, ne possédant rien, ou
+<p>Il ne faut pas oublier que le duc d'Orléans, ne possédant rien, ou
presque rien, hors du royaume, tirait toutes ses ressources de la
-France, de Paris surtout. Le duc de Bourgogne au contraire était, tout à
-la fois, un prince français et étranger; il avait des possessions et
+France, de Paris surtout. Le duc de Bourgogne au contraire était, tout à
+la fois, un prince français et étranger; il avait des possessions et
dans le royaume et dans l'Empire; il recevait beaucoup d'argent de la
-Flandre, et demandait plutôt des gens d'armes à la Bourgogne<a id="footnotetag121" name="footnotetag121"></a><a href="#footnote121" title="Go to footnote 121"><span class="smaller">[121]</span></a>.</p>
-
-<p>Remontons à la fondation de cette maison de Bourgogne. Nos rois ayant
-presque détruit le seul pouvoir militaire qui se trouvât en France, la
-féodalité, essayèrent, au treizième et au quatorzième siècle, d'une
-féodalité artificielle; ils placèrent les grands fiefs dans la main des
-princes leurs parents. Charles V fit un grand établissement féodal.
-Tandis que son frère aîné, gouverneur du Languedoc, regardait vers la
-Provence et l'Italie, il donna la Bourgogne en apanage à son <span class="pagenum"><a id="page84" name="page84"></a>(p. 84)</span>
-plus jeune frère, de manière à agir vers l'Empire et les Pays-Bas. Il
+Flandre, et demandait plutôt des gens d'armes à la Bourgogne<a id="footnotetag121" name="footnotetag121"></a><a href="#footnote121" title="Go to footnote 121"><span class="smaller">[121]</span></a>.</p>
+
+<p>Remontons à la fondation de cette maison de Bourgogne. Nos rois ayant
+presque détruit le seul pouvoir militaire qui se trouvât en France, la
+féodalité, essayèrent, au treizième et au quatorzième siècle, d'une
+féodalité artificielle; ils placèrent les grands fiefs dans la main des
+princes leurs parents. Charles V fit un grand établissement féodal.
+Tandis que son frère aîné, gouverneur du Languedoc, regardait vers la
+Provence et l'Italie, il donna la Bourgogne en apanage à son <span class="pagenum"><a id="page84" name="page84"></a>(p. 84)</span>
+plus jeune frère, de manière à agir vers l'Empire et les Pays-Bas. Il
fit pour ce dernier l'immense sacrifice de rendre aux Flamands Lille et
-Douai, la Flandre française<a id="footnotetag122" name="footnotetag122"></a><a href="#footnote122" title="Go to footnote 122"><span class="smaller">[122]</span></a>, la barrière du royaume au nord, pour
-que ce frère épousât leur future souveraine, l'héritière des comtés de
-Flandre, d'Artois, de Rethel, de Nevers et de la Franche-Comté. Il
-espérait que dans cette alliance la France absorberait la Flandre, que
-les peuples étant réunis sous une même domination, les intérêts se
-confondraient peu à peu. Il n'en fut pas ainsi. La distinction resta
-profonde, les m&oelig;urs différentes, la barrière des langues immuable; la
-langue française et wallone ne gagna pas un pouce de terrain sur le
+Douai, la Flandre française<a id="footnotetag122" name="footnotetag122"></a><a href="#footnote122" title="Go to footnote 122"><span class="smaller">[122]</span></a>, la barrière du royaume au nord, pour
+que ce frère épousât leur future souveraine, l'héritière des comtés de
+Flandre, d'Artois, de Rethel, de Nevers et de la Franche-Comté. Il
+espérait que dans cette alliance la France absorberait la Flandre, que
+les peuples étant réunis sous une même domination, les intérêts se
+confondraient peu à peu. Il n'en fut pas ainsi. La distinction resta
+profonde, les m&oelig;urs différentes, la barrière des langues immuable; la
+langue française et wallone ne gagna pas un pouce de terrain sur le
flamand<a id="footnotetag123" name="footnotetag123"></a><a href="#footnote123" title="Go to footnote 123"><span class="smaller">[123]</span></a>. La riche Flandre ne devint pas un accessoire de la pauvre
-Bourgogne<a id="footnotetag124" name="footnotetag124"></a><a href="#footnote124" title="Go to footnote 124"><span class="smaller">[124]</span></a>. Ce fut tout le contraire: l'intérêt flamand emporta la
-balance. Quel intérêt? un intérêt hostile à la France, l'alliance
+Bourgogne<a id="footnotetag124" name="footnotetag124"></a><a href="#footnote124" title="Go to footnote 124"><span class="smaller">[124]</span></a>. Ce fut tout le contraire: l'intérêt flamand emporta la
+balance. Quel intérêt? un intérêt hostile à la France, l'alliance
commerciale de l'Angleterre, commerciale d'abord, puis politique.</p>
-<p>Nous avons dit ailleurs comment la Flandre et l'Angleterre étaient liées
+<p>Nous avons dit ailleurs comment la Flandre et l'Angleterre étaient liées
depuis longtemps. S'il y avait mariage politique entre les princes de la
France et de la Flandre, il y avait toujours eu mariage commercial entre
-les peuples de la Flandre et de l'Angleterre. Édouard III ne put faire
-son fils comte de Flandre; Charles V fut plus heureux pour son frère.
-Mais ce frère, tout Français qu'il était, ne se fit accepter des
-<span class="pagenum"><a id="page85" name="page85"></a>(p. 85)</span> Flamands qu'en se résignant aux relations indispensables de la
+les peuples de la Flandre et de l'Angleterre. Édouard III ne put faire
+son fils comte de Flandre; Charles V fut plus heureux pour son frère.
+Mais ce frère, tout Français qu'il était, ne se fit accepter des
+<span class="pagenum"><a id="page85" name="page85"></a>(p. 85)</span> Flamands qu'en se résignant aux relations indispensables de la
Flandre et de l'Angleterre. Ces relations faisaient la richesse du pays,
-celle du prince. Toutefois, les Anglais qui depuis Édouard III avaient
-attiré beaucoup de drapiers de la Flandre<a id="footnotetag125" name="footnotetag125"></a><a href="#footnote125" title="Go to footnote 125"><span class="smaller">[125]</span></a>, n'avaient plus tant de
-ménagements à garder avec les Flamands; ils pillaient souvent leurs
+celle du prince. Toutefois, les Anglais qui depuis Édouard III avaient
+attiré beaucoup de drapiers de la Flandre<a id="footnotetag125" name="footnotetag125"></a><a href="#footnote125" title="Go to footnote 125"><span class="smaller">[125]</span></a>, n'avaient plus tant de
+ménagements à garder avec les Flamands; ils pillaient souvent leurs
marchands, et secondaient les bannis de Flandre dans leurs pirateries.
-Le fameux Pierre Dubois, l'un des chefs de la révolution de Flandre en
-1382, se fit pirate, et fut la terreur du détroit. En 1387, il enleva la
-flotte flamande qui chaque année allait à La Rochelle acheter nos vins
-du Midi<a id="footnotetag126" name="footnotetag126"></a><a href="#footnote126" title="Go to footnote 126"><span class="smaller">[126]</span></a>. La Flandre et le comte de Flandre étaient ruinés par ces
-pirateries, si ce comte ne devenait ou le maître ou l'allié de
-l'Angleterre. Ayant essayé en vain de s'en rendre maître (1386), il
-fallait qu'il en fût l'allié, qu'il y fit, s'il pouvait, un roi qui
-garantît cette alliance. Il y parvint en 1399, contre l'intérêt de la
+Le fameux Pierre Dubois, l'un des chefs de la révolution de Flandre en
+1382, se fit pirate, et fut la terreur du détroit. En 1387, il enleva la
+flotte flamande qui chaque année allait à La Rochelle acheter nos vins
+du Midi<a id="footnotetag126" name="footnotetag126"></a><a href="#footnote126" title="Go to footnote 126"><span class="smaller">[126]</span></a>. La Flandre et le comte de Flandre étaient ruinés par ces
+pirateries, si ce comte ne devenait ou le maître ou l'allié de
+l'Angleterre. Ayant essayé en vain de s'en rendre maître (1386), il
+fallait qu'il en fût l'allié, qu'il y fit, s'il pouvait, un roi qui
+garantît cette alliance. Il y parvint en 1399, contre l'intérêt de la
France.</p>
-<p>Cette puissance de Bourgogne, ainsi partagée entre l'intérêt français et
-étranger, n'allait pas moins s'étendant et s'agrandissant.
-Philippe-le-Hardi compléta ses Bourgognes en achetant le Charolais
-(1390), ses Pays-Bas en faisant épouser à son fils l'héritière de
-Hainaut et de Hollande (1385). Le souverain de la Flandre, jusque-là
-serré entre la Hollande et le Hainaut, allait saisir ainsi deux grands
-postes, par la Hollande des ports sur l'Océan, c'était comme des
-fenêtres ouvertes <span class="pagenum"><a id="page86" name="page86"></a>(p. 86)</span> sur l'Angleterre; par le Hainaut des places
+<p>Cette puissance de Bourgogne, ainsi partagée entre l'intérêt français et
+étranger, n'allait pas moins s'étendant et s'agrandissant.
+Philippe-le-Hardi compléta ses Bourgognes en achetant le Charolais
+(1390), ses Pays-Bas en faisant épouser à son fils l'héritière de
+Hainaut et de Hollande (1385). Le souverain de la Flandre, jusque-là
+serré entre la Hollande et le Hainaut, allait saisir ainsi deux grands
+postes, par la Hollande des ports sur l'Océan, c'était comme des
+fenêtres ouvertes <span class="pagenum"><a id="page86" name="page86"></a>(p. 86)</span> sur l'Angleterre; par le Hainaut des places
fortes, Mons et Valenciennes, les portes de la France.</p>
-<p>Voilà une grande et formidable puissance, formidable par son étendue et
+<p>Voilà une grande et formidable puissance, formidable par son étendue et
par la richesse de ses possessions, mais bien plus encore par sa
-position, par ses relations, touchant à tout, ayant prise sur tout. Il
-n'y avait rien en France à opposer à une telle force. La maison d'Anjou
+position, par ses relations, touchant à tout, ayant prise sur tout. Il
+n'y avait rien en France à opposer à une telle force. La maison d'Anjou
avait fondu en quelque sorte, dans ses vaines tentatives sur l'Italie.
-Le duc de Berri, lors même qu'il était gouverneur du Languedoc, n'y
-était pas sérieusement établi; il n'était que le roi de Bourges. Le duc
-d'Orléans, frère du roi, s'était fait donner successivement l'apanage
-d'Orléans, puis une bonne part du Périgord et de l'Angoumois, puis les
-comtés de Valois, Blois et Beaumont, puis encore celui de Dreux. Il
-avait, par sa femme, une position dans les Alpes, Asti. C'étaient certes
-de grands établissements, mais dispersés; ce n'était pas une grande
-puissance. Tout cela ne faisait point masse en présence de cette masse
-énorme et toujours grossissante des possessions du duc de Bourgogne.</p>
-
-<p>Philippe-le-Hardi avait eu, à son grand profit, la part principale à
-l'administration du royaume sous la minorité de Charles VI, et bien au
-delà, jusqu'à ce qu'il eut vingt et un ans. Il l'avait perdue quelque
-temps, pendant le gouvernement des Marmousets, La Rivière, Clisson,
-Montaigu. La folie de Charles VI fut comme une nouvelle minorité;
+Le duc de Berri, lors même qu'il était gouverneur du Languedoc, n'y
+était pas sérieusement établi; il n'était que le roi de Bourges. Le duc
+d'Orléans, frère du roi, s'était fait donner successivement l'apanage
+d'Orléans, puis une bonne part du Périgord et de l'Angoumois, puis les
+comtés de Valois, Blois et Beaumont, puis encore celui de Dreux. Il
+avait, par sa femme, une position dans les Alpes, Asti. C'étaient certes
+de grands établissements, mais dispersés; ce n'était pas une grande
+puissance. Tout cela ne faisait point masse en présence de cette masse
+énorme et toujours grossissante des possessions du duc de Bourgogne.</p>
+
+<p>Philippe-le-Hardi avait eu, à son grand profit, la part principale à
+l'administration du royaume sous la minorité de Charles VI, et bien au
+delà, jusqu'à ce qu'il eut vingt et un ans. Il l'avait perdue quelque
+temps, pendant le gouvernement des Marmousets, La Rivière, Clisson,
+Montaigu. La folie de Charles VI fut comme une nouvelle minorité;
cependant il devenait impossible de ne pas donner part, dans le
-gouvernement, au duc d'Orléans, frère du roi, qui en <span class="pagenum"><a id="page87" name="page87"></a>(p. 87)</span> 1401 avait
-trente ans. Ce prince, héritier probable du roi malade et de ses enfants
-maladifs, avait apparemment autant d'intérêt au bien du royaume que le
-duc de Bourgogne, qui, s'étendant toujours vers l'Empire et les
-Pays-Bas, devenait de plus en plus un prince étranger. Toutefois, les
-légèretés du duc d'Orléans, ses passions, ses imprudences, lui faisaient
-tort; la vivacité même de son esprit, ses qualités brillantes, mettaient
-en défiance. Son oncle, déjà âgé, solide sans éclat (comme il faut pour
-fonder), rassurait davantage. D'ailleurs, il était riche hors du
-royaume; on pensait que le maître de la riche Flandre prendrait moins
+gouvernement, au duc d'Orléans, frère du roi, qui en <span class="pagenum"><a id="page87" name="page87"></a>(p. 87)</span> 1401 avait
+trente ans. Ce prince, héritier probable du roi malade et de ses enfants
+maladifs, avait apparemment autant d'intérêt au bien du royaume que le
+duc de Bourgogne, qui, s'étendant toujours vers l'Empire et les
+Pays-Bas, devenait de plus en plus un prince étranger. Toutefois, les
+légèretés du duc d'Orléans, ses passions, ses imprudences, lui faisaient
+tort; la vivacité même de son esprit, ses qualités brillantes, mettaient
+en défiance. Son oncle, déjà âgé, solide sans éclat (comme il faut pour
+fonder), rassurait davantage. D'ailleurs, il était riche hors du
+royaume; on pensait que le maître de la riche Flandre prendrait moins
d'argent en France.</p>
-<p>Ce fut un moment décisif, entre l'oncle et le neveu, que celui de la
-révolution d'Angleterre, en 1399. Tous deux avaient caressé le dangereux
-Lancastre, pendant son séjour au château de Bicêtre. Le duc d'Orléans en
-fit son frère d'armes, et se crut sûr de lui. Mais Lancastre, avec
-beaucoup de sens, préféra l'alliance du duc de Bourgogne, comte de
-Flandre. Celui-ci montra dans cette circonstance une extrême prudence.
-Il en avait besoin. Richard avait épousé sa petite-nièce, il était
-gendre du roi de France, et notre allié. Le duc de Bourgogne se serait
-perdu dans le royaume, s'il avait ostensiblement concouru à une
-révolution qui nous était si préjudiciable. Il ne laissa pas passer
-Lancastre par ses états; il donna même ordre de l'arrêter à Boulogne, où
+<p>Ce fut un moment décisif, entre l'oncle et le neveu, que celui de la
+révolution d'Angleterre, en 1399. Tous deux avaient caressé le dangereux
+Lancastre, pendant son séjour au château de Bicêtre. Le duc d'Orléans en
+fit son frère d'armes, et se crut sûr de lui. Mais Lancastre, avec
+beaucoup de sens, préféra l'alliance du duc de Bourgogne, comte de
+Flandre. Celui-ci montra dans cette circonstance une extrême prudence.
+Il en avait besoin. Richard avait épousé sa petite-nièce, il était
+gendre du roi de France, et notre allié. Le duc de Bourgogne se serait
+perdu dans le royaume, s'il avait ostensiblement concouru à une
+révolution qui nous était si préjudiciable. Il ne laissa pas passer
+Lancastre par ses états; il donna même ordre de l'arrêter à Boulogne, où
il ne devait point aller. Lancastre fit le tour par la Bretagne, dont le
-duc était ami et allié du duc de Bourgogne; ils lui donnèrent pour
+duc était ami et allié du duc de Bourgogne; ils lui donnèrent pour
l'accompagner <span class="pagenum"><a id="page88" name="page88"></a>(p. 88)</span> quelques gens d'armes, et leur homme, Pierre de
-Craon<a id="footnotetag127" name="footnotetag127"></a><a href="#footnote127" title="Go to footnote 127"><span class="smaller">[127]</span></a>, l'assassin de Clisson, l'ennemi mortel du duc d'Orléans.
-C'étaient de faibles moyens, mais ce qu'ils y joignirent d'argent, on ne
-peut le deviner. Or, c'était surtout d'argent que Lancastre avait
+Craon<a id="footnotetag127" name="footnotetag127"></a><a href="#footnote127" title="Go to footnote 127"><span class="smaller">[127]</span></a>, l'assassin de Clisson, l'ennemi mortel du duc d'Orléans.
+C'étaient de faibles moyens, mais ce qu'ils y joignirent d'argent, on ne
+peut le deviner. Or, c'était surtout d'argent que Lancastre avait
besoin; les hommes ne manquaient pas en Angleterre pour en recevoir.</p>
-<p>Ce ne fut pas tout. Le duc de Bretagne étant mort peu après, sa veuve,
-qui avait vu Lancastre à son passage, déclara qu'elle voulait l'épouser.
-Cette veuve était la fille du terrible ennemi de nos rois, de
-Charles-le-Mauvais. Rien n'était plus dangereux que ce mariage. Le duc
-de Bourgogne en détourna la veuve, comme il devait; mais il eut le
-bonheur de ne pas être écouté; le mariage se fit au grand profit du duc
-de Bourgogne, qui, malgré le duc d'Orléans, malgré le vieux Clisson,
+<p>Ce ne fut pas tout. Le duc de Bretagne étant mort peu après, sa veuve,
+qui avait vu Lancastre à son passage, déclara qu'elle voulait l'épouser.
+Cette veuve était la fille du terrible ennemi de nos rois, de
+Charles-le-Mauvais. Rien n'était plus dangereux que ce mariage. Le duc
+de Bourgogne en détourna la veuve, comme il devait; mais il eut le
+bonheur de ne pas être écouté; le mariage se fit au grand profit du duc
+de Bourgogne, qui, malgré le duc d'Orléans, malgré le vieux Clisson,
vint prendre la garde du jeune duc de Bretagne et de la Bretagne, et
-bâtit à Nantes même sa <em>tour de Bourgogne</em><a id="footnotetag128" name="footnotetag128"></a><a href="#footnote128" title="Go to footnote 128"><span class="smaller">[128]</span></a>.</p>
+bâtit à Nantes même sa <em>tour de Bourgogne</em><a id="footnotetag128" name="footnotetag128"></a><a href="#footnote128" title="Go to footnote 128"><span class="smaller">[128]</span></a>.</p>
<p>Ainsi se formait autour du royaume un vaste cercle d'alliances
-suspectes. Le maître de la Franche-Comté, de la Bourgogne et des
-Pays-Bas se trouvait aussi maître de la Bretagne, ami du nouveau roi
+suspectes. Le maître de la Franche-Comté, de la Bourgogne et des
+Pays-Bas se trouvait aussi maître de la Bretagne, ami du nouveau roi
d'Angleterre <span class="pagenum"><a id="page89" name="page89"></a>(p. 89)</span> et du roi de Navarre. La maison de Lancastre
-s'était alliée, en Castille, à la maison bâtarde de Transtamare, comme
-celle de Bourgogne s'unit plus tard à la maison non moins bâtarde de
+s'était alliée, en Castille, à la maison bâtarde de Transtamare, comme
+celle de Bourgogne s'unit plus tard à la maison non moins bâtarde de
Portugal. Bourgogne, Bretagne, Navarre, Lancastre, toutes les branches
-cadettes se trouvaient ainsi liées entre elles, et avec les branches
-bâtardes du Portugal et de la Castille.</p>
+cadettes se trouvaient ainsi liées entre elles, et avec les branches
+bâtardes du Portugal et de la Castille.</p>
-<p>Contre cette conjuration de la politique, le duc d'Orléans se porta pour
+<p>Contre cette conjuration de la politique, le duc d'Orléans se porta pour
champion du vieux droit. Il prit cette cause en main dans toute la
-chrétienté, se déclarant pour Wenceslas contre Robert, pour le pape
-contre l'Université, pour la jeune veuve de Richard contre Henri IV.
-Après avoir provoqué un duel de sept Français contre sept Anglais, il
-jeta le gant à son ancien frère d'armes, pour venger la mort de Richard
-II<a id="footnotetag129" name="footnotetag129"></a><a href="#footnote129" title="Go to footnote 129"><span class="smaller">[129]</span></a>. Il lui reprochait de plus d'avoir manqué, dans la personne de
-la veuve, Isabelle de France, à tout ce qu'un homme noble devait «aux
-dames veuves et pucelles<a id="footnotetag130" name="footnotetag130"></a><a href="#footnote130" title="Go to footnote 130"><span class="smaller">[130]</span></a>». Il lui demandait un rendez-vous aux
-frontières, où ils pourraient combattre chacun à la tête de cent
+chrétienté, se déclarant pour Wenceslas contre Robert, pour le pape
+contre l'Université, pour la jeune veuve de Richard contre Henri IV.
+Après avoir provoqué un duel de sept Français contre sept Anglais, il
+jeta le gant à son ancien frère d'armes, pour venger la mort de Richard
+II<a id="footnotetag129" name="footnotetag129"></a><a href="#footnote129" title="Go to footnote 129"><span class="smaller">[129]</span></a>. Il lui reprochait de plus d'avoir manqué, dans la personne de
+la veuve, Isabelle de France, à tout ce qu'un homme noble devait «aux
+dames veuves et pucelles<a id="footnotetag130" name="footnotetag130"></a><a href="#footnote130" title="Go to footnote 130"><span class="smaller">[130]</span></a>». Il lui demandait un rendez-vous aux
+frontières, où ils pourraient combattre chacun à la tête de cent
chevaliers.</p>
-<p>Lancastre répondit, avec la morgue anglaise, qu'il n'avait vu nulle part
-que ses prédécesseurs eussent été ainsi défiés par gens de moindre état;
-ajoutant, dans le langage hypocrite du parti ecclésiastique qui l'avait
-mis sur le trône, que ce qu'un prince fait, «il le doit faire à
-l'honneur de Dieu, et comme profit de toute chrestienté ou de son
+<p>Lancastre répondit, avec la morgue anglaise, qu'il n'avait vu nulle part
+que ses prédécesseurs eussent été ainsi défiés par gens de moindre état;
+ajoutant, dans le langage hypocrite du parti ecclésiastique qui l'avait
+mis sur le trône, que ce qu'un prince fait, «il le doit faire à
+l'honneur de Dieu, et comme profit de toute chrestienté ou de son
royaume, et <span class="pagenum"><a id="page90" name="page90"></a>(p. 90)</span> non pas pour vaine gloire ni pour nulle convoitise
-temporelle<a id="footnotetag131" name="footnotetag131"></a><a href="#footnote131" title="Go to footnote 131"><span class="smaller">[131]</span></a>».</p>
+temporelle<a id="footnotetag131" name="footnotetag131"></a><a href="#footnote131" title="Go to footnote 131"><span class="smaller">[131]</span></a>».</p>
<p>Henri IV avait de bonnes raisons pour refuser le combat; il avait bien
-autre chose à faire chez lui; il ne voyait qu'ennemis autour de lui; ce
-trône tout nouveau branlait. Le duc de Bourgogne lui rendit le service
-de faire continuer la trêve avec la France.</p>
+autre chose à faire chez lui; il ne voyait qu'ennemis autour de lui; ce
+trône tout nouveau branlait. Le duc de Bourgogne lui rendit le service
+de faire continuer la trêve avec la France.</p>
-<p>Ces affaires d'Angleterre et de Bretagne sont déjà une guerre indirecte
-entre les ducs d'Orléans et de Bourgogne. La guerre va devenir directe,
-acharnée. Le neveu essaye d'attaquer l'oncle dans les Pays-Bas; l'oncle
-attaque et ruine le neveu en France, à Paris.</p>
+<p>Ces affaires d'Angleterre et de Bretagne sont déjà une guerre indirecte
+entre les ducs d'Orléans et de Bourgogne. La guerre va devenir directe,
+acharnée. Le neveu essaye d'attaquer l'oncle dans les Pays-Bas; l'oncle
+attaque et ruine le neveu en France, à Paris.</p>
-<p>Le duc d'Orléans, battu par son habile rival dans l'affaire de Bretagne,
+<p>Le duc d'Orléans, battu par son habile rival dans l'affaire de Bretagne,
fit une chose grave contre lui; si grave que la maison de Bourgogne dut
-vouloir dès lors sa ruine. Il se fit un établissement au milieu des
-possessions de cette maison, parmi les petits états qu'elle avait ou
-qu'elle convoitait; il acheta le Luxembourg, se logeant comme une épine
-au c&oelig;ur du Bourguignon, entre lui et l'Empire, à la porte de Liège,
-de manière à donner courage aux petits princes du pays, par exemple au
-duc de Gueldre. Le duc d'Orléans paya ce duc pour faire ce qu'il avait
+vouloir dès lors sa ruine. Il se fit un établissement au milieu des
+possessions de cette maison, parmi les petits états qu'elle avait ou
+qu'elle convoitait; il acheta le Luxembourg, se logeant comme une épine
+au c&oelig;ur du Bourguignon, entre lui et l'Empire, à la porte de Liège,
+de manière à donner courage aux petits princes du pays, par exemple au
+duc de Gueldre. Le duc d'Orléans paya ce duc pour faire ce qu'il avait
toujours fait, pour piller les Pays-Bas.</p>
-<p>Louis d'Orléans ayant engagé ce condottiere au service du roi, il
-l'amène à Paris avec ses bandes; <span class="pagenum"><a id="page91" name="page91"></a>(p. 91)</span> et, d'autre part, il fait venir
+<p>Louis d'Orléans ayant engagé ce condottiere au service du roi, il
+l'amène à Paris avec ses bandes; <span class="pagenum"><a id="page91" name="page91"></a>(p. 91)</span> et, d'autre part, il fait venir
des Gallois des garnisons de Guyenne. Le duc de Bourgogne y accourt;
-l'évêque de Liège lui amène du renfort; une foule d'aventuriers du
-Hainaut, de Brabant, de l'Allemagne, arrivent à la file. Le duc
-d'Orléans, de son côté, se fortifie des Bretons de Clisson, d'Écossais,
+l'évêque de Liège lui amène du renfort; une foule d'aventuriers du
+Hainaut, de Brabant, de l'Allemagne, arrivent à la file. Le duc
+d'Orléans, de son côté, se fortifie des Bretons de Clisson, d'Écossais,
de Normands. Paris se mourait de peur. Mais il n'y eut rien encore; les
-deux rivaux se mesurèrent, se virent en force, et se laissèrent
-réconcilier.</p>
+deux rivaux se mesurèrent, se virent en force, et se laissèrent
+réconcilier.</p>
<p>Le duc de Bourgogne n'avait pas besoin d'une bataille pour perdre son
-neveu; il n'y avait qu'à le laisser faire: il avait pris un rôle
-impopulaire qui le menait à sa ruine. Le duc d'Orléans voulait la
-guerre, demandait de l'argent au peuple, au clergé même. Le duc de
-Bourgogne voulait la paix (le commerce flamand y avait intérêt); riche
-d'ailleurs, il se popularisait ici par un moyen facile, il défendait de
-payer les taxes. Si l'on en croyait une tradition conservée par Meyer,
-historien flamand, ordinairement très partial pour la maison de
-Bourgogne, les princes de cette maison, ulcérés par les tentatives
-galantes du duc d'Orléans sur la femme du jeune duc de Bourgogne,
-auraient organisé contre leur ennemi un vaste système d'attaques
-souterraines, le représentant partout au peuple comme l'unique auteur
-des taxes sous le poids desquelles il gémissait, le désignant à la haine
-publique, préparant longuement, patiemment l'assassinat par la
+neveu; il n'y avait qu'à le laisser faire: il avait pris un rôle
+impopulaire qui le menait à sa ruine. Le duc d'Orléans voulait la
+guerre, demandait de l'argent au peuple, au clergé même. Le duc de
+Bourgogne voulait la paix (le commerce flamand y avait intérêt); riche
+d'ailleurs, il se popularisait ici par un moyen facile, il défendait de
+payer les taxes. Si l'on en croyait une tradition conservée par Meyer,
+historien flamand, ordinairement très partial pour la maison de
+Bourgogne, les princes de cette maison, ulcérés par les tentatives
+galantes du duc d'Orléans sur la femme du jeune duc de Bourgogne,
+auraient organisé contre leur ennemi un vaste système d'attaques
+souterraines, le représentant partout au peuple comme l'unique auteur
+des taxes sous le poids desquelles il gémissait, le désignant à la haine
+publique, préparant longuement, patiemment l'assassinat par la
calomnie<a id="footnotetag132" name="footnotetag132"></a><a href="#footnote132" title="Go to footnote 132"><span class="smaller">[132]</span></a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page92" name="page92"></a>(p. 92)</span> Il n'y aurait eu pour le duc d'Orléans qu'un moyen de sortir de
-cette impopularité, une guerre glorieuse contre l'Anglais. Mais pour
-cela il fallait de l'argent. L'Église en avait. Le duc d'Orléans fit
-ordonner un emprunt général, dont les gens d'Église ne seraient point
-exempts. Mais le duc de Bourgogne se mit du côté du clergé, et
-l'encouragea à refuser l'emprunt. Une ordonnance de taxe générale fut de
-même inutile. Le duc de Bourgogne déclara que l'ordonnance mentait, en
+<p><span class="pagenum"><a id="page92" name="page92"></a>(p. 92)</span> Il n'y aurait eu pour le duc d'Orléans qu'un moyen de sortir de
+cette impopularité, une guerre glorieuse contre l'Anglais. Mais pour
+cela il fallait de l'argent. L'Église en avait. Le duc d'Orléans fit
+ordonner un emprunt général, dont les gens d'Église ne seraient point
+exempts. Mais le duc de Bourgogne se mit du côté du clergé, et
+l'encouragea à refuser l'emprunt. Une ordonnance de taxe générale fut de
+même inutile. Le duc de Bourgogne déclara que l'ordonnance mentait, en
se disant <em>consentie par les princes</em>, que ni lui ni le duc de Berri n'y
-avaient consenti; que si les coffres du roi étaient vides, ce n'était
+avaient consenti; que si les coffres du roi étaient vides, ce n'était
pas du sang des peuples qu'il fallait les remplir; qu'il fallait faire
-regorger les sangsues; que pour lui, il voulait bien qu'on sût que s'il
-eût autorisé cette nouvelle exaction, il aurait emboursé deux cent mille
-écus pour sa part.</p>
-
-<p>Qu'on juge si de telles paroles étaient bien reçues du peuple. Le duc de
-Bourgogne eut tout le monde pour lui. On l'appela, on le mit à
-l'&oelig;uvre, et alors il ne fut pas médiocrement embarrassé. Après avoir
-tant déclamé contre les taxes, il n'en pouvait guère lever lui-même. Il
-lui fallut avoir recours à un étrange expédient. Il envoya dans toutes
+regorger les sangsues; que pour lui, il voulait bien qu'on sût que s'il
+eût autorisé cette nouvelle exaction, il aurait emboursé deux cent mille
+écus pour sa part.</p>
+
+<p>Qu'on juge si de telles paroles étaient bien reçues du peuple. Le duc de
+Bourgogne eut tout le monde pour lui. On l'appela, on le mit à
+l'&oelig;uvre, et alors il ne fut pas médiocrement embarrassé. Après avoir
+tant déclamé contre les taxes, il n'en pouvait guère lever lui-même. Il
+lui fallut avoir recours à un étrange expédient. Il envoya dans toutes
les villes du royaume des commissaires du parlement pour examiner les
contrats entre particuliers et frapper d'amendes arbitraires ceux qu'ils
-trouveraient usuraires ou frauduleux<a id="footnotetag133" name="footnotetag133"></a><a href="#footnote133" title="Go to footnote 133"><span class="smaller">[133]</span></a>. Tous ceux «qui auraient vendu
-trop cher de moitié» devaient être punis. Cette absurde et impraticable
+trouveraient usuraires ou frauduleux<a id="footnotetag133" name="footnotetag133"></a><a href="#footnote133" title="Go to footnote 133"><span class="smaller">[133]</span></a>. Tous ceux «qui auraient vendu
+trop cher de moitié» devaient être punis. Cette absurde et impraticable
<span class="pagenum"><a id="page93" name="page93"></a>(p. 93)</span> inquisition ne produisit pas grand'chose.</p>
-<p>Le duc d'Orléans reprit son influence. Il s'était étroitement lié avec
-le pape Benoît XIII; ce pape ayant enfin échappé aux troupes qui
-l'assiégeaient dans Avignon, le duc surprit au roi une ordonnance qui
-restituait au pape l'obédience du royaume; l'Université en rugit.
-D'autre part, le duc, s'étant lié étroitement avec sa belle-s&oelig;ur
-Isabeau, la fit entrer dans le conseil, et s'y trouva prépondérant. Il
-parut ainsi maître et de l'Église et de l'État, c'est-à-dire que dès
+<p>Le duc d'Orléans reprit son influence. Il s'était étroitement lié avec
+le pape Benoît XIII; ce pape ayant enfin échappé aux troupes qui
+l'assiégeaient dans Avignon, le duc surprit au roi une ordonnance qui
+restituait au pape l'obédience du royaume; l'Université en rugit.
+D'autre part, le duc, s'étant lié étroitement avec sa belle-s&oelig;ur
+Isabeau, la fit entrer dans le conseil, et s'y trouva prépondérant. Il
+parut ainsi maître et de l'Église et de l'État, c'est-à-dire que dès
lors tout ce qui se fit d'impopulaire retomba sur lui.</p>
-<p>Quoi qu'il en soit, on ne peut nier que le parti d'Orléans ne fût le
-seul qui agît pour la France et contre l'Anglais, qui sentît qu'on
-devait profiter de l'agitation de ce pays<a id="footnotetag134" name="footnotetag134"></a><a href="#footnote134" title="Go to footnote 134"><span class="smaller">[134]</span></a>, qui tentât des
-expéditions. Je vois en 1403 les Bretons de ce parti mettre une flotte
-en mer et battre les Anglais<a id="footnotetag135" name="footnotetag135"></a><a href="#footnote135" title="Go to footnote 135"><span class="smaller">[135]</span></a>. Plus tard des secours sont envoyés
+<p>Quoi qu'il en soit, on ne peut nier que le parti d'Orléans ne fût le
+seul qui agît pour la France et contre l'Anglais, qui sentît qu'on
+devait profiter de l'agitation de ce pays<a id="footnotetag134" name="footnotetag134"></a><a href="#footnote134" title="Go to footnote 134"><span class="smaller">[134]</span></a>, qui tentât des
+expéditions. Je vois en 1403 les Bretons de ce parti mettre une flotte
+en mer et battre les Anglais<a id="footnotetag135" name="footnotetag135"></a><a href="#footnote135" title="Go to footnote 135"><span class="smaller">[135]</span></a>. Plus tard des secours sont envoyés
aux chefs gallois, avec lesquels le roi fait alliance<a id="footnotetag136" name="footnotetag136"></a><a href="#footnote136" title="Go to footnote 136"><span class="smaller">[136]</span></a>. Je vois
-l'homme du duc d'Orléans, le connétable d'Albret, faire une guerre
+l'homme du duc d'Orléans, le connétable d'Albret, faire une guerre
heureuse en Guyenne<a id="footnotetag137" name="footnotetag137"></a><a href="#footnote137" title="Go to footnote 137"><span class="smaller">[137]</span></a>. On envoie en Castille pour demander les
secours d'une flotte contre les Anglais. Une transaction utile leur
-ferme la Normandie; on tire Cherbourg et Évreux des mains suspectes du
-roi de Navarre, en le dédommageant ailleurs.</p>
+ferme la Normandie; on tire Cherbourg et Évreux des mains suspectes du
+roi de Navarre, en le dédommageant ailleurs.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page94" name="page94"></a>(p. 94)</span> En 1404, tout le royaume souffrant des courses des Anglais, un
-grand armement fut ordonné, une lourde taxe. Tout l'argent fut placé
+grand armement fut ordonné, une lourde taxe. Tout l'argent fut placé
dans une tour du palais, pour n'en sortir que du consentement des
-princes. Le duc d'Orléans n'attendit pas ce consentement; il vint la
-nuit forcer la tour et en tira l'argent<a id="footnotetag138" name="footnotetag138"></a><a href="#footnote138" title="Go to footnote 138"><span class="smaller">[138]</span></a>. C'était un acte violent,
+princes. Le duc d'Orléans n'attendit pas ce consentement; il vint la
+nuit forcer la tour et en tira l'argent<a id="footnotetag138" name="footnotetag138"></a><a href="#footnote138" title="Go to footnote 138"><span class="smaller">[138]</span></a>. C'était un acte violent,
injustifiable, une sorte de vol. Toutefois, quand on songe que le duc de
Bourgogne venait d'abandonner le comte de Saint-Pol aux vengeances de
l'Anglais<a id="footnotetag139" name="footnotetag139"></a><a href="#footnote139" title="Go to footnote 139"><span class="smaller">[139]</span></a>, quand on songe que le duc de Berri avait fait manquer
-l'invasion de 1386, et qu'il empêcha encore le roi de combattre en 1415,
-on comprend que jamais ces princes n'auraient employé cet argent contre
+l'invasion de 1386, et qu'il empêcha encore le roi de combattre en 1415,
+on comprend que jamais ces princes n'auraient employé cet argent contre
les ennemis du royaume.</p>
-<p>L'armement se fit à Brest, une flotte fut préparée. Elle devait être
+<p>L'armement se fit à Brest, une flotte fut préparée. Elle devait être
conduite dans le pays de Galles par le comte de La Marche, prince de la
-maison de Bourbon, qui était agréable aux deux partis. Mais ce prince
-fit ce que le duc de Berri avait fait autrefois. Il s'obstina à ne
-bouger de Paris; il y resta d'août en novembre pour les fêtes d'un
+maison de Bourbon, qui était agréable aux deux partis. Mais ce prince
+fit ce que le duc de Berri avait fait autrefois. Il s'obstina à ne
+bouger de Paris; il y resta d'août en novembre pour les fêtes d'un
double mariage entre les princes de la maison de Bourgogne et les
-enfants du roi. On allégua que le vent était contraire. Et en effet, on
-voit bien qu'il soufflait d'Angleterre; les Anglais étaient instruits de
-tout par des traîtres; ils avaient ici des agents à qui ils payaient
+enfants du roi. On allégua que le vent était contraire. Et en effet, on
+voit bien qu'il soufflait d'Angleterre; les Anglais étaient instruits de
+tout par des traîtres; ils avaient ici des agents à qui ils payaient
pension; ils <span class="pagenum"><a id="page95" name="page95"></a>(p. 95)</span> pensionnaient entre autres le capitaine de
Paris<a id="footnotetag140" name="footnotetag140"></a><a href="#footnote140" title="Go to footnote 140"><span class="smaller">[140]</span></a>. Le nouveau duc de Bourgogne, Jean-sans-Peur, avait
-d'ailleurs intérêt à ne pas commencer par déplaire aux Flamands en leur
-fermant l'Angleterre. Il conclut au contraire une trêve marchande avec
+d'ailleurs intérêt à ne pas commencer par déplaire aux Flamands en leur
+fermant l'Angleterre. Il conclut au contraire une trêve marchande avec
les Anglais<a id="footnotetag141" name="footnotetag141"></a><a href="#footnote141" title="Go to footnote 141"><span class="smaller">[141]</span></a>.</p>
-<p>L'habile et heureux fondateur de la maison de Bourgogne était mort au
-milieu de la crise (1404), au moment où il venait encore de mettre un de
+<p>L'habile et heureux fondateur de la maison de Bourgogne était mort au
+milieu de la crise (1404), au moment où il venait encore de mettre un de
ses fils en possession du Brabant. Il avait recueilli tous les fruits de
-sa politique égoïste<a id="footnotetag142" name="footnotetag142"></a><a href="#footnote142" title="Go to footnote 142"><span class="smaller">[142]</span></a>; il s'était constamment servi des ressources
-de la France, de ses armées, de son argent, et avec cela il mourut
-populaire, laissant à son fils, Jean-sans-Peur, un grand parti dans le
+sa politique égoïste<a id="footnotetag142" name="footnotetag142"></a><a href="#footnote142" title="Go to footnote 142"><span class="smaller">[142]</span></a>; il s'était constamment servi des ressources
+de la France, de ses armées, de son argent, et avec cela il mourut
+populaire, laissant à son fils, Jean-sans-Peur, un grand parti dans le
royaume.</p>
-<p>Philippe-le-Hardi était, dans son intérieur, un homme rangé et régulier;
-il n'eut d'autre femme que sa femme, la riche et puissante héritière des
-Flandres et de tant de provinces, et qui lui aidait à les maintenir. Il
-fut toujours bien avec le clergé; il le défendait volontiers au conseil
-du roi; du reste, donnant peu aux églises.</p>
+<p>Philippe-le-Hardi était, dans son intérieur, un homme rangé et régulier;
+il n'eut d'autre femme que sa femme, la riche et puissante héritière des
+Flandres et de tant de provinces, et qui lui aidait à les maintenir. Il
+fut toujours bien avec le clergé; il le défendait volontiers au conseil
+du roi; du reste, donnant peu aux églises.</p>
<p>On ne lui reproche aucun acte violent. Eut-il connaissance de
-l'assassinat de Clisson et de l'empoisonnement de l'évêque de Laon? La
-chose est possible, mais encore moins prouvée.</p>
+l'assassinat de Clisson et de l'empoisonnement de l'évêque de Laon? La
+chose est possible, mais encore moins prouvée.</p>
<p>Ce politique mettait dans toute chose un faste royal, qu'on pouvait
-prendre pour de la prodigalité, et qui sans doute était un moyen. Le
-culte était célébré <span class="pagenum"><a id="page96" name="page96"></a>(p. 96)</span> dans sa maison avec plus de pompe que chez
+prendre pour de la prodigalité, et qui sans doute était un moyen. Le
+culte était célébré <span class="pagenum"><a id="page96" name="page96"></a>(p. 96)</span> dans sa maison avec plus de pompe que chez
aucun roi; la musique surtout nombreuse, excellente. Dans les occasions
-publiques, dans les fêtes, il tenait à éblouir et jetait l'argent.
-Lorsqu'il alla recevoir, à Lélinghen, Isabelle de France, veuve de
-Richard II, qu'Henri IV renvoyait, il déploya un luxe incroyable,
+publiques, dans les fêtes, il tenait à éblouir et jetait l'argent.
+Lorsqu'il alla recevoir, à Lélinghen, Isabelle de France, veuve de
+Richard II, qu'Henri IV renvoyait, il déploya un luxe incroyable,
inconvenant dans une si triste circonstance; mais il voulait sans doute
-imposer à ses amis les Anglais. Au reste, il ne lui en coûta rien, il
-profita de cette dépense pour se donner, au nom du roi de France, une
-énorme pension de trente-six mille livres. Il en fut de même au mariage
-de son second fils; il donna à tous les seigneurs des Pays-Bas qui y
+imposer à ses amis les Anglais. Au reste, il ne lui en coûta rien, il
+profita de cette dépense pour se donner, au nom du roi de France, une
+énorme pension de trente-six mille livres. Il en fut de même au mariage
+de son second fils; il donna à tous les seigneurs des Pays-Bas qui y
assistaient, des robes de velours vert et de satin blanc, et leur
-distribua pour dix mille écus de pierreries; il avait pourvu d'avance à
-ces dépenses en se faisant assigner, sur le trésor de France, une somme
+distribua pour dix mille écus de pierreries; il avait pourvu d'avance à
+ces dépenses en se faisant assigner, sur le trésor de France, une somme
de cent quarante mille francs.</p>
-<p>La rançon de son fils, loin de lui coûter, fut pour lui une occasion de
-lever des sommes énormes. Indépendamment de tout ce qu'il tira de la
+<p>La rançon de son fils, loin de lui coûter, fut pour lui une occasion de
+lever des sommes énormes. Indépendamment de tout ce qu'il tira de la
Bourgogne, de la Flandre, etc., il s'assigna, au nom du roi,
-quatre-vingt mille livres. Nous voyons le même fils, à peine de retour,
-tirer encore, l'année suivante, douze mille livres de Charles VI<a id="footnotetag143" name="footnotetag143"></a><a href="#footnote143" title="Go to footnote 143"><span class="smaller">[143]</span></a>.
-Cette maison si riche ne méprisait pas les plus petits gains.</p>
-
-<p>Le duc de Bourgogne n'aimait pas à payer. Ses trésoriers n'acquittaient
-rien, pas même les dépenses <span class="pagenum"><a id="page97" name="page97"></a>(p. 97)</span> journalières de sa maison<a id="footnotetag144" name="footnotetag144"></a><a href="#footnote144" title="Go to footnote 144"><span class="smaller">[144]</span></a>.
-Quoiqu'il laissât à sa mort une masse énorme, inestimable, de meubles,
-de joyaux, d'objets précieux, il y avait lieu de craindre qu'ils ne
-suffissent point à payer tant de créanciers. Plutôt que de toucher aux
-immeubles, la veuve se décida à renoncer à la succession des biens
+quatre-vingt mille livres. Nous voyons le même fils, à peine de retour,
+tirer encore, l'année suivante, douze mille livres de Charles VI<a id="footnotetag143" name="footnotetag143"></a><a href="#footnote143" title="Go to footnote 143"><span class="smaller">[143]</span></a>.
+Cette maison si riche ne méprisait pas les plus petits gains.</p>
+
+<p>Le duc de Bourgogne n'aimait pas à payer. Ses trésoriers n'acquittaient
+rien, pas même les dépenses <span class="pagenum"><a id="page97" name="page97"></a>(p. 97)</span> journalières de sa maison<a id="footnotetag144" name="footnotetag144"></a><a href="#footnote144" title="Go to footnote 144"><span class="smaller">[144]</span></a>.
+Quoiqu'il laissât à sa mort une masse énorme, inestimable, de meubles,
+de joyaux, d'objets précieux, il y avait lieu de craindre qu'ils ne
+suffissent point à payer tant de créanciers. Plutôt que de toucher aux
+immeubles, la veuve se décida à renoncer à la succession des biens
mobiliers.</p>
-<p>Ce n'était pas chose simple, au moyen âge, que cession et renonciation.
-Le débiteur insolvable faisait triste figure; il devait se dégrader
-lui-même de chevalerie en s'ôtant le ceinturon. Dans certaines villes,
-il fallait que, par-devant le juge et sous les huées de la foule, «il
-frappât du cul sur la pierre<a id="footnotetag145" name="footnotetag145"></a><a href="#footnote145" title="Go to footnote 145"><span class="smaller">[145]</span></a>». La cession du débiteur était
-honteuse. La renonciation de la veuve était odieuse et cruelle. Elle
-venait déposer les clefs sur le corps du défunt, comme pour lui dire
-qu'elle lui rendait sa maison, renonçant à la communauté, et n'ayant
-plus rien à voir avec lui; elle reniait son mariage<a id="footnotetag146" name="footnotetag146"></a><a href="#footnote146" title="Go to footnote 146"><span class="smaller">[146]</span></a>. Il n'y avait
-guère de pauvre femme qui se décidât à boire une telle honte, à briser
-ainsi son c&oelig;ur... Elles donnaient plutôt leur dernière chemise.</p>
+<p>Ce n'était pas chose simple, au moyen âge, que cession et renonciation.
+Le débiteur insolvable faisait triste figure; il devait se dégrader
+lui-même de chevalerie en s'ôtant le ceinturon. Dans certaines villes,
+il fallait que, par-devant le juge et sous les huées de la foule, «il
+frappât du cul sur la pierre<a id="footnotetag145" name="footnotetag145"></a><a href="#footnote145" title="Go to footnote 145"><span class="smaller">[145]</span></a>». La cession du débiteur était
+honteuse. La renonciation de la veuve était odieuse et cruelle. Elle
+venait déposer les clefs sur le corps du défunt, comme pour lui dire
+qu'elle lui rendait sa maison, renonçant à la communauté, et n'ayant
+plus rien à voir avec lui; elle reniait son mariage<a id="footnotetag146" name="footnotetag146"></a><a href="#footnote146" title="Go to footnote 146"><span class="smaller">[146]</span></a>. Il n'y avait
+guère de pauvre femme qui se décidât à boire une telle honte, à briser
+ainsi son c&oelig;ur... Elles donnaient plutôt leur dernière chemise.</p>
<p>La duchesse de Bourgogne ne recula pas. Cette femme d'une audace virile
-accomplit bravement la <span class="pagenum"><a id="page98" name="page98"></a>(p. 98)</span> cérémonie<a id="footnotetag147" name="footnotetag147"></a><a href="#footnote147" title="Go to footnote 147"><span class="smaller">[147]</span></a>. Elle descendait, comme
+accomplit bravement la <span class="pagenum"><a id="page98" name="page98"></a>(p. 98)</span> cérémonie<a id="footnotetag147" name="footnotetag147"></a><a href="#footnote147" title="Go to footnote 147"><span class="smaller">[147]</span></a>. Elle descendait, comme
Charles-le-Mauvais, de cette violente Espagnole Jeanne de Navarre et de
-Philippe-le-Bel<a id="footnotetag148" name="footnotetag148"></a><a href="#footnote148" title="Go to footnote 148"><span class="smaller">[148]</span></a>. La petite-fille de Jeanne, Marguerite, avait fondé
+Philippe-le-Bel<a id="footnotetag148" name="footnotetag148"></a><a href="#footnote148" title="Go to footnote 148"><span class="smaller">[148]</span></a>. La petite-fille de Jeanne, Marguerite, avait fondé
avec non moins de violence la maison de Bourgogne. On dit que, voyant
-son fils le comte de Flandre hésiter à accepter pour gendre
+son fils le comte de Flandre hésiter à accepter pour gendre
Philippe-le-Hardi, elle lui montra sa mamelle, et lui dit que, s'il ne
consentait, elle trancherait le sein qui l'avait nourri. Ce mariage,
comme nous l'avons vu, mit tout un empire dans les mains de la maison de
Bourgogne. La seconde Marguerite, petite-fille de l'autre, femme de
-Philippe-le-Hardi, digne mère de Jean-sans-Peur, aima mieux faire cette
+Philippe-le-Hardi, digne mère de Jean-sans-Peur, aima mieux faire cette
banqueroute solennelle que de diminuer d'un pouce de terre les
-possessions de sa maison. Elle connaissait son temps, cet âge de fer et
-de plomb. Ses fils n'y perdirent rien, ils n'en furent pas moins honorés
-ni moins populaires. Une telle audace fit peur; on sut ce qu'on avait à
+possessions de sa maison. Elle connaissait son temps, cet âge de fer et
+de plomb. Ses fils n'y perdirent rien, ils n'en furent pas moins honorés
+ni moins populaires. Une telle audace fit peur; on sut ce qu'on avait à
craindre de ces princes.</p>
-<p>La mort de Philippe-le-Hardi semblait laisser le duc d'Orléans maître du
+<p>La mort de Philippe-le-Hardi semblait laisser le duc d'Orléans maître du
conseil. Il en profita pour se faire donner des places qui couvraient
-Paris au nord, Couci, Ham, Soissons. Avec la Fère, Châlons,
-Château-Thierry, Orléans et Dreux, il possédait ainsi une ceinture de
+Paris au nord, Couci, Ham, Soissons. Avec la Fère, Châlons,
+Château-Thierry, Orléans et Dreux, il possédait ainsi une ceinture de
places autour de Paris. Le duc de Bourgogne avait pris, il est vrai, au
-Midi le poste important d'Étampes<a id="footnotetag149" name="footnotetag149"></a><a href="#footnote149" title="Go to footnote 149"><span class="smaller">[149]</span></a>.</p>
+Midi le poste important d'Étampes<a id="footnotetag149" name="footnotetag149"></a><a href="#footnote149" title="Go to footnote 149"><span class="smaller">[149]</span></a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page99" name="page99"></a>(p. 99)</span> Le duc d'Orléans obtint de son pape une défense au nouveau duc
-de Bourgogne de se mêler des affaires du royaume<a id="footnotetag150" name="footnotetag150"></a><a href="#footnote150" title="Go to footnote 150"><span class="smaller">[150]</span></a>. Pour que cette
-défense signifiât quelque chose, il fallait être le plus fort. Il ne put
-empêcher Jean-sans-Peur d'entrer au conseil, et non seulement lui, mais
-trois autres qui n'étaient qu'un avec lui, ses frères, les ducs de
+<p><span class="pagenum"><a id="page99" name="page99"></a>(p. 99)</span> Le duc d'Orléans obtint de son pape une défense au nouveau duc
+de Bourgogne de se mêler des affaires du royaume<a id="footnotetag150" name="footnotetag150"></a><a href="#footnote150" title="Go to footnote 150"><span class="smaller">[150]</span></a>. Pour que cette
+défense signifiât quelque chose, il fallait être le plus fort. Il ne put
+empêcher Jean-sans-Peur d'entrer au conseil, et non seulement lui, mais
+trois autres qui n'étaient qu'un avec lui, ses frères, les ducs de
Limbourg et de Nevers, et son cousin le duc de Bretagne. Jean-sans-Peur,
-suivant la politique de son père, commença par se déclarer contre la
-taille que faisait ordonner le duc d'Orléans pour la continuation de la
-guerre, déclarant qu'il empêcherait ses sujets de la payer. Paris,
-encouragé, n'avait pas envie de payer non plus. En vain, les crieurs qui
-proclamaient la taxe annonçaient en même temps que celle de l'année
-dernière avait été bien employée, qu'on avait repris plusieurs places du
+suivant la politique de son père, commença par se déclarer contre la
+taille que faisait ordonner le duc d'Orléans pour la continuation de la
+guerre, déclarant qu'il empêcherait ses sujets de la payer. Paris,
+encouragé, n'avait pas envie de payer non plus. En vain, les crieurs qui
+proclamaient la taxe annonçaient en même temps que celle de l'année
+dernière avait été bien employée, qu'on avait repris plusieurs places du
Limousin. Le peuple de Paris ne se souciait du Limousin ni du royaume;
il ne paya point. Les prisons se remplirent, les places se couvrirent de
-meubles à l'encan. L'exaspération était telle qu'il fallut défendre, à
-son de trompe, de porter ni épée ni couteau<a id="footnotetag151" name="footnotetag151"></a><a href="#footnote151" title="Go to footnote 151"><span class="smaller">[151]</span></a>.</p>
-
-<p>Tout porte à croire que les impôts n'étaient pas excessifs, quoi qu'en
-disent les contemporains. La France était redevenue riche par la paix;
-la main-d'&oelig;uvre était à haut prix dans les villes. Le fisc levait
-plus facilement six francs par feu qu'il n'aurait levé un franc
-cinquante ans auparavant<a id="footnotetag152" name="footnotetag152"></a><a href="#footnote152" title="Go to footnote 152"><span class="smaller">[152]</span></a>. Mais cet <span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p. 100)</span> argent était levé avec
-une violence, une précipitation, une inégalité capricieuses, plus
-funestes que l'impôt même.</p>
-
-<p>Que le peuple eût ou n'eût pas d'argent, il n'en voulait pas donner. On
+meubles à l'encan. L'exaspération était telle qu'il fallut défendre, à
+son de trompe, de porter ni épée ni couteau<a id="footnotetag151" name="footnotetag151"></a><a href="#footnote151" title="Go to footnote 151"><span class="smaller">[151]</span></a>.</p>
+
+<p>Tout porte à croire que les impôts n'étaient pas excessifs, quoi qu'en
+disent les contemporains. La France était redevenue riche par la paix;
+la main-d'&oelig;uvre était à haut prix dans les villes. Le fisc levait
+plus facilement six francs par feu qu'il n'aurait levé un franc
+cinquante ans auparavant<a id="footnotetag152" name="footnotetag152"></a><a href="#footnote152" title="Go to footnote 152"><span class="smaller">[152]</span></a>. Mais cet <span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p. 100)</span> argent était levé avec
+une violence, une précipitation, une inégalité capricieuses, plus
+funestes que l'impôt même.</p>
+
+<p>Que le peuple eût ou n'eût pas d'argent, il n'en voulait pas donner. On
lui disait que la reine faisait passer en Allemagne tout ce que le duc
-d'Orléans ne gaspillait pas. On avait, disait-on, arrêté à Metz six
+d'Orléans ne gaspillait pas. On avait, disait-on, arrêté à Metz six
charges d'or que la Bavaroise envoyait chez elle<a id="footnotetag153" name="footnotetag153"></a><a href="#footnote153" title="Go to footnote 153"><span class="smaller">[153]</span></a>. Les esprits les
plus sages accueillaient ces bruits; le grave historien du temps croit
-que la taxe précédente avait fourni la somme monstrueuse de huit cent
-mille écus d'or<a id="footnotetag154" name="footnotetag154"></a><a href="#footnote154" title="Go to footnote 154"><span class="smaller">[154]</span></a>, et que le duc et la reine avaient tout mangé. Pour
-juger ces assertions, pour apprécier l'ignorance et la malveillance avec
+que la taxe précédente avait fourni la somme monstrueuse de huit cent
+mille écus d'or<a id="footnotetag154" name="footnotetag154"></a><a href="#footnote154" title="Go to footnote 154"><span class="smaller">[154]</span></a>, et que le duc et la reine avaient tout mangé. Pour
+juger ces assertions, pour apprécier l'ignorance et la malveillance avec
laquelle on raisonnait des ressources du royaume, il faut voir le beau
-plan que le parti du duc de Bourgogne proposait pour la réforme des
-finances. «Il y a, disait-on, dans le royaume <em>dix-sept cent mille</em>
-villes, bourgs et villages; ôtons-en sept cent mille qui sont ruinés;
-qu'on impose les autres à vingt écus seulement par an, cela fera vingt
-millions d'écus; en payant bien les troupes, la maison du roi, les
-collecteurs et receveurs, en réservant même quelque chose pour réparer
+plan que le parti du duc de Bourgogne proposait pour la réforme des
+finances. «Il y a, disait-on, dans le royaume <em>dix-sept cent mille</em>
+villes, bourgs et villages; ôtons-en sept cent mille qui sont ruinés;
+qu'on impose les autres à vingt écus seulement par an, cela fera vingt
+millions d'écus; en payant bien les troupes, la maison du roi, les
+collecteurs et receveurs, en réservant même quelque chose pour réparer
les forteresses, il restera trois millions dans les coffres du
-roi<a id="footnotetag155" name="footnotetag155"></a><a href="#footnote155" title="Go to footnote 155"><span class="smaller">[155]</span></a>.» Ce calcul de dix-sept cent mille clochers est justement celui
-sur lequel s'appuie le facétieux recteur de la <cite>Satire Ménippée</cite>.</p>
+roi<a id="footnotetag155" name="footnotetag155"></a><a href="#footnote155" title="Go to footnote 155"><span class="smaller">[155]</span></a>.» Ce calcul de dix-sept cent mille clochers est justement celui
+sur lequel s'appuie le facétieux recteur de la <cite>Satire Ménippée</cite>.</p>
<p>Rien ne servit mieux le parti bourguignon que le <span class="pagenum"><a id="page101" name="page101"></a>(p. 101)</span> sermon d'un
-moine augustin contre la reine et le duc. La reine pourtant était
-présente. Le saint homme ne parla qu'avec plus de violence, et
+moine augustin contre la reine et le duc. La reine pourtant était
+présente. Le saint homme ne parla qu'avec plus de violence, et
probablement sans bien savoir qui il servait par cette violence. Il n'y
a pas de meilleur instrument pour les factions que ces fanatiques qui
-frappent en conscience. Dans sa harangue, il attaquait pêle-mêle les
-prodigalités de la cour, les abus, les nouveautés en général, la danse,
+frappent en conscience. Dans sa harangue, il attaquait pêle-mêle les
+prodigalités de la cour, les abus, les nouveautés en général, la danse,
les modes, les franges, les grandes manches<a id="footnotetag156" name="footnotetag156"></a><a href="#footnote156" title="Go to footnote 156"><span class="smaller">[156]</span></a>. Il dit, en face de la
-reine, que sa cour était le domicile de dame Vénus, etc.<a id="footnotetag157" name="footnotetag157"></a><a href="#footnote157" title="Go to footnote 157"><span class="smaller">[157]</span></a>.</p>
+reine, que sa cour était le domicile de dame Vénus, etc.<a id="footnotetag157" name="footnotetag157"></a><a href="#footnote157" title="Go to footnote 157"><span class="smaller">[157]</span></a>.</p>
-<p>On en parla au roi, qui, loin de se fâcher, voulut aussi l'entendre.
-Devant le roi, il en dit encore plus: que les tailles n'avaient servi à
-rien; que le roi même était vêtu du sang et des larmes du peuple; que le
-duc (il ne le désignait pas autrement) était maudit, et que, sans doute,
-Dieu ferait passer le royaume dans une main étrangère<a id="footnotetag158" name="footnotetag158"></a><a href="#footnote158" title="Go to footnote 158"><span class="smaller">[158]</span></a>.</p>
+<p>On en parla au roi, qui, loin de se fâcher, voulut aussi l'entendre.
+Devant le roi, il en dit encore plus: que les tailles n'avaient servi à
+rien; que le roi même était vêtu du sang et des larmes du peuple; que le
+duc (il ne le désignait pas autrement) était maudit, et que, sans doute,
+Dieu ferait passer le royaume dans une main étrangère<a id="footnotetag158" name="footnotetag158"></a><a href="#footnote158" title="Go to footnote 158"><span class="smaller">[158]</span></a>.</p>
-<p>Le duc d'Orléans, si violemment attaqué, n'essayait point de regagner
-les esprits. On l'accusait de prodigalité; il n'en fut que plus
+<p>Le duc d'Orléans, si violemment attaqué, n'essayait point de regagner
+les esprits. On l'accusait de prodigalité; il n'en fut que plus
prodigue; il y avait trop peu d'argent pour la guerre, il y en avait
-assez pour les fêtes, les amusements. Éloigné si longtemps du
-gouvernement par ses oncles, sous prétexte de jeunesse, il restait
-jeune en effet; il avait passé la trentaine, et <span class="pagenum"><a id="page102" name="page102"></a>(p. 102)</span> n'en était que
-plus ardent dans ses folles passions. À cet âge d'action, l'homme que
-les circonstances empêchent d'agir, se retourne avec violence vers la
-jeunesse qui s'en va, vers les caprices d'un autre âge; mais il y porte
+assez pour les fêtes, les amusements. Éloigné si longtemps du
+gouvernement par ses oncles, sous prétexte de jeunesse, il restait
+jeune en effet; il avait passé la trentaine, et <span class="pagenum"><a id="page102" name="page102"></a>(p. 102)</span> n'en était que
+plus ardent dans ses folles passions. À cet âge d'action, l'homme que
+les circonstances empêchent d'agir, se retourne avec violence vers la
+jeunesse qui s'en va, vers les caprices d'un autre âge; mais il y porte
une fantaisie tout autrement difficile, insatiable; tout y passe, rien
-n'y suffît; le plaisir d'abord, mais c'est bientôt fini; puis, dans le
-plaisir, l'aigre saveur du péché secret; puis le secret dédaigné, les
+n'y suffît; le plaisir d'abord, mais c'est bientôt fini; puis, dans le
+plaisir, l'aigre saveur du péché secret; puis le secret dédaigné, les
jouissances insolentes du bruit, du scandale.</p>
-<p>La <em>petite reine</em> de Charles VI n'était pas ce qu'il lui fallait; il
-n'aimait que les grandes dames, c'est-à-dire les aventures, les
-enlèvements, les folles tragédies de l'amour. Il prit ainsi chez lui la
-dame de Canny, et il la garda, au vu et au su de tout le monde, jusqu'à
+<p>La <em>petite reine</em> de Charles VI n'était pas ce qu'il lui fallait; il
+n'aimait que les grandes dames, c'est-à-dire les aventures, les
+enlèvements, les folles tragédies de l'amour. Il prit ainsi chez lui la
+dame de Canny, et il la garda, au vu et au su de tout le monde, jusqu'à
ce qu'il en eut un fils. Ce fut le fameux Dunois.</p>
<p>Fut-il l'amant des deux Bavaroises, de Marguerite, femme de
-Jean-sans-Peur, et de la reine Isabeau, propre femme de son frère, la
-chose n'est pas improbable. Ce qui est sûr, c'est qu'il semblait fort
-uni avec Isabeau au conseil et dans les affaires; une si étroite
+Jean-sans-Peur, et de la reine Isabeau, propre femme de son frère, la
+chose n'est pas improbable. Ce qui est sûr, c'est qu'il semblait fort
+uni avec Isabeau au conseil et dans les affaires; une si étroite
alliance d'un jeune homme trop galant avec une jeune femme qui se
-trouvait comme veuve du vivant de son mari, n'était rien moins
-qu'édifiante.</p>
+trouvait comme veuve du vivant de son mari, n'était rien moins
+qu'édifiante.</p>
-<p>Maître de la reine, il semblait vouloir l'être du royaume. Il profita
-d'une rechute de son frère pour se faire donner par lui le gouvernement
+<p>Maître de la reine, il semblait vouloir l'être du royaume. Il profita
+d'une rechute de son frère pour se faire donner par lui le gouvernement
de la Normandie. Cette province, la plus riche de toutes, avait
-<span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>(p. 103)</span> été convoitée par le feu duc de Bourgogne. Le duc d'Orléans,
-qui ne pouvait plus tirer d'argent de Paris, eût trouvé là d'autres
-ressources. C'était aussi des ports de Normandie qu'il eût pu le mieux
-diriger contre l'Angleterre, les capitaines de son parti. L'expédition
-du comte de La Marche, préparée à Brest, n'avait abouti à rien; elle eût
-peut-être réussi en partant d'Honfleur ou de Dieppe. Les Normands, sans
-doute encouragés sous main par le parti de Bourgogne, reçurent fort mal
-leur nouveau gouverneur; il essaya en vain de désarmer Rouen<a id="footnotetag159" name="footnotetag159"></a><a href="#footnote159" title="Go to footnote 159"><span class="smaller">[159]</span></a>. Il y
-avait une grande imprudence à irriter ainsi cette puissante commune. Les
-capitaines des villes et forteresses gardèrent leurs places, contre lui,
-jusqu'à nouvel ordre du roi.</p>
-
-<p>Cette tentative du duc d'Orléans sur la Normandie excita de grandes
-défiances contre lui dans l'esprit de Charles VI, lorsqu'il eut une
-lueur de bon sens. On s'adressa aussi à son orgueil. On lui apprit dans
-quel honteux abandon sa femme et son frère le laissaient<a id="footnotetag160" name="footnotetag160"></a><a href="#footnote160" title="Go to footnote 160"><span class="smaller">[160]</span></a>; on lui
-dit que ses serviteurs n'étaient plus payés, que <span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>(p. 104)</span> ses enfants
-étaient négligés, qu'il n'y avait plus moyen de faire face aux dépenses
-de sa maison. Il demanda au dauphin ce qui en était, l'enfant dit oui,
+<span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>(p. 103)</span> été convoitée par le feu duc de Bourgogne. Le duc d'Orléans,
+qui ne pouvait plus tirer d'argent de Paris, eût trouvé là d'autres
+ressources. C'était aussi des ports de Normandie qu'il eût pu le mieux
+diriger contre l'Angleterre, les capitaines de son parti. L'expédition
+du comte de La Marche, préparée à Brest, n'avait abouti à rien; elle eût
+peut-être réussi en partant d'Honfleur ou de Dieppe. Les Normands, sans
+doute encouragés sous main par le parti de Bourgogne, reçurent fort mal
+leur nouveau gouverneur; il essaya en vain de désarmer Rouen<a id="footnotetag159" name="footnotetag159"></a><a href="#footnote159" title="Go to footnote 159"><span class="smaller">[159]</span></a>. Il y
+avait une grande imprudence à irriter ainsi cette puissante commune. Les
+capitaines des villes et forteresses gardèrent leurs places, contre lui,
+jusqu'à nouvel ordre du roi.</p>
+
+<p>Cette tentative du duc d'Orléans sur la Normandie excita de grandes
+défiances contre lui dans l'esprit de Charles VI, lorsqu'il eut une
+lueur de bon sens. On s'adressa aussi à son orgueil. On lui apprit dans
+quel honteux abandon sa femme et son frère le laissaient<a id="footnotetag160" name="footnotetag160"></a><a href="#footnote160" title="Go to footnote 160"><span class="smaller">[160]</span></a>; on lui
+dit que ses serviteurs n'étaient plus payés, que <span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>(p. 104)</span> ses enfants
+étaient négligés, qu'il n'y avait plus moyen de faire face aux dépenses
+de sa maison. Il demanda au dauphin ce qui en était, l'enfant dit oui,
et que depuis trois mois la reine le caressait et le baisait pour qu'il
-ne dît rien<a id="footnotetag161" name="footnotetag161"></a><a href="#footnote161" title="Go to footnote 161"><span class="smaller">[161]</span></a>.</p>
+ne dît rien<a id="footnotetag161" name="footnotetag161"></a><a href="#footnote161" title="Go to footnote 161"><span class="smaller">[161]</span></a>.</p>
-<p>On obtint ainsi de Charles VI qu'il appelât le duc de Bourgogne;
-celui-ci, sous prétexte de faire hommage de la Flandre, vint avec un
-cortège qui était plutôt une armée. Il amenait avec lui la foule de ses
-vassaux et six mille hommes d'armes. La reine et le duc d'Orléans se
-sauvèrent à Melun. Les enfants de France devaient les suivre le
-lendemain; mais le duc de Bourgogne arriva à temps pour les
-arrêter<a id="footnotetag162" name="footnotetag162"></a><a href="#footnote162" title="Go to footnote 162"><span class="smaller">[162]</span></a>.</p>
+<p>On obtint ainsi de Charles VI qu'il appelât le duc de Bourgogne;
+celui-ci, sous prétexte de faire hommage de la Flandre, vint avec un
+cortège qui était plutôt une armée. Il amenait avec lui la foule de ses
+vassaux et six mille hommes d'armes. La reine et le duc d'Orléans se
+sauvèrent à Melun. Les enfants de France devaient les suivre le
+lendemain; mais le duc de Bourgogne arriva à temps pour les
+arrêter<a id="footnotetag162" name="footnotetag162"></a><a href="#footnote162" title="Go to footnote 162"><span class="smaller">[162]</span></a>.</p>
<p>Il avait besoin du jeune dauphin<a id="footnotetag163" name="footnotetag163"></a><a href="#footnote163" title="Go to footnote 163"><span class="smaller">[163]</span></a>. En l'absence du roi, il lui fit
-présider un conseil, composé des princes, des conseillers ordinaires,
-où, de plus, on avait appelé, chose nouvelle, le recteur et force
-docteurs de l'Université<a id="footnotetag164" name="footnotetag164"></a><a href="#footnote164" title="Go to footnote 164"><span class="smaller">[164]</span></a>. Là, maître Jean de Nyelle, un docteur de
-l'Artois, serviteur du duc de Bourgogne, prononça une longue harangue
-sur les abus dont son maître demandait <span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>(p. 105)</span> la réforme. Il termina
-en accusant le duc d'Orléans de négliger la guerre des Anglais, montrant
-comment cette guerre était juste, prétendant qu'avec les subsides
-annuels, les tailles générales et l'emprunt fait récemment aux riches et
-aux prélats, on pouvait bien la soutenir.</p>
-
-<p>On ne peut que s'étonner d'un tel discours, lorsqu'on voit qu'alors même
+présider un conseil, composé des princes, des conseillers ordinaires,
+où, de plus, on avait appelé, chose nouvelle, le recteur et force
+docteurs de l'Université<a id="footnotetag164" name="footnotetag164"></a><a href="#footnote164" title="Go to footnote 164"><span class="smaller">[164]</span></a>. Là, maître Jean de Nyelle, un docteur de
+l'Artois, serviteur du duc de Bourgogne, prononça une longue harangue
+sur les abus dont son maître demandait <span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>(p. 105)</span> la réforme. Il termina
+en accusant le duc d'Orléans de négliger la guerre des Anglais, montrant
+comment cette guerre était juste, prétendant qu'avec les subsides
+annuels, les tailles générales et l'emprunt fait récemment aux riches et
+aux prélats, on pouvait bien la soutenir.</p>
+
+<p>On ne peut que s'étonner d'un tel discours, lorsqu'on voit qu'alors même
le duc de Bourgogne, comme comte de Flandre, venait de traiter avec les
-Anglais, et que, de plus, il avait donné l'exemple de ne rien payer pour
-la guerre. Le parti d'Orléans, à ce moment même, reprenait dix-huit
+Anglais, et que, de plus, il avait donné l'exemple de ne rien payer pour
+la guerre. Le parti d'Orléans, à ce moment même, reprenait dix-huit
petites places, puis soixante dans la Guyenne. Le comte d'Armagnac leur
offrait la bataille sous les murs de Bordeaux<a id="footnotetag165" name="footnotetag165"></a><a href="#footnote165" title="Go to footnote 165"><span class="smaller">[165]</span></a>. Le sire de Savoisy
-fit une course heureuse contre les Anglais. Des secours furent envoyés
-aux Gallois. Les chefs de ces expéditions, Albret, Armagnac, Savoisy,
-Rieux, Duchâtel, étaient tous du parti d'Orléans.</p>
-
-<p>L'exaspération de Paris contre les taxes, la jalousie des princes contre
-le duc d'Orléans, rendirent un moment Jean-sans-Peur maître de tout. Le
-roi de Navarre, le roi de Sicile, le duc de Berri, déclarèrent que tout
-ce que le duc de Bourgogne avait fait était bien fait. Le clergé et
-l'Université prêchèrent en ce sens. Puis, les princes allèrent un à un à
-Melun prier le duc d'Orléans de ne plus assembler de troupes, et de
+fit une course heureuse contre les Anglais. Des secours furent envoyés
+aux Gallois. Les chefs de ces expéditions, Albret, Armagnac, Savoisy,
+Rieux, Duchâtel, étaient tous du parti d'Orléans.</p>
+
+<p>L'exaspération de Paris contre les taxes, la jalousie des princes contre
+le duc d'Orléans, rendirent un moment Jean-sans-Peur maître de tout. Le
+roi de Navarre, le roi de Sicile, le duc de Berri, déclarèrent que tout
+ce que le duc de Bourgogne avait fait était bien fait. Le clergé et
+l'Université prêchèrent en ce sens. Puis, les princes allèrent un à un à
+Melun prier le duc d'Orléans de ne plus assembler de troupes, et de
laisser la reine revenir dans sa bonne ville. Le vieux duc de Berri
-s'emporta jusqu'à dire à son neveu <span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p. 106)</span> qu'il n'y avait aucun des
-princes qui ne le tînt pour ennemi public; à quoi le duc d'Orléans
-répliqua seulement: «Qui a bon droit, le garde<a id="footnotetag166" name="footnotetag166"></a><a href="#footnote166" title="Go to footnote 166"><span class="smaller">[166]</span></a>!»</p>
+s'emporta jusqu'à dire à son neveu <span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p. 106)</span> qu'il n'y avait aucun des
+princes qui ne le tînt pour ennemi public; à quoi le duc d'Orléans
+répliqua seulement: «Qui a bon droit, le garde<a id="footnotetag166" name="footnotetag166"></a><a href="#footnote166" title="Go to footnote 166"><span class="smaller">[166]</span></a>!»</p>
-<p>Il répondit aussi à l'ambassade de l'Université, au recteur, aux
+<p>Il répondit aussi à l'ambassade de l'Université, au recteur, aux
docteurs, qui venaient le sermonner sur les biens de la paix. Il les
-harangua à son tour en langue vulgaire, mais dans leur style, opposant
-syllogisme à syllogisme, citation à citation. Il concluait par les
-paroles suivantes, auxquelles il n'y avait, ce semble, rien à répondre:
-«L'Université ne sait pas que le roi étant malade et le dauphin mineur,
-c'est au frère du roi qu'il appartient de gouverner le royaume. Et
-comment le saurait-elle? L'Université n'est pas française; c'est un
-mélange d'hommes de toute nation<a id="footnotetag167" name="footnotetag167"></a><a href="#footnote167" title="Go to footnote 167"><span class="smaller">[167]</span></a>; ces étrangers n'ont rien à voir
-dans nos affaires... Docteurs, retournez à vos écoles. Chacun son
-métier. Vous n'appelleriez pas apparemment des gens d'armes à opiner sur
-la foi<a id="footnotetag168" name="footnotetag168"></a><a href="#footnote168" title="Go to footnote 168"><span class="smaller">[168]</span></a>.» Et il ajouta d'un ton plus léger: «Qui vous a chargés de
-négocier la paix entre moi et mon cousin de Bourgogne? Il n'y a entre
-nous ni haine ni discorde<a id="footnotetag169" name="footnotetag169"></a><a href="#footnote169" title="Go to footnote 169"><span class="smaller">[169]</span></a>.»</p>
-
-<p>Le duc de Bourgogne comptait sur Paris. Il avait achevé de gagner les
+harangua à son tour en langue vulgaire, mais dans leur style, opposant
+syllogisme à syllogisme, citation à citation. Il concluait par les
+paroles suivantes, auxquelles il n'y avait, ce semble, rien à répondre:
+«L'Université ne sait pas que le roi étant malade et le dauphin mineur,
+c'est au frère du roi qu'il appartient de gouverner le royaume. Et
+comment le saurait-elle? L'Université n'est pas française; c'est un
+mélange d'hommes de toute nation<a id="footnotetag167" name="footnotetag167"></a><a href="#footnote167" title="Go to footnote 167"><span class="smaller">[167]</span></a>; ces étrangers n'ont rien à voir
+dans nos affaires... Docteurs, retournez à vos écoles. Chacun son
+métier. Vous n'appelleriez pas apparemment des gens d'armes à opiner sur
+la foi<a id="footnotetag168" name="footnotetag168"></a><a href="#footnote168" title="Go to footnote 168"><span class="smaller">[168]</span></a>.» Et il ajouta d'un ton plus léger: «Qui vous a chargés de
+négocier la paix entre moi et mon cousin de Bourgogne? Il n'y a entre
+nous ni haine ni discorde<a id="footnotetag169" name="footnotetag169"></a><a href="#footnote169" title="Go to footnote 169"><span class="smaller">[169]</span></a>.»</p>
+
+<p>Le duc de Bourgogne comptait sur Paris. Il avait achevé de gagner les
Parisiens par la bonne discipline de ses troupes, qui ne prenaient rien
-sans payer. Les <span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>(p. 107)</span> bourgeois avaient été autorisés à se mettre en
-défense, à refaire les chaînes de fer qui barraient les rues; on en
+sans payer. Les <span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>(p. 107)</span> bourgeois avaient été autorisés à se mettre en
+défense, à refaire les chaînes de fer qui barraient les rues; on en
forgea plus de six cents en huit jours. Mais quand il Voulut mener plus
-loin les Parisiens, et les décider à le suivre contre le duc d'Orléans,
-ils refusèrent nettement. Ce refus rendit la réconciliation plus facile.
-Les princes consentirent à un rapprochement. Les deux partis avaient à
-craindre la disette. Le duc d'Orléans rentra dans Paris, toucha dans la
-main du duc de Bourgogne<a id="footnotetag170" name="footnotetag170"></a><a href="#footnote170" title="Go to footnote 170"><span class="smaller">[170]</span></a>, et consentit aux réformes qu'il avait
-proposées. Quelques suppressions d'officiers, quelques réductions de
-gages, ce fut toute la réforme. Mais la discorde restait la même entre
-les princes. Le duc d'Orléans, doux et insinuant, avait trouvé moyen de
+loin les Parisiens, et les décider à le suivre contre le duc d'Orléans,
+ils refusèrent nettement. Ce refus rendit la réconciliation plus facile.
+Les princes consentirent à un rapprochement. Les deux partis avaient à
+craindre la disette. Le duc d'Orléans rentra dans Paris, toucha dans la
+main du duc de Bourgogne<a id="footnotetag170" name="footnotetag170"></a><a href="#footnote170" title="Go to footnote 170"><span class="smaller">[170]</span></a>, et consentit aux réformes qu'il avait
+proposées. Quelques suppressions d'officiers, quelques réductions de
+gages, ce fut toute la réforme. Mais la discorde restait la même entre
+les princes. Le duc d'Orléans, doux et insinuant, avait trouvé moyen de
regagner son oncle de Berri et presque tout le conseil; il reprenait peu
-à peu le pouvoir. On essaya bientôt d'un nouvel accord aussi inutile que
+à peu le pouvoir. On essaya bientôt d'un nouvel accord aussi inutile que
le premier.</p>
-<p>Il n'y avait qu'une chance de paix; c'était le cas où les Anglais, par
-leurs pirateries, par leurs ravages autour de Calais, décideraient le
-duc de Bourgogne, comte de Flandre, à agir sérieusement contre eux, et à
-s'arranger avec le duc d'Orléans. On put croire un moment que les
+<p>Il n'y avait qu'une chance de paix; c'était le cas où les Anglais, par
+leurs pirateries, par leurs ravages autour de Calais, décideraient le
+duc de Bourgogne, comte de Flandre, à agir sérieusement contre eux, et à
+s'arranger avec le duc d'Orléans. On put croire un moment que les
ennemis de la France lui rendraient ce service. En 1405, les Anglais,
-voyant que Philippe-le-Hardi était mort, crurent avoir meilleur marché
-de la veuve et du jeune duc; ils tentèrent de s'emparer du port de
-l'Écluse. Et ceci ne fut pas une tentative individuelle, un coup de
-piraterie, mais bien une expédition <span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p. 108)</span> autorisée, par une flotte
+voyant que Philippe-le-Hardi était mort, crurent avoir meilleur marché
+de la veuve et du jeune duc; ils tentèrent de s'emparer du port de
+l'Écluse. Et ceci ne fut pas une tentative individuelle, un coup de
+piraterie, mais bien une expédition <span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p. 108)</span> autorisée, par une flotte
royale, et sous la conduite du duc de Clarence, le propre fils d'Henri
-IV. C'était justement le moment où le nouveau comte de Flandre venait de
-renouveler les trêves marchandes avec les Anglais<a id="footnotetag171" name="footnotetag171"></a><a href="#footnote171" title="Go to footnote 171"><span class="smaller">[171]</span></a>.</p>
+IV. C'était justement le moment où le nouveau comte de Flandre venait de
+renouveler les trêves marchandes avec les Anglais<a id="footnotetag171" name="footnotetag171"></a><a href="#footnote171" title="Go to footnote 171"><span class="smaller">[171]</span></a>.</p>
-<p>Voilà les princes d'accord pour agir contre l'ennemi. Le duc de
-Bourgogne se charge d'assiéger Calais, tandis que le duc d'Orléans fera
-la guerre en Guyenne. Calais et Bordeaux étaient bien les deux points à
-attaquer, mais ce n'était pas trop des forces réunies du royaume pour
-une seule des deux entreprises; les tenter toutes deux à la fois,
-c'était tout manquer.</p>
+<p>Voilà les princes d'accord pour agir contre l'ennemi. Le duc de
+Bourgogne se charge d'assiéger Calais, tandis que le duc d'Orléans fera
+la guerre en Guyenne. Calais et Bordeaux étaient bien les deux points à
+attaquer, mais ce n'était pas trop des forces réunies du royaume pour
+une seule des deux entreprises; les tenter toutes deux à la fois,
+c'était tout manquer.</p>
-<p>Calais ne pouvait guère se prendre que l'hiver et par un coup de main;
+<p>Calais ne pouvait guère se prendre que l'hiver et par un coup de main;
c'est ce que vit plus tard le grand Guise<a id="footnotetag172" name="footnotetag172"></a><a href="#footnote172" title="Go to footnote 172"><span class="smaller">[172]</span></a>. Le duc de Bourgogne
-avertit longuement l'ennemi par d'interminables préparatifs; il
-rassembla des troupes considérables, des munitions infinies, douze cents
-canons<a id="footnotetag173" name="footnotetag173"></a><a href="#footnote173" title="Go to footnote 173"><span class="smaller">[173]</span></a>, petits il est vrai. Il prit le temps de bâtir une ville de
+avertit longuement l'ennemi par d'interminables préparatifs; il
+rassembla des troupes considérables, des munitions infinies, douze cents
+canons<a id="footnotetag173" name="footnotetag173"></a><a href="#footnote173" title="Go to footnote 173"><span class="smaller">[173]</span></a>, petits il est vrai. Il prit le temps de bâtir une ville de
bois pour enfermer la ville. Pendant qu'il travaille et charpente, les
Anglais ravitaillent la place, l'arment, la rendent imprenable.</p>
-<p>Le duc d'Orléans ne réussit pas mieux. Il commença la campagne trop
-tard, comme à l'ordinaire, se mettant en route lorsqu'il eût fallu
+<p>Le duc d'Orléans ne réussit pas mieux. Il commença la campagne trop
+tard, comme à l'ordinaire, se mettant en route lorsqu'il eût fallu
revenir. On lui disait bien pourtant qu'il ne trouverait plus rien dans
la campagne, ni vivres ni fourrages, que l'hiver approchait; il
-répondait avec légèreté que la gloire en serait plus grande d'avoir à
+répondait avec légèreté que la gloire en serait plus grande d'avoir à
vaincre l'Anglais et l'hiver.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p. 109)</span> Les Gascons qui l'avaient appelé, se ravisèrent et ne
-l'aidèrent point<a id="footnotetag174" name="footnotetag174"></a><a href="#footnote174" title="Go to footnote 174"><span class="smaller">[174]</span></a>. N'ayant qu'une petite armée de cinq mille hommes,
+<p><span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p. 109)</span> Les Gascons qui l'avaient appelé, se ravisèrent et ne
+l'aidèrent point<a id="footnotetag174" name="footnotetag174"></a><a href="#footnote174" title="Go to footnote 174"><span class="smaller">[174]</span></a>. N'ayant qu'une petite armée de cinq mille hommes,
il ne pouvait se hasarder d'attaquer Bordeaux; il aurait voulu du moins
-en saisir les approches; il tâta Blaye, puis Bourg. Le siège traîna dans
-la mauvaise saison; les vivres manquèrent, une flotte qui en apportait
-de La Rochelle fut prise en mer par les Anglais. Les troupes affamées se
-débandèrent. Le duc d'Orléans s'obstinait à ce malheureux siège, sans
-espoir, mais s'étourdissant, jouant la solde des troupes, n'osant
+en saisir les approches; il tâta Blaye, puis Bourg. Le siège traîna dans
+la mauvaise saison; les vivres manquèrent, une flotte qui en apportait
+de La Rochelle fut prise en mer par les Anglais. Les troupes affamées se
+débandèrent. Le duc d'Orléans s'obstinait à ce malheureux siège, sans
+espoir, mais s'étourdissant, jouant la solde des troupes, n'osant
revenir.</p>
-<p>Il savait bien ce qui l'attendait à Paris. Le duc de Bourgogne y était
-déjà, il ameutait le peuple contre lui, le désignait comme l'ami des
-Anglais, l'accusait d'avoir détourné pour sa belle expédition de Guyenne
-l'argent avec lequel on eût pris Calais<a id="footnotetag175" name="footnotetag175"></a><a href="#footnote175" title="Go to footnote 175"><span class="smaller">[175]</span></a>. Paris était fort ému,
-l'Université, le clergé même. Le duc d'Orléans avait récemment irrité
-l'évêque et l'Église de Paris; à son départ pour la Guyenne, il avait
-été à Saint-Denis baiser les os du patron de la France; ceux de Paris
-qui prétendaient avoir les vraies reliques du saint, ne pardonnèrent pas
-au duc de décider ainsi contre eux.</p>
-
-<p>Peu à peu, Paris devenait unanime contre le duc d'Orléans. Les gens de
-l'Université de Paris couvaient contre lui une haine profonde, haine de
-docteurs, haine de prêtres. D'abord, il était l'ami du pape leur ennemi,
-il faisait donner les bénéfices à d'autres qu'aux universitaires, il
-les affamait. Autre crime: à <span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>(p. 110)</span> l'Université de Paris il opposait
-les universités d'Orléans, d'Angers, de Montpellier et de Toulouse,
+<p>Il savait bien ce qui l'attendait à Paris. Le duc de Bourgogne y était
+déjà, il ameutait le peuple contre lui, le désignait comme l'ami des
+Anglais, l'accusait d'avoir détourné pour sa belle expédition de Guyenne
+l'argent avec lequel on eût pris Calais<a id="footnotetag175" name="footnotetag175"></a><a href="#footnote175" title="Go to footnote 175"><span class="smaller">[175]</span></a>. Paris était fort ému,
+l'Université, le clergé même. Le duc d'Orléans avait récemment irrité
+l'évêque et l'Église de Paris; à son départ pour la Guyenne, il avait
+été à Saint-Denis baiser les os du patron de la France; ceux de Paris
+qui prétendaient avoir les vraies reliques du saint, ne pardonnèrent pas
+au duc de décider ainsi contre eux.</p>
+
+<p>Peu à peu, Paris devenait unanime contre le duc d'Orléans. Les gens de
+l'Université de Paris couvaient contre lui une haine profonde, haine de
+docteurs, haine de prêtres. D'abord, il était l'ami du pape leur ennemi,
+il faisait donner les bénéfices à d'autres qu'aux universitaires, il
+les affamait. Autre crime: à <span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>(p. 110)</span> l'Université de Paris il opposait
+les universités d'Orléans, d'Angers, de Montpellier et de Toulouse,
toutes favorables au pape d'Avignon<a id="footnotetag176" name="footnotetag176"></a><a href="#footnote176" title="Go to footnote 176"><span class="smaller">[176]</span></a>. Il soutenait, comme on l'a vu,
-que l'Université de Paris n'était pas française, que, composée en grande
-partie d'étrangers, elle ne pouvait s'immiscer dans les affaires du
-royaume. C'étaient là de terribles griefs auprès de nos docteurs.
-Peut-être cependant lui auraient-ils à la rigueur pardonné tout cela;
-mais, ce qui était bien autrement grave pour des lettrés, décidément
-irrémissible et inexpiable, il se moquait d'eux.</p>
-
-<p>Déjà surannée, pour la science et l'enseignement, l'Université de Paris
-avait atteint l'apogée de sa puissance. Elle était devenue, pour ainsi
-dire, l'autorité. Depuis plus d'un siècle, cette vieille aînée des rois
-avait parlé haut dans la maison de son père, fille équivoque<a id="footnotetag177" name="footnotetag177"></a><a href="#footnote177" title="Go to footnote 177"><span class="smaller">[177]</span></a> en
-soutane de prêtre, et, comme les vieilles filles, aigre et colérique. Le
-roi aussi l'avait gâtée, ayant besoin d'elle contre les Templiers,
+que l'Université de Paris n'était pas française, que, composée en grande
+partie d'étrangers, elle ne pouvait s'immiscer dans les affaires du
+royaume. C'étaient là de terribles griefs auprès de nos docteurs.
+Peut-être cependant lui auraient-ils à la rigueur pardonné tout cela;
+mais, ce qui était bien autrement grave pour des lettrés, décidément
+irrémissible et inexpiable, il se moquait d'eux.</p>
+
+<p>Déjà surannée, pour la science et l'enseignement, l'Université de Paris
+avait atteint l'apogée de sa puissance. Elle était devenue, pour ainsi
+dire, l'autorité. Depuis plus d'un siècle, cette vieille aînée des rois
+avait parlé haut dans la maison de son père, fille équivoque<a id="footnotetag177" name="footnotetag177"></a><a href="#footnote177" title="Go to footnote 177"><span class="smaller">[177]</span></a> en
+soutane de prêtre, et, comme les vieilles filles, aigre et colérique. Le
+roi aussi l'avait gâtée, ayant besoin d'elle contre les Templiers,
contre les papes. Dans le grand schisme, elle se chargea de choisir pour
-la chrétienté, et choisit Clément VII; puis elle humilia son pape.</p>
+la chrétienté, et choisit Clément VII; puis elle humilia son pape.</p>
-<p>C'était pour le roi un instrument peu sûr, et qui souvent le blessait
-lui-même. Au moindre mécontentement l'Université venait lui déclarer que
-la Fille des rois, lésée dans ses privilèges, irait, brebis
+<p>C'était pour le roi un instrument peu sûr, et qui souvent le blessait
+lui-même. Au moindre mécontentement l'Université venait lui déclarer que
+la Fille des rois, lésée dans ses privilèges, irait, brebis
errante<a id="footnotetag178" name="footnotetag178"></a><a href="#footnote178" title="Go to footnote 178"><span class="smaller">[178]</span></a>, chercher un autre asile. Elle fermait ses classes, les
-<span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p. 111)</span> écoliers se dispersaient, au grand dommage de Paris. Alors on
-se hâtait de courir après eux, de finir la <i lang="la">secessio</i>, de rappeler la
+<span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p. 111)</span> écoliers se dispersaient, au grand dommage de Paris. Alors on
+se hâtait de courir après eux, de finir la <i lang="la">secessio</i>, de rappeler la
<i lang="la">gens togata</i> du mont Aventin.</p>
-<p>L'Université ne s'en tint pas à ces moyens négatifs. Bientôt, associée
-au petit peuple, elle donna ses ordres à l'hôtel Saint-Paul, et traita
-le roi presque aussi mal qu'elle avait traité le pape. Dans cette
-éclipse misérable de la papauté, de l'empire, de la royauté,
-l'Université de Paris trônait, férule en main, et se croyait reine du
+<p>L'Université ne s'en tint pas à ces moyens négatifs. Bientôt, associée
+au petit peuple, elle donna ses ordres à l'hôtel Saint-Paul, et traita
+le roi presque aussi mal qu'elle avait traité le pape. Dans cette
+éclipse misérable de la papauté, de l'empire, de la royauté,
+l'Université de Paris trônait, férule en main, et se croyait reine du
monde.</p>
-<p>Et il y avait bien quelque raison dans cette absurdité. Avant
+<p>Et il y avait bien quelque raison dans cette absurdité. Avant
l'imprimerie, avant la domination de la presse, sous laquelle nous
-vivons, toute publicité était dans l'enseignement oral, que dispensaient
-les universités; or, la première et la plus influente de toutes était
+vivons, toute publicité était dans l'enseignement oral, que dispensaient
+les universités; or, la première et la plus influente de toutes était
celle de Paris.</p>
-<p>Puissance immense, à peu près sans contrôle. Et dans quelles mains se
-trouvait-elle? Aux mains d'un peuple de docteurs, aigris par la misère,
-en qui d'ailleurs la haine, l'envie, les mauvaises passions avaient été
-soigneusement cultivées par une éducation de polémique et de dispute.
-Ces gens arrivaient à la puissance, ils devaient montrer bientôt combien
-l'éristique sèche et durcit la fibre morale, comment, portée du
-raisonnement dans la réalité, elle continue d'abstraire, abstrait la vie
-et raisonne le meurtre, comme toute autre négation.</p>
-
-<p>De bonne heure, l'Université avait commencé la guerre contre le duc
-d'Orléans. Dès 1402, elle déclara les ennemis de la soustraction
-d'obédience, les amis <span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>(p. 112)</span> du pape, pécheurs et fauteurs du schisme.
-Le prince si clairement désigné demanda réparation; mais le même soir,
-l'un des plus célèbres docteurs et prédicateurs, Courtecuisse, renouvela
+<p>Puissance immense, à peu près sans contrôle. Et dans quelles mains se
+trouvait-elle? Aux mains d'un peuple de docteurs, aigris par la misère,
+en qui d'ailleurs la haine, l'envie, les mauvaises passions avaient été
+soigneusement cultivées par une éducation de polémique et de dispute.
+Ces gens arrivaient à la puissance, ils devaient montrer bientôt combien
+l'éristique sèche et durcit la fibre morale, comment, portée du
+raisonnement dans la réalité, elle continue d'abstraire, abstrait la vie
+et raisonne le meurtre, comme toute autre négation.</p>
+
+<p>De bonne heure, l'Université avait commencé la guerre contre le duc
+d'Orléans. Dès 1402, elle déclara les ennemis de la soustraction
+d'obédience, les amis <span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>(p. 112)</span> du pape, pécheurs et fauteurs du schisme.
+Le prince si clairement désigné demanda réparation; mais le même soir,
+l'un des plus célèbres docteurs et prédicateurs, Courtecuisse, renouvela
l'invective.</p>
-<p>Deux ans après, l'Université saisit une occasion de frapper un des
-principaux serviteurs du duc d'Orléans et de la reine, le sire de
-Savoisy. Ce seigneur, qui avait fait des expéditions heureuses contre
+<p>Deux ans après, l'Université saisit une occasion de frapper un des
+principaux serviteurs du duc d'Orléans et de la reine, le sire de
+Savoisy. Ce seigneur, qui avait fait des expéditions heureuses contre
les Anglais, avait autour de lui une maison toute militaire, des
-serviteurs insolents, des pages fort mal disciplinés; un de ceux-ci
-donna des éperons à son cheval tout au travers d'une procession de
-l'Université; les écoliers le souffletèrent, les gens de Savoisy prirent
-parti, poursuivirent les écoliers, qui se jetèrent dans
-Sainte-Catherine; des portes, ils tirèrent au hasard dans l'église, au
-grand effroi du prêtre qui disait la messe en ce moment. Plusieurs
-écoliers furent blessés. Savoisy eut beau demander pardon à
-l'Université, et offrir de livrer les coupables<a id="footnotetag179" name="footnotetag179"></a><a href="#footnote179" title="Go to footnote 179"><span class="smaller">[179]</span></a>. Il fallut qu'il
-perpétuât le souvenir de son humiliation, en fondant une chapelle de
-cent livres de rentes; que son propre hôtel, l'un des plus beaux
-d'alors, fût démoli de fond en comble. Les peintures admirables dont il
-était décoré, ne purent toucher les scolastiques<a id="footnotetag180" name="footnotetag180"></a><a href="#footnote180" title="Go to footnote 180"><span class="smaller">[180]</span></a>. La démolition se
-fit à grand bruit, au son des trompettes qui proclamaient la victoire de
-l'Université<a id="footnotetag181" name="footnotetag181"></a><a href="#footnote181" title="Go to footnote 181"><span class="smaller">[181]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p. 113)</span> Elle avait suspendu ses leçons, et défendu les prédications,
-jusqu'à ce qu'elle eût obtenu cette réparation éclatante. Elle usa du
-même moyen lorsque Benoît XIII s'étant échappé d'Avignon, le duc
-d'Orléans fit révoquer par le roi la soustraction d'obédience, et que le
-pape ordonna la levée d'une décime sur le clergé, dont le duc aurait
-profité sans doute. Un concile assemblé à Paris n'osait rien décider.
-L'Université, par l'organe d'un de ses docteurs, Jean Petit, éclata avec
+serviteurs insolents, des pages fort mal disciplinés; un de ceux-ci
+donna des éperons à son cheval tout au travers d'une procession de
+l'Université; les écoliers le souffletèrent, les gens de Savoisy prirent
+parti, poursuivirent les écoliers, qui se jetèrent dans
+Sainte-Catherine; des portes, ils tirèrent au hasard dans l'église, au
+grand effroi du prêtre qui disait la messe en ce moment. Plusieurs
+écoliers furent blessés. Savoisy eut beau demander pardon à
+l'Université, et offrir de livrer les coupables<a id="footnotetag179" name="footnotetag179"></a><a href="#footnote179" title="Go to footnote 179"><span class="smaller">[179]</span></a>. Il fallut qu'il
+perpétuât le souvenir de son humiliation, en fondant une chapelle de
+cent livres de rentes; que son propre hôtel, l'un des plus beaux
+d'alors, fût démoli de fond en comble. Les peintures admirables dont il
+était décoré, ne purent toucher les scolastiques<a id="footnotetag180" name="footnotetag180"></a><a href="#footnote180" title="Go to footnote 180"><span class="smaller">[180]</span></a>. La démolition se
+fit à grand bruit, au son des trompettes qui proclamaient la victoire de
+l'Université<a id="footnotetag181" name="footnotetag181"></a><a href="#footnote181" title="Go to footnote 181"><span class="smaller">[181]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p. 113)</span> Elle avait suspendu ses leçons, et défendu les prédications,
+jusqu'à ce qu'elle eût obtenu cette réparation éclatante. Elle usa du
+même moyen lorsque Benoît XIII s'étant échappé d'Avignon, le duc
+d'Orléans fit révoquer par le roi la soustraction d'obédience, et que le
+pape ordonna la levée d'une décime sur le clergé, dont le duc aurait
+profité sans doute. Un concile assemblé à Paris n'osait rien décider.
+L'Université, par l'organe d'un de ses docteurs, Jean Petit, éclata avec
violence contre le pape, contre les fauteurs du pape, contre
-l'université de Toulouse qui le soutenait; celle de Paris exigea du roi
-un ordre au Parlement de faire brûler la lettre qu'avaient écrite ceux
-de Toulouse à cette occasion. La terreur était si grande que le même
-Savoisy, récemment maltraité par l'Université, se chargea de porter au
-Parlement l'ordre du roi. Cet homme, intrépide devant les Anglais,
-rampait devant la puissance populaire, dont il avait vu de si près la
+l'université de Toulouse qui le soutenait; celle de Paris exigea du roi
+un ordre au Parlement de faire brûler la lettre qu'avaient écrite ceux
+de Toulouse à cette occasion. La terreur était si grande que le même
+Savoisy, récemment maltraité par l'Université, se chargea de porter au
+Parlement l'ordre du roi. Cet homme, intrépide devant les Anglais,
+rampait devant la puissance populaire, dont il avait vu de si près la
force et la rage.</p>
-<p>On peut juger de l'insolence des écoliers après de telles victoires, ils
-se croyaient décidément les maîtres sur le pavé de Paris. Deux d'entre
-eux, un Breton et un Normand, firent je ne sais quel vol. Le prévôt,
-messire de Tignonville, ami du duc d'Orléans, jugeant bien que, s'il les
-renvoyait à leurs juges ecclésiastiques, ils se trouveraient les plus
-innocentes personnes du monde, les traita comme déchus du privilège de
-cléricature, les mit à la torture, les fit avouer, puis les envoya au
-gibet. Là-dessus, grande clameur de l'Université et des clercs en
-général.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p. 114)</span> Les princes, ne pouvant abandonner le prévôt, répondaient aux
-universitaires qu'ils pouvaient aller dépendre et inhumer les corps, et
-qu'il n'en fût plus parlé. Mais ce n'était pas leur compte; ils
-voulaient que le prévôt fondât deux chapelles, qu'il fût déclaré
-inhabile à tout emploi, qu'il allât dépendre lui-même les deux clercs et
-les inhumât de ses mains, après les avoir baisés, ces cadavres déjà
-pourris et infects, à la bouche<a id="footnotetag182" name="footnotetag182"></a><a href="#footnote182" title="Go to footnote 182"><span class="smaller">[182]</span></a>.</p>
-
-<p>Tout le clergé soutint l'Université. Non seulement les classes furent
-fermées, mais les prédications suspendues, et cela dans le saint temps
-de Noël, pendant tout l'Avent, tout le carême, à la fête même de Pâques.
-Déjà, l'année précédente, les prédications et l'enseignement avaient été
-suspendus aux mêmes époques, pour ne pas payer la décime. Ainsi le
-clergé se vengeait aux dépens des âmes qui lui étaient confiées, il
+<p>On peut juger de l'insolence des écoliers après de telles victoires, ils
+se croyaient décidément les maîtres sur le pavé de Paris. Deux d'entre
+eux, un Breton et un Normand, firent je ne sais quel vol. Le prévôt,
+messire de Tignonville, ami du duc d'Orléans, jugeant bien que, s'il les
+renvoyait à leurs juges ecclésiastiques, ils se trouveraient les plus
+innocentes personnes du monde, les traita comme déchus du privilège de
+cléricature, les mit à la torture, les fit avouer, puis les envoya au
+gibet. Là-dessus, grande clameur de l'Université et des clercs en
+général.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p. 114)</span> Les princes, ne pouvant abandonner le prévôt, répondaient aux
+universitaires qu'ils pouvaient aller dépendre et inhumer les corps, et
+qu'il n'en fût plus parlé. Mais ce n'était pas leur compte; ils
+voulaient que le prévôt fondât deux chapelles, qu'il fût déclaré
+inhabile à tout emploi, qu'il allât dépendre lui-même les deux clercs et
+les inhumât de ses mains, après les avoir baisés, ces cadavres déjà
+pourris et infects, à la bouche<a id="footnotetag182" name="footnotetag182"></a><a href="#footnote182" title="Go to footnote 182"><span class="smaller">[182]</span></a>.</p>
+
+<p>Tout le clergé soutint l'Université. Non seulement les classes furent
+fermées, mais les prédications suspendues, et cela dans le saint temps
+de Noël, pendant tout l'Avent, tout le carême, à la fête même de Pâques.
+Déjà, l'année précédente, les prédications et l'enseignement avaient été
+suspendus aux mêmes époques, pour ne pas payer la décime. Ainsi le
+clergé se vengeait aux dépens des âmes qui lui étaient confiées, il
refusait au peuple le pain de la parole, dans le temps des plus saintes
-fêtes, parmi les misères de l'hiver, lorsque les âmes ont tant besoin
-d'être soutenues. La foule allait aux églises, et n'y trouvait plus de
-consolation<a id="footnotetag183" name="footnotetag183"></a><a href="#footnote183" title="Go to footnote 183"><span class="smaller">[183]</span></a>. L'hiver, le printemps, passèrent ainsi silencieux et
-funèbres.</p>
+fêtes, parmi les misères de l'hiver, lorsque les âmes ont tant besoin
+d'être soutenues. La foule allait aux églises, et n'y trouvait plus de
+consolation<a id="footnotetag183" name="footnotetag183"></a><a href="#footnote183" title="Go to footnote 183"><span class="smaller">[183]</span></a>. L'hiver, le printemps, passèrent ainsi silencieux et
+funèbres.</p>
-<p>Le duc d'Orléans avait beaucoup à craindre; le peuple s'en prenait de
-tout à lui. Son parti s'affaiblissait. Il reçut un nouveau coup par la
+<p>Le duc d'Orléans avait beaucoup à craindre; le peuple s'en prenait de
+tout à lui. Son parti s'affaiblissait. Il reçut un nouveau coup par la
mort de son ami <span class="pagenum"><a id="page115" name="page115"></a>(p. 115)</span> Clisson. Tant qu'il vivait, tout vieux qu'il
-était, Clisson faisait peur au duc de Bretagne.</p>
+était, Clisson faisait peur au duc de Bretagne.</p>
<p>Quelque temps auparavant, le duc et la reine se promenant ensemble du
-côté de Saint-Germain, un effroyable orage fondit sur eux; le duc se
-réfugia dans la litière de la reine; mais les chevaux effrayés
-faillirent les jeter dans la rivière. La reine eut peur, le duc fut
-touché; il déclara vouloir payer ses créanciers, ne sachant pas sans
-doute lui-même combien il était endetté. Mais il en vint plus de huit
-cents; les gens du duc ne payèrent rien et les renvoyèrent.</p>
+côté de Saint-Germain, un effroyable orage fondit sur eux; le duc se
+réfugia dans la litière de la reine; mais les chevaux effrayés
+faillirent les jeter dans la rivière. La reine eut peur, le duc fut
+touché; il déclara vouloir payer ses créanciers, ne sachant pas sans
+doute lui-même combien il était endetté. Mais il en vint plus de huit
+cents; les gens du duc ne payèrent rien et les renvoyèrent.</p>
<p>Dans ce triste hiver de 1407 le duc et la reine crurent ramener les
esprits en ordonnant, au nom du roi, la suspension du droit de <em>prise</em>,
-celui de tous les abus qui faisait le plus crier. Les maîtres d'hôtel du
-roi, des princes, des grands, prenaient sur les marchés, dans les
-maisons, tout ce qui pouvait servir à la table de leurs maîtres, ce qui
-les tentait eux-mêmes, ce qu'ils pouvaient emporter; meubles, linges,
-tout leur était bon. Les gens du duc et de la reine avaient rudement
-pillé; ils eurent beau suspendre l'exercice de ce droit odieux<a id="footnotetag184" name="footnotetag184"></a><a href="#footnote184" title="Go to footnote 184"><span class="smaller">[184]</span></a>: le
-peuple leur en voulait trop, il ne leur en sut aucun gré.</p>
-
-<p>Tout tournait contre eux. La reine, depuis longtemps éloignée de son
-mari, n'en était pas moins enceinte; elle attendait, souhaitait un
+celui de tous les abus qui faisait le plus crier. Les maîtres d'hôtel du
+roi, des princes, des grands, prenaient sur les marchés, dans les
+maisons, tout ce qui pouvait servir à la table de leurs maîtres, ce qui
+les tentait eux-mêmes, ce qu'ils pouvaient emporter; meubles, linges,
+tout leur était bon. Les gens du duc et de la reine avaient rudement
+pillé; ils eurent beau suspendre l'exercice de ce droit odieux<a id="footnotetag184" name="footnotetag184"></a><a href="#footnote184" title="Go to footnote 184"><span class="smaller">[184]</span></a>: le
+peuple leur en voulait trop, il ne leur en sut aucun gré.</p>
+
+<p>Tout tournait contre eux. La reine, depuis longtemps éloignée de son
+mari, n'en était pas moins enceinte; elle attendait, souhaitait un
enfant. Elle accoucha en effet d'un fils, mais qui mourut en naissant.
-Il fut pleuré de sa mère, plus qu'on ne pleure un enfant de <span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p. 116)</span>
-cet âge quand on en a déjà plusieurs autres, pleuré comme un gage
+Il fut pleuré de sa mère, plus qu'on ne pleure un enfant de <span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p. 116)</span>
+cet âge quand on en a déjà plusieurs autres, pleuré comme un gage
d'amour.</p>
-<p>Le duc d'Orléans, lui-même, était malade, il se tenait à son château de
-Beauté. Ce replis onduleux de la Marne et ses îles boisées<a id="footnotetag185" name="footnotetag185"></a><a href="#footnote185" title="Go to footnote 185"><span class="smaller">[185]</span></a>, qui
-d'un côté regardent l'aimable coteau de Nogent, de l'autre l'ombre
+<p>Le duc d'Orléans, lui-même, était malade, il se tenait à son château de
+Beauté. Ce replis onduleux de la Marne et ses îles boisées<a id="footnotetag185" name="footnotetag185"></a><a href="#footnote185" title="Go to footnote 185"><span class="smaller">[185]</span></a>, qui
+d'un côté regardent l'aimable coteau de Nogent, de l'autre l'ombre
monacale de Saint-Maur<a id="footnotetag186" name="footnotetag186"></a><a href="#footnote186" title="Go to footnote 186"><span class="smaller">[186]</span></a>, a toujours eu un inexplicable attrait de
-grâce mélancolique. Dans ces îles, sur la belle et dangereuse rivière,
-s'éleva jadis une villa mérovingienne, un palais de Frédégonde<a id="footnotetag187" name="footnotetag187"></a><a href="#footnote187" title="Go to footnote 187"><span class="smaller">[187]</span></a>; là,
-plus tard, fut la chère retraite où Charles VII crut vraiment mettre en
-sûreté son trésor, la bonne et belle Agnès<a id="footnotetag188" name="footnotetag188"></a><a href="#footnote188" title="Go to footnote 188"><span class="smaller">[188]</span></a>. Ce château d'Agnès
-Sorel était celui même de Louis d'Orléans; il s'y tenait malade au mois
-de novembre 1407, c'était la fin de l'automne, les premiers froids, les
+grâce mélancolique. Dans ces îles, sur la belle et dangereuse rivière,
+s'éleva jadis une villa mérovingienne, un palais de Frédégonde<a id="footnotetag187" name="footnotetag187"></a><a href="#footnote187" title="Go to footnote 187"><span class="smaller">[187]</span></a>; là,
+plus tard, fut la chère retraite où Charles VII crut vraiment mettre en
+sûreté son trésor, la bonne et belle Agnès<a id="footnotetag188" name="footnotetag188"></a><a href="#footnote188" title="Go to footnote 188"><span class="smaller">[188]</span></a>. Ce château d'Agnès
+Sorel était celui même de Louis d'Orléans; il s'y tenait malade au mois
+de novembre 1407, c'était la fin de l'automne, les premiers froids, les
feuilles tombaient.</p>
-<p>Chaque vie a son automne, sa saison jaunissante, où toute chose se fane
-et pâlit; plût au ciel que ce fût la maturité; mais ordinairement c'est
-plus tôt, bien avant l'âge mûr. C'est ce point, souvent peu avancé de
-l'âge, où l'homme voit les obstacles se multiplier tout autour,
-<span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p. 117)</span> où les efforts deviennent inutiles, où s'abrège l'espoir, où,
-le jour diminuant, grandissent peu à peu les ombres de l'avenir... On
-entrevoit alors, pour la première fois, que la mort est un remède,
-qu'elle vient au secours des destinées qui ont peine à s'accomplir.</p>
-
-<p>Louis d'Orléans avait trente-six ans; mais déjà, depuis plusieurs
-années, parmi ses passions même et ses folles amours, il avait eu des
-moments sérieux<a id="footnotetag189" name="footnotetag189"></a><a href="#footnote189" title="Go to footnote 189"><span class="smaller">[189]</span></a>. Il avait fait, écrit de sa main un testament fort
-chrétien, fort pieux, plein de charité et de pénitence. Il y ordonnait
-d'abord le payement de ses créanciers, puis des legs aux églises, aux
-collèges, aux hôpitaux, d'abondantes aumônes. Il y recommandait ses
-enfants à son ennemi même, au duc de Bourgogne; il éprouvait le besoin
-d'expier; il demandait à être porté au tombeau sur une claie couverte de
+<p>Chaque vie a son automne, sa saison jaunissante, où toute chose se fane
+et pâlit; plût au ciel que ce fût la maturité; mais ordinairement c'est
+plus tôt, bien avant l'âge mûr. C'est ce point, souvent peu avancé de
+l'âge, où l'homme voit les obstacles se multiplier tout autour,
+<span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p. 117)</span> où les efforts deviennent inutiles, où s'abrège l'espoir, où,
+le jour diminuant, grandissent peu à peu les ombres de l'avenir... On
+entrevoit alors, pour la première fois, que la mort est un remède,
+qu'elle vient au secours des destinées qui ont peine à s'accomplir.</p>
+
+<p>Louis d'Orléans avait trente-six ans; mais déjà, depuis plusieurs
+années, parmi ses passions même et ses folles amours, il avait eu des
+moments sérieux<a id="footnotetag189" name="footnotetag189"></a><a href="#footnote189" title="Go to footnote 189"><span class="smaller">[189]</span></a>. Il avait fait, écrit de sa main un testament fort
+chrétien, fort pieux, plein de charité et de pénitence. Il y ordonnait
+d'abord le payement de ses créanciers, puis des legs aux églises, aux
+collèges, aux hôpitaux, d'abondantes aumônes. Il y recommandait ses
+enfants à son ennemi même, au duc de Bourgogne; il éprouvait le besoin
+d'expier; il demandait à être porté au tombeau sur une claie couverte de
cendres<a id="footnotetag190" name="footnotetag190"></a><a href="#footnote190" title="Go to footnote 190"><span class="smaller">[190]</span></a>.</p>
-<p>Au temps où nous sommes parvenus, il n'eut un pressentiment que trop
-vrai de sa fin prochaine. Il allait souvent aux Célestins; il aimait ce
+<p>Au temps où nous sommes parvenus, il n'eut un pressentiment que trop
+vrai de sa fin prochaine. Il allait souvent aux Célestins; il aimait ce
couvent; dans son enfance, sa bonne dame de gouvernante l'y menait tout
-petit entendre les offices. Plus tard, il y visitait fréquemment le sage
-Philippe de Maizières, vieux conseiller de Charles V, qui s'y était
-retiré<a id="footnotetag191" name="footnotetag191"></a><a href="#footnote191" title="Go to footnote 191"><span class="smaller">[191]</span></a>. Il séjournait même quelquefois au couvent, vivant avec les
+petit entendre les offices. Plus tard, il y visitait fréquemment le sage
+Philippe de Maizières, vieux conseiller de Charles V, qui s'y était
+retiré<a id="footnotetag191" name="footnotetag191"></a><a href="#footnote191" title="Go to footnote 191"><span class="smaller">[191]</span></a>. Il séjournait même quelquefois au couvent, vivant avec les
moines, <span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p. 118)</span> comme eux, et prenant part aux offices de jour et de
nuit. Une nuit donc qu'il allait aux matines, et qu'il traversait le
-dortoir, il vit, ou crut voir la Mort<a id="footnotetag192" name="footnotetag192"></a><a href="#footnote192" title="Go to footnote 192"><span class="smaller">[192]</span></a>. Cette vision fut confirmée
-par une autre; il se croyait devant Dieu et prêt à subir son jugement.
-C'était un signe solennel qu'au lieu même où avait commencé son enfance,
-il fût ainsi averti de sa fin. Le prieur du couvent auquel il se confia,
-crut aussi qu'en effet il lui fallait songer à son âme et se préparer à
+dortoir, il vit, ou crut voir la Mort<a id="footnotetag192" name="footnotetag192"></a><a href="#footnote192" title="Go to footnote 192"><span class="smaller">[192]</span></a>. Cette vision fut confirmée
+par une autre; il se croyait devant Dieu et prêt à subir son jugement.
+C'était un signe solennel qu'au lieu même où avait commencé son enfance,
+il fût ainsi averti de sa fin. Le prieur du couvent auquel il se confia,
+crut aussi qu'en effet il lui fallait songer à son âme et se préparer à
bien mourir.</p>
-<p>Ce ne fut pas une apparition moins sinistre qu'il eut bientôt au château
-de Beauté. Il y reçut une étrange visite, celle de Jean-sans-Peur. Il
+<p>Ce ne fut pas une apparition moins sinistre qu'il eut bientôt au château
+de Beauté. Il y reçut une étrange visite, celle de Jean-sans-Peur. Il
devait peu s'y attendre, un nouveau motif avait encore aigri leur haine.
-Les Liégeois ayant chassé leur évêque, jeune homme de vingt ans, qui
-voulait être évêque sans se faire prêtre<a id="footnotetag193" name="footnotetag193"></a><a href="#footnote193" title="Go to footnote 193"><span class="smaller">[193]</span></a>, ils en avaient élu un
-autre, avec l'appui du duc d'Orléans et du pape d'Avignon. L'évêque
-chassé était justement le beau-frère du duc de Bourgogne. Si le duc
-d'Orléans, maître du Luxembourg, étendait encore son influence sur
-Liège, son rival allait avoir une guerre permanente chez lui, en
-Brabant, en Flandre; la France lui échappait. Ce danger devait porter
-son exaspération au comble<a id="footnotetag194" name="footnotetag194"></a><a href="#footnote194" title="Go to footnote 194"><span class="smaller">[194]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p. 119)</span> Dès longtemps, il avait annoncé des résolutions violentes. En
-1405, lorsque les deux rivaux étaient en présence, sous les murs de
-Paris, Louis d'Orléans ayant pris pour emblème un bâton noueux,
-Jean-sans-Peur prit pour le sien un rabot. Comment le bâton devait-il
-être <em>raboté</em><a id="footnotetag195" name="footnotetag195"></a><a href="#footnote195" title="Go to footnote 195"><span class="smaller">[195]</span></a>? on pouvait tout craindre.</p>
-
-<p>Le duc de Berri, plein d'inquiétude, crut gagner beaucoup sur son neveu
-en le décidant à aller voir le malade. Soit pour tromper son oncle, soit
-par un sentiment de haineuse curiosité, il se contraignit jusque-là. Le
-duc d'Orléans allait mieux; le vieil oncle prit ses deux neveux, les
-mena entendre la messe, et les fit communier de la même hostie; il leur
-donna un grand repas de réconciliation, et il fallut qu'ils
-s'embrassassent. Louis d'Orléans le fit de bon c&oelig;ur, tout porte à le
-croire; la veille il s'était confessé et avait témoigné amendement et
-repentance. Il invita son cousin à dîner avec lui le dimanche suivant;
+Les Liégeois ayant chassé leur évêque, jeune homme de vingt ans, qui
+voulait être évêque sans se faire prêtre<a id="footnotetag193" name="footnotetag193"></a><a href="#footnote193" title="Go to footnote 193"><span class="smaller">[193]</span></a>, ils en avaient élu un
+autre, avec l'appui du duc d'Orléans et du pape d'Avignon. L'évêque
+chassé était justement le beau-frère du duc de Bourgogne. Si le duc
+d'Orléans, maître du Luxembourg, étendait encore son influence sur
+Liège, son rival allait avoir une guerre permanente chez lui, en
+Brabant, en Flandre; la France lui échappait. Ce danger devait porter
+son exaspération au comble<a id="footnotetag194" name="footnotetag194"></a><a href="#footnote194" title="Go to footnote 194"><span class="smaller">[194]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p. 119)</span> Dès longtemps, il avait annoncé des résolutions violentes. En
+1405, lorsque les deux rivaux étaient en présence, sous les murs de
+Paris, Louis d'Orléans ayant pris pour emblème un bâton noueux,
+Jean-sans-Peur prit pour le sien un rabot. Comment le bâton devait-il
+être <em>raboté</em><a id="footnotetag195" name="footnotetag195"></a><a href="#footnote195" title="Go to footnote 195"><span class="smaller">[195]</span></a>? on pouvait tout craindre.</p>
+
+<p>Le duc de Berri, plein d'inquiétude, crut gagner beaucoup sur son neveu
+en le décidant à aller voir le malade. Soit pour tromper son oncle, soit
+par un sentiment de haineuse curiosité, il se contraignit jusque-là. Le
+duc d'Orléans allait mieux; le vieil oncle prit ses deux neveux, les
+mena entendre la messe, et les fit communier de la même hostie; il leur
+donna un grand repas de réconciliation, et il fallut qu'ils
+s'embrassassent. Louis d'Orléans le fit de bon c&oelig;ur, tout porte à le
+croire; la veille il s'était confessé et avait témoigné amendement et
+repentance. Il invita son cousin à dîner avec lui le dimanche suivant;
il ne savait point qu'il n'y aurait pas de dimanche pour lui.</p>
<p class="p2">On voit encore aujourd'hui, au coin de la Vieille rue du Temple et de la
-rue des Francs-Bourgeois, une tourelle du quinzième siècle, légère,
-élégante, et qui contraste fort avec la laide maison, qui de côté et
-d'autre s'y est gauchement accrochée. Cette tourelle <span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>(p. 120)</span> fermait,
-de ce côté, le grand enclos de l'hôtel Barbette, occupé en 1407 par la
+rue des Francs-Bourgeois, une tourelle du quinzième siècle, légère,
+élégante, et qui contraste fort avec la laide maison, qui de côté et
+d'autre s'y est gauchement accrochée. Cette tourelle <span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>(p. 120)</span> fermait,
+de ce côté, le grand enclos de l'hôtel Barbette, occupé en 1407 par la
reine Isabeau, en 1550 par Diane de Poitiers.</p>
-<p>L'hôtel Barbette, placé hors de l'enceinte de Philippe-Auguste, entre
-les deux juridictions de la ville et du Temple, libre également de l'une
-et de l'autre, avait été longtemps soustrait, par sa position, aux gênes
-de la ville, couvre-feu, fermeture des portes, etc. Enfermé plus tard
-dans l'enceinte de Charles V, il n'en était pas moins, dans ce quartier
-peu fréquenté, hors de la surveillance des honnêtes et médisants
+<p>L'hôtel Barbette, placé hors de l'enceinte de Philippe-Auguste, entre
+les deux juridictions de la ville et du Temple, libre également de l'une
+et de l'autre, avait été longtemps soustrait, par sa position, aux gênes
+de la ville, couvre-feu, fermeture des portes, etc. Enfermé plus tard
+dans l'enceinte de Charles V, il n'en était pas moins, dans ce quartier
+peu fréquenté, hors de la surveillance des honnêtes et médisants
bourgeois de Paris<a id="footnotetag196" name="footnotetag196"></a><a href="#footnote196" title="Go to footnote 196"><span class="smaller">[196]</span></a>.</p>
-<p>Cet hôtel, bâti par le financier Étienne Barbette, maître de la monnaie
-sous Philippe-le-Bel, fut pillé dans la grande sédition où le peuple
-enragé poursuivit le roi jusqu'au Temple (1306). Le même hôtel,
-quatre-vingts ans après, appartenait à un autre parvenu, au grand maître
+<p>Cet hôtel, bâti par le financier Étienne Barbette, maître de la monnaie
+sous Philippe-le-Bel, fut pillé dans la grande sédition où le peuple
+enragé poursuivit le roi jusqu'au Temple (1306). Le même hôtel,
+quatre-vingts ans après, appartenait à un autre parvenu, au grand maître
Montaigu, l'un des Marmousets qui gouvernaient le royaume. Ils y firent
-coucher Charles VI, la veille de son départ pour la Bretagne, lorsque,
-malgré ses oncles, ils parvinrent à le tirer de Paris pour lui faire
+coucher Charles VI, la veille de son départ pour la Bretagne, lorsque,
+malgré ses oncles, ils parvinrent à le tirer de Paris pour lui faire
poursuivre la vengeance de l'assassinat de Clisson. Montaigu, ami, comme
-Clisson, du duc d'Orléans, fit sa cour à la reine, en lui cédant cette
-maison commode; elle n'aimait pas l'hôtel Saint-Paul, où vivait son
-mari; ce mari la <span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p. 121)</span> gênait quand il était fou, bien plus encore
-quand il ne l'était pas.</p>
-
-<p>Elle avait embelli à plaisir ce séjour de prédilection, l'avait agrandi,
-étendu jusqu'à la rue de la Perle. Les jardins étaient d'autant mieux
-fermés et solitaires, que le long de la Vieille rue du Temple ils se
-trouvaient masqués d'une ligne de maisons qui regardaient la rue, et ne
-voyaient rien derrière, tout au plus le mur du mystérieux hôtel.</p>
-
-<p>La reine y accoucha le 10 novembre. Les deux princes communièrent
-ensemble le 20; le 22, ils mangèrent chez le duc de Berri,
-s'embrassèrent et se jurèrent une amitié de frères. Cependant, depuis le
-17, le duc de Bourgogne avait tout préparé pour tuer ce frère; il lui
-avait dressé embuscade près de l'hôtel Barbette, les assassins
+Clisson, du duc d'Orléans, fit sa cour à la reine, en lui cédant cette
+maison commode; elle n'aimait pas l'hôtel Saint-Paul, où vivait son
+mari; ce mari la <span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p. 121)</span> gênait quand il était fou, bien plus encore
+quand il ne l'était pas.</p>
+
+<p>Elle avait embelli à plaisir ce séjour de prédilection, l'avait agrandi,
+étendu jusqu'à la rue de la Perle. Les jardins étaient d'autant mieux
+fermés et solitaires, que le long de la Vieille rue du Temple ils se
+trouvaient masqués d'une ligne de maisons qui regardaient la rue, et ne
+voyaient rien derrière, tout au plus le mur du mystérieux hôtel.</p>
+
+<p>La reine y accoucha le 10 novembre. Les deux princes communièrent
+ensemble le 20; le 22, ils mangèrent chez le duc de Berri,
+s'embrassèrent et se jurèrent une amitié de frères. Cependant, depuis le
+17, le duc de Bourgogne avait tout préparé pour tuer ce frère; il lui
+avait dressé embuscade près de l'hôtel Barbette, les assassins
attendaient.</p>
-<p>Dès la Saint-Jean, c'est-à-dire depuis plus de quatre mois,
+<p>Dès la Saint-Jean, c'est-à-dire depuis plus de quatre mois,
Jean-sans-Peur cherchait une maison pour ce guet-apens. Un clerc de
-l'Université, qui était son homme, avait chargé un couratier public de
-maisons de lui en louer une, où il voulait, disait-il, mettre du vin, du
-blé et autres denrées que les écoliers et les clercs recevaient de leur
-pays, et qu'ils avaient le privilège universitaire de vendre sans droit.
+l'Université, qui était son homme, avait chargé un couratier public de
+maisons de lui en louer une, où il voulait, disait-il, mettre du vin, du
+blé et autres denrées que les écoliers et les clercs recevaient de leur
+pays, et qu'ils avaient le privilège universitaire de vendre sans droit.
Le courtier lui trouva et lui fit livrer, le 17 novembre, la maison de
-l'image Notre-Dame, Vieille rue du Temple, en face de l'hôtel de Rieux
+l'image Notre-Dame, Vieille rue du Temple, en face de l'hôtel de Rieux
et de la Bretonnerie. Le duc de Bourgogne y fit entrer de nuit des gens
-à lui, entre autres un ennemi mortel du duc d'Orléans, un Normand,
-Raoul d'Auquetonville, <span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p. 122)</span> ancien général des finances, que le duc
-avait chassé pour malversation. Raoul répondait de tuer; un valet de
+à lui, entre autres un ennemi mortel du duc d'Orléans, un Normand,
+Raoul d'Auquetonville, <span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p. 122)</span> ancien général des finances, que le duc
+avait chassé pour malversation. Raoul répondait de tuer; un valet de
chambre du roi promit, pour argent, de livrer et de trahir.</p>
-<p>Le lendemain du repas de réconciliation, le mercredi 23 novembre 1407,
-Louis d'Orléans avait été, comme à l'ordinaire, chez la reine; il y
-avait soupé, et gaiement, pour essayer de consoler la pauvre mère<a id="footnotetag197" name="footnotetag197"></a><a href="#footnote197" title="Go to footnote 197"><span class="smaller">[197]</span></a>.
-Le valet de chambre du roi arrive en hâte, et dit que le roi demande son
-frère, qu'il veut lui parler<a id="footnotetag198" name="footnotetag198"></a><a href="#footnote198" title="Go to footnote 198"><span class="smaller">[198]</span></a>. Le duc, qui avait dans Paris six
-cents chevaliers ou écuyers, n'avait pourtant pas amené grand monde avec
-lui, aimant mieux sans doute faire à petit bruit ces visites dont on ne
-médisait que trop. Il laissa même à l'hôtel Barbette une partie de ceux
-qui l'avaient suivi, comptant peut-être y retourner quand il serait
-quitte du roi. Il n'était que huit heures; c'était de bonne heure pour
-les gens de cour, mais tard pour ce quartier retiré, en novembre
-surtout. Il n'avait avec lui que deux écuyers montés sur un même cheval,
-un page et quelques valets pour éclairer. Il s'en allait, vêtu d'une
-simple robe de damas noir, par la Vieille rue du Temple, en arrière de
-ses gens, chantant à demi voix, et jouant avec son gant, comme un homme
-qui veut être gai. Nous savons ces détails par deux témoins oculaires:
-un valet de l'hôtel de Rieux, et une pauvre femme qui logeait dans une
-chambre dépendante du même hôtel. <span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p. 123)</span> Jaquette, femme de Jacques
-Griffart, cordonnier, déposa qu'étant à sa fenêtre haute sur la rue,
+<p>Le lendemain du repas de réconciliation, le mercredi 23 novembre 1407,
+Louis d'Orléans avait été, comme à l'ordinaire, chez la reine; il y
+avait soupé, et gaiement, pour essayer de consoler la pauvre mère<a id="footnotetag197" name="footnotetag197"></a><a href="#footnote197" title="Go to footnote 197"><span class="smaller">[197]</span></a>.
+Le valet de chambre du roi arrive en hâte, et dit que le roi demande son
+frère, qu'il veut lui parler<a id="footnotetag198" name="footnotetag198"></a><a href="#footnote198" title="Go to footnote 198"><span class="smaller">[198]</span></a>. Le duc, qui avait dans Paris six
+cents chevaliers ou écuyers, n'avait pourtant pas amené grand monde avec
+lui, aimant mieux sans doute faire à petit bruit ces visites dont on ne
+médisait que trop. Il laissa même à l'hôtel Barbette une partie de ceux
+qui l'avaient suivi, comptant peut-être y retourner quand il serait
+quitte du roi. Il n'était que huit heures; c'était de bonne heure pour
+les gens de cour, mais tard pour ce quartier retiré, en novembre
+surtout. Il n'avait avec lui que deux écuyers montés sur un même cheval,
+un page et quelques valets pour éclairer. Il s'en allait, vêtu d'une
+simple robe de damas noir, par la Vieille rue du Temple, en arrière de
+ses gens, chantant à demi voix, et jouant avec son gant, comme un homme
+qui veut être gai. Nous savons ces détails par deux témoins oculaires:
+un valet de l'hôtel de Rieux, et une pauvre femme qui logeait dans une
+chambre dépendante du même hôtel. <span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p. 123)</span> Jaquette, femme de Jacques
+Griffart, cordonnier, déposa qu'étant à sa fenêtre haute sur la rue,
pour voir si son mari ne revenait pas, et y prenant un lange qui
-séchait, elle vit passer un seigneur à cheval, et un moment après, comme
-elle couchait son enfant, elle entendit crier: «À mort! à mort!» Elle
-courut à la fenêtre, son enfant dans les bras, et elle vit le même
-seigneur à genoux, dans la rue, sans chaperon; autour de lui, sept ou
-huit hommes, le visage masqué, qui frappaient dessus, de haches et
-d'épées; lui, il mettait son bras devant, en disant quelques mots,
-comme: «Qu'est ceci? D'où vient ceci?» Il tomba, mais ils ne
-continuaient pas moins à frapper d'estoc et de taille. La femme, qui
+séchait, elle vit passer un seigneur à cheval, et un moment après, comme
+elle couchait son enfant, elle entendit crier: «À mort! à mort!» Elle
+courut à la fenêtre, son enfant dans les bras, et elle vit le même
+seigneur à genoux, dans la rue, sans chaperon; autour de lui, sept ou
+huit hommes, le visage masqué, qui frappaient dessus, de haches et
+d'épées; lui, il mettait son bras devant, en disant quelques mots,
+comme: «Qu'est ceci? D'où vient ceci?» Il tomba, mais ils ne
+continuaient pas moins à frapper d'estoc et de taille. La femme, qui
voyait tout, criait au meurtre tant qu'elle pouvait. Un homme qui
-l'aperçut à la fenêtre, lui dit: «Taisez-vous, mauvaise femme.» Alors, à
+l'aperçut à la fenêtre, lui dit: «Taisez-vous, mauvaise femme.» Alors, à
la lueur des torches, elle vit sortir de la maison de l'image Notre-Dame
un grand homme, avec un chaperon rouge descendant sur les yeux; il dit
-aux autres: «Éteignez tout, allons-nous-en, il est bien mort!» Quelqu'un
-lui donna encore un coup de massue, mais il ne remuait plus. Près de lui
-gisait un jeune homme, qui, tout mourant qu'il était, se souleva en
-criant: «Ah! monseigneur mon maître<a id="footnotetag199" name="footnotetag199"></a><a href="#footnote199" title="Go to footnote 199"><span class="smaller">[199]</span></a>.» C'était le page, qui ne
-l'avait pas quitté et s'était jeté au-devant des coups. Ce page était
-Allemand; il avait peut-être été donné à Louis d'Orléans par Isabeau de
-Bavière.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>(p. 124)</span> Depuis l'assassinat manqué de Clisson, on savait qu'il ne
-fallait pas croire à la légère qu'un homme était tué; aussi, selon un
-autre récit, le grand homme au chaperon rouge vint, avec un falot de
-paille, regarder à terre si la besogne avait été faite
-consciencieusement<a id="footnotetag200" name="footnotetag200"></a><a href="#footnote200" title="Go to footnote 200"><span class="smaller">[200]</span></a>. Il n'y avait rien à dire; le mort était taillé
-en pièces, le bras droit était tranché à deux places, au coude, au
-poignet; le poing gauche était détaché, jeté au loin par la violence du
-coup; la tête était ouverte de l'&oelig;il à l'oreille, d'une oreille à
-l'autre; le crâne était ouvert, la cervelle épandue sur le pavé<a id="footnotetag201" name="footnotetag201"></a><a href="#footnote201" title="Go to footnote 201"><span class="smaller">[201]</span></a>.</p>
-
-<p>Ces pauvres restes furent portés le lendemain matin, parmi la
-consternation et la terreur générale<a id="footnotetag202" name="footnotetag202"></a><a href="#footnote202" title="Go to footnote 202"><span class="smaller">[202]</span></a>, à l'église voisine des
+aux autres: «Éteignez tout, allons-nous-en, il est bien mort!» Quelqu'un
+lui donna encore un coup de massue, mais il ne remuait plus. Près de lui
+gisait un jeune homme, qui, tout mourant qu'il était, se souleva en
+criant: «Ah! monseigneur mon maître<a id="footnotetag199" name="footnotetag199"></a><a href="#footnote199" title="Go to footnote 199"><span class="smaller">[199]</span></a>.» C'était le page, qui ne
+l'avait pas quitté et s'était jeté au-devant des coups. Ce page était
+Allemand; il avait peut-être été donné à Louis d'Orléans par Isabeau de
+Bavière.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>(p. 124)</span> Depuis l'assassinat manqué de Clisson, on savait qu'il ne
+fallait pas croire à la légère qu'un homme était tué; aussi, selon un
+autre récit, le grand homme au chaperon rouge vint, avec un falot de
+paille, regarder à terre si la besogne avait été faite
+consciencieusement<a id="footnotetag200" name="footnotetag200"></a><a href="#footnote200" title="Go to footnote 200"><span class="smaller">[200]</span></a>. Il n'y avait rien à dire; le mort était taillé
+en pièces, le bras droit était tranché à deux places, au coude, au
+poignet; le poing gauche était détaché, jeté au loin par la violence du
+coup; la tête était ouverte de l'&oelig;il à l'oreille, d'une oreille à
+l'autre; le crâne était ouvert, la cervelle épandue sur le pavé<a id="footnotetag201" name="footnotetag201"></a><a href="#footnote201" title="Go to footnote 201"><span class="smaller">[201]</span></a>.</p>
+
+<p>Ces pauvres restes furent portés le lendemain matin, parmi la
+consternation et la terreur générale<a id="footnotetag202" name="footnotetag202"></a><a href="#footnote202" title="Go to footnote 202"><span class="smaller">[202]</span></a>, à l'église voisine des
Blancs-Manteaux. Ce fut au jour seulement qu'on ramassa, dans la boue,
-la main mutilée et la cervelle. Les princes vinrent lui donner l'eau
-bénite. Le vendredi, il fut enseveli à l'église des Célestins, dans la
-chapelle qu'il avait bâtie lui-même<a id="footnotetag203" name="footnotetag203"></a><a href="#footnote203" title="Go to footnote 203"><span class="smaller">[203]</span></a>. Les coins du drap mortuaire
-étaient portés par son oncle, le vieux duc de Berri, par ses cousins, le
+la main mutilée et la cervelle. Les princes vinrent lui donner l'eau
+bénite. Le vendredi, il fut enseveli à l'église des Célestins, dans la
+chapelle qu'il avait bâtie lui-même<a id="footnotetag203" name="footnotetag203"></a><a href="#footnote203" title="Go to footnote 203"><span class="smaller">[203]</span></a>. Les coins du drap mortuaire
+étaient portés par son oncle, le vieux duc de Berri, par ses cousins, le
roi de Sicile, le duc de Bourgogne et le duc de Bourbon; puis, venaient
les seigneurs, les chevaliers, une foule innombrable de peuple. Tout le
monde pleurait, les ennemis comme les amis<a id="footnotetag204" name="footnotetag204"></a><a href="#footnote204" title="Go to footnote 204"><span class="smaller">[204]</span></a>. Il n'y a plus d'ennemis
alors; chacun, dans ces moments, devient partial pour le mort. Quoi! si
-jeune, si vivant naguère, <span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>(p. 125)</span> et déjà passé! Beauté, grâce
-chevaleresque, lumière de science, parole vive et douce: hier tout cela,
+jeune, si vivant naguère, <span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>(p. 125)</span> et déjà passé! Beauté, grâce
+chevaleresque, lumière de science, parole vive et douce: hier tout cela,
aujourd'hui plus rien<a id="footnotetag205" name="footnotetag205"></a><a href="#footnote205" title="Go to footnote 205"><span class="smaller">[205]</span></a>...</p>
-<p>Rien?... davantage peut-être. Celui qui semblait hier un simple
-individu, on voit qu'il avait en lui plus d'une existence, que c'était
-en effet un être multiple, infiniment varié<a id="footnotetag206" name="footnotetag206"></a><a href="#footnote206" title="Go to footnote 206"><span class="smaller">[206]</span></a>!... Admirable vertu de
-la mort! Seule elle révèle la vie. L'homme vivant n'est vu de chacun que
-par un côté, selon qu'il le sert ou le gêne. Meurt-il? on le voit alors
+<p>Rien?... davantage peut-être. Celui qui semblait hier un simple
+individu, on voit qu'il avait en lui plus d'une existence, que c'était
+en effet un être multiple, infiniment varié<a id="footnotetag206" name="footnotetag206"></a><a href="#footnote206" title="Go to footnote 206"><span class="smaller">[206]</span></a>!... Admirable vertu de
+la mort! Seule elle révèle la vie. L'homme vivant n'est vu de chacun que
+par un côté, selon qu'il le sert ou le gêne. Meurt-il? on le voit alors
sous mille aspects nouveaux, on distingue tous les liens divers par
lesquels il tenait au monde. Ainsi, quand vous arrachez le lierre du
-chêne qui le soutenait, vous apercevez dessous d'innombrables fils
-vivaces, que jamais vous ne pourrez déprendre de l'écorce où ils ont
-vécu; ils resteront brisés, mais ils resteront<a id="footnotetag207" name="footnotetag207"></a><a href="#footnote207" title="Go to footnote 207"><span class="smaller">[207]</span></a>.</p>
-
-<p>Chaque homme est une humanité, une histoire universelle... Et pourtant
-cet être, en qui tenait une généralité infinie, c'était en même temps un
-individu spécial, une personne, un être unique, irréparable, que rien ne
-remplacera. Rien de tel avant, rien après; Dieu ne recommencera point.
+chêne qui le soutenait, vous apercevez dessous d'innombrables fils
+vivaces, que jamais vous ne pourrez déprendre de l'écorce où ils ont
+vécu; ils resteront brisés, mais ils resteront<a id="footnotetag207" name="footnotetag207"></a><a href="#footnote207" title="Go to footnote 207"><span class="smaller">[207]</span></a>.</p>
+
+<p>Chaque homme est une humanité, une histoire universelle... Et pourtant
+cet être, en qui tenait une généralité infinie, c'était en même temps un
+individu spécial, une personne, un être unique, irréparable, que rien ne
+remplacera. Rien de tel avant, rien après; Dieu ne recommencera point.
Il en viendra d'autres, sans doute; le monde, qui ne se lasse pas,
-amènera à la vie d'autres personnes, meilleures peut-être, mais
+amènera à la vie d'autres personnes, meilleures peut-être, mais
semblables, jamais, jamais...</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page126" name="page126"></a>(p. 126)</span> Celui-ci sans doute eut ses vices; mais c'est en partie pour
-cela que nous le pleurons; il n'en appartint que davantage à la pauvre
-humanité; il nous ressembla d'autant plus; c'était lui, et c'était nous.
-Nous nous pleurons en lui nous-mêmes, et le mal profond de notre nature.</p>
-
-<p>On dit que la mort embellit ceux qu'elle frappe, et exagère leurs
-vertus; mais c'est bien plutôt en général la vie qui leur faisait tort.
-La mort, ce pieux et irréprochable témoin, nous apprend, selon la
-vérité, selon la charité, qu'en chaque homme il y a ordinairement plus
-de bien que de mal. On connaissait les prodigalités du duc d'Orléans, on
-connut ses aumônes. On avait parlé de ses galanteries; on ne savait pas
-assez que cette heureuse nature avait toujours conservé, au milieu même
-des vaines amours, l'amour divin et l'élan vers Dieu. On trouva aux
-Célestins la cellule où il aimait à se retirer<a id="footnotetag208" name="footnotetag208"></a><a href="#footnote208" title="Go to footnote 208"><span class="smaller">[208]</span></a>. Lorsqu'on ouvrit
-son testament, on vit qu'au plus fort de ses querelles cette âme sans
-fiel était toujours confiante, aimante pour ses plus grands ennemis.</p>
-
-<p>Tout cela demande grâce.. Eh! qui ne pardonnerait, quand cet homme,
-dépouillé de tous les biens de la vie, redevenu nu et pauvre, est
-apporté dans l'église, et attend son jugement? Tous prient pour lui,
+cela que nous le pleurons; il n'en appartint que davantage à la pauvre
+humanité; il nous ressembla d'autant plus; c'était lui, et c'était nous.
+Nous nous pleurons en lui nous-mêmes, et le mal profond de notre nature.</p>
+
+<p>On dit que la mort embellit ceux qu'elle frappe, et exagère leurs
+vertus; mais c'est bien plutôt en général la vie qui leur faisait tort.
+La mort, ce pieux et irréprochable témoin, nous apprend, selon la
+vérité, selon la charité, qu'en chaque homme il y a ordinairement plus
+de bien que de mal. On connaissait les prodigalités du duc d'Orléans, on
+connut ses aumônes. On avait parlé de ses galanteries; on ne savait pas
+assez que cette heureuse nature avait toujours conservé, au milieu même
+des vaines amours, l'amour divin et l'élan vers Dieu. On trouva aux
+Célestins la cellule où il aimait à se retirer<a id="footnotetag208" name="footnotetag208"></a><a href="#footnote208" title="Go to footnote 208"><span class="smaller">[208]</span></a>. Lorsqu'on ouvrit
+son testament, on vit qu'au plus fort de ses querelles cette âme sans
+fiel était toujours confiante, aimante pour ses plus grands ennemis.</p>
+
+<p>Tout cela demande grâce.. Eh! qui ne pardonnerait, quand cet homme,
+dépouillé de tous les biens de la vie, redevenu nu et pauvre, est
+apporté dans l'église, et attend son jugement? Tous prient pour lui,
tous l'excusent, expliquant ses fautes par les leurs, et se condamnant
-eux-mêmes... Pardonnez-lui, Seigneur, frappez-nous plutôt.</p>
+eux-mêmes... Pardonnez-lui, Seigneur, frappez-nous plutôt.</p>
-<p>Personne n'avait plus à se plaindre du duc d'Orléans <span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>(p. 127)</span> que sa
-femme Valentine; elle l'avait toujours aimé, et toujours il en aima
-d'autres. Elle ne l'excusa pas moins autant qu'il était en elle; elle
-prit comme sien avec elle le bâtard de son mari, et l'éleva parmi ses
+<p>Personne n'avait plus à se plaindre du duc d'Orléans <span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>(p. 127)</span> que sa
+femme Valentine; elle l'avait toujours aimé, et toujours il en aima
+d'autres. Elle ne l'excusa pas moins autant qu'il était en elle; elle
+prit comme sien avec elle le bâtard de son mari, et l'éleva parmi ses
enfants. Elle l'aimait autant qu'eux, davantage. Souvent, lui voyant
-tant d'esprit et d'ardeur, l'Italienne le serrait, lui disait: «Ah! tu
-m'as été dérobé! c'est toi qui vengeras ton père<a id="footnotetag209" name="footnotetag209"></a><a href="#footnote209" title="Go to footnote 209"><span class="smaller">[209]</span></a>.»</p>
+tant d'esprit et d'ardeur, l'Italienne le serrait, lui disait: «Ah! tu
+m'as été dérobé! c'est toi qui vengeras ton père<a id="footnotetag209" name="footnotetag209"></a><a href="#footnote209" title="Go to footnote 209"><span class="smaller">[209]</span></a>.»</p>
<p>La justice ne vint jamais pour la veuve, elle n'eut pas cette
-consolation. Elle n'eut pas celle d'élever au mort l'humble tombe «de
-trois doigts au-dessus de terre» qu'il demandait dans son
-testament<a id="footnotetag210" name="footnotetag210"></a><a href="#footnote210" title="Go to footnote 210"><span class="smaller">[210]</span></a>; elle ne put même lui mettre sous la tête «la rude
-pierre, la roche» qu'il voulait pour oreiller. Louis d'Orléans, proscrit
+consolation. Elle n'eut pas celle d'élever au mort l'humble tombe «de
+trois doigts au-dessus de terre» qu'il demandait dans son
+testament<a id="footnotetag210" name="footnotetag210"></a><a href="#footnote210" title="Go to footnote 210"><span class="smaller">[210]</span></a>; elle ne put même lui mettre sous la tête «la rude
+pierre, la roche» qu'il voulait pour oreiller. Louis d'Orléans, proscrit
dans la mort, attendit cent ans un tombeau.</p>
-<p>Aux premiers âges chrétiens, dans les temps de vive foi, les douleurs
-étaient patientes; la mort semblait un court divorce; elle séparait,
-mais pour réunir. Un signe de cette foi dans l'âme, dans la réunion des
-âmes, c'est que, jusqu'au douzième siècle, le corps, la dépouille
+<p>Aux premiers âges chrétiens, dans les temps de vive foi, les douleurs
+étaient patientes; la mort semblait un court divorce; elle séparait,
+mais pour réunir. Un signe de cette foi dans l'âme, dans la réunion des
+âmes, c'est que, jusqu'au douzième siècle, le corps, la dépouille
mortelle, semble avoir moins d'importance; elle ne demande pas encore de
-magnifiques tombeaux; cachée dans un coin de l'église, une simple dalle
-la couvre; c'est assez pour la désigner au jour de la résurrection:
+magnifiques tombeaux; cachée dans un coin de l'église, une simple dalle
+la couvre; c'est assez pour la désigner au jour de la résurrection:
<i lang="la">Hinc surrectura</i><a id="footnotetag211" name="footnotetag211"></a><a href="#footnote211" title="Go to footnote 211"><span class="smaller">[211]</span></a>.</p>
-<p>Au temps dont nous écrivons l'histoire, il y avait déjà un changement,
-peu avoué, d'autant plus profond. Même dévotion extérieure, mais la foi
-était <span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p. 128)</span> moins vive; au plus profond des cours, à leur insu,
-l'espoir faiblissait. La douleur ne se laissait plus aisément charmer
+<p>Au temps dont nous écrivons l'histoire, il y avait déjà un changement,
+peu avoué, d'autant plus profond. Même dévotion extérieure, mais la foi
+était <span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p. 128)</span> moins vive; au plus profond des cours, à leur insu,
+l'espoir faiblissait. La douleur ne se laissait plus aisément charmer
aux promesses de l'avenir; aux pieuses consolations, elle opposait la
-mot de Valentine: «Rien ne m'est plus, plus ne m'est rien<a id="footnotetag212" name="footnotetag212"></a><a href="#footnote212" title="Go to footnote 212"><span class="smaller">[212]</span></a>.»</p>
+mot de Valentine: «Rien ne m'est plus, plus ne m'est rien<a id="footnotetag212" name="footnotetag212"></a><a href="#footnote212" title="Go to footnote 212"><span class="smaller">[212]</span></a>.»</p>
-<p>S'il lui restait quelque chose, c'était de parer la triste dépouille, de
-glorifier les restes, de faire de la tombe une chapelle, une église,
+<p>S'il lui restait quelque chose, c'était de parer la triste dépouille, de
+glorifier les restes, de faire de la tombe une chapelle, une église,
dont ce mort serait le dieu.</p>
-<p>Vains amusements de la douleur, qui ne l'arrêtent pas longtemps. Quelque
-profond que soit le sépulcre, elle n'en ressent pas moins à travers les
+<p>Vains amusements de la douleur, qui ne l'arrêtent pas longtemps. Quelque
+profond que soit le sépulcre, elle n'en ressent pas moins à travers les
puissantes attractions de la mort; elle les suit... La veuve du duc
-d'Orléans vécut ce que dura sa robe de deuil.</p>
+d'Orléans vécut ce que dura sa robe de deuil.</p>
-<p>C'est que les mots de l'union: <em>Vous devenez même chair</em>, ils ne sont
+<p>C'est que les mots de l'union: <em>Vous devenez même chair</em>, ils ne sont
pas un vain son; ils durent pour celui qui survit. Qu'ils aient donc
-leur effet suprême!... Jusque-là, il va chaque jour heurter cette tombe
-à l'aveugle, l'interroger, lui demander compte... Elle ne sait que
-répondre; il aurait beau la briser, qu'elle n'en dirait pas davantage...
-En vain, s'obstinant à douter, s'irritant, niant la mort, il arrache
-l'odieuse pierre; en vain, parmi les défaillances de la douleur et de la
-nature, il ose soulever le linceul, et montrant à la lumière ce qu'elle
+leur effet suprême!... Jusque-là, il va chaque jour heurter cette tombe
+à l'aveugle, l'interroger, lui demander compte... Elle ne sait que
+répondre; il aurait beau la briser, qu'elle n'en dirait pas davantage...
+En vain, s'obstinant à douter, s'irritant, niant la mort, il arrache
+l'odieuse pierre; en vain, parmi les défaillances de la douleur et de la
+nature, il ose soulever le linceul, et montrant à la lumière ce qu'elle
ne voudrait pas voir, il dispute aux vers le je ne sais quoi, informe et
-terrible, qui fut Inès de Castro<a id="footnotetag213" name="footnotetag213"></a><a href="#footnote213" title="Go to footnote 213"><span class="smaller">[213]</span></a>.</p>
+terrible, qui fut Inès de Castro<a id="footnotetag213" name="footnotetag213"></a><a href="#footnote213" title="Go to footnote 213"><span class="smaller">[213]</span></a>.</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p. 129)</span> CHAPITRE II</h3>
-<p class="chaptitle">Lutte des deux partis.&mdash;Cabochiens.&mdash;Essais de réforme dans l'État et
-dans l'Église (1408-1414).</p>
+<p class="chaptitle">Lutte des deux partis.&mdash;Cabochiens.&mdash;Essais de réforme dans l'État et
+dans l'Église (1408-1414).</p>
-<p>L'étranger qui visite la silencieuse Vérone et les tombeaux des La
-Scala, découvre dans un coin une lourde tombe sans nom<a id="footnotetag214" name="footnotetag214"></a><a href="#footnote214" title="Go to footnote 214"><span class="smaller">[214]</span></a>. C'est,
-selon toute apparence, la tombe de l'<em>assassiné</em><a id="footnotetag215" name="footnotetag215"></a><a href="#footnote215" title="Go to footnote 215"><span class="smaller">[215]</span></a>. À côté, s'élève
-un somptueux monument à triple étage de statues, et par-dessus ce
-monument, sur la tête des saints et des prophètes, plane un cavalier de
+<p>L'étranger qui visite la silencieuse Vérone et les tombeaux des La
+Scala, découvre dans un coin une lourde tombe sans nom<a id="footnotetag214" name="footnotetag214"></a><a href="#footnote214" title="Go to footnote 214"><span class="smaller">[214]</span></a>. C'est,
+selon toute apparence, la tombe de l'<em>assassiné</em><a id="footnotetag215" name="footnotetag215"></a><a href="#footnote215" title="Go to footnote 215"><span class="smaller">[215]</span></a>. À côté, s'élève
+un somptueux monument à triple étage de statues, et par-dessus ce
+monument, sur la tête des saints et des prophètes, plane un cavalier de
marbre. C'est la statue de l'assassin. Can Signore de La Scala tua son
-frère dans la rue en plein jour, il lui succéda. Cela ne produisit, ce
-semble, ni étonnement, ni trouble<a id="footnotetag216" name="footnotetag216"></a><a href="#footnote216" title="Go to footnote 216"><span class="smaller">[216]</span></a>. Le meurtrier régna doucement
-pendant seize années, et alors, sentant sa fin venir, il donna ordre à
-ses affaires, fit encore étrangler un de ses frères qu'il tenait
-prisonnier, et laissa la seigneurie de Vérone à son bâtard, comme tout
-bon père de famille laisse son bien à son fils.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p. 130)</span> Les choses ne se passèrent pas ainsi en France à la mort du duc
-d'Orléans. La France n'en prit pas si aisément son parti. S'il n'eut pas
+frère dans la rue en plein jour, il lui succéda. Cela ne produisit, ce
+semble, ni étonnement, ni trouble<a id="footnotetag216" name="footnotetag216"></a><a href="#footnote216" title="Go to footnote 216"><span class="smaller">[216]</span></a>. Le meurtrier régna doucement
+pendant seize années, et alors, sentant sa fin venir, il donna ordre à
+ses affaires, fit encore étrangler un de ses frères qu'il tenait
+prisonnier, et laissa la seigneurie de Vérone à son bâtard, comme tout
+bon père de famille laisse son bien à son fils.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p. 130)</span> Les choses ne se passèrent pas ainsi en France à la mort du duc
+d'Orléans. La France n'en prit pas si aisément son parti. S'il n'eut pas
un tombeau de pierre<a id="footnotetag217" name="footnotetag217"></a><a href="#footnote217" title="Go to footnote 217"><span class="smaller">[217]</span></a>, il en eut un dans les c&oelig;urs. Tout le pays
-sentit le coup et en fut profondément remué, et l'État, et la famille,
+sentit le coup et en fut profondément remué, et l'État, et la famille,
et chaque homme jusqu'aux entrailles. Une dispute, une guerre de trente
-années commença; il en coûta la vie à des millions d'hommes. Cela est
-triste, mais il n'en faut pas moins féliciter la France et la nature
+années commença; il en coûta la vie à des millions d'hommes. Cela est
+triste, mais il n'en faut pas moins féliciter la France et la nature
humaine.</p>
-<p>«Ce n'était pourtant que la mort d'un homme», dit froidement le
+<p>«Ce n'était pourtant que la mort d'un homme», dit froidement le
chroniqueur de la maison de Bourgogne<a id="footnotetag218" name="footnotetag218"></a><a href="#footnote218" title="Go to footnote 218"><span class="smaller">[218]</span></a>. Mais la mort d'un homme est
-un événement immense, lorsqu'elle arrive par un crime; c'est un fait
-terrible sur lequel les sociétés ne doivent se résigner jamais.</p>
+un événement immense, lorsqu'elle arrive par un crime; c'est un fait
+terrible sur lequel les sociétés ne doivent se résigner jamais.</p>
<p>Cette mort engendra la guerre, et la guerre entre les esprits. Toutes
-les questions politiques, morales, religieuses, s'agitèrent à cette
-occasion<a id="footnotetag219" name="footnotetag219"></a><a href="#footnote219" title="Go to footnote 219"><span class="smaller">[219]</span></a>. La grande polémique des temps modernes, elle a commencé
-pour la France par le sentiment du droit, par l'émotion de la nature,
-par la douce et sainte pitié.</p>
+les questions politiques, morales, religieuses, s'agitèrent à cette
+occasion<a id="footnotetag219" name="footnotetag219"></a><a href="#footnote219" title="Go to footnote 219"><span class="smaller">[219]</span></a>. La grande polémique des temps modernes, elle a commencé
+pour la France par le sentiment du droit, par l'émotion de la nature,
+par la douce et sainte pitié.</p>
-<p>Où se livra d'abord ce grand combat? Là même d'où partit le crime, au
+<p>Où se livra d'abord ce grand combat? Là même d'où partit le crime, au
c&oelig;ur du meurtrier. Le lendemain au matin, lorsque tous les parents du
-mort allèrent aux Blancs-Manteaux visiter le corps, et lui donner l'eau
-bénite, le duc de Bourgogne qualifia lui-même l'acte selon la vérité:
-«Jamais plus méchant et <span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>(p. 131)</span> plus traître meurtre n'a été commis en
-ce royaume.» Le vendredi, au convoi, il tenait un des coins du drap
+mort allèrent aux Blancs-Manteaux visiter le corps, et lui donner l'eau
+bénite, le duc de Bourgogne qualifia lui-même l'acte selon la vérité:
+«Jamais plus méchant et <span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>(p. 131)</span> plus traître meurtre n'a été commis en
+ce royaume.» Le vendredi, au convoi, il tenait un des coins du drap
mortuaire et pleurait comme les autres.</p>
-<p>Plus que tous les autres sans doute, et non moins sincèrement. Il n'y
-avait pas là d'hypocrisie. La nature humaine est ainsi faite. Nul doute
-que le meurtrier n'eût voulu alors ressusciter le mort au prix de sa
-vie. Mais cela n'était pas en lui. Il fallait qu'il traînât à jamais ce
-fardeau, qu'à jamais il portât ce pesant drap mortuaire.</p>
+<p>Plus que tous les autres sans doute, et non moins sincèrement. Il n'y
+avait pas là d'hypocrisie. La nature humaine est ainsi faite. Nul doute
+que le meurtrier n'eût voulu alors ressusciter le mort au prix de sa
+vie. Mais cela n'était pas en lui. Il fallait qu'il traînât à jamais ce
+fardeau, qu'à jamais il portât ce pesant drap mortuaire.</p>
<p>Lorsqu'il fut constant que les assassins avaient fui vers la rue
-Mauconseil, où était l'hôtel du duc de Bourgogne, lorsque le prévôt de
-Paris déclara qu'il se faisait fort de trouver les coupables, si on lui
-permettait de fouiller les hôtels des princes, le duc de Bourgogne se
-troubla; il tira à part le duc de Berri et le roi de Sicile, et leur dit
-tout pâle: «C'est moi; le diable m'a tenté<a id="footnotetag220" name="footnotetag220"></a><a href="#footnote220" title="Go to footnote 220"><span class="smaller">[220]</span></a>.» Ils reculèrent; le duc
-de Berri fondit en larmes, et ne dit qu'une parole: «J'ai perdu mes deux
-neveux.»</p>
-
-<p>Le duc de Bourgogne s'en alla accablé, humilié, et l'humiliation le
-changea. L'orgueil tua le remords. Il se souvint qu'il était puissant,
+Mauconseil, où était l'hôtel du duc de Bourgogne, lorsque le prévôt de
+Paris déclara qu'il se faisait fort de trouver les coupables, si on lui
+permettait de fouiller les hôtels des princes, le duc de Bourgogne se
+troubla; il tira à part le duc de Berri et le roi de Sicile, et leur dit
+tout pâle: «C'est moi; le diable m'a tenté<a id="footnotetag220" name="footnotetag220"></a><a href="#footnote220" title="Go to footnote 220"><span class="smaller">[220]</span></a>.» Ils reculèrent; le duc
+de Berri fondit en larmes, et ne dit qu'une parole: «J'ai perdu mes deux
+neveux.»</p>
+
+<p>Le duc de Bourgogne s'en alla accablé, humilié, et l'humiliation le
+changea. L'orgueil tua le remords. Il se souvint qu'il était puissant,
qu'il n'y avait pas de juge pour lui. Il s'endurcit, et puisque enfin le
-coup était fait, le mal irréparable, il résolut de revendiquer son crime
-comme vertu, d'en faire, s'il pouvait, un acte héroïque. Il osa venir au
-conseil. Il en trouva la porte fermée; le duc de Berri l'y retint, en
-lui disant <span class="pagenum"><a id="page132" name="page132"></a>(p. 132)</span> doucement qu'on ne l'y verrait pas avec plaisir. À
-quoi le coupable répondit, avec le masque d'airain qu'il s'était décidé
-à prendre: «Je m'en passerai volontiers, monsieur; qu'on n'accusé
-personne de la mort du duc d'Orléans; ce qui s'est fait, c'est moi qui
-l'ai fait faire.»</p>
-
-<p>Avec ce beau semblant d'audace, le duc de Bourgogne n'était pas rassuré.
-Il retourna à son hôtel, monta à cheval et galopa sans s'arrêter
-jusqu'en Flandre. Dès qu'on sut qu'il fuyait, on le poursuivit; cent
-vingt chevaliers du duc d'Orléans coururent après lui. Mais il n'y avait
-pas moyen de l'atteindre; à une heure il était déjà à Bapaume. Il
-ordonna, en mémoire de ce péril, que dorénavant les cloches sonnassent à
-cette heure-là. Cela s'appela longtemps l'Angélus du duc de Bourgogne.</p>
-
-<p>Il avait échappé à ses ennemis, non à lui-même. À peine arrivé à Lille,
-il convoqua ses barons, ses prêtres. Ils lui prouvèrent invinciblement
-qu'il n'avait fait que son devoir, qu'il avait sauvé le roi et le
-royaume. Il reprit courage, rassembla les États de Flandre, d'Artois,
-ceux de Lille et de Douai, et leur en fit répéter autant<a id="footnotetag221" name="footnotetag221"></a><a href="#footnote221" title="Go to footnote 221"><span class="smaller">[221]</span></a>. Il le fit
-dire, prêcher, écrire, et ces écrits furent répandus partout, tant il
+coup était fait, le mal irréparable, il résolut de revendiquer son crime
+comme vertu, d'en faire, s'il pouvait, un acte héroïque. Il osa venir au
+conseil. Il en trouva la porte fermée; le duc de Berri l'y retint, en
+lui disant <span class="pagenum"><a id="page132" name="page132"></a>(p. 132)</span> doucement qu'on ne l'y verrait pas avec plaisir. À
+quoi le coupable répondit, avec le masque d'airain qu'il s'était décidé
+à prendre: «Je m'en passerai volontiers, monsieur; qu'on n'accusé
+personne de la mort du duc d'Orléans; ce qui s'est fait, c'est moi qui
+l'ai fait faire.»</p>
+
+<p>Avec ce beau semblant d'audace, le duc de Bourgogne n'était pas rassuré.
+Il retourna à son hôtel, monta à cheval et galopa sans s'arrêter
+jusqu'en Flandre. Dès qu'on sut qu'il fuyait, on le poursuivit; cent
+vingt chevaliers du duc d'Orléans coururent après lui. Mais il n'y avait
+pas moyen de l'atteindre; à une heure il était déjà à Bapaume. Il
+ordonna, en mémoire de ce péril, que dorénavant les cloches sonnassent à
+cette heure-là. Cela s'appela longtemps l'Angélus du duc de Bourgogne.</p>
+
+<p>Il avait échappé à ses ennemis, non à lui-même. À peine arrivé à Lille,
+il convoqua ses barons, ses prêtres. Ils lui prouvèrent invinciblement
+qu'il n'avait fait que son devoir, qu'il avait sauvé le roi et le
+royaume. Il reprit courage, rassembla les États de Flandre, d'Artois,
+ceux de Lille et de Douai, et leur en fit répéter autant<a id="footnotetag221" name="footnotetag221"></a><a href="#footnote221" title="Go to footnote 221"><span class="smaller">[221]</span></a>. Il le fit
+dire, prêcher, écrire, et ces écrits furent répandus partout, tant il
sentait le besoin de mettre son crime en commun avec ses sujets, de se
faire donner par eux l'approbation qu'il ne pouvait plus se donner
-lui-même, d'étouffer sous la voix du peuple la voix de son c&oelig;ur.</p>
+lui-même, d'étouffer sous la voix du peuple la voix de son c&oelig;ur.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p. 133)</span> Entre autres bruits qu'il fit répandre, on dit partout que le
-duc d'Orléans depuis longtemps lui dressait des embûches, qu'il n'avait
-fait que le prévenir<a id="footnotetag222" name="footnotetag222"></a><a href="#footnote222" title="Go to footnote 222"><span class="smaller">[222]</span></a>. Il fit croire cette grossière invention aux
-braves Flamands; sans doute il eût bien voulu y croire aussi.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p. 133)</span> Entre autres bruits qu'il fit répandre, on dit partout que le
+duc d'Orléans depuis longtemps lui dressait des embûches, qu'il n'avait
+fait que le prévenir<a id="footnotetag222" name="footnotetag222"></a><a href="#footnote222" title="Go to footnote 222"><span class="smaller">[222]</span></a>. Il fit croire cette grossière invention aux
+braves Flamands; sans doute il eût bien voulu y croire aussi.</p>
-<p>Cependant l'émotion du tragique événement ne s'affaiblissait pas dans
-Paris. Ceux même qui regardaient le duc d'Orléans comme l'auteur de tant
-d'impôts, et qui peut-être s'étaient réjouis tout bas de sa mort, ne
-purent voir, sans être touchés, sa veuve et ses enfants qui vinrent
+<p>Cependant l'émotion du tragique événement ne s'affaiblissait pas dans
+Paris. Ceux même qui regardaient le duc d'Orléans comme l'auteur de tant
+d'impôts, et qui peut-être s'étaient réjouis tout bas de sa mort, ne
+purent voir, sans être touchés, sa veuve et ses enfants qui vinrent
demander justice. La pauvre veuve, madame Valentine, amenait avec elle
-son second fils, sa fille et madame Isabeau de France, fiancée au jeune
-duc d'Orléans, et déjà veuve elle-même, à quinze ans, d'un autre
-assassiné, du roi d'Angleterre Richard II. Le roi de Sicile, le duc de
-Berri, le duc de Bourbon, le comte de Clermont, le connétable, allèrent
-au-devant. La litière était couverte de drap noir et traînée par quatre
-chevaux blancs. La duchesse était en grand deuil, ainsi que ses enfants
-et sa suite; ce triste cortège entra à Paris le 10 décembre, par le plus
-triste et plus rude hiver qu'on eût vu depuis plusieurs siècles<a id="footnotetag223" name="footnotetag223"></a><a href="#footnote223" title="Go to footnote 223"><span class="smaller">[223]</span></a>.</p>
-
-<p>Descendue à l'hôtel Saint-Paul, elle se jeta à genoux en pleurant devant
-le roi, qui pleurait aussi. Deux jours après elle revint par-devant le
+son second fils, sa fille et madame Isabeau de France, fiancée au jeune
+duc d'Orléans, et déjà veuve elle-même, à quinze ans, d'un autre
+assassiné, du roi d'Angleterre Richard II. Le roi de Sicile, le duc de
+Berri, le duc de Bourbon, le comte de Clermont, le connétable, allèrent
+au-devant. La litière était couverte de drap noir et traînée par quatre
+chevaux blancs. La duchesse était en grand deuil, ainsi que ses enfants
+et sa suite; ce triste cortège entra à Paris le 10 décembre, par le plus
+triste et plus rude hiver qu'on eût vu depuis plusieurs siècles<a id="footnotetag223" name="footnotetag223"></a><a href="#footnote223" title="Go to footnote 223"><span class="smaller">[223]</span></a>.</p>
+
+<p>Descendue à l'hôtel Saint-Paul, elle se jeta à genoux en pleurant devant
+le roi, qui pleurait aussi. Deux jours après elle revint par-devant le
roi et son conseil, portant plainte et demandant justice. Le discours
-des avocats qui parlèrent pour elle, celui des prédicateurs qui firent
-l'éloge funèbre du duc d'Orléans, <span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p. 134)</span> la lettre que son fils
-répandit quelques années après, sont pleins de choses touchantes et
-d'une naïveté douloureuse.</p>
+des avocats qui parlèrent pour elle, celui des prédicateurs qui firent
+l'éloge funèbre du duc d'Orléans, <span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p. 134)</span> la lettre que son fils
+répandit quelques années après, sont pleins de choses touchantes et
+d'une naïveté douloureuse.</p>
<p class="quote">Vox sanguinis fratris tui clamat ad me de terra.</p>
-<p>«Tu peux, ô roi, dire à la partie adverse cette parole qu'a dite le
-Seigneur à Caïn, après qu'il eut tué son frère... Certes oui, la terre
-crie et le sang réclame; car il ne serait pas un homme naturel, ni d'un
+<p>«Tu peux, ô roi, dire à la partie adverse cette parole qu'a dite le
+Seigneur à Caïn, après qu'il eut tué son frère... Certes oui, la terre
+crie et le sang réclame; car il ne serait pas un homme naturel, ni d'un
sang pur, celui qui n'aurait pas compassion d'une mort si cruelle.</p>
-<p>«Et toi, ô roi Charles de bonne mémoire, si tu vivais maintenant, que
-dirais-tu? quelques larmes pourraient t'apaiser? qui t'empêcherait de
-faire justice d'une telle mort? Hélas! tu as tant aimé, honoré et élevé
-avec tant de soin l'arbre où est né le fruit dont ton fils a reçu la
-mort! Hélas! roi Charles! tu pourrais bien dire comme Jacob: <i lang="la">Fera
-pessima devoravit filium meum</i>: Une bête très mauvaise a dévoré mon
+<p>«Et toi, ô roi Charles de bonne mémoire, si tu vivais maintenant, que
+dirais-tu? quelques larmes pourraient t'apaiser? qui t'empêcherait de
+faire justice d'une telle mort? Hélas! tu as tant aimé, honoré et élevé
+avec tant de soin l'arbre où est né le fruit dont ton fils a reçu la
+mort! Hélas! roi Charles! tu pourrais bien dire comme Jacob: <i lang="la">Fera
+pessima devoravit filium meum</i>: Une bête très mauvaise a dévoré mon
fils.</p>
-<p>«Hélas! il n'y a si pauvre homme, ou de si bas état en ce monde, dont le
-père ou le frère ait été tué si traîtreusement, que ses parents et ses
-amis ne s'engagent à poursuivre l'homicide jusqu'à la mort. Qu'est-ce
-donc quand le malfaiteur persévère et s'obstine dans sa volonté
+<p>«Hélas! il n'y a si pauvre homme, ou de si bas état en ce monde, dont le
+père ou le frère ait été tué si traîtreusement, que ses parents et ses
+amis ne s'engagent à poursuivre l'homicide jusqu'à la mort. Qu'est-ce
+donc quand le malfaiteur persévère et s'obstine dans sa volonté
criminelle?... Pleurez, princes et nobles, car le chemin est ouvert pour
-vous faire mourir en trahison et à l'improviste; pleurez, hommes,
+vous faire mourir en trahison et à l'improviste; pleurez, hommes,
femmes, vieillards et jeunes gens; la douceur de la paix et de la
-tranquillité vous est ôtée, puisque le chemin vous est montré pour
+tranquillité vous est ôtée, puisque le chemin vous est montré pour
occire et porter le glaive <span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p. 135)</span> contre les princes, et qu'ainsi vous
-voilà en guerre, en misère, en voie de destruction.»</p>
+voilà en guerre, en misère, en voie de destruction.»</p>
-<p>La prophétie ne s'accomplit que trop. Celui contre lequel on venait
+<p>La prophétie ne s'accomplit que trop. Celui contre lequel on venait
d'accueillir cette plainte, celui qu'on jugeait digne de toute peine,
d'amende honorable, de prison, il n'y eut pas besoin de le poursuivre:
-il revint de lui-même, mais en maître; l'on n'avait que des plaidoiries
-à lui opposer. Il revint, malgré les plus expresses défenses, entouré
-d'hommes d'armes, et fit mettre sur la porte de son hôtel deux fers de
-lance, l'un affilé, l'autre émoussé<a id="footnotetag224" name="footnotetag224"></a><a href="#footnote224" title="Go to footnote 224"><span class="smaller">[224]</span></a>, pour dire qu'il était prêt à
-la guerre et à la paix, qu'il combattrait aux armes courtoises, ou, si
-l'on aimait mieux, à mort. Les princes avaient été jusqu'à Amiens pour
-l'empêcher de venir. Il leur donna des fêtes, leur fit entendre
-d'excellente musique, et continua sa route jusqu'à Saint-Denis, où il
-fit ses dévotions. Là, nouvelle défense des princes<a id="footnotetag225" name="footnotetag225"></a><a href="#footnote225" title="Go to footnote 225"><span class="smaller">[225]</span></a>. Mais il
-n'entra pas moins à Paris. Il se trouva des gens pour crier: «Noël au
-bon duc<a id="footnotetag226" name="footnotetag226"></a><a href="#footnote226" title="Go to footnote 226"><span class="smaller">[226]</span></a>!» Le peuple croyait qu'il allait supprimer les taxes. Les
+il revint de lui-même, mais en maître; l'on n'avait que des plaidoiries
+à lui opposer. Il revint, malgré les plus expresses défenses, entouré
+d'hommes d'armes, et fit mettre sur la porte de son hôtel deux fers de
+lance, l'un affilé, l'autre émoussé<a id="footnotetag224" name="footnotetag224"></a><a href="#footnote224" title="Go to footnote 224"><span class="smaller">[224]</span></a>, pour dire qu'il était prêt à
+la guerre et à la paix, qu'il combattrait aux armes courtoises, ou, si
+l'on aimait mieux, à mort. Les princes avaient été jusqu'à Amiens pour
+l'empêcher de venir. Il leur donna des fêtes, leur fit entendre
+d'excellente musique, et continua sa route jusqu'à Saint-Denis, où il
+fit ses dévotions. Là, nouvelle défense des princes<a id="footnotetag225" name="footnotetag225"></a><a href="#footnote225" title="Go to footnote 225"><span class="smaller">[225]</span></a>. Mais il
+n'entra pas moins à Paris. Il se trouva des gens pour crier: «Noël au
+bon duc<a id="footnotetag226" name="footnotetag226"></a><a href="#footnote226" title="Go to footnote 226"><span class="smaller">[226]</span></a>!» Le peuple croyait qu'il allait supprimer les taxes. Les
princes l'accueillirent. La reine, chose odieuse, se contraignit au
point de lui faire bonne mine.</p>
-<p>Tout semblait rassurant; et pourtant, en entrant dans la ville où l'acte
-avait été commis, il ne pouvait s'empêcher de trembler. Il alla droit à
-son hôtel, fit <span class="pagenum"><a id="page136" name="page136"></a>(p. 136)</span> camper toutes ses troupes autour. Mais son hôtel
-ne lui semblait pas sûr. Il fallut, pour calmer son imagination, que
-dans son hôtel même on lui bâtit une chambre toute en pierres de taille,
-et forte comme une tour<a id="footnotetag227" name="footnotetag227"></a><a href="#footnote227" title="Go to footnote 227"><span class="smaller">[227]</span></a>. Pendant que ses maçons travaillaient à
-défendre le corps, ses théologiens faisaient ce qu'ils pouvaient pour
-cuirasser l'âme. Déjà il avait les certificats de ses docteurs de
-Flandre; mais il voulait celui de l'Université, une bonne justification
-solennelle en présence du roi, des princes, du peuple, qui
+<p>Tout semblait rassurant; et pourtant, en entrant dans la ville où l'acte
+avait été commis, il ne pouvait s'empêcher de trembler. Il alla droit à
+son hôtel, fit <span class="pagenum"><a id="page136" name="page136"></a>(p. 136)</span> camper toutes ses troupes autour. Mais son hôtel
+ne lui semblait pas sûr. Il fallut, pour calmer son imagination, que
+dans son hôtel même on lui bâtit une chambre toute en pierres de taille,
+et forte comme une tour<a id="footnotetag227" name="footnotetag227"></a><a href="#footnote227" title="Go to footnote 227"><span class="smaller">[227]</span></a>. Pendant que ses maçons travaillaient à
+défendre le corps, ses théologiens faisaient ce qu'ils pouvaient pour
+cuirasser l'âme. Déjà il avait les certificats de ses docteurs de
+Flandre; mais il voulait celui de l'Université, une bonne justification
+solennelle en présence du roi, des princes, du peuple, qui
approuveraient, au moins par leur silence. Il fallait que le monde
-entier suât à laver cette tache.</p>
+entier suât à laver cette tache.</p>
-<p>Le duc de Bourgogne ne pouvait manquer de défenseurs parmi les gens de
-l'Université. Son père et lui avaient toujours été liés avec ce corps
-par la haine commune du duc d'Orléans et de son pape Benoît XIII. Ils
-avaient protégé les principaux docteurs. Philippe-le-Hardi avait donné
-un bénéfice au célèbre Jean Gerson<a id="footnotetag228" name="footnotetag228"></a><a href="#footnote228" title="Go to footnote 228"><span class="smaller">[228]</span></a>; son successeur pensionnait le
+<p>Le duc de Bourgogne ne pouvait manquer de défenseurs parmi les gens de
+l'Université. Son père et lui avaient toujours été liés avec ce corps
+par la haine commune du duc d'Orléans et de son pape Benoît XIII. Ils
+avaient protégé les principaux docteurs. Philippe-le-Hardi avait donné
+un bénéfice au célèbre Jean Gerson<a id="footnotetag228" name="footnotetag228"></a><a href="#footnote228" title="Go to footnote 228"><span class="smaller">[228]</span></a>; son successeur pensionnait le
cordelier Jean Petit, tous deux grands adversaires du pape.</p>
-<p>Toutefois, pour soutenir cette thèse que le partisan du pape avait été
-bien et justement tué, il fallait trouver un aveugle et violent
-logicien, capable de suivre intrépidement le raisonnement contre la
-raison, l'esprit de corps et de parti contre l'humanité et la nature.</p>
+<p>Toutefois, pour soutenir cette thèse que le partisan du pape avait été
+bien et justement tué, il fallait trouver un aveugle et violent
+logicien, capable de suivre intrépidement le raisonnement contre la
+raison, l'esprit de corps et de parti contre l'humanité et la nature.</p>
-<p>Cette logique n'était pas celle des grands docteurs de l'Université,
-Gerson, d'Ailly, Clémengis. Ils restèrent <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p. 137)</span> plutôt dans
-l'inconséquence; dans leur plus grande passion, ils ne furent jamais
-aveuglés. D'Ailly et Clémengis écrivirent contre le pape; puis, quand
-ils craignirent d'avoir ébranlé l'Église même, ils se rallièrent à la
-papauté. Gerson attaqua le duc d'Orléans pour ses exactions; puis il
-pleura l'aimable prince, il fit son oraison funèbre.</p>
+<p>Cette logique n'était pas celle des grands docteurs de l'Université,
+Gerson, d'Ailly, Clémengis. Ils restèrent <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p. 137)</span> plutôt dans
+l'inconséquence; dans leur plus grande passion, ils ne furent jamais
+aveuglés. D'Ailly et Clémengis écrivirent contre le pape; puis, quand
+ils craignirent d'avoir ébranlé l'Église même, ils se rallièrent à la
+papauté. Gerson attaqua le duc d'Orléans pour ses exactions; puis il
+pleura l'aimable prince, il fit son oraison funèbre.</p>
<p>Au-dessous de ces illustres docteurs, en qui le bon sens et le bon
-c&oelig;ur firent toujours équilibre à la dialectique, se trouvaient les
+c&oelig;ur firent toujours équilibre à la dialectique, se trouvaient les
vrais scolastiques, les subtils, les violents, qui paraissaient les
-forts, les grands hommes du temps qui n'ont pas été ceux de l'avenir.
-Ceux-ci étaient généralement plus jeunes que Gerson, qui lui-même était
-disciple de Pierre d'Ailly et de Clémengis. Ces violents étaient donc la
-troisième génération dans cette longue polémique, d'autant plus violents
-qu'ils y venaient tard. Ainsi la Constituante fut dépassée par la jeune
-Législative, celle-ci par la très jeune Convention.</p>
-
-<p>Ces hommes n'étaient pas des misérables, des hommes mercenaires, comme
-on l'a dit, mais généralement de jeunes docteurs, estimés pour la
-sévérité de leurs m&oelig;urs, pour la subtilité de leur esprit, pour leur
-faconde. Les uns étaient des moines comme le cordelier Jean Petit, comme
+forts, les grands hommes du temps qui n'ont pas été ceux de l'avenir.
+Ceux-ci étaient généralement plus jeunes que Gerson, qui lui-même était
+disciple de Pierre d'Ailly et de Clémengis. Ces violents étaient donc la
+troisième génération dans cette longue polémique, d'autant plus violents
+qu'ils y venaient tard. Ainsi la Constituante fut dépassée par la jeune
+Législative, celle-ci par la très jeune Convention.</p>
+
+<p>Ces hommes n'étaient pas des misérables, des hommes mercenaires, comme
+on l'a dit, mais généralement de jeunes docteurs, estimés pour la
+sévérité de leurs m&oelig;urs, pour la subtilité de leur esprit, pour leur
+faconde. Les uns étaient des moines comme le cordelier Jean Petit, comme
le carme Pavilly, l'orateur des bouchers, le harangueur de la Terreur de
-1413. Les autres furent les meneurs des conciles, et marquèrent comme
-prélats; tels furent, au concile de Constance, Courcelles et Pierre
-Cauchon, qui déposèrent le pape Jean XXIII et jugèrent la Pucelle.</p>
+1413. Les autres furent les meneurs des conciles, et marquèrent comme
+prélats; tels furent, au concile de Constance, Courcelles et Pierre
+Cauchon, qui déposèrent le pape Jean XXIII et jugèrent la Pucelle.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p. 138)</span> L'apologiste du duc de Bourgogne, Jean Petit, était un Normand,
-animé d'un âpre esprit normand, un moine mendiant, de la pauvre et sale
-famille de saint François. Ces cordeliers, d'autant plus hardis qu'ils
+<p><span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p. 138)</span> L'apologiste du duc de Bourgogne, Jean Petit, était un Normand,
+animé d'un âpre esprit normand, un moine mendiant, de la pauvre et sale
+famille de saint François. Ces cordeliers, d'autant plus hardis qu'ils
n'avaient que leur corde et leurs sandales, se jetaient volontiers en
-avant. Au quatorzième siècle, ils avaient été pour la plupart
-visionnaires, mystiques, malades et fols de l'amour de Dieu; ils étaient
-alors ennemis de l'Université. Mais, à mesure que le mysticisme fit
-place à la grande polémique du schisme, ils furent du parti de
-l'Université, et au delà. Le cordelier Jean Petit n'avait pas le moyen
-d'étudier; il fut soutenu par le duc de Bourgogne, qui l'aida à prendre
-ses grades et lui fit une pension<a id="footnotetag229" name="footnotetag229"></a><a href="#footnote229" title="Go to footnote 229"><span class="smaller">[229]</span></a>. À peine docteur, il se fit
-remarquer par sa violence. L'Université l'envoya parmi ceux de ses
-membres qu'elle députait aux papes. Lorsque l'assemblée du clergé de
-France, en 1406, flottait et n'osait se déclarer entre l'Université de
-Paris qui attaquait le pape Benoît, et celle de Toulouse qui le
-défendait, Jean Petit prêcha avec la fureur burlesque d'un prédicateur
-de carrefour «contre les farces et tours de passe-passe de Pierre de la
-Lune, dit Benoît». Il demanda et obtint que le parlement fît brûler la
-lettre de l'université de Toulouse. C'est alors que le parti de Benoît
-et du duc d'Orléans fut jugé vaincu, que les gens avisés le
-quittèrent<a id="footnotetag230" name="footnotetag230"></a><a href="#footnote230" title="Go to footnote 230"><span class="smaller">[230]</span></a>, que ses ennemis s'enhardirent, et que, la suspension
-des prédications ayant suffisamment irrité le peuple, on crut pouvoir
-<span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p. 139)</span> enfin tuer celui qu'on désignait depuis longtemps à la haine
+avant. Au quatorzième siècle, ils avaient été pour la plupart
+visionnaires, mystiques, malades et fols de l'amour de Dieu; ils étaient
+alors ennemis de l'Université. Mais, à mesure que le mysticisme fit
+place à la grande polémique du schisme, ils furent du parti de
+l'Université, et au delà. Le cordelier Jean Petit n'avait pas le moyen
+d'étudier; il fut soutenu par le duc de Bourgogne, qui l'aida à prendre
+ses grades et lui fit une pension<a id="footnotetag229" name="footnotetag229"></a><a href="#footnote229" title="Go to footnote 229"><span class="smaller">[229]</span></a>. À peine docteur, il se fit
+remarquer par sa violence. L'Université l'envoya parmi ceux de ses
+membres qu'elle députait aux papes. Lorsque l'assemblée du clergé de
+France, en 1406, flottait et n'osait se déclarer entre l'Université de
+Paris qui attaquait le pape Benoît, et celle de Toulouse qui le
+défendait, Jean Petit prêcha avec la fureur burlesque d'un prédicateur
+de carrefour «contre les farces et tours de passe-passe de Pierre de la
+Lune, dit Benoît». Il demanda et obtint que le parlement fît brûler la
+lettre de l'université de Toulouse. C'est alors que le parti de Benoît
+et du duc d'Orléans fut jugé vaincu, que les gens avisés le
+quittèrent<a id="footnotetag230" name="footnotetag230"></a><a href="#footnote230" title="Go to footnote 230"><span class="smaller">[230]</span></a>, que ses ennemis s'enhardirent, et que, la suspension
+des prédications ayant suffisamment irrité le peuple, on crut pouvoir
+<span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p. 139)</span> enfin tuer celui qu'on désignait depuis longtemps à la haine
comme l'auteur des taxes et le complice du schisme.</p>
-<p>L'Université avait récemment arraché au roi l'ordre de contraindre par
-corps le pape qui refusait de céder. Ce pape avait été jugé
+<p>L'Université avait récemment arraché au roi l'ordre de contraindre par
+corps le pape qui refusait de céder. Ce pape avait été jugé
schismatique, et ses partisans schismatiques. Par deux fois on essaya
-d'exécuter cette contrainte par l'épée. La mort d'un prince qui
-soutenait le pape semblait aux universitaires un résultat naturel de
-cette condamnation du pape; c'était aussi une contrainte par corps.</p>
+d'exécuter cette contrainte par l'épée. La mort d'un prince qui
+soutenait le pape semblait aux universitaires un résultat naturel de
+cette condamnation du pape; c'était aussi une contrainte par corps.</p>
<p>Je n'ai pas le courage de reproduire la longue harangue par laquelle
Jean Petit entreprit de justifier le meurtre. Il faut dire pourtant que,
-si ce discours parut odieux à beaucoup de gens, personne ne le trouva
-ridicule. Il est divisé et subdivisé selon la méthode scolastique, la
+si ce discours parut odieux à beaucoup de gens, personne ne le trouva
+ridicule. Il est divisé et subdivisé selon la méthode scolastique, la
seule que l'on suivit alors.</p>
-<p>Il prit pour texte ces paroles de l'Apôtre: «La convoitise est la racine
-de tous maux.» Il déduisait de là doctement une majeure en quatre
+<p>Il prit pour texte ces paroles de l'Apôtre: «La convoitise est la racine
+de tous maux.» Il déduisait de là doctement une majeure en quatre
parties, que la mineure devait appliquer. La mineure avait quatre
-parties de même pour établir que le duc d'Orléans tombant dans les
-quatre genres de convoitise, concupiscence, etc., s'était rendu coupable
-de lèse-majesté en quatre degrés. Il établissait, par le témoignage des
-philosophes, des Pères de l'Église et de la sainte Écriture qu'il était
-non seulement permis, mais honorable et méritoire de tuer un
-tyran<a id="footnotetag231" name="footnotetag231"></a><a href="#footnote231" title="Go to footnote 231"><span class="smaller">[231]</span></a>. À cela il apportait douze <span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>(p. 140)</span> raisons en l'honneur des
-douze apôtres, appuyées de nombreux exemples bibliques.</p>
-
-<p>Cet épouvantable fatras n'a pas moins de quatre-vingt-trois pages dans
-Monstrelet. Le copier, ce serait à en vomir. Il faut résumer. Tout peut
-se réduire à trois points:</p>
-
-<p>1. Le duc de Bourgogne a tué <em>pour Dieu</em><a id="footnotetag232" name="footnotetag232"></a><a href="#footnote232" title="Go to footnote 232"><span class="smaller">[232]</span></a>. Ainsi Judith, etc. Le duc
-d'Orléans n'était pas seulement l'ennemi du peuple de Dieu, comme
-Holopherne. Il était l'ennemi de Dieu, l'ami du Diable; il était
-sorcier<a id="footnotetag233" name="footnotetag233"></a><a href="#footnote233" title="Go to footnote 233"><span class="smaller">[233]</span></a>. La diablesse Vénus lui avait donné un talisman pour se
+parties de même pour établir que le duc d'Orléans tombant dans les
+quatre genres de convoitise, concupiscence, etc., s'était rendu coupable
+de lèse-majesté en quatre degrés. Il établissait, par le témoignage des
+philosophes, des Pères de l'Église et de la sainte Écriture qu'il était
+non seulement permis, mais honorable et méritoire de tuer un
+tyran<a id="footnotetag231" name="footnotetag231"></a><a href="#footnote231" title="Go to footnote 231"><span class="smaller">[231]</span></a>. À cela il apportait douze <span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>(p. 140)</span> raisons en l'honneur des
+douze apôtres, appuyées de nombreux exemples bibliques.</p>
+
+<p>Cet épouvantable fatras n'a pas moins de quatre-vingt-trois pages dans
+Monstrelet. Le copier, ce serait à en vomir. Il faut résumer. Tout peut
+se réduire à trois points:</p>
+
+<p>1. Le duc de Bourgogne a tué <em>pour Dieu</em><a id="footnotetag232" name="footnotetag232"></a><a href="#footnote232" title="Go to footnote 232"><span class="smaller">[232]</span></a>. Ainsi Judith, etc. Le duc
+d'Orléans n'était pas seulement l'ennemi du peuple de Dieu, comme
+Holopherne. Il était l'ennemi de Dieu, l'ami du Diable; il était
+sorcier<a id="footnotetag233" name="footnotetag233"></a><a href="#footnote233" title="Go to footnote 233"><span class="smaller">[233]</span></a>. La diablesse Vénus lui avait donné un talisman pour se
faire aimer, etc.</p>
-<p>2. Le duc de Bourgogne a tué <em>pour le roi</em>. Il a, comme bon vassal,
-sauvé son suzerain des entreprises d'un vassal félon.</p>
+<p>2. Le duc de Bourgogne a tué <em>pour le roi</em>. Il a, comme bon vassal,
+sauvé son suzerain des entreprises d'un vassal félon.</p>
-<p>3. Il a tué <em>pour la chose publique</em>, et comme bon citoyen. Le duc
-d'Orléans était un tyran. Le tyran doit être tué, etc.<a id="footnotetag234" name="footnotetag234"></a><a href="#footnote234" title="Go to footnote 234"><span class="smaller">[234]</span></a>.</p>
+<p>3. Il a tué <em>pour la chose publique</em>, et comme bon citoyen. Le duc
+d'Orléans était un tyran. Le tyran doit être tué, etc.<a id="footnotetag234" name="footnotetag234"></a><a href="#footnote234" title="Go to footnote 234"><span class="smaller">[234]</span></a>.</p>
<p>Mais il faut lire l'original. Il faut voir dans sa laideur ce monstrueux
-accouplement des droits et des systèmes contraires. Le cruel raisonneur
-prend indifféremment, et partout, tout ce qui peut, tant bien que mal,
-fonder le droit de tuer; tradition biblique, classique, féodale, tout
+accouplement des droits et des systèmes contraires. Le cruel raisonneur
+prend indifféremment, et partout, tout ce qui peut, tant bien que mal,
+fonder le droit de tuer; tradition biblique, classique, féodale, tout
lui est bon, pourvu qu'on tue.</p>
-<p>Le discours de Jean Petit ne mériterait guère d'attention, <span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>(p. 141)</span> si
-c'était l'&oelig;uvre individuelle du pédant, l'indigeste avorton éclos du
+<p>Le discours de Jean Petit ne mériterait guère d'attention, <span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>(p. 141)</span> si
+c'était l'&oelig;uvre individuelle du pédant, l'indigeste avorton éclos du
cerveau d'un cuistre. Mais non; il ne faut pas oublier que Jean Petit
-était un docteur très important, très autorisé. Cette monstrueuse
-laideur de confusion et d'incohérence, ce mélange sauvage de tant de
-choses mal comprises, c'est du siècle, et non de l'homme. J'y vois la
-grimaçante figure du moyen âge caduque, le masque demi-homme, demi-bête
+était un docteur très important, très autorisé. Cette monstrueuse
+laideur de confusion et d'incohérence, ce mélange sauvage de tant de
+choses mal comprises, c'est du siècle, et non de l'homme. J'y vois la
+grimaçante figure du moyen âge caduque, le masque demi-homme, demi-bête
de la scolastique agonisante.</p>
-<p>L'histoire, au reste, ne présente guère d'objet plus choquant. On rirait
-de ce pêle-mêle d'équivoques, de malentendus, d'histoires travesties, de
-raisonnements cornus, où l'absurde s'appuie magistralement sur le faux.
-On rirait; mais on frémit. Les syllogismes ridicules ont pour majeure
-l'assassinat, et la conclusion y ramène. L'histoire devient ce qu'elle
+<p>L'histoire, au reste, ne présente guère d'objet plus choquant. On rirait
+de ce pêle-mêle d'équivoques, de malentendus, d'histoires travesties, de
+raisonnements cornus, où l'absurde s'appuie magistralement sur le faux.
+On rirait; mais on frémit. Les syllogismes ridicules ont pour majeure
+l'assassinat, et la conclusion y ramène. L'histoire devient ce qu'elle
peut. La fausse science, comme un tyran, la violente et la maltraite.
Elle tronque et taille les faits, comme elle ferait des hommes. Elle tue
-l'empereur Julien avec la lance des croisades; elle égorge César avec le
+l'empereur Julien avec la lance des croisades; elle égorge César avec le
couteau biblique, en sorte que le tout a l'air d'un massacre indistinct
-d'hommes et de doctrines, d'idées et de faits.</p>
-
-<p>Quand il y aurait eu le moindre bon sens dans ce traité de l'assassinat,
-quand les crimes du duc d'Orléans eussent été prouvés et qu'il eût
-mérité la mort, cela ne justifiait pas encore la trahison du duc de
-Bourgogne. Quoi! pour des fautes si anciennes, après une réconciliation
-solennelle, après avoir mangé ensemble et communié de la même hostie!...
-Et l'avoir tué de nuit, en guet-apens, désarmé, était-ce d'un <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p. 142)</span>
-chevalier? Un chevalier devait l'attaquer à armes égales, le tuer en
+d'hommes et de doctrines, d'idées et de faits.</p>
+
+<p>Quand il y aurait eu le moindre bon sens dans ce traité de l'assassinat,
+quand les crimes du duc d'Orléans eussent été prouvés et qu'il eût
+mérité la mort, cela ne justifiait pas encore la trahison du duc de
+Bourgogne. Quoi! pour des fautes si anciennes, après une réconciliation
+solennelle, après avoir mangé ensemble et communié de la même hostie!...
+Et l'avoir tué de nuit, en guet-apens, désarmé, était-ce d'un <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p. 142)</span>
+chevalier? Un chevalier devait l'attaquer à armes égales, le tuer en
champ clos. Un prince, un grand souverain, devait faire la guerre avec
-une armée, vaincre son ennemi en bataille; les batailles sont les duels
+une armée, vaincre son ennemi en bataille; les batailles sont les duels
des rois.</p>
-<p>Au reste, la harangue de Jean Petit était moins une apologie du duc de
-Bourgogne qu'un réquisitoire contre le duc d'Orléans. C'était un outrage
-après la mort, comme si le meurtrier revenait sur cet homme gisant à
-terre, ayant peur qu'il ne revécût, et tâchant de le tuer une seconde
+<p>Au reste, la harangue de Jean Petit était moins une apologie du duc de
+Bourgogne qu'un réquisitoire contre le duc d'Orléans. C'était un outrage
+après la mort, comme si le meurtrier revenait sur cet homme gisant à
+terre, ayant peur qu'il ne revécût, et tâchant de le tuer une seconde
fois.</p>
<p>Le meurtrier n'avait pas besoin d'apologie. Pendant que son docteur
-pérorait, il avait en poche de bonnes lettres de rémission qui le
-rendaient blanc comme neige. Dans ces lettres, le roi déclare que le duc
-lui a exposé comment pour son bien et celui du royaume <em>il a fait mettre
-hors de ce monde</em> son frère le duc d'Orléans; mais il a appris que le
-roi «sur le rapport d'aulcuns ses malveillans... en a pris
-desplaisance... Savoir faisons que nous avons osté et <em>ostons toute
-desplaisance</em> que nous pourrions avoir eue envers lui, etc.<a id="footnotetag235" name="footnotetag235"></a><a href="#footnote235" title="Go to footnote 235"><span class="smaller">[235]</span></a>».</p>
-
-<p>Les gens de l'Université ayant si bien soutenu le duc de Bourgogne, il
-était bien juste qu'il les soutînt à son tour. D'abord il termina à leur
+pérorait, il avait en poche de bonnes lettres de rémission qui le
+rendaient blanc comme neige. Dans ces lettres, le roi déclare que le duc
+lui a exposé comment pour son bien et celui du royaume <em>il a fait mettre
+hors de ce monde</em> son frère le duc d'Orléans; mais il a appris que le
+roi «sur le rapport d'aulcuns ses malveillans... en a pris
+desplaisance... Savoir faisons que nous avons osté et <em>ostons toute
+desplaisance</em> que nous pourrions avoir eue envers lui, etc.<a id="footnotetag235" name="footnotetag235"></a><a href="#footnote235" title="Go to footnote 235"><span class="smaller">[235]</span></a>».</p>
+
+<p>Les gens de l'Université ayant si bien soutenu le duc de Bourgogne, il
+était bien juste qu'il les soutînt à son tour. D'abord il termina à leur
avantage l'affaire qui depuis un an tenait en guerre les deux
-juridictions, civile et ecclésiastique. La première eut tort.
-L'Université, le clergé, allèrent dépendre les deux écoliers <span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p. 143)</span>
-voleurs dont les squelettes branlaient encore à Montfaucon. Tout un
-peuple de prêtres, de moines, de clercs et d'écoliers, animés d'une joie
-frénétique, les mena à travers Paris jusqu'au parvis de Notre-Dame, où
-ils furent remis à la justice ecclésiastique, et déposés aux pieds de
-l'évêque<a id="footnotetag236" name="footnotetag236"></a><a href="#footnote236" title="Go to footnote 236"><span class="smaller">[236]</span></a>. Le prévôt demanda pardon aux recteurs, docteurs et
-régents<a id="footnotetag237" name="footnotetag237"></a><a href="#footnote237" title="Go to footnote 237"><span class="smaller">[237]</span></a>. Ce triomphe des deux cadavres, qui était l'enterrement de
-la justice royale, eut lieu au soleil de mai, attristé par la lueur des
+juridictions, civile et ecclésiastique. La première eut tort.
+L'Université, le clergé, allèrent dépendre les deux écoliers <span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p. 143)</span>
+voleurs dont les squelettes branlaient encore à Montfaucon. Tout un
+peuple de prêtres, de moines, de clercs et d'écoliers, animés d'une joie
+frénétique, les mena à travers Paris jusqu'au parvis de Notre-Dame, où
+ils furent remis à la justice ecclésiastique, et déposés aux pieds de
+l'évêque<a id="footnotetag236" name="footnotetag236"></a><a href="#footnote236" title="Go to footnote 236"><span class="smaller">[236]</span></a>. Le prévôt demanda pardon aux recteurs, docteurs et
+régents<a id="footnotetag237" name="footnotetag237"></a><a href="#footnote237" title="Go to footnote 237"><span class="smaller">[237]</span></a>. Ce triomphe des deux cadavres, qui était l'enterrement de
+la justice royale, eut lieu au soleil de mai, attristé par la lueur des
torches que portait tout ce monde noir.</p>
-<p>Le 14 mai, la veille même de la grande victoire de l'Université, deux
-messagers du pape Benoît XIII avaient eu la hardiesse de venir braver
-dans Paris cette colérique puissance. Ils avaient apporté des bulles
-menaçantes où l'ennemi, qu'on croyait à terre, semblait plus vivant que
-jamais<a id="footnotetag238" name="footnotetag238"></a><a href="#footnote238" title="Go to footnote 238"><span class="smaller">[238]</span></a>. C'était un gentilhomme aragonais (comme son maître Benoît
-XIII) qui avait hasardé ce coup.</p>
+<p>Le 14 mai, la veille même de la grande victoire de l'Université, deux
+messagers du pape Benoît XIII avaient eu la hardiesse de venir braver
+dans Paris cette colérique puissance. Ils avaient apporté des bulles
+menaçantes où l'ennemi, qu'on croyait à terre, semblait plus vivant que
+jamais<a id="footnotetag238" name="footnotetag238"></a><a href="#footnote238" title="Go to footnote 238"><span class="smaller">[238]</span></a>. C'était un gentilhomme aragonais (comme son maître Benoît
+XIII) qui avait hasardé ce coup.</p>
-<p>Une députation de l'Université vint à grand bruit demander justice. Une
-grande assemblée se fit à Saint-Paul en présence du roi, du duc de
-Bourgogne et des princes. Un violent sermon y fut prononcé par
+<p>Une députation de l'Université vint à grand bruit demander justice. Une
+grande assemblée se fit à Saint-Paul en présence du roi, du duc de
+Bourgogne et des princes. Un violent sermon y fut prononcé par
Courtecuisse, qui faisait le pendant du discours de Jean <span class="pagenum"><a id="page144" name="page144"></a>(p. 144)</span>
-Petit. C'était la condamnation du pape, comme l'autre était la
+Petit. C'était la condamnation du pape, comme l'autre était la
condamnation du prince, partisan du pape.</p>
-<p>Le texte était: «Que la douleur en soit pour lui; tombe sur lui son
-iniquité!» Si le pape eût été là, il n'y eût guère eu plus de sûreté
-pour lui que pour le duc d'Orléans. Le pape n'y étant pas, on ne frappa
-que ses bulles. Le chancelier les condamna au nom de l'assemblée, les
-secrétaires royaux y enfoncèrent le canif, et les jetèrent au recteur
+<p>Le texte était: «Que la douleur en soit pour lui; tombe sur lui son
+iniquité!» Si le pape eût été là, il n'y eût guère eu plus de sûreté
+pour lui que pour le duc d'Orléans. Le pape n'y étant pas, on ne frappa
+que ses bulles. Le chancelier les condamna au nom de l'assemblée, les
+secrétaires royaux y enfoncèrent le canif, et les jetèrent au recteur
qui les mit en menus morceaux.</p>
-<p>Ce n'était pas assez de poignarder un parchemin. On envoya ordre à
-Boucicaut d'arrêter le pape; et en attendant, on prit, comme suspects
-d'aimer le pape, l'abbé de Saint-Denis et le doyen de
-Saint-Germain-l'Auxerrois. Saint-Denis étant, comme on l'a vu, fort mal
-avec l'Église de Paris, l'arrestation de l'abbé était populaire. Mais le
-doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois était membre du parlement. Il y avait
-imprudence à l'arrêter; le parlement en garda rancune. Les prisonniers,
-ayant tout à craindre dans ce moment de violence, essayèrent d'apaiser
-l'Université en se réclamant d'elle, et demandant l'adjonction de
-quelques-uns de ses docteurs à la commission qui devait les juger. Ils
-eurent lieu de s'en repentir. Ces scolastiques, étrangers aux lois, aux
+<p>Ce n'était pas assez de poignarder un parchemin. On envoya ordre à
+Boucicaut d'arrêter le pape; et en attendant, on prit, comme suspects
+d'aimer le pape, l'abbé de Saint-Denis et le doyen de
+Saint-Germain-l'Auxerrois. Saint-Denis étant, comme on l'a vu, fort mal
+avec l'Église de Paris, l'arrestation de l'abbé était populaire. Mais le
+doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois était membre du parlement. Il y avait
+imprudence à l'arrêter; le parlement en garda rancune. Les prisonniers,
+ayant tout à craindre dans ce moment de violence, essayèrent d'apaiser
+l'Université en se réclamant d'elle, et demandant l'adjonction de
+quelques-uns de ses docteurs à la commission qui devait les juger. Ils
+eurent lieu de s'en repentir. Ces scolastiques, étrangers aux lois, aux
hommes et aux affaires, ne purent jamais s'accorder avec les juges<a id="footnotetag239" name="footnotetag239"></a><a href="#footnote239" title="Go to footnote 239"><span class="smaller">[239]</span></a>.
-Ils montrèrent autant de gaucherie que de violence, firent arrêter au
+Ils montrèrent autant de gaucherie que de violence, firent arrêter au
hasard nombre de gens. Les prisonniers avaient beau invoquer <span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p. 145)</span>
-le parlement, l'évêque de Paris; les princes même intercédaient. Ces
-implacables pédants ne voulaient point lâcher prise.</p>
+le parlement, l'évêque de Paris; les princes même intercédaient. Ces
+implacables pédants ne voulaient point lâcher prise.</p>
-<p>Le dimanche 25 mai, un professeur de l'Université, Pierre-aux-B&oelig;ufs
+<p>Le dimanche 25 mai, un professeur de l'Université, Pierre-aux-B&oelig;ufs
(cordelier, comme Jean Petit), lut devant le peuple les lettres royaux
-qui déclaraient que dorénavant on n'obéirait ni à l'un ni à l'autre
-pape. Cela s'appela l'acte de Neutralité. Aucune salle, aucune place
-n'aurait contenu la foule. La lecture se fit à la <em>culture</em> de
+qui déclaraient que dorénavant on n'obéirait ni à l'un ni à l'autre
+pape. Cela s'appela l'acte de Neutralité. Aucune salle, aucune place
+n'aurait contenu la foule. La lecture se fit à la <em>culture</em> de
Saint-Martin-des-Champs. Cette ordonnance n'est point dans le style
-ordinaire des lois. C'est visiblement un factum de l'Université,
-violent, âcre, et qui n'est pas sans éloquence: «Qu'ils tombent, qu'ils
-périssent, plutôt que l'unité de l'Église. Qu'on n'entende plus la voix
-de la marâtre: <em>Coupez l'enfant, et qu'il ne soit ni à moi, ni à elle</em>;
-mais la voix de la bonne mère: <em>Donnez-le lui plutôt tout entier...</em>»</p>
-
-<p>On ne s'en tint pas à des paroles. Un concile assemblé dans la
-Sainte-Chapelle détermina comment l'Église se gouvernerait dans la
-vacance du Saint-Siège. Benoît ne put être atteint; il se sauva à
-Perpignan, entre le royaume d'Aragon, son pays, où il était soutenu, et
-la France, où il guerroyait contre le concile à force de bulles. Mais
-ses deux messagers furent pris, et traînés par les rues dans un étrange
-accoutrement; ils étaient coiffés de tiares de papier, vêtus de
-dalmatiques noires aux armes de Pierre de Luna, et de plus chargés
-d'écriteaux qui les qualifiaient traîtres et messagers d'un traître.
-Ainsi équipés, ils furent mis dans un tombereau de boueurs, piloriés
-<span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>(p. 146)</span> dans la cour du Palais, parmi les huées du peuple, qui
-s'habituait à mépriser les insignes du pontificat<a id="footnotetag240" name="footnotetag240"></a><a href="#footnote240" title="Go to footnote 240"><span class="smaller">[240]</span></a>. Le dimanche
-suivant, même scène au parvis Notre-Dame: un moine trinitaire, régent de
-théologie, invectiva contre eux et contre le pape, avec une violence
+ordinaire des lois. C'est visiblement un factum de l'Université,
+violent, âcre, et qui n'est pas sans éloquence: «Qu'ils tombent, qu'ils
+périssent, plutôt que l'unité de l'Église. Qu'on n'entende plus la voix
+de la marâtre: <em>Coupez l'enfant, et qu'il ne soit ni à moi, ni à elle</em>;
+mais la voix de la bonne mère: <em>Donnez-le lui plutôt tout entier...</em>»</p>
+
+<p>On ne s'en tint pas à des paroles. Un concile assemblé dans la
+Sainte-Chapelle détermina comment l'Église se gouvernerait dans la
+vacance du Saint-Siège. Benoît ne put être atteint; il se sauva à
+Perpignan, entre le royaume d'Aragon, son pays, où il était soutenu, et
+la France, où il guerroyait contre le concile à force de bulles. Mais
+ses deux messagers furent pris, et traînés par les rues dans un étrange
+accoutrement; ils étaient coiffés de tiares de papier, vêtus de
+dalmatiques noires aux armes de Pierre de Luna, et de plus chargés
+d'écriteaux qui les qualifiaient traîtres et messagers d'un traître.
+Ainsi équipés, ils furent mis dans un tombereau de boueurs, piloriés
+<span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>(p. 146)</span> dans la cour du Palais, parmi les huées du peuple, qui
+s'habituait à mépriser les insignes du pontificat<a id="footnotetag240" name="footnotetag240"></a><a href="#footnote240" title="Go to footnote 240"><span class="smaller">[240]</span></a>. Le dimanche
+suivant, même scène au parvis Notre-Dame: un moine trinitaire, régent de
+théologie, invectiva contre eux et contre le pape, avec une violence
furieuse et des farces de bateleur, le tout dans une langue si fangeuse,
-que bonne part de cette boue retombait sur l'Université<a id="footnotetag241" name="footnotetag241"></a><a href="#footnote241" title="Go to footnote 241"><span class="smaller">[241]</span></a>.</p>
+que bonne part de cette boue retombait sur l'Université<a id="footnotetag241" name="footnotetag241"></a><a href="#footnote241" title="Go to footnote 241"><span class="smaller">[241]</span></a>.</p>
-<p>Le pape de Rome, le pape d'Avignon, étaient tous les deux en fuite;
-leurs cardinaux avaient déserté. La reine s'enfuit aussi, emmenant de
+<p>Le pape de Rome, le pape d'Avignon, étaient tous les deux en fuite;
+leurs cardinaux avaient déserté. La reine s'enfuit aussi, emmenant de
Paris le dauphin, gendre du duc de Bourgogne. Les ducs d'Anjou (roi de
-Sicile), de Berri et de Bretagne ne tardèrent pas à les suivre. Le duc
-de Bourgogne allait se trouver seul de tous les princes à Paris, ayant
-toutefois dans les mains le roi, le concile, l'Université. Lâcher le roi
-et Paris, c'était risquer beaucoup. Cependant il ne pouvait plus
+Sicile), de Berri et de Bretagne ne tardèrent pas à les suivre. Le duc
+de Bourgogne allait se trouver seul de tous les princes à Paris, ayant
+toutefois dans les mains le roi, le concile, l'Université. Lâcher le roi
+et Paris, c'était risquer beaucoup. Cependant il ne pouvait plus
remettre son retour aux Pays-Bas. Pendant qu'il faisait ici la guerre au
-pape et écoutait les prolixes harangues des docteurs, le parti de Benoît
-et d'Orléans se fortifiait à Liège. Le jeune évêque de Liège, son cousin
-Jean de Bavière, ne pouvait plus résister<a id="footnotetag242" name="footnotetag242"></a><a href="#footnote242" title="Go to footnote 242"><span class="smaller">[242]</span></a>. Les Liégeois étaient
-menés par un homme de tête et de main, le sire de Perweiss, père de
-l'autre prétendant à l'évêché de Liège; il appelait les Allemands; il
-faisait venir des archers anglais. Le Brabant était en péril. Que
-serait-il advenu si la <span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>(p. 147)</span> Flandre avait pris parti pour Liège, si
-les gens de Gand s'étaient souvenus que les Liégeois leur avaient envoyé
+pape et écoutait les prolixes harangues des docteurs, le parti de Benoît
+et d'Orléans se fortifiait à Liège. Le jeune évêque de Liège, son cousin
+Jean de Bavière, ne pouvait plus résister<a id="footnotetag242" name="footnotetag242"></a><a href="#footnote242" title="Go to footnote 242"><span class="smaller">[242]</span></a>. Les Liégeois étaient
+menés par un homme de tête et de main, le sire de Perweiss, père de
+l'autre prétendant à l'évêché de Liège; il appelait les Allemands; il
+faisait venir des archers anglais. Le Brabant était en péril. Que
+serait-il advenu si la <span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>(p. 147)</span> Flandre avait pris parti pour Liège, si
+les gens de Gand s'étaient souvenus que les Liégeois leur avaient envoyé
des vivres avant la bataille de Roosebeke?</p>
-<p>Je parlerai plus tard de ce curieux peuple de Liège, de cette extrême
+<p>Je parlerai plus tard de ce curieux peuple de Liège, de cette extrême
pointe de la race et de la langue wallonnes au sein des populations
-germaniques, petite France belge qui est restée, sous tant de rapports,
-si semblable à la vieille France, tandis que la nôtre changeait. Mais
+germaniques, petite France belge qui est restée, sous tant de rapports,
+si semblable à la vieille France, tandis que la nôtre changeait. Mais
tout cela ne peut se dire en passant.</p>
-<p>Les Liégeois étaient quarante mille intrépides fantassins. Mais le duc
+<p>Les Liégeois étaient quarante mille intrépides fantassins. Mais le duc
avait contre eux toute la chevalerie de Picardie et des Pays-Bas, qui
regardait avec raison cette guerre comme l'affaire commune de la
-noblesse. La noblesse était d'accord. Les villes, Liège, Gand et Paris,
-ne s'entendaient pas. Gand et Paris ne suivaient pas le même pape que
-les Liégeois. Le duc de Bourgogne, qui soulevait les communes en France,
-écrasa en Belgique celle de Liège.</p>
+noblesse. La noblesse était d'accord. Les villes, Liège, Gand et Paris,
+ne s'entendaient pas. Gand et Paris ne suivaient pas le même pape que
+les Liégeois. Le duc de Bourgogne, qui soulevait les communes en France,
+écrasa en Belgique celle de Liège.</p>
-<p>Les Liégeois étaient une population d'armuriers et de charbonniers,
-brutale et indomptable, que leurs chefs ne pouvaient mener. Dès que les
-bannières féodales apparurent dans la plaine de Hasbain, le proverbe se
-vérifia:</p>
+<p>Les Liégeois étaient une population d'armuriers et de charbonniers,
+brutale et indomptable, que leurs chefs ne pouvaient mener. Dès que les
+bannières féodales apparurent dans la plaine de Hasbain, le proverbe se
+vérifia:</p>
<p class="poem10">
Qui passe dans le Hasbain<br>
- À bataille le lendemain.</p>
+ À bataille le lendemain.</p>
-<p>Ils se postèrent quarante mille dans une enceinte fermée de chariots et
-de canons, et attendirent fièrement. Le duc de Bourgogne, qui savait
+<p>Ils se postèrent quarante mille dans une enceinte fermée de chariots et
+de canons, et attendirent fièrement. Le duc de Bourgogne, qui savait
qu'il allait leur venir encore dix mille hommes de troupes et <span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p. 148)</span>
-des archers d'Angleterre, se hasarda d'attaquer. Les Liégeois avaient un
-peu de cavalerie, quelques chevaliers; mais ils s'en défiaient trop; ils
-les empêchèrent de bouger. Ceux de Bourgogne, ne pouvant les forcer par
-devant, les tournèrent; une terreur panique les prit; plusieurs milliers
-de Liégeois se rendirent prisonniers. Le duc de Bourgogne, presque
-vainqueur, voit apparaître alors les dix mille paresseux de Tongres, qui
+des archers d'Angleterre, se hasarda d'attaquer. Les Liégeois avaient un
+peu de cavalerie, quelques chevaliers; mais ils s'en défiaient trop; ils
+les empêchèrent de bouger. Ceux de Bourgogne, ne pouvant les forcer par
+devant, les tournèrent; une terreur panique les prit; plusieurs milliers
+de Liégeois se rendirent prisonniers. Le duc de Bourgogne, presque
+vainqueur, voit apparaître alors les dix mille paresseux de Tongres, qui
venaient enfin combattre. Il craignit qu'ils ne lui arrachassent la
victoire, et ordonna le massacre des prisonniers. Ce fut une immense
boucherie; toute cette chevalerie, cruelle par peur, s'acharna sur la
-multitude qui avait posé les armes. Le duc de Bourgogne prétend, dans
+multitude qui avait posé les armes. Le duc de Bourgogne prétend, dans
une lettre<a id="footnotetag243" name="footnotetag243"></a><a href="#footnote243" title="Go to footnote 243"><span class="smaller">[243]</span></a>, qu'il resta vingt-quatre mille hommes sur le carreau:
-il avait perdu seulement de soixante à quatre-vingts chevaliers ou
-écuyers, sans compter les soldats apparemment. Néanmoins, cette
-disproportion fait sentir assez combien, dans la nouveauté et
-l'imperfection des armes à feu, les moyens offensifs étaient faibles
+il avait perdu seulement de soixante à quatre-vingts chevaliers ou
+écuyers, sans compter les soldats apparemment. Néanmoins, cette
+disproportion fait sentir assez combien, dans la nouveauté et
+l'imperfection des armes à feu, les moyens offensifs étaient faibles
contre ces maisons de fer dont les chevaliers s'affublaient.</p>
-<p>Je me défie un peu de ce nombre de vingt-quatre mille hommes; c'est
+<p>Je me défie un peu de ce nombre de vingt-quatre mille hommes; c'est
juste celui de la bataille de Roosebeke, que gagna Philippe-le-Hardi. Le
-fils ne voulut pas sans doute avoir tué moins que le père. Quoi qu'il en
-soit, le récit des cruautés épouvantables du parti de Bourgogne, qui,
-dans le Hasbain seul, avait brûlé, disait-on, quatre cents églises
-paroissiales, <span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p. 149)</span> souvent même avec les paroissiens, la vengeance
-de l'évêque de Liège, Jean-sans-Pitié, ses noyades dans la Meuse, tout
-cela, chose triste à dire, mais qui peint le siècle, frappa les
+fils ne voulut pas sans doute avoir tué moins que le père. Quoi qu'il en
+soit, le récit des cruautés épouvantables du parti de Bourgogne, qui,
+dans le Hasbain seul, avait brûlé, disait-on, quatre cents églises
+paroissiales, <span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p. 149)</span> souvent même avec les paroissiens, la vengeance
+de l'évêque de Liège, Jean-sans-Pitié, ses noyades dans la Meuse, tout
+cela, chose triste à dire, mais qui peint le siècle, frappa les
imaginations et releva le duc de Bourgogne. Cette bataille fut prise
-pour le jugement de Dieu. On savait qu'il avait d'ailleurs payé de sa
+pour le jugement de Dieu. On savait qu'il avait d'ailleurs payé de sa
personne<a id="footnotetag244" name="footnotetag244"></a><a href="#footnote244" title="Go to footnote 244"><span class="smaller">[244]</span></a>. Le peuple, comme les femmes, aime les forts: <i lang="la">Ferrum est
quod amant.</i> On donna au duc de Bourgogne le surnom de <em>Jean-sans-Peur</em>:
sans peur des hommes et sans peur de Dieu<a id="footnotetag245" name="footnotetag245"></a><a href="#footnote245" title="Go to footnote 245"><span class="smaller">[245]</span></a>.</p>
-<p>La reine et les princes étaient revenus à Paris dans l'absence du duc de
-Bourgogne<a id="footnotetag246" name="footnotetag246"></a><a href="#footnote246" title="Go to footnote 246"><span class="smaller">[246]</span></a>, et procédaient contre lui. Un éloquent prédicateur,
-Cérisy, prononçait une touchante apologie de Louis d'Orléans, qui a
-effacé à jamais le discours de Jean Petit. L'avocat de la veuve et des
-orphelins concluait à ce que le duc de Bourgogne fît amende honorable,
-demandât pardon et baisât la terre, et qu'après avoir fait diverses
-fondations expiatoires, il allât pendant vingt ans outre-mer pour
+<p>La reine et les princes étaient revenus à Paris dans l'absence du duc de
+Bourgogne<a id="footnotetag246" name="footnotetag246"></a><a href="#footnote246" title="Go to footnote 246"><span class="smaller">[246]</span></a>, et procédaient contre lui. Un éloquent prédicateur,
+Cérisy, prononçait une touchante apologie de Louis d'Orléans, qui a
+effacé à jamais le discours de Jean Petit. L'avocat de la veuve et des
+orphelins concluait à ce que le duc de Bourgogne fît amende honorable,
+demandât pardon et baisât la terre, et qu'après avoir fait diverses
+fondations expiatoires, il allât pendant vingt ans outre-mer pour
pleurer son crime. Cela se disait le 11 septembre; le 23, il gagnait la
-bataille d'Hasbain; le 24 novembre, il arrivait à Paris. La foule alla
+bataille d'Hasbain; le 24 novembre, il arrivait à Paris. La foule alla
voir avec respect l'homme qui venait de tuer vingt-cinq mille hommes; il
-s'en trouva pour crier Noël!</p>
-
-<p>La reine et les princes avaient enlevé le roi à <span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p. 150)</span> Chartres; ils
-pouvaient en son nom agir contre le duc. Cela le décida à un
-accommodement<a id="footnotetag247" name="footnotetag247"></a><a href="#footnote247" title="Go to footnote 247"><span class="smaller">[247]</span></a>. La chose fut négociée par le grand maître Montaigu,
-serviteur de la reine et de la maison d'Orléans, principal conseiller de
-ce parti, qui avait été envoyé au duc de Bourgogne, qui en avait
-rapporté une grande peur, et qui ne sentait pas sa tête bien ferme sur
-ses épaules. Il arrangea avec la crédulité de la peur ce triste traité
-qui déshonorait les deux partis. Le principal article était que le
-second fils du mort épouserait une fille du meurtrier, avec une dot de
-cent cinquante mille francs d'or. Comme dot, c'était beaucoup, mais
+s'en trouva pour crier Noël!</p>
+
+<p>La reine et les princes avaient enlevé le roi à <span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p. 150)</span> Chartres; ils
+pouvaient en son nom agir contre le duc. Cela le décida à un
+accommodement<a id="footnotetag247" name="footnotetag247"></a><a href="#footnote247" title="Go to footnote 247"><span class="smaller">[247]</span></a>. La chose fut négociée par le grand maître Montaigu,
+serviteur de la reine et de la maison d'Orléans, principal conseiller de
+ce parti, qui avait été envoyé au duc de Bourgogne, qui en avait
+rapporté une grande peur, et qui ne sentait pas sa tête bien ferme sur
+ses épaules. Il arrangea avec la crédulité de la peur ce triste traité
+qui déshonorait les deux partis. Le principal article était que le
+second fils du mort épouserait une fille du meurtrier, avec une dot de
+cent cinquante mille francs d'or. Comme dot, c'était beaucoup, mais
comme prix du sang, combien peu!</p>
-<p>Ce fut une laide scène, laide encore comme profanation d'une des plus
-saintes églises de France. Notre-Dame de Chartres, ses innombrables
-statues de saints et de docteurs, furent condamnées à être témoins de la
-fausse paix et des parjures. On dressa, non pas au parvis où se
-faisaient les amendes honorables, mais à l'entrée du ch&oelig;ur, un grand
-échafaud. Le roi, la reine, les princes, y siégeaient. L'avocat du duc
-de Bourgogne demanda au roi, au nom du duc, qu'il lui plût «de ne
-conserver dans le c&oelig;ur ni colère, ni indignation à cause du fait
-qu'il a commis et fait faire sur la personne de monseigneur d'Orléans,
-pour le bien du royaume et de vous».</p>
-
-<p>Puis les enfants d'Orléans entrèrent; le roi leur fit <span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p. 151)</span> part du
-pardon qu'il avait accordé, et les requit de l'avoir pour agréable.
-L'avocat de Bourgogne parla en ces termes: «Monseigneur d'Orléans et
-messeigneurs ses frères, voici monseigneur de Bourgogne qui vous supplie
-de bannir de vos c&oelig;urs toute haine et toute vengeance, et d'être bons
-amis avec lui.» Le duc ajouta de sa propre bouche: «Mes chers cousins,
-je vous en prie.»</p>
-
-<p>Les jeunes princes pleuraient. Selon le cérémonial convenu, la reine, le
-dauphin et les seigneurs du sang royal s'approchèrent d'eux, et
-intercédèrent pour le duc de Bourgogne; ensuite, le roi, du haut de son
-trône, leur adressa ces mots: «Mon très cher fils et mon très cher
-neveu, consentez à ce que nous avons fait, et pardonnez.» Le duc
-d'Orléans et son frère répétèrent alors, l'un après l'autre, les paroles
+<p>Ce fut une laide scène, laide encore comme profanation d'une des plus
+saintes églises de France. Notre-Dame de Chartres, ses innombrables
+statues de saints et de docteurs, furent condamnées à être témoins de la
+fausse paix et des parjures. On dressa, non pas au parvis où se
+faisaient les amendes honorables, mais à l'entrée du ch&oelig;ur, un grand
+échafaud. Le roi, la reine, les princes, y siégeaient. L'avocat du duc
+de Bourgogne demanda au roi, au nom du duc, qu'il lui plût «de ne
+conserver dans le c&oelig;ur ni colère, ni indignation à cause du fait
+qu'il a commis et fait faire sur la personne de monseigneur d'Orléans,
+pour le bien du royaume et de vous».</p>
+
+<p>Puis les enfants d'Orléans entrèrent; le roi leur fit <span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p. 151)</span> part du
+pardon qu'il avait accordé, et les requit de l'avoir pour agréable.
+L'avocat de Bourgogne parla en ces termes: «Monseigneur d'Orléans et
+messeigneurs ses frères, voici monseigneur de Bourgogne qui vous supplie
+de bannir de vos c&oelig;urs toute haine et toute vengeance, et d'être bons
+amis avec lui.» Le duc ajouta de sa propre bouche: «Mes chers cousins,
+je vous en prie.»</p>
+
+<p>Les jeunes princes pleuraient. Selon le cérémonial convenu, la reine, le
+dauphin et les seigneurs du sang royal s'approchèrent d'eux, et
+intercédèrent pour le duc de Bourgogne; ensuite, le roi, du haut de son
+trône, leur adressa ces mots: «Mon très cher fils et mon très cher
+neveu, consentez à ce que nous avons fait, et pardonnez.» Le duc
+d'Orléans et son frère répétèrent alors, l'un après l'autre, les paroles
prescrites.</p>
-<p>Montaigu, qui avait dressé d'avance ce traité, par lequel les enfants
-reconnaissaient que leur père était tué pour le bien du royaume, avait
-au fond trahi son ancien maître, le duc d'Orléans, pour le duc de
-Bourgogne. Celui-ci néanmoins lui en voulut mortellement. Il n'avait pas
-probablement deviné d'avance l'humiliante attitude qu'il lui faudrait
-prendre dans cette cérémonie, et ce qu'il lui en coûterait pour dire aux
+<p>Montaigu, qui avait dressé d'avance ce traité, par lequel les enfants
+reconnaissaient que leur père était tué pour le bien du royaume, avait
+au fond trahi son ancien maître, le duc d'Orléans, pour le duc de
+Bourgogne. Celui-ci néanmoins lui en voulut mortellement. Il n'avait pas
+probablement deviné d'avance l'humiliante attitude qu'il lui faudrait
+prendre dans cette cérémonie, et ce qu'il lui en coûterait pour dire aux
enfants: Pardonnez.</p>
-<p>Tout le monde savait à quoi s'en tenir sur la valeur d'une telle paix.
+<p>Tout le monde savait à quoi s'en tenir sur la valeur d'une telle paix.
Le greffier du parlement, en l'inscrivant sur son registre, ajoute ces
-mots à la marge: <i lang="la">Pax, pax, inquit Propheta, et non est pax.</i></p>
+mots à la marge: <i lang="la">Pax, pax, inquit Propheta, et non est pax.</i></p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p. 152)</span> Les réconciliés revinrent à Paris, plus ennemis que jamais,
+<p><span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p. 152)</span> Les réconciliés revinrent à Paris, plus ennemis que jamais,
mais d'accord pour sacrifier le trop conciliant Montaigu. Ce pauvre
-diable n'avait après tout péché que par peur. Mais il avait encore un
-autre crime; il était trop riche. On se demandait comment ce fils d'un
-notaire de Paris, médiocrement lettré, de pauvre mine, petite taille,
-barbe claire, la langue épaisse<a id="footnotetag248" name="footnotetag248"></a><a href="#footnote248" title="Go to footnote 248"><span class="smaller">[248]</span></a>, comment il s'y était pris pour
+diable n'avait après tout péché que par peur. Mais il avait encore un
+autre crime; il était trop riche. On se demandait comment ce fils d'un
+notaire de Paris, médiocrement lettré, de pauvre mine, petite taille,
+barbe claire, la langue épaisse<a id="footnotetag248" name="footnotetag248"></a><a href="#footnote248" title="Go to footnote 248"><span class="smaller">[248]</span></a>, comment il s'y était pris pour
gouverner la France depuis si longtemps. Il fallait bien, avec tout
-cela, qu'il fût pourtant un habile homme, pour que la reine, le duc
-d'Orléans, les ducs de Berri et de Bourbon eussent tous besoin de lui et
+cela, qu'il fût pourtant un habile homme, pour que la reine, le duc
+d'Orléans, les ducs de Berri et de Bourbon eussent tous besoin de lui et
l'appelassent leur ami.</p>
-<p>L'habileté qui lui manqua, ce fut de se faire petit. Sans parler de ses
-grandes terres, il avait bâti à Marcoussis un délicieux château. À
-Paris, le peuple montrait avec envie son splendide hôtel. Les plus
-grands seigneurs avaient recherché ses filles. Récemment encore, il
-avait marié son fils avec la fille du connétable d'Albret, cousin du
-roi. Il fit encore son frère évêque de Paris, et à cette occasion il eut
-l'imprudence de traiter les princes, d'étaler une incroyable quantité de
+<p>L'habileté qui lui manqua, ce fut de se faire petit. Sans parler de ses
+grandes terres, il avait bâti à Marcoussis un délicieux château. À
+Paris, le peuple montrait avec envie son splendide hôtel. Les plus
+grands seigneurs avaient recherché ses filles. Récemment encore, il
+avait marié son fils avec la fille du connétable d'Albret, cousin du
+roi. Il fit encore son frère évêque de Paris, et à cette occasion il eut
+l'imprudence de traiter les princes, d'étaler une incroyable quantité de
vaisselle d'or et d'argent. Les convives ouvrirent de grands yeux; leur
-cupidité attisa leur haine. Ils trouvèrent fort mauvais que Montaigu eût
-tant de vaisselle d'or, lorsque celle du roi était en gage.</p>
+cupidité attisa leur haine. Ils trouvèrent fort mauvais que Montaigu eût
+tant de vaisselle d'or, lorsque celle du roi était en gage.</p>
-<p>Pour un homme nouveau, Montaigu semblait bien assis. Dès le temps du
-gouvernement des Marmousets, <span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p. 153)</span> il s'était acquis beaucoup de
-gens; il était bien apparenté, bien allié. Frère de l'archevêque de
+<p>Pour un homme nouveau, Montaigu semblait bien assis. Dès le temps du
+gouvernement des Marmousets, <span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p. 153)</span> il s'était acquis beaucoup de
+gens; il était bien apparenté, bien allié. Frère de l'archevêque de
Sens, il venait de prendre une forte position populaire dans Paris en y
-faisant son frère évêque. Aussi les princes menèrent l'affaire à petit
-bruit. Ils s'assemblèrent secrètement à Saint-Victor, délibérèrent sous
-le sceau du serment; ils conspirèrent, trois ou quatre princes du sang
+faisant son frère évêque. Aussi les princes menèrent l'affaire à petit
+bruit. Ils s'assemblèrent secrètement à Saint-Victor, délibérèrent sous
+le sceau du serment; ils conspirèrent, trois ou quatre princes du sang
et les plus grands seigneurs de France, contre le fils du notaire. On
-avertit Montaigu; mais il s'obstina à ne rien craindre. N'avait-il pas
-pour lui le roi, le bon duc de Berri, la reine surtout, en mémoire du
-duc d'Orléans? La reine s'employa, il est vrai, un peu en sa faveur.
+avertit Montaigu; mais il s'obstina à ne rien craindre. N'avait-il pas
+pour lui le roi, le bon duc de Berri, la reine surtout, en mémoire du
+duc d'Orléans? La reine s'employa, il est vrai, un peu en sa faveur.
Mais il ne fallut pas grande violence pour lui forcer la main; on lui
-promit que les grands biens de Montaigu seraient donnés au dauphin<a id="footnotetag249" name="footnotetag249"></a><a href="#footnote249" title="Go to footnote 249"><span class="smaller">[249]</span></a>.
-Après tout, elle était absente, à Melun; ce triste spectacle de la mort
+promit que les grands biens de Montaigu seraient donnés au dauphin<a id="footnotetag249" name="footnotetag249"></a><a href="#footnote249" title="Go to footnote 249"><span class="smaller">[249]</span></a>.
+Après tout, elle était absente, à Melun; ce triste spectacle de la mort
d'un vieux serviteur ne devait pas affliger ses yeux.</p>
-<p>Il y eut à la mort de Montaigu une chose qu'on ne voit guère à la chute
+<p>Il y eut à la mort de Montaigu une chose qu'on ne voit guère à la chute
des favoris: le peuple se souleva<a id="footnotetag250" name="footnotetag250"></a><a href="#footnote250" title="Go to footnote 250"><span class="smaller">[250]</span></a>. Montaigu, il est vrai,
-intéressait les trois puissances de la ville: il était frère de
-l'évêque; il réclamait le privilège de cléricature, celui du clergé et
-de l'Université; enfin, il en appelait au parlement. Rien ne lui servit.
-La ville était pleine des gentilshommes du duc de Bourgogne. Le nouveau
-prévôt de Paris, Pierre Desessarts, monta à cheval, courut les rues
-avec une forte troupe, criant qu'il tenait les traîtres <span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p. 154)</span> qui
-étaient cause de la maladie du roi, qu'il en rendrait bon compte, que
-les bonnes gens n'avaient qu'à retourner à leurs affaires et à leurs
-métiers<a id="footnotetag251" name="footnotetag251"></a><a href="#footnote251" title="Go to footnote 251"><span class="smaller">[251]</span></a>.</p>
-
-<p>Montaigu nia tout d'abord; mais il était entre les griffes d'une
+intéressait les trois puissances de la ville: il était frère de
+l'évêque; il réclamait le privilège de cléricature, celui du clergé et
+de l'Université; enfin, il en appelait au parlement. Rien ne lui servit.
+La ville était pleine des gentilshommes du duc de Bourgogne. Le nouveau
+prévôt de Paris, Pierre Desessarts, monta à cheval, courut les rues
+avec une forte troupe, criant qu'il tenait les traîtres <span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p. 154)</span> qui
+étaient cause de la maladie du roi, qu'il en rendrait bon compte, que
+les bonnes gens n'avaient qu'à retourner à leurs affaires et à leurs
+métiers<a id="footnotetag251" name="footnotetag251"></a><a href="#footnote251" title="Go to footnote 251"><span class="smaller">[251]</span></a>.</p>
+
+<p>Montaigu nia tout d'abord; mais il était entre les griffes d'une
commission; on lui fit tout avouer par la torture. Le 17 octobre, sans
-perdre de temps, moins d'un mois après sa belle fête, il fut traîné aux
-halles. On ne lut pas même l'arrêt. Brisé qu'il était par la torture,
-les mains disloquées, le ventre rompu, il baisait la croix de tout son
-c&oelig;ur, affirmant jusqu'au bout qu'il n'était pas coupable, non plus
-que le duc d'Orléans, que seulement il ne pouvait nier qu'ils n'eussent
-mal usé des deniers du roi et trop dépensé<a id="footnotetag252" name="footnotetag252"></a><a href="#footnote252" title="Go to footnote 252"><span class="smaller">[252]</span></a>. L'assistance pleurait;
-ceux même que les princes avaient envoyés pour s'assurer du supplice
+perdre de temps, moins d'un mois après sa belle fête, il fut traîné aux
+halles. On ne lut pas même l'arrêt. Brisé qu'il était par la torture,
+les mains disloquées, le ventre rompu, il baisait la croix de tout son
+c&oelig;ur, affirmant jusqu'au bout qu'il n'était pas coupable, non plus
+que le duc d'Orléans, que seulement il ne pouvait nier qu'ils n'eussent
+mal usé des deniers du roi et trop dépensé<a id="footnotetag252" name="footnotetag252"></a><a href="#footnote252" title="Go to footnote 252"><span class="smaller">[252]</span></a>. L'assistance pleurait;
+ceux même que les princes avaient envoyés pour s'assurer du supplice
revinrent tout en larmes.</p>
-<p>Cette mort avait touché tout le monde, mais effrayé encore plus. Quel en
-fut le résultat? Celui qu'on devait attendre de la lâcheté du temps.
-Tous voulurent être du côté d'un homme qui frappait si fort; la mort du
-duc d'Orléans, celle de Montaigu, le massacre de Liège, c'étaient trois
-grands coups. Le roi de Navarre était déjà allié du duc de
+<p>Cette mort avait touché tout le monde, mais effrayé encore plus. Quel en
+fut le résultat? Celui qu'on devait attendre de la lâcheté du temps.
+Tous voulurent être du côté d'un homme qui frappait si fort; la mort du
+duc d'Orléans, celle de Montaigu, le massacre de Liège, c'étaient trois
+grands coups. Le roi de Navarre était déjà allié du duc de
Bourgogne<a id="footnotetag253" name="footnotetag253"></a><a href="#footnote253" title="Go to footnote 253"><span class="smaller">[253]</span></a>, dont il avait besoin contre le comte d'Armagnac. Le duc
-d'Anjou le fut pour de l'argent; il en reçut, comme dot d'une fille de
+d'Anjou le fut pour de l'argent; il en reçut, comme dot d'une fille de
Bourgogne, pour aller perdre encore cet argent <span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p. 155)</span> en Italie. La
-reine fut aussi gagnée par un mariage; le duc de Bourgogne alla la voir
-à Melun et promit de faire épouser au frère d'Isabeau (Louis de Bavière)
-la fille de son ami, le roi de Navarre. Il était d'ailleurs arrangé que
-le jeune dauphin présiderait désormais le conseil; la grosse
+reine fut aussi gagnée par un mariage; le duc de Bourgogne alla la voir
+à Melun et promit de faire épouser au frère d'Isabeau (Louis de Bavière)
+la fille de son ami, le roi de Navarre. Il était d'ailleurs arrangé que
+le jeune dauphin présiderait désormais le conseil; la grosse
Isabeau<a id="footnotetag254" name="footnotetag254"></a><a href="#footnote254" title="Go to footnote 254"><span class="smaller">[254]</span></a> crut sottement qu'elle gouvernerait son fils, et par son
-fils le royaume. Elle revint à Paris, c'est-à-dire qu'elle se remit
+fils le royaume. Elle revint à Paris, c'est-à-dire qu'elle se remit
entre les mains du duc de Bourgogne.</p>
-<p>Ainsi, les choses tournaient à souhait pour lui et pour son parti.
-L'Université, toute-puissante au concile de Pise, venait de mettre à
-profit la déposition des deux papes pour faire donner la papauté à l'un
-de ses anciens professeurs, qui apparemment n'aurait rien à refuser à
-l'Université et au duc de Bourgogne.</p>
-
-<p>Que manquait-il à celui-ci, sinon de se réhabiliter, s'il pouvait, de
-faire oublier? Il y avait deux moyens, réformer l'État et chasser
-l'Anglais. Il entreprit de nouveau d'assiéger Calais; cette fois, le duc
-d'Orléans n'était plus là pour faire manquer l'entreprise. Il s'y prit
-comme la première fois; il fit bâtir une ville de bois autour de la
-ville; il entassa dans l'abbaye de Saint-Omer force machines et quantité
-d'artillerie. Mais les Anglais, pour la somme de dix mille nobles à la
-rose, trouvèrent un charpentier qui y jeta le feu grégeois et brûla en
-un moment tout ce qu'on avait longuement préparé.</p>
-
-<p>La réforme n'alla guère mieux que la guerre. Le duc <span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>(p. 156)</span> de
-Bourgogne l'avait commencée à sa manière, rudement. Il avait rendu à
-Paris ses privilèges, en y mettant un prévôt à lui, le violent
-Desessarts. Il avait convoqué une assemblée générale de la noblesse,
-sous la présidence du dauphin, s'emparant du dauphin même et mettant de
-côté le vieux duc de Berri.</p>
+<p>Ainsi, les choses tournaient à souhait pour lui et pour son parti.
+L'Université, toute-puissante au concile de Pise, venait de mettre à
+profit la déposition des deux papes pour faire donner la papauté à l'un
+de ses anciens professeurs, qui apparemment n'aurait rien à refuser à
+l'Université et au duc de Bourgogne.</p>
+
+<p>Que manquait-il à celui-ci, sinon de se réhabiliter, s'il pouvait, de
+faire oublier? Il y avait deux moyens, réformer l'État et chasser
+l'Anglais. Il entreprit de nouveau d'assiéger Calais; cette fois, le duc
+d'Orléans n'était plus là pour faire manquer l'entreprise. Il s'y prit
+comme la première fois; il fit bâtir une ville de bois autour de la
+ville; il entassa dans l'abbaye de Saint-Omer force machines et quantité
+d'artillerie. Mais les Anglais, pour la somme de dix mille nobles à la
+rose, trouvèrent un charpentier qui y jeta le feu grégeois et brûla en
+un moment tout ce qu'on avait longuement préparé.</p>
+
+<p>La réforme n'alla guère mieux que la guerre. Le duc <span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>(p. 156)</span> de
+Bourgogne l'avait commencée à sa manière, rudement. Il avait rendu à
+Paris ses privilèges, en y mettant un prévôt à lui, le violent
+Desessarts. Il avait convoqué une assemblée générale de la noblesse,
+sous la présidence du dauphin, s'emparant du dauphin même et mettant de
+côté le vieux duc de Berri.</p>
<p>Cependant il prenait les finances en main, destituant au nom du roi et
-des princes tous les trésoriers, et mettant à leur place des bourgeois
-de Paris, des gens riches, timides et dépendants. Tous les receveurs
-devaient rendre compte à un haut conseil qu'il dominait par le comte de
-Saint-Pol. Ce conseil fit une chose inouïe, il interdit la Chambre des
-comptes, fit arrêter plusieurs de ses membres<a id="footnotetag255" name="footnotetag255"></a><a href="#footnote255" title="Go to footnote 255"><span class="smaller">[255]</span></a>, et néanmoins il se
+des princes tous les trésoriers, et mettant à leur place des bourgeois
+de Paris, des gens riches, timides et dépendants. Tous les receveurs
+devaient rendre compte à un haut conseil qu'il dominait par le comte de
+Saint-Pol. Ce conseil fit une chose inouïe, il interdit la Chambre des
+comptes, fit arrêter plusieurs de ses membres<a id="footnotetag255" name="footnotetag255"></a><a href="#footnote255" title="Go to footnote 255"><span class="smaller">[255]</span></a>, et néanmoins il se
servit de ses registres, relevant sur les marges les <i lang="la">Nimis habuit</i> ou
-<i lang="la">Recuperetur</i> dont cette sage et honnête compagnie marquait les
+<i lang="la">Recuperetur</i> dont cette sage et honnête compagnie marquait les
payements excessifs. On voulait s'autoriser de ces notes pour tirer de
-l'argent de ceux qui avaient reçu, ou même de leurs héritiers.</p>
-
-<p>Cela était inquiétant pour beaucoup de monde, suspect pour tous,
-d'autant plus que dans toutes ces mesures on voyait derrière le duc de
-Bourgogne un homme emporté, passionné et brouillon, le nouveau prévôt de
-Paris, Desessarts, homme de peu, qui se hâtait de faire sa main,
-d'enrichir les siens, comme avait fait Montaigu; il l'avait mené au
-gibet, et il y courait lui-même.</p>
-
-<p>Tel était Paris; hors de Paris, se formait un grand <span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p. 157)</span> orage. Le
-duc d'Orléans n'était qu'un enfant, un nom; mais autour de ce nom se
-serraient naturellement tous ceux qui haïssaient le duc de Bourgogne et
+l'argent de ceux qui avaient reçu, ou même de leurs héritiers.</p>
+
+<p>Cela était inquiétant pour beaucoup de monde, suspect pour tous,
+d'autant plus que dans toutes ces mesures on voyait derrière le duc de
+Bourgogne un homme emporté, passionné et brouillon, le nouveau prévôt de
+Paris, Desessarts, homme de peu, qui se hâtait de faire sa main,
+d'enrichir les siens, comme avait fait Montaigu; il l'avait mené au
+gibet, et il y courait lui-même.</p>
+
+<p>Tel était Paris; hors de Paris, se formait un grand <span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p. 157)</span> orage. Le
+duc d'Orléans n'était qu'un enfant, un nom; mais autour de ce nom se
+serraient naturellement tous ceux qui haïssaient le duc de Bourgogne et
le roi de Navarre. D'abord le comte d'Armagnac, ennemi du second par
-voisinage, du premier pour avoir dès longtemps été forcé de céder le
-Charolais; puis le duc de Bretagne, les comtes de Clermont et d'Alençon;
-enfin, les ducs de Berri et de Bourbon, qui, se voyant comptés pour rien
-par le duc de Bourgogne, passèrent de l'autre côté. Ces princes
-s'allièrent «pour la réforme de l'État et contre les ennemis du
-royaume».</p>
-
-<p>C'était aussi contre les ennemis du royaume que le duc de Bourgogne
-levait des troupes et demandait de l'argent. Il fit venir à Paris les
+voisinage, du premier pour avoir dès longtemps été forcé de céder le
+Charolais; puis le duc de Bretagne, les comtes de Clermont et d'Alençon;
+enfin, les ducs de Berri et de Bourbon, qui, se voyant comptés pour rien
+par le duc de Bourgogne, passèrent de l'autre côté. Ces princes
+s'allièrent «pour la réforme de l'État et contre les ennemis du
+royaume».</p>
+
+<p>C'était aussi contre les ennemis du royaume que le duc de Bourgogne
+levait des troupes et demandait de l'argent. Il fit venir à Paris les
principaux bourgeois des villes de France pour obtenir, non une taxe,
-mais un prêt; les Anglais, disait-il, menaçaient de débarquer. Les
-bourgeois, sans délibérer, répondirent nettement que leurs villes
-étaient déjà trop chargées, que le duc de Bourgogne n'avait qu'à faire
-usage de trois cent mille écus d'or qui, disait-on, avaient été
-recouvrés. Mais cet argent s'était écoulé sans qu'on sût comment<a id="footnotetag256" name="footnotetag256"></a><a href="#footnote256" title="Go to footnote 256"><span class="smaller">[256]</span></a>.</p>
+mais un prêt; les Anglais, disait-il, menaçaient de débarquer. Les
+bourgeois, sans délibérer, répondirent nettement que leurs villes
+étaient déjà trop chargées, que le duc de Bourgogne n'avait qu'à faire
+usage de trois cent mille écus d'or qui, disait-on, avaient été
+recouvrés. Mais cet argent s'était écoulé sans qu'on sût comment<a id="footnotetag256" name="footnotetag256"></a><a href="#footnote256" title="Go to footnote 256"><span class="smaller">[256]</span></a>.</p>
-<p>Paris ne montrait pas plus de zèle que les autres villes; le duc avait
+<p>Paris ne montrait pas plus de zèle que les autres villes; le duc avait
voulu lui rendre ses armes et ses divisions militaires de centeniers,
-soixanteniers, cinquanteniers, etc. Les Parisiens le remercièrent, et
+soixanteniers, cinquanteniers, etc. Les Parisiens le remercièrent, et
n'en voulurent pas, ne se souciant pas de devenir les soldats du duc de
Bourgogne. Il n'avait pu non plus <span class="pagenum"><a id="page158" name="page158"></a>(p. 158)</span> faire un capitaine de Paris;
-la ville prétendit qu'ayant eu un prince du sang pour capitaine (le duc
+la ville prétendit qu'ayant eu un prince du sang pour capitaine (le duc
de Berri), elle ne pouvait accepter un capitaine de moindre rang.</p>
<p>Le duc de Bourgogne, ayant contre lui les princes, sans avoir pour lui
-les villes, fut obligé de recourir à ses ressources personnelles. Il
-appela ses vassaux. Une nuée de Brabançons vint s'abattre sur la France
+les villes, fut obligé de recourir à ses ressources personnelles. Il
+appela ses vassaux. Une nuée de Brabançons vint s'abattre sur la France
du Nord, sur Paris, pillant, ravageant. Paris, devenu sensible au mal
-général par ses propres souffrances, demanda la paix à grands cris. Son
-organe ordinaire, l'Université, avec cet aplomb propre aux gens qui ne
+général par ses propres souffrances, demanda la paix à grands cris. Son
+organe ordinaire, l'Université, avec cet aplomb propre aux gens qui ne
connaissent ni les hommes ni les choses, trouvait un moyen fort simple
-de tout arranger: c'était d'exclure du gouvernement les deux chefs de
+de tout arranger: c'était d'exclure du gouvernement les deux chefs de
partis, les ducs de Berri et de Bourgogne, de les renvoyer dans leurs
-terres et de prendre dans les trois États des gens de bien et
-d'expérience, qui gouverneraient à merveille. Le duc de Bourgogne et le
-roi de Navarre accueillirent d'autant mieux la chose, qu'elle était
-impraticable. Ils firent parade de désintéressement; ils étaient prêts,
-disaient-ils, soit à servir l'État gratuitement, en sacrifiant même
-leurs biens, ou encore à se retirer, si c'était l'utilité du royaume.</p>
-
-<p>L'Université n'eut pas à aller loin pour trouver le duc de Berri. Il
-était déjà avec ses troupes à Bicêtre. Il avait répondu à une première
+terres et de prendre dans les trois États des gens de bien et
+d'expérience, qui gouverneraient à merveille. Le duc de Bourgogne et le
+roi de Navarre accueillirent d'autant mieux la chose, qu'elle était
+impraticable. Ils firent parade de désintéressement; ils étaient prêts,
+disaient-ils, soit à servir l'État gratuitement, en sacrifiant même
+leurs biens, ou encore à se retirer, si c'était l'utilité du royaume.</p>
+
+<p>L'Université n'eut pas à aller loin pour trouver le duc de Berri. Il
+était déjà avec ses troupes à Bicêtre. Il avait répondu à une première
ambassade, qui lui demandait la paix au nom du roi, que justement il
-venait pour s'entendre avec le roi. Il reçut parfaitement les députés
-de l'Université, goûta leur <span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p. 159)</span> conseil, répondant gaiement: «S'il
-faut pour gouverner des gens pris dans les trois États, j'en suis et je
-retiens place dans les rangs de la noblesse.»</p>
-
-<p>L'hiver et la faim forcèrent pourtant les princes à accepter l'expédient
-que se proposait l'Université. Il donnait satisfaction à leur gloriole.
-Le duc de Bourgogne consentait à s'éloigner en même temps qu'eux. Le
-conseil devait être composé de gens qui jureraient de n'appartenir ni à
-l'un ni à l'autre. Le dauphin était remis à deux seigneurs nommés, l'un
-par le duc de Berri, l'autre par le duc de Bourgogne. (Paix de Bicêtre,
+venait pour s'entendre avec le roi. Il reçut parfaitement les députés
+de l'Université, goûta leur <span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p. 159)</span> conseil, répondant gaiement: «S'il
+faut pour gouverner des gens pris dans les trois États, j'en suis et je
+retiens place dans les rangs de la noblesse.»</p>
+
+<p>L'hiver et la faim forcèrent pourtant les princes à accepter l'expédient
+que se proposait l'Université. Il donnait satisfaction à leur gloriole.
+Le duc de Bourgogne consentait à s'éloigner en même temps qu'eux. Le
+conseil devait être composé de gens qui jureraient de n'appartenir ni à
+l'un ni à l'autre. Le dauphin était remis à deux seigneurs nommés, l'un
+par le duc de Berri, l'autre par le duc de Bourgogne. (Paix de Bicêtre,
1<sup>er</sup> nov. 1410.)</p>
-<p>Au fond, celui-ci restait maître. Il avait l'air de quitter Paris, mais
-il le gardait. Son prévôt, Desessarts, qui devait sortir de charge, y
-fut maintenu. Le dauphin n'eut guère autour de lui que de zélés
-Bourguignons. Son chancelier était Jean de Nyelle, sujet et serviteur du
+<p>Au fond, celui-ci restait maître. Il avait l'air de quitter Paris, mais
+il le gardait. Son prévôt, Desessarts, qui devait sortir de charge, y
+fut maintenu. Le dauphin n'eut guère autour de lui que de zélés
+Bourguignons. Son chancelier était Jean de Nyelle, sujet et serviteur du
duc de Bourgogne; ses conseillers, le sire de Heilly, autre vassal du
-même prince, le sire de Savoisy, qui avait embrassé récemment son parti,
+même prince, le sire de Savoisy, qui avait embrassé récemment son parti,
Antoine de Craon, de la famille de l'assassin de Clisson, le sire de
-Courcelles, parent sans doute du célèbre docteur qui fut l'un des juges
+Courcelles, parent sans doute du célèbre docteur qui fut l'un des juges
de la Pucelle, etc.</p>
-<p>Le duc de Bourgogne s'était retiré, conformément au traité. Il n'armait
-pas et ses adversaires armaient. Les torts paraissaient être du côté des
-amis du duc d'Orléans. Le conseil du dauphin, pour mieux faire croire à
-son impartialité, s'adjoignit le parlement, quelques évêques, quelques
-docteurs de l'Université, plusieurs notables bourgeois, et, au nom de
-cette assemblée, il <span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p. 160)</span> défendit aux ducs d'Orléans et de Bourgogne
+<p>Le duc de Bourgogne s'était retiré, conformément au traité. Il n'armait
+pas et ses adversaires armaient. Les torts paraissaient être du côté des
+amis du duc d'Orléans. Le conseil du dauphin, pour mieux faire croire à
+son impartialité, s'adjoignit le parlement, quelques évêques, quelques
+docteurs de l'Université, plusieurs notables bourgeois, et, au nom de
+cette assemblée, il <span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p. 160)</span> défendit aux ducs d'Orléans et de Bourgogne
d'entrer dans Paris.</p>
-<p>La défense était dérisoire; ce dernier était en réalité si bien présent
-dans Paris qu'à ce moment même il décidait la ville alarmée à prendre
-pour capitaine un homme à lui, le comte de Saint-Pol.</p>
-
-<p>Il s'agissait de mettre Paris en défense. On proposa une taxe générale
-dont personne ne serait exempt, ni le clergé ni l'Université. Mais leur
-zèle n'alla pas jusque-là pour le parti de Bourgogne; à ce mot d'argent,
-ils se soulevèrent. Le chancelier de Notre-Dame, parlant au nom des deux
-corps, déclara qu'ils ne pouvaient donner ni prêter; qu'ils avaient bien
-de la peine à vivre; qu'on savait bien que si les finances du roi
-n'étaient dilapidées, il entrerait tous les mois deux cent mille écus
-d'or dans ses coffres; que les biens de l'Église, amortis depuis
-longtemps, n'avaient rien à voir avec les taxes. Enfin il s'emporta
-jusqu'à dire que, lorsqu'un prince opprimait ses sujets par d'injustes
-exactions, c'était, d'après les anciennes histoires, un cas légitime de
-le déposer<a id="footnotetag257" name="footnotetag257"></a><a href="#footnote257" title="Go to footnote 257"><span class="smaller">[257]</span></a>.</p>
-
-<p>Cette hardiesse extraordinaire de langage indiquait assez que le clergé
-et l'Université ne seraient point pour le parti bourguignon un
-instrument docile. Le nouveau capitaine de Paris chercha ses alliés plus
+<p>La défense était dérisoire; ce dernier était en réalité si bien présent
+dans Paris qu'à ce moment même il décidait la ville alarmée à prendre
+pour capitaine un homme à lui, le comte de Saint-Pol.</p>
+
+<p>Il s'agissait de mettre Paris en défense. On proposa une taxe générale
+dont personne ne serait exempt, ni le clergé ni l'Université. Mais leur
+zèle n'alla pas jusque-là pour le parti de Bourgogne; à ce mot d'argent,
+ils se soulevèrent. Le chancelier de Notre-Dame, parlant au nom des deux
+corps, déclara qu'ils ne pouvaient donner ni prêter; qu'ils avaient bien
+de la peine à vivre; qu'on savait bien que si les finances du roi
+n'étaient dilapidées, il entrerait tous les mois deux cent mille écus
+d'or dans ses coffres; que les biens de l'Église, amortis depuis
+longtemps, n'avaient rien à voir avec les taxes. Enfin il s'emporta
+jusqu'à dire que, lorsqu'un prince opprimait ses sujets par d'injustes
+exactions, c'était, d'après les anciennes histoires, un cas légitime de
+le déposer<a id="footnotetag257" name="footnotetag257"></a><a href="#footnote257" title="Go to footnote 257"><span class="smaller">[257]</span></a>.</p>
+
+<p>Cette hardiesse extraordinaire de langage indiquait assez que le clergé
+et l'Université ne seraient point pour le parti bourguignon un
+instrument docile. Le nouveau capitaine de Paris chercha ses alliés plus
bas; il s'adressa aux bouchers. Ce fut un curieux spectacle de voir le
comte de Saint-Pol, de la maison de Luxembourg, cousin des empereurs et
-du chevaleresque Jean <span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p. 161)</span> de Bohême, partager sa charge de
+du chevaleresque Jean <span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p. 161)</span> de Bohême, partager sa charge de
capitaine de Paris avec les Legoix<a id="footnotetag258" name="footnotetag258"></a><a href="#footnote258" title="Go to footnote 258"><span class="smaller">[258]</span></a> et autres bouchers; de le voir
armer ces gens, marcher dans Paris de front avec cette <em>milice royale</em>,
les charger de faire les affaires de la ville, et de poursuivre les
-Orléanais. Il risquait gros en s'alliant ainsi. Il croyait tenir les
-bouchers; n'étaient-ce pas eux qui allaient bientôt le tenir lui-même?
-Le comte de Saint-Pol et son maître le duc de Bourgogne mettaient là en
+Orléanais. Il risquait gros en s'alliant ainsi. Il croyait tenir les
+bouchers; n'étaient-ce pas eux qui allaient bientôt le tenir lui-même?
+Le comte de Saint-Pol et son maître le duc de Bourgogne mettaient là en
mouvement une formidable machine; mais, le doigt pris dans les roues,
-ils pouvaient fort bien, doigt, tête et corps, y passer tout entiers.</p>
+ils pouvaient fort bien, doigt, tête et corps, y passer tout entiers.</p>
<p>Je ne sais au reste s'il y avait moyen d'agir autrement. Tout esprit de
-faction à part, Paris, au milieu des bandes qui venaient batailler
-autour, avait grand besoin de se garder lui-même. Or, depuis la punition
-des Maillotins et le désarmement, les seuls des habitants qui eussent le
-fer en main et l'assurance que donne le maniement du fer, c'étaient les
-bouchers. Les autres, comme on l'a vu, avaient refusé de reprendre leurs
+faction à part, Paris, au milieu des bandes qui venaient batailler
+autour, avait grand besoin de se garder lui-même. Or, depuis la punition
+des Maillotins et le désarmement, les seuls des habitants qui eussent le
+fer en main et l'assurance que donne le maniement du fer, c'étaient les
+bouchers. Les autres, comme on l'a vu, avaient refusé de reprendre leurs
centeniers, de crainte de porter les armes. Les gentilshommes du comte
-de Saint-Pol n'auraient pas suffi, ils auraient même été bientôt
-suspects, si on ne les eût vus toujours à côté d'une milice, brutale, il
-est vrai, violente, mais après tout parisienne et intéressée à défendre
-Paris du pillage. Quelque peur qu'on eût des bouchers, on avait bien
+de Saint-Pol n'auraient pas suffi, ils auraient même été bientôt
+suspects, si on ne les eût vus toujours à côté d'une milice, brutale, il
+est vrai, violente, mais après tout parisienne et intéressée à défendre
+Paris du pillage. Quelque peur qu'on eût des bouchers, on avait bien
autrement peur des innombrables pillards qui venaient jusqu'aux portes
-<span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>(p. 162)</span> observer, tâter la ville, et qui auraient fort bien pu, si elle
-n'eut pris garde à elle, l'enlever par un coup de main<a id="footnotetag259" name="footnotetag259"></a><a href="#footnote259" title="Go to footnote 259"><span class="smaller">[259]</span></a>.</p>
+<span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>(p. 162)</span> observer, tâter la ville, et qui auraient fort bien pu, si elle
+n'eut pris garde à elle, l'enlever par un coup de main<a id="footnotetag259" name="footnotetag259"></a><a href="#footnote259" title="Go to footnote 259"><span class="smaller">[259]</span></a>.</p>
-<p>C'était une terrible chose, pour la gent innocente et pacifique des
+<p>C'était une terrible chose, pour la gent innocente et pacifique des
bourgeois, de voir du haut de leurs clochers le double flot des
-populations du Midi et du Nord qui battait leurs murs. On eût dit que
-les provinces extrêmes du royaume, longtemps sacrifiées au centre,
-venaient prendre leur revanche. La Flandre se souvenait de sa défaite de
-Roosebeke. Le Languedoc n'avait pas oublié les guerres des Albigeois,
-encore moins les exactions récentes des ducs d'Anjou et de Berri. Ce que
-le Centre avait gagné par l'attraction monarchique, il le rendit avec
-usure. Le Nord, le Midi, l'Ouest, envoyèrent ici tout ce qu'ils avaient
+populations du Midi et du Nord qui battait leurs murs. On eût dit que
+les provinces extrêmes du royaume, longtemps sacrifiées au centre,
+venaient prendre leur revanche. La Flandre se souvenait de sa défaite de
+Roosebeke. Le Languedoc n'avait pas oublié les guerres des Albigeois,
+encore moins les exactions récentes des ducs d'Anjou et de Berri. Ce que
+le Centre avait gagné par l'attraction monarchique, il le rendit avec
+usure. Le Nord, le Midi, l'Ouest, envoyèrent ici tout ce qu'ils avaient
de bandits.</p>
-<p>D'abord, pour défendre Paris contre les gens du Midi qu'amenait le duc
-d'Orléans, arrivèrent les Brabançons mercenaires du duc de Bourgogne.
-Pour mieux le défendre, ils ravagèrent tous les environs, pillèrent
-Saint-Denis. Autres défenseurs, les gens des communes de Flandre;
+<p>D'abord, pour défendre Paris contre les gens du Midi qu'amenait le duc
+d'Orléans, arrivèrent les Brabançons mercenaires du duc de Bourgogne.
+Pour mieux le défendre, ils ravagèrent tous les environs, pillèrent
+Saint-Denis. Autres défenseurs, les gens des communes de Flandre;
ceux-ci, gens intelligents qui savaient le prix des choses, pillaient
-méthodiquement, avec ordre, à fond, de manière à faire place nette; puis
+méthodiquement, avec ordre, à fond, de manière à faire place nette; puis
ils emballaient proprement. De guerre, il ne fallait pas leur en parler;
-ce n'était pas pour cela qu'ils étaient venus. Leur comte avait beau les
+ce n'était pas pour cela qu'ils étaient venus. Leur comte avait beau les
prier, chapeau bas, de se battre un peu, ils n'en tenaient compte.
Quand ils <span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p. 163)</span> avaient rempli leurs charrettes<a id="footnotetag260" name="footnotetag260"></a><a href="#footnote260" title="Go to footnote 260"><span class="smaller">[260]</span></a>, les seigneurs
-de Gand et de Bruges reprenaient, quoi qu'on pût leur dire, le chemin de
+de Gand et de Bruges reprenaient, quoi qu'on pût leur dire, le chemin de
leur pays.</p>
-<p>Mais la grande foule des pillards venait des provinces nécessiteuses de
-l'Ouest et du Midi. La campagne, à la voir au loin, était toute noire de
-ces bandes fourmillantes; gueux ou soldats, on n'eût pu le dire; qui à
-pied, qui à cheval, à âne; bêtes et gens maigres et avides à faire
-frémir, comme les sept vaches dévorantes du songe de Pharaon.</p>
+<p>Mais la grande foule des pillards venait des provinces nécessiteuses de
+l'Ouest et du Midi. La campagne, à la voir au loin, était toute noire de
+ces bandes fourmillantes; gueux ou soldats, on n'eût pu le dire; qui à
+pied, qui à cheval, à âne; bêtes et gens maigres et avides à faire
+frémir, comme les sept vaches dévorantes du songe de Pharaon.</p>
-<p>Démêlons cette cohue. D'abord il y avait force Bretons. Les familles
-étaient d'autant plus nombreuses, en Bretagne, qu'elles étaient plus
-pauvres. C'était une idée bretonne d'avoir le plus d'enfants possible,
-c'est-à-dire plus de soldats qui allassent gagner au loin et qui
+<p>Démêlons cette cohue. D'abord il y avait force Bretons. Les familles
+étaient d'autant plus nombreuses, en Bretagne, qu'elles étaient plus
+pauvres. C'était une idée bretonne d'avoir le plus d'enfants possible,
+c'est-à-dire plus de soldats qui allassent gagner au loin et qui
rapportassent<a id="footnotetag261" name="footnotetag261"></a><a href="#footnote261" title="Go to footnote 261"><span class="smaller">[261]</span></a>. Dans les vraies usances bretonnes, la maison
-paternelle, le foyer restait au plus jeune<a id="footnotetag262" name="footnotetag262"></a><a href="#footnote262" title="Go to footnote 262"><span class="smaller">[262]</span></a>; les aînés étaient mis
+paternelle, le foyer restait au plus jeune<a id="footnotetag262" name="footnotetag262"></a><a href="#footnote262" title="Go to footnote 262"><span class="smaller">[262]</span></a>; les aînés étaient mis
dehors; ils se jetaient dans une barque, ou sur un mauvais petit cheval,
-et tant les portait la barque ou l'indestructible bête, qu'ils
-revenaient au manoir refaits, vêtus et passablement garnis.</p>
-
-<p>En Gascogne, un droit différent produisait les mêmes <span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>(p. 164)</span> effets.
-L'aîné restait fièrement au castel, sur sa roche, sans vassal que
-lui-même, et se servant par simplicité. Les cadets s'en allaient
-gaiement devant eux, tant que la terre s'étendait, bons piétons, comme
-on sait, allant à pied par goût, tant qu'ils ne trouvaient pas un
-cheval, riches d'une épée de famille, d'un nom sonore et d'une cape
-percée; du reste, nobles comme le roi, c'est-à-dire comme lui sans
-fief<a id="footnotetag263" name="footnotetag263"></a><a href="#footnote263" title="Go to footnote 263"><span class="smaller">[263]</span></a> et n'en levant pas moins quint et requint sur la terre, péage
+et tant les portait la barque ou l'indestructible bête, qu'ils
+revenaient au manoir refaits, vêtus et passablement garnis.</p>
+
+<p>En Gascogne, un droit différent produisait les mêmes <span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>(p. 164)</span> effets.
+L'aîné restait fièrement au castel, sur sa roche, sans vassal que
+lui-même, et se servant par simplicité. Les cadets s'en allaient
+gaiement devant eux, tant que la terre s'étendait, bons piétons, comme
+on sait, allant à pied par goût, tant qu'ils ne trouvaient pas un
+cheval, riches d'une épée de famille, d'un nom sonore et d'une cape
+percée; du reste, nobles comme le roi, c'est-à-dire comme lui sans
+fief<a id="footnotetag263" name="footnotetag263"></a><a href="#footnote263" title="Go to footnote 263"><span class="smaller">[263]</span></a> et n'en levant pas moins quint et requint sur la terre, péage
sur le passant.</p>
-<p>Ce vieux portrait du Gascon, pour être vieux, n'est pas moins
+<p>Ce vieux portrait du Gascon, pour être vieux, n'est pas moins
ressemblant, et je crois que, <i lang="la">mutatis mutandis</i>, il en reste quelque
-chose. Tels les peint la chronique dès le temps du bon roi Robert<a id="footnotetag264" name="footnotetag264"></a><a href="#footnote264" title="Go to footnote 264"><span class="smaller">[264]</span></a>;
+chose. Tels les peint la chronique dès le temps du bon roi Robert<a id="footnotetag264" name="footnotetag264"></a><a href="#footnote264" title="Go to footnote 264"><span class="smaller">[264]</span></a>;
tels au temps des Plantagenets<a id="footnotetag265" name="footnotetag265"></a><a href="#footnote265" title="Go to footnote 265"><span class="smaller">[265]</span></a>; tels sous Bernard d'Armagnac, et
enfin sous Henri IV. L'excellent baron de Feneste<a id="footnotetag266" name="footnotetag266"></a><a href="#footnote266" title="Go to footnote 266"><span class="smaller">[266]</span></a> n'exprime pas
-seulement l'invasion des intrigants du Midi sous le Béarnais; plus
-sérieux en apparence, moins amusant, moins <em>gasconnant</em>, ce baron
-subsiste. Alors, aujourd'hui et toujours, ces gens ont exploité de
-préférence un fonds excellent, la simplicité et la pesanteur des hommes
-du Nord. Aussi émigraient-ils volontiers. Ce n'était pas pour bâtir,
+seulement l'invasion des intrigants du Midi sous le Béarnais; plus
+sérieux en apparence, moins amusant, moins <em>gasconnant</em>, ce baron
+subsiste. Alors, aujourd'hui et toujours, ces gens ont exploité de
+préférence un fonds excellent, la simplicité et la pesanteur des hommes
+du Nord. Aussi émigraient-ils volontiers. Ce n'était pas pour bâtir,
comme les Limousins, ni pour porter et vendre, comme les gens
-d'Auvergne. Les Gascons ne vendaient qu'eux-mêmes. Comme soldats, comme
-<em>domestiques</em> des princes, ils servaient pour devenir maîtres. Ne leur
-parlez pas <span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p. 165)</span> d'être ouvriers ou marchands; ministres ou rois, à
+d'Auvergne. Les Gascons ne vendaient qu'eux-mêmes. Comme soldats, comme
+<em>domestiques</em> des princes, ils servaient pour devenir maîtres. Ne leur
+parlez pas <span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p. 165)</span> d'être ouvriers ou marchands; ministres ou rois, à
la bonne heure! Il leur faut, non pas ce que demandait Sancho, <em>une
-toute petite île</em>, mais bien un royaume, un royaume de Naples, de
-Portugal, s'il se pouvait; de Suède au moins<a id="footnotetag267" name="footnotetag267"></a><a href="#footnote267" title="Go to footnote 267"><span class="smaller">[267]</span></a>, ils s'en
-contenteront, hommes honnêtes et modérés. Tout le monde ne peut pas,
+toute petite île</em>, mais bien un royaume, un royaume de Naples, de
+Portugal, s'il se pouvait; de Suède au moins<a id="footnotetag267" name="footnotetag267"></a><a href="#footnote267" title="Go to footnote 267"><span class="smaller">[267]</span></a>, ils s'en
+contenteront, hommes honnêtes et modérés. Tout le monde ne peut pas,
comme le <em>meunier du moulin de Barbaste</em><a id="footnotetag268" name="footnotetag268"></a><a href="#footnote268" title="Go to footnote 268"><span class="smaller">[268]</span></a>, gagner Paris pour une
messe.</p>
-<p>Quoiqu'au fond le caractère ait peu changé, nous ne devons pas nous
-figurer les Méridionaux d'alors, comme nous les voyons et les comprenons
-aujourd'hui. Tout autres ils apparurent à nos gens du quinzième siècle,
-lorsque les oppositions provinciales étaient si rudement contrastées, et
-encore exagérées par l'ignorance mutuelle. Ce Midi fit horreur au Nord.
-La brutalité provençale, capricieuse et violente; l'âpreté gasconne,
-sans pitié, sans c&oelig;ur, faisant le mal pour en rire; les durs et
-intraitables montagnards du Rouergue et des Cévennes, les sauvages
-Bretons aux cheveux pendants, tout cela dans la saleté primitive,
-baragouinant, maugréant dans vingt langues, que ceux du Nord croyaient
+<p>Quoiqu'au fond le caractère ait peu changé, nous ne devons pas nous
+figurer les Méridionaux d'alors, comme nous les voyons et les comprenons
+aujourd'hui. Tout autres ils apparurent à nos gens du quinzième siècle,
+lorsque les oppositions provinciales étaient si rudement contrastées, et
+encore exagérées par l'ignorance mutuelle. Ce Midi fit horreur au Nord.
+La brutalité provençale, capricieuse et violente; l'âpreté gasconne,
+sans pitié, sans c&oelig;ur, faisant le mal pour en rire; les durs et
+intraitables montagnards du Rouergue et des Cévennes, les sauvages
+Bretons aux cheveux pendants, tout cela dans la saleté primitive,
+baragouinant, maugréant dans vingt langues, que ceux du Nord croyaient
espagnoles ou mauresques. Pour mettre la confusion au comble, il y avait
parmi le tout des bandes de soldats allemands, d'autres de lombards.
-Cette diversité de langues était une terrible barrière entre les hommes,
-une des causes pour lesquelles ils se haïssaient sans savoir pourquoi.
+Cette diversité de langues était une terrible barrière entre les hommes,
+une des causes pour lesquelles ils se haïssaient sans savoir pourquoi.
Elle <span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p. 166)</span> rendait la guerre plus cruelle qu'on ne peut se le
figurer. Nul moyen de s'entendre, de se rapprocher. Le vaincu qui ne
peut parler se trouve sans ressource, le prisonnier sans moyen d'adoucir
-son maître. L'homme à terre voudrait en vain s'adresser à celui qui va
-l'égorger; l'un dit <em>grâce</em>, l'autre répond <em>mort</em>.</p>
-
-<p>Indépendamment de ces antipathies de langage et de race, dans une même
-race, dans une même langue, les provinces se haïssaient. Les Flamands,
-même de langue wallonne, détestaient les chaudes têtes picardes<a id="footnotetag269" name="footnotetag269"></a><a href="#footnote269" title="Go to footnote 269"><span class="smaller">[269]</span></a>.
-Les Picards méprisaient les habitudes régulières des Normands, qui leur
-paraissaient serviles<a id="footnotetag270" name="footnotetag270"></a><a href="#footnote270" title="Go to footnote 270"><span class="smaller">[270]</span></a>. Voilà pour la langue d'oil. Dans la langue
-d'oc, les gens du Poitou et de la Saintonge, haïs au Nord comme
-méridionaux, n'en ont pas moins fait des satires contre les gens du
+son maître. L'homme à terre voudrait en vain s'adresser à celui qui va
+l'égorger; l'un dit <em>grâce</em>, l'autre répond <em>mort</em>.</p>
+
+<p>Indépendamment de ces antipathies de langage et de race, dans une même
+race, dans une même langue, les provinces se haïssaient. Les Flamands,
+même de langue wallonne, détestaient les chaudes têtes picardes<a id="footnotetag269" name="footnotetag269"></a><a href="#footnote269" title="Go to footnote 269"><span class="smaller">[269]</span></a>.
+Les Picards méprisaient les habitudes régulières des Normands, qui leur
+paraissaient serviles<a id="footnotetag270" name="footnotetag270"></a><a href="#footnote270" title="Go to footnote 270"><span class="smaller">[270]</span></a>. Voilà pour la langue d'oil. Dans la langue
+d'oc, les gens du Poitou et de la Saintonge, haïs au Nord comme
+méridionaux, n'en ont pas moins fait des satires contre les gens du
Midi, surtout contre les Gascons<a id="footnotetag271" name="footnotetag271"></a><a href="#footnote271" title="Go to footnote 271"><span class="smaller">[271]</span></a>.</p>
-<p>Au bout de cette échelle de haines, par delà Bordeaux et Toulouse, se
-trouve, au pied des Pyrénées, hors des routes et des rivières
-navigables, un petit pays dont le nom a résumé toutes les haines du Midi
+<p>Au bout de cette échelle de haines, par delà Bordeaux et Toulouse, se
+trouve, au pied des Pyrénées, hors des routes et des rivières
+navigables, un petit pays dont le nom a résumé toutes les haines du Midi
et du Nord. Ce nom tragique est celui d'Armagnac.</p>
-<p>Rude pays, vineux, il est vrai, mais sous les grêles de la montagne,
-souvent fertile, souvent frappé. Ces gens d'Armagnac et de Fézenzac,
+<p>Rude pays, vineux, il est vrai, mais sous les grêles de la montagne,
+souvent fertile, souvent frappé. Ces gens d'Armagnac et de Fézenzac,
moins pauvres que <span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p. 167)</span> ceux des Landes, furent pourtant encore plus
-inquiets. De bonne heure leurs comtes déclarent qu'ils ne veulent
-dépendre que de Sainte-Marie d'Auch, et ensuite ils battent et pillent
-l'archevêque d'Auch pendant près de deux siècles. Persécuteurs assidus
-des églises, excommuniés de génération en génération, ils vécurent, la
+inquiets. De bonne heure leurs comtes déclarent qu'ils ne veulent
+dépendre que de Sainte-Marie d'Auch, et ensuite ils battent et pillent
+l'archevêque d'Auch pendant près de deux siècles. Persécuteurs assidus
+des églises, excommuniés de génération en génération, ils vécurent, la
plupart, en vrais fils du Diable.</p>
<p>Lorsque le terrible Simon de Montfort tomba sur le Midi, comme le
-jugement de Dieu, ils s'amendèrent, lui firent hommage, puis au comte de
-Poitiers. Saint Louis leur donna plus d'une sévère leçon. L'un d'eux fut
-mis, pour réfléchir, deux ans dans le château de Péronne. Ils finirent
-par comprendre qu'ils gagneraient plus à servir le roi de France; la
-succession de Rhodez, si éloigné de l'Armagnac, les engagea d'ailleurs
-dans les intérêts du royaume.</p>
+jugement de Dieu, ils s'amendèrent, lui firent hommage, puis au comte de
+Poitiers. Saint Louis leur donna plus d'une sévère leçon. L'un d'eux fut
+mis, pour réfléchir, deux ans dans le château de Péronne. Ils finirent
+par comprendre qu'ils gagneraient plus à servir le roi de France; la
+succession de Rhodez, si éloigné de l'Armagnac, les engagea d'ailleurs
+dans les intérêts du royaume.</p>
<p>Les Armagnacs devinrent alors, avec les Albret, les capitaines du midi
-pour le roi de France. Battants, battus, toujours en armes, ils menèrent
-partout les Gascons, jusqu'en Italie. Ils formèrent une leste et
-infatigable infanterie, la première qu'ait eue la France. Ils poussaient
-la guerre avec une violence inconnue jusque-là, forçant tout le monde à
-prendre la croix blanche, coupant le pied, le poing, à qui refusait de
+pour le roi de France. Battants, battus, toujours en armes, ils menèrent
+partout les Gascons, jusqu'en Italie. Ils formèrent une leste et
+infatigable infanterie, la première qu'ait eue la France. Ils poussaient
+la guerre avec une violence inconnue jusque-là, forçant tout le monde à
+prendre la croix blanche, coupant le pied, le poing, à qui refusait de
les suivre<a id="footnotetag272" name="footnotetag272"></a><a href="#footnote272" title="Go to footnote 272"><span class="smaller">[272]</span></a>.</p>
-<p>Nos rois les comblèrent. Ils les étouffèrent dans l'or. Ils les firent
-généraux, connétables. C'était méconnaître leur talent; ces chasseurs
-des Pyrénées et des <span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>(p. 168)</span> Landes, ces lestes piétons du Midi,
+<p>Nos rois les comblèrent. Ils les étouffèrent dans l'or. Ils les firent
+généraux, connétables. C'était méconnaître leur talent; ces chasseurs
+des Pyrénées et des <span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>(p. 168)</span> Landes, ces lestes piétons du Midi,
valaient mieux pour la petite guerre que pour commander de grandes
-armées. Les comtes d'Armagnac furent faits deux fois prisonniers en
-Lombardie. Le connétable d'Albret conduisait malheureusement l'armée
+armées. Les comtes d'Armagnac furent faits deux fois prisonniers en
+Lombardie. Le connétable d'Albret conduisait malheureusement l'armée
d'Azincourt.</p>
-<p>C'était trop faire pour eux, et l'on fit encore davantage. Nos rois
-crurent s'attacher ces Armagnacs en les mariant à des princesses du
-sang. Voilà ces rudes capitaines gascons qui se décrassent, prennent
+<p>C'était trop faire pour eux, et l'on fit encore davantage. Nos rois
+crurent s'attacher ces Armagnacs en les mariant à des princesses du
+sang. Voilà ces rudes capitaines gascons qui se décrassent, prennent
figure d'homme et deviennent des princes. On leur donne en mariage une
petite-fille de saint Louis. Qui ne les croirait satisfaits? Chose
-étrange et qui les peint bien: à peine eurent-ils cet excès d'honneur de
-s'allier à la maison royale qu'ils prétendirent valoir mieux qu'elle, et
-se fabriquèrent tout doucement une généalogie qui les rattachait aux
-anciens ducs d'Aquitaine, légitimes souverains du Midi; d'autre part aux
-Mérovingiens, premiers conquérants de la France. Les Capétiens étaient
-des usurpateurs qui détenaient le patrimoine de la maison d'Armagnac.</p>
-
-<p>Tout Français et princes qu'ils étaient devenus, le naturel diabolique
-reparaissait à tout moment. L'un d'eux épouse sa belle-s&oelig;ur (pour
+étrange et qui les peint bien: à peine eurent-ils cet excès d'honneur de
+s'allier à la maison royale qu'ils prétendirent valoir mieux qu'elle, et
+se fabriquèrent tout doucement une généalogie qui les rattachait aux
+anciens ducs d'Aquitaine, légitimes souverains du Midi; d'autre part aux
+Mérovingiens, premiers conquérants de la France. Les Capétiens étaient
+des usurpateurs qui détenaient le patrimoine de la maison d'Armagnac.</p>
+
+<p>Tout Français et princes qu'ils étaient devenus, le naturel diabolique
+reparaissait à tout moment. L'un d'eux épouse sa belle-s&oelig;ur (pour
garder la dot); un autre sa propre s&oelig;ur, avec une fausse dispense.
Bernard VII, comte d'Armagnac, qui fut presque roi et finit si mal,
-avait commencé par dépouiller son parent, le vicomte de Fézenzaguet, le
-jetant avec ses fils, les yeux crevés, dans une citerne. Ce même
-Bernard, se déclarant ensuite serviteur du duc d'Orléans, fit bonne
+avait commencé par dépouiller son parent, le vicomte de Fézenzaguet, le
+jetant avec ses fils, les yeux crevés, dans une citerne. Ce même
+Bernard, se déclarant ensuite serviteur du duc d'Orléans, fit bonne
guerre aux Anglais, leur reprit <span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p. 169)</span> soixante petites places. Au
-fond, il ne travaillait que pour lui-même: quand le duc d'Orléans vint
-en Guyenne, il ne le seconda pas. Mais, dès que le prince fut mort, le
+fond, il ne travaillait que pour lui-même: quand le duc d'Orléans vint
+en Guyenne, il ne le seconda pas. Mais, dès que le prince fut mort, le
comte d'Armagnac se porta pour son ami, pour son vengeur; il saisit
-hardiment ce grand rôle, mena tout le Midi au ravage du Nord, fit
-épouser sa fille au jeune duc d'Orléans, lui donnant en dot ses bandes
-pillardes et la malédiction de la France.</p>
-
-<p>Ce qui rendit ces Armagnacs exécrables, ce fut, outre leur férocité, la
-légèreté impie avec laquelle ils traitaient les prêtres, les églises, la
-religion. On aurait dit une vengeance d'Albigeois, ou l'avant-goût des
-guerres protestantes. On l'eût cru, et l'on se fût trompé. C'était
-légèreté gasconne<a id="footnotetag273" name="footnotetag273"></a><a href="#footnote273" title="Go to footnote 273"><span class="smaller">[273]</span></a>, ou brutalité soldatesque. Probablement aussi,
-dans leur étrange christianisme, ils pensaient que c'était bien fait de
-piller les saints de la langue d'oil, qu'à coup sûr ceux de la langue
-d'oc ne leur en sauraient pas mauvais gré. Ils emportaient les
+hardiment ce grand rôle, mena tout le Midi au ravage du Nord, fit
+épouser sa fille au jeune duc d'Orléans, lui donnant en dot ses bandes
+pillardes et la malédiction de la France.</p>
+
+<p>Ce qui rendit ces Armagnacs exécrables, ce fut, outre leur férocité, la
+légèreté impie avec laquelle ils traitaient les prêtres, les églises, la
+religion. On aurait dit une vengeance d'Albigeois, ou l'avant-goût des
+guerres protestantes. On l'eût cru, et l'on se fût trompé. C'était
+légèreté gasconne<a id="footnotetag273" name="footnotetag273"></a><a href="#footnote273" title="Go to footnote 273"><span class="smaller">[273]</span></a>, ou brutalité soldatesque. Probablement aussi,
+dans leur étrange christianisme, ils pensaient que c'était bien fait de
+piller les saints de la langue d'oil, qu'à coup sûr ceux de la langue
+d'oc ne leur en sauraient pas mauvais gré. Ils emportaient les
reliquaires sans se soucier des reliques; ils faisaient du calice un
-gobelet, jetaient les hosties. Ils remplaçaient volontiers leurs
-pourpoints percés par des ornements d'église; d'une chape ils se
+gobelet, jetaient les hosties. Ils remplaçaient volontiers leurs
+pourpoints percés par des ornements d'église; d'une chape ils se
taillaient une cotte d'armes, d'un corporal un bonnet.</p>
-<p>Arrivés devant Paris, ils avaient pris Saint-Denis pour centre. Ils
-logèrent dans la petite ville et dans la riche abbaye. La tentation
-était grande. Les religieux, de peur d'accident, avaient fait enfouir le
-trésor du bienheureux; mais ils n'avaient pas songé à <span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p. 170)</span> prendre
-la même précaution pour la vaisselle d'or et d'argent que la reine leur
-avait confiée. Un matin, après la messe, le comte d'Armagnac réunit au
-réfectoire l'abbé et les religieux; il leur expose que les princes n'ont
-pris les armes que pour délivrer le roi et rétablir la justice dans le
-royaume, que tout le monde doit aider à une si louable entreprise. «Nous
+<p>Arrivés devant Paris, ils avaient pris Saint-Denis pour centre. Ils
+logèrent dans la petite ville et dans la riche abbaye. La tentation
+était grande. Les religieux, de peur d'accident, avaient fait enfouir le
+trésor du bienheureux; mais ils n'avaient pas songé à <span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p. 170)</span> prendre
+la même précaution pour la vaisselle d'or et d'argent que la reine leur
+avait confiée. Un matin, après la messe, le comte d'Armagnac réunit au
+réfectoire l'abbé et les religieux; il leur expose que les princes n'ont
+pris les armes que pour délivrer le roi et rétablir la justice dans le
+royaume, que tout le monde doit aider à une si louable entreprise. «Nous
attendons de l'argent, dit-il, mais il n'arrive pas; la reine ne sera
-pas fâchée, j'en suis sûr, de nous prêter sa vaisselle pour payer nos
-troupes; messieurs les princes vous en donneront bonne décharge, scellée
-de leur sceau.» Cela dit, sans s'arrêter aux représentations des
-religieux, il se fait ouvrir la porte du trésor, entre, le marteau à la
+pas fâchée, j'en suis sûr, de nous prêter sa vaisselle pour payer nos
+troupes; messieurs les princes vous en donneront bonne décharge, scellée
+de leur sceau.» Cela dit, sans s'arrêter aux représentations des
+religieux, il se fait ouvrir la porte du trésor, entre, le marteau à la
main, et force les coffres. Encore ne craignit-il pas de dire que si
-cela ne suffisait pas, il faudrait bien aussi que le trésor du saint
-contribuât. Les moines se le tinrent pour dit, et firent sortir de
+cela ne suffisait pas, il faudrait bien aussi que le trésor du saint
+contribuât. Les moines se le tinrent pour dit, et firent sortir de
l'abbaye ceux des leurs qui connaissaient la cachette<a id="footnotetag274" name="footnotetag274"></a><a href="#footnote274" title="Go to footnote 274"><span class="smaller">[274]</span></a>.</p>
-<p>Des gens qui prenaient de telles libertés avec les saints ne pouvaient
-pas être fort dévots à l'autre religion de la France, la royauté. Ce roi
+<p>Des gens qui prenaient de telles libertés avec les saints ne pouvaient
+pas être fort dévots à l'autre religion de la France, la royauté. Ce roi
fou que les gens du Nord, que Paris, au milieu de ses plus grandes
violences, ne voyaient qu'avec amour, ceux du Midi n'y trouvaient rien
que de risible. Quand ils prenaient un paysan, et que, pour s'amuser,
-ils lui coupaient les oreilles ou le nez: «Va, disaient-ils; va
-maintenant te montrer à ton idiot de roi<a id="footnotetag275" name="footnotetag275"></a><a href="#footnote275" title="Go to footnote 275"><span class="smaller">[275]</span></a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p. 171)</span> Ces dérisions, ces impiétés, ces cruautés atroces, rendirent
-service au duc de Bourgogne. Les villes affamées par les pillards
-tournèrent contre le duc d'Orléans. Les paysans, désespérés, prirent la
-croix de Bourgogne, et tombèrent souvent sur les soldats isolés. Avec
-tout cela, il n'y avait guère en France d'autre force militaire que les
-Armagnacs. Le duc de Bourgogne, ne pouvant leur faire lâcher Paris,
-qu'ils serraient de tous côtés, eut recours à la dernière, à la plus
+ils lui coupaient les oreilles ou le nez: «Va, disaient-ils; va
+maintenant te montrer à ton idiot de roi<a id="footnotetag275" name="footnotetag275"></a><a href="#footnote275" title="Go to footnote 275"><span class="smaller">[275]</span></a>.»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p. 171)</span> Ces dérisions, ces impiétés, ces cruautés atroces, rendirent
+service au duc de Bourgogne. Les villes affamées par les pillards
+tournèrent contre le duc d'Orléans. Les paysans, désespérés, prirent la
+croix de Bourgogne, et tombèrent souvent sur les soldats isolés. Avec
+tout cela, il n'y avait guère en France d'autre force militaire que les
+Armagnacs. Le duc de Bourgogne, ne pouvant leur faire lâcher Paris,
+qu'ils serraient de tous côtés, eut recours à la dernière, à la plus
dangereuse ressource: il appela les Anglais<a id="footnotetag276" name="footnotetag276"></a><a href="#footnote276" title="Go to footnote 276"><span class="smaller">[276]</span></a>.</p>
-<p>Les choses en étaient venues à ce point, que les Anglais étaient moins
-odieux aux Français du Nord que les Français du Midi. Le duc de
-Bourgogne conclut d'abord une trêve marchande avec les Anglais, dans
-l'intérêt de la Flandre; puis il leur demanda des troupes, offrant de
-donner une de ses filles en mariage au fils aîné d'Henri IV<a id="footnotetag277" name="footnotetag277"></a><a href="#footnote277" title="Go to footnote 277"><span class="smaller">[277]</span></a> (1<sup>er</sup>
+<p>Les choses en étaient venues à ce point, que les Anglais étaient moins
+odieux aux Français du Nord que les Français du Midi. Le duc de
+Bourgogne conclut d'abord une trêve marchande avec les Anglais, dans
+l'intérêt de la Flandre; puis il leur demanda des troupes, offrant de
+donner une de ses filles en mariage au fils aîné d'Henri IV<a id="footnotetag277" name="footnotetag277"></a><a href="#footnote277" title="Go to footnote 277"><span class="smaller">[277]</span></a> (1<sup>er</sup>
septembre 1411). Quelles furent les conditions, quelle part de la France
-leur promit-il? Rien ne l'indique. Le parti d'Orléans publia qu'il
-faisait hommage de la Flandre à l'Anglais, et s'engageait à lui faire
+leur promit-il? Rien ne l'indique. Le parti d'Orléans publia qu'il
+faisait hommage de la Flandre à l'Anglais, et s'engageait à lui faire
rendre la Guyenne et la Normandie.</p>
-<p>L'arrivée des troupes anglaises fit refluer les Armagnacs de Paris à la
-Loire, jusqu'à Bourges, jusqu'à Poitiers. Ils perdirent même Poitiers;
-mais les princes tinrent dans Bourges, où le duc de Bourgogne vint
-<span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>(p. 172)</span> les assiéger avec les Anglais, avec le roi, qu'il traînait
-partout. Néanmoins, le siège fut long. Le manque de vivres, les
+<p>L'arrivée des troupes anglaises fit refluer les Armagnacs de Paris à la
+Loire, jusqu'à Bourges, jusqu'à Poitiers. Ils perdirent même Poitiers;
+mais les princes tinrent dans Bourges, où le duc de Bourgogne vint
+<span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>(p. 172)</span> les assiéger avec les Anglais, avec le roi, qu'il traînait
+partout. Néanmoins, le siège fut long. Le manque de vivres, les
exhalaisons des marais, des champs pleins de cadavres, la peste enfin,
-qui, du camp, se répandit dans le royaume, décidèrent les deux partis à
-une vaine et fausse paix, qui fut à peine une trêve (traité de Bourges,
+qui, du camp, se répandit dans le royaume, décidèrent les deux partis à
+une vaine et fausse paix, qui fut à peine une trêve (traité de Bourges,
15 juillet 1412). Le duc de Bourgogne promettait ce qu'il ne pouvait
-tenir, d'obliger les siens de rendre aux princes leurs biens confisqués.
+tenir, d'obliger les siens de rendre aux princes leurs biens confisqués.
Tout ce que le duc de Bourgogne y gagna, ce fut de faire quelque
-réparation à la mémoire de Montaigu: le prévôt de Paris alla détacher
+réparation à la mémoire de Montaigu: le prévôt de Paris alla détacher
son corps du gibet de Montfaucon et le fit enterrer honorablement.</p>
-<p>Cependant les Orléanais, voyant que leur adversaire ne les avait chassés
-que par le secours de l'Anglais, essayaient de le détacher à tout prix
-du Bourguignon. Celui-ci, au contraire, était déjà las de ses alliés, et
-il avait envoyé des troupes pour les combattre en Guyenne. Le comte
-d'Armagnac prit à l'instant la croix rouge, et se fit Anglais,
+<p>Cependant les Orléanais, voyant que leur adversaire ne les avait chassés
+que par le secours de l'Anglais, essayaient de le détacher à tout prix
+du Bourguignon. Celui-ci, au contraire, était déjà las de ses alliés, et
+il avait envoyé des troupes pour les combattre en Guyenne. Le comte
+d'Armagnac prit à l'instant la croix rouge, et se fit Anglais,
confirmant ainsi les accusations du duc de Bourgogne. Il avait fait
-publier à grand bruit dans Paris qu'on avait saisi sur un moine les
+publier à grand bruit dans Paris qu'on avait saisi sur un moine les
papiers des princes et les propositions qu'ils faisaient aux ennemis.
-Ils avaient fait serment, disait-on, de tuer le roi, de brûler Paris, de
+Ils avaient fait serment, disait-on, de tuer le roi, de brûler Paris, de
partager la France. Cette bizarre invention du parti de Bourgogne
-produisit le plus grand effet à Paris<a id="footnotetag278" name="footnotetag278"></a><a href="#footnote278" title="Go to footnote 278"><span class="smaller">[278]</span></a>. Les gens de l'Université,
+produisit le plus grand effet à Paris<a id="footnotetag278" name="footnotetag278"></a><a href="#footnote278" title="Go to footnote 278"><span class="smaller">[278]</span></a>. Les gens de l'Université,
les bourgeois, tout le peuple, les <span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p. 173)</span> femmes et les enfants,
-prononçaient mille imprécations contre ceux qui livraient ainsi le roi
+prononçaient mille imprécations contre ceux qui livraient ainsi le roi
et le royaume. Le pauvre roi pleurait, et demandait ce qu'il fallait
faire.</p>
-<p>Le traité réel était assez odieux sans y ajouter ces fables: les princes
-faisaient hommage à l'Anglais, s'engageaient à lui faire recouvrer ses
+<p>Le traité réel était assez odieux sans y ajouter ces fables: les princes
+faisaient hommage à l'Anglais, s'engageaient à lui faire recouvrer ses
droits, et lui remettaient vingt places dans le Midi. Pour tant
-d'avantages, il ne laissait aux ducs de Berri et d'Orléans le Poitou,
-l'Angoumois et le Périgord que leur vie durant. Le seul comte d'Armagnac
-conservait tous ses fiefs à perpétuité. Le traité visiblement était son
+d'avantages, il ne laissait aux ducs de Berri et d'Orléans le Poitou,
+l'Angoumois et le Périgord que leur vie durant. Le seul comte d'Armagnac
+conservait tous ses fiefs à perpétuité. Le traité visiblement était son
ouvrage<a id="footnotetag279" name="footnotetag279"></a><a href="#footnote279" title="Go to footnote 279"><span class="smaller">[279]</span></a> (18 mai 1412).</p>
-<p>Ainsi, des princes sans c&oelig;ur jouaient tour à tour à ce jeu funeste
-d'appeler l'ennemi du royaume. La chose était pourtant sérieuse. Ils
-s'en seraient aperçus bientôt, si la mort d'Henri IV n'eût donné un
-répit à la France. Trahie par les deux partis, n'ayant rien à attendre
+<p>Ainsi, des princes sans c&oelig;ur jouaient tour à tour à ce jeu funeste
+d'appeler l'ennemi du royaume. La chose était pourtant sérieuse. Ils
+s'en seraient aperçus bientôt, si la mort d'Henri IV n'eût donné un
+répit à la France. Trahie par les deux partis, n'ayant rien à attendre
que d'elle, elle va essayer dans cet intervalle de faire ses affaires
-elle-même. En est-elle déjà capable? on peut en douter.</p>
+elle-même. En est-elle déjà capable? on peut en douter.</p>
-<p class="p2">Dans cette période de cinq années, entre un crime et un crime, le
-meurtre du duc d'Orléans et le traité avec l'Anglais, les partis ont
-prouvé leur impuissance pour la paix et pour la guerre; trois traités
-n'ont servi qu'à envenimer les haines.</p>
+<p class="p2">Dans cette période de cinq années, entre un crime et un crime, le
+meurtre du duc d'Orléans et le traité avec l'Anglais, les partis ont
+prouvé leur impuissance pour la paix et pour la guerre; trois traités
+n'ont servi qu'à envenimer les haines.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page174" name="page174"></a>(p. 174)</span> Est-ce à dire pourtant que ces tristes années aient été
-perdues, que le temps ait coulé en vain?... Non, il n'y a point d'années
-perdues; le temps a porté son fruit. D'abord, les deux moitiés de la
-France se sont rapprochées, il est vrai, pour se haïr; le Midi est venu
+<p><span class="pagenum"><a id="page174" name="page174"></a>(p. 174)</span> Est-ce à dire pourtant que ces tristes années aient été
+perdues, que le temps ait coulé en vain?... Non, il n'y a point d'années
+perdues; le temps a porté son fruit. D'abord, les deux moitiés de la
+France se sont rapprochées, il est vrai, pour se haïr; le Midi est venu
visiter le Nord, comme au temps des Albigeois le Nord visita le Midi.
-Ces rapprochements, même hostiles, étaient pourtant nécessaires; il
-fallait que la France, pour devenir une plus tard, se connût d'abord,
-qu'elle se vît, comme elle était, diverse encore et hétérogène.</p>
-
-<p>Ainsi se prépare de loin l'unité de la nation. Déjà le sentiment
-national est éveillé par les fréquents appels à l'opinion publique, que
-font les partis dans cette courte période. Ces manifestes continuels
-pour ou contre le duc de Bourgogne<a id="footnotetag280" name="footnotetag280"></a><a href="#footnote280" title="Go to footnote 280"><span class="smaller">[280]</span></a>, ces prédications politiques
-dans l'intérêt des factions, ces représentations théâtrales où la foule
-est admise comme témoin des grands actes politiques, l'échafaud de
-Chartres, le sermon de la Neutralité, tout cela, c'est déjà
+Ces rapprochements, même hostiles, étaient pourtant nécessaires; il
+fallait que la France, pour devenir une plus tard, se connût d'abord,
+qu'elle se vît, comme elle était, diverse encore et hétérogène.</p>
+
+<p>Ainsi se prépare de loin l'unité de la nation. Déjà le sentiment
+national est éveillé par les fréquents appels à l'opinion publique, que
+font les partis dans cette courte période. Ces manifestes continuels
+pour ou contre le duc de Bourgogne<a id="footnotetag280" name="footnotetag280"></a><a href="#footnote280" title="Go to footnote 280"><span class="smaller">[280]</span></a>, ces prédications politiques
+dans l'intérêt des factions, ces représentations théâtrales où la foule
+est admise comme témoin des grands actes politiques, l'échafaud de
+Chartres, le sermon de la Neutralité, tout cela, c'est déjà
implicitement un appel au peuple.</p>
-<p>Dans les pédantesques harangues du temps, parmi les violences, les
+<p>Dans les pédantesques harangues du temps, parmi les violences, les
mensonges, parmi le sang et la boue, il y a pourtant une chose qui fait
-la force du parti de Bourgogne, si souillé et si coupable, à savoir:
-l'aveu solennel de la responsabilité des puissants, des princes et des
-rois. L'Université professe cette doctrine alors inouïe, qu'un roi qui
-accable ses sujets <span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p. 175)</span> d'exactions injustes peut et doit être
-déposé. Cette parole est réprouvée; mais ne croyez pas qu'elle tombe.
-Des pensées inconnues fermentent. C'est vers cette époque, ce semble,
-qu'au front même de la cathédrale de Chartres, témoin de l'humiliation
-des princes, on sculpte une figure nouvelle, celle de la Liberté<a id="footnotetag281" name="footnotetag281"></a><a href="#footnote281" title="Go to footnote 281"><span class="smaller">[281]</span></a>;
-liberté morale, sans doute, mais l'idée de la liberté politique s'y mêle
-et s'y ajoute peu à peu.</p>
-
-<p>Le duc de Bourgogne était bien indigne d'être le représentant du
-principe moderne. Ce principe ne se démêle en lui qu'à travers la double
+la force du parti de Bourgogne, si souillé et si coupable, à savoir:
+l'aveu solennel de la responsabilité des puissants, des princes et des
+rois. L'Université professe cette doctrine alors inouïe, qu'un roi qui
+accable ses sujets <span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p. 175)</span> d'exactions injustes peut et doit être
+déposé. Cette parole est réprouvée; mais ne croyez pas qu'elle tombe.
+Des pensées inconnues fermentent. C'est vers cette époque, ce semble,
+qu'au front même de la cathédrale de Chartres, témoin de l'humiliation
+des princes, on sculpte une figure nouvelle, celle de la Liberté<a id="footnotetag281" name="footnotetag281"></a><a href="#footnote281" title="Go to footnote 281"><span class="smaller">[281]</span></a>;
+liberté morale, sans doute, mais l'idée de la liberté politique s'y mêle
+et s'y ajoute peu à peu.</p>
+
+<p>Le duc de Bourgogne était bien indigne d'être le représentant du
+principe moderne. Ce principe ne se démêle en lui qu'à travers la double
laideur du crime et des contradictions. Le meurtrier vient parler
-d'ordre, de réforme et de bien public; il vient attester les lois, lui
-qui a tué la loi; nous allons pourtant voir paraître, sous les auspices
-de cet odieux parti, la grande ordonnance du quinzième siècle.</p>
+d'ordre, de réforme et de bien public; il vient attester les lois, lui
+qui a tué la loi; nous allons pourtant voir paraître, sous les auspices
+de cet odieux parti, la grande ordonnance du quinzième siècle.</p>
-<p>Autre bizarrerie. Ce prince féodal, qui vient, à la tête d'une noblesse
-acharnée, d'exterminer la commune de Liège, puise dans cette victoire
-même la force qui relève la commune de Paris; là-bas prince des barons,
+<p>Autre bizarrerie. Ce prince féodal, qui vient, à la tête d'une noblesse
+acharnée, d'exterminer la commune de Liège, puise dans cette victoire
+même la force qui relève la commune de Paris; là-bas prince des barons,
ici prince des bouchers.</p>
-<p>Ces contradictions font, nous l'avons dit, la laideur du siècle, celle
+<p>Ces contradictions font, nous l'avons dit, la laideur du siècle, celle
surtout du parti bourguignon. Le chef, au reste, parut comprendre que,
-quoi qu'il eût fait, il n'avait rien fait lui-même, qu'il ne pouvait pas
-grand'chose. Lorsque l'Université proposa de tirer des trois États des
+quoi qu'il eût fait, il n'avait rien fait lui-même, qu'il ne pouvait pas
+grand'chose. Lorsque l'Université proposa de tirer des trois États des
gens sages et non suspects pour <span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p. 176)</span> aider au gouvernement, il
-prononça cette grave parole, «qu'en effet, il ne se sentait pas capable
-de gouverner si grand royaume que le royaume de France<a id="footnotetag282" name="footnotetag282"></a><a href="#footnote282" title="Go to footnote 282"><span class="smaller">[282]</span></a>».</p>
+prononça cette grave parole, «qu'en effet, il ne se sentait pas capable
+de gouverner si grand royaume que le royaume de France<a id="footnotetag282" name="footnotetag282"></a><a href="#footnote282" title="Go to footnote 282"><span class="smaller">[282]</span></a>».</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p. 177)</span> CHAPITRE III</h3>
-<p class="chaptitle">Essais de réforme dans l'État et dans l'Église.&mdash;Cabochiens de
+<p class="chaptitle">Essais de réforme dans l'État et dans l'Église.&mdash;Cabochiens de
Paris; grande ordonnance.&mdash;Conciles de Pise et de Constance
(1409-1415).</p>
-<p>Le gouvernement d'un seul étant avoué impossible, il fallut bien essayer
-du gouvernement de plusieurs. Le parti de Bourgogne, dans sa détresse,
-convoqua, au nom du roi, une grande assemblée des députés des villes,
-des prélats, chapitres, etc. (30 janvier 1413). Cette assemblée de
-notables est qualifiée par quelques-uns du nom d'<cite>États généraux</cite>. Ils
-furent si peu généraux qu'il n'y vint presque personne, sauf les envoyés
+<p>Le gouvernement d'un seul étant avoué impossible, il fallut bien essayer
+du gouvernement de plusieurs. Le parti de Bourgogne, dans sa détresse,
+convoqua, au nom du roi, une grande assemblée des députés des villes,
+des prélats, chapitres, etc. (30 janvier 1413). Cette assemblée de
+notables est qualifiée par quelques-uns du nom d'<cite>États généraux</cite>. Ils
+furent si peu généraux qu'il n'y vint presque personne, sauf les envoyés
de quelques villes du centre. Dans ce moment de crise, entre la guerre
-civile et la guerre étrangère, que l'on voyait imminente, la France se
+civile et la guerre étrangère, que l'on voyait imminente, la France se
chercha, et elle ne put se trouver.</p>
-<p>C'était, il est vrai, l'hiver; les chemins impraticables, pleins de
-bandits; la moitié du royaume étrangère ou hostile à l'autre. Il vint
+<p>C'était, il est vrai, l'hiver; les chemins impraticables, pleins de
+bandits; la moitié du royaume étrangère ou hostile à l'autre. Il vint
peu de gens, et ce peu ne savait que dire. Il n'y avait point de
-traditions, de précédents, pour une telle assemblée; <span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>(p. 178)</span> un
-demi-siècle s'était écoulé depuis les derniers États. Les gens de Reims,
-de Rouen, de Sens et de Bourges parlèrent seuls, ou plutôt prêchèrent
-sur un texte de l'Écriture, prouvant doctement les avantages de la paix,
-mais avec non moins de force l'impossibilité de payer pour finir la
+traditions, de précédents, pour une telle assemblée; <span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>(p. 178)</span> un
+demi-siècle s'était écoulé depuis les derniers États. Les gens de Reims,
+de Rouen, de Sens et de Bourges parlèrent seuls, ou plutôt prêchèrent
+sur un texte de l'Écriture, prouvant doctement les avantages de la paix,
+mais avec non moins de force l'impossibilité de payer pour finir la
guerre; ils concluaient qu'il fallait avant tout recouvrer les deniers
-mal perçus ou détournés. Maître Benoît Gentien, célèbre docteur et moine
-de Saint-Denis, parla au nom de Paris et de l'Université. Il demanda des
-réformes, indiqua des abus, déclama contre l'ambition et la convoitise,
-toutefois en termes généraux et sans nommer personne. Il déplut à tout
+mal perçus ou détournés. Maître Benoît Gentien, célèbre docteur et moine
+de Saint-Denis, parla au nom de Paris et de l'Université. Il demanda des
+réformes, indiqua des abus, déclama contre l'ambition et la convoitise,
+toutefois en termes généraux et sans nommer personne. Il déplut à tout
le monde.</p>
-<p>Dans la réalité, les maux étaient trop grands pour s'en tenir à une
-médecine expectante. Les généralités vagues n'avançaient à rien.
-L'assemblée fut congédiée; Paris prit la parole, au défaut de la France,
-Paris, et la voix de Paris, son Université.</p>
+<p>Dans la réalité, les maux étaient trop grands pour s'en tenir à une
+médecine expectante. Les généralités vagues n'avançaient à rien.
+L'assemblée fut congédiée; Paris prit la parole, au défaut de la France,
+Paris, et la voix de Paris, son Université.</p>
-<p>L'Université, nous l'avons vu, avait plus de zèle que de capacité pour
-s'acquitter d'une telle tâche. Elle avait grand besoin d'être dirigée.
-Or il n'y avait qu'une classe qui pût le faire, qui eût connaissance des
-lois, des faits et quelque esprit pratique: c'étaient les membres des
+<p>L'Université, nous l'avons vu, avait plus de zèle que de capacité pour
+s'acquitter d'une telle tâche. Elle avait grand besoin d'être dirigée.
+Or il n'y avait qu'une classe qui pût le faire, qui eût connaissance des
+lois, des faits et quelque esprit pratique: c'étaient les membres des
hautes cours, du Parlement<a id="footnotetag283" name="footnotetag283"></a><a href="#footnote283" title="Go to footnote 283"><span class="smaller">[283]</span></a>, de la Chambre des comptes et de la Cour
-des aides. Je ne vois pas que l'Université se soit adressée aux deux
-derniers corps; leur extrême timidité lui était sans <span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>(p. 179)</span> doute
-trop bien connue; mais elle demanda l'appui du Parlement, l'engageant à
-se joindre à elle pour demander les réformes nécessaires.</p>
-
-<p>Le Parlement n'aimait pas l'Université, qui dès longtemps l'avait fait
-déclarer incompétent dans les causes qui la regardaient; la victoire
-récente de la juridiction ecclésiastique (1408) n'était pas propre à les
-réconcilier. Cette puissance tumultueuse, qui peu à peu devenait
-l'alliée de la populace, était antipathique à la gravité des
-parlementaires, autant qu'à leurs habitudes de respect pour l'autorité
-royale. Ils répondirent à l'Université de la manière suivante: «Il ne
-convient pas à une cour établie pour rendre la justice au nom du roi de
+des aides. Je ne vois pas que l'Université se soit adressée aux deux
+derniers corps; leur extrême timidité lui était sans <span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>(p. 179)</span> doute
+trop bien connue; mais elle demanda l'appui du Parlement, l'engageant à
+se joindre à elle pour demander les réformes nécessaires.</p>
+
+<p>Le Parlement n'aimait pas l'Université, qui dès longtemps l'avait fait
+déclarer incompétent dans les causes qui la regardaient; la victoire
+récente de la juridiction ecclésiastique (1408) n'était pas propre à les
+réconcilier. Cette puissance tumultueuse, qui peu à peu devenait
+l'alliée de la populace, était antipathique à la gravité des
+parlementaires, autant qu'à leurs habitudes de respect pour l'autorité
+royale. Ils répondirent à l'Université de la manière suivante: «Il ne
+convient pas à une cour établie pour rendre la justice au nom du roi de
se rendre partie plaignante pour la demander. Au surplus, le Parlement
-est toujours prêt, toutes et quantes fois il plaira au roi de choisir
+est toujours prêt, toutes et quantes fois il plaira au roi de choisir
quelques-uns de ses membres pour s'occuper des affaires du royaume.
-L'Université et le corps de la ville sauront bien ne faire nulle chose
-qui ne soit à faire.»</p>
+L'Université et le corps de la ville sauront bien ne faire nulle chose
+qui ne soit à faire.»</p>
-<p>Ce refus du Parlement de prendre part à la révolution devait la rendre
-violente et impuissante. Paris et l'Université pouvaient dès lors faire
-ce qu'ils voulaient, obtenir des réformes, de belles ordonnances; il n'y
-avait personne pour les exécuter. Il faut aux lois des hommes pour
+<p>Ce refus du Parlement de prendre part à la révolution devait la rendre
+violente et impuissante. Paris et l'Université pouvaient dès lors faire
+ce qu'ils voulaient, obtenir des réformes, de belles ordonnances; il n'y
+avait personne pour les exécuter. Il faut aux lois des hommes pour
qu'elles soient vivantes, efficaces. Le temps, les habitudes, les
m&oelig;urs, peuvent seuls faire ces hommes.</p>
<p>Je dirai ailleurs tout au long ce que je pense du Parlement, comme cour
de justice. Ce n'est pas en passant qu'on peut qualifier ce long
travail de la <span class="pagenum"><a id="page180" name="page180"></a>(p. 180)</span> transformation du droit, cette &oelig;uvre
-d'interprétation de ruse et d'équivoque<a id="footnotetag284" name="footnotetag284"></a><a href="#footnote284" title="Go to footnote 284"><span class="smaller">[284]</span></a>. Qu'il me suffise ici de
-regarder le Parlement du point de vue extérieur et d'expliquer pourquoi
+d'interprétation de ruse et d'équivoque<a id="footnotetag284" name="footnotetag284"></a><a href="#footnote284" title="Go to footnote 284"><span class="smaller">[284]</span></a>. Qu'il me suffise ici de
+regarder le Parlement du point de vue extérieur et d'expliquer pourquoi
un corps qui pouvait agir si utilement refusa son concours.</p>
<p>Le Parlement n'avait pas besoin de prendre le pouvoir des mains de
-l'Université et du peuple de Paris; le pouvoir lui venait invinciblement
+l'Université et du peuple de Paris; le pouvoir lui venait invinciblement
par la force des choses. Il craignit avec raison de compromettre, par
une intervention directe dans les affaires, l'influence indirecte, mais
-toute-puissante, qu'il acquérait chaque jour. Il n'avait garde
-d'ébranler l'autorité royale, lorsque cette autorité devenait peu à peu
+toute-puissante, qu'il acquérait chaque jour. Il n'avait garde
+d'ébranler l'autorité royale, lorsque cette autorité devenait peu à peu
la sienne.</p>
-<p>La juridiction du Parlement de Paris avait toujours gagné dans le cours
-du quatorzième siècle. Ceux qui avaient le plus réclamé contre elle
-finissaient par regarder comme un privilège d'être jugés par le
-Parlement. Les églises et les chapitres réclamaient souvent cette
+<p>La juridiction du Parlement de Paris avait toujours gagné dans le cours
+du quatorzième siècle. Ceux qui avaient le plus réclamé contre elle
+finissaient par regarder comme un privilège d'être jugés par le
+Parlement. Les églises et les chapitres réclamaient souvent cette
faveur.</p>
-<p>Suprême cour du roi, le Parlement voyait, non seulement les baillis du
-roi et ses juges d'épée, mais les barons, les plus grands seigneurs
-féodaux, attendre à la grand'salle et solliciter humblement. Récemment
-il avait porté une sentence de mort et de confiscation contre le comte
-de Périgord<a id="footnotetag285" name="footnotetag285"></a><a href="#footnote285" title="Go to footnote 285"><span class="smaller">[285]</span></a>. Il recevait appel contre les princes, contre le duc de
-Bretagne, contre le duc d'Anjou, frère du roi (1328, 1371). Bien plus,
-le roi, en plusieurs cas, lui avait subordonné son autorité même,
-<span class="pagenum"><a id="page181" name="page181"></a>(p. 181)</span> lui défendant d'obéir aux lettres royaux, déclarant en quelque
-sorte que la sagesse du Parlement était moins faillible, plus sûre, plus
+<p>Suprême cour du roi, le Parlement voyait, non seulement les baillis du
+roi et ses juges d'épée, mais les barons, les plus grands seigneurs
+féodaux, attendre à la grand'salle et solliciter humblement. Récemment
+il avait porté une sentence de mort et de confiscation contre le comte
+de Périgord<a id="footnotetag285" name="footnotetag285"></a><a href="#footnote285" title="Go to footnote 285"><span class="smaller">[285]</span></a>. Il recevait appel contre les princes, contre le duc de
+Bretagne, contre le duc d'Anjou, frère du roi (1328, 1371). Bien plus,
+le roi, en plusieurs cas, lui avait subordonné son autorité même,
+<span class="pagenum"><a id="page181" name="page181"></a>(p. 181)</span> lui défendant d'obéir aux lettres royaux, déclarant en quelque
+sorte que la sagesse du Parlement était moins faillible, plus sûre, plus
constante, plus royale que celle du roi<a id="footnotetag286" name="footnotetag286"></a><a href="#footnote286" title="Go to footnote 286"><span class="smaller">[286]</span></a>.</p>
-<p>«Le Parlement, dit-il encore dans ses ordonnances, est le miroir de
-justice. Le Châtelet et tous les tribunaux doivent suivre le style du
-Parlement.»</p>
+<p>«Le Parlement, dit-il encore dans ses ordonnances, est le miroir de
+justice. Le Châtelet et tous les tribunaux doivent suivre le style du
+Parlement.»</p>
-<p>Admirable ascendant de la raison et de la sagesse! Dans la défiance
-universelle où l'on était de tout le reste, cette cour de justice fut
-obligée d'accepter toute sorte de pouvoirs administratifs, de police,
+<p>Admirable ascendant de la raison et de la sagesse! Dans la défiance
+universelle où l'on était de tout le reste, cette cour de justice fut
+obligée d'accepter toute sorte de pouvoirs administratifs, de police,
d'ordre communal, etc. Paris se reposa sur le Parlement du soin de sa
-subsistance; le pain, l'arrivage de la marée, une foule d'autres
-détails, la surveillance des monnayeurs, des barbiers ou chirurgiens,
-celle du pavé de la ville, ressortirent à lui. Le roi lui donna à régler
+subsistance; le pain, l'arrivage de la marée, une foule d'autres
+détails, la surveillance des monnayeurs, des barbiers ou chirurgiens,
+celle du pavé de la ville, ressortirent à lui. Le roi lui donna à régler
sa maison<a id="footnotetag287" name="footnotetag287"></a><a href="#footnote287" title="Go to footnote 287"><span class="smaller">[287]</span></a>.</p>
-<p>Les seules puissances qui résistassent à cette attraction, c'étaient,
-outre l'Université<a id="footnotetag288" name="footnotetag288"></a><a href="#footnote288" title="Go to footnote 288"><span class="smaller">[288]</span></a>, les grandes cours fiscales, la Chambre des
+<p>Les seules puissances qui résistassent à cette attraction, c'étaient,
+outre l'Université<a id="footnotetag288" name="footnotetag288"></a><a href="#footnote288" title="Go to footnote 288"><span class="smaller">[288]</span></a>, les grandes cours fiscales, la Chambre des
comptes, la Cour des aides<a id="footnotetag289" name="footnotetag289"></a><a href="#footnote289" title="Go to footnote 289"><span class="smaller">[289]</span></a>. Encore voyons-nous, dans une grande
-occasion, qu'il est ordonné aux réformateurs des aides et finances de
+occasion, qu'il est ordonné aux réformateurs des aides et finances de
consulter le Parlement<a id="footnotetag290" name="footnotetag290"></a><a href="#footnote290" title="Go to footnote 290"><span class="smaller">[290]</span></a>. On croit devoir expliquer que si les
-maîtres des comptes sont juges sans appel, c'est «qu'il y aurait
-inconvénient à transporter les registres, pour les mettre sous les yeux
-du Parlement<a id="footnotetag291" name="footnotetag291"></a><a href="#footnote291" title="Go to footnote 291"><span class="smaller">[291]</span></a>».</p>
-
-<p>Il fut réglé en 1388 et 1400, ordonné de nouveau en <span class="pagenum"><a id="page182" name="page182"></a>(p. 182)</span> 1413, que
-le Parlement se recruterait lui-même par voie d'élection<a id="footnotetag292" name="footnotetag292"></a><a href="#footnote292" title="Go to footnote 292"><span class="smaller">[292]</span></a>. Dès lors
-il forma un corps et devint de plus en plus homogène. Les charges ne
-sortirent plus des mêmes familles. Transmises par mariage, par vente
-même, elles ne passèrent guère qu'à des sujets capables et dignes. Il y
+maîtres des comptes sont juges sans appel, c'est «qu'il y aurait
+inconvénient à transporter les registres, pour les mettre sous les yeux
+du Parlement<a id="footnotetag291" name="footnotetag291"></a><a href="#footnote291" title="Go to footnote 291"><span class="smaller">[291]</span></a>».</p>
+
+<p>Il fut réglé en 1388 et 1400, ordonné de nouveau en <span class="pagenum"><a id="page182" name="page182"></a>(p. 182)</span> 1413, que
+le Parlement se recruterait lui-même par voie d'élection<a id="footnotetag292" name="footnotetag292"></a><a href="#footnote292" title="Go to footnote 292"><span class="smaller">[292]</span></a>. Dès lors
+il forma un corps et devint de plus en plus homogène. Les charges ne
+sortirent plus des mêmes familles. Transmises par mariage, par vente
+même, elles ne passèrent guère qu'à des sujets capables et dignes. Il y
eut des familles parlementaires, des m&oelig;urs parlementaires. Cette
-image de sainteté laïque que la France avait vue une fois en un homme,
+image de sainteté laïque que la France avait vue une fois en un homme,
en un roi, elle l'eut immuable dans ce roi judiciaire, sans caprice,
-sans passion, sauf l'intérêt de la royauté. La stabilité de l'ordre
-judiciaire se trouve ainsi fondée, au moment où l'ordre politique va
+sans passion, sauf l'intérêt de la royauté. La stabilité de l'ordre
+judiciaire se trouve ainsi fondée, au moment où l'ordre politique va
subir les plus rapides variations. Quoi qu'il advienne, la France aura
-un dépôt de bonnes traditions et de sagesse; dans les moments extrêmes
-où la royauté, la noblesse, tous ces vieux appuis lui manqueront, où
-elle sera au point de s'oublier elle-même, elle se reconnaîtra au
+un dépôt de bonnes traditions et de sagesse; dans les moments extrêmes
+où la royauté, la noblesse, tous ces vieux appuis lui manqueront, où
+elle sera au point de s'oublier elle-même, elle se reconnaîtra au
sanctuaire de la justice civile.</p>
-<p>Le Parlement n'a donc pas tort de se refuser à sortir de cette
-immobilité si utile à la France. Il regardera passer la révolution, il
-lui survivra, pour en reprendre et en appliquer à petit bruit les
-résultats les plus utiles.</p>
-
-<p>Le Parlement se récusant, l'Université n'en alla pas moins son chemin.
-Cette bizarre puissance, théologique, démocratique et révolutionnaire,
-n'était guère propre à réformer le royaume. D'abord, elle avait en elle
-trop peu d'unité, d'harmonie, pour en donner à <span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p. 183)</span> l'État. Elle ne
-savait pas même si elle était un corps ecclésiastique ou laïque,
-quoiqu'elle réclamât les privilèges des clercs. La faculté de théologie,
+<p>Le Parlement n'a donc pas tort de se refuser à sortir de cette
+immobilité si utile à la France. Il regardera passer la révolution, il
+lui survivra, pour en reprendre et en appliquer à petit bruit les
+résultats les plus utiles.</p>
+
+<p>Le Parlement se récusant, l'Université n'en alla pas moins son chemin.
+Cette bizarre puissance, théologique, démocratique et révolutionnaire,
+n'était guère propre à réformer le royaume. D'abord, elle avait en elle
+trop peu d'unité, d'harmonie, pour en donner à <span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p. 183)</span> l'État. Elle ne
+savait pas même si elle était un corps ecclésiastique ou laïque,
+quoiqu'elle réclamât les privilèges des clercs. La faculté de théologie,
dans la morgue de son orthodoxie, dans l'orgueil de sa victoire sur les
-chefs de l'Église, était Église pourtant. Elle semblait diriger, mais au
-fond elle était menée, violentée par la nombreuse et tumultueuse faculté
-des Arts (c'est-à-dire de logique)<a id="footnotetag293" name="footnotetag293"></a><a href="#footnote293" title="Go to footnote 293"><span class="smaller">[293]</span></a>. Celle-ci, peu d'accord avec
-l'autre, ne l'était pas davantage avec elle-même; elle se divisait en
+chefs de l'Église, était Église pourtant. Elle semblait diriger, mais au
+fond elle était menée, violentée par la nombreuse et tumultueuse faculté
+des Arts (c'est-à-dire de logique)<a id="footnotetag293" name="footnotetag293"></a><a href="#footnote293" title="Go to footnote 293"><span class="smaller">[293]</span></a>. Celle-ci, peu d'accord avec
+l'autre, ne l'était pas davantage avec elle-même; elle se divisait en
quatre nations, et, dans ce qu'on appelait une nation, il y avait bien
-des nations diverses, Danois, Irlandais, Écossais, Lombards, etc.</p>
-
-<p>Une révolution avait eu lieu dans l'Université au quatorzième siècle.
-Pour régulariser les études et les m&oelig;urs, on avait peu à peu, par des
-fondations de bourses et autres moyens, cloîtré les écoliers dans ce
-qu'on appelait des collèges. La plupart des collèges semblaient être au
-fond la propriété des boursiers, qui nommaient au scrutin les
-principaux, les maîtres. Rien n'était plus démocratique<a id="footnotetag294" name="footnotetag294"></a><a href="#footnote294" title="Go to footnote 294"><span class="smaller">[294]</span></a>.</p>
-
-<p>Ces petites républiques cloîtrées de jeunes gens pauvres étaient, comme
-on peut croire, animées de l'esprit le plus inquiet, surtout à l'époque
-du schisme, où les princes disposaient de tout dans l'Église, et
-fermaient aux universitaires l'accès des bénéfices. Dans ces tristes
-demeures, sous l'influence de la sèche et <span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p. 184)</span> stérile éducation du
-temps, languissaient sans espoir de vieux écoliers. Il y avait là de
+des nations diverses, Danois, Irlandais, Écossais, Lombards, etc.</p>
+
+<p>Une révolution avait eu lieu dans l'Université au quatorzième siècle.
+Pour régulariser les études et les m&oelig;urs, on avait peu à peu, par des
+fondations de bourses et autres moyens, cloîtré les écoliers dans ce
+qu'on appelait des collèges. La plupart des collèges semblaient être au
+fond la propriété des boursiers, qui nommaient au scrutin les
+principaux, les maîtres. Rien n'était plus démocratique<a id="footnotetag294" name="footnotetag294"></a><a href="#footnote294" title="Go to footnote 294"><span class="smaller">[294]</span></a>.</p>
+
+<p>Ces petites républiques cloîtrées de jeunes gens pauvres étaient, comme
+on peut croire, animées de l'esprit le plus inquiet, surtout à l'époque
+du schisme, où les princes disposaient de tout dans l'Église, et
+fermaient aux universitaires l'accès des bénéfices. Dans ces tristes
+demeures, sous l'influence de la sèche et <span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p. 184)</span> stérile éducation du
+temps, languissaient sans espoir de vieux écoliers. Il y avait là de
bizarres existences, des gens qui, sans famille, sans amis, sans
-connaissance du monde, avaient passé toute une vie dans les greniers du
-pays latin, étudiant, faute d'huile, au clair de la lune, vivant
-d'arguments ou de jeûnes, ne descendant des sublimes misères de la
-Montagne, de la gouttière de Standonc<a id="footnotetag295" name="footnotetag295"></a><a href="#footnote295" title="Go to footnote 295"><span class="smaller">[295]</span></a>, de la lucarne d'où fut jeté
-Ramus, que pour disputer à mort dans la boue de la rue du Fouarre ou de
+connaissance du monde, avaient passé toute une vie dans les greniers du
+pays latin, étudiant, faute d'huile, au clair de la lune, vivant
+d'arguments ou de jeûnes, ne descendant des sublimes misères de la
+Montagne, de la gouttière de Standonc<a id="footnotetag295" name="footnotetag295"></a><a href="#footnote295" title="Go to footnote 295"><span class="smaller">[295]</span></a>, de la lucarne d'où fut jeté
+Ramus, que pour disputer à mort dans la boue de la rue du Fouarre ou de
la place Maubert.</p>
-<p>Les moines Mendiants, nouveaux membres de l'Université, avaient, outre
-l'aigreur de la scolastique, celle de la pauvreté; ils étaient souvent
-haineux et envieux par-dessus toute créature; misérables et faisant de
-leur misère un système, ils ne demandaient pas mieux que de l'infliger
-aux autres. On a dit (et je crois qu'il en était ainsi pour beaucoup
+<p>Les moines Mendiants, nouveaux membres de l'Université, avaient, outre
+l'aigreur de la scolastique, celle de la pauvreté; ils étaient souvent
+haineux et envieux par-dessus toute créature; misérables et faisant de
+leur misère un système, ils ne demandaient pas mieux que de l'infliger
+aux autres. On a dit (et je crois qu'il en était ainsi pour beaucoup
d'entre eux) qu'ils ne comprenaient le christianisme que comme religion
-de la mort et de la douleur. Mortifiés et mortifiants, ils se tuaient
-d'abstinences et de violences, et ils étaient prêts à traiter le
-prochain comme eux-mêmes. C'est parmi eux que le duc de Bourgogne trouva
+de la mort et de la douleur. Mortifiés et mortifiants, ils se tuaient
+d'abstinences et de violences, et ils étaient prêts à traiter le
+prochain comme eux-mêmes. C'est parmi eux que le duc de Bourgogne trouva
sans peine des gens pour louer le meurtre.</p>
-<p>Le mépris que les autres ordres avaient pour les Mendiants était propre
-à irriter cette disposition <span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>(p. 185)</span> farouche. Or, parmi les Mendiants,
+<p>Le mépris que les autres ordres avaient pour les Mendiants était propre
+à irriter cette disposition <span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>(p. 185)</span> farouche. Or, parmi les Mendiants,
il y avait un ordre moins important, moins nombreux que les Dominicains
et les Franciscains, mais plus bizarre, plus excentrique, et dont les
-autres Mendiants se moquaient eux-mêmes. Cet ordre, celui des Carmes, ne
-se contentait pas d'une origine chrétienne; ils voulaient, comme les
+autres Mendiants se moquaient eux-mêmes. Cet ordre, celui des Carmes, ne
+se contentait pas d'une origine chrétienne; ils voulaient, comme les
Templiers, remonter plus haut que le christianisme<a id="footnotetag296" name="footnotetag296"></a><a href="#footnote296" title="Go to footnote 296"><span class="smaller">[296]</span></a>. Ermites du mont
-Carmel, descendants d'Élie, ils se piquaient d'imiter l'austérité des
-prophètes hébraïques, de ces terribles mangeurs de sauterelles qui, dans
-le désert, luttaient contre l'esprit de Dieu<a id="footnotetag297" name="footnotetag297"></a><a href="#footnote297" title="Go to footnote 297"><span class="smaller">[297]</span></a>.</p>
+Carmel, descendants d'Élie, ils se piquaient d'imiter l'austérité des
+prophètes hébraïques, de ces terribles mangeurs de sauterelles qui, dans
+le désert, luttaient contre l'esprit de Dieu<a id="footnotetag297" name="footnotetag297"></a><a href="#footnote297" title="Go to footnote 297"><span class="smaller">[297]</span></a>.</p>
<p>Un carme, Eustache de Pavilly, se chargea de lire la remontrance de
-l'Université au roi. Cet Élie de la place Maubert parla presque aussi
-durement que celui du Carmel. On ne pouvait du moins reprocher à cette
-remontrance d'être générale et vague. Rien n'était plus net<a id="footnotetag298" name="footnotetag298"></a><a href="#footnote298" title="Go to footnote 298"><span class="smaller">[298]</span></a>. Le
-carme n'accusait pas seulement les abus, il dénonçait les hommes; il les
-nommait hardiment par leurs noms, en tête le prévôt Desessarts,
-jusque-là l'homme des Bourguignons, celui qui avait arrêté Montaigu.
-Mais alors on n'était plus sûr de lui et il venait de se brouiller avec
-l'Université<a id="footnotetag299" name="footnotetag299"></a><a href="#footnote299" title="Go to footnote 299"><span class="smaller">[299]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>(p. 186)</span> Le duc de Bourgogne accueillit la remontrance. Menacé par les
-princes, et voyant le dauphin son gendre s'éloigner de lui, il résolut
-de s'appuyer sur l'Université et sur Paris. Il força le conseil à
-destituer les financiers, comme l'Université le demandait. Desessarts se
-sauva, déclarant qu'en effet il lui manquait deux millions, mais qu'il
-en avait les reçus du duc de Bourgogne.</p>
-
-<p>Celui-ci se trouvait fort intéressé à tenir loin un tel accusateur. Un
-mois après, il apprend qu'il est revenu, qu'il a forcé le pont de
+l'Université au roi. Cet Élie de la place Maubert parla presque aussi
+durement que celui du Carmel. On ne pouvait du moins reprocher à cette
+remontrance d'être générale et vague. Rien n'était plus net<a id="footnotetag298" name="footnotetag298"></a><a href="#footnote298" title="Go to footnote 298"><span class="smaller">[298]</span></a>. Le
+carme n'accusait pas seulement les abus, il dénonçait les hommes; il les
+nommait hardiment par leurs noms, en tête le prévôt Desessarts,
+jusque-là l'homme des Bourguignons, celui qui avait arrêté Montaigu.
+Mais alors on n'était plus sûr de lui et il venait de se brouiller avec
+l'Université<a id="footnotetag299" name="footnotetag299"></a><a href="#footnote299" title="Go to footnote 299"><span class="smaller">[299]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>(p. 186)</span> Le duc de Bourgogne accueillit la remontrance. Menacé par les
+princes, et voyant le dauphin son gendre s'éloigner de lui, il résolut
+de s'appuyer sur l'Université et sur Paris. Il força le conseil à
+destituer les financiers, comme l'Université le demandait. Desessarts se
+sauva, déclarant qu'en effet il lui manquait deux millions, mais qu'il
+en avait les reçus du duc de Bourgogne.</p>
+
+<p>Celui-ci se trouvait fort intéressé à tenir loin un tel accusateur. Un
+mois après, il apprend qu'il est revenu, qu'il a forcé le pont de
Charenton, et qu'il occupe la Bastille au nom du dauphin. Les
-conseillers du dauphin s'étaient imaginé que, la Bastille prise, Paris
+conseillers du dauphin s'étaient imaginé que, la Bastille prise, Paris
tournerait pour lui contre le duc de Bourgogne. Il en fut tout
autrement. Le poste de Charenton, qui assurait les arrivages de la haute
-Seine et les approvisionnements de la ville, était la chose du monde qui
-intéressait le plus les Parisiens. L'attaque de ce poste fit croire que
+Seine et les approvisionnements de la ville, était la chose du monde qui
+intéressait le plus les Parisiens. L'attaque de ce poste fit croire que
Desessarts voulait affamer Paris. Un immense flot de peuple vint heurter
-à l'hôtel de ville, réclamant l'étendard de la commune, pour aller
-attaquer la Bastille. Le premier jour, on parvint à les renvoyer<a id="footnotetag300" name="footnotetag300"></a><a href="#footnote300" title="Go to footnote 300"><span class="smaller">[300]</span></a>.
-Le second, ils prirent l'étendard et assiégèrent la forteresse. Ils
-auraient eu peine à la forcer. Mais le duc de Bourgogne aida: il décida
-Desessarts effrayé à sortir, lui répondant de la vie<a id="footnotetag301" name="footnotetag301"></a><a href="#footnote301" title="Go to footnote 301"><span class="smaller">[301]</span></a>. Il lui fit
+à l'hôtel de ville, réclamant l'étendard de la commune, pour aller
+attaquer la Bastille. Le premier jour, on parvint à les renvoyer<a id="footnotetag300" name="footnotetag300"></a><a href="#footnote300" title="Go to footnote 300"><span class="smaller">[300]</span></a>.
+Le second, ils prirent l'étendard et assiégèrent la forteresse. Ils
+auraient eu peine à la forcer. Mais le duc de Bourgogne aida: il décida
+Desessarts effrayé à sortir, lui répondant de la vie<a id="footnotetag301" name="footnotetag301"></a><a href="#footnote301" title="Go to footnote 301"><span class="smaller">[301]</span></a>. Il lui fit
une croix sur le dos <span class="pagenum"><a id="page187" name="page187"></a>(p. 187)</span> de sa main, et jura dessus. Le duc croyait
-mener le peuple; il vit bientôt qu'il le suivait.</p>
+mener le peuple; il vit bientôt qu'il le suivait.</p>
-<p>Ceux qui venaient de planter l'étendard de la commune contre une
-forteresse royale n'étaient pourtant pas, autant qu'on pourrait croire,
+<p>Ceux qui venaient de planter l'étendard de la commune contre une
+forteresse royale n'étaient pourtant pas, autant qu'on pourrait croire,
des ennemis de l'ordre. Ils ne mirent pas la main sur Desessarts, ne lui
-firent aucun mal; ils voulaient qu'on lui fît son procès. Ils le
-menèrent au château du Louvre, et lui donnèrent une garde
+firent aucun mal; ils voulaient qu'on lui fît son procès. Ils le
+menèrent au château du Louvre, et lui donnèrent une garde
demi-bourgeoise et demi-royale.</p>
-<p>Ces hommes, modérés dans la violence même, n'étaient pas des gens de la
-bonne bourgeoisie de Paris, de celle qui fournissait les échevins, les
-cinquanteniers. Cette bourgeoisie avait parlé par l'organe de Benoît
-Gentien, parlé modérément, vaguement; elle était incapable d'agir. Les
-cinquanteniers avaient fait ce qu'ils avaient pu pour empêcher qu'on ne
-marchât sur la Bastille. Il y avait des gens plus forts qu'eux, et que
+<p>Ces hommes, modérés dans la violence même, n'étaient pas des gens de la
+bonne bourgeoisie de Paris, de celle qui fournissait les échevins, les
+cinquanteniers. Cette bourgeoisie avait parlé par l'organe de Benoît
+Gentien, parlé modérément, vaguement; elle était incapable d'agir. Les
+cinquanteniers avaient fait ce qu'ils avaient pu pour empêcher qu'on ne
+marchât sur la Bastille. Il y avait des gens plus forts qu'eux, et que
la foule suivait plus volontiers, gens riches, mais qui, par leur
-position, leur métier et leurs habitudes, se rapprochaient du petit
-peuple: c'étaient les maîtres bouchers, maîtres héréditaires des étaux
-de la grande boucherie et de la boucherie Sainte-Geneviève<a id="footnotetag302" name="footnotetag302"></a><a href="#footnote302" title="Go to footnote 302"><span class="smaller">[302]</span></a>. Ces
-étaux passaient, comme des fiefs, d'hoir en hoir, et toujours aux mâles.
-Les mêmes familles les ont possédés pendant plusieurs siècles. Ainsi les
-Saint-Yon et les Thibert, déjà importants sous Charles V (1376),
-subsistaient encore au dernier siècle<a id="footnotetag303" name="footnotetag303"></a><a href="#footnote303" title="Go to footnote 303"><span class="smaller">[303]</span></a>. Ce qui, malgré leur
-richesse, leur conservait les habitudes énergiques <span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>(p. 188)</span> du métier,
-c'est qu'il leur était enjoint d'exercer eux-mêmes, de sorte que, tout
-riches qu'ils pouvaient être, ces seigneurs bouchers restaient de vrais
-bouchers, tuant, saignant et détaillant la viande.</p>
-
-<p>C'étaient du reste des gens rangés, réguliers et souvent dévots. Ceux de
-la grande boucherie étaient fort affectionnés à leur paroisse,
+position, leur métier et leurs habitudes, se rapprochaient du petit
+peuple: c'étaient les maîtres bouchers, maîtres héréditaires des étaux
+de la grande boucherie et de la boucherie Sainte-Geneviève<a id="footnotetag302" name="footnotetag302"></a><a href="#footnote302" title="Go to footnote 302"><span class="smaller">[302]</span></a>. Ces
+étaux passaient, comme des fiefs, d'hoir en hoir, et toujours aux mâles.
+Les mêmes familles les ont possédés pendant plusieurs siècles. Ainsi les
+Saint-Yon et les Thibert, déjà importants sous Charles V (1376),
+subsistaient encore au dernier siècle<a id="footnotetag303" name="footnotetag303"></a><a href="#footnote303" title="Go to footnote 303"><span class="smaller">[303]</span></a>. Ce qui, malgré leur
+richesse, leur conservait les habitudes énergiques <span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>(p. 188)</span> du métier,
+c'est qu'il leur était enjoint d'exercer eux-mêmes, de sorte que, tout
+riches qu'ils pouvaient être, ces seigneurs bouchers restaient de vrais
+bouchers, tuant, saignant et détaillant la viande.</p>
+
+<p>C'étaient du reste des gens rangés, réguliers et souvent dévots. Ceux de
+la grande boucherie étaient fort affectionnés à leur paroisse,
Saint-Jacques-la-Boucherie. Nous voyons, dans les actes de
Saint-Jacques, le boucher Alain y acheter une lucarne pour voir la messe
-de chez lui<a id="footnotetag304" name="footnotetag304"></a><a href="#footnote304" title="Go to footnote 304"><span class="smaller">[304]</span></a>, et le boucher Haussecul une clef de l'église pour y
-faire à toute heure ses dévotions.</p>
+de chez lui<a id="footnotetag304" name="footnotetag304"></a><a href="#footnote304" title="Go to footnote 304"><span class="smaller">[304]</span></a>, et le boucher Haussecul une clef de l'église pour y
+faire à toute heure ses dévotions.</p>
-<p>Dans cette classe honnête, mais grossière et violente, les plus violents
-étaient les bouchers de la boucherie Sainte-Geneviève, les Legoix
+<p>Dans cette classe honnête, mais grossière et violente, les plus violents
+étaient les bouchers de la boucherie Sainte-Geneviève, les Legoix
surtout. Ceux-ci, anciens vassaux de l'abbaye, vivaient assez mal avec
-elle. Ils s'obstinaient, malgré l'abbé, à vendre de la viande les jours
-maigres, et de plus, à fondre leur suif chez eux, au risque de brûler le
-quartier. Établis au milieu des écoles et des disputes, ils
-participaient à l'exaltation des écoliers. La boucherie Sainte-Geneviève
-était justement près de la <em>Croix des Carmes</em>, et, par conséquent, à la
-porte du couvent des Carmes; les Legoix étaient ainsi voisins, amis sans
+elle. Ils s'obstinaient, malgré l'abbé, à vendre de la viande les jours
+maigres, et de plus, à fondre leur suif chez eux, au risque de brûler le
+quartier. Établis au milieu des écoles et des disputes, ils
+participaient à l'exaltation des écoliers. La boucherie Sainte-Geneviève
+était justement près de la <em>Croix des Carmes</em>, et, par conséquent, à la
+porte du couvent des Carmes; les Legoix étaient ainsi voisins, amis sans
doute de ce violent moine Eustache de Pavilly, le harangueur de
-l'Université.</p>
+l'Université.</p>
-<p>La force des maîtres bouchers, c'était une armée de garçons, de valets,
-tueurs, assommeurs, écorcheurs, dont ils disposaient. Il y avait, parmi
-ces garçons, des hommes remarquables par leur audace brutale, deux
-<span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p. 189)</span> surtout, l'écorcheur Caboche et le fils d'une tripière.
-C'étaient des gens terribles dans une émeute; mais leurs maîtres, qui
-les lançaient, croyaient toujours pouvoir les rappeler.</p>
+<p>La force des maîtres bouchers, c'était une armée de garçons, de valets,
+tueurs, assommeurs, écorcheurs, dont ils disposaient. Il y avait, parmi
+ces garçons, des hommes remarquables par leur audace brutale, deux
+<span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p. 189)</span> surtout, l'écorcheur Caboche et le fils d'une tripière.
+C'étaient des gens terribles dans une émeute; mais leurs maîtres, qui
+les lançaient, croyaient toujours pouvoir les rappeler.</p>
-<p>Il était curieux de voir comment les maîtres bouchers, ayant un moment
+<p>Il était curieux de voir comment les maîtres bouchers, ayant un moment
Paris entre les mains, Paris, le roi, la reine et le dauphin, comment
-ils useraient de ce grand pouvoir. Ces gens, honnêtes au fond, religieux
+ils useraient de ce grand pouvoir. Ces gens, honnêtes au fond, religieux
et loyaux, regardaient tous les maux du royaume comme la suite du mal du
-roi, et ce mal lui-même comme une punition de Dieu. Dieu avait frappé
-pour leurs péchés le roi et le duc d'Orléans, son frère. Restait le
+roi, et ce mal lui-même comme une punition de Dieu. Dieu avait frappé
+pour leurs péchés le roi et le duc d'Orléans, son frère. Restait le
jeune dauphin; ils mettaient en lui leur espoir; toute leur crainte
-était que le châtiment ne s'étendît à celui-ci, qu'il ne ressemblât à
-son père<a id="footnotetag305" name="footnotetag305"></a><a href="#footnote305" title="Go to footnote 305"><span class="smaller">[305]</span></a>. Ce prince, tout jeune qu'il était, leur donnait sous ce
-rapport beaucoup d'inquiétude. Il était dépensier, n'aimait que les
-beaux habits; ses habitudes étaient toutes contraires à celles des
-bourgeois rangés. Ces gens, qui se couchaient de bonne heure,
+était que le châtiment ne s'étendît à celui-ci, qu'il ne ressemblât à
+son père<a id="footnotetag305" name="footnotetag305"></a><a href="#footnote305" title="Go to footnote 305"><span class="smaller">[305]</span></a>. Ce prince, tout jeune qu'il était, leur donnait sous ce
+rapport beaucoup d'inquiétude. Il était dépensier, n'aimait que les
+beaux habits; ses habitudes étaient toutes contraires à celles des
+bourgeois rangés. Ces gens, qui se couchaient de bonne heure,
entendaient toute la nuit la musique du dauphin; il lui fallait des
-orgues, des enfants de ch&oelig;ur, pour ses fêtes mondaines. Tout le monde
-en était scandalisé.</p>
-
-<p>Ils avisèrent, dans leur sagesse, qu'ils devaient, pour réformer le
-royaume, réformer d'abord l'héritier du royaume, éloigner de lui ceux
-qui le perdaient, veiller à sa santé corporelle et spirituelle.</p>
-
-<p>Pendant que Desessarts était encore dans la Bastille <span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>(p. 190)</span>
-s'excusant sur les ordres du dauphin, nos bouchers se rendaient à
-Saint-Paul, ayant à leur tête un vieux chirurgien, Jean de Troyes, homme
-d'une figure respectable et qui parlait à merveille. Le dauphin, tout
-tremblant, se mit à sa fenêtre, par le conseil du duc de Bourgogne, et
-le chirurgien parla ainsi: «Monseigneur, vous voyez vos très humbles
+orgues, des enfants de ch&oelig;ur, pour ses fêtes mondaines. Tout le monde
+en était scandalisé.</p>
+
+<p>Ils avisèrent, dans leur sagesse, qu'ils devaient, pour réformer le
+royaume, réformer d'abord l'héritier du royaume, éloigner de lui ceux
+qui le perdaient, veiller à sa santé corporelle et spirituelle.</p>
+
+<p>Pendant que Desessarts était encore dans la Bastille <span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>(p. 190)</span>
+s'excusant sur les ordres du dauphin, nos bouchers se rendaient à
+Saint-Paul, ayant à leur tête un vieux chirurgien, Jean de Troyes, homme
+d'une figure respectable et qui parlait à merveille. Le dauphin, tout
+tremblant, se mit à sa fenêtre, par le conseil du duc de Bourgogne, et
+le chirurgien parla ainsi: «Monseigneur, vous voyez vos très humbles
sujets, les bourgeois de Paris, en armes devant vous. Ils veulent
-seulement vous montrer par là qu'ils ne craindraient pas d'exposer leur
-vie pour votre service, comme ils l'ont déjà su faire; tout leur
-déplaisir est que votre royale jeunesse ne brille pas à l'égal de vos
-ancêtres, et que vous soyez détourné de suivre leurs traces par les
-traîtres qui vous obsèdent et vous gouvernent. Chacun sait qu'ils
-prennent à tâche de corrompre vos bonnes m&oelig;urs, et de vous jeter dans
-le dérèglement. Nous n'ignorons pas que notre bonne reine, votre mère,
-en est fort mal contente; les princes de votre sang eux-mêmes craignent
-que lorsque vous serez en âge de régner, votre mauvaise éducation ne
+seulement vous montrer par là qu'ils ne craindraient pas d'exposer leur
+vie pour votre service, comme ils l'ont déjà su faire; tout leur
+déplaisir est que votre royale jeunesse ne brille pas à l'égal de vos
+ancêtres, et que vous soyez détourné de suivre leurs traces par les
+traîtres qui vous obsèdent et vous gouvernent. Chacun sait qu'ils
+prennent à tâche de corrompre vos bonnes m&oelig;urs, et de vous jeter dans
+le dérèglement. Nous n'ignorons pas que notre bonne reine, votre mère,
+en est fort mal contente; les princes de votre sang eux-mêmes craignent
+que lorsque vous serez en âge de régner, votre mauvaise éducation ne
vous en rende incapable. La juste aversion que nous avons contre des
-hommes si dignes de châtiment nous a fait solliciter assez souvent qu'on
-les ôtât de votre service. Nous sommes résolus de tirer aujourd'hui
+hommes si dignes de châtiment nous a fait solliciter assez souvent qu'on
+les ôtât de votre service. Nous sommes résolus de tirer aujourd'hui
vengeance de leur trahison, et nous vous demandons de les mettre entre
-nos mains.»</p>
+nos mains.»</p>
-<p>Les cris de la foule témoignèrent que le vieux chirurgien avait parlé
-selon ses sentiments. Le dauphin, avec assez de fermeté, répondit:
-«Messieurs les bons bourgeois, je vous supplie de retourner à vos
-métiers, <span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p. 191)</span> et de ne point montrer cette furieuse animosité contre
-des serviteurs qui me sont attachés.»</p>
+<p>Les cris de la foule témoignèrent que le vieux chirurgien avait parlé
+selon ses sentiments. Le dauphin, avec assez de fermeté, répondit:
+«Messieurs les bons bourgeois, je vous supplie de retourner à vos
+métiers, <span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p. 191)</span> et de ne point montrer cette furieuse animosité contre
+des serviteurs qui me sont attachés.»</p>
-<p>«Si vous connaissez des traîtres, dit le chancelier du dauphin, croyant
+<p>«Si vous connaissez des traîtres, dit le chancelier du dauphin, croyant
les intimider, on les punira, nommez-les.</p>
-<p>&mdash;Vous, d'abord», lui crièrent-ils. Et ils lui remirent une liste de
-cinquante seigneurs ou gentilshommes, en tête de laquelle se trouvait
-son nom. Il fut forcé de la lire tout haut, et plus d'une fois.</p>
+<p>&mdash;Vous, d'abord», lui crièrent-ils. Et ils lui remirent une liste de
+cinquante seigneurs ou gentilshommes, en tête de laquelle se trouvait
+son nom. Il fut forcé de la lire tout haut, et plus d'une fois.</p>
-<p>Le dauphin, tremblant, pleurant, rouge de colère, mais voyant bien
-pourtant qu'il n'y avait pas moyen de résister, prit une croix d'or que
+<p>Le dauphin, tremblant, pleurant, rouge de colère, mais voyant bien
+pourtant qu'il n'y avait pas moyen de résister, prit une croix d'or que
portait sa femme, et fit jurer au duc de Bourgogne qu'il n'arriverait
-aucun mal à ceux que le peuple allait saisir. Il jura, comme pour
+aucun mal à ceux que le peuple allait saisir. Il jura, comme pour
Desessarts, ce qu'il ne pouvait tenir.</p>
-<p>Cependant ils enfonçaient les portes, et se mettaient à fouiller l'hôtel
-du roi pour y chercher les traîtres. Ils saisirent le duc de Bar, cousin
-du roi, puis le chancelier du dauphin, le sire de La Rivière, son
-chambellan, son écuyer tranchant, ses valets de chambre et quelques
-autres. Ils en arrachèrent un brutalement à la dauphine, fille du duc de
-Bourgogne, qui voulait le sauver. Tous les prisonniers, mis à cheval,
-furent menés à l'hôtel du duc de Bourgogne, puis à la tour du Louvre.</p>
-
-<p>Tous n'arrivèrent pas jusqu'au Louvre. Ils égorgèrent ou jetèrent à la
-Seine ceux qu'ils croyaient coupables des dérèglements du dauphin ou de
-ses folles dépenses, un riche tapissier, un pauvre diable de musicien
-appelé Courtebotte. Ils rencontrèrent aussi <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p. 192)</span> un habile
-mécanicien ou ingénieur, qui avait aidé le duc de Berri à défendre
-Bourges; quelqu'un s'étant avisé de dire que cet homme se vantait de
-pouvoir mettre le feu à la ville, sans qu'on pût l'éteindre, il fut tué
-à l'instant.</p>
-
-<p>Les bouchers croyaient avoir fait une chose méritoire et comptaient bien
-être remerciés; ils vinrent le lendemain à l'hôtel de ville. Là, les
-gros bourgeois, échevins et autres, repassaient en frémissant les
-événements de la veille, l'hôtel royal forcé, l'enlèvement des
-serviteurs du roi, le sang versé. Ils craignaient que le duc d'Orléans
-et les princes ne vinssent, en punition, anéantir la ville de Paris. Ils
+<p>Cependant ils enfonçaient les portes, et se mettaient à fouiller l'hôtel
+du roi pour y chercher les traîtres. Ils saisirent le duc de Bar, cousin
+du roi, puis le chancelier du dauphin, le sire de La Rivière, son
+chambellan, son écuyer tranchant, ses valets de chambre et quelques
+autres. Ils en arrachèrent un brutalement à la dauphine, fille du duc de
+Bourgogne, qui voulait le sauver. Tous les prisonniers, mis à cheval,
+furent menés à l'hôtel du duc de Bourgogne, puis à la tour du Louvre.</p>
+
+<p>Tous n'arrivèrent pas jusqu'au Louvre. Ils égorgèrent ou jetèrent à la
+Seine ceux qu'ils croyaient coupables des dérèglements du dauphin ou de
+ses folles dépenses, un riche tapissier, un pauvre diable de musicien
+appelé Courtebotte. Ils rencontrèrent aussi <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p. 192)</span> un habile
+mécanicien ou ingénieur, qui avait aidé le duc de Berri à défendre
+Bourges; quelqu'un s'étant avisé de dire que cet homme se vantait de
+pouvoir mettre le feu à la ville, sans qu'on pût l'éteindre, il fut tué
+à l'instant.</p>
+
+<p>Les bouchers croyaient avoir fait une chose méritoire et comptaient bien
+être remerciés; ils vinrent le lendemain à l'hôtel de ville. Là, les
+gros bourgeois, échevins et autres, repassaient en frémissant les
+événements de la veille, l'hôtel royal forcé, l'enlèvement des
+serviteurs du roi, le sang versé. Ils craignaient que le duc d'Orléans
+et les princes ne vinssent, en punition, anéantir la ville de Paris. Ils
avaient peur des princes; mais, d'autre part, ils avaient peur des
-bouchers; ils n'osaient les désavouer. Ils envoyèrent aux princes
-quelques-uns des leurs avec des docteurs de l'Université, pour leur
-faire entendre, s'ils pouvaient, que tout s'était fait par bonne
-intention et sans qu'on voulût leur déplaire.</p>
-
-<p>Cependant les bouchers, persévérant dans leur projet de réformer les
-m&oelig;urs du dauphin, ne cessaient de revenir à Saint-Paul, ou d'y
-envoyer des docteurs de leur parti. C'était un spectacle terrible et
-comique que ce peuple, naïvement moral et religieux dans sa férocité,
-qui ne songeait ni à détruire le pouvoir royal, ni à le transporter à
-une autre maison, pas même à une autre branche, mais qui voulait
-seulement amender la royauté, qui venait lui tâter le pouls, la
-médeciner gravement. L'hygiène appliquée à la politique<a id="footnotetag306" name="footnotetag306"></a><a href="#footnote306" title="Go to footnote 306"><span class="smaller">[306]</span></a> n'avait
-<span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p. 193)</span> rien d'absurde, lorsque l'État, se trouvant encore renfermé
-dans la personne du roi, languissait de ses infirmités, était fol de sa
+bouchers; ils n'osaient les désavouer. Ils envoyèrent aux princes
+quelques-uns des leurs avec des docteurs de l'Université, pour leur
+faire entendre, s'ils pouvaient, que tout s'était fait par bonne
+intention et sans qu'on voulût leur déplaire.</p>
+
+<p>Cependant les bouchers, persévérant dans leur projet de réformer les
+m&oelig;urs du dauphin, ne cessaient de revenir à Saint-Paul, ou d'y
+envoyer des docteurs de leur parti. C'était un spectacle terrible et
+comique que ce peuple, naïvement moral et religieux dans sa férocité,
+qui ne songeait ni à détruire le pouvoir royal, ni à le transporter à
+une autre maison, pas même à une autre branche, mais qui voulait
+seulement amender la royauté, qui venait lui tâter le pouls, la
+médeciner gravement. L'hygiène appliquée à la politique<a id="footnotetag306" name="footnotetag306"></a><a href="#footnote306" title="Go to footnote 306"><span class="smaller">[306]</span></a> n'avait
+<span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p. 193)</span> rien d'absurde, lorsque l'État, se trouvant encore renfermé
+dans la personne du roi, languissait de ses infirmités, était fol de sa
folie.</p>
-<p>Le carme Eustache de Pavilly s'était particulièrement chargé
-d'administrer au jeune prince cette médecine morale, n'y épargnant nul
-remède héroïque. Il lui disait en face, par exemple: «Ah! Monseigneur,
-que vous êtes changé! tant que vous vous êtes laissé éduquer et conduire
-au bon gouvernement de votre respectable mère, vous donniez tout
-l'espoir qu'on peut concevoir d'un jeune homme bien né. Tout le monde
-bénissait Dieu d'avoir donné au roi un successeur si docile aux bons
-enseignements. Mais, une fois échappé aux directions maternelles, vous
-n'avez que trop ouvert l'oreille à des gens qui vous ont rendu indévot
-envers Dieu, paresseux et lent à expédier les affaires. Ils vous ont
-appris, chose odieuse et insupportable aux bons sujets du roi, à faire
-de la nuit le jour, à passer le temps en mangeries, en vilaines danses
-et autres choses peu convenables à la majesté royale.»</p>
-
-<p>Pavilly l'admonestait ainsi, tantôt en présence de la reine, tantôt
-devant les princes. Une fois, il lui fit entendre tout un traité complet
-de la conduite des princes<a id="footnotetag307" name="footnotetag307"></a><a href="#footnote307" title="Go to footnote 307"><span class="smaller">[307]</span></a>, examinant dans le plus grand détail
-toutes les vertus qui peuvent rendre digne du trône, et rappelant tous
+<p>Le carme Eustache de Pavilly s'était particulièrement chargé
+d'administrer au jeune prince cette médecine morale, n'y épargnant nul
+remède héroïque. Il lui disait en face, par exemple: «Ah! Monseigneur,
+que vous êtes changé! tant que vous vous êtes laissé éduquer et conduire
+au bon gouvernement de votre respectable mère, vous donniez tout
+l'espoir qu'on peut concevoir d'un jeune homme bien né. Tout le monde
+bénissait Dieu d'avoir donné au roi un successeur si docile aux bons
+enseignements. Mais, une fois échappé aux directions maternelles, vous
+n'avez que trop ouvert l'oreille à des gens qui vous ont rendu indévot
+envers Dieu, paresseux et lent à expédier les affaires. Ils vous ont
+appris, chose odieuse et insupportable aux bons sujets du roi, à faire
+de la nuit le jour, à passer le temps en mangeries, en vilaines danses
+et autres choses peu convenables à la majesté royale.»</p>
+
+<p>Pavilly l'admonestait ainsi, tantôt en présence de la reine, tantôt
+devant les princes. Une fois, il lui fit entendre tout un traité complet
+de la conduite des princes<a id="footnotetag307" name="footnotetag307"></a><a href="#footnote307" title="Go to footnote 307"><span class="smaller">[307]</span></a>, examinant dans le plus grand détail
+toutes les vertus qui peuvent rendre digne du trône, et rappelant tous
les exemples des vertus et des vices que l'histoire, surtout l'histoire
-de France, pouvait présenter. <span class="pagenum"><a id="page194" name="page194"></a>(p. 194)</span> Les derniers exemples étaient
-ceux du roi encore vivant et de son frère, celui du dauphin même, qui,
-s'il ne s'amendait pas, obligerait de transférer son droit d'aînesse à
-son jeune frère, ainsi que la reine l'en avait menacé.</p>
+de France, pouvait présenter. <span class="pagenum"><a id="page194" name="page194"></a>(p. 194)</span> Les derniers exemples étaient
+ceux du roi encore vivant et de son frère, celui du dauphin même, qui,
+s'il ne s'amendait pas, obligerait de transférer son droit d'aînesse à
+son jeune frère, ainsi que la reine l'en avait menacé.</p>
-<p>Il conclut en demandant qu'on choisît des commissaires pour informer
+<p>Il conclut en demandant qu'on choisît des commissaires pour informer
contre les dissipateurs des deniers publics, d'autres pour faire le
-procès des traîtres emprisonnés, enfin, des capitaines contre le comte
-d'Armagnac. «Ce peuple, ajoutait-il, est là pour m'avouer de tout cela;
-je viens d'exposer ses humbles demandes.»</p>
-
-<p>Le dauphin répondait doucement; mais il n'y pouvait plus tenir. Il
-aurait voulu s'échapper. Le comte de Vertus, frère du duc d'Orléans,
-s'était enfui sous un déguisement. Le dauphin eut l'imprudence d'écrire
-aux princes de venir le délivrer. Les bouchers, qui s'en doutaient,
-prirent leurs mesures pour que leur pupille ne pût échapper à leur
+procès des traîtres emprisonnés, enfin, des capitaines contre le comte
+d'Armagnac. «Ce peuple, ajoutait-il, est là pour m'avouer de tout cela;
+je viens d'exposer ses humbles demandes.»</p>
+
+<p>Le dauphin répondait doucement; mais il n'y pouvait plus tenir. Il
+aurait voulu s'échapper. Le comte de Vertus, frère du duc d'Orléans,
+s'était enfui sous un déguisement. Le dauphin eut l'imprudence d'écrire
+aux princes de venir le délivrer. Les bouchers, qui s'en doutaient,
+prirent leurs mesures pour que leur pupille ne pût échapper à leur
surveillance; ils mirent bonne garde aux portes de la ville, et
-s'assurèrent de l'hôtel Saint-Paul<a id="footnotetag308" name="footnotetag308"></a><a href="#footnote308" title="Go to footnote 308"><span class="smaller">[308]</span></a>, dont ils constituèrent gardien
+s'assurèrent de l'hôtel Saint-Paul<a id="footnotetag308" name="footnotetag308"></a><a href="#footnote308" title="Go to footnote 308"><span class="smaller">[308]</span></a>, dont ils constituèrent gardien
et concierge le sage chirurgien Jean de Troyes. Et cependant ils
-faisaient jour et nuit des rondes tout autour «pour la sûreté du roi et
-de monseigneur le duc de Guyenne». C'est ainsi qu'on nommait le dauphin.</p>
-
-<p>Garder son roi et l'héritier du royaume, les tenir en geôle, c'était
-une situation nouvelle, étrange, et <span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>(p. 195)</span> qui devait étonner les
-bouchers eux-mêmes. Mais quand ils se seraient repentis, ils n'étaient
-plus maîtres. Leurs valets, qu'ils avaient menés d'abord, les menaient
-maintenant à leur tour. Les héros du parti étaient les écorcheurs, le
-fils de la tripière, Caboche et Denisot. Ils avaient pour capitaine un
-chevalier bourguignon, Hélion de Jacqueville, aussi brutal qu'eux. La
-garde des deux postes de confiance, d'où dépendaient les vivres,
-Charenton et Saint-Cloud, les écorcheurs se l'étaient réservée à
-eux-mêmes. Apparemment les maîtres bouchers n'étaient plus jugés assez
-sûrs.</p>
-
-<p>Le duc de Bourgogne n'en était pas sans doute à regretter ce qu'il avait
+faisaient jour et nuit des rondes tout autour «pour la sûreté du roi et
+de monseigneur le duc de Guyenne». C'est ainsi qu'on nommait le dauphin.</p>
+
+<p>Garder son roi et l'héritier du royaume, les tenir en geôle, c'était
+une situation nouvelle, étrange, et <span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>(p. 195)</span> qui devait étonner les
+bouchers eux-mêmes. Mais quand ils se seraient repentis, ils n'étaient
+plus maîtres. Leurs valets, qu'ils avaient menés d'abord, les menaient
+maintenant à leur tour. Les héros du parti étaient les écorcheurs, le
+fils de la tripière, Caboche et Denisot. Ils avaient pour capitaine un
+chevalier bourguignon, Hélion de Jacqueville, aussi brutal qu'eux. La
+garde des deux postes de confiance, d'où dépendaient les vivres,
+Charenton et Saint-Cloud, les écorcheurs se l'étaient réservée à
+eux-mêmes. Apparemment les maîtres bouchers n'étaient plus jugés assez
+sûrs.</p>
+
+<p>Le duc de Bourgogne n'en était pas sans doute à regretter ce qu'il avait
fait. Les Parisiens gardant le dauphin, les Gantais voulurent garder le
-fils du duc de Bourgogne<a id="footnotetag309" name="footnotetag309"></a><a href="#footnote309" title="Go to footnote 309"><span class="smaller">[309]</span></a>. Ils vinrent le demander à Paris. Les
+fils du duc de Bourgogne<a id="footnotetag309" name="footnotetag309"></a><a href="#footnote309" title="Go to footnote 309"><span class="smaller">[309]</span></a>. Ils vinrent le demander à Paris. Les
Parisiens avaient pris le blanc chaperon de Gand; les Gantais le
-reprirent de leur main. Le duc de Bourgogne fut obligé d'envoyer son
-fils aux Gantais, de leur donner ce précieux otage. Il subit le
+reprirent de leur main. Le duc de Bourgogne fut obligé d'envoyer son
+fils aux Gantais, de leur donner ce précieux otage. Il subit le
chaperon.</p>
-<p>Un jour que le roi mieux portant allait en grande pompe remercier Dieu à
+<p>Un jour que le roi mieux portant allait en grande pompe remercier Dieu à
Notre-Dame, avec ses princes et sa noblesse, le vieux Jean de Troyes se
trouve sur son passage avec le corps de ville; il supplie le roi de
prendre le chaperon, en signe de l'affection cordiale qu'il a pour sa
-ville de Paris. Le roi l'accepte bonnement. Dès lors il fallut bien que
-tout le monde le portât<a id="footnotetag310" name="footnotetag310"></a><a href="#footnote310" title="Go to footnote 310"><span class="smaller">[310]</span></a>, le <span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>(p. 196)</span> recteur, les gens du
-Parlement. Malheur à ceux qui l'auraient porté de travers<a id="footnotetag311" name="footnotetag311"></a><a href="#footnote311" title="Go to footnote 311"><span class="smaller">[311]</span></a>!</p>
-
-<p>Le chaperon fut envoyé aux autres villes, et presque toutes le prirent.
-Néanmoins aucune n'entra sérieusement dans le mouvement de Paris. Les
-cabochiens, ne trouvant aucune résistance, mais n'étant aidés de
-personne, furent obligés de recourir à des moyens expéditifs pour faire
-de l'argent. Ils demandèrent au dauphin l'autorisation de prendre
-soixante bourgeois, gens riches, modérés et suspects. Ils les
-rançonnèrent.</p>
-
-<p>On avait commencé par emprisonner les courtisans, les seigneurs. Déjà on
-en venait aux bourgeois. On ne pouvait deviner où s'arrêteraient les
-violences. Les petites gens prenaient peu à peu goût au désordre; ils ne
+ville de Paris. Le roi l'accepte bonnement. Dès lors il fallut bien que
+tout le monde le portât<a id="footnotetag310" name="footnotetag310"></a><a href="#footnote310" title="Go to footnote 310"><span class="smaller">[310]</span></a>, le <span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>(p. 196)</span> recteur, les gens du
+Parlement. Malheur à ceux qui l'auraient porté de travers<a id="footnotetag311" name="footnotetag311"></a><a href="#footnote311" title="Go to footnote 311"><span class="smaller">[311]</span></a>!</p>
+
+<p>Le chaperon fut envoyé aux autres villes, et presque toutes le prirent.
+Néanmoins aucune n'entra sérieusement dans le mouvement de Paris. Les
+cabochiens, ne trouvant aucune résistance, mais n'étant aidés de
+personne, furent obligés de recourir à des moyens expéditifs pour faire
+de l'argent. Ils demandèrent au dauphin l'autorisation de prendre
+soixante bourgeois, gens riches, modérés et suspects. Ils les
+rançonnèrent.</p>
+
+<p>On avait commencé par emprisonner les courtisans, les seigneurs. Déjà on
+en venait aux bourgeois. On ne pouvait deviner où s'arrêteraient les
+violences. Les petites gens prenaient peu à peu goût au désordre; ils ne
voulaient plus rien faire que courir les rues avec le chaperon blanc; ne
gagnant plus, il fallait bien qu'ils prissent. Le pillage pouvait
-commencer d'un moment à l'autre.</p>
+commencer d'un moment à l'autre.</p>
-<p>Les gens de l'Université, qui avaient mis tout en mouvement sans savoir
-ce qu'ils faisaient, n'étaient pas les moins effrayés. Ils avaient cru
-accomplir la réforme en compagnie du duc de Bourgogne, du corps de ville
-et des bourgeois les plus honorables. Et voilà qu'il ne leur restait que
-les bouchers, les valets de boucherie, les écorcheurs. Ils frémissaient
-de se rencontrer <span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p. 197)</span> dans les rues avec ces nouveaux frères et
-amis, qu'ils voyaient pour la première fois, sales, sanglants, manches
-retroussées, menaçant tout le monde, hurlant le meurtre.</p>
+<p>Les gens de l'Université, qui avaient mis tout en mouvement sans savoir
+ce qu'ils faisaient, n'étaient pas les moins effrayés. Ils avaient cru
+accomplir la réforme en compagnie du duc de Bourgogne, du corps de ville
+et des bourgeois les plus honorables. Et voilà qu'il ne leur restait que
+les bouchers, les valets de boucherie, les écorcheurs. Ils frémissaient
+de se rencontrer <span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p. 197)</span> dans les rues avec ces nouveaux frères et
+amis, qu'ils voyaient pour la première fois, sales, sanglants, manches
+retroussées, menaçant tout le monde, hurlant le meurtre.</p>
<p>L'alliance monstrueuse des docteurs et des assommeurs ne pouvait durer.
-Les universitaires se réunirent au couvent des Carmes de la place
-Maubert, dans la cellule même d'Eustache de Pavilly<a id="footnotetag312" name="footnotetag312"></a><a href="#footnote312" title="Go to footnote 312"><span class="smaller">[312]</span></a>. Ils étaient
-singulièrement abattus, et ne savaient quel parti prendre. Ces pauvres
-docteurs, ne trouvant dans leur science aucune lumière qui pût les
-guider, se décidèrent humblement à consulter les simples d'esprit. Ils
-s'enquirent des personnes dévotes et contemplatives, des religieux, des
+Les universitaires se réunirent au couvent des Carmes de la place
+Maubert, dans la cellule même d'Eustache de Pavilly<a id="footnotetag312" name="footnotetag312"></a><a href="#footnote312" title="Go to footnote 312"><span class="smaller">[312]</span></a>. Ils étaient
+singulièrement abattus, et ne savaient quel parti prendre. Ces pauvres
+docteurs, ne trouvant dans leur science aucune lumière qui pût les
+guider, se décidèrent humblement à consulter les simples d'esprit. Ils
+s'enquirent des personnes dévotes et contemplatives, des religieux, des
saintes femmes qui avaient des visions. Pavilly, plein de confiance,
s'offrit d'aller les consulter. Mais les visions de ces femmes n'avaient
rien de rassurant. L'une avait vu trois soleils dans le ciel. Une autre
-voyait sur Paris flotter des nuées sombres, tandis qu'il faisait beau au
-midi, vers les marches de Berri et d'Orléans. «Moi, disait la troisième,
+voyait sur Paris flotter des nuées sombres, tandis qu'il faisait beau au
+midi, vers les marches de Berri et d'Orléans. «Moi, disait la troisième,
j'ai vu le roi d'Angleterre en grand orgueil au haut des tours de
Notre-Dame; il excommuniait notre sire le roi de France; et le roi,
-entouré de gens en noir, était assis humblement sur une pierre dans le
-parvis<a id="footnotetag313" name="footnotetag313"></a><a href="#footnote313" title="Go to footnote 313"><span class="smaller">[313]</span></a>».</p>
-
-<p>La terreur de ces visions ébranla les plus intrépides. Ils voulurent
-consulter un honnête homme du <span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p. 198)</span> parti opposé, le modéré des
-modérés, Juvénal des Ursins. Ils le firent venir; mais ils n'en purent
-tirer rien de praticable. Il ne voyait rien à faire, sinon prier les
-princes de se réconcilier et de rompre les négociations qu'ils avaient
-entamées avec les Anglais<a id="footnotetag314" name="footnotetag314"></a><a href="#footnote314" title="Go to footnote 314"><span class="smaller">[314]</span></a>. C'était simplement se soumettre et
-renoncer aux réformes. Cependant l'abattement était tel, le désir de la
-paix si fort, que cet avis entraînait tout le monde. Le seul Pavilly
-s'obstina; il soutint que tout ce qui s'était fait était bien fait, et
+entouré de gens en noir, était assis humblement sur une pierre dans le
+parvis<a id="footnotetag313" name="footnotetag313"></a><a href="#footnote313" title="Go to footnote 313"><span class="smaller">[313]</span></a>».</p>
+
+<p>La terreur de ces visions ébranla les plus intrépides. Ils voulurent
+consulter un honnête homme du <span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p. 198)</span> parti opposé, le modéré des
+modérés, Juvénal des Ursins. Ils le firent venir; mais ils n'en purent
+tirer rien de praticable. Il ne voyait rien à faire, sinon prier les
+princes de se réconcilier et de rompre les négociations qu'ils avaient
+entamées avec les Anglais<a id="footnotetag314" name="footnotetag314"></a><a href="#footnote314" title="Go to footnote 314"><span class="smaller">[314]</span></a>. C'était simplement se soumettre et
+renoncer aux réformes. Cependant l'abattement était tel, le désir de la
+paix si fort, que cet avis entraînait tout le monde. Le seul Pavilly
+s'obstina; il soutint que tout ce qui s'était fait était bien fait, et
qu'il fallait aller jusqu'au bout<a id="footnotetag315" name="footnotetag315"></a><a href="#footnote315" title="Go to footnote 315"><span class="smaller">[315]</span></a>.</p>
-<p>Ces divisions, dont les princes étaient instruits, les encouragèrent
-sans doute à différer la publication de la grande ordonnance de réforme
-que l'Université avait d'abord si vivement sollicitée. Alors, sans plus
-s'inquiéter des docteurs qui l'abandonnaient, le moine, entraînant après
-lui le prévôt des marchands, les échevins, une foule de petit peuple et
-bon nombre de bourgeois intimidés, s'en alla hardiment prêcher le roi à
-Saint-Paul<a id="footnotetag316" name="footnotetag316"></a><a href="#footnote316" title="Go to footnote 316"><span class="smaller">[316]</span></a> (22 mai): «Il y a encore, dit-il, de mauvaises herbes au
+<p>Ces divisions, dont les princes étaient instruits, les encouragèrent
+sans doute à différer la publication de la grande ordonnance de réforme
+que l'Université avait d'abord si vivement sollicitée. Alors, sans plus
+s'inquiéter des docteurs qui l'abandonnaient, le moine, entraînant après
+lui le prévôt des marchands, les échevins, une foule de petit peuple et
+bon nombre de bourgeois intimidés, s'en alla hardiment prêcher le roi à
+Saint-Paul<a id="footnotetag316" name="footnotetag316"></a><a href="#footnote316" title="Go to footnote 316"><span class="smaller">[316]</span></a> (22 mai): «Il y a encore, dit-il, de mauvaises herbes au
jardin du roi et de la reine; il faut sarcler et nettoyer; la bonne
-ville de Paris, comme un sage jardinier, doit ôter ces herbes funestes,
-<span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p. 199)</span> qui étoufferaient les lis<a id="footnotetag317" name="footnotetag317"></a><a href="#footnote317" title="Go to footnote 317"><span class="smaller">[317]</span></a>...» Quand il eut fini cette
-sinistre harangue, et accepté la collation qu'on offrit, selon l'usage,
-au prédicateur, le chancelier lui demanda au nom de qui il parlait. Le
-carme se tourna vers le prévôt et les échevins, qui l'avouèrent de ce
-qu'il avait dit. Mais le chancelier objectant que cette députation était
-peu nombreuse pour représenter la ville de Paris, ils appelèrent
-quelques bourgeois des plus considérables qui étaient dans la cour;
-ceux-ci montèrent, à contre-c&oelig;ur, et, se mettant à genoux devant le
-roi, protestèrent de leur bonne intention. Cependant, la foule
-augmentait; toutes sortes de gens entraient sans qu'on osât leur
-interdire la porte, l'hôtel s'emplissait. Le duc de Bourgogne lui-même
-commençait à avoir peur de ses amis; pour les décider à s'en aller, il
-s'avisa de leur dire que le roi était à peine rétabli, que ce tumulte
+ville de Paris, comme un sage jardinier, doit ôter ces herbes funestes,
+<span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p. 199)</span> qui étoufferaient les lis<a id="footnotetag317" name="footnotetag317"></a><a href="#footnote317" title="Go to footnote 317"><span class="smaller">[317]</span></a>...» Quand il eut fini cette
+sinistre harangue, et accepté la collation qu'on offrit, selon l'usage,
+au prédicateur, le chancelier lui demanda au nom de qui il parlait. Le
+carme se tourna vers le prévôt et les échevins, qui l'avouèrent de ce
+qu'il avait dit. Mais le chancelier objectant que cette députation était
+peu nombreuse pour représenter la ville de Paris, ils appelèrent
+quelques bourgeois des plus considérables qui étaient dans la cour;
+ceux-ci montèrent, à contre-c&oelig;ur, et, se mettant à genoux devant le
+roi, protestèrent de leur bonne intention. Cependant, la foule
+augmentait; toutes sortes de gens entraient sans qu'on osât leur
+interdire la porte, l'hôtel s'emplissait. Le duc de Bourgogne lui-même
+commençait à avoir peur de ses amis; pour les décider à s'en aller, il
+s'avisa de leur dire que le roi était à peine rétabli, que ce tumulte
allait lui faire mal, lui causer une rechute. Mais ils criaient de plus
-belle qu'ils étaient venus justement pour le bien du roi.</p>
+belle qu'ils étaient venus justement pour le bien du roi.</p>
<p>Alors le chirurgien Jean de Troyes exhiba une nouvelle liste de
-traîtres. En tête, se trouvait le propre frère de la reine, Louis de
-Bavière. Le duc de Bourgogne eut beau prier, la reine verser des
-larmes<a id="footnotetag318" name="footnotetag318"></a><a href="#footnote318" title="Go to footnote 318"><span class="smaller">[318]</span></a>; Louis de Bavière, qui allait se marier, demandait au moins
-huit jours, promettant de se constituer prisonnier la semaine d'après;
-ils furent inflexibles. Pour <span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p. 200)</span> abréger, le capitaine de la
-milice, Jacqueville, monta avec ses gens, et brutalement, sans égard
-pour la reine, pour le roi ni le dauphin, pénétrant partout, brisant les
+traîtres. En tête, se trouvait le propre frère de la reine, Louis de
+Bavière. Le duc de Bourgogne eut beau prier, la reine verser des
+larmes<a id="footnotetag318" name="footnotetag318"></a><a href="#footnote318" title="Go to footnote 318"><span class="smaller">[318]</span></a>; Louis de Bavière, qui allait se marier, demandait au moins
+huit jours, promettant de se constituer prisonnier la semaine d'après;
+ils furent inflexibles. Pour <span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p. 200)</span> abréger, le capitaine de la
+milice, Jacqueville, monta avec ses gens, et brutalement, sans égard
+pour la reine, pour le roi ni le dauphin, pénétrant partout, brisant les
portes, il mit la main sur ceux que le peuple demandait. Pour comble de
-violence, ils emmenèrent treize dames de la reine et de la
-dauphine<a id="footnotetag319" name="footnotetag319"></a><a href="#footnote319" title="Go to footnote 319"><span class="smaller">[319]</span></a>. Il ne fallait pas parler à ces gens de respect pour les
-dames ni de chevalerie. Parmi les prisonniers qu'ils emmenèrent, se
+violence, ils emmenèrent treize dames de la reine et de la
+dauphine<a id="footnotetag319" name="footnotetag319"></a><a href="#footnote319" title="Go to footnote 319"><span class="smaller">[319]</span></a>. Il ne fallait pas parler à ces gens de respect pour les
+dames ni de chevalerie. Parmi les prisonniers qu'ils emmenèrent, se
trouvait un Bourguignon, un des leurs, que huit jours auparavant ils
-avaient donné pour chancelier au dauphin. La défiance croissait d'heure
+avaient donné pour chancelier au dauphin. La défiance croissait d'heure
en heure.</p>
-<p>Cependant le duc de Berri et d'autres parents des prisonniers envoyèrent
-demander à l'Université si elle avouait ce qui s'était fait. Celle-ci,
-consultée en masse et comme corps, se rassura un peu par sa multitude,
-et donna du moins une réponse équivoque, «que de ce elle ne vouloit en
-rien s'entremettre ni empêcher». Dans le conseil du roi, les
-universitaires allèrent plus loin, et déclarèrent qu'ils n'étaient pour
-rien dans l'enlèvement des seigneurs, et que la chose ne leur plaisait
+<p>Cependant le duc de Berri et d'autres parents des prisonniers envoyèrent
+demander à l'Université si elle avouait ce qui s'était fait. Celle-ci,
+consultée en masse et comme corps, se rassura un peu par sa multitude,
+et donna du moins une réponse équivoque, «que de ce elle ne vouloit en
+rien s'entremettre ni empêcher». Dans le conseil du roi, les
+universitaires allèrent plus loin, et déclarèrent qu'ils n'étaient pour
+rien dans l'enlèvement des seigneurs, et que la chose ne leur plaisait
pas.</p>
-<p>Le désaveu timide de l'Université ne rassurait pas les princes. Cette
-fois ils craignaient pour eux-mêmes; le coup avait frappé si près d'eux,
-qu'ils firent signer au roi une ordonnance où il approuvait ce qui
-s'était fait. Le lendemain (25 mai 1413), fut lue solennellement la
-grande ordonnance de réforme.</p>
+<p>Le désaveu timide de l'Université ne rassurait pas les princes. Cette
+fois ils craignaient pour eux-mêmes; le coup avait frappé si près d'eux,
+qu'ils firent signer au roi une ordonnance où il approuvait ce qui
+s'était fait. Le lendemain (25 mai 1413), fut lue solennellement la
+grande ordonnance de réforme.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p. 201)</span> Cette ordonnance, si violemment arrachée, ne porte pas, autant
-qu'on pourrait croire, le caractère du moment; c'est une sage et
-impartiale fusion des meilleures ordonnances du quatorzième siècle. On
+<p><span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p. 201)</span> Cette ordonnance, si violemment arrachée, ne porte pas, autant
+qu'on pourrait croire, le caractère du moment; c'est une sage et
+impartiale fusion des meilleures ordonnances du quatorzième siècle. On
peut l'appeler le code <em>administratif</em> de la vieille France, comme
-l'ordonnance de 1357 avait été sa charte <em>législative</em> et politique.</p>
+l'ordonnance de 1357 avait été sa charte <em>législative</em> et politique.</p>
-<p>On peut s'étonner de voir cette ordonnance à peine mentionnée dans les
+<p>On peut s'étonner de voir cette ordonnance à peine mentionnée dans les
historiens. Elle n'a pourtant pas moins de soixante-dix pages
-in-folio<a id="footnotetag320" name="footnotetag320"></a><a href="#footnote320" title="Go to footnote 320"><span class="smaller">[320]</span></a>. Sauf quelques articles trop minutieux et d'une rédaction
-enfantine<a id="footnotetag321" name="footnotetag321"></a><a href="#footnote321" title="Go to footnote 321"><span class="smaller">[321]</span></a>, ou bien encore dirigés hostilement contre certains
-individus, on ne peut qu'admirer l'esprit qui y règne, esprit très
-spécial, très pratique: sans spécialité, point de réforme réelle.
-Celle-ci part de bien bas, mais elle va haut, et pénètre partout. Elle
-réduit les gages de la lingère, de la poissonnière du roi; mais elle
-règle les droits des grands corps de l'État, et tout le jeu de la
-machine administrative, judiciaire et financière.</p>
+in-folio<a id="footnotetag320" name="footnotetag320"></a><a href="#footnote320" title="Go to footnote 320"><span class="smaller">[320]</span></a>. Sauf quelques articles trop minutieux et d'une rédaction
+enfantine<a id="footnotetag321" name="footnotetag321"></a><a href="#footnote321" title="Go to footnote 321"><span class="smaller">[321]</span></a>, ou bien encore dirigés hostilement contre certains
+individus, on ne peut qu'admirer l'esprit qui y règne, esprit très
+spécial, très pratique: sans spécialité, point de réforme réelle.
+Celle-ci part de bien bas, mais elle va haut, et pénètre partout. Elle
+réduit les gages de la lingère, de la poissonnière du roi; mais elle
+règle les droits des grands corps de l'État, et tout le jeu de la
+machine administrative, judiciaire et financière.</p>
<p>La forme est curieuse, je voudrais pouvoir la conserver; mais alors
cette ordonnance seule occuperait le reste du volume, et encore
-l'ensemble resterait confus. Il m'est impossible de résumer ce code en
-quelques lignes, sans emprunter notre langage moderne, plus précis et
-plus formulé.</p>
+l'ensemble resterait confus. Il m'est impossible de résumer ce code en
+quelques lignes, sans emprunter notre langage moderne, plus précis et
+plus formulé.</p>
-<p>Tout ce détail immense semble dominé par deux idées: la centralisation
+<p>Tout ce détail immense semble dominé par deux idées: la centralisation
de l'ordre financier, de l'ordre <span class="pagenum"><a id="page202" name="page202"></a>(p. 202)</span> judiciaire. Dans le premier
-tout aboutit à la Chambre des comptes; dans le second, tout au
+tout aboutit à la Chambre des comptes; dans le second, tout au
Parlement.</p>
-<p>Les chefs des administrations financières (domaine, aides, trésor des
-guerres) sont réduits à un petit nombre; mesure économique, qui
-contribue à assurer la responsabilité. La Chambre des comptes examine
-les résultats de leur administration; elle juge en cas de doute, mais
-sur pièces et sans plaidoiries.</p>
+<p>Les chefs des administrations financières (domaine, aides, trésor des
+guerres) sont réduits à un petit nombre; mesure économique, qui
+contribue à assurer la responsabilité. La Chambre des comptes examine
+les résultats de leur administration; elle juge en cas de doute, mais
+sur pièces et sans plaidoiries.</p>
<p>Tous les vassaux du roi sont tenus de faire dresser les aveux et
-dénombrements des fiefs qu'ils tiennent de lui, et de les envoyer à la
+dénombrements des fiefs qu'ils tiennent de lui, et de les envoyer à la
Chambre des comptes<a id="footnotetag322" name="footnotetag322"></a><a href="#footnote322" title="Go to footnote 322"><span class="smaller">[322]</span></a>. Ce tribunal de finance se trouve ainsi le
surveillant, l'agent indirect de la centralisation politique.</p>
-<p>L'élection est le principe de l'ordre judiciaire; les charges ne
-s'achètent plus. Les lieutenants des sénéchaux et prévôts sont élus par
+<p>L'élection est le principe de l'ordre judiciaire; les charges ne
+s'achètent plus. Les lieutenants des sénéchaux et prévôts sont élus par
les conseillers, les avocats <em>et autres saiges</em>.</p>
-<p>Pour nommer un prévôt, le bailli demande aux «advocats, procureurs, gens
-de pratique <em>et d'autre estat</em>» la désignation de trois ou quatre
+<p>Pour nommer un prévôt, le bailli demande aux «advocats, procureurs, gens
+de pratique <em>et d'autre estat</em>» la désignation de trois ou quatre
personnes capables. Le chancelier et une commission de Parlement,
-«appelez avec eux des gens de notre grand conseil et des gens de nos
-comptes», choisissent entre les candidats.</p>
+«appelez avec eux des gens de notre grand conseil et des gens de nos
+comptes», choisissent entre les candidats.</p>
<p>Aux offices notables, c'est directement le Parlement qui nomme, en
-présence du chancelier et de quelques membres du grand conseil.</p>
-
-<p><em>Le Parlement élit ses membres</em>, en présence du chancelier <span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p. 203)</span> et
-de quelques membres du grand conseil. Ce corps se recrute désormais
-lui-même; l'indépendance de la magistrature est ainsi fondée.</p>
-
-<p>Deux juridictions oppressives sont limitées, restreintes. L'hôtel du roi
-n'enlèvera plus les plaideurs à leurs tribunaux naturels, ne les ruinera
-plus préalablement en les forçant de venir des provinces éloignées
-implorer à Paris une justice tardive. La charge du grand maître des eaux
-et forêts est supprimée. Ce grand maître, ordinairement l'un des hauts
-seigneurs du royaume, n'avait que trop de facilités pour tyranniser les
-campagnes. Il y aura six maîtres et l'on pourra appeler de leurs
-tribunaux au Parlement. Les <em>usages</em> des bonnes gens seront respectés.
-Les louvetiers n'empêcheront plus le paysan de tuer les loups. Il pourra
-détruire les nouvelles garennes que les seigneurs ont faites, «en
-dépeuplant le pays voisin des hommes et habitants et le peuplant de
-bêtes sauvages<a id="footnotetag323" name="footnotetag323"></a><a href="#footnote323" title="Go to footnote 323"><span class="smaller">[323]</span></a>».</p>
+présence du chancelier et de quelques membres du grand conseil.</p>
+
+<p><em>Le Parlement élit ses membres</em>, en présence du chancelier <span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p. 203)</span> et
+de quelques membres du grand conseil. Ce corps se recrute désormais
+lui-même; l'indépendance de la magistrature est ainsi fondée.</p>
+
+<p>Deux juridictions oppressives sont limitées, restreintes. L'hôtel du roi
+n'enlèvera plus les plaideurs à leurs tribunaux naturels, ne les ruinera
+plus préalablement en les forçant de venir des provinces éloignées
+implorer à Paris une justice tardive. La charge du grand maître des eaux
+et forêts est supprimée. Ce grand maître, ordinairement l'un des hauts
+seigneurs du royaume, n'avait que trop de facilités pour tyranniser les
+campagnes. Il y aura six maîtres et l'on pourra appeler de leurs
+tribunaux au Parlement. Les <em>usages</em> des bonnes gens seront respectés.
+Les louvetiers n'empêcheront plus le paysan de tuer les loups. Il pourra
+détruire les nouvelles garennes que les seigneurs ont faites, «en
+dépeuplant le pays voisin des hommes et habitants et le peuplant de
+bêtes sauvages<a id="footnotetag323" name="footnotetag323"></a><a href="#footnote323" title="Go to footnote 323"><span class="smaller">[323]</span></a>».</p>
<p>Dans la lecture de ce grand acte, une chose inspire l'admiration et le
-respect, c'est une impartialité qui ne se dément nulle part. Quels en
-ont été les véritables rédacteurs? De quel ordre de l'État cette
-ordonnance est-elle plus particulièrement émanée? On ne saurait le dire.</p>
-
-<p>L'Université elle-même, à qui elle est principalement attribuée dans le
-préambule<a id="footnotetag324" name="footnotetag324"></a><a href="#footnote324" title="Go to footnote 324"><span class="smaller">[324]</span></a>, ne pouvait avoir <span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>(p. 204)</span> cet esprit d'application,
-cette sagesse pratique. La remontrance de l'Université, telle qu'on la
-lit dans Monstrelet, n'est guère qu'une violente accusation de tel abus,
+respect, c'est une impartialité qui ne se dément nulle part. Quels en
+ont été les véritables rédacteurs? De quel ordre de l'État cette
+ordonnance est-elle plus particulièrement émanée? On ne saurait le dire.</p>
+
+<p>L'Université elle-même, à qui elle est principalement attribuée dans le
+préambule<a id="footnotetag324" name="footnotetag324"></a><a href="#footnote324" title="Go to footnote 324"><span class="smaller">[324]</span></a>, ne pouvait avoir <span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>(p. 204)</span> cet esprit d'application,
+cette sagesse pratique. La remontrance de l'Université, telle qu'on la
+lit dans Monstrelet, n'est guère qu'une violente accusation de tel abus,
de tel fonctionnaire.</p>
<p>Les parlementaires, auxquels l'ordonnance accorde tant de pouvoir, ne
-semblent pourtant pas avoir dominé dans la rédaction. On leur reproche
-l'ignorance de quelques-uns d'entre eux, leur facilité à recevoir des
-présents; on leur défend d'être plusieurs membres du Parlement d'une
-même famille.</p>
+semblent pourtant pas avoir dominé dans la rédaction. On leur reproche
+l'ignorance de quelques-uns d'entre eux, leur facilité à recevoir des
+présents; on leur défend d'être plusieurs membres du Parlement d'une
+même famille.</p>
-<p>Les avocats, notaires, greffiers, sont tancés pour l'esprit fiscal, pour
-la paperasserie ruineuse qui déjà dévorait les plaideurs.</p>
+<p>Les avocats, notaires, greffiers, sont tancés pour l'esprit fiscal, pour
+la paperasserie ruineuse qui déjà dévorait les plaideurs.</p>
-<p>Les gens des comptes sont traités avec défiance. Ils ne doivent rien
-décider isolément, mais par délibération commune «et en plein bureau».</p>
+<p>Les gens des comptes sont traités avec défiance. Ils ne doivent rien
+décider isolément, mais par délibération commune «et en plein bureau».</p>
-<p>Les prévôts et sénéchaux doivent être nés dans une autre province que
-dans celle où ils jugent. Ils ne peuvent y rien acquérir, ni s'y marier,
+<p>Les prévôts et sénéchaux doivent être nés dans une autre province que
+dans celle où ils jugent. Ils ne peuvent y rien acquérir, ni s'y marier,
ni y marier leurs filles. Quand ils vont quitter la province, ils
-doivent y rester quarante jours pour répondre de ce qu'ils ont fait.</p>
+doivent y rester quarante jours pour répondre de ce qu'ils ont fait.</p>
-<p>Les gens d'Église n'inspirent pas plus de confiance au rédacteur de
-l'ordonnance. Il ne veut pas que des prêtres puissent être avocats. Il
-accuse les présidents clercs du Parlement de négligence et de
-connivence. Je ne reconnais pas ici la main ecclésiastique.</p>
+<p>Les gens d'Église n'inspirent pas plus de confiance au rédacteur de
+l'ordonnance. Il ne veut pas que des prêtres puissent être avocats. Il
+accuse les présidents clercs du Parlement de négligence et de
+connivence. Je ne reconnais pas ici la main ecclésiastique.</p>
-<p>Cette ordonnance n'émane pas non plus exclusivement de l'esprit
-bourgeois et communal. Elle protège les habitants des campagnes. Elle
+<p>Cette ordonnance n'émane pas non plus exclusivement de l'esprit
+bourgeois et communal. Elle protège les habitants des campagnes. Elle
leur accorde le <span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p. 205)</span> droit de chasse dans les garennes que les
seigneurs ont faites sans droit. Elle leur permet de prendre les armes
-pour seconder les sénéchaux et courir sus aux pillards<a id="footnotetag325" name="footnotetag325"></a><a href="#footnote325" title="Go to footnote 325"><span class="smaller">[325]</span></a>.</p>
+pour seconder les sénéchaux et courir sus aux pillards<a id="footnotetag325" name="footnotetag325"></a><a href="#footnote325" title="Go to footnote 325"><span class="smaller">[325]</span></a>.</p>
-<p>De tout ceci, nous pouvons conclure qu'une réforme aussi impartiale de
-tous les ordres de l'État ne s'est faite sous l'influence exclusive
+<p>De tout ceci, nous pouvons conclure qu'une réforme aussi impartiale de
+tous les ordres de l'État ne s'est faite sous l'influence exclusive
d'aucun d'eux, mais que tous y ont pris part.</p>
-<p>Les violents ont exigé et quelquefois dicté; les modérés ont écrit; ils
-ont transformé les violences passagères en réformes sages et durables.
-Les docteurs, Pavilly, Gentien, Courtecuisse; les légistes, Henri de
-Marle, Arnaud de Corbie, Juvénal des Ursins, tous vraisemblablement
-auront été consultés. Toutes les ordonnances antérieures sont venues se
+<p>Les violents ont exigé et quelquefois dicté; les modérés ont écrit; ils
+ont transformé les violences passagères en réformes sages et durables.
+Les docteurs, Pavilly, Gentien, Courtecuisse; les légistes, Henri de
+Marle, Arnaud de Corbie, Juvénal des Ursins, tous vraisemblablement
+auront été consultés. Toutes les ordonnances antérieures sont venues se
fondre ici. C'est la sagesse de la France d'alors, son grand monument,
-qu'on a pu condamner un moment avec la révolution qui l'avait élevé,
-mais qui n'en est pas moins resté comme un fonds où la législation
-venait puiser, comme un point de départ pour les améliorations
+qu'on a pu condamner un moment avec la révolution qui l'avait élevé,
+mais qui n'en est pas moins resté comme un fonds où la législation
+venait puiser, comme un point de départ pour les améliorations
nouvelles.</p>
-<p>Quelque sévères que nous puissions être, nous autres modernes, pour ces
+<p>Quelque sévères que nous puissions être, nous autres modernes, pour ces
essais gothiques, convenons pourtant qu'on y voit poindre les vrais
principes de l'organisme administratif, principes qui ne sont autres que
ceux de tout organisme, centralisation de l'ensemble, subordination
-mutuelle des parties. La séparation des pouvoirs administratif et
+mutuelle des parties. La séparation des pouvoirs administratif et
judiciaire, des <span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p. 206)</span> pouvoirs judiciaire et municipal, quoique
-impossible encore, n'en est pas moins indiquée dans quelques articles.</p>
-
-<p>La confusion des pouvoirs judiciaire et militaire, ce fléau des sociétés
-barbares, y subsiste en droit dans les sénéchaux et les baillis. En
-fait, ces juges d'épée ne sont plus déjà les vrais juges; ils ont la
-représentation et les bénéfices de la justice plus qu'ils n'en ont le
-pouvoir même. Les vrais juges sont leurs lieutenants, et ceux-ci sont
-élus par les avocats et les conseillers, <em>par les sages</em>, comme dit
+impossible encore, n'en est pas moins indiquée dans quelques articles.</p>
+
+<p>La confusion des pouvoirs judiciaire et militaire, ce fléau des sociétés
+barbares, y subsiste en droit dans les sénéchaux et les baillis. En
+fait, ces juges d'épée ne sont plus déjà les vrais juges; ils ont la
+représentation et les bénéfices de la justice plus qu'ils n'en ont le
+pouvoir même. Les vrais juges sont leurs lieutenants, et ceux-ci sont
+élus par les avocats et les conseillers, <em>par les sages</em>, comme dit
l'ordonnance.</p>
-<p>Elle accorde beaucoup à ces <em>sages</em>, aux gens de loi, beaucoup trop, ce
-semble. Les Compagnies se recrutant elle-mêmes se recruteront
-probablement en famille; les juges s'associeront, malgré toutes les
-précautions de la loi, leurs fils, leurs neveux, leurs gendres. Les
-élections couvriront des arrangements d'intérêt ou de parenté. Une
-charge sera souvent une dot; étrange <em>apport</em> d'une jeune épousée, le
+<p>Elle accorde beaucoup à ces <em>sages</em>, aux gens de loi, beaucoup trop, ce
+semble. Les Compagnies se recrutant elle-mêmes se recruteront
+probablement en famille; les juges s'associeront, malgré toutes les
+précautions de la loi, leurs fils, leurs neveux, leurs gendres. Les
+élections couvriront des arrangements d'intérêt ou de parenté. Une
+charge sera souvent une dot; étrange <em>apport</em> d'une jeune épousée, le
droit de faire rompre et pendre... Ces gens se respecteront, je le
-crois, en proportion même des droits immenses qui sont en leurs mains.
-Le pouvoir judiciaire, transmis comme propriété, n'en sera que plus
-fixe, plus digne peut-être. Ne sera-t-il pas trop fixe? Ces familles, ne
-se mariant guère qu'entre elles, ne vont-elles pas constituer une sorte
-de féodalité judiciaire? immense inconvénient... Mais alors c'était un
-avantage. Cette féodalité était nécessaire contre la féodalité
+crois, en proportion même des droits immenses qui sont en leurs mains.
+Le pouvoir judiciaire, transmis comme propriété, n'en sera que plus
+fixe, plus digne peut-être. Ne sera-t-il pas trop fixe? Ces familles, ne
+se mariant guère qu'entre elles, ne vont-elles pas constituer une sorte
+de féodalité judiciaire? immense inconvénient... Mais alors c'était un
+avantage. Cette féodalité était nécessaire contre la féodalité
militaire, qu'il s'agissait d'annuler. La noblesse avait la force de
-cohésion et de parenté; il fallait qu'il y eût aussi <span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p. 207)</span> parenté
-dans la judicature; à ces époques, matérielles encore, il n'y a
+cohésion et de parenté; il fallait qu'il y eût aussi <span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p. 207)</span> parenté
+dans la judicature; à ces époques, matérielles encore, il n'y a
d'association solide que par la chair et le sang.</p>
-<p>Deux choses manquaient pour que la belle réforme administrative et
-judiciaire de 1413 fût viable<a id="footnotetag326" name="footnotetag326"></a><a href="#footnote326" title="Go to footnote 326"><span class="smaller">[326]</span></a>: d'abord d'être appuyée sur une
-réforme législative et politique; celle-ci avait été essayée isolément
-en 1357. Mais ce qui manquait surtout, c'étaient des hommes et les
+<p>Deux choses manquaient pour que la belle réforme administrative et
+judiciaire de 1413 fût viable<a id="footnotetag326" name="footnotetag326"></a><a href="#footnote326" title="Go to footnote 326"><span class="smaller">[326]</span></a>: d'abord d'être appuyée sur une
+réforme législative et politique; celle-ci avait été essayée isolément
+en 1357. Mais ce qui manquait surtout, c'étaient des hommes et les
m&oelig;urs qui font les hommes: sans les m&oelig;urs, que peuvent les
-lois?... Ces m&oelig;urs ne pouvaient se former qu'à la longue, et d'abord
-dans certaines familles, dont l'exemple pût donner à la nation ce
+lois?... Ces m&oelig;urs ne pouvaient se former qu'à la longue, et d'abord
+dans certaines familles, dont l'exemple pût donner à la nation ce
qu'elle a le moins, il faut le dire, ce qu'elle acquiert lentement, le
-sérieux, l'esprit de suite, le respect des précédents. Tout cela se
+sérieux, l'esprit de suite, le respect des précédents. Tout cela se
trouva dans les familles parlementaires.</p>
-<p class="p2">Cette ordonnance des ordonnances fut déclarée solennellement par le roi
-obligatoire, inviolable. Les princes et les prélats qui étaient à ses
-côtés, en levèrent la main. L'aumônier du roi, maître Jean Courtecuisse,
-célèbre docteur de l'Université, prêcha ensuite à Saint-Paul sur
-l'excellence de l'ordonnance. Dans son discours, généralement faible et
-traînant, il y a néanmoins une figure pathétique; il y représente
-l'Université comme un pauvre affamé qui a faim et soif des lois<a id="footnotetag327" name="footnotetag327"></a><a href="#footnote327" title="Go to footnote 327"><span class="smaller">[327]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>(p. 208)</span> Il s'agissait d'appliquer ce grand code. Là devait apparaître
-la terrible disproportion entre les lois et les hommes. Les modérés, les
-capables se tenant à l'écart, restaient pour commencer l'application de
-ces belles lois les gens les moins propres à mettre en mouvement une
+<p class="p2">Cette ordonnance des ordonnances fut déclarée solennellement par le roi
+obligatoire, inviolable. Les princes et les prélats qui étaient à ses
+côtés, en levèrent la main. L'aumônier du roi, maître Jean Courtecuisse,
+célèbre docteur de l'Université, prêcha ensuite à Saint-Paul sur
+l'excellence de l'ordonnance. Dans son discours, généralement faible et
+traînant, il y a néanmoins une figure pathétique; il y représente
+l'Université comme un pauvre affamé qui a faim et soif des lois<a id="footnotetag327" name="footnotetag327"></a><a href="#footnote327" title="Go to footnote 327"><span class="smaller">[327]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>(p. 208)</span> Il s'agissait d'appliquer ce grand code. Là devait apparaître
+la terrible disproportion entre les lois et les hommes. Les modérés, les
+capables se tenant à l'écart, restaient pour commencer l'application de
+ces belles lois les gens les moins propres à mettre en mouvement une
telle machine, les scolastiques et les bouchers, ceux-ci trop grossiers,
-ceux-là trop subtils, trop étrangers aux réalités.</p>
-
-<p>Quelle qu'ait été leur gaucherie brutale dans un métier si nouveau pour
-eux, l'histoire doit dire qu'ils ne se montrèrent pas aussi indignes du
-pouvoir qu'on l'eût attendu. Ces gens de la commune de Paris, délaissés
-du royaume, essayèrent tout à la fois de le réformer et de le défendre.
-Ils envoyèrent leur prévôt contre les Anglais, en même temps que leur
-capitaine Jacqueville allait bravement à la rencontre des princes<a id="footnotetag328" name="footnotetag328"></a><a href="#footnote328" title="Go to footnote 328"><span class="smaller">[328]</span></a>.
-Dans Paris même, ils commencèrent un grand monument d'utilité publique,
-qui complétait la triple unité de cette ville; je parle du pont
-Notre-Dame, grand ouvrage, fondé héroïquement dans des circonstances si
+ceux-là trop subtils, trop étrangers aux réalités.</p>
+
+<p>Quelle qu'ait été leur gaucherie brutale dans un métier si nouveau pour
+eux, l'histoire doit dire qu'ils ne se montrèrent pas aussi indignes du
+pouvoir qu'on l'eût attendu. Ces gens de la commune de Paris, délaissés
+du royaume, essayèrent tout à la fois de le réformer et de le défendre.
+Ils envoyèrent leur prévôt contre les Anglais, en même temps que leur
+capitaine Jacqueville allait bravement à la rencontre des princes<a id="footnotetag328" name="footnotetag328"></a><a href="#footnote328" title="Go to footnote 328"><span class="smaller">[328]</span></a>.
+Dans Paris même, ils commencèrent un grand monument d'utilité publique,
+qui complétait la triple unité de cette ville; je parle du pont
+Notre-Dame, grand ouvrage, fondé héroïquement dans des circonstances si
difficiles et avec si peu de ressources<a id="footnotetag329" name="footnotetag329"></a><a href="#footnote329" title="Go to footnote 329"><span class="smaller">[329]</span></a>.</p>
<p>Le fait est que ce gouvernement ne fut soutenu de personne. Les Anglais
-étaient à Dieppe, si près de Paris; personne ne voulut donner d'argent.
-Gerson refusa de payer et laissa plutôt piller sa maison<a id="footnotetag330" name="footnotetag330"></a><a href="#footnote330" title="Go to footnote 330"><span class="smaller">[330]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>(p. 209)</span>
-L'avocat général Juvénal refusa aussi, aimant mieux être emprisonné.</p>
-
-<p>En donnant ainsi l'exemple d'annuler par une résistance d'inertie ce
-gouvernement irrégulier, les modérés n'en prirent pas moins une
-responsabilité bien grave. Ils abandonnaient tout à la fois et la
-défense du pays et la belle réforme qu'on avait obtenue avec tant de
-peine. Ce n'est pas la seule fois que les honnêtes gens ont ainsi trahi
-l'intérêt public, et puni la liberté du crime de son parti. Les
-cabochiens ne purent faire contribuer ni l'Église ni le Parlement. Ayant
+étaient à Dieppe, si près de Paris; personne ne voulut donner d'argent.
+Gerson refusa de payer et laissa plutôt piller sa maison<a id="footnotetag330" name="footnotetag330"></a><a href="#footnote330" title="Go to footnote 330"><span class="smaller">[330]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>(p. 209)</span>
+L'avocat général Juvénal refusa aussi, aimant mieux être emprisonné.</p>
+
+<p>En donnant ainsi l'exemple d'annuler par une résistance d'inertie ce
+gouvernement irrégulier, les modérés n'en prirent pas moins une
+responsabilité bien grave. Ils abandonnaient tout à la fois et la
+défense du pays et la belle réforme qu'on avait obtenue avec tant de
+peine. Ce n'est pas la seule fois que les honnêtes gens ont ainsi trahi
+l'intérêt public, et puni la liberté du crime de son parti. Les
+cabochiens ne purent faire contribuer ni l'Église ni le Parlement. Ayant
saisi l'argent de la foire du Landit, qui appartenait aux moines de
-Saint-Denis, ils virent s'élever une clameur générale. Leurs amis, les
-universitaires, refusèrent de les aider et les obligèrent de rapporter
-l'argent qu'ils avaient levé sur quelques suppôts de l'Université.</p>
-
-<p>Se voyant ainsi entravés de toute part et ne trouvant que des obstacles,
-les cabochiens entrèrent en fureur. Ils poursuivirent Gerson, qui fut
-obligé de se cacher dans les voûtes de Notre-Dame. Le jugement des
-prisonniers fut hâté; la commission eut peur, et signa des
-condamnations. D'abord on fit mourir des gens qui l'avaient mérité, par
-exemple un homme qui avait livré à l'ennemi, à la mort, quatre cents
-bourgeois de Paris. Puis, on traîna à la Grève le prévôt Desessarts,
-qui avait trahi les deux partis tour à tour. Les bouchers <span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>(p. 210)</span>
-hâtèrent sa mort, justement parce qu'ils estimaient sa bravoure et sa
-cruauté<a id="footnotetag331" name="footnotetag331"></a><a href="#footnote331" title="Go to footnote 331"><span class="smaller">[331]</span></a> (1<sup>er</sup> juillet).</p>
-
-<p>Les juges allant encore trop lentement, les assassinats abrégèrent.
-Jacqueville alla insulter dans sa prison le sire de La Rivière, et
-celui-ci l'ayant démenti, ce digne capitaine des bouchers assomma le
-prisonnier désarmé. La Rivière n'en fut pas moins porté le lendemain à
-la Grève; l'on décapita pêle-mêle les vivants et le mort<a id="footnotetag332" name="footnotetag332"></a><a href="#footnote332" title="Go to footnote 332"><span class="smaller">[332]</span></a>.</p>
-
-<p>Si la prison même n'était plus une sauvegarde, l'hôtel du roi risquait
-fort de n'en plus être une. Un soir que Jacqueville et ses bouchers
+Saint-Denis, ils virent s'élever une clameur générale. Leurs amis, les
+universitaires, refusèrent de les aider et les obligèrent de rapporter
+l'argent qu'ils avaient levé sur quelques suppôts de l'Université.</p>
+
+<p>Se voyant ainsi entravés de toute part et ne trouvant que des obstacles,
+les cabochiens entrèrent en fureur. Ils poursuivirent Gerson, qui fut
+obligé de se cacher dans les voûtes de Notre-Dame. Le jugement des
+prisonniers fut hâté; la commission eut peur, et signa des
+condamnations. D'abord on fit mourir des gens qui l'avaient mérité, par
+exemple un homme qui avait livré à l'ennemi, à la mort, quatre cents
+bourgeois de Paris. Puis, on traîna à la Grève le prévôt Desessarts,
+qui avait trahi les deux partis tour à tour. Les bouchers <span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>(p. 210)</span>
+hâtèrent sa mort, justement parce qu'ils estimaient sa bravoure et sa
+cruauté<a id="footnotetag331" name="footnotetag331"></a><a href="#footnote331" title="Go to footnote 331"><span class="smaller">[331]</span></a> (1<sup>er</sup> juillet).</p>
+
+<p>Les juges allant encore trop lentement, les assassinats abrégèrent.
+Jacqueville alla insulter dans sa prison le sire de La Rivière, et
+celui-ci l'ayant démenti, ce digne capitaine des bouchers assomma le
+prisonnier désarmé. La Rivière n'en fut pas moins porté le lendemain à
+la Grève; l'on décapita pêle-mêle les vivants et le mort<a id="footnotetag332" name="footnotetag332"></a><a href="#footnote332" title="Go to footnote 332"><span class="smaller">[332]</span></a>.</p>
+
+<p>Si la prison même n'était plus une sauvegarde, l'hôtel du roi risquait
+fort de n'en plus être une. Un soir que Jacqueville et ses bouchers
faisaient leur ronde, ils entendirent, vers onze heures, un grand bruit
-de fête chez le dauphin. Ce jeune homme dansait, pendant qu'on tuait ses
-amis. Les bouchers montèrent, et lui firent demander par Jacqueville
-s'il était décent à un fils de France de danser ainsi à une heure
-indue<a id="footnotetag333" name="footnotetag333"></a><a href="#footnote333" title="Go to footnote 333"><span class="smaller">[333]</span></a>. Le sire de La Trémouille répliqua. Jacqueville lui reprocha
-d'être l'auteur de ces désordres. La patience manqua au dauphin; il
-s'élança sur Jacqueville, et lui porta trois coups de poignard qu'arrêta
-sa cotte de mailles. La Trémouille eût été massacré, si le duc de
-Bourgogne n'eût prié pour lui (10 juillet).</p>
-
-<p>Cette violation de l'hôtel du roi détacha bien des <span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>(p. 211)</span> gens de ce
-parti qui ne respectait rien. La religion de la royauté était encore
-entière, et le fut longtemps<a id="footnotetag334" name="footnotetag334"></a><a href="#footnote334" title="Go to footnote 334"><span class="smaller">[334]</span></a>. Les bons bourgeois assurèrent le
-dauphin de leur douleur et de leur dévouement. Les bouchers avaient
-lassé tout le monde. Les artisans même, les derniers du peuple,
-commençaient à en avoir assez; plus de commerce, plus d'ouvrage; ils
-étaient sans cesse appelés à faire le guet, excédés de gardes, de rondes
+de fête chez le dauphin. Ce jeune homme dansait, pendant qu'on tuait ses
+amis. Les bouchers montèrent, et lui firent demander par Jacqueville
+s'il était décent à un fils de France de danser ainsi à une heure
+indue<a id="footnotetag333" name="footnotetag333"></a><a href="#footnote333" title="Go to footnote 333"><span class="smaller">[333]</span></a>. Le sire de La Trémouille répliqua. Jacqueville lui reprocha
+d'être l'auteur de ces désordres. La patience manqua au dauphin; il
+s'élança sur Jacqueville, et lui porta trois coups de poignard qu'arrêta
+sa cotte de mailles. La Trémouille eût été massacré, si le duc de
+Bourgogne n'eût prié pour lui (10 juillet).</p>
+
+<p>Cette violation de l'hôtel du roi détacha bien des <span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>(p. 211)</span> gens de ce
+parti qui ne respectait rien. La religion de la royauté était encore
+entière, et le fut longtemps<a id="footnotetag334" name="footnotetag334"></a><a href="#footnote334" title="Go to footnote 334"><span class="smaller">[334]</span></a>. Les bons bourgeois assurèrent le
+dauphin de leur douleur et de leur dévouement. Les bouchers avaient
+lassé tout le monde. Les artisans même, les derniers du peuple,
+commençaient à en avoir assez; plus de commerce, plus d'ouvrage; ils
+étaient sans cesse appelés à faire le guet, excédés de gardes, de rondes
et de veilles.</p>
-<p>Les princes, qui n'ignoraient pas l'état de Paris, approchaient
-toujours, en offrant la paix<a id="footnotetag335" name="footnotetag335"></a><a href="#footnote335" title="Go to footnote 335"><span class="smaller">[335]</span></a>. Tout le monde la désirait, mais on
+<p>Les princes, qui n'ignoraient pas l'état de Paris, approchaient
+toujours, en offrant la paix<a id="footnotetag335" name="footnotetag335"></a><a href="#footnote335" title="Go to footnote 335"><span class="smaller">[335]</span></a>. Tout le monde la désirait, mais on
avait peur. Le dauphin fit part des propositions aux grands corps, au
-Parlement, à l'Université. Il fut décidé, malgré les bouchers, qu'il y
-aurait conférence avec les princes. L'éloquence de Caboche, qui pérora
+Parlement, à l'Université. Il fut décidé, malgré les bouchers, qu'il y
+aurait conférence avec les princes. L'éloquence de Caboche, qui pérora
dans un brillant costume de chevalier, ne persuada personne; ses menaces
eurent peu d'effet.</p>
<p>Personne dans la bourgeoisie n'agit plus habilement contre les bouchers
-que l'avocat général Juvénal. Cet honnête homme poursuivait alors, sans
-souci des réformes, sans intelligence de l'avenir<a id="footnotetag336" name="footnotetag336"></a><a href="#footnote336" title="Go to footnote 336"><span class="smaller">[336]</span></a>, un seul but: la
-fin des désordres et la sécurité de Paris. Cette pensée ne lui laissait
-ni repos ni sommeil. Une nuit, s'étant endormi vers le matin, il lui
+que l'avocat général Juvénal. Cet honnête homme poursuivait alors, sans
+souci des réformes, sans intelligence de l'avenir<a id="footnotetag336" name="footnotetag336"></a><a href="#footnote336" title="Go to footnote 336"><span class="smaller">[336]</span></a>, un seul but: la
+fin des désordres et la sécurité de Paris. Cette pensée ne lui laissait
+ni repos ni sommeil. Une nuit, s'étant endormi vers le matin, il lui
sembla qu'une voix lui disait: <i lang="la">Surgite cum sederetis, qui manducatis
-<span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p. 212)</span> panem doloris.</i> Sa femme, qui était une bonne et dévote dame,
-lorsqu'il s'éveilla, lui dit: «Mon ami, j'ai entendu ce matin qu'on vous
-disait, ou que vous prononciez en rêvant des paroles que j'ai souvent
-lues dans mes Heures», et elle les lui répéta. Le bon Juvénal lui
-répondit: «Ma mie, nous avons onze enfants, et par conséquent grand
+<span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p. 212)</span> panem doloris.</i> Sa femme, qui était une bonne et dévote dame,
+lorsqu'il s'éveilla, lui dit: «Mon ami, j'ai entendu ce matin qu'on vous
+disait, ou que vous prononciez en rêvant des paroles que j'ai souvent
+lues dans mes Heures», et elle les lui répéta. Le bon Juvénal lui
+répondit: «Ma mie, nous avons onze enfants, et par conséquent grand
sujet de prier Dieu de nous accorder la paix; ayons espoir en lui, il
-nous aidera.»</p>
-
-<p>La ruine des bouchers fut décidée par une chose, petite, et pourtant de
-grand effet. Il fut convenu, malgré eux, que les propositions des
-princes seraient lues d'abord, non dans l'assemblée générale, mais dans
-chaque quartier (21 juillet). La faible minorité qui tyrannisait Paris
-pouvait effrayer encore, quand elle était réunie; divisée, elle devenait
-impuissante, presque imperceptible. Ce point fut emporté contre les
-bouchers par l'énergie d'un quartenier du cimetière Saint-Jean, le
+nous aidera.»</p>
+
+<p>La ruine des bouchers fut décidée par une chose, petite, et pourtant de
+grand effet. Il fut convenu, malgré eux, que les propositions des
+princes seraient lues d'abord, non dans l'assemblée générale, mais dans
+chaque quartier (21 juillet). La faible minorité qui tyrannisait Paris
+pouvait effrayer encore, quand elle était réunie; divisée, elle devenait
+impuissante, presque imperceptible. Ce point fut emporté contre les
+bouchers par l'énergie d'un quartenier du cimetière Saint-Jean, le
charpentier Guillaume Cirasse, qui osa bien dire en face aux Legoix:
-«Nous verrons s'il y a à Paris autant de frappeurs de cognée que
-d'assommeurs de b&oelig;ufs.»</p>
-
-<p>Les bouchers n'obtinrent pas même que la paix accordée aux princes le
-fût sous forme d'amnistie. Quoi qu'ils pussent dire, on criait: «La
-paix!» Ce parti vint finir à la Grève même. Dans une assemblée qui s'y
-tint, une voix cria: «Que ceux qui veulent la paix passent à droite!» Il
-ne resta presque personne à gauche. Ils n'eurent d'autre ressource, eux
-et le duc de Bourgogne, que de se joindre au cortège du dauphin
-<span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>(p. 213)</span> qui allait au Louvre délivrer les prisonniers (3 août).</p>
-
-<p>La réaction alla si vite qu'en sortant de la prison du Louvre, le duc de
-Bar en fut nommé capitaine; et l'autre fort de Paris, la Bastille, fut
-confié à un autre prisonnier, au duc de Bavière. Deux des échevins
-furent changés; le charpentier fut échevin à la place de Jean de
+«Nous verrons s'il y a à Paris autant de frappeurs de cognée que
+d'assommeurs de b&oelig;ufs.»</p>
+
+<p>Les bouchers n'obtinrent pas même que la paix accordée aux princes le
+fût sous forme d'amnistie. Quoi qu'ils pussent dire, on criait: «La
+paix!» Ce parti vint finir à la Grève même. Dans une assemblée qui s'y
+tint, une voix cria: «Que ceux qui veulent la paix passent à droite!» Il
+ne resta presque personne à gauche. Ils n'eurent d'autre ressource, eux
+et le duc de Bourgogne, que de se joindre au cortège du dauphin
+<span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>(p. 213)</span> qui allait au Louvre délivrer les prisonniers (3 août).</p>
+
+<p>La réaction alla si vite qu'en sortant de la prison du Louvre, le duc de
+Bar en fut nommé capitaine; et l'autre fort de Paris, la Bastille, fut
+confié à un autre prisonnier, au duc de Bavière. Deux des échevins
+furent changés; le charpentier fut échevin à la place de Jean de
Troyes<a id="footnotetag337" name="footnotetag337"></a><a href="#footnote337" title="Go to footnote 337"><span class="smaller">[337]</span></a>.</p>
-<p>Peu après, un des De Troyes et deux bouchers, coupables des premiers
-meurtres, furent condamnés et mis à mort. Plusieurs s'enfuirent, et la
-populace se mit à piller leurs maisons. On faisait courir le bruit qu'on
-avait trouvé une liste de quatorze cents personnes, dont les noms
-étaient marqués d'un T, d'un B ou d'un R (tué, banni ou rançonné).</p>
+<p>Peu après, un des De Troyes et deux bouchers, coupables des premiers
+meurtres, furent condamnés et mis à mort. Plusieurs s'enfuirent, et la
+populace se mit à piller leurs maisons. On faisait courir le bruit qu'on
+avait trouvé une liste de quatorze cents personnes, dont les noms
+étaient marqués d'un T, d'un B ou d'un R (tué, banni ou rançonné).</p>
-<p>Le duc de Bourgogne n'essaya pas de résister au mouvement. Il laissa
-arrêter deux de ses chevaliers dans son hôtel même, et partit sans rien
+<p>Le duc de Bourgogne n'essaya pas de résister au mouvement. Il laissa
+arrêter deux de ses chevaliers dans son hôtel même, et partit sans rien
dire aux siens, qu'il laissait en grand danger. Il voulait emmener le
-roi. Mais Juvénal et une troupe de bourgeois les rejoignirent à
-Vincennes, et il leur laissa reprendre ce précieux otage<a id="footnotetag338" name="footnotetag338"></a><a href="#footnote338" title="Go to footnote 338"><span class="smaller">[338]</span></a> (23 août).</p>
-
-<p>Dans l'arrangement avec les princes, il était convenu qu'ils
-n'entreraient pas dans Paris. Mais toute <span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>(p. 214)</span> condition fut oubliée,
-à commencer par celle-ci. Le dauphin et le duc d'Orléans parurent
-ensemble, vêtus des mêmes couleurs, portant une huque italienne en drap
-violet avec une croix d'argent. C'était, et ce n'était pas deuil; le
-chaperon était rouge et noir; pour devise: «Le droit chemin.» Ce qui
-était plus hostile encore pour les Bourguignons, c'était la blanche
-écharpe d'Armagnac. Tout le monde la prit; on la mit même aux images des
+roi. Mais Juvénal et une troupe de bourgeois les rejoignirent à
+Vincennes, et il leur laissa reprendre ce précieux otage<a id="footnotetag338" name="footnotetag338"></a><a href="#footnote338" title="Go to footnote 338"><span class="smaller">[338]</span></a> (23 août).</p>
+
+<p>Dans l'arrangement avec les princes, il était convenu qu'ils
+n'entreraient pas dans Paris. Mais toute <span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>(p. 214)</span> condition fut oubliée,
+à commencer par celle-ci. Le dauphin et le duc d'Orléans parurent
+ensemble, vêtus des mêmes couleurs, portant une huque italienne en drap
+violet avec une croix d'argent. C'était, et ce n'était pas deuil; le
+chaperon était rouge et noir; pour devise: «Le droit chemin.» Ce qui
+était plus hostile encore pour les Bourguignons, c'était la blanche
+écharpe d'Armagnac. Tout le monde la prit; on la mit même aux images des
saints. Lorsque les petits enfants, moins oublieux, moins enfants que ce
-peuple, chantaient les chansons bourguignonnes, ils étaient sûrs d'être
+peuple, chantaient les chansons bourguignonnes, ils étaient sûrs d'être
battus<a id="footnotetag339" name="footnotetag339"></a><a href="#footnote339" title="Go to footnote 339"><span class="smaller">[339]</span></a>.</p>
-<p>L'ordonnance de réforme, si solennellement proclamée, fut non moins
-solennellement annulée par le roi dans un lit de justice (5 septembre).
-Le sage historien du temps, affligé de cette versatilité, osa demander à
-quelques-uns du conseil comment, après avoir vanté ces ordonnances comme
-éminemment salutaires, ils consentaient à leur abrogation. Ils
-répondirent naïvement: «Nous voulons ce que veulent les princes.» «À qui
-donc vous comparerai-je, dit le moine, sinon à ces coqs de clocher qui
-tournent à tous les vents<a id="footnotetag340" name="footnotetag340"></a><a href="#footnote340" title="Go to footnote 340"><span class="smaller">[340]</span></a>?»</p>
-
-<p>On renvoya à Jean-sans-Peur sa fille, que devait épouser le fils du duc
-d'Anjou. L'Université condamna les discours de Jean Petit. Une
-ordonnance déclara le <span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>(p. 215)</span> duc de Bourgogne rebelle (10 février); on
-convoqua contre lui le ban et l'arrière-ban. Il ne s'agissait de rien
-moins que de confisquer ses États.</p>
-
-<p>Il crut pouvoir prévenir ses ennemis. Les cabochiens exilés lui
-persuadaient qu'il lui suffirait de paraître devant Paris avec ses
-troupes pour y être reçu. Le dauphin, déjà las des remontrances de sa
-mère et de celles des princes, appelait en effet le Bourguignon. Il vint
+<p>L'ordonnance de réforme, si solennellement proclamée, fut non moins
+solennellement annulée par le roi dans un lit de justice (5 septembre).
+Le sage historien du temps, affligé de cette versatilité, osa demander à
+quelques-uns du conseil comment, après avoir vanté ces ordonnances comme
+éminemment salutaires, ils consentaient à leur abrogation. Ils
+répondirent naïvement: «Nous voulons ce que veulent les princes.» «À qui
+donc vous comparerai-je, dit le moine, sinon à ces coqs de clocher qui
+tournent à tous les vents<a id="footnotetag340" name="footnotetag340"></a><a href="#footnote340" title="Go to footnote 340"><span class="smaller">[340]</span></a>?»</p>
+
+<p>On renvoya à Jean-sans-Peur sa fille, que devait épouser le fils du duc
+d'Anjou. L'Université condamna les discours de Jean Petit. Une
+ordonnance déclara le <span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>(p. 215)</span> duc de Bourgogne rebelle (10 février); on
+convoqua contre lui le ban et l'arrière-ban. Il ne s'agissait de rien
+moins que de confisquer ses États.</p>
+
+<p>Il crut pouvoir prévenir ses ennemis. Les cabochiens exilés lui
+persuadaient qu'il lui suffirait de paraître devant Paris avec ses
+troupes pour y être reçu. Le dauphin, déjà las des remontrances de sa
+mère et de celles des princes, appelait en effet le Bourguignon. Il vint
camper entre Montmartre et Chaillot; le comte d'Armagnac, qui avait onze
mille chevaux dans Paris, tint ferme, et rien ne bougea.</p>
<p>Le duc de Bourgogne se retirant, les princes entreprirent de le
-poursuivre, d'exécuter la confiscation. Mais les effroyables barbaries
-des Armagnacs à Soissons avertirent trop bien Arras de ce qu'elle avait
-à craindre. Ils échouèrent devant cette ville, comme le duc de Bourgogne
-avait échoué devant Paris<a id="footnotetag341" name="footnotetag341"></a><a href="#footnote341" title="Go to footnote 341"><span class="smaller">[341]</span></a>.</p>
+poursuivre, d'exécuter la confiscation. Mais les effroyables barbaries
+des Armagnacs à Soissons avertirent trop bien Arras de ce qu'elle avait
+à craindre. Ils échouèrent devant cette ville, comme le duc de Bourgogne
+avait échoué devant Paris<a id="footnotetag341" name="footnotetag341"></a><a href="#footnote341" title="Go to footnote 341"><span class="smaller">[341]</span></a>.</p>
-<p>Voilà les deux partis convaincus de nouveau d'impuissance. Ils font
-encore un traité. Le duc de Bourgogne est quitte pour un peu de honte,
+<p>Voilà les deux partis convaincus de nouveau d'impuissance. Ils font
+encore un traité. Le duc de Bourgogne est quitte pour un peu de honte,
mais il ne perd rien; il offre au roi, pour la forme, les clefs
-d'Arras<a id="footnotetag342" name="footnotetag342"></a><a href="#footnote342" title="Go to footnote 342"><span class="smaller">[342]</span></a>. Il est défendu de porter désormais la bande d'Armagnac et
+d'Arras<a id="footnotetag342" name="footnotetag342"></a><a href="#footnote342" title="Go to footnote 342"><span class="smaller">[342]</span></a>. Il est défendu de porter désormais la bande d'Armagnac et
la croix de Bourgogne (4 septembre 1414).</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p. 216)</span> La réaction ne fut point arrêtée par cette paix. Les modérés,
-qui avaient si imprudemment abandonné la réforme, eurent sujet de s'en
-repentir. Les princes traitèrent Paris en ville conquise. Les tailles
-devinrent énormes, et l'argent était gaspillé, donné, jeté. Juvénal,
-alors chancelier, ayant refusé de signer je ne sais quelle folie de
-prince, on lui retira les sceaux. Toute modération déplut. La violence
-gagna les meilleures têtes. Au service funèbre qui fut célébré pour le
-duc d'Orléans, Gerson prêcha devant les rois et les princes; il attaqua
-le duc de Bourgogne, avec qui l'on venait de faire la paix, et déclama
+<p><span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p. 216)</span> La réaction ne fut point arrêtée par cette paix. Les modérés,
+qui avaient si imprudemment abandonné la réforme, eurent sujet de s'en
+repentir. Les princes traitèrent Paris en ville conquise. Les tailles
+devinrent énormes, et l'argent était gaspillé, donné, jeté. Juvénal,
+alors chancelier, ayant refusé de signer je ne sais quelle folie de
+prince, on lui retira les sceaux. Toute modération déplut. La violence
+gagna les meilleures têtes. Au service funèbre qui fut célébré pour le
+duc d'Orléans, Gerson prêcha devant les rois et les princes; il attaqua
+le duc de Bourgogne, avec qui l'on venait de faire la paix, et déclama
contre le gouvernement populaire (5 janvier 1415).</p>
-<p>«Tout le mal est venu, dit Gerson, de ce que le roi et la bonne
-bourgeoisie ont été en servitude par l'outrageuse entreprise de gens de
-petit état... Dieu l'a permis afin que nous connussions la différence
+<p>«Tout le mal est venu, dit Gerson, de ce que le roi et la bonne
+bourgeoisie ont été en servitude par l'outrageuse entreprise de gens de
+petit état... Dieu l'a permis afin que nous connussions la différence
qui est entre la domination royale et celle d'aucuns populaires; car la
-royale a communément et doit avoir douceur; celle du vilain est
-domination tyrannique, et qui se détruit elle-même. Aussi Aristote
-enseignoit-il à Alexandre: «N'élève pas ceux que la nature fait pour
-obéir.»&mdash;Le prédicateur croit reconnaître les divers ordres de l'État
-dans les métaux divers dont se composait la statue de Nabuchodonosor:
-«L'état de bourgeoisie, des marchands et laboureurs est figuré par les
-jambes qui sont de fer et partie de terre, pour leur labeur et humilité
-à servir et obéir...; <span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p. 217)</span> en leur état doit être le fer de labeur
-et la terre d'humilité<a id="footnotetag343" name="footnotetag343"></a><a href="#footnote343" title="Go to footnote 343"><span class="smaller">[343]</span></a>.»</p>
-
-<p>Le même homme qui condamnait le gouvernement populaire dans l'État, le
-demandait dans l'Église. Donnons-nous ce curieux spectacle. Il peut
+royale a communément et doit avoir douceur; celle du vilain est
+domination tyrannique, et qui se détruit elle-même. Aussi Aristote
+enseignoit-il à Alexandre: «N'élève pas ceux que la nature fait pour
+obéir.»&mdash;Le prédicateur croit reconnaître les divers ordres de l'État
+dans les métaux divers dont se composait la statue de Nabuchodonosor:
+«L'état de bourgeoisie, des marchands et laboureurs est figuré par les
+jambes qui sont de fer et partie de terre, pour leur labeur et humilité
+à servir et obéir...; <span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p. 217)</span> en leur état doit être le fer de labeur
+et la terre d'humilité<a id="footnotetag343" name="footnotetag343"></a><a href="#footnote343" title="Go to footnote 343"><span class="smaller">[343]</span></a>.»</p>
+
+<p>Le même homme qui condamnait le gouvernement populaire dans l'État, le
+demandait dans l'Église. Donnons-nous ce curieux spectacle. Il peut
sembler humiliant pour l'esprit humain; il ne l'est pas pour Gerson
-même. Dans chaque siècle, c'est le plus grand homme qui a mission
-d'exprimer les contradictions, apparentes ou réelles, de notre nature;
-pendant ce temps-là, les médiocres, les esprits bornés qui ne voient
-qu'un côté des choses, s'y établissent fièrement, s'enferment dans un
-coin, et là triomphent de dire...</p>
-
-<p>Dès qu'il s'agit de l'Église, Gerson est républicain, partisan du
-gouvernement de tous. Il définit le concile: «Une réunion de toute
-l'Église catholique, comprenant tout ordre hiérarchique, <em>sans exclure
-aucun fidèle</em> qui voudra se faire entendre.» Il ajoute, il est vrai, que
-cette assemblée doit être convoquée «par une autorité légitime»; mais
-cette autorité n'est pas supérieure à celle du concile, puisque le
-concile a droit de la déposer. Gerson ne s'en tint pas à la théorie du
-républicanisme ecclésiastique; il fit donner suffrage aux simples
-prêtres dans le concile de Constance, et contribua puissamment à déposer
+même. Dans chaque siècle, c'est le plus grand homme qui a mission
+d'exprimer les contradictions, apparentes ou réelles, de notre nature;
+pendant ce temps-là, les médiocres, les esprits bornés qui ne voient
+qu'un côté des choses, s'y établissent fièrement, s'enferment dans un
+coin, et là triomphent de dire...</p>
+
+<p>Dès qu'il s'agit de l'Église, Gerson est républicain, partisan du
+gouvernement de tous. Il définit le concile: «Une réunion de toute
+l'Église catholique, comprenant tout ordre hiérarchique, <em>sans exclure
+aucun fidèle</em> qui voudra se faire entendre.» Il ajoute, il est vrai, que
+cette assemblée doit être convoquée «par une autorité légitime»; mais
+cette autorité n'est pas supérieure à celle du concile, puisque le
+concile a droit de la déposer. Gerson ne s'en tint pas à la théorie du
+républicanisme ecclésiastique; il fit donner suffrage aux simples
+prêtres dans le concile de Constance, et contribua puissamment à déposer
Jean XXII<a id="footnotetag344" name="footnotetag344"></a><a href="#footnote344" title="Go to footnote 344"><span class="smaller">[344]</span></a>.</p>
-<p>Reprenons d'un peu plus haut. Avant que les griefs de l'État fussent
-signalés par la remontrance de l'Université et la grande ordonnance de
-1413, ceux <span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p. 218)</span> de l'Église l'avaient été par un violent pamphlet
+<p>Reprenons d'un peu plus haut. Avant que les griefs de l'État fussent
+signalés par la remontrance de l'Université et la grande ordonnance de
+1413, ceux <span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p. 218)</span> de l'Église l'avaient été par un violent pamphlet
universitaire, qui eut un bien autre retentissement. La remontrance,
-l'ordonnance, ces actes mort-nés, furent à peine connus hors de Paris.
-Mais le terrible petit livre de Clémengis: <cite>Sur la corruption de
-l'Église</cite>, éclata dans toute la chrétienté. Peut-être n'est-ce pas
-exagérer que d'en comparer l'effet à celui de la <cite>Captivité de
-Babylone</cite>, écrite un siècle après par Luther.</p>
-
-<p>De tout temps, on avait fait des satires contre les gens d'Église. L'une
-des premières, et certainement l'une des plus piquantes, se trouve dans
-un des Capitulaires de Charlemagne. Ces attaques, généralement, avaient
-été indirectes, timides, le plus souvent sous forme allégorique.
-L'organe de la satire, c'était le renard, <em>la bête</em> plus sage que
-l'homme; c'était le bouffon, <em>le fol</em> plus sage que les sages; ou bien
-enfin le diable, c'est-à-dire la <em>malignité</em> clairvoyante. Ces trois
-formes où la satire, pour se faire pardonner, s'exprime par les organes
-les plus récusables, comprennent toutes les attaques indirectes du moyen
-âge. Quant aux attaques directes, elles n'avaient guère été hasardées
-jusqu'au treizième siècle que par les hérétiques déclarés, Albigeois,
-Vaudois, etc. Au quatorzième siècle, les laïques, Dante, Pétrarque,
-Chaucer, lancèrent contre Rome, contre Avignon, des traits pénétrants.
-Mais enfin, c'étaient des laïques; l'Église leur contestait le droit de
-la juger. Ici, vers 1400, ce sont les universités, ce sont les plus
-grands docteurs, c'est l'Église dans ce qu'elle a de <span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>(p. 219)</span> plus
-autorisé, qui censure, qui frappe l'Église. Ce sont les papes eux-mêmes
+l'ordonnance, ces actes mort-nés, furent à peine connus hors de Paris.
+Mais le terrible petit livre de Clémengis: <cite>Sur la corruption de
+l'Église</cite>, éclata dans toute la chrétienté. Peut-être n'est-ce pas
+exagérer que d'en comparer l'effet à celui de la <cite>Captivité de
+Babylone</cite>, écrite un siècle après par Luther.</p>
+
+<p>De tout temps, on avait fait des satires contre les gens d'Église. L'une
+des premières, et certainement l'une des plus piquantes, se trouve dans
+un des Capitulaires de Charlemagne. Ces attaques, généralement, avaient
+été indirectes, timides, le plus souvent sous forme allégorique.
+L'organe de la satire, c'était le renard, <em>la bête</em> plus sage que
+l'homme; c'était le bouffon, <em>le fol</em> plus sage que les sages; ou bien
+enfin le diable, c'est-à-dire la <em>malignité</em> clairvoyante. Ces trois
+formes où la satire, pour se faire pardonner, s'exprime par les organes
+les plus récusables, comprennent toutes les attaques indirectes du moyen
+âge. Quant aux attaques directes, elles n'avaient guère été hasardées
+jusqu'au treizième siècle que par les hérétiques déclarés, Albigeois,
+Vaudois, etc. Au quatorzième siècle, les laïques, Dante, Pétrarque,
+Chaucer, lancèrent contre Rome, contre Avignon, des traits pénétrants.
+Mais enfin, c'étaient des laïques; l'Église leur contestait le droit de
+la juger. Ici, vers 1400, ce sont les universités, ce sont les plus
+grands docteurs, c'est l'Église dans ce qu'elle a de <span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>(p. 219)</span> plus
+autorisé, qui censure, qui frappe l'Église. Ce sont les papes eux-mêmes
qui se jettent au visage les plus tristes accusations.</p>
<p>Ce dialogue, qui se prolongea entre Avignon et Rome pendant tout le
-temps du schisme, n'en apprit que trop sur toutes les deux. La fiscalité
-surtout des deux sièges, qui vendaient les bénéfices longtemps avant
-qu'ils ne vaquassent, cette vénalité famélique est caractérisée par des
-mots terribles: «N'a-t-on pas vu, disent les uns, les courtiers du pape
+temps du schisme, n'en apprit que trop sur toutes les deux. La fiscalité
+surtout des deux sièges, qui vendaient les bénéfices longtemps avant
+qu'ils ne vaquassent, cette vénalité famélique est caractérisée par des
+mots terribles: «N'a-t-on pas vu, disent les uns, les courtiers du pape
de Rome courir toute l'Italie, pour s'informer s'il n'y avait pas
-quelque bénéficier malade, puis bien vite dire à Rome qu'il était
+quelque bénéficier malade, puis bien vite dire à Rome qu'il était
mort<a id="footnotetag345" name="footnotetag345"></a><a href="#footnote345" title="Go to footnote 345"><span class="smaller">[345]</span></a>? N'a-t-on pas vu ce pape, ce marchand de mauvaise foi, vendre
-à plusieurs le même bénéfice, et la marchandise déjà livrée, la
-proclamer encore et la revendre au second, au troisième, au quatrième
-acheteur?»&mdash;«Et vous, répondaient les autres, vous qui réclamez pour le
-pape la succession des prêtres, ne venez-vous pas au chevet de
-l'agonisant rafler toute sa dépouille? Un prêtre déjà inhumé a été tiré
-du sépulcre, et le cadavre déterré pour le mettre à nu<a id="footnotetag346" name="footnotetag346"></a><a href="#footnote346" title="Go to footnote 346"><span class="smaller">[346]</span></a>.»</p>
-
-<p>Ces furieuses invectives furent ramassées, comme en une masse, dans le
-pamphlet de Clémengis, et cette masse lancée, de façon à écraser
-l'Église. Le pamphlet n'était pas seulement dirigé contre la tête,
-<span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>(p. 220)</span> tous les membres étaient frappés. Pape, cardinaux, évêques,
+à plusieurs le même bénéfice, et la marchandise déjà livrée, la
+proclamer encore et la revendre au second, au troisième, au quatrième
+acheteur?»&mdash;«Et vous, répondaient les autres, vous qui réclamez pour le
+pape la succession des prêtres, ne venez-vous pas au chevet de
+l'agonisant rafler toute sa dépouille? Un prêtre déjà inhumé a été tiré
+du sépulcre, et le cadavre déterré pour le mettre à nu<a id="footnotetag346" name="footnotetag346"></a><a href="#footnote346" title="Go to footnote 346"><span class="smaller">[346]</span></a>.»</p>
+
+<p>Ces furieuses invectives furent ramassées, comme en une masse, dans le
+pamphlet de Clémengis, et cette masse lancée, de façon à écraser
+l'Église. Le pamphlet n'était pas seulement dirigé contre la tête,
+<span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>(p. 220)</span> tous les membres étaient frappés. Pape, cardinaux, évêques,
chanoines, moines, tous avaient leur part, jusqu'au dernier Mendiant.
-Certainement Clémengis fit bien plus qu'il ne voulait. Si l'Église était
-vraiment telle, il n'y avait pas à la réformer; il fallait prendre ce
+Certainement Clémengis fit bien plus qu'il ne voulait. Si l'Église était
+vraiment telle, il n'y avait pas à la réformer; il fallait prendre ce
corps pourri et le jeter tout entier au feu.</p>
-<p>D'abord l'effroyable cumul, jusqu'à réunir en une main quatre cents,
-cinq cents bénéfices; l'insouciance des pasteurs qui souvent n'ont
-jamais vu leur église; l'ignorance insolente des gros bonnets, qui
-rougissent de prêcher; l'arbitraire tyrannique de leur juridiction, au
-point que tout le monde fait maintenant le jugement de l'Église; la
-confession vénale, l'absolution mercenaire: «Que si, dit-il, on leur
-rappelle le précepte de l'Évangile: <em>Donnez gratuitement, ainsi que vous
-avez reçu</em>, ils répondent sans sourciller: «Nous n'avons pas reçu
-gratis; nous avons acheté, nous pouvons revendre<a id="footnotetag347" name="footnotetag347"></a><a href="#footnote347" title="Go to footnote 347"><span class="smaller">[347]</span></a>.»</p>
-
-<p>Dans l'ardeur de l'invective, ce violent prêtre aborde hardiment mille
-choses que les laïques auraient craint d'expliquer: l'étrange vie des
+<p>D'abord l'effroyable cumul, jusqu'à réunir en une main quatre cents,
+cinq cents bénéfices; l'insouciance des pasteurs qui souvent n'ont
+jamais vu leur église; l'ignorance insolente des gros bonnets, qui
+rougissent de prêcher; l'arbitraire tyrannique de leur juridiction, au
+point que tout le monde fait maintenant le jugement de l'Église; la
+confession vénale, l'absolution mercenaire: «Que si, dit-il, on leur
+rappelle le précepte de l'Évangile: <em>Donnez gratuitement, ainsi que vous
+avez reçu</em>, ils répondent sans sourciller: «Nous n'avons pas reçu
+gratis; nous avons acheté, nous pouvons revendre<a id="footnotetag347" name="footnotetag347"></a><a href="#footnote347" title="Go to footnote 347"><span class="smaller">[347]</span></a>.»</p>
+
+<p>Dans l'ardeur de l'invective, ce violent prêtre aborde hardiment mille
+choses que les laïques auraient craint d'expliquer: l'étrange vie des
chanoines, leurs quasi-mariages, leurs orgies parmi les cartes et les
pots, la prostitution des religieuses, la corruption hypocrite des
Mendiants qui se vantent de faire la besogne de tous les autres, de
-porter seuls le poids de l'Église, tandis qu'ils vont de maison en
-maison boire avec les femmes: «Les femmes sont celles des autres, mais
-les enfants sont bien d'eux<a id="footnotetag348" name="footnotetag348"></a><a href="#footnote348" title="Go to footnote 348"><span class="smaller">[348]</span></a>.»</p>
+porter seuls le poids de l'Église, tandis qu'ils vont de maison en
+maison boire avec les femmes: «Les femmes sont celles des autres, mais
+les enfants sont bien d'eux<a id="footnotetag348" name="footnotetag348"></a><a href="#footnote348" title="Go to footnote 348"><span class="smaller">[348]</span></a>.»</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page221" name="page221"></a>(p. 221)</span> En repassant froidement ces virulentes accusations on remarque
-qu'il y a dans le factum ecclésiastique de l'Université, comme dans le
-factum politique de 1413, plus d'un grief mal fondé. Il était injuste de
-reprocher d'une manière absolue au roi, au pape, aux grands dignitaires
-de l'Église, l'augmentation des dépenses. Cette augmentation ne tenait
-pas seulement à la prodigalité, au gaspillage, au mauvais mode de
-perception, mais bien aussi à l'<em>avilissement progressif du prix de
-l'argent</em>, ce grand phénomène économique que le moyen âge n'a pas
-compris; de plus, à la <em>multiplicité</em> croissante <em>des besoins</em> de la
-civilisation, au développement de l'administration, au progrès des
-arts<a id="footnotetag349" name="footnotetag349"></a><a href="#footnote349" title="Go to footnote 349"><span class="smaller">[349]</span></a>. La dépense avait augmenté, et quoique la production eût
-augmenté aussi, celle-ci ne croissait pas dans une proportion assez
-rapide pour suffire à l'autre. La richesse croissait lentement, et elle
-était mal répartie. L'équilibre de la production et de la consommation
-avait peine à s'établir.</p>
-
-<p>Un autre grief de Clémengis, et le plus grand sans doute aux yeux des
-universitaires, c'est que les bénéfices étaient donnés le plus souvent à
-des gens fort peu théologiens, aux créatures des princes, du pape, aux
-légistes surtout. Les princes, les papes, n'avaient pas tout le tort. Ce
-n'était pas leur faute si les laïques partageaient alors avec l'Église
-ce qui avait fait le titre et le droit de celle-ci au moyen âge,
-l'<em>esprit</em>, le pouvoir spirituel. Le clergé seul était riche, les
-récompenses <span class="pagenum"><a id="page222" name="page222"></a>(p. 222)</span> ne pouvaient guère se prendre que sur les biens du
-clergé.</p>
-
-<p>Clémengis lui-même fournit une bonne réponse à ses accusations. Quand on
-parcourt le volumineux recueil de ses lettres, on est étonné de trouver
+qu'il y a dans le factum ecclésiastique de l'Université, comme dans le
+factum politique de 1413, plus d'un grief mal fondé. Il était injuste de
+reprocher d'une manière absolue au roi, au pape, aux grands dignitaires
+de l'Église, l'augmentation des dépenses. Cette augmentation ne tenait
+pas seulement à la prodigalité, au gaspillage, au mauvais mode de
+perception, mais bien aussi à l'<em>avilissement progressif du prix de
+l'argent</em>, ce grand phénomène économique que le moyen âge n'a pas
+compris; de plus, à la <em>multiplicité</em> croissante <em>des besoins</em> de la
+civilisation, au développement de l'administration, au progrès des
+arts<a id="footnotetag349" name="footnotetag349"></a><a href="#footnote349" title="Go to footnote 349"><span class="smaller">[349]</span></a>. La dépense avait augmenté, et quoique la production eût
+augmenté aussi, celle-ci ne croissait pas dans une proportion assez
+rapide pour suffire à l'autre. La richesse croissait lentement, et elle
+était mal répartie. L'équilibre de la production et de la consommation
+avait peine à s'établir.</p>
+
+<p>Un autre grief de Clémengis, et le plus grand sans doute aux yeux des
+universitaires, c'est que les bénéfices étaient donnés le plus souvent à
+des gens fort peu théologiens, aux créatures des princes, du pape, aux
+légistes surtout. Les princes, les papes, n'avaient pas tout le tort. Ce
+n'était pas leur faute si les laïques partageaient alors avec l'Église
+ce qui avait fait le titre et le droit de celle-ci au moyen âge,
+l'<em>esprit</em>, le pouvoir spirituel. Le clergé seul était riche, les
+récompenses <span class="pagenum"><a id="page222" name="page222"></a>(p. 222)</span> ne pouvaient guère se prendre que sur les biens du
+clergé.</p>
+
+<p>Clémengis lui-même fournit une bonne réponse à ses accusations. Quand on
+parcourt le volumineux recueil de ses lettres, on est étonné de trouver
dans la correspondance d'un homme si important, de l'homme d'affaires de
-l'Université, si peu de choses positives. Ce n'est que vide, que
-généralités vagues. Nulle condamnation plus décisive de l'éducation
+l'Université, si peu de choses positives. Ce n'est que vide, que
+généralités vagues. Nulle condamnation plus décisive de l'éducation
scolastique.</p>
-<p>Les contemporains n'avaient garde de s'avouer cette pauvreté
-intellectuelle, ce dessèchement de l'esprit<a id="footnotetag350" name="footnotetag350"></a><a href="#footnote350" title="Go to footnote 350"><span class="smaller">[350]</span></a>. Ils se félicitaient de
-l'état florissant de la philosophie et de la littérature. N'avaient-ils
-pas de grands hommes, tout comme les âges antérieurs? Clémengis était un
-grand homme, d'Ailly était un grand homme<a id="footnotetag351" name="footnotetag351"></a><a href="#footnote351" title="Go to footnote 351"><span class="smaller">[351]</span></a>, et bien d'autres encore,
-qui dorment dans les bibliothèques, et méritent d'y dormir.</p>
-
-<p>L'esprit humain se mourait d'ennui. C'était là son mal. Cet ennui était
-une cause indirecte, il est vrai, mais réelle, de la corruption de
-l'Église. Les prêtres excédés de scolastique, de formes vides, de mots
-où il n'y avait rien pour l'âme, ils la donnaient au corps, cette âme
-dont ils ne savaient que faire. L'Église périssait <span class="pagenum"><a id="page223" name="page223"></a>(p. 223)</span> par deux
+<p>Les contemporains n'avaient garde de s'avouer cette pauvreté
+intellectuelle, ce dessèchement de l'esprit<a id="footnotetag350" name="footnotetag350"></a><a href="#footnote350" title="Go to footnote 350"><span class="smaller">[350]</span></a>. Ils se félicitaient de
+l'état florissant de la philosophie et de la littérature. N'avaient-ils
+pas de grands hommes, tout comme les âges antérieurs? Clémengis était un
+grand homme, d'Ailly était un grand homme<a id="footnotetag351" name="footnotetag351"></a><a href="#footnote351" title="Go to footnote 351"><span class="smaller">[351]</span></a>, et bien d'autres encore,
+qui dorment dans les bibliothèques, et méritent d'y dormir.</p>
+
+<p>L'esprit humain se mourait d'ennui. C'était là son mal. Cet ennui était
+une cause indirecte, il est vrai, mais réelle, de la corruption de
+l'Église. Les prêtres excédés de scolastique, de formes vides, de mots
+où il n'y avait rien pour l'âme, ils la donnaient au corps, cette âme
+dont ils ne savaient que faire. L'Église périssait <span class="pagenum"><a id="page223" name="page223"></a>(p. 223)</span> par deux
causes en apparence contraires, et dont pourtant l'une expliquait
-l'autre: subtilité, stérilité dans les idées, matérialité grossière dans
+l'autre: subtilité, stérilité dans les idées, matérialité grossière dans
les m&oelig;urs.</p>
-<p>Tout le monde parlait de réforme. Il fallait, disait-on, réformer le
-pape, réformer l'Église; il fallait que l'Église, siégeant en concile,
-ressaisît ses justes droits. Mais transporter la réforme du pape au
-concile, ce n'était guère avancer. De tels maux sont au fond des âmes:
+<p>Tout le monde parlait de réforme. Il fallait, disait-on, réformer le
+pape, réformer l'Église; il fallait que l'Église, siégeant en concile,
+ressaisît ses justes droits. Mais transporter la réforme du pape au
+concile, ce n'était guère avancer. De tels maux sont au fond des âmes:
<i lang="la">In culpa est animus</i>. Un changement de forme dans le gouvernement
-ecclésiastique, une réforme négative ne pouvait changer les choses; il
-eût fallu l'introduction d'un élément positif, un nouveau principe
-vital, une étincelle, une idée.</p>
+ecclésiastique, une réforme négative ne pouvait changer les choses; il
+eût fallu l'introduction d'un élément positif, un nouveau principe
+vital, une étincelle, une idée.</p>
<p>Le concile de Pise crut tout faire en condamnant par contumace les deux
-papes qui refusaient de céder, en les déclarant déchus, en faisant pape
-un frère mineur, un ancien professeur de l'Université de Paris. Ce
-professeur, qui était Mineur avant tout, se brouilla bien vite avec
-l'Université. Au lieu de deux papes, on en eut trois; ce fut tout.</p>
+papes qui refusaient de céder, en les déclarant déchus, en faisant pape
+un frère mineur, un ancien professeur de l'Université de Paris. Ce
+professeur, qui était Mineur avant tout, se brouilla bien vite avec
+l'Université. Au lieu de deux papes, on en eut trois; ce fut tout.</p>
<p>Ceux qui aiment les satires, liront avec amusement le piquant
-réquisitoire du concile contre les deux papes réfractaires<a id="footnotetag352" name="footnotetag352"></a><a href="#footnote352" title="Go to footnote 352"><span class="smaller">[352]</span></a>. Cette
-grande assemblée du monde chrétien comptait vingt-deux cardinaux, quatre
-patriarches, environ deux cents évêques, trois cents abbés, les quatre
-généraux des ordres mendiants, les députés de deux cents chapitres, de
-treize universités<a id="footnotetag353" name="footnotetag353"></a><a href="#footnote353" title="Go to footnote 353"><span class="smaller">[353]</span></a>, trois <span class="pagenum"><a id="page224" name="page224"></a>(p. 224)</span> cents docteurs, et les
-ambassadeurs des rois; elle siégeait dans la vénérable église byzantine
-de Pise, à deux pas du Campo-Santo. Elle n'en écouta pas moins avec
-complaisance le facétieux récit des ruses et des subterfuges par
-lesquels les deux papes éludaient depuis tant d'années la cession qu'on
-leur demandait. Ces ennemis acharnés s'entendaient au fond à merveille.
-Tous deux, à leur exaltation, avaient juré de céder. Mais ils ne
-pouvaient, disaient-ils, céder qu'ensemble, qu'au même moment: il
-fallait une entrevue. Poussés l'un vers l'autre par leurs cardinaux, ils
-trouvaient chaque jour de nouvelles difficultés. Les routes de terre
-n'étaient pas sûres; il leur fallait des sauf-conduits des princes. Les
+réquisitoire du concile contre les deux papes réfractaires<a id="footnotetag352" name="footnotetag352"></a><a href="#footnote352" title="Go to footnote 352"><span class="smaller">[352]</span></a>. Cette
+grande assemblée du monde chrétien comptait vingt-deux cardinaux, quatre
+patriarches, environ deux cents évêques, trois cents abbés, les quatre
+généraux des ordres mendiants, les députés de deux cents chapitres, de
+treize universités<a id="footnotetag353" name="footnotetag353"></a><a href="#footnote353" title="Go to footnote 353"><span class="smaller">[353]</span></a>, trois <span class="pagenum"><a id="page224" name="page224"></a>(p. 224)</span> cents docteurs, et les
+ambassadeurs des rois; elle siégeait dans la vénérable église byzantine
+de Pise, à deux pas du Campo-Santo. Elle n'en écouta pas moins avec
+complaisance le facétieux récit des ruses et des subterfuges par
+lesquels les deux papes éludaient depuis tant d'années la cession qu'on
+leur demandait. Ces ennemis acharnés s'entendaient au fond à merveille.
+Tous deux, à leur exaltation, avaient juré de céder. Mais ils ne
+pouvaient, disaient-ils, céder qu'ensemble, qu'au même moment: il
+fallait une entrevue. Poussés l'un vers l'autre par leurs cardinaux, ils
+trouvaient chaque jour de nouvelles difficultés. Les routes de terre
+n'étaient pas sûres; il leur fallait des sauf-conduits des princes. Les
sauf-conduits arrivaient-ils: ils ne s'y fiaient pas. Il leur fallait
-une escorte, des soldats à eux. D'ailleurs, ils n'avaient pas d'argent
-pour se mettre en route; ils en empruntaient à leurs cardinaux. Puis,
+une escorte, des soldats à eux. D'ailleurs, ils n'avaient pas d'argent
+pour se mettre en route; ils en empruntaient à leurs cardinaux. Puis,
ils voulaient aller par mer: il leur fallait des vaisseaux. Les
-vaisseaux prêts, c'était autre chose. On parvint un moment à les
+vaisseaux prêts, c'était autre chose. On parvint un moment à les
approcher un peu l'un de l'autre. Mais il n'y eut pas moyen de leur
-faire faire le dernier pas. L'un voulait que l'entrevue eût lieu dans un
-port, au rivage même; l'autre avait horreur de la mer. C'étaient comme
-deux animaux d'élément différent, qui ne peuvent se rencontrer<a id="footnotetag354" name="footnotetag354"></a><a href="#footnote354" title="Go to footnote 354"><span class="smaller">[354]</span></a>.</p>
-
-<p>Benoît XIII, l'Aragonais, finit par jeter le masque, et dit qu'il
-croirait pécher mortellement s'il acceptait la voie de <em>cession</em><a id="footnotetag355" name="footnotetag355"></a><a href="#footnote355" title="Go to footnote 355"><span class="smaller">[355]</span></a>.
-Et peut-être était-il sincère. <em>Céder</em>, <span class="pagenum"><a id="page225" name="page225"></a>(p. 225)</span> c'était reconnaître
-comme supérieure l'autorité qui imposait la cession, c'était subordonner
-la papauté au concile, changer le gouvernement de l'Église de monarchie
-en république. Était-ce bien au milieu d'un ébranlement universel du
-monde qu'il pouvait toucher à l'unité qui, si longtemps, avait fait la
-force du grand édifice spirituel, la clef de la voûte? Au moment où la
-critique touchait à la légende législative de la papauté, lorsque Valla
-élevait les premiers doutes sur l'authenticité des décrétales<a id="footnotetag356" name="footnotetag356"></a><a href="#footnote356" title="Go to footnote 356"><span class="smaller">[356]</span></a>,
-pouvait-on demander au pape d'aider à son abaissement, de se tuer de ses
+faire faire le dernier pas. L'un voulait que l'entrevue eût lieu dans un
+port, au rivage même; l'autre avait horreur de la mer. C'étaient comme
+deux animaux d'élément différent, qui ne peuvent se rencontrer<a id="footnotetag354" name="footnotetag354"></a><a href="#footnote354" title="Go to footnote 354"><span class="smaller">[354]</span></a>.</p>
+
+<p>Benoît XIII, l'Aragonais, finit par jeter le masque, et dit qu'il
+croirait pécher mortellement s'il acceptait la voie de <em>cession</em><a id="footnotetag355" name="footnotetag355"></a><a href="#footnote355" title="Go to footnote 355"><span class="smaller">[355]</span></a>.
+Et peut-être était-il sincère. <em>Céder</em>, <span class="pagenum"><a id="page225" name="page225"></a>(p. 225)</span> c'était reconnaître
+comme supérieure l'autorité qui imposait la cession, c'était subordonner
+la papauté au concile, changer le gouvernement de l'Église de monarchie
+en république. Était-ce bien au milieu d'un ébranlement universel du
+monde qu'il pouvait toucher à l'unité qui, si longtemps, avait fait la
+force du grand édifice spirituel, la clef de la voûte? Au moment où la
+critique touchait à la légende législative de la papauté, lorsque Valla
+élevait les premiers doutes sur l'authenticité des décrétales<a id="footnotetag356" name="footnotetag356"></a><a href="#footnote356" title="Go to footnote 356"><span class="smaller">[356]</span></a>,
+pouvait-on demander au pape d'aider à son abaissement, de se tuer de ses
propres mains?</p>
-<p>Il faut le dire. Ce n'était pas une question de forme, mais bien de fond
-et de vie. Monarchie ou république, l'Église eût été également malade.
+<p>Il faut le dire. Ce n'était pas une question de forme, mais bien de fond
+et de vie. Monarchie ou république, l'Église eût été également malade.
Le concile avait-il en lui la vie morale qui manquait au pape? les
-réformateurs valaient-ils mieux que le réformé? le chef était gâté, mais
-les membres étaient-ils sains? Non, il y avait, dans les uns et dans les
+réformateurs valaient-ils mieux que le réformé? le chef était gâté, mais
+les membres étaient-ils sains? Non, il y avait, dans les uns et dans les
autres, beaucoup de corruption; tout ce qui constituait le pouvoir
-spirituel tendait à se matérialiser, à n'être plus <em>spirituel</em>. Et cela
-venait principalement, nous l'avons dit, de l'absence des idées, du vide
+spirituel tendait à se matérialiser, à n'être plus <em>spirituel</em>. Et cela
+venait principalement, nous l'avons dit, de l'absence des idées, du vide
immense qui se trouvait dans les esprits.</p>
-<p>C'en était fait de la scolastique. Raimond Lulle l'avait fermée par sa
-machine à penser; puis Ockam en refusant la réalité aux universaux, en
-replaçant la question au point où l'avait laissée Abailard.</p>
+<p>C'en était fait de la scolastique. Raimond Lulle l'avait fermée par sa
+machine à penser; puis Ockam en refusant la réalité aux universaux, en
+replaçant la question au point où l'avait laissée Abailard.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page226" name="page226"></a>(p. 226)</span> Raimond Lulle pleura aux pieds de son <cite>Arbor</cite><a id="footnotetag357" name="footnotetag357"></a><a href="#footnote357" title="Go to footnote 357"><span class="smaller">[357]</span></a>, qui
-finissait la scolastique. Pétrarque pleura la poésie. Les grands
-mystiques d'alors avaient de même le sentiment de la fin. Le quatorzième
-siècle voit passer ces derniers génies; chacun d'eux se tait, s'en va,
-éteignant sa lumière: il se fait d'épaisses ténèbres.</p>
-
-<p>Il ne faut pas s'étonner si l'esprit humain s'effraye et s'attriste.
-L'Église ne le console pas. Cette grande épouse du moyen âge avait
-promis de ne pas vieillir, d'être toujours belle et féconde, de
-<em>renouveler</em><a id="footnotetag358" name="footnotetag358"></a><a href="#footnote358" title="Go to footnote 358"><span class="smaller">[358]</span></a> toujours, de sorte qu'elle occupât sans cesse
-l'inquiète pensée de l'homme, l'inépuisable activité de son c&oelig;ur.
-Cependant elle avait passé de la jeune vitalité populaire aux
-abstractions de l'école, à saint Thomas<a id="footnotetag359" name="footnotetag359"></a><a href="#footnote359" title="Go to footnote 359"><span class="smaller">[359]</span></a>. Dans sa tendance vers
-l'abstrait et le pur, la religion spiritualiste refusait peu à peu tout
-autre aliment que la logique. Noble régime, mais sobre, et qui finit par
-se composer de négations. Aussi elle allait maigrissant; maigreur au
-quatorzième siècle, consomption au quinzième, effrayante figure de
-dépérissement et de phtisie, comme vous la voyez, à la face creuse, aux
+finissait la scolastique. Pétrarque pleura la poésie. Les grands
+mystiques d'alors avaient de même le sentiment de la fin. Le quatorzième
+siècle voit passer ces derniers génies; chacun d'eux se tait, s'en va,
+éteignant sa lumière: il se fait d'épaisses ténèbres.</p>
+
+<p>Il ne faut pas s'étonner si l'esprit humain s'effraye et s'attriste.
+L'Église ne le console pas. Cette grande épouse du moyen âge avait
+promis de ne pas vieillir, d'être toujours belle et féconde, de
+<em>renouveler</em><a id="footnotetag358" name="footnotetag358"></a><a href="#footnote358" title="Go to footnote 358"><span class="smaller">[358]</span></a> toujours, de sorte qu'elle occupât sans cesse
+l'inquiète pensée de l'homme, l'inépuisable activité de son c&oelig;ur.
+Cependant elle avait passé de la jeune vitalité populaire aux
+abstractions de l'école, à saint Thomas<a id="footnotetag359" name="footnotetag359"></a><a href="#footnote359" title="Go to footnote 359"><span class="smaller">[359]</span></a>. Dans sa tendance vers
+l'abstrait et le pur, la religion spiritualiste refusait peu à peu tout
+autre aliment que la logique. Noble régime, mais sobre, et qui finit par
+se composer de négations. Aussi elle allait maigrissant; maigreur au
+quatorzième siècle, consomption au quinzième, effrayante figure de
+dépérissement et de phtisie, comme vous la voyez, à la face creuse, aux
mains transparentes du <em>Christ maudissant</em> d'Orcagna.</p>
-<p class="p2">Telles étaient les misères de cet âge, ses contradictions. <span class="pagenum"><a id="page227" name="page227"></a>(p. 227)</span>
-Réduit au formalisme vide, il y plaçait ses espérances. Gerson croyait
-tout guérir en ramenant l'Église aux formes républicaines, au moment
-même où il se déclarait contre la liberté dans l'État. L'expérience du
+<p class="p2">Telles étaient les misères de cet âge, ses contradictions. <span class="pagenum"><a id="page227" name="page227"></a>(p. 227)</span>
+Réduit au formalisme vide, il y plaçait ses espérances. Gerson croyait
+tout guérir en ramenant l'Église aux formes républicaines, au moment
+même où il se déclarait contre la liberté dans l'État. L'expérience du
concile de Pise n'avait rien appris. On allait assembler un autre
-concile à Constance, y chercher la quadrature du cercle religieux et
-politique: lier les mains au chef que l'on reconnaît infaillible, le
-proclamer supérieur, en se réservant de le juger au besoin.</p>
-
-<p>Ce tribunal suprême des questions religieuses, devait aussi décider une
-grande question de droit. Le parti d'Orléans, celui de Gerson, voulait y
-faire condamner la mémoire de Jean Petit, son apologie du duc de
-Bourgogne, et proclamer ce principe qu'aucun intérêt, aucune nécessité
-politique n'est au-dessus de l'humanité. C'eût été une grande chose, si,
-dans l'obscurcissement des idées, on fût revenu aux sentiments de la
+concile à Constance, y chercher la quadrature du cercle religieux et
+politique: lier les mains au chef que l'on reconnaît infaillible, le
+proclamer supérieur, en se réservant de le juger au besoin.</p>
+
+<p>Ce tribunal suprême des questions religieuses, devait aussi décider une
+grande question de droit. Le parti d'Orléans, celui de Gerson, voulait y
+faire condamner la mémoire de Jean Petit, son apologie du duc de
+Bourgogne, et proclamer ce principe qu'aucun intérêt, aucune nécessité
+politique n'est au-dessus de l'humanité. C'eût été une grande chose, si,
+dans l'obscurcissement des idées, on fût revenu aux sentiments de la
nature.</p>
-<p>La France semblait tout entière à ces éternels problèmes; on eût dit
-qu'elle oubliait le temps, la réalité, sa réforme, son ennemi. Au moment
-où l'Anglais allait fondre sur elle, étrange préoccupation, un grand
-politique d'alors pense que si le royaume doit craindre, c'est du côté
+<p>La France semblait tout entière à ces éternels problèmes; on eût dit
+qu'elle oubliait le temps, la réalité, sa réforme, son ennemi. Au moment
+où l'Anglais allait fondre sur elle, étrange préoccupation, un grand
+politique d'alors pense que si le royaume doit craindre, c'est du côté
de l'Allemagne et du duc de Lorraine<a id="footnotetag360" name="footnotetag360"></a><a href="#footnote360" title="Go to footnote 360"><span class="smaller">[360]</span></a>. Lorsqu'on vint avertir
-Jean-sans-Peur que les Anglais, débarqués depuis près de deux mois,
-étaient sur le point de livrer à l'armée royale une grande et décisive
-bataille, les messagers le trouvèrent dans ses forêts <span class="pagenum"><a id="page228" name="page228"></a>(p. 228)</span> de
-Bourgogne<a id="footnotetag361" name="footnotetag361"></a><a href="#footnote361" title="Go to footnote 361"><span class="smaller">[361]</span></a>. Sous prétexte de la chasse, il s'était rapproché de
-Constance, rêvant toujours à Jean Petit et à son vieux crime, inquiet du
+Jean-sans-Peur que les Anglais, débarqués depuis près de deux mois,
+étaient sur le point de livrer à l'armée royale une grande et décisive
+bataille, les messagers le trouvèrent dans ses forêts <span class="pagenum"><a id="page228" name="page228"></a>(p. 228)</span> de
+Bourgogne<a id="footnotetag361" name="footnotetag361"></a><a href="#footnote361" title="Go to footnote 361"><span class="smaller">[361]</span></a>. Sous prétexte de la chasse, il s'était rapproché de
+Constance, rêvant toujours à Jean Petit et à son vieux crime, inquiet du
jugement que le concile allait rendre, et, en attendant, vivant sous la
-tente au milieu des bois, et prêtant l'oreille aux voix des cerfs qui
+tente au milieu des bois, et prêtant l'oreille aux voix des cerfs qui
bramaient la nuit<a id="footnotetag362" name="footnotetag362"></a><a href="#footnote362" title="Go to footnote 362"><span class="smaller">[362]</span></a>.</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page229" name="page229"></a>(p. 229)</span> LIVRE IX</h2>
<h3>CHAPITRE PREMIER</h3>
-<p class="chaptitle">L'Angleterre, l'État, l'Église.&mdash;Azincourt (1415).</p>
+<p class="chaptitle">L'Angleterre, l'État, l'Église.&mdash;Azincourt (1415).</p>
-<p>Pour comprendre le terrible événement que nous devons raconter,&mdash;la
-captivité, non du roi, mais du royaume même, la France prisonnière,&mdash;il
+<p>Pour comprendre le terrible événement que nous devons raconter,&mdash;la
+captivité, non du roi, mais du royaume même, la France prisonnière,&mdash;il
y a un fait essentiel qu'il ne faut pas perdre de vue:</p>
-<p>En France, les deux autorités, l'Église et l'État, étaient divisées
+<p>En France, les deux autorités, l'Église et l'État, étaient divisées
entre elles, et chacune d'elles en soi;</p>
-<p>En Angleterre, l'État et l'Église <em>établie</em> étaient parvenus, sous la
-maison de Lancastre, à la plus complète union.</p>
+<p>En Angleterre, l'État et l'Église <em>établie</em> étaient parvenus, sous la
+maison de Lancastre, à la plus complète union.</p>
-<p>Édouard III avait eu l'Église contre lui, et malgré ses victoires, il
-avait échoué. Henri V eut l'Église pour lui, et il réussit, il devint
+<p>Édouard III avait eu l'Église contre lui, et malgré ses victoires, il
+avait échoué. Henri V eut l'Église pour lui, et il réussit, il devint
roi de France<a id="footnotetag363" name="footnotetag363"></a><a href="#footnote363" title="Go to footnote 363"><span class="smaller">[363]</span></a>.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page230" name="page230"></a>(p. 230)</span> Cette cause n'est pas la seule, mais c'est la principale, et la
-moins remarquée.</p>
+moins remarquée.</p>
-<p>L'Église, étant le plus grand propriétaire de l'Angleterre, y avait
-aussi la plus grande influence. Au moment où la propriété et la royauté
-se trouvèrent d'accord, celle-ci acquit une force irrésistible; elle ne
+<p>L'Église, étant le plus grand propriétaire de l'Angleterre, y avait
+aussi la plus grande influence. Au moment où la propriété et la royauté
+se trouvèrent d'accord, celle-ci acquit une force irrésistible; elle ne
vainquit pas seulement, elle conquit.</p>
-<p>L'Église avait besoin de la royauté. Ses prodigieuses richesses la
-mettaient en péril. Elle avait absorbé la meilleure partie des terres;
-sans parler d'une foule de propriétés et de revenus divers, des
-fondations pieuses, des dîmes, etc., sur les <em>cinquante-trois mille</em>
-fiefs de chevaliers qui existaient en Angleterre, elle en possédait
-<em>vingt-huit mille</em><a id="footnotetag364" name="footnotetag364"></a><a href="#footnote364" title="Go to footnote 364"><span class="smaller">[364]</span></a>. Cette grande propriété était sans cesse
-attaquée au Parlement, et elle n'y était pas représentée, défendue en
-proportion de son importance; les membres du clergé n'y étaient plus
-appelés que <i lang="la">ad consentiendum</i><a id="footnotetag365" name="footnotetag365"></a><a href="#footnote365" title="Go to footnote 365"><span class="smaller">[365]</span></a>.</p>
-
-<p>La royauté, de son côté, ne pouvait se passer de l'appui du grand
-propriétaire du royaume, je veux dire du clergé. Elle avait besoin de
+<p>L'Église avait besoin de la royauté. Ses prodigieuses richesses la
+mettaient en péril. Elle avait absorbé la meilleure partie des terres;
+sans parler d'une foule de propriétés et de revenus divers, des
+fondations pieuses, des dîmes, etc., sur les <em>cinquante-trois mille</em>
+fiefs de chevaliers qui existaient en Angleterre, elle en possédait
+<em>vingt-huit mille</em><a id="footnotetag364" name="footnotetag364"></a><a href="#footnote364" title="Go to footnote 364"><span class="smaller">[364]</span></a>. Cette grande propriété était sans cesse
+attaquée au Parlement, et elle n'y était pas représentée, défendue en
+proportion de son importance; les membres du clergé n'y étaient plus
+appelés que <i lang="la">ad consentiendum</i><a id="footnotetag365" name="footnotetag365"></a><a href="#footnote365" title="Go to footnote 365"><span class="smaller">[365]</span></a>.</p>
+
+<p>La royauté, de son côté, ne pouvait se passer de l'appui du grand
+propriétaire du royaume, je veux dire du clergé. Elle avait besoin de
son influence, encore plus que de son argent. C'est ce que ne sentirent
-ni Édouard I<sup>er</sup> ni Édouard III, qui toujours le vexèrent pour de
+ni Édouard I<sup>er</sup> ni Édouard III, qui toujours le vexèrent pour de
petites questions de subsides. C'est ce que sentit admirablement la
-maison de Lancastre, qui, à son avènement, déclara qu'elle ne demandait
-à l'Église «que ses prières<a id="footnotetag366" name="footnotetag366"></a><a href="#footnote366" title="Go to footnote 366"><span class="smaller">[366]</span></a>».</p>
+maison de Lancastre, qui, à son avènement, déclara qu'elle ne demandait
+à l'Église «que ses prières<a id="footnotetag366" name="footnotetag366"></a><a href="#footnote366" title="Go to footnote 366"><span class="smaller">[366]</span></a>».</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page231" name="page231"></a>(p. 231)</span> L'on comprend combien la <em>royauté</em> et la <em>propriété</em>
-ecclésiastique avaient besoin de s'entendre, si l'on se rappelle que
-l'édifice tout artificiel de l'Angleterre au moyen âge a porté sur deux
+<p><span class="pagenum"><a id="page231" name="page231"></a>(p. 231)</span> L'on comprend combien la <em>royauté</em> et la <em>propriété</em>
+ecclésiastique avaient besoin de s'entendre, si l'on se rappelle que
+l'édifice tout artificiel de l'Angleterre au moyen âge a porté sur deux
fictions: un roi infaillible et inviolable<a id="footnotetag367" name="footnotetag367"></a><a href="#footnote367" title="Go to footnote 367"><span class="smaller">[367]</span></a>, que l'on jugeait
-pourtant de deux règnes en deux règnes; d'autre part, une Église non
-moins inviolable, qui, au fond, n'étant qu'un grand établissement
-aristocratique et territorial sous prétexte de religion, se voyait
-toujours à la veille d'être dépouillée, ruinée.</p>
-
-<p>La maison cadette de Lancastre unit pour la première fois les deux
-intérêts en péril; elle associa le roi et l'Église. Ce fut sa
-légitimité, le secret de son prodigieux succès. Il faut indiquer,
-rapidement du moins, la longue, oblique et souterraine route par où elle
+pourtant de deux règnes en deux règnes; d'autre part, une Église non
+moins inviolable, qui, au fond, n'étant qu'un grand établissement
+aristocratique et territorial sous prétexte de religion, se voyait
+toujours à la veille d'être dépouillée, ruinée.</p>
+
+<p>La maison cadette de Lancastre unit pour la première fois les deux
+intérêts en péril; elle associa le roi et l'Église. Ce fut sa
+légitimité, le secret de son prodigieux succès. Il faut indiquer,
+rapidement du moins, la longue, oblique et souterraine route par où elle
chemina.</p>
-<p>Le cadet hait l'aîné, c'est la règle<a id="footnotetag368" name="footnotetag368"></a><a href="#footnote368" title="Go to footnote 368"><span class="smaller">[368]</span></a>, mais nulle part plus
+<p>Le cadet hait l'aîné, c'est la règle<a id="footnotetag368" name="footnotetag368"></a><a href="#footnote368" title="Go to footnote 368"><span class="smaller">[368]</span></a>, mais nulle part plus
respectueusement qu'en Angleterre, plus sournoisement<a id="footnotetag369" name="footnotetag369"></a><a href="#footnote369" title="Go to footnote 369"><span class="smaller">[369]</span></a>. Aujourd'hui
il va chercher fortune, le monde lui est ouvert, l'industrie, la mer,
-les Indes; <span class="pagenum"><a id="page232" name="page232"></a>(p. 232)</span> au moyen âge, il restait souvent, rampait devant
-l'aîné, conspirait<a id="footnotetag370" name="footnotetag370"></a><a href="#footnote370" title="Go to footnote 370"><span class="smaller">[370]</span></a>.</p>
+les Indes; <span class="pagenum"><a id="page232" name="page232"></a>(p. 232)</span> au moyen âge, il restait souvent, rampait devant
+l'aîné, conspirait<a id="footnotetag370" name="footnotetag370"></a><a href="#footnote370" title="Go to footnote 370"><span class="smaller">[370]</span></a>.</p>
-<p>Les fils cadets d'Édouard III, Clarence, Lancastre, York, Glocester,
-titrés de noms sonores et vides, avaient vu avec désespoir l'aîné,
-l'héritier, régner déjà, du vivant de leur père, comme duc d'Aquitaine.
-Il fallait que ces cadets périssent, ou régnassent aussi. Clarence alla
+<p>Les fils cadets d'Édouard III, Clarence, Lancastre, York, Glocester,
+titrés de noms sonores et vides, avaient vu avec désespoir l'aîné,
+l'héritier, régner déjà, du vivant de leur père, comme duc d'Aquitaine.
+Il fallait que ces cadets périssent, ou régnassent aussi. Clarence alla
aux aventures en Italie, et il y mourut. Glocester troubla l'Angleterre,
-jusqu'à ce que son neveu le fît étrangler. Lancastre se fit appeler roi
-de Castille, envahit l'Espagne et échoua; puis la France, et il échoua
-encore<a id="footnotetag371" name="footnotetag371"></a><a href="#footnote371" title="Go to footnote 371"><span class="smaller">[371]</span></a>. Alors il se retourna du côté de l'Angleterre.</p>
-
-<p>Le moment était favorable pour lui. Le mécontentement était au comble.
-Depuis les victoires de Créci et de Poitiers, l'Angleterre s'était
-méconnue; ce peuple laborieux, distrait une fois de sa tâche naturelle,
-l'accumulation de la richesse et le progrès des garanties, était sorti
-de son caractère; il ne rêvait que conquêtes, tributs de l'étranger,
-exemption d'impôts. Le riche fonds de mauvaise humeur dont la nature les
-a doués, fermentait à merveille. Ils s'en prenaient au roi, aux grands,
-à tous ceux qui faisaient la guerre en France; c'étaient des traîtres,
-des lâches. Les <i lang="en">cokneys</i> de Londres, <span class="pagenum"><a id="page233" name="page233"></a>(p. 233)</span> dans leur
-arrière-boutique, trouvaient fort mal qu'on ne leur gagnât pas tous les
-jours des batailles de Poitiers. «Ô richesse, richesse, dit une ballade
-anglaise, réveille-toi donc, reviens dans ce pays<a id="footnotetag372" name="footnotetag372"></a><a href="#footnote372" title="Go to footnote 372"><span class="smaller">[372]</span></a>!» Cette tendre
-invocation à l'argent était le cri national.</p>
-
-<p>La France ne rapportant plus rien, il fallut bien que, dans leur idée
-fixe de ne rien payer, ils regardassent où ils prendraient. Tous les
-yeux se tournèrent vers l'Église. Mais l'Église aussi avait son principe
-immuable, le premier article de son credo: De ne rien donner. À toute
-demande, elle répondait froidement: «L'Église est trop pauvre.»</p>
-
-<p>Cette pauvre Église ne donnant rien, on songeait à lui enlever tout.
+jusqu'à ce que son neveu le fît étrangler. Lancastre se fit appeler roi
+de Castille, envahit l'Espagne et échoua; puis la France, et il échoua
+encore<a id="footnotetag371" name="footnotetag371"></a><a href="#footnote371" title="Go to footnote 371"><span class="smaller">[371]</span></a>. Alors il se retourna du côté de l'Angleterre.</p>
+
+<p>Le moment était favorable pour lui. Le mécontentement était au comble.
+Depuis les victoires de Créci et de Poitiers, l'Angleterre s'était
+méconnue; ce peuple laborieux, distrait une fois de sa tâche naturelle,
+l'accumulation de la richesse et le progrès des garanties, était sorti
+de son caractère; il ne rêvait que conquêtes, tributs de l'étranger,
+exemption d'impôts. Le riche fonds de mauvaise humeur dont la nature les
+a doués, fermentait à merveille. Ils s'en prenaient au roi, aux grands,
+à tous ceux qui faisaient la guerre en France; c'étaient des traîtres,
+des lâches. Les <i lang="en">cokneys</i> de Londres, <span class="pagenum"><a id="page233" name="page233"></a>(p. 233)</span> dans leur
+arrière-boutique, trouvaient fort mal qu'on ne leur gagnât pas tous les
+jours des batailles de Poitiers. «Ô richesse, richesse, dit une ballade
+anglaise, réveille-toi donc, reviens dans ce pays<a id="footnotetag372" name="footnotetag372"></a><a href="#footnote372" title="Go to footnote 372"><span class="smaller">[372]</span></a>!» Cette tendre
+invocation à l'argent était le cri national.</p>
+
+<p>La France ne rapportant plus rien, il fallut bien que, dans leur idée
+fixe de ne rien payer, ils regardassent où ils prendraient. Tous les
+yeux se tournèrent vers l'Église. Mais l'Église aussi avait son principe
+immuable, le premier article de son credo: De ne rien donner. À toute
+demande, elle répondait froidement: «L'Église est trop pauvre.»</p>
+
+<p>Cette pauvre Église ne donnant rien, on songeait à lui enlever tout.
L'homme du roi, Wicleff<a id="footnotetag373" name="footnotetag373"></a><a href="#footnote373" title="Go to footnote 373"><span class="smaller">[373]</span></a>, y poussait; les lollards aussi, par en
-bas, obscurément et dans le peuple. Lancastre en fit d'abord autant;
-c'était alors le grand chemin de la popularité.</p>
+bas, obscurément et dans le peuple. Lancastre en fit d'abord autant;
+c'était alors le grand chemin de la popularité.</p>
-<p>J'ai dit ailleurs comment les choses tournèrent, comment ce grand
-mouvement entraînant le peuple, et jusqu'aux serfs, toute propriété se
-trouva en péril, non plus seulement la propriété ecclésiastique; comment
+<p>J'ai dit ailleurs comment les choses tournèrent, comment ce grand
+mouvement entraînant le peuple, et jusqu'aux serfs, toute propriété se
+trouva en péril, non plus seulement la propriété ecclésiastique; comment
le jeune Richard II dispersa les serfs, en leur promettant qu'ils
-seraient affranchis. Lorsque ceux-ci furent désarmés, et qu'on les
-pendait par centaines, <span class="pagenum"><a id="page234" name="page234"></a>(p. 234)</span> le roi déclara pourtant que si les
-prélats, les lords et les communes confirmaient l'affranchissement, il
-le sanctionnerait. À quoi ils répondirent unanimement: «Plutôt mourir
-tous en un jour<a id="footnotetag374" name="footnotetag374"></a><a href="#footnote374" title="Go to footnote 374"><span class="smaller">[374]</span></a>.» Richard n'insista pas; mais l'audacieuse et
-révolutionnaire parole qui lui était échappée, ne fut jamais oubliée des
-propriétaires, des maîtres de serfs, barons, évêques, abbés. Dès ce
-jour, Richard dut périr. Dés lors aussi, Lancastre dut être le candidat
-de l'aristocratie et de l'Église.</p>
-
-<p>Il semble qu'il ait préparé patiemment son succès. Des bruits furent
-semés, qui le désignaient. Une fois, c'était un prisonnier français qui
-aurait dit: «Ah! si vous aviez pour roi le duc de Lancastre, les
-Français n'oseraient plus infester vos côtes.» On faisait circuler
-d'abbaye en abbaye, et partout, au moyen des frères, une chronique qui
-attribuait au duc je ne sais quel droit de succession à la couronne, du
-chef d'un fils d'Édouard I<sup>er</sup>. Un carme accusa hardiment le duc de
+seraient affranchis. Lorsque ceux-ci furent désarmés, et qu'on les
+pendait par centaines, <span class="pagenum"><a id="page234" name="page234"></a>(p. 234)</span> le roi déclara pourtant que si les
+prélats, les lords et les communes confirmaient l'affranchissement, il
+le sanctionnerait. À quoi ils répondirent unanimement: «Plutôt mourir
+tous en un jour<a id="footnotetag374" name="footnotetag374"></a><a href="#footnote374" title="Go to footnote 374"><span class="smaller">[374]</span></a>.» Richard n'insista pas; mais l'audacieuse et
+révolutionnaire parole qui lui était échappée, ne fut jamais oubliée des
+propriétaires, des maîtres de serfs, barons, évêques, abbés. Dès ce
+jour, Richard dut périr. Dés lors aussi, Lancastre dut être le candidat
+de l'aristocratie et de l'Église.</p>
+
+<p>Il semble qu'il ait préparé patiemment son succès. Des bruits furent
+semés, qui le désignaient. Une fois, c'était un prisonnier français qui
+aurait dit: «Ah! si vous aviez pour roi le duc de Lancastre, les
+Français n'oseraient plus infester vos côtes.» On faisait circuler
+d'abbaye en abbaye, et partout, au moyen des frères, une chronique qui
+attribuait au duc je ne sais quel droit de succession à la couronne, du
+chef d'un fils d'Édouard I<sup>er</sup>. Un carme accusa hardiment le duc de
Lancastre de conspirer la mort de Richard; Lancastre nia, obtint que son
-accusateur serait provisoirement remis à la garde de lord Holland, et,
-la veille du jour où l'imputation devait être examinée, le carme fut
-trouvé mort.</p>
+accusateur serait provisoirement remis à la garde de lord Holland, et,
+la veille du jour où l'imputation devait être examinée, le carme fut
+trouvé mort.</p>
-<p>Richard travailla lui-même pour Lancastre. Il s'entoura de petites gens,
-il fatigua les propriétaires d'emprunts, de vexations; enfin, il commit
+<p>Richard travailla lui-même pour Lancastre. Il s'entoura de petites gens,
+il fatigua les propriétaires d'emprunts, de vexations; enfin, il commit
le grand crime qui a perdu tant de rois d'Angleterre<a id="footnotetag375" name="footnotetag375"></a><a href="#footnote375" title="Go to footnote 375"><span class="smaller">[375]</span></a>: il se maria
en <span class="pagenum"><a id="page235" name="page235"></a>(p. 235)</span> France. Il n'y avait qu'un point difficile pour Lancastre et
-son fils Derby, c'était de se décider entre les deux partis, entre
-l'Église établie et les novateurs. Richard rendit à Derby le service de
-l'exiler; c'était le dispenser de choisir. De loin, il devint la pensée
-de tous; chacun le désira, le croyant pour soi.</p>
-
-<p>La chose mûre, l'archevêque de Cantorbéry alla chercher Derby en
-France<a id="footnotetag376" name="footnotetag376"></a><a href="#footnote376" title="Go to footnote 376"><span class="smaller">[376]</span></a>. Celui-ci débarqua, déclarant humblement qu'il ne réclamait
-rien que le bien de son père. On a vu comment il se trouva forcé de
-régner. Alors il prit son parti nettement. Au grand étonnement des
-novateurs, parmi lesquels il avait été élevé à Oxford, Henri IV se
-déclara le champion de l'Église établie: «Mes prédécesseurs, dit-il aux
-prélats, vous appelaient pour vous demander de l'argent. Moi, je viens
-vous voir pour réclamer vos prières. Je maintiendrai les libertés de
-l'Église; je détruirai, selon mon pouvoir, les hérésies et les
-hérétiques<a id="footnotetag377" name="footnotetag377"></a><a href="#footnote377" title="Go to footnote 377"><span class="smaller">[377]</span></a>.»</p>
-
-<p>Il y eut un compromis amical entre le roi et l'Église. Elle le sacra,
-l'oignit. Lui, il lui livra ses ennemis. Les adversaires des prêtres
-furent livrés aux prêtres, pour être jugés, brûlés<a id="footnotetag378" name="footnotetag378"></a><a href="#footnote378" title="Go to footnote 378"><span class="smaller">[378]</span></a>. Tout le monde
-y trouvait son <span class="pagenum"><a id="page236" name="page236"></a>(p. 236)</span> compte. Les biens des lollards étaient
-confisqués; un tiers revenait au juge ecclésiastique, un tiers au roi.
-Le dernier tiers était donné aux communes où l'on trouverait des
-hérétiques; c'était un moyen ingénieux de prévenir leur résistance, de
-les allécher à la délation<a id="footnotetag379" name="footnotetag379"></a><a href="#footnote379" title="Go to footnote 379"><span class="smaller">[379]</span></a>.</p>
-
-<p>Les prélats, les barons, n'avaient mis leur homme sur le trône que pour
-régner eux-mêmes. Cette royauté qu'ils lui avaient donnée en gros, ils
-la lui reprirent en détail. Non contents de faire les lois, ils
-s'emparèrent indirectement de l'administration. Ils finirent par nommer
+son fils Derby, c'était de se décider entre les deux partis, entre
+l'Église établie et les novateurs. Richard rendit à Derby le service de
+l'exiler; c'était le dispenser de choisir. De loin, il devint la pensée
+de tous; chacun le désira, le croyant pour soi.</p>
+
+<p>La chose mûre, l'archevêque de Cantorbéry alla chercher Derby en
+France<a id="footnotetag376" name="footnotetag376"></a><a href="#footnote376" title="Go to footnote 376"><span class="smaller">[376]</span></a>. Celui-ci débarqua, déclarant humblement qu'il ne réclamait
+rien que le bien de son père. On a vu comment il se trouva forcé de
+régner. Alors il prit son parti nettement. Au grand étonnement des
+novateurs, parmi lesquels il avait été élevé à Oxford, Henri IV se
+déclara le champion de l'Église établie: «Mes prédécesseurs, dit-il aux
+prélats, vous appelaient pour vous demander de l'argent. Moi, je viens
+vous voir pour réclamer vos prières. Je maintiendrai les libertés de
+l'Église; je détruirai, selon mon pouvoir, les hérésies et les
+hérétiques<a id="footnotetag377" name="footnotetag377"></a><a href="#footnote377" title="Go to footnote 377"><span class="smaller">[377]</span></a>.»</p>
+
+<p>Il y eut un compromis amical entre le roi et l'Église. Elle le sacra,
+l'oignit. Lui, il lui livra ses ennemis. Les adversaires des prêtres
+furent livrés aux prêtres, pour être jugés, brûlés<a id="footnotetag378" name="footnotetag378"></a><a href="#footnote378" title="Go to footnote 378"><span class="smaller">[378]</span></a>. Tout le monde
+y trouvait son <span class="pagenum"><a id="page236" name="page236"></a>(p. 236)</span> compte. Les biens des lollards étaient
+confisqués; un tiers revenait au juge ecclésiastique, un tiers au roi.
+Le dernier tiers était donné aux communes où l'on trouverait des
+hérétiques; c'était un moyen ingénieux de prévenir leur résistance, de
+les allécher à la délation<a id="footnotetag379" name="footnotetag379"></a><a href="#footnote379" title="Go to footnote 379"><span class="smaller">[379]</span></a>.</p>
+
+<p>Les prélats, les barons, n'avaient mis leur homme sur le trône que pour
+régner eux-mêmes. Cette royauté qu'ils lui avaient donnée en gros, ils
+la lui reprirent en détail. Non contents de faire les lois, ils
+s'emparèrent indirectement de l'administration. Ils finirent par nommer
au roi une sorte de conseil de tutelle, sans lequel il ne pouvait rien
-faire<a id="footnotetag380" name="footnotetag380"></a><a href="#footnote380" title="Go to footnote 380"><span class="smaller">[380]</span></a>. Il regretta alors d'avoir livré les lollards; il essaya de
-soustraire aux prêtres le jugement des gens de ce parti. Il songeait,
-comme Richard II, à chercher un appui chez l'étranger; il voulait marier
+faire<a id="footnotetag380" name="footnotetag380"></a><a href="#footnote380" title="Go to footnote 380"><span class="smaller">[380]</span></a>. Il regretta alors d'avoir livré les lollards; il essaya de
+soustraire aux prêtres le jugement des gens de ce parti. Il songeait,
+comme Richard II, à chercher un appui chez l'étranger; il voulait marier
son fils en France.</p>
-<p>Mais son fils même n'était pas sûr. On a remarqué, non sans apparence de
-raison, qu'en Angleterre les aînés aiment moins leurs pères<a id="footnotetag381" name="footnotetag381"></a><a href="#footnote381" title="Go to footnote 381"><span class="smaller">[381]</span></a>; avant
-d'être fils, ils <span class="pagenum"><a id="page237" name="page237"></a>(p. 237)</span> sont héritiers. Le fils de Lancastre était
-d'autant plus impatient de porter la couronne à son tour, qu'il avait,
-par une victoire, raffermi cette couronne sur la tête de son père. Lui
-aussi, il traitait avec les Français<a id="footnotetag382" name="footnotetag382"></a><a href="#footnote382" title="Go to footnote 382"><span class="smaller">[382]</span></a>, mais à part et pour son
+<p>Mais son fils même n'était pas sûr. On a remarqué, non sans apparence de
+raison, qu'en Angleterre les aînés aiment moins leurs pères<a id="footnotetag381" name="footnotetag381"></a><a href="#footnote381" title="Go to footnote 381"><span class="smaller">[381]</span></a>; avant
+d'être fils, ils <span class="pagenum"><a id="page237" name="page237"></a>(p. 237)</span> sont héritiers. Le fils de Lancastre était
+d'autant plus impatient de porter la couronne à son tour, qu'il avait,
+par une victoire, raffermi cette couronne sur la tête de son père. Lui
+aussi, il traitait avec les Français<a id="footnotetag382" name="footnotetag382"></a><a href="#footnote382" title="Go to footnote 382"><span class="smaller">[382]</span></a>, mais à part et pour son
compte.</p>
-<p>Ce jeune Henri plaisait au peuple. C'était une svelte et élégante
+<p>Ce jeune Henri plaisait au peuple. C'était une svelte et élégante
figure, comme on les trouve volontiers dans les nobles familles
-anglaises. C'était un infatigable <i lang="en">fox-hunter</i>, si leste qu'il pouvait,
-disait-on, chasser le daim à pied. Il avait fait longtemps les petites
+anglaises. C'était un infatigable <i lang="en">fox-hunter</i>, si leste qu'il pouvait,
+disait-on, chasser le daim à pied. Il avait fait longtemps les petites
et rudes guerres des Galles, la chasse aux hommes.</p>
-<p>Il se lia aux mécontents, se faufila parmi les lollards, courant leurs
-réunions nocturnes, dans les champs<a id="footnotetag383" name="footnotetag383"></a><a href="#footnote383" title="Go to footnote 383"><span class="smaller">[383]</span></a>, dans les hôtelleries. Il se
-fit l'ami de leur chef, du brave et dangereux Oldcastle, celui même que
-Shakespeare, ennemi des sectaires de tout âge<a id="footnotetag384" name="footnotetag384"></a><a href="#footnote384" title="Go to footnote 384"><span class="smaller">[384]</span></a>, a malicieusement
-transformé dans l'ignoble Falstaff. Le père n'ignorait rien. Mais,
-enfermer son fils, c'eût été se déclarer contre les lollards, dont il
-voulait justement se rapprocher à cette époque. Cependant, ce roi,
-malade, lépreux, chaque jour plus solitaire et plus irritable, pouvait
-être jeté par ses craintes dans quelque résolution violente. Son fils
-cherchait à le rassurer par une affectation de vices et de désordres,
-par des folies de jeunesse, adroitement calculées. On dit qu'un jour
-<span class="pagenum"><a id="page238" name="page238"></a>(p. 238)</span> il se présenta devant son père couvert d'un habit de satin tout
-percé d'&oelig;illets, où les aiguilles tenaient encore par leur fil; il
-s'agenouilla devant lui, lui présenta un poignard pour qu'il l'en
-perçât, s'il pouvait avoir quelque défiance d'un jeune fol, si
-ridiculement habillé.</p>
-
-<p>Quoi qu'il en soit de cette histoire, le roi ne put s'empêcher de faire
-comme s'il se fiait à lui. Pour lui donner patience, il consentit à ce
-qu'il entrât au conseil. Mais ce n'était pas encore assez. Le jour de sa
-mort, comme il ouvrait les yeux après une courte léthargie, il vit
-l'héritier qui mettait la main sur la couronne, posée (selon l'usage)
-sur un coussin près du lit du roi. Il l'arrêta, avec cette froide et
-triste parole: «Beau fils, quel droit y avez-vous? Votre père n'y eut
-pas droit<a id="footnotetag385" name="footnotetag385"></a><a href="#footnote385" title="Go to footnote 385"><span class="smaller">[385]</span></a>.»</p>
-
-<p>Dans les derniers temps qui précédèrent son avènement, Henri V avait
+<p>Il se lia aux mécontents, se faufila parmi les lollards, courant leurs
+réunions nocturnes, dans les champs<a id="footnotetag383" name="footnotetag383"></a><a href="#footnote383" title="Go to footnote 383"><span class="smaller">[383]</span></a>, dans les hôtelleries. Il se
+fit l'ami de leur chef, du brave et dangereux Oldcastle, celui même que
+Shakespeare, ennemi des sectaires de tout âge<a id="footnotetag384" name="footnotetag384"></a><a href="#footnote384" title="Go to footnote 384"><span class="smaller">[384]</span></a>, a malicieusement
+transformé dans l'ignoble Falstaff. Le père n'ignorait rien. Mais,
+enfermer son fils, c'eût été se déclarer contre les lollards, dont il
+voulait justement se rapprocher à cette époque. Cependant, ce roi,
+malade, lépreux, chaque jour plus solitaire et plus irritable, pouvait
+être jeté par ses craintes dans quelque résolution violente. Son fils
+cherchait à le rassurer par une affectation de vices et de désordres,
+par des folies de jeunesse, adroitement calculées. On dit qu'un jour
+<span class="pagenum"><a id="page238" name="page238"></a>(p. 238)</span> il se présenta devant son père couvert d'un habit de satin tout
+percé d'&oelig;illets, où les aiguilles tenaient encore par leur fil; il
+s'agenouilla devant lui, lui présenta un poignard pour qu'il l'en
+perçât, s'il pouvait avoir quelque défiance d'un jeune fol, si
+ridiculement habillé.</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit de cette histoire, le roi ne put s'empêcher de faire
+comme s'il se fiait à lui. Pour lui donner patience, il consentit à ce
+qu'il entrât au conseil. Mais ce n'était pas encore assez. Le jour de sa
+mort, comme il ouvrait les yeux après une courte léthargie, il vit
+l'héritier qui mettait la main sur la couronne, posée (selon l'usage)
+sur un coussin près du lit du roi. Il l'arrêta, avec cette froide et
+triste parole: «Beau fils, quel droit y avez-vous? Votre père n'y eut
+pas droit<a id="footnotetag385" name="footnotetag385"></a><a href="#footnote385" title="Go to footnote 385"><span class="smaller">[385]</span></a>.»</p>
+
+<p>Dans les derniers temps qui précédèrent son avènement, Henri V avait
tenu une conduite double, qui donnait de l'espoir aux deux partis. D'un
-côté, il resta étroitement lié avec Oldcastle<a id="footnotetag386" name="footnotetag386"></a><a href="#footnote386" title="Go to footnote 386"><span class="smaller">[386]</span></a> avec les lollards. De
-l'autre, il se déclara l'ami de l'Église établie, et c'est sans doute
-comme tel qu'il finit par présider le conseil. À peine roi, il cessa de
-ménager les lollards; il rompit avec ses amis. Il devint l'homme de
-l'Église, le prince selon le c&oelig;ur de Dieu; il prit la gravité
-<span class="pagenum"><a id="page239" name="page239"></a>(p. 239)</span> ecclésiastique, «au point, dit le moine historien, qu'il eût
-servi d'exemple aux prêtres même<a id="footnotetag387" name="footnotetag387"></a><a href="#footnote387" title="Go to footnote 387"><span class="smaller">[387]</span></a>».</p>
-
-<p>D'abord, il accorda des lois terribles aux seigneurs laïques et
-ecclésiastiques, ordonnant aux justices de paix de poursuivre les
-serviteurs et gens de travail, qui fuyaient de comté en comté<a id="footnotetag388" name="footnotetag388"></a><a href="#footnote388" title="Go to footnote 388"><span class="smaller">[388]</span></a>. Une
-inquisition régulière fut organisée contre l'hérésie. Le chancelier, le
-trésorier, les juges, etc., devaient, en entrant en charge, jurer de
-faire toute diligence pour rechercher et détruire les hérétiques. En
-même temps le primat d'Angleterre enjoignait aux évêques et archidiacres
-de s'enquérir <em>au moins deux fois par an</em> des personnes suspectes
-d'hérésie, d'exiger dans chaque commune que trois hommes respectables
-déclarassent sous serment s'ils connaissaient des hérétiques, des gens
-qui <em>différassent des autres</em> dans leurs vie et habitudes, des gens qui
-<em>tolérassent</em> ou reçussent les suspects, des gens qui possédassent des
+côté, il resta étroitement lié avec Oldcastle<a id="footnotetag386" name="footnotetag386"></a><a href="#footnote386" title="Go to footnote 386"><span class="smaller">[386]</span></a> avec les lollards. De
+l'autre, il se déclara l'ami de l'Église établie, et c'est sans doute
+comme tel qu'il finit par présider le conseil. À peine roi, il cessa de
+ménager les lollards; il rompit avec ses amis. Il devint l'homme de
+l'Église, le prince selon le c&oelig;ur de Dieu; il prit la gravité
+<span class="pagenum"><a id="page239" name="page239"></a>(p. 239)</span> ecclésiastique, «au point, dit le moine historien, qu'il eût
+servi d'exemple aux prêtres même<a id="footnotetag387" name="footnotetag387"></a><a href="#footnote387" title="Go to footnote 387"><span class="smaller">[387]</span></a>».</p>
+
+<p>D'abord, il accorda des lois terribles aux seigneurs laïques et
+ecclésiastiques, ordonnant aux justices de paix de poursuivre les
+serviteurs et gens de travail, qui fuyaient de comté en comté<a id="footnotetag388" name="footnotetag388"></a><a href="#footnote388" title="Go to footnote 388"><span class="smaller">[388]</span></a>. Une
+inquisition régulière fut organisée contre l'hérésie. Le chancelier, le
+trésorier, les juges, etc., devaient, en entrant en charge, jurer de
+faire toute diligence pour rechercher et détruire les hérétiques. En
+même temps le primat d'Angleterre enjoignait aux évêques et archidiacres
+de s'enquérir <em>au moins deux fois par an</em> des personnes suspectes
+d'hérésie, d'exiger dans chaque commune que trois hommes respectables
+déclarassent sous serment s'ils connaissaient des hérétiques, des gens
+qui <em>différassent des autres</em> dans leurs vie et habitudes, des gens qui
+<em>tolérassent</em> ou reçussent les suspects, des gens qui possédassent des
livres dangereux <em>en langue anglaise</em>, etc.</p>
-<p>Le roi, s'associant aux sévérités de l'Église, abandonna lui-même son
-vieil ami Oldcastle à l'archevêque de Cantorbéry<a id="footnotetag389" name="footnotetag389"></a><a href="#footnote389" title="Go to footnote 389"><span class="smaller">[389]</span></a>. Des processions
+<p>Le roi, s'associant aux sévérités de l'Église, abandonna lui-même son
+vieil ami Oldcastle à l'archevêque de Cantorbéry<a id="footnotetag389" name="footnotetag389"></a><a href="#footnote389" title="Go to footnote 389"><span class="smaller">[389]</span></a>. Des processions
eurent lieu par ordre du roi, pour chanter les litanies avant les
-exécutions.</p>
+exécutions.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page240" name="page240"></a>(p. 240)</span> L'Église frappait, et elle tremblait. Les lollards avaient
-affiché qu'ils étaient cent mille en armes. Ils devaient se réunir au
-champ de Saint-Gilles, le lendemain de l'Épiphanie. Le roi y alla de
-nuit et les attendit avec des troupes: mais ils n'acceptèrent pas la
+<p><span class="pagenum"><a id="page240" name="page240"></a>(p. 240)</span> L'Église frappait, et elle tremblait. Les lollards avaient
+affiché qu'ils étaient cent mille en armes. Ils devaient se réunir au
+champ de Saint-Gilles, le lendemain de l'Épiphanie. Le roi y alla de
+nuit et les attendit avec des troupes: mais ils n'acceptèrent pas la
bataille.</p>
-<p>Ce champion de l'Église n'avait pas seulement contre lui les ennemis de
-l'Église; il avait les siens encore, comme Lancastre, comme usurpateur.
-Les uns s'obstinaient à croire que Richard II n'était pas mort. Les
-autres disaient que l'héritier légitime était le comte de March; et ils
-disaient vrai. Scrop lui-même, le principal conseiller d'Henri, le
+<p>Ce champion de l'Église n'avait pas seulement contre lui les ennemis de
+l'Église; il avait les siens encore, comme Lancastre, comme usurpateur.
+Les uns s'obstinaient à croire que Richard II n'était pas mort. Les
+autres disaient que l'héritier légitime était le comte de March; et ils
+disaient vrai. Scrop lui-même, le principal conseiller d'Henri, le
confident, l'<em>homme du c&oelig;ur</em>, conspira avec deux autres en faveur du
comte de March.</p>
-<p>À cette fermentation intérieure, il n'y avait qu'un remède, la guerre.
-Le 16 avril 1415, Henri avait annoncé au Parlement qu'il ferait une
-descente en France. Le 29, il ordonna à tous les seigneurs de se tenir
-prêts. Le 28 mai, prétendant une invasion imminente des Français, il
-écrivit à l'archevêque de Cantorbéry et aux autres prélats, d'<em>organiser
-les gens d'Église pour la défense du royaume</em><a id="footnotetag390" name="footnotetag390"></a><a href="#footnote390" title="Go to footnote 390"><span class="smaller">[390]</span></a>. Trois semaines
-après, il ordonna aux chevaliers et écuyers de passer en revue les
+<p>À cette fermentation intérieure, il n'y avait qu'un remède, la guerre.
+Le 16 avril 1415, Henri avait annoncé au Parlement qu'il ferait une
+descente en France. Le 29, il ordonna à tous les seigneurs de se tenir
+prêts. Le 28 mai, prétendant une invasion imminente des Français, il
+écrivit à l'archevêque de Cantorbéry et aux autres prélats, d'<em>organiser
+les gens d'Église pour la défense du royaume</em><a id="footnotetag390" name="footnotetag390"></a><a href="#footnote390" title="Go to footnote 390"><span class="smaller">[390]</span></a>. Trois semaines
+après, il ordonna aux chevaliers et écuyers de passer en revue les
hommes capables de porter les armes, de les diviser par compagnies.
-L'affaire de Scrop le retardait, mais il complétait ses
-préparatifs<a id="footnotetag391" name="footnotetag391"></a><a href="#footnote391" title="Go to footnote 391"><span class="smaller">[391]</span></a>. Il animait le peuple contre les Français, en faisant
-courir <span class="pagenum"><a id="page241" name="page241"></a>(p. 241)</span> le bruit que c'étaient eux qui payaient des traîtres,
-qui avaient gagné Scrop, pour déchirer, ruiner le pays<a id="footnotetag392" name="footnotetag392"></a><a href="#footnote392" title="Go to footnote 392"><span class="smaller">[392]</span></a>.</p>
+L'affaire de Scrop le retardait, mais il complétait ses
+préparatifs<a id="footnotetag391" name="footnotetag391"></a><a href="#footnote391" title="Go to footnote 391"><span class="smaller">[391]</span></a>. Il animait le peuple contre les Français, en faisant
+courir <span class="pagenum"><a id="page241" name="page241"></a>(p. 241)</span> le bruit que c'étaient eux qui payaient des traîtres,
+qui avaient gagné Scrop, pour déchirer, ruiner le pays<a id="footnotetag392" name="footnotetag392"></a><a href="#footnote392" title="Go to footnote 392"><span class="smaller">[392]</span></a>.</p>
-<p>Henri envoya en France deux ambassades coup sur coup, disant qu'il était
+<p>Henri envoya en France deux ambassades coup sur coup, disant qu'il était
roi de France, mais qu'il voulait bien attendre la mort du roi, et en
-attendant épouser sa fille, avec toutes les provinces cédées par le
-traité de Bretigni; c'était une terrible dot; mais il lui fallait encore
-la Normandie, c'est-à-dire le moyen de prendre le reste. Une grande
-ambassade<a id="footnotetag393" name="footnotetag393"></a><a href="#footnote393" title="Go to footnote 393"><span class="smaller">[393]</span></a> vint en réponse lui offrir, au lieu de la Normandie, le
-Limousin, en portant la dot de la princesse jusqu'à 850.000 écus d'or.
-Alors le roi d'Angleterre demanda que cette somme fût payée comptant.
-Cette vaine négociation dura trois mois (13 avril-28 juillet), autant
-que les préparatifs d'Henri. Tout étant prêt, il fit donner des présents
-considérables aux ambassadeurs et les renvoya, leur disant qu'il allait
+attendant épouser sa fille, avec toutes les provinces cédées par le
+traité de Bretigni; c'était une terrible dot; mais il lui fallait encore
+la Normandie, c'est-à-dire le moyen de prendre le reste. Une grande
+ambassade<a id="footnotetag393" name="footnotetag393"></a><a href="#footnote393" title="Go to footnote 393"><span class="smaller">[393]</span></a> vint en réponse lui offrir, au lieu de la Normandie, le
+Limousin, en portant la dot de la princesse jusqu'à 850.000 écus d'or.
+Alors le roi d'Angleterre demanda que cette somme fût payée comptant.
+Cette vaine négociation dura trois mois (13 avril-28 juillet), autant
+que les préparatifs d'Henri. Tout étant prêt, il fit donner des présents
+considérables aux ambassadeurs et les renvoya, leur disant qu'il allait
les suivre.</p>
<p>Tout le monde en Angleterre avait besoin de la guerre. Le roi en avait
-besoin. La branche aînée avait eu ses batailles de Créci et de Poitiers.
-La cadette ne pouvait se légitimer que par une bataille.</p>
+besoin. La branche aînée avait eu ses batailles de Créci et de Poitiers.
+La cadette ne pouvait se légitimer que par une bataille.</p>
-<p>L'Église en avait besoin, d'abord pour détacher des lollards, une foule
-de gens misérables qui n'étaient lollards que faute d'être soldats.
+<p>L'Église en avait besoin, d'abord pour détacher des lollards, une foule
+de gens misérables qui n'étaient lollards que faute d'être soldats.
Ensuite, tandis <span class="pagenum"><a id="page242" name="page242"></a>(p. 242)</span> qu'on pillerait la France, on ne songerait pas
-à piller l'Église; la terrible question de sécularisation serait
-ajournée.</p>
-
-<p>Quoi de plus digne aussi de la respectable Église d'Angleterre et qui
-pût lui faire plus d'honneur, que de réformer cette France schismatique,
-de la châtier fraternellement, de lui faire sentir la verge de Dieu? Ce
-jeune roi si dévoué, si pieux, ce David de l'Église établie, était
-visiblement l'instrument prédestiné d'une si belle justice.</p>
-
-<p>Tout était difficile avant cette résolution; tout devint facile. Henri,
-sûr de sa force, essaya de calmer les haines en faisant réparation au
-passé. Il enterra honorablement Richard II. Les partis se turent. Le
-Parlement unanime vota pour l'expédition une somme inouïe. Le roi réunit
+à piller l'Église; la terrible question de sécularisation serait
+ajournée.</p>
+
+<p>Quoi de plus digne aussi de la respectable Église d'Angleterre et qui
+pût lui faire plus d'honneur, que de réformer cette France schismatique,
+de la châtier fraternellement, de lui faire sentir la verge de Dieu? Ce
+jeune roi si dévoué, si pieux, ce David de l'Église établie, était
+visiblement l'instrument prédestiné d'une si belle justice.</p>
+
+<p>Tout était difficile avant cette résolution; tout devint facile. Henri,
+sûr de sa force, essaya de calmer les haines en faisant réparation au
+passé. Il enterra honorablement Richard II. Les partis se turent. Le
+Parlement unanime vota pour l'expédition une somme inouïe. Le roi réunit
six mille hommes d'armes, vingt-quatre mille archers, la plus forte
-armée que les Anglais eussent eue depuis plus de cinquante ans<a id="footnotetag394" name="footnotetag394"></a><a href="#footnote394" title="Go to footnote 394"><span class="smaller">[394]</span></a>.</p>
-
-<p>Cette armée, au lieu de s'amuser autour de Calais, aborda directement à
-Harfleur, à l'entrée de la Seine. Le point était bien choisi. Harfleur,
-devenu ville anglaise, eût été bien autre chose que Calais. Il eût tenu
-la Seine ouverte; les Anglais pouvaient dès lors entrer, sortir,
-pénétrer jusqu'à Rouen et prendre la Normandie, jusqu'à Paris, prendre
-la France peut-être.</p>
-
-<p>L'expédition avait été bien conçue, très bien <span class="pagenum"><a id="page243" name="page243"></a>(p. 243)</span> préparée. Le roi
-s'était assuré de la neutralité de Jean-sans-Peur; il avait loué ou
-acheté huit cents embarcations en Zélande et en Hollande, pays soumis à
-l'influence du duc de Bourgogne, et qui d'ailleurs ont toujours prêté
-volontiers des vaisseaux à qui payait bien<a id="footnotetag395" name="footnotetag395"></a><a href="#footnote395" title="Go to footnote 395"><span class="smaller">[395]</span></a>. Il emporta beaucoup de
+armée que les Anglais eussent eue depuis plus de cinquante ans<a id="footnotetag394" name="footnotetag394"></a><a href="#footnote394" title="Go to footnote 394"><span class="smaller">[394]</span></a>.</p>
+
+<p>Cette armée, au lieu de s'amuser autour de Calais, aborda directement à
+Harfleur, à l'entrée de la Seine. Le point était bien choisi. Harfleur,
+devenu ville anglaise, eût été bien autre chose que Calais. Il eût tenu
+la Seine ouverte; les Anglais pouvaient dès lors entrer, sortir,
+pénétrer jusqu'à Rouen et prendre la Normandie, jusqu'à Paris, prendre
+la France peut-être.</p>
+
+<p>L'expédition avait été bien conçue, très bien <span class="pagenum"><a id="page243" name="page243"></a>(p. 243)</span> préparée. Le roi
+s'était assuré de la neutralité de Jean-sans-Peur; il avait loué ou
+acheté huit cents embarcations en Zélande et en Hollande, pays soumis à
+l'influence du duc de Bourgogne, et qui d'ailleurs ont toujours prêté
+volontiers des vaisseaux à qui payait bien<a id="footnotetag395" name="footnotetag395"></a><a href="#footnote395" title="Go to footnote 395"><span class="smaller">[395]</span></a>. Il emporta beaucoup de
vivres, dans la supposition que le pays n'en fournirait pas.</p>
-<p>D'autre part, l'Église d'Angleterre, de concert avec les communes,
-n'oublia rien pour sanctifier l'entreprise; jeûnes, prières,
-processions, pèlerinages<a id="footnotetag396" name="footnotetag396"></a><a href="#footnote396" title="Go to footnote 396"><span class="smaller">[396]</span></a>. Au moment même de l'embarquement on brûla
-encore un hérétique. Le roi prit part à tout dévotement. Il emmena bon
-nombre de prêtres, particulièrement l'évêque de Norwich, qui lui fut
-donné pour principal conseiller.</p>
-
-<p>Le passage ne fut pas disputé, la France n'avait pas un vaisseau<a id="footnotetag397" name="footnotetag397"></a><a href="#footnote397" title="Go to footnote 397"><span class="smaller">[397]</span></a>;
-la descente ne le fut pas non plus, les populations de la côte n'étaient
-pas en état de combattre cette grande armée. Mais elles se montrèrent
-très hostiles; le duc de Normandie, c'est le premier titre que prit
-Henri V, fut mal reçu dans son duché; les villes, les châteaux se
-gardèrent; les Anglais n'osaient s'écarter, ils n'étaient maîtres que de
+<p>D'autre part, l'Église d'Angleterre, de concert avec les communes,
+n'oublia rien pour sanctifier l'entreprise; jeûnes, prières,
+processions, pèlerinages<a id="footnotetag396" name="footnotetag396"></a><a href="#footnote396" title="Go to footnote 396"><span class="smaller">[396]</span></a>. Au moment même de l'embarquement on brûla
+encore un hérétique. Le roi prit part à tout dévotement. Il emmena bon
+nombre de prêtres, particulièrement l'évêque de Norwich, qui lui fut
+donné pour principal conseiller.</p>
+
+<p>Le passage ne fut pas disputé, la France n'avait pas un vaisseau<a id="footnotetag397" name="footnotetag397"></a><a href="#footnote397" title="Go to footnote 397"><span class="smaller">[397]</span></a>;
+la descente ne le fut pas non plus, les populations de la côte n'étaient
+pas en état de combattre cette grande armée. Mais elles se montrèrent
+très hostiles; le duc de Normandie, c'est le premier titre que prit
+Henri V, fut mal reçu dans son duché; les villes, les châteaux se
+gardèrent; les Anglais n'osaient s'écarter, ils n'étaient maîtres que de
la plage malsaine que couvrait leur camp.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page244" name="page244"></a>(p. 244)</span> N'oublions pas que notre malheureux pays n'avait plus de
-gouvernement. Les deux partis ayant reflué au nord, au midi, le centre
-était vide; Paris était las, comme après les grands efforts, le roi fol,
-le dauphin malade, le duc de Berri presque octogénaire. Cependant ils
-envoyèrent le maréchal de Boucicaut à Rouen, puis ils y amenèrent le
-roi, pour réunir la noblesse de l'Île-de-France, de la Normandie et de
-la Picardie. Les gentilshommes de cette dernière province reçurent ordre
-contraire du duc de Bourgogne<a id="footnotetag398" name="footnotetag398"></a><a href="#footnote398" title="Go to footnote 398"><span class="smaller">[398]</span></a>; les uns obéirent au roi, les autres
-au duc; quelques-uns se joignirent même aux Anglais.</p>
-
-<p>Harfleur fut vaillamment défendu, opiniâtrement attaqué. Une brave
-noblesse s'y était jetée. Le siège traîna; les Anglais souffrirent
-infiniment sur cette côte humide. Leurs vivres s'étaient gâtés. On était
-en septembre, au temps des fruits; ils se jetèrent dessus avidement. La
-dyssenterie se mit dans l'armée et emporta les hommes par milliers, non
-seulement les soldats, mais les nobles, écuyers, chevaliers, les plus
-grands seigneurs, l'évêque même de Norwich. Le jour de la mort de ce
-prélat, l'armée anglaise, par respect, interrompit les travaux du siège.</p>
-
-<p>Harfleur n'était pas secouru. Un convoi de poudre envoyé de Rouen fut
+gouvernement. Les deux partis ayant reflué au nord, au midi, le centre
+était vide; Paris était las, comme après les grands efforts, le roi fol,
+le dauphin malade, le duc de Berri presque octogénaire. Cependant ils
+envoyèrent le maréchal de Boucicaut à Rouen, puis ils y amenèrent le
+roi, pour réunir la noblesse de l'Île-de-France, de la Normandie et de
+la Picardie. Les gentilshommes de cette dernière province reçurent ordre
+contraire du duc de Bourgogne<a id="footnotetag398" name="footnotetag398"></a><a href="#footnote398" title="Go to footnote 398"><span class="smaller">[398]</span></a>; les uns obéirent au roi, les autres
+au duc; quelques-uns se joignirent même aux Anglais.</p>
+
+<p>Harfleur fut vaillamment défendu, opiniâtrement attaqué. Une brave
+noblesse s'y était jetée. Le siège traîna; les Anglais souffrirent
+infiniment sur cette côte humide. Leurs vivres s'étaient gâtés. On était
+en septembre, au temps des fruits; ils se jetèrent dessus avidement. La
+dyssenterie se mit dans l'armée et emporta les hommes par milliers, non
+seulement les soldats, mais les nobles, écuyers, chevaliers, les plus
+grands seigneurs, l'évêque même de Norwich. Le jour de la mort de ce
+prélat, l'armée anglaise, par respect, interrompit les travaux du siège.</p>
+
+<p>Harfleur n'était pas secouru. Un convoi de poudre envoyé de Rouen fut
pris en chemin. Une autre tentative <span class="pagenum"><a id="page245" name="page245"></a>(p. 245)</span> ne fut pas plus heureuse;
-des seigneurs avaient réuni jusqu'à six mille hommes pour surprendre le
-camp anglais; leur impétuosité fit tout manquer, ils se découvrirent
+des seigneurs avaient réuni jusqu'à six mille hommes pour surprendre le
+camp anglais; leur impétuosité fit tout manquer, ils se découvrirent
avant le moment favorable.</p>
-<p>Cependant ceux qui défendaient Harfleur n'en pouvaient plus de fatigue.
-Les Anglais ayant ouvert une large brèche, les assiégés avaient élevé
-des palissades derrière. On leur brûla cet immense ouvrage, qui fut
-trois jours à se consumer. L'Anglais employait un moyen infaillible de
-les mettre à bout: c'était de tirer jour et nuit; ils ne dormaient plus.</p>
+<p>Cependant ceux qui défendaient Harfleur n'en pouvaient plus de fatigue.
+Les Anglais ayant ouvert une large brèche, les assiégés avaient élevé
+des palissades derrière. On leur brûla cet immense ouvrage, qui fut
+trois jours à se consumer. L'Anglais employait un moyen infaillible de
+les mettre à bout: c'était de tirer jour et nuit; ils ne dormaient plus.</p>
<p>Ne voyant venir aucun secours, ils finirent par demander deux jours pour
-savoir si l'on viendrait à leur aide. «Ce n'est pas assez de deux jours,
-dit l'Anglais; vous en aurez quatre.» Il prit des otages, pour être sûr
-qu'ils tiendraient leur parole. Il fit bien, car le secours n'étant pas
-venu au jour dit, la garnison eût voulu se battre encore. Quelques-uns
-même, plutôt que de se rendre, se réfugièrent dans les tours de la côte,
-et là ils tinrent dix jours de plus.</p>
-
-<p>Le siège avait duré un mois. Mais ce mois avait été plus meurtrier que
-toute l'année qu'Édouard III resta campé devant Calais. Les gens
-d'Harfleur avaient, comme ceux de Calais, tout à craindre des
-vainqueurs. Un prêtre anglais qui suivait l'expédition nous apprend,
-avec une satisfaction visible, par quels délais on prolongea
-l'inquiétude et l'humiliation de ces braves gens: «On les amena dans une
-tente, et ils se mirent à genoux, mais ils ne virent pas le roi; puis
-dans une tente où ils s'agenouillèrent longtemps, mais ils ne <span class="pagenum"><a id="page246" name="page246"></a>(p. 246)</span>
-virent pas le roi. En troisième lieu, on les introduisit dans une tente
-intérieure, et le roi ne se montra pas encore. Enfin, on les conduisit
-au lieu où le roi siégeait. Là ils furent longtemps à genoux, et notre
-roi ne leur accorda pas un regard, sinon lorsqu'ils eurent été très
-longtemps agenouillés. Alors le roi les regarda, et fit signe au comte
-de Dorset de recevoir les clefs de la ville. Les Français furent relevés
-et rassurés<a id="footnotetag399" name="footnotetag399"></a><a href="#footnote399" title="Go to footnote 399"><span class="smaller">[399]</span></a>.»</p>
-
-<p>Le roi d'Angleterre, avec ses capitaines, son clergé, son armée, fit son
-entrée dans la ville. À la porte, il descendit de cheval et se fit ôter
-sa chaussure; il alla, pieds nus, à l'église paroissiale «regrâcier son
-Créateur de sa bonne fortune». La ville n'en fut pas mieux traitée; une
-bonne partie des bourgeois furent mis à rançon tout comme les gens de
-guerre; tous les habitants furent chassés de la ville, les femmes même
+savoir si l'on viendrait à leur aide. «Ce n'est pas assez de deux jours,
+dit l'Anglais; vous en aurez quatre.» Il prit des otages, pour être sûr
+qu'ils tiendraient leur parole. Il fit bien, car le secours n'étant pas
+venu au jour dit, la garnison eût voulu se battre encore. Quelques-uns
+même, plutôt que de se rendre, se réfugièrent dans les tours de la côte,
+et là ils tinrent dix jours de plus.</p>
+
+<p>Le siège avait duré un mois. Mais ce mois avait été plus meurtrier que
+toute l'année qu'Édouard III resta campé devant Calais. Les gens
+d'Harfleur avaient, comme ceux de Calais, tout à craindre des
+vainqueurs. Un prêtre anglais qui suivait l'expédition nous apprend,
+avec une satisfaction visible, par quels délais on prolongea
+l'inquiétude et l'humiliation de ces braves gens: «On les amena dans une
+tente, et ils se mirent à genoux, mais ils ne virent pas le roi; puis
+dans une tente où ils s'agenouillèrent longtemps, mais ils ne <span class="pagenum"><a id="page246" name="page246"></a>(p. 246)</span>
+virent pas le roi. En troisième lieu, on les introduisit dans une tente
+intérieure, et le roi ne se montra pas encore. Enfin, on les conduisit
+au lieu où le roi siégeait. Là ils furent longtemps à genoux, et notre
+roi ne leur accorda pas un regard, sinon lorsqu'ils eurent été très
+longtemps agenouillés. Alors le roi les regarda, et fit signe au comte
+de Dorset de recevoir les clefs de la ville. Les Français furent relevés
+et rassurés<a id="footnotetag399" name="footnotetag399"></a><a href="#footnote399" title="Go to footnote 399"><span class="smaller">[399]</span></a>.»</p>
+
+<p>Le roi d'Angleterre, avec ses capitaines, son clergé, son armée, fit son
+entrée dans la ville. À la porte, il descendit de cheval et se fit ôter
+sa chaussure; il alla, pieds nus, à l'église paroissiale «regrâcier son
+Créateur de sa bonne fortune». La ville n'en fut pas mieux traitée; une
+bonne partie des bourgeois furent mis à rançon tout comme les gens de
+guerre; tous les habitants furent chassés de la ville, les femmes même
et les enfants; on leur laissa cinq sols et leurs jupes<a id="footnotetag400" name="footnotetag400"></a><a href="#footnote400" title="Go to footnote 400"><span class="smaller">[400]</span></a>.</p>
-<p>Les vainqueurs, au bout de cette guerre de cinq semaines, étaient déjà
-bien découragés. Des trente mille hommes qui étaient partis, il en
+<p>Les vainqueurs, au bout de cette guerre de cinq semaines, étaient déjà
+bien découragés. Des trente mille hommes qui étaient partis, il en
restait vingt mille; et il en fallut renvoyer encore cinq mille, qui
-étaient blessés, malades ou trop fatigués. Mais, quoique la prise
-d'Harfleur fût un grand et important résultat, le roi, qui l'avait
-achetée par la perte de tant de soldats, de tant de personnages
-éminents, ne pouvait se présenter devant le pays en deuil, s'il ne
+étaient blessés, malades ou trop fatigués. Mais, quoique la prise
+d'Harfleur fût un grand et important résultat, le roi, qui l'avait
+achetée par la perte de tant de soldats, de tant de personnages
+éminents, ne pouvait se présenter devant le pays en deuil, s'il ne
relevait <span class="pagenum"><a id="page247" name="page247"></a>(p. 247)</span> les esprits par quelque chose de chevaleresque et de
-hardi. D'abord il défia le dauphin à combattre corps à corps. Puis, pour
-constater que la France n'osait combattre, il déclara que d'Harfleur il
-irait, à travers champs, jusqu'à la ville de Calais<a id="footnotetag401" name="footnotetag401"></a><a href="#footnote401" title="Go to footnote 401"><span class="smaller">[401]</span></a>.</p>
-
-<p>La chose était hardie, elle n'était pas téméraire. On connaissait les
-divisions de la noblesse française, les défiances qui l'empêchaient de
-se réunir en armes. Si elle n'était pas venue à temps, pendant tout un
-grand mois, pour défendre le poste qui couvrait la Seine et tout le
-royaume, il y avait à parier qu'elle laisserait bien aux Anglais les
-huit jours qu'il leur fallait pour arriver à Calais selon le calcul
+hardi. D'abord il défia le dauphin à combattre corps à corps. Puis, pour
+constater que la France n'osait combattre, il déclara que d'Harfleur il
+irait, à travers champs, jusqu'à la ville de Calais<a id="footnotetag401" name="footnotetag401"></a><a href="#footnote401" title="Go to footnote 401"><span class="smaller">[401]</span></a>.</p>
+
+<p>La chose était hardie, elle n'était pas téméraire. On connaissait les
+divisions de la noblesse française, les défiances qui l'empêchaient de
+se réunir en armes. Si elle n'était pas venue à temps, pendant tout un
+grand mois, pour défendre le poste qui couvrait la Seine et tout le
+royaume, il y avait à parier qu'elle laisserait bien aux Anglais les
+huit jours qu'il leur fallait pour arriver à Calais selon le calcul
d'Henri.</p>
<p>Il lui restait deux mille hommes d'armes, treize mille archers, une
-armée leste, robuste; c'étaient ceux qui avaient résisté. Il leur fit
+armée leste, robuste; c'étaient ceux qui avaient résisté. Il leur fit
prendre des vivres pour huit jours. D'ailleurs, une fois sorti de
-Normandie, il y avait à parier que les capitaines du duc de Bourgogne en
-Picardie, en Artois, aideraient à nourrir cette armée, ce qui arriva.
-C'était le mois d'octobre, les vendanges se faisaient; le vin ne
+Normandie, il y avait à parier que les capitaines du duc de Bourgogne en
+Picardie, en Artois, aideraient à nourrir cette armée, ce qui arriva.
+C'était le mois d'octobre, les vendanges se faisaient; le vin ne
manquerait pas; avec du vin, le soldat anglais pouvait aller au bout du
monde.</p>
-<p>L'essentiel était de ne pas soulever les populations sur sa route, de ne
-pas armer les paysans par des désordres. Le roi fit exécuter à la lettre
-les belles ordonnances de Richard II sur la discipline<a id="footnotetag402" name="footnotetag402"></a><a href="#footnote402" title="Go to footnote 402"><span class="smaller">[402]</span></a>: Défense du
-viol et du pillage d'église, sous peine de la potence; <span class="pagenum"><a id="page248" name="page248"></a>(p. 248)</span> défense
-de crier <i>havoc</i> (pille!), sous peine d'avoir la tête coupée; même peine
-contre celui qui vole un marchand ou vivandier; obéir au capitaine,
-loger au logis marqué, sous peine d'être emprisonné et de perdre son
+<p>L'essentiel était de ne pas soulever les populations sur sa route, de ne
+pas armer les paysans par des désordres. Le roi fit exécuter à la lettre
+les belles ordonnances de Richard II sur la discipline<a id="footnotetag402" name="footnotetag402"></a><a href="#footnote402" title="Go to footnote 402"><span class="smaller">[402]</span></a>: Défense du
+viol et du pillage d'église, sous peine de la potence; <span class="pagenum"><a id="page248" name="page248"></a>(p. 248)</span> défense
+de crier <i>havoc</i> (pille!), sous peine d'avoir la tête coupée; même peine
+contre celui qui vole un marchand ou vivandier; obéir au capitaine,
+loger au logis marqué, sous peine d'être emprisonné et de perdre son
cheval, etc.</p>
-<p>L'armée anglaise partit d'Harfleur le 8 octobre. Elle traversa le pays
-de Caux. Tout était hostile. Arques tira sur les Anglais; mais quand ils
-eurent fait la menace de brûler tout le voisinage, la ville fournit la
+<p>L'armée anglaise partit d'Harfleur le 8 octobre. Elle traversa le pays
+de Caux. Tout était hostile. Arques tira sur les Anglais; mais quand ils
+eurent fait la menace de brûler tout le voisinage, la ville fournit la
seule chose qu'on lui demandait, du pain et du vin. Eu fit une furieuse
-sortie; même menace, même concession; du pain, du vin, rien de plus.</p>
-
-<p>Sortis enfin de la Normandie, les Anglais arrivèrent le 13 à Abbeville,
-comptant passer la Somme à la Blanche-Tache, au lieu même où Édouard III
-avait forcé le passage avant la bataille de Créci. Henri V apprit que le
-gué était gardé. Des bruits terribles circulaient sur la prodigieuse
-armée que les Français rassemblaient; le défi chevaleresque du roi
-d'Angleterre avait provoqué la <em>furie</em> française<a id="footnotetag403" name="footnotetag403"></a><a href="#footnote403" title="Go to footnote 403"><span class="smaller">[403]</span></a>; le duc de
-Lorraine, à lui seul, amenait, disait-on, cinquante mille hommes<a id="footnotetag404" name="footnotetag404"></a><a href="#footnote404" title="Go to footnote 404"><span class="smaller">[404]</span></a>.
-Le fait est que, quelque diligence que mît la noblesse, celle surtout du
-parti d'Orléans, à se rassembler, elle était loin de l'être encore. On
+sortie; même menace, même concession; du pain, du vin, rien de plus.</p>
+
+<p>Sortis enfin de la Normandie, les Anglais arrivèrent le 13 à Abbeville,
+comptant passer la Somme à la Blanche-Tache, au lieu même où Édouard III
+avait forcé le passage avant la bataille de Créci. Henri V apprit que le
+gué était gardé. Des bruits terribles circulaient sur la prodigieuse
+armée que les Français rassemblaient; le défi chevaleresque du roi
+d'Angleterre avait provoqué la <em>furie</em> française<a id="footnotetag403" name="footnotetag403"></a><a href="#footnote403" title="Go to footnote 403"><span class="smaller">[403]</span></a>; le duc de
+Lorraine, à lui seul, amenait, disait-on, cinquante mille hommes<a id="footnotetag404" name="footnotetag404"></a><a href="#footnote404" title="Go to footnote 404"><span class="smaller">[404]</span></a>.
+Le fait est que, quelque diligence que mît la noblesse, celle surtout du
+parti d'Orléans, à se rassembler, elle était loin de l'être encore. On
crut utile de tromper Henri V, de lui persuader que le <span class="pagenum"><a id="page249" name="page249"></a>(p. 249)</span> passage
-était impossible. Les Français ne craignaient rien tant que de le voir
-échapper impunément. Un Gascon, qui appartenait au connétable d'Albret,
-fut pris, peut-être se fit prendre; mené au roi d'Angleterre, il affirma
-que le passage était gardé et infranchissable. «S'il n'en est ainsi,
-dit-il, coupez-moi la tête.» On croit lire la scène où le Gascon Montluc
-entraîna le roi et le conseil, et le décida à permettre la bataille de
-Cérisoles.</p>
-
-<p>Retourner à travers les populations hostiles de la Normandie, c'était
-une honte, un danger; forcer le passage du gué était difficile, mais
-peut-être encore possible. Lefebvre de Saint-Remy dit lui-même que les
-Français étaient loin d'être prêts. Le troisième parti, c'était de
-s'engager dans les terres, en remontant la Somme jusqu'à ce qu'on
-trouvât un passage. Ce parti eût été le plus hasardeux des trois, si les
+était impossible. Les Français ne craignaient rien tant que de le voir
+échapper impunément. Un Gascon, qui appartenait au connétable d'Albret,
+fut pris, peut-être se fit prendre; mené au roi d'Angleterre, il affirma
+que le passage était gardé et infranchissable. «S'il n'en est ainsi,
+dit-il, coupez-moi la tête.» On croit lire la scène où le Gascon Montluc
+entraîna le roi et le conseil, et le décida à permettre la bataille de
+Cérisoles.</p>
+
+<p>Retourner à travers les populations hostiles de la Normandie, c'était
+une honte, un danger; forcer le passage du gué était difficile, mais
+peut-être encore possible. Lefebvre de Saint-Remy dit lui-même que les
+Français étaient loin d'être prêts. Le troisième parti, c'était de
+s'engager dans les terres, en remontant la Somme jusqu'à ce qu'on
+trouvât un passage. Ce parti eût été le plus hasardeux des trois, si les
Anglais n'eussent eu intelligence dans le pays. Mais il ne faut pas
-perdre de vue que, depuis 1406, la Picardie était sous l'influence du
+perdre de vue que, depuis 1406, la Picardie était sous l'influence du
duc de Bourgogne; qu'il y avait nombre de vassaux, que les capitaines
-des villes devaient craindre de lui déplaire, et qu'il venait de leur
-défendre d'armer contre les Anglais. Ceux-ci, venus sur les vaisseaux de
-Hollande et de Zélande, avaient dans leurs rangs des gens du Hainaut;
-des Picards s'y joignirent, et peut-être les guidèrent<a id="footnotetag405" name="footnotetag405"></a><a href="#footnote405" title="Go to footnote 405"><span class="smaller">[405]</span></a>.</p>
-
-<p>L'armée, peu instruite des facilités qu'elle trouverait dans cette
-entreprise si téméraire en apparence, <span class="pagenum"><a id="page250" name="page250"></a>(p. 250)</span> s'éloigna de la mer avec
-inquiétude. Les Anglais étaient partis le 9 d'Harfleur; le 13, ils
-commencèrent à remonter la Somme. Le 14, ils envoyèrent un détachement
-pour essayer le passage de Pont-de-Remy; mais ce détachement fut
-repoussé; le 15, ils trouvèrent que le passage de Pont-Audemer était
-gardé aussi. Huit jours étaient écoulés au 17, depuis le départ
-d'Harfleur, mais au lieu d'être à Calais, ils se trouvaient près
-d'Amiens. Les plus fermes commençaient à porter la tête basse; ils se
-recommandaient de tout leur c&oelig;ur à saint Georges et à la sainte
-Vierge. Après tout, les vivres ne manquaient pas. Ils trouvaient à
-chaque station du pain et du vin; à Boves, qui était au duc de
-Bourgogne, le vin les attendait en telle quantité que le roi craignit
+des villes devaient craindre de lui déplaire, et qu'il venait de leur
+défendre d'armer contre les Anglais. Ceux-ci, venus sur les vaisseaux de
+Hollande et de Zélande, avaient dans leurs rangs des gens du Hainaut;
+des Picards s'y joignirent, et peut-être les guidèrent<a id="footnotetag405" name="footnotetag405"></a><a href="#footnote405" title="Go to footnote 405"><span class="smaller">[405]</span></a>.</p>
+
+<p>L'armée, peu instruite des facilités qu'elle trouverait dans cette
+entreprise si téméraire en apparence, <span class="pagenum"><a id="page250" name="page250"></a>(p. 250)</span> s'éloigna de la mer avec
+inquiétude. Les Anglais étaient partis le 9 d'Harfleur; le 13, ils
+commencèrent à remonter la Somme. Le 14, ils envoyèrent un détachement
+pour essayer le passage de Pont-de-Remy; mais ce détachement fut
+repoussé; le 15, ils trouvèrent que le passage de Pont-Audemer était
+gardé aussi. Huit jours étaient écoulés au 17, depuis le départ
+d'Harfleur, mais au lieu d'être à Calais, ils se trouvaient près
+d'Amiens. Les plus fermes commençaient à porter la tête basse; ils se
+recommandaient de tout leur c&oelig;ur à saint Georges et à la sainte
+Vierge. Après tout, les vivres ne manquaient pas. Ils trouvaient à
+chaque station du pain et du vin; à Boves, qui était au duc de
+Bourgogne, le vin les attendait en telle quantité que le roi craignit
qu'ils ne s'enivrassent.</p>
-<p>Près de Nesles, les paysans refusèrent les vivres et s'enfuirent. La
+<p>Près de Nesles, les paysans refusèrent les vivres et s'enfuirent. La
Providence secourut encore les Anglais. Un homme du pays vint dire<a id="footnotetag406" name="footnotetag406"></a><a href="#footnote406" title="Go to footnote 406"><span class="smaller">[406]</span></a>
-qu'en traversant un marais, ils trouveraient un gué dans la rivière.
-C'était un passage long, dangereux, auquel on ne passait guère. Le roi
-avait ordonné au capitaine de Saint-Quentin de détruire le gué, et même
+qu'en traversant un marais, ils trouveraient un gué dans la rivière.
+C'était un passage long, dangereux, auquel on ne passait guère. Le roi
+avait ordonné au capitaine de Saint-Quentin de détruire le gué, et même
d'y planter des pieux, mais il n'en avait rien fait.</p>
<p>Les Anglais ne perdirent pas un moment. Pour faciliter le passage, ils
-abattirent les maisons voisines, jetèrent sur l'eau des portes, des
-fenêtres, des échelles, tout ce qu'ils trouvaient. Il leur fallut tout
-un jour; les <span class="pagenum"><a id="page251" name="page251"></a>(p. 251)</span> Français avaient une belle occasion de les
+abattirent les maisons voisines, jetèrent sur l'eau des portes, des
+fenêtres, des échelles, tout ce qu'ils trouvaient. Il leur fallut tout
+un jour; les <span class="pagenum"><a id="page251" name="page251"></a>(p. 251)</span> Français avaient une belle occasion de les
attaquer dans ce long passage.</p>
<p>Ce fut seulement le lendemain, dimanche 20 octobre, que le roi
-d'Angleterre reçut enfin le défi du duc d'Orléans, du duc de Bourbon et
-du connétable d'Albret. Ces princes n'avaient pas perdu de temps, mais
-ils avaient trouvé tous les obstacles que pouvait rencontrer un parti
-qui se portait seul pour défenseur du royaume. En un mois, ils avaient
-entraîné jusqu'à Abbeville toute la noblesse du Midi, du Centre. Ils
-avaient forcé l'indécision du conseil royal et les peurs du duc de
-Berri. Ce vieux duc voulait d'abord que les partis d'Orléans et de
+d'Angleterre reçut enfin le défi du duc d'Orléans, du duc de Bourbon et
+du connétable d'Albret. Ces princes n'avaient pas perdu de temps, mais
+ils avaient trouvé tous les obstacles que pouvait rencontrer un parti
+qui se portait seul pour défenseur du royaume. En un mois, ils avaient
+entraîné jusqu'à Abbeville toute la noblesse du Midi, du Centre. Ils
+avaient forcé l'indécision du conseil royal et les peurs du duc de
+Berri. Ce vieux duc voulait d'abord que les partis d'Orléans et de
Bourgogne envoyassent chacun cinq cents lances seulement<a id="footnotetag407" name="footnotetag407"></a><a href="#footnote407" title="Go to footnote 407"><span class="smaller">[407]</span></a>; mais ceux
-d'Orléans vinrent tous. Ensuite se souvenant de Poitiers, où il s'était
-sauvé jadis, il voulait qu'on évitât la bataille, que du moins le roi et
+d'Orléans vinrent tous. Ensuite se souvenant de Poitiers, où il s'était
+sauvé jadis, il voulait qu'on évitât la bataille, que du moins le roi et
le dauphin se gardassent bien d'y aller. Il obtint ce dernier point;
-mais la bataille fut décidée. Sur trente-cinq conseillers, il s'en
-trouva cinq contre, trente pour. C'était au fond le sentiment national;
-il fallait, dût-on être battu, faire preuve de c&oelig;ur, ne pas laisser
-l'Anglais s'en aller rire à nos dépens après cette longue promenade.
+mais la bataille fut décidée. Sur trente-cinq conseillers, il s'en
+trouva cinq contre, trente pour. C'était au fond le sentiment national;
+il fallait, dût-on être battu, faire preuve de c&oelig;ur, ne pas laisser
+l'Anglais s'en aller rire à nos dépens après cette longue promenade.
Nombre de gentilshommes des Pays-Bas voulurent nous servir de seconds
-dans ce grand duel. Ceux du Hainaut, du Brabant, de Zélande, de Hollande
-même si éloignés, et que la chose ne touchait en rien, vinrent combattre
-dans nos rangs, malgré le duc de Bourgogne.</p>
+dans ce grand duel. Ceux du Hainaut, du Brabant, de Zélande, de Hollande
+même si éloignés, et que la chose ne touchait en rien, vinrent combattre
+dans nos rangs, malgré le duc de Bourgogne.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page252" name="page252"></a>(p. 252)</span> D'Abbeville, l'armée des princes avait de son côté remonté la
-Somme jusqu'à Péronne, pour disputer le passage. Sachant qu'Henri était
-passé, ils lui envoyèrent demander, selon les us de la chevalerie, jour
+<p><span class="pagenum"><a id="page252" name="page252"></a>(p. 252)</span> D'Abbeville, l'armée des princes avait de son côté remonté la
+Somme jusqu'à Péronne, pour disputer le passage. Sachant qu'Henri était
+passé, ils lui envoyèrent demander, selon les us de la chevalerie, jour
et lieu pour la bataille, et quelle route il voulait tenir. L'Anglais
-répondit, avec une simplicité digne, qu'il allait droit à Calais, qu'il
+répondit, avec une simplicité digne, qu'il allait droit à Calais, qu'il
n'entrait dans aucune ville, qu'ainsi on le trouverait toujours en plein
-champ, à la grâce de Dieu. À quoi il ajouta: «Nous engageons nos ennemis
-à ne pas nous fermer la route et à éviter l'effusion du sang chrétien.»</p>
+champ, à la grâce de Dieu. À quoi il ajouta: «Nous engageons nos ennemis
+à ne pas nous fermer la route et à éviter l'effusion du sang chrétien.»</p>
-<p>De l'autre côté de la Somme, les Anglais se virent vraiment en pays
-ennemi. Le pain manqua; ils ne mangèrent pendant huit jours que de la
+<p>De l'autre côté de la Somme, les Anglais se virent vraiment en pays
+ennemi. Le pain manqua; ils ne mangèrent pendant huit jours que de la
viande, des &oelig;ufs, du beurre, enfin ce qu'ils purent trouver. Les
-princes avaient dévasté la campagne, rompu les routes. L'armée anglaise
-fut obligée, pour les logements, de se diviser entre plusieurs villages.
-C'était encore une occasion pour les Français: ils n'en profitèrent pas.
-Préoccupés uniquement de faire une belle bataille, ils laissaient
-l'ennemi venir tout à son aise. Ils s'assemblaient plus loin, près du
-château d'Azincourt, dans un lieu où la route de Calais se resserrant
-entre Azincourt et Tramecourt, le roi serait obligé, pour passer, de
+princes avaient dévasté la campagne, rompu les routes. L'armée anglaise
+fut obligée, pour les logements, de se diviser entre plusieurs villages.
+C'était encore une occasion pour les Français: ils n'en profitèrent pas.
+Préoccupés uniquement de faire une belle bataille, ils laissaient
+l'ennemi venir tout à son aise. Ils s'assemblaient plus loin, près du
+château d'Azincourt, dans un lieu où la route de Calais se resserrant
+entre Azincourt et Tramecourt, le roi serait obligé, pour passer, de
livrer bataille.</p>
-<p>Le jeudi 24 octobre, les Anglais ayant passé Blangy<a id="footnotetag408" name="footnotetag408"></a><a href="#footnote408" title="Go to footnote 408"><span class="smaller">[408]</span></a> apprirent que
-les Français étaient tout près et crurent <span class="pagenum"><a id="page253" name="page253"></a>(p. 253)</span> qu'ils allaient
-attaquer. Les gens d'armes descendirent de cheval, et tous, se mettant à
-genoux, levant les mains au ciel, prièrent Dieu de les prendre en sa
-garde. Cependant il n'y eut rien encore; le connétable n'était pas
-arrivé à l'armée française. Les Anglais allèrent loger à Maisoncelle, se
-rapprochant d'Azincourt. Henri V se débarrassa de ses prisonniers. «Si
-vos maîtres survivent, dit-il, vous vous représenterez à Calais.»</p>
-
-<p>Enfin ils découvrirent l'immense armée française, ses feux, ses
-bannières. Il y avait, au jugement du témoin oculaire, quatorze mille
-hommes d'armes, en tout peut-être cinquante mille hommes; trois fois
+<p>Le jeudi 24 octobre, les Anglais ayant passé Blangy<a id="footnotetag408" name="footnotetag408"></a><a href="#footnote408" title="Go to footnote 408"><span class="smaller">[408]</span></a> apprirent que
+les Français étaient tout près et crurent <span class="pagenum"><a id="page253" name="page253"></a>(p. 253)</span> qu'ils allaient
+attaquer. Les gens d'armes descendirent de cheval, et tous, se mettant à
+genoux, levant les mains au ciel, prièrent Dieu de les prendre en sa
+garde. Cependant il n'y eut rien encore; le connétable n'était pas
+arrivé à l'armée française. Les Anglais allèrent loger à Maisoncelle, se
+rapprochant d'Azincourt. Henri V se débarrassa de ses prisonniers. «Si
+vos maîtres survivent, dit-il, vous vous représenterez à Calais.»</p>
+
+<p>Enfin ils découvrirent l'immense armée française, ses feux, ses
+bannières. Il y avait, au jugement du témoin oculaire, quatorze mille
+hommes d'armes, en tout peut-être cinquante mille hommes; trois fois
plus que n'en comptaient les Anglais<a id="footnotetag409" name="footnotetag409"></a><a href="#footnote409" title="Go to footnote 409"><span class="smaller">[409]</span></a>. Ceux-ci avaient onze ou douze
-mille hommes, de quinze mille qu'ils avaient emmenés d'Harfleur; dix
-mille au moins, sur ce nombre, étaient des archers.</p>
+mille hommes, de quinze mille qu'ils avaient emmenés d'Harfleur; dix
+mille au moins, sur ce nombre, étaient des archers.</p>
<p>Le premier qui vint avertir le roi, le Gallois<a id="footnotetag410" name="footnotetag410"></a><a href="#footnote410" title="Go to footnote 410"><span class="smaller">[410]</span></a> David Gam, comme on
-lui demandait ce que les Français pouvaient avoir d'hommes, répondit
-avec le ton léger et vantard des Gallois: «Assez pour être tués, assez
-pour être pris, assez pour fuir<a id="footnotetag411" name="footnotetag411"></a><a href="#footnote411" title="Go to footnote 411"><span class="smaller">[411]</span></a>.» Un Anglais, sir Walter
-Hungerford, ne put s'empêcher d'observer qu'il n'eût pas été inutile de
+lui demandait ce que les Français pouvaient avoir d'hommes, répondit
+avec le ton léger et vantard des Gallois: «Assez pour être tués, assez
+pour être pris, assez pour fuir<a id="footnotetag411" name="footnotetag411"></a><a href="#footnote411" title="Go to footnote 411"><span class="smaller">[411]</span></a>.» Un Anglais, sir Walter
+Hungerford, ne put s'empêcher d'observer qu'il n'eût pas été inutile de
faire venir dix mille bons archers de plus; il y en avait tant en
-Angleterre qui n'auraient pas mieux demandé. Mais le roi dit
-sévèrement: «Par le nom de Notre-Seigneur, je ne <span class="pagenum"><a id="page254" name="page254"></a>(p. 254)</span> voudrais pas
+Angleterre qui n'auraient pas mieux demandé. Mais le roi dit
+sévèrement: «Par le nom de Notre-Seigneur, je ne <span class="pagenum"><a id="page254" name="page254"></a>(p. 254)</span> voudrais pas
un homme de plus. Le nombre que nous avons, c'est le nombre qu'il a
voulu; ces gens placent leur confiance dans leur multitude, et moi dans
-Celui qui fit vaincre si souvent Judas Macchabée.»</p>
+Celui qui fit vaincre si souvent Judas Macchabée.»</p>
-<p>Les Anglais, ayant encore une nuit à eux, l'employèrent utilement à se
-préparer, à soigner l'âme et le corps, autant qu'il se pouvait. D'abord
-ils roulèrent les bannières, de peur de la pluie, mirent bas et plièrent
-les belles cottes d'armes qu'ils avaient endossées pour combattre. Puis,
+<p>Les Anglais, ayant encore une nuit à eux, l'employèrent utilement à se
+préparer, à soigner l'âme et le corps, autant qu'il se pouvait. D'abord
+ils roulèrent les bannières, de peur de la pluie, mirent bas et plièrent
+les belles cottes d'armes qu'ils avaient endossées pour combattre. Puis,
afin de passer confortablement cette froide nuit d'octobre, ils
ouvrirent leurs malles et mirent sous eux de la paille qu'ils envoyaient
chercher aux villages voisins. Les hommes d'armes remettaient des
-aiguillettes à leurs armures, les archers des cordes neuves aux arcs.
-Ils avaient depuis plusieurs jours taillé, aiguisé les pieux qu'ils
-plantaient ordinairement devant eux pour arrêter la gendarmerie. Tout en
-préparant la victoire, ces braves gens songeaient au salut; ils se
-mettaient en règle du côté de Dieu et de la conscience. Ils se
-confessaient à la hâte, ceux du moins que les prêtres pouvaient
-expédier. Tout cela se faisait sans bruit, tout bas. Le roi avait
-ordonné le silence, sous peine, pour les gentlemen, de perdre leur
+aiguillettes à leurs armures, les archers des cordes neuves aux arcs.
+Ils avaient depuis plusieurs jours taillé, aiguisé les pieux qu'ils
+plantaient ordinairement devant eux pour arrêter la gendarmerie. Tout en
+préparant la victoire, ces braves gens songeaient au salut; ils se
+mettaient en règle du côté de Dieu et de la conscience. Ils se
+confessaient à la hâte, ceux du moins que les prêtres pouvaient
+expédier. Tout cela se faisait sans bruit, tout bas. Le roi avait
+ordonné le silence, sous peine, pour les gentlemen, de perdre leur
cheval, et pour les autres l'oreille droite.</p>
-<p>Du côté des Français, c'était autre chose. On s'occupait à faire des
-chevaliers. Partout de grands feux qui montraient tout à l'ennemi: un
+<p>Du côté des Français, c'était autre chose. On s'occupait à faire des
+chevaliers. Partout de grands feux qui montraient tout à l'ennemi: un
bruit confus de gens qui criaient, s'appelaient, un vacarme de valets et
-de pages. Beaucoup de gentilshommes passèrent la nuit dans leurs
-lourdes armures, à cheval, sans doute <span class="pagenum"><a id="page255" name="page255"></a>(p. 255)</span> pour ne pas les salir
-dans la boue; boue profonde, pluie froide; ils étaient morfondus.
-Encore, s'il y avait eu de la musique<a id="footnotetag412" name="footnotetag412"></a><a href="#footnote412" title="Go to footnote 412"><span class="smaller">[412]</span></a>... Les chevaux même étaient
-tristes; pas un ne hennissait... À ce fâcheux augure, joignez les
-souvenirs; Azincourt n'est pas loin de Créci.</p>
-
-<p>Le matin du 25 octobre 1415, jour de saint Crépin et saint Crépinien, le
+de pages. Beaucoup de gentilshommes passèrent la nuit dans leurs
+lourdes armures, à cheval, sans doute <span class="pagenum"><a id="page255" name="page255"></a>(p. 255)</span> pour ne pas les salir
+dans la boue; boue profonde, pluie froide; ils étaient morfondus.
+Encore, s'il y avait eu de la musique<a id="footnotetag412" name="footnotetag412"></a><a href="#footnote412" title="Go to footnote 412"><span class="smaller">[412]</span></a>... Les chevaux même étaient
+tristes; pas un ne hennissait... À ce fâcheux augure, joignez les
+souvenirs; Azincourt n'est pas loin de Créci.</p>
+
+<p>Le matin du 25 octobre 1415, jour de saint Crépin et saint Crépinien, le
roi d'Angleterre entendit, selon sa coutume, trois messes<a id="footnotetag413" name="footnotetag413"></a><a href="#footnote413" title="Go to footnote 413"><span class="smaller">[413]</span></a>, tout
-armé, tête nue. Puis il se fit mettre en tête un magnifique bassinet où
-se trouvait une couronne d'or, cerclée, fermée, impériale. Il monta un
-petit cheval gris, sans éperons, fit avancer son armée sur un champ de
-jeunes blés verts, où le terrain était moins défoncé par la pluie, toute
-l'armée en un corps, au centre les quelques lances qu'il avait,
-flanquées de masses d'archers; puis il alla tout le long au pas, disant
-quelques paroles brèves: «Vous avez bonne cause, je ne suis venu que
-pour demander mon droit... Souvenez-vous que vous êtes de la vieille
+armé, tête nue. Puis il se fit mettre en tête un magnifique bassinet où
+se trouvait une couronne d'or, cerclée, fermée, impériale. Il monta un
+petit cheval gris, sans éperons, fit avancer son armée sur un champ de
+jeunes blés verts, où le terrain était moins défoncé par la pluie, toute
+l'armée en un corps, au centre les quelques lances qu'il avait,
+flanquées de masses d'archers; puis il alla tout le long au pas, disant
+quelques paroles brèves: «Vous avez bonne cause, je ne suis venu que
+pour demander mon droit... Souvenez-vous que vous êtes de la vieille
Angleterre; que vos parents, vos femmes et vos enfants vous attendent
-là-bas; il faut avoir un beau retour. Les rois d'Angleterre ont toujours
+là-bas; il faut avoir un beau retour. Les rois d'Angleterre ont toujours
fait de belle besogne en France... Gardez l'honneur de la Couronne;
-gardez-vous vous-mêmes. Les Français disent qu'ils feront couper trois
-doigts de la main à tous les archers.»</p>
+gardez-vous vous-mêmes. Les Français disent qu'ils feront couper trois
+doigts de la main à tous les archers.»</p>
-<p>Le terrain était en si mauvais état que personne ne se souciait
-d'attaquer. Le roi d'Angleterre fit parler <span class="pagenum"><a id="page256" name="page256"></a>(p. 256)</span> aux Français. Il
+<p>Le terrain était en si mauvais état que personne ne se souciait
+d'attaquer. Le roi d'Angleterre fit parler <span class="pagenum"><a id="page256" name="page256"></a>(p. 256)</span> aux Français. Il
offrait de renoncer au titre de roi de France et de rendre Harfleur,
-pourvu qu'on lui donnât la Guyenne, un peu arrondie, le Ponthieu, une
-fille du roi et huit cent mille écus. Ce parlementage entre les deux
-armées ne diminua pas, comme on eût pu le croire, la fermeté anglaise;
+pourvu qu'on lui donnât la Guyenne, un peu arrondie, le Ponthieu, une
+fille du roi et huit cent mille écus. Ce parlementage entre les deux
+armées ne diminua pas, comme on eût pu le croire, la fermeté anglaise;
pendant ce temps, les archers assuraient leurs pieux.</p>
-<p>Les deux armées faisaient un étrange contraste. Du côté des Français,
-trois escadrons énormes, comme trois forêts de lances, qui, dans cette
-plaine étroite, se succédaient à la file et s'étiraient en profondeur;
-au front, le connétable, les princes, les ducs d'Orléans, de Bar et
-d'Alençon, les comtes de Nevers, d'Eu, de Richemont, de Vendôme, une
-foule de seigneurs, une iris éblouissante d'armures émaillées,
-d'écussons, de bannières, les chevaux bizarrement déguisés dans l'acier
-et dans l'or. Les Français avaient aussi des archers, des gens des
-communes<a id="footnotetag414" name="footnotetag414"></a><a href="#footnote414" title="Go to footnote 414"><span class="smaller">[414]</span></a>; mais où les mettre? Les places étaient comptées, personne
-n'eût donné la sienne<a id="footnotetag415" name="footnotetag415"></a><a href="#footnote415" title="Go to footnote 415"><span class="smaller">[415]</span></a>; ces gens auraient fait tache <span class="pagenum"><a id="page257" name="page257"></a>(p. 257)</span> en si
-noble assemblée. Il y avait des canons, mais il ne paraît pas qu'on s'en
+<p>Les deux armées faisaient un étrange contraste. Du côté des Français,
+trois escadrons énormes, comme trois forêts de lances, qui, dans cette
+plaine étroite, se succédaient à la file et s'étiraient en profondeur;
+au front, le connétable, les princes, les ducs d'Orléans, de Bar et
+d'Alençon, les comtes de Nevers, d'Eu, de Richemont, de Vendôme, une
+foule de seigneurs, une iris éblouissante d'armures émaillées,
+d'écussons, de bannières, les chevaux bizarrement déguisés dans l'acier
+et dans l'or. Les Français avaient aussi des archers, des gens des
+communes<a id="footnotetag414" name="footnotetag414"></a><a href="#footnote414" title="Go to footnote 414"><span class="smaller">[414]</span></a>; mais où les mettre? Les places étaient comptées, personne
+n'eût donné la sienne<a id="footnotetag415" name="footnotetag415"></a><a href="#footnote415" title="Go to footnote 415"><span class="smaller">[415]</span></a>; ces gens auraient fait tache <span class="pagenum"><a id="page257" name="page257"></a>(p. 257)</span> en si
+noble assemblée. Il y avait des canons, mais il ne paraît pas qu'on s'en
soit servi; probablement il n'y eut pas non plus de place pour eux.</p>
-<p>L'armée anglaise n'était pas belle. Les archers n'avaient pas d'armure,
-souvent pas de souliers; ils étaient pauvrement coiffés de cuir bouilli,
-d'osier même avec une croisure de fer; les cognées et les haches,
-pendues à leur ceinture, leur donnaient un air de charpentiers.
-Plusieurs de ces bons ouvriers avaient baissé leurs chausses, pour être
-à l'aise et bien travailler, pour bander l'arc d'abord<a id="footnotetag416" name="footnotetag416"></a><a href="#footnote416" title="Go to footnote 416"><span class="smaller">[416]</span></a>, puis pour
+<p>L'armée anglaise n'était pas belle. Les archers n'avaient pas d'armure,
+souvent pas de souliers; ils étaient pauvrement coiffés de cuir bouilli,
+d'osier même avec une croisure de fer; les cognées et les haches,
+pendues à leur ceinture, leur donnaient un air de charpentiers.
+Plusieurs de ces bons ouvriers avaient baissé leurs chausses, pour être
+à l'aise et bien travailler, pour bander l'arc d'abord<a id="footnotetag416" name="footnotetag416"></a><a href="#footnote416" title="Go to footnote 416"><span class="smaller">[416]</span></a>, puis pour
manier la hache, quand ils pourraient sortir de leur enceinte de pieux,
et charpenter ces masses immobiles.</p>
<p>Un fait bizarre, incroyable, et pourtant certain, c'est qu'en effet
-l'armée française ne put bouger, ni pour combattre, ni pour fuir.
-L'arrière-garde seule échappa.</p>
-
-<p>Au moment décisif, lorsque le vieux Thomas de Herpinghem, ayant rangé
-l'armée anglaise, jeta son bâton en l'air en disant: «Now strike<a id="footnotetag417" name="footnotetag417"></a><a href="#footnote417" title="Go to footnote 417"><span class="smaller">[417]</span></a>!»,
-lorsque les Anglais eurent répondu par un formidable cri de dix mille
-hommes, l'armée française resta encore immobile à leur grand étonnement.
-Chevaux et chevaliers, tous parurent enchantés, ou morts dans leurs
-armures. Dans la réalité, c'est que ces grands chevaux de combat, sous
-la charge de leur pesant cavalier, de <span class="pagenum"><a id="page258" name="page258"></a>(p. 258)</span> leur vaste caparaçon de
-fer, s'étaient profondément enfoncés des quatre pieds dans les terres
-fortes; ils y étaient parfaitement établis, et ils ne s'en dépêtrèrent
+l'armée française ne put bouger, ni pour combattre, ni pour fuir.
+L'arrière-garde seule échappa.</p>
+
+<p>Au moment décisif, lorsque le vieux Thomas de Herpinghem, ayant rangé
+l'armée anglaise, jeta son bâton en l'air en disant: «Now strike<a id="footnotetag417" name="footnotetag417"></a><a href="#footnote417" title="Go to footnote 417"><span class="smaller">[417]</span></a>!»,
+lorsque les Anglais eurent répondu par un formidable cri de dix mille
+hommes, l'armée française resta encore immobile à leur grand étonnement.
+Chevaux et chevaliers, tous parurent enchantés, ou morts dans leurs
+armures. Dans la réalité, c'est que ces grands chevaux de combat, sous
+la charge de leur pesant cavalier, de <span class="pagenum"><a id="page258" name="page258"></a>(p. 258)</span> leur vaste caparaçon de
+fer, s'étaient profondément enfoncés des quatre pieds dans les terres
+fortes; ils y étaient parfaitement établis, et ils ne s'en dépêtrèrent
que pour avancer quelque peu au pas.</p>
<p>Tel est l'aveu des historiens du parti anglais, aveu modeste qui fait
-honneur à leur probité.</p>
+honneur à leur probité.</p>
-<p>Lefebvre, Jean de Vaurin et Walsingham<a id="footnotetag418" name="footnotetag418"></a><a href="#footnote418" title="Go to footnote 418"><span class="smaller">[418]</span></a> disent expressément que le
-champ n'était qu'une boue visqueuse. «La place estoit molle et effondrée
-des chevaux, en telle manière que à grant peine se pouvoient ravoir hors
-de la terre, tant elle estoit molle.»</p>
+<p>Lefebvre, Jean de Vaurin et Walsingham<a id="footnotetag418" name="footnotetag418"></a><a href="#footnote418" title="Go to footnote 418"><span class="smaller">[418]</span></a> disent expressément que le
+champ n'était qu'une boue visqueuse. «La place estoit molle et effondrée
+des chevaux, en telle manière que à grant peine se pouvoient ravoir hors
+de la terre, tant elle estoit molle.»</p>
-<p>«D'autre part, dit encore Lefebvre, les Franchois estoient si chargés de
-harnois qu'ils ne pouvoient aller avant. Premièrement, estoient chargés
+<p>«D'autre part, dit encore Lefebvre, les Franchois estoient si chargés de
+harnois qu'ils ne pouvoient aller avant. Premièrement, estoient chargés
de cottes d'acier, longues, passants les genoux et moult pesantes, et
pardessous harnois de jambes, et pardessus blancs harnois, et de plus
-bachinets de caruail... Ils étoient si pressés l'un de l'autre, qu'ils
-ne pouvoient lever leurs bras pour férir les ennemis, sinon aucuns qui
-estoient au front.»</p>
-
-<p>Un autre historien du parti anglais nous apprend que les Français
-étaient rangés sur une profondeur de trente-deux hommes, tandis que les
-Anglais n'avaient que quatre rangs<a id="footnotetag419" name="footnotetag419"></a><a href="#footnote419" title="Go to footnote 419"><span class="smaller">[419]</span></a>. Cette profondeur énorme des
-Français ne leur servait à rien; leurs trente-deux rangs étaient tous,
+bachinets de caruail... Ils étoient si pressés l'un de l'autre, qu'ils
+ne pouvoient lever leurs bras pour férir les ennemis, sinon aucuns qui
+estoient au front.»</p>
+
+<p>Un autre historien du parti anglais nous apprend que les Français
+étaient rangés sur une profondeur de trente-deux hommes, tandis que les
+Anglais n'avaient que quatre rangs<a id="footnotetag419" name="footnotetag419"></a><a href="#footnote419" title="Go to footnote 419"><span class="smaller">[419]</span></a>. Cette profondeur énorme des
+Français ne leur servait à rien; leurs trente-deux rangs étaient tous,
ou presque tous, de cavaliers; la plupart, loin de pouvoir agir, ne
-voyaient même pas <span class="pagenum"><a id="page259" name="page259"></a>(p. 259)</span> l'action; les Anglais agirent tous. Des
-cinquante mille Français, deux ou trois mille seulement purent combattre
+voyaient même pas <span class="pagenum"><a id="page259" name="page259"></a>(p. 259)</span> l'action; les Anglais agirent tous. Des
+cinquante mille Français, deux ou trois mille seulement purent combattre
les onze mille Anglais, ou du moins l'auraient pu, si leurs chevaux
-s'étaient tirés de la boue.</p>
-
-<p>Les archers anglais, pour réveiller ces inertes masses, leur dardèrent,
-avec une extrême roideur, dix mille traits au visage. Les cavaliers de
-fer baissèrent la tête, autrement les traits auraient pénétré par les
-visières des casques. Alors des deux ailes, de Tramecourt, d'Azincourt,
-s'ébranlèrent lourdement à grand renfort d'éperons, deux escadrons
-français; ils étaient conduits par deux excellents hommes d'armes,
+s'étaient tirés de la boue.</p>
+
+<p>Les archers anglais, pour réveiller ces inertes masses, leur dardèrent,
+avec une extrême roideur, dix mille traits au visage. Les cavaliers de
+fer baissèrent la tête, autrement les traits auraient pénétré par les
+visières des casques. Alors des deux ailes, de Tramecourt, d'Azincourt,
+s'ébranlèrent lourdement à grand renfort d'éperons, deux escadrons
+français; ils étaient conduits par deux excellents hommes d'armes,
messire Clignet de Brabant, et messire Guillaume de Saveuse. Le premier
-escadron, venant de Tramecourt, fut inopinément criblé en flanc par un
-corps d'archers cachés dans le bois<a id="footnotetag420" name="footnotetag420"></a><a href="#footnote420" title="Go to footnote 420"><span class="smaller">[420]</span></a>; ni l'un ni l'autre escadron
+escadron, venant de Tramecourt, fut inopinément criblé en flanc par un
+corps d'archers cachés dans le bois<a id="footnotetag420" name="footnotetag420"></a><a href="#footnote420" title="Go to footnote 420"><span class="smaller">[420]</span></a>; ni l'un ni l'autre escadron
n'arriva.</p>
-<p>De douze cents hommes qui exécutaient cette charge, il n'y en avait plus
+<p>De douze cents hommes qui exécutaient cette charge, il n'y en avait plus
cent vingt, quand ils vinrent heurter aux pieux des Anglais. La plupart
-avaient chu en route, hommes et chevaux, en pleine boue. Et plût au ciel
-que tous eussent tombé; mais les autres, dont les chevaux étaient
-blessés, ne purent plus gouverner ces bêtes furieuses, qui revinrent se
-ruer sur les rangs français. L'avant-garde, bien loin de pouvoir
-s'ouvrir pour les laisser passer, était, comme on l'a vu, serrée à ne
+avaient chu en route, hommes et chevaux, en pleine boue. Et plût au ciel
+que tous eussent tombé; mais les autres, dont les chevaux étaient
+blessés, ne purent plus gouverner ces bêtes furieuses, qui revinrent se
+ruer sur les rangs français. L'avant-garde, bien loin de pouvoir
+s'ouvrir pour les laisser passer, était, comme on l'a vu, serrée à ne
pas se mouvoir. On peut juger des accidents <span class="pagenum"><a id="page260" name="page260"></a>(p. 260)</span> terribles qui
eurent lieu dans cette masse compacte, les chevaux s'effrayant,
-reculant, s'étouffant, jetant leurs cavaliers, ou les froissant dans
+reculant, s'étouffant, jetant leurs cavaliers, ou les froissant dans
leurs armures entre le fer et le fer.</p>
<p>Alors survinrent les Anglais. Laissant leur enceinte de pieux, jetant
-arcs et flèches, ils vinrent, fort à leur aise, avec les haches, les
-cognées, les lourdes épées et les massues plombées<a id="footnotetag421" name="footnotetag421"></a><a href="#footnote421" title="Go to footnote 421"><span class="smaller">[421]</span></a>, démolir cette
-montagne d'hommes et de chevaux confondus. Avec le temps, ils vinrent à
-bout de nettoyer l'avant-garde, et entrèrent, leur roi en tête, dans la
+arcs et flèches, ils vinrent, fort à leur aise, avec les haches, les
+cognées, les lourdes épées et les massues plombées<a id="footnotetag421" name="footnotetag421"></a><a href="#footnote421" title="Go to footnote 421"><span class="smaller">[421]</span></a>, démolir cette
+montagne d'hommes et de chevaux confondus. Avec le temps, ils vinrent à
+bout de nettoyer l'avant-garde, et entrèrent, leur roi en tête, dans la
seconde bataille.</p>
-<p>C'est peut-être à ce moment que dix-huit gentilshommes français seraient
+<p>C'est peut-être à ce moment que dix-huit gentilshommes français seraient
venus fondre sur le roi d'Angleterre. Ils avaient fait v&oelig;u, dit-on,
-de mourir ou de lui abattre sa couronne; un d'eux en détacha un fleuron;
-tous y périrent. Cet <em>on dit</em> ne suffit pas aux historiens; ils l'ornent
-encore, ils en font une scène homérique où le roi combat sur le corps de
-son frère blessé, comme Achille sur celui de Patrocle. Puis, c'est le
-duc d'Alençon, <em>commandant de l'armée française</em>, qui tue le duc d'York
-et fend la couronne du roi. Bientôt entouré, il se rend; Henri lui tend
-la main; mais déjà il était tué<a id="footnotetag422" name="footnotetag422"></a><a href="#footnote422" title="Go to footnote 422"><span class="smaller">[422]</span></a>.</p>
-
-<p>Ce qui est plus certain, c'est qu'à ce second moment de la bataille, le
-duc de Brabant arrivait en hâte. C'était le propre frère du duc de
-Bourgogne; il semble être venu là pour laver l'honneur de la famille. Il
-arrivait bien tard, mais encore à temps pour mourir. Le <span class="pagenum"><a id="page261" name="page261"></a>(p. 261)</span> brave
-prince avait laissé tous les siens derrière lui, il n'avait pas même
-vêtu sa cotte d'armes; au défaut, il prit sa bannière, y fit un trou, y
-passa la tête, et se jeta, à travers les Anglais, qui le tuèrent au
-moment même.</p>
-
-<p>Restait l'arrière-garde, qui ne tarda pas à se dissiper. Une foule de
-cavaliers français, démontés, mais relevés par les valets, s'étaient
-tirés de la bataille et rendus aux Anglais. En ce moment, on vient dire
-au roi qu'un corps français pille ses bagages, et d'autre part il voit
-dans l'arrière-garde des Bretons ou Gascons qui faisaient mine de
+de mourir ou de lui abattre sa couronne; un d'eux en détacha un fleuron;
+tous y périrent. Cet <em>on dit</em> ne suffit pas aux historiens; ils l'ornent
+encore, ils en font une scène homérique où le roi combat sur le corps de
+son frère blessé, comme Achille sur celui de Patrocle. Puis, c'est le
+duc d'Alençon, <em>commandant de l'armée française</em>, qui tue le duc d'York
+et fend la couronne du roi. Bientôt entouré, il se rend; Henri lui tend
+la main; mais déjà il était tué<a id="footnotetag422" name="footnotetag422"></a><a href="#footnote422" title="Go to footnote 422"><span class="smaller">[422]</span></a>.</p>
+
+<p>Ce qui est plus certain, c'est qu'à ce second moment de la bataille, le
+duc de Brabant arrivait en hâte. C'était le propre frère du duc de
+Bourgogne; il semble être venu là pour laver l'honneur de la famille. Il
+arrivait bien tard, mais encore à temps pour mourir. Le <span class="pagenum"><a id="page261" name="page261"></a>(p. 261)</span> brave
+prince avait laissé tous les siens derrière lui, il n'avait pas même
+vêtu sa cotte d'armes; au défaut, il prit sa bannière, y fit un trou, y
+passa la tête, et se jeta, à travers les Anglais, qui le tuèrent au
+moment même.</p>
+
+<p>Restait l'arrière-garde, qui ne tarda pas à se dissiper. Une foule de
+cavaliers français, démontés, mais relevés par les valets, s'étaient
+tirés de la bataille et rendus aux Anglais. En ce moment, on vient dire
+au roi qu'un corps français pille ses bagages, et d'autre part il voit
+dans l'arrière-garde des Bretons ou Gascons qui faisaient mine de
revenir sur lui. Il eut un moment de crainte, surtout voyant les siens
-embarrassés de tant de prisonniers; il ordonna à l'instant que chaque
-homme eût à tuer le sien. Pas un n'obéissait; ces soldats, sans chausses
+embarrassés de tant de prisonniers; il ordonna à l'instant que chaque
+homme eût à tuer le sien. Pas un n'obéissait; ces soldats, sans chausses
ni souliers, qui se voyaient en main les plus grands seigneurs de France
et croyaient avoir fait fortune, on leur ordonnait de se ruiner... Alors
-le roi désigna deux cents hommes pour servir de bourreaux. Ce fut, dit
-l'historien, un spectacle effroyable de voir ces pauvres gens désarmés à
-qui on venait de donner parole, et qui, de sang-froid furent égorgés,
-décapités, taillés en pièces!... L'alarme n'était rien. C'étaient des
-pillards du voisinage, des gens d'Azincourt, qui, malgré le duc de
-Bourgogne leur maître, avaient profité de l'occasion; il les en punit
-sévèrement<a id="footnotetag423" name="footnotetag423"></a><a href="#footnote423" title="Go to footnote 423"><span class="smaller">[423]</span></a>, quoiqu'ils eussent tiré du butin une riche épée pour
+le roi désigna deux cents hommes pour servir de bourreaux. Ce fut, dit
+l'historien, un spectacle effroyable de voir ces pauvres gens désarmés à
+qui on venait de donner parole, et qui, de sang-froid furent égorgés,
+décapités, taillés en pièces!... L'alarme n'était rien. C'étaient des
+pillards du voisinage, des gens d'Azincourt, qui, malgré le duc de
+Bourgogne leur maître, avaient profité de l'occasion; il les en punit
+sévèrement<a id="footnotetag423" name="footnotetag423"></a><a href="#footnote423" title="Go to footnote 423"><span class="smaller">[423]</span></a>, quoiqu'ils eussent tiré du butin une riche épée pour
son fils.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page262" name="page262"></a>(p. 262)</span> La bataille finie, les archers se hâtèrent de dépouiller les
-morts, tandis qu'ils étaient encore tièdes. Beaucoup furent tirés
-vivants de dessous les cadavres, entre autres le duc d'Orléans. Le
-lendemain, au départ, le vainqueur prit ou tua ce qui pouvait rester en
+<p><span class="pagenum"><a id="page262" name="page262"></a>(p. 262)</span> La bataille finie, les archers se hâtèrent de dépouiller les
+morts, tandis qu'ils étaient encore tièdes. Beaucoup furent tirés
+vivants de dessous les cadavres, entre autres le duc d'Orléans. Le
+lendemain, au départ, le vainqueur prit ou tua ce qui pouvait rester en
vie<a id="footnotetag424" name="footnotetag424"></a><a href="#footnote424" title="Go to footnote 424"><span class="smaller">[424]</span></a>.</p>
-<p>«C'était pitoyable chose à voir, la grant noblesse qui là avoit été
-occise, lesquels étoient desjà tout nuds comme ceux qui naissent de
-niens.» Un prêtre anglais n'en fut pas moins touché. «Si cette vue,
-dit-il, excitait compassion et componction en nous qui étions étrangers
-et passant par le pays, quel deuil était-ce donc pour les natifs
-habitants! Ah! puisse la nation française venir à paix et union avec
-l'anglaise, et s'éloigner de ses iniquités et de ses mauvaises voies!»
-Puis la dureté prévaut sur la compassion, et il ajoute: «En attendant,
-que leur faute retombe sur leur tête<a id="footnotetag425" name="footnotetag425"></a><a href="#footnote425" title="Go to footnote 425"><span class="smaller">[425]</span></a>.»</p>
-
-<p>Les Anglais avaient perdu seize cents hommes, les Français dix mille,
-presque tous gentilshommes, cent vingt seigneurs ayant bannière. La
+<p>«C'était pitoyable chose à voir, la grant noblesse qui là avoit été
+occise, lesquels étoient desjà tout nuds comme ceux qui naissent de
+niens.» Un prêtre anglais n'en fut pas moins touché. «Si cette vue,
+dit-il, excitait compassion et componction en nous qui étions étrangers
+et passant par le pays, quel deuil était-ce donc pour les natifs
+habitants! Ah! puisse la nation française venir à paix et union avec
+l'anglaise, et s'éloigner de ses iniquités et de ses mauvaises voies!»
+Puis la dureté prévaut sur la compassion, et il ajoute: «En attendant,
+que leur faute retombe sur leur tête<a id="footnotetag425" name="footnotetag425"></a><a href="#footnote425" title="Go to footnote 425"><span class="smaller">[425]</span></a>.»</p>
+
+<p>Les Anglais avaient perdu seize cents hommes, les Français dix mille,
+presque tous gentilshommes, cent vingt seigneurs ayant bannière. La
liste occupe six grandes pages dans Monstrelet. D'abord sept princes
-(Brabant, Nevers, Albret<a id="footnotetag426" name="footnotetag426"></a><a href="#footnote426" title="Go to footnote 426"><span class="smaller">[426]</span></a>, Alençon, les trois de Bar), puis des
+(Brabant, Nevers, Albret<a id="footnotetag426" name="footnotetag426"></a><a href="#footnote426" title="Go to footnote 426"><span class="smaller">[426]</span></a>, Alençon, les trois de Bar), puis des
seigneurs sans nombre, Dampierre, Vaudemont, Marle, Roussy, Salm,
-Dammartin, etc., etc., les baillis du Vermandois, de Mâcon, de Sens, de
-Senlis, <span class="pagenum"><a id="page263" name="page263"></a>(p. 263)</span> de Caen, de Meaux, un brave archevêque, celui de Sens,
+Dammartin, etc., etc., les baillis du Vermandois, de Mâcon, de Sens, de
+Senlis, <span class="pagenum"><a id="page263" name="page263"></a>(p. 263)</span> de Caen, de Meaux, un brave archevêque, celui de Sens,
Montaigu, qui se battit comme un lion.</p>
-<p>Le fils du duc de Bourgogne fit à tous les morts qui restaient nus sur
-le champ de bataille la charité d'une fosse. On mesura vingt-cinq verges
-carrées de terre, et dans cette fosse énorme l'on descendit tous ceux
-qui n'avaient pas été enlevés; de compte fait, cinq mille huit cents
-hommes. La terre fut bénie, et autour on planta une forte haie d'épines,
+<p>Le fils du duc de Bourgogne fit à tous les morts qui restaient nus sur
+le champ de bataille la charité d'une fosse. On mesura vingt-cinq verges
+carrées de terre, et dans cette fosse énorme l'on descendit tous ceux
+qui n'avaient pas été enlevés; de compte fait, cinq mille huit cents
+hommes. La terre fut bénie, et autour on planta une forte haie d'épines,
de crainte des loups<a id="footnotetag427" name="footnotetag427"></a><a href="#footnote427" title="Go to footnote 427"><span class="smaller">[427]</span></a>.</p>
-<p>Il n'y eut que quinze cents prisonniers, les vainqueurs ayant tué, comme
-on a dit, ce qui remuait encore. Ces prisonniers n'étaient rien moins
-que les ducs d'Orléans et de Bourbon, le comte d'Eu, le comte de
-Vendôme, le comte de Richemont, le maréchal de Boucicaut, messire
+<p>Il n'y eut que quinze cents prisonniers, les vainqueurs ayant tué, comme
+on a dit, ce qui remuait encore. Ces prisonniers n'étaient rien moins
+que les ducs d'Orléans et de Bourbon, le comte d'Eu, le comte de
+Vendôme, le comte de Richemont, le maréchal de Boucicaut, messire
Jacques d'Harcourt, messire Jean de Craon, etc. Ce fut toute une colonie
-française transportée en Angleterre.</p>
+française transportée en Angleterre.</p>
-<p>Après la bataille de la Meloria, perdue par les Pisans, on disait:
-«Voulez-vous voir Pise, allez à Gênes.» On eût pu dire après Azincourt:
-«Voulez-vous voir la France, allez à Londres.»</p>
+<p>Après la bataille de la Meloria, perdue par les Pisans, on disait:
+«Voulez-vous voir Pise, allez à Gênes.» On eût pu dire après Azincourt:
+«Voulez-vous voir la France, allez à Londres.»</p>
-<p>Ces prisonniers étaient entre les mains des soldats. Le roi fit une
-bonne affaire; il les acheta à bas prix, et en tira d'énormes
-rançons<a id="footnotetag428" name="footnotetag428"></a><a href="#footnote428" title="Go to footnote 428"><span class="smaller">[428]</span></a>. En attendant ils furent tenus de très près. Henri ne se
+<p>Ces prisonniers étaient entre les mains des soldats. Le roi fit une
+bonne affaire; il les acheta à bas prix, et en tira d'énormes
+rançons<a id="footnotetag428" name="footnotetag428"></a><a href="#footnote428" title="Go to footnote 428"><span class="smaller">[428]</span></a>. En attendant ils furent tenus de très près. Henri ne se
piqua point d'imiter la courtoisie du Prince Noir.</p>
-<p>La veuve d'Henri IV, veuve en premières noces du duc de Bretagne, eut
-le malheur de revoir à Londres <span class="pagenum"><a id="page264" name="page264"></a>(p. 264)</span> son fils Arthur prisonnier. Dans
-cette triste entrevue, elle avait mis à sa place une dame qu'Arthur prit
-pour sa mère. Le c&oelig;ur maternel en fut brisé. «Malheureux enfant,
-dit-elle, ne me reconnais-tu donc pas?» On les sépara. Le roi ne permit
-pas de communication entre la mère et le fils<a id="footnotetag429" name="footnotetag429"></a><a href="#footnote429" title="Go to footnote 429"><span class="smaller">[429]</span></a>.</p>
+<p>La veuve d'Henri IV, veuve en premières noces du duc de Bretagne, eut
+le malheur de revoir à Londres <span class="pagenum"><a id="page264" name="page264"></a>(p. 264)</span> son fils Arthur prisonnier. Dans
+cette triste entrevue, elle avait mis à sa place une dame qu'Arthur prit
+pour sa mère. Le c&oelig;ur maternel en fut brisé. «Malheureux enfant,
+dit-elle, ne me reconnais-tu donc pas?» On les sépara. Le roi ne permit
+pas de communication entre la mère et le fils<a id="footnotetag429" name="footnotetag429"></a><a href="#footnote429" title="Go to footnote 429"><span class="smaller">[429]</span></a>.</p>
<p>Le plus dur pour les prisonniers, ce fut de subir le sermon de ce roi
-des prêtres<a id="footnotetag430" name="footnotetag430"></a><a href="#footnote430" title="Go to footnote 430"><span class="smaller">[430]</span></a>, d'endurer ses moralités, ses humilités. Immédiatement
-après la bataille, parmi les cadavres et les blessés, il fit venir
-Montjoie, le héraut de France, et dit: «Ce n'est pas nous qui avons fait
-cette occision, c'est Dieu, pour les péchés des Français.» Puis il
-demanda gravement à qui la victoire devait être attribuée, au roi de
-France ou à lui? «À vous, monseigneur», répondit le héraut de
+des prêtres<a id="footnotetag430" name="footnotetag430"></a><a href="#footnote430" title="Go to footnote 430"><span class="smaller">[430]</span></a>, d'endurer ses moralités, ses humilités. Immédiatement
+après la bataille, parmi les cadavres et les blessés, il fit venir
+Montjoie, le héraut de France, et dit: «Ce n'est pas nous qui avons fait
+cette occision, c'est Dieu, pour les péchés des Français.» Puis il
+demanda gravement à qui la victoire devait être attribuée, au roi de
+France ou à lui? «À vous, monseigneur», répondit le héraut de
France<a id="footnotetag431" name="footnotetag431"></a><a href="#footnote431" title="Go to footnote 431"><span class="smaller">[431]</span></a>.</p>
<p>Prenant ensuite son chemin vers Calais, il ordonna, dans une halte,
-qu'on envoyât du pain et du vin au duc d'Orléans, et, comme on vint lui
-dire que le prisonnier ne prenait rien, il y alla, et lui dit: «Beau
-cousin, comment vous va?&mdash;Bien, monseigneur.&mdash;D'où vient que vous ne
-voulez ni boire ni manger?&mdash;Il est vrai, je jeûne.&mdash;Beau cousin, ne
-prenez souci; je sais bien que si Dieu m'a fait la grâce de gagner la
-bataille sur les Français, ce n'est pas que j'en sois digne; mais c'est,
-je le crois fermement, qu'il a voulu les punir. Au fait, il n'y a pas à
-s'en étonner, si ce qu'on m'en raconte est vrai; on dit que jamais il
-ne <span class="pagenum"><a id="page265" name="page265"></a>(p. 265)</span> s'est vu tant de désordres, de voluptés, de péchés et de
-mauvais vices qu'on en voit aujourd'hui en France. C'est pitié de
-l'ouïr, et horreur pour les écoutants. Si Dieu en est courroucé ce n'est
-pas merveille<a id="footnotetag432" name="footnotetag432"></a><a href="#footnote432" title="Go to footnote 432"><span class="smaller">[432]</span></a>.»</p>
-
-<p>Était-il donc bien sûr que l'Angleterre fût chargée de punir la France?
-La France était-elle si complètement abandonnée de Dieu, qu'il lui
-fallût cette discipline anglaise et ces charitables enseignements?</p>
-
-<p>Un témoin oculaire dit qu'un moment avant la bataille il vit, des rangs
-anglais, un touchant spectacle dans l'autre armée. Les Français de tous
-les partis se jetèrent dans les bras les uns des autres et se
-pardonnèrent; ils rompirent le pain ensemble. De ce moment, ajoute-t-il,
+qu'on envoyât du pain et du vin au duc d'Orléans, et, comme on vint lui
+dire que le prisonnier ne prenait rien, il y alla, et lui dit: «Beau
+cousin, comment vous va?&mdash;Bien, monseigneur.&mdash;D'où vient que vous ne
+voulez ni boire ni manger?&mdash;Il est vrai, je jeûne.&mdash;Beau cousin, ne
+prenez souci; je sais bien que si Dieu m'a fait la grâce de gagner la
+bataille sur les Français, ce n'est pas que j'en sois digne; mais c'est,
+je le crois fermement, qu'il a voulu les punir. Au fait, il n'y a pas à
+s'en étonner, si ce qu'on m'en raconte est vrai; on dit que jamais il
+ne <span class="pagenum"><a id="page265" name="page265"></a>(p. 265)</span> s'est vu tant de désordres, de voluptés, de péchés et de
+mauvais vices qu'on en voit aujourd'hui en France. C'est pitié de
+l'ouïr, et horreur pour les écoutants. Si Dieu en est courroucé ce n'est
+pas merveille<a id="footnotetag432" name="footnotetag432"></a><a href="#footnote432" title="Go to footnote 432"><span class="smaller">[432]</span></a>.»</p>
+
+<p>Était-il donc bien sûr que l'Angleterre fût chargée de punir la France?
+La France était-elle si complètement abandonnée de Dieu, qu'il lui
+fallût cette discipline anglaise et ces charitables enseignements?</p>
+
+<p>Un témoin oculaire dit qu'un moment avant la bataille il vit, des rangs
+anglais, un touchant spectacle dans l'autre armée. Les Français de tous
+les partis se jetèrent dans les bras les uns des autres et se
+pardonnèrent; ils rompirent le pain ensemble. De ce moment, ajoute-t-il,
la haine se changea en amour<a id="footnotetag433" name="footnotetag433"></a><a href="#footnote433" title="Go to footnote 433"><span class="smaller">[433]</span></a>.</p>
-<p>Je ne vois point que les Anglais se soient réconciliés<a id="footnotetag434" name="footnotetag434"></a><a href="#footnote434" title="Go to footnote 434"><span class="smaller">[434]</span></a>. Ils se
-confessèrent; chacun se mit en règle, sans s'inquiéter des autres.</p>
+<p>Je ne vois point que les Anglais se soient réconciliés<a id="footnotetag434" name="footnotetag434"></a><a href="#footnote434" title="Go to footnote 434"><span class="smaller">[434]</span></a>. Ils se
+confessèrent; chacun se mit en règle, sans s'inquiéter des autres.</p>
-<p>Cette armée anglaise semble avoir été une honnête armée, rangée,
-régulière. Ni jeu, ni filles, ni jurements. On voit à peine vraiment de
+<p>Cette armée anglaise semble avoir été une honnête armée, rangée,
+régulière. Ni jeu, ni filles, ni jurements. On voit à peine vraiment de
quoi ils se confessaient.</p>
-<p>Lesquels moururent en meilleur état? Desquels aurions-nous voulu
-être?... Le fils du duc de Bourgogne, Philippe-le-Bon, que son père
-empêcha d'aller joindre les Français, disait encore quarante ans après:
-<span class="pagenum"><a id="page266" name="page266"></a>(p. 266)</span> «Je ne me console point de n'avoir pas été à Azincourt, pour
-vivre ou mourir<a id="footnotetag435" name="footnotetag435"></a><a href="#footnote435" title="Go to footnote 435"><span class="smaller">[435]</span></a>.»</p>
-
-<p>L'excellence du caractère français, qui parut si bien à cette triste
-bataille, est noblement avouée par l'Anglais Walsingham dans une autre
-circonstance: «Lorsque le duc de Lancastre envahit la Castille, et que
-ses soldats mouraient de faim, ils demandèrent un sauf-conduit, et
-passèrent dans le camp des Castillans, où il y avait beaucoup de
-Français auxiliaires. Ceux-ci furent touchés de la misère des Anglais;
-ils les traitèrent avec humanité et ils les nourrirent<a id="footnotetag436" name="footnotetag436"></a><a href="#footnote436" title="Go to footnote 436"><span class="smaller">[436]</span></a>.» Il n'y a
-rien à ajouter à un tel fait.</p>
-
-<p>J'y ajouterais pourtant volontiers des vers charmants, pleins de bonté
-et de douceur d'âme<a id="footnotetag437" name="footnotetag437"></a><a href="#footnote437" title="Go to footnote 437"><span class="smaller">[437]</span></a>, que le duc d'Orléans, prisonnier vingt-cinq
-ans en Angleterre, adresse en partant à une famille anglaise qui l'avait
-gardé<a id="footnotetag438" name="footnotetag438"></a><a href="#footnote438" title="Go to footnote 438"><span class="smaller">[438]</span></a>. Sa captivité dura presque autant que sa vie. Tant que les
-Anglais purent croire qu'il avait chance d'arriver au trône, ils ne
-voulurent jamais lui permettre de se racheter. Placé d'abord dans le
-château de Windsor avec ses compagnons, il en fut bientôt séparé pour
-être renfermé dans la prison de Pomfret; sombre et sinistre prison, qui
-n'avait pas coutume de rendre ceux qu'elle recevait; témoin Richard II.</p>
-
-<p>Il y passa de longues années, traité honorablement<a id="footnotetag439" name="footnotetag439"></a><a href="#footnote439" title="Go to footnote 439"><span class="smaller">[439]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page267" name="page267"></a>(p. 267)</span>
-sévèrement, sans compagnie, sans distraction; tout au plus la chasse au
-faucon<a id="footnotetag440" name="footnotetag440"></a><a href="#footnote440" title="Go to footnote 440"><span class="smaller">[440]</span></a>, chasse de dames, qui se faisait ordinairement à pied, et
-presque sans changer de place. C'était un triste amusement dans ce pays
-d'ennui et de brouillard, où il ne faut pas moins que toutes les
+<p>Lesquels moururent en meilleur état? Desquels aurions-nous voulu
+être?... Le fils du duc de Bourgogne, Philippe-le-Bon, que son père
+empêcha d'aller joindre les Français, disait encore quarante ans après:
+<span class="pagenum"><a id="page266" name="page266"></a>(p. 266)</span> «Je ne me console point de n'avoir pas été à Azincourt, pour
+vivre ou mourir<a id="footnotetag435" name="footnotetag435"></a><a href="#footnote435" title="Go to footnote 435"><span class="smaller">[435]</span></a>.»</p>
+
+<p>L'excellence du caractère français, qui parut si bien à cette triste
+bataille, est noblement avouée par l'Anglais Walsingham dans une autre
+circonstance: «Lorsque le duc de Lancastre envahit la Castille, et que
+ses soldats mouraient de faim, ils demandèrent un sauf-conduit, et
+passèrent dans le camp des Castillans, où il y avait beaucoup de
+Français auxiliaires. Ceux-ci furent touchés de la misère des Anglais;
+ils les traitèrent avec humanité et ils les nourrirent<a id="footnotetag436" name="footnotetag436"></a><a href="#footnote436" title="Go to footnote 436"><span class="smaller">[436]</span></a>.» Il n'y a
+rien à ajouter à un tel fait.</p>
+
+<p>J'y ajouterais pourtant volontiers des vers charmants, pleins de bonté
+et de douceur d'âme<a id="footnotetag437" name="footnotetag437"></a><a href="#footnote437" title="Go to footnote 437"><span class="smaller">[437]</span></a>, que le duc d'Orléans, prisonnier vingt-cinq
+ans en Angleterre, adresse en partant à une famille anglaise qui l'avait
+gardé<a id="footnotetag438" name="footnotetag438"></a><a href="#footnote438" title="Go to footnote 438"><span class="smaller">[438]</span></a>. Sa captivité dura presque autant que sa vie. Tant que les
+Anglais purent croire qu'il avait chance d'arriver au trône, ils ne
+voulurent jamais lui permettre de se racheter. Placé d'abord dans le
+château de Windsor avec ses compagnons, il en fut bientôt séparé pour
+être renfermé dans la prison de Pomfret; sombre et sinistre prison, qui
+n'avait pas coutume de rendre ceux qu'elle recevait; témoin Richard II.</p>
+
+<p>Il y passa de longues années, traité honorablement<a id="footnotetag439" name="footnotetag439"></a><a href="#footnote439" title="Go to footnote 439"><span class="smaller">[439]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page267" name="page267"></a>(p. 267)</span>
+sévèrement, sans compagnie, sans distraction; tout au plus la chasse au
+faucon<a id="footnotetag440" name="footnotetag440"></a><a href="#footnote440" title="Go to footnote 440"><span class="smaller">[440]</span></a>, chasse de dames, qui se faisait ordinairement à pied, et
+presque sans changer de place. C'était un triste amusement dans ce pays
+d'ennui et de brouillard, où il ne faut pas moins que toutes les
agitations de la vie sociale et les plus violents exercices, pour faire
oublier la monotonie d'un sol sans accident, d'un climat sans saison,
d'un ciel sans soleil.</p>
<p>Mais les Anglais eurent beau faire, il y eut toujours un rayon du soleil
-de France dans cette tour de Pomfret. Les chansons les plus françaises
-que nous ayons y furent écrites par Charles d'Orléans. Notre Béranger du
-quinzième siècle<a id="footnotetag441" name="footnotetag441"></a><a href="#footnote441" title="Go to footnote 441"><span class="smaller">[441]</span></a>, tenu si longtemps en cage, n'en chanta que mieux.</p>
+de France dans cette tour de Pomfret. Les chansons les plus françaises
+que nous ayons y furent écrites par Charles d'Orléans. Notre Béranger du
+quinzième siècle<a id="footnotetag441" name="footnotetag441"></a><a href="#footnote441" title="Go to footnote 441"><span class="smaller">[441]</span></a>, tenu si longtemps en cage, n'en chanta que mieux.</p>
-<p>C'est un Béranger un peu faible, peut-être, mais sans amertume, sans
-vulgarité, toujours bienveillant, aimable, gracieux; une douce gaieté
-qui ne passe jamais le sourire; et ce sourire est près des larmes<a id="footnotetag442" name="footnotetag442"></a><a href="#footnote442" title="Go to footnote 442"><span class="smaller">[442]</span></a>.
-On dirait que c'est pour cela que ces pièces sont si petites; souvent il
-s'arrête à temps, sentant les larmes venir... Viennent-elles, elles ne
-durent guère, pas plus qu'une ondée d'avril.</p>
+<p>C'est un Béranger un peu faible, peut-être, mais sans amertume, sans
+vulgarité, toujours bienveillant, aimable, gracieux; une douce gaieté
+qui ne passe jamais le sourire; et ce sourire est près des larmes<a id="footnotetag442" name="footnotetag442"></a><a href="#footnote442" title="Go to footnote 442"><span class="smaller">[442]</span></a>.
+On dirait que c'est pour cela que ces pièces sont si petites; souvent il
+s'arrête à temps, sentant les larmes venir... Viennent-elles, elles ne
+durent guère, pas plus qu'une ondée d'avril.</p>
<p>Le plus souvent c'est, en effet, un chant d'avril et d'alouette<a id="footnotetag443" name="footnotetag443"></a><a href="#footnote443" title="Go to footnote 443"><span class="smaller">[443]</span></a>.
-La voix n'est ni forte, ni soutenue, ni <span class="pagenum"><a id="page268" name="page268"></a>(p. 268)</span> profondément
-passionnée<a id="footnotetag444" name="footnotetag444"></a><a href="#footnote444" title="Go to footnote 444"><span class="smaller">[444]</span></a>. C'est l'alouette, rien de plus<a id="footnotetag445" name="footnotetag445"></a><a href="#footnote445" title="Go to footnote 445"><span class="smaller">[445]</span></a>. Ce n'est pas le
+La voix n'est ni forte, ni soutenue, ni <span class="pagenum"><a id="page268" name="page268"></a>(p. 268)</span> profondément
+passionnée<a id="footnotetag444" name="footnotetag444"></a><a href="#footnote444" title="Go to footnote 444"><span class="smaller">[444]</span></a>. C'est l'alouette, rien de plus<a id="footnotetag445" name="footnotetag445"></a><a href="#footnote445" title="Go to footnote 445"><span class="smaller">[445]</span></a>. Ce n'est pas le
rossignol.</p>
-<p>Telle fut en général notre primitive et naturelle France, un peu légère
-peut-être pour le sérieux d'aujourd'hui. Telle elle fut en poésie comme
+<p>Telle fut en général notre primitive et naturelle France, un peu légère
+peut-être pour le sérieux d'aujourd'hui. Telle elle fut en poésie comme
elle est en vins, en femmes. Ceux de nos vins que le monde aime et
-recherche comme français ne sont, il est vrai, qu'un souffle, mais c'est
-un souffle d'esprit. La beauté française, non plus, n'est pas facile à
-bien saisir; ce n'est ni le beau sang anglais, ni la régularité
-italienne; quoi donc? le mouvement, la grâce, le je ne sais quoi, tous
+recherche comme français ne sont, il est vrai, qu'un souffle, mais c'est
+un souffle d'esprit. La beauté française, non plus, n'est pas facile à
+bien saisir; ce n'est ni le beau sang anglais, ni la régularité
+italienne; quoi donc? le mouvement, la grâce, le je ne sais quoi, tous
les jolis riens.</p>
-<p>Autre temps, autre poésie. N'importe; celle-là subsiste; rien, en ce
-genre, ne l'a surpassée. Naguère encore, lorsque ces chants étaient
-oubliés eux-mêmes, il a suffi, pour nous ravir, d'une faible imitation,
-d'un infidèle et lointain écho<a id="footnotetag446" name="footnotetag446"></a><a href="#footnote446" title="Go to footnote 446"><span class="smaller">[446]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page269" name="page269"></a>(p. 269)</span> Quelque blasés que vous soyez par tant de livres et
-d'événements, quelque préoccupés des profondes littératures des nations
-étrangères, de leur puissante musique, gardez, Français d'aujourd'hui,
-gardez toujours bon souvenir à ces aimables poésies, à ces doux chants
-de vos pères dans lesquels ils ont exprimé leurs joies, leurs amours, à
-ces chants qui touchèrent le c&oelig;ur de vos mères et dont vous-mêmes
-êtes nés...</p>
-
-<p class="p2">Je me suis écarté, ce semble; mais je devais ceci au poète, au
-prisonnier. Je devais, après cet immense malheur, dire aussi que les
-vaincus étaient moins dignes de mépris que les vainqueurs ne l'ont
-cru... Peut-être encore, au milieu de cette docile imitation des
-m&oelig;urs et des idées anglaises qui gagne chaque jour<a id="footnotetag447" name="footnotetag447"></a><a href="#footnote447" title="Go to footnote 447"><span class="smaller">[447]</span></a>, peut-être
-est-ce chose utile de réclamer en faveur de la vieille France, qui s'en
-est allée... Où est-elle, cette France du moyen âge et de la
-Renaissance, de Charles d'Orléans, de Froissart?... Villon se le
-demandait déjà en vers plus mélancoliques qu'on n'eût attendu d'un si
+<p>Autre temps, autre poésie. N'importe; celle-là subsiste; rien, en ce
+genre, ne l'a surpassée. Naguère encore, lorsque ces chants étaient
+oubliés eux-mêmes, il a suffi, pour nous ravir, d'une faible imitation,
+d'un infidèle et lointain écho<a id="footnotetag446" name="footnotetag446"></a><a href="#footnote446" title="Go to footnote 446"><span class="smaller">[446]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page269" name="page269"></a>(p. 269)</span> Quelque blasés que vous soyez par tant de livres et
+d'événements, quelque préoccupés des profondes littératures des nations
+étrangères, de leur puissante musique, gardez, Français d'aujourd'hui,
+gardez toujours bon souvenir à ces aimables poésies, à ces doux chants
+de vos pères dans lesquels ils ont exprimé leurs joies, leurs amours, à
+ces chants qui touchèrent le c&oelig;ur de vos mères et dont vous-mêmes
+êtes nés...</p>
+
+<p class="p2">Je me suis écarté, ce semble; mais je devais ceci au poète, au
+prisonnier. Je devais, après cet immense malheur, dire aussi que les
+vaincus étaient moins dignes de mépris que les vainqueurs ne l'ont
+cru... Peut-être encore, au milieu de cette docile imitation des
+m&oelig;urs et des idées anglaises qui gagne chaque jour<a id="footnotetag447" name="footnotetag447"></a><a href="#footnote447" title="Go to footnote 447"><span class="smaller">[447]</span></a>, peut-être
+est-ce chose utile de réclamer en faveur de la vieille France, qui s'en
+est allée... Où est-elle, cette France du moyen âge et de la
+Renaissance, de Charles d'Orléans, de Froissart?... Villon se le
+demandait déjà en vers plus mélancoliques qu'on n'eût attendu d'un si
joyeux enfant de Paris:</p>
<p class="poem10">
- «Dites-moi en quel pays<br>
+ «Dites-moi en quel pays<br>
Est Flora, la belle Romaine?<br>
- Où est la très sage Héloïs?...<br>
+ Où est la très sage Héloïs?...<br>
La reine Blanche, comme un lis,<br>
- Qui chantoit à voix de Sirène?<br>
+ Qui chantoit à voix de Sirène?<br>
... Et Jeanne, la bonne Lorraine<br>
- Qu'Anglais brûlèrent à Rouen?<br>
+ Qu'Anglais brûlèrent à Rouen?<br>
<span class="lspaced1">..........</span><br>
- Où sont-ils, Vierge souveraine?<br>
- &mdash;«Mais où sont les neiges d'antan?»</p>
+ Où sont-ils, Vierge souveraine?<br>
+ &mdash;«Mais où sont les neiges d'antan?»</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page270" name="page270"></a>(p. 270)</span> CHAPITRE II</h3>
-<p class="chaptitle">Mort du connétable d'Armagnac; mort du duc de Bourgogne. Henri V
+<p class="chaptitle">Mort du connétable d'Armagnac; mort du duc de Bourgogne. Henri V
(1416-1422).</p>
-<p>Deux hommes n'avaient pas été à la bataille d'Azincourt, les chefs des
+<p>Deux hommes n'avaient pas été à la bataille d'Azincourt, les chefs des
deux partis, le duc de Bourgogne, le comte d'Armagnac. Tous deux
-s'étaient réservés.</p>
+s'étaient réservés.</p>
<p>Le roi d'Angleterre leur rendit service; il tua non seulement leurs
ennemis, mais aussi leurs amis, leurs rivaux dans chaque faction.
-Désormais la place était nette, la partie entre eux seuls; les deux
+Désormais la place était nette, la partie entre eux seuls; les deux
corbeaux vinrent s'abattre sur le champ de bataille et jouir des morts.</p>
<p>Il s'agissait de savoir qui aurait Paris. Le duc de Bourgogne, qui
-gardait, depuis le mois de juillet, une armée de Bourguignons, de
+gardait, depuis le mois de juillet, une armée de Bourguignons, de
Lorrains et de Savoyards, prit seulement dix mille chevaux, et galopa
-droit à Paris. Il n'arriva pourtant pas à temps; la place était prise.</p>
+droit à Paris. Il n'arriva pourtant pas à temps; la place était prise.</p>
-<p>Armagnac était dans la ville avec six mille Gascons. <span class="pagenum"><a id="page271" name="page271"></a>(p. 271)</span> Il tenait
-dans ses mains, avec Paris, le roi et le dauphin. Il prit l'épée de
-connétable.</p>
+<p>Armagnac était dans la ville avec six mille Gascons. <span class="pagenum"><a id="page271" name="page271"></a>(p. 271)</span> Il tenait
+dans ses mains, avec Paris, le roi et le dauphin. Il prit l'épée de
+connétable.</p>
-<p>Le duc de Bourgogne resta à Lagny, faisant tous les jours dire à ses
-partisans qu'il allait venir, leur assurant que c'était lui qui avait
-défendu les passages de la Somme contre les Anglais, espérant que Paris
-finirait par se déclarer. Il resta ainsi deux mois et demi à Lagny. Les
-Parisiens finirent par l'appeler «Jean de Lagny qui n'a hâte». Il
+<p>Le duc de Bourgogne resta à Lagny, faisant tous les jours dire à ses
+partisans qu'il allait venir, leur assurant que c'était lui qui avait
+défendu les passages de la Somme contre les Anglais, espérant que Paris
+finirait par se déclarer. Il resta ainsi deux mois et demi à Lagny. Les
+Parisiens finirent par l'appeler «Jean de Lagny qui n'a hâte». Il
emporta ce sobriquet.</p>
-<p>Armagnac resta maître de Paris, et d'autant plus maître que tous ceux
-qui l'y avaient appelé moururent en quelques mois, le duc de Berri, le
+<p>Armagnac resta maître de Paris, et d'autant plus maître que tous ceux
+qui l'y avaient appelé moururent en quelques mois, le duc de Berri, le
roi de Sicile, le dauphin<a id="footnotetag448" name="footnotetag448"></a><a href="#footnote448" title="Go to footnote 448"><span class="smaller">[448]</span></a>. Le second fils du roi devenait dauphin,
-et le duc de Bourgogne, près de qui il avait été élevé, croyait
-gouverner en son nom. Mais ce second dauphin mourut, et un troisième
-encore vingt-cinq jours après. Le quatrième dauphin vécut; il était ce
-qu'il fallait au connétable: il était enfant.</p>
+et le duc de Bourgogne, près de qui il avait été élevé, croyait
+gouverner en son nom. Mais ce second dauphin mourut, et un troisième
+encore vingt-cinq jours après. Le quatrième dauphin vécut; il était ce
+qu'il fallait au connétable: il était enfant.</p>
<p>Armagnac, si bien servi par la mort, se trouva roi un moment. Le royaume
-en péril avait besoin d'un homme. Armagnac était un méchant homme et
-capable de tout, mais enfin c'était, on ne peut le nier, un homme de
-tête et de main<a id="footnotetag449" name="footnotetag449"></a><a href="#footnote449" title="Go to footnote 449"><span class="smaller">[449]</span></a>.</p>
+en péril avait besoin d'un homme. Armagnac était un méchant homme et
+capable de tout, mais enfin c'était, on ne peut le nier, un homme de
+tête et de main<a id="footnotetag449" name="footnotetag449"></a><a href="#footnote449" title="Go to footnote 449"><span class="smaller">[449]</span></a>.</p>
<p>Les Anglais faisaient des triomphes, des processions, chantaient des
<i lang="la">Te Deum</i><a id="footnotetag450" name="footnotetag450"></a><a href="#footnote450" title="Go to footnote 450"><span class="smaller">[450]</span></a>; ils parlaient d'aller au printemps <span class="pagenum"><a id="page272" name="page272"></a>(p. 272)</span> prendre
-possession de leur ville de Paris. Et tout à coup ils apprennent
-qu'Harfleur est assiégé. Après cette terrible bataille, qui avait mis si
-bas les courages, Armagnac eut l'audace d'entreprendre ce grand siège.</p>
+possession de leur ville de Paris. Et tout à coup ils apprennent
+qu'Harfleur est assiégé. Après cette terrible bataille, qui avait mis si
+bas les courages, Armagnac eut l'audace d'entreprendre ce grand siège.</p>
-<p>D'abord il crut surprendre la place. Il quitta Paris, dont il était si
-peu sûr; c'était risquer Paris pour Harfleur. Il y alla de sa personne
-avec une troupe de gentilshommes; ils lâchèrent pied, et il les fit
+<p>D'abord il crut surprendre la place. Il quitta Paris, dont il était si
+peu sûr; c'était risquer Paris pour Harfleur. Il y alla de sa personne
+avec une troupe de gentilshommes; ils lâchèrent pied, et il les fit
pendre comme vilains.</p>
-<p>Harfleur ne pouvait être attaqué avec avantage que par mer; il fallait
-des vaisseaux. Armagnac s'adressa aux Génois; ceux-ci, qui venaient de
-chasser les Français de Gênes, n'acceptèrent pas moins l'argent de
-France et fournirent toute une flotte, neuf grandes galères, des
-carraques pour les machines de siège, trois cents embarcations de toute
-grandeur, cinq mille archers génois ou catalans. Ces Génois se battirent
-bravement avec leurs galères de la Méditerranée contre les gros
-vaisseaux de l'Océan. Une première flotte qu'envoyèrent les Anglais fut
-repoussée.</p>
-
-<p>Avec quel argent Armagnac soutenait-il cette énorme dépense? La plus
-grande partie du royaume ne lui payait rien. Il n'avait guère que Paris
-et ses propres fiefs du Languedoc et de Gascogne. Il suça et pressura
+<p>Harfleur ne pouvait être attaqué avec avantage que par mer; il fallait
+des vaisseaux. Armagnac s'adressa aux Génois; ceux-ci, qui venaient de
+chasser les Français de Gênes, n'acceptèrent pas moins l'argent de
+France et fournirent toute une flotte, neuf grandes galères, des
+carraques pour les machines de siège, trois cents embarcations de toute
+grandeur, cinq mille archers génois ou catalans. Ces Génois se battirent
+bravement avec leurs galères de la Méditerranée contre les gros
+vaisseaux de l'Océan. Une première flotte qu'envoyèrent les Anglais fut
+repoussée.</p>
+
+<p>Avec quel argent Armagnac soutenait-il cette énorme dépense? La plus
+grande partie du royaume ne lui payait rien. Il n'avait guère que Paris
+et ses propres fiefs du Languedoc et de Gascogne. Il suça et pressura
Paris.</p>
-<p>Le Bourguignon y était très fort; une grande conspiration se fit pour
-l'y introduire. Le chef était un chanoine boiteux, frère du dernier
-évêque<a id="footnotetag451" name="footnotetag451"></a><a href="#footnote451" title="Go to footnote 451"><span class="smaller">[451]</span></a>, Armagnac <span class="pagenum"><a id="page273" name="page273"></a>(p. 273)</span> découvrit tout. Le chanoine, en manteau
-violet, fut promené dans un tombereau, puis muré, au pain et à l'eau. On
-publia que les condamnés avaient voulu tuer le roi et le dauphin. Il y
-eut nombre d'exécutions, de noyades. Armagnac, qui savait quelle
+<p>Le Bourguignon y était très fort; une grande conspiration se fit pour
+l'y introduire. Le chef était un chanoine boiteux, frère du dernier
+évêque<a id="footnotetag451" name="footnotetag451"></a><a href="#footnote451" title="Go to footnote 451"><span class="smaller">[451]</span></a>, Armagnac <span class="pagenum"><a id="page273" name="page273"></a>(p. 273)</span> découvrit tout. Le chanoine, en manteau
+violet, fut promené dans un tombereau, puis muré, au pain et à l'eau. On
+publia que les condamnés avaient voulu tuer le roi et le dauphin. Il y
+eut nombre d'exécutions, de noyades. Armagnac, qui savait quelle
confiance il pouvait mettre dans le peuple de Paris, organisa une police
-rapide, terrible, à l'italienne; il faisait aussi, disait-on, la guerre
-à la lombarde. Défense de se baigner à la Seine, pour qu'on n'allât pas
-compter les noyés; on sait qu'il était défendu à Venise de nager dans le
+rapide, terrible, à l'italienne; il faisait aussi, disait-on, la guerre
+à la lombarde. Défense de se baigner à la Seine, pour qu'on n'allât pas
+compter les noyés; on sait qu'il était défendu à Venise de nager dans le
canal Orfano.</p>
-<p>Le Parlement fut purgé, le Châtelet, l'Université, trois ou quatre cents
-bourgeois mis hors de Paris, et tous envoyés du côté d'Orléans. La
-reine, qui négociait sous main avec le Bourguignon, fut transportée
-prisonnière à Tours, et l'un de ses amants jeté à la rivière<a id="footnotetag452" name="footnotetag452"></a><a href="#footnote452" title="Go to footnote 452"><span class="smaller">[452]</span></a>.</p>
+<p>Le Parlement fut purgé, le Châtelet, l'Université, trois ou quatre cents
+bourgeois mis hors de Paris, et tous envoyés du côté d'Orléans. La
+reine, qui négociait sous main avec le Bourguignon, fut transportée
+prisonnière à Tours, et l'un de ses amants jeté à la rivière<a id="footnotetag452" name="footnotetag452"></a><a href="#footnote452" title="Go to footnote 452"><span class="smaller">[452]</span></a>.</p>
-<p>Armagnac ôta aux bourgeois les chaînes des rues; il les désarma. Il
+<p>Armagnac ôta aux bourgeois les chaînes des rues; il les désarma. Il
supprima la grande boucherie, en fit quatre, pour quatre quartiers; plus
-de bouchers héréditaires; tout homme capable put s'élever au rang de
+de bouchers héréditaires; tout homme capable put s'élever au rang de
boucher.</p>
-<p>Pour n'avoir plus leurs armes, les bourgeois <span class="pagenum"><a id="page274" name="page274"></a>(p. 274)</span> n'étaient pas
-quittes de la guerre<a id="footnotetag453" name="footnotetag453"></a><a href="#footnote453" title="Go to footnote 453"><span class="smaller">[453]</span></a>. On les obligeait de se cotiser de manière
-qu'à trois ils fournissent un homme d'armes. Eux-mêmes, on les envoyait
-travailler aux fortifications, curer les fossés, chacun tous les cinq
+<p>Pour n'avoir plus leurs armes, les bourgeois <span class="pagenum"><a id="page274" name="page274"></a>(p. 274)</span> n'étaient pas
+quittes de la guerre<a id="footnotetag453" name="footnotetag453"></a><a href="#footnote453" title="Go to footnote 453"><span class="smaller">[453]</span></a>. On les obligeait de se cotiser de manière
+qu'à trois ils fournissent un homme d'armes. Eux-mêmes, on les envoyait
+travailler aux fortifications, curer les fossés, chacun tous les cinq
jours.</p>
-<p>Ordre à toute maison de s'approvisionner de blé; pour attirer les
-vivres, Armagnac supprima l'octroi. En récompense, les autres taxes
-furent payées deux fois dans l'année. Les bourgeois furent obligés
-d'acheter tout le sel des greniers publics à prix forcé et comptant,
-sinon des garnisaires. Paris succombait à payer seul les dépenses du roi
+<p>Ordre à toute maison de s'approvisionner de blé; pour attirer les
+vivres, Armagnac supprima l'octroi. En récompense, les autres taxes
+furent payées deux fois dans l'année. Les bourgeois furent obligés
+d'acheter tout le sel des greniers publics à prix forcé et comptant,
+sinon des garnisaires. Paris succombait à payer seul les dépenses du roi
et du royaume.</p>
-<p>La position du duc de Bourgogne était plus facile à coup sûr que celle
-du connétable. Il envoyait dans les grandes villes des gens qui, au nom
-du roi et du dauphin, défendaient de payer l'impôt. Abbeville, Amiens,
-Auxerre, reçurent cette défense avec reconnaissance et s'y conformèrent
-avec empressement. Armagnac craignait que Rouen n'en fît autant, et
-voulait y envoyer des troupes; mais, plutôt que de recevoir les Gascons,
+<p>La position du duc de Bourgogne était plus facile à coup sûr que celle
+du connétable. Il envoyait dans les grandes villes des gens qui, au nom
+du roi et du dauphin, défendaient de payer l'impôt. Abbeville, Amiens,
+Auxerre, reçurent cette défense avec reconnaissance et s'y conformèrent
+avec empressement. Armagnac craignait que Rouen n'en fît autant, et
+voulait y envoyer des troupes; mais, plutôt que de recevoir les Gascons,
Rouen tua son bailli et ferma ses portes<a id="footnotetag454" name="footnotetag454"></a><a href="#footnote454" title="Go to footnote 454"><span class="smaller">[454]</span></a>.</p>
-<p>Le duc de Bourgogne vint tâter Paris, qui n'aurait pas mieux demandé que
-d'être quitte du connétable. Mais celui-ci tint bon. Le duc de
+<p>Le duc de Bourgogne vint tâter Paris, qui n'aurait pas mieux demandé que
+d'être quitte du connétable. Mais celui-ci tint bon. Le duc de
Bourgogne, ne pouvant entrer, augmenta du moins la fermentation par
-<span class="pagenum"><a id="page275" name="page275"></a>(p. 275)</span> la rareté des vivres; il ne laissait plus rien venir ni de
-Rouen ni de la Beauce. Les chanoines mêmes, dit l'historien, furent
-obligés de mettre bas leur cuisine. Le roi, revenant à lui et apprenant
-que c'étaient les Bourguignons qui rendaient ses repas si maigres,
-disait au connétable: «Que ne chassez-vous ces gens-là!»</p>
+<span class="pagenum"><a id="page275" name="page275"></a>(p. 275)</span> la rareté des vivres; il ne laissait plus rien venir ni de
+Rouen ni de la Beauce. Les chanoines mêmes, dit l'historien, furent
+obligés de mettre bas leur cuisine. Le roi, revenant à lui et apprenant
+que c'étaient les Bourguignons qui rendaient ses repas si maigres,
+disait au connétable: «Que ne chassez-vous ces gens-là!»</p>
<p>Le duc de Bourgogne, ne pouvant blesser directement son ennemi, lui
porta indirectement un grand coup. Il enleva la reine de Tours; elle
-déclara qu'elle était régente et qu'elle défendait de payer les taxes.
-Cette défense circula non seulement dans le Nord, mais dans le Midi, en
+déclara qu'elle était régente et qu'elle défendait de payer les taxes.
+Cette défense circula non seulement dans le Nord, mais dans le Midi, en
Languedoc. Cela devait tuer Armagnac; il ne lui restait que Paris, Paris
-ruiné, affamé, furieux.</p>
+ruiné, affamé, furieux.</p>
-<p>Le roi d'Angleterre n'avait pas à se presser; les Français faisaient sa
-besogne; ils suffisaient bien à ruiner la France. Fier de la neutralité,
-de l'amitié secrète des ducs de Bourgogne et de Bretagne, négociant
+<p>Le roi d'Angleterre n'avait pas à se presser; les Français faisaient sa
+besogne; ils suffisaient bien à ruiner la France. Fier de la neutralité,
+de l'amitié secrète des ducs de Bourgogne et de Bretagne, négociant
toujours avec les Armagnacs, il eut le bon esprit d'attendre et de ne
-pas venir à Paris. Il fit sagement, politiquement, la conquête de la
+pas venir à Paris. Il fit sagement, politiquement, la conquête de la
Normandie, de la basse Normandie d'abord, puis de la haute, Caen en
1417, Rouen en 1418.</p>
-<p>Armagnac ne pouvait s'opposer à rien. Il avait assez de peine à contenir
-Paris; le duc de Bourgogne campait à Montrouge. Henri V put sans
-inquiétude faire le siège de cette importante ville de Caen. C'était dès
-lors un grand marché, un grand centre d'agriculture. Une telle ville
-eût résisté, si elle eût eu le moindre <span class="pagenum"><a id="page276" name="page276"></a>(p. 276)</span> secours. Aussi, tout en
+<p>Armagnac ne pouvait s'opposer à rien. Il avait assez de peine à contenir
+Paris; le duc de Bourgogne campait à Montrouge. Henri V put sans
+inquiétude faire le siège de cette importante ville de Caen. C'était dès
+lors un grand marché, un grand centre d'agriculture. Une telle ville
+eût résisté, si elle eût eu le moindre <span class="pagenum"><a id="page276" name="page276"></a>(p. 276)</span> secours. Aussi, tout en
l'attaquant, il envoyait proposer la paix a Paris. Il parlait de paix et
-faisait la guerre. Au milieu de cette négociation, on apprit qu'il était
-maître de Caen, qu'il en avait chassé toute la population, hommes,
-femmes et enfants, en tout vingt-cinq mille âmes, que cette capitale de
-la basse Normandie était devenue une ville anglaise, aussi bien
+faisait la guerre. Au milieu de cette négociation, on apprit qu'il était
+maître de Caen, qu'il en avait chassé toute la population, hommes,
+femmes et enfants, en tout vingt-cinq mille âmes, que cette capitale de
+la basse Normandie était devenue une ville anglaise, aussi bien
qu'Harfleur et Calais.</p>
-<p>La Normandie devait nourrir les Anglais pendant cette lente conquête.
+<p>La Normandie devait nourrir les Anglais pendant cette lente conquête.
Aussi Henri V, avec une remarquable sagesse, y assura autant qu'il put
l'ordre, la continuation du travail de l'agriculture. Il fit respecter
-les femmes, les églises, les prêtres, les faux prêtres même (il y avait
+les femmes, les églises, les prêtres, les faux prêtres même (il y avait
une foule de paysans qui se tonsuraient)<a id="footnotetag455" name="footnotetag455"></a><a href="#footnote455" title="Go to footnote 455"><span class="smaller">[455]</span></a>. Tout ce qui se soumettait
-était protégé; tout ce qui résistait était puni. Aux prises de ville, il
+était protégé; tout ce qui résistait était puni. Aux prises de ville, il
n'y avait point de violence; mais le roi exceptait ordinairement de la
-capitulation quelques-uns des assiégés à qui il faisait couper la tête,
-comme ayant résisté à leur souverain légitime, roi de France et duc de
+capitulation quelques-uns des assiégés à qui il faisait couper la tête,
+comme ayant résisté à leur souverain légitime, roi de France et duc de
Normandie<a id="footnotetag456" name="footnotetag456"></a><a href="#footnote456" title="Go to footnote 456"><span class="smaller">[456]</span></a>.</p>
<p>Le roi d'Angleterre faisait si paisiblement cette promenade militaire,
-qu'il ne craignit pas de partager son armée en quatre corps, pour mener
-plusieurs sièges à la fois. Que pouvait-il craindre, en effet, lorsque
-le seul prince français qui fût puissant, le duc de Bourgogne, était son
+qu'il ne craignit pas de partager son armée en quatre corps, pour mener
+plusieurs sièges à la fois. Que pouvait-il craindre, en effet, lorsque
+le seul prince français qui fût puissant, le duc de Bourgogne, était son
ami?</p>
-<p>L'unique affaire de celui-ci était la perte du connétable <span class="pagenum"><a id="page277" name="page277"></a>(p. 277)</span>
-d'Armagnac. Elle ne pouvait manquer d'arriver; il avait mangé ses
-dernières ressources; il en' était à fondre les châsses des saints<a id="footnotetag457" name="footnotetag457"></a><a href="#footnote457" title="Go to footnote 457"><span class="smaller">[457]</span></a>.
-Ses Gascons, n'étant plus payés, disparaissaient peu à peu; il n'en
-avait plus que trois mille. Il fallait qu'il employât les bourgeois à
-faire le guet, ces bourgeois qui le détestaient pour tant de causes,
+<p>L'unique affaire de celui-ci était la perte du connétable <span class="pagenum"><a id="page277" name="page277"></a>(p. 277)</span>
+d'Armagnac. Elle ne pouvait manquer d'arriver; il avait mangé ses
+dernières ressources; il en' était à fondre les châsses des saints<a id="footnotetag457" name="footnotetag457"></a><a href="#footnote457" title="Go to footnote 457"><span class="smaller">[457]</span></a>.
+Ses Gascons, n'étant plus payés, disparaissaient peu à peu; il n'en
+avait plus que trois mille. Il fallait qu'il employât les bourgeois à
+faire le guet, ces bourgeois qui le détestaient pour tant de causes,
comme Gascon, comme brigand, comme schismatique<a id="footnotetag458" name="footnotetag458"></a><a href="#footnote458" title="Go to footnote 458"><span class="smaller">[458]</span></a>. Le Bourgeois de
-Paris dit expressément qu'il croit que cet «Arminac est un diable en
-fourrure d'homme».</p>
+Paris dit expressément qu'il croit que cet «Arminac est un diable en
+fourrure d'homme».</p>
<p>Le duc de Bourgogne offrait la paix. Les Parisiens crurent un moment
-l'avoir. Le roi, le dauphin consentaient. Le peuple criait déjà
-Noël<a id="footnotetag459" name="footnotetag459"></a><a href="#footnote459" title="Go to footnote 459"><span class="smaller">[459]</span></a>. Le connétable seul s'y opposa; il sentait bien qu'il n'y
+l'avoir. Le roi, le dauphin consentaient. Le peuple criait déjà
+Noël<a id="footnotetag459" name="footnotetag459"></a><a href="#footnote459" title="Go to footnote 459"><span class="smaller">[459]</span></a>. Le connétable seul s'y opposa; il sentait bien qu'il n'y
avait pas de paix pour lui, que ce serait seulement remettre le roi
-entre les mains du duc de Bourgogne. Cette joie trompée jeta le peuple
+entre les mains du duc de Bourgogne. Cette joie trompée jeta le peuple
dans une rage muette.</p>
<p>Un certain Perrinet Leclerc<a id="footnotetag460" name="footnotetag460"></a><a href="#footnote460" title="Go to footnote 460"><span class="smaller">[460]</span></a>, marchand de fer au Petit-Pont, qui
-avait été maltraité par les Armagnacs, s'associa quelques mauvais
-sujets, et prenant les clefs <span class="pagenum"><a id="page278" name="page278"></a>(p. 278)</span> sous le chevet de son père qui
+avait été maltraité par les Armagnacs, s'associa quelques mauvais
+sujets, et prenant les clefs <span class="pagenum"><a id="page278" name="page278"></a>(p. 278)</span> sous le chevet de son père qui
gardait la porte Saint-Germain, il ouvrit aux Bourguignons. Le sire de
-L'Île-Adam entra avec huit cents chevaliers; quatre cents bourgeois s'y
-joignirent. Ils s'emparèrent du roi et de la ville. Les gens du dauphin
-le sauvèrent dans la Bastille. De là, leurs capitaines, le Gascon
-Barbazan, et les Bretons Rieux et Tannegui Duchâtel osèrent, quelques
-jours après, rentrer dans Paris pour reprendre le roi; mais le roi était
-bien gardé au Louvre; L'Île-Adam les combattit dans les rues, le peuple
-se mit contre eux, et les écrasa des fenêtres.</p>
-
-<p>Le connétable d'Armagnac, qui s'était caché chez un maçon, fut livré et
-emprisonné avec les principaux de son parti. Alors rentrèrent dans la
+L'ÃŽle-Adam entra avec huit cents chevaliers; quatre cents bourgeois s'y
+joignirent. Ils s'emparèrent du roi et de la ville. Les gens du dauphin
+le sauvèrent dans la Bastille. De là, leurs capitaines, le Gascon
+Barbazan, et les Bretons Rieux et Tannegui Duchâtel osèrent, quelques
+jours après, rentrer dans Paris pour reprendre le roi; mais le roi était
+bien gardé au Louvre; L'Île-Adam les combattit dans les rues, le peuple
+se mit contre eux, et les écrasa des fenêtres.</p>
+
+<p>Le connétable d'Armagnac, qui s'était caché chez un maçon, fut livré et
+emprisonné avec les principaux de son parti. Alors rentrèrent dans la
ville les ennemis des Armagnacs, et avec eux une foule de pillards. Tous
-ceux qu'on disait Armagnacs furent rançonnés de maison en maison. Les
-grands seigneurs bourguignons, s'y opposèrent d'autant moins,
-qu'eux-mêmes prenaient tant qu'ils pouvaient.</p>
-
-<p>Ces revenants étaient justement les bouchers, les proscrits, les gens
-ruinés, ceux dont les femmes avaient été menées à Orléans (fort mal
-menées) par les sergents d'Armagnac. Ils arrivaient furieux, maigres,
-pâles de famine. Dieu sait en quel état ils retrouvaient leurs maisons.</p>
-
-<p>On disait à chaque instant que les Armagnacs rentraient dans la ville
-pour délivrer les leurs. Il n'y avait pas de nuit qu'on ne fût éveillé
-en sursaut par le tocsin. À ces continuelles alarmes joignez la rareté
-des vivres; ils ne venaient qu'à grand'peine. Les <span class="pagenum"><a id="page279" name="page279"></a>(p. 279)</span> Anglais
-tenaient la Seine; ils assiégeaient le Pont-de-l'Arche.</p>
-
-<p>La nuit du dimanche 12 juin, un Lambert, potier d'étain, commença à
-pousser le peuple au massacre des prisonniers. C'était, disait-il, le
+ceux qu'on disait Armagnacs furent rançonnés de maison en maison. Les
+grands seigneurs bourguignons, s'y opposèrent d'autant moins,
+qu'eux-mêmes prenaient tant qu'ils pouvaient.</p>
+
+<p>Ces revenants étaient justement les bouchers, les proscrits, les gens
+ruinés, ceux dont les femmes avaient été menées à Orléans (fort mal
+menées) par les sergents d'Armagnac. Ils arrivaient furieux, maigres,
+pâles de famine. Dieu sait en quel état ils retrouvaient leurs maisons.</p>
+
+<p>On disait à chaque instant que les Armagnacs rentraient dans la ville
+pour délivrer les leurs. Il n'y avait pas de nuit qu'on ne fût éveillé
+en sursaut par le tocsin. À ces continuelles alarmes joignez la rareté
+des vivres; ils ne venaient qu'à grand'peine. Les <span class="pagenum"><a id="page279" name="page279"></a>(p. 279)</span> Anglais
+tenaient la Seine; ils assiégeaient le Pont-de-l'Arche.</p>
+
+<p>La nuit du dimanche 12 juin, un Lambert, potier d'étain, commença à
+pousser le peuple au massacre des prisonniers. C'était, disait-il, le
seul moyen d'en finir; autrement, pour de l'argent, ils trouveraient
-moyen d'échapper<a id="footnotetag461" name="footnotetag461"></a><a href="#footnote461" title="Go to footnote 461"><span class="smaller">[461]</span></a>. Ces furieux coururent d'abord aux prisons de
-l'hôtel de ville. Les seigneurs bourguignons, L'Île-Adam, Luxembourg et
-Fosseuse, vinrent essayer de les arrêter; mais, quand ils sévirent un
+moyen d'échapper<a id="footnotetag461" name="footnotetag461"></a><a href="#footnote461" title="Go to footnote 461"><span class="smaller">[461]</span></a>. Ces furieux coururent d'abord aux prisons de
+l'hôtel de ville. Les seigneurs bourguignons, L'Île-Adam, Luxembourg et
+Fosseuse, vinrent essayer de les arrêter; mais, quand ils sévirent un
millier de gentilshommes devant une masse de quarante mille hommes
-armés, ils ne surent dire autre chose, sinon: «Enfants, vous faites
-bien.» La tour du Palais fut forcée, la prison Saint-Éloi, le grand
-Châtelet, où les prisonniers essayèrent de se défendre, puis
-Saint-Martin, Saint-Magloire et le Temple. Au petit Châtelet, ils firent
-l'appel des prisonniers; à mesure qu'ils passaient le guichet, on les
-égorgeait.</p>
+armés, ils ne surent dire autre chose, sinon: «Enfants, vous faites
+bien.» La tour du Palais fut forcée, la prison Saint-Éloi, le grand
+Châtelet, où les prisonniers essayèrent de se défendre, puis
+Saint-Martin, Saint-Magloire et le Temple. Au petit Châtelet, ils firent
+l'appel des prisonniers; à mesure qu'ils passaient le guichet, on les
+égorgeait.</p>
<p>Ce massacre ne peut se comparer aux 2 et 3 septembre. Ce ne fut pas une
-exécution par des bouchers à tant par jour. Ce fut un vrai massacre
-populaire, exécuté par une populace en furie. Ils tuaient tout, au
-hasard, même les prisonniers pour dettes. Deux présidents du Parlement,
-d'autres magistrats périrent, des évêques même. Cependant, à Saint-Éloi,
-trouvant l'abbé de Saint-Denis qui disait la messe aux prisonniers, et
-tenait l'hostie, ils le menacèrent, brandirent <span class="pagenum"><a id="page280" name="page280"></a>(p. 280)</span> sur lui le
-couteau; mais, comme il ne lâcha point le corps du Christ, ils n'osèrent
+exécution par des bouchers à tant par jour. Ce fut un vrai massacre
+populaire, exécuté par une populace en furie. Ils tuaient tout, au
+hasard, même les prisonniers pour dettes. Deux présidents du Parlement,
+d'autres magistrats périrent, des évêques même. Cependant, à Saint-Éloi,
+trouvant l'abbé de Saint-Denis qui disait la messe aux prisonniers, et
+tenait l'hostie, ils le menacèrent, brandirent <span class="pagenum"><a id="page280" name="page280"></a>(p. 280)</span> sur lui le
+couteau; mais, comme il ne lâcha point le corps du Christ, ils n'osèrent
pas le tuer.</p>
-<p>Seize cents personnes périrent du dimanche matin au lundi matin<a id="footnotetag462" name="footnotetag462"></a><a href="#footnote462" title="Go to footnote 462"><span class="smaller">[462]</span></a>.
+<p>Seize cents personnes périrent du dimanche matin au lundi matin<a id="footnotetag462" name="footnotetag462"></a><a href="#footnote462" title="Go to footnote 462"><span class="smaller">[462]</span></a>.
Tout ne fut pas aux prisons; on tua aussi dans les rues; si l'on voyait
-passer son ennemi, on n'avait qu'à crier à l'Armagnac, il était mort.
-Une femme grosse fut éventrée; elle resta nue dans la rue, et comme on
-voyait l'enfant remuer, la canaille disait autour: «Vois donc, ce petit
-chien remue encore.» Mais personne n'osa le prendre. Les prêtres du
+passer son ennemi, on n'avait qu'à crier à l'Armagnac, il était mort.
+Une femme grosse fut éventrée; elle resta nue dans la rue, et comme on
+voyait l'enfant remuer, la canaille disait autour: «Vois donc, ce petit
+chien remue encore.» Mais personne n'osa le prendre. Les prêtres du
parti bourguignon ne baptisaient pas les petits Armagnacs, afin qu'ils
-fussent damnés.</p>
+fussent damnés.</p>
-<p>Les enfants des rues jouaient avec les cadavres. Le corps du connétable
-et d'autres restèrent trois jours dans le palais, à la risée des
-passants. Ils s'étaient avisés de lui lever dans le dos une bande de
-peau, afin que lui aussi il portât sa bande blanche d'Armagnac. La
-puanteur força enfin de jeter tous les débris dans des tombereaux, puis,
-sans prêtres ni prières, dans une fosse ouverte au
-Marché-aux-Pourceaux<a id="footnotetag463" name="footnotetag463"></a><a href="#footnote463" title="Go to footnote 463"><span class="smaller">[463]</span></a>.</p>
+<p>Les enfants des rues jouaient avec les cadavres. Le corps du connétable
+et d'autres restèrent trois jours dans le palais, à la risée des
+passants. Ils s'étaient avisés de lui lever dans le dos une bande de
+peau, afin que lui aussi il portât sa bande blanche d'Armagnac. La
+puanteur força enfin de jeter tous les débris dans des tombereaux, puis,
+sans prêtres ni prières, dans une fosse ouverte au
+Marché-aux-Pourceaux<a id="footnotetag463" name="footnotetag463"></a><a href="#footnote463" title="Go to footnote 463"><span class="smaller">[463]</span></a>.</p>
-<p>Les gens du Bourguignon, effrayés eux-mêmes, le pressaient fort de venir
-à Paris. Il y fit en effet son entrée avec la reine. Ce fut une grande
-joie pour le peuple; ils criaient de toutes leurs forces: «Vive le roi!
-vive la reine! vive le duc! vive la paix!»</p>
+<p>Les gens du Bourguignon, effrayés eux-mêmes, le pressaient fort de venir
+à Paris. Il y fit en effet son entrée avec la reine. Ce fut une grande
+joie pour le peuple; ils criaient de toutes leurs forces: «Vive le roi!
+vive la reine! vive le duc! vive la paix!»</p>
<p>La paix ne vint pas, les vivres non plus. Les Anglais tenaient la
-rivière par en bas, par en haut les Armagnacs étaient maîtres de Melun.
-Une sorte d'épidémie <span class="pagenum"><a id="page281" name="page281"></a>(p. 281)</span> commença dans Paris et les campagnes
+rivière par en bas, par en haut les Armagnacs étaient maîtres de Melun.
+Une sorte d'épidémie <span class="pagenum"><a id="page281" name="page281"></a>(p. 281)</span> commença dans Paris et les campagnes
voisines, qui emporta cinquante mille hommes. Ils se laissaient mourir;
-l'abattement était extrême, après la fureur. Les meurtriers surtout ne
-résistèrent pas: ils repoussaient les consolations, les sacrements; sept
-ou huit cents moururent à l'Hôtel-Dieu, désespérés. On en vit un courir
-les rues en criant: «Je suis damné!» Et il se jeta dans un puits la tête
-la première.</p>
-
-<p>D'autres pensèrent tout au contraire que, si les choses allaient si mal,
-c'est qu'on n'avait pas assez tué. Il se trouva, non seulement parmi les
-bouchers, mais dans l'Université même, des gens qui criaient en chaire
-qu'il n'y avait pas de justice à attendre des princes, qu'ils allaient
-mettre les prisonniers à rançon et les relâcher aigris et plus méchants
+l'abattement était extrême, après la fureur. Les meurtriers surtout ne
+résistèrent pas: ils repoussaient les consolations, les sacrements; sept
+ou huit cents moururent à l'Hôtel-Dieu, désespérés. On en vit un courir
+les rues en criant: «Je suis damné!» Et il se jeta dans un puits la tête
+la première.</p>
+
+<p>D'autres pensèrent tout au contraire que, si les choses allaient si mal,
+c'est qu'on n'avait pas assez tué. Il se trouva, non seulement parmi les
+bouchers, mais dans l'Université même, des gens qui criaient en chaire
+qu'il n'y avait pas de justice à attendre des princes, qu'ils allaient
+mettre les prisonniers à rançon et les relâcher aigris et plus méchants
encore.</p>
-<p>Le 21 août, par une extrême chaleur, un formidable rassemblement
-s'ébranle vers les prisons, une foule à pied, entête la mort même à
+<p>Le 21 août, par une extrême chaleur, un formidable rassemblement
+s'ébranle vers les prisons, une foule à pied, entête la mort même à
cheval<a id="footnotetag464" name="footnotetag464"></a><a href="#footnote464" title="Go to footnote 464"><span class="smaller">[464]</span></a>, le bourreau de Paris, Capeluche. Cette masse va fondre au
-grand Châtelet; les prisonniers se défendent, du consentement des
-geôliers. Mais les assassins entrent par le toit; tout est tué,
-prisonniers et geôliers. Même scène au petit Châtelet<a id="footnotetag465" name="footnotetag465"></a><a href="#footnote465" title="Go to footnote 465"><span class="smaller">[465]</span></a>. Puis, les
-voilà devant la Bastille. Le duc de Bourgogne y vient, sans troupes,
-voulant rester à tout prix le favori de la populace; il les prie
-honnêtement de se retirer, leur dit de bonnes paroles. Mais rien
-n'opérait. Il avait beau montrer de la confiance, de la bonhomie, se
-faire petit, jusqu'à toucher <span class="pagenum"><a id="page282" name="page282"></a>(p. 282)</span> dans la main au chef (le chef
-c'était le bourreau). Il en fut pour cette honte. Tout ce qu'il obtint,
-ce fut une promesse démener les prisonniers au Châtelet; alors il les
-livra. Arrivés au Châtelet, les prisonniers y trouvèrent d'autres gens
-du peuple qui n'avaient rien promis et qui les massacrèrent.</p>
-
-<p>Le duc de Bourgogne avait joué là un triste rôle. Il fut enragé de
-s'être ainsi avili. Il engagea les massacreurs à aller assiéger les
-Armagnacs à Montlhéry pour rouvrir la route aux blés de la Beauce. Puis
-il fit fermer la porte derrière eux et couper la tête à Capeluche. En
-même temps, pour consoler le parti, il fait décapiter quelques
+grand Châtelet; les prisonniers se défendent, du consentement des
+geôliers. Mais les assassins entrent par le toit; tout est tué,
+prisonniers et geôliers. Même scène au petit Châtelet<a id="footnotetag465" name="footnotetag465"></a><a href="#footnote465" title="Go to footnote 465"><span class="smaller">[465]</span></a>. Puis, les
+voilà devant la Bastille. Le duc de Bourgogne y vient, sans troupes,
+voulant rester à tout prix le favori de la populace; il les prie
+honnêtement de se retirer, leur dit de bonnes paroles. Mais rien
+n'opérait. Il avait beau montrer de la confiance, de la bonhomie, se
+faire petit, jusqu'à toucher <span class="pagenum"><a id="page282" name="page282"></a>(p. 282)</span> dans la main au chef (le chef
+c'était le bourreau). Il en fut pour cette honte. Tout ce qu'il obtint,
+ce fut une promesse démener les prisonniers au Châtelet; alors il les
+livra. Arrivés au Châtelet, les prisonniers y trouvèrent d'autres gens
+du peuple qui n'avaient rien promis et qui les massacrèrent.</p>
+
+<p>Le duc de Bourgogne avait joué là un triste rôle. Il fut enragé de
+s'être ainsi avili. Il engagea les massacreurs à aller assiéger les
+Armagnacs à Montlhéry pour rouvrir la route aux blés de la Beauce. Puis
+il fit fermer la porte derrière eux et couper la tête à Capeluche. En
+même temps, pour consoler le parti, il fait décapiter quelques
magistrats armagnacs.</p>
-<p>Ce Capeluche, qui paya si cher l'honneur d'avoir touché la main d'un
-prince du sang, était un homme original dans son métier, point furieux,
+<p>Ce Capeluche, qui paya si cher l'honneur d'avoir touché la main d'un
+prince du sang, était un homme original dans son métier, point furieux,
et qui se piquait de tuer par principe et avec intelligence. Il tira un
-bourgeois du massacre au péril de sa vie<a id="footnotetag466" name="footnotetag466"></a><a href="#footnote466" title="Go to footnote 466"><span class="smaller">[466]</span></a>. Quand il lui fallut
-franchir le pas à son tour, il montra à son valet comment il devait s'y
+bourgeois du massacre au péril de sa vie<a id="footnotetag466" name="footnotetag466"></a><a href="#footnote466" title="Go to footnote 466"><span class="smaller">[466]</span></a>. Quand il lui fallut
+franchir le pas à son tour, il montra à son valet comment il devait s'y
prendre<a id="footnotetag467" name="footnotetag467"></a><a href="#footnote467" title="Go to footnote 467"><span class="smaller">[467]</span></a>.</p>
-<p>Le duc de Bourgogne, en devenant maître de Paris, avait succédé à tous
-les embarras du connétable d'Armagnac. Il lui fallait à son tour
+<p>Le duc de Bourgogne, en devenant maître de Paris, avait succédé à tous
+les embarras du connétable d'Armagnac. Il lui fallait à son tour
gouverner la grande ville, la nourrir, l'approvisionner; cela ne pouvait
-se faire qu'en tenant les Armagnacs et les Anglais à distance,
-c'est-à-dire en faisant la guerre, en rétablissant les taxes qu'il
-venait de supprimer, en perdant sa popularité.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page283" name="page283"></a>(p. 283)</span> Le rôle équivoque qu'il avait joué si longtemps, accusant les
-autres de trahison, tandis qu'il trahissait, ce rôle devait finir. Les
-Anglais remontant la Seine, menaçant Paris, il fallait lâcher Paris, ou
-les combattre. Mais, avec son éternelle tergiversation et sa duplicité,
-il avait énervé son propre parti; il ne pouvait plus rien ni pour la
-paix, ni pour la guerre. Juste jugement de Dieu; son succès l'avait
-perdu; il était entré, tête baissée, dans une longue et sombre impasse,
-où il n'y avait plus moyen d'avancer, ni de reculer.</p>
-
-<p>Le peuple de Rouen, de Paris, qui l'avait appelé, était Bourguignon sans
+se faire qu'en tenant les Armagnacs et les Anglais à distance,
+c'est-à-dire en faisant la guerre, en rétablissant les taxes qu'il
+venait de supprimer, en perdant sa popularité.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page283" name="page283"></a>(p. 283)</span> Le rôle équivoque qu'il avait joué si longtemps, accusant les
+autres de trahison, tandis qu'il trahissait, ce rôle devait finir. Les
+Anglais remontant la Seine, menaçant Paris, il fallait lâcher Paris, ou
+les combattre. Mais, avec son éternelle tergiversation et sa duplicité,
+il avait énervé son propre parti; il ne pouvait plus rien ni pour la
+paix, ni pour la guerre. Juste jugement de Dieu; son succès l'avait
+perdu; il était entré, tête baissée, dans une longue et sombre impasse,
+où il n'y avait plus moyen d'avancer, ni de reculer.</p>
+
+<p>Le peuple de Rouen, de Paris, qui l'avait appelé, était Bourguignon sans
doute et ennemi des Armagnacs, mais encore plus des Anglais. Il
-s'étonnait, dans sa simplicité, de voir que ce bon duc ne fit rien
-contre l'ennemi du royaume. Ses plus chauds partisans commençaient à
-dire «qu'il était en toutes ses besognes le plus long homme qu'on pût
-trouver<a id="footnotetag468" name="footnotetag468"></a><a href="#footnote468" title="Go to footnote 468"><span class="smaller">[468]</span></a>». Cependant que pouvait-il faire? Appeler les Flamands? un
-traité tout récent avec l'Anglais ne le lui permettait pas<a id="footnotetag469" name="footnotetag469"></a><a href="#footnote469" title="Go to footnote 469"><span class="smaller">[469]</span></a>. Les
-Bourguignons? ils avaient assez à faire de se garder contre les
-Armagnacs. Ceux-ci tenaient tout le centre: Sens, Moret, Créci,
-Compiègne, Montlhéry, un cercle de villes autour de Paris, Meaux et
-Melun, c'est-à-dire la Marne et la haute Seine. Tout ce dont il put
-disposer, sans dégarnir Paris, il l'envoya à Rouen; c'était quatre mille
+s'étonnait, dans sa simplicité, de voir que ce bon duc ne fit rien
+contre l'ennemi du royaume. Ses plus chauds partisans commençaient à
+dire «qu'il était en toutes ses besognes le plus long homme qu'on pût
+trouver<a id="footnotetag468" name="footnotetag468"></a><a href="#footnote468" title="Go to footnote 468"><span class="smaller">[468]</span></a>». Cependant que pouvait-il faire? Appeler les Flamands? un
+traité tout récent avec l'Anglais ne le lui permettait pas<a id="footnotetag469" name="footnotetag469"></a><a href="#footnote469" title="Go to footnote 469"><span class="smaller">[469]</span></a>. Les
+Bourguignons? ils avaient assez à faire de se garder contre les
+Armagnacs. Ceux-ci tenaient tout le centre: Sens, Moret, Créci,
+Compiègne, Montlhéry, un cercle de villes autour de Paris, Meaux et
+Melun, c'est-à-dire la Marne et la haute Seine. Tout ce dont il put
+disposer, sans dégarnir Paris, il l'envoya à Rouen; c'était quatre mille
cavaliers.</p>
-<p>On pouvait prévoir de longue date que Rouen serait <span class="pagenum"><a id="page284" name="page284"></a>(p. 284)</span> investi.
-Henri V s'en était approché avec une extrême lenteur. Non content
-d'avoir derrière lui deux grandes colonies anglaises, Harfleur et Caen,
-il avait complété la conquête de la basse Normandie par la prise de
-Falaise, de Vire, de Saint-Lô, de Coutances et d'Évreux. Il tenait la
+<p>On pouvait prévoir de longue date que Rouen serait <span class="pagenum"><a id="page284" name="page284"></a>(p. 284)</span> investi.
+Henri V s'en était approché avec une extrême lenteur. Non content
+d'avoir derrière lui deux grandes colonies anglaises, Harfleur et Caen,
+il avait complété la conquête de la basse Normandie par la prise de
+Falaise, de Vire, de Saint-Lô, de Coutances et d'Évreux. Il tenait la
Seine, non seulement par Harfleur, mais par le Pont-de-l'Arche. Il avait
-déjà rétabli un peu d'ordre, rassuré les gens d'Église, invité les
-absents à revenir, leur promettant appui, et déclarant qu'autrement il
-disposerait de leurs terres ou de leurs bénéfices. Il rouvrit
-l'Échiquier et les autres tribunaux, et leur donna pour président
-suprême son grand trésorier de Normandie. Il réduisit presque à rien
-l'impôt du sel, «en l'honneur de la sainte Vierge<a id="footnotetag470" name="footnotetag470"></a><a href="#footnote470" title="Go to footnote 470"><span class="smaller">[470]</span></a>».</p>
-
-<p>Peu de rois avaient été plus heureux à la guerre, mais la guerre était
-son moindre moyen. Henri V était, ses actes en témoignent, un esprit
-politique, un homme d'ordre, d'administration, et en même temps de
-diplomatie. Il avançait lentement, parlementant toujours, exploitant
-toutes les peurs, tous les intérêts, profitant à merveille de la
-dissolution profonde du pays auquel il avait à faire, fascinant de sa
+déjà rétabli un peu d'ordre, rassuré les gens d'Église, invité les
+absents à revenir, leur promettant appui, et déclarant qu'autrement il
+disposerait de leurs terres ou de leurs bénéfices. Il rouvrit
+l'Échiquier et les autres tribunaux, et leur donna pour président
+suprême son grand trésorier de Normandie. Il réduisit presque à rien
+l'impôt du sel, «en l'honneur de la sainte Vierge<a id="footnotetag470" name="footnotetag470"></a><a href="#footnote470" title="Go to footnote 470"><span class="smaller">[470]</span></a>».</p>
+
+<p>Peu de rois avaient été plus heureux à la guerre, mais la guerre était
+son moindre moyen. Henri V était, ses actes en témoignent, un esprit
+politique, un homme d'ordre, d'administration, et en même temps de
+diplomatie. Il avançait lentement, parlementant toujours, exploitant
+toutes les peurs, tous les intérêts, profitant à merveille de la
+dissolution profonde du pays auquel il avait à faire, fascinant de sa
ruse, de sa force, de son invincible fortune, des esprits vacillants qui
-n'avaient plus rien où se prendre, ni principe ni espoir; personne en ce
-malheureux pays ne se fiait plus à personne, tous se méprisaient
-eux-mêmes.</p>
+n'avaient plus rien où se prendre, ni principe ni espoir; personne en ce
+malheureux pays ne se fiait plus à personne, tous se méprisaient
+eux-mêmes.</p>
-<p>Il négociait infatigablement, toujours, avec tous; <span class="pagenum"><a id="page285" name="page285"></a>(p. 285)</span> avec ses
-prisonniers d'abord, c'était le plus facile. Les tenant sous sa main,
-tristement, durement, il eut bon marché de leur fermeté.</p>
+<p>Il négociait infatigablement, toujours, avec tous; <span class="pagenum"><a id="page285" name="page285"></a>(p. 285)</span> avec ses
+prisonniers d'abord, c'était le plus facile. Les tenant sous sa main,
+tristement, durement, il eut bon marché de leur fermeté.</p>
-<p>Chacun des princes n'eut au commencement qu'un serviteur français<a id="footnotetag471" name="footnotetag471"></a><a href="#footnote471" title="Go to footnote 471"><span class="smaller">[471]</span></a>.
+<p>Chacun des princes n'eut au commencement qu'un serviteur français<a id="footnotetag471" name="footnotetag471"></a><a href="#footnote471" title="Go to footnote 471"><span class="smaller">[471]</span></a>.
Du reste honorablement, bon lit, sans doute bonne table; mais le besoin
-d'activité n'en était que plus grand; ils se mouraient d'ennui. Chaque
-fois que le roi d'Angleterre revenait dans son île, il faisait visite «à
-ses cousins d'Orléans et de Bourbon»; il leur parlait amicalement,
-confidentiellement. Une fois il leur disait: «Je vais rentrer en
-campagne; et pour cette fois, je n'y épargne rien; je m'y retrouverai
-toujours; les Français en feront les frais.» Une autre fois, prenant un
-air triste: «Je m'en vais bientôt à Paris... C'est dommage, c'est un
+d'activité n'en était que plus grand; ils se mouraient d'ennui. Chaque
+fois que le roi d'Angleterre revenait dans son île, il faisait visite «à
+ses cousins d'Orléans et de Bourbon»; il leur parlait amicalement,
+confidentiellement. Une fois il leur disait: «Je vais rentrer en
+campagne; et pour cette fois, je n'y épargne rien; je m'y retrouverai
+toujours; les Français en feront les frais.» Une autre fois, prenant un
+air triste: «Je m'en vais bientôt à Paris... C'est dommage, c'est un
brave peuple. Mais que faire? le courage ne peut rien, s'il y a
-division<a id="footnotetag472" name="footnotetag472"></a><a href="#footnote472" title="Go to footnote 472"><span class="smaller">[472]</span></a>.»</p>
+division<a id="footnotetag472" name="footnotetag472"></a><a href="#footnote472" title="Go to footnote 472"><span class="smaller">[472]</span></a>.»</p>
-<p>Ces confidences amicales étaient faites pour désespérer les prisonniers.
-Ce n'étaient pas des Régulus. Ils obtinrent d'envoyer en leur nom le duc
-de Bourbon pour décider le roi de France à faire la paix au plus vite,
+<p>Ces confidences amicales étaient faites pour désespérer les prisonniers.
+Ce n'étaient pas des Régulus. Ils obtinrent d'envoyer en leur nom le duc
+de Bourbon pour décider le roi de France à faire la paix au plus vite,
en passant par toutes les conditions d'Henri; qu'autrement ils se
feraient Anglais et lui rendraient hommage pour toutes leurs
terres<a id="footnotetag473" name="footnotetag473"></a><a href="#footnote473" title="Go to footnote 473"><span class="smaller">[473]</span></a>.</p>
-<p>C'était un terrible dissolvant, une puissante contagion de
-découragement, que ces prisonniers d'Azincourt qui venaient prêcher la
-soumission à tout prix. <span class="pagenum"><a id="page286" name="page286"></a>(p. 286)</span> Cela aidait aux négociations qu'Henri
-menait de front avec tous les princes de France. Dès l'ouverture de la
-campagne, au mois de mars 1418, il renouvela les trêves avec la Flandre
+<p>C'était un terrible dissolvant, une puissante contagion de
+découragement, que ces prisonniers d'Azincourt qui venaient prêcher la
+soumission à tout prix. <span class="pagenum"><a id="page286" name="page286"></a>(p. 286)</span> Cela aidait aux négociations qu'Henri
+menait de front avec tous les princes de France. Dès l'ouverture de la
+campagne, au mois de mars 1418, il renouvela les trêves avec la Flandre
et le duc de Bourgogne. En juillet, il en signa une pour la Guyenne; le
-4 août, il prorogea la trêve avec le duc de Bretagne. Il accueillait
-avec la même complaisance les sollicitations de la reine de Sicile,
-comtesse d'Anjou et du Maine. Ce roi pacifique n'avait rien plus à
-c&oelig;ur que d'éviter l'effusion du sang chrétien. Tout en accordant des
-trêves particulières, il écoutait les propositions continuelles de paix
-générale que les deux partis lui faisaient; il prêtait impartialement
-une oreille au dauphin, l'autre au duc de Bourgogne, mais il n'en était
-pas tellement préoccupé qu'il ne mît la main sur Rouen.</p>
-
-<p>Dès la fin de juin, il avait fait battre la campagne, de sorte que les
-moissons ne pussent arriver à Rouen et que la ville ne fût point
-approvisionnée. Il avait importé pour cela huit mille Irlandais, presque
-nus, des sauvages, qui n'étaient ni armés ni montés, mais qui, allant
-partout à pied, sur de petits chevaux de montagne, sur des vaches,
+4 août, il prorogea la trêve avec le duc de Bretagne. Il accueillait
+avec la même complaisance les sollicitations de la reine de Sicile,
+comtesse d'Anjou et du Maine. Ce roi pacifique n'avait rien plus à
+c&oelig;ur que d'éviter l'effusion du sang chrétien. Tout en accordant des
+trêves particulières, il écoutait les propositions continuelles de paix
+générale que les deux partis lui faisaient; il prêtait impartialement
+une oreille au dauphin, l'autre au duc de Bourgogne, mais il n'en était
+pas tellement préoccupé qu'il ne mît la main sur Rouen.</p>
+
+<p>Dès la fin de juin, il avait fait battre la campagne, de sorte que les
+moissons ne pussent arriver à Rouen et que la ville ne fût point
+approvisionnée. Il avait importé pour cela huit mille Irlandais, presque
+nus, des sauvages, qui n'étaient ni armés ni montés, mais qui, allant
+partout à pied, sur de petits chevaux de montagne, sur des vaches,
mangeaient ou prenaient tout. Ils enlevaient les petits enfants pour
-qu'on les rachetât. Le paysan était désespéré<a id="footnotetag474" name="footnotetag474"></a><a href="#footnote474" title="Go to footnote 474"><span class="smaller">[474]</span></a>.</p>
+qu'on les rachetât. Le paysan était désespéré<a id="footnotetag474" name="footnotetag474"></a><a href="#footnote474" title="Go to footnote 474"><span class="smaller">[474]</span></a>.</p>
<p>Quinze mille hommes de milice dans Rouen, quatre mille cavaliers, en
-tout peut-être soixante mille âmes: c'était tout un peuple à nourrir.
-Henri, sachant bien <span class="pagenum"><a id="page287" name="page287"></a>(p. 287)</span> qu'il n'avait rien à craindre ni des
-Armagnacs dispersés, ni du duc de Bourgogne, qui venait de lui demander
-encore une trêve pour la Flandre, ne craignit pas de diviser son armée
-en huit ou neuf corps, de manière à embrasser la vaste enceinte de
-Rouen. Ces corps communiquaient par des tranchées qui les abritaient du
-boulet; vers la campagne, ils étaient défendus d'une surprise par des
-fossés profonds revêtus d'épines. Toute l'Angleterre y était, les frères
-du roi: Glocester, Clarence, son connétable Cornwall, son amiral Dorset,
-son grand négociateur Warwick, chacun à une porte.</p>
-
-<p>Il s'attendait à une résistance opiniâtre; son attente fut surpassée. Un
-vigoureux levain cabochien fermentait à Rouen. Le chef des arbalétriers,
-Alain Blanchard<a id="footnotetag475" name="footnotetag475"></a><a href="#footnote475" title="Go to footnote 475"><span class="smaller">[475]</span></a>, et les autres chefs rouennais semblent avoir été
-liés avec le carme Pavilly, l'orateur de Paris en 1413. Le Pavilly de
-Rouen était le chanoine Delivet. Ces hommes défendirent Rouen pendant
-sept mois, tinrent sept mois en échec cette grande armée anglaise. Le
-peuple et le clergé rivalisèrent d'ardeur; les prêtres excommuniaient,
+tout peut-être soixante mille âmes: c'était tout un peuple à nourrir.
+Henri, sachant bien <span class="pagenum"><a id="page287" name="page287"></a>(p. 287)</span> qu'il n'avait rien à craindre ni des
+Armagnacs dispersés, ni du duc de Bourgogne, qui venait de lui demander
+encore une trêve pour la Flandre, ne craignit pas de diviser son armée
+en huit ou neuf corps, de manière à embrasser la vaste enceinte de
+Rouen. Ces corps communiquaient par des tranchées qui les abritaient du
+boulet; vers la campagne, ils étaient défendus d'une surprise par des
+fossés profonds revêtus d'épines. Toute l'Angleterre y était, les frères
+du roi: Glocester, Clarence, son connétable Cornwall, son amiral Dorset,
+son grand négociateur Warwick, chacun à une porte.</p>
+
+<p>Il s'attendait à une résistance opiniâtre; son attente fut surpassée. Un
+vigoureux levain cabochien fermentait à Rouen. Le chef des arbalétriers,
+Alain Blanchard<a id="footnotetag475" name="footnotetag475"></a><a href="#footnote475" title="Go to footnote 475"><span class="smaller">[475]</span></a>, et les autres chefs rouennais semblent avoir été
+liés avec le carme Pavilly, l'orateur de Paris en 1413. Le Pavilly de
+Rouen était le chanoine Delivet. Ces hommes défendirent Rouen pendant
+sept mois, tinrent sept mois en échec cette grande armée anglaise. Le
+peuple et le clergé rivalisèrent d'ardeur; les prêtres excommuniaient,
le peuple combattait; il ne se contentait pas de garder ses murailles;
-il allait chercher les Anglais, il sortait en masse, «et non par une
-porte, ni par deux, ni par trois, mais à la fois par toutes les
-portes<a id="footnotetag476" name="footnotetag476"></a><a href="#footnote476" title="Go to footnote 476"><span class="smaller">[476]</span></a>».</p>
-
-<p>La résistance de Rouen eût été peut-être plus longue encore, si pendant
-qu'elle combattait, elle n'eût eu une révolution dans ses murs. La
-ville était pleine de <span class="pagenum"><a id="page288" name="page288"></a>(p. 288)</span> nobles et croyait être trahie par eux.
-Déjà en 1415, les voyant faire si peu de résistance aux Anglais
-descendus en Normandie, le peuple s'était soulevé et avait tué le bailli
-armagnac. Les nobles bourguignons n'inspirèrent pas plus de
+il allait chercher les Anglais, il sortait en masse, «et non par une
+porte, ni par deux, ni par trois, mais à la fois par toutes les
+portes<a id="footnotetag476" name="footnotetag476"></a><a href="#footnote476" title="Go to footnote 476"><span class="smaller">[476]</span></a>».</p>
+
+<p>La résistance de Rouen eût été peut-être plus longue encore, si pendant
+qu'elle combattait, elle n'eût eu une révolution dans ses murs. La
+ville était pleine de <span class="pagenum"><a id="page288" name="page288"></a>(p. 288)</span> nobles et croyait être trahie par eux.
+Déjà en 1415, les voyant faire si peu de résistance aux Anglais
+descendus en Normandie, le peuple s'était soulevé et avait tué le bailli
+armagnac. Les nobles bourguignons n'inspirèrent pas plus de
confiance<a id="footnotetag477" name="footnotetag477"></a><a href="#footnote477" title="Go to footnote 477"><span class="smaller">[477]</span></a>. Le peuple crut toujours qu'ils le trahissaient. Dans une
sortie, les gens de Rouen attaquant les retranchements des Anglais,
-apprennent que le pont sur lequel ils doivent repasser vient d'être scié
-en dessous. Ils accusèrent leur capitaine, le sire de Bouteiller.
-Celui-ci ne justifia que trop ces accusations après la reddition de la
-ville; il se fit Anglais et reçut des fiefs de son nouveau maître.</p>
-
-<p>Les gens de Rouen ne tardèrent pas à souffrir cruellement de la famine.
-Ils parvinrent à faire passer un de leurs prêtres jusqu'à Paris. Ce
-prêtre fut amené devant le roi par le carme Pavilly, qui parla pour lui;
-puis l'homme de Rouen prononça ces paroles solennelles: «Très excellent
+apprennent que le pont sur lequel ils doivent repasser vient d'être scié
+en dessous. Ils accusèrent leur capitaine, le sire de Bouteiller.
+Celui-ci ne justifia que trop ces accusations après la reddition de la
+ville; il se fit Anglais et reçut des fiefs de son nouveau maître.</p>
+
+<p>Les gens de Rouen ne tardèrent pas à souffrir cruellement de la famine.
+Ils parvinrent à faire passer un de leurs prêtres jusqu'à Paris. Ce
+prêtre fut amené devant le roi par le carme Pavilly, qui parla pour lui;
+puis l'homme de Rouen prononça ces paroles solennelles: «Très excellent
prince et seigneur, il m'est enjoint de par les habitants de la ville de
Rouen de crier contre vous, et aussi contre vous, sire de Bourgogne, qui
avez le gouvernement du roi et de son royaume, <em>le grand haro</em>, lequel
signifie l'oppression qu'ils ont des Anglais; ils vous mandent et font
savoir par moi, que si, par faute de votre secours, il convient qu'ils
soient sujets au roi d'Angleterre, vous n'aurez en tout le monde pires
-ennemis qu'eux, et s'ils peuvent, ils détruiront vous et votre
-génération<a id="footnotetag478" name="footnotetag478"></a><a href="#footnote478" title="Go to footnote 478"><span class="smaller">[478]</span></a>.»</p>
+ennemis qu'eux, et s'ils peuvent, ils détruiront vous et votre
+génération<a id="footnotetag478" name="footnotetag478"></a><a href="#footnote478" title="Go to footnote 478"><span class="smaller">[478]</span></a>.»</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page289" name="page289"></a>(p. 289)</span> Le duc de Bourgogne promit qu'il enverrait du secours. Le
-secours ne fut autre chose qu'une ambassade. Les Anglais la reçurent,
-comme à l'ordinaire, volontiers; cela servait toujours à énerver et à
+secours ne fut autre chose qu'une ambassade. Les Anglais la reçurent,
+comme à l'ordinaire, volontiers; cela servait toujours à énerver et à
endormir. Ambassade du duc de Bourgogne au Pont-de-l'Arche, ambassade du
-dauphin à Alençon.</p>
+dauphin à Alençon.</p>
-<p>Outre les cessions immenses du traité de Bretigni, le duc de Bourgogne
+<p>Outre les cessions immenses du traité de Bretigni, le duc de Bourgogne
offrait la Normandie; le dauphin proposait, non la Normandie, mais la
-Flandre et l'Artois, c'est-à-dire les meilleures provinces du duc de
+Flandre et l'Artois, c'est-à-dire les meilleures provinces du duc de
Bourgogne.</p>
-<p>Le clerc anglais Morgan, chargé de prolonger quelques jours ces
-négociations, dit enfin aux gens du dauphin: «Pourquoi négocier? Nous
-avons des lettres de votre maître au duc de Bourgogne, par lesquelles il
-lui propose de s'unir à lui contre nous.» Les Anglais amusèrent de même
-le duc de Bourgogne et finirent par dire: «Le roi est fol, le dauphin
-mineur, et le duc de Bourgogne n'a pas qualité pour rien céder en
-France<a id="footnotetag479" name="footnotetag479"></a><a href="#footnote479" title="Go to footnote 479"><span class="smaller">[479]</span></a>.»</p>
+<p>Le clerc anglais Morgan, chargé de prolonger quelques jours ces
+négociations, dit enfin aux gens du dauphin: «Pourquoi négocier? Nous
+avons des lettres de votre maître au duc de Bourgogne, par lesquelles il
+lui propose de s'unir à lui contre nous.» Les Anglais amusèrent de même
+le duc de Bourgogne et finirent par dire: «Le roi est fol, le dauphin
+mineur, et le duc de Bourgogne n'a pas qualité pour rien céder en
+France<a id="footnotetag479" name="footnotetag479"></a><a href="#footnote479" title="Go to footnote 479"><span class="smaller">[479]</span></a>.»</p>
-<p>Ces comédies diplomatiques n'arrêtaient pas la tragédie de Rouen. Le roi
-d'Angleterre, croyant faire peur aux habitants, avait dressé des gibets
+<p>Ces comédies diplomatiques n'arrêtaient pas la tragédie de Rouen. Le roi
+d'Angleterre, croyant faire peur aux habitants, avait dressé des gibets
autour de la ville, et il y faisait pendre des prisonniers. D'autre part
-il barra la Seine avec un pont de bois, des chaînes et des navires, de
-sorte que rien ne pût passer. Les Rouennais de bonne heure semblaient
-réduits aux dernières extrémités, et ils résistèrent six mois encore;
-ce <span class="pagenum"><a id="page290" name="page290"></a>(p. 290)</span> fut un miracle. Ils avaient mangé les chevaux, les chiens et
+il barra la Seine avec un pont de bois, des chaînes et des navires, de
+sorte que rien ne pût passer. Les Rouennais de bonne heure semblaient
+réduits aux dernières extrémités, et ils résistèrent six mois encore;
+ce <span class="pagenum"><a id="page290" name="page290"></a>(p. 290)</span> fut un miracle. Ils avaient mangé les chevaux, les chiens et
les chats<a id="footnotetag480" name="footnotetag480"></a><a href="#footnote480" title="Go to footnote 480"><span class="smaller">[480]</span></a>. Ceux qui pouvaient encore trouver quelque aliment, tant
-fût-il immonde, ils se gardaient bien de le montrer; les affamés se
-seraient jetés dessus. La plus horrible nécessité, c'est qu'il fallut
+fût-il immonde, ils se gardaient bien de le montrer; les affamés se
+seraient jetés dessus. La plus horrible nécessité, c'est qu'il fallut
faire sortir de la ville tout ce qui ne pouvait pas combattre, douze
-mille vieillards, femmes et enfants. Il fallut que le fils mît son vieux
-père à la porte, le mari sa femme; ce fut là un déchirement. Cette foule
-déplorable vint se présenter aux retranchements anglais; ils y furent
-reçus à la pointe de l'épée. Repoussés également de leurs amis et de
-leurs ennemis, ils restèrent entre le camp et la ville, dans le fossé,
-sans autre aliment que l'herbe qu'ils arrachaient. Ils y passèrent
-l'hiver sous le ciel. Des femmes, hélas! y accouchèrent...; et alors les
-gens de Rouen, voulant que l'enfant fût du moins baptisé, le montaient
-par une corde; puis on le redescendait, pour qu'il allât mourir avec sa
-mère<a id="footnotetag481" name="footnotetag481"></a><a href="#footnote481" title="Go to footnote 481"><span class="smaller">[481]</span></a>. On ne dit pas que les Anglais <span class="pagenum"><a id="page291" name="page291"></a>(p. 291)</span> aient eu cette
-charité; et pourtant leur camp était plein de prêtres, d'évêques; il y
-avait entre autres le primat d'Angleterre, archevêque de Cantorbéry.</p>
-
-<p>Au grand jour de Noël, lorsque tout le monde chrétien dans la joie
-célèbre par de douces réunions de famille la naissance du petit Jésus,
+mille vieillards, femmes et enfants. Il fallut que le fils mît son vieux
+père à la porte, le mari sa femme; ce fut là un déchirement. Cette foule
+déplorable vint se présenter aux retranchements anglais; ils y furent
+reçus à la pointe de l'épée. Repoussés également de leurs amis et de
+leurs ennemis, ils restèrent entre le camp et la ville, dans le fossé,
+sans autre aliment que l'herbe qu'ils arrachaient. Ils y passèrent
+l'hiver sous le ciel. Des femmes, hélas! y accouchèrent...; et alors les
+gens de Rouen, voulant que l'enfant fût du moins baptisé, le montaient
+par une corde; puis on le redescendait, pour qu'il allât mourir avec sa
+mère<a id="footnotetag481" name="footnotetag481"></a><a href="#footnote481" title="Go to footnote 481"><span class="smaller">[481]</span></a>. On ne dit pas que les Anglais <span class="pagenum"><a id="page291" name="page291"></a>(p. 291)</span> aient eu cette
+charité; et pourtant leur camp était plein de prêtres, d'évêques; il y
+avait entre autres le primat d'Angleterre, archevêque de Cantorbéry.</p>
+
+<p>Au grand jour de Noël, lorsque tout le monde chrétien dans la joie
+célèbre par de douces réunions de famille la naissance du petit Jésus,
les Anglais se firent scrupule de faire bombance<a id="footnotetag482" name="footnotetag482"></a><a href="#footnote482" title="Go to footnote 482"><span class="smaller">[482]</span></a> sans jeter des
-miettes à ces affamés. Deux prêtres anglais descendirent parmi les
-spectres du fossé et leur apportèrent du pain. Le roi fit dire aussi aux
+miettes à ces affamés. Deux prêtres anglais descendirent parmi les
+spectres du fossé et leur apportèrent du pain. Le roi fit dire aussi aux
habitants qu'il voulait bien leur donner des vivres pour le saint jour
-de Noël; mais nos Français ne voulurent rien recevoir de l'ennemi.</p>
+de Noël; mais nos Français ne voulurent rien recevoir de l'ennemi.</p>
-<p>Cependant le duc de Bourgogne commençait à se mettre en mouvement. Et
-d'abord, il alla de Paris à Saint-Denis. Là, il fit prendre au roi
-solennellement l'oriflamme; cruelle dérision; ce fut pour rester à
-Pontoise, longtemps à Pontoise, longtemps à Beauvais. Il y reçut encore
-un homme de Rouen qui s'était dévoué pour risquer le passage; c'était le
+<p>Cependant le duc de Bourgogne commençait à se mettre en mouvement. Et
+d'abord, il alla de Paris à Saint-Denis. Là, il fit prendre au roi
+solennellement l'oriflamme; cruelle dérision; ce fut pour rester à
+Pontoise, longtemps à Pontoise, longtemps à Beauvais. Il y reçut encore
+un homme de Rouen qui s'était dévoué pour risquer le passage; c'était le
dernier messager, la voix d'une ville expirante; il dit simplement que
-dans Rouen et la banlieue il était mort cinquante mille hommes de faim.
-Le duc de Bourgogne fut touché, il promit secours, puis, débarrassé du
+dans Rouen et la banlieue il était mort cinquante mille hommes de faim.
+Le duc de Bourgogne fut touché, il promit secours, puis, débarrassé du
messager, et comptant bien sans doute ne plus entendre parler de Rouen,
-il tourna le dos à la Normandie et mena le roi à Provins.</p>
+il tourna le dos à la Normandie et mena le roi à Provins.</p>
<p>Il fallut donc se rendre. Mais le roi d'Angleterre, <span class="pagenum"><a id="page292" name="page292"></a>(p. 292)</span> croyant
-utile de faire un exemple pour une si longue résistance, voulait les
-avoir à merci. Les Rouennais qui savaient ce que c'était que la merci
-d'Henri V, prirent la résolution de miner un mur, et de sortir par là la
-nuit les armes à la main, à la grâce de Dieu. Le roi et les évêques
-réfléchirent, et l'archevêque de Cantorbéry vint lui-même offrir une
-capitulation: 1<sup>o</sup> La vie sauve, cinq hommes exceptés<a id="footnotetag483" name="footnotetag483"></a><a href="#footnote483" title="Go to footnote 483"><span class="smaller">[483]</span></a>; ceux des cinq
-qui étaient riches ou gens d'Église se tirèrent d'affaire; Alain
-Blanchard paya pour tous; il fallait à l'Anglais une exécution, pour
-constater que la résistance avait été rébellion au roi légitime. 2<sup>o</sup>
-Pour la même raison, Henri assura à la ville tous les privilèges que les
-rois de France, ses ancêtres, lui avaient accordés, <em>avant l'usurpation
+utile de faire un exemple pour une si longue résistance, voulait les
+avoir à merci. Les Rouennais qui savaient ce que c'était que la merci
+d'Henri V, prirent la résolution de miner un mur, et de sortir par là la
+nuit les armes à la main, à la grâce de Dieu. Le roi et les évêques
+réfléchirent, et l'archevêque de Cantorbéry vint lui-même offrir une
+capitulation: 1<sup>o</sup> La vie sauve, cinq hommes exceptés<a id="footnotetag483" name="footnotetag483"></a><a href="#footnote483" title="Go to footnote 483"><span class="smaller">[483]</span></a>; ceux des cinq
+qui étaient riches ou gens d'Église se tirèrent d'affaire; Alain
+Blanchard paya pour tous; il fallait à l'Anglais une exécution, pour
+constater que la résistance avait été rébellion au roi légitime. 2<sup>o</sup>
+Pour la même raison, Henri assura à la ville tous les privilèges que les
+rois de France, ses ancêtres, lui avaient accordés, <em>avant l'usurpation
de Philippe-de-Valois</em>. 3<sup>o</sup> Mais elle dut payer une terrible amende,
-trois cent mille écus d'or, moitié en janvier (on était déjà au 19
-janvier<a id="footnotetag484" name="footnotetag484"></a><a href="#footnote484" title="Go to footnote 484"><span class="smaller">[484]</span></a>), moitié en février. Tirer cela d'une ville dépeuplée,
-ruinée<a id="footnotetag485" name="footnotetag485"></a><a href="#footnote485" title="Go to footnote 485"><span class="smaller">[485]</span></a>, ce n'était pas chose facile. Il y avait à parier que ces
-débiteurs insolvables feraient plutôt cession de biens, qu'ils se
-sauveraient tous de la ville, et que le créancier se trouverait n'avoir
+trois cent mille écus d'or, moitié en janvier (on était déjà au 19
+janvier<a id="footnotetag484" name="footnotetag484"></a><a href="#footnote484" title="Go to footnote 484"><span class="smaller">[484]</span></a>), moitié en février. Tirer cela d'une ville dépeuplée,
+ruinée<a id="footnotetag485" name="footnotetag485"></a><a href="#footnote485" title="Go to footnote 485"><span class="smaller">[485]</span></a>, ce n'était pas chose facile. Il y avait à parier que ces
+débiteurs insolvables feraient plutôt cession de biens, qu'ils se
+sauveraient tous de la ville, et que le créancier se trouverait n'avoir
pour gage que des maisons croulantes.&mdash;On y pourvut; la ville fut
-contrainte par corps; tous les habitants consignés jusqu'à parfait
-payement. Des gardes étaient mis aux portes; pour sortir, il fallait
+contrainte par corps; tous les habitants consignés jusqu'à parfait
+payement. Des gardes étaient mis aux portes; pour sortir, il fallait
montrer un billet qu'on achetait fort cher<a id="footnotetag486" name="footnotetag486"></a><a href="#footnote486" title="Go to footnote 486"><span class="smaller">[486]</span></a>.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page293" name="page293"></a>(p. 293)</span> Ces billets parurent une si heureuse invention de police et
-d'un si bon rapport, que désormais on en exigea partout. La Normandie
-entière devint une geôle anglaise. Ce gouvernement sage et dur ajouta à
-ces rigueurs un bienfait, qui parut une rigueur encore: l'unité de
+d'un si bon rapport, que désormais on en exigea partout. La Normandie
+entière devint une geôle anglaise. Ce gouvernement sage et dur ajouta à
+ces rigueurs un bienfait, qui parut une rigueur encore: l'unité de
poids, de mesures et d'aunage, poids de Troyes, mesure de Rouen et
-d'Arqués, aunage de Paris<a id="footnotetag487" name="footnotetag487"></a><a href="#footnote487" title="Go to footnote 487"><span class="smaller">[487]</span></a>.</p>
-
-<p>Le roi d'Angleterre, occupé d'organiser le pays conquis, accorda une
-trêve aux deux partis français, aux Bourguignons et aux Armagnacs. Il
-avait besoin de refaire un peu son armée. Il lui fallait surtout
-ramasser de l'argent et s'acquitter envers les évêques qui lui en
-avaient prêté pour cette longue expédition. L'Église lui faisait la
-banque, mais en prenant ses sûretés; tantôt les évêques se faisaient
-assigner par lui le produit d'un impôt<a id="footnotetag488" name="footnotetag488"></a><a href="#footnote488" title="Go to footnote 488"><span class="smaller">[488]</span></a>; tantôt ils lui prêtaient
-sur gage, sur ses joyaux<a id="footnotetag489" name="footnotetag489"></a><a href="#footnote489" title="Go to footnote 489"><span class="smaller">[489]</span></a>, sur sa couronne, par exemple. Voilà sans
-doute pourquoi ils suivaient le camp en grand nombre<a id="footnotetag490" name="footnotetag490"></a><a href="#footnote490" title="Go to footnote 490"><span class="smaller">[490]</span></a>. À chaque
-conquête, ils pouvaient récupérer leurs avances, occupant les bénéfices
+d'Arqués, aunage de Paris<a id="footnotetag487" name="footnotetag487"></a><a href="#footnote487" title="Go to footnote 487"><span class="smaller">[487]</span></a>.</p>
+
+<p>Le roi d'Angleterre, occupé d'organiser le pays conquis, accorda une
+trêve aux deux partis français, aux Bourguignons et aux Armagnacs. Il
+avait besoin de refaire un peu son armée. Il lui fallait surtout
+ramasser de l'argent et s'acquitter envers les évêques qui lui en
+avaient prêté pour cette longue expédition. L'Église lui faisait la
+banque, mais en prenant ses sûretés; tantôt les évêques se faisaient
+assigner par lui le produit d'un impôt<a id="footnotetag488" name="footnotetag488"></a><a href="#footnote488" title="Go to footnote 488"><span class="smaller">[488]</span></a>; tantôt ils lui prêtaient
+sur gage, sur ses joyaux<a id="footnotetag489" name="footnotetag489"></a><a href="#footnote489" title="Go to footnote 489"><span class="smaller">[489]</span></a>, sur sa couronne, par exemple. Voilà sans
+doute pourquoi ils suivaient le camp en grand nombre<a id="footnotetag490" name="footnotetag490"></a><a href="#footnote490" title="Go to footnote 490"><span class="smaller">[490]</span></a>. À chaque
+conquête, ils pouvaient récupérer leurs avances, occupant les bénéfices
vacants, les administrant, en percevant les fruits. Si les absents
-s'obstinaient à ne pas revenir, le roi disposait de leurs bénéfices, de
-leurs héritages, en faveur de ceux qui le suivaient. La terre ne
+s'obstinaient à ne pas revenir, le roi disposait de leurs bénéfices, de
+leurs héritages, en faveur de ceux qui le suivaient. La terre ne
manquait pas. Beaucoup de gens aimaient mieux tout perdre que de
-revenir. Le pays de <span class="pagenum"><a id="page294" name="page294"></a>(p. 294)</span> Caux était désert; il se peuplait de loups;
-le roi y créa un louvetier.</p>
+revenir. Le pays de <span class="pagenum"><a id="page294" name="page294"></a>(p. 294)</span> Caux était désert; il se peuplait de loups;
+le roi y créa un louvetier.</p>
-<p>Ce grand succès de la prise de Rouen exalta l'orgueil d'Henri V et
+<p>Ce grand succès de la prise de Rouen exalta l'orgueil d'Henri V et
obscurcit un moment cet excellent esprit; telle est la faiblesse de
-notre nature. Il se crut si sûr de réussir, qu'il fit tout ce qu'il
-fallait pour échouer.</p>
-
-<p>Chose étrange, et pourtant certaine, ce conquérant de la France n'avait
-encore qu'une province, et déjà la France ne lui suffisait plus. Il
-commençait à se mêler des affaires d'Allemagne. Il y voulait marier son
-frère Bedford<a id="footnotetag491" name="footnotetag491"></a><a href="#footnote491" title="Go to footnote 491"><span class="smaller">[491]</span></a>; la désorganisation de l'Empire l'encourageait sans
-doute; un frère du roi d'Angleterre, c'était bien assez pour faire un
-empereur; témoin le frère d'Henri III, Richard de Cornouailles. Déjà
-Henri V marchandait l'hommage des archevêques et autres princes du Rhin.</p>
-
-<p>Autre folie, et plus folle. Il voulait faire adopter son jeune frère,
-Glocester, à la reine de Naples, et provisoirement se faire donner le
-port de Brindes et le duché de Calabre<a id="footnotetag492" name="footnotetag492"></a><a href="#footnote492" title="Go to footnote 492"><span class="smaller">[492]</span></a>. Brindes était un lieu
-d'embarquement pour Jérusalem; l'Italie était pour Henri le chemin de la
-terre sainte; déjà ses envoyés prenaient des informations en Syrie. En
+notre nature. Il se crut si sûr de réussir, qu'il fit tout ce qu'il
+fallait pour échouer.</p>
+
+<p>Chose étrange, et pourtant certaine, ce conquérant de la France n'avait
+encore qu'une province, et déjà la France ne lui suffisait plus. Il
+commençait à se mêler des affaires d'Allemagne. Il y voulait marier son
+frère Bedford<a id="footnotetag491" name="footnotetag491"></a><a href="#footnote491" title="Go to footnote 491"><span class="smaller">[491]</span></a>; la désorganisation de l'Empire l'encourageait sans
+doute; un frère du roi d'Angleterre, c'était bien assez pour faire un
+empereur; témoin le frère d'Henri III, Richard de Cornouailles. Déjà
+Henri V marchandait l'hommage des archevêques et autres princes du Rhin.</p>
+
+<p>Autre folie, et plus folle. Il voulait faire adopter son jeune frère,
+Glocester, à la reine de Naples, et provisoirement se faire donner le
+port de Brindes et le duché de Calabre<a id="footnotetag492" name="footnotetag492"></a><a href="#footnote492" title="Go to footnote 492"><span class="smaller">[492]</span></a>. Brindes était un lieu
+d'embarquement pour Jérusalem; l'Italie était pour Henri le chemin de la
+terre sainte; déjà ses envoyés prenaient des informations en Syrie. En
attendant, ce projet lui faisait un ennemi mortel du roi d'Aragon,
-Alfonse-le-Magnanime, prétendant à l'adoption de Naples; il mettait
+Alfonse-le-Magnanime, prétendant à l'adoption de Naples; il mettait
d'accord contre lui les Aragonais<a id="footnotetag493" name="footnotetag493"></a><a href="#footnote493" title="Go to footnote 493"><span class="smaller">[493]</span></a> et les Castillans, <span class="pagenum"><a id="page295" name="page295"></a>(p. 295)</span> deux
-puissances maritimes. Dès lors la Guyenne<a id="footnotetag494" name="footnotetag494"></a><a href="#footnote494" title="Go to footnote 494"><span class="smaller">[494]</span></a>, l'Angleterre même,
-étaient en péril. Naguère les Castillans, conduits par un Normand,
-amiral de Castille, avaient gagné sur les Anglais une grande bataille
-navale<a id="footnotetag495" name="footnotetag495"></a><a href="#footnote495" title="Go to footnote 495"><span class="smaller">[495]</span></a>. Leurs vaisseaux devaient sans difficulté, ou ravager les
-côtes d'Angleterre, ou tout au moins aller en Écosse chercher les
-Écossais et les amener comme auxiliaires au dauphin.</p>
-
-<p>Henri V voyait si peu son danger du côté du dauphin, de l'Écosse et de
-l'Espagne, qu'il ne craignit pas de mécontenter le duc de Bourgogne.
-Celui-ci, misérablement dépendant des Anglais pour les trêves de
-Flandre, avait essayé de fléchir Henri. Il lui demanda une entrevue, et
-lui proposa d'épouser une fille de Charles VI, avec la Guyenne et la
-Normandie; mais il voulait encore la Bretagne comme dépendance de la
+puissances maritimes. Dès lors la Guyenne<a id="footnotetag494" name="footnotetag494"></a><a href="#footnote494" title="Go to footnote 494"><span class="smaller">[494]</span></a>, l'Angleterre même,
+étaient en péril. Naguère les Castillans, conduits par un Normand,
+amiral de Castille, avaient gagné sur les Anglais une grande bataille
+navale<a id="footnotetag495" name="footnotetag495"></a><a href="#footnote495" title="Go to footnote 495"><span class="smaller">[495]</span></a>. Leurs vaisseaux devaient sans difficulté, ou ravager les
+côtes d'Angleterre, ou tout au moins aller en Écosse chercher les
+Écossais et les amener comme auxiliaires au dauphin.</p>
+
+<p>Henri V voyait si peu son danger du côté du dauphin, de l'Écosse et de
+l'Espagne, qu'il ne craignit pas de mécontenter le duc de Bourgogne.
+Celui-ci, misérablement dépendant des Anglais pour les trêves de
+Flandre, avait essayé de fléchir Henri. Il lui demanda une entrevue, et
+lui proposa d'épouser une fille de Charles VI, avec la Guyenne et la
+Normandie; mais il voulait encore la Bretagne comme dépendance de la
Normandie, et de plus le Maine, l'Anjou et la Touraine. Le duc de
-Bourgogne n'avait pas craint d'amener à cette triste négociation la
+Bourgogne n'avait pas craint d'amener à cette triste négociation la
jeune princesse, comme pour voir si elle plairait. Elle plut, mais
l'Anglais n'en fut pas moins dur, moins insolent; cet homme, qui
-ordinairement parlait peu et avec mesure, s'oublia jusqu'à dire: «Beau
+ordinairement parlait peu et avec mesure, s'oublia jusqu'à dire: «Beau
cousin, sachez que nous aurons la fille de votre roi, et le reste, ou
-que nous vous mettrons, lui et vous, hors de ce royaume<a id="footnotetag496" name="footnotetag496"></a><a href="#footnote496" title="Go to footnote 496"><span class="smaller">[496]</span></a>.»</p>
+que nous vous mettrons, lui et vous, hors de ce royaume<a id="footnotetag496" name="footnotetag496"></a><a href="#footnote496" title="Go to footnote 496"><span class="smaller">[496]</span></a>.»</p>
-<p>Le roi d'Angleterre ne voulait pas traiter sérieusement; et le duc de
-Bourgogne avait près de lui des <span class="pagenum"><a id="page296" name="page296"></a>(p. 296)</span> gens qui le suppliaient de
+<p>Le roi d'Angleterre ne voulait pas traiter sérieusement; et le duc de
+Bourgogne avait près de lui des <span class="pagenum"><a id="page296" name="page296"></a>(p. 296)</span> gens qui le suppliaient de
traiter avec eux, les gens du dauphin, deux braves qui commandaient ses
-troupes, Barbazan et Tannegui Duchâtel. Il était bien temps que la
-France se réconciliât, si près de sa perte. Le Parlement de Paris et
-celui de Poitiers y travaillaient également; la reine aussi, et plus
-efficacement, car elle employait près du duc de Bourgogne une belle
-femme, pleine d'esprit et de grâce, qui parla, pleura<a id="footnotetag497" name="footnotetag497"></a><a href="#footnote497" title="Go to footnote 497"><span class="smaller">[497]</span></a>, et trouva
-moyen de toucher cette âme endurcie.</p>
+troupes, Barbazan et Tannegui Duchâtel. Il était bien temps que la
+France se réconciliât, si près de sa perte. Le Parlement de Paris et
+celui de Poitiers y travaillaient également; la reine aussi, et plus
+efficacement, car elle employait près du duc de Bourgogne une belle
+femme, pleine d'esprit et de grâce, qui parla, pleura<a id="footnotetag497" name="footnotetag497"></a><a href="#footnote497" title="Go to footnote 497"><span class="smaller">[497]</span></a>, et trouva
+moyen de toucher cette âme endurcie.</p>
<p>Le 11 juillet, on vit au ponceau de Pouilly ce spectacle singulier: le
-duc de Bourgogne au milieu des anciens serviteurs du duc d'Orléans,
-parmi les frères et les parents des prisonniers d'Azincourt et des
-égorgés de Paris. Il voulut lui-même s'agenouiller devant le dauphin. Un
-traité d'amitié, de secours mutuel, fut signé, subi par les uns et les
-autres. Il fallait voir aux preuves ce que deviendrait cette amitié
-entre gens qui avaient de si bonnes raisons de se haïr.</p>
-
-<p>Les Anglais n'étaient pas sans inquiétude<a id="footnotetag498" name="footnotetag498"></a><a href="#footnote498" title="Go to footnote 498"><span class="smaller">[498]</span></a>. Sept jours après ce
-traité, le 18 juillet, Henri V dépêcha de nouveaux négociateurs pour
-renouer l'affaire du mariage. Ce qui est plus étrange, ce qui étonnera
-ceux qui ne savent pas combien les Anglais sortent aisément de leur
-caractère quand leur intérêt l'exige, c'est qu'il devint tout à coup
-empressé et galant; il envoya <span class="pagenum"><a id="page297" name="page297"></a>(p. 297)</span> à la princesse un présent
-considérable de joyaux<a id="footnotetag499" name="footnotetag499"></a><a href="#footnote499" title="Go to footnote 499"><span class="smaller">[499]</span></a>. Il est vrai que les gens du dauphin
-arrêtèrent ces joyaux en route; ils crurent pouvoir porter au frère ce
-qu'on destinait à la s&oelig;ur.</p>
-
-<p>Le roi d'Angleterre eut bientôt lieu de se rassurer. Le duc de
-Bourgogne, quoi qu'il fit, ne pouvait sortir de la situation équivoque
-où le plaçait l'intérêt de la Flandre. Son traité avec le dauphin ne
-rompit pas les négociations qu'il avait engagées depuis le mois de juin
-pour continuer les trêves entre la Flandre et l'Angleterre. Le 28
-juillet, à Londres, le duc de Bedford proclama le renouvellement des
-trêves. Le 29, près de Paris, les Bourguignons en garnison à Pontoise se
-laissèrent surprendre par les Anglais; les habitants fugitifs arrivèrent
-à Paris et y jetèrent une extrême consternation. Elle augmenta lorsque,
-le 30, le duc de Bourgogne, emmenant précipitamment le roi de Paris à
-Troyes, passa sous les murs de Paris sans y entrer, sans pourvoir à la
-défense des Parisiens éperdus, autrement qu'en nommant capitaine de la
+duc de Bourgogne au milieu des anciens serviteurs du duc d'Orléans,
+parmi les frères et les parents des prisonniers d'Azincourt et des
+égorgés de Paris. Il voulut lui-même s'agenouiller devant le dauphin. Un
+traité d'amitié, de secours mutuel, fut signé, subi par les uns et les
+autres. Il fallait voir aux preuves ce que deviendrait cette amitié
+entre gens qui avaient de si bonnes raisons de se haïr.</p>
+
+<p>Les Anglais n'étaient pas sans inquiétude<a id="footnotetag498" name="footnotetag498"></a><a href="#footnote498" title="Go to footnote 498"><span class="smaller">[498]</span></a>. Sept jours après ce
+traité, le 18 juillet, Henri V dépêcha de nouveaux négociateurs pour
+renouer l'affaire du mariage. Ce qui est plus étrange, ce qui étonnera
+ceux qui ne savent pas combien les Anglais sortent aisément de leur
+caractère quand leur intérêt l'exige, c'est qu'il devint tout à coup
+empressé et galant; il envoya <span class="pagenum"><a id="page297" name="page297"></a>(p. 297)</span> à la princesse un présent
+considérable de joyaux<a id="footnotetag499" name="footnotetag499"></a><a href="#footnote499" title="Go to footnote 499"><span class="smaller">[499]</span></a>. Il est vrai que les gens du dauphin
+arrêtèrent ces joyaux en route; ils crurent pouvoir porter au frère ce
+qu'on destinait à la s&oelig;ur.</p>
+
+<p>Le roi d'Angleterre eut bientôt lieu de se rassurer. Le duc de
+Bourgogne, quoi qu'il fit, ne pouvait sortir de la situation équivoque
+où le plaçait l'intérêt de la Flandre. Son traité avec le dauphin ne
+rompit pas les négociations qu'il avait engagées depuis le mois de juin
+pour continuer les trêves entre la Flandre et l'Angleterre. Le 28
+juillet, à Londres, le duc de Bedford proclama le renouvellement des
+trêves. Le 29, près de Paris, les Bourguignons en garnison à Pontoise se
+laissèrent surprendre par les Anglais; les habitants fugitifs arrivèrent
+à Paris et y jetèrent une extrême consternation. Elle augmenta lorsque,
+le 30, le duc de Bourgogne, emmenant précipitamment le roi de Paris à
+Troyes, passa sous les murs de Paris sans y entrer, sans pourvoir à la
+défense des Parisiens éperdus, autrement qu'en nommant capitaine de la
ville son neveu, enfant de quinze ans<a id="footnotetag500" name="footnotetag500"></a><a href="#footnote500" title="Go to footnote 500"><span class="smaller">[500]</span></a>.</p>
-<p>D'après tout cela, les gens du dauphin crurent, à tort ou à droit,
+<p>D'après tout cela, les gens du dauphin crurent, à tort ou à droit,
qu'il s'entendait avec les Anglais. Ils <span class="pagenum"><a id="page298" name="page298"></a>(p. 298)</span> savaient que les
-Parisiens étaient fort irrités de l'abandon où les laissait leur bon
-duc, sur lequel ils avaient tant compté. Ils crurent que le duc de
-Bourgogne était un homme ruiné, perdu. Et alors, la vieille haine se
-réveilla d'autant plus forte qu'enfin la vengeance parut possible après
-tant d'années.</p>
-
-<p>Ajoutez que le parti du dauphin était alors dans la joie d'une victoire
-navale des Castillans sur les Anglais; ils savaient que les armées
-réunies de Castille et d'Aragon allaient assiéger Bayonne, qu'enfin les
-flottes espagnoles devaient amener au dauphin des auxiliaires écossais.
-Ils croyaient que le roi d'Angleterre, attaqué ainsi de plusieurs côtés,
-ne saurait où courir.</p>
-
-<p>Le dauphin, enfant de seize ans, était fort mal entouré. Ses principaux
-conseillers étaient son chancelier Maçon, et Louvet, président de
-Provence, deux légistes, de ces gens qui avaient toujours pour justifier
-chaque crime royal une sentence de lèse-majesté. Il avait aussi pour
+Parisiens étaient fort irrités de l'abandon où les laissait leur bon
+duc, sur lequel ils avaient tant compté. Ils crurent que le duc de
+Bourgogne était un homme ruiné, perdu. Et alors, la vieille haine se
+réveilla d'autant plus forte qu'enfin la vengeance parut possible après
+tant d'années.</p>
+
+<p>Ajoutez que le parti du dauphin était alors dans la joie d'une victoire
+navale des Castillans sur les Anglais; ils savaient que les armées
+réunies de Castille et d'Aragon allaient assiéger Bayonne, qu'enfin les
+flottes espagnoles devaient amener au dauphin des auxiliaires écossais.
+Ils croyaient que le roi d'Angleterre, attaqué ainsi de plusieurs côtés,
+ne saurait où courir.</p>
+
+<p>Le dauphin, enfant de seize ans, était fort mal entouré. Ses principaux
+conseillers étaient son chancelier Maçon, et Louvet, président de
+Provence, deux légistes, de ces gens qui avaient toujours pour justifier
+chaque crime royal une sentence de lèse-majesté. Il avait aussi pour
conseillers des hommes d'armes, de braves brigands armagnacs, gascons et
-bretons, habitués depuis dix ans à une petite guerre de surprises, de
-coups fourrés, qui ressemblaient fort aux assassinats.</p>
-
-<p>Les serviteurs du duc lui disaient presque tous qu'il périrait dans
-l'entrevue que le dauphin lui demandait. Les gens du dauphin s'étaient
-chargés de construire sur le pont de Montereau la galerie où elle devait
-avoir lieu, une longue et tortueuse galerie de bois; point de barrière
-au milieu, contre l'usage qu'on observait toujours dans cet âge
-défiant. Malgré <span class="pagenum"><a id="page299" name="page299"></a>(p. 299)</span> tout cela, il s'obstina d'y aller; la dame de
+bretons, habitués depuis dix ans à une petite guerre de surprises, de
+coups fourrés, qui ressemblaient fort aux assassinats.</p>
+
+<p>Les serviteurs du duc lui disaient presque tous qu'il périrait dans
+l'entrevue que le dauphin lui demandait. Les gens du dauphin s'étaient
+chargés de construire sur le pont de Montereau la galerie où elle devait
+avoir lieu, une longue et tortueuse galerie de bois; point de barrière
+au milieu, contre l'usage qu'on observait toujours dans cet âge
+défiant. Malgré <span class="pagenum"><a id="page299" name="page299"></a>(p. 299)</span> tout cela, il s'obstina d'y aller; la dame de
Giac, qui ne le quittait point, le voulut ainsi<a id="footnotetag501" name="footnotetag501"></a><a href="#footnote501" title="Go to footnote 501"><span class="smaller">[501]</span></a>.</p>
-<p>Le duc tardant à venir, Tannegui Duchâtel alla le chercher. Le duc
-n'hésita plus; il lui frappa sur l'épaule, en disant: «Voici en qui je
-me fie.» Duchâtel lui fit hâter le pas; le dauphin, disait-il,
-attendait; de cette manière il le sépara de ses hommes, de sorte qu'il
-entra seul dans la galerie avec le sire de Navailles, frère du captal de
+<p>Le duc tardant à venir, Tannegui Duchâtel alla le chercher. Le duc
+n'hésita plus; il lui frappa sur l'épaule, en disant: «Voici en qui je
+me fie.» Duchâtel lui fit hâter le pas; le dauphin, disait-il,
+attendait; de cette manière il le sépara de ses hommes, de sorte qu'il
+entra seul dans la galerie avec le sire de Navailles, frère du captal de
Buch, qui servait les Anglais et venait de prendre Pontoise. Tous deux y
-furent égorgés (10 septembre 1419).</p>
-
-<p>L'altercation qui eut lieu est diversement rapportée. Selon l'historien
-ordinairement le mieux informé, les gens du dauphin lui auraient dit
-durement: «Approchez donc enfin, monseigneur, vous avez bien
-tardé<a id="footnotetag502" name="footnotetag502"></a><a href="#footnote502" title="Go to footnote 502"><span class="smaller">[502]</span></a>!» À quoi il aurait répondu que «c'était le dauphin qui
-tardait à agir, que ses lenteurs et sa négligence avaient fait bien du
-mal dans le royaume». Selon un autre récit, il aurait dit qu'on ne
-pouvait traiter qu'en présence du roi, que le dauphin devait y venir; le
-sire de Navailles, mettant la main sur son épée, de l'autre saisissant
-le bras du jeune prince, aurait crié, avec la violence méridionale de la
-maison de Foix: «Que vous le veuillez ou non, vous y viendrez,
-monseigneur.» Ce récit, qui est celui des dauphinois, <span class="pagenum"><a id="page300" name="page300"></a>(p. 300)</span> n'en est
+furent égorgés (10 septembre 1419).</p>
+
+<p>L'altercation qui eut lieu est diversement rapportée. Selon l'historien
+ordinairement le mieux informé, les gens du dauphin lui auraient dit
+durement: «Approchez donc enfin, monseigneur, vous avez bien
+tardé<a id="footnotetag502" name="footnotetag502"></a><a href="#footnote502" title="Go to footnote 502"><span class="smaller">[502]</span></a>!» À quoi il aurait répondu que «c'était le dauphin qui
+tardait à agir, que ses lenteurs et sa négligence avaient fait bien du
+mal dans le royaume». Selon un autre récit, il aurait dit qu'on ne
+pouvait traiter qu'en présence du roi, que le dauphin devait y venir; le
+sire de Navailles, mettant la main sur son épée, de l'autre saisissant
+le bras du jeune prince, aurait crié, avec la violence méridionale de la
+maison de Foix: «Que vous le veuillez ou non, vous y viendrez,
+monseigneur.» Ce récit, qui est celui des dauphinois, <span class="pagenum"><a id="page300" name="page300"></a>(p. 300)</span> n'en est
pas moins assez croyable; ils avouent, comme on voit, que leur plus
-grande crainte était que le dauphin ne leur échappât, qu'il ne revînt
-près de son père et du duc de Bourgogne.</p>
-
-<p>Tannegui Duchâtel assura toujours qu'il n'avait pas frappé le duc.
-D'autres s'en vantèrent. L'un d'eux, Le Bouteiller, disait: «J'ai dit au
-duc de Bourgogne: Tu as coupé le poing au duc d'Orléans, mon maître, je
-vais te couper le tien.»</p>
-
-<p>Quelque peu regrettable que fût le duc de Bourgogne, sa mort fit un mal
-immense au dauphin<a id="footnotetag503" name="footnotetag503"></a><a href="#footnote503" title="Go to footnote 503"><span class="smaller">[503]</span></a>. Jean-sans-Peur était tombé bien bas, lui et son
-parti. Il n'y avait bientôt plus de Bourguignons. Rouen ne pouvait
-jamais oublier qu'il l'avait laissé sans secours. Paris, qui lui était
-si dévoué, s'en voyait de même abandonné au moment du péril. Tout le
-monde commençait à le mépriser, à le haïr. Tous, dès qu'il fut tué, se
-retrouvèrent Bourguignons.</p>
-
-<p>La lassitude était extrême, les souffrances inexprimables; on fut trop
-heureux de trouver un prétexte pour céder. Chacun s'exagéra à lui-même
-sa pitié et son indignation. La honte d'appeler l'étranger se couvrit
-d'un beau semblant de vengeance. Au fond, Paris céda parce qu'il mourait
-de faim. La reine céda parce qu'après tout, si son fils n'était roi, sa
+grande crainte était que le dauphin ne leur échappât, qu'il ne revînt
+près de son père et du duc de Bourgogne.</p>
+
+<p>Tannegui Duchâtel assura toujours qu'il n'avait pas frappé le duc.
+D'autres s'en vantèrent. L'un d'eux, Le Bouteiller, disait: «J'ai dit au
+duc de Bourgogne: Tu as coupé le poing au duc d'Orléans, mon maître, je
+vais te couper le tien.»</p>
+
+<p>Quelque peu regrettable que fût le duc de Bourgogne, sa mort fit un mal
+immense au dauphin<a id="footnotetag503" name="footnotetag503"></a><a href="#footnote503" title="Go to footnote 503"><span class="smaller">[503]</span></a>. Jean-sans-Peur était tombé bien bas, lui et son
+parti. Il n'y avait bientôt plus de Bourguignons. Rouen ne pouvait
+jamais oublier qu'il l'avait laissé sans secours. Paris, qui lui était
+si dévoué, s'en voyait de même abandonné au moment du péril. Tout le
+monde commençait à le mépriser, à le haïr. Tous, dès qu'il fut tué, se
+retrouvèrent Bourguignons.</p>
+
+<p>La lassitude était extrême, les souffrances inexprimables; on fut trop
+heureux de trouver un prétexte pour céder. Chacun s'exagéra à lui-même
+sa pitié et son indignation. La honte d'appeler l'étranger se couvrit
+d'un beau semblant de vengeance. Au fond, Paris céda parce qu'il mourait
+de faim. La reine céda parce qu'après tout, si son fils n'était roi, sa
fille au moins serait reine. Le fils du duc de Bourgogne, <span class="pagenum"><a id="page301" name="page301"></a>(p. 301)</span>
-Philippe-le-Bon, était le seul sincère; il avait son père à venger. Mais
+Philippe-le-Bon, était le seul sincère; il avait son père à venger. Mais
sans doute aussi il croyait y trouver son compte; la branche de
-Bourgogne grandissait en ruinant la branche aînée, en mettant sur le
-trône un étranger qui n'aurait jamais qu'un pied de ce côté du détroit,
-et qui, s'il était sage, gouvernerait la France par le duc de Bourgogne.</p>
-
-<p>Il ne faut pas croire que Paris ait appelé facilement l'étranger. Il
-avait été amené à cette dure extrémité par des souffrances dont rien
-peut-être, sauf le siège de 1590, n'a donné l'idée depuis. Si l'on veut
-voir comment les longues misères abaissent et matérialisent l'esprit, il
-faut lire la chronique d'un Bourguignon de Paris qui écrivait jour par
-jour. Ce désolant petit livre fait sentir à la lecture quelque chose des
-misères et de la brutalité du temps. Quand on vient de lire le placide
-et judicieux Religieux de Saint-Denis, et que de là on passe au journal
+Bourgogne grandissait en ruinant la branche aînée, en mettant sur le
+trône un étranger qui n'aurait jamais qu'un pied de ce côté du détroit,
+et qui, s'il était sage, gouvernerait la France par le duc de Bourgogne.</p>
+
+<p>Il ne faut pas croire que Paris ait appelé facilement l'étranger. Il
+avait été amené à cette dure extrémité par des souffrances dont rien
+peut-être, sauf le siège de 1590, n'a donné l'idée depuis. Si l'on veut
+voir comment les longues misères abaissent et matérialisent l'esprit, il
+faut lire la chronique d'un Bourguignon de Paris qui écrivait jour par
+jour. Ce désolant petit livre fait sentir à la lecture quelque chose des
+misères et de la brutalité du temps. Quand on vient de lire le placide
+et judicieux Religieux de Saint-Denis, et que de là on passe au journal
de ce furieux Bourguignon, il semble qu'on change, non d'auteur
-seulement, mais de siècle; c'est comme un âge barbare qui commence.
+seulement, mais de siècle; c'est comme un âge barbare qui commence.
L'instinct brutal des besoins physiques y domine tout; partout un accent
-de misère, une âpre voix de famine. L'auteur n'est préoccupé que du prix
-des vivres, de la difficulté des arrivages; les blés sont chers, les
-légumes ne viennent plus, les fruits sont hors de prix, la vendange est
-mauvaise, l'ennemi récolte pour nous. En deux mots, c'est là le livre:
-«J'ai faim, j'ai froid»; ce cri déchirant que l'auteur entendait sans
+de misère, une âpre voix de famine. L'auteur n'est préoccupé que du prix
+des vivres, de la difficulté des arrivages; les blés sont chers, les
+légumes ne viennent plus, les fruits sont hors de prix, la vendange est
+mauvaise, l'ennemi récolte pour nous. En deux mots, c'est là le livre:
+«J'ai faim, j'ai froid»; ce cri déchirant que l'auteur entendait sans
cesse dans les longues nuits d'hiver.</p>
<p>Paris laissa donc faire les Bourguignons, qui <span class="pagenum"><a id="page302" name="page302"></a>(p. 302)</span> avaient encore
-toute autorité dans la ville. Le jeune Saint-Pol, neveu du duc de
-Bourgogne et capitaine de Paris, fut envoyé en novembre au roi
-d'Angleterre avec maître Eustache Atry, «au nom de la cité, du clergé et
-de la commune». Il les reçut à merveille, déclarant qu'il ne voulait que
-la possession indépendante de ce qu'il avait conquis et la main de la
-princesse Catherine. Il disait gracieusement: «Ne suis-je pas moi-même
-du sang de France? Si je deviens gendre du roi, je le défendrai contre
-tout homme qui puisse vivre et mourir<a id="footnotetag504" name="footnotetag504"></a><a href="#footnote504" title="Go to footnote 504"><span class="smaller">[504]</span></a>.»</p>
-
-<p>Il eut plus qu'il ne demandait. Ses ambassadeurs, encouragés par les
-dispositions du nouveau duc de Bourgogne, réclamèrent le droit de leur
-maître à la couronne de France, et le duc reconnut ce droit (2 décembre
-1419). Le roi d'Angleterre avait mis trois ans à conquérir la Normandie;
+toute autorité dans la ville. Le jeune Saint-Pol, neveu du duc de
+Bourgogne et capitaine de Paris, fut envoyé en novembre au roi
+d'Angleterre avec maître Eustache Atry, «au nom de la cité, du clergé et
+de la commune». Il les reçut à merveille, déclarant qu'il ne voulait que
+la possession indépendante de ce qu'il avait conquis et la main de la
+princesse Catherine. Il disait gracieusement: «Ne suis-je pas moi-même
+du sang de France? Si je deviens gendre du roi, je le défendrai contre
+tout homme qui puisse vivre et mourir<a id="footnotetag504" name="footnotetag504"></a><a href="#footnote504" title="Go to footnote 504"><span class="smaller">[504]</span></a>.»</p>
+
+<p>Il eut plus qu'il ne demandait. Ses ambassadeurs, encouragés par les
+dispositions du nouveau duc de Bourgogne, réclamèrent le droit de leur
+maître à la couronne de France, et le duc reconnut ce droit (2 décembre
+1419). Le roi d'Angleterre avait mis trois ans à conquérir la Normandie;
la mort de Jean-sans-Peur sembla lui donner la France en un jour.</p>
-<p>Le traité conclu à Troyes au nom de Charles VI assurait au roi
+<p>Le traité conclu à Troyes au nom de Charles VI assurait au roi
d'Angleterre la main de la fille du roi de France, et la survivance du
-royaume: «Est accordé que tantôt <em>après nostre trépas</em>, la couronne et
-royaume de France demeureront et <em>seront perpétuellement</em> à nostre dit
-fils le roy Henry et à ses hoirs... La faculté et l'<em>exercice de
+royaume: «Est accordé que tantôt <em>après nostre trépas</em>, la couronne et
+royaume de France demeureront et <em>seront perpétuellement</em> à nostre dit
+fils le roy Henry et à ses hoirs... La faculté et l'<em>exercice de
gouverner</em> et ordonner la chose publique dudit royaume, seront et
-demeureront, <em>notre vie durant</em>, à nostre dit fils le roi Henri, avec le
+demeureront, <em>notre vie durant</em>, à nostre dit fils le roi Henri, avec le
conseil des nobles et sages dudit royaume... Durant nostre vie, les
-lettres <span class="pagenum"><a id="page303" name="page303"></a>(p. 303)</span> concernées en justice devront être écrites et procéder
+lettres <span class="pagenum"><a id="page303" name="page303"></a>(p. 303)</span> concernées en justice devront être écrites et procéder
sous nostre nom et scel; toutefois, pour ce qu'aucuns cas singuliers
-pourroient advenir..., il sera loisible à nostre fils... écrire ses
-lettres à nos sujets, par lesquels il mandera, défendra et commandera,
-de par nous <em>et de par lui, comme régent</em>...»</p>
+pourroient advenir..., il sera loisible à nostre fils... écrire ses
+lettres à nos sujets, par lesquels il mandera, défendra et commandera,
+de par nous <em>et de par lui, comme régent</em>...»</p>
-<p>Après ceci, l'article suivant n'était-il pas dérisoire? «Toutes
+<p>Après ceci, l'article suivant n'était-il pas dérisoire? «Toutes
conquestes qui se feront par nostre dit fils le roi Henri sur les
-désobéissants, seront et se feront <em>à notre profit</em>.»</p>
+désobéissants, seront et se feront <em>à notre profit</em>.»</p>
-<p>Ce traité monstrueux finissait dignement par ces lignes, où le roi
-proclamait le déshonneur de sa famille, où le père proscrivait son fils:
-«Considéré les horribles et énormes crimes et délits perpétrés audit
+<p>Ce traité monstrueux finissait dignement par ces lignes, où le roi
+proclamait le déshonneur de sa famille, où le père proscrivait son fils:
+«Considéré les horribles et énormes crimes et délits perpétrés audit
royaume de France par Charles, <em>soi-disant dauphin</em> de Viennois, il est
-accordé que nous, nostre dit fils le roi, et aussi nostre très cher fils
+accordé que nous, nostre dit fils le roi, et aussi nostre très cher fils
Philippe, duc de Bourgogne, <em>ne traiterons aucunement de paix</em> ni de
concorde avecque ledit Charles, ni traiterons ou ferons traiter, sinon
du consentement et du conseil de tous et chacun de nous trois, et des
-trois états des deux royaumes dessusdits<a id="footnotetag505" name="footnotetag505"></a><a href="#footnote505" title="Go to footnote 505"><span class="smaller">[505]</span></a>.»</p>
-
-<p>Ce mot honteux, <em>soi-disant dauphin</em>, fut payé comptant à la mère.
-Isabeau se fit assigner immédiatement deux mille francs par mois, à
-prendre sur la monnaie de Troyes<a id="footnotetag506" name="footnotetag506"></a><a href="#footnote506" title="Go to footnote 506"><span class="smaller">[506]</span></a>. À ce prix, elle renia son fils et
-livra sa fille. L'Anglais prenait tout à la fois au roi <span class="pagenum"><a id="page304" name="page304"></a>(p. 304)</span> de
-France son royaume et son enfant. La pauvre demoiselle était obligée
-d'épouser un maître; elle lui apportait en dot la ruine de son frère.
+trois états des deux royaumes dessusdits<a id="footnotetag505" name="footnotetag505"></a><a href="#footnote505" title="Go to footnote 505"><span class="smaller">[505]</span></a>.»</p>
+
+<p>Ce mot honteux, <em>soi-disant dauphin</em>, fut payé comptant à la mère.
+Isabeau se fit assigner immédiatement deux mille francs par mois, à
+prendre sur la monnaie de Troyes<a id="footnotetag506" name="footnotetag506"></a><a href="#footnote506" title="Go to footnote 506"><span class="smaller">[506]</span></a>. À ce prix, elle renia son fils et
+livra sa fille. L'Anglais prenait tout à la fois au roi <span class="pagenum"><a id="page304" name="page304"></a>(p. 304)</span> de
+France son royaume et son enfant. La pauvre demoiselle était obligée
+d'épouser un maître; elle lui apportait en dot la ruine de son frère.
Elle devait recevoir un ennemi dans son lit, lui enfanter des fils
maudits de la France.</p>
-<p>Il eut si peu d'égard pour elle, que le matin même de la nuit des noces
-il partit pour le siège de Sens<a id="footnotetag507" name="footnotetag507"></a><a href="#footnote507" title="Go to footnote 507"><span class="smaller">[507]</span></a>. Cet implacable chasseur d'hommes
-court ensuite à Montereau. Et ne pouvant réduire le château, il fait
-pendre les prisonniers au bord des fossés<a id="footnotetag508" name="footnotetag508"></a><a href="#footnote508" title="Go to footnote 508"><span class="smaller">[508]</span></a>. C'était pourtant le
-premier mois de son mariage, le moment où il n'y a point de c&oelig;ur qui
-n'aime et ne pardonne; sa jeune Française était enceinte; il n'en
-traitait pas mieux les Français.</p>
-
-<p>Avec toute cette impétuosité, il fallut bien qu'il patientât devant
-Melun; le brave Barbazan l'y arrêta plusieurs mois. Le roi d'Angleterre,
-employant tous les moyens, amena au siège Charles VI et les deux reines,
-se présentant comme gendre du roi de France, parlant au nom de son
-beau-père, se servant de sa femme comme d'amorce et de piège. Toutes ces
-habiletés ne réussirent pas. Les assiégés résistèrent vaillamment; il y
-eut des combats acharnés autour des murs et sous les murs, dans les
-mines et contre-mines, <span class="pagenum"><a id="page305" name="page305"></a>(p. 305)</span> et Henri lui-même ne s'y épargna pas.
+<p>Il eut si peu d'égard pour elle, que le matin même de la nuit des noces
+il partit pour le siège de Sens<a id="footnotetag507" name="footnotetag507"></a><a href="#footnote507" title="Go to footnote 507"><span class="smaller">[507]</span></a>. Cet implacable chasseur d'hommes
+court ensuite à Montereau. Et ne pouvant réduire le château, il fait
+pendre les prisonniers au bord des fossés<a id="footnotetag508" name="footnotetag508"></a><a href="#footnote508" title="Go to footnote 508"><span class="smaller">[508]</span></a>. C'était pourtant le
+premier mois de son mariage, le moment où il n'y a point de c&oelig;ur qui
+n'aime et ne pardonne; sa jeune Française était enceinte; il n'en
+traitait pas mieux les Français.</p>
+
+<p>Avec toute cette impétuosité, il fallut bien qu'il patientât devant
+Melun; le brave Barbazan l'y arrêta plusieurs mois. Le roi d'Angleterre,
+employant tous les moyens, amena au siège Charles VI et les deux reines,
+se présentant comme gendre du roi de France, parlant au nom de son
+beau-père, se servant de sa femme comme d'amorce et de piège. Toutes ces
+habiletés ne réussirent pas. Les assiégés résistèrent vaillamment; il y
+eut des combats acharnés autour des murs et sous les murs, dans les
+mines et contre-mines, <span class="pagenum"><a id="page305" name="page305"></a>(p. 305)</span> et Henri lui-même ne s'y épargna pas.
Cependant, les vivres manquant, il fallut se rendre. L'Anglais, selon
son usage, excepta de la capitulation et fit tuer plusieurs bourgeois,
-tout ce qu'il y avait d'Écossais dans la place, et jusqu'à deux moines.</p>
+tout ce qu'il y avait d'Écossais dans la place, et jusqu'à deux moines.</p>
-<p>Pendant le siège de Melun, il s'était fait livrer Paris par les
+<p>Pendant le siège de Melun, il s'était fait livrer Paris par les
Bourguignons, les quatre forts, Vincennes, la Bastille, le Louvre et la
-tour de Nesle. Il fit son entrée en décembre. Il chevauchait entre le
-roi de France et le duc de Bourgogne. Celui-ci était vêtu de deuil<a id="footnotetag509" name="footnotetag509"></a><a href="#footnote509" title="Go to footnote 509"><span class="smaller">[509]</span></a>,
-en signe de douleur et de vengeance; par pudeur aussi peut-être, pour
-s'excuser du triste personnage qu'il faisait en amenant l'étranger. Le
-roi d'Angleterre était suivi de ses frères, les ducs de Clarence et de
+tour de Nesle. Il fit son entrée en décembre. Il chevauchait entre le
+roi de France et le duc de Bourgogne. Celui-ci était vêtu de deuil<a id="footnotetag509" name="footnotetag509"></a><a href="#footnote509" title="Go to footnote 509"><span class="smaller">[509]</span></a>,
+en signe de douleur et de vengeance; par pudeur aussi peut-être, pour
+s'excuser du triste personnage qu'il faisait en amenant l'étranger. Le
+roi d'Angleterre était suivi de ses frères, les ducs de Clarence et de
Bedford, du duc d'Exeter, du comte de Warwick et de tous ses lords.
-Derrière lui, on portait, entre autres bannières, sa bannière
-personnelle, la lance à queue de renard<a id="footnotetag510" name="footnotetag510"></a><a href="#footnote510" title="Go to footnote 510"><span class="smaller">[510]</span></a>; c'était apparemment un
+Derrière lui, on portait, entre autres bannières, sa bannière
+personnelle, la lance à queue de renard<a id="footnotetag510" name="footnotetag510"></a><a href="#footnote510" title="Go to footnote 510"><span class="smaller">[510]</span></a>; c'était apparemment un
signe qu'il avait pris jadis, en bon <i lang="en">fox-hunter</i>, dans sa vive
jeunesse; homme fait, roi et victorieux, il gardait avec une insolente
-simplicité le signe du chasseur dans cette grande chasse de France.</p>
-
-<p>Le roi d'Angleterre fut bien reçu à Paris<a id="footnotetag511" name="footnotetag511"></a><a href="#footnote511" title="Go to footnote 511"><span class="smaller">[511]</span></a>. Ce peuple sans c&oelig;ur
-(la misère l'avait fait tel) accueillit l'étranger comme il eût
-accueilli la paix elle-même. Les gens d'Église vinrent en procession
-au-devant des deux rois leur faire baiser les reliques. On les mena à
-Notre-Dame, où ils firent leurs prières au grand autel. <span class="pagenum"><a id="page306" name="page306"></a>(p. 306)</span> De là
-le roi de France alla loger à sa maison de Saint-Paul; le vrai roi, le
-roi d'Angleterre, s'établit dans la bonne forteresse du Louvre (décembre
+simplicité le signe du chasseur dans cette grande chasse de France.</p>
+
+<p>Le roi d'Angleterre fut bien reçu à Paris<a id="footnotetag511" name="footnotetag511"></a><a href="#footnote511" title="Go to footnote 511"><span class="smaller">[511]</span></a>. Ce peuple sans c&oelig;ur
+(la misère l'avait fait tel) accueillit l'étranger comme il eût
+accueilli la paix elle-même. Les gens d'Église vinrent en procession
+au-devant des deux rois leur faire baiser les reliques. On les mena à
+Notre-Dame, où ils firent leurs prières au grand autel. <span class="pagenum"><a id="page306" name="page306"></a>(p. 306)</span> De là
+le roi de France alla loger à sa maison de Saint-Paul; le vrai roi, le
+roi d'Angleterre, s'établit dans la bonne forteresse du Louvre (décembre
1420).</p>
-<p>Il prit possession, comme régent de France, en assemblant les États le 6
-décembre 1420 et leur faisant sanctionner le traité de Troyes<a id="footnotetag512" name="footnotetag512"></a><a href="#footnote512" title="Go to footnote 512"><span class="smaller">[512]</span></a>.</p>
-
-<p>Pour que le gendre fût sûr d'hériter, il fallait que le fils fût
-proscrit. Le duc de Bourgogne et sa mère vinrent par-devant le roi de
-France, siégeant comme juge à l'hôtel Saint-Paul, faire «grand'plainte
-et clameur de la piteuse mort de feu le duc Jean de Bourgogne». Le roi
-d'Angleterre était assis sur le même banc que le roi de France. Messire
-Nicolas Raulin demanda, au nom du duc de Bourgogne et de sa mère, que
-Charles, soi-disant dauphin, Tannegui Duchâtel et tous les assassins du
-duc de Bourgogne fussent menés dans un tombereau, la torche au poing,
+<p>Il prit possession, comme régent de France, en assemblant les États le 6
+décembre 1420 et leur faisant sanctionner le traité de Troyes<a id="footnotetag512" name="footnotetag512"></a><a href="#footnote512" title="Go to footnote 512"><span class="smaller">[512]</span></a>.</p>
+
+<p>Pour que le gendre fût sûr d'hériter, il fallait que le fils fût
+proscrit. Le duc de Bourgogne et sa mère vinrent par-devant le roi de
+France, siégeant comme juge à l'hôtel Saint-Paul, faire «grand'plainte
+et clameur de la piteuse mort de feu le duc Jean de Bourgogne». Le roi
+d'Angleterre était assis sur le même banc que le roi de France. Messire
+Nicolas Raulin demanda, au nom du duc de Bourgogne et de sa mère, que
+Charles, soi-disant dauphin, Tannegui Duchâtel et tous les assassins du
+duc de Bourgogne fussent menés dans un tombereau, la torche au poing,
par les carrefours, pour faire amende honorable. L'avocat du roi prit
-les mêmes conclusions. L'Université appuya<a id="footnotetag513" name="footnotetag513"></a><a href="#footnote513" title="Go to footnote 513"><span class="smaller">[513]</span></a>. Le roi autorisa la
-poursuite, et Charles ayant été crié et cité à la Table de marbre, pour
-comparaître sous trois jours devant le Parlement, fut, par défaut,
-condamné au bannissement et débouté de tout droit à la couronne de
+les mêmes conclusions. L'Université appuya<a id="footnotetag513" name="footnotetag513"></a><a href="#footnote513" title="Go to footnote 513"><span class="smaller">[513]</span></a>. Le roi autorisa la
+poursuite, et Charles ayant été crié et cité à la Table de marbre, pour
+comparaître sous trois jours devant le Parlement, fut, par défaut,
+condamné au bannissement et débouté de tout droit à la couronne de
France (3 janvier 1421)<a id="footnotetag514" name="footnotetag514"></a><a href="#footnote514" title="Go to footnote 514"><span class="smaller">[514]</span></a>.</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page307" name="page307"></a>(p. 307)</span> CHAPITRE III</h3>
-<p class="chaptitle">Suite du précédent.&mdash;Concile de Constance (1414-1418).<br>
+<p class="chaptitle">Suite du précédent.&mdash;Concile de Constance (1414-1418).<br>
Mort d'Henri V et de Charles VI (1422).<br>
Deux rois de France, Charles VII et Henri VI.</p>
-<p>Dans les années 1421 et 1422, l'Anglais résida souvent au Louvre,
-exerçant les pouvoirs de la royauté, faisant justice et grâce, dictant
-des ordonnances, nommant des officiers royaux. À Noël, à la Pentecôte,
-il tint cour plénière et table royale avec la jeune reine. Le peuple de
-Paris alla voir Leurs Majestés siégeant couronne en tête, et autour,
-dans un bel ordre, les évêques, les princes, les barons et chevaliers
-anglais. La foule affamée vint repaître ses yeux du somptueux banquet,
-du riche service; puis elle s'en alla à jeun, sans que les maîtres
-d'hôtel eussent rien offert à personne. Ce n'était pas comme cela sous
-nos rois, disaient-ils en s'en allant; à de pareilles fêtes, il y avait
+<p>Dans les années 1421 et 1422, l'Anglais résida souvent au Louvre,
+exerçant les pouvoirs de la royauté, faisant justice et grâce, dictant
+des ordonnances, nommant des officiers royaux. À Noël, à la Pentecôte,
+il tint cour plénière et table royale avec la jeune reine. Le peuple de
+Paris alla voir Leurs Majestés siégeant couronne en tête, et autour,
+dans un bel ordre, les évêques, les princes, les barons et chevaliers
+anglais. La foule affamée vint repaître ses yeux du somptueux banquet,
+du riche service; puis elle s'en alla à jeun, sans que les maîtres
+d'hôtel eussent rien offert à personne. Ce n'était pas comme cela sous
+nos rois, disaient-ils en s'en allant; à de pareilles fêtes, il y avait
table ouverte; s'asseyait qui voulait; les serviteurs servaient
-largement, et des mets, des vins du roi même. Mais alors le roi et la
-reine étaient à Saint-Paul, négligés et oubliés.</p>
+largement, et des mets, des vins du roi même. Mais alors le roi et la
+reine étaient à Saint-Paul, négligés et oubliés.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page308" name="page308"></a>(p. 308)</span> Les plus mécontents ne pouvaient nier, après tout, que cet
-Anglais ne fût une noble figure de roi et vraiment royale. Il avait la
+<p><span class="pagenum"><a id="page308" name="page308"></a>(p. 308)</span> Les plus mécontents ne pouvaient nier, après tout, que cet
+Anglais ne fût une noble figure de roi et vraiment royale. Il avait la
mine haute, l'air froidement orgueilleux, mais il se contraignait assez
-pour parler honnêtement à chacun, selon sa condition, surtout aux gens
-d'Église. On remarquait, à sa louange, qu'il n'affirmait jamais avec
-serment; il disait seulement: «Impossible» ou bien: «Cela sera<a id="footnotetag515" name="footnotetag515"></a><a href="#footnote515" title="Go to footnote 515"><span class="smaller">[515]</span></a>.» En
-général, il parlait peu. Ses réponses étaient brèves «et tranchaient
-comme rasoir<a id="footnotetag516" name="footnotetag516"></a><a href="#footnote516" title="Go to footnote 516"><span class="smaller">[516]</span></a>.»</p>
-
-<p>Il était surtout beau à voir, quand on lui apportait de mauvaises
-nouvelles; il ne sourcillait pas, c'était la plus superbe égalité d'âme.
-La violence du caractère, la passion intérieure, ordinairement contenue,
-perçait plutôt dans les succès; l'homme parut à Azincourt... Mais au
-temps où nous sommes il était bien plus haut encore, si haut qu'il n'y a
-guère de tête d'homme qui n'y eût tourné: roi d'Angleterre et déjà de
-France, traînant après lui son allié et serviteur le duc de Bourgogne,
-ses prisonniers le roi d'Écosse, le duc de Bourbon, le frère du duc de
-Bretagne, enfin les ambassadeurs de tous les princes chrétiens. Ceux du
-Rhin particulièrement lui faisaient la cour; ils tendaient la main à
-l'argent anglais. Les archevêques de Mayence et de Trêves lui avaient
-rendu hommage, et étaient devenus ses vassaux<a id="footnotetag517" name="footnotetag517"></a><a href="#footnote517" title="Go to footnote 517"><span class="smaller">[517]</span></a>. Le palatin et autres
-princes d'Empire, avec toute leur fierté allemande, sollicitaient son
-arbitrage, et n'étaient pas loin de <span class="pagenum"><a id="page309" name="page309"></a>(p. 309)</span> reconnaître sa juridiction.
-Cette couronne impériale qu'il avait prise hardiment à Azincourt, elle
-semblait devenue sur sa tête la vraie couronne du saint Empire, celle de
-la chrétienté.</p>
+pour parler honnêtement à chacun, selon sa condition, surtout aux gens
+d'Église. On remarquait, à sa louange, qu'il n'affirmait jamais avec
+serment; il disait seulement: «Impossible» ou bien: «Cela sera<a id="footnotetag515" name="footnotetag515"></a><a href="#footnote515" title="Go to footnote 515"><span class="smaller">[515]</span></a>.» En
+général, il parlait peu. Ses réponses étaient brèves «et tranchaient
+comme rasoir<a id="footnotetag516" name="footnotetag516"></a><a href="#footnote516" title="Go to footnote 516"><span class="smaller">[516]</span></a>.»</p>
+
+<p>Il était surtout beau à voir, quand on lui apportait de mauvaises
+nouvelles; il ne sourcillait pas, c'était la plus superbe égalité d'âme.
+La violence du caractère, la passion intérieure, ordinairement contenue,
+perçait plutôt dans les succès; l'homme parut à Azincourt... Mais au
+temps où nous sommes il était bien plus haut encore, si haut qu'il n'y a
+guère de tête d'homme qui n'y eût tourné: roi d'Angleterre et déjà de
+France, traînant après lui son allié et serviteur le duc de Bourgogne,
+ses prisonniers le roi d'Écosse, le duc de Bourbon, le frère du duc de
+Bretagne, enfin les ambassadeurs de tous les princes chrétiens. Ceux du
+Rhin particulièrement lui faisaient la cour; ils tendaient la main à
+l'argent anglais. Les archevêques de Mayence et de Trêves lui avaient
+rendu hommage, et étaient devenus ses vassaux<a id="footnotetag517" name="footnotetag517"></a><a href="#footnote517" title="Go to footnote 517"><span class="smaller">[517]</span></a>. Le palatin et autres
+princes d'Empire, avec toute leur fierté allemande, sollicitaient son
+arbitrage, et n'étaient pas loin de <span class="pagenum"><a id="page309" name="page309"></a>(p. 309)</span> reconnaître sa juridiction.
+Cette couronne impériale qu'il avait prise hardiment à Azincourt, elle
+semblait devenue sur sa tête la vraie couronne du saint Empire, celle de
+la chrétienté.</p>
<p>Une telle puissance pesa, comme on peut croire, au concile de Constance.
-Cette petite Angleterre s'y fit d'abord reconnaître pour un quart du
+Cette petite Angleterre s'y fit d'abord reconnaître pour un quart du
monde, pour une des quatre nations du concile. Le roi des Romains,
-Sigismond, étroitement lié avec les Anglais, croyait les mener et fut
-mené par eux. Le pape prisonnier, confié d'abord à la garde de
-Sigismond, le fut ensuite à celle d'un évêque anglais; Henri V, qui
-avait déjà tant de princes français et écossais dans ses prisons, se fit
-encore remettre ce précieux gage de la paix de l'Église.</p>
+Sigismond, étroitement lié avec les Anglais, croyait les mener et fut
+mené par eux. Le pape prisonnier, confié d'abord à la garde de
+Sigismond, le fut ensuite à celle d'un évêque anglais; Henri V, qui
+avait déjà tant de princes français et écossais dans ses prisons, se fit
+encore remettre ce précieux gage de la paix de l'Église.</p>
-<p>Pour faire comprendre le rôle que l'Angleterre et la France jouèrent
+<p>Pour faire comprendre le rôle que l'Angleterre et la France jouèrent
dans ce concile, nous devons remonter plus haut. Quelque triste que soit
-alors l'état de l'Église, il faut que nous en parlions et que nous
-laissions un moment ce Paris d'Henri V. Notre histoire est d'ailleurs à
-Constance autant qu'à Paris.</p>
-
-<p>Si jamais concile général fut &oelig;cuménique, ce fut celui de Constance.
-On put croire un moment que ce ne serait pas une représentation du
-monde, mais que le monde y venait en personne, le monde ecclésiastique
-et laïque<a id="footnotetag518" name="footnotetag518"></a><a href="#footnote518" title="Go to footnote 518"><span class="smaller">[518]</span></a>. Le concile semblait bien répondre à cette large
-définition que Gerson donnait d'un concile: «Une assemblée... qui
-n'exclue aucun fidèle.» Mais il s'en fallait de beaucoup que tous
-fussent des <span class="pagenum"><a id="page310" name="page310"></a>(p. 310)</span> fidèles; cette foule représentait si bien le monde,
-qu'elle en contenait toutes les misères morales, tous les scandales. Les
-Pères du concile qui devait réformer la chrétienté ne pouvaient pas même
-réformer le peuple de toute sorte qui venait à leur suite; il leur
-fallut siéger comme au milieu d'une foire, parmi les cabarets et les
+alors l'état de l'Église, il faut que nous en parlions et que nous
+laissions un moment ce Paris d'Henri V. Notre histoire est d'ailleurs à
+Constance autant qu'à Paris.</p>
+
+<p>Si jamais concile général fut &oelig;cuménique, ce fut celui de Constance.
+On put croire un moment que ce ne serait pas une représentation du
+monde, mais que le monde y venait en personne, le monde ecclésiastique
+et laïque<a id="footnotetag518" name="footnotetag518"></a><a href="#footnote518" title="Go to footnote 518"><span class="smaller">[518]</span></a>. Le concile semblait bien répondre à cette large
+définition que Gerson donnait d'un concile: «Une assemblée... qui
+n'exclue aucun fidèle.» Mais il s'en fallait de beaucoup que tous
+fussent des <span class="pagenum"><a id="page310" name="page310"></a>(p. 310)</span> fidèles; cette foule représentait si bien le monde,
+qu'elle en contenait toutes les misères morales, tous les scandales. Les
+Pères du concile qui devait réformer la chrétienté ne pouvaient pas même
+réformer le peuple de toute sorte qui venait à leur suite; il leur
+fallut siéger comme au milieu d'une foire, parmi les cabarets et les
mauvais lieux.</p>
-<p>Les politiques doutaient fort de l'utilité du concile<a id="footnotetag519" name="footnotetag519"></a><a href="#footnote519" title="Go to footnote 519"><span class="smaller">[519]</span></a>. Mais le
-grand homme de l'Église, Jean Gerson, s'obstinait à y croire; il
-conservait, par delà tous les autres, l'espoir et la foi. Malade du mal
-de l'Église<a id="footnotetag520" name="footnotetag520"></a><a href="#footnote520" title="Go to footnote 520"><span class="smaller">[520]</span></a>, il ne pouvait s'y résigner. Son maître, Pierre
-d'Ailly, s'était reposé dans le cardinalat. Son ami, Clémengis, qui
-avait tant écrit contre la Babylone papale, alla la voir et s'y trouva
-si bien qu'il devint le secrétaire, l'ami des papes.</p>
-
-<p>Gerson voulait sérieusement la réforme, il la voulait avec passion, et
-quoi qu'il en coûtât. Pour cela, il fallait trois choses: 1<sup>o</sup> rétablir
-l'unité du pontificat, couper les trois têtes de la papauté; 2<sup>o</sup> fixer
-et consacrer le dogme; Wicleff, déterré et brûlé à Londres<a id="footnotetag521" name="footnotetag521"></a><a href="#footnote521" title="Go to footnote 521"><span class="smaller">[521]</span></a>,
-semblait reparaître à Prague dans la personne de Jean Huss; 3<sup>o</sup> il
-fallait raffermir enfin le droit royal, condamner la doctrine meurtrière
+<p>Les politiques doutaient fort de l'utilité du concile<a id="footnotetag519" name="footnotetag519"></a><a href="#footnote519" title="Go to footnote 519"><span class="smaller">[519]</span></a>. Mais le
+grand homme de l'Église, Jean Gerson, s'obstinait à y croire; il
+conservait, par delà tous les autres, l'espoir et la foi. Malade du mal
+de l'Église<a id="footnotetag520" name="footnotetag520"></a><a href="#footnote520" title="Go to footnote 520"><span class="smaller">[520]</span></a>, il ne pouvait s'y résigner. Son maître, Pierre
+d'Ailly, s'était reposé dans le cardinalat. Son ami, Clémengis, qui
+avait tant écrit contre la Babylone papale, alla la voir et s'y trouva
+si bien qu'il devint le secrétaire, l'ami des papes.</p>
+
+<p>Gerson voulait sérieusement la réforme, il la voulait avec passion, et
+quoi qu'il en coûtât. Pour cela, il fallait trois choses: 1<sup>o</sup> rétablir
+l'unité du pontificat, couper les trois têtes de la papauté; 2<sup>o</sup> fixer
+et consacrer le dogme; Wicleff, déterré et brûlé à Londres<a id="footnotetag521" name="footnotetag521"></a><a href="#footnote521" title="Go to footnote 521"><span class="smaller">[521]</span></a>,
+semblait reparaître à Prague dans la personne de Jean Huss; 3<sup>o</sup> il
+fallait raffermir enfin le droit royal, condamner la doctrine meurtrière
du franciscain Jean Petit.</p>
<p>Ce qui rendait la position de Gerson difficile, ce qui <span class="pagenum"><a id="page311" name="page311"></a>(p. 311)</span>
-l'animait d'un zèle implacable contre ses adversaires, c'est qu'il avait
-partagé, ou semblait partager encore plusieurs de leurs opinions. Lui
-aussi, à une autre époque, il avait dit comme Jean Petit cette parole
-homicide: «Nulle victime plus agréable à Dieu qu'un tyran<a id="footnotetag522" name="footnotetag522"></a><a href="#footnote522" title="Go to footnote 522"><span class="smaller">[522]</span></a>.» Dans sa
-doctrine sur la hiérarchie et la juridiction de l'Église, il avait bien
+l'animait d'un zèle implacable contre ses adversaires, c'est qu'il avait
+partagé, ou semblait partager encore plusieurs de leurs opinions. Lui
+aussi, à une autre époque, il avait dit comme Jean Petit cette parole
+homicide: «Nulle victime plus agréable à Dieu qu'un tyran<a id="footnotetag522" name="footnotetag522"></a><a href="#footnote522" title="Go to footnote 522"><span class="smaller">[522]</span></a>.» Dans sa
+doctrine sur la hiérarchie et la juridiction de l'Église, il avait bien
aussi quelque rapport avec les novateurs. Jean Huss soutenait, comme
-Wicleff, qu'il est permis à tout prêtre de prêcher sans autorisation de
-l'évêque ni du pape. Et Gerson, à Constance même, fit donner aux prêtres
-et même aux docteurs laïques le droit de voter avec les évêques et de
-juger le pape. Il reprochait à Jean Huss de rendre l'inférieur
-indépendant de l'autorité, et cet inférieur, il le constituait juge de
-l'autorité même.</p>
-
-<p>Les trois papes furent déclarés déchus. Jean XXIII fut dégradé,
-emprisonné. Grégoire XII abdiqua. Le seul Benoît XIII (Pierre de Luna),
-retiré dans un fort du royaume de Valence, abandonné de la France, de
-l'Espagne même, et n'ayant plus dans son obédience que sa tour et son
+Wicleff, qu'il est permis à tout prêtre de prêcher sans autorisation de
+l'évêque ni du pape. Et Gerson, à Constance même, fit donner aux prêtres
+et même aux docteurs laïques le droit de voter avec les évêques et de
+juger le pape. Il reprochait à Jean Huss de rendre l'inférieur
+indépendant de l'autorité, et cet inférieur, il le constituait juge de
+l'autorité même.</p>
+
+<p>Les trois papes furent déclarés déchus. Jean XXIII fut dégradé,
+emprisonné. Grégoire XII abdiqua. Le seul Benoît XIII (Pierre de Luna),
+retiré dans un fort du royaume de Valence, abandonné de la France, de
+l'Espagne même, et n'ayant plus dans son obédience que sa tour et son
rocher, n'en brava pas moins le concile, jugea ses juges, les vit passer
-comme il en avait vu tant d'autres, et mourut invincible à près de cent
+comme il en avait vu tant d'autres, et mourut invincible à près de cent
ans.</p>
-<p>Le concile traita Jean Huss comme un pape, c'est-à-dire très mal. Ce
-docteur était en réalité, depuis 1412, comme le pape national de la
-Bohême. Soutenu par toute la noblesse du pays, directeur de la reine,
-poussé <span class="pagenum"><a id="page312" name="page312"></a>(p. 312)</span> peut-être sous main par le roi Wenceslas<a id="footnotetag523" name="footnotetag523"></a><a href="#footnote523" title="Go to footnote 523"><span class="smaller">[523]</span></a>, comme
-Wicleff semble l'avoir été par Édouard III et Richard II, beau-frère de
-Wenceslas, Jean Huss était le héros du peuple beaucoup plus qu'un
-théologien<a id="footnotetag524" name="footnotetag524"></a><a href="#footnote524" title="Go to footnote 524"><span class="smaller">[524]</span></a>; il écrivait dans la langue du pays; il défendait la
-nationalité de la Bohême contre les Allemands, contre les étrangers en
-général; il repoussait les papes, comme étrangers surtout. Du reste, il
-n'attaquait pas, comme fit Luther, la papauté même. Dès son arrivée à
+<p>Le concile traita Jean Huss comme un pape, c'est-à-dire très mal. Ce
+docteur était en réalité, depuis 1412, comme le pape national de la
+Bohême. Soutenu par toute la noblesse du pays, directeur de la reine,
+poussé <span class="pagenum"><a id="page312" name="page312"></a>(p. 312)</span> peut-être sous main par le roi Wenceslas<a id="footnotetag523" name="footnotetag523"></a><a href="#footnote523" title="Go to footnote 523"><span class="smaller">[523]</span></a>, comme
+Wicleff semble l'avoir été par Édouard III et Richard II, beau-frère de
+Wenceslas, Jean Huss était le héros du peuple beaucoup plus qu'un
+théologien<a id="footnotetag524" name="footnotetag524"></a><a href="#footnote524" title="Go to footnote 524"><span class="smaller">[524]</span></a>; il écrivait dans la langue du pays; il défendait la
+nationalité de la Bohême contre les Allemands, contre les étrangers en
+général; il repoussait les papes, comme étrangers surtout. Du reste, il
+n'attaquait pas, comme fit Luther, la papauté même. Dès son arrivée à
Constance, il fut absous par Jean XXIII.</p>
-<p>Jean Huss soutenait les opinions de Wicleff sur la hiérarchie; il
-voulait, comme lui, un clergé national, indigène, élu sous l'influence
-des localités. En cela il plaisait aux seigneurs, qui, comme anciens
-fondateurs, comme patrons et défenseurs des Églises, pouvaient tout dans
-les élections locales. Huss fut, donc, comme Wicleff, l'homme de la
-noblesse. Les chevaliers de Bohême écrivirent trois fois au concile pour
-le sauver; à sa mort, ils armèrent leurs paysans et commencèrent la
+<p>Jean Huss soutenait les opinions de Wicleff sur la hiérarchie; il
+voulait, comme lui, un clergé national, indigène, élu sous l'influence
+des localités. En cela il plaisait aux seigneurs, qui, comme anciens
+fondateurs, comme patrons et défenseurs des Églises, pouvaient tout dans
+les élections locales. Huss fut, donc, comme Wicleff, l'homme de la
+noblesse. Les chevaliers de Bohême écrivirent trois fois au concile pour
+le sauver; à sa mort, ils armèrent leurs paysans et commencèrent la
terrible guerre des hussites.</p>
-<p>Sous d'autres rapports, Huss était bien moins le disciple de Wicleff
-qu'il ne se le croyait lui-même. Il se rapprochait de lui pour la
-Trinité; mais il n'attaquait pas la présence réelle, pas davantage la
+<p>Sous d'autres rapports, Huss était bien moins le disciple de Wicleff
+qu'il ne se le croyait lui-même. Il se rapprochait de lui pour la
+Trinité; mais il n'attaquait pas la présence réelle, pas davantage la
doctrine du libre arbitre. Je ne vois pas du moins dans ses ouvrages
-que, sur ces questions essentielles, il se rattache à <span class="pagenum"><a id="page313" name="page313"></a>(p. 313)</span> Wicleff,
-autant qu'on le croirait d'après les articles de condamnation.</p>
-
-<p>En philosophie, loin d'être un novateur, Jean Huss était le défenseur
-des vieilles doctrines de la scolastique. L'Université de Prague, sous
-son influence, resta fidèle au réalisme du moyen âge, tandis que celle
-de Paris, sous d'Ailly, Clémengis et Gerson, se jetait dans les
-nouveautés hardies du nominalisme trouvées (ou retrouvées) par Occam.
-C'était le novateur religieux, Jean Huss, qui défendait le vieux credo
-philosophique des écoles. Il le soutenait dans son Université
-bohémienne, d'où il avait chassé les étrangers; il le soutenait à
-Oxford, à Paris même, par son violent disciple Jérôme de Prague.
-Celui-ci était venu braver dans sa chaire, dans son trône, la formidable
-Université de Paris<a id="footnotetag525" name="footnotetag525"></a><a href="#footnote525" title="Go to footnote 525"><span class="smaller">[525]</span></a>, dénoncer les maîtres de Navarre pour leur
-enseignement nominaliste, les signaler comme des hérétiques en
-philosophie, comme de pernicieux adversaires du réalisme de saint
+que, sur ces questions essentielles, il se rattache à <span class="pagenum"><a id="page313" name="page313"></a>(p. 313)</span> Wicleff,
+autant qu'on le croirait d'après les articles de condamnation.</p>
+
+<p>En philosophie, loin d'être un novateur, Jean Huss était le défenseur
+des vieilles doctrines de la scolastique. L'Université de Prague, sous
+son influence, resta fidèle au réalisme du moyen âge, tandis que celle
+de Paris, sous d'Ailly, Clémengis et Gerson, se jetait dans les
+nouveautés hardies du nominalisme trouvées (ou retrouvées) par Occam.
+C'était le novateur religieux, Jean Huss, qui défendait le vieux credo
+philosophique des écoles. Il le soutenait dans son Université
+bohémienne, d'où il avait chassé les étrangers; il le soutenait à
+Oxford, à Paris même, par son violent disciple Jérôme de Prague.
+Celui-ci était venu braver dans sa chaire, dans son trône, la formidable
+Université de Paris<a id="footnotetag525" name="footnotetag525"></a><a href="#footnote525" title="Go to footnote 525"><span class="smaller">[525]</span></a>, dénoncer les maîtres de Navarre pour leur
+enseignement nominaliste, les signaler comme des hérétiques en
+philosophie, comme de pernicieux adversaires du réalisme de saint
Thomas.</p>
-<p>Jusqu'à quel point cette question d'école avait-elle aigri nos
+<p>Jusqu'à quel point cette question d'école avait-elle aigri nos
gallicans, les meilleurs, les plus saints?... On n'ose sonder cette
-triste question. Eux-mêmes probablement n'auraient pu l'éclaircir. Ils
+triste question. Eux-mêmes probablement n'auraient pu l'éclaircir. Ils
s'expliquaient leur haine contre Jean Huss par sa participation aux
-hérésies de Wicleff.</p>
-
-<p>Le concile s'ouvrit le 5 novembre 1414; dès le 27 mai, Gerson avait
-écrit à l'archevêque de Prague pour qu'il livrât Jean Huss au bras
-séculier. «Il faut, <span class="pagenum"><a id="page314" name="page314"></a>(p. 314)</span> disait-il, couper court aux disputes qui
-compromettent la vérité; il faut, par une cruauté miséricordieuse,
-employer le fer et le feu<a id="footnotetag526" name="footnotetag526"></a><a href="#footnote526" title="Go to footnote 526"><span class="smaller">[526]</span></a>.» Les gallicans auraient bien voulu que
-l'archevêque pût épargner au concile cette terrible besogne. Mais qui
-aurait osé en Bohême mettre la main sur l'homme des chevaliers
-bohémiens?</p>
-
-<p>Jean Huss était brave comme Zwingli; il voulut voir en face ses ennemis;
-il vint au concile. Il croyait d'ailleurs à la parole de Sigismond, dont
-il avait un sauf-conduit. Là, excepté le pape, il trouva tout le monde
-contre lui. Les Pères, qui par leur violence contre la papauté se
+hérésies de Wicleff.</p>
+
+<p>Le concile s'ouvrit le 5 novembre 1414; dès le 27 mai, Gerson avait
+écrit à l'archevêque de Prague pour qu'il livrât Jean Huss au bras
+séculier. «Il faut, <span class="pagenum"><a id="page314" name="page314"></a>(p. 314)</span> disait-il, couper court aux disputes qui
+compromettent la vérité; il faut, par une cruauté miséricordieuse,
+employer le fer et le feu<a id="footnotetag526" name="footnotetag526"></a><a href="#footnote526" title="Go to footnote 526"><span class="smaller">[526]</span></a>.» Les gallicans auraient bien voulu que
+l'archevêque pût épargner au concile cette terrible besogne. Mais qui
+aurait osé en Bohême mettre la main sur l'homme des chevaliers
+bohémiens?</p>
+
+<p>Jean Huss était brave comme Zwingli; il voulut voir en face ses ennemis;
+il vint au concile. Il croyait d'ailleurs à la parole de Sigismond, dont
+il avait un sauf-conduit. Là, excepté le pape, il trouva tout le monde
+contre lui. Les Pères, qui par leur violence contre la papauté se
sentaient devenus fort suspects aux peuples, avaient besoin d'un acte
-vigoureux contre l'hérésie, pour prouver leur foi. Les Allemands
-trouvaient fort bon qu'on brûlât un Bohémien; les Nominaux se
-résignaient aisément à la mort d'un Réaliste<a id="footnotetag527" name="footnotetag527"></a><a href="#footnote527" title="Go to footnote 527"><span class="smaller">[527]</span></a>. Le roi des Romains,
-qui lui avait promis sûreté<a id="footnotetag528" name="footnotetag528"></a><a href="#footnote528" title="Go to footnote 528"><span class="smaller">[528]</span></a>, saisit cette occasion de perdre un
-homme dont la popularité pouvait fortifier Wenceslas en Bohême.</p>
-
-<p>Ceux même qui ne trouvaient pas le Bohémien hérétique, le condamnèrent
-<em>comme rebelle</em>; qu'il eût erré ou non, il devait, disaient-ils, se
-rétracter sur l'ordre du concile<a id="footnotetag529" name="footnotetag529"></a><a href="#footnote529" title="Go to footnote 529"><span class="smaller">[529]</span></a>. Cette assemblée, qui venait de
-nier trois <span class="pagenum"><a id="page315" name="page315"></a>(p. 315)</span> fois l'infaillibilité du pape, réclamait pour
-elle-même l'infaillibilité, la toute-puissance sur la raison
-individuelle. La république ecclésiastique se déclarait aussi absolue
-que la monarchie pontificale. Elle posa de même la question entre
-l'autorité et la liberté, entre la majorité et la minorité; faible
-minorité sans doute, qui, dans cette grande assemblée, se réduisait à un
-individu; l'individu ne céda pas, il aima mieux périr.</p>
-
-<p>Il dut en coûter au c&oelig;ur de Gerson de consommer ce sacrifice à
-l'unité spirituelle, cette immolation d'un homme... L'année suivante, il
-fallut en immoler un autre. Jérôme de Prague avait échappé; mais quand
-il apprit comment son maître était mort, il rougit de vivre et revint
-devant ses juges. Le concile devait démentir son premier arrêt ou brûler
+vigoureux contre l'hérésie, pour prouver leur foi. Les Allemands
+trouvaient fort bon qu'on brûlât un Bohémien; les Nominaux se
+résignaient aisément à la mort d'un Réaliste<a id="footnotetag527" name="footnotetag527"></a><a href="#footnote527" title="Go to footnote 527"><span class="smaller">[527]</span></a>. Le roi des Romains,
+qui lui avait promis sûreté<a id="footnotetag528" name="footnotetag528"></a><a href="#footnote528" title="Go to footnote 528"><span class="smaller">[528]</span></a>, saisit cette occasion de perdre un
+homme dont la popularité pouvait fortifier Wenceslas en Bohême.</p>
+
+<p>Ceux même qui ne trouvaient pas le Bohémien hérétique, le condamnèrent
+<em>comme rebelle</em>; qu'il eût erré ou non, il devait, disaient-ils, se
+rétracter sur l'ordre du concile<a id="footnotetag529" name="footnotetag529"></a><a href="#footnote529" title="Go to footnote 529"><span class="smaller">[529]</span></a>. Cette assemblée, qui venait de
+nier trois <span class="pagenum"><a id="page315" name="page315"></a>(p. 315)</span> fois l'infaillibilité du pape, réclamait pour
+elle-même l'infaillibilité, la toute-puissance sur la raison
+individuelle. La république ecclésiastique se déclarait aussi absolue
+que la monarchie pontificale. Elle posa de même la question entre
+l'autorité et la liberté, entre la majorité et la minorité; faible
+minorité sans doute, qui, dans cette grande assemblée, se réduisait à un
+individu; l'individu ne céda pas, il aima mieux périr.</p>
+
+<p>Il dut en coûter au c&oelig;ur de Gerson de consommer ce sacrifice à
+l'unité spirituelle, cette immolation d'un homme... L'année suivante, il
+fallut en immoler un autre. Jérôme de Prague avait échappé; mais quand
+il apprit comment son maître était mort, il rougit de vivre et revint
+devant ses juges. Le concile devait démentir son premier arrêt ou brûler
encore celui-ci<a id="footnotetag530" name="footnotetag530"></a><a href="#footnote530" title="Go to footnote 530"><span class="smaller">[530]</span></a>.</p>
-<p>L'un des v&oelig;ux de Gerson, l'une des bénédictions qu'il attendait du
-concile, c'était qu'il condamnerait solennellement ce droit de tuer,
-prêché par Jean Petit... Et pour en venir là, il a fallu commencer par
-tuer deux hommes!... Deux? Deux cent mille peut-être. Ce Huss, brûlé,
-ressuscité dans Jérôme et encore brûlé, il est si peu mort que
-maintenant il revient comme un grand <span class="pagenum"><a id="page316" name="page316"></a>(p. 316)</span> peuple, un peuple armé,
-qui poursuit la controverse l'épée à la main. Les hussites, avec l'épée,
+<p>L'un des v&oelig;ux de Gerson, l'une des bénédictions qu'il attendait du
+concile, c'était qu'il condamnerait solennellement ce droit de tuer,
+prêché par Jean Petit... Et pour en venir là, il a fallu commencer par
+tuer deux hommes!... Deux? Deux cent mille peut-être. Ce Huss, brûlé,
+ressuscité dans Jérôme et encore brûlé, il est si peu mort que
+maintenant il revient comme un grand <span class="pagenum"><a id="page316" name="page316"></a>(p. 316)</span> peuple, un peuple armé,
+qui poursuit la controverse l'épée à la main. Les hussites, avec l'épée,
la lance et la faux, sous le petit Procope, sous Ziska, l'indomptable
-borgne, donnent la chasse à la belle chevalerie allemande: et quand
-Procope sera tué, le tambour fait de sa peau mènera encore ces barbares,
+borgne, donnent la chasse à la belle chevalerie allemande: et quand
+Procope sera tué, le tambour fait de sa peau mènera encore ces barbares,
et battra par l'Allemagne son roulement meurtrier.</p>
-<p>Nos gallicans avaient payé cher la réforme de Constance, et ils ne
-l'eurent pas<a id="footnotetag531" name="footnotetag531"></a><a href="#footnote531" title="Go to footnote 531"><span class="smaller">[531]</span></a>. Elle fut habilement éludée. Les Italiens, qui d'abord
+<p>Nos gallicans avaient payé cher la réforme de Constance, et ils ne
+l'eurent pas<a id="footnotetag531" name="footnotetag531"></a><a href="#footnote531" title="Go to footnote 531"><span class="smaller">[531]</span></a>. Elle fut habilement éludée. Les Italiens, qui d'abord
avaient les trois autres nations contre eux, surent se rallier les
-Anglais; ceux-ci, qui avaient paru si zélés, qui avaient tant accusé la
-France de perpétuer les maux de l'Église, s'accordèrent avec les
-Italiens pour faire décider, contre l'avis des Français et des
-Allemands, que le pape serait élu avant toute réforme, c'est-à-dire
-qu'il n'y aurait pas de réforme sérieuse. Ce point décidé, les Allemands
-se rapprochèrent des Italiens et des Anglais, et les trois nations
-firent ensemble un pape italien. Les Français restèrent seuls et dupes,
+Anglais; ceux-ci, qui avaient paru si zélés, qui avaient tant accusé la
+France de perpétuer les maux de l'Église, s'accordèrent avec les
+Italiens pour faire décider, contre l'avis des Français et des
+Allemands, que le pape serait élu avant toute réforme, c'est-à-dire
+qu'il n'y aurait pas de réforme sérieuse. Ce point décidé, les Allemands
+se rapprochèrent des Italiens et des Anglais, et les trois nations
+firent ensemble un pape italien. Les Français restèrent seuls et dupes,
ne pouvant manquer d'avoir le pape contre eux, puisqu'ils avaient
-entravé son élection. Il était beau, toutefois, d'être ainsi dupes, pour
-avoir persévéré dans la réforme de l'Église.</p>
+entravé son élection. Il était beau, toutefois, d'être ainsi dupes, pour
+avoir persévéré dans la réforme de l'Église.</p>
-<p>C'était en 1417; le connétable d'Armagnac, partisan du vieux Benoît
+<p>C'était en 1417; le connétable d'Armagnac, partisan du vieux Benoît
XIII, gouvernait Paris au nom du roi et du dauphin. Il fit ordonner par
-le dauphin, à l'Université, de suspendre son jugement sur l'élection du
-<span class="pagenum"><a id="page317" name="page317"></a>(p. 317)</span> nouveau pape, Martin V; mais son parti était tellement affaibli
-dans Paris même, malgré les moyens de terreur dont il avait essayé, que
-l'Université osa passer outre et approuver l'élection. Elle avait hâte
-de se rendre le pape favorable; elle voyait que le système des libres
-élections ecclésiastiques qu'elle avait tant défendu, ne profitait point
-aux universitaires. Elle avait abaissé la papauté, relevé le pouvoir des
-évêques; et ceux-ci, de concert avec les seigneurs, faisaient élire aux
-bénéfices des gens incapables, illettrés, les cadets des seigneurs,
+le dauphin, à l'Université, de suspendre son jugement sur l'élection du
+<span class="pagenum"><a id="page317" name="page317"></a>(p. 317)</span> nouveau pape, Martin V; mais son parti était tellement affaibli
+dans Paris même, malgré les moyens de terreur dont il avait essayé, que
+l'Université osa passer outre et approuver l'élection. Elle avait hâte
+de se rendre le pape favorable; elle voyait que le système des libres
+élections ecclésiastiques qu'elle avait tant défendu, ne profitait point
+aux universitaires. Elle avait abaissé la papauté, relevé le pouvoir des
+évêques; et ceux-ci, de concert avec les seigneurs, faisaient élire aux
+bénéfices des gens incapables, illettrés, les cadets des seigneurs,
leurs ignares chapelains, les fils de leurs paysans, qu'ils tonsuraient
-tout exprès. Les papes, du moins, s'ils plaçaient des prêtres peu
-édifiants, choisissaient parfois des gens d'esprit. L'Université déclara
-qu'elle aimait mieux que le pape <em>donnât les bénéfices</em><a id="footnotetag532" name="footnotetag532"></a><a href="#footnote532" title="Go to footnote 532"><span class="smaller">[532]</span></a>. C'était un
-curieux spectacle de voir l'Université, si longtemps alliée aux évêques
-contre le pape, de la voir retourner à sa mère, la papauté, et attester
-contre les évêques, contre les élections locales, la puissance centrale
-de l'Église. Mais l'Université l'avait tuée, cette puissance
+tout exprès. Les papes, du moins, s'ils plaçaient des prêtres peu
+édifiants, choisissaient parfois des gens d'esprit. L'Université déclara
+qu'elle aimait mieux que le pape <em>donnât les bénéfices</em><a id="footnotetag532" name="footnotetag532"></a><a href="#footnote532" title="Go to footnote 532"><span class="smaller">[532]</span></a>. C'était un
+curieux spectacle de voir l'Université, si longtemps alliée aux évêques
+contre le pape, de la voir retourner à sa mère, la papauté, et attester
+contre les évêques, contre les élections locales, la puissance centrale
+de l'Église. Mais l'Université l'avait tuée, cette puissance
pontificale; elle n'y revenait qu'en abdiquant ses maximes, en se
-reniant et se tuant elle-même.</p>
+reniant et se tuant elle-même.</p>
-<p>Ce fut le sort de Gerson de voir ainsi la fin de la papauté et de
-l'Université. Après le concile de Constance, il se retira brisé, non en
+<p>Ce fut le sort de Gerson de voir ainsi la fin de la papauté et de
+l'Université. Après le concile de Constance, il se retira brisé, non en
France, il n'y <span class="pagenum"><a id="page318" name="page318"></a>(p. 318)</span> avait plus de France. Il chercha un asile dans
-les forêts profondes du Tyrol, puis à Vienne, où il fut reçu par
-Frédéric d'Autriche, l'ami du pape que Gerson avait fait déposer.</p>
+les forêts profondes du Tyrol, puis à Vienne, où il fut reçu par
+Frédéric d'Autriche, l'ami du pape que Gerson avait fait déposer.</p>
-<p>Plus tard, la mort du duc de Bourgogne encouragea Gerson à revenir, mais
-seulement jusqu'au bord de la France, jusqu'à Lyon. C'était une ville
-française, naguère d'Empire, mais toujours une ville commune à tous, une
-république marchande dont les privilèges couvraient tout le monde, une
+<p>Plus tard, la mort du duc de Bourgogne encouragea Gerson à revenir, mais
+seulement jusqu'au bord de la France, jusqu'à Lyon. C'était une ville
+française, naguère d'Empire, mais toujours une ville commune à tous, une
+république marchande dont les privilèges couvraient tout le monde, une
patrie commune pour le Suisse, le Savoyard, l'Allemand, l'Italien,
-autant que pour le Français. Ce confluent des fleuves et des peuples,
-sous la vue lointaine des Alpes, cet océan d'hommes de tout pays, cette
+autant que pour le Français. Ce confluent des fleuves et des peuples,
+sous la vue lointaine des Alpes, cet océan d'hommes de tout pays, cette
grande et profonde ville avec ses rues sombres et ses escaliers noirs
-qui ont l'air de grimper au ciel, c'était une retraite plus solitaire
-que les solitudes du Tyrol. Il s'y blottit dans un couvent de Célestins
-dont son frère était prieur; il y expia, par la docilité monastique, sa
-domination sur l'Église, goûtant le bonheur d'obéir, la douceur de ne
-plus vouloir, de sentir qu'on ne répond plus de soi. S'il reprit par
+qui ont l'air de grimper au ciel, c'était une retraite plus solitaire
+que les solitudes du Tyrol. Il s'y blottit dans un couvent de Célestins
+dont son frère était prieur; il y expia, par la docilité monastique, sa
+domination sur l'Église, goûtant le bonheur d'obéir, la douceur de ne
+plus vouloir, de sentir qu'on ne répond plus de soi. S'il reprit par
intervalles cette plume toute-puissante, ce fut pour chercher le moyen
de calmer la guerre qui le travaillait encore; pour trouver le moyen
-d'accorder le mysticisme et la raison, d'être scientifiquement mystique,
-de délirer avec méthode. Sans doute que ce grand esprit finit par sentir
-que cela encore était vain. On dit qu'en ses dernières années il ne
-pouvait plus voir que des enfants, comme il arriva sur la fin à
-Rousseau et à Bernardin de Saint-Pierre. Il ne <span class="pagenum"><a id="page319" name="page319"></a>(p. 319)</span> vécut plus
-qu'avec les petits, les enseignant<a id="footnotetag533" name="footnotetag533"></a><a href="#footnote533" title="Go to footnote 533"><span class="smaller">[533]</span></a>, ou plutôt recevant lui-même
+d'accorder le mysticisme et la raison, d'être scientifiquement mystique,
+de délirer avec méthode. Sans doute que ce grand esprit finit par sentir
+que cela encore était vain. On dit qu'en ses dernières années il ne
+pouvait plus voir que des enfants, comme il arriva sur la fin à
+Rousseau et à Bernardin de Saint-Pierre. Il ne <span class="pagenum"><a id="page319" name="page319"></a>(p. 319)</span> vécut plus
+qu'avec les petits, les enseignant<a id="footnotetag533" name="footnotetag533"></a><a href="#footnote533" title="Go to footnote 533"><span class="smaller">[533]</span></a>, ou plutôt recevant lui-même
l'enseignement de ces innocents<a id="footnotetag534" name="footnotetag534"></a><a href="#footnote534" title="Go to footnote 534"><span class="smaller">[534]</span></a>. Avec eux, il apprenait la
-simplicité, désapprenait la scolastique. On inscrivit sur sa tombe:
+simplicité, désapprenait la scolastique. On inscrivit sur sa tombe:
<i lang="la">Sursum corda<a id="footnotetag535" name="footnotetag535"></a><a href="#footnote535" title="Go to footnote 535"><span class="smaller">[535]</span></a>!</i></p>
-<p>Le résultat du concile de Constance était un revers pour la France, une
-défaite, et plus grande qu'on ne peut dire, une bataille d'Azincourt.
-Après avoir eu si longtemps un pape à elle, une sorte de patriarche
-français, par lequel elle agissait encore sur ses alliés d'Écosse et
-d'Espagne, elle allait voir l'unité de l'Église rétablie en apparence,
-rétablie contre elle au profit de ses ennemis; ce pape italien, client
+<p>Le résultat du concile de Constance était un revers pour la France, une
+défaite, et plus grande qu'on ne peut dire, une bataille d'Azincourt.
+Après avoir eu si longtemps un pape à elle, une sorte de patriarche
+français, par lequel elle agissait encore sur ses alliés d'Écosse et
+d'Espagne, elle allait voir l'unité de l'Église rétablie en apparence,
+rétablie contre elle au profit de ses ennemis; ce pape italien, client
du parti anglo-allemand, n'allait-il pas entrer dans les affaires de
-France, y dicter les ordres de l'étranger?</p>
+France, y dicter les ordres de l'étranger?</p>
<p>L'Angleterre avait vaincu par la politique, aussi bien que par les
-armes. Elle avait eu grande part à l'élection de Martin V; elle tenait
-entre les mains son prédécesseur, Jean XXIII, sous la garde du cardinal
+armes. Elle avait eu grande part à l'élection de Martin V; elle tenait
+entre les mains son prédécesseur, Jean XXIII, sous la garde du cardinal
de Winchester, oncle d'Henri V. Henri pouvait exiger du pape tout ce
-qu'il croirait nécessaire à l'accomplissement de ses projets sur la
+qu'il croirait nécessaire à l'accomplissement de ses projets sur la
France, Naples, les Pays-Bas, l'Allemagne, la terre sainte.</p>
-<p>Dans cette suprême grandeur où l'Angleterre semblait arrivée, il y avait
-bien pourtant un sujet d'inquiétude. Cette grandeur, ne l'oublions pas,
-elle la devait <span class="pagenum"><a id="page320" name="page320"></a>(p. 320)</span> principalement à l'étroite alliance de
-l'épiscopat et de la royauté sous la maison de Lancastre: ces deux
-puissances s'étaient accordées pour réformer l'Église et conquérir la
-France schismatique. Or, au moment de la réforme, l'épiscopat anglais
-n'avait que trop laissé voir combien peu il s'en souciait; d'autre part,
-la conquête de la France à peine commencée, la bonne intelligence des
-deux alliés, épiscopat et royauté, était déjà compromise.</p>
-
-<p>Depuis un siècle, l'Angleterre accusait la France de ne vouloir aucune
-réforme, de perpétuer le schisme. Elle en parlait à son aise, elle qui,
-par son statut des Proviseurs, avait de bonne heure annulé l'influence
-papale dans les élections ecclésiastiques. Séparée du pape sous ce
-rapport, elle avait beau jeu de reprocher le schisme aux Français. La
-France, soumise au pape, voulait un pape français à Avignon;
-l'Angleterre, indépendante du pape dans la question essentielle, voulait
-un pape universel, et elle l'aimait mieux à Rome que partout ailleurs.
-Dès qu'il n'y eut plus de pape français, les Anglais ne s'inquiétèrent
-plus de réformer le pontificat ni l'Église.</p>
-
-<p>Les Anglais avaient donné leur victoire pour la victoire de Dieu; leur
-roi, sur les premières monnaies qu'il fit frapper en France, avait mis:
-«Christus regnat, Christus vincit, Christus imperat.» Il eut beaucoup
-d'égards et de ménagements pour les prêtres français; il entendait son
-intérêt: ces prêtres, qui étaient prêtres bien plus que Français,
-devaient s'attacher aisément à un prince qui respectait leur robe.
-<span class="pagenum"><a id="page321" name="page321"></a>(p. 321)</span> Mais ce n'était pas l'intérêt des lords évêques qui suivaient
-le roi comme conseillers, comme créanciers; ils devaient trouver
-avantage à ce que la fuite des ecclésiastiques français laissât un grand
-nombre de bénéfices vacants qu'on pût administrer, ou même prendre,
-donner à d'autres. C'est ce qui explique peut-être la dureté que ce
-conseil anglais, presque tout ecclésiastique, montra pour les prêtres
-qu'on trouvait dans les places assiégées. Dans la capitulation de Rouen,
-dressée et négociée par l'archevêque de Cantorbéry, le fameux chanoine
-Delivet fut excepté de l'amnistie; il fut envoyé en Angleterre; s'il ne
-périt pas, c'est qu'il était riche, et qu'il composa pour sa vie. Les
-moines étaient traités plus durement encore que les prêtres. Lorsque
-Melun se rendit, on en trouva deux dans la garnison, et ils furent tués.
-À la prise de Meaux, trois religieux de Saint-Denis ne furent sauvés
-qu'à grand'peine par les réclamations de leur abbé; mais le fameux
-évêque Cauchon, l'âme damnée du cardinal Winchester, les jeta dans
+<p>Dans cette suprême grandeur où l'Angleterre semblait arrivée, il y avait
+bien pourtant un sujet d'inquiétude. Cette grandeur, ne l'oublions pas,
+elle la devait <span class="pagenum"><a id="page320" name="page320"></a>(p. 320)</span> principalement à l'étroite alliance de
+l'épiscopat et de la royauté sous la maison de Lancastre: ces deux
+puissances s'étaient accordées pour réformer l'Église et conquérir la
+France schismatique. Or, au moment de la réforme, l'épiscopat anglais
+n'avait que trop laissé voir combien peu il s'en souciait; d'autre part,
+la conquête de la France à peine commencée, la bonne intelligence des
+deux alliés, épiscopat et royauté, était déjà compromise.</p>
+
+<p>Depuis un siècle, l'Angleterre accusait la France de ne vouloir aucune
+réforme, de perpétuer le schisme. Elle en parlait à son aise, elle qui,
+par son statut des Proviseurs, avait de bonne heure annulé l'influence
+papale dans les élections ecclésiastiques. Séparée du pape sous ce
+rapport, elle avait beau jeu de reprocher le schisme aux Français. La
+France, soumise au pape, voulait un pape français à Avignon;
+l'Angleterre, indépendante du pape dans la question essentielle, voulait
+un pape universel, et elle l'aimait mieux à Rome que partout ailleurs.
+Dès qu'il n'y eut plus de pape français, les Anglais ne s'inquiétèrent
+plus de réformer le pontificat ni l'Église.</p>
+
+<p>Les Anglais avaient donné leur victoire pour la victoire de Dieu; leur
+roi, sur les premières monnaies qu'il fit frapper en France, avait mis:
+«Christus regnat, Christus vincit, Christus imperat.» Il eut beaucoup
+d'égards et de ménagements pour les prêtres français; il entendait son
+intérêt: ces prêtres, qui étaient prêtres bien plus que Français,
+devaient s'attacher aisément à un prince qui respectait leur robe.
+<span class="pagenum"><a id="page321" name="page321"></a>(p. 321)</span> Mais ce n'était pas l'intérêt des lords évêques qui suivaient
+le roi comme conseillers, comme créanciers; ils devaient trouver
+avantage à ce que la fuite des ecclésiastiques français laissât un grand
+nombre de bénéfices vacants qu'on pût administrer, ou même prendre,
+donner à d'autres. C'est ce qui explique peut-être la dureté que ce
+conseil anglais, presque tout ecclésiastique, montra pour les prêtres
+qu'on trouvait dans les places assiégées. Dans la capitulation de Rouen,
+dressée et négociée par l'archevêque de Cantorbéry, le fameux chanoine
+Delivet fut excepté de l'amnistie; il fut envoyé en Angleterre; s'il ne
+périt pas, c'est qu'il était riche, et qu'il composa pour sa vie. Les
+moines étaient traités plus durement encore que les prêtres. Lorsque
+Melun se rendit, on en trouva deux dans la garnison, et ils furent tués.
+À la prise de Meaux, trois religieux de Saint-Denis ne furent sauvés
+qu'à grand'peine par les réclamations de leur abbé; mais le fameux
+évêque Cauchon, l'âme damnée du cardinal Winchester, les jeta dans
d'affreux cachots<a id="footnotetag536" name="footnotetag536"></a><a href="#footnote536" title="Go to footnote 536"><span class="smaller">[536]</span></a>.</p>
-<p>Cela devait effrayer les bénéficiers absents. L'évêque de Paris, Jean
-Courtecuisse, n'osait revenir dans son évêché; ces absences laissaient
-nombre de bénéfices à la discrétion des lords évêques, bien des fruits à
-percevoir. Le roi, qui sans doute aurait mieux aimé que les absents
-revinssent et se ralliassent à lui, ne se lassait pas de les rappeler,
-avec menaces de disposer <span class="pagenum"><a id="page322" name="page322"></a>(p. 322)</span> de leurs bénéfices; mais ils n'avaient
-garde de revenir. Les bénéfices étant alors considérés comme vacants,
-les lords évêques en disposaient pour leurs créatures; cela faisait deux
-titulaires pour chaque bénéfice. Après avoir tant accusé la France de
-perpétuer le schisme pontifical, la conquête anglaise créait peu à peu
-un schisme dans le clergé français.</p>
+<p>Cela devait effrayer les bénéficiers absents. L'évêque de Paris, Jean
+Courtecuisse, n'osait revenir dans son évêché; ces absences laissaient
+nombre de bénéfices à la discrétion des lords évêques, bien des fruits à
+percevoir. Le roi, qui sans doute aurait mieux aimé que les absents
+revinssent et se ralliassent à lui, ne se lassait pas de les rappeler,
+avec menaces de disposer <span class="pagenum"><a id="page322" name="page322"></a>(p. 322)</span> de leurs bénéfices; mais ils n'avaient
+garde de revenir. Les bénéfices étant alors considérés comme vacants,
+les lords évêques en disposaient pour leurs créatures; cela faisait deux
+titulaires pour chaque bénéfice. Après avoir tant accusé la France de
+perpétuer le schisme pontifical, la conquête anglaise créait peu à peu
+un schisme dans le clergé français.</p>
<p>Ces grandes et lucratives affaires expliquent seules pourquoi, dans
-toutes les expéditions d'Henri V, nous voyons les grands dignitaires de
-l'Église d'Angleterre ne plus quitter son camp, le suivre pas à pas. Ils
-semblent avoir oublié leur troupeau: les âmes insulaires deviennent ce
-qu'elles peuvent; les pasteurs anglais sont trop préoccupés de sauver
-celles du continent. Nous ne voyons encore au siège d'Harfleur que
-l'évêque de Norwich comme principal conseiller d'Henri. Mais après la
-bataille d'Azincourt le roi, pressé de revenir en France, se remet entre
-les mains des évêques; il charge les deux chefs de l'épiscopat,
-l'archevêque de Cantorbéry et le cardinal de Winchester, de <em>percevoir</em>,
-au nom de la couronne, <em>les droits féodaux de gardes, mariages et
+toutes les expéditions d'Henri V, nous voyons les grands dignitaires de
+l'Église d'Angleterre ne plus quitter son camp, le suivre pas à pas. Ils
+semblent avoir oublié leur troupeau: les âmes insulaires deviennent ce
+qu'elles peuvent; les pasteurs anglais sont trop préoccupés de sauver
+celles du continent. Nous ne voyons encore au siège d'Harfleur que
+l'évêque de Norwich comme principal conseiller d'Henri. Mais après la
+bataille d'Azincourt le roi, pressé de revenir en France, se remet entre
+les mains des évêques; il charge les deux chefs de l'épiscopat,
+l'archevêque de Cantorbéry et le cardinal de Winchester, de <em>percevoir</em>,
+au nom de la couronne, <em>les droits féodaux de gardes, mariages et
forfaitures pour notre prochain passage de mer</em><a id="footnotetag537" name="footnotetag537"></a><a href="#footnote537" title="Go to footnote 537"><span class="smaller">[537]</span></a>. Il fallait, avant
-même de commencer une autre expédition, mettre Harfleur en état de
-défense; le roi, parfaitement instruit des affaires de France, ne
-doutait pas qu'Armagnac n'essayât de lui arracher cet inappréciable
-résultat de la dernière campagne. Les évêques, qui seuls avaient
-<span class="pagenum"><a id="page323" name="page323"></a>(p. 323)</span> de l'argent toujours prêt, firent évidemment les avances, et se
+même de commencer une autre expédition, mettre Harfleur en état de
+défense; le roi, parfaitement instruit des affaires de France, ne
+doutait pas qu'Armagnac n'essayât de lui arracher cet inappréciable
+résultat de la dernière campagne. Les évêques, qui seuls avaient
+<span class="pagenum"><a id="page323" name="page323"></a>(p. 323)</span> de l'argent toujours prêt, firent évidemment les avances, et se
firent assigner en garantie le produit de ces droits lucratifs.</p>
-<p>Le cardinal Winchester, oncle d'Henri V, devint peu à peu l'homme le
-plus riche de l'Angleterre et peut-être du monde. Nous le voyons plus
-tard faire à la Couronne des prêts tels qu'aucun roi n'eût pu les faire
-alors; des vingt mille, cinquante mille livres sterling à la fois<a id="footnotetag538" name="footnotetag538"></a><a href="#footnote538" title="Go to footnote 538"><span class="smaller">[538]</span></a>.
-Quelques années après la mort d'Henri, il se trouva un moment le vrai
+<p>Le cardinal Winchester, oncle d'Henri V, devint peu à peu l'homme le
+plus riche de l'Angleterre et peut-être du monde. Nous le voyons plus
+tard faire à la Couronne des prêts tels qu'aucun roi n'eût pu les faire
+alors; des vingt mille, cinquante mille livres sterling à la fois<a id="footnotetag538" name="footnotetag538"></a><a href="#footnote538" title="Go to footnote 538"><span class="smaller">[538]</span></a>.
+Quelques années après la mort d'Henri, il se trouva un moment le vrai
roi de la France et de l'Angleterre (1430-1432). Henri, de son vivant
-même, lui reprocha publiquement d'usurper les droits de la royauté<a id="footnotetag539" name="footnotetag539"></a><a href="#footnote539" title="Go to footnote 539"><span class="smaller">[539]</span></a>;
-il croyait même que Winchester souhaitait impatiemment sa mort, et qu'il
-eût voulu la hâter.</p>
-
-<p>Il se trompait peut-être; mais ce qui est sûr, c'est que les deux
-royautés, la royauté militaire et la royauté épiscopale et financière,
-avaient pu commencer ensemble la conquête, mais qu'elles n'auraient pu
-posséder ensemble, qu'elles ne pouvaient tarder à se brouiller. Au
-moment de ce grand effort du siège de Rouen, le roi, ayant besoin
-d'argent, se hasarda à parler de réformer les m&oelig;urs du clergé<a id="footnotetag540" name="footnotetag540"></a><a href="#footnote540" title="Go to footnote 540"><span class="smaller">[540]</span></a>.
-Les évêques lui accordèrent une aide pour la guerre, mais ce ne fut pas
-gratis: ils se firent livrer en retour plusieurs hérétiques.</p>
-
-<p>En 1420, sous prétexte d'invasion imminente des <span class="pagenum"><a id="page324" name="page324"></a>(p. 324)</span> Écossais, il
-obtint une demi-décime du clergé du nord de l'Angleterre, et chargea
-l'archevêque d'York de lever cet impôt<a id="footnotetag541" name="footnotetag541"></a><a href="#footnote541" title="Go to footnote 541"><span class="smaller">[541]</span></a>. C'était la terrible année
-du traité de Troyes, il n'avait pas à espérer de rien tirer de la
-France, d'un pays ruiné, à qui cette année même on prenait son dernier
-bien, l'indépendance et la vie nationale. Au contraire, il essaya de
-rattacher étroitement la Normandie et la Guyenne à l'Angleterre, d'une
-part, en exemptant de certains droits les ecclésiastiques normands; de
+même, lui reprocha publiquement d'usurper les droits de la royauté<a id="footnotetag539" name="footnotetag539"></a><a href="#footnote539" title="Go to footnote 539"><span class="smaller">[539]</span></a>;
+il croyait même que Winchester souhaitait impatiemment sa mort, et qu'il
+eût voulu la hâter.</p>
+
+<p>Il se trompait peut-être; mais ce qui est sûr, c'est que les deux
+royautés, la royauté militaire et la royauté épiscopale et financière,
+avaient pu commencer ensemble la conquête, mais qu'elles n'auraient pu
+posséder ensemble, qu'elles ne pouvaient tarder à se brouiller. Au
+moment de ce grand effort du siège de Rouen, le roi, ayant besoin
+d'argent, se hasarda à parler de réformer les m&oelig;urs du clergé<a id="footnotetag540" name="footnotetag540"></a><a href="#footnote540" title="Go to footnote 540"><span class="smaller">[540]</span></a>.
+Les évêques lui accordèrent une aide pour la guerre, mais ce ne fut pas
+gratis: ils se firent livrer en retour plusieurs hérétiques.</p>
+
+<p>En 1420, sous prétexte d'invasion imminente des <span class="pagenum"><a id="page324" name="page324"></a>(p. 324)</span> Écossais, il
+obtint une demi-décime du clergé du nord de l'Angleterre, et chargea
+l'archevêque d'York de lever cet impôt<a id="footnotetag541" name="footnotetag541"></a><a href="#footnote541" title="Go to footnote 541"><span class="smaller">[541]</span></a>. C'était la terrible année
+du traité de Troyes, il n'avait pas à espérer de rien tirer de la
+France, d'un pays ruiné, à qui cette année même on prenait son dernier
+bien, l'indépendance et la vie nationale. Au contraire, il essaya de
+rattacher étroitement la Normandie et la Guyenne à l'Angleterre, d'une
+part, en exemptant de certains droits les ecclésiastiques normands; de
l'autre, en diminuant les droits que payaient en Angleterre les
marchands de vins de Bordeaux<a id="footnotetag542" name="footnotetag542"></a><a href="#footnote542" title="Go to footnote 542"><span class="smaller">[542]</span></a>.</p>
-<p>Mais en 1421, il fallut de l'argent à tout prix. Charles VII occupait
-Meaux et assiégeait Chartres. Les Anglais avaient mis toute la campagne
-précédente à prendre Melun. Henri V fut obligé de pressurer les deux
-royaumes, et l'Angleterre, mécontente et grondante, tout étonnée de
+<p>Mais en 1421, il fallut de l'argent à tout prix. Charles VII occupait
+Meaux et assiégeait Chartres. Les Anglais avaient mis toute la campagne
+précédente à prendre Melun. Henri V fut obligé de pressurer les deux
+royaumes, et l'Angleterre, mécontente et grondante, tout étonnée de
payer lorsqu'elle attendait des tributs, et la malheureuse France, un
cadavre, un squelette, dont on ne pouvait sucer le sang, mais tout au
-plus ronger les os. Le roi ménagea l'orgueil anglais en appelant l'impôt
-un emprunt; emprunt <em>volontaire</em>, mais qui fut levé violemment,
-brusquement; dans chaque comté, il avait désigné quelques personnes
-riches qui répondaient et payaient, sauf à lever l'argent sur les
+plus ronger les os. Le roi ménagea l'orgueil anglais en appelant l'impôt
+un emprunt; emprunt <em>volontaire</em>, mais qui fut levé violemment,
+brusquement; dans chaque comté, il avait désigné quelques personnes
+riches qui répondaient et payaient, sauf à lever l'argent sur les
autres, en s'arrangeant comme ils pourraient: les noms de ceux qui
-auraient refusé <em>devaient être envoyés au roi</em><a id="footnotetag543" name="footnotetag543"></a><a href="#footnote543" title="Go to footnote 543"><span class="smaller">[543]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page325" name="page325"></a>(p. 325)</span> La Normandie fut ménagée, quant aux formes, presque autant que
-l'Angleterre. Le roi convoqua les trois États de Normandie à Rouen, pour
-leur exposer <em>ce qu'il voulait faire</em> pour l'avantage général. Ce qu'il
-voulait d'abord, c'était de recevoir du clergé une décime. En
-récompense, il limitait le pouvoir militaire des capitaines des
-villes<a id="footnotetag544" name="footnotetag544"></a><a href="#footnote544" title="Go to footnote 544"><span class="smaller">[544]</span></a>, réprimait les excès des soldats. Le droit de <em>prise</em> ne
-devait plus être exercé en Normandie, etc.</p>
-
-<p>L'emprunt anglais, la décime normande, ne suffisaient pas pour solder
-cette grosse armée de quatre mille hommes d'armes et de plusieurs
+auraient refusé <em>devaient être envoyés au roi</em><a id="footnotetag543" name="footnotetag543"></a><a href="#footnote543" title="Go to footnote 543"><span class="smaller">[543]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page325" name="page325"></a>(p. 325)</span> La Normandie fut ménagée, quant aux formes, presque autant que
+l'Angleterre. Le roi convoqua les trois États de Normandie à Rouen, pour
+leur exposer <em>ce qu'il voulait faire</em> pour l'avantage général. Ce qu'il
+voulait d'abord, c'était de recevoir du clergé une décime. En
+récompense, il limitait le pouvoir militaire des capitaines des
+villes<a id="footnotetag544" name="footnotetag544"></a><a href="#footnote544" title="Go to footnote 544"><span class="smaller">[544]</span></a>, réprimait les excès des soldats. Le droit de <em>prise</em> ne
+devait plus être exercé en Normandie, etc.</p>
+
+<p>L'emprunt anglais, la décime normande, ne suffisaient pas pour solder
+cette grosse armée de quatre mille hommes d'armes et de plusieurs
milliers d'archers qu'il amenait d'Angleterre. Il fallut prendre une
-mesure qui frappât toute la France anglaise; le coup fut surtout
-terrible à Paris. Henri V fit faire une monnaie forte, d'un titre double
-ou triple de la faible monnaie qui courait; il déclara qu'il n'en
-recevrait plus d'autre; c'était doubler ou tripler l'impôt. La chose fut
-plus funeste encore au peuple qu'utile au Trésor; les transactions
-particulières furent étrangement troublées; il fallut pendant toute
-l'année des règlements vexatoires pour interpréter, modifier cette
+mesure qui frappât toute la France anglaise; le coup fut surtout
+terrible à Paris. Henri V fit faire une monnaie forte, d'un titre double
+ou triple de la faible monnaie qui courait; il déclara qu'il n'en
+recevrait plus d'autre; c'était doubler ou tripler l'impôt. La chose fut
+plus funeste encore au peuple qu'utile au Trésor; les transactions
+particulières furent étrangement troublées; il fallut pendant toute
+l'année des règlements vexatoires pour interpréter, modifier cette
grande vexation<a id="footnotetag545" name="footnotetag545"></a><a href="#footnote545" title="Go to footnote 545"><span class="smaller">[545]</span></a>.</p>
-<p>La lourde et dévorante armée que ramenait Henri ne lui était que trop
-nécessaire. Son frère Clarence venait d'être battu et tué avec deux ou
-trois mille Anglais en Anjou (bataille de Baugé, 23 mars 1421). Dans le
-Nord même, le comte d'Harcourt avait pris <span class="pagenum"><a id="page326" name="page326"></a>(p. 326)</span> les armes contre les
-Anglais et courait la Picardie. Saintrailles et La Hire venaient à
-grandes journées lui donner la main. Tous les gentilshommes passaient
-peu à peu du côté de Charles VII<a id="footnotetag546" name="footnotetag546"></a><a href="#footnote546" title="Go to footnote 546"><span class="smaller">[546]</span></a>, du parti qui faisait les
-expéditions hardies, les courses aventureuses. Les paysans, il est vrai,
-souffrant de ces courses et de ces pillages, devaient à la longue se
-rallier à un maître qui saurait les protéger<a id="footnotetag547" name="footnotetag547"></a><a href="#footnote547" title="Go to footnote 547"><span class="smaller">[547]</span></a>.</p>
-
-<p>La férocité des vieux pillards armagnacs servait Henri V. Il fit une
-chose populaire en assiégeant la ville de Meaux, dont le capitaine, une
-espèce d'ogre<a id="footnotetag548" name="footnotetag548"></a><a href="#footnote548" title="Go to footnote 548"><span class="smaller">[548]</span></a>, le bâtard de Vaurus, avait jeté dans les campagnes
-une indicible terreur. Mais comme le bâtard et ses gens n'attendaient
-aucune merci, ils se défendirent en désespérés. Du haut des murs, ils
-vomissaient toute sorte d'outrages contre Henri V, qui était là en
-personne; ils y avaient fait monter un âne, qu'ils couronnaient et
-battaient tour à tour; c'était, disaient-ils, le roi d'Angleterre qu'ils
+<p>La lourde et dévorante armée que ramenait Henri ne lui était que trop
+nécessaire. Son frère Clarence venait d'être battu et tué avec deux ou
+trois mille Anglais en Anjou (bataille de Baugé, 23 mars 1421). Dans le
+Nord même, le comte d'Harcourt avait pris <span class="pagenum"><a id="page326" name="page326"></a>(p. 326)</span> les armes contre les
+Anglais et courait la Picardie. Saintrailles et La Hire venaient à
+grandes journées lui donner la main. Tous les gentilshommes passaient
+peu à peu du côté de Charles VII<a id="footnotetag546" name="footnotetag546"></a><a href="#footnote546" title="Go to footnote 546"><span class="smaller">[546]</span></a>, du parti qui faisait les
+expéditions hardies, les courses aventureuses. Les paysans, il est vrai,
+souffrant de ces courses et de ces pillages, devaient à la longue se
+rallier à un maître qui saurait les protéger<a id="footnotetag547" name="footnotetag547"></a><a href="#footnote547" title="Go to footnote 547"><span class="smaller">[547]</span></a>.</p>
+
+<p>La férocité des vieux pillards armagnacs servait Henri V. Il fit une
+chose populaire en assiégeant la ville de Meaux, dont le capitaine, une
+espèce d'ogre<a id="footnotetag548" name="footnotetag548"></a><a href="#footnote548" title="Go to footnote 548"><span class="smaller">[548]</span></a>, le bâtard de Vaurus, avait jeté dans les campagnes
+une indicible terreur. Mais comme le bâtard et ses gens n'attendaient
+aucune merci, ils se défendirent en désespérés. Du haut des murs, ils
+vomissaient toute sorte d'outrages contre Henri V, qui était là en
+personne; ils y avaient fait monter un âne, qu'ils couronnaient et
+battaient tour à tour; c'était, disaient-ils, le roi d'Angleterre qu'ils
avaient fait prisonnier. Ces brigands servirent admirablement la France,
-dont pourtant ils ne se souciaient guère. Ils tinrent les Anglais devant
-Meaux tout l'hiver, huit grands mois; la belle armée se consuma par le
-froid, la misère et la peste. Le siège ouvrit le 6 octobre; le 18
-décembre, Henri, qui voyait déjà cette armée diminuer, écrivait en
-Allemagne, en Portugal, pour en tirer au plus tôt des <span class="pagenum"><a id="page327" name="page327"></a>(p. 327)</span> soldats.
-Les Anglais probablement lui coûtaient plus cher que ces étrangers. Pour
-décider les mercenaires allemands à se louer à lui plutôt qu'au dauphin,
+dont pourtant ils ne se souciaient guère. Ils tinrent les Anglais devant
+Meaux tout l'hiver, huit grands mois; la belle armée se consuma par le
+froid, la misère et la peste. Le siège ouvrit le 6 octobre; le 18
+décembre, Henri, qui voyait déjà cette armée diminuer, écrivait en
+Allemagne, en Portugal, pour en tirer au plus tôt des <span class="pagenum"><a id="page327" name="page327"></a>(p. 327)</span> soldats.
+Les Anglais probablement lui coûtaient plus cher que ces étrangers. Pour
+décider les mercenaires allemands à se louer à lui plutôt qu'au dauphin,
il leur faisait dire entre autres choses qu'il les payerait en meilleure
monnaie<a id="footnotetag549" name="footnotetag549"></a><a href="#footnote549" title="Go to footnote 549"><span class="smaller">[549]</span></a>.</p>
-<p>Il n'avait pas à compter sur le duc de Bourgogne. Il vint un moment au
-siège de Meaux, mais s'éloigna bientôt sous prétexte d'aller en
-Bourgogne pour obliger les villes de son duché à accepter le traité de
-Troyes. Henri avait bien lieu de croire que le duc lui-même avait sous
-main provoqué cette résistance à un traité qui annulait les droits
-éventuels de la maison de Bourgogne à la couronne, aussi bien que ceux
-du dauphin, du duc d'Orléans et de tous les princes français. Et
-pourquoi le jeune Philippe avait-il fait un tel sacrifice à l'amitié des
-Anglais? Parce qu'il croyait avoir besoin d'eux pour venger son père et
-battre son ennemi. Mais c'étaient eux, bien plutôt, qui avaient besoin
-de lui. Le bonheur les avait quittés. Pendant que le duc de Clarence se
+<p>Il n'avait pas à compter sur le duc de Bourgogne. Il vint un moment au
+siège de Meaux, mais s'éloigna bientôt sous prétexte d'aller en
+Bourgogne pour obliger les villes de son duché à accepter le traité de
+Troyes. Henri avait bien lieu de croire que le duc lui-même avait sous
+main provoqué cette résistance à un traité qui annulait les droits
+éventuels de la maison de Bourgogne à la couronne, aussi bien que ceux
+du dauphin, du duc d'Orléans et de tous les princes français. Et
+pourquoi le jeune Philippe avait-il fait un tel sacrifice à l'amitié des
+Anglais? Parce qu'il croyait avoir besoin d'eux pour venger son père et
+battre son ennemi. Mais c'étaient eux, bien plutôt, qui avaient besoin
+de lui. Le bonheur les avait quittés. Pendant que le duc de Clarence se
faisait battre en Anjou, le duc de Bourgogne avait eu en Picardie un
-brillant succès; il avait joint les Dauphinois, Saintrailles et
-Gamaches, avant qu'ils eussent pu se réunir à d'Harcourt, et les avait
-défaits et pris.</p>
+brillant succès; il avait joint les Dauphinois, Saintrailles et
+Gamaches, avant qu'ils eussent pu se réunir à d'Harcourt, et les avait
+défaits et pris.</p>
-<p>La malveillance réciproque des Anglais et des Bourguignons datait de
+<p>La malveillance réciproque des Anglais et des Bourguignons datait de
loin. De bonne heure, ceux-ci avaient souffert de l'insolence de leurs
-alliés. Dès 1416, le duc de Glocester, se trouvant comme otage <span class="pagenum"><a id="page328" name="page328"></a>(p. 328)</span>
+alliés. Dès 1416, le duc de Glocester, se trouvant comme otage <span class="pagenum"><a id="page328" name="page328"></a>(p. 328)</span>
chez le duc de Bourgogne, Jean-sans-Peur, le fils de celui-ci, alors
-comte de Charolais, vint faire visite à Glocester; celui-ci, qui parlait
-en ce moment à des Anglais, ne se dérangea point à l'arrivée du prince,
-et lui dit simplement bonjour sans même se tourner vers lui<a id="footnotetag550" name="footnotetag550"></a><a href="#footnote550" title="Go to footnote 550"><span class="smaller">[550]</span></a>. Plus
-tard, dans une altercation entre le maréchal d'Angleterre Cornwall et le
-brave capitaine bourguignon Hector de Saveuse, le général anglais, qui
-était à la tête d'une forte troupe, ne craignit pas de frapper le
+comte de Charolais, vint faire visite à Glocester; celui-ci, qui parlait
+en ce moment à des Anglais, ne se dérangea point à l'arrivée du prince,
+et lui dit simplement bonjour sans même se tourner vers lui<a id="footnotetag550" name="footnotetag550"></a><a href="#footnote550" title="Go to footnote 550"><span class="smaller">[550]</span></a>. Plus
+tard, dans une altercation entre le maréchal d'Angleterre Cornwall et le
+brave capitaine bourguignon Hector de Saveuse, le général anglais, qui
+était à la tête d'une forte troupe, ne craignit pas de frapper le
capitaine de son gantelet. Une telle chose laisse des haines profondes.
Les Bourguignons ne les cachaient point.</p>
-<p>L'homme le plus compromis peut-être du parti bourguignon était le sire
-de L'Île-Adam, celui qui avait repris Paris et laissé faire les
-massacres. Il croyait du moins que son maître le duc de Bourgogne en
-profiterait, mais celui-ci, comme on a vu, livra Paris à Henri V.
-L'Île-Adam avait peine à cacher sa mauvaise humeur. Un jour, il se
-présente au roi d'Angleterre vêtu d'une grosse cotte grise. Le roi ne
-passa point cela: «L'Île-Adam, lui dit-il, est-ce là la robe d'un
-maréchal de France?» L'autre, au lieu de s'excuser, répliqua qu'il
-l'avait fait faire tout exprès pour venir par les bateaux de la Seine.
-Et il regardait le roi fixement. «Comment donc, dit l'Anglais avec
+<p>L'homme le plus compromis peut-être du parti bourguignon était le sire
+de L'Île-Adam, celui qui avait repris Paris et laissé faire les
+massacres. Il croyait du moins que son maître le duc de Bourgogne en
+profiterait, mais celui-ci, comme on a vu, livra Paris à Henri V.
+L'Île-Adam avait peine à cacher sa mauvaise humeur. Un jour, il se
+présente au roi d'Angleterre vêtu d'une grosse cotte grise. Le roi ne
+passa point cela: «L'Île-Adam, lui dit-il, est-ce là la robe d'un
+maréchal de France?» L'autre, au lieu de s'excuser, répliqua qu'il
+l'avait fait faire tout exprès pour venir par les bateaux de la Seine.
+Et il regardait le roi fixement. «Comment donc, dit l'Anglais avec
hauteur, osez-vous bien regarder un prince au visage, quand vous lui
-parlez!&mdash;Sire, dit le Bourguignon, c'est notre coutume à nous autres
-Français; quand un <span class="pagenum"><a id="page329" name="page329"></a>(p. 329)</span> homme parle à un autre, de quelque rang
-qu'il soit, les yeux baissés, on dit qu'il n'est pas prud'homme
-puisqu'il n'ose regarder en face.&mdash;Ce n'est pas l'usage d'Angleterre»,
-dit sèchement le roi. Mais il se tint pour averti; un homme qui parlait
-si ferme, avait bien l'air de ne pas rester longtemps du côté anglais.
-L'Île-Adam avait pris une fois Paris, peut-être aurait-il essayé de le
+parlez!&mdash;Sire, dit le Bourguignon, c'est notre coutume à nous autres
+Français; quand un <span class="pagenum"><a id="page329" name="page329"></a>(p. 329)</span> homme parle à un autre, de quelque rang
+qu'il soit, les yeux baissés, on dit qu'il n'est pas prud'homme
+puisqu'il n'ose regarder en face.&mdash;Ce n'est pas l'usage d'Angleterre»,
+dit sèchement le roi. Mais il se tint pour averti; un homme qui parlait
+si ferme, avait bien l'air de ne pas rester longtemps du côté anglais.
+L'Île-Adam avait pris une fois Paris, peut-être aurait-il essayé de le
reprendre, en cas d'une rupture d'Henri avec le duc de Bourgogne. Peu
-après, sous un prétexte, le duc d'Exeter, capitaine de Paris, mit la
-main sur le Bourguignon et le traîna à la Bastille. Le petit peuple
-s'assembla, cria et fit mine de le défendre. Les Anglais firent une
-charge meurtrière, comme sur une armée ennemie<a id="footnotetag551" name="footnotetag551"></a><a href="#footnote551" title="Go to footnote 551"><span class="smaller">[551]</span></a>.</p>
+après, sous un prétexte, le duc d'Exeter, capitaine de Paris, mit la
+main sur le Bourguignon et le traîna à la Bastille. Le petit peuple
+s'assembla, cria et fit mine de le défendre. Les Anglais firent une
+charge meurtrière, comme sur une armée ennemie<a id="footnotetag551" name="footnotetag551"></a><a href="#footnote551" title="Go to footnote 551"><span class="smaller">[551]</span></a>.</p>
-<p>Henri V voulait faire tuer L'Île-Adam, mais le duc de Bourgogne
-intercéda. Ce qui fut tué, et à n'en jamais revenir, ce fut le parti
+<p>Henri V voulait faire tuer L'ÃŽle-Adam, mais le duc de Bourgogne
+intercéda. Ce qui fut tué, et à n'en jamais revenir, ce fut le parti
anglais dans Paris.</p>
<p>Le changement est sensible dans le <cite>Journal du Bourgeois</cite>. Le sentiment
-national se réveille en lui, il se réjouit d'une défaite des
-Anglais<a id="footnotetag552" name="footnotetag552"></a><a href="#footnote552" title="Go to footnote 552"><span class="smaller">[552]</span></a>; il commence à s'attendrir sur le sort des Armagnacs qui
+national se réveille en lui, il se réjouit d'une défaite des
+Anglais<a id="footnotetag552" name="footnotetag552"></a><a href="#footnote552" title="Go to footnote 552"><span class="smaller">[552]</span></a>; il commence à s'attendrir sur le sort des Armagnacs qui
meurent sans confession<a id="footnotetag553" name="footnotetag553"></a><a href="#footnote553" title="Go to footnote 553"><span class="smaller">[553]</span></a>.</p>
-<p>Le roi d'Angleterre, prévoyant sans doute une rupture avec le duc de
+<p>Le roi d'Angleterre, prévoyant sans doute une rupture avec le duc de
Bourgogne, semble avoir voulu prendre des postes contre lui dans les
Pays-Bas. Il traita avec le roi des Romains pour l'acquisition du
-<span class="pagenum"><a id="page330" name="page330"></a>(p. 330)</span> Luxembourg, puis chercha à conclure une étroite alliance avec
-Liège<a id="footnotetag554" name="footnotetag554"></a><a href="#footnote554" title="Go to footnote 554"><span class="smaller">[554]</span></a>. On se rappelle que c'est justement par la même acquisition
-et la même alliance que la maison d'Orléans se fit une ennemie
-irréconciliable de celle de Bourgogne.</p>
-
-<p>Agir ainsi contre un allié qui avait été si utile, se préparer une
-guerre au Nord quand on ne pouvait venir à bout de celle du Midi,
-c'était une étrange imprudence. Quelles étaient donc les ressources du
+<span class="pagenum"><a id="page330" name="page330"></a>(p. 330)</span> Luxembourg, puis chercha à conclure une étroite alliance avec
+Liège<a id="footnotetag554" name="footnotetag554"></a><a href="#footnote554" title="Go to footnote 554"><span class="smaller">[554]</span></a>. On se rappelle que c'est justement par la même acquisition
+et la même alliance que la maison d'Orléans se fit une ennemie
+irréconciliable de celle de Bourgogne.</p>
+
+<p>Agir ainsi contre un allié qui avait été si utile, se préparer une
+guerre au Nord quand on ne pouvait venir à bout de celle du Midi,
+c'était une étrange imprudence. Quelles étaient donc les ressources du
roi d'Angleterre?</p>
-<p>D'après son budget, tel qu'il fut dressé en 1421 par l'archevêque de
-Cantorbéry, le cardinal Winchester et deux autres évêques, son revenu
-n'était que de cinquante-trois mille livres sterling, ses dépenses
+<p>D'après son budget, tel qu'il fut dressé en 1421 par l'archevêque de
+Cantorbéry, le cardinal Winchester et deux autres évêques, son revenu
+n'était que de cinquante-trois mille livres sterling, ses dépenses
courantes de cinquante mille (vingt et un mille seulement pour Calais et
-la marche voisine<a id="footnotetag555" name="footnotetag555"></a><a href="#footnote555" title="Go to footnote 555"><span class="smaller">[555]</span></a>). Il y avait un excédent apparent de trois mille
-livres. Mais, sur cette petite somme, il fallait qu'il pourvût aux
-dépenses de l'artillerie, des fortifications et constructions, des
-ambassades, de la garde des prisonniers, à celles de sa maison, etc.,
-etc. Dans ce compte, il n'y avait rien<a id="footnotetag556" name="footnotetag556"></a><a href="#footnote556" title="Go to footnote 556"><span class="smaller">[556]</span></a> pour servir les intérêts des
+la marche voisine<a id="footnotetag555" name="footnotetag555"></a><a href="#footnote555" title="Go to footnote 555"><span class="smaller">[555]</span></a>). Il y avait un excédent apparent de trois mille
+livres. Mais, sur cette petite somme, il fallait qu'il pourvût aux
+dépenses de l'artillerie, des fortifications et constructions, des
+ambassades, de la garde des prisonniers, à celles de sa maison, etc.,
+etc. Dans ce compte, il n'y avait rien<a id="footnotetag556" name="footnotetag556"></a><a href="#footnote556" title="Go to footnote 556"><span class="smaller">[556]</span></a> pour servir les intérêts des
vieilles dettes d'Harfleur, de Calais, etc., qui allaient s'accroissant.</p>
-<p>La situation d'Henri V devenait ainsi fort triste. Ce conquérant, ce
-dominateur de l'Europe, allait se trouver peu à peu sous la domination
-la plus humiliante, celle de ses créanciers. D'une part, il traînait
-après lui ce pesant conseil de lords évêques, qui ne <span class="pagenum"><a id="page331" name="page331"></a>(p. 331)</span> pouvait
-manquer de devenir chaque jour et plus nécessaire et plus impérieux;
+<p>La situation d'Henri V devenait ainsi fort triste. Ce conquérant, ce
+dominateur de l'Europe, allait se trouver peu à peu sous la domination
+la plus humiliante, celle de ses créanciers. D'une part, il traînait
+après lui ce pesant conseil de lords évêques, qui ne <span class="pagenum"><a id="page331" name="page331"></a>(p. 331)</span> pouvait
+manquer de devenir chaque jour et plus nécessaire et plus impérieux;
d'autre part, les hommes d'armes, les capitaines, qui lui avaient
-engagé, amené des soldats, devaient sans cesse réclamer l'arriéré<a id="footnotetag557" name="footnotetag557"></a><a href="#footnote557" title="Go to footnote 557"><span class="smaller">[557]</span></a>.</p>
-
-<p>Henri V avait trouvé au fond de sa victoire la détresse et la misère.
-L'Angleterre rencontrait dans son action sur l'Europe, au quinzième
-siècle, le même obstacle que la France avait trouvé au quatorzième. La
-France aussi avait alors étendu vigoureusement les bras au midi et au
-nord, vers l'Italie, l'Empire, les Pays-Bas. La force lui avait manqué
-dans ce grand effort, les bras lui étaient retombés, et elle était
-restée dans cet état de langueur où la surprit la conquête anglaise.</p>
-
-<p>Les Anglais s'étaient figuré, en faisant la guerre, que la France
-pouvait la payer. Ils trouvèrent le pays déjà désolé. Depuis quinze ans,
-les misères avaient crû, les ruines étaient ruinées. Ils tirèrent si peu
-des pays conquis que, pour n'y pas périr eux-mêmes, il fallait qu'ils
-apportassent. Où prendre donc? Nous l'avons dit, l'Église seule alors
-était riche. Mais comment la maison de Lancastre, qui s'était élevée à
-l'ombre de l'Église, et en lui livrant ses ennemis, comment eût-elle
-repris contre l'Église le rôle de ces ennemis même, celui des niveleurs
-hérétiques qu'elle avait livrés aux bûchers?</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page332" name="page332"></a>(p. 332)</span> L'Angleterre avait reproché à la France, pendant un siècle,
-d'exploiter l'Église, de détourner les biens ecclésiastiques à des
-usages profanes; elle s'était chargée de mettre fin à un tel scandale,
-l'Église et la royauté anglaises s'étaient unies pour cette &oelig;uvre, et
-elles avaient en effet écrasé la France... Cela fait, où en étaient les
-vainqueurs? au point où ils avaient trouvé les vaincus, dans les mêmes
-nécessités dont ils leur avaient fait un crime; mais ils avaient de plus
-la honte de la contradiction. Si le roi des prêtres ne touchait au bien
-des prêtres, il était perdu. Ainsi commençait à apparaître tel qu'il
-était en réalité, faible et ruineux, ce colossal édifice dont le
-pharisaïsme anglican avait cru sceller les fondements du sang des
-lollards anglais et des Français schismatiques.</p>
-
-<p>Henri V ne voyait que trop clairement tout cela; il n'espérait plus.
-Rouen lui avait coûté une année, Melun une année, Meaux une année.
-Pendant cet interminable siège de Meaux, lorsqu'il voyait sa belle armée
+engagé, amené des soldats, devaient sans cesse réclamer l'arriéré<a id="footnotetag557" name="footnotetag557"></a><a href="#footnote557" title="Go to footnote 557"><span class="smaller">[557]</span></a>.</p>
+
+<p>Henri V avait trouvé au fond de sa victoire la détresse et la misère.
+L'Angleterre rencontrait dans son action sur l'Europe, au quinzième
+siècle, le même obstacle que la France avait trouvé au quatorzième. La
+France aussi avait alors étendu vigoureusement les bras au midi et au
+nord, vers l'Italie, l'Empire, les Pays-Bas. La force lui avait manqué
+dans ce grand effort, les bras lui étaient retombés, et elle était
+restée dans cet état de langueur où la surprit la conquête anglaise.</p>
+
+<p>Les Anglais s'étaient figuré, en faisant la guerre, que la France
+pouvait la payer. Ils trouvèrent le pays déjà désolé. Depuis quinze ans,
+les misères avaient crû, les ruines étaient ruinées. Ils tirèrent si peu
+des pays conquis que, pour n'y pas périr eux-mêmes, il fallait qu'ils
+apportassent. Où prendre donc? Nous l'avons dit, l'Église seule alors
+était riche. Mais comment la maison de Lancastre, qui s'était élevée à
+l'ombre de l'Église, et en lui livrant ses ennemis, comment eût-elle
+repris contre l'Église le rôle de ces ennemis même, celui des niveleurs
+hérétiques qu'elle avait livrés aux bûchers?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page332" name="page332"></a>(p. 332)</span> L'Angleterre avait reproché à la France, pendant un siècle,
+d'exploiter l'Église, de détourner les biens ecclésiastiques à des
+usages profanes; elle s'était chargée de mettre fin à un tel scandale,
+l'Église et la royauté anglaises s'étaient unies pour cette &oelig;uvre, et
+elles avaient en effet écrasé la France... Cela fait, où en étaient les
+vainqueurs? au point où ils avaient trouvé les vaincus, dans les mêmes
+nécessités dont ils leur avaient fait un crime; mais ils avaient de plus
+la honte de la contradiction. Si le roi des prêtres ne touchait au bien
+des prêtres, il était perdu. Ainsi commençait à apparaître tel qu'il
+était en réalité, faible et ruineux, ce colossal édifice dont le
+pharisaïsme anglican avait cru sceller les fondements du sang des
+lollards anglais et des Français schismatiques.</p>
+
+<p>Henri V ne voyait que trop clairement tout cela; il n'espérait plus.
+Rouen lui avait coûté une année, Melun une année, Meaux une année.
+Pendant cet interminable siège de Meaux, lorsqu'il voyait sa belle armée
fondre autour de lui, on vint lui apprendre que la reine lui avait mis
-au monde un fils au château de Windsor: il n'en montra aucune joie, et,
-comparant sa destinée à celle de cet enfant, il dit avec une tristesse
-prophétique: «Henri de Monmouth aura régné peu et conquis beaucoup;
-Henri de Windsor régnera longtemps et il perdra tout. La volonté de Dieu
-soit faite!»</p>
-
-<p>On conte qu'au milieu de ses sombres prévisions, un ermite vint le
-trouver et lui dit: «Notre-Seigneur, qui ne veut pas votre perte, m'a
-envoyé un saint homme, et voici ce que le saint homme a dit: «Dieu
-<span class="pagenum"><a id="page333" name="page333"></a>(p. 333)</span> ordonne que vous vous désistiez de tourmenter son chrétien
-peuple de France; sinon, vous avez peu à vivre<a id="footnotetag558" name="footnotetag558"></a><a href="#footnote558" title="Go to footnote 558"><span class="smaller">[558]</span></a>.»</p>
-
-<p>Henri V était jeune encore; mais il avait beaucoup travaillé en ce
-monde, le temps était venu du repos; Il n'en avait pas eu depuis sa
-naissance. Il fut pris après sa campagne d'hiver d'une vive irritation
+au monde un fils au château de Windsor: il n'en montra aucune joie, et,
+comparant sa destinée à celle de cet enfant, il dit avec une tristesse
+prophétique: «Henri de Monmouth aura régné peu et conquis beaucoup;
+Henri de Windsor régnera longtemps et il perdra tout. La volonté de Dieu
+soit faite!»</p>
+
+<p>On conte qu'au milieu de ses sombres prévisions, un ermite vint le
+trouver et lui dit: «Notre-Seigneur, qui ne veut pas votre perte, m'a
+envoyé un saint homme, et voici ce que le saint homme a dit: «Dieu
+<span class="pagenum"><a id="page333" name="page333"></a>(p. 333)</span> ordonne que vous vous désistiez de tourmenter son chrétien
+peuple de France; sinon, vous avez peu à vivre<a id="footnotetag558" name="footnotetag558"></a><a href="#footnote558" title="Go to footnote 558"><span class="smaller">[558]</span></a>.»</p>
+
+<p>Henri V était jeune encore; mais il avait beaucoup travaillé en ce
+monde, le temps était venu du repos; Il n'en avait pas eu depuis sa
+naissance. Il fut pris après sa campagne d'hiver d'une vive irritation
d'entrailles, mal fort commun alors, et qu'on appelait le feu
Saint-Antoine. La dyssenterie le saisit<a id="footnotetag559" name="footnotetag559"></a><a href="#footnote559" title="Go to footnote 559"><span class="smaller">[559]</span></a>. Cependant le duc de
-Bourgogne lui ayant demandé secours pour une bataille qu'il allait
-livrer, il craignit que le jeune prince français ne vainquît encore
-cette fois tout seul, et il répondit: «Je n'enverrai pas, j'irai.» Il
-était déjà très faible, et se faisait porter en litière; mais il ne put
-aller plus loin que Melun; il fallut le rapporter à Vincennes. Instruit
-par les médecins de sa fin prochaine, il recommanda son fils à ses
-frères, et leur dit deux sages paroles: premièrement de ménager le duc
-de Bourgogne; deuxièmement, si l'on traitait, de s'arranger toujours
+Bourgogne lui ayant demandé secours pour une bataille qu'il allait
+livrer, il craignit que le jeune prince français ne vainquît encore
+cette fois tout seul, et il répondit: «Je n'enverrai pas, j'irai.» Il
+était déjà très faible, et se faisait porter en litière; mais il ne put
+aller plus loin que Melun; il fallut le rapporter à Vincennes. Instruit
+par les médecins de sa fin prochaine, il recommanda son fils à ses
+frères, et leur dit deux sages paroles: premièrement de ménager le duc
+de Bourgogne; deuxièmement, si l'on traitait, de s'arranger toujours
pour garder la Normandie.</p>
-<p>Puis il se fit lire les psaumes de la pénitence; et quand on en vint aux
-paroles du <i lang="la">Miserere</i>: <i lang="la">Ut ædificentur muri Hierusalem</i>, le génie
-guerrier du mourant se réveilla dans sa piété même: «Ah! si Dieu m'avait
-laissé vivre mon âge, dit-il, et finir la guerre de France, c'est moi
-qui aurais conquis la terre sainte<a id="footnotetag560" name="footnotetag560"></a><a href="#footnote560" title="Go to footnote 560"><span class="smaller">[560]</span></a>!»</p>
+<p>Puis il se fit lire les psaumes de la pénitence; et quand on en vint aux
+paroles du <i lang="la">Miserere</i>: <i lang="la">Ut ædificentur muri Hierusalem</i>, le génie
+guerrier du mourant se réveilla dans sa piété même: «Ah! si Dieu m'avait
+laissé vivre mon âge, dit-il, et finir la guerre de France, c'est moi
+qui aurais conquis la terre sainte<a id="footnotetag560" name="footnotetag560"></a><a href="#footnote560" title="Go to footnote 560"><span class="smaller">[560]</span></a>!»</p>
-<p>Il semble qu'à ce moment suprême il ait éprouvé <span class="pagenum"><a id="page334" name="page334"></a>(p. 334)</span> quelque doute
-sur la légitimité de sa conquête de France, quelque besoin de se
-rassurer. On en jugerait volontiers ainsi, d'après les paroles qu'il
-ajouta comme pour répondre à une objection intérieure: «Ce n'est pas
+<p>Il semble qu'à ce moment suprême il ait éprouvé <span class="pagenum"><a id="page334" name="page334"></a>(p. 334)</span> quelque doute
+sur la légitimité de sa conquête de France, quelque besoin de se
+rassurer. On en jugerait volontiers ainsi, d'après les paroles qu'il
+ajouta comme pour répondre à une objection intérieure: «Ce n'est pas
l'ambition ni la vaine gloire du monde qui m'ont fait combattre. Ma
-guerre a été approuvée des saints prêtres et des prud'hommes; en la
-faisant, je n'ai point mis mon âme en péril.» Peu après il expira (31
-août 1422).</p>
+guerre a été approuvée des saints prêtres et des prud'hommes; en la
+faisant, je n'ai point mis mon âme en péril.» Peu après il expira (31
+août 1422).</p>
-<p>L'Angleterre, dont il avait exprimé l'opinion en mourant, lui rendit
-même témoignage. Son corps fut porté à Westminster, parmi un deuil
+<p>L'Angleterre, dont il avait exprimé l'opinion en mourant, lui rendit
+même témoignage. Son corps fut porté à Westminster, parmi un deuil
incroyable, non comme celui d'un roi, d'un triomphateur, mais comme les
reliques d'un saint<a id="footnotetag561" name="footnotetag561"></a><a href="#footnote561" title="Go to footnote 561"><span class="smaller">[561]</span></a>.</p>
-<p>Il était mort le 31 août; Charles VI le suivit le 21 octobre<a id="footnotetag562" name="footnotetag562"></a><a href="#footnote562" title="Go to footnote 562"><span class="smaller">[562]</span></a>. Le
+<p>Il était mort le 31 août; Charles VI le suivit le 21 octobre<a id="footnotetag562" name="footnotetag562"></a><a href="#footnote562" title="Go to footnote 562"><span class="smaller">[562]</span></a>. Le
peuple de Paris pleura son pauvre roi fol, autant que les Anglais leur
-victorieux Henri V. «Tout le peuple qui étoit dans les rues et aux
-fenêtres pleuroit et crioit, comme si chacun eût vu mourir ce qu'il
-aimoit le plus. Vraiment leurs lamentations étoient comme celles du
-prophète: <i lang="la">Quomodo sedet sola civitas plena populo?</i>»</p>
+victorieux Henri V. «Tout le peuple qui étoit dans les rues et aux
+fenêtres pleuroit et crioit, comme si chacun eût vu mourir ce qu'il
+aimoit le plus. Vraiment leurs lamentations étoient comme celles du
+prophète: <i lang="la">Quomodo sedet sola civitas plena populo?</i>»</p>
-<p>Le menu commun de Paris criait: «Ah! très cher prince, jamais nous n'en
+<p>Le menu commun de Paris criait: «Ah! très cher prince, jamais nous n'en
aurons un si bon! Jamais nous ne te verrons. Maudite soit la mort! Nous
-n'aurons jamais plus que guerre, puisque tu nous a laissés. <span class="pagenum"><a id="page335" name="page335"></a>(p. 335)</span> Tu
-vas en repos; nous demeurons en tribulation et douleur<a id="footnotetag563" name="footnotetag563"></a><a href="#footnote563" title="Go to footnote 563"><span class="smaller">[563]</span></a>.»</p>
+n'aurons jamais plus que guerre, puisque tu nous a laissés. <span class="pagenum"><a id="page335" name="page335"></a>(p. 335)</span> Tu
+vas en repos; nous demeurons en tribulation et douleur<a id="footnotetag563" name="footnotetag563"></a><a href="#footnote563" title="Go to footnote 563"><span class="smaller">[563]</span></a>.»</p>
-<p>Charles VI fut porté à Saint-Denis, «petitement accompagné pour un roi
+<p>Charles VI fut porté à Saint-Denis, «petitement accompagné pour un roi
de France; il n'avoit que son chambellan, son chancelier, son confesseur
-et quelques menus officiers». Un seul prince suivait le convoi, et
-c'était le duc de Bedford. «Hélas! son fils et ses parens ne pouvoient
-être à l'accompagner, de quoi ils estoient <em>légitimement</em> excusez<a id="footnotetag564" name="footnotetag564"></a><a href="#footnote564" title="Go to footnote 564"><span class="smaller">[564]</span></a>.»
-Cette belle famille était presque éteinte; les trois fils aînés étaient
-morts. Des filles, l'aînée avait épousé l'infortuné Richard II, puis le
-duc d'Orléans, prisonnier pour toute sa vie; la seconde, femme du duc de
-Bourgogne, mourut de chagrin; la troisième avait été contrainte
-d'épouser l'ennemi de la France. Le seul qui restât des fils de Charles
-VI était proscrit, déshérité.</p>
+et quelques menus officiers». Un seul prince suivait le convoi, et
+c'était le duc de Bedford. «Hélas! son fils et ses parens ne pouvoient
+être à l'accompagner, de quoi ils estoient <em>légitimement</em> excusez<a id="footnotetag564" name="footnotetag564"></a><a href="#footnote564" title="Go to footnote 564"><span class="smaller">[564]</span></a>.»
+Cette belle famille était presque éteinte; les trois fils aînés étaient
+morts. Des filles, l'aînée avait épousé l'infortuné Richard II, puis le
+duc d'Orléans, prisonnier pour toute sa vie; la seconde, femme du duc de
+Bourgogne, mourut de chagrin; la troisième avait été contrainte
+d'épouser l'ennemi de la France. Le seul qui restât des fils de Charles
+VI était proscrit, déshérité.</p>
<p>Lorsque le corps fut descendu, les huissiers d'armes rompirent leurs
-verges et les jetèrent dans la fosse, et ils renversèrent leurs masses.
-Alors Berri, roi d'armes de France, cria sur la fosse: «Dieu veuille
-avoir pitié de l'âme de très haut et très excellent prince Charles, roi
-de France, sixième du nom, notre <em>naturel</em> et souverain seigneur.»
-Ensuite il reprit: «Dieu accorde bonne vie à Henri par la grâce de Dieu
-roi de France et d'Angleterre, notre souverain seigneur<a id="footnotetag565" name="footnotetag565"></a><a href="#footnote565" title="Go to footnote 565"><span class="smaller">[565]</span></a>.»</p>
-
-<p class="p2">Après avoir dit la mort du roi, il faudrait dire la mort du peuple. De
-1418 à 1422, la dépopulation fut <span class="pagenum"><a id="page336" name="page336"></a>(p. 336)</span> effroyable. Dans ces années
-lugubres, c'est comme un cercle meurtrier: la guerre mène à la famine,
-et la famine à la peste; celle-ci ramène la famine à son tour. On croit
-lire cette nuit de l'Exode où l'ange passe et repasse, touchant chaque
-maison de l'épée.</p>
-
-<p>L'année des massacres de Paris (1418), la misère, l'effroi, le
-désespoir, amenèrent une épidémie qui enleva, dit-on, dans cette ville
-seule quatre-vingt mille âmes<a id="footnotetag566" name="footnotetag566"></a><a href="#footnote566" title="Go to footnote 566"><span class="smaller">[566]</span></a>. «Vers la fin de septembre, dit le
-témoin oculaire, dans sa naïveté terrible, on mouroit tant et si vite,
-qu'il falloit faire dans les cimetières de grandes fosses où on les
-mettoit par trente et quarante, arrangés comme lard, et à peine poudrés
-de terre. On ne rencontroit dans les rues que prêtres qui portoient
-Notre-Seigneur.»</p>
-
-<p>En 1419, il n'y avait pas à récolter; les laboureurs étaient morts ou en
-fuite: on avait peu semé, et ce peu fut ravagé. La cherté des vivres
-devint extrême. On espérait que les Anglais rétabliraient un peu d'ordre
-et de sécurité, et que les vivres deviendraient moins rares; au
-contraire, il y eut famine. «Quand venoient huit heures, il y avoit si
-grande presse à la porte des boulangers, qu'il faut l'avoir vu pour le
+verges et les jetèrent dans la fosse, et ils renversèrent leurs masses.
+Alors Berri, roi d'armes de France, cria sur la fosse: «Dieu veuille
+avoir pitié de l'âme de très haut et très excellent prince Charles, roi
+de France, sixième du nom, notre <em>naturel</em> et souverain seigneur.»
+Ensuite il reprit: «Dieu accorde bonne vie à Henri par la grâce de Dieu
+roi de France et d'Angleterre, notre souverain seigneur<a id="footnotetag565" name="footnotetag565"></a><a href="#footnote565" title="Go to footnote 565"><span class="smaller">[565]</span></a>.»</p>
+
+<p class="p2">Après avoir dit la mort du roi, il faudrait dire la mort du peuple. De
+1418 à 1422, la dépopulation fut <span class="pagenum"><a id="page336" name="page336"></a>(p. 336)</span> effroyable. Dans ces années
+lugubres, c'est comme un cercle meurtrier: la guerre mène à la famine,
+et la famine à la peste; celle-ci ramène la famine à son tour. On croit
+lire cette nuit de l'Exode où l'ange passe et repasse, touchant chaque
+maison de l'épée.</p>
+
+<p>L'année des massacres de Paris (1418), la misère, l'effroi, le
+désespoir, amenèrent une épidémie qui enleva, dit-on, dans cette ville
+seule quatre-vingt mille âmes<a id="footnotetag566" name="footnotetag566"></a><a href="#footnote566" title="Go to footnote 566"><span class="smaller">[566]</span></a>. «Vers la fin de septembre, dit le
+témoin oculaire, dans sa naïveté terrible, on mouroit tant et si vite,
+qu'il falloit faire dans les cimetières de grandes fosses où on les
+mettoit par trente et quarante, arrangés comme lard, et à peine poudrés
+de terre. On ne rencontroit dans les rues que prêtres qui portoient
+Notre-Seigneur.»</p>
+
+<p>En 1419, il n'y avait pas à récolter; les laboureurs étaient morts ou en
+fuite: on avait peu semé, et ce peu fut ravagé. La cherté des vivres
+devint extrême. On espérait que les Anglais rétabliraient un peu d'ordre
+et de sécurité, et que les vivres deviendraient moins rares; au
+contraire, il y eut famine. «Quand venoient huit heures, il y avoit si
+grande presse à la porte des boulangers, qu'il faut l'avoir vu pour le
croire... Vous auriez entendu dans tout Paris des <span class="pagenum"><a id="page337" name="page337"></a>(p. 337)</span> lamentations
-pitoyables des petits enfants qui crioient: «Je meurs de faim!» On
-voyoit sur un fumier vingt, trente enfants, garçons et filles, qui
+pitoyables des petits enfants qui crioient: «Je meurs de faim!» On
+voyoit sur un fumier vingt, trente enfants, garçons et filles, qui
mouroient de faim et de froid. Et il n'y avoit pas de c&oelig;ur si dur,
-qui, les entendant crier la nuit: «Je meurs de faim!» n'en eût
-grand'pitié. Quelques-uns des bons bourgeois achetèrent trois ou quatre
-maisons dont ils firent hôpitaux pour les pauvres enfants<a id="footnotetag567" name="footnotetag567"></a><a href="#footnote567" title="Go to footnote 567"><span class="smaller">[567]</span></a>.»</p>
+qui, les entendant crier la nuit: «Je meurs de faim!» n'en eût
+grand'pitié. Quelques-uns des bons bourgeois achetèrent trois ou quatre
+maisons dont ils firent hôpitaux pour les pauvres enfants<a id="footnotetag567" name="footnotetag567"></a><a href="#footnote567" title="Go to footnote 567"><span class="smaller">[567]</span></a>.»</p>
-<p>En 1421, même famine et plus dure. Le tueur de chiens était suivi des
-pauvres, qui, à mesure qu'il tuait, dévoraient tout, «chair et
-trippes<a id="footnotetag568" name="footnotetag568"></a><a href="#footnote568" title="Go to footnote 568"><span class="smaller">[568]</span></a>». La campagne, dépeuplée, se peuplait d'autre sorte: des
+<p>En 1421, même famine et plus dure. Le tueur de chiens était suivi des
+pauvres, qui, à mesure qu'il tuait, dévoraient tout, «chair et
+trippes<a id="footnotetag568" name="footnotetag568"></a><a href="#footnote568" title="Go to footnote 568"><span class="smaller">[568]</span></a>». La campagne, dépeuplée, se peuplait d'autre sorte: des
bandes de loups couraient les champs, grattant, fouillant les cadavres;
ils entraient la nuit dans Paris, comme pour en prendre possession. La
-ville, chaque jour plus déserte, semblait bientôt être à eux: on dit
+ville, chaque jour plus déserte, semblait bientôt être à eux: on dit
qu'il n'y avait pas moins de vingt-quatre mille maisons
-abandonnées<a id="footnotetag569" name="footnotetag569"></a><a href="#footnote569" title="Go to footnote 569"><span class="smaller">[569]</span></a>.</p>
+abandonnées<a id="footnotetag569" name="footnotetag569"></a><a href="#footnote569" title="Go to footnote 569"><span class="smaller">[569]</span></a>.</p>
-<p>On ne pouvait plus rester à Paris. L'impôt était trop écrasant. Les
-mendiants (autre impôt) y affluaient de toute part, et à la fin il y
+<p>On ne pouvait plus rester à Paris. L'impôt était trop écrasant. Les
+mendiants (autre impôt) y affluaient de toute part, et à la fin il y
avait plus de mendiants que d'autres personnes, on aimait mieux s'en
-aller, laisser son bien. Les laboureurs de même quittaient leurs champs
-et jetaient la pioche; ils se disaient entre eux: «Fuyons aux bois avec
-les bêtes fauves... adieu les femmes et les enfants... Faisons le pis
-que nous pourrons. Remettons-nous en la main du Diable<a id="footnotetag570" name="footnotetag570"></a><a href="#footnote570" title="Go to footnote 570"><span class="smaller">[570]</span></a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page338" name="page338"></a>(p. 338)</span> Arrivé là, on ne pleure plus; les larmes sont finies, ou parmi
-les larmes même éclatent de diaboliques joies, un rire sauvage... C'est
-le caractère le plus tragique du temps, que, dans les moments les plus
-sombres, il y ait des alternatives de gaieté frénétique.</p>
-
-<p>Le commencement de cette longue suite de maux, «de cette douloureuse
-danse», comme dit le Bourgeois de Paris, c'est la folie de Charles VI,
+aller, laisser son bien. Les laboureurs de même quittaient leurs champs
+et jetaient la pioche; ils se disaient entre eux: «Fuyons aux bois avec
+les bêtes fauves... adieu les femmes et les enfants... Faisons le pis
+que nous pourrons. Remettons-nous en la main du Diable<a id="footnotetag570" name="footnotetag570"></a><a href="#footnote570" title="Go to footnote 570"><span class="smaller">[570]</span></a>.»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page338" name="page338"></a>(p. 338)</span> Arrivé là, on ne pleure plus; les larmes sont finies, ou parmi
+les larmes même éclatent de diaboliques joies, un rire sauvage... C'est
+le caractère le plus tragique du temps, que, dans les moments les plus
+sombres, il y ait des alternatives de gaieté frénétique.</p>
+
+<p>Le commencement de cette longue suite de maux, «de cette douloureuse
+danse», comme dit le Bourgeois de Paris, c'est la folie de Charles VI,
c'est le temps aussi de cette trop fameuse mascarade des satyres, des
-mystères pieusement burlesques, des farces de la Bazoche.</p>
+mystères pieusement burlesques, des farces de la Bazoche.</p>
-<p>L'année de l'assassinat du duc d'Orléans a été signalée par
-l'organisation du corps des ménétriers. Cette corporation, tout à fait
-nécessaire sans doute dans une si joyeuse époque, était devenue
-importante et respectable. Les traités de paix se criaient dans les rues
-à grand renfort de violons; il ne se passait guère six mois qu'il n'y
-eût une paix criée et chantée<a id="footnotetag571" name="footnotetag571"></a><a href="#footnote571" title="Go to footnote 571"><span class="smaller">[571]</span></a>.</p>
+<p>L'année de l'assassinat du duc d'Orléans a été signalée par
+l'organisation du corps des ménétriers. Cette corporation, tout à fait
+nécessaire sans doute dans une si joyeuse époque, était devenue
+importante et respectable. Les traités de paix se criaient dans les rues
+à grand renfort de violons; il ne se passait guère six mois qu'il n'y
+eût une paix criée et chantée<a id="footnotetag571" name="footnotetag571"></a><a href="#footnote571" title="Go to footnote 571"><span class="smaller">[571]</span></a>.</p>
-<p>L'aîné des fils de Charles VI, le premier dauphin, <span class="pagenum"><a id="page339" name="page339"></a>(p. 339)</span> était un
-joueur infatigable de harpe et d'épinette. Il avait force musiciens, et
+<p>L'aîné des fils de Charles VI, le premier dauphin, <span class="pagenum"><a id="page339" name="page339"></a>(p. 339)</span> était un
+joueur infatigable de harpe et d'épinette. Il avait force musiciens, et
faisait venir encore, pour aider, les enfants de ch&oelig;ur de Notre-Dame.
-Il chantait, dansait et «balait», la nuit et le jour<a id="footnotetag572" name="footnotetag572"></a><a href="#footnote572" title="Go to footnote 572"><span class="smaller">[572]</span></a>, et cela
-l'année des cabochiens, pendant qu'on lui tuait ses amis. Il se tua, lui
-aussi, à force de chanter et de danser.</p>
+Il chantait, dansait et «balait», la nuit et le jour<a id="footnotetag572" name="footnotetag572"></a><a href="#footnote572" title="Go to footnote 572"><span class="smaller">[572]</span></a>, et cela
+l'année des cabochiens, pendant qu'on lui tuait ses amis. Il se tua, lui
+aussi, à force de chanter et de danser.</p>
-<p>Cette apparente gaieté, dans les moments les plus tristes, n'est pas un
+<p>Cette apparente gaieté, dans les moments les plus tristes, n'est pas un
trait particulier de notre histoire. La chronique portugaise nous
-apprend que le roi D. Pedro, dans son terrible deuil d'Inès qui lui dura
-jusqu'à la mort, éprouvait un besoin étrange de danse et de musique. Il
+apprend que le roi D. Pedro, dans son terrible deuil d'Inès qui lui dura
+jusqu'à la mort, éprouvait un besoin étrange de danse et de musique. Il
n'aimait plus que deux choses: les supplices et les concerts. Et
-ceux-ci, il les lui fallait étourdissants, violents, des instruments
-métalliques, dont la voix perçante prît tyranniquement le dessus, fît
-taire les voix du dedans et remuât le corps, comme d'un mouvement
-d'automate. Il avait tout exprès pour cela de longues trompettes
+ceux-ci, il les lui fallait étourdissants, violents, des instruments
+métalliques, dont la voix perçante prît tyranniquement le dessus, fît
+taire les voix du dedans et remuât le corps, comme d'un mouvement
+d'automate. Il avait tout exprès pour cela de longues trompettes
d'argent. Quelquefois, quand il ne dormait pas, il prenait ses
trompettes avec des torches, et il s'en allait dansant par les rues; le
-peuple alors se levait aussi, et soit compassion, soit entraînement
-méridional, ils se mettaient à danser tous ensemble, peuple et roi,
-jusqu'à ce qu'il en eût assez, et que l'aube le ramenât épuisé à son
+peuple alors se levait aussi, et soit compassion, soit entraînement
+méridional, ils se mettaient à danser tous ensemble, peuple et roi,
+jusqu'à ce qu'il en eût assez, et que l'aube le ramenât épuisé à son
palais<a id="footnotetag573" name="footnotetag573"></a><a href="#footnote573" title="Go to footnote 573"><span class="smaller">[573]</span></a>.</p>
-<p>Il paraît constant qu'au quatorzième siècle la danse devint, dans
+<p>Il paraît constant qu'au quatorzième siècle la danse devint, dans
beaucoup de pays, involontaire et maniaque. Les violentes processions
-des Flagellants <span class="pagenum"><a id="page340" name="page340"></a>(p. 340)</span> en donnèrent le premier exemple. Les grandes
-épidémies, le terrible ébranlement nerveux qui en restait aux
-survivants, tournaient aisément en danse de Saint-Gui<a id="footnotetag574" name="footnotetag574"></a><a href="#footnote574" title="Go to footnote 574"><span class="smaller">[574]</span></a>. Ces
-phénomènes sont, comme on sait, de nature contagieuse. Le spectacle des
+des Flagellants <span class="pagenum"><a id="page340" name="page340"></a>(p. 340)</span> en donnèrent le premier exemple. Les grandes
+épidémies, le terrible ébranlement nerveux qui en restait aux
+survivants, tournaient aisément en danse de Saint-Gui<a id="footnotetag574" name="footnotetag574"></a><a href="#footnote574" title="Go to footnote 574"><span class="smaller">[574]</span></a>. Ces
+phénomènes sont, comme on sait, de nature contagieuse. Le spectacle des
convulsions agissait d'autant plus puissamment qu'il n'y avait dans les
-âmes que convulsions et vertige. Alors les sains et les malades
+âmes que convulsions et vertige. Alors les sains et les malades
dansaient sans distinction. On les voyait dans les rues, dans les
-églises, se saisir violemment par la main et former des rondes. Plus
-d'un, qui d'abord en riait ou regardait froidement, en venait aussi à
-n'y plus voir, la tête lui tournait, il tournait lui-même et dansait
-avec les autres. Les rondes allaient se multipliant, s'enlaçant; elles
+églises, se saisir violemment par la main et former des rondes. Plus
+d'un, qui d'abord en riait ou regardait froidement, en venait aussi à
+n'y plus voir, la tête lui tournait, il tournait lui-même et dansait
+avec les autres. Les rondes allaient se multipliant, s'enlaçant; elles
devenaient de plus en plus vastes, de plus en plus aveugles, rapides,
-furieuses à briser tout, comme d'immenses reptiles qui, de minute en
-minute, iraient grossissant, se tordant. Il n'y avait pas à arrêter le
-monstre; mais on pouvait couper les anneaux; on brisait la chaîne
-électrique, en tombant des pieds et des poings sur quelques-uns des
+furieuses à briser tout, comme d'immenses reptiles qui, de minute en
+minute, iraient grossissant, se tordant. Il n'y avait pas à arrêter le
+monstre; mais on pouvait couper les anneaux; on brisait la chaîne
+électrique, en tombant des pieds et des poings sur quelques-uns des
danseurs. Cette rude dissonance rompant l'harmonie, ils se trouvaient
-libres; autrement, ils auraient roulé jusqu'à l'épuisement final et
-dansé à mort.</p>
+libres; autrement, ils auraient roulé jusqu'à l'épuisement final et
+dansé à mort.</p>
-<p>Ce phénomène du quatorzième siècle ne se représente pas au quinzième.
+<p>Ce phénomène du quatorzième siècle ne se représente pas au quinzième.
Mais nous y voyons, en Angleterre, en France, en Allemagne, un bizarre
divertissement qui rappelle ces grandes danses populaires <span class="pagenum"><a id="page341" name="page341"></a>(p. 341)</span> de
malades et de mourants. Cela s'appelait la danse des morts, ou danse
macabre<a id="footnotetag575" name="footnotetag575"></a><a href="#footnote575" title="Go to footnote 575"><span class="smaller">[575]</span></a>. Cette danse plaisait fort aux Anglais, qui
l'introduisirent chez nous<a id="footnotetag576" name="footnotetag576"></a><a href="#footnote576" title="Go to footnote 576"><span class="smaller">[576]</span></a>.</p>
-<p>On voyait naguère à Bâle<a id="footnotetag577" name="footnotetag577"></a><a href="#footnote577" title="Go to footnote 577"><span class="smaller">[577]</span></a>, on voit encore à Lucerne, à la
-Chaise-Dieu en Auvergne, une suite de tableaux qui représentent la Mort
-entrant en danse avec des hommes de tout âge, de tout état, et les
-entraînant avec elle. Ces danses en peinture furent destinées à
-reproduire de véritables danses en nature et en action<a id="footnotetag578" name="footnotetag578"></a><a href="#footnote578" title="Go to footnote 578"><span class="smaller">[578]</span></a>. Elles
-durent certainement leur origine à quelques-uns des mimes sacrés qu'on
-jouait dans les églises, aux parvis, aux cimetières, ou même dans les
-rues aux processions<a id="footnotetag579" name="footnotetag579"></a><a href="#footnote579" title="Go to footnote 579"><span class="smaller">[579]</span></a>. L'effort des mauvais anges pour entraîner les
-âmes, tel qu'on le voit partout encore dans les bas-reliefs des églises,
-en donna sans doute la première idée. Mais, à mesure que le sentiment
-chrétien alla s'affaiblissant, ce spectacle cessa d'être religieux, il
-ne rappela aucune pensée de jugement, de salut, ni de résurrection<a id="footnotetag580" name="footnotetag580"></a><a href="#footnote580" title="Go to footnote 580"><span class="smaller">[580]</span></a>,
-mais devint sèchement moral, durement philosophique et matérialiste.
-<span class="pagenum"><a id="page342" name="page342"></a>(p. 342)</span> Ce ne fut plus le Diable, fils du péché, de la volonté
-corrompue, mais la Mort, la mort fatale, matérielle et sous forme de
+<p>On voyait naguère à Bâle<a id="footnotetag577" name="footnotetag577"></a><a href="#footnote577" title="Go to footnote 577"><span class="smaller">[577]</span></a>, on voit encore à Lucerne, à la
+Chaise-Dieu en Auvergne, une suite de tableaux qui représentent la Mort
+entrant en danse avec des hommes de tout âge, de tout état, et les
+entraînant avec elle. Ces danses en peinture furent destinées à
+reproduire de véritables danses en nature et en action<a id="footnotetag578" name="footnotetag578"></a><a href="#footnote578" title="Go to footnote 578"><span class="smaller">[578]</span></a>. Elles
+durent certainement leur origine à quelques-uns des mimes sacrés qu'on
+jouait dans les églises, aux parvis, aux cimetières, ou même dans les
+rues aux processions<a id="footnotetag579" name="footnotetag579"></a><a href="#footnote579" title="Go to footnote 579"><span class="smaller">[579]</span></a>. L'effort des mauvais anges pour entraîner les
+âmes, tel qu'on le voit partout encore dans les bas-reliefs des églises,
+en donna sans doute la première idée. Mais, à mesure que le sentiment
+chrétien alla s'affaiblissant, ce spectacle cessa d'être religieux, il
+ne rappela aucune pensée de jugement, de salut, ni de résurrection<a id="footnotetag580" name="footnotetag580"></a><a href="#footnote580" title="Go to footnote 580"><span class="smaller">[580]</span></a>,
+mais devint sèchement moral, durement philosophique et matérialiste.
+<span class="pagenum"><a id="page342" name="page342"></a>(p. 342)</span> Ce ne fut plus le Diable, fils du péché, de la volonté
+corrompue, mais la Mort, la mort fatale, matérielle et sous forme de
squelette. Le squelette humain, dans ses formes anguleuses et gauches au
-premier coup d'&oelig;il, rappelle, comme on sait, la vie de mille façons
+premier coup d'&oelig;il, rappelle, comme on sait, la vie de mille façons
ridicules, mais l'affreux <em>rictus</em> prend en revanche un air ironique...
-Moins étrange encore par la forme que par la bizarrerie des poses, c'est
+Moins étrange encore par la forme que par la bizarrerie des poses, c'est
l'homme et ce n'est pas l'homme. Ou, si c'est lui, il semble, cet
-horrible baladin, étaler avec un cynisme atroce la nudité suprême qui
-devait rester vêtue de la terre.</p>
-
-<p>Le spectacle de la danse des morts se joua<a id="footnotetag581" name="footnotetag581"></a><a href="#footnote581" title="Go to footnote 581"><span class="smaller">[581]</span></a> à Paris en 1424 au
-cimetière des Innocents. Cette place étroite où pendant tant de siècles
-l'énorme ville a versé presque tous ses habitants, avait été d'abord
-tout à la fois un cimetière, une voirie, hantée la nuit des voleurs, le
-soir des folles filles qui faisaient leur métier sur les tombes.
-Philippe-Auguste ferma la place de murs, et pour la purifier, la dédia à
-saint Innocent, un enfant crucifié par les juifs. Au quatorzième siècle,
-les églises étant déjà bien pleines, la mode vint parmi les bons
-bourgeois de se faire enterrer au cimetière. On y bâtit une église;
+horrible baladin, étaler avec un cynisme atroce la nudité suprême qui
+devait rester vêtue de la terre.</p>
+
+<p>Le spectacle de la danse des morts se joua<a id="footnotetag581" name="footnotetag581"></a><a href="#footnote581" title="Go to footnote 581"><span class="smaller">[581]</span></a> à Paris en 1424 au
+cimetière des Innocents. Cette place étroite où pendant tant de siècles
+l'énorme ville a versé presque tous ses habitants, avait été d'abord
+tout à la fois un cimetière, une voirie, hantée la nuit des voleurs, le
+soir des folles filles qui faisaient leur métier sur les tombes.
+Philippe-Auguste ferma la place de murs, et pour la purifier, la dédia à
+saint Innocent, un enfant crucifié par les juifs. Au quatorzième siècle,
+les églises étant déjà bien pleines, la mode vint parmi les bons
+bourgeois de se faire enterrer au cimetière. On y bâtit une église;
Flamel y contribua, et mit au portail des signes bizarres, inexplicables
-qui, au dire du peuple, recélaient de grands mystères alchimiques.
-Flamel aida encore à la construction des charniers qu'on bâtit tout
-autour. Sous les arcades de ces charniers étaient les principales
-tombes; au-dessus régnait <span class="pagenum"><a id="page343" name="page343"></a>(p. 343)</span> un étage et des greniers, où l'on
+qui, au dire du peuple, recélaient de grands mystères alchimiques.
+Flamel aida encore à la construction des charniers qu'on bâtit tout
+autour. Sous les arcades de ces charniers étaient les principales
+tombes; au-dessus régnait <span class="pagenum"><a id="page343" name="page343"></a>(p. 343)</span> un étage et des greniers, où l'on
pendait demi-pourris les os que l'on tirait des fosses<a id="footnotetag582" name="footnotetag582"></a><a href="#footnote582" title="Go to footnote 582"><span class="smaller">[582]</span></a>; car il y
-avait peu de place; les morts ne reposaient guère; dans cette terre
+avait peu de place; les morts ne reposaient guère; dans cette terre
vivante, un cadavre devenait squelette en neuf jours. Cependant tel
-était le torrent de matière morte qui passait et repassait, tel le dépôt
-qui en restait, qu'à l'époque où le cimetière fut détruit, le sol
-s'était exhaussé de huit pieds au-dessus des rues voisines<a id="footnotetag583" name="footnotetag583"></a><a href="#footnote583" title="Go to footnote 583"><span class="smaller">[583]</span></a>. De
-cette longue alluvion des siècles s'était formée une montagne de morts
+était le torrent de matière morte qui passait et repassait, tel le dépôt
+qui en restait, qu'à l'époque où le cimetière fut détruit, le sol
+s'était exhaussé de huit pieds au-dessus des rues voisines<a id="footnotetag583" name="footnotetag583"></a><a href="#footnote583" title="Go to footnote 583"><span class="smaller">[583]</span></a>. De
+cette longue alluvion des siècles s'était formée une montagne de morts
qui dominait les vivants.</p>
-<p>Tel fut le digne théâtre de la danse macabre. On la commença en
-septembre 1424, lorsque les chaleurs avaient diminué, et que les
-premières pluies rendaient le lieu moins infect. Les représentations
-durèrent plusieurs mois.</p>
+<p>Tel fut le digne théâtre de la danse macabre. On la commença en
+septembre 1424, lorsque les chaleurs avaient diminué, et que les
+premières pluies rendaient le lieu moins infect. Les représentations
+durèrent plusieurs mois.</p>
-<p>Quelque dégoût que pussent inspirer et le lieu et le spectacle, c'était
-chose à faire réfléchir de voir, dans ce temps meurtrier, dans une ville
-si fréquemment, si durement visitée de la mort, cette foule famélique,
-maladive, à peine vivante, accepter joyeusement la Mort même pour
-spectacle, la contempler insatiablement dans ses moralités bouffonnes,
+<p>Quelque dégoût que pussent inspirer et le lieu et le spectacle, c'était
+chose à faire réfléchir de voir, dans ce temps meurtrier, dans une ville
+si fréquemment, si durement visitée de la mort, cette foule famélique,
+maladive, à peine vivante, accepter joyeusement la Mort même pour
+spectacle, la contempler insatiablement dans ses moralités bouffonnes,
et s'en amuser si bien qu'ils marchaient sans regarder sur les os de
-leurs pères, sur les fosses béantes qu'ils allaient remplir eux-mêmes.</p>
+leurs pères, sur les fosses béantes qu'ils allaient remplir eux-mêmes.</p>
-<p>Après tout, pourquoi n'auraient-ils pas ri, en attendant? C'était la
-vraie fête de l'époque, sa comédie <span class="pagenum"><a id="page344" name="page344"></a>(p. 344)</span> naturelle, la danse des
+<p>Après tout, pourquoi n'auraient-ils pas ri, en attendant? C'était la
+vraie fête de l'époque, sa comédie <span class="pagenum"><a id="page344" name="page344"></a>(p. 344)</span> naturelle, la danse des
grands et des petits. Sans parler de ces millions d'hommes obscurs qui y
-avaient pris part en quelques années, n'était-ce pas une curieuse ronde
-qu'avaient menée les rois et les princes, Louis d'Orléans et
+avaient pris part en quelques années, n'était-ce pas une curieuse ronde
+qu'avaient menée les rois et les princes, Louis d'Orléans et
Jean-sans-Peur, Henri V et Charles VI! Quel jeu de la mort, quel
-malicieux passe-temps d'avoir approché ce victorieux Henri, à un mois
-près, de la couronne de France! Au bout de toute une vie de travail,
-pour survivre à Charles VI, il lui manquait un petit mois seulement...
-Non! pas un mois, pas un jour! Et il ne mourra pas même en bataille; il
+malicieux passe-temps d'avoir approché ce victorieux Henri, à un mois
+près, de la couronne de France! Au bout de toute une vie de travail,
+pour survivre à Charles VI, il lui manquait un petit mois seulement...
+Non! pas un mois, pas un jour! Et il ne mourra pas même en bataille; il
faut qu'il s'alite avec la dyssenterie et qu'il meure
-d'hémorroïdes<a id="footnotetag584" name="footnotetag584"></a><a href="#footnote584" title="Go to footnote 584"><span class="smaller">[584]</span></a>.</p>
+d'hémorroïdes<a id="footnotetag584" name="footnotetag584"></a><a href="#footnote584" title="Go to footnote 584"><span class="smaller">[584]</span></a>.</p>
-<p>Si l'on eût trouvé un peu dures ces dérisions de la Mort, elle eût eu de
-quoi répondre. Elle eût dit qu'à bien regarder, on verrait qu'elle
-n'avait guère tué que ceux qui ne vivaient plus. Le conquérant était
-mort, du moment que la conquête languit et ne put plus avancer;
+<p>Si l'on eût trouvé un peu dures ces dérisions de la Mort, elle eût eu de
+quoi répondre. Elle eût dit qu'à bien regarder, on verrait qu'elle
+n'avait guère tué que ceux qui ne vivaient plus. Le conquérant était
+mort, du moment que la conquête languit et ne put plus avancer;
Jean-sans-Peur, lorsqu'au bout de ses tergiversations, connu enfin des
-siens même, il se voyait à jamais avili et impuissant. Partis et chefs
-de partis, tous avaient désespéré. Les Armagnacs, frappés à Azincourt,
-frappés au massacre de Paris, l'étaient bien plus encore par leur crime
+siens même, il se voyait à jamais avili et impuissant. Partis et chefs
+de partis, tous avaient désespéré. Les Armagnacs, frappés à Azincourt,
+frappés au massacre de Paris, l'étaient bien plus encore par leur crime
de Montereau. Les cabochiens et les Bourguignons
-avaient été obligés de s'avouer qu'ils étaient dupes, que leur duc de
-<span class="pagenum"><a id="page345" name="page345"></a>(p. 345)</span> Bourgogne était l'ami des Anglais; ils s'étaient vus forcés,
-eux qui s'étaient crus la France, de devenir Anglais eux-mêmes. Chacun
-survivait ainsi à son principe et à sa foi; la mort morale, qui est la
-vraie, était au fond de tous les c&oelig;urs. Pour regarder la danse des
+avaient été obligés de s'avouer qu'ils étaient dupes, que leur duc de
+<span class="pagenum"><a id="page345" name="page345"></a>(p. 345)</span> Bourgogne était l'ami des Anglais; ils s'étaient vus forcés,
+eux qui s'étaient crus la France, de devenir Anglais eux-mêmes. Chacun
+survivait ainsi à son principe et à sa foi; la mort morale, qui est la
+vraie, était au fond de tous les c&oelig;urs. Pour regarder la danse des
morts, il ne restait que des morts.</p>
-<p>Les Anglais même, les vainqueurs, à leur spectacle favori, ne pouvaient
-qu'être mornes et sombres. L'Angleterre, qui avait gagné à sa conquête
-d'avoir pour roi un enfant français par sa mère, avait bien l'air d'être
-morte, surtout s'il ressemblait à son grand-père Charles VI. Et pourtant
-en France cet enfant était Anglais, c'était Henri VI de Lancastre; sa
-royauté était la mort nationale de la France même.</p>
-
-<p>Lorsque, quelques années après, ce jeune roi anglo-français, ou plutôt
-ni l'un ni l'autre, fut amené dans Paris désert par le cardinal
-Winchester, le cortège passa devant l'hôtel Saint-Paul, où la reine
-Isabeau, veuve de Charles VI, était aux fenêtres. On dit à l'enfant
-royal que c'était sa grand'mère; les deux ombres se regardèrent; la pâle
-jeune figure ôta son chaperon et salua; la vieille reine, de son côté,
-fit une humble révérence, mais, se détournant, elle se mit à
+<p>Les Anglais même, les vainqueurs, à leur spectacle favori, ne pouvaient
+qu'être mornes et sombres. L'Angleterre, qui avait gagné à sa conquête
+d'avoir pour roi un enfant français par sa mère, avait bien l'air d'être
+morte, surtout s'il ressemblait à son grand-père Charles VI. Et pourtant
+en France cet enfant était Anglais, c'était Henri VI de Lancastre; sa
+royauté était la mort nationale de la France même.</p>
+
+<p>Lorsque, quelques années après, ce jeune roi anglo-français, ou plutôt
+ni l'un ni l'autre, fut amené dans Paris désert par le cardinal
+Winchester, le cortège passa devant l'hôtel Saint-Paul, où la reine
+Isabeau, veuve de Charles VI, était aux fenêtres. On dit à l'enfant
+royal que c'était sa grand'mère; les deux ombres se regardèrent; la pâle
+jeune figure ôta son chaperon et salua; la vieille reine, de son côté,
+fit une humble révérence, mais, se détournant, elle se mit à
pleurer<a id="footnotetag585" name="footnotetag585"></a><a href="#footnote585" title="Go to footnote 585"><span class="smaller">[585]</span></a>.</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page347" name="page347"></a>(p. 347)</span> APPENDICE</h3>
<p>Ce volume et le suivant ont pour sujet commun la grande crise du
-quinzième siècle, les deux phases de cette crise où la France sembla
-s'abîmer. Celui-ci racontera la mort, le suivant la résurrection.</p>
+quinzième siècle, les deux phases de cette crise où la France sembla
+s'abîmer. Celui-ci racontera la mort, le suivant la résurrection.</p>
-<p class="p2">La première des deux périodes dure près d'un demi-siècle; elle part du
-schisme pontifical, et traverse le schisme politique d'Orléans et de
+<p class="p2">La première des deux périodes dure près d'un demi-siècle; elle part du
+schisme pontifical, et traverse le schisme politique d'Orléans et de
Bourgogne, de Valois et de Lancastre.</p>
-<p>Notre faible unité nationale du quatorzième siècle était toute dans la
-royauté; au quinzième, la royauté même se divisant, il faut bien que le
-peuple essaye d'y suppléer. Le peuple des villes y échoue en 1413, et de
+<p>Notre faible unité nationale du quatorzième siècle était toute dans la
+royauté; au quinzième, la royauté même se divisant, il faut bien que le
+peuple essaye d'y suppléer. Le peuple des villes y échoue en 1413, et de
cette tentative il ne reste qu'un code, le premier code administratif
qu'ait eu la France. Le peuple des campagnes fera par inspiration ce que
-la sagesse des villes n'a pu faire; il relèvera la royauté, rétablira
-l'unité, et de cette épreuve où le pays faillit périr, sortira, confuse
-encore, mais vivace et forte, l'idée même de la patrie.</p>
-
-<p>Avant d'en venir là, il faut que ce pays descende dans la ruine, dans la
-mort, à une profondeur dont rien peut-être, ni avant ni après, n'a donné
-l'idée. Celui qui par l'élude a traversé les siècles pour se replacer
-dans les misères de cette époque funèbre, qui, pour mieux les
-comprendre, a voulu y vivre et en prendre sa part, ne pourra encore qu'à
+la sagesse des villes n'a pu faire; il relèvera la royauté, rétablira
+l'unité, et de cette épreuve où le pays faillit périr, sortira, confuse
+encore, mais vivace et forte, l'idée même de la patrie.</p>
+
+<p>Avant d'en venir là, il faut que ce pays descende dans la ruine, dans la
+mort, à une profondeur dont rien peut-être, ni avant ni après, n'a donné
+l'idée. Celui qui par l'élude a traversé les siècles pour se replacer
+dans les misères de cette époque funèbre, qui, pour mieux les
+comprendre, a voulu y vivre et en prendre sa part, ne pourra encore qu'à
grand'peine en faire entrevoir l'horreur.</p>
<p class="p2">L'histoire est grave ici par le sujet; elle ne l'est pas moins par le
-caractère tout nouveau d'autorité qu'elle tire des monuments de
-l'époque. Pour la première fois peut-être elle marche sur un terrain
-ferme. La chronique, jusque-là enfantine et conteuse, commence <span class="pagenum"><a id="page348" name="page348"></a>(p. 348)</span>
-à déposer avec le sérieux d'un témoin. Mais à côté de ce témoignage nous
-en trouvons un autre plus sûr. Les grandes collections d'actes publics,
-imprimés ou manuscrits, deviennent plus complètes et plus instructives.
-Elles forment dans leur suite, désormais peu interrompue, d'authentiques
-annales, au moyen desquelles nous pouvons dater, suppléer, souvent
-démentir, les <em>on dit</em> des chroniqueurs. Sans accorder aux actes une
-confiance illimitée, sans oublier que les actes les plus graves, les
-lois même, restent souvent sur le papier et sans application, on ne peut
-nier que ces témoignages officiels et nationaux n'aient généralement une
-autorité supérieure aux témoignages individuels.</p>
-
-<p>Les Ordonnances de nos rois, le Trésor des chartes, les Registres du
-Parlement, les actes des Conciles, telles ont été nos sources pour les
-faits les plus importants. Joignez-y, quant à l'Angleterre, le Recueil
+caractère tout nouveau d'autorité qu'elle tire des monuments de
+l'époque. Pour la première fois peut-être elle marche sur un terrain
+ferme. La chronique, jusque-là enfantine et conteuse, commence <span class="pagenum"><a id="page348" name="page348"></a>(p. 348)</span>
+à déposer avec le sérieux d'un témoin. Mais à côté de ce témoignage nous
+en trouvons un autre plus sûr. Les grandes collections d'actes publics,
+imprimés ou manuscrits, deviennent plus complètes et plus instructives.
+Elles forment dans leur suite, désormais peu interrompue, d'authentiques
+annales, au moyen desquelles nous pouvons dater, suppléer, souvent
+démentir, les <em>on dit</em> des chroniqueurs. Sans accorder aux actes une
+confiance illimitée, sans oublier que les actes les plus graves, les
+lois même, restent souvent sur le papier et sans application, on ne peut
+nier que ces témoignages officiels et nationaux n'aient généralement une
+autorité supérieure aux témoignages individuels.</p>
+
+<p>Les Ordonnances de nos rois, le Trésor des chartes, les Registres du
+Parlement, les actes des Conciles, telles ont été nos sources pour les
+faits les plus importants. Joignez-y, quant à l'Angleterre, le Recueil
de Rymer et celui des Statuts du royaume. Ces collections nous ont
-donné, particulièrement vers la fin du volume, l'histoire tout entière
-d'importantes périodes sur lesquelles la chronique se taisait.</p>
-
-<p>L'étude de ces documents de plus en plus nombreux, l'interprétation, le
-contrôle des chroniques par les actes, des actes par les chroniques,
-tout cela exige des travaux préalables, des tâtonnements, des
-discussions critiques dont nous épargnons à nos lecteurs le laborieux
-spectacle. Une histoire étant une &oelig;uvre d'art autant que de science,
-elle doit paraître dégagée des machines et des échafaudages qui en ont
-préparé la construction. Nous n'en parlerions même pas, si nous ne
-croyions devoir expliquer et la lenteur avec laquelle se succèdent les
-volumes de cet ouvrage et le développement qu'il a pris. Il ne pouvait
-rester dans les formes d'un abrégé sans laisser dans l'obscurité
-beaucoup de choses essentielles, et sans exclure les éléments nouveaux
-auxquels l'histoire des temps modernes doit ce qu'elle a de fécondité et
+donné, particulièrement vers la fin du volume, l'histoire tout entière
+d'importantes périodes sur lesquelles la chronique se taisait.</p>
+
+<p>L'étude de ces documents de plus en plus nombreux, l'interprétation, le
+contrôle des chroniques par les actes, des actes par les chroniques,
+tout cela exige des travaux préalables, des tâtonnements, des
+discussions critiques dont nous épargnons à nos lecteurs le laborieux
+spectacle. Une histoire étant une &oelig;uvre d'art autant que de science,
+elle doit paraître dégagée des machines et des échafaudages qui en ont
+préparé la construction. Nous n'en parlerions même pas, si nous ne
+croyions devoir expliquer et la lenteur avec laquelle se succèdent les
+volumes de cet ouvrage et le développement qu'il a pris. Il ne pouvait
+rester dans les formes d'un abrégé sans laisser dans l'obscurité
+beaucoup de choses essentielles, et sans exclure les éléments nouveaux
+auxquels l'histoire des temps modernes doit ce qu'elle a de fécondité et
de certitude.</p>
<p class="right20">
- 8 février 1840.</p>
+ 8 février 1840.</p>
<hr class="hr20">
<a id="app1" name="app1"></a>
<p>1&mdash;page <a href="#page2">2</a>&mdash;<i>Le blason, les devises...</i></p>
-<p>Voy. Spener.&mdash;<cite>Origines du droit.</cite> Introd., p. <span class="smcap">XXXIX</span>: «Comme les
-Écossais, comme la plupart des populations celtiques, nos aïeux
-aimaient, au témoignage des anciens, les vêtements bariolés. <span class="pagenum"><a id="page349" name="page349"></a>(p. 349)</span> La
-diversité des blasons provinciaux couvrit la France féodale comme d'un
+<p>Voy. Spener.&mdash;<cite>Origines du droit.</cite> Introd., p. <span class="smcap">XXXIX</span>: «Comme les
+Écossais, comme la plupart des populations celtiques, nos aïeux
+aimaient, au témoignage des anciens, les vêtements bariolés. <span class="pagenum"><a id="page349" name="page349"></a>(p. 349)</span> La
+diversité des blasons provinciaux couvrit la France féodale comme d'un
tartan multicolore.&mdash;L'Allemagne et la France sont les deux grandes
-nations féodales. Le blason y est indigène. Il y devint un système, une
-science. Il fut importé en Angleterre, imité en Espagne et en
-Italie.&mdash;L'Allemagne barbare et féodale aimait dans les armoiries le
-vert, la couleur de terre, d'une terre verdoyante. La France féodale,
-mais non moins ecclésiastique, a préféré les couleurs du ciel.&mdash;Les
-couleurs, les signes muets, précèdent longtemps les devises. Celles-ci
-sont la révélation du mystère féodal. Elles en sont aussi la décadence.
-Toute religion s'affaiblit en s'expliquant. Dès que le blason devient
-parleur, il est moins écouté.&mdash;L'origine des devises, ce sont les cris
-d'armes. Quelques-uns, d'une aimable poésie, semblent emporter les
+nations féodales. Le blason y est indigène. Il y devint un système, une
+science. Il fut importé en Angleterre, imité en Espagne et en
+Italie.&mdash;L'Allemagne barbare et féodale aimait dans les armoiries le
+vert, la couleur de terre, d'une terre verdoyante. La France féodale,
+mais non moins ecclésiastique, a préféré les couleurs du ciel.&mdash;Les
+couleurs, les signes muets, précèdent longtemps les devises. Celles-ci
+sont la révélation du mystère féodal. Elles en sont aussi la décadence.
+Toute religion s'affaiblit en s'expliquant. Dès que le blason devient
+parleur, il est moins écouté.&mdash;L'origine des devises, ce sont les cris
+d'armes. Quelques-uns, d'une aimable poésie, semblent emporter les
souvenirs de la paix au sein des batailles. Le sire de Prie criait:
-«Chants d'oiseaux!» Un autre: «Notre-Dame au peigne d'or!» Ces cris de
-bataille font penser au mot tout français de Joinville: «Nous en
-parlerons devant les dames.»&mdash;Le blason plaisait comme énigme, les
-devises comme équivoque. Leur beauté principale résulte des sens
+«Chants d'oiseaux!» Un autre: «Notre-Dame au peigne d'or!» Ces cris de
+bataille font penser au mot tout français de Joinville: «Nous en
+parlerons devant les dames.»&mdash;Le blason plaisait comme énigme, les
+devises comme équivoque. Leur beauté principale résulte des sens
multiples qu'on peut y trouver. Celle du duc de Bourgogne fait penser:
-«J'ai hâte», hâte du ciel ou du trône? Cette maison de Bourgogne, si
-grande, sitôt tombée, semble dire ici son destin.&mdash;La devise des ducs de
-Bourbon est plus claire; un mot sur une épée: «<em>Penetrabit.</em> Elle
-entrera.»</p>
+«J'ai hâte», hâte du ciel ou du trône? Cette maison de Bourgogne, si
+grande, sitôt tombée, semble dire ici son destin.&mdash;La devise des ducs de
+Bourbon est plus claire; un mot sur une épée: «<em>Penetrabit.</em> Elle
+entrera.»</p>
<a id="app2" name="app2"></a>
-<p class="p2">2&mdash;page <a href="#page3">3</a>&mdash;<i>Des hommes-bêtes brodés de toute espèce d'animaux.</i></p>
+<p class="p2">2&mdash;page <a href="#page3">3</a>&mdash;<i>Des hommes-bêtes brodés de toute espèce d'animaux.</i></p>
-<p>«Litteris aut bestiis intextas.» (Nicolai Clemeng. <cite>Epistol.</cite>, t. II, p.
+<p>«Litteris aut bestiis intextas.» (Nicolai Clemeng. <cite>Epistol.</cite>, t. II, p.
149.)</p>
-<p><em>Des hommes-musique historiés de notes...</em></p>
+<p><em>Des hommes-musique historiés de notes...</em></p>
-<p>Ordonnance de Charles, duc d'Orléans, pour payer 276 livres 7 sols 6
-deniers tournois, pour 960 perles destinées à orner une robe: «Sur les
+<p>Ordonnance de Charles, duc d'Orléans, pour payer 276 livres 7 sols 6
+deniers tournois, pour 960 perles destinées à orner une robe: «Sur les
manches est escript de broderie tout au long le dit de la chanson <em>Ma
-dame, je suis plus joyeulx</em>, et notté tout au long sur chacunes desdites
-deux manches, 568 perles pour servir à former les nottes de la dite
+dame, je suis plus joyeulx</em>, et notté tout au long sur chacunes desdites
+deux manches, 568 perles pour servir à former les nottes de la dite
chanson, ou il a 142 nottes, c'est assavoir pour chacune notte 4 perles
-en quarrée, etc.» (Catalogue imprimé des titres de la collection de M.
+en quarrée, etc.» (Catalogue imprimé des titres de la collection de M.
de Courcelles, vendue le 21 mai 1834.)</p>
<a id="app3" name="app3"></a>
-<p class="p2">3&mdash;page <a href="#page5">5</a>&mdash;<i>Le prêtre même ne sait plus le sens des choses saintes...</i></p>
+<p class="p2">3&mdash;page <a href="#page5">5</a>&mdash;<i>Le prêtre même ne sait plus le sens des choses saintes...</i></p>
-<p>«Proh dolor! ipsi hodie, ut plurimum, de his qui usu quotidiano
-<span class="pagenum"><a id="page350" name="page350"></a>(p. 350)</span> in ecclesiasticis contrectant rebus et præferunt officiis, quid
+<p>«Proh dolor! ipsi hodie, ut plurimum, de his qui usu quotidiano
+<span class="pagenum"><a id="page350" name="page350"></a>(p. 350)</span> in ecclesiasticis contrectant rebus et præferunt officiis, quid
significent et quare instituta sint modicum apprehendunt, adeo ut
impletum esse ad litteram illud propheticum videatur: Sicut populus, sic
-sacerdos.» (Durandi, <cite>Rationale divinorum officiorum</cite>, folio 1, 1459,
-in-folio. Mogunt.)&mdash;Toutes les éditions ultérieures que je connais
-portent par erreur <i lang="la">proferunt</i> pour <i lang="la">præferunt</i>. Le premier éditeur,
-l'un des inventeurs de l'imprimerie, a seul compris que <i lang="la">præferunt</i>
-rappelle le <i lang="la">prælati</i>, comme <i lang="la">contrectant</i> le <em>sacerdotes</em> de la phrase
-précédente. Cf. les éditions de 1476, 1480, 1481, etc.</p>
+sacerdos.» (Durandi, <cite>Rationale divinorum officiorum</cite>, folio 1, 1459,
+in-folio. Mogunt.)&mdash;Toutes les éditions ultérieures que je connais
+portent par erreur <i lang="la">proferunt</i> pour <i lang="la">præferunt</i>. Le premier éditeur,
+l'un des inventeurs de l'imprimerie, a seul compris que <i lang="la">præferunt</i>
+rappelle le <i lang="la">prælati</i>, comme <i lang="la">contrectant</i> le <em>sacerdotes</em> de la phrase
+précédente. Cf. les éditions de 1476, 1480, 1481, etc.</p>
<a id="app4" name="app4"></a>
<p class="p2">4&mdash;page <a href="#page5">5</a>&mdash;<i>Le conseiller de saint Louis, Pierre de Fontaines, se croit
-obligé d'écrire le droit de son temps...</i></p>
+obligé d'écrire le droit de son temps...</i></p>
-<p>«Li anchienes coustumes, ke li preudommes soloient tenir et user, sont
-moult anoienties... Si ke li païs est à bien près sans coustume.» De
-Fontaines, p. 78, à la suite du <cite>Joinville</cite> de Ducange, 1668,
-in-folio.&mdash;Brussel dit et montre très bien que «Dès le milieu du
-treizième siècle, on commençait à ignorer jusqu'à la signification de
-quelques-uns des principaux termes du droit des fiefs.» Brussel, I,
-41.&mdash;M. Klimrath (<cite>Revue de législation</cite>) a prouvé que Bouteiller ne
-savait plus ce que c'était que la <em>saisine</em>.</p>
+<p>«Li anchienes coustumes, ke li preudommes soloient tenir et user, sont
+moult anoienties... Si ke li païs est à bien près sans coustume.» De
+Fontaines, p. 78, à la suite du <cite>Joinville</cite> de Ducange, 1668,
+in-folio.&mdash;Brussel dit et montre très bien que «Dès le milieu du
+treizième siècle, on commençait à ignorer jusqu'à la signification de
+quelques-uns des principaux termes du droit des fiefs.» Brussel, I,
+41.&mdash;M. Klimrath (<cite>Revue de législation</cite>) a prouvé que Bouteiller ne
+savait plus ce que c'était que la <em>saisine</em>.</p>
<a id="app5" name="app5"></a>
<p class="p2">5&mdash;page <a href="#page6">6</a>&mdash;<i>Lorsque Charles VI arma chevaliers ses jeunes cousins
d'Anjou</i>, etc.</p>
-<p>«Quod peregrinum vel extraneum valde fuit.» (<cite>Chronique du Religieux de
-Saint-Denis</cite>, édition de MM. Bellaguet et Magin, 1839, t. I, p. 590.
-Édition correcte, traduction élégante.)&mdash;Ce grave historien est la
-principale source pour le règne de Charles VI. Le Laboureur en fait cet
-éloge: «Quand il parle des exactions du duc d'Orléans, on diroit qu'il
-est Bourguignon; quand il donne le détail des pratiques et des funestes
-intelligences du duc de Bourgogne avec des assassins infâmes et avec la
-canaille de Paris, on croiroit qu'il est Orléanois.»</p>
+<p>«Quod peregrinum vel extraneum valde fuit.» (<cite>Chronique du Religieux de
+Saint-Denis</cite>, édition de MM. Bellaguet et Magin, 1839, t. I, p. 590.
+Édition correcte, traduction élégante.)&mdash;Ce grave historien est la
+principale source pour le règne de Charles VI. Le Laboureur en fait cet
+éloge: «Quand il parle des exactions du duc d'Orléans, on diroit qu'il
+est Bourguignon; quand il donne le détail des pratiques et des funestes
+intelligences du duc de Bourgogne avec des assassins infâmes et avec la
+canaille de Paris, on croiroit qu'il est Orléanois.»</p>
<a id="app6" name="app6"></a>
<p class="p2">6&mdash;page <a href="#page12">12</a>, note 3&mdash;<i>Les trois oncles de Charles VI...</i></p>
-<p>Voir dans les actes d'août et d'octobre 1374 combien le sage roi Charles
-V, tant d'années avant sa mort, était préoccupé de ses défiances à
-l'égard de ses frères. Il ne nomme pas le duc de Berri. Quant à son
-frère aîné, le duc d'Anjou, il ne peut se dispenser de lui laisser la
-régence; mais il place à quatorze ans la majorité des <span class="pagenum"><a id="page351" name="page351"></a>(p. 351)</span> rois, il
-limite le pouvoir du régent, non seulement en réservant la tutelle à la
-reine mère et aux ducs de Bourgogne et de Bourbon, mais encore en
-autorisant son ami personnel, le chambellan Bureau de La Rivière, à
-accumuler jusqu'à la majorité du jeune roi tout ce qui pourra s'épargner
-sur le revenu des villes et terres réservé pour son entretien&mdash;villes de
-Paris, Melun, Senlis, duché de Normandie, etc. Il appelle au conseil
-Duguesclin, Clisson, Couci, Savoisy, Philippe de Maizières, etc.
-(<cite>Ordonnances</cite>, t. VI, p. 26, et 49-54, août et octobre 1374.)</p>
+<p>Voir dans les actes d'août et d'octobre 1374 combien le sage roi Charles
+V, tant d'années avant sa mort, était préoccupé de ses défiances à
+l'égard de ses frères. Il ne nomme pas le duc de Berri. Quant à son
+frère aîné, le duc d'Anjou, il ne peut se dispenser de lui laisser la
+régence; mais il place à quatorze ans la majorité des <span class="pagenum"><a id="page351" name="page351"></a>(p. 351)</span> rois, il
+limite le pouvoir du régent, non seulement en réservant la tutelle à la
+reine mère et aux ducs de Bourgogne et de Bourbon, mais encore en
+autorisant son ami personnel, le chambellan Bureau de La Rivière, à
+accumuler jusqu'à la majorité du jeune roi tout ce qui pourra s'épargner
+sur le revenu des villes et terres réservé pour son entretien&mdash;villes de
+Paris, Melun, Senlis, duché de Normandie, etc. Il appelle au conseil
+Duguesclin, Clisson, Couci, Savoisy, Philippe de Maizières, etc.
+(<cite>Ordonnances</cite>, t. VI, p. 26, et 49-54, août et octobre 1374.)</p>
<a id="app7" name="app7"></a>
-<p class="p2">7&mdash;page <a href="#page16">16</a>&mdash;<i>La reine Jeanne de Naples avait adopté Louis d'Anjou...</i></p>
+<p class="p2">7&mdash;page <a href="#page16">16</a>&mdash;<i>La reine Jeanne de Naples avait adopté Louis d'Anjou...</i></p>
-<p>Charles V avait d'abord proposé au roi de Hongrie d'unir leurs enfants
-par un mariage (le second fils du roi de France aurait épousé la fille
-du roi de Hongrie), et de forcer la main à la reine Jeanne, pour qu'elle
-leur assurât sa succession. Voir les instructions données par Charles V
-à ses ambassadeurs. (<cite>Archives, Trésor des chartes</cite>, J, 458, surtout la
-pièce 9.)</p>
+<p>Charles V avait d'abord proposé au roi de Hongrie d'unir leurs enfants
+par un mariage (le second fils du roi de France aurait épousé la fille
+du roi de Hongrie), et de forcer la main à la reine Jeanne, pour qu'elle
+leur assurât sa succession. Voir les instructions données par Charles V
+à ses ambassadeurs. (<cite>Archives, Trésor des chartes</cite>, J, 458, surtout la
+pièce 9.)</p>
<a id="app8" name="app8"></a>
-<p class="p2">8&mdash;page <a href="#page16">16</a>&mdash;<i>Le pape d'Avignon avait livré à Louis d'Anjou</i>, etc.</p>
+<p class="p2">8&mdash;page <a href="#page16">16</a>&mdash;<i>Le pape d'Avignon avait livré à Louis d'Anjou</i>, etc.</p>
-<p>Dans l'incroyable traité qu'ils firent ensemble et qui subsiste, le pape
-accorde au duc toute décime en France et hors de France, à Naples, en
-Autriche, en Portugal, en Écosse, avec moitié du revenu de Castille et
-d'Aragon, de plus toutes dettes et arrérages, tous cens biennal, toute
-dépouille des prélats qui mourront, tout émolument de la chambre
+<p>Dans l'incroyable traité qu'ils firent ensemble et qui subsiste, le pape
+accorde au duc toute décime en France et hors de France, à Naples, en
+Autriche, en Portugal, en Écosse, avec moitié du revenu de Castille et
+d'Aragon, de plus toutes dettes et arrérages, tous cens biennal, toute
+dépouille des prélats qui mourront, tout émolument de la chambre
apostolique; le duc y aura ses agents. Le pape fera de plus des emprunts
-aux gens d'Église et receveurs de l'Église. Il engagera pour garantie de
-ce que le duc dépense, Avignon, le comtat Venaissin et autres terres
-d'Église. Il lui donne en fief Bénévent et Ancône. Et comme le duc ne se
-fie pas trop à sa parole, le pape jure le tout sur la croix.&mdash;Voir le
-projet d'un royaume, qui serait inféodé par le pape au duc d'Anjou, les
-réclamations des cardinaux, etc. (<cite>Archives, Trésor des chartes</cite>, J,
+aux gens d'Église et receveurs de l'Église. Il engagera pour garantie de
+ce que le duc dépense, Avignon, le comtat Venaissin et autres terres
+d'Église. Il lui donne en fief Bénévent et Ancône. Et comme le duc ne se
+fie pas trop à sa parole, le pape jure le tout sur la croix.&mdash;Voir le
+projet d'un royaume, qui serait inféodé par le pape au duc d'Anjou, les
+réclamations des cardinaux, etc. (<cite>Archives, Trésor des chartes</cite>, J,
495.)</p>
<a id="app9" name="app9"></a>
<p class="p2">9&mdash;page <a href="#page18">18</a>&mdash;<i>Les compagnons de Rouen avaient fait roi un drapier.</i></p>
-<p>«Ducenti et eo amplius insolentissimi viri, vino forsitan temulenti, et
+<p>«Ducenti et eo amplius insolentissimi viri, vino forsitan temulenti, et
qui publicis officinis mechanicis inserviebant artibus, quemdam
burgensem simplicem, locupletem tamen, venditorem pannorum, ob
pinguedinem nimiam Crassum ideo vocatum, angarientes, <span class="pagenum"><a id="page352" name="page352"></a>(p. 352)</span> ut ejus
autoritate uterentur in agendis... regem super se illico statuerunt.
-Hunc in sede, more regis, præparata super currum levaverunt, quem per
-villæ compita perducentes, et laudes regias barbarisantes, cum ad
+Hunc in sede, more regis, præparata super currum levaverunt, quem per
+villæ compita perducentes, et laudes regias barbarisantes, cum ad
principale forum rerum venalium pervenissent, ut plebs maneret libera ab
omni subsidiorum jugo postulant et assequuntur... Sedens pro tribunali,
-audire omnium oppositiones coactus est.» (Religieux de Saint-Denis, t.
+audire omnium oppositiones coactus est.» (Religieux de Saint-Denis, t.
I, page 130.)</p>
<a id="app10" name="app10"></a>
-<p class="p2">10&mdash;page <a href="#page19">19</a>&mdash;<i>Les gentilshommes attaqués partout en même temps</i>, etc.</p>
+<p class="p2">10&mdash;page <a href="#page19">19</a>&mdash;<i>Les gentilshommes attaqués partout en même temps</i>, etc.</p>
-<p>«Encore se tenoit le roi de France sur le mont de Ypres, quand nouvelles
-vinrent que les Parisiens s'étoient rebellés et avoient eu conseil, si
-comme on disoit, entre eux là et lors pour aller abattre le beau chastel
-de Beauté qui sied au bois de Vincennes, et aussi le chasteau du Louvre
+<p>«Encore se tenoit le roi de France sur le mont de Ypres, quand nouvelles
+vinrent que les Parisiens s'étoient rebellés et avoient eu conseil, si
+comme on disoit, entre eux là et lors pour aller abattre le beau chastel
+de Beauté qui sied au bois de Vincennes, et aussi le chasteau du Louvre
et toutes les fortes maisons d'environ Paris, afin qu'ils n'en pussent
-jamais être grevés.&mdash;(Mais Nicolas <em>le Flamand</em> leur dit): Beaux
+jamais être grevés.&mdash;(Mais Nicolas <em>le Flamand</em> leur dit): Beaux
seigneurs, abstenez-vous de ce faire tant que nous verrons comment
l'affaire du roi notre sire se portera en Flandre: si ceux de Gand
-viennent à leur entente, ainsi que on espère qu'ils y venront, adonc
+viennent à leur entente, ainsi que on espère qu'ils y venront, adonc
sera-t-il heure du faire et temps assez.</p>
-<p>«Or, regardez la grand'diablerie que ce eût été, si le roi de France eût
-été déconfit en Flandre et la noble chevalerie qui étoit avecques lui en
+<p>«Or, regardez la grand'diablerie que ce eût été, si le roi de France eût
+été déconfit en Flandre et la noble chevalerie qui étoit avecques lui en
ce voyage. On peut bien croire et imaginer que toute gentillesse et
-noblesse eût été morte et perdue en France et autant bien ens ès autre
+noblesse eût été morte et perdue en France et autant bien ens ès autre
pays: ni la Jacquerie ne fut oncques si grande ni si horrible qu'elle
-eût été. Car pareillement à Reims, à Châlons en Champagne, et sur la
-rivière de Marne, les vilains se rebelloient et menaçoient jà les
-gentilshommes et dames et enfants qui étoient demeurés derrière; aussi
-bien à Orléans, à Blois, à Rouen, en Normandie et en Beauvoisis, leur
-étoit le diable entré en la tête pour tout occire, si Dieu proprement
-n'y eût pourvu de remède.» (Froissart, VIII, 319-320.)</p>
-
-<p>«Tous prenoient pied et ordonnance sur les Gantois, et disoient adonc
-les communautés par tout le monde, que les Gantois étoient bonnes gens
+eût été. Car pareillement à Reims, à Châlons en Champagne, et sur la
+rivière de Marne, les vilains se rebelloient et menaçoient jà les
+gentilshommes et dames et enfants qui étoient demeurés derrière; aussi
+bien à Orléans, à Blois, à Rouen, en Normandie et en Beauvoisis, leur
+étoit le diable entré en la tête pour tout occire, si Dieu proprement
+n'y eût pourvu de remède.» (Froissart, VIII, 319-320.)</p>
+
+<p>«Tous prenoient pied et ordonnance sur les Gantois, et disoient adonc
+les communautés par tout le monde, que les Gantois étoient bonnes gens
et que vaillamment ils se soutenoient en leurs franchises; dont ils
-devoient de toutes gens être aimés et honorés.» (Froissart, VIII, 103.)</p>
+devoient de toutes gens être aimés et honorés.» (Froissart, VIII, 103.)</p>
-<p>«Les gentilshommes du pays... avoient dit et disoient encore et
-soutenoient toujours que si le commun de Flandre gagnoit la journée
+<p>«Les gentilshommes du pays... avoient dit et disoient encore et
+soutenoient toujours que si le commun de Flandre gagnoit la journée
contre le roi de France, et que les nobles du royaume de France y
-fussent morts, l'orgueil seroit si grand en toutes communautés, <span class="pagenum"><a id="page353" name="page353"></a>(p. 353)</span>
-que tous gentilshommes s'en douteroient, et jà en avoit-on vu l'apparent
-en Angleterre.» (Froissart, VIII, 367-8.)</p>
+fussent morts, l'orgueil seroit si grand en toutes communautés, <span class="pagenum"><a id="page353" name="page353"></a>(p. 353)</span>
+que tous gentilshommes s'en douteroient, et jà en avoit-on vu l'apparent
+en Angleterre.» (Froissart, VIII, 367-8.)</p>
<a id="app11" name="app11"></a>
-<p class="p2">11&mdash;page <a href="#page19">19</a>&mdash;<i>La rivalité des villes de Gand et de Bruges...</i></p>
+<p class="p2">11&mdash;page <a href="#page19">19</a>&mdash;<i>La rivalité des villes de Gand et de Bruges...</i></p>
-<p>«Quand les haines et tribulations vinrent premièrement en Flandre, le
-pays étoit si plein et si rempli de biens que merveilles serait à
-raconter et à considérer; et tenoient les gens des bonnes villes si
-grands états que merveilles seroit à regarder, et devez savoir que
+<p>«Quand les haines et tribulations vinrent premièrement en Flandre, le
+pays étoit si plein et si rempli de biens que merveilles serait à
+raconter et à considérer; et tenoient les gens des bonnes villes si
+grands états que merveilles seroit à regarder, et devez savoir que
toutes ces guerres et haines murent par orgueil et par envie que les
bonnes villes de Flandre avoient l'une sur l'autre... Et ces guerres
-commencèrent par si petite incidence, que, au justement considérer, si
-sens et avis s'en fussent ensoignés (mêlés), il ne dut point avoir eu de
-guerre; et peuvent dire et pourront ceux qui cette matière liront ou
+commencèrent par si petite incidence, que, au justement considérer, si
+sens et avis s'en fussent ensoignés (mêlés), il ne dut point avoir eu de
+guerre; et peuvent dire et pourront ceux qui cette matière liront ou
lire feront, que ce fut une &oelig;uvre du diable; car vous savez et avez
-ouï dire aux sages que le diable subtile et
-attire nuit et jour à bouter guerre et haine là où il voit paix, et
-court au long de petit en petit pour voir comment il peut venir à ses
-ententes.» (Froissart, VII, 215-46.)</p>
+ouï dire aux sages que le diable subtile et
+attire nuit et jour à bouter guerre et haine là où il voit paix, et
+court au long de petit en petit pour voir comment il peut venir à ses
+ententes.» (Froissart, VII, 215-46.)</p>
<a id="app12" name="app12"></a>
-<p class="p2">12&mdash;page <a href="#page19">19</a>&mdash;<i>Bruges empêchait les ports d'avoir des entrepôts.</i></p>
+<p class="p2">12&mdash;page <a href="#page19">19</a>&mdash;<i>Bruges empêchait les ports d'avoir des entrepôts.</i></p>
-<p>En 1358, le comte de Flandre «accorda à ceux de Bruges et leur promist
+<p>En 1358, le comte de Flandre «accorda à ceux de Bruges et leur promist
que jamais il ne mettroit sus aucun estaple de biens ou marchandises en
autre ville que audit Bruges, mesmes qu'il priveroit de leurs offices
-les baillis et eschevins de l'eaue à l'Escluse, toutes les fois qu'ils
+les baillis et eschevins de l'eaue à l'Escluse, toutes les fois qu'ils
seroyent trouvez avoir fait contre ledict droict d'estaple, et qu'il en
-apparut par cinc eschevins de Bruges.» (Oudegherst, folio 273, éd.
-in-4<sup>o</sup>.)&mdash;«Puis (ceux de Bruges, Gand, Ypres et Courtrai) alèrent à
+apparut par cinc eschevins de Bruges.» (Oudegherst, folio 273, éd.
+in-4<sup>o</sup>.)&mdash;«Puis (ceux de Bruges, Gand, Ypres et Courtrai) alèrent à
l'Escluse, par acord, et y abatirent plusieurs maisons, qui estoient sus
le port, en une rue en laquelle on vendoit et acheptoit marchandises,
-sans égard; et disoient les Flamans de Bruges et autres que c'estoit au
-préjudice des marchands et d'eux, et pour ce les abatirent.» (<cite>Chronique
+sans égard; et disoient les Flamans de Bruges et autres que c'estoit au
+préjudice des marchands et d'eux, et pour ce les abatirent.» (<cite>Chronique
de Sauvage</cite>, p. 223.)</p>
<p><em>... les campagnes de fabriquer...</em></p>
-<p>«Interdictum petitione Brugensium (1384), ne post hac Franconates per
-pagos suos lanificium faciant.» (Meyer, p. 201.)&mdash;Aussi: «Ceux du Franc
-ont toujours esté de la partie du comte plus que tout le demeurant de
-Flandre.» (Froissart, VII, 439.)</p>
+<p>«Interdictum petitione Brugensium (1384), ne post hac Franconates per
+pagos suos lanificium faciant.» (Meyer, p. 201.)&mdash;Aussi: «Ceux du Franc
+ont toujours esté de la partie du comte plus que tout le demeurant de
+Flandre.» (Froissart, VII, 439.)</p>
<a id="app13" name="app13"></a>
-<p class="p2">13&mdash;page <a href="#page19">19</a>&mdash;<i>Liège, Bruxelles, etc., encourageaient les Gantais...</i></p>
+<p class="p2">13&mdash;page <a href="#page19">19</a>&mdash;<i>Liège, Bruxelles, etc., encourageaient les Gantais...</i></p>
-<p>«Ceux de Brabant, et par spécial ceux de Bruxelles leur étoient
-<span class="pagenum"><a id="page354" name="page354"></a>(p. 354)</span> moult favorables, et leur mandèrent ceux de Liège pour eux
-reconforter en leur opinion: «Bonnes gens de Gand, nous savons bien que
-pour le présent vous avez moult affaire et êtes fort travaillés de votre
+<p>«Ceux de Brabant, et par spécial ceux de Bruxelles leur étoient
+<span class="pagenum"><a id="page354" name="page354"></a>(p. 354)</span> moult favorables, et leur mandèrent ceux de Liège pour eux
+reconforter en leur opinion: «Bonnes gens de Gand, nous savons bien que
+pour le présent vous avez moult affaire et êtes fort travaillés de votre
seigneur le comte et des gentilshommes et du demeurant du pays, dont
-nous sommes moult courroucés; et sachez que si nous étions à quatre ou à
-six lieues près marchissans (limitrophes) à vous, nous vous ferions tel
-confort que on doit faire à ses frères, amis et voisins, etc.»
+nous sommes moult courroucés; et sachez que si nous étions à quatre ou à
+six lieues près marchissans (limitrophes) à vous, nous vous ferions tel
+confort que on doit faire à ses frères, amis et voisins, etc.»
(Froissart, VII, 450. Voir aussi Meyer.)</p>
<a id="app14" name="app14"></a>
-<p class="p2">14&mdash;page <a href="#page20">20</a>&mdash;<i>Pierre Dubois décida les Gantais à faire un tyran...</i></p>
+<p class="p2">14&mdash;page <a href="#page20">20</a>&mdash;<i>Pierre Dubois décida les Gantais à faire un tyran...</i></p>
-<p>Dubois va trouver Philippe Artevelde et lui dit: «Et saurez-vous bien
+<p>Dubois va trouver Philippe Artevelde et lui dit: «Et saurez-vous bien
faire le cruel et le hautin? car un sire entre commun (peuple), et par
-spécial à ce que nous avons à faire, ne vaut rien s'il n'est crému et
-redouté et renommé à la fois de cruauté; ainsi veulent Flamands être
-menés, ni on ne doit tenir entre eux compte de vies d'hommes, ni avoir
-pitié non plus que d'arondeaulx (hirondelles) ou de alouettes qu'on
+spécial à ce que nous avons à faire, ne vaut rien s'il n'est crému et
+redouté et renommé à la fois de cruauté; ainsi veulent Flamands être
+menés, ni on ne doit tenir entre eux compte de vies d'hommes, ni avoir
+pitié non plus que d'arondeaulx (hirondelles) ou de alouettes qu'on
prend en la saison pour manger.&mdash;Par ma foi, dit Philippe, je saurai
-tout ce faire.&mdash;Et c'est bien, dit Piètre, et vous serez, comme je
-pense, souverain de tous les autres.» (Froissart, VII, 479.)</p>
+tout ce faire.&mdash;Et c'est bien, dit Piètre, et vous serez, comme je
+pense, souverain de tous les autres.» (Froissart, VII, 479.)</p>
<a id="app15" name="app15"></a>
<p class="p2">15&mdash;page <a href="#page20">20</a>&mdash;<i>Les Gantais entrent dans Bruges...</i></p>
-<p>Ils rapportèrent à Gand, pour humilier Bruges, le grand dragon de cuivre
-doré que Baudoin de Flandre, empereur de Constantinople, avait pris à
-Sainte-Sophie et que les Brugeois avaient placé sur leur belle tour de
-la halle aux draps.&mdash;Cette tradition contestée est discutée et
-finalement adoptée dans l'intéressant <cite>Précis des Annales de Bruges</cite>, de
+<p>Ils rapportèrent à Gand, pour humilier Bruges, le grand dragon de cuivre
+doré que Baudoin de Flandre, empereur de Constantinople, avait pris à
+Sainte-Sophie et que les Brugeois avaient placé sur leur belle tour de
+la halle aux draps.&mdash;Cette tradition contestée est discutée et
+finalement adoptée dans l'intéressant <cite>Précis des Annales de Bruges</cite>, de
M. Delpierre, p. 10, 1835.</p>
<a id="app16" name="app16"></a>
-<p class="p2">16&mdash;page <a href="#page21">21</a>, note&mdash;<i>Les Gantais réclamèrent aux Anglais les sommes que
-la Flandre avait autrefois prêtées à Édouard III...</i></p>
+<p class="p2">16&mdash;page <a href="#page21">21</a>, note&mdash;<i>Les Gantais réclamèrent aux Anglais les sommes que
+la Flandre avait autrefois prêtées à Édouard III...</i></p>
-<p>«Quant les seigneurs orent ouï cette parole et requête, ils commencèrent
-à regarder l'un l'autre, et les aucuns à sourire... Et les consaulx
-d'Angleterre sur leurs requêtes étoient en grand différent, et tenoient
-les Flamands à orgueilleux et présumpcieux, quand ils demandoient à
-ravoir deux cent mille vielz écus de si ancienne date que de quarante
-ans.» (Froissart, VIII, 250-1.)</p>
+<p>«Quant les seigneurs orent ouï cette parole et requête, ils commencèrent
+à regarder l'un l'autre, et les aucuns à sourire... Et les consaulx
+d'Angleterre sur leurs requêtes étoient en grand différent, et tenoient
+les Flamands à orgueilleux et présumpcieux, quand ils demandoient à
+ravoir deux cent mille vielz écus de si ancienne date que de quarante
+ans.» (Froissart, VIII, 250-1.)</p>
<a id="app17" name="app17"></a>
<p class="p2">17&mdash;page <a href="#page22">22</a>&mdash;<i>Bataille de Roosebeke...</i></p>
-<p>«Ces Flamands qui descendoient orgueilleusement et de grand <span class="pagenum"><a id="page355" name="page355"></a>(p. 355)</span>
-volonté, venoient roys et durs, et boutoient en venant de l'épaule et de
-la poitrine, ainsi comme sangliers tout forcenés, et étoient si fort
-entrelacés ensemble qu'on ne les pouvoit ouvrir ni dérompre... Là fut un
+<p>«Ces Flamands qui descendoient orgueilleusement et de grand <span class="pagenum"><a id="page355" name="page355"></a>(p. 355)</span>
+volonté, venoient roys et durs, et boutoient en venant de l'épaule et de
+la poitrine, ainsi comme sangliers tout forcenés, et étoient si fort
+entrelacés ensemble qu'on ne les pouvoit ouvrir ni dérompre... Là fut un
mons et un tas de Flamands occis moult long et moult haut; et de si
-grand bataille et de si grand'foison de gens morts comme il y en ot là,
-on ne vit oncques si peu de sang issir, et c'étoit au moyen de ce qu'ils
-étoient beaucoup d'éteints et étouffés dans la presse, car iceux ne
-jetoient point de sang.» (Froissart, VII, 347-354.)&mdash;«Et y heubt en
-Flandres après la bataille grant orreur et pugnaisie en le place où le
-bataille avoit esté, des mors dont le place duroit une grande lieue...
+grand bataille et de si grand'foison de gens morts comme il y en ot là,
+on ne vit oncques si peu de sang issir, et c'étoit au moyen de ce qu'ils
+étoient beaucoup d'éteints et étouffés dans la presse, car iceux ne
+jetoient point de sang.» (Froissart, VII, 347-354.)&mdash;«Et y heubt en
+Flandres après la bataille grant orreur et pugnaisie en le place où le
+bataille avoit esté, des mors dont le place duroit une grande lieue...
et les mangeoient les chiens et maint grant oisel qui furent veu en
-icelle place, dont le peuple avoit grant merveille. (Chronique inédite,
-ms. 801, D. de la Bibliothèque de Bourgogne (à Bruxelles), folio 153.)
+icelle place, dont le peuple avoit grant merveille. (Chronique inédite,
+ms. 801, D. de la Bibliothèque de Bourgogne (à Bruxelles), folio 153.)
Cette chronique curieuse n'est pas celle que Sauvage a rajeunie;
d'ailleurs elle va plus loin.</p>
<a id="app18" name="app18"></a>
-<p class="p2">18&mdash;page <a href="#page23">23</a>&mdash;<i>Lorsque le roi arriva à Paris, les bourgeois s'étalèrent
+<p class="p2">18&mdash;page <a href="#page23">23</a>&mdash;<i>Lorsque le roi arriva à Paris, les bourgeois s'étalèrent
en longues files...</i></p>
-<p>Sur tout ceci, voyez le récit du Religieux de Saint-Denis.&mdash;Le calcul de
-Froissart, différent en apparence, ne contredit point celui-ci: «Et
-estoient en la cité de Paris de riches et puissants hommes armés de pied
-en cap la somme de trente mille hommes, aussi bien arrés et appareillés
-de toutes pièces comme nul chevalier pourroit être; et avoient leurs
-varlets et leurs maisnies (suites) armés à l'avenant. Et avoient et
-portoient maillets de fer et d'acier, périlleux bastons pour effondrer
+<p>Sur tout ceci, voyez le récit du Religieux de Saint-Denis.&mdash;Le calcul de
+Froissart, différent en apparence, ne contredit point celui-ci: «Et
+estoient en la cité de Paris de riches et puissants hommes armés de pied
+en cap la somme de trente mille hommes, aussi bien arrés et appareillés
+de toutes pièces comme nul chevalier pourroit être; et avoient leurs
+varlets et leurs maisnies (suites) armés à l'avenant. Et avoient et
+portoient maillets de fer et d'acier, périlleux bastons pour effondrer
heaulmes et bassinets; et disoient en Paris quand ils se nombroient que
-ils étoient bien gens, et se trouvoient par paroisses tant que pour
-combattre de eux-mêmes sans autre aide le plus grand seigneur du monde.»
+ils étoient bien gens, et se trouvoient par paroisses tant que pour
+combattre de eux-mêmes sans autre aide le plus grand seigneur du monde.»
(Froissart, VIII, 183.)</p>
<a id="app19" name="app19"></a>
-<p class="p2">19&mdash;page <a href="#page25">25</a>&mdash;<i>Il n'y avait plus de prévôt, plus de commune de Paris...</i></p>
+<p class="p2">19&mdash;page <a href="#page25">25</a>&mdash;<i>Il n'y avait plus de prévôt, plus de commune de Paris...</i></p>
-<p>«Statuentes ut officium præposituræ exerceret qui regis auctoritate et
+<p>«Statuentes ut officium præposituræ exerceret qui regis auctoritate et
non civium fungeretur.&mdash;Confraternitates etiam ad devotionem ecclesiarum
sanctorum, et earum ditationem introductas, in quibus cives consueverant
convenire, ut simul gaudentes epularentur... censuerunt etiam
-suspendendas usque ad beneplacitum regiæ majestatis.» (Religieux de
+suspendendas usque ad beneplacitum regiæ majestatis.» (Religieux de
Saint-Denis, I, 242.&mdash;Ordonnance du 27 janvier 1382, t. VI du <cite>Recueil
des Ord.</cite>, p. 685.) Un mot de cette ordonnance fait entendre que les
-Parisiens avaient aidé indirectement <span class="pagenum"><a id="page356" name="page356"></a>(p. 356)</span> les Flamands: «Ils ont
-empesché que nos charioz et ceux de nostre chier oncle, le duc de
+Parisiens avaient aidé indirectement <span class="pagenum"><a id="page356" name="page356"></a>(p. 356)</span> les Flamands: «Ils ont
+empesché que nos charioz et ceux de nostre chier oncle, le duc de
Bourgogne, et plusieurs autres choses fussent amenez par devers nous...
-où nous estions.»</p>
+où nous estions.»</p>
<a id="app20" name="app20"></a>
-<p class="p2">20&mdash;page <a href="#page25">25</a>&mdash;<i>On traita à peu près de même Rouen</i>, etc.</p>
+<p class="p2">20&mdash;page <a href="#page25">25</a>&mdash;<i>On traita à peu près de même Rouen</i>, etc.</p>
-<p>La ville de Rouen fut fort maltraitée, sa cloche lui fut enlevée, et
-donnée aux panetiers du roi; c'est ce qui résulte d'une charte dont je
-dois la communication à l'amitié de M. Chéruel: «Comme par nos lettres
-patentes vous est apparu nous avoir donné à nos bien amés panetiers
+<p>La ville de Rouen fut fort maltraitée, sa cloche lui fut enlevée, et
+donnée aux panetiers du roi; c'est ce qui résulte d'une charte dont je
+dois la communication à l'amitié de M. Chéruel: «Comme par nos lettres
+patentes vous est apparu nous avoir donné à nos bien amés panetiers
Pierre Debuen et Guillaume Heroval une cloche qui soulloit estre en la
-mairie de Rouen, nommée Rebel, laquelle fust confisquée à Rouen quand la
-commotion du peuple fust dernièrement en ladicte ville...» (Archives de
-Rouen, registre ms., côté A, folio 267.)</p>
+mairie de Rouen, nommée Rebel, laquelle fust confisquée à Rouen quand la
+commotion du peuple fust dernièrement en ladicte ville...» (Archives de
+Rouen, registre ms., côté A, folio 267.)</p>
<a id="app21" name="app21"></a>
-<p class="p2">21&mdash;page <a href="#page27">27</a>&mdash;<i>Les Flamands prétendirent que le duc de Berri avait
-poignardé le comte de Flandre...</i></p>
+<p class="p2">21&mdash;page <a href="#page27">27</a>&mdash;<i>Les Flamands prétendirent que le duc de Berri avait
+poignardé le comte de Flandre...</i></p>
-<p>Froissart dit qu'il mourut de maladie, t. IX, p. 10, édit. Buchon.&mdash;Le
-Religieux de Saint-Denis, ce grave et sévère historien, qui ne déguise
+<p>Froissart dit qu'il mourut de maladie, t. IX, p. 10, édit. Buchon.&mdash;Le
+Religieux de Saint-Denis, ce grave et sévère historien, qui ne déguise
aucun crime des princes de ce temps, n'accuse point le duc de
-Berri.&mdash;Meyer (lib. XIII, fol. 200) ne rapporte l'assassinat que d'après
-une chronique flamande du quinzième siècle, laquelle se réfute elle-même
+Berri.&mdash;Meyer (lib. XIII, fol. 200) ne rapporte l'assassinat que d'après
+une chronique flamande du quinzième siècle, laquelle se réfute elle-même
par la cause qu'elle assigne au fait. Le duc de Berri aurait pris
-querelle avec le comte de Flandre pour l'hommage du comté de Boulogne,
-héritage de sa femme. Or le duc de Berri n'épousa l'héritière de
-Boulogne que cinq ans après. (<cite>Art de vérifier les dates, Comtes de
+querelle avec le comte de Flandre pour l'hommage du comté de Boulogne,
+héritage de sa femme. Or le duc de Berri n'épousa l'héritière de
+Boulogne que cinq ans après. (<cite>Art de vérifier les dates, Comtes de
Flandre</cite>, ann. 1384, t. III, p. 21.)</p>
<a id="app22" name="app22"></a>
<p class="p2">22&mdash;page <a href="#page29">29</a>&mdash;<i>On rassembla tout ce qu'on put acheter, louer de
vaisseaux...</i></p>
-<p>«Ils furent nombrés à treize cents et quatre-vingt-sept vaisseaux... Et
-encore n'y estoit pas la navie du connétable.» (Froissart, t. X, c.
-<span class="smcap">XXIV</span>, p. 160.)&mdash;«Les pourvéances de toutes parts arrivoient en Flandre,
-et si grosses de vins et de chairs salées, de foin, d'avoine, de
+<p>«Ils furent nombrés à treize cents et quatre-vingt-sept vaisseaux... Et
+encore n'y estoit pas la navie du connétable.» (Froissart, t. X, c.
+<span class="smcap">XXIV</span>, p. 160.)&mdash;«Les pourvéances de toutes parts arrivoient en Flandre,
+et si grosses de vins et de chairs salées, de foin, d'avoine, de
tonneaux de sel, d'oignons, de verjus, de biscuit, de farine, de
graisses, de moyeux (jaunes) d'&oelig;ufs battus en tonneaux et de toute
chose dont on se pouvoit aviser ni pourpenser, que qui ne le vit
-adoncques, il ne le voudra ou pourra croire.» (Froissart, <i>ibid.</i>, p.
+adoncques, il ne le voudra ou pourra croire.» (Froissart, <i>ibid.</i>, p.
158.)</p>
<a id="app23" name="app23"></a>
<p class="p2">23&mdash;page <a href="#page30">30</a>&mdash;<i>Le duc de Berri arriva lorsque la saison rendait le
-passage à peu près impossible...</i></p>
+passage à peu près impossible...</i></p>
-<p>Le duc de Berri répondait froidement aux reproches du duc de <span class="pagenum"><a id="page357" name="page357"></a>(p. 357)</span>
-Bourgogne sur l'inutilité de ces prodigieuses dépenses: «Beau frère, si
+<p>Le duc de Berri répondait froidement aux reproches du duc de <span class="pagenum"><a id="page357" name="page357"></a>(p. 357)</span>
+Bourgogne sur l'inutilité de ces prodigieuses dépenses: «Beau frère, si
nous avons la finance et nos gens l'aient aussi, la greigneur partie en
retournera en France; toujours va et vient finance. Il vaut mieux cela
-aventurer que mettre les corps en péril ni en doute.» (Froissart, t. X,
+aventurer que mettre les corps en péril ni en doute.» (Froissart, t. X,
p. 271.)</p>
<a id="app24" name="app24"></a>
<p class="p2">24&mdash;page <a href="#page32">32</a>, note 1&mdash;<i>Boulard pourvut aux approvisionnements...</i></p>
-<p>Il envoya ses agents avec cent mille écus d'or sur le Rhin; ils furent
-partout bien reçus, sur le renom de leur maître, «ob magistri notitiam.»
-Les mariniers du Rhin s'employèrent avec beaucoup de zèle à faire
+<p>Il envoya ses agents avec cent mille écus d'or sur le Rhin; ils furent
+partout bien reçus, sur le renom de leur maître, «ob magistri notitiam.»
+Les mariniers du Rhin s'employèrent avec beaucoup de zèle à faire
descendre ces provisions jusqu'aux Pays-Bas. (Religieux de Saint-Denis,
l. IX, c. <span class="smcap">VII</span>, p. 532.)</p>
<a id="app25" name="app25"></a>
-<p class="p2">25&mdash;page <a href="#page32">32</a>&mdash;<i>Charles VI fut touché surtout des prières d'une grande
+<p class="p2">25&mdash;page <a href="#page32">32</a>&mdash;<i>Charles VI fut touché surtout des prières d'une grande
dame du pays...</i></p>
-<p>«Quod acceptabilius regi fuit, insignis domina municipii <em>Amoris</em>, casto
-<em>amore</em> succensa, ad eum personaliter accessit.» (Religieux de
-Saint-Denis, <i>ibid.</i>, p. 358.)&mdash;V. les traités originaux des princes des
-Pays-Bas et leurs excuses au roi. (<cite>Archives, Trésor des chartes</cite>, J,
+<p>«Quod acceptabilius regi fuit, insignis domina municipii <em>Amoris</em>, casto
+<em>amore</em> succensa, ad eum personaliter accessit.» (Religieux de
+Saint-Denis, <i>ibid.</i>, p. 358.)&mdash;V. les traités originaux des princes des
+Pays-Bas et leurs excuses au roi. (<cite>Archives, Trésor des chartes</cite>, J,
522.)</p>
<a id="app26" name="app26"></a>
-<p class="p2">26&mdash;page <a href="#page33">33</a>&mdash;<i>L'affaire fut bien menée...</i></p>
+<p class="p2">26&mdash;page <a href="#page33">33</a>&mdash;<i>L'affaire fut bien menée...</i></p>
-<p>Elle était préparée de longue date. On ne perdait pas une occasion
-d'indisposer le roi contre ses oncles: «... Leur en ay oy aucune foiz
-tenir leur consaulz, et dire au roy: Sire, vous n'avez mais à languir
-que six ans, et l'autre foiz que cinq ans, et ainsi chascune année, si
-comme le temps s'aprochoit...» (<cite>Instruction de Jean de Berri</cite>, dans les
+<p>Elle était préparée de longue date. On ne perdait pas une occasion
+d'indisposer le roi contre ses oncles: «... Leur en ay oy aucune foiz
+tenir leur consaulz, et dire au roy: Sire, vous n'avez mais à languir
+que six ans, et l'autre foiz que cinq ans, et ainsi chascune année, si
+comme le temps s'aprochoit...» (<cite>Instruction de Jean de Berri</cite>, dans les
<cite>Analectes hist.</cite> de M. Le Glay, Lille, 1838, p. 159.)</p>
<a id="app27" name="app27"></a>
-<p class="p2">27&mdash;page <a href="#page36">36</a>&mdash;<i>Les belles dames logèrent dans l'abbaye même de
+<p class="p2">27&mdash;page <a href="#page36">36</a>&mdash;<i>Les belles dames logèrent dans l'abbaye même de
Saint-Denis...</i></p>
-<p>«Abbatia pro regina dominarumque insigni contubernio retenta...»
-(Religieux de Saint-Denis, t. I, p. 586.)&mdash;«Quarum si
+<p>«Abbatia pro regina dominarumque insigni contubernio retenta...»
+(Religieux de Saint-Denis, t. I, p. 586.)&mdash;«Quarum si
pulchritudinem attendisses... fictum dearum... ritum dixisses
-renovatum.» (<i>Ibid.</i>, p. 594.)</p>
+renovatum.» (<i>Ibid.</i>, p. 594.)</p>
<a id="app28" name="app28"></a>
<p class="p2">28&mdash;page <a href="#page37">37</a>&mdash;<i>Serait-ce dans cette funeste nuit que le jeune duc
-d'Orléans</i>, etc.</p>
+d'Orléans</i>, etc.</p>
<p>Cette tradition ne se trouve que dans Mayer et autres auteurs <span class="pagenum"><a id="page358" name="page358"></a>(p. 358)</span>
-assez modernes. Mais le contemporain y fait allusion: «Alias
-displicentiæ radices utique non sic cognitas quod scriptu dignas
-reputem.» (Religieux de Saint-Denis, ms., 388, verso.)&mdash;Juvénal,
-écrivant plus tard, est déjà plus clair: «Et estoit commune renommée que
-desdites joustes estoient provenues des choses deshonnestes en matière
-d'amourettes, et <em>dont depuis beaucoup de maux sont venus</em>.» (Juvénal
-des Ursins, p. 75, éd. Godefroy.)</p>
+assez modernes. Mais le contemporain y fait allusion: «Alias
+displicentiæ radices utique non sic cognitas quod scriptu dignas
+reputem.» (Religieux de Saint-Denis, ms., 388, verso.)&mdash;Juvénal,
+écrivant plus tard, est déjà plus clair: «Et estoit commune renommée que
+desdites joustes estoient provenues des choses deshonnestes en matière
+d'amourettes, et <em>dont depuis beaucoup de maux sont venus</em>.» (Juvénal
+des Ursins, p. 75, éd. Godefroy.)</p>
<a id="app29" name="app29"></a>
-<p class="p2">29&mdash;page <a href="#page37">37</a>&mdash;<i>Le héros de Charles VI, Duguesclin</i>, etc.</p>
+<p class="p2">29&mdash;page <a href="#page37">37</a>&mdash;<i>Le héros de Charles VI, Duguesclin</i>, etc.</p>
-<p>Dans son testament, il lègue une somme considérable, trois cents livres,
-pour que l'on fasse des prières pour l'âme de Duguesclin, mort douze ans
-auparavant. (<cite>Testament de Charles VI</cite>, janvier 1393. <cite>Archives, Trésor
+<p>Dans son testament, il lègue une somme considérable, trois cents livres,
+pour que l'on fasse des prières pour l'âme de Duguesclin, mort douze ans
+auparavant. (<cite>Testament de Charles VI</cite>, janvier 1393. <cite>Archives, Trésor
des chartes</cite>, J, 404.)</p>
<a id="app30" name="app30"></a>
-<p class="p2">30&mdash;page <a href="#page40">40</a>&mdash;<i>Charles VI ne permit pas à ses oncles de le suivre...</i></p>
+<p class="p2">30&mdash;page <a href="#page40">40</a>&mdash;<i>Charles VI ne permit pas à ses oncles de le suivre...</i></p>
<p>Je suis sur ce point le Religieux de Saint-Denis, p. 618. Au reste, les
contradictions des historiens sur ce voyage ne sont pas inconciliables.</p>
@@ -8578,28 +8536,28 @@ contradictions des historiens sur ce voyage ne sont pas inconciliables.</p>
<a id="app31" name="app31"></a>
<p class="p2">31&mdash;page <a href="#page44">44</a>, note&mdash;<i>Flamel...</i></p>
-<p>D'abord, sans autre bien que sa plume et une belle main, Flamel, épousa
-une vieille femme qui avait quelque chose. Sous même enseigne, il fit
-plus d'un métier. Tout en copiant les beaux manuscrits qu'on admire
+<p>D'abord, sans autre bien que sa plume et une belle main, Flamel, épousa
+une vieille femme qui avait quelque chose. Sous même enseigne, il fit
+plus d'un métier. Tout en copiant les beaux manuscrits qu'on admire
encore, il est probable que, dans ce quartier de riches bouchers
ignorants, de lombards et de juifs, il fit et fit faire bien d'autres
-écritures. Un curé, greffier du Parlement, pouvait encore lui procurer
-de l'ouvrage. Le prix de l'instruction commençant à être senti, les
-seigneurs à qui il vendait ces beaux manuscrits lui donnèrent à élever
-leurs enfants. Il acheta quelques maisons; ces maisons, d'abord à vil
-prix, par la fuite des juifs et par la misère générale du temps,
-acquirent peu à peu de la valeur. Flamel sut en tirer parti. Tout le
-monde affluait à Paris; on ne savait où loger. De ces maisons, il fit
-des <em>hospices</em>, où il recevait des locataires pour une somme modique.
+écritures. Un curé, greffier du Parlement, pouvait encore lui procurer
+de l'ouvrage. Le prix de l'instruction commençant à être senti, les
+seigneurs à qui il vendait ces beaux manuscrits lui donnèrent à élever
+leurs enfants. Il acheta quelques maisons; ces maisons, d'abord à vil
+prix, par la fuite des juifs et par la misère générale du temps,
+acquirent peu à peu de la valeur. Flamel sut en tirer parti. Tout le
+monde affluait à Paris; on ne savait où loger. De ces maisons, il fit
+des <em>hospices</em>, où il recevait des locataires pour une somme modique.
Ces petits gains, qui lui venaient ainsi de partout, firent dire qu'il
-savait faire de l'or. Il laissa dire, et peut-être favorisa ce bruit,
-pour mieux vendre ses livres.&mdash;Cependant ces arts occultes n'étaient pas
-sans danger. De là le soin extrême que mit Flamel à afficher partout sa
-piété aux portes des églises. Partout on le voyait en bas-relief
-agenouillé devant la croix, avec sa femme Pernelle. Il trouvait à cela
+savait faire de l'or. Il laissa dire, et peut-être favorisa ce bruit,
+pour mieux vendre ses livres.&mdash;Cependant ces arts occultes n'étaient pas
+sans danger. De là le soin extrême que mit Flamel à afficher partout sa
+piété aux portes des églises. Partout on le voyait en bas-relief
+agenouillé devant la croix, avec sa femme Pernelle. Il trouvait à cela
double avantage. Il sanctifiait sa fortune et il l'augmentait en
-donnant à <span class="pagenum"><a id="page359" name="page359"></a>(p. 359)</span> son nom cette publicité. Voir le savant et ingénieux
-abbé Vilain, <cite>Histoire de Saint-Jacques-la-Boucherie</cite>, 1758; et son
+donnant à <span class="pagenum"><a id="page359" name="page359"></a>(p. 359)</span> son nom cette publicité. Voir le savant et ingénieux
+abbé Vilain, <cite>Histoire de Saint-Jacques-la-Boucherie</cite>, 1758; et son
<cite>Histoire de Nicolas Flamel</cite>, 1761.</p>
<a id="app32" name="app32"></a>
@@ -8608,406 +8566,406 @@ abbé Vilain, <cite>Histoire de Saint-Jacques-la-Boucherie</cite>, 1758; et son
<p>Voy. ses <cite>&OElig;uvres</cite>, Lyon, 1504, et sa <cite>Vie</cite> (par Haitze), Aix, 1719.</p>
<a id="app33" name="app33"></a>
-<p class="p2">33&mdash;page <a href="#page46">46</a>&mdash;<i>Le bruit courut qu'on avait empoisonné les rivières...</i></p>
+<p class="p2">33&mdash;page <a href="#page46">46</a>&mdash;<i>Le bruit courut qu'on avait empoisonné les rivières...</i></p>
-<p>Selon le chroniqueur bénédictin, on accusa encore de ce crime les
-dominicains: «Veneficos ignorabant, sciebant tamen quod desuper habitum
-longum et nigrum, subtus vero album, ut religiosi, deferebant.»
+<p>Selon le chroniqueur bénédictin, on accusa encore de ce crime les
+dominicains: «Veneficos ignorabant, sciebant tamen quod desuper habitum
+longum et nigrum, subtus vero album, ut religiosi, deferebant.»
(Religieux de Saint-Denis, t. I, l. XI, c. <span class="smcap">V</span>, p. 684.)</p>
<a id="app34" name="app34"></a>
-<p class="p2">34&mdash;page <a href="#page50">50</a>, note&mdash;<i>Les oncles du roi ne tardèrent pas à obtenir la
-grâce de Craon...</i></p>
+<p class="p2">34&mdash;page <a href="#page50">50</a>, note&mdash;<i>Les oncles du roi ne tardèrent pas à obtenir la
+grâce de Craon...</i></p>
-<p>Lettres de rémission accordées à Pierre de Craon: «... Il ait esté par
-notre commandement et ordenance au saint Sépulcre, et depuis par nostre
+<p>Lettres de rémission accordées à Pierre de Craon: «... Il ait esté par
+notre commandement et ordenance au saint Sépulcre, et depuis par nostre
permission et licence et soubs nostre sauf-conduit soit venu en nostre
-royaume et en l'abbaye de Saint-Denis, où il a esté par l'espace de <span class="smcap">IIII</span>
-mois et demi ou environ en espérance de cuidier trouver paix et accord
-avec ledit sire de Clicon,.. et avec ce ait esté nagueires banni de
-nostre royaume et entre autres choses condempné envers notre très chere
-et très amee tante la royne de Cécille par arrest de nostre Parlement,
+royaume et en l'abbaye de Saint-Denis, où il a esté par l'espace de <span class="smcap">IIII</span>
+mois et demi ou environ en espérance de cuidier trouver paix et accord
+avec ledit sire de Clicon,.. et avec ce ait esté nagueires banni de
+nostre royaume et entre autres choses condempné envers notre très chere
+et très amee tante la royne de Cécille par arrest de nostre Parlement,
pour lesquels bannissement et autres condemnations lui, sa femme et ses
-enfants sont du tout déserts d'estat et de chevance, mesmement que de
+enfants sont du tout déserts d'estat et de chevance, mesmement que de
ses biens ne lui demoura autre chose... et leur a convenu... requerir
-leurs parents et amis pour vivre...&mdash;Voulans en ce cas pitié et
-miséricorde préférer à rigueur de justice et pour contemplation de
-nostre très-chère et très-amée fille Ysabelle royne d'Angleterre, qui
-sur ce nous a... supplié le jour de ses fiansailles et que ledit
-suppliant est de nostre lignaige, Nous par saine et meure délibération
-et de nos très chers et amés oncles et frère...» (<cite>Archives, Trésor des
+leurs parents et amis pour vivre...&mdash;Voulans en ce cas pitié et
+miséricorde préférer à rigueur de justice et pour contemplation de
+nostre très-chère et très-amée fille Ysabelle royne d'Angleterre, qui
+sur ce nous a... supplié le jour de ses fiansailles et que ledit
+suppliant est de nostre lignaige, Nous par saine et meure délibération
+et de nos très chers et amés oncles et frère...» (<cite>Archives, Trésor des
chartes</cite>, J, 37.)</p>
<a id="app35" name="app35"></a>
-<p class="p2">35&mdash;page <a href="#page52">52</a>&mdash;<i>Comme il traversait la forêt, un homme de mauvaise mine</i>,
+<p class="p2">35&mdash;page <a href="#page52">52</a>&mdash;<i>Comme il traversait la forêt, un homme de mauvaise mine</i>,
etc.</p>
-<p>«... Quemdam abjectissimum virum obviam habuit, qui eum terrait
+<p>«... Quemdam abjectissimum virum obviam habuit, qui eum terrait
vehementer. Is nec minis nec terroribus potuit cohiberi, quin regi
-pertranseunti terribiliter clamando fere per dimidiam <span class="pagenum"><a id="page360" name="page360"></a>(p. 360)</span> horam hæc
+pertranseunti terribiliter clamando fere per dimidiam <span class="pagenum"><a id="page360" name="page360"></a>(p. 360)</span> horam hæc
verba reiteraret: Non progrediaris ulterius, insignis rex, quia cito
perdendus es. Cui cito assensit ejus imaginatio jam turbata... Hoe
furore perdurante, virps quatuor occidit, cum quodam insigni milite
-dicto de Polegnac de Vasconia, ex furtivo tamen concubitu oriundo.» (Le
+dicto de Polegnac de Vasconia, ex furtivo tamen concubitu oriundo.» (Le
Religieux de Saint-Denis, folio 189, ms.)&mdash;M. Bellaguet ayant encore le
-manuscrit original entre les mains, et n'ayant pas encore publié cette
+manuscrit original entre les mains, et n'ayant pas encore publié cette
partie, je me sers de l'excellente copie de Baluze (1839).</p>
<a id="app36" name="app36"></a>
-<p class="p2">36&mdash;page <a href="#page55">55</a>&mdash;<i>Il soutenait qu'il n'était point marié, qu'il n'avait pas
+<p class="p2">36&mdash;page <a href="#page55">55</a>&mdash;<i>Il soutenait qu'il n'était point marié, qu'il n'avait pas
d'enfant...</i></p>
-<p>«Non solum se uxoratum liberosque genuisse denegabat, imo suimet et
-lituli regni Franciæ oblitus, se non nominari Carolum, nec deferre lilia
-asserebat; et quotiens arma sua vel reginæ exarata vasis aureis vel
-alicubi videbat, ea indignantissime delebat.» (Le Religieux de
-Saint-Denis, ms., anno 1393, folio 207.)&mdash;«Arma propria et reginæ si in
+<p>«Non solum se uxoratum liberosque genuisse denegabat, imo suimet et
+lituli regni Franciæ oblitus, se non nominari Carolum, nec deferre lilia
+asserebat; et quotiens arma sua vel reginæ exarata vasis aureis vel
+alicubi videbat, ea indignantissime delebat.» (Le Religieux de
+Saint-Denis, ms., anno 1393, folio 207.)&mdash;«Arma propria et reginæ si in
vitreis vel parietibus exarata vel depicta percepisset, inhoneste et
-displicenter saltando hæc delebat, asserens se Georgium vocari, et in
-armis leonem gladio transforatum se deferre.»</p>
+displicenter saltando hæc delebat, asserens se Georgium vocari, et in
+armis leonem gladio transforatum se deferre.»</p>
<a id="app37" name="app37"></a>
-<p class="p2">37&mdash;page <a href="#page58">58</a>&mdash;<i>Gerson célèbre la paix, dans un de ces moments où l'on
-crut à la cession des deux papes...</i></p>
+<p class="p2">37&mdash;page <a href="#page58">58</a>&mdash;<i>Gerson célèbre la paix, dans un de ces moments où l'on
+crut à la cession des deux papes...</i></p>
-<p>Toutefois Gerson doute encore. Si la cession s'opère, ce sera un don de
+<p>Toutefois Gerson doute encore. Si la cession s'opère, ce sera un don de
Dieu, et non une &oelig;uvre de l'homme; il y a trop d'exemples de la
-fragilité humaine: Ajax, Caton, Médée, les anges même, «qui
-tresbuchèrent du ciel», enfin les apôtres, et <em>notamment saint Pierre</em>,
-«qui à la voix d'une femelette renya Nostre-Seigneur.» (Gerson, édition
+fragilité humaine: Ajax, Caton, Médée, les anges même, «qui
+tresbuchèrent du ciel», enfin les apôtres, et <em>notamment saint Pierre</em>,
+«qui à la voix d'une femelette renya Nostre-Seigneur.» (Gerson, édition
de Du Pin, t. IV, p. 567.)</p>
<a id="app38" name="app38"></a>
<p class="p2">38&mdash;page <a href="#page59">59</a>&mdash;<i>Les Anglais ne voulaient point la paix...</i></p>
-<p>Sur les négociations antérieures, depuis 1380, voir entre autres pièces
-le <cite>Voyage de Nicolas de Bosc, évêque de Bayeux</cite>, imprimé dans le
-<cite>Voyage littéraire de deux bénédictins</cite>, partie seconde, p. 307-360.</p>
+<p>Sur les négociations antérieures, depuis 1380, voir entre autres pièces
+le <cite>Voyage de Nicolas de Bosc, évêque de Bayeux</cite>, imprimé dans le
+<cite>Voyage littéraire de deux bénédictins</cite>, partie seconde, p. 307-360.</p>
<a id="app39" name="app39"></a>
-<p class="p2">39&mdash;page <a href="#page59">59</a>&mdash;<i>Richard II épousa une fille du roi, avec une dot de huit
-cent mille écus...</i></p>
+<p class="p2">39&mdash;page <a href="#page59">59</a>&mdash;<i>Richard II épousa une fille du roi, avec une dot de huit
+cent mille écus...</i></p>
-<p>Elle apporta, en outre, un grand nombre d'objets précieux. Voy. deux
-déclarations des joyaux, vaisselle d'or et d'argent, robes, tapisseries
+<p>Elle apporta, en outre, un grand nombre d'objets précieux. Voy. deux
+déclarations des joyaux, vaisselle d'or et d'argent, robes, tapisseries
et objets divers pour la personne de madame Isabeau, pour sa chambre,
-sa chapelle et son écurie, panneterie, fruiterie, <span class="pagenum"><a id="page361" name="page361"></a>(p. 361)</span> cuisine, etc.
-Nov. 1393, 23 juillet 1400. (<cite>Archives, Trésor des chartes</cite>, J, 643.)</p>
+sa chapelle et son écurie, panneterie, fruiterie, <span class="pagenum"><a id="page361" name="page361"></a>(p. 361)</span> cuisine, etc.
+Nov. 1393, 23 juillet 1400. (<cite>Archives, Trésor des chartes</cite>, J, 643.)</p>
<a id="app40" name="app40"></a>
<p class="p2">40&mdash;page <a href="#page59">59</a>&mdash;<i>Croisade contre les Turcs...</i></p>
-<p>Comparer sur le récit de cette croisade nos historiens nationaux et les
-écrivains hongrois et allemands cités par Hammer, <cite>Histoire de l'Empire
-Ottoman</cite>. Ce grand ouvrage a été traduit sous la direction de l'auteur,
-par M. Hellert, qui l'a enrichi d'un atlas très utile.</p>
+<p>Comparer sur le récit de cette croisade nos historiens nationaux et les
+écrivains hongrois et allemands cités par Hammer, <cite>Histoire de l'Empire
+Ottoman</cite>. Ce grand ouvrage a été traduit sous la direction de l'auteur,
+par M. Hellert, qui l'a enrichi d'un atlas très utile.</p>
<a id="app41" name="app41"></a>
-<p class="p2">41&mdash;page <a href="#page61">61</a>&mdash;<i>Élection de Pierre de Luna, Benoît XIII...</i></p>
+<p class="p2">41&mdash;page <a href="#page61">61</a>&mdash;<i>Élection de Pierre de Luna, Benoît XIII...</i></p>
-<p>Consulter sur tout ceci le récit hostile au pape qu'on trouve dans les
-actes du concile de Pise. (<cite>Concilia</cite>, éd. Labbe et Cossart, 1671, t.
+<p>Consulter sur tout ceci le récit hostile au pape qu'on trouve dans les
+actes du concile de Pise. (<cite>Concilia</cite>, éd. Labbe et Cossart, 1671, t.
XI, part. 2, col. 2172, et seq.)</p>
<a id="app42" name="app42"></a>
<p class="p2">42&mdash;page <a href="#page63">63</a>&mdash;<i>Quand le sultan vit le champ de bataille</i>, etc.</p>
-<p>Récit du Bavarois Schildberger, l'un des prisonniers, qui fut épargné, à
-la prière du fils du sultan. (Hammer, <cite>Histoire de l'Empire Ottoman</cite>,
+<p>Récit du Bavarois Schildberger, l'un des prisonniers, qui fut épargné, à
+la prière du fils du sultan. (Hammer, <cite>Histoire de l'Empire Ottoman</cite>,
trad. de M. Hellert, t. I, p. 334.)</p>
<a id="app43" name="app43"></a>
-<p class="p2">43&mdash;page <a href="#page64">64</a>&mdash;<i>Présents de Bajazet au roi de France...</i></p>
+<p class="p2">43&mdash;page <a href="#page64">64</a>&mdash;<i>Présents de Bajazet au roi de France...</i></p>
-<p>Le Religieux de Saint-Denis y ajoute: «Equus habens abscissas ambas
-nares, ut diutius ad cursum habilis redderetur.» (Ms., folio 330.)</p>
+<p>Le Religieux de Saint-Denis y ajoute: «Equus habens abscissas ambas
+nares, ut diutius ad cursum habilis redderetur.» (Ms., folio 330.)</p>
<a id="app44" name="app44"></a>
-<p class="p2">44&mdash;page <a href="#page67">67</a>&mdash;<i>Tous quittèrent Richard, même son chien...</i></p>
+<p class="p2">44&mdash;page <a href="#page67">67</a>&mdash;<i>Tous quittèrent Richard, même son chien...</i></p>
-<p>«Le roi Richard avoit un lévrier lequel on nommait Math, très beau outre
-mesure; et ne vouloit ce chien connoître nul homme fors le roi; et quand
+<p>«Le roi Richard avoit un lévrier lequel on nommait Math, très beau outre
+mesure; et ne vouloit ce chien connoître nul homme fors le roi; et quand
le roi devoit chevaucher, cil qui l'avoit en garde le laissoit aller; et
-ce lévrier venoit tantôt devers le roi festoyer et lui mettoit ses deux
-pieds sur les épaules. Et or donc advint que le roi et le comte Derby
-parlant ensemble en mi la place de la cour du dit châtel et leur chevaux
-tous sellés, car tantôt ils devoient monter, ce lévrier nommé Math qui
-coutumier étoit de faire au roi ce que dit est, laissa le roi et s'en
+ce lévrier venoit tantôt devers le roi festoyer et lui mettoit ses deux
+pieds sur les épaules. Et or donc advint que le roi et le comte Derby
+parlant ensemble en mi la place de la cour du dit châtel et leur chevaux
+tous sellés, car tantôt ils devoient monter, ce lévrier nommé Math qui
+coutumier étoit de faire au roi ce que dit est, laissa le roi et s'en
vint au duc de Lancastre et lui fit toutes les contenances telles que
endevant il faisoit au roi, et lui assist les deux pieds sur le col, et
-le commença grandement à conjouir. Le duc de Lancastre, qui point ne
-connoissoit le lévrier, demanda au roi: «Et que veut ce lévrier
-faire?»&mdash;«Cousin, ce dit le roi, ce vous est une grand'signifiance et à
-moi petite.»&mdash;«Comment, dit le duc, l'entendez-vous?»&mdash;«Je l'entends,
-dit le roi, le lévrier vous festoie et recueille aujourd'hui <span class="pagenum"><a id="page362" name="page362"></a>(p. 362)</span>
-comme roi d'Angleterre que vous serez, et j'en serai déposé; et le
-lévrier en a connoissance naturelle; si le tenez de lez (près) vous, car
-il vous suivra et il m'éloignera.» Le duc de Lancastre entendit bien
-cette parole et conjouit le lévrier, lequel oncques depuis ne voulut
+le commença grandement à conjouir. Le duc de Lancastre, qui point ne
+connoissoit le lévrier, demanda au roi: «Et que veut ce lévrier
+faire?»&mdash;«Cousin, ce dit le roi, ce vous est une grand'signifiance et à
+moi petite.»&mdash;«Comment, dit le duc, l'entendez-vous?»&mdash;«Je l'entends,
+dit le roi, le lévrier vous festoie et recueille aujourd'hui <span class="pagenum"><a id="page362" name="page362"></a>(p. 362)</span>
+comme roi d'Angleterre que vous serez, et j'en serai déposé; et le
+lévrier en a connoissance naturelle; si le tenez de lez (près) vous, car
+il vous suivra et il m'éloignera.» Le duc de Lancastre entendit bien
+cette parole et conjouit le lévrier, lequel oncques depuis ne voulut
suivre Richard de Bordeaux, mais le duc de Lancastre; et ce virent et
-sçurent plus de trente mille.» (Froissart, t. XIV, c. <span class="smcap">LXXV</span>, p. 205.)</p>
+sçurent plus de trente mille.» (Froissart, t. XIV, c. <span class="smcap">LXXV</span>, p. 205.)</p>
<a id="app45" name="app45"></a>
<p class="p2">45&mdash;page <a href="#page67">67</a>&mdash;<i>Abdication de Richard II...</i></p>
-<p>Voy. au t. XIV du Froissart édité par M. Buchon, le poème français sur
-la déposition de Richard II (p. 322-466), écrit par un gentilhomme
-français qui était attaché à sa personne.&mdash;Voir aussi la publication de
+<p>Voy. au t. XIV du Froissart édité par M. Buchon, le poème français sur
+la déposition de Richard II (p. 322-466), écrit par un gentilhomme
+français qui était attaché à sa personne.&mdash;Voir aussi la publication de
M. Thomas Wright: <cite>Alliterative Poem on the deposition of king Richard
II</cite>.&mdash;Richardi Maydiston <cite>de Concordia inter Ricardum II et civitatem
-London</cite>, 1838.&mdash;La lamentation de Richard est très touchante dans Jean
-de Vaurin: «Ha, Monseigneur Jean-Baptiste mon parrain, je l'ai tiré du
-gibet,» etc. (<cite>Bibl. royale</cite>, mss., 6756, t. IV, partie 2, folio 246.)</p>
+London</cite>, 1838.&mdash;La lamentation de Richard est très touchante dans Jean
+de Vaurin: «Ha, Monseigneur Jean-Baptiste mon parrain, je l'ai tiré du
+gibet,» etc. (<cite>Bibl. royale</cite>, mss., 6756, t. IV, partie 2, folio 246.)</p>
<a id="app46" name="app46"></a>
-<p class="p2">46&mdash;page <a href="#page67">67</a>&mdash;<i>Lancastre fut obligé par les siens de leur laisser tuer
+<p class="p2">46&mdash;page <a href="#page67">67</a>&mdash;<i>Lancastre fut obligé par les siens de leur laisser tuer
Richard...</i></p>
-<p>«Si fut dit au roi: «Sire, tant que Richard de Bordeaux vive, vous ni le
-pays ne serez à sûr état.» Répondit le roi: «Je crois que vous dites
-vérité, mais tant que à moi je ne le ferai jà mourir, car je l'ai pris
+<p>«Si fut dit au roi: «Sire, tant que Richard de Bordeaux vive, vous ni le
+pays ne serez à sûr état.» Répondit le roi: «Je crois que vous dites
+vérité, mais tant que à moi je ne le ferai jà mourir, car je l'ai pris
sus. Si lui tiendrai son convenant (promesse) tant que apparent me sera
-que fait ne aura trahison.» Si répondirent ses chevaliers: «Il vous
-vaudroit mieux mort que vif; car tant que les Français le sauront en
+que fait ne aura trahison.» Si répondirent ses chevaliers: «Il vous
+vaudroit mieux mort que vif; car tant que les Français le sauront en
vie, ils s'efforceront toujours de vous guerroyer, et auront espoir de
-le retourner encore en son État, pour la cause de ce que il a la fille
-du roi de France.» Le roi d'Angleterre ne répondit point à ce propos et
-se départit de là, et les laissa en la chambre parler ensemble, et il
-entendit à ses fauconniers, et mit un faucon sur son poing, et s'oublia
-à le paître.» (Froissart, t. XIV, c. <span class="smcap">LXXXI</span>, p. 258.)</p>
+le retourner encore en son État, pour la cause de ce que il a la fille
+du roi de France.» Le roi d'Angleterre ne répondit point à ce propos et
+se départit de là, et les laissa en la chambre parler ensemble, et il
+entendit à ses fauconniers, et mit un faucon sur son poing, et s'oublia
+à le paître.» (Froissart, t. XIV, c. <span class="smcap">LXXXI</span>, p. 258.)</p>
<a id="app47" name="app47"></a>
-<p class="p2">47&mdash;page <a href="#page68">68</a>&mdash;<i>Sa science était dans un livre merveilleux qui s'appelait
+<p class="p2">47&mdash;page <a href="#page68">68</a>&mdash;<i>Sa science était dans un livre merveilleux qui s'appelait
Smagorad...</i></p>
<p>Ce passage du Religieux de Saint-Denis ne peut trouver son explication
-que dans les auteurs qui ont traité de la Kabbale. Voir les travaux de
-M. Franck, si remarquables par la précision et la netteté.</p>
+que dans les auteurs qui ont traité de la Kabbale. Voir les travaux de
+M. Franck, si remarquables par la précision et la netteté.</p>
<a id="app48" name="app48"></a>
<p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page363" name="page363"></a>(p. 363)</span> 48&mdash;page <a href="#page69">69</a>&mdash;<i>Le pauvre prince sentit l'approche de la
-frénésie...</i></p>
+frénésie...</i></p>
-<p>«Sequenti die, mente se alienari sentiens, jussit sibi cultellum amoveri
-et avunculo suo duci Burgundiæ præcepit, ut sic omnes facerent curiales.
-Tot angustiis pressus est illa die, quod sequenti luce, cum præfatum
+<p>«Sequenti die, mente se alienari sentiens, jussit sibi cultellum amoveri
+et avunculo suo duci Burgundiæ præcepit, ut sic omnes facerent curiales.
+Tot angustiis pressus est illa die, quod sequenti luce, cum præfatum
ducem et aulicos accersisset, eis lachrimabiliter fassus est, quod
mortem avidius appetebat quam taliter cruciari, omnesque circumstantes
movens ad lachrimas, pluries fertur dixisse: Amore Jesu Christi, si sint
aliqui conscii hujus mali, oro ut me non torqueant amplius, sed cito
-diem ultimum faciant me signare.» (Religieux de Saint-Denis, ms.
+diem ultimum faciant me signare.» (Religieux de Saint-Denis, ms.
Baluze.)</p>
<a id="app49" name="app49"></a>
-<p class="p2">49&mdash;page <a href="#page69">69</a>&mdash;<i>Un roi si débonnaire...</i></p>
+<p class="p2">49&mdash;page <a href="#page69">69</a>&mdash;<i>Un roi si débonnaire...</i></p>
<p>Le Religieux donne une preuve remarquable de la douceur de Charles VI:
-«Cum in itinere... adolescens... dextrarium... urgeret calcaribus, ut
+«Cum in itinere... adolescens... dextrarium... urgeret calcaribus, ut
eum ad superbiam excitaret, recalcitrando calce tibiam ejus graviter
vulneravit et inde cruor fluxit largissimus. Inde... circumstantes cum
in actorem delicti animadvertere conarentur, id rex manu et verbis
-levibus, etc.» (<i>Ibid.</i>, folio 736.)</p>
+levibus, etc.» (<i>Ibid.</i>, folio 736.)</p>
<a id="app50" name="app50"></a>
<p class="p2">50&mdash;page <a href="#page69">69</a>&mdash;<i>Il saluait tout le monde, les petits comme les grands...</i></p>
-<p>«Tanta affabilitate præminebat, ut etiam contemptibilibus personis ex
+<p>«Tanta affabilitate præminebat, ut etiam contemptibilibus personis ex
improviso et nominatim salutationis dependeret affatum, et ad se ingredi
-volentibus vel occurrentibus passim mutuæ collocutionis aut offerret
+volentibus vel occurrentibus passim mutuæ collocutionis aut offerret
ultro commercium aut postulantibus non negaret... Quamvis beneficiorum
et injuriarum valde recolens, non tamen naturaliter neque magnis de
causis sic ad iracundiam pronus fuit, ut alicui contumelias aut
improperia proferret. Carnis lubrico contra matrimonii honestatem
dicitur laborasse, ita tamen ut nemini scandalum fieret, nulli vis,
-nulli enormis infligeretur injuria. Prædecessorum morem etiam non
+nulli enormis infligeretur injuria. Prædecessorum morem etiam non
observans, raro et cum displicentia habitu regali, epitogio scilicet et
-talari tunica utebatur, sed indifferenter, ut decuriones cæteri,
+talari tunica utebatur, sed indifferenter, ut decuriones cæteri,
holosericis indutus, et nunc Boemannum nunc Alemannum se fingens,
etiam... post unctionem susceptam hastiludia et joca militaria justo
-sæpius exercebat.» (<i>Ibid.</i>, folio 141.)</p>
+sæpius exercebat.» (<i>Ibid.</i>, folio 141.)</p>
<a id="app51" name="app51"></a>
<p class="p2">51&mdash;page <a href="#page70">70</a>&mdash;<i>On lui mettait dans son lit une petite fille...</i></p>
-<p>«Filia cujusdam mercatoris equorum... quæ quidem competenter fuit
+<p>«Filia cujusdam mercatoris equorum... quæ quidem competenter fuit
remunerata, quia sibi fuerunt data duo maneria pulchra cum suis omnibus
pertinentiis, situata unum a Creteil, et aliud a <span class="pagenum"><a id="page364" name="page364"></a>(p. 364)</span> Bagnolet, et
ipsa vulgariter vocabatur palam et publice <em>Parva Regina</em>, et secum diu
stetit, suscepitque ab eo unam filiam, quam ipse rex matrimonialiter
copulavit cuidam nuncupato Harpedenne, cui dedit dominium de Belleville
-in Pictavia, filiaque vocabatur domicella de Belleville.»&mdash;Je ne
-retrouve plus la source d'où j'ai tiré cette note. Elle est ou du
-Religieux de Saint-Denis, ou du ms. Dupuy, <cite>Discours et Mémoires
-meslez</cite>, coté 488.</p>
+in Pictavia, filiaque vocabatur domicella de Belleville.»&mdash;Je ne
+retrouve plus la source d'où j'ai tiré cette note. Elle est ou du
+Religieux de Saint-Denis, ou du ms. Dupuy, <cite>Discours et Mémoires
+meslez</cite>, coté 488.</p>
<a id="app52" name="app52"></a>
-<p class="p2">52&mdash;page <a href="#page72">72</a>, note&mdash;<i>Les cartes étaient connues avant Charles VI, mais
+<p class="p2">52&mdash;page <a href="#page72">72</a>, note&mdash;<i>Les cartes étaient connues avant Charles VI, mais
peu en usage...</i></p>
-<p>On en trouve la première mention dans le <cite>Renart contrefait</cite>, dont
-l'auteur anonyme nous apprend qu'il a commencé son poème en 1328 et l'a
-fini en 1341. M. Peignot a donné une curieuse bibliographie de tous les
-auteurs qui ont traité ce sujet. (Peignot, <cite>Recherches sur les danses
-des morts et sur les cartes à jouer</cite>.)&mdash;Les uns font les cartes
-d'origine allemande, les autres d'origine espagnole ou provençale. M.
-Rémusat remarque que nos plus anciennes cartes à jouer ressemblent aux
-cartes chinoises. (Abel Rémusat, <cite>Mém. Acad.</cite>, 2<sup>e</sup> série, t. VII, p.
+<p>On en trouve la première mention dans le <cite>Renart contrefait</cite>, dont
+l'auteur anonyme nous apprend qu'il a commencé son poème en 1328 et l'a
+fini en 1341. M. Peignot a donné une curieuse bibliographie de tous les
+auteurs qui ont traité ce sujet. (Peignot, <cite>Recherches sur les danses
+des morts et sur les cartes à jouer</cite>.)&mdash;Les uns font les cartes
+d'origine allemande, les autres d'origine espagnole ou provençale. M.
+Rémusat remarque que nos plus anciennes cartes à jouer ressemblent aux
+cartes chinoises. (Abel Rémusat, <cite>Mém. Acad.</cite>, 2<sup>e</sup> série, t. VII, p.
418.)</p>
<a id="app53" name="app53"></a>
-<p class="p2">53&mdash;page <a href="#page72">72</a>&mdash;<i>Les cartes étaient peintes d'abord; mais cela étant trop
+<p class="p2">53&mdash;page <a href="#page72">72</a>&mdash;<i>Les cartes étaient peintes d'abord; mais cela étant trop
cher, on s'avisa de les imprimer...</i></p>
-<p>En 1430, Philippe-Marie Visconti, duc de Milan, paya quinze cents pièces
+<p>En 1430, Philippe-Marie Visconti, duc de Milan, paya quinze cents pièces
d'or pour un jeu de cartes <em>peintes</em>.&mdash;En 1441, les cartiers de Venise
-présentent requête pour se plaindre du tort que leur font les marchands
-étrangers par les cartes qu'ils <em>impriment</em>. (<i>Ibid.</i>, p. 218, 247.)</p>
+présentent requête pour se plaindre du tort que leur font les marchands
+étrangers par les cartes qu'ils <em>impriment</em>. (<i>Ibid.</i>, p. 218, 247.)</p>
<a id="app54" name="app54"></a>
-<p class="p2">54&mdash;page <a href="#page73">73</a>&mdash;<i>Charles VI appelle ceux qui jouaient les Mystères de la
-Passion «ses amés et chers confrères».</i></p>
-
-<p><cite>Ordonnances</cite>, t. VIII, p. 555, déc. 1402.&mdash;Dans une lettre bien
-antérieure, Charles VI assigne «quarante francs à certains chapelains et
-clercs de la Sainte-Chapelle de nostre Palais à Paris, lesquels jouerent
-devant nous le jour de Pasques nagaires passé les jeux de la
-Résurrection Nostre Seigneur.» 5 avril 1390. (Bibliothèque royale, ms.,
+<p class="p2">54&mdash;page <a href="#page73">73</a>&mdash;<i>Charles VI appelle ceux qui jouaient les Mystères de la
+Passion «ses amés et chers confrères».</i></p>
+
+<p><cite>Ordonnances</cite>, t. VIII, p. 555, déc. 1402.&mdash;Dans une lettre bien
+antérieure, Charles VI assigne «quarante francs à certains chapelains et
+clercs de la Sainte-Chapelle de nostre Palais à Paris, lesquels jouerent
+devant nous le jour de Pasques nagaires passé les jeux de la
+Résurrection Nostre Seigneur.» 5 avril 1390. (Bibliothèque royale, ms.,
Cabinet des titres.)</p>
<a id="app55" name="app55"></a>
-<p class="p2">55&mdash;page <a href="#page78">78</a>&mdash;<i>Louis d'Orléans</i>, etc.</p>
+<p class="p2">55&mdash;page <a href="#page78">78</a>&mdash;<i>Louis d'Orléans</i>, etc.</p>
-<p>Voir le Religieux de Saint-Denis à l'année 1405, et le portrait qu'il
-fait du duc d'Orléans, année 1407, ms. Baluze, folio 553.&mdash;Voy. aussi
-les complaintes et autres pièces sur la mort de Louis d'Orléans. (Bibl.
+<p>Voir le Religieux de Saint-Denis à l'année 1405, et le portrait qu'il
+fait du duc d'Orléans, année 1407, ms. Baluze, folio 553.&mdash;Voy. aussi
+les complaintes et autres pièces sur la mort de Louis d'Orléans. (Bibl.
royale, mss. Colbert 2403, Regius 9681-5.)</p>
<a id="app56" name="app56"></a>
-<p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page365" name="page365"></a>(p. 365)</span> 56&mdash;page <a href="#page79">79</a>&mdash;<i>Les vieilles barbes de l'Université se
-troublaient à ses vives saillies...</i></p>
+<p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page365" name="page365"></a>(p. 365)</span> 56&mdash;page <a href="#page79">79</a>&mdash;<i>Les vieilles barbes de l'Université se
+troublaient à ses vives saillies...</i></p>
-<p>Voy. la réponse qu'il leur fit en 1405. Toutefois ordinairement il leur
-parlait avec douceur: «Ipsum vidi elegantiorem respondendo... quam
+<p>Voy. la réponse qu'il leur fit en 1405. Toutefois ordinairement il leur
+parlait avec douceur: «Ipsum vidi elegantiorem respondendo... quam
fuerant proponendo... mitissime alloqui, et si uspiam errassent, leniter
-admonere.» (Religieux de Saint-Denis, ms., 553, verso.)</p>
+admonere.» (Religieux de Saint-Denis, ms., 553, verso.)</p>
<a id="app57" name="app57"></a>
-<p class="p2">57&mdash;page <a href="#page80">80</a>, note 1&mdash;<i>L'éducation d'un jeune chevalier par les
+<p class="p2">57&mdash;page <a href="#page80">80</a>, note 1&mdash;<i>L'éducation d'un jeune chevalier par les
femmes...</i></p>
-<p>Les histoires de Saintré, de Fleuranges, de Jacques de Lalaing, ne sont
-guère autre chose. L'homme y prend toujours le petit rôle; il trouve
-doux d'y faire l'enfant. Tout au contraire de la <cite>Nouvelle Héloïse</cite>,
-dans les romans du quinzième siècle, la femme enseigne, et non l'homme,
+<p>Les histoires de Saintré, de Fleuranges, de Jacques de Lalaing, ne sont
+guère autre chose. L'homme y prend toujours le petit rôle; il trouve
+doux d'y faire l'enfant. Tout au contraire de la <cite>Nouvelle Héloïse</cite>,
+dans les romans du quinzième siècle, la femme enseigne, et non l'homme,
ce qui est bien plus gracieux. C'est ordinairement une jeune dame, mais
-plus âgée que <em>lui</em>, une dame dans la seconde jeunesse, une grande dame
-surtout, d'un rang élevé, inaccessible, qui se plaît à cultiver le petit
-page, à l'élever peu à peu. Est-ce une mère, une s&oelig;ur, un ange
+plus âgée que <em>lui</em>, une dame dans la seconde jeunesse, une grande dame
+surtout, d'un rang élevé, inaccessible, qui se plaît à cultiver le petit
+page, à l'élever peu à peu. Est-ce une mère, une s&oelig;ur, un ange
gardien? Un peu tout cela. Toutefois, c'est une femme... Oui, mais une
-dame placée si haut! Que de mérite il faudrait, que d'efforts, de
-soupirs pendant de longues années!... Les leçons qu'elle lui donne ne
-sont pas des leçons pour rire: rien n'est plus sérieux, quelquefois plus
-pédantesque. La pédanterie même, l'austérité des conseils, la grandeur
-des difficultés, font un contraste piquant et ajoutent un prix à
-l'amour... Au but, tout s'évanouit; en cela, comme toujours, le but
+dame placée si haut! Que de mérite il faudrait, que d'efforts, de
+soupirs pendant de longues années!... Les leçons qu'elle lui donne ne
+sont pas des leçons pour rire: rien n'est plus sérieux, quelquefois plus
+pédantesque. La pédanterie même, l'austérité des conseils, la grandeur
+des difficultés, font un contraste piquant et ajoutent un prix à
+l'amour... Au but, tout s'évanouit; en cela, comme toujours, le but
n'est rien, la route est tout. Ce qui reste, c'est un chevalier
-accompli, le mérite et la grâce même.&mdash;Voir l'<cite>Histoire du Petit Jehan
-de Saintré</cite>, 3 vol. in-12, 1724; le <cite>Panégyric du chevalier sans
-reproche</cite> (La Trémouille), 1527, etc., etc. (Note de 1840).&mdash;Voir
+accompli, le mérite et la grâce même.&mdash;Voir l'<cite>Histoire du Petit Jehan
+de Saintré</cite>, 3 vol. in-12, 1724; le <cite>Panégyric du chevalier sans
+reproche</cite> (La Trémouille), 1527, etc., etc. (Note de 1840).&mdash;Voir
<cite>Renaissance</cite>, notes de l'Introduction (1855).</p>
<a id="app58" name="app58"></a>
<p class="p2">58&mdash;page <a href="#page81">81</a>&mdash;<i>Christine de Pisan...</i></p>
-<p>Nous devons à M. Thomassy de pouvoir apprécier enfin ce mérite si
-longtemps méconnu. (<cite>Essai sur les écrits politiques de Christine de
+<p>Nous devons à M. Thomassy de pouvoir apprécier enfin ce mérite si
+longtemps méconnu. (<cite>Essai sur les écrits politiques de Christine de
Pisan</cite>, 1838.) M. de Sismondi la traite encore assez durement. Gabriel
-Naudé, ce grand chercheur, avait eu l'idée de tirer ses manuscrits de la
-poussière. (<cite>Naudæi Epistolæ</cite>, epist. XLIX., p. 369.)</p>
+Naudé, ce grand chercheur, avait eu l'idée de tirer ses manuscrits de la
+poussière. (<cite>Naudæi Epistolæ</cite>, epist. XLIX., p. 369.)</p>
<a id="app59" name="app59"></a>
-<p class="p2">59&mdash;page <a href="#page81">81</a>&mdash;<i>Christine n'eut de rapport avec le duc d'Orléans</i>, etc.</p>
+<p class="p2">59&mdash;page <a href="#page81">81</a>&mdash;<i>Christine n'eut de rapport avec le duc d'Orléans</i>, etc.</p>
-<p>Elle dédia au duc d'Orléans son <cite>Débat des deux amants</cite> et d'autres
+<p>Elle dédia au duc d'Orléans son <cite>Débat des deux amants</cite> et d'autres
<span class="pagenum"><a id="page366" name="page366"></a>(p. 366)</span> ouvrages. Du reste, elle fait entendre qu'elle ne le vit qu'une
-fois, et pour solliciter sa protection: «Et ay-je veu de mes yeulx,
-comme j'eusse affaire aucune requeste d'ayde de sa parolle, à laquelle,
-de sa grâce, ne faillis mie. Plus d'une heure fus en sa présence, où je
-prenoye grant plaisir de veoir sa contenance, et si agmodérément
-expédier besongnes, chascune par ordre; et moi mesmes, quant vint à
-point, par luy fus appellée, et fait ce que requeroye...»&mdash;Elle dit
-encore du duc d'Orléans: «N'a cure d'oyr dire deshonneur de femmes
-d'autruy, à l'exemple du sage, (et dit de telles notables parolles:
-«Quant on me dit mal d'aucun, je considère se celluy qui le dit a aucune
-particulière hayne à celluy dont il parle)», ne de nelluy mesdire, et ne
-croit mie de legier mal qu'on lui rapporte.» (Christine de Pisan,
+fois, et pour solliciter sa protection: «Et ay-je veu de mes yeulx,
+comme j'eusse affaire aucune requeste d'ayde de sa parolle, à laquelle,
+de sa grâce, ne faillis mie. Plus d'une heure fus en sa présence, où je
+prenoye grant plaisir de veoir sa contenance, et si agmodérément
+expédier besongnes, chascune par ordre; et moi mesmes, quant vint à
+point, par luy fus appellée, et fait ce que requeroye...»&mdash;Elle dit
+encore du duc d'Orléans: «N'a cure d'oyr dire deshonneur de femmes
+d'autruy, à l'exemple du sage, (et dit de telles notables parolles:
+«Quant on me dit mal d'aucun, je considère se celluy qui le dit a aucune
+particulière hayne à celluy dont il parle)», ne de nelluy mesdire, et ne
+croit mie de legier mal qu'on lui rapporte.» (Christine de Pisan,
collection Petitot, t. V, p. 393.)</p>
<a id="app60" name="app60"></a>
<p class="p2">60&mdash;page <a href="#page82">82</a>&mdash;<i>Monstrelet est sujet et serviteur de la maison de
Bourgogne...</i></p>
-<p>M. Dacier n'a pas réussi, dans la préface de son <cite>Monstrelet</cite>, à établir
-l'impartialité de ce chroniqueur. Monstrelet omet ou abrège ce qui est
-défavorable à la maison de Bourgogne, ou favorable à l'autre parti. Cela
+<p>M. Dacier n'a pas réussi, dans la préface de son <cite>Monstrelet</cite>, à établir
+l'impartialité de ce chroniqueur. Monstrelet omet ou abrège ce qui est
+défavorable à la maison de Bourgogne, ou favorable à l'autre parti. Cela
est d'autant plus frappant qu'il est ordinairement d'un bavardage
-fatigant. «Plus baveux qu'un pot à moutarde», dit Rabelais.</p>
+fatigant. «Plus baveux qu'un pot à moutarde», dit Rabelais.</p>
<a id="app61" name="app61"></a>
<p class="p2">61&mdash;page <a href="#page84">84</a>&mdash;<i>Charles V rendit aux Flamands Lille et Douai, la Flandre
-française...</i></p>
+française...</i></p>
<p>Il est curieux de voir comment Philippe-le-Hardi eut l'adresse de se
conserver cette importante possession que Charles V avait cru, ce
-semble, ne céder que temporairement, pour gagner les Flamands et
-faciliter le mariage de son frère. Celui-ci obtint, sous la minorité de
+semble, ne céder que temporairement, pour gagner les Flamands et
+faciliter le mariage de son frère. Celui-ci obtint, sous la minorité de
Charles VI, qu'on lui laisserait Lille, etc., pour sa vie et celle de
-son premier hoir mâle. Il savait bien qu'une si longue possession
-finirait par devenir propriété. V. les <cite>Preuves de l'Hist. de
+son premier hoir mâle. Il savait bien qu'une si longue possession
+finirait par devenir propriété. V. les <cite>Preuves de l'Hist. de
Bourgogne</cite>, de D. Plancher, 16 janvier 1386, t. III, p. 91-94.</p>
<a id="app62" name="app62"></a>
-<p class="p2">62&mdash;page <a href="#page84">84</a>&mdash;<i>La langue française et wallone ne gagna pas un pouce de
+<p class="p2">62&mdash;page <a href="#page84">84</a>&mdash;<i>La langue française et wallone ne gagna pas un pouce de
terrain sur le flamand...</i></p>
-<p>C'est ce qui résulte de l'important mémoire de M. Raoux; il prouve par
-une suite de témoignages que depuis le onzième siècle la limite des deux
-langues est la même. Rien n'a changé dans les villes même que les
-Français ont gardées un siècle et demi. (<cite>Mémoires de l'Académie de
+<p>C'est ce qui résulte de l'important mémoire de M. Raoux; il prouve par
+une suite de témoignages que depuis le onzième siècle la limite des deux
+langues est la même. Rien n'a changé dans les villes même que les
+Français ont gardées un siècle et demi. (<cite>Mémoires de l'Académie de
Bruxelles</cite>, t. IV, p. 412-440.)</p>
<a id="app63" name="app63"></a>
<p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page367" name="page367"></a>(p. 367)</span> 63&mdash;page <a href="#page85">85</a>&mdash;<i>Pierre Dubois se fit pirate</i>, etc.</p>
-<p>Meyeri, <cite>Annales Flandriæ</cite>, folio 208, et Altemeyer, <cite>Histoire des
-relations commerciales et politiques des Pays-Bas avec le Nord, d'après
-les documents inédits</cite>; ms.</p>
+<p>Meyeri, <cite>Annales Flandriæ</cite>, folio 208, et Altemeyer, <cite>Histoire des
+relations commerciales et politiques des Pays-Bas avec le Nord, d'après
+les documents inédits</cite>; ms.</p>
<a id="app64" name="app64"></a>
-<p class="p2">64&mdash;page <a href="#page89">89</a>&mdash;<i>Le duc d'Orléans jeta le gant à Henri IV pour venger
+<p class="p2">64&mdash;page <a href="#page89">89</a>&mdash;<i>Le duc d'Orléans jeta le gant à Henri IV pour venger
Richard II...</i></p>
-<p>Lettre des ambassadeurs anglais contre le duc d'Orléans, etc.: «Le roi
-d'Angleterre, alors duc, étant revenu en Angleterre demander justice, a
-été poursuivi par le roi Richard, lequel est mort en cette poursuite,
-<em>ayant auparavant résigné son royaume audit duc</em>; il n'est pas nouveau
-qu'un roi, comme un pape, puisse résigner son État.» 24 septembre 1404.
-(<cite>Archives</cite>, <cite>Trésor des chartes</cite>, J, 645.)</p>
+<p>Lettre des ambassadeurs anglais contre le duc d'Orléans, etc.: «Le roi
+d'Angleterre, alors duc, étant revenu en Angleterre demander justice, a
+été poursuivi par le roi Richard, lequel est mort en cette poursuite,
+<em>ayant auparavant résigné son royaume audit duc</em>; il n'est pas nouveau
+qu'un roi, comme un pape, puisse résigner son État.» 24 septembre 1404.
+(<cite>Archives</cite>, <cite>Trésor des chartes</cite>, J, 645.)</p>
<a id="app65" name="app65"></a>
-<p class="p2">65&mdash;page <a href="#page91">91</a>&mdash;<i>Si l'on en croyait une tradition conservée par Meyer</i>,
+<p class="p2">65&mdash;page <a href="#page91">91</a>&mdash;<i>Si l'on en croyait une tradition conservée par Meyer</i>,
etc.</p>
<p>Meyer ne nomme pas cet auteur, qui nous apprend seulement dans le
-passage cité qu'il a vu souvent Charles VII et causé familièrement avec
-lui. Il prétend que Jean-sans-Peur voulait, dès le vivant de son père,
-tuer le duc d'Orléans; que dès qu'il lui succéda, il demanda à ses
-conseillers quel était le moyen d'en venir à bout avec moins de danger.
-N'ayant pu changer sa résolution, ils lui conseillèrent d'attendre qu'il
-eût perdu son ennemi dans l'esprit du peuple: «Id autem hoc modo
-efficere posset, si Parisiis præcipue et similiter in aliis quibusque
+passage cité qu'il a vu souvent Charles VII et causé familièrement avec
+lui. Il prétend que Jean-sans-Peur voulait, dès le vivant de son père,
+tuer le duc d'Orléans; que dès qu'il lui succéda, il demanda à ses
+conseillers quel était le moyen d'en venir à bout avec moins de danger.
+N'ayant pu changer sa résolution, ils lui conseillèrent d'attendre qu'il
+eût perdu son ennemi dans l'esprit du peuple: «Id autem hoc modo
+efficere posset, si Parisiis præcipue et similiter in aliis quibusque
regni nobilioribus civitatibus, per biennium vel triennum ante per
-impositas personas ubique disseminari faceret: «Se maxime regnicolis
+impositas personas ubique disseminari faceret: «Se maxime regnicolis
compati et condolere, quod tot tributis, et variis, et multiplicibus
vectigalibus premerentur. Seque totis eniti conatibus ut, regno ad
antiquas suas libertates atque immunitates restituto, omnibus hujus modi
@@ -9016,177 +8974,177 @@ optimi ac piissimi voti et affectus quem ad regnum et regnicolas
gerebat, fructum assequeretur, ipsius Aurelianensis ducis vires et
conatus semper obstitisse et continuo obstare, qui omnium hujus modi
imponendorum et in dies excrescentium novorum tributorum atque
-vectigalium author et defensor maximus existeret ac semper extitisset.»
+vectigalium author et defensor maximus existeret ac semper extitisset.»
Hoc igitur rumore per omnes pene civitates et provincias regni aures
-mentesque popularium occupante, tanta invidia apud plebem (quæ hujusmodi
+mentesque popularium occupante, tanta invidia apud plebem (quæ hujusmodi
gravamina vectigalium atque exactionum altius sentit atque suspirat)
-conflata fuit adversus præfatum Aurelianensium ducem, tantus <span class="pagenum"><a id="page368" name="page368"></a>(p. 368)</span>
+conflata fuit adversus præfatum Aurelianensium ducem, tantus <span class="pagenum"><a id="page368" name="page368"></a>(p. 368)</span>
vero amor, gratia atque favor omnium duci Burgundionum arcesserunt,
-ut...» (Meyer, 224, verso.)</p>
+ut...» (Meyer, 224, verso.)</p>
<a id="app66" name="app66"></a>
-<p class="p2">66&mdash;page <a href="#page92">92</a>&mdash;<i>Le duc de Bourgogne déclara</i>, etc.</p>
+<p class="p2">66&mdash;page <a href="#page92">92</a>&mdash;<i>Le duc de Bourgogne déclara</i>, etc.</p>
-<p>«Compatiendo regnicolis... Affirmans, quod si... consensisset, inde
-ducenta millia scuta auri, sibi promissa, percepisset.» (Religieux de
+<p>«Compatiendo regnicolis... Affirmans, quod si... consensisset, inde
+ducenta millia scuta auri, sibi promissa, percepisset.» (Religieux de
Saint-Denis, ms., folio 392.)</p>
<p><em>Il envoya dans toutes les villes des commissaires</em>, etc.</p>
-<p>«Qui de usurariis dolosisque contractibus et specialiter de illis qui
+<p>«Qui de usurariis dolosisque contractibus et specialiter de illis qui
ultra medietatem justi pretii aliquid vendidissent inquirerent, et ab
eis secundum demerita, pecunias extorquerent. (<i>Ibid.</i>, folio 394.)</p>
<a id="app67" name="app67"></a>
<p class="p2">67&mdash;page <a href="#page95">95</a>&mdash;<i>Les Anglais pensionnaient le capitaine de Paris...</i></p>
-<p>Le Religieux paraît croire pourtant qu'il était innocent; le Parlement
-le jugea tel. Il était Normand et fortement soutenu par les nobles de
-Normandie. (<i>Ibid.</i>, folio 424.) «Et disoient les Anglais... qu'il n'y
-avoit chose si secrète au conseil du roy que tantost après ils ne
-sceussent.» (Juvénal, p. 162.)</p>
+<p>Le Religieux paraît croire pourtant qu'il était innocent; le Parlement
+le jugea tel. Il était Normand et fortement soutenu par les nobles de
+Normandie. (<i>Ibid.</i>, folio 424.) «Et disoient les Anglais... qu'il n'y
+avoit chose si secrète au conseil du roy que tantost après ils ne
+sceussent.» (Juvénal, p. 162.)</p>
<a id="app68" name="app68"></a>
-<p class="p2">68&mdash;page <a href="#page95">95</a>&mdash;<i>Jean-sans-Peur conclut une trêve marchande avec les
+<p class="p2">68&mdash;page <a href="#page95">95</a>&mdash;<i>Jean-sans-Peur conclut une trêve marchande avec les
Anglais...</i></p>
-<p>En 1403, le duc de Bourgogne n'osant négocier avec les Anglais, laissa
+<p>En 1403, le duc de Bourgogne n'osant négocier avec les Anglais, laissa
les villes de Flandre traiter avec eux. (Rymer, editio tertia, t. IV, p.
-38.)&mdash;Il se fit ensuite autoriser par le roi à conclure une trêve
-marchande. Cette trêve fut renouvelée par sa veuve et son successeur. 29
-août 1403, 19 juin 1404. (<cite>Archives</cite>, <cite>Trésor des chartes</cite>, J, 573.)</p>
+38.)&mdash;Il se fit ensuite autoriser par le roi à conclure une trêve
+marchande. Cette trêve fut renouvelée par sa veuve et son successeur. 29
+août 1403, 19 juin 1404. (<cite>Archives</cite>, <cite>Trésor des chartes</cite>, J, 573.)</p>
<a id="app69" name="app69"></a>
<p class="p2">69&mdash;page <a href="#page95">95</a>&mdash;<i>L'habile et heureux fondateur de la maison de Bourgogne</i>,
etc.</p>
-<p>Voy. l'excellent jugement que Le Laboureur porte sur le caractère de
-Philippe-le-Hardi. (Introd. à l'<cite>Hist. de Charles VI</cite>, p. 96.)</p>
+<p>Voy. l'excellent jugement que Le Laboureur porte sur le caractère de
+Philippe-le-Hardi. (Introd. à l'<cite>Hist. de Charles VI</cite>, p. 96.)</p>
<a id="app70" name="app70"></a>
-<p class="p2">70&mdash;page <a href="#page97">97</a>&mdash;<i>La cession de biens au moyen âge...</i></p>
+<p class="p2">70&mdash;page <a href="#page97">97</a>&mdash;<i>La cession de biens au moyen âge...</i></p>
-<p><cite>Glossaire de Laurière</cite>, t. I, p. 206.&mdash;Michelet, <cite>Origines du droit</cite>,
-p. 395: «Se desceindre», c'est le signe de la cession de biens. En
-certaines villes d'Italie, celui qui fait cession a payé pour toujours,
-«s'il frappe du cul sur la pierre en présence du juge».</p>
+<p><cite>Glossaire de Laurière</cite>, t. I, p. 206.&mdash;Michelet, <cite>Origines du droit</cite>,
+p. 395: «Se desceindre», c'est le signe de la cession de biens. En
+certaines villes d'Italie, celui qui fait cession a payé pour toujours,
+«s'il frappe du cul sur la pierre en présence du juge».</p>
<a id="app71" name="app71"></a>
<p class="p2">71&mdash;page <a href="#page97">97</a>, note 3&mdash;<i>La renonciation de la veuve...</i></p>
-<p>Michelet, <cite>Origines</cite>, p. 42: «La clef était un des principaux <span class="pagenum"><a id="page369" name="page369"></a>(p. 369)</span>
-symboles usités dans le mariage...»&mdash;En France «lorsqu'on ostoit les
-clefs à sa femme, c'étoit le signe du divorce.» (Godet.)&mdash;«C'est une
-coutume chez les François que les veuves déposent leurs clefs et leur
-ceinture sur le corps mort de leur époux, en signe qu'elles renoncent à
-la communauté des biens.» (<cite>Le Grand Coutumier.</cite>)</p>
+<p>Michelet, <cite>Origines</cite>, p. 42: «La clef était un des principaux <span class="pagenum"><a id="page369" name="page369"></a>(p. 369)</span>
+symboles usités dans le mariage...»&mdash;En France «lorsqu'on ostoit les
+clefs à sa femme, c'étoit le signe du divorce.» (Godet.)&mdash;«C'est une
+coutume chez les François que les veuves déposent leurs clefs et leur
+ceinture sur le corps mort de leur époux, en signe qu'elles renoncent à
+la communauté des biens.» (<cite>Le Grand Coutumier.</cite>)</p>
<a id="app72" name="app72"></a>
<p class="p2">72&mdash;page <a href="#page98">98</a>&mdash;<i>La duchesse de Bourgogne accomplit bravement la
-cérémonie...</i></p>
+cérémonie...</i></p>
-<p>«Et là (à Arras), la duchesse Marguerite, sa femme (femme de
-Philippe-le-Hardi), renonça à ses biens meubles par la doute qu'elle ne
-trouvât trop grands dettes, en mettant sur sa représentation sa ceinture
-avec sa bourse et les clefs, comme il est de coutume, etc.»
+<p>«Et là (à Arras), la duchesse Marguerite, sa femme (femme de
+Philippe-le-Hardi), renonça à ses biens meubles par la doute qu'elle ne
+trouvât trop grands dettes, en mettant sur sa représentation sa ceinture
+avec sa bourse et les clefs, comme il est de coutume, etc.»
(Monstrelet.)</p>
<a id="app73" name="app73"></a>
-<p class="p2">73&mdash;page <a href="#page99">99</a>&mdash;<i>La France était redevenue riche par la paix...</i></p>
-
-<p>Cela ressort d'une infinité de faits de détail. Un historien dont
-l'opinion est bien grave en ce qui touche l'économie politique, et que
-d'ailleurs on ne peut soupçonner d'oublier jamais la cause du peuple, M.
-de Sismondi a compris ceci comme nous: «L'agriculture n'était point
-détruite en France, quoiqu'il semblât qu'on eût fait tout ce qu'il
-fallait pour l'anéantir. Au contraire, les granges brûlées par les
-dernières expéditions des Anglais avaient été rebâties, les vignes
-avaient été replantées, les champs se couvraient de moissons. Les arts,
-les manufactures, n'étaient point abandonnés; au contraire, il paraît
-qu'ils employaient un plus grand nombre de bras dans les villes, à en
-juger par les statuts de corps de métiers qui se multipliaient dans
-toutes les provinces, et pour lesquels on demandait chaque année de
-nouvelles sanctions royales. La richesse, si bravement enlevée à ceux
-qui l'avaient produite, était bientôt recréée par d'autres; et il faut
-bien que ce fût avec plus d'abondance encore, car le produit des tailles
-et des impositions, loin de diminuer, s'était considérablement accru. Le
-roi levait plus facilement six francs par feu dans l'année qu'il
-n'aurait levé un franc cinquante ans auparavant.» (Sismondi, <cite>Histoire
-des Français</cite>, t. XII, p. 173.)</p>
+<p class="p2">73&mdash;page <a href="#page99">99</a>&mdash;<i>La France était redevenue riche par la paix...</i></p>
+
+<p>Cela ressort d'une infinité de faits de détail. Un historien dont
+l'opinion est bien grave en ce qui touche l'économie politique, et que
+d'ailleurs on ne peut soupçonner d'oublier jamais la cause du peuple, M.
+de Sismondi a compris ceci comme nous: «L'agriculture n'était point
+détruite en France, quoiqu'il semblât qu'on eût fait tout ce qu'il
+fallait pour l'anéantir. Au contraire, les granges brûlées par les
+dernières expéditions des Anglais avaient été rebâties, les vignes
+avaient été replantées, les champs se couvraient de moissons. Les arts,
+les manufactures, n'étaient point abandonnés; au contraire, il paraît
+qu'ils employaient un plus grand nombre de bras dans les villes, à en
+juger par les statuts de corps de métiers qui se multipliaient dans
+toutes les provinces, et pour lesquels on demandait chaque année de
+nouvelles sanctions royales. La richesse, si bravement enlevée à ceux
+qui l'avaient produite, était bientôt recréée par d'autres; et il faut
+bien que ce fût avec plus d'abondance encore, car le produit des tailles
+et des impositions, loin de diminuer, s'était considérablement accru. Le
+roi levait plus facilement six francs par feu dans l'année qu'il
+n'aurait levé un franc cinquante ans auparavant.» (Sismondi, <cite>Histoire
+des Français</cite>, t. XII, p. 173.)</p>
<a id="app74" name="app74"></a>
<p class="p2">74&mdash;page <a href="#page100">100</a>&mdash;<i>On disait au peuple que la reine faisait passer en
Allemagne</i>, etc.</p>
-<p>«Cum regina ex illis sex equos oneratos auro monetato in Alemaniam
-mitteret, hoc in prædam venit Metensium (<i>de ceux de <span class="pagenum"><a id="page370" name="page370"></a>(p. 370)</span> Metz</i>)
+<p>«Cum regina ex illis sex equos oneratos auro monetato in Alemaniam
+mitteret, hoc in prædam venit Metensium (<i>de ceux de <span class="pagenum"><a id="page370" name="page370"></a>(p. 370)</span> Metz</i>)
qui a conductoribus didicerunt quod alias finantiam similem in Alemaniam
conduxerant, unde mirati sunt multi, cum sic vellet depauperare Franciam
-ut Alemanos ditaret.» (Religieux de Saint-Denis, ms., folio 440.)</p>
+ut Alemanos ditaret.» (Religieux de Saint-Denis, ms., folio 440.)</p>
<a id="app75" name="app75"></a>
<p class="p2">75&mdash;page <a href="#page100">100</a>&mdash;<i>Le grave historien du temps croit que la taxe
-précédente</i>, etc.</p>
+précédente</i>, etc.</p>
-<p>«Mihi pluries de summa sciscitanti responsum est, quod octies ad centum
-millia scuta auri venerat, quam tamen propriis deputaverant usibus.»
+<p>«Mihi pluries de summa sciscitanti responsum est, quod octies ad centum
+millia scuta auri venerat, quam tamen propriis deputaverant usibus.»
(<i>Ibid.</i>, folio 439.)</p>
<a id="app76" name="app76"></a>
-<p class="p2">76&mdash;page <a href="#page104">104</a>&mdash;<i>On obtint de Charles VI qu'il appelât le duc de
+<p class="p2">76&mdash;page <a href="#page104">104</a>&mdash;<i>On obtint de Charles VI qu'il appelât le duc de
Bourgogne</i>, etc.</p>
<p>Monstrelet, t. I, page 163. Le greffier du Parlement, contre son
-ordinaire, raconte ce fait avec détail: «Ce dit jour, le roy estant
-malade en son hostel de Saint-Paul, à Paris, de la maladie de
-l'aliénation de son entendement (laquelle a duré des l'an mil <span class="smcap">CCCIIIIXX</span>
+ordinaire, raconte ce fait avec détail: «Ce dit jour, le roy estant
+malade en son hostel de Saint-Paul, à Paris, de la maladie de
+l'aliénation de son entendement (laquelle a duré des l'an mil <span class="smcap">CCCIIIIXX</span>
et <span class="smcap">XIII</span>, hors aucuns intervalles de resipiscence telle quelle), et la
-royne et le duc d'Orliens Loys frère du roy estant à Meleun, où len
-menoit le dauphin duc de Guienne aagié de IX ans environ et sa femme
-aagiée de X ans ou environ, au mandement de la royne mère dudit dauphin,
+royne et le duc d'Orliens Loys frère du roy estant à Meleun, où len
+menoit le dauphin duc de Guienne aagié de IX ans environ et sa femme
+aagiée de X ans ou environ, au mandement de la royne mère dudit dauphin,
Jehan duc de Bourgoigne et contes de Flandres, cousin germain du roy et
-père de la femme dudit dauphin (qui venoit au roy comme len disoit pour
-faire hommage après le décès de Philippe son père, oncle du roi, jadis
+père de la femme dudit dauphin (qui venoit au roy comme len disoit pour
+faire hommage après le décès de Philippe son père, oncle du roi, jadis
de ses terres, et pour le visiter et aviser comme len disoit du petit
gouvernement de ce royaume) soupeconans comme len disoit que la royne
-n'eut mandé ledit dauphin pour sa venue, chevaucha hastivement et
-soudainement, à tout sa gent armée de Louvres en Parisis où il avoit
+n'eut mandé ledit dauphin pour sa venue, chevaucha hastivement et
+soudainement, à tout sa gent armée de Louvres en Parisis où il avoit
gen, en passant par Paris environ VII heures au matin, et a consuit
-ledit dauphin san gendre qui avoit gen à Ville-Juyve à Genisy, et ledit
-dauphin interrogué après salus où il aloit et si voudroit pas bien
+ledit dauphin san gendre qui avoit gen à Ville-Juyve à Genisy, et ledit
+dauphin interrogué après salus où il aloit et si voudroit pas bien
retourner en sa bonne ville de Paris, a respondu que oy, comme len
-disoit, le ramena environ XII heures contre le gré du marquis du Pont,
-cousin germain du roy et dudit duc et contre le gré du frère de la royne
-qui le menoient, auquel dauphin alèrent au-devant le roy de Navarre,
+disoit, le ramena environ XII heures contre le gré du marquis du Pont,
+cousin germain du roy et dudit duc et contre le gré du frère de la royne
+qui le menoient, auquel dauphin alèrent au-devant le roy de Navarre,
cousin germain, le duc de Berry et le duc de Bourbon, oncles du roy et
-plusieurs autres seigneurs qui estoient à Paris, et le menèrent au
-chasteau du Louvre pour être plus seurement; dont se tindrent mal
+plusieurs autres seigneurs qui estoient à Paris, et le menèrent au
+chasteau du Louvre pour être plus seurement; dont se tindrent mal
contens lesdits duc d'Orliens et la royne, telement que <i lang="la">hinc inde</i>
-s'assemblèrent à Paris du cousté dudit duc de Bourgogne le duc de
-<span class="pagenum"><a id="page371" name="page371"></a>(p. 371)</span> Lambourt son frère à grand nombre de gens d'armes, et ou
-plat-paiz plusieurs de plusieurs paiz et à Meleun et ou paiz environ du
-costé du duc d'Orliens plusieurs, comme len disoit. Quil en avendra?
-Dieu y pourvoi, car en lui doit estre espérance et sience et «non in
-principibus nec in filiis hominum, in quibus non est salus».
+s'assemblèrent à Paris du cousté dudit duc de Bourgogne le duc de
+<span class="pagenum"><a id="page371" name="page371"></a>(p. 371)</span> Lambourt son frère à grand nombre de gens d'armes, et ou
+plat-paiz plusieurs de plusieurs paiz et à Meleun et ou paiz environ du
+costé du duc d'Orliens plusieurs, comme len disoit. Quil en avendra?
+Dieu y pourvoi, car en lui doit estre espérance et sience et «non in
+principibus nec in filiis hominum, in quibus non est salus».
(<cite>Archives</cite>, <cite>Registres du Parlement, Conseil</cite>, vol. XII, folio 222. 19
-août 1405.)</p>
+août 1405.)</p>
<a id="app77" name="app77"></a>
-<p class="p2">77&mdash;page <a href="#page105">105</a>&mdash;<i>Le parti d'Orléans reprenait dix-huit petites places</i>,
+<p class="p2">77&mdash;page <a href="#page105">105</a>&mdash;<i>Le parti d'Orléans reprenait dix-huit petites places</i>,
etc.</p>
<p>Le comte d'Armagnac prit d'abord <em>dix-huit</em> petites places, selon le
-Religieux, ms., 469 verso: «Burdeganlensem adiit civitatem, ipsis
-mandans quod si exire audebant...»&mdash;Le connétable d'Albret et le comte
-d'Armagnac, employant tour à tour les armes et l'argent, se firent
-rendre <em>soixante</em> forts ou villages fortifiés. (Religieux, 471, verso.)</p>
+Religieux, ms., 469 verso: «Burdeganlensem adiit civitatem, ipsis
+mandans quod si exire audebant...»&mdash;Le connétable d'Albret et le comte
+d'Armagnac, employant tour à tour les armes et l'argent, se firent
+rendre <em>soixante</em> forts ou villages fortifiés. (Religieux, 471, verso.)</p>
<a id="app78" name="app78"></a>
-<p class="p2">78&mdash;page <a href="#page108">108</a>&mdash;<i>C'était le moment où le nouveau comte de Flandre</i>, etc.</p>
+<p class="p2">78&mdash;page <a href="#page108">108</a>&mdash;<i>C'était le moment où le nouveau comte de Flandre</i>, etc.</p>
<p>Promesse de la duchesse de Bourgogne et du duc Jean, son fils, qui
-s'engagent à suivre l'instruction du roi pour régler le commerce des
-Flamands avec les Anglais, 19 juin 1404. (<cite>Archives</cite>, <cite>Trésor des
+s'engagent à suivre l'instruction du roi pour régler le commerce des
+Flamands avec les Anglais, 19 juin 1404. (<cite>Archives</cite>, <cite>Trésor des
chartes</cite>, J, 503.)</p>
<a id="app79" name="app79"></a>
@@ -9194,601 +9152,601 @@ chartes</cite>, J, 503.)</p>
douze cents canons...</i></p>
<p>Voyez le curieux travail de M. Lacabane sur l'<cite>Histoire de l'artillerie
-au moyen âge</cite> (manuscrit en 1840).</p>
+au moyen âge</cite> (manuscrit en 1840).</p>
<a id="app80" name="app80"></a>
-<p class="p2">80&mdash;page <a href="#page109">109</a>&mdash;<i>Les Gascons qui avaient appelé le duc d'Orléans se
-ravisèrent et ne l'aidèrent point...</i></p>
+<p class="p2">80&mdash;page <a href="#page109">109</a>&mdash;<i>Les Gascons qui avaient appelé le duc d'Orléans se
+ravisèrent et ne l'aidèrent point...</i></p>
-<p>«Ferebatur capitaneos ad custodiam Aquitaniæ deputatos dominum ducem
+<p>«Ferebatur capitaneos ad custodiam Aquitaniæ deputatos dominum ducem
Aurelianensem antea sollicitasse, ut... aggrediendo armis patriam
Burdegalensem..&mdash;Iter arripuit, quamvis minime ignoraret agilitatem
Vasconum et quantis astuciis Francos reiteratis vicibus deceperunt ab
-antiquo.» (Religieux de Saint-Denis, ms., folio 490.)</p>
+antiquo.» (Religieux de Saint-Denis, ms., folio 490.)</p>
<a id="app81" name="app81"></a>
-<p class="p2">81&mdash;page <a href="#page109">109</a>&mdash;<i>Le duc de Bourgogne accusait le duc d'Orléans</i>, etc.</p>
+<p class="p2">81&mdash;page <a href="#page109">109</a>&mdash;<i>Le duc de Bourgogne accusait le duc d'Orléans</i>, etc.</p>
-<p>Monstrelet dit que l'on avait abusé du nom du roi pour défendre aux
+<p>Monstrelet dit que l'on avait abusé du nom du roi pour défendre aux
capitaines de la Picardie et du Boulenois d'aider le duc de <span class="pagenum"><a id="page372" name="page372"></a>(p. 372)</span>
-Bourgogne. (Monstrelet, t. I, p. 192.)&mdash;Le duc réclama des
-dédommagements. (V. <cite>Compte des dépenses faites par le duc de Bourgogne
-pour le siège de Calais</cite>, extrêmement important pour l'histoire de
-l'artillerie et en général du matériel de guerre. <cite>Archives</cite>, <cite>Trésor
+Bourgogne. (Monstrelet, t. I, p. 192.)&mdash;Le duc réclama des
+dédommagements. (V. <cite>Compte des dépenses faites par le duc de Bourgogne
+pour le siège de Calais</cite>, extrêmement important pour l'histoire de
+l'artillerie et en général du matériel de guerre. <cite>Archives</cite>, <cite>Trésor
des chartes</cite>, J, 922.)</p>
<a id="app82" name="app82"></a>
-<p class="p2">82&mdash;page <a href="#page117">117</a>&mdash;<i>Le testament du duc d'Orléans...</i></p>
-
-<p>On y voyait le goût et la connaissance familière des divines Écritures
-et des choses saintes. Durant sa vie, il avait été le plus magnifique
-des princes dans ses dons aux églises. Ses dernières volontés étaient
-plus libérales encore. Après le payement de ses dettes qu'il
-recommandait d'une façon expresse, commençait un merveilleux détail de
-toutes les fondations qu'il ordonnait, des prières et services funèbres
-qu'il prescrivait pour sa mémoire et dont les cérémonies étaient
-soigneusement déterminées. Il assignait des fonds pour construire une
-chapelle dans chaque église de Sainte-Croix d'Orléans, Notre-Dame de
+<p class="p2">82&mdash;page <a href="#page117">117</a>&mdash;<i>Le testament du duc d'Orléans...</i></p>
+
+<p>On y voyait le goût et la connaissance familière des divines Écritures
+et des choses saintes. Durant sa vie, il avait été le plus magnifique
+des princes dans ses dons aux églises. Ses dernières volontés étaient
+plus libérales encore. Après le payement de ses dettes qu'il
+recommandait d'une façon expresse, commençait un merveilleux détail de
+toutes les fondations qu'il ordonnait, des prières et services funèbres
+qu'il prescrivait pour sa mémoire et dont les cérémonies étaient
+soigneusement déterminées. Il assignait des fonds pour construire une
+chapelle dans chaque église de Sainte-Croix d'Orléans, Notre-Dame de
Chartres, Saint-Eustache et Saint-Paul de Paris. En outre, comme il
-avait une dévotion particulière pour l'ordre des religieux Célestins, il
-fondait une chapelle dans chacune des églises qu'ils avaient en France,
-au nombre de treize, sans parler des richesses qu'il laissait à leur
-maison de Paris. Il avait voulu y être inhumé en habit de l'ordre, porté
+avait une dévotion particulière pour l'ordre des religieux Célestins, il
+fondait une chapelle dans chacune des églises qu'ils avaient en France,
+au nombre de treize, sans parler des richesses qu'il laissait à leur
+maison de Paris. Il avait voulu y être inhumé en habit de l'ordre, porté
humblement au tombeau sur une claie couverte de cendre, et que sa statue
-de marbre le représentât aussi vêtu de cette robe. Les pauvres et les
-hôpitaux n'étaient pas oubliés dans ses bienfaits; et son amour pour les
-lettres paraissait dans la fondation de six bourses au collège de
-l'Ave-Maria. (<cite>Histoire des Célestins</cite>, par le P. Beurrier.&mdash;M. de
-Barante, t. III, p. 95, 3<sup>e</sup> édition.) Voir l'acte original, inséré en
-entier par Godefroy, à la suite de Juvénal des Ursins, p. 631-646.</p>
+de marbre le représentât aussi vêtu de cette robe. Les pauvres et les
+hôpitaux n'étaient pas oubliés dans ses bienfaits; et son amour pour les
+lettres paraissait dans la fondation de six bourses au collège de
+l'Ave-Maria. (<cite>Histoire des Célestins</cite>, par le P. Beurrier.&mdash;M. de
+Barante, t. III, p. 95, 3<sup>e</sup> édition.) Voir l'acte original, inséré en
+entier par Godefroy, à la suite de Juvénal des Ursins, p. 631-646.</p>
<a id="app83" name="app83"></a>
-<p class="p2">83&mdash;page <a href="#page118">118</a>&mdash;<i>Les Liégeois ayant chassé leur évêque</i>, etc.</p>
+<p class="p2">83&mdash;page <a href="#page118">118</a>&mdash;<i>Les Liégeois ayant chassé leur évêque</i>, etc.</p>
-<p>«Urgebant ut aut sacris initiaretur, aut certe episcopatum abdicaret.»
-Zanfliet est ici d'autant plus croyable que sa partialité pour l'évêque
+<p>«Urgebant ut aut sacris initiaretur, aut certe episcopatum abdicaret.»
+Zanfliet est ici d'autant plus croyable que sa partialité pour l'évêque
est partout visible. (Corn. Zanfliet, <cite>Leodiensi monachi Chronicon</cite>,
apud Martene, <cite>Amplissima Collectio</cite>, t. V, p. 360.) Voir aussi
<cite>Catalogus episcoporum Leodensium, auctore Placetio</cite>, ann. 1403-1408, et
la Collection de Chapeauville.</p>
<a id="app84" name="app84"></a>
-<p class="p2">84&mdash;page <a href="#page123">123</a>&mdash;<i>Assassinat du duc d'Orléans...</i></p>
-
-<p>Déposition de Jacquette Griffart. (<cite>Mém. Acad.</cite>, t. XXI, p. 526 et
-suiv.): «Elle s'en alla de sa dite fenestre pour coucher son enfant,
-<span class="pagenum"><a id="page373" name="page373"></a>(p. 373)</span> et incontinent après ouit crier, etc...»&mdash;L'autre témoin
-oculaire, serviteur d'un neveu du maréchal de Rieux, dépose aussi: «Que
-le jour d'hier au soir, environ huit heures de nuit..., estant à l'huis
-d'une des salles... qui ont égart sur la Vieille rue du Temple... ouit
-et entendit qu'en la rue avoit grand cliquetis comme d'épées et autres
-armures... et disoient tels mots: «À mort, à mort!» Dont lors pour
-sçavoir ce que c'estoit, il remonta en ladite chambre dudit son maître,
-qui est au-dessus de ladite salle... et trouva que aux fenêtres d'icelle
-estoit desjà ledit son maître, le page, le barbier d'icelui son maître,
+<p class="p2">84&mdash;page <a href="#page123">123</a>&mdash;<i>Assassinat du duc d'Orléans...</i></p>
+
+<p>Déposition de Jacquette Griffart. (<cite>Mém. Acad.</cite>, t. XXI, p. 526 et
+suiv.): «Elle s'en alla de sa dite fenestre pour coucher son enfant,
+<span class="pagenum"><a id="page373" name="page373"></a>(p. 373)</span> et incontinent après ouit crier, etc...»&mdash;L'autre témoin
+oculaire, serviteur d'un neveu du maréchal de Rieux, dépose aussi: «Que
+le jour d'hier au soir, environ huit heures de nuit..., estant à l'huis
+d'une des salles... qui ont égart sur la Vieille rue du Temple... ouit
+et entendit qu'en la rue avoit grand cliquetis comme d'épées et autres
+armures... et disoient tels mots: «À mort, à mort!» Dont lors pour
+sçavoir ce que c'estoit, il remonta en ladite chambre dudit son maître,
+qui est au-dessus de ladite salle... et trouva que aux fenêtres d'icelle
+estoit desjà ledit son maître, le page, le barbier d'icelui son maître,
qui regardoient en ladite Vieille rue du Temple, par l'une desquelles
-fenestres il qui parle regarda emmi ladite rue, et veid à la clarté
-d'une torche qui étoit ardente sur les carreaux, que droit devant
-l'hôtel de l'Image de Notre-Dame, étoient plusieurs compaignons à pied,
-comme du nombre de douze à quatorze, nul desquels il ne connaissoit,
-lesquels tenoient les uns des espées toutes nues, les autres haches, les
+fenestres il qui parle regarda emmi ladite rue, et veid à la clarté
+d'une torche qui étoit ardente sur les carreaux, que droit devant
+l'hôtel de l'Image de Notre-Dame, étoient plusieurs compaignons à pied,
+comme du nombre de douze à quatorze, nul desquels il ne connaissoit,
+lesquels tenoient les uns des espées toutes nues, les autres haches, les
autres becs de faucon, et massues de bois ayans piquans de fer au bout,
-et desdits harnois féroient et frappoient sur aucuns qui estoient en la
-compagnie, disans tels mots: «À mort, à mort!» Et qu'il est vrai que
+et desdits harnois féroient et frappoient sur aucuns qui estoient en la
+compagnie, disans tels mots: «À mort, à mort!» Et qu'il est vrai que
lors, il qui parle, pour mieux voir qui estoient iceux compagnons, alla
ouvrir le guichet de la porte qui a issue en ladite Vieille rue du
Temple... Et ainsi qu'il ouvrit ledit guichet de ladite porte, on bouta
un bec de faucon entre ledit guichet et la porte, dont lors il qui
parle, pour doubte qu'on ne lui fit mal dudit bec de faucon referma
-ledit guichet et s'en retourna en la chambre dudit son maître, par l'une
-des fenestres de laquelle il vit aucuns compaignons qui étoient montés
-sur chevaux emmi la rue, et si veid sortir d'icelui hôtel cinq ou six
-compaignons tous montés sur chevaux, qu'incontinent qu'ils furent
-sortis, un homme de pied près d'iceux, féri et frappa d'une massue de
-bois un homme qui étoit tout étendu sur les carreaux, et revêtu d'une
-houppelande de drap de damas noir, fourrée de martre; et quand il eut
-frappé ledit coup, il monta sur un cheval et se mit en la compagnie des
-autres... Et incontinent après ledit coup de massue ainsi donné, il qui
-parle veid tous lesdits compagnons qui étoient à cheval eux en aller et
-fouir le plutôt qu'ils pouvoient sans aucune lumière, droit à l'entrée
+ledit guichet et s'en retourna en la chambre dudit son maître, par l'une
+des fenestres de laquelle il vit aucuns compaignons qui étoient montés
+sur chevaux emmi la rue, et si veid sortir d'icelui hôtel cinq ou six
+compaignons tous montés sur chevaux, qu'incontinent qu'ils furent
+sortis, un homme de pied près d'iceux, féri et frappa d'une massue de
+bois un homme qui étoit tout étendu sur les carreaux, et revêtu d'une
+houppelande de drap de damas noir, fourrée de martre; et quand il eut
+frappé ledit coup, il monta sur un cheval et se mit en la compagnie des
+autres... Et incontinent après ledit coup de massue ainsi donné, il qui
+parle veid tous lesdits compagnons qui étoient à cheval eux en aller et
+fouir le plutôt qu'ils pouvoient sans aucune lumière, droit à l'entrée
de la rue des Blancs-Manteaux en laquelle ils se bouterent, et ne sait
-quelle part ils allerent. Incontinent qu'ils s'en furent allés, lui
-estant encore à ladite fenestre, vit sortir par les fenestres d'en haut
-dudit hôtel de l'Image Notre-Dame, grande fumée, et si ouit plusieurs
-des voisins qui crioient moult fort: «Au feu, au feu!» Et lors lui qui
-parle, ledit son maître et les autres dessus <span class="pagenum"><a id="page374" name="page374"></a>(p. 374)</span> nommés, allerent
-tous emmi la rue, eux étans en laquelle, il qui parle veid à la clarté
-d'une ou deux torches ledit feu monseigneur d'Orléans qui étoit tout
-étendu mort sur les carreaux, le ventre contremont, et n'avoit point de
+quelle part ils allerent. Incontinent qu'ils s'en furent allés, lui
+estant encore à ladite fenestre, vit sortir par les fenestres d'en haut
+dudit hôtel de l'Image Notre-Dame, grande fumée, et si ouit plusieurs
+des voisins qui crioient moult fort: «Au feu, au feu!» Et lors lui qui
+parle, ledit son maître et les autres dessus <span class="pagenum"><a id="page374" name="page374"></a>(p. 374)</span> nommés, allerent
+tous emmi la rue, eux étans en laquelle, il qui parle veid à la clarté
+d'une ou deux torches ledit feu monseigneur d'Orléans qui étoit tout
+étendu mort sur les carreaux, le ventre contremont, et n'avoit point de
poing au bras senestre... et si veid qu'environ le long de deux toises
-près dudit feu monseigneur le duc d'Orléans, étoit aussi étendu sur les
-carreaux un compagnon qui estoit à la cour dudit feu M. le duc
-d'Orléans, appelé Jacob, qui se complaignoit moult fort, comme s'il
-vouloit mourir.» (Déposition du varlet Raoul Prieur, <cite>Mém. Acad.</cite>, t.
+près dudit feu monseigneur le duc d'Orléans, étoit aussi étendu sur les
+carreaux un compagnon qui estoit à la cour dudit feu M. le duc
+d'Orléans, appelé Jacob, qui se complaignoit moult fort, comme s'il
+vouloit mourir.» (Déposition du varlet Raoul Prieur, <cite>Mém. Acad.</cite>, t.
XXI, p. 529.)</p>
<a id="app85" name="app85"></a>
-<p class="p2">85&mdash;page <a href="#page124">124</a>&mdash;<i>Selon un autre récit, le grand homme au chaperon rouge</i>,
+<p class="p2">85&mdash;page <a href="#page124">124</a>&mdash;<i>Selon un autre récit, le grand homme au chaperon rouge</i>,
etc.</p>
-<p>«Cadaver ignominiose traxit ad vicinum f&oelig;tidissimum lutum, ubi, cum
-face straminis ardente, scelus adimpletum vidit; inde lætus, tanquam de
-re bene gesta, ad hospitium ducis Burgundiæ rediit.» (Religieux de
-Saint-Denis, ms., folio 553.)&mdash;V. dans les <cite>Preuves</cite> de Félibien, le
-récit des <cite>Registres du Parlement, Conseil</cite>, XIII.</p>
+<p>«Cadaver ignominiose traxit ad vicinum f&oelig;tidissimum lutum, ubi, cum
+face straminis ardente, scelus adimpletum vidit; inde lætus, tanquam de
+re bene gesta, ad hospitium ducis Burgundiæ rediit.» (Religieux de
+Saint-Denis, ms., folio 553.)&mdash;V. dans les <cite>Preuves</cite> de Félibien, le
+récit des <cite>Registres du Parlement, Conseil</cite>, XIII.</p>
<a id="app86" name="app86"></a>
-<p class="p2">86&mdash;page <a href="#page124">124</a>&mdash;<i>Ces pauvres restes furent portés, parmi la terreur
-générale...</i></p>
-
-<p>Cette terreur ne paraît que trop dans le peu de mots qu'on écrivit le
-lendemain sur les registres du Parlement. (<cite>Preuves de Félibien</cite>, t. II,
-p. 549.) Les gens du Parlement paraissent sentir, avec la sagacité de la
-peur, qu'un tel coup n'a pu être fait que par un homme bien puissant.
-Ils ne disent rien de favorable au mort: «Ce prince qui si grand
-seigneur estoit et si puissant, et à qui naturellement, au cas qu'il
-eust fallu, gouverneur en ce royaume, en si petit moment a finé ses
-jours moult horriblement <em>et honteusement</em>. Et qui ce a faict, «scietur
-autem postea».&mdash;Plus tard, on apprend que le meurtrier est le duc de
-Bourgogne, et le Parlement fait écrire sur ses registres les lignes
-suivantes, où le blâme est partagé assez également entre les deux
-partis: «XXIII novembris M CCCC VII inhumaniter fuit trucidatus et
-interfectus D. Ludovicus Franciæ, dux Aurelianensis et frater regis,
+<p class="p2">86&mdash;page <a href="#page124">124</a>&mdash;<i>Ces pauvres restes furent portés, parmi la terreur
+générale...</i></p>
+
+<p>Cette terreur ne paraît que trop dans le peu de mots qu'on écrivit le
+lendemain sur les registres du Parlement. (<cite>Preuves de Félibien</cite>, t. II,
+p. 549.) Les gens du Parlement paraissent sentir, avec la sagacité de la
+peur, qu'un tel coup n'a pu être fait que par un homme bien puissant.
+Ils ne disent rien de favorable au mort: «Ce prince qui si grand
+seigneur estoit et si puissant, et à qui naturellement, au cas qu'il
+eust fallu, gouverneur en ce royaume, en si petit moment a finé ses
+jours moult horriblement <em>et honteusement</em>. Et qui ce a faict, «scietur
+autem postea».&mdash;Plus tard, on apprend que le meurtrier est le duc de
+Bourgogne, et le Parlement fait écrire sur ses registres les lignes
+suivantes, où le blâme est partagé assez également entre les deux
+partis: «XXIII novembris M CCCC VII inhumaniter fuit trucidatus et
+interfectus D. Ludovicus Franciæ, dux Aurelianensis et frater regis,
multum <em>astutus</em> et magni intellectus, sed nimis in carnalibus lubricus,
-de nocte hora IX per ducem Burgundiæ, aut suo præcepto, ut confessus
+de nocte hora IX per ducem Burgundiæ, aut suo præcepto, ut confessus
est, in vico prope portam de Barbette. Unde infinita mala processerunt,
-quæ diu nimis durabunt.» (<cite>Registres du Parlement</cite>, <cite>Liber consiliorum</cite>,
-passage imprimé dans les <em>Mélanges curieux</em> de Labbe, t. II, p. 702-3.)</p>
+quæ diu nimis durabunt.» (<cite>Registres du Parlement</cite>, <cite>Liber consiliorum</cite>,
+passage imprimé dans les <em>Mélanges curieux</em> de Labbe, t. II, p. 702-3.)</p>
<a id="app87" name="app87"></a>
-<p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page375" name="page375"></a>(p. 375)</span> 87&mdash;page <a href="#page124">124</a>&mdash;<i>Le duc d'Orléans fut enseveli à l'église des
-Célestins...</i></p>
-
-<p>Les Célestins avaient été fondés par Pierre de Morone (Célestin V), ce
-simple d'esprit qui fut déposé du pontificat par Boniface VIII. En haine
-de Boniface, Philippe-le-Bel honora les Célestins, les fit venir en
-France, les établit dans la forêt de Compiègne (1308). Cet ordre devint
-très populaire en France. Tous les hommes importants du temps de Charles
+<p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page375" name="page375"></a>(p. 375)</span> 87&mdash;page <a href="#page124">124</a>&mdash;<i>Le duc d'Orléans fut enseveli à l'église des
+Célestins...</i></p>
+
+<p>Les Célestins avaient été fondés par Pierre de Morone (Célestin V), ce
+simple d'esprit qui fut déposé du pontificat par Boniface VIII. En haine
+de Boniface, Philippe-le-Bel honora les Célestins, les fit venir en
+France, les établit dans la forêt de Compiègne (1308). Cet ordre devint
+très populaire en France. Tous les hommes importants du temps de Charles
V et de Charles VI furent en relation intime avec cet ordre. Montaigu
-fit beaucoup de bien aux Célestins de Marcoussis. (<cite>Archives</cite>, L,
+fit beaucoup de bien aux Célestins de Marcoussis. (<cite>Archives</cite>, L,
1539-1540.)</p>
<a id="app88" name="app88"></a>
<p class="p2">88&mdash;page <a href="#page124">124</a>&mdash;<i>Tout le monde pleurait, les ennemis comme les amis...</i></p>
-<p>Monstrelet, serviteur de la maison de Bourgogne, qui écrit à Cambrai (en
-la noble cité de Cambrai, t. I, p. 48), et certainement plusieurs années
-après l'événement, assure que le peuple se réjouit de cette mort. Le
-Religieux de Saint-Denis, ordinairement si bien informé, si près des
-événements, et qui semble les enregistrer à mesure qu'ils arrivent, ne
-dit rien de pareil. Il assure que le meurtrier lui-même parut affligé
-(folio 553); il ne croit pas, il est vrai, à la sincérité de cette
-douleur. Moi, j'y crois; cette contradiction me paraît être dans la
-nature. L'apologiste du duc d'Orléans dit que le duc de Bourgogne
-pleurait et sanglotait: «Singultibus et lacrymis.» (<i>Ibid.</i>, folio 593.)</p>
+<p>Monstrelet, serviteur de la maison de Bourgogne, qui écrit à Cambrai (en
+la noble cité de Cambrai, t. I, p. 48), et certainement plusieurs années
+après l'événement, assure que le peuple se réjouit de cette mort. Le
+Religieux de Saint-Denis, ordinairement si bien informé, si près des
+événements, et qui semble les enregistrer à mesure qu'ils arrivent, ne
+dit rien de pareil. Il assure que le meurtrier lui-même parut affligé
+(folio 553); il ne croit pas, il est vrai, à la sincérité de cette
+douleur. Moi, j'y crois; cette contradiction me paraît être dans la
+nature. L'apologiste du duc d'Orléans dit que le duc de Bourgogne
+pleurait et sanglotait: «Singultibus et lacrymis.» (<i>Ibid.</i>, folio 593.)</p>
<a id="app89" name="app89"></a>
<p class="p2">89&mdash;page <a href="#page125">125</a>&mdash;<i>Hier tout cela, aujourd'hui plus rien...</i></p>
-<p>«...Et lui qui estoit le plus grand de ce royaume, après le Roy et ses
-enfans, est en si petit de temps, si chétif. <i lang="la">Et qui cecidit, stabili
+<p>«...Et lui qui estoit le plus grand de ce royaume, après le Roy et ses
+enfans, est en si petit de temps, si chétif. <i lang="la">Et qui cecidit, stabili
non erat ille gradu. Agnosco nullam homini fiduciam, nisi in Deo; et si
-parum videatur, illuscescat clarius... Parcat sibi Deus.</i>» (<cite>Archives</cite>,
-<cite>Registres du Parlement</cite>. <cite>Plaidoiries</cite>, <cite>Matinée VI</cite>, folio 7, verso.)</p>
+parum videatur, illuscescat clarius... Parcat sibi Deus.</i>» (<cite>Archives</cite>,
+<cite>Registres du Parlement</cite>. <cite>Plaidoiries</cite>, <cite>Matinée VI</cite>, folio 7, verso.)</p>
<a id="app90" name="app90"></a>
-<p class="p2">90&mdash;page <a href="#page126">126</a>&mdash;<i>On trouve aux Célestins la cellule où il aimait à se
+<p class="p2">90&mdash;page <a href="#page126">126</a>&mdash;<i>On trouve aux Célestins la cellule où il aimait à se
retirer...</i></p>
-<p>Selon l'apologiste du duc d'Orléans (Religieux de Saint-Denis, ms.,
-folio 594), il disait tous les jours le bréviaire: «Horas canonicas
-dicebat.»&mdash;«Il avoit, dit Sauval, sa cellule dans le dortoir des
-Célestins, laquelle y est encore en son entier. Il jeûnoit, veilloit
-avec les religieux, venoit à matines comme eux durant l'Avent et le
-Carême. Ce prince leur a donné la grande Bible en vélin, enluminée, qui
-avoit été à son père Charles V, et qu'on voit <span class="pagenum"><a id="page376" name="page376"></a>(p. 376)</span> dans leur
-bibliothèque, signée de Charles V et de Louis, duc d'Orléans. Il leur
-donna aussi une autre grande Bible en cinq volumes in-folio, écrite sur
-le vélin, qui a toujours servi et sert encore pour lire au réfectoire.»
+<p>Selon l'apologiste du duc d'Orléans (Religieux de Saint-Denis, ms.,
+folio 594), il disait tous les jours le bréviaire: «Horas canonicas
+dicebat.»&mdash;«Il avoit, dit Sauval, sa cellule dans le dortoir des
+Célestins, laquelle y est encore en son entier. Il jeûnoit, veilloit
+avec les religieux, venoit à matines comme eux durant l'Avent et le
+Carême. Ce prince leur a donné la grande Bible en vélin, enluminée, qui
+avoit été à son père Charles V, et qu'on voit <span class="pagenum"><a id="page376" name="page376"></a>(p. 376)</span> dans leur
+bibliothèque, signée de Charles V et de Louis, duc d'Orléans. Il leur
+donna aussi une autre grande Bible en cinq volumes in-folio, écrite sur
+le vélin, qui a toujours servi et sert encore pour lire au réfectoire.»
(Sauval, t. I, p. 460.)</p>
<a id="app91" name="app91"></a>
-<p class="p2">91&mdash;page <a href="#page127">127</a>&mdash;<i>Sa veuve n'eut pas la consolation d'élever au mort
+<p class="p2">91&mdash;page <a href="#page127">127</a>&mdash;<i>Sa veuve n'eut pas la consolation d'élever au mort
l'humble tombe...</i></p>
-<p>«Considérant le mot du prophète: Ego sum vermis et non homo, opprobrium
+<p>«Considérant le mot du prophète: Ego sum vermis et non homo, opprobrium
hominum et abjectio plebis; je veux et ordonne que la remembrance de mon
visage et de mes mains soit faite sur ma tombe en guise de mort, et soit
-madicte remembrance vêtue de l'habit desdicts religieux Célestins, ayant
-dessous la tête au lieu d'oreiller une rude pierre en guise et manière
+madicte remembrance vêtue de l'habit desdicts religieux Célestins, ayant
+dessous la tête au lieu d'oreiller une rude pierre en guise et manière
d'une roche, et aux pieds, au lieu de lyons... une autre rude roche...
Et veux... que madicte tombe ne soit que de trois doigts de haut sur
-terre, et soit faicte de marbre noir eslevée et d'albâtre blanc..., et
-que je tienne en mes deux mains un livre où soit escrit le psaume:
+terre, et soit faicte de marbre noir eslevée et d'albâtre blanc..., et
+que je tienne en mes deux mains un livre où soit escrit le psaume:
Quicumque vult salvus esse... Autour de ma tombe soient escrits le
-Pater, l'Ave et le Credo.» (Testament de Louis d'Orléans, imprimé par
-Godefroy, à la suite de Juvénal des Ursins, p. 633.)</p>
+Pater, l'Ave et le Credo.» (Testament de Louis d'Orléans, imprimé par
+Godefroy, à la suite de Juvénal des Ursins, p. 633.)</p>
<p class="poem10 smcap">
- Cy gist Loys duc Dorléans...<br>
+ Cy gist Loys duc Dorléans...<br>
Lequel sur tous ducz terriens<br>
Fut le plus noble en son vivant<br>
Mais ung qui voult aller devant<br>
Par envye le feist mourir...</p>
-<p>(<cite>Épistaphe de feu Loys, duc d'Orléans.</cite> Bibl. royale, mss. Colbert,
+<p>(<cite>Épistaphe de feu Loys, duc d'Orléans.</cite> Bibl. royale, mss. Colbert,
2403; Regius, 9681, 5.)</p>
<a id="app92" name="app92"></a>
-<p class="p2">92&mdash;page <a href="#page127">127</a>&mdash;«<i>Hinc surrectura</i>»...</p>
+<p class="p2">92&mdash;page <a href="#page127">127</a>&mdash;«<i>Hinc surrectura</i>»...</p>
-<p>Cette inscription, la plus belle peut-être qu'on ait jamais lue sur une
-tombe chrétienne, a été placée par mon ami, M. Fourcy (bibliothécaire de
-l'École polytechnique), sur celle de sa mère.</p>
+<p>Cette inscription, la plus belle peut-être qu'on ait jamais lue sur une
+tombe chrétienne, a été placée par mon ami, M. Fourcy (bibliothécaire de
+l'École polytechnique), sur celle de sa mère.</p>
<a id="app93" name="app93"></a>
-<p class="p2">93&mdash;page <a href="#page128">128</a>, note 2&mdash;<i>Inès de Castro...</i></p>
+<p class="p2">93&mdash;page <a href="#page128">128</a>, note 2&mdash;<i>Inès de Castro...</i></p>
-<p>Lopes parle seulement de la translation du corps: «Como foi trellada
-Dona Enez, etc.» (<cite>Collecçao de livros ineditos.</cite> 1816, t. IV, p. 113.)
-M. Ferdinand Denis, dans ses intéressantes <cite>Chroniques de l'Espagne et
+<p>Lopes parle seulement de la translation du corps: «Como foi trellada
+Dona Enez, etc.» (<cite>Collecçao de livros ineditos.</cite> 1816, t. IV, p. 113.)
+M. Ferdinand Denis, dans ses intéressantes <cite>Chroniques de l'Espagne et
du Portugal</cite>, t. I, p. 157, cite le texte principal (de Faria y Souza),
qui appuie la tradition.&mdash;Un savant Portugais, M. Corvalho, assurait
-avoir vu, il y a quelques années, le corps d'Inès bien conservé:
-«Seulement la peau avait pris le <span class="pagenum"><a id="page377" name="page377"></a>(p. 377)</span> ton du vélin bruni par le
-temps...» (<i>Ibid.</i>, t. I, p. 163.) M. Taylor, en 1835, n'a plus trouvé
-que des ossements dispersés sur les dalles du couvent d'Alcabaça, et il
-les a pieusement inhumés. (<cite>Voyage pitt. en Espagne et en Portugal</cite>, l.
+avoir vu, il y a quelques années, le corps d'Inès bien conservé:
+«Seulement la peau avait pris le <span class="pagenum"><a id="page377" name="page377"></a>(p. 377)</span> ton du vélin bruni par le
+temps...» (<i>Ibid.</i>, t. I, p. 163.) M. Taylor, en 1835, n'a plus trouvé
+que des ossements dispersés sur les dalles du couvent d'Alcabaça, et il
+les a pieusement inhumés. (<cite>Voyage pitt. en Espagne et en Portugal</cite>, l.
XIII.)&mdash;Je trouve encore dans les <cite>Chroniques</cite>, traduites par M.
-Ferdinand Denis (t. I, p. 78), un fait curieux qui caractérise, autant
-que l'histoire d'Inès, le matérialisme poétique de ces temps, c'est
-l'histoire du bon vassal qui ne veut pas rendre son château au nouveau
-roi avant de s'assurer de la mort de son maître Sanche II. Il va à
-Tolède, où Sanche était mort exilé, enlève la pierre, reconnaît le mort,
-et accomplit son serment féodal en lui remettant au bras droit les clefs
-du château qu'il lui a autrefois confiées.</p>
+Ferdinand Denis (t. I, p. 78), un fait curieux qui caractérise, autant
+que l'histoire d'Inès, le matérialisme poétique de ces temps, c'est
+l'histoire du bon vassal qui ne veut pas rendre son château au nouveau
+roi avant de s'assurer de la mort de son maître Sanche II. Il va à
+Tolède, où Sanche était mort exilé, enlève la pierre, reconnaît le mort,
+et accomplit son serment féodal en lui remettant au bras droit les clefs
+du château qu'il lui a autrefois confiées.</p>
<a id="app94" name="app94"></a>
<p class="p2">94&mdash;page <a href="#page129">129</a>&mdash;<i>Les tombeaux de La Scala...</i></p>
-<p>«In terra, e meze sepolte, son prima tre arche di marmo nostrale, quali
-non si sa per qual di questa casa servissero, poichè non hanno
+<p>«In terra, e meze sepolte, son prima tre arche di marmo nostrale, quali
+non si sa per qual di questa casa servissero, poichè non hanno
iscrizione alcuna; benne hanno l'arme sopra i coperchi, e <em>nel mezo di
uno si vede la scala con aquila sopra</em>,</p>
<p class="poem10">
- E'n su la scala porta il santo uccello.»</p>
+ E'n su la scala porta il santo uccello.»</p>
<p>(Dante, <cite>Parad.</cite>, XVII, 72.&mdash;Maffei, <cite>Verona illustrata</cite>, parte terza,
-p. 78, éd. in-folio.)</p>
+p. 78, éd. in-folio.)</p>
<a id="app95" name="app95"></a>
-<p class="p2">95&mdash;page <a href="#page129">129</a>&mdash;<i>La tombe de l'assassiné...</i></p>
-
-<p>Si ma mémoire ne me trompe, il y a près de là, dans Vérone, plusieurs
-lieux dont les noms rappellent cet événement: «Via dell' ammazato, Via
-delle quatro spade, Volto barbaro,» etc.&mdash;Ma conjecture semble appuyée
-par le passage suivant: «Sepultus... <em>exigua cum pompa</em> tantum, cum
-cives vererentur ne offenderent fratrem.» (Torelly Saraynæ Veronensis,
-<cite>Hist. Veron.</cite>, lib. secundo; <cite>Thesaur. Antiquit. Ital.</cite> Grævii et
+<p class="p2">95&mdash;page <a href="#page129">129</a>&mdash;<i>La tombe de l'assassiné...</i></p>
+
+<p>Si ma mémoire ne me trompe, il y a près de là, dans Vérone, plusieurs
+lieux dont les noms rappellent cet événement: «Via dell' ammazato, Via
+delle quatro spade, Volto barbaro,» etc.&mdash;Ma conjecture semble appuyée
+par le passage suivant: «Sepultus... <em>exigua cum pompa</em> tantum, cum
+cives vererentur ne offenderent fratrem.» (Torelly Saraynæ Veronensis,
+<cite>Hist. Veron.</cite>, lib. secundo; <cite>Thesaur. Antiquit. Ital.</cite> Grævii et
Burmanni, t. noni, parte septima, colonn. 71.)</p>
<a id="app96" name="app96"></a>
-<p class="p2">96&mdash;page <a href="#page129">129</a>&mdash;<i>Can Signore de La Scala tua son frère dans la rue, en
+<p class="p2">96&mdash;page <a href="#page129">129</a>&mdash;<i>Can Signore de La Scala tua son frère dans la rue, en
plein jour...</i></p>
-<p>«Cæde hac a civibus et populo percepta, quilibet quietus remansit...
-Approbata fuit ejus mens... Exclamarunt omnes: Vivat Dominus noster...»
+<p>«Cæde hac a civibus et populo percepta, quilibet quietus remansit...
+Approbata fuit ejus mens... Exclamarunt omnes: Vivat Dominus noster...»
(<i>Ibid.</i>, colonn. 70-71.)</p>
<a id="app97" name="app97"></a>
<p class="p2">97&mdash;page <a href="#page130">130</a>&mdash;<i>Toutes les questions politiques, morales, religieuses,
-s'agitèrent à l'occasion de la mort du duc d'Orléans.</i></p>
+s'agitèrent à l'occasion de la mort du duc d'Orléans.</i></p>
-<p>Ces grandes questions semblent avoir déjà été débattues en France, à
+<p>Ces grandes questions semblent avoir déjà été débattues en France, à
l'occasion de la fin tragique de Richard II. Voy. <cite>Lettre <span class="pagenum"><a id="page378" name="page378"></a>(p. 378)</span> de
Charles VI aux Anglais</cite>, 2 oct. 1402. Bibl. royale, mss. Fontanieu,
105-6; Brienne, vol. XXXIV, p. 227.</p>
<a id="app98" name="app98"></a>
-<p class="p2">98&mdash;page <a href="#page131">131</a>&mdash;<i>Le duc de Bourgogne leur dit tout pâle...</i></p>
+<p class="p2">98&mdash;page <a href="#page131">131</a>&mdash;<i>Le duc de Bourgogne leur dit tout pâle...</i></p>
-<p>«Se fecisse instigante Diabolo.» (Religieux, ms., folio 154.)&mdash;Plus
-loin, l'apologiste du duc d'Orléans rapporte cette parole comme avouée
-du duc de Bourgogne lui-même: «Tunc dixit quod Diabolus ad id ipsum
+<p>«Se fecisse instigante Diabolo.» (Religieux, ms., folio 154.)&mdash;Plus
+loin, l'apologiste du duc d'Orléans rapporte cette parole comme avouée
+du duc de Bourgogne lui-même: «Tunc dixit quod Diabolus ad id ipsum
tentaverat, et nunc sine verecundia sibimet contradicendo dicit quod
-optime fecit.» (<i>Ibid.</i>, ms., folio 593.)</p>
+optime fecit.» (<i>Ibid.</i>, ms., folio 593.)</p>
<a id="app99" name="app99"></a>
-<p class="p2">99&mdash;page <a href="#page132">132</a>&mdash;<i>Il rassembla les États de Flandre, d'Artois</i>, etc.</p>
-
-<p>«Auxquels il fit remontrer publiquement comment à Paris il avoit fait
-occire Louis, duc d'Orléans; et la cause pourquoi il l'avoit fait, il la
-fit lors divulguer par beaux articles et commanda que la copie en fût
-baillée par écrit à tous ceux qui la voudroient avoir; pour lequel fait
-il pria qu'on lui voulsist faire aide à tous besoins qui lui pourroient
-survenir. À quoi lui fut répondu des Flamands que très volontiers aide
-lui feroient.»&mdash;Les Flamands lui étaient d'autant plus favorables en ce
-moment qu'il venait de leur obtenir une trêve de l'Angleterre.
+<p class="p2">99&mdash;page <a href="#page132">132</a>&mdash;<i>Il rassembla les États de Flandre, d'Artois</i>, etc.</p>
+
+<p>«Auxquels il fit remontrer publiquement comment à Paris il avoit fait
+occire Louis, duc d'Orléans; et la cause pourquoi il l'avoit fait, il la
+fit lors divulguer par beaux articles et commanda que la copie en fût
+baillée par écrit à tous ceux qui la voudroient avoir; pour lequel fait
+il pria qu'on lui voulsist faire aide à tous besoins qui lui pourroient
+survenir. À quoi lui fut répondu des Flamands que très volontiers aide
+lui feroient.»&mdash;Les Flamands lui étaient d'autant plus favorables en ce
+moment qu'il venait de leur obtenir une trêve de l'Angleterre.
(Monstrelet, t. I, p. 207, 231.)</p>
<a id="app100" name="app100"></a>
-<p class="p2">100&mdash;page <a href="#page133">133</a>&mdash;<i>Il fit répandre le bruit qu'il n'avait fait que prévenir
-le duc d'Orléans...</i></p>
+<p class="p2">100&mdash;page <a href="#page133">133</a>&mdash;<i>Il fit répandre le bruit qu'il n'avait fait que prévenir
+le duc d'Orléans...</i></p>
<p>Le duc de Bourgogne aurait pu soutenir cette assertion, si l'on s'en
-rapportait à la mauvaise traduction que Le Laboureur a faite du
-Religieux. Il lui fait dire ridiculement (p. 624): «Ces flamèches de
-division causèrent un embrasement de haine et d'inimitié qu'on ne put
-esteindre et qui fit découvrir beaucoup d'apparence de <em>conspirations</em>
-sur la vie l'un de l'autre.» Il n'y a pas de <em>conspirations</em> dans le
-texte; il dit: «In necem mutuam diu visi fuerunt <em>publice</em> aspirare.»
-(Folio 552.)&mdash;Cette récrimination atroce du meurtrier n'est, je crois,
-exprimée nettement que dans une chronique belge que j'ai déjà citée.
-Elle suppose, ce qui met le comble à l'invraisemblance, que le duc
-d'Orléans s'adressa à son ennemi mortel, Raoul d'Auquetonville, pour le
-décider à tuer le duc de Bourgogne: «Avint ce nonobstant, par commune
-voix et renommée, si comme on disoit, que ledit Dorliens avoit marchandé
-ou voloit marchander à Raoulet d'Actonville de tuer le duc de Bourgogne,
-lequel fait fu découvert par ledit Raoulet au duc de Bourgogne.»
-(<cite>Chronique ms.</cite>, n<sup>o</sup> 801 D (Bibliothèque de Bourgogne, à Bruxelles),
+rapportait à la mauvaise traduction que Le Laboureur a faite du
+Religieux. Il lui fait dire ridiculement (p. 624): «Ces flamèches de
+division causèrent un embrasement de haine et d'inimitié qu'on ne put
+esteindre et qui fit découvrir beaucoup d'apparence de <em>conspirations</em>
+sur la vie l'un de l'autre.» Il n'y a pas de <em>conspirations</em> dans le
+texte; il dit: «In necem mutuam diu visi fuerunt <em>publice</em> aspirare.»
+(Folio 552.)&mdash;Cette récrimination atroce du meurtrier n'est, je crois,
+exprimée nettement que dans une chronique belge que j'ai déjà citée.
+Elle suppose, ce qui met le comble à l'invraisemblance, que le duc
+d'Orléans s'adressa à son ennemi mortel, Raoul d'Auquetonville, pour le
+décider à tuer le duc de Bourgogne: «Avint ce nonobstant, par commune
+voix et renommée, si comme on disoit, que ledit Dorliens avoit marchandé
+ou voloit marchander à Raoulet d'Actonville de tuer le duc de Bourgogne,
+lequel fait fu découvert par ledit Raoulet au duc de Bourgogne.»
+(<cite>Chronique ms.</cite>, n<sup>o</sup> 801 D (Bibliothèque de Bourgogne, à Bruxelles),
folio 222.)</p>
<a id="app101" name="app101"></a>
<p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page379" name="page379"></a>(p. 379)</span> 101&mdash;page <a href="#page133">133</a>&mdash;<i>Le plus triste et le plus rude hiver...</i></p>
<p>Au commencement de janvier 1408, il fait si froid que le Parlement ne
-tient pas séance... «<em>Il ne pouoit besoigner: le grephier mesme, combien
+tient pas séance... «<em>Il ne pouoit besoigner: le grephier mesme, combien
qu'il eust prins feu delez lui, en une poelette, pour garder lancre de
son cornet de geler, lancre se geloit en sa plume, de 2 ou 3 mos en 3
-mos, et tant que enregistrer ne pouoit...</em>» Ce récit est quatre fois
-plus long que celui de la mort du duc d'Orléans. Les glaçons empêchaient
-les moulins de fonctionner: il y eut disette. Quand la gelée cessa, les
-ponts furent emportés. Le greffier termine par ces mots:... «<em>Et ce cas,
-avec l'occision de feu monseigneur Loiz duc Dorléans frère du roy</em> (<span class="smcap">DE
-QUO SUPRA, MENSÉ NOVEMBRI</span>), <em>a esté à grant merveille en ce royaume...</em>»
-Il paraît qu'il y eut vacance pendant un mois. 1<sup>er</sup> jour de février:
-«<em>Curia vacat, pour ce qu'il n'a osé passer la rivière pour aler au
-Palaiz pour la grant impétuosité et force d'elle. Car aussy croit-elle
-toujours.</em>» (<cite>Archives</cite>, <cite>Registres du Parlement</cite>, <cite>Conseil</cite>, vol. XIII,
-folio 11; et <cite>Plaidoiries</cite>, <cite>Matinée VI</cite>, folio 40.)</p>
+mos, et tant que enregistrer ne pouoit...</em>» Ce récit est quatre fois
+plus long que celui de la mort du duc d'Orléans. Les glaçons empêchaient
+les moulins de fonctionner: il y eut disette. Quand la gelée cessa, les
+ponts furent emportés. Le greffier termine par ces mots:... «<em>Et ce cas,
+avec l'occision de feu monseigneur Loiz duc Dorléans frère du roy</em> (<span class="smcap">DE
+QUO SUPRA, MENSÉ NOVEMBRI</span>), <em>a esté à grant merveille en ce royaume...</em>»
+Il paraît qu'il y eut vacance pendant un mois. 1<sup>er</sup> jour de février:
+«<em>Curia vacat, pour ce qu'il n'a osé passer la rivière pour aler au
+Palaiz pour la grant impétuosité et force d'elle. Car aussy croit-elle
+toujours.</em>» (<cite>Archives</cite>, <cite>Registres du Parlement</cite>, <cite>Conseil</cite>, vol. XIII,
+folio 11; et <cite>Plaidoiries</cite>, <cite>Matinée VI</cite>, folio 40.)</p>
<a id="app102" name="app102"></a>
<p class="p2">102&mdash;page <a href="#page135">135</a>&mdash;<i>Le duc de Bourgogne revint</i>, etc.</p>
-<p>«Et se logea en l'hostel d'un bourgeois, nommé Jacques de Haugart,
-auquel hôtel ledit duc fit pendre par dessus l'huis par dehors deux
+<p>«Et se logea en l'hostel d'un bourgeois, nommé Jacques de Haugart,
+auquel hôtel ledit duc fit pendre par dessus l'huis par dehors deux
lances, dont l'une si avoit fer de guerre et l'autre si avoit fer de
-rochet; pourquoi fut dit de plusieurs nobles estant à icelle assemblée
+rochet; pourquoi fut dit de plusieurs nobles estant à icelle assemblée
que ledit duc les y avoit fait mettre en signifiance que qui voudroit
-avoir à lui paix ou guerre, si le prensit.» (Monstrelet, t. I, p. 234.)</p>
+avoir à lui paix ou guerre, si le prensit.» (Monstrelet, t. I, p. 234.)</p>
<a id="app103" name="app103"></a>
-<p class="p2">103&mdash;page <a href="#page135">135</a>&mdash;<i>Les princes avaient été jusqu'à Amiens pour l'empêcher
+<p class="p2">103&mdash;page <a href="#page135">135</a>&mdash;<i>Les princes avaient été jusqu'à Amiens pour l'empêcher
de venir...</i></p>
-<p>À l'approche des troupes qui allaient occuper Paris, le Parlement, avec
-sa prudence ordinaire, ne voulut point se mêler des affaires de la ville
-ni des précautions à prendre: «Et si a esté touchié de requérir
-provision pour la ville de Paris où plusieurs gens d'armes doivent
-arriver... Sur quoy n'a pas été conclu, <i lang="la">quia, ad curiam non pertineret
-multis obstantibus</i>; au moins, ny pourroit remédier.» (<cite>Archives</cite>,
-<cite>Registres du Parlement</cite>, <cite>Conseil</cite>, XIII, 10 février 1407 (1408), folio
+<p>À l'approche des troupes qui allaient occuper Paris, le Parlement, avec
+sa prudence ordinaire, ne voulut point se mêler des affaires de la ville
+ni des précautions à prendre: «Et si a esté touchié de requérir
+provision pour la ville de Paris où plusieurs gens d'armes doivent
+arriver... Sur quoy n'a pas été conclu, <i lang="la">quia, ad curiam non pertineret
+multis obstantibus</i>; au moins, ny pourroit remédier.» (<cite>Archives</cite>,
+<cite>Registres du Parlement</cite>, <cite>Conseil</cite>, XIII, 10 février 1407 (1408), folio
13, verso.)</p>
<a id="app104" name="app104"></a>
<p class="p2">104&mdash;page <a href="#page138">138</a>&mdash;<i>Jean Petit fut soutenu par le duc de Bourgogne...</i></p>
-<p>Cette pension n'était pas gratuite; Jean Petit nous apprend lui-même
-<span class="pagenum"><a id="page380" name="page380"></a>(p. 380)</span> qu'il a fait serment au duc de Bourgogne: «Je suis obligé à le
-servir par serment à lui faict il y a trois ans passés... Lui, regardant
-que j'estois très petitement bénéficié, m'a donné chascun an bonne et
-grande pension pour moi aider à tenir aux escoles; de laquelle pension
-j'ai trouvé une grand'partie de mes dépens et trouverai encore, s'il lui
-plaît de sa grâce.» (Monstrelet, t. I, p. 245.)</p>
+<p>Cette pension n'était pas gratuite; Jean Petit nous apprend lui-même
+<span class="pagenum"><a id="page380" name="page380"></a>(p. 380)</span> qu'il a fait serment au duc de Bourgogne: «Je suis obligé à le
+servir par serment à lui faict il y a trois ans passés... Lui, regardant
+que j'estois très petitement bénéficié, m'a donné chascun an bonne et
+grande pension pour moi aider à tenir aux escoles; de laquelle pension
+j'ai trouvé une grand'partie de mes dépens et trouverai encore, s'il lui
+plaît de sa grâce.» (Monstrelet, t. I, p. 245.)</p>
<a id="app105" name="app105"></a>
-<p class="p2">105&mdash;page <a href="#page139">139</a>&mdash;<i>Il établissait qu'il était méritoire de tuer un tyran.</i></p>
+<p class="p2">105&mdash;page <a href="#page139">139</a>&mdash;<i>Il établissait qu'il était méritoire de tuer un tyran.</i></p>
<p>Bien entendu qu'il ne faut pas chercher dans le discours de Jean Petit
-un sérieux examen de ce prétendu droit de tuer.</p>
+un sérieux examen de ce prétendu droit de tuer.</p>
-<p>Qui a droit <em>de tuer</em>? Que la société l'ait elle-même (qu'elle doive du
+<p>Qui a droit <em>de tuer</em>? Que la société l'ait elle-même (qu'elle doive du
moins l'exercer toujours), cela est fort contestable. Dieu a dit: <i lang="la">Non
-occides</i>. Caïn qui a tué son frère, Dieu ne le tue point; il le marque
-au front.&mdash;La société ne doit-elle pas au moins <em>tuer pour son salut</em>?
-Ceci mène loin. Cléon affirme, dans Thucydide, qu'Athènes doit, pour son
+occides</i>. Caïn qui a tué son frère, Dieu ne le tue point; il le marque
+au front.&mdash;La société ne doit-elle pas au moins <em>tuer pour son salut</em>?
+Ceci mène loin. Cléon affirme, dans Thucydide, qu'Athènes doit, pour son
salut, tuer tout un peuple, celui de Lesbos.&mdash;En admettant que la
-société ait droit de tuer, <em>un individu</em> peut-il jamais se charger de
-tuer <em>pour elle</em>, se faire juge du meurtre, juge et bourreau à la
+société ait droit de tuer, <em>un individu</em> peut-il jamais se charger de
+tuer <em>pour elle</em>, se faire juge du meurtre, juge et bourreau à la
fois?&mdash;Tuer <em>un tyran</em>. Mais qu'est-ce qui a vu un tyran? qui jamais,
-dans le monde moderne, a rencontré cette bête horrible de la cité
-antique? C'est un être disparu, tout autant que certains fossiles. Quel
-souverain des temps modernes (sauf peut-être un Eccelino, un Ali, un
-Djezzar) a pu rappeler le tyran de l'antiquité? ce monstre qui
+dans le monde moderne, a rencontré cette bête horrible de la cité
+antique? C'est un être disparu, tout autant que certains fossiles. Quel
+souverain des temps modernes (sauf peut-être un Eccelino, un Ali, un
+Djezzar) a pu rappeler le tyran de l'antiquité? ce monstre qui
supprimait la loi dans une ville, sous lequel il n'y avait plus rien de
-sûr, ni la propriété, ni la famille, ni la pudeur, ni la vie? (Note de
+sûr, ni la propriété, ni la famille, ni la pudeur, ni la vie? (Note de
1840.)</p>
<a id="app106" name="app106"></a>
-<p class="p2">106&mdash;page <a href="#page140">140</a>&mdash;«<i>le duc d'Orléans était sorcier</i>»...</p>
+<p class="p2">106&mdash;page <a href="#page140">140</a>&mdash;«<i>le duc d'Orléans était sorcier</i>»...</p>
-<p>M. Buchon dit que le détail des maléfices du duc d'Orléans, toujours
-omis dans les éditions antérieures de Monstrelet, ne se trouve que dans
-le ms. 8347. Le ms. du Roi 10319, ms. du commencement du quinzième
-siècle, est précédé d'une miniature enluminée qui représente un loup
-cherchant à couper une couronne surmontée d'une fleur de lis, tandis
+<p>M. Buchon dit que le détail des maléfices du duc d'Orléans, toujours
+omis dans les éditions antérieures de Monstrelet, ne se trouve que dans
+le ms. 8347. Le ms. du Roi 10319, ms. du commencement du quinzième
+siècle, est précédé d'une miniature enluminée qui représente un loup
+cherchant à couper une couronne surmontée d'une fleur de lis, tandis
qu'un lion l'effraye et le fait fuir. Au bas, on lit ces quatre vers:</p>
<p class="poem10">
Par force le leu rompt et tire<br>
- À ses dents et gris la couronne,<br>
- Et le lion par très grand ire<br>
+ À ses dents et gris la couronne,<br>
+ Et le lion par très grand ire<br>
De sa pate grant coup lui donne.</p>
-<p class="right20">(Buchon, édit. de Monstrelet, t. I, p. 302.)</p>
+<p class="right20">(Buchon, édit. de Monstrelet, t. I, p. 302.)</p>
<a id="app107" name="app107"></a>
-<p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page381" name="page381"></a>(p. 381)</span> 107&mdash;page <a href="#page143">143</a>&mdash;<i>L'Université, le clergé, allèrent dépendre</i>,
+<p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page381" name="page381"></a>(p. 381)</span> 107&mdash;page <a href="#page143">143</a>&mdash;<i>L'Université, le clergé, allèrent dépendre</i>,
etc.</p>
-<p>«Ce dit jour ont esté despenduz deux exécutez au gibet, qui se disoient
-clercs et escoliers de l'Université de Paris, et au despendre a eu,
-comme len dit, plus de XL <em>mille</em> personnes au gibet, et ont esté
-ramenez en deux sarqueux, à grant compaignie et grans processions des
-églises et de l'Université, sonnans toutes les cloches des églises,
+<p>«Ce dit jour ont esté despenduz deux exécutez au gibet, qui se disoient
+clercs et escoliers de l'Université de Paris, et au despendre a eu,
+comme len dit, plus de XL <em>mille</em> personnes au gibet, et ont esté
+ramenez en deux sarqueux, à grant compaignie et grans processions des
+églises et de l'Université, sonnans toutes les cloches des églises,
jusques au parviz de N. D., entre X et XI heures, couverts de toile
-noire, et rendus à lévesque de Paris par certaine forme et manière, et
-depuiz portez ou menez à Saint-Maturin où ont esté inhumez, comme len
-dit, et ce fait par ordonnance royal.» 16 mai 1408. (<cite>Archives</cite>,
-<cite>Registres du Parlement</cite>, <cite>Plaidoiries</cite>, <cite>Matinée VI</cite>, folio 93, et
+noire, et rendus à lévesque de Paris par certaine forme et manière, et
+depuiz portez ou menez à Saint-Maturin où ont esté inhumez, comme len
+dit, et ce fait par ordonnance royal.» 16 mai 1408. (<cite>Archives</cite>,
+<cite>Registres du Parlement</cite>, <cite>Plaidoiries</cite>, <cite>Matinée VI</cite>, folio 93, et
<cite>Conseil</cite>, vol. XIII, folio 26.)</p>
<a id="app108" name="app108"></a>
-<p class="p2">108&mdash;page <a href="#page143">143</a>&mdash;<i>Deux messagers de Benoît XIII avaient apporté des bulles
-menaçantes...</i></p>
+<p class="p2">108&mdash;page <a href="#page143">143</a>&mdash;<i>Deux messagers de Benoît XIII avaient apporté des bulles
+menaçantes...</i></p>
-<p>«A esté présentée au roy, dès lundi, comme len disoit, une bulle par
+<p>«A esté présentée au roy, dès lundi, comme len disoit, une bulle par
laquelle le pape Benedict, qui est lun des contendens du papat,
-excommunie le roy et messires ses parents, et adhérens. Et qu'il en
-avendra? Diex y pourvoie!» (<cite>Archives</cite>, <cite>Registres du Parlement</cite>,
+excommunie le roy et messires ses parents, et adhérens. Et qu'il en
+avendra? Diex y pourvoie!» (<cite>Archives</cite>, <cite>Registres du Parlement</cite>,
<cite>Conseil</cite>, XIII, folio 27.)</p>
<a id="app109" name="app109"></a>
-<p class="p2">109&mdash;page <a href="#page144">144</a>&mdash;<i>Ces scolastiques, étrangers aux lois, aux hommes et aux
+<p class="p2">109&mdash;page <a href="#page144">144</a>&mdash;<i>Ces scolastiques, étrangers aux lois, aux hommes et aux
affaires</i>, etc.</p>
-<p>«Theologi atque artistæ, in disputationibus magis quam processibus
+<p>«Theologi atque artistæ, in disputationibus magis quam processibus
experti... Unde inter eos atque in jure peritos pluries orta verbalis
-discordia.» (Religieux, ms., folio 565.)</p>
+discordia.» (Religieux, ms., folio 565.)</p>
<a id="app110" name="app110"></a>
-<p class="p2">110&mdash;page <a href="#page146">146</a>&mdash;<i>Les deux messagers du pape furent traînés par les rues</i>,
+<p class="p2">110&mdash;page <a href="#page146">146</a>&mdash;<i>Les deux messagers du pape furent traînés par les rues</i>,
etc.</p>
-<p>«Au jour dui entre 10 et 11 heures les prélas et clergie de France
-assemblé au Palaiz, sur le fait de l'Église, ont esté amenez maistre
+<p>«Au jour dui entre 10 et 11 heures les prélas et clergie de France
+assemblé au Palaiz, sur le fait de l'Église, ont esté amenez maistre
Sanceloup, nez du pair Darragon, et un chevaucheur du pape Benedict qui
fu devers nez de Castelle, en 2 tumbereaux, chascun deulx vestuz dune
-tunique de toille peincte, où estoit en brief effigiée la manière de la
-présentation des mauveses bulles dont est mention le 21 de may
-ci-dessus, et les armes du dict Benedict renversées et autres choses, et
-mittrez de papier sur leurs têtes, où avoit escriptures du fait, depuis
-le Louvre où estoient prisonniers, avec plusieurs autres de ce royaume,
-prélas et autres gens déglise, qui avoient favorisé aux dictes bulles,
+tunique de toille peincte, où estoit en brief effigiée la manière de la
+présentation des mauveses bulles dont est mention le 21 de may
+ci-dessus, et les armes du dict Benedict renversées et autres choses, et
+mittrez de papier sur leurs têtes, où avoit escriptures du fait, depuis
+le Louvre où estoient prisonniers, avec plusieurs autres de ce royaume,
+prélas et autres gens déglise, qui avoient favorisé aux dictes bulles,
comme len dit, jusques en la court du Palaiz en molt grant compaignie
-de gens à <span class="pagenum"><a id="page382" name="page382"></a>(p. 382)</span> trompes, et là ont esté eschafaudez publiquement et
-puiz remenez au dit Louvre par la manière dessus dicte.» (<cite>Archives</cite>,
-<cite>Registres du Parlement</cite>, <cite>Conseil</cite>, XIII, folio 39, août 1408.)</p>
+de gens à <span class="pagenum"><a id="page382" name="page382"></a>(p. 382)</span> trompes, et là ont esté eschafaudez publiquement et
+puiz remenez au dit Louvre par la manière dessus dicte.» (<cite>Archives</cite>,
+<cite>Registres du Parlement</cite>, <cite>Conseil</cite>, XIII, folio 39, août 1408.)</p>
<a id="app111" name="app111"></a>
-<p class="p2">111&mdash;page <a href="#page146">146</a>&mdash;<i>Le parti de Benoît et d'Orléans se fortifiait à
-Liège...</i></p>
+<p class="p2">111&mdash;page <a href="#page146">146</a>&mdash;<i>Le parti de Benoît et d'Orléans se fortifiait à
+Liège...</i></p>
-<p>V. les curieux détails que donne Zanfliet sur la faction des <i>Haïroit</i>.
+<p>V. les curieux détails que donne Zanfliet sur la faction des <i>Haïroit</i>.
(<i lang="la">Cornelii Zanfliet Leodiensis monachi Chronicon</i>, ap. Martene <cite>Ampliss.
-Coll.</cite>, t. V, p. 365, 366.) Le Religieux et Monstrelet sont fort étendus
-et fort instructifs. Placentius (<cite>Catalogus</cite>, etc.) est peu détaillé.</p>
+Coll.</cite>, t. V, p. 365, 366.) Le Religieux et Monstrelet sont fort étendus
+et fort instructifs. Placentius (<cite>Catalogus</cite>, etc.) est peu détaillé.</p>
<a id="app112" name="app112"></a>
<p class="p2">112&mdash;page <a href="#page148">148</a>&mdash;<i>Le duc de Bourgogne ordonna le massacre des
prisonniers...</i></p>
-<p>«Y ont esté occis... de vingt-quatre à vingt-six mille Liégeois, comme
+<p>«Y ont esté occis... de vingt-quatre à vingt-six mille Liégeois, comme
on peut le savoir par l'estimation de ceux qui ont vu les noms... Nous
-avons bien perdu de soixante à quatre-vingt chevaliers ou écuyers.»
+avons bien perdu de soixante à quatre-vingt chevaliers ou écuyers.»
(Lettre du duc de Bourgogne.)&mdash;V. M. de Barante, t. III, p. 211-212, 3<sup>e</sup>
-édition.</p>
+édition.</p>
<a id="app113" name="app113"></a>
-<p class="p2">113&mdash;page <a href="#page149">149</a>&mdash;<i>On savait qu'il avait payé de sa personne...</i></p>
+<p class="p2">113&mdash;page <a href="#page149">149</a>&mdash;<i>On savait qu'il avait payé de sa personne...</i></p>
-<p>«Comment en décourant de lieu à autre, sur un petit cheval, exhorta et
-bailla à ses gens grand courage, et comment il se maintint jusques en la
-fin, n'est besoin d'en faire grand déclaration... Oncques de son corps
+<p>«Comment en décourant de lieu à autre, sur un petit cheval, exhorta et
+bailla à ses gens grand courage, et comment il se maintint jusques en la
+fin, n'est besoin d'en faire grand déclaration... Oncques de son corps
sang ne fut trait pour icelui jour, combien qu'il fut plusieurs fois
-travaillé.» (Monstrelet, t. II, p. 17.)</p>
+travaillé.» (Monstrelet, t. II, p. 17.)</p>
<a id="app114" name="app114"></a>
-<p class="p2">114&mdash;page <a href="#page149">149</a>&mdash;<i>La reine et les princes étaient revenus à Paris...</i></p>
+<p class="p2">114&mdash;page <a href="#page149">149</a>&mdash;<i>La reine et les princes étaient revenus à Paris...</i></p>
-<p>«Dimanche 26 août 1408... Entrèrent à Paris et vindrent de Meleun la
-royne et le dauphin accompaignés, environ quatre heures après disner,
+<p>«Dimanche 26 août 1408... Entrèrent à Paris et vindrent de Meleun la
+royne et le dauphin accompaignés, environ quatre heures après disner,
des ducs de Berri, de Bretoigne, de Bourbon, et plusieurs autres contes
-et seigneurs et grant multitude de gens darmes et alèrent parmi la ville
-loger au Louvre.&mdash;Mardi 28 août... Ce dict jour entra à Paris la
-duchesse Dorléans, mère du duc Dorléans qui à présent est, et la royne
-d'Angleterre, femme du dict duc, en une litière couverte de noir à
-quatre chevaux couverts de draps noirs, à heure de vespres, accompaignée
+et seigneurs et grant multitude de gens darmes et alèrent parmi la ville
+loger au Louvre.&mdash;Mardi 28 août... Ce dict jour entra à Paris la
+duchesse Dorléans, mère du duc Dorléans qui à présent est, et la royne
+d'Angleterre, femme du dict duc, en une litière couverte de noir à
+quatre chevaux couverts de draps noirs, à heure de vespres, accompaignée
de plusieurs chariots noirs pleins de dames et de femmes, et de
-plusieurs ducs et contes et gens darmes.» (<cite>Archives</cite>, <cite>Registres du
+plusieurs ducs et contes et gens darmes.» (<cite>Archives</cite>, <cite>Registres du
Parlement</cite>, <cite>Conseil</cite>, vol. XIII, fol. 40-41.)&mdash;Les princes
-s'accordèrent pour déférer, dans cet intervalle, un pouvoir nominal à
-la reine et au <span class="pagenum"><a id="page383" name="page383"></a>(p. 383)</span> dauphin: «Ce V<sup>e</sup> jour (5 septembre 1408) furent
-tous les seigneurs de céans au Louvre en la grant sale, où estoient en
-personne la royne, le duc de Guienne, etc. (Suit une longue série de
-noms)... en la présence desquelz... fu publiée par la bouche de maistre
-Jeh. Jouvenel, advocat du roy, la puissance octroiée et commise par le
-roy à la royne et audit mons. de Guienne sur le gouvernement du royaume,
-le roy empeschié ou absent.» (<cite>Archives</cite>, <i>ibid.</i>, <cite>Conseil</cite>, vol. XIII,
+s'accordèrent pour déférer, dans cet intervalle, un pouvoir nominal à
+la reine et au <span class="pagenum"><a id="page383" name="page383"></a>(p. 383)</span> dauphin: «Ce V<sup>e</sup> jour (5 septembre 1408) furent
+tous les seigneurs de céans au Louvre en la grant sale, où estoient en
+personne la royne, le duc de Guienne, etc. (Suit une longue série de
+noms)... en la présence desquelz... fu publiée par la bouche de maistre
+Jeh. Jouvenel, advocat du roy, la puissance octroiée et commise par le
+roy à la royne et audit mons. de Guienne sur le gouvernement du royaume,
+le roy empeschié ou absent.» (<cite>Archives</cite>, <i>ibid.</i>, <cite>Conseil</cite>, vol. XIII,
fol. 42, verso.)</p>
<a id="app115" name="app115"></a>
-<p class="p2">115&mdash;page <a href="#page154">154</a>&mdash;<i>Brisé qu'il était par la torture, Montaigu affirmait...</i></p>
+<p class="p2">115&mdash;page <a href="#page154">154</a>&mdash;<i>Brisé qu'il était par la torture, Montaigu affirmait...</i></p>
-<p>«Affirmasse quod tormentorum violentia (qua et manus dislocatas et se
+<p>«Affirmasse quod tormentorum violentia (qua et manus dislocatas et se
ruptum circa pudenta monstrabat) illa confessus fuerat, nec in aliquo
culpabilem ducem Aurelianensem nec se etiam reddebat nisi in pecuniarum
-regiarum nimia consumptione.» (Religieux, ms., folio 633.)</p>
+regiarum nimia consumptione.» (Religieux, ms., folio 633.)</p>
<a id="app116" name="app116"></a>
<p class="p2">116&mdash;page <a href="#page156">156</a>&mdash;<i>Ce conseil interdit la chambre des Comptes...</i></p>
-<p>«Et qui a longo tempore, D. Cameræ computorum ægre ferentes quod Rex
+<p>«Et qui a longo tempore, D. Cameræ computorum ægre ferentes quod Rex
manu prodiga pecunias multis etiam indignis consueverat largiri, dona in
scriptis redigebant, addentes in margine <em>Recuperetur</em>, <em>Nimis habuit</em>;
-statutum est ut registrum præsidentibus traderetur, qui quod nimium
-fuerat ab ipsis aut eorum hæredibus usque ad ultimum quadrantem,
-cessante omni appellatione, extorquerent. Omnes etiam Dominos Cameræ
+statutum est ut registrum præsidentibus traderetur, qui quod nimium
+fuerat ab ipsis aut eorum hæredibus usque ad ultimum quadrantem,
+cessante omni appellatione, extorquerent. Omnes etiam Dominos Cameræ
computorum deposuerunt, uno duntaxat excepto qui vices suppleret omnium,
-donec...» (Religieux, ms., folio 639.)&mdash;Voir aussi <cite>Ordonnances</cite>, t. IX,
+donec...» (Religieux, ms., folio 639.)&mdash;Voir aussi <cite>Ordonnances</cite>, t. IX,
p. 468 et seq.</p>
<a id="app117" name="app117"></a>
-<p class="p2">117&mdash;page <a href="#page157">157</a>&mdash;<i>Cet argent s'était écoulé sans qu'on sût comment...</i></p>
+<p class="p2">117&mdash;page <a href="#page157">157</a>&mdash;<i>Cet argent s'était écoulé sans qu'on sût comment...</i></p>
-<p>Au milieu de cette détresse, nous trouvons, entre autres dépenses, un
+<p>Au milieu de cette détresse, nous trouvons, entre autres dépenses, un
mandement de Charles VI pour le payement de ses veneurs. L'acte est
-rédigé dans des termes très impératifs et très-rigoureux. À la suite de
-la signature du roi viennent ces mots: «Garde qu'en se n'ait faute.»
-(Bibliothèque royale, mss., Fontanieu 107-108, ann. 1410, 9
-juillet.)&mdash;«Pour une paire d'heures, données par le roi à la duchesse de
-Bourgogne, 600 écus.» (<i>Ibid.</i>, 109-110, ann. 1413.)</p>
+rédigé dans des termes très impératifs et très-rigoureux. À la suite de
+la signature du roi viennent ces mots: «Garde qu'en se n'ait faute.»
+(Bibliothèque royale, mss., Fontanieu 107-108, ann. 1410, 9
+juillet.)&mdash;«Pour une paire d'heures, données par le roi à la duchesse de
+Bourgogne, 600 écus.» (<i>Ibid.</i>, 109-110, ann. 1413.)</p>
<a id="app118" name="app118"></a>
-<p class="p2">118&mdash;page <a href="#page160">160</a>&mdash;<i>Le chancelier de Notre-Dame s'emporta jusqu'à dire...</i></p>
+<p class="p2">118&mdash;page <a href="#page160">160</a>&mdash;<i>Le chancelier de Notre-Dame s'emporta jusqu'à dire...</i></p>
-<p>«Nec reges digne vocari, si exactionibus injustis opprimant <span class="pagenum"><a id="page384" name="page384"></a>(p. 384)</span>
+<p>«Nec reges digne vocari, si exactionibus injustis opprimant <span class="pagenum"><a id="page384" name="page384"></a>(p. 384)</span>
populum suum, sed quod eos depositione dignos possint rationabiliter
-reputare, in annalibus antiquis possunt de multis legere.» (Religieux,
+reputare, in annalibus antiquis possunt de multis legere.» (Religieux,
ms., fol. 675, verso.)</p>
<a id="app119" name="app119"></a>
<p class="p2">119&mdash;page <a href="#page162">162</a>, note&mdash;<i>Dans une de ces alarmes</i>, etc.</p>
-<p>«Ce dict jour, pour ce que le Roy notre Sire, accompaigné de molt de
+<p>«Ce dict jour, pour ce que le Roy notre Sire, accompaigné de molt de
princes, barons et chevaliers et grant nombre de gens darmes, estoit
venu loger au Palaiz, et pour les gens darmes estoient pleins les
-hostelz tans de la Cité que du cloistre de Paris, et par tout oultre les
+hostelz tans de la Cité que du cloistre de Paris, et par tout oultre les
pons par devers la place Maubert, sans distinction, hors les seigneurs
-de céans pour lesquels a esté ordené, comme a dit en la chambre le
-prévost de Paris, que en leurs hostelz len ne se logera pas, et que en
+de céans pour lesquels a esté ordené, comme a dit en la chambre le
+prévost de Paris, que en leurs hostelz len ne se logera pas, et que en
telz cas aventure seroit que les chambellans du Roy notre dit sire ne
-preissent les tournelles de céans, esquelles a procès sans nombre qui
+preissent les tournelles de céans, esquelles a procès sans nombre qui
seroient en aventure destre embroillez, fouillez, et adirez et perdus,
-qui seroit dommage inestimable à tous de quelque estat que soit de ce
+qui seroit dommage inestimable à tous de quelque estat que soit de ce
royaume; j'ay fait murer l'uiz de ma tournelle, afin que len ne y entre,
-car: <i lang="la">In armigero vix potest vigere ratio.</i>»&mdash;Le greffier a dessiné un
+car: <i lang="la">In armigero vix potest vigere ratio.</i>»&mdash;Le greffier a dessiné un
soldat sur la marge. (<cite>Archives</cite>, <cite>Registres du Parlement</cite>, <cite>Conseil</cite>,
XIII, folio 131, verso, 16 septembre 1410.)</p>
@@ -9796,209 +9754,209 @@ XIII, folio 131, verso, 16 septembre 1410.)</p>
<p class="p2">120&mdash;page <a href="#page163">163</a>&mdash;<i>Dans les vraies usances bretonnes, le foyer restait au
plus jeune...</i></p>
-<p><cite>Origines du droit</cite>, page 63: <em>Usement de Rohan</em>: «En succession directe
-de père et de mère, le fils juveigneur et dernier né desdits tenanciers
-succède au tout de ladite tenue et en exclut les autres, soient fils ou
-filles.»&mdash;Art. 22: «Le fils juveigneur, auquel seul appartient la tenue,
-comme dit est, doit loger ses frères et s&oelig;urs jusques à ce qu'ils
-soient mariés; et d'autant qu'ils seroient mineurs d'ans, doivent les
-frères et s&oelig;urs estre mariés et entretenus sur le bail et profit de
-la tenue pendant leur minorité; et estant les frères et s&oelig;urs mariés,
-le juveigneur peut les expulser tous.» (<cite>Coutumier général.</cite>)&mdash;Cette loi
-me semble conforme à l'esprit d'un peuple navigateur et guerrier qui
-veut forcer les aînés, déjà grands et capables d'agir, à chercher
-fortune au loin.&mdash;Voir <i>ibid.</i>, sur le droit d'aînesse.</p>
+<p><cite>Origines du droit</cite>, page 63: <em>Usement de Rohan</em>: «En succession directe
+de père et de mère, le fils juveigneur et dernier né desdits tenanciers
+succède au tout de ladite tenue et en exclut les autres, soient fils ou
+filles.»&mdash;Art. 22: «Le fils juveigneur, auquel seul appartient la tenue,
+comme dit est, doit loger ses frères et s&oelig;urs jusques à ce qu'ils
+soient mariés; et d'autant qu'ils seroient mineurs d'ans, doivent les
+frères et s&oelig;urs estre mariés et entretenus sur le bail et profit de
+la tenue pendant leur minorité; et estant les frères et s&oelig;urs mariés,
+le juveigneur peut les expulser tous.» (<cite>Coutumier général.</cite>)&mdash;Cette loi
+me semble conforme à l'esprit d'un peuple navigateur et guerrier qui
+veut forcer les aînés, déjà grands et capables d'agir, à chercher
+fortune au loin.&mdash;Voir <i>ibid.</i>, sur le droit d'aînesse.</p>
<a id="app121" name="app121"></a>
<p class="p2">121&mdash;page <a href="#page167">167</a>&mdash;<i>Les Armagnacs poussaient la guerre avec une violence
-inconnue jusque-là</i>, etc.</p>
+inconnue jusque-là</i>, etc.</p>
-<p>Vaissette, <cite>Hist. du Languedoc</cite>, t. IV, p. 282. Néanmoins ils
+<p>Vaissette, <cite>Hist. du Languedoc</cite>, t. IV, p. 282. Néanmoins ils
conservaient toujours des liaisons avec les Anglais. Le Parlement
-<span class="pagenum"><a id="page385" name="page385"></a>(p. 385)</span> leur fait un procès en 1395, à ce sujet. (<cite>Archives, Registres
-du Parlement, Arrêts</cite>, XI, ann. 1395.)</p>
+<span class="pagenum"><a id="page385" name="page385"></a>(p. 385)</span> leur fait un procès en 1395, à ce sujet. (<cite>Archives, Registres
+du Parlement, Arrêts</cite>, XI, ann. 1395.)</p>
<a id="app122" name="app122"></a>
-<p class="p2">122&mdash;page <a href="#page169">169</a>&mdash;<i>La légèreté impie des Armagnacs...</i></p>
+<p class="p2">122&mdash;page <a href="#page169">169</a>&mdash;<i>La légèreté impie des Armagnacs...</i></p>
-<p>Cette légèreté méridionale est sensible dans les proverbes,
-particulièrement dans ceux des Béarnais; plusieurs sont fort
-irrévérencieux pour la noblesse et pour l'Église:</p>
+<p>Cette légèreté méridionale est sensible dans les proverbes,
+particulièrement dans ceux des Béarnais; plusieurs sont fort
+irrévérencieux pour la noblesse et pour l'Église:</p>
<p class="poem10">
- Habillat ù bastou,<br>
- Qu'aüra l'air du barou.</p>
+ Habillat ù bastou,<br>
+ Qu'aüra l'air du barou.</p>
-<p>Habillez un bâton, il aura l'air d'un baron.</p>
+<p>Habillez un bâton, il aura l'air d'un baron.</p>
<p class="poem10">
- Las sourcières et lous loubs-garous<br>
- Aüs cures han minya capous.</p>
+ Las sourcières et lous loubs-garous<br>
+ Aüs cures han minya capous.</p>
-<p>Les sorcières et les loups-garous font manger des chapons aux curés,
-etc., etc. (<cite>Collection de Proverbes béarnais</cite>, ms., communiquée par MM.
-Picot et Badé, de Pau.)</p>
+<p>Les sorcières et les loups-garous font manger des chapons aux curés,
+etc., etc. (<cite>Collection de Proverbes béarnais</cite>, ms., communiquée par MM.
+Picot et Badé, de Pau.)</p>
<a id="app123" name="app123"></a>
-<p class="p2">123&mdash;page <a href="#page170">170</a>&mdash;<i>Les Armagnacs à Saint-Denis...</i></p>
+<p class="p2">123&mdash;page <a href="#page170">170</a>&mdash;<i>Les Armagnacs à Saint-Denis...</i></p>
-<p>Les Parisiens croyaient néanmoins, et non sans apparence, que les moines
-étaient favorables au parti d'Orléans. Le bruit même courut à Paris que
-le duc d'Orléans s'était fait couronner roi de France dans l'abbaye de
+<p>Les Parisiens croyaient néanmoins, et non sans apparence, que les moines
+étaient favorables au parti d'Orléans. Le bruit même courut à Paris que
+le duc d'Orléans s'était fait couronner roi de France dans l'abbaye de
Saint-Denis. (Religieux, ms., f. 701, verso.)</p>
<a id="app124" name="app124"></a>
-<p class="p2">124&mdash;page <a href="#page172">172</a>&mdash;<i>Le duc de Bourgogne avait fait publier à grand bruit
+<p class="p2">124&mdash;page <a href="#page172">172</a>&mdash;<i>Le duc de Bourgogne avait fait publier à grand bruit
dans Paris</i>, etc.</p>
-<p>«Indeque rabies popularis sic exarsit, ut omnes utriusque sexus absque
+<p>«Indeque rabies popularis sic exarsit, ut omnes utriusque sexus absque
erubescentio velo ducibus publice maledicentes, orarent ut cum Juda
-proditore æternam perciperent portionem.» (Religieux, ms., folio 734.)</p>
+proditore æternam perciperent portionem.» (Religieux, ms., folio 734.)</p>
<a id="app125" name="app125"></a>
-<p class="p2">125&mdash;page <a href="#page174">174</a>&mdash;<i>Les fréquents appels à l'opinion publique que font les
+<p class="p2">125&mdash;page <a href="#page174">174</a>&mdash;<i>Les fréquents appels à l'opinion publique que font les
partis...</i></p>
-<p>Le plus important peut-être de ces manifestes est celui que le duc de
-Bourgogne publia au nom du roi, le 13 février 1412. Il y demandait une
-aide à la langue d'oil et à la langue d'oc, et en confiait la perception
-à un bourgeois de Paris. Préalablement il y fait une longue histoire
-apologétique des démêlés de la maison de Bourgogne avec celle d'Orléans.
+<p>Le plus important peut-être de ces manifestes est celui que le duc de
+Bourgogne publia au nom du roi, le 13 février 1412. Il y demandait une
+aide à la langue d'oil et à la langue d'oc, et en confiait la perception
+à un bourgeois de Paris. Préalablement il y fait une longue histoire
+apologétique des démêlés de la maison de Bourgogne avec celle d'Orléans.
Il y flatte Paris; il entre dans le ressentiment du peuple contre les
-excès des gens d'armes du parti d'Orléans. Il fait dire au roi: «Nous
-feusmes deuement et souffisamment informés qu'ils tendoient à
-<em>débouter</em> du tout <em>Nous et <span class="pagenum"><a id="page386" name="page386"></a>(p. 386)</span> notre génération de notre royaume</em>
-et seigneurie.» (Bibl. royale, mss., Fontanieu, 109-110, ann. 1412, 13
-février, d'après un Vidimus de la vicomté de Rouen.)</p>
+excès des gens d'armes du parti d'Orléans. Il fait dire au roi: «Nous
+feusmes deuement et souffisamment informés qu'ils tendoient à
+<em>débouter</em> du tout <em>Nous et <span class="pagenum"><a id="page386" name="page386"></a>(p. 386)</span> notre génération de notre royaume</em>
+et seigneurie.» (Bibl. royale, mss., Fontanieu, 109-110, ann. 1412, 13
+février, d'après un Vidimus de la vicomté de Rouen.)</p>
<a id="app126" name="app126"></a>
-<p class="p2">126&mdash;page <a href="#page175">175</a>&mdash;<i>Au front de la cathédrale de Chartres, on sculpte la
-figure de la Liberté...</i></p>
+<p class="p2">126&mdash;page <a href="#page175">175</a>&mdash;<i>Au front de la cathédrale de Chartres, on sculpte la
+figure de la Liberté...</i></p>
<p>Voir le curieux rapport de M. Didron, dans le <cite>Journal de l'instruction
publique</cite>, 1839.</p>
<a id="app127" name="app127"></a>
-<p class="p2">127&mdash;page <a href="#page178">178</a>, note&mdash;<i>Clémengis implore l'intervention du Parlement...</i></p>
+<p class="p2">127&mdash;page <a href="#page178">178</a>, note&mdash;<i>Clémengis implore l'intervention du Parlement...</i></p>
-<p>«O clarissimi præsides regiorum tribunalium, cæterique celeberrimi
+<p>«O clarissimi præsides regiorum tribunalium, cæterique celeberrimi
judices, qui illam egregiam Curiam illustratis, expergiscimini tandem
aliquando, et regni non dico statum, quia <em>non stat</em>, sed miserabilem
-lapsum aspicite... (Le juge doit comme le médecin) non tantum morbis cum
-exorti fuerint subvenire, sed præstantiori etiam cum gloria, salubri
-ante præservatione, ne oriantur prospicere.» (Nic. Clemeng. <cite>Epistol.</cite>,
+lapsum aspicite... (Le juge doit comme le médecin) non tantum morbis cum
+exorti fuerint subvenire, sed præstantiori etiam cum gloria, salubri
+ante præservatione, ne oriantur prospicere.» (Nic. Clemeng. <cite>Epistol.</cite>,
t. II, p. 284.)</p>
<a id="app128" name="app128"></a>
<p class="p2">128&mdash;page <a href="#page180">180</a>&mdash;<i>Ce long travail de la transformation du droit...</i></p>
<p>Il est curieux d'observer le commencement de ce grand travail dans les
-registres dits <cite>olim</cite>. On y trouve déjà des détails curieux sur la
-procédure. Deux employés des Archives, MM. Dessalles et Duclos, en
-préparent la publication sous la direction de M. le comte Beugnot. Voir
+registres dits <cite>olim</cite>. On y trouve déjà des détails curieux sur la
+procédure. Deux employés des Archives, MM. Dessalles et Duclos, en
+préparent la publication sous la direction de M. le comte Beugnot. Voir
subsidiairement les notices de MM. Klimrath, Taillandier et Beugnot, sur
nos anciens livres de droit et sur l'immense collection des registres du
-Parlement.&mdash;Toutefois il ne faut pas oublier que ces registres, même les
-<cite>Olim</cite>, que ces livres, même ceux du treizième siècle, contiennent moins
-le droit du moyen âge que la <em>destruction du droit du moyen âge</em>. Il
-faudrait remonter au <em>droit féodal</em>, au <em>droit ecclésiastique</em>, tels
+Parlement.&mdash;Toutefois il ne faut pas oublier que ces registres, même les
+<cite>Olim</cite>, que ces livres, même ceux du treizième siècle, contiennent moins
+le droit du moyen âge que la <em>destruction du droit du moyen âge</em>. Il
+faudrait remonter au <em>droit féodal</em>, au <em>droit ecclésiastique</em>, tels
qu'on les trouve dans les chartes, dans les canons, dans les rituels,
dans les formules et symboles juridiques.</p>
<a id="app129" name="app129"></a>
-<p class="p2">129&mdash;page <a href="#page180">180</a>&mdash;<i>Le Parlement avait porté une sentence de mort et de
-confiscation contre le comte de Périgord...</i></p>
-
-<p>Il serait plus exact de dire: Comte <em>en</em> Périgord. Il n'avait guère que
-la <em>neuvième</em> partie du département actuel de la Dordogne (mss. inédits
-de M. Dessalles sur l'histoire du Périgord). D'après une chronique ms.
-qu'a retrouvée M. Mérilhou, la chute du dernier comte aurait été
-décidée par un rapt qu'il essaya de faire sur la <span class="pagenum"><a id="page387" name="page387"></a>(p. 387)</span> fille d'un
-consul de Périgueux, pendant une procession. Le procès énumère bien
-d'autres crimes. Rien n'est plus curieux pour faire connaître les
-détails de cette interminable guerre entre les seigneurs et les gens du
-roi. Le principal grief c'est que, à en croire l'accusation, le comte
-disait qu'il voulait être roi et agissait comme tel: «Jactabat palam et
+<p class="p2">129&mdash;page <a href="#page180">180</a>&mdash;<i>Le Parlement avait porté une sentence de mort et de
+confiscation contre le comte de Périgord...</i></p>
+
+<p>Il serait plus exact de dire: Comte <em>en</em> Périgord. Il n'avait guère que
+la <em>neuvième</em> partie du département actuel de la Dordogne (mss. inédits
+de M. Dessalles sur l'histoire du Périgord). D'après une chronique ms.
+qu'a retrouvée M. Mérilhou, la chute du dernier comte aurait été
+décidée par un rapt qu'il essaya de faire sur la <span class="pagenum"><a id="page387" name="page387"></a>(p. 387)</span> fille d'un
+consul de Périgueux, pendant une procession. Le procès énumère bien
+d'autres crimes. Rien n'est plus curieux pour faire connaître les
+détails de cette interminable guerre entre les seigneurs et les gens du
+roi. Le principal grief c'est que, à en croire l'accusation, le comte
+disait qu'il voulait être roi et agissait comme tel: «Jactabat palam et
publice fore se <span class="smcap">REGEM</span>..., certumque judicem pro appellationibus
decidendis... constituerat... a quo non permittebat ad Nos vel ad...
-Curiam appellare.» (<cite>Archives, Registres du Parlement, Arrêts
+Curiam appellare.» (<cite>Archives, Registres du Parlement, Arrêts
criminels</cite>, reg. XI, ann. 1389-1396.)</p>
<a id="app130" name="app130"></a>
-<p class="p2">130&mdash;page <a href="#page183">183</a>&mdash;<i>La plupart des collèges</i>, etc.</p>
+<p class="p2">130&mdash;page <a href="#page183">183</a>&mdash;<i>La plupart des collèges</i>, etc.</p>
-<p>Du Boulay donne tout au long les constitutions de ces collèges, t. IV et
+<p>Du Boulay donne tout au long les constitutions de ces collèges, t. IV et
V.</p>
<a id="app131" name="app131"></a>
<p class="p2">131&mdash;page <a href="#page185">185</a>&mdash;<i>Les Carmes voulaient remonter plus haut que le
christianisme...</i></p>
-<p>Cette prétention produisit au dix-septième siècle une vive polémique
-entre les Carmes et les Jésuites. Ceux-ci, qui n'aimaient guère plus la
-poésie du moyen âge que la philosophie moderne, attaquèrent durement
-l'histoire d'Élie; ils prirent une massue de science et de critique pour
-écraser la frêle légende. Les Carmes, en représailles, firent proscrire
-en Espagne les <i lang="la">Acta</i> des Bollandistes. (Héliot, <cite>Histoire des Ordres
+<p>Cette prétention produisit au dix-septième siècle une vive polémique
+entre les Carmes et les Jésuites. Ceux-ci, qui n'aimaient guère plus la
+poésie du moyen âge que la philosophie moderne, attaquèrent durement
+l'histoire d'Élie; ils prirent une massue de science et de critique pour
+écraser la frêle légende. Les Carmes, en représailles, firent proscrire
+en Espagne les <i lang="la">Acta</i> des Bollandistes. (Héliot, <cite>Histoire des Ordres
monastiques</cite>, t. I, p. 305-310.)</p>
<a id="app132" name="app132"></a>
-<p class="p2">132&mdash;page <a href="#page185">185</a>&mdash;<i>La remontrance de l'Université au roi...</i></p>
+<p class="p2">132&mdash;page <a href="#page185">185</a>&mdash;<i>La remontrance de l'Université au roi...</i></p>
-<p>Le passage le plus important est celui où l'on compare les dépenses de
-la maison royale à des époques différentes: «Ad priscorum regum,
+<p>Le passage le plus important est celui où l'on compare les dépenses de
+la maison royale à des époques différentes: «Ad priscorum regum,
reginarum ac liberoram suorum continuendum statum magnificum et
quotidianas expensiones 94,000 francorum auri abunde sufficiebant,
indeque creditores debite contentabantur; quod utique modo non fit,
-quamvis ad prædictos usus 450,000 annuatim recipiant.» (Religieux, ms.,
+quamvis ad prædictos usus 450,000 annuatim recipiant.» (Religieux, ms.,
folio 761.)</p>
<a id="app133" name="app133"></a>
-<p class="p2">133&mdash;page <a href="#page187">187</a>&mdash;<i>Les maîtres bouchers...</i></p>
+<p class="p2">133&mdash;page <a href="#page187">187</a>&mdash;<i>Les maîtres bouchers...</i></p>
-<p>Cette antique corporation ne fit pas inscrire ses règlements parmi ceux
-des autres métiers, lorsque le prévôt Étienne Boileau les recueillit
-sous saint Louis. Sans doute les bouchers aimèrent mieux s'en fier à la
-tradition, à la notoriété publique, et à la crainte qu'ils inspiraient.
-V. M. Depping. <cite>Introd. aux Règlements d'Ét. Boileau</cite>, p. LVI; et
-Lamare, <cite>Traité de la police</cite>, t. II, liv. V, tit. XX.</p>
+<p>Cette antique corporation ne fit pas inscrire ses règlements parmi ceux
+des autres métiers, lorsque le prévôt Étienne Boileau les recueillit
+sous saint Louis. Sans doute les bouchers aimèrent mieux s'en fier à la
+tradition, à la notoriété publique, et à la crainte qu'ils inspiraient.
+V. M. Depping. <cite>Introd. aux Règlements d'Ét. Boileau</cite>, p. LVI; et
+Lamare, <cite>Traité de la police</cite>, t. II, liv. V, tit. XX.</p>
<a id="app134" name="app134"></a>
-<p class="p2">134&mdash;page <a href="#page187">187</a>&mdash;<i>Ces étaux passaient, comme des fiefs, d'hoir en hoir</i>,
+<p class="p2">134&mdash;page <a href="#page187">187</a>&mdash;<i>Ces étaux passaient, comme des fiefs, d'hoir en hoir</i>,
etc.</p>
-<p>Félibien, t. II, p. 753. Sauval, t. I, 634, 642. V. aussi les
+<p>Félibien, t. II, p. 753. Sauval, t. I, 634, 642. V. aussi les
<cite>Ordonnances, <span class="pagenum"><a id="page388" name="page388"></a>(p. 388)</span> passim</cite>. L'une des plus curieuses est celle qui
-fixe la redevance de chaque nouveau boucher envers le cellérier et le
-concierge «de la Court-le-Roy» (du Parlement). (<cite>Ordonnances</cite>, t. VI, p.
+fixe la redevance de chaque nouveau boucher envers le cellérier et le
+concierge «de la Court-le-Roy» (du Parlement). (<cite>Ordonnances</cite>, t. VI, p.
597, ann. 1381.)</p>
<a id="app135" name="app135"></a>
-<p class="p2">135&mdash;page <a href="#page188">188</a>&mdash;<i>Le boucher Alain y achète une lucarne pour voir la messe
+<p class="p2">135&mdash;page <a href="#page188">188</a>&mdash;<i>Le boucher Alain y achète une lucarne pour voir la messe
de chez lui...</i></p>
-<p>«Une vue de deux doigts de long sur deux de large.» (Vilain, <cite>Histoire
+<p>«Une vue de deux doigts de long sur deux de large.» (Vilain, <cite>Histoire
de Saint-Jacques-la-Boucherie</cite>, p. 54, ann. 1388, 1405.)</p>
<a id="app136" name="app136"></a>
-<p class="p2">136&mdash;page <a href="#page189">189</a>&mdash;<i>Leur crainte était que le dauphin ne ressemblât à son
-père...</i></p>
+<p class="p2">136&mdash;page <a href="#page189">189</a>&mdash;<i>Leur crainte était que le dauphin ne ressemblât à son
+père...</i></p>
-<p>«Si ab aliquo præpotente (ut publice ferebatur) inducti ad hoc fuerint
-tunc non habui pro comperto; eos tamen non ignoro ducis Guyennæ
+<p>«Si ab aliquo præpotente (ut publice ferebatur) inducti ad hoc fuerint
+tunc non habui pro comperto; eos tamen non ignoro ducis Guyennæ
nocturnas et indecentes vigilias, ejus commessationes et modum
inordinatum vivendi molestissime tulisse, timentes, sicut dicebant, ne
-infirmitatem paternæ similem incurreret in dedecus regni.» (Religieux,
+infirmitatem paternæ similem incurreret in dedecus regni.» (Religieux,
ms., folio 778.)</p>
<a id="app137" name="app137"></a>
-<p class="p2">137&mdash;page <a href="#page192">192</a>&mdash;<i>L'hygiène appliquée à la politique</i>, etc.</p>
+<p class="p2">137&mdash;page <a href="#page192">192</a>&mdash;<i>L'hygiène appliquée à la politique</i>, etc.</p>
-<p>V. le sermon de Gerson sur la santé corporelle et spirituelle du roi, et
-la lettre de Clémengis, intitulée: «De politiæ Gallicanæ ægritudine, per
+<p>V. le sermon de Gerson sur la santé corporelle et spirituelle du roi, et
+la lettre de Clémengis, intitulée: «De politiæ Gallicanæ ægritudine, per
metaphoram corporis humani lapsi et consumpti. (Nic. Clemeng. <cite>Epist.</cite>,
-t. II, p. 300.) Ces comparaisons abondent encore au dix-septième siècle,
-et jusque dans les préfaces de Corneille.</p>
+t. II, p. 300.) Ces comparaisons abondent encore au dix-septième siècle,
+et jusque dans les préfaces de Corneille.</p>
<a id="app138" name="app138"></a>
<p class="p2">138&mdash;page <a href="#page195">195</a>&mdash;<i>Les Gantais voulurent garder le fils du duc de
@@ -10007,534 +9965,534 @@ Bourgogne...</i></p>
<p>Ce fait si important ne se trouve que dans le Religieux. Les historiens
du parti bourguignon, Monstrelet, Meyer, n'en disent rien. Meyer passe
sur tout cela comme sur des charbons.&mdash;Ce fut Paris qui s'entremit en
-cette affaire pour ceux de Gand: «Regali consilio (præpositi mercatorum
+cette affaire pour ceux de Gand: «Regali consilio (præpositi mercatorum
et scabinorum Parisiensium <em>validis precibus</em>) ut Dominus Comes de
-Charolois, primogenitus ducis Burgundiæ, cum uxore sua, filia Regis, in
-Flandriam duceretur..., Gandavensium burgenses obtinuerunt.» (Religieux,
+Charolois, primogenitus ducis Burgundiæ, cum uxore sua, filia Regis, in
+Flandriam duceretur..., Gandavensium burgenses obtinuerunt.» (Religieux,
ms., 723 verso.)</p>
<a id="app139" name="app139"></a>
-<p class="p2">139&mdash;page <a href="#page197">197</a>&mdash;<i>Les Universitaires se réunirent au couvent des
+<p class="p2">139&mdash;page <a href="#page197">197</a>&mdash;<i>Les Universitaires se réunirent au couvent des
Carmes...</i></p>
-<p>Lisez cette grande scène dans Juvénal des Ursins, p. 251-252. <span class="pagenum"><a id="page389" name="page389"></a>(p. 389)</span>
-Cet historien médiocre, qui semble ordinairement se contenter d'abréger
-le Religieux, présente cependant de plus quelques détails importants
-qu'il avait appris de son père.</p>
+<p>Lisez cette grande scène dans Juvénal des Ursins, p. 251-252. <span class="pagenum"><a id="page389" name="page389"></a>(p. 389)</span>
+Cet historien médiocre, qui semble ordinairement se contenter d'abréger
+le Religieux, présente cependant de plus quelques détails importants
+qu'il avait appris de son père.</p>
<a id="app140" name="app140"></a>
<p class="p2">140&mdash;page <a href="#page198">198</a>&mdash;<i>Le seul Pavilly s'obstina</i>, etc.</p>
-<p>Juvénal affirme, avec une légèreté malveillante, que le Carme tirait de
+<p>Juvénal affirme, avec une légèreté malveillante, que le Carme tirait de
l'argent de tout cela. Quelqu'un, dit-il, parla pour sauver Desessarts
-qui était au Châtelet, en grand danger: «Mais le dit de Pavilly qui
-tendoit fort <em>au profit de sa bourse</em>, et s'intéressoit fort avec les
+qui était au Châtelet, en grand danger: «Mais le dit de Pavilly qui
+tendoit fort <em>au profit de sa bourse</em>, et s'intéressoit fort avec les
Gois, Saintyous et leurs alliez, voulust montrer que la prise des
personnes estoit dument faite et qu'il falloit ordonner commissaires
-pour faire leur procès.» (Juvénal des Ursins, p. 252.)</p>
+pour faire leur procès.» (Juvénal des Ursins, p. 252.)</p>
<a id="app141" name="app141"></a>
-<p class="p2">141&mdash;page <a href="#page199">199</a>&mdash;<i>«Il y a de mauvaises herbes au jardin de la reine»...</i></p>
+<p class="p2">141&mdash;page <a href="#page199">199</a>&mdash;<i>«Il y a de mauvaises herbes au jardin de la reine»...</i></p>
-<p>Jean de Troyes avait déjà employé la même métaphore: «Eradicentur herbæ
-malæ, ne impediant florem juventutis vestræ virtutum fructus odoriferos
-producere.» (Religieux, ms., 785 verso.)&mdash;Cette poésie de jardinage
-plaisait fort au peuple des villes, toujours enfermé, et d'autant plus
+<p>Jean de Troyes avait déjà employé la même métaphore: «Eradicentur herbæ
+malæ, ne impediant florem juventutis vestræ virtutum fructus odoriferos
+producere.» (Religieux, ms., 785 verso.)&mdash;Cette poésie de jardinage
+plaisait fort au peuple des villes, toujours enfermé, et d'autant plus
amoureux de la campagne qu'il ne voyait pas. On la retrouve partout dans
les Meistersaengers, dans Hans Sachs, etc. Il est vrai qu'elle n'y est
-pas mise à l'usage du meurtre, comme ici.</p>
+pas mise à l'usage du meurtre, comme ici.</p>
<a id="app142" name="app142"></a>
-<p class="p2">142&mdash;page <a href="#page201">201</a>&mdash;<i>Sauf quelques articles trop minutieux et d'une rédaction
+<p class="p2">142&mdash;page <a href="#page201">201</a>&mdash;<i>Sauf quelques articles trop minutieux et d'une rédaction
enfantine</i>, etc.</p>
-<p>V. l'article sur «Nostre bonne couronne desmembrée, et les flourons
-d'icelle baillez en goige...» (<cite>Ordonnances</cite>, t. X, p. 92); et l'article
-sur les aides de guerre, dont l'argent sera serré «en un gros coffre,
-qui sera mis en la grosse tour de Nostre Palais ou ailleurs en lieu sûr
-et secret, ouquel coffre aura trois clefs...» (<i>Ibid.</i>, p. 96.)</p>
+<p>V. l'article sur «Nostre bonne couronne desmembrée, et les flourons
+d'icelle baillez en goige...» (<cite>Ordonnances</cite>, t. X, p. 92); et l'article
+sur les aides de guerre, dont l'argent sera serré «en un gros coffre,
+qui sera mis en la grosse tour de Nostre Palais ou ailleurs en lieu sûr
+et secret, ouquel coffre aura trois clefs...» (<i>Ibid.</i>, p. 96.)</p>
<a id="app143" name="app143"></a>
-<p class="p2">143&mdash;page <a href="#page207">207</a>&mdash;<i>Jean Courtecuisse, célèbre docteur de l'Université,
-prêcha sur l'excellence de l'ordonnance...</i></p>
+<p class="p2">143&mdash;page <a href="#page207">207</a>&mdash;<i>Jean Courtecuisse, célèbre docteur de l'Université,
+prêcha sur l'excellence de l'ordonnance...</i></p>
-<p>Du Boulay rapporte à tort ce sermon à l'année 1403. Cependant le titre
-qu'il lui donne lui-même devait l'avertir qu'il est de 1413. Aura-t-il
-craint, pour l'honneur de l'Université, d'avouer les liaisons d'un de
+<p>Du Boulay rapporte à tort ce sermon à l'année 1403. Cependant le titre
+qu'il lui donne lui-même devait l'avertir qu'il est de 1413. Aura-t-il
+craint, pour l'honneur de l'Université, d'avouer les liaisons d'un de
ses plus grands docteurs avec les Cabochiens?</p>
<a id="app144" name="app144"></a>
-<p class="p2">144&mdash;page <a href="#page208">208</a>&mdash;<i>Ils commencèrent le pont Notre-Dame...</i></p>
+<p class="p2">144&mdash;page <a href="#page208">208</a>&mdash;<i>Ils commencèrent le pont Notre-Dame...</i></p>
-<p>«Cedit jour fut nommé le pont de la Planche de Mibray le <em>Pont <span class="pagenum"><a id="page390" name="page390"></a>(p. 390)</span>
+<p>«Cedit jour fut nommé le pont de la Planche de Mibray le <em>Pont <span class="pagenum"><a id="page390" name="page390"></a>(p. 390)</span>
Nostre-Dame</em>, et le nomma le roi de France Charles, et frappa de la trie
-sur le premier pieu, et le duc de Guienne, son fils, après, et le duc de
-Berry, et le duc de Bourgogne, et le sire de la Trémouille.» (<cite>Journal
-du Bourgeois de Paris</cite>, 10 mai 1413, éd. Buchon, t. XV, p. 182.)</p>
+sur le premier pieu, et le duc de Guienne, son fils, après, et le duc de
+Berry, et le duc de Bourgogne, et le sire de la Trémouille.» (<cite>Journal
+du Bourgeois de Paris</cite>, 10 mai 1413, éd. Buchon, t. XV, p. 182.)</p>
<a id="app145" name="app145"></a>
-<p class="p2">145&mdash;page <a href="#page211">211</a>&mdash;<i>La religion de la royauté était encore entière et le fut
+<p class="p2">145&mdash;page <a href="#page211">211</a>&mdash;<i>La religion de la royauté était encore entière et le fut
longtemps...</i></p>
-<p>Voyez si longtemps après l'extrême timidité du chef de la Fronde. Il eut
-peur des États généraux (Retz, livre II), peur de l'union des villes
-(livre III): «J'en eus scrupule», dit-il. Il eut peur encore de se lier
-avec Cromwell. Mazarin, tout en défendant l'autorité royale qui était la
-sienne, avait apparemment moins de scrupule, s'il est vrai qu'après la
-mort de Charles I<sup>er</sup> il ait dit dans sa prononciation italienne: «Ce
-M. de Cromwell est né houroux (heureux).»</p>
+<p>Voyez si longtemps après l'extrême timidité du chef de la Fronde. Il eut
+peur des États généraux (Retz, livre II), peur de l'union des villes
+(livre III): «J'en eus scrupule», dit-il. Il eut peur encore de se lier
+avec Cromwell. Mazarin, tout en défendant l'autorité royale qui était la
+sienne, avait apparemment moins de scrupule, s'il est vrai qu'après la
+mort de Charles I<sup>er</sup> il ait dit dans sa prononciation italienne: «Ce
+M. de Cromwell est né houroux (heureux).»</p>
<a id="app146" name="app146"></a>
-<p class="p2">146&mdash;page <a href="#page211">211</a>&mdash;<i>L'avocat général Juvénal...</i></p>
+<p class="p2">146&mdash;page <a href="#page211">211</a>&mdash;<i>L'avocat général Juvénal...</i></p>
-<p>Voyez au Musée de Versailles la longue et piteuse figure de Juvénal, et
-la rouge trogne de son fils l'archevêque. Le père n'en fut pas moins un
-excellent citoyen. Son fils rapporte un trait admirable de sa fermeté à
-l'égard du duc de Bourgogne, p. 222, note 2.</p>
+<p>Voyez au Musée de Versailles la longue et piteuse figure de Juvénal, et
+la rouge trogne de son fils l'archevêque. Le père n'en fut pas moins un
+excellent citoyen. Son fils rapporte un trait admirable de sa fermeté à
+l'égard du duc de Bourgogne, p. 222, note 2.</p>
<a id="app147" name="app147"></a>
<p class="p2">147&mdash;page <a href="#page213">213</a>&mdash;<i>Le charpentier Guillaume Cirasse...</i></p>
<p>V. les armoiries de Guillaume Cirasse, dans le Recueil des armoiries des
-prévôts et échevins de Paris (exemplaire colorié à la Bibl. du cabinet
+prévôts et échevins de Paris (exemplaire colorié à la Bibl. du cabinet
du roi, au Louvre).</p>
<a id="app148" name="app148"></a>
-<p class="p2">148&mdash;page <a href="#page215">215</a>, note 2&mdash;<i>Le roi désirait fort traiter</i>, etc.</p>
+<p class="p2">148&mdash;page <a href="#page215">215</a>, note 2&mdash;<i>Le roi désirait fort traiter</i>, etc.</p>
<p>Un grand seigneur vient trouver le roi au matin pour l'animer contre les
-Bourguignons. «Le roy estant en son lict, ne dormoit pas et parloit en
+Bourguignons. «Le roy estant en son lict, ne dormoit pas et parloit en
s'esbatant avec un de ses valets de chambre, en soy farsant et
divertissant. Et ledit seigneur vint prendre par dessous la couverture
le roy tout doucement par le pied, en disant: Monseigneur, vous ne
dormez pas? Non, beau cousin, lui dit le roy, vous soyez le bien venu,
voulez-vous rien? y a t'il aucune chose de nouveau? Nenny, Monseigneur,
-luy respondit-il, sinon que vos gens qui sont en ce siège, disent que
-tel jour qu'il vous plaira, verrez assaillir la ville, où sont vos
-ennemis et ont espérance d'y entrer. Lors le roi dit que son cousin le
-duc de Bourgogne vouloit venir à raison, et mettre la ville en sa main,
-sans assaut, et qu'il falloit avoir paix. À quoy ledit seigneur
+luy respondit-il, sinon que vos gens qui sont en ce siège, disent que
+tel jour qu'il vous plaira, verrez assaillir la ville, où sont vos
+ennemis et ont espérance d'y entrer. Lors le roi dit que son cousin le
+duc de Bourgogne vouloit venir à raison, et mettre la ville en sa main,
+sans assaut, et qu'il falloit avoir paix. À quoy ledit seigneur
respondit: <span class="pagenum"><a id="page391" name="page391"></a>(p. 391)</span> Comment, Monseigneur, voulez-vous avoir paix avec ce
mauvais, faux, traistre et desloyal, qui si faussement et mauvaisement a
-faict tuer vostre frère? Lors le roy, aucunement desplaisant, luy dit:
-Du consentement de beau fils d'Orléans, tout lui a esté pardonné. Hélas!
-Sire, répliqua ledit seigneur, vous ne le verrez jamais vostre frère...
+faict tuer vostre frère? Lors le roy, aucunement desplaisant, luy dit:
+Du consentement de beau fils d'Orléans, tout lui a esté pardonné. Hélas!
+Sire, répliqua ledit seigneur, vous ne le verrez jamais vostre frère...
Mais le roy lui respondit assez chaudement: Beau cousin, allez-vous-en;
-je le verray au jour du Jugement.» (Juvénal, p. 2-3.)</p>
+je le verray au jour du Jugement.» (Juvénal, p. 2-3.)</p>
<a id="app149" name="app149"></a>
-<p class="p2">149&mdash;page <a href="#page217">217</a>&mdash;<i>Dès qu'il s'agit de l'Église, Gerson est républicain...</i></p>
+<p class="p2">149&mdash;page <a href="#page217">217</a>&mdash;<i>Dès qu'il s'agit de l'Église, Gerson est républicain...</i></p>
-<p>V. les &oelig;uvres de Gerson (éd. Du Pin), surtout au tome IV, et les
-travaux estimables de MM. Faugère, Schmidt et Thomassy. Je parlerai
-ailleurs de ceux de MM. Gence, Gregori, Daunou, Onésyme Leroy, et en
-général des écrivains qui ont débattu la question de l'<em>Imitation</em>.</p>
+<p>V. les &oelig;uvres de Gerson (éd. Du Pin), surtout au tome IV, et les
+travaux estimables de MM. Faugère, Schmidt et Thomassy. Je parlerai
+ailleurs de ceux de MM. Gence, Gregori, Daunou, Onésyme Leroy, et en
+général des écrivains qui ont débattu la question de l'<em>Imitation</em>.</p>
<a id="app150" name="app150"></a>
-<p class="p2">150&mdash;page <a href="#page221">221</a>&mdash;<i>L'augmentation des dépenses tenait à l'avilissement
+<p class="p2">150&mdash;page <a href="#page221">221</a>&mdash;<i>L'augmentation des dépenses tenait à l'avilissement
progressif du prix de l'argent...</i></p>
-<p>Clémengis s'étonne de ce qu'un monastère qui nourrissait primitivement
+<p>Clémengis s'étonne de ce qu'un monastère qui nourrissait primitivement
cent moines n'en nourrit plus que dix (p. 19). Qui ne sait combien en
-deux ou trois siècles changent et le prix des choses et le nombre de
-celles qu'on juge nécessaires? Pour ne parler que d'un siècle, quelle
-grande maison pourrait être défrayée aujourd'hui d'après le calcul que
-madame de Maintenon fait pour celle de son frère? Voir, entre autres
+deux ou trois siècles changent et le prix des choses et le nombre de
+celles qu'on juge nécessaires? Pour ne parler que d'un siècle, quelle
+grande maison pourrait être défrayée aujourd'hui d'après le calcul que
+madame de Maintenon fait pour celle de son frère? Voir, entre autres
ouvrages, une brochure de M. le comte d'Hauterive: <cite>Faits et
-observations sur la dépense d'une des grandes administrations</cite> etc.;
-deux autres brochures de M. Eckard: <cite>Dépenses effectives de Louis XIV en
-bâtiments au cours du temps des travaux de leur évaluation</cite>, etc., etc.</p>
+observations sur la dépense d'une des grandes administrations</cite> etc.;
+deux autres brochures de M. Eckard: <cite>Dépenses effectives de Louis XIV en
+bâtiments au cours du temps des travaux de leur évaluation</cite>, etc., etc.</p>
<a id="app151" name="app151"></a>
-<p class="p2">151&mdash;page <a href="#page222">222</a>&mdash;<i>Clémengis... d'Ailly...</i></p>
-
-<p>Je ne veux pas contester le mérite réel de ces deux personnages qui
-furent tout à la fois d'éminents docteurs et des hommes d'action.
-D'Ailly fut l'une des gloires de la grande école gallicane du collège de
-Navarre; il y forma Clémengis et Gerson. Clémengis est un bon écrivain
-polémique, mordant, amusant, <em>salé</em> (comme aurait dit Saint-Simon). V.
-le tableau qu'il fait de la servilité du pape d'Avignon, dans le livre
-de la <cite>Corruption de l'Église</cite> (p. 26). La conclusion du livre est très
-éloquente. C'est une apostrophe au Christ; les protestants peuvent y
-voir une prophétie de la Réforme: «Si tuam vineam labruscis
+<p class="p2">151&mdash;page <a href="#page222">222</a>&mdash;<i>Clémengis... d'Ailly...</i></p>
+
+<p>Je ne veux pas contester le mérite réel de ces deux personnages qui
+furent tout à la fois d'éminents docteurs et des hommes d'action.
+D'Ailly fut l'une des gloires de la grande école gallicane du collège de
+Navarre; il y forma Clémengis et Gerson. Clémengis est un bon écrivain
+polémique, mordant, amusant, <em>salé</em> (comme aurait dit Saint-Simon). V.
+le tableau qu'il fait de la servilité du pape d'Avignon, dans le livre
+de la <cite>Corruption de l'Église</cite> (p. 26). La conclusion du livre est très
+éloquente. C'est une apostrophe au Christ; les protestants peuvent y
+voir une prophétie de la Réforme: «Si tuam vineam labruscis
senticosisque virgultis palmites suffocantibus <span class="pagenum"><a id="page392" name="page392"></a>(p. 392)</span> obseptam,
infructiferam, vis ad naturam reducere, quis melior modus id agendi,
-quam inutiles stirpes eam sterilem efficientes quæ falcibus amputatæ
+quam inutiles stirpes eam sterilem efficientes quæ falcibus amputatæ
pullulant, radicitus evellere, vineamque ipsam aliis agricolis locatam
-novis rursum autiferacibus et fructiferis palmitibus inserere?... Hæc
-non nisi exigua sunt dolorum <em>initia</em> et suavia quædam eorum quæ
-supersunt <em>præludia</em>. Sed tempus erat, ut portum, ingruente jam
-tempestate, peteremus, nostræque in his periculis saluti consuleremus,
-ne tanta procellarum vis, quæ laceram Petri naviculam validiori turbinis
+novis rursum autiferacibus et fructiferis palmitibus inserere?... Hæc
+non nisi exigua sunt dolorum <em>initia</em> et suavia quædam eorum quæ
+supersunt <em>præludia</em>. Sed tempus erat, ut portum, ingruente jam
+tempestate, peteremus, nostræque in his periculis saluti consuleremus,
+ne tanta procellarum vis, quæ laceram Petri naviculam validiori turbinis
impulsu, quam ullo alias tempore <em>concussura est</em>, in mediis nos
-fluctibus, cum his qui merito naufragio perituri sunt, absorbeat.» (Nic.
-Clemeng. <cite>De corrupto Ecclesiæ statu</cite>, t. I, p. 28.)</p>
+fluctibus, cum his qui merito naufragio perituri sunt, absorbeat.» (Nic.
+Clemeng. <cite>De corrupto Ecclesiæ statu</cite>, t. I, p. 28.)</p>
<a id="app152" name="app152"></a>
-<p class="p2">152&mdash;page <a href="#page223">223</a>&mdash;<i>... le piquant réquisitoire du concile contre les deux
-papes réfractaires...</i></p>
+<p class="p2">152&mdash;page <a href="#page223">223</a>&mdash;<i>... le piquant réquisitoire du concile contre les deux
+papes réfractaires...</i></p>
-<p><cite>Concilium Pisanum</cite>, ap. <cite>Concil.</cite>, éd. Labbe et Cossart, 1671; t. XI,
+<p><cite>Concilium Pisanum</cite>, ap. <cite>Concil.</cite>, éd. Labbe et Cossart, 1671; t. XI,
pars II, p. 2172 et seq.</p>
<a id="app153" name="app153"></a>
-<p class="p2">153&mdash;page <a href="#page224">224</a>&mdash;<i>Ces ennemis acharnés s'entendaient au fond à
+<p class="p2">153&mdash;page <a href="#page224">224</a>&mdash;<i>Ces ennemis acharnés s'entendaient au fond à
merveille...</i></p>
-<p>«Habentes facies diversas..., sed caudas habent ad invicem colligatas,
-ut de vanitate conveniant.» (<i>Ibid.</i>, p. 2183.)&mdash;«... Volebat unum pedem
-tenere in aqua et alium in terra.» (<i>Ibid.</i>, p. 2184.)</p>
+<p>«Habentes facies diversas..., sed caudas habent ad invicem colligatas,
+ut de vanitate conveniant.» (<i>Ibid.</i>, p. 2183.)&mdash;«... Volebat unum pedem
+tenere in aqua et alium in terra.» (<i>Ibid.</i>, p. 2184.)</p>
<a id="app154" name="app154"></a>
-<p class="p2">154&mdash;page <a href="#page225">225</a>&mdash;<i>Lorsque Valla élevait les premiers doutes sur
-l'authenticité des décrétales...</i></p>
+<p class="p2">154&mdash;page <a href="#page225">225</a>&mdash;<i>Lorsque Valla élevait les premiers doutes sur
+l'authenticité des décrétales...</i></p>
-<p>Non seulement Valla, mais Gerson, dans son épître <cite>De modis uniendi ac
+<p>Non seulement Valla, mais Gerson, dans son épître <cite>De modis uniendi ac
reformandi Ecclesiam</cite>, p. 166. Sur Valla, lire un article excellent de
la <cite>Biographie universelle</cite> (par M. Viguier), t. XLVII, p.
-345-353.&mdash;«Des papes ont permis à Ballerini de critiquer, à Rome même,
-les fausses décrétales. Pourquoi ne les ont-ils pas révoquées? Pour la
-même raison que les rois de France n'ont pas révoqué les fables
+345-353.&mdash;«Des papes ont permis à Ballerini de critiquer, à Rome même,
+les fausses décrétales. Pourquoi ne les ont-ils pas révoquées? Pour la
+même raison que les rois de France n'ont pas révoqué les fables
politiques relatives aux douze pairs de Charlemagne, ni les Empereurs
-celles qui se rattachent à l'origine des cours Weimiques, etc.» Telle
-est la réponse de l'ingénieux M. Walter. (Walter, <cite>Lerhbuch des
+celles qui se rattachent à l'origine des cours Weimiques, etc.» Telle
+est la réponse de l'ingénieux M. Walter. (Walter, <cite>Lerhbuch des
Kirchenrechts</cite>, Bonn. 1829, p. 161.)</p>
<a id="app155" name="app155"></a>
<p class="p2">155&mdash;page <a href="#page226">226</a>&mdash;<i>Raymond Lulle pleura aux pieds de son Arbor, qui
finissait la scolastique...</i></p>
-<p>Voir la curieuse préface. (Raymond Lullii Majoricensis, illuminati
-patris, <cite>Arbor scientiæ</cite>. Lugduni, 1636, in-4<sup>o</sup>, p. 2 et 3.)</p>
+<p>Voir la curieuse préface. (Raymond Lullii Majoricensis, illuminati
+patris, <cite>Arbor scientiæ</cite>. Lugduni, 1636, in-4<sup>o</sup>, p. 2 et 3.)</p>
<a id="app156" name="app156"></a>
<p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page393" name="page393"></a>(p. 393)</span> 156&mdash;page <a href="#page226">226</a>&mdash;<i>... renouveler...</i></p>
-<p>Ce verbe, employé comme neutre, avait bien plus de grâce. Je crois qu'on
-y reviendra. V. Charles d'Orléans (p. 48): «Tous jours sa beauté
-<em>renouvelle</em>.» Et Eustache Deschamps (p. 99): «De jour en jour votre
-beauté <em>renouvelle</em>.»</p>
+<p>Ce verbe, employé comme neutre, avait bien plus de grâce. Je crois qu'on
+y reviendra. V. Charles d'Orléans (p. 48): «Tous jours sa beauté
+<em>renouvelle</em>.» Et Eustache Deschamps (p. 99): «De jour en jour votre
+beauté <em>renouvelle</em>.»</p>
<a id="app157" name="app157"></a>
-<p class="p2">157&mdash;page <a href="#page227">227</a>&mdash;<i>Au moment où l'Anglais allait fondre sur la France</i>,
+<p class="p2">157&mdash;page <a href="#page227">227</a>&mdash;<i>Au moment où l'Anglais allait fondre sur la France</i>,
etc.</p>
-<p>«Licet quis contemnendum esse, quantum ad bella pertinet, <em>ducem
-Lotharingiæ</em>, nec tantis pollere viribus, ut domui audeat Franciæ bellum
+<p>«Licet quis contemnendum esse, quantum ad bella pertinet, <em>ducem
+Lotharingiæ</em>, nec tantis pollere viribus, ut domui audeat Franciæ bellum
inferre, non parvus debet hostis videri quem Deus excitat et propter
-aliorum adjuvat facinora.» (Nic. Clémengis, t. II, p. 257.)&mdash;On voit de
-même dans les lettres de Machiavel qu'à la veille d'être conquise par
-les Espagnols, l'Italie ne craignait que les Vénitiens. Il écrit aux
-magistrats de Florence: «Vos Seigneuries m'ont toujours dit que la
-liberté de l'Italie n'avait à craindre que Venise.» (Machiavel, Lettre
-de février ou mars 1508.)</p>
+aliorum adjuvat facinora.» (Nic. Clémengis, t. II, p. 257.)&mdash;On voit de
+même dans les lettres de Machiavel qu'à la veille d'être conquise par
+les Espagnols, l'Italie ne craignait que les Vénitiens. Il écrit aux
+magistrats de Florence: «Vos Seigneuries m'ont toujours dit que la
+liberté de l'Italie n'avait à craindre que Venise.» (Machiavel, Lettre
+de février ou mars 1508.)</p>
<a id="app158" name="app158"></a>
<p class="p2">158&mdash;page <a href="#page230">230</a>&mdash;<i>Sur les cinquante-trois mille fiefs en Angleterre,
-l'Église en possédait vingt-huit mille...</i></p>
+l'Église en possédait vingt-huit mille...</i></p>
<p>Turner, <cite>The History of England, during the middle ages</cite> (ed. 1830),
-vol. III, p. 96.&mdash;On assurait récemment que le clergé anglican avait
-encore aujourd'hui un revenu supérieur à celui de tout le clergé de
-l'Europe. Ce qui est sûr, c'est que l'archevêque de Cantorbéry a un
-revenu <em>quinze</em> fois plus grand que celui d'un archevêque français,
-<em>trente</em> fois plus grand que celui d'un cardinal à Rome. (<cite>Statistics of
-the Church of England</cite>, 1836, p. 5.) V. aussi trois Lettres de Léon
-Faucher (<cite>Courrier français</cite>, juillet, août 1836).</p>
+vol. III, p. 96.&mdash;On assurait récemment que le clergé anglican avait
+encore aujourd'hui un revenu supérieur à celui de tout le clergé de
+l'Europe. Ce qui est sûr, c'est que l'archevêque de Cantorbéry a un
+revenu <em>quinze</em> fois plus grand que celui d'un archevêque français,
+<em>trente</em> fois plus grand que celui d'un cardinal à Rome. (<cite>Statistics of
+the Church of England</cite>, 1836, p. 5.) V. aussi trois Lettres de Léon
+Faucher (<cite>Courrier français</cite>, juillet, août 1836).</p>
<a id="app159" name="app159"></a>
-<p class="p2">159&mdash;page <a href="#page232">232</a>, note&mdash;<i>Le droit d'aînesse en Angleterre...</i></p>
+<p class="p2">159&mdash;page <a href="#page232">232</a>, note&mdash;<i>Le droit d'aînesse en Angleterre...</i></p>
-<p>Le 12 avril 1836, M. Ewart voulait présenter un bill statuant que, au
-moins dans les successions ab intestat, les propriétés foncières
-seraient partagées également entre les enfants; sir John Russel a parlé
-contre, et la motion a été rejetée à une forte majorité.</p>
+<p>Le 12 avril 1836, M. Ewart voulait présenter un bill statuant que, au
+moins dans les successions ab intestat, les propriétés foncières
+seraient partagées également entre les enfants; sir John Russel a parlé
+contre, et la motion a été rejetée à une forte majorité.</p>
<a id="app160" name="app160"></a>
-<p class="p2">160&mdash;page <a href="#page237">237</a>&mdash;<i>Shakespeare ennemi des sectaires de tout âge...</i></p>
+<p class="p2">160&mdash;page <a href="#page237">237</a>&mdash;<i>Shakespeare ennemi des sectaires de tout âge...</i></p>
<p>Shakespeare a fait de rares allusions aux puritains naissants, toutes
malveillantes. Voir entre autres celle qui se trouve dans <span class="pagenum"><a id="page394" name="page394"></a>(p. 394)</span>
-<cite>Twelfth Night</cite>, act. III, scène <span class="smcap">II</span>.&mdash;Quant à Falstaff, j'aurai occasion
+<cite>Twelfth Night</cite>, act. III, scène <span class="smcap">II</span>.&mdash;Quant à Falstaff, j'aurai occasion
d'y revenir.</p>
<a id="app161" name="app161"></a>
-<p class="p2">161&mdash;page <a href="#page239">239</a>, note&mdash;<i>L'examen d'Oldcastle par l'archevêque de
-Cantorbéry</i>, etc.</p>
+<p class="p2">161&mdash;page <a href="#page239">239</a>, note&mdash;<i>L'examen d'Oldcastle par l'archevêque de
+Cantorbéry</i>, etc.</p>
-<p>«Dominus Cantuariensis gratiose se obtulit, et paratum fore promisit ad
+<p>«Dominus Cantuariensis gratiose se obtulit, et paratum fore promisit ad
absolvendum eum; sed ille... petere noluit... Cui compatiens dominus
Cant. dixit: Caveatis... Unde dominus Cant. sibi compatiens... Cui
archiepiscopus affabiliter et suaviter... Consequenter dominus Cant.
suavi et modesto modo rogavit... Quibus dictis dominus Cant. flebili
vultu eum alloquebatur... Ergo, cum magna cordis amaritudine, processit
-ad prolationem sententiæ.» (Walsingham, p. 384.)&mdash;Elmham célèbre en
-prose et en vers les exécutions et les processions. «Rege jubente...
-Regia mens gaudet.» (Turner, vol. III, p. 142.)</p>
+ad prolationem sententiæ.» (Walsingham, p. 384.)&mdash;Elmham célèbre en
+prose et en vers les exécutions et les processions. «Rege jubente...
+Regia mens gaudet.» (Turner, vol. III, p. 142.)</p>
<a id="app162" name="app162"></a>
-<p class="p2">162&mdash;page <a href="#page240">240</a>&mdash;<i>Henri V écrivit aux prélats...</i></p>
+<p class="p2">162&mdash;page <a href="#page240">240</a>&mdash;<i>Henri V écrivit aux prélats...</i></p>
-<p>De arraiatione cleri: «Prompti sint ad resistendum contra malitiam
-inimicorum regni, ecclesiæ, etc.» (Rymer, 3<sup>e</sup> éd., vol. IV, pars I, p.
+<p>De arraiatione cleri: «Prompti sint ad resistendum contra malitiam
+inimicorum regni, ecclesiæ, etc.» (Rymer, 3<sup>e</sup> éd., vol. IV, pars I, p.
123; 28 mai 1415.)</p>
<a id="app163" name="app163"></a>
-<p class="p2">163&mdash;page <a href="#page240">240</a>&mdash;<i>Il complétait ses préparatifs...</i></p>
+<p class="p2">163&mdash;page <a href="#page240">240</a>&mdash;<i>Il complétait ses préparatifs...</i></p>
-<p>Traité pour avoir des vaisseaux de Hollande, 18 mars 1415. Presse des
+<p>Traité pour avoir des vaisseaux de Hollande, 18 mars 1415. Presse des
navires, 11 avril; des armuriers (operariis arcuum, etc., <i lang="la">tam intra
libertates quam extra</i>), le 20; presse des matelots, le 3 mai; recherche
de charrettes, le 16; achat de clous et de fers de chevaux, le 25; achat
de b&oelig;ufs et vaches, le 4 juin; ordre pour cuire du pain et brasser de
-la bière, le 27 mai; presse des maçons, charpentiers, serruriers,
-etc;&mdash;5 juin, négociations avec le Gallois Owen Glendour; 24 juillet,
-testament du roi; défense de la frontière d'Écosse; négociations avec
-l'Aragon, avec le duc de Bretagne, <em>avec le duc de Bourgogne</em>, 10 août;
-Bedford nommé gardien de l'Angleterre, 11 août; au maire de Londres, 12,
+la bière, le 27 mai; presse des maçons, charpentiers, serruriers,
+etc;&mdash;5 juin, négociations avec le Gallois Owen Glendour; 24 juillet,
+testament du roi; défense de la frontière d'Écosse; négociations avec
+l'Aragon, avec le duc de Bretagne, <em>avec le duc de Bourgogne</em>, 10 août;
+Bedford nommé gardien de l'Angleterre, 11 août; au maire de Londres, 12,
etc. (Rymer, t. IV, p. I, p. 109-146.)</p>
<a id="app164" name="app164"></a>
-<p class="p2">164&mdash;page <a href="#page242">242</a>&mdash;<i>Le roi réunit la plus forte armée</i>, etc.</p>
+<p class="p2">164&mdash;page <a href="#page242">242</a>&mdash;<i>Le roi réunit la plus forte armée</i>, etc.</p>
-<p>Tels sont les nombres indiqués par Monstrelet, t. III, p. 313. Lefebvre
-dit: huit cents bâtiments. Rien n'est plus incertain que les calculs de
+<p>Tels sont les nombres indiqués par Monstrelet, t. III, p. 313. Lefebvre
+dit: huit cents bâtiments. Rien n'est plus incertain que les calculs de
ce temps. Lefebvre croit que le roi de France avait deux cent mille
hommes devant Arras, en 1414; Monstrelet en donne cent cinquante mille
-aux Français à la bataille d'Azincourt. <span class="pagenum"><a id="page395" name="page395"></a>(p. 395)</span> Je crois cependant
-qu'il a été mieux instruit sur le nombre réel de l'armée anglaise à son
-départ.</p>
+aux Français à la bataille d'Azincourt. <span class="pagenum"><a id="page395" name="page395"></a>(p. 395)</span> Je crois cependant
+qu'il a été mieux instruit sur le nombre réel de l'armée anglaise à son
+départ.</p>
<a id="app165" name="app165"></a>
-<p class="p2">165&mdash;page <a href="#page246">246</a>&mdash;<i>Un prêtre anglais nous apprend</i>, etc.</p>
+<p class="p2">165&mdash;page <a href="#page246">246</a>&mdash;<i>Un prêtre anglais nous apprend</i>, etc.</p>
-<p>Ms. cité par sir Harris Nicolas, dans son <cite>Histoire de la bataille
+<p>Ms. cité par sir Harris Nicolas, dans son <cite>Histoire de la bataille
d'Azincourt</cite> (1832), p. 129. Ce remarquable opuscule offre toute
-l'impartialité qu'on devait attendre d'un Anglais judicieux, qui
-d'ailleurs n'a pas oublié l'origine française de sa famille. Qu'il me
-soit permis de faire remarquer en passant que beaucoup d'étrangers
-distingués descendent de nos réfugiés français: sir Nicolas, miss
+l'impartialité qu'on devait attendre d'un Anglais judicieux, qui
+d'ailleurs n'a pas oublié l'origine française de sa famille. Qu'il me
+soit permis de faire remarquer en passant que beaucoup d'étrangers
+distingués descendent de nos réfugiés français: sir Nicolas, miss
Martineau, Savigny, Ancillon, Michelet de Berlin, etc.</p>
<a id="app166" name="app166"></a>
-<p class="p2">166&mdash;page <a href="#page246">246</a>&mdash;<i>Tous les habitants d'Harfleur furent chassés de la
+<p class="p2">166&mdash;page <a href="#page246">246</a>&mdash;<i>Tous les habitants d'Harfleur furent chassés de la
ville...</i></p>
<p>Le chapelain rapporte les lamentations de ces pauvres gens, et il
-ajoute, avec une bien singulière préoccupation anglaise, qu'après tout
-ils regrettaient une possession à laquelle <em>ils n'avaient pas droit</em>:
-«For the loss of their accustomed, <em>though unlawful</em>, habitations.» V.
+ajoute, avec une bien singulière préoccupation anglaise, qu'après tout
+ils regrettaient une possession à laquelle <em>ils n'avaient pas droit</em>:
+«For the loss of their accustomed, <em>though unlawful</em>, habitations.» V.
Sir Nicolas, p. 214.</p>
<a id="app167" name="app167"></a>
-<p class="p2">167&mdash;page <a href="#page247">247</a>&mdash;<i>Henri V déclara que d'Harfleur il irait jusqu'à
+<p class="p2">167&mdash;page <a href="#page247">247</a>&mdash;<i>Henri V déclara que d'Harfleur il irait jusqu'à
Calais...</i></p>
-<p>Cette expédition a été racontée par trois témoins oculaires qui tous
-trois étaient dans le camp anglais: Hardyng, un chapelain d'Henri V, et
+<p>Cette expédition a été racontée par trois témoins oculaires qui tous
+trois étaient dans le camp anglais: Hardyng, un chapelain d'Henri V, et
Lefebvre de Saint-Remy, gentilhomme picard, du parti bourguignon, qui
-suivit l'armée d'Henri. Il n'y a qu'un témoin de l'autre parti, Jean de
-Vaurin, qui n'ajoute guère au récit des autres. Je suivrai volontiers
-les témoignages anglais. L'historien français qui raconte ce grand
-malheur national doit se tenir en garde contre son émotion, doit
-s'informer de préférence dans le parti ennemi.</p>
+suivit l'armée d'Henri. Il n'y a qu'un témoin de l'autre parti, Jean de
+Vaurin, qui n'ajoute guère au récit des autres. Je suivrai volontiers
+les témoignages anglais. L'historien français qui raconte ce grand
+malheur national doit se tenir en garde contre son émotion, doit
+s'informer de préférence dans le parti ennemi.</p>
<a id="app168" name="app168"></a>
-<p class="p2">168&mdash;page <a href="#page248">248</a>&mdash;<i>Le duc de Lorraine à lui seul amenait cinquante mille
+<p class="p2">168&mdash;page <a href="#page248">248</a>&mdash;<i>Le duc de Lorraine à lui seul amenait cinquante mille
hommes...</i></p>
-<p>Lettre du gouverneur de Calais Bardolf, au duc de Bedford: «Plaise à
+<p>Lettre du gouverneur de Calais Bardolf, au duc de Bedford: «Plaise à
vostre Seigneurie savoir, que par les entrevenans divers et bonnes amis,
repairans en ceste ville et marche, aussi bien hors des parties de
-Fraunce, comme <em>de Flaundres</em>, me soit dit et rapporté plainement que
+Fraunce, comme <em>de Flaundres</em>, me soit dit et rapporté plainement que
sans faulte le Roi nostre Seigneur... ara bataille... au plus tarde,
deins quinsze jours... que le duc de Lorenne ait assembleie... bien
-<em>cinquant mille</em> hommes, et que, mes qu'ils soient tous assemblées, ilz
-ne seront moins de <em>cent mille</em> ou pluis.» (Rymer, t. IV, p. I, p. 147,
+<em>cinquant mille</em> hommes, et que, mes qu'ils soient tous assemblées, ilz
+ne seront moins de <em>cent mille</em> ou pluis.» (Rymer, t. IV, p. I, p. 147,
7 octobre 1415.)</p>
<a id="app169" name="app169"></a>
<p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page396" name="page396"></a>(p. 396)</span> 169&mdash;page <a href="#page249">249</a>&mdash;<i>Des Picards se joignirent aux Anglais, et
-peut-être les guidèrent...</i></p>
+peut-être les guidèrent...</i></p>
<p>Lorsqu'on voit un de ces Picards, l'historien Lefebvre de Saint-Remy,
-après avoir combattu pour les Anglais à Azincourt, devenir le confident
+après avoir combattu pour les Anglais à Azincourt, devenir le confident
de la maison de Bourgogne, la servir dans les plus importantes missions
(Lefebvre, prologue, t. VII, p. 258), et enfin vieillir dans cette cour
-comme héraut de la Toison d'or, on est bien tenté de croire que
-Lefebvre, quoique jeune alors, fut l'agent bourguignon près d'Henri V.
-Il ne vint pas seulement pour voir la bataille; les détails minutieux
-qu'il donne (p. 499) portent à croire qu'il suivit l'armée anglaise, dès
-son entrée en Picardie. V. sur Lefebvre la Notice de mademoiselle Dupont
-(<cite>Bulletin de la Société de l'histoire de France</cite>, tome II, 1<sup>re</sup>
+comme héraut de la Toison d'or, on est bien tenté de croire que
+Lefebvre, quoique jeune alors, fut l'agent bourguignon près d'Henri V.
+Il ne vint pas seulement pour voir la bataille; les détails minutieux
+qu'il donne (p. 499) portent à croire qu'il suivit l'armée anglaise, dès
+son entrée en Picardie. V. sur Lefebvre la Notice de mademoiselle Dupont
+(<cite>Bulletin de la Société de l'histoire de France</cite>, tome II, 1<sup>re</sup>
partie). La savante demoiselle a refait toute la vie de Lefebvre; elle a
-prouvé qu'il avait généralement copié Monstrelet; il me paraît toutefois
-qu'en copiant il a quelque peu modifié le récit des faits dont il avait
-été témoin oculaire.</p>
+prouvé qu'il avait généralement copié Monstrelet; il me paraît toutefois
+qu'en copiant il a quelque peu modifié le récit des faits dont il avait
+été témoin oculaire.</p>
<a id="app170" name="app170"></a>
<p class="p2">170&mdash;page <a href="#page250">250</a>&mdash;<i>Un homme du pays vint dire</i>, etc.</p>
<p>Les deux Bourguignons Monstrelet et Lefebvre ne disent rien de ceci. Ce
-sont les Anglais qui nous l'apprennent: «But suddenly, in the midst of
+sont les Anglais qui nous l'apprennent: «But suddenly, in the midst of
their despondency, <em>one of the villagers</em> communicated to the king the
-invaluable information...» (Turner, t. II, p. 423.)</p>
+invaluable information...» (Turner, t. II, p. 423.)</p>
<a id="app171" name="app171"></a>
-<p>171&mdash;page <a href="#page251">251</a>&mdash;<i>Le duc de Berri voulait que les partis d'Orléans et de
+<p>171&mdash;page <a href="#page251">251</a>&mdash;<i>Le duc de Berri voulait que les partis d'Orléans et de
Bourgogne envoyassent chacun cinq cents lances...</i></p>
-<p>Il avait d'abord fait écrire en ce sens aux deux ducs, avec défense de
+<p>Il avait d'abord fait écrire en ce sens aux deux ducs, avec défense de
venir en personne; c'est ce qu'assure le duc de Bourgogne dans la lettre
-au roi. (Juvénal des Ursins, p. 299.)</p>
+au roi. (Juvénal des Ursins, p. 299.)</p>
<a id="app172" name="app172"></a>
<p class="p2">172&mdash;page <a href="#page253">253</a>&mdash;<i>Bataille d'Azincourt...</i></p>
<p>Lefebvre, t. VIII, p. 511.&mdash;Religieux, ms., 945 verso.&mdash;Jehan de Vaurin,
<cite>Chroniques d'Angleterre</cite>, vol. V, partie I, chap. <span class="smcap">IX</span>, folio 15, verso;
-ms. de la Bibliothèque royale, n<sup>o</sup> 6756.&mdash;Jean de Vaurin était à la
-bataille, comme Lefebvre, mais de l'autre côté: «Moy, acteur de ceste
-euvre, en sçay la vérité, car en celle assemblée estoie du costé des
-François.»</p>
+ms. de la Bibliothèque royale, n<sup>o</sup> 6756.&mdash;Jean de Vaurin était à la
+bataille, comme Lefebvre, mais de l'autre côté: «Moy, acteur de ceste
+euvre, en sçay la vérité, car en celle assemblée estoie du costé des
+François.»</p>
<a id="app173" name="app173"></a>
<p class="p2">173&mdash;page <a href="#page260">260</a>&mdash;<i>Alors survinrent les Anglais</i>, etc.</p>
-<p>«Ictus reiterabant mortales, inusitato etiam armorum genere usi
-<span class="pagenum"><a id="page397" name="page397"></a>(p. 397)</span> quisque eorum in parte maxima clavam plumbeam gestabant, quæ
-capiti alicujus afflicta mox illum præcipitabat ad terram moribundum.»
+<p>«Ictus reiterabant mortales, inusitato etiam armorum genere usi
+<span class="pagenum"><a id="page397" name="page397"></a>(p. 397)</span> quisque eorum in parte maxima clavam plumbeam gestabant, quæ
+capiti alicujus afflicta mox illum præcipitabat ad terram moribundum.»
(Religieux de Saint-Denis, ms., fol. 950.)</p>
<a id="app174" name="app174"></a>
-<p class="p2">174&mdash;page <a href="#page260">260</a>&mdash;<i>Puis, c'est le duc d'Alençon</i>, etc.</p>
+<p class="p2">174&mdash;page <a href="#page260">260</a>&mdash;<i>Puis, c'est le duc d'Alençon</i>, etc.</p>
-<p>Cet embellissement est de la façon de Monstrelet, t. III, p. 355. Il le
-place hors du récit de la bataille, après la longue liste des morts.
-Lefebvre, témoin oculaire, n'a pu se décider à copier ici Monstrelet.</p>
+<p>Cet embellissement est de la façon de Monstrelet, t. III, p. 355. Il le
+place hors du récit de la bataille, après la longue liste des morts.
+Lefebvre, témoin oculaire, n'a pu se décider à copier ici Monstrelet.</p>
<a id="app175" name="app175"></a>
<p class="p2">175&mdash;page <a href="#page262">262</a>&mdash;<i>Le lendemain le vainqueur prit ou tua ce qui pouvait
rester en vie...</i></p>
<p>Lefebvre, t. VIII, p. 16-17.&mdash;Monstrelet, t. III, p. 347. Je ne sais
-d'après quel auteur M. de Barante a dit: «Henri V fit cesser le carnage
-et relever les blessés.» (<cite>Hist. des ducs de Bourgogne</cite>, 3<sup>e</sup> édit., t.
+d'après quel auteur M. de Barante a dit: «Henri V fit cesser le carnage
+et relever les blessés.» (<cite>Hist. des ducs de Bourgogne</cite>, 3<sup>e</sup> édit., t.
IV, p. 250.)</p>
<a id="app176" name="app176"></a>
-<p class="p2">176&mdash;page <a href="#page262">262</a>, note 3&mdash;<i>Le connétable d'Albret</i>...</p>
-
-<p>Le Religieux revient fréquemment (fol. 940, 946, 948) sur ces bruits de
-trahison, qui probablement circulaient surtout à Paris, sous l'influence
-secrète du parti bourguignon.&mdash;Nulle part ces accusations ne sont
-exprimées avec plus de force que dans le récit anonyme qu'a publié M.
-Tailliar: «Charles de Labrech, connétable de Franche, alloit bien
-souvent boire et mangier avec le Roi en l'ost des Englès... Li
-connétables se tenoit en ses bonnes villes et faisoit défendre de par le
-roi de Franche que on ne le combattesit nient.» Cette dernière
-accusation, si manifestement calomnieuse, ferait soupçonner que cette
-pièce est un bulletin du duc de Bourgogne. Au reste, l'auteur confond
+<p class="p2">176&mdash;page <a href="#page262">262</a>, note 3&mdash;<i>Le connétable d'Albret</i>...</p>
+
+<p>Le Religieux revient fréquemment (fol. 940, 946, 948) sur ces bruits de
+trahison, qui probablement circulaient surtout à Paris, sous l'influence
+secrète du parti bourguignon.&mdash;Nulle part ces accusations ne sont
+exprimées avec plus de force que dans le récit anonyme qu'a publié M.
+Tailliar: «Charles de Labrech, connétable de Franche, alloit bien
+souvent boire et mangier avec le Roi en l'ost des Englès... Li
+connétables se tenoit en ses bonnes villes et faisoit défendre de par le
+roi de Franche que on ne le combattesit nient.» Cette dernière
+accusation, si manifestement calomnieuse, ferait soupçonner que cette
+pièce est un bulletin du duc de Bourgogne. Au reste, l'auteur confond
beaucoup de choses; il croit que c'est Clignet de Brabant qui pilla le
-camp anglais, etc. Dans la même page, il appelle Henri V tantôt roi de
-France, tantôt roi d'Angleterre. (<cite>Archives du nord de la France et du
+camp anglais, etc. Dans la même page, il appelle Henri V tantôt roi de
+France, tantôt roi d'Angleterre. (<cite>Archives du nord de la France et du
midi de la Belgique</cite> (Valenciennes), 1839.)</p>
<a id="app177" name="app177"></a>
-<p class="p2">177&mdash;page <a href="#page263">263</a>&mdash;<i>Le fils du duc de Bourgogne fit à tous les morts la
-charité d'une fosse...</i></p>
+<p class="p2">177&mdash;page <a href="#page263">263</a>&mdash;<i>Le fils du duc de Bourgogne fit à tous les morts la
+charité d'une fosse...</i></p>
-<p>Monstrelet, t. III, p. 358. Selon le récit anonyme publié par M.
+<p>Monstrelet, t. III, p. 358. Selon le récit anonyme publié par M.
Tailliar, on ne put jamais savoir le vrai nombre des morts; ceux qui les
-avaient enfouis, jurèrent de ne point le révéler. (<cite>Archives du nord de
+avaient enfouis, jurèrent de ne point le révéler. (<cite>Archives du nord de
la France</cite> (Valenciennes), 1839.)</p>
<a id="app178" name="app178"></a>
-<p class="p2">178&mdash;page <a href="#page266">266</a>&mdash;<i>Les Français nourrirent les Anglais...</i></p>
+<p class="p2">178&mdash;page <a href="#page266">266</a>&mdash;<i>Les Français nourrirent les Anglais...</i></p>
-<p>«De suis victualibus refecerunt.» (Walsingham, p. 342.)&mdash;Walsingham
-<span class="pagenum"><a id="page398" name="page398"></a>(p. 398)</span> ajoute une observation de la plus haute importance: «Nempe mos
-est utrique genti, Angliæ scilicet atque Galliæ, licet sibimet in
+<p>«De suis victualibus refecerunt.» (Walsingham, p. 342.)&mdash;Walsingham
+<span class="pagenum"><a id="page398" name="page398"></a>(p. 398)</span> ajoute une observation de la plus haute importance: «Nempe mos
+est utrique genti, Angliæ scilicet atque Galliæ, licet sibimet in
propriis sint infesti regionibus, in remotis partibus <em>tanquam fratres</em>
-subvenire, et fidem ad invicem inviolabilem observare.» (Walsingham,
-<i>ibid.</i>)&mdash;C'est qu'en effet, ce sont des frères ennemis, mais après tout
-des <em>frères</em>.</p>
+subvenire, et fidem ad invicem inviolabilem observare.» (Walsingham,
+<i>ibid.</i>)&mdash;C'est qu'en effet, ce sont des frères ennemis, mais après tout
+des <em>frères</em>.</p>
<a id="app179" name="app179"></a>
-<p class="p2">179&mdash;page <a href="#page266">266</a>&mdash;<i>... des vers charmants, pleins de bonté et de douceur
-d'âme...</i></p>
-
-<p>Malgré cette douceur de caractère, Charles d'Orléans avait eu quelques
-pensées de vengeance après la mort de son père. Les devises qu'on lisait
-sur ses joyaux, d'après un inventaire de 1409, semblent y faire
-allusion: «Item une verge d'or, ou il a escript, <em>Dieu le scet</em>.&mdash;Item
-une autre verge d'or où il est escript, <em>il est loup</em>.&mdash;Item une autre
+<p class="p2">179&mdash;page <a href="#page266">266</a>&mdash;<i>... des vers charmants, pleins de bonté et de douceur
+d'âme...</i></p>
+
+<p>Malgré cette douceur de caractère, Charles d'Orléans avait eu quelques
+pensées de vengeance après la mort de son père. Les devises qu'on lisait
+sur ses joyaux, d'après un inventaire de 1409, semblent y faire
+allusion: «Item une verge d'or, ou il a escript, <em>Dieu le scet</em>.&mdash;Item
+une autre verge d'or où il est escript, <em>il est loup</em>.&mdash;Item une autre
verge d'or plate en laquelle est escript, <em>Souviegne vous de</em>.&mdash;Item
deux autres verges d'or es quelles est escript, <em>Inverbesserin</em>.&mdash;Item
-ung bracelet d'argent esmaillié de vert et escript, <em>Inverbesserin</em>.
+ung bracelet d'argent esmaillié de vert et escript, <em>Inverbesserin</em>.
(Inventaire des joyaulx d'or et d'argent, que monseigneur le duc
-d'Orléans a pardevers lui, fait à Blois en la présence de mondit
+d'Orléans a pardevers lui, fait à Blois en la présence de mondit
seigneur, par monseigneur de Gaule et par monseigneur de Chaumont, le
-<span class="smcap">III</span><sup>e</sup> jour de décembre, lan mil <span class="smcap">CCCC</span> et neuf, et escript par moy Hugues
-Perrier, etc.» Cette pièce curieuse a été trouvée dans les papiers des
-Célestins de Paris. <cite>Archives du royaume</cite>, L, 1539.)</p>
+<span class="smcap">III</span><sup>e</sup> jour de décembre, lan mil <span class="smcap">CCCC</span> et neuf, et escript par moy Hugues
+Perrier, etc.» Cette pièce curieuse a été trouvée dans les papiers des
+Célestins de Paris. <cite>Archives du royaume</cite>, L, 1539.)</p>
<a id="app180" name="app180"></a>
-<p class="p2">180&mdash;page <a href="#page266">266</a>&mdash;<i>Charles d'Orléans passa de longues années à Pomfret,
-traité honorablement...</i></p>
+<p class="p2">180&mdash;page <a href="#page266">266</a>&mdash;<i>Charles d'Orléans passa de longues années à Pomfret,
+traité honorablement...</i></p>
-<p>V. le détail curieux d'un achat de quatorze lits pour les principaux
+<p>V. le détail curieux d'un achat de quatorze lits pour les principaux
prisonniers: oreillers, traversins, couvertures, plume, satin, toile de
-Flandre, etc. (Rymer, 3<sup>e</sup> édit., t. IV, p. I, p. 155, mars 1416.)</p>
+Flandre, etc. (Rymer, 3<sup>e</sup> édit., t. IV, p. I, p. 155, mars 1416.)</p>
<a id="app181" name="app181"></a>
-<p class="p2">181&mdash;page <a href="#page267">267</a>&mdash;<i>Notre Béranger du quinzième siècle...</i></p>
-
-<p>Pour compléter un Béranger de ce temps-là, il faudrait joindre à Charles
-d'Orléans Eustache Deschamps. Il représente Béranger par d'autres faces,
-par ses côtés patriotique, satirique, sensuel, etc. V. la pièce: «Paix
-n'aurez jà, s'ils ne rendent Calais», p. 71.&mdash;Il s'élève quelquefois
-très haut. Dans la ballade suivante, il semble comprendre le caractère
-titanique et satanique de la patrie de Byron. V. mon <cite>Introduction à
+<p class="p2">181&mdash;page <a href="#page267">267</a>&mdash;<i>Notre Béranger du quinzième siècle...</i></p>
+
+<p>Pour compléter un Béranger de ce temps-là, il faudrait joindre à Charles
+d'Orléans Eustache Deschamps. Il représente Béranger par d'autres faces,
+par ses côtés patriotique, satirique, sensuel, etc. V. la pièce: «Paix
+n'aurez jà, s'ils ne rendent Calais», p. 71.&mdash;Il s'élève quelquefois
+très haut. Dans la ballade suivante, il semble comprendre le caractère
+titanique et satanique de la patrie de Byron. V. mon <cite>Introduction à
l'Histoire universelle</cite>:</p>
<p class="poem10">
- Selon le Brut, de l'isle des Géans,<br>
- Qui depuis fut Albions appelée,<br>
- <span class="pagenum"><a id="page399" name="page399"></a>(p. 399)</span> Peuple maudit, tar dis en Dieu créans,<br>
- Sera l'isle de tous poins désolée.<br>
- Par leur orgueil vient la dure journée<br>
- Dont leur prophète Merlin<br>
+ Selon le Brut, de l'isle des Géans,<br>
+ Qui depuis fut Albions appelée,<br>
+ <span class="pagenum"><a id="page399" name="page399"></a>(p. 399)</span> Peuple maudit, tar dis en Dieu créans,<br>
+ Sera l'isle de tous poins désolée.<br>
+ Par leur orgueil vient la dure journée<br>
+ Dont leur prophète Merlin<br>
Pronostica leur dolereuse fin,<br>
Quant il escript: <em>Vie perdrez et terre</em>.<br>
Lors monstreront estrangiez et voisins:<br>
<em>Au temps jadis estoit cy Angleterre</em>.<br>
<span class="lspaced1">............</span><br>
- Visaige d'ange portez (<i lang="la">angli angeli</i>), mais la pensée<br>
+ Visaige d'ange portez (<i lang="la">angli angeli</i>), mais la pensée<br>
De diable est en vous tou dis sortissans<br>
- À Lucifer. . . . .<br>
- Destruîz serez; Grecs diront et Latins:<br>
+ À Lucifer. . . . .<br>
+ Destruîz serez; Grecs diront et Latins:<br>
<em>Au temps jadis estoit cy Angleterre</em>.</p>
<a id="app182" name="app182"></a>
-<p class="p2">182&mdash;page <a href="#page267">267</a>&mdash;<i>Le sourire y est près des larmes...</i></p>
+<p class="p2">182&mdash;page <a href="#page267">267</a>&mdash;<i>Le sourire y est près des larmes...</i></p>
-<p>«Fortune, vueilliez-moi laisser», p. 170 (<cite>Poésies</cite> de Charles
-d'Orléans, éd. 1803).&mdash;«Puisque ainsi est que vous allez en France, Duc
-de Bourbon, mon compagnon très-cher», p. 206.&mdash;«En la forêt d'ennuyeuse
-tristesse», p. 209.&mdash;«En regardant vers le pays de France», p. 323.&mdash;«Ma
-très doulce Valentinée, Pour moy fustes-vous trop tôt née», p. 269.</p>
+<p>«Fortune, vueilliez-moi laisser», p. 170 (<cite>Poésies</cite> de Charles
+d'Orléans, éd. 1803).&mdash;«Puisque ainsi est que vous allez en France, Duc
+de Bourbon, mon compagnon très-cher», p. 206.&mdash;«En la forêt d'ennuyeuse
+tristesse», p. 209.&mdash;«En regardant vers le pays de France», p. 323.&mdash;«Ma
+très doulce Valentinée, Pour moy fustes-vous trop tôt née», p. 269.</p>
<p>C'est l'inspiration des vers de Voltaire:</p>
<p class="poem10">
Si vous voulez que j'aime encore,<br>
- Rendez-moi l'âge des amours...</p>
+ Rendez-moi l'âge des amours...</p>
-<p>Et celle de Béranger:</p>
+<p>Et celle de Béranger:</p>
<p class="poem10">
- Vous vieillirez, ô ma belle maîtresse,<br>
+ Vous vieillirez, ô ma belle maîtresse,<br>
Vous vieillirez, et je ne serai plus...</p>
<a id="app183" name="app183"></a>
@@ -10542,26 +10500,26 @@ très doulce Valentinée, Pour moy fustes-vous trop tôt née», p. 269.</p>
etc.</p>
<p>Le pauvre prisonnier eut encore un autre malheur: il fut toujours
-amoureux; bien des vers furent adressés par lui à une belle dame de ce
-côté-ci du détroit. Les Anglaises, probablement meilleures pour lui que
-les Anglais, n'en ont pas gardé rancune, s'il est vrai qu'en mémoire de
-Charles d'Orléans et de sa mère Valentine, elles ont pris pour fête
-d'amour la Saint-Valentin. V. <cite>Poésies</cite> de Charles d'Orléans, éd. 1803.</p>
+amoureux; bien des vers furent adressés par lui à une belle dame de ce
+côté-ci du détroit. Les Anglaises, probablement meilleures pour lui que
+les Anglais, n'en ont pas gardé rancune, s'il est vrai qu'en mémoire de
+Charles d'Orléans et de sa mère Valentine, elles ont pris pour fête
+d'amour la Saint-Valentin. V. <cite>Poésies</cite> de Charles d'Orléans, éd. 1803.</p>
<a id="app184" name="app184"></a>
<p class="p2">184&mdash;page <a href="#page268">268</a>&mdash;<i>C'est l'alouette, rien de plus...</i></p>
<p class="poem10">
- Le temps a quitté son manteau<br>
+ Le temps a quitté son manteau<br>
De vent, de froidure et de pluie...</p>
<p class="right20">(<i>Idem</i>, p. 257.)</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page400" name="page400"></a>(p. 400)</span> Ces jolis chants d'alouette font penser à la vieille petite
-chanson, incomparable de légèreté et de prestesse:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page400" name="page400"></a>(p. 400)</span> Ces jolis chants d'alouette font penser à la vieille petite
+chanson, incomparable de légèreté et de prestesse:</p>
<p class="poem10">
- J'étais petite et simplette<br>
- Quand à l'école on me mit<br>
+ J'étais petite et simplette<br>
+ Quand à l'école on me mit<br>
Et je n'y ai rien appris...<br>
Qu'un petit mot d'amourette...<br>
Et toujours je le redis,<br>
@@ -10570,22 +10528,22 @@ chanson, incomparable de légèreté et de prestesse:</p>
<a id="app185" name="app185"></a>
<p class="p2">185&mdash;page <a href="#page271">271</a>&mdash;<i>Moururent en quelques mois... le dauphin</i>, etc.</p>
-<p>«Ce dit jour Mons. Loiz de France, ainsné filz du Roy, notre Sire,
+<p>«Ce dit jour Mons. Loiz de France, ainsné filz du Roy, notre Sire,
Dauphin de Viennoiz et duc de Guienne, moru, de laage de vint ans ou
environ, bel de visaige, suffisamment grant et gros de corps, pesans et
-tardif et po agile, voluntaire et moult curieux à magnificence dabiz et
-joiaux <i lang="la">circa cultum sui corporis</i>, désirans grandement grandeur, oneur
-de par dehors, grant despensier à ornemens de sa chapelle privée, à
+tardif et po agile, voluntaire et moult curieux à magnificence dabiz et
+joiaux <i lang="la">circa cultum sui corporis</i>, désirans grandement grandeur, oneur
+de par dehors, grant despensier à ornemens de sa chapelle privée, à
avoir ymages grosses et grandes dor et dargent, qui moult grant plaisir
-avoit à sons dorgues, lesquels entre les autres oblectacions mondaines
+avoit à sons dorgues, lesquels entre les autres oblectacions mondaines
hantoit diligemment, si avoit-il musiciens de bouche ou de voix, et pour
ce avoit chapelle de grant nombre de jeune gent; et si avoit bon
-entendement, tant en latin que en françois, mais il emploioit po, car sa
-condicion estoit demploier la nuit à veiller et po faire, et le jour à
-dormir; disnoit à III ou IV heures après midi, et soupoit à minuit, et
-aloit coucher au point du jour et à soleil levant souvant, et pour ce
-estoit aventure qu'il vesquit longuement.» (<cite>Archives du royaume,
-Registres du Parlement, Conseil</cite>, XIV, f. 39, verso, 19 décembre 1415.)</p>
+entendement, tant en latin que en françois, mais il emploioit po, car sa
+condicion estoit demploier la nuit à veiller et po faire, et le jour à
+dormir; disnoit à III ou IV heures après midi, et soupoit à minuit, et
+aloit coucher au point du jour et à soleil levant souvant, et pour ce
+estoit aventure qu'il vesquit longuement.» (<cite>Archives du royaume,
+Registres du Parlement, Conseil</cite>, XIV, f. 39, verso, 19 décembre 1415.)</p>
<a id="app186" name="app186"></a>
<p class="p2">186&mdash;page <a href="#page271">271</a>, note 3&mdash;<i>Les Anglais chantaient des</i> Te Deum <i>et des
@@ -10600,277 +10558,277 @@ ballades.</i></p>
He called unto his lovely page,<br>
His lovely page away came he..., etc.</p>
-<p class="right20">(Ballade citée par Sir Harris Nicolas, Azincourt, p. 78.)</p>
+<p class="right20">(Ballade citée par Sir Harris Nicolas, Azincourt, p. 78.)</p>
<a id="app187" name="app187"></a>
-<p class="p2">187&mdash;page <a href="#page274">274</a>&mdash;<i>Plutôt que de recevoir les Gascons, Rouen tua son
+<p class="p2">187&mdash;page <a href="#page274">274</a>&mdash;<i>Plutôt que de recevoir les Gascons, Rouen tua son
bailli</i>, etc.</p>
-<p>M. Chéruel a trouvé des détails curieux dans les archives de <span class="pagenum"><a id="page401" name="page401"></a>(p. 401)</span>
-Rouen. (Chéruel, <cite>Histoire de Rouen sous la domination anglaise</cite>, p. 19.
+<p>M. Chéruel a trouvé des détails curieux dans les archives de <span class="pagenum"><a id="page401" name="page401"></a>(p. 401)</span>
+Rouen. (Chéruel, <cite>Histoire de Rouen sous la domination anglaise</cite>, p. 19.
Rouen, 1840.)</p>
<a id="app188" name="app188"></a>
<p class="p2">188&mdash;page <a href="#page276">276</a>&mdash;<i>Le roi d'Angleterre exceptait de la capitulation
-quelques-uns des assiégés</i>, etc.</p>
+quelques-uns des assiégés</i>, etc.</p>
-<p>«Ut rei læsæ majestatis.» (Religieux, ms., folio 79.) Ce point de vue
-des légistes anglais qui suivaient le roi est mis dans son vrai jour au
-siège de Meaux. (<i>Ibid.</i>, folio 176.)</p>
+<p>«Ut rei læsæ majestatis.» (Religieux, ms., folio 79.) Ce point de vue
+des légistes anglais qui suivaient le roi est mis dans son vrai jour au
+siège de Meaux. (<i>Ibid.</i>, folio 176.)</p>
<a id="app189" name="app189"></a>
-<p class="p2">189&mdash;page <a href="#page277">277</a>, note 2&mdash;<i>Armagnac persévérait dans son attachement à
-Benoît XIII...</i></p>
+<p class="p2">189&mdash;page <a href="#page277">277</a>, note 2&mdash;<i>Armagnac persévérait dans son attachement à
+Benoît XIII...</i></p>
-<p>V. la déclaration de la reine contre lui. (<cite>Ordonnances</cite>, t. X, p. 436.)</p>
+<p>V. la déclaration de la reine contre lui. (<cite>Ordonnances</cite>, t. X, p. 436.)</p>
<a id="app190" name="app190"></a>
-<p class="p2">190&mdash;page <a href="#page279">279</a>&mdash;<i>Un Lambert commença à pousser le peuple au massacre des
+<p class="p2">190&mdash;page <a href="#page279">279</a>&mdash;<i>Un Lambert commença à pousser le peuple au massacre des
prisonniers...</i></p>
-<p>Le Bourgeois devient poète tout à coup, pour parer le massacre de
-mythologie et d'allégories: «Le dimanche ensuivant, 12 jour de juing,
+<p>Le Bourgeois devient poète tout à coup, pour parer le massacre de
+mythologie et d'allégories: «Le dimanche ensuivant, 12 jour de juing,
environ onze heure de nuyt, on cria alarme, comme on faisoit souvent
-alarme à la porte Saint-Germain, les autres crioient à la porte de
+alarme à la porte Saint-Germain, les autres crioient à la porte de
Bardelles. Lors s'esmeut le peuple vers la place Maubert et environ,
-puis après ceulx de deçà les pons, comme des halles, et de Grève et de
+puis après ceulx de deçà les pons, comme des halles, et de Grève et de
tout Paris, et coururent vers les portes dessus dites; mais nulle part
-ne trouvèrent nulle cause de crier alarme. Lors se leva la Déesse de
+ne trouvèrent nulle cause de crier alarme. Lors se leva la Déesse de
Discorde, qui estoit en la tour de Mauconseil, et esveilla Ire la
-forcenée, et Convoitise, et Enragerie et Vengeance, et prindrent armes
-de toutes manières, et boutèrent hors d'avec eulx Raison, Justice,
-Mémoire de Dieu... Et n'estoit homme nul qui, en celle nuyt ou jour,
-eust osé parler de Raison ou de Justice, ne demander où elle estoit
-enfermée. Car Ire les avoit mise en si profonde fosse, qu'on ne les pot
-oncques trouver toute celle nuyt, ne la journée ensuivant. Si en parla
-le Prévost de Paris au peuple, et le seigneur de L'Isle-Adam, en leur
-admonestant pitié, justice et raison; mais Ire et Forcennerie
+forcenée, et Convoitise, et Enragerie et Vengeance, et prindrent armes
+de toutes manières, et boutèrent hors d'avec eulx Raison, Justice,
+Mémoire de Dieu... Et n'estoit homme nul qui, en celle nuyt ou jour,
+eust osé parler de Raison ou de Justice, ne demander où elle estoit
+enfermée. Car Ire les avoit mise en si profonde fosse, qu'on ne les pot
+oncques trouver toute celle nuyt, ne la journée ensuivant. Si en parla
+le Prévost de Paris au peuple, et le seigneur de L'Isle-Adam, en leur
+admonestant pitié, justice et raison; mais Ire et Forcennerie
respondirent par la bouche du peuple: Malgrebieu, Sire, de vostre
-justice, de vostre pitié et de vostre raison: mauldit soit de Dieu qui
-aura la pitié de ces faulx traistres Arminaz Angloys, ne que de chiens;
-car par eulz est le royaulme de France destruit et gasté, et si
-l'avoient vendu aux Angloys.» (<cite>Journal du Bourgeois de Paris</cite>, t. XV,
+justice, de vostre pitié et de vostre raison: mauldit soit de Dieu qui
+aura la pitié de ces faulx traistres Arminaz Angloys, ne que de chiens;
+car par eulz est le royaulme de France destruit et gasté, et si
+l'avoient vendu aux Angloys.» (<cite>Journal du Bourgeois de Paris</cite>, t. XV,
p. 234.)</p>
<a id="app191" name="app191"></a>
-<p class="p2">191&mdash;page <a href="#page280">280</a>&mdash;<i>Seize cents personnes périrent</i>, etc.</p>
+<p class="p2">191&mdash;page <a href="#page280">280</a>&mdash;<i>Seize cents personnes périrent</i>, etc.</p>
-<p>Monstrelet, t. IV, p. 97.&mdash;Le greffier dit moins: «Jusques au <span class="pagenum"><a id="page402" name="page402"></a>(p. 402)</span>
-nombre de huit cens personnes et au-dessus, comme on dit.» (<cite>Archives,
+<p>Monstrelet, t. IV, p. 97.&mdash;Le greffier dit moins: «Jusques au <span class="pagenum"><a id="page402" name="page402"></a>(p. 402)</span>
+nombre de huit cens personnes et au-dessus, comme on dit.» (<cite>Archives,
Registres du Parlement, Conseil</cite>, XIV, f. 139.)</p>
<a id="app192" name="app192"></a>
-<p class="p2">192&mdash;page <a href="#page281">281</a>&mdash;<i>Tout est tué au petit Châtelet...</i></p>
+<p class="p2">192&mdash;page <a href="#page281">281</a>&mdash;<i>Tout est tué au petit Châtelet...</i></p>
-<p>«Tuèrent bien trois cens prisonniers.» (Monstrelet, t. IV, p. 120.)
-«Durant laquelle assemblée et commocion, furent tuez et mis à mort
-environ de quatre-vingt à cent personnes, entre lesquelles y ot trois ou
-quatre femmes tuées, si comme on disoit...» (<cite>Archives, Registres du
-Parlement, Conseil</cite>, XIV, folio 142, verso, 21 août.)</p>
+<p>«Tuèrent bien trois cens prisonniers.» (Monstrelet, t. IV, p. 120.)
+«Durant laquelle assemblée et commocion, furent tuez et mis à mort
+environ de quatre-vingt à cent personnes, entre lesquelles y ot trois ou
+quatre femmes tuées, si comme on disoit...» (<cite>Archives, Registres du
+Parlement, Conseil</cite>, XIV, folio 142, verso, 21 août.)</p>
<a id="app193" name="app193"></a>
-<p class="p2">193&mdash;page <a href="#page283">283</a>&mdash;<i>Un traité récent avec les Anglais ne permettait pas au
+<p class="p2">193&mdash;page <a href="#page283">283</a>&mdash;<i>Un traité récent avec les Anglais ne permettait pas au
duc de Bourgogne d'appeler les Flamands...</i></p>
-<p>Le traité probablement ne concernait que la Flandre. Tout le monde
-croyait que dans une entrevue avec Henri V à Calais il s'était allié à
-lui. Il existe un traité d'alliance et de ligue, où le duc reconnaît les
-droits d'Henri à la couronne de France, mais cet acte ne présente ni
-date précise ni signature. Il est probable que Jean-sans-Peur fit
-entendre au roi d'Angleterre que, s'il l'aidait activement, c'en était
+<p>Le traité probablement ne concernait que la Flandre. Tout le monde
+croyait que dans une entrevue avec Henri V à Calais il s'était allié à
+lui. Il existe un traité d'alliance et de ligue, où le duc reconnaît les
+droits d'Henri à la couronne de France, mais cet acte ne présente ni
+date précise ni signature. Il est probable que Jean-sans-Peur fit
+entendre au roi d'Angleterre que, s'il l'aidait activement, c'en était
fait du parti bourguignon en France, qu'il servirait mieux les Anglais
-par sa neutralité que par son concours. (Rymer, 3<sup>e</sup> éd., t. IV, pars I,
+par sa neutralité que par son concours. (Rymer, 3<sup>e</sup> éd., t. IV, pars I,
p. 177-178, octobre 1416.)</p>
<a id="app194" name="app194"></a>
<p class="p2">194&mdash;page <a href="#page285">285</a>&mdash;<i>Chacun des princes prisonniers n'eut qu'un serviteur
-français...</i></p>
+français...</i></p>
<p>Selon le Religieux. Mais Rymer indique un plus grand nombre.</p>
<a id="app195" name="app195"></a>
<p class="p2">195&mdash;page <a href="#page287">287</a>&mdash;<i>Alain Blanchard...</i></p>
-<p>Sur Alain Blanchard, V. la notice publiée par M. Auguste Le Prévôt, en
-1826, l'<cite>Histoire de Rouen sous les Anglais</cite>, par M. Chéruel (1840), et
-l'<cite>Histoire du privilège de Saint-Romain</cite>, par M. Floquet, t. II, p.
+<p>Sur Alain Blanchard, V. la notice publiée par M. Auguste Le Prévôt, en
+1826, l'<cite>Histoire de Rouen sous les Anglais</cite>, par M. Chéruel (1840), et
+l'<cite>Histoire du privilège de Saint-Romain</cite>, par M. Floquet, t. II, p.
548.</p>
<a id="app196" name="app196"></a>
-<p class="p2">196&mdash;page <a href="#page287">287</a>&mdash;<i>Le peuple de Rouen sortait à la fois par toutes les
+<p class="p2">196&mdash;page <a href="#page287">287</a>&mdash;<i>Le peuple de Rouen sortait à la fois par toutes les
portes...</i></p>
-<p>M. Chéruel, p. 46, d'après la chronique versifiée d'un Anglais qui était
-au siège. (<cite>Archæologia Britannica</cite>, t. XXI, XXII.) Ce curieux poème a
-été traduit par M. Potier, bibliothécaire de Rouen.</p>
+<p>M. Chéruel, p. 46, d'après la chronique versifiée d'un Anglais qui était
+au siège. (<cite>Archæologia Britannica</cite>, t. XXI, XXII.) Ce curieux poème a
+été traduit par M. Potier, bibliothécaire de Rouen.</p>
<a id="app197" name="app197"></a>
-<p class="p2">197&mdash;page <a href="#page288">288</a>&mdash;<i>Rouen était plein de nobles et croyait être trahi.</i></p>
+<p class="p2">197&mdash;page <a href="#page288">288</a>&mdash;<i>Rouen était plein de nobles et croyait être trahi.</i></p>
-<p>«Les Engloys descendirent à la Hogue de Saint-Vaast, dimence <span class="pagenum"><a id="page403" name="page403"></a>(p. 403)</span>
-1<sup>er</sup> jour d'aost 1416, adonc estoit le dalphin de Vyane à Rouen avec
-sa forche; et de là se partit à soy retraire à Paris, et laissa l'ainsné
+<p>«Les Engloys descendirent à la Hogue de Saint-Vaast, dimence <span class="pagenum"><a id="page403" name="page403"></a>(p. 403)</span>
+1<sup>er</sup> jour d'aost 1416, adonc estoit le dalphin de Vyane à Rouen avec
+sa forche; et de là se partit à soy retraire à Paris, et laissa l'ainsné
filz du comte de Harcourt, chapitaine du chastel et de la ville, et M.
-de Gamaches, bailly de la dicte ville, avenc grant quantité
-d'estrangiers qui gardoient la ville et la quidèrent pillier; mès l'en
-s'en aperchut, et y out sur ce pourvéanche. Mais nonostant tout, fut
-levé en la ville une taille de 16,000 liv. et un prest de 12,000, et
-tout poié dedens la my-aost ensuivant. Et fu commenchement de malvèse
-estrenche; et puis touz s'en alèrent au dyable. Et après euls y vint M.
+de Gamaches, bailly de la dicte ville, avenc grant quantité
+d'estrangiers qui gardoient la ville et la quidèrent pillier; mès l'en
+s'en aperchut, et y out sur ce pourvéanche. Mais nonostant tout, fut
+levé en la ville une taille de 16,000 liv. et un prest de 12,000, et
+tout poié dedens la my-aost ensuivant. Et fu commenchement de malvèse
+estrenche; et puis touz s'en alèrent au dyable. Et après euls y vint M.
Guy le Bouteiller, capitaine de la ville, de par le duc de Bourgongne,
-avec 1,400 ou 1,500 Bourguégnons et estrangiers, pour guarder la ville
+avec 1,400 ou 1,500 Bourguégnons et estrangiers, pour guarder la ville
contre les Engloys; mais ils estoient miez Engloys que Franchoiz; les
quiez estoient as gages de la ville, et si destruioient la vitaille et
-la garnison de la ville.» (Chronique ms. du temps, communiquée par M.
+la garnison de la ville.» (Chronique ms. du temps, communiquée par M.
Floquet.)</p>
<a id="app198" name="app198"></a>
-<p class="p2">198&mdash;page <a href="#page290">290</a>, note 1&mdash;<i>Détresse de Rouen...</i></p>
+<p class="p2">198&mdash;page <a href="#page290">290</a>, note 1&mdash;<i>Détresse de Rouen...</i></p>
-<p><cite>Archæologia</cite>, t. XXI, XXII.&mdash;M. Chéruel a trouvé un renseignement plus
-sérieux sur le prix des denrées; par délibération du 7 octobre 1418, le
-chapitre fait fondre une châsse d'argent, et paye, entre autres dettes,
+<p><cite>Archæologia</cite>, t. XXI, XXII.&mdash;M. Chéruel a trouvé un renseignement plus
+sérieux sur le prix des denrées; par délibération du 7 octobre 1418, le
+chapitre fait fondre une châsse d'argent, et paye, entre autres dettes,
<em>soixante livres tournois</em> (mille francs d'aujourd'hui?) <em>pour deux
-boisseaux de blé</em>. (M. Chéruel, <cite>Rouen sous les Anglais</cite>, p. 53, d'après
-les registres capitulaires, conservés aux Archives départementales de la
-Seine-Inférieure.) Cet excellent ouvrage donne une foule de
-renseignements non moins précieux pour l'histoire de la Normandie et de
-la France en général.</p>
+boisseaux de blé</em>. (M. Chéruel, <cite>Rouen sous les Anglais</cite>, p. 53, d'après
+les registres capitulaires, conservés aux Archives départementales de la
+Seine-Inférieure.) Cet excellent ouvrage donne une foule de
+renseignements non moins précieux pour l'histoire de la Normandie et de
+la France en général.</p>
<a id="app199" name="app199"></a>
<p class="p2">199&mdash;page <a href="#page292">292</a>&mdash;<i>Capitulation de Rouen</i>, etc.</p>
-<p>«Item, estoit octroyé par ledit seigneur Roi, que tous et chacun
-pourroient s'en retourner..., excepté <em>Luc</em>, Italien, Guillaume de
+<p>«Item, estoit octroyé par ledit seigneur Roi, que tous et chacun
+pourroient s'en retourner..., excepté <em>Luc</em>, Italien, Guillaume de
<em>Houdetot</em>, chevalier bailly, Alain <em>Blanchart</em>, Jehan <em>Segneult</em>,
-maire, maître Robin <em>Delivet</em>, et <em>excepté la personne qui</em>, de
-mauvaises paroles et déshonnêtes, <em>auroit parlé antiennement</em>, s'il peut
-être découvert, sans fraude ou mal engyn...» (Vidimus de la capitulation
-de Rouen, aux Archives de Rouen, communiqué par M. Chéruel). Rymer donne
-le même acte en latin (t. IV, p. II, p. 82, 13 januar. 1419).</p>
+maire, maître Robin <em>Delivet</em>, et <em>excepté la personne qui</em>, de
+mauvaises paroles et déshonnêtes, <em>auroit parlé antiennement</em>, s'il peut
+être découvert, sans fraude ou mal engyn...» (Vidimus de la capitulation
+de Rouen, aux Archives de Rouen, communiqué par M. Chéruel). Rymer donne
+le même acte en latin (t. IV, p. II, p. 82, 13 januar. 1419).</p>
<a id="app200" name="app200"></a>
-<p class="p2">200&mdash;page <a href="#page292">292</a>&mdash;<i>Rouen dut payer trois cent mille écus d'or...</i></p>
+<p class="p2">200&mdash;page <a href="#page292">292</a>&mdash;<i>Rouen dut payer trois cent mille écus d'or...</i></p>
-<p>«Januarii instantis, februarii instantis.» Les articles suivants
+<p>«Januarii instantis, februarii instantis.» Les articles suivants
<span class="pagenum"><a id="page404" name="page404"></a>(p. 404)</span> prouvent qu'il s'agit bien de 1418, et non 1419. (Rymer, t. IV,
p. II, p. 82.)</p>
<a id="app201" name="app201"></a>
-<p class="p2">201&mdash;page <a href="#page294">294</a>&mdash;<i>Henri V voulait marier en Allemagne son frère
+<p class="p2">201&mdash;page <a href="#page294">294</a>&mdash;<i>Henri V voulait marier en Allemagne son frère
Bedford...</i></p>
-<p>«Super sponsalibus inter Bedfordium et filiam unicam Fr. burgravii
-Nuremburiensis, filiam unicam ducis Lotaringiæ, aliquam consanguineam
-imperatoris.» (Rymer, t. IV, p. II, p. 100, 18 mart. 1419.)</p>
+<p>«Super sponsalibus inter Bedfordium et filiam unicam Fr. burgravii
+Nuremburiensis, filiam unicam ducis Lotaringiæ, aliquam consanguineam
+imperatoris.» (Rymer, t. IV, p. II, p. 100, 18 mart. 1419.)</p>
<a id="app202" name="app202"></a>
-<p class="p2">202&mdash;page <a href="#page294">294</a>&mdash;<i>Il voulait faire adopter son jeune frère, Glocester, à
+<p class="p2">202&mdash;page <a href="#page294">294</a>&mdash;<i>Il voulait faire adopter son jeune frère, Glocester, à
la reine de Naples</i>, etc.</p>
-<p>«Cum Johanna, regina Apuleæ, de adoptione Johannis ducis Bedfordiæ. Dux
+<p>«Cum Johanna, regina Apuleæ, de adoptione Johannis ducis Bedfordiæ. Dux
mittat quinquaginta millia ducatorum, quousque fortalitia civitatis
Brandusii erint ei consignata... Dux teneatur, intra octo menses, venire
personaliter cum mille hominibus armatis, 2,000 sagittariis. Non
-intromittet se de regimine regni, <em>excepto ducatu Calabriæ</em> quem
-gubernabit ad beneplacitum suum.» (<i>Ibid.</i>, p. 98, 12 mart. 1419.)</p>
+intromittet se de regimine regni, <em>excepto ducatu Calabriæ</em> quem
+gubernabit ad beneplacitum suum.» (<i>Ibid.</i>, p. 98, 12 mart. 1419.)</p>
<a id="app203" name="app203"></a>
<p class="p2">203&mdash;page <a href="#page295">295</a>&mdash;<i>Il mettait d'accord contre lui les Aragonais et les
Castillans...</i></p>
-<p>Les gens de Bayonne écrivent au roi d'Angleterre que «un balener armé a
-pris un clerc du roy de Castille», et qu'on a su par lui que quarante
-vaisseaux castillans allaient chercher des Écossais en Écosse, les
-troupes du dauphin à Belle-Isle, et amener toute cette armée devant
+<p>Les gens de Bayonne écrivent au roi d'Angleterre que «un balener armé a
+pris un clerc du roy de Castille», et qu'on a su par lui que quarante
+vaisseaux castillans allaient chercher des Écossais en Écosse, les
+troupes du dauphin à Belle-Isle, et amener toute cette armée devant
Bayonne. (Rymer, t. IV, p. II, p. 128, 22 jul. 1419.) Les gens de
-Bayonne écrivent plus tard que les Aragonais vont se joindre aux
-Castillans pour assiéger leur ville. (<i>Ibid.</i>, p. 132, 5 septembre.)</p>
+Bayonne écrivent plus tard que les Aragonais vont se joindre aux
+Castillans pour assiéger leur ville. (<i>Ibid.</i>, p. 132, 5 septembre.)</p>
<a id="app204" name="app204"></a>
<p class="p2">204&mdash;page <a href="#page295">295</a>, note 2&mdash;<i>Le Normand Robert de Braquemont...</i></p>
-<p>Je reviendrai sur cette famille illustre et sur les Béthencourt, alliés
-et parents des Braquemont, à qui ceux-ci cédèrent leurs droits sur les
+<p>Je reviendrai sur cette famille illustre et sur les Béthencourt, alliés
+et parents des Braquemont, à qui ceux-ci cédèrent leurs droits sur les
Canaries. V. <cite>Histoire de la conqueste des Canaries, faite par Jean de
-Béthencourt, escrite du temps même par P. Bontier et J. Leverrier,
+Béthencourt, escrite du temps même par P. Bontier et J. Leverrier,
prestres</cite>, 1630. Paris, in-12.</p>
<a id="app205" name="app205"></a>
-<p class="p2">205&mdash;page <a href="#page296">296</a>&mdash;<i>Les Anglais n'étaient pas sans inquiétude.</i></p>
+<p class="p2">205&mdash;page <a href="#page296">296</a>&mdash;<i>Les Anglais n'étaient pas sans inquiétude.</i></p>
-<p>«Nous ne savons plus, écrivait un agent anglais à Henri V, si nous
+<p>«Nous ne savons plus, écrivait un agent anglais à Henri V, si nous
avons la guerre ou la paix; mais dans six jours... It is not <span class="pagenum"><a id="page405" name="page405"></a>(p. 405)</span>
-knowen whethir we shall have werre or pees... But withynne six dayes...»
+knowen whethir we shall have werre or pees... But withynne six dayes...»
(Rymer, <i>ibid.</i>, p. 126, 14 jul. 1419.)</p>
<a id="app206" name="app206"></a>
<p class="p2">206&mdash;page <a href="#page300">300</a>, note&mdash;<i>La mort du duc de Bourgogne fit un mal immense au
dauphin...</i></p>
-<p>«Pour occasion duquel fait plusieurs grans inconvéniens et domages
-irréparables sont disposez davenir et plus grans que paravant, à la
+<p>«Pour occasion duquel fait plusieurs grans inconvéniens et domages
+irréparables sont disposez davenir et plus grans que paravant, à la
honte des faiseurs, au dommage de mond. Seig. Dauphin principalment, qui
-attendoit le royaume par hoirrie et succession après le Roy notre
-souverain S. À quoy il aura moins daide et de faveur et plus dennemis et
-adversaires que par avant.» (<cite>Archives, Registres du Parlement,
+attendoit le royaume par hoirrie et succession après le Roy notre
+souverain S. À quoy il aura moins daide et de faveur et plus dennemis et
+adversaires que par avant.» (<cite>Archives, Registres du Parlement,
Conseil</cite>, XIV, folio 193, septembre 1419.)</p>
<a id="app207" name="app207"></a>
-<p class="p2">207&mdash;page <a href="#page305">305</a>&mdash;<i>Derrière Henri V on portait sa bannière personnelle, la
-lance à queue de renard...</i></p>
+<p class="p2">207&mdash;page <a href="#page305">305</a>&mdash;<i>Derrière Henri V on portait sa bannière personnelle, la
+lance à queue de renard...</i></p>
-<p>«Et portoit en sa devise une queue de renart de broderie.» (<cite>Journal du
-Bourgeois de Paris</cite>, t. XV, p. 275.) À l'entrée de Rouen, c'était une
-véritable queue de renard: «Une lance à laquelle d'emprès le fer avoit
-attaché une queue de renart en manière de penoncel, en quoi aucuns sages
-notoient moult de choses.» (Monstrelet, t. IV, p. 140.)</p>
+<p>«Et portoit en sa devise une queue de renart de broderie.» (<cite>Journal du
+Bourgeois de Paris</cite>, t. XV, p. 275.) À l'entrée de Rouen, c'était une
+véritable queue de renard: «Une lance à laquelle d'emprès le fer avoit
+attaché une queue de renart en manière de penoncel, en quoi aucuns sages
+notoient moult de choses.» (Monstrelet, t. IV, p. 140.)</p>
<a id="app208" name="app208"></a>
-<p class="p2">208&mdash;page <a href="#page305">305</a>&mdash;<i>Le roi d'Angleterre fut bien reçu à Paris.</i></p>
+<p class="p2">208&mdash;page <a href="#page305">305</a>&mdash;<i>Le roi d'Angleterre fut bien reçu à Paris.</i></p>
-<p>Le greffier même du Parlement partage l'entraînement général, à en juger
+<p>Le greffier même du Parlement partage l'entraînement général, à en juger
par ses mentions continuelles de processions et supplications pour le
-salut des deux rois: «Furent moult joyeusement et honorablement receuz
-en la ville de Paris...» (<cite>Archives, Registres du Parlement, Conseil</cite>,
+salut des deux rois: «Furent moult joyeusement et honorablement receuz
+en la ville de Paris...» (<cite>Archives, Registres du Parlement, Conseil</cite>,
XIV, folio 224.)</p>
<a id="app209" name="app209"></a>
-<p class="p2">209&mdash;page <a href="#page306">306</a>&mdash;<i>Charles fut condamné au bannissement...</i></p>
+<p class="p2">209&mdash;page <a href="#page306">306</a>&mdash;<i>Charles fut condamné au bannissement...</i></p>
-<p>La sentence rendue par le roi de France, «de l'avis du Parlement», est
-placée par Rymer au 23 décembre 1420: «Considérant que <em>Charles
+<p>La sentence rendue par le roi de France, «de l'avis du Parlement», est
+placée par Rymer au 23 décembre 1420: «Considérant que <em>Charles
soi-disant dauphin</em> avoit conclu alliance avec le duc de Bourgogne...
-déclare les coupables de cette mort <em>inhabiles à toute dignité</em>.»&mdash;V.
-aussi le violent manifeste de Charles VI contre son fils: «Ô Dieu
-véritable, etc.», 17 janvier 1419. (<cite>Ord.</cite>, t. XII, p. 273.)&mdash;Un acte
+déclare les coupables de cette mort <em>inhabiles à toute dignité</em>.»&mdash;V.
+aussi le violent manifeste de Charles VI contre son fils: «Ô Dieu
+véritable, etc.», 17 janvier 1419. (<cite>Ord.</cite>, t. XII, p. 273.)&mdash;Un acte
plus odieux encore, c'est celui qui ordonne que les Parisiens seront
-payés de ce qui leur est dû sur les biens des proscrits, de manière à
-associer Paris au bénéfice de la confiscation. (<cite>Ord.</cite>, t. XII, p. 281.)
+payés de ce qui leur est dû sur les biens des proscrits, de manière à
+associer Paris au bénéfice de la confiscation. (<cite>Ord.</cite>, t. XII, p. 281.)
Cela fait penser aux statuts anglais qui donnaient part aux communes
dans les biens des lollards.</p>
<a id="app210" name="app210"></a>
<p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page406" name="page406"></a>(p. 406)</span> 210&mdash;page <a href="#page308">308</a>, note 2&mdash;<cite>Chronique de Georges Chastellain...</cite></p>
-<p>En citant pour la première fois Chastellain, je ne puis m'empêcher de
-remercier M. Buchon d'avoir recherché avec tant de sagacité les membres
-épars de cet éloquent historien. Espérons qu'on publiera bientôt le
-fragment qui manquait encore et que M. Lacroix vient de retrouver à
+<p>En citant pour la première fois Chastellain, je ne puis m'empêcher de
+remercier M. Buchon d'avoir recherché avec tant de sagacité les membres
+épars de cet éloquent historien. Espérons qu'on publiera bientôt le
+fragment qui manquait encore et que M. Lacroix vient de retrouver à
Florence.</p>
<a id="app211" name="app211"></a>
-<p class="p2">211&mdash;page <a href="#page308">308</a>&mdash;<i>Les princes du Rhin tendaient la main à l'argent
+<p class="p2">211&mdash;page <a href="#page308">308</a>&mdash;<i>Les princes du Rhin tendaient la main à l'argent
anglais...</i></p>
<p>Procuration du roi d'Angleterre au Palatin du Rhin pour recevoir
-l'hommage de l'électeur de Cologne. (Rymer, t. IV, p. I, p. 158-159, 4
+l'hommage de l'électeur de Cologne. (Rymer, t. IV, p. I, p. 158-159, 4
mai 1416.)&mdash;Autre au Palatin du Rhin (pensionnaire de l'Angleterre),
-pour qu'il reçoive l'hommage des électeurs de Mayence et de Trèves.
+pour qu'il reçoive l'hommage des électeurs de Mayence et de Trèves.
(<i>Ibid.</i>, p. II, p. 102, 1 april. 1419.)</p>
<a id="app212" name="app212"></a>
-<p class="p2">212&mdash;page <a href="#page310">310</a>&mdash;<i>Les politiques doutaient fort de l'utilité du Concile de
+<p class="p2">212&mdash;page <a href="#page310">310</a>&mdash;<i>Les politiques doutaient fort de l'utilité du Concile de
Constance...</i></p>
<p>Petrus de Alliaco, <cite>De Difficultate reformationis in concilio</cite>, ap. Von
@@ -10878,81 +10836,81 @@ der Hardt, <cite>Concil. Constant.</cite>, t. I, p. VI, p. 256.&mdash;Schmidt, <
sur Gerson</cite>, p. 57; Strasb., 1839.</p>
<a id="app213" name="app213"></a>
-<p class="p2">213&mdash;page <a href="#page313">313</a>&mdash;<i>Jérôme de Prague était venu braver l'Université de
+<p class="p2">213&mdash;page <a href="#page313">313</a>&mdash;<i>Jérôme de Prague était venu braver l'Université de
Paris...</i></p>
-<p>Royko, I theil, 112. Jean Huss avait, dit-on, défié l'Université de
-Paris: «Veniant omnes magistri de Parisiis! Ego volo cum ipsis disputare
-qui libros nostros cremaverunt in quibus honor totius mundi jacuit!»
+<p>Royko, I theil, 112. Jean Huss avait, dit-on, défié l'Université de
+Paris: «Veniant omnes magistri de Parisiis! Ego volo cum ipsis disputare
+qui libros nostros cremaverunt in quibus honor totius mundi jacuit!»
(<cite>Concil.</cite> Labbe, t. XII, p. 140.)</p>
<a id="app214" name="app214"></a>
-<p class="p2">214&mdash;page <a href="#page314">314</a>&mdash;<i>Gerson avait écrit à l'archevêque de Prague pour qu'il
-livrât Jean Huss au bras séculier...</i></p>
+<p class="p2">214&mdash;page <a href="#page314">314</a>&mdash;<i>Gerson avait écrit à l'archevêque de Prague pour qu'il
+livrât Jean Huss au bras séculier...</i></p>
-<p>«... Securis brachii secularis... In ignem mittens... misericordi
+<p>«... Securis brachii secularis... In ignem mittens... misericordi
crudelitate. Nimis altercando... deperdetur veritas... Vos brachium
-invocare viis omnibus convenit.» (Gerson. <cite>Epist. ad archiepisc.</cite> Prag.,
-27 mai 1414.&mdash;Bulæus, V, 270.)</p>
+invocare viis omnibus convenit.» (Gerson. <cite>Epist. ad archiepisc.</cite> Prag.,
+27 mai 1414.&mdash;Bulæus, V, 270.)</p>
<a id="app215" name="app215"></a>
-<p class="p2">215&mdash;page <a href="#page315">315</a>, note 1&mdash;<i>Jean Huss et Jérôme de Prague...</i></p>
+<p class="p2">215&mdash;page <a href="#page315">315</a>, note 1&mdash;<i>Jean Huss et Jérôme de Prague...</i></p>
-<p>V. les détails du supplice de Jean Huss et de Jérôme. (<cite>Monumenta
+<p>V. les détails du supplice de Jean Huss et de Jérôme. (<cite>Monumenta
Hussi</cite>, t. II, p. 515-521, 532-535.)</p>
<a id="app216" name="app216"></a>
-<p class="p2">216&mdash;page <a href="#page316">316</a>&mdash;<i>Les gallicans n'eurent pas la réforme...</i></p>
+<p class="p2">216&mdash;page <a href="#page316">316</a>&mdash;<i>Les gallicans n'eurent pas la réforme...</i></p>
-<p>Clémengis leur avait écrit pendant le concile qu'ils n'arriveraient à
-aucun résultat: «Excidit spes unicuique unquam videndæ <span class="pagenum"><a id="page407" name="page407"></a>(p. 407)</span>
+<p>Clémengis leur avait écrit pendant le concile qu'ils n'arriveraient à
+aucun résultat: «Excidit spes unicuique unquam videndæ <span class="pagenum"><a id="page407" name="page407"></a>(p. 407)</span>
unionis... Quis in re desperata suum libenter velit laborem impendere?
-Ibit schisma Latinæ Ecelesiæ, cum schismate Græcorum, in incuriam atque
-oblivionem.». (Nic. Clemeng. <cite>Epist.</cite>, t. II, p. 312.)</p>
+Ibit schisma Latinæ Ecelesiæ, cum schismate Græcorum, in incuriam atque
+oblivionem.». (Nic. Clemeng. <cite>Epist.</cite>, t. II, p. 312.)</p>
<a id="app217" name="app217"></a>
<p class="p2">217&mdash;page <a href="#page319">319</a>&mdash;<i>Jean Gerson...</i></p>
-<p>Sur le tombeau de Gerson, et sur le culte dont il était l'objet jusqu'à
-ce que les Jésuites eussent fait prévaloir une autre influence, voyez
-l'<cite>Histoire de l'église de Lyon</cite>, par Saint-Aubin, et une lettre de M.
-Aimé Guillon, dans la brochure de M. Gence: <cite>Sur l'Imitation
+<p>Sur le tombeau de Gerson, et sur le culte dont il était l'objet jusqu'à
+ce que les Jésuites eussent fait prévaloir une autre influence, voyez
+l'<cite>Histoire de l'église de Lyon</cite>, par Saint-Aubin, et une lettre de M.
+Aimé Guillon, dans la brochure de M. Gence: <cite>Sur l'Imitation
polyglotte de M. Montfalcon</cite>. Il n'existe qu'un portrait de Gerson,
-celui que M. Jarry de Nancy a donné dans sa <cite>Galerie des Hommes utiles</cite>,
-d'après un manuscrit.</p>
+celui que M. Jarry de Nancy a donné dans sa <cite>Galerie des Hommes utiles</cite>,
+d'après un manuscrit.</p>
<a id="app218" name="app218"></a>
-<p class="p2">218&mdash;page <a href="#page321">321</a>&mdash;<i>À la prise de Meaux, trois religieux de Saint-Denis</i>,
+<p class="p2">218&mdash;page <a href="#page321">321</a>&mdash;<i>À la prise de Meaux, trois religieux de Saint-Denis</i>,
etc.</p>
-<p>«In horribili carcere cum vitæ austeritate detineri fecit.»&mdash;Le
-Religieux de Saint-Denis, sans être arrêté par les préjugés de sa robe,
-décide avec son bon sens ordinaire que, quoique moines, ils ont dû
-résister à l'ennemi: «Minus bene considerans quæ canunt jura, videlicet
+<p>«In horribili carcere cum vitæ austeritate detineri fecit.»&mdash;Le
+Religieux de Saint-Denis, sans être arrêté par les préjugés de sa robe,
+décide avec son bon sens ordinaire que, quoique moines, ils ont dû
+résister à l'ennemi: «Minus bene considerans quæ canunt jura, videlicet
vim vi repellere omnibus cujuscumque status... licitum esse, pugnareque
-pro patria.» (Religieux, ms., fol. 176-177.)</p>
+pro patria.» (Religieux, ms., fol. 176-177.)</p>
<a id="app219" name="app219"></a>
-<p class="p2">219&mdash;page <a href="#page322">322</a>&mdash;<i>Henri V charge l'archevêque de Cantorbéry et le cardinal
+<p class="p2">219&mdash;page <a href="#page322">322</a>&mdash;<i>Henri V charge l'archevêque de Cantorbéry et le cardinal
de Winchester de percevoir...</i></p>
-<p>«Exitus et proficus de wardis et maritagiis, ac etiam forisfacturas...
+<p>«Exitus et proficus de wardis et maritagiis, ac etiam forisfacturas...
Volentes quod H. Cantuariensis archiepiscopo, H. Wintoniensi cancellario
nostro, et T. Dunolmensi episcopis, ac... militi nostro J. Rothenhale
-persolvantur.» (Rymer, t. IV, p. I, p. 150, 28 nov. 1415.)</p>
+persolvantur.» (Rymer, t. IV, p. I, p. 150, 28 nov. 1415.)</p>
-<p><em>Il fallait mettre Harfleur en état de défense...</em></p>
+<p><em>Il fallait mettre Harfleur en état de défense...</em></p>
-<p>Presse de maçons, tuiliers, etc, pour aller fortifier Harfleur.
-(<i>Ibid.</i>, p. 152, 16 décembre 1415.)</p>
+<p>Presse de maçons, tuiliers, etc, pour aller fortifier Harfleur.
+(<i>Ibid.</i>, p. 152, 16 décembre 1415.)</p>
<a id="app220" name="app220"></a>
<p class="p2">220&mdash;page <a href="#page323">323</a>, note 2&mdash;<i>Henri V reprochait au cardinal de Winchester
-d'usurper les droits de la royauté...</i></p>
+d'usurper les droits de la royauté...</i></p>
<p>Voy. les lettres de pardon qu'il accorde. (Rymer, t. IV, p. II, p. 7, 23
-juin 1417.)&mdash;Mais, tout vainqueur, tout populaire qu'était alors Henri
-V, il craignait ce dangereux prêtre. Il lui accorde une faveur le 11
+juin 1417.)&mdash;Mais, tout vainqueur, tout populaire qu'était alors Henri
+V, il craignait ce dangereux prêtre. Il lui accorde une faveur le 11
septembre suivant, l'appelle son oncle, etc.</p>
<a id="app221" name="app221"></a>
@@ -10960,142 +10918,142 @@ septembre suivant, l'appelle son oncle, etc.</p>
parti de Charles VII</i>, etc.</p>
<p>C'est ce que disent du moins les historiens du parti bourguignon,
-<span class="pagenum"><a id="page408" name="page408"></a>(p. 408)</span> Monstrelet et Pierre de Fenin: «Et en y eut plusieurs qui
-commencèrent à eux armer avec les Anglois, non pas gens de
-grand'autorité...» (Monstrelet, t. IV, p. 143.)&mdash;Pierre de Fenin assure
-même que «le povre peuple l'amoit sur tous les autres; car il estoit
-tout conclu de préserver le menu peuple contre les gentis-hommes».
-(Fenin, p. 187, dans l'excellente édition de mademoiselle Dupont, 1837.)</p>
+<span class="pagenum"><a id="page408" name="page408"></a>(p. 408)</span> Monstrelet et Pierre de Fenin: «Et en y eut plusieurs qui
+commencèrent à eux armer avec les Anglois, non pas gens de
+grand'autorité...» (Monstrelet, t. IV, p. 143.)&mdash;Pierre de Fenin assure
+même que «le povre peuple l'amoit sur tous les autres; car il estoit
+tout conclu de préserver le menu peuple contre les gentis-hommes».
+(Fenin, p. 187, dans l'excellente édition de mademoiselle Dupont, 1837.)</p>
<a id="app222" name="app222"></a>
-<p class="p2">222&mdash;page <a href="#page329">329</a>&mdash;<i>Les Anglais firent une charge meurtrière sur le petit
+<p class="p2">222&mdash;page <a href="#page329">329</a>&mdash;<i>Les Anglais firent une charge meurtrière sur le petit
peuple de Paris...</i></p>
<p>Montrelet, t. IV, p. 277, 309. Les Parisiens finirent par comprendre
-ainsi que l'Anglais c'était l'ennemi. Ils en étaient déjà avertis par le
-langage. Les ambassadeurs anglais «requirent ledit président de exposer
-icelle créance, pour ce que chascun <em>n'eut sceu bien aisément entendre
-leur françois langage</em>...» (<cite>Archives, Registres du Parlement, Conseil</cite>,
+ainsi que l'Anglais c'était l'ennemi. Ils en étaient déjà avertis par le
+langage. Les ambassadeurs anglais «requirent ledit président de exposer
+icelle créance, pour ce que chascun <em>n'eut sceu bien aisément entendre
+leur françois langage</em>...» (<cite>Archives, Registres du Parlement, Conseil</cite>,
XIV, fol. 215-216, mai 1420.)</p>
<a id="app223" name="app223"></a>
<p class="p2">223&mdash;page <a href="#page330">330</a>&mdash;<i>Budget d'Henri V...</i></p>
-<p>«Pro Calesio et marchiis ejusdem, XII M marcas; pro custodia Angliæ,
-VIII M marcas; pro custodia Hiberniæ, II M D marcas.» (Rymer, <i>ibid.</i>,
+<p>«Pro Calesio et marchiis ejusdem, XII M marcas; pro custodia Angliæ,
+VIII M marcas; pro custodia Hiberniæ, II M D marcas.» (Rymer, <i>ibid.</i>,
p. 27, 6 mai 1421.)</p>
<a id="app224" name="app224"></a>
-<p class="p2">224&mdash;page <a href="#page333">333</a>&mdash;<i>«C'est moi qui aurais conquis la terre sainte.»</i></p>
+<p class="p2">224&mdash;page <a href="#page333">333</a>&mdash;<i>«C'est moi qui aurais conquis la terre sainte.»</i></p>
-<p>Henri V avait envoyé pour examiner le pays le chevalier Guillebert de
-Launey, dont nous avons le rapport: «Sur plusieurs visitations de
-villes, pors et rivières, tant as par d'Égypte, comme de Surie, l'an de
-grâce 1422, le commandement, etc.» (Turner, vol. II, 477.)</p>
+<p>Henri V avait envoyé pour examiner le pays le chevalier Guillebert de
+Launey, dont nous avons le rapport: «Sur plusieurs visitations de
+villes, pors et rivières, tant as par d'Égypte, comme de Surie, l'an de
+grâce 1422, le commandement, etc.» (Turner, vol. II, 477.)</p>
<a id="app225" name="app225"></a>
<p class="p2">225&mdash;page <a href="#page337">337</a>&mdash;<i>On dit qu'il n'y avait pas moins de vingt-quatre mille
-maisons abandonnées...</i></p>
+maisons abandonnées...</i></p>
-<p>Nombre exagéré évidemment. Toutefois il ne faut pas oublier qu'il y
-avait alors plus de maisons à proportion qu'aujourd'hui, parce qu'elles
-étaient fort petites et qu'il n'y avait guère de famille qui n'eût la
-sienne.&mdash;Il résulte des détails qu'on trouve dans la vie de Flamel que
-la dépopulation avait commencé dès 1406. (Vilain, <cite>Hist. de Flamel</cite>, p.
+<p>Nombre exagéré évidemment. Toutefois il ne faut pas oublier qu'il y
+avait alors plus de maisons à proportion qu'aujourd'hui, parce qu'elles
+étaient fort petites et qu'il n'y avait guère de famille qui n'eût la
+sienne.&mdash;Il résulte des détails qu'on trouve dans la vie de Flamel que
+la dépopulation avait commencé dès 1406. (Vilain, <cite>Hist. de Flamel</cite>, p.
355.)</p>
<a id="app226" name="app226"></a>
-<p class="p2">226&mdash;page <a href="#page338">338</a>&mdash;<i>Une paix criée et chantée...</i></p>
-
-<p>C'était au reste un usage fort ancien.&mdash;«Et fut criée parmi <span class="pagenum"><a id="page409" name="page409"></a>(p. 409)</span>
-Paris à quatre trompes et à six ménestriers (19 sept. 1418)... Et tous
-les jours à Paris, especialement de nuit, faisoit-on très-grant feste
-pour ladite paix, à ménestriers et autrement (11 juillet 1419).»
-(<cite>Journal du Bourgeois</cite>, p. 249-260.)&mdash;Il paraît qu'on se disputait les
-joueurs de violon: «Ayant commencé une feste ou noce, ils seront obligés
-d'y rester jusques à ce qu'elle soit finie.» (<cite>Archives, Ordinatio super
+<p class="p2">226&mdash;page <a href="#page338">338</a>&mdash;<i>Une paix criée et chantée...</i></p>
+
+<p>C'était au reste un usage fort ancien.&mdash;«Et fut criée parmi <span class="pagenum"><a id="page409" name="page409"></a>(p. 409)</span>
+Paris à quatre trompes et à six ménestriers (19 sept. 1418)... Et tous
+les jours à Paris, especialement de nuit, faisoit-on très-grant feste
+pour ladite paix, à ménestriers et autrement (11 juillet 1419).»
+(<cite>Journal du Bourgeois</cite>, p. 249-260.)&mdash;Il paraît qu'on se disputait les
+joueurs de violon: «Ayant commencé une feste ou noce, ils seront obligés
+d'y rester jusques à ce qu'elle soit finie.» (<cite>Archives, Ordinatio super
officio</cite> de Jongleurs, etc., 24 april. 1407, Registre J, 161, n<sup>o</sup> 270.)</p>
<a id="app227" name="app227"></a>
-<p class="p2">227&mdash;page <a href="#page340">340</a>&mdash;<i>Les grandes épidémies</i>, etc.</p>
+<p class="p2">227&mdash;page <a href="#page340">340</a>&mdash;<i>Les grandes épidémies</i>, etc.</p>
<p>Sur la <em>peste noire</em>, sur les Flagellants et leurs cantiques, voir le
-tome III de cette Histoire. Le savant et éloquent Littré a donné, dans
-la <cite>Revue des Deux Mondes</cite> (février 1836, t. V de la IV<sup>e</sup> série, p.
+tome III de cette Histoire. Le savant et éloquent Littré a donné, dans
+la <cite>Revue des Deux Mondes</cite> (février 1836, t. V de la IV<sup>e</sup> série, p.
220), un article d'une haute importance: <cite>Sur les grandes
-épidémies</cite>.&mdash;M. Larrey, qui a fait une intéressante notice sur la chorée
-ou danse de Saint-Gui, aurait dû peut-être rappeler que cette maladie
-avait été commune au quatorzième siècle. (<cite>Mémoires de l'Académie des
+épidémies</cite>.&mdash;M. Larrey, qui a fait une intéressante notice sur la chorée
+ou danse de Saint-Gui, aurait dû peut-être rappeler que cette maladie
+avait été commune au quatorzième siècle. (<cite>Mémoires de l'Académie des
sciences</cite>, t. XVI, p. 424-437.)</p>
<a id="app228" name="app228"></a>
<p class="p2">228&mdash;page <a href="#page341">341</a>, note 1&mdash;<i>La danse des morts ou danse macabre...</i></p>
-<p>Selon M. Van Praet (<cite>Catalogue des livres imprimés sur vélin</cite>), ce mot
-viendrait de l'arabe <i>magabir</i>, <i>magabaragh</i> (cimetière). D'autres le
+<p>Selon M. Van Praet (<cite>Catalogue des livres imprimés sur vélin</cite>), ce mot
+viendrait de l'arabe <i>magabir</i>, <i>magabaragh</i> (cimetière). D'autres le
tirent des mots anglais <i lang="en">make</i>, <i lang="en">break</i> (faire, briser), unis ensemble
pour imiter le bruit du froissement et du craquement des os. On croyait,
-dès la fin du quinzième siècle, que <em>Macabre</em> était un nom d'homme;
+dès la fin du quinzième siècle, que <em>Macabre</em> était un nom d'homme;
c'est l'opinion la moins probable de toutes.</p>
<a id="app229" name="app229"></a>
-<p class="p2">229&mdash;page <a href="#page341">341</a>, note 4&mdash;<i>L'art vivant, l'art en action, a partout précédé
-l'art figuré...</i></p>
+<p class="p2">229&mdash;page <a href="#page341">341</a>, note 4&mdash;<i>L'art vivant, l'art en action, a partout précédé
+l'art figuré...</i></p>
-<p>C'est ce que Vico, entre autres, a très bien compris. Sur la danse, voir
-particulièrement le curieux ouvrage de Bonne, <cite>Histoire de la danse</cite>,
+<p>C'est ce que Vico, entre autres, a très bien compris. Sur la danse, voir
+particulièrement le curieux ouvrage de Bonne, <cite>Histoire de la danse</cite>,
in-12. Paris, 1723.</p>
<a id="app230" name="app230"></a>
-<p class="p2">230&mdash;page <a href="#page341">341</a>&mdash;<i>Mimes sacrés</i>, etc.</p>
+<p class="p2">230&mdash;page <a href="#page341">341</a>&mdash;<i>Mimes sacrés</i>, etc.</p>
-<p>J'ai parlé de ces drames à la fin du tome II de cette Histoire. Ailleurs
-j'ai rappelé un charmant mime de Résurrection qui se représente dans les
-processions de Messine. <cite>Introduction à l'Histoire universelle</cite>, d'après
+<p>J'ai parlé de ces drames à la fin du tome II de cette Histoire. Ailleurs
+j'ai rappelé un charmant mime de Résurrection qui se représente dans les
+processions de Messine. <cite>Introduction à l'Histoire universelle</cite>, d'après
Blunt, <cite>Vestiges of ancient manners discoverable in modern Italy and
Sicily</cite>, p. 158.</p>
<a id="app231" name="app231"></a>
-<p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page410" name="page410"></a>(p. 410)</span> 231&mdash;page <a href="#page342">342</a>&mdash;<i>Le spectacle de la danse des morts se joua à
+<p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page410" name="page410"></a>(p. 410)</span> 231&mdash;page <a href="#page342">342</a>&mdash;<i>Le spectacle de la danse des morts se joua à
Paris...</i></p>
-<p>«Item, l'an 1424 fut faite la <cite>Danse Maratre</cite> aux Innocents et fut
-commencée environ le moys d'aoust et achevée au karesme suivant.»
-(<cite>Journal du Bourgeois de Paris</cite>, p. 352.) «En l'an 1429, le cordelier
-Richart, preschant aux Innocents, estoit monté sur ung hault eschaffaut
-qui estoit près de toise et demie de haut, le dos tourné vers les
-charniers en-contre la charronnerie, <em>à l'endroit de la danse macabre</em>.»
-(<i>Ibid.</i>, p. 384.)&mdash;Je crois, avec Félibien et MM. Dulaure, de Barante
-et Lacroix, que c'était d'abord un spectacle, et non simplement une
-peinture, comme le veut M. Peignot: c'est le progrès naturel, comme je
-l'ai déjà fait remarquer. Le spectacle d'abord, puis la peinture, puis
-les livres de gravures avec explication.&mdash;La première édition connue de
-la <cite>Danse macabre</cite> (1485) est en <em>français</em>, la première édition latine
-(1490) a été donnée par un <em>Français</em>; mais elle porte: <em>Versibus</em>
+<p>«Item, l'an 1424 fut faite la <cite>Danse Maratre</cite> aux Innocents et fut
+commencée environ le moys d'aoust et achevée au karesme suivant.»
+(<cite>Journal du Bourgeois de Paris</cite>, p. 352.) «En l'an 1429, le cordelier
+Richart, preschant aux Innocents, estoit monté sur ung hault eschaffaut
+qui estoit près de toise et demie de haut, le dos tourné vers les
+charniers en-contre la charronnerie, <em>à l'endroit de la danse macabre</em>.»
+(<i>Ibid.</i>, p. 384.)&mdash;Je crois, avec Félibien et MM. Dulaure, de Barante
+et Lacroix, que c'était d'abord un spectacle, et non simplement une
+peinture, comme le veut M. Peignot: c'est le progrès naturel, comme je
+l'ai déjà fait remarquer. Le spectacle d'abord, puis la peinture, puis
+les livres de gravures avec explication.&mdash;La première édition connue de
+la <cite>Danse macabre</cite> (1485) est en <em>français</em>, la première édition latine
+(1490) a été donnée par un <em>Français</em>; mais elle porte: <em>Versibus</em>
alemanicis <em>descripta</em>. Voy. le curieux travail de M. Peignot, si
-intéressant sous le rapport bibliographique: <cite>Recherches sur les danses
-des morts et sur l'origine des cartes à jouer</cite>. Dijon, 1826.</p>
+intéressant sous le rapport bibliographique: <cite>Recherches sur les danses
+des morts et sur l'origine des cartes à jouer</cite>. Dijon, 1826.</p>
<a id="app232" name="app232"></a>
<p class="p2">232&mdash;page <a href="#page343">343</a>&mdash;<i>Le charnier des Innocents...</i></p>
-<p>Mémoire de Cadet-de-Vaux, rapport de Thouret, et procès-verbal des
-exhumations du cimetière des Innocents, cités par M. Héricart de Thury,
+<p>Mémoire de Cadet-de-Vaux, rapport de Thouret, et procès-verbal des
+exhumations du cimetière des Innocents, cités par M. Héricart de Thury,
dans sa <cite>Description des catacombes</cite>, p. 176-178.</p>
<hr class="hr20">
<p>En terminant l'impression de ce volume, je dois remercier les personnes
fort nombreuses qui m'ont fourni des indications utiles,
-particulièrement mes amis ou élèves de l'École normale, de l'École des
-Chartes et des Archives, dont la plupart, jeunes encore, occupent déjà
-un rang distingué dans l'enseignement et dans la science: MM. Lacabane,
-Castelnau, Chéruel, Dessalles, Rosenvald, de Stadler, Teulet, Thomassy,
+particulièrement mes amis ou élèves de l'École normale, de l'École des
+Chartes et des Archives, dont la plupart, jeunes encore, occupent déjà
+un rang distingué dans l'enseignement et dans la science: MM. Lacabane,
+Castelnau, Chéruel, Dessalles, Rosenvald, de Stadler, Teulet, Thomassy,
Yanoski, etc. (Note de 1840.)
-<p class="p2 center">FIN DU TOME QUATRIÈME</p>
+<p class="p2 center">FIN DU TOME QUATRIÈME</p>
-<h3><span class="pagenum"><a id="page411" name="page411"></a>(p. 411)</span> TABLE DES MATIÈRES</h3>
+<h3><span class="pagenum"><a id="page411" name="page411"></a>(p. 411)</span> TABLE DES MATIÈRES</h3>
<div class="toc">
<p class="p2 center">LIVRE VII.</p>
@@ -11104,40 +11062,40 @@ Yanoski, etc. (Note de 1840.)
<li><span class="smcap">Chapitre</span> I<sup>er</sup>. <i>Jeunesse de Charles VI</i> (1380-1383)
<span class="ralign"><a href="#page1">1</a></span></li>
-<li class="add2em">Caractère général de l'époque: oubli, confusion d'idées, vertige; costumes bizarres, etc.
+<li class="add2em">Caractère général de l'époque: oubli, confusion d'idées, vertige; costumes bizarres, etc.
<span class="ralign"><a href="#page1"><i>ibid.</i></a></span></li>
-<li class="add2em">État de l'Europe
+<li class="add2em">État de l'Europe
<span class="ralign"><a href="#page7">7</a></span></li>
<li class="add2em">Force et faiblesse de la France. Les oncles de Charles VI
<span class="ralign"><a href="#page9">9</a></span></li>
-<li>1380-1381. Régence, sacre; impôts, révolte
+<li>1380-1381. Régence, sacre; impôts, révolte
<span class="ralign"><a href="#page11">11</a></span></li>
-<li class="add2em">Procès du prévôt Aubriot
+<li class="add2em">Procès du prévôt Aubriot
<span class="ralign"><a href="#page13">13</a></span></li>
-<li>1382. Nouvelle révolte, maillotins
+<li>1382. Nouvelle révolte, maillotins
<span class="ralign"><a href="#page15">15</a></span></li>
-<li class="add2em">Expédition du duc d'Anjou en Italie
+<li class="add2em">Expédition du duc d'Anjou en Italie
<span class="ralign"><a href="#page16">16</a></span></li>
-<li class="add2em">Expédition du duc de Bourgogne et du roi en Flandre
+<li class="add2em">Expédition du duc de Bourgogne et du roi en Flandre
<span class="ralign"><a href="#page17">17</a></span></li>
-<li class="add2em">Soulèvements de Languedoc, d'Angleterre, d'Italie
+<li class="add2em">Soulèvements de Languedoc, d'Angleterre, d'Italie
<span class="ralign"><a href="#page18">18</a></span></li>
-<li class="add2em">Soulèvement de Flandre
+<li class="add2em">Soulèvement de Flandre
<span class="ralign"><a href="#page19">19</a></span></li>
<li class="add2em">(27 nov.). Bataille de Roosebeke
<span class="ralign"><a href="#page23">23</a></span></li>
-<li>1383. Punition de Paris, suppression du prévôt des marchands, etc.
+<li>1383. Punition de Paris, suppression du prévôt des marchands, etc.
<span class="ralign"><a href="#page24">24</a></span></li>
</ul>
@@ -11145,25 +11103,25 @@ Yanoski, etc. (Note de 1840.)
<li><span class="smcap">Chapitre</span> II. <i>Suite</i> (1384-1391)
<span class="ralign"><a href="#page26">26</a></span></li>
-<li>1384 (18 déc). Le duc de Bourgogne devient comte de Flandre
+<li>1384 (18 déc). Le duc de Bourgogne devient comte de Flandre
<span class="ralign"><a href="#page38">38</a></span></li>
-<li>1386. Il décide les expéditions d'Angleterre
+<li>1386. Il décide les expéditions d'Angleterre
<span class="ralign"><a href="#page38"><i>ibid.</i></a></span></li>
<li>1388. <span class="add2em">&mdash;</span> <span class="add2em">&mdash;</span> <span class="add2em">de Gueldre</span>
<span class="ralign"><a href="#page31">31</a></span></li>
-<li>1389. Les ducs de Berri et de Bourgogne renvoyés. Gouvernement des <em>Marmousets</em>, Clisson, La Rivière, etc.
+<li>1389. Les ducs de Berri et de Bourgogne renvoyés. Gouvernement des <em>Marmousets</em>, Clisson, La Rivière, etc.
<span class="ralign"><a href="#page34">34</a></span></li>
-<li><span class="pagenum"><a id="page412" name="page412"></a>(p. 412)</span> 1389-1392. Prodigalités du jeune roi, fêtes, voyage du midi
+<li><span class="pagenum"><a id="page412" name="page412"></a>(p. 412)</span> 1389-1392. Prodigalités du jeune roi, fêtes, voyage du midi
<span class="ralign"><a href="#page35">35</a></span></li>
<li class="add2em">Corruption du temps; scepticisme et superstition; alchimie
<span class="ralign"><a href="#page40">40</a></span></li>
-<li class="add2em">Paris: Saint-Jacques-la-Boucherie, Flamel; Saint-Jean-en-Grève, Gerson
+<li class="add2em">Paris: Saint-Jacques-la-Boucherie, Flamel; Saint-Jean-en-Grève, Gerson
<span class="ralign"><a href="#page43">43</a></span></li>
</ul>
@@ -11174,35 +11132,35 @@ Yanoski, etc. (Note de 1840.)
<li>1392 (13 juin). Assassinat de Clisson
<span class="ralign"><a href="#page49">49</a></span></li>
-<li class="add2em">(5 août). Expédition de Bretagne, folie du roi
+<li class="add2em">(5 août). Expédition de Bretagne, folie du roi
<span class="ralign"><a href="#page52">52</a></span></li>
-<li class="add2em">Tentatives pour rétablir la paix de l'Église
+<li class="add2em">Tentatives pour rétablir la paix de l'Église
<span class="ralign"><a href="#page57">57</a></span></li>
-<li>1396. Trêve avec l'Angleterre; Richard II, gendre de Charles VI
+<li>1396. Trêve avec l'Angleterre; Richard II, gendre de Charles VI
<span class="ralign"><a href="#page58">58</a></span></li>
-<li class="add2em">Croisade contre les Turcs, défaite de Nicopolis
+<li class="add2em">Croisade contre les Turcs, défaite de Nicopolis
<span class="ralign"><a href="#page62">62</a></span></li>
-<li>1398. Richard II renversé par Henri de Lancastre
+<li>1398. Richard II renversé par Henri de Lancastre
<span class="ralign"><a href="#page65">65</a></span></li>
<li>1399-1400. Rechutes de Charles VI; cabale, sorcellerie
<span class="ralign"><a href="#page68">68</a></span></li>
-<li class="add2em">Cartes à jouer, Mystères
+<li class="add2em">Cartes à jouer, Mystères
<span class="ralign"><a href="#page72">72</a></span></li>
</ul>
<p class="p2 center">LIVRE VIII.</p>
<ul class="none">
-<li><span class="smcap">Chapitre</span> I<sup>er</sup>. <i>Le duc d'Orléans, le duc de Bourgogne.&mdash;Meurtre du duc d'Orléans</i> (1400-1407)
+<li><span class="smcap">Chapitre</span> I<sup>er</sup>. <i>Le duc d'Orléans, le duc de Bourgogne.&mdash;Meurtre du duc d'Orléans</i> (1400-1407)
<span class="ralign"><a href="#page77">77</a></span></li>
-<li>1400-1401. Louis d'Orléans, frère de Charles VI; esprit de la Renaissance.
+<li>1400-1401. Louis d'Orléans, frère de Charles VI; esprit de la Renaissance.
<span class="ralign"><a href="#page78">78</a></span></li>
<li class="add2em">Jean-sans-Peur, fils du duc de Bourgogne, Philippe-le-Hardi
@@ -11211,30 +11169,30 @@ Yanoski, etc. (Note de 1840.)
<li class="add2em">Politique de la maison de Bourgogne
<span class="ralign"><a href="#page97">97</a></span></li>
-<li class="add2em">L'intérêt flamand lie cette maison à l'Angleterre
+<li class="add2em">L'intérêt flamand lie cette maison à l'Angleterre
<span class="ralign"><a href="#page105">105</a></span></li>
-<li class="add2em">Lutte du duc de Bourgogne et du duc d'Orléans
+<li class="add2em">Lutte du duc de Bourgogne et du duc d'Orléans
<span class="ralign"><a href="#page106">106</a></span></li>
-<li>1402. Le duc de Bourgogne réclame en faveur du peuple contre les impôts
+<li>1402. Le duc de Bourgogne réclame en faveur du peuple contre les impôts
<span class="ralign"><a href="#page107">107</a></span></li>
-<li class="add2em">Gouvernement impopulaire du duc d'Orléans;
-il se déclare pour le pape d'Avignon; ses tentatives contre l'Angleterre
+<li class="add2em">Gouvernement impopulaire du duc d'Orléans;
+il se déclare pour le pape d'Avignon; ses tentatives contre l'Angleterre
<span class="ralign"><a href="#page108">108</a></span></li>
<li>1404. Mort du duc de Bourgogne, Philippe-le-Hardi; Jean-sans-Peur.
-Jean-sans-Peur encourage le peuple à refuser l'impôt
+Jean-sans-Peur encourage le peuple à refuser l'impôt
<span class="ralign"><a href="#page108"><i>ibid.</i></a></span></li>
-<li>1405. Louis d'Orléans et Jean-sans-Peur; deux armées autour de Paris
+<li>1405. Louis d'Orléans et Jean-sans-Peur; deux armées autour de Paris
<span class="ralign"><a href="#page108"><i>ibid.</i></a></span></li>
-<li>1406. Fausse paix; guerre contre les Anglais, sans résultat
+<li>1406. Fausse paix; guerre contre les Anglais, sans résultat
<span class="ralign"><a href="#page108"><i>ibid.</i></a></span></li>
-<li class="add2em">Irritation de Paris et de l'Université contre le duc d'Orléans
+<li class="add2em">Irritation de Paris et de l'Université contre le duc d'Orléans
<span class="ralign"><a href="#page109">109</a></span></li>
<li>1407 (23 nov.). Jean-sans-Peur le fait assassiner
@@ -11242,54 +11200,54 @@ Jean-sans-Peur encourage le peuple à refuser l'impôt
</ul>
<ul class="p2 none">
-<li><span class="pagenum"><a id="page413" name="page413"></a>(p. 413)</span> <span class="smcap">Chapitre</span> II. <i>Lutte des deux partis.&mdash;Cabochiens.&mdash;Essais de réforme dans l'État et dans l'Église</i> (1408-1414)
+<li><span class="pagenum"><a id="page413" name="page413"></a>(p. 413)</span> <span class="smcap">Chapitre</span> II. <i>Lutte des deux partis.&mdash;Cabochiens.&mdash;Essais de réforme dans l'État et dans l'Église</i> (1408-1414)
<span class="ralign"><a href="#page129">129</a></span></li>
<li>1407. Fuite de Jean-sans-Peur
<span class="ralign"><a href="#page132">132</a></span></li>
-<li class="add2em">(10 déc). La veuve de Louis d'Orléans demande justice
+<li class="add2em">(10 déc). La veuve de Louis d'Orléans demande justice
<span class="ralign"><a href="#page133">133</a></span></li>
-<li>1408. Retour de Jean-sans-Peur et son apologie par Jean Petit, docteur de l'Université
+<li>1408. Retour de Jean-sans-Peur et son apologie par Jean Petit, docteur de l'Université
<span class="ralign"><a href="#page136">136</a></span></li>
-<li class="add2em">Triomphe de l'Université sur la juridiction royale
+<li class="add2em">Triomphe de l'Université sur la juridiction royale
<span class="ralign"><a href="#page139">139</a></span></li>
<li class="add2em">Elle prononce l'exclusion des deux papes
<span class="ralign"><a href="#page145">145</a></span></li>
-<li class="add2em">(23 sept.). Victoire de Jean-sans-Peur et de Jean-sans-Pitié sur les Liégeois
+<li class="add2em">(23 sept.). Victoire de Jean-sans-Peur et de Jean-sans-Pitié sur les Liégeois
<span class="ralign"><a href="#page147">147</a></span></li>
-<li>1409 (9 mars). Jean-sans-Peur exige que les fils de Louis d'Orléans lui promettent amitié;
+<li>1409 (9 mars). Jean-sans-Peur exige que les fils de Louis d'Orléans lui promettent amitié;
paix de Chartres
<span class="ralign"><a href="#page150">150</a></span></li>
-<li class="add2em">Le négociateur de la paix, Montaigu, est mis à mort
+<li class="add2em">Le négociateur de la paix, Montaigu, est mis à mort
<span class="ralign"><a href="#page152">152</a></span></li>
-<li class="add2em">Jean-sans-Peur essaye de réformer l'État
+<li class="add2em">Jean-sans-Peur essaye de réformer l'État
<span class="ralign"><a href="#page155">155</a></span></li>
-<li>1410 (1<sup>er</sup> nov.). Les ducs d'Orléans et de Berri viennent
-en armes jusqu'à Bicêtre; ils sont obligés de traiter: paix de Bicêtre
+<li>1410 (1<sup>er</sup> nov.). Les ducs d'Orléans et de Berri viennent
+en armes jusqu'à Bicêtre; ils sont obligés de traiter: paix de Bicêtre
<span class="ralign"><a href="#page157">157</a></span></li>
<li class="add2em">La France du sud-ouest envahit la France du Nord
<span class="ralign"><a href="#page158">158</a></span></li>
-<li class="add2em">Armagnac, beau-père du duc d'Orléans
+<li class="add2em">Armagnac, beau-père du duc d'Orléans
<span class="ralign"><a href="#page169">169</a></span></li>
-<li>1411 (1<sup>er</sup> sept.). Jean-sans-Peur appelle les Anglais contre les Armagnacs et assiège Bourges
+<li>1411 (1<sup>er</sup> sept.). Jean-sans-Peur appelle les Anglais contre les Armagnacs et assiège Bourges
<span class="ralign"><a href="#page171">171</a></span></li>
-<li>1412 (18 mai). Le parti d'Orléans et Armagnac appelle les Anglais
+<li>1412 (18 mai). Le parti d'Orléans et Armagnac appelle les Anglais
<span class="ralign"><a href="#page172">172</a></span></li>
-<li class="add2em">(14 juill.). Jean-sans-Peur obligé de traiter; paix de Bourges
+<li class="add2em">(14 juill.). Jean-sans-Peur obligé de traiter; paix de Bourges
<span class="ralign"><a href="#page173">173</a></span></li>
<li class="add2em">Impuissance des deux partis
@@ -11297,65 +11255,65 @@ en armes jusqu'à Bicêtre; ils sont obligés de traiter: paix de Bicêtre
</ul>
<ul class="p2 none">
-<li><span class="smcap">Chapitre</span> III. <i>Essais de réforme dans l'État et
-dans l'Église.&mdash;Cabochiens de Paris; grande ordonnance.&mdash;Concile de Pise</i> (1409-1415)
+<li><span class="smcap">Chapitre</span> III. <i>Essais de réforme dans l'État et
+dans l'Église.&mdash;Cabochiens de Paris; grande ordonnance.&mdash;Concile de Pise</i> (1409-1415)
<span class="ralign"><a href="#page177">177</a></span></li>
-<li>1413 (30 janv.). Le duc de Bourgogne assemble les États inutilement. Le Parlement se récuse
+<li>1413 (30 janv.). Le duc de Bourgogne assemble les États inutilement. Le Parlement se récuse
<span class="ralign"><a href="#page179">179</a></span></li>
-<li class="add2em">L'Université entreprend la réforme de l'État
+<li class="add2em">L'Université entreprend la réforme de l'État
<span class="ralign"><a href="#page182">182</a></span></li>
-<li class="add2em">(28 avril). La Bastille assiégée par le peuple
+<li class="add2em">(28 avril). La Bastille assiégée par le peuple
<span class="ralign"><a href="#page186">186</a></span></li>
<li class="add2em">Puissance des bouchers
<span class="ralign"><a href="#page187">187</a></span></li>
-<li class="add2em">Ils veulent réformer d'abord la famille royale, le dauphin
+<li class="add2em">Ils veulent réformer d'abord la famille royale, le dauphin
<span class="ralign"><a href="#page189">189</a></span></li>
<li class="add2em">Ils se font livrer les courtisans du dauphin
<span class="ralign"><a href="#page191">191</a></span></li>
-<li class="add2em">Tyrannie des écorcheurs
+<li class="add2em">Tyrannie des écorcheurs
<span class="ralign"><a href="#page195">195</a></span></li>
-<li class="add2em">(22 mai). Nouvel enlèvement des seigneurs et courtisans
+<li class="add2em">(22 mai). Nouvel enlèvement des seigneurs et courtisans
<span class="ralign"><a href="#page200">200</a></span></li>
-<li class="add2em">(25 mai). Promulgation de la grande <i>ordonnance de réforme</i>
+<li class="add2em">(25 mai). Promulgation de la grande <i>ordonnance de réforme</i>
<span class="ralign"><a href="#page200">ibid.</a></span></li>
-<li class="add2em">Quels en ont été les auteurs?
+<li class="add2em">Quels en ont été les auteurs?
<span class="ralign"><a href="#page203">203</a></span></li>
-<li class="add2em">(Mai-juillet). Gouvernement violent des cabochiens, emprunt forcé, etc.
+<li class="add2em">(Mai-juillet). Gouvernement violent des cabochiens, emprunt forcé, etc.
<span class="ralign"><a href="#page209">209</a></span></li>
-<li class="add2em"><span class="pagenum"><a id="page414" name="page414"></a>(p. 414)</span> (21 juill.). Réaction
+<li class="add2em"><span class="pagenum"><a id="page414" name="page414"></a>(p. 414)</span> (21 juill.). Réaction
<span class="ralign"><a href="#page211">211</a></span></li>
-<li class="add2em">(5 sept.). L'ordonnance annulée
+<li class="add2em">(5 sept.). L'ordonnance annulée
<span class="ralign"><a href="#page214">214</a></span></li>
-<li>1414 (10 févr.). Le duc de Bourgogne déclaré rebelle
+<li>1414 (10 févr.). Le duc de Bourgogne déclaré rebelle
<span class="ralign"><a href="#page215">215</a></span></li>
-<li>(4 sept.). Siège, traité d'Arras; la réaction convaincue d'impuissance à son tour
+<li>(4 sept.). Siège, traité d'Arras; la réaction convaincue d'impuissance à son tour
<span class="ralign"><a href="#page215"><i>ibid.</i></a></span></li>
<li>1415 (5 janv.). Sermon de Gerson contre le gouvernement populaire.
<span class="ralign"><a href="#page216">216</a></span></li>
-<li class="add2em">Affaires ecclésiastiques; livre de Clémengis sur la Corruption de l'Église
+<li class="add2em">Affaires ecclésiastiques; livre de Clémengis sur la Corruption de l'Église
<span class="ralign"><a href="#page218">218</a></span></li>
-<li>1409. Inutilité du concile de Pise
+<li>1409. Inutilité du concile de Pise
<span class="ralign"><a href="#page223">223</a></span></li>
-<li class="add2em">Pauvreté intellectuelle de l'époque
+<li class="add2em">Pauvreté intellectuelle de l'époque
<span class="ralign"><a href="#page226">226</a></span></li>
</ul>
@@ -11363,54 +11321,54 @@ dans l'Église.&mdash;Cabochiens de Paris; grande ordonnance.&mdash;Concile de Pi
<p class="p2 center">LIVRE IX.</p>
<ul class="none">
-<li><span class="smcap">Chapitre</span> I<sup>er</sup>. <i>L'Angleterre, l'État, l'Église.&mdash;Azincourt</i> (1415)
+<li><span class="smcap">Chapitre</span> I<sup>er</sup>. <i>L'Angleterre, l'État, l'Église.&mdash;Azincourt</i> (1415)
<span class="ralign"><a href="#page229">229</a></span></li>
-<li class="add2em">Étroite union de la Royauté et de l'Église sous la maison de Lancastre
+<li class="add2em">Étroite union de la Royauté et de l'Église sous la maison de Lancastre
<span class="ralign"><a href="#page229"><i>ibid.</i></a></span></li>
-<li class="add2em">L'Église comme grand propriétaire
+<li class="add2em">L'Église comme grand propriétaire
<span class="ralign"><a href="#page230">230</a></span></li>
-<li class="add2em">Élévation des Lancastre: Henri IV, Henri V
+<li class="add2em">Élévation des Lancastre: Henri IV, Henri V
<span class="ralign"><a href="#page231">231</a></span></li>
-<li class="add2em">Persécutions des hérétiques.
+<li class="add2em">Persécutions des hérétiques.
<span class="ralign"><a href="#page235">235</a></span></li>
-<li>1414-1415. Danger du roi et de l'Église
+<li>1414-1415. Danger du roi et de l'Église
<span class="ralign"><a href="#page235"><i>ibid.</i></a></span></li>
-<li>1415 (16 avril). Henri V se prépare à envahir la France
+<li>1415 (16 avril). Henri V se prépare à envahir la France
<span class="ralign"><a href="#page240">240</a></span></li>
-<li class="add2em">(14 août-22 sept.). Il débarque à Harfleur; Harfleur se rend.
+<li class="add2em">(14 août-22 sept.). Il débarque à Harfleur; Harfleur se rend.
<span class="ralign"><a href="#page244">244</a></span></li>
-<li class="add2em">Henri V entreprend d'aller d'Harfleur à Calais
+<li class="add2em">Henri V entreprend d'aller d'Harfleur à Calais
<span class="ralign"><a href="#page247">247</a></span></li>
-<li class="add2em">(19 oct.). Il parvient à passer la Somme
+<li class="add2em">(19 oct.). Il parvient à passer la Somme
<span class="ralign"><a href="#page252">252</a></span></li>
<li class="add2em">(25 oct.). Bataille d'Azincourt
<span class="ralign"><a href="#page255">255</a></span></li>
-<li class="add2em">Captivité de Charles d'Orléans; ses poésies
+<li class="add2em">Captivité de Charles d'Orléans; ses poésies
<span class="ralign"><a href="#page266">266</a></span></li>
</ul>
<ul class="p2 none">
-<li><span class="smcap">Chapitre II.</span> <i>Mort du connétable d'Armagnac, mort du duc de Bourgogne.&mdash;Henri V</i> (1416-1421)
+<li><span class="smcap">Chapitre II.</span> <i>Mort du connétable d'Armagnac, mort du duc de Bourgogne.&mdash;Henri V</i> (1416-1421)
<span class="ralign"><a href="#page270">270</a></span></li>
-<li class="add2em">Armagnac, connétable et maître de Paris; sa tyrannie
+<li class="add2em">Armagnac, connétable et maître de Paris; sa tyrannie
<span class="ralign"><a href="#page271">271</a></span></li>
<li>1416. Il essaye de reprendre Harfleur
<span class="ralign"><a href="#page272">272</a></span></li>
-<li>1417. Le duc de Bourgogne défend de payer l'impôt
+<li>1417. Le duc de Bourgogne défend de payer l'impôt
<span class="ralign"><a href="#page275">275</a></span></li>
<li class="add2em">Henri V s'empare de Caen et de la basse Normandie
@@ -11422,25 +11380,25 @@ dans l'Église.&mdash;Cabochiens de Paris; grande ordonnance.&mdash;Concile de Pi
<li class="add2em">(12 juin). Massacre des Armagnacs
<span class="ralign"><a href="#page279">279</a></span></li>
-<li class="add2em">(21 août). Nouveau massacre
+<li class="add2em">(21 août). Nouveau massacre
<span class="ralign"><a href="#page281">281</a></span></li>
-<li class="add2em">Duplicité et impuissance du duc de Bourgogne
+<li class="add2em">Duplicité et impuissance du duc de Bourgogne
<span class="ralign"><a href="#page282">282</a></span></li>
-<li class="add2em">Négociations d'Henri V avec les deux partis
+<li class="add2em">Négociations d'Henri V avec les deux partis
<span class="ralign"><a href="#page284">284</a></span></li>
-<li class="add2em">(Fin juin). Il assiège Rouen
+<li class="add2em">(Fin juin). Il assiège Rouen
<span class="ralign"><a href="#page286">286</a></span></li>
-<li class="add2em">Détresse de cette ville
+<li class="add2em">Détresse de cette ville
<span class="ralign"><a href="#page288">288</a></span></li>
<li><span class="pagenum"><a id="page415" name="page415"></a>(p. 415)</span> 1419 (19 janv.). Elle se rend
<span class="ralign"><a href="#page292">292</a></span></li>
-<li class="add2em">Coopération des évêques anglais à la conquête
+<li class="add2em">Coopération des évêques anglais à la conquête
<span class="ralign"><a href="#page293">293</a></span></li>
<li class="add2em">Projets gigantesques d'Henri V sur l'Italie, etc.
@@ -11449,69 +11407,69 @@ dans l'Église.&mdash;Cabochiens de Paris; grande ordonnance.&mdash;Concile de Pi
<li class="add2em">(11 juill.). Le duc de Bourgogne traite avec le dauphin
<span class="ralign"><a href="#page296">296</a></span></li>
-<li class="add2em">(10 sept.). Il est assassiné dans l'entrevue de Montereau
+<li class="add2em">(10 sept.). Il est assassiné dans l'entrevue de Montereau
<span class="ralign"><a href="#page299">299</a></span></li>
-<li class="add2em">(2 décemb.). Son fils reconnaît le droit d'Henri V à la couronne de France
+<li class="add2em">(2 décemb.). Son fils reconnaît le droit d'Henri V à la couronne de France
<span class="ralign"><a href="#page300">300</a></span></li>
-<li>1420 (21 mai). Traité de Troyes; Henri héritier et régent
+<li>1420 (21 mai). Traité de Troyes; Henri héritier et régent
<span class="ralign"><a href="#page302">302</a></span></li>
-<li class="add2em">(Juill.-nov.). Siège de Melun
+<li class="add2em">(Juill.-nov.). Siège de Melun
<span class="ralign"><a href="#page304">304</a></span></li>
-<li class="add2em">(Déc). Entrée d'Henri V à Paris
+<li class="add2em">(Déc). Entrée d'Henri V à Paris
<span class="ralign"><a href="#page305">305</a></span></li>
-<li>1421 (3 janv.). Le dauphin est déclaré déchu de ses droits à la couronne
+<li>1421 (3 janv.). Le dauphin est déclaré déchu de ses droits à la couronne
<span class="ralign"><a href="#page306">306</a></span></li>
</ul>
<ul class="p2 none">
-<li><span class="smcap">Chapitre III.</span> <i>Suite du précédent.&mdash;Concile de Constance (1414-1418).&mdash;Mort d'Henri V et de Charles VI</i> (1422)
+<li><span class="smcap">Chapitre III.</span> <i>Suite du précédent.&mdash;Concile de Constance (1414-1418).&mdash;Mort d'Henri V et de Charles VI</i> (1422)
<span class="ralign"><a href="#page307">307</a></span></li>
-<li class="add2em">Henri V au Louvre; sa suprématie dans la chrétienté
+<li class="add2em">Henri V au Louvre; sa suprématie dans la chrétienté
<span class="ralign"><a href="#page307"><i>ibid.</i></a></span></li>
-<li>1414-1418. Affaires ecclésiastiques: Concile de Constance
+<li>1414-1418. Affaires ecclésiastiques: Concile de Constance
<span class="ralign"><a href="#page309">309</a></span></li>
<li class="add2em">Vues de Gerson et des gallicans
<span class="ralign"><a href="#page310">310</a></span></li>
-<li class="add2em">Jean Huss et Jérôme de Prague
+<li class="add2em">Jean Huss et Jérôme de Prague
<span class="ralign"><a href="#page311">311</a></span></li>
<li>1418. Impuissance du Concile; retraite et fin de Gerson
<span class="ralign"><a href="#page317">317</a></span></li>
-<li class="add2em">Quelle avait été l'influence de l'Angleterre dans le Concile
+<li class="add2em">Quelle avait été l'influence de l'Angleterre dans le Concile
<span class="ralign"><a href="#page319">319</a></span></li>
-<li class="add2em">Position difficile d'Henri; ses embarras financiers; domination des évêques
+<li class="add2em">Position difficile d'Henri; ses embarras financiers; domination des évêques
<span class="ralign"><a href="#page320">320</a></span></li>
-<li>1421 (23 mars). Les Anglais défaits en Anjou
+<li>1421 (23 mars). Les Anglais défaits en Anjou
<span class="ralign"><a href="#page325">325</a></span></li>
-<li>1421-1412 (6 oct.-10 mai). Siège de Meaux
+<li>1421-1412 (6 oct.-10 mai). Siège de Meaux
<span class="ralign"><a href="#page326">326</a></span></li>
-<li class="add2em">Mésintelligence des Anglais et des Bourguignons
+<li class="add2em">Mésintelligence des Anglais et des Bourguignons
<span class="ralign"><a href="#page327">327</a></span></li>
-<li>1422 (31 août). Détresse d'Henri V, son découragement, sa mort
+<li>1422 (31 août). Détresse d'Henri V, son découragement, sa mort
<span class="ralign"><a href="#page330">330</a></span></li>
-<li class="add2em">(21 oct.). Mort de Charles VI; avènement de Charles VII et d'Henri VI
+<li class="add2em">(21 oct.). Mort de Charles VI; avènement de Charles VII et d'Henri VI
<span class="ralign"><a href="#page334">334</a></span></li>
-<li>1418-1422. Dépopulation; épidémies, famines; désespoir
+<li>1418-1422. Dépopulation; épidémies, famines; désespoir
<span class="ralign"><a href="#page336">336</a></span></li>
-<li class="add2em">Gaieté frénétique
+<li class="add2em">Gaieté frénétique
<span class="ralign"><a href="#page339">339</a></span></li>
<li class="add2em">La danse des morts
@@ -11522,7 +11480,7 @@ dans l'Église.&mdash;Cabochiens de Paris; grande ordonnance.&mdash;Concile de Pi
</ul>
</div>
-<p class="center">FIN DE LA TABLE DU TOME QUATRIÈME.</p>
+<p class="center">FIN DE LA TABLE DU TOME QUATRIÈME.</p>
<p class="p2 center smaller">IMPRIMERIE E. FLAMMARION, 26, RUE RACINE, PARIS.</p>
@@ -11530,30 +11488,30 @@ dans l'Église.&mdash;Cabochiens de Paris; grande ordonnance.&mdash;Concile de Pi
<div class="footnote">
<p><a id="footnote1" name="footnote1"></a>
-<b><a href="#footnotetag1">1</a></b>: Moderne, c'est-à-dire renouvelée alors récemment. Les
+<b><a href="#footnotetag1">1</a></b>: Moderne, c'est-à-dire renouvelée alors récemment. Les
anciens avaient eu aussi des devises. <i>App.</i> <a href="#app1">1</a>.</p>
<p><a id="footnote2" name="footnote2"></a>
<b><a href="#footnotetag2">2</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app2">2</a>.</p>
<p><a id="footnote3" name="footnote3"></a>
-<b><a href="#footnotetag3">3</a></b>: L'obésité est un caractère des figures de cette sensuelle
-époque. Voir les statues de Saint-Denis; celles du quatorzième siècle
+<b><a href="#footnotetag3">3</a></b>: L'obésité est un caractère des figures de cette sensuelle
+époque. Voir les statues de Saint-Denis; celles du quatorzième siècle
sont visiblement des portraits. Voir surtout la statue du duc de Berri
dans la chapelle souterraine de Bourges, avec l'ignoble chien gras qui
-est à ses pieds.</p>
+est à ses pieds.</p>
<p><a id="footnote4" name="footnote4"></a>
-<b><a href="#footnotetag4">4</a></b>: «Les dames et demoiselles menoient grands et excessifs
+<b><a href="#footnotetag4">4</a></b>: «Les dames et demoiselles menoient grands et excessifs
estats, et cornes merveilleuses, hautes et larges; et avoient de chacun
-costé, au lieu de bourlées, deux grandes oreilles si larges que quand
+costé, au lieu de bourlées, deux grandes oreilles si larges que quand
elles vouloient passor l'huis d'une chambre, il falloit qu'elles se
-tournassent de costé et baissassent.» (Juvénal des Ursins.)&mdash;«Quid de
-cornibus et caudis loquar?... Adde quod in effigie cornutæ f&oelig;minæ
-Diabolus plerumque pingitur.» (Clémengis.)</p>
+tournassent de costé et baissassent.» (Juvénal des Ursins.)&mdash;«Quid de
+cornibus et caudis loquar?... Adde quod in effigie cornutæ f&oelig;minæ
+Diabolus plerumque pingitur.» (Clémengis.)</p>
<p><a id="footnote5" name="footnote5"></a>
-<b><a href="#footnotetag5">5</a></b>: Voir plus bas l'entrée de la reine Isabeau.</p>
+<b><a href="#footnotetag5">5</a></b>: Voir plus bas l'entrée de la reine Isabeau.</p>
<p><a id="footnote6" name="footnote6"></a>
<b><a href="#footnotetag6">6</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app3">3</a>.</p>
@@ -11578,41 +11536,41 @@ Diabolus plerumque pingitur.» (Clémengis.)</p>
juges royaux.</p>
<p><a id="footnote13" name="footnote13"></a>
-<b><a href="#footnotetag13">13</a></b>: Pendant que son frère expirait, le duc d'Anjou s'était
-tenu caché dans une chambre voisine, puis il avait fait main basse sur
+<b><a href="#footnotetag13">13</a></b>: Pendant que son frère expirait, le duc d'Anjou s'était
+tenu caché dans une chambre voisine, puis il avait fait main basse sur
tous les meubles, toute la vaisselle, tous les joyaux.&mdash;On disait que le
feu roi avait fait sceller des barres d'or et d'argent dans les murs du
-château de Melun, et que les maçons employés à ce travail avaient
-ensuite disparu. Le trésorier avait juré de garder le secret. Le duc
-d'Anjou, n'en pouvant rien tirer, fit venir le bourreau: «Coupe la tête
-à cet homme», lui dit-il. Le trésorier indiqua la place.</p>
+château de Melun, et que les maçons employés à ce travail avaient
+ensuite disparu. Le trésorier avait juré de garder le secret. Le duc
+d'Anjou, n'en pouvant rien tirer, fit venir le bourreau: «Coupe la tête
+à cet homme», lui dit-il. Le trésorier indiqua la place.</p>
<p><a id="footnote14" name="footnote14"></a>
<b><a href="#footnotetag14">14</a></b>: Religieux de Saint-Denis.</p>
<p><a id="footnote15" name="footnote15"></a>
-<b><a href="#footnotetag15">15</a></b>: Les trois oncles de Charles VI étaient tout aussi
+<b><a href="#footnotetag15">15</a></b>: Les trois oncles de Charles VI étaient tout aussi
ambitieux et avares que les oncles de Richard II. Il leur fallait aussi
-des couronnes. En France même, le trône pouvait vaquer. Les jeunes
-enfants du maladif Charles V pouvaient suivre leur père. La devise du
+des couronnes. En France même, le trône pouvait vaquer. Les jeunes
+enfants du maladif Charles V pouvaient suivre leur père. La devise du
duc de Berri, telle qu'on la lisait dans sa belle chapelle de Bourges,
-indiquait assez ces vagues espérances: «Oursine, le temps venra!» <i>App.</i>
+indiquait assez ces vagues espérances: «Oursine, le temps venra!» <i>App.</i>
<a href="#app6">6</a>.</p>
<p><a id="footnote16" name="footnote16"></a>
-<b><a href="#footnotetag16">16</a></b>: Maints débiteurs profitèrent du tumulte pour faire enlever
-chez leurs créanciers les titres de leurs obligations. (Religieux.)</p>
+<b><a href="#footnotetag16">16</a></b>: Maints débiteurs profitèrent du tumulte pour faire enlever
+chez leurs créanciers les titres de leurs obligations. (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote17" name="footnote17"></a>
-<b><a href="#footnotetag17">17</a></b>: «Teterrimos carceres composuerat, uni <em>Claustri Brunelli</em>,
-alteri <em>Vici Straminum</em> adaptans nomina». (<i>Idem.</i>)</p>
+<b><a href="#footnotetag17">17</a></b>: «Teterrimos carceres composuerat, uni <em>Claustri Brunelli</em>,
+alteri <em>Vici Straminum</em> adaptans nomina». (<i>Idem.</i>)</p>
<p><a id="footnote18" name="footnote18"></a>
<b><a href="#footnotetag18">18</a></b>: Religieux de Saint-Denis.</p>
<p><a id="footnote19" name="footnote19"></a>
-<b><a href="#footnotetag19">19</a></b>: «Quibusdam ex potentioribus urbibus... Potius mori optamus
-quam leventur.» (Religieux.).</p>
+<b><a href="#footnotetag19">19</a></b>: «Quibusdam ex potentioribus urbibus... Potius mori optamus
+quam leventur.» (Religieux.).</p>
<p><a id="footnote20" name="footnote20"></a>
<b><a href="#footnotetag20">20</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app7">7</a>.</p>
@@ -11621,18 +11579,18 @@ quam leventur.» (Religieux.).</p>
<b><a href="#footnotetag21">21</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app8">8</a>.</p>
<p><a id="footnote22" name="footnote22"></a>
-<b><a href="#footnotetag22">22</a></b>: Ils tuèrent ainsi un écuyer écossais, après l'avoir
-couronné de fer rouge, et un religieux de la Trinité, qu'ils
-traversèrent de part en part d'une broche de fer. Le lendemain, ayant
-pris un prêtre qui allait à la cour de Rome, ils lui coupèrent le bout
-des doigts, lui enlevèrent la peau de sa tonsure et le brûlèrent.</p>
+<b><a href="#footnotetag22">22</a></b>: Ils tuèrent ainsi un écuyer écossais, après l'avoir
+couronné de fer rouge, et un religieux de la Trinité, qu'ils
+traversèrent de part en part d'une broche de fer. Le lendemain, ayant
+pris un prêtre qui allait à la cour de Rome, ils lui coupèrent le bout
+des doigts, lui enlevèrent la peau de sa tonsure et le brûlèrent.</p>
<p><a id="footnote23" name="footnote23"></a>
<b><a href="#footnotetag23">23</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app9">9</a>.</p>
<p><a id="footnote24" name="footnote24"></a>
<b><a href="#footnotetag24">24</a></b>: On trouva, dit-on, au pillage de Courtrai des lettres de
-bourgeois de Paris qui établissaient leurs intelligences avec les
+bourgeois de Paris qui établissaient leurs intelligences avec les
Flamands. Voy. aussi <i>App.</i> 18.&mdash;<i>App.</i> <a href="#app10">10</a>.</p>
<p><a id="footnote25" name="footnote25"></a>
@@ -11651,15 +11609,15 @@ Flamands. Voy. aussi <i>App.</i> 18.&mdash;<i>App.</i> <a href="#app10">10</a>.<
<b><a href="#footnotetag29">29</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app15">15</a>.</p>
<p><a id="footnote30" name="footnote30"></a>
-<b><a href="#footnotetag30">30</a></b>: Le Religieux de Saint-Denis prétend que cette armée
-montait à plus de cent mille hommes. Ce fut un seul fournisseur, un
+<b><a href="#footnotetag30">30</a></b>: Le Religieux de Saint-Denis prétend que cette armée
+montait à plus de cent mille hommes. Ce fut un seul fournisseur, un
bourgeois de Paris, Nicolas Boulard, qui se chargea d'approvisionner
-pour quatre mois le marché qui se tenait au camp.</p>
+pour quatre mois le marché qui se tenait au camp.</p>
<p><a id="footnote31" name="footnote31"></a>
-<b><a href="#footnotetag31">31</a></b>: Les Gantais avaient demandé du secours aux Anglais; mais,
-de crainte qu'on ne voulût leur faire payer ce secours, ils réclamèrent
-les sommes que la Flandre avait autrefois prêtées à Édouard III. Ils
+<b><a href="#footnotetag31">31</a></b>: Les Gantais avaient demandé du secours aux Anglais; mais,
+de crainte qu'on ne voulût leur faire payer ce secours, ils réclamèrent
+les sommes que la Flandre avait autrefois prêtées à Édouard III. Ils
n'eurent ni secours ni argent. <i>App.</i> <a href="#app16">16</a>.</p>
<p><a id="footnote32" name="footnote32"></a>
@@ -11669,24 +11627,24 @@ n'eurent ni secours ni argent. <i>App.</i> <a href="#app16">16</a>.</p>
<b><a href="#footnotetag33">33</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app18">18</a>.</p>
<p><a id="footnote34" name="footnote34"></a>
-<b><a href="#footnotetag34">34</a></b>: «... Quasi leoninam civium superbiam conculcarent...»
+<b><a href="#footnotetag34">34</a></b>: «... Quasi leoninam civium superbiam conculcarent...»
(Religieux de Saint-Denis.)</p>
<p><a id="footnote35" name="footnote35"></a>
-<b><a href="#footnotetag35">35</a></b>: Cette exagération prouve seulement l'idée qu'on se formait
-déjà de la population de cette grande ville. (Religieux de
+<b><a href="#footnotetag35">35</a></b>: Cette exagération prouve seulement l'idée qu'on se formait
+déjà de la population de cette grande ville. (Religieux de
Saint-Denis.)</p>
<p><a id="footnote36" name="footnote36"></a>
-<b><a href="#footnotetag36">36</a></b>: Le lundi qui suivit la rentrée du roi, on exécuta un
-orfèvre et un marchand de drap, plusieurs autres dans la quinzaine
-suivante, parmi lesquels Nicolas le Flamand, un des amis d'Étienne
-Marcel, qui avait assisté au meurtre de Robert de Clermont.</p>
+<b><a href="#footnotetag36">36</a></b>: Le lundi qui suivit la rentrée du roi, on exécuta un
+orfèvre et un marchand de drap, plusieurs autres dans la quinzaine
+suivante, parmi lesquels Nicolas le Flamand, un des amis d'Étienne
+Marcel, qui avait assisté au meurtre de Robert de Clermont.</p>
<p><a id="footnote37" name="footnote37"></a>
-<b><a href="#footnotetag37">37</a></b>: On prétend qu'à sa mort il refusa de dire merci au roi, et
-dit seulement merci à Dieu. Il était l'auteur d'un <cite>Recueil de décisions
-notoires</cite>, établies <em>par enquestes, par tourbes</em>, de 1300 à 1387.</p>
+<b><a href="#footnotetag37">37</a></b>: On prétend qu'à sa mort il refusa de dire merci au roi, et
+dit seulement merci à Dieu. Il était l'auteur d'un <cite>Recueil de décisions
+notoires</cite>, établies <em>par enquestes, par tourbes</em>, de 1300 à 1387.</p>
<p><a id="footnote38" name="footnote38"></a>
<b><a href="#footnotetag38">38</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app19">19</a>.</p>
@@ -11695,15 +11653,15 @@ notoires</cite>, établies <em>par enquestes, par tourbes</em>, de 1300 à 1387.</
<b><a href="#footnotetag39">39</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app20">20</a>.</p>
<p><a id="footnote40" name="footnote40"></a>
-<b><a href="#footnotetag40">40</a></b>: «Nec inde regale ærarium datatum est.» (Religieux.)</p>
+<b><a href="#footnotetag40">40</a></b>: «Nec inde regale ærarium datatum est.» (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote41" name="footnote41"></a>
<b><a href="#footnotetag41">41</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app21">21</a>.</p>
<p><a id="footnote42" name="footnote42"></a>
-<b><a href="#footnotetag42">42</a></b>: «La jeune dame, en estant debout, se tenoit coie et ne
-mouvoit ni cil ni bouche; et aussi à ce jour ne savoit point de
-françois.» (Froissart.)</p>
+<b><a href="#footnotetag42">42</a></b>: «La jeune dame, en estant debout, se tenoit coie et ne
+mouvoit ni cil ni bouche; et aussi à ce jour ne savoit point de
+françois.» (Froissart.)</p>
<p><a id="footnote43" name="footnote43"></a>
<b><a href="#footnotetag43">43</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app22">22</a>.</p>
@@ -11721,36 +11679,36 @@ françois.» (Froissart.)</p>
... And Ocean, 'mid his uproar wild,<br>
Speaks safety to his island child.</p>
-<p>«L'Océan qui la garde, en son rauque murmure, dit amour et salut à son
-île, à son enfant!» (Coleridge.)</p>
+<p>«L'Océan qui la garde, en son rauque murmure, dit amour et salut à son
+île, à son enfant!» (Coleridge.)</p>
<p><a id="footnote47" name="footnote47"></a>
-<b><a href="#footnotetag47">47</a></b>: Le sire de Laval dit au duc de Bretagne: «Il n'y auroit en
-Bretagne chevalier ni écuyer, cité, chastel ni bonne ville, ni homme
-nul, qui ne vous haït à mort et ne mît peine à vous
-déshériter. Ni le roi d'Angleterre ni son conseil ne vous en sauroient
-nul gré. Vous voulez-vous perdre pour la vie d'un homme?» (Froissart.)</p>
+<b><a href="#footnotetag47">47</a></b>: Le sire de Laval dit au duc de Bretagne: «Il n'y auroit en
+Bretagne chevalier ni écuyer, cité, chastel ni bonne ville, ni homme
+nul, qui ne vous haït à mort et ne mît peine à vous
+déshériter. Ni le roi d'Angleterre ni son conseil ne vous en sauroient
+nul gré. Vous voulez-vous perdre pour la vie d'un homme?» (Froissart.)</p>
<p><a id="footnote48" name="footnote48"></a>
-<b><a href="#footnotetag48">48</a></b>: Et plus à gagner: «Plus est riche et puissant le duc de
+<b><a href="#footnotetag48">48</a></b>: Et plus à gagner: «Plus est riche et puissant le duc de
Bourgogne, tant y vaut la guerre mieulx... Pour une buffe que je
-recevrai, j'en donnerai six.» (Froissart.)</p>
+recevrai, j'en donnerai six.» (Froissart.)</p>
<p><a id="footnote49" name="footnote49"></a>
<b><a href="#footnotetag49">49</a></b>: On renvoya, il est vrai, le plus grand nombre comme
-impropre au service. Le même Nicolas Boulard, dont nous avons parlé,
+impropre au service. Le même Nicolas Boulard, dont nous avons parlé,
pourvut aux approvisionnements. <i>App.</i> <a href="#app24">24</a>.</p>
<p><a id="footnote50" name="footnote50"></a>
<b><a href="#footnotetag50">50</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app25">25</a>.</p>
<p><a id="footnote51" name="footnote51"></a>
-<b><a href="#footnotetag51">51</a></b>: Une expédition sollicitée par les Génois et commandée par
-le duc de Bourbon alla échouer en Afrique (1390). Le comte d'Armagnac,
+<b><a href="#footnotetag51">51</a></b>: Une expédition sollicitée par les Génois et commandée par
+le duc de Bourbon alla échouer en Afrique (1390). Le comte d'Armagnac,
ramassant tous les soldats qui pillaient la France, passa les Alpes,
-attaqua les Visconti et se fit prendre (1391). Le roi lui-même projetait
-une croisade d'Italie; il aurait établi le jeune Louis d'Anjou à Naples,
-et terminé le schisme par la prise de Rome.</p>
+attaqua les Visconti et se fit prendre (1391). Le roi lui-même projetait
+une croisade d'Italie; il aurait établi le jeune Louis d'Anjou à Naples,
+et terminé le schisme par la prise de Rome.</p>
<p><a id="footnote52" name="footnote52"></a>
<b><a href="#footnotetag52">52</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app26">26</a>.</p>
@@ -11759,14 +11717,14 @@ et terminé le schisme par la prise de Rome.</p>
<b><a href="#footnotetag53">53</a></b>: Le Religieux.</p>
<p><a id="footnote54" name="footnote54"></a>
-<b><a href="#footnotetag54">54</a></b>: «Non nisi usque ad colli summitatem peregerunt.»
+<b><a href="#footnotetag54">54</a></b>: «Non nisi usque ad colli summitatem peregerunt.»
(Religieux.).</p>
<p><a id="footnote55" name="footnote55"></a>
<b><a href="#footnotetag55">55</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app27">27</a>.</p>
<p><a id="footnote56" name="footnote56"></a>
-<b><a href="#footnotetag56">56</a></b>: «Ad templi similitudinem.» (Religieux.)</p>
+<b><a href="#footnotetag56">56</a></b>: «Ad templi similitudinem.» (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote57" name="footnote57"></a>
<b><a href="#footnotetag57">57</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app28">28</a>.</p>
@@ -11775,13 +11733,13 @@ et terminé le schisme par la prise de Rome.</p>
<b><a href="#footnotetag58">58</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app29">29</a>.</p>
<p><a id="footnote59" name="footnote59"></a>
-<b><a href="#footnotetag59">59</a></b>: «En eut le roy plusieurs coups et horions sur les espaules
-bien assez. Et au soir, en la présence des dames et damoiselles, fut la
-chose sçue et récitée, et le roy mesme se farçoit des horions qu'il
-avoit reçus.» (<cite>Grandes chroniques de Saint-Denis.</cite>)</p>
+<b><a href="#footnotetag59">59</a></b>: «En eut le roy plusieurs coups et horions sur les espaules
+bien assez. Et au soir, en la présence des dames et damoiselles, fut la
+chose sçue et récitée, et le roy mesme se farçoit des horions qu'il
+avoit reçus.» (<cite>Grandes chroniques de Saint-Denis.</cite>)</p>
<p><a id="footnote60" name="footnote60"></a>
-<b><a href="#footnotetag60">60</a></b>: Ce mariage eut de grandes conséquences qu'on verra plus
+<b><a href="#footnotetag60">60</a></b>: Ce mariage eut de grandes conséquences qu'on verra plus
tard. Elle apporta Asti en dot, avec 450,000 florins. (<cite>Archives.</cite>)</p>
<p><a id="footnote61" name="footnote61"></a>
@@ -11791,42 +11749,42 @@ tard. Elle apporta Asti en dot, avec 450,000 florins. (<cite>Archives.</cite>)</
<b><a href="#footnotetag62">62</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app30">30</a>.</p>
<p><a id="footnote63" name="footnote63"></a>
-<b><a href="#footnotetag63">63</a></b>: «Quoiqu'ils fussent logés de lez le pape et les cardinaux,
+<b><a href="#footnotetag63">63</a></b>: «Quoiqu'ils fussent logés de lez le pape et les cardinaux,
si ne se pouvoient-ils tenir... que toute nuit ils ne fassent en danses,
en caroles et en esbattements avec les dames et damoiselles d'Avignon,
-et leur administroit leurs reviaux (fêtes) le comte de Genève, lequel
-étoit frère du pape.» (Froissart.)</p>
+et leur administroit leurs reviaux (fêtes) le comte de Genève, lequel
+étoit frère du pape.» (Froissart.)</p>
<p><a id="footnote64" name="footnote64"></a>
-<b><a href="#footnotetag64">64</a></b>: Selon le bénédictin de Saint-Denis, on soupçonna
-généralement les Dominicains.</p>
+<b><a href="#footnotetag64">64</a></b>: Selon le bénédictin de Saint-Denis, on soupçonna
+généralement les Dominicains.</p>
<p><a id="footnote65" name="footnote65"></a>
-<b><a href="#footnotetag65">65</a></b>: «Et leur donnoit anals d'or et fermaillets (agrafes) à
-chascune...» (Froissart.)</p>
+<b><a href="#footnotetag65">65</a></b>: «Et leur donnoit anals d'or et fermaillets (agrafes) à
+chascune...» (Froissart.)</p>
<p><a id="footnote66" name="footnote66"></a>
-<b><a href="#footnotetag66">66</a></b>:... Sauf une jarretière d'autre couleur au bras...
+<b><a href="#footnotetag66">66</a></b>:... Sauf une jarretière d'autre couleur au bras...
(<cite>Ordonnances.</cite>)</p>
<p><a id="footnote67" name="footnote67"></a>
-<b><a href="#footnotetag67">67</a></b>: Saint-Jacques était le Saint-Denis, le Westminster des
-confréries; l'ambition des bouchers, des armuriers, était d'y être
-enterré. Le premier bienfaiteur de cette église fut une teinturière. Les
-bouchers l'enrichirent. Ces hommes rudes aimaient leur église. Nous
+<b><a href="#footnotetag67">67</a></b>: Saint-Jacques était le Saint-Denis, le Westminster des
+confréries; l'ambition des bouchers, des armuriers, était d'y être
+enterré. Le premier bienfaiteur de cette église fut une teinturière. Les
+bouchers l'enrichirent. Ces hommes rudes aimaient leur église. Nous
voyons par les chartes que le boucher Alain y acheta une lucarne pour
-voir la messe de chez lui; le boucher Haussecul acquit à grand prix une
-clef de l'église.&mdash;Cette église était fort indépendante, entre
-Notre-Dame et Saint-Martin, qui se la disputaient. C'était un redoutable
-asile que l'on n'eût pas violé impunément. Voilà pourquoi le rusé
-Flamel, écrivain non juré, non autorisé de l'Université, s'établit à
-l'ombre de Saint-Jacques. Il put y être protégé par le curé du temps,
-homme considérable, greffier du Parlement, qui avait cette cure sans
-même être prêtre (voir les Lettres de Clémengis). Flamel se tint là
-trente ans dans une échoppe de cinq pieds sur trois, et il s'y aida si
-bien de travail, de savoir-faire, d'industrie souterraine, qu'à sa mort
+voir la messe de chez lui; le boucher Haussecul acquit à grand prix une
+clef de l'église.&mdash;Cette église était fort indépendante, entre
+Notre-Dame et Saint-Martin, qui se la disputaient. C'était un redoutable
+asile que l'on n'eût pas violé impunément. Voilà pourquoi le rusé
+Flamel, écrivain non juré, non autorisé de l'Université, s'établit à
+l'ombre de Saint-Jacques. Il put y être protégé par le curé du temps,
+homme considérable, greffier du Parlement, qui avait cette cure sans
+même être prêtre (voir les Lettres de Clémengis). Flamel se tint là
+trente ans dans une échoppe de cinq pieds sur trois, et il s'y aida si
+bien de travail, de savoir-faire, d'industrie souterraine, qu'à sa mort
il fallut, pour contenir les titres de ses biens, un coffre plus grand
-que l'échoppe. <i>App.</i> <a href="#app31">31</a>.</p>
+que l'échoppe. <i>App.</i> <a href="#app31">31</a>.</p>
<p><a id="footnote68" name="footnote68"></a>
<b><a href="#footnotetag68">68</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app32">32</a>.</p>
@@ -11835,44 +11793,44 @@ que l'échoppe. <i>App.</i> <a href="#app31">31</a>.</p>
<b><a href="#footnotetag69">69</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app33">33</a>.</p>
<p><a id="footnote70" name="footnote70"></a>
-<b><a href="#footnotetag70">70</a></b>: Il avait perdu un &oelig;il à la bataille d'Auray, en 1364.</p>
+<b><a href="#footnotetag70">70</a></b>: Il avait perdu un &oelig;il à la bataille d'Auray, en 1364.</p>
<p><a id="footnote71" name="footnote71"></a>
-<b><a href="#footnotetag71">71</a></b>: Le duc de Berri lui dit un jour: «Méchant traître, c'est
-toi qui as causé la mort de notre frère.» Et il donna ordre de
-l'arrêter, mais personne n'obéit. (Religieux.)</p>
+<b><a href="#footnotetag71">71</a></b>: Le duc de Berri lui dit un jour: «Méchant traître, c'est
+toi qui as causé la mort de notre frère.» Et il donna ordre de
+l'arrêter, mais personne n'obéit. (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote72" name="footnote72"></a>
-<b><a href="#footnotetag72">72</a></b>: Ils ne tardèrent pas à obtenir la grâce de Craon (13 mars
+<b><a href="#footnotetag72">72</a></b>: Ils ne tardèrent pas à obtenir la grâce de Craon (13 mars
1395). <i>App.</i> <a href="#app34">34</a>.</p>
<p><a id="footnote73" name="footnote73"></a>
-<b><a href="#footnotetag73">73</a></b>: Nous suivons pas à pas le Religieux de Saint-Denis. Ce
-grave historien mérite ici d'autant plus d'attention qu'il était
-lui-même à l'armée et témoin oculaire des événements.</p>
+<b><a href="#footnotetag73">73</a></b>: Nous suivons pas à pas le Religieux de Saint-Denis. Ce
+grave historien mérite ici d'autant plus d'attention qu'il était
+lui-même à l'armée et témoin oculaire des événements.</p>
<p><a id="footnote74" name="footnote74"></a>
-<b><a href="#footnotetag74">74</a></b>: Il venait d'épouser la fille du duc de Milan, qui avait
+<b><a href="#footnotetag74">74</a></b>: Il venait d'épouser la fille du duc de Milan, qui avait
une couleuvre dans ses armes.</p>
<p><a id="footnote75" name="footnote75"></a>
<b><a href="#footnotetag75">75</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app35">35</a>.</p>
<p><a id="footnote76" name="footnote76"></a>
-<b><a href="#footnotetag76">76</a></b>: On était loin de s'attendre à un traitement si humain. Les
-Parisiens allaient tous les jours à la Grève, dans l'espoir de les voir
+<b><a href="#footnotetag76">76</a></b>: On était loin de s'attendre à un traitement si humain. Les
+Parisiens allaient tous les jours à la Grève, dans l'espoir de les voir
pendre.</p>
<p><a id="footnote77" name="footnote77"></a>
-<b><a href="#footnotetag77">77</a></b>: L'inventeur de la mascarade fut un des brûlés, à la grande
-joie du peuple. Il avait toujours traité les pauvres gens avec la plus
-cruelle insolence. Il les battait comme des chiens, les forçait
-d'aboyer, les foulait aux pieds avec ses éperons. Quand son corps passa
-dans Paris, plusieurs crièrent après lui son mot ordinaire: «Aboie,
-chien!» (Religieux.)</p>
+<b><a href="#footnotetag77">77</a></b>: L'inventeur de la mascarade fut un des brûlés, à la grande
+joie du peuple. Il avait toujours traité les pauvres gens avec la plus
+cruelle insolence. Il les battait comme des chiens, les forçait
+d'aboyer, les foulait aux pieds avec ses éperons. Quand son corps passa
+dans Paris, plusieurs crièrent après lui son mot ordinaire: «Aboie,
+chien!» (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote78" name="footnote78"></a>
-<b><a href="#footnotetag78">78</a></b>: On fut obligé de murer toutes les entrées de l'hôtel
+<b><a href="#footnotetag78">78</a></b>: On fut obligé de murer toutes les entrées de l'hôtel
Saint-Paul. <i>App.</i> <a href="#app36">36</a>.</p>
<p><a id="footnote79" name="footnote79"></a>
@@ -11880,14 +11838,14 @@ Saint-Paul. <i>App.</i> <a href="#app36">36</a>.</p>
de Poitiers sur Henri II. (Guilbert.)</p>
<p><a id="footnote80" name="footnote80"></a>
-<b><a href="#footnotetag80">80</a></b>: Voir ses belles paroles, à ce sujet, dans son Instruction
-à son fils: «Chier fils, je t'enseigne que les guerres et les contens
+<b><a href="#footnotetag80">80</a></b>: Voir ses belles paroles, à ce sujet, dans son Instruction
+à son fils: «Chier fils, je t'enseigne que les guerres et les contens
qui seront en ta terre, ou entre tes homes, que tu metes peine de
-l'apaiser à ton pouvoir; car c'est une chose qui moult plest à
-Notre-Seigneur: et messire saint Martin nous a donné moult grant
-exemple, car il ala pour metre pès entre les clers qui estoient en sa
-archevêché, au tems qu'il savoit par Notre-Seigneur que il devoit
-mourir; et li sembla que il metoit bone fin en sa vie en ce fere.»</p>
+l'apaiser à ton pouvoir; car c'est une chose qui moult plest à
+Notre-Seigneur: et messire saint Martin nous a donné moult grant
+exemple, car il ala pour metre pès entre les clers qui estoient en sa
+archevêché, au tems qu'il savoit par Notre-Seigneur que il devoit
+mourir; et li sembla que il metoit bone fin en sa vie en ce fere.»</p>
<p><a id="footnote81" name="footnote81"></a>
<b><a href="#footnotetag81">81</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app37">37</a>.</p>
@@ -11897,7 +11855,7 @@ mourir; et li sembla que il metoit bone fin en sa vie en ce fere.»</p>
<p><a id="footnote83" name="footnote83"></a>
<b><a href="#footnotetag83">83</a></b>: La jeune Isabelle avait sept ans. Richard assura qu'il en
-était épris sur la vue de son portrait.</p>
+était épris sur la vue de son portrait.</p>
<p><a id="footnote84" name="footnote84"></a>
<b><a href="#footnotetag84">84</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app39">39</a>.</p>
@@ -11907,7 +11865,7 @@ mourir; et li sembla que il metoit bone fin en sa vie en ce fere.»</p>
<p><a id="footnote86" name="footnote86"></a>
<b><a href="#footnotetag86">86</a></b>: Nous analyserons plus tard le terrible pamphlet de
-Clémengis.</p>
+Clémengis.</p>
<p><a id="footnote87" name="footnote87"></a>
<b><a href="#footnotetag87">87</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app41">41</a>.</p>
@@ -11928,32 +11886,32 @@ Clémengis.</p>
<b><a href="#footnotetag92">92</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app43">43</a>.</p>
<p><a id="footnote93" name="footnote93"></a>
-<b><a href="#footnotetag93">93</a></b>: «L'Amorath parla au comte de Nevers par la bouche d'un
-latinier qui transportoit la parole.» (Froissart.)</p>
+<b><a href="#footnotetag93">93</a></b>: «L'Amorath parla au comte de Nevers par la bouche d'un
+latinier qui transportoit la parole.» (Froissart.)</p>
<p><a id="footnote94" name="footnote94"></a>
-<b><a href="#footnotetag94">94</a></b>: Shakespeare n'exagère rien dans la scène où le père court
-dénoncer son fils à l'usurpateur qu'il vient lui-même de combattre.
-Cette scène, d'un comique horrible, n'exprime que trop fidèlement la
-mobile <em>loyauté</em> de ce temps si prompt à se passionner pour les forts.
-Peut-être aussi faut-il y reconnaître la facilité qu'on acquérait, parmi
-tant de serments divers, de se mentir à soi-même et de tourner son
+<b><a href="#footnotetag94">94</a></b>: Shakespeare n'exagère rien dans la scène où le père court
+dénoncer son fils à l'usurpateur qu'il vient lui-même de combattre.
+Cette scène, d'un comique horrible, n'exprime que trop fidèlement la
+mobile <em>loyauté</em> de ce temps si prompt à se passionner pour les forts.
+Peut-être aussi faut-il y reconnaître la facilité qu'on acquérait, parmi
+tant de serments divers, de se mentir à soi-même et de tourner son
hypocrisie en un fanatisme farouche. Dans tout ceci, Shakespeare est
aussi grand historien que Tacite. Mais lorsque Froissart montre le chien
-même du roi Richard qui laisse son maître et vient faire fête au
+même du roi Richard qui laisse son maître et vient faire fête au
vainqueur, il n'est pas moins tragique que Shakespeare.</p>
<p><a id="footnote95" name="footnote95"></a>
-<b><a href="#footnotetag95">95</a></b>: L'Église eut au fond la part principale dans cette
-révolution. La maison de Lancastre, qui avait d'abord soutenu Wicleff et
-les lollards, se concilia ensuite les évêques et réussit par eux. Turner
+<b><a href="#footnotetag95">95</a></b>: L'Église eut au fond la part principale dans cette
+révolution. La maison de Lancastre, qui avait d'abord soutenu Wicleff et
+les lollards, se concilia ensuite les évêques et réussit par eux. Turner
seul a bien compris ceci.</p>
<p><a id="footnote96" name="footnote96"></a>
-<b><a href="#footnotetag96">96</a></b>: «Leur coustume d'Angleterre est que, quand ils sont
-au-dessus de la bataille, ils ne tuent riens, et par espécial du peuple,
+<b><a href="#footnotetag96">96</a></b>: «Leur coustume d'Angleterre est que, quand ils sont
+au-dessus de la bataille, ils ne tuent riens, et par espécial du peuple,
car ils connoissent que chacun quiert leur complaire, parce qu'ils sont
-les plus forts.» (Comines.)</p>
+les plus forts.» (Comines.)</p>
<p><a id="footnote97" name="footnote97"></a>
<b><a href="#footnotetag97">97</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app44">44</a>.</p>
@@ -11983,7 +11941,7 @@ les plus forts.» (Comines.)</p>
<b><a href="#footnotetag105">105</a></b>: Le Religieux.</p>
<p><a id="footnote106" name="footnote106"></a>
-<b><a href="#footnotetag106">106</a></b>: Les cartes étaient connues avant Charles VI, mais peu en
+<b><a href="#footnotetag106">106</a></b>: Les cartes étaient connues avant Charles VI, mais peu en
usage. <i>App.</i> <a href="#app52">52</a>.</p>
<p><a id="footnote107" name="footnote107"></a>
@@ -11993,33 +11951,33 @@ usage. <i>App.</i> <a href="#app52">52</a>.</p>
<b><a href="#footnotetag108">108</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app54">54</a>.</p>
<p><a id="footnote109" name="footnote109"></a>
-<b><a href="#footnotetag109">109</a></b>: «Si nous rêvions toutes les nuits la même chose, elle
-nous affecteroit peut-être autant que les objets que nous voyons tous
-les jours. Et si un artisan étoit sûr de rêver toutes les nuits douze
+<b><a href="#footnotetag109">109</a></b>: «Si nous rêvions toutes les nuits la même chose, elle
+nous affecteroit peut-être autant que les objets que nous voyons tous
+les jours. Et si un artisan étoit sûr de rêver toutes les nuits douze
heures durant qu'il est roi, je crois qu'il seroit presque aussi heureux
-qu'un roi qui rêveroit toutes les nuits douze heures qu'il est
-artisan.» (Pascal.)</p>
+qu'un roi qui rêveroit toutes les nuits douze heures qu'il est
+artisan.» (Pascal.)</p>
<p><a id="footnote110" name="footnote110"></a>
<b><a href="#footnotetag110">110</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app55">55</a>.</p>
<p><a id="footnote111" name="footnote111"></a>
-<b><a href="#footnotetag111">111</a></b>: «Si on me presse de dire pourquoy je l'aymois, je sens
+<b><a href="#footnotetag111">111</a></b>: «Si on me presse de dire pourquoy je l'aymois, je sens
que cela ne se peut exprimer qu'en respondant: Parceque c'estoit luy,
-parceque c'estoit moy.» (Montaigne.)</p>
+parceque c'estoit moy.» (Montaigne.)</p>
<p><a id="footnote112" name="footnote112"></a>
-<b><a href="#footnotetag112">112</a></b>: Louis d'Orléans était poète aussi, s'il est vrai qu'il
-avait célébré dans des vers les secrètes beautés de la duchesse de
+<b><a href="#footnotetag112">112</a></b>: Louis d'Orléans était poète aussi, s'il est vrai qu'il
+avait célébré dans des vers les secrètes beautés de la duchesse de
Bourgogne. (Barante.)</p>
<p><a id="footnote113" name="footnote113"></a>
<b><a href="#footnotetag113">113</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app56">56</a>.</p>
<p><a id="footnote114" name="footnote114"></a>
-<b><a href="#footnotetag114">114</a></b>: L'éducation d'un jeune chevalier par les femmes est
-l'invariable sujet des romans ou histoires romanesques du quinzième
-siècle. <i>App.</i> <a href="#app57">57</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag114">114</a></b>: L'éducation d'un jeune chevalier par les femmes est
+l'invariable sujet des romans ou histoires romanesques du quinzième
+siècle. <i>App.</i> <a href="#app57">57</a>.</p>
<p><a id="footnote115" name="footnote115"></a>
<b><a href="#footnotetag115">115</a></b>:</p>
@@ -12030,11 +11988,11 @@ siècle. <i>App.</i> <a href="#app57">57</a>.</p>
M'es veiaire que senta<br>
Odor de Paradis.</p>
-<p>«Quand le doux zéphyr souffle de votre pays, ô ma Dame, il me semble que
-je sens une odeur de Paradis.» (Bernard de Ventadour.)</p>
+<p>«Quand le doux zéphyr souffle de votre pays, ô ma Dame, il me semble que
+je sens une odeur de Paradis.» (Bernard de Ventadour.)</p>
<p><a id="footnote116" name="footnote116"></a>
-<b><a href="#footnotetag116">116</a></b>: Christine de Pisan semble avoir commencé la suite des
+<b><a href="#footnotetag116">116</a></b>: Christine de Pisan semble avoir commencé la suite des
femmes de lettres, pauvres et laborieuses, qui ont nourri leur famille
du produit de leur plume. <i>App.</i> <a href="#app58">58</a>.</p>
@@ -12043,21 +12001,21 @@ du produit de leur plume. <i>App.</i> <a href="#app58">58</a>.</p>
<p><a id="footnote118" name="footnote118"></a>
<b><a href="#footnotetag118">118</a></b>: Le Religieux de Saint-Denis ajoute toutefois que,
-quoiqu'il parlât peu, il avait de l'esprit; ses yeux étaient
-intelligents. Il en existe un portrait fort ancien au musée de
-Versailles et au château d'Eu. Il est en prières, déjà vieux, les
+quoiqu'il parlât peu, il avait de l'esprit; ses yeux étaient
+intelligents. Il en existe un portrait fort ancien au musée de
+Versailles et au château d'Eu. Il est en prières, déjà vieux, les
chaires molles, l'air bonasse et vulgaire. Christine l'appelle en 1404:
-«Prince de toute bonté, salvable, juste, saige, bénigne, douls et de
-toute bonne meurs.»</p>
+«Prince de toute bonté, salvable, juste, saige, bénigne, douls et de
+toute bonne meurs.»</p>
<p><a id="footnote119" name="footnote119"></a>
<b><a href="#footnotetag119">119</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app60">60</a>.</p>
<p><a id="footnote120" name="footnote120"></a>
-<b><a href="#footnotetag120">120</a></b>: Voy. 1402 et les projets du parti d'Orléans, 1411.</p>
+<b><a href="#footnotetag120">120</a></b>: Voy. 1402 et les projets du parti d'Orléans, 1411.</p>
<p><a id="footnote121" name="footnote121"></a>
-<b><a href="#footnotetag121">121</a></b>: Au témoignage de Charles-le-Téméraire. (Gachard.)</p>
+<b><a href="#footnotetag121">121</a></b>: Au témoignage de Charles-le-Téméraire. (Gachard.)</p>
<p><a id="footnote122" name="footnote122"></a>
<b><a href="#footnotetag122">122</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app61">61</a>.</p>
@@ -12066,27 +12024,27 @@ toute bonne meurs.»</p>
<b><a href="#footnotetag123">123</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app62">62</a>.</p>
<p><a id="footnote124" name="footnote124"></a>
-<b><a href="#footnotetag124">124</a></b>: «Mon pays de Bourgoigne n'a point d'argent; il sent la
-France.» Mot de Charles-le-Téméraire. (Gachard.)</p>
+<b><a href="#footnotetag124">124</a></b>: «Mon pays de Bourgoigne n'a point d'argent; il sent la
+France.» Mot de Charles-le-Téméraire. (Gachard.)</p>
<p><a id="footnote125" name="footnote125"></a>
-<b><a href="#footnotetag125">125</a></b>: Voy. au tome III, livre VI, chap. <span class="smcap">I</span>, les étranges
-promesses par lesquelles les Anglais s'efforçaient de les attirer...</p>
+<b><a href="#footnotetag125">125</a></b>: Voy. au tome III, livre VI, chap. <span class="smcap">I</span>, les étranges
+promesses par lesquelles les Anglais s'efforçaient de les attirer...</p>
<p><a id="footnote126" name="footnote126"></a>
<b><a href="#footnotetag126">126</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app63">63</a>.</p>
<p><a id="footnote127" name="footnote127"></a>
-<b><a href="#footnotetag127">127</a></b>: La misère força peut-être Craon à cet acte monstrueux
-d'ingratitude. Il avait dû la grâce de son premier crime aux prières de
-la jeune Isabelle de France, épouse de Richard II. Voy. <i>App.</i> <a href="#app34">34</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag127">127</a></b>: La misère força peut-être Craon à cet acte monstrueux
+d'ingratitude. Il avait dû la grâce de son premier crime aux prières de
+la jeune Isabelle de France, épouse de Richard II. Voy. <i>App.</i> <a href="#app34">34</a>.</p>
<p><a id="footnote128" name="footnote128"></a>
<b><a href="#footnotetag128">128</a></b>: De plus, il emmena avec lui le duc et ses deux
-frères.&mdash;Lorsque le jeune duc de Bretagne retourna chez lui, on lui
-donna, non seulement le comté d'Évreux, mais la ville royale de
-Saint-Malo, l'un des plus précieux fleurons de la couronne de France. Il
-n'en resta pas moins à moitié Anglais; son frère Arthur tenait le comté
+frères.&mdash;Lorsque le jeune duc de Bretagne retourna chez lui, on lui
+donna, non seulement le comté d'Évreux, mais la ville royale de
+Saint-Malo, l'un des plus précieux fleurons de la couronne de France. Il
+n'en resta pas moins à moitié Anglais; son frère Arthur tenait le comté
de Richemont du roi d'Angleterre.</p>
<p><a id="footnote129" name="footnote129"></a>
@@ -12096,10 +12054,10 @@ de Richemont du roi d'Angleterre.</p>
<b><a href="#footnotetag130">130</a></b>: Monstrelet.</p>
<p><a id="footnote131" name="footnote131"></a>
-<b><a href="#footnotetag131">131</a></b>: Monstrelet.&mdash;Quant à Isabelle de France, il récriminait
-d'une manière toute satirique: «Plût à Dieu que vous n'eussiez fait
-rigueur, cruauté ni vilenie envers nulle dame ni damoiselle, non plus
-qu'avons fait envers elle; nous croyons que vous en vaudriez mieux.»</p>
+<b><a href="#footnotetag131">131</a></b>: Monstrelet.&mdash;Quant à Isabelle de France, il récriminait
+d'une manière toute satirique: «Plût à Dieu que vous n'eussiez fait
+rigueur, cruauté ni vilenie envers nulle dame ni damoiselle, non plus
+qu'avons fait envers elle; nous croyons que vous en vaudriez mieux.»</p>
<p><a id="footnote132" name="footnote132"></a>
<b><a href="#footnotetag132">132</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app65">65</a>.</p>
@@ -12108,25 +12066,25 @@ qu'avons fait envers elle; nous croyons que vous en vaudriez mieux.»</p>
<b><a href="#footnotetag133">133</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app66">66</a>.</p>
<p><a id="footnote134" name="footnote134"></a>
-<b><a href="#footnotetag134">134</a></b>: C'était le temps de la révolte des Percy.</p>
+<b><a href="#footnotetag134">134</a></b>: C'était le temps de la révolte des Percy.</p>
<p><a id="footnote135" name="footnote135"></a>
-<b><a href="#footnotetag135">135</a></b>: C'étaient les Bretons de Clisson, conduits par Guillaume
-Duchâtel.</p>
+<b><a href="#footnotetag135">135</a></b>: C'étaient les Bretons de Clisson, conduits par Guillaume
+Duchâtel.</p>
<p><a id="footnote136" name="footnote136"></a>
<b><a href="#footnotetag136">136</a></b>: Rymer.</p>
<p><a id="footnote137" name="footnote137"></a>
-<b><a href="#footnotetag137">137</a></b>: Le comte de Clermont, très jeune encore, était le chef
-nominal de cette armée.</p>
+<b><a href="#footnotetag137">137</a></b>: Le comte de Clermont, très jeune encore, était le chef
+nominal de cette armée.</p>
<p><a id="footnote138" name="footnote138"></a>
-<b><a href="#footnotetag138">138</a></b>: Le Religieux dit qu'il s'était muni d'un ordre du roi.</p>
+<b><a href="#footnotetag138">138</a></b>: Le Religieux dit qu'il s'était muni d'un ordre du roi.</p>
<p><a id="footnote139" name="footnote139"></a>
<b><a href="#footnotetag139">139</a></b>: Le comte de Saint-Pol avait pris les armes pour les
-intérêts de sa fille, belle-fille du duc de Bourgogne.</p>
+intérêts de sa fille, belle-fille du duc de Bourgogne.</p>
<p><a id="footnote140" name="footnote140"></a>
<b><a href="#footnotetag140">140</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app67">67</a>.</p>
@@ -12149,22 +12107,22 @@ intérêts de sa fille, belle-fille du duc de Bourgogne.</p>
<p><a id="footnote146" name="footnote146"></a>
<b><a href="#footnotetag146">146</a></b>: La renonciation de la veuve n'est pas en effet sans
analogie avec le reniement du mariage, par lequel la loi de Castille
-permettait à la femme noble qui avait épousé un roturier de reprendre sa
-noblesse à la mort de son mari. Il fallait qu'elle allât à l'église avec
-une hallebarde sur l'épaule; là elle touchait de la pointe la fosse du
-défunt et elle lui disait: «Vilain, garde la vilainie, que je puisse
-reprendre ma noblesse.» (Note communiquée par M. Rossew-Saint-Hilaire.)
+permettait à la femme noble qui avait épousé un roturier de reprendre sa
+noblesse à la mort de son mari. Il fallait qu'elle allât à l'église avec
+une hallebarde sur l'épaule; là elle touchait de la pointe la fosse du
+défunt et elle lui disait: «Vilain, garde la vilainie, que je puisse
+reprendre ma noblesse.» (Note communiquée par M. Rossew-Saint-Hilaire.)
<i>App.</i> <a href="#app71">71</a>.</p>
<p><a id="footnote147" name="footnote147"></a>
-<b><a href="#footnotetag147">147</a></b>: «Et de ce demanda instrument à un notaire public, qui
-estoit là présent.» (Monstrelet.) <i>App.</i> <a href="#app72">72</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag147">147</a></b>: «Et de ce demanda instrument à un notaire public, qui
+estoit là présent.» (Monstrelet.) <i>App.</i> <a href="#app72">72</a>.</p>
<p><a id="footnote148" name="footnote148"></a>
<b><a href="#footnotetag148">148</a></b>: Voy. tome III.</p>
<p><a id="footnote149" name="footnote149"></a>
-<b><a href="#footnotetag149">149</a></b>: Il se l'était fait céder en 1400 par le duc de Berri.</p>
+<b><a href="#footnotetag149">149</a></b>: Il se l'était fait céder en 1400 par le duc de Berri.</p>
<p><a id="footnote150" name="footnote150"></a>
<b><a href="#footnotetag150">150</a></b>: Meyer.</p>
@@ -12185,57 +12143,57 @@ estoit là présent.» (Monstrelet.) <i>App.</i> <a href="#app72">72</a>.</p>
<b><a href="#footnotetag155">155</a></b>: Le Religieux.</p>
<p><a id="footnote156" name="footnote156"></a>
-<b><a href="#footnotetag156">156</a></b>: «Loricatis, fimbriatis et manicatis vestibus.»
+<b><a href="#footnotetag156">156</a></b>: «Loricatis, fimbriatis et manicatis vestibus.»
(Religieux.)</p>
<p><a id="footnote157" name="footnote157"></a>
-<b><a href="#footnotetag157">157</a></b>: «Domina Venus.» (<i>Idem.</i>)&mdash;Cet Augustin, qui prêcha
-contre le duc d'Orléans, lui avait dédié un livre qui, peut-être,
-n'avait pas été assez payé.</p>
+<b><a href="#footnotetag157">157</a></b>: «Domina Venus.» (<i>Idem.</i>)&mdash;Cet Augustin, qui prêcha
+contre le duc d'Orléans, lui avait dédié un livre qui, peut-être,
+n'avait pas été assez payé.</p>
<p><a id="footnote158" name="footnote158"></a>
-<b><a href="#footnotetag158">158</a></b>: «Te induere de substantia, lacrimis et gemitibus
-miserrimæ plebis.» (<i>Idem.</i>)</p>
+<b><a href="#footnotetag158">158</a></b>: «Te induere de substantia, lacrimis et gemitibus
+miserrimæ plebis.» (<i>Idem.</i>)</p>
<p><a id="footnote159" name="footnote159"></a>
-<b><a href="#footnotetag159">159</a></b>: Ceux de Rouen répondirent avec dérision: «Nous porterons
-nos armes au château, c'est-à-dire que nous irons armés, armés aussi
-nous reviendrons.»</p>
+<b><a href="#footnotetag159">159</a></b>: Ceux de Rouen répondirent avec dérision: «Nous porterons
+nos armes au château, c'est-à-dire que nous irons armés, armés aussi
+nous reviendrons.»</p>
<p><a id="footnote160" name="footnote160"></a>
-<b><a href="#footnotetag160">160</a></b>: «C'estoit grande pitié de la maladie du roy, laquelle luy
+<b><a href="#footnotetag160">160</a></b>: «C'estoit grande pitié de la maladie du roy, laquelle luy
tenoit longuement. Et quand il mangeoit, c'estoit bien gloutement et
-louvissement. Et ne le pouvoit-on faire despoüiller, et estoit tout
+louvissement. Et ne le pouvoit-on faire despoüiller, et estoit tout
plein de poux, vermine et ordure. Et avoit un petit lopin de fer, lequel
-il mit secrettement au plus près de sa chair. De laquelle chose on ne
-sçavoit rien, et luy avoit tout pourry la pauvre chair, et n'y avoit
-personne qui ozast approcher de luy pour y remédier. Toutefois il avoit
-un physicien qui dit qu'il estoit nécessité d'y remedier, ou qu'il
+il mit secrettement au plus près de sa chair. De laquelle chose on ne
+sçavoit rien, et luy avoit tout pourry la pauvre chair, et n'y avoit
+personne qui ozast approcher de luy pour y remédier. Toutefois il avoit
+un physicien qui dit qu'il estoit nécessité d'y remedier, ou qu'il
estoit en danger, et que de la garison de la maladie il n'y avoit
remede, comme il luy sembloit. Et advisa qu'on ordonnast quelque dix ou
douze compagnons desguisez, qui fussent noircis, et aucunement garnis
dessous, pour doute qu'il ne les blessast. Et ainsi fut fait, et
-entrèrent les compagnons, qui estoient bien terribles à voir, en sa
-chambre. Quand il les vid, il fut bien esbahi, et vinrent de faict à
+entrèrent les compagnons, qui estoient bien terribles à voir, en sa
+chambre. Quand il les vid, il fut bien esbahi, et vinrent de faict à
luy: et avoit-on fait faire tous habillements nouveaux, chemise, gippon,
robbe, chausses, bottes, qu'un portoit. Ils le prirent, luy cependant
-disoit plusieurs paroles, puis le dépouillerent, et luy vestirent
-lesdites choses qu'ils avoient apportées. C'estoit grande pitié de le
-voir, car son corps estoit tout mangé de poux et d'ordure. Et si
+disoit plusieurs paroles, puis le dépouillerent, et luy vestirent
+lesdites choses qu'ils avoient apportées. C'estoit grande pitié de le
+voir, car son corps estoit tout mangé de poux et d'ordure. Et si
trouverent ladite piece de fer: toutes les fois qu'on le vouloit
-nettoyer, failoit que ce fust par ladite manière.» (Juvénal des
+nettoyer, failoit que ce fust par ladite manière.» (Juvénal des
Ursins.)</p>
<p><a id="footnote161" name="footnote161"></a>
-<b><a href="#footnotetag161">161</a></b>: Il témoigna beaucoup de reconnaissance à une dame qui
-avait soin du dauphin et suppléait à la négligence de sa mère. Il lui
+<b><a href="#footnotetag161">161</a></b>: Il témoigna beaucoup de reconnaissance à une dame qui
+avait soin du dauphin et suppléait à la négligence de sa mère. Il lui
donna le gobelet d'or dans lequel il venait de boire. (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote162" name="footnote162"></a>
<b><a href="#footnotetag162">162</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app76">76</a>.</p>
<p><a id="footnote163" name="footnote163"></a>
-<b><a href="#footnotetag163">163</a></b>: Il logea avec le dauphin pour être plus sûr de lui.</p>
+<b><a href="#footnotetag163">163</a></b>: Il logea avec le dauphin pour être plus sûr de lui.</p>
<p><a id="footnote164" name="footnote164"></a>
<b><a href="#footnotetag164">164</a></b>: Le Religieux.</p>
@@ -12244,34 +12202,34 @@ donna le gobelet d'or dans lequel il venait de boire. (Religieux.)</p>
<b><a href="#footnotetag165">165</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app77">77</a>.</p>
<p><a id="footnote166" name="footnote166"></a>
-<b><a href="#footnotetag166">166</a></b>: «Sur les pennonceaux de leurs lances les Bourguignons
-portoient: <em>ich houd</em>, je tiens, à rencontre des Orléanois, qui avoient:
-<em>je l'envie</em>». (Monstrelet.)</p>
+<b><a href="#footnotetag166">166</a></b>: «Sur les pennonceaux de leurs lances les Bourguignons
+portoient: <em>ich houd</em>, je tiens, à rencontre des Orléanois, qui avoient:
+<em>je l'envie</em>». (Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote167" name="footnote167"></a>
-<b><a href="#footnotetag167">167</a></b>: Bulæus.</p>
+<b><a href="#footnotetag167">167</a></b>: Bulæus.</p>
<p><a id="footnote168" name="footnote168"></a>
-<b><a href="#footnotetag168">168</a></b>: «In casu fidei ad consilium milites non evocaretis.»
+<b><a href="#footnotetag168">168</a></b>: «In casu fidei ad consilium milites non evocaretis.»
(Religieux.)</p>
<p><a id="footnote169" name="footnote169"></a>
-<b><a href="#footnotetag169">169</a></b>: Monstrelet prétend que le duc d'Orléans avait pris
-l'Université pour juge et arbitre.&mdash;Ce qui est plus sûr, c'est qu'il
-s'adressa au parlement: «Si requeroit la cour qu'elle ne souffrist
-ledict dauphin estre transporté...» (<cite>Archives, Reg. du Parlem. Cons.</cite>,
+<b><a href="#footnotetag169">169</a></b>: Monstrelet prétend que le duc d'Orléans avait pris
+l'Université pour juge et arbitre.&mdash;Ce qui est plus sûr, c'est qu'il
+s'adressa au parlement: «Si requeroit la cour qu'elle ne souffrist
+ledict dauphin estre transporté...» (<cite>Archives, Reg. du Parlem. Cons.</cite>,
vol. XII, f<sup>o</sup> 222.)</p>
<p><a id="footnote170" name="footnote170"></a>
<b><a href="#footnotetag170">170</a></b>: Si l'on en croyait la chronique suivie par M. de Barante,
-ils auraient couché dans le même lit.</p>
+ils auraient couché dans le même lit.</p>
<p><a id="footnote171" name="footnote171"></a>
<b><a href="#footnotetag171">171</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app78">78</a>.</p>
<p><a id="footnote172" name="footnote172"></a>
-<b><a href="#footnotetag172">172</a></b>: L'hiver, au contraire, découragea le duc de Bourgogne.
-(Juvénal des Ursins.)</p>
+<b><a href="#footnotetag172">172</a></b>: L'hiver, au contraire, découragea le duc de Bourgogne.
+(Juvénal des Ursins.)</p>
<p><a id="footnote173" name="footnote173"></a>
<b><a href="#footnotetag173">173</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app79">79</a>.</p>
@@ -12283,31 +12241,31 @@ ils auraient couché dans le même lit.</p>
<b><a href="#footnotetag175">175</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app81">81</a>.</p>
<p><a id="footnote176" name="footnote176"></a>
-<b><a href="#footnotetag176">176</a></b>: Bulæus.</p>
+<b><a href="#footnotetag176">176</a></b>: Bulæus.</p>
<p><a id="footnote177" name="footnote177"></a>
-<b><a href="#footnotetag177">177</a></b>: On a débattu pendant cinq cents ans cette question
-insoluble si l'Université était un corps ecclésiastique ou laïque.</p>
+<b><a href="#footnotetag177">177</a></b>: On a débattu pendant cinq cents ans cette question
+insoluble si l'Université était un corps ecclésiastique ou laïque.</p>
<p><a id="footnote178" name="footnote178"></a>
-<b><a href="#footnotetag178">178</a></b>: «Quasi ovem errabundam.» (Religieux.)</p>
+<b><a href="#footnotetag178">178</a></b>: «Quasi ovem errabundam.» (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote179" name="footnote179"></a>
-<b><a href="#footnotetag179">179</a></b>: Il déclara même qu'il était prêt à pendre le coupable de
+<b><a href="#footnotetag179">179</a></b>: Il déclara même qu'il était prêt à pendre le coupable de
sa propre main. (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote180" name="footnote180"></a>
-<b><a href="#footnotetag180">180</a></b>: Le roi ne put sauver qu'une galerie peinte à fresque, qui
-était bâtie sur les murs de la ville, et on lui en fit payer la valeur.</p>
+<b><a href="#footnotetag180">180</a></b>: Le roi ne put sauver qu'une galerie peinte à fresque, qui
+était bâtie sur les murs de la ville, et on lui en fit payer la valeur.</p>
<p><a id="footnote181" name="footnote181"></a>
-<b><a href="#footnotetag181">181</a></b>: «Cum lituis et instrumentis musicis.» (Religieux.)</p>
+<b><a href="#footnotetag181">181</a></b>: «Cum lituis et instrumentis musicis.» (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote182" name="footnote182"></a>
-<b><a href="#footnotetag182">182</a></b>: «Post oris osculum.» (Religieux.)</p>
+<b><a href="#footnotetag182">182</a></b>: «Post oris osculum.» (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote183" name="footnote183"></a>
-<b><a href="#footnotetag183">183</a></b>: En récompense, les ménétriers semblent s'être multipliés.
+<b><a href="#footnotetag183">183</a></b>: En récompense, les ménétriers semblent s'être multipliés.
Leur corporation devient importante. Elle fait confirmer ses statuts.
(<cite>Portef. Fontanieu</cite>, 24 avril 1407.)</p>
@@ -12319,73 +12277,73 @@ Leur corporation devient importante. Elle fait confirmer ses statuts.
<p class="poem10">
Marne l'enceint.....<br>
- Et belle tour qui garde les détrois.<br>
- <em>Où l'en se puet retraire à sauveté;</em><br>
+ Et belle tour qui garde les détrois.<br>
+ <em>Où l'en se puet retraire à sauveté;</em><br>
Pour tous ces poins li doulz prince courtois<br>
- Donna ce nom à ce lieu de Beauté.</p>
+ Donna ce nom à ce lieu de Beauté.</p>
<p class="right20 smcap">Eustache Deschamps.</p>
<p><a id="footnote186" name="footnote186"></a>
-<b><a href="#footnotetag186">186</a></b>: Saint-Maur était alors une grande abbaye fortifiée.</p>
+<b><a href="#footnotetag186">186</a></b>: Saint-Maur était alors une grande abbaye fortifiée.</p>
<p><a id="footnote187" name="footnote187"></a>
-<b><a href="#footnotetag187">187</a></b>: C'est de la Marne qu'un pêcheur retire le corps du jeune
-fils de Chilpéric, noyé par sa marâtre.</p>
+<b><a href="#footnotetag187">187</a></b>: C'est de la Marne qu'un pêcheur retire le corps du jeune
+fils de Chilpéric, noyé par sa marâtre.</p>
<p><a id="footnote188" name="footnote188"></a>
-<b><a href="#footnotetag188">188</a></b>: Elle mourut jeune, et l'on crut qu'elle était
-empoisonnée. Ce château d'Agnès dans une île fait penser au labyrinthe
+<b><a href="#footnotetag188">188</a></b>: Elle mourut jeune, et l'on crut qu'elle était
+empoisonnée. Ce château d'Agnès dans une île fait penser au labyrinthe
de la belle Rosamonde. Voy. la <cite>jolie ballade</cite>.</p>
<p><a id="footnote189" name="footnote189"></a>
-<b><a href="#footnotetag189">189</a></b>: «Ad multa vitia præceps fuit, quæ tamen horruit cum ad
-virilem ætatem pervenisset.» (Religieux.)</p>
+<b><a href="#footnotetag189">189</a></b>: «Ad multa vitia præceps fuit, quæ tamen horruit cum ad
+virilem ætatem pervenisset.» (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote190" name="footnote190"></a>
-<b><a href="#footnotetag190">190</a></b>: Son testament fut trouvé écrit tout entier de sa main,
-quatre ans avant sa mort. La bonté de son âme confiante et sans fiel se
+<b><a href="#footnotetag190">190</a></b>: Son testament fut trouvé écrit tout entier de sa main,
+quatre ans avant sa mort. La bonté de son âme confiante et sans fiel se
manifestait dans la recommandation qu'il faisait de ses enfants aux
-soins de son oncle le duc Philippe, tandis qu'ils étaient déjà au plus
+soins de son oncle le duc Philippe, tandis qu'ils étaient déjà au plus
fort de leurs querelles. <i>App.</i> <a href="#app82">82</a>.</p>
<p><a id="footnote191" name="footnote191"></a>
-<b><a href="#footnotetag191">191</a></b>: Jean Petit prétend qu'ils conspiraient ensemble.
+<b><a href="#footnotetag191">191</a></b>: Jean Petit prétend qu'ils conspiraient ensemble.
(Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote192" name="footnote192"></a>
-<b><a href="#footnotetag192">192</a></b>: Telle était la tradition du couvent. Les moines avaient
-fait peindre cette vision dans leur chapelle à côté de l'autel; on y
-voyait la Mort tenant une faux à la main, et montrant au duc d'Orléans
-cette légende: «Juvenes ac senes rapio.» (Millin.)</p>
+<b><a href="#footnotetag192">192</a></b>: Telle était la tradition du couvent. Les moines avaient
+fait peindre cette vision dans leur chapelle à côté de l'autel; on y
+voyait la Mort tenant une faux à la main, et montrant au duc d'Orléans
+cette légende: «Juvenes ac senes rapio.» (Millin.)</p>
<p><a id="footnote193" name="footnote193"></a>
<b><a href="#footnotetag193">193</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app83">83</a>.</p>
<p><a id="footnote194" name="footnote194"></a>
-<b><a href="#footnotetag194">194</a></b>: Dans l'attente d'une guerre prochaine, il s'était assuré
-de l'alliance du duc de Lorraine (6 avril 1407), et il avait pris à son
-service le maréchal de Boucicaut. Boucicaut promet de le servir envers
-et <em>contre tous</em>, sauf le roi et ses enfants, «en mémoire de ce que le
-duc de Bourgogne lui a sauvé la vie, estant pris des Turcs». (<cite>Fonds
+<b><a href="#footnotetag194">194</a></b>: Dans l'attente d'une guerre prochaine, il s'était assuré
+de l'alliance du duc de Lorraine (6 avril 1407), et il avait pris à son
+service le maréchal de Boucicaut. Boucicaut promet de le servir envers
+et <em>contre tous</em>, sauf le roi et ses enfants, «en mémoire de ce que le
+duc de Bourgogne lui a sauvé la vie, estant pris des Turcs». (<cite>Fonds
Baluze</cite>, 18 juillet 1407.)</p>
<p><a id="footnote195" name="footnote195"></a>
-<b><a href="#footnotetag195">195</a></b>: On disait après la mort du duc d'Orléans: «Baculum
-nodosum factum esse planum.» (Meyer.)&mdash;Devises: M<sup>gr</sup> d'Orléans, <em>Je
-suis mareschal de grant renommée, Il en appert bien, j'ay forge levée</em>.
-M<sup>gr</sup> de Bourgogne, <em>Je suis charbonnier d'étrange contrée, J'ay assez
-charbon pour faire fumée</em>. (Mss. Colbert, Regius.)</p>
+<b><a href="#footnotetag195">195</a></b>: On disait après la mort du duc d'Orléans: «Baculum
+nodosum factum esse planum.» (Meyer.)&mdash;Devises: M<sup>gr</sup> d'Orléans, <em>Je
+suis mareschal de grant renommée, Il en appert bien, j'ay forge levée</em>.
+M<sup>gr</sup> de Bourgogne, <em>Je suis charbonnier d'étrange contrée, J'ay assez
+charbon pour faire fumée</em>. (Mss. Colbert, Regius.)</p>
<p><a id="footnote196" name="footnote196"></a>
-<b><a href="#footnotetag196">196</a></b>: Les maisons placées ainsi n'avaient pas bon renom. On le
-voit par les plaintes que faisaient les chanoines de Saint-Méry contre
+<b><a href="#footnotetag196">196</a></b>: Les maisons placées ainsi n'avaient pas bon renom. On le
+voit par les plaintes que faisaient les chanoines de Saint-Méry contre
les mauvais lieux qui se trouvaient le long de la vieille enceinte de
Philippe-Auguste. Ils obtinrent une ordonnance d'Henri VI, roi de France
et d'Angleterre, pour en purger ce quartier.</p>
<p><a id="footnote197" name="footnote197"></a>
-<b><a href="#footnotetag197">197</a></b>: «Dolorem... studuit mitigare... c&oelig;na jocunda peracta.»
+<b><a href="#footnotetag197">197</a></b>: «Dolorem... studuit mitigare... c&oelig;na jocunda peracta.»
(Religieux.)</p>
<p><a id="footnote198" name="footnote198"></a>
@@ -12398,10 +12356,10 @@ et d'Angleterre, pour en purger ce quartier.</p>
<b><a href="#footnotetag200">200</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app85">85</a>.</p>
<p><a id="footnote201" name="footnote201"></a>
-<b><a href="#footnotetag201">201</a></b>: «Lesquelles playes estoient telles et si énormes que le
+<b><a href="#footnotetag201">201</a></b>: «Lesquelles playes estoient telles et si énormes que le
test estoit fendu, et que toute la cervelle en sailloit... Item que son
bras destre estoit rompu tant que le maistre os sailloit dehors au droit
-du coude...» (Information du sire de Tignonville, prévôt de Paris.)</p>
+du coude...» (Information du sire de Tignonville, prévôt de Paris.)</p>
<p><a id="footnote202" name="footnote202"></a>
<b><a href="#footnotetag202">202</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app86">86</a>.</p>
@@ -12416,22 +12374,22 @@ du coude...» (Information du sire de Tignonville, prévôt de Paris.)</p>
<b><a href="#footnotetag205">205</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app89">89</a>.</p>
<p><a id="footnote206" name="footnote206"></a>
-<b><a href="#footnotetag206">206</a></b>: Henri III s'écria en voyant le corps du duc de Guise:
-«Mon Dieu, qu'il est grand! Il paroît encore plus grand mort que
-vivant.» Il disait mieux qu'il ne croyait; cela est vrai dans un bien
+<b><a href="#footnotetag206">206</a></b>: Henri III s'écria en voyant le corps du duc de Guise:
+«Mon Dieu, qu'il est grand! Il paroît encore plus grand mort que
+vivant.» Il disait mieux qu'il ne croyait; cela est vrai dans un bien
autre sens.</p>
<p><a id="footnote207" name="footnote207"></a>
-<b><a href="#footnotetag207">207</a></b>: Je faisais l'autre jour cette observation dans la forêt
+<b><a href="#footnotetag207">207</a></b>: Je faisais l'autre jour cette observation dans la forêt
de Saint-Germain (12 septembre 1839).</p>
<p><a id="footnote208" name="footnote208"></a>
<b><a href="#footnotetag208">208</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app90">90</a>.</p>
<p><a id="footnote209" name="footnote209"></a>
-<b><a href="#footnotetag209">209</a></b>: «Qu'il lui avoit été emblé, et qu'il n'y avoit à peine
-des enfants qui fust si bien taillé de venger la mort de son père qu'il
-estoit.» (Juvénal.)</p>
+<b><a href="#footnotetag209">209</a></b>: «Qu'il lui avoit été emblé, et qu'il n'y avoit à peine
+des enfants qui fust si bien taillé de venger la mort de son père qu'il
+estoit.» (Juvénal.)</p>
<p><a id="footnote210" name="footnote210"></a>
<b><a href="#footnotetag210">210</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app91">91</a>.</p>
@@ -12444,10 +12402,10 @@ estoit.» (Juvénal.)</p>
Cordeliers de Blois.</p>
<p><a id="footnote213" name="footnote213"></a>
-<b><a href="#footnotetag213">213</a></b>: «Le roi se rendit à l'église de Santa-Clara, où il fit
-exhumer le corps de la femme qu'il chérissait. Il ordonna que son Inès
-fut revêtue des ornements royaux, et qu'on la plaçât sur un trône où ses
-sujets vinrent baiser les ossements qui avaient été une si belle main.»
+<b><a href="#footnotetag213">213</a></b>: «Le roi se rendit à l'église de Santa-Clara, où il fit
+exhumer le corps de la femme qu'il chérissait. Il ordonna que son Inès
+fut revêtue des ornements royaux, et qu'on la plaçât sur un trône où ses
+sujets vinrent baiser les ossements qui avaient été une si belle main.»
(Faria y Souza.) <i>App.</i> <a href="#app93">93</a>.</p>
<p><a id="footnote214" name="footnote214"></a>
@@ -12460,10 +12418,10 @@ sujets vinrent baiser les ossements qui avaient été une si belle main.»
<b><a href="#footnotetag216">216</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app96">96</a>.</p>
<p><a id="footnote217" name="footnote217"></a>
-<b><a href="#footnotetag217">217</a></b>: Ce tombeau ne fut élevé que par Louis XII.</p>
+<b><a href="#footnotetag217">217</a></b>: Ce tombeau ne fut élevé que par Louis XII.</p>
<p><a id="footnote218" name="footnote218"></a>
-<b><a href="#footnotetag218">218</a></b>: «... Pour la mort d'un seul homme...» (Monstrelet.)</p>
+<b><a href="#footnotetag218">218</a></b>: «... Pour la mort d'un seul homme...» (Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote219" name="footnote219"></a>
<b><a href="#footnotetag219">219</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app97">97</a>.</p>
@@ -12488,15 +12446,15 @@ sujets vinrent baiser les ossements qui avaient été une si belle main.»
<p><a id="footnote226" name="footnote226"></a>
<b><a href="#footnotetag226">226</a></b>: C'est du moins ce que rapporte le chroniqueur
-bourguignon: «Mesmement les petits enfants en plusieurs carrefours à
-haute voix crioient Noël.» (Monstrelet.)</p>
+bourguignon: «Mesmement les petits enfants en plusieurs carrefours à
+haute voix crioient Noël.» (Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote227" name="footnote227"></a>
-<b><a href="#footnotetag227">227</a></b>: «Fist faire.. à puissance d'ouvriers, une forte chambre
-de pierre, bien taillée, en manière d'une tour.» (Monstrelet.)</p>
+<b><a href="#footnotetag227">227</a></b>: «Fist faire.. à puissance d'ouvriers, une forte chambre
+de pierre, bien taillée, en manière d'une tour.» (Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote228" name="footnote228"></a>
-<b><a href="#footnotetag228">228</a></b>: Un canonicat de Bruges, auquel Gerson renonça de bonne
+<b><a href="#footnotetag228">228</a></b>: Un canonicat de Bruges, auquel Gerson renonça de bonne
heure.</p>
<p><a id="footnote229" name="footnote229"></a>
@@ -12509,34 +12467,34 @@ heure.</p>
<b><a href="#footnotetag231">231</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app105">105</a>.</p>
<p><a id="footnote232" name="footnote232"></a>
-<b><a href="#footnotetag232">232</a></b>: «Les légistes disent que toute occision d'homme, juste ou
-injuste, est homicide. Mais les théologiens disent qu'il y a deux
-manières d'homicides, etc.»</p>
+<b><a href="#footnotetag232">232</a></b>: «Les légistes disent que toute occision d'homme, juste ou
+injuste, est homicide. Mais les théologiens disent qu'il y a deux
+manières d'homicides, etc.»</p>
<p><a id="footnote233" name="footnote233"></a>
<b><a href="#footnotetag233">233</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app106">106</a>.</p>
<p><a id="footnote234" name="footnote234"></a>
-<b><a href="#footnotetag234">234</a></b>: «Celui qui l'occit <em>par bonne subtilité, par cautelle en
-l'épiant</em>, pour sauver la vie de son roi... il ne fait pas
-<em>nefas</em>...»&mdash;Ceci fait penser aux <cite>Provinciales</cite>.</p>
+<b><a href="#footnotetag234">234</a></b>: «Celui qui l'occit <em>par bonne subtilité, par cautelle en
+l'épiant</em>, pour sauver la vie de son roi... il ne fait pas
+<em>nefas</em>...»&mdash;Ceci fait penser aux <cite>Provinciales</cite>.</p>
<p><a id="footnote235" name="footnote235"></a>
-<b><a href="#footnotetag235">235</a></b>: Cartons de <em>Fontanieu</em>, année 1407.</p>
+<b><a href="#footnotetag235">235</a></b>: Cartons de <em>Fontanieu</em>, année 1407.</p>
<p><a id="footnote236" name="footnote236"></a>
<b><a href="#footnotetag236">236</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app107">107</a>.</p>
<p><a id="footnote237" name="footnote237"></a>
-<b><a href="#footnotetag237">237</a></b>: «Messeigneurs, leur dit-il, se raillant de leur puissance
+<b><a href="#footnotetag237">237</a></b>: «Messeigneurs, leur dit-il, se raillant de leur puissance
et de leur obstination, outre le pardon que vous m'accordez, je vous ai
-grande obligation; car lorsque vous m'avez attaqué, je me tins pour
-assuré d'être mis hors de mon état; mais je craignais qu'il ne vous vint
-en idée de conclure aussi à ce que je fusse marié, et je suis bien
+grande obligation; car lorsque vous m'avez attaqué, je me tins pour
+assuré d'être mis hors de mon état; mais je craignais qu'il ne vous vint
+en idée de conclure aussi à ce que je fusse marié, et je suis bien
certain que si une fois vous eussiez mis cette conclusion en avant, il
-m'aurait fallu, bon gré, mal gré, me marier. Par votre grâce, vous avez
-bien voulu m'exempter de cette rigueur, ce dont je vous remercie très
-humblement.» (<cite>Chronique</cite>, n<sup>o</sup> 10297.)</p>
+m'aurait fallu, bon gré, mal gré, me marier. Par votre grâce, vous avez
+bien voulu m'exempter de cette rigueur, ce dont je vous remercie très
+humblement.» (<cite>Chronique</cite>, n<sup>o</sup> 10297.)</p>
<p><a id="footnote238" name="footnote238"></a>
<b><a href="#footnotetag238">238</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app108">108</a>.</p>
@@ -12548,8 +12506,8 @@ humblement.» (<cite>Chronique</cite>, n<sup>o</sup> 10297.)</p>
<b><a href="#footnotetag240">240</a></b>: Le Religieux. <i>App.</i> <a href="#app110">110</a>.</p>
<p><a id="footnote241" name="footnote241"></a>
-<b><a href="#footnotetag241">241</a></b>: «Quod anum sordidissimæ omasariæ osculari mallet quam os
-Petri.» (Religieux.)</p>
+<b><a href="#footnotetag241">241</a></b>: «Quod anum sordidissimæ omasariæ osculari mallet quam os
+Petri.» (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote242" name="footnote242"></a>
<b><a href="#footnotetag242">242</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app111">111</a>.</p>
@@ -12561,25 +12519,25 @@ Petri.» (Religieux.)</p>
<b><a href="#footnotetag244">244</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app113">113</a>.</p>
<p><a id="footnote245" name="footnote245"></a>
-<b><a href="#footnotetag245">245</a></b>: Il eût pu être nommé, tout aussi bien que son cousin
-l'évêque, <em>Jean-sans-pitié</em>. Monstrelet dit lui-même: «Quand il fut
-demandé, après la déconfiture, si on cesseroit de plus occire iceux
-Liégeois, il fit réponse qu'ils mourroient tous ensemble, et que pas ne
-vouloit qu'on les prenst à rançon ni mist à finance.»</p>
+<b><a href="#footnotetag245">245</a></b>: Il eût pu être nommé, tout aussi bien que son cousin
+l'évêque, <em>Jean-sans-pitié</em>. Monstrelet dit lui-même: «Quand il fut
+demandé, après la déconfiture, si on cesseroit de plus occire iceux
+Liégeois, il fit réponse qu'ils mourroient tous ensemble, et que pas ne
+vouloit qu'on les prenst à rançon ni mist à finance.»</p>
<p><a id="footnote246" name="footnote246"></a>
<b><a href="#footnotetag246">246</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app114">114</a>.</p>
<p><a id="footnote247" name="footnote247"></a>
-<b><a href="#footnotetag247">247</a></b>: À la rentrée du parlement, le vieux chancelier traça un
-tableau touchant de la désolation du royaume. (<cite>Archives</cite>, <cite>Registre du
+<b><a href="#footnotetag247">247</a></b>: À la rentrée du parlement, le vieux chancelier traça un
+tableau touchant de la désolation du royaume. (<cite>Archives</cite>, <cite>Registre du
Parlement</cite>, <cite>Conseil, XIII</cite>, folio 49.)</p>
<p><a id="footnote248" name="footnote248"></a>
<b><a href="#footnotetag248">248</a></b>: Le Religieux.</p>
<p><a id="footnote249" name="footnote249"></a>
-<b><a href="#footnotetag249">249</a></b>: <cite>Bibliothèque royale, mss., Dupuy</cite>, vol. 744.
+<b><a href="#footnotetag249">249</a></b>: <cite>Bibliothèque royale, mss., Dupuy</cite>, vol. 744.
<cite>Fontanieu</cite>, 107-108, ann. 1409.</p>
<p><a id="footnote250" name="footnote250"></a>
@@ -12592,13 +12550,13 @@ Parlement</cite>, <cite>Conseil, XIII</cite>, folio 49.)</p>
<b><a href="#footnotetag252">252</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app115">115</a>.</p>
<p><a id="footnote253" name="footnote253"></a>
-<b><a href="#footnotetag253">253</a></b>: Le duc de Bourgogne déploie dans cette année 1409 une
-remarquable activité. Il cherche des alliances au Midi et au Nord. Voy.
-les traités avec le roi de Navarre, le comte de Fois, le duc de Bavière
-et Édouard de Bar. (<cite>Mss., Baluse</cite>, 9484, 2.)</p>
+<b><a href="#footnotetag253">253</a></b>: Le duc de Bourgogne déploie dans cette année 1409 une
+remarquable activité. Il cherche des alliances au Midi et au Nord. Voy.
+les traités avec le roi de Navarre, le comte de Fois, le duc de Bavière
+et Édouard de Bar. (<cite>Mss., Baluse</cite>, 9484, 2.)</p>
<p><a id="footnote254" name="footnote254"></a>
-<b><a href="#footnotetag254">254</a></b>: «Mole carnis gravata nimium.» (Religieux.)</p>
+<b><a href="#footnotetag254">254</a></b>: «Mole carnis gravata nimium.» (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote255" name="footnote255"></a>
<b><a href="#footnotetag255">255</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app116">116</a>.</p>
@@ -12610,9 +12568,9 @@ et Édouard de Bar. (<cite>Mss., Baluse</cite>, 9484, 2.)</p>
<b><a href="#footnotetag257">257</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app118">118</a>.</p>
<p><a id="footnote258" name="footnote258"></a>
-<b><a href="#footnotetag258">258</a></b>: Peu après, nous voyons le duc de Bourgogne assister aux
-obsèques du boucher Legoix: «Et lui fit-on moult honorables obsèques,
-autant que si c'eust été un grand comte.» (Juvénal.)</p>
+<b><a href="#footnotetag258">258</a></b>: Peu après, nous voyons le duc de Bourgogne assister aux
+obsèques du boucher Legoix: «Et lui fit-on moult honorables obsèques,
+autant que si c'eust été un grand comte.» (Juvénal.)</p>
<p><a id="footnote259" name="footnote259"></a>
<b><a href="#footnotetag259">259</a></b>: Dans une de ces alarmes, on fit loger le roi au Palais
@@ -12621,18 +12579,18 @@ avec une forte troupe de gens d'armes, au grand effroi du greffier.
<p><a id="footnote260" name="footnote260"></a>
<b><a href="#footnotetag260">260</a></b>: Deux mille charrettes, selon Meyer; douze mille, selon
-Monstrelet.&mdash;«Leur requist bien instamment qu'ils le voulsissent servir
-encore huit jours... Commencèrent à crier à haulte voix: <em>Wap! wap!</em>
-(qui est à dire en françois: À l'arme! à l'arme!)... boutèrent le feu
+Monstrelet.&mdash;«Leur requist bien instamment qu'ils le voulsissent servir
+encore huit jours... Commencèrent à crier à haulte voix: <em>Wap! wap!</em>
+(qui est à dire en françois: À l'arme! à l'arme!)... boutèrent le feu
par tous leurs logis, en criant derechef tous ensemble: <em>Gau! gau!</em> se
-départirent et prirent leur chemin vers leurs pays... Le duc de
-Bourgogne... le chaperon ôté hors de la tête devant eux, leur pria à
-mains jointes très humblement... eux disant et appelant frères, compains
-et amis...» (Monstrelet.)</p>
+départirent et prirent leur chemin vers leurs pays... Le duc de
+Bourgogne... le chaperon ôté hors de la tête devant eux, leur pria à
+mains jointes très humblement... eux disant et appelant frères, compains
+et amis...» (Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote261" name="footnote261"></a>
<b><a href="#footnotetag261">261</a></b>: Quelquefois cinquante enfants, de dix femmes
-différentes... (Guillaume de Poitiers.)</p>
+différentes... (Guillaume de Poitiers.)</p>
<p><a id="footnote262" name="footnote262"></a>
<b><a href="#footnotetag262">262</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app120">120</a>.</p>
@@ -12647,33 +12605,33 @@ Constance.</p>
<p><a id="footnote265" name="footnote265"></a>
<b><a href="#footnotetag265">265</a></b>: Voy. tomes II et III. Sous la plupart de ces princes, aux
-douzième et treizième siècles, les Poitevins et les Gascons gouvernèrent
+douzième et treizième siècles, les Poitevins et les Gascons gouvernèrent
l'Angleterre.</p>
<p><a id="footnote266" name="footnote266"></a>
-<b><a href="#footnotetag266">266</a></b>: <cite>Aventures du baron de Feneste</cite>, par d'Aubigné (1620).</p>
+<b><a href="#footnotetag266">266</a></b>: <cite>Aventures du baron de Feneste</cite>, par d'Aubigné (1620).</p>
<p><a id="footnote267" name="footnote267"></a>
-<b><a href="#footnotetag267">267</a></b>: L'affaire de Portugal, pour être moins éclaircie, n'en
+<b><a href="#footnotetag267">267</a></b>: L'affaire de Portugal, pour être moins éclaircie, n'en
est pas moins probable.</p>
<p><a id="footnote268" name="footnote268"></a>
-<b><a href="#footnotetag268">268</a></b>: C'est le sobriquet d'amitié que les Gascons donnaient à
+<b><a href="#footnotetag268">268</a></b>: C'est le sobriquet d'amitié que les Gascons donnaient à
leur Henri.</p>
<p><a id="footnote269" name="footnote269"></a>
<b><a href="#footnotetag269">269</a></b>: Monstrelet.</p>
<p><a id="footnote270" name="footnote270"></a>
-<b><a href="#footnotetag270">270</a></b>: Je lis dans une lettre de grâce que des Picards entendant
+<b><a href="#footnotetag270">270</a></b>: Je lis dans une lettre de grâce que des Picards entendant
parler d'une somme de 800 livres, que le capitaine de Gisors exigeait
-des Normands, disaient: «Se c'estoit en Picardie, l'en abateroit les
-maisons de ceulz qui se accorderoient de les paier.» (<cite>Archives</cite>,
-<cite>Trésor des chartes</cite>, <cite>Registre</cite> 148, 214; ann. 1395.)</p>
+des Normands, disaient: «Se c'estoit en Picardie, l'en abateroit les
+maisons de ceulz qui se accorderoient de les paier.» (<cite>Archives</cite>,
+<cite>Trésor des chartes</cite>, <cite>Registre</cite> 148, 214; ann. 1395.)</p>
<p><a id="footnote271" name="footnote271"></a>
-<b><a href="#footnotetag271">271</a></b>: D'Aubigné, l'auteur du <cite>Baron de Feneste</cite>, était né en
-Saintonge, établi en Poitou.</p>
+<b><a href="#footnotetag271">271</a></b>: D'Aubigné, l'auteur du <cite>Baron de Feneste</cite>, était né en
+Saintonge, établi en Poitou.</p>
<p><a id="footnote272" name="footnote272"></a>
<b><a href="#footnotetag272">272</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app121">121</a>.</p>
@@ -12685,15 +12643,15 @@ Saintonge, établi en Poitou.</p>
<b><a href="#footnotetag274">274</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app123">123</a>.</p>
<p><a id="footnote275" name="footnote275"></a>
-<b><a href="#footnotetag275">275</a></b>: «Ite ad regem vestrum insanum, inutilem et captivum.»
+<b><a href="#footnotetag275">275</a></b>: «Ite ad regem vestrum insanum, inutilem et captivum.»
(Religieux.)</p>
<p><a id="footnote276" name="footnote276"></a>
<b><a href="#footnotetag276">276</a></b>: Selon le Religieux de Saint-Denis, qui prit des
-informations à ce sujet, le duc d'Orléans pria le roi d'Angleterre, au
-nom de la parenté qui les unissait, de ne pas envoyer de troupes à son
-adversaire. Henri IV répondit qu'il avait craint de soulever les Anglais
-(alliés des Flamands), et qu'il avait accepté les offres du duc de
+informations à ce sujet, le duc d'Orléans pria le roi d'Angleterre, au
+nom de la parenté qui les unissait, de ne pas envoyer de troupes à son
+adversaire. Henri IV répondit qu'il avait craint de soulever les Anglais
+(alliés des Flamands), et qu'il avait accepté les offres du duc de
Bourgogne.</p>
<p><a id="footnote277" name="footnote277"></a>
@@ -12712,13 +12670,13 @@ Bourgogne.</p>
<b><a href="#footnotetag281">281</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app126">126</a>.</p>
<p><a id="footnote282" name="footnote282"></a>
-<b><a href="#footnotetag282">282</a></b>: «Indignum se reputavit regimine tanti regni ut erat
-regnum Franciæ.» (Religieux.)</p>
+<b><a href="#footnotetag282">282</a></b>: «Indignum se reputavit regimine tanti regni ut erat
+regnum Franciæ.» (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote283" name="footnote283"></a>
-<b><a href="#footnotetag283">283</a></b>: C'était l'opinion de Clémengis. Il implore dans ses
-lettres l'intervention du Parlement comme l'unique remède aux maux
-présents et futurs du royaume. <i>App.</i> <a href="#app127">127</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag283">283</a></b>: C'était l'opinion de Clémengis. Il implore dans ses
+lettres l'intervention du Parlement comme l'unique remède aux maux
+présents et futurs du royaume. <i>App.</i> <a href="#app127">127</a>.</p>
<p><a id="footnote284" name="footnote284"></a>
<b><a href="#footnotetag284">284</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app128">128</a>.</p>
@@ -12727,7 +12685,7 @@ présents et futurs du royaume. <i>App.</i> <a href="#app127">127</a>.</p>
<b><a href="#footnotetag285">285</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app129">129</a>.</p>
<p><a id="footnote286" name="footnote286"></a>
-<b><a href="#footnotetag286">286</a></b>: Voy. <cite>Ordonnances</cite>, passim, particulièrement aux années
+<b><a href="#footnotetag286">286</a></b>: Voy. <cite>Ordonnances</cite>, passim, particulièrement aux années
1344, 1359, 1389, 1400.</p>
<p><a id="footnote287" name="footnote287"></a>
@@ -12746,56 +12704,56 @@ présents et futurs du royaume. <i>App.</i> <a href="#app127">127</a>.</p>
<b><a href="#footnotetag291">291</a></b>: <cite>Ord.</cite>, ann. 1408.</p>
<p><a id="footnote292" name="footnote292"></a>
-<b><a href="#footnotetag292">292</a></b>: On ajoute qu'on élira aussi <em>des nobles</em>, ce qui prouve
-qu'ordinairement la chose n'arrivait guère. (<cite>Ord.</cite>, ann. 1407-8.)</p>
+<b><a href="#footnotetag292">292</a></b>: On ajoute qu'on élira aussi <em>des nobles</em>, ce qui prouve
+qu'ordinairement la chose n'arrivait guère. (<cite>Ord.</cite>, ann. 1407-8.)</p>
<p><a id="footnote293" name="footnote293"></a>
-<b><a href="#footnotetag293">293</a></b>: Les règlements de ces deux facultés se modifièrent en
-sens inverse. La faculté de théologie prolongea ses cours; elle exigea
-six ans d'études au lieu de cinq avant le baccalauréat. La faculté des
-arts réduisit ses cours de six ans à cinq, puis à trois et demi, et
-enfin, en 1600, à deux. La scolastique perdait peu à peu son importance.
-(Bulæus.)</p>
+<b><a href="#footnotetag293">293</a></b>: Les règlements de ces deux facultés se modifièrent en
+sens inverse. La faculté de théologie prolongea ses cours; elle exigea
+six ans d'études au lieu de cinq avant le baccalauréat. La faculté des
+arts réduisit ses cours de six ans à cinq, puis à trois et demi, et
+enfin, en 1600, à deux. La scolastique perdait peu à peu son importance.
+(Bulæus.)</p>
<p><a id="footnote294" name="footnote294"></a>
<b><a href="#footnotetag294">294</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app130">130</a>.</p>
<p><a id="footnote295" name="footnote295"></a>
-<b><a href="#footnotetag295">295</a></b>: Fils d'un cordonnier de Malines, il vint à Paris comme
-domestique ou marmiton, selon l'histoire manuscrite de Sainte-Geneviève:
-le jour il était à sa cuisine, la nuit il se retirait au clocher de
-l'église et y étudiait au clair de lune. Il entra au collège de
-Montaigu, releva ce collège alors ruiné, et en fut comme le second
-fondateur. Il n'est pas moins célèbre pour la violence avec laquelle il
-prêcha contre le divorce de Louis XII.</p>
+<b><a href="#footnotetag295">295</a></b>: Fils d'un cordonnier de Malines, il vint à Paris comme
+domestique ou marmiton, selon l'histoire manuscrite de Sainte-Geneviève:
+le jour il était à sa cuisine, la nuit il se retirait au clocher de
+l'église et y étudiait au clair de lune. Il entra au collège de
+Montaigu, releva ce collège alors ruiné, et en fut comme le second
+fondateur. Il n'est pas moins célèbre pour la violence avec laquelle il
+prêcha contre le divorce de Louis XII.</p>
<p><a id="footnote296" name="footnote296"></a>
<b><a href="#footnotetag296">296</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app131">131</a>.</p>
<p><a id="footnote297" name="footnote297"></a>
-<b><a href="#footnotetag297">297</a></b>: La règle des Carmes était très propre à développer
-l'exaltation: de longs jeûnes, de longs silences, les jours et les nuits
-passés dans une cellule.</p>
+<b><a href="#footnotetag297">297</a></b>: La règle des Carmes était très propre à développer
+l'exaltation: de longs jeûnes, de longs silences, les jours et les nuits
+passés dans une cellule.</p>
<p><a id="footnote298" name="footnote298"></a>
<b><a href="#footnotetag298">298</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app132">132</a>.</p>
<p><a id="footnote299" name="footnote299"></a>
-<b><a href="#footnotetag299">299</a></b>: Desessarts et son frère recevaient ou prenaient beaucoup
-d'argent. Mais l'Université avait contre le prévôt un sujet particulier
-de haine. Il avait pris parti contre les écoliers dans leur querelle
-avec un sergent du prévôt qui était en même temps aubergiste et qui, en
-dérision des écoliers, avait traîné un âne mort à la porte du collège
+<b><a href="#footnotetag299">299</a></b>: Desessarts et son frère recevaient ou prenaient beaucoup
+d'argent. Mais l'Université avait contre le prévôt un sujet particulier
+de haine. Il avait pris parti contre les écoliers dans leur querelle
+avec un sergent du prévôt qui était en même temps aubergiste et qui, en
+dérision des écoliers, avait traîné un âne mort à la porte du collège
d'Harcourt.</p>
<p><a id="footnote300" name="footnote300"></a>
-<b><a href="#footnotetag300">300</a></b>: Ils respectèrent la courageuse résistance du clerc de
-l'hôtel de ville.</p>
+<b><a href="#footnotetag300">300</a></b>: Ils respectèrent la courageuse résistance du clerc de
+l'hôtel de ville.</p>
<p><a id="footnote301" name="footnote301"></a>
-<b><a href="#footnotetag301">301</a></b>: Le duc lui dit: «Mon ami, ne te soucie, car je te jure
-que tu n'auras autre garde que de mon propre corps.» Et lui fit la croix
-sur le dos de la main et l'emmena. (Juvénal.)</p>
+<b><a href="#footnotetag301">301</a></b>: Le duc lui dit: «Mon ami, ne te soucie, car je te jure
+que tu n'auras autre garde que de mon propre corps.» Et lui fit la croix
+sur le dos de la main et l'emmena. (Juvénal.)</p>
<p><a id="footnote302" name="footnote302"></a>
<b><a href="#footnotetag302">302</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app133">133</a>.</p>
@@ -12813,36 +12771,36 @@ sur le dos de la main et l'emmena. (Juvénal.)</p>
<b><a href="#footnotetag306">306</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app137">137</a>.</p>
<p><a id="footnote307" name="footnote307"></a>
-<b><a href="#footnotetag307">307</a></b>: «Ex quibus posset componi tractatus valde magnus.»
+<b><a href="#footnotetag307">307</a></b>: «Ex quibus posset componi tractatus valde magnus.»
(Religieux.)</p>
<p><a id="footnote308" name="footnote308"></a>
-<b><a href="#footnotetag308">308</a></b>: «Gardèrent curieusement les portes..., et disoient aucuns
-d'eux qu'on le faisoit pour sa correction, car il estoit de jeune âge.»
+<b><a href="#footnotetag308">308</a></b>: «Gardèrent curieusement les portes..., et disoient aucuns
+d'eux qu'on le faisoit pour sa correction, car il estoit de jeune âge.»
(Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote309" name="footnote309"></a>
<b><a href="#footnotetag309">309</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app138">138</a>.</p>
<p><a id="footnote310" name="footnote310"></a>
-<b><a href="#footnotetag310">310</a></b>: «Et en prinrent hommes d'église, femmes d'honneur,
-marchandes qui à tout vendoient les denrées.» (<cite>Journal d'un Bourgeois
+<b><a href="#footnotetag310">310</a></b>: «Et en prinrent hommes d'église, femmes d'honneur,
+marchandes qui à tout vendoient les denrées.» (<cite>Journal d'un Bourgeois
de Paris.</cite>)</p>
<p><a id="footnote311" name="footnote311"></a>
-<b><a href="#footnotetag311">311</a></b>: Le dauphin ayant fait l'espièglerie de tirer en bas une
-corne de son <em>chaperon</em>, de manière à ce qu'elle figurât une <em>bande</em>
-(signe des Armagnacs), les bouchers faillirent éclater: «Regardez,
+<b><a href="#footnotetag311">311</a></b>: Le dauphin ayant fait l'espièglerie de tirer en bas une
+corne de son <em>chaperon</em>, de manière à ce qu'elle figurât une <em>bande</em>
+(signe des Armagnacs), les bouchers faillirent éclater: «Regardez,
disaient-ils, ce bon enfant de dauphin, il en fera tant qu'il nous
-mettra en colère.» (Juvénal.)</p>
+mettra en colère.» (Juvénal.)</p>
<p><a id="footnote312" name="footnote312"></a>
<b><a href="#footnotetag312">312</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app139">139</a>.</p>
<p><a id="footnote313" name="footnote313"></a>
-<b><a href="#footnotetag313">313</a></b>: Quelques-uns disaient qu'il fallait s'attendre à tous les
-maux, depuis la malédiction prononcée par Boniface et depuis renouvelée
-par Benoît XIII.</p>
+<b><a href="#footnotetag313">313</a></b>: Quelques-uns disaient qu'il fallait s'attendre à tous les
+maux, depuis la malédiction prononcée par Boniface et depuis renouvelée
+par Benoît XIII.</p>
<p><a id="footnote314" name="footnote314"></a>
<b><a href="#footnotetag314">314</a></b>: Il savait que les princes faisaient venir le duc de
@@ -12852,24 +12810,24 @@ Clarence, et le duc de Bourgogne le comte d'Arundel.</p>
<b><a href="#footnotetag315">315</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app140">140</a>.</p>
<p><a id="footnote316" name="footnote316"></a>
-<b><a href="#footnotetag316">316</a></b>: «Et dans les trois tours dudit hostel mirent et
-ordonnèrent leurs gens d'armes.» (Monstrelet.)&mdash;«... Ont esté à
-Saint-Paul..., et après une collation faite par M. Eustace de Pavilly,
-maistre en théologie, de l'ordre de N.-D. des Carmes, tendant à fin
-d'oster les bons des mauvais...» (<cite>Archives, Registres du Parlement,
+<b><a href="#footnotetag316">316</a></b>: «Et dans les trois tours dudit hostel mirent et
+ordonnèrent leurs gens d'armes.» (Monstrelet.)&mdash;«... Ont esté à
+Saint-Paul..., et après une collation faite par M. Eustace de Pavilly,
+maistre en théologie, de l'ordre de N.-D. des Carmes, tendant à fin
+d'oster les bons des mauvais...» (<cite>Archives, Registres du Parlement,
Conseil.</cite>)</p>
<p><a id="footnote317" name="footnote317"></a>
-<b><a href="#footnotetag317">317</a></b>: «Très mauvaises herbes et périlleuses, c'est a savoir
-quelques serviteurs et servantes qu'il falloit sarcler et oster.»
-(Juvénal.) <i>App.</i> <a href="#app141">141</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag317">317</a></b>: «Très mauvaises herbes et périlleuses, c'est a savoir
+quelques serviteurs et servantes qu'il falloit sarcler et oster.»
+(Juvénal.) <i>App.</i> <a href="#app141">141</a>.</p>
<p><a id="footnote318" name="footnote318"></a>
-<b><a href="#footnotetag318">318</a></b>: Le dauphin «s'abstint de pleurer ce qu'il put en torchant
-ses lermes». (Monstrelet.)</p>
+<b><a href="#footnotetag318">318</a></b>: Le dauphin «s'abstint de pleurer ce qu'il put en torchant
+ses lermes». (Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote319" name="footnote319"></a>
-<b><a href="#footnotetag319">319</a></b>: «Et, ce fait, le roi s'en alla dîner.» (Monstrelet.)</p>
+<b><a href="#footnotetag319">319</a></b>: «Et, ce fait, le roi s'en alla dîner.» (Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote320" name="footnote320"></a>
<b><a href="#footnotetag320">320</a></b>: <cite>Ord.</cite>, t. X, p. 71-134.</p>
@@ -12884,57 +12842,57 @@ ses lermes». (Monstrelet.)</p>
<b><a href="#footnotetag323">323</a></b>: <cite>Ord.</cite>, p. 163.</p>
<p><a id="footnote324" name="footnote324"></a>
-<b><a href="#footnotetag324">324</a></b>: «... Eussions requis les Prélats, Chevaliers, Écuyers,
-Bourgeois de nos citez et bonnes villes, et mesmement nostre très chière
-et très amée fille, l'Université de Paris.... que nous baillâssent leur
-bon avis...» (<i>Ibid.</i>, p. 71.)</p>
+<b><a href="#footnotetag324">324</a></b>: «... Eussions requis les Prélats, Chevaliers, Écuyers,
+Bourgeois de nos citez et bonnes villes, et mesmement nostre très chière
+et très amée fille, l'Université de Paris.... que nous baillâssent leur
+bon avis...» (<i>Ibid.</i>, p. 71.)</p>
<p><a id="footnote325" name="footnote325"></a>
<b><a href="#footnotetag325">325</a></b>: <cite>Ord.</cite>, p. 137.</p>
<p><a id="footnote326" name="footnote326"></a>
-<b><a href="#footnotetag326">326</a></b>: La seule garantie qu'on lui donne, c'est la publicité,
-l'insuffisante publicité de ce temps. Elle doit être lue et affichée une
-fois au siège de chaque sénéchaussée et bailliage, le premier jour des
+<b><a href="#footnotetag326">326</a></b>: La seule garantie qu'on lui donne, c'est la publicité,
+l'insuffisante publicité de ce temps. Elle doit être lue et affichée une
+fois au siège de chaque sénéchaussée et bailliage, le premier jour des
assises. (<cite>Ord.</cite>, p. 113.)</p>
<p><a id="footnote327" name="footnote327"></a>
<b><a href="#footnotetag327">327</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app143">143</a>.</p>
<p><a id="footnote328" name="footnote328"></a>
-<b><a href="#footnotetag328">328</a></b>: Jusqu'à Montereau... «ils ne rencontrèrent pas l'un
-l'autre». (Monstrelet)</p>
+<b><a href="#footnotetag328">328</a></b>: Jusqu'à Montereau... «ils ne rencontrèrent pas l'un
+l'autre». (Monstrelet)</p>
<p><a id="footnote329" name="footnote329"></a>
<b><a href="#footnotetag329">329</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app144">144</a>.</p>
<p><a id="footnote330" name="footnote330"></a>
-<b><a href="#footnotetag330">330</a></b>: Cependant le nouveau gouvernement avait essayé de
-s'assurer de l'Université en enjoignant au prévôt de Paris et aux autres
-justiciers de faire jouir l'Université des avantages que le pape Jean
-XXIII lui avait accordés dans la répartition des bénéfices. (<cite>Ord.</cite>, p.
+<b><a href="#footnotetag330">330</a></b>: Cependant le nouveau gouvernement avait essayé de
+s'assurer de l'Université en enjoignant au prévôt de Paris et aux autres
+justiciers de faire jouir l'Université des avantages que le pape Jean
+XXIII lui avait accordés dans la répartition des bénéfices. (<cite>Ord.</cite>, p.
155, 6 juillet 1413.)</p>
<p><a id="footnote331" name="footnote331"></a>
-<b><a href="#footnotetag331">331</a></b>: «Depuis qu'il fust mis sur la claye jusques à sa mort, il
-ne faisoit toujours que rire.» (<cite>Journal du Bourgeois.</cite>)</p>
+<b><a href="#footnotetag331">331</a></b>: «Depuis qu'il fust mis sur la claye jusques à sa mort, il
+ne faisoit toujours que rire.» (<cite>Journal du Bourgeois.</cite>)</p>
<p><a id="footnote332" name="footnote332"></a>
-<b><a href="#footnotetag332">332</a></b>: Les cabochiens s'inquiétèrent pourtant de l'effet que
-produisait cette barbarie. Ils envoyèrent dans les villes une sorte
-d'apologie; ils y disaient «que chacune information de ceux qui avoient
-esté décolés contenoit soixante feuilles de papier.» (Monstrelet.)</p>
+<b><a href="#footnotetag332">332</a></b>: Les cabochiens s'inquiétèrent pourtant de l'effet que
+produisait cette barbarie. Ils envoyèrent dans les villes une sorte
+d'apologie; ils y disaient «que chacune information de ceux qui avoient
+esté décolés contenoit soixante feuilles de papier.» (Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote333" name="footnote333"></a>
-<b><a href="#footnotetag333">333</a></b>: «Entre onze et douze heures du soir.» (Juvénal.)</p>
+<b><a href="#footnotetag333">333</a></b>: «Entre onze et douze heures du soir.» (Juvénal.)</p>
<p><a id="footnote334" name="footnote334"></a>
<b><a href="#footnotetag334">334</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app145">145</a>.</p>
<p><a id="footnote335" name="footnote335"></a>
-<b><a href="#footnotetag335">335</a></b>: Le <cite>Bourgeois de Paris</cite> est l'écho fidèle des bruits
-absurdes qu'on faisait circuler: «Mais bien sçay que ils demandoient
-toujours... la destruction de la bonne ville de Paris.»</p>
+<b><a href="#footnotetag335">335</a></b>: Le <cite>Bourgeois de Paris</cite> est l'écho fidèle des bruits
+absurdes qu'on faisait circuler: «Mais bien sçay que ils demandoient
+toujours... la destruction de la bonne ville de Paris.»</p>
<p><a id="footnote336" name="footnote336"></a>
<b><a href="#footnotetag336">336</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app146">146</a>.</p>
@@ -12943,31 +12901,31 @@ toujours... la destruction de la bonne ville de Paris.»</p>
<b><a href="#footnotetag337">337</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app147">147</a>.</p>
<p><a id="footnote338" name="footnote338"></a>
-<b><a href="#footnotetag338">338</a></b>: Juvénal donne encore ici le beau rôle à son père. «Le duc
+<b><a href="#footnotetag338">338</a></b>: Juvénal donne encore ici le beau rôle à son père. «Le duc
de Bourgogne dit au roy que s'il luy plaisoit aller esbattre jusques
vers le bois de Vincennes qu'il y faisoit beau, et en fut le roy
-content. Mais Juvénal alla aussitôt avec deux cents chevaux vers le
-bois, et dit au roy: «Sire, venez-vous-en en vostre bonne ville de
-Paris, le temps est bien chaud pour vous tenir sur les champs.» Dont le
-roy fut très content, et se mit à retourner.»</p>
+content. Mais Juvénal alla aussitôt avec deux cents chevaux vers le
+bois, et dit au roy: «Sire, venez-vous-en en vostre bonne ville de
+Paris, le temps est bien chaud pour vous tenir sur les champs.» Dont le
+roy fut très content, et se mit à retourner.»</p>
<p><a id="footnote339" name="footnote339"></a>
-<b><a href="#footnotetag339">339</a></b>: «Mesmes les petits enfants qui chantoient une chanson...
-où on disoit: «<em>Duc de Bourgogne, Dieu te remaint en joie!...</em>».
+<b><a href="#footnotetag339">339</a></b>: «Mesmes les petits enfants qui chantoient une chanson...
+où on disoit: «<em>Duc de Bourgogne, Dieu te remaint en joie!...</em>».
(<cite>Journal du Bourgeois.</cite>)</p>
<p><a id="footnote340" name="footnote340"></a>
-<b><a href="#footnotetag340">340</a></b>: «Gallis campanilium ecclesiarum, a cunctis ventis
-volvendis.» (Religieux.)</p>
+<b><a href="#footnotetag340">340</a></b>: «Gallis campanilium ecclesiarum, a cunctis ventis
+volvendis.» (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote341" name="footnote341"></a>
-<b><a href="#footnotetag341">341</a></b>: Ce qui força le duc de Bourgogne à traiter, c'est que les
-Flamands l'abandonnaient. Les députés de Gand dirent au roi qu'ils se
-chargeaient de ranger le duc à son devoir.</p>
+<b><a href="#footnotetag341">341</a></b>: Ce qui força le duc de Bourgogne à traiter, c'est que les
+Flamands l'abandonnaient. Les députés de Gand dirent au roi qu'ils se
+chargeaient de ranger le duc à son devoir.</p>
<p><a id="footnote342" name="footnote342"></a>
-<b><a href="#footnotetag342">342</a></b>: Le roi désirait fort traiter. Juvénal donne là-dessus une
-jolie scène d'intérieur. <i>App.</i> <a href="#app148">148</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag342">342</a></b>: Le roi désirait fort traiter. Juvénal donne là-dessus une
+jolie scène d'intérieur. <i>App.</i> <a href="#app148">148</a>.</p>
<p><a id="footnote343" name="footnote343"></a>
<b><a href="#footnotetag343">343</a></b>: Jean Gerson.</p>
@@ -12976,34 +12934,34 @@ jolie scène d'intérieur. <i>App.</i> <a href="#app148">148</a>.</p>
<b><a href="#footnotetag344">344</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app149">149</a>.</p>
<p><a id="footnote345" name="footnote345"></a>
-<b><a href="#footnotetag345">345</a></b>: «Et si aliquos invenerunt ægrotantes, tunc currebant ad
-curiam Romanam, et mortem talium intimabant». (Theodor. à Niem, <cite>de
+<b><a href="#footnotetag345">345</a></b>: «Et si aliquos invenerunt ægrotantes, tunc currebant ad
+curiam Romanam, et mortem talium intimabant». (Theodor. à Niem, <cite>de
Schism</cite>.)</p>
<p><a id="footnote346" name="footnote346"></a>
-<b><a href="#footnotetag346">346</a></b>: «Ut inhumatus evulso monumento atque corrupto corpore
-suis spoliis effossus privaretur». (<cite>Appellatio Univers. Paris. a D.
+<b><a href="#footnotetag346">346</a></b>: «Ut inhumatus evulso monumento atque corrupto corpore
+suis spoliis effossus privaretur». (<cite>Appellatio Univers. Paris. a D.
Benedicto.</cite>)</p>
<p><a id="footnote347" name="footnote347"></a>
-<b><a href="#footnotetag347">347</a></b>: Clémengis.</p>
+<b><a href="#footnotetag347">347</a></b>: Clémengis.</p>
<p><a id="footnote348" name="footnote348"></a>
-<b><a href="#footnotetag348">348</a></b>: «Cum non suis uxoribus, licet sæpe cum suis parvulis.»
-(Clémengis.)</p>
+<b><a href="#footnotetag348">348</a></b>: «Cum non suis uxoribus, licet sæpe cum suis parvulis.»
+(Clémengis.)</p>
<p><a id="footnote349" name="footnote349"></a>
<b><a href="#footnotetag349">349</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app150">150</a>.</p>
<p><a id="footnote350" name="footnote350"></a>
-<b><a href="#footnotetag350">350</a></b>: Voy. <cite>Renaissance</cite>, Introduction, sur la défaillance du
-caractère et des forces vives de l'âme dans la religion, la littérature
-et la politique aux quatorzième et quinzième siècles. La prose
-française, si rapide de Joinville à Froissart, si lente de Froissart à
-Comines! Les États de 1357 avaient nettement vu l'avenir; mais les
-cabochiens de 1413 croient pouvoir améliorer l'administration sans
-changer le cadre politique qui l'enserre et l'étouffe! La scolastique a
-fini. C'est cet aplatissement moral qui a livré la France désarmée à
+<b><a href="#footnotetag350">350</a></b>: Voy. <cite>Renaissance</cite>, Introduction, sur la défaillance du
+caractère et des forces vives de l'âme dans la religion, la littérature
+et la politique aux quatorzième et quinzième siècles. La prose
+française, si rapide de Joinville à Froissart, si lente de Froissart à
+Comines! Les États de 1357 avaient nettement vu l'avenir; mais les
+cabochiens de 1413 croient pouvoir améliorer l'administration sans
+changer le cadre politique qui l'enserre et l'étouffe! La scolastique a
+fini. C'est cet aplatissement moral qui a livré la France désarmée à
l'invasion anglaise. (1860.)</p>
<p><a id="footnote351" name="footnote351"></a>
@@ -13013,17 +12971,17 @@ l'invasion anglaise. (1860.)</p>
<b><a href="#footnotetag352">352</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app152">152</a>.</p>
<p><a id="footnote353" name="footnote353"></a>
-<b><a href="#footnotetag353">353</a></b>: Les Universités de Bologne, d'Angers, d'Orléans, de
-Toulouse même, avaient fini par se réunir contre les papes à celle de
+<b><a href="#footnotetag353">353</a></b>: Les Universités de Bologne, d'Angers, d'Orléans, de
+Toulouse même, avaient fini par se réunir contre les papes à celle de
Paris.</p>
<p><a id="footnote354" name="footnote354"></a>
<b><a href="#footnotetag354">354</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app153">153</a>.</p>
<p><a id="footnote355" name="footnote355"></a>
-<b><a href="#footnotetag355">355</a></b>: Lorsqu'on lui apprit que la France avait déclaré sa
-<em>soustraction d'obédience</em>, il dit avec beaucoup de dignité:
-«Qu'importe? saint Pierre n'avait pas ce royaume dans son obédience.»</p>
+<b><a href="#footnotetag355">355</a></b>: Lorsqu'on lui apprit que la France avait déclaré sa
+<em>soustraction d'obédience</em>, il dit avec beaucoup de dignité:
+«Qu'importe? saint Pierre n'avait pas ce royaume dans son obédience.»</p>
<p><a id="footnote356" name="footnote356"></a>
<b><a href="#footnotetag356">356</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app154">154</a>.</p>
@@ -13037,29 +12995,29 @@ Paris.</p>
<p><a id="footnote359" name="footnote359"></a>
<b><a href="#footnotetag359">359</a></b>: Saint Thomas, comme Albert-le-Grand, fait profession de
partir toujours d'un texte, de commenter, rien de plus. Que sera-ce s'il
-est démontré qu'ils n'ont pas eu de texte sérieux, qu'ils ont marché
+est démontré qu'ils n'ont pas eu de texte sérieux, qu'ils ont marché
constamment sur le chemin peu solide, perfide, des traductions les plus
-infidèles, et cela sans s'apercevoir que tel prétendu passage
-d'Aristote, par exemple, est anti-aristotélique. (Voy. <cite>Renaissance</cite>,
+infidèles, et cela sans s'apercevoir que tel prétendu passage
+d'Aristote, par exemple, est anti-aristotélique. (Voy. <cite>Renaissance</cite>,
Introduction. 1860.)</p>
<p><a id="footnote360" name="footnote360"></a>
<b><a href="#footnotetag360">360</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app157">157</a>.</p>
<p><a id="footnote361" name="footnote361"></a>
-<b><a href="#footnotetag361">361</a></b>: Peut-être y avait-il moins d'insouciance que de
+<b><a href="#footnotetag361">361</a></b>: Peut-être y avait-il moins d'insouciance que de
connivence. On jugera.</p>
<p><a id="footnote362" name="footnote362"></a>
-<b><a href="#footnotetag362">362</a></b>: «Le duc de Bourgogne, qui longtemps n'avoit demouré ni
-séjourné en son pays de Bourgogne, et qui vouloit bien avoir ses
-plaisirs et soullas, se advisa que pour mieux avoir son déduit de la
+<b><a href="#footnotetag362">362</a></b>: «Le duc de Bourgogne, qui longtemps n'avoit demouré ni
+séjourné en son pays de Bourgogne, et qui vouloit bien avoir ses
+plaisirs et soullas, se advisa que pour mieux avoir son déduit de la
chasse des cerfs, et les ouyr bruire par nuit, il se logeroit dedans la
-forest d'Argilly, qui est grande et lée.» (Lefebvre de Saint-Remy.)</p>
+forest d'Argilly, qui est grande et lée.» (Lefebvre de Saint-Remy.)</p>
<p><a id="footnote363" name="footnote363"></a>
<b><a href="#footnotetag363">363</a></b>: Du moins roi de la France du Nord. Il n'eut pas le titre
-de roi, étant mort avant Charles VI, mais il le laissa à son fils.</p>
+de roi, étant mort avant Charles VI, mais il le laissa à son fils.</p>
<p><a id="footnote364" name="footnote364"></a>
<b><a href="#footnotetag364">364</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app158">158</a>.</p>
@@ -13071,133 +13029,133 @@ de roi, étant mort avant Charles VI, mais il le laissa à son fils.</p>
<b><a href="#footnotetag366">366</a></b>: Turner. Wilkins.</p>
<p><a id="footnote367" name="footnote367"></a>
-<b><a href="#footnotetag367">367</a></b>: Les Anglais ont porté dans le droit politique ce génie de
-fiction que les Romains n'avaient montré que dans le droit civil. M.
-Allen, dans son livre sur la <cite>Prérogative royale</cite>, a résumé les
+<b><a href="#footnotetag367">367</a></b>: Les Anglais ont porté dans le droit politique ce génie de
+fiction que les Romains n'avaient montré que dans le droit civil. M.
+Allen, dans son livre sur la <cite>Prérogative royale</cite>, a résumé les
prodigieux tours de force au moyen desquels se jouait cette bizarre
-comédie, chacun faisant semblant de confondre le roi et la royauté,
-l'homme faillible et l'idée infaillible. De temps en temps la patience
-échappait, la confusion cessait et l'abstraction se faisait d'une
-manière sanglante; si le roi ne périssait (comme Édouard II, Richard II,
-Henri VI et Charles I<sup>er</sup>), il était renversé, ou tout au moins
-humilié, réduit à l'impuissance (Henri II, Jean, Henri III, Jacques
+comédie, chacun faisant semblant de confondre le roi et la royauté,
+l'homme faillible et l'idée infaillible. De temps en temps la patience
+échappait, la confusion cessait et l'abstraction se faisait d'une
+manière sanglante; si le roi ne périssait (comme Édouard II, Richard II,
+Henri VI et Charles I<sup>er</sup>), il était renversé, ou tout au moins
+humilié, réduit à l'impuissance (Henri II, Jean, Henri III, Jacques
II).</p>
<p><a id="footnote368" name="footnote368"></a>
-<b><a href="#footnotetag368">368</a></b>: Bien entendu, là où il y a privilège pour l'aîné.</p>
+<b><a href="#footnotetag368">368</a></b>: Bien entendu, là où il y a privilège pour l'aîné.</p>
<p><a id="footnote369" name="footnote369"></a>
-<b><a href="#footnotetag369">369</a></b>: Ceci est moins vrai depuis que l'Angleterre a créé une
-immense propriété <em>mobilière</em>, qui se partage selon l'équité. La
-propriété <em>territoriale</em> reste assujettie aux lois du moyen âge.&mdash;Au
-reste, le droit d'aînesse est dans les m&oelig;urs, dans les idées même du
-peuple. J'ai cité à ce sujet une anecdote très curieuse (t. I<sup>er</sup>, à la
-fin du livre I<sup>er</sup>).&mdash;Dès que le père s'enrichit, sa première pensée
-est: <em>Faire un aîné.</em> À quoi réplique tout bas la pensée du cadet: <em>Être
-indépendant</em>, <em>avoir une</em> honnête <em>suffisance</em> (to be independent, to
+<b><a href="#footnotetag369">369</a></b>: Ceci est moins vrai depuis que l'Angleterre a créé une
+immense propriété <em>mobilière</em>, qui se partage selon l'équité. La
+propriété <em>territoriale</em> reste assujettie aux lois du moyen âge.&mdash;Au
+reste, le droit d'aînesse est dans les m&oelig;urs, dans les idées même du
+peuple. J'ai cité à ce sujet une anecdote très curieuse (t. I<sup>er</sup>, à la
+fin du livre I<sup>er</sup>).&mdash;Dès que le père s'enrichit, sa première pensée
+est: <em>Faire un aîné.</em> À quoi réplique tout bas la pensée du cadet: <em>Être
+indépendant</em>, <em>avoir une</em> honnête <em>suffisance</em> (to be independent, to
have a competence). Ces deux mots sont le dialogue tacite de la famille
anglaise. <i>App.</i> <a href="#app159">159</a>.</p>
<p><a id="footnote370" name="footnote370"></a>
-<b><a href="#footnotetag370">370</a></b>: Rapprocher l'histoire des trois Glocester du frère du
-Prince Noir, du frère d'Henri V et du frère d'Édouard IV.</p>
+<b><a href="#footnotetag370">370</a></b>: Rapprocher l'histoire des trois Glocester du frère du
+Prince Noir, du frère d'Henri V et du frère d'Édouard IV.</p>
<p><a id="footnote371" name="footnote371"></a>
<b><a href="#footnotetag371">371</a></b>: En 1373.</p>
<p><a id="footnote372" name="footnote372"></a>
-<b><a href="#footnotetag372">372</a></b>: «Awake, wealth, and walk in this region...» (Turner.)&mdash;La
-foi des Anglais dans la toute-puissance de l'argent est naïvement
-exprimée dans les dernières paroles du cardinal Winchester; il disait en
-mourant: «Comment est-il donc possible que je meure, étant si riche?
-Quoi! l'argent ne peut donc rien à cela?» (<i>Ibid.</i>)</p>
+<b><a href="#footnotetag372">372</a></b>: «Awake, wealth, and walk in this region...» (Turner.)&mdash;La
+foi des Anglais dans la toute-puissance de l'argent est naïvement
+exprimée dans les dernières paroles du cardinal Winchester; il disait en
+mourant: «Comment est-il donc possible que je meure, étant si riche?
+Quoi! l'argent ne peut donc rien à cela?» (<i>Ibid.</i>)</p>
<p><a id="footnote373" name="footnote373"></a>
<b><a href="#footnotetag373">373</a></b>: Lewis. Richard II prit Wicleff pour son chapelain. Voy.
-dans Walsingham la grande scène où Wicleff est soutenu par les princes
-et les grands contre l'évêque et le peuple de Londres.</p>
+dans Walsingham la grande scène où Wicleff est soutenu par les princes
+et les grands contre l'évêque et le peuple de Londres.</p>
<p><a id="footnote374" name="footnote374"></a>
<b><a href="#footnotetag374">374</a></b>: Turner.</p>
<p><a id="footnote375" name="footnote375"></a>
-<b><a href="#footnotetag375">375</a></b>: Henri II, Jean, Édouard II, Richard II, Henri VI, Charles
+<b><a href="#footnotetag375">375</a></b>: Henri II, Jean, Édouard II, Richard II, Henri VI, Charles
I<sup>er</sup>.</p>
<p><a id="footnote376" name="footnote376"></a>
-<b><a href="#footnotetag376">376</a></b>: Il avait été banni par Richard II, et son temporel
-confisqué.</p>
+<b><a href="#footnotetag376">376</a></b>: Il avait été banni par Richard II, et son temporel
+confisqué.</p>
<p><a id="footnote377" name="footnote377"></a>
-<b><a href="#footnotetag377">377</a></b>: Henri IV, intimement uni aux évêques d'Angleterre,
-commença son règne par leur donner des armes contre les trois genres
-d'ennemis qu'ils avaient à craindre: 1<sup>o</sup> contre le <em>pape</em>, contre
-l'invasion du <em>clergé étranger</em>; 2<sup>o</sup> contre les <em>moines</em> (les moines
-achetaient des bulles du pape pour se dispenser de payer la dîme aux
-évêques); 3<sup>o</sup> contre les <em>hérétiques</em>. (<cite>Statutes of the Realm.</cite>)</p>
+<b><a href="#footnotetag377">377</a></b>: Henri IV, intimement uni aux évêques d'Angleterre,
+commença son règne par leur donner des armes contre les trois genres
+d'ennemis qu'ils avaient à craindre: 1<sup>o</sup> contre le <em>pape</em>, contre
+l'invasion du <em>clergé étranger</em>; 2<sup>o</sup> contre les <em>moines</em> (les moines
+achetaient des bulles du pape pour se dispenser de payer la dîme aux
+évêques); 3<sup>o</sup> contre les <em>hérétiques</em>. (<cite>Statutes of the Realm.</cite>)</p>
<p><a id="footnote378" name="footnote378"></a>
-<b><a href="#footnotetag378">378</a></b>: Les diocésains peuvent faire arrêter ceux qui prêchent ou
-<em>enseignent sans leur autorisation</em> et les faire <em>brûler</em> en lieu
-apparent et élevé: «In eminenti loco comburi faciant.»&mdash;«And them before
-the people in an high place do to be <em>burnt</em>.» (<i>Ibid.</i>)</p>
+<b><a href="#footnotetag378">378</a></b>: Les diocésains peuvent faire arrêter ceux qui prêchent ou
+<em>enseignent sans leur autorisation</em> et les faire <em>brûler</em> en lieu
+apparent et élevé: «In eminenti loco comburi faciant.»&mdash;«And them before
+the people in an high place do to be <em>burnt</em>.» (<i>Ibid.</i>)</p>
<p><a id="footnote379" name="footnote379"></a>
-<b><a href="#footnotetag379">379</a></b>: Turner. En 1430 il n'en était plus ainsi; tout revenait
+<b><a href="#footnotetag379">379</a></b>: Turner. En 1430 il n'en était plus ainsi; tout revenait
au roi.</p>
<p><a id="footnote380" name="footnote380"></a>
-<b><a href="#footnotetag380">380</a></b>: Ces conditions étaient plus humiliantes qu'aucune de
-celles qui avaient été imposées à Richard II. Il devait prendre seize
+<b><a href="#footnotetag380">380</a></b>: Ces conditions étaient plus humiliantes qu'aucune de
+celles qui avaient été imposées à Richard II. Il devait prendre seize
conseillers, se laisser guider uniquement par leurs avis, etc.</p>
<p><a id="footnote381" name="footnote381"></a>
-<b><a href="#footnotetag381">381</a></b>: «Le droit de primogéniture met de la rudesse dans les
-rapports du père au fils aîné. Celui-ci s'habitue à se considérer comme
-indépendant; ce qu'il reçoit de ses parents est à ses yeux une dette
-plus qu'un bienfait. La mort d'un père, celle d'un frère aîné, dont on
-attend l'héritage, sont sur la scène anglaise l'objet de plaisanteries
-que l'on applaudit et qui chez nous révolteraient le public.» (M<sup>me</sup> de
-Staël.)&mdash;Je ne puis m'empêcher de rapprocher de ceci le mot de
-l'historien romain dans son tableau des proscriptions: «Il y eut
-beaucoup de fidélité dans les épouses, assez dans les affranchis,
+<b><a href="#footnotetag381">381</a></b>: «Le droit de primogéniture met de la rudesse dans les
+rapports du père au fils aîné. Celui-ci s'habitue à se considérer comme
+indépendant; ce qu'il reçoit de ses parents est à ses yeux une dette
+plus qu'un bienfait. La mort d'un père, celle d'un frère aîné, dont on
+attend l'héritage, sont sur la scène anglaise l'objet de plaisanteries
+que l'on applaudit et qui chez nous révolteraient le public.» (M<sup>me</sup> de
+Staël.)&mdash;Je ne puis m'empêcher de rapprocher de ceci le mot de
+l'historien romain dans son tableau des proscriptions: «Il y eut
+beaucoup de fidélité dans les épouses, assez dans les affranchis,
quelque peu chez les esclaves, <em>aucune dans les fils</em>; tant, l'espoir
-une fois conçu, il est difficile d'attendre!» (Velleius Paterculus.)</p>
+une fois conçu, il est difficile d'attendre!» (Velleius Paterculus.)</p>
<p><a id="footnote382" name="footnote382"></a>
-<b><a href="#footnotetag382">382</a></b>: Le fils négociait avec le parti de Bourgogne, tandis que
-le père se rapprochait du parti d'Orléans.</p>
+<b><a href="#footnotetag382">382</a></b>: Le fils négociait avec le parti de Bourgogne, tandis que
+le père se rapprochait du parti d'Orléans.</p>
<p><a id="footnote383" name="footnote383"></a>
-<b><a href="#footnotetag383">383</a></b>: C'était comme nos écoles <em>buissonnières</em> du seizième
-siècle.</p>
+<b><a href="#footnotetag383">383</a></b>: C'était comme nos écoles <em>buissonnières</em> du seizième
+siècle.</p>
<p><a id="footnote384" name="footnote384"></a>
<b><a href="#footnotetag384">384</a></b>: Il est dit toutefois dans <em>Henri V</em> que Falstaff parlait
-«contre la prostituée de Babylone». <i>App.</i> <a href="#app160">160</a>.</p>
+«contre la prostituée de Babylone». <i>App.</i> <a href="#app160">160</a>.</p>
<p><a id="footnote385" name="footnote385"></a>
<b><a href="#footnotetag385">385</a></b>: Le roi lui demanda pourquoi il emportait sa couronne, et
-le prince lui dit: «Monseigneur, voici en présence ceux qui m'avoient
-donné à entendre que vous estiez trépassé; et pour ce que <em>je suis votre
-fils aîné</em>...» (Monstrelet.)</p>
+le prince lui dit: «Monseigneur, voici en présence ceux qui m'avoient
+donné à entendre que vous estiez trépassé; et pour ce que <em>je suis votre
+fils aîné</em>...» (Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote386" name="footnote386"></a>
-<b><a href="#footnotetag386">386</a></b>: Tellement que l'archevêque de Cantorbéry hésitait à
+<b><a href="#footnotetag386">386</a></b>: Tellement que l'archevêque de Cantorbéry hésitait à
l'attaquer, le croyant encore ami du roi. (Walsingham.)</p>
<p><a id="footnote387" name="footnote387"></a>
-<b><a href="#footnotetag387">387</a></b>: «Repente mutatus est in virum alterum... cujus mores et
-gestus omni conditioni, tam religiosorum quam laïcorum, in exempla
-fuere.» (Walsingham.)</p>
+<b><a href="#footnotetag387">387</a></b>: «Repente mutatus est in virum alterum... cujus mores et
+gestus omni conditioni, tam religiosorum quam laïcorum, in exempla
+fuere.» (Walsingham.)</p>
<p><a id="footnote388" name="footnote388"></a>
<b><a href="#footnotetag388">388</a></b>: <cite>Statutes of the Realm.</cite></p>
<p><a id="footnote389" name="footnote389"></a>
-<b><a href="#footnotetag389">389</a></b>: L'examen d'Oldcastle par l'archevêque est très curieux
+<b><a href="#footnotetag389">389</a></b>: L'examen d'Oldcastle par l'archevêque est très curieux
dans l'histoire du moine Walsingham; il est impossible de tuer avec plus
-de sensibilité; le juge s'attendrit, il pleure; on le plaindrait
+de sensibilité; le juge s'attendrit, il pleure; on le plaindrait
volontiers plus que la victime. <i>App.</i> <a href="#app161">161</a>.</p>
<p><a id="footnote390" name="footnote390"></a>
@@ -13207,28 +13165,28 @@ volontiers plus que la victime. <i>App.</i> <a href="#app161">161</a>.</p>
<b><a href="#footnotetag391">391</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app163">163</a>.</p>
<p><a id="footnote392" name="footnote392"></a>
-<b><a href="#footnotetag392">392</a></b>: Walsingham y croit. Mais Turner voit très bien que ce
-n'était qu'un faux bruit.</p>
+<b><a href="#footnotetag392">392</a></b>: Walsingham y croit. Mais Turner voit très bien que ce
+n'était qu'un faux bruit.</p>
<p><a id="footnote393" name="footnote393"></a>
-<b><a href="#footnotetag393">393</a></b>: Jamais le roi de France n'avait envoyé à celui
+<b><a href="#footnotetag393">393</a></b>: Jamais le roi de France n'avait envoyé à celui
d'Angleterre une ambassade aussi solennelle; il y avait douze
ambassadeurs, et leur suite se composait de cinq cent quatre-vingt-douze
personnes. (Rymer.)</p>
<p><a id="footnote394" name="footnote394"></a>
<b><a href="#footnotetag394">394</a></b>: Outre les canonniers, ouvriers, etc. Quinze cents
-bâtiments de transport. <i>App.</i> <a href="#app164">164</a>.</p>
+bâtiments de transport. <i>App.</i> <a href="#app164">164</a>.</p>
<p><a id="footnote395" name="footnote395"></a>
<b><a href="#footnotetag395">395</a></b>: Sous Charles VI, sous Louis XIII, etc.</p>
<p><a id="footnote396" name="footnote396"></a>
-<b><a href="#footnotetag396">396</a></b>: Les scrupules d'Henri allèrent jusqu'à refuser le service
-d'un gentleman qui lui amenait vingt hommes, mais qui avait été moine,
-et n'était rentré dans la vie séculière qu'au moyen <em>d'une dispense du
-pape</em>. Ces dispenses étaient le sujet d'une guerre continuelle entre
-Rome et l'Église d'Angleterre.</p>
+<b><a href="#footnotetag396">396</a></b>: Les scrupules d'Henri allèrent jusqu'à refuser le service
+d'un gentleman qui lui amenait vingt hommes, mais qui avait été moine,
+et n'était rentré dans la vie séculière qu'au moyen <em>d'une dispense du
+pape</em>. Ces dispenses étaient le sujet d'une guerre continuelle entre
+Rome et l'Église d'Angleterre.</p>
<p><a id="footnote397" name="footnote397"></a>
<b><a href="#footnotetag397">397</a></b>: Le roi n'en avait pas; mais plusieurs villes, telles que
@@ -13236,11 +13194,11 @@ La Rochelle, Dieppe, etc., en avaient un assez grand nombre.</p>
<p><a id="footnote398" name="footnote398"></a>
<b><a href="#footnotetag398">398</a></b>: Le serviteur des ducs de Bourgogne, qui depuis fut leur
-héraut d'armes, sous le nom de Toison d'Or, avoue ceci expressément: «Y
-allèrent à puissance de gens, <em>jà soit</em> (quoique) <em>le duc de Bourgogne
-mandât</em> par ses lettres patentes, <em>que ils ne bougeassent</em>, et que ne
-servissent ni partissent de leurs hostels, jusques à tant qu'il leur
-fist sçavoir». (Lefebvre de Saint-Remy.)</p>
+héraut d'armes, sous le nom de Toison d'Or, avoue ceci expressément: «Y
+allèrent à puissance de gens, <em>jà soit</em> (quoique) <em>le duc de Bourgogne
+mandât</em> par ses lettres patentes, <em>que ils ne bougeassent</em>, et que ne
+servissent ni partissent de leurs hostels, jusques à tant qu'il leur
+fist sçavoir». (Lefebvre de Saint-Remy.)</p>
<p><a id="footnote399" name="footnote399"></a>
<b><a href="#footnotetag399">399</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app165">165</a>.</p>
@@ -13252,15 +13210,15 @@ fist sçavoir». (Lefebvre de Saint-Remy.)</p>
<b><a href="#footnotetag401">401</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app167">167</a>.</p>
<p><a id="footnote402" name="footnote402"></a>
-<b><a href="#footnotetag402">402</a></b>: Règlement de 1386. Voy. Sir Nicolas.</p>
+<b><a href="#footnotetag402">402</a></b>: Règlement de 1386. Voy. Sir Nicolas.</p>
<p><a id="footnote403" name="footnote403"></a>
-<b><a href="#footnotetag403">403</a></b>: La noblesse était animée par la honte d'avoir laissé
-prendre Harfleur. Le Religieux exprime ici avec une extrême amertume le
-sentiment national: «La noblesse, dit-il, en fut moquée, sifflée,
-chansonnée tout le jour chez les nations étrangères. Avoir sans
-résistance laissé le royaume perdre son meilleur et son plus utile port,
-avoir laissé prendre honteusement ceux qui s'étaient si bien défendus!»</p>
+<b><a href="#footnotetag403">403</a></b>: La noblesse était animée par la honte d'avoir laissé
+prendre Harfleur. Le Religieux exprime ici avec une extrême amertume le
+sentiment national: «La noblesse, dit-il, en fut moquée, sifflée,
+chansonnée tout le jour chez les nations étrangères. Avoir sans
+résistance laissé le royaume perdre son meilleur et son plus utile port,
+avoir laissé prendre honteusement ceux qui s'étaient si bien défendus!»</p>
<p><a id="footnote404" name="footnote404"></a>
<b><a href="#footnotetag404">404</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app168">168</a>.</p>
@@ -13275,16 +13233,16 @@ avoir laissé prendre honteusement ceux qui s'étaient si bien défendus!»</p>
<b><a href="#footnotetag407">407</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app171">171</a>.</p>
<p><a id="footnote408" name="footnote408"></a>
-<b><a href="#footnotetag408">408</a></b>: «Comme il fut dit au roy d'Angleterre que il avoit passé
-son logis, il s'arrêta et dit: «Jà Dieu ne plaise, entendu que j'ai la
-cotte d'armes vestue, que je dois retourner arrière.» Et passa outre».
+<b><a href="#footnotetag408">408</a></b>: «Comme il fut dit au roy d'Angleterre que il avoit passé
+son logis, il s'arrêta et dit: «Jà Dieu ne plaise, entendu que j'ai la
+cotte d'armes vestue, que je dois retourner arrière.» Et passa outre».
(Lefebvre.)</p>
<p><a id="footnote409" name="footnote409"></a>
<b><a href="#footnotetag409">409</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app172">172</a>.</p>
<p><a id="footnote410" name="footnote410"></a>
-<b><a href="#footnotetag410">410</a></b>: Henri avait des Gallois et des Portugais. On a vu déjà
+<b><a href="#footnotetag410">410</a></b>: Henri avait des Gallois et des Portugais. On a vu déjà
qu'il avait des gens du Hainaut.</p>
<p><a id="footnote411" name="footnote411"></a>
@@ -13294,48 +13252,48 @@ qu'il avait des gens du Hainaut.</p>
<b><a href="#footnotetag412">412</a></b>: Lefebvre de Saint-Remy.</p>
<p><a id="footnote413" name="footnote413"></a>
-<b><a href="#footnotetag413">413</a></b>: «Car il avoit coustume d'en oyr chascun jour, trois l'une
-après l'autre.» (Jehan de Vaurin, ms.)</p>
+<b><a href="#footnotetag413">413</a></b>: «Car il avoit coustume d'en oyr chascun jour, trois l'une
+après l'autre.» (Jehan de Vaurin, ms.)</p>
<p><a id="footnote414" name="footnote414"></a>
<b><a href="#footnotetag414">414</a></b>: Quatre mille archers, sans compter de nombreuses milices,
-les Parisiens avaient offert six mille hommes armés; on n'en voulut pas.
-Un chevalier dit à cette occasion: «Qu'avons-nous besoin de ces
-ouvriers? nous sommes déjà <em>trois</em> fois plus nombreux que les Anglais.»
-Le Religieux remarque qu'on fit la même faute à Courtrai, à Poitiers et
-à Nicopolis, et il ajoute des réflexions, hardies pour le temps.</p>
+les Parisiens avaient offert six mille hommes armés; on n'en voulut pas.
+Un chevalier dit à cette occasion: «Qu'avons-nous besoin de ces
+ouvriers? nous sommes déjà <em>trois</em> fois plus nombreux que les Anglais.»
+Le Religieux remarque qu'on fit la même faute à Courtrai, à Poitiers et
+à Nicopolis, et il ajoute des réflexions, hardies pour le temps.</p>
<p><a id="footnote415" name="footnote415"></a>
-<b><a href="#footnotetag415">415</a></b>: Tous, dit le Religieux, voulaient être à l'avant-garde:
-«Cum singuli anti-guardiam poscerent conducendam... essetque inde exorta
+<b><a href="#footnotetag415">415</a></b>: Tous, dit le Religieux, voulaient être à l'avant-garde:
+«Cum singuli anti-guardiam poscerent conducendam... essetque inde exorta
<em>verbalis controversia</em>, tandem tamen unanimiter (proh dolor!)
-concluserunt ut omnes in prima fronte locarentur.»&mdash;C'est ainsi que le
-grand-père de Mirabeau nous apprend qu'au pont de Cassano les officiers
-furent au moment de tirer l'épée les uns contre les autres, tous voulant
-être les premiers au combat. (<cite>Mémoires des Mirabeau.</cite>)</p>
+concluserunt ut omnes in prima fronte locarentur.»&mdash;C'est ainsi que le
+grand-père de Mirabeau nous apprend qu'au pont de Cassano les officiers
+furent au moment de tirer l'épée les uns contre les autres, tous voulant
+être les premiers au combat. (<cite>Mémoires des Mirabeau.</cite>)</p>
<p><a id="footnote416" name="footnote416"></a>
<b><a href="#footnotetag416">416</a></b>: Les archers anglais poussaient l'arc avec le bras gauche,
ceux de France tiraient la corde avec le bras droit; chez ceux-ci
-c'était le bras gauche, chez ceux-là le bras droit qui restait immobile.
-M. Gilpin attribue à cette différence de procédé celle d'expression dans
-les deux langues: <em>tirer de l'arc</em>, en français; <em>bander l'arc</em>, en
+c'était le bras gauche, chez ceux-là le bras droit qui restait immobile.
+M. Gilpin attribue à cette différence de procédé celle d'expression dans
+les deux langues: <em>tirer de l'arc</em>, en français; <em>bander l'arc</em>, en
anglais.</p>
<p><a id="footnote417" name="footnote417"></a>
-<b><a href="#footnotetag417">417</a></b>: «Maintenant, frappe!» (Monstrelet.)</p>
+<b><a href="#footnotetag417">417</a></b>: «Maintenant, frappe!» (Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote418" name="footnote418"></a>
-<b><a href="#footnotetag418">418</a></b>: Les fantassins même avaient peine à marcher: «Propter
-soli mollitiem... per campum lutosum.» (Walsingham.)</p>
+<b><a href="#footnotetag418">418</a></b>: Les fantassins même avaient peine à marcher: «Propter
+soli mollitiem... per campum lutosum.» (Walsingham.)</p>
<p><a id="footnote419" name="footnote419"></a>
<b><a href="#footnotetag419">419</a></b>: Titus Livius.</p>
<p><a id="footnote420" name="footnote420"></a>
<b><a href="#footnotetag420">420</a></b>: Monstrelet.&mdash;Quelques-uns disaient aussi que le roi
-d'Angleterre avait envoyé des archers derrière l'armée française; mais
-les témoins oculaires affirment le contraire.</p>
+d'Angleterre avait envoyé des archers derrière l'armée française; mais
+les témoins oculaires affirment le contraire.</p>
<p><a id="footnote421" name="footnote421"></a>
<b><a href="#footnotetag421">421</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app173">173</a>.</p>
@@ -13345,18 +13303,18 @@ les témoins oculaires affirment le contraire.</p>
<p><a id="footnote423" name="footnote423"></a>
<b><a href="#footnotetag423">423</a></b>: C'est justement de l'historien bourguignon que nous
-tenons ce détail. (Monstrelet.)</p>
+tenons ce détail. (Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote424" name="footnote424"></a>
<b><a href="#footnotetag424">424</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app175">175</a>.</p>
<p><a id="footnote425" name="footnote425"></a>
-<b><a href="#footnotetag425">425</a></b>: «Let his grief be turned upon his head.» (Ms., Sir
+<b><a href="#footnotetag425">425</a></b>: «Let his grief be turned upon his head.» (Ms., Sir
Nicolas.)</p>
<p><a id="footnote426" name="footnote426"></a>
-<b><a href="#footnotetag426">426</a></b>: Le connétable fut très heureux en cela; sa mort répondit
-à ceux qui l'accusaient de trahir. <i>App.</i> <a href="#app176">176</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag426">426</a></b>: Le connétable fut très heureux en cela; sa mort répondit
+à ceux qui l'accusaient de trahir. <i>App.</i> <a href="#app176">176</a>.</p>
<p><a id="footnote427" name="footnote427"></a>
<b><a href="#footnotetag427">427</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app177">177</a>.</p>
@@ -13365,10 +13323,10 @@ Nicolas.)</p>
<b><a href="#footnotetag428">428</a></b>: Le Religieux.</p>
<p><a id="footnote429" name="footnote429"></a>
-<b><a href="#footnotetag429">429</a></b>: <cite>Mémoire d'Artus III.</cite></p>
+<b><a href="#footnotetag429">429</a></b>: <cite>Mémoire d'Artus III.</cite></p>
<p><a id="footnote430" name="footnote430"></a>
-<b><a href="#footnotetag430">430</a></b>: «Princeps presbyterorum.» (Walsingham.)</p>
+<b><a href="#footnotetag430">430</a></b>: «Princeps presbyterorum.» (Walsingham.)</p>
<p><a id="footnote431" name="footnote431"></a>
<b><a href="#footnotetag431">431</a></b>: Monstrelet.</p>
@@ -13380,13 +13338,13 @@ Nicolas.)</p>
<b><a href="#footnotetag433">433</a></b>: <i>Idem.</i></p>
<p><a id="footnote434" name="footnote434"></a>
-<b><a href="#footnotetag434">434</a></b>: Et pourtant il s'en fallait bien qu'ils fussent de même
+<b><a href="#footnotetag434">434</a></b>: Et pourtant il s'en fallait bien qu'ils fussent de même
parti, il y avait certainement des partisans de Mortimer et des
partisans de Lancastre, des lollards et des orthodoxes.</p>
<p><a id="footnote435" name="footnote435"></a>
-<b><a href="#footnotetag435">435</a></b>: «Et ce... j'ai ouï dire au comte de Charolois, depuis que
-il avoit atteint l'âge de soixante-sept ans.» (Lefebvre de Saint-Remy.)</p>
+<b><a href="#footnotetag435">435</a></b>: «Et ce... j'ai ouï dire au comte de Charolois, depuis que
+il avoit atteint l'âge de soixante-sept ans.» (Lefebvre de Saint-Remy.)</p>
<p><a id="footnote436" name="footnote436"></a>
<b><a href="#footnotetag436">436</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app178">178</a>.</p>
@@ -13395,14 +13353,14 @@ il avoit atteint l'âge de soixante-sept ans.» (Lefebvre de Saint-Remy.)</p>
<b><a href="#footnotetag437">437</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app179">179</a>.</p>
<p><a id="footnote438" name="footnote438"></a>
-<b><a href="#footnotetag438">438</a></b>: Mon très bon hôte et ma très doulce hôtesse...</p>
+<b><a href="#footnotetag438">438</a></b>: Mon très bon hôte et ma très doulce hôtesse...</p>
<p><a id="footnote439" name="footnote439"></a>
<b><a href="#footnotetag439">439</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app180">180</a>.</p>
<p><a id="footnote440" name="footnote440"></a>
-<b><a href="#footnotetag440">440</a></b>: Il y avait d'autres poètes parmi les prisonniers
-d'Azincourt, entre autres le maréchal Boucicaut.</p>
+<b><a href="#footnotetag440">440</a></b>: Il y avait d'autres poètes parmi les prisonniers
+d'Azincourt, entre autres le maréchal Boucicaut.</p>
<p><a id="footnote441" name="footnote441"></a>
<b><a href="#footnotetag441">441</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app181">181</a>.</p>
@@ -13411,8 +13369,8 @@ d'Azincourt, entre autres le maréchal Boucicaut.</p>
<b><a href="#footnotetag442">442</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app182">182</a>.</p>
<p><a id="footnote443" name="footnote443"></a>
-<b><a href="#footnotetag443">443</a></b>: César, qui était poète aussi, et qui avait tant d'esprit,
-appela sa légion gauloise l'<em>alouette</em> (alauda), la chanteuse...</p>
+<b><a href="#footnotetag443">443</a></b>: César, qui était poète aussi, et qui avait tant d'esprit,
+appela sa légion gauloise l'<em>alouette</em> (alauda), la chanteuse...</p>
<p><a id="footnote444" name="footnote444"></a>
<b><a href="#footnotetag444">444</a></b>: Il y a pourtant un vif mouvement de passion dans les vers
@@ -13423,61 +13381,61 @@ suivants:</p>
La gracieuse, bonne et belle!<br>
<span class="lspaced1">..........</span><br>
Qui se pourroit d'elle lasser?<br>
- Tous jours sa beauté renouvelle.<br>
+ Tous jours sa beauté renouvelle.<br>
Dieu! qu'il la fait bon regarder,<br>
La gracieuse, bonne et belle!<br>
- Par deçà, ni delà la mer,<br>
+ Par deçà, ni delà la mer,<br>
Ne scays dame ni demoyselle<br>
Qui soit en tout bien parfait telle.<br>
C'est un songe que d'y penser!<br>
Dieu! qu'il la fait bon regarder.</p>
-<p class="right20">(<span class="smcap">Charles d'Orléans.</span>) <span class="add2em"><i>App.</i> <a href="#app183">183</a>.</span></p>
+<p class="right20">(<span class="smcap">Charles d'Orléans.</span>) <span class="add2em"><i>App.</i> <a href="#app183">183</a>.</span></p>
<p><a id="footnote445" name="footnote445"></a>
<b><a href="#footnotetag445">445</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app184">184</a>.</p>
<p><a id="footnote446" name="footnote446"></a>
<b><a href="#footnotetag446">446</a></b>: Peu m'importe de savoir l'auteur des vers de Clotilde de
-Surville; il me suffît de savoir que Lamartine, très jeune, les avait
+Surville; il me suffît de savoir que Lamartine, très jeune, les avait
retenus par c&oelig;ur. Personne n'ignore maintenant que le second volume
-est l'ouvrage de l'ingénieux Nodier.</p>
+est l'ouvrage de l'ingénieux Nodier.</p>
<p><a id="footnote447" name="footnote447"></a>
-<b><a href="#footnotetag447">447</a></b>: Perlin s'en plaignait déjà au seizième siècle: «Il me
-desplaît que ces vilains estans en leur pays nous crachent à la face, et
-eulx estans à la France, on les honore et révère comme petits dieux.»
+<b><a href="#footnotetag447">447</a></b>: Perlin s'en plaignait déjà au seizième siècle: «Il me
+desplaît que ces vilains estans en leur pays nous crachent à la face, et
+eulx estans à la France, on les honore et révère comme petits dieux.»
(1558.)</p>
<p><a id="footnote448" name="footnote448"></a>
<b><a href="#footnotetag448">448</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app185">185</a>.</p>
<p><a id="footnote449" name="footnote449"></a>
-<b><a href="#footnotetag449">449</a></b>: Le Religieux de Saint-Denis est dès ce moment tout
-Armagnac; c'est un grand témoignage en faveur de ce parti, qui était en
-effet celui de la défense nationale.</p>
+<b><a href="#footnotetag449">449</a></b>: Le Religieux de Saint-Denis est dès ce moment tout
+Armagnac; c'est un grand témoignage en faveur de ce parti, qui était en
+effet celui de la défense nationale.</p>
<p><a id="footnote450" name="footnote450"></a>
<b><a href="#footnotetag450">450</a></b>: Et des ballades. <i>App.</i> <a href="#app186">186</a>.</p>
<p><a id="footnote451" name="footnote451"></a>
-<b><a href="#footnotetag451">451</a></b>: À en croire l'historien même du parti bourguignon, le
-chanoine et les autres conjurés voulaient massacrer les princes «le jour
-de Pasques, après dyner.» (Monstrelet.)</p>
+<b><a href="#footnotetag451">451</a></b>: À en croire l'historien même du parti bourguignon, le
+chanoine et les autres conjurés voulaient massacrer les princes «le jour
+de Pasques, après dyner.» (Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote452" name="footnote452"></a>
-<b><a href="#footnotetag452">452</a></b>: «Messire Loys Bourdon allant de Paris au bois (de
-Vincennes)... en passant assez près du Roy, lui fist la révérence, et
-passa outre assez legièrement... (on l'arrêta). Et après, par le
-commandement du Roy, fut questionné, puis fut mis en un sacq de cuir et
-gecté en Saine; sur lequel sacq avoit escript: <em>Laissez passer la
-justice du Roy.</em>» (Lefebvre de Saint-Remy.)</p>
+<b><a href="#footnotetag452">452</a></b>: «Messire Loys Bourdon allant de Paris au bois (de
+Vincennes)... en passant assez près du Roy, lui fist la révérence, et
+passa outre assez legièrement... (on l'arrêta). Et après, par le
+commandement du Roy, fut questionné, puis fut mis en un sacq de cuir et
+gecté en Saine; sur lequel sacq avoit escript: <em>Laissez passer la
+justice du Roy.</em>» (Lefebvre de Saint-Remy.)</p>
<p><a id="footnote453" name="footnote453"></a>
-<b><a href="#footnotetag453">453</a></b>: «Et pour loger les gens des capitaines armagnacs furent
-les povres gens boutés hors de leurs maisons, et à grant prière et à
+<b><a href="#footnotetag453">453</a></b>: «Et pour loger les gens des capitaines armagnacs furent
+les povres gens boutés hors de leurs maisons, et à grant prière et à
grant peine avoient-ils le couvert de leur ostel, et cette laronaille
-couchoient en leurs licts.» (<cite>Journal du Bourgeois.</cite>)</p>
+couchoient en leurs licts.» (<cite>Journal du Bourgeois.</cite>)</p>
<p><a id="footnote454" name="footnote454"></a>
<b><a href="#footnotetag454">454</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app187">187</a>.</p>
@@ -13489,27 +13447,27 @@ couchoient en leurs licts.» (<cite>Journal du Bourgeois.</cite>)</p>
<b><a href="#footnotetag456">456</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app188">188</a>.</p>
<p><a id="footnote457" name="footnote457"></a>
-<b><a href="#footnotetag457">457</a></b>: Il le fit avec ménagement, déclarant que c'était un
-emprunt, et assignant un revenu pour remplacer les châsses. Néanmoins
-les moines de Saint-Denis lui déclarèrent que ce serait <em>dans leurs
-chroniques</em> une tache pour ce règne: «Opprobrium sempiternum... si
-redigeretur in chronicis...» (Le Religieux.)</p>
+<b><a href="#footnotetag457">457</a></b>: Il le fit avec ménagement, déclarant que c'était un
+emprunt, et assignant un revenu pour remplacer les châsses. Néanmoins
+les moines de Saint-Denis lui déclarèrent que ce serait <em>dans leurs
+chroniques</em> une tache pour ce règne: «Opprobrium sempiternum... si
+redigeretur in chronicis...» (Le Religieux.)</p>
<p><a id="footnote458" name="footnote458"></a>
-<b><a href="#footnotetag458">458</a></b>: Armagnac persévérait dans son attachement au vieux pape
-du duc d'Orléans, au pape des Pyrénées, à l'Aragonais Pedro de Luna
-(Benoît XIII), condamné par les conciles de Pise et de Constance. <i>App.</i>
+<b><a href="#footnotetag458">458</a></b>: Armagnac persévérait dans son attachement au vieux pape
+du duc d'Orléans, au pape des Pyrénées, à l'Aragonais Pedro de Luna
+(Benoît XIII), condamné par les conciles de Pise et de Constance. <i>App.</i>
<a href="#app189">189</a>.</p>
<p><a id="footnote459" name="footnote459"></a>
-<b><a href="#footnotetag459">459</a></b>: Depuis longtemps, c'était l'unique v&oelig;u du peuple:
-«Vivat, vivat, qui dominari poterit! dum pax...» (Le
-Religieux.)&mdash;Pendant le massacre de 1418, on criait de même: «Fiat
-pax!»</p>
+<b><a href="#footnotetag459">459</a></b>: Depuis longtemps, c'était l'unique v&oelig;u du peuple:
+«Vivat, vivat, qui dominari poterit! dum pax...» (Le
+Religieux.)&mdash;Pendant le massacre de 1418, on criait de même: «Fiat
+pax!»</p>
<p><a id="footnote460" name="footnote460"></a>
-<b><a href="#footnotetag460">460</a></b>: «Jeunes compagnons du moyen estat et de légère volonté,
-qui autrefois avoient été punis pour leurs démérites.» (Monstrelet.)</p>
+<b><a href="#footnotetag460">460</a></b>: «Jeunes compagnons du moyen estat et de légère volonté,
+qui autrefois avoient été punis pour leurs démérites.» (Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote461" name="footnote461"></a>
<b><a href="#footnotetag461">461</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app190">190</a>.</p>
@@ -13518,11 +13476,11 @@ qui autrefois avoient été punis pour leurs démérites.» (Monstrelet.)</p>
<b><a href="#footnotetag462">462</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app191">191</a>.</p>
<p><a id="footnote463" name="footnote463"></a>
-<b><a href="#footnotetag463">463</a></b>: «En une fosse nommée la Louvière...» (Lefebvre de
+<b><a href="#footnotetag463">463</a></b>: «En une fosse nommée la Louvière...» (Lefebvre de
Saint-Remy.)</p>
<p><a id="footnote464" name="footnote464"></a>
-<b><a href="#footnotetag464">464</a></b>: «Solus equester.» (Religieux.)</p>
+<b><a href="#footnotetag464">464</a></b>: «Solus equester.» (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote465" name="footnote465"></a>
<b><a href="#footnotetag465">465</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app192">192</a>.</p>
@@ -13546,16 +13504,16 @@ Saint-Remy.)</p>
<b><a href="#footnotetag471">471</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app194">194</a>.</p>
<p><a id="footnote472" name="footnote472"></a>
-<b><a href="#footnotetag472">472</a></b>: «Ut communiter dicitur, divisa virtus cito dilabitur.»
+<b><a href="#footnotetag472">472</a></b>: «Ut communiter dicitur, divisa virtus cito dilabitur.»
(Religieux.)</p>
<p><a id="footnote473" name="footnote473"></a>
<b><a href="#footnotetag473">473</a></b>: Rymer, 27 janvier 1417.</p>
<p><a id="footnote474" name="footnote474"></a>
-<b><a href="#footnotetag474">474</a></b>: «Un de leurs pieds chaussé et l'autre nud, sans avoir
+<b><a href="#footnotetag474">474</a></b>: «Un de leurs pieds chaussé et l'autre nud, sans avoir
braies... prenoient petits enfants en berceaux... montoient sur vaches,
-portant lesdits petits enfants...» (Monstrelet)</p>
+portant lesdits petits enfants...» (Monstrelet)</p>
<p><a id="footnote475" name="footnote475"></a>
<b><a href="#footnotetag475">475</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app195">195</a>.</p>
@@ -13570,33 +13528,33 @@ portant lesdits petits enfants...» (Monstrelet)</p>
<b><a href="#footnotetag478">478</a></b>: Monstrelet.</p>
<p><a id="footnote479" name="footnote479"></a>
-<b><a href="#footnotetag479">479</a></b>: Voy. le journal des négociations dans Rymer, nov. 1418.</p>
+<b><a href="#footnotetag479">479</a></b>: Voy. le journal des négociations dans Rymer, nov. 1418.</p>
<p><a id="footnote480" name="footnote480"></a>
-<b><a href="#footnotetag480">480</a></b>: La chronique anglaise donne un étrange tarif des animaux
-dégoûtants dont les gens de Rouen se nourrirent; peut-être ce tarif
-n'est qu'une dérision féroce de la misère des assiégés: On vendait un
+<b><a href="#footnotetag480">480</a></b>: La chronique anglaise donne un étrange tarif des animaux
+dégoûtants dont les gens de Rouen se nourrirent; peut-être ce tarif
+n'est qu'une dérision féroce de la misère des assiégés: On vendait un
rat 40 pences (environ 40 francs, monnaie actuelle), et un chat 2 nobles
(60 francs), une souris se vendait 6 pences (environ 6 francs), etc.
<i>App.</i> <a href="#app198">198</a>.</p>
<p><a id="footnote481" name="footnote481"></a>
-<b><a href="#footnotetag481">481</a></b>: Monstrelet.&mdash;La saison, dit le chroniqueur anglais, était
-pour eux une grande source de misère; il ne faisait que pleuvoir. Les
-fossés présentaient plus d'un spectacle lamentable; on y voyait des
-enfants de deux à trois ans obligés de mendier leur pain parce que leurs
-père et mère étaient morts. L'eau séjournant sur le sol qu'ils étaient
-contraints d'habiter, et, gisant ça et là, ils poussaient des cris,
-implorant un peu de nourriture. Plusieurs avaient les membres fléchis
-par la faiblesse et étaient maigres comme une branche desséchée; les
+<b><a href="#footnotetag481">481</a></b>: Monstrelet.&mdash;La saison, dit le chroniqueur anglais, était
+pour eux une grande source de misère; il ne faisait que pleuvoir. Les
+fossés présentaient plus d'un spectacle lamentable; on y voyait des
+enfants de deux à trois ans obligés de mendier leur pain parce que leurs
+père et mère étaient morts. L'eau séjournant sur le sol qu'ils étaient
+contraints d'habiter, et, gisant ça et là, ils poussaient des cris,
+implorant un peu de nourriture. Plusieurs avaient les membres fléchis
+par la faiblesse et étaient maigres comme une branche desséchée; les
femmes tenaient leurs nourrissons dans leurs bras, sans avoir rien pour
-les réchauffer; des enfants tétaient encore le sein de leur mère étendue
-sans vie. On trouvait dix à douze morts pour un vivant.</p>
+les réchauffer; des enfants tétaient encore le sein de leur mère étendue
+sans vie. On trouvait dix à douze morts pour un vivant.</p>
<p><a id="footnote482" name="footnote482"></a>
<b><a href="#footnotetag482">482</a></b>: Le camp anglais regorgeait de vivres; les habitants de
-Londres avaient envoyé à eux seuls un vaisseau chargé de vin et de
-cervoise. (Chéruel.)</p>
+Londres avaient envoyé à eux seuls un vaisseau chargé de vin et de
+cervoise. (Chéruel.)</p>
<p><a id="footnote483" name="footnote483"></a>
<b><a href="#footnotetag483">483</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app199">199</a>.</p>
@@ -13605,9 +13563,9 @@ cervoise. (Chéruel.)</p>
<b><a href="#footnotetag484">484</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app200">200</a>.</p>
<p><a id="footnote485" name="footnote485"></a>
-<b><a href="#footnotetag485">485</a></b>: L'entrée magnifique du vainqueur, au milieu de ces
-ruines, fit un contraste cruel. L'honnête et humain M. Turner en est
-lui-même blessé.</p>
+<b><a href="#footnotetag485">485</a></b>: L'entrée magnifique du vainqueur, au milieu de ces
+ruines, fit un contraste cruel. L'honnête et humain M. Turner en est
+lui-même blessé.</p>
<p><a id="footnote486" name="footnote486"></a>
<b><a href="#footnotetag486">486</a></b>: Monstrelet.</p>
@@ -13616,16 +13574,16 @@ lui-même blessé.</p>
<b><a href="#footnotetag487">487</a></b>: Rymer.</p>
<p><a id="footnote488" name="footnote488"></a>
-<b><a href="#footnotetag488">488</a></b>: Par exemple, en 1415, il engage à l'archevêque de
-Cantorbéry et aux évêques de Winchester, etc., la perception de droits
-féodaux. <i>App.</i> <a href="#app219">219</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag488">488</a></b>: Par exemple, en 1415, il engage à l'archevêque de
+Cantorbéry et aux évêques de Winchester, etc., la perception de droits
+féodaux. <i>App.</i> <a href="#app219">219</a>.</p>
<p><a id="footnote489" name="footnote489"></a>
<b><a href="#footnotetag489">489</a></b>: Par exemple, le 24 juillet 1415, le 22 juin 1417.
(Rymer.)</p>
<p><a id="footnote490" name="footnote490"></a>
-<b><a href="#footnotetag490">490</a></b>: «Prolatorum, <em>semper sibi assistentium</em>, consilio...»
+<b><a href="#footnotetag490">490</a></b>: «Prolatorum, <em>semper sibi assistentium</em>, consilio...»
(Religieux.)</p>
<p><a id="footnote491" name="footnote491"></a>
@@ -13635,8 +13593,8 @@ féodaux. <i>App.</i> <a href="#app219">219</a>.</p>
<b><a href="#footnotetag492">492</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app202">202</a>.</p>
<p><a id="footnote493" name="footnote493"></a>
-<b><a href="#footnotetag493">493</a></b>: Les Anglais s'étaient fort maladroitement mêlés des
-affaires intérieures de l'Aragon, dès 1413. (Ferreras.)</p>
+<b><a href="#footnotetag493">493</a></b>: Les Anglais s'étaient fort maladroitement mêlés des
+affaires intérieures de l'Aragon, dès 1413. (Ferreras.)</p>
<p><a id="footnote494" name="footnote494"></a>
<b><a href="#footnotetag494">494</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app203">203</a>.</p>
@@ -13649,67 +13607,67 @@ Religieux.) <i>App.</i> <a href="#app204">204</a>.</p>
<b><a href="#footnotetag496">496</a></b>: Monstrelet.</p>
<p><a id="footnote497" name="footnote497"></a>
-<b><a href="#footnotetag497">497</a></b>: Le bon Religieux de Saint-Denis l'appelle «la
-<em>respectable</em> et prudente dame de Giac...» Ce qui est sûr, c'est qu'elle
-était fort habile. Son mari, le sire de Giac, ne devinant pas pourquoi
-il réussissait dans tout, croyait le devoir au Diable, à qui il avait
-voué une de ses mains.</p>
+<b><a href="#footnotetag497">497</a></b>: Le bon Religieux de Saint-Denis l'appelle «la
+<em>respectable</em> et prudente dame de Giac...» Ce qui est sûr, c'est qu'elle
+était fort habile. Son mari, le sire de Giac, ne devinant pas pourquoi
+il réussissait dans tout, croyait le devoir au Diable, à qui il avait
+voué une de ses mains.</p>
<p><a id="footnote498" name="footnote498"></a>
<b><a href="#footnotetag498">498</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app205">205</a>.</p>
<p><a id="footnote499" name="footnote499"></a>
-<b><a href="#footnotetag499">499</a></b>: Le Religieux croit, sans doute d'après un bruit
-populaire, qu'il y en avait pour cent mille écus!</p>
+<b><a href="#footnotetag499">499</a></b>: Le Religieux croit, sans doute d'après un bruit
+populaire, qu'il y en avait pour cent mille écus!</p>
<p><a id="footnote500" name="footnote500"></a>
-<b><a href="#footnotetag500">500</a></b>: Le mécontentement extrême de Paris se fait sentir jusque
-dans les pâles et timides notes du greffier du Parlement: «Ce jour (9
-août), les Anglois vinrent courir devant les portes de Paris... Et lors,
-y avoit à Paris petite garnison de gens d'armes, pour l'absence du Roy,
+<b><a href="#footnotetag500">500</a></b>: Le mécontentement extrême de Paris se fait sentir jusque
+dans les pâles et timides notes du greffier du Parlement: «Ce jour (9
+août), les Anglois vinrent courir devant les portes de Paris... Et lors,
+y avoit à Paris petite garnison de gens d'armes, pour l'absence du Roy,
de la Royne, de Mess. le Dauphin, <em>le duc de Bourgoingne</em> et des autres
-seigneurs de France <em>qui jusques cy ont fait petite résistence aus dits
-Anglois</em> et à leurs entreprises...» (<cite>Archives, Registres du
+seigneurs de France <em>qui jusques cy ont fait petite résistence aus dits
+Anglois</em> et à leurs entreprises...» (<cite>Archives, Registres du
Parlement.</cite>)</p>
<p><a id="footnote501" name="footnote501"></a>
-<b><a href="#footnotetag501">501</a></b>: Le trahit-elle? Tout le monde le crut quand, après
-l'événement, on la vit rester du côté du dauphin. Pourtant elle avait
+<b><a href="#footnotetag501">501</a></b>: Le trahit-elle? Tout le monde le crut quand, après
+l'événement, on la vit rester du côté du dauphin. Pourtant elle avait
perdu, par la mort de Jean-sans-Peur, l'espoir d'une grande fortune.
-Innocente ou coupable, qu'aurait-elle été chercher en Bourgogne? la
+Innocente ou coupable, qu'aurait-elle été chercher en Bourgogne? la
haine de la veuve, toute-puissante sous son fils?</p>
<p><a id="footnote502" name="footnote502"></a>
-<b><a href="#footnotetag502">502</a></b>: «Tardavistis... tardavistis...» (Religieux.)</p>
+<b><a href="#footnotetag502">502</a></b>: «Tardavistis... tardavistis...» (Religieux.)</p>
<p><a id="footnote503" name="footnote503"></a>
-<b><a href="#footnotetag503">503</a></b>: «Le seigneur de Barbezan par plusieurs fois reprocha à
-ceux qui avoient machiné le cas dessus dit, disant qu'ils avoient
-détruit leur maître de chevance et d'honneur, et que mieux vaudrait
-avoir été mort que d'avoir été à icelle journée, combien qu'il en fût
-innocent.» (Monstrelet.) <i>App.</i> <a href="#app206">206</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag503">503</a></b>: «Le seigneur de Barbezan par plusieurs fois reprocha à
+ceux qui avoient machiné le cas dessus dit, disant qu'ils avoient
+détruit leur maître de chevance et d'honneur, et que mieux vaudrait
+avoir été mort que d'avoir été à icelle journée, combien qu'il en fût
+innocent.» (Monstrelet.) <i>App.</i> <a href="#app206">206</a>.</p>
<p><a id="footnote504" name="footnote504"></a>
<b><a href="#footnotetag504">504</a></b>: Le Religieux.</p>
<p><a id="footnote505" name="footnote505"></a>
-<b><a href="#footnotetag505">505</a></b>: Voy. cet acte en trois langues, latine, française et
+<b><a href="#footnotetag505">505</a></b>: Voy. cet acte en trois langues, latine, française et
anglaise, dans Rymer, 21 mai 1420.</p>
<p><a id="footnote506" name="footnote506"></a>
<b><a href="#footnotetag506">506</a></b>: Rymer, 9 juin 1420.</p>
<p><a id="footnote507" name="footnote507"></a>
-<b><a href="#footnotetag507">507</a></b>: Comme on allait faire des joûtes pour le mariage, «il
-dit, oïant tous, de son mouvement: Je prie à M. le Roy, de qui j'ai
-espousé la fille, et à tous ses serviteurs, et à mes serviteurs je
-commande que demain au matin nous soyons tous prêts pour aller mettre le
-siège devant la cité de Sens, et là, pourra chascun jouster». (<cite>Journal
+<b><a href="#footnotetag507">507</a></b>: Comme on allait faire des joûtes pour le mariage, «il
+dit, oïant tous, de son mouvement: Je prie à M. le Roy, de qui j'ai
+espousé la fille, et à tous ses serviteurs, et à mes serviteurs je
+commande que demain au matin nous soyons tous prêts pour aller mettre le
+siège devant la cité de Sens, et là, pourra chascun jouster». (<cite>Journal
du Bourgeois.</cite>)</p>
<p><a id="footnote508" name="footnote508"></a>
-<b><a href="#footnotetag508">508</a></b>: «Auquel lieu le roi d'Angleterre fit dresser un gibet, où
-les dessusdits prisonniers furent tous pendus, voyant ceux du chastel.»
+<b><a href="#footnotetag508">508</a></b>: «Auquel lieu le roi d'Angleterre fit dresser un gibet, où
+les dessusdits prisonniers furent tous pendus, voyant ceux du chastel.»
(Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote509" name="footnote509"></a>
@@ -13732,7 +13690,7 @@ les dessusdits prisonniers furent tous pendus, voyant ceux du chastel.»
<b><a href="#footnotetag514">514</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app209">209</a>.</p>
<p><a id="footnote515" name="footnote515"></a>
-<b><a href="#footnotetag515">515</a></b>: «Impossibile est; vel: Sic fieri oportebit.»
+<b><a href="#footnotetag515">515</a></b>: «Impossibile est; vel: Sic fieri oportebit.»
(Religieux.)</p>
<p><a id="footnote516" name="footnote516"></a>
@@ -13743,27 +13701,27 @@ les dessusdits prisonniers furent tous pendus, voyant ceux du chastel.»
<p><a id="footnote518" name="footnote518"></a>
<b><a href="#footnotetag518">518</a></b>: On dit qu'il y vint cent cinquante mille personnes, que
-les chevaux des princes et prélats étaient au nombre de trente mille.</p>
+les chevaux des princes et prélats étaient au nombre de trente mille.</p>
<p><a id="footnote519" name="footnote519"></a>
<b><a href="#footnotetag519">519</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app212">212</a>.</p>
<p><a id="footnote520" name="footnote520"></a>
-<b><a href="#footnotetag520">520</a></b>: «In lecto adversæ valetudinis meæ.» (Gerson, <cite>Epistola de
-Reform theologiæ</cite>.)</p>
+<b><a href="#footnotetag520">520</a></b>: «In lecto adversæ valetudinis meæ.» (Gerson, <cite>Epistola de
+Reform theologiæ</cite>.)</p>
<p><a id="footnote521" name="footnote521"></a>
-<b><a href="#footnotetag521">521</a></b>: Cette scène atroce eut lieu à Londres en 1412, la même
-année où Jérôme de Prague afficha la bulle sur la gorge d'une fille
+<b><a href="#footnotetag521">521</a></b>: Cette scène atroce eut lieu à Londres en 1412, la même
+année où Jérôme de Prague afficha la bulle sur la gorge d'une fille
publique.</p>
<p><a id="footnote522" name="footnote522"></a>
-<b><a href="#footnotetag522">522</a></b>: D'après Sénèque le Tragique, «nulla Deo gratior victima
-quam tyrannus». (Gerson, <cite>Considerationes contra adulatores</cite>.)</p>
+<b><a href="#footnotetag522">522</a></b>: D'après Sénèque le Tragique, «nulla Deo gratior victima
+quam tyrannus». (Gerson, <cite>Considerationes contra adulatores</cite>.)</p>
<p><a id="footnote523" name="footnote523"></a>
-<b><a href="#footnotetag523">523</a></b>: Wenceslas le défendit contre les accusations des moines
-et des clercs. Voy. sa réponse dans Pfister, <cite>Hist. d'Allemagne</cite>.</p>
+<b><a href="#footnotetag523">523</a></b>: Wenceslas le défendit contre les accusations des moines
+et des clercs. Voy. sa réponse dans Pfister, <cite>Hist. d'Allemagne</cite>.</p>
<p><a id="footnote524" name="footnote524"></a>
<b><a href="#footnotetag524">524</a></b>: Voy. <cite>Renaissance</cite>. Notes de l'Introduction.</p>
@@ -13775,51 +13733,51 @@ et des clercs. Voy. sa réponse dans Pfister, <cite>Hist. d'Allemagne</cite>.</p>
<b><a href="#footnotetag526">526</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app214">214</a>.</p>
<p><a id="footnote527" name="footnote527"></a>
-<b><a href="#footnotetag527">527</a></b>: Pierre d'Ailly avait contribué puissamment à la chute de
-Jean XXIII. Il se montra, en compensation, d'autant plus zélé contre
-l'hérétique; il l'embarrassa par d'étranges subtilités, voulant l'amener
-à avouer que celui qui ne croit pas aux universaux, ne croit pas à la
+<b><a href="#footnotetag527">527</a></b>: Pierre d'Ailly avait contribué puissamment à la chute de
+Jean XXIII. Il se montra, en compensation, d'autant plus zélé contre
+l'hérétique; il l'embarrassa par d'étranges subtilités, voulant l'amener
+à avouer que celui qui ne croit pas aux universaux, ne croit pas à la
Transsubstantiation.</p>
<p><a id="footnote528" name="footnote528"></a>
-<b><a href="#footnotetag528">528</a></b>: Le sauf-conduit était daté du 18 oct. 1414.</p>
+<b><a href="#footnotetag528">528</a></b>: Le sauf-conduit était daté du 18 oct. 1414.</p>
<p><a id="footnote529" name="footnote529"></a>
-<b><a href="#footnotetag529">529</a></b>: Jean Huss nous fait connaître lui-même les efforts que
-l'on fit auprès de lui pour obtenir le sacrifice absolu de la raison
-humaine. On n'y épargna ni les arguments ni les exemples. On lui citait
-entre autres cette étrange légende d'une sainte femme qui entra dans un
-couvent de religieuses sous habit d'homme, et fut, comme homme, accusée
+<b><a href="#footnotetag529">529</a></b>: Jean Huss nous fait connaître lui-même les efforts que
+l'on fit auprès de lui pour obtenir le sacrifice absolu de la raison
+humaine. On n'y épargna ni les arguments ni les exemples. On lui citait
+entre autres cette étrange légende d'une sainte femme qui entra dans un
+couvent de religieuses sous habit d'homme, et fut, comme homme, accusée
d'avoir rendue enceinte une des nonnes; elle se reconnut coupable,
-confessa le fait et éleva l'enfant; la vérité ne fut connue qu'à sa
+confessa le fait et éleva l'enfant; la vérité ne fut connue qu'à sa
mort.</p>
<p><a id="footnote530" name="footnote530"></a>
-<b><a href="#footnotetag530">530</a></b>: Le Pogge, témoin du jugement de Jérôme, fut saisi de son
-éloquence. Il l'appelle: «Virum dignum memoriæ sempiternæ.»&mdash;Cet homme,
-si fier et si obstiné, montra sur le bûcher une douceur héroïque; voyant
-un petit paysan qui apportait du bois avec grand zèle, il s'écria: «Ô
-respectable simplicité, qui te trompe est mille fois coupable!» <i>App.</i>
+<b><a href="#footnotetag530">530</a></b>: Le Pogge, témoin du jugement de Jérôme, fut saisi de son
+éloquence. Il l'appelle: «Virum dignum memoriæ sempiternæ.»&mdash;Cet homme,
+si fier et si obstiné, montra sur le bûcher une douceur héroïque; voyant
+un petit paysan qui apportait du bois avec grand zèle, il s'écria: «Ô
+respectable simplicité, qui te trompe est mille fois coupable!» <i>App.</i>
<a href="#app215">215</a>.</p>
<p><a id="footnote531" name="footnote531"></a>
<b><a href="#footnotetag531">531</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app216">216</a>.</p>
<p><a id="footnote532" name="footnote532"></a>
-<b><a href="#footnotetag532">532</a></b>: Bulæus. Une assemblée de grands et de prélats, présidée
-par le dauphin, fit emprisonner le recteur qui avait parlé contre la
-manière dont ils dirigeaient les élections ecclésiastiques et
-conféraient les bénéfices. Le Parlement ne soutint pas l'Université, qui
-fit des excuses. Ce fut l'enterrement de l'Université, comme puissance
+<b><a href="#footnotetag532">532</a></b>: Bulæus. Une assemblée de grands et de prélats, présidée
+par le dauphin, fit emprisonner le recteur qui avait parlé contre la
+manière dont ils dirigeaient les élections ecclésiastiques et
+conféraient les bénéfices. Le Parlement ne soutint pas l'Université, qui
+fit des excuses. Ce fut l'enterrement de l'Université, comme puissance
populaire.</p>
<p><a id="footnote533" name="footnote533"></a>
-<b><a href="#footnotetag533">533</a></b>: Lire son traité <cite>De parvulis ad Christum trahendis</cite>.</p>
+<b><a href="#footnotetag533">533</a></b>: Lire son traité <cite>De parvulis ad Christum trahendis</cite>.</p>
<p><a id="footnote534" name="footnote534"></a>
-<b><a href="#footnotetag534">534</a></b>: Il comptait sur leur intercession, et les réunit encore
-la veille de sa mort, pour leur recommander de dire dans leurs prières:
-«Seigneur, ayez pitié de votre pauvre serviteur Jean Gerson.»</p>
+<b><a href="#footnotetag534">534</a></b>: Il comptait sur leur intercession, et les réunit encore
+la veille de sa mort, pour leur recommander de dire dans leurs prières:
+«Seigneur, ayez pitié de votre pauvre serviteur Jean Gerson.»</p>
<p><a id="footnote535" name="footnote535"></a>
<b><a href="#footnotetag535">535</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app217">217</a>.</p>
@@ -13831,10 +13789,10 @@ la veille de sa mort, pour leur recommander de dire dans leurs prières:
<b><a href="#footnotetag537">537</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app219">219</a>.</p>
<p><a id="footnote538" name="footnote538"></a>
-<b><a href="#footnotetag538">538</a></b>: Voy. l'énumération détaillée de ces prêts, dans Turner.</p>
+<b><a href="#footnotetag538">538</a></b>: Voy. l'énumération détaillée de ces prêts, dans Turner.</p>
<p><a id="footnote539" name="footnote539"></a>
-<b><a href="#footnotetag539">539</a></b>: Henri lui reprochait, entre autres félonies, de
+<b><a href="#footnotetag539">539</a></b>: Henri lui reprochait, entre autres félonies, de
contrefaire la monnaie royale. <i>App.</i> <a href="#app220">220</a>.</p>
<p><a id="footnote540" name="footnote540"></a>
@@ -13850,7 +13808,7 @@ contrefaire la monnaie royale. <i>App.</i> <a href="#app220">220</a>.</p>
<b><a href="#footnotetag543">543</a></b>: <i>Idem</i>, 21 april 1421.</p>
<p><a id="footnote544" name="footnote544"></a>
-<b><a href="#footnotetag544">544</a></b>: Un chevalier est chargé de faire une enquête à ce sujet.
+<b><a href="#footnotetag544">544</a></b>: Un chevalier est chargé de faire une enquête à ce sujet.
(Rymer, 5 mai 1421.)</p>
<p><a id="footnote545" name="footnote545"></a>
@@ -13864,8 +13822,8 @@ contrefaire la monnaie royale. <i>App.</i> <a href="#app220">220</a>.</p>
<p><a id="footnote548" name="footnote548"></a>
<b><a href="#footnotetag548">548</a></b>: Tout le monde a lu cette terrible histoire populaire de
-la pauvre femme enceinte qu'un des Vaurus fit lier à un arbre, qui
-accoucha la nuit et fut mangée des loups. (<cite>Journal du Bourgeois.</cite>)</p>
+la pauvre femme enceinte qu'un des Vaurus fit lier à un arbre, qui
+accoucha la nuit et fut mangée des loups. (<cite>Journal du Bourgeois.</cite>)</p>
<p><a id="footnote549" name="footnote549"></a>
<b><a href="#footnotetag549">549</a></b>: Rymer.</p>
@@ -13877,12 +13835,12 @@ accoucha la nuit et fut mangée des loups. (<cite>Journal du Bourgeois.</cite>)</
<b><a href="#footnotetag551">551</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app222">222</a>.</p>
<p><a id="footnote552" name="footnote552"></a>
-<b><a href="#footnotetag552">552</a></b>: «Le peuple les avoit en trop mortelle haine les uns et
-les autres.» (<cite>Journal du Bourgeois.</cite>)</p>
+<b><a href="#footnotetag552">552</a></b>: «Le peuple les avoit en trop mortelle haine les uns et
+les autres.» (<cite>Journal du Bourgeois.</cite>)</p>
<p><a id="footnote553" name="footnote553"></a>
-<b><a href="#footnotetag553">553</a></b>: «Fut faite grand feste à Paris... Mieux on dust avoir
-pleuré... Quel dommaige et quel pitié par toute chrestienté...»
+<b><a href="#footnotetag553">553</a></b>: «Fut faite grand feste à Paris... Mieux on dust avoir
+pleuré... Quel dommaige et quel pitié par toute chrestienté...»
(<i>Ibid.</i>)</p>
<p><a id="footnote554" name="footnote554"></a>
@@ -13892,51 +13850,51 @@ pleuré... Quel dommaige et quel pitié par toute chrestienté...»
<b><a href="#footnotetag555">555</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app223">223</a>.</p>
<p><a id="footnote556" name="footnote556"></a>
-<b><a href="#footnotetag556">556</a></b>: «Et nondum provisem est, etc.» (Rymer.)</p>
+<b><a href="#footnotetag556">556</a></b>: «Et nondum provisem est, etc.» (Rymer.)</p>
<p><a id="footnote557" name="footnote557"></a>
-<b><a href="#footnotetag557">557</a></b>: Ces réclamations furent si vives à la mort d'Henri V, que
-le conseil de régence fut obligé de leur assigner en payement <em>le tiers
+<b><a href="#footnotetag557">557</a></b>: Ces réclamations furent si vives à la mort d'Henri V, que
+le conseil de régence fut obligé de leur assigner en payement <em>le tiers
et le tiers du tiers</em> de tout ce que le roi avait pu gagner
-personnellement à la guerre, butin, prisonniers, etc. (<cite>Statutes of the
+personnellement à la guerre, butin, prisonniers, etc. (<cite>Statutes of the
Realm.</cite>)</p>
<p><a id="footnote558" name="footnote558"></a>
<b><a href="#footnotetag558">558</a></b>: Chastellain.</p>
<p><a id="footnote559" name="footnote559"></a>
-<b><a href="#footnotetag559">559</a></b>: Le parti ennemi publia qu'il était mort mangé des poux.</p>
+<b><a href="#footnotetag559">559</a></b>: Le parti ennemi publia qu'il était mort mangé des poux.</p>
<p><a id="footnote560" name="footnote560"></a>
<b><a href="#footnotetag560">560</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app224">224</a>.</p>
<p><a id="footnote561" name="footnote561"></a>
-<b><a href="#footnotetag561">561</a></b>: «Comme s'ils fussent acertenez qu'il fust ou soit saint
-en paradis.» (Monstrelet.)</p>
+<b><a href="#footnotetag561">561</a></b>: «Comme s'ils fussent acertenez qu'il fust ou soit saint
+en paradis.» (Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote562" name="footnote562"></a>
-<b><a href="#footnotetag562">562</a></b>: «Après le quatrième ou cinquième accès de fièvre quarte.»
+<b><a href="#footnotetag562">562</a></b>: «Après le quatrième ou cinquième accès de fièvre quarte.»
(<cite>Archives, Registres du Parlement.</cite>)</p>
<p><a id="footnote563" name="footnote563"></a>
<b><a href="#footnotetag563">563</a></b>: <cite>Journal du Bourgeois.</cite></p>
<p><a id="footnote564" name="footnote564"></a>
-<b><a href="#footnotetag564">564</a></b>: Juvénal.</p>
+<b><a href="#footnotetag564">564</a></b>: Juvénal.</p>
<p><a id="footnote565" name="footnote565"></a>
<b><a href="#footnotetag565">565</a></b>: Monstrelet.</p>
<p><a id="footnote566" name="footnote566"></a>
-<b><a href="#footnotetag566">566</a></b>: «Comme il fut trouvé par les curés des paroisses.»
-(Monstrelet.)&mdash;«Ceux qui faisoient les fosses... affermoient...
-qu'avoient enterré plus de cent mille personnes.» (<cite>Journal du Bourgeois
-de Paris.</cite>) Il a dit un peu plus haut que dans les cinq premières
-semaines il était mort cinquante mille personnes. À ces calculs fort
-suspects d'exagération, il en ajoute un qui semble mériter plus de
-confiance: «Les corduaniers comptèrent le jour de leur confrérie les
-morts de leur mestier... et trouvèrent qu'ils estoient trepassés bien
-dix-huit cents, tant maistres que varlets, en ces deux mois.»</p>
+<b><a href="#footnotetag566">566</a></b>: «Comme il fut trouvé par les curés des paroisses.»
+(Monstrelet.)&mdash;«Ceux qui faisoient les fosses... affermoient...
+qu'avoient enterré plus de cent mille personnes.» (<cite>Journal du Bourgeois
+de Paris.</cite>) Il a dit un peu plus haut que dans les cinq premières
+semaines il était mort cinquante mille personnes. À ces calculs fort
+suspects d'exagération, il en ajoute un qui semble mériter plus de
+confiance: «Les corduaniers comptèrent le jour de leur confrérie les
+morts de leur mestier... et trouvèrent qu'ils estoient trepassés bien
+dix-huit cents, tant maistres que varlets, en ces deux mois.»</p>
<p><a id="footnote567" name="footnote567"></a>
<b><a href="#footnotetag567">567</a></b>: <cite>Journal du Bourgeois.</cite></p>
@@ -13949,21 +13907,21 @@ dix-huit cents, tant maistres que varlets, en ces deux mois.»</p>
<p><a id="footnote570" name="footnote570"></a>
<b><a href="#footnotetag570">570</a></b>: <cite>Journal du Bourgeois.</cite> Nous regrettons de ne pouvoir,
-faute d'espace, suivre pour ces tristes années, le conseil que M. de
-Sismondi donne à l'historien avec un sentiment si profond de l'humanité:</p>
-
-<p>«Ne nous pressons pas; lorsque le narrateur se presse, il donne une
-fausse idée de l'histoire... Ces années, si pauvres en vertus et en
-grands exemples, étaient tout aussi longues à passer pour les malheureux
-sujets du royaume que celles qui paraissent resplendissantes d'héroïsme.
-Pendant qu'elles s'écoulaient, les uns étaient affaissés par le progrès
-de l'âge; les autres étaient remplacés par leurs enfants: la nation
-n'était déjà plus la même... Le lecteur ne s'aperçoit jamais de ce
-progrès du temps, s'il ne voit pas aussi comment ce temps a été rempli:
-la durée se proportionne toujours pour lui au nombre des faits qui lui
-sont présentés, et en quelque sorte, au nombre des pages qu'il parcourt.
-Il peut bien être averti que des années ont passé en silence, mais il
-ne le sent pas.»</p>
+faute d'espace, suivre pour ces tristes années, le conseil que M. de
+Sismondi donne à l'historien avec un sentiment si profond de l'humanité:</p>
+
+<p>«Ne nous pressons pas; lorsque le narrateur se presse, il donne une
+fausse idée de l'histoire... Ces années, si pauvres en vertus et en
+grands exemples, étaient tout aussi longues à passer pour les malheureux
+sujets du royaume que celles qui paraissent resplendissantes d'héroïsme.
+Pendant qu'elles s'écoulaient, les uns étaient affaissés par le progrès
+de l'âge; les autres étaient remplacés par leurs enfants: la nation
+n'était déjà plus la même... Le lecteur ne s'aperçoit jamais de ce
+progrès du temps, s'il ne voit pas aussi comment ce temps a été rempli:
+la durée se proportionne toujours pour lui au nombre des faits qui lui
+sont présentés, et en quelque sorte, au nombre des pages qu'il parcourt.
+Il peut bien être averti que des années ont passé en silence, mais il
+ne le sent pas.»</p>
<p><a id="footnote571" name="footnote571"></a>
<b><a href="#footnotetag571">571</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app226">226</a>.</p>
@@ -13978,25 +13936,25 @@ ne le sent pas.»</p>
<b><a href="#footnotetag574">574</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app227">227</a>.</p>
<p><a id="footnote575" name="footnote575"></a>
-<b><a href="#footnotetag575">575</a></b>: C'est-à-dire, danse de cimetière. <i>App.</i> <a href="#app228">228</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag575">575</a></b>: C'est-à-dire, danse de cimetière. <i>App.</i> <a href="#app228">228</a>.</p>
<p><a id="footnote576" name="footnote576"></a>
-<b><a href="#footnotetag576">576</a></b>: Peut-être y introduisirent-ils aussi la danse aux
-aveugles, et le tournoi des aveugles: «On meist quatre aveugles tous
-armez en un parc, chacun ung bâton en sa main, et en ce lieu avoit un
+<b><a href="#footnotetag576">576</a></b>: Peut-être y introduisirent-ils aussi la danse aux
+aveugles, et le tournoi des aveugles: «On meist quatre aveugles tous
+armez en un parc, chacun ung bâton en sa main, et en ce lieu avoit un
fort pourcel lequel ils devoient avoir s'ils le povoient tuer. Ainsi fut
-fait, et firent cette bataille si estrange; car ils se donnèrent tant de
-grans coups...» (<cite>Journal du Bourgeois.</cite>)</p>
+fait, et firent cette bataille si estrange; car ils se donnèrent tant de
+grans coups...» (<cite>Journal du Bourgeois.</cite>)</p>
<p><a id="footnote577" name="footnote577"></a>
-<b><a href="#footnotetag577">577</a></b>: Ainsi qu'au cimetière de Dresde, à Sainte-Marie de
-Lubeck, au Temple neuf de Strasbourg, sous les arcades du château de
-Blois, etc. La plus ancienne peut-être de ces peintures était celle de
-Minden en Westphalie; elle était datée de 1383.</p>
+<b><a href="#footnotetag577">577</a></b>: Ainsi qu'au cimetière de Dresde, à Sainte-Marie de
+Lubeck, au Temple neuf de Strasbourg, sous les arcades du château de
+Blois, etc. La plus ancienne peut-être de ces peintures était celle de
+Minden en Westphalie; elle était datée de 1383.</p>
<p><a id="footnote578" name="footnote578"></a>
-<b><a href="#footnotetag578">578</a></b>: L'art vivant, l'art en action, a partout précédé l'art
-figuré. <i>App.</i> <a href="#app229">229</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag578">578</a></b>: L'art vivant, l'art en action, a partout précédé l'art
+figuré. <i>App.</i> <a href="#app229">229</a>.</p>
<p><a id="footnote579" name="footnote579"></a>
<b><a href="#footnotetag579">579</a></b>: Ch. Magnin.</p>
@@ -14008,405 +13966,27 @@ figuré. <i>App.</i> <a href="#app229">229</a>.</p>
<b><a href="#footnotetag581">581</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app231">231</a>.</p>
<p><a id="footnote582" name="footnote582"></a>
-<b><a href="#footnotetag582">582</a></b>: Le rez-de-chaussée extérieur, adossé à la galerie des
-tombeaux, et supportant les galetas où séchaient les os, était occupé
-par des boutiques de lingères, de marchandes de modes, d'écrivains,
+<b><a href="#footnotetag582">582</a></b>: Le rez-de-chaussée extérieur, adossé à la galerie des
+tombeaux, et supportant les galetas où séchaient les os, était occupé
+par des boutiques de lingères, de marchandes de modes, d'écrivains,
etc.</p>
<p><a id="footnote583" name="footnote583"></a>
<b><a href="#footnotetag583">583</a></b>: <i>App.</i> <a href="#app232">232</a>.</p>
<p><a id="footnote584" name="footnote584"></a>
-<b><a href="#footnotetag584">584</a></b>: Cette dérision de la mort frappa les contemporains. Un
+<b><a href="#footnotetag584">584</a></b>: Cette dérision de la mort frappa les contemporains. Un
gentilhomme, messire Sarrazin d'Arles, voyant un de ses gens qui
-revenait du convoi d'Henri V, lui demanda si le roi «avoit point ses
-housseaux chaussés». Ah! mon seigneur, nenni, par ma foi!&mdash;«Bel ami, dit
-l'autre, jamais ne me crois, s'il les a laissés en France!»
+revenait du convoi d'Henri V, lui demanda si le roi «avoit point ses
+housseaux chaussés». Ah! mon seigneur, nenni, par ma foi!&mdash;«Bel ami, dit
+l'autre, jamais ne me crois, s'il les a laissés en France!»
(Monstrelet.)</p>
<p><a id="footnote585" name="footnote585"></a>
-<b><a href="#footnotetag585">585</a></b>: «Et tantost elle s'inclina vers lui moult humblement et
-se tourna d'autre part plorant.» (<cite>Journal du Bourgeois.</cite>)</p>
+<b><a href="#footnotetag585">585</a></b>: «Et tantost elle s'inclina vers lui moult humblement et
+se tourna d'autre part plorant.» (<cite>Journal du Bourgeois.</cite>)</p>
</div>
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de France - Moyen Âge; (Vol.
-4 / 10), by Jules Michelet
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE FRANCE ***
-
-***** This file should be named 42021-h.htm or 42021-h.zip *****
-This and all associated files of various formats will be found in:
- http://www.gutenberg.org/4/2/0/2/42021/
-
-Produced by Mireille Harmelin, Christine P. Travers and
-the Online Distributed Proofreading Team at
-http://www.pgdp.net (This file was produced from images
-generously made available by the Bibliothèque nationale
-de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
-
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions
-will be renamed.
-
-Creating the works from public domain print editions means that no
-one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
-(and you!) can copy and distribute it in the United States without
-permission and without paying copyright royalties. Special rules,
-set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
-copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
-protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
-Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
-charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
-do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
-rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
-such as creation of derivative works, reports, performances and
-research. They may be modified and printed and given away--you may do
-practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
-subject to the trademark license, especially commercial
-redistribution.
-
-
-
-*** START: FULL LICENSE ***
-
-THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
-
-To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase "Project
-Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
-Gutenberg-tm License available with this file or online at
- www.gutenberg.org/license.
-
-
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
-electronic works
-
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
-all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
-If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
-Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
-terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
-entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
-
-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
-and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
-works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
-or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
-Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
-collection are in the public domain in the United States. If an
-individual work is in the public domain in the United States and you are
-located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
-copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
-works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
-are removed. Of course, we hope that you will support the Project
-Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
-freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
-this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
-the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
-keeping this work in the same format with its attached full Project
-Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
-
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
-a constant state of change. If you are outside the United States, check
-the laws of your country in addition to the terms of this agreement
-before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
-creating derivative works based on this work or any other Project
-Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
-the copyright status of any work in any country outside the United
-States.
-
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
-access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
-whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
-phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
-Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
-copied or distributed:
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
-from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
-posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
-and distributed to anyone in the United States without paying any fees
-or charges. If you are redistributing or providing access to a work
-with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
-work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
-through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
-Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
-1.E.9.
-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
-terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
-to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
-permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
-
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg-tm License.
-
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
-word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
-distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
-"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
-posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
-you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
-copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
-request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
-form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
-License as specified in paragraph 1.E.1.
-
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
-that
-
-- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
- owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
- has agreed to donate royalties under this paragraph to the
- Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
- must be paid within 60 days following each date on which you
- prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
- returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
- sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
- address specified in Section 4, "Information about donations to
- the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
-
-- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
- License. You must require such a user to return or
- destroy all copies of the works possessed in a physical medium
- and discontinue all use of and all access to other copies of
- Project Gutenberg-tm works.
-
-- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
- money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days
- of receipt of the work.
-
-- You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg-tm works.
-
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
-electronic work or group of works on different terms than are set
-forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
-both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
-Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
-Foundation as set forth in Section 3 below.
-
-1.F.
-
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
-collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
-works, and the medium on which they may be stored, may contain
-"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
-corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
-property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
-computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
-your equipment.
-
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
-of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium with
-your written explanation. The person or entity that provided you with
-the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
-refund. If you received the work electronically, the person or entity
-providing it to you may choose to give you a second opportunity to
-receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
-is also defective, you may demand a refund in writing without further
-opportunities to fix the problem.
-
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
-WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
-WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
-If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
-law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
-interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
-the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
-provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
-
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
-with this agreement, and any volunteers associated with the production,
-promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
-harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
-that arise directly or indirectly from any of the following which you do
-or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
-work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
-Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
-
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of computers
-including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
-because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
-people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation information page at www.gutenberg.org
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
-throughout numerous locations. Its business office is located at 809
-North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email
-contact links and up to date contact information can be found at the
-Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To
-SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
-particular state visit www.gutenberg.org/donate
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations.
-To donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For forty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
-keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
-
- www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-
-
-
-</pre>
-
+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 42021 ***</div>
</body>
</html>