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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org - - -Title: Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième - Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 - -Author: Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon - -Release Date: December 17, 2012 [EBook #41644] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE *** - - - - -Produced by Robert Connal, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at -http://gallica.bnf.fr) - - - - - - - -Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le -typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée -et n'a pas été harmonisée. - -Une expression, en exposant dans l'original, et dont l'abrévation -n'est pas évidente, a été mise entre accolades dans cette version -électronique. Ainsi, le {c} après le chiffre romain signifie que ce -dernier doit être multiplié par cent. Le symbol {#}, qui suit, pourrait -représenter une «lire», car il est suivi du mot «d'esterling» et c'est -sous le nom de «lire» que le livre sterling était connu à l'époque en -France. - - - - - CORRESPONDANCE - DIPLOMATIQUE - DE - - BERTRAND DE SALIGNAC - DE LA MOTHE FÉNÉLON, - - AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE - DE 1568 A 1575, - - PUBLIÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS - Sur les manuscrits conservés aux Archives du Royaume. - - TOME SIXIÈME. - - ANNEÉS 1574-1575. - - PARIS ET LONDRES. - 1840. - - - - - RECUEIL - DES - DÉPÊCHES, RAPPORTS, - INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES - - Des Ambassadeurs de France - _EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE_ - PENDANT LE XVIe SIÈCLE, - - Conservés aux Archives du Royaume, - - A la Bibliothèque du Roi, - etc., etc., - ET PUBLIÉS POUR LA PREMIÈRE FOIS - - _Sous la Direction_ - DE M. CHARLES PURTON COOPER. - - PARIS ET LONDRES. - 1840. - - - - - DÉPÊCHES, RAPPORTS, - INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES - - DES AMBASSADEURS DE FRANCE - EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE - - PENDANT LE XVIe SIÈCLE. - - - - -LA MOTHE FÉNÉLON. - - - - -Imprimé par BÉTHUNE et PLON, à Paris. - - - - - A - MR HENRI HALLAM - - COMME TÉMOIGNAGE D'ADMIRATION - POUR SES OUVRAGES HISTORIQUES - - ET COMME GAGE - DE RECONNAISSANCE POUR DE NOMBREUX SERVICES PERSONNELS. - - CE VOLUME LUI EST DÉDIÉ - - PAR - SON TRÈS-FIDÈLE ET TRÈS-OBLIGÉ SERVITEUR - CHARLES PURTON COOPER. - - - - -DÉPÊCHES - -DE - -LA MOTHE FÉNÉLON - - - - -CCCLIXe DÉPESCHE - ---du Ve jour de janvier 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques en la court par Jacques._) - - Audience.--Négociation du mariage.--Desir d'Élisabeth de prendre - l'avis des princes protestans d'Allemagne.--Demande de nouveaux - délais.--Avis d'une entreprise projetée contre la - France.--Nouvelles d'Écosse et d'Irlande. - - - AU ROY. - -Sire, le deuxiesme jour de ce moys de janvier, j'ay esté faire les -compliments du nouvel an à la Royne d'Angleterre, et luy dire que -Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, le luy souhaitoient très bon, -voyr le meilleur qu'elle eût encores eu, depuis, ny auparavant estre -Royne; et que vous desiriés, de bon cueur, que ce fût, en cestuy cy, -auquel il pleût à Dieu de changer la solitude, où elle avoit tousjours -vescu, en ung soulas d'une très douce et desirée compagnye d'ung jeune -et vertueux prince, qui luy fît trouver les années à venir encores -plus heureuses et plaines de félicité que les passées; et que vous -n'aviez aujourdhuy aulcune chose au monde en plus grande affection que -de pouvoir bientost ouyr la responce, qu'après le retour de Me -Randolphe, elle vous voudroit faire; dont me commandiés d'incister, -aultant qu'il me seroit possible, de l'avoir, du premier jour, et de -l'avoyr ainsy bonne comme la desiriés, et comme l'honneste et -persévérant desir de Monseigneur vers elle le méritoit. Et ay adapté à -cella les aultres propos que j'ay trouvés ès lettres de Vostre -Majesté, du VIIIe et XXIIe du passé, sellon que j'ay veu qu'ilz y -pouvoient convenir. - -A quoy la dicte Dame m'a respondu qu'elle recevoit ces bons et -honnestes souhayts, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, luy -faisiés, pour la meilleure estrayne, et le plus précieulx et agréable -présent, qui luy pouvoit estre faict, à ce commancement d'année; dont -vous en remercyoit le plus qu'il luy estoit possible, et vous prioit, -toutz deux, de vouloir aussi accepter d'elle ung semblable présent -d'ung pur et parfaict desir qu'elle avoit à vostre bien et grandeur, -et à la continuation de vos félicités, et que, sortant cella de son -cueur, ainsy qu'elle s'assuroit que ce que luy aviés mandé partoit -aussy du cueur de Voz Très Chrestiennes Majestez, elle pensoit que -c'estoit chose à plus estimer, que si, de chascun costé, eussiés mis -la main au cabinet de voz meilleures bagues, pour vous entre envoyer -celles qui eussent esté de plus de pris; et qu'il estoit très -raysonnable qu'elle vous fît bientost sçavoir la responce qu'attandiés -maintenant d'elle, laquelle elle ne vous vouloit nullement différer, -et me prioit seulement de luy donner deux ou troys jours de terme pour -en dellibérer avec ses conseillers, desquelz l'absence des ungs, et la -maladye des aultres, estoit cause qu'elle n'y avoit peu vacquer, -durant ces festes, ainsy qu'elle me l'avoit promis; et qu'il pourroit -estre que cepandant arriveroient les ambassadeurs des princes -protestants d'Allemaigne, desquelz s'estoit entendu qu'ilz vouloient -envoyer vers elle intercéder pour le propos de Monseigneur; en quoy, -encor qu'elle ne voulût estre veue dépandre tant d'eux, qu'on cuydât -qu'elle fût en leur tutelle, si estimoit elle que leur office, en cest -endroict, ne pourroit estre sinon bien honnorable pour les deux -costés; et pourroit, en plusieurs choses, parce qu'ilz estoient de la -mesme religion de ce royaulme, beaucoup servir à rendre agréable, et -plus approuvé le mariage vers toutz ses subjects. - -J'ay répliqué qu'après les aultres grands dellays qu'elle avoit desjà -prins en cest affaire, je craignois que celluy qu'elle demandoit -maintenant, encor que ne fût que de troys jours, vous semblât -intollérable; car pensiés qu'elle eût desjà sa responce toute preste, -pour la vous pouvoir incontinent mander, sans estre besoing qu'elle -l'allât rechercher d'aultruy; et qu'au moins la priois je que, dans -ceste feste des Roys, il luy pleût me la faire ainsy royalle comme il -convenoit à la Royne qui la feroit, et aulx Roys et princes à qui elle -seroit faicte; et qu'encor que rien du propos n'eût à dépendre d'ung -tiers, si, pensois je, vous n'auriés mal agréable que les princes -d'Allemaigne envoyassent icy leurs ambassadeurs, car les sentiés de si -bonne inclination vers vous qu'ilz n'y procureroient que l'effect de -ce que desiriés. - -Elle m'a respondu que je cognoissois assez l'humeur de deçà, comme -rien ne s'y pouvoit expédier sans cérymonie; dont ne me debvois tenir -graivé qu'elle m'eût encores demandé ce peu de temps, et qu'elle ne -sçavoit de certain si les princes d'Allemaigne envoyeroient icy, mais -qu'elle sentoit bien qu'il ne seroit que bon qu'ilz le fissent. - -Et est ung poinct, Sire, qu'elle a monstré qu'elle le desiroit bien -fort, et qu'elle auroit grand plaisir qu'en fissiés faire quelque -instance, soubz main, ainsi que le comte de Lestre me l'a confirmé; et -peut estre que c'est ce qui la faict ainsy temporiser maintenant, ou -bien pour entendre mieulx comme il va du faict de la Rochelle, car -ceulx de ce conseil en sont toutz en grand suspens, ou bien pour -attandre l'arrivée du gentilhomme que le nouveau gouverneur de -Flandres envoye vers elle, qui sera icy à la fin de ceste sepmayne, et -bientost après le suyvront, à ce que j'entends, le Sr de Forges et le -Sr de Sueveguen, conseillers d'estat du pays, pour venir radresser -l'entrecours, et accommoder les aultres différants d'entre les Angloys -et les subjects du Roy d'Espaigne. Or ay je, Sire, au partir de la -dicte Dame, bien estroictement conféré avec le garde des sceaulx, et -avec le comte de Sussex, avec l'admiral, et avec Mr Walsingam, -lesquelz m'ont uzé de beaucoup de bonnes parolles; et puis, suis allé -voyr, en passant, milord trésorier, en son lict, qui m'en a uzé -encores de meilleures. Mais il m'a bien donné à cognoistre que -l'accidant de la Rochelle venoit mal à propos, par ce, dict il, qu'il -ne falloit s'attandre que la conclusion du mariage se fît, sinon en -concluant une parfaicte union entre les deux royaumes, et faysant une -communication des conseils et des forces des deux, pour résister à -toutz ceulx qui voudroient nuyre ou à l'ung ou à l'aultre; et qu'il -n'estoit possible que cella se fît, si Vostre Majesté ne pourvoyoit -que ceulx de la nouvelle religion peussent vivre en France, non en la -licence que, possible, ilz voudroient, mais en la seureté de leurs -vies, et honneste liberté de leurs consciences, soubz la modération -que vos édicts leur ordonnoient. Je solliciteray, à toute heure, la -susdicte responce; et Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, y -ayderez s'il vous plait de dellà, sellon qu'aurez prins expédient de -le faire sur les advis que, par le Sr de Sabran, je vous ay mandés. - -Voicy, Sire, ung advis qu'on me vient de donner. Il a esté mis en -dellibération, entre aulcuns passionnés de la nouvelle religion, que, -de tant que ceulx de la Rochelle s'apperçoyvent maintenant qu'il y a -de la division entre eulx, et qu'ilz sont en plus dangereux estat que -quand ilz estoient assiégés, l'hautorité du mayre n'estant pour y -tenir longuement les choses en modération, qu'ilz doibvent estre -persuadés de recevoyr en leur ville quelque force et garnison des -Angloys; et que, se trouvant les pays d'Aulnis, de Poictou, de -Saintonge, d'Angoulmoys, et aultres endroicts de la Guyenne, -intéressés en la même cause, qu'il sera facille de passer oultre en -pays, et y mettre si bien le pied qu'il ne sera aysé de l'oster, -accordant mesmement aulx habitans du pays de leur renouveller leurs -anciennes immunités et franchises; et que cella commançoit de se mener -bien à l'estroict, et bien fort secrettement, de peur qu'il n'en vînt -quelque chose à ma notice. Qui ne sçay encores, Sire, s'il a esté -ainsy proposé à ceste princesse, mais l'on m'a bien fort assuré qu'il -a esté mis en avant à aulcuns de son conseil, lesquels l'ont -grandement gousté; et pourtant semble expédient que Vostre Majesté -envoye promptement rassurer les dicts de la Rochelle en quelque si -bonne façon, qu'ilz n'ayent à desirer ny rechercher aulcune sorte de -nouvelleté en leur ville. - -Quand à l'Escoce, le comte de Morthon a naguyères faict exécuter ung -hermestran qui a chargé le comte d'Honteley, Baffour, le feu comte -d'Arguil et le mesme Morthon, d'estre copables de la mort du feu Roy -d'Escosse; de quoy l'on soupçonne qu'il se pourra renouveller du -trouble au pays. Au regard de l'Irlande, le vray comte d'Esmond a -tant faict qu'il a mis des forces en campaigne, et a reprins presque -tout son estat sur le bastard qui le luy usurpoit, et qui estoit -maintenu par les Angloys, et a prins le mesme bastard et sa femme -prisonniers. Et ayant Fitz Maurice aussy soublevé ung aultre quartier -du pays, et prins quelques forts, il s'est joinct à luy avecques ses -troupes; et attandent du secours d'Espaigne, où le dict Fitz Maurice a -envoyé son filz pour ostage; et le comte d'Essex a esté bien mal -traicté au quartier où il est descendu. L'on traicte, en ce conseil, -d'y envoyer promptement quatre cappitaines avec les soldats qui sont -naguyères revenus d'Ollande, et d'y faire passer le comte d'Ormont, -bien que, pour estre naturel du pays, l'on l'a aulcunement suspect, -et, avec luy, milord Rich et Me Parait. Et m'a quelqu'ung faict sentir -que ceste princesse auroit grand playsir que vostre ambassadeur, qui -est en Espaigne, veillât ung peu sur les actions de Estuqueley et du -filz du dict Fitz Maurice, affin de l'esclarcyr en ce qui se brassera -par dellà contre elle. Sur ce, etc. Ce Ve jour de janvier 1574. - - - - -CCCLXe DÉPESCHE - ---du XIIe jour de janvier 1574.-- - -(_Envoyée par le cappitaine Mazin d'Albène._) - - Explications sur l'entreprise tentée contre la - Rochelle.--Assurances données par le roi que l'édit de - pacification sera maintenu.--Négociation du - mariage.--Protestation de dévouement de l'agent de la - Rochelle.--Efforts de l'ambassadcur pour empêcher les Anglais - de former une entreprise contre la France. - - - AU ROY. - -Sire, la dépesche de Vostre Majesté, du XXIXe du passé, laquelle le -cappitaine Mazin m'a rendue le VIIIe d'estui cy, m'a esté ung argument -tout à propos pour aller trouver ceste princesse, à laquelle j'ay -faict entendre que les choses de la Rochelle avoient passé et estoient -maintenant en l'estat que me l'avez mandé, et luy en ay faict voyr le -mémoire que j'en ay trouvé dans vostre pacquet, ensemble ung extraict -de celle partye de vostre lettre qui en parle en très bonne façon. Et -ay estimé, Sire, qu'il estoit expédient d'en uzer ainsy, parce que je -sçavoys bien que desjà l'on en avoit parlé, tout aultrement que de ce -qui est, à la dicte Dame; et que ceulx, qui craignent le succès du -propos de Monseigneur le Duc, luy avoient discouru que vostre -lieutenant en Poictou n'eût jamays ozé attempter à la surprinse de -ceste ville, ny à rompre vostre édict, ny n'eussent, deux ou trois des -compagnyes de voz ordonnances, marché jusques bien près du lieu, sans -commandement de Vostre Majesté; et avoient faict, de cella et de -l'armement qu'ilz disent qui s'appreste en Normandie, et de la prinse -de huict ou dix navyres angloys qui ont esté nouvellement combatus, à -leur retour de Bourdeaulx, par des navyres françoys qui les ont -ammenés, une grande déduction à la dicte Dame pour luy imprimer que, -en nulle sorte, se pourra jamays bien establir amityé, aulmoins qui -soit de durée, entre Vostre Majesté et les Protestants; dont, par les -arguments que je luy ay admenés au contrayre, qui ont esté les plus -vifs que j'ay peu, j'estime luy avoir beaucoup diminué ceste opynion. - -Néantmoins, de ces accidants et de ce que, possible, son ambassadeur -luy a escript, elle a encores ceste foys différé de me faire sa -responce, bien que je l'en aye extrêmement pressée, et que mes -instances n'ont esté petites, et que je sçay bien que, dès devant -hier, ses conseillers luy avoient, là dessus, donné leur advis -conforme, ainsy que j'entends, à ce qu'ilz avoient tousjours -conseillé: qu'elle se debvoit marier et qu'elle debvoit entendre à -cest honnorable party de Monseigneur, pourveu qu'elle s'en peult -complayre. Mais elle m'a remis à Hamptoncourt, s'excusant que, à cause -que le souspeçon de peste la contreignoit de partir trop soubdain -d'icy, et qu'aulcuns de ses conseillers estoient absants, elle ne me -pouvoit résoudre, jusques à ce qu'elle fût au dict lieu, mais que, -sans aulcun doubte, elle me résoudroit, dans ceste procheyne sepmayne, -sans plus de remises. Et je vous supplye très humblement, Sire, de -croyre que je ne perds heure, ny momant, de la sollicitation qui se -peut mectre en cest affère; et, encor que la lettre de crédict ne soit -poinct arrivée, je n'ay layssé de faire valoir, le mieulx que j'ay -peu, l'assurance, que m'avez mandée, que me l'envoyeriés. Et ay dict à -milord trésorier et au comte de Lestre que vous ne vouliés prescripre -à l'ung ny à l'aultre ce qu'entendiés de fère pour eulx, car -dellibériés de commettre aultant que montoit la mesmes personne et la -grandeur et la fortune de Monseigneur, vostre frère, le tout en leurs -meins, et que leur loyer surmonteroit indubitablement et vos promesses -et leur espérance; mais qu'en l'endroict des personnes, ès quelles ilz -estimeroient estre bon d'uzer quelque présente libéralité, qu'ilz la -promissent ardiment pour vous, car vous y satisfferiés entièrement, et -me feriés venir jusques à cinquante et soixante, et cent mille escus -pour y fournir à leur discrétion, ce qui n'a esté prins que de très -bonne part. Et à quelques aultres propos, bien esloignés de cella, -j'ay sondé le Sr Acerbo s'il auroit moyen de fournir, icy, de -l'argent; qui m'a dict qu'il fournira tousjours, en ceste ville, -jusques à cent mille escus, sur la lettre du Sr Orace Russelin et sur -celle du sieur Jehan Baptiste Gondy, et qu'il ne fault sinon qu'on -accorde de quelque assignation par dellà avec l'ung d'eux pour estre -rembourcé, au cas que leur crédict soit employé icy, et que, s'il ne -l'est poinct, l'on leur rendra leur lettre. De quoy j'ay desjà prins -parolle du dict Sr Acerbo. - -Et après, Sire, que j'ay eu communiqué à la Royne d'Angleterre et aulx -seigneurs de son conseil ce que m'avés mandé de la Rochelle, je l'ay -faict sçavoyr aulx gentilshommes et aultres vos subjects qui sont icy, -desquelz y en y a eu qui n'ont peu contenir les larmes du grand ayse, -qu'ilz ont receu, de la déclaration de Vostre Majesté, et de ce que -leur voulés maintenir vostre édict; ny pas ung d'eulx n'a dict, ny -monstré semblant aulcun, de vouloir devenir aultres que très humbles -et très obéissantz subjectz de Vostre Majesté. Et l'agent de la -Rochelle, sur toutz, s'est resjouy de la susdicte déclaration, et m'a -instamment requis de vous supplyer très humblement, Sire, qu'il vous -playse ne croyre que, de la part de ceulx de sa ville, ny en général, -ny en particullier, il soit venu aulcun advertissement, ny plaincte, -ny remonstrance de ce faict en ceste court; et que seulement ung homme -qui estoit présent, quand les choses furent descouvertes, estant, -d'avanture, arrivé icy pendant le premier bruict qui en couroit, il a -esté appellé devant le comte de Lestre pour dire ce qu'il en sçavoit; -et qu'il me promettoit, devant Dieu, qu'il ne s'estoit traicté ny se -traicteroit rien, icy, par ceulx de sa ville, qu'il ne m'en fît -participant, affin que je fusse tesmoing que leurs déportements -n'estoient que de loyaulx et fidelles subjects de Vostre Majesté. Par -quoy je luy ay permis de fère sçavoir à ceulx de sa ville la façon -dont Vostre Majesté avoit escript, par deçà, de ce faict. - -J'ay mis toute la dilligence, qu'il m'a esté possible, et ne cesse -encores par les meilleurs moyens, que je puis, de destourner celle -dellibération, que je vous ay mandée qu'on mettoit en avant, touchant -la dicte ville de la Rochelle et ce quartier de la Guyenne qui est -entre la Loyre et la Garonne, et pense avoyr faict quelque -commancement de la divertyr. Néantmoins, parce que ceulx de la -nouvelle opinyon ne se peuvent encores bien rassurer de ces rescentes -souspeçons, et que ceulx cy arment et équippent navyres et font -quelque description de gens de guerre, pour envoyer, ainsy qu'ilz -disent, en Irlande, je supplye très humblement Vostre Majesté de fère -advertyr, secrettement, les gouverneurs, tout le long de vostre coste, -qui regarde la mer de deçà, qu'ilz ayent à se tenir sur leurs gardes, -bien qu'on ne m'a jamays annoncé icy plus de paix ny d'amityé qu'on -faict maintenant. Et sur ce, etc. - - Ce XIIe jour de janvier 1574. - - - - -CCCLXIe DÉPESCHE - ---du XVIIIe jour de janvier 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Mission du baron d'Aubigny, envoyé en Angleterre par le roi - d'Espagne.--Négociation des Pays-Bas.--Affaires - d'Irlande.--Nouvelles de la Rochelle.--Inquiétudes causées à - Londres par les armemens préparés en France et les nouvelles - prises faites par les Bretons.--État de la négociation du - mariage. - - - AU ROY. - -Sire, le baron d'Aubigny, de Bourgoigne, est ce gentilhomme que le -grand commandeur de Castille a envoyé devers ceste princesse, lequel -parle assez bien le langage de ce pays, car il a esté nourry page de -la feue Royne Marie d'Angleterre, et est arrivé, le XIIIIe de ce moys, -en ceste ville, et, le troysiesme jour après, il a passé oultre à -Hamptoncourt. Les deux commissayres des Pays Bas, qui estoient -avecques luy, sont encores, derrière, à Donquerque, parce qu'ils n'ont -voulu passer deçà sans ung saufconduict de la dicte Dame, laquelle le -leur dépescha hier; et ilz seront, de brief, icy, pour vacquer -quelques moys à radresser l'entrecours, et accorder les différants des -prinses, s'ils peuvent. Je ne sçay encores comme l'affère leur -succèdera. - -Les quatre cappitaynes, qui doibvent aller en Irlande, ont faict la -monstre de leur huict centz hommes, et ont touché deniers. Ilz -s'achemineront dans deux ou trois jours; et j'entends qu'on les haste -ainsy de partir, parce qu'il est venu nouvelles que les Angloys ont -esté, de rechef, bien battus de dellà, et l'ung des filz du milord -Housdon tué, et que le comte d'Essex est asssiégé en ung destroit de -pays, où, s'il n'est secouru dedans ung moys, il sera contrainct de -se rendre; et a mandé que le comte d'Esmond a faict ligue avec trois -aultres comtes du pays, qui dellibèrent de mettre chacun dix mille -hommes en campaigne, à ce prochain printemps, oultre le secours qu'ilz -attandent de Mac O'Nel l'escossoys. Dont ceulx cy se trouvent assés -empeschés comme remédier à cest affère, et mesmement qu'on leur mande -que les Irlandoys, lesquels on disoit que s'enfouyeroient à la -première harquebouzade qu'ilz orroient, se monstrent aultant ou plus -assurés harquebouziers que les Angloys, dont souspeçonnent qu'il y ayt -des françoys et hespaignols parmy eulx, qui les dressent ainsy et qui -les conduysent. - -Quand au faict de la Rochelle, ce qu'il vous a pleu, Sire, -dernièrement m'en escripre, a faict que, en ceste court, ny parmy les -Angloys, ny encores parmy voz subjects qui sont icy, l'on n'en parle -plus de la façon qu'on faysoit, et que chascun commance de se proposer -des considérations fort apparantes pour juger que l'entreprinse n'a -esté dressée, ny du sceu ny du commandement de Voz Majestez Très -Chrestiennes. Il est vray que, en l'endroict des ungs, ny en -l'endroict des aultres, parce qu'ilz sont touts assés ombrageux et -deffiants, je ne puis, pour encores, advancer guyères que de les fère -demeurer paysibles, et sans rien mouvoir, jusques à ce qu'ils voyent -comme les choses procèderont, et comme ceulx de Languedoc se -réduyront, et qu'est ce que résultera de ceste assemblée de conseil -que Vostre Majesté tient maintenant à St Germain en Laye, car -monstrent que, jusques allors, ilz ne pourront guyères bien déposer la -crainte et l'espouvantement où ilz sont. Et si, m'a t on, depuis deux -jours, Sire, confirmé cella mesmes, que je vous ay naguyères mandé, -touchant recevoir des forces d'Angleterre en ce quartier de la -Guyenne qui est entre Loyre et Garonne, et susciter là une grande -révolte contre Vostre Majesté. En quoy, encores que je n'espère estre -si endormy, si l'on en venoit à des actes prochains, que je ne vous en -puisse bien advertyr, si vous suppliè je très humblement, Sire, de -faire cepandant sonder, par vos lieutenants et gouverneurs, s'il y a -estincelle aulcune de telle impression ès cueurs de voz subjects au -dict pays; car je confesse que cest advis me vient d'ung endroict, -d'où, d'aultres foys, l'on m'a interpretté les actions de ceulx de la -nouvelle religion en tout aultre sens que je ne l'ay, puis après, peu -vériffier, ny qu'il ne s'est à la fin trouvé. - -Tant y a que ceste princesse ne m'a peu dissimuler qu'on n'ayt mis -peyne de luy donner une malle impression de la prinse de ces dix -navyres, qui a esté faicte sur ses subjects, en allant et retournant -de Bourdeaulx, et de ce qu'on luy a dict que, dans la rivyère de -Bourdeaulx, Vostre Majesté faict tenir deux grands navyres de guerre -touts prets, et ung en Brouage, et quatre fort grands à Brest, quelque -autre nombre à St Mallo, cinq au Hâvre de Grâce, sept à Dieppe, et -vingt huict navires bretons, de cent et six vingts tonneaulx chacuns, -à Callays, qui y sont depuis deux moys, et les gens de guerre toutz -prets, en Picardye, pour les embarquer. A quoy, encor que je luy aye -abondamment satisfaict, je sents néantmoins qu'on la veult, par là, -mettre en allarme, affin que, de son costé, elle face aussy armer et -mettre hors aulcuns de ses grands navyres de guerre, comme je ne fay -doubte qu'on ne la conduyse facillement à cella; et que sir Artus -Chambernan et Me Hacquens qui ont esté, ces jours passés, fort -négociants en ceste court, n'obtiennent aussy commission d'armer des -vaisseaulx, vers le Ouest, pour courre ceste mer estroicte, ou pour -estre prets à toutes occasions. A quoy j'auray l'oeil le plus ouvert, -que je pourray, pour en advertyr incontinent Vostre Majesté. - -Au regard du propos de Monseigneur le Duc, j'attands, d'heure en -heure, Sire, que la dicte Dame me face appeller à Hamptoncourt pour me -bailler sa responce. Et le comte de Lestre m'a promis qu'il sera fort -dilligent et soigneux de luy recorder qu'elle ne me la vueille plus -prolonger; et encores, à toutes advantures, j'envoye le Sr de Vassal -présentement devers luy affin qu'il ne l'oublye. Cepandant j'ay visité -milord de Burgley, à son commancement de guérison, pour conférer de -cest affaire avecques luy, lequel m'a pryé de presser, le plus que je -pourray, icelluy affère, et que, nonobstant qu'il soit contredict de -plusieurs, que je n'en veuille encores mal espérer. Sur ce, etc. - - Ce XVIIIe jour de janvier 1574. - - - A LA ROYNE. - -Madame, premier que la Royne d'Angleterre soit partie d'icy pour aller -à Hamptoncourt, encor que ce ayt esté bien soudaynement et à la haste, -je l'ay néantmoins fort pressée, et faicte bien fort instamment -presser, par milord trésorier et par le comte de Lestre, de me vouloyr -fère sçavoyr la responce qu'elle entend fère à Voz Majestez Très -Chrestiennes touchant le propos de Monseigneur le Duc, vostre filz; -mais il ne m'a esté possible de tirer aultre chose d'elle, sinon que, -dans peu de jours, elle me feroit appeler pour me la dire, et que, si -elle se trouvoit maintenant un peu longue à se résouldre en cella, -qu'elle vous prioit, Madame, de vous souvenir que vous aviés bien esté -six moys entiers sans luy mander rien de certain touchant l'entrevue; -à l'occasion de quoy elle vous supplioyt qu'à ceste heure vous -layssiés compenser la longueur de l'une avec celle de l'aultre. Et -bien, Madame, que je n'aye deffally de responce là dessus, elle m'a -néantmoins fort conjuré de ne me douloyr de ce petit dellay, qui luy -faysoit encores besoing, car m'assuroit qu'il ne seroit long. Et le -comte de Lestre a prins en luy de m'envoyer ung de ses gentilshommes -pour m'advertyr proprement du jour que j'iray trouver la dicte Dame; -mais, ne m'attendant du tout à cella, je viens de luy dépescher, tout -à ceste heure, ung des miens, affin de le luy recorder. Et semble -qu'elle ayt esté persuadée d'accomplir ce que le duc d'Alve desiroit -en cest affaire, qu'elle ne conclûd rien avec Monseigneur, vostre -filz, sans avoyr entendu quelz advantages l'on luy feroit proposer -pour le filz de l'Empereur; et, possible, aulcuns, en ceste court, -s'attendent que le baron d'Aubigny en mette quelque chose en avant, et -qu'il ayt charge d'en parler. Et il est bien certain que, toutes les -foys que Voz Majestez Très Chrestiennes ont faict attacher chaudement -ceste praticque, que, du costé d'Espaigne, l'on n'a fally, soubz -aultres prétextes, d'envoyer soubdain icy des ambassadeurs pour y -donner tout l'empeschement qu'on a peu; tant y a qu'on me faict -accroyre que debvés encores paciemment attandre ceste responce, sans -vous désespérer de vostre pourchas. - -Et milord Trésorier, avec lequel j'en ay, depuis deux jours, fort -estroictement conféré, m'a dict que les adversayres du propos, encor -qu'ilz soient en grand nombre, n'ont, jusques à ceste heure, peu -prévaloyr contre la dellibération des principaulx du conseil, qui -sont fort bien résolus pour le mariage de leur Royne. Sur ce, etc. - - Ce XVIIIe jour de janvier 1574. - - - - -CCCLXIIe DÉPESCHE - ---du XXVIe jour de janvier 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Audience.--Nouveaux retards apportés à la négociation du - mariage.--Mission du baron d'Aubigny.--Communication faite par - l'agent de la Rochelle.--Assurance donnée par l'ambassadeur que - le roi ne veut rien attenter contre cette ville. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay esté, le XXe de ce moys, à Hamptoncourt, pour presser ceste -princesse de me vouloir fère sa responce sur le propos de Monseigneur -le Duc, et elle a monstré qu'elle estoit preste de le fère, et que -nulle difficulté, ny argument du passé, y donnoit plus d'empeschement, -s'en estant elle, avec ceulx de son conseil, entièrement bien résolue; -mais qu'il estoit survenu, de nouveau, aulcuns escrupules, aulxquels -elle pensoit que Vostre Majesté pourroit facillement satisfère, -lesquels iceulx de son dict conseil jugeoient estre expédient de les -oster, premier qu'elle peût bien respondre. Et me les a fort amplement -desduicts, et m'a dict qu'elle feroit promptement partir ung courrier, -devers son ambassadeur, pour vous faire entendre le tout, affin que -Vostre Majesté n'estimât que ceste remise fût sans beaucoup de -fondement. - -J'ay respondu à toutz ces escrupulles de la dicte Dame, et plus à -ceulx dont j'estois adverty qu'elle estoit vifvement touchée dans son -cueur, qui estoient véritablement considérables, et desquels elle ne -me faisoit poinct de mencion, que à ceulx dont elle me parloit; et -l'ay fort adjurée de ne vouloir, pour cella, interposer plus de -longueur en sa responce, de peur que Vostre Majesté et la Royne, -vostre mère, et Monseigneur le Duc, ne l'interprétissiés à une manyère -de deffaicte; et qu'il n'estoit besoing qu'elle envoyât en France, ny -qu'elle attandît aulcune satisfaction de dellà, car ce que je venois -de luy respondre pouvoit suffire à elle, et aux seigneurs de son -conseil, pour demeurer bien esclarcys de toutz les dicts escrupulles. - -Elle m'a réplicqué qu'elle me prioit donc de vouloir fère -communicquation, à quelques ungs de son dict conseil, des articles de -mes dépesches, que je luy venois de déduyre, affin qu'ilz en peussent -prendre aultant de satisfaction qu'elle: comme j'ay faict à milord -trésorier et au comte de Sussex. Et suys maintenant à poursuyvre, -comme devant, la susdicte responce, laquelle j'espère avoyr bientost. -Et pense, Sire, que, par le rapport, que le cappitaine Mazin vous aura -faict, de la rigueur qu'on luy a tenue, au repasser en France, Vostre -Majesté aura comprins d'où est procédé l'ung de leurs dicts -escrupules, qui n'a esté si petit qu'ilz n'en ayent faict tenir les -passages sérés, pour quelques jours, et faict surprendre beaucoup de -pacquetz; dont encores quelques ungs des miens en ont esté retardés. - -Le baron d'Aubigny, après avoyr esté, cinq jours, en ceste court, -festoyé et caressé, et l'avoyr ceste princesse fort bénignement ouy, -par deux foys, et luy avoyr baillé responce aulx troys lettres, qu'il -luy a apportées, du duc d'Alve, du grand commandeur et des Estatz de -Flandres, car n'en avoit du Roy d'Espaigne, bien qu'on l'ayt voulu -publier aultrement, il a esté favorablement licencié d'elle, avec -présant d'une chayne de quatre centz escuz. Et aulcuns luy ont voulu -toucher, en passant, qu'elle se vouloit, plus estroictement que -jamays, confédérer avec le Roy d'Espaigne, et luy envoyer bientost ou -le vicomte de Montégu, ou milord Sideney, et que seulement elle -s'entretenoit avec Vostre Majesté pour gaigner temps. Néantmoins, le -jour d'après, ung estranger, qui est icy, lequel est fort du party -d'Espaigne et inthime amy de Gouaras, m'est venu chaudement rechercher -d'une praticque, de laquelle je résous faire cy après mencion à Vostre -Majesté; laquelle monstre bien qu'ilz procèdent entre eulx d'une -grande deffiance, et que, nonobstant la venue des deux depputés des -Pays Bas, qui semblent n'attandre que le retour du dict d'Aubigny à -Dounquerque, pour passer deçà, ilz ne s'attandent guyères, de pas ung -costé, qu'ilz puissent bien accomoder leurs différants. - -Ceulx de la Rochelle, devers lesquels le comte de Montgommery avoit -dépesché ung sien secrettère, pour leur donner compte des frays du -secours qu'il leur avoit admené, durant ce siège, luy ont renvoyé en -dilligence le dict secrettère. - -Et despuis, l'agent de la Rochelle m'est venu dire, que, suyvant la -promesse, qu'il m'avoit faicte, de me conférer tout ce qui -surviendroit, icy, concernant ceulx de sa ville, il me vouloit bien -advertyr qu'il avoit receu lettres d'eux, par lesquelles ilz luy -confirmoient la vérification de l'entreprinse, qui avoit esté faicte, -pour livrer eulx, et leur ville, à un misérable saccagement; non qu'on -luy mandât que ce fût, du sceu ny du commandement de Vostre Majesté, -mais qu'ilz avoient évité ung très grand et manifeste danger; et -estoient encores en quelque frayeur de ce que les garnisons, -d'alentour d'eux, se grossissoient et renforçoient, chacun jour, et -qu'ils entendoient qu'une nouvelle levée de Suisses avoit esté mandée, -et qu'en divers ports du royaulme s'équippoient en guerre beaucoup de -navyres. Ce qu'ayants les gentilshommes et aultres de la nouvelle -religion eu bien fort suspect, il s'en estoit retiré quelque nombre en -leur ville, non qu'ils les y eussent appellés, mais ilz y estoient -venus, de eulx mesmes, pour éviter le danger, et pour recognoistre -d'où procédoit le fonds de ceste entreprise; et que le dict agent -sçavoit bien que iceulx habitants n'avoient aultre affection que de -vivre en vrays et loyaulx subjects, sans exception quelconque, que de -ce, seulement, qu'il avoit pleu à Vostre Majesté leur octroyer par le -dernier édict; et qu'ilz ne cherchoient que la seule seureté, laquelle -si se pouvoit trouver, non seulement la ville seroit preste d'obéyr à -vostre vouloir, comme elle fera tousjours, mais au simple mandement du -moindre de voz officiers; et qu'il me prioit que, de ce costé, je -voulusse signiffier ceste leur dévotion et servitude à Vostre Majesté, -ainsy qu'il estimoit que, de dellà, ilz envoyeroient ung de leurs -habitans pour le vous dire. - -J'ay respondu, Sire, que, sans escrupulle aulcun, il se pouvoit -assurer que Vostre Majesté garderoit inviolablement son édict à ceulx -de sa ville, et qu'ilz n'avoient à souspeçonner ny les garnisons, ny -les Suisses, ny les navyres dont ilz parloient: car, oultre que je -pensois qu'il n'en estoit rien; encore, par nulle rayson ny par -démonstration aulcune, il ne pouvoit estre ny vray ny vraysemblable -que les volussiez tourner assiéger, sinon qu'ils se missent tant hors -des termes de l'édict que eulx mesmes en fussent l'occasion; et que je -craignois assés que ceste tant chaude allarme, qu'ilz s'estoient -donnée, les eût desjà tant esmeus, et les fît passer si avant à des -exécutions, et à recevoir gens de guerre en leur ville, et, possible, -à d'aultres praticques ailleurs, qu'en lieu de se rendre, par iceulx -habitants, Vostre Majesté favorable, ilz la provoqueroient contre -eulx; et qu'icelluy agent avoit bien veu en quelle bonne sorte vous -m'aviés commandé de parler, icy, de leur affère, et comme vous aviés -approuvé l'exécution qu'ilz avoient faicte; et j'espérois que, par mes -premières, je luy pourrois encores donner si bon compte de toutes ces -choses, dont il monstroit d'estre en peyne, qu'à mon advis il en -resteroit consolé, et auroit de quoy en consoler ceulx de sa ville; et -qu'en ce que je me pourrois employer, vers Vostre Majesté, pour la -seureté qu'il m'avoit parlé, et pour leur procurer toute tranquillité, -que je le ferois de bon cueur. De quoy il m'a fort remercyé, et, de -rechef, m'a promis qu'il ne se traicteroit rien, icy, pour ses -habitans que je n'en fusse participant. Et sur ce, etc. - - Ce XXVIe jour de janvier 1574. - - - - -CCCLXIIIe DÉPESCHE - ---du IIIe jour de febvrier 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._) - - Audience.--Réponse d'Élisabeth sur la négociation du - mariage.--Consentement donné par elle à l'entrevue sous la - condition qu'elle sera tenue secrète. - - - AU ROY. - -Sire, après que j'ay eu donné une si ample satisfaction à milord -trézorier, et au comte de Sussex, sur les escrupulles dont la Royne, -leur Mestraysse, m'avoit parlé, qu'elle et ceulx de son conseil ont -confessé que c'estoit assés, elle m'a mandé venir, le XXVIIe du passé, -à Hamptoncourt; où, d'arrivée, elle m'a grandement remercyé de la -franchise, dont j'avoys uzé, à communicquer le propre original de mes -lettres à ces deux milords, et qu'elle estoit fort ayse qu'ilz y -eussent trouvé cella mesmes que, sur ma parolle, elle leur avoit desjà -respondu de l'intention de Vostre Majesté, touchant les dicts -nouveaulx escrupulles; et qu'elle vous supplioit bien, Sire, ne -trouver maulvais si elle se rendoit ainsy soigneuse de complaire à ses -subjects, non à toutz, car ne se vouloit assubjectir à une si grande -extrémité, mais à quelques ungs des principaulx qui monstroient avoyr -leur fortune et leurs vies entièrement conjoinctes avec la personne, -la condicion et l'heureux règne d'elle; et que, de tant que le propos -de son mariage estoit principallement fondé sur le contentement de ses -dicts subjectz, lesquels se trouvoient, de rechef, escandalizés pour -la rumeur des choses qu'on rapportoit de France, elle jugeoit estre -fort expédient que Vostre Majesté monstrât, par quelque effect, ainsy -comme de parolle, contre ceulx qui machinoient la rupture de vostre -édict, que vous voulés surtout qu'il soit inviolablement observé; -tendant la dicte Dame, par là, à prolonger encores sa responce, -jusques à ce que quelque justice fût faicte de ceulx qui ont troublé -les choses de la Rochelle. - -A quoy, prévenant son opinyon par des raysons qui seroient longues, à -mettre icy, mais auxquelles elle a esté contraincte d'acquiescer, je -luy ay faict voyr qu'il n'y avoit lieu aulcun d'uzer plus de remise. - -Dont elle a suivy à dire qu'elle me feroit donc la meilleure et plus -clère responce qu'elle pourroit. Qui a esté, Sire, que Vostre Majesté -et la Royne, vostre mère, aviés si longuement persévéré à pourchasser -son alliance, et aviés uzé de si honnorables moyens vers elle, qu'avec -la déclaration qu'elle vous avoit desjà faicte de se vouloir marier, -elle vous déclaroit, de nouveau, que ce seroit de la mayson de France -plustost que de nulle aultre de la Chrestienté; bien que, depuis peu -de moys, il luy eût esté offert ung party bien grand et deulx aultres -non petitz, fort honnorables, et aulcuns d'iceux assés agréables en ce -royaulme, aulxquels elle n'avoit voulu respondre, et n'y respondroit -rien tant qu'elle auroit espérance que celluy de Monseigneur le Duc -peût réuscyr; lequel, oultre que, pour les grandes et royalles marques -de l'extraction d'ung tel prince, et pour les excellantes qualités -qu'on rapportoit de sa personne et de ses vertus, il estoit desirable, -encor se santoit elle luy avoyr de particulliers debvoirs, qui la -rendoient obligée de le préférer à quelque aultre party qui fût au -monde; et que pourtant, sur les dernières dellibérations qu'elle avoit -tenu de luy, (où l'on luy avoit, de rechef, par une si grande -expression qu'elle en estoit demeurée toute esbahye, voulu assurer que -la petite vérolle luy avoit layssé je ne sçay quoy de difformité en -quelque endroit du vysage, qu'elle ne s'en pourroit jamays contanter, -et qu'à ceste occasion l'entrevue avecques luy ne pourroit estre sinon -ung commancement de désordre et de beaucoup d'offance entre Voz -Majestés Très Chrestiennes et elle), elle avoit si bien débattu -l'affère, par le rapport de Me Randolphe, et par le pourtraict qu'il -luy avoit apporté, qu'on avoit bien cognu qu'elle vouloit conduyre le -propos au desir de Monseigneur le Duc, d'estre sienne, si, en façon du -monde, il se pouvoit honnestement faire; et, parce qu'elle ne se -pouvoit bien résouldre, ains estoit en très grande perplexité -d'accorder l'entreveue en public, pour des grandes raysons qu'on luy -avoit alléguées, elle me prioit d'envoyer sçavoyr de Vostre Majesté et -de la Royne, Vostre mère, et de Monseigneur le Duc, si vous pourriés -trouver bon que la dicte entreveue se fît en privé; auquel cas elle -l'accordoit, dès à présent, et me promettoit de me bailler telles -seuretés, de sa main propre, si besoing estoit, pour Mon dict -Seigneur, comme je les voudrois demander. - -J'ay respondu, Sire, que plusieurs inconvénients adviendroient de -ceste façon d'entreveue, et luy en ay allégué les raysons qui seroient -longues à desduyre, la priant qu'en un acte si honnorable, et qui -avoit à se passer entre très grands princes, et lequel estoit -poursuyvi, de vostre costé, avecques tout honneur et grandeur, elle ne -voulût y fère intervenir des actes petits, bas et cachés, qui n'en -feroient que dimynuer la dignité; et pourtant qu'elle vous accordât -entièrement l'entreveue, avec l'assurance du mariage, puisque, du -contantement et félicité d'icelluy, elle pouvoit estre mieulx assurée -par Me Randolphe, et par le pourtraict qu'il luy avoit apporté, que -touts ces rapports contrayres, qui estoient notoyrement faulx, ne l'en -debvoient mettre en doubte. - -Elle a réplicqué que je luy ferois tort, si je ne croyois fermement -qu'elle cherchoit de vous pouvoir complère, et de fère que Monseigneur -le Duc et elle peussent estre maryés ensemble, car c'estoit ce qu'elle -en avoit résolu, et son conseil en estoit bien d'accord avec elle. En -quoy elle cognoissoit bien que l'entreveue estoit tousjours fort -nécessayre, et, possible, plus pour luy que pour elle; mais que, de -la fère publicque, il fauldroit que Monseigneur le Duc y vînt en -magnifficence, pour estre tel prince comme il est, et que pareillement -elle en uzât beaucoup pour le recevoyr; en quoy concourroient non -seulement les yeulx de la France et de l'Angleterre, mais toutz ceulx -de la Chrestienté: et si, puis après, le mariage ne succédoit, il y -auroit de la matière de discours, et encores, possible, d'offance, -beaucoup plus que si elle et luy se voyoient privément, car s'assuroit -que si, après s'estre veus ainsy, il restoit aulcune occasion de se -plaindre de quelque costé, que ce seroit du sien. - -Et, sans que je l'aye peu mouvoir de ceste opinyon, elle s'est, mise à -discourir des façons comme il pourroit venir incognu, et comme elle -s'approcheroit vers la mer pour estre plus à propos; dont, de ses -discours et de ceulx qu'aulcuns de ses conseillers m'ont faict depuis, -je laysse au sieur de Vassal à qui je les ay commis, de vous en rendre -compte. Et sur ce, etc. - - Ce IIIe jour de febvrier 1574. - - - - -CCCLXIVe DÉPESCHE - ---du IXe jour de febvrier 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Audience.--Négociation du mariage.--Insistance d'Élisabeth, - malgré les réclamations de l'ambassadeur, pour que l'entrevue - ait lieu secrètement. - - - AU ROY. - -Sire, ayant la Royne d'Angleterre sceu par milord trésorier, lequel, -après estre guéry, est, ces jours icy, retourné à la court, que je ne -me tenois assez bien satisfait de la responce qu'elle m'avoit faicte, -ny de la lettre qu'on m'avoit depuis escripte, elle a baillé charge à -Mr Walsingam, venant en ceste ville, de m'y donner quelque si bonne -interprétation que j'en peusse rester contant; mais, entendant que je -debvois aller retrouver la dicte Dame, il a mieulx aymé que ce fût -d'elle que je la receusse que non pas de luy. Et ainsy, après que j'ay -eu faict part à la dicte Dame de toutes les particullarités de vostre -lettre, du XVIIIe du passé, et mesmement de ce qu'aviés réduy les -princes et seigneurs de vostre conseil à procéder, dorsenavant, d'ung -bon accord aulx choses de vostre service; et du bon ordre qu'aviés -commancé restablyr en vostre royaulme; et de la paciffication -qu'espériés bientost du costé du Languedoc, sellon les bonnes -nouvelles qu'en aviés freschement receues; aussy de celle qui -continuoit vers la Rochelle, et comme l'alarme que s'estoient donnée -ceulx de la ville se trouvoit de peu de fondement, dont ceulx qui y -avoient accouru s'en estoient desjà retournés presque toutz en leurs -maisons; et que néantmoins vous y aviés dépesché Mr de Saint Suplice -pour examiner bien le faict, et y fère droictement observer l'édict; -luy touchant, à ce propos, ce qui s'estoit entendu, qu'on eût traicté -avec elle d'envoyer des forces par dellà, mais que vous n'en aviés -rien creu, comme aussy il n'en estoit besoing, veu l'honnesteté dont -me commandiés luy offrir beaucoup plus grand chose que cella; puis des -remonstrances que son ambassadeur vous avoit faictes pour le commerce -des Angloys en vostre royaulme, et pour y avoyr justice et pour leur y -estre les anciens privilèges restitués, et pour la satisfaction -d'aultres leurs pleinctes du présent, en quoy soubdain vous aviés -commandé fère des dépesches à Roanet et ez aultres endroicts pour y -pourvoir; je suis enfin venu à luy dire que, touchant le propos du -mariage, Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur le -Duc, vous estiés infinyement resjouys de deux choses que je vous avois -escriptes: l'une est que Me Randolphe luy eût, par son rapport et par -le pourtraict qu'il luy avoit apporté, donné pleyne satisfaction de ce -qu'elle avoit desiré sçavoyr, du visage et de la disposition de Mon -dict Seigneur, contre les faulx rapports qu'on en avoit faicts; -l'aultre, que, sellon les propos que j'avoys depuis ouys d'elle, et -sellon ceulx que ses deux conseillers m'en avoient tenus, je vous -avois faict espérer qu'elle vous feroit une bonne responce. Dont me -commandiés que je la conjurasse bien fort de la vous vouloir fère -bientost, ainsy bonne et favorable, comme vostre longue attante et -vostre persévérance, et les honnestes satisfactions que vous estiés -tousjours efforcée de luy donner, et la conjoincte et constante bonne -affection de toutz trois vers elle, la vous faisoient justement -mériter. - -A quoy elle, monstrant ung singulier plaisir des susdictes -particullarités, lesquelles luy avoient osté les souspeçons, où l'on -l'avoit volue mettre de vostre costé, m'a respondu plusieurs -honnestetés, sellon sa coustume, de la confiance qu'elle prenoit, de -jour en jour, plus grande de vostre amityé, et de la parfaicte -assurance que vous vous deviés donner pour jamays de la sienne. Et -puis, sur le propos de Monseigneur le Duc, m'a dict qu'elle avoit esté -en peyne d'entendre que je n'eusse ainsy bien prins sa responce, comme -elle pensoit me l'avoyr faicte fort bonne, sellon que j'avoys bien -cognu que la perplexité, où l'avoient mise aulcuns, qui avoient -naguyères veu Monseigneur le Duc, (lesquels, pour l'acquit de leur -loyaulté, s'estoient venus descharger vers elle de ce qu'elle m'en -avoit desjà dict), ne portoit pas qu'elle me peût parler plus -ouvertement et plus cordiallement qu'elle avoit faict; car estimoit -toucher à son honneur, premier que Vostre Majesté et la Royne, vostre -mère, azardissiés la venue de Mon dict Seigneur par deçà, qu'elle vous -deût clèrement mander tout ce qu'on luy en proposoit, et ce qu'on luy -en faysoit craindre. Mais, affin que ne prinssiés argument qu'elle -n'eût procédé tousjours fort sincèrement en cest endroict, et qu'elle -ne desirât de bon cueur le mariage, s'il plaisoit à Dieu que eulx deux -se peussent complayre, et que ne tombissiés en aulcune malle -satisfaction d'elle, elle vous avoit bien voulu, de rechef, accorder -l'entrevue, en privé, pour estre néantmoins, premier, bien considéré -de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et entièrement réglé -par l'opinyon que pourriés avoyr que, nonobstant ceste nouvelle -confirmation de rapport, la présence seroit pour donner bon succès au -mariage: car si ne l'aviés telle, comme aussy, si elle ne s'en estoit -réservée une bien bonne espérance vers elle, elle vous supplieroit -fort franchement, et de la plus grande affection de son cueur, que -vous volussiés déporter entièrement de la dicte entrevue, affin de -n'azarder rien de ceste tant bien fondée amityé et confédération, où -elle se retrouvoit maintenant avec Vostre Majesté et avec vostre -royaulme. - -Je luy ay, par ma réplicque, si clèrement remonstré le peu de -correspondance que sa responce apportoit à voz honnorables offres, et -aulx honnestes satisfactions que luy aviés données, qu'il sembloit que -mal volontiers, et à regret, elle accordât la dicte entrevue, et -qu'elle eût comme à mespris, et quasy à honte, ce en quoy vous -estimiés l'honnorer et defférer beaucoup à sa grandeur, et que je -m'esbahissois comme elle ne s'appercevoit que c'estoit une imposture, -par trop impudente, que de luy renouveller plus ce faulx rapport, qui -estoit convaincu par le tesmoignage de Randolphe et par le pourtraict, -et encores plus convaincu par l'offre de ce qu'on soubmettoit cella au -jugement que ses propres yeux en pourroient fère; qui luy engagoys ma -vye que, non seulement elle n'y verroit point de deffault, ains -qu'elle y trouveroit tant de perfections qu'elle se repputeroit bien -heureuse d'estre aymée d'un tel prince, et qu'indubitablement elle -viendroit amoureuse de luy. Dont la suppliay qu'elle voulût amander sa -responce, affin que vous en peussiés recevoyr plus de satisfaction. - -Elle, soudain, appela les comtes de Lestre et de Sussex et les deux -secrettères, Mrs Smith et Walsingam, pour leur fère entendre mon -instance, sur laquelle, après qu'ilz eurent longuement débattu entre -eulx, je ne peus, de toute leur déduction, tirer rien de mieulx que -devant, parce que desjà elle avoit mandé à son ambassadeur de vous -dire le mesmes que je vous avois escript; sinon, quand au passeport, -qu'elle ne luy avoit donné aulcune charge de vous en parler, mais elle -me confirma, de rechef, qu'aussytost qu'auriés résolu la dicte -entrevue, ainsy en privé, qu'elle ne faudroit de me la fère bailler -très honnorable et bien seur, et qu'au reste elle vous rendoit -beaucoup de mercys de la tant ample satisfaction que luy avés donnée à -ses escrupulles, et de ce que n'en aviés voulu prendre d'elle; qui -vous prioit de croyre, Sire, qu'elle n'avoit presté, ny presteroit -jamays, l'oreille à praticque quelquonque qui se fît jamays contre -vostre estat, et qu'elle estoit très ayse qu'eussiés prins à cueur le -traffic de ses subjects en vostre royaulme, comme elle feroit le -semblable pour les vostres par deçà; et ne sçavoit à quoy il pouvoit -tenir qu'on n'eût desjà conclud ce faict entre les deux pays, comme il -estoit porté par le traicté; et ne vouloit, pour la fin, oublyer de -vous fayre ung très expécial mercyement pour Me Vuarcop son -pensyonnayre, pour lequel elle ne s'estimoit moins gratiffiée, en ce -que feriés pour luy, que si la plaincte touchoit à elle mesmes. - -Et, après que je me fus ainsy licencié d'elle, j'entretins longuement -ses conseillers sur ce que vous trouveriés peu de satisfaction en la -responce qu'elle vous avoit ceste foys faicte; mais ilz me dirent -qu'il y avoit des considérations qui la contreignent de protester -ainsy ces choses premier que de passer plus avant, et qu'ilz ne -peuvent encores que fort bien espérer de tout l'affère, me déduysant -plusieurs raysons là dessus: lesquelles, pour estre trop longues, je -les remettray à une aultre foys, pour adjouxter seulement, icy, Sire, -que j'ay baillé à la comtesse de Montgommery les provisions qu'avés -octroyées à son mary, laquelle s'en est resjouye infinyement, et les -luy a envoyées incontinent, à Gerzé, d'où il en fera la responce et le -très humble mercyement à Vostre Majesté. Et sur ce, etc. - - Ce IXe jour de febvrier 1574. - - - A LA ROYNE. - -Madame, après avoir debbatu à ceste princesse la forme de sa responce, -en la façon que je mande en la lettre du Roy, et trop plus amplement -et plus vifvement que je ne le puis pas mander, je l'ay curieusement -observée si, en aulcunes de ses parolles, ou de ses contenances, je -pourrois noter qu'elle se fût alliennée du propos de Monseigneur, -vostre filz; mais, ou soit qu'elle le sçache bien cacher ou bien -qu'il soit ainsy, je n'y ay peu cognoistre sinon la mesmes bonne -disposition qu'elle a tousjours monstrée vers luy. Dont luy ay touché, -en passant, si elle n'entendoit pas que les mesmes articles, qui -avoient esté desjà trouvés bons au propos du Roy de Pouloigne, -restassent entiers et accordés pour Monseigneur le Duc, et si elle luy -feroit pas l'honneur, au cas qu'il vînt par deçà, et qu'ilz se -peussent complère, de l'espouser, sans luy donner la peyne de repasser -la mer, attandu que ce ne seroit par procureur, ains en personne, -qu'il luy viendroit offrir son service. A quoy elle m'a respondu que -je ne demandois rien qui ne fût raysonnable, sinon en ce que je -pressois un peu trop l'affère, d'aultant qu'il failloit que le mariage -fût publicque et solennel, là où l'entrevue seroit privée, et, entre -peu, dans une salle. Dont j'estime, Madame, que, si Voz Majestez se -résolvent à la dicte entrevue, en privé, car je ne pense point qu'on -en puisse obtenir d'aultre, qu'il sera bon que vous réserviés de la -fère en la plus commode et honnorable façon que vous jugerés convenir -à vostre grandeur, et à la dignité de Mon dict Seigneur, vostre filz; -et que les deux pointz, dessus, soient gaignés, premier qu'il passe, -affin de prendre tousjours pied, et avoyr des arres, sur ceulx qui -artifficieusement subtilisent par trop les points de cest affère, et -qui espèrent par là le mener à rupture. Dont vous plerra en toucher -quelque mot à l'ambassadeur de la dicte Dame, et le disposer -d'escripre tousjours en bonne sorte par deçà, car ses lettres n'y -peuvent estre sinon utilles; et me commander, au reste, par le retour -du Sr de Vassal, l'ordre qu'il vous plerra que je preigne, car je ne -fauldray de bien entièrement l'observer. Et vous remercye très -humblement, Madame, de la favorable recordation qu'il vous a pleu -avoyr de moy, vers le Roy, pour me fère retenir de son privé conseil, -chose que je reçoys en plus grand heur que nulle aultre qui m'eût peu -venir de l'élection et bénefficence de Voz Majestez, et en laquelle je -regrette infinyement que mon insuffisanze m'en oste le mérite; mais -j'espère y apporter tant de dilligence et de fidellité que Vostre -Majesté ne se repantira de son bienfaict, pour lequel ce qui me reste -de vye sera pour jamays employé à vostre service, aydant le créateur -auquel je prye, etc. - - Ce IXe jour de febvrier 1574. - - - - -CCCLXVe DÉPESCHE - ---du XVe jour de febvrier 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Succès remporté par la flotte du prince d'Orange.--Négociation - des Pays-Bas.--Affaires d'Écosse.--Excès du comte de Morton; - mécontentement des Écossais.--Nouvelles de Marie Stuart. - - - AU ROY. - -Sire, il est venu icy nouvelles, le Xe de ce moys, comme les -vaysseaulx du prince d'Orenge avoient repoussé et rompu la flote, que -le grand commandeur envoyoit pour avitailler Meldelbourg, et que la -ville, à ceste occasion, estoit bien près de se rendre, de quoy l'on a -faict diverses démonstrations par deçà, les ungs d'estre marris, mais -le plus commun, et en public, l'on a monstré d'en estre fort ayse, -mesmement qu'il y avoit beaucoup de vaysseaulx, et de mariniers, et de -soldats, angloys, à l'entreprinse. Et le mesmes jour, les deux -depputés des Pays Bas, qui avoient attandu à Dounquerque le baron -d'Aubigny, sont arryvés, lesquels l'on n'a pas layssé, pour cela, de -bien recevoyr, ni eulx de monstrer bonne contenance; et est l'on après -à depputer des commyssayres pour vacquer avec eulx à l'accord de leurs -différentz. Et se continue la dellibération d'envoyer ou le vycomte de -Montégu, ou milord Sideney, en Espaigne, lesquels sont toutz deux à -présent en court; mais je ne voy pas qu'ilz soient encore si près de -partir, et croy que, si les affères d'Irlande ne pressoient, que l'ung -ny l'aultre n'y yroient poinct du tout. - -Au regard de l'Escoce, les choses semblent s'y entretenir encores en -quelque forme de paix, soubz la prétendue régence du comte de Morthon, -bien que j'ay advis qu'il s'y déporte en homme avare, et violent, et -dissolu, et que, de toutz les principaulx de la noblesse, il n'a près -de luy, à ceste heure, qu'ung seul milord, duquel il entretient la -femme, et en entretient encores deux ou trois aultres, maryées, au -grand escandalle d'ung chascun; et que, entre aultres, le nouveau -comte d'Arguil est très malcontant de luy, de ce qu'ayant demandé de -succéder à l'estat de chancellier, ainsy que son frère, à son décès, -le possédoit, icelluy de Morthon l'a baillé à milord de Glames; dont -ung gentilhomme escouçoys, de bonne qualité, à qui j'ay eu tousjours -intelligence, oncle du dict d'Arguil, qui a résidé plus de huict moys -en ceste ville, parce qu'il ne pouvoit accorder avec le dict de -Morthon, estant, à présent, mandé par son nepveu, et estant peu -satisffaict de la façon dont les Angloys ont procédé vers luy, et -qu'il void qu'ilz procèdent vers sa nation, m'est venu dire qu'il s'en -alloit remonstrer clèrement, aulx principaulx de son pays, comme la -Royne d'Angleterre ne cherchoit que leur ruyne et le moyen de les -dominer, et qu'ilz se debvoient retirer de toute intelligence et -communicquation d'avec elle, s'ilz ne vouloient ung jour estre réputés -traistres à leur prince, et de se tenir plus fermes que jamays à -l'alliance de France, et qu'il sçavoit bien que les plus grands et les -meilleurs du royaulme estoient desjà tout persuadés de cella; dont, -s'il plaisoit à Vostre Majesté les assister, et mesmement le dict -comte d'Arguil, son nepveu, contre le dict de Morthon, qui estoit du -tout angloys, qu'indubitablement ilz le déchasseroient facillement de -toute son authorité, et pareillement toute sa faction, laquelle -n'estoit, à présent, guyères grande. - -Je luy ay respondu qu'il pouvoit hardiment assurer le dict comte -d'Arguil; son nepveu, et ceulx de la noblesse, de son pays, que Vostre -Majesté, en toutes sortes, dellibéroit de bien soigneusement conserver -l'alliance de la couronne d'Escosse; et pourvoir, en tout ce qu'il -vous seroit possible, à la protection des princes du dict pays, et à -la deffance et repos de tout l'estat; et continuer aulx Escossoys les -mesmes entretènementz, pensions, privilèges et faveurs, qu'ilz -avoient, de tousjours, eu en France; et n'habandonner nullement ceulx -qui, comme gens de bien et bons escoussoys, voudroient suyvre cest -honnorable party, que leurs prédécesseurs avoient tousjours tenu. -Dont, après qu'il auroit parlé à eulx, s'il me faysoit sçavoyr leur -intention, je mettrois peyne de fère en sorte que Vostre Majesté leur -feroit santir l'effect et l'assurance de la sienne. - -Or, attand le dict gentilhomme son saufconduit, et je desire, de bon -cueur, qu'il vous playse me mander ce que j'auray à luy dire ou -commettre davantage, pour vostre service par dellà. J'entendz -néantmoins que le susdict Morthon a remis milord de Humes, moyennant -dix mille livres, en la possession des deux chasteaulx que les -Angloys ont rendus, avec obligation qu'il tiendra le party contrayre à -la Royne d'Escosse. - -J'ay parlé à milord trésorier, suyvant ce qu'il vous a pleu -m'escripre, le XIXe du passé, du passeport de madamoyselle de Rallay, -et de deux servitteurs, pour venir servir la dicte Royne d'Escosse, et -n'ay obmis aulcune sorte de persuasion dont je ne luy aye uzé là -dessus; mais il m'a pryé de me contanter, pour ceste heure, de sçavoyr -que la dicte Dame se portoit bien et estoit bien traictée, et que la -Royne d'Angleterre n'estoit plus si irritée, comme elle souloit, -contre elle, ni contre le comte de Cherosbery; et que je réservasse de -parler du dict saufconduict, après que je verrois le propos de -Monseigneur le Duc acheminé à quelque bonne conclusion. Duquel propos, -Sire, la négociation demeure suspendue jusques à la procheyne response -de Voz Majestez Très Chrestiennes. Et sur ce, etc. - - Ce XVe jour de febvrier 1574. - - - - -CCCLXVIe DÉPESCHE - ---du XXe jour de febvrier 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._) - - Conférence de l'ambassadeur avec Burleigh et Walsingham sur la - négociation du mariage.--Affaires d'Irlande.--Détails - particuliers donnés par Walsingham. - - - AU ROY. - -Sire, quand la Royne d'Angleterre est partie d'Aptomcourt, pour aller -en la mayson du comte de Lincoln, ainsy que je le vous ay mandé par -mes précédantes, milord trésorier ne l'a point suivye, ains s'en est -retorné reposer en sa mayson de ceste ville, pour achever de se bien -guérir, et pour confirmer sa santé, et Mr Walsingam, avecques luy; -avec lesquels deux j'ay continué de négocier, aultant que j'ay peu, -l'advancement du propos de Monseigneur le Duc. Et le dict grand -trésorier m'a faict sçavoyr comme, le jour après que je fûs party -d'avec la dicte Dame, il parla longuement à elle, sur la forme de la -responce qu'elle m'avoit faicte, et que, sellon aulcunes -considérations qu'elle luy avoit sceu bien déduyre, il jugeoit, veu -l'estat du propos, qu'elle ne me l'eût peu fère meilleure; et -qu'indubitablement elle s'attandoit que Monseigneur le Duc ne -refuzeroit de venir ainsy, en privé, avec quelque honneste et -honnorable, mais petite compagnye, des mieulx choisis de vostre court, -et des siens; et qu'il se pouvoit assurer qu'elle luy feroit tout -l'honneur et bonne chère qu'elle pourroit; et que, si elle n'avoit -affection et bonne espérance du mariage, elle ne consentiroit, pour -chose du monde, que la dicte entrevue se fît, ny en une façon, ny en -une aultre; mais que, pour l'incertitude de l'évènement, elle avoit, à -toutes advantures, estimé estre trop plus expédient de la fère ainsy, -en privé, que non à la descouverte. - -Et Mr Walsingam dict que c'est tout le mieulx que la dicte Dame eût -peu fère, en la présente disposition du dict propos, et que, si jamays -l'on avoit remarqué aulcun indice en elle d'y vouloir, à bon escient, -entendre, que c'estoit à présent; et qu'elle se persuadoit que Vostre -Majesté, ny la Royne, vostre mère, ne refuzeriés, ny n'auriés -aulcunement mal agréable, que ceste privée entrevue se fît; et que, -luy, de sa part, espéroit que la présence de Monseigneur le Duc auroit -plus d'effect, à mener l'affère à sa conclusion, que nulle aultre -chose qu'on y peût applicquer, se persuadant qu'il satisferoit à -l'oeil de la dicte Dame, ainsy qu'il sçavoit bien qu'elle avoit desjà -les aureilles très satisfaictes de la grande réputation de ses vertus; -et que deux choses seulement retenoient le dict Mr Walsingam en -doubte, l'une que la dicte Dame ne retournât trop facillement, d'elle -mesmes, à la naturelle inclination, qu'elle avoit, de ne se marier -poinct; et l'aultre, que ceulx, qui luy avoient faict passer beaucoup -d'années en ceste opinion, ne la luy temporisassent encores tout -exprès, pour enfin ne luy en laysser poinct prendre de meilleure, et -que c'estoit ce qui l'engardoit de ne s'ozer entremettre, sinon par -mesure, au dict affère. Auquel néantmoins, quand il viendroit à son -tour, il vous supplioit, Sire, et la Royne, vostre mère, de croyre -qu'il ne faudroit de s'y employer fermement et en homme de bien, comme -en chose qu'il réputoit utille et très honnorable à sa Maystresse, et -qu'il cognoissoit nécessayre à ces deux royaulmes. - -Et c'est la substance de tout ce qui s'est peu tirer de la dernière -négociation d'avec les dicts deux personnages; qui pourra, possible, -après mes précédantes dépesches, assés servir de responce aulx poinctz -de celle de Vostre Majesté, du Ve du présent, que je viens maintenant -de recevoir, aulmoins jusques à ce que j'aye, de rechef, veu ceste -princesse, ou bien que m'ayés mandé d'aultres plus expresses nouvelles -là dessus. - -La dicte Dame et ceulx de son conseil sont rentrés en quelque peu de -bonne espérance des choses d'Irlande, sur ce que le comte d'Essex a -escript qu'il s'estoit retiré, le mieulx qu'il avoit peu, du destroict -où l'on l'avoit enfermé; et que aulcuns, des principaulx du pays, luy -avoient mandé qu'ilz seroient prestz de se soubmettre à la dicte -Dame, si elle les vouloit tenir et traicter comme bons subjectz, et -leur laysser paysiblement jouyr de leurs terres, et qu'encores luy -payeroient ilz quelque petit tribut annuel, ainsy qu'il seroit advisé; -mais qu'il ne pouvoit encores assés bien juger s'ils luy avoient faict -tenir ce langage à feincte, ou bien à bon escient. Tant y a que cella -venoit d'aulcuns plus authorizés d'entre eulx; et que le comte de -Quildar, avec Me Gueret son frère, s'employent de grande affection à -réduyre tout le pays en quelque bonne tranquillité, soubz l'obéyssance -de la dicte Dame; néantmoins qu'il estoit bien d'advis qu'elle ne -layssât, pour cella, d'envoyer tousjours les hommes et les provisions, -qu'elle avoit ordonné pour la guerre de dellà, comme, à la vérité, -Sire, ceulx, qui cognoissent bien l'Irlande et les Irlandoys, disent -qu'elle y trouvera plus de difficulté et de résistance que jamays. Sur -ce, etc. Ce XXe jour de febvrier 1574. - - - A LA ROYNE. - -Madame, oultre ce que je mande en la lettre du Roy, des propos de -milord trésorier et de Mr Walsingam, icelluy Walsingam a adjouxté -davantage qu'il supplioit Vostre Majesté vous souvenir de ce qu'il -vous avoit quelques foys dict, quand il estoit en France, qu'il vous -failloit réputer vostre poursuyte, touchant le mariage de la Royne, sa -Maistresse, comme l'expugnation d'une forte place, où y auroit de la -résistance et de la difficulté beaucoup, ainsy qu'il avoit bien -trouvé, estant icy, qu'il estoit fort malaysé de conduyre la dicte -Dame au poinct d'une ferme résolution de se maryer, et de l'y fère -persévérer; et n'estoit moindre la contradiction de recevoir ung -prince estranger en ce royaulme: toutesfoys plusieurs poinctz estoient -desjà vuydés là dessus qui rendoient, à présent, la matière plus -facille; et quand bien Monseigneur le Duc, enfin, ne pourroit venir à -bout d'une si haulte entreprinse, comme d'emporter la dicte Dame et ce -royaulme, qu'il ne s'en debvoit pourtant donner aulcune honte, non -plus que si l'on n'avoit pas prins la place forte qu'on auroit -assiégée, pourveu qu'on y eût bien faict son debvoir; et qu'icelluy de -Walsingam, voyant les deux principaulx et aulcuns aultres conseillers -de la dicte Dame marcher de très bon pied en cest affère, et y avoyr -ung très grand desir, il n'en vouloit avoyr ny moins de desir, ny -moins d'espérance, que eulx; bien qu'il me vouloit dire, tout -franchement, que, à son advis, ny les ungs ny les aultres ne s'en -pouvoient encores promettre l'yssue telle, ny si assurée, comme ilz la -desireroient. - -De quoy, Madame, il se peut facillement comprendre qu'il y cognoit -encores des doubtes, lesquelz ne permettent qu'il puisse voyr bien -cler dans le fondz de l'affère. Dont estant encores à moy, qui suis -estrangyer, plus difficile d'y pénétrer, je suis contrainct d'en -demeurer en ung incertain sur le simple recueil, que je puis fère, de -la substance et des conjectures des parolles et des démonstrations de -la dicte Dame, et de ses dicts conseillers, comme je les vous ay desjà -escriptes et mandées, par le menu; et de supplier là dessus Voz -Majestez de prendre, de vous mesmes, et avec l'advis de vostre prudent -conseil, la résolution que jugerés meilleure et plus honnorable pour -Mon dict Seigneur, vostre filz. Et sur ce, etc. - - Ce XXe jour de febvrier 1574. - - - - -CCCLXVIIe DÉPESCHE - ---du XXVIe jour de febvrier 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Négociation du mariage.--Conférence de l'ambassadeur avec - Leicester.--Assurance donnée par l'ambassadeur qu'il ne sera - pas fourni de secours aux protestans de France.--Dénonciation - contre Marie Stuart, et punition du dénonciateur. - - - AU ROY. - -Sire, tous ces jours de caresme prenant, la Royne d'Angleterre a esté -convyée par les seigneurs et gentilshommes, voysins de Hamptoncourt, -d'aller, de lieu en lieu, fort privément et à peu de compagnye, fère -bonne chère en leurs maysons, et n'a esté bien à propos que je la sois -allée trouver là; mais j'ay conféré en ceste ville, fort à loysir, -avec milord trésorier, des poinctz contenus en la dernière dépesche de -Vostre Majesté, et mesmement de celluy où est touché ce que dict -l'ambassadeur d'Angleterre à la Royne, vostre mère, le IIIIe du -présent, et, depuis, au Sr Géronyme Gondy. Sur quoy le dict grand -trésorier m'a respondu que Voz Majestez très Chrestiennes debvoient -prendre de très bonne part l'instance du dict ambassadeur, lequel -ayant senty, après le retour de Me Randolphe, que le mariage procédoit -très bien du costé de sa Mestresse, encor qu'il vît bien aussy que -vous y alliés de très grande affection et fort sincèrement du vostre, -et que me fissiés encores estre, icy, en mes sollicitations, plustost -pressant et importun vers elle que de luy garder la médiocrité; si -vouloit il, sellon qu'il voyoit la trempe bonne, vous éguilloner -encores davantage, affin de ne la laysser nullement réfroidir; et que -le dict grand trésorier me juroit, en sa conscience, qu'il avoit veu -la dicte Dame très bien dellibérée de me fère une bonne et bien -résolue responce, sans l'intervention d'ung, de qui il ne pouvoit -nullement approuver le zèle, lequel, pour l'acquit de sa loyaulté vers -elle, luy estoit venu remettre sus le premier escrupulle du visage; et -que, contre icelluy, il n'avoit pas craint, la dernière foys qu'il -l'avoit veue, de luy dire que j'avoys fermement remonstré qu'après le -rapport de Me Randolphe, et après le pourtraict envoyé, et qu'on -soubmettoit encores le jugement de ce poinct à l'oeil d'elle, je ne -pouvois dire sinon que c'estoit une pure imposture et trop grande -impudence de révoquer plus maintenant cella en doubte; et que le comte -de Lestre, ny luy, ne m'avoient sceu que respondre, ainsy qu'elle -mesmes, après y avoyr bien pensé, avoit confessé que, voyrement, n'y -avoit il poinct de réplicque; néantmoins qu'il me prioit de supporter -ung peu sa Mestresse en cest endroit, veu qu'il n'estoit pas seulement -question de conclurre une simple amityé ou une ligue, d'où l'on se -peût, de chascun costé, puis après, départir, quand l'on ne s'en -trouveroit pas bien, car c'estoit une obligation pour toute la vye, en -laquelle n'y auroit jamays plus lieu de repantailles; et qu'il -trouvoit la dicte Dame en une très bonne, voyre, en la meilleure -disposition qu'il l'eût jamays vue vers le mariage, dont il n'en -vouloit sinon tousjours bien espérer; et que, sellon que Vostre -Majesté et la Royne, vostre mère, disposeriés Monseigneur le Duc à -ceste entrevue privée, le propos pourroit parvenir à sa conclusion. -Dont luy sembloit que, sans rien mouvoir, pour ceste heure, je debvois -attandre qu'est ce que, par vostre procheyne dépesche, il m'en seroit -escript. - -Depuis, j'ay envoyé, devers le comte de Lestre, le prier de me mander -de la santé de la Royne, sa Mestresse, et de son portement, sellon que -j'avoys commandement de Voz Majestez, et de Monseigneur le Duc, de -vous en fère sçavoyr, le plus souvent que je pourrois. Et luy ay faict -toucher les mesmes poinctz que j'avoys déduictz à milord trésorier, et -qu'il voulût prendre occasion de fère voyr à la dicte Dame la lettre -que Monseigneur m'avoit escripte de sa main, affin qu'elle cogneût sa -persévérance vers elle. Lequel comte, après avoyr fort promptement et -très vollontiers satisffaict à cella, il m'a envoyé remercyer -infinyement de la négociation que je luy avoys commise à fère, -laquelle il me pouvoit assurer que la Royne, sa Mestresse, l'avoit eue -très agréable, et s'estoit resjouye, trop plus que ne le me sçauroit -exprimer, de la lettre de Monseigneur le Duc, et mesmes d'avoyr veu -qu'en termes exprès il y parloit du mariage d'entre eulx d'eux, ce -qu'elle avoit bien observé, qu'en nulle de ses aultres lettres il n'en -avoit uzé ainsy, et qu'elle ne s'estoit pas contanté de la lyre une et -deux foys, car l'avoit relue la troysiesme foys, et l'avoit interprété -au dict comte en très bonne signiffication; et qu'il me pouvoit -assurer de n'avoyr jamays veu la volonté de la dicte Dame mieulx -inclinée vers le mariage, et vers Monseigneur le Duc, que maintenant; -et qu'il cognoissoit bien qu'elle avoit grand desir de le voyr, mais -qu'elle ne diroit jamays ouvertement qu'il vînt; et que le dict comte, -de sa part, ne se présumoit pas tel qu'il ozât, de son costé, le luy -mander, car repputoit cella de trop d'importance vers luy, en -l'endroict d'ung si grand prince comme est Mon dict Seigneur le Duc; -néantmoins, comme son très dévot serviteur et partial de la France, il -desiroit et ne se pouvoit tenir de dire qu'il feroit très bien de -venir ainsy, privément, comme la dicte Dame l'avoit desjà consenty; et -que, demeurant le rapport, qu'on avoit faict de luy, convaincu par sa -présence, il ne faysoit doubte qu'il n'obtînt son desir. - -Lesquels propos des dicts comte et milord trézorier j'ay bien voulu, -Sire, les vous représanter en propres termes, affin que puissiés -mieulx juger à quoy pourra réuscyr le voyage de Mon dict Seigneur le -Duc par deçà, si, d'avanture, il l'entreprend, sur la responce, que je -vous ay desjà mandée; sur laquelle néantmoins, telle qu'elle est, la -dicte Dame et les siens se persuadent que, s'il a bonne affection au -mariage, qu'il ne diffèrera de venir. Dont ceulx, qui le desirent, ne -cessent de me presser que je vous conseille de le haster, et ont -opinyon que, par ce moyen, elle et luy se trouveront plus tost maryés -que on ne l'aura pensé; et qu'il ne se pourra fère qu'il n'advienne -une de deux choses: ou que Mon dict Seigneur l'espousera, ou qu'il -emportera aulmoins parolle d'elle qu'elle n'en espousera jamays -d'aultre. Et de ma part, Sire, ne sachant à quel grand regret Vostre -Majesté et la Royne, vostre mère, pourriés avoyr ceste venue de Mon -dict Seigneur par deçà, et luy encores plus grand, s'il n'y obtenoit -son desir, je ne puis, en façon du monde, me contanter que ceulx cy -luy en veuillent ainsy laysser l'évènement trop incertain, et se -monstrer, en cest endroict, par trop inconstans et muables; dont je ne -sçay qu'en dire. Et ay opinion que Vostre Majesté et la Royne, vostre -mère, et Mon dict Seigneur le Duc, pourrés plus prudemment, et avec -plus de généreuses et hautes considérations, prendre l'expédient -honnorable qui conviendra à cestuy vostre péculier et vrayment royal -affère, que nuls aultres ne le vous sçauroient conseiller. Au regard -de ce que le susdict ambassadeur a touché, comme de luy mesmes, au Sr -Gondy, qu'il seroit bon que envoyssiés, de rechef, quelqu'ung par -deçà, ceulx ci n'en sont nullement d'advis; ains disent que, si -Monseigneur ne vient, que toutz aultres voyages et dilligences, pour -ce regard, seront entièrement innutilles. Disent davantage, quand au -commerce, qu'il n'a tenu à la Royne, leur Maystresse, ny à ma -sollicitation, qu'il ne soit desjà bien estably, car, à mon instance, -plusieurs assemblées ont esté desjà sur ce faictes en ceste ville, -mais les marchandz y ont tousjours résisté, et y résisteront jusques à -ce qu'ilz voyent une paix plus assurée et ung ordre mieulx estably en -France. - -Au surplus, Sire, je ne sentz qu'il se face encores, icy, aulcune -propre dellibération de guerre pour rien entreprendre hors du -royaulme, bien qu'on envoye beaucoup d'artillerye, de toutz qualibres, -dans les grands navyres, comme pour en vouloir mettre quelque nombre -dehors, à ce prochain primptemps. Mais je ne voy pas haster -l'avitaillement, ni les aultres apprestz, pour vous debvoir mettre -encores en peyne; et difficilement pourra t on dresser ung armement, -aulmoins qui soit de quelque importance, que je n'aye quelque loysir -de vous en donner advis. Ces gens de guerre, dont vous a esté faict -rapport, sont seulement, ces huict centz soldatz que je vous ay desjà -mandé qu'on dépeschoit en Irlande, et cinq centz à Fleximgues. Bien a -l'on ordonné de fère bientost les monstres accoustumées du pays, et, -quand à ce qui a esté traicté, de jetter des forces de ce royaulme -dans le quartier de la Guyenne, qui est entre Loyre et Gironde, et -dans la Rochelle, cella a esté plus mis en avant par aulcuns angloys -qui sont extrêmes en leurs impressions, que non que la dicte Dame, ny -que ceulx de son conseil y ayent presté l'oreille, ny l'ayent trouvé -bon, ny que pas ung françoys y soit intervenu. Et croy que j'ay assés -suffizamment advéré, tant du costé des angloys que de voz subjectz, -qui sont icy, que la dellibération en demeure bien froide; bien que -ceulx cy m'ayent, de rechef, ramanteu leur escrupulle de certain -apprest de navyres, qu'on leur faict accroyre qui se poursuit fort -chaudement en Normandye et Bretaigne, et que Vostre Majesté est après -à fère levée d'allemans et suysses, et fère venir des italiens, ce que -je leur ay jetté bien loing. - -Il y a ung chapellain protestant, qui servoit le comte de Cherosbery, -lequel, estant venu defférer icy la Royne d'Escosse, et ayant si fort -irrité la Royne d'Angleterre contre elle que sa vye en a esté en -extrême danger, il a esté dilligemment observé par ung bon amy, de -ceste court, qui l'a faict enfin convaincre d'imposture; dont a esté -condempné au pillory, et la dicte Royne d'Escosse demeure, pour ce -coup, dellivrée de ce grand danger, grâces à Nostre Seigneur, auquel -je prie, etc. - - Ce XXVIe jour de febvrier 1574. - - - - -CCCLXVIIIe DÉPESCHE - ---du Ve jour de mars 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Raymond._) - - Conférence de l'ambassadeur avec les députés de Flandre.--Vives - assurances de dévouement données par l'agent de la - Rochelle.--Mesures prises à Londres contre les - étrangers.--Nouvelles d'Irlande. - - - AU ROY. - -Sire, n'ayant, pour ceste heure, à fère sçavoir à Vostre Majesté rien -de nouveau, du propos de Monseigneur le Duc, ny d'aulcune aultre chose -que j'aye traictée avec ceulx cy depuis ung moys en çà, sinon cella -mesmes que je vous ay désjà escript par mes précédentes dépesches, je -viendray maintenant à vous dire que les deux depputés de Flandres, -après avoyr présenté leurs lettres et leur commission à la Royne -d'Angleterre, et luy avoyr exposé le sommayre de leur charge, ilz me -sont venus visiter, le jour ensuyvant, et je les ay conviés, pour le -lendemain, à vouloir prendre leur dîner en mon logis, où ilz ont uzé -assés privément avecques moy. Et, entre aultres choses, m'ont dict -qu'ilz espéroient, sellon la bonne démonstration que la dicte Dame -leur avoit faicte, et sellon le plaisir, qu'elle avoit eu, de recevoyr -de si bénignes lettres, comme ilz luy avoient apportées, du Roy -d'Espaigne, que, avant la fin de trois moys, qu'ilz avoient à estre -icy, ilz auroient accomodé les affères d'entre les deux pays, chose -qu'ilz réputoient estre de grande conséquence pour le Roy, leur -Maistre, et pour ses subjectz, et non moins utille et nécessayre à ce -royaulme; néantmoins qu'ilz me vouloient fort affectueusement prier -que, si je découvrois qu'il se menât quelque praticque, par ceulx cy, -en faveur du prince d'Orange, contre le Roy, leur Maistre, que je les -en voulusse advertyr, et qu'ilz me feroient le semblable, s'ilz -entendoient qu'on y fît rien contre Vostre Majesté; et que, de vostre -costé, non plus que du leur, ne se falloit attandre que, pour tous ces -bons propos de mariage, lesquels ne servoient que d'une forme -d'entretènement, ny pour nulles confédérations et ligues, vielles ou -rescentes, les Angloys se divertîssent des intelligences qu'ilz -avoient avec les aultres protestants, ny qu'ilz ne broillassent -tousjours, aultant qu'ilz pourroient, les affères dedans les estatz -de leurs voysins, car c'estoit ce de quoy ilz faysoient leur prouffit, -et de quoy ilz estimoient pouvoir mieulx entretenir leur repos. A -quoy, Sire, je leur ay fort volontiers acquiescé. - -Or, Sire, pour vériffier davantage si l'advis, d'envoyer des forces, -d'icy, au quartier de la Guyenne, qui est à l'entour de la Rochelle, -et dans la ville mesmes, auroit fondement, j'ay curieusement examiné -là dessus, l'ung après l'aultre, toutz les principaulx de voz subjectz -qui sont par deçà; lesquels m'ont fort évidemment faict cognoistre que -c'estoit chose à quoy nul d'eux n'avoit jamays pensé, ains l'ont -détestée avec exécration. Et, entre aultres, le sire Bobineau, agent -de la Rochelle, s'est offert à moy de se mettre en lieu où l'on -pourroit fère justice de sa personne, au cas que, depuis le dernier -édict, il se soit traicté chose aulcune, ny en ayt esté proposé une -seule, petite ny grande, à ceulx cy, par ceulx de sa ville, qui puisse -estre au préjudice du dict édict, ny contre l'obéyssance et fidellité -qu'ilz doibvent à Vostre Majesté; et qu'il me prioit d'approfondir -bien cest advis, duquel je luy venois de parler, affin que, par la -vérité de ce que j'en trouverois, je vous peusse oster toute la -sinistre impression que pourriés avoyr conçue d'eux, car c'estoit ce -qu'ilz craignoient le plus au monde, que de vous mettre en quelque -souspeçon et deffiance, et que ceulx de sa ville se vouloient -maintenant monstrer plus fermes et loyaulx subjectz de Vostre Majesté -et de vostre couronne, qu'ilz n'avoient jamays faict; et qu'icelluy -agent n'estoit retenu, icy, que pour quelque somme, à quoy ilz -estoient obligés vers les Angloys, depuis le siège; et que, s'il vous -plaisoit leur fère expédier la commission, que leur avés, longtemps y -a, accordée, de pouvoir lever les deniers pour ce payement, que luy -se retireroit incontinent d'icy, et l'on verroit que les habitans de -la Rochelle n'auroient plus aulcune communicquation avec les Angloys; -et qu'il ne me vouloit pas celler qu'il estoit après, maintenant, à -achepter quelque quantité de poudre, sellon que, de tout temps, ceulx -de la Rochelle estoient tenus d'en avoyr ordinayrement quarante -milliers de provision dans leur ville; et, parce qu'après le siège il -n'en y estoit point resté, l'on luy avoit mandé d'y en fère venir. Je -luy ay respondu que je ferois entendre à Vostre Majesté tout ce qu'il -m'avoit dict, et qu'il se pouvoit assurer que vous maintiendriés -droictement à ceulx de la Rochelle vostre édict, s'ils se sçavoient -contenir de ne l'enfreindre de leur part. - -Bientost après est arrivé, du dict lieu de la Rochelle, ung marchant -de ceste ville, nommé Landol, qui dict en estre party le Xe du passé; -et rapporte que Mr de St Suplice n'a esté qu'ung soyr dans la ville, -et que les habitans et ceulx de la nouvelle religion, qui sont aulx -envyrons, estoient après à fère leurs monstres et reveues, et que -ceulx de Languedoc leur avoient mandé de se mettre aulx champs. Ce qui -seroit, Sire, pour esmouvoir assés ceulx cy, si je n'assurois fort -fermement que le contrayre est toute la vérité. - -L'on a descouvert, en ceste ville, que quelque nombre d'angloys, -promptz à la main, estoient toutz pretz de succiter une grande -sédicion, par tout ce royaulme, contre les estrangiers, mais il y a -esté dilligemment pourveu. Néantmoins, pour mieulx appayser les -mutins, il a esté faict une fort curieuse recherche sur les dicts -estrangyers, et, de trèze mille sept centz, qui s'en est trouvé en -ceste seule ville de Londres, l'on en a banny plus du tiers, presque -toutz flammantz, qui ne se rangeoient à nulle église, ny à celle des -Angloys, ny à celle des estrangiers. Et leur est commandé de vuyder le -royaulme, dans Nostre Dame de mars, sur peyne de prison; dont ilz -proposent de se retirer à ceste heure en Zélande, où ilz entendent que -Meldelbourg est rendu au prince d'Orange: et plusieurs aultres, en -grand nombre, de ceulx mesmes qu'on souffriroit bien de demeurer icy, -dellibèrent de s'y en aller. - -Il n'est venu, longtemps y a, rien de nouveau d'Escosse, dont ne vous -en feray icy mencion; mais parce que je voy praticquer plus souvent Me -Quillegrey, en ceste court, depuis huict jours en çà, qu'il n'avoit -faict de longtemps auparavant, je souspeçonne que ce ne peult estre -que pour quelque voïage en Escoce, ou bien pour l'envoyer en -Allemaigne. Je mettray peyne d'en entendre la vérité. - -Du costé d'Irlande, le comte d'Esmond va si bien prospérant en ses -entreprinses, qu'il a entièrement reprins tous les chasteaulx et lieux -forts de son estat, et tient à présent fort à l'estroict la ville de -Corc, dont ceulx cy hastent leurs dellibérations et apprestz pour y -remédyer; car l'ouverture d'accord qu'on avoit faict au comte d'Essex -demeure sans effect. Et sur ce, etc. Ce Ve jour de mars 1574. - - - - -CCCLXIXe DÉPESCHE - ---du VIIe jour de mars 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par Jacques._) - - Nouvelle reprise d'armes en France.--Efforts de l'ambassadeur - pour empêcher les secours que pourraient donner les Anglais aux - protestans de France.--Avis d'une entreprise qui doit être - tentée contre Calais. - - - AU ROY. - -Sire, parce que la Royne d'Angleterre veult prendre ung peu de temps à -dellibérer de ce qu'elle aura à respondre, sur les lettres que Vostre -Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur le Duc, luy avés -dernièrement escriptes, et sur la créance que m'avés faicte luy -exposer de vostre part, je ne vous diray rien de ce qui s'est passé -entre elle et moy là dessus, jusques à ce que je vous manderay du tout -sa responce. Et cepandant je vous donray advis, Sire, comme j'ay receu -vostre dépesche, du troysiesme du présent, et, avec icelle, la -confirmation de ce qu'à mon très grand regret j'avois desjà entendu de -la reprinse d'armes, par voz subjectz de la nouvelle relligyon, qui -disent estre intimidés de leurs vyes par des advertissementz, qu'on -leur donne, que vous les voulés exterminer; en quoy et ceulx qui leur -baillent ces allarmes, et, eulx, qui les prennent trop légèrement, -sont bien fort à blasmer. - -Une entreprinse a esté publiée, icy, fort grande, d'une soublévation -générale, en ung mesme jour, de touts ceulx de la dicte nouvelle -religion, tant de pied que de cheval, en divers endroictz de vostre -royaulme, et qu'ilz avoient prins sept ou huict villes en Poictou, -Nantes et Vitry en Bretaigne, Péronne en Picardye, plusieurs lieux -d'importance en Languedoc et Daulfiné, failly à surprendre Bordeaulx -et Blaye, et que leur armée, près d'Avignon, se trouvoit fort -puissante; et estoient prestz d'en mettre une aultre aulx champs du -costé de la Rochelle, et que envyron douze centz chevaulx des leurs -s'estoient venus joindre à ung rendés vous, près St Germain en Laye, -qui avoient contreinct Vostre Majesté et toute la court de desloger, -de nuict, et fère une fort soubdayne retraicte à Paris. Il est vray -que, quand la dépesche de l'ambassadeur d'Angleterre est arrivée, -encore que le courrier ayt faict les choses bien grandes, le comte de -Lestre m'a néantmoins mandé que les lettres parloient fort modérément, -et ne disoient sinon que Vostre Majesté, estant advertye que ceulx de -la dicte nouvelle religyon s'assambloient assés près de St Germain, -vous vous en estiés venu à Paris pour y pourvoir. - -Maintenant, Sire, je mettray peyne que ceste princesse et ceulx de son -conseil entendent mieulx comme le tout va, jouxte ce qu'il vous plaist -m'en escripre; et feray tout ce qu'il me sera possible qu'elle et eulx -ne se vueillent esmouvoir de rien, bien qu'il ne fault s'attandre, -Sire, encor que, par advanture, je pourray bien tirer beaucoup de -parolles et de démonstrations bonnes d'elle, que pourtant toutz les -siens demeurent paysibles, si les troubles s'eslèvent en vostre -royaulme; non plus qu'ilz ne se peuvent contenir qu'ilz ne -s'entremettent bien avant de ceulx de Flandres; oultre que la dicte -Dame leur en pourra dissimuler davantage sur ce qu'on luy a voulu fère -accroyre que ces vaysseaulx de Normandye s'équippoient en faveur -d'Adam Gourdon, pour le trajetter, avec de bonnes forces, en Escoce. -Ce que je luy ay néantmoins assuré, sur ma vye, que non, ains que -c'estoit pour Dantzic, ainsy que vostre dépesche, du XXe du passé, le -portoit; et me suis mocqué de ce qu'on luy vouloit imprimer que Vostre -Majesté, et le Roy d'Espaigne, aviés une entreprinse, pour ce -primptemps, sur l'Angleterre, comme de chose qu'elle debvoit estimer -ridicule et pleyne de vanité. - -Et, quand à voz subjectz, qui sont par deçà, Sire, je leur feray -entendre vostre bonne intention, et mettray peyne de les retenir en la -dévotion, qu'ilz m'ont plusieurs foys assuré, qu'ilz avoient à vostre -service; et sçay bien que le comte de Montgommery estoit encore, n'y a -pas cinq jours, à Gerzé, et que luy, ny son filz, n'en ont point -bougé; et que mesmes ilz s'en reviennent, toutz deux, bientost trouver -la comtesse de Montgommery, à Hamptonne; d'où, s'il s'approche jusques -icy, je ne faudray de le confirmer, le plus qu'il me sera possible, à -vouloir demeurer en ce qu'il vous a promis, par l'escript, que je vous -ay naguyères envoyé, signé de sa main. - -Au surplus, Sire, l'on me vient d'advertyr que environ quarante -navyres de guerre, qui sont prestz à sortir de Fleximgues, avec bon -nombre de soldatz, et le cappitaine Chestre, angloys, qui embarque -encores de nouveau, icy, quatre ou cinq centz hommes pour les passer, -à ce qu'il dict, en Hollande, ont une entreprinse sur Callays, par la -conduicte d'aulcuns françoys qui ont demeuré longtemps à la Rye, et -maintenant sont passés dellà. Dont, encor que l'advertissement ne me -viegne de grand lieu, je ne l'ay voulu mespriser, ains ay estimé que, -à cause d'icelluy, je debvois renvoyer promptement Jacques le -courrier, affin d'en donner advis, en passant, à Mr de Gourdan, et -pareillement à Mr de Caillac, à Bouloigne, comme, encores je suys -très ayse qu'ayés faict advertyr, tout le long de la coste, qu'on ayt -à s'y tenir sur ses gardes. Et sur ce, etc. - - Ce VIIe jour de mars 1574. - - - - -CCCLXXe DÉPESCHE - ---du XVIIe jour de mars 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrettère._) - - Audiences.--Consentement du roi à ce que l'entrevue se fasse en - secret à Douvres.--Demande d'un délai pour donner la - réponse.--Changement apporté dans les délibérations d'Élisabeth - par la nouvelle de la reprise des armes en - France.--Communication qui lui est faite à cet égard par - l'ambassadeur.--Bonne disposition des réfugiés - français.--Réponse d'Élisabeth qu'elle consent à l'entrevue, - dans l'une de ses maisons, près de Douvres. - - - AU ROY. - -Sire, la Royne d'Angleterre a curieusement, et avec affection, leu les -trois lettres, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et -Monseigneur le Duc, luy avés escriptes, de voz mains, et a esté fort -facille de cognoistre, à ses parolles et contenances, qu'elle prenoit -ung grand playsir de voyr que toutz troys persévériés, conjoinctement -et constamment, vers elle. Néantmoins elle m'a dict, en riant, qu'elle -craignoit que, par mes dépesches, je vous eusse parlé ung peu trop -licencieusement de l'affection, qu'elle m'avoit privément déclaré, -qu'elle avoit à l'establissement d'une mutuelle et perdurable amityé -avec Voz Majestez, et que je la vous eusse interprétée à quelque -aultre sorte d'affection vers le mariage et l'entrevue; en quoy, si je -ne luy avois réservé la modération, qui convenoit aulx filles, elle -auroit grande occasion de se pleindre de moy. - -Je luy ay respondu que ce que je luy avoys à explicquer de ma créance -luy donroit assez à cognoistre de quelle façon je vous avoys escript -ses propos, et comme Vostre Majesté les avoit prins. Et encor, Sire, -qu'il m'est bien souvenu qu'ung de ses troys conseillers m'avoit desjà -admonesté que je debvois considérer les ennemys que j'avoys en ce -propos; (et que, si je venois, de rechef, à débattre ceste forme de -privée entrevue, qui m'estoit desjà accordée, qu'ilz m'y succiteroient -des labirintes nouveaulx, qui seroient très longs et très difficilles -à desmeller, et que, puisque je pouvois avoyr la dicte entrevue en -effect, qu'il ne falloit que je m'arrestasse à la formalité, car il -estoit très certain que le tout dépendoit maintenant de voyr -Monseigneur le Duc, et que, sans cella, le mariage ne succèderoit -jamays; et néantmoins, pour l'incertitude de l'évènement, la Royne, sa -Mestresse, estoit conseillée de monstrer tousjours qu'elle n'en -vouloit venir si avant; dont, de tant qu'il appartenoit à Monseigneur -le Duc, qui estoit l'homme, de fère toutes les instances du mariage, -c'estoit aussy à luy de monstrer quelque trêt extraordinayre de son -affection en la poursuyte de ceste entrevue, et qu'il ne debvoit -réputer qu'il luy peût jamays tourner à honte de venir voyr celle -qu'il nommoit sa maistresse, en la privée façon qu'elle le devisoit); -néantmoins, Sire, je me suis contenu dans les termes de l'instruction -que j'ay trouvée dans vostre lettre. Et par ainsy, ay dict à la dicte -Dame que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, aviés beaucoup -esmerveillé la forme de la responce qu'elle vous avoit faicte, et -mesmes de ce qu'elle vous y avoit représanté plus d'incertitude de sa -volonté que nulle bonne espérance de la vouloir effectuer; dont aviés -esté à ne sçavoyr que y fère, ny que dire davantage. Néantmoins, après -avoyr bien digéré le faict, voyant que le nouveau escrupulle n'estoit -sinon celluy mesmes qu'on avoit auparavant proposé, et que c'estoit -plustost une invention faicte, à poste, par les ennemys, pour -interrompre encores le propos, ceste foys, que non qu'ilz pensassent -dire vérité, car aviés l'object devant voz yeulx, qui vous assuroit du -contrayre, vous vous estiés mis toutz trois à dellibérer comme vous -pourriés, tout ensemble, contenter le desir de la dicte Dame, et -satisfère à vostre réputation, car pensiés bien qu'elle ne voudroit -que vînsiés à luy complayre, sinon avec la conservation de vostre -honneur; et que, là dessus, Sire, vous me commandiés de luy dire tout -franchement que vous ne croyriés jamays que, en vostre endroict, et de -la Royne, vostre mère, sur ung si cordial offre, comme vous luy aviés -faict, de Monseigneur le Duc, qui s'estoit encores luy mesmes tout -entièrement offert à elle, elle eût le cueur de vous vouloir tromper -ny uzer de simulation, ny qu'elle vous ait faict fère déclaration -qu'elle se vouloit marier, et vouloit préférer vostre alliance à -toutes celles de la Chrestienté, pour, puis après, se mocquer de vous, -ains que sincèrement elle correspondoit à vostre sincérité; et que, -sur ceste confiance, vous aviés résolu de surmonter encores, s'il vous -estoit possible, ceste renouvellée difficulté, en soubmettant la -décision d'icelle au parfaict jugement de ses yeulx. En quoy vous la -vouliés prier, de bon cueur, qu'elle considérât que Monseigneur le Duc -estoit nay grand, et tenoit ung très grand lieu au monde, et -commandoit aujourdhuy sur toutz les affères de Vostre Majesté, et que -pourtant il n'estoit pas possible que sa venue vers elle peult estre -collorée, ny couverte, soubz la légation de quelconque aultre -ambassadeur, que peussiés envoyer par deçà; mais vous aviés advisé -que, en venant en Picardye, où aviés desjà proposé de vous acheminer, -à ceste my caresme, pour changer d'air, sellon que voz mèdecins -disoient que cella ayderoit bien fort à vous mieulx reffère de la -fiebvre quarte, laquelle vous avoit layssé; que, pour l'amour d'elle, -et pour servir à ce bon effect, et pour mieulx couvrir le voyage de -Monseigneur le Duc, vous poursuivriés vostre chemin jusques à -Bouloigne, et que, si elle se vouloit aussy approcher, vers ce -quartier là, jusques à Douvres, que Vostre Majesté et la Royne, vostre -mère, mettriés peyne de luy dresser si à propos, et privément, et -secrettement, la dicte entrevue, et sans y uzer aulcun apparat ou -despence, que vous espériés, en toutes sortes, de la rendre très -contante. - -Elle, d'ung bon visage, et d'une fort bonne démonstration, m'a -respondu que, en voz lettres et en la créance d'icelles, il vous -plaisoit et à la Royne, vostre mère, continuer si honnorablement le -pourchas de son alliance, qu'elle voudroit de bon cueur vous pouvoir -bien complayre, et s'accommoder à ce que desiriés; et vous supplioit -de croyre qu'elle n'estoit si superbe de se vouloir excuser de -s'approcher vers Voz Majestez, car, pour servir à vostre honneur et -grandeur, elle entreprendroit bien ung plus long et plus malaysé -voyage que d'aller jusques à Douvres; mais que n'y ayant pas longtemps -qu'elle y avoit esté, et que son premier progrès estoit desjà dressé -d'ung aultre costé, vers Yorc, ung chascun diroit qu'elle alloit -chercher mary, non qu'elle voulût, pour cella, regarder tant à sa -qualité de Royne, veu que Monseigneur le Duc estoit aussy luy mesmes -royal, comme à ce qu'elle estoit fille. En quoy elle vous supplioit de -trouver bon qu'elle n'outrepassât rien des modestes respectz qu'elle -se debvoit réserver, bien que, par advanture, elle pourroit aller, -comme en chassant, jusques en une mayson de milord Coban, à vingt -milles de Grenvich, sur le chemin de Douvre, et rencontrer là -Monseigneur le Duc, qui s'y pourroit trouver avec douze ou quinze des -siens; ou bien, s'il se vouloit approcher à Gravesines, qui est ung -lieu sur la Tamise, que bien facillement une barge l'yroit prendre là, -et le porteroit fort secrettement avec les siens dans Grenvich, et -qu'elle estimoit que c'estoit bien tout le mieulx qui s'y pouvoit -fère. - -Je luy ay réplicqué que, puisque Voz Majestez condescendoient de luy -envoyer Monseigneur le Duc, en la plus descente et convenable façon -que verriés le pouvoir fère, je la suppliois qu'elle se voulût, en -quelque partie, accomoder à vostre volonté de s'approcher vers -Douvres, et vous envoyer présentement le saufconduict, et que, de tout -le surplus, elle s'en reposât ardiment sur le bon ordre que Voz -Majestez y sçauroient bien donner. - -A cella elle m'a respondu que la Royne, vostre mère, sçauroit très -bien dresser la finesse, quand elle vouldroit, mais qu'elle craignoit -qu'elle y voulût trop garder l'advantage de son filz; et que, de tant -que ses principaulx conseillers estoient absentz, lesquels elle -n'attandoit jusques au deuxiesme jour ensuyvant, elle me prioit, -premier que de rien résoudre en cella, de luy donner ung peu de loisir -d'en pouvoir conférer avec eulx. - -Or ay je, Sire, distribué voz aultres lettres à iceulx conseillers, -aussytost qu'ilz ont esté arrivés, et n'ay obmis de leur fère les -instances et les offres, et leur déduyre les raysons, que j'ay cognu -les pouvoir anymer et encourager, non seulement au poinct de ceste -entrevue, ains aussy à résoudre la conclusion de tout l'affère. - -Mais cepandant est survenu ceste nouvelle de la reprinse d'armes par -voz subjectz de la nouvelle religion, laquelle, du commancement, a -esté publiée fort grande, ainsy que je le vous ay mandé; mais, depuis, -l'ambassadeur d'Angleterre l'a escripte fort modérément. Et je la suis -allé représanter, en propres termes, à la dicte Dame et aulx siens, -comme je l'ay trouvée dans vostre lettre, du IIIe du présent, y -adjouxtant seulement que vous craigniés bien que les impacientz du -repos, lesquelz, par leurs faulx bruictz et par leurs faulces -subjections, s'efforçoient de ressuciter ce malheur dans vostre -royaulme, n'aspirassent oultre à fère tousjours leur profict de ceste -division, à deulx aultres encor plus maulvais effectz: l'ung estoit -d'imprimer une maulvaise opinyon de Vostre Majesté aulx princes -protestantz d'Allemaigne, pour les vous rendre ennemys, du costé de -deçà, et les fère aussy ennemys du Roy, vostre frère, du costé de -Pouloigne; et l'aultre, d'altérer la bonne amityé que vous aviés avec -la dicte Dame, et traverser le pourchas que faysiés de son alliance. -En quoy vous la supplyés, de bon cueur, de ne vouloir, pour tout cecy, -s'esmouvoir aulcunement de sa part, car debvoit croyre, avec toute -vérité, que ce qui estoit recommancé, et ce qui pourroit ensuyvre de -trouble en vostre royaulme, seroit contre vostre volonté, et contre -celle de la Royne, vostre mère, et celle de Monseigneur, vostre frère, -et sans aulcune coulpe qui fût procédée de nul de vous; et que touts -troys, quoy qui deût advenir, estiés tous résolus de persévérer, plus -constamment que jamays, vers elle; et attandiés maintenant, avec très -grand desir, sa responce sur ce que luy aviés naguyères faict -proposer. - -La dicte Dame m'a respondu que, en nulle sorte du monde, vous luy -pouviés mieulx monstrer que vous l'aymiés et que vous vous fyiés -d'elle, que de luy fère ainsy part et communicquation de voz affères; -et qu'elle avoit ung merveilleux regret, que ceulx qui envyoient le -bien et la prospérité d'iceulx, eussent tant de moyen que de les -remettre en trouble, en quoy, si son advis estoit digne de venir -devant Vostre Majesté et devant l'expérimantée prudence de la Royne, -vostre mère, elle vous conseilleroit très volontiers toutz deux de -fère, de main en main, enquérir si avant, contre ces faulx -rapporteurs, que quelqu'ung en peult estre prins, pour le fère, en -terreur des aultres, très exemplayrement punir, et plus griefvement -que ceulx mesmes qui ont prins les armes, comme estant plus traistres -qu'eulx: car plus grand trahison, à son advis, ne vous pourroit estre -faicte que de vous distrayre et allyéner voz subjectz, et vous mettre -en nécessité d'esprouver que peut; en voz susdicts subjectz, le -désespoyr de vostre bonne grâce; et, quand à elle, que, en cest -accidant et toutz aultres, vous la trouveriés tousjours très constante -amye et très germayne bonne seur; et que, desjà une foys, elle avoit -assemblé ceulx de son conseil pour adviser de la responce qu'elle -auroit à me faire; vray est, qu'ayant depuis pensé que, à cause de ces -nouveaulx accidantz, vous pourriés, possible, m'avoyr mandé quelque -changement, elle avoit bien voulu attandre jusques à ce que j'eusse, -de rechef, parlé à elle, mais voyant que je ne luy disois rien au -contrayre, elle me feroit bientost sçavoyr ce qu'elle dellibéroit vous -respondre, qui ne vous seroit, à son advis, sinon bien agréable. - -Or, attandant cella, Sire, j'ai communicqué la mesme lettre de Vostre -Majesté, du IIIe du présent, à ceulx de voz subjectz, plus -principaulx, qui sont encores icy; lesquelz m'ont respondu qu'ilz -estoient très marrys du renouvellement du trouble, et néantmoins -qu'ilz avoient beaucoup de consolation de voyr que Vostre Majesté le -détestoit et le vouloit remédier. Dont Mr le vydame, de sa part, a -monstré qu'il ne vouloit rien mouvoir, ains plustost servir, en tout -ce qu'il pourroit, à l'effect de la bonne intention qu'aviés à la -tranquillité de voz subjectz, et qu'il y employeroit très volontiers, -quand Vostre Majesté le luy commanderoit, les mesmes moyens qu'il -m'avoit autreffoys dict qu'il pensoit avoyr bien bons vers le comte -Palatin, aulmoins si les choses ne se trouvoient depuis bien fort -changées en luy. Et Mr de Languillier m'a fort expressément confirmé -sa résolution de vouloir jouyr du béneffice de l'édict, soubz la bonne -grâce de Vostre Majesté, et que, s'il vous plaisoit vous servir de luy -vers ceulx de la noblesse de Poictou, qu'il espéroit pouvoir beaucoup -vers eulx, à les rendre, par sa persuasion et par son exemple, bien -capables de vostre bonne intention, et que, plustost que de sa part il -repreigne les armes, sinon par vostre commandement, encor qu'il voye -ne pouvoir avoyr seur repos chés luy, qu'il s'en yra habiter en -Suysse. Et la comtesse de Montgommery, laquelle m'est venue dire -adieu, avec mademoiselle de Beaufort sa fille, quand elles sont allées -à Hamptonne, m'a assuré qu'elle feroit incontinent sçavoyr à son mary -ce que je luy avoys déclaré de vostre droicte intention, et le -persuaderoit bien fort de la suyvre. Lequel son mary, Sire, estoit -encores, le Ve de ce moys, à Gerzei, et n'en a poinct bougé; et a -descouvert, ce dit on, deux trettés qui se faysoient pour le tuer, -l'ung, par des soldatz qui, en guyse de marchandz et de marinniers, -estoient, à cest effect, passés en l'isle, et l'aultre, par son -secrettère, avec du poyson, dont le dict secrettère est prins, et dict -on qu'il sera mené icy, et que le dict comte retournera bientost par -deçà. - -Je ne voy pas, Sire, que les Angloys, ny voz dictz subjectz, qui sont -icy, dressent, pour encores, rien contre le bien de voz affères, mais -il ne se fault pas attandre, si les choses vont plus avant, qu'ilz se -puissent garder d'avoyr intelligence, et porter toute la faveur et -support de forces et d'argent, qu'ilz pourront, à ceulx de leur -religion. Et depuis naguyères, ung personnage, de grande qualité, -allemand, a esté, icy, en nom et habit déguysés, lequel je sçay bien -que ceste princesse a eu opinion que ce fût ung prince; et il a -négocyé fort estroictement avec ceulx de son conseil. Dont je desire -de bon cueur que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, par vostre -vertu et prudence, pourvoyez que ce commancement de troubles, s'il est -possible, n'ayt poinct de suyte en vostre royaulme. - -Cependant pour mieulx retenir ceulx cy, j'ay tousjours plus -instamment, que devant, sollicité la dicte Dame, leur Mestresse, de sa -responce, et de me la fère bonne; de laquelle j'ay enfin obtenu de -vous pouvoir mander, de sa part, que, puisque vostre dellibération -estoit de venir en Picardye, pour changer d'air, après la fiebvre -quarte, dont elle louoit et remercyoit Dieu qu'en fussiés bien guéry, -qu'elle se tiendroit de tant plus heureuse et contante que plus elle -se santiroit estre près de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, -et que ne luy pouvant estre bien séant de retourner maintenant à -Douvre, pour les considérations qu'elle m'avoit desjà alléguées, que -aulmoins se pourroit elle, soubz colleur d'aller à l'esbat et à la -chasse, s'approcher en une de ses maysons, la moins esloignée du dict -Douvre que fère se pourroit, là où, s'il plaisoit à Monseigneur le Duc -prendre la peyne d'y venir privément, et sans cérymonie, ilz s'y -pourroient rencontrer toutz deux; et elle auroit grand plaisir de le -voyr; et, si Vostre Majesté se pouvoit contanter que l'entrevue se fît -en ceste privée façon, car ne pouvoit juger qu'il luy peût estre bon -de la consentyr aultrement, que son ambassadeur auroit charge de vous -dellivrer le saufconduict, lequel, à cest effect, elle luy envoyoit -présentement; et vous confirmeroit plus amplement ceste sienne -responce; laquelle elle mesmes ne pouvoit, à cause d'ung peu de mal -qui luy avoit prins à la main, la vous escripre, ainsy qu'elle avoit -bien dellibéré de le fère. Qui est, en substance, Sire, tout ce que -j'ay peu advancer en cest endroict. Et sur ce, etc. - - Ce XVIIe jour de mars 1574. - - - - -CCCLXXIe DÉPESCHE - ---du XXIIIe jour de mars 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calays par le Sr Cavalcanti._) - - Nécessité d'accepter l'entrevue.--Nouvelles des troubles de - France.--Craintes inspirées par Montgommery.--Armemens faits en - Angleterre.--Nouvelles des Pays-Bas et d'Écosse.--Meilleures - dispositions d'Élisabeth envers Marie Stuart. - - - AU ROY. - -Sire, je n'ay, par ceste dépesche, à mettre ny oster rien de ce que, -par la précédante, du XVIIe du présent, je vous ay escript touchant -l'entrevue, sinon de vous confirmer qu'il est besoing que Vostre -Majesté se détermine à la consentir, ou bien laysser à tant le propos, -car ceste princesse est très fermement résolue de ne passer oultre, -sans voyr Monseigneur le Duc; et encores, si, en le voyant, l'on -pouvoit estre bien assuré qu'elle procèderoit incontinent à la -conclusion du mariage, le voyage ne seroit tant à regretter, mais, en -l'incertitude où elle vous en laysse, avec l'accoustumée instabilité -de deçà, je ne voy sinon que, pour parvenir là où Mon dict Seigneur le -Duc prétend, il fault, par nécessité, ou qu'il azarde de venir -incertain, ou qu'il quitte du tout son entreprinse. Et vous puis -assurer, Sire, que la dicte Dame s'attand, sans aulcun doubte, qu'il -viendra, et qu'elle sera preste de s'approcher, quand elle en aura -plus de certitude, vingt ou vingt cinq mille vers Douvre pour le -rencontrer. - -La nouvelle s'augmante, de jour en jour, icy, des désordres et -troubles qui multiplient en vostre royaulme; qui est cause que -plusieurs angloys commancent de solliciter des moyens et des -provisions de ceste court, pour pouvoir aller par dellà se joindre à -ceulx de leur religion, et d'aultres praticquent d'avoyr des -commissions pour armer des vaysseaulx; et aulcuns en y a qui mettent -en avant qu'il seroit bon d'en accommoder de quelque nombre le comte -de Montgommery, ensemble de quelques hommes et deniers, affin qu'il -peût maystriser ceste mer estroicte, et entreprendre quelque descente -en France, là où il verroit le pouvoir mieulx fère à son advantage; -mais il semble qu'il ayt escript, de Gerzé, qu'encor qu'on ayt voulu -attempter à sa vye, qu'il ne remuera rien contre Vostre Majesté, qu'il -ne voye comme les choses yront plus avant, et comme il vous plerra -uzer vers luy; car veult estimer que cella n'est procédé aulcunement -de vostre commandement. Néantmoins, Sire, je l'observeray, le plus -qu'il me sera possible; car l'on m'a adverty qu'il a envoyé icy fère -quelque provision de pistollés et d'harquebouzes; et je voy bien que -ceulx cy, de leur costé, poursuyvent de garnyr d'artillerye, d'armes -et de tout aultre fourniement nécessayre, tous leurs grandz navyres de -guerre, réservé d'y mettre les vivres et le nombre d'hommes qui faict -besoing, car cella est remis à quand il sera temps. Et dellibèrent -cepandant de mettre la flotte en deux, pour en envoyer tenir la -moictyé à Portsemue, vis à vis du Hâvre de Grâce, et l'aultre moictié -restera à Gilingam, où, de présent, elle est. Et m'a l'on dict que, -depuis huict jours, il a esté dépesché, de ceste ville, une lettre de -crédict, de soixante mille escuz, pour Francfort. - -Je viens d'entendre que sept ou huict bretons sont arrivés, desquelz -l'on présume que l'ung d'eux a charge d'aller devers le prince -d'Orange, pour emprunter des navyres de guerre, mais je n'ay encores -vériffyé cella. Bien m'a l'on dict que le susdict prince a mandé -comparoir, à certain prochain jour, en Hollande, où il s'en est -retourné, toutz les vaysseaulx qui s'advouent à luy, soubz prétexte de -leur vouloir bailler ung règlement sur le faict de la navigation et -sur les prinses, affin qu'ilz ne se portent plus en pirates, avec -intention de déclarer désavouez ceulx qui ne comparoistront. Je ne -sçay si, lors, il fera quelque autre dellibération. Les angloys qui -s'estoient embarqués, icy, pour luy, sont arrivés à Fleximgues, et s'y -en est trouvé le nombre de sept centz soldatz completz, quand ilz sont -descendus de dellà, qui incontinent ont receu paye; dont l'entreprinse -qu'on m'avoit adverty, sur Callays, est, pour ce regard, passée. - -Les choses d'Escosse s'entretiennent encores en quelque repos, bien -que l'on m'a dict que les bourgoys et marchandz, et le commun du pays, -vont faysant une secrette ligue contre le comte de Morthon, pour les -grandes exactions qu'il faict sur eulx, et qu'ilz ne veulent plus -souffrir qu'il aille ainsy, de lieu en lieu, tenir la justice pour les -piller et ruyner, comme il faict, et que les principaulx de la -noblesse sont toutz retirés en leurs maysons. Milord trésorier a -observé, luy mesmes, le temps de pouvoir présenter, bien à propos, la -lettre de la Royne d'Escosse à la Royne, sa Mestresse; et m'a mandé -qu'il la luy avoit faicte lyre toute entièrement, et qu'elle l'avoit -trouvée en termes si honnestes, et escripte de si bonne façon, qu'il -me pouvoit assurer que cella avoit beaucoup regaigné le cueur de sa -Mestresse, et que les choses alloient, à présent, assés bien, et -espéroit qu'iroient encores mieulx, entre elles deux. Sur ce, etc. - - Ce XXIIIe jour de mars 1574. - - - - -CCCLXXIIe DÉPESCHE - ---du XXVIIIe jour de mars 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._) - - Projet du roi de retarder l'entrevue.--Bruit de la - mésintelligence qui aurait éclaté entre le roi et le duc - d'Alençon.--Craintes que les Anglais ne veuillent profiter des - troubles de France.--Soupçons contre Montgommery.--Affaires - d'Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, estimant qu'il sera bon qu'ayés veu et considéré, à loisyr, la -responce que la Royne d'Angleterre m'a faicte, laquelle je vous ay -mandée, le XVIIe de ce moys, et qu'ayés ouy son ambassadeur, et -retiré de luy le saufconduict qui luy a esté envoyé pour vous bailler, -et que j'aye receu, là dessus, nouveau commandement de Vostre Majesté, -premier que de changer ny débatre rien plus à la dicte Dame, j'ay -advisé de ne luy proposer, jusques allors, ce que m'avez escript, du -VIIe du présent, de luy prolonger l'entrevue; car semble qu'elle est -aulcunement persuadée qu'encores que voz affères vous apportent une -très suffizante occasion de ne vous esloigner, pour ceste heure, des -envyrons de Paris, que néantmoins vous ne voudrés que Mon dict -Seigneur le Duc laisse, pour cella, de venir fère, secrettement et -privément, une course jusques icy, comme s'il alloit à quelque autre -commission pour vostre service, joinct que le saufconduict, ainsy -qu'on m'a dict, s'estend jusques au XXe de may prochain. Et il est à -croyre, Sire, que, si le poinct de l'entrevue estoit cependant vuydé, -que vostre voyage, puys après, en Picardye, seroit pour donner grand -chaleur à tout le reste, et pour fère que le propos pourroit réuscyr à -une ou aultre conclusion, pendant que seriés si près d'icy; et, -possible, que le mariage se consommeroit, si, d'avanture, les -personnes venoient à se complayre. Mais, de tant que je tiens ceulx cy -ordinayrement pour très suspectz de mutation et de changement, je ne -vous puis promettre, Sire, rien de plus certain d'eux que une grande -incertitude; bien qu'à présent les choses monstrent de continuer, icy, -telles, comme je le vous ay mandé, et comme le Sr Cavalcanti vous -l'aura depuis confirmé, et encores, en apparance, semble quelles vont -de bien en mieulx. - -Mesmes il m'a esté signiffié que ceste princesse et les principaulx, -d'auprès d'elle, ont esté très marrys d'ouyr publier par deçà qu'il y -eût mauvayse intelligence entre Vostre Majesté et Monseigneur le Duc, -et que vous eussiés, pour cella, faict quelques rigoureuses -démonstrations à luy, et au Roy de Navarre, à Monsieur le prince de -Condé et Monsieur de Montmorency; dont envoyèrent sçavoyr ce que j'en -entendoys, et qu'ilz ne pouvoient, ny vouloient, croyre qu'il en fût -rien, car les lettres de leur ambassadeur n'en parloient nullement; et -que cella estoit venu d'ung messager ordinayre, qui n'estoit poinct -angloys, lequel, estant party de Paris, le VIIIe du présent, avoit -semé ce bruict. Et à peyne, Sire, ay je eu déchiffré la vostre, du -VIIe du présent, laquelle a séjournée, pour l'occasion du temps, huict -jours entiers, à Callays, que milord trésorier et le comte de Lestre, -chacun de sa part, m'ont envoyé ung gentilhomme pour m'advertyr que, -par les plus rescentes du dict ambassadeur, lesquelles estoient du XVe -de ce moys, il apparoissoit que le susdict bruict estoit faulx, et -qu'il ne se pouvoit desirer plus de vraye et cordialle amityé, entre -deux frères, qu'il s'en voyoit entre Vostre Majesté et Monseigneur le -Duc, et que vous luy portiés plus de faveur que vous n'aviez jamais -faict, ensemble au Roy de Navarre et aulx aultres deux. Et ont -adjouxté qu'avec Mr de Turène, et Mr de Torcy, estoient venus vers -Vostre Majesté trois gentilshommes, de la nouvelle religyon, de ceulx -qui ont nouvellement prins les armes, pour se rendre plus assurés de -vostre bonne intention vers eulx, et qu'ilz s'en estoient retournés -bien fort satisfaictz; et que d'ailleurs vous aviés envoyé le Sr -Strossy à Mr de La Noue, en Poictou; dont se vouloient conjouyr, -avecques moy, de ce que les choses prenoient ung chemin pour retourner -à la paix, sans passer à plus d'altération. De quoy je les ay envoyés -infinyement remercyer par le Sr de Vassal, et que cella monstroit -combien l'affection de leur Mestresse, et la leur, estoient très -bonnes vers le bien de voz affères, et qu'ilz seroient marris qu'il -vous y succédât mal. - -Or, est il bien certain, Sire, que, sur le renouvellement des présents -troubles de vostre royaulme, il a esté tenu, icy, diverses assemblées -de conseil; et plusieurs dellibérations y ont esté mises en avant, -ainsy que Vostre Majesté en a eu, comme je voy, quelque sentiment; -mais, encor qu'on y ayt procédé aulx opinions, et que tel peut avoyr -monstré d'incliner bien fort à la guerre ouverte, qui, possible, est -plus remis que nul des aultres, je ne puis toutesfoys descouvrir qu'on -en soit venu encores à quelque conclusion. Et je mettray peyne, -aultant qu'il me sera possible, s'il s'en faict aulcune, que l'effect -d'icelle ne passe oultre, sans que je vous en puisse donner quelque -advertissement; ne voulant toutesfoys mettre en doubte que, si ce -nouveau feu s'allume davantage, ceulx cy ne facent ouvertement, ou -soubz main, tout ce qu'ilz pourront pour le fomenter. - -Le comte de Montgommery est si près de la coste de dellà, et si -esloigné d'icy, que Vostre Majesté peut avoyr, plus souvent et -ordinayrement, nouvelles de luy, que non pas moy; tant y a que je -souspeçonne fort, parce que le Sr de St Ouan, de Gersey, a faict, icy, -de nouveau, quelque provision d'harquebouzes et pistollés, que ce ne -soit pour en accomoder davantage le dict de Montgommery. - -L'oncle du comte d'Arguil estoit desjà party pour Escosse, quand -vostre dépesche est arryvée, mais je l'ay, avant son partement, si -bien instruict des mesmes choses, que m'avez escriptes, que j'espère -qu'il les sçaura très bien représanter par dellà. Et sur ce, etc. - - Ce XXVIIIe jour de mars 1574. - - - - -CCCLXXIIIe DÉPESCHE - ---du IIe jour d'apvril 1574.-- - -(_Envoyée jusques à la court par Anthoyne Laguète._) - - Audience.--État des négociations en France pour rétablir la - paix.--Réception faite au roi de Pologne dans ses - états.--Nouvelle de la descente de. Montgommery en - Normandie.--Protestation d'Élisabeth qu'elle a ignoré cette - entreprise.--Doute sur la vérité de cette nouvelle.--Assurance - donnée par l'ambassadeur qu'Élisabeth ne veut fournir aucun - secours aux protestans de France. - - - AU ROY. - -Sire, je loue Dieu que ceulx, qui se sont eslevez en vostre royaulme, -ayent prins l'expédient d'envoyer sçavoyr, par le Sr de Guyteri, la -vérité de ce qu'on les mettoit en doubte, et qu'on les intimidoit de -la volonté qu'avez vers eulx, et qu'il ayt eu de quoy leur rapporter, -de la part de Vostre Majesté, qu'ilz ont esté trompés, et qu'ils -trouveront tousjours trop plus de bonne seureté, en la protection de -vostre parolle, qu'en tout l'effect des armes qu'ilz ont reprinses. Ce -que ayant faict sçavoyr à la Royne d'Angleterre, et comme vous -attandiés, par Mr de Torcy et Mr de Turène, lesquels vous aviés -renvoyés, avec le dict de Guyteri, vers eulx, et par le Sr Strossy, -qui estoit allé devers le Sr de La Noue, en Poictou, et pareillement -du costé de Mr le mareschal d'Envylle, qui traictoit aussy de quelque -moyen de paix, avec ceulx de Languedoc, bientost quelque bonne -responce de leur modération, je l'ay assurée qu'incontinent après vous -aviés dellibéré de leur bailler ceste ampliation de vostre édict, dont -je luy avois parlé, qui les debvoit contanter; et, par ainsy que vous -ne doubtiés que, dans bien peu de jours, tout ce renouvellement de -troubles ne cessât. Et luy ay compté, Sire, la bonne et desirée -nouvelle qu'aviés receue du couronnement du Roy de Pouloigne, vostre -frère, et comme les Poulonnois, pour le grand contantement qu'ilz -avoient de le voyr, luy avoient remis beaucoup de ces condicions, -aulxquelles les ambassadeurs, qui luy avoient apporté les décrets de -son élection, l'avoient obligé, de sorte qu'il se trouvoit aussy -absolu prince, sur ce grand royaulme, que quelque aultre roy qui fût -en la Chrestienté; et que vous desiriés qu'elle participât à l'ayse, -que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur le duc, en -santiés, ainsy que vous la feriés toujours participer aulx profictz et -advantages qui vous en viendroient, sellon la plus estroicte amityé et -confédération qu'elle avoit avecques Vostre Majesté; et que cella vous -faysoit davantage desirer que l'honneste pourchas, auquel vous -persévériés toujours de l'alliance d'elle avec Mon dict Seigneur le -Duc, vostre frère, peût réuscyr à bon effect, affin que l'union -indissoluble, d'entre ces trois grandes couronnes, fût plus craincte -et respectée par toute la Chrestienté; et que vous estiés bien marry -que ces nouveaulx désordres retardassent vostre venue en Picardye, -mais que vous espériés y avoir bientost pourveu, pour, incontinent -après, vous y acheminer. Dont m'assurois qu'aussytôst que vous auriés -veu la dernière responce, qu'elle vous avoit mandée, que vous -m'escripriés tout ce que pourriés fère en cella, affin de l'en -advertyr. Bien estois je en grande perplexité comme Vostre Majesté -pourroit prendre ce qui se publioit, icy, que, de l'isle de Gersey, -qui est à elle, le comte de Montgommery fût descendu, en armes, au -pays de Normandye, chose qui estoit toute contrayre à la promesse et -au sèrement, et à la teneur du dernier traicté de ligue, qu'elle -avoit faicte avec Vostre Majesté; et que je demeurois le plus infâme -gentilhomme du monde, et la parolle d'elle ne se pouvoit non plus -saulver, si elle n'y pourvoyoit, et ne vous en faysoit fère une bien -prompte réparation; car m'avoit fait vous escripre, encores depuis ung -moys, que vous la trouveriés, en touts ces nouveaulx accidantz, et en -l'occurrence de toutz voz affères, très bonne amye, et vrayement -germayne bonne seur. - -La dicte Dame, premier que respondre à ces poinctz, m'a prié de luy -dire qu'est ce que je sçavoys de vostre santé, et si vous estiés bien -dellivré de la fiebvre quarte, et s'il y avoit apparance qu'eussiés eu -ce grand malcontantement, contre vostre frère et contre vostre beau -frère, comme on l'avoit publié par deçà. - -Je luy ay respondu que, grâces à Dieu, la fiebvre vous avoit, il y a -longtemps, du tout layssé, et que vous estiés, à présent, aussy dispos -et gaillard que fûtes oncques, et qu'il ne se pouvoit imaginer une -plus parfaicte et cordialle amityé, entre deux frères, que celle qui -se voyoit entre Vostre Majesté et Monseigneur le Duc; et que vous -n'estiés moins assuré de sa volonté que de la vostre, ny n'aviés plus -de fiance en vous mesmes que en luy; et le semblable du Roy de -Navarre; et que ce faulx bruict estoit sorty de la malice de ceulx, à -qui il faysoit bien mal qu'il n'estoit vray, et qui voudroient bien -voyr de la division en ce premier lieu, ainsy qu'ilz l'entretiennent -ez aultres lieux, qui suyvent après. - -Lors, elle a suivy à dire, qu'elle remercyoit Dieu, de très bon cueur, -que la disposition de vostre santé et celle de voz affères allassent -trop mieulx qu'on ne le disoit, car avoit entendu que vous estiés -encores bien fort maigre et foible; dont vous prioit de ne mesprizer -aulcun bon régyme, qu'on vous ordonnât, pour vous bien remettre du -tout; et qu'elle avoit bien rejetté cest aultre fascheux bruict, de -Mon dict Seigneur le Duc, et des aultres seigneurs, qu'on mestoit au -compte, comme du tout faulx; mais quiquonques l'eût inventé, c'estoit -bien tout le pis qu'il pouvoit fère contre vostre grandeur et contre -la réputation de voz affères, dont elle avoit ung très grand playsir -d'estre bien assurée qu'il n'en fût rien, et que vous eussiés, au -reste, ung si bon desir, conjoinct avec beaucoup d'espérance, que ces -nouveaulx troubles ne passeroient oultre, sellon que proposiés -d'adjouxter quelque déclaration à vostre édict pour contanter ceulx de -la nouvelle religion, affin de les mettre en plus de repos, en leurs -maysons; et que surtout elle se conjouyssoit avec Vostre Majesté, et -bien fort expéciallement avec la Royne, vostre mère, des bonnes -nouvelles qu'aviés reçues du Roy de Pouloigne, lesquelles elle vous -prioit de croyre qu'elle les santoit, aultant et nullement moins, que -si elle fût sa propre seur de sang, comme elle l'estoit d'estat; mais, -en ce que vous auriés veu, depuis, de la responce qu'elle vous avoit -faicte au propos de Monseigneur le Duc, elle croyoit bien que ce ne -seroit pour vous apporter ung si grand contantement comme du costé de -Pouloigne; aussy falloit il qu'il vous y survînt du tempérament, de -quelque aultre costé; bien pensoit que ne le jugeriés chose de -mespris, et qu'elle verroit maintenant à quelle dellibération Vostre -Majesté en voudroit venir. - -Et, quand à la descente du comte de Montgommery en France, que -c'estoit chose qu'elle ne sçavoit, et ne la pouvoit aulcunement -croyre, veu ce qu'elle luy avoit deffandu, lorsqu'elle luy avoit -permis d'aller à Gersey, pour y sçavoyr nouvelles de ses affères: -qu'il se gardât bien de vous fère, de ce lieu là, non seulement ennuy, -mais de ne vous y donner aulcune souspeçon de luy; dont ne luy -pourroit avoyr faict une plus mortelle offance que d'avoyr attempté de -descendre en armes par dellà, et qu'elle désavoueroit le premier -angloys qui le rencontreroit, s'il ne le tuoit, desirant que vous -croyés et espériés d'elle, Sire, qu'elle, persévèrera droictement en -la vraye amityé, qu'elle vous a jurée, si vous ne commancés de luy -fallir de correspondance. - -Et n'ay veu, ny peu nother chose aulcune, de la dicte Dame, qui m'ayt -semblé tendre, sinon à cella mesmes, que je vous ay mandé par mes -précédantes. Et, pour le regard de ce dernier poinct, du comte de -Montgommery, toutz les seigneurs de ce conseil m'ont fermement assuré -qu'ilz n'en sçavoient du tout rien, et ne le pouvoient croyre. -Néantmoins, puisque Mr de Matignon vous l'a mandé, il le peut mieulx -sçavoyr, estant voysin du lieu, que non pas nous, qui en sommes bien -loing, et d'où souvant il fault attandre beaucoup de jours le temps, -premier qu'il en viegne des nouvelles; et quoy que soit, ny en ceste -court, ny en ceste ville, l'on n'en a rien de certein. - -Et, au regard de préparer icy une aultre descente de plus grand nombre -d'angloix par dellà, soubz colleur d'équipper en guerre plusieurs -navyres marchandz, je sçay qu'il s'en équippe voyrement quelques ungs, -pour aller en Hespaigne, et en Barbarye, et non ailleurs, bien que je -loue infinyement l'ordre que Vostre Majesté a donné de fère advertyr, -par toute la coste, qu'on ayt à s'y tenir sur ses gardes; car, en -nulle façon du monde, se pourroient garder les Angloys, si la guerre -de voz subjectz continue, qu'ilz ne s'en vueillent mesler, tout ainsy -qu'ilz font du costé de Flandres. Mais pourtant je vous supplye très -humblement, Sire, de ne vous esmouvoir, pour encores, des bruictz et -rapportz qu'on vous pourra donner des dellibérations de deçà, car ne -se pourra dresser aulcun appareil de guerre, qui soit d'importance, -sans que je vous en donne advis, de quelque temps devant. Et sur ce, -etc. - - Ce IIe jour d'apvril 1574. - - Il y a homme, en ceste ville, qui assure d'avoyr layssé le - comte de Montgommery, le XVIe de mars, à Gerzé, et les - seigneurs de ce conseil jurent qu'à tout le moins ne peut il - estre vray qu'il ayt tiré ny poudres, ny amres, ny aulcune - artillerye, de ce royaulme; et que, si luy mesmes est descendu - en Normandye, il a si grandement mespris contre la Royne, leur - Mestresse, et contre son estat, qu'on mettra peyne de l'en - fère amèrement repantir. - - - - -CCCLXXIVe DÉPESCHE - ---du VIe jour d'apvril 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Meusnier._) - - Délibération des seigneurs du conseil sur l'entreprise de - Montgommery.--Déclaration de la reine d'Angleterre que les - armemens, faits à Londres, ont pour objet d'observer la flotte - espagnole qui doit se rendre dans les Pays-Bas.--Nouvelles de - Flandre et d'Écosse.--Disposition favorable d'Élisabeth à - l'égard de Marie Stuart. - - - AU ROY. - -Sire, après que j'ay eu faict ma plaincte à la Royne d'Angleterre de -la descente du comte de Montgommery en Normandye, et de ce que, de -l'isle de Gersey, qui est à elle, il a dressé toute son entreprinse -par dellà, et en a tiré les poudres, les armes, l'artillerye et les -monitions qu'il a voulu, elle a proposé le faict en son conseil, avec -démonstration, sellon qu'on me l'a bien fort assuré, qu'elle en estoit -grandement offancée. Et Me Pollet, gouverneur de la dicte isle, qui, -plus d'ung moys auparavant, estoit icy, a esté appellé, lequel s'est -efforcé de monstrer qu'il ne pouvoit estre que cella fût vray, et -qu'aulmoins estoit il très certain que luy, ny son lieutenant, n'en -estoient nullement consentantz. Dont, sur ce doubte, l'on a envoyé -devers la comtesse de Montgommery, à Hamptonne, pour en avoyr la -certitude; laquelle a mandé qu'elle n'en sçavoit du tout rien, et que, -si son mary avoit faict ce voyage par dellà, qu'il le luy avoit -desrobbé, et qu'elle n'avoit eu nouvelles de luy, ny n'en estoient -venues aulcunes de Gersey, à cause du vent contrayre, plus de troys -sepmaynes avoit. Et, là dessus, le dict Pollet a esté renvoyé à sa -charge pour en donner promptement advis, et n'y a eu celluy, de tout -le dict conseil, qui n'ayt advoué à la dicte Dame que le comte auroit -bien fort mespris contre elle, s'il avoit entreprins la dicte -descente, et qu'elle la luy debvoit fère réparer. Et elle a déclaré -davantage qu'elle ne vouloit, en façon que ce fût, que hommes, armes, -vaysseaulx, ny nulle aultre assistance sortît de ce royaulme pour -ceulx qui s'estoient eslevez contre Vostre Majesté. - -Dont je verray, Sire, comme cella s'observera; et en continuant ma -remonstrance du dict de Montgommery, quand la surprinse qu'on dict -qu'il a faicte de Carantan sera mieulx advérée par deçà, et allant -souvant à plaincte pour les aultres supportz, que j'entendray que les -dictz Angloys feront aulx dictz eslevez; qui, à mon advis, ne se -pourront tenir qu'ilz ne leur en facent quelques ungs, je mettray -peyne de vous destourner tout le mal, que je pourray, de ce costé; et -essayeray ce que m'avez mandé, de la susdicte comtesse de Montgommery, -ayant cepandant, Sire, prins parolle d'aulcuns principaulx de son -conseil, oultre celle de la dicte Dame, de vous pouvoir assurer, -qu'encor qu'elle prépare des forces, par mer et par terre, et qu'elle -en ayt desjà de prestes, que néantmoins sa présente dellibération -n'est de les employer nullement contre Vostre Majesté. Et je sçay -bien, Sire, que, par icelles, elle, en tout évènement, se veult -trouver pourveue, pour le passage de cette grande armée qui doibt -venir d'Espaigne, au secours des Pays Bas, quand elle arryvera en la -mer de deçà; et aussy que les choses d'Irlande la pressent assez, et -qu'elle ne se peut jamays tenir assez assurée de celles d'Escosse. -Néantmoins la naturelle inclination, que les Angloys ont contre la -France, et leur commune religyon avec ceulx qui ont prins les armes -par dellà, me faict vous supplyer très humblement, Sire, de ne laysser -rien de si exposé, de leur costé, que l'occasion les puisse convyer -d'entreprendre; car, encores qu'en toutes les parolles et -démonstrations de la dicte Dame, si elle n'est bien la plus faulce et -simulée princesse de la terre, elle face tout semblant d'avoyr bonne -intention vers Vostre Majesté, et mesmes d'estre bien inclinée au -party de Monseigneur le Duc, vostre frère, s'il advenoit que les -Angloys fissent quelque exploit en France, qui réuscyst, advantageux -pour les prétencions de ce royaulme, indubitablement elle -l'advoueroit; et quand bien elle n'auroit volonté de le fère, ses -subjectz l'y contreindroient; dont se fault tenir sur ses gardes. - -Les depputez de Flandres continuent de vacquer tousjours à leur -commission, bien qu'à dire vray il semble qu'ilz y vont lentement, et -qu'ilz praticquent d'aultres choses d'importance en ceste court, -lesquelles je mettray peyne de sçavoyr au vray, affin de le vous -mander. Et ayant recherché, jusques au fondz, quelle estoit celle -entreprinse qu'on m'avoit adverty sur Callays, j'ay trouvé qu'elle -estoit sur l'Éscluse, et qu'avec les navyres qui partoient d'Ollande -et les angloys, qui s'embarquoient lors, icy, le dict prince d'Orange -prétandoit d'emporter le dict Éscluse, et se fère, incontinent après, -maistre de Bruges, pour y avoyr encores ung butin plus riche que -celluy de Meldelbourg. - -J'ay, ces jours passés, escript, par deux diverses voyes, en Escosse, -et ay mandé au Sr de Quelsey la responce que m'avez commandé de luy -fère. J'espère que, dans peu de jours, j'auray responce des -principaulx seigneurs du pays. J'entendz que le comte de Morthon a -faict appeller le comte d'Arguil pour venir rendre compte d'aulcunes -bagues, qu'il prétend que la comtesse d'Arguil, sa femme, veufve du -feu comte de Mar, retient, de celles de la couronne; et l'a faict -venir au ban pour le fère déclarer forfaict, d'où l'on crainct, icy, -que les armes s'en repreignent par dellà. Et le susdict Quelsey m'a -layssé, par mémoyre, de supplyer très humblement Vostre Majesté qu'il -vous playse octroyer vostre ordre au dict d'Arguil, ainsy que son feu -père l'avoit. - -J'ay supplyé, le plus humblement que j'ay peu, la Royne d'Angleterre -de vouloir fère responce à certaynes lettres, que la Royne d'Escosse -luy a escriptes, et l'ay sondée fort doulcement de quelle affection -elle estoit, à ceste heure, vers elle; qui m'a, en très bonne sorte, -respondu qu'elle luy escriproit, ou aulmoins escriproit au comte de -Cherosbery tout ce qu'elle avoit à luy respondre; et qu'elle vouloit -que je luy escripvisse ardiment qu'elle n'avoit, à présent, aulcune -aultre nouvelle offance contre elle, que la recordation de celles qui -estoient déjà passées; et a commandé de fère seurement conduyre à la -dicte Dame les coffres et besoignes, et lettres, qui luy estoient -freschement arrivées de France. Vray est qu'elle a voulu que ce ayt -esté par des serviteurs du dict Sr de Cherosbery, et non par ceulx qui -les avoient menés jusques icy. Sur ce, etc. - - Ce VIe jour d'apvril 1574. - - - - -CCCLXXVe DÉPESCHE - ---du XVe jour d'apvril 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._) - - Prise de Carentan par Montgommery.--Désaveu que font les Anglais - de cette entreprise.--Desir d'Élisabeth que l'entrevue soit - accordée. - - - AU ROY. - -Sire, le jeudy de la sepmayne saincte, et non plus tost, est arrivée à -ceulx cy la certitude de la descente du comte de Montgommery en -Normandye, et de la surprinse qu'il a faicte de Quarantan; et -j'entendz que le mesme advis porte qu'il estoit bien près d'avoyr -aussy Valoignes, et que Mr de Torcy avoit parlé à luy, le XXIIe du -passé, et luy avoit monstré des articles, de la part de Vostre -Majesté, aulxquelz il avoit faict la responce, qu'il a mandée par -deçà; et que son frère avoit été tué, de guet à pens, par le -commandement de la Royne. Dont vous puis assurer, Sire, que ceste -princesse et ceulx de son conseil ont faict grande démonstration -d'estre fort malcontantz du dict comte, et m'avoit esté donné -espérance qu'il luy seroit escript de s'en retourner, et d'amander la -faulte qu'il avoit faicte, ou aultrement, que la dicte Dame s'en -ressantiroit; dont suis attandant ce qu'elle y voudra fère, car n'a -encores bien résolu, en son conseil, comme y procéder. Et je vous -supplye très humblement, Sire, vous souvenir comme, dès le -commancement de janvyer, je vous advertys du voyage du dict de -Montgommery à Gersé, et comme il falloit que le fissiés observer de -dellà, parce qu'il estoit tout auprès de vostre coste, et bien fort -esloigné d'icy, et que mandissiés advertyr, tout au long des places de -la mer, de se tenir bien sur ses gardes; dont je fus infinyement ayse, -par une dépesche du moys de febvrier dernier, que Vostre Majesté me -mandoit d'y avoyr très bien pourveu. - -Or, Sire, ce que j'estime pouvoir maintenant fère est de retenir ceste -princesse, et pareillement ceulx de voz subjectz, qui sont encores par -deçà, le plus que je pourray, en vostre dévotion, et garder qu'ilz ne -suyvent ny favorisent l'entreprinse du dict de Montgommery. En quoy -j'ay faict desjà, et continueray ordinayrement de fère, les plus -exprès et les plus ardentz offices qu'il me sera possible. Et, quand à -l'heure présente, je ne sçaurois desirer rien de mieulx, de ceste -princesse, que ce que sa parolle et tout son semblant monstrent de -vouloir fère bonnement pour vous, en l'occurrence de voz présentz -affères; et que, pourveu que luy faciés sçavoyr, ou bien qu'elle -puisse cognoistre ce que desirés d'elle, elle promet de très -volontiers s'y employer. - -Ung de ses principaulx conseillers, sur une nostre privée -communicquation, m'a faict sçavoyr que la dicte Dame et ceulx de son -conseil ne furent oncques mieulx disposés qu'à présent au propos du -mariage, parce qu'ilz prévoyent, plus que jamays, par une occulte -nécessité qui est dans cest estat, qu'elle et toutz eulx sont ruynés, -si elle ne se marye. Et néantmoins il leur semble que le docteur Dayl -y a senty du réfroydissement, de vostre costé, non que les termes, -dont Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, luy avez uzé, en sa -dernière audience, n'ayent esté bons et fondés en rayson, mais il luy -a semblé n'y avoyr cognu la mesmes affection que devant; et qu'icelluy -conseiller desireroit, au cas que Voz Majestez ne peussent, pour -encores, s'approcher de ceste frontyère, qu'elles fissent aulmoins -venir Mon dict Seigneur le Duc à ceste entrevue privée; où il me -pouvoit assurer qu'il seroit receuilly et reçu de bon cueur; et que -desjà ceste princesse avoit préparé ce qui faysoit besoing pour aller -là où elle prétandoit de le rencontrer; et, quoy que ce soit, il me -vouloit assurer, sur son honneur et sur le péril de son âme, que la -dicte Dame ny ceulx de son conseil n'estoient consantz, ny sçavantz, -de l'entreprinse du dict de Montgonmery, ains se tenoient fort -offancés de ce qu'il l'avoit faicte; et que c'estoit chose très -assurée qu'il n'avoit admené ny hommes, ny monitions aulcunes, de ce -royaulme, et n'en tireroit la valeur d'ung soul; comme à la vérité, -Sire, sellon le rapport que j'ay de l'estat du pays d'Ouest, il ne s'y -prépare, pour encores, rien en faveur de luy. Et sur ce, etc. - - Ce XVe jour d'apvril 1574. - - - - -CCCLXXVIe DÉPESCHE - ---du XIXe jour d'apvril 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Motifs qui ont engagé Montgommery à reprendre les armes.--Ses - instances pour obtenir des secours.--Nouvelle de la fuite du - prince de Condé.--Négociation faite, au nom de La Noue, auprès - des Anglais et du prince d'Orange, pour qu'ils portent des - secours à la Rochelle.--Armemens des Anglais, qui se tiennent - prêts à profiter des troubles de France.--Nécessité de - reprendre la négociation du mariage.--Effet produit à Londres - par la nouvelle de l'arrestation du duc d'Alençon et du roi de - Navarre. - - - AU ROY. - -Sire, par des lettres, que le comte de Montgommery a escriptes en -ceste court, il s'est voulu justiffier, de sa descente en Normandye, -sur des advertissementz qu'il assure luy avoyr esté donnés, de bon -lieu, comme l'entreprinse estoit faicte de le tuer, de voye de faict -ou par poyson, dans Gersey, et que, d'ailleurs, la Royne d'Angleterre -avoit suspecte sa demeure au dict lieu; dont il avoit mieulx aymé -aller exposer sa vye, avec ceulx qui estoient en armes en France, que -demeurer en ceste peyne, entendant mesmement qu'ilz monstroient de ne -les avoyr prinses que pour deffandre leur religyon, et pour éviter une -généralle exécution qu'on avoit décrettée contre eulx; et supplioyt -ses amys et parantz de luy moyenner quelques forces, de icy, pour le -secourir, et des vaysseaulx pour courre la mer, en son nom, et pour -fère quelque surprinse par dellà, où il s'en trouveroit la commodicté. -A quoy il n'a esté encores respondu, et ne seroient ses instances pour -produyre de grandz effectz, n'estoit tant de choses qu'on publie, si -advantageuses pour les eslevez, que cella esmeut bien fort les -Angloys d'accourir à leur guerre; en quoy n'est de petit moment la -fuyte, qu'on assure estre vraye, du Prince de Condé, qui a layssé la -charge que luy aviez donnée en Picardye, pour se retirer ou en -Allemaigue, ou avec eulx. Et, d'ailleurs, Sire, Mr de La Noue a envoyé -icy son ministre, Textor, lequel il a faict passer à la Rochelle pour -y prendre mémoyres et instructions; et n'a esté sitost arryvé en ceste -ville, que le ministre Villiers, et Bobineau, agent de la Rochelle, et -avec eulx Calnar, agent du prince d'Orange, l'ont mené vers aulcuns -seigneurs de ce conseil, à la court, où il a négocié bien fort -privément avec eulx. Et luy a l'on eu de tant plus de foy qu'il a -apporté lettres de fort expresse recommandation du dict Sr de La Noue -à Mr de Walsingam; ensemble, ainsy que j'entendz, certayne moictyé de -quelques enseignes, que les susdicts de La Noue et de Valsingam -s'estoient d'autrefoys my parties entre eulx pour signe de crédict, à -celluy par qui ilz les envoyeroient l'ung à l'aultre. - -Et je souspeçonne fort que la négociation n'est légère, ny de peu -d'importance; de laquelle ce que j'en descouvre, pour ce commancement, -est que icelluy Textor rejette bien loing toutz moyens et propos de -paix; et qu'il demande assistance d'armes, de poudres et de vivres, -offrant, en eschange, du sel et du vin, et aultres marchandises, et -pareillement demande quelques vaysseaulx armez. En quoy semble que, -pour ce poinct, des vaysseaulx, il traicte aussy avec le dict Calnar -d'en avoyr du prince d'Orange; et est en grande espérance qu'il en -impétrera d'icy, avec les aultres choses qu'il requiert, et que, de -ceulx du dict prince, il les a desjà toutz assurés. - -Or, Sire, ayant descouvert ces choses, je m'efforce, par toutz les -meilleurs moyens que je puis, et m'efforceray, à toute heure, d'en -traverser les effectz, et, possible, en interrompray je la pluspart; -mais de ce qui en pourra eschaper, à la desrobée ou soubz aultres -prétextes, je me trouve aussy perplex que j'ay esté, les aultres foys, -de le pouvoir empescher; mesmement que je viens d'entendre que ceulx -cy ont faict résolution d'armer toutz leurs grands navyres, et de -mettre bientost les meilleures et les plus gaillardes forces, qu'ilz -ayent, en mer, soubz colleur d'assurer ceste coste contre le passage -de l'armée d'Espaigne, bien que le depputé de Flandres, qui m'est -venu, ces jours icy, visiter, m'ayt dict qu'il a eu une très bonne et -fort favorable responce de ceste princesse, quand il l'a priée de -vouloir concéder le passage libre et seur, ez rades et portz -d'Angleterre, pour l'armée d'Espaigne. Dont semble, Sire, suyvant -les précédantz advis que je vous ay mandés, qu'il ne sera que bon -qu'ayez aulcunement suspect, et pourvoyés, le mieulx que pourrés, -que cest armement ne vous puisse nuyre, non que je descouvre en ceste -princesse ny aulx siens, pour encores, aulcune sinistre intention -contre Voz Majestez. Et seulement je les voy un peu altérez de ce -resfroidissement, qu'il leur semble sentir en Voz Majestez Très -Chrestiennes et Monseigneur le Duc, vers le propos du mariage; duquel, -si ne mandez bientost quelque bonne responce, il y a grand danger -qu'ilz n'accordent du tout, et ne concluent de bien grandes et -estroictes intelligences avec le Roy d'Espaigne, m'ayant ung -personnage d'authorité, et bien fort principal de ceste court, mandé -que, si bientost le party de Mon dict Seigneur le Duc ne se résoult, -et l'entrevue ne se fait, qu'il n'en faudra jamays plus parler; car -ung aultre propos sera substitué en lieu d'icelluy. Et sur ce, etc. - - Ce XIXe jour d'apvril 1574. - - Comme je voulois clorre la présente, les seigneurs de ce - conseil m'ont envoyé dire que le pacquet de leur ambassadeur - estoit arryvé; par où ilz avoient sceu que la fiebvre quarte - avoit reprins Vostre Majesté, et qu'il y avoit grand trouble - en vostre court, à l'occasion de certaynes praticques qui - s'estoient descouvertes; dont aulcuns gentilhommes avoient - esté constitués prisonniers, et Monseigneur le Duc et le Roy - de Navarre mis en arrest, et voz gardes renforcés, et logés - dedans le chasteau de Vincennes, et que tout y estoit si - resserré qu'à peyne avoit peu sçavoyr, le dict ambassadeur, - qu'est ce que se faysoit dedans; dont iceulx du dict conseil - déploroient le présent estat de voz affères. De laquelle - nouvelle, Sire, ceste court, avec toute ceste ville, sont si - pleines, et y faict on dessus tant de nouveaulx desseings que - j'en suis en très grande peyne. Dieu veuille que ce qu'ilz - disent, et ce qu'ilz proposent, se trouve, à la fin, tout - vain. - - - - -CCCLXXVIIe DÉPESCHE - ---du XXIIIIe jour d'apvril 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._) - - Audience.--Retard apporté à la réponse du roi, sur l'entrevue, - par les nouveaux évènemens de France.--Reproche adressé, en - France, à la reine d'Angleterre d'avoir favorisé l'expédition - de Montgommery, et trempé dans le complot de Saint-Germain.--Sa - justification.--Demandes faites par l'ambassadeur de la - confirmation de la ligue, du secours promis par le traité - d'alliance, et du désistement de l'entreprise de Montgommery, - ou de la remise au roi de sa femme et de ses - enfans.--Protestation que l'on doit avoir confiance dans le - desir du roi d'accommoder les affaires de la religion en - France.--Consentement donné par Élisabeth à toutes ces - demandes.--Délibération des seigneurs d'Angleterre.--Conseil - donné par Élisabeth au roi d'user de rigueur contre les auteurs - du complot de Saint--Germain.--_Mémoire._ État des forces de - Montgommery et de La Noue: détails de leurs négociations en - Angleterre.--Avis d'une entreprise projetée contre Dieppe. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay esté, le XXe de ce moys, donner les bonnes pasques à la -Royne d'Angleterre, et luy ay dict que j'avoys expressément différé, -cinq ou six jours, de venir fère ce debvoir vers elle, pour attendre -qu'il m'arryvât quelque dépesche de France; car Vostre Majesté n'avoit -accoustumé, ny la Royne, vostre mère, ny pareillement Monseigneur le -Duc, d'estre tant longtemps sans me mander de voz nouvelles, affin -d'en fère tousjours part à la dicte Dame, ny sans me commander de vous -escripre souvant des siennes. Dont il pouvoit bien estre qu'il y eût -quelque chose de ce trouble qu'on publioit de vostre court, qui vous -retardoit ainsy; mais que je la supplioys bien de ne croyre que le -tout fût vray, car il se cognoissoit facillement que la pluspart de ce -qu'on en avoit escript estoit plus recueilly de la paillasse que prins -du cabinet; et que n'ayant de quoy traicter maintenant avec elle sur -des lettres fresches, je luy racompterois ce que me commandiés par voz -précédentes, du XXIIIe du passé: c'est que vous desiriés qu'elle ne -voulût interpréter, sinon à bien, qu'au partir de Saint Germain vous -n'eussiés prins le chemin de Picardye, comme vous luy aviez promis de -le fère, Car aviés esté contrainct de retourner vers Paris, pour -pourvoir aux affères qui vous estoient survenus; dont la supplyois -qu'elle vous voulût ung peu proroger le temps de l'entrevue, avec -promesse que vous la luy viendriés accomplyr, en la façon qu'elle la -vous accordoit, à la première sallie que feriés des environs de Paris, -après qu'auriés restably la paciffication de vostre royaulme. Et -cependant vous vouliés seulement impétrer d'elle que Mon dict Seigneur -le Duc peût mener quelques seigneurs et gentilshommes, non en grand -nombre, mais de bonne qualité, quand il passeroit de deçà, affin de -pouvoir plus honnorablement comparoir en sa présence. - -Elle m'a respondu qu'elle me remercyoit infinyement des bonnes pasques -que j'estois venu luy donner, lesquelles luy seroient ung passage à -plus d'heur, puisque je le luy souhaytois, et qu'elle regrettoit, du -plus profond de son âme, que les vostres ne vous eussent esté ainsy -joyeuses et pleynes de repos comme elle les vous desiroit, et qu'elle -n'avoit peu contenir ses larmes, au récit, de ce qu'on luy avoit -escript, du trouble que vous aviés en voz affères publicques de vostre -royaulme, et aulx privés de vostre mayson; et que, sellon l'exemple, -non trop vieulx, mais bien fort calamiteux, qu'elle avoit en ses -cronicques, de la ruyne d'aulcuns roys et des frères des roys -d'Angleterre, ses prédécesseurs, par la division, en quoy aulcuns -ambicieux subjectz, et pleins de passion, les avoient entretenus, -lesquels en avoient esté eulx mesmes les premiers ruynés, elle vous -supplyoit, de tout son cueur, Sire, que voulussiés procéder sagement, -et par les prudentz advis de la Royne, vostre mère, et par meure -dellibération du conseil, sans aulcune perturbation d'esprit, à -l'examen de cest affère; et que, de vous proroger l'entrevue, elle ne -le vous voudroit pas refuzer; mais pensoit que les choses se -trouveroient changées, et qu'elle n'avoit garde de recevoyr vers elle -ce que vous jugeriés digne d'estre banny de vous. - -Je luy ay réplicqué qu'elle se pouvoit promectre d'avoir aultres -nouvelles, et trop meilleures, par la procheyne dépesche qui viendroit -de Vostre Majesté, que celles qu'on luy avoit escriptes; et, comment -qu'il en fût, que je sçavoys bien que vous luy feriés part de la vraye -vérité du tout. Et ay adjouxté qu'elle voyoit bien comme il playsoit à -Dieu de vous succiter beaucoup d'affères, par la présumption et trop -grande licence d'aulcuns de voz subjectz, dont aviez besoing, plus -que jamays, d'estre consolé et assisté des princes de vostre alliance; -et que je la supplioys de ne vous vouloir maintenant deffalir, sellon -que, en telles grandes occasions, les bonnes et royalles, et -généreuses amityés, comme estoit la sienne, se sçavoient bien -monstrer; et qu'elle vous fît sentir, à bon esciant, qu'il ne vous -failloit recourir, pour tous ces accidantz, à nulle meilleure ny plus -certeyne confédération que celle qu'elle vous avoit jurée, affin que, -vous tenant ferme à icelle, vous n'eussiés occasion de vous unir, ny -vous obliger, à nul aultre nouveau party; - -Et que j'avoys ung extrême regret que le comte de Montgommery eût -ainsy entreprins d'aller, de l'isle de Gersey, qui estoit à elle, -surprendre une de voz places en Normandye, sans considérer le tort -qu'il succitoit à la ligue d'entre Voz Majestez, et l'interromption -qu'il mettoit au commerce de voz deux royaulmes, et le préjudice qu'il -faysoit au bon propos du mariage. Dont je l'avoys desjà supplyée que, -pour tesmoigner du déplaysir qu'elle en avoit, elle luy voulût mander -de se départir de son entreprinse, et réparer sa faulte, ou -qu'aultrement elle vous mettroit sa femme et ses enfantz entre voz -mains; et qu'il y avoit deux personnages, de bonne qualité, en -Normandye, qui m'avoient escript que, par aulcuns propos du dict de -Montgommery, et aultres divers argumentz, il y avoit grande apparance -que la dicte Dame eût sceu et tenu la main à l'entreprinse du dict de -Montgommery, et davantage qu'elle eût adhéré à ceulx qui, peu -auparavant, avoient atiltré leur rendez vous près de St Germain, pour -surpendre Vostre Majesté. - -Sur quoy, je l'assurois de vous avoyr escript, Sire, que, si rien de -semblable vous estoit rapporté, que je vous supplioys très humblement -de ne le croyre, car je me voulois soubmettre à telle punition de -mort, qu'il vous plerroit me condampner, qu'elle ny ceulx de son -conseil n'avoient esté consentz ny sçavantz de l'une ny de l'autre -entreprinse, cognoissant qu'elle avoit le cueur si royal et la -conscience si bonne, et avoit en si grande recommandation sa parolle, -son honneur et la droicture, qu'elle ne voudroit, pour chose du monde, -avoyr faulcé les promesses et les serrementz de vostre dernier -traicté, ny vous avoyr rendu, en eschange de la grande amityé que luy -portiés, et du pourchas que fesiés de son alliance, ung tel trêt -d'ingrate et d'ennemye princesse, oultre que les mutuelles lettres, -qu'aviez de la main l'ung de l'aultre, vous debvoient assurer de -toutes semblables souspeçons d'entre vous; et qu'elle jugoit assez que -ceste reprinse d'armes de voz subjectz estoit si inicque qu'elle ne -méritoit d'estre favorizée, ains d'estre mortellement poursuivye de -toutz les honnorables princes du monde, sellon que je la supplioys de -considérer qu'il ne pouvoit estre rien de plus injuste que de ne -vouloir avoyr esgard que Vostre Majesté, ayant ung royaulme composé de -beaucoup de grandz princes et seigneurs, et de beaucoup de noblesse, -et d'ung grand nombre de prélatz et gentz d'église, et de plusieurs -bonnes et puissantes villes, de sept ou huict parlementz, et d'une -infinité de subjectz toutz catholicques, lesquelz ne falloit doubter -que n'eussent en grande révérance l'église romaine, s'ilz voyoient -qu'advantagissiez par trop les Protestantz, il n'y eût danger qu'ilz -prînssent ung party tout contrayre à celle naturelle affection et vray -amour qu'ilz vous portoient. Dont falloit qu'ilz se contentassent de -ce que bonnement pouviez fère pour eulx, sans mettre vostre estat en -danger; et que, s'ilz n'eussent aulmoins fondé leur reprinse d'armes, -sinon sur l'instance d'estre mieulx accomodez de l'exercice de leur -religion, sellon que, par le dernier édict de la Rochelle, il ne leur -y estoit assez suffizamment pourveu, bien que, pour nulle occasion du -monde, les subjectz doibvent jamays recourir aulx armes en l'endroict -de leur prince, si seroient ilz encores plus tolérables que de -collorer leur grand meffaict, par ung aultre plus grand, de calompnier -vostre réputation, qu'ayez voulu, contre votre parolle, surprendre la -Rochelle, et décrété une généralle exécution contre eux; chose que la -dicte Dame pouvoit juger, par les aultres occasions et grandz -empeschementz où vous estiés lors occupé, tant de vostre malladye que -de l'expédition du Roy de Pouloigne, vostre frère, et de son passage -par l'Allemaigne, et de l'avoyr franchement commis à la foy des -Protestantz, et vous estre quasy du tout désarmé, là où ilz -demeuroient avec une puissante armée en Languedoc, et d'avoyr approuvé -l'exécution que ceulx de la Rochelle avoient faicte contre ceulx -qu'ilz accusoient de la conspiration, bien qu'ilz s'en soient purgez à -leur mort, et l'ayent prinse à leur dampnation au cas qu'il fût vray, -et d'avoyr, en mesme temps, poursuivy, avec plus d'affection que -jamays, le propos du mariage d'entre elle et Monseigneur le Duc, -combien leur prétexte avoit peu d'apparance de vérité: - -Et que pourtant je la supplioys qu'elle me voulût accorder quatre -choses; esquelles le droict et l'honnesteté l'obligoyent vers Vostre -Majesté: l'une estoit de vous assurer, avec effect, de la confirmation -et entretènement de la ligue que vous aviez avec elle, affin que -n'eussiez occasion d'en chercher de nouvelle ailleurs; l'aultre, -qu'elle vous offrît l'assistance, en quoy la dicte ligue l'obligoit -vers vous, et la dényât du tout aulx eslevez, de sorte qu'en nulle -façon du monde, ny ouverte, ny dissimulée, ilz ne peussent tirer -aulcun secours d'elle ny de son royaulme; la tierce estoit de faire -despartir le comte de Montgommery de son entreprinse, ou bien remettre -sa femme et ses enfantz entre voz mains, et qu'à cest effect elle fît -arrester sa famille; et la quatriesme, qu'elle voulût ainsy juger de -Vostre Majesté, comme d'ung prince qui vouloit bien traicter toutz ses -subjectz, et accommoder, avec toute seureté, en l'exercice de leur -nouvelle religyon, ceulx qui en estoient, aultant que, sans altérer -l'estat de vostre couronne, vous le pourriez fère. - -Qui a esté ung propos, Sire, que, sur aulcuns advis qu'on m'a donnés, -de bonne part, j'ay estimé estre nécessayre que je tînse à la dicte -Dame. - -Et elle m'a respondu qu'elle réputoit à ung très bon office que je -vous eusse ainsy escript à la descharge d'elle et de ses conseillers, -et qu'elle appeloit Dieu à tesmoing, et le prioit de fère tomber sur -elle la punition de mort, à quoy je m'estois soubmis vers vous, au cas -qu'elle ny eulx eussent eu aulcune participation aulx entreprinses de -voz eslevez, et que les choses que je luy demandois estoient si -raysonnables qu'elle n'en vouloit refuzer pas une; mesmes elle avoit -pensé de vous envoyer ung gentilhomme pour les vous offrir; ou bien, -encores mieulx que cella: tant y a qu'elle considéroit de ne se -debvoir trop ingérer en ceste cause, laquelle sembloit aulcunement -appartenir à sa religyon, de peur que, possible, vous eussiés son -office plus suspect que agréable, néantmoins qu'elle vous prioit, de -tout son cueur, d'adviser qu'est ce qu'il vous plerroit qu'elle fît -pour vous, en la présente occasion de voz affères, et qu'elle vous -promectoit devant Dieu que, droictement et de bonne affection, elle -s'y employeroit. - -Et, sur ce, m'a renvoyé aulx seigneurs de son conseil, en l'assemblée -desquelz j'ay proposé les mesmes choses que j'avoys faict à elle. Et -eulx, après aulcunes excuses de l'occasion que les eslevez avoient de -souspeçonner le danger de leurs vyes et de leur religyon, m'ont -protesté, avec grands sèrementz, d'estre innocentz de toutes leurs -entreprinses, et que, non seulement ilz estoient marris, mais qu'ilz -déploroient la désolation de vostre royaulme, et que, pour le bien de -leur Mestresse et de sa couronne, ilz voudroient éviter, de tout leur -pouvoir, la diminution de vostre grandeur; dont, en ce qu'ilz auroient -moyen de la relever et conserver, ilz seroient prestz de s'y employer -très volontiers, en la façon que leur Mestresse le leur commanderoit. - -Et m'estant, le jour après, arryvée la petite dépesche, que Vostre -Majesté m'a faicte, du Xe du présent, laquelle a esté onze jours en -chemin, je n'ay eu, par icelle, que adjouxter à ma précédente -négociation, ny de quoy leur respondre rien de plus certain sur les -particullaritez dont ils m'interrogeoient, que auparavant. Dont j'ay -advisé de ne retourner vers elle jusques à la venue de mon secrettère, -mais bien leur ay envoyé comunicquer la plus petite des deux lettres -de Vostre Majesté, et celle de Monseigneur le Duc, affin qu'ilz -vissent que les choses n'alloient de la façon qu'on les leur avoit -escriptes. Sur ce, etc. - - Ce XXIVe jour d'apvril 1574. - - - A LA ROYNE. - -Madame, ez propos que la Royne d'Angleterre m'a ceste foys tenus, elle -a monstré, à bon escient, qu'elle portoit peyne du trouble de voz -affères, et plus de ceulx qu'on luy avoit mandé estre survenuz en -vostre court que des aultres du royaulme; dont m'a faict les honnestes -responces que je mectz en la lettre du Roy; et encores d'aultres, -touchant les grandes preuves, que Dieu faict voyr au monde, de vostre -grande prudence et de vostre vertu, mettant souvant l'une et l'aultre -à des essays si dangereux qu'ung chascun s'esmerveille comme il est -possible de vous en desmeller; et néantmoins qu'il vous en faict -tousjours venir au dessus. En quoy, si son opinyon vous pouvoit -sembler aussy bonne comme elle est loyalle et pleyne d'amityé, elle -vous conseilleroit que fissiés si sévèrement punir ceulx, que -trouveriés coupables de ces désordres, qu'il servît d'exemple aulx -aultres. Et le comte de Lestre, sellon qu'on m'a rapporté, a faict, -sur ces nouveaulx accidantz, de bien fort dignes offices vers la dicte -Dame et dans ce conseil; et a déclaré qu'il aymeroit mieulx avoyr -perdu vingt mille escuz du sien, que si Voz Majestez Très Chrestiennes -avoient reçeu de Monseigneur le Duc, ny du Roy de Navarre, le -déplaysir qu'on leur avoit escript. Si Vostre Majesté a agréable que -la dicte Dame envoye, vers le Roy, ung gentilhomme pour les -complimentz que pourriés desirer d'elle, en ce temps, il m'a semblé -avoyr comprins d'elle qu'elle le fera très volontiers. Sur ce, etc. - - Ce XXIVe jour d'apvril 1574. - - - OULTRE LES DEUX PRÉCÉDANTES LETTRES, le mémoyre, qui s'ensuit, - a esté adjouxté à la dépêche: - - Que le comte de Montgommery a escript, du XIIe de ce moys, à la - comtesse, sa femme, comme il luy envoyoit la femme de son filz, - et qu'elle ne fût plus en peyne de l'ung ny de l'aultre, car - leur entreprinse alloit très bien; - - Qu'il avoit deux mille cinq centz bons hommes de pied et - envyron six centz chevaulx; - - Que La Noue luy avoyt escript qu'il mît peyne de le venir - bientost joindre, par le passage qu'il sçavoit: et ne le - nommoit pas. - - Lequel La Noue avoit de cinq à six mille hommes de pied, et - envyron mille chevaulx, et assuroit que tout le Poictou, tant - Papistes que Huguenotz, estoient unanimes avecques luy. - - Que le dict de Montgommery espéroit avoyr bientost prins le - chasteau de Valongnes, parce que, par un garçon qui alloit - haster le secours, il avoit sceu qu'il n'y avoit plus munition, - ny de guerre, ny de bouche, dedans; - - Qu'il prioit la dicte comtesse de fère advertyr les soldats - françoys, et aultres, de deçà, qui avoient intention de l'aller - trouver, qu'ilz se hastassent, pendant qu'il estoit près de la - mer, parce que, quand il auroit marché en pays, il seroit - difficile de se pouvoir conduyre jusques à luy; - - Que, par des lettres de la Rochelle, du premier, de ce moys, - lesquelles le Sr de La Mothe Fénélon a trouvé moyen de voyr, - semble que le ministre Textor ayt esté seulement dépesché par - deçà, de la part du dict La Noue; et que, passant au dict lieu - de la Rochelle, il ne luy ayt esté donné aulcune instruction, - ny mémoyres, par les habitans; lesquelz monstrent que ceste - reprinse d'armes ne leur plaist; et ne s'y joignent qu'à - regret, se contantantz de l'édict qui est favorable pour eulx, - et qu'ilz sentent qu'il y a, je ne sçay quoy, de trop maulvais, - et du désordre beaucoup dans le fondz de l'entreprinse, dont - n'en espèrent bien. - - Néantmoins leur agent, qui est icy, s'est envoyé excuser, vers - le dict Sr de La Mothe, s'il n'alloit plus le visiter comme - auparavant, parce que les choses estoient changées, et qu'on - s'estoit, de rechef, esmeu en France pour la cause généralle de - la religion; de laquelle il pensoit que ceulx de sa ville ne se - voudroient séparer. - - Celluy, que le dict de La Mothe a faict nommer à Leurs Majestez - par le Sr de Vassal, assure fort qu'il a beaucoup de moyen en - la dicte ville, et parmy toute la noblesse du Poictou, de leur - fère accepter les honnestes conditions de paix qu'il playra au - Roy leur offrir, et s'en faict fort, ne luy manquant émulation, - ny compétence contre les aultres chefz, et promet de fère ung - très grand et loyal service à Sa Majesté. - - Que le susdict ministre Textor, après avoyr négocyé en ceste - court, est passé en Ollande, et va trouver le comte Ludovic, de - la part du dict La Noue, ce qui monstre que les Allemans et - Flammantz, et Angloys, protestantz, sont de mesmes intelligence - avec les Huguenotz, et qu'il y a quelque secrette confédération - entre toutz eulx; à laquelle l'on contrainct ceste princesse de - secrettement y adhérer, sur l'impression qu'on luy donne que le - Roy s'est de nouveau ligué, avec le Pape et le Roy d'Espaigne, - contre les dicts Protestantz et contre elle; - - Qu'il n'y a chose que le dict Textor rejette plus loing que - toutz propos de paix, et dict qu'on n'a garde de poser ceste - foys les armes, sans avoyr bien accommodé et estably, avec - toute seureté, le faict de leur religyon: dont semble que le - Roy doibt préparer ses forces pour n'estre contrainct de ses - subjectz, ains pour les contraindre, eulx, d'accepter, de luy, - les condicions qu'il leur voudra bailler; - - Que plusieurs particulliers, icy, font provision d'armes et de - monitions de guerre, que le dict de La Mothe souspeçonne estre - pour en accomoder le dict de Montgommery; et se dict que - envyron quatre centz gentilshommes, ou soldatz, anglois, se - préparent pour l'aller trouver, à quoy icelluy de la Mothe - s'opposera, le plus qu'il luy sera possible; - - Que le cappitaine Girons, de Dieppe, a une entreprinse d'aller, - avec quelques siens navyres de guerre, brusler la Salamandre, - et aultres vaisseaulx, qui sont dans le hâvre de Dieppe, et - mettre le feu dans la ville, s'il peut, affin d'essayer si, par - ce désordre, il pourroit surprendre le chasteau: à quoy le dict - de La Mothe a mandé, par deux voyes, à Mr de Sigoignes, d'y - prendre garde; - - Que le vidame de Chartres promect bien tousjours de ne - s'entremettre de rien contre le service du Roy. Néantmoins il - semble que la nécessité le contreigne de sortir d'icy, et qu'il - dellibère d'aller trouver le prince d'Orange ou le comte - Palatin; dont le dict de La Mothe l'a prié de ne vouloir - partir, sans le fère sçavoyr au Roy: et il luy a dissimulé - qu'il eût volonté de s'en aller. - - - - -CCCLXXVIIIe DÉPESCHE - ---du dernier jour d'apvril 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Nouveaux détails de la précédente audience---Efforts de - l'ambassadeur pour rassurer Élisabeth sur la crainte d'une - ligue, formée contre elle, par le roi et le roi - d'Espagne.--Grands armemens faits à Londres.--Nouvelles - d'Irlande.--Secours préparé pour Montgommery.--Projet - d'Élisabeth d'envoyer un député en France. - - - AU ROY. - -Sire, je vous ay mandé, par mes précédentes, comme, entre aulcuns -propos de ma dernière audience, la Royne d'Angleterre m'avoit touché, -en passant, qu'on avoit opinyon que Vostre Majesté s'estoit, de -nouveau, ligué avec le Roy d'Espaigne contre les Protestantz; et que, -sans la faveur et assistance qu'aviez promis de luy fère, il n'eût -poinct entreprins d'envoyer son armée de mer par deçà, parce qu'il n'y -avoit pas ung port qui fût à sa dévotion. A quoy ma responce a esté -que Vous, Sire, et luy, pareillement, aviez assez à fère, chascun en -vostre propre estat, sans vous obliger, ny vous entremettre, de celluy -de l'aultre, et que voz prétancions estoient diverses, tendans, les -vostres, principallement à troys choses: à bien assurer la paix en -vostre royaulme, bien establyr les affères du Roy de Pouloigne, vostre -frère, et conduyre à quelque bonne fin le propos que pourchassés -d'elle avec Monseigneur le Duc, vostre aultre frère; et qu'en tout -cella Vostre Majesté n'avoit besoing de se liguer contre les -Protestantz; et que le Roy d'Espaigne prétandoit, de son costé, de -saulver ses Pays Ras, et de soubstenir la guerre contre le Turc; dont -elle pouvoit voyr que vostre intérest et le sien n'avoient rien de -commun; et que vous estiés entré en ligue avec elle, en laquelle, si -elle vouloit bonnement et droictement persister, vous n'aviez garde -d'en chercher d'autre, mais, s'il vous apparoissoit qu'en lieu de vous -ayder, elle s'efforçât ouvertement, ou soubz main, de vous nuyre, -qu'elle vous donroit grande occasion de rechercher le Roy d'Espaigne, -et de prendre party avecques luy; néantmoins que je ne pensois qu'il y -eût, à présent, aultre chose, entre vous deux, sinon, possible, qu'il -vous avoit demandé le passaige libre pour son armée, comme j'estimois -qu'aussy avoit il faict à elle, et que, à mon advis, ny vous, ny elle, -ne voudriés, en une si juste entreprinse, comme sembloit estre la -sienne, le luy refuzer. - -Elle m'a réplicqué que, voyrement, luy avoit, le Sr de Sueneguen, -depuis huict jours en çà, parlé du dict passage, et luy en avoit -baillé lettre de son Maistre; et qu'elle luy avoit respondu qu'elle -s'esbahyssoit par trop comme, en tant d'ouverte amityé, que le Roy -d'Espaigne luy monstroit, il luy portoit une si occulte inimytié que -d'entretenir et extipendier ses rebelles, en ses pays, et mesmes qu'il -les retiroit près de luy, ainsy comme, à présent, elle entendoit qu'il -avoit faict venir en Espaigne Wesmerland, Acres, Merley, et aultres, -leurs semblables; et qu'elle me vouloit dire, en ung mot, qu'elle ne -creignoit nullement le Roy d'Espaigne, et qu'elle avoit desjà pourveu -qu'il ne luy peût, avec sa grande armée qu'il préparoit, ny avec ses -nouvelles ligues, ny avec l'intelligence de ses rebelles, fère aulcun -dommage. - -Dont j'entendz, Sire, qu'elle a mandé renforcer d'armes et -d'artillerye, d'hommes et de monitions, toutz les forts, qui sont le -long de la coste, et toutz les portz de ce royaulme, et ordonné de -mettre en mer toutz ses grandz navyres, excepté seulement quatre; et -qu'il en sortira six, devant le XVe de may, avitaillés pour deux moys, -ainsy que desjà l'on faict venir trois mille marinyers pour mettre -dessus; et, dans le Xe de juing, sortiront les aultres XVIII -avitaillés pour ung moys; mais toutz extrêmement bien pourveus de -toutes choses nécessayres pour ung combat. Néantmoins elle n'a ordonné -encores, pour toute ceste dépence, que trente cinq mille escus, -d'extraordinayre, là où il en fault quatre vingtz mille, si toutz les -navyres sortent, oultre le coust des poudres. Et plusieurs -particulliers, à la chaleur de cest armement, arment aussy en divers -endroictz de ce royaulme. Ce qui semble requérir, Sire, que, le long -de vostre coste, l'on soit adverty de mettre toutes choses en bon -estat et de s'y tenir sur ses gardes. - -Au regard des choses d'Irlande, il semble que ceste princesse les -veuille terminer par accord, et, à cest effect, elle a envoyé, ez -archives de Windesor, fère chercher certaynes capitulations, faictes -envyron l'an quarante cinq, par aulcuns principaulx O'Nels du pays, -avec le feu Roy Henry, son père, affin de les renouveller avec eulx. - -Et quand aulx choses de France, le jeune La Moyssonnyère, normand, -s'appreste, le plus secrettement qu'il peut, pour aller trouver le -comte de Montgommery, avec quarante ou cinquante françoys qu'il -ramasse par deçà. Et, au reste, il ne se remue rien, à présent, entre -les Angloys, de ceste matyère, attandant que les nouvelles, qui -viendront, tant de vostre court, que du costé des eslevez, leur -monstrent comme s'y gouverner; dont je prie Dieu qu'elles soient -sellon vostre desir. Et sur ce, etc. - - Ce XXXe jour d'apvril 1574. - - - _Par postille à la lettre précédente._ - - Je viens, tout à ceste heure, d'estre adverty que, sur une - dépesche, qui est arryvée du docteur Dayl, ceste princesse a - prins une soubdayne résolution de vous envoyer, dans deux ou - trois jours, ung gentilhomme. Je mettray peyne d'entendre, le - plus avant que je pourray, de sa légation, affin de la vous - mander; et ne le lerray partir, s'il m'est possible, sans - l'accompaigner de l'ung des miens, tant pour l'observer que - pour le fère bien recevoyr. - - - - -CCCLXXIXe DÉPESCHE - ---du IIIe jour de may 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran._) - - Audience.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle a résolu d'envoyer le - capitaine Leython en France pour s'informer de la santé du roi, - connaître le véritable état des choses, offrir sa médiation, et - savoir les causes de la mise en arrêt du duc - d'Alençon.--Efforts de l'ambassadeur pour retarder le départ du - capitaine Leython.--Crainte que lui inspire cette - mission.--Prière pour qu'un bon accueil soit fait à l'envoyé - d'Élisabeth. - - - AU ROY. - -Sire, suyvant ce que je vous ay mandé, par le postille de ma -précédente, du dernier du passé, que ceste princesse avoit dellibéré -d'envoyer ung gentilhomme devers Vostre Majesté, elle, premier que de -le dépescher, a bien voulu m'en parler, et m'a envoyé prier que je la -vînse trouver à Grenvich; auquel lieu, après aulcunes parolles de la -diverse façon de ceste audience, en laquelle elle se trouvoit -requérante, au lieu que j'avoys accoustumé tousjours de requérir, elle -m'a dict: - -Qu'ayant considéré la diversité des choses qu'on mandoit de France, -elle avoit escript à son ambassadeur qu'il fît dilligence de sçavoyr, -le plus près qu'il pourroit, le vray estat d'icelles, affin qu'elle -peût uzer, là dessus, vers Vostre Majesté, du debvoir, en quoy vostre -commune confédération, et vostre mutuelle amityé, l'obligeoit; et -qu'il luy avoit freschement escript qu'il avoit eu deux audiences de -Voz Majestez Très Chrestiennes, et qu'encor que ne fussiés bien guéry -de la fiebvre quarte, que néantmoins vous n'aviez layssé de bien fort -bénignement l'ouyr, et pareillement la Royne, vostre mère, l'avoit -escouté, aultant qu'il avoit voulu, et luy avoit amplement respondu; -et que, de là et d'aulcuns aultres advertissementz, qu'on luy avoit -donné, d'ailleurs, il l'avoit maintenant esclarcye, le plus qu'il -avoit peu, comme le tout alloit, dont estimoit toucher maintenant à -elle de vous envoyer visiter sur trois occasions: - -L'une, de vostre malladye, pour vous tesmoigner combien elle en avoit -de déplaysir, et combien, de bon cueur, elle desiroit vostre santé; -l'autre, sur les troubles de vostre royaulme, pour vous offrir ce -qu'estimeriés qu'elle peût fère pour la conservation de vostre -authorité, car elle seroit preste de vous y assister de toute sa -puissance; et la troysiesme, pour se condouloir de ceste plus privée -et domesticque calamité du souspeçon, qu'on vous avoit donné, de -Monseigneur le Duc, vostre frère; - -Et que, sur ceste dernière, elle me vouloit dire librement que, si, en -nulle des deux entreprinses, de St Germain, ny du boys de Vincennes, -ny en nulle aultre occasion du monde, Mon dict Seigneur se trouvoit, -peu ny prou, coupable vers la personne ny l'estat de Vostre Majesté, -qu'elle protestoit de ne le voyr jamays, car elle n'avoit d'amityé -avecques luy, qu'aultant que Vous mesmes et la Royne, vostre mère, y -en aviez voulu mettre; et n'y en pouvoit jamays avoyr d'aultre que -celle que vous y establiriés, parce qu'elle faysoit principalement -estat de la vostre. Néantmoins, si les choses alloient ainsy, comme -aulcuns disoient, que Mon dict Seigneur eût esté adverty, par des -siens, de prendre garde à luy, parce qu'on vouloit attempter à sa -personne, et que, sur cella, il eût pensé de se retirer en quelque -lieu pour, de là en hors, fère entendre son faict à Vostre Majesté, et -à là Royne, vostre mère; et que, pour ceste occasion seulement, vous -fussiés entré en quelque deffiance de luy, qu'elle estimoit que, pour -chose si légière, Vostre Majesté luy debvoit avoyr espargné l'escorne -et l'escandalle de mettre en doubte qu'il ne vous ayt tousjours esté -très fidelle et très obéyssant frère et subject; et qu'elle vouloit -encores passer oultre, de tant que Vous et la Royne, vostre mère, -l'aviez tant honnorée que de la rechercher d'alliance pour luy, et que -luy mesmes s'estoit offert à elle, bien qu'ilz ne fussent, ny, -possible, seroient jamais l'ung à l'autre; néantmoins y ayant, elle, -faict desjà quelque responce, si, d'avanture, aulcuns particulliers -s'estoient cependant ingérés de mener une si pernicieuse trame que de -vous avoir faict mettre la main sur luy, en deffaveur du dict propos, -et pour l'interrompre, qu'elle estimoit toucher, par trop, à son -honneur, de s'en ressentir contre eulx, en toutes les façons qu'elle -pourroit, et qu'indubitablement elle se mettroit en son debvoir de le -fère; et que ces trois occasions l'avoient faicte résoudre de vous -envoyer promptement le cappitaine Leython, espérant qu'auriés -agréable, et prendriés de bonne part sa bonne et saincte intention; -laquelle ne tendoit qu'à vostre honneur, et à l'honneur des vostres, -et à vostre repos. - -Je luy ay respondu que je ne pouvois sinon beaucoup louer, et la -remercyer infinyement du propos qu'elle me venoit de tenir, voyant la -grande considération, qu'elle y avoit, de la santé de Vostre Majesté, -du repos de vostre royaulme, et de l'union de Mon dict Seigneur le Duc -à vostre parfaicte intelligence; et que sa légation là dessus ne -pourroit estre sinon très honnorable pour, elle, et convenable au -besoing qu'aviez d'estre, en ce temps, visité, conseillé et assisté -des princes de vostre alliance; et que, pour le regard du dernier -poinct, je luy avoys faict voyr ce que Mon dict Seigneur le Duc -m'avoit luy mesme escript, du Xe du passé, comme il n'avoit eu, ny -n'auroit jamays, aultre volonté que de se conformer, en tout et par -tout, à la vostre; et que je la supplioys de ne vouloir penser -aultrement de luy qu'ainsy que Vostre Majesté et la Royne, vostre -mère, en avoient respondu à son ambassadeur; et que, si elle vouloit -avoyr pacience de dépescher le dict cappitaine Leython, jusques à ce -que j'eusse receu lettres de Vostre Majesté, je l'informerois si -clèrement de la vérité de ce qui en estoit, qu'elle le pourroit, puis -après, fère partir avec plus de fondement. - -Elle m'a réplicqué que les advertissementz, qu'elle avoit, n'estoient -légiers, ny vains, et que pourtant elle ne vouloit plus temporiser là -dessus, et si, vouloit que le dict Leython fût plus tost par dellà, -qu'on ne sceût qu'elle le vous eût dépesché. - -J'ay adjouxté que je la supplioys donc de deux choses: c'est que je le -peusse accompaigner d'ung mien gentilhomme, pour le fère traicter et -bien recevoyr partout, et qu'elle le voulût adresser seulement à Voz -Majestez, et le charger de ne fère, ny dire, ny uzer, en ce temps, -sinon ainsi que luy ordonneriez. - -Elle m'a respondu qu'elle m'accordoit volontiers ce dernier, et mesmes -de ne voyr poinct Mon dict Seigneur le Duc; s'il ne vous playsoit, -mais qu'au reste il n'estoit poinct besoing de tant de traictement au -dict Leython, et qu'elle vouloit qu'il y allât fort secrettement. Et -puis a adjouxté certaynes plainctes d'aulcuns de leurs navyres -marchandz, qui ont esté nouvellement assallis par des françoys, et du -peu de justice qu'on leur administroit en France; ce qui animoit les -Angloys de s'en vouloir revencher. - -A quoy je n'ay esté court de luy bien respondre que ceulx, qui -faysoient l'injure et la violence, se pleignoient. Dont, Sire, ayant -considéré le langage et les contenances de la dicte Dame, l'altération -en quoy son ambassadeur, qui est par dellà, semble l'avoyr mise, -l'estroite négociation que le Sr de Montleroy, venant de Ollande, a eu -avec aulcuns de son conseil, premier que de se rembarquer pour la -Rochelle, et l'advancement qui se met en l'accord des Pays Bas, je -suis tombé en de nouvelles souspeçons; lesquelles il vous plerra -entendre du Sr de Sabran, présent porteur, qui, pour en éviter encores -de plus grandes, je l'ay bien voulu joindre au voyage du dict -cappitaine Leython. Et sur ce, etc. Ce IIIe jour de may 1574. - - - A LA ROYNE. - -Madame, encor que le prétexte, que la Royne d'Angleterre prend, -d'envoyer présentement Me Leython, cappitaine de Grènezay, devers Voz -Majestez, soit sur une occasion si honneste et pleyne d'honneur que je -n'ay ozé bonnement le luy contredire, si ay je essayé, par divers -moyens, de l'en divertyr; ou aulmoins qu'elle voulût prolonger son -partement, jusques à ce que j'aurois receu quelque pacquet de France, -par où elle peût donner plus de fondement à ce voyage; mais il semble -que le docteur Dayl la luy ayt baillée si chaude, qu'elle prend pour -ung grand poinct d'honneur de ne temporizer en cella une seulle heure. -Dont, de tant que plusieurs choses concourent maintenant avec ceste -cy, je fay aulcunes conjectures là dessus qui ont beaucoup de -vraysemblable; lesquelles le Sr de Sabran, qui va avec le dict -Leython, vous dira; et je supplie très humblement Vostre Majesté de -les considérer, et qu'au reste elle veuille fère bien recevoyr, et -fère bien traicter et gratiffier le dict Me Leython, parce qu'il est -tenu en quelque bon compte de sa Mestresse et en ceste court, et est -parant, et bien fort favory, du comte de Lestre. - -J'ay admené beaucoup de raisons à la dicte Dame pour la persuader que, -sans s'arrester à l'apparence des choses, qu'aulcuns qui, possible, ne -les cognoissoient ny les entendoient, luy pourroient avoyr escripte, -elle voulût demeurer ferme au bon propos dont Voz Majestez Très -Chrestiennes l'avoient recherchée, et la recherchoient encores, plus -que jamays, pour Monseigneur le Duc. A quoy elle m'a respondu qu'il -falloit que le temps luy monstrât comme elle auroit à s'y conduyre, et -qu'elle avoit à vous fère une querelle de ce que vous aviez -aulcunement dissimulé à son ambassadeur la détention de Mon dict -Seigneur le Duc. - -Et sur ce, etc. Ce IIIe jour de may 1574. - - Je vous suplie très humblement, Madame, de monstrer au dict - Leython que Voz Majestez ont très bonne opinyon et grande - confiance du comte de Lestre; car il importe de tout ce que - pouvez desirer de ce royaulme, que le reteigniés en vostre - dévotion, et est nécessayre que le gratiffiés de quelque - honneste présent. - - - - -CCCLXXXe DÉPESCHE - ---du Xe jour de may 1574.-- - -(_Envoyée jusques à la court par l'homme de Mr Brullard._) - - Audience.--Complot de Saint-Germain.--Arrestation de Coconas et - de La Mole.--Dispositions prises par le roi pour rétablir la - paix.--Justification du duc d'Alençon et du roi de - Navarre.--Intercession d'Élisabeth en faveur de La - Mole.--Déclaration concernant Montgommery.--Assurance donnée - par l'ambassadeur à Élisabeth, que Mr de Montmorenci n'a pas - trempé dans le complot.--Plaintes d'Élisabeth au sujet des - prises faites sur les Anglais.--Nouvelle de l'arrestation de - Mrs de Montmorenci et de Cossé. - - - AU ROY. - -Sire, sur le retour de mon secrettère, je suis allé dire à la Royne -d'Angleterre, qu'après avoyr longuement desiré sçavoyr de voz -nouvelles et de celles de vostre santé, et de ce qui se faisoit près -de Voz Majestez Très Chrestiennes, il vous avoit pleu m'en mander bien -largement pour en fère bonne part à elle; et qu'en premier lieu, me -commandiés de l'assurer de vostre convalescence et bon portement, et, -après, de luy représanter fort expressément, le bien et consolation -que, par aulcunes de mes lettres, et par des propos de son -ambassadeur, vous aviez receu, ez présentz accidans de voz affères, -d'avoyr comprins qu'elle en portoit peyne, comme si elle santoit du -trouble aulx siens; et mesmement de ce qu'on luy avoit rapporté qu'il -y avoit quelque chose meslé de Monseigneur, vostre frère, et -pareillement des honnorables responces qu'elle m'avoit rendues, sur le -faict du comte de Montgommery; qui estoient démonstrations que vous -recognoissiés procéder d'une très bonne affection qu'elle vous -portoit, et qui vous estoient si utilles et propres, en ce temps, -qu'en nulle aultre sayson du monde, elle vous pourroit mieulx fère -gouster le fruict, qui vous restoit, d'avoyr longuement entretenu une -pure et ferme amityé avecques elle: dont l'en vouliés remercyer de -tout vostre cueur, et la suppliés de croyre qu'elle n'employeroit -jamays aulcune sorte d'honnesteté, ny de courtoysie, vers prince du -monde, qui les receût avec plus de profonde recognoissance, que vous -fesiés; qui vous assuriés qu'elle les accompagneroit toujours de -semblables bons effectz, ainsy qu'elle ne debvoit fère aussy aulcun -doubte de ne trouver une parfaicte correspondance en Vostre Majesté, -sur toutz les affères et accidans qui luy pourroient jamays survenir; -et que, pour ne luy celler rien de ce qui vous estoit advenu, vous me -commandiés de luy en dire toutes les particullarités jusques à la plus -moindre. - -Dont luy ay récité, Sire, le contenu de vostre lettre du XVIIe du -passé,[1] en ce qui concernoit l'entreprinse de St Germain en Laye, -qui avoit esté descouverte, et comme, depuis, l'on l'avoit volue -exécuter, ou bien une semblable, au boys de Vincennes; à quoy vous -aviez très bien remédyé, et comme aviez faict constituer prisonnier le -comte de Couconnas, La Mole, et aultres, qu'on souspeçonnoit y avoyr -tenu la main; lesquels aviés renvoyés à vostre parlement de Paris pour -en fère justice; la volontayre confession, qu'ilz avoient faicte, -d'avoyr voulu suborner Monseigneur le Duc, et le Roy de Navarre, et -d'avoyr faict atiltrer chevaulx, avec le rendés vous, pour les -substrère de court, et les desjoindre d'avec Voz Majestez Très -Chrestiennes; la déclaration que Mon dict Seigneur le Duc, et le Roy -de Navarre, s'appercevans de la tromperie qu'on leur avoit uzée, vous -estoient venus fère, où n'aviez trouvé qu'une très honneste -signiffication de n'avoyr, l'ung ny l'aultre, jamays eu aultre volonté -que de suyvre entièrement la vostre; le poinct de la déposition du -dict Couconnas, touchant le comte de Montgommery, et l'instance que -vous faysiés là dessus à la dicte Dame d'y pourvoir; la retraicte du -Prince de Condé vers Sedan, sur ung faulx donner entendre; et comme -vous aviez envoyé après luy pour le bien informer, et le rappeller en -la charge de son gouvernement; les nouvelles que Monsieur de -Montpensier et monsieur de La Vauguyon, du costé de Poictou, et -monsieur de Matignon, du costé de Normandye, et monsieur de La -Vallete, du costé de Gascogne, vous avoient mandées, touchant les bons -exploitz qu'ilz avoient exécutés contre les eslevez, lesquels vous -estimiés que bientost seroient réduictz à ne mespriser poinct la paix, -ainsy que vous dellibériés, plus que jamays, de la leur donner, et de -l'establir en vostre royaulme, sellon qu'aviés envoyé la traicter et -la conclurre près de monsieur le mareschal Danville, avec ceulx de -Languedoc, par Mr de St Suplice et de Villeroy, et avec ceulx de -Poictou et de la Rochelle par Mrs Strossy et Pinard; et que, à -deffault qu'ilz ne la voulussent accepter, que vous fesiés tenir -quatre mille reytres en vuartguelt, et une levée de six mille suysses -toute preste pour les y contraindre. - -[1] Voir le _Supplément à la Correspondance Diplomatique de La Mothe -Fénélon_. Cette lettre est inédite, elle ne se trouve pas dans la -collection publiée par Le Laboureur. - -Et puis ay adjouxté, Sire, qu'encor que toutz ces affères vous -pressassent beaucoup, et vous empêchassent de satisfère à ce qu'aviez -mandé à la dicte Dame, de vouloir venir en Picardye, pour conduyre -l'entrevue qu'elle vous avoit accordée, que néantmoins vous la -suppliés, de bon cueur, qu'elle ne voulût en rien changer sa bonne -dellibération, en cest endroict, tout ainsy que Vostre Majesté et la -Royne, vostre mère, demeuriés très constantz et immobiles en -l'affection d'estreindre, de plus en plus, par ce bon propos de -mariage, et par tous les bons moyens qui se pourroient trouver au -monde, une perdurable et inviolable amityé et alliance avec elle; et -qu'aussytost que sentiriés ung peu de relasche en voz dicts affères, -vous ne faudriés de vous acheminer à Bouloigne. - -De toutz lesquelz propos, Sire, la dicte Dame a monstré, par des -parolles bien expresses, et par des contenances, qui m'ont semblé non -feinctes, ny pleines d'artiffice, qu'elle en recevoit beaucoup d'ayse -et de contantement; et m'a dict que de vostre convalescence, elle en -avoit eu desjà advis, et en avoit remercyé Dieu, ainsy dévotement, -comme elle debvoit, pour la conservation d'ung prince, à qui elle se -trouvoit, par plusieurs grandes et bien expresses obligations -d'amityé, fort estroictement unie; et que, de tant plus avoit elle -agréable la confirmation, que je luy en apportois maintenant, qu'on -luy avoit voulu imprimer beaucoup de doubtes de la qualité de vostre -malladye, dont elle vous supplioit, de toute son affection, que -voulussiez avoyr soing de vostre santé; qu'elle santoit ung très grand -playsir que vous jugiés ainsy bien de ses déportementz vers voz -affères, comme ilz estoient très parfaictement bons et droictz, et -qu'il luy seroit faict un très grand tort de les souspeçonner -aultrement, car juroit à Dieu qu'elle desiroit la conservation de -vostre estat, de vostre authorité et de vostre grandeur, comme la -sienne propre, ainsy qu'elle vous l'avoit envoyé tesmoigner par le -cappitaine Leython, duquel elle espéroit que prendriés de bonne part -tous les poinctz de sa légation; - -Qu'elle vous remercyoit très grandement de la communicquation, qu'il -vous playsoit luy fère, de voz affères, laquelle elle prenoit pour ung -très certain gage de la bonne intelligence que vouliés continuer avec -elle; et qu'elle joignoit en cella les mouvementz de son affection à -ceulx de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, pour se douloir -de ce qui vous donroit affliction, et se resjouyr des choses qui -succèderoient à vostre advantage; qu'elle confessoit avoyr porté -beaucoup de peyne du bruict qu'on avoit faict courir de Monseigneur le -Duc, car desiroit qu'ung tel prince, de qui vous meniés ung propos -d'alliance avecques elle, fût exempt de toute apparance de chose qui -peût toucher à sa réputation; ce qu'elle, à dire vray, vouloit bien -examiner, car, non seulement le vouloit cognoistre exempt de coulpe, -mais encores de toute souspeçon d'en avoyr; et que si, d'avanture, la -chose alloit ainsy, qu'on l'eût adverty que quelques ungs vouloient -attempter à sa personne, et qu'à ceste occasion il eût pensé de se -retirer, non pour se joindre aulx eslevez, ny pour entreprendre rien -contre vostre intention, car cella seroit inexcusable, mais pour -pourvoir à luy, qu'il ne luy en debvoit estre rien imputé, non plus -qu'à La Molle, si sa dellibération n'avoit tendu qu'à saulver la vye -de son maistre, ainsy qu'elle le vous avoit faict remonstrer par son -ambassadeur; et qu'elle vous prioit, d'ung cueur de bonne seur, de ne -vouloir, à la persuasion et praticque de ceulx qui, possible, n'ont -bonne intention à vostre grandeur, laysser oprimer la réputation de -Mon dict Seigneur le Duc, ny la vye de son serviteur, si elle y -attouchoit en rien; - -Et, quand à ce que le comte de Couconnas avoit dict du comte de -Montgommery, elle me pouvoit dire, avec vérité, de n'avoyr entendu ung -seul mot d'icelluy Montgommery, depuis sa folle entreprinse, et qu'il -sentoit bien, où qu'il fût, qu'il l'avoit offancée, et qu'il n'avoit à -demander ny espérer rien de ce royaulme; dont elle vous prioit, Sire, -de vous en mettre en tout repos; qu'elle auroit grand playsir que -donnissiés la paix, et ung honneste accommodement en la religion, à -voz subjectz, affin de satisfère à vostre parolle, et divertyr les -inconvénientz de ceste guerre, qui ne pourroient, sellon qu'elle les -comprenoit, estre sinon bien grands et dangereux; et, en cas qu'ilz ne -se voulusent contanter de la rayson, qu'elle louoit bien fort -qu'eussiés faict une bonne provision de forces pour les y contreindre; -en quoy elle vous offroit, de bon cueur, tout ce à quoy vous jugeriés -bon et honneste de l'employer. - -J'ay mis peyne, Sire, de luy agréer, par toutes les bonnes parolles -que j'ay peu, sa bonne et vertueuse responce, et, après aulcunes -particullarités, je me suis arresté ung peu à luy dire, touchant -Monseigneur le Duc et le Roy de Navarre, que Voz Majestez Très -Chrestiennes les avoient trouvés si esloignés de toutes malles -pensées, et avoyr l'intention et l'inclination si vertueuses et si -généreuses, à tout ce qui estoit de leur debvoir et de leur honneur, -envers Dieu et Vostre Majesté, que Vous, et la Royne, vostre mère, me -mandiés que, pour vostre singullier contantement, vous n'y sçauriés -desirer rien de plus, ny de mieulx, et qu'il n'y avoit jamays eu ung -plus naturel amour, ny une plus parfaicte intelligence, entre vous, -que mayntenant; - -Et, pour le regard de La Molle, que je luy voulois bien monstrer ce -que la Royne m'en escripvoit, du XXVe du passé, dont luy ay leu la -lettre. - -Et elle m'a dict qu'elle craignoit seulement le danger du serviteur, -pour la réputation de Monseigneur; et m'a demandé comme il alloit de -Monsieur de Montmorency. - -Je luy ay dict qu'il continuoit tousjours le debvoir d'ung grand et -loyal, et très fidelle subject, vers Vostre Majesté, et que c'estoit -luy qui, ayant examiné le faict, et cognu la grande tromperie qu'on -avoit voulu uzer à Voz Majestez, et à ces jeunes princes, avoit jugé -qu'il estoit besoing de chastiement; dont il tenoit son lieu près de -Voz Majestez, avec plus de crédit et d'authorité que jamays. - -Et, sur la fin, la dicte Dame m'a comentée la pleincte de ses -subjectz, touchant les prinses et otrages, que les Françoys leur -faysoient sur mer, et du peu de justice qu'ilz trouvoient en France; -et qu'elle vous supplyoit très cordiallement, Sire, d'y pourvoir, -affin de fermer la bouche à aulcuns des siens, qui prenoient occasion, -par là, de mal opiner sur l'entretènement de vostre mutuelle amityé. -Sur quoy, luy ayant déduict plusieurs choses pour rejecter la coulpe -sur elle, et sur les siens, ainsy qu'elle en a advoué une grande -partie, elle m'a fort gracieusement licencié. Et sur ce, etc. Ce Xe -jour de may 1574. - - Ce que dessus estoit bien advancé d'escripre, quand la - dépesche de Vostre Majesté, du IIe du présent, est arrivée, - laquelle satisfaict amplement, et par très bon ordre, à mes - précédantes, et à plusieurs aultres choses qu'il estoit - besoing que je sceusse; dont en iray entretenir, ung jour de - ceste sepmayne, ceste princesse, et mettray peyne de la tenir - tousjours la mieulx disposée, que je pourray, vers Vostre - Majesté. - - Tout à ceste heure, me vient d'arryver une aultre dépesche, du - IIIIe du présent, avec la nouvelle de la détention de - messieurs de Montmorency et de Cossé. Je traicteray de l'une - et de l'aultre avec la dicte Dame, et puis vous manderay ce - qu'elle m'en aura dict. - - - - -CCCLXXXIe DÉPESCHE - ---du XVIe jour de may 1574.-- - -(_Envoyée jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Changement apporté dans les bonnes dispositions des Anglais par - les exécutions de Coconas et de La Mole, et l'arrestation de - Mrs de Montmorenci et de Cossé.--Grands armemens faits en - Angleterre, qui peuvent être dirigés contre la - France.--Sollicitations de Montgommery pour avoir des - secours.--Audience.--Mécontentement d'Élisabeth au sujet de - l'exécution de La Mole.--Conseils qu'elle donne au - roi.--Nouvelle proposition de l'entrevue, faite par - l'ambassadeur.--Disposition d'Élisabeth à reprendre la - négociation du mariage. - - - AU ROY. - -Sire, devant le dixiesme de ce moys, je n'avoys poinct cognu que les -Angloys eussent aulcune dellibération contre Vostre Majesté, ny pas -une contre le repos de vostre royaulme, en faveur des eslevez; ains -que toutz leurs appretz et appareils, tant par mer que par terre, -s'adressoient contre l'armée d'Espaigne, à laquelle, nonobstant qu'ilz -eussent accordé l'octroy du passage libre, et de pouvoir entrer dans -les portz, et toutes aultres faveurs et rafraychissementz qu'elle -voudroit demander, comme à flote d'amys et confédérez, la résolution -estoit néantmoins prinse de luy oposer une aultre gagliarde armée, de -toutz les grandz vaysseaulx de ceste princesse, et de plusieurs -aultres particulliers, jusques au nombre de cent; non sans quelque -secrette intelligence, avec le prince d'Orange et avec ceulx de la -Rochelle, que, au cas qu'avec cent aultres bons navyres qu'ilz -debvoient avoyr lors en mer (sçavoir le dict prince, soixante dix, -pour sa part, et iceulx de la Rochelle trente, équippés aulx despens -du contract de sel qu'ilz ont faict avec les Ollandoys), icelluy -prince attachât le combat, qu'indubitablement il seroit assisté des -Angloys. Et desjà estoit arresté que l'amyral mesmes d'Angleterre, et -plusieurs gentilshommes de court, et aultres principaulx personnages -du royaulme, yroient à l'entreprinse. Dont les six premiers -vaysseaulx, avec deux mille cinq centz hommes, debvoient sortir, le -XXe du présent, soubz la conduicte de milord Havart, et le reste de -l'armée s'aller dresser, en la plus grande dilligence que fère se -pourroit, à Porsemue, pour estre preste, ung peu avant la St Jehan. - -Mais aussytost que les deux évènementz, de l'exécution du comte de -Couconnas et de La Molle, et puis de l'emprisonnement de MMrs les -mareschaulx de Montmorency et de Cossé, ont esté rapportés icy, le Xe -de ce moys, par le courrier de leur ambassadeur; à quoy ilz adjouxtent -davantage que Mr le mareschal Dampville a esté aussy faict prisonnier -à Narbonne, il n'est pas à croyre la mutation et changement de -volontés qu'on a incontinent veu en ceste court. Et n'ay peu encores -descouvrir, Sire, si, en leurs fréquentes et longues tenues de -conseil, ilz ont rien ordonné contre ce qu'ilz avoient dellibéré -auparavant, ny à quoy présentement ilz se résolvent; tant y a que je -supplye très humblement Vostre Majesté de donner tout le meilleur -ordre, qu'elle pourra, aulx portz et places qui regardent -l'Angleterre; car, là où auparavant je n'entendoys, de toutes partz, -icy, que bonnes parolles de paix avecques la France, maintenant l'on -m'en rapporte, à toute heure, de bien contrayres. Et je sçay bien que -ceulx cy n'ont faute d'inclination à la cause des eslevez, et si, sont -si picqués de l'exécution de ces deux gentilshommes, et de la -détention des aultres trois seigneurs, croyant fermement que cella a -esté conduict par la menée du party, qu'ilz estiment estre leur -adversayre, que je ne fay doubte que Vostre Majesté n'ayt à sentir, ou -ouvertement, ou soubz main, de la contradiction, de ce royaulme, avant -la fin de l'esté; bien que je m'y opposeray le plus qu'il me sera -possible. - -Et suyvant ce qu'il vous a pleu me commander, Sire, que je advertisse -les gouverneurs, mes voysins, de ce que je pourrois descouvrir qui -leur importeroit, j'ay desjà escript, de ma main, à Mr de Calliac une -entreprinse qu'on avoit sur Bolloigne, laquelle a esté offerte au -prince d'Orange, qui, sellon qu'on m'a dict, l'a refuzée; et depuis, -celluy, qui l'a mené, a esté icy, et a parlé à ceulx de ce conseil. -Aussy a parlé à eulx ung, qu'on nomme Lelua, homme de peu d'apparance -et de petite qualité, qui dit estre envoyé de la part du Prince de -Condé, pour encourager à la guerre les françoys qui sont par deçà, et -les assurer que, dans le prochain moys de juillet, il sera avec une -armée bien près de Paris. - -Et le comte de Montgommery a escript, de son costé, en ceste court, -conformément à ce que m'avez mandé de luy, qu'il estoit sorty de St -Lo; mais dict que c'est avec trois centz chevaulx, et ce, à deux fins: -l'une, pour soulager les vivres et monitions de la place, et l'autre -pour assembler des forces, affin d'aller lever Mr de Matignon de -devant le dict St Lo, ainsy qu'il l'a levé, luy, de devant Valoignes; -mais aulcuns présument qu'il l'a faict pour ne se vouloir enfermer, et -pour munir, le mieulx qu'il pourra, Quarantan, qui est ung lieu sur la -mer, affin de s'en pouvoir rettirer quand il voudra. Et cependant il -sollicite avec très grande instance ceulx qui ont, icy, affection à -son entreprinse, de l'aller trouver bientost, ou bien de luy envoyer -ung bien prompt secours, dont j'entendz que le jeune La Moyssonnyère, -qui se faict nommer le cappitaine Mondurant, s'est desjà secrettement -appresté, avec soixante ou quatre vingts françoys, pour s'y acheminer, -à la file. - -Et d'ailleurs j'ay aulcunement suspect cest armement des Angloys, -parce que aulcuns des parans et amys du dict Montgommery vont dessus: -ce qui me faict, de rechef, suplier très humblement Vostre Majesté de -fère réytérer, tout le long de la coste, l'advertissement de s'y tenir -sur ses gardes, et envoyer ung peu de renfort de gens de guerre -partout; bien qu'à dire vray, Sire, ceste princesse ne m'a encores -faict démonstration, ny déclaration aulcune, que je puisse ny doibve -sinon interpréter en très bonne part; car m'ayant assigné l'audience à -jeudi dernier, et se trouvant, d'avanture, pressée de beaucoup -d'aultres affères, elle me dépescha ung de ses valletz de chambre pour -me pryer que je voulusse avoyr pacience jusques au deuxiesme jour -ensuyvant; mais, comme le messager me fallit, j'arrivay lorsqu'elle -n'y pensoit pas. Néantmoins elle ne voulut que je m'en retournasse -sans la voyr, dont supercéda ses aultres affères, et m'ouyt fort -volontiers. - -A laquelle je récitay, par le menu, la teneur des deux dépesches de -Vostre Majesté, du IIe et IIIe du présent, sur lesquelles je confesse -librement qu'elle monstra de ne rester guyères contente, ny de -l'exécution des deux premiers, ny de la prison des deux seconds; mais -elle fit bien une grande allégresse de l'amandement qu'aviez senty en -vostre mal, et de l'espérance qu'aviez de vostre prochaine et -parfaicte guérison, pour laquelle elle vous prioit de croyre qu'elle -faysoit continuelles prières à Dieu, aussy dévotement comme pour la -conservation de sa propre vye. - -Et s'est mise à discourir qu'elle creignoit bien fort que, par les -aguetz et artiffices d'aulcuns, qui avoient faict de grands dessings -sur vostre malladye, Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, ne vous -layssissiés conduyre à jouer vous mesmes, contre vostre propre repos, -et seureté, ces divers roolles qu'aviez commancé en vostre mayson, car -elle le conjecturoit ainsy sur aulcunes dilligences, qu'on luy avoit -mandé, qui s'estoient faictes en Allemaigne, et qu'elle desireroit, de -bon cueur, pouvoir estre quelques heures près de Voz Majestez, pour -vous dire librement ce que, possible, vous ne sçavez, ny nul vous -l'ozoit dire; et que, d'une chose avoit elle à se plaindre grandement -de vous deux, touchant l'exécution de La Molle, et en faysoit plus de -tort à la Royne que non pas à vous, car, principallement, elle s'en -estoit addressée à elle pour la prier qu'elle voulût considérer, en -cella, l'honneur de son filz, lequel elle luy proposoit pour mary; -dont elle pensoit avoyr aulmoins impétré que, quand le procès seroit -parachevé, la communicquation luy en seroit sommayrement faicte, -premier que de passer à l'exécution, ainsy que son ambassadeur le luy -avoit escript; et la lettre, que je luy avoys faicte voyr, de la -Royne, sembloit parler en ce sens; mais que toutes ses prières et -remonstrances n'avoient peu gaigner une heure de temps en cella, dont -elle voyoit bien que son crédit devers Voz Majestez estoit par trop -petit; et néantmoins qu'elle n'attandoit sinon une pareille -précipitation de jugement contre les aultres deux prisonniers, par la -dilligence de leurs adversayres, qui vous vouloient fère ruyner ce -party, affin que le leur se trouvât seul, et supérieur, et nullement -contredict en vostre royaulme; ce qu'elle n'estimoit estre la seureté -de Voz Majestez. - -Néantmoins, puisque, ny ce qu'elle vous pourroit donner de conseil, ny -de consolation, ny d'assistance, en voz présentz affères, pouvoit -estre bien prins, ny tenu en grand compte, elle s'en déporteroit, et -recourroit à prier Dieu pour vous, qu'il voulût bien conduyre voz -affères, et donner à elle le sens de conduyre bien les siens par deçà -la mer, adjouxtant plusieurs aultres choses en termes fort exprès, -tant des personnes que des évènementz passés, et de ceulx qu'elle -crainct à l'advenir; et avec tant d'apparance d'affection que j'ay -esté contrainct de luy réplicquer: - -Que je la supplioys de se souvenir que, en toutes grandes et -excellantes qualités de bonne seur, elle estoit germayne de Vostre -Majesté, et, comme telle, il falloit qu'elle jugeât ceste matière -d'estat, et non sellon le discours de ces passionnez, que je -cognoissois bien, qui avoient parlé à elle; et qu'elle debvoit penser -de ne pouvoir avoyr amityé en France qui luy sceût estre utile, ny -inimityé qui luy peût estre dommageable, que aultant qu'elle se feroit -proprement amye ou ennemye de Vostre Majesté, et non de quel qui fût -de voz subjectz; et que je ne voulois rien dire contre le comte de -Couconnas et La Molle, qu'aultant que Vostre Majesté m'en avoit -escript, suyvant leur condempnation par arrest de vostre parlement, ny -de MMrs les mareschaulx de Montmorency et de Cossé, sinon qu'ilz -avoient esté tenus, jusques icy, pour fort honnorables, fort prudentz -et fort loyaulx conseillers et subjectz; desquelz néantmoins la -réputation, sur l'examen de leurs faictz, ne pourroit estre aultre que -celle que vous en aurez; et que je la supplioys qu'en lieu de se -courroucer, elle se voulût condouloyr, avecques vous, de la violence -qu'elle jugeoit bien que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, -aviez souffert en vous mesmes, premier que de la fère à ces deux -personnages, lorsqu'aviés esté contrainct de mettre la main sur eulx; -et que vous en souffriés encores plus, à ceste heure, en les gardant -en prison, que eulx d'y estre gardés; - -Et qu'au reste, de plusieurs grands ennuys, qui vous venoient de ces -accidantz, celluy estoit très grand, que vous vous trouviés contrainct -de différer, pour quelques jours, vostre voyage de Bolloigne; lequel -néantmoins vous proposiés plus fermement que jamays d'accomplir, -aussytost qu'auriés ung peu accommodé voz affères, affin de conduyre -l'entrevue, puisque l'affère n'estoit plus accroché qu'à ceste seule -difficulté: qu'elle peût avoyr agréable la personne, sellon que ne -desiriés rien tant au monde que de vous conjoindre en une perpétuelle -confédération et alliance avec elle et avec sa couronne, par le moyen -de ce mariage; - -Et sur ce qu'elle avoit craint que Monseigneur le Duc fût en maulvaise -intelligence avec Voz Majestez, auquel cas, elle disoit de ne pouvoir -jamays plus avoyr si bonne opinion de luy comme auparavant, que -j'avoys commandement de luy respondre, encores une foys, ce que la -Royne Mère en avoit respondu à son ambassadeur, et ce que je avoys eu -charge de luy en dire, icy, à elle: que vous l'aviez trouvé si -esloigné de cella, et avoyr l'inclination si droicte et si vertueuse, -à tout ce qui estoit de son debvoir vers Dieu et Vostre Majesté, et -vers la Royne, sa mère, que toutz deux n'y pouviés desirer rien de -plus, ny de mieulx, pour vostre parfaict contantement; et luy aviez -trouvé ung desir qui tendoit tant à acquérir honneur, avec dignité et -réputation, sans blasme, que vous pouviés dire qu'il avoit le cueur -aultant généreulx et royal que prince qui fût au monde. - -Elle m'a respondu que je me gardasse bien d'avoyr si maulvayse opinion -d'elle, qu'elle eût emprunpté ce qu'elle m'avoit dict du discours de -pas ung des siens; ains qu'elle l'avoit prins de la vraye bonne -affection qu'elle portoit à Vostre Majesté, et qu'elle prioit Dieu -qu'elle eût veu plus de mal en ces accidantz, que vous n'en y eussiés, -puis après ce, trouvé; et que, de vostre voyage, de Bolloigne, elle -pouvoit bien présumer que les ennemys du propos, lesquelz vous -sçavoient bien tirer ailleurs, vous pourroient bien divertyr d'y -venir, mais qu'elle remettoit cella à Dieu; seulement me vouloit dire, -et me l'a dict en riant, qu'elle estoit d'assez bon lieu pour avoyr -ung prince libre à mary, et qu'elle n'en vouloit poinct de pire -condicion. - -Et ainsy, après plusieurs devis, dont les aulcuns ont esté proférés -d'affection, et les aultres ont esté assez gracieulx, je me suis, pour -ceste foys, licencié d'elle. - -Et sur ce, etc. Ce XVIe jour de may 1574. - - - A LA ROYNE. - -Madame, en une partie de la lettre que je fay présentement au Roy, je -y mectz les advis que j'ay à mander à Voz Majestez, et, en l'aultre, -je y touche les propos que ceste princesse m'a ceste foys tenus, -laquelle m'a fort prié de vous représanter, le plus vifvement que je -pourrois, la juste occasion, qu'elle avoit, de se tenir pour offancée -que n'eussiés voulu avoyr quelque esgard à ce qu'elle vous avoit faict -dire et remonstrer pour La Molle et Couconnas, qui pourtant n'estoit -chose qui touchât à elle, ains proprement à l'honneur de vostre filz -et par conséquent au vostre. Sur quoy, après l'avoyr layssée ung peu -eslargir en sa collère, je me suis vifvement opposé à la pluspart de -son discours, et en sommes venus en une contestation non petite; mais -encor que je sçay bien que la rayson a esté de mon costé, elle, comme -grande Royne, ne s'est volue laysser vaincre, jusques à ce que je luy -ay dict que je m'assuroys que Vostre Majesté luy feroit cognoistre que -l'exécution, dont elle se pleignoit, de ces deux gentilshommes, estoit -très juste, et n'avoit peu estre plus longtemps différée; et qu'il -faudroit qu'elle prînt rayson en payement. Ce qu'elle, à la fin, a -accepté. Et puis, j'ay suivy à luy dire que je vous escriprois -ardiment que j'avoys facillement recueilly, du propos et des -contenances d'elle, qu'elle n'avoit nulle malle impression de -Monseigneur le Duc, vostre filz. - -Elle m'a respondu qu'elle ne vouloit estre si ingrate que d'avoyr en -mauvayse estime ung prince, qui monstroit de l'avoyr bonne d'elle; -mais que je vous disse ardiment, et s'est mise à soubrire, qu'elle ne -prendroit poinct de mary, les fers aulx pieds. Et, pour ceste foys, je -n'ay peu tirer aultre chose d'elle sinon qu'elle verra ce que le -cappitaine Leython luy rapportera de la part de Voz Majestez. - -Au surplus, Madame, je me suis beaucoup consolé de ce que, en me -commandant, par vostre lettre du IIe de ce moys, d'avoir encores ung -peu de pacience jusques à ce que ces présentz affères soient ung petit -remis, il vous plaist m'assurer, qu'aussytost qu'ils le seront, Vostre -Majesté mesmes me moyennera mon congé, et fera que le Roy, qui monstre -estre bien contant de mon service, m'uzera quelque digne récompense. -Je remercye très humblement Vostre Majesté de l'une et de l'aultre -promesse, et, comme ayant besoing de toutes les deux, je les accepte -et supplie très humblement Vostre Majesté les accomplir, et qu'il luy -playse se souvenir que nul gentilhomme, de toutz ceulx qui sont au -service de Voz Majestez, a esté plus longuement continué, et sollicité -au travail, que moy, ny plus longtemps oblié à la récompense; et que -beaucoup de nécessitez me pressent, à ceste heure, de ne pouvoir plus -attandre. Dont, entre aultres, je vous puis assurer, Madame, avecques -vérité, que la cherté est si extrême, icy, que, depuis ung an, toutes -provisions sont enchéries par moytié, et quelques unes excèdent le -double, de sorte qu'il s'en fault par trop que l'estat ordinayre -d'ambassadeur y puisse suffire. A quoy je supplye très humblement -Vostre Majesté y fère avoyr de l'esgard, et qu'il ne me soit faict -tant de tort que de me oster, ou retarder, les gages de la chambre et -la pension de douze centz livres: car, avec les autres pertes que j'ay -faictes, ce seroit me conduyre à mendicité, dont j'espère que Vostre -Majesté m'en préservera. Et sur ce, etc. - - Ce XVIe jour de may 1574. - - - - -CCCLXXXIIe DÉPESCHE - ---du XXIIIe jour de may 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Audience.--Plainte contre une expédition préparée par le - capitaine Montdurant.--Assurance de la reine qu'elle en - arrêtera le départ.--Continuation des armemens.--Nouvelles - instructions données au capitaine Leython.--Nouvelles de Marie - Stuart.--Plaintes des Anglais à raison des - prises.--Sollicitations de l'ambassadeur pour obtenir la juste - récompense de ses services. - - - AU ROY. - -Sire, estant adverty que le cappitaine Montdurant, avec envyron -quatrevingtz soldatz, qu'il a ramassez icy, s'en alloit trouver la -comtesse de Montgommery vers Hamptonne, en intention de s'embarquer au -dict lieu, pour passer aulx isles de Gerzey et de Grènesey, et, des -dictes isles, aller descendre en celle poincte de Normandye, qui est -près de Carantan, pour se joindre au comte de Montgommery, ou bien -pour tenter luy mesmes quelque entreprinse par dellà, je suis allé -remonstrer à la Royne d'Angleterre que, de tant que je ne résidois -près d'elle que pour y estre procureur et directeur du bien de -l'amityé qu'elle vous avoit jurée, et pour divertyr le mal qui -pourroit naystre de quelque altération si, d'avanture, elle y -survenoit, je la voulois bien supplyer de fère en sorte qu'on ne peût -dire que, de la ville capitalle de son royaulme, et de ses portz et -isles, fût party ung équipage pour vous aller fère la guerre; et -qu'elle deffendît que la folle entreprinse du comte de Montgommery -n'eust poinct de suite, d'icy, affin qu'on cognût, à bon escient, -qu'elle n'en avoit poinct prins le commancement; et qu'il ne pourroit -rien advenir de plus répugnant à la ligue et confédération, qu'elle -vous avoit jurée, ny rien de plus contrayre aulx promesses et offres -honnorables, qu'elle vous avoit rescentement faictes, que si elle -n'empeschoit le voyage du dict cappitayne Montdurant; et que pourtant -elle voulût, par ceste petite chose, esclarcyr le monde comme elle -dellibéroit procéder dorsenavant vers vous, et comme vous auriés à -juger, cy après, de ses intentions. - -La dicte Dame, d'une fort franche volonté, et sans aulcune remise, m'a -respondu qu'elle le feroit, et a prins incontinent le nom du -cappitayne pour envoyer empescher son embarquement. Et m'a dict, -davantage, qu'ayant sceu que quelques ungs avoient achepté des -pouldres pour envoyer en France, qu'elle avoit mandé les retenir pour -elle, et les avoit payées et faictes mettre dans la Tour; et qu'elle -espéroit vous fère cognoistre qu'elle avoit Dieu et son sèrement, et -le debvoir de l'amityé, qu'elle vous avoit promise, devant les yeulx. -Et si, m'a touché, en termes couvertz, quelque particullarité de -l'armement de ses navyres pour me fère comprendre qu'elle les dressoit -contre l'armée d'Espaigne; mais je n'ay faict semblant de l'entendre, -car je m'attandz, Sire, que, sur l'advis que je vous en ay donné, -Vostre Majesté me commandera d'en parler ouvertement à la dicte Dame, -affin de tirer d'elle, là dessus, la plus expresse déclaration que je -pourray. - -Les six premiers navyres de son dict armement sortiront à la fin de ce -moys, et non plus tost, et les aultres, puis après, s'yront -conduysant, tout à loysir, à Porsemmue, où desjà l'on prépare les -vivres, le biscuit, la cher, et aultres provisions, pour les -avitailler; et le comte de Bethfort part bientost pour aller donner -ordre, en Cornoialle et Dauncher, que les mariniers et gens de guerre, -qu'il faudra mettre dessus, se trouvent prestz. Néantmoins je sentz -bien que les évènementz de France font que ceulx cy traictent plus -gracieusement avec le Roy d'Espaigne qu'ilz ne faysoient auparavant, -et qu'il semble qu'ilz entreront en beaucoup de modération avecques -luy, ainsy que luy, de son costé, les en recherche; et que -difficillement se garderont ilz qu'ils n'employent, en une façon ou -aultre, quelque partie de leur armement en faveur des eslevez de -vostre royaulme, bien que je ne cesseray de m'y oposer tousjours, -autant qu'il me sera possible. - -L'on a envoyé nouvelle instruction au cappitayne Leython, depuis -l'exécution du comte de Couconnas et de La Molle, et depuis -l'emprisonnement de messieurs les Mareschaulx; dont j'estime qu'il -parlera en toute aultre façon à Vostre Majesté qu'on ne le luy avoit -commandé, à son partement. Néantmoins je desire qu'il vous playse le -renvoyer bien contant, et mander, par luy, beaucoup d'honnestes -satisfactions à la Royne, sa Mestresse, et pareillement à ses deux -conseillers. - -Elle est après à dépescher quelque personnage, et croy que ce sera -Quillegreu, eu Escosse, devers le comte de Morthon, par prétexte de -traicter de certains désordres qui sont nays en la frontyère; mais je -croy que c'est pour conférer avecques luy sur le passage de l'armée -d'Espaigne. Je ne vous toucheray rien, icy, des nouvelles du dict -pays, parce que le sieur de Molins, qui en vient tout freschement, -vous en aura donné bon compte. La Royne d'Escosse, vostre belle soeur, -se porte bien, et, hier, je présentay, de sa part, une basquinne de -satin incarnat, à ouvrage d'argent, fort menu, et tout tissu de sa -main, à la Royne d'Angleterre, laquelle a eu très agréable le présent, -et l'a trouvé fort beau, et l'a prisé beaucoup, et m'a semblé que je -l'ay trouvée fort modérée vers elle. J'ay, icy, des lettres que la -dicte Royne, vostre belle seur, escript à Voz Majestez, mais je n'ay -encores congé de les vous envoyer. Ce sera par Halley, son vallet de -chambre, qui est icy, l'ung de voz chevaulcheurs d'escuyerie, lequel -les attand. Et semble qu'il n'y aura rien de mal que Voz Majestez luy -respondent quelquefoys; car ceulx cy voyent bien passer ordinayrement -des lettres d'elle, qui vous vont provoquant et obligeant de luy -respondre. - -J'ay tant faict que sir Artus Chambernon s'est contanté de me bailler -ses procurations pour les fère tenir à l'ambassadeur d'Angleterre, et -promect de se monstrer, en sa charge, aultant vostre serviteur qu'il -luy sera possible, n'ayant voulu permettre que son filz soit allé -trouver le comte de Montgommery, son beau père. Il vous plerra, Sire, -luy fère avoyr quelque bonne provision de justice sur les biens du -dict de Montgommery, pour la dot de sa belle fille. - -Ceulx cy me rengrègent, plus que jamays, la pleincte des prinses, et -le manquement de justice en France; dont y en a aulcuns, dans ce -conseil, qui, par deux et trois foys, ont pressé ceste princesse de -permettre à ses subjectz d'armer pour en avoyr la revenche, et -mesmement contre deux navyres de Vostre Majesté, qui s'appellent, -l'ung le Prince et l'aultre l'Ours, lesquels, depuis naguyères, ont -faict plusieurs prinses, et icelles, avec grande violence et meurtre, -sur les Angloys; dont je vous supplie très humblement, Sire, y vouloir -pourvoir. - -Et pour la fin, je remercyeray très humblement Vostre Majesté des -favorables responces qu'il vous a pleu fère à celluy des miens qui -vous a parlé de celle petite abbaye de Néelle, que ung mien frère, qui -naguyères a esté tué dans Sarlat, me tenoit, et qui vous a présenté -aussy ung placet pour mes gages de la chambre, et pour la petite -pencion de douze centz livres qu'il plaist à Vostre Majesté me donner; -qui sont choses raysonnables et sur lesquelles je ne veux sinon très -bien espérer de Vostre Majesté, parce qu'elle ne voudra jamays oublier -ny mon long service ny ma fidellité, ny me laysser tomber en l'extrême -pouvreté, où je serois réduict, si elle n'avoit souvenance, à ceste -procheyne distribution, de m'accomplir la libéralité de quelque -bienfaict, selon que, longtemps y a, il luy a pleu me la promettre, -et laquelle j'ay plus longuement attandue que nul aultre gentilhomme -qui soit à son service; et, tout ensemble, me récompenser de la perte -que je fay, estant icy, de celle petite abbaye de Néelle que -Monseigneur le Duc a donnée à ung de ses secrettères, qui m'estoit -venue, par résignation, d'ung de mes parantz; et avoyr esgard, Sire, -touchant ma pencion, et gages, que la cherté est si extrême et -insupportable en ce lieu, où Vostre Majesté me détient plus longtemps -et plus extraordinayrement qu'il n'a jamais faict nul aultre -ambassadeur, que l'estat qu'elle m'y donne n'y peut de beaucoup -suffire. Et sur ce, etc. - - Ce XXIIIe jour de may 1574. - - - - -CCCLXXXIIIe DÉPESCHE - ---du XXIXe jour de may 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Hallay._) - - Assurance que les armemens d'Angleterre sont dirigés contre - l'Espagne.--Nécessité de se tenir cependant sur ses gardes en - France.--Nouvelles d'Allemagne et d'Écosse.--Instances de - Montgommerry auprès des Anglais.--Avis donné par l'ambassadeur - aux gouverneurs des côtes de l'expédition du capitaine - Montdurant. - - - AU ROY. - -Sire, je ne puis encores descouvrir que, en toutes ces longues -assemblées de conseil, que ceulx cy ont quasy toutz les jours tenues, -depuis ung moys en ça, il y ayt esté rien déterminé contre Vostre -Majesté; ains mes advis se rapportent qu'ilz ont dressé leurs -délibérations à ordonner, comme ils pourront, par leur appareil de -mer, lequel ilz préparent tousjours, bien résister à l'entreprinse -qu'ilz se persuadent que le Roy Catholique a sur ce royaulme ou bien -sur l'Irlande, et comme, sans commancer aulcune infraction de paix, de -leur costé, ilz rendront inutilles les efforts de l'armée qui s'attand -d'Espaigne, au cas qu'elle essaye rien sur eulx; et de faict, les -parolles de ceste princesse, et de ceulx qui guident plus ses -intentions, tendent à me fère bien espérer de leurs déportementz pour -Vostre Majesté; et mesmes ont escript aulx portz de ne laysser sortir, -avec armes, ceulx qui s'acheminoient vers le comte de Montgommery. -Néantmoins, pour la façon de laquelle j'entendz qu'ilz parlent des -évènementz de France, qui ne se peuvent tenir qu'ilz ne supportent -tousjours la cause des eslevez, et qu'ilz ne desirent bien fort qu'ilz -ne soient poinct opprimés, et admettent ordinayrement leurs agentz à -traicter de leurs affères avec eulx; et que, parmy aulcuns de ceulx -qui s'apprestent pour aller sur leurs grands navyres, il court ung -bruict sourt qu'ilz feront quelque descente en Normandye ou en -Guyenne; je me résouls, d'ung costé, Sire, de retenir ceste princesse, -aultant que je pourray, en vostre dévotion, et de divertyr, s'il est -possible, qu'il ne vous viegne nul mal d'elle ny des siens, ou le -moins que fère se pourra, et vous supplyer très humblement, de -l'aultre, que vous ne layssiés, pour cella, de vous pourvoir contre -leur armement, comme contre suspectz amys, ou bien contre couvertz -ennemys, affin qu'ilz ne vous puissent uzer de surprinse. Dont, de -jour en jour, je ne faudray de vous escripre ce que je pourray -approfondir davantage de leurs dellibérations, desquelles, sellon -qu'au retour du cappitayne Leython ilz se trouveront bien ou mal -satisfaictz de sa légation, j'en pourray, lors, plus certeynement -juger. - -Il leur est arrivé, depuis trois jours, ung Courier d'Allemagne, -dépesché par ung, leur agent, qui se tient à Franckfort, et, soubdain -le conseil s'est assemblé là dessus; où j'entendz qu'il a esté résolu -que promptement seront envoyés cinquante mille escuz en Hambourg et à -Colloigne, pour estre remis à ung Jehan Lith, facteur de Me Grassen, -auquel sera mandé comme et à qui il les faudra distribuer. Et parce -qu'on y employe quelque forme de crédict d'Anvers, il semble que ce -soit plustost une provision pour le prince d'Orange, que non une -emplète contre Vostre Majesté; mais, de tant qu'on dict que Me -Randolphe sera bientost dépesché devers les princes protestantz, je -vous supplie très humblement, Sire, ordonner quelqu'ung qui le sache -bien observer de dellà. - -Me Quillegreu est commandé de se tenir prest pour aller en Escosse, et -j'entendz que c'est pour une praticque qu'on a descouvert que quelques -seigneurs du pays menoient pour restablir l'authorité de la Royne -d'Escoce. Il va voyr ce qui en est, et va traicter avec le comte de -Morthon du passage de l'armée d'Espaigne, et comme il aura à s'en -gouverner. - -Le comte de Montgommery avoit envoyé, icy, ung des siens, nommé -Lafouloyne, pour luy admener des soldatz, et luy procurer quelques -secours; mais il s'en est retourné aujourdhuy, fort mal accompaigné, -n'ayant peu praticquer, en ceste ville, que six ou sept hommes. J'ay -adverty Mr de Sigoignes de la dellibération, que le cappitayne -Montdurant a faicte, de descendre près de Carantan, avec les quatre -vingtz soldatz qu'il a ramassés par deçà; dont je m'assure qu'il en -advertyra Mr de Matignon pour y pourvoir, et pareillement Mr de la -Melleraye, au cas qu'il s'efforçât de descendre ailleurs. Sur ce, etc. - - Ce XXIXe jour de may 1574. - - - - -CCCLXXXIVe DÉPESCHE - ---du IIIIe jour de juing 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Armemens maritimes faits par Me Grinvil.--Assurance qu'ils sont - destinés pour l'Irlande et pour un voyage de - découverte.--Résolution des Anglais de se joindre aux vaisseaux - du prince d'Orange et de la Rochelle pour combattre la flotte - d'Espagne.--Avis donné par l'ambassadeur d'un coup de main qui - doit s'exécuter en France.--Nécessité d'exercer une active - surveillance auprès du roi et des princes. - - - AU ROY. - -Sire, estant adverty que, oultre l'armement des grandz navyres de -ceste princesse, lequel va tousjours en avant, ung particullier de ce -royaulme, nommé Grinvil, gentilhomme tenu en très bon compte en ceste -court, et qui, dès l'entrée de l'hyver, a commancé de mettre sept bons -navyres en équippage de guerre, avecques voix de vouloir aller -descouvrir quelque destroict vers le North, ayant layssé passer la -sayson d'un tel voyage, ne laysse pourtant de se préparer, à ceste -heure, en toute dilligence, pour s'aller mettre sur mer avec les -susdictz sept navyres et encor trois davantage, qu'il y a joinctz de -nouveau; et qu'il s'est desja expédié de court pour aller fère son -embarquement, en divers endroictz, sellon que ses susdictz navyres -sont distribués en divers portz de ce royaulme, où plusieurs -gentilshommes vont estre de la partye, et des soldatz ou mariniers, -jusques au nombre de quinze centz hommes, en tout, j'ay eu le dict -appareil pour bien fort suspect; de tant mesmement qu'on m'a dict -qu'icelluy Grinvil a associé avecques luy le sir Artus Chambernon. -Dont j'ay incontinent envoyé rechercher bien curieusement, par toutz -mes advis, où se pouvoit addresser cette entreprinse. Et voicy, Sire, -ce qu'on m'en a rapporté: - -Que le dict Grinvil, ayant longtemps sollicité la permission de -pouvoir aller fère ceste descouverte, qu'il a en main, et en ayant, -jusques à ceste heure, esté empesché par ceulx qui portent, icy, le -faict du Roy d'Espaigne et du Roy de Portugal, qu'il a sceu enfin si -bien remonstrer l'utillité qui adviendra de son voyage à tout ce -royaulme, si on le luy laysse parachever, qu'avec la faveur de ses -amys il a obtenu de le pouvoir fère, en ce toutesfoys que, devant -toute oeuvre, il yra donner quelque forme de secours, qui luy a esté -prescripte, au comte d'Essex, en Irlande; et de là il prendra, puis -après, sa route où il prétend aller, sans luy estre néantmoins -loysible de descouvrir en endroict, où les Espaignols et Portugoys -ayent desjà actuellement descouvert, et sans qu'il puisse attempter -rien contre les amys de ce royaulme, spéciallement contre Vostre -Majesté. Et, par ainsy, mes advertissementz portent que je ne doibs -prendre allarme, ny vous en donner aulcune, de l'entreprinse du dict -Grinvil. - -Et m'a l'on rapporté, davantage, Sire, que ceste princesse, jeudy -dernier, entre ses plus privés, a dict qu'elle estoit fort marrye -qu'on vous fît prendre, ny que vous vous imprimissiés, aulcune sorte -de deffiance, du costé de ce royaulme; car elle vous maintiendroit, -sans aulcun doubte, l'amityé qu'elle vous avoit promise, et qu'il n'y -auroit nul qui la vous ozât enfeindre. Et, de faict, encor que j'aye -des présumptions bien violentes contre les Angloys, à les avoyr -suspectz ez présentz troubles de vostre royaulme, si ne découvrè je -que, pour encores, ilz ayent aulcune entreprinse déterminée contre -Vostre Majesté, ains que l'ordre, qu'ilz ont proposé de tenir, quand -ilz auront mis leurs grandz navyres en mer, est, à ce que j'entendz, -qu'ilz n'entreront dans nulz portz; ains qu'ilz tiendront tousjours la -mer, et aussytost qu'ilz auront recognu l'armée d'Espaigne, qu'ilz -l'yront tousjours costoyant sur l'aile gauche, pour luy couvrir la -coste d'Ouest d'Angleterre et la routte d'Irlande, sans la laysser -nullement approcher de deçà; et, si aulcuns vaysseaulx d'icelle s'y -escartent, encor que ce soit par tourmente ou par aultre contraincte -nécessité, l'on ne layra de les investir et combattre. Et mesmes se -présume qu'ilz ont concerté avec le prince d'Orange, lequel doibt -avoyr, lors, cent bons navyres sur mer, comprins ceulx de la Rochelle, -qu'ilz chercheront les occasions de provoquer la dicte armée de venir -aulx mains, ayant faict équipper dix huict pataches, du port de vingt -cinq ou trente tonneaulx chascune, dans la rivière de Golchestre, en -forme de frégates à rames, bien garnies d'artillerye à fleur d'eau, -pour les oposer aulx gallères qu'on dict qui seront en la dicte armée. -Et n'y a que six jours que deux marchandz de Flandres, qui venoient -d'Espaigne par mer, ayantz esté contrainctz du vent à prendre port -vers le cap de Cornoaille, ont esté incontinent conduictz, avec toutes -les lettres qu'ilz portoient, devers les seigneurs de ce conseil, qui -les ont dilligemment examinés du faict de la dicte armée. Et il semble -qu'ilz leur ayent confirmé qu'elle sera bientost preste à se mettre à -la voylle; ce qui faict que ceulx cy hastent davantage leur armement. -Dont, de jour en jour, Sire, je vous donray advis de la dilligence -qu'ilz y mettront, affin que, nonobstant leurs bonnes parolles et -leurs démonstrations, vous vous pourvoyés tousjours, comme je vous en -supplie très humblement, que ne soyés surprins de leurs maulvais -effectz, si, d'avanture, ilz en avoient. - -J'entendz qu'on a changé d'advis d'envoyer Me Randolphe en Allemaigne, -et que ce sera un agent, lequel partira bientost, qui est ung fort -dangereulx homme et de mauvayse intention. Il doibt passer devers le -prince d'Orange, duquel, depuis peu de jours, le ministre Textor est -retourné icy, avec beaucoup de mémoyres. Et de tant, Sire, qu'il est -eschappé à aulcuns des plus passionnés supposts de la nouvelle -religyon, qui soient par deçà, de dire que bientost adviendra, en -France, une chose grande et de grande importance, qui mettra toute la -Chrestienté en admiration; et qu'ilz monstrent qu'avec grand desir et -joye indubitablement ilz l'espèrent, je vous supplye très humblement, -en l'incertitude que ce peut estre, que vueillés fère uzer quelque -forme d'aguet et d'observance, plus grande que de coustume, entour les -personnes de Voz Majestez, et fère tenir quelque assemblée de Conseil -ung peu solennelle, pour leur fère penser que leur entreprinse est -descouverte, car pourra estre que peu de démonstration la leur -destournera et leur emportera toute leur attante. Et sur ce, etc. Ce -IVe jour de juing 1574. - - - - -CCCLXXXVe DÉPESCHE - ---du VIIIe jour de juing 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Audience.--Nouvelles de la maladie du roi.--Mission du capitaine - Leython.--Explication donnée par l'ambassadeur sur la - communication qu'il avait précédemment faite à l'égard de - Coconas et de La Mole.--Plaintes du roi sur les armemens des - Anglais qui lui ont été dénoncés comme devant être dirigés - contre la Normandie et la Bretagne.--Satisfaction donnée en - France au sujet des prises.--Succès remportés sur les - protestans.--Mécontentement d'Élisabeth de ce que le roi n'a - pas voulu, sur sa demande, faire surseoir à l'exécution de - Coconas et de La Mole.--Sa déclaration que ses navires sont - armés pour surveiller le passage de la flotte - d'Espagne.--Protestation de sa part qu'elle n'a aucune - intention d'attaquer la France.--Nouvelle de la mort du - roi.--Condoléances de l'ambassadeur à la reine-mère.--Message - d'Élisabeth sur la mort du roi.--Son desir de renouveler - l'alliance avec le nouveau roi.--Avis d'une entreprise préparée - contre les côtes de France. - - - AU ROY. - -Sire, suyvant ce qu'il vous a pleu m'escripre, du XXe du passé, j'ay -dict à la Royne d'Angleterre que vous aviés prins en fort bonne part, -et vous estiés bien fort resjouy de la venue du cappitaine Leython, -comme de celluy dont aviés trouvé que toutz les poinctz de la -légation, qu'il vous avoit explicquée, de par elle, estoient aultant -de tesmoignages de la vraye et indubitable amityé qu'elle vous -portoit, et qu'en premier lieu il vous avoit faict grand bien de voyr -le soing qu'elle prenoit de vostre santé; dont luy en aviez grande -obligation, et que vous la vouliés assurer que, grâces à Dieu, vous -alliés en amandant, et qu'ung accès de tierce double, qui vous avoit -prins le XVIIe du passé, avoit mis voz mèdecins en bonne espérance -qu'il retrancheroit les accidantz de la quarte, et que ce seroit une -parfaicte guérison, dont en sentirez desjà du solagement; et quand -aulx honnorables offres qu'elle vous avoit mandé fère de vous vouloir -assister, aultant qu'elle pourroit, en voz présentz affères, pour -maintenir et conserver vostre authorité, que c'estoit ung des vrays -fruictz que vous alliés recueillant de la longue persévérance en -laquelle vous vous estiés confirmé, depuis vostre règne, à ne vous -vouloir départir, pour occasion ou persuasion, ou instigation, qu'on -vous eût peu donner au contrayre, jamays de son amityé; et que vous -expérimantiés, à ceste heure, avec vostre grand contantement, combien -il vous venoit bien à propos d'avoyr sceu acquérir et conserver une si -grande et si parfaicte, et si constante amye, et bonne voysine, comme -elle vous estoit; et qu'elle pouvoit croyre et croyroit, avecques -vérité, que vous luy uzeriés, toute vostre vye, une semblable -correspondance, et vous porteriés, en toutes les choses qui -surviendroient au monde, très droictement et cordiallement, vers elle, -aultant qu'elle le pourroit desirer, et espérer, du plus entier et -esprouvé amy qu'elle eût en la Chrestienté; et puisqu'elle se -monstroit de ceste bonne disposition vers voz affères, qu'à la mesure -qu'ilz vous surviendroient, vous les luy feriés entendre, affin d'uzer -de son assistance et de son conseil, et de son bon secours, là où -verriés d'en avoyr besoing; - -Et, au regard des propos que le dict cappitaine Leython avoit tenus, -de Monseigneur le Duc, en l'honneste et honnorable et très modeste -façon qu'elle luy avoit ordonné d'en parler à Vostre Majesté et à la -Royne, vostre mère, que toutz deux en aviés senty ung ayse et ung -contantement trop plus grands qu'il ne vous estoit possible de -l'exprimer, cognoissant, par là, la bonne affection qu'elle luy -portoit, et la bonne opinyon et estime en quoy elle le tenoit, sans -avoyr donné foy à plusieurs rapportz que vous pensiés bien qu'on luy -avoit faictz de luy; ce qui vous faysoit espérer, de bien en mieulx, -du bon propos dont vous la recherchiés plus que jamays, qu'elle voulût -accepter ce vertueux prince pour tout sien, et que vous ne faudriés, -ny la Royne, vostre mère, aussytost que la violence de voz affères -vous permettroit ung peu de respirer, de venir en çà, pour le luy -consigner; et qu'elle s'assurât qu'en toute vraye amour et -intelligence, Monseigneur le Duc et le Roy de Navarre estoient très -unis avec Voz Majestez par ung lyen si estroictement attaché, que -nulle chose au monde le pourroit jamays rompre; que, de ce qu'elle -vous avoit faict parler du comte de Couconnas et de La Mole, et de -l'emprisonnement de Mrs de Montmorency et de Cossé, je layssois bien à -ses ambassadeurs de luy fère entendre les responces que Voz Majestez -Très Chrestiennes leur en avoient faictes, et comme elles leur avoient -faict voyr que la procédure de ceulx cy estoit la vraye justiffication -de Monseigneur le Duc et du Roy de Navarre; - -Mais que j'avoys bien à me plaindre de ce que ses dicts ambassadeurs -vous avoient dict que j'avoys promis, de vostre part, aulcunes choses -en cella, icy, à elle, que, puis après, vous n'aviez pas accomplyes; -et que je la priois de se souvenir comme, par une lettre que je luy -avoys monstrée, là dessus, de la Royne, vostre mère, elle luy avoit -mandé qu'après que le procès seroit faict et parfaict aux dictz de -Couconnas et de La Molle, elle luy feroit entendre le tout, non -qu'elle luy eût promis de luy envoyer le dict procès, car ce n'estoit -chose digne de sa grandeur, ains c'estoient actes secretz de vostre -court de parlement, où, possible, plusieurs aultres se trouvoient -defférez, qui n'estoit loysible de les réveller; mais que, bientost -après, je luy estois allé dire comme iceulx Couconnas et La Molle -avoient librement confessé d'avoyr voulu suborner Monseigneur le Duc, -et le Roy de Navarre, pour les distrayre d'avec Voz Majestez, et -d'avoyr, à cest effect, faict atiltrer des chevaulx, et ordonné des -rendez vous, pour les transporter en quelque lieu, hors de la court; -et que eulx mesmes s'estoient jugés dignes de plus rigoureuse mort que -celle qu'on leur faysoit souffrir: qui estoit bien luy donner, à elle, -ung très ample compte de leur condampnation; mais que je layssois ce -propos pour luy dire que ses bonnes démonstrations vous rendoient si -parfaictement assuré de sa bonne et droicte intention vers vous, qu'il -faudroit bien qu'il vous advînt beaucoup de mal, du costé d'elle, et -qu'elle se déclarât, à bon escient, contre vous, premier que vous -peussiés croyre qu'elle se voulût déterminer de vous nuyre ou de vous -offancer; - -Et pourtant que vous la priés de vous esclarcyr franchement d'ung -advertissement, qu'on vous avoit donné, qu'elle mettoit présentement -ses grands navyres de guerre dehors, avec les barques pour les suyvre, -soubz prétexte d'assurer sa coste, au passage de l'armée d'Espaigne, -et que, n'estant la dicte armée si preste à passer, l'on vouloit -inférer que son armement s'addressoit contre vous, en faveur des -eslevez de vostre royaulme; - -Et qu'à cest effect elle avoit, depuis naguyères, envoyé secrettement -recognoistre et figurer les portz et advenues de Normandye et -Bretaigne, et que l'on vous vouloit mettre en grande souspeçon d'elle, -mais que vous ne le feriés pas, ains croyriés ce qu'elle vous en -manderoit, et vous en reposeriés en sa parolle. - -Puis luy ay adjouxté ce qu'aviés ordonné pour les plainctes de ses -subjectz, et l'offre que faysiés d'aulcuns vaysseaulx de conserve avec -ceulx que, par commune intelligence, elle voudroit envoyer, de sa -part, pour tenir la navigation seure. - -Et, pour la fin, luy ay compté des bons exploictz que voz cappitaines, -et chefz de guerre, alloient exécutant en la Gascoigne, Poictou et -Normandye, pour réprimer les eslevez, et pour réduyre aulcunes places, -qu'ilz avoient prinses, à vostre obéissance. - -La dicte Dame, se trouvant très contante de tout le propos, m'a -respondu qu'elle avoit ung grand plésir que la légation du cappitaine -Leython vous fût agréable, et qu'à ceste intention l'avoit elle, d'ung -cueur pur et entier, très volontiers dépesché; et se donnoit honte -que, plus tost, elle ne vous eût envoyé visiter en vostre malladye, -attandu que, du succès d'icelle, venant Vostre Majesté à -convalescence, ce luy estoit le plus souverain contantement qu'elle -pouvoit desirer; et, au contrayre, s'il vous mésadvenoit, c'estoit le -plus grand ennuy et le plus grand trouble qu'elle pourroit sentir au -monde: dont pouviés croyre qu'elle prioit Dieu dévotement pour vostre -longue et heureuse vye, et juroit que nulle aultre personnage, de -toute la terre habitable, elle préféroit à vous à le desirer tenir la -couronne de France. Et s'est curieusement enquise des accidans de -vostre maladye, et qu'elle sera tousjours en frayeur jusques à ce -qu'elle entendît que vostre santé soit bien confirmée; que, au regard -de ses offres, elle les vous confirmoit, de rechef, en tout ce que -estimeriés estre bon et honneste de l'employer, pour la conservation -de vostre authorité. - -Et, touchant les propos qu'elle vous avoit faict tenir, de Monseigneur -le Duc, elle espéroit que vous auriés bien cognu qu'ilz ne tendoient -qu'à l'honneur de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et à -celle de vostre mayson, et à garder bien entière la réputation de -vostre frère, dont nul justement en pouvoit fère sinon une bonne et -saincte interprétation; que de ce, qu'elle vous avoit faict toucher du -comte de Couconnas et de La Molle, que j'excusasse si ses ambassadeurs -en avoient ainsi parlé, car ce avoit esté de son commandement, et que -c'estoit pour ne pouvoir rester contante que, à son instance, Vostre -Majesté et la Royne, vostre mère, n'eussiés voulu supercéder, huict -jours, leur exécution, car, possible, eussiés vous apprins des choses -que vous ne sçavez pas, et qu'elle pense que vous ne les sçaurés -jamays; - -Que, de l'armement de ses navyres de guerre, à la vérité, elle avoit -commandé d'en mettre douze dehors, à cause de l'armée du Roy -d'Espaigne; puis, que, sur les lettres qu'il luy en avoit escriptes, -elle luy avoit accordé le passage libre, et l'entrée et -refraychissement dans ses portz, dont ne se vouloit trouver désarmée à -un tel advènement, comme ce n'estoit pas aussy la coustume des -princes; et aussy qu'on disoit qu'ung de ses rebelles d'Irlande, nommé -Stuqueley, avoit la conduicte de six navyres de la dicte armée, mais -qu'elle espéroit bien que le Roy d'Espaigne seroit si sage qu'il ne -mouveroit rien contre elle; et qu'elle pensoit que ne fussiés bien -adverty du faict de la dicte armée, car entendoit qu'elle seroit -bientost à la voylle, et que mesmes, d'ung aultre costé, avant ne fût -dix jours, que don Johan d'Austria vous envoyeroit demander son -passage par la Bourgoigne, avec l'armée qu'il mène d'Italye, pour les -Pays Bas; et qu'elle vous promettoit, sur son honneur, qu'en ordonnant -de son appareil, elle n'avoit jamais pensé, ny n'avoit esté faicte une -seule mencion des choses de France, ny ce n'estoit qu'imposture et -faulceté de vous avoyr rapporté qu'elle eût envoyé recognoistre la -coste de Normandye et Bretaigne, car juroit qu'il n'en estoit rien; et -que pouviés croyre qu'elle aymeroit mieulx estre morte que si, ez -pleins termes d'amityé où elle estoit de présent avecques vous, elle -estoit trouvée de vous avoyr uzé ung tel trêt; mais, quand elle en -voudroit venir là, qu'elle chercheroit, premier, l'occasion de se -départir de l'amityé; et qu'elle vous vouloit bien confesser, tout -librement, qu'elle s'estoit mise en estat de pouvoir repoulcer le mal, -qu'on luy voudroit fère, plustost que d'estre contraincte de le -souffrir; - -Que, de l'ordre qu'aviés prins pour les plainctes de ses subjectz, -elle vous en remercyoit grandement, et vous prioit qu'avec les -provisions de justice, il vous pleût pourvoyr à l'exécution d'icelles, -car c'estoit ce dont ses subjectz se plaignoient le plus; et que, -touchant les deux chefs de cest article, elle en communicqueroit avec -ceulx de son conseil pour, puis après, m'y fère avoyr responce; et -qu'au reste elle se resjouyssoit beaucoup des aultres nouvelles, dont -luy aviez faict part: que voz cappitaines alloient, avec les armées, -réduysant vos provinces, mais qu'elle desiroit plustost que, sans -armes, avec une bonne paciffication, vous peussiés réduyre, en union, -toutz voz subjectz à la parfaite obéyssance de vostre authorité. - -Je luy ay respondu que ses responses estoient si vertueuses, et -pleynes d'honneur, que je ne y voulois uzer d'autre réplicque que de -l'en remercyer, le plus humblement qu'il m'estoit possible, et de -l'assurer que je mettrois peyne d'en contanter bien fort Voz Très -Chrestiennes Majestez. - -Là dessus, elle m'a très expressément prié de vous présenter, et à la -Royne, vostre mère, ses très affectueuses et très cordialles -recommandations; et que vous croyés que, sans excepter ceulx mesmes -qui, de plus près, vous appartiennent, elle est une de celles, de ce -monde, qui plus desire vostre bon portement, et longue vye, et la -conservation de vostre grandeur, et la prospérité de voz affères. Et -s'estant encores longtemps arrestée à discourir de Vostre Majesté, et -des présentz évènementz de France, et des deux prisonniers, et de ce -qu'on dict de Mr le mareschal Danville, et aultres particullaritez, -auxquelles j'ay mis peyne de luy satisfère le mieulx que j'ay peu, je -me suis licencié d'elle. Et sur ce, etc. Ce VIIIe jour de juing 1574. - - - A LA ROYNE. - -Madame, au retour de l'audience, en laquelle j'avoys recueilly les -propos que je mande en la lettre du Roy, j'ay trouvé que le Sr de -Vassal estoit arryvé, avec les deux dépesches, du XXVIIe et XXXe du -passé, en l'une desquelles, me faysant Vostre Majesté mencion de -l'ennuy qu'elle sentoit de l'extrémité du Roy, son filz, j'ay soubdain -demandé au Sr de Vassal comme il se portoit, et il m'a librement -confessé qu'avant qu'il partît, Sa Majesté avoit rendu l'esprit à -Dieu; de quoy j'ay esté très profondément attaint, jusques en l'âme, -d'ung très mortel regret, pour la perte que j'ay faicte de mon Roy et -bon Maistre, et de mon naturel Seigneur, et pour la calamité -publicque de son royaulme, qui ne pourra estre que n'en viegne plus -grande, et bien fort, pour l'extrême amertume que je sçay bien que -Vostre Majesté en sent dans son cueur. Dont, en ung si lamantable -accidant, j'ay eu mon recours à Dieu, pour dévotement le supplier que, -comme il a faict la mercy, à ce très chrestien prince, de très -chrestiennement mourir, qu'il luy playse, Madame, vous administrer une -très chrestienne consolation, et vous inspirer, d'en hault, les -remèdes qui font besoing, pour subvenir aux grands affères publicques -et privés qu'il a layssés en son royaulme. - -Le courrier de l'ambassadeur d'Angleterre est bientost après arrivé, -qui a porté la confirmation de ceste dollante nouvelle; laquelle, tout -aussytost, a esté divulguée partout. Dont est besoing que j'attande, -maintenant, vostre procheyne dépesche, et que j'aye faict mon habit de -deuil, premier que de retourner vers ceste princesse; affin que, tout -par ung moyen, je luy face la condoléance de cest accidant, et que je -luy traicte du contenu ez dernières lettres de Voz Majestez, et de -celle mesmement que Vostre Majesté luy escript de sa main, ne voulant -vous ennuyer, icy, pour ceste heure, Madame, de plus long escript que -pour vous assurer que je n'obmettray rien, de tout ce qui se pourra -fère, pour retenir tousjours très soigneusement la dicte Dame en -vostre amityé. Et sur ce, etc. - - Ce VIIIe jour de juing 1574. - - Tout présentement, ceste princesse vient de m'envoyer visiter - par ung gentilhomme de sa chambre, et dire que si, sur ma - grande affliction du trespas du Roy, Monseigneur, elle peut - quelque chose, pour mon bien et consolation, qu'elle me - l'offre de très bon cueur; et que, de sa part, elle s'en - trouve plus attaincte que de nulle aultre dolleur qu'elle ayt - jamays sentye en sa vye, pour avoyr perdu le plus certain et - le meilleur, et le plus grand, de toutz les amys qu'elle eût - au monde, et qu'elle dellibère de vous envoyer promptement ung - gentilhomme pour s'en condouloyr avec Vostre Majesté; et - qu'aussytost que le Roy de Pouloigne sera arrivé, elle luy en - envoyera encores ung aultre pour renouveller la ligue et - l'amytié avecques luy. - - L'on me vient d'advertir qu'aulcuns murmurent, icy, d'une - descente en Brouage, et que, par lettres, qui arryvèrent, hier - au soyr, de Collogne, l'on escript qu'il a esté accordé une - levée de quatre mille reytres au prince de Condé. - - - - -CCCLXXXVIe DÉPESCHE - ---du XIIIe jour de juing 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer._) - - Retard apporté à l'audience demandée par - l'ambassadeur.--Discontinuation des armemens.--Montgommery fait - prisonnier.--Proposition des seigneurs anglais de renouer la - ligue avec l'Espagne.--Nouvelles d'Écosse.--Délibération des - seigneurs du conseil au sujet des prises.--Succès remporté en - mer par le capitaine Montdurant.--Nouvelles de la flotte - d'Espagne.--Crainte conçue en Angleterre.--Décision soudaine de - reprendre les armemens. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, au pied de la lettre que je vous ay escripte, du VIIIe du -présent, je vous ay faict mencion de l'honneste office que, le jour -mesmes, ceste princesse avoit envoyé fère vers moy, sur le trespas du -feu Roy, vostre filz, pour me signiffier le deuil et le déplaysir -qu'elle en avoit; laquelle a continué, depuis, et continue de monstrer -qu'elle le regrette infinyement; et mesmes, ayant envoyé demander à la -dicte Dame quand il luy playroit que, sur une dépesche que j'avoys -receue de Vostre Majesté, je l'allasse trouver, elle m'a mandé qu'elle -me prioit de luy différer ung peu la dolleur, qu'elle sçayt bien qui -luy renouvellera de me voyr, et qu'elle sent son cueur si pressé de -la première appréhension de cette dolente nouvelle, qu'il ne luy -seroit pas possible de supporter, pour encores, celle segonde, qui luy -viendra, de la condoléance de Vostre Majesté; et qu'elle partoit -expressément de Grenvich, pour s'aller ung peu désennuyer, le mieulx -qu'elle pourroit, en une sienne mayson, aulx champs, nommée Avrin, où -je pourroys renvoyer, d'icy à troys jours, mon secrettère, et qu'elle -me manderoit, lors, quand elle me pourroit donner lieu de la venir -voyr. Par ainsy, je remetz, jusques à ce que j'aye parlé à elle, de -respondre aulx troys dernières dépesches de Vostre Majesté. - -Et vous diray cependant, Madame, que ceste princesse a assemblé, par -plusieurs foys, ceulx de son conseil pour dellibérer de ce qu'elle -auroit à fère, et comme elle auroit à se comporter en ses présentz -affères, après ce grand accidant de la mort du Roy. Dont j'entendz que -les advis n'ont esté pareils, et que mesmes ilz sont tombés en deux -opinions, qui sont contraires l'une à l'aultre; desquelles, parce que -je n'en sçay encores bien au vray les particullaritez, je me -déporteray de vous en rien mander jusques à mes premières: Mais je -sçay bien qu'après la tenue du dict conseil, l'on a envoyé à Gelingam -supercéder l'apprest des navyres de guerre, et mandé à Portsemue de ne -brasser plus de vivres, ny cuyre de biscuyts, ny tuer la cher, ny -assembler les hommes; mais qu'on ayt à tenir ce qui est desjà préparé -de victuailles, et pareillement le roole des hommes, et la somme -ordonnée pour les frays de cest armement, en ung estat, tout prest, -pour s'en servir en ung soubdein besoing, si, d'avanture, il survient. -Ce que je présume bien, Madame, qu'a esté ordonné ainsy, en partye, -pour le changement des choses de France, et pour la prinse du comte de -Montgommery; mais principallement pour avoyr ceulx, qui portent icy le -faict du Roy d'Espaigne, remonstré à ceste princesse que la -confédération, qu'elle avoit avecques la France, reste maintenant -esteinte par le décès du feu Roy, vostre filz, et qu'ilz respondoient, -sur leur vye et sur leur honneur, que, si elle ne vouloit poinct -provocquer le dict Roy d'Espaigne, que luy aussy, de son costé, ne -mouveroit, en façon du monde, rien contre elle, ains entreroit -volontiers aulx termes d'amityé dont il la faisoit tousjours -rechercher, et qu'elle trouveroit en luy toute seureté et vérité. A -quoy la dicte Dame a monstré d'incliner. Et pensent aulcuns qu'elle -n'uzera d'aulcune plus ennemye démonstration à l'armée d'Espaigne, -quand elle passera, que de se tenir sur ses gardes, et qu'elle -layssera aller à quelque bonne conclusion le renouvellement d'amityé -qui se mène entre eulx. A quoy, Madame, il ne seroit honneste et ne -peut estre juste qu'on s'y aille opposer; mais j'ay bien regret que -aulcuns seigneurs de ce conseil n'ont esté, par Voz Majestez Très -Chrestiennes, ainsy que souvant je l'ay requis, aussy obligés de -s'affectionner à vostre party, comme le Roy d'Espaigne y a tousjours -bien tenu ceulx du sien bien estipendiés. - -Me Quillegreu est party pour Escoce, où j'entendz qu'il fera quelque -résidence, y estant allé à ses journées. Aulcuns, qui sont icy, bien -affectionnés à la Royne d'Escoce, m'ont adverty que, vers le North -d'Escoce, l'on s'y est eslevé contre le comte de Morthon, en faveur de -leur Royne; et qu'avec quelque secours, qu'on leur pourroit envoyer de -France, d'hommes ou d'argent, ilz tiendroient en si grand suspens les -Angloys, qu'ilz les garderoient bien de rien entreprendre de notre -costé. Je ne sçay encores au vray si l'élévation des Escossoys est -certayne, mais je m'en informeray, le plus soigneusement que je -pourray, pour le vous mander. - -La dépesche, qu'on faysoit, icy, pour Allemaigne, est différée pour -quelques jours; néantmoins celluy, qui doibt aller, est commandé de ne -s'esloigner, et de se tenir prest. Ceulx de ce conseil incistent que -l'ordre que Vostre Majesté a prins par dellà, pour pourvoyr aulx -plainctes des subjectz de ce royaulme, s'entende des plainctes du -passé, aussy bien que de celles de l'avenir; et mesmement de celle de -Me Warcop, gentilhomme, pensionnayre de ceste princesse, lequel estant -aymé et favorizé en ceste court, et m'ayant la dicte Dame cy devant -plus expressément recommandé sa cause que nulle aultre, dont elle -m'ayt jamays parlé, il presse bien fort de luy estre faict rayson. Et -m'a l'on adverty que, sur aulcunes aultres prinses qu'aulcuns navyres -françoys ont faictes, tout de nouveau, sur des angloys, encor que -ceste princesse n'ayt trouvé bon qu'on aye uzé d'aulcun arrest pour -cella sur les biens des Françoys, qu'il a esté, néantmoins, donné une -secrette permission de s'en revencher sur la mer; de quoy je me -pleindray bien fort, si je puis advizer qu'il soit vray. - -Je croy que Vostre Majesté a bien sceu comme le cappitaine Montdurant, -à qui n'a esté permis d'aller aux isles de Gerzey et Grènesey, -s'estant mis sur mer, avec ung navyre d'ung des fuytifs de Dieppe, a -combatu le navyre du cappitayne St Martin, et a tué le dict -cappitaine, et mené prisonnier le reste des hommes, qui estoient -dedans, ensemble le dict navyre; dont entendant qu'il s'apprestoit, -de rechef, pour aller s'essayer de descendre à Carantan, j'ay mandé à -Mr de Sigoignes qu'il en advertît Mr de Matignon, affin de -l'empescher, mais l'on me vient de dire qu'il laysse maintenant ceste -entreprinse pour s'en aller à la Rochelle. Et sur ce, etc. - - Ce XIIIe jour de juing 1574. - - - _Par postille à la lettre précédente._ - - A peyne ay je eu signé la présente, qu'il m'est venu ung - advis, de bon lieu, de ceste court, comme, hier au soyr, y - estant arryvé le secrettayre du docteur Dayl, d'ung costé, et - des nouvelles d'Espaigne, d'autre; par lesquelles l'on assure - que l'armée d'Espaigne partira indubitablement, à la fin de ce - moys, avec deux centz cinquante navyres armez, l'assurance que - ceste princesse s'estoit cuidé donner de ses affères s'est - soubdain convertye en nouvelles souspeçons. Et, nonobstant que - le bagage fût desjà party pour aller à Avrin, elle l'a - contremandé, et a différé ce voyage pour trois sepmaynes, - assemblant incontinent son conseil; à l'yssue duquel l'on a - commandé aulx officiers de la maryne d'aller en dilligence - accomplir tout ce que, par la première ordonnance, leur avoit - esté commandé; et dépesché le comte Dherby pour aller fère la - levée d'hommes et maryniers, vers son quartier; et prins les - marynniers de ceste rivyère, affin que, dans douze jours - d'icy, au plus loing, les susdictz navyres, premiers prestz, - puissent sortir; et à milord Sidney de passer promptement en - Irlande, avec bonne provision d'argent et avec quelque nombre - d'hommes. - - - - -CCCLXXXVIIe DÉPESCHE - ---du XVIIIe jour de juing 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Nouveau retard apporté à l'audience.--Hésitation des - Anglais.--Craintes que l'on doit avoir en France de leurs - armemens,--Détail des nouvelles données par l'ambassadeur - d'Angleterre de ce qui s'est passé à la cour depuis la mort du - roi.--Sollicitations du prince d'Orange auprès - d'Élisabeth.--Projet du roi d'Espagne de se faire remettre le - prince d'Écosse.--Avis d'une entreprise sur Calais et sur - Boulogne. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, suyvant ce que la Royne d'Angleterre m'avoit faict prier, -ainsy que je le vous ay mandé par mes précédentes, de ne luy -renouveller si tost son extrême regret du trespas du feu Roy, vostre -filz, j'ay layssé couler cinq jours entiers sans renvoyer vers elle; -et, au sixiesme, luy ayant faict sçavoyr que j'avoys, depuis, receu -une segonde et troysiesme dépesches de Vostre Majesté pour luy fère, -avec le dict triste accidant, entendre d'aultres propos de -satisfaction et d'amityé, qu'elle auroit bien agréables, et dont elle -resteroit bien consolée et contante, elle a voulu prendre encores du -temps pour dellibérer si elle me debvoit admettre vers elle, ou non; -et m'a, de rechef, faict respondre, par le comte de Sussex, son grand -chamberlan, qu'elle luy avoit commandé de luy en fère souvenir le -matin ensuyvant, affin qu'elle me peût mander quand elle me pourroit -bailler son audience. En quoy elle a monstré, ou de se vouloyr -revencher du dellay que Vostre Majesté avoit prins d'ouyr son -ambassadeur, ou bien qu'elle vouloit attandre des nouvelles de France, -ainsy que, bientost après, elle en a receu par Me de Quillegreu; dont -ayant encores renvoyé vers elle, elle m'a, ceste troysième foys, -mandé que, après demain, je seray le très bien venu. Où, Madame, je -mettray peyne de ne luy obmettre rien de ce que, par vos six -dernières, du XXVIIe et trentiesme du passé, et du premier, -troysiesme, cinquiesme et huictiesme d'estuy cy, il vous a pleu me -commander de luy dire. Et noteray soigneusement les propos qu'elle me -tiendra, et la façon et substance d'iceulx, affin de vous pouvoir -représanter, aultant qu'il me sera possible, de quelle intention et -disposition je la trouveray vers Voz Majestez Très Chrestiennes, et -vers le présent estat de voz affères. - -Et vous diray cependant, Madame, qu'elle et ceulx de son conseil sont, -chascun jour, depuis le matin jusques au soyr, à dellibérer qu'est ce -qu'ilz ont à fère, et comme ilz ont à se comporter au passage de -l'armée d'Espaigne, mesmes que le comte d'Esmond, par la challeur -d'icelle, monstre de renforcer ses entreprises et combatz en Irlande -avec plusieurs bons succès, et qu'on assure fort que Me Stuqueley a -charge de huict navyres en la dicte armée; ce qui faict que la dicte -Dame et les siens l'ont davantage suspecte, et la redoubtent beaucoup. -A l'occasion de quoy ont mandé en divers portz de ce royaulme d'armer, -en dilligence, grand nombre de navyres particulliers, oultre ceulx de -la dicte Dame, et commandé de fère la monstre généralle partout, et -encores des descriptions particullières de certain nombre de soldatz, -ez endroictz plus propres à fère les embarquementz, et pour estre -prestz à deffandre les descentes. En quoy, parce que, nonobstant le -grand souspeçon qu'ilz monstrent avoyr de la dicte armée, les agentz -du Roy d'Espaigne ne layssent de négocier ordinayrement avec eulx, et -d'estre fort bien et favorablement receus en ceste court, et qu'il ne -se voit ès parolles et démonstrations, de l'ung costé ny de l'aultre, -apparance quelconque que de toute amityé; aussy que je sçay bien que, -sur la résolution de leur armement, ilz ont mis en avant plusieurs -considérations des choses de France, et que les minystres françoys, -qui sont icy, et aulcuns, de la part des eslevez, ne cessent de -négocyer, toutz les jours, avec eulx; et que mesmes le cappitayne -Montdurant et ceulx de sa troupe ont envoyé offrir leur service à la -dicte Dame, je ne puis fère que je n'aye grande meffiance de leur -susdict armement. Dont je me suis bien fort resjouy, Madame, d'avoyr -veu, par vostre dépesche du IIIe du présent, qu'ayez envoyé, de bonne -heure, pourvoyr au long de la coste de dellà; et supplieray encores -très humblement Vostre Majesté qu'avec l'advis, que je pense bien que -y manderez, du passage de l'armée d'Espaigne, il vous playse y fère -refrayschir celluy de cest appareil d'Angleterre, affin qu'on ayt à -s'y tenir fort soigneusement sur ses gardes. - -L'ambassadeur d'Angleterre a escript, du VIe du présent, beaucoup de -nouvelles, et entre aultres que le trouble et le souspeçon croyssoit -tousjours, de plus en plus, en vostre court, et que Vostre Majesté -s'en trouvoit en une fort grande perplexité, bien que, pour le -dissimuler, vous mandiés souvant aulx ambassadeurs, et principallement -à luy, et au cappitaine Leython, de bien honnestes et courtois -messages, et monstriés de desirer l'amityé de la Royne, leur -Mestresse, bien qu'à dire vray, ilz cognoissent que vous vous meffiez -assez d'elle; que, sur quelques parolles que le feu Roy avoit dictes à -son trépas, vous vous estiez attribué l'administration du royaulme, de -vostre propre authorité, et aviez faict sortir voix que le Roy de -Pouloigne seroit bientost de retour, mais que ceulx, qui entendoient -l'ordre du pays, et qui en estoient, n'a pas longtemps, revenus, -assuroient qu'on ne le layroit partir jusques après l'élection d'ung -nouveau Roy; que vous estiés plus rigoureuse, que jamays, à -Monseigneur, vostre filz, et au Roy de Navarre, leur ayant faict -redoubler les gardes, et faict boucher les fenestres de leurs -chambres, qui regardoient hors du logis, et aviez faict prendre -Bonacorsy, non pour faulte qu'il eût faicte, mais parce que Mon dict -Seigneur l'aymoit, et se fyoit de luy, affin d'intimyder ses aultres -serviteurs; que vous estiés après à dépescher Mr le jeune Lansac en -Allemaigne pour aller obtenir le saufconduict du passage du Roy de -Pouloigne; et que Mon dict Seigneur le Duc et le Roy de Navarre -avoient envoyé, l'ung Mr d'Estrée, et l'aultre Mr de Mioncens, saluer, -de leur part, le Roy de Pouloigne pour Roy; que le Sr de La Noue, -après avoyr receuilly deux mille harquebouziers de Gascoigne, avoit si -entièrement deffaict la troupe de Mr de Montpensier, qu'à peyne -s'estoit le dict seigneur peu saulver; et qu'on avoit admené le comte -de Montgommery devant St Lô et Carantan, pour fère rendre ces deux -places, mais que ceulx de dedans n'en avoient tenu compte, et -continuoient de se deffendre gaillardement. - -Depuis cella, Madame, le jeune Quillegreu a apporté, ainsy que -j'entendz, que Mr le mareschal de Retz, après beaucoup de difficultez -qu'il avoit trouvé en Allemaigne, estoit enfin arryvé, et ne -s'entendoit encores quel effaict avoit prins sa négociation avec les -princes protestantz; que Mr de St Suplice et Mr de Villeroy estoient -revenus de Languedoc, avec peu ou poinct d'espérance de paciffication, -ce qui vous mettoit en grand peyne; et que, de rechef, vous aviez -renvoyé par dellà, ensemble une lettre, prétandue du comte Palatin au -Sr de La Noue, par l'abbé Gadaigne, et la carte blanche, aulx ungs et -aulx aultres, pour leur accorder tout ce qu'ilz demanderoient; et que, -pour couvrir ung peu l'estroicte garde que teniés sur Monseigneur le -Duc et le Roy de Navarre, vous les meniés en conseil, et quelquefoys -promener jusques aulx Tuylleries. - -Je verray, Madame, de quelz termes et de quelles démonstrations ceste -princesse m'usera, affin de vous en advertyr incontinent, ensemble de -ce que je pourray descouvrir d'aulcunes allées et venues, qui se sont -faictes, et qui se continuent encores à présent, avec plus de -dilligence que jamays, du prince d'Orange à la Rochelle, et de la -Rochelle vers luy; et dont les messagers viennent rapporter et -conférer tousjours le tout avec aulcuns de ce conseil, comme, encores -de présent, ung gentilhomme de Liège, serviteur du dict prince, est, -depuis deux jours, arryvé du dict lieu, de la Rochelle; qui passera -vers luy, aussytost qu'il aura esté expédyé de ceste court. Et sur ce, -etc. Ce XVIIIe jour de juing 1574. - - Tout présentement, je viens d'estre adverty, de bon lieu et - seur, que le Roy d'Espaigne mène chaudement la practique - d'avoyr le Prince d'Escosse entre ses mains, et qu'en son - armée y a charge, expressément commise, de tenter si cella se - pourra effectuer. J'en esclarciray davantage Vostre Majesté - par mes premières; mais cependant je la supplye très - humblement de regarder comme y debvoir pourvoyr. - - Encore, depuis ce dessus, l'on me vient de dire qu'il y a une - entreprinse sur Callays et sur Bolloigne; dont je mande aulx - deux gouverneurs d'y prendre garde; et sera bon, Madame, que - leur envoyez quelque renfort. - - - - -CCCLXXXVIIIe DÉPESCHE - ---du XXIe jour de juing 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer._) - - Audience.--Communication officielle de la mort du roi et de la - régence de la reine-mère.--Offre faite au nom de Catherine de - continuer la ligue.--Condoléance de la reine d'Angleterre.--Son - desir de maintenir l'alliance.--Emportements d'Élisabeth au - sujet des mesures prises en France après la mort du roi.--Sa - déclaration qu'elle considère les pouvoirs de l'ambassadeur - comme expirés.--Protestation de l'ambassadeur contre cette - détermination.--Nouvel avis d'une entreprise formée contre - l'une des villes de la côte de France. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, je viens de fère la condoléance de la mort du feu Roy, vostre -filz, à la Royne d'Angleterre, et de luy représanter toutes les -particullarités que, par plusieurs de voz dépesches, depuis cest -accidant, il vous a pleu me commander de luy dire; et l'ay infinyement -remercyé des honnorables et vertueux propos, et des vrayes -démonstrations, que desjà elle m'avoit envoyé signifier par ung de ses -gentilshommes; du grand regret qu'elle en avoit; qui l'ay assuré que -j'avoys creu et croyrois, et voulois bien croyre, sans aulcune -difficulté, qu'il estoit grand, parce qu'une princesse, ornée de tant -de vertu et d'humanité comme elle, ne pourroit pas fère qu'elle ne -sentît beaucoup le trespas de ce prince, qui luy estoit frère d'estat, -et de voysinance, et d'affection, et de toute perfection d'amityé, -aultant que s'il luy eût esté propre germain, ainsy que les quatorze -ans de son règne luy avoient donné bonne preuve que nulle occasion, ny -persuasion, ny instigation, l'avoient jamays peu mouvoyr de la vraye -amityé qu'il luy portoit; ains s'estoit tousjours confirmé à la -recherche du parantage, et de plus de confédération et d'intelligence -que nul de toutz les aultres princes de son alliance, et qu'en effet, -elle avoit perdu le plus certain et le meilleur, et le plus grand, de -toutz ses amys; et que Vostre Majesté qui, mieulx que nul aultre, -sçaviés ce qu'il en avoit dans le cueur, comme celle qui le luy aviez -dressé, et le luy teniez tousjours bien incliné à cella, et qui vous -trouviés maintenant outrée de ceste grande perte, jugiés bien que -vostre condoléance en estoit bien adressée à elle, et estoit très -convenable entre vous deux; dont m'aviés commandé de la luy fère trop -plus expresse, et plus grande, que n'aviés pas donné charge de la fère -semblable à nul autre prince ni princesse de la Chrestienté. Et, là -dessus, luy ayant racompté aulcunes choses de la qualité de son mal, -et comme le bon sens et la mémoyre, et la parolle, ne luy avoient -manqué jusques à l'extrême souspir, et qu'après avoyr satisfaict aulx -pitoyables offices de ce monde, d'avoyr demandé pardon à Vostre -Majesté, d'avoyr, avec grand amour et charité, recommandé la Royne, sa -femme, avoyr dict le dernier adieu à Monseigneur, son frère, à la -Royne de Navarre, sa seur, au Roy de Navarre et aultres Princes; et -avoyr fort dignement parlé de son estât, et du regret qu'il avoit -qu'il n'eût esté plus soulagé de son temps, et qu'il ne le pouvoit -laysser plus paysible, il avoit achevé ses derniers actes par des -parolles si sainctes, invoquant tousjours Dieu, et par des gestes si -paysibles et le visage si composé, avec ung si doulx trespassement, -que ceulx, qui y avoient assisté, pleins de larmes, voyantz une si -saincte et si chrestienne mort, n'avoient nullement doubté de son -salut, ny de sa vye plus heureuse et perdurable; - -Et qu'avant trespasser, il vous avoit très instamment priée, et vous -avoit adjurée, de vouloir prendre l'administration du royaulme, -jusques au retour du Roy de Pouloigne, son frère, à qui, de droict, il -appartenoit; ce que Vostre Majesté, surprinse d'une très véhémente -appréhension de ceste perte présente et des grands désordres qui -pourroient multiplier dans le royaulme, n'aviés eu rien tant en -affection que de vous pouvoir retirer, en quelque lieu solitayre et -escarté, pour y passer le reste de voz jours à repos; et que vous en -fussiés excusée, sans la considération qu'aviés eue de ne debvoir, en -une si importante occasion, défallir à l'amityé que portiés au Roy de -Pouloigne, vostre filz, qui véritablement estoit grande, ny refuzer, -en ce temps, vostre peyne ny voz bons offices à la couronne de France, -à laquelle vous réputiés avoyr très grande obligation; et que, -pourtant, vous aviés accepté la dicte administration avec l'assistance -que Monseigneur le Duc, vostre filz, et le Roy de Navarre, avoient -très cordiallement offert de vous y fère, y concourantz les Princes du -sang, et les aultres princes et seigneurs du conseil de l'estat, et la -noblesse du royaulme, et les officiers principaulx de la couronne, les -gouverneurs des provinces, les parlementz, les bonnes villes, et -générallement toutz les meilleurs subjectz du royaulme, avec lesquelz -vous espériés conduyre toutes choses par si bon advis et modération -qu'il n'y surviendroit poinct de nouvelle altération ny de changement; -et de tant que vous sçaviés la bienvueillance qu'elle portoit à ceste -couronne, et à ceulx qui en estoient, vous luy aviés bien volu fère -toute ceste communicquation pour la prier de vous vouloir bien -assister des bons et fermes offices de bonne seur, qu'elle vous -pouvoit rendre en ce temps, et de vouloir constamment persévérer ez -termes de l'amityé et confédération qu'elle avoit jurée au feu Roy, et -au bon propos dont luy et Vostre Majesté l'aviez tousjours -pourchassée, sellon que vous sçaviez bien que le desir du Roy, à -présent, vostre filz, seroit de renouveller avec elle le dernier -traicté de ligue, et l'entretenir inviolablement; et que vous luy -promettiés de le luy rendre très ferme et perpétuel amy, et -pareillement Monseigneur le Duc très dévot serviteur, et de ne laysser -deffallir, tant que vous vivriés, l'amityé de dellà, si elle la -vouloit conserver du costé d'elle; et que Mon dict Seigneur le Duc -m'avoit commandé de fère aussy à la dicte Dame sa condoléance de la -perte qu'il avoit faicte, et luy signiffier l'administration de Vostre -Majesté, et l'assistance, et service, qu'il vous y vouloit rendre; -ensemble le Roy de Navarre, qui, toutz deux, m'en avoient escript, et -m'avoient mandé d'y conformer ma négociation en tout ce que j'auroys à -traicter, icy, avec la dicte Dame. - -Elle, d'ung visage fort composé à la dolleur, après m'avoyr -paysiblement et fort attentivement escousté, m'a respondu qu'elle -estoit bien fort marrye que je fusse arryvé au bout de ma légation par -ung accidant si lamantable, comme estoit la mort du prince qui m'avoit -envoyé; et qu'elle en avoit receu ung ennuy qui surpassoit de beaucoup -toutz les aultres plus grands qu'elle eût senty depuis qu'elle estoit -royne, pour avoyr perdu ung frère, ung amy, et ung voysin qui luy -estoit plus estroictement confédéré que nul aultre prince de la -Chrestienté, et de la bienveillance duquel elle avoit la preuve, des -quatorze ans que je disois de son règne. Dont je pouvois ardimment -bien croyre que le regret, qu'elle m'en avoit envoyé tesmoigner par -son gentilhomme, et les larmes qu'elle n'avoit peu contenir, à mon -arryvée, me voyant en cest habit de deuil, et oyant mon piteux récit, -et celles qu'elle avoit encores aulx yeulx en me faysant ceste -responce, n'estoient nullement feinctes; ains procédoient d'une -aultant profonde dolleur de son cueur que nulz de ses plus prochains -en eussent point jetté; et que, oultre les privées conférances, et les -honnestes gratiffications, et familiers complimentz, dont ilz avoient -uzé l'ung vers l'aultre, aultant qu'il s'estoit peu fère entre princes -absentz, pour contracter une bien fort ferme amityé, elle s'estimoit -encor avoyr prins de si bonnes erres de luy qu'elle se tenoit très -assurée qu'il eût perpétuellement persévéré vers elle; chose qu'elle -ne sçavoit si elle s'en pouvoit promettre de semblable de quiconque -luy viendroit à succéder. - -Par ainsy n'estoit de merveille si elle le pleignoit amèrement, et -que, voyrement, en estoit fort bien et proprement addressée à elle la -condoléance que Vostre Majesté luy en faysoit, qui vouloit aussy -mutuellement se condouloir avecques vous de ceste mesmes perte, -laquelle elle jugoit bien que ne la pouviés sentir petite, parce que -celluy que vous aviés perdu estoit très grand, et le premier de voz -troys enfans, et celluy qui, jusques à sa mort, vous avoit rendu toute -entière obéyssance; - -Et, au regard de vostre administration, qu'elle ne sçavoit ce que les -loix du royaulme en ordonnoient, et n'en vouloit estre davantage -curieuse, s'assurant que Vostre Majesté estoit si vertueuse et -prudente que n'en vouldriés rien oultrepasser; et que, pour le bien -qu'elle vouloit à la France, elle ne pouvoit estre sinon bien ayse que -le manyement en fût venu en vostre main, parce que nul le pouvoit -conduyre avec plus d'amour et de foy, ny avec plus de droicture et -d'intégrité, que vous, qui estes la mère des deux, qui, l'ung après -l'autre, estoient appellés à y succéder, et qui en entendiés mieulx -les affères, pour les avoyr longuement manyés, que nul autre qui s'en -sceût mesler; - -Et, quand à la continuation d'amityé, qu'il vous playsoit luy offrir, -qu'elle l'acceptoit de très bon cueur, et vous en remercyoit, aultant -qu'il luy estoit possible, et que son ferme propos estoit de ne s'en -départir nullement, si ne luy en donniés occasion; qu'elle espéroit, -dans troys ou quatre jours, vous dépescher ung gentilhomme pour aller -accomplir le debvoir de sa condoléance vers Vostre Majesté, et -qu'après que le Roy de Pouloigne seroit arryvé, elle y en envoyeroit -ung autre, pour procéder ainsy vers luy, comme elle verroit qu'il -procèderoit vers elle, bien qu'à dire vray, elle ne voyoit poinct -qu'il peût estre de retour encores de longtemps. - -Et, quand à la condoléance de Monseigneur le Duc, elle la voyoit vraye -et certeyne, comme de celluy qui avoit faict une grande et fort -sensible perte; et que, touchant ung raport qu'on avoit faict, que le -Roy, son frère, ne luy avoit monstré si bon semblant, à son trespas, -comme au Roy de Navarre, qu'elle estoit très bien advertye que cella -estoit faulx, et qu'il ne l'avoit jamays réputé aultre que son très -loyal et très obéyssant frère, comme aussy elle l'estimeroit digne de -perdre le nom de prince, et de déchoir de tout degré d'honneur et de -réputation, s'il avoit non seulement tenté mais pensé jamays chose -contre luy, ny contre Vostre Majesté, ny contre le repos de voz -affères; et qu'elle louoit grandement l'assistance que luy et le Roy -de Navarre vous avoient offert en vostre administration; adjouxtant, -avec un soubzrire, que vous aviés bien donné ordre qu'ilz s'en -reposassent du tout sur vous; et qu'à ce propos elle me vouloit bien -dire qu'on luy avoit rapporté des choses bien estranges, desquelles -elle eût esté esbahye, et peu contante, si elle ne se fût tousjours -assurée qu'à nul pris Vostre Majesté voudroit jamays changer le -gracieux nom de bonne mère en celluy de cruelle marastre. - -Et là dessus, Madame, je confesse qu'elle s'est eslargye en des propos -ung peu bien véhémentz, lesquelz m'ont rendu hardy de luy ozer aussy -uzer de véhémentes remonstrances; lesquelles m'ont semblé, avant que -je me soye départy d'avec elle, qu'elles l'ont ramenée à quelque -modération. Et je mettray peyne qu'elles produisent encores d'aultres -meilleures effectz, s'il m'est possible; bien qu'à dire vray, je -trouve la dicte Dame plus picquée et altérée que je ne pensois. Dont -de ce qui s'est passé, pour ce regard, entre elle et moy, et de -l'intention que j'ay peu nother qu'elle a vers le Roy, à présent, -vostre filz, je vous envoyeray bientost ung des miens pour vous en -donner compte, ensemble de ce qu'elle m'a respondu à la lettre que luy -avés escripte de vostre main, le XXVIIe du passé, et à vostre plaincte -des gens de ses ambassadeurs, et sur ce qu'elle vouloit monstrer de -tenir ma légation pour expirée: de quoy toutesfoys elle m'a pryé, à la -fin, de n'en vouloir rien escripre; et ce qu'elle m'a dict de son -armement, lequel véritablement est grand et formidable: qui sont toutz -poinctz desquelz elle s'est assez ouverte de parolle et de -démonstration. - -L'on me confirme, de divers endroictz, ce que je vous ay mandé de -certayne praticque sur Callays, et que, quoy que ce soit, il y a -entreprinse projectée sur quelque endroict de la coste de dellà; dont -je supplye très humblement Vostre Majesté de fère renforcer la -garnison du dict Callays, celle de Bouloigne, de Dieppe, du Hâvre et -de Cherbourg, et refraychir l'advertissement ez aultres places, sur la -mer, qu'on ayt à s'y tenir bien sur ses gardes; car je trouve ceulx cy -changés et beaucoup eslevez pour cest armement qu'ilz vont avoyr tout -prest. Et sur ce, etc. - - Ce XXIe jour de juing 1574. - - - - -CCCLXXXIXe DÉPESCHE - ---du XXVIIe jour de juing 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran._) - - Détails de la précédente audience.--Plaintes de l'ambassadeur - contre les menées des Anglais attachés aux ambassadeurs en - France.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle est prête à punir ceux - qui seraient coupables.--Assurance donnée par la reine qu'elle - n'a conservé aucune animosité contre le duc d'Anjou. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, après la condoléance faicte à ceste princesse, le XXe de ce -moys, ainsi que, par mes lettres du jour ensuyvant, je le vous ay -mandé, je luy présentay la lettre que, du vivant encores du feu Roy, -vostre filz, vous luy aviés, au nom de toutz deux, escripte, de vostre -main, laquelle elle leut bien curieusement, et se satisfit assés -d'aulcuns honnestes trêtz d'amityé qu'elle y trouva. Et me dict que ce -de quoy elle avoit desiré, lors, pouvoir privéement traicter avec Voz -Majestez, estoit pour vous fère ouvrir les yeulx sur aulcunes choses -qui vous travailloient; desquelles elle eût espéré vous mettre -facillement hors de payne, mais qu'estant, à présent, l'occasion -passée, cella ne pourroit plus servir de rien: seulement elle vous -prioit de croyre que, quand quelque advertissement luy viendroit, -concernant les personnes de Voz Très Chrestiennes Majestez et vostre -estat, qu'elle ne seroit paresseuse de le vous fère sçavoyr, ainsy -qu'elle s'assuroit que ne diffèreriés la semblable bonté vers elle, -quand l'occasion s'y offriroit. - -Je luy parlay de ces menées, que les gens de ses ambassadeurs -s'efforcent de fère par dellà, qui tournoient bien fort à vostre -offance et mespris, et au préjudice du repos de l'estat; et lesquelles -vous la priés de les fère cesser, et de vouloir qu'entre Vos deux -Majestez se continuât et se nourrît tant de vraye et inthyme amityé -qu'il ne se peût praticquer rien, au nom d'elle, en France, ny -pareillement, au nom de Voz Majestez Très Chrestiennes, par deçà, sans -une mutuelle et privée communicquation d'entre vous deux. - -A quoy, elle, après une longue digression, meslée d'ung peu d'aigreur -et de collère, m'ayant demandé si vous ne me mandiés pas à quoy -tendoit la fin des dictes menées, et luy ayant respondu que non; mais -que, de tant qu'on y alloit à vostre desceu, je jugeois bien que ce -n'estoit pour l'advancement ny grandeur de Messieurs voz enfans, ny -pour le bien de leur couronne, car l'on ne le vous celleroit pas; et -luy ayant réplicqué aussi aulx aultres poinctz de sa digression, -sellon que j'estimoys le debvoir fère; elle m'a respondu qu'elle vous -prioit d'approfondir bien la vérité des dictes menées, et, si trouviés -qu'elles fussent à vostre préjudice, ou de l'estat, qu'elle offroit -d'en fère telle punition que vous voudriés; et qu'elle ne voyoit pas -que ès grandes offres, dont je luy avoys touché en passant, il y peût -avoyr rien de vérité, ny nul aultre bien, sinon que, si Monseigneur -le Duc sçavoit et croyoit qu'elle eût voulu fère tout cella pour luy, -qu'il l'en aymeroit mieulx quand ilz seroient maryez ensemble. Et, -après avoyr riz là dessus, elle se mist à parler du retour du Roy, -vostre filz, comme si elle estimoit qu'il seroit retardé. - -Et de propos en propos, elles mesmes m'a ouvert l'argument de luy dire -que je craignois assez que quelque peu de nuée, que j'avoys comprins -luy rester encores contre le nouveau Roy, ne la rendît trop facille à -se laysser persuader des choses de luy qui n'estoient point; et que je -la supplioys que, de ce qu'ilz auroient à desmeller ensemble, elle -n'en voulût prendre l'advis de ceulx qui estoient extrêmes, et sans -modération aulcune, sur le faict de la religion, ny de ceulx qui -prétandoient d'establir le fondement de son repos sur le travail de la -France; car ilz ne la conseilleroient jamays droictement, et la -conduyroient à des dellibérations, auxquelles je m'assurois qu'elle -auroit regret; mais qu'elle prînt le conseil ordonné de Dieu, et -celluy qui procèderoit de l'honneur et vertu qui estoient en elle, sur -les moyens d'amityé qu'elle debvoit tenir vers ceulx qui cherchoient -la sienne, et qui véritablement l'aymoient, ainsy qu'elle en avoit la -preuve, pour le regard de Vostre Majesté, de plus de quinze ans, et du -Roy, vostre filz, depuis son aage de discrétion; et que, si elle avoit -doubté, d'aultrefoys, de quelque sienne affection, lorsqu'il n'estoit -que Duc d'Anjou, qu'elle estimât qu'à présent toutes ses affections -seroient d'ung grand Roy de France, son voysin, qui, en restablissant -les ruynes de son royaulme par une perdurable paciffication de ses -subjects, chercheroit de confirmer avec elle la mesmes confédération -que le feu Roy, son frère, luy avoit jurée; et que Vous, Madame, luy -prométiés de le luy réserver très constant et parfaict amy, ainsy -qu'elle l'avoit eu quelquefoys serviteur. - -Elle m'a respondu qu'elle espéroit qu'il n'uzeroit sinon -honnorablement vers elle, ainsy qu'elle ne luy avoit jamays donné -occasion de fère aultrement, et que, suyvant cella, elle procèderoit -aussy avec droicture et honneur vers luy; et qu'elle me prioit de -croyre que la nuée, que je craignois, estoit passée, car plusieurs -choses estoient depuis intervenues qui avoient faict oublier tout -cella; et que, le jour précédent, ung des siens luy avoit dict que, -possible, avoit elle faict difficulté de l'espouser, parce que lors il -n'estoit pas Roy, et qu'à présent, qu'il estoit double Roy, elle s'en -debvoit contanter: à quoy elle avoit respondu qu'il avoit esté -tousjours Royal, et qu'une chose, plus haute que les couronnes, y -avoit mis l'empeschement, c'estoit la religion, laquelle faysoit qu'on -layssoit le monde pour suyvre Dieu; et que l'ung ny l'autre n'y -debvoient avoyr regret. Et sur ce, etc. - - Ce XXVIIe jour de juing 1574. - - - MÉMOIRE PARTICULIER, - baillé au Sr de Sabran, pour dire, de vive voix, à la Royne. - - Le Sr de Sabran retiendra en mémoire les principaulx poincts - de la dépesche pour en pouvoir satisfaire la Royne. - - Luy dira que les affections sont fort changées par deçà, - qu'ils creignent à merveilles que le nouveau Roy soit mal - incliné vers eulx, et qu'il se laysse du tout posséder à ceulx - de son party, qu'ils réputent leurs ennemis; et qu'il - opprimera ceulx qui conseilleroient l'intelligence et - confédération d'entre ces deux royaulmes; et qu'il entrera - facilement en quelque obligation avec le Pape et le Roy - Catholique contre ce royaulme. - - Outre cella, ils le tiennent pour un irréconciliable ennemy de - ceux de leur religion, dont les plus passionnés mettent peine - de bander ceste princesse contre luy, et de la rendre, de - jour en jour, plus piquée du mespris et reffus qu'ils luy - représentent qu'il a faict d'elle, et de lui imprimer beaucoup - de deffiance de la Royne Mère; de sorte qu'à très grande - difficulté a l'on pu rompre, jusques icy, les délibérations, à - quoy l'on l'a volue pousser, de se déclarer ouvertement pour - les eslevés; - - Qu'il est bien certain que toutes les délibérations de ce - conseil ont toujours esté de ne rompre jamais avecques le feu - Roy, et elle ne le voulloit nullement faire, et a tenu la main - que l'entreprinse de Montgommery n'a poinct eu de suitte; et - monstre, par tous ses propos et démonstrations, qu'elle n'a - esté, du vivant du feu Roy, jamais participante d'aucune - pratique par delà, qui fût contre luy, ny contre la Royne, ny - contre leurs affaires. A ceste heure, la mutation de règne a - admené beaucoup d'escrupules et mutation de volonté. - - Et, quant aux pratiques avec Monseigneur le Duc, il n'est - possible d'ouyr rien, plus esloigné de toute apparance de mal, - que ce que ceste princesse monstre juger de ses délibérations; - et parle en termes si exprès de la sincérité sienne, et - d'avoir en exécration non seulement les actes, mais les - pensées, s'il en avoit jamais eu pas une contre son frère, ny - contre sa mère, ny tendant à troubler leurs affères, que non - seulement elle le rend infiniment bien justiffié, mais monstre - sentir bien fort qu'on l'ayt eu, ny qu'on l'ayt suspect; et ne - dissimule sa collère et menasses là dessus, ains semble - qu'elle y va un peu plus expressément que n'est accoustumé en - affaires d'autruy; - - Qu'à ceste heure, les plus protestants monstrent de chercher - la réconciliation de ceste princesse avec le Roy d'Espagne, et - se rengent avec ceux, qui sont, icy, de ce party là; ce qui - donne le plus d'obstacle aujourdhuy à ces choses de France, en - ce Royaulme. Dont, sans quelque nouveau moyen, sera impossible - de les y pouvoir plus maintenir à la réputation de ces six ans - passés. Et pourtant faut incister à quelque honneste présent, - dès ceste heure, pour le comte de Lestre et milord de Burgley, - et pour quelque pension, à l'advenir; car c'est par là qu'on - destournera les mauvaises intentions et délibérations de deçà; - - Que les advis continuent de venir, de divers bons lieux et - asseurés, que le Roy d'Espaigne mène chaudement la praticque - d'avoir le Prince d'Escosse entre ses mains; et que son armée - a expressément charge de tenter si cela se pourra effectuer. A - quoy il est nécessaire de voir de quelle façon il y faut - pourvoir. - - - - -CCCXCe DÉPESCHE - ---du premier jour de juillet 1574.-- - -(_Envoyée exprès à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Délibération des seigneurs du conseil.--Proposition de renouer - l'alliance avec l'Espagne.--Interruption des - armemens.--Plaintes des agens anglais, qui sont à Paris, des - soupçons dirigés contre eux.--Mécontentement de Leicester à - raison de la méfiance qui lui est témoignée.--Nécessité de - dissimuler les sujets de plaintes que l'on peut avoir en France - contre l'Angleterre.--Efforts de l'ambassadeur pour empêcher - les représailles des Anglais sur mer.--Affaires d'Écosse. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, deux jours après que j'ay eu parlé à ceste princesse, elle a -rassemblé ceulx de son conseil pour leur proposer ce que je luy avoys -offert, de la part de Vostre Majesté, de la continuer en celle mesmes -bonne amityé et confédération du Roy, à présent, vostre filz, que le -feu Roy, son frère, luy avoit jurée; et, ayant ceulx du party -d'Espaigne concouru à l'assemblée, ilz n'ont failly de représanter -pareillement l'offre que le Roy Catholicque luy faysoit de renouveller -aussy, avec elle, l'ancienne allience de Bourgoigne; et mesmes ont -atiltré des lettres et adviz, qu'ilz disoient venir freschement -d'Espaigne, pour monstrer qu'il ne y avoit, en tout l'appareil de -dellà, rien de pourpensé ny de dellibéré contre l'Angleterre. Dont, -après plusieurs allées et veneues devers leur Mestresse, et de leur -Mestresse vers eulx, elle, enfin, par leur advis, a ordonné que son -armement ne passeroit plus oultre, et que la dépance cesseroit; -néantmoins que l'appareil demeureroit en l'estat qu'il est pour s'en -servir en ung soubdain besoing, si, d'avanture, il survenoit, et qu'on -ne mettroit, pour ceste heure, dehors que deux de ses grands navyres -pour garder l'embouchure de la Tamyse, de façon que, le jour d'après, -il a esté envoyé, de par elle, descharger les habitans de ceste ville -du nombre des marinyers et des quatre centz soldats qu'ilz estoient -cothisés de bailler, et mandé le semblable ez aultres lieux et villes -de ce royaulme; et de mettre en suspens tout ce qu'on leur pourroit -avoyr commandé d'extraordinayre, oultre les monstres généralles, -lesquelles, de nouveau, elle leur a enjoinct de les continuer, et les -parachever, en la plus grande dilligence que fère se pourra. - -Et a la dicte Dame concédé au Sr de Sueneguen et à Goaras de pouvoir -aller attandre, à Porsemmue, le passage de l'armée pour pourvoir à ce -qu'ilz jugeroient, ou qui leur seroit mandé d'y préparer pour la -rafreschir, sans toutesfoys ottroyer aulcune descente, aulmoins qui -puisse excéder le nombre de cinquante personnes à la foys. De laquelle -nouvelle dellibération vous proviendra aulmoins ce soulagement, -Madame, que toute la frontière, de ce costé, sera moins travaillée, et -en plus de seureté, attandant le retour du Roy, vostre filz; et se fût -peu traicter d'aultres choses avec ceste princesse aussy utilles en ce -temps, si, de la mesme façon que m'aviés tousjours commandé de la -temporiser doulcement, et de luy interrompre de loin, sans l'offancer, -ce qu'elle pouvoit avoir de malle impression et de maulvaise praticque -contre le présent estat de voz affères, il vous eût pleu la manyer de -mesmes doulcement, et ne monstrer de l'avoyr si suspecte, et ses -ambassadeurs, et ne les fère si soigneusement observer, comme le jeune -Quillegreu s'en est plainct par deçà; ne layssant toutesfoys de luy -rompre ses menées en celle bonne façon et ouverte qu'envoyastes uzer -à ses dictz ambassadeurs par Mr Pinart, qui fut fort honnorable. Et -peut bien estre, Madame, que le dict Quillegreu s'est plainct icy à -tort. - -Néantmoins, après son retour, le Sr de Walsingam m'a fait sçavoyr, par -le Sr de Vassal, lequel j'avoys envoyé vers luy, que sa Mestresse, -voyant que Vostre Majesté avoit prins ceste grande deffiance d'elle, -et que touts les siens estoient ouvertement remarqués pour très -suspects en vostre court, et n'y estoient nullement bien veus, qu'elle -avoit changé d'opinyon de vous envoyer le gentilhomme, qu'elle avoit -desjà faict apprester pour vous aller fère sa condoléance de la mort -du feu Roy, vostre filz, et qu'elle n'attandoit sinon l'arryvée du -cappitaine Leython pour, incontinent après, escripre à son ambassadeur -qu'il s'acquitât, le mieulx qu'il pourroit, de cest office. - -Et le comte de Lestre, auquel j'avoys aussy, par le mesme Sr de -Vassal, envoyé communicquer l'honneste mencion, que Vostre Majesté -faysoit de luy, en la lettre que le dict Quillegreu m'avoit apportée, -après avoyr uzé d'ung très humble mercyement, monstrant d'avoyr le -cueur très élevé et plein de despit, m'a mandé qu'oncques n'avoit esté -faict ung plus grand tort, ny une plus grande injure à gentilhomme -qu'à luy, de l'avoyr eu suspect: car juroit à Dieu, le Créateur, qu'il -n'avoit jamays faict, ny pensé de fère, ny consenty à chose -quelconque, qui, près ny loing, peût mériter cella, ny pareillement -les siens; lesquels, et luy, à leur exemple, s'estoient toujours -monstrés parciaulx, jusques à exposer leurs vyes pour la couronne de -France; et qu'il sçavoit combien de grands ennemys, dans ce royaulme, -et quels plus grands, dehors, il s'estoit acquis, pour avoyr incliné -et faict incliner les choses de deçà à la dévotion de Voz Majestez -Très Chrestiennes; dont il en recevoit, à présent, ung très maulvais -loyer: et qu'il vous supplioit aulmoins de croyre, si estimiés qu'il y -eût d'honneur en luy, que pour chose du monde il n'eût envoyé -Quillegreu en France, s'il eût pensé qu'il y eût deu fère quelque -praticque, ny ung seul semblant d'y praticquer rien contre l'intention -et le playsir de Vostre Majesté; et qu'il chercheroit l'opportunité de -parler à moy, pour me déduyre davantage l'extrême marrisson, qu'il -sentoit dans son cueur, de la mauvèse opinyon que vous aviés prinse de -luy. - -Sur quoy, Madame, si avez desir de conserver au Roy, vostre filz, -l'intelligence et confédération de ce royaulme, je vous supplye très -humblement de couvrir et modérer, aultant qu'il vous sera possible, -bien que non de déposer du tout, la grande meffiance qu'avez monstré -d'avoyr de ceste princesse, de peur que, la mettant en désespoir de -vostre amityé et de celle du Roy, elle n'entre ouvertement en ligue -avec les Protestantz et eslevez, et qu'elle ne se réunisse avec le Roy -Catholicque, comme elle en est infinyement recherchée; et pour le -regard du comte de Lestre, qu'il vous playse le gratiffier, ainsy que -je le vous ay naguyères escript, affin de conserver, icy, par son -moyen, et pareillement en Escoce, les choses qui appartiennent au -service de Voz Majestez, et espargner, possible, par ung petit -présent, l'occasion d'une très grande despence, qui vous pourroit -survenir, si ce royaulme se changeoit contre vous; à quoy il peut, -plus que nul aultre, obvier: et que, par quelques bonnes lettres, de -vostre main, à la dicte Dame, et au dict comte, et pareillement au -grand trézorier, il vous playse radoulcyr leurs espritz. - -J'ay commancé et continueray de débatre fort vifvement la permission, -qu'ilz veulent octroyer, icy, à leurs subjectz, de se revancher, sur -mer, des violences et déprédations que les Françoys leur ont faictes; -mais le grand manquement, non de provisions de justice, mais -d'exécution d'icelles, qu'ilz disent que leurs dictz subjectz trouvent -en France, me mect souvant à ne sçavoyr que leur réplicquer; et je voy -bien qu'ilz vuellent, par là, entrer en occasion de noyse avecques -nous. - -J'entendz que quinze ourques, chargées de vivres et de monitions, se -sont desrobbées de l'armée d'Espaigne pour se retirer par deçà, -lesquelles l'on n'a trouvé bon que restassent icy, et sont passées en -Ollande. - -Me Quillegreu a escript, d'Escoce, que les choses s'y maintiennent -assez paysibles soubz le prétandu régent, lequel a affermy beaucoup -son authorité par le moyen d'aulcuns principaulx de la noblesse, qui -se sont racoinctés à luy, et mesmement du comte d'Hontelay, à qui il -mande qu'il est en termes de luy remettre les sceaulx et l'estat de -chancellier du royaulme. J'ay, par deux foys, adverty Vostre Majesté, -et ceste cy sera la troysième, comme il se praticque de mettre le -jeune Prince d'Escoce entre les mains du Roy d'Espaigne; et maintenant -l'on vient de me confirmer, de rechef, qu'il n'y a rien qui se mène -plus chaudement que cella. Et sur ce, etc. - - Ce Ier jour de juillet 1574. - - - - -CCCXCIe DÉPESCHE - ---du IIIe jour de juillet 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Retour du capitaine Leython.--Prise de Saint-Lô par les - catholiques.--Exécution de Montgommery.--Résolution arrêtée en - Angleterre d'engager le prince de Condé à entrer en France avec - une armée, et de lui fournir secrètement des - secours.--Dispositions des réfugiés à passer en armes en - France.--Reproche fait à Marie Stuart d'être en intelligence - avec le roi d'Espagne.--Résolution des Anglais d'user de - représailles sur mer; déclaration de sir Arthur Chambernon que, - sur le refus de la reine régente de faire droit à ses - réclamations, il a chargé son fils de se payer lui-même sur les - navires français qu'il pourrait prendre.--Mandement donné à - l'ambassadeur pour recevoir une communication des seigneurs du - conseil.--Plaintes des Anglais au sujet des prises faites par - les Français.--Demande d'audience.--Refus de la reine de - recevoir l'ambassadeur en cette qualité.--Résolution de - l'ambassadeur de ne plus paraître à la cour.--Vive instance - pour qu'il lui soit envoyé un successeur. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, le dernier jour du passé, le cappitaine Leython est arryvé -devers la Royne d'Angleterre, à Grenvich, duquel lieu, dans bien peu -d'heures après, elle est partie pour aller à Richemont, où elle -séjournera six jours, et de là s'acheminera en son progrès vers -Bristo. J'espère la voyr demain, sur l'occasion de voz dernières -dépesches, du XXe et XXIIIIe du passé, et mettray peyne de bien notter -comme elle aura esté satisfaicte du rapport que le dict cappitaine -Leython luy a faict. Ceulx qui sont, icy, les principaulx entre les -Protestantz, ont fort senty, et sentent grandement la prinse de St Lô, -et l'exécution du comte de Montgommery. Et les ministres françoys, -mesmement Villiers, joinct à luy l'agent du comte palatin, et celluy -du Duc de Saxe, et celluy du prince d'Orange, ont esté, depuis cella, -fort fréquents en ceste court; mesmes, mardy dernier, XXVIIIe du -passé, ilz furent, cinq grosses heures, en estroicte conférance avec -quatre de ce conseil; et, le lendemain, l'on m'assura qu'il y avoit -esté déterminé que le Prince de Condé entreroit résolument en France -avecques forces; et qu'il seroit assisté, d'icy, soubz main, sans que -ceste princesse s'en meslât, et qu'on feroit en sorte qu'elle -n'empêcheroit poinct qu'on ne trouvât du crédict en ceste ville pour -la dicte entreprinse, pendant que la dicte Dame s'esloigneroit en son -progrès; et depuis, a esté depesché ung Labrosse devers le dict -Prince. J'entendz que, de ceste court, mais je ne sçay encores de -quelle main, luy sera envoyée une espée et une dague, fort richement -garnyes, pour l'encourager à la superintandance de ceste guerre pour -la cause de la religyon, ainsy que son feu père l'avoit. - -L'agent du prince d'Orange est souvant avec le vydame de Chartres, et -luy faict ordinayrement tenir des lettres de son maistre, et semble -que le dict sieur vydame s'employe en ce qu'il peut pour luy. Les -cappitaines Barrache, Limons, La Roque, et quelques aultres françoys, -jusques à six ou sept vingts, naguyères revenus de Ollande, sont, -depuis quatre jours, allez vers l'Ouest en intention de s'embarquer où -ilz pourront, pour passer à Carantan. Il est vray que, parmy eulx, se -parloit de la difficulté et du danger qu'il y auroit à se jetter -dedans, dont la pluspart inclinoient de s'en aller à la Rochelle, et -je croy qu'ilz auront prins celle route. Néantmoins j'ay escript à Mr -de Sigoignes qu'il advertît Mr de Matignon de leur dellibération. - -Me Quillegreu a escript qu'il avoit descouvert, en Escosse, comme le -Roy d'Espaigne avoit une fort secrette, et néantmoins fort grande -intelligence avec la Royne d'Escosse: ce que je pense qu'il a faict, -tout à poste, pour anymer la Royne d'Angleterre à parachever son -armement, affin de l'employer contre le dict Roy d'Espaigne, car il -est merveilleusement affectionné au dict prince d'Orange. Néantmoins -icelluy armement a cessé, et ne paroistra nullement en mer contre -l'armée d'Espaigne, bien que le Sr Boyssot, gouverneur de Fleximgues, -lequel est passé, depuis huict jours, avec sa femme par deçà, comme -pour s'y venir esbattre, ayt négocié plusieurs choses fort -secrettement avec les seigneurs de ce conseil; mais ne se sçait -encores ce qu'il a impétré. Goaras a trouvé moyen, soubz le nom de -quelque aultre, de le fère mettre en prison, pour certeynes pleinctes -et déprédations prétandues contre luy, mais il a esté incontinent -mandé de ceste court qu'on l'eût à relaxer, sans ung seul denier de -frayx; de quoy le dict Goaras se sent fort offancé. Néantmoins le dict -advertissement de Quillegreu a esté cause qu'on a envoyé quérir ung -Amelthon, précepteur des jeunes enfantz du comte de Cherosbery, pour -l'examiner sur ceste intelligence de la Royne d'Escoce avec le Roy -Catholicque, ny s'il sçayt qu'elle ayt receu, ny qu'elle reçoyve, de -nulle part, aulcuns chiffres. - -Il semble que ceulx cy se résolvent d'envoyer trois ou quatre navyres -pour réprimer aulcuns vaysseaulx françoys, qui pillent, sur mer, les -subjectz de ce royaulme; et sir Artus Chambernon m'a escript que, vue -la froyde responce que Vostre Majesté avoit faicte sur son affère à -l'ambassadeur d'Angleterre, après celle tant bonne que le feu Roy, -vostre filz, luy en avoit mandée auparavant, qu'il a remis la debte du -comte de Montgommery à son filz, lequel adviseroit maintenant de s'en -payer le mieulx qu'il pourroit sur les Françoys. A quoi je -m'opposeray, Madame, aujourdhuy vers les seigneurs de ce conseil, qui -m'ont envoyé prier de me trouver, à troys heures après midy, en la -maison de milord Quipper, où ilz seront toutz assemblés pour me fère -entendre aulcunes choses que la Royne, leur Mestresse, leur a donné -charge de me déclarer; de quoy je suis bien en peyne que ce peut -estre; mais j'espère que Dieu me fera la grâce de leur respondre comme -il conviendra pour le service du Roy et vostre. Et sur ce, etc. - - Ce IIIIe jour de juillet 1574. - - - PAR POSTILLE. - - Pendant que j'ay faict mettre au net la présente, j'ay esté - devers les susdictz seigneurs du conseil, qui m'ont faict une - assez rude déclaration touchant la pleincte de leurs subjectz; - dont je vous manderay, Madame, par mes premières, comme le - tout a passé entre nous. Et voulant desjà clorre le pacquet, - le Sr du Vassal, qui estoit allé pour mon audience à la court, - et à qui j'avoys donné charge de sçavoyr résoluement comme je - y serois receu, m'a rapporté, de la part du comte de Lestre, - que la Royne, sa Mestresse, me mandoit que je serois le bien - venu quand il me playroit; et que je sçavoys bien ce qu'elle - n'avoit dict dernièrement, qu'encor que ma légation fût - expirée, qu'elle ne layrroit de traicter avecques moy comme - avec ung gentilhomme françoys, ministre du Roy, mon Maistre, - lequel, avoit bien agréable, mais qu'elle ne pouvoit, en façon - du monde, me recevoyr plus comme ambassadeur, jusques à ce que - j'eusse nouvelle commission du Roy, qui est à présent. Sur - quoy je me suis arresté, et suis tout résolu, Madame, de ne - fère tant de préjudice à la grandeur du Roy, vostre filz, et à - la vostre, ny tant d'indignité à la charge qu'on m'a veu - exercer, icy, les six ans passés, que d'y aller maintenant en - aultre qualité, dont vous plerra adviser de quelque expédient. - Et s'il vous playsoit fère venir mon successeur, pour estre - quelques moys, icy, agent, pendant que les lettres du Roy, - vostre filz, luy arryveroient pour estre ambassadeur, nous - conduyrions, par ensemble, la négociation ung espace de temps; - et puis je la luy layrroys, au partyr, si clère et nette, - qu'il ne s'y sentiroit aulcune mutation, sinon possible en - mieulx, en ce que, mieulx que moy, il pourroit fère. Et vous - pléra, Madame, pourvoyr promptement à ce faict, de peur que - les affères de Voz Majestez ne reçoyvent quelque détriment, - par faulte de personnage qui les puisse aller négocier avec la - dicte Dame. - - - - -CCCXCIIe DÉPESCHE - ---du VIIIe jour de juillet 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer_). - - Déclaration faite à l'ambassadeur, en conseil, que la reine a - pris la résolution de permettre à ses sujets d'user de - représailles sur mer contre les Français.--Protestation qu'elle - ne veut pas pour cela abandonner l'alliance, ni faire acte - d'hostilité.--Regret témoigné par l'ambassadeur de ce que des - excès ont été commis sur mer, et par les Français et par les - Anglais.--Son desir qu'il y soit remédié conformément au - traité.--Ses plaintes contre les secours donnés, depuis le - commencement des guerres civiles, aux révoltés de France.--Ses - remontrances à raison des prises faites par les - Anglais.--Protestation de sa part qu'il prendra toute - autorisation de représailles comme une infraction au traité - d'alliance.--Déclaration du conseil qu'il en sera référé à la - reine.--Ordre donné de mettre tous les navires en mer. - - - A LA ROYNE, MÈRE DU ROY, RÉGENTE. - -Madame, ayant, jeudy dernier, esté appellé en la mayson de milord -Quipper par les principaulx de ce conseil, j'ay trouvé qu'il y en -avoit neuf des principaulx desjà assemblez et assis, lesquels m'ont -assez bien receu; et s'estantz remis, chascun en sa place, et -m'ayantz, ainsy que de coustume, donné celle du premier lieu, ilz ont -esté quelque temps en silence, comme s'ilz attandoient que j'ouvrisse -le propos; mais voyantz que je ne sonnois mot, milord Quiper et milord -trézorier m'ont dict que la Royne, leur Mestresse, avoit ordonné que -aulcunes choses, qui estoient d'assez d'importance, me seroient -déclarées en ceste assemblée; lesquelles ilz me prioient de les -vouloir ouyr de Me Smith. - -Et tout aussytost, s'estant le dict Me Smith levé, il m'a, avec ung -peu d'apparat, dict que les grandes et fréquentes plainctes, qui, -depuis ung an, estoient venues, et venoient encores tous les jours à -la dicte Dame, des déprédations, volleries, meurtres et rançonnementz -que les subjectz de ce royaulme souffroient, en mer, par les Françoys, -et mesmes bien freschement de celles que deux navyres de guerre, qui -s'avouoient au Roy, l'ung nommé le _Prince_ et l'autre l'_Ours_, -exécutoient sur eulx, et le peu de justice qu'ilz trouvoient en France -ez officiers de sur les lieux; lesquelz, encor que le Roy et les -seigneurs de son conseil ordonnassent souvant de bonnes provisions, -ilz les mesprisoient, et ne tenoient compte de les exécuter, et -layssoient intimider devant eulx, injurier, battre, mutiller et -meurtrir ceulx qui en alloient fère la poursuyte, sans qu'on leur eût -encores jamays veu fère punition d'ung seul pirate, ny une seule -restitution, bien que la dicte Dame en eût faict addresser ses -pleinctes fort souvant par moy mesmes, et ordinayrement par ses -ambassadeurs, à Voz Très Chrestiennes Majestez, et se fût mise en tout -debvoir de punir, de son costé, ceulx de ses subjectz qui avoient -troublé la mer, et donné toute satisfaction aulx Françoys; - -Et voyant, à ceste heure, le désordre continuer tousjours plus grand -sur les siens, et les remèdes de justice leur deffallyr du tout, ainsy -qu'il apparoissoit par le faict de Me Warcop, qui estoit fondé en très -grande équité; et par celluy de Guyllaume Rutheau, qui avoit obtenu -lettres patantes du grand sceau pour estre satisfaict en l'espargne, -sellon que ses biens avoient esté prins pour les exprès affères du feu -Roy, néantmoins le trésorier de l'espargne en refuzoit le payement; -ensemble de plusieurs aultres semblables accidantz de ses subjectz, -qui ne cessoyent d'inquiéter la dicte Dame, et ceulx de son conseil, -de leurs très lamentables doléances; - -Elle, pour ne laysser dépérir le commerce, ny voyr cesser la -navigation en son royaulme, qui estoient les deux choses qui -principallement maintenoient son estat, avoit advisé que, sans plus -m'en parler, ny aller plus à pleincte à Voz Majestez Très -Chrestiennes, elle adviseroit des remèdes que, par l'advis de ceulx de -son conseil, elle avoit jugé les plus propres et les plus expédientz, -pour récompenser et desdomager ses dictz subjectz et leur assurer -leurs dictz navigation et commerce, sans, pour ce, altérer la bonne -paix qu'elle vouloit droictement garder au Roy, vostre filz, et à son -royaulme; et que ce qu'elle en faysoit estoit principallement pour -obvier que les choses ne passassent si avant que la dicte paix s'en -peût rompre; par ainsy, s'il advenoit que je vîsse ou ouysse parler de -quelque nouvel ordre sur la mer, que je n'en prinse poinct -d'esbahyssement. - -Et, sans passer plus oultre, m'ayant lors exibé ung grand cahier de -pleinctes, qu'il disoit n'y avoir esté satisfaict, et ung role de -restitutions faictes aulx Françoys à mon instance, il s'est tourné -rassoyr. - -Et les aultres s'estantz rendus fort attentifs à ce que je -respondrois, je leur ay dict, que le propos, qu'ilz m'avoient -maintenant faict tenir, venant de la Royne, leur Mestresse, et d'ung -si prudent et vertueux conseil, comme le sien, se trouveroit, à mon -advis, pour le regard de celle partie qui faysoit mencion de garder -droictement l'amityé, très conforme au desir du Roy, vostre filz, et -au vostre, de façon que je leur pouvois assurer que Voz Majestez, et -toutz ceulx de vostre couronne, l'auroient très agréable; et encores -ne pensois je que l'autre partye, qui monstroit avoyr de -l'altération, vous peût du tout desplayre, parce qu'elle tendoit à -descouvrir franchement les occasions qui avoient commancé de troubler, -et qui troubleroient davantage la clerté de ceste amityé, si elles -n'estoient remédiées; que le remède n'en seroit désormais difficile, -puisque les causes du mal estoient descouvertes, lesquelles ne me -sembloient ny si griefves, ny de tel poids, qu'elles peussent -esbranler la très solide et très ferme, et très sainctement jurée, -bonne amityé qui avoit, depuis quinze ans, prins son fondement sur la -mutuelle bonne inclination que Voz Majestez s'estoient réciproquement -portée; - -Que, touchant les désordres de la mer, et manquement de justice, en -France, pour leurs subjectz, j'étois très marry qu'ilz eussent -occasion de s'en douloyr, et je m'en voulois douloir avec eulx, -n'estant du debvoir de la confédération qu'ilz receussent injure de -nous, ny qu'elle ne fût réparée, quand nous la leur aurions faicte, -car les trettés le portoient ainsy; mais la malice du temps avoit -assez privé en France et l'estranger et le subject de l'ancien ordre -de la justice; néantmoins je pouvois tant affirmer, de l'intention et -desir de Voz Majestez Très Chrestiennes et de vostre conseil, que les -provisions, qui avoient deu en cella procéder de très justes princes, -et très sévères et équitables conseillers, n'y avoient jamays -deffally; que eulx mesmes estoient ceulx, et je les supplyois de -n'estre offancés d'ouyr ceste vérité, qui avoient donné commancement à -ce mal: car, jusques en l'an 1568, encor que nos troubles eussent -desjà duré cinq ou six ans, les Angloys n'avoient toutesfoys senty de -nous, ny nous d'eux, aulcune injure sur la mer; mais, après qu'ilz -avoient eu admis, icy, Chastellier Portault comme visadmyral, -nonobstant qu'il fût un fuitif condampné à mort par justice, et qu'ilz -eurent donné lieu aulx commissions du Prince de Condé et du cardinal -de Chastillon et du prince d'Orange, et dernièrement à celles du comte -de Montgommery, et que, soubz icelles, ung grand nombre d'angloys, et -pareillement beaucoup de fuitifz françoys, escossoys et walons, eurent -entreprins, soubz la faveur de ce royaulme, sortantz de leurs portz et -y ayantz leur retrette, de piller les Catholicques, et de débiter par -deçà leurs prinses, la mer avoit esté incontinent remplye de très -grands désordres; et, encor que, depuis, ilz s'estoient efforcez de -les réprimer, et que la Royne, leur Mestresse, eût commandé de fère -justice, elle n'avoit esté faicte entière, ny à toutz, ny contre -toutz. Et bien souvant une partye du principal, avec les frays, ou -toutz les deux ensemble y estoient demeurés, de façon que le dommage -des Françoys restoit encores et en diminution de leurs biens, et en -injure et violence contre leurs personnes, et en perte de navyres, si -grande qu'il excédoit de dix mille pour cent celluy qu'ilz -m'alléguoyoient de leurs subjectz; - -Que je ne voulois nyer qu'il n'y eût à desirer quelque chose de nostre -costé, mais beaucoup plus sans comparayson du leur; et, au pis aller, -les injures, qu'ils avoient reçues de nous, ne pouvoient estre sinon -semblables à celles qu'ils nous avoient faictes, ès quelles nous -n'avions jamays tenté aultre remède que de recourir à la Royne, leur -Mestresse, et à eulx, de nous fère justice sellon les traictés; et -nous estions contantés de celle qu'elle nous avoit administrée, ou -qu'elle avoit monstré de nous vouloir administrer, excusans le reste -sur la malice du temps; dont je la supplyois, et eulx aussy, qu'ilz -voulussent maintenant uzer le semblable, et ne chercher nulz remèdes -en cella hors des traictés; et que leurs ambassadeurs avoient -naguyères tretté de cest affère avec Voz Majestez Très Chrestiennes, -lesquelles avoient prins avec eulx l'ordre que je leur avoys desjà -déclaré; lequel, s'il ne leur satisfaysoit assez, qu'ilz en missent -quelque autre en avant, et je leur ozois bien promettre que, s'il -n'estoit bien malhonneste et inique, que Vostre Majesté le leur -accorderoit, et leur feroit voyr qu'elle desire soigneusement -conserver le commerce et intelligence de ce royaulme; - -Que la Royne, leur Mestresse, ny eulx ne pouvoient, ny debvoient -procéder maintenant d'aultre façon; et, pour le debvoir de ma charge, -je ne pouvois fère de moins, en cas de quelque nouveaulté en cest -endroict, que de les requérir de la vous communicquer, et d'attandre -sur icelle vostre consentement, premier que de la mettre à exécution, -ou bien leur protester de l'infraction des traictés; que je les priois -de considérer que le feu Roy estoit mort leur bon allié et confédéré, -et que le Roy, à présent, son frère, selon le troysième article du -traicté, avoit succédé en la mesme ligue et confédération, et avoit -ung an de terme pour en déclarer sa volonté, et que Vostre Majesté -leur promettoit qu'il ne l'auroit poinct dissamblable au deffunct, et, -possible, beaucoup meilleure; et aulmoins ne pouvoient ilz, pour chose -qu'il eût faicte, depuis son règne, aulcunement juger qu'il la deût -avoyr aultre; et pourtant je les priois que la Royne, leur Mestresse, -et eulx se voulussent, en l'absence sienne, et à l'advènement sien à -ceste grande couronne de France, qui leur estoit voisine, et en -l'administration de ses présentz affères ez mains de Vostre Majesté, -se déporter en vrays bons alliez et confédérez, et luy ayder et -assister, comme à celluy qui debvoit estre, cy après, bien fort à -eulx; et de qui, pour estre ung prince nay à toute vertu, creignant -Dieu, fort esprouvé aulx armes et aulx affères, et dont la fortune ne -se monstroit petite, ny les augures de sa grandeur que très bons, ilz -pouvoient espérer et se promettre beaucoup plus que de nul aultre -prince de la Chrestienté. - -Laquelle responce, qui a esté, en quelque endroict, plus ample et plus -expresse, milord trésorier l'a incontinent récapitulée en angloix, à -ceulx qui n'entendoient le françoys. - -Et après qu'ilz ont eu assez longtemps débattu ensemble, luy mesmes -m'a respondu, que ce qu'ilz m'avoient auparavant déclaré de -l'intention de leur Mestresse estoit sellon la résollution qu'elle en -avoit prinse, à laquelle ne leur pouvoit estre loysible d'y rien oster -ou mettre; mais qu'ilz luy rapporteroient fidellement mon dire, lequel -leur avoit semblé à toutz honnorable et plein de beaucoup de -satisfaction; et que, puis après, elle m'y feroit entendre sa volonté. -Il s'est passé, là mesmes, d'autres choses lesquelles je réserve à la -prochayne dépesche, parce que cette lestre est desjà trop longue. Et -adjouxteray seulement que, samedy dernier, le comte d'Oxfort et milord -Edwart de Sommerset se sont desrobez d'icy pour passer en Flandres, de -quoy ceste court est assez troublée. Et sur ce, etc. - - Ce VIIIe jour de juillet 1574. - - L'on me vient d'advertyr, tout à ceste heure, que ceux cy ont, - depuis hier au soyr, changé, encores un coup, de - dellibération, et qu'indubitablement ilz mettront toutz leurs - navyres dehors avant le XXIIIIe de ce moys. J'envoye de ce pas - en vériffier l'advis, et incontinent après, je le vous - escripray. Le pacquet de Vostre Majesté, du dernier du passé, - vient d'arryver. Il est besoing de pourvoyr promptement à la - difficulté que, par le postscripte de ma précédente, je vous - ay mandé. - - - - -CCCXCIIIe DÉPESCHE - ---du XIIe jour de juillet 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._) - - Reprise des armemens.--Intrigues des partisans de l'alliance de - Bourgogne.--Suspension des lettres de marque contre les - Français.--_Mémoire._ Conférence de l'ambassadeur avec - Burleigh, Leicester et Walsingham, sur la déclaration des - seigneurs du conseil. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, ce n'est sans rougir de honte qu'il fault que, par ceste cy, -je vous mande, touchant l'armement de ceste princesse, tout le -contrayre de ce que, par celle du premier de ce moys, je vous avoys -escript: qu'elle l'avoit desjà interrompu, et avoit faict licencier -les gens de guerre, et les marinyers, et les ouvriers, et officiers de -ses navyres, et faict cesser les provisions des victuaylles, et -révoqué toutes aultres commissions en cella, chose que j'ay veue de -mes yeulx. Et mesmes la dicte Dame estoit desjà entrée en marché avec -le Sr Boyssot, gouverneur de Fleximgues, qui estoit lors icy, pour luy -vendre les dictes victuailles. Mais estant, samedy dernier, survenu -des nouvelles de France à la dicte Dame, lesquelles j'entendz que ne -luy ont pleu; et, bientost après, d'autres, du costé de Biscaye, comme -l'armée d'Espaigne se debvoit mettre en mer le cinquiesme de ce moys -en nombre de troys centz voylles, toutes à double équippage de guerre; -et encores d'aultres fascheuses nouvelles, le mesmes soyr, comme les -deux milords, dont je vous ay cy devant escript, s'estoient desrobez -pour passer en Flandres, la peur et les souspeçons luy ont renouvellé -plus grandz que jamays. Dont soubdain elle a faict contremander ce qui -estoit licencyé, et envoyé argent de toutes partz pour haster les -soldatz et les maryniers; et maintenant elle faict fère une extrême -dilligence de pouvoir, avant le XXVe du présent, mettre ses grands -navyres dehors, en nombre de XXV, aultant bien équippés qu'il y en ayt -en ceste mer, avec les barques et aultres vayssaulx qui suyvront, -oultre les particulliers qui seront bien aultant. Et l'admyral mesmes -d'Angleterre se prépare, avec beaucoup de noblesse, pour y aller -commander; chose néantmoins qu'à mon advis ne pourra estre si tost -preste, et de laquelle j'espère, et desire de bon cueur, que je puisse -encores une foys changer les advis que j'auray à vous en mander, non -qu'on ne m'ayt donné beaucoup de bonnes parolles d'assurance que rien -de cest appareil n'est contre la France. Néantmoins je ne puis fère, -pour aulcunes considérations que j'ay, que je ne le souspeçonne -beaucoup, et que je ne le rende suspect à Vostre Majesté, veu -mesmement la déclaration assez rude que les seigneurs de ce conseil -m'ont naguyères faicte, comme je le vous ay mandé du VIIIe; et veu que -les ministres françoys de ceste ville, qui sont bien les plus -passionnez du monde, sont ceulx qui le sollicitent. Joinct que les -partisans de Bourgoigne, lesquelz sont trop plus ferventz, pour ceste -heure, que les nostres, et qui sont très bien estipendiés, -s'efforceroient de traverser cella, s'ilz sentoient qu'il y eût rien -au dommage du Roy Catholicque. - -Et à propos des dictz partisans de Bourgoigne, je vous puis assurer, -Madame, qu'ilz ont faict tout ce qu'ilz ont peu pour induyre ceste -princesse de rompre avecque vous; et n'est sans apparance que, ez -praticques qu'avez descouvertes par dellà, il y ayt de leur artiffice -beaucoup, sans le sceu et oultre la volonté d'elle. Car desjà ilz -avoient tant faict, icy, à la sollicitation d'ung hespagnol, -naturalizé en ceste ville, lequel pourchassoit pour luy une lettre de -marque contre les Portugoys, que ce conseil avoit résolu qu'on en -octroyeroit aussy, avec toutes provisions de représailles, et -d'arrest, aulx marchantz angloys contre les Françoys. Et sans ce que -la dicte Dame, quand l'on luy en est allé parler, a dict qu'il falloit -qu'on m'en notiffiât la déclaration, et qu'on entendît là dessus ma -responce, premier qu'elle le consentît, l'on eût desjà passé oultre; -bien qu'elle n'a faict grand difficulté de passer la lettre contre les -Portugoys. Et c'est sur quoy iceulx de ce conseil m'ont tenu depuis le -propos que je vous ay mandé; sur quoy je leur ay faict, sur le champ, -la responce, et eulx leur réplicque que Vostre Majesté a veue par ma -dépesche du VIIIe de ce moys. Et je joins dans un mémoyre à part ce -qui s'en est ensuivy. - -Et depuis, Madame, l'on m'a adverty que les dictes lettres de marque -ont esté suspendues. Je ne sçay si, à présent, l'on les remettra. Et -le Sr Artus Chambernon m'est venu dire que, puisqu'il vous playsoit -fère rayson à son fils du dot de sa femme, qu'il garderoit qu'il ne -l'allât pourchasser, sinon vers Vostre Majesté, par la voye que luy -permettriés de le fère. Et sur ce, etc. - - Ce XIIe jour de juillet 1574. - - - MÉMOIRE. - - Madame, après estre levez du conseil, milord trézorier et le - comte de Lestre, m'ayantz retiré à part, m'ont remonstré en - combien de deffiance de vostre amityé et de celle du Roy, - vostre filz, vous aviez mis ceste princesse par les estranges - façons dont aviez procédé vers ses ambassadeurs et leurs gens: - de les avoir ainsi faict observer comme si vous la teniés - desjà pour vostre déclarée et mortelle ennemye, et mesmes de - ce tret, qu'aviez faict uzer, par le grand commandeur de - Champaigne, au cappitaine Leython, le jour qu'il estoit party - de Paris, bien qu'il luy eût dict que ce n'estoit de vostre - part; et qu'ilz promettoient à Dieu qu'ilz ne voyoient ny - sçavoient qu'il y eût eu, cy devant, ny qu'il y eût, à - présent, en l'intention de leur Mestresse, chose aulcune qui - vous deût raysonnablement esmouvoyr contre elle; et que, si - elle avoit voulu monstrer quelque recognoissance vers - Monseigneur vostre filz, de l'obligation, en quoy elle se - sentoit estre, de ce que le feu Roy, son frère, et Vous, le - luy aviés présenté, et que luy mesmes s'estoit offert à elle, - que vous la debviés avoyr segondée en cella, si aviés nul - desir de leur mariage, car pouviés croyre qu'elle ne tendoit - qu'à fère tout ce qu'elle jugeoit bon pour le bien et - contentement de Voz Majestez Très Chrestiennes et pour - l'honneur de vostre couronne, et pour conserver et accroystre - la réputation de Mon dict Seigneur, vostre filz; et qu'il - falloit dire ou que vous estiés fort circonvenue en l'opinyon - qu'on vous faisoit prendre de leur Mestresse, ou que vous luy - portiés une fort maulvayse volonté. - - Je leur ay respondu qu'à dire vray, là où la meffiance - pénétroit et pouvoit mettre racyne, qu'elle y suffocquoit - facillement toutes les plantes d'amityé; mais que je les - suplioys de considérer, par leurs prudences, si, en ung temps - qu'il vous estoit advenu, Madame, de perdre le feu Roy, vostre - filz ayné, et avoyr absent le Roy, son frère, vostre segond - filz, en ung pays très loingtain; et que son royaulme, durant - vostre administration, se trouvoit ombragé, en plusieurs - endroictz, de diverses guerres intestines, où vous aviés six - armées aulx champs pour luy, l'une en Normandye, une en - Poictou, une en Gascoigne, une en Languedoc, une en Daulfiné - et une aultre en Champaigne, et deux mareschaulz de France - prisonnyers, et le Prince de Condé, qui se préparoit en - Allemaigne, pour venir, avec nouvelles forces, troubler - davantage voz affères; et que le comte de Montgonmery estoit - par ce costé descendu en Normandye; et que les eslevez ne - faysoient de rien tant d'estat que du secours d'Angleterre; - et que plusieurs ministres, et aultres françoys fuityfs, ne - cessoient de dellibérer icy, toutz les jours, des moyens - d'entretenir la guerre par dellà; et que les gens de leur - ambassadeur s'estoient efforcez de mener, jusques en vostre - court, de très dangereuses praticques; si toutes ces choses là - ne vous debvoient bien avoyr causé de la souspeçon; - - Et que je leur voulois librement dire que la Royne, leur - Mestresse, et eulx vous debvoient sçavoyr grand gré de l'ordre - que vous aviés tenu, là dessus, pour conserver l'amityé; car - aviés envoyé Mr Pinart, secrettère des commandementz, devers - leurs ambassadeurs pour les prier doulcement d'ouvrir les - yeulx sur ces maulvais déportementz de leurs gens, et y - vouloir pourvoyr; et m'aviez commandé de déclarer, icy, à leur - dicte Mestresse, les poinctz et termes de la dicte pratique; - et luy nommer les propres personnes qui la menoient, la priant - qu'elle jugeât combien il vous debvoit estre grief, qu'au nom - d'elle l'on entreprînt telles choses près de Vostre Majesté, - en vostre mayson, et jusques dans vostre cabinet, sans vous en - fère part; - - Et que vous promectiés à Dieu que vous aviés fermement creu - que c'estoit sans qu'elle le sceût, et contre sa volonté, - qu'ilz le faysoient; et que cella procédoit de l'artiffice des - eslevez, ou bien des ministres réfugiés par deçà: dont l'aviés - priée qu'elle fît cesser ces choses, et qu'elle voulût - entretenir et nourrir tant de vraye amityé avecques vous, que - rien ne se peût traicter de par elle en France, comme vous luy - promettiés bien que rien ne se traicteroit de par Voz Majestez - Très Chrestiennes par deçà, sans une privée communicquation - d'entre vous deux. - - En quoy ilz pouvoient voyr combien grande occasion l'on vous - avoit donné de souspeçon, et combien vous aviés mis peyne de - garder qu'elle ne vînt à altération; et qu'ilz debvoient ainsy - juger de Vostre Majesté, comme d'une princesse qui leur aviez - conservé, quinze ans durant, l'amityé du feu Roy, vostre filz, - et qui luy conserveriés perpétuellement celle du Roy, son - frère, et conduyriés à bon effect le propos de Monseigneur le - Duc, si eulx mesmes ne vous donnoient occasion d'en uzer - aultrement. - - Et les ayant layssez en cella, Mr Walsingam m'est venu ramener - jusques hors du logis, qui m'a dict que, de tousjours, il - avoit plus esté françois qu'espaignol, et pourtant qu'il - s'advanceroit de me prier franchement que je me voulusse - souvenir combien j'avoys tousjours trouvé sa Mestresse bien - inclinée à la France; et combien elle méritoit que Voz - Majestez Très Chrestiennes tînsiés en grand compte son amityé, - et la traictissiés, en toutes choses, honnorablement et avec - dignité, et respect; et que c'estoit une princesse très - débonnayre, très vertueuse et paysible, à laquelle falloit - donner de la satisfaction; et que pourtant, sur la déclaration - qu'elle m'avoit faicte fère par ceulx de son conseil, il - estoit nécessaire que Vostre Majesté la contantât - honnestement, en faysant avoyr satisfaction, par justice, à - ceulx de ses subjectz qui plus luy faysoient de presse. - - A quoy je luy ay respondu que, jusques icy, il s'estoit veu - beaucoup de correspondance entre Voz Majestez et entre ces - deux royaulmes, et que, de vostre costé, il ne s'y trouveroit - ny resfroydissement ny diminution; dont luy pouvois promettre - que la satisfaction seroit faicte par justice à leurs - subjectz, s'il leur playsoit l'administrer de mesmes bonne - aulx Françoys par deçà. - - - - -CCCXCIVe DÉPESCHE - ---du XVIe jour de juillet 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par Jacques._) - - Nouvelle suspension des armemens.--Assurances données par - Leicester de son affection pour la France.--Avis qu'une - audience est accordée à l'ambassadeur.--Affaires - d'Écosse.--_Mémoire._ Communication entre l'ambassadeur et - Leicester. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, en ce que, par ma dépesche, du XIIe de ce moys, j'avoys -présagé que j'auroys encores une foys à vous mander quelque changement -de la dellibération de ceulx cy touchant leur armement, je ne m'en -trouve nullement déceu, car, sellon que je l'ay dict, et comme je le -desirois, mais, certes, plus tost que je ne l'espérois, il est advenu -qu'ilz ont, de rechef, depuis peu d'heures en çà, entièrement cassé -tout l'appareil de leurs grands navyres. Et ne sçay d'où est procédé -ceste tant soubdeyne mutation, car don Bernardin de Mendossa, qui -vient de la part du grand commandeur de Castille, n'a point esté -encores ouy, et le secrettère de l'ambassadeur d'Angleterre ne fut pas -si tost arryvé, samedy au soyr, à Windsor, qu'on envoya icy redoubler -le commandement de haster la sortie des dictz grands navyres. Et si, -je sçay certaynement que aulcuns ministres furent, le dimanche -ensuyvant, appelez à la court, pour encourager ceste princesse à ces -deux guerres, de France et de Flandres, et pour luy remonstrer que le -salut de ce royaulme et la conservation de leur religion requéroit que -l'ordre de son armement ne se trouvât nullement diminué de ce qu'il -est, ains plustost augmenté, quand le Prince de Condé entreroit en -France, et quand l'armée d'Espaigne passeroit icy, au long, pour aller -en Flandres. - -Il est bien vray, Madame, que j'avoys desjà eu, en cella, quelque -bonne parolle du comte de Lestre, dont je metz le propos à part, qui -pense bien que, de luy et de quelques ungs qui n'ont encores perdu -toute leur bonne affection vers la France, et de quelques amys du Roy -d'Espaigne, est venu maintenant ceste interrumption d'armement; et à -luy aussy, plus qu'à nul aultre, j'en rendray, samedy prochain, les -grandz mercys, quand j'iray à l'audience à Redinc, à quarante mille -d'icy, où ceste princesse m'a assigné. A laquelle je n'obmettray ung -seul poinct de toutz ceulx qui sont contenus en vostre dernière -dépesche du VIIe du présent, desquelles, en ce qui touche aulcunes -particullaritez, bien bonnes et bien desirées du Roy, vostre filz, je -m'en conjouys infinyement avec Vostre Majesté; et surtout j'ay bien -fort solennisé la nouvelle de son bref retour, car c'est ce qui -resjouyt, plus que je ne le sçauroys dire, les bons, et met en -terreur et confusion ceulx qui n'ont bonne intention. - -Au regard de l'affère d'Escoce, je ne sçay comme bien y pourvoir, car, -de s'en adresser au comte de Morthon, ou à pas ung de sa faction, le -debvoir ny la rayson ne le peuvent requérir; et je ne sçay à quel, de -toutz ceulx de l'aultre party, j'en pourrois escripre, qui n'ayme, -possible, beaucoup mieulx que ce que je vous ay mandé succède, au cas -que n'y veuillés entendre pour vous, que d'en demeurer là où ilz sont. -Dont semble estre expédient que, soubz une colleur, fassiés passer -quelque escossoys confident jusques là, par mer, pour y aller manyer -ce négoce sellon vostre intention. Et sur ce, etc. - - Ce XVIe jour de juillet 1574. - - ADVIS, A PART. - - Madame, j'ay envoyé devers le comte de Lestre le Sr Acerbo - pour le prier de troys choses: l'une, qu'il voulût oster, - d'entre la Royne d'Angleterre et moy, cette difficulté qu'elle - faysoit de ne me vouloir recevoyr comme ambassadeur, luy ayant - à dire une chose fort expécialle et d'importance que Vostre - Majesté luy mandoit; l'aultre, de m'advertyr en quelle - disposition elle estoit demeurée vers Voz Majestez et vers la - France, après qu'elle eût ouy le rapport de ceulx de son - conseil, sur ce qui s'estoit passé naguyères entre eulx et - moy; et la troysiesme, qu'il promît ardiment à la dicte Dame, - sur la parolle de Vostre Majesté, que la confirmation de la - ligue avec le Roy, vostre filz, s'en suyvroit, tout ainsy - qu'elle l'avoit eue avec le deffunct, son frère, et que je luy - en obligeoys ma vye; et plusieurs aultres bonnes parolles et - promesses au dict comte pour l'eschaufer, plus que jamays, au - party du Roy, et de ne se laysser surmonter ny aulx partisantz - d'Espaigne, ny aulx passionnez protestans. - - A quoy, après avoyr conféré avec la dicte Dame, il m'avoit - mandé, comme de luy mesmes, qu'il me prioit de n'estre point - marry, si je ne pouvois estre receu comme ambassadeur, car, à - la vérité, je ne l'estois poinct; et s'il advenoit que quelque - chose se trettât avecques moy, en celle qualité, que tout - cella seroit de nulle valeur; mais qu'il me respondoit, sur - son honneur, si je venois trouver la dicte Dame, qu'elle ne me - tiendroit en aultre lieu et rang que comme elle avoit - accoustumé, bien que non d'ambassadeur; - - Et, au regard de ce qui s'estoit passé entre ceulx du dict - conseil et moy, qu'après que luy et milord trézorier, et les - deux secrettères, en avoient eu rendu compte en bien bonne - sorte à la dicte Dame, elle avoit dict que ma responce luy - sembloit telle que de plus honnorable ne s'en pouvoit fère, ny - qui fût plus pleyne de satisfaction; et qu'elle avoit lors - faict arrester, en son dict conseil, que, premier que - d'innover rien aulx trettés d'entre le Roy et elle, ny - attempter rien contre les Françoys, qu'on attandroit de voyr - s'il sortiroit aulcun effect des bonnes parolles et - déclarations que je leur avoys faictes; vray est que ceulx, - qui nous estoient peu amys, avoient tant faict qu'il avoit - esté réservé, au cas que les violences continuassent de nostre - costé, et que les Anglois fussent maltraictés en France, et - déprédés par les Françoys, et qu'on ne leur fît quelque - satisfaction du passé, qu'on leur permettroit de se revencher - sur mer, et prendre leur récompense sur les dictz Françoys, - ainsy qu'ilz la pourroient avoyr: qui pouvois penser que leur - seroit chose assez aysée, mais mal convenable à l'amytié; - - Et que la dicte Dame avoit dict, tout hault, que Vous, Madame, - vous estiez trompée et circonvenue vous mesmes, d'avoyr prins - tout aultrement l'intention d'elle qu'elle n'estoit; car - prioit à Dieu de la punir très griefvement si elle avoit - pensé, ny consenty jamays, à chose qui deût offancer le feu - Roy, vostre filz, ny vous, ny troubler aulcunement voz - affères; et que, s'il luy apparoyssoit que, quelz que ce - soient en France, de ceulx que vous aviez suspectz, eussent - vollu rien attempter contre la personne du feu Roy ny contre - la vostre, ny contre l'estat, que ce seroit elle qui - solliciteroit très instammant qu'on leur tranchât la teste; - - Que, quand à respondre, sur la parolle de Vostre Majesté, de - la confirmation de la ligue à la dicte Dame, qu'il s'y - employeroit très volontiers, car c'estoit chose qu'il desiroit - infinyement, et espéroit qu'elle l'accepteroit, et ne s'en - monstreroit ny refuzante ny dédaigneuse, pourveu qu'elle en - fût honnestement recherchée; - - Et qu'au reste, il n'estoit besoing que, par nouvelles - persuasions et promesses, je le sollicitasse au party du Roy, - car il s'estoit desjà déclaré tant parcial françoys, en toutes - les compétences d'entre les deux maysons de France et de - Bourgoygne, qu'il sçavoit n'avoyr, aujourd'huy, ung plus - capital ennemy au monde que le Roy d'Espaigne; et que les - Protestantz n'avoient guyères meilleure opinyon de luy, en ce - qui concernoit Voz Très Chrestiennes Majestez, car estoient - bien advertys que, sur les diverses instances que j'avoys - souvant faictes à la dicte Dame contre eulx, ce avoit esté luy - qui l'avoit, en temps et lieu, tousjours faicte résouldre de - ne les assister ny d'argent, ny d'hommes, ny de monitions, ny - d'aultres moyens, pour soustenir la guerre; et que mesmes, - aussytost que j'avoys eu dernièrement faict ma plaincte à elle - du comte de Montgommery, qu'il l'avoit induyte de deffendre - que, de quinze centz hommes, les mieulx choysis d'Angleterre, - lesquelz estoient desjà secrettement enrollez pour aller - trouver le dict comte en Normandye, il n'y en passât ung seul; - dont luy reprochoient que la ruyne de ce pouvre gentilhomme, - et de toutz ceulx de leur religyon au dict pays, s'en estoit - ensuyvie; et, nonobstant que la France se monstrât très - ingrate en son endroict, et que les meffiances et souspeçons, - que Vostre Majesté avoit prinses de luy, fussent de très - maulvayses récompanses de ses bons, voyre souveraynement bons, - offices passez, qu'il ne layrroit pourtant de les continuer - encores meilleurs et plus fervans que jamays; et qu'il me - promettoit que bientost je m'en appercevroys. - - - - -CCCXCVe DÉPESCHE - -ET PREMIÈRE AU ROY TRÈS CHRESTIEN HENRY IIIe - ---du XXIIIe jour de juillet 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Remerciemens de l'ambassadeur au roi.--Heureux effet produit à - Londres par la nouvelle que le roi a quitté la - Pologne.--Audience.--Desir d'Élisabeth de continuer le traité - d'alliance.--Détails de l'audience.--Communication d'une lettre - écrite par la reine-mère.--Satisfaction - d'Élisabeth.--Protestation qu'elle ne conserve aucun - ressentiment au sujet des plaintes qu'elle a - faites.--Réclamation des seigneurs du conseil à l'égard des - prises. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay, avec révérance et respect, très humblement baysé la -lettre qu'il a pleu à Vostre Majesté m'escripre, de Cracovia, du XVe -du passé, laquelle m'a esté d'une souverayne consolation; et m'a -confirmé, quand au trespas du feu Roy, vostre frère, cella mesmes que -j'en avoys indubitablement veu, que la dolleur avoit d'aultant plus -faict d'impression dans vostre cueur que plus vous l'aviés magnanime, -généreulx et royal, sellon qu'à tels est tousjours la douleur plus -naturelle, et l'humanité plus familière, que n'est aulx aultres. Et -semble qu'avez voulu davantage augmenter vostre regret par la -recordation de l'amityé qu'il vous portoit, et des advantages que, de -son vivant, il s'estoit efforcé de vous donner en son royaulme; en -quoy vous avez bien fort honnoré la mémoyre de luy, et orné grandement -vostre réputation, et apporté beaucoup de soulagement au grand mal que -nous portions de sa mort. Qui vous promects bien, Sire, qu'il seroit -encores plus grand et insupportable, sans l'assurance, que nous -donnez, de vostre brief retour; dont je prie Dieu qu'il vous veuille -ramener sain et sauf, bientost, aulx vostres, et rendre vostre règne -très heureux, et très heureux le fère sentir à ceulx à qui venés -naturellement commander. - -Il n'est pas à croyre combien d'inconvénientz et de désordres se -préparoient au monde pour l'opinyon, que quelques ungs avoient, qu'on -vous deût susciter des empeschementz et des difficultez non petites en -Pouloigne, pour ne vous en laysser partir de longtemps. Et est certain -que voz affères, et ceulx de la France, commançoient d'en venir, icy, -aussy bien qu'aillyeurs, à quelque mespris, et moy en assés de -défaveur; mais je vous puis dire que la seule nouvelle de vostre -arryvée en Autriche, les a, en l'endroict de ceste princesse, plus -relevez que jamays, laquelle, à dire vray, ne s'est jamays esloignée -de sa bonne inclination. Et ne se pourroit desirer une plus ouverte -signiffication de grand contantement que celluy, qu'elle a monstré -avoyr, de la lettre de Vostre Majesté, laquelle je luy ay présentée, -le XXe de ce moys, avec voz très affectueuses et très cordialles -recommandations à toutes ses bonnes grâces; et elle l'a fort -volontiers et attentivement leue. - -Et, luy ayant, après, touché les poinctz de celle que Vostre Majesté -m'adressoit, desquels elle a fort gousté celluy qui l'assure de la -continuation de vostre amityé, et de vous trouver non moins entier et -persévérant vers elle que le feu Roy l'a tousjours esté jusques à son -trespas, elle m'a respondu qu'elle confessoit d'avoyr extrêmement -senty la mort du dict feu Roy, comme d'ung fort grand et fort esprouvé -amy, qu'elle avoit perdu; mais que, maintenant, le playsir ne luy -estoit moindre de voyr que, en la mesme place, elle avoit recouvert -ung aultre amy, qui n'estoit dissemblable, ny de rien inférieur au -premier; et que, de nulle part du monde, luy eût peu venir chose, en -ce temps, qui plus luy eût apporté de vray contantement que faysoit -vostre lettre, et l'assurance de vostre amytié, et la nouvelle de -vostre brief retour, et la confirmation de la régence de la Royne, -vostre mère, et la continuation de ma légation, icy, auprès d'elle: -qui estoient choses, desquelles elle me prioit de vous en rendre, de -par elle, le plus grand mercys que je pourrois, attendant qu'à vostre -arryvée en France elle vous en envoyât davantage, par ung de ses -milords, espéciallement remercyer: lequel satisferoit aussy aulx -aultres honnestes debvoirs qu'elle sçavoit estre tenue vous rendre, -sur le trespas du feu Roy, et sur vostre heureulx advènement à la -couronne, sellon qu'elle s'en vouloit dignement acquiter, le plus -qu'elle pourroit, pour l'honneur et grandeur de Vostre Majesté, et -pour vous donner une non moins assurée confirmation de son amityé, -qu'il vous playsoit l'assurer de la vostre; avec plusieurs aultres -parolles et plusieurs démonstrations qui ont semblé procéder d'une -vrayement bonne affection. - -Mais je ne metz icy le tout, affin que je ne préocupe la légation de -celluy qu'elle vous doibt bientost envoyer; et adjouxteray seulement -que je remercye très humblement Vostre Majesté du favorable jugement, -que sa lettre faict de mon service passé, et de la bonne opinyon qu'il -luy plaist prendre de celluy de l'advenir. Qui vous promectz bien, -Sire, que je n'ay dressé, ny dresserai jamays, l'heur et la félicité -de ma vye à nul meilleur but, au monde, que de vous en pouvoir fère -qui vous soit agréable; et ay réputé à grand honneur qu'il vous ayt -pleu ainsy, de loing, me continuer en ceste charge jusques à vostre -retour, après lequel je vous supplie très humblement avoyr tant de -compassion de moy que de m'en retirer, et m'octroyer tant de grâce que -je puisse aller voyr la face de Vostre Majesté, et luy bayser très -humblement les mains, ainsy que très humblement je les luy bayse, -d'icy en hors, de toute l'affection de mon cueur; et prie le Créateur -qu'il vous doinct, etc. Ce XXIIIe jour de juillet 1574. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, la lettre du Roy, vostre fils, a esté singullièrement bien -receue de ceste princesse, et nonobstant qu'à l'ouverture d'icelle, -ainsy qu'elle a jetté l'oeil sur le seing, elle ayt ung peu soupiré -de ne trouver plus _Charles_, elle n'a layssé de prononcer fort -gracieusement que c'estoit maintenant ung _Henry_ qu'elle y trouvoit. -Et a leu tout du long, avec son grand plésir, et bien curieusement, la -dicte lettre, et m'a très volontiers accepté en la continuation de -ceste charge, avec plus de faveur qu'elle ne m'avoit jamays faict, -dont je metz sommayrement en la lettre du Roy ce que, pour ce regard, -elle m'a respondu; ayant davantage recueilly de ses propos, qu'encor -qu'elle ne soit _lyonne_, elle ne layssoit d'estre yssue et tenir -beaucoup de la complexion du _lyon_, et que, sellon que le Roy la -traictera doulcement, il la trouvera doulce et traictable, aultant -qu'il le sçauroit desirer; et s'il luy est rude, elle mettra peyne de -luy estre le plus rude et nuysible qu'elle pourra. Et s'est eslargie -en aulcuns poinctz qui seroient longs à mettre icy; lesquels -néantmoins elle me les a bien voulu fère sonner: et m'a prié de vous -en mander ung entre aultres qu'elle estime le plus considérable, mais -je l'ay supliée qu'elles mesmes le vous voulût escripre. - -Et ay suivy à luy dire que j'avoys à luy toucher d'ung aultre faict, -qui estoit de très grande importance, comme de celluy d'où avoit à -dépandre l'establissement ou la ruyne de toutz les fondementz de -l'amityé qui se pouvoit espérer pour jamays entre ce jeune prince, -nostre nouveau Roy, et elle; et lequel, s'il n'estoit remédié, -pourroit engendrer de la meffiance beaucoup entre eulx, pour les -conduyre à des discordes et malcontantements, qui, petit à petit, les -feroient, possible, tomber en ropture. Et de tant que cella estoit au -long fort bien déduict en une lettre de Vostre Majesté du XXe du -passé, en laquelle toute la conception de vostre cueur estoit -clèrement expliquée, il estoit expédient, ou qu'elle prînt la peyne -de la voyr, ou qu'elle eût la patience de l'ouyr lire. - -Et, là dessus, s'estant rendue fort attentifve, avec quelque -esbahyssement que ce pouvoit estre, m'a prié que je luy voulusse lyre -la dicte lettre, ce que j'ay faict; et ayant layssé le premier -article, qui estoit en chiffre, j'ay commancé en l'endroict où est -dict: _J'ay sceu certaynement que aulcuns, qui sçavent beaucoup du -secret de la Royne d'Angleterre, se sont layssez entendre_, etc., -jusques à la fin du propos, qui concerne le malcontantement qu'on vous -a dict qu'elle avoit du Roy, de ce qu'on luy avoit rapporté qu'il -avoit mesdict d'elle. Et m'estant arresté là dessus, pour entendre ce -qu'elle me diroit, s'estant trouvée ung peu surprinse, et n'avoyr -encores bien preste sa responce, elle m'a prié d'achever le reste de -la lettre, s'il y avoit chose dont j'eusse à luy parler. - -Et ainsy j'ay continué les aultres articles, qui estoient de -l'espérance de la paciffication, des exploicts qui se faysoient -cependant en la guerre, du faict de Mr le maréchal de Dampville, de la -maladye de Mr le maréchal de Cossé, de vostre bon desir à la -justiffication de Mr de Montmorency et du dict Sr de Cossé, de -l'exécution du comte de Montgommery et du faict des pleinctes des -marchandz; sur toutz lesquelz poinctz nous avons longuement discouru. -Mais j'ay ramené, le plus tost que j'ay peu, le discours à silence, -affin de retourner au premier article, dont elle m'a prié que je le -luy voulusse encor lyre ung coup. - -Et puis m'a dict que, quand bien elle auroit esté cy devant offancée, -ceste lettre luy apportoit maintenant tant de satisfaction qu'elle -avoit occasion de demeurer contante, et qu'elle n'avoit point sceu -que le Roy eût mesdict d'elle, car elle ne luy en avoit jamays donné -occasion, ny il n'en avoit eu le subject, ny, comme elle pensoit, -aussy la volonté; mais qu'elle ozoit bien dire qu'il l'avoit peu -traicter plus honnorablement qu'il n'avoit faict, car indubitablement -elle avoit eu l'intention et la volonté très bonnes vers luy, de -l'espouser, de bon cueur, et n'avoit attandu autre chose sinon qu'il -fît quelque déclaration de se contanter de sa religyon en privé; et -que lorsqu'elle pensoit l'avoyr aulcunement eue, et qu'elle s'estoit -tant advancé que d'envoyer ung de ses conseillers, avec exprès -pouvoir, pour conclurre le propos par dellà, il s'estoit trouvé qu'il -avoit prins une aultre bien contrayre résolution. En quoy elle ne -vouloit pourtant ny pouvoit justement le blasmer d'avoyr évité le -mariage avec une vieille; mais elle me tournoit dire, de rechef, que -la bonne affection et la bonne façon, dont elle avoit procédé vers -luy, méritoit qu'il eût ung peu plus d'honneste respect à elle. - -Je luy ay réplicqué ce que j'ay estimé propre pour luy ramantevoyr que -les difficultez avoient tousjours procédé d'elle, et de ceulx qui, -pour elle, avoient manyé le propos; et qu'il n'avoit tenu, sinon à -elle mesmes et à eulx, que ce prince n'eust esté tout sien. Et m'a -semblé, Madame, qu'elle a eu bien agréable la recordation d'aulcunes -choses qui avoient passé en cella; qui luy ont faict remettre sur -aulcuns gracieulx propos, qui ont donné une fort gracieuse fin à -cestuy cy. - -Et lors je luy ay présentée la lettre que Vostre Majesté luy -escripvoit, laquelle, quand elle a veu qu'elle estoit toute de vostre -main, m'a demandé si je sçavoys de quoy ce pouvoit estre; et je luy ay -respondu que non, mais que, si c'estoit de chose qui procédât de mon -advertissement, j'estois là tout prest pour en respondre. - -Elle m'a lors appellé à lyre avec elle la dicte lettre et n'en a perdu -ung seul mot, et s'est fort arresté sur ce que Monseigneur le Duc vous -avoit revellé la praticque, et sur le poinct du secrettère, et de ce -que vous affermiez qu'il ne parloit que de luy mesmes, et de la part -d'aulcuns turbulans qui y mestoient les noms des deux princes, affin -qu'elle y adjouxtât plus de foy, et de ce que vous luy aviez bien -voulu escripre fort confidemment toute ceste hystoyre, affin qu'elle -ne se layssât tromper d'une si meschante négociation. Et ayant -longuement poisé toutz ces poinctz, et iceulx releus plus de trois -foys, avec diverses contenances, elle a appellé le comte de Lestre qui -s'est venu mettre sur un genoul devant elle; dont je me suis levé. - -Et, après qu'ilz ont eu conféré une petite espace de temps, s'en -estant retourné, elle m'a rappellé et m'a faict rassoyr. Puis m'a -dict, que c'estoit, à ce coup, que Vostre Majesté s'estoit portée en -vraye et naturelle mère vers elle, et luy avoit monstré ung très -expécial signe de grande amityé, dont elle vous en remercyoit de tout -son cueur; et ne s'esbahyssoit plus, si vous aviez eu de la souspeçon -beaucoup, bien que, pour ne la vous augmenter davantage, elle avoit -différé de vous envoyer ung gentilhomme, qui estoit tout prest, pour -vous aller fère la condoléance du feu Roy, vostre filz; et que, si -plus tost elle eût eu vostre lettre, indubitablement elle l'eût faict -partir, mais que désormays elle feroit de tout ung, d'envoyer ung -milord vers le Roy, vostre filz, et vers vous, aussytost qu'il seroit -arryvé; et qu'elle estoit bien ayse que Monseigneur le Duc se fust -ainsy acquitté du debvoir de bon filz à vous réveller ce qu'il -sçavoit, ainsy que nature l'obligeoit de le fère, et que c'estoit de -luy que vous pourriés sçavoyr si elle luy avoit faict proposer chose -aulcune qui fût contre Voz Très Chrestiennes Majestez, ny contre le -repos de vos affères; et qu'elle ne cognoissoit le secrettère ny nul -de toutz les serviteurs de son ambassadeur, mais qu'elle s'enquerroit -qui il pouvoit estre, pour le fère bien chastier; et vous prioit -d'approfondir davantage le dict affère, affin de luy en pouvoir fère -plus grande communicquation; et que vous pouviés croyre qu'elle ne se -layrroit circonvenir à fère jamays chose qui vous peût offancer; et -vous respondroit plus amplement par une sienne lettre, affin de vous -donner aultant de satisfaction d'elle, en cest endroict, comme vous -luy en aviés faict recevoyr par celle que vous luy aviez escripte. - -Je l'ay infinyement remercyé de sa bonne et vertueuse dellibération, -et n'ay rien oublyé de ce que j'ay estimé pouvoir servir pour luy fère -voyr que, non seulement elle debvoit sçavoyr gré, mais qu'elle se -debvoit réputer grandement attenue à Vostre Majesté de cest -advertissement. - -Et, après ce propos, nous sommes entrés en devis de don Bernardin de -Mandossa, duquel elle m'a dict qu'encor qu'il l'eût bien fort faicte -presser de son audience, qu'elle la luy avoit néantmoins remise après -la mienne, et qu'elle pensoit qu'il ne venoit poinct pour parler pour -la France. - -Je luy ay respondu que je ne faysois doubte qu'il ne vînt pour -remettre sur la parciallité de Bourgoigne, mais, de tant qu'elle -mesmes estoit le chef de la part françoyse par deça, que je la -supplyois de maintenir et deffendre bien ce party, duquel elle se -prévaudroit mieulx que de nul aultre de la Chrestienté. - -Et, sur ce, m'estant licencié d'elle, les seigneurs du conseil m'ont -détenu quelque temps, sur la déclaration qu'ilz m'avoient auparavant -faicte en ceste ville, et dict qu'ilz verroient qu'est ce que -réuscyroit de la bonne et honnorable responce que je leur avoys -rendue, car entendoient que les désordres et injures continuent plus -grands que jamays sur leurs subjectz, et que freschement ung vaysseau -de guerre du Hâvre de Grâce avoit pillé ung navyre marchand anglois -qui venoit de Roan, quasy sur l'emboucheure de la rivyère de Seyne. -Dont le sieur de Walsingam m'a baillé une nothe de leurs pleinctes, -avec la marque, en marge, de celles où ilz desireroient estre -principallement pourveu. Dont je vous supplye très humblement, Madame, -mander en Picardye, Normandye, Bretaigne et la Guyenne, qu'on m'envoye -aussy ung rolle des pleinctes des subjectz du Roy, aulxquelles il n'a -esté satisfaict par deçà, et ung extrêt des jugementz donnés, depuis -dix ans en çà, au prouffit des Anglois, avec actuelle restitution, -parce qu'on exagère fort à ceste princesse que je ne luy en pourrois -fère apparoir d'une seule, et que ses subjectz sont mesprisez et très -maltraictés en France. Et sur ce, etc. - - Ce XXIIIe jour de juillet 1574. - - La dicte Dame m'a dict qu'elle a commandé de préparer les - obsèques du feu Roy, vostre filz, dont Vostre Majesté me - commandera si j'auray à m'y trouver, et si je assisteray au - service, et à la cérimonye, qui s'y fera sellon la religyon - receue en ce royaulme. - - - - -CCCXCVIe DÉPESCHE - ---du XXVIIIe jour de juillet 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer._) - - Audience accordée à don Bernardin de Mendoce envoyé du roi - d'Espagne.--Gracieux accueil qui lui est fait par la reine et - par les seigneurs de la cour.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle - ne mettra pas sa flotte en mer.--Promesse d'une satisfaction - sur la plainte de la reine-mère contre le secrétaire de - l'ambassadeur d'Angleterre en France. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, je n'ay si tost esté party d'avec la Royne d'Angleterre, de -Redinc, le XXe de ce moys, que don Bernardin de Mendossa y est arryvé, -lequel a esté honnorablement receu, et elle luy a donné fort bénigne -et fort favorable audience, aultant de foys et si longuement qu'il l'a -desiré. Et s'est sa légation explicquée, pour la pluspart, en la salle -de présance, où les principaulx de la court et ceulx du conseil sont -intervenus à voyr comme il a présenté les lettres du Roy, son Maistre, -et qu'il a requis la continuation de l'amityé, et qu'il a faict le -mercyement de la bonne responce qu'elle avoit rendue, touchant l'armée -d'Espaigne, d'en avoyr accordé le passage libre, et l'entrée, et -refraychissementz, dans les portz de ce royaulme; et comme il luy a -offert les angloys qui avoient esté prins en Flandres, ainsy que le -grand commandeur les avoit desjà faictz reconduyre par deçà; desquelz -il n'imputoit nullement à elle, mais à leur propre affection ce, -qu'ilz avoient suyvy le prince d'Orange, ainsy qu'il y avoit bien, -parmy leurs compagnies hespaignols, aussy des gentilshommes angloys, -vaillantz et de grand cueur; qui cherchoient, les ungs et les aultres, -de voyr la guerre; et que le Roy, son Maistre, ne desiroit rien tant -que de renouveller et confirmer plus estroictement que jamays avec -elle les anciennes amityés et alliances de Bourgoigne, sellon qu'il -avoit mandé aulx députés de Flandres, qui estoient icy, qu'ilz eussent -à composer, commant que ce fût, avec elle et avec ses subjectz, ces -derniers différends des prinses, en la façon qui plus la pourroit -contanter. - -De toutz lesquelz propos elle a monstré de demeurer infinyement bien -satisfaicte, et a confirmé, tout hault, les mesmes seuretés et -resfraychissementz, qu'elle avoit octroyé pour l'armée d'Espaigne; et -a remercyé grandement le renvoy des anglois, non pour l'amour d'eux, -car estoient, disoit elle, sans adveu et dignes de chastiement, mais -pour le respect que le Roy d'Espaigne avoit voulu avoyr à elle; qui -luy avoit monstré en cella, et en plusieurs aultres choses, beaucoup -de vrays signes de l'amityé qu'il luy portoit; et qu'elle seroit par -trop ingrate, si elle ne luy rendoit pareils bons tesmoignages de la -sienne, sellon qu'elle se recognoissoit obligée à luy de la vye, et de -l'estat, et du lieu qu'elle tenoit; et que, pour luy fère foy de la -confiance qu'elle vouloit avoyr en luy, qu'elle ne métroit ung seul -navyre de guerre dehors; ains estimeroit que ce seroit luy, puisqu'il -avoit, à présent, des forces en mer, qui se trouveroit armé pour elle, -si quelqu'ung la vouloit offancer, monstrant cesser de son armement en -faveur du dict Roy Catolicque, bien qu'auparavant elle l'eût ainsy -résolu de fère. - -Néantmoins, sur cette tant ouverte démonstration sienne, il n'y a eu -celluy de sa court qui n'ayt mis peyne de monstrer aussy quelque signe -de bonne affection, vers le dict Roy Catholicque, au dict don -Bernardin, et que la générale inclination de ce royaulme estoit à -l'alliance de Bourgoigne. - -Or a il eu, depuis, une plus longue et plus privée communicquation -avec elle, et a praticqué bien fort estroictement avec milord -trézorier, mais beaucoup plus estroictement avec milord de Lestre, et -a esté, sellon qu'on m'a dict, bien instruict par Me Athon, qui ne l'a -layssé sans guyde et sans le bien addresser en tout ce qu'il a eu à -fère. Et après avoyr esté bien caressé, festoyé, entretenu, mené à la -chasse, mangé à la table de la dicte Dame, et honnoré d'une chayne de -huict centz escus, avec d'autres présentz d'hacquenées et de lévriers, -que les seigneurs luy ont donné, il a esté fort gracieusement -licencié. Et luy a esté ordonné deux navyres de guerre de la dicte -Dame pour le repasser dellà. - -Je ne sçay encores sur quoy a esté sa secrette négociation, ny quelles -autres bonnes responces il emporta; mais je feray dilligence de vous -en pouvoir bientost mander quelque chose. - -Cepandant j'ay travaillé de sçavoyr comme la dicte Dame demeuroit bien -satisfaicte de Vostre Majesté, depuis ma dernière audience; et il m'a -esté rapporté qu'elle avoit esté plusieurs foys en conseil avec les -deux milords trézorier et de Lestre, et avec Mr de Walsingam, sur ce -que je luy avoys dict et porté par escript; et qu'elle avoit fort -curieusement faict examiner le secrettère de son ambassadeur, duquel -ne se rapportant sa responce au contenu de vostre lettre, ilz -jugeoient que Vostre Majesté avoit plus procédé par conjecture, à -l'escripre, que par certeyne science. Et néantmoins le comte de Lestre -m'a depuis mandé que la dicte Dame ne vouloit, en façon du monde, que -vous demeurissiés sans satisfaction; dont vous escriproit, de sa main, -et vous renvoyeroit le secrettère, affin que, s'il ne se pouvoit bien -justiffier, vous le fissiez ainsy bien chastier comme sa témérité le -méritoit; et qu'elle le feroit passer devers moy, affin que je -l'interrogeasse davantage, et m'envoyeroit sa lettre pour Vostre -Majesté, ou bien la coppie d'icelle; et que le dict comte me prioit, -surtout, que je misse peyne d'oster et d'effacer de vostre opinion que -jamays il ayt esté rapporté à la dicte Dame que le Roy, vostre filz, -ait mesdit d'elle, car ne l'avoit jamays entendu, ny oncques n'avoit -eu peur ny souspeçon qu'il le deût fère. - -Je me resjouys infinyement de ce qu'il plaist à Dieu favorizer et -facilliter le retour du Roy, vostre filz. C'est ung bien qui se sent -grand et universel en toute la Chrestienté, et qui est incomparable à -nous, ses subjectz; et m'aperçoy bien que ses affères et ceulx de son -royaulme se vont de tant plus relevans que la nouvelle continue qu'il -approche. Je vous envoye, de l'extrêt des pleinctes de ceulx cy, -celles qu'ilz desirent estre principallement satisfaictes; dont vous -plerra y fère pourvoir. Et sur ce, etc. - - Ce XXVIIIe jour de juillet 1574. - - - - -CCCXCVIIe DÉPESCHE - ---du IIIe jour d'aoust 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par Grognet, mon secrettère._) - - Arrêt fait à Rouen sur les navires et marchandises des - Anglais.--Nouvelles plaintes à ce sujet.--Nécessité de révoquer - promptement cette mesure.----Nouvelles d'Écosse et de Marie - Stuart. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, jusques à ceste heure, j'ay tenu Vostre Majesté, la plus -soigneusement que j'ay peu, bien advertye de l'estat des choses de -deçà, et comme l'on a esté, deux et troys, et plusieurs foys, en -dellibération de mettre une armée de mer dehors; et comme ceste -princesse a esté fort sollicitée de se déclarer pour les eslevez de -France, et infinyement pressée, par ceulx qui voudroient bien qu'elle -eût desjà rompu avecques vous, qu'elle permît à ses subjectz de -prendre leur revenche sur mer des déprédations que les Françoys leur -ont faictes; et comme j'ay mis peyne de divertyr ces choses, et de -fère que la dicte Dame les ayt mises en suspens, sur l'assurance que -je luy ay donnée que Vostre Majesté la continuera en la mesme ligue et -confédération avec le Roy, vostre filz, qu'elle l'a eu avec le feu -Roy, son frère; de sorte que, nonobstant qu'elle ayt eu quelque peu -d'indignation, dans son cueur, de ce qu'il luy a semblé que vous -l'aviez tenue trop suspecte, et que, là dessus, l'on luy ayt faict -recevoyr, avec trop grande et par trop extraordinayre faveur, ceste -dernière légation du Roy d'Espaigne, néantmoins j'avoys desjà tiré -d'elle qu'elle persévèreroit très constamment en l'amityé de Voz -Majestez Très Chrestiennes, si vous ne vouliés poinct départir de la -sienne. - -Maintenant j'ay à vous dire, Madame, que, depuis deux jours, les -seigneurs de ce conseil m'ont renvoyé une certeyne remonstrance que -les principaulx bourgeoys de Londres sont allez présenter à la dicte -Dame, et à eulx; et m'ont faict venir les mesmes bourgeoys pour m'en -signiffier l'occasion, laquelle est toute fondée sur l'arrest qui a -esté faict en Normandye de leurs biens, navyres, marchandises et -facteurs. Dont l'allarme en est grande en ceste ville, et n'en est pas -petite en ceste court, m'ayantz, des deux costés, faict de fort vifves -et fort grandes instances qu'ilz puissent estre promptement esclarcys -de l'intention de Vostre Majesté en cest endroict, affin de pourvoyr à -leurs affères. - -A quoy je leur ay respondu, le plus gracieusement qu'il m'a esté -possible, que cest arrest, à mon advis, provenoit de l'ordre que -Vostre Majesté avoit auparavant mandé qu'on mît en la frontyère, pour -l'assurer à la venue de l'armée d'Espaigne, et au sortyr de celle qui -se préparoit, icy, et non pour innover chose aulcune contre les -traictez; et que de ce j'en avoys ung grand argument par une lettre de -Vostre Majesté, du XVIe du passé, par laquelle me mandiés d'avoyr -escript à Mr de La Meilleraye qu'il fît promptement rendre à un -angloys son navyre, et marchandises et biens, qui luy avoient esté -prins assez près du Hâvre de Grâce, avec toutz les dommages et -intéretz, chose qui monstroit bien qu'il n'y avoit aulcune innovation -contre ce royaulme: ce qui les a ung peu modérez. Néantmoins, parce -que aulcuns de leurs facteurs sont passez icy, toutz effrayez des -difficultez qu'on leur a faictes par dellà, ilz m'ont fort pryé -d'envoyer ung des miens, tout exprès, devers Vostre Majesté, affin de -sçavoyr comme il en va, et ne les en tenir en suspens. Dont, Madame, -si avez dezir que les choses s'entretiennent paysibles, de ce costé, -je vous supplye très humblement me commander de leur fère quelque -bonne responce, et qu'escripviés tout d'ung trein, en Normandye, qu'on -lève le dict arrest, et qu'on ouvre le passage aulx Angloys; ayant à -vous dire davantage que sur ceste nouveaulté, qu'on leur a faicte par -dellà, ilz ont incontinent mandé aulx officiers de la maryne, icy, de -fère nouvelles provisions pour leurs navyres, parce que le gouverneur -de Fleximgues a desjà achepté et enlevé celles qui estoient auparavant -faictes, et les a transportées en Hollande, à cause que l'armée du -grand commandeur empesche que nuls vivres puissent venir, du costé de -terre, dans les villes et places du dict pays. Et ainsy l'on a -commancé de tuer nouvelle cher; mais, à mesure que les choses yront en -avant, j'en donray advis à Vostre Majesté, ayant cepandant envoyé le -Sr de Vassal, jusques en ceste court, fère, pour ce regard, et sur -quelques aultres occasions, une particullière négociation avec aulcuns -qui sont de bonne intention. Et j'espère que je pourray contenir -encores les choses, et vous mander, dans bien peu de jours, à quoy -elles auront à devenir; qui cependant vous supplye très humblement, -Madame, de vouloir non seulement dissimuler que demeuriez plus en -souspeçon de ceulx cy, et que le Roy pareillement le dissimule, mais -que toutz deux monstriés de vouloir prendre de la confiance d'eux, ou -certaynement vous les vous acquerrez pour tout déclarez ennemys. - -Le secrettère de leur ambassadeur vous sera bientost renvoyé, et la -dicte Dame vous escripra, de sa main; laquelle cepandant continue son -progrès vers Bristol, bien joyeuse de ce que le comte d'Oxfort est -retourné à son mandement, encor que milord Edwart soit demeuré. - -Me Quillegreu est encores en Escoce, lequel assure fort que les choses -y continuent paysibles par dellà. Et, de faict, le comte d'Honteley -est venu à Lillebourg, et le comte de Morthon faict semblant de -s'estre fort racointé avecques luy, qui, en ceste confiance, s'en va -bientost visiter paysiblement le pays du North jusques à Abredin, car -aultrement il n'y fût point allé qu'avec des forces. Il faict réparer -le chasteau de Lillebourg. Et milord St Jehan, Escossoys, est venu, -depuis peu de temps, en ceste ville, lequel sollicite d'y pouvoir -demeurer sans souspeçon, ou bien qu'on luy baille passeport de se -pouvoir retirer en France ou bien en Italye. Le Prince d'Escoce se -porte fort bien, et la Royne d'Escoce, sa mère, aussy assez bien de sa -santé; laquelle envoye ung gros pacquet de lettres à Mr de Glasgo, son -ambassadeur, pour le distribuer à Voz Majestez Très Chrestiennes et à -ses aultres parantz par dellà. Sur ce, etc. Ce IIIe jour d'aoust 1574. - - - - -CCCXCVIIIe DÉPESCHE - ---du VIIIe jour d'aoust 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Nouvelles plaintes à raison de prises nouvellement faites sur les - Anglais.--Voyage du roi en Italie.--Présence de l'ambassadeur - au service célébré à Londres en mémoire du feu roi. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, ce que j'ay respondu, sur la plaincte que les seigneurs de ce -conseil m'avoient renvoyée des bourgeoys de cette ville, et la -dilligence, qu'ilz ont veu que j'ay mise, de vous dépescher -promptement mon secrettère pour aller procurer leur satisfaction, a -esté cause qu'on a mandé de cesser la provision des navyres, et que -seulement l'on eût à tenir deux centz boeufs à l'herbe, et disposer -des aultres victuailles et des hommes et marinyers en façon que le -tout peût estre prest, le cinquiesme jour après que le premier -mandement leur en seroit faict. Mais, depuis, les mesmes bourgeoys me -sont venus crier qu'ung leur navyre, qui estoit de grand valleur, -avoit de nouveau esté prins et pillé, dans la rivyère de Seyne, par -troys navyres françoys, l'ung du Hâvre, l'autre de Fescamp, et -l'aultre de Bretaigne, et qu'ilz n'attandoient sinon l'heure qu'on -leur rapportât la perte d'aultres cinq de leurs vaysseaulx, qui ne -sont pas moindres, lesquelz on tenoit arrestez dedans la dicte -rivyère, et les pirates les attandoient à l'yssue pour les piller; et -qu'il n'estoit pas possible qu'ilz peussent plus supporter les grandes -injures et violences que les Françoys leur faysoient. A quoy je n'ay -eu que respondre, sinon d'assurer ces gens de bien que Vostre Majesté -estoit extrêmement marrye que la navigation n'estoit plus seure, et -qu'il n'avoit tenu à elle qu'il n'y eût desjà esté pourveu, ayant -faict offrir à la Royne, leur Mestresse, de mettre, par commune -intelligence avec elle, aultant de navyres de conserve, en mer, comme -elle y en voudroit mettre, de sa part, mais qu'elle ny ceulx de son -conseil n'y avoient encores voulu entendre; et que tout le désordre -provenoit du support qu'on faysoit, en ce royaulme, à ceulx de la -nouvelle religion, qui alloient piller les Catholicques. Ce que la -pluspart d'eux ont confessé estre vray, et ne l'ont moins détesté que -moy. Néantmoins, Madame, je supplye très humblement Vostre Majesté de -mander aulx gouverneurs de Normandye que, pour la réputation de la -couronne, et pour l'entretènement de la paix, ilz vueillent tenir le -faict du commerce et de la navigation en quelque meilleur estat qu'il -n'est. - -Ceulx cy commencent de n'espérer plus, tant qu'ilz faysoient, l'accord -d'entre le grand commandeur de Castille et le prince d'Orange; et si, -se parle, entre eulx, que la venue du Prince de Condé est retardée, -mais ilz ont bien quelque opinyon que le Roy, à son retour, voudra -remettre la paix en son royaulme. Et n'est pas à croyre, Madame, en -quelle admiration ung chacung, icy, a ce qu'on escript, d'Italye des -grands appretz qui s'y font pour honnorer le passage du Roy, vostre -filz, et que toutz les potentats du pays concourent à luy aller au -devant. De quoy aulcuns sont aussy aises comme si c'estoit pour leur -propre prince; et les aultres en restent touts estonnés: et milord de -Windesor, qui est à Venise, en a mandé ung grand discours en ceste -court. Dont je verray ce que ceste princesse m'en dira, quand je -l'iray trouver, à la première occasion que Vostre Majesté m'en donra, -après ceste vostre dépesche, que je viens de recepvoyr, du XXIIIe du -passé, laquelle contient bien des matières d'importance, mais non -propres pour aller tretter d'icelles seules avec la dicte Dame; et -aussy que je me suis arresté icy pour les exèques, qu'on a faictes, le -VIIe de ce moys, du feu Roy, vostre filz, assez magnificques; où -milord trézorier est intervenu pour la Royne, sa Mestresse, avec -plusieurs aultres milords; par où l'on a bien voulu fère voyr qu'on -tenoit le deffunct pour ung grand amy et confédéré de ceste couronne, -qui est une démonstration qui tend à vouloir persévérer vers le Roy, -son frère, si, d'avanture, les choses sont gracieusement conduictes. -Je m'y suis trouvé, à l'instance de la dicte Dame et à la leur, avec -protestation que c'estoit seulement pour ne refuzer d'assister à -l'acte de gratitude de ceste princesse vers le feu Roy, et pour ne la -mettre en aulcun doubte que Voz Majestez Très Chrestiennes ne -vueilliés persévérer tousjours fort constamment vers elle; mais ce a -esté sans y fère ny dire chose qui n'ayt beaucoup plus monstré de -n'approuver que de donner tant soit peu d'aprobation à leurs -cérymonies. Et me suis excusé d'aller à l'offrande, bien qu'on m'y ayt -semond, et qu'on m'ayt remonstré que c'estoit la coustume. - -Il y a, icy, encores quelque petit nombre de cappitaines et soldatz -françoys, de la nouvelle religyon, qui parlent entre eulx de la -surprinse de quelque place en France; mais je n'en puis si tost -descouvrir la particullarité. Et sur ce, etc. Ce VIIIe jour d'aoust -1574. - - Les choses d'Espaigne se vont fort accommodant avec ceulx cy, - et faict on tenir prest un gentilhomme, pour l'envoyer devers - le Roy Catholicque, ainsy qu'on faict aussy apprester ung - milord, pour le dépescher devers le Roy, vostre filz. - - - - -CCCXCIXe DÉPESCHE - ---du XIIIe jour d'aoust 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._) - - Irrésolution des Anglais.--Sollicitations des protestans de - France pour obtenir des secours.--Instances de l'ambassadeur - auprès des réfugiés afin de les engager à recourir au - roi.--Nouvelles d'Écosse.--Négociation des Pays-Bas. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, je n'ay pas esté avec milord trézorier durant les exèques, -qu'il a célébrées, icy, au nom de la Royne, sa Mestresse, pour le feu -Roy, vostre fils, sans le mettre en propos de confirmer, à ce nouveau -règne, l'amityé qui a duré tout le règne passé, affin de sentir en -quelle disposition sa dicte Mestresse et eulx de son conseil en -estoient. Qui m'a respondu honnorablement plusieurs choses, les unes -généralles, les aultres particullières, et les aultres indifférentes, -lesquelles seroient bien longues à les mettre toutes, icy; mais, en -substance, il a esté facille de recueillyr, de son dire, que la dicte -Dame et eulx ont remis de prendre leur résolution, vers le Roy, -jusques à ce qu'ilz voyent comme il se déportera à cestuy sien -advènement à la couronne, et comme il commencera l'entrée de son -règne; en quoy ne fault doubter qu'ilz ne remarquent, de près, tout ce -qui s'y fera, et qu'ilz ne se forment une impression que la suyte en -doibve estre semblable. Bien m'a il dict que ce qu'il estimoit, à -présent, estre besoing de plus promptement pourvoyr, estoit celle -plaincte de leurs marchandz et subjectz qu'ilz m'avoient renvoyée, à -laquelle ils avoient à adjouxter plusieurs excès nouveaulx, qui -estoient par trop insupportables, et sur lesquels la Royne, sa -Mestresse, ne pouvoit plus dényer sa provision, si elle ne vouloit -renoncer à sa couronne; et mesmement que ses subjectz la supplioient -qu'aulmoins elle leur permît de se revencher sur les mesmes françoys -qui les avoient oultragés et endommagez. - -A quoy je luy ay oposé plusieurs raysons, et allégué beaucoup -d'inconvénients, qui adviendroient de cella, et luy ay exibé des -plainctes, aussi récentes, des nostres, comme estoient celles dont il -me parloit des leurs; et qu'en effaict, il falloit que, par commune -intelligence, Voz Majestez Très Chrestiennes, et la Royne, Sa -Mestresse, fissiés cesser ces désordres, et qu'on ne donnât ny -retraicte, ny faveur, en ce royaulme, à ceulx de la nouvelle religyon -qui alloient piller les Catholicques, ce qu'il n'a nullement -contredict; ains m'a assuré que, sellon qu'il n'avoit jamays approuvé -telles choses, il en parleroit vifvement à la Royne, sa Mestresse, -laquelle il alloit trouver, le jour ensuyvant, pour luy ramener le -comte d'Oxfort, son beau fils. Lequel il espéroit qu'elle le verroit -très volontiers pour s'estre bien fort vertueusement acquité vers son -service, quand il a esté en Flandres, où non seulement il n'avoit -voulu fréquenter le comte de Vuestmerland ny la comtesse de -Northomberland, mais ne les avoit voulu ny voyr, ny ouyr, ny nul des -fuitifs de ce royaulme. - -J'ay depuis receu la lettre de Vostre Majesté, du XXVIIe du passé, -laquelle j'ay envoyée communiquer au comte de Lestre par le Sr de -Vassal, affin d'en fère part à la Royne, sa Mestresse; et ay envoyé, -par mesme moyen, à Mr de Walsingam, une coppye de la patante qu'avez -faicte expédier en faveur des Angloix. Il est arryvé icy, -d'Allemaigne, ung françoys, qu'on m'a dict s'appeler, de son propre -surnom, Poutrin, mais il se faict nommer Dupin, lequel a esté négocier -en ceste court, et les ministres, avec aulcuns aultres principaulz -protestantz, le sont allez assister. Qui ont, toutz ensemble, ainsy -qu'on me l'a rapporté, fort instamment pressé d'avoir argent ou crédit -de ceste princesse pour fère la levée, en Allemaigne; mais, après -beaucoup de réplicques, d'ung costé et d'aultre, elle les a remis à -attandre ung peu que le temps luy appreigne ce qu'elle debvra fère; et -ainsy ilz sont temporisans, icy, ceste espérance. - -J'ay faict admonester les principaulx françoys de la nouvelle -religyon, qui sont encores par deçà, d'aller au devant du Roy, vostre -filz, et qu'avec le debvoir de leur obéyssance ilz luy facent eulx -mesmes entendre leurs requestes, sur ce qu'ilz desirent de Sa Majesté -pour le repos et seureté de leurs personnes, biens et conscience, leur -assurant que Vostre Majesté leur assistera. Et ay faict presser le -vydame de Chartres, lequel semble s'apprester pour passer en -Allemaigne, le chassant d'icy la nécessité, qu'il vueille attandre la -déclaration de la bonne volonté et intention de Voz Majestez, à ce -commencement de ce nouveau règne. - -Je ne sçay encores comme luy et les aultres en uzeront; tant y a qu'il -m'a mandé que Vous, Madame, sçavez bien qu'il vous est, et ne peut, ny -veult vous estre aultre que très bon et très humble serviteur, et -qu'il avoit fondé toute son espérance et la resource de toutz ses -affères, sur la bonne opinyon qu'il pensoit que Vostre Majesté eût de -luy; mais qu'il avoit bien senty tout le contrayre, en son procès de -Chavamoye, et qu'il croyoit estre vray, ce qu'on disoit: que Vostre -Majesté ne faysoit bien sinon à ceulx qui s'efforçoient de vous fère -du mal. - -J'attands, d'heure en heure, le retour d'ung escossoys, lequel j'ay, -longtemps y a, faict acheminer à Lillebourg, pour observer Me -Quillegreu, et pour me rapporter, au vray, l'estat des choses de -dellà, et comme je y pourray escripre, et où adresser mes lettres. Il -m'a cependant adverty que la payx s'y entretient aulcunement, et que -le comte de Morthon et celuy d'Honteley sont, de vray, assez bien -ensemble; et qu'icelluy de Honteley demeure à Lillebourg, pendant que -l'autre va tenir la justice à Abredin, et vers le North, (comme -ostâges l'ung pour l'autre); et que toutz les grands d'Escosse ont -presté l'obéyssance au dict de Morthon, réservé le comte d'Arguil, -qui, pour ceste occasion, est mis au ban; et qu'on y parle -d'entretenir fermement la ligue avecques la France. - -Les depputés, qui vacquent, icy, sur les différens des Pays Bas, sont -fort près de conduire l'accord, et m'a l'on dict qu'il se fait quelque -forme de récompense aulx mutuelz subjectz, de laquelle l'on pense -qu'encore que, de pas ung des costez, l'on ne s'en ayt bien à -contanter, néantmoins, parce que les princes ne veulent poinct de -différent, que nul ne s'y oposera. Et desjà la flotte des leynes est -partye de ceste rivyère pour aller à Bruges, et delà en Anvers, ainsy -qu'on avoit auparavant accoustumé de le fère. - -Je loue Dieu, de bon cueur, de ce qu'il luy plaist donner toute -facillité et bon rencontre au voïage du Roy, vostre filz, et prie Dieu -qu'il le vous vueille rendre, bientost, bien sain et bien joyeulx. Et -sur ce, etc. - - Ce XIIIe jour d'aoust 1574. - - - - -CCCCe DÉPESCHE - ---du XVIIe jour d'aoust 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Nicolas de Malehape._) - - Préparatifs faits secrètement pour secourir la Rochelle.--État de - la négociation des Pays-Bas.--Incertitude sur le départ de la - flotte d'Espagne. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, ayant, le tréziesme du présent, receu la dépesche de Vostre -Majesté, du Ve, j'ay incontinent envoyé là, où j'ay quelque -intelligence, pour fère dilligemment observer les choses aulxquelles -me commandiés prendre garde. Et j'ay trouvé que, sur ung pacquet qui -est arryvé, à ceste princesse, le IXe de ce moys, de son ambassadeur -qui est en France, elle luy a incontinent renvoyé son secrettère -Thomas Wilx, celuy mesmes, à mon advis, dont Vostre Majesté m'a cy -devant faict mencion, lequel est party de ceste ville, le XIIe, mais -non en grande dilligence, car a emmené deux hacquenées, comme s'il -alloit à journées; et a esté conférer avec les ministres et aultres -principaulx françoys de la nouvelle religyon, qui sont encores icy, -sans passer nullement devers moy, bien qu'on m'eût assuré qu'il luy -seroit commandé de le fère. Et, bien peu d'heures après, ung allemant, -d'assez bonne apparance, qui estoit party de Paris, le Xe, est arrivé -icy, le tréziesme fort matin; et incontinent, a passé oultre vers -ceste court, à Bristo, où j'ay aussytost dépesché de mon costé, affin -d'estre adverty comme et avec qui il négocyera. Et n'est pas à croyre, -Madame, combien la venue du Roy, et les levées des reytres et suysses, -qui sont entrés, pour son service, en France, meuvent diversement les -affections de ceulx cy, et font diverses impressions en eulx, et en -ceulx des aultres nations, françoys, allemans, flammants, et encores -italiens et hespaignols, qui sont en ceste ville; dont se faict -plusieurs discours, et beaucoup de gageures, entre eulx, sur ce qui -debvra advenir. Et cependant ceulx de la nouvelle relligyon ont -envoyé, en Hambourg et Emdhem, fère provision d'armes et de poudre, et -de monitions de guerre, et en cherchent de toutes partz, secrettement, -en ce royaulme, pour envoyer à la Rochelle. - -Les depputés qui vacquoient icy, pour le Roy d'Espaigne, sur les -différends des Pays Bas, se sont condescendus presque à tout ce que -les Angloix ont voulu, réservé à ung seul poinct, sur lequel eulx et -les principaulx marchands de ceste ville sont allez trouver les -seigneurs de ce conseil, à Bristo, qui les en mettront, ainsy que -chascun pense, fort facillement d'accord. - -L'on commance fort à doubter de la venue de l'armée d'Espaigne, -s'entendant que celle du Turc va à Tuniz; et que desjà la sayson, pour -venir par deçà, s'en va passer. Néantmoins Goaras dict qu'il luy est -arryvé ung pacquet du Roy d'Espaigne, qui s'adresse à Péro Mélendès, -pour le luy dellivrer, au premier port que l'ung de ses vaysseaulx -abordera, en ce royaulme; par où il publie que l'armée estoit desjà -partye. Et sur ce, etc. - - Ce XVIIe jour d'aoust 1574. - - - - -CCCCIe DÉPESCHE - ---du XXIIIIe jour d'aoust 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._) - - Félicitation au roi sur son retour en France.--Demande par - l'ambassadeur de son rappel.--_Mémoire général._ Détails de la - négociation de don Bernardin de Mendoce.--Ses efforts pour - renouer l'alliance de l'Angleterre et de l'Espagne.--Démarches - de l'ambassadeur pour rompre ses projets.--Confidences de - Leicester sur les offres qui lui avaient été faites par le roi - d'Espagne lors de l'avènement d'Élisabeth.--Ses plaintes de - l'abandon où le laisse la France.--Nécessité où il se trouve - d'accepter les nouvelles offres des Espagnols.--Hésitation - d'Élisabeth à se prononcer entre la France ou l'Espagne.--Vive - recommandation de l'ambassadeur pour que la légation annoncée - par Élisabeth soit bien reçue en France. - - - AU ROY. - -Sire, sellon le debvoir et servitude que j'ay à Vostre Majesté, je la -supplie très humblement avoyr agréable que je luy puisse, d'icy en -hors, par le Sr de Vassal, avec la présente, très humblement bayser -les mains, et me conjouyr, avec elle, ainsy de parolle et par escript, -comme je le fay infinyement du profond de mon cueur, de son heureulx -retour; sur lequel je fay ceste dévote prière à Dieu, que tout ainsy -qu'il luy a pleu de le guider, et le rendre favorizé des plus -souverains princes et potentatz de la terre et de toutz les peuples, -où elle a passé, et le rendre encores non moins desiré de ses bons et -naturels subjectz que leur propre vye, qu'ainsy sa divine providence -vous vueille maintenant, Sire, introduyre en ung règne qui soit d'une -continuelle félicité à Vostre Majesté, et d'ung bien assuré et -perdurable repos à voz subjectz; et qu'il vous face aussy contant de -la fidelle obéyssance qu'ilz vous doibvent, comme ilz vivront très -heureulx soubz vostre légitime et souverayne authorité. Il ne fault -pas qu'on juge autrement des extrêmes difficultez que Vostre Majesté, -par une grande magnanimité de cueur, en s'en venant, et la Royne, -vostre mère, par une singullière prudence, eu vous attandant, avez, -l'ung et l'autre, vertueusement surmontées, sinon que, par là, Dieu a -déterminé, sellon le grand soing qu'il a tousjours eu de la couronne -de France, de la restablir bientost en quelque meilleur estat et en -plus d'esplandeur qu'on ne l'a veue de longtemps. Et Dieu vueille que, -pour ce regard, Vostre Majesté me répute, en quelque endroict, digne -de son service; car je n'ay, pour nulle aultre occasion qui soit au -monde, plus cher le restant de mes jours que pour les dédyer toutz à -très humblement vous en fère. - -Je desire bien que les choses d'icy vous soient entièrement cognues, -affin de prendre advis comme vous conduyre vers celles qui, en -l'endroict de ceste princesse et de son royaulme, peulvent concerner -le présent estat des vostres. Et s'il vous plaist, Sire, vous souvenir -des termes, où l'on en estoit, quand partistes pour vostre royaulme de -Pouloigne, sellon que, jusques allors, je vous en avoys tousjours -rendu bon compte; et entendre, à ceste heure, de la Royne, vostre -mère, ce que, depuis, du vivant encores du feu Roy, vostre frère, et, -après qu'elle a esté Régente, je luy en ay ordinairement mandé, joinct -l'ample instruction que, par le Sr de Vassal, présent porteur, je vous -en envoye, et ce que luy mesmes, par qui j'ay souvent négocyé avec des -principaulx de ce conseil vous en dira, il ne vous sera malaysé -d'eslire, entre plusieurs expédients là dessus, celluy qui plus -conviendra au bien de voz affères. Une chose vous supplyè je très -humblement, Sire, de considérer: qu'il y a ung grand nombre d'ans que -nulle entrée de règne n'a esté si curieusement observée, en la -Chrestienté, que sera la vostre, ny nuls actes de prince plus -dilligemment remarqués que ceulx que vous y ferés; que tant plus, sur -ce commancement, l'on les verra bien et sagement et sans précipitation -conduictz au seul but du bien et utillité de vostre couronne, tant -plus Vostre Majesté en demeurera redoubtée de ses voysins, et creincte -et révérée de ses subjectz, et son authorité en prendra, avec sa -grande réputation, ung très solide fondement pour tout le temps de son -règne; bien qu'à dire vray rien n'est advenu, du passé, que ceulx icy -ne monstrent desjà, comme je pense que feront ceulx des aultres -courts, de le vouloir tirer en argument de l'advenir, sellon qu'ilz -verront que les premiers déportements de Vostre Majesté procèderont. - -J'ay commancé, par ma dépesche, du XXIIIe du passé, et continueray, -par ceste cy, de suplier très humblement Vostre Majesté de m'octroyer -tant de grâce qu'après une si longue résidance, de six ans continuels -que j'ay esté en ceste charge, avec la ruyne de mes meilleurs ans, et -de ma santé, et de mes affères; et avec la perte de ce peu de bien que -j'avoys, qui tout m'a esté osté, et ung de mes frères meurtry, et -troys aultres, pendant que j'ay esté icy, sont mortz; je puisse -maintenant, pour mon souverain bien et pour ma meilleure consolation, -aller voyr la face de Vostre Majesté; ayant la Royne, vostre mère, -pour diverses occasions qui sont survenues en vostre service, -tousjours différé, de temps en temps, de me retirer jusques à ceste -heure, que j'espère que Dieu l'aura voulu ainsy, affin que j'aye tant -plus d'heur d'estre rappellé et relevé de ma pouvreté, et récompensé -de mon tant long et très fidelle service, par la libéralle main de -Vostre Majesté, ainsy que, de rechef, pour une singullière estreyne à -cestuy sien très heureulx retour, très humblement, et au nom de Dieu, -je l'en requiers. Et je supplieray le Créateur, etc. - - Ce XXIVe jour d'aoust 1574. - - - MÉMOIRE PRINCIPAL, - - baillé au Sr de Vassal de ce qui est expédiant que Leurs - Majestez entendent de l'estat des choses d'Angleterre: - - Que, au mois de juing dernier, le cappitaine Leython et le - jeune Quillegreu rendirent fort mal satisfaicte la Royne - d'Angleterre des choses de France, et firent que le comte de - Lestre, qui avoit tousjours entretenu la dicte Dame en - l'intelligence du Roy, et luy mesmes, qui s'estoit toujours - montré partial françois, demeura encores plus offencé qu'elle, - de ce qu'ils luy rapportèrent qu'on se deffioit grandement de - luy et qu'on l'avoit bien fort suspect par delà. - - De quoy s'estant les passionnés Protestants bien apperceus, et - pareillement ceux qui portent, ici, le faict du Roy - d'Espaigne, et se voullants, les uns et les autres, servir de - l'occasion, ceux ici firent incontinent sçavoir au grand - commandeur de Castille, qu'il estoit temps qu'il envoyât par - deçà un personnage de qualité, pour renouveller l'amitié avec - cette princesse, et avec ce royaulme; et que, si le Roy, son - Maistre, y avoit tant d'affection, comme il en faisoit le - semblant, qu'il y trouveroit, à ceste heure, de la facilité et - disposition fort bonne. Dont, soubdain, il print espédiant d'y - envoyer don Bernardin de Mendossa; mais, pour monstrer que - l'occasion de sa légation n'estoit soubdaine, ains qu'elle - provenoit de plus loing, il fit courir le bruict que, de - certains blancs qu'il avoit rempli à cest effaict, c'estoient - des lettres bien fresches du Roy, son Maistre, qui enfin luy - estoient venues par la voye de Gènes, après que plusieurs - aultres siens pacquets avoient esté volés, en France, par ceux - de la nouvelle religion; et advertit ceux de son parti, ici, - qu'ils commenceassent d'ainsi le publier. - - Lesquels ne faillirent pas de faire bien honneste cette - nouvelle, comme très oportune, sur le doubte où l'on estoit de - l'armée d'Espaigne, et se mirent à pratiquer des personnes - plus principalles, hommes, et femmes de ceste cour, et - proposer tout ouvertement, et avec grande expression, dans ce - conseil, les choses que s'ensuivent, ainsi que le Sr de La - Mothe Fénélon en a esté seurement adverti: - - Que l'intelligence du Roy d'Espaigne estoit nécessaire et de - très grande utilité à l'Angleterre, considéré que le commerce - et la navigation des Anglois, qui estoient les deux choses sur - lesquelles se maintenoit principallement l'estat de ceste - couronne, estoient si meslées et fondées avec l'Espaigne et - Flandres, et pareillement celles des Espagnols et Flamans - avecque l'Angleterre, qu'il n'estoit pas possible que les uns - se pussent passer des aultres, ainsi que la preuve du suspens - et intermission du traffiq, où ils en avoient esté, ces quatre - ou cinq ans derniers, avoit faict sentir, de chasque costé, - que les inconvénients en venoient si grands que les pays s'en - estoient plusieurs fois cuidés rebeller; - - Et qu'on n'avoit jamais peu bien establir le commerce en ce - royaulme de France, fust pour incompatibilité des deux - nations, ou par faulte qu'il n'y eust de bons ports par delà, - ou que les subsides y feussent trop grands, et les charrois - trop chers et difficilles, et les chemins mal seurs: ou qu'on - n'y trouvât à y faire la descharge, ni à charger ce qui - faisoit besoin par deçà: ou bien d'aultres désordres et - manquements de la police et de la justice du royaulme; de - sorte qu'ils jugeoient n'y avoir propos ni apparence qu'ils - deussent laisser leurs anciens entrecours, lesquels estoient - faciles et aisés, pour en commencer des nouveaux qui n'avoient - nulle aisance ni facilité; - - Qu'il ne s'estoit veu, ni ne se voyoit rien au Roy d'Espaigne, - pour quoy la Royne, leur Mestresse, deubt rejetter son amitié - ny luy dénier la sienne, puisqu'il la venoit rechercher; car - il s'estoit tousjours monstré prince véritable et certain, - plain de grande modération, et d'intégrité, qui n'avoit poinct - meu de guerres injustes, ni qui ne feussent nécessaires; et - n'avoit usé, en icelles, ni fraude, ni mauvaise foy, ni exercé - aulcuns actes cruelz qui feussent hors du debvoir de la - guerre, ni contre les termes de la justice; - - Qu'il s'estoit monstré si modéré qu'il n'avoit poinct refusé, - pour la diversité de religion, de confirmer les anciens - traictés avecques la Royne, leur Mestresse; et que, tant - qu'elle avoit esté de bonne intelligence avecques luy, il - avoit bien gardé que le Pape ni le concille n'avoient rien meu - contre elle; qu'elle n'avoit poinct de particuliers ennemis - auprès de luy, pour l'inciter à la fascher: et si le duc - d'Alve l'avoit d'aultrefois esté, il falloit considérer qu'il - en avoit esté aulcunement provoqué; et néantmoins son Maistre - ne l'en avoit pas despuys advoué, et le tenoit encores, à - cause de cella, assez recullé de luy; - - Que les précédents Roys, prédécesseurs de ceste couronne, - avoient assez cognu que leurs affaires s'estoient tousjours - très bien portés avec l'intelligence d'Espaigne, et non - seullement ils en avoient maintenu leur estat en grande - seurté, et enrichi leurs subjects, mais avoient exécuté, avec - cet appuy, de grandes entreprinses ailleurs, et s'estoient - rendus formidables à leurs ennemis; et qu'en effaict, de tous - les aultres voysins, ils n'avoient jamais guières senti que - mal, dommage et ennuy, et de cestuy ci toujours beaucoup de - bien, faveur et support; et estoient pour en sentir plus que - jamais, et pour estre bien secourus de luy, à leur besoin, là - où les aultres estoient si ruinés et si empeschés, qu'ils ne - se pouvoient secourir eux mesmes; - - Et que, si l'on venoit à l'occasion des derniers différents - d'entre la Royne, leur Mestresse, et le dict Roy d'Espaigne, - l'on trouveroit que c'estoit luy qui avoit à se plaindre; car - il estoit l'offencé, et ses subjects avoient esté beaucoup - plus pillez que les Anglois. Dont, puisque l'opportunité s'y - offroit très bonne, de pouvoir esteindre maintenant ceste - injure avec un tel prince, leur ancien ami et confédéré, et - avecques ses dicts subjects, qu'ils ne la debvoient nullement - laisser passer; et que eulx osoient bien respondre, sur leur - vie, que, si la Royne, leur Mestresse, voulloit bien user vers - luy, qu'elle ne sentiroit, par mer ni par terre, ny en nul - endroit de ses pays, ni en chose qui appartienne à sa grandeur - et couronne, ni en l'estat de sa relligion, aulcun - empeschement, dommage ny desplaisir, de tout le temps de sa - vie. - - A laquelle opinion un chascung monstra non seullement de - consentir, mais d'y apporter quelque bonne parolle de - confirmation; dont feut délibéré que le dict don Bernardin - seroit bien et honnorablement receu, et seroit respondu avec - toute faveur. - - D'autre costé, les principaux supposts de la nouvelle religion - se assemblèrent, plusieurs foys, en conseil, et appellèrent - souvant Villiers Calvart, et aultres ministres, et - pareillement les agents des princes protestants et de la - Rochelle; pour adviser, avec eux, de ce qui estoit à faire, - après la mort du feu Roy, et en l'absance de cestuy ci. Et - puis allèrent ressusciter, plus vifves que jamais, leurs - poursuittes en ceste cour: où ils feurent mieux ouis qu'ils ne - l'avoient encores esté, depuis ces nouveaux troubles: et - feurent assistés des mesmes partisans d'Espaigne, soubs - l'odeur de l'accord qui se menoit entre le grand commandeur de - Castille et le prince d'Orange; et, bien qu'ils ne - rapportassent pour lors l'espécialle promesse, qu'ils - demandoient de la dicte Dame, d'estre assistés de somme - désignée de deniers, et de nombre certain d'hommes et de - vaisseaux, et de la faire entrer en ligue ouverte avec les - princes protestantz, si eurent ilz beaucoup de bonnes - parolles, et firent tant qu'elle retourna souvent à la - délibération d'armer: et que un Orné, anglois, et un Labrosse, - françois, feurent dépeschés en Allemagne, et qu'on fît au dict - sieur de La Mothe Fénélon ceste déclaration qu'il a mandée - touchant les déprédations; et obtîndrent aussy que, sellon - qu'on verroit la disposition du temps et des choses le - requérir, ils seroient, de jour en jour, mieux respondus et - satisfaictz. - - De toutes lesquelles délibérations estant, le dict ambassadeur - adverti, et craignant que la dicte Dame et les siens, non - seulement se bandassent, mais qu'ils s'efforceassent aussy de - bander, avec eulx, ceux de leur intelligence contre le Roy, il - envoya soubdain devers milord trésorier et le comte de Lestre, - et Mr de Walsingham, pour les reschaufer à la ligue de France; - et leur en fist représenter les utilités, et la grande seurté - qui en viendroit à tout ce royaulme. A quoy les deux - respondirent aulcunes parolles indifférantes, sans se voulloir - ouvrir de rien. - - Mais le comte de Lestre, avec lequel feut besoing d'estreindre - un peu plus la négociation, parce qu'avecques luy plus qu'avec - nul aultre ces supposts protestants et les partisans - d'Espaigne s'efforçoient d'entrer en estroicte pratique, manda - franchement à ce dict ambassadeur qu'il avoit le coeur oultré - de despit et de regret, de ce qu'après avoir tant travaillé et - tant despandu, comme il avoit faict, pour avancer en ce - royaulme l'intelligence de France, il y avoit faict entrer la - Royne, sa Mestresse, et tout son conseil, il se trouvoit - maintenant de n'estre, en nulle part de la Chrestienté, tant - haï ni tenu pour suspect, que là; et que, quand il se - souvenoit qu'il s'estoit extrêmement formalisé pour la dicte - couronne, au préjudice des aultres alliances, et d'Espaigne et - d'Allemaigne, et de sa propre relligion; et qu'il n'estoit - nulle sorte de bons et bien rellevez offices qu'il n'eût faict - pour icelle, trop plus ouvertement que nul aultre estranger du - monde ne l'eût osé entreprendre, espérant d'y trouver du - refuge à son besoin, il ne pouvoit dire sinon que la France se - portoit par trop ingratement vers luy; mais que, pour cella, - il ne lairoit de conseiller à sa Mestresse de garder bien - l'amitié au Roy, quand il viendroit en son rang d'en parler, - ayant tousjour jugé que c'estoit le bien d'elle et de ses - subjects, car aultrement il n'y eût eu tant d'affection; et ne - falloit doubter que si le Roy la demandoit, et qu'il requist, - de bonne sorte, la confirmation de la ligue; qu'il ne - l'obtînt: mais qu'il craindroit par trop de s'en rendre - désormais plus solliciteur, ni instiguant, comme il avoit - faict, s'il ne voyoit bien procéder de meilleurs effaicts de - delà. - - Comme aussy, il se délibéroit de conseiller, de mesmes, - l'amitié d'Espaigne, puisqu'il estoit si humainement recerché - de ne s'y opposer plus, et qu'à dire vray le Roy d'Espaigne ne - luy avoit jamais donné occasion que de luy estre fort - serviteur: car, quand il estoit entré en ce royaulme, il avoit - tiré luy et ses deux frères de prison, et leur avoit faict - rendre l'héritage de leur père, qui estoit confisqué; et quand - l'armée d'Angleterre avoit esté à Sainct Quentin, soubz le - comte de Pembrok, il luy avoit faict tenir le second lieu, et - commander à l'artillerie; et puis, au retour, il n'avoit - poinct escript, pour nul aultre, plus favorablement que pour - luy, à la Royne Marie, sa femme; dont son premier avancement - en estoit venu. - - Et, après la mort de la dicte Royne, il avoit à luy et non à - pas un plus de ceste cour, escript de sa main, par le comte de - Férie; et luy avoit offert une pension de quatre mille escuz, - prévoyant bien qu'il estoit pour tenir quelque lieu - d'authorité en ce royaulme, laquelle pension il avoit - reffusée, bien que d'aultres en avoient accepté. Et depuis, - par l'évesque d'Aquila, il luy avoit faict mestre en avant de - s'ayder de luy pour espouser la Royne, sa Mestresse: et que, - indubitablement, il luy conduiroit l'effaict de ses nopces au - poinct qu'il le pourroit desirer, à ses propres despans, avec - le concours de tous les amis qu'il avoit en ce royaulme, et - avec la faveur des princes estrangers, jusques à luy offrir le - consentement et l'authorisation du Pape; et que, mesmes, s'il - voulloit incliner à la réduction de la religion catholique, - que le Pape luy octroyeroit un chapeau de cardinal pour son - frère, et d'establir luy et sa race, pour jamais, en ceste - couronne, qui avoit esté un poinct de ce dernier qui l'avoit - faict retirer de la praticque du dict d'Aquila; mais il ne - laissoit pourtant d'en avoir grande obligation à son Maistre; - - Que, pour lors, il avoit eu plus d'inclination à la France, et - trop meilleur opinion des François que des Espaignols, ce qui - l'avoit, assez tost après, faict déclarer ouvertement pour le - Roy, jusques à avoir accepté, pour très grand honneur et - faveur, son ordre: dont le Roy d'Espaigne avoit commencé de - désespérer des choses de ce royaulme; mais qu'à présent la - preuve du temps et des personnes luy faisoit voir, et à tout - ce royaulme, que l'alliance d'un tel prince n'estoit - nullement à rejetter, et mesmes qu'il se conduisoit si bien - vers eux, qu'ilz ne sçavoient desirer rien de mieux de luy; - car, de tous les traictés, entrecours, et trafiqs de ses païs - il offroit cella mesmes aux Anglois que ses prédécesseurs leur - avoient, de tout temps, concédé, sans diminution quelconque; - et encores avec des privilèges davantage, s'ils en - demandoient; et, pour le regard des prinses, et aultres - différants, d'en fère entièrement comme ils voudroient; - touchant à son armée de mer et à ses forces, qu'elles seroient - pour servir et non pour nuire, en façon que ce feust, à leur - Mestresse, ny à son royaulme; et que, mesmes, le dict comte - entendoit que don Bernardin avoit charge d'offrir parti à la - dicte Dame, ne voullant poinct dissimuler au dict de La Mothe - Fénélon, que indubitablement il seroit bien venu en ceste - cour. - - Là dessus, il vint bien à propos au dict Sr de La Mothe - Fénélon qu'il eût à demander audience, laquelle il n'obtint - pas pourtant, sans que les partisants d'Espaigne débatissent - assez qu'elle debvoit estre premièrement octroyée au susdict - don Bernardin, lequel la demandoit en mesmes temps, par ce, - disoient ils, qu'il venoit de loing. Néantmoins le dict de La - Mothe Fénélon luy feust préféré, et mit peyne, avec une lettre - du Roy, du XVe de juin, de Cracovia, et une aultre que la - Royne, sa mère, escripvoit, de sa main, à ceste princesse, de - la remestre en quelque bien bonne disposition vers eux; et ne - cogneut le dict Sr de La Mothe Fénélon qu'elle se réservât que - une seule chose: c'est que, si Leurs Majestez Très - Chrestiennes se voulloient tant laisser posséder aux princes - estrangers, ou bien à ceux des leurs, lesquels elle ne pouvoit - avoir sinon fort suspects, se souvenant qu'ils avoient peu - interrompre le mariage d'entre le Roy et elle, et qu'ils - voulleussent tant deppendre de leurs advis et persuasions, - qu'elle ne peût rien establir avec Leurs majestez mesmes, sans - danger d'estre bientost renversée par les aultres, - qu'indubitablement elle ne sçauroit se commettre à leur - amitié. Sur laquelle audience le dict ambassadeur fit une bien - ample dépesche à Leurs Majestez Très Chrestiennes, du XXIIIe - du passé. - - Le jour ensuivant, le dict don Bernardin fust ainsi bien - honnorablement receu, et bien ouï et festoyé, et puis - favorablement licencié, comme le dict de La Mothe Fénélon l'a - despuis mandé. Et oultre les particullarités, qu'il a desjà - escriptes, de sa négociation, il a entendu, despuis, que - celle, qu'il avoit faicte, en privé, avoit esté de dire à la - dicte Dame que, puisqu'elle monstroit de se voulloir marier, - le Roy, son Maistre, luy voulloit bien offrir un party très - honnorable, et lequel il espéroit que seroit à son - contentement, premièrement de son frère, don Joan, lequel il - ne tenoit en aultre rang que de frère germain et utérin, - estant fils du grand Empereur Charles cinquiesme, et prince, - de soy mesmes, d'une telle vertu et singullière valleur, et de - telle perfection de nature, que nul aultre prince se pouvoit - justement préférer à luy, ou bien le prince Ernest, segond - fils de l'Empereur, prince excellent et rare, entre tous ceux - de la Chrestienté; et avec l'ung ou l'aultre luy faire des - avantages trop meilleurs et plus grands qu'elle n'en sçauroit - avoir de nul aultre party. - - Or, n'a pu encores bien au vray sçavoir le dict de La Mothe - Fénélon quelle responce il a emportée; mais on l'a bien - adverti que ceux de ce conseil avoient plus pressé, que onques - ils n'avoient faict auparavant, la dicte Dame de se marier, - sans toutesfois l'adstreindre à un party plus qu'à un aultre, - mais d'en prendre quelqu'un qui luy peût plaire; et qu'elle - leur avoit monstré de n'en estre pas esloignée; et qu'il - sembloit que ses deux principaux conseillers inclinoient - toujours plus à Monseigneur le Duc, puisque le propos en - estoit si avant, que à tout aultre, pourveu que les choses, - qu'on luy avoit mises sus, n'y donnassent d'empeschement, bien - que je jugeois que, de ce costé, ni de l'aultre, on ne se - debvoit plus attendre à ceste poursuitte. - - Néantmoins le dict don Bernardin manda au dict de la Mothe - Fénélon, après pleusieurs honnestes parolles de merciement, - sur une visitte qu'il luy envoya faire par le Sr de Vassal, - qu'il l'excusât, s'il ne le pouvoit venir voir, parce qu'il - estoit pressé de son retour devers le grand commandeur, et - qu'il ne sçavoit s'il avoit à passer incontinent devers le - Roy, son Maistre, sur certain incident de la présente - légation. - - Cestuy ci ne feust plus tost party, que les Protestants et les - ministres retournèrent, en cour, renouveller leurs premières - instances, et en mectre encores d'aultres en avant, de ce - qu'ils estimoient estre besoin de pourvoir, à l'arrivée du - Roy. - - Sur quoy, le dict de La Mothe Fénélon, pour ne laisser aller - les choses ni à leur poursuitte, ni à celle que le dict don - Bernardin avoit faicte; il envoya incontinent le Sr de Vassal - à la cour, parce que luy mesmes n'avoit argument assez propre - d'y aller: et luy bailla des lettres au comte de Lestre et à - Mr de Walsingam, pour avoir moyen, en négotiant avec eux, de - leur faire bien gouster les choses qui estoient pour le - service du Roy, et les divertir de l'opinion des aultres, qui - pouvoient estre au contraire, et approfondir s'il y en avoit - quelqu'une mauvaise, qui eût desjà passé en délibération. - Dont il receuillit de leurs propos assez de quoy prendre une - grande conjecture de l'intention de leur Mestresse, et de la - résolution de son conseil; ainsi qu'il plairra à Leurs - Majestez l'entendre de luy mesmes. - - Lesquelles, possible, fairont le mesme jugement que faict le - dict de La Mothe Fénélon: c'est que, ne pouvant la Royne - d'Angleterre s'asseurer assez de quelle vollonté sera le Roy - vers elle, et se deffiant beaucoup de celle du Roy d'Espaigne, - elle et son dict conseil demeurent en suspens; et tiennent, - pour ceste occasion, suspendues leurs délibérations, donnant - entendre aux Protestants qu'il n'est encore temps qu'elle se - déclare, ni qu'elle attente rien contre les termes de la ligue - qu'elle a avec le Roy, jusques à ce qu'elle voye comme il se - déportera à son arrivée: et entretiennent ceux du party de - Bourgoigne d'une espérance, d'envoyer bientost un gentilhomme - devers le Roy Catholique, estant le jeune Coban desjà nommé - pour cest effaict; et néantmoins que ces expresses - démonstrations, qu'elle faict vers le dict Roy d'Espaigne et - vers les dicts partisants, sont plus pour mettre le Roy en - jalousie, que non qu'elle soit encores bien déterminée vers - eux; vray est que d'autant, que les choses se pourroient bien - disjoindre d'avecques le Roy, pour se réunir à l'un ou à - l'aultre des aultres partis, ou aux deux ensemble, parce que - tous deux sont fort appuyés et authorisés en ceste cour, il - sera bon d'y pourvoir de bonne heure. - - Et le moyen plus aisé, en cella, semble estre que le Roy, à - cestuy sien advennement, veuille bien et favorablement - recevoir la légation, qui luy sera faicte de la part de ceste - princesse, et qu'il luy en dépesche bientost une aultre bien - honnorable, s'ouvrans, de chasque costé, à parler franchement - entre eux, sans plus de deffience, et sans essayer de se - convaincre l'un l'aultre sur ce qui a desjà passé, ains s'en - donner toute la mutuelle satisfaction qu'ils pourront; et que - le Roy face déclarer à la dicte Dame qu'il veut succéder à la - ligue du feu Roy, son frère, avec elle, et qu'il en requiert - la confirmation; et qu'au reste il face toute démonstration de - voulloir establir si bien, et à conditions si raisonnables, la - paix en son royaulme, que les eslevés soient convaincus de - manifeste rébellion s'ils ne l'acceptent. - - - - -CCCCIIe DÉPESCHE - ---du XXVIIIe jour d'aoust 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Voyage de la reine-mère pour aller recevoir le roi.--État des - affaires en France.--Annonce d'une audience.--Nouvelles - d'Écosse. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, premier que de parachever ma dépesche, par le Sr de Vassal, -lequel vous est allé trouver, le XXIIIIe de ce moys, Grougnet, mon -secrétaire, estoit desjà arryvé, avec celle de Vostre Majesté, du -VIIIe auparavant. Et je m'en vay, tout à ceste heure, trouver la Royne -d'Angleterre, à cent mille d'icy, pour luy dire vostre partement pour -Lyon, où espérés rencontrer le Roy, vostre filz; et que, pour fère -meilleure dilligence, vous avez layssé la Royne, vostre belle fille, à -Paris, ayant seulement admené Monseigneur, et le Roy et la Royne de -Navarre, voz enfans, avecques vous. Et luy toucheray les aultres -poinctz de voz troys ou quatre dernières dépesches, espéciallement -l'espérance qu'avez de la paix, et comme il ne tiendra à Voz deux -Majestés Très Chrestiennes qu'elle ne succède bonne et seure, et de -longue durée, en vostre royaulme; pareillement de la venue des -ambassadeurs des princes d'Allemaigue, et des depputez de ceulx de la -nouvelle relligyon qui sont allez au devant du Roy; aussy des deux -levées de reytres et suysses, pour pouvoir, avec plus d'authorité, -conclure la dicte paix, ou bien réprimer, par force, l'élévation de -voz subjectz; et puis du bon ordre qu'avez layssé à Paris, pour la -police, et pour, entre aultres choses, administrer, bien et -promptement, par le grand commandeur de Champaigne et le chancellier -de Navarre, qui sont deux personnages fort notables du conseil privé -du Roy, la justice aulx Angloix, sur les pleinctes que je vous ay -dernièrement envoyées. Et mettray peyne que, de tout ce qui se pourra -tirer de voz dictes dépesches, rien n'en soit obmis, qui puisse -apporter de la satisfaction à la dicte Dame, et luy fère bien espérer -de vostre intention, et luy disposer bien la sienne vers Voz Majestez -Très Chrestiennes. - -En quoy je sentz bien, Madame, qu'il me vient de grandes traverses, du -costé des Protestantz, parce qu'ilz ont très suspect le passage que le -Roy a faict par l'Italye, et craignent qu'il y ait esté conseillé, ou -que, mesmes, on l'ayt expressément obligé, de promesse, avant qu'il en -soit sorty, qu'il poursuyvra, à oultrance, ce qu'avant estre Roy, il -avoit desjà commancé: d'exterminer ceulx de la nouvelle relligion. Et -non moins me traversent les partisans de Bourgoigne, lesquels, jaloux -du mesmes passage, allèguent à ceste princesse qu'il ne luy peult -venir ny proufit, ny secours, de continuer la ligue avec le Roy, parce -que, disent ilz, qu'il est si empesché qu'il ne se sçauroit ayder, ny -secourir, soy mesmes; et que, s'il se veult tirer d'empeschement, il -n'en a nul moyen sinon en cherchant de le fère d'une façon qui seroit -plus suspecte à ce royaume que s'il demeuroit bien empesché: et -pressent tousjours la dicte Dame d'envoyer une honneste ambassade vers -le Roy d'Espaigne. - -Néantmoins je viens d'estre adverty qu'elle a desir que je l'aille -trouver, affin d'avoyr de quoy donner, aulx ungs et aulx aultres, des -bonnes parolles, de celles qu'elle entendra de moy, et de celles -qu'elle leur pourra adapter, pour les entretenir en quelque espérance, -sans qu'ilz la pressent, à ceste heure, par trop; et aussy qu'à dire -vray, elle se tient assez doubteuse de quelle intention le Roy sera -vers elle, et ne se peult garder qu'elle n'ayt aulcunement suspectes -les forces qu'il assemble; de tant mesmement que, oultre que, de la -part des eslevez de France, et des partisans d'Espaigne, l'on use de -toutz les artifices qu'on peult pour luy en donner peur. - -Le comte de Morthon luy a, d'abondant, escript qu'il a descouvert, au -quartier du North d'Escosse, où il est de présent, qu'il y a -dellibération, en France, de fère bientost une descente par dellà; -mais je m'esforceray de luy oster ces impressions, et de luy persuader -qu'elle veuille, du premier jour, envoyer saluer le Roy, vostre filz, -et visiter Vostre Majesté, par ung personnage d'authorité, et ne -mouvoir rien cepandant jusques à son retour; comme, pour le présent, -Madame, je ne descouvre aultre chose de nouveau par deçà, sinon que -dix ou douze cappitaynes et soldatz, françoys, qui sont encores icy, -s'apprestent pour passer à la Rochelle, estant bruict, parmy eulx, que -le Roy, vostre filz, prétend d'addresser son premier exploict, de -ceste année, contre ceste ville. Et sur ce, etc. - - Ce XXVIIIe jour d'aoust 1574. - - Depuis ce dessus, ung de mes amys m'a adverty que Me - Quillegreu, qui est en Escosse, a escript à ceste princesse - qu'il est en grande espérance d'avoyr bientost ce qu'il a tant - pourchassé; et que le dict amy souspeçonne que c'est la - personne du Prince d'Escosse; et qu'il a opinyon que milord - Housdon n'est allé, ces jours passez, à Barvic, que pour ceste - occasion. Il vous plerra, Madame, adviser, avec ceulx de voz - affectionnés serviteurs, escoussoys, qui sont en France, le - moyen d'y pourvoir, et envoyer promptement sur le lieu pour - cest effect. Qui, de mon costé, feray bien, d'icy en hors, - tout, ce que je pourray; mais je ne voy pas comme, ny à qui, - m'en pouvoir bien addresser en Escosse pour y mettre - empeschement; et mesmes qu'on me veult fère souspeçonner que - cella ne se conduyra sinon avec l'intelligence d'Espaigne. - - - - -CCCCIIIe DÉPESCHE - ---du Xe jour de septembre 1574-- - -(_Envoyée jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Audience.--Félicitations d'Élisabeth sur le retour du - roi.--_Mémoire._ Détails de l'audience.--État des choses en - France.--Déclaration qu'une armée est réunie par le roi pour - forcer les protestans à faire la paix.--Protestations d'amitié - d'Élisabeth.--Sa déclaration qu'elle doit considérer le projet - de mariage comme rompu.--Conseil qu'elle donne au roi d'éviter - la guerre.--Arrivée à Londres de Mr de Méru.--Sa conférence - avec l'ambassadeur.--Sollicitation de Mr de Méru en faveur de - Mr de Montmorenci, son frère. - - - AU ROY. - -Sire, estant allé trouver la Royne d'Angleterre, à soixante dix milles -d'icy, pour traicter avec elle du contenu ez quatre dernières -dépesches, que j'ay receues de la Royne, vostre mère, elle m'a -incontinent, devant toutes aultres choses, fort curieusement demandé -si j'avoys nouvelles que Vostre Majesté fût arryvée en France, et -qu'est ce que j'entendoys de vostre bon portement et santé, car on -faysoit courir le bruict que vous estiés bien fort malade en Italye. - -Je luy ay respondu que la Royne, vostre mère, m'avoit escript, du -VIIIe d'aoust, qu'elle espéroit bien arryver, sur la fin du moys, à -Lyon, et qu'ung gentilhomme, que Vostre Majesté avoit dépesché vers -elle, vous avoit layssé sur le Pô, qui veniés, par eau, jusques à -Casal de Montferrat, bien sain et gaillard, et bien fort contant du -grand recueil, et des suprêmes honneurs, qu'on vous avoit faict par -toutz les lieux où aviés passé. De quoy elle a monstré d'estre bien -fort ayse; et sommes entrés en plusieurs honnestes devis de vostre -partement de Pouloigne, et de vostre long voyage. - -Et m'a dict qu'elle regrettoit que son royaulme ne fût en quelque -climat, où vous eussiés eu à passer, car se fût mise en debvoir de -vous y fère toutes les sortes d'honneurs et de bonne chère qu'elle eût -peu, et, possible, que l'Empereur ny la Seigneurie de Venize ne -l'eussent, de guyères, surmontée; et que de cella estimoit elle son -païs moins heureulx que vous n'en aviés approché, ny à l'aller, ny au -retour, et qu'il n'estoit en endroict où peussiés jamays addresser -vostre chemin. Et m'a fort prié, Sire, de vous présenter, et à la -Royne, Vostre mère, ses très cordialles recommandations, et vous -assurer que, sellon qu'elle pourra cognoistre qu'aurés bonne intention -vers elle, qu'elle se disposera de nourrir une bien confidente amityé -avecques vous deux. Et remettant, Sire, de vous escripre plus -amplement par mes premières, estant le mémoire, que j'envoie à la -Royne, très ample sur tout ce qui présentement occourt par deçà, je -n'adjouxteray rien plus, icy, sinon une très dévote prière à Dieu, -etc. - - Ce Xe jour de septembre 1574. - - MÉMOIRE A LA ROYNE. - - Madame, m'ayant la Royne d'Angleterre donné toute la - commodicté que j'ay desiré de pouvoir, à loysir, traicter avec - elle en la mayson du comte de Pembrok, près de Salsbury, en - une chasse où elle a voulu que je l'aye accompaignée; après - que je luy ay eu faict le plus honnorable mercyement, qu'il - m'a esté possible, pour l'exèque du feu Roy, vostre filz, - qu'elle avoit faicte cellébrer à Londres, je luy ay touché, - sellon l'ordre de voz quatre dépesches, du XXIIIe et XXVIIe de - juillet, et Ve et VIIIe d'aoust, toutz les poinctz qu'elles - contiennent; et mesmement de la condoléance que son - ambassadeur vous avoit faicte de la mort du dict feu Roy, - vostre filz, et de l'excuse, dont il vous avoit uzé, sur ce - qu'elle ne vous avoit poinct dépesché de gentilhomme, exprès - pour cella: - - Qui estoit, sellon son dire, pour ne vous augmenter davantage - voz souspeçons, et qu'elle s'attendoit de fère, de tout ung, - quand le Roy, vostre filz, seroit arryvé, lequel elle - envoyeroit saluer, et envoyeroit pareillement visiter Vostre - Majesté par ung personnage d'authorité, qui vous - signiffieroit, à toutz deux, le desir qu'elle avoit de - confirmer avecques luy l'amityé commancée avec le feu Roy, son - frère, et estre assurée de la sienne; et de voyr qu'il fît - bien administrer en son royaulme la justice aulx Angloys: qui - estoient, en substance, les principaulx poinctz que son dict - ambassadeur vous avoit lors déduictz; - - Et que Vostre Majesté l'avoit prié de la remercyer infinyement - de la condoléance, et luy escripre hardiment que le personnage - d'honneur, qu'elle eût envoyé pour la fère, n'eût pas - augmanté, ains eût plustost dimynué vostre souspeçon; car - estimiés qu'elle luy eût commandé, voyant ce que luy en aviés - escript, de vostre main, de régler si bien les gens du dict - ambassadeur qu'on ne les eût plus trouvés à vous en donner - d'occasion; et que, de nouveau, vous vous estiés plaincte à - luy de ce que, depuis le partement de son secrettère, son - aultre serviteur, Jacomo, italyen, s'estoit esforcé de - ressusciter, avec le Bastard de Bourbon, et avec une des dames - de la Princesse de Navarre, les mesmes praticques qui avoient - engendré les dictes souspeçons; de quoy vous ne pouviés rester - sinon malcontante; - - Mais, quand à l'amityé du Roy, vostre filz, qu'il lui - escripvît, d'assurance, que Vostre Majesté luy seroit caution - qu'il la luy continueroit, aussy longuement qu'avoit faict le - feu Roy, son frère, c'estoit jusques à la mort, si elle ne - l'interrompoit, de son costé; et que Vostre Majesté ne voyoit - chose plus convenable, pour la rendre perpétuelle, et pour - déchasser toutes souspeçons d'entre vous, que de parachever le - bon propos de Monseigneur le Duc, vostre filz; - - Que, touchant fère justice aulx Angloix, qu'il estoit très - nécessayre qu'on l'administrât, bonne et prompte, aulx mutuels - subjectz, en l'ung et l'aultre royaulme. - - Et là dessus je luy ay discouru l'ordre, que vous y aviés - desjà mis, pour les siens, en France, et qu'elle voulût - ordonner le semblable pour les Françoys, en Angleterre; et que - Vostre Majesté avoit donné une bien prompte provision, par - lettres patantes, à ses dicts subjectz, et, encores, pour - l'amour d'eux à d'aultres, estrangers, pour avoir l'entrée et - l'yssue libres par dellà, aussytost que aviez entendu que Mr - de La Meilleraye leur y avoit mis de l'empeschement. - - Puis ay suivy à luy parler des ambassadeurs des princes - protestantz, qui sont allez trouver le Roy, vostre filz, et - des levées de reytres et de suysses, et aultres forces, que - faysiés acheminer vers luy à Lyon, desquelles vous desiriés - bien fort que la dicte Dame ne se voulût donner aulcune - souspeçon; car estoient pour la servir, plus que pour luy - nuyre; et que Voz Majestez prétendoient, par là, de fère la - paix, avec authorité, ou bien terminer bientost la guerre, par - la force; et qu'il ne tiendroit au Roy, vostre filz, ny à - Vous, que la dicte paix ne s'en suivît, à condicions si bonnes - et si seures, pour voz subjectz, que toutz les princes - chrestiens les auroient à tenir pour manifestes rebelles, - s'ilz ne s'en contantoient. Dont, en ce cas, vous la vouliés - bien prier de se porter en bonne amye, et en confédérée bonne - seur, vers le Roy, vostre filz, contre eulx. - - La dicte Dame, devant toutes choses, ayant prins, sur le - mercyement de l'exèque, et sur l'office de la condoléance, un - argument de dire plusieurs choses à la louenge du feu Roy, et - du tort qu'elle se feroit, si elle n'en honnoroit la mémoyre, - m'a, au reste, respondu, qu'elle vous avoit amplement escript - de sa main tout ce qu'elle avoit eu sur le cueur, touchant les - particullaritez qu'elle avoit veues dans voz dernières - lettres, et touchant aulcunes aultres; lesquelles elle vous - prioit bien fort de les prendre, et de les fère prendre, de - très bonne part, au Roy, vostre filz, sellon qu'elles - procédoient d'une grande franchise, qu'elle desiroit estre - uzée entre vous; et vous ouvrir clèrement son estomac, affin - de nourrir une plus parfaicte et plus pure amityé, avec Voz - Majestez, si, d'avanture, vous ne vouliés mespriser la sienne; - et qu'il seroit en vostre main de pouvoir aussy seurement - respondre au Roy, vostre filz, pour elle, comme il vous - playsoit d'estre respondante à elle, pour luy; car, - indubitablement, vous, et luy, jouyriés de ce qu'elle avoit de - moyen et de pouvoir, et aultant qu'il y en avoit en sa - couronne, pour voz commodictés, si luy donniés bien à - cognoistre qu'elle se peût confier à Voz Majestez; et qu'elle - ne se souvenoit plus de la petite querelle qu'elle avoit eue - avec le Duc d'Anjou, et n'en vouloit avoir nulle avec le Roy - de France, ains luy ayder, en ce qu'elle pourroit, à establir - sa grandeur et accomoder ses affères; - - Et, quant à parachever le propos de Monseigneur le Duc, - qu'elle estimoit que c'estoit une chose du tout délayssée, - laquelle auroit besoing d'ung esclarcissement de beaucoup de - faictz d'autruy, là où il luy suffisoit assez qu'elle peût - bien respondre des siens; qu'elle estoit infinyement marrye de - la fascherye que l'italien Jacomo vous avoit donnée, lequel - Vostre Majesté pouvoit fère bien chastier, si elle vouloit, - car c'estoit sans qu'elle le sceût, et contre son vouloir, - qu'il faysoit ces meschantes praticques; et qu'elle commançoit - d'avoyr cest homme là pour suspect, et pour ung qui trahissoit - son maistre; et, que je serois trop esbahy d'entendre ce - qu'elle avoit commancé de descouvrir, depuis ma dernière - audience, comme bon nombre de ducatz avoient couru, en ceste - menée, pour vous mettre l'une et l'aultre en peyne, et en - mauvais mesnage, toutes deux; que d'administrer justice, en - France, à ses subjectz, c'estoit ce, de quoy elle vous vouloit - infinyement requérir, parce que ses dicts subjectz - commançoient desjà d'uzer de parolles arrogantes contre elle, - et contre ceulx de son conseil, de ce qu'elle ne prenoit - aultrement à cueur leurs injures, pour leur en faire avoyr - leur réparation et revenche; et qu'indubitablement c'estoit la - chose qui pouvoit plustost admener une ropture entre vous, - s'il n'y estoit bien remédyé; - - Qu'elle avoit grand playsir que les princes d'Allemaigne - eussent desjà envoyé devers le Roy, vostre filz, ainsy qu'elle - avoit aussy desjà faict élection d'ung de ses milords, pour le - luy dépescher, incontinent qu'elle entendroit son arryvée à - Lyon; et qu'il ne falloit doubter que toutz les Protestantz - n'eussent assez suspect son passage, qu'il avoit faict par - l'Italie; et que, s'ilz voyoient maintenant qu'il poursuivît - ses subjects, qui sont de leur religyon, par les armes, qu'ilz - ne jugeassent incontinent que les mesmes armes s'adresseroient - à eulx, aussytost qu'il auroit faict en son royaulme; dont ilz - pourvoyroient, de bonne heure, à leurs affères; - - Et, si elle n'estoit pas trop ignorante des affères du monde, - elle pronosticquoit une plus obstinée et plus dangereuse - guerre en France, que n'avoient esté toutes les précédentes, - si le Roy et Vous, Madame, n'embrassiés la paix; ce qui luy - faysoit grandement louer la dellibération qu'aviés prinse, - qu'il ne tiendroit ny à luy, ny à Vostre Majesté, qu'elle ne - se fît; et que, pour ce regard, approuvoit elle bien fort les - levées des estrangers et les forces du royaulme, que faysiés - acheminer au devant de luy, à Lyon, affin qu'elles luy - peussent servir de meilleur moyen et de plus d'authorité en - cella; desquelles forces, pour ceste occasion, elle ne se - donnoit poinct de peur, ny n'en prenoit aulcune souspeçon, - jugeant qu'elles luy faysoient bien besoing pour luy, et qu'il - avoit assés où les employer, en son propre estat, sans en - aller troubler ses voysins; et qu'elle vous prioit toutz deux - de croyre fermement que, si voz subjectz ne se vouloient - contanter de la rayson, ny accepter les honnestes condicions - qu'il vous plerroit leur donner, et qu'il apparût tant soit - peu de rébellion en eulx, que non seulement elle leur - dényeroit toute retraicte et assistance en son royaulme, mais - qu'ilz n'auroient nulle plus mortelle ny plus irréconciliable - ennemye qu'elle, en tout ce monde universel; - - Et se sont faictes, Madame, plusieurs aultres honnestes - déductions et plusieurs réplicques sur les susdicts propos, - desquels, et de toutes ses démonstrations, et de plusieurs - discours que j'ay eus avec ceulx de son conseil, je n'ay - poinct comprins qu'elle et eulx ayent aultre intention que - celle que je vous ay desjà mandée par mes précédentes, du - XXIIIe du passé: c'est de persévérer en l'amytié du Roy, - vostre filz, avec la considération toutesfoys et réserve de ce - qu'elle vous a dernièrement escript, de sa main; qui espère - encores que, sur cella mesmes, ce que je luy ay déduict de - raysons luy tiendront modérée sa trop violente impression. - - Après estre de retour de la dicte Dame, j'ay trouvé que Mr de - Méru estoit arryvé en ceste ville, lequel m'a incontinent - envoyé ung des siens pour me dire qu'il me viendroit fère - entendre l'occasion qui le menoit par deçà, quand je serois de - loysir; dont soubdain, je luy ay renvoyé troys ou quatre des - miens, pour le conduyre en mon logis; mais cependant aulcuns - l'ont eu diverty de n'y venir poinct. - - Vray est qu'il m'est depuis venu trouver, aulx champs, où il - m'a déclaré qu'il s'estoit retiré d'Allemaigne, pour éviter de - ne donner aulcune souspeçon de luy à Voz Majestez, ayant receu - une lettre de madame la connestable, laquelle il m'a monstrée, - qui l'advertissoit de la détresse, où elle estoit, d'entendre - le bruict, qui couroit de luy et de son frère, qu'ilz fussent - pour dresser des praticques en Allemaigne, et pour mener des - reytres en France; et qu'il advisât de s'oster de là: n'y - ayant aultre chose, en substance, dans la dicte lettre, sinon - qu'elle l'exortoit au reste de prier fort Nostre Seigneur et - la Vierge Marie; - - Et que, suyvant le conseil de la dicte Dame, il estoit passé - en ce royaulme, comme en pays allié et confédéré du Roy, où il - ne pouvoit fère de moins que de bayser la main de la Royne - d'Angleterre, et la prier d'intercéder pour monsieur de - Montmorency, son frère, à ce qu'il playse à Voz Majestez Très - Chrestiennes le recognoistre pour vostre très fidelle et loyal - subject et serviteur, et pareillement luy, qui ne s'est jamays - entremis plus avant que de très humblement obéyr à tout ce que - luy aviez commandé; et que si, à ce retour du Roy, Voz - Majestez vouloient uzer de clémence et de douceur, vers le - dict Sr de Montmorency, et vers Mr le maréchal de Cossé, qu'il - s'yroit jetter à voz piedz; et sçavoit que touts les siens le - feroient de mesmes, pour n'entendre jamays à rien aultre chose - qu'à bien employer leurs vies pour vostre service. - - Sur quoy l'ayant conforté de toute bonne espérance de Voz - Majestez, aultant que je l'ay peu, et sceu fère, je l'ay fort - admonesté d'accomoder tout son parler par deçà à la louange et - réputation de Voz dictes Majestez et de Monseigneur le Duc et - de la couronne de France, et n'uzer d'aulcun déportement qui - puisse estre ny contre vostre intention, ny contre le présent - estat de voz affères; et que, indubitablement, je le ferois - observer, pour ne vous dissimuler rien de ce que j'entendrois - de luy; - - Et, quand à l'intercession qu'il vouloit rechercher de la - Royne d'Angleterre, qu'il pensât que la clémence et - débonnayreté du Roy et la vostre n'avoient à se mouvoir tant, - vers messieurs les mareschaulx, à l'entremise d'ung prince - estranger, ny pareillement leur justiffication en estre tant - advancée, comme elle le seroit par ung vray et naturel debvoyr - de bons et fidelles subjectz, s'ilz mettent peyne de le fère - eulx mesmes bien cognoistre à Voz Majestez. - - Sur quoy il m'a fort pryé d'octroyer ung passeport à ung sien - argentier pour aller supplyer madame la connestable de luy - fère tenir, icy, de l'argent pour sa despence, me donnant sa - foy et son honneur qu'il n'auroit, ny par lettres, ny en - parolles, aultre charge que celle là; ce que je luy ay promis - de fère, pour ne l'estranger trop, et ne le laysser trop - praticquer de ceulx qui le voudroient mal persuader. - - Avec Mr de Méru sont arryvés le cappitayne La Porte et le - cappitaine Chat, desquelz je n'ay oublyé ce qui m'en a esté - escript du vivant du feu Roy; dont je vous supplye très - humblement, Madame, me mander, à ceste heure, comme j'en - auray à uzer; et ce que j'auray à fère entendre, de la part de - Voz Majestez, au dict Sr de Méru et à eulx. Mr le vydame - monstre d'estre entièrement résolu de partyr, d'icy, bientost, - pour se retirer en Allemaigne. - - - - -CCCCIVe DÉPESCHE - ---du XVe jour de septembre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounier._) - - Traité conclu entre l'Angleterre et l'Espagne.--Nouvelles de la - Rochelle.--Négociation des protestans de France avec le prince - d'Orange.--Affaires d'Écosse. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, j'ay receu, le treiziesme du présent, la dépesche de Vostre -Majesté, du XXVIIe du passé, et, avec icelle, une consolation, trop -plus grande que je ne le sçaurois exprimer, pour m'avoyr tiré hors -d'une incertitude, où, plus de douze jours durant, m'a détenu le faulx -bruict, qu'on a faict courir, de la maladye du Roy, vostre filz, et de -l'indisposition et retour de Vostre Majesté à Paris, à cause, ce -disoit on, de quelque désordre qui vous estoit survenu en chemin. Dont -je loue Dieu que, en son voyage et au vostre, toutes choses se sont -ainsy bien portées, comme Vostre Majesté me l'escript. Il est très -certain que la venue sienne faict craindre et faict espérer à divers -diverses choses; dont les affections se manifestent en ce que les ungs -s'en resjouyssent infinyement, et prient pour sa prospérité, et -desirent qu'il ayt soing de se conserver, et mesmes me sollicitent de -vous advertyr toutz deux bien expressément, et comme par chose -nécessayre, que vueillés prendre bien garde à voz personnes; les -aultres parlent et font toutes choses comme gens mal assurez, qui ont -beaucoup de meffiance. Et parce que ces segonds vont semant plusieurs -discours, et beaucoup de grands argumentz, à leur poste, en ceste -court, ceste princesse et ceulx de son conseil s'en layssent plus -facillement aller aux offres et persuasions d'Espaigne; de sorte que -l'accord des Pays Bas s'en est du tout ensuivy. Et le seul poinct qui -tenoit l'affère accroché, qui estoit pour cent mille escuz, que les -subjectz du Roy Catholicque demandoient pour récompence, a esté vuydé -à leur prouffict: sçavoyr est que les Angloys leur en payeront -soixante quinze mille. Et s'espère qu'il se renouvellera une fort -grande et estroicte amityé entre le dict Roy Catholicque et ceste -princesse, et que touts les anciens commerces et entrecours, d'entre -leurs pays et subjectz, seront remis; qui semble à ceulx cy d'avoyr -recouvert ung très ferme appuy de ce costé là. Et n'ont obmis aussy, -entendans qu'il se debvoit tenir une diette en Allemaigne, d'y envoyer -ung personnage de qualité, nommé le sir Henry Quenols, qui est assez -favorizé en ceste court, et l'ung des plus parciaulx protestantz de ce -royaulme, affin de se fortiffier de cest aultre endroict. Et je ne -despère pas qu'ilz ne recherchent de mesmes, et, possible, plus -ardemment que de nul aultre prince, l'amityé et intelligence du Roy, -vostre filz, estant le voyage du milord, que ceste princesse luy doibt -envoyer, desjà tout résolu, aussytost qu'on entendra son arryvée à -Lyon; qui pense que ce sera milord de North. - -L'on m'a adverty que le Sr de La Noue a escript plusieurs lettres par -deçà, et que, par icelles, il monstre de desirer infinyement la paix, -et de vouloir rendre toute obéyssance au Roy; mais crainct que le Roy -ne vueille donner la dicte paix bien seure à ses subjectz, ny avec -les condicions qu'ilz demandent pour leur religyon et conscience, et -qu'en ce cas luy et touts ceulx qui ont prins les armes par dellà sont -résolus de souffrir, avec toutes les aultres extrémitez, la mort -mesmes, premier que de rien quicter de leur dicte religyon; et que -pourtant ilz supplyent la Royne d'Angleterre, et les seigneurs -d'auprès d'elle, de ne concevoyr aulcune sinistre opinyon qu'ilz -vueillent estre rebelles, encor qu'il soit rapporté qu'ilz n'ayent si -tost posé les armes. Et cependant, Madame, je suis adverty que ceulx -de la Rochelle se pourvoyent, en Hembourg, et à Hendem, et en Ollande, -et encores en ce royaulme, là où ilz peuvent, de grand nombre d'armes, -et de pouldres, et d'autres monitions de guerre, creignant que le Roy -les vueille assiéger. Et le ministre Textor est passé devers le prince -d'Orange, affin d'impétrer de luy un nombre de navyres armez, pour les -tenir en Brouage, et sur la coste de la Rochelle, chose qu'on asseure -desjà icy que le dict prince luy a accordée, tant pour se relever des -frays d'ung si grand nombre de vaysseaulx, qu'il a ordinayrement à -entretenir, veu que l'armée d'Espaigne ne faict plus semblant de -venir, que pour maintenir tousjours vifve la guerre par mer en France, -affin que le Roy n'ayt moyen, par la mesmes mer, de favorizer les -affères du Roy Catholicque, et que rien ne puisse venir d'Espaigne, -qui ne tombe en leurs mains. J'entendray plus avant du voyage du dict -Textor, quand il repassera par icy. - -Les cappitaynes Barache, Limons et dix ou douze aultres soldatz -françoys se sont embarquez, depuis troys jours, pour aller à la -Rochelle. Mr de Méru n'est poinct encores allé trouver la Royne -d'Angleterre, et se tient retiré en son logis. Je luy feray part des -nouvelles de Mr de Dampville son frère, affin de le fère tousjours -mieulx espérer de son propre faict. Ung agent du comte Palatin vient -de passer, ce matin, par la poste, qui va trouver ceste princesse. -J'ay envoyé incontinent après pour le fère observer. - -L'on me continue les advis que je vous ay cy devant mandez, comme il -se mène une bien chaude praticque de mettre le prince d'Escoce ez -mains des Angloix, et qu'à cest effect le comte de Houtinthon a esté -jusques à Barvic, dont j'ay dépesché exprès ung escoussoys vers les -seigneurs du pays, affin d'y donner tout l'empeschement qu'il sera -possible; et si j'entends que cella passe oultre, je m'y oposeray à -ceste princesse, mesmes au nom du Roy, vostre filz, tout ouvertement. -Et sur ce, etc. - - Ce XVe jour de septembre 1574. - - - - -CCCCVe DÉPESCHE - ---du XIXe jour de septembre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Nycolas._) - - Départ du secrétaire de l'ambassadeur - d'Angleterre.--Sollicitations des protestans de France et des - princes d'Allemagne.--Fabrique de fausse monnaie établie en - Angleterre pour soutenir la guerre en France.--Nouvelles - d'Écosse.--Audience accordée par Élisabeth à Mr de Méru. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, par la dépesche, que Vostre Majesté m'a faicte, de Lyon, le -dernier du passé, j'ay eu assez de quoy bien convaincre ceulx qui -disoient que le Roy, vostre filz, et Vostre Majesté avoient eu du -destourbis et empeschement en leurs voïages, et aussy de quoy bien -confirmer la bonne opinyon de ceulx qui avoient tousjours espéré, et -qui espèrent encores très bien des affères de Voz Majestez. Je ne -fauldray, à la première nouvelle, qui m'arrivera que le Roy soit entré -en son royaulme, d'aller retrouver ceste princesse, au retour de son -progrès, laquelle est encores assez loing, pour m'en conjouyr avec -elle, et pour haster le partement du millord qu'elle vous doibt -envoyer. Et cependant je vous diray, Madame, que le secrettère de -l'ambassadeur de la dicte Dame est assurément repassé en France, et -m'a mandé ses excuses, de Bouloigne, en hors, de ce qu'il n'estoit -passé devers moy, confessant qu'il luy avoit esté commandé de le fère, -mais que les aultres commissions, qu'on luy avoit baillées en ceste -ville, luy avoyent faict oublyer ceste cy. - -Celluy Poutrin, qui se faict appeller Dupin, est encores icy, n'ayant -peu, avec toute l'assistance des ministres, impétrer rien de ceste -princesse par dessus ce que je vous ay desjà escript: qu'elle s'estoit -dellibérée d'attandre comment procèderoit le Roy, vostre fils, vers -elle, et vers l'entretènement de la ligue, qu'elle avoit avec le feu -Roy, son frère, premier que de rien attempter contre luy. Ce qui a -faict mettre en avant par les plus passionés ces faulx bruictz que je -vous ay desjà mandez, affin d'essayer s'ilz la pourroient mouvoir à -leurs affections; et ne m'ont espargné en leurs discours vers elle, -disantz que je la trompois de mensonges et de veynes persuasions, et -que je luy allois racomptant du faict du Roy, vostre filz, et de -Vostre Majesté, et de voz affères, tout au contraire de ce que j'en -sçavoys; tant y a que le dict Poutrin est encores icy, attendant sa -résolution. Et le ministre Textor n'a pas esté conseillé, arryvant de -la Rochelle, d'aller rien pourchasser en ceste court, car ont bien veu -que cella ne luy eût esté que temps perdu; dont, après qu'il a eu -faict assembler, par quatre ou cinq foys, le conseil des ministres, en -ceste ville, sur les moyens de pourvoyr au secours et deffance de la -Rochelle, et pour dresser des forces par mer par dellà, il est passé -devers le prince d'Orange en Hollande, et Du Lua a esté renvoyé en -Allemaigne. Et m'a quelqu'ung adverty que, sellon la négociation qu'a -faicte le dict Textor, il semble que ceulx de la nouvelle religyon, de -la Rochelle et du Poictou, se sentent pressés, et qu'ilz sont assez -effrayés; dont, si Brouage estoit reprins, je croy que les Angloix, à -très grande difficulté, se mouveroient jamays par mer pour eulx, par -faulte de retraicte; parce que celle là seule leur semble opportune, -puisque les Rochellois ne les veulent recevoyr dans leur ville, et -aussy que la commodicté du sel, du quel ilz font leurs contratz et -marchez, leur deffaudroit. - -J'entends que cest agent du comte Palatin qui est freschement arryvé -en ceste court, et encores ung aultre allemant qu'on estime estre -agent du duc de Saxe, ont eu à fère deux sortes de légation à ceste -princesse: l'une, ouverte, pour la prier de conformer les instructions -du millord, qu'elle envoyera devers le Roy, à celles que leurs mestres -ont baillées à leurs ambassadeurs, qu'ils luy ont desjà dépeschées, -tendantes au soulagement de ceulx de leur religyon et à mettre ung -repos en la Chrestienté; et l'autre, secrette, pour luy remonstrer -qu'elle et les aultres princes protestantz doibvent avoyr une grande -considération sur le retour du Roy, vostre filz, et sur le passage -qu'il a faict par l'Italye, qui leur doibt estre grandement suspect, -et que la légation du cardinal Saint Sixte, nepveu du Pape, vers luy, -et les confidentes démonstrations que luy ont uzé ceulx qui -commandent pour le Roy d'Espagne en l'estat de Milan, leur debvoient -estre arguments irréfragables que l'intelligence et confédération de -ces deux puissants Roys avec le Pape est très certeyne. Dont l'ont -exortée qu'elle vueille, avec les aultres princes protestantz, -pourvoyr, de bonne heure, à leur seureté, et favorizer, en France et -en Flandres, ceulx qui ont prins les armes pour la deffence de leur -dicte religyon, pendant qu'ilz sont encores en pieds; et qu'il y -auroit bientost une levée de sept mille reytres et quatre mille -lansequenetz en estre, qui seroit preste de marcher en leur faveur, -s'il se pouvoit trouver moyen de leur fournyr deux centz mille escuz -pour leurs deux premiers payementz. Sur quoy je croy bien que, -touchant le premier poinct de leur légation, les dictz agentz seront -fort bien respondus: c'est que la dicte Dame fera par le dict milord -parler le mesme langage que leurs mestres à Voz Très Chrestiennes -Majestez; mais j'espère bien qu'ilz ne seront assez bons orateurs pour -impétrer si tost les deux centz mille escuz, bien que quelqu'ung m'a -dict que les évesques de ce royaulme offroient d'y contribuer et d'y -fère contribuer leurs diocèses: ce qui n'est pas matière bien preste. - -Et ce que je crains le plus est ung aultre moyen de recouvrer deniers, -et qui est esmerveillable et bien frauduleux, c'est que certains -allemands et ollandoys, et encores, m'a l'on dict, quelques françoys, -ont entreprins de forger, en ung endroict de ce royaulme, jusques à -ung million d'escus, du coing de France, d'Espaigne et de Flandres, -pour soustenir ceste guerre; qui seront si bien faicts qu'on n'en -pourra, ny au poix, ny à la touche, cognoistre la différence dans les -bons; et que desjà ils ont si bien commancé d'y besoigner, avec la -secrette permission d'aulcuns de ce conseil, qu'ilz ont cinquante -mille escuz de France toutz pretz. A quoy, Madame, il est besoin de -pourvoyr, et mander à Paris, et aultres principalles villes, où la -première emplète s'yra fère, qu'on y prenne bien garde; et je ne -fauldray de vous mander, de jour à aultre, tout ce que j'en pourray -descouvrir davantage. - -Me Quillegreu est revenu, depuis deux jours, en poste, d'Escosse, et -l'on continue toujours de m'advertyr qu'il mène la praticque d'avoyr -la personne du Prince d'Escosse par deçà, dont je suis bien en peyne -que cella se trame si secrettement que je ne le puis bien descouvrir. -Mr de Méru est allé trouver ceste princesse à Fernand Castel, où elle -luy a assigné l'audience à ce jourdhuy. Il faict toutes démonstrations -de se vouloyr comporter en très bon et fidelle subject du Roy, mais -tels que je voirray estre ses déportements, je ne fauldray de les vous -tesmoigner. Et sur ce, etc. Ce XIXe jour de septembre 1574. - - - - -CCCCVIe DÉPESCHE - ---du XXIIIIe jour de septembre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Crainte des Anglais que le roi n'ait formé une ligue avec le pape - pour détruire le protestantisme.--Leurs efforts pour s'emparer - du prince d'Écosse.--Arrestation et mise en liberté de ceux qui - fabriquaient la fausse monnaie.--Nouvelles d'Irlande. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, en attendant d'avoyr bientost la certitude de la bonne et -desirée nouvelle que le Roy, vostre filz, soit entré en son royaulme, -laquelle se faict desjà aulcunement confesser par ceulx qui plus -opinyastroient qu'elle n'adviendroit jamays, j'ay faict sçavoyr à la -Royne d'Angleterre ce que Vostre Majesté m'en avoit escript, du -dernier du passé, laquelle a monstré non seulement d'en estre bien -ayse, mais a faict grand signe d'allégresse de ce qu'il ne pouvoit -apparoir qu'il y deût plus avoyr de difficulté, ny de retardement, en -son voyage; et s'est efforcée de donner à cognoistre à ung chascun que -véritablement elle avoit grand playsir du retour de ce prince; et a eu -à dire plusieurs choses, de la vertu et du bonheur qui accompaignent -ses entreprinses, et du contentement qu'elle aura d'estreindre une -bonne amityé avecques luy, si, d'avanture, il ne veult point mespriser -la sienne. Et m'ont ceulx de ce conseil envoyé curieusement demander -si Voz Majestez s'achemineroient bientost vers Reims, ou bien si elles -prendroient aultre chemin, affin de pouvoir mieulx ordonner du -partement du millord qui vous doibt aller trouver. Je leur ay respondu -cella mesmes que j'ay veu, par vostre lettre, que en aviés desjà dict -à leur ambassadeur; et aulcuns d'eulx m'ont, d'abondant, faict part de -celle légation ouverte, que les agens des princes d'Allemaigne, -lesquelz sont encores à la suyte de ceste court, ont faicte à la dicte -Dame: qui m'ont mandé que c'estoit en la propre forme que je l'ay -desjà escript par mes précédentes, du XIXe du présent, mais ne m'ont -rien touché de leur aultre secrette négociation; dont a esté besoing -que je l'aye recherchée d'ailleurs. - -Il est bien vray que touts mes advis se rapportent à ce que ceste -princesse conviendra sans doubte avec les dictz princes de fère -remonstrer au Roy, vostre filz, plusieurs choses, touchant le -soulagement des Protestantz, et d'establir, pour le regard de l'estat -de la religyon, une paix publicque en la Chrestienté; mais que, pour -encores, elle ne résouldra rien, ny de guerre, ny de paix, ny de -ligue, ny de contributions de deniers, là dessus, avec les dicts -princes, qu'elle ne voye plus avant comme le Roy se déportera vers -elle. Qui cognois bien, Madame, que quelle démonstration qu'elle face, -elle ne peut encores prendre assés de confiance de luy, tant pour les -choses qui ont passé au propos d'entre eulx deux, que pour se -représanter encores en l'esprit ce qu'elle a d'autrefoys creu, que la -Royne d'Escoce luy avoit cédé le droict et le tiltre qu'elle prétend -en ce royaulme, se persuadant la dicte Dame que le mesme conseil, -duquel il se conduysit lors, ez dicts deux affères, est en plus -d'authorité qu'il ne fut jamays près de luy. Sur quoy je n'ay obmis -une seule de toutes les démonstrations, dont j'ay peu user à elle et -aulx siens, que je ne les leur aye franchement déduictes, pour les -divertyr de ceste opinyon. Néantmoins ilz ne cessent, sur ce retour de -Me Quillegreu, sellon qu'on m'en a adverty, de dellibérer chaudement -comme ilz pourront avoyr le Prince d'Escosse par deçà, bien que la -dicte Dame tient cella aulcunement suspect pour elle, et n'y entend -qu'à regret. Mais il y a grand apparance que les persuasions des -Protestantz, lesquelz veulent fère nourrir ce petit prince à leur -mode, comme celluy qu'ilz réputent desjà aparant successeur de ce -royaulme, et qui remonstrent que c'est la principalle seureté de ceste -princesse, et de son estat, que d'avoyr la mère et le filz en ses -mains, la facent enfin condescendre à leur intention, mesmement s'ilz -trouvent que les choses ne soient trop difficiles, du costé d'Escosse. -Et y en y a aulcuns qui estiment qu'on essayera de tretter cella avec -la Royne d'Escoce mesme, avec promesse de luy amplyer sa liberté, si -elle le veult consentir; et que, pour le mieulx conduyre, l'on a -trouvé moyen de fère persuader, par la duchesse de Suffolc, laquelle -n'ayme poinct la Royne d'Escoce, au comte et comtesse de Cherosbery, -en faysant le mariage de leurs enfans, qu'ilz feront bien de remuer la -Royne d'Escoce au chasteau de Pontfroid, qui est l'une des maysons de -la Royne d'Angleterre; ce que je ne sçay encores bien au vray si tout -cella succèdera. - -Tant y a qu'ayant desjà faict dire, en passant, au comte de Lestre que -j'en avois eu le vent, mesmement du faict du petit Prince, et que -c'estoit chose qui ne se pourroit conduyre sans offancer le Roy, -lequel estoit le principal alié de la couronne et des Princes -d'Escosse, il m'a seulement mandé que je réputois sa Mestresse et -ceulx de son conseil plus sages et plus pourvoyans qu'ilz n'estoient, -et que, pleût a Dieu, qu'ilz peussent avoyr le dict Prince, sans m'y -respondre rien davantage. Et me vient on de dire qu'on est après à -fère une dépesche pour renvoyer le dict Me Quillegreu, de rechef, par -dellà. Il sera bon, Madame, que, sur l'occasion de ce que Mr de Glasgo -remonstrera au Roy, en sa première audience, Voz dictes Majestez -parlent ung peu de bonne sorte à l'ambassadeur d'Angleterre des -affères d'Escoce, et de l'estat de la Royne et du Prince du dict pays, -affin d'arrester les instantes poursuites de ceulx cy: vous ayant à -dire au surplus, Madame, qu'on avoit trouvé moyen de fère constituer -prisonniers aulcuns de ceulx qui forgent par deçà celle faulce -monnoye, dont, par mes précédentes, je vous ay faict mencion, mais ilz -ont esté assez tost eslargis par secret mandement d'aulcuns de ce -conseil; ce qui me faict avoir davantage suspecte l'inique et -meschante provision de deniers qu'ilz font, laquelle j'entendz, quand -à ce qui s'en bat du coing de France, que c'est de celluy du feu Roy, -dernier décédé, dont je mettray peyne d'en recouvrer quelque pièce si -je puis, pour vous en envoyer la monstre. Et sur ce, etc. - - Ce XXIVe jour de septembre 1574. - - Depuis ce dessus, j'ay eu advis de ceste court de deux choses: - l'une est que la dépesche qui y est arryvée de Mr le docteur - Dayl, du Ve du présent, y a suscité beaucoup d'escrupulles de - la dellibération, qu'il mande que le roy aporte d'Italye - contre les Protestantz; et l'aultre, que, en Irlande, le comte - d'Esmond ayant esté attiré à parlementer, il a esté, soubz - parolle de paix, détenu prisonnyer, et le conduict on - maintenant soubz bonne garde par deçà. Je mettray peyne de - vériffier l'une et l'autre nouvelle pour vous en mander plus - de certitude par mes premières. - - - - -CCCCVIIe DÉPESCHE - ---du XXIXe jour de septembre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Nouvelles d'Écosse.--Disposition des Écossais à maintenir - l'alliance avec la France.--Assurance donnée à l'ambassadeur - que Mr de Méru ne sollicite de la reine rien autre chose que - son intercession en faveur de Mrs de Montmorenci et de - Cossé.--Nouvelle de l'arrivée du roi à Lyon.--Désignation de - lord de North pour passer en France. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, celluy que j'avoys, il y a desjà assez longtemps, dépesché en -Escoce, quand Me Quillegreu y alla, est revenu depuis deux jours, -lequel m'a rapporté de plusieurs seigneurs, à qui il dict avoyr parlé, -et leur avoyr bayllé mes lettres, par dellà, leurs responces de -bouche, parce qu'ilz n'ont ozé m'escripre, ne m'ayant apporté que -celle seule du comte d'Arguil, et du laer de Quelseit, par escript. - -Je m'assure que l'on ne veut souffrir au dict pays, en façon que ce -soit, qu'on y propose rien contre la ligue de France; et mesmes le -comte de Morthon monstre de ne le vouloyr essayer, par ce, possible, -qu'il sent qu'aussy bien il ne le pourroit mener à bout; et qu'encores -qu'il se laysse entretenir et poursuyvre par grande instance de Me -Quillegreu, sur la consignation de la personne du jeune Prince à la -Royne d'Angleterre, qu'il n'y a apparence quelconque, (quand bien -l'avarice l'aveugleroit de s'en obliger à elle moyennant quelque somme -d'angelotz, ainsy qu'on dict qu'on luy en promect beaucoup), qu'il le -puisse néantmoins, sans beaucoup de contradiction, ny sans beaucoup de -danger, effectuer; et mesmement, si Voz Majestez Très Chrestiennes -faictes voyr et entendre par dellà que vous ne le voulez, ny mesmes -n'estes pour souffrir qu'il se face. - -Le mesmes messager m'a aussy apporté une lettre du duc de -Chastelleraut pour la Royne d'Escoce, et ung petit pourtraict du jeune -Prince, son filz. J'advizeray de le luy fère tenir par la plus seure -et commode voye qu'il me sera possible; et j'espère que, par cest -aultre messager, que j'ay dernièrement dépesché au dict pays, lequel -toutesfoys cestuy n'a pas rencontré, les seigneurs de dellà seront -davantage confirmés en leur bonne dellibération vers le Roy, vostre -filz, et vers sa couronne. - -La femme du comte de Morthon est morte depuis quinze jours en çà, au -grand contantement de son mary, qui est après à choysir party; et -s'espère que, par le moyen de quelque alliance, il se réduyra à plus -de modération qu'il n'en a monstré jusques icy. - -Mr de Méru est retourné, depuis deux jours, de devers ceste princesse, -avec laquelle il a esté huict jours entiers. Et j'entendz qu'il a esté -fort humaynement receu d'elle, et que les seigneurs de ceste court luy -ont faict beaucoup d'honneur et beaucoup de courtoysyes, l'ont traicté -et l'ont accompaigné à la chasse, et luy ont donné tout le playsir -qu'ilz ont peu. Et l'ung d'eux m'a mandé que je ne fusse poinct en -peyne de chose qu'il peût pourchasser vers elle, car m'assuroit que, -si elle n'eût esté bien certeyne qu'il n'avoit à luy parler qu'avec -grand honneur et respect de Voz Majestez Très Chrestiennes, et que -seulement il la vouloit requérir d'intercéder pour Mrs les -mareschaulx, ses frère et beau père, qu'elle ne l'eût aulcunement -admis en sa présence. Tant y a que je ne lairay, pour cella, de le -fère tousjours observer, affin de vous mander, le plus au vray que je -pourray, quelz seront ses déportementz. - -J'ay sceu, à la vérité, que la dépesche de Mr le docteur Dayl, du Ve -du présent, a engendré assez d'escrupulles en ceste court, mais l'on -ne m'a encores sceu bien discerner sur quelles particularités ce peut -estre; tant y a que, depuis, est arryvé ung de ses secrettères, nommé -Devet, lequel est venu en dilligence, de qui les propos n'adoulcissent -pas beaucoup ce que son maistre avoit altéré. Et, auparavant le dict -Devet, estoit passé, icy, ung qui se dict serviteur de madame de -Ferrare, lequel ne s'est nullement addressé à moy, ains m'a l'on dict -qu'il a eu grande communicquation avecques Villiers et avec les -aultres ministres françoys qui sont en ceste ville. - -Milord trézorier, estant encores le dict Sr de Méru à la court, s'est -retiré en une sienne mayson des champs, pour quelques jours, assez -près de ceste ville, où il a festoyé les agentz des princes -d'Allemaigne; desquelz j'entendz que celluy du comte Palatin est -escouçoys, frère de Me Robert Melvin, et les principaulx supostz et -entreméteurs de la nouvelle religyon s'y sont trouvez, qui m'ont rendu -davantage curieux de fère observer ce qui s'y feroit. Et l'on m'a -rapporté que la responce y a esté rendue aulx dictz agentz, et leur -dépesche bayllée pour s'en retourner; mais je n'ay encores peu sçavoyr -qu'est ce qu'elle contient, ny si Mr le vydame, qui a bien esté au -festin, l'a sceue, lequel s'est enfin entièrement résolu de passer -avec les dictz agentz en Allemaigne. Mais je croy que ce ne sera sans -me venir dire adieu, et je ne fauldray de l'exorter vifvement qu'il ne -vueille rien mouvoir par dellà qui puisse estre contre l'intention de -Voz Très Chrestiennes Majestez, ny contre le desir qu'il a tousjours -montré avoyr à la tranquillité du royaulme. En cestuy mesmes festin du -dict grand trézorier m'a esté suscité ung aultre escrupulle, pour la -comtesse de Lenox qui s'y est trouvée, et pour avoyr icelluy grand -trézorier et Me Quillegreu, et le dict Melvin, agent du comte Palatin, -conféré longuement et fort estroictement avec elle; dont, depuis, j'ay -sceu qu'elle s'apreste d'aller jusques en une sienne mayson qui est -vers le North, et que, de là, elle passera en Escoce, pour visiter le -jeune Prince, son petit filz, ce que je juge n'estre à aultres fins -que pour essayer de l'avoyr entre ses mains, affin de le transporter -par deçà, et que ceulx cy veulent, en toutes sortes, tenter tous -moyens à eulx possibles pour surmonter les difficultez qui s'y -pourroient trouver. A quoy je vous supplye très humblement vouloir -pourvoyr du costé de dellà; car je crains bien fort que, nonobstant -ce que m'a rapporté le messager, qui naguères en est venu, je ne -pourray mettre assez de suffizans obstacles, du costé d'icy, pour les -empescher. Et sur ce, etc. - - Ce XXIXe jour de septembre 1574. - - Ainsy que je signois la présente, milord de North m'a envoyé - dire, par ung sien gentilhomme, que la Royne, sa Mestresse, - ayant eu advertissement par son ambassadeur, comme le Roy, - vostre filz, estoit arryvé à Lyon, elle luy avoit incontinent - commandé de haster son partement pour l'aller trouver, et - qu'il dellibéroit de partir, le quatriesme ou cinquiesme - d'octobre, mais que, devant cella, il me viendroit visiter, - ainsy qu'il avoit commandement de le fère; et cependant me - prioit de donner ordre qu'à Bouloigne, et sur les chemins, il - peût trouver des chevaulx prestz pour fère meilleure - dilligence. Dont présentement j'en fays ung mot de lettre à Mr - de Calliac; et je vous suplye très humblement, Madame, de - commander ce que Vostre Majesté sçayt estre expédient pour le - fère honnorer et bien recevoyr, tant par les chemins - qu'arryvant à la court, sellon que ce premier acte, de la - confirmation d'amityé d'entre le Roy, vostre filz, et la - Royne, sa Mestresse, semble infinyement le requérir. - - - - -CCCCVIIIe DÉPESCHE - ---du Ve jour d'octobre 1574.-- - -(_Envoyée jusques à Bouloigne par ung des gens de milord de North._) - - Desir d'Élisabeth de conserver l'alliance avec la France.--Départ - de lord de North.--Négociations des princes - d'Allemagne.--Pacification de l'Irlande.--Nouvelles d'Écosse. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, je n'ay receu les lettres de Vostre Majesté, du VIIIe de -septembre, jusques au vingt uniesme jour de leur dathe, à cause que la -mer a esté si haulte qu'on ne l'a peu passer, sinon envyron la fin du -moys; et, avec icelles, j'ay receu la coppie de la lettre que la -Royne d'Angleterre a escripte, de sa main, à Vostre Majesté; en -laquelle, encor qu'elle uze de beaucoup de digressions, et d'aulcunes -formes de parler qui n'expliquent qu'à demy ce qu'elle a voulu dire; -et, en d'autres endroictz, elle s'efforce d'en fère plus comprendre -qu'elle n'en veut exprimer, si descouvre elle bien avant de -l'intérieur de son cueur; et monstre de l'avoyr grandement esmeu, et -que diverses impressions la mettent à ne sçavoyr comme espérer de -l'amityé du Roy, vostre filz, ny si elle se doibt résoudre de -renouveller la ligue avecques luy, au cas qu'il le luy demande, ou -bien si elle doibt retourner à celle de Bourgoigne. - -Et en cella, Madame, j'ay à dire à Vostre Majesté que, depuis le -passage du Roy, vostre filz, en Italye, et la bonne et grande opinyon -qu'on dict qu'ung chascun a conçue de luy, à voyr seulement sa -présence, et son maintien, et ses vertueux déportemens, partout où il -a passé, joinct sa précédente réputation, et la grandeur et bonne -fortune qui l'accompaignent, il n'est pas à croyre combien les agentz -du Roy d'Espaigne, icy, se sont imprimés une merveilleuse jalousie de -luy; lesquelz travaillent, plus qu'ilz ne firent jamays, de séparer -ceste princesse de son intelligence, et mettent toute la dilligence, -qu'ilz peuvent, d'entretenir par fréquentes sollicitations et par -promesses et présantz ceulx qui sont auprès d'elle, et de gaigner -nomméement ceulx qu'ilz estiment qui ont de l'affection à la France; -dont n'est sans difficulté qu'on peut maintenant tenir, icy, relevé le -nom du Roy et de sa couronne. Néantmoins je ne veux désespérer qu'il -n'y trouve encores de la correspondance, parce que ceste princesse, en -son cueur, ne le hayt poinct, ains l'ayme, et desire estre aymée de -luy, comme de celluy qu'elle estime et prise, sur toutz les princes -qui vivent; et si, n'a pas grande inclination à l'Espaigne, ny ne peut -encores prendre confiance de ce costé là. Dont se pourra fère, Madame, -que, par ceste nouvelle ambassade, qu'elle vous envoye maintenant, si, -d'avanture, Voz Majestez la reçoyvent favorablement, et en font ainsy -cas, comme elle monstre de l'espérer, que les choses se remettront -facillement aux mesmes bons termes qu'elles estoient. - -D'une chose ne me puis je assés esbahyr, sur quoy elle s'est peu -fonder d'avoyr présupposé, en sa lettre, que Vostre Majesté eust -apprins de quelqu'ung de ses conseillers qu'elle se tenoit offancée du -Roy, car je luy fis voyr par voz propres lettres que c'estoit de la -depposition du comte de Montgommery que Vostre Majesté l'avoit tiré; -mais, à dire vray, elle se trouva lors si surprinse, quand je vins à -luy toucher ce poinct, qu'elle a bien voulu, depuis, prendre le -prétexte de ceste plaincte pour en esteindre si bien, si elle peut, la -mémoyre, qu'il n'en soit jamays, en peu ni en prou, aulcune nouvelle, -ny de vostre costé ny du sien. - -La pluspart de ceulx, qui sont ordonnez pour accompaigner ceste -ambassade, sont desjà partis de ceste ville, et milord de North, -l'ambassadeur, partira demain. J'ay desjà adverty Mrs de Gourdan et de -Calliac, et Mr de Crèvecoeur, de son voïage, affin de le fère bien -recevoyr, et le fère accomoder de chevaulx en Picardye. Et je vous -supplye très humblement, Madame, de commander qu'il soit bien receu et -accomodé au reste du chemin, et qu'il luy soit faict honneur et -faveur, quand il arryvera vers Voz Majestez; car l'on prendra, icy, un -grand argument de vostre intention, sellon qu'on verra que uzerés vers -luy. Il a charge, après les complimentz faictz, de parler vifvement à -Voz Majestez du faict des déprédations, et semble qu'on desire, icy, -que luy faciés avoyr conférance avec les deux du conseil qui sont -depputés là dessus. - -Les agentz des princes d'Allemaigne viennent de partir, lesquelz, à ce -que j'entendz, n'emportent rien de contant, mais seulement une -promesse de deux centz mille escuz, qu'ilz ont demandé, qu'on les leur -fera fournir de ce royaulme, en espèces, ou par crédit, pour fère les -levées, au cas que la paix ne succède en France. Et en y a qui -présument que desjà il est allé en Hembourg une partie de ces escus -que je vous ay mandé qu'on a nouvellement forgez; dont sera bon d'en -fère éventer par dellà la faulceté, affin qu'ilz demeurent descriez. -Mr le vydame faict toutes les dilligences qu'il peut pour s'en aller -avec les dictz depputés, mais, comme aulcunes nécessitez le convient -de s'en aller, aussy il y en a d'aultres qui l'empeschent de partir. -Me Astafort, jeune gentilhomme de ceste court, s'est desjà embarqué -dans leur vaysseau, et s'en va jusques là où sont les dictz princes, -pour revenir bientost rapporter de leurs nouvelles. - -Le comte d'Esmont n'a pas esté faict prisonnyer, en Irlande, comme -l'on me l'avoit rapporté, ains ceste princesse a si bien accommodé ses -affères au dict pays, par voye d'accord, avec présans et promesses, et -gracieuses condicions, que le dict comte, avec quatre mille hommes, -s'est remis au service d'elle, et Mac O'Nel est repassé en son païs du -North d'Escosse, avec quatre mille harquebouziers qu'il avoit admenez. -Et, à présent, les officiers et agentz de la dicte Dame vont reprenant -la possession des places, sans qu'on leur y face de résistance: vray -est qu'on crainct tousjours bien fort l'instabilité de ceste nation. - -Ung de mes amys me vient d'advertyr qu'indubitablement la praticque de -livrer le Prince d'Escoce par deçà a esté bien fort en avant, et -qu'elle a esté sur le poinct d'estre exécutée, si le comte d'Honteley -et Me Alexandre Asquin ne l'eussent empeschée; et qu'on présume, en -ceste court, que cella est venu de mon advertissement, et qu'il fault -qu'on m'observe de plus près. Il y en a aussy qui pensent que, de tant -que ceste princesse n'a pas monstré d'en estre trop marrye, qu'elle -mesmes, soubz mein, les en a faictz advertyr; tant y a que le voïage, -dont je vous ay cy devant escript, de la comtesse de Lenox, pour aller -visiter le dict Prince, se poursuit; et je suis après à descouvrir sur -quelle intention elle y va. - -Il y a icy desjà de longtemps un gentilhomme polounoys, de la mayson -d'Alasco, et y en est arryvé encores d'autres, depuis la venue du Roy, -qui ne m'ont, ny les ungs ny les aultres, visité; ains ilz sont -souvant visitez par les ministres françoys et flammans, qui sont icy; -et si, ont esté quelquefoys en ceste court, et de la court l'on a -envoyé vers eulx. Il vous plerra me mander si j'auray à fère aulcun -office en leur endroict. Sur ce, etc. - - Ce Ve jour d'octobre 1574. - - - - -CCCCIXe DÉPESCHE - ---du Xe jour d'octobre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Conférence de l'ambassadeur avec lord de North.--Desir - d'Élisabeth de connaître les intentions du roi.--Sa réponse aux - envoyés des princes d'Allemagne.--Sollicitations pour Marie - Stuart. - - - A LA ROYNE, RÉGENTE. - -Madame, premier que milord de North soit party, il m'est venu visiter, -et m'a discouru, en général, de la bonne intention que la Royne, sa -Mestresse, a vers le Roy, vostre filz, et comme elle desire -infyniement de se maintenir en bonne paix avecques luy, et garder -inviolablement avec Vostre Majesté la vraye amityé que vous vous -estes, longtemps y a, promise l'une à l'autre, et estreindre, s'il est -possible, plus fort que jamays, celle en quoy il vous a pleu nourrir -tousjours toutz Noz Seigneurs, voz enfantz, avecques elle; dont, s'il -peut vous bien explicquer sa commission, tout de mesmes que la dicte -Dame la luy a donnée là dessus, il ne faict aulcun doubte que n'en -demeuriez très assurée; et que, de sa part, il s'en va très dellibéré -de fère, en cest endroict, les meilleurs et plus exprès offices qu'il -pourra. - -De quoy je l'ay bien fort remercyé, et, après luy avoyr faict aulcunes -remonstrances sur les escrupulles qu'on vous avoit suscités, de ce -costé, je l'ay exorté de se déporter en façon que, en France et icy, -l'on ayt à se louer de son élection à ceste charge. Et parce qu'ung -mien amy m'a adverty que, le propre jour que sa dicte Majesté l'a -licencié, elle a monstré d'estre aulcunement en peyne de ce que je ne -luy allois annoncer l'arryvée du Roy à Lyon, ny luy fère entendre -aulcune chose, de sa part; et qu'il y en y avoit, de ceulx qui -aspirent à la retirer de l'intelligence de France, qui s'efforçoient -de luy en fère une maulvayse interprétation; j'ay, soubz prétexte de -visite, envoyé dire à ses plus expéciaux conseillers que je -n'attandoys que l'heure qu'il m'arrivast une dépesche du Roy, vostre -filz, pour aller trouver la dicte Dame; et que Vostre Majesté m'avoit -escript, du VIIIe du passé, qu'il estoit desjà arryvé à Lyon, mais -qu'il estoit si empressé, à ce commancement, qu'il n'avoit encores peu -ouyr le gentilhomme que je luy avoys dépesché, néantmoins que, dans -deux jours, ou troys, il les ouyroit à loysir, et puis me manderoit, -par luy mesmes, ce qu'il voudroit que je fisse sçavoyr, de sa part, à -la dicte Dame; et que cependant je ne fallisse de vous escripre à -toutz deux du bon portement d'elle et de sa santé, dont les priois de -m'en vouloir mander. - -Sur quoy, après avoyr conféré avec elle, ilz m'ont mandé, par mon -secrettère, qu'elle avoit eu très agréable ceste mienne dilligence, et -s'en estoit plus grandement resjouye qu'ils ne le me sçauroient dire, -et desiroit que j'eusse de quoy lui venir bientost compter des -nouvelles du Roy, vostre filz, et que je les luy peusse tesmoigner -aussy bonnes, comme elle les souhaytoit pour elles mesmes. Puis l'ung -d'eux m'a mandé qu'elle n'avoit, en chose de ce monde, aujourdhuy, le -cueur si tendu qu'à ouyr jusques aulx moindres particullaritez qui -venoient de luy; et qu'il me pouvoit assurer que, de beaucoup de -demandes qu'on luy avoit faictes depuis peu de temps en çà, elle -s'estoit tenue ferme à n'en vouloir accorder aulcune, au préjudice de -luy, que premièrement elle ne voye comme il se voudra déporter vers -elle. - -Néantmoins, Madame, je mettray, icy, ceste digression qu'on m'a -adverty d'ailleurs qu'indubitablement les agentz des princes -d'Allemaigne s'en sont retournés bien contantz des bonnes parolles et -promesses qu'elle leur a données; et les dictz conseillers ont -davantage dict à mon dict secrettayre qu'ilz avoient entendu que le -Roy, vostre filz, desiroit bien fort la paix; néantmoins que les -grosses forces, qu'il faysoit marcher, leur faysoient souspeçonner la -guerre, et qu'on leur avoit dict qu'il se rendoit beaucoup plus assidu -en ses affères que n'avoient faict ses prédécesseurs; et néantmoins se -monstroit plus grave, et de difficile accès, que nul d'eux, et que -leur Mestresse et eulx estoient à regarder, avec le reste de la -Chrestienté, comme il formeroit ses affères, à ce commancement, affin -de fère une conséquence comme ilz auroient à procéder tout le reste de -son règne. - -J'ay, à deux jours de là, renvoyé, encores une aultre foys, devers -eulx, pour impétrer aulcunes honnestes et bien raysonnables demandes, -que j'avoys à fère à leur dicte Mestresse et à eulx, pour la Royne -d'Escosse, vostre belle fille, et pour leur fère voyr ung cahier de -plainctes que Mr de La Melleraye m'a envoyé. Et sur ce, etc. - - Ce Xe jour d'octobre 1574. - - - - -CCCCXe DÉPESCHE - ---du XVe jour d'octobre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Certitude de l'arrivée du roi en France.--Nouvelle répandue en - Angleterre que le roi, à son passage en Italie, a formé une - ligue avec le pape.--Assurance donnée à l'ambassadeur - qu'Élisabeth, pour la combattre, est entrée en ligue avec les - princes protestans d'Allemagne.--Efforts des Anglais pour - renouer l'alliance avec le roi d'Espagne.--Nouvelles d'Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, par ung des gens de l'ambassadeur d'Angleterre, lequel est -arryvé icy, le Xe de ce moys, qui est le second courrier qu'il a -dépesché à la Royne, sa Mestresse, depuis vostre retour, il l'a -advertye comme Vostre Majesté, s'estant expédiée de ses plus pressans -affères à Lyon, elle s'acheminoit maintenant à Reyms, pour y fère -bientost son sacre et couronnement. De quoy la dicte Dame a estimé -qu'elle avoit très bien faict d'avoyr desjà dépesché milord de North -pour vous aller saluer de par elle, et estre l'une des premières qui -honnoreront et se conjouyront de vostre heureux advènement à la -couronne. Et par mesme moyen luy a escript que les depputés de ceulx, -qui se sont eslevez en Languedoc et Daulfiné, n'ayantz peu obtenir, ny -par leur requeste ny par l'intercession des agentz des princes -d'Allemaigne, aulcun exercice de leur religyon, ilz s'estoient -retirez, et les dictz agentz départis avec plus d'opinyon, les ungs et -les aultres, de la guerre que d'espérance de la paix; et que Vostre -Majesté avoit donné charge de parachever ceste guerre à Mr de Savoye, -comme pour le déclarer desjà, et l'introduyre par là, à estre -cappitaine général de la ligue qu'on présumoit estre entièrement -conclue entre le Pape et Vostre Majesté et le Roy d'Espaigne, avec les -aultres princes catholicques, contre les Protestantz et contre leur -religyon. - -Sur lequel advertissement, Sire, la dicte Dame et ceulx d'auprès -d'elle se sont de nouveau restreinctz en conseil avec les principaulx -personnages de ce royaulme, et ont contremandé les agentz, qui -estoient desjà partis, des dictz princes protestantz pour, de rechef, -entrer en conférence avec eulx; mais je ne sçay encores s'ilz ont rien -changé de leurs précédentes dellibérations. Tant y a qu'ung de ce -conseil m'a mandé qu'ilz s'ébahyssoient toutz comme, à l'apétit de -troys centz mille escuz qu'on vous avoit offert de prest en Italye, -vous vous estiez layssé persuader à la continuation de ceste guerre, -laquelle vous ruyneroit de plus de vingt millions, et vous mettroit, -possible, en danger de ne pouvoir jamays heureusement jouyr -l'amplytude de vostre beau royaulme. A quoy je luy ay respondu que je -n'avoys rien entendu des dictz troys centz mille escus, et n'en -croyois rien, parce que vous n'estiés prince pour vous mouvoir de -cella; et qu'indubitablement vous vouliés la paix, et entendiés de la -donner, avec honnestes et raysonnables condicions, à voz subjectz, -mais que nul, soubz le ciel, sçavoit mieulx que vous et la Royne, -vostre mère, comme vous la leur debviez octroyer, et de quelle façon -elle pouvoit estre utille à vostre royaulme; qui vouliez, comment que -ce fût, comme chose très juste et très légytime, demeurer Roy et -Mestre, et surmonter toutes les désobéyssances et violentes -contradictions qu'on atempteroit contre vostre authorité, et ne -souffrir uzurper aulcune loy par voz subjectz, sinon celle qu'ilz -prendroient de vous, qui rechercheriés tousjours, aultant que vous -pourriez, leur solagement et le repoz de leurs consciences; et qu'ilz -ne debvoient vous presser de chose qui ne vous semblât loysible, et -qui ne vous fût à playsir de la leur concéder. - -Et, depuis cella, l'on m'a voulu fère croyre que la dicte Dame avoit -passé oultre à se joindre formellement à la ligue, et à s'obliger aulx -chapitres d'icelle, pour la contribution et secours, avec les dictz -princes protestantz, et avec les dictz eslevez, de France et de -Flandres; mais je ne puis ny veulx croyre que, jusques à ce qu'elle -ayt entendu comme Vostre Majesté aura receu sa dernière ambassade, et -comme il vous plerra uzer vers elle, qu'elle s'oblige à nulle nouvelle -ligue, ny qu'elle conclue rien qui puisse directement tourner à vostre -préjudice: car j'ay parolle et promesse fort expresse d'elle, et qui -m'a semblé partir de son cueur, qu'elle ne le fera nullement. Vray est -que je me crains assez qu'on l'ayt persuadée de fermer les yeulx sur -les secretz moyenz que les susdictz agentz et les ministres, et -aultres plus aspres suppostz de la nouvelle religyon, s'efforcent -d'inventer, toutz les jours, pour cuyder maintenir et fortiffier -davantage leur cause, ainsy comme, de ceste nouvelle forge d'escuz, -dont j'ay cy devant escript, laquelle ilz poursuivent tousjours; et -les espèces en sont si belles, sellon qu'ung homme de bien, qui en a -veu, me l'a rapporté, et si parfaictement bien faictes au molinet, -qu'il ne s'y peut cognoistre, ny au son, ny au poix, ny à la touche, -rien de différent d'avecques les bons; et qu'il en est desjà allé, ce -m'a il assuré, ung bon nombre en Hembourg, de toutes les dictes -espèces, et nomméement cinquante mille, du coing de Vostre Majesté; -dont je fay extrême dilligence d'en recouvrer ung des dictz escuz -pour le vous fère voyr, et pour, avec telle monstre, me pleindre -infinyement à ceste princesse de la tollérance d'une si grande -faulceté. - -Cependant elle travaille, aultant qu'elle peut, de se remettre en bons -termes avec le Roy d'Espaigne, et d'establir ung bien assuré commerce -entre leurs subjectz, ayant, dimanche dernier, licencyé ung des -commissayres des Pays Bas; qui s'en est retourné fort satisfaict de -l'accomplissement de leur commission, et du payement, que les Angloix -ont desjà bien advancé de fournir, de la somme de soixante quinze -mille escuz, pour la récompense des prinses faictes sur les subjectz -du Roy d'Espaigne. Et l'autre commissayre plus principal demeure -encores icy, comme agent, pour le dict Roy, son Mestre. Et m'a l'on -adverty que la dicte Dame faict apprester son premier mestre des -requestes pour l'envoyer bientost devers le grand commandeur, en -Flandres. - -D'ailleurs, Sire, la comtesse de Lenox part, dans cinq ou six jours, -de ceste court, pour aller en sa mayson vers le North, avec celle -mesme dellibération, que j'ay cy devant escript, que, si les choses -d'Escosse apparoissent bien disposées pour son voyage, elle yra -jusques à Esterlin visiter le Prince d'Escosse, son petit fils; qui -est chose que j'ay fort suspecte, et laquelle je ne puis interpréter -que soit à aultres fins que pour pouvoir transporter ce jeune Prince -en ce royaulme. Mais, de ces choses là et de toutes celles qui se -praticqueront par deçà contre vostre service, tant du costé de France -que d'Escosse, et aussy de Flandres, je ne fauldray de vous en donner, -à toute heure, le plus d'esclarcissement, et d'y mettre de moy mesmes -le plus d'empeschement, qu'il me sera possible, attandant qu'il vous -playse m'envoyer mon successeur; comme j'espère que, sur la très -humble et très raysonnable requeste que je vous en ay faicte, et sur -l'occasion d'envoyer visiter ceste princesse, à vostre nouvel -advènement, il vous aura pleu, avant partir de Lyon, en nommer -quelqu'ung, et luy commander de se tenir prest pour passer, icy, -aussytost que milord de North aura accomply sa légation par dellà; et -qu'il vous aura aussy pleu, Sire, (et la Royne, vostre mère, vous -l'aura recordé), de vous souvenir de moy en la distribution de voz -bienfaictz, affin qu'en contemplation des bons et fidelles services, -où j'ay actuellement continué, durant les troys règnes passez, et -soubz celluy heureux, où nous sommes à présent, cella me soit ung -commancement de récompense à la perte et pouvreté qu'ung chascun sçayt -et void que j'ay souffertz pour les fère. Et sur ce, etc. - - Ce XVe jour d'octobre 1574. - - - - -CCCCXIe DÉPESCHE - ---du XXe jour d'octobre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._) - - Instructions données à lord de North.--Négociations avec - l'Espagne.--Sollicitations des protestans de France auprès des - Anglais.--Efforts faits pour entraîner Élisabeth dans la ligue - avec l'Espagne, et l'exciter à faire mourir Marie - Stuart.--Démarches auprès du prince de Condé.--Disposition où - paraît être ce prince de demander à rentrer en - grâce.--Nouvelles d'Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, parce que milord de North, estant à Douvre, a trouvé que la mer -estoit bien haulte, il n'a ozé incontinent s'y commettre, ains a -temporisé jusques au XIIIIe du présent qu'il s'est embarqué, et toutes -ses gens, dans ung des navyres de la Royne, sa Mestresse, pour passer, -le mesmes jour, à Bouloigne. Et j'estime que, de présent, il est à -Paris, et que bientost il sera devers Vostre Majesté, là où il a -charge, ainsy qu'on m'a adverty, de bon lieu, d'avoyr principallement -le cueur à quatre choses: l'une est de nother fort curieusement, et -par toutes les circonstances et conjectures qu'il pourra, si, en -vostre desir, Sire, y a quelque inclination de retenir, à bon escient, -ceste princesse et son royaulme en vostre amityé; la segonde est -d'approfondir si avez nulle secrette intelligence avec le Roy -d'Espaigne contre elle; la troysiesme, s'il vous reste beaucoup -d'affection à la restitution de la Royne d'Escosse; et la quatriesme, -qui sont ceulx à qui donnés plus de crédict et d'authorité près de -vous: car, sellon qu'il rapportera le certain ou le vraysemblable de -ces choses à la dicte Dame, elle a proposé de se ranger à une ou -aultre disposition vers Vostre Majesté. - -Et cepandant elle faict passer, sur le commancement de la prochaine -sepmayne, son premier maistre des requestes, Me Wilson, en Flandres, -pour y renouveller, le plus qu'il pourra, l'ancienne amityé d'entre le -Roy d'Espaigne et elle, et arrester avec le grand commandeur une -assemblée à Bruges d'aulcuns grands et notables personnages, de dellà -et d'icy, à ce prochain mars, pour vuyder le différent des entrecours. -Et m'a l'on dict qu'il y va avec commission, laquelle a esté -secrettement recherché par les agentz d'Espaigne, d'ayder, en ce qu'il -pourra, au nom de sa Mestresse, à la paciffication du pays, comme -aussy le dict milord de North vous doibt exorter à celle de vostre -royaulme. - -Et, à ce propos, Sire, l'ung de ceulx que j'ay mis après pour -descouvrir, parmy les ministres et les suppostz de la nouvelle -religyon, qu'est ce qu'ilz espèrent de secours, d'icy, en leurs -affères, m'a rapporté qu'ilz ne s'assurent encores de rien, parce -qu'on les a remis de leur donner résolution, après le retour de ces -deux ambassadeurs; dont craignent bien fort, si le dict de North est -receu avecques faveur de Vostre Majesté, et que le renvoyés contant, -et mandiés, par luy, quelque assurance de vostre amityé à la dicte -Dame, que difficilement impètreront ilz rien de mieulx d'elle, pour -leurs dicts affères en France que par le passé, ny, possible, tant -qu'ilz ont faict jusques icy; sinon, par advanture, qu'à la persuasion -des évesques, d'icy, ilz pourront abstreindre, par escrupulle de -conscience, la dicte Dame à fère, soubz main, ou dissimuler aulcunes -secrettes et légières assistances de ce royaulme, en faveur de sa -religyon, par dellà, pour ne l'y laysser opprimer, ou n'estre veue de -l'avoyr du tout habandonnée; et n'espèrent qu'elle face guyères mieulx -pour la Ollande. Vray est qu'ilz sont après à dresser de bien vifves -remonstrances pour l'induyre, comment que ce soit, à la ligue avec les -princes d'Allemaigne et avec les eslevez, et de se debvoir joindre -ouvertement à eulx, si Vostre Majesté délaysse la voye de paix pour -venir à bout de cest affère par les armes, et ont des argumentz -préparez pour luy imprimer de très grandes deffiances de Vostre -Majesté, trop plus que du Roy d'Espaigne, comme redoubtans vostre -fortune et voz effectz plus que les siens, parce que, en personne, -vous vous trouvez aulx affères, et il s'en tient loing; avec ce, -qu'ilz l'estiment assez engagé à la guerre du Turc; et si, prétendent -de ressuciter les mesmes machinations qu'ilz avoient cy devant contre -la Royne d'Escoce, pour la fère mourir, alléguans que c'est le seul -moyen d'esteindre la querelle que pourriés dresser par deçà pour -l'amour d'elle, et pour mettre fin à toutes les maulvaises querelles -qui se pourroient eslever en ce royaulme à son occasion; et que mesmes -ilz aspirent de fère entrer le petit Prince d'Escosse avec le comte de -Morthon dans la dicte ligue, jusques avoyr escript naguyères au Prince -de Condé de les envoyer visiter toutz deux, de sa part: duquel prince -toutesfoys ilz monstrent de n'espérer plus tant qu'ilz faysoient au -commancement, par ce, possible, que les princes d'Allemaigne n'ont -trouvé ung tel subject en luy comme ilz le s'estoient promis, qui -l'avoient jugé tout semblable ou peu dissemblable de feu Monseigneur -le Prince, son père, et peut estre qu'ilz y voyent ung peu de -manquement pour la surdité, et qu'il a de l'inclination à retourner -vers Vostre Majesté; et creignent assez, ce dict le mesmes advis, que -luy et le Sr de Laval s'y layssent persuader, dont ne seroit, par -advanture, mal à propos que Vostre Majesté les fît fort instamment -praticquer toutz deux. - -Les choses d'Escosse demeurent tousjours en ce suspens que j'ay cy -devant escript, soubz la violente et avare domination du comte de -Morthon; et m'a lon dict que, depuis quinze jours, il a faict -constituer prisonnyers deux honnestes personnages que Mr de Glasgo et -Mr de Roz avoient envoyez par delà, et qu'il les a faictz conduyre en -sa mayson de Datquier. Je ne sçay si ce qu'il tirera de leur -déposition l'aygrira davantage, ou si les seigneurs du pays s'en -voudront esmouvoir. Sur ce, etc. - - Ce XXe jour d'octobre 1574. - - - - -CCCCXIIe DÉPESCHE - ---du XXIIIIe jour d'octobre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Nycolas._) - - Défiances inspirées à Élisabeth à l'égard des projets du roi - contre les protestans et contre l'Angleterre.--Conférence de - l'ambassadeur avec l'envoyé du roi d'Espagne.--Projet du prince - de Condé de se jeter dans le Languedoc.--_Avis à la - reine-mère_. Conférence de l'ambassadeur avec Mr de Méru. - - - AU ROY. - -Sire, affin que la Royne d'Angleterre ne pensât que l'occasion de -n'avoyr heu de voz nouvelles, depuis vostre arryvée à Lyon, provînt -d'ailleurs que de voz grandes occupations, j'ay envoyé fère aulcuns -honnestes complimentz vers elle, et pour l'assurer que bientost il me -viendroit quelque dépesche de Vostre Majesté pour luy en fère sçavoyr -de bien bonnes, et pour luy donner toute honneste satisfaction de -vostre part; ce qu'elle a eu très agréable: et l'ung de ses expéciaulx -conseillers m'a mandé que cest office estoit venu bien à propos pour -luy oster une fâcheuse impression, qu'on luy donnoit, de Vostre -Majesté, et ne m'en a pas déclaré davantage. Mais j'estime que c'est -ce que ung aultre m'a descouvert que, ayant naguyères esté tenue une -assemblée de conseil, en ceste ville, par ceulx de la nouvelle -religyon, pour pourvoyr à leurs affères, ilz ont, incontinent après, -faict semer, en ceste court, que par des lettres qui leur estoient -venues de dellà la mer, l'on les avoit seurement advertys que les -dellibérations du concille de Trante, contre ceulx de leur dicte -religyon, avoient esté renouvellées et confirmées ez mains de Vostre -Majesté passant par Italye; et que vous vous estiés obligé, Sire, à -Nostre Saint Père, et aulx princes et estatz catholicques, par -sèrement solennel, qu'aussytost qu'auriés, avec leur secours, pourveu -aulx troubles de vostre royaulme, et recouvert l'obéyssance de voz -subjectz, que vous entreprendriés la guerre contre ceulx de voz -voysins qui refuzeroient d'obéyr à l'église romayne; et oultre cella, -vous aviez faict résouldre, en vostre conseil privé, depuis vostre -arryvée à Lyon, que l'Inquisition seroit reçue en France, mais qu'ilz -s'assuroient bien que les courtz de parlement et le peuple, et les -meilleurs de vostre royaulme, sinon, par advanture, quelques -éclésiastiques, s'y oposeroient, et qu'indubitablement il sourdiroit -de là une très grande et généralle révolte, par laquelle la pluspart -des Catholicques prendroient lors les armes, sans estre attainctz de -rébellion, et les Huguenotz continueroient de les exécuter sans estre -arguez de maulvayse conscience. Et se sont efforcez de fère bien -mordre dans ce dernier poinct la dicte Dame, et ceulx de son conseil, -qui, à ce que j'entendz, y ont prins goust, comme au meilleur remède -de la peur où les aultres deux les mettent, craignantz infinyement que -le premier esclat ne tombe sur eulx. Et ont adjouxté que, d'ung bon -endroict, ilz estoient aussy advertys que Vostre Majesté me donroit -bientost charge de ouvrir, en termes honnestes et bien gracieulx, un -propos à la dicte Dame pour mettre en liberté la Royne d'Escoce; et -que si, dans une ou deux foys, elle ne vous y faysoit quelque responce -de satisfaction, que vous me feriés, puis après, parler plus rudement -à elle, et la sommer ouvertement de sa dellivrance ou que Vostre -Majesté se mettroit en debvoir d'y pourvoyr. - -Lesquelles choses j'ay bien mis ordre, Sire, aussytost que j'en ay -esté adverty, qu'elle ne les ayt receues pour vrayes; néantmoins ilz -luy ont mis de poignantz escrupulles dans le cueur, et luy ont fondé, -sur cestuy dernier, leurs principalles remonstrances: qu'elle se -debvoit dépescher de sa cousine. Néantmoins j'espère qu'elle ne se -layrra encores conduyre à nulle dellibération qui vous puisse estre -préjudiciable, ny qui puisse interrompre, de sa part, l'amityé, que -premièrement elle ne voye comme il luy succèdera de la vostre. - -Le Sr de Sueneguen lequel est demeuré, icy, agent pour le Roy -d'Espaigne, m'est venu visiter, et m'a bien voulu fère sentir qu'il -avoit beaucoup de contantement de ceste court, et de la disposition, -qu'il y voyoit maintenant bien bonne vers le Roy, son Maistre, et -qu'il pensoit avoyr beaucoup faict, pour son service et pour la -conservation de ses Pays Bas, de luy avoyr reconfirmé l'amityé de -ceste princesse. Et néantmoins il semble que le dict Sr de Sueneguen -ne rejette de communicquer avec les flammantz, qui sont refouys par -deçà, ny laysse, pour la faveur et support qu'on leur y faict, de -procurer tousjours que les affères de son Maistre y soient -pareillement favorisés et supportés. Et estime que c'est beaucoup, en -ce temps, de garder que l'on ne s'y déclare ouvertement contre luy. - -Mr le vidame de Chartres est encores icy, tout prest pour partir au -premier bon vent. L'on me vient de dire qu'il court une nouvelle, -parmy ceulx de la nouvelle religyon, que Mr le Prince de Condé est -approché vers Genève, et qu'il a intention, n'ayant peu tirer des -forces, ainsy qu'il prétendoit, d'Allemaigne, de pénétrer, s'il peut, -avec ce qu'il a des siens, jusques en Languedoc, pour employer là sa -personne, et azarder sa vye à la deffense de sa religyon. Sur ce, etc. - - Ce XXIVe jour d'octobre 1574. - - ADVIS, A PART, A LA ROYNE. - - Madame, aussytost que Mr de Méru a esté de retour en ceste - ville, j'ai trouvé moyen de parler à luy, en lieu escarté, aux - champs, parce qu'il n'a ozé venir en mon logis, et, non - seulement je luy ay dict, mais je luy ay baillé à lyre ce que - me commandiez luy fère entendre par la vostre, du XXVIIIe du - passé; et y ay adjouxté toutes les meilleures raysons et - persuasions que j'ay peu, pour l'induyre à se bien disposer - vers ce que luy commandiez, lequel a monstré qu'il sentoit une - grande consolation de la bonne opinyon qu'il vous playsoit - avoyr de luy. - - Et m'a respondu qu'il supplioit Vostre Majesté se souvenir - qu'il ne s'estoit absenté pour faulte qu'il eût commise, et - qu'il prenoit Dieu pour juge de son cueur, et le Roy, et - Vostre Majesté pour arbitres de ses euvres, s'il avoit jamays - faict, ny dict, ny pensé chose qui vous deût offancer; - - Et qu'il n'avoit jamays eu praticque ny intelligence avec pas - ung qui portât les armes contre le Roy, ains leur avoit esté - très adversayre, fussent ilz ses proches parantz, ou non, et - avoit esté très esloigné, comme il estoit encores, et seroit - toute sa vye, de leur religyon, n'y n'avoit esté meslé en - toutes les menées que vous aviez eues suspectes à la court; - mais que, en une si grande deffaveur et ruyne, qui estoit - inopinèment, et, comme il espéroit que se trouveroit, sans - juste cause, suscités contre toutz ceulx de sa mayson, et - contre son beau père, qu'il avoit bien voulu éviter ce grand - orage, le mieulx qu'il avoit peu, attandant que le temps et la - clémence de Voz Majestez leur fît à toutz reluyre quelque plus - beau jour; - - Et que, considéré ce dessus, et qu'il n'avoit aulcune privée - cognoissance avec les eslevez, ny avec pas ung de ceulx qui - ont l'authorité parmi eulx, et qu'il sçavoit qu'ilz s'estoient - pleinctz que, quand Mr de Montmorency avoit esté cy devant - employé à leur fère poser les armes, ilz avoient esté lors les - plus maltraictez, qu'indubitablement, s'il leur escripvoit à - ceste heure, ilz se mocqueroient de luy, et de ses lettres, et - qu'il ne pensoit poinct qu'il vous peût estre utille en cest - endroict; - - Néantmoins que Vostre Majesté advisât en quoy et comment il - pourroit estre si heureulx que d'employer sa personne et sa - vye, et toutz ses moyenz pour le service de Voz Majestez, et - qu'il n'avoit aultre affection, ny dévotion, que de vous - rendre toute la plus parfaicte et très humble obéyssance qu'il - luy seroit possible, me priant de le vous fère ainsy entendre, - et de vous tesmoigner qu'il protestoit à Dieu, et le prenoit - en comdempnation de son âme, que toutz ses déportementz, icy, - ne tendoient qu'à honnorer et révérer Voz Majestez, et de - publier vostre louange, et la réputation de voz affères, le - plus qu'il luy estoit possible, et n'y mouvoir rien, qui peût - estre contre vostre service. - - Et a monstré que, si je luy pouvois fornir d'ung passeport du - Roy, ou qu'il vous pleût luy escripre quelque mot de lettre, - qu'il vous dépescheroit incontinent ung des siens pour aller - mieux comprendre vostre intention: qui est tout ce que j'ay - peu tirer, pour ceste foys, de luy. - - Et, sur les aultres remonstrances que je luy ay faictes, - touchant les ministres qui le visitent souvant, il s'est - efforcé de m'y satisfère, mais je verray comme il s'y - conduyra. - - - - -CCCCXIIIe DÉPESCHE - ---du XXIXe jour d'octobre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Audience.--Mécontentement d'Élisabeth à raison du silence que - garde le roi à son égard.--Présentation des lettres du roi par - l'ambassadeur.--Satisfaction montrée par la reine.--Son desir - de continuer l'alliance avec la France.--Conseils qu'elle donne - au roi.--Difficulté qu'elle fait d'admettre les messages - adressés à Marie Stuart et en Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay esté, le XXVIe de ce moys, à Hamptoncourt, où, d'arrivée, -la Royne d'Angleterre m'a bien donné à cognoistre, assez ouvertement, -et avec ung peu d'apparat non accoustumé de magnificence et de -grandeur, devant la pluspart des siens, en sa salle de présence, -qu'elle ne pouvoit interpréter à nul signe de vostre bonne volonté -vers elle que, depuis vostre retour, elle n'avoit eu une seule -nouvelle, ny une lettre, ny mesmes une recommandation, de Vostre -Majesté, comme si teniez en fort petit compte son amityé. Mais, après -que je l'ay eue fort cordiallement saluée de vostre part, et que je -luy ay heu présenté vostre lettre, et desduict l'occasion de ce -retardement, sur voz très grandes occupations, avec d'aultres choses, -que j'ay estimé bien à propos de luy dire, de vostre bonne disposition -vers elle; elle a, tout aussytost, sans bouger du lieu, et devant le -mesmes concours des siens, changé de façon; et, d'ung visage fort -riant, et d'une contenance bien fort joyeuse, m'a exprimé l'ayse, -qu'elle sentoit en son cueur, de vous voyr entrer en ce bon chemin -d'amityé et de bonne intelligence avec elle. - -Et, encor qu'elle se soit eslargye à me déclarer là dessus, sellon -que, de propos en propos, je l'y ay attirée, comme l'on l'avoit volue -intimider de beaucoup d'entreprinses qu'on luy avoit dict que vous -aviez contre elle, tant par les promesses, à quoy l'on vous y avoit -obligé, passant par l'Italye, à cause de sa religyon, que par la -perpétuelle instigation qu'on vous y donnoit maintenant en France, à -cause de la Royne d'Escosse; ainsy qu'aulcuns se vantoient, sellon -qu'on le luy avoit rapporté, qu'ilz vengeroient, à ce coup, le tort -qu'elle luy avoit faict de la détenir par deçà; elle néantmoins m'a -déclaré qu'elle s'arresteroit à ce que vous luy diriez et luy -promettriez, et ne recevroit impression aulcune qui peût estre -contrayre à cella, sinon qu'elle vît bien que la vérité de voz paroles -fût convaincue par l'effaict de voz oeuvres; ce qu'elle ne vouloit -présumer, pour rien du monde, pouvoir jamays procéder d'ung prince si -excellemment qualifyé en toute preuve de vertu comme vous; et qu'il -n'y avoit pas deux heures, sçachant que je debvois venir, qu'elle -avoit reveu le dernier traicté de ligue d'entre le feu Roy, vostre -frère, et elle, et que, par l'ordre d'icelluy, vous debviez parler le -premier; dont en la forme que vous commanceriez, elle vous -respondroit, et, si vous monstriez d'avoyr en estime l'intelligence -d'elle et de son royaulme, elle se mettroit en debvoir d'honnorer -beaucoup la vostre, et celle de vostre couronne; et prioit Dieu qu'il -vous mît au cueur de vous fère aultant aymer comme il vous avoit donné -de quoy fère beaucoup priser et estimer vostre amityé, me voulant bien -dire, touchant la bonne lettre que luy aviez escripte, qu'elle la -tiendroit bien fort précieuse comme estant la première marque de -vostre bonne démonstration vers elle, et qu'elle dellibéroit de se -mettre en pareille bonne disposition vers vous, et y persévérer aussy -constamment qu'elle avoit faict vers le feu Roy, vostre frère, pourveu -que, comme luy, vous ne vous en départissiez; adjouxtant tout bas, et -me l'est venu dire, quasy en l'oreille, qu'il la failloit prendre -présentement, car, si l'occasion se passoit, elle seroit, comme la -mesmes occasion, qui ne se laysseroit jamays prendre puis après, et -que je creusse qu'elle estoit très instamment et sans intermission -recherchée, avec de grandz advantages, d'ailleurs; dont verroit comme, -de l'ung costé et de l'autre, les choses procèderoient pour elle et -son estat, car c'estoit la règle par où elle se vouloit gouverner; et -remercyoit Dieu qu'elle se trouvoit pourveue, pour tout évènement de -paix ou de guerre qui pourroit arriver. - -Et m'a encores là dessus, et sur aulcunes aultres particullaritez, -qu'elle dict avoyr entendues de vostre court, faict ung plus ample -discours, auquel il seroit trop long de mettre, icy, ce que je luy ay -respondu; dont suffira que je vous dye, Sire, qu'elle a monstré de -demeurer de ma réplicque beaucoup satisfaicte, et pleyne de toute -bonne espérance. Et m'a confirmé, avec grande expression, que, si vous -luy faictes bientost voyr quelque effect bien fondé de vostre amityé -vers elle, que vous pourrez fère entier et perpétuel estat de la -sienne vers vous. - -Puis, sur ce que je luy ay touché de celle bonne intention que vous -avez vers ceulx de voz subjectz qui s'estoient eslevez, et, s'ilz se -monstroient tels comme ilz debvoient envers vous, que vous dellibériez -d'estre entièrement tel vers eulx comme ilz le sçauroient desirer, -elle m'a respondu que vous aviez peu cognoistre par son ambassadeur, -et le cognoistriés davantage par milord de North, qu'elle ne desiroit -nullement ny le mal ny le trouble de vostre royaulme, et qu'elle -prioit Dieu que vous peussiez bien prendre le conseil de ceulx qui -droictement desiroient le bien de vostre grandeur, et l'establissement -de voz affères; en quoy, encor que ce fût ung poinct bien fort -enveloppé d'aultres apparances persuasives, qui avoient tant de -vraysemblable qu'à peyne permettoient elles qu'on les peût discerner -du vray mesmes, si espéroit elle que l'expérience, que vous aviez du -passé, conjoincte avec vostre vertu et prudence, vous y feroient voyr -plus cler que n'avoit jamays faict le feu Roy, vostre frère; duquel le -règne, par faulte de cella, n'avoit esté, pour luy et pour vous, et -pour la Royne vostre mère, et pour toutz ceulx de vostre couronne, et -encores pour les plus vaillantz et les meilleurs de vostre royaulme, -qu'ung perpétuel tourment, ny qu'une mort et une incomparable ruyne de -tout vostre estat; m'enchargeant bien fort de vous supplier très -affectueusement, de sa part, que vous y voulussiez approcher l'oeil -de bien près: ce que non seulement je luy ay promis que je ferois, -ains luy ay bien fort gratiffyé, en vostre nom, son bon conseil et sa -bonne volonté. - -Mais, quand je suis venu à la prier, de vostre part, qu'elle voulût -octroyer passeport à ung des miens, pour porter à la Royne d'Escosse, -et puis, au Prince d'Escosse, son filz, et au comte de Morthon, des -lettres que Vostre Majesté leur escripvoit, elle s'est incontinent -esmeue: et m'a dict que vous la debviez tenir à elle, pour beaucoup de -respectz qui ne vous estoient pas incognus, en trop meilleur compte -que la Royne d'Escosse, laquelle, quand bien se trouveroit régner en -ceste isle, ne vous y seroit jamays si bonne amye, ny n'auroit en tant -d'affection la conservation de vostre grandeur, comme elle avoit; qui -sentiriés mieulx cella, quand il playroit à Dieu y ordonner de la -mutation, et qu'elle s'assuroit que, lors, vous regretteriez amèrement -la Royne Elizabeth. - -Et m'a récapitulé aulcunes de ces mesmes choses qu'elle m'avoit dict -qu'on l'avoit menacé, de cest endroict; mais je luy ay réplicqué que -Vostre Majesté n'avait peu fère de moins, sur les instances de -l'ambassadeur d'Escoce, et sur les remonstrances, qu'il vous avoit -faictes, des très anciennes et très estroictes obligations d'entre les -princes et les couronnes de France et d'Escosse, que d'uzer de cest -honneste compliment de lettres vers ceste pouvre princesse, qui estoit -vostre belle seur, vostre parante et vostre principalle allyée, de -laquelle vous ne debviez, ny vouliés aulcunement impugner les droictz, -et pareillement vers le Prince, son filz, et vers les seigneurs du -païs, qui estoient toutz voz confédérés; et qu'en cella, vous n'aviez -voulu fère sinon aultant que m'aviez commandé de luy en communicquer, -ce qu'elle debvoit interpréter en meilleure part que toutes les -aultres impostures qu'on luy avoit rapportées, et ne debvoit différer -l'octroy de passeport que luy demandiez; en quoy, s'il luy playsoit -bailler ung adjoinct à celluy que j'envoyerois, affin qu'elle demeurât -sans escrupulle, je m'assuroys que Vostre Majesté en seroit très -contante. - -Là dessus, la dicte Dame s'est ung peu modérée, et m'a prié que je luy -donnasse ung peu de temps pour en communicquer à son conseil, et que, -bientost après, elle m'y feroit responce. Et m'ayant, sur deux aultres -poinctz que je luy ay remonstrez, touchant le peu de justice que voz -subjectz trouvoient par deçà, et touchant la faulce monoye qu'on -battoit en ceste ville, assez faict cognoistre qu'elle vous vouloit -beaucoup satisfère, elle m'a bien fort gracieusement licencyé. Et sur -ce, etc. - - Ce XXIXe jour d'octobre 1574. - - - - -CCCCXIVe DÉPESCHE - ---du IIIe jour de novembre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._) - - Déclaration de Burleigh et de Leicester sur les intentions - d'Élisabeth de renouer l'alliance avec la France, pourvu que le - roi lui donne la ferme assurance qu'il veut maintenir le - traité.--État des affaires en Écosse.--Eclaircissements sur des - projets d'attentats dirigés contre la personne du roi.--Départ - du vidame de Chartres pour l'Allemagne. - - - AU ROY. - -Sire, pour davantage recognoistre si le fondz de l'intention de ceste -princesse estoit semblable aulx bonnes responces qu'elle m'avoit -dernièrement faictes, quand je luy présentay vostre lettre, j'ay mis -peyne, sur l'occasion des aultres deux lettres, qu'avez escriptes à -ses deux principaulx conseillers, de négocier et fère négocier bien -estroictement, avec eulx, en termes si clers que je les ay contreinctz -de parler clèrement. - -Et, en substance, il s'est recueilly de leur dire qu'ilz estiment que -leur Mestresse et eulx ont très juste occasion d'avoyr les -dellibérations qui se font près de Vostre Majesté, et les entreprinses -à quoy ilz voyent que Vostre Majesté se prépare, pour bien fort -suspectes, tant pour la source d'où ilz disent que dérivent voz -conseilz, qui est du Pape et du Roy d'Espaigne, et d'aulcuns des -vostres desquelz ilz ont une merveilleuse deffiance, que pour les -objectz qu'il leur semble bien qu'ilz vous pourront mouvoir -d'entreprendre contre ce royaulme pour la cause de la religyon, et -pour la détention, qu'on y faict, de la Royne d'Escosse; et que, là -dessus, ilz ne me veulent nullement dissimuler qu'ilz ne veillent, et -qu'ilz ne consultent, dilligemment et souvant, comme ilz pourront fère -que ceulx de leur dicte religyon ne souffrent tant de détriment, -ailleurs, que l'orage en puisse, puis après, venir fondre, icy, sur -eulx; et comme ilz pourront pourvoyr que les grands dangers, qu'ilz -ont tousjours jugé très imminentz à la Royne, leur Mestresse, et à son -estat, si elle ne se tenoit bien assurée de la Royne d'Escosse, ne luy -survenoient; et qu'en cella ilz ont réputé nécessayre, touchant le -premier poinct, d'en entendre l'advis de ceulx qui sont en mesme -cause, et en pareille condicion que eulx, et, par ainsy, d'en conférer -avec les princes protestantz; et, quand au second, de adhérer à ceulx -des Escossoys qui conviennent, mieulx que les aultres, avec le repos -de l'Angleterre; et, pour toutz les deux poinctz ensemble, ilz ont -estimé bon de renouveller les anciennes amityés, et en fère de -nouvelles et regaigner les perdues, le plus tost et le mieulx qu'il -leur seroit possible; mesmement qu'ilz estoient incertains à quoy -inclineroit Vostre Majesté, à vouloir ou ne vouloir poinct -l'intelligence de ce royaulme. Et néantmoins, encor que desjà il y eût -de ces choses qui fussent beaucoup advancées ailleurs, il y en avoit -aussy, et de plus importantes, qui restoient en suspens, pour attandre -l'évidence de voz actions; et qu'ilz ne doubtoient nullement, si, -après ceste bonne lettre qu'avez escripte à leur Mestresse, il vous -plaisoit luy fère voyr une suyte de vostre bonne intention, et de voz -bons effectz vers elle, qu'elle ne se disposât en si bonne sorte, vers -voz affères, que vous la trouveriez, à toutes occasions, preste de les -segonder, et de procurer l'establissement et le progrès de vostre -grandeur; et que, sans difficulté, elle vous accorderoit la -confirmation de la ligue, si la luy envoyés ainsi honnorablement -demander, comme le traicté monstre qu'il touche à vous de le fère; -mais qu'ilz me vouloient bien advertir qu'ilz ne la pouvoient -conseiller de demeurer longuement sur l'incertain, parce que la sayson -ne portoit qu'on se deût arrester à simples parolles: dont failloit -que j'advisasse de haster, le plus que je pourrois, ce qui se debvoit -establir entre vous. - -Qui sont propos, Sire, fort conformes à ceulx que la dicte Dame m'a -tenus, aulxquelz je n'ay deffailly de suffizante réplicque; car la -matière et les bonnes raysons ont abondé de mon costé: et pense -qu'elles ont esté de quelque moment, et mesmement à divertyr le voyage -de Me Wilson en Flandres, aulmoins l'ont elles retardé. Mais, sur les -dictz propos, j'ay à dire à Vostre Majesté que, au retour de milord -de North, il se doibt fère, icy, une grande résolution des choses -appartenantes à ceste présente guerre, qu'ilz appellent de la -religyon, sellon que je sçay qu'on a prié des personnages allemantz, -qui sont prestz de partir, qu'ilz vueillent attandre jusques allors. -Dont semble qu'il est expédient, Sire, que la légation de Vostre -Majesté vers ceste princesse suive bientost, et sans intervalle, celle -qu'elle a faicte vers vous. Et de tant qu'elle et les siens sont -merveilleusement tendus sur le faict de la Royne d'Escosse, et encor -plus sur le faict des Escossoys, et qu'ilz veulent pourvoyr, par toutz -les moyens qu'ilz pourront, que ny la personne d'elle, laquelle ilz -ont en leurs mains, ny l'intelligence d'eux, qu'ilz pensent encores -mieulx posséder, ne leur eschapent, sellon qu'à présant ilz ne vivent -en peyne de nul aultre endroict, ayantz réduict l'Irlande, que de ce -costé là; et qu'ilz prétendent d'avoyr, s'il leur est possible, ou le -Prince ou quelque aultre grande chose en gage, pour garder que le pays -ne se destourne de leur dicte intelligence; il sera bon, Sire, que -pourvoyés, le plus tost que pourrés, que celle ancienne alliance, -conjoincte avec authorité, que voz prédécesseurs y ont tousjours -conservée, et qui est deue à vostre couronne, ne vous y soit en rien -diminuée; et qu'à cest effect, en desmellant les aultres choses avec -la Royne d'Angleterre, vous vous esclarcissiés encores avec elle de -ceste cy. - -J'ay bien escript, depuis naguyères, à aulcuns seigneurs du pays, -mais, parce que ce a esté par voye secrette, je ne sçay quand j'auray -responce d'eux. Et me vient on d'advertyr qu'il y a grande apparance -que les armes y seront bientost reprinses, parce que quelque mylord y -a esté tué, qu'on dict estre le comte d'Athol; et que c'est le comte -de Morthon qui l'a faict fère; mais je n'ay encores bien la -vériffication de cella. L'on m'a desjà promis le passeport, icy, pour -envoyer voz lettres au jeune Prince d'Escosse et au dict de Morthon; -mais je me trouve en celle mesmes difficulté, que j'ay cy devant -mandée, que le dict de Morthon ne voudra recepvoir, ny mesmes -souffrir, qu'aulcun entre au païs, qui ayt adressé au dict Prince, -sinon comme à Roy, ny à luy, sinon comme à régent, et les lettres de -Vostre Majesté n'ont pas celle intitulation. - -Et, au regard de l'autre lettre, qu'avez escripte à la Royne -d'Escosse, parce qu'on avoit desjà octroyé passeport au frère de son -chancellier, présidant de Tours, pour luy aller porter quelques -besoignes, lequel est encores icy, l'on a desiré que je fisse fère, -par luy mesmes, le message. A quoy, pour n'augmenter les escrupulles -de ceste princesse, lesquelz, par occasion nouvelle, qui a procédé de -la duchesse de Suffolk, se sont, puis peu de jours, rengrégés, oultre -la générallité de ceulx qu'elle a tousjours non petitz de Vostre -Majesté, je m'y suis condescendu. - -Et, quand à esclarcyr davantage Voz Majestez sur l'advertissement de -prendre garde à voz personnes, j'ay singullièrement recherché de -ceulx, d'où cella estoit venu, de m'en dire la particullarité. Et ilz -m'ont séparément confirmé, qu'après qu'il se sceut, icy, que les -empeschementz qu'on croyoit fermement qui deussent retarder vostre -retour estoient ostez, qu'il y eut de ceulx qu'ilz appellent -Puretains, qui tindrent des propos fort meschantz et malheureux, -disantz qu'il n'importoit pas beaucoup que vous fussiez venu, car -bientost l'on verroit ung semblable jugement sur vous, et sur la -Royne, vostre mère, qu'on avoit veu sur le feu Roy, vostre frère; et -qu'il ne falloit destendre le tabernacle qui avoit esté dressé pour -ses obsèques, parce que l'on y auroit bientost à cellébrer les -vostres, et aultres motz tendantz à mesmes effect; de façon que, -s'estantz eulx donnés une grande peur du danger de Voz Majestez, ilz -avoient bien volu fère en sorte que je vous advertisse d'y prendre -bien garde, et que, quand ilz en entendroient davantage, et de plus -expécial, qu'ilz me le feroient incontinent sçavoyr. A quoy pouvez -croyre, Sire, que je n'auray l'oeil et le cueur moins tendus, que si -c'estoit pour ma vye et pour le mesmes salut de mon âme. - -Mr le vidame de Chartres s'est enfin embarqué, le XXXe du passé, avec -la pluspart de toutz ces françoys qui restoient icy, et est passé à -Fleximgues devers le prince d'Orange. Il m'a promis qu'estant là, et -lorsqu'il sera près du comte Palatin, où il prétend d'aller, il -s'efforcera de vous fère cognoistre qu'il a toute dévotion à vostre -service et à la paix de vostre royaulme; et que, de Hollande en hors, -il dépeschera ung des siens devers Vostre Majesté. Néantmoins l'on m'a -adverty qu'ainsy qu'il entroit dans son navyre, celluy Rua, que j'ay -cy devant mandé, qui estoit allé en Allemaigne, est arryvé, et qu'il -s'en est retourné avecques luy en Zélande; mais qu'il doibt bientost -revenir, et qu'on a entendu qu'il a dict que les choses se portoient -très bien, là où il avoit esté, ce qu'on juge estre qu'il y a des -forces prestes en Allemaigne pour ceulx de leur religion. Sur ce, etc. - - Ce IIIe jour de novembre 1574. - - - - -CCCCXVe DÉPESCHE - ---du VIIIe jour de novembre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Entreprises diverses projetées par les Anglais contre les villes - maritimes de la France.--Découverte d'une entreprise sur le - Hâvre.--Surveillance qu'il importe d'exercer.--Protestation des - seigneurs du conseil qu'ils ignoraient entièrement le projet de - s'emparer du Hâvre.--Demande faite par l'agent du roi d'Espagne - de son passeport. - - - AU ROY. - -Sire, je supplye très humblement la Royne, vostre mère, de se vouloir -souvenir comme, dès qu'il fut sceu par deçà que le retour de Vostre -Majesté en France estoit par l'Italye, je luy donnay advis que les -entreméteurs de ceulx de la nouvelle religyon, se deffiantz de pouvoir -obtenir telles condicions de paix comme ilz desiroient, s'estoient mis -à dellibérer de la continuation de la guerre, et, entre aultres -choses, de surprendre des places en Picardye et Normandye, le long de -la mer; et desjà ilz faysoient estat d'en emporter quelques unes, dont -estimois estre besoing qu'on renforçât les garnisons de Callays, de -Bouloigne, de Dieppe, du Hâvre et de Cherbourg, et qu'on advertît les -gouverneurs d'estre vigilantz à la garde de ces cinq villes, et -touchoys encore quelques mots de Brouage; dont, à peu de jours de là, -je fus infinyement ayse que Sa Majesté m'escripvît qu'elle avoit très -bien pourveu, non seulement à ces cinq places, mais à toutes les -aultres le long de la mer, jusques à Bourdeaulx. Qui pense, Sire, que -ceste sienne dilligence d'allors a servi beaucoup maintenant contre la -praticque, qu'on dict qui s'est descouverte du Hâvre de Grâce, de -quoy je loue et remercye Dieu de tout mon cueur. - -Néantmoins je retourne advertyr Vostre Majesté qu'il est expédient de -refraychir, de rechef, ce mesmes advertissement aulx mêmes -gouverneurs, et renforcer leurs garnisons, tant pour la conservation -de leurs places, et pour ne laysser occasion quelconque à ceulx de -dehors d'y entreprendre, que pour garder que, au dedans du pays, ne se -face aulcun mouvement; car voicy, Sire, ce que l'ung de ceulx, que -j'ay mis après à observer les ministres, m'a rapporté, que aulcuns -d'eulx se sont desbouchez de dire que Vostre Majesté seroit bientost -travaillé de plus d'endroictz qu'elle ne pensoit; et qu'ilz avoient de -leurs amys, gens de bonne mayson, et aultres, en Picardye, qui, du -premier jour, se déclareroient ouvertement pour eulx, et que les -restes de Normandye, qui n'estoient encores toutes mortes, ne -manqueroient pas de leur costé, et, possible, de telz d'où l'on -n'avoit encores ouy parler; et que ce ne seroit, sans qu'ilz se -fissent maystres de quelque bonne place d'importance, où ilz -pourroient recevoyr le secours, car c'estoit de quoy ilz se debvoient -principallement efforcer, pour induyre les Angloix de favorizer leurs -entreprinses. Et disoient davantage qu'il estoit résolu qu'on -tiendroit ung bon nombre des navyres de guerre angloix, et de ceulx de -Hollande, en Brouage, et qu'on recepvroit leurs gens dans le fort, -affin qu'ilz se peussent tenir plus assurez de leurs vaysseaulx; et -que les mesmes ministres avoient remonstré à ceste princesse, qu'en la -présente occasion, où elle voyoit bien qu'il y alloit de l'entière -extermination, ou de l'establissement, pour jamays, de sa religyon, et -le semblable de l'estat de sa couronne, elle ne debvoit refuzer d'y -mettre, à bon escient, la main, et se préparer à quelque belle -entreprinse par dellà, comme de s'impatronir de quelque bonne place, -et la bien pourvoyr, ou bien envoyer joindre ses forces à celles -qu'elle y verroit bientost en campaigne; car pouvoit considérer que -les vostres seroient bien fort retardées en Languedoc, et beaucoup -diminuées, avant que Nymes et Montaulban, après les aultres moindres -places, fussent prinses; et que la Rochelle, si vouliés entreprendre -de la forcer, vous ruyneroit plus d'hommes et vous consommeroit plus -d'argent et de monitions de guerre, que n'avoit faict l'aultre foys; -et que la trouveriez, à ceste heure, plus imprenable que ne fîtes au -premier siège, parce qu'ilz avoient mieulx pourveu de garder les -advantages de la mer, qu'ilz n'avoient eu, lors, ny le temps, ny le -moyen de le fère; et quand la dicte Dame n'en debvroit rapporter -aultre prouffict que d'entretenir la guerre par dellà, et garder -qu'elle ne passât, icy, en son royaulme, et ne laysser succomber, du -tout, sa religyon, ce luy seroit ung très grand bien et une réputation -immortelle. - -Sur quoy, Sire, je retourne supplier très humblement Vostre Majesté de -pourvoir à ces deux coings, de Picardye et Normandye, qui regardent -ceste mer, et commander de fère quelque effort à reprendre Brouage, -pendant qu'il n'est encores ny si bien fortiffié, ny si bien muny, ny -en telle deffance, comme l'on prétend bientost de le mettre. Qui ay -opinyon que c'est la plus salutayre entreprinse qui se pourroit fère -du costé de la Guyenne; bien que je ne pense pas que, désormays, ceste -princesse se laysse aller à toutes les persuasions des dictz -ministres, et que mesmes nous leur pourrons rabattre une bonne partye -de leurs plus aspres dellibérations, si renvoyés aulcunement bien -satisfaict son milord de North, sellon que je l'ay remise, et les plus -authorisez de son conseil, en trein de renouveller et confirmer très -estroictement la ligue avec Vostre Majesté. Et ay convié iceulx -seigneurs du conseil à disner, le jour de St Martin, en mon logys, -pour y fère la conjouyssance de l'heureux retour de Vostre Majesté, et -pour aultres bons effectz; qui m'ont toutz promis d'y venir -volontiers, ayant bien voulu cependant toucher à aulcuns d'eulx que -Vostre Majesté sentiroit grandement ceste trame qu'on avoit menée sur -le Hâvre, laquelle on disoit procéder en partie de deçà, ce qu'ilz -m'ont aussytost très fermement contredict, et qu'elle n'en venoit -nullement. A tout le moins me vouloient ilz, et mesmement le comte de -Lestre, assurer, à peyne de reproche, et d'estre estymé, luy, le plus -infâme et desloyal gentilhomme qui vive, si la Royne, sa Mestresse, ny -pas ung de son conseil, ny de sa court, ny mesmes ung seul angloix, y -participoit; car, pour ceste heure, leurs dellibérations ne tendoient -à rien de semblable. Le Sr de Sueneguen, agent du Roy d'Espaigne, -voyant que le voyage de Me Wilson s'alloit retardant, et -réfroidissant, de jour à aultre, a faict semblant qu'il avoit obtenu -congé du grand commandeur de Castille pour se retirer, dont est allé à -Ampthoncourt se licencier de ceste princesse, en espérance qu'elle le -prieroit de demeurer. Je ne sçay ce qu'elle fera; tant y a qu'il m'est -venu dire adieu, avant d'aller au dict Ampthoncourt, comme pour -publier davantage sa retraicte. Sur ce, etc. - - Ce VIIIe jour de novembre 1574. - - - - -CCCCXVIe DÉPESCHE - ---du XIIIe jour de novembre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Conférence de l'ambassadeur avec Leicester.--Déclaration - qu'Élisabeth est avertie que le roi a résolu de lui faire la - guerre.--Complète réconciliation de la reine d'Angleterre avec - le roi d'Espagne.--Affaires d'Écosse.--Nouvelles répandues à - Londres des succès remportés par les protestans en - France.--_Avis à la reine-mère._ Plainte d'Élisabeth de ce que - le roi et la reine-mère lui auraient voué une haine - implacable.--Justification faite par l'ambassadeur à raison de - ce reproche.--Description d'un phénomène maritime survenu à - Londres. - - - AU ROY. - -Sire, entendant que la Royne d'Angleterre avoit faict assembler ceulx -de son conseil, sur une dépesche qu'elle avoit receu d'Allemaigne, et -sur troys aultres qui luy estoient venues, coup sur coup, du costé de -France, les deux de son ambassadeur résidant, et la troysiesme de -milord de North, avant qu'il outrepassât Paris; et encores sur ce que -luy avoit rapporté ung courrier freschement retourné d'Escosse; et -que, là dessus, les ministres, et, incontinent après eulx, le Sr de -Sueneguen avoient esté devers elle; je n'ay peu demeurer longtemps -sans m'esclarcyr des escrupulles que tout cella m'avoit engendré. Qui, -pour ne vivre en plus de peyne, ay trouvé moyen de parler, à part, et -bien au long, avec le comte de Lestre, et l'ay curieusement examiné -si, de nul costé, estoit survenue occasion qui eût admené du -changement en la bonne dellibération où me sembloit naguyères avoyr -layssé la Royne, sa Mestresse, et eulx toutz, vers les présentz -affères de Vostre Majesté. - -Lequel m'a respondu en somme que, de divers endroicz de la -Chrestienté, la dicte Dame estoit admonestée de se préparer à la -guerre, parce que vous aviez proposé de la luy fère, et que de cella -l'on luy admenoit tant d'argumentz et de raysons apparantes qu'il me -confessoit qu'elle ne sçavoit à quoy s'en tenir; et que ceulx, qui -mettoient peyne de ne la laysser aller à ceste persuasion, n'avoient -qu'y pouvoir opposer, sinon la seule parolle, que je leur avoys -donnée, de la bonne intention de Vostre Majesté vers elle; et que le -dict comte et quelques autres, qu'il ne me vouloit pas nommer, -s'estoient formalizés, pour moy, de dire qu'ilz ne m'avoient encores -jamays veu négocier à faulces enseignes, ny sans que j'eusse charge -bien expresse et bien fondée de tout ce que je disois, et qu'il -m'assuroit que la dicte Dame demeuroit encores fermement résolue -d'attendre l'évidence de voz effectz vers elle; et que, si elle les -cognoissoit bons et pleins d'une vraye et non feincte amityé, -qu'indubitablement elle vous uzeroit d'une très ferme correspondance, -et vous pourriez assurer d'avoyr en elle la plus entière et parfaicte -de toutes les amies, qu'ayez au monde; et, au contrayre, aussy, si -vous la provoquiez, que nulle, en toute la terre, vous seroit plus -mortelle, ny plus irréconciliable ennemye, qu'elle; et que, pour le -présant, il me pouvoit jurer que, non seulement des ouvertes -dellibérations de la dicte Dame, mais des plus secrettes, qui se -fissent dans son cabinet, Vostre Majesté avoit occasion d'en demeurer -très contant, et mesmes d'en sentir beaucoup d'obligation à elle; et -qu'il desiroit que, bientost après le retour de milord de North, -Vostre Majesté envoyât quelque personnage d'honneur et bien choisy par -deçà; car espéroit qu'il vous rapporteroit toute satisfaction, ne me -voulant toutesfoys dissimuler que sa Mestresse estoit en très bons -termes avec le Roy d'Espaigne, mais que cella n'empescheroit qu'elle -ne fût encores en meilleurs avec vous. - -Et de ceste mesme substance ont esté les responces d'aulcuns aultres -de ce conseil avec lesquelz j'ay envoyé négocyer; ayant à vous dire, -Sire, touchant ce dernier poinct, que m'a touché le comte de Lestre, -de la réconciliation avec le Roy d'Espaigne, que le Sr de Sueneguen, -estant naguyères à Amptoncourt, a tant faict que, bien qu'on ne l'ayt -beaucoup prié de résider davantage par deçà, il a néantmoins obtenu -que la légation du mestre des requestes, laquelle avoit esté -interrompue, s'effectueroit présentement; et mesmes j'entendz qu'ilz -passent aujourdhuy la mer, de compagnye, pour aller trouver le grand -commandeur de Castille. A quoy a bien aydé certain advis, qui est -freschement arryvé, par chiffre, de Bruxelles, à Mr Walsingam, comme -la paix se va fère aulx Pays Bas. - -J'ay retiré, avec assez de difficulté, ung passeport, signé de huict -de ce conseil, pour envoyer ung des miens porter les lettres de Vostre -Majesté en Escosse; mais je suis tousjours en peyne de ce que j'ay -mandé, par mes précédantes, que le comte de Morthon ne voudra, en -façon du monde, recepvoir personne qui n'ayt addresse au Prince -d'Escosse comme à Roy, et à luy comme à régent. Dont attandray encores -le segond commandement de Vostre Majesté là dessus. Et vous diray -cependant, Sire, que j'ay faict une négociation, depuis huict jours, -en quelque endroict de ce royaulme, par laquelle j'espère qu'il sera -mis assez d'empeschement à celle tant chaude praticque, qu'on menoit, -d'avoyr le dict jeune Prince d'Escosse par deçà, et que les picques, -qu'on nourrissoit entre ceste princesse et la Royne d'Escosse, -demeureroient pour la pluspart esteinctes. Du Rua n'a point encores -esté renvoyé par le vidame, et sont, toutz deux, avec le prince -d'Orange. Ce qu'il a publié, que les affères alloient bien, de là où -il venoit, semble avoyr esté plus dict à artiffice, pour le cuyder -ainsy fère acroyre, que pour la vérité. Car l'on a, depuis, remarqué -que les ministres ont esté fort troublés du peu d'espérance, qu'il -leur a donnée, que les forces d'Allemaigne vueillent marcher pour -eulx, s'il n'y a du contant, ou assurance de plus grand somme, qu'ilz -n'ont moyen, pour encores, de fournir, ny de bailler respondant. Et -vouloit le dict Rua destourner le vidame de n'aller poinct par dellà, -l'assurant qu'il n'y advanceroit rien. Néantmoins les ministres, pour -maintenir, par ung aultre endroict, leurs affères en réputation, -publient que Mr le maréchal Dampville s'est ouvertement déclaré pour -eulx, et qu'il s'est saysy de Beaucayre, Montpélier, Aygues Mortes et -Narbonne; et que le cappitaine Montbrun a deffaict sept enseignes de -gens de pied de Vostre Majesté, et qu'à Lusignan, ceulx de dedans ont -faict une si brave sallye, qu'ilz ont mis en roupte tout le camp de Mr -de Montpensier: et s'y mesle, je ne sçay quoy, de Mr de Savoye, ez -dictz propos, que je n'ay encores bien comprins. Sur ce, etc. - - Ce XIIIe jour de novembre 1574. - - ADVIS, A PART, A LA ROYNE. - - Madame, en ceste conférance, que j'ay eue avec le comte de - Lestre, oultre les propos que je déduictz en la lettre du Roy, - vostre filz, qu'il m'a tenuz, il m'a dict davantage que la - Royne, sa Mestresse, ne se pouvoit donner, à ceste heure, tant - de repos, du costé de France, comme elle avoit faict jusques - icy, parce qu'on luy avoit révellé que Vostre Majesté ne - l'aymoit nullement, et que toutes ces honnestes - démonstrations, dont uziés vers elle, n'estoient que pour - l'entretenir, pendant que le Roy, vostre filz, et Vous, - estiés bien empeschés ailleurs; mais que, toutz deux, luy - gardiés une dangereuse pensée, pour l'effectuer, quand le - temps vous y pourroit servir; - - Néantmoins qu'elle résistoit fort à ceste persuasion, et - desiroit, plus que chose du monde, qu'elle peût cognoistre - qu'il en alloit aultrement, car, si elle se pouvoit bien - assurer de vostre droicte amityé, encor qu'elle se sentît bien - avoyr des ennemys près du Roy, néantmoins elle n'auroit plus à - estre ny en difficulté, ny en doubte, d'aulcune chose de - dellà. - - Sur quoy j'ay admené au dict sieur comte la pluspart des - évènementz, qui ont apparu en la Chrestienté, depuis que - Vostre Majesté manye les affères de France jusques à - maintenant; et que l'ordre et succez d'iceulx avoit bien peu - fère voyr à la Royne, sa Mestresse, que, oncques, il ne luy - estoit advenu de rencontrer une si constante amye, ny sy - persévérante, en toutes occasions, comme Vostre Majesté luy - avoit toujours esté. - - Et l'ay pryé qu'il voulût bien remarquer cella pour en rendre - capable sa Mestresse, et pour la mettre hors de ceste faulce - et fascheuse impression qu'on luy avoit voulu donner. Ce qu'il - a monstré de beaucoup gouster, et m'a promis de fère en sorte - que sa Mestresse le gousteroit, et s'en contanteroit. - - - Et me remettant, Madame, pour ceste foys, de toutes aultres - choses au contenu de la lettre du Roy, vostre filz, je - adjouxteray seulement, icy, une nouveaulté qui est arrivée, en - ceste ville, le VIe de ce moys, qu'après la première marée du - matin, ainsy que l'eau commançoit à baysser, une aultre marée - est soubdain revenue, qui a remonté: et est venue si haulte - qu'elle a inondé bien avant dans le pays, chose que ceulx cy - ont prinse pour un grand présage et y donnent diverses - interprétations. - - - - -CCCCXVIIe DÉPESCHE - ---du XVIIe jour de novembre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calays par Jehan Volet._) - - Conférence de l'ambassadeur avec les seigneurs du - conseil.--Retour en Angleterre du frère de lord de - North.--Nouvelles de la Rochelle.--Mécontentement d'Élisabeth - contre la comtesse de Lennox, au sujet du mariage de son fils - avec la fille du comte de Schrewsbury.--Défense qui lui est - faite de continuer son voyage en Écosse.--Nouvelles de ce - pays.--_Avis à la reine-mère._ Conférence de l'ambassadeur avec - Walsingham. - - - AU ROY. - -Sire, les sept premiers et principaulx du conseil d'Angleterre, avec -d'autres seigneurs de ceste court, sont venuz, le jour de St Martin, -prendre leur dîner en mon logys, et Mr de Walsingam, qui estoit l'ung -d'eux, m'a dict qu'il avoit charge de me fère les recommandations de -la Royne, leur Mestresse, et m'assurer qu'encor qu'elle fût absente -elle desiroit de communicquer, aussy bien que eulx, qui estoient -présentz à ceste conjouyssance, que je cellébroys, de l'heureux retour -de Vostre Majesté; et que, non seulement elle leur avoit volontiers -donné licence d'y venir, ains avoit prins grand plésir de voyr que, -allègrement et fort vollontiers, ilz y venoient. Pour laquelle -honneste démonstration d'elle, j'ay pryé le Sr de Walsingam de luy -dire que, mille et mille foys, je luy baysois très humblement les -mains, et que je ne fauldroys de le signiffyer à Vostre Majesté. Et -vous puis dire, Sire, quand à iceulx seigneurs du conseil, qu'il n'y -en a eu pas ung qui n'ayt mis quelque honneste propos en avant pour -honnorer vostre valeur et vertu, et pour cellébrer les rares et -excellantes qualitez que Dieu a mis en vostre personne; monstrans ung -singullier desir que l'amityé puisse continuer, bonne et droicte, -entre Vostre Majesté et la Royne, leur Mestresse, avec une bonne et -parfaicte intelligence entre voz deux royaulmes. - -Sur quoy je leur ay remonstré que c'estoit de eulx mesmes que -principallement avoit à dépendre le succez de ce grand bien, parce -qu'ilz guidoient les intentions de leur Mestresse, et régloient les -actions de ses subjectz; et que je les priois qu'à l'appétit et -persuasion d'aulcuns, qui se faisoient, à crédit, et sans aulcune -juste occasion, eulx mesmes malcontantz, ilz ne voulussent dellibérer -chose aulcune, ny en dissimuler nulle aultre, par deçà, qui peût -susciter de l'altération en ceste bonne amityé: car pouvoient penser -que ce ne seroit par injures et déplaysir, ains par honnestes -gratiffications, et mutuelles bénefficences, que la dicte amityé se -rendroit perdurable. - -Ilz m'ont répliqué que pleût à Dieu que toutz ceulx de vostre conseil -fussent d'aussy bonne intention vers la dicte amityé, et aussy promptz -de la vous persuader, comme ilz la desiroient de leur part, et -estoient prestz de la conseiller toujours à leur Mestresse; et -qu'encor que, quelquefoys même, ilz ne le vouloient pas nyer, ilz -prêtassent l'oreille aulx malcontantz, sellon qu'il n'estoit pas -expédient de la leur fermer du tout, si me prioient ilz de croyre -qu'ilz sçavoient assez bien comme s'excuser, et se couvrir de leurs -importunitez, et qu'en effect vous ne trouveriez que toute bonne -correspondance en leur Mestresse, et en eulx, et en tout ce royaulme, -pour veu qu'ilz peussent cognoistre de la disposition bonne en Vostre -Majesté. - -J'ay à eulx toutz, en général, et encores à quelques ungs, en -particulier, aprofondy davantage ce propos, parce que, le jour -précédant, estant la nouvelle, dont j'ay faict mencion en la fin de ma -dernière dépesche, arrivée, j'eus advertissement que Me Quillegreu, -lequel est assez dilligent de brouiller tousjours les affères, estoit -aussy allé trouver Mr de Méru, et avoit assemblé les plus aspres -ministres chez luy, et puis l'avoit mené à Amtoncourt. De quoy -m'estant imprimé beaucoup de souspeçon, j'ay bien voulu tout clèrement -la leur descouvrir, mais ilz m'ont pryé de n'estre en peyne, et n'en -vouloir encores donner, de cest endroict, à Vostre Majesté; car vous -estiez en très bons termes avec la Royne, leur Mestresse, pour -establir une mutuelle et très ferme assurance entre vous, et que -pourtant il se failloit bien garder de ne rien précipiter. - -Et s'en estantz, le jour d'après, iceulx seigneurs tournez vers leur -Mestresse, ilz ont trouvé que le frère de milord de North estoit -arrivé, lequel, en passant, a tenu à ceulx de ses amys, qu'il a -rencontrez en ceste ville, plusieurs propos de fort grande -satisfaction, du lieu d'où il venoit. Et j'ay aussytost envoyé en -court, pour observer, au vray, le rapport qu'il y feroit. - -Ceulx de la Rochelle ont faict une fort ample dépesche aulx ministres -et aultres de la nouvelle relligyon, qui sont icy, du XIIIIe du passé, -par où j'entendz qu'ilz monstrent de desirer la paix, et qu'ilz ont, -au retour de Roger, vostre valet de chambre, que leur aviez envoyé, -dépesché incontinent le Sr de Bessons vers Vostre Majesté; et -néantmoins, pour n'espérer telles condicions de seureté, ny tant -d'exercisse de leur religyon comme ilz desireroient, ilz remonstrent -qu'ils font cepandant grand dilligence de se munir, par terre et par -mer, et de pourvoyr leur ville, pour soubstenir la guerre; et -sollicitent ceulx de deçà de leur moyenner du secours pour le -besoing, et de leur envoyer des armes et des pouldres, et aultres -monitions. En quoy je mettray peyne de leur y estre le plus oposant -qu'il me sera possible. Les dictz ministres font un grandissime cas de -la conversion du Sr Dampville, et disent qu'il a de grandes forces -aulx champs, qui marchent pour eulx, et beaucoup de bonnes et fortes -places à sa dévotion. Et m'a l'on confirmé, qu'ilz continuent de -mesler Mr de Savoye fort avant au discours de ces choses; et que -bientost l'on me sçaura dire en quelz propres termes ilz en parlent, -dont je ne fauldray d'en advertyr incontinent Vostre Majesté. - -Il est advenu que la comtesse de Lenox, faysant son voïage vers le -North, s'est rencontré avec la comtesse de Cherosbery, et a moyenné, -pour le jeune comte de Lenox, son filz, le mariage de la fille de la -dicte comtesse, bien qu'elle en fût en termes avec la duchesse de -Suffolk, pour le filz de la dicte duchesse; et ont passé oultre à fère -les nopces, sans attandre la volonté de la Royne d'Angleterre; -laquelle s'en trouve si offancée qu'elle a contremandé la dicte -comtesse de Lenox et son filz; et pense l'on qu'elle les fera mettre -dans la Tour. Duquel évènement je suis, d'ung costé, bien ayse, parce -que le voïage de la dicte comtesse demeure interrompu, et qu'elle -n'yra poinct en Escosse; et, d'ailleurs, je crains qu'ayant faict -amityé avec la comtesse de Cherosbery, elle la rende ennemye de la -Royne d'Escosse. - -J'ay sceu que, en Escosse, les choses se maintiennent encores assez -paysibles, et que le comte d'Athol, qu'on disoit avoir esté tué, se -porte bien, et n'a eu nul mal; et que le comte de Morthon a esté fort -malade, mais qu'à présent il est guéry, et qu'encor qu'il continue de -se fère haïr, il se faict néantmoins tousjours craindre et obéyr. Sur -ce, etc. Ce XVIIe jour de novembre 1574. - - Je viens de recepvoyr vostre pacquet, du dernier du passé, - sellon lequel Me North a grande occasion de bien cellébrer la - faveur et bon traictement, que milord de North, son frère, a - receu de Vostre Majesté. - - - ADVIS A PART, A LA ROYNE. - - Madame, je racompte sommayrement, en la lettre du Roy, ce qui - s'est passé avec les seigneurs de ce conseil, quand je les ay - festoyés, le jour de St Martin, en mon logis; et adjouxteray - davantage que, le mesmes jour, j'ay tiré, à part, Mr de - Walsingam pour luy dire que Voz Majestez Très Chrestiennes - avoient plus de plésir de son advancement, et de le voyr - monter en authorité, en ceste court, que de gentilhomme qui - fût en Angleterre, pour la bonne opinyon qu'aviez conceue de - sa vertu et de sa suffisance; et n'y avoit qu'une seule chose - qui vous mît en suspens de luy, c'est que vous l'aviez ung peu - cognu extrême au faict de sa religyon, dont creigniez qu'il se - formalizât, et qu'il se rendît plus parcial, qu'il n'estoit - besoing, près de la Royne, sa Mestresse, pour ceulx qui - s'estoient eslevez en vostre royaulme. - - En quoy j'estois bien ayse qu'il eût gousté, depuis qu'il - estoit dans ce conseil, mieulx qu'il n'avoit faict auparavant, - les poinctz qui appartiennent à la souverayne authorité d'ung - prince, pour considérer qu'ayant le Roy, vostre filz, premier - que de venir à la couronne, exposé mainte foys et azardé fort - courageusement sa propre personne pour la religyon - catholicque, c'estoit bien tout ce qu'avec sa réputation il - pouvoit fère, pour ceulx de l'autre religyon contrayre, que de - leur octroyer l'entière restitution de leurs biens, la seureté - de leurs personnes, et la liberté de leurs consciences; et - que, si, dorsenavant, sa Mestresse et ceulx de son conseil - favorisoient leur opiniastreté, ny pareillement celle des - malcontantz qui leur voudroient adhérer, qu'il failloit - qu'elle et eulx confessassent de soustenir ung très maulvais - exemple de rébellion, dans l'estat du Roy, qui seroit, - possible, quelque jour, de très grand préjudice au leur. - - A quoy il m'a respondu qu'il baysoit très humblement les mains - de Voz Majestez, et qu'en mettant toute la peyne, qu'il - pourroit, d'honnestement s'employer près de la Royne, sa - Mestresse, pour vostre service, il s'efforceroit d'esgaller - ses actions à la bonne opinyon qu'il vous playsoit avoyr de - luy; et qu'il ne voyoit pas que la dicte Dame ny les siens - eussent à se formalizer beaucoup pour les eslevez de vostre - royaulme, si leur octroyés, ou ne leur octroyés poinct, tout - ce qu'ilz demandent de leur religyon; et que, sellon son - advis, s'ilz obtenoient de leur prince l'entière liberté de - leur conscience, qu'ilz debvoient, attandant mieulx, louer - Dieu, et se contanter; mais qu'il y avoit bien aultre chose - qui mouvoit sa Mestresse, c'estoit de voyr que toutes les - dellibérations du Roy, vostre filz, s'alloient formant par ung - conseil qu'elle avoyt très suspect, et que, si ne luy faisiés - cognoistre qu'elle peût establir très confidemment une bonne - intelligence avec Voz Majestez mesmes, sans danger d'estre - interrompue par ceulx qu'elle a opinyon que ne la voudroient - pas, qu'il me vouloit librement dire que vous ne trouveriez - jamays que meffiances et difficultez, et très grandes - escrupulles, du costé d'elle. - - Et bien que je me soys efforcé de luy rabatre ceste sienne - impression, comme très mal fondée, il a monstré d'entendre si - parfaictement tout ce qui dépandoit de ce poinct, et toutes - les circonstances d'icelluy, que je n'en ay peu tirer aultre - chose, sinon que, pour la fin, il m'a dict qu'il supplioyt - très humblement Voz Majestez de croyre que, estant - parfaictement angloix, nul seroit jamays meilleur françoys, en - Angleterre, que luy; et que bientost il reviendroit en ceste - ville, tout exprès, pour me visiter, et pour conférer - privéement de toutes choses avecques moy. - - - - -CCCCXVIIIe DÉPESCHE - ---du XXIIe jour de novembre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Satisfaction d'Élisabeth à raison de l'accueil fait en France à - lord de North, son ambassadeur extraordinaire.--Desir des - protestans du Poitou et de la Rochelle de faire la - paix.--Description de phénomènes atmosphériques survenus en - Angleterre. - - - AU ROY. - -Sire, j'entends que, de la lettre que milord de North a escripte, et -du rapport que son frère a faict, il demeure ung très grand et -souveraynement bon tesmoignage de Vostre Majesté en ceste court, et -que toutz deux ont loué bien fort à la Royne, leur Mestresse, -l'honnorable façon de laquelle il vous a pleu recepvoyr sa légation; -et vous ont attribué, sur ce qu'ilz ont peu comprendre de la gravité -de voz responces, et de la dignité de voz actions et de vostre royalle -personne, toutes les excellantes et plus belles parties qui se -pourroient desirer en ung prince. De quoy aulcuns eussent bien voulu -qu'ilz eussent moins dict, et moins escript, et qu'ilz eussent -espargné la vérité; mais ilz ont parlé droictement, et si, ont fort -assuré qu'aviez bonne inclination à la paix, et que néantmoins vous -n'obmettiez une de toutes les provisions qui estoient nécessayres pour -une bien forte guerre; en quoy toutes choses vous y alloient, de jour -en jour, succédant sellon vostre desir. Bien est vray qu'ilz avoient -opinyon que, de la déclaration de Mr Dampville vous pourroit survenir -des difficultez nouvelles, et non petites, en la dicte guerre, et du -retardement beaucoup en la paix, toutesfoys qu'ilz avoient cuydé -sentir que ceulx de la nouvelle religyon ne se fioient que bien à -point de luy, et qu'ilz creignoient que, pour retirer son frère aysné, -et fère revenir ses aultres frères, et accomoder ses affères, il -pourroit bien entreprendre de vous fère quelque extraordinaire service -à leurs despens. - -Sur quoy il m'a esté mandé que la dicte Dame avoit seulement respondu -qu'elle s'estoit toujours bien attendue, que vous uzeriés de quelque -bonne démonstration vers elle, mais non de si grande et si pleyne -d'honneur et de faveur, comme aviez faict en l'endroict de son -ambassadeur, dont elle vous en avoit beaucoup d'obligation; et qu'elle -se resjouyssoit bien fort qu'eussiez la volonté d'amortir ces -émotions de vostre royaulme par la voye de douceur, sellon qu'elle -réputoit estre une chose trop plus heureuse que recouvrissiez de voz -subjectz, avec leur amour et bienveillance, en leur donnant la paix, -l'obéyssance naturelle et parfaicte qu'ilz vous doibvent, que si, par -une définition de guerre, vous ne regaignés sur eulx que une -domination pleyne de terreurs, d'espouvantement, et d'indignation -cachée dans leurs cueurs; et qu'au reste elle vouloit suspendre son -jugement du faict de Mr Dampville jusques à ce qu'elle en sceût mieulx -la vérité. Et j'estime, Sire, que les choses demeureront en cest estat -jusques au retour de milord de North, lequel l'on espère que pourra -estre icy à la fin de ce moys. - -L'on m'a raporté que ceulx de Poictou et de la Rochelle, par le -discours de leurs lettres, qu'ilz ont escriptes par deçà, du XIIIIe et -XVIIIe du passé, monstrent, à bon escient, qu'ilz desirent la paix; et -que, regardans à plus de choses que ne font ceulx qui les incitent à -la guerre, mandent à leurs agentz que, s'ilz peuvent trouver de bonnes -et seures condicions vers Vostre Majesté, qu'ilz sont toutz résolus -d'y entendre; et que ce sont ceulx de la noblesse qui principallement -les y persuadent. De quoy les ministres de ceste ville, qui creignent -quelque diminution en leur religyon, s'en trouvent grandement -escandalizés, et s'en esmeuvent, plus que je ne le sçauroys dire, et -ne layssent nulle pierre à mouvoir pour interrompre ce bon euvre, -sollicitantz ung chascun, et veillantz, jour et nuict, pour dresser -des remonstrances et une longue responce par dellà, affin d'y divertyr -les gens de bien de ce bon et sainct propos, et les abuser d'une veyne -espérance de secours d'Angleterre, d'Allemaigne et de Flandres; et -font tenir prest ung Lachemaye, qui, naguyères, en est venu, pour le -renvoyer avec ceste ample dépesche. Dont je desireroys, Sire, que -fissiez uzer de quelque dilligence vers les dictz de Poictou et de la -Rochelle, pour prévenir vers eulx la malice des dictz ministres; et, -de ma part, j'essaye bien, par les meilleurs moyens que je puis, de -fère escripre l'agent de la Rochelle et les aultres, qui sont de ce -quartier là, tout au contrayre de leurs dictes dépesches. J'entendz -que, depuis deux jours, les dictz ministres font courir, de main en -main, une déclaration qu'ilz disent venir de Mr le Prince de Condé, et -quelques aultres escriptz que je n'ay peu encores recouvrer; mais je -feray dilligence de sçavoyr que c'est, pour en advertyr Vostre -Majesté. - -Il semble que, sur ce malcontantement, que la Royne d'Angleterre a -conceu de la comtesse de Lenox, qu'elle dellibère de renvoyer Me -Quillegreu en Escosse. Je ne sçay à quelles fins; mais je feray -observer l'occasion pour quoy c'est, affin de pourvoyr, le mieulx que -je pourray, qu'il n'en viegne détriment à vostre service. Et sur ce, -etc. - - Ce XXIIe jour de novembre 1574. - - La dicte Dame et les siens sont aulcunement espouvantez des - prodiges, qui apparoissent par deçà; et mesmes que, depuis la - double marée, du VIe de ce moys, il a esté veu de grands - brandons de feu, en l'ayr, qui ont rendu les deux nuicts, du - XVe et XVIe du présent, aussi lumineuses et clères comme de - plein jour, encor qu'il ne fît poinct de lune. Et ont continué - les dictz feux, en diverses figures, depuis les deux heures - après minuict, jusques envyron les huict heures du matin, que - le soleil estoit desjà bien haut. Sur quoy, aulcuns - astrologiens de ce royaulme ont esté mandez; mais ne sçay - encore quelle signiffication ils y donnent. - - - - -CCCCXIXe DÉPESCHE - ---du XXVIIe jour de novembre 1574.-- - -(_Envoyée jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Danger de la reine d'Écosse.--Prière de Marie Stuart au roi pour - qu'il la prenne en sa protection.--Instances des protestans de - France auprès de Mr de Méru.--Résolution des habitans de la - Rochelle de se défendre jusqu'à la dernière - extrémité.--Changement apporté dans les bonnes dispositions des - Anglais par la violation de la capitulation de Fontenay. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay addressé, en la meilleure et plus digne façon que j'ay peu, -à la Royne d'Escosse, vostre seur, la lettre que Vostre Majesté luy a -escripte, du VIIIe du passé; et elle m'a mandé qu'elle s'en est -resjouye, oultre mesure, et plus que de nulle autre chose, qui luy -eût, en ce temps, peu advenir, de quelle part qui soit au monde, et -m'a faict tenir la responce, qui est de sa main, laquelle j'ay -adjouxté à ce pacquet; et croy que la consolation et visite de vos -lettres, à ceste pouvre princesse, vous sera imputé à ung euvre de -grande charité devant Dieu, et ung office de singullière -recommandation envers les princes souverains, et envers les gens de -bien de toute la terre. La dicte Dame loue Dieu de vostre heureuse -arrivée, et le prie incessamment, pour le bon succès de voz affères, -et pour la grandeur et félicité de Vostre Majesté. Elle est si -subjecte à calompnies, et ses ennemys sont si promptz à luy attribuer -l'occasion de toutz les maux et désordres qui surviennent en ce -royaulme, qu'ilz ont voulu imprimer à la Royne, sa seur, qu'elle -estoit cause du mariage du comte de Lenox avec la fille de la comtesse -de Cherosbery, et qu'elle avoit ligué la duchesse de Suffolc et la -comtesse de Lenox avec la dicte comtesse de Cherosbery pour monopoler -plusieurs choses pour elle dans ce royaulme; là où, au contrayre, elle -crainct, plus que chose du monde, que de la racointance de ces troys -dames, desquelles les deux luy ont esté tousjours très ennemyes, ne -luy viegne beaucoup de traverse en ses affères et ung préjudice, par -trop grand, à sa propre liberté. Dont, de quelle part que puisse -procéder le mal, elle a senty qu'on faysoit, là dessoubz, une aspre -menée pour l'oster de la garde du comte de Cherosbery, et la mettre en -des mains qu'elle n'a moins suspectes que la mort. Sur quoy m'a -escript qu'elle recouroit, comme vostre belle seur, et vostre -principalle allyée, et de vostre sang, à la protection de Vostre -Majesté, et, qu'en cas qu'on la voulût mettre en mains suspectes, -qu'elle vous supplioyt de vous y oposer, et de protester de la -conservation de sa vye, et de vanger sa mort, et le tort et injure -qu'on luy feroit; et que c'est bien ce qu'elle doibt et peut justement -espérer de l'appuy de vostre couronne. - -Je ne luy ay encores respondu, mais, ayant descouvert, premier -qu'elle, toute ceste trame, j'ay mis le plus de dilligence et de soing -que j'ay peu d'y remédier, et espère que les choses n'iront si mal, -comme ses ennemys le procurent, ny comme elle a eu juste occasion de -le craindre. Néantmoins il vous plerra me commander, là dessus, vostre -volonté, et me mander ce que j'auray à luy respondre. - -Le Sr de Vassal est arryvé, avec vostre dépesche, du Xe du présent, -sur laquelle j'espère voyr bientost ceste princesse, et je satisferay, -puis après, à toutz les chefz de vos lettres, le plus tost et le -mieulx que ma santé, laquelle je sentz, de jour en jour, évidemment -empirer, en ce lieu, me le pourra permettre. Et vous diray cepandant -Sire, que, sur ce que j'ay faict cognoistre en ceste court, que les -allées et venues, que Mr de Méru y faisoit, m'estoient suspectes et -plus encores celles des ministres; il m'a esté respondu, quand aulx -ministres, qu'on ne pouvoit, en Dieu et conscience, refuzer d'ouyr ce -qu'ilz trouvoient nécessayre d'estre dict et remonstré, ou bien -proposé, pour la deffance de leur relygion, qu'ilz avoient commune -avec cest estat, et qu'à cella je m'oposeroys en vain; mais quand à -l'aultre, que je n'avoys à me plaindre de faveur qu'on luy fît, car -l'on n'avoit encores veu ny ouy parolle de luy, qui ne fût sellon -l'honneur et dignité de Vostre Majesté, et pour le repos de vostre -royaulme; et ne se cognoissoit rien en luy qui sentît la rébellion, -car, quand il en monstreroit le moindre signe du monde, il ne -trouveroit plus tel visage, en ceste princesse, ny aulx siens, comme -il avoit faict, ny n'auroit plus aucun accez à eulx. - -Je ne puis, à dire vray, Sire, bien descouvrir s'il trame rien avec la -dicte Dame, mais je ne me puis contanter que le ministre Villiers, et -quelques aultres, ses semblables, soient ordinayrement, et trop -souvant, en secrette conférance avecques luy; et que je commance -d'entendre qu'il se parle, parmy les siens, de retourner bientost en -Allemaigne. Je travailleray de le réduyre au poinct que m'avez mandé -de vostre intention par toutz les moyens et plus vifves persuasions -qu'il me sera possible; et vous rendray compte de ce qu'il m'aura -dict. - -Quelqu'ung m'a rapporté, du costé d'Ouest, là où la comtesse de -Montgommery et sa famille sont, que le jeune Lorges y est arrivé -secrettement, en habit incognu, pour voyr sa femme: et je le croy, en -partye, parce que Mr de Walsingam m'a mandé qu'il avoit receu des -lettres de la Rochelle, que je pense qu'il a apportées, et qu'on luy -mande qu'on se dellibéroit entièrement d'attandre l'extrémité, parce -que l'exemple de Fontenoy[2] leur monstroit qu'il ne leur seroit gardé -capitulation, ny promesse, qu'on leur fît. Sur ce, etc. - - [2] Après une vive résistance, les protestans qui occupaient - Fontenay-le-Comte capitulèrent le 16 septembre 1574; mais, - pendant que l'on discutait les dernières conditions, les - catholiques furent introduits dans la ville par surprise. Les - articles, déjà accordés, ne furent pas exécutés. - - Ce XXVIIe jour de novembre 1574. - - Le comte de Sussex, grand chambelland de ceste princesse, a - prins des lettres de moy à Mr de Matignon et au cappitayne - Lago, pour pouvoir tirer le nombre de cinq centz tonneaulx de - pierre blanche, de Caen; dont il desire qu'il playse à Vostre - Majesté leur escripre, à toutz deux, de tenir la main que, - sans empeschement, ny destourbier, ny sans aulcun grief, ses - gens puissent fère transporter librement la dicte pierre deçà - la mer. De quoy, Sire, je supplye très humblement Vostre - Majesté le vouloir gratiffier. - - - A LA ROYNE. - -Madame, ayant mis peyne d'approfondir, en ceste court, l'occasion de -quoy il est advenu, qu'après avoyr faict retarder le voïage de Me -Wilson en Flandres, et l'avoyr si bien interrompu qu'on luy avoyt une -foys mandé de descharger ses gens, il y ayt depuis ung si soubdain -changement qu'en moins d'une heure l'on l'ayt dépesché et l'ayt on -faict incontinent partir; il m'a esté respondu à cella, que la grande -impression que j'avoys donnée à ceste princesse qu'elle pourroit -establir une ferme et perdurable amityé avecques le Roy, vostre filz, -et la grande réputation qui couroit, icy, de sa vertu, et surtout -qu'il estoit prince de parolle et de grande vérité, avoient faict -qu'elle s'estoit résolue de se commettre entyèrement à luy, et ne -passer plus oultre avec le Roy d'Espaigne; mais que, sur -l'advertissement que ceulx de la Rochelle avoient, depuis, mandé: que -la capitulation n'avoit esté gardée à ceulx de Fontenoy, il avoit esté -remonstré à la dicte Dame que, bien que le Roy se voulût rendre, en -toutes aultres choses, fort entier, il monstroit néantmoins desjà -qu'il estoit persuadé, jouxte le concile de Constance, de ne debvoir -tenir ny foy ny promesse à ceulx de la religyon dont elle estoit, et -que, pourtant, elle se hastât de renouveller, le plus tost qu'elle -pourroit, avec le Roy d'Espaigne, les anciennes amityés de Bourgoigne; -auxquelles, encor que, pour quelque occasion, il voulût bien suyvre le -concille de Constance, il n'entreprendroit toutesfoys, pour d'aultres -grandes utillitez, de préjudicier aulx dictes anciennes amityés, -oultre que, jusques icy, il n'avoit jamays démenty sa parolle. - -Et par ce, Madame, que j'ay envoyé assurer que ce que ceulx de la -Rochelle avoient mandé de Fontenoy estoit faulx, aulcuns de ceulx qui -se monstrent mieulx inclinez à la France qu'à l'Espaigne, m'ont -secrettement adverty qu'on sçavoit trop bien ce qui en estoit, et que -je n'en parlasse plus; et m'ont pressé de vous fère ung article, -exprès, comme il est besoing qu'advertissiez le Roy, vostre filz, que, -en ceste cause, laquelle est aujourdhuy la plus grande de la -Chrestienté, et laquelle va bander toutes les armes et puissances des -Chrestiens les unes contre les aultres, il ne veuille laysser prendre -au monde ceste impression de luy, qu'il ne vueille bien garder la foy -et les promesses qu'il donnera, ou aultrement qu'il se prépare -ardiment de soubstenir, dans son royaulme, une guerre continuelle, -sans intermission, ny relasche aulcun, non seulement avec ses -subjectz, mais avec toutz les princes et estatz, et avec toutz les -intéressés en la dicte cause, jusques à ce que, par une deffinition et -une victoyre généralle, il ayt exterminé entyèrement tout aultant -qu'il y en a au monde. - -J'ay respondu, sans promettre que je vous en escriprois, ce que j'ay -estimé digne de la grandeur du Roy et de sa couronne, et de la juste -cause, qu'il poursuyt, de recouvrer l'obéyssance de ses subjectz; et -feray, le mieulx que je pourray, pour effacer les aultres violentes -impressions, qu'on s'efforce de donner au monde, de vostre intention -et de celle du Roy. Et sur ce, etc. - - Ce XXVIIe jour de novembre 1574. - - - - -CCCCXXe DÉPESCHE - ---du IIIe jour de décembre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Audience.--Nécessité de faire surveiller les protestans qui - passent d'Angleterre en France.--Démarches faites par - l'ambassadeur auprès de Mr de Méru.--Plaintes de l'ambassadeur - à raison de l'oubli dans lequel on laisse ses - services.--_Mémoire._ Détails de l'audience.--Réponse - d'Élisabeth à la déclaration du roi qu'il veut maintenir - l'alliance avec elle.--Protestation d'amitié de la part de la - reine d'Angleterre.--Ses instances pour que la paix soit - rétablie en France.--Conférence de l'ambassadeur avec les - seigneurs du conseil. - - - A LA ROYNE. - -Madame, ce que j'ay recueilly des propos et responces de la -Royne d'Angleterre en ma dernière audience, je le metz assez -particullièrement en ung mémoire à part au Roy, vostre filz, et me -reste seulement de vous dire que la dicte Dame supplie Vostre Majesté -de se souvenir que, au premier an du règne du feu Roy, Françoys, -vostre filz, vous luy promistes l'amityé de voz enfantz; dont elle -vous prie tenir vostre parolle pour le Roy, qui est à présent, ainsy -qu'avez faict pour les deux passez; et qu'elle ne doubte nullement que -n'ayés encores l'affection très bonne au propos que luy aviez mis en -avant pour le quatriesme; mais l'on s'est bien fort escarté de la voye -de l'effaictuer, néantmoins qu'il ne sera jamays qu'elle ne luy -vueille beaucoup de bien, et qu'elle ne l'honnore et n'ayt une très -bonne opinyon de luy. - -Je suys adverty, Madame, qu'il y a ung ministre, nommé Joys, homme de -lettres, nourry longtemps en Angleterre, lequel, partant d'icy, disoit -s'en aller en Constantinople, qui s'est arresté à Paris, et escript -souvent par deçà, et mande plusieurs choses à l'advantage des eslevez, -et qu'ilz obtiendront, ceste année, tout ce qu'ilz vouldront; dont, de -tant qu'il parle plusieurs langues, et que, soubz ombre de hanter les -collèges, pour l'occasion des lettres, il pourroit praticquer des -intelligences dans la ville contre le service de Voz Majestez, il sera -bon de le fère chasser ou aulmoins prendre garde à luy. - -J'ay parlé à Mr de Méru, et n'ay rien obmis du postscripta de la -lettre du Roy ni des poinctz qu'il vous pleut toucher au Sr de Vassal. -Je l'ay trouvé en collère et malcontant; mais il a remis de me -respondre, dans ung jour ou deux, dont, par mes premières, je vous -feray entendre ce qu'il m'aura dict. Et persévérant plus que jamays, -Madame, à vous supplyer très humblement pour mon congé, sellon que je -sentz, de jour en jour, diminuer ma santé et me croystre plusieurs -manquementz en la continuation de ceste charge, je pryeray le -Créateur, etc. - - Ce IIIe jour de décembre 1574. - - Je ne sçay de quelz termes uzer pour me douloir, à Vostre - Majesté, de m'avoyr, non oublyé, mais déjetté très - honteusement de celle grande distribution de biens qui a esté - faicte, à l'arryvée du Roy, vostre filz. Aulmoins me debvoit - ce béneffice, qu'on m'a osté, qui estoit tout mon bien, estre - rendu; et ne puis dire, Madame, sinon que je suis celluy, à - qui il vous playst de fère porter la plus notable marque - d'indignité et de défaveur, et de malcontantement, qu'à nul - aultre gentilhomme, qui soit au service de Voz Majestez; et je - laysse bien à Dieu, et elles, de juger si je l'ay mérité. - - - MÉMOIRE AU ROY. - - Sire, il n'est besoing que je vous racompte les propos que - j'ay tenus, ceste foys, à la Royne d'Angleterre, car je les ay - prins de la lettre que Vostre Majesté m'a escripte, le Xe du - passé, et il sera facille de comprendre quelz ilz ont esté par - les responces que la dicte Dame m'a faictes, qui sont, en - substance, comme s'ensuyt: - - Que jamays chose ne luy estoit mieulx advenue, sellon son - desir, que l'effaict de la légation de milord de North, - puisque, des lettres qu'elle vous a escriptes par luy, et des - poinctz qu'il vous a explicqué de sa créance, il vous reste du - contantement; et que toute l'ambassade et l'ambassadeur vous - ont esté agréables, car la principalle intention qu'elle a - eue, en le vous envoyant, a bien esté d'honnorer vostre - grandeur, et donner ung évident tesmoignage au monde de - l'affection qu'elle porte, très bonne et de très bonne seur, à - Vostre Majesté, et à l'establissement de voz affères; - - Qu'elle a ung singullier playsir de voyr, par ce commancement, - que vous voulez tenir en quelque bon compte son amityé, et luy - donner à elle une très grande espérance de la vostre; que ce - qu'elle desire maintenant, le plus au monde, est que les - choses puissent ainsy procéder entre vous que vous ayez - mutuellement à prendre une très assurée confiance l'ung de - l'aultre; - - Que nulle meilleure ny plus honnorable nouvelle eust elle peu - entendre de voz vertueuses dellibérations, que celle que je - luy ay assurée que, de vostre propre naturel vous avez, de - vouloir résoluement tenir voz promesses, et manquer plustost à - la vye que à la parolle que vous aurez une foys donnée; que, - sur le solide fondement de ceste vostre constante volonté, - laquelle estoit vrayement royalle et digne de vous, qui estiez - par extraction, et par élection, et par succession, le plus - royal prince qui ayt esté, de longtemps, en la Chrestienté, - elle se disposeroit en telle sorte vers vostre amityé que, - s'il n'y deffailloit de correspondance, de vostre costé, vous - pourriez fère estat d'avoyr en elle la plus entière et - parfaicte bonne soeur, et bonne amye, qui fût au monde; - - Qu'elle ne vouloit nyer qu'on ne luy eût voulu donner quelque - male impression des promesses, à quoy on vous pouvoit avoyr - obligé, passant par l'Italie, contre elle, et contre le repos - de son royaulme, ou contre sa religyon; dont se resjouyssoit - bien fort de ce que luy donniés parolle qu'il n'en estoit - rien, et que vous vous trouviez libre de toutes ligues et - obligations, sinon des anciennes de vostre couronne, et de - celle que pouviez avoyr avec elle, à cause du sèrement du feu - Roy, vostre frère, et avec le royaulme de Pouloigne, à cause - du vostre; - - Que, puisque vous estiez résolu de vivre en bonne intelligence - avec les princes et estatz voz voisins, qui la voudroient - avoyr bonne avecques vous, que vous la vous pouviez ardiment - promectre très seure et perdurable, de son costé; car, tant - qu'elle vivroit, vous en pourriés fère très certain estat; - - Que nulle chose au monde vous pouvoit elle plus louer, ny plus - recommander, que celle voye de paix, que proposiez de suyvre, - pour mettre le repoz en vostre royaulme, et que celluy vous - seroit bien traistre et infidelle, voyre très cruel ennemy, - qui vous ozeroit conseiller, ou dire, qu'il ne fût honnorable - et utille, et mesmes très nécessayre de la fère; - - Que, pour le bien universel de la Chrestienté, elle se sentoit - obligée, entendant le grand progrès des armées et victoires du - Turc sur les Chrestiens, et des appareils qu'il faict pour - entreprendre plus avant, de vous supplier que vueillez - embrasser la paix publicque et unyon des dictz Chrestiens; - mais encores plus, pour vostre bien et repos particullier, - elle vous vouloit fort expressément exorter d'amortyr, en - toutes sortes, ces guerres de vostre royaulme, et y employer - si avant vostre clémence et doulceur, et l'authorité de vostre - foy et parolle, que voz subjectz puissent seurement retourner - à l'obéyssance et subjection qu'ilz vous doibvent; - - Qu'elle n'approuvoit nullement les armes des eslevez, en - quelle façon, ny soubz quel prétexte, qu'ilz les eussent - prinses, et mesmement en ce qui se faysoit hors de la - considération de la religyon, et qu'elle s'esbahyssoit assés - de Mr le maréchal Dampville, et n'avoit, depuis la nouvelle - qui estoit venue de sa déclaration, veu Mr de Méru, son frère, - ny ne le verroit, s'il apparoissoit en luy ung seul signe de - rébellion; - - Néantmoins qu'elle entendoit que la craincte de mort et - l'injustice faysoient renger un grand nombre de voz subjectz à - la deffansive, et prendre voz villes et places pour lieu de - refuge, et passer encores à l'offensive, et attirer troubles - sur troubles, et susciter les estrangers dans vostre royaulme; - - Sur quoy, pour la singullière affection qu'elle avoit à la - conservation de vostre grandeur, et de vostre couronne, elle - vous prioit de rompre, le plus tost que vous pourriez, le - cours de ce malheur, et prendre, de bonne part, si elle vous - disoit librement que les choses, mal passées contre ceulx de - la nouvelle religyon, requerroient que vous ne refusissiez ny - trouvissiez mal honnorable, ny contre vostre réputation, de - les accomoder maintenant de quelque honneste seureté. - - Ces responces de la dicte Dame, qui ont esté plus expresses et - plus considérées que nulles aultres qu'elle m'eût guyères - jamays faictes, m'ont baillé argument de luy mettre bien - devant les yeux la conséquence de ceste cause, et combien - ceulx, qui s'efforçoient de la luy desduyre pour bonne et - soubstenable, bandoient desjà, et dressoient de semblables - rébellions contre elle; et qu'elle considérât si, de Vostre - Majesté, qui aviez, premier que d'estre Roy, combatu, l'espace - de sept ans, très courageusement, et azardé souvant, et mis en - manifeste danger vostre propre personne, pour la religyon - catholicque, ce n'estoit pas assés, maintenant que estiez - monté à la couronne, et que la somme de toutes choses estoit - parvenue en voz mains, d'accorder, à iceulx de la dicte - religyon, l'abolition du passé, la jouyssance de leurs biens, - la demeure paysible de leurs maysons, et la liberté de leur - conscience; et que, de demander davantage, c'estoit par trop - forcer la volonté qu'ilz sçavoient bien que vous aviez, qui - estiez leur Roy, et leur prince; - - Que néantmoins vous donniez ceste parolle à la dicte Dame - qu'il n'y auroit aulcune honneste ny tollérable condicion, - pourveu que n'offançât vostre honneur, que ne fût accordée à - voz dictz subjectz, pour les fère revenir à leur debvoir; mais - aussy que, quand vous auriez faict ainsy le vostre envers Dieu - et les hommes, vous protestiez bien d'employer toutes les - forces et moyens, que Dieu vous avoit donnez, et n'en laysser - ung seul en arrière, de toutz ceulx que vous pourriés mouvoir - en la Chrestienté, pour réprimer justement la présumption et - témérité de ceulx qui, inicquement, persévèreroyent d'estre - rebelles contre vous; et qu'en ce cas vous l'adjuriez, elle, - de non seulement leur dénier la faveur et apuy de ce royaulme, - mais de joindre ses forces aulx vostres pour extirper de la - terre ung si pernicieux exemple que le leur. - - A quoy elle m'a respondu qu'elle se souvenoit tant d'estre - Royne, et de vous estre, pour cella, conjoincte d'estat, - qu'elle ne manqueroit jamays à nul debvoir de bien bonne seur - vers Vostre Majesté, et qu'après que milord de North seroit - arryvé, et qu'il luy auroit faict le récit des choses de - dellà, nous pourrions lors poursuivre plus amplement ce - propos; et qu'elle s'esbahyssoit comment il ne vous avoit - parlé du faict de la navigation, et de l'administration de la - justice à voz mutuelz subjectz, car il en avoit eu charge, et - qu'elle ne desiroit rien tant que d'y pourvoyr, par bonne - intelligence, avecques vous, et députer, pour cest effect, - deux de son conseil, ainsy que Vostre Majesté en avoit depputé - deux du sien; et que, quand le gentilhomme, que dellibériez - envoyer vers elle, seroit icy, elle nous feroit rendre, par - son admiral et par les officiers de la marine, ung si bon - compte de leurs depportementz passez, en tout ce qui avoit - concerné les Françoys, qu'elle espéroit que vous en - demeureriez contant. - - Et, là dessus, m'estant licencyé de la dicte Dame, j'ay estimé - bon de déduyre aulx seigneurs de son conseil ce que j'avoys - dict à elle, affin de bailler à ceulx, à qui reste encores - quelque affection vers Vostre Majesté, de quoy pouvoir fère - incliner leurs dellibérations, le plus qu'il leur seroit - possible, au bien de vostre service. Lesquelz ont monstré - toutz d'estre bien fort ayses de l'assurance, que je leur ay - donnée, de vostre bonne intention vers leur Mestresse, et vers - eulx, et vers l'estat de ce royaulme. Et leurs responces m'ont - assez contanté, sinon en ce que l'ung d'eux m'a dict fort - rondement que, voyantz la profession, que Vostre Majesté avoit - jusques icy faicte, de se monstrer adversayre de leur - religyon, qu'ilz ne pouvoient interpréter l'effaict de voz - armes, sinon qu'elles estoient dressées et s'exécutoient - contre eulx, et que vous pouviez bien fère estat qu'ilz - n'estoient pour se déjoindre aulcunement de la cause de leur - dicte religion. Et ne m'estant pas, en toutes choses, si bien - accordé avec eulx comme avec la dicte Dame, nous n'avons passé - plus avant. - - - - -CCCCXXIe DÉPESCHE - ---du VIIe jour de décembre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._) - - Négociation de l'ambassadeur avec Mr de Méru.--Nouvelles de Marie - Stuart; crainte qu'elle ne soit commise à la garde de l'un de - ses ennemis.--Sollicitations des réfugiés.--Retour de lord de - North.--_Mémoire._ Détails de la négociation avec Mr de - Méru.--Desir du roi qu'il serve d'intermédiaire pour procurer - la paix.--Plainte de Mr de Méru contre la conduite tenue a - l'égard des Montmorenci.--Leur justification.--Assurance de - leur entier dévouement au roi.--Desir de Mr de Méru que Mr de - Montmorenci, son frère, soit lui-même choisi par le roi comme - négociateur.--Déclaration du capitaine La Porte. - - - A LA ROYNE. - -Madame, je pense que rien n'a esté obmis, comme verrez par le mémoire -au Roy que je joins à ce paquet, de ce qui se pouvoit déduyre à Mr de -Méru, pour le ramener au sentiment des choses que desiriez luy estre, -de moy mesmes, et encores aulcunement de la part de Voz Majestez, -déclarées touchant l'acheminement de la paix, et le divertissement des -forces estrangières, qui ne luy ayt esté vifvement remonstré; et -encores qu'il ayt, du commancement, déchargé ung peu sa collère, si -est il revenu, à la fin, à la modération et à la cognoissance de son -debvoir vers Voz Majestez, et monstré d'estre tout disposé à vous -rendre entière obéyssance. Il est bien vray qu'il demeure ferme en la -justiffication et innocence de ses deux frères, et de ne se vouloir -desjoindre de leur cause ny d'eux, mais il a opinyon que, sans -difficulté, ilz se réunyront toutz unanimement, et pareillement son -beau père, et ceulx qui pourroient dépendre d'eux, au poinct que Voz -Majestez desireront, s'il vous plaist les rendre assurez de vostre -bonne grâce. - -Le milord de North n'est encores retourné, dont l'on s'esbahyt assés -qu'est ce qui le peut si longtemps retenir par dellà. - -Ceste princesse se tient si offancée du mespris que la comtesse de -Lenox et le comte et la comtesse de Cherosbery ont tenu d'elle, en ce -mariage du jeune comte de Lenox, qui est parant de la couronne, -qu'elle dellibère de le leur fère bien sentir à toutz. Mais le pis est -qu'elle veut oster au dict comte la garde de la Royne d'Escosse, et -les ennemys de la dicte Dame l'en sollicitent instamment; de quoy je -sçay que la dicte Royne d'Escoce sera fort troublée et fort marrye, et -suis en grand peyne en quelles mains on la voudra mettre. Dont je -supplye très humblement Vostre Majesté de dire, ou fère dire à -l'ambassadeur d'Angleterre, que vous suppliez la Royne, sa Mestresse, -de ne la commettre à nul qu'elle ayt suspect, ny qui ne soit seigneur -de qualité pour respondre du traictement d'une telle princesse. L'on -m'a bien faict desjà une honnorable promesse là dessus, mais je crains -les artiffices et menées de ses ennemys. J'ay obtenu une lettre à -l'ambassadeur d'Angleterre, par laquelle luy ay mandé de bayller ung -passeport de luy à Nau, pour venir jusques icy, et il en prendra ung -aultre, icy, pour aller trouver la Royne d'Escosse. - -J'ay octroyé des certifficatz à des habitants de Roen, et de -Normandye, de leurs paysibles déportementz par deçà, sur des bons -tesmoignages qu'on m'a rendus d'eux, affin d'obvier à la saysie de -leurs biens. Et y a ung ministre, lequel, entre les autres, est plus -modéré, et n'adhère poinct aulx violentz conseils de la guerre, ny -aulx invectives et praticques de ses compaignons, qui m'a faict aussy -demander ung certifficat pour luy; mais, à cause de sa qualité de -ministre, je ne luy ay poinct voulu octroyer sans en avoyr expresse -permission de Voz Majestez, dont vous plerra me commander comme -j'auray à en uzer: et semble que cella pourroit aulcunement servir de -tenir leurs opinyons parties et divisées, en ne dényant vostre faveur -à ceulx qui l'ont modérée et paysible. - -Le cappitayne Janeton, après s'estre excusé de passer à la Rochelle, -ny d'aller trouver le Prince de Condé, s'est résolu de se retirer à -vostre service, ou en sa mayson; et persévérer là, toute sa vye, en -l'obéyssance de Voz Majestez, de laquelle il ne s'est jamays départy; -et qu'il aymeroit mieulx estre mort que d'avoyr porté les armes contre -vostre service. Il vous supplye très humblement de luy fère envoyer -ung passeport: et je vous promectz, Madame, que, par ce que j'ay veu -et ouy de luy par deçà, il mérite vostre faveur. Je suis contrainct de -vous ramantevoyr tousjours mon congé, et vous supplye de le vouloir -fère résoudre comme chose fondée en très grande nécessité. Et sur ce, -etc. Ce VIIe jour de décembre 1574. - - L'on me vient d'advertyr, toute à ceste heure, que milord de - North arrive aujourd'huy à Douvre. Et je viens de fère une - petite négociation avec ung seigneur de ce conseil, suyvant - laquelle il sera bon que différiez de fère parler du faict de - la Royne d'Escosse à l'ambassadeur d'Angleterre, jusques à ce - que Vostre Majesté ayt aultres nouvelles de moy. - - - MÉMOIRE AU ROY. - - Sire, après que Mr de Méru m'a heu fort volontiers escouté, - sur tout ce que je luy ay voulu dire, conforme au postille de - la lettre de Vostre Majesté, du Xe du passé, et suyvant ce - que la Royne, vostre mère, m'en avoit mandé par le Sr de - Vassal, avec plusieurs remonstrances que je luy ai faictes, de - moy mesmes, de ne vouloir, ny luy ni ses frères, gaster une - cause qu'ilz réputoient si bonne et juste comme la leur, et ne - provoquer, en ce temps, l'indignation de Vostre Majesté, ny - celle à jamays de la couronne de France, de laquelle eulx et - feu Mr le connestable, leur père, et leurs prédécesseurs - avoient mis peyne, jusques icy, de bien mériter d'icelle; et - elle les avoyt plus obligés que nulz gentilzhommes du - royaulme, dont luy monstreroient maintenant une horrible - ingratitude, et la provoqueroient, durant tout vostre règne et - de voz enfantz, et quiconque y vînt à régner après vous, à une - très juste indignation contre eulx, pour les avoyr et toutz - les leurs à l'advenir très suspectz, et ne cesser qu'elle n'en - ait exterminé la race, s'ilz suyvoient le chemin qu'ilz - avoient commancé; - - Et pourtant qu'il voulût embrasser l'honneste moyen qui luy - estoit offert de pouvoir conserver, pour luy et ses frères, - vostre bonne grâce, et maintenyr la mayson de Montmorency en - l'honnorable degré qu'elle a esté jusques icy, et de pouvoir - encores un jour recueillir à soy la succession d'icelle, et - celle de son beau père, et, possible encores, l'estat que son - dict beau père tient, s'il sçavoit bien uzer de la présente - occasion; oultre que ce, en quoy il avoit à s'employer - maintenant, non seulement luy éviteroit les dommages et - dangers, et luy apporteroit les utillitez que je luy - déduysois, mais luy acquerroit ung non petit mérite envers - Dieu, et une grande faveur de Vostre Majesté, et une très - grande louange par toute la France; et qu'il pouvoit espérer - que sa dilligence et ses bons offices en cest endroict - auroient tant d'heur qu'ilz nous produyroient une bonne et - desirée paix, sellon que je luy jurois, devant Dieu, que tout - ce qu'il vous avoit pleu me fère sentir et cognoistre de voz - intentions estoit entièrement dressé à la paix et repos de voz - subjectz; et qu'il pesât bien que luy ny ses frères ne - pouvoient comparoistre en ceste guerre, parce qu'ilz - n'estoient de la nouvelle religyon, sinon comme purs rebelles, - et qu'ilz ne se donneroient la garde que les dictz de la - nouvelle religyon auroient accepté l'accommodement que Vostre - Majesté leur vouloit fère, et que luy et les siens - demeureroient dehors, délayssés de toutz les Françoys et - nullement soubstenus d'aulcun prince, ny estat estranger, et - que la fin ne leur en seroit que honteuse et pleyne de - confusion, et d'une grande ruyne de leurs biens, de leurs vyes - et de leur honneur, à jamays. - - Il m'a respondu, en une certeyne façon, qu'il est venu à - conclurre tout au contrayre de son narré, car m'a parlé en - homme fort malcontant et tout oultré de courroux et de dheuil, - de ce que son frère aysné et son beau père estoient trop long - temps détenus prisonnyers, sans qu'on examinât leur cause, et - de ce que, contre la promesse que Vostre Majesté avoit faicte - à Mr de Dampville à Turin, l'on s'estoit efforcé de luy fère - depuis son procès à Lyon, et l'avoit on contrainct, maugré - luy, de prendre le party où il estoit à présent; - - Et pour le regard sien, du dict Sr de Méru, qu'on sçavoit - assés qu'il ne s'estoit absenté pour offance qu'il eût faicte, - ains pour éviter l'orage qu'il voyoit concité contre ceulx de - sa mayson; et s'estoit retiré en Allemaigne, et depuis, pour - ne donner souspeçon, passé icy, où il s'estoit comporté en bon - et loyal subject de Vostre Majesté, et néantmoins ses biens - estoient meintenant saysis, et deffanse faicte de luy apporter - de l'argent par deçà. - - Ce qui les menoit, avec l'impression qu'on leur donnoit - d'ailleurs que leur ruyne estoit desjà jurée, à ung si extrême - désespoir que force leur estoit de chercher des remèdes pour - ne périr du tout, soubz la violence de ceulx qui bandoient - ainsy vostre authorité contre eulx; et que, sentans leur cause - bonne et juste, et eulx munis de bonne conscience envers Dieu - et Vostre Majesté, ilz dellibéroient de n'obmettre ung de - toutz les moyens, dont ilz se pourroient prévaloyr, pour - repousser plus courageusement ceste injure, que ceulx qui la - leur procuroient, et qui les vouloient opprimer, ne pensoient - qu'ilz le peussent fère; - - Adjouxtant plusieurs choses, de particullier, de luy et de ses - frères, et plusieurs aultres, de général, du Royaulme, qui - seroient par trop longues icy. - - Néantmoins le pressant de restreindre en brief ce que j'auroys - à vous fère entendre de sa dellibération, il m'a dict, et - encores, après y avoyr mieulx pensé, m'a mandé qu'il supplioyt - très humblement Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, de le - vouloir tenir pour vostre très obéyssant et très fidelle - serviteur, et que ce qu'il vous plerroit luy commander, pour - paix ou pour guerre, qu'il seroit tout prest de très - humblement y obéyr; - - Que ses frères et luy ne desirent pas tant leur propre vye - comme la bonne grâce de Vostre Majesté et la paix de vostre - royaulme; que très volontiers, s'il se sentoit avoyr quelque - moyen d'induyre voz subjectz à la dicte paix, ou bien de - divertyr les forces estrangères qui se pourroient apprester de - venir en France, qu'il le feroit, mais qu'il pouvoit si peu - en l'ung ny en l'autre, estant mesmement si loing qu'il ne - sçauroit par où y commencer; - - Que Mr Dampville estoit là, beaucoup plus près, à quy Vostre - Majesté en pourroit fère parler, et que, si estimiez que ceulx - de sa mayson peussent aulcunement servir à ces deux choses, ou - à quelque autre de vostre intention, qu'à son adviz Mr de - Montmorency estoit le plus capable de toutz, plein de - persuasion et de conseil, et qui avoit son desir du tout à la - paix et à l'establissement de voz affères, et que, s'il vous - playsoit le fère parler à Mr de Dampville, sellon que vous le - cognessiez homme entier et de grande sincérité, et aviez mille - expériences et mille bonnes cautions de luy, il s'assuroit - qu'il vous serviroit droictement et sincèrement, et avec - honneur et conscience; - - Qu'il adjuroit la bonté et clémence de Vostre Majesté et de la - Royne, vostre mère, de vouloir fère examiner par la règle de - justice, devant les payrs de France, la cause du dict Sr de - Montmorency et de Mr le maréchal de Cossé, et s'ilz estoient - trouvez coupables, que luy mesmes les réputoit dignes de mort, - voyre la plus cruelle que nulz aultres subjectz de la terre; - mais, s'ilz estoient innocentz, qu'il vous supplioyt, au nom - de Dieu, de les remettre en liberté; - - Que s'il vous playsoit de disposer des estats de ses deux - frères et de son beau père, et du sien, et mesmes prendre de - leur bien, si pensiez qu'ilz en eussent trop, et leur - commander de demeurer comme privez gentilzhommes en leurs - maysons, sans se mesler de rien, ou bien de vuyder le - royaulme, qu'ilz seroient prestz d'obéyr à tout ce qu'il vous - plerroit leur commander. - - Et c'est en substance tout ce que j'ay peu tirer de luy. - - - Le cappitayne La Porte m'est venu dire qu'il juroit à Dieu de - n'avoyr jamays pensé qu'à estre très obéyssant et très fidelle - subject et serviteur de Vostre Majesté, et qu'il ne s'estoit - absenté pour chose qu'il eût jamays dicte ny faicte au - contrayre; mais, parce qu'il avoit esté cherché et suivy pour - le fère prisonnyer, aussytost que Mr de Montmorency fût prins, - il avoit bien voulu sortir hors du royaulme, non que très - volontiers il ne fût allé présenter sa vye pour servir à la - liberté de Mr de Montmorency, mais qu'il voyoit bien qu'on ne - le vouloit que tourmenter et questionner, pour tirer, par - violence, quelque déposition de luy, pour nuyre au dict - seigneur, dont estoit résolu de ne retourner jamays en France - qu'il ne fût hors de prison. - - - - -CCCCXXIIe DÉPESCHE - ---du XIIe jour de décembre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._) - - Communication de l'ambassadeur avec Walsingham.--Instances de - Walsingham pour que la paix soit rétablie en France.--Démarches - de l'ambassadeur auprès de l'agent de la Rochelle afin de - l'engager à rompre toute négociation avec les Anglais.--_Avis à - la reine-mère._ Nouvelles de Marie Stuart.--Arrivée de la - comtesse de Lennox à Londres. - - - AU ROY. - -Sire, estant milord de North arryvé en ceste ville de Londres, le Ve -du présent, il y a séjourné le VIe, et est allé, le VIIe, trouver la -Royne, sa Mestresse, à Hamptoncourt, où j'ay aussytost envoyé pour -sçavoyr en quelle disposition resteroit la dicte Dame, et ceulx de son -conseil, après qu'il aura faict son rapport. Il est encores là, et -croy que bientost il me viendra visiter, dont, de ce que je pourray -noter de ses propos, et de ce qui me sera rapporté de ceulx qu'il aura -tenus à la court, je ne fauldray de vous en mander incontinent toute -la particullarité. Aulcuns de ces cappitaynes, qui estoient allez en -Hollande avec le vidame de Chartres, voyantz qu'il passoit oultre en -Hambourg, et qu'il dellibéroit d'aller vivre, comme gentilhomme privé, -auprès du comte Palatin, sans s'entremettre trop avant de ceste -guerre, s'en sont retournez icy, et font semblant de vouloir passer à -la Rochelle. - -Ceste princesse a bien mandé, ces jours icy, toutz ses officiers de la -marine pour luy venir rendre compte des frays qu'ilz avoient faict, -ceste année, pour l'apprest de ses navyres, et a révoqué toutz -mandementz et commissions, à celle fin de n'y employer rien plus que -l'ordinayre accoustumé à la garde et entretènement d'iceulx dans le -hâvre, jusques à ce qu'elle y ayt aultrement ordonné, mais elle a -commandé de les tenir en estat, pour estre prestz à ung soubdein -mandement. - -Et m'a l'on adverty qu'il y a une secrette dellibération de les mettre -en mer, et de dresser un gros armement, à ce prochain printemps, si, -d'avanture, la guerre continue en France, bien que, ayant envoyé fère -par le Sr de Vassal une gracieuse négociation avec le Sr de Walsingam -sur la continuation de l'amityé et de la bonne intelligence d'entre -ces deux royaulmes, il m'a mandé, après plusieurs honnestetés de celle -dévotion qu'il dict avoyr plus grande vers vostre service et vostre -couronne, après celle d'Angleterre, que à nulle aultre de la -Chrestienté, qu'il s'employeroit de toute son affection à nourrir et -fomanter par deçà, tant qu'il pourroit, ceste bonne amityé, et -divertyr toutes occasions d'altération d'entre Voz Majestez; mais -qu'il vous supplioyt et adjuroit, au nom de Dieu, de commencer, en -l'endroict de voz subjectz, d'establyr, par tout le reste de la -Chrestienté, une bonne paix, sellon qu'il estoit plus en vostre main -de le pouvoir fère qu'en celle de toutz les aultres princes chrestiens -ensemble; et que ne voulussiez mespriser en cella ny le conseil -honneste ny les admonitions cordiales que la Royne, sa Mestresse, et -les princes d'Allemaigne vous en faisoient: car vous ne le pourriez -rejetter sans vous nuyre beaucoup à vous et les offancer grandement à -eulx, et les bander toutz entièrement contre voz entreprinses; et -qu'il sçavoit bien que, s'il vous playsoit octroyer quelques lieux de -refuge pour seureté à ceulx de vos subjectz qui sont en armes, et en -iceulx l'exercisse de leur religion, que la paix estoit faicte; et -qu'il avoit naguyères receu des lettres de Mr de La Noue qui ne -portoient en elles que le tesmoignage d'ung vray subject et serviteur. - -Sur quoy, depuis, je luy ay mandé qu'il ne doubtât nullement de vostre -bonne intention, et de vostre desir à la paix, mais qu'il admonestât -ceulx de voz subjectz, qui estoient opinyastres, de se contanter des -honnestes condicions avec lesquelles vous la leur pourriez donner. Et -ay envoyé exorter le sire Bobineau, agent de la Rochelle, de ne -vouloir tromper ses citoyens soubz une feincte espérance de secours -d'Angleterre, car je luy obligeois ma vye que ceste princesse ne luy -en bailleroit nullement, ny mesmes, quand ilz luy consigneroient leur -vye entre ses mains, (ce que je m'assurois que, pour leur fidellité et -pour la recordation des anticques offances qu'ilz avoient faictes aulx -Angloys, avec l'exemple du Hâvre de Grâce, ilz ne le feroient jamays), -elle ne la voudroit pas accepter; et que, si ceulx cy monstroient au -dict Bobineau quelque disposition, en apparance, de faveur pour les -dictz de la Rochelle, que ce n'estoit que pour maintenir la division -et fère durer les troubles en France, d'où proviendroit, à la fin, la -ruyne de ses dictz citoyens et de leur ville, s'ilz ne se remettoient -bientost en l'obéyssance et bonne grâce de Vostre Majesté. - -Sur quoy il m'a mandé, depuis, qu'il me remercyoit de mon -advertissement, et qu'il cognoissoit qu'il estoit véritable, dont -m'assuroit avoyr incontinent escript à ses dictz citoyens d'entendre -incontinent à la paix, et d'accepter les condicions que Vostre Majesté -leur voudroit offrir, pourveu qu'ilz vissent de la seureté pour leurs -vyes, et qu'ilz puissent obtenir quelque exercisse de leur religyon -pour leurs consciences. - -Il y a ung gentilhomme de Normandye, nommé Des Troyspierres, qui est -depuis huict jours passé en ce royaulme. Il semble qu'il a crainct -que, à cause de ceste praticque du Hâvre, l'on ne voulût courre sus à -ceulx de sa religyon, dont est venu à refuge par deçà. - -Je continueray, Sire, aultant qu'il me sera possible, de veiller icy, -et d'y estre soigneux de vostre service; mais le deffault de santé et -mes aultres nécessitez me contreignent de vous supplyer très -humblement pour mon congé, et en presser fort instamment Vostre -Majesté. Sur ce, etc. - - Ce XIIe jour de décembre 1574. - - ADVIS A LA ROYNE. - - Madame, je suis bien en peyne pour la praticque, que je sentz - qu'on mène tousjours pour fère changer de gardien à la Royne - d'Escosse. Vray est que la résolution n'en est pas encores - prinse, et je tiens le plus ferme que je puis qu'elle ne se - face poinct. Dont j'espère que, si le comte de Cherosbery se - rend ung peu difficile, de son costé, comme il y a grande - apparance qu'il le fera, que les choses en demeureront à tant, - et qu'on n'entreprendra poinct de la luy oster. La comtesse de - Lenox vient d'arriver, laquelle yra demain en court. Elle - crainct bien fort l'indignation de la Royne, sa Mestresse, et - qu'elle ne la face remettre dans la Tour, à cause de ce - mariage, mais elle s'appuye sur des amys qu'elle pense qui luy - sauveront ce coup. - - - - -CCCCXXIIIe DÉPESCHE - ---du XVIIIe jour de décembre 1574.-- - -(_Envoyée jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Audience.--Desir du roi de rétablir la paix en France.--Vive - assurance donnée par l'ambassadeur que lord de North ne peut - avoir qu'un compte favorable à rendre de sa - légation.--Emportement d'Élisabeth contre la conduite tenue à - son égard en France.--Ferme remontrance de l'ambassadeur sur - les conséquences qu'aurait pour elle une rupture avec le - roi.--Danger qu'elle doit craindre en s'unissant aux protestans - de France.--Déclaration de la reine qu'elle ne veut pas s'unir - à eux.--Entreprises formées sur Calais, Boulogne, Dieppe, Le - Hâvre et Cherbourg.--Irritation d'Élisabeth à la suite des - rapports faits par lord de North.--Efforts de quelques - seigneurs anglais pour amener une déclaration de guerre. - - - AU ROY. - -Sire, ayant déduict à la Royne d'Angleterre, le XVe de ce moys, à -Ampthoncourt, les honnestes propos d'amityé que, par vostre lettre du -XXIIIe du passé, il vous playsoit me commander luy tenir, avec le -récit de vostre voïage en Avignon, et de l'espérance qu'aviez de -mettre la paix en vostre royaulme, si les depputez des eslevez, -lesquelz vous attandiez de brief, se monstroient raysonnables en leurs -demandes, et à recevoyr les honnestes condicions qu'entendiez leur -offrir; auquel cas, s'ilz ne se vouloient, puis après, réduyre à -vostre obéyssance, vous la vouliez bien prier que, en une si grande -opiniastreté et arrogance que seroit la leur, et en ce maulvais -debvoir qu'ilz uzeroient vers leur Roy et Prince, elle, Royne et -Princesse, ne voullût les assister, ny permettre qu'ilz fussent -assistez en rien de son royaulme, ainsy que Vostre Majesté luy -promettoit bien aussy qu'en tout ce qui concerneroit le bien et repos -d'elle et la tranquillité de son estat, elle ne sentiroit jamays que -faveur et support de vostre costé, et rien qui la peût ny ennuyer ny -fâcher. - -J'ay, pour occasion bien nécessayre, suivy, puis après, à luy dire -que, de tant que c'estoit toute la gloyre et félicité de ma -négociation, qu'elle peût trouver en Vostre Majesté les poinctz de -bienveillance et de vraye affection dont m'aviez cy devant commandé de -luy porter parolle de vostre part, et que pareillement vous -trouvissiez en elle celle vraye correspondance qu'elle m'avoit fort -expressément enchargé vous escripre de la sienne, je venois maintenant -me conjouyr, avec elle, de ce que je vouloys croyre que milord de -North, s'il estoit gentilhomme d'honneur et de vérité, il luy avoit à -son retour rapporté: qu'il avoit trouvé en Vostre Majesté tout ce -qu'elle pouvoit desirer en cest endroict, et encores plus abondamment -que je ne le luy avoys jamays sceu expliquer ny ozé promettre; et que -je louoys Dieu que Vous, Sire, me randiez véritable vers elle, ainsy -que je la supplioys aussy, et l'adjurois aussy, sur l'honneur et -vérité de sa parolle, qu'elle ne me voulût rendre menteur vers vous, -sellon qu'il n'y avoit rien de plus expédient en toute la Chrestienté, -entre nulz aultres princes, qu'estoit le poinct de l'amityé entre vous -deux; et que les utillitez s'en manifestoient si grandes, conjoinctes -avec quelque nécessité du temps présent, pour le bien et repos de -touts deux, et la tranquillité de voz estatz, et encores pour -l'accomodement de la meilleure part de la Chrestienté, que je ne -pouvois assez louer ny assés desirer ce grand bien. - -A quoy la dicte Dame, par sa responce, m'a récité aulcuns propos, que -milord de North luy avoit rapporté, bien fort honnorables de Vostre -Majesté et de la Royne, vostre mère, et telz qu'elle n'eût sceu -desirer rien de mieulx que ce que voz parolles luy avoient signiffyé -de vostre bonne intention vers elle; mais qu'il y avoit eu d'aultres -démonstrations entremeslées qui avoient entièrement monstré le -contrayre. - -Et s'est lors la dicte Dame, en haussant la voix, affin d'estre mieulx -ouye de ses conseillers et des dames principalles qui estoient dans sa -chambre, licencyée en des parolles grosses, qui m'ont assez troublé, -et aulxquelles je n'ay voulu différer aussy, tout hault et en la mesme -présence, de promtement et bien fermement y respondre, ainsy que, par -mes premières, j'en feray le récit à Vostre Majesté. - -Et après luy avoir remonstré le tort, qu'elle se faisoit, de se -laysser ainsy transporter à l'artificieuse persuasion, pleyne de -malice, de ceulx qui la vouloient brouiller avec Vostre Majesté, et de -leur vouloir tant complayre que, sur de petitz faulx rapportz, elle se -mît hors des honnorables termes qu'elle debvoit garder vers Voz Très -Chrestiennes Majestez, je luy ay dict qu'elle avoit assés de preuves -comme il ne manquoit de ceulx qui ne cherchoient rien tant que -d'empescher l'establissement de l'amityé d'entre vous et elle, et y -susciter tousjours de la meffiance; et qui estoient bien marrys qu'ilz -n'avoient de quoy vous pouvoir si bien picquer l'ung contre l'aultre -que vous en fussiez desjà aulx mains; et qu'elle jugeoit bien que ce -n'estoit pas pour vostre commun bien qu'ilz le faysoient, ains pour -leur intérest, ou pour leurs passions et vengences, et pour leurs -malcontantementz; et que, si c'estoient princes, ilz creignoient -l'unyon de voz forces, et, si c'estoient subjectz, leur prétention -n'estoit plus ny pure ny simple pour la considération de la religyon -ny pour la seureté de vyes, ains avoient relevé une aultre forme de -prétention, de laquelle nulle autre pouvoit estre ny plus odieuse, ny -plus adversayre à l'authorité des princes; et qu'elle pensât, si l'on -la dressoit contre Vostre Majesté, quelz aultres princes du monde s'en -pourroient saulver: car l'on ne pouvoit rien débattre contre les -qualitez de vostre extraction, estant encores la mémoyre du feu grand -Roy, Françoys, vostre ayeul, et de la Royne Claude, vostre ayeulle, -fille du Roy Loys douxiesme et de la Royne Anne, duchesse de -Bretaigne, et la mémoyre pareillement du feu Roy Henry, vostre père, -et de voz deux frères, Roys, et la présence de la Royne, vostre mère, -encores toutes fresches, et Vostre Majesté en fleur d'aage, garny de -toutes les plus excellantes qualitez pour régner, que prince qui, en -plusieurs siècles, ayt monté à ce degré, et lesquelles une nation -loingtayne de Pouloigne les avoit tant prisées qu'elle vous avoit -esleu pour son Roy; et aviez, en traversant l'Allemaigne pour y aller, -et puis l'Italye, à vostre retour, esté partout approuvé et recognu -pour ung si royal et accomply prince que ceulx, qui vous estoient -propres et mutuels subjectz, avoient maintenant ung trop malheureux -tort de ne se soubmettre de tout leur cueur à vostre obéyssance, et -mesmes qu'ils ne pouvoient prétendre que vous eussiez encores rien mal -administré, car ne faysiés que d'entrer au premier an de vostre règne; -et que je supplioys la dicte Dame de vouloir, dez maintenant, fère -voyr au monde qu'elle estoit pour favorizer et maintenir, de toutes -ses forces, la juste et royalle cause de Vostre Majesté, et réprimer -celle trop présomptueuse des eslevez. - -Sur quoy, la dicte Dame m'ayant dilligemment enquis de la qualité de -ceste aultre cause et s'estant représanté en son esprit aulcunes -particullaritez, par lesquelles l'on s'estoit efforcé de la luy fère -trouver meilleure et plus espécieuse qu'elle n'estoit, m'a respondu, -pour la fin, qu'elle vous rendoit toutz les plus grandz mercys, -qu'elle pouvoit, pour l'honneur et bon traictement qu'aviez faict à -milord de North, et pour les bons propos que luy aviez enchargé de luy -apporter de vostre amityé et persévérance vers elle; lesquelz, encor -que ne les eussiez estendus en beaucoup de langage, vous les aviez -néantmoins si bien ordonnez et en parolles de telle efficace qu'elle -les vouloit indubitablement croyre, et tenir vostre amityé en tel priz -que vous réputeriez de ne l'avoyr mal colloquée, ny mise en lieu d'où -vous n'en tiriez toute l'honneste et utille correspondance que -pourriez desirer de la meilleure et plus germayne bonne seur qu'ayez -au monde; qu'elle n'avoit garde de laysser rien procéder d'elle, ny de -son royaulme, qui vous peût donner du trouble ez affères du vostre, -car se jugeroit elle mesmes digne d'estre troublée au sien, et qu'elle -ne boucheroit là dessus ses yeulx à doigtz ouvertz, ains seroit très -soigneuse d'empescher, partout où elle pourroit, qu'on n'y commît de -l'abus; et qu'elle vous tesmoigneroit davantage de sa bonne et droicte -intention par le gentilhomme que dellibériez envoyer vers elle. - -J'ay monstré que je demeuroys bien fort satisfaict de ses derniers -propos, mais qu'il me restoit d'avoyr quelque satisfaction de ceulx -qu'elle m'avoit tenuz auparavant. - -Et estant desjà bien fort tard je me suis licencyé, avec quelque -opinyon, Sire, d'avoyr beaucoup interrompu la trame qu'on avoit ordye -pour fère que ceste princesse rompît avecques vous. Et semble qu'il -sera bon que Vostre Majesté face haster les deux personnages qui sont -ordonnez pour venir par deçà: car, si la ligue peut estre une foys -renouvellée et bien confirmée, il y a grande apparance que les aultres -poursuyvans n'obtiendront sinon ce qu'on ne leur pourra honnestement -dényer. - -Je suis contrainct pour des nouveaulx advis qu'on me vient de donner, -touchant les cinq places, dont vous ay cy devant faict mencion: de -Callays, Bouloigne, Dieppe, le Hâvre et Cherbourg; de vous supplyer, -de rechef, très humblement, qu'il vous playse de renforcer les -garnisons et advertyr les gouverneurs de prendre bien garde à eulx, -car il y a entreprinse sur une chascune des dictes places. - -Je remercye très humblement Vostre Majesté de la compassion, qu'il luy -a pleu avoyr enfin de moy, de m'ordonner ung successeur pour me -retirer de ce long exil. Je mettray peyne de laysser ceste négociation -à celluy qui viendra, en si bon ordre, qu'il ne s'y pourra cognoistre -de mutation sinon en mieulx, en ce que je ne doubte qu'il n'y apporte -plus de suffizance que je n'en ay heu; et je réserveray ce qui me -reste de vye pour le mettre et exposer à jamays pour vostre service. -Sur ce, etc. - - Ce XVIIIe jour de décembre 1574. - - - A LA ROYNE. - -Madame, par ung de ceulx que j'avoys envoyé à Amthoncourt pour -observer ce que milord de North rapporteroit de France, et pour notter -quelle satisfaction il feroit prendre à la Royne, sa Mestresse, des -choses de dellà, j'ay sceu qu'il avoit meslé, parmy les bonnes choses -et bien honnorables qu'il avoit dictes de Voz Très Chrestiennes -Majestez, aulcuns si malplaysantz et si fascheux rapportz d'elle et de -la court, que la dicte Dame restoit extrêmement picquée et offancée. -Et, sur cella, l'estant allé trouver pour luy oster cette malle -impression, elle s'est advancée de descharger son cueur, et monstrer, -par des parolles qu'elle a dictes, desquelles je ne suis demeuré -contant, qu'elle l'avoit bien fort ulcéré, et que la partye estoit -toute dressée, et aulcuns de son conseil l'avoient tramée, pour fère -qu'elle passât à quelque poinct de ropture avec Voz Très Chrestiennes -Majestez. - -Dont, après luy avoyr, tout franchement et hault, respondu, mot par -mot, à ce qu'elle m'avoit dict, sellon que par mes premières je feray -le discours du tout à Vostre Majesté, j'ay esté contrainct de luy uzer -de la remonstrance que je déduictz en la lettre du Roy, laquelle m'a -semblé que luy a ouvert les yeulx, et luy a faict comprendre qu'on -vouloit artifficieusement l'attirer à ceste guerre des eslevez; si -bien qu'avant que je soye bougé d'avec elle, j'ay emporté une assez -bonne espoyr et encores une plus expresse déclaration de son -intention: que très difficilement se layrra elle embrouiller en leurs -entreprinses, aulmoins elle y résistera le plus longtemps qu'elle -pourra; et, si envoyez bientost requérir la confirmation de la ligue, -j'ay grande espérance que toutz les aultres poursuyvantz demeureront -exclus. Dont, pour mon regard, Madame, je prépareray à ces deux -gentilzhommes qui viendront, l'ung pour la dicte confirmation, et -l'autre pour résider, tout ce qui se pourra fère pour obtenir l'effect -de ce qu'aurons à requérir pour le service de Voz Très Chrestiennes -Majestez, vous remercyant très humblement, Madame, de la souvenance -qu'il vous a pleu avoyr enfin de me fère ordonner ung successeur pour -me retirer d'icy. Et sur ce, etc. - - Ce XVIIIe jour de décembre 1574. - - - - -CCCCXXIVe DÉPESCHE - ---du XXIIIIe jour de décembre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Succès que l'ambassadeur espère de ses efforts pour détourner - Élisabeth de déclarer la guerre.--Nécessité d'envoyer - promptement les députés de France qui lui ont été - annoncés.--Nouvelles d'Allemagne et d'Espagne.--Mise en arrêt - de la comtesse de Lennox, de son fils et de sa bru. - - - AU ROY. - -Sire, je ne puis avoyr regret d'avoyr ung peu différé de vous escripre -la male satisfaction que j'avoys rapporté de ma dernière audience, -car, en lieu que les choses avoient commancé d'entrer en ung assés -maulvais train, et estoient en voye d'aller plus mal, elles ont, -grâces à Dieu, depuis, reprins ung beaucoup meilleur chemin; et s'en -vont desjà en termes que j'ay bien opinyon que vous n'aurez que -playsir de les entendre telles, comme, dans deux ou troys jours au -plus tard, j'espère que, par ung des miens, je les vous pourray bien -particullièrement mander, sellon que j'en ay desjà de bonnes erres. Et -j'espère de travailler encores si bien que je feray que la chose ne -parviendra qu'en bien bon estat et bien rabillée, devant Voz Très -Chrestiennes Majestez. Seulement je vous supplye très humblement, -Sire, de fère apprester les deux personnages qu'avez proposé d'envoyer -par deçà, affin que ceste princesse ayt par eulx, le plus tost que -fère se pourra, ung nouveau tesmoignage de vostre droicte persévérance -vers elle, car peu s'en faut que milord de North et les siens n'ayent -renversé tout celluy qu'elle en avoit auparavant. - -J'entendz que, depuis cinq jours, ceulx cy ont dépesché ung personnage -de qualité en Allemaigne, sur le retour d'ung autre des leurs qui -n'en faysoit que d'arryver, avec ung nouvel agent du comte Palatin, et -avec ung Valfenyère, qui est encores icy; lequel on m'a dict qu'il -s'appreste pour passer à la Rochelle, et qu'il s'en va embarquer à -Hamptonne dans ung navyre du feu comte de Montgommery, et visiter la -comtesse, en passant, qui n'est sans qu'il ayt bien fort négocyé par -deçà. - -Le ministre Calvart, agent du prince d'Orange, ayant esté, toutz ces -jours, à Amptoncourt, s'en va aussy bientost trouver son maistre en -Ollande; et m'a quelqu'ung adverty qu'il porte parolle de promettre -par dellà que, si ung nombre des meilleurs vaysseaulx du dict prince -se vuellent mettre en mer, comme advanturiés, et s'aller tenir en -Brouage, et vers la Rochelle, qu'on leur donra, soubz main, de -l'entretènement. Il peut estre qu'on est rentré en allarme du nouvel -armement qu'on dict que le Roy d'Espaigne appreste en Biscaye, et -qu'il a desjà désigné pour général celluy don Martin d'Alcandèle, qui -soustint le siège d'Oran, en l'an soixante ung. - -Je n'ay, longtemps y a, aulcunes nouvelles d'Escosse, et Me -Quillegreu, qu'on faysoit apprester pour y retourner, est encores icy. -La comtesse de Lenox et son filz, et sa belle fille, sont commandés de -ne bouger de leur logys, et deffandu que nul ne parle à eulx que le -conseil ne les ayt ouys. La Royne d'Escosse a escript une bonne lettre -à la Royne, sa cousine, pour sa justiffication de ce qui est advenu, -touchant ce mariage du comte de Lenox; et m'a l'on dict qu'elle en -restoit assés satisfaicte, tant y a qu'on parle encores de remuer la -dicte Dame; mais je m'y oposeray aultant qu'il me sera possible. Sur -ce, etc. - - Ce XXIVe jour de décembre 1574. - - - - -CCCCXXVe DÉPESCHE - ---du XXVIIIe jour de décembre 1574.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrettère._) - - Détails de la précédente audience.--Rapports faits par lord de - North à son retour de France.--Ses plaintes contre le duc de - Guise et les autres seigneurs de la cour.--Insulte qu'il - déclare avoir été faite par la reine-mère a la reine - d'Angleterre.--Vive irritation d'Élisabeth.--Ses - emportemens.--Protestation de l'ambassadeur contre le reproche - adressé à la reine-mère.--Ses plaintes contre les intrigues qui - ont pu engager lord de North à dénaturer les intentions du - roi.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle n'a pas entendu faire - injure à la reine-mère.--Nécessité de donner quelques - explications sur le propos qui a été rapporté.--Bons offices de - Walsingham dans cette affaire.--Rapport confidentiel des propos - répandus par lord de North sur le mépris que l'on faisait - d'Élisabeth à la cour de France.--Ressentiment - d'Élisabeth.--Prière pour que la reine-mère fasse une - déclaration écrite qui puisse satisfaire la reine - d'Angleterre.--_Mémoire général._ Bonnes dispositions - d'Élisabeth à l'avènement du roi.--Intrigues pour la détourner - de l'alliance de France.--Projets de l'Espagne.--Avis donné à - Élisabeth que le pape a fait cession de l'Angleterre au roi, - qui a le projet d'envahir l'Écosse, d'épouser Marie Stuart et - de conquérir l'Angleterre.--Mesures arrêtées par la reine pour - former une ligue avec le prince d'Orange et les protestans de - France.--Engagement pris à l'égard de Mr de Mèru de soutenir la - ligue du bien public.--Projet d'une guerre générale.--Avis - donné à l'ambassadeur d'un complot dirigé contre le - roi.--_Lettre confidentielle au roi._ Détails particuliers sur - la conspiration. - - - AU ROY. - -Sire, pour rendre compte à Vostre Majesté de ce que, par mes deux -précédentes dépesches, j'ay réservé de vous escripre en ceste cy, je -vous diray que la Royne d'Angleterre s'est trouvée extrêmement -offancée des maulvaiz rapportz que milord de North luy a faictz, qui, -à la vérité, luy touchent bien fort, sellon la façon qu'il les luy a -dictz, et la fascheuse interprétation qu'il leur a donnée; non, qu'au -partir de Lyon, à mon advis, il eust pensé d'en uzer ainsy, mais il en -a esté embousché, en passant en ceste ville, affin de provoquer, par -toutz les plus picquantz moyens qu'il pourroit, la dicte Dame de -rompre avecques vous. Et aulcuns de son conseil, qui sont de ceste -menée, quand ilz l'en ont veu bien altérée et en collère, l'ont -confortée d'en debvoir fère ung très grand ressentiment, de faict et -de parolle, se persuadans que l'amityé s'en pourroit bien rompre. - -Dont la dicte Dame s'estant proposée que, aussytost qu'elle me -verroit, elle m'en feroit ouvertement, et en présence de ses dicts -conseillers, sentir son malcontantement, elle n'a pas failly (après -qu'elle m'a eu récité aulcuns bien bons et bien fort gracieux propos, -de ceulx que le dict de North luy avoit rapportez de Vostre Majesté et -de la Royne vostre mère, desquelz elle a dict estre très bien -satisfaicte), de me dire qu'elle avoit à me fère sçavoyr que, si on -luy avoit signiffyé, en France, quelque bonne volonté de parolle, l'on -avoit bien prins aultant de peyne de l'oltrager et de l'offancer par -effect; car, réservé le comte de Charny, duquel à la vérité elle avoit -à se louer, il ne s'estoit trouvé nul autre gentilhomme françoys, en -toute vostre court, qui eût daigné saluer ny entretenir, ny fère ung -seul bon semblant à pas ung des gentilzhommes angloix qui estoient -avec milord de North; et que Mr de Guyse, en mespris d'elle, et pour -fère honte aulx dictz gentilzhommes, leur avoit commandé, dans vostre -chambre, qu'ilz eussent à se descouvrir, bien que ce ne fût la -coustume de dellà, et avoit uzé d'aulcunes parolles et gestes vers -eulx, qui avoient bien monstré combien il avoit d'animosité vers elle; -de sorte que, s'il eust esté aultre part, il y en avoit là qui eussent -entreprins de luy bien respondre; et, qui pis est, que la Royne, -vostre mère, en sa chambre, ayant faict venir ung bouffon abillé à -l'angloyse, avoit dict, par dérision, à milord de North, que c'estoit -proprement le feu Roy Henry d'Angleterre; de quoy elle avoit le cueur -plus serré, et se tenoit plus outragée que de nulle aultre chose qu'on -luy eût dicte ny faicte, depuis qu'elle estoit au monde. - -Et, là dessus, haussant sa voix, affin d'estre mieulx ouye de ses -conseillers et de ses dames, a poursuivy, en collère, le propos, avec -des parolles assez grosses, desquelles m'a semblé comprendre qu'elle a -dict que, s'il y eût eu de l'honneur en la Royne, vostre mère, elle -n'eût parlé ainsy mal honnorablement, et en dérision, d'ung si -honnorable prince qu'estoit le feu Roy, son père, et qu'elle seroit -très marrye d'avoyr faict ny dict rien de semblable d'elle, ny de -quelconque aultre prince que ce soit; et que le dict de North avoit -aulmoins respondu que les tailleurs de France avoient peu sçavoyr la -façon comme s'abilloit ce grand Roy, car quelques foys avoit il passé -la mer à bonnes enseignes, et avoit bien faict parler de luy par -dellà. - -Sur quoy, Sire, estimant que je debvois commancer ma responce par ce -dernier poinct, qui touchoit la Royne, vostre mère, j'ay addressé, -présantz et oyantz les aultres, ma parolle en ceste sorte, à la dicte -Dame: - -Que la Royne, ma Mestresse, mère du Roy, Mon Seigneur, estoit toute -pleyne d'honneur et aultant honnorable princesse qu'il y en ayt soubz -le ciel, sans rien réserver, et que je voulois dire, et maintenir -jusqu'au dernier souspir de ma vye, que milord de North n'avoit veu ny -ouy d'elle, ny de Vostre Majesté, ny mesmes de Mr de Guyse, ny de nul -autre prince ny seigneur de vostre court, chose aulcune, procédant de -l'intention de Voz Majestez Très Chrestiennes, qui eût esté dicte ny -faicte, ny qu'on la peût interpréter, contre la dicte Dame, ny contre -l'honneur du feu Roy Henry, son père, ny contre la dignité de la -couronne d'Angleterre; et que, si milord de North, ou aultre, le luy -avoient aultrement raporté, qu'ilz ne l'avoient bien entendu, ny -n'avoient ainsy bien négocyé comme il convenoit de le fère entre -princes. - -Et m'est venu, Sire, en l'esprit de sommer la dicte Dame qu'avant que -je sortisse de sa chambre, elle voulût rabiller ce qu'elle avoit dit -de la Royne, vostre mère, ou bien qu'elle me donnât congé de sortir de -tout hors de son royaulme; mais, considérant que le présent estat de -voz affères ne requéroit cella, et que c'estoit le poinct auquel les -adversaires tendoient le plus, j'ay suivy l'autre expédient, de -remonstrer à la dicte Dame ce qui est porté par ma précédante -dépesche. Et ay adjouxté que, puisqu'elle mesmes advouoyt que, de la -part de Vostre Majesté, qui faisiez exacte profession d'estre plus -soigneux de la vérité de voz parolles et promesses que de la propre -vye, milord de North luy en avoit apporté de très bonnes, avec la -confirmation d'icelles par une vostre lettre; et je les trouvois -encores très confirmées par celles qu'il vous avoit pleu m'escripre, -depuis qu'il estoit party d'avecques vous; joinct qu'elle sçavoit bien -que la Royne, vostre mère, l'avoit tousjours fort respectée, et luy -avoit uzé plus d'honnestes traictz d'amityé que princesse qui fût au -monde, et ne l'avoit jamays offancée; je m'esbahyssois par trop comme -elle, qui estoit prudente et advisée, s'estoit layssée mener à dire -d'elle rien qui la peût offancer, et qu'elle ne cognoissoit qu'on la -vouloit tromper, car j'ozois dire librement que, si milord de North et -ceulx de sa suyte, au sortir de vostre chambre, fussent saultez dans -la sienne, qu'ilz ne luy eussent apporté que tout contantement de Voz -Majestez; mais ilz avoient apprins ung aultre roollet par les chemins; -et qu'indubitablement la Royne, vostre mère, laquelle se souvenoit -très bien que le feu Roy Henry d'Angleterre avoit esté prince très -estimé de son temps, et aultant honnoré et bien voulu en la court de -France que en la sienne propre, n'avoit aulcunement parlé de luy, -sinon en la mesme façon qu'elle eût voulu parler des feus Roys, ses -beau père et mary; et que Mr de Guyse aussy estoit si modeste prince -qu'il n'avoit uzé de parolle ny de démonstration vers les Angloix, -dont elle eût occasion de se tenir offancée; car, oultre que ce -n'estoit son naturel, de dire ny fère choses semblables, il s'en fût -encores abstenu pour le respect du lieu et de la présence de Vostre -Majesté, bien que c'estoit son debvoir, comme grand maistre, de fère -advertyr les dictz gentilzhommes angloix de ne se couvrir, tant que -Monseigneur et le Roy de Navarre, et les aultres Princes et grands -seigneurs, qui assistoient à ceste cérémonie, seroient descouvertz, -encor que, au dict de North, quand il vous explicquoit sa créance, -vous luy fissiez tenir le bonnet à la teste, car c'estoit pour -davantage l'honnorer à elle; et que Mr de Guyse avoit justement peu -supplyr en cella la faute, que ses dictz ambassadeurs avoient faicte, -de n'avoyr adverty les gentilzhommes comme ilz debvoient uzer en -vostre chambre, et néantmoins j'entendoys qu'il s'estoit retenu de ne -le fère pas; et qu'au reste, quand elle vous eût bien dépesché le plus -grand de son royaulme, ou quand même l'Empereur vous eût envoyé -quelqu'ung de ses enfantz ou de ses frères, archiducz, ilz ne -pourroient justement se plaindre que ne les eussiez faictz fort -honnorablement recevoir par Mr le comte de Charny et les -gentilshommes qui avoient receu le dict de North et sa trouppe; et que -je sçavoys bien qu'il n'avoit pas esté faict davantage ny, possible, -tant, à ung comte que le Roy d'Espaigne vous avoit envoyé: dont je la -supplyois de ne se vouloyr laysser transporter en cest endroict. - -La dicte Dame, ayant prins de bonne part ma remonstrance, s'est -incontinent, en tout le reste de son parler, bien fort composée; et -avec beaucoup de modération est venue à dire plusieurs choses en bien -fort bonne sorte de Voz Majestez, et du desir qu'elle avoit d'establyr -une ferme amityé avecques elles. Et depuis m'a mandé, par troys des -plus grands et principaulx seigneurs de son conseil, qui estoient -présentz, qu'elle n'avoit dict ny entendu dire de la Royne, vostre -mère, sinon que, si elle avoit dict ou faict, en mespris ou dérision -du Roy, son père, ce que le dict de North luy avoit rapporté, qu'elle -n'y pouvoit pas avoyr beaucoup d'honneur; et me prioyt d'en escripre à -Voz Majestez affin qu'elle en peût estre satisfaicte, et en peût -satisfère ceulx de ses subjectz qui en estoient escandalisez; et -qu'elle ne demeurât offancée par Voz Majestez, lesquelles elle ne -vouloit nullement offancer. - -Sur quoy, Sire, je supplye très humblement Vostre Majesté me donner, -par voz premières, de quoy convaincre et ce que le dict de North a -dict, et la malice de ceulx qui le luy ont faict dire; et que ce qu'il -vous plerra m'en escripre soit en façon que je le puisse monstrer à la -dicte Dame. Et s'il plaist à la Royne, vostre mère, luy en escripre -ung bon mot de sa main, elle en restera extrêmement contante. - -Mr Walsingam a faict en cest endroit ung très honneste office vers -elle. Il remercye très humblement Vostre Majesté de l'honneur que luy -avez faict de luy escripre, et promect qu'il employera tout son moyen -et pouvoir pour conserver droictement l'amityé et bonne intelligence -qu'avez avec ceste couronne. - -Pardonnez moy, s'il vous playst, Sire, si je continue de vous -importuner pour la venue de mon successeur, car plusieurs nécessitez, -et mesmement celles de vostre service pour le deffaut de ma santé, m'y -contreignent, mais j'espère que je luy lairay ceste négociation en -très bon estat. Sur ce, etc. Ce XXVIIIe jour de décembre 1574. - - - A LA ROYNE. - -Madame, il ne fut onc à princesse du monde faict ung si fascheux et -malplaysant rapport, que celluy, dont milord de North et ceulx de sa -trouppe ont uzé à leur Mestresse, sur la pluspart des choses qu'ilz -ont veues et ouyes en France; car, oultre les traictz que j'en récite -en la lettre du Roy, vostre filz, j'ay sceu qu'ilz ont, d'habondant, -dict à la dicte Dame que, en leur faysant Vostre Majesté voyr dans -vostre chambre deux petites neynes habillées comme elle, vous aviez, -et aulcunes de voz dames, jetté tout plein de motz qui ne pouvoient -estre prins qu'en dérision et mocquerie d'elle; et mesmes qu'il avoit -bien cognu, quand vous aviez faict semblant, en luy parlant de -Monseigneur le Duc, vostre filz, de luy louer la beauté et belles -qualitez d'elle, que ce n'avoit esté que pour vous en mocquer; et -s'est efforcé, par toutz les moyens qu'il a peu, de mettre au cueur de -la dicte Dame qu'elle estoit infinyement haïe et mesprisée de Voz Très -Chrestiennes Majestez, et la moins respectée en vostre court qu'en -nulle part de la Chrestienté; de sorte que, s'en trouvant elle bien -fort escandalizée et quasy oultrée d'une très juste dolleur, de se -voyr desprisée, injuryée et touchée en son honneur par ceulx qu'elle -s'esforçoit d'honnorer, et dont elle recherche l'amityé, elle ne s'est -peu tenir de respondre quelques mots pour revancher l'honneur et -dignité de son père, dissimulant ce qui touchoit particullièrement à -elle, non pour l'oublier, ains pour en réserver cachée en son cueur -une indignation et vengeance pour lorsqu'elle verroit le poinct de -vous pouvoir bien nuyre. - -Mais, aussytost que je luy ay eu fermement assuré du contrayre, et que -je luy ay faict voyr qu'on la vouloit tromper, elle s'est ressouvenue -des tesmoignages d'amityé que Vostre Majesté luy avoit tousjours -monstré, qui l'ont, plus que nulle aultre chose, ramenée incontinent à -modération, et lui ont faict sentir que les choses n'estoient telles -qu'on les luy avoit données entendre; et a protesté que, si, par -collère, n'ayant bien la propriété de la langue françoyse, elle avoit -advancé quelque mot en deffance de l'honneur du feu Roy son père, elle -n'avoit toutesfoys dict ny entendu dire, sinon que, si Vostre Majesté -avoit ainsy faict ou parlé en mocquerye et dérision de luy, comme -milord de North luy avoit rapporté, que n'y pouviez avoyr beaucoup -d'honneur; et qu'elle desiroit qu'il vous pleût, Madame, luy fère voyr -que cella n'estoit auculnement advenu, et que aulmoins il n'avoit esté -faict en ceste mauvayse intention de dénigrer la mémoyre du dict feu -Roy, son père, affin qu'elle en peût satisferre ceulx des siens qui -avoient ouy le mesmes compte, et qui jugeoient que l'honneur d'elle, -et la dignité de sa couronne, et tout ce royaulme en estoient -grandement intéressez. - -En quoy, Madame, estant ce qu'elle demande bien fort juste, et mesmes -qu'il semble qu'il y auroit de l'injustice de le luy refuzer, j'espère -que Vostre Majesté le luy accordera, jouxte la vraye vérité de ce qui -en est, qui m'assure qu'il ne y a rien eu de mal à propos contre elle -par dellà, et que milord de North et les siens resteront confuz de ce -qu'ilz en ont dict, mesmement s'il vous plaist en escripre une bonne -lettre, de vostre main, à la dicte Dame, comme très humblement je vous -en supplye. - -Mr de Walsingam s'est monstré vertueux et honneste gentilhomme à -rejetter ces faulx rapportz; et a parlé, à son tour, très -honnorablement de Vostre Majesté, ainsy que je l'ay bien certeynement -sceu. Il vous remercye très humblement de l'honneur que luy avez faict -de luy escripre, et promect qu'il n'aura nul plus grand soing, en sa -charge, que de conserver l'amityé d'entre Voz Très Chrestiennes -Majestez et la Royne, sa Mestresse, et qu'il espère de voyr la dicte -amityé plus ferme que jamays, si la paix succède en France. Sur ce, -etc. - - Ce XXVIIIe jour de décembre 1574. - - - ADVERTISSEMENT D'AULCUNES CHOSES - à Leurs Majestez, oultre le contenu des lettres: - - Que ceste princesse, depuys l'advènement du Roy à la couronne, - s'est rendue bien fort curieuse de monstrer que, pour chose - qui ayt passé cy devant entre eulx, elle ne se tient offancée - de luy, et n'a opinyon qu'il se tienne aussy en rien offancé - d'elle, affin que le fondement ne deffaille entre eulx de - pouvoir mutuellement renouveller les traictez de paix et - d'amityé qu'ilz ont l'ung avecques l'aultre. - - En quoy, encor qu'il y ait ou y puisse avoyr, sellon aulcunes - non légères conjectures, de l'artiffice autant que de vérité, - si est il bien certain que la résolution a esté une foys - prinse par la dicte Dame, au cas qu'elle peût trouver de la - correspondance au Roy, qu'elle persévèreroit très constamment - vers luy, ainsi qu'elle avoit persévéré vers le feu Roy, son - frère; - - Mais l'on luy a suscité des escrupulles non petites pour la - divertyr de ce bon propos, car, oultre la contrariété de la - religyon et autres choses, que j'ay cy devant mandées, l'on - luy a faict tomber ung advertissement entre meins, comme - venant de Flandres, mais j'estime que quelque ministre l'ayt - inventé, que le Roy adhérant soubz main à la guerre que le - Turc mène si aspre au Roy d'Espaigne, il prétend, après - l'avoyr bien travaillé par là, de luy courir sus au duché de - Milan, et que desjà la jalousie en estoit si grande, en - Italye, qu'on n'avoit voulu octroyer le passage aux forces de - pied et de cheval que le Pape luy offroit pour la guerre de - France; - - Et que Mr de Savoye avoit donné parolle au Roy d'Espaigne - qu'il ne les permettroit aulcunement passer par ses terres; - - Et ont meslé, parmy le dict advertissement, que, par aulcuns - mémoyres du dict duc de Savoye, l'on avoit descouvert que - véritablement le Roy avoit accepté du Pape le droict de - conqueste de ces isles de deçà, qui se sont substrettes de - l'obéyssance de l'église rommayne, en la forme que le feu Pape - et le consistoyre en avoient octroyé l'investiture au Roy - d'Espaigne, avant qu'il entrât en ceste guerre du Turc; - - Et qu'indubitablement le Roy avoit promis, pour l'effet de - cella, de fère descendre en Escosse six mille harquebuziers - italiens, quatre mille françoys et quinze centz chevaulx, - pour, avec plus grandes forces, après qu'il auroit avec celles - icy réduict l'Escosse, passer plus avant, et entreprendre, en - personne mesmes, la plus forte et la plus aspre guerre en - Angleterre, avec l'ayde des Catholicques, qu'on y ayt jamays - veu; - - Et que, pour s'attribuer, le Roy, plus de droict en cella, il - prétandoit d'espouser la Royne d'Escosse et fère valoir le - transport du tiltre d'Angleterre que, de longtemps, elle luy a - faict, et de poursuyvre si vifvement ceste entreprinse qu'il - l'eût menée à fin avant le bout de deux ans; - - Mais que le roy d'Espaigne se dellibéroit de luy susciter tant - d'affères d'ailleurs, et luy tirer la guerre intestine de la - France en telle longueur, sellon qu'il en avoit assez de - moyenz par le Languedoc, et par diverses intelligences dans le - royaulme, que, si la Royne d'Angleterre se vouloyt aider, de - son costé, on feroit aysément escouter au Roy ses forces et - ses finances, et ses bons hommes, et tout l'effaict de ceste - grande fortune, qui lui ryoit si fort à ce commancement, pour - avoyr assez que fère dans son royaulme, sans s'estendre ny en - Italye, ny en Flandres, ny en Angleterre. - - Et, là dessus, est arryvé milord de North, qui a faict à la - dicte Dame d'aussy fascheux et malplaysantz rapportz qu'il est - possible, non du Roy, car il n'a ozé estre si impudent, mais - de tout le reste de sa court; et qu'il n'y avoit rien veu qui - ne luy eût signiffyé une manifeste déclaration d'hayne et de - malveillance contre elle et contre ce royaulme, racomptant ce - que j'ay plus au long desduict ez lettres de Leurs Majestez, - n'obmettant rien de ce qui pouvoit irriter et picquer jusques - en l'âme ceste princesse, et luy rendre très suspecte l'amytié - de Leurs Très Chrestiennes Majestez. - - Sur quoy, elle, assez troublée et pleyne d'indignation, a - mandé ses plus privés conseillers pour leur communicquer ce - fascheux rapport, et le juste malcontantement, qu'elle avoyt, - que le Roy et sa court luy eussent rendu honte pour l'honneur - qu'elle luy avoit envoyé fère. - - Et là dessus se sont prinses des dellibérations que je n'ay - peu toutes descouvrir; mais voicy ce qui en est venu à ma - cognoissance: - - Que, en premier lieu, il a esté mandé à Me Wilson, à - Bruxelles, de s'employer, le plus vifvement qu'il pourroit, et - employer le nom et crédict de la dicte Dame, pour fère venir - bientost les choses en accord avec le prince d'Orange, et de - renouveller comment que ce soit, et le plus estroictement - qu'il luy sera possible, les anciens entrecours d'entre ce - royaulme et les Païs Bas; - - Que des cappitaynes angloix ont esté mandez à Ampthoncourt - pour leur accorder quelque entretènement, et les assurer - qu'ilz seront bientost employez, et qu'ils ayent cependant à - advertyr leurs gens de se tenir prestz; et a l'on aussy creu - la pencyon à quelques cappitaynes italyens qui sont en ceste - ville; - - Qu'on a envoyé ung gentilhomme devers Mr de Méru, qui a - longuement conféré avecques luy; et, après qu'il a esté - départy, le dict Sr de Méru s'est trouvé si surprins d'ayse - qu'il ne s'est peu tenir de dyre que la dicte Dame et ceulx de - son conseil avoient envoyé luy fère la conjouyssance de ce que - milord de North rapportoit: qu'ung grand nombre de seigneurs, - et gens de bonne mayson et gentilzhommes de France, avoient - commancé de manifester la bonne affection qu'ils portoient à - la mayson de Montmorency, et que Mrs l'admiral de Turenne et - de Ventadour, de Carses, de Limreilh et plusieurs autres - s'estoient déclarez ouvertement pour eulx; et que le maréchal - Dampville avoit troys mille chevaulx et dix huit mille - harquebuziers en campagne, et que le mareschal de Retz, qui - avoit voulu marcher vers ces quartiers là, s'estoit trouvé si - foible qu'il avoit esté contreinct de se retirer, et mander au - Roy qu'il le supplyoit de s'advancer pour renforcer son armée; - que beaucoup de gens abandonnoient l'armée du Roy, et que - Monsieur le Prince Daulfin s'estoit retiré fort malcontant, - que Monsieur le Prince de Condé armoit et avoit espérance - d'entrer bientost avec dix mille reytres en France; et que, en - Provence, Daulfiné et Languedoc, ne restoit plus qu'une seule - ville que toutes n'eussent adhéré aulx eslevez, ou pour la - cause de la religyon ou pour l'autre prétendue du _bien - public_. - - Et, à deux jours de là, le dict Sr de Méru est allé à - Hamptoncourt, avec le cappitayne La Porte, et le cappitayne - Chat, lesquels deux j'entendz qu'ont faict la cenne avec les - Protestantz, mais luy demeure catholicque; et ont esté fort - bien et fort privéement caressez; - - Que les ministres se sont assemblés en conseil pour dellibérer - de ce qui estoit à fère sur ung concours de tant de nouvelles; - et m'a l'on rapporté qu'il a esté résolu entre eulx qu'il sera - dépesché ung homme exprès, vers ceulx qu'ils sentent estre de - leur party et mesmement vers les principaulx et plus grands, - pour les admonester de prendre, à ce coup, les armes, et que - le poinct est venu qu'il n'y aura jamays plus envers Dieu et - les hommes aulcune excuse pour eux, s'ilz ne se déclarent - maintenant, et s'ilz ne sont dilligentz à susciter bientost - les soublévations et révoltes qu'ils sçavent estre - secrettement formées en divers endroictz du royaulme, de sorte - qu'il n'y ayt province où il n'y en apparoysse quelqu'une; - - Que, par mesme moyen, ils ayent à se saysir du plus grand - nombre de places qu'ilz pourront, et, par exprès, d'aulcunes - sur la mer de deçà, le long de Picardye et de Normandye, affin - d'attirer les Angloix à ceste guerre, car lors ils se - déclareront indubitablement pour eulx; - - Que les praticques qui sont tramées, de longtemps, sur - Callays, Bouloigne, Dieppe, le Hâvre et Cherbourg, seront - tantées; en quoy se parle qu'il y a des habitantz, aulxquelz - on a promis cinq centz escus de rante à chascun, dans ce - royaulme, pour introduyre les Angloix dans leurs villes; et - qu'on doibt conduyre l'entreprinse par des navyres marchands, - où y aura des harquebouziers et gens de guerre cachez, - lesquelz, avec leurs intelligences, se rendront mestres des - portes; et qu'en mesmes temps y aura partye faicte, dans les - dictes villes, pour tuer les gouverneurs et cappitaynes; - - Et qu'en effect la guerre s'allumera par toutz les coings et - endroictz du royaulme, pour obtenir ceste foys l'édict - irrévocable de janvyer, avec de si bonnes places et lieux de - seureté, qu'ilz n'auront jamays plus à creindre qu'on leur - viegne forcer ny leurs vyes ny leurs consciences; et que le - Roy et la Royne, sa mère, se trouveroient si perplex que, de - la pluspart de ceulx qu'ilz se voudroient servir, ou qu'ilz - voudroient retenir près d'eulx, ou bien les employer en - légations et charges, ilz ne les réputeront fidelles; et, s'il - est possible, ilz persuaderont ceulx de ce conseil de fère que - ceste princesse monstre quelque ressentiment, de parolle ou - d'effaict, sur les susdictz rapportz de milord de North, affin - de venir en ropture avecques le Roy. - - Mais ce qui plus me griefve est que deux personnages - catholicques, et bien fort vénérables, de ce royaulme, m'ont - mandé, séparément l'ung de l'autre, sellon qu'ilz sont aussy - séparez, que la conjuration a esté faicte contre la vye et la - personne du Roy, et qu'à présent, plus que jamays, l'on la - poursuyt; et qu'il faut que Sa Majesté face prendre - soigneusement garde à son boyre, à son manger, à ses - vestementz, à ce qu'il touchera, et nomméement au pommeau de - la selle et aulx rènes du cheval qu'il montera. - - Et, depuis, les dessusdictz et ung autre personnage de bonne - qualité, estranger, m'est venu confirmer le mesmes - advertissement, par la relation d'aulcuns aultres, et comme il - est ordonné d'employer de grands dons et présantz pour - corrompre quelqu'ung de la cuysine, ou d'autre office de la - bouche du Roy, ou bien de sa garderobbe, ou de l'escuyerye, - pour exécuter l'entreprinse. Et n'ont deffally aussy aulcuns - françoys de la nouvelle religyon qui m'ont adverty comme ilz - avoient eu quelque sentiment de ceste détestable conjuration, - et, qu'en toutes sortes j'en debvois donner advis au Roy. - - Et les ungs et les aultres, tant plus je les ay examinés des - circonstances de ce faict, plus je les ay trouvez conformes et - persévérantz en ce qu'ilz m'en avoient desjà dict. Et m'ont, - d'abondant, confirmé qu'il y a secrette dellibération, entre - les Angloix, d'armer et de tanter l'entreprinse des susdictes - cinq places, ou de quelqu'une d'icelles; et que pareillement - il y a grande conjuration contre la vye de la Royne d'Escosse, - ce que la pouvre princesse a bien senty, ainsy qu'ung chiffre - que j'ay dernièrement receu d'elle le tesmoigne. - - Et y a grande apparance, aussy, que, si les escrupulles qu'on - a imprimé à la Royne d'Angleterre ne sont modérez, qu'elle - tentera, de rechef, l'entreprinse d'avoyr le Prince d'Escosse, - sellon qu'on m'a rapporté que, depuis quelques jours en çà, - elle a dict qu'elle vouloit fère en sorte que le dict Prince - et le château de Dombertrand fussent mis ez mains du comte de - Morthon, parce qu'il réputoit Me Alexandre Asquin et ceulx qui - gardent Dombertrand, et nomméement Droucastel, traystres. De - quoy seroit bon les advertyr de l'opinyon que la dicte Dame a - d'eux, car cella les feroit du tout jetter ez bras du Roy. - - Et n'ont deffally aulcuns, mesmement des partisans de - Bourgoigne, qui ont mis en avant à ceste princesse que, sans - plus s'amuzer aulx belles parolles du Roy et de la Royne, sa - mère, lesquelles n'estoient que pour la tromper, elle voulût - estroictement racoincter le Roy d'Espaygne; et avoyr agréable - que Mr de Savoye envoyât la requérir de mariage, sellon que - c'estoit ung prince d'âge compétant, qui avoit eu des enfans - d'une princesse aussy advancée en l'aage comme elle, et qui - estoit prince d'une esprouvée vertu, qui n'escandalizeroit - rien par deçà, et qui sçavoyt supporter ceulx de la nouvelle - religyon en ses terres, estant certain que le Roy d'Espaigne, - en faveur de ce mariage, et pour paciffyer et saulver ses Pays - Bas, comme indubitablement il le feroit avec la faveur de ce - royaulme, il establiroit le dict Mr de Savoye gouverneur de - Flandres, chose qu'il n'en pourroit advenir de plus heureuse, - ny plus à propos, pour l'Angleterre que cella. - - Et m'est bien souvenu de ce que, par une dépesche du moys - d'octobre dernier, Leurs Majestez m'avoient mandé, que je ne - fusse, à présent, nullement endormy, parce que ce seroit le - temps auquel l'on feroit les plus grands effortz de mettre la - dicte Dame à la guerre; mais j'espère que Dieu fera la grâce - au Roy d'establyr la paix en son royaulme, par le moyen de - laquelle il rendra esteinctes aulx malins leurs males pensées - dans leurs cueurs, et veynes toutes leurs entreprinses; et - que, s'il luy playst d'envoyer requérir la continuation de la - ligue avec ceste princesse, et la satisfère ung peu de ces - impressions que milord de North luy a données, qu'il obtiendra - tout ce qu'il voudra d'elle, et ne sentira de son royaulme que - toutz offices d'amityé et de bonne intelligence. - - - AUTRE LETTRE A PART. - - (_Escripte de la main du Sr de La Mothe Fénélon._) - - --du XXVIIIe jour de décembre 1574.-- - - - AU ROY. - -Sire, il y a des personnes, à qui leur malice les presse si fort au -cueur qu'ilz ne l'y peuvent tenir cachée, et manifestent souvant des -pensées qu'ilz ont, qui sont plus malignes qu'il ne leur abonde le -moyen de les exécuter, ainsy que, sur ce que je viens de vous escripre -par ung mémoyre de ceste dathe, touchant la conjuration faicte contre -la personne de Vostre Majesté, j'ay envoyé remonstrer au vieux évesque -catholicque de Lincoln, et à ung autre grand docteur très catholicque, -qui sont toutz deux en arrest en ceste ville, et pareillement au Sr -Fogas, portugoys, et surtout au Sr de Languillier et au cappitayne -Bastian, provançal, et à quelques aultres françoys, (qui m'ont donné -le dict advertissement, et y ont meslé le danger de la Royne, vostre -mère, avecques le vostre), que je ne voulois légèrement, sur ung dire -si général et incertain que le leur, vous donner ceste tant fascheuse -impression, laquelle ne pourroit estre que ne vous esmeût bien fort, -et ne picquât estrangement les cueurs de Voz Majestez; et que pourtant -je les prioys de me désigner s'il y avoit, de présent, près de Voz -dictes Majestez, ou s'il y debvoit venir personne, de quelque qualité -que ce fût, qu'ilz l'eussent ouy nommer pour suspecte de cest acte, -affin que la puissiez fère mieulx observer et vous mieulx -contregarder. - -Et ilz m'ont respondu le mesmes qu'ilz m'avoient desjà mandé, que, -par des propos qu'aulcuns, transportez de passion, avoient tenuz entre -eulx, il estoit évident que la dicte conjuration estoit faicte, et -qu'on poursuyvoit encores, à présent, plus qu'on n'avoit encores -faict, de l'effectuer. Et ont adjouxté qu'il falloit prendre bien -garde que quelqu'ung, ayant une baguette en la main, avec ung noeud, -ou ung petit boucquet au bout, ne vous touchât, feignant de le fère -par mégarde, car le bouquet seroit empoysonné; et aussy que, pour -éviter quelque malheureux coup de dague ou de pistollé par trahyson, -Vostre Majesté n'admît près de soy personnes incognues, et nomméement -nul escossoys, qui ne fût bien advoué. - -Et m'ont, d'abondant, adverty que les ministres s'estant persuadez -qu'il n'y avoit bonne intelligence entre Vostre Majesté et Monseigneur -vostre frère, avoient proposé de mettre en avant que nouveau partage -luy fût baillé, avec tiltre de Roy, ou aulmoins de souverayneté, affin -que ses terres fussent ung lieu de refuge à ceulx de leur religyon, -qui estoit la plus honneste seureté qu'ilz vous sçauroyent demander; -mais qu'ilz ne sçavoient pas encores si Mon dict Seigneur le -trouveroit bon, car ce n'estoit chose qui fût provenue de luy. Qui -sont dellibérations, Sire, qui descouvrent plus de tourment en ceulx -qui les font, qu'il n'y a apparance qu'ilz les puissent ny ozent -jamays entreprendre, tant elles ont peu de fondement; dont n'en debvez -estre en peyne. - -Et néantmoins je n'ay voullu fallir de les vous mander, puisqu'elles -concernent vostre personne, vous supplyant très humblement, Sire, que, -de tant que ces gens ne cessent de vous dresser, dedans vostre -royaulme et partout où ilz peuvent, dehors, tout plein de fâcheuses -praticques, sur l'apparance de ce qu'ilz imaginent debvoir estre ou -pouvoir advenir, qu'il vous playse, et à la Royne, vostre mère, pour -les rendre confus, unyr très intimement et très cordiallement -Monseigneur vostre frère à voz intentions, comme ung autre bras droict -de vostre force, et l'appuy de vostre authorité, et que faciez -paroistre qu'il est ainsy; et réputiez, au reste, très honnorable, et -encores plus heureuse, la paix avec voz subjectz, en quelle façon que -Dieu vous donnera de la pouvoir fère avec vostre réputation, car elle -vous mènera à bout de toutz voz affères; et qu'il soit vostre bon -playsir de me renvoyer la présente, qui est escripte de ma main: car -ceulx qui y sont nommez me l'ont ainsy faict jurer et promettre. Et -sur ce, etc. Ce XXVIIIe jour de décembre 1574. - - - - -CCCCXXVIe DÉPESCHE - ---du segond jour de l'an 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Audience.--Assurances réciproques d'amitié.--Offre faite par - Élisabeth de sa médiation pour procurer la paix en - France.--Réponse évasive de l'ambassadeur.--État des forces que - le roi peut opposer aux rebelles.--Explications sur les propos - rapportés par lord de North.--Déclaration d'Élisabeth à ce - sujet.--Instances de l'ambassadeur en faveur de Marie - Stuart.--Meilleure disposition d'Élisabeth à l'égard de la - reine d'Écosse.--Recommandation au roi en faveur de Me - Warcop.--Prière à la reine-mère de faire une réponse à la - déclaration d'Élisabeth. - - - AU ROY. - -Sire, estant, à l'occasion de vostre dépesche du Ve du passé, -allé donner, le premier d'estui cy, les bonnes festes et le bon -an à la Royne d'Angleterre, à Ampthoncourt, elle s'est trouvée -merveilleusement bien contante des propos que j'ay eus à luy tenir de -vostre part; et après qu'elle m'a eu, avec démonstration de beaucoup -d'affection, dict qu'elle vous faisoit, de bon cueur, les mesmes bons -et honnestes souhaitz que je luy faisois, icy, à elle, et qu'elle -desiroit que ce segond an de vostre règne fût en toutes sortes si -segond, et bien heureux, qu'il vous peût introduyre en plusieurs -aultres années après, qui vous fussent pleynes de félicité, elle m'a -prié de vous escripre qu'elle vous remercyoit infinyement de celle -forme d'excuse que luy faysiez de ne l'avoyr encores envoyé visiter, -laquelle luy estoit ung tesmoignage non petit que vostre intention -estoit de vous entretenir en bonne amityé avec elle, puisqu'au milieu -des grands et très urgentz affères de vostre royaulme, et mesmement de -ceulx où vous vous trouviez à présent enveloppé, ez confins d'icelluy, -vers le Languedoc, il vous playsoit d'avoyr en mémoyre ceste visite, -sur laquelle elle considéroit assez vos empeschementz; mais elle vous -promettoit bien qu'en quel temps qu'elle vînt, elle tesmoigneroit au -monde qu'elle l'acceptoit de bon cueur, et qu'elle la recepvoit à très -grand honneur, et pour une marque de la plus parfaicte intelligence -qu'elle desire avoyr avec quelconque aultre prince qui soit en la -Chrestienté; et puisque luy offriez de luy garder sincèrement les -droictz de vostre amityé, qu'elle vous prioit de croyre qu'elle vous -conserveroit perpétuelle et inviolable ceulx de la sienne, bien -qu'elle ne se pouvoit assurer qu'il n'y en eût, près de vous, qui vous -persuadoient aultrement, et qui desiroient vous voyr brouillez -ensemble, et la troubler à elle en son estat, mais qu'elle ne -layrroit, pour cella, de donner foy à ce que luy promettiez, et de -souhayter, de tout son cueur, l'establissement de voz affères et la -tranquillité de vostre estat; et que la mesmes offre, qu'elle avoit -faicte au feu Roy, vostre frère, aulx troubles de son temps, elle la -tournoit fère à Vostre Majesté en ceulx qui se sont ressucitez du -vostre: - -C'est que, si voyez qu'elle puisse quelque chose pour les réduyre à de -bons termes de paix, avec la conservation de vostre authorité et -réputation, et avec toutz les advantaiges qui doibvent estre réservez -à ung roy et prince souverain, qu'elle est preste de s'y employer en -la mesme forme qu'elle desire demeurer establie sur ses propres -subjectz, et non à rien moins que cella. En quoy s'il luy pouvoit -apparoir que eussiez offert aulx vostres, non toutes les condicions -qu'ilz voudroient, mais quelques unes, honnestes et tollérables, pour -satisfère à leurs consciences, et d'autres pour les rendre aulcunement -assurez contre les justes meffiances que vous mesmes jugés bien qu'ilz -ont occasion d'avoyr, et qu'ilz ne s'en voulussent contanter, qu'elle -les réputeroit lors substretz de la droicte religyon pour entrer en -une manifeste rébellion contre Dieu et contre leur prince naturel, et -comme telz elle ayderoit, de tout son pouvoir, à les chastier et -réprimer. - -De quoy l'ayant bien fort remercyé avecques une suyte de toutz les -honnestes propos que j'ay estimez convenir à l'expression de vostre -bon desir à la paix, sans m'arrester nullement à son offre, sinon de -l'assurer que je le vous signiffieroys le plus près que je pourrois -des mesmes termes qu'elle me l'avoit dicte, je luy ay satisfaict à ce -qu'au reste elle m'a demandé: s'il n'y avoit poinct cependant -suspencion d'armes? Que véritablement non, et que j'entendoys que Mr -de Bellegarde estoit devant Livron avec une bonne armée et vingt -canons; et Mr le maréchal de Retz devant Riez, en Provence, avec une -aultre armée et avec une aultre bonne bande d'artillerye; et le duc -d'Uzès avec d'autres bonnes forces vers l'autre part de Languedoc; et -Mr le maréchal de Monluc avec d'autres en la Guyenne; et Mr de -Montpensier continuoit le siège de Lusignan en Poictou: de sorte que -Vostre Majesté avoit cinq armées aulx champs, et estiez prest -d'introduyre encores bien d'autres grosses levées de reytres et de -suisses, et estrangers, et joindre de très grandes forces de voz -subjectz pour remédyer, par ce violent moyen, à la trop ostinée -opiniastreté à voz subjectz, si les remèdes de vostre clémence et -doulceur n'y pouvoient estre applicquez. - -De quoy la dicte Dame s'est donnée beaucoup d'admiration, d'où, ny -commant, après tant de ruynes et de calamités de vostre royaulme, vous -pouvoient maintenant survenir tant de grands et esmerveillables -moyenz. Et a adjouxté qu'elle vous prioit, sur toutes choses, de ne -vouloir essayer l'extrémité, parce qu'après icelle n'y avoit plus, de -ressource. Et puis a faict venir à propos de me dire que, depuis huict -jours en çà, je l'avoys cuydé remettre en la mesme détresse qu'elle -estoit, lorsque la feue Royne, sa seur, luy faisoit fère son procès -dans la Tour sur des parolles qu'on avoit mal entendues d'elle; et -qu'elle me pouvoit dire qu'encores jamays elle n'avoit, à son escient, -intéressé l'honneur de gentilhomme ny de dame, qui fût au monde, et -que pourtant je pouvois croyre qu'elle n'avoit touché ny entendu -toucher, en façon que ce fût, à celluy d'une telle princesse comme la -Royne, vostre mère; mais qu'elle n'avoit peu fère de moins, pour -l'honneur et révérance du feu Roy, son père, que de dire qu'il n'avoit -esté honnorable à elle de se mocquer de luy, si, d'avanture, elle -l'avoit faict; et qu'elle verroit quelle interprétation elle y -voudroit donner. - -Je luy ay respondu que, à dire vray, j'estois, l'autre foys, party -bien troublé de sa présence, ayant entendu des parolles qui tendoient, -d'ung costé, à blasmer la Royne, vostre mère, et par conséquent Vostre -Majesté mesmes, et, de l'autre, à mettre de l'altération en vostre -mutuelle amityé; et que pourtant j'avoys cherché quelque radresse en -cella, mais qu'à présent je demeuroys le plus satisfaict gentilhomme -du monde, et me soubscripvois à ce qu'elle m'en avoit mandé, et à ce -que présentement elle m'en disoit; dont espérois que bientost il luy -viendroit aussy à elle tant de satisfaction, de cest endroict, que les -mauvais rapportz en resteroient convaincus. Et suis passé à luy fère -une petite négociation pour la Royne d'Escoce, et luy présenter une -lettre qu'elle luy escripvoit, et une très belle coyfure de réseil, -qu'elle luy envoyoit, fort mignonement ouvrée de la main mesmes de la -Royne d'Escosse, avec le collet et manches, et aultres petites pièces -appartenantes à cella, que la dicte Dame a eu autant agréables qu'il -est possible. Et pense avoyr réduit les choses, entre elles, à -quelques bons termes, pour n'estre besoing, Sire, que touchiez rien à -l'ambassadeur d'Angleterre du changement qu'elle creignoit, jusques à -ce que je vous en auray autrement escript. Et sur ce, etc. - - Ce IIe jour de janvier 1575. - - - _Par postille à la lettre précédente._ - - Ceste princesse et les principaulx de son conseil m'ont si - instamment pryé de remémorer à Vostre Majesté la promesse - qu'avez faicte à milord de North, touchant l'affère de Me - Warcop, que je vous supplie très humblement, Sire, d'y vouloir - fère regarder, et luy pourvoyr; car, avec l'équité de sa - cause, il est gentilhomme de mérite, et qui est fort bien veu - et bien fort estimé de la Royne, sa Mestresse, et de toute sa - court. - - - A LA ROYNE. - -Madame, je suis retourné, ceste foys, si satisfaict de la Royne -d'Angleterre, des honnestes et vertueux propos qu'elle m'a tenuz de -Vostre Majesté, et de l'obligation qu'elle dict avoyr de vous aymer et -respecter par dessus toutes les aultres princesses de la Chrestienté, -et de la ferme créance qu'elle veut avoyr, attandu les honnorables -offres d'amityé et d'alliance qu'elle a eues plus expresses de vous -que de nul autre prince ny princesse qui vivent, qu'il ne peut estre -que vous l'ayez volue offancer ny injurier, en vous mocquant et -faisant ceste dérision, qu'on luy a dict du feu Roy, son père. Et a si -bien rabillé ce que la collère et l'instigation d'autruy luy pouvoient -avoyr faict advancer quelque parolle, que j'estime, Madame, s'il vous -plaist luy escripre ung bon mot, de vostre main, sur l'interprétation -de ce qui peut avoyr esté faict en cella; et que Vostre Majesté -l'assure qu'il n'y a eu rien en dérision ny mocquerie d'elle ny du feu -Roy, son père, que toutes choses se réduyront entre vous deux en aussy -bons termes qu'elles ont esté jamays. Et de tant que cella ne peut -estre, en ce temps, ny pour quelles occasions qui puissent survenir, -sinon très commode et de beaucoup d'utillité aulx affères de Voz -Majestez Très Chrestiennes, et au bien de vostre royaulme, je vous -supplye très humblement, Madame, ne la vouloir mespriser. Et sur ce, -etc. - - Ce IIe jour de janvier 1575. - - - - -CCCCXXVIIe DÉPESCHE - ---du VIIe jour de janvyer 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mousnyer._) - - Nécessité d'envoyer promptement la légation annoncée pour - complimenter Élisabeth de la part du roi.--Maladie de - l'ambassadeur.--Ses instances pour obtenir son - rappel.--Nouvelles des Pays-Bas, d'Irlande et de la Rochelle. - - - AU ROY. - -Sire, ayant, par ma précédante dépesche, donné ung bien entier compte -à Vostre Majesté des propos qui ont esté tenuz entre la Royne -d'Angleterre et moy, à ce nouvel an, j'ai depuis travaillé, et fais -tousjours tout ce que je puis pour entretenir la dicte Dame et ceulx -de son conseil aulx meilleurs et plus exprès termes de vostre amityé -qu'il m'est possible, affin qu'ilz ne se layssent conduyre, -d'ailleurs, à fère des dellibérations qui vous puissent estre -nuysibles, ny qui soient pour apporter de l'empeschement à -l'establissement de voz affères. Et bien qu'ilz s'assemblent assez -souvant pour traicter des entreprinses de l'année où nous entrons, si -ne descouvrè je qu'ilz se résolvent, pour encores, à rien de bien -certain, jusques à ce qu'ilz puissent voyr quelle yssue prendra le -pourparlé de paciffication que Vostre Majesté a commancé avec ceulx de -leur religion, car il semble bien, Sire, que la dicte Dame, avec -aulcuns des mieulx intentionnés de son conseil, vous desirent de bon -cueur la réduction de voz subjectz; mais il est bien certain qu'elle -ny pas ung d'eux ne voudroient, en façon du monde, qu'elle advînt par -une deffinition d'armes; et je crains par trop, si le dict pourparler -vient du tout à se rompre, que leurs dictes dellibérations, avec -celles des Allemantz, lesquels, par messagers ordinayres, confèrent -quasy toutes les sepmaynes ensemble, ne se résolvent, en faveur de voz -dictz subjectz, à vous susciter avec eulx une guerre plus longue et -plus pleyne de difficultez et de dangers que n'ont esté les -précédantes. Dont, affin, Sire, que, en tout évènement de paix ou de -guerre, l'on ne puisse ainsy facillement divertyr ceulx cy de vostre -intelligence, comme je voy bien que ceulx qui envyent vostre grandeur, -et ceulx qui la creignent, s'efforcent de le fère, je vous supplye -d'envoyer bientost visiter la dicte Dame, et la requérir de la -confirmation de la ligue; car j'espère, moyennant cella, que je -pourray bien, avec le gentilhomme qui viendra pour cest effect, et -avec celluy qu'envoyerez me succéder, fère en sorte que les aultres -poursuyvans, qui sont à présent icy, demeureront exclus de la pluspart -de leurs demandes; et que je pourray laysser à mon successeur les -choses de vostre service en très bonne disposition par deçà. - -En quoy, Sire, pour l'occasion de mon indisposition, laquelle me -rengrège si fort, à toute heure, qu'à peyne ozè je plus habandonner la -chambre, je suis contrainct de presser, plus qu'autrement je ne -ferois, Vostre Majesté, de la venue des dictz deux gentilzhommes, -joinct que Me Wilson a naguyères escript de Bruxelles qu'il avoit -obtenu telle expédition qu'il avoit peu desirer sur toutz les poinctz -de sa légation, et que le commerce d'Anvers estoit réouvert aulx -Angloix, et l'amityé avec le Roy d'Espaigne s'alloit renouer plus -estroictement que jamays, se louant infinyement des bonnes chères et -des festins et accueils et bons trettementz que le grand commandeur et -le duc d'Ascot, et don Bernardin de Mendossa, et aultres seigneurs de -celle court luy avoient faict; ce que venant à estre mis en -comparayson des choses que milord de North a mal rapportées de France, -je sentz bien que quelques ungs s'efforcent d'en relever la part -d'Espaigne par dessus celle de Vostre Majesté, dont est besoing de -quelque ayde et de quelque prompt entretènement pour y remédyer. - -Les choses d'Irlande succèdent, à ceste heure, assez heureusement à -ceste princesse depuis la réduction du comte d'Esmont, qui luy a remis -cinq fortz entre mains. Et le comte d'Essex en a gaigné deux ou troys, -et en faict réédiffyer quatre; dont demande, à présent, ung renfort de -soldatz, affin de les garnyr bien très toutz; et si, a prins, à ce que -j'entends, Briant Mac O'Nel, qui est escossoys, prisonnyer. Et le -susdict comte d'Esmont promect qu'il fera bientost réduyre tout le -païs à une bonne tranquillité soubz l'obéyssance de la Royne -d'Angleterre. - -L'on dict qu'il est party de Flexingues une flote de dix huict bons -navyres de guerre pour aller courre la coste d'Espaigne, et se -retirer, puis après, en Brouage. - -Il y a ung jeune homme, naguyères revenu de la Rochelle, qui rapporte -que Mr de La Noue en est party, avec quarante chevaulx, assez -malcontant des habitants; bien que les ministres font courir le bruict -qu'il est allé, avec troys centz chevaulx, recueillyr aultres troys ou -quatre centz chevaulx en Périgort, et six centz harquebouziers; et -qu'avec ces forces, et aultres qu'il pourra assembler, il dellibère -d'aller combatre Mr de Montpensier, et secourir ceulx qui sont dans -Lusignan. Et sur ce, etc. - - Ce VIIe jour de janvier 1575. - - - - -CCCCXXVIIIe DÉPESCHE - ---du XIIIe jour de janvyer 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._) - - Retards apportés à la négociation de la paix en - France.--Démarches faites auprès de Mr de Méru par les - protestans.--Mort du duc de Bouillon et du cardinal de - Lorraine.--État de la négociation de la paix. - - - AU ROY. - -Sire, avec les honnestes propos d'amityé que j'ay tirés des deux -dépesches de Vostre Majesté, du Xe et XIIIIe du passé, qui me sont -arryvées le quatriesme et sixiesme d'estui cy, j'ay mis peyne -d'entretenir la Royne d'Angleterre, et ceulx qui guident ses -dellibérations, en la meilleure disposition que j'ay peu; et ay, par -là, assés faict suspendre les responces qu'aulcuns s'efforçoient -d'avoyr d'elle sur les présentz affères qui se débatent en vostre -royaulme; qui, avec bonnes parolles, les a remys jusques après que, -par la procheyne légation que luy envoyerés, elle aura pu cognoistre -comme vous entendez de vivre avec elle. Il est vray, Sire, que je -sentz bien que, sur les difficultez que l'ambassadeur d'Angleterre a -escript qui se trouvoient si grandes, en la paciffication de voz -subjectz, que Vostre Majesté perdoit quasy l'espérance de ne les -pouvoir plus réduyre sinon par la force, il a esté donné quelque -parolle là dessus, qui a beaucoup contanté les poursuyvans. Et a l'on -mis en avant je ne sçay encores bonnement quoy, sur la nouvelle qui -est arryvée de la mort de Mr de Boillon[3], touchant ses deux places -de Sedan et de Jamays. - - [3] Henri Robert de La Mark, duc de Bouillon, mort le 2 décembre - 1574. - -Et le cinquiesme de ce moys est arryvé, en ceste ville, ung provençal, -nommé Pierre Garnier, de Marseille, qui monstre estre assés habille -homme et homme d'affères; lequel dict que, voyant la guerre en son -pays, il avoit volontiers prins l'occasion de s'en esloigner, soubz -prétexte de marchandise, et qu'il attandoit de bref ung navyre sien -qui luy estoit de grande importance. Et incontinent est allé trouver -Mr de Méru, feignant toutesfoys d'estre homme fort indifférent, et de -n'avoyr poinct sceu que Mr de Méru fût icy, mais que, pour avoyr esté -d'autresfoys fort cognu de Mr Dampville, il luy vouloit bien fère la -révérance, et luy a faict les forces de son dict frère fort grandes, -de vingt mille harquebusiers et troys mille chevaulx. Dont, bientost -après, le dict sieur de Méru est allé à Ampthoncourt négocier quelque -chose là dessus avec ceste princesse et avec ceulx de son conseil; et, -encores depuis, il y est retourné, quand l'homme du docteur Dayl a -esté arryvé, avec la dépesche de son maistre, du XXIXe du passé, par -la quelle il assure que Mr le cardinal de Lorrayne estoit trespassé le -jour de Noël, qui a esté une nouvelle à ceulx cy non mal agréable, à -cause de la Royne d'Escosse, mais j'assure fort que je n'en ay poinct -de confirmation. Et semble que le dict Sr de Méru se prépare pour -retourner de bref en Allemaigne, et m'a l'on dict qu'il emmeyne -avecques luy le jeune Montgommery, frère puyné de celluy qui s'en est -retourné à la Rochelle avecques sa femme. - -Le susdict ambassadeur d'Angleterre avoit desjà escript, icy, du -deppart des depputez de Languedoc, en une certeyne façon qui faisoit -assés doubter que vous desirissiés la paix; mais j'ay faict voyr que -nul ne debvoit trouver estrange si aviez renvoyé les dictz depputez -sans leur accorder celle convoquation qu'ilz demandoient estre faicte -à Nismes; car, oultre qu'elle tiroit les choses en longueur, vous leur -avez proposé d'autres expédientz qu'ilz n'avoient poinct rejettez, -lesquelz ilz estoient allez conférer avec ceulx qui les avoient -depputez, en intention d'incontinent après vous venir retrouver, et -que cepandant vous dellibériez, avec les depputez de Monsieur le -Prince, lesquelz vous attendiez d'heure en heure, de disposer la -matière pour la fère venir à quelque bonne conclusion. Ce qui a, de -rechef, remis ceulx cy en l'opinyon de la paix. Et le mesmes -ambassadeur leur a escript que, depuis la mort de Mr le cardinal de -Lorrayne, l'on en avoit plus d'espérance. Et sur ce, etc. Ce XIIIe -jour de janvier 1575. - - - - -CCCCXXIXe DÉPESCHE - ---du XIXe jour de janvyer 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calays par Jehan Volet._) - - Injonction faite à l'ambassadeur d'intercéder vivement auprès - d'Élisabeth pour Marie Stuart.--Crainte qu'une pareille - démarche ne soit inopportune.--Espoir que la reine d'Écosse est - pour le moment hors de danger.--État de la négociation de la - paix en France.--Promesses faites par Élisabeth aux protestans - de France et d'Allemagne.--Armemens préparés secrètement à - Londres.--Nouvelles de la Rochelle.--Négociation de la paix - dans les Pays-Bas. - - - AU ROY. - -Sire, à ce premier chef de vostre dépesche, du XXe du passé, que j'ay -receue le tréziesme d'estuy cy, par où Vostre Majesté me mande que je -m'opose au transport de la Royne d'Escosse, je ne fauldray d'y -satisfère, quand j'entendray, par elle, ou que je sentiray, icy, qu'il -en sera besoing, bien que nulle autre chose pourra estre prinse en -pire part, ny plus mal interprétée de la Royne d'Angleterre et des -siens, que l'instance que j'en pourray fère, parce qu'elle et eulx ne -sont de rien au monde si jaloux que de tout ce qui, au nom de Vostre -Majesté, vient estre dict ou faict en faveur de ceste princesse. -Néantmoins je n'obmettray rien de tout ce qu'il vous plaist m'en -commander avec la deue observance, toutesfoys, qu'y sera requise, pour -n'altérer rien de voz affères par deçà. Dont je loue Dieu que, pour -ceste heure, il n'y fault rien fère; car il est desjà pourveu, si plus -grand accidant ne survient, qu'elle ne sera poinct changée de la garde -du comte de Cherosbery. - -Et pour l'autre segond chef de vostre dicte dépesche, j'ay mis peyne -de fère voyr, icy, de quelle bénignité vous avez commancé de tretter -avec les depputez du Prince de Condé, et combien vous desirez et avez -bonne espérance de mettre de bref la paciffication en vostre royaulme. -Qui vous promectz, Sire, que les aultres depputez des eslevez de -Languedoc ne furent pas plus tost départis d'Avignon, sans avoyr rien -faict, que les suppostz de la nouvelle religyon, qui sont icy, -n'allassent incontinent à Ampthoncourt, devers la Royne d'Angleterre -et devers ceulx de son conseil, y estant lors Mr de Méru, pour leur -donner entendre que, sur des difficultez non petites, et sur certeyne -forme d'articles qu'ilz leur monstreroient, toute l'espérance de la -paix estoit rompue, et que les eslevez se trouvoient sy gaillards -qu'ilz se mettroient bientost en campaigne; et que, dans peu de jours, -le Prince de Condé seroit prest de descendre, avec de grandes forces, -d'Allemaigne en France; dont supplyoient la dicte Dame de se vouloir, -à ce coup, bien résoudre de leur donner, sinon ouvertement du secours -d'hommes, aulmoins celle faveur de son royaulme, par mer et par -terre, que le temps et l'occasion leur pourroit admener d'en avoyr -besoing. - -A quoy j'entends qu'elle leur a respondu qu'elle estoit en bonne -amityé et intelligence avec Vostre Majesté, et ne leur pouvoit, pour -ceste heure, rien promettre à vostre préjudice, mais qu'elle se -réservoit de leur fère une bien plus expresse responce dans bien peu -de moys, qu'elle auroit veu comme vous dellibèreriez de demeurer avec -elle, et comme vous entendriez de demeurer avec eulx; et que, si -cepandant elle pouvoit estre moyen de quelque réconciliation entre -Vostre Majesté et eulx, elle offroit de s'y employer de tout le -pouvoir et moyen qu'elle en auroit. Et les a ainsy renvoyez. - -Néantmoins il se poursuyt tousjours une secrette dellibération d'armer -bon nombre de navyres, et de mettre jusques à huict mille hommes -dessus, par apparance d'en vouloir secourir le Roy d'Espaigne, et -Guoras s'en entremet aulcunement; mais ceulx qui considèrent l'affère -de près jugent que c'est toute aultre chose qu'on couvre là dessoubz. -Dont je mettray peyne d'y avoyr l'oeil le plus ouvert qu'il me sera -possible. - -Deux jeunes hommes partys de la Rochelle le segond de ce moys sont -arryvez, n'y a que troys jours, en ceste ville, avec quelque -commission de passer en Ollande; et ont apporté diverses dépesches à -plusieurs, expéciallement à Mr de Walsingam, lequel s'est retiré pour -ung moys en ceste ville, affin de se fère panser de son accoustumée -difficulté d'urine. Et j'entends qu'ilz rapportent que le Sr de La -Noue estoit retourné à la Rochelle, le XXIXe du passé, et pareillement -le baron de Miraubeau, et le lieutenant de Poictiers en Brouage, -ayantz fally à deux entreprinses, pour lesquelles ilz estoient partys: -l'une, de Zainctes, où leurs eschelles pour estre trop chargées -s'estoient rompues; et l'autre, de St Jehan d'Angely, où ceulx de -dedans, qui estoient de leur intelligence, pour l'espérance procheyne -de la paix n'avoient voulu interrompre leur repos, mais que, si la -guerre continuoit, ilz faysoient estat de s'en rendre facillement -maystres; et qu'ilz n'avoient, de plus près que Barbesieux, approché -Lusignan, estantz hors d'espérance de le pouvoir secourir, de quoy ilz -vouloient advertyr ceulx de dedans, affin de prendre party, lesquelz -estoient en extrême nécessité de toutes aultres choses, ormis de bled -et de farine qu'ilz en avoient encores pour longtemps. Et ont les -dictz deux rochelloys assés déclaré que ceulx de leur ville et les -aultres eslevez de tout ce quartier là inclineroient bien fort à la -paix. - -Me Wilson a escript, de Flandres, que les choses s'y tournoient fort -disposées à la paix, s'estant le grand commandeur layssé entendre que -le Roy, son Mestre, pourroit condescendre de retirer les Hespaignols, -et laysser à ceulx de la nouvelle religyon la liberté de conscience -sans exercisse, et de remettre toutz les anciens privilèges du pays, -et confirmer le gouvernement de Ollande et Zélande au prince d'Orange, -et de luy rendre son filz qui est en Espaigne; et qu'à cest effect il -y avoit des depputés devers le dict prince tant de la part de -l'Empereur, comme entreméteur, que ung du conseil d'estat du Pays Bas, -pour en dresser des articles. Et sur ce, etc. - - Ce XIXe jour de janvier 1575. - - Je viens d'estre adverty que quelques cappitaynes et - gentilzhommes angloys, où y a des françoys meslez, - s'apprestent à grand haste, comme de eulx mesmes, d'aller - tanter quelque entreprinse par dellà la mer. Dont je supplye - très humblement Vostre Majesté d'envoyer tout promptement - refrayschir aulx cappitaynes et gouverneurs de la frontière de - deçà qu'ilz ayent à se tenir sur leurs gardes. - - - - -CCCCXXXe DÉPESCHE - ---du XXIIIIe jour de janvyer 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Continuation des armemens pour une entreprise secrète.--Vive - recommandation de l'ambassadeur en faveur du comte d'Oxfort qui - passe en France.--Bruit répandu à Londres d'une défaite essuyée - par les catholiques dans le Dauphiné.--Nouvelles des - Pays-Bas.--Saisie de lettres qui paraissent concerner Marie - Stuart. - - - AU ROY. - -Sire, suyvant l'advertissement dont, au pied de ma dépesche du XIXe du -présent, j'ay faict mencion à Vostre Majesté, comme aulcuns -gentilshommes et cappitaynes angloys s'apprestoient, comme d'eux -mesmes, de fère une entreprinse de par dellà la mer, j'ay mis peyne de -le fère sçavoyr aulx gouverneurs plus voysins d'icy, qui ont la charge -des places au long de la coste de deçà, lesquels j'espère que s'en -tiendront plus apperceus. Et en confirmation de cella, je suis adverty -que, toutes les nuictz, l'on tire secrettement des armes et des -monitions de guerre de la Tour de Londres pour les envoyer ez portz, -et les distribuer aulx cappitaynes et soldatz qui sont volontayres, et -aulx vaysseaulx de l'entreprinse qui sont toutz de particulliers. - -Il sembloit que le comte d'Oxfort deût estre le chef de la dicte -entreprinse, mais il prend ung aultre chemin, ayant tant faict qu'il -a impétré de la Royne, sa Mestresse, son congé pour aller fère un -voïage en Italye; et dellibère partir dans huict jours, et passer par -France, faisant estat de séjourner ung moys à Paris; et monstre, Sire, -d'estre grandement dévot à Vostre Majesté, ayant voulu suplyer la -Royne, sa Mestresse, de trouver bon qu'il se peût offrir à vostre -service, mais l'on l'a adverty que, parce qu'il est notoyrement réputé -fort partial pour la Royne d'Escosse et nepveu du feu duc de Norfolc, -qu'elle tiendroit cella pour trop suspect; néantmoins il dellibère de -bayser très humblement les mains à Vostre Majesté, et ne refuser -d'obéyr à ce qu'il vous plerra luy commander. Et parce qu'il est quasy -le premier comte et grand chamberlan d'Angleterre, et comme le premier -de la noblesse du pays, et le mieulx suivy et de trop plus d'espérance -que nul aultre seigneur du royaulme, il vous plerra, Sire, commander -qu'il luy soit faict quelque honneur et luy soit porté faveur et -respect, en passant par vostre royaulme; car, oultre son mérite, toute -l'Angleterre et ceste court mesmement s'en sentiront infiniement -gratiffiez. Les partisans de Bourgoigne luy promettent qu'il aura -charge au service du Roy d'Espaigne, aussytost qu'il arryvera en -Italye, et le pressent d'aller trouver dom Johan d'Austria, ne luy -manquant lettres de banque et crédict, et deniers contantz, pour fère -une honneste despence par dellà; mais il monstre d'avoyr plus -d'inclination à vostre service qu'à celluy du dict Roy d'Espaigne. - -L'on a faict courir, icy, le bruict qu'il y avoit eu ung gros -rencontre en Daulfiné, où avoit esté, de chascun costé, asprement -combatu, avec si divers évènementz que les vostres avoient eu du pire; -et néantmoins Monbrun estoit demeuré prisonnyer. Ceulx de ceste court -m'en ont envoyé demander des nouvelles, mais je leur ay respondu que -je n'en avoys poinct. - -Le ministre Feugré est depuis quatre jours retourné de Hollande, -duquel je ne puis encores bien descouvrir qu'est ce qu'il rapporte de -dellà, sinon qu'il assure que, succédant ou ne succédant poinct la -paix en Flandres, ceulx de la Rochelle, premier que les gallères de -Vostre Majesté sortent de la rivière de Nantes, auront des navyres, de -Ollande et Zélande, assés pour suffire pour garder le hâvre de -Brouage, et leur rade de Chef de Boys. - -Mr de Méru continue de s'apprester pour retourner en Allemaigne; -néantmoins quelques françoys qui le suyvent monstrent estre de -l'entreprinse des Angloix. Le provençal Pierre Grenier, de Marseille, -dont, cy devant, je vous ay faict de mencion, monstre de vouloir -passer en Ollande, et n'attend plus que le vent. Je ne sçay si c'est -pour y praticquer quelque chose ou pour y chercher son repoz; mais, -quoyqu'il se monstre personnage fort composé, il a néantmoins négocyé -avec ceulx qui s'entremettent des praticques. - -J'entendz qu'il a esté surprinz à Barwyc des lettres en chiffre, qui -venoient ou à la Royne d'Escoce ou à moy; de quoy il y a ung peu -d'altération en ceste court: et a l'on prins quelques ungs en ceste -ville qui sont réputez serviteurs secretz de la Royne d'Escosse, -lesquelz l'on a mis dans la Tour. Je ne sçay si cella produyra quelque -autre chose plus rigoureuse contre elle, mais je y pourvoyray du -meilleur remède qu'il me sera possible. Sur ce, etc. - - Ce XXIVe jour de janvier 1575. - - - - -CCCCXXXIe DÉPESCHE - ---du XXIXe jour de janvyer 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._) - - Continuation des armemens.--Secours d'argent envoyé d'Angleterre - aux protestans d'Allemagne.--Projets d'Élisabeth sur - l'Écosse.--Réclamation faite par l'ambassadeur au roi, en - faveur des réfugiés de Rouen, afin d'obtenir la restitution de - leurs biens.--Instance auprès de la reine-mère pour l'engager à - faire donner satisfaction à la reine d'Angleterre. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay receu, le XXIIIIe de ce moys, deux dépesches de Vostre -Majesté, l'une du dernier du passé, et l'aultre du second d'estuy cy, -par lesquelles j'ay eu assés de quoy esclarcyr les derniers bruictz -qu'on faisoit courir du maulvais succez des choses de Languedoc, et du -peu d'espérance de la paix; de quoy j'espère que, demain, je rendrai -ceste princesse plus capable de la vérité de ce qui en est, et mieulx -édiffyée de vostre intention vers elle, et de vostre desir à la -tranquillité de voz subjectz, et repos universel de la Chrestienté, et -encores de la particullarité de Mr de Dampville, qu'on ne s'est -efforcé de le luy persuader; et n'obmettray de luy relever d'autant -plus la réputation et bon progrès de voz affères qu'on met peyne de -les luy représanter bien bas et en ung fort maulvais estat; et feray, -en somme, tout ce qui me sera possible vers elle, que les -dellibérations et apprestz, que je voy fère par les siens, demeureront -interrompus, ou aulmoins que l'effaict n'en aille que le moins que -fère se pourra contre le service de Voz Majestez. - -L'armement, dont je vous ay cy devant escript, se continue toujours -sans aulcun doubte, et pareillement le transport des armes et des -monitions vers les portz; et est advenu que, depuis quatre jours, sous -colleur d'ung festin, l'on a mené essayer des armes dans la Tour de -Londres à plus de deux centz gentilshommes, comme pour une soubdeyne -et secrette entreprinse; de quoy j'ay prins ung peu d'allarme, et en -envoye présentement donner aulx gouverneurs de voz places, qui sont -plus voysins d'icy. Et d'ailleurs j'ay entendu qu'on dresse -secrettement ung party, avec aulcuns marchands de ceste ville, pour -fère remettre en Allemaigne trente mille angelotz en espèce; de quoy -j'ay mis gens après pour approfondir à qui et comment le payement s'en -fera. Et me vient on aussy d'advertyr que ceulx de ce conseil -dellibèrent de proposer, avec invincibles argumentz, à leur Mestresse, -qu'elle doibt effectuer les praticques qui souvent ont esté mises en -termes: de conclurre une ligue avec les Escossoys et s'attribuer la -protection du jeune Prince d'Escosse et de sa couronne, durant sa -minorité, et luy procurer le mariage d'une des filles d'Espaigne, en -le déclarant successeur de ce royaulme. Qui est cause, Sire, que je -supplye très humblement Vostre Majesté de fère passer promptement en -Escosse le gentilhomme qu'avez dellibéré d'y envoyer résider, affin -qu'il n'y laysse rien passer qui soit au préjudice de vostre ancienne -alliance de dellà. Et sur ce, etc. Ce XXIXe jour de janvier 1575. - - Aulcuns de voz subjectz de Normandye, qui sont icy, me sont - venus remonstrer que la cour du parlement de Roan, sans avoyr - esgard à la réservation portée par voz lettres patentes du - XXVIIe jour de décembre dernier, ny aulx attestations que, - suyvant icelles, je leur ay baillées de leurs paysibles - déportementz, elle leur a faict saysir leurs biens; et sur la - main levée que leurs procureurs ont demandée, elle les a - renvoyez à Vostre Majesté. Dont je vous supplye très - humblement, Sire, que, de tant qu'ilz ont la promesse de - Vostre Majesté, et que voz lettres patantes contiennent - nomméement leur réserve, qu'il vous playse mander, par seconde - jussion, à vostre dict parlement de Roan, de ne leur saysir - leurs biens, et, si saysis estoient, leur en fère la main - levée. Et j'estime que cela reviendra au bien et réputation de - vostre service. - - - A LA ROYNE. - -Madame, attandant les aultres choses que je pourray recueillyr plus -amples des propos que j'auray demain avec la Royne d'Angleterre, je -mande cepandant à Voz Majestez celles qui me sont venues à notice, -lesquelles je metz sommayrement en la lettre que j'escriptz au Roy, -vostre filz. Et ne veulx rien adjouxter, icy, davantage sinon vous -supplyer très humblement, Madame, que, sur la dépesche que mon -secrettère vous a apportée, du XXVIIIe du passé, il vous playse m'y -fère avoyr bientost quelque responce, par laquelle je puisse lever à -ceste princesse toute la male satisfaction que les fascheux rapportz, -qu'on s'est efforcé de luy fère de Voz Majestez, luy ont peu mettre en -l'opinyon. - -Et sur ce, etc. Ce XXIXe jour de janvier 1575. - - - - -CCCCXXXIIe DÉPESCHE - ---du IIIIe jour de febvrier 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusque à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Audience.--Questions faites par Élisabeth sur l'état des affaires - de France.--Assurance donnée par l'ambassadeur qu'il n'a point - été livré de bataille en Languedoc.--Nouvelles du siège de - Livron.--Persévérance du roi à desirer la paix.--Confiance que - le prince de Condé partage ce desir.--Ignorance de - l'ambassadeur sur la déclaration attribuée au maréchal de - Danville.--Volonté du roi de conserver l'alliance avec - Élisabeth.--Instances pour qu'elle refuse les secours qui lui - sont demandés par les rebelles.--Sollicitations d'Élisabeth - pour engager le roi à accorder la paix.--Offre de sa - médiation.--Nouvelles de la prise de Lusignan par Mr de - Montpensier, et de divers assauts donnés à Livron.--_Avis à la - reine-mère._ Plaintes de l'ambassadeur sur le retard mis à lui - envoyer de l'argent. - - - AU ROY. - -Sire, il a esté facille, dimanche dernier, à Ampthoncourt, de juger -que je y venois desiré de la Royne d'Angleterre pour luy compter des -nouvelles de Vostre Majesté, et de celles de voz affères; car, de tout -le moys passé, elle n'en avoit poinct ouy de bien vrayes, et le bruict -en avoit semé de si incerteynes que, monstrant d'estre bien fort ayse -qu'elle peût, à ceste heure, sçavoyr ce qui en estoit, après s'estre -soigneusement enquise de vostre santé et du bon portement de la Royne, -vostre mère, elle m'a incontinent demandé de ces combatz et rencontres -qu'on disoit estre advenuz en Languedoc? Et des termes en quoy vous -estiez de la paix? Et où estoit Mr le Prince de Condé? Et si les -levées, qu'on bruyoit si fort qu'il avoit toutes prestes en -Allemaigne, commançoient poinct de marcher? S'il estoit vray que le -mareschal Dampville eût faict une déclaration qu'elle avoit naguyères -veue, ou bien si c'estoit chose supposée? Et si vous approchiez poinct -en çà, pour venir à vostre couronnation et sacre? Se pleignant bien -fort que son ambassadeur estoit paresseux, ou bien que ses dépesches -demeuroient en quelque part arrestées, car elle ne pouvoit rien -entendre de luy. - -Je luy ay respondu que ce que j'avoys à luy dire, de la part de Vostre -Majesté, estoit proprement la satisfaction des choses qu'elle venoit -de me demander; et que, grâces à Dieu, Voz Majestez Très Chrestiennes -estoient en bonne santé; et que de rencontre ny combat il n'y en avoit -poinct eu, parce que les eslevez n'avoient poinct de forces en -campaigne, ny de quoy y en mettre pour s'opposer aulx vostres; et -seulement au siège de Livron, ayantz quelques gentilshommes de bonne -volonté voulu recognoistre la bresche, il y en avoit eu de ceulx du -dehors une vingtaine de blessez, mais beaucoup plus grand nombre de -ceulx de dedans; que, touchant la paciffication, vous persévériez en -ce qu'aviez faict cognoistre à voz subjectz, et l'aviez manifesté à -toute la Chrestienté, que c'estoit la chose que plus vous desiriez en -ce monde, luy particullarisant l'article, que me faisiez dans vostre -lettre, des allées et venues des depputez, et que vous luy promettiez -bien que vous condescendriez à de si bonnes et si honnestes condicions -vers voz subjectz, pour le faict de leurs consciences et pour leur -repos, et pour la seureté qu'ilz demandoient, qu'ilz ne les pourroient -refuzer, sinon qu'ilz voulussent du tout renoncer au respect et -révérance, et à la fidellité et subjection qu'ilz vous debvoient, sans -qu'il fût besoing pour cella d'assembler voz Estatz, ainsy que les -ministres, lesquelz ne cherchoient que d'alonger les matières, et -d'esjamber tousjours quelque chose sur l'authorité des princes, -monstroient que, indiscrètement et contre tout ordre, ilz les -vouloient requérir, car vous le feriez bien de vous mesmes; - -Que Mr le Prince de Condé estoit à Basle, inclinant bien fort à la -dicte paciffication, et ne hastoit guyères les levées ny les forces -d'Allemaigne; desquelles je voulois dire librement à la dicte Dame que -j'avoys opinyon qu'elles ne bougeroient nullement, si elle, ou son -crédit ou ses deniers contantz, ne les faisoit marcher, comme je -sçavoys qu'elle en estoit fort pressée et fort sollicitée toutz les -jours, et que pourtant vous auriez occasion d'en imputer à elle tout -le mal, si, d'avanture, elles descendoient en France; - -Que je n'avoys poinct encores veue celle déclaration, dont elle -m'avoit parlé, de Mr Dampville, laquelle pouvoit estre aussytost -supposée que vraye; mais, quoy qu'elle eût ouy dire de l'occasion de -son malcontantement, il estoit certein, et Vous, Sire, l'affirmiez -ainsy sur vostre honneur, que ne luy aviez rien promis à Turin que ne -luy eussiez depuis invyolablement tenu. Dont ay fait peser à la dicte -Dame ce qu'il vous avoit pleu m'en escripre, et qu'en effect il n'y -avoit, ny ez actions ny ez intentions de Vostre Majesté, rien que ce -que convenoit d'avoyr à ung magnanime et très excellent prince, et -autant orné de toute vertu qu'il y en eût jamays eu en France; et que -Dieu vous avoit faict si généreulx que vous ne pouviez estre vaincu -par force, et si clément qu'à peyne seriez vous jamays surmonté de -bénignité. Dont estant tel, et que d'autrefoys vous luy aviez esté à -elle dévot serviteur, et maintenant estiez devenu son frère, je la -supplyois qu'elle voulût nourrir une bien bonne et germeyne amityé -avecques vous, sellon que vous luy en rendriez une semblable très -constante et perdurable à jamays; - -Et que desjà sur ce qu'elle m'avoit faict vous escripre, le troysiesme -de décembre, de la sincérité et droicture dont elle dellibéroit de -procéder vers vous, que vous veuillez tant honnorer sa parolle, et y -defférer si grandement, que ne feriez difficulté de vous y commettre -et vous y reposer sans escrupulle ny meffiance quelconque; et que -désormays vous vous promettiez d'elle toutz les bons tours, de -vrayement bonne seur et bonne amye, que vous proposiez de les luy -rendre semblables de très bon frère et de très bon amy, et de ne -deffallir d'aulcun bon et honnorable office que verriez pouvoir fère -pour elle, qui fût digne de sa grandeur et non indigne de la vostre, -ainsy qu'ung gentilhomme de bonne qualité que faysiez desjà préparer -pour l'envoyer visiter, aussytost que seriez, pour vostre sacre et -corronnation, arryvé à Reyms, envyron la my febvrier, le luy -tesmoigneroit davantage. Qui ay bien voulu, Sire, luy fère ceste -expression de vostre bonne intention vers elle, affin de m'oposer à -ceulx qui s'efforçoient de luy préoccuper et engager la sienne contre -vous. - -A quoy elle m'a respondu qu'elle estoit de tant plus ayse d'entendre -la bonne disposition de Voz Très Chrestiennes Majestez qu'on luy avoit -rapporté que la Royne, vostre mère, estoit bien malade, dont elle -prioit Dieu de bon cueur pour le bon portement de toutz deux; qu'elle -avoit playsir que ceulx qui avoient publyé ces combatz et deffaictes -de Languedoc fussent trouvez menteurs, et voudroit de bon cueur qu'il -y eût desjà abstinence d'armes, affin que les nouvelles playes ne -rendissent celles du passé incurables; - -Que, de plus en plus, elle louoit et approuvoit vostre saincte -dellibération de vouloir apayser les troubles de vostre royaulme par -la voye de douceur, et qu'en cella sentoit elle de vous porter tant -plus de bienvueillance par dessus toutz les aultres princes ny -princesses de vostre alliance, que plus que nul d'eulx elle desiroit -de bon cueur que, establissant très bien vostre règne, vous -espargnissiez le sang et la vye et la désolation de ceulx qui, de l'un -et de l'aultre costé; sont toutz vostres; - -Que j'avoys tort de la vouloir tant sonder, comme je faisois, sur le -secours que les pouvres protestantz cherchoyent d'avoyr de leurs -frères d'Allemaigne, car elle ne me sondoit pas de celluy que vous y -pourchassiez; et qu'elle ne vouloit nyer qu'elle n'y eût du crédict -assez, mais que vous cognoistriez aussy bien qu'avoit faict le feu -Roy, vostre frère, que jamays les Roys de France n'avoient trouvé tant -d'amityé en la couronne d'Angleterre que quand elle l'avoit tenue; et -que, de tant auriez vous plus grand preuve d'elle, qu'elle estoit à -toute heure infinyement tentée et sollicitée contre vous; - -Qu'elle ne doubtoit que les ministres ne demandassent la tenue des -Estatz, et que, possible, ilz n'eussent supposé celle déclaration de -Mr Dampville; car, puisqu'ilz s'eslevoient jusques à vouloir pénétrer -ez secretz de Dieu au ciel et en ses jugementz, ilz s'atribuoient -encores plus licentieusement de s'entremettre des trônes des princes -en terre, mais qu'il n'y avoit poinct de besoing d'Estatz, là où vous -mesmes pouviez bien pourvoir; et qu'elle tenoit le mareschal Dampville -pour ung si gentil chevalier et si loyal serviteur, à l'exemple de ses -prédécesseurs, à vostre couronne, et si expéciallement dévot à Vostre -propre Majesté qu'elle ne faysoit doubte qu'il ne se rengeast -facillement à tout ce que luy commanderiez, pourveu que ne -cherchissiez la ruyne de luy ny celle de ses frères. - -Et puis est retournée aulx levées d'Allemaigne, et comme princesse -fort pressée de fournir deniers, ou d'employer son crédict, ou de fère -quelque aultre résolution, à son regret, contre Vostre Majesté, m'a -dict que, pour Dieu, elle vous prioit de fère la paix, car aultrement -vous ne pourriez éviter beaucoup de grands inconvénientz; et que, si -aviés besoing de quelque prince estrangyer, de vostre alliance, qui -s'en meslât, parce que maintesfoys les parties mesmes n'ozoient -proposer tout ce qu'elles desiroient, qu'elle ne vouloit pas -entreprendre de s'y offrir, mais que, si Vostre Majesté l'avoit -agréable, c'estoit bien l'oeuvre aujourdhuy de ce monde à quoy elle -s'employeroit le plus volontiers, et pouviez estre très assuré qu'elle -vous y considèreroit en tout et partout ainsy Roy et Maistre comme -elle desiroit demeurer Royne et Mestresse sur ses subjectz; et que, -sur ce que je luy avoys déduyt de vostre bonne et constante amityé -vers elle, qui estoit ce qui l'avoit, plus que tout le reste, -souveraynement contantée, qu'elle vous en remercyoit de tout son -cueur, et sçavoit qu'entre les particulliers mesmes les loix de -l'amityé estoient vénérables et dignes de grande observance, mais -qu'elles l'estoient davantage sans comparayson entre les princes, -parce que, des bons effectz qui en provenoient, ilz en demeuroient -entre eulx très contantz, et si, leurs communs subjectz en sentoient -de très grandes commodictez; et que, s'il estoit intervenu là dessus -quelque première coulpe entre vous et elle, qu'elle ne l'avoit -nullement commise, et que sans doubte ce ne seroit aussy elle qui -commanceroit de commettre la segonde; et qu'elle avoit grand plaisir -que vous approchissiez à Reyms pour vostre coronnation et sacre, d'où -celluy que luy envoyeriez seroit le très bien venu, et qu'elle -mettroit peyne de le vous renvoyer contant. - -Qui est en substance ce que, pour ceste foys, j'ay recueilly des -propos de la dicte Dame, remettant ce qu'il y pourroit avoyr de -surplus à la procheyne dépesche, parce que ceste cy est desjà trop -longue. Et sur ce, etc. - - Ce IVe jour de febvrier 1575. - - Mr de Walsingam me vient de mander la reddition de Lusignan à - Mr de Montpensier par composition, moyennant ostages qu'il a - baillez pour la tenir; et qu'il a esté donné trois assautz à - Livron qui ont esté bravement soustenuz, où le cappitayne de - la place est mort, mais que soubdain il y en a esté subrogé - ung autre, et que deux centz soldatz de la part des eslevez y - sont entrez. - - - ADVIZ, A PART, A LA ROYNE MÈRE. - - Parce que c'est icy le VIIIe moys que je n'ay receu nul - argent, et que je vis sur le crédit que me faict le Sr Acerbo - avec gros intérest, et que le Sr Sardiny luy a escript qu'il - ne peut acquitter les mandementz dont Mr le trésorier de - l'espargne m'a dressé sur luy, parce qu'il ne reçoit, ce dict - il, rien des assignations que Voz Majestez luy ont bayllées, - je suys sur le poinct d'estre habandonné du dict Sr Acerbo, et - d'estre pressé de ce que desjà je luy doibs; et que je seray - contrainct de cesser ma mayson, avec beaucoup de honte et avec - détriment du service de Voz Majestez. Dont je vous supplye - très humblement, Madame, commander au dict trésorier de - l'espargne qu'il me vueille fère payer d'iceulx mandementz - qu'il m'a desjà bayllés, ou m'en assigner de meilleurs, et - qu'il mande que mes deniers ne soient plus retardez, car - Vostre Majesté sçayt que je suis par trop pauvre pour pouvoir - advancer. - - - - -CCCCXXXIIIe DÉPESCHE - ---du Xe jour de febvrier 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Favorable disposition d'Élisabeth à l'égard de la - France.--Conférence de l'ambassadeur avec Leicester.--Nécessité - de faire en France quelque démonstration d'amitié.--Vive - intercession pour qu'il soit satisfait à la plainte de Mr - Warcop.--Bruits répandus par les protestans pour exciter - Élisabeth à la guerre.--Nouvelles d'Écosse.--Mesures prises - pour déchiffrer les lettres saisies, adressées à Marie Stuart. - - - AU ROY. - -Sire, les propos d'entre la Royne d'Angleterre et moy, desquelz j'ay -donné compte à Vostre Majesté par ma dépesche du IIIIe du présent, ont -esté de quelque moment à quiéter ung peu l'esprit de la dicte Dame -contre la violence des malcontantz et passionnez qui s'efforçoient de -l'agiter infinyement et de l'irriter contre vous: car, depuis ce -temps, elle a tousjours montré qu'elle avoit reprins nouvelle -confiance de vostre amityé, et qu'elle vouloit qu'il demeurât en elle -d'incliner ou de n'incliner pas à leurs instances, jusques à ce -qu'elle vît plus avant comme vous procèderiez vers elle. De quoy ceulx -de son conseil ont esté fort esbahys, et aulcuns d'eux bien -malcontantz; mais le comte de Lestre, qui monstre d'en avoyr plaisir, -m'a dict que ce ne m'estoit chose fort difficile en l'endroit de la -dicte Dame, laquelle avoit bonne opinyon de moy et croyoit que je ne -négocyois nullement faulx avec elle, de luy persuader ce qu'elle -desiroit le plus en ce monde: qui estoit de se réputer aymée et bien -volue de Voz Majestez Très Chrestiennes; et que, par les mesmes -raysons qu'elle avoit apprinses en cella de moy, elle s'estoit -efforcée de vaincre celles que son propre conseil luy avoit admenées -au contrayre, et de surmonter les argumentz desquels les princes -d'Allemaigne s'estoient efforcez de luy dessiller les yeulx sur les -dangereuses dellibérations qu'ilz disoient estre de longtemps faictes, -et se fère encores de présent, contre elle, en France, pour les -exécuter, aussytost que Vostre Majesté aura ung peu desmellé ses -affères; et qu'ilz luy reprochoyent que non seulement elle procédoit -avec peu d'advis, mais avec quelque forme d'injustice contre le bien -de sa couronne, de ne se prévaloyr du temps et de l'occasion, et des -advantages, que Dieu luy offroit, qui estoient si évidentz que, quand -Vous, Sire, seriez beaucoup plus fort, et elle moins puissante, que -l'ung et l'autre n'estes, qu'encor vous pourroit elle maintenant assez -nuyre; et que, voyant le dict comte que, nonobstant cella, elle se -rendoit de plus en plus confidente et toute assurée de vostre amityé, -qu'il vous supplioyt que volussiés adjouxter aulx bonnes parolles et -promesses, que luy faisiez donner, quelques bons effectz, qui fussent -semblables, affin que, par iceulx, luy et ceulx qui luy adhéroyent, en -la dévotion et servitude qu'il vous porte, peussent confirmer la dicte -Dame en sa bonne opinyon, et rabatre à aulcuns d'auprès d'elle celle -qu'ilz avoient au contrayre; - -Et que, pour le présent, il me vouloit ramantevoyr ce qu'elle mesmes -m'avoit dict du faict de Me Warcop, gentilhomme singullièrement aymé -et bien voulu d'elle, que, suyvant la promesse qu'en aviez faicte à -milord de North, et l'ordonnance que le dict Warcop a devers luy, -signée de vostre main, dez qu'estiez devant la Rochelle, il vous -plaise luy fère avoyr rayson de ce navyre de bled qui luy fut lors -prins pour avitayller vostre camp; chose, Sire, qui, à la vérité, m'a -esté aultant expressément recommandée de la dicte Dame que nulle -aultre, depuis que je suis en ceste charge; et que je debvois -considérer que ceulx qui luy remettoyent en avant l'intelligence du -Roy d'Espaigne, pour la réfroidir de la vostre, avoient de quoy luy -représanter, toutz les jours, quelque nouvelle gratiffication du grand -commandeur de Castille vers elle et ses subjectz; et qu'il vous -supplioyt aussy, Sire, la fère esclarcyr d'ung advis qu'on luy avoit -donné qu'il y avoit mandement de Vostre Majesté, en Bretaigne, de fère -tenir des navyres prestz pour trajetter bientost des forces en -Escosse; et, au reste, que ne prolongissiez plus de l'envoyer visiter, -car l'on en arguoyt desjà une fort froide et mal fondée amityé de -vostre part. - -Sur lesquelles choses j'ay mis peyne de rendre le dict comte bien -édiffyé, et de le remplyr de toute bonne espérance de Vostre Majesté, -s'estant nostre propos terminé par une fort expécialle recommandation, -que je luy ay faicte, des affères de la Royne d'Escosse; en quoy je ne -l'ay trouvé mal disposé. Et si, ay cognu qu'il n'y a pour le présent, -en cest courte, rien de mal ordonné contre elle. - -Or, ayant ainsy ramené la Royne d'Angleterre à meilleure disposition -vers Vostre Majesté, et pareillement le dict comte, qui le lendemain -est allé, pour dix jours, en sa maison de Quilingourt; et ayant, -possible, par là, avec la nouvelle de la reddition de Lusignan, -accroché les meilleures et les plus procheynes espérances de ceulx qui -sont icy poursuyvantz, ilz se sont advisé de publier aussitost, affin -de ralumer le cueur à la dicte Dame et à ceulx de son conseil, qu'on -avoit descouvert que les propos de paix, du costé de Vostre Majesté, -estoient simulez et pleins de fraude, et que Mr le Prince de Condé -armoit à furie pour entrer bientost en France avec douze mille -chevaulx, et qu'après troys assautz soubstenus par ceulx de Livron, -Vostre Majesté en avoit faict lever le siège pour admener toutes ses -forces par deçà, et que deux cornettes de voz reytres s'estoient -tournées du costé des eslevez: auxquelles choses, lesquelles j'estime -pour la pluspart controuvées, je mettray peyne, par la première -dépesche qui me viendra de Vostre Majesté, d'y oposer la vérité que -m'en manderez. - -Il est naguyères arryvé ung courrier d'Escosse, par lequel le comte de -Morthon a envoyé certayne déposition, qu'il a tiré d'ung des gens de -Mr de Glasgo et d'ung autre de Mr de Roz, avec les chiffres qu'il leur -a surprins; et l'on a mis, icy, ung jeune homme, qui est réputé -serviteur secret de la Royne d'Escosse, dans la Tour de Londres, pour -le contraindre de les déchiffrer. Je ne sçay encores ce qui en -résultera. Sur ce, etc. - - Ce Xe jour de febvrier 1575. - - - - -CCCCXXXIVe DÉPESCHE - ---du XVIIe jour de febvrier 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._) - - Annonce d'audience.--Instances des protestans d'Allemagne auprès - d'Élisabeth.--Continuation des armemens.--Explications - transmises à l'ambassadcur sur les propos rapportés par lord de - North. - - - AU ROY. - -Sire, demain, Dieu aydant, je verray la Royne d'Angleterre, à -Richemont, pour luy fère bien entendre les particullaritez de -l'honneste responce que Vostre Majesté, par la dépesche du XXIIIIe du -passé, m'a commandé de luy fère, touchant les fascheux rapportz de -milord de North, qui pense bien qu'elle jugera que les choses -n'eussent peu passer plus dignement de vostre costé, ny avec plus -d'honneur pour elle, ainsy que la sage déduction et bien ordonnée de -vostre lettre luy en manifestera la vraye vérité; et le tout y est si -bien et si proprement comprins, que je n'auray à y rien adjouxter du -mien, sinon que, possible, je y mette quelque mot, non pour plus -grande satisfaction de la dicte Dame, mais pour en tirer encores -quelqu'une d'elle pour Voz Très Chrestiennes Majestez. Et après que -j'auray bien recueilly ce qu'elle m'aura dict là dessus et sur le -propos que je luy tiendray davantage de voz présentz affères, je vous -en feray, par mes premières, ung plus ample récit; ayant à vous dire -cependant, Sire, que, du costé d'Allemaigne, et de la part des eslevez -de vostre royaulme, se poursuyt, icy, avec plus vifve instance que -jamays, une prompte provision pour continuer et maintenir la guerre. -Et je sentz bien qu'on leur faict, peu à peu, filer les responces, -sans leur accorder ny leur refuser aussy ce qu'ilz demandent, mais -l'on les entretient en bonne espérance, et mesmes l'on leur propose -comme présant, et qui se trouvera bien prest au besoing, la pluspart -de ce qu'ilz pourchassent, attandant de voyr comme procèdera le propos -de paix, après que les depputez auront esté, de rechef, devers Vostre -Majesté, et ce qui résultera de la venue du gentilhomme qu'envoyerés -pour visiter la dicte Dame. Cepandant ce que je vous ay cy devant -mandé, de l'armement de deçà, se poursuyt tousjours avec la -description des hommes; et a l'on faict venir aulcuns cappitaynes, qui -estoient en Irlande, pour dresser, icy, des compagnyes affin d'aller -en ceste expédition, n'y ayant, à présent, au dict pays d'Irlande, -depuis la réduction du comte d'Esmont, guyères de contradiction à -l'obéyssance de ceste princesse; et mesmes que ung Artus Maurice, -qu'on avoit suspect, a esté naguyères resserré, et luy faict on son -procès. - -Mr de Méru est encores icy, qui va quelquefoys en ceste court, et les -ministres traictent ordinayrement avecques luy et il se tient prest -pour retourner bientost en Allemaigne; mesmes il fût party plus d'ung -moys a, sans quelque advertissement qui luy vint de France, sur le -poinct de son partement, et aussy qu'il semble qu'il attande la -responce que ceste princesse va ainsy temporisant pour l'aller -apporter luy mesmes à Mr le Prince de Condé. - -J'entendz que, depuis cinq ou six jours, l'admiral d'Angleterre a -envoyé des officiers de la marine visiter les grands navyres de la -dicte Dame, comme pour commancer de les apprester pour ce printemps. -J'auray l'oeil à ce qui s'y fera. Et persévérantz ceulx, qui portent, -icy, le party de Bourgoigne, au renouvellement de l'amityé de ceste -princesse avec le Roy d'Espaigne, ilz sont fort après à pourchasser -que nouveaulx ambassadeurs soient envoyez pour résider près de l'ung -et de l'aultre prince. Sur ce, etc. - - Ce XVIIe jour de febvrier 1575. - - - A LA ROYNE. - -Madame, je mettray peyne d'exprimer bien à la Royne d'Angleterre, et -de ne luy obmettre ung tout seul poinct de ce que le Roy, vostre filz, -et Vostre Majesté, par voz lettres du XXIIIIe du passé, me commandés -de luy dire touchant les maulvais rapportz que milord de North luy a -faitz à son retour de France; et j'espère que la vérité du faict luy -fera avoyr regret de s'estre trop tost esmeue du mensonge, et qu'elle -se prendra à son ambassadeur de l'erreur qu'il a commis en matyère de -si grande conséquence et entre si grandes princesses, comme sont Voz -Majestez. Et encores, Madame, que n'ayez jugé d'estre aulcunement -expédient d'escripre à la dicte Dame de vostre main, affin de n'user -d'interprétation ny d'excuse, là où il n'en est besoing, si ne laysse -la satisfaction que luy donnez par les lettres qu'il vous a pleu -m'addresser, d'estre si ample, qu'elle aura occasion d'en avoyr tout -contantement; et je feray tout ce qu'il me sera possible qu'elle -viegne aussy, de son costé, à vous satisfère de ce qu'elle n'a mieulx -examiné le faict, plus tost que de s'en courroucer. Et sur ce, etc. - - Ce XVIIe jour de febvrier 1575. - - - - -CCCCXXXVe DÉPESCHE - ---du XXIe jour de febvrier 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Audience.--Satisfaction d'Élisabeth sur les explications qui lui - ont été données au sujet des propos rapportés par lord de - North.--Menées des protestans sur lesquelles l'ambassadeur - attend de nouveaux renseignemens.--Affaires - d'Écosse.--Nécessité d'envoyer promptement un agent français - dans ce pays.--Nouvelle du sacre et du mariage du roi. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay apporté de la satisfaction beaucoup de vostre lettre, du -XXIIIIe du passé, à la Royne d'Angleterre, et en ay aussy rapporté -beaucoup d'elle pour Voz Très Chrestiennes Majestez, ainsy que ce qui -s'est passé entre elle et moy vous le pourra tesmoigner par mes -premières, ès quelles je vous en feray l'entier récit avec d'autres -choses que j'ay ung peu esclarcyes, que je suis après à les -recueillyr, sellon qu'il est expédiant qu'elles viennent à la notice -de Vostre Majesté, affin que puissiez mieulx juger comme elles -pourront, ou peu ou beaucoup, importer à vostre service. Et je feray -cependant, comme j'ay faict tousjours, tout ce qu'il me sera possible -pour traverser les affères de ceulx qui pourchassent, icy, les moyens -de traverser les vostres. Et j'estime de les leur avoyr desjà beaucoup -retardez; mais ilz y sentent je ne sçay quelle espérance (et je crains -bien, si la paix ne succède, qu'elle ne leur sera vayne), qui les y -faict instamment persévérer; dont les quatre ministres, qui sont -préposez en ceste ville, pour le conseil d'estat de ceulx de la -nouvelle religyon de France et de Flandres, ayant esté, par diverses -foys, en ceste court, et conféré avec Mr de Walsingam et avec Me -Randolphe et Me Quillegreu, et aultres de leur faction, sont, il y a -six jours, depuis le matin jusques au soyr, tousjours après à dresser -quatre grosses dépesches, qui sont, l'une pour France, l'autre pour -Ollande, la troysiesme pour Allemaigne et la quatriesme, de quoy je -suis fort esbahy, pour Escosse; et font tenir prestz des hommes -d'affères et propres à négotier, pour les aller porter; lesquelz -n'attandent plus, à ce que j'entendz, de partir, sinon que Mr de Méru, -avec lequel les dictz ministres communicquent ordinayrement, ayt esté -encores une foys devers ceste princesse, et soit de retour avec une -plus entière responce qu'ilz n'ont eu encores d'elle; mais l'audience -luy a esté desjà remise deux foys, et je ne sçay qu'est ce qu'il -impètrera à la troysiesme. - -Le filz ayné de milord de Sethon est venu trouver le comte de Lestre à -Quilingourt avec des lettres de recommandation de son père, et -d'aultres lettres bien fort favorables du comte de Morthon, et monstre -qu'il veut suyvre quelque temps ceste court d'Angleterre; ce que je ne -puis avoyr sinon beaucoup suspect, considéré mesmement que son père a -tousjours esté tenu pour catholicque et très parcial serviteur de la -Royne d'Escosse, sa Mestresse; dont faut dire qu'il y a quelque -secrette praticque, qui se mène là dessoubs, depuis la mort du duc de -Chastellerault, lequel est naguyères décédé, et que milord Glaude son -filz se trouve à présent gendre du dict milord de Sethon. Ung messager -qui avoit apporté de mes lettres aulx seigneurs de dellà est revenu -sans me rapporter nulle responce par escript, mais il m'a dict, de -bouche, ce que je réserve de vous mander bientost par ung des miens -qui, de bouche aussy, le vous dira; car ilz me prient de ne le vous -poinct escrire. Tant y a qu'il me tarde beaucoup de sçavoyr que le -personnage qu'avez ordonné pour aller résider au dict pays y soit -arryvé, car il pourra obvier à plusieurs inconvénientz que la longue -absence de voz ambassadeurs y pourroit avoyr causez; estant, au reste, -Sire, merveilleusement en peyne du bruict qu'on faict courir, icy, de -vostre indisposition, laquelle ilz disent que vous a arresté en chemin -et vous a retardé de venir à vostre sacre. Je fay bien dévote prière à -Dieu qu'il en soit aultrement. Et sur ce, etc. - - Ce XXIe jour de febvrier 1575. - - Comme je fermoys la présente, l'on m'a adverty qu'ung courrier - de Mr le docteur Dayl vient de passer vers Richemont, qui - porte la nouvelle du sacre et couronnement, et du mariage de - Vostre Majesté, de quoy je loue Dieu. Il y mesle je ne sçay - quel rencontre en Languedoc, où Mr d'Uzez a heu du pire. - J'espère qu'il ne sera ainsy. - - - A LA ROYNE. - -Madame, les choses n'eussent peu passer avec plus de satisfaction de -la Royne d'Angleterre, ny dont vous en eussiez peu tirer plus -largement d'elle, sur la faute que milord de North avoit commise entre -Voz deux Majestez, ainsy qu'elles ont esté conduictes par l'ordre que -m'avez commandé d'y tenir. Qui espère, Madame, que Vostre Majesté aura -plésir d'en entendre le discours, lequel, parce qu'il contient des -diversitez qui sont assez considérables, et qui conviennent avec -d'autres choses que je suis après à tirer d'aylleurs, je réserve de -vous mander le tout ensemble par mes premières, avec ung des miens qui -vous en récitera ce qui seroit ou malaysé ou trop long de le vous -mander par escript. Et cepandant je vivray en peyne du bruict qu'on -faict courir icy de l'indisposition du Roy jusques à ce qu'il plerra à -Dieu m'en fère ouyr de meilleures nouvelles, et aussy de quelque -différant qu'on publye estre advenu entre le Roy de Navarre et Mr de -Guyse, jusques avoyr mis la main a l'espée l'ung contre l'aultre; mais -j'espère que ces nouvelles seront semblables à plusieurs aultres, -yssues de mesme bouticque, qui se sont trouvées faulces, ainsy que -j'en prie Dieu de bon cueur. Et sur ce, etc. - - Ce XXIe jour de febvrier 1575. - - Ceste lettre estoit escripte et signée quand le courrier est - passé qui porte l'heureuse nouvelle du sacre et couronnement - et mariage du Roy, vostre filz, dont je loue Dieu de bon - cueur. - - - - -CCCCXXXVIe DÉPESCHE - ---du dernier jour de febvrier 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._) - - Détails de la précédente audience.--Déclaration du roi de la - fausseté des propos rapportés par lord de North.--Satisfaction - d'Élisabeth de cette déclaration.--Protestation de sa part - qu'elle n'a voulu faire aucune offense à la reine.--Plainte - d'Élisabeth du silence gardé par la reine-mère à ce - sujet.--Communication de la lettre écrite par Catherine de - Médicis à l'ambassadeur.--Explications données par - Élisabeth.--Assurances qu'elle veut maintenir l'amitié avec la - reine-mère et le roi. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay esté bénignement et fort bien ouy de la Royne d'Angleterre -sur ce que je luy ay dict que jamays chose n'estoit tant venue hors -l'opinyon, ny contre l'opinyon de Vostre Majesté et de la Royne, -vostre mère, que d'avoyr entendu que milord de North luy eût peu fère -ung tout seul maulvais rapport de vous deux; car pensiez luy avoyr -donné argument de luy en fère plusieurs bons de la droicte et -cordialle amityé que luy portiez, et de ce que, plus que nuls aultres -ses alliés, vous l'aviez, autant et possible plus en honneur et -respect que nul aultre prince ny princesse de vostre alliance; et que -cella vous avoit beaucoup troublez de voyr que voz bonnes euvres, -voyre les meilleures et les plus pures et les plus courtoyses, dont -vous estiez peu advizer vers son ambassadeur, pour honnorer la dicte -Dame et honnorer la ligue et confédération qu'aviez avec elle, et la -magniffyer devant tout le monde, avec, possible, la jalousye des -aultres princes chrestiens, fussent non seulement tenues en peu de -compte, mais eussent esté calompnyées et convertyes en une matière -d'offance et de courroux; à quoy ne se pouvoit fère que n'eussiez -beaucoup de regret, et que ne vous pleignissiez à elle d'elle mesmes, -d'avoyr voulu recepvoyr une si male impression de vous, voyre de -l'avoyr escoutée, ou mesme d'avoyr souffert qu'elle luy eût esté -rapportée; car, encor que toutz deux vouliez librement confesser que -vous mériteriez mille et mille indignitez contre vous, si vous aviez -faicte ceste cy, dont est question, contre elle, ny contre la mémoyre -du feu Roy, son père, si debvoit elle avoyr ainsy jugé de Voz -Majestez, comme de princes qui n'estiez ny si mal honnorables, ny si -mal nays, ny si imprudentz, que d'avoyr jamays commis une telle erreur -que celle là, qui eût esté par trop grande; et que ne sçaviez comme -penser de l'amityé qu'elle vous avoit promise, car vous trouveriez -très mal appuyez si elle s'esmouvoit ainsy de si légers rapportz, et -qu'il faudroit bien qu'allissiez chercher ailleurs d'autres amityez -qui fussent mieulx fondées et mieulx qualiffyées que la sienne; bien -avois je mis peyne, en vous tesmoignant son courroux, de vous mander, -par mesmes moyen, comme elle s'estoit modérée, et comme, enfin, elle -mesmes avoit parlé pour vous et pour la Royne, vostre mère, et avoit -faict là dessus une très honneste déclaration, qui m'avoit rendu le -plus satisfaict gentilhomme du monde, de quoy pareillement Voz -Majestez avoient receu de la satisfaction, et pourtant m'aviez -commandé de luy en donner à elle une très entière de laquelle -j'espéroys qu'elle se contanteroit; et faudroit aussy qu'après qu'elle -auroit cognu que trop tost elle s'estoit esmeue contre Voz Majestez, -qu'elle s'efforçât de vous donner de sa part quelque contantement. - -La dicte Dame, avec un peu de colleur qui luy est montée au visage, -m'a soubdain respondu que ce que je venois de luy dire luy faisoit -craindre que, possible, j'auroys adjouxté une nouvelle faulte à celle -de milord de North, de vous avoyr représanté trop plus aigres les -choses qu'elles n'estoient. - -Je luy ay réplicqué que, si j'avoys erré, ce n'avoit esté que pour -n'errer pas en une matière de si grande importance comme ceste cy, de -ne laysser ulcérer son cueur de chose qui procédât de Voz Très -Chrestiennes Majestez, ni pareillement les vostres de chose qui -procédât d'elle, et qu'elle verroit, par le contenu de ce qu'il vous -avoit pleu m'en escripre, que je n'avoys, de mon costé, rien gasté. Et -luy ayant là dessus faict lecture de vostre lettre, elle a -curieusement noté les particullaritez, qui y estoient, de l'honneste -faveur et des advantages qu'aviez faict au dict de North, plus qu'à -l'ambassadeur du Roy Catholicque, ny à celluy de l'Empereur. Et après -avoyr bien comprins le tout, elle m'a dict qu'elle seroit par trop -marrye, s'il vous restoit aulcune male satisfaction de chose qu'elle -eût dicte; et qu'elle vous suplyoit de considérer qu'elle n'avoit peu -fère de moins, sur le rapport que son ambassadeur luy avoit faict, -duquel ceulx de son conseil et de sa court estoient participans, que -de m'avoyr privéement déclaré ce qu'elle en avoit sur le cueur, non -qu'elle se fût dès lors formée nulle mauvayse impression de Voz -Majestez, mais pour l'oster à ceulx qui la pouvoient avoyr, et aussy -pour ne monstrer qu'elle ne prînt à cueur ce qui touchoit l'honneur et -mémoyre du feu Roy, son père; et qu'à ceste heure elle sentoit en son -cueur une singullière consolation de voyr, par l'évident tesmoignage -de vostre lettre, que vostre intention et celle de la Royne, vostre -mère, et voz actions vers elle estoient ainsy nettes et pleynes d'une -vraye et droicte amityé comme elle le pouvoit desirer, et comme elle -vous prioit bien de croyre que vous trouveriez les siennes vers vous -toutes semblables, sans qu'il y eût jamays de manquement; et vous -remercyoit, de tout son cueur, du soing qu'aviez eu de luy en mander -ceste tant pleyne et entière satisfaction, sur laquelle elle desiroit -que voulussiez demeurer ainsy bien persuadez d'elle, qu'il n'y avoit -que l'extrême desir qu'elle a tousjours eu de se voyr bien aymée de -toutz deux, et le regrect qu'elle avoit qu'elle ne le fût, qui -l'avoient ainsy troublée et esmeue de ce fascheux rapport; et que -néantmoins elle n'y avoit advancé ung mot ny entendu d'en dire ung -autre qui peût tourner à vostre offance, car elle en seroit -déplaysante jusques en l'âme, et qu'elle me promettoit bien qu'elle -parleroit à bon escient à milord de North; m'ayant la dicte Dame, en -toutes ses parolles et démonstrations, fort expressément monstré -qu'elle ne vouloit entrer en aulcune mauvayse intelligence avec Voz -Majestez Très Chrestiennes, si elle s'en pouvoit garder. - -Dont je ne l'ay volue ny presser ny convaincre davantage de ce qui -estoit advenu, et sommes passez à ce que Vostre Majesté trouvera -déduict en la lettre que j'escriptz à la Royne. Et puis, je l'ay ainsy -remercyé de l'offre qu'elle vous avoit faicte de s'employer à la -paciffication de vostre royaulme, comme me le commandiez par le -postscripta de vostre dernière lettre. Sur quoy elle m'a respondu ce -que je vous supplye très humblement de vouloyr ouyr du Sr de Vassal, -et vouloir bénignement entendre à la très humble requeste qu'il -continuera de vous fère pour moy, à ce qu'il vous playse, et pour -l'importance de vostre service, et pour mon indisposition et -nécessité, accélérer le congé qu'il vous a desjà pleu m'octroyer. Et -sur ce, etc. - - Ce XXVIIIe jour de febvrier 1575. - - - A LA ROYNE. - -Madame, après avoyr faict lecture à la Royne d'Angleterre de la lettre -du Roy, vostre filz, du XXIIIIe du passé, et après m'avoyr, elle, dict -avec sa grande satisfaction qu'elle se sentoit fort atenue à luy de ce -bon office qu'il faisoit entre Vostre Majesté, qui estiez sa mère; et -elle qui estoit sa seur, et qui vous respondoit à fille, elle m'a prié -de luy vouloir librement dire qu'est ce que Vostre Majesté -particullièrement m'en mandoit. - -Je luy ay respondu que, de tant que j'avoys addressé le récit du tout -au Roy, vostre filz, que vous luy aviez layssé fère toute la responce, -et que me commandiez d'en parler seullement sellon le contenu de sa -lettre. - -Elle m'a réplicqué que cella seroit ung argument, ou que vous seriez -malcontante, ou que ne vous souciez pas beaucoup qu'elle le fût, et -qu'elle se trouvoit bien empeschée que vous debvoir mander sur ce que -le Roy luy faysoit dire, si je ne luy disoys aussy quelque chose de -vostre part; et m'a, de rechef, fort conjuré que je ne luy voulusse -rien dissimuler de ce que m'en escripviez. - -J'ay tiré lors vostre lettre de ma pochète, et, après avoyr pryé la -dicte Dame, si, d'avanture, elle y trouvoit quelque marque de vostre -courroux, qu'elle voulût considérer que c'estoit l'offance que milord -de North vous avoit trop indiscrètement faicte, et celle que depuis, -elle mesmes, pour y avoyr trop tost creu, y avoit adjouxtée, qui vous -avoient touché le cueur de deux justes dolleurs, desquelles vous -demandiez avec rayson d'estre maintenant satisfaicte; dont failloit -qu'elle prînt de bonne part tout ce qu'elle y verroit. Et la luy ayant -ainsy tout franchement présentée, elle l'a incontinent et bien fort -curieusement toute leue jusques à la fin, ensemble l'addition qui -estoit au bas. Puis m'a dict qu'elle n'y trouvoit rien qui ne fût en -termes très honnorables, et desquels elle ne vouloit fallir de vous en -rendre le plus exprès grand mercys qu'elle pouvoit, et qu'elle voyoit -bien que la lettre du Roy et la vostre non seulement luy rendoient ung -très certain tesmoignage de la grande sincérité de toutz deux vers -elle, mais encores du grand soing que l'ung et l'aultre aviez qu'elle -demeurât bien esclarcye de tout ce qui y pourroit fère survenir du -doubte; et qu'elle ne se souvenoit pas bien si milord de North, en luy -faysant le compte du feu Roy Henry, son père, luy avoit aussy parlé du -feu grand Roy Françoys, mais que ce n'estoit pas aulmoins à elle, à -qui il avoit mal interprété le faict des deux neynes, car ne luy eût -layssé passer, ayant entendu qu'elles estoient fort jolyes et bien -fort proprement habillées, et qu'elle eût desiré de les pouvoir voyr, -et seroit chose qu'elle accepteroit, de bon cueur, s'il vous playsoit -luy en fère présant d'une; - -Et que, de l'article de Mr de Guyse elle avoit ouy dire jusques -aujourdhuy que la coustume de France en estoit aultre, mais, comment -que ce fût, si je n'avoys sur ce qu'elle m'avoit dict icy, ny son -ambassadeur sur ce qu'elle luy avoit escript par dellà, bien -représanté au Roy, et à Vostre Majesté, l'obligation qu'elle -recognoissoit vous avoyr à toutz deux, pour la faveur et bon -traictement qu'avez faict au dict de North, que de nouveau elle vous -en remercyoit le plus grandement et du meilleur cueur qu'il luy estoit -possible; et que, de toute la faulte qui pouvoit estre advenue, depuis -son retour, elle s'en prendroit, ainsy qu'elle debvoit, entyèrement à -luy; et que, pour vostre satisfaction, elle vous prioit, Madame, de -demeurer très fermement persuadée qu'elle n'avoit entendu ny entendoit -avoyr dict, sinon qu'elle ne pouvoit estimer que fussiez si mal -honnorable princesse que d'avoyr voulu mal honnorablement parler d'ung -si honnorable prince comme estoit le feu Roy, son père; et que -c'estoit le moins qu'elle avoit peu ny deu dire, pour l'honneur de son -dict père, à celle qu'elle honnoroit comme sa mère, et de laquelle -elle desiroit estre plus singullièrement aymée et bien volue que de -princesse de tout le monde. - -Et m'ayant fort prié de mesnager ainsy ce propos qu'il n'en peût -rester rien d'offance en vostre cueur, comme il n'en restoit ung seul -brin dans le sien, et après m'avoyr encores quelque temps entretenu -d'aulcunes aultres choses, dont le Sr de Vassal vous rendra compte, -elle m'a fort gracieusement licencyé. Et semble bien, Madame, que la -grande expression, dont elle m'a uzé sur la déclaration du propos -qu'elle avoit tenu de Vostre Majesté, monstre assés qu'elle ne se veut -aulcunement despartyr, si elle peut, de celle privée amityé et -honneste entretien dont avez de loing uzé l'une avec l'aultre. Et sur -ce, etc. - - Ce XXVIIIe jour de febvrier 1575. - - - - -CCCCXXXVIIe DÉPESCHE - ---du VIIe jour de mars 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Audience.--Excuse pour le retard apporté à la communication du - mariage du roi.--Méfiance inspirée à Élisabeth par l'alliance - du roi à la maison de Lorraine.--Desir qu'elle témoigne de - recourir à des alliances hostiles à la France.--Remontrances de - l'ambassadeur.--Assurance que le roi veut renouveler - solennellement le traité de la ligue.--Plaintes à l'occasion de - réjouissances faites à Londres par les réfugiés pour célébrer - une victoire remportée par le maréchal de Danville. - - - AU ROY. - -Sire, affin que la Royne d'Angleterre ne peût penser que ne luy -eussiez voulu communicquer le propos de vostre mariage, sinon après -l'évènement, je luy ay dict que ce n'estoit nullement par vostre -coulpe, ny de la Royne, vostre mère, mais par la négligence des -courriers, qu'elle recepvoit maintenant beaucoup plus tard ceste -nouvelle que Voz Très Chrestiennes Majestez ne l'eussent voulu, et -qu'il n'estoit raysonnable qu'on la luy deût tant différer. De quoy -elle ne vous en debvoit rien imputer, car n'aviez plus tost esté -vaincu des sages persuasions et remonstrances de la Royne, vostre -mère, à vous debvoir maryer, affin d'avoyr bientost lignée; et -aulmoins n'aviez vous prins plus tost la résolution de le fère -qu'incontinent, et devant le mander à nul aultre prince de la -Chrestienté, Vostre Majesté m'avoit escript, estant encores en chemin, -sur le retour d'Avignon, et deux journées devant qu'arriver à Reims, -que je ne faillisse de le notiffier à la dicte Dame; et que, pour la -grande et très bonne opinyon que vous aviez de la fille aynée de Mr de -Vaudémont, de la mayson de Lorrayne, princesse en toutes sortes bien -née et de très illustre extraction, appartenant aulx plus grands -princes de la Chrestienté, vous aviez bien voulu tant defférer à -vostre propre jugement et à celluy de la Royne, vostre mère, qui -l'aviez, l'ung et l'aultre, assez souvant veue et aviez soigneusement, -et à loysir, considéré la personne et les belles et excellantes -qualitez que Dieu avoit mis en elle, que de la préférer à toute aultre -grandeur de party. De quoy vous espériez que la dicte Royne -d'Angleterre, pour le debvoir de sa bonne et sincère amityé vers vous, -prendroit en elle mesmes ung double plésir de ce bien heureux mariage: -premièrement, pour le contantement que vous vous en promettiez; et -puis, pour les successeurs qu'elle vous verroit bientost naystre, qui, -de père en filz, et d'ayeul en petit filz, continueroient de luy -estre, à elle, bons alliez et parantz, et tousjours très bons -confédérés de sa couronne. - -A quoy la dicte Dame m'a soubdain respondu qu'il y avoit desjà -plusieurs jours qu'elle avoit eu, et, possible, plus tost que moy, -quelque sentiment de ce propos, sur lequel l'on luy avoit donné de -bien diverses interprétations, dont les aulcunes estoient bien fort -subtilles, de l'occasion qui avoit meu la Royne, vostre mère, de se -pourchasser une telle belle fille; et les aultres estoient des -dellibérations que, en faveur de la Royne Très Chrestienne à présent -vostre femme, vous entreprendriez d'exécuter ez isles de deçà, pour la -restitution de la Royne d'Escosse, sa parante; et que néantmoins, tout -ainsy qu'elle ne debvoit nullement, aussy ne vouloit elle parler sinon -bien fort honnorablement de l'élection qu'il vous avoit pleu fère en -cella, et la louer et approuver de tout son pouvoir, et vous -remercyer infinyement, comme elle faisoit, de la communicquation que -luy en aviez faicte; et que, pour le regard des deux poinctz que je -luy avoys touché, de vostre contantement et de la postérité -qu'espériez bientost de ce mariage, que nul, soubz le ciel, en sentoit -plus de playsir qu'elle, ny nul vous y souhaytoit plus de faveur et de -bénédiction de Dieu, ny nul d'entre toutz voz alliez s'en conjouyroit -jamays plus cordiallement, qu'elle faysoit, avec Vostre Majesté; bien -me vouloit dire tout franchement, et sans dissimulation aulcune, -qu'encor que toutes les plus excellantes et plus desirables -perfections, qui se puissent souhayter en une grande Royne, soyent -entièrement, et, possible, plus habondamment en la Royne Très -Chrestienne qu'en nulle aultre princesse qui vive aujourdhuy au monde, -sellon que vous ne l'eussiez aultrement choysie, si desireroit elle, -de bon cueur, que vostre élection eust esté d'une aultre mayson, à -elle moins ennemye que celle de Lorrayne, et non tant prochayne -parante comme elle est de Messieurs de Guyse, lesquels avoient -tousjours faict expresse profession de vous pousser, et les feux Roys, -voz prédécesseurs, à la guerre contre elle et contre son royaulme; et -que aulcuns personnages de bon sens luy avoyent, par de bien sages et -bien vraysemblables considérations, évidemment monstré que ce mariage -luy debvoit estre à elle très suspect, comme estant ung article du -testament de feu Mr le cardinal de Lorrayne, où il ne l'avoit -nullement nommée pour l'ung de ses exécuteurs; et qu'ilz la -conseilloient que, tout ainsy que vous aviez faict ceste alliance, -sans aulcun esgard à elle ny à son estat, qu'ainsy en pouvoit et -debvoit elle fère maintenant, sans aulcun respect ny à vous ny au -vostre. - -A quoy je luy ay réplicqué que je l'estimois princesse de trop bon -jugement pour croyre que nulle autre considération au monde vous eût -meu, en cest endroict, que la seule persuasion de la Royne, vostre -mère, et le beau et très desirable object de la Royne, vostre femme; -et que, de tant plus debvoit elle trouver bon ce party que, en le -prenant, vous vous estiez si bien senty et appuyé de l'amityé qu'elle -vous avoit promise, que vous n'aviez tant regardé à une alliance forte -et puissante comme à la fère très honneste et très honnorable; et que, -auparavant aussy bien qu'à ceste heure, les troys maysons, de -Lorrayne, de Vaudémont et de Guyse, estoient entièrement à vostre -dévotion, dont n'estoit depuis advenu chose aulcune de nouveau, d'où -elle se deût donner aulcun souspeçon; et qu'il avoit pleu à Dieu -joindre, de longtemps, de si bonnes et naturelles forces à vostre -couronne que vous n'aviez poinct besoing d'en aller mendier d'autres -par vostre mariage; et ne pensois fère tort à nulle aultre grandeur de -dire cella de la vostre, que tousjours les Roys de France avoient plus -esté appuy et reffuge aulx aultres princes de la Chrestienté qu'ilz ne -s'estoient appuyez ny fortiffiez d'eux; et quand à fère, elle, de son -costé, sans aulcun respect de Vostre Majesté, quelque aultre alliance -pour elle, que, si c'estoit par mariage, vous le luy desireriez -tousjours très honnorable et plein de très heureux contantement, mais -si c'estoit par ligue ou confédération, que j'espéroys que bientost -vous envoyeriez renouveller et confirmer si estroictement celle que -vous aviez avec elle, que je m'assurois qu'elle ne voudroit, comme -elle ne sçauroit aussy, jamays en desirer de meilleure; et que j'ozois -jurer que ceulx, qui avoient ainsy interprêté vostre mariage pour -dangereux à elle et à ses affères, n'estoient non plus vrays et purs -angloix qu'ilz se monstroient très maulvays françoys. - -Elle m'a respondu que voyrement estoient ce des partisans espaignols, -qui avoient parlé à elle là dessus, lesquelz ne jugeoient ce qui -estoit advenu de vostre mariage estre moins suspect au Roy d'Espaigne -qu'ilz le remonstroient très suspect à elle; en quoy, possible, ilz -passoyent vers toutz deux trop plus avant qu'ilz ne debvoient; et -qu'elle, pour son regard, se reposeroit, pour ceste heure, sur ce que -je luy venois de dire de vostre part, attandant que Vostre Majesté -accomplyst par euvre ce que je luy avoys déduict de parolle. - -Et m'estant là dessus plainct à elle des démonstrations et -conjouyssances publicques que les ministres de l'églyse françoyse de -Londres avoyent ozé fère d'une victoyre qu'ilz ont publyé que Mr -Dampville avoit gaignée en Languedoc, où il avoit deffaict toutes les -forces de pied et cheval que Vostre Majesté avoit au dict pays, et tué -le général et emmeyné l'artillerye, elle m'a dict que c'estoit chose -dont ilz ne luy avoient pas demandé congé de la fère, et qu'elle ne la -trouvoit nullement bonne; et que, puisque je m'en pleignoys, elle leur -en feroit fère une si bonne réprimande que, s'ilz ne se monstroient, -dorsenavant, plus modérez, elle les chasseroit de son royaulme. - -Et ayant ainsy layssé la dicte Dame bien contante, je me suys pour -ceste foys retiré. Et sur ce, etc. - - Ce VIIe jour de mars 1575. - - - - -CCCCXXXVIIIe DÉPESCHE - ---du XIe jour de mars 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._) - - Désignation de Mr de La Châtre pour passer en Angleterre, afin de - renouveler le traité d'alliance.--Refus du commandeur de - Castille d'accepter le secours proposé par Élisabeth au roi - d'Espagne contre les Turcs; demande que ce secours soit employé - pour la guerre de Hollande.--Dispositions d'Élisabeth à l'égard - de Marie Stuart. - - - AU ROY. - -Sire, j'espère que la venue de Mr de La Chastre confirmera grandement -ceste princesse vers Vostre Majesté, et la gardera d'obtempérer en -beaucoup de choses aulx tant instantes persuasions et vifves -poursuytes que luy renouvellent, à toute heure, ceulx qui s'efforcent -de la bander contre voz affères. Je luy ay desjà bien fort loué ceste -vostre élection comme très digne, et en toutes sortes très bien -faicte, sans rien obmettre des honnestes et bien fort bonne qualitez -de luy, qui espère qu'elle le recepvra avec toute faveur; et je -mettray encores peyne que, d'elle et des siens, sa légation soit la -plus honnorée, et qu'il en reviegne le plus d'utillité pour vostre -service qu'il me sera possible. Cella est bien à propos qu'il sera icy -plus tost que le conseiller de Flandres ny Me Wilson y arryvent, -lesquelz, à ce que j'entendz, apportent beaucoup d'ouvertures pour -remettre les anciennes entrecours et toutes aultres choses d'entre ces -deux pays en plus estroicte intelligence que jamays. - -Je ne sçay toutefoys à quel prétexte ceulx cy pourront, à ceste heure, -poursuyvre davantage leur armement et appareil de mer, veu que le -commandeur de Castille a renvoyé le cappitayne, qui luy en estoit allé -apporter l'offre, avec une responce laquelle ne satisfaict ceste -princesse et encores moins ceulx de son conseil: car, en la remercyant -de sa bonne volonté et de la bonne et prompte disposition de ses -subjectz vers le Roy, son Mestre, et la priant et eulx d'y vouloir -persévérer, il s'excuse que, de tant que l'offre est faicte pour la -mer du Levant contre le Turc, où il n'a nulle charge, qu'il ne la peut -accepter, mais qu'il la fera entendre au dict Roy, son Mestre, le plus -tot qu'il luy sera possible, en quoy y pourra avoyr de la longueur, à -cause que les chemins sont, à présent, interrompus en France; mais -que, si c'estoit pour servir en la guerre des Pays Bas contre le -prince d'Orange, qu'il l'accepteroit incontinent, et appoincteroit -très bien les cappitaynes et soldatz et marinyers et vaysseaulx -angloix, qui viendroient à ceste entreprinse, laquelle seroit trop -plus agréable au Roy, son Mestre, et non moins honnorable et utille à -la dicte Dame et aulx siens que si c'estoit contre le Turc. Sur -laquelle responce j'entendz qu'elle et ceulx de son dict conseil se -trouvent fort empeschez quelle dellibération y prendre; et néantmoins -leur appareil va tousjours en avant. - -Les deniers qui ont demeuré quelque temps ainsy dépositez, comme je -vous ay mandé, devers ung marchand de ceste ville ont esté, depuis -deux jours, apportez chez le grand trézoryer, montantz trente mille -escus, en angelotz; je ne sçay encores quel chemin ilz prendront. -J'entendz qu'on prépare une dépesche, icy, pour renvoyer Me Quillegreu -en Escosse, et qu'il y doibt apporter ung duplicata de celle que les -ministres ont esté plusieurs foys assemblez pour la dresser, de -laquelle ne se peult encores avoyr aulcune notice quelz chapitres elle -contient. - -J'ay eu ces jours passez à présenter à ceste princesse, de la part de -la Royne d'Escosse, sa cousine, nonobstant la jalouzie que, sur vostre -mariage, elle a nouvellement reprins d'elle, troys petites coyfures de -nuict, ouvrées de sa main, avec une lettre fort gracieuse et aulcuns -propos qu'elle m'a escript, à part, pour luy dire; qui n'a esté sans -qu'il y ayt eu de la difficulté et de la contradiction beaucoup, car, -après m'avoyr ouy et avoyr uzé de quelque excuse tout haut de ne les -pouvoir accepter, elle m'a dict que je seroys trop esbahy, si je -sçavoys ce qu'on avoit composé sur les aultres petitz présantz qu'elle -avoit desjà receus d'elle par mes mains, et sur ce qu'elle avoit -dellibéré de luy en envoyer ung de sa part, comme si desjà la Royne -d'Escosse avoit tiré promesse d'elle qu'elle entreprendroit de la -restituer par force, et qu'elles en baillassent ainsy de mutuels gages -l'une de l'aultre; de quoy, encor qu'il n'en soit rien, l'on n'avoit -layssé de luy en escripre des lettres bien expresses d'Escosse et -qu'elle estoit en peyne comme en debvoir uzer. - -Je luy ay réplicqué que ceulx qui luy escripvoient ainsy sellon leur -naturel barbare et meschant, ne sçavoient considérer qu'elle estoit -bonne et vertueuse et d'ung cueur si généreulx et royal qu'elle ne -pouvoit avoyr à mespris une aultre Royne et princesse, sa parante, en -quelle fortune qu'elle se trouvât, ny dédaigner les petitz ouvrages -qu'elle luy avoit faictz de sa main, vrays tesmoings de sa sincère -affection vers elle, qui n'en pouvoit estre offert de nulles -meilleures mains qu'ilz partoient ny receus de meilleures qu'ilz -alloient; et que les détracteurs de cella méritoyent tout le mal -qu'ilz creignoient leur en advenir et beaucoup davantage, sellon leurs -démérites. - -A quoy elle m'a dict que, véritablement, ilz parloient sellon eulx, -mais qu'elle ne lairroit de fère sellon elle, et qu'elle acceptoit -doncques son présent; mais me prioit de ramantevoyr à la Royne -d'Escosse qu'elle avoit quelques ans plus qu'elle, et que celles qui -advancoient en l'âge, volontiers prenoient à deux mains, et ne -donnoient que d'ung doigt. Et ainsy je l'ay layssée assés bien -disposée vers sa cousine. Et sur ce, etc. - - Ce XIe jour de mars 1575. - - - - -CCCCXXXIXe DÉPESCHE - ---du XIIIe jour de mars 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Champernon._) - - Navires envoyés d'Angleterre pour recevoir Mr de La - Châtre.--Méfiances inspirées à la reine contre sa - légation.--Rapprochement entre Élisabeth et le roi - d'Espagne.--Continuation des armemens.--Nouvelles d'Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay reçeu, le XIIe de ce moys, environ les quatre heures après -midy, la dépesche de Vostre Majesté du XXVIIe du passé et celle du IIe -d'estui cy, toutes deux, à la foys; et incontinent j'ay envoyé -demander en ceste court ung des navyres de guerre de la Royne -d'Angleterre pour aller prendre Mr de La Chastre à Bouloigne, affin de -le passer plus seurement, et qu'il ne prînt mal sur la mer en venant -par deçà. Dont l'on m'a libérallement accordé d'y envoyer deux -vaysseaulx passagers de Douvre, les mieulx équippez, sellon le temps -et la haste, que fère se pourra: de quoy je fay présentement un mot -de lettre au dict Sr de La Chastre affin qu'il temporise ung peu au -dict lieu de Bouloigne, attandant les deux vayssaulx, sans se -commettre à la discrétion de tant de pirates qui se tiennent -ordinayrement en ce destroict. Et sur ce, je vous diray, Sire, qu'il -n'a esté plus tost sceu, icy, que Vostre Majesté y dépeschoyt Mr de La -Chastre qu'incontinent ceulx qui se veulent formaliser contre voz -affères n'aient couru à la court, pour réfroydir ceste princesse et -ceulx de son conseil de la bonne réception qu'ilz préparoyent de luy -fère; et m'a l'on adverty qu'on y a faict de très maulvays offices -contre luy, et qu'on n'a bien parlé de luy. Je remédieray à cella, le -mieulx qu'il me sera possible, et, pour le moins, je m'efforceray -d'honnorer, autant que je pourray, et luy et la commission, qu'il -porte, de Vostre Majesté, et de fère qu'il vous rapporte le plus de -satisfaction qui se pourra tirer, de la dicte Dame et des siens, sur -les choses qu'il aura à leur dire et proposer de vostre part. - -Il est certain que le conseiller de Bruxelles vient en la compagnye de -Me Wilson, et dict on que c'est pour résider, à bon escient, -ambassadeur, icy, pour le Roy d'Espaigne; ce qu'estant recherché de -luy, avec la soubmission qu'il promet de fère prester par les bannys -angloix à la dicte Dame, elle se laysse tirer assés de son costé, et -s'esloigne d'autant du vostre; et mesmes qu'on luy faict, ainsy que -j'en suys bien adverty, avoyr non moins suspect vostre mariage que -s'il estoit directement contre tout ce qu'elle pouvoit espérer de paix -et d'amityé de Vostre Majesté. L'on ne poursuyt plus, soubz celle -colleur de donner secours au dict Roy d'Espaigne contre le Turc, cest -armement qu'on avoit commancé, icy, depuis que le grand commandeur a -mandé sa response, mais l'on le continue avec aultre tiltre, -d'entreprendre un voïage au Cathay, ce qui ne m'est moins suspect que -le précédant; dont j'y auray l'oeil le plus ouvert qu'il me sera -possible. - -Me Quillegreu est desjà tout prest pour aller en Escosse avec une -dépesche de ce conseil, et bonne somme de deniers qu'il emporte -avecques luy. Je ne puis encores descouvrir à quel effect ce peut -estre. Il y apporte aussy une de ces quatre dépesches, que je vous ay -desjà escript que les ministres ont avec grande curiosité et -dilligence dressées: et me tarde beaucoup que le gentilhomme, qu'avez -ordonné pour aller résider ambassadeur par dellà, y soit arryvé; car -aultrement je crains bien fort qu'il ne s'y face quelque préjudice à -l'ancienne alliance qu'avez avec la couronne d'Escosse. Et sur ce, -etc. - - Ce XIVe jour de mars 1575. - - - - -CCCCXLe DÉPESCHE - ---du XXe jour de mars 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Efforts de l'ambassadeur pour dissiper les méfiances de la reine - d'Angleterre.--Délibération des seigneurs du conseil sur les - affaires d'Irlande. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay pourveu le mieulx qu'il m'a esté possible à ce que le -réfroydissement, où l'on avoit voulu mettre ceste princesse et ceulx -de son conseil vers la venue de Mr de La Chastre, n'ayt poinct duré, -et m'a l'on desjà promis que le dict sieur sera bien et favorablement -receu. Je l'attandz à demain ou après demain, car il y a desjà six -jours que je luy ay redépesché son homme, avec l'ordonnance de prendre -deux vaysseaulx équippez en guerre à Douvre pour son passage; mais, de -tant plus qu'on le sent approcher, plus l'on s'efforce de presser, en -ceste court, les instances et sollicitations qui peuvent estre -contrayres à sa légation, et ne puis encores bien juger ce qui en -réuscyra. - -Il est vray que, sellon qu'une chose qui est maintenant en -dellibération dans ce conseil se déterminera, l'on pourra lors -cognoistre si ceste princesse voudra proprement entendre à -l'establissement de ses affères dans ses pays, ou bien si elle -continuera de s'embrouyller aulx guerres et troubles de ses voysins; -car le comte d'Essex luy a dépesché, d'Irlande, ung sien gentilhomme -pour luy venir remonstrer qu'il a descouvert, en poursuyvant la guerre -par dellà, des moyens propres pour y establyr l'authorité d'elle, qui -sont beaucoup meilleurs et trop plus certains que ceulx qu'on y a -tenus jusques icy, mais qu'il a besoing, à ce commancement, de plus -grande provision de deniers et de plus grand nombre d'hommes qu'on ne -luy a encores ordonné, affin de mettre la chose promptement et bien à -entière exécution. Ce que ayant, en l'assemblée de plusieurs de ce -dict conseil, esté fort vifvement débatu, la dicte Dame n'a obmis de -leur mettre devant les yeulx que, par plusieurs foys et en maintes -façons, ceste entreprinse d'Irlande avoit esté, avec de grands frays, -mais tousjours en vain, diversement tantée; et qu'ilz examinassent, à -ceste heure, de bien près, si ce que le comte d'Essex mettoit en avant -avoit fondement ou non, et si la despence qu'il demandoit y estre -faicte seroit bien employée, ou bien si l'on le révoqueroit par deçà, -puisque les choses ne luy avoient ainsy succédé au dict pays comme il -l'espéroit, et luy ordonner, icy, des bienfaictz, pour le récompanser -des frays et dommages qu'il avoit souffertz en son expédition. Sur -quoy j'entendz que les opinyons ont esté contrayres, et mesmes qu'il y -en a de bien fort préoccupées, tant pour la jalouzye particullière des -conseillers, que pour ce, qu'aulcuns d'eux voudroient bien que, toutes -aultres choses délayssées, la dicte Dame entendît, pour ceste heure, -au seul secours des Protestantz comme à ceulx dont la victoyre, ainsy -qu'ilz disent, luy establiroit entièrement son repos, et luy -accommoderoit très bien ses affères, là où, aultrement elle ne pourra, -ce leur semble, estre, en l'ung ny en l'autre, jamays bien assurée. -Néantmoins il semble que l'advis des plus authorisez tend à -l'entreprinse d'Irlande, dont, dans bien peu de jours, se sentira la -résolution de l'ung ou de l'autre. - -Et quand à ce que j'ay naguyères escript à Vostre Majesté, de la venue -du conseiller de Flandres, l'on attand icy, à toute heure, son -arryvée. Et, touchant l'armement, il se poursuyt tousjours; mais, -quand au voïage de Me Quillegreu en Escosse, il est ung peu suspendu. -Nous verrons comme les choses procèderont, et mettrons payne qu'en -soyez promptement adverty. Et sur ce, etc. - - Ce XXe jour de mars 1575. - - - - -CCCCXLIe DÉPESCHE - ---du XXIIIIe jour de mars 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._) - - Retard apporté au passage de Mr de La Châtre.--Nouvelles - d'Ecosse.--Assurances de dévouement au roi données au nom des - seigneurs écossais.--Recommandation pour les réfugiés de Rouen. - - - AU ROY. - -Sire, les deux vaysseaulx de Douvre, que la Royne d'Angleterre avait -faict ordonner pour Mr de La Chastre, ne fallirent de se rendre à -Bouloigne, le XVIe de ce moys, pour le passer deçà, mais il jugea -qu'ilz n'estoient suffisans ny assez bien équippés pour le saulver -devant les pirates qui l'attandoyent pour le piller: dont il renvoya, -le lendemain, ung sien gentilhomme, icy, pour obtenir d'aultres -vaysseaulx mieulx armez et plus fortz, ou bien quelque meilleur ordre -de ceste princesse pour assurer son passage. Sur quoy j'envoyay tout -aussytost fère ung mot de remonstrance là dessus à la dicte Dame, et -elle, sur l'heure mesmes, manda à milord Cobhan qu'il ne fallît de -dépescher son frère, ou quelque aultre gentilhomme de bonne qualité, -dellà la mer, avec les meilleurs vaysseaulx et les mieulx équippez -qui, en ceste grande haste, se pourroient trouver, affin de conduyre, -seurement et sans danger, le dict Sr de La Chastre et sa compagnye par -deçà: ce qui a esté incontinent exécuté. Et j'estime que, de présent, -toute la troupe ayt passé, et que, au plus tard, ilz arriveront demain -en ceste ville, où la dicte Dame s'en vient aussy avec toute sa court -pour y solenniser ces Pasques: ce qui fera que le dict Sr de La -Chastre aura le moyen d'accomplir plus commodément et plus tost sa -commission; et j'espère qu'il vous rapportera tout contantement. - -J'ay tant faict que le filz de milord de Sethon, qui est icy, lequel -n'est pas l'ayné, comme on me l'avoit dict, ains est le segond, m'est -venu trouver fort secrettement et de nuict, affin d'éviter souspeçon; -et m'a assuré que son père et les principaulx seigneurs, et mesmes la -pluspart de la noblesse d'Escosse, persévèreront constamment vers -l'alliance de Vostre Majesté et en l'affection de bons subjectz vers -la Royne, leur Mestresse, mais qu'ilz gardent ceste bonne volonté -cachée dans leurs cueurs, pour ne l'ozer manifester que au besoing, et -lorsqu'ilz verront que les choses seront en estat que, sans danger, -ils se pourront déclarer; et que de sa part, il n'estoit venu, icy, -sinon pour n'avoyr peu obtenir du comte de Morthon qu'il s'en peût -retourner en France, et m'a donné parolle de gentilhomme qu'il vous -demeurera tousjours très dévot serviteur. Milord de St Jehan, -escossoys, lequel est depuis ung an en ceste ville, m'a faict aussy -secrettement remonstrer que, ayant trop plus agréable, pour la malice -du temps, d'estre hors de son pays que d'y habiter, et luy manquantz, -par la mort et par l'absence des deux Roynes, ses Mestresses, les -moyens qu'elles luy avoient donné en leur faysant service, il estoit -maintenant en sa viellesse contrainct de chercher nouveau mestre et -nouvelle protection; et que, pour la dévotion qu'il avoit tousjours -eue en vostre couronne, et les faveurs et grâces que luy et sa nation -en avoyent receu par le passé, il ne vouloit fallyr d'offrir sa bonne -volonté et son fidelle service à Vostre Majesté, réputant à plus -d'honneur la moindre faveur qu'il pourra recepvoir d'ung si grand Roy -que tout aultre bien que nul autre prince luy pourroit fère; en quoy -j'entendz qu'il desireroit estre advoué pour vostre domestique -serviteur, gentilhomme de vostre chambre, ce qui semble bien, Sire, -qu'il est personnage pour mériter que daignez le gratiffyer de cella. -Et sur ce, etc. - - Ce XXIVe jour de mars 1575. - - Ceulx de voz subjectz de la nouvelle religyon, qui vivent - paysiblement icy, me viennent, tout maintenant, de prier que - je rende très humbles grâces à Vostre Majesté pour les lettres - qu'il vous a pleu escripre en leur faveur à vostre court du - parlement de Roan; mais que, de tant que leurs parantz et - procureurs, qu'ilz ont sur les lieux, leur ont mandé que la - dicte court n'y veut avoyr esgard, parce que ne sont que - lettres closes, qu'ilz supplyent très humblement Vostre - Majesté de vouloir, par nouvelles lettres patantes, confirmer - la première déclaration et octroy, qu'il vous a pleu leur - fère, de ne poinct saysir leurs biens, en se déportant - loyaulment vers vostre service. Sur quoy je vous supplye très - humblement, Sire, de les fère jouyr de l'effaict de vostre - promesse, sellon que ceulx, à qui j'ay donné mes certificatz, - ont bon tesmoignage qu'ilz n'ont attempté ny attemptent par - armes, par praticques ny par contribution, chose aulcune - contre l'obéyssance et fidellité qu'ilz vous doibvent. - - - - -CCCCXLIIe DÉPESCHE - ---du dernier jour de mars 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Arrivée de Mr de La Châtre à Londres.--Bonne réception qui lui - est faite.--Arrivée de l'ambassadeur du roi d'Espagne. - - - AU ROY. - -Sire, il n'eût esté bien à propos que Mr de La Chastre fût passé la -mer plus tost qu'il a faict, car il eût trouvé, ici, des difficultez -non petites, lesquelles je n'avoys peu encores vaincre, et de la -froideur que je ne pouvoys encores reschauffer; qui eussent, par -advanture, desrogé assez à sa réception, et, possible, empesché le -meilleur effect de son voyage. Dont je loue Dieu qu'il m'a enfin esté -plus octroyé pour luy que je n'eusse ozé demander, car ayant la Royne -commandé au frère de milord Coban et aultres gentilshommes anglois de -l'aller quérir jusques à Callays, pour le passer deçà, elle l'a depuis -faict fort honnorablement recepvoyr à Douvre et à Conturbery, et -partout où il a passé, avec le concours de beaucoup de noblesse du -pays; et a envoyé le jeune Houdson, son parant, le rencontrer à une -journée d'icy, et ses propres barges le prendre à Gravesines pour le -porter en ceste ville, où la réception luy a esté faicte encores plus -grande et plus honnorable qu'aylleurs. Et luy, avec toute sa troupe, y -sont bien logez et fort bien traictez aulx dépens de la dicte Dame, et -visitez souvant par les seigneurs et gentilshommes de ceste court, -lesquelz nous ont déjà conduictz une foys, avec ordre et cérymonie, -vers elle; et elle, avec ordre et magnifficence, l'a fort -favorablement receu, et luy a donné une bien bénigne audience, en -laquelle elle a monstré qu'elle avoit la légation, et celluy qui la -luy portoit, fort agréable. Qui vous puis aussy très certaynement -assurer, Sire, que luy, de son costé a commancé, et qu'il poursuyt de -l'accomplyr avec beaucoup d'honneur et de dignité, et avec tant de -bonne façon qu'il ne s'y peut desirer rien de mieulx, et faict -comporter bien modestement sa troupe, de sorte que toute ceste court -en demeure bien édiffyée. Dont j'espère qu'avec beaucoup de sa -réputation il rapportera beaucoup de contantement de son voïage à -Vostre Majesté; et ne me reste qu'un seul escrupulle, c'est la -traverse que nous pourra donner l'ambassadeur du Roy d'Espagne, lequel -en dilligence est arryvé icy dans bien peu d'heures après que Mr de -La Chastre a esté descendu; mais nous n'obmettrons ung seul poinct du -soing et dilligence que debvons à vostre service, ainsy que par luy -mesmes qui pourra, dans quatre ou cinq jours, s'expédyer d'icy, aurez -l'entière relation du tout. Et sur ce, etc. Ce XXXIe jour de mars -1575. - - - - -CCCCXLIIIe DÉPESCHE - ---du VIIe jour d'apvril 1575.-- - -(_Envoyée exprès par Mr de la Chastre._) - - Heureux résultat de la mission de Mr de La - Châtre.--Renouvellement de la ligue entre la France et - l'Angleterre.--Assurance que la confiance est pleinement - rétablie.--Instance pour que Mr de Mauvissière, successeur - désigné de l'ambassadeur, se rende sans retard à Londres. - - - AU ROY. - -Sire, la bonne et digne façon de laquelle Mr de La Chastre s'est -conduict à fère la visite que luy avez commandé vers ceste princesse, -et à luy présenter les lettres de Vostre Majesté et de la Royne, -vostre mère, (mesmement celles qui estoient escriptes de voz mains, -lesquelles, avec l'acte d'acceptation de la ligue, qui a esté trouvé -fort bien couché, ont esté de grand moment), et à luy bien explicquer -les poinctz de sa créance, et singulièrement à luy ouvrir clèrement la -droicte intention de Voz Très Chrestiennes Majestez, et aussy à luy -admener de bien vifves raysons pour luy oster tout escrupulle qu'il y -ayt aultre chose que toute sincérité, bien esloignée de faintise et de -dissimulation, en l'amityé que luy promettez, ont faict que la -confirmation de la dicte ligue, pour laquelle principallement l'aviez -dépesché par deçà, a heureusement succédé, ainsy que luy mesmes vous -en fera le récit, et vous en délivrera l'acte et les lettres, que la -dicte Dame vous en escript. Qui me semble, Sire, que les choses en -sont venues à si bons termes que de meilleurs ny de plus honnorables, -pour ce regard, n'en pourroient estre desirez pour Vostre Majesté. Et -j'en loue Dieu de bon cueur, car, avec l'utillité de vostre service, -je puis, à ceste heure, plus confidemment supplyer très humblement -Vostre Majesté de m'effectuer la promesse de mon congé, sans craindre -que le changement d'ambassadeur puisse rien altérer en la négociation -de deçà, et commander de rechef à Mr de Mauvissyère de se rendre, icy, -le XVe de ce moys, ou au plus tard à la fin d'icelluy, sellon que, par -la dépesche du XVIIe du passé, j'ay veu que desjà il en avoit receu -vostre commandement. Sur ce, etc. - - Ce VIIe jour d'apvril 1575. - - - - -CCCCXLIVe DÉPESCHE - ---du XVe jour d'apvril 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mousnyer._) - - Audience.--Remerciemens de l'ambassadeur pour l'honorable accueil - fait à Mr de La Châtre et le renouvellement de la - ligue.--Demande d'Élisabeth que le roi prête serment pour la - confirmation du traité.--Déclaration des armemens faits à - Saint-Malo contre ceux de la Rochelle.--Adhésion de la reine à - ces armemens qu'elle juge nécessaires pour réprimer les excès - des protestans.--Affaires d'Irlande.--Réclamation de - l'ambassadeur au sujet de son traitement. - - - AU ROY. - -Sire, je viens de dire à la Royne d'Angleterre que, quand il n'y eût -eu aultre argument que celluy de l'obligation, que je luy avoys, de -m'avoyr rendu si heureux qu'avant la fin de ma charge elle eût faict -réuscyr très honnorable et pleyne de contantement la première légation -que Vostre Majesté luy avoit envoyée, qu'encores n'avoys je, pour ce -regard, voullu fallir de luy en venir très humblement bayser les -mains, et la remercyer, d'abondant, de ce qu'elle avoit donné à Mr de -La Chastre, et aulx gentilshommes françoys de sa compagnye, de quoy -rapporter à Vostre Majesté que, en nulle aultre part du monde, ilz -eussent peu estre mieulx veus ny plus caressez qu'ilz avoyent esté, -icy, ny recepvoir tant d'honnestes gracieusetez qu'ilz avoient faict -d'elle, comme d'une des plus vertueuses et courtoises princesses que -le monde ayt, ny, possible, aura de longtemps; et que toutz ensemble -avions loué Dieu du prompt et franc desir dont elle avoit très -volontiers, et de bon coeur, accepté Vostre Majesté en la continuation -de la ligue, que le feu Roy, vostre frère, avoit avec elle; et que le -dict Sr de La Chastre la pryoit bien de croyre qu'il n'avoit layssé -tomber ung seul mot de tant d'honnestes propos qu'elle nous avoit -tenus de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et de toutz ceulx -de vostre couronne, ny de toutes les responces qu'elle nous avoit -faicte, ny des honnorables signiffications d'amityé qu'elle nous avoit -monstré vous porter, ny encores des aultres tant habondantes et -vrayement royalles faveurs que, pour l'honneur de vous, elle luy avoit -faictes, et à luy et à sa compagnye, qu'il n'eût soigneusement -recueilly le tout pour en pouvoir donner bon compte à Vostre Majesté; -et qu'il desiroit que quelque chose de ce qu'il avoit de plus cher au -monde, ou mesmes une partye de soy mesmes, se peût convertyr en -mercyement qui se trouvât digne de l'obligation qu'elle avoit gaignée -sur luy, et aulmoins luy layssoit il par deçà une très dévote -affection de luy fère, après Vostre Majesté et ce qu'il debvoit à -vostre couronne, plus de service qu'à nul prince ny princesse de la -Chrestienté; - -Et que les aultres gentilhommes françoys, en leur disant adieu, -m'avoient prié, toutz d'une voix, que, en leur nom, je luy voulusse -aussy bayser ses royalles mains; et qu'ilz réputeroyent à grand heur -que, quelques jours, avec le bon congé de Vostre Majesté, ilz peussent -estre employez en chose qui fût pour l'honneur et service d'elle; car -ilz n'y espargneroyent ny leurs vies ny leurs personnes; et que, en -expécial, Mr de Beauvoys luy rendoit très humbles grâces de ce qu'elle -avoit deigné privément l'enquérir de plusieurs particullaritez de -Vostre Majesté et fort famylièrement l'en entretenir; et que celle -grande faveur, dont une si excellente princesse l'avoit voulu fère -digne, luy avoit réaulcé le cueur, pour espérer d'estre quelque chose -de meilleur à l'advenir qu'il ne s'estoit encores jamays ozé -promettre; et qu'il avoit faict un registre, en soy mesmes, de toutes -les vertueuses parolles et honnestes démonstrations de la dicte Dame, -et singullièrement de celle très expresse commission qu'elle luy avoit -donné pour ne faillir d'en entretenir, bien au long et à loysir, -Vostre Majesté. - -Lesquelz propos je vous promectz, Sire, que la dicte Dame a eu -souveraynement agréables, et, nonobstant la dilligence d'aulcuns, qui -s'estoient cependant efforcez d'attiédyr nostre précédante -négociation, elle, d'une démonstration de playsir et de contantement, -plus que ordinayre, m'a respondu que, quoyqu'on luy eût voulu dire, -ny persuader de Vostre Majesté, elle avoit trouvé que, sur le voïage -de Mr de La Chastre, aussy bien qu'en aultres choses, j'estoys plus -véritable que ceulx qui en avoyent mal rapporté, et qu'elle ne se -souvenoit d'estre jamays demeurée plus pleynement satisfaicte de nulle -autre négociation qu'elle eût faict en sa vye, que de ceste cy; et que -pourtant, si j'avoys jamays rien faict à sa pryère, que je voulusse, à -ce coup, avec plus d'expression que jamays, infinyement remercyer -Vostre Majesté de sa part, pour l'effect de ceste ambassade, laquelle -vous luy aviez faicte fère en termes si honnorables qu'elle ne le -sçauroit desirer davantage; et qui estoyent très signifficatifs de la -droicte amityé que luy portés; et puis il sembloit que eussiez choysy -l'ambassadeur, garny de toutes les qualitez dignes et propres pour -l'honnorer beaucoup à elle et donner grand contantement à toutz les -siens, et qu'elle avoit desjà envoyé à son ambassadeur par dellà ung -pouvoir pour assister à vostre sèrement et requérir une plus ample -confirmation; jouxte le XXXIXe article du traité, et la lettre de -vostre main, affin de donner perfection à cest affère, duquel, si elle -voyoit que les choses se continuassent sellon ce bon commancement, -elle vous promettoit bien que vous auriez en elle une très loyalle et -perpétuelle confédérée pour tout le temps de sa vye. - -Sur quoy, Sire, je supplye très humblement Vostre Majesté de satisfère -premièrement aulx deux premiers poinctz: du sèrement et confirmation, -et en fère dellivrer l'acte au dict sieur ambassadeur; mais, quand au -troysiesme, de la lettre de vostre main, il vous plerra me l'envoyer -pour la dellivrer à la dicte Dame, affin d'avoyr argument de parler -bien à elle et de tirer d'elle une bien expresse déclaration là -dessus. - -J'entendz que la dellibération d'envoyer en Espaigne, et pareillement -de dépescher en Escosse, demeurent en quelque suspens jusques après -les prochaynes nouvelles qui viendront de France, après le retour de -Mr de La Chastre. Cependant j'ay communicqué à la dicte Dame une -lettre, que Mr de Boyllé m'a escripte, du XIIe de mars, touchant -l'apprest que font ceulx de St Malo pour se revencher contre ceulx de -la Rochelle; de quoy elle m'a dict qu'elle ne pourroit désormays -prendre meffiance d'aulcun appareil qui se fît en vostre royaulme, et -que les injures et larrecins, que font ces réformez, méritoient, à bon -escient, qu'on les aille bien réprimer. - -Il est survenu en Irlande une grande altération entre le comte d'Essex -et Me Finguillien, présidant au dict pays, pour rayson de quoy l'ung -et l'aultre ont dépesché en ceste court; et le conseil s'en est -assemblé, par troys foys, devant la dicte Dame, laquelle, nonobstant -qu'elle porte grand faveur au dict d'Essex, qui a espousé une sienne -fort proche parante, si entendz je qu'elle ne l'a voulu supporter, et -m'a l'on dict qu'il est révoqué de sa charge. Et sur ce, etc. Ce XVe -jour d'apvril 1575. - - J'entendz que Mr le trésorier de l'espargne me veut roigner la - moictyé du présent quartier, où nous sommes, de l'estat - d'ambassadeur, bien que méshuy je ne pourray arryver vers - Vostre Majesté, non que me conduyre en ma mayzon, que ne - soyons à la fin du dict quartier. Dont vous supplye très - humblement, Sire, luy commander de ne m'y fère de diminution, - car le tout me faict bien besoing pour sortir d'icy. - - - - -CCCCXLVe DÉPESCHE - ---du XXIe jour d'apvril 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olyvier Champernon._) - - Emprunts et armemens faits par Élisabeth.--Confiance de - l'ambassadeur qu'elle n'a aucun projet hostile contre la - France.--Nouvelles d'Écosse.--État de la négociation de la paix - dans les Pays-Bas. - - - AU ROY. - -Sire, je n'apperçoy encores, pour aulcun semblant de ceste princesse, -qu'elle vueille, en l'endroict de Vostre Majesté, ny du présent estat -de voz affères, suyvre aultre dellibération que celle bonne qu'elle -nous a déclarée, quand Mr de La Chastre estoit icy. Et, bien que -ceulx, à qui cella ne peut playre, n'obmettent aulcune dilligence pour -l'en cuyder divertyr, si espérè je qu'avec les gracieulx termes, dont -Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, aurez desjà gratiffié à son -ambassadeur les honnorables démonstrations qu'elle a uzé en la -confirmation de la ligue, nous pourrons fère qu'elle se tiendra assez -ferme contre les menées et instigations des poursuyvans; en quoy je ne -faudray, à la première dépesche qui me viendra de Vostre Majesté, de -l'aller encores, de plus en plus, confirmer en son bon propos. Il -m'est bien venu, Sire, d'ung mesmes lieu, et en une mesme heure, deux -et troys advis pour me fère assés doubter d'elle: l'ung est, qu'après -une assemblée de son conseil, à laquelle ont concouru les ministres et -aulcuns des plus apparantz suppostz de ceulx de la nouvelle religyon, -la dicte Dame a soubdain mis sus ung emprunt de soixante mille livres -esterlin, la moytié sur ceste ville de Londres, un sixiesme sur le -clergé et les aultres deux sixiesmes sur le commun du royaulme; qui -sont deux centz mille escus en tout à estre payez, le plus tost que -fère se pourra, par ses lettres qu'ilz appellent _Privez Selz_, -lesquelz l'on dépesche en grand dilligence. Et l'autre advis porte -que, en mesme temps, Mr de Méru a eu à dire à quelque personnage de -ceste court, que, ayant chascung de ses deux frères bien pourveu, là -où ilz sont, à leur faict, et que n'ayant luy moins heureusement -négocié, icy, de sa part, il dellibéroit de s'en retourner, à ceste -heure, en Allemaigne, puisque Mr de Turenne s'estoit desjà déclaré, -affin de haster Mr le Prince de Condé aulx entreprinses qu'il a entre -mains. Et le troysiesme advis est qu'on poursuyt, en ceste court, plus -chaudement qu'on n'a encores faict, une description de cappitaynes et -de soldatz, et ung apprest de navyres de guerre; ce que aulcuns -veulent interpréter que tout cella se faict en faveur des eslevez de -vostre royaulme. - -De quoy, pour l'instabilité des Angloix et l'extrême passion qu'ilz -ont à leur religyon, et la peur qui les tient tousjours, de laquelle -ilz ne se peuvent jamays deffère, du faict de la Royne d'Escosse, je -ne me veulx trop persuader qu'il n'eu puisse estre quelque chose. Mais -je mezure bien aussy que tout cest appareil n'excède de guyères ce qui -faict besoing à la dicte Dame pour son entreprinse d'Irlande, à -laquelle elle est comme engagée, et faut qu'elle y pourvoye -promptement pour ne rien perdre de la sayson de l'esté; car les -aultres troys saysons de l'an sont inutiles à la guerre de delà. Et -puis je veulx présumer qu'elle ne voudra si tost aller contre ce -qu'elle vient tout freschement de vous promettre par la susdite -confirmation de la ligue. Et, au pis aller, il faudra avoyr l'oeil -bien ouvert sur ce qu'elle entreprendra, affin que rien ne s'en puisse -addresser contre Vostre Majesté que n'en soyez auparavant apperceu. -Et, pour le présent, je vous, diray, Sire, qu'il y a, à la vérité, -deux navyres, de la dicte Dame dehors, lesquelz sont allez convoyer la -flotte de Hembourg, et il s'en appreste quatre aultres, et puis il en -doibt sortir promptement six des particulliers. Et j'entends que, en -Ollande, l'on prépare à furie d'en mettre quelque nombre dehors; en -quoy je crains bien que l'ambassadeur d'Angleterre, par le courrier -qui est arryvé, icy, le XVIe de ce moys, ayt escript que Vostre -Majesté a une secrette dellibération d'aller promptement assiéger par -mer et par terre la Rochelle, et qu'il ayt donné une grande allarme de -l'armement de Bretaigne. Dont, à toutes advantures, il sera bon, Sire, -que faciez promptement advertyr voz cappitaynes, qui sont sur mer, et -pareillement les gouverneurs, du long de la coste de deçà, qu'ilz se -donnent garde de ces deux appareils de Ollande et d'icy. - -L'on m'a dict aussy que la dicte Dame a eu des lettres d'ung sien -serviteur secret, qui est en Escosse, lequel la mect en peyne des -choses de dellà comme si la part françoyse y estoit plus relevée que -jamays, et que le comte de Morthon soit pour s'y laysser ramener; ce -que j'estime luy avoyr esté escript à poste par la praticque d'aulcuns -d'auprès d'elle. Tant y a qu'elle a faict une prompte dépesche à -Barwyc, par laquelle elle mande qu'on en examine bien le faict, affin -d'envoyer, puis après, Me Quillegreu par dellà, s'il est cognu qu'il -en soit besoing. - -L'ung des principaulx entreméteurs de la paix des Pays Bas a escript à -ung sien amy, en ceste ville, et j'ay veu la lettre, que, encor que -les choses semblent estre accrochées à des difficultez non petites, -et mesmement au poinct de la religyon, et à la tenue des Estatz, et à -fère sortyr les estrangers hors du pays, si voyoit il néantmoins qu'on -en viendroit, à la fin, en accord. Et semble bien à ceulx cy que la -nouvelle qu'ilz ont: comme l'Empereur s'en va conclurre le mariage du -roy de Hongrye, son filz ayné, avec la fille du duc de Saxe, -facilitera davantage le dict accord, et baillera ung grand moyen au -dict roy de Hongrye de parvenir à l'élection du roy des Romains. Et -sur ce, etc. Ce XXe jour d'apvril 1575. - - - - -CCCCXLVIe DÉPESCHE - ---du XXVIe jour d'apvril 1575.-- - -(_Envoyée jusques à Calais par le secrétère du président de -Toulouze._) - - État de la négociation de la paix en France.--Assurance que les - préparatifs faits en Angleterre sont dirigés contre - l'Irlande.--Conférence de l'ambassadeur avec l'envoyé du roi - d'Espagne. - - - AU ROY. - -Sire, à l'occasion du retour du Sr de Vassal et de la dépesche qu'il -m'a apportée, de Vostre Majesté, du XIIIe de ce moys, j'ay estimé -qu'il estoit expédient d'informer ung peu mieulx ceste princesse et -les siens de voz nouvelles et de l'estat des choses de dellà, qu'il ne -sembloit que leur ambassadeur les leur eût ainsy proprement escript -comme elles sont: car ilz tenoient entre eulx que le traicté de -paciffication en vostre royaulme ne prenoit aulcun bon commancement; -et que Mr de Beauvoys La Nocle, qui estoit venu, jusques bien près de -Paris, pour vous apporter les articles de la demande des eslevez, -ayant eu advertissement qu'on luy vouloit fère ung très maulvais -tour, s'en estoit fouy en la plus grande haste qu'il avoit peu, et -qu'encor qu'on s'efforçât de traicter avec les aultres depputez, et -que l'on en corrompît quelques ungs, que néantmoins tout ce qu'ilz -feroient n'auroit point d'aucthorité, et qu'il estoit tout apparant -que, sans la liberté des deux mareschaulx et sans le consantement des -aultres troys frères de Montmorency, l'accord ne succèderoit jamays; -que cepandant la guerre continuoit tousjours, et qu'en la Guyenne au -comte Martinengue avoit esté deffaictes quatre ou cinq compagnies -d'arquebuziers, et luy contrainct se saulver dans ung prochain fort; -et que Vous, Sire, sentiez plus et estiez beaucoup plus fasché que Mr -de Turène eût prins les armes que de tout ce que Mr de Dampville, son -oncle, avoit faict jusques icy; et que ceulx de la Rochelle avoient -gaigné une victoyre sur mer contre les Bretons; que Vostre Majesté se -trouvoit en une extrême nécessité d'argent, et que mesme la Royne -Veufve, par faulte que ne luy en pouviez bailler, demeuroit d'aller -voyr sa fille jusques à Bloys, avec d'aultres particullaritez qui -n'estoient à l'advantage de voz affères. - -A quoy, par le contenu de ce qu'il vous avoit pleu m'escripre, et de -ce que le dict Sr de Vassal m'avoit rapporté de parolle, il y a esté -satisfaict le mieulx que j'ay peu, de sorte que chascung demeure -maintenant plus capable de la vérité. Et ne sentz poinct, Sire, que -cella ayt faict, ny soit pour fère encores de mutation icy; ains -j'espère que, venant bientost, icy, l'acte de vostre sèrement et de -vostre plus ample confirmation du traicté de ligue, et la lettre de -déclaration que ceste princesse attand de vostre main, qu'elle -persévèrera plus constante que jamays vers Vostre Majesté, se -commançant desjà bien à cognoistre que l'emprunct des deniers et -l'apprest qu'elle a commandé de fère, ainsy que par ma précédante je -le vous ay escript, est principallement destiné pour l'Irlande. - -J'ay, ces jours passez, pryé le docteur fiscal de Bruxelles à dîner en -mon logis, et l'ay honnoré comme ambassadeur d'Espaigne. Néantmoins il -m'a dict que ceste princesse, avec beaucoup de faveur, l'avoit bien -receu, non à dire vray pour ambassadeur, mais pour agent, sur les -lettres qu'il luy avoit apportées du Roy, son Mestre, par lesquelles -il promettoit d'observer et tenir ce que desjà avoit esté, et seroit, -après, négocyé par luy; et que, en attandant la détermination que le -dict Roy, son Mestre, et elle prendroient sur la mutuelle résidence -des ambassadeurs de l'ung auprès de l'autre (et qu'en cas qu'ilz s'en -accordassent que seroit luy ou bien don Bernardin de Mendossa qui -seroit ordonné en ceste place), il continueroit de mettre à effect les -aultres bons accords, qui estoyent desjà comme arrestez entre ces deux -pays pour leurs commerces et entrecours. Et en devisant avec luy, il -m'a discouru ce qui s'estoit passé jusques icy au traicté de la paix -de Flandres, et que, encor que les depputez se fussent retirez, et que -le comte de Sualsembourg s'en fût retourné vers l'Empereur, ce -n'estoit que pour en venir tant mieulx à une bonne conclusion; et que, -ce matin mesmes, il venoit de recepvoyr des lettres de dellà qui le -mettoient hors de tout doubte que la dicte paix ne deût bientost et -bien heureusement succéder, parce qu'on l'advertissoit qu'ung bien -honneste moyen de seureté avoit esté mis en avant, lequel le Roy -Catholicque ne refuzeroit nullement de bayller; et que le prince -d'Orange et les eslevez s'en tiendroient pour bien contantz. Et sur -ce, etc. - - Ce XXVIe jour d'apvril 1575. - - - - -CCCCXLVIIe DÉPESCHE - ---du dernier jour d'apvril 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Audience.--Négociation de l'ambassadeur pour Marie - Stuart.--Arrivée à Londres des députés de Bâle, chargés de - solliciter des secours pour les protestans de France.--Élection - du roi comme chevalier de l'ordre de la Jarretière. - - - AU ROY. - -Sire, parce que la Royne d'Angleterre avoit monstré de ne prendre en -bonne part la négociation que luy aviez faicte fère pour la Royne -d'Escosse, affin de mieulx cognoistre si ce qu'elle nous en avoit -respondu luy partoit, à bon esciant, de dedans du cueur, ou si -c'estoit artiffice, je luy suis allé dire que j'avoys à luy fère ung -peu de querelle de la rude responce, qu'elle vous avoit mandé, sur les -honnestes propos que luy aviez faict tenir par Mr de La Chastre en -faveur de ceste princesse. - -A quoy soubdain, sans me laysser passer plus avant, elle m'a respondu -que je serois tout esbahy, si je sçavois ce qu'elle avoit faict -davantage, car, par la lettre qu'elle avoit escripte, de sa main, à la -Royne, vostre mère, elle luy avoit mandé qu'elle ne luy layrroit -passer ceste grande faute d'avoyr permis que Vostre Majesté fût entrée -en renouvellement de ligue avec elle par ung si mal considéré -commancement que celluy là; et mesmes s'estoit pleincte à elle que je -ne m'estois monstré, icy, guyères moins ambassadeur de la Royne -d'Escoce que le vostre. - -A quoy aussy, en ryant, je luy ay dict que, en cuydant taxer d'erreur -Voz Très Chrestiennes Majestez, elle ne prenoit pas garde qu'elle -manifestoit proprement le sien de vous reprocher les honnestes offices -que faisiez pour vostre belle seur et parante, et pour vostre -principalle allyée; lesquels offices je sçavoys qu'elle mesmes jugeoit -assez que, sans grand reproche, vous ne les pouviez obmettre, et qu'il -failloit bien qu'elle pensât de ne vous avoyr jamays pour amy, si elle -ne vous vouloit aymer avec toutes les circonstances de vostre honneur -et dignité; et que, pour mon regard, je n'avoys jamays attainct de -fère, à beaucoup près, pour la dicte Dame, tout ce que Vostre Majesté -m'en avoit commandé, dont je ne creignoys d'estre blasmé de l'excez; -et que, de tant que je sçavoys qu'à présent elle n'avoit aulcune -matière d'offance ny de courroux contre elle, que je ne layrroys -pourtant cella de luy communicquer une sienne lettre que j'avoys -naguyères receue, laquelle luy feroit venir à regret que, pour son -regard, elle ne vous eût plus agréablement satisfaict. - -Et, la luy ayant baillée, elle l'a fort volontiers serrée dans sa -pochette, et m'a pryé de la luy laysser pour la lyre à son loysir. Qui -ay bien cognu depuis, Sire, qu'elle y avoit trouvé des particullaritez -qui l'avoient contantée, dont elle a contanté aussy de quelques -aultres la dicte Dame; et a permis que Me Jehan de Compiègne, son -tailleur, avec plusieurs besoignes qu'il a apportées de Paris, la soit -allé trouver. - -Ceste difficulté n'a esté sitost vuydée qu'il s'en est présenté -incontinent une aultre, plus grande, de troys gentilshommes, l'ung -françoys, l'autre allemand et l'autre flammand, lesquelz, ayant esté -naguyères dépeschés par l'assemblée qui a esté tenue à Basle, sont -venus incister à ceste princesse et au clergé de ce royaulme en des -demandes bien grandes pour ceulx qui ont prins les armes en faveur et -deffence de ceulx de la nouvelle religyon; lesquelles demandes je n'ay -peu encores bien approfondyr, à la vérité, quelles elles sont; tant y -a qu'il semble que les évesques d'icy y vont assez inclinant. -Néantmoins il a esté si bien pourveu au reste, que je ne descouvre -nullement que ceste princesse ny ceulx de son conseil ayent, pour -encores, aulcune dellibération de leur rien accorder. - -Et, au contrayre, il est advenu, contre ce qu'ilz espéroyent, et au -regret de plusieurs aultres poursuyvantz en ceste court, que le jour -de St Georges, et tenant le chapitre de l'ordre de la Jarretyère, à -Grenvich, la dicte Dame a faict que Vostre Majesté y a esté esleu -chevalyer du dict ordre; dont le comte de Lestre s'en est incontinent -envoyé conjouyr avecques moy, avant qu'il en ayt esté rien divulgué. -Et, le jour ensuyvant, elle a envoyé troys honnestes gentilshommes de -sa court, du nombre de ses pensionnayres, dont l'ung est son parant, -devers moy, pour me notiffyer la dicte élection, et comme elle n'avoit -voulu permettre que ce chapitre se passât sans qu'elle se fît; et -qu'aussytost qu'elle entendroit que Vostre Majesté l'auroit agréable, -elle ne faudroit de vous dépescher ung personnage d'honneur et ung -seigneur de qualité pour vous aller apporter le dict ordre. Je l'ay -infinyement remercyée de ceste marque, et de l'évident tesmoignage -qu'elle vous rend, en cella, de son indubitable amityé, et que je ne -tarderoys de le vous fère bientost sçavoyr; luy osant desjà bien -advancer cella, en vostre nom, qu'elle n'eût peu fère eschoyr ceste -élection en l'endroict de nul autre prince de la Chrestienté qui mît -plus de peyne d'honnorer son ordre, et de l'accepter en très bon gré, -que Vostre Majesté feroit: dont vous supplye très humblement, Sire, -m'y fère promptement, et par voz premières, ung mot de responce. Sur -ce, etc. Ce XXXe jour d'apvril 1575. - - - - -CCCCXLVIIIe DÉPESCHE - ---du VIe jour de may 1575.-- - -(_Envoyée à Callais expressément par le Sr Biscop._) - - Vives instances des députés de Bâle à l'effet d'obtenir des - secours pour les protestans de la Rochelle.--Réclamations des - Anglais pour que justice leur soit rendue en France.--Nouvelles - d'Écosse.--Plaintes de l'ambassadeur à raison du dénuement où - il se trouve. - - - AU ROY. - -Sire, comme ceste princesse estoit après à dellibérer, avec ceulx de -son conseil, si elle debvoit, ou si elle ne debvoit pas, fère -promptement mettre les douze navyres, dont je vous ay cy devant -escript, (sçavoyr est: six des siens, et les six aultres des -particulliers), en mer, il y en a qui sont expressément allez la -persuader que, pour occasion du monde, elle ne voulût laysser de les -fère sortir, attandu que, de Normandye et de Bretaigne, il y en avoit -desjà ung bon nombre sur mer dehors. Et s'en est bien peu failly, à -l'instance des depputez de Basle, et d'aulcuns venus de la Rochelle, -lesquelz se sont tout à poinct présentez là dessus en ceste court, -lorsque Mr de Méru y estoit, que la résolution n'en ayt esté prinse, -et mesmes que aulcuns de ce conseil, qui inclinoyent à cella, -opinoient que ce seroit chose fort à propos pour favoriser -l'entreprinse d'Irlande. Mais, quand j'ay eu, soubz main, remonstré -qu'il ne pourroit estre que Vostre Majesté n'en prînt de la jalousye, -attandu que vous aviez faict donner advis à la dicte Dame de tout ce -que vous aviez sur mer, et de ce qu'entendiez y mettre davantage, -ensemble de son armement; et que vous sçaviez assez que, pour -l'Irlande, il ne luy faisoit besoing d'aultres vaysseaulx que de -passagers pour y trajetter des hommes; et que je croy aussy que, en -mesmes temps, le conseiller fiscal de Bruxelles, (lequel est après à -renouveller les accords d'entre les pays du Roy d'Espaigne avec ce -royaulme, d'autant que leur trefve, qui n'avoit esté prinse que pour -deux ans, est expirée, à ce premier jour de may), a aussy remonstré -que son Mestre auroit cella pour suspect; il a esté résolu que, pour -ceste heure, cest armement ne passeroit plus oultre, et qu'il seroit -remis jusques à ce que la dicte Dame vît si, pour quelque occasion qui -luy peût cy après survenir, qui luy fût plus grande qu'elle n'en avoit -à présent, elle seroit meue de le parachever. - -Et sur cella j'entends qu'il luy est arryvé, de son ambassadeur, ung -pacquet, lequel luy a donné assés de satisfaction du bon rapport qu'a -faict d'elle et des choses de deçà Mr de La Chastre, et comme il vous -a pleu commander à icelluy mesmes Sr de La Chastre, et à Mrs de -Limoges et de Chiverny, d'aller apporter beaucoup d'honnestes et -agréables mercyementz, de vostre part, à son dict ambassadeur; ce qui -l'a grandement contantée. Mais il semble bien qu'il ne luy ayt donné -guyères d'espérance que vueillés pourvoir aulx particullières demandes -qu'elle vous a mandé fère pour aulcuns de ses subjectz. De quoy elle -et ceulx de son conseil demeurent fort escandalizés, et disent qu'il -n'est pas possible que l'amityé se puisse conserver entre Voz deux -Majestez, si la justice n'est mutuellement, là et icy, administrée à -voz communs subjectz. Et pour ceste occasion, ilz m'ont faict tomber -une lettre entre mains que Me Chambernon m'a escripte pour fère que, -par la presse que cestuy faict de son affère, Vostre Majesté cognoisse -combien ceste princesse est pressée, de plusieurs aultres des siens, -de leur pourchasser quelque rayson et restitution en France. - -J'ay faict recepvoyr en bonne part à milord de St Jehan, l'escossoys, -la responce que m'aviez commandé de luy fère, lequel se contantera -qu'il vous playse luy envoyer une vostre lettre de protection; car il -proteste que ce n'a esté pour gain ny pour ambition qu'il s'est -adressé à Vostre Majesté, ains pour la servitude qu'il vous porte, et -pour la naturelle affection qu'il porte à vostre couronne, et qu'il -espère bien de fère que ce tesmoignage de vostre faveur, que vous luy -donrez maintenant, servira de beaucoup à establir l'authorité de -vostre nom et celle de vostre alliance en Escosse, et qu'il vous y -regaignera cinq centz, voyre mille gentilshommes pour fère entièrement -ce que vous leur commanderez. L'on m'a dict que, au dict pays, la -noblesse et le peuple sont après à déposer, toutz d'ung accord, le -comte de Morthon de la régence pour la bailler à l'ung des enfans du -feu duc de Chastelleraut, ou bien au comte de Honteley: qui seroit -chose peu agréable en ceste court. Je mettray peyne d'en avoyr plus de -certitude, affin de le vous mander par mes premières. Et sur ce, etc. - - Ce VIe jour de may 1575. - - - _Par postille à la lettre précédente._ - - Sire, vostre service souffre icy du détriment beaucoup, et moy - de la honte bien grande et une nécessité insupportable, pour - le tort, que le Sr Scipion Sardiny me faict, de ne me vouloir - payer les assignations que Mr le trézorier de l'espargne m'a, - dez l'année passée, baillée sur luy; qui vous supplye très - humblement luy commander qu'il ayt à les acquitter tout - promptement aulx Srs Macey et Cevany pour le Sr Acerbo - Velutelly; lequel prétend de me fère mettre en arrest, pour - troys mille escus qu'il m'a desjà advancez, et pour l'intérest - des troys foyres que le dict Sardiny a layssé passer sans le - vouloyr contanter. - - - - -CCCCXLIXe DÉPESCHE - ---du XIIe jour de may 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Intrigues pour forcer Élisabeth à prendre le parti des protestans - de France.--Négociation du roi d'Espagne avec - l'Angleterre.--Affaires d'Écosse.--Nouveau danger de Marie - Stuart.--Poursuites faites à raison de lettres qui lui ont été - adressées.--État de la négociation de la paix en France. - - - AU ROY. - -Sire, celluy secrettayre Wilx, angloys, qui accompaignoit le -secrettayre de Mr de Méru, quand il fut prins à Bouloigne, est -retourné, icy, depuis quatre ou cinq jours, avec plusieurs lettres et -dépesches qu'il a apportées d'Allemaigne et de Basle à ceste -princesse, et à ceulx de son conseil, et pareillement à Mr de Méru, et -aulx ministres françoys et flammantz qui sont en ceste ville. Et -soubdain, ceulx, qui sont superintendantz des affères de ceulx de la -nouvelle religyon, se sont assemblez pour dellibérer du contenu des -dictes dépesches; et, le lendemain, Mr de Méru, avec l'ung d'eux, est -allé à Grenvich, où il a estroictement conféré avec troys de ce -conseil: et y est convenu ung nommé le Sr de Martinez, agent de Mr de -Laval, et troys cappitaines ou gentilshommes françoys, de ceulx qui -souloyent suyvre le feu comte de Montgommery. Dont j'entendz qu'il y a -esté mis en avant beaucoup de propositions pour essayer de tirer -d'icy, en une façon ou aultre, des deniers et des hommes et des -vaysseaulx, et aultres moyens, en faveur des eslevez de vostre -royaulme; et mesmes de fère que ceste princesse se voulût déclarer -pour eulx en ce qui concerneroit la deffance de leur religyon, luy -assurant le dict Wilx, oultre la teneur des lettres, que, pour chose -très certayne, le Prince de Condé armoit bien grossement. Et celluy, -que j'ay mis après pour descouvrir ce qui résulteroit de toutes ces -dellibérations, m'a mandé qu'il n'estoit pas possible, pour encores, -de le sçavoyr, parce que nulle chose au monde estoit menée plus -secrettement ny plus à couvert que ceste cy; néantmoins, sellon qu'il -le pouvoit comprendre pour la démonstration que faisoyent les plus -passionnez, il sembloit bien qu'ilz ne peussent aysément mouvoyr la -dicte Dame à leurs desirs, mais qu'il estoit bien à craindre qu'enfin -ilz obtînsent d'elle qu'elle dissimuleroit ce que le clergé et les -particulliers de ce royaulme voudroient fère en cest endroict. Sur -quoy, Sire, au premier sentiment que j'auray de chose aulcune qui -puisse, tant soit peu, manifester leurs dictes dellibérations, je ne -faudray de vous en donner incontinent advis, vous voulant cependant -bien assurer que la dicte Dame n'a envoyé aulcun nouveau mandement à -ses navyres, et qu'elle a faict surçoyr, pour quelque temps, -l'emprunct des deux centz mille escus dont je vous avoys faict -mencion. - -Les choses, que le docteur fiscal de Bruxelles avoit à négocyer en -ceste court, ne sont si facillement venues à conclusion comme il -espéroit; et semble qu'elles vont en longueur. Néantmoins il se -promect de fère que la mutuelle résidance des ambassadeurs sera -accordée entre le Roy, son Mestre, et ceste princesse; par le moyen de -quoy toutes les aultres difficultez seront bientost vuydées entre -eulx; et il en est entré en plus d'espérance, depuis troys jours qu'il -a eu à présenter à la dicte Dame une lettre, de la main de son dict -Mestre, qui la remercye sans fin de l'honneste offre qu'elle luy avoit -faicte de ses navyres et hommes contre le Turc; et y a adjouxté -beaucoup de bonnes et expresses parolles d'amityé qui l'ont grandement -contantée. - -L'on a eu craincte, icy, de quelque altération vers le North, d'autant -que d'Escosse l'on avoit transporté en la frontyère de deçà, ez mains -de milord de Scrup, gardien d'icelle, une jeune hérityère, bien riche, -contre le vouloyr du comte de Morthon, qui prétandoit d'en avoyr la -garde noble, et de la maryer à quelqu'ung de ses parantz; mais la -Royne d'Angleterre a mandé qu'on la luy rendît, dont cella n'a passé -plus oultre. - -Il se faict, icy, une grande recherche sur la Royne d'Escosse; et a -l'on mis desjà cinq personnages de qualité dans la Tour, et examiné -deux milords, et envoyé quérir troys serviteurs du comte de Cherosbery -pour vériffyer par qui et commant ont esté conduictz les pacquetz et -chiffres de la dicte Dame, et quelle négociation elle en a menée avec -Guoaras; agent du Roy d'Espaigne. Je fay tout ce que je puis pour -modérer cella, et ne discontinue poinct, pour toutes ces traverses, -les gracieuses négociations; et de fère ordinayrement tenyr de petitz -présentz et des lettres et aultres honnestes entretiens, de la part de -la dicte Dame, à la Royne, sa cousine, laquelle ne les a encore -rejettez; mais je crains fort que ses ennemys parviendront enfin à ce -qu'ilz prétandent: de la fère oster des mains du comte de Cherosbery. -En quoy je feray bien tout ce qu'il me sera possible pour les en -garder. - -L'on m'a dict que les ministres françoys, qui sont icy, ont receu -freschement une forme d'articles que les depputez, qui sont à Paris, -leur ont envoyé, avec les responces de Vostre Majesté; et qu'ilz -disent qu'ilz ne voyent pas, par là, que les choses aillent ainsy -clères et nettes, comme il seroit requis pour parvenir à une bonne -paciffication. Sur ce, etc. Ce XIIe jour de may 1575. - - - - -CCCCLe DÉPESCHE - ---du XVIIIe jour de may 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Chevalyer._) - - Résistance d'Élisabeth aux sollicitations des protestans de - l'Allemagne et de la Suisse.--Négociation des - Pays-Bas.--Poursuites à raison des lettres adressées à Marie - Stuart.--Nouvelles d'Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, il a esté, à ce coup, bien difficile de résister à l'effort -qu'avec les dépesches d'Allemaigne et de Basle, et l'instante -sollicitation d'aulcuns, qui sont icy, l'on a faict à ceste princesse, -pour la cuyder tirer au contrayre party de voz présentz affères; et me -suys trouvé assez empesché comme y remédier, parce que je n'avoys de -quoy luy aller ouvrir aulcun propos, qui vînt de vostre part, pour -m'achemyner à ceulx qu'il y failloit oposer. Néantmoins il a pleu à -Dieu ne me deffaillyr en cest endroict par la bonne inclination que -la dicte Dame a de vous garder la paix, et de ne rompre d'amityé -avecques vous. J'entendz qu'elle a pryé aulcuns de ses plus expéciaulx -conseillers d'adviser des expédientz honnestes comme la descharger -elle, et se descharger à eulx, de ces tant grandes importunitez; et -que, en quelle sorte que les choses puissent aller pour ceulx qui -recherchent de la faveur et du secours de son royaulme, elle ne -vouloit estre meslée avec eulx en rien qui luy peût susciter de -l'altération avec Vostre Majesté ny avec le Roy d'Espaigne, jusques à -ce qu'elle vît mieulx comme, l'ung et l'autre, vous déporteriez vers -elle. Sur cella, l'on n'a pas ozé la presser davantage de l'armement -de ses navyres, lesquelz demeurent en ung demy appareil; et si, s'est -contantée, quand à l'emprunt de deux centz mil escuz, que ceulx de -Londres luy en ayent presté contant, pour ung an, soixante six mille, -affin de les employer en sa guerre d'Irlande. - -Les négociations de Flandres ne s'advancent guyères, parce que le -docteur de Bruxelles est ung peu malade; et ceulx cy ne veulent -procéder à la publication contre les fuitifz des Pays Bas que le plus -tard qu'ilz pourront. Néantmoins aulcuns des principaulx de ceste -court monstrent de prendre bien à cueur que les choses demeurent -imparfaictes avec le Roy d'Espaigne. - -L'examen se poursuyt vifvement et sans intermission contre ceulx qu'on -a mis dans la Tour par souspeçon de la Royne d'Escosse. L'on m'a dict -qu'on ne tire encores que choses légères et de peu de moment de leur -audition; néantmoins l'on est à dellibérer, dans ce conseil, si la -dicte Dame sera eschangée des mains du comte de Cherosbery, ou bien si -l'on luy ordonnera à luy de la fère observer de plus près qu'il n'a -faict jusques icy. Je ne sçay où en ira encores la résolution, tant y -a que je incisteray, aultant qu'il me sera possible, qu'elle aille -tousjours au mieulx. - -Les choses d'Escosse se maintiennent encores assez paysibles, et a -esté tenu à Lislebourg une forme d'Estatz, où les principaulx de la -noblesse ont convenu, et s'en sont retournez assez contantz; et mesmes -le comte d'Arguil a satisfaict, en présence des Estatz, aux bagues de -la couronne, que le comte de Morthon demandoit à sa femme et en a -emporté son acquict. Il n'y a esté, à ce que j'entendz, rien dict, -faict, ny ordonné, au préjudice de vostre alliance; et Quillegreu, ny -nul aultre, pour la part d'Angleterre, n'y a assisté. Il semble que, -d'icy à quelques moys, l'on se doibt, de rechef, assembler au dict -Lislebourg pour adviser s'il sera bon que le jeune Prince commance de -prendre estat, et qu'il sorte d'Esterling, pour se monstrer au peuple, -et qu'il aylle se promener par le pays; en quoy ne se sçayt encores -comme l'on en dellibèrera, ny si l'on y peysera bien toutes les -circonstances et inconvénientz qui en pourroient advenir. - -J'attandz avec grand desir mon successeur, et attandz avec très grande -dévotion de voz nouvelles, s'esbahyssant ceste princesse que, depuis -le retour de Mr de La Chastre, il ne m'est arryvé ung seul mot de -vostre part pour luy dire. Sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de may 1575. - - - - -CCCCLIe DÉPESCHE - ---du XXVIe jour de may 1575.-- - -(_Envoyée exprès à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Audience.--Remerciement de l'ambassadeur pour l'élection du roi - comme chevalier de la Jarretière.--Serment prêté par le roi sur - la confirmation de la ligue.--Demande afin qu'Élisabeth - remplisse les nouvelles formalités auxquelles le roi s'est - soumis.--Son refus de prêter un nouveau serment motivé sur ce - qu'elle a déjà juré le traité.--Renvoi au conseil de cette - difficulté.--Déclaration de la reine que, par suite du retard - mis à acquitter en France une créance due à un anglais, il lui - a été donné autorisation de se payer par lui-même sur les biens - des Français.--Vives réclamations de l'ambassadeur contre cette - résolution.--Délibération du conseil.--Instance pour que la - reine déclare formellement à son ambassadeur auprès du roi, - qu'elle desire la pacification en France. - - - AU ROY. - -Sire, la veille de la Pantecoste, j'ay esté à Grenvich, où, d'arryvée, -la Royne d'Angleterre m'a reproché que je l'avoys quasy oublyée; et je -luy ay dict que je ne vouloys nullement excuser ma faulte d'avoyr esté -plus longtemps que je ne debvoys à l'aller trouver, et que je -cognoissoys très bien que ce que, depuis deux moys en çà, elle avoit -faict vers Vostre Majesté, aultant honnorablement qu'il se pouvoit -dire ny desirer au monde, méritoit bien que je luy usasse de plus -grand debvoir, mais que j'avoys différé de venir à elle pour attandre -qu'il me vînt quelqu'une de voz dépesches, après le retour de Mr de La -Chastre; et vous aviez si continuellement esté occupé à ouyr les -depputez de voz subjectz, que ne m'en aviez peu fère pas une, jusques -à celle de maintenant. - -De laquelle, premier que de traicter rien de ce qu'elle contenoit, je -la vouloys bien fort humblement remercyer du soing qu'elle avoit eu, -au dernier chapitre de son ordre, de vous fère eslire ung des -chevalyers de la Jarretyère; qui estoit une suyte de ses bonnes -démonstrations vers vous, par lesquelles elle faisoyt foy, à toute la -Chrestienté, qu'elle vouloit avoyr beaucoup d'amityé et de bonne -intelligence avecques Vostre Majesté; et que les troys gentilshommes, -qu'elle m'avoit envoyez pour me le signiffier, n'avoyent rien, obmis -de ce qui pouvoit servir à l'ornement de ce propos, et de m'assurer -qu'aussytost qu'elle pourroit sçavoyr que vous l'auriez agréable, -qu'elle vous dépescheroit ung seigneur de qualité pour vous aller -apporter le dict ordre, ce que je vous avoys tout aussytost mandé; -qu'elle ne sçauroit avoyr faict eschoyr ceste élection sur prince de -la Chrestienté qui mette plus de peyne, que vous ferez, d'honnorer son -dict ordre, et de l'accepter de très bon cueur. - -Elle m'a respondu que, voyrement, avoit elle voulu fère cecy pour ung -acte patant à ung chascung de la confirmation d'amityé et de plus -estroicte intelligence qu'elle avoit avec Vostre Majesté; et que, si -elle eût eu quelque aultre chose de plus présant et de plus grand en -sa puissance, elle eût mis peyne de vous en honnorer; et que elle -espéroit qu'ainsy que les feus Roys, voz bisayeul, ayeul, père et -frère, ne l'avoyent refuzé de la main des prédécesseurs Roys de ceste -couronne, qu'aussy Vostre Majesté ne dédaigneroit de l'accepter -maintenant de la sienne. - -J'ay suivy à luy dire que vous me commandiez, par ceste vostre -dernière dépesche, de luy bien tesmoigner l'ayse et grand plésir -qu'aviez eu d'entendre, par Mr de La Chastre, qu'elle avoit bien et -agréablement receu la première négociation que luy aviez envoyée, avec -toutz les poinctz qu'elle contenoit, comme elle avoit grandement -caressé et bien traicté vostre ambassadeur et toutz les gentilshommes -françoys qui estoyent avecques luy; de quoy vous la vouliez, de tout -vostre cueur, infinyement remercyer, ensemble de la bonne et prompte -volonté dont elle vous avoit, sans excuse ny difficulté, ny sans -remise aulcune, accepté en la ligue commancée avec le feu Roy, vostre -frère, et de vous en avoyr expédyé ung acte en termes de grande amityé -et qui vous attribuoyent beaucoup d'honneur et de louange; et aussy -que, en beaucoup de sortes, et par plusieurs de ses propos, elle vous -avoit clèrement signiffyé son intention et la bonne affection qu'elle -vous portoit; mesmes, lorsque, voyant retirer ung dogue mort d'entre -les pattes de l'ours, elle avoit souhayté qu'_ainsy fussent toutz les -ennemys de Vostre Majesté_. Qui estoyent toutes démonstrations qui -vous avoyent extrêmement contanté, et vous la vouliez bien pryer de -croyre qu'elle les avoit colloquées en l'endroict du meilleur et plus -certain de ses amys, et du plus recognoissant prince, d'entre toutz -ceulx de son alliance; et que à nulle aultre promesse, que vous -eussiez jamays faicte, vous n'aviez plus allègrement ny plus -volontiers obligé vostre foy et sèrement, qu'à celle de son amityé et -de la confédération que vous aviez avec elle; et que, tout ainsy que -vous la luy aviez sollennellement jurée, qu'ainsy la luy garderiez -vous très sainctement et de bonne foy; et n'y auroit occasion du -monde, ny persuasion de personne vivante, qui vous en peût destourner. -En confirmation de quoy, vous luy envoyez la lettre, de vostre main, -qu'elle avoit demandée. - -La dicte Dame, avec beaucoup de plésir, a soubdein prins, et leu, et -releu, fort curieusement, la dicte lettre, ensemble la soubscription -et la suscription d'icelle; et l'ayant trouvée entièrement sellon son -desir, elle m'a dict qu'elle avoit à se louer beaucoup de Mr de La -Chastre et de moy, des bons et honnorables raportz qu'elle cognoissoit -bien que nous avions faict et escript d'elle, et mesmes de ne vous -avoyr cellé la particullarité de l'ours, qui estoit ung compte qu'elle -me vouloit confirmer, de rechef, qui n'avoit nullement esté feinct, ny -prins d'aylleurs que de la vraye affection de son cueur; et qu'il vous -avoit pleu, de vostre costé, si parfaictement accomplyr tout ce à quoy -le traicté vous obligeoyt vers elle, qu'elle restoit, à ceste heure, -très estroictement obligée vers vous; de quoy elle avoit plus de -playsir que de nulle aultre bien qu'elle eût en ce monde, et mettroit -peyne de le conserver soigneusement, tant qu'elle vivroit, et de vous -donner occasion que n'en sentissiez moindre bien ny moins de -contantement de vostre part. - -J'ay continué de luy dire que, oultre les quatre choses que vous aviez -très libérallement accomplies en cest endroict, s'il en restoit -encores quelqu'une à fère, de vostre costé, pour la rendre davantage -assurée de vous, que vous vous y offriez de bon cueur, et estiez prest -de l'accomplyr; et que, de mesmes, vous la priez qu'elle ne se grevât -de vous contanter de troys aultres choses qui estoyent bien -raysonnables, et d'une mutuelle satisfaction entre vous: la première -estoit de vous renouveller son sèrement; la segonde, de vous escripre -ung mot de sa main, au mesmes sens que vous aviez escript à elle; et -la troysiesme, de procéder à l'établissement du commerce entre voz -deux royaulmes, sellon la teneur du traicté. - -Elle m'a respondu qu'elle, de son costé, ne mettroit nulle difficulté -en nulle de ces troys choses, mais on luy avoit remonstré, quand aulx -deux premières, que vous aviez desjà, devers vous, le sèrement qu'elle -avoit faict et la lettre qu'elle avoit escripte au feu Roy, vostre -frère, qui l'obligeoient tout de mesmes à vous qu'elle s'estoit -obligée à luy, et l'obligeroyent encores vers toutz les successeurs de -vostre couronne qui voudroyent continuer en la ligue avec elle, et, -par ainsy, qu'il n'estoit besoing de renouveller rien de cella; et -quand au commerce, qu'elle vouloit, de bon cueur, que les choses -s'effectuassent sellon le traicté. - -J'ay réplicqué qu'encor qu'elle eût bien devers elle le sèrement et la -lettre du feu Roy, vous ne luy aviez pourtant dényé vostre propre -sèrement et vostre lettre, bien que le traicté ne vous obligeât qu'à -luy signiffier simplement vostre intention; et, que pour ne donner -lieu à nul escrupulles, je la supplyois qu'elle ne se voulût rendre -difficile vers vous de ces deux choses, parce que l'une et l'aultre ne -luy estoyent d'aulcun intérest à elle, et qu'après avoyr, Vostre -Majesté, ouy là dessus son ambassadeur, vous n'aviez layssé de me -mander de luy en continuer à elle mesmes vostre instance. Et n'ay rien -obmis, Sire, de ce que j'ay estymé la pouvoir mouvoyr à n'y fère -poinct de refus. - -Sur quoy elle m'a pryé que j'en volusse conférer avec ceulx de son -conseil, lesquelz avoyent aussy à me parler d'ung aultre affère, -duquel elle leur avoit commandé me fère part, affin que je ne -l'interprétasse nullement mal à Vostre Majesté: c'estoit que, pour -satisfère ung de ses marchandz d'une certayne somme, de laquelle il -avoit l'ordonnance de vostre conseil et lettres de vostre grand sceau, -et vostre mandement au trézorier de vostre espargne pour en estre -payé, et n'en ayant, après une longue poursuyte et beaucoup de frays, -peu rien obtenir, elle luy avoit concédé de pouvoir arrester par deçà -du bien de quelque françoys jusques à la concourrance de la dicte -somme, en transportant son debte au dict françoys, qui en pourroit, -puis après, aller poursuyvre son rembourcement vers Vostre Majesté. - -J'ay soubdain fermement incisté au contrayre de cella, et l'ay fort -conjurée de n'admettre telles ouvertes, et n'outrepasser les termes -des anciens traictés; mais je n'ay peu impétrer d'elle que le dellay -d'ung moys pour vous en advertyr, lequel passé, elle vous prioit de la -tenir pour fort excusée. - -Les seigneurs de son conseil, qui estoyent assemblez en bon nombre, -m'ont, au partir d'elle, fort volontiers escouté sur les remonstrances -que je leur ay déduictes touchant ce dessus. Et, après les avoyr -débatues, ilz ont advisé, quant à celles de la ligue, qu'ilz les -yroient résouldre avec la dicte Dame pour, puis après, m'en fère avoyr -entière responce. Dont, depuis, Mr de Walsingam m'a adverty, par le Sr -de Vassal, qu'ilz s'opinyastroient, quand au sèrement, de ne se -debvoir poinct réytérer; et quand à la lettre, qu'ilz la -consentiroyent; et quand au commerce, qu'ilz le desiroient plus que -nous, néantmoins qu'il ne se pouvoit establyr parmy les armes, tant -que noz troubles dureront. Mais, pour le regard du faict du marchand, -ilz se sont toutz, en ma présence, escriez qu'il n'y avoit rayson -aulcune qu'après les grandes dilligences et poursuytes qu'il avoit -faictes, et après les promesses de Mr le mareschal de Retz et aultres -seigneurs, qui avoyent esté par deçà, lesquelles estoyent toutes -réuscyes vaynes, j'eusse maintenant extorqué de la dicte Dame ung -nouveau dellay contre luy; et que ny les démonstrations, ny les -oeuvres, dont on usoit en France vers leur Mestresse, ne -correspondoyent en rien aulx bonnes parolles et persuasions dont je -l'entretenoys icy, ordinayrement; et que leur ambassadeur, après -avoyr, de temps en temps et de lieu en lieu, tousjours esté remis de -toutes ses demandes jusques à ce qu'on seroit à Paris, ne pouvoit -avoyr communicquation avec Mrs de Chiverny et de Bellyèvre, auxquelz -Vostre Majesté l'avoit renvoyé; et le renouvellement de la ligue -méritoit bien qu'on procédât d'une plus franche et meilleure affection -avecques luy. - -Je verray ce que je pourray fère de mieulx en ma première audience; -mais, de tant que la dicte Dame, pour quelque souspeçon de peste, a -deslogé, dès lendemain de Penthecoste, de Grenvich, et s'achemine -desjà en son progrès, je vous supplye, Sire, commander bien -estroictement à Mr de Mauvissière que, sans excuse ny dellay -quelconque, il s'en vueille dilligemment venir, car, autrement, je -vous ay bien expressément escript qu'il en viendroit faulte et -manquement à vostre service. Et sur ce, etc. - - Ce XXVIe jour de may 1575. - - A LA ROYNE. - -Madame, j'ay tesmoigné à ceste princesse le grand playsir qu'avez eu -de la continuation de la ligue d'entre le Roy, vostre filz, et elle, -et comme vous promettiez bien que vous la rendriez d'éternelle durée -tant que vous vivrés, du costé de dellà, si elle la sçayt et veut -maintenir bien droicte, du sien; qui a esté ung propos qu'elle a eu -fort agréable. Et m'a respondu qu'elle vouloit franchement -recognoistre de Vostre Majesté la conservation de la paix et de -l'amityé que, depuis son advènement à ceste couronne, elle avoit -tousjours eue avec la couronne de France, et qu'elle vous supplioyt de -ne vous lasser encores de ce commun bien, duquel elle mettroit peyne -que ne demeurissiez moins bien satisfaict d'elle qu'elle espéroit de -l'estre tousjours bien fort de Voz Très Chrestiennes Majestez. - -J'ay suivy à luy dire que vous m'aviez commandé de la prier -confidemment, de vostre part, que, par la première dépesche qu'elle -feroit à son ambassadeur, elle luy voulût adjouxter ung mot de telle -expression qu'il cognût évidemment qu'elle vouloit et desiroit, sans -feincte ny simulation aulcune, que la paix succédât en France: car on -vous avoit rapporté que, ez secrettes conférances d'entre les depputez -et luy, il leur donnoit entendre le contrayre. - -Elle m'a respondu qu'il ne se pouvoit fère qu'il eût commis ung si -meschant acte que celluy là, car c'estoit contre ce qu'elle luy avoit -commandé de fère, et qu'elle sçavoit bien que les depputés avoient -cherché d'avoyr communicquation avecques luy, mais qu'il s'en estoit -excusé, et estoit aulcunement souspeçonné d'estre papiste, et que -c'estoit luy mesmes qui l'avoit incitée de procurer la paix par dellà, -et de offrir à Voz Majestez ce qu'elle y pourroit fère, comme elle -l'avoit desjà faict; et qu'elle eût bien pensé de pouvoir mener ceulx -de la nouvelle religyon à se contanter de moins que, possible, ilz ne -feront; et qu'il y a quelque temps que le Roy d'Espaigne luy avoit -bien faict dire, soubz main, qu'il auroit grand playsir qu'elle se -voulût employer à luy moyenner une bonne paix en ses Pays Bas, après -toutesfoys qu'il auroit essayé de l'y fère luy mesmes, et que, -depuis, il l'avoit pourchassée, l'espace de deux ans, et si, ne -l'avoit pas encores; ny l'Empereur, lequel il y avoit employé, ne -l'avoit guyères advancée; et qu'elle ne vous pouvoit, pour ce regard, -prier de prendre ung plus salutayre conseil que de fère, commant que -ce soit, et le plus tost que pourrez, la paix, ny vous offrir rien de -mieulx en cella que ce qu'elle vous avoit desjà offert, qu'elle vous -offroit encores de bon cueur; et vous assurer, au reste, qu'elle -n'oublyeroit nullement l'article que demandiez, en la première lettre -qu'elle escriproit à son ambassadeur. Et sur ce, etc. Ce XXVIe jour de -may 1575. - - - - -CCCCLIIe DÉPESCHE - ---du IIe jour de juing 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Guybon._) - - Bruit répandu à Londres que la négociation de la paix est - entièrement rompue en France.--Affaires - d'Écosse.--Sollicitations de l'ambassadeur auprès d'Élisabeth - en faveur de Marie Stuart.--Espoir qu'il pourra bientôt y avoir - un rapprochement entre les deux reines.--Le comte de Killdare - et sa famille conduits prisonniers à Londres. - - - AU ROY. - -Sire, parce que, à ce soubdain délogement que la Royne d'Angleterre a -faict, le lendemain de Panthecoste, de Grenvich, à cause de la peste, -la pluspart des seigneurs de sa court et les principaulx de son -conseil se sont escartez en divers lieux pour prendre l'ayr des -champs, je ne puis, jusques à ce qu'ilz soyent rassemblez près d'elle, -retirer la responce des choses que je luy proposay dernièrement; mais -j'espère que, bientost, ilz y seront toutz de retour, et -qu'incontinent après je la vous pourray mander, n'estant sans quelque -apparence que les suppostz de la nouvelle religyon, lesquels, ces -jours passez, ont esté en court, se soyent cepandant efforcez de m'y -susciter de la difficulté. Et mesmes sur ce que l'ambassadeur -d'Angleterre a escript, du XXIe du passé, que le traicté que Vostre -Majesté avoit commancé entre les depputez de ceulx de la nouvelle -religyon estoit entyèrement rompu, et eulx toutz retirez, sans aulcun -espoyr d'accord; et que, depuis ung moys, Vostre Majesté s'estoit fort -réfroidye de la paix contre ce qu'elle avoit auparavant monstré -d'infinyement la desirer, je ne cesseray pourtant de solliciter la -responce que j'attandz de la dicte Dame, et de m'oposer aulx pratiques -d'iceulx suppostz aultant qu'il me sera possible, attandant la venue -de mon successeur, duquel la longueur n'est plus excusable pour vostre -service. - -J'entendz que, de nouveau, l'on remect en terme le voïage de Me -Quillegreu; et semble que ce soit pour deux occasions: l'une, pour -fère souscripre le comte de Morthon et le conseil de dellà à la ligue -de la nouvelle religyon, laquelle on tâche à renforcer plus que -jamays; et l'aultre, pour accommoder certein grand différent, que les -ministres et toute ceste sorte de clergé d'Escosse ont contre le dict -de Morthon, sur ce qu'il veut applicquer le tiers des bénéfices du -royaulme au revenu de la couronne. Je ne sçay si le dict Quillegreu se -déportera avec plus de modération vers le nom et l'alliance de Vostre -Majesté par dellà qu'il n'a faict, les aultres foys qu'il y est allé. - -Il a esté besoing, pour la trop curieuse et aspre inquisition, qu'on -faisoit icy contre la Royne d'Escosse, de fère une honneste et -gracieuse mencion d'elle à la Royne, sa seur, et luy tesmoigner que sa -droicte et bonne intention vers elle méritoit, en toutes sortes, -qu'elle eût plus de respect à elle, et ne luy dényât le premier et -meilleur lieu que justement elle desiroit avoyr en sa bonne grâce. En -quoy m'a semblé qu'encor qu'elle m'ayt ramanteu aulcunes traverses et -empeschementz, que le susdict comte de Morthon, avec ses adhérentz, -s'efforçoit d'y mettre, néantmoins elle n'a tant couvert ny dissimulé -son cueur qu'elle ne m'ayt donné à cognoistre qu'elle n'estoit mal -disposée vers elle, et qu'encor que les ennemys puissent bien retarder -aulcunes de ses bonnes démonstrations vers elle, qu'ilz ne pourront -toutesfoys jamays tant rompre les liens, dont Dieu et nature les ont -conjoinctes ensemble, qu'elle ne luy rende tousjours ung honneste et -honnorable debvoir de bonne parante. De quoy j'ay mis peyne d'en -resjouyr et consoler, par ung mot de lettre, la dicte Dame, et luy -conseiller qu'elle ne vueille discontinuer vers elle ses honnestes -escriptz et ses gracieulx présantz; et j'espère que ceste aigreur, -aussy bien que les précédentes, se réduyra à modération. Et mesmes y -en a qui pensent qu'elles se pourront voyr en ce progrès: sur quoy se -faict de bonnes et maulvaises interprétations. - -Le comte de Quildar a esté admené prisonnyer, d'Irlande, ensemble la -comtesse sa femme et ses enfans, et sont desjà mis soubz diverses -gardes en ceste ville, attandant qu'ilz soyent examinez. Je mettray -peyne d'entendre davantage de leur faict, ensemble de l'estat du pays -de dellà, pour vous en donner advis par mes premières. Et, sur ce, -etc. Ce IIe jour de juing 1575. - - - - -CCCCLIIIe DÉPESCHE - ---du VIIe jour de juing 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Annonce d'une audience.--Négociation de Mr de Méru avec les - seigneurs du conseil.--Affaires d'Irlande.--Nouvelles des - Pays-Bas. - - - AU ROY. - -Sire, sur l'occasion de vostre dépesche, du XXIIIe du passé, laquelle -j'ay recue le deuxiesme d'estui cy, j'yray demain trouver la Royne -d'Angleterre à Athfeild, à dix huict mille d'icy, pour luy fère bien -particullièrement entendre tout ce qu'il vous plaist me commander de -luy dyre; qui espère qu'elle en recevra du contantement beaucoup, et -qu'elle cognoistra combien de plus en plus vous dellibérez de procéder -sincèrement vers elle, pour mériter qu'elle uze aussy de toute -sincérité vers vous. Et parce qu'il semble qu'on luy ayt donné -diverses interprétations d'aulcunes choses de Vostre Majesté, et -mesmement de celles ès quelles elle prétend d'avoyr quelque intérest, -et aussy des aultres qu'avez à desmeller avec voz subjectz, je mettray -peyne de luy toucher les principaulx poinctz des unes et des aultres, -affin que, des réponses qu'elle m'y fera, je puisse tirer tout ce -qu'il me sera possible de son intention pour vous en rendre, par mes -premières, bien informé, et que ne soyez sans cognoistre à quoy il -vous faudra préparer pour les dellibérations qu'elle y pourroit -prendre. - -Mr de Méru a esté luy bayser la main depuis troys jours, non sans -avoyr eu de la communicquation longuement et privéement avec les -seigneurs de son conseil sur les advertissementz qui sont venuz de -l'ambassadeur d'Angleterre, et sur ceulx que les depputez luy ont -envoyé à luy mesmes, avant qu'ilz soyent partis de Paris, touchant les -difficultez de la paix; desquelles il semble qu'ilz les raportent -toutes à celles de la seureté. Le cappitayne La Porte et le cappitayne -Chat ont esté aussy bayser les mains de la dicte Dame; et, bien que le -dict Sr de Méru face semblant de ne bouger de ceste ville, je sentz -bien que l'ung des aultres deux ou toutz les deux prétandent de fère -bientost ung voïage en Allemaigne. Cepandant quelques cappitaynes -font, icy, semblant d'armer, et de lever des soldatz, et équipper des -vaysseaulx de guerre, se continuant la voix que c'est pour aller aulx -Pays Bas, les uns trouver le commandeur, les aultres le prince -d'Orange. Je feray curieusement observer s'il y a rien contre la -France. - -Le comte de Quildar a esté ouy, et creignent, ses amys, qu'il sera mis -dans la Tour. L'on dict que, pour aultant qu'après qu'il a esté party, -le présidant d'Irlande a mis la main sur vingt ou trente aultres des -principaulx, qui habitent dans la Pallissade, le comte d'Esmond s'est -mis, quand et quand, aulx champs, creignant qu'on ne s'adressât aussy, -à la fin, à luy; dont les choses tournent se rebrouyller aulcunement -par dellà. - -Me Quillegreu est commandé de suyvre le progrès, et se tenir prest -pour aller en Escosse. Je ne puis encores proprement descouvrir -l'occasion de son voïage, sinon ce que je vous en ay mandé par mes -précédantes; et, si j'en apprends davantage, je l'adjouxteray à mes -premières. Le docteur de Bruxelles continue toujours sa négociation, -et mesmement sur le poinct d'envoyer ses ambassadeurs près de l'ung et -l'autre prince, et m'a l'on dict qu'il a donné entendre que le Roy -d'Espaigne a nommé dom Loys de Sylva pour venir icy; mais ceste -princesse, encor qu'elle ait desjà nommé Me Henry Cobhan pour aller en -Espaigne, elle ne se haste toutesfoys de le dépescher, et pense l'on -que, d'icy à quelques jours, elle l'y pourra bien envoyer, mais non -avec commission d'y résider, sinon après que le Roy d'Espaigne l'aura -satisfaicte d'aulcuns poinctz qu'il aura charge, devant toutes aultres -choses, de luy demander. - -Je feray entendre à ceulx de voz subjectz, qui sont encores icy, la -droicte et saincte intention que me mandez avoyr à la paix, et verray -quel contentement leur auront donné les depputez touchant les bonnes -responces que leur aviez faictes; et m'efforceray, au reste, en -attandant l'arryvée de mon successeur, qui faict par trop le long, de -pourvoir, le mieulx que je pourray, à ce qui surviendra, icy, pour -vostre service. Sur ce, etc. - - Ce VIIe jour de juing 1575. - - - - -CCCCLIVe DÉPESCHE - ---du XIIe jour de juing 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._) - - Audience.--Acceptation par le roi de l'ordre de la - Jarretière.--Instance de l'ambassadeur pour que Leicester soit - envoyé en France à cette occasion.--Excuse donnée par la - reine.--Mécontentement qu'elle témoigne à l'égard de la - France.--Demande qu'elle fait de la communication des articles - proposés pour la pacification.--Sollicitations dont elle est - entourée afin de la forcer de se prononcer en faveur des - protestans de France.--Sa déclaration qu'elle a toute confiance - dans le roi et la reine-mère. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay esté, ceste foys, assez favorablement receu de ceste -princesse, en la mayson de milord trésorier, où elle a séjourné huict -ou dix jours, et m'a faict invyter à ung festin qui s'y est faict -dimanche dernyer. Elle a esté fort contante de vostre acceptation de -son ordre, et m'a pryé que je vous en fisse ung singullier mercyement -de sa part, et que bientost elle vous dépeschera ung seigneur de bonne -qualité pour le vous apporter; qui aura la mesmes bonne affection à -l'entretènement de vostre mutuelle amityé que le comte de Lestre -pourroit avoyr, lequel elle ne refuzeroit pas de le vous envoyer, si -c'estoit pour occasion qui importât à vostre service; mais, parce que -c'est luy qui a la principalle charge de son progrès, et qu'elle -dellibère de l'aller fère bien loing vers le North, et mesmes passer, -à l'aller et au retour, en la mayson du dict comte, à Quilingourt, -elle vous supplye de l'excuser de ce voyage. - -Je luy ay fort incisté qu'elle vous contantât de cella, et qu'il luy -rapporteroit, à son retour, de quoy estre plus contante et plus -joyeuse, et en plus de repos, toute sa vye; mais je ne l'ay peu -impétrer. Je ne sçays encores si elle se ravisera; néantmoins, Sire, -il est venu fort à propos que Vostre Majesté l'ayt ainsy demandé, car, -sans cella, je me trouvoys fort confus sur quelques poinctz que la -dicte Dame m'a touché, en passant, avec ung peu d'aygreur; desquels il -est besoing que je cherche de descouvrir, au vray, quel en est le -fondz, affin de le vous mander. Et je pense bien qu'une bonne partye a -procédé de la dernière dépesche de son ambassadeur, et de la créance -que me mandez que Jacomo, qui la luy a apportée, a eu à luy -explicquer; dont bientost j'en auray quelque esclarcissement, et vous -manderay, par mesmes moyen, Sire, ce qu'elle m'a discouru sur le faict -de la paix, avecques voz subjectz. Qui ay bien cognu qu'elle n'avoit -encores eu la relation de la vraye vérité de voz responces, dont m'a -fort pryé de luy vouloir bayller, par escript, le sommayre de ce que -vous accordés à voz subjectz pour l'exercice de leur religyon; ce que -je ne luy ay ozé promettre, et ne le luy ay pas refuzé, aussy, à cause -du postscript de vostre lettre. - -Néantmoins je supplye très humblement Vostre Majesté de donner tant de -foy à ce que j'ay très soigneusement nothé, et bien curieusement -recueilly, des propos et démonstrations de la dicte Dame, qu'elle -desire, sans fiction ny ypochrisye quelconque, que puissiez mettre la -paix en vostre royaulme; et se trouve assez en peyne comme se -desmeller des violentes persuasions à quoy, de toutes partz, l'on la -sollicite contre vous, en cest endroict. Qui veulx bien confesser, -Sire, qu'elle ne m'a pas dissimulé que, pour aulcunes occasions, et -mesmes pour quelque griefve matière d'offance, elle ne soit -aulcunement provoquée à vous nuyre. - -Mais, enfin, après luy avoyr admené des considérations qui sont venues -tout à temps, (et ne failloit pas qu'elles tardassent davantage), elle -m'a dict qu'elle ne deffaudra nullement à l'amityé qu'elle vous a -promise, si vous ne luy manquez de la vostre; et qu'elle vous prye de -ne donner légèrement foy aulx rapportz qu'on vous fera d'elle, comme -aussy elle n'en donra poinct à ceulx qu'on luy fera de vous; mais que -vous reportiez toutz deux aulx mutuelles actions l'ung de l'aultre, -sellon qu'elle ne refuze poinct que vous examiniez bien les siennes; -car elle examinera bien fort curieusement les vostres. - -Et, pour ceste foys, Sire, je ne veulx mettre Vostre Majesté en -allarme d'aulcune chose apparante de ce costé, mais l'on m'a bien dict -qu'il s'y prépare quelques contributions de deniers d'aulcuns -particulliers protestantz pour envoyer en Allemaigne. Sur ce, etc. - - Ce XIIe jour de juing 1575. - - - A LA ROYNE. - -Madame, parce que, dès l'entrée des propos, où la Royne d'Angleterre -et moy, après ceulx des honnestes complimentz, sommes ceste foys venus -à ceulx de la négociation de deçà, j'ay bien cognu qu'elle estoit -esmeue, et avoit le cueur pressé et son esprit en perplexité -d'aulcunes choses de France, je l'ay temporisée longtemps sans luy -rien contredyre. Et, après, je luy ay faict aulcunes remonstrances, en -partye grâcieuses, et en partye avec quelque expression, pour la -conduyre peu à peu à parler de Vostre Majesté. Et enfin luy ay dict -qu'elle se pouvoit bien souvenir que vous aviez tousjours mis bon -ordre que nulz de ses ennemys fussent ouys ny jamays bien venus en -France, et qu'à présent ilz en estoient plus reboutez que jamays; dont -le Roy et Vostre Majesté la vouliez bien prier que ceulx, qui vous -estoyent malveillantz, ne fussent aussy ny bien receus d'elle, ny -escoutez de ceulx de son conseil, et qu'elle ne leur voulût donner ny -foy ny crédict contre vous. - -A quoy elle, après plusieurs argumentz et réplicques, m'a enfin -confessé qu'elle ne pouvoit ny vouloit nyer qu'elle ne vous eût plus -d'obligations qu'à princesse de la Chrestienté, mais que vous -cognoissyez aussy qu'elle n'en estoit ny ingrate ny mescognoissante, -et que ses bons déportementz n'avoient esté moindres, ny de moins de -prouffit à Voz Très Chrestiennes Majestez que les vostres vers elle; -et qu'elle me prioit de vous saluer très cordiallement de toutes ses -meilleures recommandations, et de vous prier que voulussiez, à ceste -heure, plus que jamays, avoyr ung honneste respect à elle et à son -amityé, ainsy qu'elle en avoit tousjours eu, et vouloit de bon cueur -avoyr, à vous et à la vostre, et au Roy, vostre filz, et à la sienne, -et qu'elle ne m'en diroit pas, pour ce coup, davantage. - -Je pense desjà avoyr comprins où cella va; dont par mes premières je -le vous manderay, ensemble ce que j'auray plus avant apprins d'aultres -choses. Et sur ce, etc. - - Ce XIIe jour de juing 1575. - - - - -CCCCLVe DÉPESCHE - ---du XVIIe jour de juing 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._) - - Secours d'argent donné par les Anglais aux protestans d'Allemagne - et de France.--Refroidissement entre Élisabeth et le prince - d'Orange.--Incertitude sur quelque évènement nouveau survenu en - Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, parce que j'attandz encores une responce de ceste princesse et -des seigneurs de son conseil sur ce que j'ay dernyèrement négocyé avec -elle et avec eulx, je remettray, jusques à mes premières, affin de -fère de tout ung, de vous mander les principaulx poinctz des choses -que je leur ay débatues, et de celles que, par aulcunes conjectures et -de leurs parolles, je puis avoyr comprinses; lesquelles je mettray -peyne, entre cy et là, d'approfondir davantage, affin de les vous -escripre plus fondées, pour pouvoir mieulx asseoyr vostre bon -jugement. Et vous diray cepandant, Sire, que Mr de Méru est retourné -trouver la dicte Dame et iceulx du conseil, le lendemain que j'en ay -esté party, sur l'occasion, à mon advis, d'ung qui est freschement -arryvé de Basle, qu'on dict estre le mèdecin du Prince de Condé. -J'espère qu'il ne m'y aura, quand il s'en sera bien essayé, guyères -peu altérer les choses; ny les aultres poursuivantz qui ont esté -depuis luy; et ce que je sentz qu'il a plus advancé, icy, est que, par -lettres de banque, et par le crédict qu'on luy donne de France et -d'Allemaigne, et encores de Flandres, aulx marchandz de Londres, il -pourra, avec la faveur d'aulcuns de ce dict conseil, trouver jusques à -neuf ou dix mille livres d'esterling, qui est envyron trente mille -escuz, à prester avec bon intérest. Et je sçay qu'il y a desjà dix -mille angelotz, en espèces, devers certains personnages de ceste -ville, que je crains y estre mis à cest effect; mais il n'y a ordre de -l'empescher, car la chose va fort secrette et entre personnages de -telle authorité et de tel commerce qu'elles peuvent facillement -coulorer et couvrir plus grand chose que cella. J'entendz que ceulx de -la Rochelle ont aussy faict quelque contract de sel avec ceulx de -Hembourg, pour quarante mille escuz, qui doibvent estre fournis en -Allemaigne; et disent les ministres que le Prince de Condé arrivera -sans doubte, sinon qu'il soit pourveu de plus amples seuretez, et pour -plus longtemps, aulx eslevez, que les responces de Vostre Majesté ne -leur en donnent; et qu'à ce seul poinct tient toute la difficulté de -la paix. - -Le sire Philippes Sidney, nepveu et hérityer du comte de Lestre, est -revenu, ces jours cy, d'Allemaigne, où il a demeuré envyron deux ans, -en la court de l'Empereur, et aylleurs, pour voyr le pays; et a -apporté lettres de créance d'aulcuns princes protestantz à ceste -princesse. Elle est sur le poinct de redépescher le secrettère Wilx -par dellà; et seroit bon que Vostre Majesté fît observer par -quelqu'ung, à Strasbourg, le Sr Sturmius; car il est à présent agent -de ceste princesse en Allemaigne, depuis la mort du docteur Mont, qui -se tenoit à Francfort: et dict on que le dict Sturmius est bien savant -aulx lettres, mais qu'il est homme simple et peu entendu en affères -d'estat, et que, près de luy, se pourroit descouvrir la pluspart de -leurs dellibérations. - -Le prince d'Orange est merveilleusement venu suspect aux Angloix -depuis la nouvelle de son mariage avec madame de Jouare, et mesmes -qu'il estoit desjà en quelque discord avec eulx sur ce qu'ilz -l'avoyent sommé de leur laysser la navygation et le commerce libres en -Anvers, non seulement des marchandises de ce royaulme et aultres à -eulx appartenantz, mais de celles qu'ilz prendroyent, à conduyre, des -Hespaignolz et Portugoys et des aultres qu'ilz voudroyent colorer et -advouer pour ligues. A quoy le dict prince, nonobstant leurs bravades -et menasses, n'a voulu condescendre, sinon seulement pour les -marchandises proprement appartenant à iceulx Angloix et pour celles -des marchandz advanturiers de Londres; dont y a desjà des lettres de -marque expédiées sur quelque occasion contre ceulx de Fleximgues. Et -par ce, aussy, que le dict sieur prince ne reçoit plus si volontiers -comme il souloit les soldatz angloix à sa soulde, il s'en appreste ung -nombre avec leurs cappitaynes pour aller au service du grand -commandeur de Castille contre luy. Vray est qu'à ce que j'entendz, -l'on propose d'envoyer bientost ung personnage de qualité de ceste -court vers le dict prince, en Ollande, pour accommoder toutz ces -différandz avecques luy. - -Le voïage de Me Quillegreu en Escosse sembloit estre non seulement -différé mais interrompu du tout jusques à ce que, depuis deux jours, -l'on l'a contremandé en haste à la court, pour le dépescher par dellà, -et pour mener avecques luy certain aultre personnage, qu'on nomme Me -Davidson, qu'on estyme qui demeurera résidant près du comte de -Morthon; ce qui monstre qu'il y doibt avoyr quelque nouveaulté -suscitée au dict comte, ou qu'on commence de l'avoyr suspect. Et sur -ce, etc. - - Ce XVIIe jour de juing 1575. - - - - -CCCCLVIe DÉPESCHE - ---du XXVIe jour de juing 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._) - - Détails de la précédente audience.--Motifs qui engagent Élisabeth - à refuser de prêter un nouveau serment.--Instances au nom du - roi pour qu'il ne soit donné aucun refuge en Angleterre à ses - sujets rebelles.--Satisfaction d'Élisabeth à raison de - l'acceptation que le roi a faite de son ordre. - - - AU ROY. - -Sire, parmy les propos que j'ay dernièrement tenus à la Royne -d'Angleterre, j'ay estimé, pour aulcunes bonnes occasions, qu'il -estoit besoing de luy dire que Vostre Majesté se trouvoit de plus en -plus très contante de la ligue, naguyères renouvellée avec elle; et -que jamays, à quelconque aultre promesse qu'eussiez faicte en ce -monde, vous n'aviez plus volontiers adjouxté vostre foy et sèrement -qu'à celle de son amityé; et que, si elle desiroit encores quelque -aultre chose, pour s'assurer davantage de vous en cest endroict, que -vous la luy offriez de bon cueur et estiez prest de l'effectuer; et -que pareillement vous me commandiez de vous rendre responce des -particullaritez qui touchoient à elle de vous accomplyr, sellon que -j'en avoys baillé la nothe par escript à Mr de Walsingam, à qui -j'avoys aussy communicqué le pouvoir que m'aviez envoyé pour assister -à son sèrement; lequel sèrement je la pryois bien fort ne se grever de -vous renouveller, encor que possible le traicté ne l'y obligeât, -sellon que vous n'aviez différé de le luy prester à elle, oultre -l'obligation du dict traicté, affin qu'il ne demeurât aucun escrupulle -entre vous. - -Elle m'a respondu qu'elle louoit Dieu de voyr que vostre contantement -correspondoit au sien sur la continuation de la ligue, et vostre desir -à celluy qu'elle avoit de la bien observer, chose qu'elle prioit Dieu, -et l'a dict ung peu en collère, qu'il vous fît quelquefoys cognoistre -combien elle vous estoit plus utille que vous ne le pensiez, et plus -qu'on ne s'efforçoit de le vous persuader; et qu'elle ne vous voudroit -pas différer son sèrement, n'estoit que ceulx de son conseil luy -remonstroyent qu'il estoit impertinent de le fère, et que cella seroit -remettre en doubte tout le passé, et que son ambassadeur luy avoit -aussy mandé que Vostre Majesté demeuroit bien capable et satisfaicte -de ce poinct; et qu'au reste je l'excusasse si elle ne vous avoit -encores envoyé la lettre qu'elle vous debvoit escripre, de sa main, -car, pour s'estre faict mal à un bras, en courant à la chasse, sur ung -cheval d'Espaigne, elle n'y avoit peu encores vacquer, mais que, dans -quatre ou cinq jours, je l'aurois sans aulcune difficulté. - -J'ay suivy à luy dire que, pour ceste heure, doncques, je ne la -presserois plus du sèrement, et me contanteroys de vous escrypre sa -raison, et m'efforceroys, avec la lettre de sa main et ses aultres -honnestes responces, de vous donner le plus de satisfaction d'elle -qu'il me seroit possible, et qu'elle se pouvoit vanter d'avoyr acquis -en Vostre Majesté le plus grand et le meilleur de tous les amys -qu'elle eût peu rencontrer en la Chrestienté, et le plus ferme -confédéré que sa couronne ayt eu depuis qu'elle est establye, et que, -dorsenavant, nul de ses ennemys, ny nul de ses rebelles, ny nul qui -luy voulût mal, ne trouveroyent lieu ny place en France; et que de -mesmes vous desiriés, Sire, que nul aussy, qui pourchassât de vous -nuyre, en peût trouver près d'elle ny des seigneurs de son conseil, ny -faveur aulcune contre vous en ce royaulme; et que de cella vous l'en -priez très affectueusement comme chose très raysonnable, et sur -laquelle les parolles que me commandiez de luy en dire n'estoient ny -légères ny communes, ains d'une grande expression, qui déclaroyent -bien que vous aviez une singullière bonne volonté de persévérer à -jamays vers elle, et faisiez aussy estat qu'elle persévèreroit très -constamment vers vous; et que de cella vous aviez prins une plus -grande assurance par ce nouveau et très agréable tesmoignage, qu'elle -vous donnoit, de vous avoyr esleu chevalyer de son ordre; de quoy, -pour n'emprunpter rien hors de vostre lettre, de ce que me commandiez -luy dyre du grand contantement qu'en aviez receu, et de l'infiny -mercyement que luy en rendiez, et du debvoir où vous vous mettriez -d'honnorer son ordre avec le plus de dignité qu'il vous seroit -possible, et du playsir que vous auriez qu'elle le vous envoyât -bientost, qui seroit redoublé si elle vouloit que ce fût par le comte -de Lestre, je la supplyois qu'elle mesmes voulût lyre ce qu'il vous -playsoit m'en escripre, et elle trouveroit que son ordre estoit très -bien employé en Vostre Majesté, et que vous sçaviez honnorer -grandement ceulx qui vous honnoroyent et honnorer l'honneur qu'on -s'efforçoit de vous fère. - -Elle a distinctement leu tout l'article de vostre lettre, qui faisoit -mencion de cella, et, après, comme toute resjouye et bien fort -contante, m'a faict la responce que je vous ay sommayrement comptée en -mes précédantes. Et, d'abondant, m'a dict qu'elle vous remercyoit, de -tout son cueur, du grand et remarquable honneur que Vostre Majesté -faisoit à elle et à son ordre de si favorablement l'accepter, et -qu'elle le vous envoyeroit bientost par ung personnage d'authorité, -bien incliné à vostre mutuelle amityé, que vous n'auriez moins -agréable que le comte de Lestre; duquel elle me manderoit le nom, -incontinent qu'elle en auroit faicte l'élection; et néantmoins qu'elle -avoit grand plésir qu'eussiez demandé le dict comte, car elle -cognoissoit par là que vous vouliez procéder de grande sincérité vers -elle. - -Dont de ce propos et d'aulcuns aultres que nous avons continué, -l'espace de deux heures, Vostre Majesté en entendra davantage par le -Sr de Vassal, présent porteur. Et n'adjouxteray rien plus icy, Sire, -sinon qu'encor qu'on eût aulcunement altéré la dicte Dame contre vous, -j'ay bien cognu qu'elle n'estoit preste, pour cella, de se destourner -de vostre amityé s'il vous plaist continuer en la sienne. Je vous -envoye la lettre de sa main et la responce que ceulx de son conseil -m'ont faicte sur le reste de mes demandes. Et sur ce, etc. Ce XXVIe -jour de juing 1575. - - - - -CCCCLVIIe DÉPESCHE - ---du premier jour de juillet 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Convalescence du roi.--Mort du maréchal de Danville.--Départ de - Mr de Méru pour l'Allemagne.--Efforts de l'ambassadeur afin - d'empêcher Élisabeth de donner des secours sérieux aux - protestans de France.--Assurance qu'elle a formé la résolution - de s'en tenir avec eux à de simples promesses. - - - AU ROY. - -Sire, l'on a parlé icy diversement de la qualité et de l'effect de -vostre maladye, et je loue Dieu, de bon cueur, et le remercye, bien -dévotement, qu'il vous en a bientost relevé, et qu'il n'a permis -qu'elle ayt esté si violente ni sy dangereuse comme on le disoit. Je -fay présentement ung mot de vostre parfaicte guérison à la Royne -d'Angleterre, attandant que, sur l'occasion de quelque aultre vostre -dépesche, je l'aille trouver pour m'en conjouyr davantage et plus -expressément avec elle. - -La mort de Mr de Dampville[4] estoit desjà publiée, icy, sur ung -advertissement de l'ambassadeur d'Angleterre, premier que j'ay receu -celluy de Vostre Majesté, et n'a esté petite l'émotion qu'on s'est -donnée de cella, creignantz les ungs que le party duquel il estoit se -doibve trouver, à présent, beaucoup affoybly et débilité par son -manquement, et les aultres estiment que, de ce qu'il s'estoit joinct à -la cause de la nouvelle relligyon, elle en estoit devenue plus foible, -et en recepvoit quelque deffaveur vers aulcuns princes protestantz. -Comment que ce soit, s'il estoit occasion que ne peussiez donner la -paix à voz subjectz ny la recepvoyr d'eux, Dieu, de qui les jugementz -sont toujours très justes et sainctz, la luy vueille octroyer bonne -par dellà. - - [4] Cette nouvelle était fausse. Henri, maréchal de Danville, - frère puîné du duc de Montmorenci, est mort à Agde, le 1er avril - 1614, âgé de soixante-dix ans. - -Mr de Méru est desjà embarqué pour passer en Hemden ou bien en -Hanbourg, affin d'aller trouver le Prince de Condé à Basle. J'entendz -que ceste princesse, quand il a prins congé d'elle, luy a faict -présant d'envyron troys mille escus; et m'a l'on dict que Wilx va -avecques luy, dépesché par aulcuns particulliers de ce royaulme, avec -VII mille V{c} {#} d'esterling, qui sont vingt cinq mille escus, avec -quelque chayne d'assés grand pris pour fère présent par dellà: dont -quelqu'ung a comprins, de certain propos que le dict Sr de Méru a eu à -tenir, que ce seroit pour fère marcher bientost deux milles reytres et -quatre mille lansequenetz en France. Néantmoins il a faict -démonstration, en mon endroict, à son partement, qu'il avoit desir et -espérance de la paix; et a dict que, si son frère de Dampville estoit -mort, ce qu'il ne vouloit encores croyre, la plus grande perte en -seroit à Vostre Majesté, d'autant qu'il luy avoit naguyères escript -qu'il ne se trouvoit tant en peyne de combatre contre ceulx contre qui -il s'estoit mis, que de vaincre ceulx, avec qui il estoit, pour les -retenir en vostre dévotion. - -Je rencontre, par toutz mes advis, qu'il n'a poinct obtenu aulcune -aultre provision de deniers, ny promesse d'hommes, ny de vaysseaulx, -de ceste princesse; et pour le moins ne me trouvè je si veufflé d'elle -que, quand aulx hommes et vaysseaulx, je n'aye faict que ouvertement -elle a refuzé aulx ministres et aultres poursuyvantz, qui sont icy, -d'en bailler; et, quand aulx deniers, si, d'avanture, elle consent, -soubz main, à quelque crédict de ses marchandz, ce ne peut estre de -grand somme. Et si, luy ay je protesté, il y a plus de six moys, et le -luy renouvelle toutz les jours, que vous vous plaindriez d'elle, si -les Allemantz marchoient en France, parce qu'on sçayt assez que le -Prince de Condé n'a de quoy les y fère marcher, si elle, de son argent -ou crédict, ne leur faict des jambes et des pieds. Et je vous supplye, -Sire, de ne donner trop de foy à ceulx qui vous cellèbrent la facilité -de la dicte Dame à bailler son argent contre vous, ny à vous rompre le -traicté; mais bien à ceulx qui la font libéralle de bonnes parolles et -de promesses vers ung chascung. Sur ce, etc. - - Ce Ier jour de juillet 1575. - - - - -CCCCLVIIIe DÉPESCHE - ---du IIIIe jour de juillet 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._) - - Prises faites sur les Anglais par les navires de St Malo.--Vives - plaintes des Anglais, qui veulent considérer cet acte comme une - déclaration de guerre.--Assurance de l'ambassadeur qu'il leur - sera donné satisfaction.--Menace de guerre de la part - d'Élisabeth contre ceux de Flessingue à raison de prises qu'ils - ont faites.--Nouvelles des Pays-Bas.--Incertitude sur les - affaires d'Écosse.--Instance de l'ambassadeur pour qu'il soit - donné satisfaction relativement aux prises faites par ceux de - St Malo. - - - AU ROY. - -Sire, aulcuns particulliers de ce royaulme, qui favorisoient les -pyrateries, entendantz que ceulx de St Malo s'estoient mis sur mer -pour garder que ceulx de la Rochelle n'en peussent plus fère et -n'empeschassent la navigation, avoyent secrettement entreprins d'armer -dix ou douze grandz navyres de guerre, en divers portz de ce -royaulme, pour courre sus à ceulx de St Malo; de quoy, aussytost que -j'en ay eu vent, j'ay faict cognoistre que j'avoys descouvert -l'entreprinse. Dont la Royne d'Angleterre a incontinent mandé aulx -justices du pays d'ung chascung endroict de fère incontinent cesser le -dict apprest, et garder qu'aulcun navyre ne sorte que pour faict de -marchandise; et si, d'avanture, il y en a quelqu'ung qui vueille -sortyr armé, à cause des pirates, qu'il donne caution de ne rien -attempter au préjudice des traités contre les amys et confédérez de ce -royaulme. Mais il n'a guyères tardé, après cella, qu'ung -advertissement est arryvé comme, depuis le XXe de may dernier, les -dictz de St Malo ont prins troys navyres marchands angloix, venant, -l'ung de la Rochelle, et les aultres deux d'Espaigne et du Portugal, -lesquels, aussytost qu'ilz les ont eus amenez en leur port, les ont -faict déclarer de bonne prinse et toute leur marchandise a esté -dissipée: de quoy l'on m'a faict une extrême plaincte, et que l'on -vouloit sçavoyr de moy si Vostre Majesté prétendoit par là d'ouvrir la -guerre à ce royaulme, car n'avoyent entendu qu'il fût prohibé aulx -Angloix de traffiquer avec ceulx de la Rochelle, ny aylleurs. - -A quoy je leur ay respondu que c'estoit ung faict nouveau, sur lequel -je ne leur pouvoys dire aultre chose, sinon que je les assuroys de -vostre bonne et droicte intention vers la paix et amityé de ceste -couronne, et que, d'ouverture de guerre, il n'en y avoit poinct; dont -pourroyent fère leurs dilligences vers Vostre Majesté, et que je les -accompaigneroys de mes lettres, et en escriproys aussy aulx -gouverneurs de Bretaigne et de St Malo pour leur en fère avoyr rayson -et justice; ce qui les a remis en quelque espérance de recouvrer leurs -biens. - -Néantmoins, parce qu'il y a une semblable querelle contre ceulx de -Flexingues, lesquelz ont aussy naguyères prins des navyres angloix -bien riches, et qu'à cause de cella ceste princesse les a envoyés -sommer, par le docteur Roger de ceste ville, de fère entière -restitution de tout ce que ses subjectz leur pourroyent duement -vériffyer qu'ilz ont prins depuis troys ans en çà, aultrement qu'elle -leur dénoncera la guerre; l'on est sur le poinct de dresser ung grand -équippage de mer contre eulx. Il sera bon d'y avoyr l'oeil et de fère, -affin que cella ne s'addresse contre nous, que l'on sache au vrai, du -premier jour, comme aura passé le faict de la prinse de St Malo et en -donner quelque rayson par deçà. - -Je croy bien que les nouvelles nopces du prince d'Orange, lesquelles -leur sont fort suspectes, font qu'ilz prennent plus à cueur qu'ilz -n'eussent pas faict les injures de ceulx de Flexingues. Et mesmes -j'entendz qu'il y a mille Angloix, près de Bruges, qui se vont -enroller au service du grand commandeur de Castille, et qu'il -recouvrera dorsenavant beaucoup plus de marinyers de ce royaulme -qu'ilz n'ont pas faict; et que Me Henry Cobhan partira bientost pour -aller résider ambassadeur de ceste princesse en Hespaigne. - -Me Quillegreu n'est encores party pour Escosse, mais on le faict -suyvre pour le dépescher, d'heure en heure, et croy qu'on n'attand -plus sinon les nouvelles de la paix de vostre royaulme, si elle -succèdera ou non, pour le fère acheminer. Et sur ce, etc. Ce IVe jour -de juillet 1575. - - Il court bruict qu'il est survenu quelque nouveaulté au comte - de Morthon en Escosse, et le faict on mort. J'en entendray - davantage, affin de le vous mander par mes premières; mais il - y doibt avoyr quelque chose, car l'on s'en esmeut assez. - - - A LA ROYNE. - -Madame, il n'y a, à présent, icy, aultre chose digne de Voz Majestez, -aulmoins qui soit encores venue à ma cognoissance, depuis mes -précédentes dépesches, du XXVIe du passé, et premier d'estui cy, que -ce qu'il vous plerra voyr en la lettre que j'escriptz, de ceste dathe, -au Roy, vostre filz; en laquelle je luy touche ung faict duquel l'on -m'est venu fère grande plaincte, et sur lequel j'estime, Madame, qu'il -est expédient d'y fère bien regarder, affin que le cas n'en aylle à -plus d'altération; et que, sur ce renouvellement de ligue, les -subjectz de ces deux royaulmes, non seulement trouvent une mutuelle -seureté, mais qu'ilz sentent beaucoup de faveur et de support les ungs -des aultres en leurs communs traffics: aultrement le sèrement du Roy -et celluy aussy que ceste princesse a faict seroyent violez, au grand -mespris de Dieu, à qui ilz ont esté sollennellement jurés, et à -l'offance des hommes, et mesmement des princes et gens de bien, qui en -demeureroyent fort scandalisez. Ce que je m'assure que le Roy, ny -Vous, Madame, ne voudriez pour aulcun pris que telle chose advînt. Et -sur ce, etc. - - Ce IVe jour de juillet 1575. - - - - -CCCCLIXe DÉPESCHE - ---du VIIIe jour de juillet 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calays par Estienne Jumeau._) - - Conférence de l'ambassadeur avec Burleigh.--Ses plaintes au sujet - des secours accordés en Angleterre aux protestans de - France.--Ferme assurance donnée par Burleigh qu'Élisabeth veut - maintenir le traité.--Nouvelles d'Écosse.--Révolte à Édimbourg - contre le comte de Morton. - - - AU ROY. - -Sire, premier que de recepvoyr vostre lettre, du XXIe du passé, -j'avoys visité milord trézorier pour retirer de luy aulcuns -accomplissementz qui restoient du traicté de la ligue, affin que je -les vous peusse envoyer, comme depuis je l'ay faict. Et, par mesme -moyen, j'estois entré bien avant avecques luy sur le peu d'observance, -qu'on faysoit icy, du dict traicté, luy déclarant ouvertement que -Vostre Majesté, par divers rencontres, trouvoit que la Royne, sa -Mestresse, en lieu de se trouver amye et bonne confédérée en voz -affères, portoit entièrement le party de ceulx qui estoient eslevez en -vostre royaulme, comme si elle avoit ligue et confédération avec eulx; -et que non seulement elle les admettoit favorablement à parler, icy, à -elle, et à ceulx de son conseil, et de s'accomoder de deniers, de -monitions et de beaucoup de moyens en son royaulme, mais que, jusques -en Languedoc, à la Rochelle et aultres lieux, où la guerre se faysoit, -et jusques à Basle, où le Prince de Condé estoit, et en Allemaigne, où -il pourchassoit des forces, elle leur faisoit sentir son support et -assistance; et que mesmes j'entendoys que Mr de Méru emportoit de -l'argent, ou du crédict, d'icy, pour fère marcher les reytres en -France, aussytost qu'il seroit arryvé devers le Prince de Condé: ce -qui arguoit grandement l'intégrité d'elle et des seigneurs de son -conseil, et la rendoit et eulx inexcusables, devant Dieu et vers les -princes et gens de bien de la Chrestienté, pour sa foy et sèrement -violez; et mesmes qu'elle sçavoit bien que les responces qu'aviez -faites à voz subjectz, pour l'exercice de leur religyon, et pour leurs -seuretés, et pour tout aultre leur accomodement en vostre royaulme, -estoient si bénignes et amples, que je ne pouvois penser à quel aultre -tiltre, sinon de pure rébellion et infidellité, ilz vous pourroient -plus continuer la guerre; et que si, d'avanture, elle n'estimoit -beaucoup plus d'avoir une honneste et légitime confédération avec -vous, que non une intelligence malhonneste et de pernicieulx exemple -avec eulx, qu'elle le dict ardiment; car il vous seroit moins -dommageable de l'avoyr ouverte que non pas secrette ennemye, ou que -dissimulée amye. - -Il m'a respondu que plusieurs choses du passé debvoient rendre bien -advertye la Royne, sa Mestresse, comme se conduyre sur celles du -présent, et comme pourvoyr à celles d'advenir, et que jamays princesse -ne s'estoit plus franchement commise à l'amityé de nul prince qu'elle -avoit faict à celle du feu Roy, vostre frère; duquel elle s'estoit -proposée une très grande seureté et un grand repos, soubz la bonne -opinyon qu'elle avoit de sa foy, et soubz la loyaulté qu'elle pensoit -estre ez promesses qu'il avoit faictes à ceulx de la nouvelle -religyon, avec lesquelz elle avoit sa propre tranquillité et celle de -son estat comme conjoinctes; et Dieu estoit tesmoing de ce qui estoit -depuis advenu, et en monstroit de grands jugementz, dont failloit -qu'ilz fussent, à ceste heure, bien soigneulx de fère leurs -descouvertes; et que, touchant les responces à voz subjectz, il ne -les vouloit débatre, car estimoit que les leur aviez rendues toutes -honnorables; bien luy sembloit, à cause des accidantz passez, qu'elles -seroient encores plus honnorables et plus utilles, si elles estoient -moindres en concession des choses particullières, et plus amples en -octroy des seuretez; néantmoins, comment que ce fût, la Royne, sa -Mestresse, vous garderoit invyolablement l'amityé et confédération -qu'elle vous avoit promise, si vous ne la rompiez de vostre costé; -auquel cas Dieu luy avoit donné et luy donroit les moyens et forces -pour se garder d'estre offancée, et mesme pour fère offance à ceulx -qui la voudroient offancer; mais que vous ne debviez légièrement -croyre les advis et maulvais rapportz qu'on vous feroit d'elle: car, -parce que voz subjectz, qui estoient en armes, sçavoient qu'elle -estoit de leur religyon, ilz se proposoyent plusieurs grands -advantages d'elle, et se vantoyent d'avoyr souvant impétré beaucoup de -ce qu'ilz n'avoyent rien, affin de tenir leurs affères en réputation, -et tirer, par ce moyen, les plus seures et meilleures condicions de -paix, qu'ils pourroyent, de Vostre Majesté; et qu'il ne pouvoit, ny -debvoit me réveller les secrettes dellibérations de sa Mestresse, mais -qu'il me promettoit bien qu'elle ne feroit, ny estoit pour fère chose -aulcune contre l'honneur et la grandeur, ny au préjudice de Vostre -Majesté. Et s'est mis là dessus à discourir de plusieurs choses, et -comme il sembloit que vous en eussiez aulcunes, lesquelles ne vous -touchoient guyères en plus de considération que celle de vostre propre -bien et prouffit, et que, par nécessité, il failloit ou que prinsiez -bien le poinct de ce temps, qui se offroit maintenant, et la présente -occasion pour establir ung ordre et ung règlement en voz affères, et -pour recueillyr toutz voz subjectz et esteindre leurs partialitez et -querelles, ou que fissiez estat de voyr vostre règne augmanter, de -jour en jour, en plus de troubles et de dangers, et Vostre Majesté -moins jouyssante, toute sa vye, de l'amplitude de son royaulme que nul -de ses prédécesseurs. - -A quoy je luy ay satisfaict, sellon ce que j'ay estimé convenir à -vostre réputation et grandeur, et la bonne intention qu'avez vers voz -subjectz, le mieulx qu'il m'a esté possible. Et par ce, Sire, que, -dans ung jour ou deux, j'espère aller trouver ceste princesse pour -noter davantage comme elle persévère vers Vostre Majesté, et pour luy -toucher, avec le plus de discrétion que je pourray, les poinctz de voz -deux dépesches du XIIe et XXIIe du passé, et aussy pour continuer vers -elle une gracieuse négociation que je luy ay commancée pour la Royne -d'Escosse, qui sont desjà aulcunement racoinctées ensemble, je -remettray à vous mander, lors, tout ce que j'auray recueilly de ses -propos. - -Et adjouxteray seulement icy, Sire, que le bruict continue de la mort -du comte de Morthon, et que c'est milord de Lentzay, prévost de -Lillebourg, qui, avec la commune de la ville, offancée de l'oppression -des impostz, luy a couru sus. Et sur ce, etc. Ce VIIIe jour de juillet -1575. - - Depuis ce dessus, l'on me vient d'advertyr bien seurement que - la commune de Lislebourg s'est véritablement eslevée contre le - comte de Morthon à cause de la monoye, mais qu'il s'est saulvé - dans le chasteau; et que ceste princesse, dans ung jour ou - deux, faict acheminer Me Quillegreu par dellà. Je desireroys, - de bon cueur, qu'il y eût quelqu'ung par dellà, de la part de - Vostre Majesté. - - - - -CCCCLXe DÉPESCHE - ---du XIIIe jour de juillet 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Audience.--Communication de la réception faite en France à sir - Jacques Fitz Maurice.--Déclaration du roi qu'il ne veut pas - soutenir les catholiques d'Irlande.--Conseil donné par le roi à - sir Jacques de solliciter sa rentrée en grâce.--Satisfaction - d'Élisabeth.--Remontrances de l'ambassadeur sur ce que l'on se - conduit en Angleterre comme si la guerre était résolue contre - le roi.--Déclaration qu'il a été fait droit en France à toutes - les plaintes des Anglais.--Assurance donnée par la reine - qu'elle arrête les secours, et qu'elle a formellement refusé de - faire passer de l'argent en Allemagne.--Même assurance - confirmée par les seigneurs du conseil.--Départ de Me - Quillegrey pour l'Écosse.--Proposition secrètement faite de - reprendre la négociation du mariage d'Élisabeth avec le duc - d'Alençon. - - - AU ROY. - -Sire, m'estant approché, mardy dernier, à troys mille de ceste court, -la Royne d'Angleterre m'a incontinent mandé, par ung de ses -pensionnayres, que je la vînse trouver à la prochayne forest, où elle -estoit desjà, dès le grand matin, à la chasse, et qu'elle ne me -vouloit différer aylleurs, ny plus longtemps, mon audience, affin de -pouvoir tant plus tost ouyr des nouvelles de Vostre Majesté, -lesquelles elle espéroit et desiroit estre bonnes; et que, de là, elle -me mèneroit disner chez ung gentilhomme, là auprès, qui luy faisoit -ung festin, où elle vouloit que je mangeasse ce jour avec elle. A quoy -ayant obéy, et ayant, la dicte Dame, aussytost que je l'ay rencontrée -au boys, délayssé ung peu sa chasse pour s'enquérir soigneusement de -vostre santé, et l'en ayant amplement satisfaicte, sellon le contenu -de vostre lettre du XIIe du passé, de quoy elle a monstré avoyr grand -contantement, le surplus des propos ont esté remis jusques après la -dicte chasse, et jusques après le dîner, qui a esté somptueux; durant -lequel elle a tenu beaucoup de bien honnorables propos de Vostre -Majesté et des troys Roynes Très Chrestiennes; et après qu'elle a esté -hors de table, elle m'a retiré en ung coing de sale, où je luy ay -dict: - -Que j'estoys venu luy signiffyer deux vrays tesmoignages de -l'indubitable affection que Vostre Majesté avoit de vivre en très bon -frère et très parfaict confédéré avec elle; l'ung estoit celle -communicquation, que je luy avoys desjà faicte, de vostre -convalescence et de la bonne disposition où, grâces à Dieu, vous vous -trouviez à présent, après ce petit sentiment de fiebvre qu'aviez eu, -au commancement de juing dernier, qui estoit une singullière privaulté -que vous luy communicquiez, et qui desiriez l'avoyr mutuelle avec -elle, affin qu'ordinayrement elle vous fît aussy sçavoyr comme elle se -portoit; et l'autre estoit touchant le sire Jacques Fitz Maurice, -l'ung de ses fuitifz d'Irlande, lequel estant passé en France, Vostre -Majesté ne luy avoit poinct aiguysé le cueur contre elle, et ne -l'avoit animé à luy continuer la guerre ny luy troubler son estat, et -ne luy aviez offert vaysseaulx, ny hommes, ny monitions, ny deniers -pour le fère, ains l'aviez exorté de retourner à son debvoir de bon -subject vers elle, et recourir à sa clémence et bonté, et se remettre, -luy et ses partisans, en son obéyssance et bonne grâce; de quoy ne -l'ayant trouvé aliéné, vous aviez bien voulu intercéder pour luy par -voz propres lettres, lesquelles, avec celles que m'aviez escriptes là -dessus, je luy apportoys, affin qu'elle vît comme, par ce bon office, -qui ne pouvoit estre ny meilleur ny plus cordial vers elle, ny vers -le repos de ses affères, vous desiriez qu'elle peût tout de mesmes -recueillyr ses subjectz, qui estoyent escartez, et leur oster -l'espouvantement où ilz estoyent, comme vous le desiriez des vostres -propres, ainsy que ce temps requéroit qu'on en uzât ainsy; et qu'elle -sçavoit assez que mesmement ceulx de la noblesse ne cessoyent jamays, -quand ilz estoient hors de leur pays, de praticquer tout ce qu'ilz -pouvoient, et de remuer aultant de besoigne qu'il leur estoit -possible, pour y estre remis; et quiconques le pensoit aultrement se -trompoit bien fort, et que pourtant vous aviez grand plésir de luy -fère regaigner ce gentilhomme avec ses partisans, aulx condicions -qu'il demandoit, qui estoient beaucoup plus facilles que celles que -vous offriez à voz propres subjectz. - -La dicte Dame, avec une démonstration de grand ayse sur cest affère, -duquel elle estoit assez en peyne, et n'en attandoit pas de si bonnes -nouvelles comme celle cy, a tout incontinent prins sa lettre et la -mienne et les a curieusement leues. Et puis m'a dict qu'elle vous -avoit beaucoup d'obligations, pour l'honnorable déportement dont elle -voyoit qu'aviez usé en ce faict, tout aultrement qu'on ne le luy avoit -rapporté, et aultrement que le dict mesmes Fitz Maurice ne s'en estoit -vanté, et qu'il l'avoit escript à ceulx de son party, en Irlande, par -ses lettres de la fin de may dernier, où il les assuroit que Vostre -Majesté luy avoit accordé huict vaysseaulx de guerre et deux mille -harquebusiers, et luy avoit desjà donné troys mille escuz contantz; de -quoy elle avoit maintenant très grand playsir qu'elle vous peût -remercyer du contrayre, comme elle faysoit de bon cueur, et vouloit -bien que, du discours qu'elle m'avoit faict du dict Fitz Maurice, -lequel seroit trop long, je vous disse ceste particullarité: qu'il -s'estoit mis sur mer en intention d'aller trouver le Roy d'Espaigne, -mais que l'ayant le vent jetté à St Malo, le cappitayne La Roche, qui -est, à ce qu'elle dict, ung terrible gallant contre elle, l'avoit avec -beaucoup de grandes espérances admené vers vous, où, grâces à Dieu, il -avoit trouvé que la matière n'estoit sellon sa disposition; et bien -que, jusques icy, il ayt monstré de ne vouloyr poinct de pardon, -toutesfoys qu'elle feroit voyr, par son conseil, sur vostre lettre, -les condicions auxquelles maintenant il le demandoit, et qu'elle me -prioit de communicquer aulx comtes de Lestre et de Sussex, qui -estoyent là présantz, ce qu'il vous avoit pleu m'en escripre. - -J'ay suivy à luy dire que, le propre lendemain que Mr de Walsingam -m'estoit venu parler, de la part d'elle, du dict Fitz Maurice, j'avoys -receu ceste présente dépesche, et avoys esté infinyement ayse de voir -qu'avant que je vous en eusse escript, ny que l'ambassadeur d'elle -vous en eût rien touché par dellà, vous aviez desjà procédé de vous -mesme en cest endroict, comme prince d'honneur et de vertus, et comme -vray amy et bon confédéré d'elle, et que je ne voulois doubter qu'elle -n'eût la pareille intention vers vous, si toutz ceulx qui estoyent -auprès d'elle l'avoyent de mesmes, la priant de prendre de bonne part -si je luy disoys aulcunes choses qui l'argueroyent devant Dieu et les -hommes d'une grande coulpe, en vostre endroict, si, d'avanture, elle -les sçavoyt, ou bien d'une grande négligence vers vostre amityé, si, -d'avanture, elle en vouloit estre ignorante: c'estoit que, par divers -rencontres et par plusieurs advertissementz de diverses partz, Vostre -Majesté trouvoit que, du costé d'icy, en lieu de procéder droictement -vers voz affères sellon l'obligation de la ligue, c'estoyent les -eslevez de vostre royaulme qui estoient favorablement admis à parler à -elle et à ceulx de son conseil, et s'accomoder ordinayrement d'armes, -de vaysseaulx, de monitions de guerre, et aultres leurs provisions; et -que mesmes j'entendoys qu'il estoit freschement sorty quatre navyres -de guerre, et s'en apprestoit aultres quatre pour sortyr, du premier -jour, de divers portz de deçà, pour aller, en faveur des dictz -eslevez; et que, jusques aulx propres lieux, où ilz faisoyent la -guerre en France, et jusques en Allemaigne, où ilz procuroient d'avoyr -des forces, ilz sentoyent l'apuy et assistance de l'Angleterre; et -nommément, par aulcunes lettres, qui naguyères avoient esté -surprinses, il vous apparoissoit que Mr de Méru, au partir d'icy, -debvoit emporter des deniers contantz, ou bien du crédict, pour fère -marcher les reytres en France, aussytost qu'il seroit arryvé devers le -Prince de Condé; ce que, pour estre ces actes par trop ennemys en -l'endroict mesmement d'un prince qui la cherchoit d'amityé, et par -trop contrayres à la foy et promesse que vous aviez d'elle, et qu'il -vous sembloit que ses conseillers n'oseroyent pas, de eulx mesmes, -attempter telles choses contre l'honneur de sa parolle, et mesmement, -à ceste heure, qu'ilz sçavoient combien vous aviez bénignement -respondu à voz subjectz touchant l'exercice de leur religyon, et -touchant leurs seuretez, et tout aultre accommodement en vostre -royaulme, pour ne pouvoir à nul aultre tiltre désormays, que de pure -rébellion et infidélité, vous continuer plus la guerre, vous ne -vouliez si mal juger d'elle que cella, ains penser, selon qu'elle -n'avoit le cueur bas, qu'elle vous déclareroit plustost la guerre tout -ouvertement que de se porter ainsy couverte ennemye ou dissimulée -amye vers vous, et que pourtant vous attandriez quelle preuve vous -auriez de ses effaictz, premier que d'adjouxter foy aulx lettres et -rapportz de ceulx qui vous vouloyent mettre en deffiance d'elle; et -que cepandant vous n'aviez layssé de fère pourvoyr, de vostre propre -espargne, au marchand d'Ampthonne, dont elle m'avoit dernièrement -parlé, et aviez mandé à vostre parlement de Paris d'expédyer -favorablement les librayres de Londres, et donné charge à Mr de -Chiverny de fère voyr toutes les aultres plainctes de son ambassadeur -en vostre conseil, affin d'y satisfère sellon l'obligation des -trettés; lesquelz vous vouliez que fussent droictement observez de -vostre costé, et desiriez aussy qu'elle les fît mieulx observer du -vostre, que jusques icy elle ne l'avoit pas faict. - -La dicte Dame m'a respondu qu'elle vous remercyoit bien fort de ce que -ne la vouliez légyèrement arguer de parjure, et qu'elle vous -promettoit bien que l'intégrité de ses euvres vous rendroit assez -manifeste le mensonge de ceulx qui ozoient calompnier la foy et -promesse qu'elle vous avoit jurée, sans qu'elle se mît en peyne -d'aultrement les convaincre, mais qu'elle ne sçavoit ce qui -adviendroit, après le retour de Mr de Méru en Allemaigne, sinon -qu'elle s'assuroit bien qu'il n'auroit à se vanter de rien d'elle -contre vous, ny à vous fère douloir d'aulcune chose qu'elle eût uzée -vers luy, non plus que vous vers elle, en l'endroict du Fitz Maurice; -que vous sçaviez assez la résolution qui estoit prinse entre les -Protestantz d'Allemaigne de ne manquer de secours à ceulx de leur -religyon qui estoyent en armes en vostre royaulme, s'ilz ne pouvoyent -avoyr la paix, et qu'elle sçavoyt bien que les forces estoyent -prestes, et ne restoit, pour les fère marcher, que quelque argent, en -quoy ne me vouloit nyer qu'ung gentilhomme ne fût passé, depuis peu de -temps, en ce royaulme pour avoyr l'accomodement de la somme en deniers -contantz, ou bien par crédict; mais que, pour le respect de la ligue -qui estoit entre vous, quoy qu'on luy représentât l'obligation de la -religyon, et que ce n'estoit que pour contre cautionner aulcuns -seigneurs françoys bien riches, qui estoyent les premiers et les -principaulx obligez, elle ne l'avoit seulement volu ouyr; et, à dire -vray, ny la faulte de moyens, ny la faulte d'occasions, ny la faulte -de cueur, ne la retardoyent d'entreprendre contre vous, mais c'estoit -sa foy et son sèrement et l'amityé qu'elle vous portoit, qui luy -faisoyent sentyr qu'elle ne sçauroit, en honneur et conscience, -employer son pouvoir, ny mesmes se laysser venir la volonté de vous -nuyre, et qu'elle n'yroit jamays que de plein jour et ouvertement en -voz affères, ainsy qu'elle desiroit la mesmes clarté de vous vers les -siens; qu'elle estimoit que Mr de Méru se rendroit plus ministre de -paix que de querelle, quand il seroit avec le Prince de Condé, et -qu'elle voyoit bien que toute la difficulté resteroit aulx seuretez, -lesquelles elle ne pouvoit cesser de vous supplyer que ne vous -sentissiez grevé de les leur accorder bonnes; car ce vous seroit, puis -après, ung soulagement incomparable, et qui ne pourroit estre assez -prisé, en l'estat de vostre personne et en celluy de voz affères; -qu'elle avoit grand plésir qu'eussiez commandé de pourvoyr aulx -plainctes de ses subjectz, car c'estoit de là d'où l'on prenoit -ordinayrement les plus fortz argumentz pour luy rendre suspecte vostre -amityé, et pour bander tout ce royaulme contre voz affères; dont vous -supplioyt de n'en laysser la chose sans effect, ainsy que, de ce -costé, elle donroit ordre que voz subjectz demeurassent bien -satisfaictz et sans plaincte. - -Au partyr de la dicte Dame, j'ay communicqué avec les comtes de Lestre -et de Sussex, lesquelz monstrans d'avoyr grand contantement que les -choses passassent bien, de vostre costé, vers leur Mestresse, m'ont -juré toutz deux que, du costé d'elle, elles estoyent pures et nettes -vers vous, et que les advis et rapportz qu'on vous avoit faict du -contrayre estoyent faulx, et que, de ces huict navyres dont je leur -avoys parlé, ilz me promettoyent, sur leur honneur, qu'il n'y avoit -rien contre vous. - -Me Quillegreu est party pour Escosse, à cause de ce tumulte de -Lislebourg contre le comte de Morthon, ainsy que je le vous ay cy -devant escript. Sur ce, etc. - - Ce XIIIe jour de juillet 1575. - - Le cappitayne Morguen, qui est des plus estimez de deçà se - offre à vostre service, et dict qu'il fera, s'il vous plaist, - que quelques entreprinses, où l'on le veut employer, soubz - main, contre vous, seront converties si à propos à vostre - prouffit que vous le réputerez à grand service, soit sur mer - ou dans la Rochelle: dont vous plerra me mander comme j'auray - à luy en respondre. - - - A LA ROYNE. - -Madame, j'ay bien cognu que ceste princesse s'attendoit que je lui -deusse maintenant apporter quelque response du propos[5] que je vous -ay dernyèrement mandé par le Sr de Vassal; mais je luy ay touché, en -passant, que le gentilhomme, que j'avoys dépesché à cest effect vers -Voz Majestez, s'estoit, pour quelque accidant, retardé en chemin, et -j'espéroys qu'il seroit bientost de retour, icy, avec mon successeur; -dont je l'yrois retrouver à Quilingourt, au plus tost et aulx -meilleures journées que ma santé le pourroit permettre, affin de luy -fère entendre le tout. Et croy, Madame, que sur cella, quand je luy ay -demandé si elle avoit encores nommé le seigneur qu'elle dellibéroit -d'envoyer en France, et quand il partiroit, qu'elle m'a respondu que, -au dict Quilingourt, elle le nommeroit, et que, dans troys sepmaynes, -elle le feroit partyr. Dont depuis, le comte de Lestre m'a dict que, -si la response venoit bonne, il ne despéroit pas d'estre celluy qui -feroit le voïage en France. Et sur ce, etc. - - Ce XIIIe jour de juillet 1575. - - [5] Du mariage d'Élisabeth avec le duc d'Alençon. - - - - -CCCCLXIe DÉPESCHE - ---du XIXe jour de juillet 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Heureux effet produit sur les résolutions d'Élisabeth par la - conduite du roi à l'égard de sir Jacques Fitz Maurice.--Arrêt - mis sur tous les navires marchands armés en guerre.--Retard - apporté au départ de sir Henri Coban désigné pour passer en - Espagne.--Nouvelles transmises par l'ambassadeur - d'Angleterre.--Confiance que l'on peut avoir dans les - intentions d'Élisabeth.--Ses favorables dispositions à l'égard - de Marie Stuart. - - - AU ROY. - -Sire, ceste princesse s'est trouvée si consolée des propos qu'il vous -a pleu luy mander du Fitz Maurice, et d'autres que je luy ay tenus de -vostre droicte intention vers le repoz de ses affères, que, depuis, -elle a changé d'aulcunes dellibérations, à quoy sembloit qu'on l'eût -desjà comme toute acheminée: de permettre à plusieurs gentilshommes -angloix de sortyr en ceste mer estroicte, avec leurs vaysseaulx -armez, pour maistriser la navigation, et se revencher des prinses que -les Françoys leur ont faictes, et, oultre cella, d'arrester les -navyres et biens des Françoys ez portz et endroictz où il s'en -pourroit trouver par deçà, y ayant encores là dessoubs d'aultres -choses cachées, aulxquelles quelques ungs de ceste court vouloient, -peu à peu, embarquer leur Mestresse, sans qu'elle en sentît quasy -rien, pour vous remuer de la besoigne en France et en Escosse, en -faveur des eslevez, si, d'avanture, ilz eussent esté creus; et -sembloit qu'à cause de cella ilz la fissent temporiser ez envyrons de -ceste ville, sans advancer son progrès, affin de donner chaleur à -l'entreprinse; mais elle a mandé que nul vaysseau ayt à sortyr, sans -donner caution de douze mille cinq centz escuz qu'il n'atemptera rien -contre les amyz et alliez de ceste couronne, et que, s'il y a quelques -navyres desjà prests, qu'ilz les envoyent en marchandise affin de ne -perdre leur affret; et que le marchand d'Ampthonne aille recepvoyr le -payement que Vostre Majesté luy a ordonné sans procéder, icy, à nul -arrest: qui sont deux choses qui ont esté incontinent exécutées. - -Et la dicte Dame a continué son progrès, faisant encores temporiser Me -Henry Cobham sur la dépesche d'Espagne, bien qu'il faict tousjours -achemyner ses besoignes à Plemmue, pour s'y aller embarquer; car -dellibère de fère son voïage par mer, et croy qu'on luy fera encores -attandre la prochayne responce qui doibt venir de dellà, pendant -laquelle le docteur fescal de Bruxelles s'est allé promener vers la -contrée, parce que toute sa négociation demeure en suspens. - -Et sont, à présent, toutes choses, icy, si paysibles qu'il n'y -apparoit mouvement ny nouveaulté aulcune, que ce que les nouvelles de -dellà la mer y apportent, qui semble que l'ambassadeur d'Angleterre y -ayt escript que Mourevert a failly de tuer le Prince de Condé d'ung -coup d'arquebouze et qu'il a esté prins; que Vostre Majesté dresse -deux grandes armées par terre, et une troysiesme par mer; que, en ung -rencontre en Daufiné Montbrun a eu du meilleur contre M. de Gorden; et -que, le Ve du présent, il a cuydé avoyr ung gros tumulte à Paris -contre les Italiens. Je ne sçay que pourra cella, ny les aultres -particullaritez qu'il peut avoyr escriptes davantage, produyre de -changement en ceste court; tant y a que j'espère qu'à l'arryvée de mon -successeur, lequel j'attendz en très grande dévotion, nous -retrouverons la dicte Dame, en quelle part qu'elle soit, tousjours -bien persévérante vers Vostre Majesté, sans qu'elle se laysse attirer -contre voz affères qu'aultant qu'elle ne le pourra dénier à sa -religyon. - -Elle est sur le poinct d'envoyer visiter, par ung de ses -gentilshommes, la Royne d'Escosse, avec ung présent, de sa part, et -luy fère parler de vouloyr elle mesmes fère la despence de sa table, -et de ses serviteurs domesticques, du douayre qu'elle a de France. Je -ne sçay comme elles s'en accorderont; néantmoins j'ay grand plésir de -les voyr mieulx racoinctées qu'elles n'estoyent. - -Je n'ay nulle nouvelle d'Escosse, depuis le partement de Me -Quillegreu, mais j'attandz de brief, le retour d'ung homme qui me -doibt apporter toutes nouvelles de dellà, et je ne fauldray tout -incontinent de les vous mander. Et sur ce, etc. Ce XIXe jour de -juillet 1575. - - - - -CCCCLXIIe DÉPESCHE - ---du XXIIIIe jour de juillet 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Demande présentée au nom d'Élisabeth d'une réparation à raison - des prises faites par ceux de St-Malo.--Protestation de - l'ambassadeur que la réparation sera accordée.--Prise faite par - les Anglais d'un navire français.--Voyage de Me - Quillegrey.--Entrée en Écosse de plusieurs seigneurs - anglais.--Attaque faite contre eux par les Écossais.--Détails - sur le séjour d'Élisabeth dans la maison de Leicester. - - - AU ROY. - -Sire, le XXe de ce moys, le juge de l'admiraulté de ceste ville m'est -venu communicquer une lettre, que la Royne, sa Mestresse, luy a -escripte, par laquelle elle luy mande de me signiffier l'extrême -plaincte que aulcuns de ses marchands luy ont faicte contre ceulx de -St Malo, qui les ont assaillys en mer, et les ayant combattus, blessez -et meurtris, les ont admenez, eulx, leurs vaysseaulx et marchandises, -à St Malo, où ne leur a esté uzé d'aulcuns termes de rayson, ny de -justice, ains procédé contre eulx comme contre ennemys, prins de bonne -guerre. De quoy la dicte Dame se sent très griefvement offancée, ou -bien de Vous, Sire, qui n'avez faict sçavoyr à voz subjectz la -confédération qu'aviez avec elle, ou bien d'eulx qui, la sachant, ne -la veulent observer; et que j'aye à remonstrer à Vostre Majesté que -cella, après plusieurs aultres injures, ne peut demeurer sans -réparation, et qu'il est expédient ou que Vostre Majesté la luy face -fère par ceulx de St Malo, ou que ne trouve maulvais qu'elle la -preigne, le mieulx qu'elle pourra, sur eulx. - -J'ay respondu au dict juge que j'estoys marry, et sçavoys que Vostre -Majesté le seroit bien fort de quoy cest accidant estoit advenu, et -qu'il ne failloit que sa Mestresse se mît en peyne de la réparation, -car vous la luy feriez fère sans doubte, si ceulx de St Malo se -trouvoyent en coulpe, car leur aviez bien permis d'armer contre ceulx -de la Rochelle, affin d'assurer la navigation, et mesmes de se -revancher d'aulcunes prinses et violences qu'ilz leur avoyent faictes, -sellon que, de longtemps, j'avoys communicqué une lettre de Mr de -Bouyllé là dessus à la dicte Dame, mais non de passer plus avant; en -quoy, s'ilz avoyent excédé la permission contre quiconques eût paix et -amityé avecques vous, non que contre les Angloix, qui, oultre d'estre -amys, estoyent voz confédérez, que vous les en chastîriez bien; et que -desjà, ayant eu le vent de ceste plaincte, je vous en avoys escript, -et vous en escriproys, de rechef, sur la remonstrance de la Royne, sa -Mestresse, avec le plus d'efficasse que je pourroys, pour fère avoyr -rayson et restitution aulx dictz Angloix. - -Le dict juge, se contantant assez de ma responce, m'a incontinant -introduyt iceulx marchandz, et les patrons des navyres qui, avec -beaucoup d'exclamations, m'ont bayllé leurs plainctes par escript. Et, -le jour d'après, j'ay receu la dépesche de Vostre Majesté du Xe du -présent, contenant une aultre plaincte d'ung navyre françoys qui -venoit de Naples, lequel les Angloix ont prins, et l'ont mené en -Irlande; dont je n'en agraveray moins à la dicte Dame le cas pour voz -subjectz qu'elle a faict à vous celluy des siens; et me comporteray -vers elle en toutz les aultres poinctz de la dépesche, sellon que -Vostre Majesté me le commande; - -Ayant à vous dire, Sire, que, sur ce que j'avoys adverty voz -partisans, en Escosse, de l'allée de Me Quillegreu par dellà, et -qu'ilz l'observassent de bien près, car je sçavoys qu'on avoit envoyé -dix mille escuz devant luy, à Barwyc, pour quelque entreprinse, il est -advenu que le dict Quillegreu a temporisé, quelques jours, au dict -Barwic; et ayant là receu les deniers, il a dépesché ung de ses gens -en Escosse. Et incontinent le filz du comte de Béfort, avec d'aultres -gentilshommes angloiz, est entré, comme par manière d'esbat, oultre -les frontyères, dans le pays; et a l'on opinyon que c'estoit pour -avoyr la personne du jeune Prince; mais j'entendz que quelques -Escossoys luy ont couru sus, et à sa compagnye, et qu'ilz l'ont -blessé, et mené prisonnyer. De quoy je ne sçay qui en adviendra, et -mettray peyne de sçavoyr mieulx ce qui en est, affin de le vous -mander; mais je vis ordinayrement en grand peyne des choses de dellà, -parce qu'il n'y a nul, de vostre part, sur les lieux pour les -conduyre, et je ne les puis bien remédyer d'icy en hors. Et sur ce, -etc. - - Ce XXIVe jour de juillet 1575. - - - A LA ROYNE. - -Madame, en la lettre que j'escriptz présentement au Roy, vostre filz, -Vostre Majesté trouvera tout ce qui me occourt de luy dire, pour ceste -heure, des choses d'icy; et, après que j'auray veu ce qu'il vous a -pleu à toutz deux me mander par vostre dépesche du Xe du présent, -laquelle je viens de recevoyr, et que j'auray pourveu au plus hasté, -je vous y feray plus ample responce. Et n'adjouxteray à la présente -sinon ce mot de la continuation du progrès de ceste princesse: c'est -qu'elle est arryvée le neufvième d'estui cy à Quilingourt, où elle a -esté fort honnorablement receue. Et le comte de Lestre l'a logé, elle -et ses dames, et quatorze comtes, et dix sept aultres principaulx -milords, toutz dans son chasteau, et deffrayé toute la court à cent -soixante platz d'assiette, l'espace de douze jours, et despendu, entre -aultres choses, sèze pièces de vin et quarante pièces de bierre et dix -beufs, chascung jour, avec une si grande abondance de toutes aultres -sortes de bons vivres et de fruictz et confitures, qu'on s'en est -esbahy; et quatre centz serviteurs habillez à neuf de livrées, oultre -les gentilzhommes, vestus de velours pour servir; et les chasses et -playsirs des champs, et puis les commédyes et les danses au logis, -ordonnées si à propos qu'on n'a veu, de longtemps, rien de plus -magnifique en ce royaulme. - -Sur quoy l'on faict de diverses interprétations; mais je croy que -c'est pour recognoistre ung octroy, que la dicte Dame luy a faict, -ceste année, de quelques vaquanz, qu'on estime valoyr plus de deux -centz mille escus. Je me fusse trouvé là, ainsi que le dict sieur -comte m'en avoit fort pryé, mais je ne me suys estimé avoyr assez de -santé pour l'ozer employer, sinon là où l'exprès service de Voz -Majestez le requerra; qui vous supplye très humblement, Madame, à -ceste heure que Mr de Mauvissière s'est accommodé de ses affères, et -qu'il m'a faict estendre ma paciance oultre mon extrémité, qu'il vous -playse ne luy comporter plus une seulle heure de dellay, à me venir -soulager et relever. Et sur ce, etc. Ce XXIVe jour de juillet 1575. - - - - -CCCCLXIIIe DÉPESCHE - ---du premier jour d'aoust 1575.-- - -(_Envoyée exprès à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Détails de la querelle survenue sur les frontières - d'Écosse.--État des armemens faits en Angleterre.--Réclamations - réciproques au sujet des prises.--Instances des protestans de - France auprès d'Élisabeth.--Sa déclaration qu'elle ne peut - accorder à sir Jacques Fitz Maurice rien de plus que ce qu'elle - avait fait pour lui avant sa fuite.--Espoir que la paix sera - bientôt conclue.--Projet attribué au prince d'Orange de vouloir - pénétrer en France.--Assurance donnée par Leicester qu'il sera - désigné pour se rendre auprès du roi si l'on reprend la - négociation du mariage. - - - AU ROY. - -Sire, le différent, dont je vous ay naguyères escript, d'entre les -Angloix et les Escossoys, est advenu de ce que, en l'assemblée et -convention des gardiens des deux frontyères, ayant les Escossoys -demandé qu'ung gentilhomme des leurs, qui avoit esté admené par deçà, -fût là représanté sellon l'ordre des dictes frontyères, les Angloix -ont respondu qu'il estoit si malade qu'on ne l'y avoit peu admener, et -de cella ont exibé incontinent des tesmoings, qui l'ont ainsy affermé; -mais interpellés de l'assurer par sèrement, et y ayant faict -difficulté, ilz sont venus en grosses parolles, et des parolles aulx -mains et aulx armes: dont quatre Angloix ont esté tuez sur le lieu et -plusieurs blessez, et entre aultres le filz du comte de Béfort, qu'on -dict estre depuis mort. La Royne d'Angleterre a incontinent envoyé -milord de Housdon sur le lieu, affin de pourvoyr, le mieulx qu'il lui -seroit possible, à ce désordre. Il semble qu'il y eût, je ne sçay -quoy, de caché là dessoubz, qu'aulcuns personnaiges d'honneur de ceste -court ne sont pas marrys qu'il ayt esté ainsy descouvert, à la -confusion de ceulx qui l'avoient conseillé et de ceulx qui le -vouloyent fère exécuter. - -Me Quillegreu a passé oultre jusques à Lislebourg. J'espère que -bientost j'auray quelque relation de ce qu'il faict par dellà. L'on -dict que la fille de la comtesse de Mar, laquelle le comte de Morthon -avoit faicte épouser au comte d'Angoux, son nepveu, est morte, et que -le dict Morthon pourchasse de le remaryer avec une fille des -Amelthons. - -Quand à l'estat des choses d'icy, la Royne d'Angleterre est encore à -Quilingourt; et vous puis assurer, Sire, que ces cinq grands navyres -de guerre, dont l'on vous a parlé, ne sont poinct dehors. Il est vray -qu'il s'en appreste troys pour sortyr bientost, et dict on que c'est -pour aller contre les pirates françoys et flammantz, qui infestent -ceste mer; mais j'entendz que c'est pour se pourvoyr de bonne heure -contre les souspeçons, que ceulx cy se donnent, de l'armement que -Vostre Majesté faict fère en Normandye et en Bretaigne. - -J'ay envoyé représanter la plaincte du navyre françoys, nommé le -_Saulveur_, qui a esté prins par les Angloix en revenant de Naples, à -la dicte Dame, sellon l'article que m'en avez faict en une lettre du -Xe du passé, et sellon une relation que ceulx de St Malo m'en ont -envoyée, avec la justiffication de leurs derniers exploitz qu'ilz ont -faict sur mer, lesquels je ne sçay comme je les pourray fère bien -prendre à ceulx qui s'en pleignent icy fort amèrement. J'estime, Sire, -qu'il est expédient de fère voyr cest affère à la justice, affin de -conserver la paix et entretenir le commerce d'entre ces deux -royaulmes. - -Le voïage de Me Henry Cobhan pour Espaigne avoit esté réfroidy, mais -je viens de sçavoyr qu'il s'effectuera bientost, et qu'on l'a honnoré -de quelque tiltre affin de luy fère tenir meilleur lieu par dellà. -J'entendz que, le jour de la Madeleyne, un françoys, naguyères party -de Basle, est arryvé en ceste ville, feignant qu'il y venoit chercher -Mr de Méru, néantmoins il a incontinent passé oultre vers Mr de -Walsingam, à la court. Je ne sçay qu'il y praticquera, et croy bien -qu'il y trouvera assez de ceulx qui vouldroyent favoriser la guerre en -vostre royaulme; mais j'espère qu'il n'impètrera, pour tout cella, ny -les hommes, ny les vaysseaulx, ny tant d'argent de ceste princesse -comme il voudroit; laquelle m'a faict prier, touchant ce que luy aviez -escript pour James d'Esmont, dict Fitz Maurice, que je vous veuille -mander comme elle, ayant cy devant envoyé au gouverneur de la province -où il a commis la trahison contre elle, son pardon, et n'ayant, luy, -voulu ny daigné aller vers le dict gouverneur pour le demander et -l'accepter, elle ne peut, avec son honneur, luy en concéder ung -aultre, et que de cella elle remect à Vostre Majesté d'en estre juge. - -Je me resjouys infinyement du retour du Sr de Misery et de -l'acheminement des depputez. Je croy qu'ilz ne viennent pas, sans -apporter une modération de leurs premières demandes, et sans ung -suffisant pouvoir d'accepter les bonnes responces que Vostre Majesté -leur a desjà faictes, ou bien celles, si besoing est, que voudrez -encores leur fère. Et depuis deux jours, est arryvé, icy, ung de la -Rochelle, qui assure avoyr veu partyr les Srs de Mirambeau et de -Bessons pour aller rencontrer les aultres depputés, portans bonne -instruction de ceulx de ce quartier là à la paix. Néantmoins il court, -icy, ung bruict sourd que, en Ollande, a esté mis en dellibération, -touchant la guerre de vostre royaulme, que, si le prince d'Orange veut -entreprendre d'y marcher en faveur des eslevez, et passer en armes par -le Brabant, Aynaut et Artoys, affin d'eslever ces peuples là, que -iceulx de Ollande le secourront de deux centz mille florins contantz; -mais parce que Vostre Majesté doibt avoyr notice de cella, s'il est -vray, par une plus seure voye que la mienne, je n'en toucheray, icy, -davantage. Sur ce, etc. Ce 1er jour d'aoust 1575. - - - A LA ROYNE. - -Madame, estimant qu'il n'y a poinct de mal que ceulx cy soyent détenus -en quelque suspens de ne pouvoir, du premier coup, descouvrir le fonds -de l'intention de Voz Majestez Très Chrestiennes touchant le propos -qu'ilz m'ont naguyères renouvellé, je leur allègue tousjours quelque -occasion du juste retardement de vostre responce; qui seray bien ayse -que je ne soys pressé de ne leur en dire rien davantage jusques à ce -que Voz Majestez m'ayent ung peu plus expressément respondu aux -particullaritez que je leur en ay depuis escripte, du XIIIe du passé, -et mesmement sur ce que le comte de Lestre m'a fort considérément dict -que, s'il venoit aulcune bonne response de dellà pour le dict propos, -il n'estoit pas hors d'espérance qu'il ne fût celluy qui iroyt -apporter la jarretyère au Roy, vostre filz. Et cependant je ne veulx -obmettre, Madame, de très humblement vous remercyer pour la tant -expresse déclaration, qu'il vous a pleu me fère, du contantement que -Voz Majestez ont de mon service, et de l'assurance que me donnez de la -venue de mon successeur, et de me fère avoyr quelque récompense: qui -sont troys choses que Vostre Majesté adaptera à la nécessité d'ung -gentilhomme qui en a plus de besoing que nul aultre qu'ayez jamays -employé au service du Roy ny au vostre, et qui, sans me confier par -trop de mes mérites passez, desire encores de le mériter davantage par -nouveaulx services que j'essayeray de vous fère à toutz deux, les -meilleurs et avec le plus de soing et de dilligence que mon aage et ma -santé le pourront porter, et tousjours avec une singullière fidellité: -et par exprès, Madame, j'auray à jamays, pour l'effet que me ferez -sentir de ces troys choses que j'ay dict cy dessus, une immortelle -obligation à Vostre Majesté. Et sur ce, etc. Ce 1er jour d'aoust 1575. - - - - -CCCCLXIVe DÉPESCHE - ---du VIe jour d'aoust 1575.-- - -(_Envoyée jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Communication confidentielle, faite par l'un des seigneurs du - conseil à l'ambassadeur, de la bonne disposition d'Élisabeth au - sujet de son mariage avec le duc d'Alençon.--Nécessité de faire - une nouvelle proposition de l'entrevue, si le roi desire que ce - mariage s'effectue.--Résolution prise en Angleterre d'attendre - une réponse du roi à cet égard, avant de désigner le seigneur - qui portera au roi l'ordre de la Jarretière. - - - AU ROY. - -Sire, par la dépesche que je vous ay faicte, du premier du présent, -j'ay réytéré en la lettre de la Royne, vostre mère, à ce que, du -tréziesme auparavant, je vous avoys escript, comme le comte de Lestre -m'avoit ouvertement déclaré que, s'il venoit quelque bonne nouvelle de -France, sur la reprinse du bon propos de sa Mestresse, qu'il espéroit -estre celluy qui vous yroit apporter la jarretyère. Sur quoy attandant -qu'il vous playse me mander ce que j'auray à luy respondre, je ne -m'advance pas de rendre encores l'autre responce que m'avez mandée du -Xe auparavant, touchant le principal du dict propos, parce qu'il -semble que voz présentz affères ne perdent rien de laysser cella en -quelque suspens, et aussy que l'on ne me presse beaucoup d'y -respondre. Néantmoins ung des premiers et fort principal personnage de -ce royaulme m'a secrettement adverty que la Royne, sa Mestresse, ayant -ung jour, à Quilingourt, faict appeller en sa chambre ceulx de son -conseil pour, entre autres choses, fère l'élection de celluy qui vous -apporteroit la dicte jarretyère, elle et eulx, par occasion, là -dessus, avoyent ramené en mémoyre l'estat de tout l'autre principal -propos, et que la matière en avoit esté si avant débatue qu'on avoit -jugé expédient de ne nommer encores pas ung pour ceste légation, -jusques à ce qu'on eût ung peu mieulx cognu de quelle intention Vostre -Majesté seroit vers le dict bon propos, affin que, sellon cella, elle -peût, de plusieurs seigneurs de sa court, eslyre lors celluy qu'ilz -estimeroyent le plus propre pour bien négocyer cest affère; et qu'il -me vouloit bien dire qu'il avoit fort profondément sondé le cueur de -sa Mestresse en cest endroict, et qu'il trouvoit, en somme: - -Qu'elle ne sçavoit à quoy bonnement se tenir de l'intention de Vostre -Majesté; car, parce qu'elle m'avoit tousjours cognu d'une prompte et -grande affection à l'entretènement de vostre mutuelle amityé, et à -vouloyr, tout ainsy que Voz Majestez estoyent unis par la ligue, vous -unyr encores davantage par alliance; et que, toutes les foys que le -feu Roy, vostre frère, m'en avoit commandé quelque chose, je la luy -avoys non seulement fort volontiers communicquée, mais luy avoys -tousjours admené beaucoup de raysons pour l'y persuader, voyant, à -ceste heure, que je ne monstroys plus nulle challeur en cella, elle -creignoit que Vostre Majesté n'en y eût poinct aussy; néantmoins -qu'elle vouloit croyre fermement que le feu Roy, et la Royne, sa mère, -avoient jusques icy, ainsy que je l'avoys tousjours assuré, procédé -d'une fort droicte intention à vouloir, avec leur honneur et dignité, -fère tout ce qu'ilz pourroyent pour conduyre l'affère à bonne fin, et -qu'ilz avoient demandé ung saufconduict pour l'entreveue, lequel elle -leur avoit une foys accordé, et depuis n'en avoit jamays faict de -refus; dont restoit maintenant en Vostre Majesté d'y procéder sellon -ces dernières erres, sinon que, pour aulcuns respectz et accidantz, il -vous fût survenue nouvelle occasion de ne le vouloyr poinct; - -Et que c'estoit tout ce qu'il avoit peu tirer de la dicte Dame, par où -je pouvois voyr qu'elle estimoit avoyr bien accomply, de son costé, ce -qui touchoit à cella, et qu'elle attandoit, à ceste heure, comme vous -entendiez d'y cheminer, du vostre; et que, là dessus, il me vouloit -privéement déclarer son opinyon, qui estoit: que, sans remémorer -l'amplitude de l'estat ny les excellantes grâces de sa Mestresse, qui -estoyent choses notoyres, ny la cognoissance que Vostre Majesté et la -Royne, vostre mère, aviez que celluy qui se vouloit rendre possesseur -d'une telle princesse, et posséder avec elle toute sa grandeur, la -debvoit, avec beaucoup de soing et avec beaucoup de respectz, très -dilligemment poursuyvre, il jugeoit nécessayre, puisque le poinct de -l'affère estoit maintenant tout en vostre main, si d'avanture je -pensoys que Vostre Majesté y eût encores de l'affection, que tout -promptement je vous escripvisse de demander encores l'entreveue, comme -chose avec laquelle le bon effaict s'en pourroit facillement -ensuyvre, et sans laquelle jamays ne s'ensuyvroit; et que, sellon la -dilligence que je vous ferois mettre en cella, se pourroit cognoistre -s'il restoit de la disposition, ou non, de vostre costé; car la -prolongation ne servoit que de confirmer aulx ennemys les argumentz -qu'ilz faisoient contre ce propos, et de mettre les amys en quelque -doubte de vostre sincérité; et confessoit estre l'ung de ceulx qui -avoient consulté la dicte Dame de ne nommer poinct le personnage -qu'elle vouloit envoyer en France jusques à ce qu'elle sceût -playnement le cueur de Vostre Majesté, affin de fère allors plus -seurement l'élection; car jugeoit n'estre aulcunement raysonnable -qu'elle fît partyr ung qui seroit pour résouldre cest affère, sinon à -bien bonnes enseignes; et, si elle perdoit la présente occasion de la -jarretyère, elle n'espéroit, de longtemps, d'en recouvrer une aultre -si honnorable, ny qui peût estre si à propos; et que, quand luy et -ceulx qui, comme luy, avoient grande dévotion à cest affère, -pourroient avoyr quelque cognoissance de la vraye et certayne -intention de Vostre Majesté, je ne fisse nul doubte qu'ilz n'y -employassent lors tous les bons moyens et addresses qui s'y pourroient -desirer; me priant d'uzer bien secrettement et avec discrétion, de -cestuy sien conseil, qui estoit sans le sceu de nul aultre de la -compagnye; et qu'il avoit congé d'aller estre quelques jours en sa -maison, mais qu'il seroit tout à temps de retour à la court pour -servir, aultant qu'il luy seroit possible, en cest endroict. - -Voilà, Sire, la substance et les propres termes, en brief, de tout ce -qu'il m'a plus au long escript; qui ay retenu l'original de sa lettre -devers moy, et ne luy ay poinct faict de responce. Mesmes j'avoys une -foys dellibéré de n'en rien mander à Vostre Majesté, parce que celle -vostre aultre responce, du Xe du passé, sembloit assez y satisfère; -mais il ne faut rien tayre à son prince, comme je ne luy ay jamais -faict, ny suis pour jamays le fère. Sur ce, etc. - - Ce VIe jour d'aoust 1575. - - - A LA ROYNE. - -Madame, ceste dépesche, que je fay présentement à Voz Majestez, est -pour leur fère entendre le contenu d'une lettre qu'ung des premiers et -principaulx milords de ce royaulme m'a escripte, à laquelle je ne luy -ay rien respondu, et si, ay esté en doubte si je la debvoys -entièrement réserver secrette devers moy, affin de ne remuer rien plus -en ung affère qui a esté plusieurs foys en vain essayé, et lequel je -ne sçay comme, à présent, il est agréable de vostre costé. Mais -considérant qu'il fault révéler toutes choses à Voz Majestez, et -elles, puis après, en ordonneront comme il leur plerra, et que -d'ailleurs, le personnage qui m'a escript est de tel poix et gravité, -et si retenu, qu'il ne dict rien à la volée ny sans bon fondement, -j'ay enfin prins ceste résolution qu'il ne vous en seroit rien -dissimulé. Et seulement je me suis abstenu de vous y adjouxter rien de -mon adviz parce que Vostre Majesté void tout à cler ce qui est de -dellà, et juge mieulx de ce qui est icy que je ne sçauroys fère; et ne -diray que ce mot que ceulx cy temporizeront indubitablement d'envoyer -l'ordre jusques à ce qu'ilz pourront avoyr eu quelque notice de -l'intention de Voz Majestez en cest endroict. Et sur ce, etc. - - Ce VIe jour d'aoust 1575. - - - - -CCCCLXVe DÉPESCHE - ---du XIIIe jour d'aoust 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Nouveaux armemens faits en Angleterre.--Prochain départ de sir - Henri Sidney pour l'Irlande.--Temporisation de Me Quillegrey à - Barwich.--Maladie de sir Henri Coban.--Exécution à Londres de - plusieurs Hollandais brûlés vifs pour cause - d'hérésie.--Méfiance que doivent inspirer les nouveaux - préparatifs des Anglais, et un envoi d'argent fait par - Élisabeth en Allemagne. - - - AU ROY. - -Sire, ayant sceu que l'admyral d'Angleterre et le gardien des cinq -portz, avec les principaulx officiers de la marine, s'estoyent -assemblés, la sepmayne passée, à Rochester, où sont les grands navyres -de ceste princesse, comme pour y ordonner d'ung armement à fère -quelque entreprinse, j'ay envoyé sçavoyr ce qui en estoit; et m'a l'on -rapporté qu'on y avoit commandé de mettre promptement huict des grands -navyres en estat pour estre prestz de sortir dans dix jours, toutes -les foys que le commandement en seroit venu; mais qu'on n'avoit -encores rien ordonné de l'advytayllement, et que seulement le dict -admiral, estant au dict lieu, avoit envoyé surprendre, en l'embouchure -de la Tamise, deux vaysseaulx, où y avoit sept ou huict gentilhommes -de bonne qualité, angloix, qui pensoient se desrober de ce pays, -lesquelz il a ramenez et sont réservez soubz quelque garde; et qu'il -s'apprestoit bien envyron vingt quatre ou vingt cinq vaysseaulx, en -demy équippage de guerre, dans ceste rivyère, par des particulliers, -qui disoyent vouloir aller, les ungs en Hespaigne, les aultres en -Portugal, et les aultres en Barbarye, pour faict de marchandise; dont -nous verrons, de jour à l'aultre, ce qui s'en fera. Il semble que, de -ceste année, il n'y a pas grande flotte pour les vins à Bourdeaulx, -parce que ceste princesse a très rigoureusement deffendu qu'on ne -puisse vendre ny achapter en Angleterre, toutz frays et subsides -payez, plus haut de dix livres d'esterling la tonne de vin, qui sont -cent livres tournoys, là où, à présent, il se vent bien au double. - -Le sire Henry Sidney s'en va, du premier jour, passer en Irlande, où -l'on pense qu'il y réduyra les choses, et qu'il remettra facillement -tout le pays en l'obéyssance de ceste couronne, et le comte d'Essex -s'en retournera. - -Me Quillegreu a temporisé, plus longtemps qu'on ne m'avoit dict, à -Barwic, à cause de ce désordre naguyères survenu entre les gardiens -des deux frontyères, et s'il n'en est party depuis dix jours, il y est -encores. La Royne d'Escosse se porte bien et cuydoyent aulcuns que la -Royne d'Angleterre, sa cousine, s'estant approchée à une journée et -demye d'elle, la deût voyr; mais j'entendz que seulement elle l'a -envoyée visiter. Me Henry Cobhan, en attandant, icy, sa dépesche pour -Espaigne, est tombé malade; néantmoins il espère partyr, aussytost -qu'il se portera ung peu bien, et dellibère de fère son chemin par -France. - -L'on a brullé, ces jours passez, en ceste ville, aulcuns Ollandoys -pour cause d'hérésye, parce qu'ilz ne se sont voulus desdire, -soubstenans, entre aultres erreurs, qu'il n'estoit loysible aulx -Chrestiens d'exercer magistrat. - -Je ne veulx pas, Sire, après tant de bonnes parolles et de bonnes -démonstrations que j'ay naguyères eues de ceste princesse et des -siens, sur la continuation de la ligue, les souspeçonner légèrement; -néantmoins ayant sceu que, de trente mille livres d'esterling, que la -dicte Dame a dernyèrement empruntés de ceulx de Londres, en ayant -receu contant vingt mille, et icelles ordonnées pour la guerre -d'Irlande, je crains que des aultres dix mille, lesquelz elle a envoyé -remettre en Hambourg, que, si elles ne sont distribuées aulx -pensionnayres qu'elle a en Allemaigne, ou bien employées en l'acquit -de quelque vieulx partis qu'elle doibt encores par dellà, qu'elles ne -soyent convertyes à fère une levée de reytres en faveur des eslevez de -vostre royaulme; et que ceste somme soit celle partye de deniers qu'on -dict qu'elle est obligée de contribuer en la ligue des princes -protestantz pour la deffance de leur religyon, sellon qu'on m'a assuré -qu'il est convenu, par articles exprès, avec les dictz princes -protestantz que, toutes les foys et pour aultant de vingt mille escus -qu'on leur pourra fère fournir en deniers contantz, ilz seront tenus, -dans certains jours après, de fère marcher autant de troys mille -reytres ou en France ou en Flandres, là où le besoing en sera cognu -plus grand; dont Vostre Majesté pourra, par quelqu'ung de ses -serviteurs en Allemaigne, fère observer cella. - -Je ne puis vériffyer que Mr de Méru ayt emporté plus grande somme de -ceste court que les douze centz angelotz que cette princesse luy a -donnez; et encores m'a l'on dict que le présent, à la fin, a esté -restreinct à six centz angelotz. - -Je parachevoys cest article quand la dépesche de Vostre Majesté, du -XXIXe du passé, est arryvée, de laquelle j'uzeray en la façon qu'il -vous plaist me le commander, la première foys que j'iray retrouver -ceste princesse; et incontinent après, je vous manderay ce qu'elle -m'y aura respondu. Sur ce, etc. Ce XIIIe jour d'aoust 1575. - - - - -CCCCLXVIe DÉPESCHE - ---du XXe jour d'aoust 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Arrivée de Mr de Mauvissière en Angleterre.--Refus du roi - d'accepter les offres faites par le capitaine Bathe d'une - entreprise contre l'Angleterre.--Préparatifs des Anglais pour - se tenir prêts à une expédition.--Réclamations réciproques à - raison des prises.--Sollicitations de l'ambassadeur afin qu'il - lui soit envoyé de l'argent.--Mission qui lui est donnée de se - rendre auprès de Marie Stuart et de passer en Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, parce qu'il y a huict jours que je ne fay, d'heure à aultre, que -regarder si Mr de Mauvissyère arryvera, pour le conduyre incontinent -devers la Royne d'Angleterre, laquelle est encores bien loing en son -progrès, je temporise d'aller parler à elle du contenu de la dépesche -de Vostre Majesté, du XXIXe du passé, jusques à ce qu'il soit icy, -affin de fère de tout ung; mais venant de sçavoyr par le Sr de Vassal, -lequel ne faict que d'arryver, que le dict Sr de Mauvissyère est desjà -en Angleterre, de quoy je loue Dieu de bon cueur, j'espère que, dans -ung jour ou deux, nous yrons toutz deux trouver la dicte Dame. - -Cependant je ne puis sinon bien fort approuver ce que la Royne, vostre -mère, a prudemment advysé de rejetter les offres du cappitayne Bathe -comme malhonnestes, et louer infinyement vostre vertu de les avoyr de -mesmes mesprisées; car c'est sellon que voz promesses et l'obligation -de vostre foy et de vostre sèrement le requièrent, et je mettray peyne -de fère voyr à ceste princesse combien ces deux honnorables actes, -que luy avez uzé touchant le sire James Fitz Maurice et cestui cy, -méritent qu'elle s'acquite de mesmes honnorablement vers Vostre -Majesté. Et vous diray, Sire, que j'ay opinyon qu'il y avoit de -l'artiffice beaucoup ez offres du dict Bathe, et qu'il cherchoit comme -il pourroit trouver le moyen de provoquer sa Mestresse contre vous, et -non pas comme il pourroit nuyre à elle, sellon qu'il y en a assez, en -ceste court, qui luy en pouvoient avoyr bayllé l'instruction; car, -après s'estre eschappé des mains du grand commandeur de Castille, qui -l'avoit détenu dix huict moys en prison, à cause qu'il le -souspeçonnoit d'estre passé en Flandres pour tuer, de guet à pens, le -comte de Vesmerland, aussytost qu'il a esté de retour par deçà, l'on -l'a receu et favorizé en ceste court, et ceulx qui manyent les affères -ont persuadé à ceste princesse de luy ordonner une pencion de deux -centz escuz, l'an, pour toute sa vye, et il ne venoit que de recepvoyr -ce bienfaict d'elle quand il est passé en France, avec ce, que je ne -pense poinct qu'il ayt eu communicquation avec le comte de Quildar, -car l'on l'observe de trop près, ny le dict comte ne se fût jamays -commis à luy, car il n'est nullement léger. Mais, quand au cappitayne -Morguen, de tant que son offre ne tend à rien qui soit contre sa -Mestresse ny contre son pays, ains d'exécuter quelque entreprinse -qu'il dict estre d'importance, et laquelle il estime pouvoir conduyre -à bon effect pour le service de Vostre Majesté contre ceulx de la -Rochelle et les eslevez de vostre royaulme, elle semble avoyr plus -d'apparance que l'autre. - -Néantmoins luy et les autres cappitaynes angloix, qui sont icy, sont à -présent retenus pour la guerre d'Irlande, de peur que le dict sire -James Fitz Maurice n'y repasse pour y brouyller les affères. Et puis -il semble qu'encor que ceste princesse et les siens ne monstrent pas -qu'ilz soyent beaucoup offancez de ce que les Escossoys ont faict en -l'assemblée des gardiens de la frontyère du North, ilz en réservent -néantmoins une vengeance dans le cueur contre eulx, et si, ont quelque -opinyon qu'ilz ayent esté meus à uzer de ceste audace par quelque -conseil de France; ce qui faict qu'ilz caressent davantage leurs -cappitaynes et leurs soldatz, estimantz qu'ilz en auront bientost à -fère. Et depuis troys jours, ilz ont faict sortir troys grands navyres -de guerre, de ceulx que je vous ay mandé qu'on apprestoit, et ont -envoyé revisiter les fortz qui sont le long de la coste d'Ouest, qui -regarde la France, affin de les mettre promptement en deffance, et les -garnyr d'artillerye et de monitions et de gens de guerre, ung peu -mieulx que de l'ordinayre, sur quelque souspeçon qu'ilz ont que ce, -que Vostre Majesté a commandé d'armer des vaysseaulx par dellà pour -assurer la mer contre les pirates, ayt quelque aultre chose de caché -là dessoubz; de quoy je les mettray bien hors de peyne sur l'assurance -de l'amityé que leur avez jurée, si, d'avanture, ilz daignent m'en -parler. - -Mr de Walsingam me vient d'escripre, du XIIIe de ce moys, que je -vueille refraischir à Vostre Majesté la plaincte des marchandz de -Londres contre les habitans de St Malo, parce que la Royne, sa -Mestresse, en est pressée; et que, quand à la plaincte du sire -Lacheroy, de Roan, de laquelle Vostre Majesté m'a naguyères escript, -il me mande que la dicte Dame a commandé à son ambassadeur par dellà -d'y regarder, et d'en accommoder l'affère sellon que, par les preuves -et vériffications du procez, il cognoistra qu'il se debvra fère. - -Au surplus, Sire, je reste le plus confus gentilhomme de toutz ceulx -qui sont à vostre service pour n'avoyr receu, par le Sr de Vassal, -aulcune provision d'ung seul denier de Vostre Majesté, pour me -désangager d'icy, qui suis en danger d'y souffrir une très grande -honte au préjudice de la réputation de voz affères, par la rigueur que -justement m'uzeront, à ceste heure, ceulx à qui je doibs; qui vous -supplye très humblement, Sire, y vouloir pourvoyr, et avec ce qui en -peut toucher à la dignité de vostre service, avoyr compassion de -l'extrême nécessité de vostre serviteur. - -Je feray bien tout ce qu'il me sera possible pour avoyr la permission -d'aller visiter la Royne d'Escosse et Monsieur le Prince, son filz, de -la part de Vostre Majesté, et vous y feray tout le service qu'il vous -plaist me commander, sans y espargner ma santé ny mesmes ma vye, s'il -est besoing; mais il n'est pas possible que, sans qu'il vous playse me -fère envoyer de l'argent, je puisse frayer au voïage. Et sur ce, etc. -Ce XXe jour d'aoust 1575. - - - - -CCCCLXVIIe DÉPESCHE - ---du XXVIIe jour d'aoust 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Callays par la voye du Sr Acerbo._) - - Nouvelle répandue à Londres de l'entrée en France du prince de - Condé avec une armée.--Secours d'argent donné aux protestans de - France et d'Allemagne par les églises d'Angleterre.--Incursion - des Anglais sur les frontières d'Écosse.--Craintes pour Marie - Stuart. - - - AU ROY. - -Sire, depuis huict ou dix jours en çà, la Royne d'Angleterre n'a -poinct arresté en lieu de séjour, où nous ayons peu avoyr accez à -elle, et n'en y aurons jusques à mardy prochain, trentiesme de ce -moys, que nous l'yrons trouver à Wodstok, à cinquante mille d'icy, où -j'espère qu'elle acceptera agréablement Mr de Mauvissière en ma place, -ainsy que desjà il a bien cognu, par des démonstrations que mylord -trésorier luy a faictes, qu'il sera receu avecques toute faveur d'elle -et de ceulx de son conseil. Dont je juge bien que, sellon la -dilligence qu'il mect de s'instruyre et de se bien informer de toutes -choses d'icy, et pour la bonne affection qu'il monstre avoyr à vostre -service, qu'il vous en fera de très bon et très fidelle; en quoy de -tout ce que je sçay et que je cognoistray luy pouvoyr donner lumyère -en ceste charge que luy avez commise, je vous supplye très humblement, -Sire, de croire que je n'y manqueray nullement. Et après que nous -aurons parlé à la dicte Dame, nous vous ferons incontinent sçavoyr ce -que nous aurons apprins d'elle et des siens, sur les particullaritez -que nous avez commandé leur proposer. - -Et vous diray cependant, Sire, que la nouvelle, qui court icy, que le -Prince de Condé est desjà entré en vostre royaulme avec ung nombre de -reystres, donne quelque chaleur à des particulliers de ce royaulme de -s'esmouvoyr; et est certain que, oultre les trois navires de ceste -princesse, que je vous ay dernièrement escript qui estoient sortis en -mer, il y en a cinq de Hacquens, de Thomas Cobhan, de Forbicher et de -quelques aultres cappitaynes de mer, qui, dans trois ou quatre jours, -doibvent sortir de ceste rivyère en équippage de guerre, et ne se -sçayt encores où s'addresse leur entreprinse; néantmoins nous en -donnons présentement advis aulx gouverneurs de dellà affin qu'ilz en -demeurent apperceus. - -Il a esté faicte une secrette ceuillette de deniers par les églyses de -ce royaulme, qui monte envyron cinq mille livres esterling, c'est dix -huict mille escus, qui doibvent estre prestz en angelotz ez mains -d'ung marchant de ceste ville, le premier jour du moys prochain; et -présument aulcuns que c'est pour secourir le prince d'Orange, lequel -n'a renvoyé si malcontant le docteur Roger, naguyères envoyé d'icy -devers luy, comme l'on le publioit; ains j'ay naguyères comprins de -certains propos que le docteur fiscal de Bruxelles m'a tenus, lequel -j'ay convyé à dîner avec Mr de Mauvissière, que le dict Roger avoit -porté offre du dict prince de mettre des places de Hollande et Zélande -ez mains de ceste princesse, si elle vouloit prendre la protection du -pays, ou aultrement qu'il s'iroit getter ez mains de Vostre Majesté, -parce qu'il ne pouvoit plus supporter la guerre; mais, de tant que je -n'ay encores la certitude de ce faict, et que, s'il est vray, vous en -avez assez de certitude d'aylleurs, je ne m'en estendrai davantage. - -Et adjouxteray seulement, icy, que les Angloix sont entrés en armes -dans la frontière d'Escoce, pour revencher l'injure que les Escossoys -leur avoient faicte; dont, pour accommoder cella, j'entendz que le -comte de Houtinthon, président du North d'Angleterre, et le comte de -Morthon se doibvent bientost assembler, ce que j'ay grandement suspect -pour la personne de la Royne d'Escosse; car ce sont les deux plus -viollantz ennemys qu'elle ayt en ces deux royaulmes. Me Quillegreu a -desjà veu le dict Morthon, et croy qu'il se trouvera à cest -abouchement; et m'a l'on dict qu'il praticque une nouvelle levée -d'Escossoys pour la fère passer du premier jour, en Hollande. Et sur -ce, etc. - - Ce XXVIIe jour d'aoust 1575. - - - - -CCCCLXVIIIe DÉPESCHE - ---du Xe jour de septembre 1575, à Oxford.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Callays par Jehan Mounyer._) - - Audience de présentation de Castelnau de Mauvissière.--Reprise de - la négociation du mariage. - - - AU ROY. - -Sire, le dernier du moys passé, j'ay présenté en ce lieu, de Vuodstok, -Mr de Mauvissière à la Royne d'Angleterre, et luy ay dict que, -m'ayant, Vostre Majesté, octroyé mon congé, vous l'aviez envoyé pour -me succéder en ceste charge, et espériez que l'élection luy en -playroit, sellon que vous l'aviez ainsy expressément faicte, affin -qu'elle luy pleût en toutes sortes, et qu'elle cogneût que vous aviez -bien voulu mettre ung ambassadeur prez d'elle, duquel, oultre l'estime -que vous aviez de sa suffizance, pour estre ung gentilhomme de -longtemps versé en affères d'estat, qui avoit eu de bien honnorables -commissions, en paix et en guerre, et aulcunes vers elle, dont il -s'estoit tousjours dignement acquité, et oultre, aussy, que vous le -teniés pour très loyal serviteur, duquel vous aviez esprouvé le cueur -estre bon et droict vers vostre service, et bien incliné aulx choses -bonnes, voyre, à celles qui estoient meilleures, vous sçaviez qu'il -estoit bien affectionné et dévot aux rares et excellantes vertus qu'il -avoit cognues, et souvant publiées, de la dicte Dame; et que luy -ayant, Vostre Majesté, fort expressément commandé de la révérer, et de -luy complère en tout ce qu'il luy seroit possible, il estoit venu pour -nullement n'y faillyr; - -Que, de ma part, je m'en retourneroys, avec son bon congé, retrouver -Vostre Majesté, et que, si je ne m'estois rendu indigne des grâces et -faveurs, dont elle m'avoit obligé, tout le temps que j'avoys résidé -par deçà, je la supplioys d'y obliger davantage le dict Sr de -Mauvissière. - -Et là dessus, il luy a présenté voz lettres et recommandations, et luy -a, d'une fort bonne et fort agréable façon, expliqué la créance qu'il -avoit de Vostre Majesté pour la continuation de vostre commune amityé, -et pour la confirmation d'icelle, par le bon propos de Monseigneur -vostre frère, suyvant ce que la Royne, vostre mère, luy en escripvoit -de sa main. Et luy a déduict plusieurs raysons fort considérables pour -la mouvoir, et la rendre bien inclinée à vostre honneste desir. - -A quoy, elle, après aulcunes parolles qu'il luy a pleu dire en quelque -recommandation de ma négociation passée, lesquelles ne me siéroient -bien de les escripre, elle en a dict plusieurs aultres bien bonnes du -gré, qu'elle vous sçavoit, de luy avoyr envoyé Mr de Mauvissière, et -qu'elle le recevoit aultant agréablement que gentilhomme qu'eussiez -sceu mettre en ce lieu. Ce qu'elle a davantage tesmoigné par des -caresses, faveurs et honnestes privautés, qu'elle luy a faictes. - -Et sommes entrés en conférance des particullaritez du propos de Mon -dict Seigneur, vostre frère, avec la dicte Dame et avec les seigneurs -de son conseil; dont voicy la cinquiesme foys, aujourdhuy, que nous -sommes assemblez là dessus, avec elle et avec eulx, non sans beaucoup -d'oppositions et de difficultez qu'ilz nous font; lesquelles nous -essayerons d'oster, aultant qu'il nous sera possible, affin que nous -puissions tirer une bonne et aulmoins une clère résolution d'eux. Dont -Mr de Mauvissière la vous escripra et je la vous iray apporter; vous -voulant bien assurer, Sire, qu'il a si bien et si heureusement -commancé sa charge, et les choses d'icy monstrent de luy debvoir si -bien succéder que Vostre Majesté en peut espérer beaucoup de bon -service, et beaucoup de bon contantement; aydant le Créateur auquel, -etc. Ce Xe jour de septembre 1575. - - - A LA ROYNE. - -Madame, vous entendrés par les lettres de Mr de Mauvissière, et par -celle que j'escriptz au Roy, les propos que nous avons eus avec ceste -princesse, le jour que je l'ay présenté, et que j'ay commancé de -prendre congé d'elle; qui, en substance, ont esté parolles de -courtoysie et d'honnesteté, qu'elle m'a uzé pour signiffier sa -satisfaction de ma négociation passée, et de quelque regrect de mon -partement, et d'aultres parolles non moins courtoyses ny moins -honnestes, ny de moindre faveur que celles là, à Mr de Mauvissière -pour luy dire qu'il fût le bien venu, et qu'elle avoit grand -contantement de l'élection que Voz Majestez ont faicte de luy; et que -très agréablement elle le recevoit vostre ambassadeur pour résider -prez d'elle. A quoy les principaulx seigneurs de ce conseil et toute -ceste court ont concouru d'une bonne démonstration d'affection vers -luy, et d'avoyr très bonne opinyon de luy. Il a expliqué fort -honnorablement sa créance à la dicte Dame, et luy a renouvellé le -propos de Monseigneur, vostre filz, aux plus exprès et approchans -termes qu'il s'est peu souvenir de ceux que Vostre Majesté a uzé en la -lettre qu'elle a escripte à la dicte Dame. Et elle les a prins de fort -bonne part. Et desjà nous avons, par quatre ou cinq foys, esté là -dessus en conférance avec elle et avec ceulx de son conseil; qui, -parmy des facillités, vous opposent tousjours des difficultez non -petites, lesquelles néantmoins regardent plus à vouloir éviter qu'à -vouloir fère le refus; et quand nous en aurons tiré quelque -résolution, Mr de Mauvissière la vous escripra, et je la vous iray -apporter. Et vous promectz, Madame, que je luy layrray l'entière -instruction de ce qui m'a escléré icy, et qui m'a guidé de vous fère, -en ce propos et aultres évènemens de deçà, le service dont monstrés -avoyr contantement: duquel je loue et remercye Dieu et le prye, etc. -Ce Xe jour de septembre 1575. - - - - -CCCCLXIXe DÉPESCHE - ---du XXe jour de septembre 1575.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Callais par Jehan Vollet._) - - Réponse d'Élisabeth sur la négociation du mariage.--Son refus de - permettre à l'ambassadeur de visiter Marie Stuart et d'aller en - Écosse.--Autorisation donnée aux neveux de La Mothe Fénélon de - se rendre auprès de Marie Stuart.--Déclaration d'Élisabeth - qu'elle n'a fourni aucun secours d'argent au prince de - Condé.--Audience de congé accordée à - l'ambassadeur.--Félicitations d'Élisabeth sur toutes les - négociations dont il a été chargé.--Vif desir qu'ont les - Anglais de recouvrer Calais, et de profiter des troubles de - France pour s'en saisir.--État de la négociation du mariage qui - peut être reprise pu abandonnée sans qu'il y ait à craindre une - rupture avec l'Angleterre. - - - AU ROY. - -Sire, pendant que nous estions à négocyer, à Vuodstok, avec ceste -princesse et avec les seigneurs de son conseil, du propos de -Monseigneur, vostre frère, et de la visite que desiriés estre faicte, -de vostre part, à la Royne d'Escoce et au Prince, son filz, il nous -est arryvé deux dépesches de Vostre Majesté, l'une du XXe d'aoust, -par l'ordinère, et l'aultre, du dernier du dict moys, par le Sr -d'Assas, qui la nous a rendue le Xe d'estui cy. Et vous dirons, Sire, -que nous trouvons avoyr procédé, en toutes choses, ainsy proprement -que Vostre Majesté le desiroit; et avons enfin, au bout de dix sept -jours, rapporté de ceste princesse des responces, lesquelles, encor -que ne soient du tout telles que nous les demandions, elles ne -layssent d'estre bien honnorables et bien conformes à l'amityé, que -désirés continuer avec elle et ce royaulme; et si, vous mettent en -chemin de pouvoir estreindre davantage ceste amityé par le propos de -Monseigneur, si les choses sont bien prinses, et qu'on y aylle par les -moyens qu'ung si excellent acte le requiert. - -Celluy de nous, qui demeurera, vous escripra dans quatre ou cinq -jours, bien au long, les termes où nous en sommes à présant; et -l'autre vous les yra apporter, et mettra peyne de vous représanter ce -que nous avons ensemblement veu et bien curieusement notté des -parolles et démonstrations de ceste princesse et de tous les siens, -pour y pouvoir, par Vostre Majesté, prendre une bien bonne et prompte -résolution. - -La visite de la Royne d'Escosse a esté entyèrement dényée d'estre -faicte par vostre ambassadeur; mais il nous a esté octroyé que moy, La -Mothe, puisse envoyer mes nepveus porter les lettres de Vostre -Majesté, et satisfère en la meilleure et plus révérante façon qu'ilz -pourront à cestuy vostre compliment vers elle; dont ilz y sont desjà -allez, ensemble le Sr de Vassal, et ung des clercs de ce conseil qui -leur a esté baillé pour adjoinct; mais, quand au voïage d'Escoce, -après que nous l'avons eu aultant vifvement débattu qu'il nous a esté -possible, la dicte Dame nous a faict respondre qu'elle supplioit le -Roy de le vouloir fère différer pour ung peu de temps, à cause des -différents qui estoyent naguyères survenus en la frontyère, ezquels -elle estoit sur le poinct d'y mettre quelque accomodement, là où, par -ce dict voyage, ilz pourroient estre rendus plus difficiles. -Néantmoins, dans ung moys ou six sepmaynes, elle octroyeroit de bon -cueur le passeport pour tel gentilhomme qu'il playroit à Vostre -Majesté y envoyer. - -Et touchant la remonstrance, que nous luy avons faicte, sur l'advis -qu'on vous avoit donné que le Prince de Condé commançoit de marcher -par les moyens qu'il avoit eus d'elle en deniers contantz, ou en -crédict, ce que vous ne pouviez ny vouliez si mal croyre de la foy et -promesse d'une telle princesse, elle nous a respondu qu'elle ne -pouvoit empescher qu'on ne feît courir tels bruictz, et qu'on ne se -vantât de beaucoup de choses d'elle, en parolles, et pour authoriser -les entreprinses qu'on faisoit là dessoubz, qui pourtant n'en estoit -rien en effect; et qu'elle promettoit à Dieu, et juroit, en sa -conscience, qu'elle n'avoit bayllé argent ny moyens, ny conseil -aulcun, contre Vostre Majesté, et n'avoit volonté, ny intention, de le -fère, tant que seriés en bonne intelligence et confédération avec -elle; mais qu'elle vous vouloit bien advertyr que d'aultres moyens -plus grands et meilleurs que les siens ne deffailloient à ceulx de la -nouvelle relligyon pour continuer la guerre; et, si les choses ne -venoient à la paix, que vous fissiez ardiment estat d'avoyr le plus -grand et le plus pesant affère, qui fût aujourdhuy au monde, sur les -bras, et qui estoit si appuyé en vostre propre royaulme, et ez aultres -partz de la Chrestienté, qu'il seroit pour affoiblir et miner le -propre empire romain, s'il estoit encores en estat; et que pourtant -elle ne pouvoit cesser de vous desirer la paix, et de vous prier qu'en -la prenant bonne et utille pour vous, vous la voulussiés donner seure -et stable à toute la Chrestienté, sellon qu'elle pensoit que vous le -pouviez fère. - -Sur quoy, ayantz respondu à ung mot que nous sçavions certeynement que -Vostre Majesté n'avoit aulcun plus grand desir, en ce monde, qu'à la -paix, ny n'estiés en rien plus résolu, si ne la pouviés avoyr bien -honnorable, ny mieux préparé qu'à la guerre, nous avons couppé cella -bien court. - -Et nous ayant, la dicte Dame et tous les siens, uzé de nouveau à toutz -deux beaucoup de courtoysie et bien honnestes faveurs pour la plus -ample réception de l'ung et le congé de l'autre, nous nous sommes fort -gracieusement licenciez d'elle. Et estans de retour en ce lieu, nous -avons eu aulcunement suspect ung payement de vingt mille livres -sterling, qui sont deux centz mille livres tournois, qu'on nous a -advertys qui se doibvent fournyr par lettres d'eschange, sur le -crédict de Me Grassen, facteur de ceste princesse, et d'aulcuns -aultres principaulx marchands de Londres, le premier jour d'octobre -prochain, en Anvers, ez mains d'ung Hervé, angloix; et creignons assés -que cella aylle en Allemaigne pour le payement des levées du Prince de -Condé, bien que aulcuns nous assurent que non, et que ces deniers vont -à aultre effect, et qu'il ne y a rien contre Vostre Majesté, mais nous -mettrons peyne de le mieux vériffier. - -Il est bien vray que ceulx cy se monstrent, à ceste heure, sur ceste -descente des reystres en vostre royaulme, plus esmeus et eschauffés à -tenter quelque chose par dellà, qu'ilz ne faisoient; et nous a l'on -dict qu'ung des plus authorisés de ce conseil prétend de se signaler, -à ce coup, par des entreprinses qu'il pense si bien conduyre au -prouffit de ceste couronne que, pour le moins, Callays y demourera. -Dont y a des vaysseaulx de ceste princesse et d'aultres particulliers -en mer, mais nous n'estimons pas, attandu le petit et foible équippage -en quoy ilz sont, qu'ilz puissent fère grand effort, ny ne voyons, -pour encores, qu'il se prépare aulcun nouveau avitaillement de navyres -pour les suyvre, bien qu'à dire vray les navyres sont, de toutes -aultres choses, prestz. Néantmoins il sera tousjours bon que Vostre -Majesté face advertyr au dict Callays et à Boulogne, et au long de la -coste de dellà, qu'on s'y tienne bien sur ses gardes. - -Tout le reste qu'aurions à vous escripre maintenant sera remis au -retour de moy, La Mothe, qui partiray aussytost que mes nepveus seront -de retour de devers la Royne d'Escoce, aydant le Créateur; auquel je -prie, après avoyr très humblement baysé les mains de Vostre Majesté -qu'il vous doinct, Sire, en parfaicte santé, très heureuse et très -longue vie, et toute la grandeur et prospérité que vous desire. - - Ce XXe jour de septembre 1575. - - - A LA ROYNE. - -Madame, nous nous sommes conduictz en ceste négociation du propos de -Monseigneur, vostre filz, avec ceste princesse, par le meilleur ordre -et la plus grande pacience qu'il nous a esté possible; et avons esté -bien ferme ez poinctz que nous aviez commandez, jusques avoyr mené la -dicte Dame et ceulx de son conseil au fin bout de ceulx aulxquels ilz -sont résolus de demeurer; et sur lesquels la conclusion ou la ropture -s'en prendra; qui avons esté contans, pour aulcuns bons respects, -d'accepter les responces qu'elle mesme nous a faictes, qui sont bien -fort honnorables, et lesquelles, si on les considère bien, sont pour -vous apporter beaucoup de satisfaction et pour mettre en vostre main -de quoy parfère ou bien de quoy laysser ceste poursuite, sans -altération de l'amityé; ainsy que Vostre Majesté le verra par les -lettres que, moy, de Mauvissière, vous escripray, et que moy, de La -Mothe, vous iray apporter, et vous réciter toutes ces particullaritez -par le menu, aussytost que ceulx qui sont allez devers la Royne -d'Escosse seront de retour, qui sera bientost, Dieu aydant; auquel je -prie, après avoyr très humblement baysé les mains de Vostre Majesté -qu'il vous doinct, Madame, en parfaicte santé, très heureuse et très -longue vie et tout le bien et prospérité que vous desire. - - Ce XXe jour de septembre 1575. - - - FIN DU SIXIÈME VOLUME ET DERNIER DES DÉPÊCHES - DE LA MOTHE FÉNÉLON. - - - - -TABLE - -DES MATIÈRES DU SIXIÈME VOLUME. - - -ANNÉE 1574. - - Pages - 359e _Dépêche._--5 janvier.-- - AU ROI. 1 - Audience. _Ib._ - Négociation du mariage d'Elisabeth avec le duc d'Alençon. _Ib._ - Avis d'une entreprise. 5 - Nouvelles d'Ecosse. _Ib._ - Et d'Irlande. 6 - - 360e _Dépêche._--12 janvier.-- - AU ROI. _Ib._ - Nouvelles de la Rochelle. 7 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 361e _Dépêche._--18 janvier.-- - AU ROI. 11 - Mission du baron d'Aubigny. _Ib._ - Affaires d'Irlande. _Ib._ - Nouvelles de la Rochelle. 12 - A LA REINE. 14 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 362e _Dépêche._--26 janvier.-- - AU ROI. 16 - Audience. _Ib._ - Conférence avec l'agent de la Rochelle. 18 - - 363e _Dépêche._--3 février.-- - AU ROI. 20 - Audience. _Ib._ - Négociation du mariage, consentement d'Elisabeth à une - entrevue secrète. 22 - - 364e _Dépêche._--9 février.-- - AU ROI. 24 - Audience. 25 - Négociation sur l'entrevue. _Ib._ - A LA REINE. 29 - État de la négociation du mariage. _Ib._ - - 365e _Dépêche_.--15 février.-- - AU ROI. 31 - Succès du prince d'Orange. _Ib._ - Affaires d'Ecosse. 32 - Nouvelles de Marie Stuart. 34 - - 366e _Dépêche._--20 février.-- - AU ROI. _Ib._ - Conférence avec Burleigh et Walsingham. 35 - Affaires d'Irlande. 36 - A LA REINE. 37 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 367e _Dépêche._--26 février.-- - AU ROI. 39 - Conférence avec Leicester. _Ib._ - Discontinuation des armemens. 43 - Dénonciation contre Marie Stuart. 44 - - 368e _Dépêche._--5 mars.-- - AU ROI. _Ib._ - Conférence avec les députés de Flandre. 45 - Et avec l'agent de la Rochelle. 46 - Nouvelles d'Irlande. 48 - - 369e _Dépêche._--7 mars.-- - AU ROI. 49 - Reprise d'armes en France. _Ib._ - Avis d'une entreprise sur Calais. 51 - - 370e _Dépêche._--17 mars.-- - AU ROI. 52 - Audience. _Ib._ - Consentement du roi à l'entrevue. 53 - Effet produit par la reprise d'armes en France. 57 - Réponse d'Elisabeth sur l'entrevue. _Ib._ - - 371e _Dépêche._--23 mars.-- - AU ROI. 61 - Troubles de France. 62 - Craintes inspirées par Montgommery. _Ib._ - Affaires d'Ecosse. 63 - Espoir pour Marie Stuart. 64 - - 372e _Dépêche._--28 mars.-- - AU ROI. 61 - Mésintelligences à la cour de France. 65 - Soupçons contre Montgommery. 67 - - 373e _Dépêche._--2 avril.-- - AU ROI. 68 - Audience. _Ib._ - Descente de Montgommery en France. 69 - Assurance d'amitié de la part d'Elisabeth. 71 - - 374e _Dépêche._--6 avril.-- - AU ROI. 73 - Protestation sur l'entreprise de Montgommery. _Ib._ - Armemens de Londres dirigés contre I'Espagne. 75 - Nouvelles de Flandre et d'Ecosse. _Ib._ - Bonnes dispositions pour Marie Stuart. 76 - - 375e _Dépêche._--15 avril.-- - AU ROI. 77 - Prise de Carentan par Montgommery. _Ib._ - Négociation du mariage. 78 - - 376e _Dépêche._--19 avril.-- - AU ROI. 80 - Motifs de Montgommery. _Ib._ - Fuite du prince de Condé. 81 - Négociation faite par La Noue. _Ib._ - Armemens des Anglais. 82 - Arrestation du duc d'Alençon et du roi de Navarre. 83 - - 377e _Dépêche._--24 avril.-- - AU ROI. 83 - Audience. 84 - Délibération du conseil. 90 - A LA REINE. 91 - Désir d'Elisabeth de voir la paix succéder en France. _Ib._ - _Mémoire._ Négociation de Montgommery et La Noue. 92 - - 378e _Dépêche._--30 avril.-- - AU ROI. 94 - Nouveaux détails d'audience. _Ib._ - Armemens faits à Londres. 95 - Nouvelles d'Irlande. 96 - - 379e _Dépêche._--3 mai.-- - AU ROI. 97 - Audience. _Ib._ - Désignation du capitaine Leython pour passer en France. 99 - A LA REINE. 101 - Recommandation d'un bon accueil pour le capitaine Leython. 102 - - 380e _Dépêche._--10 mai.-- - AU ROI. 103 - Audience. _Ib._ - Complot de Saint-Germain, arrestation de Coconas et La Mole. 104 - Arrestation de Mrs de Montmorenci et de Cossé. 109 - - 381e _Dépêche._--16 mai.-- - AU ROI. 110 - Changement d'Elisabeth. _Ib._ - Exécution de Coconas et La Mole. 111 - Sollicitations de Montgommery. 112 - Audience. 113 - A LA REINE. 117 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 382e _Dépêche._--23 mai.-- - AU ROI. 119 - Audience. 120 - Continuation des armemens. 121 - Instructions de Leython. _Ib._ - Nouvelles de Marie Stuart. 122 - - 383e _Dépêche._--29 mai.-- - AU ROI. 124 - Armemens contre l'Espagne. _Ib._ - Nouvelles d'Allemagne et d'Ecosse. 125 - Expédition du capitaine Montdurant. 126 - - 384e _Dépêche._--4 juin.-- - AU ROI. 127 - Armemens de Me Grinvil. _Ib._ - Résolution des Anglais de combattre la flotte d'Espagne. 129 - Avis d'un complot contre le roi. 130 - - 385e _Dépêche._--8 juin.-- - AU ROI. 131 - Audience. _Ib._ - Affaire de Coconas et La Mole. 133 - A LA REINE. 138 - Nouvelle de la mort du roi. _Ib._ - - 386e _Dépêche._--13 juin.-- - A LA REINE, RÉGENTE. 140 - Retard d'audience. _Ib._ - Montgommery prisonnier. 142 - Succès de Montdurant. 143 - Reprise des armemens. 144 - - 387e _Dépêche._--18 juin.-- - A LA REINE, RÉGENTE. 145 - Hésitation des Anglais. 146 - Nouvelles de France. 147 - Projet des Espagnols de s'emparer du prince d'Ecosse. 149 - - 388e _Dépêche._--21 juin.-- - A LA REINE, RÉGENTE. 150 - Audience. _Ib._ - Communication de la mort du roi. _Ib._ - Projet sur Calais. 156 - - 389e _Dépêche._--27 juin.-- - A LA REINE, RÉGENTE. 157 - Nouveaux détails d'audience. _Ib._ - _Mémoire._ Changement dans la politique des Anglais. 160 - - 390e _Dépêche._--1er juillet.-- - A LA REINE, RÉGENTE. 162 - Proposition faite à Elisabeth de renouer - l'alliance d'Espagne. _Ib._ - Mécontentement de Leicester. 164 - Menaces de représailles sur mer. 166 - Affaires d'Ecosse. _Ib._ - - 391e _Dépêche._--3 juillet.-- - A LA REINE, RÉGENTE. 167 - Retour de Leython. _Ib._ - Prise de Saint-Lô. _Ib._ - Exécution de Montgommery. _Ib._ - Intelligence de Marie Stuart et du roi d'Espagne. 168 - Plaintes des Anglais. 169 - Déclaration du conseil. 170 - - 392e _Dépêche._--8 juillet.-- - A LA REINE, RÉGENTE. 171 - Séance du conseil. _Ib._ - Résolution d'user de représailles sur mer. 172 - Réponse de l'ambassadeur. 175 - - 393e _Dépêche._--12 juillet.-- - A LA REINE, RÉGENTE. 178 - Reprise des armemens. _Ib._ - Intrigues des Espagnols. 179 - _Mémoire._ Conférence avec Burleigh, - Leicester et Walsingham. 181 - - 394e _Dépêche._--16 juillet.-- - A LA REINE, RÉGENTE. 183 - Suspension des armemens. _Ib._ - Affaires d'Ecosse. 185 - _Mémoire._ Communication avec Leicester. _Ib._ - - 395e _Dépêche._--23 juillet.-- - AU ROI. 187 - Félicitations sur le départ de Pologne. _Ib._ - Audience. 189 - A LA REINE, RÉGENTE. 190 - Nouveaux détails d'audience. _Ib._ - Réclamations sur les prises. 196 - - 396e _Dépêche._--28 juillet.-- - A LA REINE, RÉGENTE. 197 - Audience de Mendoce. _Ib._ - Plaintes contre les Anglais attachés à - l'ambassade en France. 199 - - 397e _Dépêche._--3 août.-- - A LA REINE, RÉGENTE. 201 - Arrêt fait à Rouen. 202 - Nouvelles d'Ecosse et de Marie Stuart. 204 - - 398e _Dépêche._--8 août.-- - A LA REINE, RÉGENTE. _Ib._ - Plaintes sur les prises. _Ib._ - Voyage du roi en Italie. 206 - Service en mémoire du feu roi. _Ib._ - - 399e _Dépêche._--13 août.-- - A LA REINE, RÉGENTE. 208 - Irrésolution des Anglais. _Ib._ - Dispositions des réfugiés. 210 - Nouvelles d'Ecosse. 211 - Négociation des Pays-Bas. _Ib._ - - 400e _Dépêche._--17 août.-- - A LA REINE, RÉGENTE. 212 - Préparatifs pour la Rochelle. _Ib._ - Négociation des Pays-Bas. 213 - - 401e _Dépêche._--24 août.-- - AU ROI. 214 - Retour du roi en France. _Ib._ - Demande de rappel. 216 - _Mémoire général_. Détails de la - négociation de Mendoce. 217 - - 402e _Dépêche._--28 août.-- - A LA REINE, RÉGENTE. 225 - Voyage de la reine-mère au-devant du roi. _Ib._ - Annonce d'audience. 226 - Nouvelles d'Ecosse. 227 - - 403e _Dépêche._--10 septemb.-- - AU ROI. 228 - Audience. _Ib._ - _Mémoire._ Détails de l'audience. - --Etat des choses en France. - --Arrivée de Mr de Méru. 229 - - 404e _Dépêche._--15 septemb.-- - A LA REINE, RÉGENTE. 235 - Traité entre l'Angleterre et l'Espagne. _Ib._ - Nouvelles de la Rochelle. 237 - Affaires d'Ecosse. 238 - - 405e _Dépêche._--19 septemb.-- - A LA REINE, RÉGENTE. _Ib._ - Sollicitations des protestans. 239 - Fabrique de fausse monnaie. 241 - Nouvelles d'Ecosse. 242 - - 406e _Dépêche._--24 septemb.-- - A LA REINE, RÉGENTE. _Ib._ - Crainte des Anglais d'une ligue formée par le roi. 244 - Affaires d'Ecosse. 245 - Nouvelles d'Irlande. 246 - - 407e _Dépêche._--29 septemb.-- - A LA REINE, RÉGENTE. _Ib._ - Nouvelles d'Ecosse. _Ib._ - Négociations de Mr de Méru. 248 - Arrivée du roi à Lyon. 250 - - 408e _Dépêche._--5 octobre.-- - A LA REINE, RÉGENTE. _Ib._ - Bonnes dispositions d'Elisabeth. 251 - Prochain départ de lord de North. 252 - Pacification de l'Irlande. 253 - Nouvelles d'Ecosse. 254 - - 409e _Dépêche._--10 octobre.-- - A LA REINE, RÉGENTE. 255 - Conférence avec lord de North. _Ib._ - Négociation des princes d'Allemagne. 257 - - 410e _Dépêche._--15 octobre.-- - AU ROI. 258 - Inquiétude des Anglais sur le passage du roi en Italie. _Ib._ - Leurs efforts pour renouer l'alliance d'Espagne. 260 - Nouvelles d'Ecosse. 261 - - 411e _Dépêche._--20 octobre.-- - AU ROI. 262 - Instructions de lord de North. 263 - Négociations avec l'Espagne. _Ib._ - Sollicitations des protestans. 264 - - 412e _Dépêche._--24 octobre.-- - AU ROI. 266 - Défiances d'Elisabeth contre le roi. _Ib._ - Conférence avec l'envoyé d'Espagne. 268 - _Avis à la reine._ Conférence avec Mr de Méru. 269 - - 413e _Dépêche._--29 octobre.-- - AU ROI. 270 - Audience. _Ib._ - Désir d'Elisabeth de conserver l'alliance de France. 272 - - 414e _Dépêche._--3 novemb.-- - AU ROI. 275 - Déclaration de Burleigh et Leicester. 276 - Affaires d'Ecosse. 278 - Complots contre le roi. 279 - - 415e _Dépêche._--8 novemb.-- - AU ROI. 281 - Entreprises contre les ports de France. _Ib._ - Négociation de l'Espagne. 284 - - 416e _Dépêche._--13 novemb.-- - AU ROI. 285 - Conférence avec Leicester. _Ib._ - Affaires d'Ecosse. 287 - Succès remportés par les protestans en France. 288 - _Avis à la reine._ Détails de la conférence. _Ib._ - Phénomène maritime. 289 - - 417e _Dépêche._--18 novemb.-- - AU ROI. 290 - Conférence avec des seigneurs. _Ib._ - Nouvelles de la Rochelle. 292 - Mécontentement d'Elisabeth contre la comtesse de Lennox. 293 - _Avis à la reine._ Conférence avec Walsingham. 294 - - 418e _Dépêche._--22 novemb.-- - AU ROI. 295 - Lord de North en France. _Ib._ - Négociation de la paix. 297 - Phénomènes atmosphériques. 298 - - 419e _Dépêche._--27 novemb.-- - AU ROI. 299 - Danger de Marie Stuart. _Ib._ - Menée des protestans. 301 - Prise de Fontenay. 302 - A LA REINE. _Ib._ - Changement de résolution des Anglais. 303 - - 420e _Dépêche._--3 décemb.-- - A LA REINE. 304 - Audience. 305 - _Mémoire._ Détails de l'audience. 306 - Conférence avec le conseil. 309 - - 421e _Dépêche._--7 décemb.-- - A LA REINE. 310 - Négociation avec Mr de Méru. _Ib._ - Nouvelles de Marie Stuart. 311 - Retour de lord de North. 312 - _Mémoire._ Détails de la négociation avec Mr de Méru. _Ib._ - - 422e _Dépêche._--12 décemb.-- - AU ROI. 316 - Communication avec Walsingham. _Ib._ - Et avec l'agent de la Rochelle. 318 - _Avis à la reine._ Nouvelles de Marie Stuart. 319 - - 423e _Dépêche._--18 décemb.-- - AU ROI. 320 - Audience. _Ib._ - Propos rapportés par lord de North. 321 - Emportement d'Elisabeth. 322 - A LA REINE. 325 - Vive irritation d'Elisabeth après le retour de lord de North. 326 - - 424e _Dépêche._--24 décemb.-- - AU ROI. 327 - Efforts pour empêcher la guerre. _Ib._ - Nouvelles d'Allemagne et d'Espagne. _Ib._ - Mise en arrêt de la comtesse de Lennox. 328 - - 425e _Dépêche._--28 décemb.-- - AU ROI. 329 - Détails de la précédente audience. _Ib._ - Demande d'explication. 334 - A LA REINE. 335 - Confidences sur les rapports de lord de North. _Ib._ - _Mémoire._ Menace d'une guerre générale. 337 - Complot contre le roi. 341 - AU ROI. (_lettre secrète_). 343 - Détails sur le complot. _Ib._ - - -ANNÉE 1575. - - - 426e _Dépêche._--2 janvier.-- - AU ROI. 343 - Audience. _Ib._ - A LA REINE. 350 - Demande d'une réponse pour Elisabeth. _Ib._ - - 427e _Dépêche._--7 janvier.-- - AU ROI. 351 - Maladie de l'ambassadeur. 352 - Instances pour son rappel. _Ib._ - Affaires d'Irlande. 353 - Nouvelles de la Rochelle. _Ib._ - - 428e _Dépêche._--13 janvier.-- - AU ROI. 354 - Négociation de la paix. _Ib._ - Mort du duc de Bouillon. _Ib._ - Et du cardinal de Lorraine. 355 - - 429e _Dépêche._--19 janvier.-- - AU ROI. 356 - Affaires de Marie Stuart. _Ib._ - Négociation de la paix. 357 - Nouvelles des Pays-Bas. 359 - - 430e _Dépêche._--24 janvier.-- - AU ROI. 360 - Armemens. _Ib._ - Nouvelles des Pays-Bas. 362 - Saisie de lettres concernant Marie Stuart. _Ib._ - - 431e _Dépêche._--29 janvier.-- - AU ROI. 363 - Secours pour les protestans. _Ib._ - Projets sur l'Ecosse. 364 - A LA REINE. 365 - Instances pour une réponse. _Ib._ - - 432e _Dépêche._--4 février.-- - AU ROI. 366 - Audience. _Ib._ - _Avis à la reine-mère._ 372 - - 433e _Dépêche._--10 février.-- - AU ROI. 373 - Conférence avec Leicester. _Ib._ - Nouvelles d'Ecosse. 375 - - 434e _Dépêche._--17 février.-- - AU ROI. 376 - Continuation des armemens. 377 - A LA REINE. 378 - Explications sur les rapports de lord de North. _Ib._ - - 435e _Dépêche._--21 février.-- - AU ROI. 379 - Audience. _Ib._ - Nouvelles d'Ecosse. 381 - Sacre et mariage du roi. _Ib._ - A LA REINE. 382 - Satisfaction d'Elisabeth. _Ib._ - - 436e _Dépêche._--28 février.-- - AU ROI. 383 - Détails de la précédente audience. _Ib._ - A LA REINE. 387 - Communication faite à Elisabeth. _Ib._ - - 437e _Dépêche._--7 mars.-- - AU ROI. 390 - Audience. _Ib._ - Communication du mariage du roi. _Ib._ - - 438e _Dépêche._--11 mars.-- - AU ROI. 395 - Mission de La Châtre. _Ib._ - Offres d'Elisabeth au roi d'Espagne. 396 - Dispositions pour Marie Stuart. 397 - - 439e _Dépêche._--14 mars.-- - AU ROI. 398 - Méfiances d'Elisabeth contre La Châtre. _Ib._ - Rapprochement avec l'Espagne. 399 - Nouvelles d'Ecosse. 400 - - 440e _Dépêche._--20 mars.-- - AU ROI. _Ib._ - Meilleure disposition d'Elisabeth. _Ib._ - Affaires d'Irlande. 401 - - 441e _Dépêche._--24 mars.-- - AU ROI. 403 - Nouvelles d'Ecosse. 404 - Recommandation pour les réfugiés de Rouen. 405 - - 442e _Dépêche._--31 mars.-- - AU ROI. _Ib._ - Arrivée de La Châtre. _Ib._ - Sa bonne réception. 406 - - 443e _Dépêche._--7 avril.-- - AU ROI. 407 - Négociation de La Châtre. _Ib._ - Renouvellement de la ligue. _Ib._ - - 444e _Dépêche._--15 avril.-- - AU ROI. 408 - Audience. 409 - Détails de la négociation de La Châtre. 410 - Armemens faits à Saint-Malo. 412 - - 445e _Dépêche._--21 avril.-- - AU ROI. 413 - Armemens et emprunts. _Ib._ - Nouvelles d'Ecosse. 415 - Négociation des Pays-Bas. _Ib._ - - 446e _Dépêche._--26 avril.-- - AU ROI. 416 - Négociation de la paix en France. _Ib._ - Conférence avec l'agent d'Espagne. 418 - - 447e _Dépêche._--30 avril-- - AU ROI. 419 - Audience. _Ib._ - Arrivée des députés de Bâle. 420 - Le roi élu chevalier de la Jarretière. 421 - - 448e _Dépêche._--6 mai.-- - AU ROI. 422 - Instances des députés de Bâle. _Ib._ - Nouvelles d'Ecosse. 424 - - 449e _Dépêche._--12 mai.-- - AU ROI. 425 - Négociation des Espagnols. 426 - Danger de Marie Stuart. 427 - - 450e _Dépêche._--18 mai.-- - AU ROI. 428 - Sollicitations des protestans. _Ib._ - Poursuites au sujet de Marie Stuart. 429 - Nouvelles d'Ecosse. 430 - - 451e _Dépêche._--26 mai.-- - AU ROI. 431 - Audience. _Ib._ - Délibération du conseil. 436 - A LA REINE. 437 - Détails de l'audience. _Ib._ - - 452e _Dépêche._--2 juin.-- - AU ROI. 439 - Affaires d'Ecosse. 440 - Sollicitations pour Marie Stuart. _Ib._ - Le comte de Killdar prisonnier. 441 - - 453e _Dépêche._--7 juin.-- - AU ROI. 442 - Négociation de Mr de Méru. _Ib._ - Affaires d'Irlande. 443 - - 454e _Dépêche._--12 juin.-- - AU ROI. 444 - Audience. 445 - A LA REINE. 447 - Détails de l'audience. _Ib._ - - 455e _Dépêche._--17 juin.-- - AU ROI. 448 - Secours envoyés aux protestans. _Ib._ - Refroidissement entre Elisabeth et le prince d'Orange. 450 - Nouvelles d'Ecosse. 451 - - 456e _Dépêche._--26 juin.-- - AU ROI. _Ib._ - Détails de la précédente audience. _Ib._ - - 457e _Dépêche._--1er juillet.-- - AU ROI. 455 - Convalescence du roi. _Ib._ - Bruit de la mort de Danville. _Ib._ - Départ de Mr de Méru. 456 - - 458e _Dépêche._--4 juillet.-- - AU ROI. 457 - Prises faites sur les Anglais par ceux de Saint-Malo. 458 - Menaces de guerre contre Flessingue. 459 - Nouvelles d'Ecosse. _Ib._ - A LA REINE. 460 - Nécessité de donner satisfaction sur les nouvelles prises. _Ib._ - - 459e _Dépêche._--8 juillet.-- - AU ROI. 461 - Conférence avec Burleigh. _Ib._ - Nouvelles d'Ecosse. 464 - Révolte contre Morton. _Ib._ - - 460e _Dépêche._--13 juillet.-- - AU ROI. 465 - Audience. _Ib._ - Résolution du roi à l'égard de Fitz-Maurice. 466 - Assurance d'amitié donnée par Elisabeth et le conseil. 472 - A LA REINE. _Ib._ - Proposition de reprendre la négociationdu mariage. _Ib._ - - 461e _Dépêche._--19 juillet.-- - AU ROI. 473 - Satisfaction d'Elisabeth. _Ib._ - Nouvelles de France. 475 - Bonnes dispositions pour Marie Stuart. _Ib._ - - 462e _Dépêche._--24 juillet.-- - AU ROI. 476 - Demande de réparation pour les prises de Saint-Malo. _Ib._ - Combat sur les frontières d'Ecosse. 478 - A LA REINE. _Ib._ - Séjour d'Elisabeth dans la maison de Leicester. _Ib._ - - 463e _Dépêche._--1er août.-- - AU ROI. 480 - Affaires d'Ecosse. _Ib._ - Instances des protestans. 481 - A LA REINE. 483 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 464e _Dépêche._--6 août.-- - AU ROI. 484 - Communication confidentielle sur la négociation du mariage. _Ib._ - A LA REINE. 488 - Doute sur les intentions de la reine au sujet - de cette négociation. _Ib._ - - 465e _Dépêche._--13 août.-- - AU ROI. 489 - Nouveaux armemens. _Ib._ - Hollandais brûlés vifs pour crime d'hérésie. 490 - Méfiance contre les Anglais. 491 - - 466e _Dépêche._--20 août.-- - AU ROI. 492 - Arrivée de Castelnau. _Ib._ - Affaires de l'Irlande. _Ib._ - Armemens. 494 - Mission donnée à l'ambassadeur de se rendre - auprès de Marie Stuart et en Ecosse. 495 - - 467e _Dépêche._--27 août.-- - AU ROI. _Ib._ - Nouvelles du prince de Condé. 496 - Secours pour les protestans. 497 - Incursion en Ecosse. _Ib._ - Craintes pour Marie Stuart. _Ib._ - - 468e _Dépêche._--10 septemb.-- - AU ROI. 498 - Présentation de Castelnau. _Ib._ - Négociation du mariage. 499 - A LA REINE. 500 - Détails de l'audience. _Ib._ - - 469e _Dépêche._--20 septemb.-- - AU ROI. 501 - Réponse sur le mariage. 502 - Audience de congé. 503 - Méfiance contre les Anglais. 504 - A LA REINE. 505 - Etat de la négociation du mariage. _Ib._ - - - FIN DE LA TABLE DU SIXIÈME VOLUME ET DERNIER DES - DÉPÊCHES DE LA MOTHE FÉNÉLON. - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Correspondance diplomatique de -Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième, by Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE *** - -***** This file should be named 41644-8.txt or 41644-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - 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