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-The Project Gutenberg EBook of Correspondance diplomatique de Bertrand de
-Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième, by Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
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-
-Title: Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième
- Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575
-
-Author: Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon
-
-Release Date: December 17, 2012 [EBook #41644]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE ***
-
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-
-
-Produced by Robert Connal, Hélène de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
-http://gallica.bnf.fr)
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-Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le
-typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée
-et n'a pas été harmonisée.
-
-Une expression, en exposant dans l'original, et dont l'abrévation
-n'est pas évidente, a été mise entre accolades dans cette version
-électronique. Ainsi, le {c} après le chiffre romain signifie que ce
-dernier doit être multiplié par cent. Le symbol {#}, qui suit, pourrait
-représenter une «lire», car il est suivi du mot «d'esterling» et c'est
-sous le nom de «lire» que le livre sterling était connu à l'époque en
-France.
-
-
-
-
- CORRESPONDANCE
- DIPLOMATIQUE
- DE
-
- BERTRAND DE SALIGNAC
- DE LA MOTHE FÉNÉLON,
-
- AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE
- DE 1568 A 1575,
-
- PUBLIÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS
- Sur les manuscrits conservés aux Archives du Royaume.
-
- TOME SIXIÈME.
-
- ANNEÉS 1574-1575.
-
- PARIS ET LONDRES.
- 1840.
-
-
-
-
- RECUEIL
- DES
- DÉPÊCHES, RAPPORTS,
- INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES
-
- Des Ambassadeurs de France
- _EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE_
- PENDANT LE XVIe SIÈCLE,
-
- Conservés aux Archives du Royaume,
-
- A la Bibliothèque du Roi,
- etc., etc.,
- ET PUBLIÉS POUR LA PREMIÈRE FOIS
-
- _Sous la Direction_
- DE M. CHARLES PURTON COOPER.
-
- PARIS ET LONDRES.
- 1840.
-
-
-
-
- DÉPÊCHES, RAPPORTS,
- INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES
-
- DES AMBASSADEURS DE FRANCE
- EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE
-
- PENDANT LE XVIe SIÈCLE.
-
-
-
-
-LA MOTHE FÉNÉLON.
-
-
-
-
-Imprimé par BÉTHUNE et PLON, à Paris.
-
-
-
-
- A
- MR HENRI HALLAM
-
- COMME TÉMOIGNAGE D'ADMIRATION
- POUR SES OUVRAGES HISTORIQUES
-
- ET COMME GAGE
- DE RECONNAISSANCE POUR DE NOMBREUX SERVICES PERSONNELS.
-
- CE VOLUME LUI EST DÉDIÉ
-
- PAR
- SON TRÈS-FIDÈLE ET TRÈS-OBLIGÉ SERVITEUR
- CHARLES PURTON COOPER.
-
-
-
-
-DÉPÊCHES
-
-DE
-
-LA MOTHE FÉNÉLON
-
-
-
-
-CCCLIXe DÉPESCHE
-
---du Ve jour de janvier 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques en la court par Jacques._)
-
- Audience.--Négociation du mariage.--Desir d'Élisabeth de prendre
- l'avis des princes protestans d'Allemagne.--Demande de nouveaux
- délais.--Avis d'une entreprise projetée contre la
- France.--Nouvelles d'Écosse et d'Irlande.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, le deuxiesme jour de ce moys de janvier, j'ay esté faire les
-compliments du nouvel an à la Royne d'Angleterre, et luy dire que
-Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, le luy souhaitoient très bon,
-voyr le meilleur qu'elle eût encores eu, depuis, ny auparavant estre
-Royne; et que vous desiriés, de bon cueur, que ce fût, en cestuy cy,
-auquel il pleût à Dieu de changer la solitude, où elle avoit tousjours
-vescu, en ung soulas d'une très douce et desirée compagnye d'ung jeune
-et vertueux prince, qui luy fît trouver les années à venir encores
-plus heureuses et plaines de félicité que les passées; et que vous
-n'aviez aujourdhuy aulcune chose au monde en plus grande affection que
-de pouvoir bientost ouyr la responce, qu'après le retour de Me
-Randolphe, elle vous voudroit faire; dont me commandiés d'incister,
-aultant qu'il me seroit possible, de l'avoir, du premier jour, et de
-l'avoyr ainsy bonne comme la desiriés, et comme l'honneste et
-persévérant desir de Monseigneur vers elle le méritoit. Et ay adapté à
-cella les aultres propos que j'ay trouvés ès lettres de Vostre
-Majesté, du VIIIe et XXIIe du passé, sellon que j'ay veu qu'ilz y
-pouvoient convenir.
-
-A quoy la dicte Dame m'a respondu qu'elle recevoit ces bons et
-honnestes souhayts, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, luy
-faisiés, pour la meilleure estrayne, et le plus précieulx et agréable
-présent, qui luy pouvoit estre faict, à ce commancement d'année; dont
-vous en remercyoit le plus qu'il luy estoit possible, et vous prioit,
-toutz deux, de vouloir aussi accepter d'elle ung semblable présent
-d'ung pur et parfaict desir qu'elle avoit à vostre bien et grandeur,
-et à la continuation de vos félicités, et que, sortant cella de son
-cueur, ainsy qu'elle s'assuroit que ce que luy aviés mandé partoit
-aussy du cueur de Voz Très Chrestiennes Majestez, elle pensoit que
-c'estoit chose à plus estimer, que si, de chascun costé, eussiés mis
-la main au cabinet de voz meilleures bagues, pour vous entre envoyer
-celles qui eussent esté de plus de pris; et qu'il estoit très
-raysonnable qu'elle vous fît bientost sçavoir la responce qu'attandiés
-maintenant d'elle, laquelle elle ne vous vouloit nullement différer,
-et me prioit seulement de luy donner deux ou troys jours de terme pour
-en dellibérer avec ses conseillers, desquelz l'absence des ungs, et la
-maladye des aultres, estoit cause qu'elle n'y avoit peu vacquer,
-durant ces festes, ainsy qu'elle me l'avoit promis; et qu'il pourroit
-estre que cepandant arriveroient les ambassadeurs des princes
-protestants d'Allemaigne, desquelz s'estoit entendu qu'ilz vouloient
-envoyer vers elle intercéder pour le propos de Monseigneur; en quoy,
-encor qu'elle ne voulût estre veue dépandre tant d'eux, qu'on cuydât
-qu'elle fût en leur tutelle, si estimoit elle que leur office, en cest
-endroict, ne pourroit estre sinon bien honnorable pour les deux
-costés; et pourroit, en plusieurs choses, parce qu'ilz estoient de la
-mesme religion de ce royaulme, beaucoup servir à rendre agréable, et
-plus approuvé le mariage vers toutz ses subjects.
-
-J'ay répliqué qu'après les aultres grands dellays qu'elle avoit desjà
-prins en cest affaire, je craignois que celluy qu'elle demandoit
-maintenant, encor que ne fût que de troys jours, vous semblât
-intollérable; car pensiés qu'elle eût desjà sa responce toute preste,
-pour la vous pouvoir incontinent mander, sans estre besoing qu'elle
-l'allât rechercher d'aultruy; et qu'au moins la priois je que, dans
-ceste feste des Roys, il luy pleût me la faire ainsy royalle comme il
-convenoit à la Royne qui la feroit, et aulx Roys et princes à qui elle
-seroit faicte; et qu'encor que rien du propos n'eût à dépendre d'ung
-tiers, si, pensois je, vous n'auriés mal agréable que les princes
-d'Allemaigne envoyassent icy leurs ambassadeurs, car les sentiés de si
-bonne inclination vers vous qu'ilz n'y procureroient que l'effect de
-ce que desiriés.
-
-Elle m'a respondu que je cognoissois assez l'humeur de deçà, comme
-rien ne s'y pouvoit expédier sans cérymonie; dont ne me debvois tenir
-graivé qu'elle m'eût encores demandé ce peu de temps, et qu'elle ne
-sçavoit de certain si les princes d'Allemaigne envoyeroient icy, mais
-qu'elle sentoit bien qu'il ne seroit que bon qu'ilz le fissent.
-
-Et est ung poinct, Sire, qu'elle a monstré qu'elle le desiroit bien
-fort, et qu'elle auroit grand plaisir qu'en fissiés faire quelque
-instance, soubz main, ainsi que le comte de Lestre me l'a confirmé; et
-peut estre que c'est ce qui la faict ainsy temporiser maintenant, ou
-bien pour entendre mieulx comme il va du faict de la Rochelle, car
-ceulx de ce conseil en sont toutz en grand suspens, ou bien pour
-attandre l'arrivée du gentilhomme que le nouveau gouverneur de
-Flandres envoye vers elle, qui sera icy à la fin de ceste sepmayne, et
-bientost après le suyvront, à ce que j'entends, le Sr de Forges et le
-Sr de Sueveguen, conseillers d'estat du pays, pour venir radresser
-l'entrecours, et accommoder les aultres différants d'entre les Angloys
-et les subjects du Roy d'Espaigne. Or ay je, Sire, au partir de la
-dicte Dame, bien estroictement conféré avec le garde des sceaulx, et
-avec le comte de Sussex, avec l'admiral, et avec Mr Walsingam,
-lesquelz m'ont uzé de beaucoup de bonnes parolles; et puis, suis allé
-voyr, en passant, milord trésorier, en son lict, qui m'en a uzé
-encores de meilleures. Mais il m'a bien donné à cognoistre que
-l'accidant de la Rochelle venoit mal à propos, par ce, dict il, qu'il
-ne falloit s'attandre que la conclusion du mariage se fît, sinon en
-concluant une parfaicte union entre les deux royaumes, et faysant une
-communication des conseils et des forces des deux, pour résister à
-toutz ceulx qui voudroient nuyre ou à l'ung ou à l'aultre; et qu'il
-n'estoit possible que cella se fît, si Vostre Majesté ne pourvoyoit
-que ceulx de la nouvelle religion peussent vivre en France, non en la
-licence que, possible, ilz voudroient, mais en la seureté de leurs
-vies, et honneste liberté de leurs consciences, soubz la modération
-que vos édicts leur ordonnoient. Je solliciteray, à toute heure, la
-susdicte responce; et Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, y
-ayderez s'il vous plait de dellà, sellon qu'aurez prins expédient de
-le faire sur les advis que, par le Sr de Sabran, je vous ay mandés.
-
-Voicy, Sire, ung advis qu'on me vient de donner. Il a esté mis en
-dellibération, entre aulcuns passionnés de la nouvelle religion, que,
-de tant que ceulx de la Rochelle s'apperçoyvent maintenant qu'il y a
-de la division entre eulx, et qu'ilz sont en plus dangereux estat que
-quand ilz estoient assiégés, l'hautorité du mayre n'estant pour y
-tenir longuement les choses en modération, qu'ilz doibvent estre
-persuadés de recevoyr en leur ville quelque force et garnison des
-Angloys; et que, se trouvant les pays d'Aulnis, de Poictou, de
-Saintonge, d'Angoulmoys, et aultres endroicts de la Guyenne,
-intéressés en la même cause, qu'il sera facille de passer oultre en
-pays, et y mettre si bien le pied qu'il ne sera aysé de l'oster,
-accordant mesmement aulx habitans du pays de leur renouveller leurs
-anciennes immunités et franchises; et que cella commançoit de se mener
-bien à l'estroict, et bien fort secrettement, de peur qu'il n'en vînt
-quelque chose à ma notice. Qui ne sçay encores, Sire, s'il a esté
-ainsy proposé à ceste princesse, mais l'on m'a bien fort assuré qu'il
-a esté mis en avant à aulcuns de son conseil, lesquels l'ont
-grandement gousté; et pourtant semble expédient que Vostre Majesté
-envoye promptement rassurer les dicts de la Rochelle en quelque si
-bonne façon, qu'ilz n'ayent à desirer ny rechercher aulcune sorte de
-nouvelleté en leur ville.
-
-Quand à l'Escoce, le comte de Morthon a naguyères faict exécuter ung
-hermestran qui a chargé le comte d'Honteley, Baffour, le feu comte
-d'Arguil et le mesme Morthon, d'estre copables de la mort du feu Roy
-d'Escosse; de quoy l'on soupçonne qu'il se pourra renouveller du
-trouble au pays. Au regard de l'Irlande, le vray comte d'Esmond a
-tant faict qu'il a mis des forces en campaigne, et a reprins presque
-tout son estat sur le bastard qui le luy usurpoit, et qui estoit
-maintenu par les Angloys, et a prins le mesme bastard et sa femme
-prisonniers. Et ayant Fitz Maurice aussy soublevé ung aultre quartier
-du pays, et prins quelques forts, il s'est joinct à luy avecques ses
-troupes; et attandent du secours d'Espaigne, où le dict Fitz Maurice a
-envoyé son filz pour ostage; et le comte d'Essex a esté bien mal
-traicté au quartier où il est descendu. L'on traicte, en ce conseil,
-d'y envoyer promptement quatre cappitaines avec les soldats qui sont
-naguyères revenus d'Ollande, et d'y faire passer le comte d'Ormont,
-bien que, pour estre naturel du pays, l'on l'a aulcunement suspect,
-et, avec luy, milord Rich et Me Parait. Et m'a quelqu'ung faict sentir
-que ceste princesse auroit grand playsir que vostre ambassadeur, qui
-est en Espaigne, veillât ung peu sur les actions de Estuqueley et du
-filz du dict Fitz Maurice, affin de l'esclarcyr en ce qui se brassera
-par dellà contre elle. Sur ce, etc. Ce Ve jour de janvier 1574.
-
-
-
-
-CCCLXe DÉPESCHE
-
---du XIIe jour de janvier 1574.--
-
-(_Envoyée par le cappitaine Mazin d'Albène._)
-
- Explications sur l'entreprise tentée contre la
- Rochelle.--Assurances données par le roi que l'édit de
- pacification sera maintenu.--Négociation du
- mariage.--Protestation de dévouement de l'agent de la
- Rochelle.--Efforts de l'ambassadcur pour empêcher les Anglais
- de former une entreprise contre la France.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, la dépesche de Vostre Majesté, du XXIXe du passé, laquelle le
-cappitaine Mazin m'a rendue le VIIIe d'estui cy, m'a esté ung argument
-tout à propos pour aller trouver ceste princesse, à laquelle j'ay
-faict entendre que les choses de la Rochelle avoient passé et estoient
-maintenant en l'estat que me l'avez mandé, et luy en ay faict voyr le
-mémoire que j'en ay trouvé dans vostre pacquet, ensemble ung extraict
-de celle partye de vostre lettre qui en parle en très bonne façon. Et
-ay estimé, Sire, qu'il estoit expédient d'en uzer ainsy, parce que je
-sçavoys bien que desjà l'on en avoit parlé, tout aultrement que de ce
-qui est, à la dicte Dame; et que ceulx, qui craignent le succès du
-propos de Monseigneur le Duc, luy avoient discouru que vostre
-lieutenant en Poictou n'eût jamays ozé attempter à la surprinse de
-ceste ville, ny à rompre vostre édict, ny n'eussent, deux ou trois des
-compagnyes de voz ordonnances, marché jusques bien près du lieu, sans
-commandement de Vostre Majesté; et avoient faict, de cella et de
-l'armement qu'ilz disent qui s'appreste en Normandie, et de la prinse
-de huict ou dix navyres angloys qui ont esté nouvellement combatus, à
-leur retour de Bourdeaulx, par des navyres françoys qui les ont
-ammenés, une grande déduction à la dicte Dame pour luy imprimer que,
-en nulle sorte, se pourra jamays bien establir amityé, aulmoins qui
-soit de durée, entre Vostre Majesté et les Protestants; dont, par les
-arguments que je luy ay admenés au contrayre, qui ont esté les plus
-vifs que j'ay peu, j'estime luy avoir beaucoup diminué ceste opynion.
-
-Néantmoins, de ces accidants et de ce que, possible, son ambassadeur
-luy a escript, elle a encores ceste foys différé de me faire sa
-responce, bien que je l'en aye extrêmement pressée, et que mes
-instances n'ont esté petites, et que je sçay bien que, dès devant
-hier, ses conseillers luy avoient, là dessus, donné leur advis
-conforme, ainsy que j'entends, à ce qu'ilz avoient tousjours
-conseillé: qu'elle se debvoit marier et qu'elle debvoit entendre à
-cest honnorable party de Monseigneur, pourveu qu'elle s'en peult
-complayre. Mais elle m'a remis à Hamptoncourt, s'excusant que, à cause
-que le souspeçon de peste la contreignoit de partir trop soubdain
-d'icy, et qu'aulcuns de ses conseillers estoient absants, elle ne me
-pouvoit résoudre, jusques à ce qu'elle fût au dict lieu, mais que,
-sans aulcun doubte, elle me résoudroit, dans ceste procheyne sepmayne,
-sans plus de remises. Et je vous supplye très humblement, Sire, de
-croyre que je ne perds heure, ny momant, de la sollicitation qui se
-peut mectre en cest affère; et, encor que la lettre de crédict ne soit
-poinct arrivée, je n'ay layssé de faire valoir, le mieulx que j'ay
-peu, l'assurance, que m'avez mandée, que me l'envoyeriés. Et ay dict à
-milord trésorier et au comte de Lestre que vous ne vouliés prescripre
-à l'ung ny à l'aultre ce qu'entendiés de fère pour eulx, car
-dellibériés de commettre aultant que montoit la mesmes personne et la
-grandeur et la fortune de Monseigneur, vostre frère, le tout en leurs
-meins, et que leur loyer surmonteroit indubitablement et vos promesses
-et leur espérance; mais qu'en l'endroict des personnes, ès quelles ilz
-estimeroient estre bon d'uzer quelque présente libéralité, qu'ilz la
-promissent ardiment pour vous, car vous y satisfferiés entièrement, et
-me feriés venir jusques à cinquante et soixante, et cent mille escus
-pour y fournir à leur discrétion, ce qui n'a esté prins que de très
-bonne part. Et à quelques aultres propos, bien esloignés de cella,
-j'ay sondé le Sr Acerbo s'il auroit moyen de fournir, icy, de
-l'argent; qui m'a dict qu'il fournira tousjours, en ceste ville,
-jusques à cent mille escus, sur la lettre du Sr Orace Russelin et sur
-celle du sieur Jehan Baptiste Gondy, et qu'il ne fault sinon qu'on
-accorde de quelque assignation par dellà avec l'ung d'eux pour estre
-rembourcé, au cas que leur crédict soit employé icy, et que, s'il ne
-l'est poinct, l'on leur rendra leur lettre. De quoy j'ay desjà prins
-parolle du dict Sr Acerbo.
-
-Et après, Sire, que j'ay eu communiqué à la Royne d'Angleterre et aulx
-seigneurs de son conseil ce que m'avés mandé de la Rochelle, je l'ay
-faict sçavoyr aulx gentilshommes et aultres vos subjects qui sont icy,
-desquelz y en y a eu qui n'ont peu contenir les larmes du grand ayse,
-qu'ilz ont receu, de la déclaration de Vostre Majesté, et de ce que
-leur voulés maintenir vostre édict; ny pas ung d'eulx n'a dict, ny
-monstré semblant aulcun, de vouloir devenir aultres que très humbles
-et très obéissantz subjectz de Vostre Majesté. Et l'agent de la
-Rochelle, sur toutz, s'est resjouy de la susdicte déclaration, et m'a
-instamment requis de vous supplyer très humblement, Sire, qu'il vous
-playse ne croyre que, de la part de ceulx de sa ville, ny en général,
-ny en particullier, il soit venu aulcun advertissement, ny plaincte,
-ny remonstrance de ce faict en ceste court; et que seulement ung homme
-qui estoit présent, quand les choses furent descouvertes, estant,
-d'avanture, arrivé icy pendant le premier bruict qui en couroit, il a
-esté appellé devant le comte de Lestre pour dire ce qu'il en sçavoit;
-et qu'il me promettoit, devant Dieu, qu'il ne s'estoit traicté ny se
-traicteroit rien, icy, par ceulx de sa ville, qu'il ne m'en fît
-participant, affin que je fusse tesmoing que leurs déportements
-n'estoient que de loyaulx et fidelles subjects de Vostre Majesté. Par
-quoy je luy ay permis de fère sçavoir à ceulx de sa ville la façon
-dont Vostre Majesté avoit escript, par deçà, de ce faict.
-
-J'ay mis toute la dilligence, qu'il m'a esté possible, et ne cesse
-encores par les meilleurs moyens, que je puis, de destourner celle
-dellibération, que je vous ay mandée qu'on mettoit en avant, touchant
-la dicte ville de la Rochelle et ce quartier de la Guyenne qui est
-entre la Loyre et la Garonne, et pense avoyr faict quelque
-commancement de la divertyr. Néantmoins, parce que ceulx de la
-nouvelle opinyon ne se peuvent encores bien rassurer de ces rescentes
-souspeçons, et que ceulx cy arment et équippent navyres et font
-quelque description de gens de guerre, pour envoyer, ainsy qu'ilz
-disent, en Irlande, je supplye très humblement Vostre Majesté de fère
-advertyr, secrettement, les gouverneurs, tout le long de vostre coste,
-qui regarde la mer de deçà, qu'ilz ayent à se tenir sur leurs gardes,
-bien qu'on ne m'a jamays annoncé icy plus de paix ny d'amityé qu'on
-faict maintenant. Et sur ce, etc.
-
- Ce XIIe jour de janvier 1574.
-
-
-
-
-CCCLXIe DÉPESCHE
-
---du XVIIIe jour de janvier 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Mission du baron d'Aubigny, envoyé en Angleterre par le roi
- d'Espagne.--Négociation des Pays-Bas.--Affaires
- d'Irlande.--Nouvelles de la Rochelle.--Inquiétudes causées à
- Londres par les armemens préparés en France et les nouvelles
- prises faites par les Bretons.--État de la négociation du
- mariage.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, le baron d'Aubigny, de Bourgoigne, est ce gentilhomme que le
-grand commandeur de Castille a envoyé devers ceste princesse, lequel
-parle assez bien le langage de ce pays, car il a esté nourry page de
-la feue Royne Marie d'Angleterre, et est arrivé, le XIIIIe de ce moys,
-en ceste ville, et, le troysiesme jour après, il a passé oultre à
-Hamptoncourt. Les deux commissayres des Pays Bas, qui estoient
-avecques luy, sont encores, derrière, à Donquerque, parce qu'ils n'ont
-voulu passer deçà sans ung saufconduict de la dicte Dame, laquelle le
-leur dépescha hier; et ilz seront, de brief, icy, pour vacquer
-quelques moys à radresser l'entrecours, et accorder les différants des
-prinses, s'ils peuvent. Je ne sçay encores comme l'affère leur
-succèdera.
-
-Les quatre cappitaynes, qui doibvent aller en Irlande, ont faict la
-monstre de leur huict centz hommes, et ont touché deniers. Ilz
-s'achemineront dans deux ou trois jours; et j'entends qu'on les haste
-ainsy de partir, parce qu'il est venu nouvelles que les Angloys ont
-esté, de rechef, bien battus de dellà, et l'ung des filz du milord
-Housdon tué, et que le comte d'Essex est asssiégé en ung destroit de
-pays, où, s'il n'est secouru dedans ung moys, il sera contrainct de
-se rendre; et a mandé que le comte d'Esmond a faict ligue avec trois
-aultres comtes du pays, qui dellibèrent de mettre chacun dix mille
-hommes en campaigne, à ce prochain printemps, oultre le secours qu'ilz
-attandent de Mac O'Nel l'escossoys. Dont ceulx cy se trouvent assés
-empeschés comme remédier à cest affère, et mesmement qu'on leur mande
-que les Irlandoys, lesquels on disoit que s'enfouyeroient à la
-première harquebouzade qu'ilz orroient, se monstrent aultant ou plus
-assurés harquebouziers que les Angloys, dont souspeçonnent qu'il y ayt
-des françoys et hespaignols parmy eulx, qui les dressent ainsy et qui
-les conduysent.
-
-Quand au faict de la Rochelle, ce qu'il vous a pleu, Sire,
-dernièrement m'en escripre, a faict que, en ceste court, ny parmy les
-Angloys, ny encores parmy voz subjects qui sont icy, l'on n'en parle
-plus de la façon qu'on faysoit, et que chascun commance de se proposer
-des considérations fort apparantes pour juger que l'entreprinse n'a
-esté dressée, ny du sceu ny du commandement de Voz Majestez Très
-Chrestiennes. Il est vray que, en l'endroict des ungs, ny en
-l'endroict des aultres, parce qu'ilz sont touts assés ombrageux et
-deffiants, je ne puis, pour encores, advancer guyères que de les fère
-demeurer paysibles, et sans rien mouvoir, jusques à ce qu'ils voyent
-comme les choses procèderont, et comme ceulx de Languedoc se
-réduyront, et qu'est ce que résultera de ceste assemblée de conseil
-que Vostre Majesté tient maintenant à St Germain en Laye, car
-monstrent que, jusques allors, ilz ne pourront guyères bien déposer la
-crainte et l'espouvantement où ilz sont. Et si, m'a t on, depuis deux
-jours, Sire, confirmé cella mesmes, que je vous ay naguyères mandé,
-touchant recevoir des forces d'Angleterre en ce quartier de la
-Guyenne qui est entre Loyre et Garonne, et susciter là une grande
-révolte contre Vostre Majesté. En quoy, encores que je n'espère estre
-si endormy, si l'on en venoit à des actes prochains, que je ne vous en
-puisse bien advertyr, si vous suppliè je très humblement, Sire, de
-faire cepandant sonder, par vos lieutenants et gouverneurs, s'il y a
-estincelle aulcune de telle impression ès cueurs de voz subjects au
-dict pays; car je confesse que cest advis me vient d'ung endroict,
-d'où, d'aultres foys, l'on m'a interpretté les actions de ceulx de la
-nouvelle religion en tout aultre sens que je ne l'ay, puis après, peu
-vériffier, ny qu'il ne s'est à la fin trouvé.
-
-Tant y a que ceste princesse ne m'a peu dissimuler qu'on n'ayt mis
-peyne de luy donner une malle impression de la prinse de ces dix
-navyres, qui a esté faicte sur ses subjects, en allant et retournant
-de Bourdeaulx, et de ce qu'on luy a dict que, dans la rivyère de
-Bourdeaulx, Vostre Majesté faict tenir deux grands navyres de guerre
-touts prets, et ung en Brouage, et quatre fort grands à Brest, quelque
-autre nombre à St Mallo, cinq au Hâvre de Grâce, sept à Dieppe, et
-vingt huict navires bretons, de cent et six vingts tonneaulx chacuns,
-à Callays, qui y sont depuis deux moys, et les gens de guerre toutz
-prets, en Picardye, pour les embarquer. A quoy, encor que je luy aye
-abondamment satisfaict, je sents néantmoins qu'on la veult, par là,
-mettre en allarme, affin que, de son costé, elle face aussy armer et
-mettre hors aulcuns de ses grands navyres de guerre, comme je ne fay
-doubte qu'on ne la conduyse facillement à cella; et que sir Artus
-Chambernan et Me Hacquens qui ont esté, ces jours passés, fort
-négociants en ceste court, n'obtiennent aussy commission d'armer des
-vaisseaulx, vers le Ouest, pour courre ceste mer estroicte, ou pour
-estre prets à toutes occasions. A quoy j'auray l'oeil le plus ouvert,
-que je pourray, pour en advertyr incontinent Vostre Majesté.
-
-Au regard du propos de Monseigneur le Duc, j'attands, d'heure en
-heure, Sire, que la dicte Dame me face appeller à Hamptoncourt pour me
-bailler sa responce. Et le comte de Lestre m'a promis qu'il sera fort
-dilligent et soigneux de luy recorder qu'elle ne me la vueille plus
-prolonger; et encores, à toutes advantures, j'envoye le Sr de Vassal
-présentement devers luy affin qu'il ne l'oublye. Cepandant j'ay visité
-milord de Burgley, à son commancement de guérison, pour conférer de
-cest affaire avecques luy, lequel m'a pryé de presser, le plus que je
-pourray, icelluy affère, et que, nonobstant qu'il soit contredict de
-plusieurs, que je n'en veuille encores mal espérer. Sur ce, etc.
-
- Ce XVIIIe jour de janvier 1574.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, premier que la Royne d'Angleterre soit partie d'icy pour aller
-à Hamptoncourt, encor que ce ayt esté bien soudaynement et à la haste,
-je l'ay néantmoins fort pressée, et faicte bien fort instamment
-presser, par milord trésorier et par le comte de Lestre, de me vouloyr
-fère sçavoyr la responce qu'elle entend fère à Voz Majestez Très
-Chrestiennes touchant le propos de Monseigneur le Duc, vostre filz;
-mais il ne m'a esté possible de tirer aultre chose d'elle, sinon que,
-dans peu de jours, elle me feroit appeler pour me la dire, et que, si
-elle se trouvoit maintenant un peu longue à se résouldre en cella,
-qu'elle vous prioit, Madame, de vous souvenir que vous aviés bien esté
-six moys entiers sans luy mander rien de certain touchant l'entrevue;
-à l'occasion de quoy elle vous supplioyt qu'à ceste heure vous
-layssiés compenser la longueur de l'une avec celle de l'aultre. Et
-bien, Madame, que je n'aye deffally de responce là dessus, elle m'a
-néantmoins fort conjuré de ne me douloyr de ce petit dellay, qui luy
-faysoit encores besoing, car m'assuroit qu'il ne seroit long. Et le
-comte de Lestre a prins en luy de m'envoyer ung de ses gentilshommes
-pour m'advertyr proprement du jour que j'iray trouver la dicte Dame;
-mais, ne m'attendant du tout à cella, je viens de luy dépescher, tout
-à ceste heure, ung des miens, affin de le luy recorder. Et semble
-qu'elle ayt esté persuadée d'accomplir ce que le duc d'Alve desiroit
-en cest affaire, qu'elle ne conclûd rien avec Monseigneur, vostre
-filz, sans avoyr entendu quelz advantages l'on luy feroit proposer
-pour le filz de l'Empereur; et, possible, aulcuns, en ceste court,
-s'attendent que le baron d'Aubigny en mette quelque chose en avant, et
-qu'il ayt charge d'en parler. Et il est bien certain que, toutes les
-foys que Voz Majestez Très Chrestiennes ont faict attacher chaudement
-ceste praticque, que, du costé d'Espaigne, l'on n'a fally, soubz
-aultres prétextes, d'envoyer soubdain icy des ambassadeurs pour y
-donner tout l'empeschement qu'on a peu; tant y a qu'on me faict
-accroyre que debvés encores paciemment attandre ceste responce, sans
-vous désespérer de vostre pourchas.
-
-Et milord Trésorier, avec lequel j'en ay, depuis deux jours, fort
-estroictement conféré, m'a dict que les adversayres du propos, encor
-qu'ilz soient en grand nombre, n'ont, jusques à ceste heure, peu
-prévaloyr contre la dellibération des principaulx du conseil, qui
-sont fort bien résolus pour le mariage de leur Royne. Sur ce, etc.
-
- Ce XVIIIe jour de janvier 1574.
-
-
-
-
-CCCLXIIe DÉPESCHE
-
---du XXVIe jour de janvier 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Audience.--Nouveaux retards apportés à la négociation du
- mariage.--Mission du baron d'Aubigny.--Communication faite par
- l'agent de la Rochelle.--Assurance donnée par l'ambassadeur que
- le roi ne veut rien attenter contre cette ville.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay esté, le XXe de ce moys, à Hamptoncourt, pour presser ceste
-princesse de me vouloir fère sa responce sur le propos de Monseigneur
-le Duc, et elle a monstré qu'elle estoit preste de le fère, et que
-nulle difficulté, ny argument du passé, y donnoit plus d'empeschement,
-s'en estant elle, avec ceulx de son conseil, entièrement bien résolue;
-mais qu'il estoit survenu, de nouveau, aulcuns escrupules, aulxquels
-elle pensoit que Vostre Majesté pourroit facillement satisfère,
-lesquels iceulx de son dict conseil jugeoient estre expédient de les
-oster, premier qu'elle peût bien respondre. Et me les a fort amplement
-desduicts, et m'a dict qu'elle feroit promptement partir ung courrier,
-devers son ambassadeur, pour vous faire entendre le tout, affin que
-Vostre Majesté n'estimât que ceste remise fût sans beaucoup de
-fondement.
-
-J'ay respondu à toutz ces escrupulles de la dicte Dame, et plus à
-ceulx dont j'estois adverty qu'elle estoit vifvement touchée dans son
-cueur, qui estoient véritablement considérables, et desquels elle ne
-me faisoit poinct de mencion, que à ceulx dont elle me parloit; et
-l'ay fort adjurée de ne vouloir, pour cella, interposer plus de
-longueur en sa responce, de peur que Vostre Majesté et la Royne,
-vostre mère, et Monseigneur le Duc, ne l'interprétissiés à une manyère
-de deffaicte; et qu'il n'estoit besoing qu'elle envoyât en France, ny
-qu'elle attandît aulcune satisfaction de dellà, car ce que je venois
-de luy respondre pouvoit suffire à elle, et aux seigneurs de son
-conseil, pour demeurer bien esclarcys de toutz les dicts escrupulles.
-
-Elle m'a réplicqué qu'elle me prioit donc de vouloir fère
-communicquation, à quelques ungs de son dict conseil, des articles de
-mes dépesches, que je luy venois de déduyre, affin qu'ilz en peussent
-prendre aultant de satisfaction qu'elle: comme j'ay faict à milord
-trésorier et au comte de Sussex. Et suys maintenant à poursuyvre,
-comme devant, la susdicte responce, laquelle j'espère avoyr bientost.
-Et pense, Sire, que, par le rapport, que le cappitaine Mazin vous aura
-faict, de la rigueur qu'on luy a tenue, au repasser en France, Vostre
-Majesté aura comprins d'où est procédé l'ung de leurs dicts
-escrupules, qui n'a esté si petit qu'ilz n'en ayent faict tenir les
-passages sérés, pour quelques jours, et faict surprendre beaucoup de
-pacquetz; dont encores quelques ungs des miens en ont esté retardés.
-
-Le baron d'Aubigny, après avoyr esté, cinq jours, en ceste court,
-festoyé et caressé, et l'avoyr ceste princesse fort bénignement ouy,
-par deux foys, et luy avoyr baillé responce aulx troys lettres, qu'il
-luy a apportées, du duc d'Alve, du grand commandeur et des Estatz de
-Flandres, car n'en avoit du Roy d'Espaigne, bien qu'on l'ayt voulu
-publier aultrement, il a esté favorablement licencié d'elle, avec
-présant d'une chayne de quatre centz escuz. Et aulcuns luy ont voulu
-toucher, en passant, qu'elle se vouloit, plus estroictement que
-jamays, confédérer avec le Roy d'Espaigne, et luy envoyer bientost ou
-le vicomte de Montégu, ou milord Sideney, et que seulement elle
-s'entretenoit avec Vostre Majesté pour gaigner temps. Néantmoins, le
-jour d'après, ung estranger, qui est icy, lequel est fort du party
-d'Espaigne et inthime amy de Gouaras, m'est venu chaudement rechercher
-d'une praticque, de laquelle je résous faire cy après mencion à Vostre
-Majesté; laquelle monstre bien qu'ilz procèdent entre eulx d'une
-grande deffiance, et que, nonobstant la venue des deux depputés des
-Pays Bas, qui semblent n'attandre que le retour du dict d'Aubigny à
-Dounquerque, pour passer deçà, ilz ne s'attandent guyères, de pas ung
-costé, qu'ilz puissent bien accomoder leurs différants.
-
-Ceulx de la Rochelle, devers lesquels le comte de Montgommery avoit
-dépesché ung sien secrettère, pour leur donner compte des frays du
-secours qu'il leur avoit admené, durant ce siège, luy ont renvoyé en
-dilligence le dict secrettère.
-
-Et despuis, l'agent de la Rochelle m'est venu dire, que, suyvant la
-promesse, qu'il m'avoit faicte, de me conférer tout ce qui
-surviendroit, icy, concernant ceulx de sa ville, il me vouloit bien
-advertyr qu'il avoit receu lettres d'eux, par lesquelles ilz luy
-confirmoient la vérification de l'entreprinse, qui avoit esté faicte,
-pour livrer eulx, et leur ville, à un misérable saccagement; non qu'on
-luy mandât que ce fût, du sceu ny du commandement de Vostre Majesté,
-mais qu'ilz avoient évité ung très grand et manifeste danger; et
-estoient encores en quelque frayeur de ce que les garnisons,
-d'alentour d'eux, se grossissoient et renforçoient, chacun jour, et
-qu'ils entendoient qu'une nouvelle levée de Suisses avoit esté mandée,
-et qu'en divers ports du royaulme s'équippoient en guerre beaucoup de
-navyres. Ce qu'ayants les gentilshommes et aultres de la nouvelle
-religion eu bien fort suspect, il s'en estoit retiré quelque nombre en
-leur ville, non qu'ils les y eussent appellés, mais ilz y estoient
-venus, de eulx mesmes, pour éviter le danger, et pour recognoistre
-d'où procédoit le fonds de ceste entreprise; et que le dict agent
-sçavoit bien que iceulx habitants n'avoient aultre affection que de
-vivre en vrays et loyaulx subjects, sans exception quelconque, que de
-ce, seulement, qu'il avoit pleu à Vostre Majesté leur octroyer par le
-dernier édict; et qu'ilz ne cherchoient que la seule seureté, laquelle
-si se pouvoit trouver, non seulement la ville seroit preste d'obéyr à
-vostre vouloir, comme elle fera tousjours, mais au simple mandement du
-moindre de voz officiers; et qu'il me prioit que, de ce costé, je
-voulusse signiffier ceste leur dévotion et servitude à Vostre Majesté,
-ainsy qu'il estimoit que, de dellà, ilz envoyeroient ung de leurs
-habitans pour le vous dire.
-
-J'ay respondu, Sire, que, sans escrupulle aulcun, il se pouvoit
-assurer que Vostre Majesté garderoit inviolablement son édict à ceulx
-de sa ville, et qu'ilz n'avoient à souspeçonner ny les garnisons, ny
-les Suisses, ny les navyres dont ilz parloient: car, oultre que je
-pensois qu'il n'en estoit rien; encore, par nulle rayson ny par
-démonstration aulcune, il ne pouvoit estre ny vray ny vraysemblable
-que les volussiez tourner assiéger, sinon qu'ils se missent tant hors
-des termes de l'édict que eulx mesmes en fussent l'occasion; et que je
-craignois assés que ceste tant chaude allarme, qu'ilz s'estoient
-donnée, les eût desjà tant esmeus, et les fît passer si avant à des
-exécutions, et à recevoir gens de guerre en leur ville, et, possible,
-à d'aultres praticques ailleurs, qu'en lieu de se rendre, par iceulx
-habitants, Vostre Majesté favorable, ilz la provoqueroient contre
-eulx; et qu'icelluy agent avoit bien veu en quelle bonne sorte vous
-m'aviés commandé de parler, icy, de leur affère, et comme vous aviés
-approuvé l'exécution qu'ilz avoient faicte; et j'espérois que, par mes
-premières, je luy pourrois encores donner si bon compte de toutes ces
-choses, dont il monstroit d'estre en peyne, qu'à mon advis il en
-resteroit consolé, et auroit de quoy en consoler ceulx de sa ville; et
-qu'en ce que je me pourrois employer, vers Vostre Majesté, pour la
-seureté qu'il m'avoit parlé, et pour leur procurer toute tranquillité,
-que je le ferois de bon cueur. De quoy il m'a fort remercyé, et, de
-rechef, m'a promis qu'il ne se traicteroit rien, icy, pour ses
-habitans que je n'en fusse participant. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXVIe jour de janvier 1574.
-
-
-
-
-CCCLXIIIe DÉPESCHE
-
---du IIIe jour de febvrier 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
-
- Audience.--Réponse d'Élisabeth sur la négociation du
- mariage.--Consentement donné par elle à l'entrevue sous la
- condition qu'elle sera tenue secrète.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, après que j'ay eu donné une si ample satisfaction à milord
-trézorier, et au comte de Sussex, sur les escrupulles dont la Royne,
-leur Mestraysse, m'avoit parlé, qu'elle et ceulx de son conseil ont
-confessé que c'estoit assés, elle m'a mandé venir, le XXVIIe du passé,
-à Hamptoncourt; où, d'arrivée, elle m'a grandement remercyé de la
-franchise, dont j'avoys uzé, à communicquer le propre original de mes
-lettres à ces deux milords, et qu'elle estoit fort ayse qu'ilz y
-eussent trouvé cella mesmes que, sur ma parolle, elle leur avoit desjà
-respondu de l'intention de Vostre Majesté, touchant les dicts
-nouveaulx escrupulles; et qu'elle vous supplioit bien, Sire, ne
-trouver maulvais si elle se rendoit ainsy soigneuse de complaire à ses
-subjects, non à toutz, car ne se vouloit assubjectir à une si grande
-extrémité, mais à quelques ungs des principaulx qui monstroient avoyr
-leur fortune et leurs vies entièrement conjoinctes avec la personne,
-la condicion et l'heureux règne d'elle; et que, de tant que le propos
-de son mariage estoit principallement fondé sur le contentement de ses
-dicts subjectz, lesquels se trouvoient, de rechef, escandalizés pour
-la rumeur des choses qu'on rapportoit de France, elle jugeoit estre
-fort expédient que Vostre Majesté monstrât, par quelque effect, ainsy
-comme de parolle, contre ceulx qui machinoient la rupture de vostre
-édict, que vous voulés surtout qu'il soit inviolablement observé;
-tendant la dicte Dame, par là, à prolonger encores sa responce,
-jusques à ce que quelque justice fût faicte de ceulx qui ont troublé
-les choses de la Rochelle.
-
-A quoy, prévenant son opinyon par des raysons qui seroient longues, à
-mettre icy, mais auxquelles elle a esté contraincte d'acquiescer, je
-luy ay faict voyr qu'il n'y avoit lieu aulcun d'uzer plus de remise.
-
-Dont elle a suivy à dire qu'elle me feroit donc la meilleure et plus
-clère responce qu'elle pourroit. Qui a esté, Sire, que Vostre Majesté
-et la Royne, vostre mère, aviés si longuement persévéré à pourchasser
-son alliance, et aviés uzé de si honnorables moyens vers elle, qu'avec
-la déclaration qu'elle vous avoit desjà faicte de se vouloir marier,
-elle vous déclaroit, de nouveau, que ce seroit de la mayson de France
-plustost que de nulle aultre de la Chrestienté; bien que, depuis peu
-de moys, il luy eût esté offert ung party bien grand et deulx aultres
-non petitz, fort honnorables, et aulcuns d'iceux assés agréables en ce
-royaulme, aulxquels elle n'avoit voulu respondre, et n'y respondroit
-rien tant qu'elle auroit espérance que celluy de Monseigneur le Duc
-peût réuscyr; lequel, oultre que, pour les grandes et royalles marques
-de l'extraction d'ung tel prince, et pour les excellantes qualités
-qu'on rapportoit de sa personne et de ses vertus, il estoit desirable,
-encor se santoit elle luy avoyr de particulliers debvoirs, qui la
-rendoient obligée de le préférer à quelque aultre party qui fût au
-monde; et que pourtant, sur les dernières dellibérations qu'elle avoit
-tenu de luy, (où l'on luy avoit, de rechef, par une si grande
-expression qu'elle en estoit demeurée toute esbahye, voulu assurer que
-la petite vérolle luy avoit layssé je ne sçay quoy de difformité en
-quelque endroit du vysage, qu'elle ne s'en pourroit jamays contanter,
-et qu'à ceste occasion l'entrevue avecques luy ne pourroit estre sinon
-ung commancement de désordre et de beaucoup d'offance entre Voz
-Majestés Très Chrestiennes et elle), elle avoit si bien débattu
-l'affère, par le rapport de Me Randolphe, et par le pourtraict qu'il
-luy avoit apporté, qu'on avoit bien cognu qu'elle vouloit conduyre le
-propos au desir de Monseigneur le Duc, d'estre sienne, si, en façon du
-monde, il se pouvoit honnestement faire; et, parce qu'elle ne se
-pouvoit bien résouldre, ains estoit en très grande perplexité
-d'accorder l'entreveue en public, pour des grandes raysons qu'on luy
-avoit alléguées, elle me prioit d'envoyer sçavoyr de Vostre Majesté et
-de la Royne, Vostre mère, et de Monseigneur le Duc, si vous pourriés
-trouver bon que la dicte entreveue se fît en privé; auquel cas elle
-l'accordoit, dès à présent, et me promettoit de me bailler telles
-seuretés, de sa main propre, si besoing estoit, pour Mon dict
-Seigneur, comme je les voudrois demander.
-
-J'ay respondu, Sire, que plusieurs inconvénients adviendroient de
-ceste façon d'entreveue, et luy en ay allégué les raysons qui seroient
-longues à desduyre, la priant qu'en un acte si honnorable, et qui
-avoit à se passer entre très grands princes, et lequel estoit
-poursuyvi, de vostre costé, avecques tout honneur et grandeur, elle ne
-voulût y fère intervenir des actes petits, bas et cachés, qui n'en
-feroient que dimynuer la dignité; et pourtant qu'elle vous accordât
-entièrement l'entreveue, avec l'assurance du mariage, puisque, du
-contantement et félicité d'icelluy, elle pouvoit estre mieulx assurée
-par Me Randolphe, et par le pourtraict qu'il luy avoit apporté, que
-touts ces rapports contrayres, qui estoient notoyrement faulx, ne l'en
-debvoient mettre en doubte.
-
-Elle a réplicqué que je luy ferois tort, si je ne croyois fermement
-qu'elle cherchoit de vous pouvoir complère, et de fère que Monseigneur
-le Duc et elle peussent estre maryés ensemble, car c'estoit ce qu'elle
-en avoit résolu, et son conseil en estoit bien d'accord avec elle. En
-quoy elle cognoissoit bien que l'entreveue estoit tousjours fort
-nécessayre, et, possible, plus pour luy que pour elle; mais que, de
-la fère publicque, il fauldroit que Monseigneur le Duc y vînt en
-magnifficence, pour estre tel prince comme il est, et que pareillement
-elle en uzât beaucoup pour le recevoyr; en quoy concourroient non
-seulement les yeulx de la France et de l'Angleterre, mais toutz ceulx
-de la Chrestienté: et si, puis après, le mariage ne succédoit, il y
-auroit de la matière de discours, et encores, possible, d'offance,
-beaucoup plus que si elle et luy se voyoient privément, car s'assuroit
-que si, après s'estre veus ainsy, il restoit aulcune occasion de se
-plaindre de quelque costé, que ce seroit du sien.
-
-Et, sans que je l'aye peu mouvoir de ceste opinyon, elle s'est, mise à
-discourir des façons comme il pourroit venir incognu, et comme elle
-s'approcheroit vers la mer pour estre plus à propos; dont, de ses
-discours et de ceulx qu'aulcuns de ses conseillers m'ont faict depuis,
-je laysse au sieur de Vassal à qui je les ay commis, de vous en rendre
-compte. Et sur ce, etc.
-
- Ce IIIe jour de febvrier 1574.
-
-
-
-
-CCCLXIVe DÉPESCHE
-
---du IXe jour de febvrier 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Audience.--Négociation du mariage.--Insistance d'Élisabeth,
- malgré les réclamations de l'ambassadeur, pour que l'entrevue
- ait lieu secrètement.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ayant la Royne d'Angleterre sceu par milord trésorier, lequel,
-après estre guéry, est, ces jours icy, retourné à la court, que je ne
-me tenois assez bien satisfait de la responce qu'elle m'avoit faicte,
-ny de la lettre qu'on m'avoit depuis escripte, elle a baillé charge à
-Mr Walsingam, venant en ceste ville, de m'y donner quelque si bonne
-interprétation que j'en peusse rester contant; mais, entendant que je
-debvois aller retrouver la dicte Dame, il a mieulx aymé que ce fût
-d'elle que je la receusse que non pas de luy. Et ainsy, après que j'ay
-eu faict part à la dicte Dame de toutes les particullarités de vostre
-lettre, du XVIIIe du passé, et mesmement de ce qu'aviés réduy les
-princes et seigneurs de vostre conseil à procéder, dorsenavant, d'ung
-bon accord aulx choses de vostre service; et du bon ordre qu'aviés
-commancé restablyr en vostre royaulme; et de la paciffication
-qu'espériés bientost du costé du Languedoc, sellon les bonnes
-nouvelles qu'en aviés freschement receues; aussy de celle qui
-continuoit vers la Rochelle, et comme l'alarme que s'estoient donnée
-ceulx de la ville se trouvoit de peu de fondement, dont ceulx qui y
-avoient accouru s'en estoient desjà retournés presque toutz en leurs
-maisons; et que néantmoins vous y aviés dépesché Mr de Saint Suplice
-pour examiner bien le faict, et y fère droictement observer l'édict;
-luy touchant, à ce propos, ce qui s'estoit entendu, qu'on eût traicté
-avec elle d'envoyer des forces par dellà, mais que vous n'en aviés
-rien creu, comme aussy il n'en estoit besoing, veu l'honnesteté dont
-me commandiés luy offrir beaucoup plus grand chose que cella; puis des
-remonstrances que son ambassadeur vous avoit faictes pour le commerce
-des Angloys en vostre royaulme, et pour y avoyr justice et pour leur y
-estre les anciens privilèges restitués, et pour la satisfaction
-d'aultres leurs pleinctes du présent, en quoy soubdain vous aviés
-commandé fère des dépesches à Roanet et ez aultres endroicts pour y
-pourvoir; je suis enfin venu à luy dire que, touchant le propos du
-mariage, Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur le
-Duc, vous estiés infinyement resjouys de deux choses que je vous avois
-escriptes: l'une est que Me Randolphe luy eût, par son rapport et par
-le pourtraict qu'il luy avoit apporté, donné pleyne satisfaction de ce
-qu'elle avoit desiré sçavoyr, du visage et de la disposition de Mon
-dict Seigneur, contre les faulx rapports qu'on en avoit faicts;
-l'aultre, que, sellon les propos que j'avoys depuis ouys d'elle, et
-sellon ceulx que ses deux conseillers m'en avoient tenus, je vous
-avois faict espérer qu'elle vous feroit une bonne responce. Dont me
-commandiés que je la conjurasse bien fort de la vous vouloir fère
-bientost, ainsy bonne et favorable, comme vostre longue attante et
-vostre persévérance, et les honnestes satisfactions que vous estiés
-tousjours efforcée de luy donner, et la conjoincte et constante bonne
-affection de toutz trois vers elle, la vous faisoient justement
-mériter.
-
-A quoy elle, monstrant ung singulier plaisir des susdictes
-particullarités, lesquelles luy avoient osté les souspeçons, où l'on
-l'avoit volue mettre de vostre costé, m'a respondu plusieurs
-honnestetés, sellon sa coustume, de la confiance qu'elle prenoit, de
-jour en jour, plus grande de vostre amityé, et de la parfaicte
-assurance que vous vous deviés donner pour jamays de la sienne. Et
-puis, sur le propos de Monseigneur le Duc, m'a dict qu'elle avoit esté
-en peyne d'entendre que je n'eusse ainsy bien prins sa responce, comme
-elle pensoit me l'avoyr faicte fort bonne, sellon que j'avoys bien
-cognu que la perplexité, où l'avoient mise aulcuns, qui avoient
-naguyères veu Monseigneur le Duc, (lesquels, pour l'acquit de leur
-loyaulté, s'estoient venus descharger vers elle de ce qu'elle m'en
-avoit desjà dict), ne portoit pas qu'elle me peût parler plus
-ouvertement et plus cordiallement qu'elle avoit faict; car estimoit
-toucher à son honneur, premier que Vostre Majesté et la Royne, vostre
-mère, azardissiés la venue de Mon dict Seigneur par deçà, qu'elle vous
-deût clèrement mander tout ce qu'on luy en proposoit, et ce qu'on luy
-en faysoit craindre. Mais, affin que ne prinssiés argument qu'elle
-n'eût procédé tousjours fort sincèrement en cest endroict, et qu'elle
-ne desirât de bon cueur le mariage, s'il plaisoit à Dieu que eulx deux
-se peussent complayre, et que ne tombissiés en aulcune malle
-satisfaction d'elle, elle vous avoit bien voulu, de rechef, accorder
-l'entrevue, en privé, pour estre néantmoins, premier, bien considéré
-de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et entièrement réglé
-par l'opinyon que pourriés avoyr que, nonobstant ceste nouvelle
-confirmation de rapport, la présence seroit pour donner bon succès au
-mariage: car si ne l'aviés telle, comme aussy, si elle ne s'en estoit
-réservée une bien bonne espérance vers elle, elle vous supplieroit
-fort franchement, et de la plus grande affection de son cueur, que
-vous volussiés déporter entièrement de la dicte entrevue, affin de
-n'azarder rien de ceste tant bien fondée amityé et confédération, où
-elle se retrouvoit maintenant avec Vostre Majesté et avec vostre
-royaulme.
-
-Je luy ay, par ma réplicque, si clèrement remonstré le peu de
-correspondance que sa responce apportoit à voz honnorables offres, et
-aulx honnestes satisfactions que luy aviés données, qu'il sembloit que
-mal volontiers, et à regret, elle accordât la dicte entrevue, et
-qu'elle eût comme à mespris, et quasy à honte, ce en quoy vous
-estimiés l'honnorer et defférer beaucoup à sa grandeur, et que je
-m'esbahissois comme elle ne s'appercevoit que c'estoit une imposture,
-par trop impudente, que de luy renouveller plus ce faulx rapport, qui
-estoit convaincu par le tesmoignage de Randolphe et par le pourtraict,
-et encores plus convaincu par l'offre de ce qu'on soubmettoit cella au
-jugement que ses propres yeux en pourroient fère; qui luy engagoys ma
-vye que, non seulement elle n'y verroit point de deffault, ains
-qu'elle y trouveroit tant de perfections qu'elle se repputeroit bien
-heureuse d'estre aymée d'un tel prince, et qu'indubitablement elle
-viendroit amoureuse de luy. Dont la suppliay qu'elle voulût amander sa
-responce, affin que vous en peussiés recevoyr plus de satisfaction.
-
-Elle, soudain, appela les comtes de Lestre et de Sussex et les deux
-secrettères, Mrs Smith et Walsingam, pour leur fère entendre mon
-instance, sur laquelle, après qu'ilz eurent longuement débattu entre
-eulx, je ne peus, de toute leur déduction, tirer rien de mieulx que
-devant, parce que desjà elle avoit mandé à son ambassadeur de vous
-dire le mesmes que je vous avois escript; sinon, quand au passeport,
-qu'elle ne luy avoit donné aulcune charge de vous en parler, mais elle
-me confirma, de rechef, qu'aussytost qu'auriés résolu la dicte
-entrevue, ainsy en privé, qu'elle ne faudroit de me la fère bailler
-très honnorable et bien seur, et qu'au reste elle vous rendoit
-beaucoup de mercys de la tant ample satisfaction que luy avés donnée à
-ses escrupulles, et de ce que n'en aviés voulu prendre d'elle; qui
-vous prioit de croyre, Sire, qu'elle n'avoit presté, ny presteroit
-jamays, l'oreille à praticque quelquonque qui se fît jamays contre
-vostre estat, et qu'elle estoit très ayse qu'eussiés prins à cueur le
-traffic de ses subjects en vostre royaulme, comme elle feroit le
-semblable pour les vostres par deçà; et ne sçavoit à quoy il pouvoit
-tenir qu'on n'eût desjà conclud ce faict entre les deux pays, comme il
-estoit porté par le traicté; et ne vouloit, pour la fin, oublyer de
-vous fayre ung très expécial mercyement pour Me Vuarcop son
-pensyonnayre, pour lequel elle ne s'estimoit moins gratiffiée, en ce
-que feriés pour luy, que si la plaincte touchoit à elle mesmes.
-
-Et, après que je me fus ainsy licencié d'elle, j'entretins longuement
-ses conseillers sur ce que vous trouveriés peu de satisfaction en la
-responce qu'elle vous avoit ceste foys faicte; mais ilz me dirent
-qu'il y avoit des considérations qui la contreignent de protester
-ainsy ces choses premier que de passer plus avant, et qu'ilz ne
-peuvent encores que fort bien espérer de tout l'affère, me déduysant
-plusieurs raysons là dessus: lesquelles, pour estre trop longues, je
-les remettray à une aultre foys, pour adjouxter seulement, icy, Sire,
-que j'ay baillé à la comtesse de Montgommery les provisions qu'avés
-octroyées à son mary, laquelle s'en est resjouye infinyement, et les
-luy a envoyées incontinent, à Gerzé, d'où il en fera la responce et le
-très humble mercyement à Vostre Majesté. Et sur ce, etc.
-
- Ce IXe jour de febvrier 1574.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, après avoir debbatu à ceste princesse la forme de sa responce,
-en la façon que je mande en la lettre du Roy, et trop plus amplement
-et plus vifvement que je ne le puis pas mander, je l'ay curieusement
-observée si, en aulcunes de ses parolles, ou de ses contenances, je
-pourrois noter qu'elle se fût alliennée du propos de Monseigneur,
-vostre filz; mais, ou soit qu'elle le sçache bien cacher ou bien
-qu'il soit ainsy, je n'y ay peu cognoistre sinon la mesmes bonne
-disposition qu'elle a tousjours monstrée vers luy. Dont luy ay touché,
-en passant, si elle n'entendoit pas que les mesmes articles, qui
-avoient esté desjà trouvés bons au propos du Roy de Pouloigne,
-restassent entiers et accordés pour Monseigneur le Duc, et si elle luy
-feroit pas l'honneur, au cas qu'il vînt par deçà, et qu'ilz se
-peussent complère, de l'espouser, sans luy donner la peyne de repasser
-la mer, attandu que ce ne seroit par procureur, ains en personne,
-qu'il luy viendroit offrir son service. A quoy elle m'a respondu que
-je ne demandois rien qui ne fût raysonnable, sinon en ce que je
-pressois un peu trop l'affère, d'aultant qu'il failloit que le mariage
-fût publicque et solennel, là où l'entrevue seroit privée, et, entre
-peu, dans une salle. Dont j'estime, Madame, que, si Voz Majestez se
-résolvent à la dicte entrevue, en privé, car je ne pense point qu'on
-en puisse obtenir d'aultre, qu'il sera bon que vous réserviés de la
-fère en la plus commode et honnorable façon que vous jugerés convenir
-à vostre grandeur, et à la dignité de Mon dict Seigneur, vostre filz;
-et que les deux pointz, dessus, soient gaignés, premier qu'il passe,
-affin de prendre tousjours pied, et avoyr des arres, sur ceulx qui
-artifficieusement subtilisent par trop les points de cest affère, et
-qui espèrent par là le mener à rupture. Dont vous plerra en toucher
-quelque mot à l'ambassadeur de la dicte Dame, et le disposer
-d'escripre tousjours en bonne sorte par deçà, car ses lettres n'y
-peuvent estre sinon utilles; et me commander, au reste, par le retour
-du Sr de Vassal, l'ordre qu'il vous plerra que je preigne, car je ne
-fauldray de bien entièrement l'observer. Et vous remercye très
-humblement, Madame, de la favorable recordation qu'il vous a pleu
-avoyr de moy, vers le Roy, pour me fère retenir de son privé conseil,
-chose que je reçoys en plus grand heur que nulle aultre qui m'eût peu
-venir de l'élection et bénefficence de Voz Majestez, et en laquelle je
-regrette infinyement que mon insuffisanze m'en oste le mérite; mais
-j'espère y apporter tant de dilligence et de fidellité que Vostre
-Majesté ne se repantira de son bienfaict, pour lequel ce qui me reste
-de vye sera pour jamays employé à vostre service, aydant le créateur
-auquel je prye, etc.
-
- Ce IXe jour de febvrier 1574.
-
-
-
-
-CCCLXVe DÉPESCHE
-
---du XVe jour de febvrier 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Succès remporté par la flotte du prince d'Orange.--Négociation
- des Pays-Bas.--Affaires d'Écosse.--Excès du comte de Morton;
- mécontentement des Écossais.--Nouvelles de Marie Stuart.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, il est venu icy nouvelles, le Xe de ce moys, comme les
-vaysseaulx du prince d'Orenge avoient repoussé et rompu la flote, que
-le grand commandeur envoyoit pour avitailler Meldelbourg, et que la
-ville, à ceste occasion, estoit bien près de se rendre, de quoy l'on a
-faict diverses démonstrations par deçà, les ungs d'estre marris, mais
-le plus commun, et en public, l'on a monstré d'en estre fort ayse,
-mesmement qu'il y avoit beaucoup de vaysseaulx, et de mariniers, et de
-soldats, angloys, à l'entreprinse. Et le mesmes jour, les deux
-depputés des Pays Bas, qui avoient attandu à Dounquerque le baron
-d'Aubigny, sont arryvés, lesquels l'on n'a pas layssé, pour cela, de
-bien recevoyr, ni eulx de monstrer bonne contenance; et est l'on après
-à depputer des commyssayres pour vacquer avec eulx à l'accord de leurs
-différentz. Et se continue la dellibération d'envoyer ou le vycomte de
-Montégu, ou milord Sideney, en Espaigne, lesquels sont toutz deux à
-présent en court; mais je ne voy pas qu'ilz soient encore si près de
-partir, et croy que, si les affères d'Irlande ne pressoient, que l'ung
-ny l'aultre n'y yroient poinct du tout.
-
-Au regard de l'Escoce, les choses semblent s'y entretenir encores en
-quelque forme de paix, soubz la prétendue régence du comte de Morthon,
-bien que j'ay advis qu'il s'y déporte en homme avare, et violent, et
-dissolu, et que, de toutz les principaulx de la noblesse, il n'a près
-de luy, à ceste heure, qu'ung seul milord, duquel il entretient la
-femme, et en entretient encores deux ou trois aultres, maryées, au
-grand escandalle d'ung chascun; et que, entre aultres, le nouveau
-comte d'Arguil est très malcontant de luy, de ce qu'ayant demandé de
-succéder à l'estat de chancellier, ainsy que son frère, à son décès,
-le possédoit, icelluy de Morthon l'a baillé à milord de Glames; dont
-ung gentilhomme escouçoys, de bonne qualité, à qui j'ay eu tousjours
-intelligence, oncle du dict d'Arguil, qui a résidé plus de huict moys
-en ceste ville, parce qu'il ne pouvoit accorder avec le dict de
-Morthon, estant, à présent, mandé par son nepveu, et estant peu
-satisffaict de la façon dont les Angloys ont procédé vers luy, et
-qu'il void qu'ilz procèdent vers sa nation, m'est venu dire qu'il s'en
-alloit remonstrer clèrement, aulx principaulx de son pays, comme la
-Royne d'Angleterre ne cherchoit que leur ruyne et le moyen de les
-dominer, et qu'ilz se debvoient retirer de toute intelligence et
-communicquation d'avec elle, s'ilz ne vouloient ung jour estre réputés
-traistres à leur prince, et de se tenir plus fermes que jamays à
-l'alliance de France, et qu'il sçavoit bien que les plus grands et les
-meilleurs du royaulme estoient desjà tout persuadés de cella; dont,
-s'il plaisoit à Vostre Majesté les assister, et mesmement le dict
-comte d'Arguil, son nepveu, contre le dict de Morthon, qui estoit du
-tout angloys, qu'indubitablement ilz le déchasseroient facillement de
-toute son authorité, et pareillement toute sa faction, laquelle
-n'estoit, à présent, guyères grande.
-
-Je luy ay respondu qu'il pouvoit hardiment assurer le dict comte
-d'Arguil; son nepveu, et ceulx de la noblesse, de son pays, que Vostre
-Majesté, en toutes sortes, dellibéroit de bien soigneusement conserver
-l'alliance de la couronne d'Escosse; et pourvoir, en tout ce qu'il
-vous seroit possible, à la protection des princes du dict pays, et à
-la deffance et repos de tout l'estat; et continuer aulx Escossoys les
-mesmes entretènementz, pensions, privilèges et faveurs, qu'ilz
-avoient, de tousjours, eu en France; et n'habandonner nullement ceulx
-qui, comme gens de bien et bons escoussoys, voudroient suyvre cest
-honnorable party, que leurs prédécesseurs avoient tousjours tenu.
-Dont, après qu'il auroit parlé à eulx, s'il me faysoit sçavoyr leur
-intention, je mettrois peyne de fère en sorte que Vostre Majesté leur
-feroit santir l'effect et l'assurance de la sienne.
-
-Or, attand le dict gentilhomme son saufconduit, et je desire, de bon
-cueur, qu'il vous playse me mander ce que j'auray à luy dire ou
-commettre davantage, pour vostre service par dellà. J'entendz
-néantmoins que le susdict Morthon a remis milord de Humes, moyennant
-dix mille livres, en la possession des deux chasteaulx que les
-Angloys ont rendus, avec obligation qu'il tiendra le party contrayre à
-la Royne d'Escosse.
-
-J'ay parlé à milord trésorier, suyvant ce qu'il vous a pleu
-m'escripre, le XIXe du passé, du passeport de madamoyselle de Rallay,
-et de deux servitteurs, pour venir servir la dicte Royne d'Escosse, et
-n'ay obmis aulcune sorte de persuasion dont je ne luy aye uzé là
-dessus; mais il m'a pryé de me contanter, pour ceste heure, de sçavoyr
-que la dicte Dame se portoit bien et estoit bien traictée, et que la
-Royne d'Angleterre n'estoit plus si irritée, comme elle souloit,
-contre elle, ni contre le comte de Cherosbery; et que je réservasse de
-parler du dict saufconduict, après que je verrois le propos de
-Monseigneur le Duc acheminé à quelque bonne conclusion. Duquel propos,
-Sire, la négociation demeure suspendue jusques à la procheyne response
-de Voz Majestez Très Chrestiennes. Et sur ce, etc.
-
- Ce XVe jour de febvrier 1574.
-
-
-
-
-CCCLXVIe DÉPESCHE
-
---du XXe jour de febvrier 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)
-
- Conférence de l'ambassadeur avec Burleigh et Walsingham sur la
- négociation du mariage.--Affaires d'Irlande.--Détails
- particuliers donnés par Walsingham.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, quand la Royne d'Angleterre est partie d'Aptomcourt, pour aller
-en la mayson du comte de Lincoln, ainsy que je le vous ay mandé par
-mes précédantes, milord trésorier ne l'a point suivye, ains s'en est
-retorné reposer en sa mayson de ceste ville, pour achever de se bien
-guérir, et pour confirmer sa santé, et Mr Walsingam, avecques luy;
-avec lesquels deux j'ay continué de négocier, aultant que j'ay peu,
-l'advancement du propos de Monseigneur le Duc. Et le dict grand
-trésorier m'a faict sçavoyr comme, le jour après que je fûs party
-d'avec la dicte Dame, il parla longuement à elle, sur la forme de la
-responce qu'elle m'avoit faicte, et que, sellon aulcunes
-considérations qu'elle luy avoit sceu bien déduyre, il jugeoit, veu
-l'estat du propos, qu'elle ne me l'eût peu fère meilleure; et
-qu'indubitablement elle s'attandoit que Monseigneur le Duc ne
-refuzeroit de venir ainsy, en privé, avec quelque honneste et
-honnorable, mais petite compagnye, des mieulx choisis de vostre court,
-et des siens; et qu'il se pouvoit assurer qu'elle luy feroit tout
-l'honneur et bonne chère qu'elle pourroit; et que, si elle n'avoit
-affection et bonne espérance du mariage, elle ne consentiroit, pour
-chose du monde, que la dicte entrevue se fît, ny en une façon, ny en
-une aultre; mais que, pour l'incertitude de l'évènement, elle avoit, à
-toutes advantures, estimé estre trop plus expédient de la fère ainsy,
-en privé, que non à la descouverte.
-
-Et Mr Walsingam dict que c'est tout le mieulx que la dicte Dame eût
-peu fère, en la présente disposition du dict propos, et que, si jamays
-l'on avoit remarqué aulcun indice en elle d'y vouloir, à bon escient,
-entendre, que c'estoit à présent; et qu'elle se persuadoit que Vostre
-Majesté, ny la Royne, vostre mère, ne refuzeriés, ny n'auriés
-aulcunement mal agréable, que ceste privée entrevue se fît; et que,
-luy, de sa part, espéroit que la présence de Monseigneur le Duc auroit
-plus d'effect, à mener l'affère à sa conclusion, que nulle aultre
-chose qu'on y peût applicquer, se persuadant qu'il satisferoit à
-l'oeil de la dicte Dame, ainsy qu'il sçavoit bien qu'elle avoit desjà
-les aureilles très satisfaictes de la grande réputation de ses vertus;
-et que deux choses seulement retenoient le dict Mr Walsingam en
-doubte, l'une que la dicte Dame ne retournât trop facillement, d'elle
-mesmes, à la naturelle inclination, qu'elle avoit, de ne se marier
-poinct; et l'aultre, que ceulx, qui luy avoient faict passer beaucoup
-d'années en ceste opinion, ne la luy temporisassent encores tout
-exprès, pour enfin ne luy en laysser poinct prendre de meilleure, et
-que c'estoit ce qui l'engardoit de ne s'ozer entremettre, sinon par
-mesure, au dict affère. Auquel néantmoins, quand il viendroit à son
-tour, il vous supplioit, Sire, et la Royne, vostre mère, de croyre
-qu'il ne faudroit de s'y employer fermement et en homme de bien, comme
-en chose qu'il réputoit utille et très honnorable à sa Maystresse, et
-qu'il cognoissoit nécessayre à ces deux royaulmes.
-
-Et c'est la substance de tout ce qui s'est peu tirer de la dernière
-négociation d'avec les dicts deux personnages; qui pourra, possible,
-après mes précédantes dépesches, assés servir de responce aulx poinctz
-de celle de Vostre Majesté, du Ve du présent, que je viens maintenant
-de recevoir, aulmoins jusques à ce que j'aye, de rechef, veu ceste
-princesse, ou bien que m'ayés mandé d'aultres plus expresses nouvelles
-là dessus.
-
-La dicte Dame et ceulx de son conseil sont rentrés en quelque peu de
-bonne espérance des choses d'Irlande, sur ce que le comte d'Essex a
-escript qu'il s'estoit retiré, le mieulx qu'il avoit peu, du destroict
-où l'on l'avoit enfermé; et que aulcuns, des principaulx du pays, luy
-avoient mandé qu'ilz seroient prestz de se soubmettre à la dicte
-Dame, si elle les vouloit tenir et traicter comme bons subjectz, et
-leur laysser paysiblement jouyr de leurs terres, et qu'encores luy
-payeroient ilz quelque petit tribut annuel, ainsy qu'il seroit advisé;
-mais qu'il ne pouvoit encores assés bien juger s'ils luy avoient faict
-tenir ce langage à feincte, ou bien à bon escient. Tant y a que cella
-venoit d'aulcuns plus authorizés d'entre eulx; et que le comte de
-Quildar, avec Me Gueret son frère, s'employent de grande affection à
-réduyre tout le pays en quelque bonne tranquillité, soubz l'obéyssance
-de la dicte Dame; néantmoins qu'il estoit bien d'advis qu'elle ne
-layssât, pour cella, d'envoyer tousjours les hommes et les provisions,
-qu'elle avoit ordonné pour la guerre de dellà, comme, à la vérité,
-Sire, ceulx, qui cognoissent bien l'Irlande et les Irlandoys, disent
-qu'elle y trouvera plus de difficulté et de résistance que jamays. Sur
-ce, etc. Ce XXe jour de febvrier 1574.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, oultre ce que je mande en la lettre du Roy, des propos de
-milord trésorier et de Mr Walsingam, icelluy Walsingam a adjouxté
-davantage qu'il supplioit Vostre Majesté vous souvenir de ce qu'il
-vous avoit quelques foys dict, quand il estoit en France, qu'il vous
-failloit réputer vostre poursuyte, touchant le mariage de la Royne, sa
-Maistresse, comme l'expugnation d'une forte place, où y auroit de la
-résistance et de la difficulté beaucoup, ainsy qu'il avoit bien
-trouvé, estant icy, qu'il estoit fort malaysé de conduyre la dicte
-Dame au poinct d'une ferme résolution de se maryer, et de l'y fère
-persévérer; et n'estoit moindre la contradiction de recevoir ung
-prince estranger en ce royaulme: toutesfoys plusieurs poinctz estoient
-desjà vuydés là dessus qui rendoient, à présent, la matière plus
-facille; et quand bien Monseigneur le Duc, enfin, ne pourroit venir à
-bout d'une si haulte entreprinse, comme d'emporter la dicte Dame et ce
-royaulme, qu'il ne s'en debvoit pourtant donner aulcune honte, non
-plus que si l'on n'avoit pas prins la place forte qu'on auroit
-assiégée, pourveu qu'on y eût bien faict son debvoir; et qu'icelluy de
-Walsingam, voyant les deux principaulx et aulcuns aultres conseillers
-de la dicte Dame marcher de très bon pied en cest affère, et y avoyr
-ung très grand desir, il n'en vouloit avoyr ny moins de desir, ny
-moins d'espérance, que eulx; bien qu'il me vouloit dire, tout
-franchement, que, à son advis, ny les ungs ny les aultres ne s'en
-pouvoient encores promettre l'yssue telle, ny si assurée, comme ilz la
-desireroient.
-
-De quoy, Madame, il se peut facillement comprendre qu'il y cognoit
-encores des doubtes, lesquelz ne permettent qu'il puisse voyr bien
-cler dans le fondz de l'affère. Dont estant encores à moy, qui suis
-estrangyer, plus difficile d'y pénétrer, je suis contrainct d'en
-demeurer en ung incertain sur le simple recueil, que je puis fère, de
-la substance et des conjectures des parolles et des démonstrations de
-la dicte Dame, et de ses dicts conseillers, comme je les vous ay desjà
-escriptes et mandées, par le menu; et de supplier là dessus Voz
-Majestez de prendre, de vous mesmes, et avec l'advis de vostre prudent
-conseil, la résolution que jugerés meilleure et plus honnorable pour
-Mon dict Seigneur, vostre filz. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXe jour de febvrier 1574.
-
-
-
-
-CCCLXVIIe DÉPESCHE
-
---du XXVIe jour de febvrier 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Négociation du mariage.--Conférence de l'ambassadeur avec
- Leicester.--Assurance donnée par l'ambassadeur qu'il ne sera
- pas fourni de secours aux protestans de France.--Dénonciation
- contre Marie Stuart, et punition du dénonciateur.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, tous ces jours de caresme prenant, la Royne d'Angleterre a esté
-convyée par les seigneurs et gentilshommes, voysins de Hamptoncourt,
-d'aller, de lieu en lieu, fort privément et à peu de compagnye, fère
-bonne chère en leurs maysons, et n'a esté bien à propos que je la sois
-allée trouver là; mais j'ay conféré en ceste ville, fort à loysir,
-avec milord trésorier, des poinctz contenus en la dernière dépesche de
-Vostre Majesté, et mesmement de celluy où est touché ce que dict
-l'ambassadeur d'Angleterre à la Royne, vostre mère, le IIIIe du
-présent, et, depuis, au Sr Géronyme Gondy. Sur quoy le dict grand
-trésorier m'a respondu que Voz Majestez très Chrestiennes debvoient
-prendre de très bonne part l'instance du dict ambassadeur, lequel
-ayant senty, après le retour de Me Randolphe, que le mariage procédoit
-très bien du costé de sa Mestresse, encor qu'il vît bien aussy que
-vous y alliés de très grande affection et fort sincèrement du vostre,
-et que me fissiés encores estre, icy, en mes sollicitations, plustost
-pressant et importun vers elle que de luy garder la médiocrité; si
-vouloit il, sellon qu'il voyoit la trempe bonne, vous éguilloner
-encores davantage, affin de ne la laysser nullement réfroidir; et que
-le dict grand trésorier me juroit, en sa conscience, qu'il avoit veu
-la dicte Dame très bien dellibérée de me fère une bonne et bien
-résolue responce, sans l'intervention d'ung, de qui il ne pouvoit
-nullement approuver le zèle, lequel, pour l'acquit de sa loyaulté vers
-elle, luy estoit venu remettre sus le premier escrupulle du visage; et
-que, contre icelluy, il n'avoit pas craint, la dernière foys qu'il
-l'avoit veue, de luy dire que j'avoys fermement remonstré qu'après le
-rapport de Me Randolphe, et après le pourtraict envoyé, et qu'on
-soubmettoit encores le jugement de ce poinct à l'oeil d'elle, je ne
-pouvois dire sinon que c'estoit une pure imposture et trop grande
-impudence de révoquer plus maintenant cella en doubte; et que le comte
-de Lestre, ny luy, ne m'avoient sceu que respondre, ainsy qu'elle
-mesmes, après y avoyr bien pensé, avoit confessé que, voyrement, n'y
-avoit il poinct de réplicque; néantmoins qu'il me prioit de supporter
-ung peu sa Mestresse en cest endroit, veu qu'il n'estoit pas seulement
-question de conclurre une simple amityé ou une ligue, d'où l'on se
-peût, de chascun costé, puis après, départir, quand l'on ne s'en
-trouveroit pas bien, car c'estoit une obligation pour toute la vye, en
-laquelle n'y auroit jamays plus lieu de repantailles; et qu'il
-trouvoit la dicte Dame en une très bonne, voyre, en la meilleure
-disposition qu'il l'eût jamays vue vers le mariage, dont il n'en
-vouloit sinon tousjours bien espérer; et que, sellon que Vostre
-Majesté et la Royne, vostre mère, disposeriés Monseigneur le Duc à
-ceste entrevue privée, le propos pourroit parvenir à sa conclusion.
-Dont luy sembloit que, sans rien mouvoir, pour ceste heure, je debvois
-attandre qu'est ce que, par vostre procheyne dépesche, il m'en seroit
-escript.
-
-Depuis, j'ay envoyé, devers le comte de Lestre, le prier de me mander
-de la santé de la Royne, sa Mestresse, et de son portement, sellon que
-j'avoys commandement de Voz Majestez, et de Monseigneur le Duc, de
-vous en fère sçavoyr, le plus souvent que je pourrois. Et luy ay faict
-toucher les mesmes poinctz que j'avoys déduictz à milord trésorier, et
-qu'il voulût prendre occasion de fère voyr à la dicte Dame la lettre
-que Monseigneur m'avoit escripte de sa main, affin qu'elle cogneût sa
-persévérance vers elle. Lequel comte, après avoyr fort promptement et
-très vollontiers satisffaict à cella, il m'a envoyé remercyer
-infinyement de la négociation que je luy avoys commise à fère,
-laquelle il me pouvoit assurer que la Royne, sa Mestresse, l'avoit eue
-très agréable, et s'estoit resjouye, trop plus que ne le me sçauroit
-exprimer, de la lettre de Monseigneur le Duc, et mesmes d'avoyr veu
-qu'en termes exprès il y parloit du mariage d'entre eulx d'eux, ce
-qu'elle avoit bien observé, qu'en nulle de ses aultres lettres il n'en
-avoit uzé ainsy, et qu'elle ne s'estoit pas contanté de la lyre une et
-deux foys, car l'avoit relue la troysiesme foys, et l'avoit interprété
-au dict comte en très bonne signiffication; et qu'il me pouvoit
-assurer de n'avoyr jamays veu la volonté de la dicte Dame mieulx
-inclinée vers le mariage, et vers Monseigneur le Duc, que maintenant;
-et qu'il cognoissoit bien qu'elle avoit grand desir de le voyr, mais
-qu'elle ne diroit jamays ouvertement qu'il vînt; et que le dict comte,
-de sa part, ne se présumoit pas tel qu'il ozât, de son costé, le luy
-mander, car repputoit cella de trop d'importance vers luy, en
-l'endroict d'ung si grand prince comme est Mon dict Seigneur le Duc;
-néantmoins, comme son très dévot serviteur et partial de la France, il
-desiroit et ne se pouvoit tenir de dire qu'il feroit très bien de
-venir ainsy, privément, comme la dicte Dame l'avoit desjà consenty; et
-que, demeurant le rapport, qu'on avoit faict de luy, convaincu par sa
-présence, il ne faysoit doubte qu'il n'obtînt son desir.
-
-Lesquels propos des dicts comte et milord trézorier j'ay bien voulu,
-Sire, les vous représanter en propres termes, affin que puissiés
-mieulx juger à quoy pourra réuscyr le voyage de Mon dict Seigneur le
-Duc par deçà, si, d'avanture, il l'entreprend, sur la responce, que je
-vous ay desjà mandée; sur laquelle néantmoins, telle qu'elle est, la
-dicte Dame et les siens se persuadent que, s'il a bonne affection au
-mariage, qu'il ne diffèrera de venir. Dont ceulx, qui le desirent, ne
-cessent de me presser que je vous conseille de le haster, et ont
-opinyon que, par ce moyen, elle et luy se trouveront plus tost maryés
-que on ne l'aura pensé; et qu'il ne se pourra fère qu'il n'advienne
-une de deux choses: ou que Mon dict Seigneur l'espousera, ou qu'il
-emportera aulmoins parolle d'elle qu'elle n'en espousera jamays
-d'aultre. Et de ma part, Sire, ne sachant à quel grand regret Vostre
-Majesté et la Royne, vostre mère, pourriés avoyr ceste venue de Mon
-dict Seigneur par deçà, et luy encores plus grand, s'il n'y obtenoit
-son desir, je ne puis, en façon du monde, me contanter que ceulx cy
-luy en veuillent ainsy laysser l'évènement trop incertain, et se
-monstrer, en cest endroict, par trop inconstans et muables; dont je ne
-sçay qu'en dire. Et ay opinion que Vostre Majesté et la Royne, vostre
-mère, et Mon dict Seigneur le Duc, pourrés plus prudemment, et avec
-plus de généreuses et hautes considérations, prendre l'expédient
-honnorable qui conviendra à cestuy vostre péculier et vrayment royal
-affère, que nuls aultres ne le vous sçauroient conseiller. Au regard
-de ce que le susdict ambassadeur a touché, comme de luy mesmes, au Sr
-Gondy, qu'il seroit bon que envoyssiés, de rechef, quelqu'ung par
-deçà, ceulx ci n'en sont nullement d'advis; ains disent que, si
-Monseigneur ne vient, que toutz aultres voyages et dilligences, pour
-ce regard, seront entièrement innutilles. Disent davantage, quand au
-commerce, qu'il n'a tenu à la Royne, leur Maystresse, ny à ma
-sollicitation, qu'il ne soit desjà bien estably, car, à mon instance,
-plusieurs assemblées ont esté desjà sur ce faictes en ceste ville,
-mais les marchandz y ont tousjours résisté, et y résisteront jusques à
-ce qu'ilz voyent une paix plus assurée et ung ordre mieulx estably en
-France.
-
-Au surplus, Sire, je ne sentz qu'il se face encores, icy, aulcune
-propre dellibération de guerre pour rien entreprendre hors du
-royaulme, bien qu'on envoye beaucoup d'artillerye, de toutz qualibres,
-dans les grands navyres, comme pour en vouloir mettre quelque nombre
-dehors, à ce prochain primptemps. Mais je ne voy pas haster
-l'avitaillement, ni les aultres apprestz, pour vous debvoir mettre
-encores en peyne; et difficilement pourra t on dresser ung armement,
-aulmoins qui soit de quelque importance, que je n'aye quelque loysir
-de vous en donner advis. Ces gens de guerre, dont vous a esté faict
-rapport, sont seulement, ces huict centz soldatz que je vous ay desjà
-mandé qu'on dépeschoit en Irlande, et cinq centz à Fleximgues. Bien a
-l'on ordonné de fère bientost les monstres accoustumées du pays, et,
-quand à ce qui a esté traicté, de jetter des forces de ce royaulme
-dans le quartier de la Guyenne, qui est entre Loyre et Gironde, et
-dans la Rochelle, cella a esté plus mis en avant par aulcuns angloys
-qui sont extrêmes en leurs impressions, que non que la dicte Dame, ny
-que ceulx de son conseil y ayent presté l'oreille, ny l'ayent trouvé
-bon, ny que pas ung françoys y soit intervenu. Et croy que j'ay assés
-suffizamment advéré, tant du costé des angloys que de voz subjectz,
-qui sont icy, que la dellibération en demeure bien froide; bien que
-ceulx cy m'ayent, de rechef, ramanteu leur escrupulle de certain
-apprest de navyres, qu'on leur faict accroyre qui se poursuit fort
-chaudement en Normandye et Bretaigne, et que Vostre Majesté est après
-à fère levée d'allemans et suysses, et fère venir des italiens, ce que
-je leur ay jetté bien loing.
-
-Il y a ung chapellain protestant, qui servoit le comte de Cherosbery,
-lequel, estant venu defférer icy la Royne d'Escosse, et ayant si fort
-irrité la Royne d'Angleterre contre elle que sa vye en a esté en
-extrême danger, il a esté dilligemment observé par ung bon amy, de
-ceste court, qui l'a faict enfin convaincre d'imposture; dont a esté
-condempné au pillory, et la dicte Royne d'Escosse demeure, pour ce
-coup, dellivrée de ce grand danger, grâces à Nostre Seigneur, auquel
-je prie, etc.
-
- Ce XXVIe jour de febvrier 1574.
-
-
-
-
-CCCLXVIIIe DÉPESCHE
-
---du Ve jour de mars 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Raymond._)
-
- Conférence de l'ambassadeur avec les députés de Flandre.--Vives
- assurances de dévouement données par l'agent de la
- Rochelle.--Mesures prises à Londres contre les
- étrangers.--Nouvelles d'Irlande.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, n'ayant, pour ceste heure, à fère sçavoir à Vostre Majesté rien
-de nouveau, du propos de Monseigneur le Duc, ny d'aulcune aultre chose
-que j'aye traictée avec ceulx cy depuis ung moys en çà, sinon cella
-mesmes que je vous ay désjà escript par mes précédentes dépesches, je
-viendray maintenant à vous dire que les deux depputés de Flandres,
-après avoyr présenté leurs lettres et leur commission à la Royne
-d'Angleterre, et luy avoyr exposé le sommayre de leur charge, ilz me
-sont venus visiter, le jour ensuyvant, et je les ay conviés, pour le
-lendemain, à vouloir prendre leur dîner en mon logis, où ilz ont uzé
-assés privément avecques moy. Et, entre aultres choses, m'ont dict
-qu'ilz espéroient, sellon la bonne démonstration que la dicte Dame
-leur avoit faicte, et sellon le plaisir, qu'elle avoit eu, de recevoyr
-de si bénignes lettres, comme ilz luy avoient apportées, du Roy
-d'Espaigne, que, avant la fin de trois moys, qu'ilz avoient à estre
-icy, ilz auroient accomodé les affères d'entre les deux pays, chose
-qu'ilz réputoient estre de grande conséquence pour le Roy, leur
-Maistre, et pour ses subjectz, et non moins utille et nécessayre à ce
-royaulme; néantmoins qu'ilz me vouloient fort affectueusement prier
-que, si je découvrois qu'il se menât quelque praticque, par ceulx cy,
-en faveur du prince d'Orange, contre le Roy, leur Maistre, que je les
-en voulusse advertyr, et qu'ilz me feroient le semblable, s'ilz
-entendoient qu'on y fît rien contre Vostre Majesté; et que, de vostre
-costé, non plus que du leur, ne se falloit attandre que, pour tous ces
-bons propos de mariage, lesquels ne servoient que d'une forme
-d'entretènement, ny pour nulles confédérations et ligues, vielles ou
-rescentes, les Angloys se divertîssent des intelligences qu'ilz
-avoient avec les aultres protestants, ny qu'ilz ne broillassent
-tousjours, aultant qu'ilz pourroient, les affères dedans les estatz
-de leurs voysins, car c'estoit ce de quoy ilz faysoient leur prouffit,
-et de quoy ilz estimoient pouvoir mieulx entretenir leur repos. A
-quoy, Sire, je leur ay fort volontiers acquiescé.
-
-Or, Sire, pour vériffier davantage si l'advis, d'envoyer des forces,
-d'icy, au quartier de la Guyenne, qui est à l'entour de la Rochelle,
-et dans la ville mesmes, auroit fondement, j'ay curieusement examiné
-là dessus, l'ung après l'aultre, toutz les principaulx de voz subjectz
-qui sont par deçà; lesquels m'ont fort évidemment faict cognoistre que
-c'estoit chose à quoy nul d'eux n'avoit jamays pensé, ains l'ont
-détestée avec exécration. Et, entre aultres, le sire Bobineau, agent
-de la Rochelle, s'est offert à moy de se mettre en lieu où l'on
-pourroit fère justice de sa personne, au cas que, depuis le dernier
-édict, il se soit traicté chose aulcune, ny en ayt esté proposé une
-seule, petite ny grande, à ceulx cy, par ceulx de sa ville, qui puisse
-estre au préjudice du dict édict, ny contre l'obéyssance et fidellité
-qu'ilz doibvent à Vostre Majesté; et qu'il me prioit d'approfondir
-bien cest advis, duquel je luy venois de parler, affin que, par la
-vérité de ce que j'en trouverois, je vous peusse oster toute la
-sinistre impression que pourriés avoyr conçue d'eux, car c'estoit ce
-qu'ilz craignoient le plus au monde, que de vous mettre en quelque
-souspeçon et deffiance, et que ceulx de sa ville se vouloient
-maintenant monstrer plus fermes et loyaulx subjectz de Vostre Majesté
-et de vostre couronne, qu'ilz n'avoient jamays faict; et qu'icelluy
-agent n'estoit retenu, icy, que pour quelque somme, à quoy ilz
-estoient obligés vers les Angloys, depuis le siège; et que, s'il vous
-plaisoit leur fère expédier la commission, que leur avés, longtemps y
-a, accordée, de pouvoir lever les deniers pour ce payement, que luy
-se retireroit incontinent d'icy, et l'on verroit que les habitans de
-la Rochelle n'auroient plus aulcune communicquation avec les Angloys;
-et qu'il ne me vouloit pas celler qu'il estoit après, maintenant, à
-achepter quelque quantité de poudre, sellon que, de tout temps, ceulx
-de la Rochelle estoient tenus d'en avoyr ordinayrement quarante
-milliers de provision dans leur ville; et, parce qu'après le siège il
-n'en y estoit point resté, l'on luy avoit mandé d'y en fère venir. Je
-luy ay respondu que je ferois entendre à Vostre Majesté tout ce qu'il
-m'avoit dict, et qu'il se pouvoit assurer que vous maintiendriés
-droictement à ceulx de la Rochelle vostre édict, s'ils se sçavoient
-contenir de ne l'enfreindre de leur part.
-
-Bientost après est arrivé, du dict lieu de la Rochelle, ung marchant
-de ceste ville, nommé Landol, qui dict en estre party le Xe du passé;
-et rapporte que Mr de St Suplice n'a esté qu'ung soyr dans la ville,
-et que les habitans et ceulx de la nouvelle religion, qui sont aulx
-envyrons, estoient après à fère leurs monstres et reveues, et que
-ceulx de Languedoc leur avoient mandé de se mettre aulx champs. Ce qui
-seroit, Sire, pour esmouvoir assés ceulx cy, si je n'assurois fort
-fermement que le contrayre est toute la vérité.
-
-L'on a descouvert, en ceste ville, que quelque nombre d'angloys,
-promptz à la main, estoient toutz pretz de succiter une grande
-sédicion, par tout ce royaulme, contre les estrangiers, mais il y a
-esté dilligemment pourveu. Néantmoins, pour mieulx appayser les
-mutins, il a esté faict une fort curieuse recherche sur les dicts
-estrangyers, et, de trèze mille sept centz, qui s'en est trouvé en
-ceste seule ville de Londres, l'on en a banny plus du tiers, presque
-toutz flammantz, qui ne se rangeoient à nulle église, ny à celle des
-Angloys, ny à celle des estrangiers. Et leur est commandé de vuyder le
-royaulme, dans Nostre Dame de mars, sur peyne de prison; dont ilz
-proposent de se retirer à ceste heure en Zélande, où ilz entendent que
-Meldelbourg est rendu au prince d'Orange: et plusieurs aultres, en
-grand nombre, de ceulx mesmes qu'on souffriroit bien de demeurer icy,
-dellibèrent de s'y en aller.
-
-Il n'est venu, longtemps y a, rien de nouveau d'Escosse, dont ne vous
-en feray icy mencion; mais parce que je voy praticquer plus souvent Me
-Quillegrey, en ceste court, depuis huict jours en çà, qu'il n'avoit
-faict de longtemps auparavant, je souspeçonne que ce ne peult estre
-que pour quelque voïage en Escoce, ou bien pour l'envoyer en
-Allemaigne. Je mettray peyne d'en entendre la vérité.
-
-Du costé d'Irlande, le comte d'Esmond va si bien prospérant en ses
-entreprinses, qu'il a entièrement reprins tous les chasteaulx et lieux
-forts de son estat, et tient à présent fort à l'estroict la ville de
-Corc, dont ceulx cy hastent leurs dellibérations et apprestz pour y
-remédyer; car l'ouverture d'accord qu'on avoit faict au comte d'Essex
-demeure sans effect. Et sur ce, etc. Ce Ve jour de mars 1574.
-
-
-
-
-CCCLXIXe DÉPESCHE
-
---du VIIe jour de mars 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par Jacques._)
-
- Nouvelle reprise d'armes en France.--Efforts de l'ambassadeur
- pour empêcher les secours que pourraient donner les Anglais aux
- protestans de France.--Avis d'une entreprise qui doit être
- tentée contre Calais.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, parce que la Royne d'Angleterre veult prendre ung peu de temps à
-dellibérer de ce qu'elle aura à respondre, sur les lettres que Vostre
-Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur le Duc, luy avés
-dernièrement escriptes, et sur la créance que m'avés faicte luy
-exposer de vostre part, je ne vous diray rien de ce qui s'est passé
-entre elle et moy là dessus, jusques à ce que je vous manderay du tout
-sa responce. Et cepandant je vous donray advis, Sire, comme j'ay receu
-vostre dépesche, du troysiesme du présent, et, avec icelle, la
-confirmation de ce qu'à mon très grand regret j'avois desjà entendu de
-la reprinse d'armes, par voz subjectz de la nouvelle relligyon, qui
-disent estre intimidés de leurs vyes par des advertissementz, qu'on
-leur donne, que vous les voulés exterminer; en quoy et ceulx qui leur
-baillent ces allarmes, et, eulx, qui les prennent trop légèrement,
-sont bien fort à blasmer.
-
-Une entreprinse a esté publiée, icy, fort grande, d'une soublévation
-générale, en ung mesme jour, de touts ceulx de la dicte nouvelle
-religion, tant de pied que de cheval, en divers endroictz de vostre
-royaulme, et qu'ilz avoient prins sept ou huict villes en Poictou,
-Nantes et Vitry en Bretaigne, Péronne en Picardye, plusieurs lieux
-d'importance en Languedoc et Daulfiné, failly à surprendre Bordeaulx
-et Blaye, et que leur armée, près d'Avignon, se trouvoit fort
-puissante; et estoient prestz d'en mettre une aultre aulx champs du
-costé de la Rochelle, et que envyron douze centz chevaulx des leurs
-s'estoient venus joindre à ung rendés vous, près St Germain en Laye,
-qui avoient contreinct Vostre Majesté et toute la court de desloger,
-de nuict, et fère une fort soubdayne retraicte à Paris. Il est vray
-que, quand la dépesche de l'ambassadeur d'Angleterre est arrivée,
-encore que le courrier ayt faict les choses bien grandes, le comte de
-Lestre m'a néantmoins mandé que les lettres parloient fort modérément,
-et ne disoient sinon que Vostre Majesté, estant advertye que ceulx de
-la dicte nouvelle religyon s'assambloient assés près de St Germain,
-vous vous en estiés venu à Paris pour y pourvoir.
-
-Maintenant, Sire, je mettray peyne que ceste princesse et ceulx de son
-conseil entendent mieulx comme le tout va, jouxte ce qu'il vous plaist
-m'en escripre; et feray tout ce qu'il me sera possible qu'elle et eulx
-ne se vueillent esmouvoir de rien, bien qu'il ne fault s'attandre,
-Sire, encor que, par advanture, je pourray bien tirer beaucoup de
-parolles et de démonstrations bonnes d'elle, que pourtant toutz les
-siens demeurent paysibles, si les troubles s'eslèvent en vostre
-royaulme; non plus qu'ilz ne se peuvent contenir qu'ilz ne
-s'entremettent bien avant de ceulx de Flandres; oultre que la dicte
-Dame leur en pourra dissimuler davantage sur ce qu'on luy a voulu fère
-accroyre que ces vaysseaulx de Normandye s'équippoient en faveur
-d'Adam Gourdon, pour le trajetter, avec de bonnes forces, en Escoce.
-Ce que je luy ay néantmoins assuré, sur ma vye, que non, ains que
-c'estoit pour Dantzic, ainsy que vostre dépesche, du XXe du passé, le
-portoit; et me suis mocqué de ce qu'on luy vouloit imprimer que Vostre
-Majesté, et le Roy d'Espaigne, aviés une entreprinse, pour ce
-primptemps, sur l'Angleterre, comme de chose qu'elle debvoit estimer
-ridicule et pleyne de vanité.
-
-Et, quand à voz subjectz, qui sont par deçà, Sire, je leur feray
-entendre vostre bonne intention, et mettray peyne de les retenir en la
-dévotion, qu'ilz m'ont plusieurs foys assuré, qu'ilz avoient à vostre
-service; et sçay bien que le comte de Montgommery estoit encore, n'y a
-pas cinq jours, à Gerzé, et que luy, ny son filz, n'en ont point
-bougé; et que mesmes ilz s'en reviennent, toutz deux, bientost trouver
-la comtesse de Montgommery, à Hamptonne; d'où, s'il s'approche jusques
-icy, je ne faudray de le confirmer, le plus qu'il me sera possible, à
-vouloir demeurer en ce qu'il vous a promis, par l'escript, que je vous
-ay naguyères envoyé, signé de sa main.
-
-Au surplus, Sire, l'on me vient d'advertyr que environ quarante
-navyres de guerre, qui sont prestz à sortir de Fleximgues, avec bon
-nombre de soldatz, et le cappitaine Chestre, angloys, qui embarque
-encores de nouveau, icy, quatre ou cinq centz hommes pour les passer,
-à ce qu'il dict, en Hollande, ont une entreprinse sur Callays, par la
-conduicte d'aulcuns françoys qui ont demeuré longtemps à la Rye, et
-maintenant sont passés dellà. Dont, encor que l'advertissement ne me
-viegne de grand lieu, je ne l'ay voulu mespriser, ains ay estimé que,
-à cause d'icelluy, je debvois renvoyer promptement Jacques le
-courrier, affin d'en donner advis, en passant, à Mr de Gourdan, et
-pareillement à Mr de Caillac, à Bouloigne, comme, encores je suys
-très ayse qu'ayés faict advertyr, tout le long de la coste, qu'on ayt
-à s'y tenir sur ses gardes. Et sur ce, etc.
-
- Ce VIIe jour de mars 1574.
-
-
-
-
-CCCLXXe DÉPESCHE
-
---du XVIIe jour de mars 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrettère._)
-
- Audiences.--Consentement du roi à ce que l'entrevue se fasse en
- secret à Douvres.--Demande d'un délai pour donner la
- réponse.--Changement apporté dans les délibérations d'Élisabeth
- par la nouvelle de la reprise des armes en
- France.--Communication qui lui est faite à cet égard par
- l'ambassadeur.--Bonne disposition des réfugiés
- français.--Réponse d'Élisabeth qu'elle consent à l'entrevue,
- dans l'une de ses maisons, près de Douvres.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, la Royne d'Angleterre a curieusement, et avec affection, leu les
-trois lettres, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et
-Monseigneur le Duc, luy avés escriptes, de voz mains, et a esté fort
-facille de cognoistre, à ses parolles et contenances, qu'elle prenoit
-ung grand playsir de voyr que toutz troys persévériés, conjoinctement
-et constamment, vers elle. Néantmoins elle m'a dict, en riant, qu'elle
-craignoit que, par mes dépesches, je vous eusse parlé ung peu trop
-licencieusement de l'affection, qu'elle m'avoit privément déclaré,
-qu'elle avoit à l'establissement d'une mutuelle et perdurable amityé
-avec Voz Majestez, et que je la vous eusse interprétée à quelque
-aultre sorte d'affection vers le mariage et l'entrevue; en quoy, si je
-ne luy avois réservé la modération, qui convenoit aulx filles, elle
-auroit grande occasion de se pleindre de moy.
-
-Je luy ay respondu que ce que je luy avoys à explicquer de ma créance
-luy donroit assez à cognoistre de quelle façon je vous avoys escript
-ses propos, et comme Vostre Majesté les avoit prins. Et encor, Sire,
-qu'il m'est bien souvenu qu'ung de ses troys conseillers m'avoit desjà
-admonesté que je debvois considérer les ennemys que j'avoys en ce
-propos; (et que, si je venois, de rechef, à débattre ceste forme de
-privée entrevue, qui m'estoit desjà accordée, qu'ilz m'y succiteroient
-des labirintes nouveaulx, qui seroient très longs et très difficilles
-à desmeller, et que, puisque je pouvois avoyr la dicte entrevue en
-effect, qu'il ne falloit que je m'arrestasse à la formalité, car il
-estoit très certain que le tout dépendoit maintenant de voyr
-Monseigneur le Duc, et que, sans cella, le mariage ne succèderoit
-jamays; et néantmoins, pour l'incertitude de l'évènement, la Royne, sa
-Mestresse, estoit conseillée de monstrer tousjours qu'elle n'en
-vouloit venir si avant; dont, de tant qu'il appartenoit à Monseigneur
-le Duc, qui estoit l'homme, de fère toutes les instances du mariage,
-c'estoit aussy à luy de monstrer quelque trêt extraordinayre de son
-affection en la poursuyte de ceste entrevue, et qu'il ne debvoit
-réputer qu'il luy peût jamays tourner à honte de venir voyr celle
-qu'il nommoit sa maistresse, en la privée façon qu'elle le devisoit);
-néantmoins, Sire, je me suis contenu dans les termes de l'instruction
-que j'ay trouvée dans vostre lettre. Et par ainsy, ay dict à la dicte
-Dame que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, aviés beaucoup
-esmerveillé la forme de la responce qu'elle vous avoit faicte, et
-mesmes de ce qu'elle vous y avoit représanté plus d'incertitude de sa
-volonté que nulle bonne espérance de la vouloir effectuer; dont aviés
-esté à ne sçavoyr que y fère, ny que dire davantage. Néantmoins, après
-avoyr bien digéré le faict, voyant que le nouveau escrupulle n'estoit
-sinon celluy mesmes qu'on avoit auparavant proposé, et que c'estoit
-plustost une invention faicte, à poste, par les ennemys, pour
-interrompre encores le propos, ceste foys, que non qu'ilz pensassent
-dire vérité, car aviés l'object devant voz yeulx, qui vous assuroit du
-contrayre, vous vous estiés mis toutz trois à dellibérer comme vous
-pourriés, tout ensemble, contenter le desir de la dicte Dame, et
-satisfère à vostre réputation, car pensiés bien qu'elle ne voudroit
-que vînsiés à luy complayre, sinon avec la conservation de vostre
-honneur; et que, là dessus, Sire, vous me commandiés de luy dire tout
-franchement que vous ne croyriés jamays que, en vostre endroict, et de
-la Royne, vostre mère, sur ung si cordial offre, comme vous luy aviés
-faict, de Monseigneur le Duc, qui s'estoit encores luy mesmes tout
-entièrement offert à elle, elle eût le cueur de vous vouloir tromper
-ny uzer de simulation, ny qu'elle vous ait faict fère déclaration
-qu'elle se vouloit marier, et vouloit préférer vostre alliance à
-toutes celles de la Chrestienté, pour, puis après, se mocquer de vous,
-ains que sincèrement elle correspondoit à vostre sincérité; et que,
-sur ceste confiance, vous aviés résolu de surmonter encores, s'il vous
-estoit possible, ceste renouvellée difficulté, en soubmettant la
-décision d'icelle au parfaict jugement de ses yeulx. En quoy vous la
-vouliés prier, de bon cueur, qu'elle considérât que Monseigneur le Duc
-estoit nay grand, et tenoit ung très grand lieu au monde, et
-commandoit aujourdhuy sur toutz les affères de Vostre Majesté, et que
-pourtant il n'estoit pas possible que sa venue vers elle peult estre
-collorée, ny couverte, soubz la légation de quelconque aultre
-ambassadeur, que peussiés envoyer par deçà; mais vous aviés advisé
-que, en venant en Picardye, où aviés desjà proposé de vous acheminer,
-à ceste my caresme, pour changer d'air, sellon que voz mèdecins
-disoient que cella ayderoit bien fort à vous mieulx reffère de la
-fiebvre quarte, laquelle vous avoit layssé; que, pour l'amour d'elle,
-et pour servir à ce bon effect, et pour mieulx couvrir le voyage de
-Monseigneur le Duc, vous poursuivriés vostre chemin jusques à
-Bouloigne, et que, si elle se vouloit aussy approcher, vers ce
-quartier là, jusques à Douvres, que Vostre Majesté et la Royne, vostre
-mère, mettriés peyne de luy dresser si à propos, et privément, et
-secrettement, la dicte entrevue, et sans y uzer aulcun apparat ou
-despence, que vous espériés, en toutes sortes, de la rendre très
-contante.
-
-Elle, d'ung bon visage, et d'une fort bonne démonstration, m'a
-respondu que, en voz lettres et en la créance d'icelles, il vous
-plaisoit et à la Royne, vostre mère, continuer si honnorablement le
-pourchas de son alliance, qu'elle voudroit de bon cueur vous pouvoir
-bien complayre, et s'accommoder à ce que desiriés; et vous supplioit
-de croyre qu'elle n'estoit si superbe de se vouloir excuser de
-s'approcher vers Voz Majestez, car, pour servir à vostre honneur et
-grandeur, elle entreprendroit bien ung plus long et plus malaysé
-voyage que d'aller jusques à Douvres; mais que n'y ayant pas longtemps
-qu'elle y avoit esté, et que son premier progrès estoit desjà dressé
-d'ung aultre costé, vers Yorc, ung chascun diroit qu'elle alloit
-chercher mary, non qu'elle voulût, pour cella, regarder tant à sa
-qualité de Royne, veu que Monseigneur le Duc estoit aussy luy mesmes
-royal, comme à ce qu'elle estoit fille. En quoy elle vous supplioit de
-trouver bon qu'elle n'outrepassât rien des modestes respectz qu'elle
-se debvoit réserver, bien que, par advanture, elle pourroit aller,
-comme en chassant, jusques en une mayson de milord Coban, à vingt
-milles de Grenvich, sur le chemin de Douvre, et rencontrer là
-Monseigneur le Duc, qui s'y pourroit trouver avec douze ou quinze des
-siens; ou bien, s'il se vouloit approcher à Gravesines, qui est ung
-lieu sur la Tamise, que bien facillement une barge l'yroit prendre là,
-et le porteroit fort secrettement avec les siens dans Grenvich, et
-qu'elle estimoit que c'estoit bien tout le mieulx qui s'y pouvoit
-fère.
-
-Je luy ay réplicqué que, puisque Voz Majestez condescendoient de luy
-envoyer Monseigneur le Duc, en la plus descente et convenable façon
-que verriés le pouvoir fère, je la suppliois qu'elle se voulût, en
-quelque partie, accomoder à vostre volonté de s'approcher vers
-Douvres, et vous envoyer présentement le saufconduict, et que, de tout
-le surplus, elle s'en reposât ardiment sur le bon ordre que Voz
-Majestez y sçauroient bien donner.
-
-A cella elle m'a respondu que la Royne, vostre mère, sçauroit très
-bien dresser la finesse, quand elle vouldroit, mais qu'elle craignoit
-qu'elle y voulût trop garder l'advantage de son filz; et que, de tant
-que ses principaulx conseillers estoient absentz, lesquels elle
-n'attandoit jusques au deuxiesme jour ensuyvant, elle me prioit,
-premier que de rien résoudre en cella, de luy donner ung peu de loisir
-d'en pouvoir conférer avec eulx.
-
-Or ay je, Sire, distribué voz aultres lettres à iceulx conseillers,
-aussytost qu'ilz ont esté arrivés, et n'ay obmis de leur fère les
-instances et les offres, et leur déduyre les raysons, que j'ay cognu
-les pouvoir anymer et encourager, non seulement au poinct de ceste
-entrevue, ains aussy à résoudre la conclusion de tout l'affère.
-
-Mais cepandant est survenu ceste nouvelle de la reprinse d'armes par
-voz subjectz de la nouvelle religion, laquelle, du commancement, a
-esté publiée fort grande, ainsy que je le vous ay mandé; mais, depuis,
-l'ambassadeur d'Angleterre l'a escripte fort modérément. Et je la suis
-allé représanter, en propres termes, à la dicte Dame et aulx siens,
-comme je l'ay trouvée dans vostre lettre, du IIIe du présent, y
-adjouxtant seulement que vous craigniés bien que les impacientz du
-repos, lesquelz, par leurs faulx bruictz et par leurs faulces
-subjections, s'efforçoient de ressuciter ce malheur dans vostre
-royaulme, n'aspirassent oultre à fère tousjours leur profict de ceste
-division, à deulx aultres encor plus maulvais effectz: l'ung estoit
-d'imprimer une maulvaise opinyon de Vostre Majesté aulx princes
-protestantz d'Allemaigne, pour les vous rendre ennemys, du costé de
-deçà, et les fère aussy ennemys du Roy, vostre frère, du costé de
-Pouloigne; et l'aultre, d'altérer la bonne amityé que vous aviés avec
-la dicte Dame, et traverser le pourchas que faysiés de son alliance.
-En quoy vous la supplyés, de bon cueur, de ne vouloir, pour tout cecy,
-s'esmouvoir aulcunement de sa part, car debvoit croyre, avec toute
-vérité, que ce qui estoit recommancé, et ce qui pourroit ensuyvre de
-trouble en vostre royaulme, seroit contre vostre volonté, et contre
-celle de la Royne, vostre mère, et celle de Monseigneur, vostre frère,
-et sans aulcune coulpe qui fût procédée de nul de vous; et que touts
-troys, quoy qui deût advenir, estiés tous résolus de persévérer, plus
-constamment que jamays, vers elle; et attandiés maintenant, avec très
-grand desir, sa responce sur ce que luy aviés naguyères faict
-proposer.
-
-La dicte Dame m'a respondu que, en nulle sorte du monde, vous luy
-pouviés mieulx monstrer que vous l'aymiés et que vous vous fyiés
-d'elle, que de luy fère ainsy part et communicquation de voz affères;
-et qu'elle avoit ung merveilleux regret, que ceulx qui envyoient le
-bien et la prospérité d'iceulx, eussent tant de moyen que de les
-remettre en trouble, en quoy, si son advis estoit digne de venir
-devant Vostre Majesté et devant l'expérimantée prudence de la Royne,
-vostre mère, elle vous conseilleroit très volontiers toutz deux de
-fère, de main en main, enquérir si avant, contre ces faulx
-rapporteurs, que quelqu'ung en peult estre prins, pour le fère, en
-terreur des aultres, très exemplayrement punir, et plus griefvement
-que ceulx mesmes qui ont prins les armes, comme estant plus traistres
-qu'eulx: car plus grand trahison, à son advis, ne vous pourroit estre
-faicte que de vous distrayre et allyéner voz subjectz, et vous mettre
-en nécessité d'esprouver que peut; en voz susdicts subjectz, le
-désespoyr de vostre bonne grâce; et, quand à elle, que, en cest
-accidant et toutz aultres, vous la trouveriés tousjours très constante
-amye et très germayne bonne seur; et que, desjà une foys, elle avoit
-assemblé ceulx de son conseil pour adviser de la responce qu'elle
-auroit à me faire; vray est, qu'ayant depuis pensé que, à cause de ces
-nouveaulx accidantz, vous pourriés, possible, m'avoyr mandé quelque
-changement, elle avoit bien voulu attandre jusques à ce que j'eusse,
-de rechef, parlé à elle, mais voyant que je ne luy disois rien au
-contrayre, elle me feroit bientost sçavoyr ce qu'elle dellibéroit vous
-respondre, qui ne vous seroit, à son advis, sinon bien agréable.
-
-Or, attandant cella, Sire, j'ai communicqué la mesme lettre de Vostre
-Majesté, du IIIe du présent, à ceulx de voz subjectz, plus
-principaulx, qui sont encores icy; lesquelz m'ont respondu qu'ilz
-estoient très marrys du renouvellement du trouble, et néantmoins
-qu'ilz avoient beaucoup de consolation de voyr que Vostre Majesté le
-détestoit et le vouloit remédier. Dont Mr le vydame, de sa part, a
-monstré qu'il ne vouloit rien mouvoir, ains plustost servir, en tout
-ce qu'il pourroit, à l'effect de la bonne intention qu'aviés à la
-tranquillité de voz subjectz, et qu'il y employeroit très volontiers,
-quand Vostre Majesté le luy commanderoit, les mesmes moyens qu'il
-m'avoit autreffoys dict qu'il pensoit avoyr bien bons vers le comte
-Palatin, aulmoins si les choses ne se trouvoient depuis bien fort
-changées en luy. Et Mr de Languillier m'a fort expressément confirmé
-sa résolution de vouloir jouyr du béneffice de l'édict, soubz la bonne
-grâce de Vostre Majesté, et que, s'il vous plaisoit vous servir de luy
-vers ceulx de la noblesse de Poictou, qu'il espéroit pouvoir beaucoup
-vers eulx, à les rendre, par sa persuasion et par son exemple, bien
-capables de vostre bonne intention, et que, plustost que de sa part il
-repreigne les armes, sinon par vostre commandement, encor qu'il voye
-ne pouvoir avoyr seur repos chés luy, qu'il s'en yra habiter en
-Suysse. Et la comtesse de Montgommery, laquelle m'est venue dire
-adieu, avec mademoiselle de Beaufort sa fille, quand elles sont allées
-à Hamptonne, m'a assuré qu'elle feroit incontinent sçavoyr à son mary
-ce que je luy avoys déclaré de vostre droicte intention, et le
-persuaderoit bien fort de la suyvre. Lequel son mary, Sire, estoit
-encores, le Ve de ce moys, à Gerzei, et n'en a poinct bougé; et a
-descouvert, ce dit on, deux trettés qui se faysoient pour le tuer,
-l'ung, par des soldatz qui, en guyse de marchandz et de marinniers,
-estoient, à cest effect, passés en l'isle, et l'aultre, par son
-secrettère, avec du poyson, dont le dict secrettère est prins, et dict
-on qu'il sera mené icy, et que le dict comte retournera bientost par
-deçà.
-
-Je ne voy pas, Sire, que les Angloys, ny voz dictz subjectz, qui sont
-icy, dressent, pour encores, rien contre le bien de voz affères, mais
-il ne se fault pas attandre, si les choses vont plus avant, qu'ilz se
-puissent garder d'avoyr intelligence, et porter toute la faveur et
-support de forces et d'argent, qu'ilz pourront, à ceulx de leur
-religion. Et depuis naguyères, ung personnage, de grande qualité,
-allemand, a esté, icy, en nom et habit déguysés, lequel je sçay bien
-que ceste princesse a eu opinion que ce fût ung prince; et il a
-négocyé fort estroictement avec ceulx de son conseil. Dont je desire
-de bon cueur que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, par vostre
-vertu et prudence, pourvoyez que ce commancement de troubles, s'il est
-possible, n'ayt poinct de suyte en vostre royaulme.
-
-Cependant pour mieulx retenir ceulx cy, j'ay tousjours plus
-instamment, que devant, sollicité la dicte Dame, leur Mestresse, de sa
-responce, et de me la fère bonne; de laquelle j'ay enfin obtenu de
-vous pouvoir mander, de sa part, que, puisque vostre dellibération
-estoit de venir en Picardye, pour changer d'air, après la fiebvre
-quarte, dont elle louoit et remercyoit Dieu qu'en fussiés bien guéry,
-qu'elle se tiendroit de tant plus heureuse et contante que plus elle
-se santiroit estre près de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère,
-et que ne luy pouvant estre bien séant de retourner maintenant à
-Douvre, pour les considérations qu'elle m'avoit desjà alléguées, que
-aulmoins se pourroit elle, soubz colleur d'aller à l'esbat et à la
-chasse, s'approcher en une de ses maysons, la moins esloignée du dict
-Douvre que fère se pourroit, là où, s'il plaisoit à Monseigneur le Duc
-prendre la peyne d'y venir privément, et sans cérymonie, ilz s'y
-pourroient rencontrer toutz deux; et elle auroit grand plaisir de le
-voyr; et, si Vostre Majesté se pouvoit contanter que l'entrevue se fît
-en ceste privée façon, car ne pouvoit juger qu'il luy peût estre bon
-de la consentyr aultrement, que son ambassadeur auroit charge de vous
-dellivrer le saufconduict, lequel, à cest effect, elle luy envoyoit
-présentement; et vous confirmeroit plus amplement ceste sienne
-responce; laquelle elle mesmes ne pouvoit, à cause d'ung peu de mal
-qui luy avoit prins à la main, la vous escripre, ainsy qu'elle avoit
-bien dellibéré de le fère. Qui est, en substance, Sire, tout ce que
-j'ay peu advancer en cest endroict. Et sur ce, etc.
-
- Ce XVIIe jour de mars 1574.
-
-
-
-
-CCCLXXIe DÉPESCHE
-
---du XXIIIe jour de mars 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calays par le Sr Cavalcanti._)
-
- Nécessité d'accepter l'entrevue.--Nouvelles des troubles de
- France.--Craintes inspirées par Montgommery.--Armemens faits en
- Angleterre.--Nouvelles des Pays-Bas et d'Écosse.--Meilleures
- dispositions d'Élisabeth envers Marie Stuart.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, je n'ay, par ceste dépesche, à mettre ny oster rien de ce que,
-par la précédante, du XVIIe du présent, je vous ay escript touchant
-l'entrevue, sinon de vous confirmer qu'il est besoing que Vostre
-Majesté se détermine à la consentir, ou bien laysser à tant le propos,
-car ceste princesse est très fermement résolue de ne passer oultre,
-sans voyr Monseigneur le Duc; et encores, si, en le voyant, l'on
-pouvoit estre bien assuré qu'elle procèderoit incontinent à la
-conclusion du mariage, le voyage ne seroit tant à regretter, mais, en
-l'incertitude où elle vous en laysse, avec l'accoustumée instabilité
-de deçà, je ne voy sinon que, pour parvenir là où Mon dict Seigneur le
-Duc prétend, il fault, par nécessité, ou qu'il azarde de venir
-incertain, ou qu'il quitte du tout son entreprinse. Et vous puis
-assurer, Sire, que la dicte Dame s'attand, sans aulcun doubte, qu'il
-viendra, et qu'elle sera preste de s'approcher, quand elle en aura
-plus de certitude, vingt ou vingt cinq mille vers Douvre pour le
-rencontrer.
-
-La nouvelle s'augmante, de jour en jour, icy, des désordres et
-troubles qui multiplient en vostre royaulme; qui est cause que
-plusieurs angloys commancent de solliciter des moyens et des
-provisions de ceste court, pour pouvoir aller par dellà se joindre à
-ceulx de leur religion, et d'aultres praticquent d'avoyr des
-commissions pour armer des vaysseaulx; et aulcuns en y a qui mettent
-en avant qu'il seroit bon d'en accommoder de quelque nombre le comte
-de Montgommery, ensemble de quelques hommes et deniers, affin qu'il
-peût maystriser ceste mer estroicte, et entreprendre quelque descente
-en France, là où il verroit le pouvoir mieulx fère à son advantage;
-mais il semble qu'il ayt escript, de Gerzé, qu'encor qu'on ayt voulu
-attempter à sa vye, qu'il ne remuera rien contre Vostre Majesté, qu'il
-ne voye comme les choses yront plus avant, et comme il vous plerra
-uzer vers luy; car veult estimer que cella n'est procédé aulcunement
-de vostre commandement. Néantmoins, Sire, je l'observeray, le plus
-qu'il me sera possible; car l'on m'a adverty qu'il a envoyé icy fère
-quelque provision de pistollés et d'harquebouzes; et je voy bien que
-ceulx cy, de leur costé, poursuyvent de garnyr d'artillerye, d'armes
-et de tout aultre fourniement nécessayre, tous leurs grandz navyres de
-guerre, réservé d'y mettre les vivres et le nombre d'hommes qui faict
-besoing, car cella est remis à quand il sera temps. Et dellibèrent
-cepandant de mettre la flotte en deux, pour en envoyer tenir la
-moictyé à Portsemue, vis à vis du Hâvre de Grâce, et l'aultre moictié
-restera à Gilingam, où, de présent, elle est. Et m'a l'on dict que,
-depuis huict jours, il a esté dépesché, de ceste ville, une lettre de
-crédict, de soixante mille escuz, pour Francfort.
-
-Je viens d'entendre que sept ou huict bretons sont arrivés, desquelz
-l'on présume que l'ung d'eux a charge d'aller devers le prince
-d'Orange, pour emprunter des navyres de guerre, mais je n'ay encores
-vériffyé cella. Bien m'a l'on dict que le susdict prince a mandé
-comparoir, à certain prochain jour, en Hollande, où il s'en est
-retourné, toutz les vaysseaulx qui s'advouent à luy, soubz prétexte de
-leur vouloir bailler ung règlement sur le faict de la navigation et
-sur les prinses, affin qu'ilz ne se portent plus en pirates, avec
-intention de déclarer désavouez ceulx qui ne comparoistront. Je ne
-sçay si, lors, il fera quelque autre dellibération. Les angloys qui
-s'estoient embarqués, icy, pour luy, sont arrivés à Fleximgues, et s'y
-en est trouvé le nombre de sept centz soldatz completz, quand ilz sont
-descendus de dellà, qui incontinent ont receu paye; dont l'entreprinse
-qu'on m'avoit adverty, sur Callays, est, pour ce regard, passée.
-
-Les choses d'Escosse s'entretiennent encores en quelque repos, bien
-que l'on m'a dict que les bourgoys et marchandz, et le commun du pays,
-vont faysant une secrette ligue contre le comte de Morthon, pour les
-grandes exactions qu'il faict sur eulx, et qu'ilz ne veulent plus
-souffrir qu'il aille ainsy, de lieu en lieu, tenir la justice pour les
-piller et ruyner, comme il faict, et que les principaulx de la
-noblesse sont toutz retirés en leurs maysons. Milord trésorier a
-observé, luy mesmes, le temps de pouvoir présenter, bien à propos, la
-lettre de la Royne d'Escosse à la Royne, sa Mestresse; et m'a mandé
-qu'il la luy avoit faicte lyre toute entièrement, et qu'elle l'avoit
-trouvée en termes si honnestes, et escripte de si bonne façon, qu'il
-me pouvoit assurer que cella avoit beaucoup regaigné le cueur de sa
-Mestresse, et que les choses alloient, à présent, assés bien, et
-espéroit qu'iroient encores mieulx, entre elles deux. Sur ce, etc.
-
- Ce XXIIIe jour de mars 1574.
-
-
-
-
-CCCLXXIIe DÉPESCHE
-
---du XXVIIIe jour de mars 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)
-
- Projet du roi de retarder l'entrevue.--Bruit de la
- mésintelligence qui aurait éclaté entre le roi et le duc
- d'Alençon.--Craintes que les Anglais ne veuillent profiter des
- troubles de France.--Soupçons contre Montgommery.--Affaires
- d'Écosse.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, estimant qu'il sera bon qu'ayés veu et considéré, à loisyr, la
-responce que la Royne d'Angleterre m'a faicte, laquelle je vous ay
-mandée, le XVIIe de ce moys, et qu'ayés ouy son ambassadeur, et
-retiré de luy le saufconduict qui luy a esté envoyé pour vous bailler,
-et que j'aye receu, là dessus, nouveau commandement de Vostre Majesté,
-premier que de changer ny débatre rien plus à la dicte Dame, j'ay
-advisé de ne luy proposer, jusques allors, ce que m'avez escript, du
-VIIe du présent, de luy prolonger l'entrevue; car semble qu'elle est
-aulcunement persuadée qu'encores que voz affères vous apportent une
-très suffizante occasion de ne vous esloigner, pour ceste heure, des
-envyrons de Paris, que néantmoins vous ne voudrés que Mon dict
-Seigneur le Duc laisse, pour cella, de venir fère, secrettement et
-privément, une course jusques icy, comme s'il alloit à quelque autre
-commission pour vostre service, joinct que le saufconduict, ainsy
-qu'on m'a dict, s'estend jusques au XXe de may prochain. Et il est à
-croyre, Sire, que, si le poinct de l'entrevue estoit cependant vuydé,
-que vostre voyage, puys après, en Picardye, seroit pour donner grand
-chaleur à tout le reste, et pour fère que le propos pourroit réuscyr à
-une ou aultre conclusion, pendant que seriés si près d'icy; et,
-possible, que le mariage se consommeroit, si, d'avanture, les
-personnes venoient à se complayre. Mais, de tant que je tiens ceulx cy
-ordinayrement pour très suspectz de mutation et de changement, je ne
-vous puis promettre, Sire, rien de plus certain d'eux que une grande
-incertitude; bien qu'à présent les choses monstrent de continuer, icy,
-telles, comme je le vous ay mandé, et comme le Sr Cavalcanti vous
-l'aura depuis confirmé, et encores, en apparance, semble quelles vont
-de bien en mieulx.
-
-Mesmes il m'a esté signiffié que ceste princesse et les principaulx,
-d'auprès d'elle, ont esté très marrys d'ouyr publier par deçà qu'il y
-eût mauvayse intelligence entre Vostre Majesté et Monseigneur le Duc,
-et que vous eussiés, pour cella, faict quelques rigoureuses
-démonstrations à luy, et au Roy de Navarre, à Monsieur le prince de
-Condé et Monsieur de Montmorency; dont envoyèrent sçavoyr ce que j'en
-entendoys, et qu'ilz ne pouvoient, ny vouloient, croyre qu'il en fût
-rien, car les lettres de leur ambassadeur n'en parloient nullement; et
-que cella estoit venu d'ung messager ordinayre, qui n'estoit poinct
-angloys, lequel, estant party de Paris, le VIIIe du présent, avoit
-semé ce bruict. Et à peyne, Sire, ay je eu déchiffré la vostre, du
-VIIe du présent, laquelle a séjournée, pour l'occasion du temps, huict
-jours entiers, à Callays, que milord trésorier et le comte de Lestre,
-chacun de sa part, m'ont envoyé ung gentilhomme pour m'advertyr que,
-par les plus rescentes du dict ambassadeur, lesquelles estoient du XVe
-de ce moys, il apparoissoit que le susdict bruict estoit faulx, et
-qu'il ne se pouvoit desirer plus de vraye et cordialle amityé, entre
-deux frères, qu'il s'en voyoit entre Vostre Majesté et Monseigneur le
-Duc, et que vous luy portiés plus de faveur que vous n'aviez jamais
-faict, ensemble au Roy de Navarre et aulx aultres deux. Et ont
-adjouxté qu'avec Mr de Turène, et Mr de Torcy, estoient venus vers
-Vostre Majesté trois gentilshommes, de la nouvelle religyon, de ceulx
-qui ont nouvellement prins les armes, pour se rendre plus assurés de
-vostre bonne intention vers eulx, et qu'ilz s'en estoient retournés
-bien fort satisfaictz; et que d'ailleurs vous aviés envoyé le Sr
-Strossy à Mr de La Noue, en Poictou; dont se vouloient conjouyr,
-avecques moy, de ce que les choses prenoient ung chemin pour retourner
-à la paix, sans passer à plus d'altération. De quoy je les ay envoyés
-infinyement remercyer par le Sr de Vassal, et que cella monstroit
-combien l'affection de leur Mestresse, et la leur, estoient très
-bonnes vers le bien de voz affères, et qu'ilz seroient marris qu'il
-vous y succédât mal.
-
-Or, est il bien certain, Sire, que, sur le renouvellement des présents
-troubles de vostre royaulme, il a esté tenu, icy, diverses assemblées
-de conseil; et plusieurs dellibérations y ont esté mises en avant,
-ainsy que Vostre Majesté en a eu, comme je voy, quelque sentiment;
-mais, encor qu'on y ayt procédé aulx opinions, et que tel peut avoyr
-monstré d'incliner bien fort à la guerre ouverte, qui, possible, est
-plus remis que nul des aultres, je ne puis toutesfoys descouvrir qu'on
-en soit venu encores à quelque conclusion. Et je mettray peyne,
-aultant qu'il me sera possible, s'il s'en faict aulcune, que l'effect
-d'icelle ne passe oultre, sans que je vous en puisse donner quelque
-advertissement; ne voulant toutesfoys mettre en doubte que, si ce
-nouveau feu s'allume davantage, ceulx cy ne facent ouvertement, ou
-soubz main, tout ce qu'ilz pourront pour le fomenter.
-
-Le comte de Montgommery est si près de la coste de dellà, et si
-esloigné d'icy, que Vostre Majesté peut avoyr, plus souvent et
-ordinayrement, nouvelles de luy, que non pas moy; tant y a que je
-souspeçonne fort, parce que le Sr de St Ouan, de Gersey, a faict, icy,
-de nouveau, quelque provision d'harquebouzes et pistollés, que ce ne
-soit pour en accomoder davantage le dict de Montgommery.
-
-L'oncle du comte d'Arguil estoit desjà party pour Escosse, quand
-vostre dépesche est arryvée, mais je l'ay, avant son partement, si
-bien instruict des mesmes choses, que m'avez escriptes, que j'espère
-qu'il les sçaura très bien représanter par dellà. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXVIIIe jour de mars 1574.
-
-
-
-
-CCCLXXIIIe DÉPESCHE
-
---du IIe jour d'apvril 1574.--
-
-(_Envoyée jusques à la court par Anthoyne Laguète._)
-
- Audience.--État des négociations en France pour rétablir la
- paix.--Réception faite au roi de Pologne dans ses
- états.--Nouvelle de la descente de. Montgommery en
- Normandie.--Protestation d'Élisabeth qu'elle a ignoré cette
- entreprise.--Doute sur la vérité de cette nouvelle.--Assurance
- donnée par l'ambassadeur qu'Élisabeth ne veut fournir aucun
- secours aux protestans de France.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, je loue Dieu que ceulx, qui se sont eslevez en vostre royaulme,
-ayent prins l'expédient d'envoyer sçavoyr, par le Sr de Guyteri, la
-vérité de ce qu'on les mettoit en doubte, et qu'on les intimidoit de
-la volonté qu'avez vers eulx, et qu'il ayt eu de quoy leur rapporter,
-de la part de Vostre Majesté, qu'ilz ont esté trompés, et qu'ils
-trouveront tousjours trop plus de bonne seureté, en la protection de
-vostre parolle, qu'en tout l'effect des armes qu'ilz ont reprinses. Ce
-que ayant faict sçavoyr à la Royne d'Angleterre, et comme vous
-attandiés, par Mr de Torcy et Mr de Turène, lesquels vous aviés
-renvoyés, avec le dict de Guyteri, vers eulx, et par le Sr Strossy,
-qui estoit allé devers le Sr de La Noue, en Poictou, et pareillement
-du costé de Mr le mareschal d'Envylle, qui traictoit aussy de quelque
-moyen de paix, avec ceulx de Languedoc, bientost quelque bonne
-responce de leur modération, je l'ay assurée qu'incontinent après vous
-aviés dellibéré de leur bailler ceste ampliation de vostre édict, dont
-je luy avois parlé, qui les debvoit contanter; et, par ainsy que vous
-ne doubtiés que, dans bien peu de jours, tout ce renouvellement de
-troubles ne cessât. Et luy ay compté, Sire, la bonne et desirée
-nouvelle qu'aviés receue du couronnement du Roy de Pouloigne, vostre
-frère, et comme les Poulonnois, pour le grand contantement qu'ilz
-avoient de le voyr, luy avoient remis beaucoup de ces condicions,
-aulxquelles les ambassadeurs, qui luy avoient apporté les décrets de
-son élection, l'avoient obligé, de sorte qu'il se trouvoit aussy
-absolu prince, sur ce grand royaulme, que quelque aultre roy qui fût
-en la Chrestienté; et que vous desiriés qu'elle participât à l'ayse,
-que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur le duc, en
-santiés, ainsy que vous la feriés toujours participer aulx profictz et
-advantages qui vous en viendroient, sellon la plus estroicte amityé et
-confédération qu'elle avoit avecques Vostre Majesté; et que cella vous
-faysoit davantage desirer que l'honneste pourchas, auquel vous
-persévériés toujours de l'alliance d'elle avec Mon dict Seigneur le
-Duc, vostre frère, peût réuscyr à bon effect, affin que l'union
-indissoluble, d'entre ces trois grandes couronnes, fût plus craincte
-et respectée par toute la Chrestienté; et que vous estiés bien marry
-que ces nouveaulx désordres retardassent vostre venue en Picardye,
-mais que vous espériés y avoir bientost pourveu, pour, incontinent
-après, vous y acheminer. Dont m'assurois qu'aussytôst que vous auriés
-veu la dernière responce, qu'elle vous avoit mandée, que vous
-m'escripriés tout ce que pourriés fère en cella, affin de l'en
-advertyr. Bien estois je en grande perplexité comme Vostre Majesté
-pourroit prendre ce qui se publioit, icy, que, de l'isle de Gersey,
-qui est à elle, le comte de Montgommery fût descendu, en armes, au
-pays de Normandye, chose qui estoit toute contrayre à la promesse et
-au sèrement, et à la teneur du dernier traicté de ligue, qu'elle
-avoit faicte avec Vostre Majesté; et que je demeurois le plus infâme
-gentilhomme du monde, et la parolle d'elle ne se pouvoit non plus
-saulver, si elle n'y pourvoyoit, et ne vous en faysoit fère une bien
-prompte réparation; car m'avoit fait vous escripre, encores depuis ung
-moys, que vous la trouveriés, en touts ces nouveaulx accidantz, et en
-l'occurrence de toutz voz affères, très bonne amye, et vrayement
-germayne bonne seur.
-
-La dicte Dame, premier que respondre à ces poinctz, m'a prié de luy
-dire qu'est ce que je sçavoys de vostre santé, et si vous estiés bien
-dellivré de la fiebvre quarte, et s'il y avoit apparance qu'eussiés eu
-ce grand malcontantement, contre vostre frère et contre vostre beau
-frère, comme on l'avoit publié par deçà.
-
-Je luy ay respondu que, grâces à Dieu, la fiebvre vous avoit, il y a
-longtemps, du tout layssé, et que vous estiés, à présent, aussy dispos
-et gaillard que fûtes oncques, et qu'il ne se pouvoit imaginer une
-plus parfaicte et cordialle amityé, entre deux frères, que celle qui
-se voyoit entre Vostre Majesté et Monseigneur le Duc; et que vous
-n'estiés moins assuré de sa volonté que de la vostre, ny n'aviés plus
-de fiance en vous mesmes que en luy; et le semblable du Roy de
-Navarre; et que ce faulx bruict estoit sorty de la malice de ceulx, à
-qui il faysoit bien mal qu'il n'estoit vray, et qui voudroient bien
-voyr de la division en ce premier lieu, ainsy qu'ilz l'entretiennent
-ez aultres lieux, qui suyvent après.
-
-Lors, elle a suivy à dire, qu'elle remercyoit Dieu, de très bon cueur,
-que la disposition de vostre santé et celle de voz affères allassent
-trop mieulx qu'on ne le disoit, car avoit entendu que vous estiés
-encores bien fort maigre et foible; dont vous prioit de ne mesprizer
-aulcun bon régyme, qu'on vous ordonnât, pour vous bien remettre du
-tout; et qu'elle avoit bien rejetté cest aultre fascheux bruict, de
-Mon dict Seigneur le Duc, et des aultres seigneurs, qu'on mestoit au
-compte, comme du tout faulx; mais quiquonques l'eût inventé, c'estoit
-bien tout le pis qu'il pouvoit fère contre vostre grandeur et contre
-la réputation de voz affères, dont elle avoit ung très grand playsir
-d'estre bien assurée qu'il n'en fût rien, et que vous eussiés, au
-reste, ung si bon desir, conjoinct avec beaucoup d'espérance, que ces
-nouveaulx troubles ne passeroient oultre, sellon que proposiés
-d'adjouxter quelque déclaration à vostre édict pour contanter ceulx de
-la nouvelle religion, affin de les mettre en plus de repos, en leurs
-maysons; et que surtout elle se conjouyssoit avec Vostre Majesté, et
-bien fort expéciallement avec la Royne, vostre mère, des bonnes
-nouvelles qu'aviés reçues du Roy de Pouloigne, lesquelles elle vous
-prioit de croyre qu'elle les santoit, aultant et nullement moins, que
-si elle fût sa propre seur de sang, comme elle l'estoit d'estat; mais,
-en ce que vous auriés veu, depuis, de la responce qu'elle vous avoit
-faicte au propos de Monseigneur le Duc, elle croyoit bien que ce ne
-seroit pour vous apporter ung si grand contantement comme du costé de
-Pouloigne; aussy falloit il qu'il vous y survînt du tempérament, de
-quelque aultre costé; bien pensoit que ne le jugeriés chose de
-mespris, et qu'elle verroit maintenant à quelle dellibération Vostre
-Majesté en voudroit venir.
-
-Et, quand à la descente du comte de Montgommery en France, que
-c'estoit chose qu'elle ne sçavoit, et ne la pouvoit aulcunement
-croyre, veu ce qu'elle luy avoit deffandu, lorsqu'elle luy avoit
-permis d'aller à Gersey, pour y sçavoyr nouvelles de ses affères:
-qu'il se gardât bien de vous fère, de ce lieu là, non seulement ennuy,
-mais de ne vous y donner aulcune souspeçon de luy; dont ne luy
-pourroit avoyr faict une plus mortelle offance que d'avoyr attempté de
-descendre en armes par dellà, et qu'elle désavoueroit le premier
-angloys qui le rencontreroit, s'il ne le tuoit, desirant que vous
-croyés et espériés d'elle, Sire, qu'elle, persévèrera droictement en
-la vraye amityé, qu'elle vous a jurée, si vous ne commancés de luy
-fallir de correspondance.
-
-Et n'ay veu, ny peu nother chose aulcune, de la dicte Dame, qui m'ayt
-semblé tendre, sinon à cella mesmes, que je vous ay mandé par mes
-précédantes. Et, pour le regard de ce dernier poinct, du comte de
-Montgommery, toutz les seigneurs de ce conseil m'ont fermement assuré
-qu'ilz n'en sçavoient du tout rien, et ne le pouvoient croyre.
-Néantmoins, puisque Mr de Matignon vous l'a mandé, il le peut mieulx
-sçavoyr, estant voysin du lieu, que non pas nous, qui en sommes bien
-loing, et d'où souvant il fault attandre beaucoup de jours le temps,
-premier qu'il en viegne des nouvelles; et quoy que soit, ny en ceste
-court, ny en ceste ville, l'on n'en a rien de certein.
-
-Et, au regard de préparer icy une aultre descente de plus grand nombre
-d'angloix par dellà, soubz colleur d'équipper en guerre plusieurs
-navyres marchandz, je sçay qu'il s'en équippe voyrement quelques ungs,
-pour aller en Hespaigne, et en Barbarye, et non ailleurs, bien que je
-loue infinyement l'ordre que Vostre Majesté a donné de fère advertyr,
-par toute la coste, qu'on ayt à s'y tenir sur ses gardes; car, en
-nulle façon du monde, se pourroient garder les Angloys, si la guerre
-de voz subjectz continue, qu'ilz ne s'en vueillent mesler, tout ainsy
-qu'ilz font du costé de Flandres. Mais pourtant je vous supplye très
-humblement, Sire, de ne vous esmouvoir, pour encores, des bruictz et
-rapportz qu'on vous pourra donner des dellibérations de deçà, car ne
-se pourra dresser aulcun appareil de guerre, qui soit d'importance,
-sans que je vous en donne advis, de quelque temps devant. Et sur ce,
-etc.
-
- Ce IIe jour d'apvril 1574.
-
- Il y a homme, en ceste ville, qui assure d'avoyr layssé le
- comte de Montgommery, le XVIe de mars, à Gerzé, et les
- seigneurs de ce conseil jurent qu'à tout le moins ne peut il
- estre vray qu'il ayt tiré ny poudres, ny amres, ny aulcune
- artillerye, de ce royaulme; et que, si luy mesmes est descendu
- en Normandye, il a si grandement mespris contre la Royne, leur
- Mestresse, et contre son estat, qu'on mettra peyne de l'en
- fère amèrement repantir.
-
-
-
-
-CCCLXXIVe DÉPESCHE
-
---du VIe jour d'apvril 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Meusnier._)
-
- Délibération des seigneurs du conseil sur l'entreprise de
- Montgommery.--Déclaration de la reine d'Angleterre que les
- armemens, faits à Londres, ont pour objet d'observer la flotte
- espagnole qui doit se rendre dans les Pays-Bas.--Nouvelles de
- Flandre et d'Écosse.--Disposition favorable d'Élisabeth à
- l'égard de Marie Stuart.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, après que j'ay eu faict ma plaincte à la Royne d'Angleterre de
-la descente du comte de Montgommery en Normandye, et de ce que, de
-l'isle de Gersey, qui est à elle, il a dressé toute son entreprinse
-par dellà, et en a tiré les poudres, les armes, l'artillerye et les
-monitions qu'il a voulu, elle a proposé le faict en son conseil, avec
-démonstration, sellon qu'on me l'a bien fort assuré, qu'elle en estoit
-grandement offancée. Et Me Pollet, gouverneur de la dicte isle, qui,
-plus d'ung moys auparavant, estoit icy, a esté appellé, lequel s'est
-efforcé de monstrer qu'il ne pouvoit estre que cella fût vray, et
-qu'aulmoins estoit il très certain que luy, ny son lieutenant, n'en
-estoient nullement consentantz. Dont, sur ce doubte, l'on a envoyé
-devers la comtesse de Montgommery, à Hamptonne, pour en avoyr la
-certitude; laquelle a mandé qu'elle n'en sçavoit du tout rien, et que,
-si son mary avoit faict ce voyage par dellà, qu'il le luy avoit
-desrobbé, et qu'elle n'avoit eu nouvelles de luy, ny n'en estoient
-venues aulcunes de Gersey, à cause du vent contrayre, plus de troys
-sepmaynes avoit. Et, là dessus, le dict Pollet a esté renvoyé à sa
-charge pour en donner promptement advis, et n'y a eu celluy, de tout
-le dict conseil, qui n'ayt advoué à la dicte Dame que le comte auroit
-bien fort mespris contre elle, s'il avoit entreprins la dicte
-descente, et qu'elle la luy debvoit fère réparer. Et elle a déclaré
-davantage qu'elle ne vouloit, en façon que ce fût, que hommes, armes,
-vaysseaulx, ny nulle aultre assistance sortît de ce royaulme pour
-ceulx qui s'estoient eslevez contre Vostre Majesté.
-
-Dont je verray, Sire, comme cella s'observera; et en continuant ma
-remonstrance du dict de Montgommery, quand la surprinse qu'on dict
-qu'il a faicte de Carantan sera mieulx advérée par deçà, et allant
-souvant à plaincte pour les aultres supportz, que j'entendray que les
-dictz Angloys feront aulx dictz eslevez; qui, à mon advis, ne se
-pourront tenir qu'ilz ne leur en facent quelques ungs, je mettray
-peyne de vous destourner tout le mal, que je pourray, de ce costé; et
-essayeray ce que m'avez mandé, de la susdicte comtesse de Montgommery,
-ayant cepandant, Sire, prins parolle d'aulcuns principaulx de son
-conseil, oultre celle de la dicte Dame, de vous pouvoir assurer,
-qu'encor qu'elle prépare des forces, par mer et par terre, et qu'elle
-en ayt desjà de prestes, que néantmoins sa présente dellibération
-n'est de les employer nullement contre Vostre Majesté. Et je sçay
-bien, Sire, que, par icelles, elle, en tout évènement, se veult
-trouver pourveue, pour le passage de cette grande armée qui doibt
-venir d'Espaigne, au secours des Pays Bas, quand elle arryvera en la
-mer de deçà; et aussy que les choses d'Irlande la pressent assez, et
-qu'elle ne se peut jamays tenir assez assurée de celles d'Escosse.
-Néantmoins la naturelle inclination, que les Angloys ont contre la
-France, et leur commune religyon avec ceulx qui ont prins les armes
-par dellà, me faict vous supplyer très humblement, Sire, de ne laysser
-rien de si exposé, de leur costé, que l'occasion les puisse convyer
-d'entreprendre; car, encores qu'en toutes les parolles et
-démonstrations de la dicte Dame, si elle n'est bien la plus faulce et
-simulée princesse de la terre, elle face tout semblant d'avoyr bonne
-intention vers Vostre Majesté, et mesmes d'estre bien inclinée au
-party de Monseigneur le Duc, vostre frère, s'il advenoit que les
-Angloys fissent quelque exploit en France, qui réuscyst, advantageux
-pour les prétencions de ce royaulme, indubitablement elle
-l'advoueroit; et quand bien elle n'auroit volonté de le fère, ses
-subjectz l'y contreindroient; dont se fault tenir sur ses gardes.
-
-Les depputez de Flandres continuent de vacquer tousjours à leur
-commission, bien qu'à dire vray il semble qu'ilz y vont lentement, et
-qu'ilz praticquent d'aultres choses d'importance en ceste court,
-lesquelles je mettray peyne de sçavoyr au vray, affin de le vous
-mander. Et ayant recherché, jusques au fondz, quelle estoit celle
-entreprinse qu'on m'avoit adverty sur Callays, j'ay trouvé qu'elle
-estoit sur l'Éscluse, et qu'avec les navyres qui partoient d'Ollande
-et les angloys, qui s'embarquoient lors, icy, le dict prince d'Orange
-prétandoit d'emporter le dict Éscluse, et se fère, incontinent après,
-maistre de Bruges, pour y avoyr encores ung butin plus riche que
-celluy de Meldelbourg.
-
-J'ay, ces jours passés, escript, par deux diverses voyes, en Escosse,
-et ay mandé au Sr de Quelsey la responce que m'avez commandé de luy
-fère. J'espère que, dans peu de jours, j'auray responce des
-principaulx seigneurs du pays. J'entendz que le comte de Morthon a
-faict appeller le comte d'Arguil pour venir rendre compte d'aulcunes
-bagues, qu'il prétend que la comtesse d'Arguil, sa femme, veufve du
-feu comte de Mar, retient, de celles de la couronne; et l'a faict
-venir au ban pour le fère déclarer forfaict, d'où l'on crainct, icy,
-que les armes s'en repreignent par dellà. Et le susdict Quelsey m'a
-layssé, par mémoyre, de supplyer très humblement Vostre Majesté qu'il
-vous playse octroyer vostre ordre au dict d'Arguil, ainsy que son feu
-père l'avoit.
-
-J'ay supplyé, le plus humblement que j'ay peu, la Royne d'Angleterre
-de vouloir fère responce à certaynes lettres, que la Royne d'Escosse
-luy a escriptes, et l'ay sondée fort doulcement de quelle affection
-elle estoit, à ceste heure, vers elle; qui m'a, en très bonne sorte,
-respondu qu'elle luy escriproit, ou aulmoins escriproit au comte de
-Cherosbery tout ce qu'elle avoit à luy respondre; et qu'elle vouloit
-que je luy escripvisse ardiment qu'elle n'avoit, à présent, aulcune
-aultre nouvelle offance contre elle, que la recordation de celles qui
-estoient déjà passées; et a commandé de fère seurement conduyre à la
-dicte Dame les coffres et besoignes, et lettres, qui luy estoient
-freschement arrivées de France. Vray est qu'elle a voulu que ce ayt
-esté par des serviteurs du dict Sr de Cherosbery, et non par ceulx qui
-les avoient menés jusques icy. Sur ce, etc.
-
- Ce VIe jour d'apvril 1574.
-
-
-
-
-CCCLXXVe DÉPESCHE
-
---du XVe jour d'apvril 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
-
- Prise de Carentan par Montgommery.--Désaveu que font les Anglais
- de cette entreprise.--Desir d'Élisabeth que l'entrevue soit
- accordée.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, le jeudy de la sepmayne saincte, et non plus tost, est arrivée à
-ceulx cy la certitude de la descente du comte de Montgommery en
-Normandye, et de la surprinse qu'il a faicte de Quarantan; et
-j'entendz que le mesme advis porte qu'il estoit bien près d'avoyr
-aussy Valoignes, et que Mr de Torcy avoit parlé à luy, le XXIIe du
-passé, et luy avoit monstré des articles, de la part de Vostre
-Majesté, aulxquelz il avoit faict la responce, qu'il a mandée par
-deçà; et que son frère avoit été tué, de guet à pens, par le
-commandement de la Royne. Dont vous puis assurer, Sire, que ceste
-princesse et ceulx de son conseil ont faict grande démonstration
-d'estre fort malcontantz du dict comte, et m'avoit esté donné
-espérance qu'il luy seroit escript de s'en retourner, et d'amander la
-faulte qu'il avoit faicte, ou aultrement, que la dicte Dame s'en
-ressantiroit; dont suis attandant ce qu'elle y voudra fère, car n'a
-encores bien résolu, en son conseil, comme y procéder. Et je vous
-supplye très humblement, Sire, vous souvenir comme, dès le
-commancement de janvyer, je vous advertys du voyage du dict de
-Montgommery à Gersé, et comme il falloit que le fissiés observer de
-dellà, parce qu'il estoit tout auprès de vostre coste, et bien fort
-esloigné d'icy, et que mandissiés advertyr, tout au long des places de
-la mer, de se tenir bien sur ses gardes; dont je fus infinyement ayse,
-par une dépesche du moys de febvrier dernier, que Vostre Majesté me
-mandoit d'y avoyr très bien pourveu.
-
-Or, Sire, ce que j'estime pouvoir maintenant fère est de retenir ceste
-princesse, et pareillement ceulx de voz subjectz, qui sont encores par
-deçà, le plus que je pourray, en vostre dévotion, et garder qu'ilz ne
-suyvent ny favorisent l'entreprinse du dict de Montgommery. En quoy
-j'ay faict desjà, et continueray ordinayrement de fère, les plus
-exprès et les plus ardentz offices qu'il me sera possible. Et, quand à
-l'heure présente, je ne sçaurois desirer rien de mieulx, de ceste
-princesse, que ce que sa parolle et tout son semblant monstrent de
-vouloir fère bonnement pour vous, en l'occurrence de voz présentz
-affères; et que, pourveu que luy faciés sçavoyr, ou bien qu'elle
-puisse cognoistre ce que desirés d'elle, elle promet de très
-volontiers s'y employer.
-
-Ung de ses principaulx conseillers, sur une nostre privée
-communicquation, m'a faict sçavoyr que la dicte Dame et ceulx de son
-conseil ne furent oncques mieulx disposés qu'à présent au propos du
-mariage, parce qu'ilz prévoyent, plus que jamays, par une occulte
-nécessité qui est dans cest estat, qu'elle et toutz eulx sont ruynés,
-si elle ne se marye. Et néantmoins il leur semble que le docteur Dayl
-y a senty du réfroydissement, de vostre costé, non que les termes,
-dont Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, luy avez uzé, en sa
-dernière audience, n'ayent esté bons et fondés en rayson, mais il luy
-a semblé n'y avoyr cognu la mesmes affection que devant; et qu'icelluy
-conseiller desireroit, au cas que Voz Majestez ne peussent, pour
-encores, s'approcher de ceste frontyère, qu'elles fissent aulmoins
-venir Mon dict Seigneur le Duc à ceste entrevue privée; où il me
-pouvoit assurer qu'il seroit receuilly et reçu de bon cueur; et que
-desjà ceste princesse avoit préparé ce qui faysoit besoing pour aller
-là où elle prétandoit de le rencontrer; et, quoy que ce soit, il me
-vouloit assurer, sur son honneur et sur le péril de son âme, que la
-dicte Dame ny ceulx de son conseil n'estoient consantz, ny sçavantz,
-de l'entreprinse du dict de Montgonmery, ains se tenoient fort
-offancés de ce qu'il l'avoit faicte; et que c'estoit chose très
-assurée qu'il n'avoit admené ny hommes, ny monitions aulcunes, de ce
-royaulme, et n'en tireroit la valeur d'ung soul; comme à la vérité,
-Sire, sellon le rapport que j'ay de l'estat du pays d'Ouest, il ne s'y
-prépare, pour encores, rien en faveur de luy. Et sur ce, etc.
-
- Ce XVe jour d'apvril 1574.
-
-
-
-
-CCCLXXVIe DÉPESCHE
-
---du XIXe jour d'apvril 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Motifs qui ont engagé Montgommery à reprendre les armes.--Ses
- instances pour obtenir des secours.--Nouvelle de la fuite du
- prince de Condé.--Négociation faite, au nom de La Noue, auprès
- des Anglais et du prince d'Orange, pour qu'ils portent des
- secours à la Rochelle.--Armemens des Anglais, qui se tiennent
- prêts à profiter des troubles de France.--Nécessité de
- reprendre la négociation du mariage.--Effet produit à Londres
- par la nouvelle de l'arrestation du duc d'Alençon et du roi de
- Navarre.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, par des lettres, que le comte de Montgommery a escriptes en
-ceste court, il s'est voulu justiffier, de sa descente en Normandye,
-sur des advertissementz qu'il assure luy avoyr esté donnés, de bon
-lieu, comme l'entreprinse estoit faicte de le tuer, de voye de faict
-ou par poyson, dans Gersey, et que, d'ailleurs, la Royne d'Angleterre
-avoit suspecte sa demeure au dict lieu; dont il avoit mieulx aymé
-aller exposer sa vye, avec ceulx qui estoient en armes en France, que
-demeurer en ceste peyne, entendant mesmement qu'ilz monstroient de ne
-les avoyr prinses que pour deffandre leur religyon, et pour éviter une
-généralle exécution qu'on avoit décrettée contre eulx; et supplioyt
-ses amys et parantz de luy moyenner quelques forces, de icy, pour le
-secourir, et des vaysseaulx pour courre la mer, en son nom, et pour
-fère quelque surprinse par dellà, où il s'en trouveroit la commodicté.
-A quoy il n'a esté encores respondu, et ne seroient ses instances pour
-produyre de grandz effectz, n'estoit tant de choses qu'on publie, si
-advantageuses pour les eslevez, que cella esmeut bien fort les
-Angloys d'accourir à leur guerre; en quoy n'est de petit moment la
-fuyte, qu'on assure estre vraye, du Prince de Condé, qui a layssé la
-charge que luy aviez donnée en Picardye, pour se retirer ou en
-Allemaigue, ou avec eulx. Et, d'ailleurs, Sire, Mr de La Noue a envoyé
-icy son ministre, Textor, lequel il a faict passer à la Rochelle pour
-y prendre mémoyres et instructions; et n'a esté sitost arryvé en ceste
-ville, que le ministre Villiers, et Bobineau, agent de la Rochelle, et
-avec eulx Calnar, agent du prince d'Orange, l'ont mené vers aulcuns
-seigneurs de ce conseil, à la court, où il a négocié bien fort
-privément avec eulx. Et luy a l'on eu de tant plus de foy qu'il a
-apporté lettres de fort expresse recommandation du dict Sr de La Noue
-à Mr de Walsingam; ensemble, ainsy que j'entendz, certayne moictyé de
-quelques enseignes, que les susdicts de La Noue et de Valsingam
-s'estoient d'autrefoys my parties entre eulx pour signe de crédict, à
-celluy par qui ilz les envoyeroient l'ung à l'aultre.
-
-Et je souspeçonne fort que la négociation n'est légère, ny de peu
-d'importance; de laquelle ce que j'en descouvre, pour ce commancement,
-est que icelluy Textor rejette bien loing toutz moyens et propos de
-paix; et qu'il demande assistance d'armes, de poudres et de vivres,
-offrant, en eschange, du sel et du vin, et aultres marchandises, et
-pareillement demande quelques vaysseaulx armez. En quoy semble que,
-pour ce poinct, des vaysseaulx, il traicte aussy avec le dict Calnar
-d'en avoyr du prince d'Orange; et est en grande espérance qu'il en
-impétrera d'icy, avec les aultres choses qu'il requiert, et que, de
-ceulx du dict prince, il les a desjà toutz assurés.
-
-Or, Sire, ayant descouvert ces choses, je m'efforce, par toutz les
-meilleurs moyens que je puis, et m'efforceray, à toute heure, d'en
-traverser les effectz, et, possible, en interrompray je la pluspart;
-mais de ce qui en pourra eschaper, à la desrobée ou soubz aultres
-prétextes, je me trouve aussy perplex que j'ay esté, les aultres foys,
-de le pouvoir empescher; mesmement que je viens d'entendre que ceulx
-cy ont faict résolution d'armer toutz leurs grands navyres, et de
-mettre bientost les meilleures et les plus gaillardes forces, qu'ilz
-ayent, en mer, soubz colleur d'assurer ceste coste contre le passage
-de l'armée d'Espaigne, bien que le depputé de Flandres, qui m'est
-venu, ces jours icy, visiter, m'ayt dict qu'il a eu une très bonne et
-fort favorable responce de ceste princesse, quand il l'a priée de
-vouloir concéder le passage libre et seur, ez rades et portz
-d'Angleterre, pour l'armée d'Espaigne. Dont semble, Sire, suyvant
-les précédantz advis que je vous ay mandés, qu'il ne sera que bon
-qu'ayez aulcunement suspect, et pourvoyés, le mieulx que pourrés,
-que cest armement ne vous puisse nuyre, non que je descouvre en ceste
-princesse ny aulx siens, pour encores, aulcune sinistre intention
-contre Voz Majestez. Et seulement je les voy un peu altérez de ce
-resfroidissement, qu'il leur semble sentir en Voz Majestez Très
-Chrestiennes et Monseigneur le Duc, vers le propos du mariage; duquel,
-si ne mandez bientost quelque bonne responce, il y a grand danger
-qu'ilz n'accordent du tout, et ne concluent de bien grandes et
-estroictes intelligences avec le Roy d'Espaigne, m'ayant ung
-personnage d'authorité, et bien fort principal de ceste court, mandé
-que, si bientost le party de Mon dict Seigneur le Duc ne se résoult,
-et l'entrevue ne se fait, qu'il n'en faudra jamays plus parler; car
-ung aultre propos sera substitué en lieu d'icelluy. Et sur ce, etc.
-
- Ce XIXe jour d'apvril 1574.
-
- Comme je voulois clorre la présente, les seigneurs de ce
- conseil m'ont envoyé dire que le pacquet de leur ambassadeur
- estoit arryvé; par où ilz avoient sceu que la fiebvre quarte
- avoit reprins Vostre Majesté, et qu'il y avoit grand trouble
- en vostre court, à l'occasion de certaynes praticques qui
- s'estoient descouvertes; dont aulcuns gentilhommes avoient
- esté constitués prisonniers, et Monseigneur le Duc et le Roy
- de Navarre mis en arrest, et voz gardes renforcés, et logés
- dedans le chasteau de Vincennes, et que tout y estoit si
- resserré qu'à peyne avoit peu sçavoyr, le dict ambassadeur,
- qu'est ce que se faysoit dedans; dont iceulx du dict conseil
- déploroient le présent estat de voz affères. De laquelle
- nouvelle, Sire, ceste court, avec toute ceste ville, sont si
- pleines, et y faict on dessus tant de nouveaulx desseings que
- j'en suis en très grande peyne. Dieu veuille que ce qu'ilz
- disent, et ce qu'ilz proposent, se trouve, à la fin, tout
- vain.
-
-
-
-
-CCCLXXVIIe DÉPESCHE
-
---du XXIIIIe jour d'apvril 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)
-
- Audience.--Retard apporté à la réponse du roi, sur l'entrevue,
- par les nouveaux évènemens de France.--Reproche adressé, en
- France, à la reine d'Angleterre d'avoir favorisé l'expédition
- de Montgommery, et trempé dans le complot de Saint-Germain.--Sa
- justification.--Demandes faites par l'ambassadeur de la
- confirmation de la ligue, du secours promis par le traité
- d'alliance, et du désistement de l'entreprise de Montgommery,
- ou de la remise au roi de sa femme et de ses
- enfans.--Protestation que l'on doit avoir confiance dans le
- desir du roi d'accommoder les affaires de la religion en
- France.--Consentement donné par Élisabeth à toutes ces
- demandes.--Délibération des seigneurs d'Angleterre.--Conseil
- donné par Élisabeth au roi d'user de rigueur contre les auteurs
- du complot de Saint--Germain.--_Mémoire._ État des forces de
- Montgommery et de La Noue: détails de leurs négociations en
- Angleterre.--Avis d'une entreprise projetée contre Dieppe.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay esté, le XXe de ce moys, donner les bonnes pasques à la
-Royne d'Angleterre, et luy ay dict que j'avoys expressément différé,
-cinq ou six jours, de venir fère ce debvoir vers elle, pour attendre
-qu'il m'arryvât quelque dépesche de France; car Vostre Majesté n'avoit
-accoustumé, ny la Royne, vostre mère, ny pareillement Monseigneur le
-Duc, d'estre tant longtemps sans me mander de voz nouvelles, affin
-d'en fère tousjours part à la dicte Dame, ny sans me commander de vous
-escripre souvant des siennes. Dont il pouvoit bien estre qu'il y eût
-quelque chose de ce trouble qu'on publioit de vostre court, qui vous
-retardoit ainsy; mais que je la supplioys bien de ne croyre que le
-tout fût vray, car il se cognoissoit facillement que la pluspart de ce
-qu'on en avoit escript estoit plus recueilly de la paillasse que prins
-du cabinet; et que n'ayant de quoy traicter maintenant avec elle sur
-des lettres fresches, je luy racompterois ce que me commandiés par voz
-précédentes, du XXIIIe du passé: c'est que vous desiriés qu'elle ne
-voulût interpréter, sinon à bien, qu'au partir de Saint Germain vous
-n'eussiés prins le chemin de Picardye, comme vous luy aviez promis de
-le fère, Car aviés esté contrainct de retourner vers Paris, pour
-pourvoir aux affères qui vous estoient survenus; dont la supplyois
-qu'elle vous voulût ung peu proroger le temps de l'entrevue, avec
-promesse que vous la luy viendriés accomplyr, en la façon qu'elle la
-vous accordoit, à la première sallie que feriés des environs de Paris,
-après qu'auriés restably la paciffication de vostre royaulme. Et
-cependant vous vouliés seulement impétrer d'elle que Mon dict Seigneur
-le Duc peût mener quelques seigneurs et gentilshommes, non en grand
-nombre, mais de bonne qualité, quand il passeroit de deçà, affin de
-pouvoir plus honnorablement comparoir en sa présence.
-
-Elle m'a respondu qu'elle me remercyoit infinyement des bonnes pasques
-que j'estois venu luy donner, lesquelles luy seroient ung passage à
-plus d'heur, puisque je le luy souhaytois, et qu'elle regrettoit, du
-plus profond de son âme, que les vostres ne vous eussent esté ainsy
-joyeuses et pleynes de repos comme elle les vous desiroit, et qu'elle
-n'avoit peu contenir ses larmes, au récit, de ce qu'on luy avoit
-escript, du trouble que vous aviés en voz affères publicques de vostre
-royaulme, et aulx privés de vostre mayson; et que, sellon l'exemple,
-non trop vieulx, mais bien fort calamiteux, qu'elle avoit en ses
-cronicques, de la ruyne d'aulcuns roys et des frères des roys
-d'Angleterre, ses prédécesseurs, par la division, en quoy aulcuns
-ambicieux subjectz, et pleins de passion, les avoient entretenus,
-lesquels en avoient esté eulx mesmes les premiers ruynés, elle vous
-supplyoit, de tout son cueur, Sire, que voulussiés procéder sagement,
-et par les prudentz advis de la Royne, vostre mère, et par meure
-dellibération du conseil, sans aulcune perturbation d'esprit, à
-l'examen de cest affère; et que, de vous proroger l'entrevue, elle ne
-le vous voudroit pas refuzer; mais pensoit que les choses se
-trouveroient changées, et qu'elle n'avoit garde de recevoyr vers elle
-ce que vous jugeriés digne d'estre banny de vous.
-
-Je luy ay réplicqué qu'elle se pouvoit promectre d'avoir aultres
-nouvelles, et trop meilleures, par la procheyne dépesche qui viendroit
-de Vostre Majesté, que celles qu'on luy avoit escriptes; et, comment
-qu'il en fût, que je sçavoys bien que vous luy feriés part de la vraye
-vérité du tout. Et ay adjouxté qu'elle voyoit bien comme il playsoit à
-Dieu de vous succiter beaucoup d'affères, par la présumption et trop
-grande licence d'aulcuns de voz subjectz, dont aviez besoing, plus
-que jamays, d'estre consolé et assisté des princes de vostre alliance;
-et que je la supplioys de ne vous vouloir maintenant deffalir, sellon
-que, en telles grandes occasions, les bonnes et royalles, et
-généreuses amityés, comme estoit la sienne, se sçavoient bien
-monstrer; et qu'elle vous fît sentir, à bon esciant, qu'il ne vous
-failloit recourir, pour tous ces accidantz, à nulle meilleure ny plus
-certeyne confédération que celle qu'elle vous avoit jurée, affin que,
-vous tenant ferme à icelle, vous n'eussiés occasion de vous unir, ny
-vous obliger, à nul aultre nouveau party;
-
-Et que j'avoys ung extrême regret que le comte de Montgommery eût
-ainsy entreprins d'aller, de l'isle de Gersey, qui estoit à elle,
-surprendre une de voz places en Normandye, sans considérer le tort
-qu'il succitoit à la ligue d'entre Voz Majestez, et l'interromption
-qu'il mettoit au commerce de voz deux royaulmes, et le préjudice qu'il
-faysoit au bon propos du mariage. Dont je l'avoys desjà supplyée que,
-pour tesmoigner du déplaysir qu'elle en avoit, elle luy voulût mander
-de se départir de son entreprinse, et réparer sa faulte, ou
-qu'aultrement elle vous mettroit sa femme et ses enfantz entre voz
-mains; et qu'il y avoit deux personnages, de bonne qualité, en
-Normandye, qui m'avoient escript que, par aulcuns propos du dict de
-Montgommery, et aultres divers argumentz, il y avoit grande apparance
-que la dicte Dame eût sceu et tenu la main à l'entreprinse du dict de
-Montgommery, et davantage qu'elle eût adhéré à ceulx qui, peu
-auparavant, avoient atiltré leur rendez vous près de St Germain, pour
-surpendre Vostre Majesté.
-
-Sur quoy, je l'assurois de vous avoyr escript, Sire, que, si rien de
-semblable vous estoit rapporté, que je vous supplioys très humblement
-de ne le croyre, car je me voulois soubmettre à telle punition de
-mort, qu'il vous plerroit me condampner, qu'elle ny ceulx de son
-conseil n'avoient esté consentz ny sçavantz de l'une ny de l'autre
-entreprinse, cognoissant qu'elle avoit le cueur si royal et la
-conscience si bonne, et avoit en si grande recommandation sa parolle,
-son honneur et la droicture, qu'elle ne voudroit, pour chose du monde,
-avoyr faulcé les promesses et les serrementz de vostre dernier
-traicté, ny vous avoyr rendu, en eschange de la grande amityé que luy
-portiés, et du pourchas que fesiés de son alliance, ung tel trêt
-d'ingrate et d'ennemye princesse, oultre que les mutuelles lettres,
-qu'aviez de la main l'ung de l'aultre, vous debvoient assurer de
-toutes semblables souspeçons d'entre vous; et qu'elle jugoit assez que
-ceste reprinse d'armes de voz subjectz estoit si inicque qu'elle ne
-méritoit d'estre favorizée, ains d'estre mortellement poursuivye de
-toutz les honnorables princes du monde, sellon que je la supplioys de
-considérer qu'il ne pouvoit estre rien de plus injuste que de ne
-vouloir avoyr esgard que Vostre Majesté, ayant ung royaulme composé de
-beaucoup de grandz princes et seigneurs, et de beaucoup de noblesse,
-et d'ung grand nombre de prélatz et gentz d'église, et de plusieurs
-bonnes et puissantes villes, de sept ou huict parlementz, et d'une
-infinité de subjectz toutz catholicques, lesquelz ne falloit doubter
-que n'eussent en grande révérance l'église romaine, s'ilz voyoient
-qu'advantagissiez par trop les Protestantz, il n'y eût danger qu'ilz
-prînssent ung party tout contrayre à celle naturelle affection et vray
-amour qu'ilz vous portoient. Dont falloit qu'ilz se contentassent de
-ce que bonnement pouviez fère pour eulx, sans mettre vostre estat en
-danger; et que, s'ilz n'eussent aulmoins fondé leur reprinse d'armes,
-sinon sur l'instance d'estre mieulx accomodez de l'exercice de leur
-religion, sellon que, par le dernier édict de la Rochelle, il ne leur
-y estoit assez suffizamment pourveu, bien que, pour nulle occasion du
-monde, les subjectz doibvent jamays recourir aulx armes en l'endroict
-de leur prince, si seroient ilz encores plus tolérables que de
-collorer leur grand meffaict, par ung aultre plus grand, de calompnier
-vostre réputation, qu'ayez voulu, contre votre parolle, surprendre la
-Rochelle, et décrété une généralle exécution contre eux; chose que la
-dicte Dame pouvoit juger, par les aultres occasions et grandz
-empeschementz où vous estiés lors occupé, tant de vostre malladye que
-de l'expédition du Roy de Pouloigne, vostre frère, et de son passage
-par l'Allemaigne, et de l'avoyr franchement commis à la foy des
-Protestantz, et vous estre quasy du tout désarmé, là où ilz
-demeuroient avec une puissante armée en Languedoc, et d'avoyr approuvé
-l'exécution que ceulx de la Rochelle avoient faicte contre ceulx
-qu'ilz accusoient de la conspiration, bien qu'ilz s'en soient purgez à
-leur mort, et l'ayent prinse à leur dampnation au cas qu'il fût vray,
-et d'avoyr, en mesme temps, poursuivy, avec plus d'affection que
-jamays, le propos du mariage d'entre elle et Monseigneur le Duc,
-combien leur prétexte avoit peu d'apparance de vérité:
-
-Et que pourtant je la supplioys qu'elle me voulût accorder quatre
-choses; esquelles le droict et l'honnesteté l'obligoyent vers Vostre
-Majesté: l'une estoit de vous assurer, avec effect, de la confirmation
-et entretènement de la ligue que vous aviez avec elle, affin que
-n'eussiez occasion d'en chercher de nouvelle ailleurs; l'aultre,
-qu'elle vous offrît l'assistance, en quoy la dicte ligue l'obligoit
-vers vous, et la dényât du tout aulx eslevez, de sorte qu'en nulle
-façon du monde, ny ouverte, ny dissimulée, ilz ne peussent tirer
-aulcun secours d'elle ny de son royaulme; la tierce estoit de faire
-despartir le comte de Montgommery de son entreprinse, ou bien remettre
-sa femme et ses enfantz entre voz mains, et qu'à cest effect elle fît
-arrester sa famille; et la quatriesme, qu'elle voulût ainsy juger de
-Vostre Majesté, comme d'ung prince qui vouloit bien traicter toutz ses
-subjectz, et accommoder, avec toute seureté, en l'exercice de leur
-nouvelle religyon, ceulx qui en estoient, aultant que, sans altérer
-l'estat de vostre couronne, vous le pourriez fère.
-
-Qui a esté ung propos, Sire, que, sur aulcuns advis qu'on m'a donnés,
-de bonne part, j'ay estimé estre nécessayre que je tînse à la dicte
-Dame.
-
-Et elle m'a respondu qu'elle réputoit à ung très bon office que je
-vous eusse ainsy escript à la descharge d'elle et de ses conseillers,
-et qu'elle appeloit Dieu à tesmoing, et le prioit de fère tomber sur
-elle la punition de mort, à quoy je m'estois soubmis vers vous, au cas
-qu'elle ny eulx eussent eu aulcune participation aulx entreprinses de
-voz eslevez, et que les choses que je luy demandois estoient si
-raysonnables qu'elle n'en vouloit refuzer pas une; mesmes elle avoit
-pensé de vous envoyer ung gentilhomme pour les vous offrir; ou bien,
-encores mieulx que cella: tant y a qu'elle considéroit de ne se
-debvoir trop ingérer en ceste cause, laquelle sembloit aulcunement
-appartenir à sa religyon, de peur que, possible, vous eussiés son
-office plus suspect que agréable, néantmoins qu'elle vous prioit, de
-tout son cueur, d'adviser qu'est ce qu'il vous plerroit qu'elle fît
-pour vous, en la présente occasion de voz affères, et qu'elle vous
-promectoit devant Dieu que, droictement et de bonne affection, elle
-s'y employeroit.
-
-Et, sur ce, m'a renvoyé aulx seigneurs de son conseil, en l'assemblée
-desquelz j'ay proposé les mesmes choses que j'avoys faict à elle. Et
-eulx, après aulcunes excuses de l'occasion que les eslevez avoient de
-souspeçonner le danger de leurs vyes et de leur religyon, m'ont
-protesté, avec grands sèrementz, d'estre innocentz de toutes leurs
-entreprinses, et que, non seulement ilz estoient marris, mais qu'ilz
-déploroient la désolation de vostre royaulme, et que, pour le bien de
-leur Mestresse et de sa couronne, ilz voudroient éviter, de tout leur
-pouvoir, la diminution de vostre grandeur; dont, en ce qu'ilz auroient
-moyen de la relever et conserver, ilz seroient prestz de s'y employer
-très volontiers, en la façon que leur Mestresse le leur commanderoit.
-
-Et m'estant, le jour après, arryvée la petite dépesche, que Vostre
-Majesté m'a faicte, du Xe du présent, laquelle a esté onze jours en
-chemin, je n'ay eu, par icelle, que adjouxter à ma précédente
-négociation, ny de quoy leur respondre rien de plus certain sur les
-particullaritez dont ils m'interrogeoient, que auparavant. Dont j'ay
-advisé de ne retourner vers elle jusques à la venue de mon secrettère,
-mais bien leur ay envoyé comunicquer la plus petite des deux lettres
-de Vostre Majesté, et celle de Monseigneur le Duc, affin qu'ilz
-vissent que les choses n'alloient de la façon qu'on les leur avoit
-escriptes. Sur ce, etc.
-
- Ce XXIVe jour d'apvril 1574.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, ez propos que la Royne d'Angleterre m'a ceste foys tenus, elle
-a monstré, à bon escient, qu'elle portoit peyne du trouble de voz
-affères, et plus de ceulx qu'on luy avoit mandé estre survenuz en
-vostre court que des aultres du royaulme; dont m'a faict les honnestes
-responces que je mectz en la lettre du Roy; et encores d'aultres,
-touchant les grandes preuves, que Dieu faict voyr au monde, de vostre
-grande prudence et de vostre vertu, mettant souvant l'une et l'aultre
-à des essays si dangereux qu'ung chascun s'esmerveille comme il est
-possible de vous en desmeller; et néantmoins qu'il vous en faict
-tousjours venir au dessus. En quoy, si son opinyon vous pouvoit
-sembler aussy bonne comme elle est loyalle et pleyne d'amityé, elle
-vous conseilleroit que fissiés si sévèrement punir ceulx, que
-trouveriés coupables de ces désordres, qu'il servît d'exemple aulx
-aultres. Et le comte de Lestre, sellon qu'on m'a rapporté, a faict,
-sur ces nouveaulx accidantz, de bien fort dignes offices vers la dicte
-Dame et dans ce conseil; et a déclaré qu'il aymeroit mieulx avoyr
-perdu vingt mille escuz du sien, que si Voz Majestez Très Chrestiennes
-avoient reçeu de Monseigneur le Duc, ny du Roy de Navarre, le
-déplaysir qu'on leur avoit escript. Si Vostre Majesté a agréable que
-la dicte Dame envoye, vers le Roy, ung gentilhomme pour les
-complimentz que pourriés desirer d'elle, en ce temps, il m'a semblé
-avoyr comprins d'elle qu'elle le fera très volontiers. Sur ce, etc.
-
- Ce XXIVe jour d'apvril 1574.
-
-
- OULTRE LES DEUX PRÉCÉDANTES LETTRES, le mémoyre, qui s'ensuit,
- a esté adjouxté à la dépêche:
-
- Que le comte de Montgommery a escript, du XIIe de ce moys, à la
- comtesse, sa femme, comme il luy envoyoit la femme de son filz,
- et qu'elle ne fût plus en peyne de l'ung ny de l'aultre, car
- leur entreprinse alloit très bien;
-
- Qu'il avoit deux mille cinq centz bons hommes de pied et
- envyron six centz chevaulx;
-
- Que La Noue luy avoyt escript qu'il mît peyne de le venir
- bientost joindre, par le passage qu'il sçavoit: et ne le
- nommoit pas.
-
- Lequel La Noue avoit de cinq à six mille hommes de pied, et
- envyron mille chevaulx, et assuroit que tout le Poictou, tant
- Papistes que Huguenotz, estoient unanimes avecques luy.
-
- Que le dict de Montgommery espéroit avoyr bientost prins le
- chasteau de Valongnes, parce que, par un garçon qui alloit
- haster le secours, il avoit sceu qu'il n'y avoit plus munition,
- ny de guerre, ny de bouche, dedans;
-
- Qu'il prioit la dicte comtesse de fère advertyr les soldats
- françoys, et aultres, de deçà, qui avoient intention de l'aller
- trouver, qu'ilz se hastassent, pendant qu'il estoit près de la
- mer, parce que, quand il auroit marché en pays, il seroit
- difficile de se pouvoir conduyre jusques à luy;
-
- Que, par des lettres de la Rochelle, du premier, de ce moys,
- lesquelles le Sr de La Mothe Fénélon a trouvé moyen de voyr,
- semble que le ministre Textor ayt esté seulement dépesché par
- deçà, de la part du dict La Noue; et que, passant au dict lieu
- de la Rochelle, il ne luy ayt esté donné aulcune instruction,
- ny mémoyres, par les habitans; lesquelz monstrent que ceste
- reprinse d'armes ne leur plaist; et ne s'y joignent qu'à
- regret, se contantantz de l'édict qui est favorable pour eulx,
- et qu'ilz sentent qu'il y a, je ne sçay quoy, de trop maulvais,
- et du désordre beaucoup dans le fondz de l'entreprinse, dont
- n'en espèrent bien.
-
- Néantmoins leur agent, qui est icy, s'est envoyé excuser, vers
- le dict Sr de La Mothe, s'il n'alloit plus le visiter comme
- auparavant, parce que les choses estoient changées, et qu'on
- s'estoit, de rechef, esmeu en France pour la cause généralle de
- la religion; de laquelle il pensoit que ceulx de sa ville ne se
- voudroient séparer.
-
- Celluy, que le dict de La Mothe a faict nommer à Leurs Majestez
- par le Sr de Vassal, assure fort qu'il a beaucoup de moyen en
- la dicte ville, et parmy toute la noblesse du Poictou, de leur
- fère accepter les honnestes conditions de paix qu'il playra au
- Roy leur offrir, et s'en faict fort, ne luy manquant émulation,
- ny compétence contre les aultres chefz, et promet de fère ung
- très grand et loyal service à Sa Majesté.
-
- Que le susdict ministre Textor, après avoyr négocyé en ceste
- court, est passé en Ollande, et va trouver le comte Ludovic, de
- la part du dict La Noue, ce qui monstre que les Allemans et
- Flammantz, et Angloys, protestantz, sont de mesmes intelligence
- avec les Huguenotz, et qu'il y a quelque secrette confédération
- entre toutz eulx; à laquelle l'on contrainct ceste princesse de
- secrettement y adhérer, sur l'impression qu'on luy donne que le
- Roy s'est de nouveau ligué, avec le Pape et le Roy d'Espaigne,
- contre les dicts Protestantz et contre elle;
-
- Qu'il n'y a chose que le dict Textor rejette plus loing que
- toutz propos de paix, et dict qu'on n'a garde de poser ceste
- foys les armes, sans avoyr bien accommodé et estably, avec
- toute seureté, le faict de leur religyon: dont semble que le
- Roy doibt préparer ses forces pour n'estre contrainct de ses
- subjectz, ains pour les contraindre, eulx, d'accepter, de luy,
- les condicions qu'il leur voudra bailler;
-
- Que plusieurs particulliers, icy, font provision d'armes et de
- monitions de guerre, que le dict de La Mothe souspeçonne estre
- pour en accomoder le dict de Montgommery; et se dict que
- envyron quatre centz gentilshommes, ou soldatz, anglois, se
- préparent pour l'aller trouver, à quoy icelluy de la Mothe
- s'opposera, le plus qu'il luy sera possible;
-
- Que le cappitaine Girons, de Dieppe, a une entreprinse d'aller,
- avec quelques siens navyres de guerre, brusler la Salamandre,
- et aultres vaisseaulx, qui sont dans le hâvre de Dieppe, et
- mettre le feu dans la ville, s'il peut, affin d'essayer si, par
- ce désordre, il pourroit surprendre le chasteau: à quoy le dict
- de La Mothe a mandé, par deux voyes, à Mr de Sigoignes, d'y
- prendre garde;
-
- Que le vidame de Chartres promect bien tousjours de ne
- s'entremettre de rien contre le service du Roy. Néantmoins il
- semble que la nécessité le contreigne de sortir d'icy, et qu'il
- dellibère d'aller trouver le prince d'Orange ou le comte
- Palatin; dont le dict de La Mothe l'a prié de ne vouloir
- partir, sans le fère sçavoyr au Roy: et il luy a dissimulé
- qu'il eût volonté de s'en aller.
-
-
-
-
-CCCLXXVIIIe DÉPESCHE
-
---du dernier jour d'apvril 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Nouveaux détails de la précédente audience---Efforts de
- l'ambassadeur pour rassurer Élisabeth sur la crainte d'une
- ligue, formée contre elle, par le roi et le roi
- d'Espagne.--Grands armemens faits à Londres.--Nouvelles
- d'Irlande.--Secours préparé pour Montgommery.--Projet
- d'Élisabeth d'envoyer un député en France.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, je vous ay mandé, par mes précédentes, comme, entre aulcuns
-propos de ma dernière audience, la Royne d'Angleterre m'avoit touché,
-en passant, qu'on avoit opinyon que Vostre Majesté s'estoit, de
-nouveau, ligué avec le Roy d'Espaigne contre les Protestantz; et que,
-sans la faveur et assistance qu'aviez promis de luy fère, il n'eût
-poinct entreprins d'envoyer son armée de mer par deçà, parce qu'il n'y
-avoit pas ung port qui fût à sa dévotion. A quoy ma responce a esté
-que Vous, Sire, et luy, pareillement, aviez assez à fère, chascun en
-vostre propre estat, sans vous obliger, ny vous entremettre, de celluy
-de l'aultre, et que voz prétancions estoient diverses, tendans, les
-vostres, principallement à troys choses: à bien assurer la paix en
-vostre royaulme, bien establyr les affères du Roy de Pouloigne, vostre
-frère, et conduyre à quelque bonne fin le propos que pourchassés
-d'elle avec Monseigneur le Duc, vostre aultre frère; et qu'en tout
-cella Vostre Majesté n'avoit besoing de se liguer contre les
-Protestantz; et que le Roy d'Espaigne prétandoit, de son costé, de
-saulver ses Pays Ras, et de soubstenir la guerre contre le Turc; dont
-elle pouvoit voyr que vostre intérest et le sien n'avoient rien de
-commun; et que vous estiés entré en ligue avec elle, en laquelle, si
-elle vouloit bonnement et droictement persister, vous n'aviez garde
-d'en chercher d'autre, mais, s'il vous apparoissoit qu'en lieu de vous
-ayder, elle s'efforçât ouvertement, ou soubz main, de vous nuyre,
-qu'elle vous donroit grande occasion de rechercher le Roy d'Espaigne,
-et de prendre party avecques luy; néantmoins que je ne pensois qu'il y
-eût, à présent, aultre chose, entre vous deux, sinon, possible, qu'il
-vous avoit demandé le passaige libre pour son armée, comme j'estimois
-qu'aussy avoit il faict à elle, et que, à mon advis, ny vous, ny elle,
-ne voudriés, en une si juste entreprinse, comme sembloit estre la
-sienne, le luy refuzer.
-
-Elle m'a réplicqué que, voyrement, luy avoit, le Sr de Sueneguen,
-depuis huict jours en çà, parlé du dict passage, et luy en avoit
-baillé lettre de son Maistre; et qu'elle luy avoit respondu qu'elle
-s'esbahyssoit par trop comme, en tant d'ouverte amityé, que le Roy
-d'Espaigne luy monstroit, il luy portoit une si occulte inimytié que
-d'entretenir et extipendier ses rebelles, en ses pays, et mesmes qu'il
-les retiroit près de luy, ainsy comme, à présent, elle entendoit qu'il
-avoit faict venir en Espaigne Wesmerland, Acres, Merley, et aultres,
-leurs semblables; et qu'elle me vouloit dire, en ung mot, qu'elle ne
-creignoit nullement le Roy d'Espaigne, et qu'elle avoit desjà pourveu
-qu'il ne luy peût, avec sa grande armée qu'il préparoit, ny avec ses
-nouvelles ligues, ny avec l'intelligence de ses rebelles, fère aulcun
-dommage.
-
-Dont j'entendz, Sire, qu'elle a mandé renforcer d'armes et
-d'artillerye, d'hommes et de monitions, toutz les forts, qui sont le
-long de la coste, et toutz les portz de ce royaulme, et ordonné de
-mettre en mer toutz ses grandz navyres, excepté seulement quatre; et
-qu'il en sortira six, devant le XVe de may, avitaillés pour deux moys,
-ainsy que desjà l'on faict venir trois mille marinyers pour mettre
-dessus; et, dans le Xe de juing, sortiront les aultres XVIII
-avitaillés pour ung moys; mais toutz extrêmement bien pourveus de
-toutes choses nécessayres pour ung combat. Néantmoins elle n'a ordonné
-encores, pour toute ceste dépence, que trente cinq mille escus,
-d'extraordinayre, là où il en fault quatre vingtz mille, si toutz les
-navyres sortent, oultre le coust des poudres. Et plusieurs
-particulliers, à la chaleur de cest armement, arment aussy en divers
-endroictz de ce royaulme. Ce qui semble requérir, Sire, que, le long
-de vostre coste, l'on soit adverty de mettre toutes choses en bon
-estat et de s'y tenir sur ses gardes.
-
-Au regard des choses d'Irlande, il semble que ceste princesse les
-veuille terminer par accord, et, à cest effect, elle a envoyé, ez
-archives de Windesor, fère chercher certaynes capitulations, faictes
-envyron l'an quarante cinq, par aulcuns principaulx O'Nels du pays,
-avec le feu Roy Henry, son père, affin de les renouveller avec eulx.
-
-Et quand aulx choses de France, le jeune La Moyssonnyère, normand,
-s'appreste, le plus secrettement qu'il peut, pour aller trouver le
-comte de Montgommery, avec quarante ou cinquante françoys qu'il
-ramasse par deçà. Et, au reste, il ne se remue rien, à présent, entre
-les Angloys, de ceste matyère, attandant que les nouvelles, qui
-viendront, tant de vostre court, que du costé des eslevez, leur
-monstrent comme s'y gouverner; dont je prie Dieu qu'elles soient
-sellon vostre desir. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXXe jour d'apvril 1574.
-
-
- _Par postille à la lettre précédente._
-
- Je viens, tout à ceste heure, d'estre adverty que, sur une
- dépesche, qui est arryvée du docteur Dayl, ceste princesse a
- prins une soubdayne résolution de vous envoyer, dans deux ou
- trois jours, ung gentilhomme. Je mettray peyne d'entendre, le
- plus avant que je pourray, de sa légation, affin de la vous
- mander; et ne le lerray partir, s'il m'est possible, sans
- l'accompaigner de l'ung des miens, tant pour l'observer que
- pour le fère bien recevoyr.
-
-
-
-
-CCCLXXIXe DÉPESCHE
-
---du IIIe jour de may 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran._)
-
- Audience.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle a résolu d'envoyer le
- capitaine Leython en France pour s'informer de la santé du roi,
- connaître le véritable état des choses, offrir sa médiation, et
- savoir les causes de la mise en arrêt du duc
- d'Alençon.--Efforts de l'ambassadeur pour retarder le départ du
- capitaine Leython.--Crainte que lui inspire cette
- mission.--Prière pour qu'un bon accueil soit fait à l'envoyé
- d'Élisabeth.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, suyvant ce que je vous ay mandé, par le postille de ma
-précédente, du dernier du passé, que ceste princesse avoit dellibéré
-d'envoyer ung gentilhomme devers Vostre Majesté, elle, premier que de
-le dépescher, a bien voulu m'en parler, et m'a envoyé prier que je la
-vînse trouver à Grenvich; auquel lieu, après aulcunes parolles de la
-diverse façon de ceste audience, en laquelle elle se trouvoit
-requérante, au lieu que j'avoys accoustumé tousjours de requérir, elle
-m'a dict:
-
-Qu'ayant considéré la diversité des choses qu'on mandoit de France,
-elle avoit escript à son ambassadeur qu'il fît dilligence de sçavoyr,
-le plus près qu'il pourroit, le vray estat d'icelles, affin qu'elle
-peût uzer, là dessus, vers Vostre Majesté, du debvoir, en quoy vostre
-commune confédération, et vostre mutuelle amityé, l'obligeoit; et
-qu'il luy avoit freschement escript qu'il avoit eu deux audiences de
-Voz Majestez Très Chrestiennes, et qu'encor que ne fussiés bien guéry
-de la fiebvre quarte, que néantmoins vous n'aviez layssé de bien fort
-bénignement l'ouyr, et pareillement la Royne, vostre mère, l'avoit
-escouté, aultant qu'il avoit voulu, et luy avoit amplement respondu;
-et que, de là et d'aulcuns aultres advertissementz, qu'on luy avoit
-donné, d'ailleurs, il l'avoit maintenant esclarcye, le plus qu'il
-avoit peu, comme le tout alloit, dont estimoit toucher maintenant à
-elle de vous envoyer visiter sur trois occasions:
-
-L'une, de vostre malladye, pour vous tesmoigner combien elle en avoit
-de déplaysir, et combien, de bon cueur, elle desiroit vostre santé;
-l'autre, sur les troubles de vostre royaulme, pour vous offrir ce
-qu'estimeriés qu'elle peût fère pour la conservation de vostre
-authorité, car elle seroit preste de vous y assister de toute sa
-puissance; et la troysiesme, pour se condouloir de ceste plus privée
-et domesticque calamité du souspeçon, qu'on vous avoit donné, de
-Monseigneur le Duc, vostre frère;
-
-Et que, sur ceste dernière, elle me vouloit dire librement que, si, en
-nulle des deux entreprinses, de St Germain, ny du boys de Vincennes,
-ny en nulle aultre occasion du monde, Mon dict Seigneur se trouvoit,
-peu ny prou, coupable vers la personne ny l'estat de Vostre Majesté,
-qu'elle protestoit de ne le voyr jamays, car elle n'avoit d'amityé
-avecques luy, qu'aultant que Vous mesmes et la Royne, vostre mère, y
-en aviez voulu mettre; et n'y en pouvoit jamays avoyr d'aultre que
-celle que vous y establiriés, parce qu'elle faysoit principalement
-estat de la vostre. Néantmoins, si les choses alloient ainsy, comme
-aulcuns disoient, que Mon dict Seigneur eût esté adverty, par des
-siens, de prendre garde à luy, parce qu'on vouloit attempter à sa
-personne, et que, sur cella, il eût pensé de se retirer en quelque
-lieu pour, de là en hors, fère entendre son faict à Vostre Majesté, et
-à là Royne, vostre mère; et que, pour ceste occasion seulement, vous
-fussiés entré en quelque deffiance de luy, qu'elle estimoit que, pour
-chose si légière, Vostre Majesté luy debvoit avoyr espargné l'escorne
-et l'escandalle de mettre en doubte qu'il ne vous ayt tousjours esté
-très fidelle et très obéyssant frère et subject; et qu'elle vouloit
-encores passer oultre, de tant que Vous et la Royne, vostre mère,
-l'aviez tant honnorée que de la rechercher d'alliance pour luy, et que
-luy mesmes s'estoit offert à elle, bien qu'ilz ne fussent, ny,
-possible, seroient jamais l'ung à l'autre; néantmoins y ayant, elle,
-faict desjà quelque responce, si, d'avanture, aulcuns particulliers
-s'estoient cependant ingérés de mener une si pernicieuse trame que de
-vous avoir faict mettre la main sur luy, en deffaveur du dict propos,
-et pour l'interrompre, qu'elle estimoit toucher, par trop, à son
-honneur, de s'en ressentir contre eulx, en toutes les façons qu'elle
-pourroit, et qu'indubitablement elle se mettroit en son debvoir de le
-fère; et que ces trois occasions l'avoient faicte résoudre de vous
-envoyer promptement le cappitaine Leython, espérant qu'auriés
-agréable, et prendriés de bonne part sa bonne et saincte intention;
-laquelle ne tendoit qu'à vostre honneur, et à l'honneur des vostres,
-et à vostre repos.
-
-Je luy ay respondu que je ne pouvois sinon beaucoup louer, et la
-remercyer infinyement du propos qu'elle me venoit de tenir, voyant la
-grande considération, qu'elle y avoit, de la santé de Vostre Majesté,
-du repos de vostre royaulme, et de l'union de Mon dict Seigneur le Duc
-à vostre parfaicte intelligence; et que sa légation là dessus ne
-pourroit estre sinon très honnorable pour, elle, et convenable au
-besoing qu'aviez d'estre, en ce temps, visité, conseillé et assisté
-des princes de vostre alliance; et que, pour le regard du dernier
-poinct, je luy avoys faict voyr ce que Mon dict Seigneur le Duc
-m'avoit luy mesme escript, du Xe du passé, comme il n'avoit eu, ny
-n'auroit jamays, aultre volonté que de se conformer, en tout et par
-tout, à la vostre; et que je la supplioys de ne vouloir penser
-aultrement de luy qu'ainsy que Vostre Majesté et la Royne, vostre
-mère, en avoient respondu à son ambassadeur; et que, si elle vouloit
-avoyr pacience de dépescher le dict cappitaine Leython, jusques à ce
-que j'eusse receu lettres de Vostre Majesté, je l'informerois si
-clèrement de la vérité de ce qui en estoit, qu'elle le pourroit, puis
-après, fère partir avec plus de fondement.
-
-Elle m'a réplicqué que les advertissementz, qu'elle avoit, n'estoient
-légiers, ny vains, et que pourtant elle ne vouloit plus temporiser là
-dessus, et si, vouloit que le dict Leython fût plus tost par dellà,
-qu'on ne sceût qu'elle le vous eût dépesché.
-
-J'ay adjouxté que je la supplioys donc de deux choses: c'est que je le
-peusse accompaigner d'ung mien gentilhomme, pour le fère traicter et
-bien recevoyr partout, et qu'elle le voulût adresser seulement à Voz
-Majestez, et le charger de ne fère, ny dire, ny uzer, en ce temps,
-sinon ainsi que luy ordonneriez.
-
-Elle m'a respondu qu'elle m'accordoit volontiers ce dernier, et mesmes
-de ne voyr poinct Mon dict Seigneur le Duc; s'il ne vous playsoit,
-mais qu'au reste il n'estoit poinct besoing de tant de traictement au
-dict Leython, et qu'elle vouloit qu'il y allât fort secrettement. Et
-puis a adjouxté certaynes plainctes d'aulcuns de leurs navyres
-marchandz, qui ont esté nouvellement assallis par des françoys, et du
-peu de justice qu'on leur administroit en France; ce qui animoit les
-Angloys de s'en vouloir revencher.
-
-A quoy je n'ay esté court de luy bien respondre que ceulx, qui
-faysoient l'injure et la violence, se pleignoient. Dont, Sire, ayant
-considéré le langage et les contenances de la dicte Dame, l'altération
-en quoy son ambassadeur, qui est par dellà, semble l'avoyr mise,
-l'estroite négociation que le Sr de Montleroy, venant de Ollande, a eu
-avec aulcuns de son conseil, premier que de se rembarquer pour la
-Rochelle, et l'advancement qui se met en l'accord des Pays Bas, je
-suis tombé en de nouvelles souspeçons; lesquelles il vous plerra
-entendre du Sr de Sabran, présent porteur, qui, pour en éviter encores
-de plus grandes, je l'ay bien voulu joindre au voyage du dict
-cappitaine Leython. Et sur ce, etc. Ce IIIe jour de may 1574.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, encor que le prétexte, que la Royne d'Angleterre prend,
-d'envoyer présentement Me Leython, cappitaine de Grènezay, devers Voz
-Majestez, soit sur une occasion si honneste et pleyne d'honneur que je
-n'ay ozé bonnement le luy contredire, si ay je essayé, par divers
-moyens, de l'en divertyr; ou aulmoins qu'elle voulût prolonger son
-partement, jusques à ce que j'aurois receu quelque pacquet de France,
-par où elle peût donner plus de fondement à ce voyage; mais il semble
-que le docteur Dayl la luy ayt baillée si chaude, qu'elle prend pour
-ung grand poinct d'honneur de ne temporizer en cella une seulle heure.
-Dont, de tant que plusieurs choses concourent maintenant avec ceste
-cy, je fay aulcunes conjectures là dessus qui ont beaucoup de
-vraysemblable; lesquelles le Sr de Sabran, qui va avec le dict
-Leython, vous dira; et je supplie très humblement Vostre Majesté de
-les considérer, et qu'au reste elle veuille fère bien recevoyr, et
-fère bien traicter et gratiffier le dict Me Leython, parce qu'il est
-tenu en quelque bon compte de sa Mestresse et en ceste court, et est
-parant, et bien fort favory, du comte de Lestre.
-
-J'ay admené beaucoup de raisons à la dicte Dame pour la persuader que,
-sans s'arrester à l'apparence des choses, qu'aulcuns qui, possible, ne
-les cognoissoient ny les entendoient, luy pourroient avoyr escripte,
-elle voulût demeurer ferme au bon propos dont Voz Majestez Très
-Chrestiennes l'avoient recherchée, et la recherchoient encores, plus
-que jamays, pour Monseigneur le Duc. A quoy elle m'a respondu qu'il
-falloit que le temps luy monstrât comme elle auroit à s'y conduyre, et
-qu'elle avoit à vous fère une querelle de ce que vous aviez
-aulcunement dissimulé à son ambassadeur la détention de Mon dict
-Seigneur le Duc.
-
-Et sur ce, etc. Ce IIIe jour de may 1574.
-
- Je vous suplie très humblement, Madame, de monstrer au dict
- Leython que Voz Majestez ont très bonne opinyon et grande
- confiance du comte de Lestre; car il importe de tout ce que
- pouvez desirer de ce royaulme, que le reteigniés en vostre
- dévotion, et est nécessayre que le gratiffiés de quelque
- honneste présent.
-
-
-
-
-CCCLXXXe DÉPESCHE
-
---du Xe jour de may 1574.--
-
-(_Envoyée jusques à la court par l'homme de Mr Brullard._)
-
- Audience.--Complot de Saint-Germain.--Arrestation de Coconas et
- de La Mole.--Dispositions prises par le roi pour rétablir la
- paix.--Justification du duc d'Alençon et du roi de
- Navarre.--Intercession d'Élisabeth en faveur de La
- Mole.--Déclaration concernant Montgommery.--Assurance donnée
- par l'ambassadeur à Élisabeth, que Mr de Montmorenci n'a pas
- trempé dans le complot.--Plaintes d'Élisabeth au sujet des
- prises faites sur les Anglais.--Nouvelle de l'arrestation de
- Mrs de Montmorenci et de Cossé.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, sur le retour de mon secrettère, je suis allé dire à la Royne
-d'Angleterre, qu'après avoyr longuement desiré sçavoyr de voz
-nouvelles et de celles de vostre santé, et de ce qui se faisoit près
-de Voz Majestez Très Chrestiennes, il vous avoit pleu m'en mander bien
-largement pour en fère bonne part à elle; et qu'en premier lieu, me
-commandiés de l'assurer de vostre convalescence et bon portement, et,
-après, de luy représanter fort expressément, le bien et consolation
-que, par aulcunes de mes lettres, et par des propos de son
-ambassadeur, vous aviez receu, ez présentz accidans de voz affères,
-d'avoyr comprins qu'elle en portoit peyne, comme si elle santoit du
-trouble aulx siens; et mesmement de ce qu'on luy avoit rapporté qu'il
-y avoit quelque chose meslé de Monseigneur, vostre frère, et
-pareillement des honnorables responces qu'elle m'avoit rendues, sur le
-faict du comte de Montgommery; qui estoient démonstrations que vous
-recognoissiés procéder d'une très bonne affection qu'elle vous
-portoit, et qui vous estoient si utilles et propres, en ce temps,
-qu'en nulle aultre sayson du monde, elle vous pourroit mieulx fère
-gouster le fruict, qui vous restoit, d'avoyr longuement entretenu une
-pure et ferme amityé avecques elle: dont l'en vouliés remercyer de
-tout vostre cueur, et la suppliés de croyre qu'elle n'employeroit
-jamays aulcune sorte d'honnesteté, ny de courtoysie, vers prince du
-monde, qui les receût avec plus de profonde recognoissance, que vous
-fesiés; qui vous assuriés qu'elle les accompagneroit toujours de
-semblables bons effectz, ainsy qu'elle ne debvoit fère aussy aulcun
-doubte de ne trouver une parfaicte correspondance en Vostre Majesté,
-sur toutz les affères et accidans qui luy pourroient jamays survenir;
-et que, pour ne luy celler rien de ce qui vous estoit advenu, vous me
-commandiés de luy en dire toutes les particullarités jusques à la plus
-moindre.
-
-Dont luy ay récité, Sire, le contenu de vostre lettre du XVIIe du
-passé,[1] en ce qui concernoit l'entreprinse de St Germain en Laye,
-qui avoit esté descouverte, et comme, depuis, l'on l'avoit volue
-exécuter, ou bien une semblable, au boys de Vincennes; à quoy vous
-aviez très bien remédyé, et comme aviez faict constituer prisonnier le
-comte de Couconnas, La Mole, et aultres, qu'on souspeçonnoit y avoyr
-tenu la main; lesquels aviés renvoyés à vostre parlement de Paris pour
-en fère justice; la volontayre confession, qu'ilz avoient faicte,
-d'avoyr voulu suborner Monseigneur le Duc, et le Roy de Navarre, et
-d'avoyr faict atiltrer chevaulx, avec le rendés vous, pour les
-substrère de court, et les desjoindre d'avec Voz Majestez Très
-Chrestiennes; la déclaration que Mon dict Seigneur le Duc, et le Roy
-de Navarre, s'appercevans de la tromperie qu'on leur avoit uzée, vous
-estoient venus fère, où n'aviez trouvé qu'une très honneste
-signiffication de n'avoyr, l'ung ny l'aultre, jamays eu aultre volonté
-que de suyvre entièrement la vostre; le poinct de la déposition du
-dict Couconnas, touchant le comte de Montgommery, et l'instance que
-vous faysiés là dessus à la dicte Dame d'y pourvoir; la retraicte du
-Prince de Condé vers Sedan, sur ung faulx donner entendre; et comme
-vous aviez envoyé après luy pour le bien informer, et le rappeller en
-la charge de son gouvernement; les nouvelles que Monsieur de
-Montpensier et monsieur de La Vauguyon, du costé de Poictou, et
-monsieur de Matignon, du costé de Normandye, et monsieur de La
-Vallete, du costé de Gascogne, vous avoient mandées, touchant les bons
-exploitz qu'ilz avoient exécutés contre les eslevez, lesquels vous
-estimiés que bientost seroient réduictz à ne mespriser poinct la paix,
-ainsy que vous dellibériés, plus que jamays, de la leur donner, et de
-l'establir en vostre royaulme, sellon qu'aviés envoyé la traicter et
-la conclurre près de monsieur le mareschal Danville, avec ceulx de
-Languedoc, par Mr de St Suplice et de Villeroy, et avec ceulx de
-Poictou et de la Rochelle par Mrs Strossy et Pinard; et que, à
-deffault qu'ilz ne la voulussent accepter, que vous fesiés tenir
-quatre mille reytres en vuartguelt, et une levée de six mille suysses
-toute preste pour les y contraindre.
-
-[1] Voir le _Supplément à la Correspondance Diplomatique de La Mothe
-Fénélon_. Cette lettre est inédite, elle ne se trouve pas dans la
-collection publiée par Le Laboureur.
-
-Et puis ay adjouxté, Sire, qu'encor que toutz ces affères vous
-pressassent beaucoup, et vous empêchassent de satisfère à ce qu'aviez
-mandé à la dicte Dame, de vouloir venir en Picardye, pour conduyre
-l'entrevue qu'elle vous avoit accordée, que néantmoins vous la
-suppliés, de bon cueur, qu'elle ne voulût en rien changer sa bonne
-dellibération, en cest endroict, tout ainsy que Vostre Majesté et la
-Royne, vostre mère, demeuriés très constantz et immobiles en
-l'affection d'estreindre, de plus en plus, par ce bon propos de
-mariage, et par tous les bons moyens qui se pourroient trouver au
-monde, une perdurable et inviolable amityé et alliance avec elle; et
-qu'aussytost que sentiriés ung peu de relasche en voz dicts affères,
-vous ne faudriés de vous acheminer à Bouloigne.
-
-De toutz lesquelz propos, Sire, la dicte Dame a monstré, par des
-parolles bien expresses, et par des contenances, qui m'ont semblé non
-feinctes, ny pleines d'artiffice, qu'elle en recevoit beaucoup d'ayse
-et de contantement; et m'a dict que de vostre convalescence, elle en
-avoit eu desjà advis, et en avoit remercyé Dieu, ainsy dévotement,
-comme elle debvoit, pour la conservation d'ung prince, à qui elle se
-trouvoit, par plusieurs grandes et bien expresses obligations
-d'amityé, fort estroictement unie; et que, de tant plus avoit elle
-agréable la confirmation, que je luy en apportois maintenant, qu'on
-luy avoit voulu imprimer beaucoup de doubtes de la qualité de vostre
-malladye, dont elle vous supplioit, de toute son affection, que
-voulussiez avoyr soing de vostre santé; qu'elle santoit ung très grand
-playsir que vous jugiés ainsy bien de ses déportementz vers voz
-affères, comme ilz estoient très parfaictement bons et droictz, et
-qu'il luy seroit faict un très grand tort de les souspeçonner
-aultrement, car juroit à Dieu qu'elle desiroit la conservation de
-vostre estat, de vostre authorité et de vostre grandeur, comme la
-sienne propre, ainsy qu'elle vous l'avoit envoyé tesmoigner par le
-cappitaine Leython, duquel elle espéroit que prendriés de bonne part
-tous les poinctz de sa légation;
-
-Qu'elle vous remercyoit très grandement de la communicquation, qu'il
-vous playsoit luy fère, de voz affères, laquelle elle prenoit pour ung
-très certain gage de la bonne intelligence que vouliés continuer avec
-elle; et qu'elle joignoit en cella les mouvementz de son affection à
-ceulx de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, pour se douloir
-de ce qui vous donroit affliction, et se resjouyr des choses qui
-succèderoient à vostre advantage; qu'elle confessoit avoyr porté
-beaucoup de peyne du bruict qu'on avoit faict courir de Monseigneur le
-Duc, car desiroit qu'ung tel prince, de qui vous meniés ung propos
-d'alliance avecques elle, fût exempt de toute apparance de chose qui
-peût toucher à sa réputation; ce qu'elle, à dire vray, vouloit bien
-examiner, car, non seulement le vouloit cognoistre exempt de coulpe,
-mais encores de toute souspeçon d'en avoyr; et que si, d'avanture, la
-chose alloit ainsy, qu'on l'eût adverty que quelques ungs vouloient
-attempter à sa personne, et qu'à ceste occasion il eût pensé de se
-retirer, non pour se joindre aulx eslevez, ny pour entreprendre rien
-contre vostre intention, car cella seroit inexcusable, mais pour
-pourvoir à luy, qu'il ne luy en debvoit estre rien imputé, non plus
-qu'à La Molle, si sa dellibération n'avoit tendu qu'à saulver la vye
-de son maistre, ainsy qu'elle le vous avoit faict remonstrer par son
-ambassadeur; et qu'elle vous prioit, d'ung cueur de bonne seur, de ne
-vouloir, à la persuasion et praticque de ceulx qui, possible, n'ont
-bonne intention à vostre grandeur, laysser oprimer la réputation de
-Mon dict Seigneur le Duc, ny la vye de son serviteur, si elle y
-attouchoit en rien;
-
-Et, quand à ce que le comte de Couconnas avoit dict du comte de
-Montgommery, elle me pouvoit dire, avec vérité, de n'avoyr entendu ung
-seul mot d'icelluy Montgommery, depuis sa folle entreprinse, et qu'il
-sentoit bien, où qu'il fût, qu'il l'avoit offancée, et qu'il n'avoit à
-demander ny espérer rien de ce royaulme; dont elle vous prioit, Sire,
-de vous en mettre en tout repos; qu'elle auroit grand playsir que
-donnissiés la paix, et ung honneste accommodement en la religion, à
-voz subjectz, affin de satisfère à vostre parolle, et divertyr les
-inconvénientz de ceste guerre, qui ne pourroient, sellon qu'elle les
-comprenoit, estre sinon bien grands et dangereux; et, en cas qu'ilz ne
-se voulusent contanter de la rayson, qu'elle louoit bien fort
-qu'eussiés faict une bonne provision de forces pour les y contreindre;
-en quoy elle vous offroit, de bon cueur, tout ce à quoy vous jugeriés
-bon et honneste de l'employer.
-
-J'ay mis peyne, Sire, de luy agréer, par toutes les bonnes parolles
-que j'ay peu, sa bonne et vertueuse responce, et, après aulcunes
-particullarités, je me suis arresté ung peu à luy dire, touchant
-Monseigneur le Duc et le Roy de Navarre, que Voz Majestez Très
-Chrestiennes les avoient trouvés si esloignés de toutes malles
-pensées, et avoyr l'intention et l'inclination si vertueuses et si
-généreuses, à tout ce qui estoit de leur debvoir et de leur honneur,
-envers Dieu et Vostre Majesté, que Vous, et la Royne, vostre mère, me
-mandiés que, pour vostre singullier contantement, vous n'y sçauriés
-desirer rien de plus, ny de mieulx, et qu'il n'y avoit jamays eu ung
-plus naturel amour, ny une plus parfaicte intelligence, entre vous,
-que mayntenant;
-
-Et, pour le regard de La Molle, que je luy voulois bien monstrer ce
-que la Royne m'en escripvoit, du XXVe du passé, dont luy ay leu la
-lettre.
-
-Et elle m'a dict qu'elle craignoit seulement le danger du serviteur,
-pour la réputation de Monseigneur; et m'a demandé comme il alloit de
-Monsieur de Montmorency.
-
-Je luy ay dict qu'il continuoit tousjours le debvoir d'ung grand et
-loyal, et très fidelle subject, vers Vostre Majesté, et que c'estoit
-luy qui, ayant examiné le faict, et cognu la grande tromperie qu'on
-avoit voulu uzer à Voz Majestez, et à ces jeunes princes, avoit jugé
-qu'il estoit besoing de chastiement; dont il tenoit son lieu près de
-Voz Majestez, avec plus de crédit et d'authorité que jamays.
-
-Et, sur la fin, la dicte Dame m'a comentée la pleincte de ses
-subjectz, touchant les prinses et otrages, que les Françoys leur
-faysoient sur mer, et du peu de justice qu'ilz trouvoient en France;
-et qu'elle vous supplyoit très cordiallement, Sire, d'y pourvoir,
-affin de fermer la bouche à aulcuns des siens, qui prenoient occasion,
-par là, de mal opiner sur l'entretènement de vostre mutuelle amityé.
-Sur quoy, luy ayant déduict plusieurs choses pour rejecter la coulpe
-sur elle, et sur les siens, ainsy qu'elle en a advoué une grande
-partie, elle m'a fort gracieusement licencié. Et sur ce, etc. Ce Xe
-jour de may 1574.
-
- Ce que dessus estoit bien advancé d'escripre, quand la
- dépesche de Vostre Majesté, du IIe du présent, est arrivée,
- laquelle satisfaict amplement, et par très bon ordre, à mes
- précédantes, et à plusieurs aultres choses qu'il estoit
- besoing que je sceusse; dont en iray entretenir, ung jour de
- ceste sepmayne, ceste princesse, et mettray peyne de la tenir
- tousjours la mieulx disposée, que je pourray, vers Vostre
- Majesté.
-
- Tout à ceste heure, me vient d'arryver une aultre dépesche, du
- IIIIe du présent, avec la nouvelle de la détention de
- messieurs de Montmorency et de Cossé. Je traicteray de l'une
- et de l'aultre avec la dicte Dame, et puis vous manderay ce
- qu'elle m'en aura dict.
-
-
-
-
-CCCLXXXIe DÉPESCHE
-
---du XVIe jour de may 1574.--
-
-(_Envoyée jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Changement apporté dans les bonnes dispositions des Anglais par
- les exécutions de Coconas et de La Mole, et l'arrestation de
- Mrs de Montmorenci et de Cossé.--Grands armemens faits en
- Angleterre, qui peuvent être dirigés contre la
- France.--Sollicitations de Montgommery pour avoir des
- secours.--Audience.--Mécontentement d'Élisabeth au sujet de
- l'exécution de La Mole.--Conseils qu'elle donne au
- roi.--Nouvelle proposition de l'entrevue, faite par
- l'ambassadeur.--Disposition d'Élisabeth à reprendre la
- négociation du mariage.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, devant le dixiesme de ce moys, je n'avoys poinct cognu que les
-Angloys eussent aulcune dellibération contre Vostre Majesté, ny pas
-une contre le repos de vostre royaulme, en faveur des eslevez; ains
-que toutz leurs appretz et appareils, tant par mer que par terre,
-s'adressoient contre l'armée d'Espaigne, à laquelle, nonobstant qu'ilz
-eussent accordé l'octroy du passage libre, et de pouvoir entrer dans
-les portz, et toutes aultres faveurs et rafraychissementz qu'elle
-voudroit demander, comme à flote d'amys et confédérez, la résolution
-estoit néantmoins prinse de luy oposer une aultre gagliarde armée, de
-toutz les grandz vaysseaulx de ceste princesse, et de plusieurs
-aultres particulliers, jusques au nombre de cent; non sans quelque
-secrette intelligence, avec le prince d'Orange et avec ceulx de la
-Rochelle, que, au cas qu'avec cent aultres bons navyres qu'ilz
-debvoient avoyr lors en mer (sçavoir le dict prince, soixante dix,
-pour sa part, et iceulx de la Rochelle trente, équippés aulx despens
-du contract de sel qu'ilz ont faict avec les Ollandoys), icelluy
-prince attachât le combat, qu'indubitablement il seroit assisté des
-Angloys. Et desjà estoit arresté que l'amyral mesmes d'Angleterre, et
-plusieurs gentilshommes de court, et aultres principaulx personnages
-du royaulme, yroient à l'entreprinse. Dont les six premiers
-vaysseaulx, avec deux mille cinq centz hommes, debvoient sortir, le
-XXe du présent, soubz la conduicte de milord Havart, et le reste de
-l'armée s'aller dresser, en la plus grande dilligence que fère se
-pourroit, à Porsemue, pour estre preste, ung peu avant la St Jehan.
-
-Mais aussytost que les deux évènementz, de l'exécution du comte de
-Couconnas et de La Molle, et puis de l'emprisonnement de MMrs les
-mareschaulx de Montmorency et de Cossé, ont esté rapportés icy, le Xe
-de ce moys, par le courrier de leur ambassadeur; à quoy ilz adjouxtent
-davantage que Mr le mareschal Dampville a esté aussy faict prisonnier
-à Narbonne, il n'est pas à croyre la mutation et changement de
-volontés qu'on a incontinent veu en ceste court. Et n'ay peu encores
-descouvrir, Sire, si, en leurs fréquentes et longues tenues de
-conseil, ilz ont rien ordonné contre ce qu'ilz avoient dellibéré
-auparavant, ny à quoy présentement ilz se résolvent; tant y a que je
-supplye très humblement Vostre Majesté de donner tout le meilleur
-ordre, qu'elle pourra, aulx portz et places qui regardent
-l'Angleterre; car, là où auparavant je n'entendoys, de toutes partz,
-icy, que bonnes parolles de paix avecques la France, maintenant l'on
-m'en rapporte, à toute heure, de bien contrayres. Et je sçay bien que
-ceulx cy n'ont faute d'inclination à la cause des eslevez, et si, sont
-si picqués de l'exécution de ces deux gentilshommes, et de la
-détention des aultres trois seigneurs, croyant fermement que cella a
-esté conduict par la menée du party, qu'ilz estiment estre leur
-adversayre, que je ne fay doubte que Vostre Majesté n'ayt à sentir, ou
-ouvertement, ou soubz main, de la contradiction, de ce royaulme, avant
-la fin de l'esté; bien que je m'y opposeray le plus qu'il me sera
-possible.
-
-Et suyvant ce qu'il vous a pleu me commander, Sire, que je advertisse
-les gouverneurs, mes voysins, de ce que je pourrois descouvrir qui
-leur importeroit, j'ay desjà escript, de ma main, à Mr de Calliac une
-entreprinse qu'on avoit sur Bolloigne, laquelle a esté offerte au
-prince d'Orange, qui, sellon qu'on m'a dict, l'a refuzée; et depuis,
-celluy, qui l'a mené, a esté icy, et a parlé à ceulx de ce conseil.
-Aussy a parlé à eulx ung, qu'on nomme Lelua, homme de peu d'apparance
-et de petite qualité, qui dit estre envoyé de la part du Prince de
-Condé, pour encourager à la guerre les françoys qui sont par deçà, et
-les assurer que, dans le prochain moys de juillet, il sera avec une
-armée bien près de Paris.
-
-Et le comte de Montgommery a escript, de son costé, en ceste court,
-conformément à ce que m'avez mandé de luy, qu'il estoit sorty de St
-Lo; mais dict que c'est avec trois centz chevaulx, et ce, à deux fins:
-l'une, pour soulager les vivres et monitions de la place, et l'autre
-pour assembler des forces, affin d'aller lever Mr de Matignon de
-devant le dict St Lo, ainsy qu'il l'a levé, luy, de devant Valoignes;
-mais aulcuns présument qu'il l'a faict pour ne se vouloir enfermer, et
-pour munir, le mieulx qu'il pourra, Quarantan, qui est ung lieu sur la
-mer, affin de s'en pouvoir rettirer quand il voudra. Et cependant il
-sollicite avec très grande instance ceulx qui ont, icy, affection à
-son entreprinse, de l'aller trouver bientost, ou bien de luy envoyer
-ung bien prompt secours, dont j'entendz que le jeune La Moyssonnyère,
-qui se faict nommer le cappitaine Mondurant, s'est desjà secrettement
-appresté, avec soixante ou quatre vingts françoys, pour s'y acheminer,
-à la file.
-
-Et d'ailleurs j'ay aulcunement suspect cest armement des Angloys,
-parce que aulcuns des parans et amys du dict Montgommery vont dessus:
-ce qui me faict, de rechef, suplier très humblement Vostre Majesté de
-fère réytérer, tout le long de la coste, l'advertissement de s'y tenir
-sur ses gardes, et envoyer ung peu de renfort de gens de guerre
-partout; bien qu'à dire vray, Sire, ceste princesse ne m'a encores
-faict démonstration, ny déclaration aulcune, que je puisse ny doibve
-sinon interpréter en très bonne part; car m'ayant assigné l'audience à
-jeudi dernier, et se trouvant, d'avanture, pressée de beaucoup
-d'aultres affères, elle me dépescha ung de ses valletz de chambre pour
-me pryer que je voulusse avoyr pacience jusques au deuxiesme jour
-ensuyvant; mais, comme le messager me fallit, j'arrivay lorsqu'elle
-n'y pensoit pas. Néantmoins elle ne voulut que je m'en retournasse
-sans la voyr, dont supercéda ses aultres affères, et m'ouyt fort
-volontiers.
-
-A laquelle je récitay, par le menu, la teneur des deux dépesches de
-Vostre Majesté, du IIe et IIIe du présent, sur lesquelles je confesse
-librement qu'elle monstra de ne rester guyères contente, ny de
-l'exécution des deux premiers, ny de la prison des deux seconds; mais
-elle fit bien une grande allégresse de l'amandement qu'aviez senty en
-vostre mal, et de l'espérance qu'aviez de vostre prochaine et
-parfaicte guérison, pour laquelle elle vous prioit de croyre qu'elle
-faysoit continuelles prières à Dieu, aussy dévotement comme pour la
-conservation de sa propre vye.
-
-Et s'est mise à discourir qu'elle creignoit bien fort que, par les
-aguetz et artiffices d'aulcuns, qui avoient faict de grands dessings
-sur vostre malladye, Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, ne vous
-layssissiés conduyre à jouer vous mesmes, contre vostre propre repos,
-et seureté, ces divers roolles qu'aviez commancé en vostre mayson, car
-elle le conjecturoit ainsy sur aulcunes dilligences, qu'on luy avoit
-mandé, qui s'estoient faictes en Allemaigne, et qu'elle desireroit, de
-bon cueur, pouvoir estre quelques heures près de Voz Majestez, pour
-vous dire librement ce que, possible, vous ne sçavez, ny nul vous
-l'ozoit dire; et que, d'une chose avoit elle à se plaindre grandement
-de vous deux, touchant l'exécution de La Molle, et en faysoit plus de
-tort à la Royne que non pas à vous, car, principallement, elle s'en
-estoit addressée à elle pour la prier qu'elle voulût considérer, en
-cella, l'honneur de son filz, lequel elle luy proposoit pour mary;
-dont elle pensoit avoyr aulmoins impétré que, quand le procès seroit
-parachevé, la communicquation luy en seroit sommayrement faicte,
-premier que de passer à l'exécution, ainsy que son ambassadeur le luy
-avoit escript; et la lettre, que je luy avoys faicte voyr, de la
-Royne, sembloit parler en ce sens; mais que toutes ses prières et
-remonstrances n'avoient peu gaigner une heure de temps en cella, dont
-elle voyoit bien que son crédit devers Voz Majestez estoit par trop
-petit; et néantmoins qu'elle n'attandoit sinon une pareille
-précipitation de jugement contre les aultres deux prisonniers, par la
-dilligence de leurs adversayres, qui vous vouloient fère ruyner ce
-party, affin que le leur se trouvât seul, et supérieur, et nullement
-contredict en vostre royaulme; ce qu'elle n'estimoit estre la seureté
-de Voz Majestez.
-
-Néantmoins, puisque, ny ce qu'elle vous pourroit donner de conseil, ny
-de consolation, ny d'assistance, en voz présentz affères, pouvoit
-estre bien prins, ny tenu en grand compte, elle s'en déporteroit, et
-recourroit à prier Dieu pour vous, qu'il voulût bien conduyre voz
-affères, et donner à elle le sens de conduyre bien les siens par deçà
-la mer, adjouxtant plusieurs aultres choses en termes fort exprès,
-tant des personnes que des évènementz passés, et de ceulx qu'elle
-crainct à l'advenir; et avec tant d'apparance d'affection que j'ay
-esté contrainct de luy réplicquer:
-
-Que je la supplioys de se souvenir que, en toutes grandes et
-excellantes qualités de bonne seur, elle estoit germayne de Vostre
-Majesté, et, comme telle, il falloit qu'elle jugeât ceste matière
-d'estat, et non sellon le discours de ces passionnez, que je
-cognoissois bien, qui avoient parlé à elle; et qu'elle debvoit penser
-de ne pouvoir avoyr amityé en France qui luy sceût estre utile, ny
-inimityé qui luy peût estre dommageable, que aultant qu'elle se feroit
-proprement amye ou ennemye de Vostre Majesté, et non de quel qui fût
-de voz subjectz; et que je ne voulois rien dire contre le comte de
-Couconnas et La Molle, qu'aultant que Vostre Majesté m'en avoit
-escript, suyvant leur condempnation par arrest de vostre parlement, ny
-de MMrs les mareschaulx de Montmorency et de Cossé, sinon qu'ilz
-avoient esté tenus, jusques icy, pour fort honnorables, fort prudentz
-et fort loyaulx conseillers et subjectz; desquelz néantmoins la
-réputation, sur l'examen de leurs faictz, ne pourroit estre aultre que
-celle que vous en aurez; et que je la supplioys qu'en lieu de se
-courroucer, elle se voulût condouloyr, avecques vous, de la violence
-qu'elle jugeoit bien que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère,
-aviez souffert en vous mesmes, premier que de la fère à ces deux
-personnages, lorsqu'aviés esté contrainct de mettre la main sur eulx;
-et que vous en souffriés encores plus, à ceste heure, en les gardant
-en prison, que eulx d'y estre gardés;
-
-Et qu'au reste, de plusieurs grands ennuys, qui vous venoient de ces
-accidantz, celluy estoit très grand, que vous vous trouviés contrainct
-de différer, pour quelques jours, vostre voyage de Bolloigne; lequel
-néantmoins vous proposiés plus fermement que jamays d'accomplir,
-aussytost qu'auriés ung peu accommodé voz affères, affin de conduyre
-l'entrevue, puisque l'affère n'estoit plus accroché qu'à ceste seule
-difficulté: qu'elle peût avoyr agréable la personne, sellon que ne
-desiriés rien tant au monde que de vous conjoindre en une perpétuelle
-confédération et alliance avec elle et avec sa couronne, par le moyen
-de ce mariage;
-
-Et sur ce qu'elle avoit craint que Monseigneur le Duc fût en maulvaise
-intelligence avec Voz Majestez, auquel cas, elle disoit de ne pouvoir
-jamays plus avoyr si bonne opinion de luy comme auparavant, que
-j'avoys commandement de luy respondre, encores une foys, ce que la
-Royne Mère en avoit respondu à son ambassadeur, et ce que je avoys eu
-charge de luy en dire, icy, à elle: que vous l'aviez trouvé si
-esloigné de cella, et avoyr l'inclination si droicte et si vertueuse,
-à tout ce qui estoit de son debvoir vers Dieu et Vostre Majesté, et
-vers la Royne, sa mère, que toutz deux n'y pouviés desirer rien de
-plus, ny de mieulx, pour vostre parfaict contantement; et luy aviez
-trouvé ung desir qui tendoit tant à acquérir honneur, avec dignité et
-réputation, sans blasme, que vous pouviés dire qu'il avoit le cueur
-aultant généreulx et royal que prince qui fût au monde.
-
-Elle m'a respondu que je me gardasse bien d'avoyr si maulvayse opinion
-d'elle, qu'elle eût emprunpté ce qu'elle m'avoit dict du discours de
-pas ung des siens; ains qu'elle l'avoit prins de la vraye bonne
-affection qu'elle portoit à Vostre Majesté, et qu'elle prioit Dieu
-qu'elle eût veu plus de mal en ces accidantz, que vous n'en y eussiés,
-puis après ce, trouvé; et que, de vostre voyage, de Bolloigne, elle
-pouvoit bien présumer que les ennemys du propos, lesquelz vous
-sçavoient bien tirer ailleurs, vous pourroient bien divertyr d'y
-venir, mais qu'elle remettoit cella à Dieu; seulement me vouloit dire,
-et me l'a dict en riant, qu'elle estoit d'assez bon lieu pour avoyr
-ung prince libre à mary, et qu'elle n'en vouloit poinct de pire
-condicion.
-
-Et ainsy, après plusieurs devis, dont les aulcuns ont esté proférés
-d'affection, et les aultres ont esté assez gracieulx, je me suis, pour
-ceste foys, licencié d'elle.
-
-Et sur ce, etc. Ce XVIe jour de may 1574.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, en une partie de la lettre que je fay présentement au Roy, je
-y mectz les advis que j'ay à mander à Voz Majestez, et, en l'aultre,
-je y touche les propos que ceste princesse m'a ceste foys tenus,
-laquelle m'a fort prié de vous représanter, le plus vifvement que je
-pourrois, la juste occasion, qu'elle avoit, de se tenir pour offancée
-que n'eussiés voulu avoyr quelque esgard à ce qu'elle vous avoit faict
-dire et remonstrer pour La Molle et Couconnas, qui pourtant n'estoit
-chose qui touchât à elle, ains proprement à l'honneur de vostre filz
-et par conséquent au vostre. Sur quoy, après l'avoyr layssée ung peu
-eslargir en sa collère, je me suis vifvement opposé à la pluspart de
-son discours, et en sommes venus en une contestation non petite; mais
-encor que je sçay bien que la rayson a esté de mon costé, elle, comme
-grande Royne, ne s'est volue laysser vaincre, jusques à ce que je luy
-ay dict que je m'assuroys que Vostre Majesté luy feroit cognoistre que
-l'exécution, dont elle se pleignoit, de ces deux gentilshommes, estoit
-très juste, et n'avoit peu estre plus longtemps différée; et qu'il
-faudroit qu'elle prînt rayson en payement. Ce qu'elle, à la fin, a
-accepté. Et puis, j'ay suivy à luy dire que je vous escriprois
-ardiment que j'avoys facillement recueilly, du propos et des
-contenances d'elle, qu'elle n'avoit nulle malle impression de
-Monseigneur le Duc, vostre filz.
-
-Elle m'a respondu qu'elle ne vouloit estre si ingrate que d'avoyr en
-mauvayse estime ung prince, qui monstroit de l'avoyr bonne d'elle;
-mais que je vous disse ardiment, et s'est mise à soubrire, qu'elle ne
-prendroit poinct de mary, les fers aulx pieds. Et, pour ceste foys, je
-n'ay peu tirer aultre chose d'elle sinon qu'elle verra ce que le
-cappitaine Leython luy rapportera de la part de Voz Majestez.
-
-Au surplus, Madame, je me suis beaucoup consolé de ce que, en me
-commandant, par vostre lettre du IIe de ce moys, d'avoir encores ung
-peu de pacience jusques à ce que ces présentz affères soient ung petit
-remis, il vous plaist m'assurer, qu'aussytost qu'ils le seront, Vostre
-Majesté mesmes me moyennera mon congé, et fera que le Roy, qui monstre
-estre bien contant de mon service, m'uzera quelque digne récompense.
-Je remercye très humblement Vostre Majesté de l'une et de l'aultre
-promesse, et, comme ayant besoing de toutes les deux, je les accepte
-et supplie très humblement Vostre Majesté les accomplir, et qu'il luy
-playse se souvenir que nul gentilhomme, de toutz ceulx qui sont au
-service de Voz Majestez, a esté plus longuement continué, et sollicité
-au travail, que moy, ny plus longtemps oblié à la récompense; et que
-beaucoup de nécessitez me pressent, à ceste heure, de ne pouvoir plus
-attandre. Dont, entre aultres, je vous puis assurer, Madame, avecques
-vérité, que la cherté est si extrême, icy, que, depuis ung an, toutes
-provisions sont enchéries par moytié, et quelques unes excèdent le
-double, de sorte qu'il s'en fault par trop que l'estat ordinayre
-d'ambassadeur y puisse suffire. A quoy je supplye très humblement
-Vostre Majesté y fère avoyr de l'esgard, et qu'il ne me soit faict
-tant de tort que de me oster, ou retarder, les gages de la chambre et
-la pension de douze centz livres: car, avec les autres pertes que j'ay
-faictes, ce seroit me conduyre à mendicité, dont j'espère que Vostre
-Majesté m'en préservera. Et sur ce, etc.
-
- Ce XVIe jour de may 1574.
-
-
-
-
-CCCLXXXIIe DÉPESCHE
-
---du XXIIIe jour de may 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Audience.--Plainte contre une expédition préparée par le
- capitaine Montdurant.--Assurance de la reine qu'elle en
- arrêtera le départ.--Continuation des armemens.--Nouvelles
- instructions données au capitaine Leython.--Nouvelles de Marie
- Stuart.--Plaintes des Anglais à raison des
- prises.--Sollicitations de l'ambassadeur pour obtenir la juste
- récompense de ses services.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, estant adverty que le cappitaine Montdurant, avec envyron
-quatrevingtz soldatz, qu'il a ramassez icy, s'en alloit trouver la
-comtesse de Montgommery vers Hamptonne, en intention de s'embarquer au
-dict lieu, pour passer aulx isles de Gerzey et de Grènesey, et, des
-dictes isles, aller descendre en celle poincte de Normandye, qui est
-près de Carantan, pour se joindre au comte de Montgommery, ou bien
-pour tenter luy mesmes quelque entreprinse par dellà, je suis allé
-remonstrer à la Royne d'Angleterre que, de tant que je ne résidois
-près d'elle que pour y estre procureur et directeur du bien de
-l'amityé qu'elle vous avoit jurée, et pour divertyr le mal qui
-pourroit naystre de quelque altération si, d'avanture, elle y
-survenoit, je la voulois bien supplyer de fère en sorte qu'on ne peût
-dire que, de la ville capitalle de son royaulme, et de ses portz et
-isles, fût party ung équipage pour vous aller fère la guerre; et
-qu'elle deffendît que la folle entreprinse du comte de Montgommery
-n'eust poinct de suite, d'icy, affin qu'on cognût, à bon escient,
-qu'elle n'en avoit poinct prins le commancement; et qu'il ne pourroit
-rien advenir de plus répugnant à la ligue et confédération, qu'elle
-vous avoit jurée, ny rien de plus contrayre aulx promesses et offres
-honnorables, qu'elle vous avoit rescentement faictes, que si elle
-n'empeschoit le voyage du dict cappitayne Montdurant; et que pourtant
-elle voulût, par ceste petite chose, esclarcyr le monde comme elle
-dellibéroit procéder dorsenavant vers vous, et comme vous auriés à
-juger, cy après, de ses intentions.
-
-La dicte Dame, d'une fort franche volonté, et sans aulcune remise, m'a
-respondu qu'elle le feroit, et a prins incontinent le nom du
-cappitayne pour envoyer empescher son embarquement. Et m'a dict,
-davantage, qu'ayant sceu que quelques ungs avoient achepté des
-pouldres pour envoyer en France, qu'elle avoit mandé les retenir pour
-elle, et les avoit payées et faictes mettre dans la Tour; et qu'elle
-espéroit vous fère cognoistre qu'elle avoit Dieu et son sèrement, et
-le debvoir de l'amityé, qu'elle vous avoit promise, devant les yeulx.
-Et si, m'a touché, en termes couvertz, quelque particullarité de
-l'armement de ses navyres pour me fère comprendre qu'elle les dressoit
-contre l'armée d'Espaigne; mais je n'ay faict semblant de l'entendre,
-car je m'attandz, Sire, que, sur l'advis que je vous en ay donné,
-Vostre Majesté me commandera d'en parler ouvertement à la dicte Dame,
-affin de tirer d'elle, là dessus, la plus expresse déclaration que je
-pourray.
-
-Les six premiers navyres de son dict armement sortiront à la fin de ce
-moys, et non plus tost, et les aultres, puis après, s'yront
-conduysant, tout à loysir, à Porsemmue, où desjà l'on prépare les
-vivres, le biscuit, la cher, et aultres provisions, pour les
-avitailler; et le comte de Bethfort part bientost pour aller donner
-ordre, en Cornoialle et Dauncher, que les mariniers et gens de guerre,
-qu'il faudra mettre dessus, se trouvent prestz. Néantmoins je sentz
-bien que les évènementz de France font que ceulx cy traictent plus
-gracieusement avec le Roy d'Espaigne qu'ilz ne faysoient auparavant,
-et qu'il semble qu'ilz entreront en beaucoup de modération avecques
-luy, ainsy que luy, de son costé, les en recherche; et que
-difficillement se garderont ilz qu'ils n'employent, en une façon ou
-aultre, quelque partie de leur armement en faveur des eslevez de
-vostre royaulme, bien que je ne cesseray de m'y oposer tousjours,
-autant qu'il me sera possible.
-
-L'on a envoyé nouvelle instruction au cappitayne Leython, depuis
-l'exécution du comte de Couconnas et de La Molle, et depuis
-l'emprisonnement de messieurs les Mareschaulx; dont j'estime qu'il
-parlera en toute aultre façon à Vostre Majesté qu'on ne le luy avoit
-commandé, à son partement. Néantmoins je desire qu'il vous playse le
-renvoyer bien contant, et mander, par luy, beaucoup d'honnestes
-satisfactions à la Royne, sa Mestresse, et pareillement à ses deux
-conseillers.
-
-Elle est après à dépescher quelque personnage, et croy que ce sera
-Quillegreu, eu Escosse, devers le comte de Morthon, par prétexte de
-traicter de certains désordres qui sont nays en la frontyère; mais je
-croy que c'est pour conférer avecques luy sur le passage de l'armée
-d'Espaigne. Je ne vous toucheray rien, icy, des nouvelles du dict
-pays, parce que le sieur de Molins, qui en vient tout freschement,
-vous en aura donné bon compte. La Royne d'Escosse, vostre belle soeur,
-se porte bien, et, hier, je présentay, de sa part, une basquinne de
-satin incarnat, à ouvrage d'argent, fort menu, et tout tissu de sa
-main, à la Royne d'Angleterre, laquelle a eu très agréable le présent,
-et l'a trouvé fort beau, et l'a prisé beaucoup, et m'a semblé que je
-l'ay trouvée fort modérée vers elle. J'ay, icy, des lettres que la
-dicte Royne, vostre belle seur, escript à Voz Majestez, mais je n'ay
-encores congé de les vous envoyer. Ce sera par Halley, son vallet de
-chambre, qui est icy, l'ung de voz chevaulcheurs d'escuyerie, lequel
-les attand. Et semble qu'il n'y aura rien de mal que Voz Majestez luy
-respondent quelquefoys; car ceulx cy voyent bien passer ordinayrement
-des lettres d'elle, qui vous vont provoquant et obligeant de luy
-respondre.
-
-J'ay tant faict que sir Artus Chambernon s'est contanté de me bailler
-ses procurations pour les fère tenir à l'ambassadeur d'Angleterre, et
-promect de se monstrer, en sa charge, aultant vostre serviteur qu'il
-luy sera possible, n'ayant voulu permettre que son filz soit allé
-trouver le comte de Montgommery, son beau père. Il vous plerra, Sire,
-luy fère avoyr quelque bonne provision de justice sur les biens du
-dict de Montgommery, pour la dot de sa belle fille.
-
-Ceulx cy me rengrègent, plus que jamays, la pleincte des prinses, et
-le manquement de justice en France; dont y en a aulcuns, dans ce
-conseil, qui, par deux et trois foys, ont pressé ceste princesse de
-permettre à ses subjectz d'armer pour en avoyr la revenche, et
-mesmement contre deux navyres de Vostre Majesté, qui s'appellent,
-l'ung le Prince et l'aultre l'Ours, lesquels, depuis naguyères, ont
-faict plusieurs prinses, et icelles, avec grande violence et meurtre,
-sur les Angloys; dont je vous supplie très humblement, Sire, y vouloir
-pourvoir.
-
-Et pour la fin, je remercyeray très humblement Vostre Majesté des
-favorables responces qu'il vous a pleu fère à celluy des miens qui
-vous a parlé de celle petite abbaye de Néelle, que ung mien frère, qui
-naguyères a esté tué dans Sarlat, me tenoit, et qui vous a présenté
-aussy ung placet pour mes gages de la chambre, et pour la petite
-pencion de douze centz livres qu'il plaist à Vostre Majesté me donner;
-qui sont choses raysonnables et sur lesquelles je ne veux sinon très
-bien espérer de Vostre Majesté, parce qu'elle ne voudra jamays oublier
-ny mon long service ny ma fidellité, ny me laysser tomber en l'extrême
-pouvreté, où je serois réduict, si elle n'avoit souvenance, à ceste
-procheyne distribution, de m'accomplir la libéralité de quelque
-bienfaict, selon que, longtemps y a, il luy a pleu me la promettre,
-et laquelle j'ay plus longuement attandue que nul aultre gentilhomme
-qui soit à son service; et, tout ensemble, me récompenser de la perte
-que je fay, estant icy, de celle petite abbaye de Néelle que
-Monseigneur le Duc a donnée à ung de ses secrettères, qui m'estoit
-venue, par résignation, d'ung de mes parantz; et avoyr esgard, Sire,
-touchant ma pencion, et gages, que la cherté est si extrême et
-insupportable en ce lieu, où Vostre Majesté me détient plus longtemps
-et plus extraordinayrement qu'il n'a jamais faict nul aultre
-ambassadeur, que l'estat qu'elle m'y donne n'y peut de beaucoup
-suffire. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXIIIe jour de may 1574.
-
-
-
-
-CCCLXXXIIIe DÉPESCHE
-
---du XXIXe jour de may 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Hallay._)
-
- Assurance que les armemens d'Angleterre sont dirigés contre
- l'Espagne.--Nécessité de se tenir cependant sur ses gardes en
- France.--Nouvelles d'Allemagne et d'Écosse.--Instances de
- Montgommerry auprès des Anglais.--Avis donné par l'ambassadeur
- aux gouverneurs des côtes de l'expédition du capitaine
- Montdurant.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, je ne puis encores descouvrir que, en toutes ces longues
-assemblées de conseil, que ceulx cy ont quasy toutz les jours tenues,
-depuis ung moys en ça, il y ayt esté rien déterminé contre Vostre
-Majesté; ains mes advis se rapportent qu'ilz ont dressé leurs
-délibérations à ordonner, comme ils pourront, par leur appareil de
-mer, lequel ilz préparent tousjours, bien résister à l'entreprinse
-qu'ilz se persuadent que le Roy Catholique a sur ce royaulme ou bien
-sur l'Irlande, et comme, sans commancer aulcune infraction de paix, de
-leur costé, ilz rendront inutilles les efforts de l'armée qui s'attand
-d'Espaigne, au cas qu'elle essaye rien sur eulx; et de faict, les
-parolles de ceste princesse, et de ceulx qui guident plus ses
-intentions, tendent à me fère bien espérer de leurs déportementz pour
-Vostre Majesté; et mesmes ont escript aulx portz de ne laysser sortir,
-avec armes, ceulx qui s'acheminoient vers le comte de Montgommery.
-Néantmoins, pour la façon de laquelle j'entendz qu'ilz parlent des
-évènementz de France, qui ne se peuvent tenir qu'ilz ne supportent
-tousjours la cause des eslevez, et qu'ilz ne desirent bien fort qu'ilz
-ne soient poinct opprimés, et admettent ordinayrement leurs agentz à
-traicter de leurs affères avec eulx; et que, parmy aulcuns de ceulx
-qui s'apprestent pour aller sur leurs grands navyres, il court ung
-bruict sourt qu'ilz feront quelque descente en Normandye ou en
-Guyenne; je me résouls, d'ung costé, Sire, de retenir ceste princesse,
-aultant que je pourray, en vostre dévotion, et de divertyr, s'il est
-possible, qu'il ne vous viegne nul mal d'elle ny des siens, ou le
-moins que fère se pourra, et vous supplyer très humblement, de
-l'aultre, que vous ne layssiés, pour cella, de vous pourvoir contre
-leur armement, comme contre suspectz amys, ou bien contre couvertz
-ennemys, affin qu'ilz ne vous puissent uzer de surprinse. Dont, de
-jour en jour, je ne faudray de vous escripre ce que je pourray
-approfondir davantage de leurs dellibérations, desquelles, sellon
-qu'au retour du cappitayne Leython ilz se trouveront bien ou mal
-satisfaictz de sa légation, j'en pourray, lors, plus certeynement
-juger.
-
-Il leur est arrivé, depuis trois jours, ung Courier d'Allemagne,
-dépesché par ung, leur agent, qui se tient à Franckfort, et, soubdain
-le conseil s'est assemblé là dessus; où j'entendz qu'il a esté résolu
-que promptement seront envoyés cinquante mille escuz en Hambourg et à
-Colloigne, pour estre remis à ung Jehan Lith, facteur de Me Grassen,
-auquel sera mandé comme et à qui il les faudra distribuer. Et parce
-qu'on y employe quelque forme de crédict d'Anvers, il semble que ce
-soit plustost une provision pour le prince d'Orange, que non une
-emplète contre Vostre Majesté; mais, de tant qu'on dict que Me
-Randolphe sera bientost dépesché devers les princes protestantz, je
-vous supplie très humblement, Sire, ordonner quelqu'ung qui le sache
-bien observer de dellà.
-
-Me Quillegreu est commandé de se tenir prest pour aller en Escosse, et
-j'entendz que c'est pour une praticque qu'on a descouvert que quelques
-seigneurs du pays menoient pour restablir l'authorité de la Royne
-d'Escoce. Il va voyr ce qui en est, et va traicter avec le comte de
-Morthon du passage de l'armée d'Espaigne, et comme il aura à s'en
-gouverner.
-
-Le comte de Montgommery avoit envoyé, icy, ung des siens, nommé
-Lafouloyne, pour luy admener des soldatz, et luy procurer quelques
-secours; mais il s'en est retourné aujourdhuy, fort mal accompaigné,
-n'ayant peu praticquer, en ceste ville, que six ou sept hommes. J'ay
-adverty Mr de Sigoignes de la dellibération, que le cappitayne
-Montdurant a faicte, de descendre près de Carantan, avec les quatre
-vingtz soldatz qu'il a ramassés par deçà; dont je m'assure qu'il en
-advertyra Mr de Matignon pour y pourvoir, et pareillement Mr de la
-Melleraye, au cas qu'il s'efforçât de descendre ailleurs. Sur ce, etc.
-
- Ce XXIXe jour de may 1574.
-
-
-
-
-CCCLXXXIVe DÉPESCHE
-
---du IIIIe jour de juing 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Armemens maritimes faits par Me Grinvil.--Assurance qu'ils sont
- destinés pour l'Irlande et pour un voyage de
- découverte.--Résolution des Anglais de se joindre aux vaisseaux
- du prince d'Orange et de la Rochelle pour combattre la flotte
- d'Espagne.--Avis donné par l'ambassadeur d'un coup de main qui
- doit s'exécuter en France.--Nécessité d'exercer une active
- surveillance auprès du roi et des princes.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, estant adverty que, oultre l'armement des grandz navyres de
-ceste princesse, lequel va tousjours en avant, ung particullier de ce
-royaulme, nommé Grinvil, gentilhomme tenu en très bon compte en ceste
-court, et qui, dès l'entrée de l'hyver, a commancé de mettre sept bons
-navyres en équippage de guerre, avecques voix de vouloir aller
-descouvrir quelque destroict vers le North, ayant layssé passer la
-sayson d'un tel voyage, ne laysse pourtant de se préparer, à ceste
-heure, en toute dilligence, pour s'aller mettre sur mer avec les
-susdictz sept navyres et encor trois davantage, qu'il y a joinctz de
-nouveau; et qu'il s'est desja expédié de court pour aller fère son
-embarquement, en divers endroictz, sellon que ses susdictz navyres
-sont distribués en divers portz de ce royaulme, où plusieurs
-gentilshommes vont estre de la partye, et des soldatz ou mariniers,
-jusques au nombre de quinze centz hommes, en tout, j'ay eu le dict
-appareil pour bien fort suspect; de tant mesmement qu'on m'a dict
-qu'icelluy Grinvil a associé avecques luy le sir Artus Chambernon.
-Dont j'ay incontinent envoyé rechercher bien curieusement, par toutz
-mes advis, où se pouvoit addresser cette entreprinse. Et voicy, Sire,
-ce qu'on m'en a rapporté:
-
-Que le dict Grinvil, ayant longtemps sollicité la permission de
-pouvoir aller fère ceste descouverte, qu'il a en main, et en ayant,
-jusques à ceste heure, esté empesché par ceulx qui portent, icy, le
-faict du Roy d'Espaigne et du Roy de Portugal, qu'il a sceu enfin si
-bien remonstrer l'utillité qui adviendra de son voyage à tout ce
-royaulme, si on le luy laysse parachever, qu'avec la faveur de ses
-amys il a obtenu de le pouvoir fère, en ce toutesfoys que, devant
-toute oeuvre, il yra donner quelque forme de secours, qui luy a esté
-prescripte, au comte d'Essex, en Irlande; et de là il prendra, puis
-après, sa route où il prétend aller, sans luy estre néantmoins
-loysible de descouvrir en endroict, où les Espaignols et Portugoys
-ayent desjà actuellement descouvert, et sans qu'il puisse attempter
-rien contre les amys de ce royaulme, spéciallement contre Vostre
-Majesté. Et, par ainsy, mes advertissementz portent que je ne doibs
-prendre allarme, ny vous en donner aulcune, de l'entreprinse du dict
-Grinvil.
-
-Et m'a l'on rapporté, davantage, Sire, que ceste princesse, jeudy
-dernier, entre ses plus privés, a dict qu'elle estoit fort marrye
-qu'on vous fît prendre, ny que vous vous imprimissiés, aulcune sorte
-de deffiance, du costé de ce royaulme; car elle vous maintiendroit,
-sans aulcun doubte, l'amityé qu'elle vous avoit promise, et qu'il n'y
-auroit nul qui la vous ozât enfeindre. Et, de faict, encor que j'aye
-des présumptions bien violentes contre les Angloys, à les avoyr
-suspectz ez présentz troubles de vostre royaulme, si ne découvrè je
-que, pour encores, ilz ayent aulcune entreprinse déterminée contre
-Vostre Majesté, ains que l'ordre, qu'ilz ont proposé de tenir, quand
-ilz auront mis leurs grandz navyres en mer, est, à ce que j'entendz,
-qu'ilz n'entreront dans nulz portz; ains qu'ilz tiendront tousjours la
-mer, et aussytost qu'ilz auront recognu l'armée d'Espaigne, qu'ilz
-l'yront tousjours costoyant sur l'aile gauche, pour luy couvrir la
-coste d'Ouest d'Angleterre et la routte d'Irlande, sans la laysser
-nullement approcher de deçà; et, si aulcuns vaysseaulx d'icelle s'y
-escartent, encor que ce soit par tourmente ou par aultre contraincte
-nécessité, l'on ne layra de les investir et combattre. Et mesmes se
-présume qu'ilz ont concerté avec le prince d'Orange, lequel doibt
-avoyr, lors, cent bons navyres sur mer, comprins ceulx de la Rochelle,
-qu'ilz chercheront les occasions de provoquer la dicte armée de venir
-aulx mains, ayant faict équipper dix huict pataches, du port de vingt
-cinq ou trente tonneaulx chascune, dans la rivière de Golchestre, en
-forme de frégates à rames, bien garnies d'artillerye à fleur d'eau,
-pour les oposer aulx gallères qu'on dict qui seront en la dicte armée.
-Et n'y a que six jours que deux marchandz de Flandres, qui venoient
-d'Espaigne par mer, ayantz esté contrainctz du vent à prendre port
-vers le cap de Cornoaille, ont esté incontinent conduictz, avec toutes
-les lettres qu'ilz portoient, devers les seigneurs de ce conseil, qui
-les ont dilligemment examinés du faict de la dicte armée. Et il semble
-qu'ilz leur ayent confirmé qu'elle sera bientost preste à se mettre à
-la voylle; ce qui faict que ceulx cy hastent davantage leur armement.
-Dont, de jour en jour, Sire, je vous donray advis de la dilligence
-qu'ilz y mettront, affin que, nonobstant leurs bonnes parolles et
-leurs démonstrations, vous vous pourvoyés tousjours, comme je vous en
-supplie très humblement, que ne soyés surprins de leurs maulvais
-effectz, si, d'avanture, ilz en avoient.
-
-J'entendz qu'on a changé d'advis d'envoyer Me Randolphe en Allemaigne,
-et que ce sera un agent, lequel partira bientost, qui est ung fort
-dangereulx homme et de mauvayse intention. Il doibt passer devers le
-prince d'Orange, duquel, depuis peu de jours, le ministre Textor est
-retourné icy, avec beaucoup de mémoyres. Et de tant, Sire, qu'il est
-eschappé à aulcuns des plus passionnés supposts de la nouvelle
-religyon, qui soient par deçà, de dire que bientost adviendra, en
-France, une chose grande et de grande importance, qui mettra toute la
-Chrestienté en admiration; et qu'ilz monstrent qu'avec grand desir et
-joye indubitablement ilz l'espèrent, je vous supplye très humblement,
-en l'incertitude que ce peut estre, que vueillés fère uzer quelque
-forme d'aguet et d'observance, plus grande que de coustume, entour les
-personnes de Voz Majestez, et fère tenir quelque assemblée de Conseil
-ung peu solennelle, pour leur fère penser que leur entreprinse est
-descouverte, car pourra estre que peu de démonstration la leur
-destournera et leur emportera toute leur attante. Et sur ce, etc. Ce
-IVe jour de juing 1574.
-
-
-
-
-CCCLXXXVe DÉPESCHE
-
---du VIIIe jour de juing 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Audience.--Nouvelles de la maladie du roi.--Mission du capitaine
- Leython.--Explication donnée par l'ambassadeur sur la
- communication qu'il avait précédemment faite à l'égard de
- Coconas et de La Mole.--Plaintes du roi sur les armemens des
- Anglais qui lui ont été dénoncés comme devant être dirigés
- contre la Normandie et la Bretagne.--Satisfaction donnée en
- France au sujet des prises.--Succès remportés sur les
- protestans.--Mécontentement d'Élisabeth de ce que le roi n'a
- pas voulu, sur sa demande, faire surseoir à l'exécution de
- Coconas et de La Mole.--Sa déclaration que ses navires sont
- armés pour surveiller le passage de la flotte
- d'Espagne.--Protestation de sa part qu'elle n'a aucune
- intention d'attaquer la France.--Nouvelle de la mort du
- roi.--Condoléances de l'ambassadeur à la reine-mère.--Message
- d'Élisabeth sur la mort du roi.--Son desir de renouveler
- l'alliance avec le nouveau roi.--Avis d'une entreprise préparée
- contre les côtes de France.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, suyvant ce qu'il vous a pleu m'escripre, du XXe du passé, j'ay
-dict à la Royne d'Angleterre que vous aviés prins en fort bonne part,
-et vous estiés bien fort resjouy de la venue du cappitaine Leython,
-comme de celluy dont aviés trouvé que toutz les poinctz de la
-légation, qu'il vous avoit explicquée, de par elle, estoient aultant
-de tesmoignages de la vraye et indubitable amityé qu'elle vous
-portoit, et qu'en premier lieu il vous avoit faict grand bien de voyr
-le soing qu'elle prenoit de vostre santé; dont luy en aviez grande
-obligation, et que vous la vouliés assurer que, grâces à Dieu, vous
-alliés en amandant, et qu'ung accès de tierce double, qui vous avoit
-prins le XVIIe du passé, avoit mis voz mèdecins en bonne espérance
-qu'il retrancheroit les accidantz de la quarte, et que ce seroit une
-parfaicte guérison, dont en sentirez desjà du solagement; et quand
-aulx honnorables offres qu'elle vous avoit mandé fère de vous vouloir
-assister, aultant qu'elle pourroit, en voz présentz affères, pour
-maintenir et conserver vostre authorité, que c'estoit ung des vrays
-fruictz que vous alliés recueillant de la longue persévérance en
-laquelle vous vous estiés confirmé, depuis vostre règne, à ne vous
-vouloir départir, pour occasion ou persuasion, ou instigation, qu'on
-vous eût peu donner au contrayre, jamays de son amityé; et que vous
-expérimantiés, à ceste heure, avec vostre grand contantement, combien
-il vous venoit bien à propos d'avoyr sceu acquérir et conserver une si
-grande et si parfaicte, et si constante amye, et bonne voysine, comme
-elle vous estoit; et qu'elle pouvoit croyre et croyroit, avecques
-vérité, que vous luy uzeriés, toute vostre vye, une semblable
-correspondance, et vous porteriés, en toutes les choses qui
-surviendroient au monde, très droictement et cordiallement, vers elle,
-aultant qu'elle le pourroit desirer, et espérer, du plus entier et
-esprouvé amy qu'elle eût en la Chrestienté; et puisqu'elle se
-monstroit de ceste bonne disposition vers voz affères, qu'à la mesure
-qu'ilz vous surviendroient, vous les luy feriés entendre, affin d'uzer
-de son assistance et de son conseil, et de son bon secours, là où
-verriés d'en avoyr besoing;
-
-Et, au regard des propos que le dict cappitaine Leython avoit tenus,
-de Monseigneur le Duc, en l'honneste et honnorable et très modeste
-façon qu'elle luy avoit ordonné d'en parler à Vostre Majesté et à la
-Royne, vostre mère, que toutz deux en aviés senty ung ayse et ung
-contantement trop plus grands qu'il ne vous estoit possible de
-l'exprimer, cognoissant, par là, la bonne affection qu'elle luy
-portoit, et la bonne opinyon et estime en quoy elle le tenoit, sans
-avoyr donné foy à plusieurs rapportz que vous pensiés bien qu'on luy
-avoit faictz de luy; ce qui vous faysoit espérer, de bien en mieulx,
-du bon propos dont vous la recherchiés plus que jamays, qu'elle voulût
-accepter ce vertueux prince pour tout sien, et que vous ne faudriés,
-ny la Royne, vostre mère, aussytost que la violence de voz affères
-vous permettroit ung peu de respirer, de venir en çà, pour le luy
-consigner; et qu'elle s'assurât qu'en toute vraye amour et
-intelligence, Monseigneur le Duc et le Roy de Navarre estoient très
-unis avec Voz Majestez par ung lyen si estroictement attaché, que
-nulle chose au monde le pourroit jamays rompre; que, de ce qu'elle
-vous avoit faict parler du comte de Couconnas et de La Mole, et de
-l'emprisonnement de Mrs de Montmorency et de Cossé, je layssois bien à
-ses ambassadeurs de luy fère entendre les responces que Voz Majestez
-Très Chrestiennes leur en avoient faictes, et comme elles leur avoient
-faict voyr que la procédure de ceulx cy estoit la vraye justiffication
-de Monseigneur le Duc et du Roy de Navarre;
-
-Mais que j'avoys bien à me plaindre de ce que ses dicts ambassadeurs
-vous avoient dict que j'avoys promis, de vostre part, aulcunes choses
-en cella, icy, à elle, que, puis après, vous n'aviez pas accomplyes;
-et que je la priois de se souvenir comme, par une lettre que je luy
-avoys monstrée, là dessus, de la Royne, vostre mère, elle luy avoit
-mandé qu'après que le procès seroit faict et parfaict aux dictz de
-Couconnas et de La Molle, elle luy feroit entendre le tout, non
-qu'elle luy eût promis de luy envoyer le dict procès, car ce n'estoit
-chose digne de sa grandeur, ains c'estoient actes secretz de vostre
-court de parlement, où, possible, plusieurs aultres se trouvoient
-defférez, qui n'estoit loysible de les réveller; mais que, bientost
-après, je luy estois allé dire comme iceulx Couconnas et La Molle
-avoient librement confessé d'avoyr voulu suborner Monseigneur le Duc,
-et le Roy de Navarre, pour les distrayre d'avec Voz Majestez, et
-d'avoyr, à cest effect, faict atiltrer des chevaulx, et ordonné des
-rendez vous, pour les transporter en quelque lieu, hors de la court;
-et que eulx mesmes s'estoient jugés dignes de plus rigoureuse mort que
-celle qu'on leur faysoit souffrir: qui estoit bien luy donner, à elle,
-ung très ample compte de leur condampnation; mais que je layssois ce
-propos pour luy dire que ses bonnes démonstrations vous rendoient si
-parfaictement assuré de sa bonne et droicte intention vers vous, qu'il
-faudroit bien qu'il vous advînt beaucoup de mal, du costé d'elle, et
-qu'elle se déclarât, à bon escient, contre vous, premier que vous
-peussiés croyre qu'elle se voulût déterminer de vous nuyre ou de vous
-offancer;
-
-Et pourtant que vous la priés de vous esclarcyr franchement d'ung
-advertissement, qu'on vous avoit donné, qu'elle mettoit présentement
-ses grands navyres de guerre dehors, avec les barques pour les suyvre,
-soubz prétexte d'assurer sa coste, au passage de l'armée d'Espaigne,
-et que, n'estant la dicte armée si preste à passer, l'on vouloit
-inférer que son armement s'addressoit contre vous, en faveur des
-eslevez de vostre royaulme;
-
-Et qu'à cest effect elle avoit, depuis naguyères, envoyé secrettement
-recognoistre et figurer les portz et advenues de Normandye et
-Bretaigne, et que l'on vous vouloit mettre en grande souspeçon d'elle,
-mais que vous ne le feriés pas, ains croyriés ce qu'elle vous en
-manderoit, et vous en reposeriés en sa parolle.
-
-Puis luy ay adjouxté ce qu'aviés ordonné pour les plainctes de ses
-subjectz, et l'offre que faysiés d'aulcuns vaysseaulx de conserve avec
-ceulx que, par commune intelligence, elle voudroit envoyer, de sa
-part, pour tenir la navigation seure.
-
-Et, pour la fin, luy ay compté des bons exploictz que voz cappitaines,
-et chefz de guerre, alloient exécutant en la Gascoigne, Poictou et
-Normandye, pour réprimer les eslevez, et pour réduyre aulcunes places,
-qu'ilz avoient prinses, à vostre obéissance.
-
-La dicte Dame, se trouvant très contante de tout le propos, m'a
-respondu qu'elle avoit ung grand plésir que la légation du cappitaine
-Leython vous fût agréable, et qu'à ceste intention l'avoit elle, d'ung
-cueur pur et entier, très volontiers dépesché; et se donnoit honte
-que, plus tost, elle ne vous eût envoyé visiter en vostre malladye,
-attandu que, du succès d'icelle, venant Vostre Majesté à
-convalescence, ce luy estoit le plus souverain contantement qu'elle
-pouvoit desirer; et, au contrayre, s'il vous mésadvenoit, c'estoit le
-plus grand ennuy et le plus grand trouble qu'elle pourroit sentir au
-monde: dont pouviés croyre qu'elle prioit Dieu dévotement pour vostre
-longue et heureuse vye, et juroit que nulle aultre personnage, de
-toute la terre habitable, elle préféroit à vous à le desirer tenir la
-couronne de France. Et s'est curieusement enquise des accidans de
-vostre maladye, et qu'elle sera tousjours en frayeur jusques à ce
-qu'elle entendît que vostre santé soit bien confirmée; que, au regard
-de ses offres, elle les vous confirmoit, de rechef, en tout ce que
-estimeriés estre bon et honneste de l'employer, pour la conservation
-de vostre authorité.
-
-Et, touchant les propos qu'elle vous avoit faict tenir, de Monseigneur
-le Duc, elle espéroit que vous auriés bien cognu qu'ilz ne tendoient
-qu'à l'honneur de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et à
-celle de vostre mayson, et à garder bien entière la réputation de
-vostre frère, dont nul justement en pouvoit fère sinon une bonne et
-saincte interprétation; que de ce, qu'elle vous avoit faict toucher du
-comte de Couconnas et de La Molle, que j'excusasse si ses ambassadeurs
-en avoient ainsi parlé, car ce avoit esté de son commandement, et que
-c'estoit pour ne pouvoir rester contante que, à son instance, Vostre
-Majesté et la Royne, vostre mère, n'eussiés voulu supercéder, huict
-jours, leur exécution, car, possible, eussiés vous apprins des choses
-que vous ne sçavez pas, et qu'elle pense que vous ne les sçaurés
-jamays;
-
-Que, de l'armement de ses navyres de guerre, à la vérité, elle avoit
-commandé d'en mettre douze dehors, à cause de l'armée du Roy
-d'Espaigne; puis, que, sur les lettres qu'il luy en avoit escriptes,
-elle luy avoit accordé le passage libre, et l'entrée et
-refraychissement dans ses portz, dont ne se vouloit trouver désarmée à
-un tel advènement, comme ce n'estoit pas aussy la coustume des
-princes; et aussy qu'on disoit qu'ung de ses rebelles d'Irlande, nommé
-Stuqueley, avoit la conduicte de six navyres de la dicte armée, mais
-qu'elle espéroit bien que le Roy d'Espaigne seroit si sage qu'il ne
-mouveroit rien contre elle; et qu'elle pensoit que ne fussiés bien
-adverty du faict de la dicte armée, car entendoit qu'elle seroit
-bientost à la voylle, et que mesmes, d'ung aultre costé, avant ne fût
-dix jours, que don Johan d'Austria vous envoyeroit demander son
-passage par la Bourgoigne, avec l'armée qu'il mène d'Italye, pour les
-Pays Bas; et qu'elle vous promettoit, sur son honneur, qu'en ordonnant
-de son appareil, elle n'avoit jamais pensé, ny n'avoit esté faicte une
-seule mencion des choses de France, ny ce n'estoit qu'imposture et
-faulceté de vous avoyr rapporté qu'elle eût envoyé recognoistre la
-coste de Normandye et Bretaigne, car juroit qu'il n'en estoit rien; et
-que pouviés croyre qu'elle aymeroit mieulx estre morte que si, ez
-pleins termes d'amityé où elle estoit de présent avecques vous, elle
-estoit trouvée de vous avoyr uzé ung tel trêt; mais, quand elle en
-voudroit venir là, qu'elle chercheroit, premier, l'occasion de se
-départir de l'amityé; et qu'elle vous vouloit bien confesser, tout
-librement, qu'elle s'estoit mise en estat de pouvoir repoulcer le mal,
-qu'on luy voudroit fère, plustost que d'estre contraincte de le
-souffrir;
-
-Que, de l'ordre qu'aviés prins pour les plainctes de ses subjectz,
-elle vous en remercyoit grandement, et vous prioit qu'avec les
-provisions de justice, il vous pleût pourvoyr à l'exécution d'icelles,
-car c'estoit ce dont ses subjectz se plaignoient le plus; et que,
-touchant les deux chefs de cest article, elle en communicqueroit avec
-ceulx de son conseil pour, puis après, m'y fère avoyr responce; et
-qu'au reste elle se resjouyssoit beaucoup des aultres nouvelles, dont
-luy aviez faict part: que voz cappitaines alloient, avec les armées,
-réduysant vos provinces, mais qu'elle desiroit plustost que, sans
-armes, avec une bonne paciffication, vous peussiés réduyre, en union,
-toutz voz subjectz à la parfaite obéyssance de vostre authorité.
-
-Je luy ay respondu que ses responses estoient si vertueuses, et
-pleynes d'honneur, que je ne y voulois uzer d'autre réplicque que de
-l'en remercyer, le plus humblement qu'il m'estoit possible, et de
-l'assurer que je mettrois peyne d'en contanter bien fort Voz Très
-Chrestiennes Majestez.
-
-Là dessus, elle m'a très expressément prié de vous présenter, et à la
-Royne, vostre mère, ses très affectueuses et très cordialles
-recommandations; et que vous croyés que, sans excepter ceulx mesmes
-qui, de plus près, vous appartiennent, elle est une de celles, de ce
-monde, qui plus desire vostre bon portement, et longue vye, et la
-conservation de vostre grandeur, et la prospérité de voz affères. Et
-s'estant encores longtemps arrestée à discourir de Vostre Majesté, et
-des présentz évènementz de France, et des deux prisonniers, et de ce
-qu'on dict de Mr le mareschal Danville, et aultres particullaritez,
-auxquelles j'ay mis peyne de luy satisfère le mieulx que j'ay peu, je
-me suis licencié d'elle. Et sur ce, etc. Ce VIIIe jour de juing 1574.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, au retour de l'audience, en laquelle j'avoys recueilly les
-propos que je mande en la lettre du Roy, j'ay trouvé que le Sr de
-Vassal estoit arryvé, avec les deux dépesches, du XXVIIe et XXXe du
-passé, en l'une desquelles, me faysant Vostre Majesté mencion de
-l'ennuy qu'elle sentoit de l'extrémité du Roy, son filz, j'ay soubdain
-demandé au Sr de Vassal comme il se portoit, et il m'a librement
-confessé qu'avant qu'il partît, Sa Majesté avoit rendu l'esprit à
-Dieu; de quoy j'ay esté très profondément attaint, jusques en l'âme,
-d'ung très mortel regret, pour la perte que j'ay faicte de mon Roy et
-bon Maistre, et de mon naturel Seigneur, et pour la calamité
-publicque de son royaulme, qui ne pourra estre que n'en viegne plus
-grande, et bien fort, pour l'extrême amertume que je sçay bien que
-Vostre Majesté en sent dans son cueur. Dont, en ung si lamantable
-accidant, j'ay eu mon recours à Dieu, pour dévotement le supplier que,
-comme il a faict la mercy, à ce très chrestien prince, de très
-chrestiennement mourir, qu'il luy playse, Madame, vous administrer une
-très chrestienne consolation, et vous inspirer, d'en hault, les
-remèdes qui font besoing, pour subvenir aux grands affères publicques
-et privés qu'il a layssés en son royaulme.
-
-Le courrier de l'ambassadeur d'Angleterre est bientost après arrivé,
-qui a porté la confirmation de ceste dollante nouvelle; laquelle, tout
-aussytost, a esté divulguée partout. Dont est besoing que j'attande,
-maintenant, vostre procheyne dépesche, et que j'aye faict mon habit de
-deuil, premier que de retourner vers ceste princesse; affin que, tout
-par ung moyen, je luy face la condoléance de cest accidant, et que je
-luy traicte du contenu ez dernières lettres de Voz Majestez, et de
-celle mesmement que Vostre Majesté luy escript de sa main, ne voulant
-vous ennuyer, icy, pour ceste heure, Madame, de plus long escript que
-pour vous assurer que je n'obmettray rien, de tout ce qui se pourra
-fère, pour retenir tousjours très soigneusement la dicte Dame en
-vostre amityé. Et sur ce, etc.
-
- Ce VIIIe jour de juing 1574.
-
- Tout présentement, ceste princesse vient de m'envoyer visiter
- par ung gentilhomme de sa chambre, et dire que si, sur ma
- grande affliction du trespas du Roy, Monseigneur, elle peut
- quelque chose, pour mon bien et consolation, qu'elle me
- l'offre de très bon cueur; et que, de sa part, elle s'en
- trouve plus attaincte que de nulle aultre dolleur qu'elle ayt
- jamays sentye en sa vye, pour avoyr perdu le plus certain et
- le meilleur, et le plus grand, de toutz les amys qu'elle eût
- au monde, et qu'elle dellibère de vous envoyer promptement ung
- gentilhomme pour s'en condouloyr avec Vostre Majesté; et
- qu'aussytost que le Roy de Pouloigne sera arrivé, elle luy en
- envoyera encores ung aultre pour renouveller la ligue et
- l'amytié avecques luy.
-
- L'on me vient d'advertir qu'aulcuns murmurent, icy, d'une
- descente en Brouage, et que, par lettres, qui arryvèrent, hier
- au soyr, de Collogne, l'on escript qu'il a esté accordé une
- levée de quatre mille reytres au prince de Condé.
-
-
-
-
-CCCLXXXVIe DÉPESCHE
-
---du XIIIe jour de juing 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer._)
-
- Retard apporté à l'audience demandée par
- l'ambassadeur.--Discontinuation des armemens.--Montgommery fait
- prisonnier.--Proposition des seigneurs anglais de renouer la
- ligue avec l'Espagne.--Nouvelles d'Écosse.--Délibération des
- seigneurs du conseil au sujet des prises.--Succès remporté en
- mer par le capitaine Montdurant.--Nouvelles de la flotte
- d'Espagne.--Crainte conçue en Angleterre.--Décision soudaine de
- reprendre les armemens.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, au pied de la lettre que je vous ay escripte, du VIIIe du
-présent, je vous ay faict mencion de l'honneste office que, le jour
-mesmes, ceste princesse avoit envoyé fère vers moy, sur le trespas du
-feu Roy, vostre filz, pour me signiffier le deuil et le déplaysir
-qu'elle en avoit; laquelle a continué, depuis, et continue de monstrer
-qu'elle le regrette infinyement; et mesmes, ayant envoyé demander à la
-dicte Dame quand il luy playroit que, sur une dépesche que j'avoys
-receue de Vostre Majesté, je l'allasse trouver, elle m'a mandé qu'elle
-me prioit de luy différer ung peu la dolleur, qu'elle sçayt bien qui
-luy renouvellera de me voyr, et qu'elle sent son cueur si pressé de
-la première appréhension de cette dolente nouvelle, qu'il ne luy
-seroit pas possible de supporter, pour encores, celle segonde, qui luy
-viendra, de la condoléance de Vostre Majesté; et qu'elle partoit
-expressément de Grenvich, pour s'aller ung peu désennuyer, le mieulx
-qu'elle pourroit, en une sienne mayson, aulx champs, nommée Avrin, où
-je pourroys renvoyer, d'icy à troys jours, mon secrettère, et qu'elle
-me manderoit, lors, quand elle me pourroit donner lieu de la venir
-voyr. Par ainsy, je remetz, jusques à ce que j'aye parlé à elle, de
-respondre aulx troys dernières dépesches de Vostre Majesté.
-
-Et vous diray cependant, Madame, que ceste princesse a assemblé, par
-plusieurs foys, ceulx de son conseil pour dellibérer de ce qu'elle
-auroit à fère, et comme elle auroit à se comporter en ses présentz
-affères, après ce grand accidant de la mort du Roy. Dont j'entendz que
-les advis n'ont esté pareils, et que mesmes ilz sont tombés en deux
-opinions, qui sont contraires l'une à l'aultre; desquelles, parce que
-je n'en sçay encores bien au vray les particullaritez, je me
-déporteray de vous en rien mander jusques à mes premières: Mais je
-sçay bien qu'après la tenue du dict conseil, l'on a envoyé à Gelingam
-supercéder l'apprest des navyres de guerre, et mandé à Portsemue de ne
-brasser plus de vivres, ny cuyre de biscuyts, ny tuer la cher, ny
-assembler les hommes; mais qu'on ayt à tenir ce qui est desjà préparé
-de victuailles, et pareillement le roole des hommes, et la somme
-ordonnée pour les frays de cest armement, en ung estat, tout prest,
-pour s'en servir en ung soubdein besoing, si, d'avanture, il survient.
-Ce que je présume bien, Madame, qu'a esté ordonné ainsy, en partye,
-pour le changement des choses de France, et pour la prinse du comte de
-Montgommery; mais principallement pour avoyr ceulx, qui portent icy le
-faict du Roy d'Espaigne, remonstré à ceste princesse que la
-confédération, qu'elle avoit avecques la France, reste maintenant
-esteinte par le décès du feu Roy, vostre filz, et qu'ilz respondoient,
-sur leur vye et sur leur honneur, que, si elle ne vouloit poinct
-provocquer le dict Roy d'Espaigne, que luy aussy, de son costé, ne
-mouveroit, en façon du monde, rien contre elle, ains entreroit
-volontiers aulx termes d'amityé dont il la faisoit tousjours
-rechercher, et qu'elle trouveroit en luy toute seureté et vérité. A
-quoy la dicte Dame a monstré d'incliner. Et pensent aulcuns qu'elle
-n'uzera d'aulcune plus ennemye démonstration à l'armée d'Espaigne,
-quand elle passera, que de se tenir sur ses gardes, et qu'elle
-layssera aller à quelque bonne conclusion le renouvellement d'amityé
-qui se mène entre eulx. A quoy, Madame, il ne seroit honneste et ne
-peut estre juste qu'on s'y aille opposer; mais j'ay bien regret que
-aulcuns seigneurs de ce conseil n'ont esté, par Voz Majestez Très
-Chrestiennes, ainsy que souvant je l'ay requis, aussy obligés de
-s'affectionner à vostre party, comme le Roy d'Espaigne y a tousjours
-bien tenu ceulx du sien bien estipendiés.
-
-Me Quillegreu est party pour Escoce, où j'entendz qu'il fera quelque
-résidence, y estant allé à ses journées. Aulcuns, qui sont icy, bien
-affectionnés à la Royne d'Escoce, m'ont adverty que, vers le North
-d'Escoce, l'on s'y est eslevé contre le comte de Morthon, en faveur de
-leur Royne; et qu'avec quelque secours, qu'on leur pourroit envoyer de
-France, d'hommes ou d'argent, ilz tiendroient en si grand suspens les
-Angloys, qu'ilz les garderoient bien de rien entreprendre de notre
-costé. Je ne sçay encores au vray si l'élévation des Escossoys est
-certayne, mais je m'en informeray, le plus soigneusement que je
-pourray, pour le vous mander.
-
-La dépesche, qu'on faysoit, icy, pour Allemaigne, est différée pour
-quelques jours; néantmoins celluy, qui doibt aller, est commandé de ne
-s'esloigner, et de se tenir prest. Ceulx de ce conseil incistent que
-l'ordre que Vostre Majesté a prins par dellà, pour pourvoyr aulx
-plainctes des subjectz de ce royaulme, s'entende des plainctes du
-passé, aussy bien que de celles de l'avenir; et mesmement de celle de
-Me Warcop, gentilhomme, pensionnayre de ceste princesse, lequel estant
-aymé et favorizé en ceste court, et m'ayant la dicte Dame cy devant
-plus expressément recommandé sa cause que nulle aultre, dont elle
-m'ayt jamays parlé, il presse bien fort de luy estre faict rayson. Et
-m'a l'on adverty que, sur aulcunes aultres prinses qu'aulcuns navyres
-françoys ont faictes, tout de nouveau, sur des angloys, encor que
-ceste princesse n'ayt trouvé bon qu'on aye uzé d'aulcun arrest pour
-cella sur les biens des Françoys, qu'il a esté, néantmoins, donné une
-secrette permission de s'en revencher sur la mer; de quoy je me
-pleindray bien fort, si je puis advizer qu'il soit vray.
-
-Je croy que Vostre Majesté a bien sceu comme le cappitaine Montdurant,
-à qui n'a esté permis d'aller aux isles de Gerzey et Grènesey,
-s'estant mis sur mer, avec ung navyre d'ung des fuytifs de Dieppe, a
-combatu le navyre du cappitayne St Martin, et a tué le dict
-cappitaine, et mené prisonnier le reste des hommes, qui estoient
-dedans, ensemble le dict navyre; dont entendant qu'il s'apprestoit,
-de rechef, pour aller s'essayer de descendre à Carantan, j'ay mandé à
-Mr de Sigoignes qu'il en advertît Mr de Matignon, affin de
-l'empescher, mais l'on me vient de dire qu'il laysse maintenant ceste
-entreprinse pour s'en aller à la Rochelle. Et sur ce, etc.
-
- Ce XIIIe jour de juing 1574.
-
-
- _Par postille à la lettre précédente._
-
- A peyne ay je eu signé la présente, qu'il m'est venu ung
- advis, de bon lieu, de ceste court, comme, hier au soyr, y
- estant arryvé le secrettayre du docteur Dayl, d'ung costé, et
- des nouvelles d'Espaigne, d'autre; par lesquelles l'on assure
- que l'armée d'Espaigne partira indubitablement, à la fin de ce
- moys, avec deux centz cinquante navyres armez, l'assurance que
- ceste princesse s'estoit cuidé donner de ses affères s'est
- soubdain convertye en nouvelles souspeçons. Et, nonobstant que
- le bagage fût desjà party pour aller à Avrin, elle l'a
- contremandé, et a différé ce voyage pour trois sepmaynes,
- assemblant incontinent son conseil; à l'yssue duquel l'on a
- commandé aulx officiers de la maryne d'aller en dilligence
- accomplir tout ce que, par la première ordonnance, leur avoit
- esté commandé; et dépesché le comte Dherby pour aller fère la
- levée d'hommes et maryniers, vers son quartier; et prins les
- marynniers de ceste rivyère, affin que, dans douze jours
- d'icy, au plus loing, les susdictz navyres, premiers prestz,
- puissent sortir; et à milord Sidney de passer promptement en
- Irlande, avec bonne provision d'argent et avec quelque nombre
- d'hommes.
-
-
-
-
-CCCLXXXVIIe DÉPESCHE
-
---du XVIIIe jour de juing 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Nouveau retard apporté à l'audience.--Hésitation des
- Anglais.--Craintes que l'on doit avoir en France de leurs
- armemens,--Détail des nouvelles données par l'ambassadeur
- d'Angleterre de ce qui s'est passé à la cour depuis la mort du
- roi.--Sollicitations du prince d'Orange auprès
- d'Élisabeth.--Projet du roi d'Espagne de se faire remettre le
- prince d'Écosse.--Avis d'une entreprise sur Calais et sur
- Boulogne.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, suyvant ce que la Royne d'Angleterre m'avoit faict prier,
-ainsy que je le vous ay mandé par mes précédentes, de ne luy
-renouveller si tost son extrême regret du trespas du feu Roy, vostre
-filz, j'ay layssé couler cinq jours entiers sans renvoyer vers elle;
-et, au sixiesme, luy ayant faict sçavoyr que j'avoys, depuis, receu
-une segonde et troysiesme dépesches de Vostre Majesté pour luy fère,
-avec le dict triste accidant, entendre d'aultres propos de
-satisfaction et d'amityé, qu'elle auroit bien agréables, et dont elle
-resteroit bien consolée et contante, elle a voulu prendre encores du
-temps pour dellibérer si elle me debvoit admettre vers elle, ou non;
-et m'a, de rechef, faict respondre, par le comte de Sussex, son grand
-chamberlan, qu'elle luy avoit commandé de luy en fère souvenir le
-matin ensuyvant, affin qu'elle me peût mander quand elle me pourroit
-bailler son audience. En quoy elle a monstré, ou de se vouloyr
-revencher du dellay que Vostre Majesté avoit prins d'ouyr son
-ambassadeur, ou bien qu'elle vouloit attandre des nouvelles de France,
-ainsy que, bientost après, elle en a receu par Me de Quillegreu; dont
-ayant encores renvoyé vers elle, elle m'a, ceste troysième foys,
-mandé que, après demain, je seray le très bien venu. Où, Madame, je
-mettray peyne de ne luy obmettre rien de ce que, par vos six
-dernières, du XXVIIe et trentiesme du passé, et du premier,
-troysiesme, cinquiesme et huictiesme d'estuy cy, il vous a pleu me
-commander de luy dire. Et noteray soigneusement les propos qu'elle me
-tiendra, et la façon et substance d'iceulx, affin de vous pouvoir
-représanter, aultant qu'il me sera possible, de quelle intention et
-disposition je la trouveray vers Voz Majestez Très Chrestiennes, et
-vers le présent estat de voz affères.
-
-Et vous diray cependant, Madame, qu'elle et ceulx de son conseil sont,
-chascun jour, depuis le matin jusques au soyr, à dellibérer qu'est ce
-qu'ilz ont à fère, et comme ilz ont à se comporter au passage de
-l'armée d'Espaigne, mesmes que le comte d'Esmond, par la challeur
-d'icelle, monstre de renforcer ses entreprises et combatz en Irlande
-avec plusieurs bons succès, et qu'on assure fort que Me Stuqueley a
-charge de huict navyres en la dicte armée; ce qui faict que la dicte
-Dame et les siens l'ont davantage suspecte, et la redoubtent beaucoup.
-A l'occasion de quoy ont mandé en divers portz de ce royaulme d'armer,
-en dilligence, grand nombre de navyres particulliers, oultre ceulx de
-la dicte Dame, et commandé de fère la monstre généralle partout, et
-encores des descriptions particullières de certain nombre de soldatz,
-ez endroictz plus propres à fère les embarquementz, et pour estre
-prestz à deffandre les descentes. En quoy, parce que, nonobstant le
-grand souspeçon qu'ilz monstrent avoyr de la dicte armée, les agentz
-du Roy d'Espaigne ne layssent de négocier ordinayrement avec eulx, et
-d'estre fort bien et favorablement receus en ceste court, et qu'il ne
-se voit ès parolles et démonstrations, de l'ung costé ny de l'aultre,
-apparance quelconque que de toute amityé; aussy que je sçay bien que,
-sur la résolution de leur armement, ilz ont mis en avant plusieurs
-considérations des choses de France, et que les minystres françoys,
-qui sont icy, et aulcuns, de la part des eslevez, ne cessent de
-négocyer, toutz les jours, avec eulx; et que mesmes le cappitayne
-Montdurant et ceulx de sa troupe ont envoyé offrir leur service à la
-dicte Dame, je ne puis fère que je n'aye grande meffiance de leur
-susdict armement. Dont je me suis bien fort resjouy, Madame, d'avoyr
-veu, par vostre dépesche du IIIe du présent, qu'ayez envoyé, de bonne
-heure, pourvoyr au long de la coste de dellà; et supplieray encores
-très humblement Vostre Majesté qu'avec l'advis, que je pense bien que
-y manderez, du passage de l'armée d'Espaigne, il vous playse y fère
-refrayschir celluy de cest appareil d'Angleterre, affin qu'on ayt à
-s'y tenir fort soigneusement sur ses gardes.
-
-L'ambassadeur d'Angleterre a escript, du VIe du présent, beaucoup de
-nouvelles, et entre aultres que le trouble et le souspeçon croyssoit
-tousjours, de plus en plus, en vostre court, et que Vostre Majesté
-s'en trouvoit en une fort grande perplexité, bien que, pour le
-dissimuler, vous mandiés souvant aulx ambassadeurs, et principallement
-à luy, et au cappitaine Leython, de bien honnestes et courtois
-messages, et monstriés de desirer l'amityé de la Royne, leur
-Mestresse, bien qu'à dire vray, ilz cognoissent que vous vous meffiez
-assez d'elle; que, sur quelques parolles que le feu Roy avoit dictes à
-son trépas, vous vous estiez attribué l'administration du royaulme, de
-vostre propre authorité, et aviez faict sortir voix que le Roy de
-Pouloigne seroit bientost de retour, mais que ceulx, qui entendoient
-l'ordre du pays, et qui en estoient, n'a pas longtemps, revenus,
-assuroient qu'on ne le layroit partir jusques après l'élection d'ung
-nouveau Roy; que vous estiés plus rigoureuse, que jamays, à
-Monseigneur, vostre filz, et au Roy de Navarre, leur ayant faict
-redoubler les gardes, et faict boucher les fenestres de leurs
-chambres, qui regardoient hors du logis, et aviez faict prendre
-Bonacorsy, non pour faulte qu'il eût faicte, mais parce que Mon dict
-Seigneur l'aymoit, et se fyoit de luy, affin d'intimyder ses aultres
-serviteurs; que vous estiés après à dépescher Mr le jeune Lansac en
-Allemaigne pour aller obtenir le saufconduict du passage du Roy de
-Pouloigne; et que Mon dict Seigneur le Duc et le Roy de Navarre
-avoient envoyé, l'ung Mr d'Estrée, et l'aultre Mr de Mioncens, saluer,
-de leur part, le Roy de Pouloigne pour Roy; que le Sr de La Noue,
-après avoyr receuilly deux mille harquebouziers de Gascoigne, avoit si
-entièrement deffaict la troupe de Mr de Montpensier, qu'à peyne
-s'estoit le dict seigneur peu saulver; et qu'on avoit admené le comte
-de Montgommery devant St Lô et Carantan, pour fère rendre ces deux
-places, mais que ceulx de dedans n'en avoient tenu compte, et
-continuoient de se deffendre gaillardement.
-
-Depuis cella, Madame, le jeune Quillegreu a apporté, ainsy que
-j'entendz, que Mr le mareschal de Retz, après beaucoup de difficultez
-qu'il avoit trouvé en Allemaigne, estoit enfin arryvé, et ne
-s'entendoit encores quel effaict avoit prins sa négociation avec les
-princes protestantz; que Mr de St Suplice et Mr de Villeroy estoient
-revenus de Languedoc, avec peu ou poinct d'espérance de paciffication,
-ce qui vous mettoit en grand peyne; et que, de rechef, vous aviez
-renvoyé par dellà, ensemble une lettre, prétandue du comte Palatin au
-Sr de La Noue, par l'abbé Gadaigne, et la carte blanche, aulx ungs et
-aulx aultres, pour leur accorder tout ce qu'ilz demanderoient; et que,
-pour couvrir ung peu l'estroicte garde que teniés sur Monseigneur le
-Duc et le Roy de Navarre, vous les meniés en conseil, et quelquefoys
-promener jusques aulx Tuylleries.
-
-Je verray, Madame, de quelz termes et de quelles démonstrations ceste
-princesse m'usera, affin de vous en advertyr incontinent, ensemble de
-ce que je pourray descouvrir d'aulcunes allées et venues, qui se sont
-faictes, et qui se continuent encores à présent, avec plus de
-dilligence que jamays, du prince d'Orange à la Rochelle, et de la
-Rochelle vers luy; et dont les messagers viennent rapporter et
-conférer tousjours le tout avec aulcuns de ce conseil, comme, encores
-de présent, ung gentilhomme de Liège, serviteur du dict prince, est,
-depuis deux jours, arryvé du dict lieu, de la Rochelle; qui passera
-vers luy, aussytost qu'il aura esté expédyé de ceste court. Et sur ce,
-etc. Ce XVIIIe jour de juing 1574.
-
- Tout présentement, je viens d'estre adverty, de bon lieu et
- seur, que le Roy d'Espaigne mène chaudement la practique
- d'avoyr le Prince d'Escosse entre ses mains, et qu'en son
- armée y a charge, expressément commise, de tenter si cella se
- pourra effectuer. J'en esclarciray davantage Vostre Majesté
- par mes premières; mais cependant je la supplye très
- humblement de regarder comme y debvoir pourvoyr.
-
- Encore, depuis ce dessus, l'on me vient de dire qu'il y a une
- entreprinse sur Callays et sur Bolloigne; dont je mande aulx
- deux gouverneurs d'y prendre garde; et sera bon, Madame, que
- leur envoyez quelque renfort.
-
-
-
-
-CCCLXXXVIIIe DÉPESCHE
-
---du XXIe jour de juing 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer._)
-
- Audience.--Communication officielle de la mort du roi et de la
- régence de la reine-mère.--Offre faite au nom de Catherine de
- continuer la ligue.--Condoléance de la reine d'Angleterre.--Son
- desir de maintenir l'alliance.--Emportements d'Élisabeth au
- sujet des mesures prises en France après la mort du roi.--Sa
- déclaration qu'elle considère les pouvoirs de l'ambassadeur
- comme expirés.--Protestation de l'ambassadeur contre cette
- détermination.--Nouvel avis d'une entreprise formée contre
- l'une des villes de la côte de France.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, je viens de fère la condoléance de la mort du feu Roy, vostre
-filz, à la Royne d'Angleterre, et de luy représanter toutes les
-particullarités que, par plusieurs de voz dépesches, depuis cest
-accidant, il vous a pleu me commander de luy dire; et l'ay infinyement
-remercyé des honnorables et vertueux propos, et des vrayes
-démonstrations, que desjà elle m'avoit envoyé signifier par ung de ses
-gentilshommes; du grand regret qu'elle en avoit; qui l'ay assuré que
-j'avoys creu et croyrois, et voulois bien croyre, sans aulcune
-difficulté, qu'il estoit grand, parce qu'une princesse, ornée de tant
-de vertu et d'humanité comme elle, ne pourroit pas fère qu'elle ne
-sentît beaucoup le trespas de ce prince, qui luy estoit frère d'estat,
-et de voysinance, et d'affection, et de toute perfection d'amityé,
-aultant que s'il luy eût esté propre germain, ainsy que les quatorze
-ans de son règne luy avoient donné bonne preuve que nulle occasion, ny
-persuasion, ny instigation, l'avoient jamays peu mouvoyr de la vraye
-amityé qu'il luy portoit; ains s'estoit tousjours confirmé à la
-recherche du parantage, et de plus de confédération et d'intelligence
-que nul de toutz les aultres princes de son alliance, et qu'en effet,
-elle avoit perdu le plus certain et le meilleur, et le plus grand, de
-toutz ses amys; et que Vostre Majesté qui, mieulx que nul aultre,
-sçaviés ce qu'il en avoit dans le cueur, comme celle qui le luy aviez
-dressé, et le luy teniez tousjours bien incliné à cella, et qui vous
-trouviés maintenant outrée de ceste grande perte, jugiés bien que
-vostre condoléance en estoit bien adressée à elle, et estoit très
-convenable entre vous deux; dont m'aviés commandé de la luy fère trop
-plus expresse, et plus grande, que n'aviés pas donné charge de la fère
-semblable à nul autre prince ni princesse de la Chrestienté. Et, là
-dessus, luy ayant racompté aulcunes choses de la qualité de son mal,
-et comme le bon sens et la mémoyre, et la parolle, ne luy avoient
-manqué jusques à l'extrême souspir, et qu'après avoyr satisfaict aulx
-pitoyables offices de ce monde, d'avoyr demandé pardon à Vostre
-Majesté, d'avoyr, avec grand amour et charité, recommandé la Royne, sa
-femme, avoyr dict le dernier adieu à Monseigneur, son frère, à la
-Royne de Navarre, sa seur, au Roy de Navarre et aultres Princes; et
-avoyr fort dignement parlé de son estât, et du regret qu'il avoit
-qu'il n'eût esté plus soulagé de son temps, et qu'il ne le pouvoit
-laysser plus paysible, il avoit achevé ses derniers actes par des
-parolles si sainctes, invoquant tousjours Dieu, et par des gestes si
-paysibles et le visage si composé, avec ung si doulx trespassement,
-que ceulx, qui y avoient assisté, pleins de larmes, voyantz une si
-saincte et si chrestienne mort, n'avoient nullement doubté de son
-salut, ny de sa vye plus heureuse et perdurable;
-
-Et qu'avant trespasser, il vous avoit très instamment priée, et vous
-avoit adjurée, de vouloir prendre l'administration du royaulme,
-jusques au retour du Roy de Pouloigne, son frère, à qui, de droict, il
-appartenoit; ce que Vostre Majesté, surprinse d'une très véhémente
-appréhension de ceste perte présente et des grands désordres qui
-pourroient multiplier dans le royaulme, n'aviés eu rien tant en
-affection que de vous pouvoir retirer, en quelque lieu solitayre et
-escarté, pour y passer le reste de voz jours à repos; et que vous en
-fussiés excusée, sans la considération qu'aviés eue de ne debvoir, en
-une si importante occasion, défallir à l'amityé que portiés au Roy de
-Pouloigne, vostre filz, qui véritablement estoit grande, ny refuzer,
-en ce temps, vostre peyne ny voz bons offices à la couronne de France,
-à laquelle vous réputiés avoyr très grande obligation; et que,
-pourtant, vous aviés accepté la dicte administration avec l'assistance
-que Monseigneur le Duc, vostre filz, et le Roy de Navarre, avoient
-très cordiallement offert de vous y fère, y concourantz les Princes du
-sang, et les aultres princes et seigneurs du conseil de l'estat, et la
-noblesse du royaulme, et les officiers principaulx de la couronne, les
-gouverneurs des provinces, les parlementz, les bonnes villes, et
-générallement toutz les meilleurs subjectz du royaulme, avec lesquelz
-vous espériés conduyre toutes choses par si bon advis et modération
-qu'il n'y surviendroit poinct de nouvelle altération ny de changement;
-et de tant que vous sçaviés la bienvueillance qu'elle portoit à ceste
-couronne, et à ceulx qui en estoient, vous luy aviés bien volu fère
-toute ceste communicquation pour la prier de vous vouloir bien
-assister des bons et fermes offices de bonne seur, qu'elle vous
-pouvoit rendre en ce temps, et de vouloir constamment persévérer ez
-termes de l'amityé et confédération qu'elle avoit jurée au feu Roy, et
-au bon propos dont luy et Vostre Majesté l'aviez tousjours
-pourchassée, sellon que vous sçaviez bien que le desir du Roy, à
-présent, vostre filz, seroit de renouveller avec elle le dernier
-traicté de ligue, et l'entretenir inviolablement; et que vous luy
-promettiés de le luy rendre très ferme et perpétuel amy, et
-pareillement Monseigneur le Duc très dévot serviteur, et de ne laysser
-deffallir, tant que vous vivriés, l'amityé de dellà, si elle la
-vouloit conserver du costé d'elle; et que Mon dict Seigneur le Duc
-m'avoit commandé de fère aussy à la dicte Dame sa condoléance de la
-perte qu'il avoit faicte, et luy signiffier l'administration de Vostre
-Majesté, et l'assistance, et service, qu'il vous y vouloit rendre;
-ensemble le Roy de Navarre, qui, toutz deux, m'en avoient escript, et
-m'avoient mandé d'y conformer ma négociation en tout ce que j'auroys à
-traicter, icy, avec la dicte Dame.
-
-Elle, d'ung visage fort composé à la dolleur, après m'avoyr
-paysiblement et fort attentivement escousté, m'a respondu qu'elle
-estoit bien fort marrye que je fusse arryvé au bout de ma légation par
-ung accidant si lamantable, comme estoit la mort du prince qui m'avoit
-envoyé; et qu'elle en avoit receu ung ennuy qui surpassoit de beaucoup
-toutz les aultres plus grands qu'elle eût senty depuis qu'elle estoit
-royne, pour avoyr perdu ung frère, ung amy, et ung voysin qui luy
-estoit plus estroictement confédéré que nul aultre prince de la
-Chrestienté, et de la bienveillance duquel elle avoit la preuve, des
-quatorze ans que je disois de son règne. Dont je pouvois ardimment
-bien croyre que le regret, qu'elle m'en avoit envoyé tesmoigner par
-son gentilhomme, et les larmes qu'elle n'avoit peu contenir, à mon
-arryvée, me voyant en cest habit de deuil, et oyant mon piteux récit,
-et celles qu'elle avoit encores aulx yeulx en me faysant ceste
-responce, n'estoient nullement feinctes; ains procédoient d'une
-aultant profonde dolleur de son cueur que nulz de ses plus prochains
-en eussent point jetté; et que, oultre les privées conférances, et les
-honnestes gratiffications, et familiers complimentz, dont ilz avoient
-uzé l'ung vers l'aultre, aultant qu'il s'estoit peu fère entre princes
-absentz, pour contracter une bien fort ferme amityé, elle s'estimoit
-encor avoyr prins de si bonnes erres de luy qu'elle se tenoit très
-assurée qu'il eût perpétuellement persévéré vers elle; chose qu'elle
-ne sçavoit si elle s'en pouvoit promettre de semblable de quiconque
-luy viendroit à succéder.
-
-Par ainsy n'estoit de merveille si elle le pleignoit amèrement, et
-que, voyrement, en estoit fort bien et proprement addressée à elle la
-condoléance que Vostre Majesté luy en faysoit, qui vouloit aussy
-mutuellement se condouloir avecques vous de ceste mesmes perte,
-laquelle elle jugoit bien que ne la pouviés sentir petite, parce que
-celluy que vous aviés perdu estoit très grand, et le premier de voz
-troys enfans, et celluy qui, jusques à sa mort, vous avoit rendu toute
-entière obéyssance;
-
-Et, au regard de vostre administration, qu'elle ne sçavoit ce que les
-loix du royaulme en ordonnoient, et n'en vouloit estre davantage
-curieuse, s'assurant que Vostre Majesté estoit si vertueuse et
-prudente que n'en vouldriés rien oultrepasser; et que, pour le bien
-qu'elle vouloit à la France, elle ne pouvoit estre sinon bien ayse que
-le manyement en fût venu en vostre main, parce que nul le pouvoit
-conduyre avec plus d'amour et de foy, ny avec plus de droicture et
-d'intégrité, que vous, qui estes la mère des deux, qui, l'ung après
-l'autre, estoient appellés à y succéder, et qui en entendiés mieulx
-les affères, pour les avoyr longuement manyés, que nul autre qui s'en
-sceût mesler;
-
-Et, quand à la continuation d'amityé, qu'il vous playsoit luy offrir,
-qu'elle l'acceptoit de très bon cueur, et vous en remercyoit, aultant
-qu'il luy estoit possible, et que son ferme propos estoit de ne s'en
-départir nullement, si ne luy en donniés occasion; qu'elle espéroit,
-dans troys ou quatre jours, vous dépescher ung gentilhomme pour aller
-accomplir le debvoir de sa condoléance vers Vostre Majesté, et
-qu'après que le Roy de Pouloigne seroit arryvé, elle y en envoyeroit
-ung autre, pour procéder ainsy vers luy, comme elle verroit qu'il
-procèderoit vers elle, bien qu'à dire vray, elle ne voyoit poinct
-qu'il peût estre de retour encores de longtemps.
-
-Et, quand à la condoléance de Monseigneur le Duc, elle la voyoit vraye
-et certeyne, comme de celluy qui avoit faict une grande et fort
-sensible perte; et que, touchant ung raport qu'on avoit faict, que le
-Roy, son frère, ne luy avoit monstré si bon semblant, à son trespas,
-comme au Roy de Navarre, qu'elle estoit très bien advertye que cella
-estoit faulx, et qu'il ne l'avoit jamays réputé aultre que son très
-loyal et très obéyssant frère, comme aussy elle l'estimeroit digne de
-perdre le nom de prince, et de déchoir de tout degré d'honneur et de
-réputation, s'il avoit non seulement tenté mais pensé jamays chose
-contre luy, ny contre Vostre Majesté, ny contre le repos de voz
-affères; et qu'elle louoit grandement l'assistance que luy et le Roy
-de Navarre vous avoient offert en vostre administration; adjouxtant,
-avec un soubzrire, que vous aviés bien donné ordre qu'ilz s'en
-reposassent du tout sur vous; et qu'à ce propos elle me vouloit bien
-dire qu'on luy avoit rapporté des choses bien estranges, desquelles
-elle eût esté esbahye, et peu contante, si elle ne se fût tousjours
-assurée qu'à nul pris Vostre Majesté voudroit jamays changer le
-gracieux nom de bonne mère en celluy de cruelle marastre.
-
-Et là dessus, Madame, je confesse qu'elle s'est eslargye en des propos
-ung peu bien véhémentz, lesquelz m'ont rendu hardy de luy ozer aussy
-uzer de véhémentes remonstrances; lesquelles m'ont semblé, avant que
-je me soye départy d'avec elle, qu'elles l'ont ramenée à quelque
-modération. Et je mettray peyne qu'elles produisent encores d'aultres
-meilleures effectz, s'il m'est possible; bien qu'à dire vray, je
-trouve la dicte Dame plus picquée et altérée que je ne pensois. Dont
-de ce qui s'est passé, pour ce regard, entre elle et moy, et de
-l'intention que j'ay peu nother qu'elle a vers le Roy, à présent,
-vostre filz, je vous envoyeray bientost ung des miens pour vous en
-donner compte, ensemble de ce qu'elle m'a respondu à la lettre que luy
-avés escripte de vostre main, le XXVIIe du passé, et à vostre plaincte
-des gens de ses ambassadeurs, et sur ce qu'elle vouloit monstrer de
-tenir ma légation pour expirée: de quoy toutesfoys elle m'a pryé, à la
-fin, de n'en vouloir rien escripre; et ce qu'elle m'a dict de son
-armement, lequel véritablement est grand et formidable: qui sont toutz
-poinctz desquelz elle s'est assez ouverte de parolle et de
-démonstration.
-
-L'on me confirme, de divers endroictz, ce que je vous ay mandé de
-certayne praticque sur Callays, et que, quoy que ce soit, il y a
-entreprinse projectée sur quelque endroict de la coste de dellà; dont
-je supplye très humblement Vostre Majesté de fère renforcer la
-garnison du dict Callays, celle de Bouloigne, de Dieppe, du Hâvre et
-de Cherbourg, et refraychir l'advertissement ez aultres places, sur la
-mer, qu'on ayt à s'y tenir bien sur ses gardes; car je trouve ceulx cy
-changés et beaucoup eslevez pour cest armement qu'ilz vont avoyr tout
-prest. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXIe jour de juing 1574.
-
-
-
-
-CCCLXXXIXe DÉPESCHE
-
---du XXVIIe jour de juing 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran._)
-
- Détails de la précédente audience.--Plaintes de l'ambassadeur
- contre les menées des Anglais attachés aux ambassadeurs en
- France.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle est prête à punir ceux
- qui seraient coupables.--Assurance donnée par la reine qu'elle
- n'a conservé aucune animosité contre le duc d'Anjou.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, après la condoléance faicte à ceste princesse, le XXe de ce
-moys, ainsi que, par mes lettres du jour ensuyvant, je le vous ay
-mandé, je luy présentay la lettre que, du vivant encores du feu Roy,
-vostre filz, vous luy aviés, au nom de toutz deux, escripte, de vostre
-main, laquelle elle leut bien curieusement, et se satisfit assés
-d'aulcuns honnestes trêtz d'amityé qu'elle y trouva. Et me dict que ce
-de quoy elle avoit desiré, lors, pouvoir privéement traicter avec Voz
-Majestez, estoit pour vous fère ouvrir les yeulx sur aulcunes choses
-qui vous travailloient; desquelles elle eût espéré vous mettre
-facillement hors de payne, mais qu'estant, à présent, l'occasion
-passée, cella ne pourroit plus servir de rien: seulement elle vous
-prioit de croyre que, quand quelque advertissement luy viendroit,
-concernant les personnes de Voz Très Chrestiennes Majestez et vostre
-estat, qu'elle ne seroit paresseuse de le vous fère sçavoyr, ainsy
-qu'elle s'assuroit que ne diffèreriés la semblable bonté vers elle,
-quand l'occasion s'y offriroit.
-
-Je luy parlay de ces menées, que les gens de ses ambassadeurs
-s'efforcent de fère par dellà, qui tournoient bien fort à vostre
-offance et mespris, et au préjudice du repos de l'estat; et lesquelles
-vous la priés de les fère cesser, et de vouloir qu'entre Vos deux
-Majestez se continuât et se nourrît tant de vraye et inthyme amityé
-qu'il ne se peût praticquer rien, au nom d'elle, en France, ny
-pareillement, au nom de Voz Majestez Très Chrestiennes, par deçà, sans
-une mutuelle et privée communicquation d'entre vous deux.
-
-A quoy, elle, après une longue digression, meslée d'ung peu d'aigreur
-et de collère, m'ayant demandé si vous ne me mandiés pas à quoy
-tendoit la fin des dictes menées, et luy ayant respondu que non; mais
-que, de tant qu'on y alloit à vostre desceu, je jugeois bien que ce
-n'estoit pour l'advancement ny grandeur de Messieurs voz enfans, ny
-pour le bien de leur couronne, car l'on ne le vous celleroit pas; et
-luy ayant réplicqué aussi aulx aultres poinctz de sa digression,
-sellon que j'estimoys le debvoir fère; elle m'a respondu qu'elle vous
-prioit d'approfondir bien la vérité des dictes menées, et, si trouviés
-qu'elles fussent à vostre préjudice, ou de l'estat, qu'elle offroit
-d'en fère telle punition que vous voudriés; et qu'elle ne voyoit pas
-que ès grandes offres, dont je luy avoys touché en passant, il y peût
-avoyr rien de vérité, ny nul aultre bien, sinon que, si Monseigneur
-le Duc sçavoit et croyoit qu'elle eût voulu fère tout cella pour luy,
-qu'il l'en aymeroit mieulx quand ilz seroient maryez ensemble. Et,
-après avoyr riz là dessus, elle se mist à parler du retour du Roy,
-vostre filz, comme si elle estimoit qu'il seroit retardé.
-
-Et de propos en propos, elles mesmes m'a ouvert l'argument de luy dire
-que je craignois assez que quelque peu de nuée, que j'avoys comprins
-luy rester encores contre le nouveau Roy, ne la rendît trop facille à
-se laysser persuader des choses de luy qui n'estoient point; et que je
-la supplioys que, de ce qu'ilz auroient à desmeller ensemble, elle
-n'en voulût prendre l'advis de ceulx qui estoient extrêmes, et sans
-modération aulcune, sur le faict de la religion, ny de ceulx qui
-prétandoient d'establir le fondement de son repos sur le travail de la
-France; car ilz ne la conseilleroient jamays droictement, et la
-conduyroient à des dellibérations, auxquelles je m'assurois qu'elle
-auroit regret; mais qu'elle prînt le conseil ordonné de Dieu, et
-celluy qui procèderoit de l'honneur et vertu qui estoient en elle, sur
-les moyens d'amityé qu'elle debvoit tenir vers ceulx qui cherchoient
-la sienne, et qui véritablement l'aymoient, ainsy qu'elle en avoit la
-preuve, pour le regard de Vostre Majesté, de plus de quinze ans, et du
-Roy, vostre filz, depuis son aage de discrétion; et que, si elle avoit
-doubté, d'aultrefoys, de quelque sienne affection, lorsqu'il n'estoit
-que Duc d'Anjou, qu'elle estimât qu'à présent toutes ses affections
-seroient d'ung grand Roy de France, son voysin, qui, en restablissant
-les ruynes de son royaulme par une perdurable paciffication de ses
-subjects, chercheroit de confirmer avec elle la mesmes confédération
-que le feu Roy, son frère, luy avoit jurée; et que Vous, Madame, luy
-prométiés de le luy réserver très constant et parfaict amy, ainsy
-qu'elle l'avoit eu quelquefoys serviteur.
-
-Elle m'a respondu qu'elle espéroit qu'il n'uzeroit sinon
-honnorablement vers elle, ainsy qu'elle ne luy avoit jamays donné
-occasion de fère aultrement, et que, suyvant cella, elle procèderoit
-aussy avec droicture et honneur vers luy; et qu'elle me prioit de
-croyre que la nuée, que je craignois, estoit passée, car plusieurs
-choses estoient depuis intervenues qui avoient faict oublier tout
-cella; et que, le jour précédent, ung des siens luy avoit dict que,
-possible, avoit elle faict difficulté de l'espouser, parce que lors il
-n'estoit pas Roy, et qu'à présent, qu'il estoit double Roy, elle s'en
-debvoit contanter: à quoy elle avoit respondu qu'il avoit esté
-tousjours Royal, et qu'une chose, plus haute que les couronnes, y
-avoit mis l'empeschement, c'estoit la religion, laquelle faysoit qu'on
-layssoit le monde pour suyvre Dieu; et que l'ung ny l'autre n'y
-debvoient avoyr regret. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXVIIe jour de juing 1574.
-
-
- MÉMOIRE PARTICULIER,
- baillé au Sr de Sabran, pour dire, de vive voix, à la Royne.
-
- Le Sr de Sabran retiendra en mémoire les principaulx poincts
- de la dépesche pour en pouvoir satisfaire la Royne.
-
- Luy dira que les affections sont fort changées par deçà,
- qu'ils creignent à merveilles que le nouveau Roy soit mal
- incliné vers eulx, et qu'il se laysse du tout posséder à ceulx
- de son party, qu'ils réputent leurs ennemis; et qu'il
- opprimera ceulx qui conseilleroient l'intelligence et
- confédération d'entre ces deux royaulmes; et qu'il entrera
- facilement en quelque obligation avec le Pape et le Roy
- Catholique contre ce royaulme.
-
- Outre cella, ils le tiennent pour un irréconciliable ennemy de
- ceux de leur religion, dont les plus passionnés mettent peine
- de bander ceste princesse contre luy, et de la rendre, de
- jour en jour, plus piquée du mespris et reffus qu'ils luy
- représentent qu'il a faict d'elle, et de lui imprimer beaucoup
- de deffiance de la Royne Mère; de sorte qu'à très grande
- difficulté a l'on pu rompre, jusques icy, les délibérations, à
- quoy l'on l'a volue pousser, de se déclarer ouvertement pour
- les eslevés;
-
- Qu'il est bien certain que toutes les délibérations de ce
- conseil ont toujours esté de ne rompre jamais avecques le feu
- Roy, et elle ne le voulloit nullement faire, et a tenu la main
- que l'entreprinse de Montgommery n'a poinct eu de suitte; et
- monstre, par tous ses propos et démonstrations, qu'elle n'a
- esté, du vivant du feu Roy, jamais participante d'aucune
- pratique par delà, qui fût contre luy, ny contre la Royne, ny
- contre leurs affaires. A ceste heure, la mutation de règne a
- admené beaucoup d'escrupules et mutation de volonté.
-
- Et, quant aux pratiques avec Monseigneur le Duc, il n'est
- possible d'ouyr rien, plus esloigné de toute apparance de mal,
- que ce que ceste princesse monstre juger de ses délibérations;
- et parle en termes si exprès de la sincérité sienne, et
- d'avoir en exécration non seulement les actes, mais les
- pensées, s'il en avoit jamais eu pas une contre son frère, ny
- contre sa mère, ny tendant à troubler leurs affères, que non
- seulement elle le rend infiniment bien justiffié, mais monstre
- sentir bien fort qu'on l'ayt eu, ny qu'on l'ayt suspect; et ne
- dissimule sa collère et menasses là dessus, ains semble
- qu'elle y va un peu plus expressément que n'est accoustumé en
- affaires d'autruy;
-
- Qu'à ceste heure, les plus protestants monstrent de chercher
- la réconciliation de ceste princesse avec le Roy d'Espagne, et
- se rengent avec ceux, qui sont, icy, de ce party là; ce qui
- donne le plus d'obstacle aujourdhuy à ces choses de France, en
- ce Royaulme. Dont, sans quelque nouveau moyen, sera impossible
- de les y pouvoir plus maintenir à la réputation de ces six ans
- passés. Et pourtant faut incister à quelque honneste présent,
- dès ceste heure, pour le comte de Lestre et milord de Burgley,
- et pour quelque pension, à l'advenir; car c'est par là qu'on
- destournera les mauvaises intentions et délibérations de deçà;
-
- Que les advis continuent de venir, de divers bons lieux et
- asseurés, que le Roy d'Espaigne mène chaudement la praticque
- d'avoir le Prince d'Escosse entre ses mains; et que son armée
- a expressément charge de tenter si cela se pourra effectuer. A
- quoy il est nécessaire de voir de quelle façon il y faut
- pourvoir.
-
-
-
-
-CCCXCe DÉPESCHE
-
---du premier jour de juillet 1574.--
-
-(_Envoyée exprès à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Délibération des seigneurs du conseil.--Proposition de renouer
- l'alliance avec l'Espagne.--Interruption des
- armemens.--Plaintes des agens anglais, qui sont à Paris, des
- soupçons dirigés contre eux.--Mécontentement de Leicester à
- raison de la méfiance qui lui est témoignée.--Nécessité de
- dissimuler les sujets de plaintes que l'on peut avoir en France
- contre l'Angleterre.--Efforts de l'ambassadeur pour empêcher
- les représailles des Anglais sur mer.--Affaires d'Écosse.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, deux jours après que j'ay eu parlé à ceste princesse, elle a
-rassemblé ceulx de son conseil pour leur proposer ce que je luy avoys
-offert, de la part de Vostre Majesté, de la continuer en celle mesmes
-bonne amityé et confédération du Roy, à présent, vostre filz, que le
-feu Roy, son frère, luy avoit jurée; et, ayant ceulx du party
-d'Espaigne concouru à l'assemblée, ilz n'ont failly de représanter
-pareillement l'offre que le Roy Catholicque luy faysoit de renouveller
-aussy, avec elle, l'ancienne allience de Bourgoigne; et mesmes ont
-atiltré des lettres et adviz, qu'ilz disoient venir freschement
-d'Espaigne, pour monstrer qu'il ne y avoit, en tout l'appareil de
-dellà, rien de pourpensé ny de dellibéré contre l'Angleterre. Dont,
-après plusieurs allées et veneues devers leur Mestresse, et de leur
-Mestresse vers eulx, elle, enfin, par leur advis, a ordonné que son
-armement ne passeroit plus oultre, et que la dépance cesseroit;
-néantmoins que l'appareil demeureroit en l'estat qu'il est pour s'en
-servir en ung soubdain besoing, si, d'avanture, il survenoit, et qu'on
-ne mettroit, pour ceste heure, dehors que deux de ses grands navyres
-pour garder l'embouchure de la Tamyse, de façon que, le jour d'après,
-il a esté envoyé, de par elle, descharger les habitans de ceste ville
-du nombre des marinyers et des quatre centz soldats qu'ilz estoient
-cothisés de bailler, et mandé le semblable ez aultres lieux et villes
-de ce royaulme; et de mettre en suspens tout ce qu'on leur pourroit
-avoyr commandé d'extraordinayre, oultre les monstres généralles,
-lesquelles, de nouveau, elle leur a enjoinct de les continuer, et les
-parachever, en la plus grande dilligence que fère se pourra.
-
-Et a la dicte Dame concédé au Sr de Sueneguen et à Goaras de pouvoir
-aller attandre, à Porsemmue, le passage de l'armée pour pourvoir à ce
-qu'ilz jugeroient, ou qui leur seroit mandé d'y préparer pour la
-rafreschir, sans toutesfoys ottroyer aulcune descente, aulmoins qui
-puisse excéder le nombre de cinquante personnes à la foys. De laquelle
-nouvelle dellibération vous proviendra aulmoins ce soulagement,
-Madame, que toute la frontière, de ce costé, sera moins travaillée, et
-en plus de seureté, attandant le retour du Roy, vostre filz; et se fût
-peu traicter d'aultres choses avec ceste princesse aussy utilles en ce
-temps, si, de la mesme façon que m'aviés tousjours commandé de la
-temporiser doulcement, et de luy interrompre de loin, sans l'offancer,
-ce qu'elle pouvoit avoir de malle impression et de maulvaise praticque
-contre le présent estat de voz affères, il vous eût pleu la manyer de
-mesmes doulcement, et ne monstrer de l'avoyr si suspecte, et ses
-ambassadeurs, et ne les fère si soigneusement observer, comme le jeune
-Quillegreu s'en est plainct par deçà; ne layssant toutesfoys de luy
-rompre ses menées en celle bonne façon et ouverte qu'envoyastes uzer
-à ses dictz ambassadeurs par Mr Pinart, qui fut fort honnorable. Et
-peut bien estre, Madame, que le dict Quillegreu s'est plainct icy à
-tort.
-
-Néantmoins, après son retour, le Sr de Walsingam m'a fait sçavoyr, par
-le Sr de Vassal, lequel j'avoys envoyé vers luy, que sa Mestresse,
-voyant que Vostre Majesté avoit prins ceste grande deffiance d'elle,
-et que touts les siens estoient ouvertement remarqués pour très
-suspects en vostre court, et n'y estoient nullement bien veus, qu'elle
-avoit changé d'opinyon de vous envoyer le gentilhomme, qu'elle avoit
-desjà faict apprester pour vous aller fère sa condoléance de la mort
-du feu Roy, vostre filz, et qu'elle n'attandoit sinon l'arryvée du
-cappitaine Leython pour, incontinent après, escripre à son ambassadeur
-qu'il s'acquitât, le mieulx qu'il pourroit, de cest office.
-
-Et le comte de Lestre, auquel j'avoys aussy, par le mesme Sr de
-Vassal, envoyé communicquer l'honneste mencion, que Vostre Majesté
-faysoit de luy, en la lettre que le dict Quillegreu m'avoit apportée,
-après avoyr uzé d'ung très humble mercyement, monstrant d'avoyr le
-cueur très élevé et plein de despit, m'a mandé qu'oncques n'avoit esté
-faict ung plus grand tort, ny une plus grande injure à gentilhomme
-qu'à luy, de l'avoyr eu suspect: car juroit à Dieu, le Créateur, qu'il
-n'avoit jamays faict, ny pensé de fère, ny consenty à chose
-quelconque, qui, près ny loing, peût mériter cella, ny pareillement
-les siens; lesquels, et luy, à leur exemple, s'estoient toujours
-monstrés parciaulx, jusques à exposer leurs vyes pour la couronne de
-France; et qu'il sçavoit combien de grands ennemys, dans ce royaulme,
-et quels plus grands, dehors, il s'estoit acquis, pour avoyr incliné
-et faict incliner les choses de deçà à la dévotion de Voz Majestez
-Très Chrestiennes; dont il en recevoit, à présent, ung très maulvais
-loyer: et qu'il vous supplioit aulmoins de croyre, si estimiés qu'il y
-eût d'honneur en luy, que pour chose du monde il n'eût envoyé
-Quillegreu en France, s'il eût pensé qu'il y eût deu fère quelque
-praticque, ny ung seul semblant d'y praticquer rien contre l'intention
-et le playsir de Vostre Majesté; et qu'il chercheroit l'opportunité de
-parler à moy, pour me déduyre davantage l'extrême marrisson, qu'il
-sentoit dans son cueur, de la mauvèse opinyon que vous aviés prinse de
-luy.
-
-Sur quoy, Madame, si avez desir de conserver au Roy, vostre filz,
-l'intelligence et confédération de ce royaulme, je vous supplye très
-humblement de couvrir et modérer, aultant qu'il vous sera possible,
-bien que non de déposer du tout, la grande meffiance qu'avez monstré
-d'avoyr de ceste princesse, de peur que, la mettant en désespoir de
-vostre amityé et de celle du Roy, elle n'entre ouvertement en ligue
-avec les Protestantz et eslevez, et qu'elle ne se réunisse avec le Roy
-Catholicque, comme elle en est infinyement recherchée; et pour le
-regard du comte de Lestre, qu'il vous playse le gratiffier, ainsy que
-je le vous ay naguyères escript, affin de conserver, icy, par son
-moyen, et pareillement en Escoce, les choses qui appartiennent au
-service de Voz Majestez, et espargner, possible, par ung petit
-présent, l'occasion d'une très grande despence, qui vous pourroit
-survenir, si ce royaulme se changeoit contre vous; à quoy il peut,
-plus que nul aultre, obvier: et que, par quelques bonnes lettres, de
-vostre main, à la dicte Dame, et au dict comte, et pareillement au
-grand trézorier, il vous playse radoulcyr leurs espritz.
-
-J'ay commancé et continueray de débatre fort vifvement la permission,
-qu'ilz veulent octroyer, icy, à leurs subjectz, de se revancher, sur
-mer, des violences et déprédations que les Françoys leur ont faictes;
-mais le grand manquement, non de provisions de justice, mais
-d'exécution d'icelles, qu'ilz disent que leurs dictz subjectz trouvent
-en France, me mect souvant à ne sçavoyr que leur réplicquer; et je voy
-bien qu'ilz vuellent, par là, entrer en occasion de noyse avecques
-nous.
-
-J'entendz que quinze ourques, chargées de vivres et de monitions, se
-sont desrobbées de l'armée d'Espaigne pour se retirer par deçà,
-lesquelles l'on n'a trouvé bon que restassent icy, et sont passées en
-Ollande.
-
-Me Quillegreu a escript, d'Escoce, que les choses s'y maintiennent
-assez paysibles soubz le prétandu régent, lequel a affermy beaucoup
-son authorité par le moyen d'aulcuns principaulx de la noblesse, qui
-se sont racoinctés à luy, et mesmement du comte d'Hontelay, à qui il
-mande qu'il est en termes de luy remettre les sceaulx et l'estat de
-chancellier du royaulme. J'ay, par deux foys, adverty Vostre Majesté,
-et ceste cy sera la troysième, comme il se praticque de mettre le
-jeune Prince d'Escoce entre les mains du Roy d'Espaigne; et maintenant
-l'on vient de me confirmer, de rechef, qu'il n'y a rien qui se mène
-plus chaudement que cella. Et sur ce, etc.
-
- Ce Ier jour de juillet 1574.
-
-
-
-
-CCCXCIe DÉPESCHE
-
---du IIIe jour de juillet 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Retour du capitaine Leython.--Prise de Saint-Lô par les
- catholiques.--Exécution de Montgommery.--Résolution arrêtée en
- Angleterre d'engager le prince de Condé à entrer en France avec
- une armée, et de lui fournir secrètement des
- secours.--Dispositions des réfugiés à passer en armes en
- France.--Reproche fait à Marie Stuart d'être en intelligence
- avec le roi d'Espagne.--Résolution des Anglais d'user de
- représailles sur mer; déclaration de sir Arthur Chambernon que,
- sur le refus de la reine régente de faire droit à ses
- réclamations, il a chargé son fils de se payer lui-même sur les
- navires français qu'il pourrait prendre.--Mandement donné à
- l'ambassadeur pour recevoir une communication des seigneurs du
- conseil.--Plaintes des Anglais au sujet des prises faites par
- les Français.--Demande d'audience.--Refus de la reine de
- recevoir l'ambassadeur en cette qualité.--Résolution de
- l'ambassadeur de ne plus paraître à la cour.--Vive instance
- pour qu'il lui soit envoyé un successeur.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, le dernier jour du passé, le cappitaine Leython est arryvé
-devers la Royne d'Angleterre, à Grenvich, duquel lieu, dans bien peu
-d'heures après, elle est partie pour aller à Richemont, où elle
-séjournera six jours, et de là s'acheminera en son progrès vers
-Bristo. J'espère la voyr demain, sur l'occasion de voz dernières
-dépesches, du XXe et XXIIIIe du passé, et mettray peyne de bien notter
-comme elle aura esté satisfaicte du rapport que le dict cappitaine
-Leython luy a faict. Ceulx qui sont, icy, les principaulx entre les
-Protestantz, ont fort senty, et sentent grandement la prinse de St Lô,
-et l'exécution du comte de Montgommery. Et les ministres françoys,
-mesmement Villiers, joinct à luy l'agent du comte palatin, et celluy
-du Duc de Saxe, et celluy du prince d'Orange, ont esté, depuis cella,
-fort fréquents en ceste court; mesmes, mardy dernier, XXVIIIe du
-passé, ilz furent, cinq grosses heures, en estroicte conférance avec
-quatre de ce conseil; et, le lendemain, l'on m'assura qu'il y avoit
-esté déterminé que le Prince de Condé entreroit résolument en France
-avecques forces; et qu'il seroit assisté, d'icy, soubz main, sans que
-ceste princesse s'en meslât, et qu'on feroit en sorte qu'elle
-n'empêcheroit poinct qu'on ne trouvât du crédict en ceste ville pour
-la dicte entreprinse, pendant que la dicte Dame s'esloigneroit en son
-progrès; et depuis, a esté depesché ung Labrosse devers le dict
-Prince. J'entendz que, de ceste court, mais je ne sçay encores de
-quelle main, luy sera envoyée une espée et une dague, fort richement
-garnyes, pour l'encourager à la superintandance de ceste guerre pour
-la cause de la religyon, ainsy que son feu père l'avoit.
-
-L'agent du prince d'Orange est souvant avec le vydame de Chartres, et
-luy faict ordinayrement tenir des lettres de son maistre, et semble
-que le dict sieur vydame s'employe en ce qu'il peut pour luy. Les
-cappitaines Barrache, Limons, La Roque, et quelques aultres françoys,
-jusques à six ou sept vingts, naguyères revenus de Ollande, sont,
-depuis quatre jours, allez vers l'Ouest en intention de s'embarquer où
-ilz pourront, pour passer à Carantan. Il est vray que, parmy eulx, se
-parloit de la difficulté et du danger qu'il y auroit à se jetter
-dedans, dont la pluspart inclinoient de s'en aller à la Rochelle, et
-je croy qu'ilz auront prins celle route. Néantmoins j'ay escript à Mr
-de Sigoignes qu'il advertît Mr de Matignon de leur dellibération.
-
-Me Quillegreu a escript qu'il avoit descouvert, en Escosse, comme le
-Roy d'Espaigne avoit une fort secrette, et néantmoins fort grande
-intelligence avec la Royne d'Escosse: ce que je pense qu'il a faict,
-tout à poste, pour anymer la Royne d'Angleterre à parachever son
-armement, affin de l'employer contre le dict Roy d'Espaigne, car il
-est merveilleusement affectionné au dict prince d'Orange. Néantmoins
-icelluy armement a cessé, et ne paroistra nullement en mer contre
-l'armée d'Espaigne, bien que le Sr Boyssot, gouverneur de Fleximgues,
-lequel est passé, depuis huict jours, avec sa femme par deçà, comme
-pour s'y venir esbattre, ayt négocié plusieurs choses fort
-secrettement avec les seigneurs de ce conseil; mais ne se sçait
-encores ce qu'il a impétré. Goaras a trouvé moyen, soubz le nom de
-quelque aultre, de le fère mettre en prison, pour certeynes pleinctes
-et déprédations prétandues contre luy, mais il a esté incontinent
-mandé de ceste court qu'on l'eût à relaxer, sans ung seul denier de
-frayx; de quoy le dict Goaras se sent fort offancé. Néantmoins le dict
-advertissement de Quillegreu a esté cause qu'on a envoyé quérir ung
-Amelthon, précepteur des jeunes enfantz du comte de Cherosbery, pour
-l'examiner sur ceste intelligence de la Royne d'Escoce avec le Roy
-Catholicque, ny s'il sçayt qu'elle ayt receu, ny qu'elle reçoyve, de
-nulle part, aulcuns chiffres.
-
-Il semble que ceulx cy se résolvent d'envoyer trois ou quatre navyres
-pour réprimer aulcuns vaysseaulx françoys, qui pillent, sur mer, les
-subjectz de ce royaulme; et sir Artus Chambernon m'a escript que, vue
-la froyde responce que Vostre Majesté avoit faicte sur son affère à
-l'ambassadeur d'Angleterre, après celle tant bonne que le feu Roy,
-vostre filz, luy en avoit mandée auparavant, qu'il a remis la debte du
-comte de Montgommery à son filz, lequel adviseroit maintenant de s'en
-payer le mieulx qu'il pourroit sur les Françoys. A quoi je
-m'opposeray, Madame, aujourdhuy vers les seigneurs de ce conseil, qui
-m'ont envoyé prier de me trouver, à troys heures après midy, en la
-maison de milord Quipper, où ilz seront toutz assemblés pour me fère
-entendre aulcunes choses que la Royne, leur Mestresse, leur a donné
-charge de me déclarer; de quoy je suis bien en peyne que ce peut
-estre; mais j'espère que Dieu me fera la grâce de leur respondre comme
-il conviendra pour le service du Roy et vostre. Et sur ce, etc.
-
- Ce IIIIe jour de juillet 1574.
-
-
- PAR POSTILLE.
-
- Pendant que j'ay faict mettre au net la présente, j'ay esté
- devers les susdictz seigneurs du conseil, qui m'ont faict une
- assez rude déclaration touchant la pleincte de leurs subjectz;
- dont je vous manderay, Madame, par mes premières, comme le
- tout a passé entre nous. Et voulant desjà clorre le pacquet,
- le Sr du Vassal, qui estoit allé pour mon audience à la court,
- et à qui j'avoys donné charge de sçavoyr résoluement comme je
- y serois receu, m'a rapporté, de la part du comte de Lestre,
- que la Royne, sa Mestresse, me mandoit que je serois le bien
- venu quand il me playroit; et que je sçavoys bien ce qu'elle
- n'avoit dict dernièrement, qu'encor que ma légation fût
- expirée, qu'elle ne layrroit de traicter avecques moy comme
- avec ung gentilhomme françoys, ministre du Roy, mon Maistre,
- lequel, avoit bien agréable, mais qu'elle ne pouvoit, en façon
- du monde, me recevoyr plus comme ambassadeur, jusques à ce que
- j'eusse nouvelle commission du Roy, qui est à présent. Sur
- quoy je me suis arresté, et suis tout résolu, Madame, de ne
- fère tant de préjudice à la grandeur du Roy, vostre filz, et à
- la vostre, ny tant d'indignité à la charge qu'on m'a veu
- exercer, icy, les six ans passés, que d'y aller maintenant en
- aultre qualité, dont vous plerra adviser de quelque expédient.
- Et s'il vous playsoit fère venir mon successeur, pour estre
- quelques moys, icy, agent, pendant que les lettres du Roy,
- vostre filz, luy arryveroient pour estre ambassadeur, nous
- conduyrions, par ensemble, la négociation ung espace de temps;
- et puis je la luy layrroys, au partyr, si clère et nette,
- qu'il ne s'y sentiroit aulcune mutation, sinon possible en
- mieulx, en ce que, mieulx que moy, il pourroit fère. Et vous
- pléra, Madame, pourvoyr promptement à ce faict, de peur que
- les affères de Voz Majestez ne reçoyvent quelque détriment,
- par faulte de personnage qui les puisse aller négocier avec la
- dicte Dame.
-
-
-
-
-CCCXCIIe DÉPESCHE
-
---du VIIIe jour de juillet 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer_).
-
- Déclaration faite à l'ambassadeur, en conseil, que la reine a
- pris la résolution de permettre à ses sujets d'user de
- représailles sur mer contre les Français.--Protestation qu'elle
- ne veut pas pour cela abandonner l'alliance, ni faire acte
- d'hostilité.--Regret témoigné par l'ambassadeur de ce que des
- excès ont été commis sur mer, et par les Français et par les
- Anglais.--Son desir qu'il y soit remédié conformément au
- traité.--Ses plaintes contre les secours donnés, depuis le
- commencement des guerres civiles, aux révoltés de France.--Ses
- remontrances à raison des prises faites par les
- Anglais.--Protestation de sa part qu'il prendra toute
- autorisation de représailles comme une infraction au traité
- d'alliance.--Déclaration du conseil qu'il en sera référé à la
- reine.--Ordre donné de mettre tous les navires en mer.
-
-
- A LA ROYNE, MÈRE DU ROY, RÉGENTE.
-
-Madame, ayant, jeudy dernier, esté appellé en la mayson de milord
-Quipper par les principaulx de ce conseil, j'ay trouvé qu'il y en
-avoit neuf des principaulx desjà assemblez et assis, lesquels m'ont
-assez bien receu; et s'estantz remis, chascun en sa place, et
-m'ayantz, ainsy que de coustume, donné celle du premier lieu, ilz ont
-esté quelque temps en silence, comme s'ilz attandoient que j'ouvrisse
-le propos; mais voyantz que je ne sonnois mot, milord Quiper et milord
-trézorier m'ont dict que la Royne, leur Mestresse, avoit ordonné que
-aulcunes choses, qui estoient d'assez d'importance, me seroient
-déclarées en ceste assemblée; lesquelles ilz me prioient de les
-vouloir ouyr de Me Smith.
-
-Et tout aussytost, s'estant le dict Me Smith levé, il m'a, avec ung
-peu d'apparat, dict que les grandes et fréquentes plainctes, qui,
-depuis ung an, estoient venues, et venoient encores tous les jours à
-la dicte Dame, des déprédations, volleries, meurtres et rançonnementz
-que les subjectz de ce royaulme souffroient, en mer, par les Françoys,
-et mesmes bien freschement de celles que deux navyres de guerre, qui
-s'avouoient au Roy, l'ung nommé le _Prince_ et l'autre l'_Ours_,
-exécutoient sur eulx, et le peu de justice qu'ilz trouvoient en France
-ez officiers de sur les lieux; lesquelz, encor que le Roy et les
-seigneurs de son conseil ordonnassent souvant de bonnes provisions,
-ilz les mesprisoient, et ne tenoient compte de les exécuter, et
-layssoient intimider devant eulx, injurier, battre, mutiller et
-meurtrir ceulx qui en alloient fère la poursuyte, sans qu'on leur eût
-encores jamays veu fère punition d'ung seul pirate, ny une seule
-restitution, bien que la dicte Dame en eût faict addresser ses
-pleinctes fort souvant par moy mesmes, et ordinayrement par ses
-ambassadeurs, à Voz Très Chrestiennes Majestez, et se fût mise en tout
-debvoir de punir, de son costé, ceulx de ses subjectz qui avoient
-troublé la mer, et donné toute satisfaction aulx Françoys;
-
-Et voyant, à ceste heure, le désordre continuer tousjours plus grand
-sur les siens, et les remèdes de justice leur deffallyr du tout, ainsy
-qu'il apparoissoit par le faict de Me Warcop, qui estoit fondé en très
-grande équité; et par celluy de Guyllaume Rutheau, qui avoit obtenu
-lettres patantes du grand sceau pour estre satisfaict en l'espargne,
-sellon que ses biens avoient esté prins pour les exprès affères du feu
-Roy, néantmoins le trésorier de l'espargne en refuzoit le payement;
-ensemble de plusieurs aultres semblables accidantz de ses subjectz,
-qui ne cessoyent d'inquiéter la dicte Dame, et ceulx de son conseil,
-de leurs très lamentables doléances;
-
-Elle, pour ne laysser dépérir le commerce, ny voyr cesser la
-navigation en son royaulme, qui estoient les deux choses qui
-principallement maintenoient son estat, avoit advisé que, sans plus
-m'en parler, ny aller plus à pleincte à Voz Majestez Très
-Chrestiennes, elle adviseroit des remèdes que, par l'advis de ceulx de
-son conseil, elle avoit jugé les plus propres et les plus expédientz,
-pour récompenser et desdomager ses dictz subjectz et leur assurer
-leurs dictz navigation et commerce, sans, pour ce, altérer la bonne
-paix qu'elle vouloit droictement garder au Roy, vostre filz, et à son
-royaulme; et que ce qu'elle en faysoit estoit principallement pour
-obvier que les choses ne passassent si avant que la dicte paix s'en
-peût rompre; par ainsy, s'il advenoit que je vîsse ou ouysse parler de
-quelque nouvel ordre sur la mer, que je n'en prinse poinct
-d'esbahyssement.
-
-Et, sans passer plus oultre, m'ayant lors exibé ung grand cahier de
-pleinctes, qu'il disoit n'y avoir esté satisfaict, et ung role de
-restitutions faictes aulx Françoys à mon instance, il s'est tourné
-rassoyr.
-
-Et les aultres s'estantz rendus fort attentifs à ce que je
-respondrois, je leur ay dict, que le propos, qu'ilz m'avoient
-maintenant faict tenir, venant de la Royne, leur Mestresse, et d'ung
-si prudent et vertueux conseil, comme le sien, se trouveroit, à mon
-advis, pour le regard de celle partie qui faysoit mencion de garder
-droictement l'amityé, très conforme au desir du Roy, vostre filz, et
-au vostre, de façon que je leur pouvois assurer que Voz Majestez, et
-toutz ceulx de vostre couronne, l'auroient très agréable; et encores
-ne pensois je que l'autre partye, qui monstroit avoyr de
-l'altération, vous peût du tout desplayre, parce qu'elle tendoit à
-descouvrir franchement les occasions qui avoient commancé de troubler,
-et qui troubleroient davantage la clerté de ceste amityé, si elles
-n'estoient remédiées; que le remède n'en seroit désormais difficile,
-puisque les causes du mal estoient descouvertes, lesquelles ne me
-sembloient ny si griefves, ny de tel poids, qu'elles peussent
-esbranler la très solide et très ferme, et très sainctement jurée,
-bonne amityé qui avoit, depuis quinze ans, prins son fondement sur la
-mutuelle bonne inclination que Voz Majestez s'estoient réciproquement
-portée;
-
-Que, touchant les désordres de la mer, et manquement de justice, en
-France, pour leurs subjectz, j'étois très marry qu'ilz eussent
-occasion de s'en douloyr, et je m'en voulois douloir avec eulx,
-n'estant du debvoir de la confédération qu'ilz receussent injure de
-nous, ny qu'elle ne fût réparée, quand nous la leur aurions faicte,
-car les trettés le portoient ainsy; mais la malice du temps avoit
-assez privé en France et l'estranger et le subject de l'ancien ordre
-de la justice; néantmoins je pouvois tant affirmer, de l'intention et
-desir de Voz Majestez Très Chrestiennes et de vostre conseil, que les
-provisions, qui avoient deu en cella procéder de très justes princes,
-et très sévères et équitables conseillers, n'y avoient jamays
-deffally; que eulx mesmes estoient ceulx, et je les supplyois de
-n'estre offancés d'ouyr ceste vérité, qui avoient donné commancement à
-ce mal: car, jusques en l'an 1568, encor que nos troubles eussent
-desjà duré cinq ou six ans, les Angloys n'avoient toutesfoys senty de
-nous, ny nous d'eux, aulcune injure sur la mer; mais, après qu'ilz
-avoient eu admis, icy, Chastellier Portault comme visadmyral,
-nonobstant qu'il fût un fuitif condampné à mort par justice, et qu'ilz
-eurent donné lieu aulx commissions du Prince de Condé et du cardinal
-de Chastillon et du prince d'Orange, et dernièrement à celles du comte
-de Montgommery, et que, soubz icelles, ung grand nombre d'angloys, et
-pareillement beaucoup de fuitifz françoys, escossoys et walons, eurent
-entreprins, soubz la faveur de ce royaulme, sortantz de leurs portz et
-y ayantz leur retrette, de piller les Catholicques, et de débiter par
-deçà leurs prinses, la mer avoit esté incontinent remplye de très
-grands désordres; et, encor que, depuis, ilz s'estoient efforcez de
-les réprimer, et que la Royne, leur Mestresse, eût commandé de fère
-justice, elle n'avoit esté faicte entière, ny à toutz, ny contre
-toutz. Et bien souvant une partye du principal, avec les frays, ou
-toutz les deux ensemble y estoient demeurés, de façon que le dommage
-des Françoys restoit encores et en diminution de leurs biens, et en
-injure et violence contre leurs personnes, et en perte de navyres, si
-grande qu'il excédoit de dix mille pour cent celluy qu'ilz
-m'alléguoyoient de leurs subjectz;
-
-Que je ne voulois nyer qu'il n'y eût à desirer quelque chose de nostre
-costé, mais beaucoup plus sans comparayson du leur; et, au pis aller,
-les injures, qu'ils avoient reçues de nous, ne pouvoient estre sinon
-semblables à celles qu'ils nous avoient faictes, ès quelles nous
-n'avions jamays tenté aultre remède que de recourir à la Royne, leur
-Mestresse, et à eulx, de nous fère justice sellon les traictés; et
-nous estions contantés de celle qu'elle nous avoit administrée, ou
-qu'elle avoit monstré de nous vouloir administrer, excusans le reste
-sur la malice du temps; dont je la supplyois, et eulx aussy, qu'ilz
-voulussent maintenant uzer le semblable, et ne chercher nulz remèdes
-en cella hors des traictés; et que leurs ambassadeurs avoient
-naguyères tretté de cest affère avec Voz Majestez Très Chrestiennes,
-lesquelles avoient prins avec eulx l'ordre que je leur avoys desjà
-déclaré; lequel, s'il ne leur satisfaysoit assez, qu'ilz en missent
-quelque autre en avant, et je leur ozois bien promettre que, s'il
-n'estoit bien malhonneste et inique, que Vostre Majesté le leur
-accorderoit, et leur feroit voyr qu'elle desire soigneusement
-conserver le commerce et intelligence de ce royaulme;
-
-Que la Royne, leur Mestresse, ny eulx ne pouvoient, ny debvoient
-procéder maintenant d'aultre façon; et, pour le debvoir de ma charge,
-je ne pouvois fère de moins, en cas de quelque nouveaulté en cest
-endroict, que de les requérir de la vous communicquer, et d'attandre
-sur icelle vostre consentement, premier que de la mettre à exécution,
-ou bien leur protester de l'infraction des traictés; que je les priois
-de considérer que le feu Roy estoit mort leur bon allié et confédéré,
-et que le Roy, à présent, son frère, selon le troysième article du
-traicté, avoit succédé en la mesme ligue et confédération, et avoit
-ung an de terme pour en déclarer sa volonté, et que Vostre Majesté
-leur promettoit qu'il ne l'auroit poinct dissamblable au deffunct, et,
-possible, beaucoup meilleure; et aulmoins ne pouvoient ilz, pour chose
-qu'il eût faicte, depuis son règne, aulcunement juger qu'il la deût
-avoyr aultre; et pourtant je les priois que la Royne, leur Mestresse,
-et eulx se voulussent, en l'absence sienne, et à l'advènement sien à
-ceste grande couronne de France, qui leur estoit voisine, et en
-l'administration de ses présentz affères ez mains de Vostre Majesté,
-se déporter en vrays bons alliez et confédérez, et luy ayder et
-assister, comme à celluy qui debvoit estre, cy après, bien fort à
-eulx; et de qui, pour estre ung prince nay à toute vertu, creignant
-Dieu, fort esprouvé aulx armes et aulx affères, et dont la fortune ne
-se monstroit petite, ny les augures de sa grandeur que très bons, ilz
-pouvoient espérer et se promettre beaucoup plus que de nul aultre
-prince de la Chrestienté.
-
-Laquelle responce, qui a esté, en quelque endroict, plus ample et plus
-expresse, milord trésorier l'a incontinent récapitulée en angloix, à
-ceulx qui n'entendoient le françoys.
-
-Et après qu'ilz ont eu assez longtemps débattu ensemble, luy mesmes
-m'a respondu, que ce qu'ilz m'avoient auparavant déclaré de
-l'intention de leur Mestresse estoit sellon la résollution qu'elle en
-avoit prinse, à laquelle ne leur pouvoit estre loysible d'y rien oster
-ou mettre; mais qu'ilz luy rapporteroient fidellement mon dire, lequel
-leur avoit semblé à toutz honnorable et plein de beaucoup de
-satisfaction; et que, puis après, elle m'y feroit entendre sa volonté.
-Il s'est passé, là mesmes, d'autres choses lesquelles je réserve à la
-prochayne dépesche, parce que cette lestre est desjà trop longue. Et
-adjouxteray seulement que, samedy dernier, le comte d'Oxfort et milord
-Edwart de Sommerset se sont desrobez d'icy pour passer en Flandres, de
-quoy ceste court est assez troublée. Et sur ce, etc.
-
- Ce VIIIe jour de juillet 1574.
-
- L'on me vient d'advertyr, tout à ceste heure, que ceux cy ont,
- depuis hier au soyr, changé, encores un coup, de
- dellibération, et qu'indubitablement ilz mettront toutz leurs
- navyres dehors avant le XXIIIIe de ce moys. J'envoye de ce pas
- en vériffier l'advis, et incontinent après, je le vous
- escripray. Le pacquet de Vostre Majesté, du dernier du passé,
- vient d'arryver. Il est besoing de pourvoyr promptement à la
- difficulté que, par le postscripte de ma précédente, je vous
- ay mandé.
-
-
-
-
-CCCXCIIIe DÉPESCHE
-
---du XIIe jour de juillet 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)
-
- Reprise des armemens.--Intrigues des partisans de l'alliance de
- Bourgogne.--Suspension des lettres de marque contre les
- Français.--_Mémoire._ Conférence de l'ambassadeur avec
- Burleigh, Leicester et Walsingham, sur la déclaration des
- seigneurs du conseil.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, ce n'est sans rougir de honte qu'il fault que, par ceste cy,
-je vous mande, touchant l'armement de ceste princesse, tout le
-contrayre de ce que, par celle du premier de ce moys, je vous avoys
-escript: qu'elle l'avoit desjà interrompu, et avoit faict licencier
-les gens de guerre, et les marinyers, et les ouvriers, et officiers de
-ses navyres, et faict cesser les provisions des victuaylles, et
-révoqué toutes aultres commissions en cella, chose que j'ay veue de
-mes yeulx. Et mesmes la dicte Dame estoit desjà entrée en marché avec
-le Sr Boyssot, gouverneur de Fleximgues, qui estoit lors icy, pour luy
-vendre les dictes victuailles. Mais estant, samedy dernier, survenu
-des nouvelles de France à la dicte Dame, lesquelles j'entendz que ne
-luy ont pleu; et, bientost après, d'autres, du costé de Biscaye, comme
-l'armée d'Espaigne se debvoit mettre en mer le cinquiesme de ce moys
-en nombre de troys centz voylles, toutes à double équippage de guerre;
-et encores d'aultres fascheuses nouvelles, le mesmes soyr, comme les
-deux milords, dont je vous ay cy devant escript, s'estoient desrobez
-pour passer en Flandres, la peur et les souspeçons luy ont renouvellé
-plus grandz que jamays. Dont soubdain elle a faict contremander ce qui
-estoit licencyé, et envoyé argent de toutes partz pour haster les
-soldatz et les maryniers; et maintenant elle faict fère une extrême
-dilligence de pouvoir, avant le XXVe du présent, mettre ses grands
-navyres dehors, en nombre de XXV, aultant bien équippés qu'il y en ayt
-en ceste mer, avec les barques et aultres vayssaulx qui suyvront,
-oultre les particulliers qui seront bien aultant. Et l'admyral mesmes
-d'Angleterre se prépare, avec beaucoup de noblesse, pour y aller
-commander; chose néantmoins qu'à mon advis ne pourra estre si tost
-preste, et de laquelle j'espère, et desire de bon cueur, que je puisse
-encores une foys changer les advis que j'auray à vous en mander, non
-qu'on ne m'ayt donné beaucoup de bonnes parolles d'assurance que rien
-de cest appareil n'est contre la France. Néantmoins je ne puis fère,
-pour aulcunes considérations que j'ay, que je ne le souspeçonne
-beaucoup, et que je ne le rende suspect à Vostre Majesté, veu
-mesmement la déclaration assez rude que les seigneurs de ce conseil
-m'ont naguyères faicte, comme je le vous ay mandé du VIIIe; et veu que
-les ministres françoys de ceste ville, qui sont bien les plus
-passionnez du monde, sont ceulx qui le sollicitent. Joinct que les
-partisans de Bourgoigne, lesquelz sont trop plus ferventz, pour ceste
-heure, que les nostres, et qui sont très bien estipendiés,
-s'efforceroient de traverser cella, s'ilz sentoient qu'il y eût rien
-au dommage du Roy Catholicque.
-
-Et à propos des dictz partisans de Bourgoigne, je vous puis assurer,
-Madame, qu'ilz ont faict tout ce qu'ilz ont peu pour induyre ceste
-princesse de rompre avecque vous; et n'est sans apparance que, ez
-praticques qu'avez descouvertes par dellà, il y ayt de leur artiffice
-beaucoup, sans le sceu et oultre la volonté d'elle. Car desjà ilz
-avoient tant faict, icy, à la sollicitation d'ung hespagnol,
-naturalizé en ceste ville, lequel pourchassoit pour luy une lettre de
-marque contre les Portugoys, que ce conseil avoit résolu qu'on en
-octroyeroit aussy, avec toutes provisions de représailles, et
-d'arrest, aulx marchantz angloys contre les Françoys. Et sans ce que
-la dicte Dame, quand l'on luy en est allé parler, a dict qu'il falloit
-qu'on m'en notiffiât la déclaration, et qu'on entendît là dessus ma
-responce, premier qu'elle le consentît, l'on eût desjà passé oultre;
-bien qu'elle n'a faict grand difficulté de passer la lettre contre les
-Portugoys. Et c'est sur quoy iceulx de ce conseil m'ont tenu depuis le
-propos que je vous ay mandé; sur quoy je leur ay faict, sur le champ,
-la responce, et eulx leur réplicque que Vostre Majesté a veue par ma
-dépesche du VIIIe de ce moys. Et je joins dans un mémoyre à part ce
-qui s'en est ensuivy.
-
-Et depuis, Madame, l'on m'a adverty que les dictes lettres de marque
-ont esté suspendues. Je ne sçay si, à présent, l'on les remettra. Et
-le Sr Artus Chambernon m'est venu dire que, puisqu'il vous playsoit
-fère rayson à son fils du dot de sa femme, qu'il garderoit qu'il ne
-l'allât pourchasser, sinon vers Vostre Majesté, par la voye que luy
-permettriés de le fère. Et sur ce, etc.
-
- Ce XIIe jour de juillet 1574.
-
-
- MÉMOIRE.
-
- Madame, après estre levez du conseil, milord trézorier et le
- comte de Lestre, m'ayantz retiré à part, m'ont remonstré en
- combien de deffiance de vostre amityé et de celle du Roy,
- vostre filz, vous aviez mis ceste princesse par les estranges
- façons dont aviez procédé vers ses ambassadeurs et leurs gens:
- de les avoir ainsi faict observer comme si vous la teniés
- desjà pour vostre déclarée et mortelle ennemye, et mesmes de
- ce tret, qu'aviez faict uzer, par le grand commandeur de
- Champaigne, au cappitaine Leython, le jour qu'il estoit party
- de Paris, bien qu'il luy eût dict que ce n'estoit de vostre
- part; et qu'ilz promettoient à Dieu qu'ilz ne voyoient ny
- sçavoient qu'il y eût eu, cy devant, ny qu'il y eût, à
- présent, en l'intention de leur Mestresse, chose aulcune qui
- vous deût raysonnablement esmouvoyr contre elle; et que, si
- elle avoit voulu monstrer quelque recognoissance vers
- Monseigneur vostre filz, de l'obligation, en quoy elle se
- sentoit estre, de ce que le feu Roy, son frère, et Vous, le
- luy aviés présenté, et que luy mesmes s'estoit offert à elle,
- que vous la debviés avoyr segondée en cella, si aviés nul
- desir de leur mariage, car pouviés croyre qu'elle ne tendoit
- qu'à fère tout ce qu'elle jugeoit bon pour le bien et
- contentement de Voz Majestez Très Chrestiennes et pour
- l'honneur de vostre couronne, et pour conserver et accroystre
- la réputation de Mon dict Seigneur, vostre filz; et qu'il
- falloit dire ou que vous estiés fort circonvenue en l'opinyon
- qu'on vous faisoit prendre de leur Mestresse, ou que vous luy
- portiés une fort maulvayse volonté.
-
- Je leur ay respondu qu'à dire vray, là où la meffiance
- pénétroit et pouvoit mettre racyne, qu'elle y suffocquoit
- facillement toutes les plantes d'amityé; mais que je les
- suplioys de considérer, par leurs prudences, si, en ung temps
- qu'il vous estoit advenu, Madame, de perdre le feu Roy, vostre
- filz ayné, et avoyr absent le Roy, son frère, vostre segond
- filz, en ung pays très loingtain; et que son royaulme, durant
- vostre administration, se trouvoit ombragé, en plusieurs
- endroictz, de diverses guerres intestines, où vous aviés six
- armées aulx champs pour luy, l'une en Normandye, une en
- Poictou, une en Gascoigne, une en Languedoc, une en Daulfiné
- et une aultre en Champaigne, et deux mareschaulz de France
- prisonnyers, et le Prince de Condé, qui se préparoit en
- Allemaigne, pour venir, avec nouvelles forces, troubler
- davantage voz affères; et que le comte de Montgonmery estoit
- par ce costé descendu en Normandye; et que les eslevez ne
- faysoient de rien tant d'estat que du secours d'Angleterre;
- et que plusieurs ministres, et aultres françoys fuityfs, ne
- cessoient de dellibérer icy, toutz les jours, des moyens
- d'entretenir la guerre par dellà; et que les gens de leur
- ambassadeur s'estoient efforcez de mener, jusques en vostre
- court, de très dangereuses praticques; si toutes ces choses là
- ne vous debvoient bien avoyr causé de la souspeçon;
-
- Et que je leur voulois librement dire que la Royne, leur
- Mestresse, et eulx vous debvoient sçavoyr grand gré de l'ordre
- que vous aviés tenu, là dessus, pour conserver l'amityé; car
- aviés envoyé Mr Pinart, secrettère des commandementz, devers
- leurs ambassadeurs pour les prier doulcement d'ouvrir les
- yeulx sur ces maulvais déportementz de leurs gens, et y
- vouloir pourvoyr; et m'aviez commandé de déclarer, icy, à leur
- dicte Mestresse, les poinctz et termes de la dicte pratique;
- et luy nommer les propres personnes qui la menoient, la priant
- qu'elle jugeât combien il vous debvoit estre grief, qu'au nom
- d'elle l'on entreprînt telles choses près de Vostre Majesté,
- en vostre mayson, et jusques dans vostre cabinet, sans vous en
- fère part;
-
- Et que vous promectiés à Dieu que vous aviés fermement creu
- que c'estoit sans qu'elle le sceût, et contre sa volonté,
- qu'ilz le faysoient; et que cella procédoit de l'artiffice des
- eslevez, ou bien des ministres réfugiés par deçà: dont l'aviés
- priée qu'elle fît cesser ces choses, et qu'elle voulût
- entretenir et nourrir tant de vraye amityé avecques vous, que
- rien ne se peût traicter de par elle en France, comme vous luy
- promettiés bien que rien ne se traicteroit de par Voz Majestez
- Très Chrestiennes par deçà, sans une privée communicquation
- d'entre vous deux.
-
- En quoy ilz pouvoient voyr combien grande occasion l'on vous
- avoit donné de souspeçon, et combien vous aviés mis peyne de
- garder qu'elle ne vînt à altération; et qu'ilz debvoient ainsy
- juger de Vostre Majesté, comme d'une princesse qui leur aviez
- conservé, quinze ans durant, l'amityé du feu Roy, vostre filz,
- et qui luy conserveriés perpétuellement celle du Roy, son
- frère, et conduyriés à bon effect le propos de Monseigneur le
- Duc, si eulx mesmes ne vous donnoient occasion d'en uzer
- aultrement.
-
- Et les ayant layssez en cella, Mr Walsingam m'est venu ramener
- jusques hors du logis, qui m'a dict que, de tousjours, il
- avoit plus esté françois qu'espaignol, et pourtant qu'il
- s'advanceroit de me prier franchement que je me voulusse
- souvenir combien j'avoys tousjours trouvé sa Mestresse bien
- inclinée à la France; et combien elle méritoit que Voz
- Majestez Très Chrestiennes tînsiés en grand compte son amityé,
- et la traictissiés, en toutes choses, honnorablement et avec
- dignité, et respect; et que c'estoit une princesse très
- débonnayre, très vertueuse et paysible, à laquelle falloit
- donner de la satisfaction; et que pourtant, sur la déclaration
- qu'elle m'avoit faicte fère par ceulx de son conseil, il
- estoit nécessaire que Vostre Majesté la contantât
- honnestement, en faysant avoyr satisfaction, par justice, à
- ceulx de ses subjectz qui plus luy faysoient de presse.
-
- A quoy je luy ay respondu que, jusques icy, il s'estoit veu
- beaucoup de correspondance entre Voz Majestez et entre ces
- deux royaulmes, et que, de vostre costé, il ne s'y trouveroit
- ny resfroydissement ny diminution; dont luy pouvois promettre
- que la satisfaction seroit faicte par justice à leurs
- subjectz, s'il leur playsoit l'administrer de mesmes bonne
- aulx Françoys par deçà.
-
-
-
-
-CCCXCIVe DÉPESCHE
-
---du XVIe jour de juillet 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par Jacques._)
-
- Nouvelle suspension des armemens.--Assurances données par
- Leicester de son affection pour la France.--Avis qu'une
- audience est accordée à l'ambassadeur.--Affaires
- d'Écosse.--_Mémoire._ Communication entre l'ambassadeur et
- Leicester.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, en ce que, par ma dépesche, du XIIe de ce moys, j'avoys
-présagé que j'auroys encores une foys à vous mander quelque changement
-de la dellibération de ceulx cy touchant leur armement, je ne m'en
-trouve nullement déceu, car, sellon que je l'ay dict, et comme je le
-desirois, mais, certes, plus tost que je ne l'espérois, il est advenu
-qu'ilz ont, de rechef, depuis peu d'heures en çà, entièrement cassé
-tout l'appareil de leurs grands navyres. Et ne sçay d'où est procédé
-ceste tant soubdeyne mutation, car don Bernardin de Mendossa, qui
-vient de la part du grand commandeur de Castille, n'a point esté
-encores ouy, et le secrettère de l'ambassadeur d'Angleterre ne fut pas
-si tost arryvé, samedy au soyr, à Windsor, qu'on envoya icy redoubler
-le commandement de haster la sortie des dictz grands navyres. Et si,
-je sçay certaynement que aulcuns ministres furent, le dimanche
-ensuyvant, appelez à la court, pour encourager ceste princesse à ces
-deux guerres, de France et de Flandres, et pour luy remonstrer que le
-salut de ce royaulme et la conservation de leur religion requéroit que
-l'ordre de son armement ne se trouvât nullement diminué de ce qu'il
-est, ains plustost augmenté, quand le Prince de Condé entreroit en
-France, et quand l'armée d'Espaigne passeroit icy, au long, pour aller
-en Flandres.
-
-Il est bien vray, Madame, que j'avoys desjà eu, en cella, quelque
-bonne parolle du comte de Lestre, dont je metz le propos à part, qui
-pense bien que, de luy et de quelques ungs qui n'ont encores perdu
-toute leur bonne affection vers la France, et de quelques amys du Roy
-d'Espaigne, est venu maintenant ceste interrumption d'armement; et à
-luy aussy, plus qu'à nul aultre, j'en rendray, samedy prochain, les
-grandz mercys, quand j'iray à l'audience à Redinc, à quarante mille
-d'icy, où ceste princesse m'a assigné. A laquelle je n'obmettray ung
-seul poinct de toutz ceulx qui sont contenus en vostre dernière
-dépesche du VIIe du présent, desquelles, en ce qui touche aulcunes
-particullaritez, bien bonnes et bien desirées du Roy, vostre filz, je
-m'en conjouys infinyement avec Vostre Majesté; et surtout j'ay bien
-fort solennisé la nouvelle de son bref retour, car c'est ce qui
-resjouyt, plus que je ne le sçauroys dire, les bons, et met en
-terreur et confusion ceulx qui n'ont bonne intention.
-
-Au regard de l'affère d'Escoce, je ne sçay comme bien y pourvoir, car,
-de s'en adresser au comte de Morthon, ou à pas ung de sa faction, le
-debvoir ny la rayson ne le peuvent requérir; et je ne sçay à quel, de
-toutz ceulx de l'aultre party, j'en pourrois escripre, qui n'ayme,
-possible, beaucoup mieulx que ce que je vous ay mandé succède, au cas
-que n'y veuillés entendre pour vous, que d'en demeurer là où ilz sont.
-Dont semble estre expédient que, soubz une colleur, fassiés passer
-quelque escossoys confident jusques là, par mer, pour y aller manyer
-ce négoce sellon vostre intention. Et sur ce, etc.
-
- Ce XVIe jour de juillet 1574.
-
- ADVIS, A PART.
-
- Madame, j'ay envoyé devers le comte de Lestre le Sr Acerbo
- pour le prier de troys choses: l'une, qu'il voulût oster,
- d'entre la Royne d'Angleterre et moy, cette difficulté qu'elle
- faysoit de ne me vouloir recevoyr comme ambassadeur, luy ayant
- à dire une chose fort expécialle et d'importance que Vostre
- Majesté luy mandoit; l'aultre, de m'advertyr en quelle
- disposition elle estoit demeurée vers Voz Majestez et vers la
- France, après qu'elle eût ouy le rapport de ceulx de son
- conseil, sur ce qui s'estoit passé naguyères entre eulx et
- moy; et la troysiesme, qu'il promît ardiment à la dicte Dame,
- sur la parolle de Vostre Majesté, que la confirmation de la
- ligue avec le Roy, vostre filz, s'en suyvroit, tout ainsy
- qu'elle l'avoit eue avec le deffunct, son frère, et que je luy
- en obligeoys ma vye; et plusieurs aultres bonnes parolles et
- promesses au dict comte pour l'eschaufer, plus que jamays, au
- party du Roy, et de ne se laysser surmonter ny aulx partisantz
- d'Espaigne, ny aulx passionnez protestans.
-
- A quoy, après avoyr conféré avec la dicte Dame, il m'avoit
- mandé, comme de luy mesmes, qu'il me prioit de n'estre point
- marry, si je ne pouvois estre receu comme ambassadeur, car, à
- la vérité, je ne l'estois poinct; et s'il advenoit que quelque
- chose se trettât avecques moy, en celle qualité, que tout
- cella seroit de nulle valeur; mais qu'il me respondoit, sur
- son honneur, si je venois trouver la dicte Dame, qu'elle ne me
- tiendroit en aultre lieu et rang que comme elle avoit
- accoustumé, bien que non d'ambassadeur;
-
- Et, au regard de ce qui s'estoit passé entre ceulx du dict
- conseil et moy, qu'après que luy et milord trézorier, et les
- deux secrettères, en avoient eu rendu compte en bien bonne
- sorte à la dicte Dame, elle avoit dict que ma responce luy
- sembloit telle que de plus honnorable ne s'en pouvoit fère, ny
- qui fût plus pleyne de satisfaction; et qu'elle avoit lors
- faict arrester, en son dict conseil, que, premier que
- d'innover rien aulx trettés d'entre le Roy et elle, ny
- attempter rien contre les Françoys, qu'on attandroit de voyr
- s'il sortiroit aulcun effect des bonnes parolles et
- déclarations que je leur avoys faictes; vray est que ceulx,
- qui nous estoient peu amys, avoient tant faict qu'il avoit
- esté réservé, au cas que les violences continuassent de nostre
- costé, et que les Anglois fussent maltraictés en France, et
- déprédés par les Françoys, et qu'on ne leur fît quelque
- satisfaction du passé, qu'on leur permettroit de se revencher
- sur mer, et prendre leur récompense sur les dictz Françoys,
- ainsy qu'ilz la pourroient avoyr: qui pouvois penser que leur
- seroit chose assez aysée, mais mal convenable à l'amytié;
-
- Et que la dicte Dame avoit dict, tout hault, que Vous, Madame,
- vous estiez trompée et circonvenue vous mesmes, d'avoyr prins
- tout aultrement l'intention d'elle qu'elle n'estoit; car
- prioit à Dieu de la punir très griefvement si elle avoit
- pensé, ny consenty jamays, à chose qui deût offancer le feu
- Roy, vostre filz, ny vous, ny troubler aulcunement voz
- affères; et que, s'il luy apparoyssoit que, quelz que ce
- soient en France, de ceulx que vous aviez suspectz, eussent
- vollu rien attempter contre la personne du feu Roy ny contre
- la vostre, ny contre l'estat, que ce seroit elle qui
- solliciteroit très instammant qu'on leur tranchât la teste;
-
- Que, quand à respondre, sur la parolle de Vostre Majesté, de
- la confirmation de la ligue à la dicte Dame, qu'il s'y
- employeroit très volontiers, car c'estoit chose qu'il desiroit
- infinyement, et espéroit qu'elle l'accepteroit, et ne s'en
- monstreroit ny refuzante ny dédaigneuse, pourveu qu'elle en
- fût honnestement recherchée;
-
- Et qu'au reste, il n'estoit besoing que, par nouvelles
- persuasions et promesses, je le sollicitasse au party du Roy,
- car il s'estoit desjà déclaré tant parcial françoys, en toutes
- les compétences d'entre les deux maysons de France et de
- Bourgoygne, qu'il sçavoit n'avoyr, aujourd'huy, ung plus
- capital ennemy au monde que le Roy d'Espaigne; et que les
- Protestantz n'avoient guyères meilleure opinyon de luy, en ce
- qui concernoit Voz Très Chrestiennes Majestez, car estoient
- bien advertys que, sur les diverses instances que j'avoys
- souvant faictes à la dicte Dame contre eulx, ce avoit esté luy
- qui l'avoit, en temps et lieu, tousjours faicte résouldre de
- ne les assister ny d'argent, ny d'hommes, ny de monitions, ny
- d'aultres moyens, pour soustenir la guerre; et que mesmes,
- aussytost que j'avoys eu dernièrement faict ma plaincte à elle
- du comte de Montgommery, qu'il l'avoit induyte de deffendre
- que, de quinze centz hommes, les mieulx choysis d'Angleterre,
- lesquelz estoient desjà secrettement enrollez pour aller
- trouver le dict comte en Normandye, il n'y en passât ung seul;
- dont luy reprochoient que la ruyne de ce pouvre gentilhomme,
- et de toutz ceulx de leur religyon au dict pays, s'en estoit
- ensuyvie; et, nonobstant que la France se monstrât très
- ingrate en son endroict, et que les meffiances et souspeçons,
- que Vostre Majesté avoit prinses de luy, fussent de très
- maulvayses récompanses de ses bons, voyre souveraynement bons,
- offices passez, qu'il ne layrroit pourtant de les continuer
- encores meilleurs et plus fervans que jamays; et qu'il me
- promettoit que bientost je m'en appercevroys.
-
-
-
-
-CCCXCVe DÉPESCHE
-
-ET PREMIÈRE AU ROY TRÈS CHRESTIEN HENRY IIIe
-
---du XXIIIe jour de juillet 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Remerciemens de l'ambassadeur au roi.--Heureux effet produit à
- Londres par la nouvelle que le roi a quitté la
- Pologne.--Audience.--Desir d'Élisabeth de continuer le traité
- d'alliance.--Détails de l'audience.--Communication d'une lettre
- écrite par la reine-mère.--Satisfaction
- d'Élisabeth.--Protestation qu'elle ne conserve aucun
- ressentiment au sujet des plaintes qu'elle a
- faites.--Réclamation des seigneurs du conseil à l'égard des
- prises.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay, avec révérance et respect, très humblement baysé la
-lettre qu'il a pleu à Vostre Majesté m'escripre, de Cracovia, du XVe
-du passé, laquelle m'a esté d'une souverayne consolation; et m'a
-confirmé, quand au trespas du feu Roy, vostre frère, cella mesmes que
-j'en avoys indubitablement veu, que la dolleur avoit d'aultant plus
-faict d'impression dans vostre cueur que plus vous l'aviés magnanime,
-généreulx et royal, sellon qu'à tels est tousjours la douleur plus
-naturelle, et l'humanité plus familière, que n'est aulx aultres. Et
-semble qu'avez voulu davantage augmenter vostre regret par la
-recordation de l'amityé qu'il vous portoit, et des advantages que, de
-son vivant, il s'estoit efforcé de vous donner en son royaulme; en
-quoy vous avez bien fort honnoré la mémoyre de luy, et orné grandement
-vostre réputation, et apporté beaucoup de soulagement au grand mal que
-nous portions de sa mort. Qui vous promects bien, Sire, qu'il seroit
-encores plus grand et insupportable, sans l'assurance, que nous
-donnez, de vostre brief retour; dont je prie Dieu qu'il vous veuille
-ramener sain et sauf, bientost, aulx vostres, et rendre vostre règne
-très heureux, et très heureux le fère sentir à ceulx à qui venés
-naturellement commander.
-
-Il n'est pas à croyre combien d'inconvénientz et de désordres se
-préparoient au monde pour l'opinyon, que quelques ungs avoient, qu'on
-vous deût susciter des empeschementz et des difficultez non petites en
-Pouloigne, pour ne vous en laysser partir de longtemps. Et est certain
-que voz affères, et ceulx de la France, commançoient d'en venir, icy,
-aussy bien qu'aillyeurs, à quelque mespris, et moy en assés de
-défaveur; mais je vous puis dire que la seule nouvelle de vostre
-arryvée en Autriche, les a, en l'endroict de ceste princesse, plus
-relevez que jamays, laquelle, à dire vray, ne s'est jamays esloignée
-de sa bonne inclination. Et ne se pourroit desirer une plus ouverte
-signiffication de grand contantement que celluy, qu'elle a monstré
-avoyr, de la lettre de Vostre Majesté, laquelle je luy ay présentée,
-le XXe de ce moys, avec voz très affectueuses et très cordialles
-recommandations à toutes ses bonnes grâces; et elle l'a fort
-volontiers et attentivement leue.
-
-Et, luy ayant, après, touché les poinctz de celle que Vostre Majesté
-m'adressoit, desquels elle a fort gousté celluy qui l'assure de la
-continuation de vostre amityé, et de vous trouver non moins entier et
-persévérant vers elle que le feu Roy l'a tousjours esté jusques à son
-trespas, elle m'a respondu qu'elle confessoit d'avoyr extrêmement
-senty la mort du dict feu Roy, comme d'ung fort grand et fort esprouvé
-amy, qu'elle avoit perdu; mais que, maintenant, le playsir ne luy
-estoit moindre de voyr que, en la mesme place, elle avoit recouvert
-ung aultre amy, qui n'estoit dissemblable, ny de rien inférieur au
-premier; et que, de nulle part du monde, luy eût peu venir chose, en
-ce temps, qui plus luy eût apporté de vray contantement que faysoit
-vostre lettre, et l'assurance de vostre amytié, et la nouvelle de
-vostre brief retour, et la confirmation de la régence de la Royne,
-vostre mère, et la continuation de ma légation, icy, auprès d'elle:
-qui estoient choses, desquelles elle me prioit de vous en rendre, de
-par elle, le plus grand mercys que je pourrois, attendant qu'à vostre
-arryvée en France elle vous en envoyât davantage, par ung de ses
-milords, espéciallement remercyer: lequel satisferoit aussy aulx
-aultres honnestes debvoirs qu'elle sçavoit estre tenue vous rendre,
-sur le trespas du feu Roy, et sur vostre heureulx advènement à la
-couronne, sellon qu'elle s'en vouloit dignement acquiter, le plus
-qu'elle pourroit, pour l'honneur et grandeur de Vostre Majesté, et
-pour vous donner une non moins assurée confirmation de son amityé,
-qu'il vous playsoit l'assurer de la vostre; avec plusieurs aultres
-parolles et plusieurs démonstrations qui ont semblé procéder d'une
-vrayement bonne affection.
-
-Mais je ne metz icy le tout, affin que je ne préocupe la légation de
-celluy qu'elle vous doibt bientost envoyer; et adjouxteray seulement
-que je remercye très humblement Vostre Majesté du favorable jugement,
-que sa lettre faict de mon service passé, et de la bonne opinyon qu'il
-luy plaist prendre de celluy de l'advenir. Qui vous promectz bien,
-Sire, que je n'ay dressé, ny dresserai jamays, l'heur et la félicité
-de ma vye à nul meilleur but, au monde, que de vous en pouvoir fère
-qui vous soit agréable; et ay réputé à grand honneur qu'il vous ayt
-pleu ainsy, de loing, me continuer en ceste charge jusques à vostre
-retour, après lequel je vous supplie très humblement avoyr tant de
-compassion de moy que de m'en retirer, et m'octroyer tant de grâce que
-je puisse aller voyr la face de Vostre Majesté, et luy bayser très
-humblement les mains, ainsy que très humblement je les luy bayse,
-d'icy en hors, de toute l'affection de mon cueur; et prie le Créateur
-qu'il vous doinct, etc. Ce XXIIIe jour de juillet 1574.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, la lettre du Roy, vostre fils, a esté singullièrement bien
-receue de ceste princesse, et nonobstant qu'à l'ouverture d'icelle,
-ainsy qu'elle a jetté l'oeil sur le seing, elle ayt ung peu soupiré
-de ne trouver plus _Charles_, elle n'a layssé de prononcer fort
-gracieusement que c'estoit maintenant ung _Henry_ qu'elle y trouvoit.
-Et a leu tout du long, avec son grand plésir, et bien curieusement, la
-dicte lettre, et m'a très volontiers accepté en la continuation de
-ceste charge, avec plus de faveur qu'elle ne m'avoit jamays faict,
-dont je metz sommayrement en la lettre du Roy ce que, pour ce regard,
-elle m'a respondu; ayant davantage recueilly de ses propos, qu'encor
-qu'elle ne soit _lyonne_, elle ne layssoit d'estre yssue et tenir
-beaucoup de la complexion du _lyon_, et que, sellon que le Roy la
-traictera doulcement, il la trouvera doulce et traictable, aultant
-qu'il le sçauroit desirer; et s'il luy est rude, elle mettra peyne de
-luy estre le plus rude et nuysible qu'elle pourra. Et s'est eslargie
-en aulcuns poinctz qui seroient longs à mettre icy; lesquels
-néantmoins elle me les a bien voulu fère sonner: et m'a prié de vous
-en mander ung entre aultres qu'elle estime le plus considérable, mais
-je l'ay supliée qu'elles mesmes le vous voulût escripre.
-
-Et ay suivy à luy dire que j'avoys à luy toucher d'ung aultre faict,
-qui estoit de très grande importance, comme de celluy d'où avoit à
-dépandre l'establissement ou la ruyne de toutz les fondementz de
-l'amityé qui se pouvoit espérer pour jamays entre ce jeune prince,
-nostre nouveau Roy, et elle; et lequel, s'il n'estoit remédié,
-pourroit engendrer de la meffiance beaucoup entre eulx, pour les
-conduyre à des discordes et malcontantements, qui, petit à petit, les
-feroient, possible, tomber en ropture. Et de tant que cella estoit au
-long fort bien déduict en une lettre de Vostre Majesté du XXe du
-passé, en laquelle toute la conception de vostre cueur estoit
-clèrement expliquée, il estoit expédient, ou qu'elle prînt la peyne
-de la voyr, ou qu'elle eût la patience de l'ouyr lire.
-
-Et, là dessus, s'estant rendue fort attentifve, avec quelque
-esbahyssement que ce pouvoit estre, m'a prié que je luy voulusse lyre
-la dicte lettre, ce que j'ay faict; et ayant layssé le premier
-article, qui estoit en chiffre, j'ay commancé en l'endroict où est
-dict: _J'ay sceu certaynement que aulcuns, qui sçavent beaucoup du
-secret de la Royne d'Angleterre, se sont layssez entendre_, etc.,
-jusques à la fin du propos, qui concerne le malcontantement qu'on vous
-a dict qu'elle avoit du Roy, de ce qu'on luy avoit rapporté qu'il
-avoit mesdict d'elle. Et m'estant arresté là dessus, pour entendre ce
-qu'elle me diroit, s'estant trouvée ung peu surprinse, et n'avoyr
-encores bien preste sa responce, elle m'a prié d'achever le reste de
-la lettre, s'il y avoit chose dont j'eusse à luy parler.
-
-Et ainsy j'ay continué les aultres articles, qui estoient de
-l'espérance de la paciffication, des exploicts qui se faysoient
-cependant en la guerre, du faict de Mr le maréchal de Dampville, de la
-maladye de Mr le maréchal de Cossé, de vostre bon desir à la
-justiffication de Mr de Montmorency et du dict Sr de Cossé, de
-l'exécution du comte de Montgommery et du faict des pleinctes des
-marchandz; sur toutz lesquelz poinctz nous avons longuement discouru.
-Mais j'ay ramené, le plus tost que j'ay peu, le discours à silence,
-affin de retourner au premier article, dont elle m'a prié que je le
-luy voulusse encor lyre ung coup.
-
-Et puis m'a dict que, quand bien elle auroit esté cy devant offancée,
-ceste lettre luy apportoit maintenant tant de satisfaction qu'elle
-avoit occasion de demeurer contante, et qu'elle n'avoit point sceu
-que le Roy eût mesdict d'elle, car elle ne luy en avoit jamays donné
-occasion, ny il n'en avoit eu le subject, ny, comme elle pensoit,
-aussy la volonté; mais qu'elle ozoit bien dire qu'il l'avoit peu
-traicter plus honnorablement qu'il n'avoit faict, car indubitablement
-elle avoit eu l'intention et la volonté très bonnes vers luy, de
-l'espouser, de bon cueur, et n'avoit attandu autre chose sinon qu'il
-fît quelque déclaration de se contanter de sa religyon en privé; et
-que lorsqu'elle pensoit l'avoyr aulcunement eue, et qu'elle s'estoit
-tant advancé que d'envoyer ung de ses conseillers, avec exprès
-pouvoir, pour conclurre le propos par dellà, il s'estoit trouvé qu'il
-avoit prins une aultre bien contrayre résolution. En quoy elle ne
-vouloit pourtant ny pouvoit justement le blasmer d'avoyr évité le
-mariage avec une vieille; mais elle me tournoit dire, de rechef, que
-la bonne affection et la bonne façon, dont elle avoit procédé vers
-luy, méritoit qu'il eût ung peu plus d'honneste respect à elle.
-
-Je luy ay réplicqué ce que j'ay estimé propre pour luy ramantevoyr que
-les difficultez avoient tousjours procédé d'elle, et de ceulx qui,
-pour elle, avoient manyé le propos; et qu'il n'avoit tenu, sinon à
-elle mesmes et à eulx, que ce prince n'eust esté tout sien. Et m'a
-semblé, Madame, qu'elle a eu bien agréable la recordation d'aulcunes
-choses qui avoient passé en cella; qui luy ont faict remettre sur
-aulcuns gracieulx propos, qui ont donné une fort gracieuse fin à
-cestuy cy.
-
-Et lors je luy ay présentée la lettre que Vostre Majesté luy
-escripvoit, laquelle, quand elle a veu qu'elle estoit toute de vostre
-main, m'a demandé si je sçavoys de quoy ce pouvoit estre; et je luy ay
-respondu que non, mais que, si c'estoit de chose qui procédât de mon
-advertissement, j'estois là tout prest pour en respondre.
-
-Elle m'a lors appellé à lyre avec elle la dicte lettre et n'en a perdu
-ung seul mot, et s'est fort arresté sur ce que Monseigneur le Duc vous
-avoit revellé la praticque, et sur le poinct du secrettère, et de ce
-que vous affermiez qu'il ne parloit que de luy mesmes, et de la part
-d'aulcuns turbulans qui y mestoient les noms des deux princes, affin
-qu'elle y adjouxtât plus de foy, et de ce que vous luy aviez bien
-voulu escripre fort confidemment toute ceste hystoyre, affin qu'elle
-ne se layssât tromper d'une si meschante négociation. Et ayant
-longuement poisé toutz ces poinctz, et iceulx releus plus de trois
-foys, avec diverses contenances, elle a appellé le comte de Lestre qui
-s'est venu mettre sur un genoul devant elle; dont je me suis levé.
-
-Et, après qu'ilz ont eu conféré une petite espace de temps, s'en
-estant retourné, elle m'a rappellé et m'a faict rassoyr. Puis m'a
-dict, que c'estoit, à ce coup, que Vostre Majesté s'estoit portée en
-vraye et naturelle mère vers elle, et luy avoit monstré ung très
-expécial signe de grande amityé, dont elle vous en remercyoit de tout
-son cueur; et ne s'esbahyssoit plus, si vous aviez eu de la souspeçon
-beaucoup, bien que, pour ne la vous augmenter davantage, elle avoit
-différé de vous envoyer ung gentilhomme, qui estoit tout prest, pour
-vous aller fère la condoléance du feu Roy, vostre filz; et que, si
-plus tost elle eût eu vostre lettre, indubitablement elle l'eût faict
-partir, mais que désormays elle feroit de tout ung, d'envoyer ung
-milord vers le Roy, vostre filz, et vers vous, aussytost qu'il seroit
-arryvé; et qu'elle estoit bien ayse que Monseigneur le Duc se fust
-ainsy acquitté du debvoir de bon filz à vous réveller ce qu'il
-sçavoit, ainsy que nature l'obligeoit de le fère, et que c'estoit de
-luy que vous pourriés sçavoyr si elle luy avoit faict proposer chose
-aulcune qui fût contre Voz Très Chrestiennes Majestez, ny contre le
-repos de vos affères; et qu'elle ne cognoissoit le secrettère ny nul
-de toutz les serviteurs de son ambassadeur, mais qu'elle s'enquerroit
-qui il pouvoit estre, pour le fère bien chastier; et vous prioit
-d'approfondir davantage le dict affère, affin de luy en pouvoir fère
-plus grande communicquation; et que vous pouviés croyre qu'elle ne se
-layrroit circonvenir à fère jamays chose qui vous peût offancer; et
-vous respondroit plus amplement par une sienne lettre, affin de vous
-donner aultant de satisfaction d'elle, en cest endroict, comme vous
-luy en aviés faict recevoyr par celle que vous luy aviez escripte.
-
-Je l'ay infinyement remercyé de sa bonne et vertueuse dellibération,
-et n'ay rien oublyé de ce que j'ay estimé pouvoir servir pour luy fère
-voyr que, non seulement elle debvoit sçavoyr gré, mais qu'elle se
-debvoit réputer grandement attenue à Vostre Majesté de cest
-advertissement.
-
-Et, après ce propos, nous sommes entrés en devis de don Bernardin de
-Mandossa, duquel elle m'a dict qu'encor qu'il l'eût bien fort faicte
-presser de son audience, qu'elle la luy avoit néantmoins remise après
-la mienne, et qu'elle pensoit qu'il ne venoit poinct pour parler pour
-la France.
-
-Je luy ay respondu que je ne faysois doubte qu'il ne vînt pour
-remettre sur la parciallité de Bourgoigne, mais, de tant qu'elle
-mesmes estoit le chef de la part françoyse par deça, que je la
-supplyois de maintenir et deffendre bien ce party, duquel elle se
-prévaudroit mieulx que de nul aultre de la Chrestienté.
-
-Et, sur ce, m'estant licencié d'elle, les seigneurs du conseil m'ont
-détenu quelque temps, sur la déclaration qu'ilz m'avoient auparavant
-faicte en ceste ville, et dict qu'ilz verroient qu'est ce que
-réuscyroit de la bonne et honnorable responce que je leur avoys
-rendue, car entendoient que les désordres et injures continuent plus
-grands que jamays sur leurs subjectz, et que freschement ung vaysseau
-de guerre du Hâvre de Grâce avoit pillé ung navyre marchand anglois
-qui venoit de Roan, quasy sur l'emboucheure de la rivyère de Seyne.
-Dont le sieur de Walsingam m'a baillé une nothe de leurs pleinctes,
-avec la marque, en marge, de celles où ilz desireroient estre
-principallement pourveu. Dont je vous supplye très humblement, Madame,
-mander en Picardye, Normandye, Bretaigne et la Guyenne, qu'on m'envoye
-aussy ung rolle des pleinctes des subjectz du Roy, aulxquelles il n'a
-esté satisfaict par deçà, et ung extrêt des jugementz donnés, depuis
-dix ans en çà, au prouffit des Anglois, avec actuelle restitution,
-parce qu'on exagère fort à ceste princesse que je ne luy en pourrois
-fère apparoir d'une seule, et que ses subjectz sont mesprisez et très
-maltraictés en France. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXIIIe jour de juillet 1574.
-
- La dicte Dame m'a dict qu'elle a commandé de préparer les
- obsèques du feu Roy, vostre filz, dont Vostre Majesté me
- commandera si j'auray à m'y trouver, et si je assisteray au
- service, et à la cérimonye, qui s'y fera sellon la religyon
- receue en ce royaulme.
-
-
-
-
-CCCXCVIe DÉPESCHE
-
---du XXVIIIe jour de juillet 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer._)
-
- Audience accordée à don Bernardin de Mendoce envoyé du roi
- d'Espagne.--Gracieux accueil qui lui est fait par la reine et
- par les seigneurs de la cour.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle
- ne mettra pas sa flotte en mer.--Promesse d'une satisfaction
- sur la plainte de la reine-mère contre le secrétaire de
- l'ambassadeur d'Angleterre en France.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, je n'ay si tost esté party d'avec la Royne d'Angleterre, de
-Redinc, le XXe de ce moys, que don Bernardin de Mendossa y est arryvé,
-lequel a esté honnorablement receu, et elle luy a donné fort bénigne
-et fort favorable audience, aultant de foys et si longuement qu'il l'a
-desiré. Et s'est sa légation explicquée, pour la pluspart, en la salle
-de présance, où les principaulx de la court et ceulx du conseil sont
-intervenus à voyr comme il a présenté les lettres du Roy, son Maistre,
-et qu'il a requis la continuation de l'amityé, et qu'il a faict le
-mercyement de la bonne responce qu'elle avoit rendue, touchant l'armée
-d'Espaigne, d'en avoyr accordé le passage libre, et l'entrée, et
-refraychissementz, dans les portz de ce royaulme; et comme il luy a
-offert les angloys qui avoient esté prins en Flandres, ainsy que le
-grand commandeur les avoit desjà faictz reconduyre par deçà; desquelz
-il n'imputoit nullement à elle, mais à leur propre affection ce,
-qu'ilz avoient suyvy le prince d'Orange, ainsy qu'il y avoit bien,
-parmy leurs compagnies hespaignols, aussy des gentilshommes angloys,
-vaillantz et de grand cueur; qui cherchoient, les ungs et les aultres,
-de voyr la guerre; et que le Roy, son Maistre, ne desiroit rien tant
-que de renouveller et confirmer plus estroictement que jamays avec
-elle les anciennes amityés et alliances de Bourgoigne, sellon qu'il
-avoit mandé aulx députés de Flandres, qui estoient icy, qu'ilz eussent
-à composer, commant que ce fût, avec elle et avec ses subjectz, ces
-derniers différends des prinses, en la façon qui plus la pourroit
-contanter.
-
-De toutz lesquelz propos elle a monstré de demeurer infinyement bien
-satisfaicte, et a confirmé, tout hault, les mesmes seuretés et
-resfraychissementz, qu'elle avoit octroyé pour l'armée d'Espaigne; et
-a remercyé grandement le renvoy des anglois, non pour l'amour d'eux,
-car estoient, disoit elle, sans adveu et dignes de chastiement, mais
-pour le respect que le Roy d'Espaigne avoit voulu avoyr à elle; qui
-luy avoit monstré en cella, et en plusieurs aultres choses, beaucoup
-de vrays signes de l'amityé qu'il luy portoit; et qu'elle seroit par
-trop ingrate, si elle ne luy rendoit pareils bons tesmoignages de la
-sienne, sellon qu'elle se recognoissoit obligée à luy de la vye, et de
-l'estat, et du lieu qu'elle tenoit; et que, pour luy fère foy de la
-confiance qu'elle vouloit avoyr en luy, qu'elle ne métroit ung seul
-navyre de guerre dehors; ains estimeroit que ce seroit luy, puisqu'il
-avoit, à présent, des forces en mer, qui se trouveroit armé pour elle,
-si quelqu'ung la vouloit offancer, monstrant cesser de son armement en
-faveur du dict Roy Catolicque, bien qu'auparavant elle l'eût ainsy
-résolu de fère.
-
-Néantmoins, sur cette tant ouverte démonstration sienne, il n'y a eu
-celluy de sa court qui n'ayt mis peyne de monstrer aussy quelque signe
-de bonne affection, vers le dict Roy Catholicque, au dict don
-Bernardin, et que la générale inclination de ce royaulme estoit à
-l'alliance de Bourgoigne.
-
-Or a il eu, depuis, une plus longue et plus privée communicquation
-avec elle, et a praticqué bien fort estroictement avec milord
-trézorier, mais beaucoup plus estroictement avec milord de Lestre, et
-a esté, sellon qu'on m'a dict, bien instruict par Me Athon, qui ne l'a
-layssé sans guyde et sans le bien addresser en tout ce qu'il a eu à
-fère. Et après avoyr esté bien caressé, festoyé, entretenu, mené à la
-chasse, mangé à la table de la dicte Dame, et honnoré d'une chayne de
-huict centz escus, avec d'autres présentz d'hacquenées et de lévriers,
-que les seigneurs luy ont donné, il a esté fort gracieusement
-licencié. Et luy a esté ordonné deux navyres de guerre de la dicte
-Dame pour le repasser dellà.
-
-Je ne sçay encores sur quoy a esté sa secrette négociation, ny quelles
-autres bonnes responces il emporta; mais je feray dilligence de vous
-en pouvoir bientost mander quelque chose.
-
-Cepandant j'ay travaillé de sçavoyr comme la dicte Dame demeuroit bien
-satisfaicte de Vostre Majesté, depuis ma dernière audience; et il m'a
-esté rapporté qu'elle avoit esté plusieurs foys en conseil avec les
-deux milords trézorier et de Lestre, et avec Mr de Walsingam, sur ce
-que je luy avoys dict et porté par escript; et qu'elle avoit fort
-curieusement faict examiner le secrettère de son ambassadeur, duquel
-ne se rapportant sa responce au contenu de vostre lettre, ilz
-jugeoient que Vostre Majesté avoit plus procédé par conjecture, à
-l'escripre, que par certeyne science. Et néantmoins le comte de Lestre
-m'a depuis mandé que la dicte Dame ne vouloit, en façon du monde, que
-vous demeurissiés sans satisfaction; dont vous escriproit, de sa main,
-et vous renvoyeroit le secrettère, affin que, s'il ne se pouvoit bien
-justiffier, vous le fissiez ainsy bien chastier comme sa témérité le
-méritoit; et qu'elle le feroit passer devers moy, affin que je
-l'interrogeasse davantage, et m'envoyeroit sa lettre pour Vostre
-Majesté, ou bien la coppie d'icelle; et que le dict comte me prioit,
-surtout, que je misse peyne d'oster et d'effacer de vostre opinion que
-jamays il ayt esté rapporté à la dicte Dame que le Roy, vostre filz,
-ait mesdit d'elle, car ne l'avoit jamays entendu, ny oncques n'avoit
-eu peur ny souspeçon qu'il le deût fère.
-
-Je me resjouys infinyement de ce qu'il plaist à Dieu favorizer et
-facilliter le retour du Roy, vostre filz. C'est ung bien qui se sent
-grand et universel en toute la Chrestienté, et qui est incomparable à
-nous, ses subjectz; et m'aperçoy bien que ses affères et ceulx de son
-royaulme se vont de tant plus relevans que la nouvelle continue qu'il
-approche. Je vous envoye, de l'extrêt des pleinctes de ceulx cy,
-celles qu'ilz desirent estre principallement satisfaictes; dont vous
-plerra y fère pourvoir. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXVIIIe jour de juillet 1574.
-
-
-
-
-CCCXCVIIe DÉPESCHE
-
---du IIIe jour d'aoust 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par Grognet, mon secrettère._)
-
- Arrêt fait à Rouen sur les navires et marchandises des
- Anglais.--Nouvelles plaintes à ce sujet.--Nécessité de révoquer
- promptement cette mesure.----Nouvelles d'Écosse et de Marie
- Stuart.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, jusques à ceste heure, j'ay tenu Vostre Majesté, la plus
-soigneusement que j'ay peu, bien advertye de l'estat des choses de
-deçà, et comme l'on a esté, deux et troys, et plusieurs foys, en
-dellibération de mettre une armée de mer dehors; et comme ceste
-princesse a esté fort sollicitée de se déclarer pour les eslevez de
-France, et infinyement pressée, par ceulx qui voudroient bien qu'elle
-eût desjà rompu avecques vous, qu'elle permît à ses subjectz de
-prendre leur revenche sur mer des déprédations que les Françoys leur
-ont faictes; et comme j'ay mis peyne de divertyr ces choses, et de
-fère que la dicte Dame les ayt mises en suspens, sur l'assurance que
-je luy ay donnée que Vostre Majesté la continuera en la mesme ligue et
-confédération avec le Roy, vostre filz, qu'elle l'a eu avec le feu
-Roy, son frère; de sorte que, nonobstant qu'elle ayt eu quelque peu
-d'indignation, dans son cueur, de ce qu'il luy a semblé que vous
-l'aviez tenue trop suspecte, et que, là dessus, l'on luy ayt faict
-recevoyr, avec trop grande et par trop extraordinayre faveur, ceste
-dernière légation du Roy d'Espaigne, néantmoins j'avoys desjà tiré
-d'elle qu'elle persévèreroit très constamment en l'amityé de Voz
-Majestez Très Chrestiennes, si vous ne vouliés poinct départir de la
-sienne.
-
-Maintenant j'ay à vous dire, Madame, que, depuis deux jours, les
-seigneurs de ce conseil m'ont renvoyé une certeyne remonstrance que
-les principaulx bourgeoys de Londres sont allez présenter à la dicte
-Dame, et à eulx; et m'ont faict venir les mesmes bourgeoys pour m'en
-signiffier l'occasion, laquelle est toute fondée sur l'arrest qui a
-esté faict en Normandye de leurs biens, navyres, marchandises et
-facteurs. Dont l'allarme en est grande en ceste ville, et n'en est pas
-petite en ceste court, m'ayantz, des deux costés, faict de fort vifves
-et fort grandes instances qu'ilz puissent estre promptement esclarcys
-de l'intention de Vostre Majesté en cest endroict, affin de pourvoyr à
-leurs affères.
-
-A quoy je leur ay respondu, le plus gracieusement qu'il m'a esté
-possible, que cest arrest, à mon advis, provenoit de l'ordre que
-Vostre Majesté avoit auparavant mandé qu'on mît en la frontyère, pour
-l'assurer à la venue de l'armée d'Espaigne, et au sortyr de celle qui
-se préparoit, icy, et non pour innover chose aulcune contre les
-traictez; et que de ce j'en avoys ung grand argument par une lettre de
-Vostre Majesté, du XVIe du passé, par laquelle me mandiés d'avoyr
-escript à Mr de La Meilleraye qu'il fît promptement rendre à un
-angloys son navyre, et marchandises et biens, qui luy avoient esté
-prins assez près du Hâvre de Grâce, avec toutz les dommages et
-intéretz, chose qui monstroit bien qu'il n'y avoit aulcune innovation
-contre ce royaulme: ce qui les a ung peu modérez. Néantmoins, parce
-que aulcuns de leurs facteurs sont passez icy, toutz effrayez des
-difficultez qu'on leur a faictes par dellà, ilz m'ont fort pryé
-d'envoyer ung des miens, tout exprès, devers Vostre Majesté, affin de
-sçavoyr comme il en va, et ne les en tenir en suspens. Dont, Madame,
-si avez dezir que les choses s'entretiennent paysibles, de ce costé,
-je vous supplye très humblement me commander de leur fère quelque
-bonne responce, et qu'escripviés tout d'ung trein, en Normandye, qu'on
-lève le dict arrest, et qu'on ouvre le passage aulx Angloys; ayant à
-vous dire davantage que sur ceste nouveaulté, qu'on leur a faicte par
-dellà, ilz ont incontinent mandé aulx officiers de la maryne, icy, de
-fère nouvelles provisions pour leurs navyres, parce que le gouverneur
-de Fleximgues a desjà achepté et enlevé celles qui estoient auparavant
-faictes, et les a transportées en Hollande, à cause que l'armée du
-grand commandeur empesche que nuls vivres puissent venir, du costé de
-terre, dans les villes et places du dict pays. Et ainsy l'on a
-commancé de tuer nouvelle cher; mais, à mesure que les choses yront en
-avant, j'en donray advis à Vostre Majesté, ayant cepandant envoyé le
-Sr de Vassal, jusques en ceste court, fère, pour ce regard, et sur
-quelques aultres occasions, une particullière négociation avec aulcuns
-qui sont de bonne intention. Et j'espère que je pourray contenir
-encores les choses, et vous mander, dans bien peu de jours, à quoy
-elles auront à devenir; qui cependant vous supplye très humblement,
-Madame, de vouloir non seulement dissimuler que demeuriez plus en
-souspeçon de ceulx cy, et que le Roy pareillement le dissimule, mais
-que toutz deux monstriés de vouloir prendre de la confiance d'eux, ou
-certaynement vous les vous acquerrez pour tout déclarez ennemys.
-
-Le secrettère de leur ambassadeur vous sera bientost renvoyé, et la
-dicte Dame vous escripra, de sa main; laquelle cepandant continue son
-progrès vers Bristol, bien joyeuse de ce que le comte d'Oxfort est
-retourné à son mandement, encor que milord Edwart soit demeuré.
-
-Me Quillegreu est encores en Escoce, lequel assure fort que les choses
-y continuent paysibles par dellà. Et, de faict, le comte d'Honteley
-est venu à Lillebourg, et le comte de Morthon faict semblant de
-s'estre fort racointé avecques luy, qui, en ceste confiance, s'en va
-bientost visiter paysiblement le pays du North jusques à Abredin, car
-aultrement il n'y fût point allé qu'avec des forces. Il faict réparer
-le chasteau de Lillebourg. Et milord St Jehan, Escossoys, est venu,
-depuis peu de temps, en ceste ville, lequel sollicite d'y pouvoir
-demeurer sans souspeçon, ou bien qu'on luy baille passeport de se
-pouvoir retirer en France ou bien en Italye. Le Prince d'Escoce se
-porte fort bien, et la Royne d'Escoce, sa mère, aussy assez bien de sa
-santé; laquelle envoye ung gros pacquet de lettres à Mr de Glasgo, son
-ambassadeur, pour le distribuer à Voz Majestez Très Chrestiennes et à
-ses aultres parantz par dellà. Sur ce, etc. Ce IIIe jour d'aoust 1574.
-
-
-
-
-CCCXCVIIIe DÉPESCHE
-
---du VIIIe jour d'aoust 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Nouvelles plaintes à raison de prises nouvellement faites sur les
- Anglais.--Voyage du roi en Italie.--Présence de l'ambassadeur
- au service célébré à Londres en mémoire du feu roi.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, ce que j'ay respondu, sur la plaincte que les seigneurs de ce
-conseil m'avoient renvoyée des bourgeoys de cette ville, et la
-dilligence, qu'ilz ont veu que j'ay mise, de vous dépescher
-promptement mon secrettère pour aller procurer leur satisfaction, a
-esté cause qu'on a mandé de cesser la provision des navyres, et que
-seulement l'on eût à tenir deux centz boeufs à l'herbe, et disposer
-des aultres victuailles et des hommes et marinyers en façon que le
-tout peût estre prest, le cinquiesme jour après que le premier
-mandement leur en seroit faict. Mais, depuis, les mesmes bourgeoys me
-sont venus crier qu'ung leur navyre, qui estoit de grand valleur,
-avoit de nouveau esté prins et pillé, dans la rivyère de Seyne, par
-troys navyres françoys, l'ung du Hâvre, l'autre de Fescamp, et
-l'aultre de Bretaigne, et qu'ilz n'attandoient sinon l'heure qu'on
-leur rapportât la perte d'aultres cinq de leurs vaysseaulx, qui ne
-sont pas moindres, lesquelz on tenoit arrestez dedans la dicte
-rivyère, et les pirates les attandoient à l'yssue pour les piller; et
-qu'il n'estoit pas possible qu'ilz peussent plus supporter les grandes
-injures et violences que les Françoys leur faysoient. A quoy je n'ay
-eu que respondre, sinon d'assurer ces gens de bien que Vostre Majesté
-estoit extrêmement marrye que la navigation n'estoit plus seure, et
-qu'il n'avoit tenu à elle qu'il n'y eût desjà esté pourveu, ayant
-faict offrir à la Royne, leur Mestresse, de mettre, par commune
-intelligence avec elle, aultant de navyres de conserve, en mer, comme
-elle y en voudroit mettre, de sa part, mais qu'elle ny ceulx de son
-conseil n'y avoient encores voulu entendre; et que tout le désordre
-provenoit du support qu'on faysoit, en ce royaulme, à ceulx de la
-nouvelle religion, qui alloient piller les Catholicques. Ce que la
-pluspart d'eux ont confessé estre vray, et ne l'ont moins détesté que
-moy. Néantmoins, Madame, je supplye très humblement Vostre Majesté de
-mander aulx gouverneurs de Normandye que, pour la réputation de la
-couronne, et pour l'entretènement de la paix, ilz vueillent tenir le
-faict du commerce et de la navigation en quelque meilleur estat qu'il
-n'est.
-
-Ceulx cy commencent de n'espérer plus, tant qu'ilz faysoient, l'accord
-d'entre le grand commandeur de Castille et le prince d'Orange; et si,
-se parle, entre eulx, que la venue du Prince de Condé est retardée,
-mais ilz ont bien quelque opinyon que le Roy, à son retour, voudra
-remettre la paix en son royaulme. Et n'est pas à croyre, Madame, en
-quelle admiration ung chacung, icy, a ce qu'on escript, d'Italye des
-grands appretz qui s'y font pour honnorer le passage du Roy, vostre
-filz, et que toutz les potentats du pays concourent à luy aller au
-devant. De quoy aulcuns sont aussy aises comme si c'estoit pour leur
-propre prince; et les aultres en restent touts estonnés: et milord de
-Windesor, qui est à Venise, en a mandé ung grand discours en ceste
-court. Dont je verray ce que ceste princesse m'en dira, quand je
-l'iray trouver, à la première occasion que Vostre Majesté m'en donra,
-après ceste vostre dépesche, que je viens de recepvoyr, du XXIIIe du
-passé, laquelle contient bien des matières d'importance, mais non
-propres pour aller tretter d'icelles seules avec la dicte Dame; et
-aussy que je me suis arresté icy pour les exèques, qu'on a faictes, le
-VIIe de ce moys, du feu Roy, vostre filz, assez magnificques; où
-milord trézorier est intervenu pour la Royne, sa Mestresse, avec
-plusieurs aultres milords; par où l'on a bien voulu fère voyr qu'on
-tenoit le deffunct pour ung grand amy et confédéré de ceste couronne,
-qui est une démonstration qui tend à vouloir persévérer vers le Roy,
-son frère, si, d'avanture, les choses sont gracieusement conduictes.
-Je m'y suis trouvé, à l'instance de la dicte Dame et à la leur, avec
-protestation que c'estoit seulement pour ne refuzer d'assister à
-l'acte de gratitude de ceste princesse vers le feu Roy, et pour ne la
-mettre en aulcun doubte que Voz Majestez Très Chrestiennes ne
-vueilliés persévérer tousjours fort constamment vers elle; mais ce a
-esté sans y fère ny dire chose qui n'ayt beaucoup plus monstré de
-n'approuver que de donner tant soit peu d'aprobation à leurs
-cérymonies. Et me suis excusé d'aller à l'offrande, bien qu'on m'y ayt
-semond, et qu'on m'ayt remonstré que c'estoit la coustume.
-
-Il y a, icy, encores quelque petit nombre de cappitaines et soldatz
-françoys, de la nouvelle religyon, qui parlent entre eulx de la
-surprinse de quelque place en France; mais je n'en puis si tost
-descouvrir la particullarité. Et sur ce, etc. Ce VIIIe jour d'aoust
-1574.
-
- Les choses d'Espaigne se vont fort accommodant avec ceulx cy,
- et faict on tenir prest un gentilhomme, pour l'envoyer devers
- le Roy Catholicque, ainsy qu'on faict aussy apprester ung
- milord, pour le dépescher devers le Roy, vostre filz.
-
-
-
-
-CCCXCIXe DÉPESCHE
-
---du XIIIe jour d'aoust 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._)
-
- Irrésolution des Anglais.--Sollicitations des protestans de
- France pour obtenir des secours.--Instances de l'ambassadeur
- auprès des réfugiés afin de les engager à recourir au
- roi.--Nouvelles d'Écosse.--Négociation des Pays-Bas.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, je n'ay pas esté avec milord trézorier durant les exèques,
-qu'il a célébrées, icy, au nom de la Royne, sa Mestresse, pour le feu
-Roy, vostre fils, sans le mettre en propos de confirmer, à ce nouveau
-règne, l'amityé qui a duré tout le règne passé, affin de sentir en
-quelle disposition sa dicte Mestresse et eulx de son conseil en
-estoient. Qui m'a respondu honnorablement plusieurs choses, les unes
-généralles, les aultres particullières, et les aultres indifférentes,
-lesquelles seroient bien longues à les mettre toutes, icy; mais, en
-substance, il a esté facille de recueillyr, de son dire, que la dicte
-Dame et eulx ont remis de prendre leur résolution, vers le Roy,
-jusques à ce qu'ilz voyent comme il se déportera à cestuy sien
-advènement à la couronne, et comme il commencera l'entrée de son
-règne; en quoy ne fault doubter qu'ilz ne remarquent, de près, tout ce
-qui s'y fera, et qu'ilz ne se forment une impression que la suyte en
-doibve estre semblable. Bien m'a il dict que ce qu'il estimoit, à
-présent, estre besoing de plus promptement pourvoyr, estoit celle
-plaincte de leurs marchandz et subjectz qu'ilz m'avoient renvoyée, à
-laquelle ils avoient à adjouxter plusieurs excès nouveaulx, qui
-estoient par trop insupportables, et sur lesquels la Royne, sa
-Mestresse, ne pouvoit plus dényer sa provision, si elle ne vouloit
-renoncer à sa couronne; et mesmement que ses subjectz la supplioient
-qu'aulmoins elle leur permît de se revencher sur les mesmes françoys
-qui les avoient oultragés et endommagez.
-
-A quoy je luy ay oposé plusieurs raysons, et allégué beaucoup
-d'inconvénients, qui adviendroient de cella, et luy ay exibé des
-plainctes, aussi récentes, des nostres, comme estoient celles dont il
-me parloit des leurs; et qu'en effaict, il falloit que, par commune
-intelligence, Voz Majestez Très Chrestiennes, et la Royne, Sa
-Mestresse, fissiés cesser ces désordres, et qu'on ne donnât ny
-retraicte, ny faveur, en ce royaulme, à ceulx de la nouvelle religyon
-qui alloient piller les Catholicques, ce qu'il n'a nullement
-contredict; ains m'a assuré que, sellon qu'il n'avoit jamays approuvé
-telles choses, il en parleroit vifvement à la Royne, sa Mestresse,
-laquelle il alloit trouver, le jour ensuyvant, pour luy ramener le
-comte d'Oxfort, son beau fils. Lequel il espéroit qu'elle le verroit
-très volontiers pour s'estre bien fort vertueusement acquité vers son
-service, quand il a esté en Flandres, où non seulement il n'avoit
-voulu fréquenter le comte de Vuestmerland ny la comtesse de
-Northomberland, mais ne les avoit voulu ny voyr, ny ouyr, ny nul des
-fuitifs de ce royaulme.
-
-J'ay depuis receu la lettre de Vostre Majesté, du XXVIIe du passé,
-laquelle j'ay envoyée communiquer au comte de Lestre par le Sr de
-Vassal, affin d'en fère part à la Royne, sa Mestresse; et ay envoyé,
-par mesme moyen, à Mr de Walsingam, une coppye de la patante qu'avez
-faicte expédier en faveur des Angloix. Il est arryvé icy,
-d'Allemaigne, ung françoys, qu'on m'a dict s'appeler, de son propre
-surnom, Poutrin, mais il se faict nommer Dupin, lequel a esté négocier
-en ceste court, et les ministres, avec aulcuns aultres principaulz
-protestantz, le sont allez assister. Qui ont, toutz ensemble, ainsy
-qu'on me l'a rapporté, fort instamment pressé d'avoir argent ou crédit
-de ceste princesse pour fère la levée, en Allemaigne; mais, après
-beaucoup de réplicques, d'ung costé et d'aultre, elle les a remis à
-attandre ung peu que le temps luy appreigne ce qu'elle debvra fère; et
-ainsy ilz sont temporisans, icy, ceste espérance.
-
-J'ay faict admonester les principaulx françoys de la nouvelle
-religyon, qui sont encores par deçà, d'aller au devant du Roy, vostre
-filz, et qu'avec le debvoir de leur obéyssance ilz luy facent eulx
-mesmes entendre leurs requestes, sur ce qu'ilz desirent de Sa Majesté
-pour le repos et seureté de leurs personnes, biens et conscience, leur
-assurant que Vostre Majesté leur assistera. Et ay faict presser le
-vydame de Chartres, lequel semble s'apprester pour passer en
-Allemaigne, le chassant d'icy la nécessité, qu'il vueille attandre la
-déclaration de la bonne volonté et intention de Voz Majestez, à ce
-commencement de ce nouveau règne.
-
-Je ne sçay encores comme luy et les aultres en uzeront; tant y a qu'il
-m'a mandé que Vous, Madame, sçavez bien qu'il vous est, et ne peut, ny
-veult vous estre aultre que très bon et très humble serviteur, et
-qu'il avoit fondé toute son espérance et la resource de toutz ses
-affères, sur la bonne opinyon qu'il pensoit que Vostre Majesté eût de
-luy; mais qu'il avoit bien senty tout le contrayre, en son procès de
-Chavamoye, et qu'il croyoit estre vray, ce qu'on disoit: que Vostre
-Majesté ne faysoit bien sinon à ceulx qui s'efforçoient de vous fère
-du mal.
-
-J'attands, d'heure en heure, le retour d'ung escossoys, lequel j'ay,
-longtemps y a, faict acheminer à Lillebourg, pour observer Me
-Quillegreu, et pour me rapporter, au vray, l'estat des choses de
-dellà, et comme je y pourray escripre, et où adresser mes lettres. Il
-m'a cependant adverty que la payx s'y entretient aulcunement, et que
-le comte de Morthon et celuy d'Honteley sont, de vray, assez bien
-ensemble; et qu'icelluy de Honteley demeure à Lillebourg, pendant que
-l'autre va tenir la justice à Abredin, et vers le North, (comme
-ostâges l'ung pour l'autre); et que toutz les grands d'Escosse ont
-presté l'obéyssance au dict de Morthon, réservé le comte d'Arguil,
-qui, pour ceste occasion, est mis au ban; et qu'on y parle
-d'entretenir fermement la ligue avecques la France.
-
-Les depputés, qui vacquent, icy, sur les différens des Pays Bas, sont
-fort près de conduire l'accord, et m'a l'on dict qu'il se fait quelque
-forme de récompense aulx mutuelz subjectz, de laquelle l'on pense
-qu'encore que, de pas ung des costez, l'on ne s'en ayt bien à
-contanter, néantmoins, parce que les princes ne veulent poinct de
-différent, que nul ne s'y oposera. Et desjà la flotte des leynes est
-partye de ceste rivyère pour aller à Bruges, et delà en Anvers, ainsy
-qu'on avoit auparavant accoustumé de le fère.
-
-Je loue Dieu, de bon cueur, de ce qu'il luy plaist donner toute
-facillité et bon rencontre au voïage du Roy, vostre filz, et prie Dieu
-qu'il le vous vueille rendre, bientost, bien sain et bien joyeulx. Et
-sur ce, etc.
-
- Ce XIIIe jour d'aoust 1574.
-
-
-
-
-CCCCe DÉPESCHE
-
---du XVIIe jour d'aoust 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Nicolas de Malehape._)
-
- Préparatifs faits secrètement pour secourir la Rochelle.--État de
- la négociation des Pays-Bas.--Incertitude sur le départ de la
- flotte d'Espagne.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, ayant, le tréziesme du présent, receu la dépesche de Vostre
-Majesté, du Ve, j'ay incontinent envoyé là, où j'ay quelque
-intelligence, pour fère dilligemment observer les choses aulxquelles
-me commandiés prendre garde. Et j'ay trouvé que, sur ung pacquet qui
-est arryvé, à ceste princesse, le IXe de ce moys, de son ambassadeur
-qui est en France, elle luy a incontinent renvoyé son secrettère
-Thomas Wilx, celuy mesmes, à mon advis, dont Vostre Majesté m'a cy
-devant faict mencion, lequel est party de ceste ville, le XIIe, mais
-non en grande dilligence, car a emmené deux hacquenées, comme s'il
-alloit à journées; et a esté conférer avec les ministres et aultres
-principaulx françoys de la nouvelle religyon, qui sont encores icy,
-sans passer nullement devers moy, bien qu'on m'eût assuré qu'il luy
-seroit commandé de le fère. Et, bien peu d'heures après, ung allemant,
-d'assez bonne apparance, qui estoit party de Paris, le Xe, est arrivé
-icy, le tréziesme fort matin; et incontinent, a passé oultre vers
-ceste court, à Bristo, où j'ay aussytost dépesché de mon costé, affin
-d'estre adverty comme et avec qui il négocyera. Et n'est pas à croyre,
-Madame, combien la venue du Roy, et les levées des reytres et suysses,
-qui sont entrés, pour son service, en France, meuvent diversement les
-affections de ceulx cy, et font diverses impressions en eulx, et en
-ceulx des aultres nations, françoys, allemans, flammants, et encores
-italiens et hespaignols, qui sont en ceste ville; dont se faict
-plusieurs discours, et beaucoup de gageures, entre eulx, sur ce qui
-debvra advenir. Et cependant ceulx de la nouvelle relligyon ont
-envoyé, en Hambourg et Emdhem, fère provision d'armes et de poudre, et
-de monitions de guerre, et en cherchent de toutes partz, secrettement,
-en ce royaulme, pour envoyer à la Rochelle.
-
-Les depputés qui vacquoient icy, pour le Roy d'Espaigne, sur les
-différends des Pays Bas, se sont condescendus presque à tout ce que
-les Angloix ont voulu, réservé à ung seul poinct, sur lequel eulx et
-les principaulx marchands de ceste ville sont allez trouver les
-seigneurs de ce conseil, à Bristo, qui les en mettront, ainsy que
-chascun pense, fort facillement d'accord.
-
-L'on commance fort à doubter de la venue de l'armée d'Espaigne,
-s'entendant que celle du Turc va à Tuniz; et que desjà la sayson, pour
-venir par deçà, s'en va passer. Néantmoins Goaras dict qu'il luy est
-arryvé ung pacquet du Roy d'Espaigne, qui s'adresse à Péro Mélendès,
-pour le luy dellivrer, au premier port que l'ung de ses vaysseaulx
-abordera, en ce royaulme; par où il publie que l'armée estoit desjà
-partye. Et sur ce, etc.
-
- Ce XVIIe jour d'aoust 1574.
-
-
-
-
-CCCCIe DÉPESCHE
-
---du XXIIIIe jour d'aoust 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
-
- Félicitation au roi sur son retour en France.--Demande par
- l'ambassadeur de son rappel.--_Mémoire général._ Détails de la
- négociation de don Bernardin de Mendoce.--Ses efforts pour
- renouer l'alliance de l'Angleterre et de l'Espagne.--Démarches
- de l'ambassadeur pour rompre ses projets.--Confidences de
- Leicester sur les offres qui lui avaient été faites par le roi
- d'Espagne lors de l'avènement d'Élisabeth.--Ses plaintes de
- l'abandon où le laisse la France.--Nécessité où il se trouve
- d'accepter les nouvelles offres des Espagnols.--Hésitation
- d'Élisabeth à se prononcer entre la France ou l'Espagne.--Vive
- recommandation de l'ambassadeur pour que la légation annoncée
- par Élisabeth soit bien reçue en France.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, sellon le debvoir et servitude que j'ay à Vostre Majesté, je la
-supplie très humblement avoyr agréable que je luy puisse, d'icy en
-hors, par le Sr de Vassal, avec la présente, très humblement bayser
-les mains, et me conjouyr, avec elle, ainsy de parolle et par escript,
-comme je le fay infinyement du profond de mon cueur, de son heureulx
-retour; sur lequel je fay ceste dévote prière à Dieu, que tout ainsy
-qu'il luy a pleu de le guider, et le rendre favorizé des plus
-souverains princes et potentatz de la terre et de toutz les peuples,
-où elle a passé, et le rendre encores non moins desiré de ses bons et
-naturels subjectz que leur propre vye, qu'ainsy sa divine providence
-vous vueille maintenant, Sire, introduyre en ung règne qui soit d'une
-continuelle félicité à Vostre Majesté, et d'ung bien assuré et
-perdurable repos à voz subjectz; et qu'il vous face aussy contant de
-la fidelle obéyssance qu'ilz vous doibvent, comme ilz vivront très
-heureulx soubz vostre légitime et souverayne authorité. Il ne fault
-pas qu'on juge autrement des extrêmes difficultez que Vostre Majesté,
-par une grande magnanimité de cueur, en s'en venant, et la Royne,
-vostre mère, par une singullière prudence, eu vous attandant, avez,
-l'ung et l'autre, vertueusement surmontées, sinon que, par là, Dieu a
-déterminé, sellon le grand soing qu'il a tousjours eu de la couronne
-de France, de la restablir bientost en quelque meilleur estat et en
-plus d'esplandeur qu'on ne l'a veue de longtemps. Et Dieu vueille que,
-pour ce regard, Vostre Majesté me répute, en quelque endroict, digne
-de son service; car je n'ay, pour nulle aultre occasion qui soit au
-monde, plus cher le restant de mes jours que pour les dédyer toutz à
-très humblement vous en fère.
-
-Je desire bien que les choses d'icy vous soient entièrement cognues,
-affin de prendre advis comme vous conduyre vers celles qui, en
-l'endroict de ceste princesse et de son royaulme, peulvent concerner
-le présent estat des vostres. Et s'il vous plaist, Sire, vous souvenir
-des termes, où l'on en estoit, quand partistes pour vostre royaulme de
-Pouloigne, sellon que, jusques allors, je vous en avoys tousjours
-rendu bon compte; et entendre, à ceste heure, de la Royne, vostre
-mère, ce que, depuis, du vivant encores du feu Roy, vostre frère, et,
-après qu'elle a esté Régente, je luy en ay ordinairement mandé, joinct
-l'ample instruction que, par le Sr de Vassal, présent porteur, je vous
-en envoye, et ce que luy mesmes, par qui j'ay souvent négocyé avec des
-principaulx de ce conseil vous en dira, il ne vous sera malaysé
-d'eslire, entre plusieurs expédients là dessus, celluy qui plus
-conviendra au bien de voz affères. Une chose vous supplyè je très
-humblement, Sire, de considérer: qu'il y a ung grand nombre d'ans que
-nulle entrée de règne n'a esté si curieusement observée, en la
-Chrestienté, que sera la vostre, ny nuls actes de prince plus
-dilligemment remarqués que ceulx que vous y ferés; que tant plus, sur
-ce commancement, l'on les verra bien et sagement et sans précipitation
-conduictz au seul but du bien et utillité de vostre couronne, tant
-plus Vostre Majesté en demeurera redoubtée de ses voysins, et creincte
-et révérée de ses subjectz, et son authorité en prendra, avec sa
-grande réputation, ung très solide fondement pour tout le temps de son
-règne; bien qu'à dire vray rien n'est advenu, du passé, que ceulx icy
-ne monstrent desjà, comme je pense que feront ceulx des aultres
-courts, de le vouloir tirer en argument de l'advenir, sellon qu'ilz
-verront que les premiers déportements de Vostre Majesté procèderont.
-
-J'ay commancé, par ma dépesche, du XXIIIe du passé, et continueray,
-par ceste cy, de suplier très humblement Vostre Majesté de m'octroyer
-tant de grâce qu'après une si longue résidance, de six ans continuels
-que j'ay esté en ceste charge, avec la ruyne de mes meilleurs ans, et
-de ma santé, et de mes affères; et avec la perte de ce peu de bien que
-j'avoys, qui tout m'a esté osté, et ung de mes frères meurtry, et
-troys aultres, pendant que j'ay esté icy, sont mortz; je puisse
-maintenant, pour mon souverain bien et pour ma meilleure consolation,
-aller voyr la face de Vostre Majesté; ayant la Royne, vostre mère,
-pour diverses occasions qui sont survenues en vostre service,
-tousjours différé, de temps en temps, de me retirer jusques à ceste
-heure, que j'espère que Dieu l'aura voulu ainsy, affin que j'aye tant
-plus d'heur d'estre rappellé et relevé de ma pouvreté, et récompensé
-de mon tant long et très fidelle service, par la libéralle main de
-Vostre Majesté, ainsy que, de rechef, pour une singullière estreyne à
-cestuy sien très heureulx retour, très humblement, et au nom de Dieu,
-je l'en requiers. Et je supplieray le Créateur, etc.
-
- Ce XXIVe jour d'aoust 1574.
-
-
- MÉMOIRE PRINCIPAL,
-
- baillé au Sr de Vassal de ce qui est expédiant que Leurs
- Majestez entendent de l'estat des choses d'Angleterre:
-
- Que, au mois de juing dernier, le cappitaine Leython et le
- jeune Quillegreu rendirent fort mal satisfaicte la Royne
- d'Angleterre des choses de France, et firent que le comte de
- Lestre, qui avoit tousjours entretenu la dicte Dame en
- l'intelligence du Roy, et luy mesmes, qui s'estoit toujours
- montré partial françois, demeura encores plus offencé qu'elle,
- de ce qu'ils luy rapportèrent qu'on se deffioit grandement de
- luy et qu'on l'avoit bien fort suspect par delà.
-
- De quoy s'estant les passionnés Protestants bien apperceus, et
- pareillement ceux qui portent, ici, le faict du Roy
- d'Espaigne, et se voullants, les uns et les autres, servir de
- l'occasion, ceux ici firent incontinent sçavoir au grand
- commandeur de Castille, qu'il estoit temps qu'il envoyât par
- deçà un personnage de qualité, pour renouveller l'amitié avec
- cette princesse, et avec ce royaulme; et que, si le Roy, son
- Maistre, y avoit tant d'affection, comme il en faisoit le
- semblant, qu'il y trouveroit, à ceste heure, de la facilité et
- disposition fort bonne. Dont, soubdain, il print espédiant d'y
- envoyer don Bernardin de Mendossa; mais, pour monstrer que
- l'occasion de sa légation n'estoit soubdaine, ains qu'elle
- provenoit de plus loing, il fit courir le bruict que, de
- certains blancs qu'il avoit rempli à cest effaict, c'estoient
- des lettres bien fresches du Roy, son Maistre, qui enfin luy
- estoient venues par la voye de Gènes, après que plusieurs
- aultres siens pacquets avoient esté volés, en France, par ceux
- de la nouvelle religion; et advertit ceux de son parti, ici,
- qu'ils commenceassent d'ainsi le publier.
-
- Lesquels ne faillirent pas de faire bien honneste cette
- nouvelle, comme très oportune, sur le doubte où l'on estoit de
- l'armée d'Espaigne, et se mirent à pratiquer des personnes
- plus principalles, hommes, et femmes de ceste cour, et
- proposer tout ouvertement, et avec grande expression, dans ce
- conseil, les choses que s'ensuivent, ainsi que le Sr de La
- Mothe Fénélon en a esté seurement adverti:
-
- Que l'intelligence du Roy d'Espaigne estoit nécessaire et de
- très grande utilité à l'Angleterre, considéré que le commerce
- et la navigation des Anglois, qui estoient les deux choses sur
- lesquelles se maintenoit principallement l'estat de ceste
- couronne, estoient si meslées et fondées avec l'Espaigne et
- Flandres, et pareillement celles des Espagnols et Flamans
- avecque l'Angleterre, qu'il n'estoit pas possible que les uns
- se pussent passer des aultres, ainsi que la preuve du suspens
- et intermission du traffiq, où ils en avoient esté, ces quatre
- ou cinq ans derniers, avoit faict sentir, de chasque costé,
- que les inconvénients en venoient si grands que les pays s'en
- estoient plusieurs fois cuidés rebeller;
-
- Et qu'on n'avoit jamais peu bien establir le commerce en ce
- royaulme de France, fust pour incompatibilité des deux
- nations, ou par faulte qu'il n'y eust de bons ports par delà,
- ou que les subsides y feussent trop grands, et les charrois
- trop chers et difficilles, et les chemins mal seurs: ou qu'on
- n'y trouvât à y faire la descharge, ni à charger ce qui
- faisoit besoin par deçà: ou bien d'aultres désordres et
- manquements de la police et de la justice du royaulme; de
- sorte qu'ils jugeoient n'y avoir propos ni apparence qu'ils
- deussent laisser leurs anciens entrecours, lesquels estoient
- faciles et aisés, pour en commencer des nouveaux qui n'avoient
- nulle aisance ni facilité;
-
- Qu'il ne s'estoit veu, ni ne se voyoit rien au Roy d'Espaigne,
- pour quoy la Royne, leur Mestresse, deubt rejetter son amitié
- ny luy dénier la sienne, puisqu'il la venoit rechercher; car
- il s'estoit tousjours monstré prince véritable et certain,
- plain de grande modération, et d'intégrité, qui n'avoit poinct
- meu de guerres injustes, ni qui ne feussent nécessaires; et
- n'avoit usé, en icelles, ni fraude, ni mauvaise foy, ni exercé
- aulcuns actes cruelz qui feussent hors du debvoir de la
- guerre, ni contre les termes de la justice;
-
- Qu'il s'estoit monstré si modéré qu'il n'avoit poinct refusé,
- pour la diversité de religion, de confirmer les anciens
- traictés avecques la Royne, leur Mestresse; et que, tant
- qu'elle avoit esté de bonne intelligence avecques luy, il
- avoit bien gardé que le Pape ni le concille n'avoient rien meu
- contre elle; qu'elle n'avoit poinct de particuliers ennemis
- auprès de luy, pour l'inciter à la fascher: et si le duc
- d'Alve l'avoit d'aultrefois esté, il falloit considérer qu'il
- en avoit esté aulcunement provoqué; et néantmoins son Maistre
- ne l'en avoit pas despuys advoué, et le tenoit encores, à
- cause de cella, assez recullé de luy;
-
- Que les précédents Roys, prédécesseurs de ceste couronne,
- avoient assez cognu que leurs affaires s'estoient tousjours
- très bien portés avec l'intelligence d'Espaigne, et non
- seullement ils en avoient maintenu leur estat en grande
- seurté, et enrichi leurs subjects, mais avoient exécuté, avec
- cet appuy, de grandes entreprinses ailleurs, et s'estoient
- rendus formidables à leurs ennemis; et qu'en effaict, de tous
- les aultres voysins, ils n'avoient jamais guières senti que
- mal, dommage et ennuy, et de cestuy ci toujours beaucoup de
- bien, faveur et support; et estoient pour en sentir plus que
- jamais, et pour estre bien secourus de luy, à leur besoin, là
- où les aultres estoient si ruinés et si empeschés, qu'ils ne
- se pouvoient secourir eux mesmes;
-
- Et que, si l'on venoit à l'occasion des derniers différents
- d'entre la Royne, leur Mestresse, et le dict Roy d'Espaigne,
- l'on trouveroit que c'estoit luy qui avoit à se plaindre; car
- il estoit l'offencé, et ses subjects avoient esté beaucoup
- plus pillez que les Anglois. Dont, puisque l'opportunité s'y
- offroit très bonne, de pouvoir esteindre maintenant ceste
- injure avec un tel prince, leur ancien ami et confédéré, et
- avecques ses dicts subjects, qu'ils ne la debvoient nullement
- laisser passer; et que eulx osoient bien respondre, sur leur
- vie, que, si la Royne, leur Mestresse, voulloit bien user vers
- luy, qu'elle ne sentiroit, par mer ni par terre, ny en nul
- endroit de ses pays, ni en chose qui appartienne à sa grandeur
- et couronne, ni en l'estat de sa relligion, aulcun
- empeschement, dommage ny desplaisir, de tout le temps de sa
- vie.
-
- A laquelle opinion un chascung monstra non seullement de
- consentir, mais d'y apporter quelque bonne parolle de
- confirmation; dont feut délibéré que le dict don Bernardin
- seroit bien et honnorablement receu, et seroit respondu avec
- toute faveur.
-
- D'autre costé, les principaux supposts de la nouvelle religion
- se assemblèrent, plusieurs foys, en conseil, et appellèrent
- souvant Villiers Calvart, et aultres ministres, et
- pareillement les agents des princes protestants et de la
- Rochelle; pour adviser, avec eux, de ce qui estoit à faire,
- après la mort du feu Roy, et en l'absance de cestuy ci. Et
- puis allèrent ressusciter, plus vifves que jamais, leurs
- poursuittes en ceste cour: où ils feurent mieux ouis qu'ils ne
- l'avoient encores esté, depuis ces nouveaux troubles: et
- feurent assistés des mesmes partisans d'Espaigne, soubs
- l'odeur de l'accord qui se menoit entre le grand commandeur de
- Castille et le prince d'Orange; et, bien qu'ils ne
- rapportassent pour lors l'espécialle promesse, qu'ils
- demandoient de la dicte Dame, d'estre assistés de somme
- désignée de deniers, et de nombre certain d'hommes et de
- vaisseaux, et de la faire entrer en ligue ouverte avec les
- princes protestantz, si eurent ilz beaucoup de bonnes
- parolles, et firent tant qu'elle retourna souvent à la
- délibération d'armer: et que un Orné, anglois, et un Labrosse,
- françois, feurent dépeschés en Allemagne, et qu'on fît au dict
- sieur de La Mothe Fénélon ceste déclaration qu'il a mandée
- touchant les déprédations; et obtîndrent aussy que, sellon
- qu'on verroit la disposition du temps et des choses le
- requérir, ils seroient, de jour en jour, mieux respondus et
- satisfaictz.
-
- De toutes lesquelles délibérations estant, le dict ambassadeur
- adverti, et craignant que la dicte Dame et les siens, non
- seulement se bandassent, mais qu'ils s'efforceassent aussy de
- bander, avec eulx, ceux de leur intelligence contre le Roy, il
- envoya soubdain devers milord trésorier et le comte de Lestre,
- et Mr de Walsingham, pour les reschaufer à la ligue de France;
- et leur en fist représenter les utilités, et la grande seurté
- qui en viendroit à tout ce royaulme. A quoy les deux
- respondirent aulcunes parolles indifférantes, sans se voulloir
- ouvrir de rien.
-
- Mais le comte de Lestre, avec lequel feut besoing d'estreindre
- un peu plus la négociation, parce qu'avecques luy plus qu'avec
- nul aultre ces supposts protestants et les partisans
- d'Espaigne s'efforçoient d'entrer en estroicte pratique, manda
- franchement à ce dict ambassadeur qu'il avoit le coeur oultré
- de despit et de regret, de ce qu'après avoir tant travaillé et
- tant despandu, comme il avoit faict, pour avancer en ce
- royaulme l'intelligence de France, il y avoit faict entrer la
- Royne, sa Mestresse, et tout son conseil, il se trouvoit
- maintenant de n'estre, en nulle part de la Chrestienté, tant
- haï ni tenu pour suspect, que là; et que, quand il se
- souvenoit qu'il s'estoit extrêmement formalisé pour la dicte
- couronne, au préjudice des aultres alliances, et d'Espaigne et
- d'Allemaigne, et de sa propre relligion; et qu'il n'estoit
- nulle sorte de bons et bien rellevez offices qu'il n'eût faict
- pour icelle, trop plus ouvertement que nul aultre estranger du
- monde ne l'eût osé entreprendre, espérant d'y trouver du
- refuge à son besoin, il ne pouvoit dire sinon que la France se
- portoit par trop ingratement vers luy; mais que, pour cella,
- il ne lairoit de conseiller à sa Mestresse de garder bien
- l'amitié au Roy, quand il viendroit en son rang d'en parler,
- ayant tousjour jugé que c'estoit le bien d'elle et de ses
- subjects, car aultrement il n'y eût eu tant d'affection; et ne
- falloit doubter que si le Roy la demandoit, et qu'il requist,
- de bonne sorte, la confirmation de la ligue; qu'il ne
- l'obtînt: mais qu'il craindroit par trop de s'en rendre
- désormais plus solliciteur, ni instiguant, comme il avoit
- faict, s'il ne voyoit bien procéder de meilleurs effaicts de
- delà.
-
- Comme aussy, il se délibéroit de conseiller, de mesmes,
- l'amitié d'Espaigne, puisqu'il estoit si humainement recerché
- de ne s'y opposer plus, et qu'à dire vray le Roy d'Espaigne ne
- luy avoit jamais donné occasion que de luy estre fort
- serviteur: car, quand il estoit entré en ce royaulme, il avoit
- tiré luy et ses deux frères de prison, et leur avoit faict
- rendre l'héritage de leur père, qui estoit confisqué; et quand
- l'armée d'Angleterre avoit esté à Sainct Quentin, soubz le
- comte de Pembrok, il luy avoit faict tenir le second lieu, et
- commander à l'artillerie; et puis, au retour, il n'avoit
- poinct escript, pour nul aultre, plus favorablement que pour
- luy, à la Royne Marie, sa femme; dont son premier avancement
- en estoit venu.
-
- Et, après la mort de la dicte Royne, il avoit à luy et non à
- pas un plus de ceste cour, escript de sa main, par le comte de
- Férie; et luy avoit offert une pension de quatre mille escuz,
- prévoyant bien qu'il estoit pour tenir quelque lieu
- d'authorité en ce royaulme, laquelle pension il avoit
- reffusée, bien que d'aultres en avoient accepté. Et depuis,
- par l'évesque d'Aquila, il luy avoit faict mestre en avant de
- s'ayder de luy pour espouser la Royne, sa Mestresse: et que,
- indubitablement, il luy conduiroit l'effaict de ses nopces au
- poinct qu'il le pourroit desirer, à ses propres despans, avec
- le concours de tous les amis qu'il avoit en ce royaulme, et
- avec la faveur des princes estrangers, jusques à luy offrir le
- consentement et l'authorisation du Pape; et que, mesmes, s'il
- voulloit incliner à la réduction de la religion catholique,
- que le Pape luy octroyeroit un chapeau de cardinal pour son
- frère, et d'establir luy et sa race, pour jamais, en ceste
- couronne, qui avoit esté un poinct de ce dernier qui l'avoit
- faict retirer de la praticque du dict d'Aquila; mais il ne
- laissoit pourtant d'en avoir grande obligation à son Maistre;
-
- Que, pour lors, il avoit eu plus d'inclination à la France, et
- trop meilleur opinion des François que des Espaignols, ce qui
- l'avoit, assez tost après, faict déclarer ouvertement pour le
- Roy, jusques à avoir accepté, pour très grand honneur et
- faveur, son ordre: dont le Roy d'Espaigne avoit commencé de
- désespérer des choses de ce royaulme; mais qu'à présent la
- preuve du temps et des personnes luy faisoit voir, et à tout
- ce royaulme, que l'alliance d'un tel prince n'estoit
- nullement à rejetter, et mesmes qu'il se conduisoit si bien
- vers eux, qu'ilz ne sçavoient desirer rien de mieux de luy;
- car, de tous les traictés, entrecours, et trafiqs de ses païs
- il offroit cella mesmes aux Anglois que ses prédécesseurs leur
- avoient, de tout temps, concédé, sans diminution quelconque;
- et encores avec des privilèges davantage, s'ils en
- demandoient; et, pour le regard des prinses, et aultres
- différants, d'en fère entièrement comme ils voudroient;
- touchant à son armée de mer et à ses forces, qu'elles seroient
- pour servir et non pour nuire, en façon que ce feust, à leur
- Mestresse, ny à son royaulme; et que, mesmes, le dict comte
- entendoit que don Bernardin avoit charge d'offrir parti à la
- dicte Dame, ne voullant poinct dissimuler au dict de La Mothe
- Fénélon, que indubitablement il seroit bien venu en ceste
- cour.
-
- Là dessus, il vint bien à propos au dict Sr de La Mothe
- Fénélon qu'il eût à demander audience, laquelle il n'obtint
- pas pourtant, sans que les partisants d'Espaigne débatissent
- assez qu'elle debvoit estre premièrement octroyée au susdict
- don Bernardin, lequel la demandoit en mesmes temps, par ce,
- disoient ils, qu'il venoit de loing. Néantmoins le dict de La
- Mothe Fénélon luy feust préféré, et mit peyne, avec une lettre
- du Roy, du XVe de juin, de Cracovia, et une aultre que la
- Royne, sa mère, escripvoit, de sa main, à ceste princesse, de
- la remestre en quelque bien bonne disposition vers eux; et ne
- cogneut le dict Sr de La Mothe Fénélon qu'elle se réservât que
- une seule chose: c'est que, si Leurs Majestez Très
- Chrestiennes se voulloient tant laisser posséder aux princes
- estrangers, ou bien à ceux des leurs, lesquels elle ne pouvoit
- avoir sinon fort suspects, se souvenant qu'ils avoient peu
- interrompre le mariage d'entre le Roy et elle, et qu'ils
- voulleussent tant deppendre de leurs advis et persuasions,
- qu'elle ne peût rien establir avec Leurs majestez mesmes, sans
- danger d'estre bientost renversée par les aultres,
- qu'indubitablement elle ne sçauroit se commettre à leur
- amitié. Sur laquelle audience le dict ambassadeur fit une bien
- ample dépesche à Leurs Majestez Très Chrestiennes, du XXIIIe
- du passé.
-
- Le jour ensuivant, le dict don Bernardin fust ainsi bien
- honnorablement receu, et bien ouï et festoyé, et puis
- favorablement licencié, comme le dict de La Mothe Fénélon l'a
- despuis mandé. Et oultre les particullarités, qu'il a desjà
- escriptes, de sa négociation, il a entendu, despuis, que
- celle, qu'il avoit faicte, en privé, avoit esté de dire à la
- dicte Dame que, puisqu'elle monstroit de se voulloir marier,
- le Roy, son Maistre, luy voulloit bien offrir un party très
- honnorable, et lequel il espéroit que seroit à son
- contentement, premièrement de son frère, don Joan, lequel il
- ne tenoit en aultre rang que de frère germain et utérin,
- estant fils du grand Empereur Charles cinquiesme, et prince,
- de soy mesmes, d'une telle vertu et singullière valleur, et de
- telle perfection de nature, que nul aultre prince se pouvoit
- justement préférer à luy, ou bien le prince Ernest, segond
- fils de l'Empereur, prince excellent et rare, entre tous ceux
- de la Chrestienté; et avec l'ung ou l'aultre luy faire des
- avantages trop meilleurs et plus grands qu'elle n'en sçauroit
- avoir de nul aultre party.
-
- Or, n'a pu encores bien au vray sçavoir le dict de La Mothe
- Fénélon quelle responce il a emportée; mais on l'a bien
- adverti que ceux de ce conseil avoient plus pressé, que onques
- ils n'avoient faict auparavant, la dicte Dame de se marier,
- sans toutesfois l'adstreindre à un party plus qu'à un aultre,
- mais d'en prendre quelqu'un qui luy peût plaire; et qu'elle
- leur avoit monstré de n'en estre pas esloignée; et qu'il
- sembloit que ses deux principaux conseillers inclinoient
- toujours plus à Monseigneur le Duc, puisque le propos en
- estoit si avant, que à tout aultre, pourveu que les choses,
- qu'on luy avoit mises sus, n'y donnassent d'empeschement, bien
- que je jugeois que, de ce costé, ni de l'aultre, on ne se
- debvoit plus attendre à ceste poursuitte.
-
- Néantmoins le dict don Bernardin manda au dict de la Mothe
- Fénélon, après pleusieurs honnestes parolles de merciement,
- sur une visitte qu'il luy envoya faire par le Sr de Vassal,
- qu'il l'excusât, s'il ne le pouvoit venir voir, parce qu'il
- estoit pressé de son retour devers le grand commandeur, et
- qu'il ne sçavoit s'il avoit à passer incontinent devers le
- Roy, son Maistre, sur certain incident de la présente
- légation.
-
- Cestuy ci ne feust plus tost party, que les Protestants et les
- ministres retournèrent, en cour, renouveller leurs premières
- instances, et en mectre encores d'aultres en avant, de ce
- qu'ils estimoient estre besoin de pourvoir, à l'arrivée du
- Roy.
-
- Sur quoy, le dict de La Mothe Fénélon, pour ne laisser aller
- les choses ni à leur poursuitte, ni à celle que le dict don
- Bernardin avoit faicte; il envoya incontinent le Sr de Vassal
- à la cour, parce que luy mesmes n'avoit argument assez propre
- d'y aller: et luy bailla des lettres au comte de Lestre et à
- Mr de Walsingam, pour avoir moyen, en négotiant avec eux, de
- leur faire bien gouster les choses qui estoient pour le
- service du Roy, et les divertir de l'opinion des aultres, qui
- pouvoient estre au contraire, et approfondir s'il y en avoit
- quelqu'une mauvaise, qui eût desjà passé en délibération.
- Dont il receuillit de leurs propos assez de quoy prendre une
- grande conjecture de l'intention de leur Mestresse, et de la
- résolution de son conseil; ainsi qu'il plairra à Leurs
- Majestez l'entendre de luy mesmes.
-
- Lesquelles, possible, fairont le mesme jugement que faict le
- dict de La Mothe Fénélon: c'est que, ne pouvant la Royne
- d'Angleterre s'asseurer assez de quelle vollonté sera le Roy
- vers elle, et se deffiant beaucoup de celle du Roy d'Espaigne,
- elle et son dict conseil demeurent en suspens; et tiennent,
- pour ceste occasion, suspendues leurs délibérations, donnant
- entendre aux Protestants qu'il n'est encore temps qu'elle se
- déclare, ni qu'elle attente rien contre les termes de la ligue
- qu'elle a avec le Roy, jusques à ce qu'elle voye comme il se
- déportera à son arrivée: et entretiennent ceux du party de
- Bourgoigne d'une espérance, d'envoyer bientost un gentilhomme
- devers le Roy Catholique, estant le jeune Coban desjà nommé
- pour cest effaict; et néantmoins que ces expresses
- démonstrations, qu'elle faict vers le dict Roy d'Espaigne et
- vers les dicts partisants, sont plus pour mettre le Roy en
- jalousie, que non qu'elle soit encores bien déterminée vers
- eux; vray est que d'autant, que les choses se pourroient bien
- disjoindre d'avecques le Roy, pour se réunir à l'un ou à
- l'aultre des aultres partis, ou aux deux ensemble, parce que
- tous deux sont fort appuyés et authorisés en ceste cour, il
- sera bon d'y pourvoir de bonne heure.
-
- Et le moyen plus aisé, en cella, semble estre que le Roy, à
- cestuy sien advennement, veuille bien et favorablement
- recevoir la légation, qui luy sera faicte de la part de ceste
- princesse, et qu'il luy en dépesche bientost une aultre bien
- honnorable, s'ouvrans, de chasque costé, à parler franchement
- entre eux, sans plus de deffience, et sans essayer de se
- convaincre l'un l'aultre sur ce qui a desjà passé, ains s'en
- donner toute la mutuelle satisfaction qu'ils pourront; et que
- le Roy face déclarer à la dicte Dame qu'il veut succéder à la
- ligue du feu Roy, son frère, avec elle, et qu'il en requiert
- la confirmation; et qu'au reste il face toute démonstration de
- voulloir establir si bien, et à conditions si raisonnables, la
- paix en son royaulme, que les eslevés soient convaincus de
- manifeste rébellion s'ils ne l'acceptent.
-
-
-
-
-CCCCIIe DÉPESCHE
-
---du XXVIIIe jour d'aoust 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Voyage de la reine-mère pour aller recevoir le roi.--État des
- affaires en France.--Annonce d'une audience.--Nouvelles
- d'Écosse.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, premier que de parachever ma dépesche, par le Sr de Vassal,
-lequel vous est allé trouver, le XXIIIIe de ce moys, Grougnet, mon
-secrétaire, estoit desjà arryvé, avec celle de Vostre Majesté, du
-VIIIe auparavant. Et je m'en vay, tout à ceste heure, trouver la Royne
-d'Angleterre, à cent mille d'icy, pour luy dire vostre partement pour
-Lyon, où espérés rencontrer le Roy, vostre filz; et que, pour fère
-meilleure dilligence, vous avez layssé la Royne, vostre belle fille, à
-Paris, ayant seulement admené Monseigneur, et le Roy et la Royne de
-Navarre, voz enfans, avecques vous. Et luy toucheray les aultres
-poinctz de voz troys ou quatre dernières dépesches, espéciallement
-l'espérance qu'avez de la paix, et comme il ne tiendra à Voz deux
-Majestés Très Chrestiennes qu'elle ne succède bonne et seure, et de
-longue durée, en vostre royaulme; pareillement de la venue des
-ambassadeurs des princes d'Allemaigue, et des depputez de ceulx de la
-nouvelle relligyon qui sont allez au devant du Roy; aussy des deux
-levées de reytres et suysses, pour pouvoir, avec plus d'authorité,
-conclure la dicte paix, ou bien réprimer, par force, l'élévation de
-voz subjectz; et puis du bon ordre qu'avez layssé à Paris, pour la
-police, et pour, entre aultres choses, administrer, bien et
-promptement, par le grand commandeur de Champaigne et le chancellier
-de Navarre, qui sont deux personnages fort notables du conseil privé
-du Roy, la justice aulx Angloix, sur les pleinctes que je vous ay
-dernièrement envoyées. Et mettray peyne que, de tout ce qui se pourra
-tirer de voz dictes dépesches, rien n'en soit obmis, qui puisse
-apporter de la satisfaction à la dicte Dame, et luy fère bien espérer
-de vostre intention, et luy disposer bien la sienne vers Voz Majestez
-Très Chrestiennes.
-
-En quoy je sentz bien, Madame, qu'il me vient de grandes traverses, du
-costé des Protestantz, parce qu'ilz ont très suspect le passage que le
-Roy a faict par l'Italye, et craignent qu'il y ait esté conseillé, ou
-que, mesmes, on l'ayt expressément obligé, de promesse, avant qu'il en
-soit sorty, qu'il poursuyvra, à oultrance, ce qu'avant estre Roy, il
-avoit desjà commancé: d'exterminer ceulx de la nouvelle relligion. Et
-non moins me traversent les partisans de Bourgoigne, lesquels, jaloux
-du mesmes passage, allèguent à ceste princesse qu'il ne luy peult
-venir ny proufit, ny secours, de continuer la ligue avec le Roy, parce
-que, disent ilz, qu'il est si empesché qu'il ne se sçauroit ayder, ny
-secourir, soy mesmes; et que, s'il se veult tirer d'empeschement, il
-n'en a nul moyen sinon en cherchant de le fère d'une façon qui seroit
-plus suspecte à ce royaume que s'il demeuroit bien empesché: et
-pressent tousjours la dicte Dame d'envoyer une honneste ambassade vers
-le Roy d'Espaigne.
-
-Néantmoins je viens d'estre adverty qu'elle a desir que je l'aille
-trouver, affin d'avoyr de quoy donner, aulx ungs et aulx aultres, des
-bonnes parolles, de celles qu'elle entendra de moy, et de celles
-qu'elle leur pourra adapter, pour les entretenir en quelque espérance,
-sans qu'ilz la pressent, à ceste heure, par trop; et aussy qu'à dire
-vray, elle se tient assez doubteuse de quelle intention le Roy sera
-vers elle, et ne se peult garder qu'elle n'ayt aulcunement suspectes
-les forces qu'il assemble; de tant mesmement que, oultre que, de la
-part des eslevez de France, et des partisans d'Espaigne, l'on use de
-toutz les artifices qu'on peult pour luy en donner peur.
-
-Le comte de Morthon luy a, d'abondant, escript qu'il a descouvert, au
-quartier du North d'Escosse, où il est de présent, qu'il y a
-dellibération, en France, de fère bientost une descente par dellà;
-mais je m'esforceray de luy oster ces impressions, et de luy persuader
-qu'elle veuille, du premier jour, envoyer saluer le Roy, vostre filz,
-et visiter Vostre Majesté, par ung personnage d'authorité, et ne
-mouvoir rien cepandant jusques à son retour; comme, pour le présent,
-Madame, je ne descouvre aultre chose de nouveau par deçà, sinon que
-dix ou douze cappitaynes et soldatz, françoys, qui sont encores icy,
-s'apprestent pour passer à la Rochelle, estant bruict, parmy eulx, que
-le Roy, vostre filz, prétend d'addresser son premier exploict, de
-ceste année, contre ceste ville. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXVIIIe jour d'aoust 1574.
-
- Depuis ce dessus, ung de mes amys m'a adverty que Me
- Quillegreu, qui est en Escosse, a escript à ceste princesse
- qu'il est en grande espérance d'avoyr bientost ce qu'il a tant
- pourchassé; et que le dict amy souspeçonne que c'est la
- personne du Prince d'Escosse; et qu'il a opinyon que milord
- Housdon n'est allé, ces jours passez, à Barvic, que pour ceste
- occasion. Il vous plerra, Madame, adviser, avec ceulx de voz
- affectionnés serviteurs, escoussoys, qui sont en France, le
- moyen d'y pourvoir, et envoyer promptement sur le lieu pour
- cest effect. Qui, de mon costé, feray bien, d'icy en hors,
- tout, ce que je pourray; mais je ne voy pas comme, ny à qui,
- m'en pouvoir bien addresser en Escosse pour y mettre
- empeschement; et mesmes qu'on me veult fère souspeçonner que
- cella ne se conduyra sinon avec l'intelligence d'Espaigne.
-
-
-
-
-CCCCIIIe DÉPESCHE
-
---du Xe jour de septembre 1574--
-
-(_Envoyée jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Audience.--Félicitations d'Élisabeth sur le retour du
- roi.--_Mémoire._ Détails de l'audience.--État des choses en
- France.--Déclaration qu'une armée est réunie par le roi pour
- forcer les protestans à faire la paix.--Protestations d'amitié
- d'Élisabeth.--Sa déclaration qu'elle doit considérer le projet
- de mariage comme rompu.--Conseil qu'elle donne au roi d'éviter
- la guerre.--Arrivée à Londres de Mr de Méru.--Sa conférence
- avec l'ambassadeur.--Sollicitation de Mr de Méru en faveur de
- Mr de Montmorenci, son frère.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, estant allé trouver la Royne d'Angleterre, à soixante dix milles
-d'icy, pour traicter avec elle du contenu ez quatre dernières
-dépesches, que j'ay receues de la Royne, vostre mère, elle m'a
-incontinent, devant toutes aultres choses, fort curieusement demandé
-si j'avoys nouvelles que Vostre Majesté fût arryvée en France, et
-qu'est ce que j'entendoys de vostre bon portement et santé, car on
-faysoit courir le bruict que vous estiés bien fort malade en Italye.
-
-Je luy ay respondu que la Royne, vostre mère, m'avoit escript, du
-VIIIe d'aoust, qu'elle espéroit bien arryver, sur la fin du moys, à
-Lyon, et qu'ung gentilhomme, que Vostre Majesté avoit dépesché vers
-elle, vous avoit layssé sur le Pô, qui veniés, par eau, jusques à
-Casal de Montferrat, bien sain et gaillard, et bien fort contant du
-grand recueil, et des suprêmes honneurs, qu'on vous avoit faict par
-toutz les lieux où aviés passé. De quoy elle a monstré d'estre bien
-fort ayse; et sommes entrés en plusieurs honnestes devis de vostre
-partement de Pouloigne, et de vostre long voyage.
-
-Et m'a dict qu'elle regrettoit que son royaulme ne fût en quelque
-climat, où vous eussiés eu à passer, car se fût mise en debvoir de
-vous y fère toutes les sortes d'honneurs et de bonne chère qu'elle eût
-peu, et, possible, que l'Empereur ny la Seigneurie de Venize ne
-l'eussent, de guyères, surmontée; et que de cella estimoit elle son
-païs moins heureulx que vous n'en aviés approché, ny à l'aller, ny au
-retour, et qu'il n'estoit en endroict où peussiés jamays addresser
-vostre chemin. Et m'a fort prié, Sire, de vous présenter, et à la
-Royne, Vostre mère, ses très cordialles recommandations, et vous
-assurer que, sellon qu'elle pourra cognoistre qu'aurés bonne intention
-vers elle, qu'elle se disposera de nourrir une bien confidente amityé
-avecques vous deux. Et remettant, Sire, de vous escripre plus
-amplement par mes premières, estant le mémoire, que j'envoie à la
-Royne, très ample sur tout ce qui présentement occourt par deçà, je
-n'adjouxteray rien plus, icy, sinon une très dévote prière à Dieu,
-etc.
-
- Ce Xe jour de septembre 1574.
-
- MÉMOIRE A LA ROYNE.
-
- Madame, m'ayant la Royne d'Angleterre donné toute la
- commodicté que j'ay desiré de pouvoir, à loysir, traicter avec
- elle en la mayson du comte de Pembrok, près de Salsbury, en
- une chasse où elle a voulu que je l'aye accompaignée; après
- que je luy ay eu faict le plus honnorable mercyement, qu'il
- m'a esté possible, pour l'exèque du feu Roy, vostre filz,
- qu'elle avoit faicte cellébrer à Londres, je luy ay touché,
- sellon l'ordre de voz quatre dépesches, du XXIIIe et XXVIIe de
- juillet, et Ve et VIIIe d'aoust, toutz les poinctz qu'elles
- contiennent; et mesmement de la condoléance que son
- ambassadeur vous avoit faicte de la mort du dict feu Roy,
- vostre filz, et de l'excuse, dont il vous avoit uzé, sur ce
- qu'elle ne vous avoit poinct dépesché de gentilhomme, exprès
- pour cella:
-
- Qui estoit, sellon son dire, pour ne vous augmenter davantage
- voz souspeçons, et qu'elle s'attendoit de fère, de tout ung,
- quand le Roy, vostre filz, seroit arryvé, lequel elle
- envoyeroit saluer, et envoyeroit pareillement visiter Vostre
- Majesté par ung personnage d'authorité, qui vous
- signiffieroit, à toutz deux, le desir qu'elle avoit de
- confirmer avecques luy l'amityé commancée avec le feu Roy, son
- frère, et estre assurée de la sienne; et de voyr qu'il fît
- bien administrer en son royaulme la justice aulx Angloys: qui
- estoient, en substance, les principaulx poinctz que son dict
- ambassadeur vous avoit lors déduictz;
-
- Et que Vostre Majesté l'avoit prié de la remercyer infinyement
- de la condoléance, et luy escripre hardiment que le personnage
- d'honneur, qu'elle eût envoyé pour la fère, n'eût pas
- augmanté, ains eût plustost dimynué vostre souspeçon; car
- estimiés qu'elle luy eût commandé, voyant ce que luy en aviés
- escript, de vostre main, de régler si bien les gens du dict
- ambassadeur qu'on ne les eût plus trouvés à vous en donner
- d'occasion; et que, de nouveau, vous vous estiés plaincte à
- luy de ce que, depuis le partement de son secrettère, son
- aultre serviteur, Jacomo, italyen, s'estoit esforcé de
- ressusciter, avec le Bastard de Bourbon, et avec une des dames
- de la Princesse de Navarre, les mesmes praticques qui avoient
- engendré les dictes souspeçons; de quoy vous ne pouviés rester
- sinon malcontante;
-
- Mais, quand à l'amityé du Roy, vostre filz, qu'il lui
- escripvît, d'assurance, que Vostre Majesté luy seroit caution
- qu'il la luy continueroit, aussy longuement qu'avoit faict le
- feu Roy, son frère, c'estoit jusques à la mort, si elle ne
- l'interrompoit, de son costé; et que Vostre Majesté ne voyoit
- chose plus convenable, pour la rendre perpétuelle, et pour
- déchasser toutes souspeçons d'entre vous, que de parachever le
- bon propos de Monseigneur le Duc, vostre filz;
-
- Que, touchant fère justice aulx Angloix, qu'il estoit très
- nécessayre qu'on l'administrât, bonne et prompte, aulx mutuels
- subjectz, en l'ung et l'aultre royaulme.
-
- Et là dessus je luy ay discouru l'ordre, que vous y aviés
- desjà mis, pour les siens, en France, et qu'elle voulût
- ordonner le semblable pour les Françoys, en Angleterre; et que
- Vostre Majesté avoit donné une bien prompte provision, par
- lettres patantes, à ses dicts subjectz, et, encores, pour
- l'amour d'eux à d'aultres, estrangers, pour avoir l'entrée et
- l'yssue libres par dellà, aussytost que aviez entendu que Mr
- de La Meilleraye leur y avoit mis de l'empeschement.
-
- Puis ay suivy à luy parler des ambassadeurs des princes
- protestantz, qui sont allez trouver le Roy, vostre filz, et
- des levées de reytres et de suysses, et aultres forces, que
- faysiés acheminer vers luy à Lyon, desquelles vous desiriés
- bien fort que la dicte Dame ne se voulût donner aulcune
- souspeçon; car estoient pour la servir, plus que pour luy
- nuyre; et que Voz Majestez prétendoient, par là, de fère la
- paix, avec authorité, ou bien terminer bientost la guerre, par
- la force; et qu'il ne tiendroit au Roy, vostre filz, ny à
- Vous, que la dicte paix ne s'en suivît, à condicions si bonnes
- et si seures, pour voz subjectz, que toutz les princes
- chrestiens les auroient à tenir pour manifestes rebelles,
- s'ilz ne s'en contantoient. Dont, en ce cas, vous la vouliés
- bien prier de se porter en bonne amye, et en confédérée bonne
- seur, vers le Roy, vostre filz, contre eulx.
-
- La dicte Dame, devant toutes choses, ayant prins, sur le
- mercyement de l'exèque, et sur l'office de la condoléance, un
- argument de dire plusieurs choses à la louenge du feu Roy, et
- du tort qu'elle se feroit, si elle n'en honnoroit la mémoyre,
- m'a, au reste, respondu, qu'elle vous avoit amplement escript
- de sa main tout ce qu'elle avoit eu sur le cueur, touchant les
- particullaritez qu'elle avoit veues dans voz dernières
- lettres, et touchant aulcunes aultres; lesquelles elle vous
- prioit bien fort de les prendre, et de les fère prendre, de
- très bonne part, au Roy, vostre filz, sellon qu'elles
- procédoient d'une grande franchise, qu'elle desiroit estre
- uzée entre vous; et vous ouvrir clèrement son estomac, affin
- de nourrir une plus parfaicte et plus pure amityé, avec Voz
- Majestez, si, d'avanture, vous ne vouliés mespriser la sienne;
- et qu'il seroit en vostre main de pouvoir aussy seurement
- respondre au Roy, vostre filz, pour elle, comme il vous
- playsoit d'estre respondante à elle, pour luy; car,
- indubitablement, vous, et luy, jouyriés de ce qu'elle avoit de
- moyen et de pouvoir, et aultant qu'il y en avoit en sa
- couronne, pour voz commodictés, si luy donniés bien à
- cognoistre qu'elle se peût confier à Voz Majestez; et qu'elle
- ne se souvenoit plus de la petite querelle qu'elle avoit eue
- avec le Duc d'Anjou, et n'en vouloit avoir nulle avec le Roy
- de France, ains luy ayder, en ce qu'elle pourroit, à establir
- sa grandeur et accomoder ses affères;
-
- Et, quant à parachever le propos de Monseigneur le Duc,
- qu'elle estimoit que c'estoit une chose du tout délayssée,
- laquelle auroit besoing d'ung esclarcissement de beaucoup de
- faictz d'autruy, là où il luy suffisoit assez qu'elle peût
- bien respondre des siens; qu'elle estoit infinyement marrye de
- la fascherye que l'italien Jacomo vous avoit donnée, lequel
- Vostre Majesté pouvoit fère bien chastier, si elle vouloit,
- car c'estoit sans qu'elle le sceût, et contre son vouloir,
- qu'il faysoit ces meschantes praticques; et qu'elle commançoit
- d'avoyr cest homme là pour suspect, et pour ung qui trahissoit
- son maistre; et, que je serois trop esbahy d'entendre ce
- qu'elle avoit commancé de descouvrir, depuis ma dernière
- audience, comme bon nombre de ducatz avoient couru, en ceste
- menée, pour vous mettre l'une et l'aultre en peyne, et en
- mauvais mesnage, toutes deux; que d'administrer justice, en
- France, à ses subjectz, c'estoit ce, de quoy elle vous vouloit
- infinyement requérir, parce que ses dicts subjectz
- commançoient desjà d'uzer de parolles arrogantes contre elle,
- et contre ceulx de son conseil, de ce qu'elle ne prenoit
- aultrement à cueur leurs injures, pour leur en faire avoyr
- leur réparation et revenche; et qu'indubitablement c'estoit la
- chose qui pouvoit plustost admener une ropture entre vous,
- s'il n'y estoit bien remédyé;
-
- Qu'elle avoit grand playsir que les princes d'Allemaigne
- eussent desjà envoyé devers le Roy, vostre filz, ainsy qu'elle
- avoit aussy desjà faict élection d'ung de ses milords, pour le
- luy dépescher, incontinent qu'elle entendroit son arryvée à
- Lyon; et qu'il ne falloit doubter que toutz les Protestantz
- n'eussent assez suspect son passage, qu'il avoit faict par
- l'Italie; et que, s'ilz voyoient maintenant qu'il poursuivît
- ses subjects, qui sont de leur religyon, par les armes, qu'ilz
- ne jugeassent incontinent que les mesmes armes s'adresseroient
- à eulx, aussytost qu'il auroit faict en son royaulme; dont ilz
- pourvoyroient, de bonne heure, à leurs affères;
-
- Et, si elle n'estoit pas trop ignorante des affères du monde,
- elle pronosticquoit une plus obstinée et plus dangereuse
- guerre en France, que n'avoient esté toutes les précédentes,
- si le Roy et Vous, Madame, n'embrassiés la paix; ce qui luy
- faysoit grandement louer la dellibération qu'aviés prinse,
- qu'il ne tiendroit ny à luy, ny à Vostre Majesté, qu'elle ne
- se fît; et que, pour ce regard, approuvoit elle bien fort les
- levées des estrangers et les forces du royaulme, que faysiés
- acheminer au devant de luy, à Lyon, affin qu'elles luy
- peussent servir de meilleur moyen et de plus d'authorité en
- cella; desquelles forces, pour ceste occasion, elle ne se
- donnoit poinct de peur, ny n'en prenoit aulcune souspeçon,
- jugeant qu'elles luy faysoient bien besoing pour luy, et qu'il
- avoit assés où les employer, en son propre estat, sans en
- aller troubler ses voysins; et qu'elle vous prioit toutz deux
- de croyre fermement que, si voz subjectz ne se vouloient
- contanter de la rayson, ny accepter les honnestes condicions
- qu'il vous plerroit leur donner, et qu'il apparût tant soit
- peu de rébellion en eulx, que non seulement elle leur
- dényeroit toute retraicte et assistance en son royaulme, mais
- qu'ilz n'auroient nulle plus mortelle ny plus irréconciliable
- ennemye qu'elle, en tout ce monde universel;
-
- Et se sont faictes, Madame, plusieurs aultres honnestes
- déductions et plusieurs réplicques sur les susdicts propos,
- desquels, et de toutes ses démonstrations, et de plusieurs
- discours que j'ay eus avec ceulx de son conseil, je n'ay
- poinct comprins qu'elle et eulx ayent aultre intention que
- celle que je vous ay desjà mandée par mes précédentes, du
- XXIIIe du passé: c'est de persévérer en l'amytié du Roy,
- vostre filz, avec la considération toutesfoys et réserve de ce
- qu'elle vous a dernièrement escript, de sa main; qui espère
- encores que, sur cella mesmes, ce que je luy ay déduict de
- raysons luy tiendront modérée sa trop violente impression.
-
- Après estre de retour de la dicte Dame, j'ay trouvé que Mr de
- Méru estoit arryvé en ceste ville, lequel m'a incontinent
- envoyé ung des siens pour me dire qu'il me viendroit fère
- entendre l'occasion qui le menoit par deçà, quand je serois de
- loysir; dont soubdain, je luy ay renvoyé troys ou quatre des
- miens, pour le conduyre en mon logis; mais cependant aulcuns
- l'ont eu diverty de n'y venir poinct.
-
- Vray est qu'il m'est depuis venu trouver, aulx champs, où il
- m'a déclaré qu'il s'estoit retiré d'Allemaigne, pour éviter de
- ne donner aulcune souspeçon de luy à Voz Majestez, ayant receu
- une lettre de madame la connestable, laquelle il m'a monstrée,
- qui l'advertissoit de la détresse, où elle estoit, d'entendre
- le bruict, qui couroit de luy et de son frère, qu'ilz fussent
- pour dresser des praticques en Allemaigne, et pour mener des
- reytres en France; et qu'il advisât de s'oster de là: n'y
- ayant aultre chose, en substance, dans la dicte lettre, sinon
- qu'elle l'exortoit au reste de prier fort Nostre Seigneur et
- la Vierge Marie;
-
- Et que, suyvant le conseil de la dicte Dame, il estoit passé
- en ce royaulme, comme en pays allié et confédéré du Roy, où il
- ne pouvoit fère de moins que de bayser la main de la Royne
- d'Angleterre, et la prier d'intercéder pour monsieur de
- Montmorency, son frère, à ce qu'il playse à Voz Majestez Très
- Chrestiennes le recognoistre pour vostre très fidelle et loyal
- subject et serviteur, et pareillement luy, qui ne s'est jamays
- entremis plus avant que de très humblement obéyr à tout ce que
- luy aviez commandé; et que si, à ce retour du Roy, Voz
- Majestez vouloient uzer de clémence et de douceur, vers le
- dict Sr de Montmorency, et vers Mr le maréchal de Cossé, qu'il
- s'yroit jetter à voz piedz; et sçavoit que touts les siens le
- feroient de mesmes, pour n'entendre jamays à rien aultre chose
- qu'à bien employer leurs vies pour vostre service.
-
- Sur quoy l'ayant conforté de toute bonne espérance de Voz
- Majestez, aultant que je l'ay peu, et sceu fère, je l'ay fort
- admonesté d'accomoder tout son parler par deçà à la louange et
- réputation de Voz dictes Majestez et de Monseigneur le Duc et
- de la couronne de France, et n'uzer d'aulcun déportement qui
- puisse estre ny contre vostre intention, ny contre le présent
- estat de voz affères; et que, indubitablement, je le ferois
- observer, pour ne vous dissimuler rien de ce que j'entendrois
- de luy;
-
- Et, quand à l'intercession qu'il vouloit rechercher de la
- Royne d'Angleterre, qu'il pensât que la clémence et
- débonnayreté du Roy et la vostre n'avoient à se mouvoir tant,
- vers messieurs les mareschaulx, à l'entremise d'ung prince
- estranger, ny pareillement leur justiffication en estre tant
- advancée, comme elle le seroit par ung vray et naturel debvoyr
- de bons et fidelles subjectz, s'ilz mettent peyne de le fère
- eulx mesmes bien cognoistre à Voz Majestez.
-
- Sur quoy il m'a fort pryé d'octroyer ung passeport à ung sien
- argentier pour aller supplyer madame la connestable de luy
- fère tenir, icy, de l'argent pour sa despence, me donnant sa
- foy et son honneur qu'il n'auroit, ny par lettres, ny en
- parolles, aultre charge que celle là; ce que je luy ay promis
- de fère, pour ne l'estranger trop, et ne le laysser trop
- praticquer de ceulx qui le voudroient mal persuader.
-
- Avec Mr de Méru sont arryvés le cappitayne La Porte et le
- cappitaine Chat, desquelz je n'ay oublyé ce qui m'en a esté
- escript du vivant du feu Roy; dont je vous supplye très
- humblement, Madame, me mander, à ceste heure, comme j'en
- auray à uzer; et ce que j'auray à fère entendre, de la part de
- Voz Majestez, au dict Sr de Méru et à eulx. Mr le vydame
- monstre d'estre entièrement résolu de partyr, d'icy, bientost,
- pour se retirer en Allemaigne.
-
-
-
-
-CCCCIVe DÉPESCHE
-
---du XVe jour de septembre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounier._)
-
- Traité conclu entre l'Angleterre et l'Espagne.--Nouvelles de la
- Rochelle.--Négociation des protestans de France avec le prince
- d'Orange.--Affaires d'Écosse.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, j'ay receu, le treiziesme du présent, la dépesche de Vostre
-Majesté, du XXVIIe du passé, et, avec icelle, une consolation, trop
-plus grande que je ne le sçaurois exprimer, pour m'avoyr tiré hors
-d'une incertitude, où, plus de douze jours durant, m'a détenu le faulx
-bruict, qu'on a faict courir, de la maladye du Roy, vostre filz, et de
-l'indisposition et retour de Vostre Majesté à Paris, à cause, ce
-disoit on, de quelque désordre qui vous estoit survenu en chemin. Dont
-je loue Dieu que, en son voyage et au vostre, toutes choses se sont
-ainsy bien portées, comme Vostre Majesté me l'escript. Il est très
-certain que la venue sienne faict craindre et faict espérer à divers
-diverses choses; dont les affections se manifestent en ce que les ungs
-s'en resjouyssent infinyement, et prient pour sa prospérité, et
-desirent qu'il ayt soing de se conserver, et mesmes me sollicitent de
-vous advertyr toutz deux bien expressément, et comme par chose
-nécessayre, que vueillés prendre bien garde à voz personnes; les
-aultres parlent et font toutes choses comme gens mal assurez, qui ont
-beaucoup de meffiance. Et parce que ces segonds vont semant plusieurs
-discours, et beaucoup de grands argumentz, à leur poste, en ceste
-court, ceste princesse et ceulx de son conseil s'en layssent plus
-facillement aller aux offres et persuasions d'Espaigne; de sorte que
-l'accord des Pays Bas s'en est du tout ensuivy. Et le seul poinct qui
-tenoit l'affère accroché, qui estoit pour cent mille escuz, que les
-subjectz du Roy Catholicque demandoient pour récompence, a esté vuydé
-à leur prouffict: sçavoyr est que les Angloys leur en payeront
-soixante quinze mille. Et s'espère qu'il se renouvellera une fort
-grande et estroicte amityé entre le dict Roy Catholicque et ceste
-princesse, et que touts les anciens commerces et entrecours, d'entre
-leurs pays et subjectz, seront remis; qui semble à ceulx cy d'avoyr
-recouvert ung très ferme appuy de ce costé là. Et n'ont obmis aussy,
-entendans qu'il se debvoit tenir une diette en Allemaigne, d'y envoyer
-ung personnage de qualité, nommé le sir Henry Quenols, qui est assez
-favorizé en ceste court, et l'ung des plus parciaulx protestantz de ce
-royaulme, affin de se fortiffier de cest aultre endroict. Et je ne
-despère pas qu'ilz ne recherchent de mesmes, et, possible, plus
-ardemment que de nul aultre prince, l'amityé et intelligence du Roy,
-vostre filz, estant le voyage du milord, que ceste princesse luy doibt
-envoyer, desjà tout résolu, aussytost qu'on entendra son arryvée à
-Lyon; qui pense que ce sera milord de North.
-
-L'on m'a adverty que le Sr de La Noue a escript plusieurs lettres par
-deçà, et que, par icelles, il monstre de desirer infinyement la paix,
-et de vouloir rendre toute obéyssance au Roy; mais crainct que le Roy
-ne vueille donner la dicte paix bien seure à ses subjectz, ny avec
-les condicions qu'ilz demandent pour leur religyon et conscience, et
-qu'en ce cas luy et touts ceulx qui ont prins les armes par dellà sont
-résolus de souffrir, avec toutes les aultres extrémitez, la mort
-mesmes, premier que de rien quicter de leur dicte religyon; et que
-pourtant ilz supplyent la Royne d'Angleterre, et les seigneurs
-d'auprès d'elle, de ne concevoyr aulcune sinistre opinyon qu'ilz
-vueillent estre rebelles, encor qu'il soit rapporté qu'ilz n'ayent si
-tost posé les armes. Et cependant, Madame, je suis adverty que ceulx
-de la Rochelle se pourvoyent, en Hembourg, et à Hendem, et en Ollande,
-et encores en ce royaulme, là où ilz peuvent, de grand nombre d'armes,
-et de pouldres, et d'autres monitions de guerre, creignant que le Roy
-les vueille assiéger. Et le ministre Textor est passé devers le prince
-d'Orange, affin d'impétrer de luy un nombre de navyres armez, pour les
-tenir en Brouage, et sur la coste de la Rochelle, chose qu'on asseure
-desjà icy que le dict prince luy a accordée, tant pour se relever des
-frays d'ung si grand nombre de vaysseaulx, qu'il a ordinayrement à
-entretenir, veu que l'armée d'Espaigne ne faict plus semblant de
-venir, que pour maintenir tousjours vifve la guerre par mer en France,
-affin que le Roy n'ayt moyen, par la mesmes mer, de favorizer les
-affères du Roy Catholicque, et que rien ne puisse venir d'Espaigne,
-qui ne tombe en leurs mains. J'entendray plus avant du voyage du dict
-Textor, quand il repassera par icy.
-
-Les cappitaynes Barache, Limons et dix ou douze aultres soldatz
-françoys se sont embarquez, depuis troys jours, pour aller à la
-Rochelle. Mr de Méru n'est poinct encores allé trouver la Royne
-d'Angleterre, et se tient retiré en son logis. Je luy feray part des
-nouvelles de Mr de Dampville son frère, affin de le fère tousjours
-mieulx espérer de son propre faict. Ung agent du comte Palatin vient
-de passer, ce matin, par la poste, qui va trouver ceste princesse.
-J'ay envoyé incontinent après pour le fère observer.
-
-L'on me continue les advis que je vous ay cy devant mandez, comme il
-se mène une bien chaude praticque de mettre le prince d'Escoce ez
-mains des Angloix, et qu'à cest effect le comte de Houtinthon a esté
-jusques à Barvic, dont j'ay dépesché exprès ung escoussoys vers les
-seigneurs du pays, affin d'y donner tout l'empeschement qu'il sera
-possible; et si j'entends que cella passe oultre, je m'y oposeray à
-ceste princesse, mesmes au nom du Roy, vostre filz, tout ouvertement.
-Et sur ce, etc.
-
- Ce XVe jour de septembre 1574.
-
-
-
-
-CCCCVe DÉPESCHE
-
---du XIXe jour de septembre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Nycolas._)
-
- Départ du secrétaire de l'ambassadeur
- d'Angleterre.--Sollicitations des protestans de France et des
- princes d'Allemagne.--Fabrique de fausse monnaie établie en
- Angleterre pour soutenir la guerre en France.--Nouvelles
- d'Écosse.--Audience accordée par Élisabeth à Mr de Méru.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, par la dépesche, que Vostre Majesté m'a faicte, de Lyon, le
-dernier du passé, j'ay eu assez de quoy bien convaincre ceulx qui
-disoient que le Roy, vostre filz, et Vostre Majesté avoient eu du
-destourbis et empeschement en leurs voïages, et aussy de quoy bien
-confirmer la bonne opinyon de ceulx qui avoient tousjours espéré, et
-qui espèrent encores très bien des affères de Voz Majestez. Je ne
-fauldray, à la première nouvelle, qui m'arrivera que le Roy soit entré
-en son royaulme, d'aller retrouver ceste princesse, au retour de son
-progrès, laquelle est encores assez loing, pour m'en conjouyr avec
-elle, et pour haster le partement du millord qu'elle vous doibt
-envoyer. Et cependant je vous diray, Madame, que le secrettère de
-l'ambassadeur de la dicte Dame est assurément repassé en France, et
-m'a mandé ses excuses, de Bouloigne, en hors, de ce qu'il n'estoit
-passé devers moy, confessant qu'il luy avoit esté commandé de le fère,
-mais que les aultres commissions, qu'on luy avoit baillées en ceste
-ville, luy avoyent faict oublyer ceste cy.
-
-Celluy Poutrin, qui se faict appeller Dupin, est encores icy, n'ayant
-peu, avec toute l'assistance des ministres, impétrer rien de ceste
-princesse par dessus ce que je vous ay desjà escript: qu'elle s'estoit
-dellibérée d'attandre comment procèderoit le Roy, vostre fils, vers
-elle, et vers l'entretènement de la ligue, qu'elle avoit avec le feu
-Roy, son frère, premier que de rien attempter contre luy. Ce qui a
-faict mettre en avant par les plus passionés ces faulx bruictz que je
-vous ay desjà mandez, affin d'essayer s'ilz la pourroient mouvoir à
-leurs affections; et ne m'ont espargné en leurs discours vers elle,
-disantz que je la trompois de mensonges et de veynes persuasions, et
-que je luy allois racomptant du faict du Roy, vostre filz, et de
-Vostre Majesté, et de voz affères, tout au contraire de ce que j'en
-sçavoys; tant y a que le dict Poutrin est encores icy, attendant sa
-résolution. Et le ministre Textor n'a pas esté conseillé, arryvant de
-la Rochelle, d'aller rien pourchasser en ceste court, car ont bien veu
-que cella ne luy eût esté que temps perdu; dont, après qu'il a eu
-faict assembler, par quatre ou cinq foys, le conseil des ministres, en
-ceste ville, sur les moyens de pourvoyr au secours et deffance de la
-Rochelle, et pour dresser des forces par mer par dellà, il est passé
-devers le prince d'Orange en Hollande, et Du Lua a esté renvoyé en
-Allemaigne. Et m'a quelqu'ung adverty que, sellon la négociation qu'a
-faicte le dict Textor, il semble que ceulx de la nouvelle religyon, de
-la Rochelle et du Poictou, se sentent pressés, et qu'ilz sont assez
-effrayés; dont, si Brouage estoit reprins, je croy que les Angloix, à
-très grande difficulté, se mouveroient jamays par mer pour eulx, par
-faulte de retraicte; parce que celle là seule leur semble opportune,
-puisque les Rochellois ne les veulent recevoyr dans leur ville, et
-aussy que la commodicté du sel, du quel ilz font leurs contratz et
-marchez, leur deffaudroit.
-
-J'entends que cest agent du comte Palatin qui est freschement arryvé
-en ceste court, et encores ung aultre allemant qu'on estime estre
-agent du duc de Saxe, ont eu à fère deux sortes de légation à ceste
-princesse: l'une, ouverte, pour la prier de conformer les instructions
-du millord, qu'elle envoyera devers le Roy, à celles que leurs mestres
-ont baillées à leurs ambassadeurs, qu'ils luy ont desjà dépeschées,
-tendantes au soulagement de ceulx de leur religyon et à mettre ung
-repos en la Chrestienté; et l'autre, secrette, pour luy remonstrer
-qu'elle et les aultres princes protestantz doibvent avoyr une grande
-considération sur le retour du Roy, vostre filz, et sur le passage
-qu'il a faict par l'Italye, qui leur doibt estre grandement suspect,
-et que la légation du cardinal Saint Sixte, nepveu du Pape, vers luy,
-et les confidentes démonstrations que luy ont uzé ceulx qui
-commandent pour le Roy d'Espagne en l'estat de Milan, leur debvoient
-estre arguments irréfragables que l'intelligence et confédération de
-ces deux puissants Roys avec le Pape est très certeyne. Dont l'ont
-exortée qu'elle vueille, avec les aultres princes protestantz,
-pourvoyr, de bonne heure, à leur seureté, et favorizer, en France et
-en Flandres, ceulx qui ont prins les armes pour la deffence de leur
-dicte religyon, pendant qu'ilz sont encores en pieds; et qu'il y
-auroit bientost une levée de sept mille reytres et quatre mille
-lansequenetz en estre, qui seroit preste de marcher en leur faveur,
-s'il se pouvoit trouver moyen de leur fournyr deux centz mille escuz
-pour leurs deux premiers payementz. Sur quoy je croy bien que,
-touchant le premier poinct de leur légation, les dictz agentz seront
-fort bien respondus: c'est que la dicte Dame fera par le dict milord
-parler le mesme langage que leurs mestres à Voz Très Chrestiennes
-Majestez; mais j'espère bien qu'ilz ne seront assez bons orateurs pour
-impétrer si tost les deux centz mille escuz, bien que quelqu'ung m'a
-dict que les évesques de ce royaulme offroient d'y contribuer et d'y
-fère contribuer leurs diocèses: ce qui n'est pas matière bien preste.
-
-Et ce que je crains le plus est ung aultre moyen de recouvrer deniers,
-et qui est esmerveillable et bien frauduleux, c'est que certains
-allemands et ollandoys, et encores, m'a l'on dict, quelques françoys,
-ont entreprins de forger, en ung endroict de ce royaulme, jusques à
-ung million d'escus, du coing de France, d'Espaigne et de Flandres,
-pour soustenir ceste guerre; qui seront si bien faicts qu'on n'en
-pourra, ny au poix, ny à la touche, cognoistre la différence dans les
-bons; et que desjà ils ont si bien commancé d'y besoigner, avec la
-secrette permission d'aulcuns de ce conseil, qu'ilz ont cinquante
-mille escuz de France toutz pretz. A quoy, Madame, il est besoin de
-pourvoyr, et mander à Paris, et aultres principalles villes, où la
-première emplète s'yra fère, qu'on y prenne bien garde; et je ne
-fauldray de vous mander, de jour à aultre, tout ce que j'en pourray
-descouvrir davantage.
-
-Me Quillegreu est revenu, depuis deux jours, en poste, d'Escosse, et
-l'on continue toujours de m'advertyr qu'il mène la praticque d'avoyr
-la personne du Prince d'Escosse par deçà, dont je suis bien en peyne
-que cella se trame si secrettement que je ne le puis bien descouvrir.
-Mr de Méru est allé trouver ceste princesse à Fernand Castel, où elle
-luy a assigné l'audience à ce jourdhuy. Il faict toutes démonstrations
-de se vouloyr comporter en très bon et fidelle subject du Roy, mais
-tels que je voirray estre ses déportements, je ne fauldray de les vous
-tesmoigner. Et sur ce, etc. Ce XIXe jour de septembre 1574.
-
-
-
-
-CCCCVIe DÉPESCHE
-
---du XXIIIIe jour de septembre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Crainte des Anglais que le roi n'ait formé une ligue avec le pape
- pour détruire le protestantisme.--Leurs efforts pour s'emparer
- du prince d'Écosse.--Arrestation et mise en liberté de ceux qui
- fabriquaient la fausse monnaie.--Nouvelles d'Irlande.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, en attendant d'avoyr bientost la certitude de la bonne et
-desirée nouvelle que le Roy, vostre filz, soit entré en son royaulme,
-laquelle se faict desjà aulcunement confesser par ceulx qui plus
-opinyastroient qu'elle n'adviendroit jamays, j'ay faict sçavoyr à la
-Royne d'Angleterre ce que Vostre Majesté m'en avoit escript, du
-dernier du passé, laquelle a monstré non seulement d'en estre bien
-ayse, mais a faict grand signe d'allégresse de ce qu'il ne pouvoit
-apparoir qu'il y deût plus avoyr de difficulté, ny de retardement, en
-son voyage; et s'est efforcée de donner à cognoistre à ung chascun que
-véritablement elle avoit grand playsir du retour de ce prince; et a eu
-à dire plusieurs choses, de la vertu et du bonheur qui accompaignent
-ses entreprinses, et du contentement qu'elle aura d'estreindre une
-bonne amityé avecques luy, si, d'avanture, il ne veult point mespriser
-la sienne. Et m'ont ceulx de ce conseil envoyé curieusement demander
-si Voz Majestez s'achemineroient bientost vers Reims, ou bien si elles
-prendroient aultre chemin, affin de pouvoir mieulx ordonner du
-partement du millord qui vous doibt aller trouver. Je leur ay respondu
-cella mesmes que j'ay veu, par vostre lettre, que en aviés desjà dict
-à leur ambassadeur; et aulcuns d'eulx m'ont, d'abondant, faict part de
-celle légation ouverte, que les agens des princes d'Allemaigne,
-lesquelz sont encores à la suyte de ceste court, ont faicte à la dicte
-Dame: qui m'ont mandé que c'estoit en la propre forme que je l'ay
-desjà escript par mes précédentes, du XIXe du présent, mais ne m'ont
-rien touché de leur aultre secrette négociation; dont a esté besoing
-que je l'aye recherchée d'ailleurs.
-
-Il est bien vray que touts mes advis se rapportent à ce que ceste
-princesse conviendra sans doubte avec les dictz princes de fère
-remonstrer au Roy, vostre filz, plusieurs choses, touchant le
-soulagement des Protestantz, et d'establir, pour le regard de l'estat
-de la religyon, une paix publicque en la Chrestienté; mais que, pour
-encores, elle ne résouldra rien, ny de guerre, ny de paix, ny de
-ligue, ny de contributions de deniers, là dessus, avec les dicts
-princes, qu'elle ne voye plus avant comme le Roy se déportera vers
-elle. Qui cognois bien, Madame, que quelle démonstration qu'elle face,
-elle ne peut encores prendre assés de confiance de luy, tant pour les
-choses qui ont passé au propos d'entre eulx deux, que pour se
-représanter encores en l'esprit ce qu'elle a d'autrefoys creu, que la
-Royne d'Escoce luy avoit cédé le droict et le tiltre qu'elle prétend
-en ce royaulme, se persuadant la dicte Dame que le mesme conseil,
-duquel il se conduysit lors, ez dicts deux affères, est en plus
-d'authorité qu'il ne fut jamays près de luy. Sur quoy je n'ay obmis
-une seule de toutes les démonstrations, dont j'ay peu user à elle et
-aulx siens, que je ne les leur aye franchement déduictes, pour les
-divertyr de ceste opinyon. Néantmoins ilz ne cessent, sur ce retour de
-Me Quillegreu, sellon qu'on m'en a adverty, de dellibérer chaudement
-comme ilz pourront avoyr le Prince d'Escosse par deçà, bien que la
-dicte Dame tient cella aulcunement suspect pour elle, et n'y entend
-qu'à regret. Mais il y a grand apparance que les persuasions des
-Protestantz, lesquelz veulent fère nourrir ce petit prince à leur
-mode, comme celluy qu'ilz réputent desjà aparant successeur de ce
-royaulme, et qui remonstrent que c'est la principalle seureté de ceste
-princesse, et de son estat, que d'avoyr la mère et le filz en ses
-mains, la facent enfin condescendre à leur intention, mesmement s'ilz
-trouvent que les choses ne soient trop difficiles, du costé d'Escosse.
-Et y en y a aulcuns qui estiment qu'on essayera de tretter cella avec
-la Royne d'Escoce mesme, avec promesse de luy amplyer sa liberté, si
-elle le veult consentir; et que, pour le mieulx conduyre, l'on a
-trouvé moyen de fère persuader, par la duchesse de Suffolc, laquelle
-n'ayme poinct la Royne d'Escoce, au comte et comtesse de Cherosbery,
-en faysant le mariage de leurs enfans, qu'ilz feront bien de remuer la
-Royne d'Escoce au chasteau de Pontfroid, qui est l'une des maysons de
-la Royne d'Angleterre; ce que je ne sçay encores bien au vray si tout
-cella succèdera.
-
-Tant y a qu'ayant desjà faict dire, en passant, au comte de Lestre que
-j'en avois eu le vent, mesmement du faict du petit Prince, et que
-c'estoit chose qui ne se pourroit conduyre sans offancer le Roy,
-lequel estoit le principal alié de la couronne et des Princes
-d'Escosse, il m'a seulement mandé que je réputois sa Mestresse et
-ceulx de son conseil plus sages et plus pourvoyans qu'ilz n'estoient,
-et que, pleût a Dieu, qu'ilz peussent avoyr le dict Prince, sans m'y
-respondre rien davantage. Et me vient on de dire qu'on est après à
-fère une dépesche pour renvoyer le dict Me Quillegreu, de rechef, par
-dellà. Il sera bon, Madame, que, sur l'occasion de ce que Mr de Glasgo
-remonstrera au Roy, en sa première audience, Voz dictes Majestez
-parlent ung peu de bonne sorte à l'ambassadeur d'Angleterre des
-affères d'Escoce, et de l'estat de la Royne et du Prince du dict pays,
-affin d'arrester les instantes poursuites de ceulx cy: vous ayant à
-dire au surplus, Madame, qu'on avoit trouvé moyen de fère constituer
-prisonniers aulcuns de ceulx qui forgent par deçà celle faulce
-monnoye, dont, par mes précédentes, je vous ay faict mencion, mais ilz
-ont esté assez tost eslargis par secret mandement d'aulcuns de ce
-conseil; ce qui me faict avoir davantage suspecte l'inique et
-meschante provision de deniers qu'ilz font, laquelle j'entendz, quand
-à ce qui s'en bat du coing de France, que c'est de celluy du feu Roy,
-dernier décédé, dont je mettray peyne d'en recouvrer quelque pièce si
-je puis, pour vous en envoyer la monstre. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXIVe jour de septembre 1574.
-
- Depuis ce dessus, j'ay eu advis de ceste court de deux choses:
- l'une est que la dépesche qui y est arryvée de Mr le docteur
- Dayl, du Ve du présent, y a suscité beaucoup d'escrupulles de
- la dellibération, qu'il mande que le roy aporte d'Italye
- contre les Protestantz; et l'aultre, que, en Irlande, le comte
- d'Esmond ayant esté attiré à parlementer, il a esté, soubz
- parolle de paix, détenu prisonnyer, et le conduict on
- maintenant soubz bonne garde par deçà. Je mettray peyne de
- vériffier l'une et l'autre nouvelle pour vous en mander plus
- de certitude par mes premières.
-
-
-
-
-CCCCVIIe DÉPESCHE
-
---du XXIXe jour de septembre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Nouvelles d'Écosse.--Disposition des Écossais à maintenir
- l'alliance avec la France.--Assurance donnée à l'ambassadeur
- que Mr de Méru ne sollicite de la reine rien autre chose que
- son intercession en faveur de Mrs de Montmorenci et de
- Cossé.--Nouvelle de l'arrivée du roi à Lyon.--Désignation de
- lord de North pour passer en France.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, celluy que j'avoys, il y a desjà assez longtemps, dépesché en
-Escoce, quand Me Quillegreu y alla, est revenu depuis deux jours,
-lequel m'a rapporté de plusieurs seigneurs, à qui il dict avoyr parlé,
-et leur avoyr bayllé mes lettres, par dellà, leurs responces de
-bouche, parce qu'ilz n'ont ozé m'escripre, ne m'ayant apporté que
-celle seule du comte d'Arguil, et du laer de Quelseit, par escript.
-
-Je m'assure que l'on ne veut souffrir au dict pays, en façon que ce
-soit, qu'on y propose rien contre la ligue de France; et mesmes le
-comte de Morthon monstre de ne le vouloyr essayer, par ce, possible,
-qu'il sent qu'aussy bien il ne le pourroit mener à bout; et qu'encores
-qu'il se laysse entretenir et poursuyvre par grande instance de Me
-Quillegreu, sur la consignation de la personne du jeune Prince à la
-Royne d'Angleterre, qu'il n'y a apparence quelconque, (quand bien
-l'avarice l'aveugleroit de s'en obliger à elle moyennant quelque somme
-d'angelotz, ainsy qu'on dict qu'on luy en promect beaucoup), qu'il le
-puisse néantmoins, sans beaucoup de contradiction, ny sans beaucoup de
-danger, effectuer; et mesmement, si Voz Majestez Très Chrestiennes
-faictes voyr et entendre par dellà que vous ne le voulez, ny mesmes
-n'estes pour souffrir qu'il se face.
-
-Le mesmes messager m'a aussy apporté une lettre du duc de
-Chastelleraut pour la Royne d'Escoce, et ung petit pourtraict du jeune
-Prince, son filz. J'advizeray de le luy fère tenir par la plus seure
-et commode voye qu'il me sera possible; et j'espère que, par cest
-aultre messager, que j'ay dernièrement dépesché au dict pays, lequel
-toutesfoys cestuy n'a pas rencontré, les seigneurs de dellà seront
-davantage confirmés en leur bonne dellibération vers le Roy, vostre
-filz, et vers sa couronne.
-
-La femme du comte de Morthon est morte depuis quinze jours en çà, au
-grand contantement de son mary, qui est après à choysir party; et
-s'espère que, par le moyen de quelque alliance, il se réduyra à plus
-de modération qu'il n'en a monstré jusques icy.
-
-Mr de Méru est retourné, depuis deux jours, de devers ceste princesse,
-avec laquelle il a esté huict jours entiers. Et j'entendz qu'il a esté
-fort humaynement receu d'elle, et que les seigneurs de ceste court luy
-ont faict beaucoup d'honneur et beaucoup de courtoysyes, l'ont traicté
-et l'ont accompaigné à la chasse, et luy ont donné tout le playsir
-qu'ilz ont peu. Et l'ung d'eux m'a mandé que je ne fusse poinct en
-peyne de chose qu'il peût pourchasser vers elle, car m'assuroit que,
-si elle n'eût esté bien certeyne qu'il n'avoit à luy parler qu'avec
-grand honneur et respect de Voz Majestez Très Chrestiennes, et que
-seulement il la vouloit requérir d'intercéder pour Mrs les
-mareschaulx, ses frère et beau père, qu'elle ne l'eût aulcunement
-admis en sa présence. Tant y a que je ne lairay, pour cella, de le
-fère tousjours observer, affin de vous mander, le plus au vray que je
-pourray, quelz seront ses déportementz.
-
-J'ay sceu, à la vérité, que la dépesche de Mr le docteur Dayl, du Ve
-du présent, a engendré assez d'escrupulles en ceste court, mais l'on
-ne m'a encores sceu bien discerner sur quelles particularités ce peut
-estre; tant y a que, depuis, est arryvé ung de ses secrettères, nommé
-Devet, lequel est venu en dilligence, de qui les propos n'adoulcissent
-pas beaucoup ce que son maistre avoit altéré. Et, auparavant le dict
-Devet, estoit passé, icy, ung qui se dict serviteur de madame de
-Ferrare, lequel ne s'est nullement addressé à moy, ains m'a l'on dict
-qu'il a eu grande communicquation avecques Villiers et avec les
-aultres ministres françoys qui sont en ceste ville.
-
-Milord trézorier, estant encores le dict Sr de Méru à la court, s'est
-retiré en une sienne mayson des champs, pour quelques jours, assez
-près de ceste ville, où il a festoyé les agentz des princes
-d'Allemaigne; desquelz j'entendz que celluy du comte Palatin est
-escouçoys, frère de Me Robert Melvin, et les principaulx supostz et
-entreméteurs de la nouvelle religyon s'y sont trouvez, qui m'ont rendu
-davantage curieux de fère observer ce qui s'y feroit. Et l'on m'a
-rapporté que la responce y a esté rendue aulx dictz agentz, et leur
-dépesche bayllée pour s'en retourner; mais je n'ay encores peu sçavoyr
-qu'est ce qu'elle contient, ny si Mr le vydame, qui a bien esté au
-festin, l'a sceue, lequel s'est enfin entièrement résolu de passer
-avec les dictz agentz en Allemaigne. Mais je croy que ce ne sera sans
-me venir dire adieu, et je ne fauldray de l'exorter vifvement qu'il ne
-vueille rien mouvoir par dellà qui puisse estre contre l'intention de
-Voz Très Chrestiennes Majestez, ny contre le desir qu'il a tousjours
-montré avoyr à la tranquillité du royaulme. En cestuy mesmes festin du
-dict grand trézorier m'a esté suscité ung aultre escrupulle, pour la
-comtesse de Lenox qui s'y est trouvée, et pour avoyr icelluy grand
-trézorier et Me Quillegreu, et le dict Melvin, agent du comte Palatin,
-conféré longuement et fort estroictement avec elle; dont, depuis, j'ay
-sceu qu'elle s'apreste d'aller jusques en une sienne mayson qui est
-vers le North, et que, de là, elle passera en Escoce, pour visiter le
-jeune Prince, son petit filz, ce que je juge n'estre à aultres fins
-que pour essayer de l'avoyr entre ses mains, affin de le transporter
-par deçà, et que ceulx cy veulent, en toutes sortes, tenter tous
-moyens à eulx possibles pour surmonter les difficultez qui s'y
-pourroient trouver. A quoy je vous supplye très humblement vouloir
-pourvoyr du costé de dellà; car je crains bien fort que, nonobstant
-ce que m'a rapporté le messager, qui naguères en est venu, je ne
-pourray mettre assez de suffizans obstacles, du costé d'icy, pour les
-empescher. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXIXe jour de septembre 1574.
-
- Ainsy que je signois la présente, milord de North m'a envoyé
- dire, par ung sien gentilhomme, que la Royne, sa Mestresse,
- ayant eu advertissement par son ambassadeur, comme le Roy,
- vostre filz, estoit arryvé à Lyon, elle luy avoit incontinent
- commandé de haster son partement pour l'aller trouver, et
- qu'il dellibéroit de partir, le quatriesme ou cinquiesme
- d'octobre, mais que, devant cella, il me viendroit visiter,
- ainsy qu'il avoit commandement de le fère; et cependant me
- prioit de donner ordre qu'à Bouloigne, et sur les chemins, il
- peût trouver des chevaulx prestz pour fère meilleure
- dilligence. Dont présentement j'en fays ung mot de lettre à Mr
- de Calliac; et je vous suplye très humblement, Madame, de
- commander ce que Vostre Majesté sçayt estre expédient pour le
- fère honnorer et bien recevoyr, tant par les chemins
- qu'arryvant à la court, sellon que ce premier acte, de la
- confirmation d'amityé d'entre le Roy, vostre filz, et la
- Royne, sa Mestresse, semble infinyement le requérir.
-
-
-
-
-CCCCVIIIe DÉPESCHE
-
---du Ve jour d'octobre 1574.--
-
-(_Envoyée jusques à Bouloigne par ung des gens de milord de North._)
-
- Desir d'Élisabeth de conserver l'alliance avec la France.--Départ
- de lord de North.--Négociations des princes
- d'Allemagne.--Pacification de l'Irlande.--Nouvelles d'Écosse.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, je n'ay receu les lettres de Vostre Majesté, du VIIIe de
-septembre, jusques au vingt uniesme jour de leur dathe, à cause que la
-mer a esté si haulte qu'on ne l'a peu passer, sinon envyron la fin du
-moys; et, avec icelles, j'ay receu la coppie de la lettre que la
-Royne d'Angleterre a escripte, de sa main, à Vostre Majesté; en
-laquelle, encor qu'elle uze de beaucoup de digressions, et d'aulcunes
-formes de parler qui n'expliquent qu'à demy ce qu'elle a voulu dire;
-et, en d'autres endroictz, elle s'efforce d'en fère plus comprendre
-qu'elle n'en veut exprimer, si descouvre elle bien avant de
-l'intérieur de son cueur; et monstre de l'avoyr grandement esmeu, et
-que diverses impressions la mettent à ne sçavoyr comme espérer de
-l'amityé du Roy, vostre filz, ny si elle se doibt résoudre de
-renouveller la ligue avecques luy, au cas qu'il le luy demande, ou
-bien si elle doibt retourner à celle de Bourgoigne.
-
-Et en cella, Madame, j'ay à dire à Vostre Majesté que, depuis le
-passage du Roy, vostre filz, en Italye, et la bonne et grande opinyon
-qu'on dict qu'ung chascun a conçue de luy, à voyr seulement sa
-présence, et son maintien, et ses vertueux déportemens, partout où il
-a passé, joinct sa précédente réputation, et la grandeur et bonne
-fortune qui l'accompaignent, il n'est pas à croyre combien les agentz
-du Roy d'Espaigne, icy, se sont imprimés une merveilleuse jalousie de
-luy; lesquelz travaillent, plus qu'ilz ne firent jamays, de séparer
-ceste princesse de son intelligence, et mettent toute la dilligence,
-qu'ilz peuvent, d'entretenir par fréquentes sollicitations et par
-promesses et présantz ceulx qui sont auprès d'elle, et de gaigner
-nomméement ceulx qu'ilz estiment qui ont de l'affection à la France;
-dont n'est sans difficulté qu'on peut maintenant tenir, icy, relevé le
-nom du Roy et de sa couronne. Néantmoins je ne veux désespérer qu'il
-n'y trouve encores de la correspondance, parce que ceste princesse, en
-son cueur, ne le hayt poinct, ains l'ayme, et desire estre aymée de
-luy, comme de celluy qu'elle estime et prise, sur toutz les princes
-qui vivent; et si, n'a pas grande inclination à l'Espaigne, ny ne peut
-encores prendre confiance de ce costé là. Dont se pourra fère, Madame,
-que, par ceste nouvelle ambassade, qu'elle vous envoye maintenant, si,
-d'avanture, Voz Majestez la reçoyvent favorablement, et en font ainsy
-cas, comme elle monstre de l'espérer, que les choses se remettront
-facillement aux mesmes bons termes qu'elles estoient.
-
-D'une chose ne me puis je assés esbahyr, sur quoy elle s'est peu
-fonder d'avoyr présupposé, en sa lettre, que Vostre Majesté eust
-apprins de quelqu'ung de ses conseillers qu'elle se tenoit offancée du
-Roy, car je luy fis voyr par voz propres lettres que c'estoit de la
-depposition du comte de Montgommery que Vostre Majesté l'avoit tiré;
-mais, à dire vray, elle se trouva lors si surprinse, quand je vins à
-luy toucher ce poinct, qu'elle a bien voulu, depuis, prendre le
-prétexte de ceste plaincte pour en esteindre si bien, si elle peut, la
-mémoyre, qu'il n'en soit jamays, en peu ni en prou, aulcune nouvelle,
-ny de vostre costé ny du sien.
-
-La pluspart de ceulx, qui sont ordonnez pour accompaigner ceste
-ambassade, sont desjà partis de ceste ville, et milord de North,
-l'ambassadeur, partira demain. J'ay desjà adverty Mrs de Gourdan et de
-Calliac, et Mr de Crèvecoeur, de son voïage, affin de le fère bien
-recevoyr, et le fère accomoder de chevaulx en Picardye. Et je vous
-supplye très humblement, Madame, de commander qu'il soit bien receu et
-accomodé au reste du chemin, et qu'il luy soit faict honneur et
-faveur, quand il arryvera vers Voz Majestez; car l'on prendra, icy, un
-grand argument de vostre intention, sellon qu'on verra que uzerés vers
-luy. Il a charge, après les complimentz faictz, de parler vifvement à
-Voz Majestez du faict des déprédations, et semble qu'on desire, icy,
-que luy faciés avoyr conférance avec les deux du conseil qui sont
-depputés là dessus.
-
-Les agentz des princes d'Allemaigne viennent de partir, lesquelz, à ce
-que j'entendz, n'emportent rien de contant, mais seulement une
-promesse de deux centz mille escuz, qu'ilz ont demandé, qu'on les leur
-fera fournir de ce royaulme, en espèces, ou par crédit, pour fère les
-levées, au cas que la paix ne succède en France. Et en y a qui
-présument que desjà il est allé en Hembourg une partie de ces escus
-que je vous ay mandé qu'on a nouvellement forgez; dont sera bon d'en
-fère éventer par dellà la faulceté, affin qu'ilz demeurent descriez.
-Mr le vydame faict toutes les dilligences qu'il peut pour s'en aller
-avec les dictz depputés, mais, comme aulcunes nécessitez le convient
-de s'en aller, aussy il y en a d'aultres qui l'empeschent de partir.
-Me Astafort, jeune gentilhomme de ceste court, s'est desjà embarqué
-dans leur vaysseau, et s'en va jusques là où sont les dictz princes,
-pour revenir bientost rapporter de leurs nouvelles.
-
-Le comte d'Esmont n'a pas esté faict prisonnyer, en Irlande, comme
-l'on me l'avoit rapporté, ains ceste princesse a si bien accommodé ses
-affères au dict pays, par voye d'accord, avec présans et promesses, et
-gracieuses condicions, que le dict comte, avec quatre mille hommes,
-s'est remis au service d'elle, et Mac O'Nel est repassé en son païs du
-North d'Escosse, avec quatre mille harquebouziers qu'il avoit admenez.
-Et, à présent, les officiers et agentz de la dicte Dame vont reprenant
-la possession des places, sans qu'on leur y face de résistance: vray
-est qu'on crainct tousjours bien fort l'instabilité de ceste nation.
-
-Ung de mes amys me vient d'advertyr qu'indubitablement la praticque de
-livrer le Prince d'Escoce par deçà a esté bien fort en avant, et
-qu'elle a esté sur le poinct d'estre exécutée, si le comte d'Honteley
-et Me Alexandre Asquin ne l'eussent empeschée; et qu'on présume, en
-ceste court, que cella est venu de mon advertissement, et qu'il fault
-qu'on m'observe de plus près. Il y en a aussy qui pensent que, de tant
-que ceste princesse n'a pas monstré d'en estre trop marrye, qu'elle
-mesmes, soubz mein, les en a faictz advertyr; tant y a que le voïage,
-dont je vous ay cy devant escript, de la comtesse de Lenox, pour aller
-visiter le dict Prince, se poursuit; et je suis après à descouvrir sur
-quelle intention elle y va.
-
-Il y a icy desjà de longtemps un gentilhomme polounoys, de la mayson
-d'Alasco, et y en est arryvé encores d'autres, depuis la venue du Roy,
-qui ne m'ont, ny les ungs ny les aultres, visité; ains ilz sont
-souvant visitez par les ministres françoys et flammans, qui sont icy;
-et si, ont esté quelquefoys en ceste court, et de la court l'on a
-envoyé vers eulx. Il vous plerra me mander si j'auray à fère aulcun
-office en leur endroict. Sur ce, etc.
-
- Ce Ve jour d'octobre 1574.
-
-
-
-
-CCCCIXe DÉPESCHE
-
---du Xe jour d'octobre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Conférence de l'ambassadeur avec lord de North.--Desir
- d'Élisabeth de connaître les intentions du roi.--Sa réponse aux
- envoyés des princes d'Allemagne.--Sollicitations pour Marie
- Stuart.
-
-
- A LA ROYNE, RÉGENTE.
-
-Madame, premier que milord de North soit party, il m'est venu visiter,
-et m'a discouru, en général, de la bonne intention que la Royne, sa
-Mestresse, a vers le Roy, vostre filz, et comme elle desire
-infyniement de se maintenir en bonne paix avecques luy, et garder
-inviolablement avec Vostre Majesté la vraye amityé que vous vous
-estes, longtemps y a, promise l'une à l'autre, et estreindre, s'il est
-possible, plus fort que jamays, celle en quoy il vous a pleu nourrir
-tousjours toutz Noz Seigneurs, voz enfantz, avecques elle; dont, s'il
-peut vous bien explicquer sa commission, tout de mesmes que la dicte
-Dame la luy a donnée là dessus, il ne faict aulcun doubte que n'en
-demeuriez très assurée; et que, de sa part, il s'en va très dellibéré
-de fère, en cest endroict, les meilleurs et plus exprès offices qu'il
-pourra.
-
-De quoy je l'ay bien fort remercyé, et, après luy avoyr faict aulcunes
-remonstrances sur les escrupulles qu'on vous avoit suscités, de ce
-costé, je l'ay exorté de se déporter en façon que, en France et icy,
-l'on ayt à se louer de son élection à ceste charge. Et parce qu'ung
-mien amy m'a adverty que, le propre jour que sa dicte Majesté l'a
-licencié, elle a monstré d'estre aulcunement en peyne de ce que je ne
-luy allois annoncer l'arryvée du Roy à Lyon, ny luy fère entendre
-aulcune chose, de sa part; et qu'il y en y avoit, de ceulx qui
-aspirent à la retirer de l'intelligence de France, qui s'efforçoient
-de luy en fère une maulvayse interprétation; j'ay, soubz prétexte de
-visite, envoyé dire à ses plus expéciaux conseillers que je
-n'attandoys que l'heure qu'il m'arrivast une dépesche du Roy, vostre
-filz, pour aller trouver la dicte Dame; et que Vostre Majesté m'avoit
-escript, du VIIIe du passé, qu'il estoit desjà arryvé à Lyon, mais
-qu'il estoit si empressé, à ce commancement, qu'il n'avoit encores peu
-ouyr le gentilhomme que je luy avoys dépesché, néantmoins que, dans
-deux jours, ou troys, il les ouyroit à loysir, et puis me manderoit,
-par luy mesmes, ce qu'il voudroit que je fisse sçavoyr, de sa part, à
-la dicte Dame; et que cependant je ne fallisse de vous escripre à
-toutz deux du bon portement d'elle et de sa santé, dont les priois de
-m'en vouloir mander.
-
-Sur quoy, après avoyr conféré avec elle, ilz m'ont mandé, par mon
-secrettère, qu'elle avoit eu très agréable ceste mienne dilligence, et
-s'en estoit plus grandement resjouye qu'ils ne le me sçauroient dire,
-et desiroit que j'eusse de quoy lui venir bientost compter des
-nouvelles du Roy, vostre filz, et que je les luy peusse tesmoigner
-aussy bonnes, comme elle les souhaytoit pour elles mesmes. Puis l'ung
-d'eux m'a mandé qu'elle n'avoit, en chose de ce monde, aujourdhuy, le
-cueur si tendu qu'à ouyr jusques aulx moindres particullaritez qui
-venoient de luy; et qu'il me pouvoit assurer que, de beaucoup de
-demandes qu'on luy avoit faictes depuis peu de temps en çà, elle
-s'estoit tenue ferme à n'en vouloir accorder aulcune, au préjudice de
-luy, que premièrement elle ne voye comme il se voudra déporter vers
-elle.
-
-Néantmoins, Madame, je mettray, icy, ceste digression qu'on m'a
-adverty d'ailleurs qu'indubitablement les agentz des princes
-d'Allemaigne s'en sont retournés bien contantz des bonnes parolles et
-promesses qu'elle leur a données; et les dictz conseillers ont
-davantage dict à mon dict secrettayre qu'ilz avoient entendu que le
-Roy, vostre filz, desiroit bien fort la paix; néantmoins que les
-grosses forces, qu'il faysoit marcher, leur faysoient souspeçonner la
-guerre, et qu'on leur avoit dict qu'il se rendoit beaucoup plus assidu
-en ses affères que n'avoient faict ses prédécesseurs; et néantmoins se
-monstroit plus grave, et de difficile accès, que nul d'eux, et que
-leur Mestresse et eulx estoient à regarder, avec le reste de la
-Chrestienté, comme il formeroit ses affères, à ce commancement, affin
-de fère une conséquence comme ilz auroient à procéder tout le reste de
-son règne.
-
-J'ay, à deux jours de là, renvoyé, encores une aultre foys, devers
-eulx, pour impétrer aulcunes honnestes et bien raysonnables demandes,
-que j'avoys à fère à leur dicte Mestresse et à eulx, pour la Royne
-d'Escosse, vostre belle fille, et pour leur fère voyr ung cahier de
-plainctes que Mr de La Melleraye m'a envoyé. Et sur ce, etc.
-
- Ce Xe jour d'octobre 1574.
-
-
-
-
-CCCCXe DÉPESCHE
-
---du XVe jour d'octobre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Certitude de l'arrivée du roi en France.--Nouvelle répandue en
- Angleterre que le roi, à son passage en Italie, a formé une
- ligue avec le pape.--Assurance donnée à l'ambassadeur
- qu'Élisabeth, pour la combattre, est entrée en ligue avec les
- princes protestans d'Allemagne.--Efforts des Anglais pour
- renouer l'alliance avec le roi d'Espagne.--Nouvelles d'Écosse.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, par ung des gens de l'ambassadeur d'Angleterre, lequel est
-arryvé icy, le Xe de ce moys, qui est le second courrier qu'il a
-dépesché à la Royne, sa Mestresse, depuis vostre retour, il l'a
-advertye comme Vostre Majesté, s'estant expédiée de ses plus pressans
-affères à Lyon, elle s'acheminoit maintenant à Reyms, pour y fère
-bientost son sacre et couronnement. De quoy la dicte Dame a estimé
-qu'elle avoit très bien faict d'avoyr desjà dépesché milord de North
-pour vous aller saluer de par elle, et estre l'une des premières qui
-honnoreront et se conjouyront de vostre heureux advènement à la
-couronne. Et par mesme moyen luy a escript que les depputés de ceulx,
-qui se sont eslevez en Languedoc et Daulfiné, n'ayantz peu obtenir, ny
-par leur requeste ny par l'intercession des agentz des princes
-d'Allemaigne, aulcun exercice de leur religyon, ilz s'estoient
-retirez, et les dictz agentz départis avec plus d'opinyon, les ungs et
-les aultres, de la guerre que d'espérance de la paix; et que Vostre
-Majesté avoit donné charge de parachever ceste guerre à Mr de Savoye,
-comme pour le déclarer desjà, et l'introduyre par là, à estre
-cappitaine général de la ligue qu'on présumoit estre entièrement
-conclue entre le Pape et Vostre Majesté et le Roy d'Espaigne, avec les
-aultres princes catholicques, contre les Protestantz et contre leur
-religyon.
-
-Sur lequel advertissement, Sire, la dicte Dame et ceulx d'auprès
-d'elle se sont de nouveau restreinctz en conseil avec les principaulx
-personnages de ce royaulme, et ont contremandé les agentz, qui
-estoient desjà partis, des dictz princes protestantz pour, de rechef,
-entrer en conférence avec eulx; mais je ne sçay encores s'ilz ont rien
-changé de leurs précédentes dellibérations. Tant y a qu'ung de ce
-conseil m'a mandé qu'ilz s'ébahyssoient toutz comme, à l'apétit de
-troys centz mille escuz qu'on vous avoit offert de prest en Italye,
-vous vous estiez layssé persuader à la continuation de ceste guerre,
-laquelle vous ruyneroit de plus de vingt millions, et vous mettroit,
-possible, en danger de ne pouvoir jamays heureusement jouyr
-l'amplytude de vostre beau royaulme. A quoy je luy ay respondu que je
-n'avoys rien entendu des dictz troys centz mille escus, et n'en
-croyois rien, parce que vous n'estiés prince pour vous mouvoir de
-cella; et qu'indubitablement vous vouliés la paix, et entendiés de la
-donner, avec honnestes et raysonnables condicions, à voz subjectz,
-mais que nul, soubz le ciel, sçavoit mieulx que vous et la Royne,
-vostre mère, comme vous la leur debviez octroyer, et de quelle façon
-elle pouvoit estre utille à vostre royaulme; qui vouliez, comment que
-ce fût, comme chose très juste et très légytime, demeurer Roy et
-Mestre, et surmonter toutes les désobéyssances et violentes
-contradictions qu'on atempteroit contre vostre authorité, et ne
-souffrir uzurper aulcune loy par voz subjectz, sinon celle qu'ilz
-prendroient de vous, qui rechercheriés tousjours, aultant que vous
-pourriez, leur solagement et le repoz de leurs consciences; et qu'ilz
-ne debvoient vous presser de chose qui ne vous semblât loysible, et
-qui ne vous fût à playsir de la leur concéder.
-
-Et, depuis cella, l'on m'a voulu fère croyre que la dicte Dame avoit
-passé oultre à se joindre formellement à la ligue, et à s'obliger aulx
-chapitres d'icelle, pour la contribution et secours, avec les dictz
-princes protestantz, et avec les dictz eslevez, de France et de
-Flandres; mais je ne puis ny veulx croyre que, jusques à ce qu'elle
-ayt entendu comme Vostre Majesté aura receu sa dernière ambassade, et
-comme il vous plerra uzer vers elle, qu'elle s'oblige à nulle nouvelle
-ligue, ny qu'elle conclue rien qui puisse directement tourner à vostre
-préjudice: car j'ay parolle et promesse fort expresse d'elle, et qui
-m'a semblé partir de son cueur, qu'elle ne le fera nullement. Vray est
-que je me crains assez qu'on l'ayt persuadée de fermer les yeulx sur
-les secretz moyenz que les susdictz agentz et les ministres, et
-aultres plus aspres suppostz de la nouvelle religyon, s'efforcent
-d'inventer, toutz les jours, pour cuyder maintenir et fortiffier
-davantage leur cause, ainsy comme, de ceste nouvelle forge d'escuz,
-dont j'ay cy devant escript, laquelle ilz poursuivent tousjours; et
-les espèces en sont si belles, sellon qu'ung homme de bien, qui en a
-veu, me l'a rapporté, et si parfaictement bien faictes au molinet,
-qu'il ne s'y peut cognoistre, ny au son, ny au poix, ny à la touche,
-rien de différent d'avecques les bons; et qu'il en est desjà allé, ce
-m'a il assuré, ung bon nombre en Hembourg, de toutes les dictes
-espèces, et nomméement cinquante mille, du coing de Vostre Majesté;
-dont je fay extrême dilligence d'en recouvrer ung des dictz escuz
-pour le vous fère voyr, et pour, avec telle monstre, me pleindre
-infinyement à ceste princesse de la tollérance d'une si grande
-faulceté.
-
-Cependant elle travaille, aultant qu'elle peut, de se remettre en bons
-termes avec le Roy d'Espaigne, et d'establir ung bien assuré commerce
-entre leurs subjectz, ayant, dimanche dernier, licencyé ung des
-commissayres des Pays Bas; qui s'en est retourné fort satisfaict de
-l'accomplissement de leur commission, et du payement, que les Angloix
-ont desjà bien advancé de fournir, de la somme de soixante quinze
-mille escuz, pour la récompense des prinses faictes sur les subjectz
-du Roy d'Espaigne. Et l'autre commissayre plus principal demeure
-encores icy, comme agent, pour le dict Roy, son Mestre. Et m'a l'on
-adverty que la dicte Dame faict apprester son premier mestre des
-requestes pour l'envoyer bientost devers le grand commandeur, en
-Flandres.
-
-D'ailleurs, Sire, la comtesse de Lenox part, dans cinq ou six jours,
-de ceste court, pour aller en sa mayson vers le North, avec celle
-mesme dellibération, que j'ay cy devant escript, que, si les choses
-d'Escosse apparoissent bien disposées pour son voyage, elle yra
-jusques à Esterlin visiter le Prince d'Escosse, son petit fils; qui
-est chose que j'ay fort suspecte, et laquelle je ne puis interpréter
-que soit à aultres fins que pour pouvoir transporter ce jeune Prince
-en ce royaulme. Mais, de ces choses là et de toutes celles qui se
-praticqueront par deçà contre vostre service, tant du costé de France
-que d'Escosse, et aussy de Flandres, je ne fauldray de vous en donner,
-à toute heure, le plus d'esclarcissement, et d'y mettre de moy mesmes
-le plus d'empeschement, qu'il me sera possible, attandant qu'il vous
-playse m'envoyer mon successeur; comme j'espère que, sur la très
-humble et très raysonnable requeste que je vous en ay faicte, et sur
-l'occasion d'envoyer visiter ceste princesse, à vostre nouvel
-advènement, il vous aura pleu, avant partir de Lyon, en nommer
-quelqu'ung, et luy commander de se tenir prest pour passer, icy,
-aussytost que milord de North aura accomply sa légation par dellà; et
-qu'il vous aura aussy pleu, Sire, (et la Royne, vostre mère, vous
-l'aura recordé), de vous souvenir de moy en la distribution de voz
-bienfaictz, affin qu'en contemplation des bons et fidelles services,
-où j'ay actuellement continué, durant les troys règnes passez, et
-soubz celluy heureux, où nous sommes à présent, cella me soit ung
-commancement de récompense à la perte et pouvreté qu'ung chascun sçayt
-et void que j'ay souffertz pour les fère. Et sur ce, etc.
-
- Ce XVe jour d'octobre 1574.
-
-
-
-
-CCCCXIe DÉPESCHE
-
---du XXe jour d'octobre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._)
-
- Instructions données à lord de North.--Négociations avec
- l'Espagne.--Sollicitations des protestans de France auprès des
- Anglais.--Efforts faits pour entraîner Élisabeth dans la ligue
- avec l'Espagne, et l'exciter à faire mourir Marie
- Stuart.--Démarches auprès du prince de Condé.--Disposition où
- paraît être ce prince de demander à rentrer en
- grâce.--Nouvelles d'Écosse.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, parce que milord de North, estant à Douvre, a trouvé que la mer
-estoit bien haulte, il n'a ozé incontinent s'y commettre, ains a
-temporisé jusques au XIIIIe du présent qu'il s'est embarqué, et toutes
-ses gens, dans ung des navyres de la Royne, sa Mestresse, pour passer,
-le mesmes jour, à Bouloigne. Et j'estime que, de présent, il est à
-Paris, et que bientost il sera devers Vostre Majesté, là où il a
-charge, ainsy qu'on m'a adverty, de bon lieu, d'avoyr principallement
-le cueur à quatre choses: l'une est de nother fort curieusement, et
-par toutes les circonstances et conjectures qu'il pourra, si, en
-vostre desir, Sire, y a quelque inclination de retenir, à bon escient,
-ceste princesse et son royaulme en vostre amityé; la segonde est
-d'approfondir si avez nulle secrette intelligence avec le Roy
-d'Espaigne contre elle; la troysiesme, s'il vous reste beaucoup
-d'affection à la restitution de la Royne d'Escosse; et la quatriesme,
-qui sont ceulx à qui donnés plus de crédict et d'authorité près de
-vous: car, sellon qu'il rapportera le certain ou le vraysemblable de
-ces choses à la dicte Dame, elle a proposé de se ranger à une ou
-aultre disposition vers Vostre Majesté.
-
-Et cepandant elle faict passer, sur le commancement de la prochaine
-sepmayne, son premier maistre des requestes, Me Wilson, en Flandres,
-pour y renouveller, le plus qu'il pourra, l'ancienne amityé d'entre le
-Roy d'Espaigne et elle, et arrester avec le grand commandeur une
-assemblée à Bruges d'aulcuns grands et notables personnages, de dellà
-et d'icy, à ce prochain mars, pour vuyder le différent des entrecours.
-Et m'a l'on dict qu'il y va avec commission, laquelle a esté
-secrettement recherché par les agentz d'Espaigne, d'ayder, en ce qu'il
-pourra, au nom de sa Mestresse, à la paciffication du pays, comme
-aussy le dict milord de North vous doibt exorter à celle de vostre
-royaulme.
-
-Et, à ce propos, Sire, l'ung de ceulx que j'ay mis après pour
-descouvrir, parmy les ministres et les suppostz de la nouvelle
-religyon, qu'est ce qu'ilz espèrent de secours, d'icy, en leurs
-affères, m'a rapporté qu'ilz ne s'assurent encores de rien, parce
-qu'on les a remis de leur donner résolution, après le retour de ces
-deux ambassadeurs; dont craignent bien fort, si le dict de North est
-receu avecques faveur de Vostre Majesté, et que le renvoyés contant,
-et mandiés, par luy, quelque assurance de vostre amityé à la dicte
-Dame, que difficilement impètreront ilz rien de mieulx d'elle, pour
-leurs dicts affères en France que par le passé, ny, possible, tant
-qu'ilz ont faict jusques icy; sinon, par advanture, qu'à la persuasion
-des évesques, d'icy, ilz pourront abstreindre, par escrupulle de
-conscience, la dicte Dame à fère, soubz main, ou dissimuler aulcunes
-secrettes et légières assistances de ce royaulme, en faveur de sa
-religyon, par dellà, pour ne l'y laysser opprimer, ou n'estre veue de
-l'avoyr du tout habandonnée; et n'espèrent qu'elle face guyères mieulx
-pour la Ollande. Vray est qu'ilz sont après à dresser de bien vifves
-remonstrances pour l'induyre, comment que ce soit, à la ligue avec les
-princes d'Allemaigne et avec les eslevez, et de se debvoir joindre
-ouvertement à eulx, si Vostre Majesté délaysse la voye de paix pour
-venir à bout de cest affère par les armes, et ont des argumentz
-préparez pour luy imprimer de très grandes deffiances de Vostre
-Majesté, trop plus que du Roy d'Espaigne, comme redoubtans vostre
-fortune et voz effectz plus que les siens, parce que, en personne,
-vous vous trouvez aulx affères, et il s'en tient loing; avec ce,
-qu'ilz l'estiment assez engagé à la guerre du Turc; et si, prétendent
-de ressuciter les mesmes machinations qu'ilz avoient cy devant contre
-la Royne d'Escoce, pour la fère mourir, alléguans que c'est le seul
-moyen d'esteindre la querelle que pourriés dresser par deçà pour
-l'amour d'elle, et pour mettre fin à toutes les maulvaises querelles
-qui se pourroient eslever en ce royaulme à son occasion; et que mesmes
-ilz aspirent de fère entrer le petit Prince d'Escosse avec le comte de
-Morthon dans la dicte ligue, jusques avoyr escript naguyères au Prince
-de Condé de les envoyer visiter toutz deux, de sa part: duquel prince
-toutesfoys ilz monstrent de n'espérer plus tant qu'ilz faysoient au
-commancement, par ce, possible, que les princes d'Allemaigne n'ont
-trouvé ung tel subject en luy comme ilz le s'estoient promis, qui
-l'avoient jugé tout semblable ou peu dissemblable de feu Monseigneur
-le Prince, son père, et peut estre qu'ilz y voyent ung peu de
-manquement pour la surdité, et qu'il a de l'inclination à retourner
-vers Vostre Majesté; et creignent assez, ce dict le mesmes advis, que
-luy et le Sr de Laval s'y layssent persuader, dont ne seroit, par
-advanture, mal à propos que Vostre Majesté les fît fort instamment
-praticquer toutz deux.
-
-Les choses d'Escosse demeurent tousjours en ce suspens que j'ay cy
-devant escript, soubz la violente et avare domination du comte de
-Morthon; et m'a lon dict que, depuis quinze jours, il a faict
-constituer prisonnyers deux honnestes personnages que Mr de Glasgo et
-Mr de Roz avoient envoyez par delà, et qu'il les a faictz conduyre en
-sa mayson de Datquier. Je ne sçay si ce qu'il tirera de leur
-déposition l'aygrira davantage, ou si les seigneurs du pays s'en
-voudront esmouvoir. Sur ce, etc.
-
- Ce XXe jour d'octobre 1574.
-
-
-
-
-CCCCXIIe DÉPESCHE
-
---du XXIIIIe jour d'octobre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Nycolas._)
-
- Défiances inspirées à Élisabeth à l'égard des projets du roi
- contre les protestans et contre l'Angleterre.--Conférence de
- l'ambassadeur avec l'envoyé du roi d'Espagne.--Projet du prince
- de Condé de se jeter dans le Languedoc.--_Avis à la
- reine-mère_. Conférence de l'ambassadeur avec Mr de Méru.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, affin que la Royne d'Angleterre ne pensât que l'occasion de
-n'avoyr heu de voz nouvelles, depuis vostre arryvée à Lyon, provînt
-d'ailleurs que de voz grandes occupations, j'ay envoyé fère aulcuns
-honnestes complimentz vers elle, et pour l'assurer que bientost il me
-viendroit quelque dépesche de Vostre Majesté pour luy en fère sçavoyr
-de bien bonnes, et pour luy donner toute honneste satisfaction de
-vostre part; ce qu'elle a eu très agréable: et l'ung de ses expéciaulx
-conseillers m'a mandé que cest office estoit venu bien à propos pour
-luy oster une fâcheuse impression, qu'on luy donnoit, de Vostre
-Majesté, et ne m'en a pas déclaré davantage. Mais j'estime que c'est
-ce que ung aultre m'a descouvert que, ayant naguyères esté tenue une
-assemblée de conseil, en ceste ville, par ceulx de la nouvelle
-religyon, pour pourvoyr à leurs affères, ilz ont, incontinent après,
-faict semer, en ceste court, que par des lettres qui leur estoient
-venues de dellà la mer, l'on les avoit seurement advertys que les
-dellibérations du concille de Trante, contre ceulx de leur dicte
-religyon, avoient esté renouvellées et confirmées ez mains de Vostre
-Majesté passant par Italye; et que vous vous estiés obligé, Sire, à
-Nostre Saint Père, et aulx princes et estatz catholicques, par
-sèrement solennel, qu'aussytost qu'auriés, avec leur secours, pourveu
-aulx troubles de vostre royaulme, et recouvert l'obéyssance de voz
-subjectz, que vous entreprendriés la guerre contre ceulx de voz
-voysins qui refuzeroient d'obéyr à l'église romayne; et oultre cella,
-vous aviez faict résouldre, en vostre conseil privé, depuis vostre
-arryvée à Lyon, que l'Inquisition seroit reçue en France, mais qu'ilz
-s'assuroient bien que les courtz de parlement et le peuple, et les
-meilleurs de vostre royaulme, sinon, par advanture, quelques
-éclésiastiques, s'y oposeroient, et qu'indubitablement il sourdiroit
-de là une très grande et généralle révolte, par laquelle la pluspart
-des Catholicques prendroient lors les armes, sans estre attainctz de
-rébellion, et les Huguenotz continueroient de les exécuter sans estre
-arguez de maulvayse conscience. Et se sont efforcez de fère bien
-mordre dans ce dernier poinct la dicte Dame, et ceulx de son conseil,
-qui, à ce que j'entendz, y ont prins goust, comme au meilleur remède
-de la peur où les aultres deux les mettent, craignantz infinyement que
-le premier esclat ne tombe sur eulx. Et ont adjouxté que, d'ung bon
-endroict, ilz estoient aussy advertys que Vostre Majesté me donroit
-bientost charge de ouvrir, en termes honnestes et bien gracieulx, un
-propos à la dicte Dame pour mettre en liberté la Royne d'Escoce; et
-que si, dans une ou deux foys, elle ne vous y faysoit quelque responce
-de satisfaction, que vous me feriés, puis après, parler plus rudement
-à elle, et la sommer ouvertement de sa dellivrance ou que Vostre
-Majesté se mettroit en debvoir d'y pourvoyr.
-
-Lesquelles choses j'ay bien mis ordre, Sire, aussytost que j'en ay
-esté adverty, qu'elle ne les ayt receues pour vrayes; néantmoins ilz
-luy ont mis de poignantz escrupulles dans le cueur, et luy ont fondé,
-sur cestuy dernier, leurs principalles remonstrances: qu'elle se
-debvoit dépescher de sa cousine. Néantmoins j'espère qu'elle ne se
-layrra encores conduyre à nulle dellibération qui vous puisse estre
-préjudiciable, ny qui puisse interrompre, de sa part, l'amityé, que
-premièrement elle ne voye comme il luy succèdera de la vostre.
-
-Le Sr de Sueneguen lequel est demeuré, icy, agent pour le Roy
-d'Espaigne, m'est venu visiter, et m'a bien voulu fère sentir qu'il
-avoit beaucoup de contantement de ceste court, et de la disposition,
-qu'il y voyoit maintenant bien bonne vers le Roy, son Maistre, et
-qu'il pensoit avoyr beaucoup faict, pour son service et pour la
-conservation de ses Pays Bas, de luy avoyr reconfirmé l'amityé de
-ceste princesse. Et néantmoins il semble que le dict Sr de Sueneguen
-ne rejette de communicquer avec les flammantz, qui sont refouys par
-deçà, ny laysse, pour la faveur et support qu'on leur y faict, de
-procurer tousjours que les affères de son Maistre y soient
-pareillement favorisés et supportés. Et estime que c'est beaucoup, en
-ce temps, de garder que l'on ne s'y déclare ouvertement contre luy.
-
-Mr le vidame de Chartres est encores icy, tout prest pour partir au
-premier bon vent. L'on me vient de dire qu'il court une nouvelle,
-parmy ceulx de la nouvelle religyon, que Mr le Prince de Condé est
-approché vers Genève, et qu'il a intention, n'ayant peu tirer des
-forces, ainsy qu'il prétendoit, d'Allemaigne, de pénétrer, s'il peut,
-avec ce qu'il a des siens, jusques en Languedoc, pour employer là sa
-personne, et azarder sa vye à la deffense de sa religyon. Sur ce, etc.
-
- Ce XXIVe jour d'octobre 1574.
-
- ADVIS, A PART, A LA ROYNE.
-
- Madame, aussytost que Mr de Méru a esté de retour en ceste
- ville, j'ai trouvé moyen de parler à luy, en lieu escarté, aux
- champs, parce qu'il n'a ozé venir en mon logis, et, non
- seulement je luy ay dict, mais je luy ay baillé à lyre ce que
- me commandiez luy fère entendre par la vostre, du XXVIIIe du
- passé; et y ay adjouxté toutes les meilleures raysons et
- persuasions que j'ay peu, pour l'induyre à se bien disposer
- vers ce que luy commandiez, lequel a monstré qu'il sentoit une
- grande consolation de la bonne opinyon qu'il vous playsoit
- avoyr de luy.
-
- Et m'a respondu qu'il supplioit Vostre Majesté se souvenir
- qu'il ne s'estoit absenté pour faulte qu'il eût commise, et
- qu'il prenoit Dieu pour juge de son cueur, et le Roy, et
- Vostre Majesté pour arbitres de ses euvres, s'il avoit jamays
- faict, ny dict, ny pensé chose qui vous deût offancer;
-
- Et qu'il n'avoit jamays eu praticque ny intelligence avec pas
- ung qui portât les armes contre le Roy, ains leur avoit esté
- très adversayre, fussent ilz ses proches parantz, ou non, et
- avoit esté très esloigné, comme il estoit encores, et seroit
- toute sa vye, de leur religyon, n'y n'avoit esté meslé en
- toutes les menées que vous aviez eues suspectes à la court;
- mais que, en une si grande deffaveur et ruyne, qui estoit
- inopinèment, et, comme il espéroit que se trouveroit, sans
- juste cause, suscités contre toutz ceulx de sa mayson, et
- contre son beau père, qu'il avoit bien voulu éviter ce grand
- orage, le mieulx qu'il avoit peu, attandant que le temps et la
- clémence de Voz Majestez leur fît à toutz reluyre quelque plus
- beau jour;
-
- Et que, considéré ce dessus, et qu'il n'avoit aulcune privée
- cognoissance avec les eslevez, ny avec pas ung de ceulx qui
- ont l'authorité parmi eulx, et qu'il sçavoit qu'ilz s'estoient
- pleinctz que, quand Mr de Montmorency avoit esté cy devant
- employé à leur fère poser les armes, ilz avoient esté lors les
- plus maltraictez, qu'indubitablement, s'il leur escripvoit à
- ceste heure, ilz se mocqueroient de luy, et de ses lettres, et
- qu'il ne pensoit poinct qu'il vous peût estre utille en cest
- endroict;
-
- Néantmoins que Vostre Majesté advisât en quoy et comment il
- pourroit estre si heureulx que d'employer sa personne et sa
- vye, et toutz ses moyenz pour le service de Voz Majestez, et
- qu'il n'avoit aultre affection, ny dévotion, que de vous
- rendre toute la plus parfaicte et très humble obéyssance qu'il
- luy seroit possible, me priant de le vous fère ainsy entendre,
- et de vous tesmoigner qu'il protestoit à Dieu, et le prenoit
- en comdempnation de son âme, que toutz ses déportementz, icy,
- ne tendoient qu'à honnorer et révérer Voz Majestez, et de
- publier vostre louange, et la réputation de voz affères, le
- plus qu'il luy estoit possible, et n'y mouvoir rien, qui peût
- estre contre vostre service.
-
- Et a monstré que, si je luy pouvois fornir d'ung passeport du
- Roy, ou qu'il vous pleût luy escripre quelque mot de lettre,
- qu'il vous dépescheroit incontinent ung des siens pour aller
- mieux comprendre vostre intention: qui est tout ce que j'ay
- peu tirer, pour ceste foys, de luy.
-
- Et, sur les aultres remonstrances que je luy ay faictes,
- touchant les ministres qui le visitent souvant, il s'est
- efforcé de m'y satisfère, mais je verray comme il s'y
- conduyra.
-
-
-
-
-CCCCXIIIe DÉPESCHE
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---du XXIXe jour d'octobre 1574.--
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-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
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- Audience.--Mécontentement d'Élisabeth à raison du silence que
- garde le roi à son égard.--Présentation des lettres du roi par
- l'ambassadeur.--Satisfaction montrée par la reine.--Son desir
- de continuer l'alliance avec la France.--Conseils qu'elle donne
- au roi.--Difficulté qu'elle fait d'admettre les messages
- adressés à Marie Stuart et en Écosse.
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- AU ROY.
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-Sire, j'ay esté, le XXVIe de ce moys, à Hamptoncourt, où, d'arrivée,
-la Royne d'Angleterre m'a bien donné à cognoistre, assez ouvertement,
-et avec ung peu d'apparat non accoustumé de magnificence et de
-grandeur, devant la pluspart des siens, en sa salle de présence,
-qu'elle ne pouvoit interpréter à nul signe de vostre bonne volonté
-vers elle que, depuis vostre retour, elle n'avoit eu une seule
-nouvelle, ny une lettre, ny mesmes une recommandation, de Vostre
-Majesté, comme si teniez en fort petit compte son amityé. Mais, après
-que je l'ay eue fort cordiallement saluée de vostre part, et que je
-luy ay heu présenté vostre lettre, et desduict l'occasion de ce
-retardement, sur voz très grandes occupations, avec d'aultres choses,
-que j'ay estimé bien à propos de luy dire, de vostre bonne disposition
-vers elle; elle a, tout aussytost, sans bouger du lieu, et devant le
-mesmes concours des siens, changé de façon; et, d'ung visage fort
-riant, et d'une contenance bien fort joyeuse, m'a exprimé l'ayse,
-qu'elle sentoit en son cueur, de vous voyr entrer en ce bon chemin
-d'amityé et de bonne intelligence avec elle.
-
-Et, encor qu'elle se soit eslargye à me déclarer là dessus, sellon
-que, de propos en propos, je l'y ay attirée, comme l'on l'avoit volue
-intimider de beaucoup d'entreprinses qu'on luy avoit dict que vous
-aviez contre elle, tant par les promesses, à quoy l'on vous y avoit
-obligé, passant par l'Italye, à cause de sa religyon, que par la
-perpétuelle instigation qu'on vous y donnoit maintenant en France, à
-cause de la Royne d'Escosse; ainsy qu'aulcuns se vantoient, sellon
-qu'on le luy avoit rapporté, qu'ilz vengeroient, à ce coup, le tort
-qu'elle luy avoit faict de la détenir par deçà; elle néantmoins m'a
-déclaré qu'elle s'arresteroit à ce que vous luy diriez et luy
-promettriez, et ne recevroit impression aulcune qui peût estre
-contrayre à cella, sinon qu'elle vît bien que la vérité de voz paroles
-fût convaincue par l'effaict de voz oeuvres; ce qu'elle ne vouloit
-présumer, pour rien du monde, pouvoir jamays procéder d'ung prince si
-excellemment qualifyé en toute preuve de vertu comme vous; et qu'il
-n'y avoit pas deux heures, sçachant que je debvois venir, qu'elle
-avoit reveu le dernier traicté de ligue d'entre le feu Roy, vostre
-frère, et elle, et que, par l'ordre d'icelluy, vous debviez parler le
-premier; dont en la forme que vous commanceriez, elle vous
-respondroit, et, si vous monstriez d'avoyr en estime l'intelligence
-d'elle et de son royaulme, elle se mettroit en debvoir d'honnorer
-beaucoup la vostre, et celle de vostre couronne; et prioit Dieu qu'il
-vous mît au cueur de vous fère aultant aymer comme il vous avoit donné
-de quoy fère beaucoup priser et estimer vostre amityé, me voulant bien
-dire, touchant la bonne lettre que luy aviez escripte, qu'elle la
-tiendroit bien fort précieuse comme estant la première marque de
-vostre bonne démonstration vers elle, et qu'elle dellibéroit de se
-mettre en pareille bonne disposition vers vous, et y persévérer aussy
-constamment qu'elle avoit faict vers le feu Roy, vostre frère, pourveu
-que, comme luy, vous ne vous en départissiez; adjouxtant tout bas, et
-me l'est venu dire, quasy en l'oreille, qu'il la failloit prendre
-présentement, car, si l'occasion se passoit, elle seroit, comme la
-mesmes occasion, qui ne se laysseroit jamays prendre puis après, et
-que je creusse qu'elle estoit très instamment et sans intermission
-recherchée, avec de grandz advantages, d'ailleurs; dont verroit comme,
-de l'ung costé et de l'autre, les choses procèderoient pour elle et
-son estat, car c'estoit la règle par où elle se vouloit gouverner; et
-remercyoit Dieu qu'elle se trouvoit pourveue, pour tout évènement de
-paix ou de guerre qui pourroit arriver.
-
-Et m'a encores là dessus, et sur aulcunes aultres particullaritez,
-qu'elle dict avoyr entendues de vostre court, faict ung plus ample
-discours, auquel il seroit trop long de mettre, icy, ce que je luy ay
-respondu; dont suffira que je vous dye, Sire, qu'elle a monstré de
-demeurer de ma réplicque beaucoup satisfaicte, et pleyne de toute
-bonne espérance. Et m'a confirmé, avec grande expression, que, si vous
-luy faictes bientost voyr quelque effect bien fondé de vostre amityé
-vers elle, que vous pourrez fère entier et perpétuel estat de la
-sienne vers vous.
-
-Puis, sur ce que je luy ay touché de celle bonne intention que vous
-avez vers ceulx de voz subjectz qui s'estoient eslevez, et, s'ilz se
-monstroient tels comme ilz debvoient envers vous, que vous dellibériez
-d'estre entièrement tel vers eulx comme ilz le sçauroient desirer,
-elle m'a respondu que vous aviez peu cognoistre par son ambassadeur,
-et le cognoistriés davantage par milord de North, qu'elle ne desiroit
-nullement ny le mal ny le trouble de vostre royaulme, et qu'elle
-prioit Dieu que vous peussiez bien prendre le conseil de ceulx qui
-droictement desiroient le bien de vostre grandeur, et l'establissement
-de voz affères; en quoy, encor que ce fût ung poinct bien fort
-enveloppé d'aultres apparances persuasives, qui avoient tant de
-vraysemblable qu'à peyne permettoient elles qu'on les peût discerner
-du vray mesmes, si espéroit elle que l'expérience, que vous aviez du
-passé, conjoincte avec vostre vertu et prudence, vous y feroient voyr
-plus cler que n'avoit jamays faict le feu Roy, vostre frère; duquel le
-règne, par faulte de cella, n'avoit esté, pour luy et pour vous, et
-pour la Royne vostre mère, et pour toutz ceulx de vostre couronne, et
-encores pour les plus vaillantz et les meilleurs de vostre royaulme,
-qu'ung perpétuel tourment, ny qu'une mort et une incomparable ruyne de
-tout vostre estat; m'enchargeant bien fort de vous supplier très
-affectueusement, de sa part, que vous y voulussiez approcher l'oeil
-de bien près: ce que non seulement je luy ay promis que je ferois,
-ains luy ay bien fort gratiffyé, en vostre nom, son bon conseil et sa
-bonne volonté.
-
-Mais, quand je suis venu à la prier, de vostre part, qu'elle voulût
-octroyer passeport à ung des miens, pour porter à la Royne d'Escosse,
-et puis, au Prince d'Escosse, son filz, et au comte de Morthon, des
-lettres que Vostre Majesté leur escripvoit, elle s'est incontinent
-esmeue: et m'a dict que vous la debviez tenir à elle, pour beaucoup de
-respectz qui ne vous estoient pas incognus, en trop meilleur compte
-que la Royne d'Escosse, laquelle, quand bien se trouveroit régner en
-ceste isle, ne vous y seroit jamays si bonne amye, ny n'auroit en tant
-d'affection la conservation de vostre grandeur, comme elle avoit; qui
-sentiriés mieulx cella, quand il playroit à Dieu y ordonner de la
-mutation, et qu'elle s'assuroit que, lors, vous regretteriez amèrement
-la Royne Elizabeth.
-
-Et m'a récapitulé aulcunes de ces mesmes choses qu'elle m'avoit dict
-qu'on l'avoit menacé, de cest endroict; mais je luy ay réplicqué que
-Vostre Majesté n'avait peu fère de moins, sur les instances de
-l'ambassadeur d'Escoce, et sur les remonstrances, qu'il vous avoit
-faictes, des très anciennes et très estroictes obligations d'entre les
-princes et les couronnes de France et d'Escosse, que d'uzer de cest
-honneste compliment de lettres vers ceste pouvre princesse, qui estoit
-vostre belle seur, vostre parante et vostre principalle allyée, de
-laquelle vous ne debviez, ny vouliés aulcunement impugner les droictz,
-et pareillement vers le Prince, son filz, et vers les seigneurs du
-païs, qui estoient toutz voz confédérés; et qu'en cella, vous n'aviez
-voulu fère sinon aultant que m'aviez commandé de luy en communicquer,
-ce qu'elle debvoit interpréter en meilleure part que toutes les
-aultres impostures qu'on luy avoit rapportées, et ne debvoit différer
-l'octroy de passeport que luy demandiez; en quoy, s'il luy playsoit
-bailler ung adjoinct à celluy que j'envoyerois, affin qu'elle demeurât
-sans escrupulle, je m'assuroys que Vostre Majesté en seroit très
-contante.
-
-Là dessus, la dicte Dame s'est ung peu modérée, et m'a prié que je luy
-donnasse ung peu de temps pour en communicquer à son conseil, et que,
-bientost après, elle m'y feroit responce. Et m'ayant, sur deux aultres
-poinctz que je luy ay remonstrez, touchant le peu de justice que voz
-subjectz trouvoient par deçà, et touchant la faulce monoye qu'on
-battoit en ceste ville, assez faict cognoistre qu'elle vous vouloit
-beaucoup satisfère, elle m'a bien fort gracieusement licencyé. Et sur
-ce, etc.
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- Ce XXIXe jour d'octobre 1574.
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-CCCCXIVe DÉPESCHE
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---du IIIe jour de novembre 1574.--
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-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)
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- Déclaration de Burleigh et de Leicester sur les intentions
- d'Élisabeth de renouer l'alliance avec la France, pourvu que le
- roi lui donne la ferme assurance qu'il veut maintenir le
- traité.--État des affaires en Écosse.--Eclaircissements sur des
- projets d'attentats dirigés contre la personne du roi.--Départ
- du vidame de Chartres pour l'Allemagne.
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- AU ROY.
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-Sire, pour davantage recognoistre si le fondz de l'intention de ceste
-princesse estoit semblable aulx bonnes responces qu'elle m'avoit
-dernièrement faictes, quand je luy présentay vostre lettre, j'ay mis
-peyne, sur l'occasion des aultres deux lettres, qu'avez escriptes à
-ses deux principaulx conseillers, de négocier et fère négocier bien
-estroictement, avec eulx, en termes si clers que je les ay contreinctz
-de parler clèrement.
-
-Et, en substance, il s'est recueilly de leur dire qu'ilz estiment que
-leur Mestresse et eulx ont très juste occasion d'avoyr les
-dellibérations qui se font près de Vostre Majesté, et les entreprinses
-à quoy ilz voyent que Vostre Majesté se prépare, pour bien fort
-suspectes, tant pour la source d'où ilz disent que dérivent voz
-conseilz, qui est du Pape et du Roy d'Espaigne, et d'aulcuns des
-vostres desquelz ilz ont une merveilleuse deffiance, que pour les
-objectz qu'il leur semble bien qu'ilz vous pourront mouvoir
-d'entreprendre contre ce royaulme pour la cause de la religyon, et
-pour la détention, qu'on y faict, de la Royne d'Escosse; et que, là
-dessus, ilz ne me veulent nullement dissimuler qu'ilz ne veillent, et
-qu'ilz ne consultent, dilligemment et souvant, comme ilz pourront fère
-que ceulx de leur dicte religyon ne souffrent tant de détriment,
-ailleurs, que l'orage en puisse, puis après, venir fondre, icy, sur
-eulx; et comme ilz pourront pourvoyr que les grands dangers, qu'ilz
-ont tousjours jugé très imminentz à la Royne, leur Mestresse, et à son
-estat, si elle ne se tenoit bien assurée de la Royne d'Escosse, ne luy
-survenoient; et qu'en cella ilz ont réputé nécessayre, touchant le
-premier poinct, d'en entendre l'advis de ceulx qui sont en mesme
-cause, et en pareille condicion que eulx, et, par ainsy, d'en conférer
-avec les princes protestantz; et, quand au second, de adhérer à ceulx
-des Escossoys qui conviennent, mieulx que les aultres, avec le repos
-de l'Angleterre; et, pour toutz les deux poinctz ensemble, ilz ont
-estimé bon de renouveller les anciennes amityés, et en fère de
-nouvelles et regaigner les perdues, le plus tost et le mieulx qu'il
-leur seroit possible; mesmement qu'ilz estoient incertains à quoy
-inclineroit Vostre Majesté, à vouloir ou ne vouloir poinct
-l'intelligence de ce royaulme. Et néantmoins, encor que desjà il y eût
-de ces choses qui fussent beaucoup advancées ailleurs, il y en avoit
-aussy, et de plus importantes, qui restoient en suspens, pour attandre
-l'évidence de voz actions; et qu'ilz ne doubtoient nullement, si,
-après ceste bonne lettre qu'avez escripte à leur Mestresse, il vous
-plaisoit luy fère voyr une suyte de vostre bonne intention, et de voz
-bons effectz vers elle, qu'elle ne se disposât en si bonne sorte, vers
-voz affères, que vous la trouveriez, à toutes occasions, preste de les
-segonder, et de procurer l'establissement et le progrès de vostre
-grandeur; et que, sans difficulté, elle vous accorderoit la
-confirmation de la ligue, si la luy envoyés ainsi honnorablement
-demander, comme le traicté monstre qu'il touche à vous de le fère;
-mais qu'ilz me vouloient bien advertir qu'ilz ne la pouvoient
-conseiller de demeurer longuement sur l'incertain, parce que la sayson
-ne portoit qu'on se deût arrester à simples parolles: dont failloit
-que j'advisasse de haster, le plus que je pourrois, ce qui se debvoit
-establir entre vous.
-
-Qui sont propos, Sire, fort conformes à ceulx que la dicte Dame m'a
-tenus, aulxquelz je n'ay deffailly de suffizante réplicque; car la
-matière et les bonnes raysons ont abondé de mon costé: et pense
-qu'elles ont esté de quelque moment, et mesmement à divertyr le voyage
-de Me Wilson en Flandres, aulmoins l'ont elles retardé. Mais, sur les
-dictz propos, j'ay à dire à Vostre Majesté que, au retour de milord
-de North, il se doibt fère, icy, une grande résolution des choses
-appartenantes à ceste présente guerre, qu'ilz appellent de la
-religyon, sellon que je sçay qu'on a prié des personnages allemantz,
-qui sont prestz de partir, qu'ilz vueillent attandre jusques allors.
-Dont semble qu'il est expédient, Sire, que la légation de Vostre
-Majesté vers ceste princesse suive bientost, et sans intervalle, celle
-qu'elle a faicte vers vous. Et de tant qu'elle et les siens sont
-merveilleusement tendus sur le faict de la Royne d'Escosse, et encor
-plus sur le faict des Escossoys, et qu'ilz veulent pourvoyr, par toutz
-les moyens qu'ilz pourront, que ny la personne d'elle, laquelle ilz
-ont en leurs mains, ny l'intelligence d'eux, qu'ilz pensent encores
-mieulx posséder, ne leur eschapent, sellon qu'à présant ilz ne vivent
-en peyne de nul aultre endroict, ayantz réduict l'Irlande, que de ce
-costé là; et qu'ilz prétendent d'avoyr, s'il leur est possible, ou le
-Prince ou quelque aultre grande chose en gage, pour garder que le pays
-ne se destourne de leur dicte intelligence; il sera bon, Sire, que
-pourvoyés, le plus tost que pourrés, que celle ancienne alliance,
-conjoincte avec authorité, que voz prédécesseurs y ont tousjours
-conservée, et qui est deue à vostre couronne, ne vous y soit en rien
-diminuée; et qu'à cest effect, en desmellant les aultres choses avec
-la Royne d'Angleterre, vous vous esclarcissiés encores avec elle de
-ceste cy.
-
-J'ay bien escript, depuis naguyères, à aulcuns seigneurs du pays,
-mais, parce que ce a esté par voye secrette, je ne sçay quand j'auray
-responce d'eux. Et me vient on d'advertyr qu'il y a grande apparance
-que les armes y seront bientost reprinses, parce que quelque mylord y
-a esté tué, qu'on dict estre le comte d'Athol; et que c'est le comte
-de Morthon qui l'a faict fère; mais je n'ay encores bien la
-vériffication de cella. L'on m'a desjà promis le passeport, icy, pour
-envoyer voz lettres au jeune Prince d'Escosse et au dict de Morthon;
-mais je me trouve en celle mesmes difficulté, que j'ay cy devant
-mandée, que le dict de Morthon ne voudra recepvoir, ny mesmes
-souffrir, qu'aulcun entre au païs, qui ayt adressé au dict Prince,
-sinon comme à Roy, ny à luy, sinon comme à régent, et les lettres de
-Vostre Majesté n'ont pas celle intitulation.
-
-Et, au regard de l'autre lettre, qu'avez escripte à la Royne
-d'Escosse, parce qu'on avoit desjà octroyé passeport au frère de son
-chancellier, présidant de Tours, pour luy aller porter quelques
-besoignes, lequel est encores icy, l'on a desiré que je fisse fère,
-par luy mesmes, le message. A quoy, pour n'augmenter les escrupulles
-de ceste princesse, lesquelz, par occasion nouvelle, qui a procédé de
-la duchesse de Suffolk, se sont, puis peu de jours, rengrégés, oultre
-la générallité de ceulx qu'elle a tousjours non petitz de Vostre
-Majesté, je m'y suis condescendu.
-
-Et, quand à esclarcyr davantage Voz Majestez sur l'advertissement de
-prendre garde à voz personnes, j'ay singullièrement recherché de
-ceulx, d'où cella estoit venu, de m'en dire la particullarité. Et ilz
-m'ont séparément confirmé, qu'après qu'il se sceut, icy, que les
-empeschementz qu'on croyoit fermement qui deussent retarder vostre
-retour estoient ostez, qu'il y eut de ceulx qu'ilz appellent
-Puretains, qui tindrent des propos fort meschantz et malheureux,
-disantz qu'il n'importoit pas beaucoup que vous fussiez venu, car
-bientost l'on verroit ung semblable jugement sur vous, et sur la
-Royne, vostre mère, qu'on avoit veu sur le feu Roy, vostre frère; et
-qu'il ne falloit destendre le tabernacle qui avoit esté dressé pour
-ses obsèques, parce que l'on y auroit bientost à cellébrer les
-vostres, et aultres motz tendantz à mesmes effect; de façon que,
-s'estantz eulx donnés une grande peur du danger de Voz Majestez, ilz
-avoient bien volu fère en sorte que je vous advertisse d'y prendre
-bien garde, et que, quand ilz en entendroient davantage, et de plus
-expécial, qu'ilz me le feroient incontinent sçavoyr. A quoy pouvez
-croyre, Sire, que je n'auray l'oeil et le cueur moins tendus, que si
-c'estoit pour ma vye et pour le mesmes salut de mon âme.
-
-Mr le vidame de Chartres s'est enfin embarqué, le XXXe du passé, avec
-la pluspart de toutz ces françoys qui restoient icy, et est passé à
-Fleximgues devers le prince d'Orange. Il m'a promis qu'estant là, et
-lorsqu'il sera près du comte Palatin, où il prétend d'aller, il
-s'efforcera de vous fère cognoistre qu'il a toute dévotion à vostre
-service et à la paix de vostre royaulme; et que, de Hollande en hors,
-il dépeschera ung des siens devers Vostre Majesté. Néantmoins l'on m'a
-adverty qu'ainsy qu'il entroit dans son navyre, celluy Rua, que j'ay
-cy devant mandé, qui estoit allé en Allemaigne, est arryvé, et qu'il
-s'en est retourné avecques luy en Zélande; mais qu'il doibt bientost
-revenir, et qu'on a entendu qu'il a dict que les choses se portoient
-très bien, là où il avoit esté, ce qu'on juge estre qu'il y a des
-forces prestes en Allemaigne pour ceulx de leur religion. Sur ce, etc.
-
- Ce IIIe jour de novembre 1574.
-
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-CCCCXVe DÉPESCHE
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---du VIIIe jour de novembre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Entreprises diverses projetées par les Anglais contre les villes
- maritimes de la France.--Découverte d'une entreprise sur le
- Hâvre.--Surveillance qu'il importe d'exercer.--Protestation des
- seigneurs du conseil qu'ils ignoraient entièrement le projet de
- s'emparer du Hâvre.--Demande faite par l'agent du roi d'Espagne
- de son passeport.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, je supplye très humblement la Royne, vostre mère, de se vouloir
-souvenir comme, dès qu'il fut sceu par deçà que le retour de Vostre
-Majesté en France estoit par l'Italye, je luy donnay advis que les
-entreméteurs de ceulx de la nouvelle religyon, se deffiantz de pouvoir
-obtenir telles condicions de paix comme ilz desiroient, s'estoient mis
-à dellibérer de la continuation de la guerre, et, entre aultres
-choses, de surprendre des places en Picardye et Normandye, le long de
-la mer; et desjà ilz faysoient estat d'en emporter quelques unes, dont
-estimois estre besoing qu'on renforçât les garnisons de Callays, de
-Bouloigne, de Dieppe, du Hâvre et de Cherbourg, et qu'on advertît les
-gouverneurs d'estre vigilantz à la garde de ces cinq villes, et
-touchoys encore quelques mots de Brouage; dont, à peu de jours de là,
-je fus infinyement ayse que Sa Majesté m'escripvît qu'elle avoit très
-bien pourveu, non seulement à ces cinq places, mais à toutes les
-aultres le long de la mer, jusques à Bourdeaulx. Qui pense, Sire, que
-ceste sienne dilligence d'allors a servi beaucoup maintenant contre la
-praticque, qu'on dict qui s'est descouverte du Hâvre de Grâce, de
-quoy je loue et remercye Dieu de tout mon cueur.
-
-Néantmoins je retourne advertyr Vostre Majesté qu'il est expédient de
-refraychir, de rechef, ce mesmes advertissement aulx mêmes
-gouverneurs, et renforcer leurs garnisons, tant pour la conservation
-de leurs places, et pour ne laysser occasion quelconque à ceulx de
-dehors d'y entreprendre, que pour garder que, au dedans du pays, ne se
-face aulcun mouvement; car voicy, Sire, ce que l'ung de ceulx, que
-j'ay mis après à observer les ministres, m'a rapporté, que aulcuns
-d'eulx se sont desbouchez de dire que Vostre Majesté seroit bientost
-travaillé de plus d'endroictz qu'elle ne pensoit; et qu'ilz avoient de
-leurs amys, gens de bonne mayson, et aultres, en Picardye, qui, du
-premier jour, se déclareroient ouvertement pour eulx, et que les
-restes de Normandye, qui n'estoient encores toutes mortes, ne
-manqueroient pas de leur costé, et, possible, de telz d'où l'on
-n'avoit encores ouy parler; et que ce ne seroit, sans qu'ilz se
-fissent maystres de quelque bonne place d'importance, où ilz
-pourroient recevoyr le secours, car c'estoit de quoy ilz se debvoient
-principallement efforcer, pour induyre les Angloix de favorizer leurs
-entreprinses. Et disoient davantage qu'il estoit résolu qu'on
-tiendroit ung bon nombre des navyres de guerre angloix, et de ceulx de
-Hollande, en Brouage, et qu'on recepvroit leurs gens dans le fort,
-affin qu'ilz se peussent tenir plus assurez de leurs vaysseaulx; et
-que les mesmes ministres avoient remonstré à ceste princesse, qu'en la
-présente occasion, où elle voyoit bien qu'il y alloit de l'entière
-extermination, ou de l'establissement, pour jamays, de sa religyon, et
-le semblable de l'estat de sa couronne, elle ne debvoit refuzer d'y
-mettre, à bon escient, la main, et se préparer à quelque belle
-entreprinse par dellà, comme de s'impatronir de quelque bonne place,
-et la bien pourvoyr, ou bien envoyer joindre ses forces à celles
-qu'elle y verroit bientost en campaigne; car pouvoit considérer que
-les vostres seroient bien fort retardées en Languedoc, et beaucoup
-diminuées, avant que Nymes et Montaulban, après les aultres moindres
-places, fussent prinses; et que la Rochelle, si vouliés entreprendre
-de la forcer, vous ruyneroit plus d'hommes et vous consommeroit plus
-d'argent et de monitions de guerre, que n'avoit faict l'aultre foys;
-et que la trouveriez, à ceste heure, plus imprenable que ne fîtes au
-premier siège, parce qu'ilz avoient mieulx pourveu de garder les
-advantages de la mer, qu'ilz n'avoient eu, lors, ny le temps, ny le
-moyen de le fère; et quand la dicte Dame n'en debvroit rapporter
-aultre prouffict que d'entretenir la guerre par dellà, et garder
-qu'elle ne passât, icy, en son royaulme, et ne laysser succomber, du
-tout, sa religyon, ce luy seroit ung très grand bien et une réputation
-immortelle.
-
-Sur quoy, Sire, je retourne supplier très humblement Vostre Majesté de
-pourvoir à ces deux coings, de Picardye et Normandye, qui regardent
-ceste mer, et commander de fère quelque effort à reprendre Brouage,
-pendant qu'il n'est encores ny si bien fortiffié, ny si bien muny, ny
-en telle deffance, comme l'on prétend bientost de le mettre. Qui ay
-opinyon que c'est la plus salutayre entreprinse qui se pourroit fère
-du costé de la Guyenne; bien que je ne pense pas que, désormays, ceste
-princesse se laysse aller à toutes les persuasions des dictz
-ministres, et que mesmes nous leur pourrons rabattre une bonne partye
-de leurs plus aspres dellibérations, si renvoyés aulcunement bien
-satisfaict son milord de North, sellon que je l'ay remise, et les plus
-authorisez de son conseil, en trein de renouveller et confirmer très
-estroictement la ligue avec Vostre Majesté. Et ay convié iceulx
-seigneurs du conseil à disner, le jour de St Martin, en mon logys,
-pour y fère la conjouyssance de l'heureux retour de Vostre Majesté, et
-pour aultres bons effectz; qui m'ont toutz promis d'y venir
-volontiers, ayant bien voulu cependant toucher à aulcuns d'eulx que
-Vostre Majesté sentiroit grandement ceste trame qu'on avoit menée sur
-le Hâvre, laquelle on disoit procéder en partie de deçà, ce qu'ilz
-m'ont aussytost très fermement contredict, et qu'elle n'en venoit
-nullement. A tout le moins me vouloient ilz, et mesmement le comte de
-Lestre, assurer, à peyne de reproche, et d'estre estymé, luy, le plus
-infâme et desloyal gentilhomme qui vive, si la Royne, sa Mestresse, ny
-pas ung de son conseil, ny de sa court, ny mesmes ung seul angloix, y
-participoit; car, pour ceste heure, leurs dellibérations ne tendoient
-à rien de semblable. Le Sr de Sueneguen, agent du Roy d'Espaigne,
-voyant que le voyage de Me Wilson s'alloit retardant, et
-réfroidissant, de jour à aultre, a faict semblant qu'il avoit obtenu
-congé du grand commandeur de Castille pour se retirer, dont est allé à
-Ampthoncourt se licencier de ceste princesse, en espérance qu'elle le
-prieroit de demeurer. Je ne sçay ce qu'elle fera; tant y a qu'il m'est
-venu dire adieu, avant d'aller au dict Ampthoncourt, comme pour
-publier davantage sa retraicte. Sur ce, etc.
-
- Ce VIIIe jour de novembre 1574.
-
-
-
-
-CCCCXVIe DÉPESCHE
-
---du XIIIe jour de novembre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Conférence de l'ambassadeur avec Leicester.--Déclaration
- qu'Élisabeth est avertie que le roi a résolu de lui faire la
- guerre.--Complète réconciliation de la reine d'Angleterre avec
- le roi d'Espagne.--Affaires d'Écosse.--Nouvelles répandues à
- Londres des succès remportés par les protestans en
- France.--_Avis à la reine-mère._ Plainte d'Élisabeth de ce que
- le roi et la reine-mère lui auraient voué une haine
- implacable.--Justification faite par l'ambassadeur à raison de
- ce reproche.--Description d'un phénomène maritime survenu à
- Londres.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, entendant que la Royne d'Angleterre avoit faict assembler ceulx
-de son conseil, sur une dépesche qu'elle avoit receu d'Allemaigne, et
-sur troys aultres qui luy estoient venues, coup sur coup, du costé de
-France, les deux de son ambassadeur résidant, et la troysiesme de
-milord de North, avant qu'il outrepassât Paris; et encores sur ce que
-luy avoit rapporté ung courrier freschement retourné d'Escosse; et
-que, là dessus, les ministres, et, incontinent après eulx, le Sr de
-Sueneguen avoient esté devers elle; je n'ay peu demeurer longtemps
-sans m'esclarcyr des escrupulles que tout cella m'avoit engendré. Qui,
-pour ne vivre en plus de peyne, ay trouvé moyen de parler, à part, et
-bien au long, avec le comte de Lestre, et l'ay curieusement examiné
-si, de nul costé, estoit survenue occasion qui eût admené du
-changement en la bonne dellibération où me sembloit naguyères avoyr
-layssé la Royne, sa Mestresse, et eulx toutz, vers les présentz
-affères de Vostre Majesté.
-
-Lequel m'a respondu en somme que, de divers endroicz de la
-Chrestienté, la dicte Dame estoit admonestée de se préparer à la
-guerre, parce que vous aviez proposé de la luy fère, et que de cella
-l'on luy admenoit tant d'argumentz et de raysons apparantes qu'il me
-confessoit qu'elle ne sçavoit à quoy s'en tenir; et que ceulx, qui
-mettoient peyne de ne la laysser aller à ceste persuasion, n'avoient
-qu'y pouvoir opposer, sinon la seule parolle, que je leur avoys
-donnée, de la bonne intention de Vostre Majesté vers elle; et que le
-dict comte et quelques autres, qu'il ne me vouloit pas nommer,
-s'estoient formalizés, pour moy, de dire qu'ilz ne m'avoient encores
-jamays veu négocier à faulces enseignes, ny sans que j'eusse charge
-bien expresse et bien fondée de tout ce que je disois, et qu'il
-m'assuroit que la dicte Dame demeuroit encores fermement résolue
-d'attendre l'évidence de voz effectz vers elle; et que, si elle les
-cognoissoit bons et pleins d'une vraye et non feincte amityé,
-qu'indubitablement elle vous uzeroit d'une très ferme correspondance,
-et vous pourriez assurer d'avoyr en elle la plus entière et parfaicte
-de toutes les amies, qu'ayez au monde; et, au contrayre, aussy, si
-vous la provoquiez, que nulle, en toute la terre, vous seroit plus
-mortelle, ny plus irréconciliable ennemye, qu'elle; et que, pour le
-présant, il me pouvoit jurer que, non seulement des ouvertes
-dellibérations de la dicte Dame, mais des plus secrettes, qui se
-fissent dans son cabinet, Vostre Majesté avoit occasion d'en demeurer
-très contant, et mesmes d'en sentir beaucoup d'obligation à elle; et
-qu'il desiroit que, bientost après le retour de milord de North,
-Vostre Majesté envoyât quelque personnage d'honneur et bien choisy par
-deçà; car espéroit qu'il vous rapporteroit toute satisfaction, ne me
-voulant toutesfoys dissimuler que sa Mestresse estoit en très bons
-termes avec le Roy d'Espaigne, mais que cella n'empescheroit qu'elle
-ne fût encores en meilleurs avec vous.
-
-Et de ceste mesme substance ont esté les responces d'aulcuns aultres
-de ce conseil avec lesquelz j'ay envoyé négocyer; ayant à vous dire,
-Sire, touchant ce dernier poinct, que m'a touché le comte de Lestre,
-de la réconciliation avec le Roy d'Espaigne, que le Sr de Sueneguen,
-estant naguyères à Amptoncourt, a tant faict que, bien qu'on ne l'ayt
-beaucoup prié de résider davantage par deçà, il a néantmoins obtenu
-que la légation du mestre des requestes, laquelle avoit esté
-interrompue, s'effectueroit présentement; et mesmes j'entendz qu'ilz
-passent aujourdhuy la mer, de compagnye, pour aller trouver le grand
-commandeur de Castille. A quoy a bien aydé certain advis, qui est
-freschement arryvé, par chiffre, de Bruxelles, à Mr Walsingam, comme
-la paix se va fère aulx Pays Bas.
-
-J'ay retiré, avec assez de difficulté, ung passeport, signé de huict
-de ce conseil, pour envoyer ung des miens porter les lettres de Vostre
-Majesté en Escosse; mais je suis tousjours en peyne de ce que j'ay
-mandé, par mes précédantes, que le comte de Morthon ne voudra, en
-façon du monde, recepvoir personne qui n'ayt addresse au Prince
-d'Escosse comme à Roy, et à luy comme à régent. Dont attandray encores
-le segond commandement de Vostre Majesté là dessus. Et vous diray
-cependant, Sire, que j'ay faict une négociation, depuis huict jours,
-en quelque endroict de ce royaulme, par laquelle j'espère qu'il sera
-mis assez d'empeschement à celle tant chaude praticque, qu'on menoit,
-d'avoyr le dict jeune Prince d'Escosse par deçà, et que les picques,
-qu'on nourrissoit entre ceste princesse et la Royne d'Escosse,
-demeureroient pour la pluspart esteinctes. Du Rua n'a point encores
-esté renvoyé par le vidame, et sont, toutz deux, avec le prince
-d'Orange. Ce qu'il a publié, que les affères alloient bien, de là où
-il venoit, semble avoyr esté plus dict à artiffice, pour le cuyder
-ainsy fère acroyre, que pour la vérité. Car l'on a, depuis, remarqué
-que les ministres ont esté fort troublés du peu d'espérance, qu'il
-leur a donnée, que les forces d'Allemaigne vueillent marcher pour
-eulx, s'il n'y a du contant, ou assurance de plus grand somme, qu'ilz
-n'ont moyen, pour encores, de fournir, ny de bailler respondant. Et
-vouloit le dict Rua destourner le vidame de n'aller poinct par dellà,
-l'assurant qu'il n'y advanceroit rien. Néantmoins les ministres, pour
-maintenir, par ung aultre endroict, leurs affères en réputation,
-publient que Mr le maréchal Dampville s'est ouvertement déclaré pour
-eulx, et qu'il s'est saysy de Beaucayre, Montpélier, Aygues Mortes et
-Narbonne; et que le cappitaine Montbrun a deffaict sept enseignes de
-gens de pied de Vostre Majesté, et qu'à Lusignan, ceulx de dedans ont
-faict une si brave sallye, qu'ilz ont mis en roupte tout le camp de Mr
-de Montpensier: et s'y mesle, je ne sçay quoy, de Mr de Savoye, ez
-dictz propos, que je n'ay encores bien comprins. Sur ce, etc.
-
- Ce XIIIe jour de novembre 1574.
-
- ADVIS, A PART, A LA ROYNE.
-
- Madame, en ceste conférance, que j'ay eue avec le comte de
- Lestre, oultre les propos que je déduictz en la lettre du Roy,
- vostre filz, qu'il m'a tenuz, il m'a dict davantage que la
- Royne, sa Mestresse, ne se pouvoit donner, à ceste heure, tant
- de repos, du costé de France, comme elle avoit faict jusques
- icy, parce qu'on luy avoit révellé que Vostre Majesté ne
- l'aymoit nullement, et que toutes ces honnestes
- démonstrations, dont uziés vers elle, n'estoient que pour
- l'entretenir, pendant que le Roy, vostre filz, et Vous,
- estiés bien empeschés ailleurs; mais que, toutz deux, luy
- gardiés une dangereuse pensée, pour l'effectuer, quand le
- temps vous y pourroit servir;
-
- Néantmoins qu'elle résistoit fort à ceste persuasion, et
- desiroit, plus que chose du monde, qu'elle peût cognoistre
- qu'il en alloit aultrement, car, si elle se pouvoit bien
- assurer de vostre droicte amityé, encor qu'elle se sentît bien
- avoyr des ennemys près du Roy, néantmoins elle n'auroit plus à
- estre ny en difficulté, ny en doubte, d'aulcune chose de
- dellà.
-
- Sur quoy j'ay admené au dict sieur comte la pluspart des
- évènementz, qui ont apparu en la Chrestienté, depuis que
- Vostre Majesté manye les affères de France jusques à
- maintenant; et que l'ordre et succez d'iceulx avoit bien peu
- fère voyr à la Royne, sa Mestresse, que, oncques, il ne luy
- estoit advenu de rencontrer une si constante amye, ny sy
- persévérante, en toutes occasions, comme Vostre Majesté luy
- avoit toujours esté.
-
- Et l'ay pryé qu'il voulût bien remarquer cella pour en rendre
- capable sa Mestresse, et pour la mettre hors de ceste faulce
- et fascheuse impression qu'on luy avoit voulu donner. Ce qu'il
- a monstré de beaucoup gouster, et m'a promis de fère en sorte
- que sa Mestresse le gousteroit, et s'en contanteroit.
-
-
- Et me remettant, Madame, pour ceste foys, de toutes aultres
- choses au contenu de la lettre du Roy, vostre filz, je
- adjouxteray seulement, icy, une nouveaulté qui est arrivée, en
- ceste ville, le VIe de ce moys, qu'après la première marée du
- matin, ainsy que l'eau commançoit à baysser, une aultre marée
- est soubdain revenue, qui a remonté: et est venue si haulte
- qu'elle a inondé bien avant dans le pays, chose que ceulx cy
- ont prinse pour un grand présage et y donnent diverses
- interprétations.
-
-
-
-
-CCCCXVIIe DÉPESCHE
-
---du XVIIe jour de novembre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calays par Jehan Volet._)
-
- Conférence de l'ambassadeur avec les seigneurs du
- conseil.--Retour en Angleterre du frère de lord de
- North.--Nouvelles de la Rochelle.--Mécontentement d'Élisabeth
- contre la comtesse de Lennox, au sujet du mariage de son fils
- avec la fille du comte de Schrewsbury.--Défense qui lui est
- faite de continuer son voyage en Écosse.--Nouvelles de ce
- pays.--_Avis à la reine-mère._ Conférence de l'ambassadeur avec
- Walsingham.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, les sept premiers et principaulx du conseil d'Angleterre, avec
-d'autres seigneurs de ceste court, sont venuz, le jour de St Martin,
-prendre leur dîner en mon logys, et Mr de Walsingam, qui estoit l'ung
-d'eux, m'a dict qu'il avoit charge de me fère les recommandations de
-la Royne, leur Mestresse, et m'assurer qu'encor qu'elle fût absente
-elle desiroit de communicquer, aussy bien que eulx, qui estoient
-présentz à ceste conjouyssance, que je cellébroys, de l'heureux retour
-de Vostre Majesté; et que, non seulement elle leur avoit volontiers
-donné licence d'y venir, ains avoit prins grand plésir de voyr que,
-allègrement et fort vollontiers, ilz y venoient. Pour laquelle
-honneste démonstration d'elle, j'ay pryé le Sr de Walsingam de luy
-dire que, mille et mille foys, je luy baysois très humblement les
-mains, et que je ne fauldroys de le signiffyer à Vostre Majesté. Et
-vous puis dire, Sire, quand à iceulx seigneurs du conseil, qu'il n'y
-en a eu pas ung qui n'ayt mis quelque honneste propos en avant pour
-honnorer vostre valeur et vertu, et pour cellébrer les rares et
-excellantes qualitez que Dieu a mis en vostre personne; monstrans ung
-singullier desir que l'amityé puisse continuer, bonne et droicte,
-entre Vostre Majesté et la Royne, leur Mestresse, avec une bonne et
-parfaicte intelligence entre voz deux royaulmes.
-
-Sur quoy je leur ay remonstré que c'estoit de eulx mesmes que
-principallement avoit à dépendre le succez de ce grand bien, parce
-qu'ilz guidoient les intentions de leur Mestresse, et régloient les
-actions de ses subjectz; et que je les priois qu'à l'appétit et
-persuasion d'aulcuns, qui se faisoient, à crédit, et sans aulcune
-juste occasion, eulx mesmes malcontantz, ilz ne voulussent dellibérer
-chose aulcune, ny en dissimuler nulle aultre, par deçà, qui peût
-susciter de l'altération en ceste bonne amityé: car pouvoient penser
-que ce ne seroit par injures et déplaysir, ains par honnestes
-gratiffications, et mutuelles bénefficences, que la dicte amityé se
-rendroit perdurable.
-
-Ilz m'ont répliqué que pleût à Dieu que toutz ceulx de vostre conseil
-fussent d'aussy bonne intention vers la dicte amityé, et aussy promptz
-de la vous persuader, comme ilz la desiroient de leur part, et
-estoient prestz de la conseiller toujours à leur Mestresse; et
-qu'encor que, quelquefoys même, ilz ne le vouloient pas nyer, ilz
-prêtassent l'oreille aulx malcontantz, sellon qu'il n'estoit pas
-expédient de la leur fermer du tout, si me prioient ilz de croyre
-qu'ilz sçavoient assez bien comme s'excuser, et se couvrir de leurs
-importunitez, et qu'en effect vous ne trouveriez que toute bonne
-correspondance en leur Mestresse, et en eulx, et en tout ce royaulme,
-pour veu qu'ilz peussent cognoistre de la disposition bonne en Vostre
-Majesté.
-
-J'ay à eulx toutz, en général, et encores à quelques ungs, en
-particulier, aprofondy davantage ce propos, parce que, le jour
-précédant, estant la nouvelle, dont j'ay faict mencion en la fin de ma
-dernière dépesche, arrivée, j'eus advertissement que Me Quillegreu,
-lequel est assez dilligent de brouiller tousjours les affères, estoit
-aussy allé trouver Mr de Méru, et avoit assemblé les plus aspres
-ministres chez luy, et puis l'avoit mené à Amtoncourt. De quoy
-m'estant imprimé beaucoup de souspeçon, j'ay bien voulu tout clèrement
-la leur descouvrir, mais ilz m'ont pryé de n'estre en peyne, et n'en
-vouloir encores donner, de cest endroict, à Vostre Majesté; car vous
-estiez en très bons termes avec la Royne, leur Mestresse, pour
-establir une mutuelle et très ferme assurance entre vous, et que
-pourtant il se failloit bien garder de ne rien précipiter.
-
-Et s'en estantz, le jour d'après, iceulx seigneurs tournez vers leur
-Mestresse, ilz ont trouvé que le frère de milord de North estoit
-arrivé, lequel, en passant, a tenu à ceulx de ses amys, qu'il a
-rencontrez en ceste ville, plusieurs propos de fort grande
-satisfaction, du lieu d'où il venoit. Et j'ay aussytost envoyé en
-court, pour observer, au vray, le rapport qu'il y feroit.
-
-Ceulx de la Rochelle ont faict une fort ample dépesche aulx ministres
-et aultres de la nouvelle relligyon, qui sont icy, du XIIIIe du passé,
-par où j'entendz qu'ilz monstrent de desirer la paix, et qu'ilz ont,
-au retour de Roger, vostre valet de chambre, que leur aviez envoyé,
-dépesché incontinent le Sr de Bessons vers Vostre Majesté; et
-néantmoins, pour n'espérer telles condicions de seureté, ny tant
-d'exercisse de leur religyon comme ilz desireroient, ilz remonstrent
-qu'ils font cepandant grand dilligence de se munir, par terre et par
-mer, et de pourvoyr leur ville, pour soubstenir la guerre; et
-sollicitent ceulx de deçà de leur moyenner du secours pour le
-besoing, et de leur envoyer des armes et des pouldres, et aultres
-monitions. En quoy je mettray peyne de leur y estre le plus oposant
-qu'il me sera possible. Les dictz ministres font un grandissime cas de
-la conversion du Sr Dampville, et disent qu'il a de grandes forces
-aulx champs, qui marchent pour eulx, et beaucoup de bonnes et fortes
-places à sa dévotion. Et m'a l'on confirmé, qu'ilz continuent de
-mesler Mr de Savoye fort avant au discours de ces choses; et que
-bientost l'on me sçaura dire en quelz propres termes ilz en parlent,
-dont je ne fauldray d'en advertyr incontinent Vostre Majesté.
-
-Il est advenu que la comtesse de Lenox, faysant son voïage vers le
-North, s'est rencontré avec la comtesse de Cherosbery, et a moyenné,
-pour le jeune comte de Lenox, son filz, le mariage de la fille de la
-dicte comtesse, bien qu'elle en fût en termes avec la duchesse de
-Suffolk, pour le filz de la dicte duchesse; et ont passé oultre à fère
-les nopces, sans attandre la volonté de la Royne d'Angleterre;
-laquelle s'en trouve si offancée qu'elle a contremandé la dicte
-comtesse de Lenox et son filz; et pense l'on qu'elle les fera mettre
-dans la Tour. Duquel évènement je suis, d'ung costé, bien ayse, parce
-que le voïage de la dicte comtesse demeure interrompu, et qu'elle
-n'yra poinct en Escosse; et, d'ailleurs, je crains qu'ayant faict
-amityé avec la comtesse de Cherosbery, elle la rende ennemye de la
-Royne d'Escosse.
-
-J'ay sceu que, en Escosse, les choses se maintiennent encores assez
-paysibles, et que le comte d'Athol, qu'on disoit avoir esté tué, se
-porte bien, et n'a eu nul mal; et que le comte de Morthon a esté fort
-malade, mais qu'à présent il est guéry, et qu'encor qu'il continue de
-se fère haïr, il se faict néantmoins tousjours craindre et obéyr. Sur
-ce, etc. Ce XVIIe jour de novembre 1574.
-
- Je viens de recepvoyr vostre pacquet, du dernier du passé,
- sellon lequel Me North a grande occasion de bien cellébrer la
- faveur et bon traictement, que milord de North, son frère, a
- receu de Vostre Majesté.
-
-
- ADVIS A PART, A LA ROYNE.
-
- Madame, je racompte sommayrement, en la lettre du Roy, ce qui
- s'est passé avec les seigneurs de ce conseil, quand je les ay
- festoyés, le jour de St Martin, en mon logis; et adjouxteray
- davantage que, le mesmes jour, j'ay tiré, à part, Mr de
- Walsingam pour luy dire que Voz Majestez Très Chrestiennes
- avoient plus de plésir de son advancement, et de le voyr
- monter en authorité, en ceste court, que de gentilhomme qui
- fût en Angleterre, pour la bonne opinyon qu'aviez conceue de
- sa vertu et de sa suffisance; et n'y avoit qu'une seule chose
- qui vous mît en suspens de luy, c'est que vous l'aviez ung peu
- cognu extrême au faict de sa religyon, dont creigniez qu'il se
- formalizât, et qu'il se rendît plus parcial, qu'il n'estoit
- besoing, près de la Royne, sa Mestresse, pour ceulx qui
- s'estoient eslevez en vostre royaulme.
-
- En quoy j'estois bien ayse qu'il eût gousté, depuis qu'il
- estoit dans ce conseil, mieulx qu'il n'avoit faict auparavant,
- les poinctz qui appartiennent à la souverayne authorité d'ung
- prince, pour considérer qu'ayant le Roy, vostre filz, premier
- que de venir à la couronne, exposé mainte foys et azardé fort
- courageusement sa propre personne pour la religyon
- catholicque, c'estoit bien tout ce qu'avec sa réputation il
- pouvoit fère, pour ceulx de l'autre religyon contrayre, que de
- leur octroyer l'entière restitution de leurs biens, la seureté
- de leurs personnes, et la liberté de leurs consciences; et
- que, si, dorsenavant, sa Mestresse et ceulx de son conseil
- favorisoient leur opiniastreté, ny pareillement celle des
- malcontantz qui leur voudroient adhérer, qu'il failloit
- qu'elle et eulx confessassent de soustenir ung très maulvais
- exemple de rébellion, dans l'estat du Roy, qui seroit,
- possible, quelque jour, de très grand préjudice au leur.
-
- A quoy il m'a respondu qu'il baysoit très humblement les mains
- de Voz Majestez, et qu'en mettant toute la peyne, qu'il
- pourroit, d'honnestement s'employer près de la Royne, sa
- Mestresse, pour vostre service, il s'efforceroit d'esgaller
- ses actions à la bonne opinyon qu'il vous playsoit avoyr de
- luy; et qu'il ne voyoit pas que la dicte Dame ny les siens
- eussent à se formalizer beaucoup pour les eslevez de vostre
- royaulme, si leur octroyés, ou ne leur octroyés poinct, tout
- ce qu'ilz demandent de leur religyon; et que, sellon son
- advis, s'ilz obtenoient de leur prince l'entière liberté de
- leur conscience, qu'ilz debvoient, attandant mieulx, louer
- Dieu, et se contanter; mais qu'il y avoit bien aultre chose
- qui mouvoit sa Mestresse, c'estoit de voyr que toutes les
- dellibérations du Roy, vostre filz, s'alloient formant par ung
- conseil qu'elle avoyt très suspect, et que, si ne luy faisiés
- cognoistre qu'elle peût establir très confidemment une bonne
- intelligence avec Voz Majestez mesmes, sans danger d'estre
- interrompue par ceulx qu'elle a opinyon que ne la voudroient
- pas, qu'il me vouloit librement dire que vous ne trouveriez
- jamays que meffiances et difficultez, et très grandes
- escrupulles, du costé d'elle.
-
- Et bien que je me soys efforcé de luy rabatre ceste sienne
- impression, comme très mal fondée, il a monstré d'entendre si
- parfaictement tout ce qui dépandoit de ce poinct, et toutes
- les circonstances d'icelluy, que je n'en ay peu tirer aultre
- chose, sinon que, pour la fin, il m'a dict qu'il supplioyt
- très humblement Voz Majestez de croyre que, estant
- parfaictement angloix, nul seroit jamays meilleur françoys, en
- Angleterre, que luy; et que bientost il reviendroit en ceste
- ville, tout exprès, pour me visiter, et pour conférer
- privéement de toutes choses avecques moy.
-
-
-
-
-CCCCXVIIIe DÉPESCHE
-
---du XXIIe jour de novembre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Satisfaction d'Élisabeth à raison de l'accueil fait en France à
- lord de North, son ambassadeur extraordinaire.--Desir des
- protestans du Poitou et de la Rochelle de faire la
- paix.--Description de phénomènes atmosphériques survenus en
- Angleterre.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'entends que, de la lettre que milord de North a escripte, et
-du rapport que son frère a faict, il demeure ung très grand et
-souveraynement bon tesmoignage de Vostre Majesté en ceste court, et
-que toutz deux ont loué bien fort à la Royne, leur Mestresse,
-l'honnorable façon de laquelle il vous a pleu recepvoyr sa légation;
-et vous ont attribué, sur ce qu'ilz ont peu comprendre de la gravité
-de voz responces, et de la dignité de voz actions et de vostre royalle
-personne, toutes les excellantes et plus belles parties qui se
-pourroient desirer en ung prince. De quoy aulcuns eussent bien voulu
-qu'ilz eussent moins dict, et moins escript, et qu'ilz eussent
-espargné la vérité; mais ilz ont parlé droictement, et si, ont fort
-assuré qu'aviez bonne inclination à la paix, et que néantmoins vous
-n'obmettiez une de toutes les provisions qui estoient nécessayres pour
-une bien forte guerre; en quoy toutes choses vous y alloient, de jour
-en jour, succédant sellon vostre desir. Bien est vray qu'ilz avoient
-opinyon que, de la déclaration de Mr Dampville vous pourroit survenir
-des difficultez nouvelles, et non petites, en la dicte guerre, et du
-retardement beaucoup en la paix, toutesfoys qu'ilz avoient cuydé
-sentir que ceulx de la nouvelle religyon ne se fioient que bien à
-point de luy, et qu'ilz creignoient que, pour retirer son frère aysné,
-et fère revenir ses aultres frères, et accomoder ses affères, il
-pourroit bien entreprendre de vous fère quelque extraordinaire service
-à leurs despens.
-
-Sur quoy il m'a esté mandé que la dicte Dame avoit seulement respondu
-qu'elle s'estoit toujours bien attendue, que vous uzeriés de quelque
-bonne démonstration vers elle, mais non de si grande et si pleyne
-d'honneur et de faveur, comme aviez faict en l'endroict de son
-ambassadeur, dont elle vous en avoit beaucoup d'obligation; et qu'elle
-se resjouyssoit bien fort qu'eussiez la volonté d'amortir ces
-émotions de vostre royaulme par la voye de douceur, sellon qu'elle
-réputoit estre une chose trop plus heureuse que recouvrissiez de voz
-subjectz, avec leur amour et bienveillance, en leur donnant la paix,
-l'obéyssance naturelle et parfaicte qu'ilz vous doibvent, que si, par
-une définition de guerre, vous ne regaignés sur eulx que une
-domination pleyne de terreurs, d'espouvantement, et d'indignation
-cachée dans leurs cueurs; et qu'au reste elle vouloit suspendre son
-jugement du faict de Mr Dampville jusques à ce qu'elle en sceût mieulx
-la vérité. Et j'estime, Sire, que les choses demeureront en cest estat
-jusques au retour de milord de North, lequel l'on espère que pourra
-estre icy à la fin de ce moys.
-
-L'on m'a raporté que ceulx de Poictou et de la Rochelle, par le
-discours de leurs lettres, qu'ilz ont escriptes par deçà, du XIIIIe et
-XVIIIe du passé, monstrent, à bon escient, qu'ilz desirent la paix; et
-que, regardans à plus de choses que ne font ceulx qui les incitent à
-la guerre, mandent à leurs agentz que, s'ilz peuvent trouver de bonnes
-et seures condicions vers Vostre Majesté, qu'ilz sont toutz résolus
-d'y entendre; et que ce sont ceulx de la noblesse qui principallement
-les y persuadent. De quoy les ministres de ceste ville, qui creignent
-quelque diminution en leur religyon, s'en trouvent grandement
-escandalizés, et s'en esmeuvent, plus que je ne le sçauroys dire, et
-ne layssent nulle pierre à mouvoir pour interrompre ce bon euvre,
-sollicitantz ung chascun, et veillantz, jour et nuict, pour dresser
-des remonstrances et une longue responce par dellà, affin d'y divertyr
-les gens de bien de ce bon et sainct propos, et les abuser d'une veyne
-espérance de secours d'Angleterre, d'Allemaigne et de Flandres; et
-font tenir prest ung Lachemaye, qui, naguyères, en est venu, pour le
-renvoyer avec ceste ample dépesche. Dont je desireroys, Sire, que
-fissiez uzer de quelque dilligence vers les dictz de Poictou et de la
-Rochelle, pour prévenir vers eulx la malice des dictz ministres; et,
-de ma part, j'essaye bien, par les meilleurs moyens que je puis, de
-fère escripre l'agent de la Rochelle et les aultres, qui sont de ce
-quartier là, tout au contrayre de leurs dictes dépesches. J'entendz
-que, depuis deux jours, les dictz ministres font courir, de main en
-main, une déclaration qu'ilz disent venir de Mr le Prince de Condé, et
-quelques aultres escriptz que je n'ay peu encores recouvrer; mais je
-feray dilligence de sçavoyr que c'est, pour en advertyr Vostre
-Majesté.
-
-Il semble que, sur ce malcontantement, que la Royne d'Angleterre a
-conceu de la comtesse de Lenox, qu'elle dellibère de renvoyer Me
-Quillegreu en Escosse. Je ne sçay à quelles fins; mais je feray
-observer l'occasion pour quoy c'est, affin de pourvoyr, le mieulx que
-je pourray, qu'il n'en viegne détriment à vostre service. Et sur ce,
-etc.
-
- Ce XXIIe jour de novembre 1574.
-
- La dicte Dame et les siens sont aulcunement espouvantez des
- prodiges, qui apparoissent par deçà; et mesmes que, depuis la
- double marée, du VIe de ce moys, il a esté veu de grands
- brandons de feu, en l'ayr, qui ont rendu les deux nuicts, du
- XVe et XVIe du présent, aussi lumineuses et clères comme de
- plein jour, encor qu'il ne fît poinct de lune. Et ont continué
- les dictz feux, en diverses figures, depuis les deux heures
- après minuict, jusques envyron les huict heures du matin, que
- le soleil estoit desjà bien haut. Sur quoy, aulcuns
- astrologiens de ce royaulme ont esté mandez; mais ne sçay
- encore quelle signiffication ils y donnent.
-
-
-
-
-CCCCXIXe DÉPESCHE
-
---du XXVIIe jour de novembre 1574.--
-
-(_Envoyée jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Danger de la reine d'Écosse.--Prière de Marie Stuart au roi pour
- qu'il la prenne en sa protection.--Instances des protestans de
- France auprès de Mr de Méru.--Résolution des habitans de la
- Rochelle de se défendre jusqu'à la dernière
- extrémité.--Changement apporté dans les bonnes dispositions des
- Anglais par la violation de la capitulation de Fontenay.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay addressé, en la meilleure et plus digne façon que j'ay peu,
-à la Royne d'Escosse, vostre seur, la lettre que Vostre Majesté luy a
-escripte, du VIIIe du passé; et elle m'a mandé qu'elle s'en est
-resjouye, oultre mesure, et plus que de nulle autre chose, qui luy
-eût, en ce temps, peu advenir, de quelle part qui soit au monde, et
-m'a faict tenir la responce, qui est de sa main, laquelle j'ay
-adjouxté à ce pacquet; et croy que la consolation et visite de vos
-lettres, à ceste pouvre princesse, vous sera imputé à ung euvre de
-grande charité devant Dieu, et ung office de singullière
-recommandation envers les princes souverains, et envers les gens de
-bien de toute la terre. La dicte Dame loue Dieu de vostre heureuse
-arrivée, et le prie incessamment, pour le bon succès de voz affères,
-et pour la grandeur et félicité de Vostre Majesté. Elle est si
-subjecte à calompnies, et ses ennemys sont si promptz à luy attribuer
-l'occasion de toutz les maux et désordres qui surviennent en ce
-royaulme, qu'ilz ont voulu imprimer à la Royne, sa seur, qu'elle
-estoit cause du mariage du comte de Lenox avec la fille de la comtesse
-de Cherosbery, et qu'elle avoit ligué la duchesse de Suffolc et la
-comtesse de Lenox avec la dicte comtesse de Cherosbery pour monopoler
-plusieurs choses pour elle dans ce royaulme; là où, au contrayre, elle
-crainct, plus que chose du monde, que de la racointance de ces troys
-dames, desquelles les deux luy ont esté tousjours très ennemyes, ne
-luy viegne beaucoup de traverse en ses affères et ung préjudice, par
-trop grand, à sa propre liberté. Dont, de quelle part que puisse
-procéder le mal, elle a senty qu'on faysoit, là dessoubz, une aspre
-menée pour l'oster de la garde du comte de Cherosbery, et la mettre en
-des mains qu'elle n'a moins suspectes que la mort. Sur quoy m'a
-escript qu'elle recouroit, comme vostre belle seur, et vostre
-principalle allyée, et de vostre sang, à la protection de Vostre
-Majesté, et, qu'en cas qu'on la voulût mettre en mains suspectes,
-qu'elle vous supplioyt de vous y oposer, et de protester de la
-conservation de sa vye, et de vanger sa mort, et le tort et injure
-qu'on luy feroit; et que c'est bien ce qu'elle doibt et peut justement
-espérer de l'appuy de vostre couronne.
-
-Je ne luy ay encores respondu, mais, ayant descouvert, premier
-qu'elle, toute ceste trame, j'ay mis le plus de dilligence et de soing
-que j'ay peu d'y remédier, et espère que les choses n'iront si mal,
-comme ses ennemys le procurent, ny comme elle a eu juste occasion de
-le craindre. Néantmoins il vous plerra me commander, là dessus, vostre
-volonté, et me mander ce que j'auray à luy respondre.
-
-Le Sr de Vassal est arryvé, avec vostre dépesche, du Xe du présent,
-sur laquelle j'espère voyr bientost ceste princesse, et je satisferay,
-puis après, à toutz les chefz de vos lettres, le plus tost et le
-mieulx que ma santé, laquelle je sentz, de jour en jour, évidemment
-empirer, en ce lieu, me le pourra permettre. Et vous diray cepandant
-Sire, que, sur ce que j'ay faict cognoistre en ceste court, que les
-allées et venues, que Mr de Méru y faisoit, m'estoient suspectes et
-plus encores celles des ministres; il m'a esté respondu, quand aulx
-ministres, qu'on ne pouvoit, en Dieu et conscience, refuzer d'ouyr ce
-qu'ilz trouvoient nécessayre d'estre dict et remonstré, ou bien
-proposé, pour la deffance de leur relygion, qu'ilz avoient commune
-avec cest estat, et qu'à cella je m'oposeroys en vain; mais quand à
-l'aultre, que je n'avoys à me plaindre de faveur qu'on luy fît, car
-l'on n'avoit encores veu ny ouy parolle de luy, qui ne fût sellon
-l'honneur et dignité de Vostre Majesté, et pour le repos de vostre
-royaulme; et ne se cognoissoit rien en luy qui sentît la rébellion,
-car, quand il en monstreroit le moindre signe du monde, il ne
-trouveroit plus tel visage, en ceste princesse, ny aulx siens, comme
-il avoit faict, ny n'auroit plus aucun accez à eulx.
-
-Je ne puis, à dire vray, Sire, bien descouvrir s'il trame rien avec la
-dicte Dame, mais je ne me puis contanter que le ministre Villiers, et
-quelques aultres, ses semblables, soient ordinayrement, et trop
-souvant, en secrette conférance avecques luy; et que je commance
-d'entendre qu'il se parle, parmy les siens, de retourner bientost en
-Allemaigne. Je travailleray de le réduyre au poinct que m'avez mandé
-de vostre intention par toutz les moyens et plus vifves persuasions
-qu'il me sera possible; et vous rendray compte de ce qu'il m'aura
-dict.
-
-Quelqu'ung m'a rapporté, du costé d'Ouest, là où la comtesse de
-Montgommery et sa famille sont, que le jeune Lorges y est arrivé
-secrettement, en habit incognu, pour voyr sa femme: et je le croy, en
-partye, parce que Mr de Walsingam m'a mandé qu'il avoit receu des
-lettres de la Rochelle, que je pense qu'il a apportées, et qu'on luy
-mande qu'on se dellibéroit entièrement d'attandre l'extrémité, parce
-que l'exemple de Fontenoy[2] leur monstroit qu'il ne leur seroit gardé
-capitulation, ny promesse, qu'on leur fît. Sur ce, etc.
-
- [2] Après une vive résistance, les protestans qui occupaient
- Fontenay-le-Comte capitulèrent le 16 septembre 1574; mais,
- pendant que l'on discutait les dernières conditions, les
- catholiques furent introduits dans la ville par surprise. Les
- articles, déjà accordés, ne furent pas exécutés.
-
- Ce XXVIIe jour de novembre 1574.
-
- Le comte de Sussex, grand chambelland de ceste princesse, a
- prins des lettres de moy à Mr de Matignon et au cappitayne
- Lago, pour pouvoir tirer le nombre de cinq centz tonneaulx de
- pierre blanche, de Caen; dont il desire qu'il playse à Vostre
- Majesté leur escripre, à toutz deux, de tenir la main que,
- sans empeschement, ny destourbier, ny sans aulcun grief, ses
- gens puissent fère transporter librement la dicte pierre deçà
- la mer. De quoy, Sire, je supplye très humblement Vostre
- Majesté le vouloir gratiffier.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, ayant mis peyne d'approfondir, en ceste court, l'occasion de
-quoy il est advenu, qu'après avoyr faict retarder le voïage de Me
-Wilson en Flandres, et l'avoyr si bien interrompu qu'on luy avoyt une
-foys mandé de descharger ses gens, il y ayt depuis ung si soubdain
-changement qu'en moins d'une heure l'on l'ayt dépesché et l'ayt on
-faict incontinent partir; il m'a esté respondu à cella, que la grande
-impression que j'avoys donnée à ceste princesse qu'elle pourroit
-establir une ferme et perdurable amityé avecques le Roy, vostre filz,
-et la grande réputation qui couroit, icy, de sa vertu, et surtout
-qu'il estoit prince de parolle et de grande vérité, avoient faict
-qu'elle s'estoit résolue de se commettre entyèrement à luy, et ne
-passer plus oultre avec le Roy d'Espaigne; mais que, sur
-l'advertissement que ceulx de la Rochelle avoient, depuis, mandé: que
-la capitulation n'avoit esté gardée à ceulx de Fontenoy, il avoit esté
-remonstré à la dicte Dame que, bien que le Roy se voulût rendre, en
-toutes aultres choses, fort entier, il monstroit néantmoins desjà
-qu'il estoit persuadé, jouxte le concile de Constance, de ne debvoir
-tenir ny foy ny promesse à ceulx de la religyon dont elle estoit, et
-que, pourtant, elle se hastât de renouveller, le plus tost qu'elle
-pourroit, avec le Roy d'Espaigne, les anciennes amityés de Bourgoigne;
-auxquelles, encor que, pour quelque occasion, il voulût bien suyvre le
-concille de Constance, il n'entreprendroit toutesfoys, pour d'aultres
-grandes utillitez, de préjudicier aulx dictes anciennes amityés,
-oultre que, jusques icy, il n'avoit jamays démenty sa parolle.
-
-Et par ce, Madame, que j'ay envoyé assurer que ce que ceulx de la
-Rochelle avoient mandé de Fontenoy estoit faulx, aulcuns de ceulx qui
-se monstrent mieulx inclinez à la France qu'à l'Espaigne, m'ont
-secrettement adverty qu'on sçavoit trop bien ce qui en estoit, et que
-je n'en parlasse plus; et m'ont pressé de vous fère ung article,
-exprès, comme il est besoing qu'advertissiez le Roy, vostre filz, que,
-en ceste cause, laquelle est aujourdhuy la plus grande de la
-Chrestienté, et laquelle va bander toutes les armes et puissances des
-Chrestiens les unes contre les aultres, il ne veuille laysser prendre
-au monde ceste impression de luy, qu'il ne vueille bien garder la foy
-et les promesses qu'il donnera, ou aultrement qu'il se prépare
-ardiment de soubstenir, dans son royaulme, une guerre continuelle,
-sans intermission, ny relasche aulcun, non seulement avec ses
-subjectz, mais avec toutz les princes et estatz, et avec toutz les
-intéressés en la dicte cause, jusques à ce que, par une deffinition et
-une victoyre généralle, il ayt exterminé entyèrement tout aultant
-qu'il y en a au monde.
-
-J'ay respondu, sans promettre que je vous en escriprois, ce que j'ay
-estimé digne de la grandeur du Roy et de sa couronne, et de la juste
-cause, qu'il poursuyt, de recouvrer l'obéyssance de ses subjectz; et
-feray, le mieulx que je pourray, pour effacer les aultres violentes
-impressions, qu'on s'efforce de donner au monde, de vostre intention
-et de celle du Roy. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXVIIe jour de novembre 1574.
-
-
-
-
-CCCCXXe DÉPESCHE
-
---du IIIe jour de décembre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Audience.--Nécessité de faire surveiller les protestans qui
- passent d'Angleterre en France.--Démarches faites par
- l'ambassadeur auprès de Mr de Méru.--Plaintes de l'ambassadeur
- à raison de l'oubli dans lequel on laisse ses
- services.--_Mémoire._ Détails de l'audience.--Réponse
- d'Élisabeth à la déclaration du roi qu'il veut maintenir
- l'alliance avec elle.--Protestation d'amitié de la part de la
- reine d'Angleterre.--Ses instances pour que la paix soit
- rétablie en France.--Conférence de l'ambassadeur avec les
- seigneurs du conseil.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, ce que j'ay recueilly des propos et responces de la
-Royne d'Angleterre en ma dernière audience, je le metz assez
-particullièrement en ung mémoire à part au Roy, vostre filz, et me
-reste seulement de vous dire que la dicte Dame supplie Vostre Majesté
-de se souvenir que, au premier an du règne du feu Roy, Françoys,
-vostre filz, vous luy promistes l'amityé de voz enfantz; dont elle
-vous prie tenir vostre parolle pour le Roy, qui est à présent, ainsy
-qu'avez faict pour les deux passez; et qu'elle ne doubte nullement que
-n'ayés encores l'affection très bonne au propos que luy aviez mis en
-avant pour le quatriesme; mais l'on s'est bien fort escarté de la voye
-de l'effaictuer, néantmoins qu'il ne sera jamays qu'elle ne luy
-vueille beaucoup de bien, et qu'elle ne l'honnore et n'ayt une très
-bonne opinyon de luy.
-
-Je suys adverty, Madame, qu'il y a ung ministre, nommé Joys, homme de
-lettres, nourry longtemps en Angleterre, lequel, partant d'icy, disoit
-s'en aller en Constantinople, qui s'est arresté à Paris, et escript
-souvent par deçà, et mande plusieurs choses à l'advantage des eslevez,
-et qu'ilz obtiendront, ceste année, tout ce qu'ilz vouldront; dont, de
-tant qu'il parle plusieurs langues, et que, soubz ombre de hanter les
-collèges, pour l'occasion des lettres, il pourroit praticquer des
-intelligences dans la ville contre le service de Voz Majestez, il sera
-bon de le fère chasser ou aulmoins prendre garde à luy.
-
-J'ay parlé à Mr de Méru, et n'ay rien obmis du postscripta de la
-lettre du Roy ni des poinctz qu'il vous pleut toucher au Sr de Vassal.
-Je l'ay trouvé en collère et malcontant; mais il a remis de me
-respondre, dans ung jour ou deux, dont, par mes premières, je vous
-feray entendre ce qu'il m'aura dict. Et persévérant plus que jamays,
-Madame, à vous supplyer très humblement pour mon congé, sellon que je
-sentz, de jour en jour, diminuer ma santé et me croystre plusieurs
-manquementz en la continuation de ceste charge, je pryeray le
-Créateur, etc.
-
- Ce IIIe jour de décembre 1574.
-
- Je ne sçay de quelz termes uzer pour me douloir, à Vostre
- Majesté, de m'avoyr, non oublyé, mais déjetté très
- honteusement de celle grande distribution de biens qui a esté
- faicte, à l'arryvée du Roy, vostre filz. Aulmoins me debvoit
- ce béneffice, qu'on m'a osté, qui estoit tout mon bien, estre
- rendu; et ne puis dire, Madame, sinon que je suis celluy, à
- qui il vous playst de fère porter la plus notable marque
- d'indignité et de défaveur, et de malcontantement, qu'à nul
- aultre gentilhomme, qui soit au service de Voz Majestez; et je
- laysse bien à Dieu, et elles, de juger si je l'ay mérité.
-
-
- MÉMOIRE AU ROY.
-
- Sire, il n'est besoing que je vous racompte les propos que
- j'ay tenus, ceste foys, à la Royne d'Angleterre, car je les ay
- prins de la lettre que Vostre Majesté m'a escripte, le Xe du
- passé, et il sera facille de comprendre quelz ilz ont esté par
- les responces que la dicte Dame m'a faictes, qui sont, en
- substance, comme s'ensuyt:
-
- Que jamays chose ne luy estoit mieulx advenue, sellon son
- desir, que l'effaict de la légation de milord de North,
- puisque, des lettres qu'elle vous a escriptes par luy, et des
- poinctz qu'il vous a explicqué de sa créance, il vous reste du
- contantement; et que toute l'ambassade et l'ambassadeur vous
- ont esté agréables, car la principalle intention qu'elle a
- eue, en le vous envoyant, a bien esté d'honnorer vostre
- grandeur, et donner ung évident tesmoignage au monde de
- l'affection qu'elle porte, très bonne et de très bonne seur, à
- Vostre Majesté, et à l'establissement de voz affères;
-
- Qu'elle a ung singullier playsir de voyr, par ce commancement,
- que vous voulez tenir en quelque bon compte son amityé, et luy
- donner à elle une très grande espérance de la vostre; que ce
- qu'elle desire maintenant, le plus au monde, est que les
- choses puissent ainsy procéder entre vous que vous ayez
- mutuellement à prendre une très assurée confiance l'ung de
- l'aultre;
-
- Que nulle meilleure ny plus honnorable nouvelle eust elle peu
- entendre de voz vertueuses dellibérations, que celle que je
- luy ay assurée que, de vostre propre naturel vous avez, de
- vouloir résoluement tenir voz promesses, et manquer plustost à
- la vye que à la parolle que vous aurez une foys donnée; que,
- sur le solide fondement de ceste vostre constante volonté,
- laquelle estoit vrayement royalle et digne de vous, qui estiez
- par extraction, et par élection, et par succession, le plus
- royal prince qui ayt esté, de longtemps, en la Chrestienté,
- elle se disposeroit en telle sorte vers vostre amityé que,
- s'il n'y deffailloit de correspondance, de vostre costé, vous
- pourriez fère estat d'avoyr en elle la plus entière et
- parfaicte bonne soeur, et bonne amye, qui fût au monde;
-
- Qu'elle ne vouloit nyer qu'on ne luy eût voulu donner quelque
- male impression des promesses, à quoy on vous pouvoit avoyr
- obligé, passant par l'Italie, contre elle, et contre le repos
- de son royaulme, ou contre sa religyon; dont se resjouyssoit
- bien fort de ce que luy donniés parolle qu'il n'en estoit
- rien, et que vous vous trouviez libre de toutes ligues et
- obligations, sinon des anciennes de vostre couronne, et de
- celle que pouviez avoyr avec elle, à cause du sèrement du feu
- Roy, vostre frère, et avec le royaulme de Pouloigne, à cause
- du vostre;
-
- Que, puisque vous estiez résolu de vivre en bonne intelligence
- avec les princes et estatz voz voisins, qui la voudroient
- avoyr bonne avecques vous, que vous la vous pouviez ardiment
- promectre très seure et perdurable, de son costé; car, tant
- qu'elle vivroit, vous en pourriés fère très certain estat;
-
- Que nulle chose au monde vous pouvoit elle plus louer, ny plus
- recommander, que celle voye de paix, que proposiez de suyvre,
- pour mettre le repoz en vostre royaulme, et que celluy vous
- seroit bien traistre et infidelle, voyre très cruel ennemy,
- qui vous ozeroit conseiller, ou dire, qu'il ne fût honnorable
- et utille, et mesmes très nécessayre de la fère;
-
- Que, pour le bien universel de la Chrestienté, elle se sentoit
- obligée, entendant le grand progrès des armées et victoires du
- Turc sur les Chrestiens, et des appareils qu'il faict pour
- entreprendre plus avant, de vous supplier que vueillez
- embrasser la paix publicque et unyon des dictz Chrestiens;
- mais encores plus, pour vostre bien et repos particullier,
- elle vous vouloit fort expressément exorter d'amortyr, en
- toutes sortes, ces guerres de vostre royaulme, et y employer
- si avant vostre clémence et doulceur, et l'authorité de vostre
- foy et parolle, que voz subjectz puissent seurement retourner
- à l'obéyssance et subjection qu'ilz vous doibvent;
-
- Qu'elle n'approuvoit nullement les armes des eslevez, en
- quelle façon, ny soubz quel prétexte, qu'ilz les eussent
- prinses, et mesmement en ce qui se faysoit hors de la
- considération de la religyon, et qu'elle s'esbahyssoit assés
- de Mr le maréchal Dampville, et n'avoit, depuis la nouvelle
- qui estoit venue de sa déclaration, veu Mr de Méru, son frère,
- ny ne le verroit, s'il apparoissoit en luy ung seul signe de
- rébellion;
-
- Néantmoins qu'elle entendoit que la craincte de mort et
- l'injustice faysoient renger un grand nombre de voz subjectz à
- la deffansive, et prendre voz villes et places pour lieu de
- refuge, et passer encores à l'offensive, et attirer troubles
- sur troubles, et susciter les estrangers dans vostre royaulme;
-
- Sur quoy, pour la singullière affection qu'elle avoit à la
- conservation de vostre grandeur, et de vostre couronne, elle
- vous prioit de rompre, le plus tost que vous pourriez, le
- cours de ce malheur, et prendre, de bonne part, si elle vous
- disoit librement que les choses, mal passées contre ceulx de
- la nouvelle religyon, requerroient que vous ne refusissiez ny
- trouvissiez mal honnorable, ny contre vostre réputation, de
- les accomoder maintenant de quelque honneste seureté.
-
- Ces responces de la dicte Dame, qui ont esté plus expresses et
- plus considérées que nulles aultres qu'elle m'eût guyères
- jamays faictes, m'ont baillé argument de luy mettre bien
- devant les yeux la conséquence de ceste cause, et combien
- ceulx, qui s'efforçoient de la luy desduyre pour bonne et
- soubstenable, bandoient desjà, et dressoient de semblables
- rébellions contre elle; et qu'elle considérât si, de Vostre
- Majesté, qui aviez, premier que d'estre Roy, combatu, l'espace
- de sept ans, très courageusement, et azardé souvant, et mis en
- manifeste danger vostre propre personne, pour la religyon
- catholicque, ce n'estoit pas assés, maintenant que estiez
- monté à la couronne, et que la somme de toutes choses estoit
- parvenue en voz mains, d'accorder, à iceulx de la dicte
- religyon, l'abolition du passé, la jouyssance de leurs biens,
- la demeure paysible de leurs maysons, et la liberté de leur
- conscience; et que, de demander davantage, c'estoit par trop
- forcer la volonté qu'ilz sçavoient bien que vous aviez, qui
- estiez leur Roy, et leur prince;
-
- Que néantmoins vous donniez ceste parolle à la dicte Dame
- qu'il n'y auroit aulcune honneste ny tollérable condicion,
- pourveu que n'offançât vostre honneur, que ne fût accordée à
- voz dictz subjectz, pour les fère revenir à leur debvoir; mais
- aussy que, quand vous auriez faict ainsy le vostre envers Dieu
- et les hommes, vous protestiez bien d'employer toutes les
- forces et moyens, que Dieu vous avoit donnez, et n'en laysser
- ung seul en arrière, de toutz ceulx que vous pourriés mouvoir
- en la Chrestienté, pour réprimer justement la présumption et
- témérité de ceulx qui, inicquement, persévèreroyent d'estre
- rebelles contre vous; et qu'en ce cas vous l'adjuriez, elle,
- de non seulement leur dénier la faveur et apuy de ce royaulme,
- mais de joindre ses forces aulx vostres pour extirper de la
- terre ung si pernicieux exemple que le leur.
-
- A quoy elle m'a respondu qu'elle se souvenoit tant d'estre
- Royne, et de vous estre, pour cella, conjoincte d'estat,
- qu'elle ne manqueroit jamays à nul debvoir de bien bonne seur
- vers Vostre Majesté, et qu'après que milord de North seroit
- arryvé, et qu'il luy auroit faict le récit des choses de
- dellà, nous pourrions lors poursuivre plus amplement ce
- propos; et qu'elle s'esbahyssoit comment il ne vous avoit
- parlé du faict de la navigation, et de l'administration de la
- justice à voz mutuelz subjectz, car il en avoit eu charge, et
- qu'elle ne desiroit rien tant que d'y pourvoyr, par bonne
- intelligence, avecques vous, et députer, pour cest effect,
- deux de son conseil, ainsy que Vostre Majesté en avoit depputé
- deux du sien; et que, quand le gentilhomme, que dellibériez
- envoyer vers elle, seroit icy, elle nous feroit rendre, par
- son admiral et par les officiers de la marine, ung si bon
- compte de leurs depportementz passez, en tout ce qui avoit
- concerné les Françoys, qu'elle espéroit que vous en
- demeureriez contant.
-
- Et, là dessus, m'estant licencyé de la dicte Dame, j'ay estimé
- bon de déduyre aulx seigneurs de son conseil ce que j'avoys
- dict à elle, affin de bailler à ceulx, à qui reste encores
- quelque affection vers Vostre Majesté, de quoy pouvoir fère
- incliner leurs dellibérations, le plus qu'il leur seroit
- possible, au bien de vostre service. Lesquelz ont monstré
- toutz d'estre bien fort ayses de l'assurance, que je leur ay
- donnée, de vostre bonne intention vers leur Mestresse, et vers
- eulx, et vers l'estat de ce royaulme. Et leurs responces m'ont
- assez contanté, sinon en ce que l'ung d'eux m'a dict fort
- rondement que, voyantz la profession, que Vostre Majesté avoit
- jusques icy faicte, de se monstrer adversayre de leur
- religyon, qu'ilz ne pouvoient interpréter l'effaict de voz
- armes, sinon qu'elles estoient dressées et s'exécutoient
- contre eulx, et que vous pouviez bien fère estat qu'ilz
- n'estoient pour se déjoindre aulcunement de la cause de leur
- dicte religion. Et ne m'estant pas, en toutes choses, si bien
- accordé avec eulx comme avec la dicte Dame, nous n'avons passé
- plus avant.
-
-
-
-
-CCCCXXIe DÉPESCHE
-
---du VIIe jour de décembre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)
-
- Négociation de l'ambassadeur avec Mr de Méru.--Nouvelles de Marie
- Stuart; crainte qu'elle ne soit commise à la garde de l'un de
- ses ennemis.--Sollicitations des réfugiés.--Retour de lord de
- North.--_Mémoire._ Détails de la négociation avec Mr de
- Méru.--Desir du roi qu'il serve d'intermédiaire pour procurer
- la paix.--Plainte de Mr de Méru contre la conduite tenue a
- l'égard des Montmorenci.--Leur justification.--Assurance de
- leur entier dévouement au roi.--Desir de Mr de Méru que Mr de
- Montmorenci, son frère, soit lui-même choisi par le roi comme
- négociateur.--Déclaration du capitaine La Porte.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, je pense que rien n'a esté obmis, comme verrez par le mémoire
-au Roy que je joins à ce paquet, de ce qui se pouvoit déduyre à Mr de
-Méru, pour le ramener au sentiment des choses que desiriez luy estre,
-de moy mesmes, et encores aulcunement de la part de Voz Majestez,
-déclarées touchant l'acheminement de la paix, et le divertissement des
-forces estrangières, qui ne luy ayt esté vifvement remonstré; et
-encores qu'il ayt, du commancement, déchargé ung peu sa collère, si
-est il revenu, à la fin, à la modération et à la cognoissance de son
-debvoir vers Voz Majestez, et monstré d'estre tout disposé à vous
-rendre entière obéyssance. Il est bien vray qu'il demeure ferme en la
-justiffication et innocence de ses deux frères, et de ne se vouloir
-desjoindre de leur cause ny d'eux, mais il a opinyon que, sans
-difficulté, ilz se réunyront toutz unanimement, et pareillement son
-beau père, et ceulx qui pourroient dépendre d'eux, au poinct que Voz
-Majestez desireront, s'il vous plaist les rendre assurez de vostre
-bonne grâce.
-
-Le milord de North n'est encores retourné, dont l'on s'esbahyt assés
-qu'est ce qui le peut si longtemps retenir par dellà.
-
-Ceste princesse se tient si offancée du mespris que la comtesse de
-Lenox et le comte et la comtesse de Cherosbery ont tenu d'elle, en ce
-mariage du jeune comte de Lenox, qui est parant de la couronne,
-qu'elle dellibère de le leur fère bien sentir à toutz. Mais le pis est
-qu'elle veut oster au dict comte la garde de la Royne d'Escosse, et
-les ennemys de la dicte Dame l'en sollicitent instamment; de quoy je
-sçay que la dicte Royne d'Escoce sera fort troublée et fort marrye, et
-suis en grand peyne en quelles mains on la voudra mettre. Dont je
-supplye très humblement Vostre Majesté de dire, ou fère dire à
-l'ambassadeur d'Angleterre, que vous suppliez la Royne, sa Mestresse,
-de ne la commettre à nul qu'elle ayt suspect, ny qui ne soit seigneur
-de qualité pour respondre du traictement d'une telle princesse. L'on
-m'a bien faict desjà une honnorable promesse là dessus, mais je crains
-les artiffices et menées de ses ennemys. J'ay obtenu une lettre à
-l'ambassadeur d'Angleterre, par laquelle luy ay mandé de bayller ung
-passeport de luy à Nau, pour venir jusques icy, et il en prendra ung
-aultre, icy, pour aller trouver la Royne d'Escosse.
-
-J'ay octroyé des certifficatz à des habitants de Roen, et de
-Normandye, de leurs paysibles déportementz par deçà, sur des bons
-tesmoignages qu'on m'a rendus d'eux, affin d'obvier à la saysie de
-leurs biens. Et y a ung ministre, lequel, entre les autres, est plus
-modéré, et n'adhère poinct aulx violentz conseils de la guerre, ny
-aulx invectives et praticques de ses compaignons, qui m'a faict aussy
-demander ung certifficat pour luy; mais, à cause de sa qualité de
-ministre, je ne luy ay poinct voulu octroyer sans en avoyr expresse
-permission de Voz Majestez, dont vous plerra me commander comme
-j'auray à en uzer: et semble que cella pourroit aulcunement servir de
-tenir leurs opinyons parties et divisées, en ne dényant vostre faveur
-à ceulx qui l'ont modérée et paysible.
-
-Le cappitayne Janeton, après s'estre excusé de passer à la Rochelle,
-ny d'aller trouver le Prince de Condé, s'est résolu de se retirer à
-vostre service, ou en sa mayson; et persévérer là, toute sa vye, en
-l'obéyssance de Voz Majestez, de laquelle il ne s'est jamays départy;
-et qu'il aymeroit mieulx estre mort que d'avoyr porté les armes contre
-vostre service. Il vous supplye très humblement de luy fère envoyer
-ung passeport: et je vous promectz, Madame, que, par ce que j'ay veu
-et ouy de luy par deçà, il mérite vostre faveur. Je suis contrainct de
-vous ramantevoyr tousjours mon congé, et vous supplye de le vouloir
-fère résoudre comme chose fondée en très grande nécessité. Et sur ce,
-etc. Ce VIIe jour de décembre 1574.
-
- L'on me vient d'advertyr, toute à ceste heure, que milord de
- North arrive aujourd'huy à Douvre. Et je viens de fère une
- petite négociation avec ung seigneur de ce conseil, suyvant
- laquelle il sera bon que différiez de fère parler du faict de
- la Royne d'Escosse à l'ambassadeur d'Angleterre, jusques à ce
- que Vostre Majesté ayt aultres nouvelles de moy.
-
-
- MÉMOIRE AU ROY.
-
- Sire, après que Mr de Méru m'a heu fort volontiers escouté,
- sur tout ce que je luy ay voulu dire, conforme au postille de
- la lettre de Vostre Majesté, du Xe du passé, et suyvant ce
- que la Royne, vostre mère, m'en avoit mandé par le Sr de
- Vassal, avec plusieurs remonstrances que je luy ai faictes, de
- moy mesmes, de ne vouloir, ny luy ni ses frères, gaster une
- cause qu'ilz réputoient si bonne et juste comme la leur, et ne
- provoquer, en ce temps, l'indignation de Vostre Majesté, ny
- celle à jamays de la couronne de France, de laquelle eulx et
- feu Mr le connestable, leur père, et leurs prédécesseurs
- avoient mis peyne, jusques icy, de bien mériter d'icelle; et
- elle les avoyt plus obligés que nulz gentilzhommes du
- royaulme, dont luy monstreroient maintenant une horrible
- ingratitude, et la provoqueroient, durant tout vostre règne et
- de voz enfantz, et quiconque y vînt à régner après vous, à une
- très juste indignation contre eulx, pour les avoyr et toutz
- les leurs à l'advenir très suspectz, et ne cesser qu'elle n'en
- ait exterminé la race, s'ilz suyvoient le chemin qu'ilz
- avoient commancé;
-
- Et pourtant qu'il voulût embrasser l'honneste moyen qui luy
- estoit offert de pouvoir conserver, pour luy et ses frères,
- vostre bonne grâce, et maintenyr la mayson de Montmorency en
- l'honnorable degré qu'elle a esté jusques icy, et de pouvoir
- encores un jour recueillir à soy la succession d'icelle, et
- celle de son beau père, et, possible encores, l'estat que son
- dict beau père tient, s'il sçavoit bien uzer de la présente
- occasion; oultre que ce, en quoy il avoit à s'employer
- maintenant, non seulement luy éviteroit les dommages et
- dangers, et luy apporteroit les utillitez que je luy
- déduysois, mais luy acquerroit ung non petit mérite envers
- Dieu, et une grande faveur de Vostre Majesté, et une très
- grande louange par toute la France; et qu'il pouvoit espérer
- que sa dilligence et ses bons offices en cest endroict
- auroient tant d'heur qu'ilz nous produyroient une bonne et
- desirée paix, sellon que je luy jurois, devant Dieu, que tout
- ce qu'il vous avoit pleu me fère sentir et cognoistre de voz
- intentions estoit entièrement dressé à la paix et repos de voz
- subjectz; et qu'il pesât bien que luy ny ses frères ne
- pouvoient comparoistre en ceste guerre, parce qu'ilz
- n'estoient de la nouvelle religyon, sinon comme purs rebelles,
- et qu'ilz ne se donneroient la garde que les dictz de la
- nouvelle religyon auroient accepté l'accommodement que Vostre
- Majesté leur vouloit fère, et que luy et les siens
- demeureroient dehors, délayssés de toutz les Françoys et
- nullement soubstenus d'aulcun prince, ny estat estranger, et
- que la fin ne leur en seroit que honteuse et pleyne de
- confusion, et d'une grande ruyne de leurs biens, de leurs vyes
- et de leur honneur, à jamays.
-
- Il m'a respondu, en une certeyne façon, qu'il est venu à
- conclurre tout au contrayre de son narré, car m'a parlé en
- homme fort malcontant et tout oultré de courroux et de dheuil,
- de ce que son frère aysné et son beau père estoient trop long
- temps détenus prisonnyers, sans qu'on examinât leur cause, et
- de ce que, contre la promesse que Vostre Majesté avoit faicte
- à Mr de Dampville à Turin, l'on s'estoit efforcé de luy fère
- depuis son procès à Lyon, et l'avoit on contrainct, maugré
- luy, de prendre le party où il estoit à présent;
-
- Et pour le regard sien, du dict Sr de Méru, qu'on sçavoit
- assés qu'il ne s'estoit absenté pour offance qu'il eût faicte,
- ains pour éviter l'orage qu'il voyoit concité contre ceulx de
- sa mayson; et s'estoit retiré en Allemaigne, et depuis, pour
- ne donner souspeçon, passé icy, où il s'estoit comporté en bon
- et loyal subject de Vostre Majesté, et néantmoins ses biens
- estoient meintenant saysis, et deffanse faicte de luy apporter
- de l'argent par deçà.
-
- Ce qui les menoit, avec l'impression qu'on leur donnoit
- d'ailleurs que leur ruyne estoit desjà jurée, à ung si extrême
- désespoir que force leur estoit de chercher des remèdes pour
- ne périr du tout, soubz la violence de ceulx qui bandoient
- ainsy vostre authorité contre eulx; et que, sentans leur cause
- bonne et juste, et eulx munis de bonne conscience envers Dieu
- et Vostre Majesté, ilz dellibéroient de n'obmettre ung de
- toutz les moyens, dont ilz se pourroient prévaloyr, pour
- repousser plus courageusement ceste injure, que ceulx qui la
- leur procuroient, et qui les vouloient opprimer, ne pensoient
- qu'ilz le peussent fère;
-
- Adjouxtant plusieurs choses, de particullier, de luy et de ses
- frères, et plusieurs aultres, de général, du Royaulme, qui
- seroient par trop longues icy.
-
- Néantmoins le pressant de restreindre en brief ce que j'auroys
- à vous fère entendre de sa dellibération, il m'a dict, et
- encores, après y avoyr mieulx pensé, m'a mandé qu'il supplioyt
- très humblement Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, de le
- vouloir tenir pour vostre très obéyssant et très fidelle
- serviteur, et que ce qu'il vous plerroit luy commander, pour
- paix ou pour guerre, qu'il seroit tout prest de très
- humblement y obéyr;
-
- Que ses frères et luy ne desirent pas tant leur propre vye
- comme la bonne grâce de Vostre Majesté et la paix de vostre
- royaulme; que très volontiers, s'il se sentoit avoyr quelque
- moyen d'induyre voz subjectz à la dicte paix, ou bien de
- divertyr les forces estrangères qui se pourroient apprester de
- venir en France, qu'il le feroit, mais qu'il pouvoit si peu
- en l'ung ny en l'autre, estant mesmement si loing qu'il ne
- sçauroit par où y commencer;
-
- Que Mr Dampville estoit là, beaucoup plus près, à quy Vostre
- Majesté en pourroit fère parler, et que, si estimiez que ceulx
- de sa mayson peussent aulcunement servir à ces deux choses, ou
- à quelque autre de vostre intention, qu'à son adviz Mr de
- Montmorency estoit le plus capable de toutz, plein de
- persuasion et de conseil, et qui avoit son desir du tout à la
- paix et à l'establissement de voz affères, et que, s'il vous
- playsoit le fère parler à Mr de Dampville, sellon que vous le
- cognessiez homme entier et de grande sincérité, et aviez mille
- expériences et mille bonnes cautions de luy, il s'assuroit
- qu'il vous serviroit droictement et sincèrement, et avec
- honneur et conscience;
-
- Qu'il adjuroit la bonté et clémence de Vostre Majesté et de la
- Royne, vostre mère, de vouloir fère examiner par la règle de
- justice, devant les payrs de France, la cause du dict Sr de
- Montmorency et de Mr le maréchal de Cossé, et s'ilz estoient
- trouvez coupables, que luy mesmes les réputoit dignes de mort,
- voyre la plus cruelle que nulz aultres subjectz de la terre;
- mais, s'ilz estoient innocentz, qu'il vous supplioyt, au nom
- de Dieu, de les remettre en liberté;
-
- Que s'il vous playsoit de disposer des estats de ses deux
- frères et de son beau père, et du sien, et mesmes prendre de
- leur bien, si pensiez qu'ilz en eussent trop, et leur
- commander de demeurer comme privez gentilzhommes en leurs
- maysons, sans se mesler de rien, ou bien de vuyder le
- royaulme, qu'ilz seroient prestz d'obéyr à tout ce qu'il vous
- plerroit leur commander.
-
- Et c'est en substance tout ce que j'ay peu tirer de luy.
-
-
- Le cappitayne La Porte m'est venu dire qu'il juroit à Dieu de
- n'avoyr jamays pensé qu'à estre très obéyssant et très fidelle
- subject et serviteur de Vostre Majesté, et qu'il ne s'estoit
- absenté pour chose qu'il eût jamays dicte ny faicte au
- contrayre; mais, parce qu'il avoit esté cherché et suivy pour
- le fère prisonnyer, aussytost que Mr de Montmorency fût prins,
- il avoit bien voulu sortir hors du royaulme, non que très
- volontiers il ne fût allé présenter sa vye pour servir à la
- liberté de Mr de Montmorency, mais qu'il voyoit bien qu'on ne
- le vouloit que tourmenter et questionner, pour tirer, par
- violence, quelque déposition de luy, pour nuyre au dict
- seigneur, dont estoit résolu de ne retourner jamays en France
- qu'il ne fût hors de prison.
-
-
-
-
-CCCCXXIIe DÉPESCHE
-
---du XIIe jour de décembre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._)
-
- Communication de l'ambassadeur avec Walsingham.--Instances de
- Walsingham pour que la paix soit rétablie en France.--Démarches
- de l'ambassadeur auprès de l'agent de la Rochelle afin de
- l'engager à rompre toute négociation avec les Anglais.--_Avis à
- la reine-mère._ Nouvelles de Marie Stuart.--Arrivée de la
- comtesse de Lennox à Londres.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, estant milord de North arryvé en ceste ville de Londres, le Ve
-du présent, il y a séjourné le VIe, et est allé, le VIIe, trouver la
-Royne, sa Mestresse, à Hamptoncourt, où j'ay aussytost envoyé pour
-sçavoyr en quelle disposition resteroit la dicte Dame, et ceulx de son
-conseil, après qu'il aura faict son rapport. Il est encores là, et
-croy que bientost il me viendra visiter, dont, de ce que je pourray
-noter de ses propos, et de ce qui me sera rapporté de ceulx qu'il aura
-tenus à la court, je ne fauldray de vous en mander incontinent toute
-la particullarité. Aulcuns de ces cappitaynes, qui estoient allez en
-Hollande avec le vidame de Chartres, voyantz qu'il passoit oultre en
-Hambourg, et qu'il dellibéroit d'aller vivre, comme gentilhomme privé,
-auprès du comte Palatin, sans s'entremettre trop avant de ceste
-guerre, s'en sont retournez icy, et font semblant de vouloir passer à
-la Rochelle.
-
-Ceste princesse a bien mandé, ces jours icy, toutz ses officiers de la
-marine pour luy venir rendre compte des frays qu'ilz avoient faict,
-ceste année, pour l'apprest de ses navyres, et a révoqué toutz
-mandementz et commissions, à celle fin de n'y employer rien plus que
-l'ordinayre accoustumé à la garde et entretènement d'iceulx dans le
-hâvre, jusques à ce qu'elle y ayt aultrement ordonné, mais elle a
-commandé de les tenir en estat, pour estre prestz à ung soubdein
-mandement.
-
-Et m'a l'on adverty qu'il y a une secrette dellibération de les mettre
-en mer, et de dresser un gros armement, à ce prochain printemps, si,
-d'avanture, la guerre continue en France, bien que, ayant envoyé fère
-par le Sr de Vassal une gracieuse négociation avec le Sr de Walsingam
-sur la continuation de l'amityé et de la bonne intelligence d'entre
-ces deux royaulmes, il m'a mandé, après plusieurs honnestetés de celle
-dévotion qu'il dict avoyr plus grande vers vostre service et vostre
-couronne, après celle d'Angleterre, que à nulle aultre de la
-Chrestienté, qu'il s'employeroit de toute son affection à nourrir et
-fomanter par deçà, tant qu'il pourroit, ceste bonne amityé, et
-divertyr toutes occasions d'altération d'entre Voz Majestez; mais
-qu'il vous supplioyt et adjuroit, au nom de Dieu, de commencer, en
-l'endroict de voz subjectz, d'establyr, par tout le reste de la
-Chrestienté, une bonne paix, sellon qu'il estoit plus en vostre main
-de le pouvoir fère qu'en celle de toutz les aultres princes chrestiens
-ensemble; et que ne voulussiez mespriser en cella ny le conseil
-honneste ny les admonitions cordiales que la Royne, sa Mestresse, et
-les princes d'Allemaigne vous en faisoient: car vous ne le pourriez
-rejetter sans vous nuyre beaucoup à vous et les offancer grandement à
-eulx, et les bander toutz entièrement contre voz entreprinses; et
-qu'il sçavoit bien que, s'il vous playsoit octroyer quelques lieux de
-refuge pour seureté à ceulx de vos subjectz qui sont en armes, et en
-iceulx l'exercisse de leur religion, que la paix estoit faicte; et
-qu'il avoit naguyères receu des lettres de Mr de La Noue qui ne
-portoient en elles que le tesmoignage d'ung vray subject et serviteur.
-
-Sur quoy, depuis, je luy ay mandé qu'il ne doubtât nullement de vostre
-bonne intention, et de vostre desir à la paix, mais qu'il admonestât
-ceulx de voz subjectz, qui estoient opinyastres, de se contanter des
-honnestes condicions avec lesquelles vous la leur pourriez donner. Et
-ay envoyé exorter le sire Bobineau, agent de la Rochelle, de ne
-vouloir tromper ses citoyens soubz une feincte espérance de secours
-d'Angleterre, car je luy obligeois ma vye que ceste princesse ne luy
-en bailleroit nullement, ny mesmes, quand ilz luy consigneroient leur
-vye entre ses mains, (ce que je m'assurois que, pour leur fidellité et
-pour la recordation des anticques offances qu'ilz avoient faictes aulx
-Angloys, avec l'exemple du Hâvre de Grâce, ilz ne le feroient jamays),
-elle ne la voudroit pas accepter; et que, si ceulx cy monstroient au
-dict Bobineau quelque disposition, en apparance, de faveur pour les
-dictz de la Rochelle, que ce n'estoit que pour maintenir la division
-et fère durer les troubles en France, d'où proviendroit, à la fin, la
-ruyne de ses dictz citoyens et de leur ville, s'ilz ne se remettoient
-bientost en l'obéyssance et bonne grâce de Vostre Majesté.
-
-Sur quoy il m'a mandé, depuis, qu'il me remercyoit de mon
-advertissement, et qu'il cognoissoit qu'il estoit véritable, dont
-m'assuroit avoyr incontinent escript à ses dictz citoyens d'entendre
-incontinent à la paix, et d'accepter les condicions que Vostre Majesté
-leur voudroit offrir, pourveu qu'ilz vissent de la seureté pour leurs
-vyes, et qu'ilz puissent obtenir quelque exercisse de leur religyon
-pour leurs consciences.
-
-Il y a ung gentilhomme de Normandye, nommé Des Troyspierres, qui est
-depuis huict jours passé en ce royaulme. Il semble qu'il a crainct
-que, à cause de ceste praticque du Hâvre, l'on ne voulût courre sus à
-ceulx de sa religyon, dont est venu à refuge par deçà.
-
-Je continueray, Sire, aultant qu'il me sera possible, de veiller icy,
-et d'y estre soigneux de vostre service; mais le deffault de santé et
-mes aultres nécessitez me contreignent de vous supplyer très
-humblement pour mon congé, et en presser fort instamment Vostre
-Majesté. Sur ce, etc.
-
- Ce XIIe jour de décembre 1574.
-
- ADVIS A LA ROYNE.
-
- Madame, je suis bien en peyne pour la praticque, que je sentz
- qu'on mène tousjours pour fère changer de gardien à la Royne
- d'Escosse. Vray est que la résolution n'en est pas encores
- prinse, et je tiens le plus ferme que je puis qu'elle ne se
- face poinct. Dont j'espère que, si le comte de Cherosbery se
- rend ung peu difficile, de son costé, comme il y a grande
- apparance qu'il le fera, que les choses en demeureront à tant,
- et qu'on n'entreprendra poinct de la luy oster. La comtesse de
- Lenox vient d'arriver, laquelle yra demain en court. Elle
- crainct bien fort l'indignation de la Royne, sa Mestresse, et
- qu'elle ne la face remettre dans la Tour, à cause de ce
- mariage, mais elle s'appuye sur des amys qu'elle pense qui luy
- sauveront ce coup.
-
-
-
-
-CCCCXXIIIe DÉPESCHE
-
---du XVIIIe jour de décembre 1574.--
-
-(_Envoyée jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Audience.--Desir du roi de rétablir la paix en France.--Vive
- assurance donnée par l'ambassadeur que lord de North ne peut
- avoir qu'un compte favorable à rendre de sa
- légation.--Emportement d'Élisabeth contre la conduite tenue à
- son égard en France.--Ferme remontrance de l'ambassadeur sur
- les conséquences qu'aurait pour elle une rupture avec le
- roi.--Danger qu'elle doit craindre en s'unissant aux protestans
- de France.--Déclaration de la reine qu'elle ne veut pas s'unir
- à eux.--Entreprises formées sur Calais, Boulogne, Dieppe, Le
- Hâvre et Cherbourg.--Irritation d'Élisabeth à la suite des
- rapports faits par lord de North.--Efforts de quelques
- seigneurs anglais pour amener une déclaration de guerre.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ayant déduict à la Royne d'Angleterre, le XVe de ce moys, à
-Ampthoncourt, les honnestes propos d'amityé que, par vostre lettre du
-XXIIIe du passé, il vous playsoit me commander luy tenir, avec le
-récit de vostre voïage en Avignon, et de l'espérance qu'aviez de
-mettre la paix en vostre royaulme, si les depputez des eslevez,
-lesquelz vous attandiez de brief, se monstroient raysonnables en leurs
-demandes, et à recevoyr les honnestes condicions qu'entendiez leur
-offrir; auquel cas, s'ilz ne se vouloient, puis après, réduyre à
-vostre obéyssance, vous la vouliez bien prier que, en une si grande
-opiniastreté et arrogance que seroit la leur, et en ce maulvais
-debvoir qu'ilz uzeroient vers leur Roy et Prince, elle, Royne et
-Princesse, ne voullût les assister, ny permettre qu'ilz fussent
-assistez en rien de son royaulme, ainsy que Vostre Majesté luy
-promettoit bien aussy qu'en tout ce qui concerneroit le bien et repos
-d'elle et la tranquillité de son estat, elle ne sentiroit jamays que
-faveur et support de vostre costé, et rien qui la peût ny ennuyer ny
-fâcher.
-
-J'ay, pour occasion bien nécessayre, suivy, puis après, à luy dire
-que, de tant que c'estoit toute la gloyre et félicité de ma
-négociation, qu'elle peût trouver en Vostre Majesté les poinctz de
-bienveillance et de vraye affection dont m'aviez cy devant commandé de
-luy porter parolle de vostre part, et que pareillement vous
-trouvissiez en elle celle vraye correspondance qu'elle m'avoit fort
-expressément enchargé vous escripre de la sienne, je venois maintenant
-me conjouyr, avec elle, de ce que je vouloys croyre que milord de
-North, s'il estoit gentilhomme d'honneur et de vérité, il luy avoit à
-son retour rapporté: qu'il avoit trouvé en Vostre Majesté tout ce
-qu'elle pouvoit desirer en cest endroict, et encores plus abondamment
-que je ne le luy avoys jamays sceu expliquer ny ozé promettre; et que
-je louoys Dieu que Vous, Sire, me randiez véritable vers elle, ainsy
-que je la supplioys aussy, et l'adjurois aussy, sur l'honneur et
-vérité de sa parolle, qu'elle ne me voulût rendre menteur vers vous,
-sellon qu'il n'y avoit rien de plus expédient en toute la Chrestienté,
-entre nulz aultres princes, qu'estoit le poinct de l'amityé entre vous
-deux; et que les utillitez s'en manifestoient si grandes, conjoinctes
-avec quelque nécessité du temps présent, pour le bien et repos de
-touts deux, et la tranquillité de voz estatz, et encores pour
-l'accomodement de la meilleure part de la Chrestienté, que je ne
-pouvois assez louer ny assés desirer ce grand bien.
-
-A quoy la dicte Dame, par sa responce, m'a récité aulcuns propos, que
-milord de North luy avoit rapporté, bien fort honnorables de Vostre
-Majesté et de la Royne, vostre mère, et telz qu'elle n'eût sceu
-desirer rien de mieulx que ce que voz parolles luy avoient signiffyé
-de vostre bonne intention vers elle; mais qu'il y avoit eu d'aultres
-démonstrations entremeslées qui avoient entièrement monstré le
-contrayre.
-
-Et s'est lors la dicte Dame, en haussant la voix, affin d'estre mieulx
-ouye de ses conseillers et des dames principalles qui estoient dans sa
-chambre, licencyée en des parolles grosses, qui m'ont assez troublé,
-et aulxquelles je n'ay voulu différer aussy, tout hault et en la mesme
-présence, de promtement et bien fermement y respondre, ainsy que, par
-mes premières, j'en feray le récit à Vostre Majesté.
-
-Et après luy avoir remonstré le tort, qu'elle se faisoit, de se
-laysser ainsy transporter à l'artificieuse persuasion, pleyne de
-malice, de ceulx qui la vouloient brouiller avec Vostre Majesté, et de
-leur vouloir tant complayre que, sur de petitz faulx rapportz, elle se
-mît hors des honnorables termes qu'elle debvoit garder vers Voz Très
-Chrestiennes Majestez, je luy ay dict qu'elle avoit assés de preuves
-comme il ne manquoit de ceulx qui ne cherchoient rien tant que
-d'empescher l'establissement de l'amityé d'entre vous et elle, et y
-susciter tousjours de la meffiance; et qui estoient bien marrys qu'ilz
-n'avoient de quoy vous pouvoir si bien picquer l'ung contre l'aultre
-que vous en fussiez desjà aulx mains; et qu'elle jugeoit bien que ce
-n'estoit pas pour vostre commun bien qu'ilz le faysoient, ains pour
-leur intérest, ou pour leurs passions et vengences, et pour leurs
-malcontantementz; et que, si c'estoient princes, ilz creignoient
-l'unyon de voz forces, et, si c'estoient subjectz, leur prétention
-n'estoit plus ny pure ny simple pour la considération de la religyon
-ny pour la seureté de vyes, ains avoient relevé une aultre forme de
-prétention, de laquelle nulle autre pouvoit estre ny plus odieuse, ny
-plus adversayre à l'authorité des princes; et qu'elle pensât, si l'on
-la dressoit contre Vostre Majesté, quelz aultres princes du monde s'en
-pourroient saulver: car l'on ne pouvoit rien débattre contre les
-qualitez de vostre extraction, estant encores la mémoyre du feu grand
-Roy, Françoys, vostre ayeul, et de la Royne Claude, vostre ayeulle,
-fille du Roy Loys douxiesme et de la Royne Anne, duchesse de
-Bretaigne, et la mémoyre pareillement du feu Roy Henry, vostre père,
-et de voz deux frères, Roys, et la présence de la Royne, vostre mère,
-encores toutes fresches, et Vostre Majesté en fleur d'aage, garny de
-toutes les plus excellantes qualitez pour régner, que prince qui, en
-plusieurs siècles, ayt monté à ce degré, et lesquelles une nation
-loingtayne de Pouloigne les avoit tant prisées qu'elle vous avoit
-esleu pour son Roy; et aviez, en traversant l'Allemaigne pour y aller,
-et puis l'Italye, à vostre retour, esté partout approuvé et recognu
-pour ung si royal et accomply prince que ceulx, qui vous estoient
-propres et mutuels subjectz, avoient maintenant ung trop malheureux
-tort de ne se soubmettre de tout leur cueur à vostre obéyssance, et
-mesmes qu'ils ne pouvoient prétendre que vous eussiez encores rien mal
-administré, car ne faysiés que d'entrer au premier an de vostre règne;
-et que je supplioys la dicte Dame de vouloir, dez maintenant, fère
-voyr au monde qu'elle estoit pour favorizer et maintenir, de toutes
-ses forces, la juste et royalle cause de Vostre Majesté, et réprimer
-celle trop présomptueuse des eslevez.
-
-Sur quoy, la dicte Dame m'ayant dilligemment enquis de la qualité de
-ceste aultre cause et s'estant représanté en son esprit aulcunes
-particullaritez, par lesquelles l'on s'estoit efforcé de la luy fère
-trouver meilleure et plus espécieuse qu'elle n'estoit, m'a respondu,
-pour la fin, qu'elle vous rendoit toutz les plus grandz mercys,
-qu'elle pouvoit, pour l'honneur et bon traictement qu'aviez faict à
-milord de North, et pour les bons propos que luy aviez enchargé de luy
-apporter de vostre amityé et persévérance vers elle; lesquelz, encor
-que ne les eussiez estendus en beaucoup de langage, vous les aviez
-néantmoins si bien ordonnez et en parolles de telle efficace qu'elle
-les vouloit indubitablement croyre, et tenir vostre amityé en tel priz
-que vous réputeriez de ne l'avoyr mal colloquée, ny mise en lieu d'où
-vous n'en tiriez toute l'honneste et utille correspondance que
-pourriez desirer de la meilleure et plus germayne bonne seur qu'ayez
-au monde; qu'elle n'avoit garde de laysser rien procéder d'elle, ny de
-son royaulme, qui vous peût donner du trouble ez affères du vostre,
-car se jugeroit elle mesmes digne d'estre troublée au sien, et qu'elle
-ne boucheroit là dessus ses yeulx à doigtz ouvertz, ains seroit très
-soigneuse d'empescher, partout où elle pourroit, qu'on n'y commît de
-l'abus; et qu'elle vous tesmoigneroit davantage de sa bonne et droicte
-intention par le gentilhomme que dellibériez envoyer vers elle.
-
-J'ay monstré que je demeuroys bien fort satisfaict de ses derniers
-propos, mais qu'il me restoit d'avoyr quelque satisfaction de ceulx
-qu'elle m'avoit tenuz auparavant.
-
-Et estant desjà bien fort tard je me suis licencyé, avec quelque
-opinyon, Sire, d'avoyr beaucoup interrompu la trame qu'on avoit ordye
-pour fère que ceste princesse rompît avecques vous. Et semble qu'il
-sera bon que Vostre Majesté face haster les deux personnages qui sont
-ordonnez pour venir par deçà: car, si la ligue peut estre une foys
-renouvellée et bien confirmée, il y a grande apparance que les aultres
-poursuyvans n'obtiendront sinon ce qu'on ne leur pourra honnestement
-dényer.
-
-Je suis contrainct pour des nouveaulx advis qu'on me vient de donner,
-touchant les cinq places, dont vous ay cy devant faict mencion: de
-Callays, Bouloigne, Dieppe, le Hâvre et Cherbourg; de vous supplyer,
-de rechef, très humblement, qu'il vous playse de renforcer les
-garnisons et advertyr les gouverneurs de prendre bien garde à eulx,
-car il y a entreprinse sur une chascune des dictes places.
-
-Je remercye très humblement Vostre Majesté de la compassion, qu'il luy
-a pleu avoyr enfin de moy, de m'ordonner ung successeur pour me
-retirer de ce long exil. Je mettray peyne de laysser ceste négociation
-à celluy qui viendra, en si bon ordre, qu'il ne s'y pourra cognoistre
-de mutation sinon en mieulx, en ce que je ne doubte qu'il n'y apporte
-plus de suffizance que je n'en ay heu; et je réserveray ce qui me
-reste de vye pour le mettre et exposer à jamays pour vostre service.
-Sur ce, etc.
-
- Ce XVIIIe jour de décembre 1574.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, par ung de ceulx que j'avoys envoyé à Amthoncourt pour
-observer ce que milord de North rapporteroit de France, et pour notter
-quelle satisfaction il feroit prendre à la Royne, sa Mestresse, des
-choses de dellà, j'ay sceu qu'il avoit meslé, parmy les bonnes choses
-et bien honnorables qu'il avoit dictes de Voz Très Chrestiennes
-Majestez, aulcuns si malplaysantz et si fascheux rapportz d'elle et de
-la court, que la dicte Dame restoit extrêmement picquée et offancée.
-Et, sur cella, l'estant allé trouver pour luy oster cette malle
-impression, elle s'est advancée de descharger son cueur, et monstrer,
-par des parolles qu'elle a dictes, desquelles je ne suis demeuré
-contant, qu'elle l'avoit bien fort ulcéré, et que la partye estoit
-toute dressée, et aulcuns de son conseil l'avoient tramée, pour fère
-qu'elle passât à quelque poinct de ropture avec Voz Très Chrestiennes
-Majestez.
-
-Dont, après luy avoyr, tout franchement et hault, respondu, mot par
-mot, à ce qu'elle m'avoit dict, sellon que par mes premières je feray
-le discours du tout à Vostre Majesté, j'ay esté contrainct de luy uzer
-de la remonstrance que je déduictz en la lettre du Roy, laquelle m'a
-semblé que luy a ouvert les yeulx, et luy a faict comprendre qu'on
-vouloit artifficieusement l'attirer à ceste guerre des eslevez; si
-bien qu'avant que je soye bougé d'avec elle, j'ay emporté une assez
-bonne espoyr et encores une plus expresse déclaration de son
-intention: que très difficilement se layrra elle embrouiller en leurs
-entreprinses, aulmoins elle y résistera le plus longtemps qu'elle
-pourra; et, si envoyez bientost requérir la confirmation de la ligue,
-j'ay grande espérance que toutz les aultres poursuyvantz demeureront
-exclus. Dont, pour mon regard, Madame, je prépareray à ces deux
-gentilzhommes qui viendront, l'ung pour la dicte confirmation, et
-l'autre pour résider, tout ce qui se pourra fère pour obtenir l'effect
-de ce qu'aurons à requérir pour le service de Voz Très Chrestiennes
-Majestez, vous remercyant très humblement, Madame, de la souvenance
-qu'il vous a pleu avoyr enfin de me fère ordonner ung successeur pour
-me retirer d'icy. Et sur ce, etc.
-
- Ce XVIIIe jour de décembre 1574.
-
-
-
-
-CCCCXXIVe DÉPESCHE
-
---du XXIIIIe jour de décembre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Succès que l'ambassadeur espère de ses efforts pour détourner
- Élisabeth de déclarer la guerre.--Nécessité d'envoyer
- promptement les députés de France qui lui ont été
- annoncés.--Nouvelles d'Allemagne et d'Espagne.--Mise en arrêt
- de la comtesse de Lennox, de son fils et de sa bru.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, je ne puis avoyr regret d'avoyr ung peu différé de vous escripre
-la male satisfaction que j'avoys rapporté de ma dernière audience,
-car, en lieu que les choses avoient commancé d'entrer en ung assés
-maulvais train, et estoient en voye d'aller plus mal, elles ont,
-grâces à Dieu, depuis, reprins ung beaucoup meilleur chemin; et s'en
-vont desjà en termes que j'ay bien opinyon que vous n'aurez que
-playsir de les entendre telles, comme, dans deux ou troys jours au
-plus tard, j'espère que, par ung des miens, je les vous pourray bien
-particullièrement mander, sellon que j'en ay desjà de bonnes erres. Et
-j'espère de travailler encores si bien que je feray que la chose ne
-parviendra qu'en bien bon estat et bien rabillée, devant Voz Très
-Chrestiennes Majestez. Seulement je vous supplye très humblement,
-Sire, de fère apprester les deux personnages qu'avez proposé d'envoyer
-par deçà, affin que ceste princesse ayt par eulx, le plus tost que
-fère se pourra, ung nouveau tesmoignage de vostre droicte persévérance
-vers elle, car peu s'en faut que milord de North et les siens n'ayent
-renversé tout celluy qu'elle en avoit auparavant.
-
-J'entendz que, depuis cinq jours, ceulx cy ont dépesché ung personnage
-de qualité en Allemaigne, sur le retour d'ung autre des leurs qui
-n'en faysoit que d'arryver, avec ung nouvel agent du comte Palatin, et
-avec ung Valfenyère, qui est encores icy; lequel on m'a dict qu'il
-s'appreste pour passer à la Rochelle, et qu'il s'en va embarquer à
-Hamptonne dans ung navyre du feu comte de Montgommery, et visiter la
-comtesse, en passant, qui n'est sans qu'il ayt bien fort négocyé par
-deçà.
-
-Le ministre Calvart, agent du prince d'Orange, ayant esté, toutz ces
-jours, à Amptoncourt, s'en va aussy bientost trouver son maistre en
-Ollande; et m'a quelqu'ung adverty qu'il porte parolle de promettre
-par dellà que, si ung nombre des meilleurs vaysseaulx du dict prince
-se vuellent mettre en mer, comme advanturiés, et s'aller tenir en
-Brouage, et vers la Rochelle, qu'on leur donra, soubz main, de
-l'entretènement. Il peut estre qu'on est rentré en allarme du nouvel
-armement qu'on dict que le Roy d'Espaigne appreste en Biscaye, et
-qu'il a desjà désigné pour général celluy don Martin d'Alcandèle, qui
-soustint le siège d'Oran, en l'an soixante ung.
-
-Je n'ay, longtemps y a, aulcunes nouvelles d'Escosse, et Me
-Quillegreu, qu'on faysoit apprester pour y retourner, est encores icy.
-La comtesse de Lenox et son filz, et sa belle fille, sont commandés de
-ne bouger de leur logys, et deffandu que nul ne parle à eulx que le
-conseil ne les ayt ouys. La Royne d'Escosse a escript une bonne lettre
-à la Royne, sa cousine, pour sa justiffication de ce qui est advenu,
-touchant ce mariage du comte de Lenox; et m'a l'on dict qu'elle en
-restoit assés satisfaicte, tant y a qu'on parle encores de remuer la
-dicte Dame; mais je m'y oposeray aultant qu'il me sera possible. Sur
-ce, etc.
-
- Ce XXIVe jour de décembre 1574.
-
-
-
-
-CCCCXXVe DÉPESCHE
-
---du XXVIIIe jour de décembre 1574.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrettère._)
-
- Détails de la précédente audience.--Rapports faits par lord de
- North à son retour de France.--Ses plaintes contre le duc de
- Guise et les autres seigneurs de la cour.--Insulte qu'il
- déclare avoir été faite par la reine-mère a la reine
- d'Angleterre.--Vive irritation d'Élisabeth.--Ses
- emportemens.--Protestation de l'ambassadeur contre le reproche
- adressé à la reine-mère.--Ses plaintes contre les intrigues qui
- ont pu engager lord de North à dénaturer les intentions du
- roi.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle n'a pas entendu faire
- injure à la reine-mère.--Nécessité de donner quelques
- explications sur le propos qui a été rapporté.--Bons offices de
- Walsingham dans cette affaire.--Rapport confidentiel des propos
- répandus par lord de North sur le mépris que l'on faisait
- d'Élisabeth à la cour de France.--Ressentiment
- d'Élisabeth.--Prière pour que la reine-mère fasse une
- déclaration écrite qui puisse satisfaire la reine
- d'Angleterre.--_Mémoire général._ Bonnes dispositions
- d'Élisabeth à l'avènement du roi.--Intrigues pour la détourner
- de l'alliance de France.--Projets de l'Espagne.--Avis donné à
- Élisabeth que le pape a fait cession de l'Angleterre au roi,
- qui a le projet d'envahir l'Écosse, d'épouser Marie Stuart et
- de conquérir l'Angleterre.--Mesures arrêtées par la reine pour
- former une ligue avec le prince d'Orange et les protestans de
- France.--Engagement pris à l'égard de Mr de Mèru de soutenir la
- ligue du bien public.--Projet d'une guerre générale.--Avis
- donné à l'ambassadeur d'un complot dirigé contre le
- roi.--_Lettre confidentielle au roi._ Détails particuliers sur
- la conspiration.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, pour rendre compte à Vostre Majesté de ce que, par mes deux
-précédentes dépesches, j'ay réservé de vous escripre en ceste cy, je
-vous diray que la Royne d'Angleterre s'est trouvée extrêmement
-offancée des maulvaiz rapportz que milord de North luy a faictz, qui,
-à la vérité, luy touchent bien fort, sellon la façon qu'il les luy a
-dictz, et la fascheuse interprétation qu'il leur a donnée; non, qu'au
-partir de Lyon, à mon advis, il eust pensé d'en uzer ainsy, mais il en
-a esté embousché, en passant en ceste ville, affin de provoquer, par
-toutz les plus picquantz moyens qu'il pourroit, la dicte Dame de
-rompre avecques vous. Et aulcuns de son conseil, qui sont de ceste
-menée, quand ilz l'en ont veu bien altérée et en collère, l'ont
-confortée d'en debvoir fère ung très grand ressentiment, de faict et
-de parolle, se persuadans que l'amityé s'en pourroit bien rompre.
-
-Dont la dicte Dame s'estant proposée que, aussytost qu'elle me
-verroit, elle m'en feroit ouvertement, et en présence de ses dicts
-conseillers, sentir son malcontantement, elle n'a pas failly (après
-qu'elle m'a eu récité aulcuns bien bons et bien fort gracieux propos,
-de ceulx que le dict de North luy avoit rapportez de Vostre Majesté et
-de la Royne vostre mère, desquelz elle a dict estre très bien
-satisfaicte), de me dire qu'elle avoit à me fère sçavoyr que, si on
-luy avoit signiffyé, en France, quelque bonne volonté de parolle, l'on
-avoit bien prins aultant de peyne de l'oltrager et de l'offancer par
-effect; car, réservé le comte de Charny, duquel à la vérité elle avoit
-à se louer, il ne s'estoit trouvé nul autre gentilhomme françoys, en
-toute vostre court, qui eût daigné saluer ny entretenir, ny fère ung
-seul bon semblant à pas ung des gentilzhommes angloix qui estoient
-avec milord de North; et que Mr de Guyse, en mespris d'elle, et pour
-fère honte aulx dictz gentilzhommes, leur avoit commandé, dans vostre
-chambre, qu'ilz eussent à se descouvrir, bien que ce ne fût la
-coustume de dellà, et avoit uzé d'aulcunes parolles et gestes vers
-eulx, qui avoient bien monstré combien il avoit d'animosité vers elle;
-de sorte que, s'il eust esté aultre part, il y en avoit là qui eussent
-entreprins de luy bien respondre; et, qui pis est, que la Royne,
-vostre mère, en sa chambre, ayant faict venir ung bouffon abillé à
-l'angloyse, avoit dict, par dérision, à milord de North, que c'estoit
-proprement le feu Roy Henry d'Angleterre; de quoy elle avoit le cueur
-plus serré, et se tenoit plus outragée que de nulle aultre chose qu'on
-luy eût dicte ny faicte, depuis qu'elle estoit au monde.
-
-Et, là dessus, haussant sa voix, affin d'estre mieulx ouye de ses
-conseillers et de ses dames, a poursuivy, en collère, le propos, avec
-des parolles assez grosses, desquelles m'a semblé comprendre qu'elle a
-dict que, s'il y eût eu de l'honneur en la Royne, vostre mère, elle
-n'eût parlé ainsy mal honnorablement, et en dérision, d'ung si
-honnorable prince qu'estoit le feu Roy, son père, et qu'elle seroit
-très marrye d'avoyr faict ny dict rien de semblable d'elle, ny de
-quelconque aultre prince que ce soit; et que le dict de North avoit
-aulmoins respondu que les tailleurs de France avoient peu sçavoyr la
-façon comme s'abilloit ce grand Roy, car quelques foys avoit il passé
-la mer à bonnes enseignes, et avoit bien faict parler de luy par
-dellà.
-
-Sur quoy, Sire, estimant que je debvois commancer ma responce par ce
-dernier poinct, qui touchoit la Royne, vostre mère, j'ay addressé,
-présantz et oyantz les aultres, ma parolle en ceste sorte, à la dicte
-Dame:
-
-Que la Royne, ma Mestresse, mère du Roy, Mon Seigneur, estoit toute
-pleyne d'honneur et aultant honnorable princesse qu'il y en ayt soubz
-le ciel, sans rien réserver, et que je voulois dire, et maintenir
-jusqu'au dernier souspir de ma vye, que milord de North n'avoit veu ny
-ouy d'elle, ny de Vostre Majesté, ny mesmes de Mr de Guyse, ny de nul
-autre prince ny seigneur de vostre court, chose aulcune, procédant de
-l'intention de Voz Majestez Très Chrestiennes, qui eût esté dicte ny
-faicte, ny qu'on la peût interpréter, contre la dicte Dame, ny contre
-l'honneur du feu Roy Henry, son père, ny contre la dignité de la
-couronne d'Angleterre; et que, si milord de North, ou aultre, le luy
-avoient aultrement raporté, qu'ilz ne l'avoient bien entendu, ny
-n'avoient ainsy bien négocyé comme il convenoit de le fère entre
-princes.
-
-Et m'est venu, Sire, en l'esprit de sommer la dicte Dame qu'avant que
-je sortisse de sa chambre, elle voulût rabiller ce qu'elle avoit dit
-de la Royne, vostre mère, ou bien qu'elle me donnât congé de sortir de
-tout hors de son royaulme; mais, considérant que le présent estat de
-voz affères ne requéroit cella, et que c'estoit le poinct auquel les
-adversaires tendoient le plus, j'ay suivy l'autre expédient, de
-remonstrer à la dicte Dame ce qui est porté par ma précédante
-dépesche. Et ay adjouxté que, puisqu'elle mesmes advouoyt que, de la
-part de Vostre Majesté, qui faisiez exacte profession d'estre plus
-soigneux de la vérité de voz parolles et promesses que de la propre
-vye, milord de North luy en avoit apporté de très bonnes, avec la
-confirmation d'icelles par une vostre lettre; et je les trouvois
-encores très confirmées par celles qu'il vous avoit pleu m'escripre,
-depuis qu'il estoit party d'avecques vous; joinct qu'elle sçavoit bien
-que la Royne, vostre mère, l'avoit tousjours fort respectée, et luy
-avoit uzé plus d'honnestes traictz d'amityé que princesse qui fût au
-monde, et ne l'avoit jamays offancée; je m'esbahyssois par trop comme
-elle, qui estoit prudente et advisée, s'estoit layssée mener à dire
-d'elle rien qui la peût offancer, et qu'elle ne cognoissoit qu'on la
-vouloit tromper, car j'ozois dire librement que, si milord de North et
-ceulx de sa suyte, au sortir de vostre chambre, fussent saultez dans
-la sienne, qu'ilz ne luy eussent apporté que tout contantement de Voz
-Majestez; mais ilz avoient apprins ung aultre roollet par les chemins;
-et qu'indubitablement la Royne, vostre mère, laquelle se souvenoit
-très bien que le feu Roy Henry d'Angleterre avoit esté prince très
-estimé de son temps, et aultant honnoré et bien voulu en la court de
-France que en la sienne propre, n'avoit aulcunement parlé de luy,
-sinon en la mesme façon qu'elle eût voulu parler des feus Roys, ses
-beau père et mary; et que Mr de Guyse aussy estoit si modeste prince
-qu'il n'avoit uzé de parolle ny de démonstration vers les Angloix,
-dont elle eût occasion de se tenir offancée; car, oultre que ce
-n'estoit son naturel, de dire ny fère choses semblables, il s'en fût
-encores abstenu pour le respect du lieu et de la présence de Vostre
-Majesté, bien que c'estoit son debvoir, comme grand maistre, de fère
-advertyr les dictz gentilzhommes angloix de ne se couvrir, tant que
-Monseigneur et le Roy de Navarre, et les aultres Princes et grands
-seigneurs, qui assistoient à ceste cérémonie, seroient descouvertz,
-encor que, au dict de North, quand il vous explicquoit sa créance,
-vous luy fissiez tenir le bonnet à la teste, car c'estoit pour
-davantage l'honnorer à elle; et que Mr de Guyse avoit justement peu
-supplyr en cella la faute, que ses dictz ambassadeurs avoient faicte,
-de n'avoyr adverty les gentilzhommes comme ilz debvoient uzer en
-vostre chambre, et néantmoins j'entendoys qu'il s'estoit retenu de ne
-le fère pas; et qu'au reste, quand elle vous eût bien dépesché le plus
-grand de son royaulme, ou quand même l'Empereur vous eût envoyé
-quelqu'ung de ses enfantz ou de ses frères, archiducz, ilz ne
-pourroient justement se plaindre que ne les eussiez faictz fort
-honnorablement recevoir par Mr le comte de Charny et les
-gentilshommes qui avoient receu le dict de North et sa trouppe; et que
-je sçavoys bien qu'il n'avoit pas esté faict davantage ny, possible,
-tant, à ung comte que le Roy d'Espaigne vous avoit envoyé: dont je la
-supplyois de ne se vouloyr laysser transporter en cest endroict.
-
-La dicte Dame, ayant prins de bonne part ma remonstrance, s'est
-incontinent, en tout le reste de son parler, bien fort composée; et
-avec beaucoup de modération est venue à dire plusieurs choses en bien
-fort bonne sorte de Voz Majestez, et du desir qu'elle avoit d'establyr
-une ferme amityé avecques elles. Et depuis m'a mandé, par troys des
-plus grands et principaulx seigneurs de son conseil, qui estoient
-présentz, qu'elle n'avoit dict ny entendu dire de la Royne, vostre
-mère, sinon que, si elle avoit dict ou faict, en mespris ou dérision
-du Roy, son père, ce que le dict de North luy avoit rapporté, qu'elle
-n'y pouvoit pas avoyr beaucoup d'honneur; et me prioyt d'en escripre à
-Voz Majestez affin qu'elle en peût estre satisfaicte, et en peût
-satisfère ceulx de ses subjectz qui en estoient escandalisez; et
-qu'elle ne demeurât offancée par Voz Majestez, lesquelles elle ne
-vouloit nullement offancer.
-
-Sur quoy, Sire, je supplye très humblement Vostre Majesté me donner,
-par voz premières, de quoy convaincre et ce que le dict de North a
-dict, et la malice de ceulx qui le luy ont faict dire; et que ce qu'il
-vous plerra m'en escripre soit en façon que je le puisse monstrer à la
-dicte Dame. Et s'il plaist à la Royne, vostre mère, luy en escripre
-ung bon mot de sa main, elle en restera extrêmement contante.
-
-Mr Walsingam a faict en cest endroit ung très honneste office vers
-elle. Il remercye très humblement Vostre Majesté de l'honneur que luy
-avez faict de luy escripre, et promect qu'il employera tout son moyen
-et pouvoir pour conserver droictement l'amityé et bonne intelligence
-qu'avez avec ceste couronne.
-
-Pardonnez moy, s'il vous playst, Sire, si je continue de vous
-importuner pour la venue de mon successeur, car plusieurs nécessitez,
-et mesmement celles de vostre service pour le deffaut de ma santé, m'y
-contreignent, mais j'espère que je luy lairay ceste négociation en
-très bon estat. Sur ce, etc. Ce XXVIIIe jour de décembre 1574.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, il ne fut onc à princesse du monde faict ung si fascheux et
-malplaysant rapport, que celluy, dont milord de North et ceulx de sa
-trouppe ont uzé à leur Mestresse, sur la pluspart des choses qu'ilz
-ont veues et ouyes en France; car, oultre les traictz que j'en récite
-en la lettre du Roy, vostre filz, j'ay sceu qu'ilz ont, d'habondant,
-dict à la dicte Dame que, en leur faysant Vostre Majesté voyr dans
-vostre chambre deux petites neynes habillées comme elle, vous aviez,
-et aulcunes de voz dames, jetté tout plein de motz qui ne pouvoient
-estre prins qu'en dérision et mocquerie d'elle; et mesmes qu'il avoit
-bien cognu, quand vous aviez faict semblant, en luy parlant de
-Monseigneur le Duc, vostre filz, de luy louer la beauté et belles
-qualitez d'elle, que ce n'avoit esté que pour vous en mocquer; et
-s'est efforcé, par toutz les moyens qu'il a peu, de mettre au cueur de
-la dicte Dame qu'elle estoit infinyement haïe et mesprisée de Voz Très
-Chrestiennes Majestez, et la moins respectée en vostre court qu'en
-nulle part de la Chrestienté; de sorte que, s'en trouvant elle bien
-fort escandalizée et quasy oultrée d'une très juste dolleur, de se
-voyr desprisée, injuryée et touchée en son honneur par ceulx qu'elle
-s'esforçoit d'honnorer, et dont elle recherche l'amityé, elle ne s'est
-peu tenir de respondre quelques mots pour revancher l'honneur et
-dignité de son père, dissimulant ce qui touchoit particullièrement à
-elle, non pour l'oublier, ains pour en réserver cachée en son cueur
-une indignation et vengeance pour lorsqu'elle verroit le poinct de
-vous pouvoir bien nuyre.
-
-Mais, aussytost que je luy ay eu fermement assuré du contrayre, et que
-je luy ay faict voyr qu'on la vouloit tromper, elle s'est ressouvenue
-des tesmoignages d'amityé que Vostre Majesté luy avoit tousjours
-monstré, qui l'ont, plus que nulle aultre chose, ramenée incontinent à
-modération, et lui ont faict sentir que les choses n'estoient telles
-qu'on les luy avoit données entendre; et a protesté que, si, par
-collère, n'ayant bien la propriété de la langue françoyse, elle avoit
-advancé quelque mot en deffance de l'honneur du feu Roy son père, elle
-n'avoit toutesfoys dict ny entendu dire, sinon que, si Vostre Majesté
-avoit ainsy faict ou parlé en mocquerye et dérision de luy, comme
-milord de North luy avoit rapporté, que n'y pouviez avoyr beaucoup
-d'honneur; et qu'elle desiroit qu'il vous pleût, Madame, luy fère voyr
-que cella n'estoit auculnement advenu, et que aulmoins il n'avoit esté
-faict en ceste mauvayse intention de dénigrer la mémoyre du dict feu
-Roy, son père, affin qu'elle en peût satisferre ceulx des siens qui
-avoient ouy le mesmes compte, et qui jugeoient que l'honneur d'elle,
-et la dignité de sa couronne, et tout ce royaulme en estoient
-grandement intéressez.
-
-En quoy, Madame, estant ce qu'elle demande bien fort juste, et mesmes
-qu'il semble qu'il y auroit de l'injustice de le luy refuzer, j'espère
-que Vostre Majesté le luy accordera, jouxte la vraye vérité de ce qui
-en est, qui m'assure qu'il ne y a rien eu de mal à propos contre elle
-par dellà, et que milord de North et les siens resteront confuz de ce
-qu'ilz en ont dict, mesmement s'il vous plaist en escripre une bonne
-lettre, de vostre main, à la dicte Dame, comme très humblement je vous
-en supplye.
-
-Mr de Walsingam s'est monstré vertueux et honneste gentilhomme à
-rejetter ces faulx rapportz; et a parlé, à son tour, très
-honnorablement de Vostre Majesté, ainsy que je l'ay bien certeynement
-sceu. Il vous remercye très humblement de l'honneur que luy avez faict
-de luy escripre, et promect qu'il n'aura nul plus grand soing, en sa
-charge, que de conserver l'amityé d'entre Voz Très Chrestiennes
-Majestez et la Royne, sa Mestresse, et qu'il espère de voyr la dicte
-amityé plus ferme que jamays, si la paix succède en France. Sur ce,
-etc.
-
- Ce XXVIIIe jour de décembre 1574.
-
-
- ADVERTISSEMENT D'AULCUNES CHOSES
- à Leurs Majestez, oultre le contenu des lettres:
-
- Que ceste princesse, depuys l'advènement du Roy à la couronne,
- s'est rendue bien fort curieuse de monstrer que, pour chose
- qui ayt passé cy devant entre eulx, elle ne se tient offancée
- de luy, et n'a opinyon qu'il se tienne aussy en rien offancé
- d'elle, affin que le fondement ne deffaille entre eulx de
- pouvoir mutuellement renouveller les traictez de paix et
- d'amityé qu'ilz ont l'ung avecques l'aultre.
-
- En quoy, encor qu'il y ait ou y puisse avoyr, sellon aulcunes
- non légères conjectures, de l'artiffice autant que de vérité,
- si est il bien certain que la résolution a esté une foys
- prinse par la dicte Dame, au cas qu'elle peût trouver de la
- correspondance au Roy, qu'elle persévèreroit très constamment
- vers luy, ainsi qu'elle avoit persévéré vers le feu Roy, son
- frère;
-
- Mais l'on luy a suscité des escrupulles non petites pour la
- divertyr de ce bon propos, car, oultre la contrariété de la
- religyon et autres choses, que j'ay cy devant mandées, l'on
- luy a faict tomber ung advertissement entre meins, comme
- venant de Flandres, mais j'estime que quelque ministre l'ayt
- inventé, que le Roy adhérant soubz main à la guerre que le
- Turc mène si aspre au Roy d'Espaigne, il prétend, après
- l'avoyr bien travaillé par là, de luy courir sus au duché de
- Milan, et que desjà la jalousie en estoit si grande, en
- Italye, qu'on n'avoit voulu octroyer le passage aux forces de
- pied et de cheval que le Pape luy offroit pour la guerre de
- France;
-
- Et que Mr de Savoye avoit donné parolle au Roy d'Espaigne
- qu'il ne les permettroit aulcunement passer par ses terres;
-
- Et ont meslé, parmy le dict advertissement, que, par aulcuns
- mémoyres du dict duc de Savoye, l'on avoit descouvert que
- véritablement le Roy avoit accepté du Pape le droict de
- conqueste de ces isles de deçà, qui se sont substrettes de
- l'obéyssance de l'église rommayne, en la forme que le feu Pape
- et le consistoyre en avoient octroyé l'investiture au Roy
- d'Espaigne, avant qu'il entrât en ceste guerre du Turc;
-
- Et qu'indubitablement le Roy avoit promis, pour l'effet de
- cella, de fère descendre en Escosse six mille harquebuziers
- italiens, quatre mille françoys et quinze centz chevaulx,
- pour, avec plus grandes forces, après qu'il auroit avec celles
- icy réduict l'Escosse, passer plus avant, et entreprendre, en
- personne mesmes, la plus forte et la plus aspre guerre en
- Angleterre, avec l'ayde des Catholicques, qu'on y ayt jamays
- veu;
-
- Et que, pour s'attribuer, le Roy, plus de droict en cella, il
- prétandoit d'espouser la Royne d'Escosse et fère valoir le
- transport du tiltre d'Angleterre que, de longtemps, elle luy a
- faict, et de poursuyvre si vifvement ceste entreprinse qu'il
- l'eût menée à fin avant le bout de deux ans;
-
- Mais que le roy d'Espaigne se dellibéroit de luy susciter tant
- d'affères d'ailleurs, et luy tirer la guerre intestine de la
- France en telle longueur, sellon qu'il en avoit assez de
- moyenz par le Languedoc, et par diverses intelligences dans le
- royaulme, que, si la Royne d'Angleterre se vouloyt aider, de
- son costé, on feroit aysément escouter au Roy ses forces et
- ses finances, et ses bons hommes, et tout l'effaict de ceste
- grande fortune, qui lui ryoit si fort à ce commancement, pour
- avoyr assez que fère dans son royaulme, sans s'estendre ny en
- Italye, ny en Flandres, ny en Angleterre.
-
- Et, là dessus, est arryvé milord de North, qui a faict à la
- dicte Dame d'aussy fascheux et malplaysantz rapportz qu'il est
- possible, non du Roy, car il n'a ozé estre si impudent, mais
- de tout le reste de sa court; et qu'il n'y avoit rien veu qui
- ne luy eût signiffyé une manifeste déclaration d'hayne et de
- malveillance contre elle et contre ce royaulme, racomptant ce
- que j'ay plus au long desduict ez lettres de Leurs Majestez,
- n'obmettant rien de ce qui pouvoit irriter et picquer jusques
- en l'âme ceste princesse, et luy rendre très suspecte l'amytié
- de Leurs Très Chrestiennes Majestez.
-
- Sur quoy, elle, assez troublée et pleyne d'indignation, a
- mandé ses plus privés conseillers pour leur communicquer ce
- fascheux rapport, et le juste malcontantement, qu'elle avoyt,
- que le Roy et sa court luy eussent rendu honte pour l'honneur
- qu'elle luy avoit envoyé fère.
-
- Et là dessus se sont prinses des dellibérations que je n'ay
- peu toutes descouvrir; mais voicy ce qui en est venu à ma
- cognoissance:
-
- Que, en premier lieu, il a esté mandé à Me Wilson, à
- Bruxelles, de s'employer, le plus vifvement qu'il pourroit, et
- employer le nom et crédict de la dicte Dame, pour fère venir
- bientost les choses en accord avec le prince d'Orange, et de
- renouveller comment que ce soit, et le plus estroictement
- qu'il luy sera possible, les anciens entrecours d'entre ce
- royaulme et les Païs Bas;
-
- Que des cappitaynes angloix ont esté mandez à Ampthoncourt
- pour leur accorder quelque entretènement, et les assurer
- qu'ilz seront bientost employez, et qu'ils ayent cependant à
- advertyr leurs gens de se tenir prestz; et a l'on aussy creu
- la pencyon à quelques cappitaynes italyens qui sont en ceste
- ville;
-
- Qu'on a envoyé ung gentilhomme devers Mr de Méru, qui a
- longuement conféré avecques luy; et, après qu'il a esté
- départy, le dict Sr de Méru s'est trouvé si surprins d'ayse
- qu'il ne s'est peu tenir de dyre que la dicte Dame et ceulx de
- son conseil avoient envoyé luy fère la conjouyssance de ce que
- milord de North rapportoit: qu'ung grand nombre de seigneurs,
- et gens de bonne mayson et gentilzhommes de France, avoient
- commancé de manifester la bonne affection qu'ils portoient à
- la mayson de Montmorency, et que Mrs l'admiral de Turenne et
- de Ventadour, de Carses, de Limreilh et plusieurs autres
- s'estoient déclarez ouvertement pour eulx; et que le maréchal
- Dampville avoit troys mille chevaulx et dix huit mille
- harquebuziers en campagne, et que le mareschal de Retz, qui
- avoit voulu marcher vers ces quartiers là, s'estoit trouvé si
- foible qu'il avoit esté contreinct de se retirer, et mander au
- Roy qu'il le supplyoit de s'advancer pour renforcer son armée;
- que beaucoup de gens abandonnoient l'armée du Roy, et que
- Monsieur le Prince Daulfin s'estoit retiré fort malcontant,
- que Monsieur le Prince de Condé armoit et avoit espérance
- d'entrer bientost avec dix mille reytres en France; et que, en
- Provence, Daulfiné et Languedoc, ne restoit plus qu'une seule
- ville que toutes n'eussent adhéré aulx eslevez, ou pour la
- cause de la religyon ou pour l'autre prétendue du _bien
- public_.
-
- Et, à deux jours de là, le dict Sr de Méru est allé à
- Hamptoncourt, avec le cappitayne La Porte, et le cappitayne
- Chat, lesquels deux j'entendz qu'ont faict la cenne avec les
- Protestantz, mais luy demeure catholicque; et ont esté fort
- bien et fort privéement caressez;
-
- Que les ministres se sont assemblés en conseil pour dellibérer
- de ce qui estoit à fère sur ung concours de tant de nouvelles;
- et m'a l'on rapporté qu'il a esté résolu entre eulx qu'il sera
- dépesché ung homme exprès, vers ceulx qu'ils sentent estre de
- leur party et mesmement vers les principaulx et plus grands,
- pour les admonester de prendre, à ce coup, les armes, et que
- le poinct est venu qu'il n'y aura jamays plus envers Dieu et
- les hommes aulcune excuse pour eux, s'ilz ne se déclarent
- maintenant, et s'ilz ne sont dilligentz à susciter bientost
- les soublévations et révoltes qu'ils sçavent estre
- secrettement formées en divers endroictz du royaulme, de sorte
- qu'il n'y ayt province où il n'y en apparoysse quelqu'une;
-
- Que, par mesme moyen, ils ayent à se saysir du plus grand
- nombre de places qu'ilz pourront, et, par exprès, d'aulcunes
- sur la mer de deçà, le long de Picardye et de Normandye, affin
- d'attirer les Angloix à ceste guerre, car lors ils se
- déclareront indubitablement pour eulx;
-
- Que les praticques qui sont tramées, de longtemps, sur
- Callays, Bouloigne, Dieppe, le Hâvre et Cherbourg, seront
- tantées; en quoy se parle qu'il y a des habitantz, aulxquelz
- on a promis cinq centz escus de rante à chascun, dans ce
- royaulme, pour introduyre les Angloix dans leurs villes; et
- qu'on doibt conduyre l'entreprinse par des navyres marchands,
- où y aura des harquebouziers et gens de guerre cachez,
- lesquelz, avec leurs intelligences, se rendront mestres des
- portes; et qu'en mesmes temps y aura partye faicte, dans les
- dictes villes, pour tuer les gouverneurs et cappitaynes;
-
- Et qu'en effect la guerre s'allumera par toutz les coings et
- endroictz du royaulme, pour obtenir ceste foys l'édict
- irrévocable de janvyer, avec de si bonnes places et lieux de
- seureté, qu'ilz n'auront jamays plus à creindre qu'on leur
- viegne forcer ny leurs vyes ny leurs consciences; et que le
- Roy et la Royne, sa mère, se trouveroient si perplex que, de
- la pluspart de ceulx qu'ilz se voudroient servir, ou qu'ilz
- voudroient retenir près d'eulx, ou bien les employer en
- légations et charges, ilz ne les réputeront fidelles; et, s'il
- est possible, ilz persuaderont ceulx de ce conseil de fère que
- ceste princesse monstre quelque ressentiment, de parolle ou
- d'effaict, sur les susdictz rapportz de milord de North, affin
- de venir en ropture avecques le Roy.
-
- Mais ce qui plus me griefve est que deux personnages
- catholicques, et bien fort vénérables, de ce royaulme, m'ont
- mandé, séparément l'ung de l'autre, sellon qu'ilz sont aussy
- séparez, que la conjuration a esté faicte contre la vye et la
- personne du Roy, et qu'à présent, plus que jamays, l'on la
- poursuyt; et qu'il faut que Sa Majesté face prendre
- soigneusement garde à son boyre, à son manger, à ses
- vestementz, à ce qu'il touchera, et nomméement au pommeau de
- la selle et aulx rènes du cheval qu'il montera.
-
- Et, depuis, les dessusdictz et ung autre personnage de bonne
- qualité, estranger, m'est venu confirmer le mesmes
- advertissement, par la relation d'aulcuns aultres, et comme il
- est ordonné d'employer de grands dons et présantz pour
- corrompre quelqu'ung de la cuysine, ou d'autre office de la
- bouche du Roy, ou bien de sa garderobbe, ou de l'escuyerye,
- pour exécuter l'entreprinse. Et n'ont deffally aussy aulcuns
- françoys de la nouvelle religyon qui m'ont adverty comme ilz
- avoient eu quelque sentiment de ceste détestable conjuration,
- et, qu'en toutes sortes j'en debvois donner advis au Roy.
-
- Et les ungs et les aultres, tant plus je les ay examinés des
- circonstances de ce faict, plus je les ay trouvez conformes et
- persévérantz en ce qu'ilz m'en avoient desjà dict. Et m'ont,
- d'abondant, confirmé qu'il y a secrette dellibération, entre
- les Angloix, d'armer et de tanter l'entreprinse des susdictes
- cinq places, ou de quelqu'une d'icelles; et que pareillement
- il y a grande conjuration contre la vye de la Royne d'Escosse,
- ce que la pouvre princesse a bien senty, ainsy qu'ung chiffre
- que j'ay dernièrement receu d'elle le tesmoigne.
-
- Et y a grande apparance, aussy, que, si les escrupulles qu'on
- a imprimé à la Royne d'Angleterre ne sont modérez, qu'elle
- tentera, de rechef, l'entreprinse d'avoyr le Prince d'Escosse,
- sellon qu'on m'a rapporté que, depuis quelques jours en çà,
- elle a dict qu'elle vouloit fère en sorte que le dict Prince
- et le château de Dombertrand fussent mis ez mains du comte de
- Morthon, parce qu'il réputoit Me Alexandre Asquin et ceulx qui
- gardent Dombertrand, et nomméement Droucastel, traystres. De
- quoy seroit bon les advertyr de l'opinyon que la dicte Dame a
- d'eux, car cella les feroit du tout jetter ez bras du Roy.
-
- Et n'ont deffally aulcuns, mesmement des partisans de
- Bourgoigne, qui ont mis en avant à ceste princesse que, sans
- plus s'amuzer aulx belles parolles du Roy et de la Royne, sa
- mère, lesquelles n'estoient que pour la tromper, elle voulût
- estroictement racoincter le Roy d'Espaygne; et avoyr agréable
- que Mr de Savoye envoyât la requérir de mariage, sellon que
- c'estoit ung prince d'âge compétant, qui avoit eu des enfans
- d'une princesse aussy advancée en l'aage comme elle, et qui
- estoit prince d'une esprouvée vertu, qui n'escandalizeroit
- rien par deçà, et qui sçavoyt supporter ceulx de la nouvelle
- religyon en ses terres, estant certain que le Roy d'Espaigne,
- en faveur de ce mariage, et pour paciffyer et saulver ses Pays
- Bas, comme indubitablement il le feroit avec la faveur de ce
- royaulme, il establiroit le dict Mr de Savoye gouverneur de
- Flandres, chose qu'il n'en pourroit advenir de plus heureuse,
- ny plus à propos, pour l'Angleterre que cella.
-
- Et m'est bien souvenu de ce que, par une dépesche du moys
- d'octobre dernier, Leurs Majestez m'avoient mandé, que je ne
- fusse, à présent, nullement endormy, parce que ce seroit le
- temps auquel l'on feroit les plus grands effortz de mettre la
- dicte Dame à la guerre; mais j'espère que Dieu fera la grâce
- au Roy d'establyr la paix en son royaulme, par le moyen de
- laquelle il rendra esteinctes aulx malins leurs males pensées
- dans leurs cueurs, et veynes toutes leurs entreprinses; et
- que, s'il luy playst d'envoyer requérir la continuation de la
- ligue avec ceste princesse, et la satisfère ung peu de ces
- impressions que milord de North luy a données, qu'il obtiendra
- tout ce qu'il voudra d'elle, et ne sentira de son royaulme que
- toutz offices d'amityé et de bonne intelligence.
-
-
- AUTRE LETTRE A PART.
-
- (_Escripte de la main du Sr de La Mothe Fénélon._)
-
- --du XXVIIIe jour de décembre 1574.--
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, il y a des personnes, à qui leur malice les presse si fort au
-cueur qu'ilz ne l'y peuvent tenir cachée, et manifestent souvant des
-pensées qu'ilz ont, qui sont plus malignes qu'il ne leur abonde le
-moyen de les exécuter, ainsy que, sur ce que je viens de vous escripre
-par ung mémoyre de ceste dathe, touchant la conjuration faicte contre
-la personne de Vostre Majesté, j'ay envoyé remonstrer au vieux évesque
-catholicque de Lincoln, et à ung autre grand docteur très catholicque,
-qui sont toutz deux en arrest en ceste ville, et pareillement au Sr
-Fogas, portugoys, et surtout au Sr de Languillier et au cappitayne
-Bastian, provançal, et à quelques aultres françoys, (qui m'ont donné
-le dict advertissement, et y ont meslé le danger de la Royne, vostre
-mère, avecques le vostre), que je ne voulois légèrement, sur ung dire
-si général et incertain que le leur, vous donner ceste tant fascheuse
-impression, laquelle ne pourroit estre que ne vous esmeût bien fort,
-et ne picquât estrangement les cueurs de Voz Majestez; et que pourtant
-je les prioys de me désigner s'il y avoit, de présent, près de Voz
-dictes Majestez, ou s'il y debvoit venir personne, de quelque qualité
-que ce fût, qu'ilz l'eussent ouy nommer pour suspecte de cest acte,
-affin que la puissiez fère mieulx observer et vous mieulx
-contregarder.
-
-Et ilz m'ont respondu le mesmes qu'ilz m'avoient desjà mandé, que,
-par des propos qu'aulcuns, transportez de passion, avoient tenuz entre
-eulx, il estoit évident que la dicte conjuration estoit faicte, et
-qu'on poursuyvoit encores, à présent, plus qu'on n'avoit encores
-faict, de l'effectuer. Et ont adjouxté qu'il falloit prendre bien
-garde que quelqu'ung, ayant une baguette en la main, avec ung noeud,
-ou ung petit boucquet au bout, ne vous touchât, feignant de le fère
-par mégarde, car le bouquet seroit empoysonné; et aussy que, pour
-éviter quelque malheureux coup de dague ou de pistollé par trahyson,
-Vostre Majesté n'admît près de soy personnes incognues, et nomméement
-nul escossoys, qui ne fût bien advoué.
-
-Et m'ont, d'abondant, adverty que les ministres s'estant persuadez
-qu'il n'y avoit bonne intelligence entre Vostre Majesté et Monseigneur
-vostre frère, avoient proposé de mettre en avant que nouveau partage
-luy fût baillé, avec tiltre de Roy, ou aulmoins de souverayneté, affin
-que ses terres fussent ung lieu de refuge à ceulx de leur religyon,
-qui estoit la plus honneste seureté qu'ilz vous sçauroyent demander;
-mais qu'ilz ne sçavoient pas encores si Mon dict Seigneur le
-trouveroit bon, car ce n'estoit chose qui fût provenue de luy. Qui
-sont dellibérations, Sire, qui descouvrent plus de tourment en ceulx
-qui les font, qu'il n'y a apparance qu'ilz les puissent ny ozent
-jamays entreprendre, tant elles ont peu de fondement; dont n'en debvez
-estre en peyne.
-
-Et néantmoins je n'ay voullu fallir de les vous mander, puisqu'elles
-concernent vostre personne, vous supplyant très humblement, Sire, que,
-de tant que ces gens ne cessent de vous dresser, dedans vostre
-royaulme et partout où ilz peuvent, dehors, tout plein de fâcheuses
-praticques, sur l'apparance de ce qu'ilz imaginent debvoir estre ou
-pouvoir advenir, qu'il vous playse, et à la Royne, vostre mère, pour
-les rendre confus, unyr très intimement et très cordiallement
-Monseigneur vostre frère à voz intentions, comme ung autre bras droict
-de vostre force, et l'appuy de vostre authorité, et que faciez
-paroistre qu'il est ainsy; et réputiez, au reste, très honnorable, et
-encores plus heureuse, la paix avec voz subjectz, en quelle façon que
-Dieu vous donnera de la pouvoir fère avec vostre réputation, car elle
-vous mènera à bout de toutz voz affères; et qu'il soit vostre bon
-playsir de me renvoyer la présente, qui est escripte de ma main: car
-ceulx qui y sont nommez me l'ont ainsy faict jurer et promettre. Et
-sur ce, etc. Ce XXVIIIe jour de décembre 1574.
-
-
-
-
-CCCCXXVIe DÉPESCHE
-
---du segond jour de l'an 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Audience.--Assurances réciproques d'amitié.--Offre faite par
- Élisabeth de sa médiation pour procurer la paix en
- France.--Réponse évasive de l'ambassadeur.--État des forces que
- le roi peut opposer aux rebelles.--Explications sur les propos
- rapportés par lord de North.--Déclaration d'Élisabeth à ce
- sujet.--Instances de l'ambassadeur en faveur de Marie
- Stuart.--Meilleure disposition d'Élisabeth à l'égard de la
- reine d'Écosse.--Recommandation au roi en faveur de Me
- Warcop.--Prière à la reine-mère de faire une réponse à la
- déclaration d'Élisabeth.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, estant, à l'occasion de vostre dépesche du Ve du passé,
-allé donner, le premier d'estui cy, les bonnes festes et le bon
-an à la Royne d'Angleterre, à Ampthoncourt, elle s'est trouvée
-merveilleusement bien contante des propos que j'ay eus à luy tenir de
-vostre part; et après qu'elle m'a eu, avec démonstration de beaucoup
-d'affection, dict qu'elle vous faisoit, de bon cueur, les mesmes bons
-et honnestes souhaitz que je luy faisois, icy, à elle, et qu'elle
-desiroit que ce segond an de vostre règne fût en toutes sortes si
-segond, et bien heureux, qu'il vous peût introduyre en plusieurs
-aultres années après, qui vous fussent pleynes de félicité, elle m'a
-prié de vous escripre qu'elle vous remercyoit infinyement de celle
-forme d'excuse que luy faysiez de ne l'avoyr encores envoyé visiter,
-laquelle luy estoit ung tesmoignage non petit que vostre intention
-estoit de vous entretenir en bonne amityé avec elle, puisqu'au milieu
-des grands et très urgentz affères de vostre royaulme, et mesmement de
-ceulx où vous vous trouviez à présent enveloppé, ez confins d'icelluy,
-vers le Languedoc, il vous playsoit d'avoyr en mémoyre ceste visite,
-sur laquelle elle considéroit assez vos empeschementz; mais elle vous
-promettoit bien qu'en quel temps qu'elle vînt, elle tesmoigneroit au
-monde qu'elle l'acceptoit de bon cueur, et qu'elle la recepvoit à très
-grand honneur, et pour une marque de la plus parfaicte intelligence
-qu'elle desire avoyr avec quelconque aultre prince qui soit en la
-Chrestienté; et puisque luy offriez de luy garder sincèrement les
-droictz de vostre amityé, qu'elle vous prioit de croyre qu'elle vous
-conserveroit perpétuelle et inviolable ceulx de la sienne, bien
-qu'elle ne se pouvoit assurer qu'il n'y en eût, près de vous, qui vous
-persuadoient aultrement, et qui desiroient vous voyr brouillez
-ensemble, et la troubler à elle en son estat, mais qu'elle ne
-layrroit, pour cella, de donner foy à ce que luy promettiez, et de
-souhayter, de tout son cueur, l'establissement de voz affères et la
-tranquillité de vostre estat; et que la mesmes offre, qu'elle avoit
-faicte au feu Roy, vostre frère, aulx troubles de son temps, elle la
-tournoit fère à Vostre Majesté en ceulx qui se sont ressucitez du
-vostre:
-
-C'est que, si voyez qu'elle puisse quelque chose pour les réduyre à de
-bons termes de paix, avec la conservation de vostre authorité et
-réputation, et avec toutz les advantaiges qui doibvent estre réservez
-à ung roy et prince souverain, qu'elle est preste de s'y employer en
-la mesme forme qu'elle desire demeurer establie sur ses propres
-subjectz, et non à rien moins que cella. En quoy s'il luy pouvoit
-apparoir que eussiez offert aulx vostres, non toutes les condicions
-qu'ilz voudroient, mais quelques unes, honnestes et tollérables, pour
-satisfère à leurs consciences, et d'autres pour les rendre aulcunement
-assurez contre les justes meffiances que vous mesmes jugés bien qu'ilz
-ont occasion d'avoyr, et qu'ilz ne s'en voulussent contanter, qu'elle
-les réputeroit lors substretz de la droicte religyon pour entrer en
-une manifeste rébellion contre Dieu et contre leur prince naturel, et
-comme telz elle ayderoit, de tout son pouvoir, à les chastier et
-réprimer.
-
-De quoy l'ayant bien fort remercyé avecques une suyte de toutz les
-honnestes propos que j'ay estimez convenir à l'expression de vostre
-bon desir à la paix, sans m'arrester nullement à son offre, sinon de
-l'assurer que je le vous signiffieroys le plus près que je pourrois
-des mesmes termes qu'elle me l'avoit dicte, je luy ay satisfaict à ce
-qu'au reste elle m'a demandé: s'il n'y avoit poinct cependant
-suspencion d'armes? Que véritablement non, et que j'entendoys que Mr
-de Bellegarde estoit devant Livron avec une bonne armée et vingt
-canons; et Mr le maréchal de Retz devant Riez, en Provence, avec une
-aultre armée et avec une aultre bonne bande d'artillerye; et le duc
-d'Uzès avec d'autres bonnes forces vers l'autre part de Languedoc; et
-Mr le maréchal de Monluc avec d'autres en la Guyenne; et Mr de
-Montpensier continuoit le siège de Lusignan en Poictou: de sorte que
-Vostre Majesté avoit cinq armées aulx champs, et estiez prest
-d'introduyre encores bien d'autres grosses levées de reytres et de
-suisses, et estrangers, et joindre de très grandes forces de voz
-subjectz pour remédyer, par ce violent moyen, à la trop ostinée
-opiniastreté à voz subjectz, si les remèdes de vostre clémence et
-doulceur n'y pouvoient estre applicquez.
-
-De quoy la dicte Dame s'est donnée beaucoup d'admiration, d'où, ny
-commant, après tant de ruynes et de calamités de vostre royaulme, vous
-pouvoient maintenant survenir tant de grands et esmerveillables
-moyenz. Et a adjouxté qu'elle vous prioit, sur toutes choses, de ne
-vouloir essayer l'extrémité, parce qu'après icelle n'y avoit plus, de
-ressource. Et puis a faict venir à propos de me dire que, depuis huict
-jours en çà, je l'avoys cuydé remettre en la mesme détresse qu'elle
-estoit, lorsque la feue Royne, sa seur, luy faisoit fère son procès
-dans la Tour sur des parolles qu'on avoit mal entendues d'elle; et
-qu'elle me pouvoit dire qu'encores jamays elle n'avoit, à son escient,
-intéressé l'honneur de gentilhomme ny de dame, qui fût au monde, et
-que pourtant je pouvois croyre qu'elle n'avoit touché ny entendu
-toucher, en façon que ce fût, à celluy d'une telle princesse comme la
-Royne, vostre mère; mais qu'elle n'avoit peu fère de moins, pour
-l'honneur et révérance du feu Roy, son père, que de dire qu'il n'avoit
-esté honnorable à elle de se mocquer de luy, si, d'avanture, elle
-l'avoit faict; et qu'elle verroit quelle interprétation elle y
-voudroit donner.
-
-Je luy ay respondu que, à dire vray, j'estois, l'autre foys, party
-bien troublé de sa présence, ayant entendu des parolles qui tendoient,
-d'ung costé, à blasmer la Royne, vostre mère, et par conséquent Vostre
-Majesté mesmes, et, de l'autre, à mettre de l'altération en vostre
-mutuelle amityé; et que pourtant j'avoys cherché quelque radresse en
-cella, mais qu'à présent je demeuroys le plus satisfaict gentilhomme
-du monde, et me soubscripvois à ce qu'elle m'en avoit mandé, et à ce
-que présentement elle m'en disoit; dont espérois que bientost il luy
-viendroit aussy à elle tant de satisfaction, de cest endroict, que les
-mauvais rapportz en resteroient convaincus. Et suis passé à luy fère
-une petite négociation pour la Royne d'Escoce, et luy présenter une
-lettre qu'elle luy escripvoit, et une très belle coyfure de réseil,
-qu'elle luy envoyoit, fort mignonement ouvrée de la main mesmes de la
-Royne d'Escosse, avec le collet et manches, et aultres petites pièces
-appartenantes à cella, que la dicte Dame a eu autant agréables qu'il
-est possible. Et pense avoyr réduit les choses, entre elles, à
-quelques bons termes, pour n'estre besoing, Sire, que touchiez rien à
-l'ambassadeur d'Angleterre du changement qu'elle creignoit, jusques à
-ce que je vous en auray autrement escript. Et sur ce, etc.
-
- Ce IIe jour de janvier 1575.
-
-
- _Par postille à la lettre précédente._
-
- Ceste princesse et les principaulx de son conseil m'ont si
- instamment pryé de remémorer à Vostre Majesté la promesse
- qu'avez faicte à milord de North, touchant l'affère de Me
- Warcop, que je vous supplie très humblement, Sire, d'y vouloir
- fère regarder, et luy pourvoyr; car, avec l'équité de sa
- cause, il est gentilhomme de mérite, et qui est fort bien veu
- et bien fort estimé de la Royne, sa Mestresse, et de toute sa
- court.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, je suis retourné, ceste foys, si satisfaict de la Royne
-d'Angleterre, des honnestes et vertueux propos qu'elle m'a tenuz de
-Vostre Majesté, et de l'obligation qu'elle dict avoyr de vous aymer et
-respecter par dessus toutes les aultres princesses de la Chrestienté,
-et de la ferme créance qu'elle veut avoyr, attandu les honnorables
-offres d'amityé et d'alliance qu'elle a eues plus expresses de vous
-que de nul autre prince ny princesse qui vivent, qu'il ne peut estre
-que vous l'ayez volue offancer ny injurier, en vous mocquant et
-faisant ceste dérision, qu'on luy a dict du feu Roy, son père. Et a si
-bien rabillé ce que la collère et l'instigation d'autruy luy pouvoient
-avoyr faict advancer quelque parolle, que j'estime, Madame, s'il vous
-plaist luy escripre ung bon mot, de vostre main, sur l'interprétation
-de ce qui peut avoyr esté faict en cella; et que Vostre Majesté
-l'assure qu'il n'y a eu rien en dérision ny mocquerie d'elle ny du feu
-Roy, son père, que toutes choses se réduyront entre vous deux en aussy
-bons termes qu'elles ont esté jamays. Et de tant que cella ne peut
-estre, en ce temps, ny pour quelles occasions qui puissent survenir,
-sinon très commode et de beaucoup d'utillité aulx affères de Voz
-Majestez Très Chrestiennes, et au bien de vostre royaulme, je vous
-supplye très humblement, Madame, ne la vouloir mespriser. Et sur ce,
-etc.
-
- Ce IIe jour de janvier 1575.
-
-
-
-
-CCCCXXVIIe DÉPESCHE
-
---du VIIe jour de janvyer 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mousnyer._)
-
- Nécessité d'envoyer promptement la légation annoncée pour
- complimenter Élisabeth de la part du roi.--Maladie de
- l'ambassadeur.--Ses instances pour obtenir son
- rappel.--Nouvelles des Pays-Bas, d'Irlande et de la Rochelle.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ayant, par ma précédante dépesche, donné ung bien entier compte
-à Vostre Majesté des propos qui ont esté tenuz entre la Royne
-d'Angleterre et moy, à ce nouvel an, j'ai depuis travaillé, et fais
-tousjours tout ce que je puis pour entretenir la dicte Dame et ceulx
-de son conseil aulx meilleurs et plus exprès termes de vostre amityé
-qu'il m'est possible, affin qu'ilz ne se layssent conduyre,
-d'ailleurs, à fère des dellibérations qui vous puissent estre
-nuysibles, ny qui soient pour apporter de l'empeschement à
-l'establissement de voz affères. Et bien qu'ilz s'assemblent assez
-souvant pour traicter des entreprinses de l'année où nous entrons, si
-ne descouvrè je qu'ilz se résolvent, pour encores, à rien de bien
-certain, jusques à ce qu'ilz puissent voyr quelle yssue prendra le
-pourparlé de paciffication que Vostre Majesté a commancé avec ceulx de
-leur religion, car il semble bien, Sire, que la dicte Dame, avec
-aulcuns des mieulx intentionnés de son conseil, vous desirent de bon
-cueur la réduction de voz subjectz; mais il est bien certain qu'elle
-ny pas ung d'eux ne voudroient, en façon du monde, qu'elle advînt par
-une deffinition d'armes; et je crains par trop, si le dict pourparler
-vient du tout à se rompre, que leurs dictes dellibérations, avec
-celles des Allemantz, lesquels, par messagers ordinayres, confèrent
-quasy toutes les sepmaynes ensemble, ne se résolvent, en faveur de voz
-dictz subjectz, à vous susciter avec eulx une guerre plus longue et
-plus pleyne de difficultez et de dangers que n'ont esté les
-précédantes. Dont, affin, Sire, que, en tout évènement de paix ou de
-guerre, l'on ne puisse ainsy facillement divertyr ceulx cy de vostre
-intelligence, comme je voy bien que ceulx qui envyent vostre grandeur,
-et ceulx qui la creignent, s'efforcent de le fère, je vous supplye
-d'envoyer bientost visiter la dicte Dame, et la requérir de la
-confirmation de la ligue; car j'espère, moyennant cella, que je
-pourray bien, avec le gentilhomme qui viendra pour cest effect, et
-avec celluy qu'envoyerez me succéder, fère en sorte que les aultres
-poursuyvans, qui sont à présent icy, demeureront exclus de la pluspart
-de leurs demandes; et que je pourray laysser à mon successeur les
-choses de vostre service en très bonne disposition par deçà.
-
-En quoy, Sire, pour l'occasion de mon indisposition, laquelle me
-rengrège si fort, à toute heure, qu'à peyne ozè je plus habandonner la
-chambre, je suis contrainct de presser, plus qu'autrement je ne
-ferois, Vostre Majesté, de la venue des dictz deux gentilzhommes,
-joinct que Me Wilson a naguyères escript de Bruxelles qu'il avoit
-obtenu telle expédition qu'il avoit peu desirer sur toutz les poinctz
-de sa légation, et que le commerce d'Anvers estoit réouvert aulx
-Angloix, et l'amityé avec le Roy d'Espaigne s'alloit renouer plus
-estroictement que jamays, se louant infinyement des bonnes chères et
-des festins et accueils et bons trettementz que le grand commandeur et
-le duc d'Ascot, et don Bernardin de Mendossa, et aultres seigneurs de
-celle court luy avoient faict; ce que venant à estre mis en
-comparayson des choses que milord de North a mal rapportées de France,
-je sentz bien que quelques ungs s'efforcent d'en relever la part
-d'Espaigne par dessus celle de Vostre Majesté, dont est besoing de
-quelque ayde et de quelque prompt entretènement pour y remédyer.
-
-Les choses d'Irlande succèdent, à ceste heure, assez heureusement à
-ceste princesse depuis la réduction du comte d'Esmont, qui luy a remis
-cinq fortz entre mains. Et le comte d'Essex en a gaigné deux ou troys,
-et en faict réédiffyer quatre; dont demande, à présent, ung renfort de
-soldatz, affin de les garnyr bien très toutz; et si, a prins, à ce que
-j'entends, Briant Mac O'Nel, qui est escossoys, prisonnyer. Et le
-susdict comte d'Esmont promect qu'il fera bientost réduyre tout le
-païs à une bonne tranquillité soubz l'obéyssance de la Royne
-d'Angleterre.
-
-L'on dict qu'il est party de Flexingues une flote de dix huict bons
-navyres de guerre pour aller courre la coste d'Espaigne, et se
-retirer, puis après, en Brouage.
-
-Il y a ung jeune homme, naguyères revenu de la Rochelle, qui rapporte
-que Mr de La Noue en est party, avec quarante chevaulx, assez
-malcontant des habitants; bien que les ministres font courir le bruict
-qu'il est allé, avec troys centz chevaulx, recueillyr aultres troys ou
-quatre centz chevaulx en Périgort, et six centz harquebouziers; et
-qu'avec ces forces, et aultres qu'il pourra assembler, il dellibère
-d'aller combatre Mr de Montpensier, et secourir ceulx qui sont dans
-Lusignan. Et sur ce, etc.
-
- Ce VIIe jour de janvier 1575.
-
-
-
-
-CCCCXXVIIIe DÉPESCHE
-
---du XIIIe jour de janvyer 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)
-
- Retards apportés à la négociation de la paix en
- France.--Démarches faites auprès de Mr de Méru par les
- protestans.--Mort du duc de Bouillon et du cardinal de
- Lorraine.--État de la négociation de la paix.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, avec les honnestes propos d'amityé que j'ay tirés des deux
-dépesches de Vostre Majesté, du Xe et XIIIIe du passé, qui me sont
-arryvées le quatriesme et sixiesme d'estui cy, j'ay mis peyne
-d'entretenir la Royne d'Angleterre, et ceulx qui guident ses
-dellibérations, en la meilleure disposition que j'ay peu; et ay, par
-là, assés faict suspendre les responces qu'aulcuns s'efforçoient
-d'avoyr d'elle sur les présentz affères qui se débatent en vostre
-royaulme; qui, avec bonnes parolles, les a remys jusques après que,
-par la procheyne légation que luy envoyerés, elle aura pu cognoistre
-comme vous entendez de vivre avec elle. Il est vray, Sire, que je
-sentz bien que, sur les difficultez que l'ambassadeur d'Angleterre a
-escript qui se trouvoient si grandes, en la paciffication de voz
-subjectz, que Vostre Majesté perdoit quasy l'espérance de ne les
-pouvoir plus réduyre sinon par la force, il a esté donné quelque
-parolle là dessus, qui a beaucoup contanté les poursuyvans. Et a l'on
-mis en avant je ne sçay encores bonnement quoy, sur la nouvelle qui
-est arryvée de la mort de Mr de Boillon[3], touchant ses deux places
-de Sedan et de Jamays.
-
- [3] Henri Robert de La Mark, duc de Bouillon, mort le 2 décembre
- 1574.
-
-Et le cinquiesme de ce moys est arryvé, en ceste ville, ung provençal,
-nommé Pierre Garnier, de Marseille, qui monstre estre assés habille
-homme et homme d'affères; lequel dict que, voyant la guerre en son
-pays, il avoit volontiers prins l'occasion de s'en esloigner, soubz
-prétexte de marchandise, et qu'il attandoit de bref ung navyre sien
-qui luy estoit de grande importance. Et incontinent est allé trouver
-Mr de Méru, feignant toutesfoys d'estre homme fort indifférent, et de
-n'avoyr poinct sceu que Mr de Méru fût icy, mais que, pour avoyr esté
-d'autresfoys fort cognu de Mr Dampville, il luy vouloit bien fère la
-révérance, et luy a faict les forces de son dict frère fort grandes,
-de vingt mille harquebusiers et troys mille chevaulx. Dont, bientost
-après, le dict sieur de Méru est allé à Ampthoncourt négocier quelque
-chose là dessus avec ceste princesse et avec ceulx de son conseil; et,
-encores depuis, il y est retourné, quand l'homme du docteur Dayl a
-esté arryvé, avec la dépesche de son maistre, du XXIXe du passé, par
-la quelle il assure que Mr le cardinal de Lorrayne estoit trespassé le
-jour de Noël, qui a esté une nouvelle à ceulx cy non mal agréable, à
-cause de la Royne d'Escosse, mais j'assure fort que je n'en ay poinct
-de confirmation. Et semble que le dict Sr de Méru se prépare pour
-retourner de bref en Allemaigne, et m'a l'on dict qu'il emmeyne
-avecques luy le jeune Montgommery, frère puyné de celluy qui s'en est
-retourné à la Rochelle avecques sa femme.
-
-Le susdict ambassadeur d'Angleterre avoit desjà escript, icy, du
-deppart des depputez de Languedoc, en une certeyne façon qui faisoit
-assés doubter que vous desirissiés la paix; mais j'ay faict voyr que
-nul ne debvoit trouver estrange si aviez renvoyé les dictz depputez
-sans leur accorder celle convoquation qu'ilz demandoient estre faicte
-à Nismes; car, oultre qu'elle tiroit les choses en longueur, vous leur
-avez proposé d'autres expédientz qu'ilz n'avoient poinct rejettez,
-lesquelz ilz estoient allez conférer avec ceulx qui les avoient
-depputez, en intention d'incontinent après vous venir retrouver, et
-que cepandant vous dellibériez, avec les depputez de Monsieur le
-Prince, lesquelz vous attendiez d'heure en heure, de disposer la
-matière pour la fère venir à quelque bonne conclusion. Ce qui a, de
-rechef, remis ceulx cy en l'opinyon de la paix. Et le mesmes
-ambassadeur leur a escript que, depuis la mort de Mr le cardinal de
-Lorrayne, l'on en avoit plus d'espérance. Et sur ce, etc. Ce XIIIe
-jour de janvier 1575.
-
-
-
-
-CCCCXXIXe DÉPESCHE
-
---du XIXe jour de janvyer 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calays par Jehan Volet._)
-
- Injonction faite à l'ambassadeur d'intercéder vivement auprès
- d'Élisabeth pour Marie Stuart.--Crainte qu'une pareille
- démarche ne soit inopportune.--Espoir que la reine d'Écosse est
- pour le moment hors de danger.--État de la négociation de la
- paix en France.--Promesses faites par Élisabeth aux protestans
- de France et d'Allemagne.--Armemens préparés secrètement à
- Londres.--Nouvelles de la Rochelle.--Négociation de la paix
- dans les Pays-Bas.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, à ce premier chef de vostre dépesche, du XXe du passé, que j'ay
-receue le tréziesme d'estuy cy, par où Vostre Majesté me mande que je
-m'opose au transport de la Royne d'Escosse, je ne fauldray d'y
-satisfère, quand j'entendray, par elle, ou que je sentiray, icy, qu'il
-en sera besoing, bien que nulle autre chose pourra estre prinse en
-pire part, ny plus mal interprétée de la Royne d'Angleterre et des
-siens, que l'instance que j'en pourray fère, parce qu'elle et eulx ne
-sont de rien au monde si jaloux que de tout ce qui, au nom de Vostre
-Majesté, vient estre dict ou faict en faveur de ceste princesse.
-Néantmoins je n'obmettray rien de tout ce qu'il vous plaist m'en
-commander avec la deue observance, toutesfoys, qu'y sera requise, pour
-n'altérer rien de voz affères par deçà. Dont je loue Dieu que, pour
-ceste heure, il n'y fault rien fère; car il est desjà pourveu, si plus
-grand accidant ne survient, qu'elle ne sera poinct changée de la garde
-du comte de Cherosbery.
-
-Et pour l'autre segond chef de vostre dicte dépesche, j'ay mis peyne
-de fère voyr, icy, de quelle bénignité vous avez commancé de tretter
-avec les depputez du Prince de Condé, et combien vous desirez et avez
-bonne espérance de mettre de bref la paciffication en vostre royaulme.
-Qui vous promectz, Sire, que les aultres depputez des eslevez de
-Languedoc ne furent pas plus tost départis d'Avignon, sans avoyr rien
-faict, que les suppostz de la nouvelle religyon, qui sont icy,
-n'allassent incontinent à Ampthoncourt, devers la Royne d'Angleterre
-et devers ceulx de son conseil, y estant lors Mr de Méru, pour leur
-donner entendre que, sur des difficultez non petites, et sur certeyne
-forme d'articles qu'ilz leur monstreroient, toute l'espérance de la
-paix estoit rompue, et que les eslevez se trouvoient sy gaillards
-qu'ilz se mettroient bientost en campaigne; et que, dans peu de jours,
-le Prince de Condé seroit prest de descendre, avec de grandes forces,
-d'Allemaigne en France; dont supplyoient la dicte Dame de se vouloir,
-à ce coup, bien résoudre de leur donner, sinon ouvertement du secours
-d'hommes, aulmoins celle faveur de son royaulme, par mer et par
-terre, que le temps et l'occasion leur pourroit admener d'en avoyr
-besoing.
-
-A quoy j'entends qu'elle leur a respondu qu'elle estoit en bonne
-amityé et intelligence avec Vostre Majesté, et ne leur pouvoit, pour
-ceste heure, rien promettre à vostre préjudice, mais qu'elle se
-réservoit de leur fère une bien plus expresse responce dans bien peu
-de moys, qu'elle auroit veu comme vous dellibèreriez de demeurer avec
-elle, et comme vous entendriez de demeurer avec eulx; et que, si
-cepandant elle pouvoit estre moyen de quelque réconciliation entre
-Vostre Majesté et eulx, elle offroit de s'y employer de tout le
-pouvoir et moyen qu'elle en auroit. Et les a ainsy renvoyez.
-
-Néantmoins il se poursuyt tousjours une secrette dellibération d'armer
-bon nombre de navyres, et de mettre jusques à huict mille hommes
-dessus, par apparance d'en vouloir secourir le Roy d'Espaigne, et
-Guoras s'en entremet aulcunement; mais ceulx qui considèrent l'affère
-de près jugent que c'est toute aultre chose qu'on couvre là dessoubz.
-Dont je mettray peyne d'y avoyr l'oeil le plus ouvert qu'il me sera
-possible.
-
-Deux jeunes hommes partys de la Rochelle le segond de ce moys sont
-arryvez, n'y a que troys jours, en ceste ville, avec quelque
-commission de passer en Ollande; et ont apporté diverses dépesches à
-plusieurs, expéciallement à Mr de Walsingam, lequel s'est retiré pour
-ung moys en ceste ville, affin de se fère panser de son accoustumée
-difficulté d'urine. Et j'entends qu'ilz rapportent que le Sr de La
-Noue estoit retourné à la Rochelle, le XXIXe du passé, et pareillement
-le baron de Miraubeau, et le lieutenant de Poictiers en Brouage,
-ayantz fally à deux entreprinses, pour lesquelles ilz estoient partys:
-l'une, de Zainctes, où leurs eschelles pour estre trop chargées
-s'estoient rompues; et l'autre, de St Jehan d'Angely, où ceulx de
-dedans, qui estoient de leur intelligence, pour l'espérance procheyne
-de la paix n'avoient voulu interrompre leur repos, mais que, si la
-guerre continuoit, ilz faysoient estat de s'en rendre facillement
-maystres; et qu'ilz n'avoient, de plus près que Barbesieux, approché
-Lusignan, estantz hors d'espérance de le pouvoir secourir, de quoy ilz
-vouloient advertyr ceulx de dedans, affin de prendre party, lesquelz
-estoient en extrême nécessité de toutes aultres choses, ormis de bled
-et de farine qu'ilz en avoient encores pour longtemps. Et ont les
-dictz deux rochelloys assés déclaré que ceulx de leur ville et les
-aultres eslevez de tout ce quartier là inclineroient bien fort à la
-paix.
-
-Me Wilson a escript, de Flandres, que les choses s'y tournoient fort
-disposées à la paix, s'estant le grand commandeur layssé entendre que
-le Roy, son Mestre, pourroit condescendre de retirer les Hespaignols,
-et laysser à ceulx de la nouvelle religyon la liberté de conscience
-sans exercisse, et de remettre toutz les anciens privilèges du pays,
-et confirmer le gouvernement de Ollande et Zélande au prince d'Orange,
-et de luy rendre son filz qui est en Espaigne; et qu'à cest effect il
-y avoit des depputés devers le dict prince tant de la part de
-l'Empereur, comme entreméteur, que ung du conseil d'estat du Pays Bas,
-pour en dresser des articles. Et sur ce, etc.
-
- Ce XIXe jour de janvier 1575.
-
- Je viens d'estre adverty que quelques cappitaynes et
- gentilzhommes angloys, où y a des françoys meslez,
- s'apprestent à grand haste, comme de eulx mesmes, d'aller
- tanter quelque entreprinse par dellà la mer. Dont je supplye
- très humblement Vostre Majesté d'envoyer tout promptement
- refrayschir aulx cappitaynes et gouverneurs de la frontière de
- deçà qu'ilz ayent à se tenir sur leurs gardes.
-
-
-
-
-CCCCXXXe DÉPESCHE
-
---du XXIIIIe jour de janvyer 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Continuation des armemens pour une entreprise secrète.--Vive
- recommandation de l'ambassadeur en faveur du comte d'Oxfort qui
- passe en France.--Bruit répandu à Londres d'une défaite essuyée
- par les catholiques dans le Dauphiné.--Nouvelles des
- Pays-Bas.--Saisie de lettres qui paraissent concerner Marie
- Stuart.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, suyvant l'advertissement dont, au pied de ma dépesche du XIXe du
-présent, j'ay faict mencion à Vostre Majesté, comme aulcuns
-gentilshommes et cappitaynes angloys s'apprestoient, comme d'eux
-mesmes, de fère une entreprinse de par dellà la mer, j'ay mis peyne de
-le fère sçavoyr aulx gouverneurs plus voysins d'icy, qui ont la charge
-des places au long de la coste de deçà, lesquels j'espère que s'en
-tiendront plus apperceus. Et en confirmation de cella, je suis adverty
-que, toutes les nuictz, l'on tire secrettement des armes et des
-monitions de guerre de la Tour de Londres pour les envoyer ez portz,
-et les distribuer aulx cappitaynes et soldatz qui sont volontayres, et
-aulx vaysseaulx de l'entreprinse qui sont toutz de particulliers.
-
-Il sembloit que le comte d'Oxfort deût estre le chef de la dicte
-entreprinse, mais il prend ung aultre chemin, ayant tant faict qu'il
-a impétré de la Royne, sa Mestresse, son congé pour aller fère un
-voïage en Italye; et dellibère partir dans huict jours, et passer par
-France, faisant estat de séjourner ung moys à Paris; et monstre, Sire,
-d'estre grandement dévot à Vostre Majesté, ayant voulu suplyer la
-Royne, sa Mestresse, de trouver bon qu'il se peût offrir à vostre
-service, mais l'on l'a adverty que, parce qu'il est notoyrement réputé
-fort partial pour la Royne d'Escosse et nepveu du feu duc de Norfolc,
-qu'elle tiendroit cella pour trop suspect; néantmoins il dellibère de
-bayser très humblement les mains à Vostre Majesté, et ne refuser
-d'obéyr à ce qu'il vous plerra luy commander. Et parce qu'il est quasy
-le premier comte et grand chamberlan d'Angleterre, et comme le premier
-de la noblesse du pays, et le mieulx suivy et de trop plus d'espérance
-que nul aultre seigneur du royaulme, il vous plerra, Sire, commander
-qu'il luy soit faict quelque honneur et luy soit porté faveur et
-respect, en passant par vostre royaulme; car, oultre son mérite, toute
-l'Angleterre et ceste court mesmement s'en sentiront infiniement
-gratiffiez. Les partisans de Bourgoigne luy promettent qu'il aura
-charge au service du Roy d'Espaigne, aussytost qu'il arryvera en
-Italye, et le pressent d'aller trouver dom Johan d'Austria, ne luy
-manquant lettres de banque et crédict, et deniers contantz, pour fère
-une honneste despence par dellà; mais il monstre d'avoyr plus
-d'inclination à vostre service qu'à celluy du dict Roy d'Espaigne.
-
-L'on a faict courir, icy, le bruict qu'il y avoit eu ung gros
-rencontre en Daulfiné, où avoit esté, de chascun costé, asprement
-combatu, avec si divers évènementz que les vostres avoient eu du pire;
-et néantmoins Monbrun estoit demeuré prisonnyer. Ceulx de ceste court
-m'en ont envoyé demander des nouvelles, mais je leur ay respondu que
-je n'en avoys poinct.
-
-Le ministre Feugré est depuis quatre jours retourné de Hollande,
-duquel je ne puis encores bien descouvrir qu'est ce qu'il rapporte de
-dellà, sinon qu'il assure que, succédant ou ne succédant poinct la
-paix en Flandres, ceulx de la Rochelle, premier que les gallères de
-Vostre Majesté sortent de la rivière de Nantes, auront des navyres, de
-Ollande et Zélande, assés pour suffire pour garder le hâvre de
-Brouage, et leur rade de Chef de Boys.
-
-Mr de Méru continue de s'apprester pour retourner en Allemaigne;
-néantmoins quelques françoys qui le suyvent monstrent estre de
-l'entreprinse des Angloix. Le provençal Pierre Grenier, de Marseille,
-dont, cy devant, je vous ay faict de mencion, monstre de vouloir
-passer en Ollande, et n'attend plus que le vent. Je ne sçay si c'est
-pour y praticquer quelque chose ou pour y chercher son repoz; mais,
-quoyqu'il se monstre personnage fort composé, il a néantmoins négocyé
-avec ceulx qui s'entremettent des praticques.
-
-J'entendz qu'il a esté surprinz à Barwyc des lettres en chiffre, qui
-venoient ou à la Royne d'Escoce ou à moy; de quoy il y a ung peu
-d'altération en ceste court: et a l'on prins quelques ungs en ceste
-ville qui sont réputez serviteurs secretz de la Royne d'Escosse,
-lesquelz l'on a mis dans la Tour. Je ne sçay si cella produyra quelque
-autre chose plus rigoureuse contre elle, mais je y pourvoyray du
-meilleur remède qu'il me sera possible. Sur ce, etc.
-
- Ce XXIVe jour de janvier 1575.
-
-
-
-
-CCCCXXXIe DÉPESCHE
-
---du XXIXe jour de janvyer 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)
-
- Continuation des armemens.--Secours d'argent envoyé d'Angleterre
- aux protestans d'Allemagne.--Projets d'Élisabeth sur
- l'Écosse.--Réclamation faite par l'ambassadeur au roi, en
- faveur des réfugiés de Rouen, afin d'obtenir la restitution de
- leurs biens.--Instance auprès de la reine-mère pour l'engager à
- faire donner satisfaction à la reine d'Angleterre.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay receu, le XXIIIIe de ce moys, deux dépesches de Vostre
-Majesté, l'une du dernier du passé, et l'aultre du second d'estuy cy,
-par lesquelles j'ay eu assés de quoy esclarcyr les derniers bruictz
-qu'on faisoit courir du maulvais succez des choses de Languedoc, et du
-peu d'espérance de la paix; de quoy j'espère que, demain, je rendrai
-ceste princesse plus capable de la vérité de ce qui en est, et mieulx
-édiffyée de vostre intention vers elle, et de vostre desir à la
-tranquillité de voz subjectz, et repos universel de la Chrestienté, et
-encores de la particullarité de Mr de Dampville, qu'on ne s'est
-efforcé de le luy persuader; et n'obmettray de luy relever d'autant
-plus la réputation et bon progrès de voz affères qu'on met peyne de
-les luy représanter bien bas et en ung fort maulvais estat; et feray,
-en somme, tout ce qui me sera possible vers elle, que les
-dellibérations et apprestz, que je voy fère par les siens, demeureront
-interrompus, ou aulmoins que l'effaict n'en aille que le moins que
-fère se pourra contre le service de Voz Majestez.
-
-L'armement, dont je vous ay cy devant escript, se continue toujours
-sans aulcun doubte, et pareillement le transport des armes et des
-monitions vers les portz; et est advenu que, depuis quatre jours, sous
-colleur d'ung festin, l'on a mené essayer des armes dans la Tour de
-Londres à plus de deux centz gentilshommes, comme pour une soubdeyne
-et secrette entreprinse; de quoy j'ay prins ung peu d'allarme, et en
-envoye présentement donner aulx gouverneurs de voz places, qui sont
-plus voysins d'icy. Et d'ailleurs j'ay entendu qu'on dresse
-secrettement ung party, avec aulcuns marchands de ceste ville, pour
-fère remettre en Allemaigne trente mille angelotz en espèce; de quoy
-j'ay mis gens après pour approfondir à qui et comment le payement s'en
-fera. Et me vient on aussy d'advertyr que ceulx de ce conseil
-dellibèrent de proposer, avec invincibles argumentz, à leur Mestresse,
-qu'elle doibt effectuer les praticques qui souvent ont esté mises en
-termes: de conclurre une ligue avec les Escossoys et s'attribuer la
-protection du jeune Prince d'Escosse et de sa couronne, durant sa
-minorité, et luy procurer le mariage d'une des filles d'Espaigne, en
-le déclarant successeur de ce royaulme. Qui est cause, Sire, que je
-supplye très humblement Vostre Majesté de fère passer promptement en
-Escosse le gentilhomme qu'avez dellibéré d'y envoyer résider, affin
-qu'il n'y laysse rien passer qui soit au préjudice de vostre ancienne
-alliance de dellà. Et sur ce, etc. Ce XXIXe jour de janvier 1575.
-
- Aulcuns de voz subjectz de Normandye, qui sont icy, me sont
- venus remonstrer que la cour du parlement de Roan, sans avoyr
- esgard à la réservation portée par voz lettres patentes du
- XXVIIe jour de décembre dernier, ny aulx attestations que,
- suyvant icelles, je leur ay baillées de leurs paysibles
- déportementz, elle leur a faict saysir leurs biens; et sur la
- main levée que leurs procureurs ont demandée, elle les a
- renvoyez à Vostre Majesté. Dont je vous supplye très
- humblement, Sire, que, de tant qu'ilz ont la promesse de
- Vostre Majesté, et que voz lettres patantes contiennent
- nomméement leur réserve, qu'il vous playse mander, par seconde
- jussion, à vostre dict parlement de Roan, de ne leur saysir
- leurs biens, et, si saysis estoient, leur en fère la main
- levée. Et j'estime que cela reviendra au bien et réputation de
- vostre service.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, attandant les aultres choses que je pourray recueillyr plus
-amples des propos que j'auray demain avec la Royne d'Angleterre, je
-mande cepandant à Voz Majestez celles qui me sont venues à notice,
-lesquelles je metz sommayrement en la lettre que j'escriptz au Roy,
-vostre filz. Et ne veulx rien adjouxter, icy, davantage sinon vous
-supplyer très humblement, Madame, que, sur la dépesche que mon
-secrettère vous a apportée, du XXVIIIe du passé, il vous playse m'y
-fère avoyr bientost quelque responce, par laquelle je puisse lever à
-ceste princesse toute la male satisfaction que les fascheux rapportz,
-qu'on s'est efforcé de luy fère de Voz Majestez, luy ont peu mettre en
-l'opinyon.
-
-Et sur ce, etc. Ce XXIXe jour de janvier 1575.
-
-
-
-
-CCCCXXXIIe DÉPESCHE
-
---du IIIIe jour de febvrier 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusque à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Audience.--Questions faites par Élisabeth sur l'état des affaires
- de France.--Assurance donnée par l'ambassadeur qu'il n'a point
- été livré de bataille en Languedoc.--Nouvelles du siège de
- Livron.--Persévérance du roi à desirer la paix.--Confiance que
- le prince de Condé partage ce desir.--Ignorance de
- l'ambassadeur sur la déclaration attribuée au maréchal de
- Danville.--Volonté du roi de conserver l'alliance avec
- Élisabeth.--Instances pour qu'elle refuse les secours qui lui
- sont demandés par les rebelles.--Sollicitations d'Élisabeth
- pour engager le roi à accorder la paix.--Offre de sa
- médiation.--Nouvelles de la prise de Lusignan par Mr de
- Montpensier, et de divers assauts donnés à Livron.--_Avis à la
- reine-mère._ Plaintes de l'ambassadeur sur le retard mis à lui
- envoyer de l'argent.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, il a esté facille, dimanche dernier, à Ampthoncourt, de juger
-que je y venois desiré de la Royne d'Angleterre pour luy compter des
-nouvelles de Vostre Majesté, et de celles de voz affères; car, de tout
-le moys passé, elle n'en avoit poinct ouy de bien vrayes, et le bruict
-en avoit semé de si incerteynes que, monstrant d'estre bien fort ayse
-qu'elle peût, à ceste heure, sçavoyr ce qui en estoit, après s'estre
-soigneusement enquise de vostre santé et du bon portement de la Royne,
-vostre mère, elle m'a incontinent demandé de ces combatz et rencontres
-qu'on disoit estre advenuz en Languedoc? Et des termes en quoy vous
-estiez de la paix? Et où estoit Mr le Prince de Condé? Et si les
-levées, qu'on bruyoit si fort qu'il avoit toutes prestes en
-Allemaigne, commançoient poinct de marcher? S'il estoit vray que le
-mareschal Dampville eût faict une déclaration qu'elle avoit naguyères
-veue, ou bien si c'estoit chose supposée? Et si vous approchiez poinct
-en çà, pour venir à vostre couronnation et sacre? Se pleignant bien
-fort que son ambassadeur estoit paresseux, ou bien que ses dépesches
-demeuroient en quelque part arrestées, car elle ne pouvoit rien
-entendre de luy.
-
-Je luy ay respondu que ce que j'avoys à luy dire, de la part de Vostre
-Majesté, estoit proprement la satisfaction des choses qu'elle venoit
-de me demander; et que, grâces à Dieu, Voz Majestez Très Chrestiennes
-estoient en bonne santé; et que de rencontre ny combat il n'y en avoit
-poinct eu, parce que les eslevez n'avoient poinct de forces en
-campaigne, ny de quoy y en mettre pour s'opposer aulx vostres; et
-seulement au siège de Livron, ayantz quelques gentilshommes de bonne
-volonté voulu recognoistre la bresche, il y en avoit eu de ceulx du
-dehors une vingtaine de blessez, mais beaucoup plus grand nombre de
-ceulx de dedans; que, touchant la paciffication, vous persévériez en
-ce qu'aviez faict cognoistre à voz subjectz, et l'aviez manifesté à
-toute la Chrestienté, que c'estoit la chose que plus vous desiriez en
-ce monde, luy particullarisant l'article, que me faisiez dans vostre
-lettre, des allées et venues des depputez, et que vous luy promettiez
-bien que vous condescendriez à de si bonnes et si honnestes condicions
-vers voz subjectz, pour le faict de leurs consciences et pour leur
-repos, et pour la seureté qu'ilz demandoient, qu'ilz ne les pourroient
-refuzer, sinon qu'ilz voulussent du tout renoncer au respect et
-révérance, et à la fidellité et subjection qu'ilz vous debvoient, sans
-qu'il fût besoing pour cella d'assembler voz Estatz, ainsy que les
-ministres, lesquelz ne cherchoient que d'alonger les matières, et
-d'esjamber tousjours quelque chose sur l'authorité des princes,
-monstroient que, indiscrètement et contre tout ordre, ilz les
-vouloient requérir, car vous le feriez bien de vous mesmes;
-
-Que Mr le Prince de Condé estoit à Basle, inclinant bien fort à la
-dicte paciffication, et ne hastoit guyères les levées ny les forces
-d'Allemaigne; desquelles je voulois dire librement à la dicte Dame que
-j'avoys opinyon qu'elles ne bougeroient nullement, si elle, ou son
-crédit ou ses deniers contantz, ne les faisoit marcher, comme je
-sçavoys qu'elle en estoit fort pressée et fort sollicitée toutz les
-jours, et que pourtant vous auriez occasion d'en imputer à elle tout
-le mal, si, d'avanture, elles descendoient en France;
-
-Que je n'avoys poinct encores veue celle déclaration, dont elle
-m'avoit parlé, de Mr Dampville, laquelle pouvoit estre aussytost
-supposée que vraye; mais, quoy qu'elle eût ouy dire de l'occasion de
-son malcontantement, il estoit certein, et Vous, Sire, l'affirmiez
-ainsy sur vostre honneur, que ne luy aviez rien promis à Turin que ne
-luy eussiez depuis invyolablement tenu. Dont ay fait peser à la dicte
-Dame ce qu'il vous avoit pleu m'en escripre, et qu'en effect il n'y
-avoit, ny ez actions ny ez intentions de Vostre Majesté, rien que ce
-que convenoit d'avoyr à ung magnanime et très excellent prince, et
-autant orné de toute vertu qu'il y en eût jamays eu en France; et que
-Dieu vous avoit faict si généreulx que vous ne pouviez estre vaincu
-par force, et si clément qu'à peyne seriez vous jamays surmonté de
-bénignité. Dont estant tel, et que d'autrefoys vous luy aviez esté à
-elle dévot serviteur, et maintenant estiez devenu son frère, je la
-supplyois qu'elle voulût nourrir une bien bonne et germeyne amityé
-avecques vous, sellon que vous luy en rendriez une semblable très
-constante et perdurable à jamays;
-
-Et que desjà sur ce qu'elle m'avoit faict vous escripre, le troysiesme
-de décembre, de la sincérité et droicture dont elle dellibéroit de
-procéder vers vous, que vous veuillez tant honnorer sa parolle, et y
-defférer si grandement, que ne feriez difficulté de vous y commettre
-et vous y reposer sans escrupulle ny meffiance quelconque; et que
-désormays vous vous promettiez d'elle toutz les bons tours, de
-vrayement bonne seur et bonne amye, que vous proposiez de les luy
-rendre semblables de très bon frère et de très bon amy, et de ne
-deffallir d'aulcun bon et honnorable office que verriez pouvoir fère
-pour elle, qui fût digne de sa grandeur et non indigne de la vostre,
-ainsy qu'ung gentilhomme de bonne qualité que faysiez desjà préparer
-pour l'envoyer visiter, aussytost que seriez, pour vostre sacre et
-corronnation, arryvé à Reyms, envyron la my febvrier, le luy
-tesmoigneroit davantage. Qui ay bien voulu, Sire, luy fère ceste
-expression de vostre bonne intention vers elle, affin de m'oposer à
-ceulx qui s'efforçoient de luy préoccuper et engager la sienne contre
-vous.
-
-A quoy elle m'a respondu qu'elle estoit de tant plus ayse d'entendre
-la bonne disposition de Voz Très Chrestiennes Majestez qu'on luy avoit
-rapporté que la Royne, vostre mère, estoit bien malade, dont elle
-prioit Dieu de bon cueur pour le bon portement de toutz deux; qu'elle
-avoit playsir que ceulx qui avoient publyé ces combatz et deffaictes
-de Languedoc fussent trouvez menteurs, et voudroit de bon cueur qu'il
-y eût desjà abstinence d'armes, affin que les nouvelles playes ne
-rendissent celles du passé incurables;
-
-Que, de plus en plus, elle louoit et approuvoit vostre saincte
-dellibération de vouloir apayser les troubles de vostre royaulme par
-la voye de douceur, et qu'en cella sentoit elle de vous porter tant
-plus de bienvueillance par dessus toutz les aultres princes ny
-princesses de vostre alliance, que plus que nul d'eulx elle desiroit
-de bon cueur que, establissant très bien vostre règne, vous
-espargnissiez le sang et la vye et la désolation de ceulx qui, de l'un
-et de l'aultre costé; sont toutz vostres;
-
-Que j'avoys tort de la vouloir tant sonder, comme je faisois, sur le
-secours que les pouvres protestantz cherchoyent d'avoyr de leurs
-frères d'Allemaigne, car elle ne me sondoit pas de celluy que vous y
-pourchassiez; et qu'elle ne vouloit nyer qu'elle n'y eût du crédict
-assez, mais que vous cognoistriez aussy bien qu'avoit faict le feu
-Roy, vostre frère, que jamays les Roys de France n'avoient trouvé tant
-d'amityé en la couronne d'Angleterre que quand elle l'avoit tenue; et
-que, de tant auriez vous plus grand preuve d'elle, qu'elle estoit à
-toute heure infinyement tentée et sollicitée contre vous;
-
-Qu'elle ne doubtoit que les ministres ne demandassent la tenue des
-Estatz, et que, possible, ilz n'eussent supposé celle déclaration de
-Mr Dampville; car, puisqu'ilz s'eslevoient jusques à vouloir pénétrer
-ez secretz de Dieu au ciel et en ses jugementz, ilz s'atribuoient
-encores plus licentieusement de s'entremettre des trônes des princes
-en terre, mais qu'il n'y avoit poinct de besoing d'Estatz, là où vous
-mesmes pouviez bien pourvoir; et qu'elle tenoit le mareschal Dampville
-pour ung si gentil chevalier et si loyal serviteur, à l'exemple de ses
-prédécesseurs, à vostre couronne, et si expéciallement dévot à Vostre
-propre Majesté qu'elle ne faysoit doubte qu'il ne se rengeast
-facillement à tout ce que luy commanderiez, pourveu que ne
-cherchissiez la ruyne de luy ny celle de ses frères.
-
-Et puis est retournée aulx levées d'Allemaigne, et comme princesse
-fort pressée de fournir deniers, ou d'employer son crédict, ou de fère
-quelque aultre résolution, à son regret, contre Vostre Majesté, m'a
-dict que, pour Dieu, elle vous prioit de fère la paix, car aultrement
-vous ne pourriez éviter beaucoup de grands inconvénientz; et que, si
-aviés besoing de quelque prince estrangyer, de vostre alliance, qui
-s'en meslât, parce que maintesfoys les parties mesmes n'ozoient
-proposer tout ce qu'elles desiroient, qu'elle ne vouloit pas
-entreprendre de s'y offrir, mais que, si Vostre Majesté l'avoit
-agréable, c'estoit bien l'oeuvre aujourdhuy de ce monde à quoy elle
-s'employeroit le plus volontiers, et pouviez estre très assuré qu'elle
-vous y considèreroit en tout et partout ainsy Roy et Maistre comme
-elle desiroit demeurer Royne et Mestresse sur ses subjectz; et que,
-sur ce que je luy avoys déduyt de vostre bonne et constante amityé
-vers elle, qui estoit ce qui l'avoit, plus que tout le reste,
-souveraynement contantée, qu'elle vous en remercyoit de tout son
-cueur, et sçavoit qu'entre les particulliers mesmes les loix de
-l'amityé estoient vénérables et dignes de grande observance, mais
-qu'elles l'estoient davantage sans comparayson entre les princes,
-parce que, des bons effectz qui en provenoient, ilz en demeuroient
-entre eulx très contantz, et si, leurs communs subjectz en sentoient
-de très grandes commodictez; et que, s'il estoit intervenu là dessus
-quelque première coulpe entre vous et elle, qu'elle ne l'avoit
-nullement commise, et que sans doubte ce ne seroit aussy elle qui
-commanceroit de commettre la segonde; et qu'elle avoit grand plaisir
-que vous approchissiez à Reyms pour vostre coronnation et sacre, d'où
-celluy que luy envoyeriez seroit le très bien venu, et qu'elle
-mettroit peyne de le vous renvoyer contant.
-
-Qui est en substance ce que, pour ceste foys, j'ay recueilly des
-propos de la dicte Dame, remettant ce qu'il y pourroit avoyr de
-surplus à la procheyne dépesche, parce que ceste cy est desjà trop
-longue. Et sur ce, etc.
-
- Ce IVe jour de febvrier 1575.
-
- Mr de Walsingam me vient de mander la reddition de Lusignan à
- Mr de Montpensier par composition, moyennant ostages qu'il a
- baillez pour la tenir; et qu'il a esté donné trois assautz à
- Livron qui ont esté bravement soustenuz, où le cappitayne de
- la place est mort, mais que soubdain il y en a esté subrogé
- ung autre, et que deux centz soldatz de la part des eslevez y
- sont entrez.
-
-
- ADVIZ, A PART, A LA ROYNE MÈRE.
-
- Parce que c'est icy le VIIIe moys que je n'ay receu nul
- argent, et que je vis sur le crédit que me faict le Sr Acerbo
- avec gros intérest, et que le Sr Sardiny luy a escript qu'il
- ne peut acquitter les mandementz dont Mr le trésorier de
- l'espargne m'a dressé sur luy, parce qu'il ne reçoit, ce dict
- il, rien des assignations que Voz Majestez luy ont bayllées,
- je suys sur le poinct d'estre habandonné du dict Sr Acerbo, et
- d'estre pressé de ce que desjà je luy doibs; et que je seray
- contrainct de cesser ma mayson, avec beaucoup de honte et avec
- détriment du service de Voz Majestez. Dont je vous supplye
- très humblement, Madame, commander au dict trésorier de
- l'espargne qu'il me vueille fère payer d'iceulx mandementz
- qu'il m'a desjà bayllés, ou m'en assigner de meilleurs, et
- qu'il mande que mes deniers ne soient plus retardez, car
- Vostre Majesté sçayt que je suis par trop pauvre pour pouvoir
- advancer.
-
-
-
-
-CCCCXXXIIIe DÉPESCHE
-
---du Xe jour de febvrier 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Favorable disposition d'Élisabeth à l'égard de la
- France.--Conférence de l'ambassadeur avec Leicester.--Nécessité
- de faire en France quelque démonstration d'amitié.--Vive
- intercession pour qu'il soit satisfait à la plainte de Mr
- Warcop.--Bruits répandus par les protestans pour exciter
- Élisabeth à la guerre.--Nouvelles d'Écosse.--Mesures prises
- pour déchiffrer les lettres saisies, adressées à Marie Stuart.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, les propos d'entre la Royne d'Angleterre et moy, desquelz j'ay
-donné compte à Vostre Majesté par ma dépesche du IIIIe du présent, ont
-esté de quelque moment à quiéter ung peu l'esprit de la dicte Dame
-contre la violence des malcontantz et passionnez qui s'efforçoient de
-l'agiter infinyement et de l'irriter contre vous: car, depuis ce
-temps, elle a tousjours montré qu'elle avoit reprins nouvelle
-confiance de vostre amityé, et qu'elle vouloit qu'il demeurât en elle
-d'incliner ou de n'incliner pas à leurs instances, jusques à ce
-qu'elle vît plus avant comme vous procèderiez vers elle. De quoy ceulx
-de son conseil ont esté fort esbahys, et aulcuns d'eux bien
-malcontantz; mais le comte de Lestre, qui monstre d'en avoyr plaisir,
-m'a dict que ce ne m'estoit chose fort difficile en l'endroit de la
-dicte Dame, laquelle avoit bonne opinyon de moy et croyoit que je ne
-négocyois nullement faulx avec elle, de luy persuader ce qu'elle
-desiroit le plus en ce monde: qui estoit de se réputer aymée et bien
-volue de Voz Majestez Très Chrestiennes; et que, par les mesmes
-raysons qu'elle avoit apprinses en cella de moy, elle s'estoit
-efforcée de vaincre celles que son propre conseil luy avoit admenées
-au contrayre, et de surmonter les argumentz desquels les princes
-d'Allemaigne s'estoient efforcez de luy dessiller les yeulx sur les
-dangereuses dellibérations qu'ilz disoient estre de longtemps faictes,
-et se fère encores de présent, contre elle, en France, pour les
-exécuter, aussytost que Vostre Majesté aura ung peu desmellé ses
-affères; et qu'ilz luy reprochoyent que non seulement elle procédoit
-avec peu d'advis, mais avec quelque forme d'injustice contre le bien
-de sa couronne, de ne se prévaloyr du temps et de l'occasion, et des
-advantages, que Dieu luy offroit, qui estoient si évidentz que, quand
-Vous, Sire, seriez beaucoup plus fort, et elle moins puissante, que
-l'ung et l'autre n'estes, qu'encor vous pourroit elle maintenant assez
-nuyre; et que, voyant le dict comte que, nonobstant cella, elle se
-rendoit de plus en plus confidente et toute assurée de vostre amityé,
-qu'il vous supplioyt que volussiés adjouxter aulx bonnes parolles et
-promesses, que luy faisiez donner, quelques bons effectz, qui fussent
-semblables, affin que, par iceulx, luy et ceulx qui luy adhéroyent, en
-la dévotion et servitude qu'il vous porte, peussent confirmer la dicte
-Dame en sa bonne opinyon, et rabatre à aulcuns d'auprès d'elle celle
-qu'ilz avoient au contrayre;
-
-Et que, pour le présent, il me vouloit ramantevoyr ce qu'elle mesmes
-m'avoit dict du faict de Me Warcop, gentilhomme singullièrement aymé
-et bien voulu d'elle, que, suyvant la promesse qu'en aviez faicte à
-milord de North, et l'ordonnance que le dict Warcop a devers luy,
-signée de vostre main, dez qu'estiez devant la Rochelle, il vous
-plaise luy fère avoyr rayson de ce navyre de bled qui luy fut lors
-prins pour avitayller vostre camp; chose, Sire, qui, à la vérité, m'a
-esté aultant expressément recommandée de la dicte Dame que nulle
-aultre, depuis que je suis en ceste charge; et que je debvois
-considérer que ceulx qui luy remettoyent en avant l'intelligence du
-Roy d'Espaigne, pour la réfroidir de la vostre, avoient de quoy luy
-représanter, toutz les jours, quelque nouvelle gratiffication du grand
-commandeur de Castille vers elle et ses subjectz; et qu'il vous
-supplioyt aussy, Sire, la fère esclarcyr d'ung advis qu'on luy avoit
-donné qu'il y avoit mandement de Vostre Majesté, en Bretaigne, de fère
-tenir des navyres prestz pour trajetter bientost des forces en
-Escosse; et, au reste, que ne prolongissiez plus de l'envoyer visiter,
-car l'on en arguoyt desjà une fort froide et mal fondée amityé de
-vostre part.
-
-Sur lesquelles choses j'ay mis peyne de rendre le dict comte bien
-édiffyé, et de le remplyr de toute bonne espérance de Vostre Majesté,
-s'estant nostre propos terminé par une fort expécialle recommandation,
-que je luy ay faicte, des affères de la Royne d'Escosse; en quoy je ne
-l'ay trouvé mal disposé. Et si, ay cognu qu'il n'y a pour le présent,
-en cest courte, rien de mal ordonné contre elle.
-
-Or, ayant ainsy ramené la Royne d'Angleterre à meilleure disposition
-vers Vostre Majesté, et pareillement le dict comte, qui le lendemain
-est allé, pour dix jours, en sa maison de Quilingourt; et ayant,
-possible, par là, avec la nouvelle de la reddition de Lusignan,
-accroché les meilleures et les plus procheynes espérances de ceulx qui
-sont icy poursuyvantz, ilz se sont advisé de publier aussitost, affin
-de ralumer le cueur à la dicte Dame et à ceulx de son conseil, qu'on
-avoit descouvert que les propos de paix, du costé de Vostre Majesté,
-estoient simulez et pleins de fraude, et que Mr le Prince de Condé
-armoit à furie pour entrer bientost en France avec douze mille
-chevaulx, et qu'après troys assautz soubstenus par ceulx de Livron,
-Vostre Majesté en avoit faict lever le siège pour admener toutes ses
-forces par deçà, et que deux cornettes de voz reytres s'estoient
-tournées du costé des eslevez: auxquelles choses, lesquelles j'estime
-pour la pluspart controuvées, je mettray peyne, par la première
-dépesche qui me viendra de Vostre Majesté, d'y oposer la vérité que
-m'en manderez.
-
-Il est naguyères arryvé ung courrier d'Escosse, par lequel le comte de
-Morthon a envoyé certayne déposition, qu'il a tiré d'ung des gens de
-Mr de Glasgo et d'ung autre de Mr de Roz, avec les chiffres qu'il leur
-a surprins; et l'on a mis, icy, ung jeune homme, qui est réputé
-serviteur secret de la Royne d'Escosse, dans la Tour de Londres, pour
-le contraindre de les déchiffrer. Je ne sçay encores ce qui en
-résultera. Sur ce, etc.
-
- Ce Xe jour de febvrier 1575.
-
-
-
-
-CCCCXXXIVe DÉPESCHE
-
---du XVIIe jour de febvrier 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._)
-
- Annonce d'audience.--Instances des protestans d'Allemagne auprès
- d'Élisabeth.--Continuation des armemens.--Explications
- transmises à l'ambassadcur sur les propos rapportés par lord de
- North.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, demain, Dieu aydant, je verray la Royne d'Angleterre, à
-Richemont, pour luy fère bien entendre les particullaritez de
-l'honneste responce que Vostre Majesté, par la dépesche du XXIIIIe du
-passé, m'a commandé de luy fère, touchant les fascheux rapportz de
-milord de North, qui pense bien qu'elle jugera que les choses
-n'eussent peu passer plus dignement de vostre costé, ny avec plus
-d'honneur pour elle, ainsy que la sage déduction et bien ordonnée de
-vostre lettre luy en manifestera la vraye vérité; et le tout y est si
-bien et si proprement comprins, que je n'auray à y rien adjouxter du
-mien, sinon que, possible, je y mette quelque mot, non pour plus
-grande satisfaction de la dicte Dame, mais pour en tirer encores
-quelqu'une d'elle pour Voz Très Chrestiennes Majestez. Et après que
-j'auray bien recueilly ce qu'elle m'aura dict là dessus et sur le
-propos que je luy tiendray davantage de voz présentz affères, je vous
-en feray, par mes premières, ung plus ample récit; ayant à vous dire
-cependant, Sire, que, du costé d'Allemaigne, et de la part des eslevez
-de vostre royaulme, se poursuyt, icy, avec plus vifve instance que
-jamays, une prompte provision pour continuer et maintenir la guerre.
-Et je sentz bien qu'on leur faict, peu à peu, filer les responces,
-sans leur accorder ny leur refuser aussy ce qu'ilz demandent, mais
-l'on les entretient en bonne espérance, et mesmes l'on leur propose
-comme présant, et qui se trouvera bien prest au besoing, la pluspart
-de ce qu'ilz pourchassent, attandant de voyr comme procèdera le propos
-de paix, après que les depputez auront esté, de rechef, devers Vostre
-Majesté, et ce qui résultera de la venue du gentilhomme qu'envoyerés
-pour visiter la dicte Dame. Cepandant ce que je vous ay cy devant
-mandé, de l'armement de deçà, se poursuyt tousjours avec la
-description des hommes; et a l'on faict venir aulcuns cappitaynes, qui
-estoient en Irlande, pour dresser, icy, des compagnyes affin d'aller
-en ceste expédition, n'y ayant, à présent, au dict pays d'Irlande,
-depuis la réduction du comte d'Esmont, guyères de contradiction à
-l'obéyssance de ceste princesse; et mesmes que ung Artus Maurice,
-qu'on avoit suspect, a esté naguyères resserré, et luy faict on son
-procès.
-
-Mr de Méru est encores icy, qui va quelquefoys en ceste court, et les
-ministres traictent ordinayrement avecques luy et il se tient prest
-pour retourner bientost en Allemaigne; mesmes il fût party plus d'ung
-moys a, sans quelque advertissement qui luy vint de France, sur le
-poinct de son partement, et aussy qu'il semble qu'il attande la
-responce que ceste princesse va ainsy temporisant pour l'aller
-apporter luy mesmes à Mr le Prince de Condé.
-
-J'entendz que, depuis cinq ou six jours, l'admiral d'Angleterre a
-envoyé des officiers de la marine visiter les grands navyres de la
-dicte Dame, comme pour commancer de les apprester pour ce printemps.
-J'auray l'oeil à ce qui s'y fera. Et persévérantz ceulx, qui portent,
-icy, le party de Bourgoigne, au renouvellement de l'amityé de ceste
-princesse avec le Roy d'Espaigne, ilz sont fort après à pourchasser
-que nouveaulx ambassadeurs soient envoyez pour résider près de l'ung
-et de l'aultre prince. Sur ce, etc.
-
- Ce XVIIe jour de febvrier 1575.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, je mettray peyne d'exprimer bien à la Royne d'Angleterre, et
-de ne luy obmettre ung tout seul poinct de ce que le Roy, vostre filz,
-et Vostre Majesté, par voz lettres du XXIIIIe du passé, me commandés
-de luy dire touchant les maulvais rapportz que milord de North luy a
-faitz à son retour de France; et j'espère que la vérité du faict luy
-fera avoyr regret de s'estre trop tost esmeue du mensonge, et qu'elle
-se prendra à son ambassadeur de l'erreur qu'il a commis en matyère de
-si grande conséquence et entre si grandes princesses, comme sont Voz
-Majestez. Et encores, Madame, que n'ayez jugé d'estre aulcunement
-expédient d'escripre à la dicte Dame de vostre main, affin de n'user
-d'interprétation ny d'excuse, là où il n'en est besoing, si ne laysse
-la satisfaction que luy donnez par les lettres qu'il vous a pleu
-m'addresser, d'estre si ample, qu'elle aura occasion d'en avoyr tout
-contantement; et je feray tout ce qu'il me sera possible qu'elle
-viegne aussy, de son costé, à vous satisfère de ce qu'elle n'a mieulx
-examiné le faict, plus tost que de s'en courroucer. Et sur ce, etc.
-
- Ce XVIIe jour de febvrier 1575.
-
-
-
-
-CCCCXXXVe DÉPESCHE
-
---du XXIe jour de febvrier 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Audience.--Satisfaction d'Élisabeth sur les explications qui lui
- ont été données au sujet des propos rapportés par lord de
- North.--Menées des protestans sur lesquelles l'ambassadeur
- attend de nouveaux renseignemens.--Affaires
- d'Écosse.--Nécessité d'envoyer promptement un agent français
- dans ce pays.--Nouvelle du sacre et du mariage du roi.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay apporté de la satisfaction beaucoup de vostre lettre, du
-XXIIIIe du passé, à la Royne d'Angleterre, et en ay aussy rapporté
-beaucoup d'elle pour Voz Très Chrestiennes Majestez, ainsy que ce qui
-s'est passé entre elle et moy vous le pourra tesmoigner par mes
-premières, ès quelles je vous en feray l'entier récit avec d'autres
-choses que j'ay ung peu esclarcyes, que je suis après à les
-recueillyr, sellon qu'il est expédiant qu'elles viennent à la notice
-de Vostre Majesté, affin que puissiez mieulx juger comme elles
-pourront, ou peu ou beaucoup, importer à vostre service. Et je feray
-cependant, comme j'ay faict tousjours, tout ce qu'il me sera possible
-pour traverser les affères de ceulx qui pourchassent, icy, les moyens
-de traverser les vostres. Et j'estime de les leur avoyr desjà beaucoup
-retardez; mais ilz y sentent je ne sçay quelle espérance (et je crains
-bien, si la paix ne succède, qu'elle ne leur sera vayne), qui les y
-faict instamment persévérer; dont les quatre ministres, qui sont
-préposez en ceste ville, pour le conseil d'estat de ceulx de la
-nouvelle religyon de France et de Flandres, ayant esté, par diverses
-foys, en ceste court, et conféré avec Mr de Walsingam et avec Me
-Randolphe et Me Quillegreu, et aultres de leur faction, sont, il y a
-six jours, depuis le matin jusques au soyr, tousjours après à dresser
-quatre grosses dépesches, qui sont, l'une pour France, l'autre pour
-Ollande, la troysiesme pour Allemaigne et la quatriesme, de quoy je
-suis fort esbahy, pour Escosse; et font tenir prestz des hommes
-d'affères et propres à négotier, pour les aller porter; lesquelz
-n'attandent plus, à ce que j'entendz, de partir, sinon que Mr de Méru,
-avec lequel les dictz ministres communicquent ordinayrement, ayt esté
-encores une foys devers ceste princesse, et soit de retour avec une
-plus entière responce qu'ilz n'ont eu encores d'elle; mais l'audience
-luy a esté desjà remise deux foys, et je ne sçay qu'est ce qu'il
-impètrera à la troysiesme.
-
-Le filz ayné de milord de Sethon est venu trouver le comte de Lestre à
-Quilingourt avec des lettres de recommandation de son père, et
-d'aultres lettres bien fort favorables du comte de Morthon, et monstre
-qu'il veut suyvre quelque temps ceste court d'Angleterre; ce que je ne
-puis avoyr sinon beaucoup suspect, considéré mesmement que son père a
-tousjours esté tenu pour catholicque et très parcial serviteur de la
-Royne d'Escosse, sa Mestresse; dont faut dire qu'il y a quelque
-secrette praticque, qui se mène là dessoubs, depuis la mort du duc de
-Chastellerault, lequel est naguyères décédé, et que milord Glaude son
-filz se trouve à présent gendre du dict milord de Sethon. Ung messager
-qui avoit apporté de mes lettres aulx seigneurs de dellà est revenu
-sans me rapporter nulle responce par escript, mais il m'a dict, de
-bouche, ce que je réserve de vous mander bientost par ung des miens
-qui, de bouche aussy, le vous dira; car ilz me prient de ne le vous
-poinct escrire. Tant y a qu'il me tarde beaucoup de sçavoyr que le
-personnage qu'avez ordonné pour aller résider au dict pays y soit
-arryvé, car il pourra obvier à plusieurs inconvénientz que la longue
-absence de voz ambassadeurs y pourroit avoyr causez; estant, au reste,
-Sire, merveilleusement en peyne du bruict qu'on faict courir, icy, de
-vostre indisposition, laquelle ilz disent que vous a arresté en chemin
-et vous a retardé de venir à vostre sacre. Je fay bien dévote prière à
-Dieu qu'il en soit aultrement. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXIe jour de febvrier 1575.
-
- Comme je fermoys la présente, l'on m'a adverty qu'ung courrier
- de Mr le docteur Dayl vient de passer vers Richemont, qui
- porte la nouvelle du sacre et couronnement, et du mariage de
- Vostre Majesté, de quoy je loue Dieu. Il y mesle je ne sçay
- quel rencontre en Languedoc, où Mr d'Uzez a heu du pire.
- J'espère qu'il ne sera ainsy.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, les choses n'eussent peu passer avec plus de satisfaction de
-la Royne d'Angleterre, ny dont vous en eussiez peu tirer plus
-largement d'elle, sur la faute que milord de North avoit commise entre
-Voz deux Majestez, ainsy qu'elles ont esté conduictes par l'ordre que
-m'avez commandé d'y tenir. Qui espère, Madame, que Vostre Majesté aura
-plésir d'en entendre le discours, lequel, parce qu'il contient des
-diversitez qui sont assez considérables, et qui conviennent avec
-d'autres choses que je suis après à tirer d'aylleurs, je réserve de
-vous mander le tout ensemble par mes premières, avec ung des miens qui
-vous en récitera ce qui seroit ou malaysé ou trop long de le vous
-mander par escript. Et cepandant je vivray en peyne du bruict qu'on
-faict courir icy de l'indisposition du Roy jusques à ce qu'il plerra à
-Dieu m'en fère ouyr de meilleures nouvelles, et aussy de quelque
-différant qu'on publye estre advenu entre le Roy de Navarre et Mr de
-Guyse, jusques avoyr mis la main a l'espée l'ung contre l'aultre; mais
-j'espère que ces nouvelles seront semblables à plusieurs aultres,
-yssues de mesme bouticque, qui se sont trouvées faulces, ainsy que
-j'en prie Dieu de bon cueur. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXIe jour de febvrier 1575.
-
- Ceste lettre estoit escripte et signée quand le courrier est
- passé qui porte l'heureuse nouvelle du sacre et couronnement
- et mariage du Roy, vostre filz, dont je loue Dieu de bon
- cueur.
-
-
-
-
-CCCCXXXVIe DÉPESCHE
-
---du dernier jour de febvrier 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
-
- Détails de la précédente audience.--Déclaration du roi de la
- fausseté des propos rapportés par lord de North.--Satisfaction
- d'Élisabeth de cette déclaration.--Protestation de sa part
- qu'elle n'a voulu faire aucune offense à la reine.--Plainte
- d'Élisabeth du silence gardé par la reine-mère à ce
- sujet.--Communication de la lettre écrite par Catherine de
- Médicis à l'ambassadeur.--Explications données par
- Élisabeth.--Assurances qu'elle veut maintenir l'amitié avec la
- reine-mère et le roi.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay esté bénignement et fort bien ouy de la Royne d'Angleterre
-sur ce que je luy ay dict que jamays chose n'estoit tant venue hors
-l'opinyon, ny contre l'opinyon de Vostre Majesté et de la Royne,
-vostre mère, que d'avoyr entendu que milord de North luy eût peu fère
-ung tout seul maulvais rapport de vous deux; car pensiez luy avoyr
-donné argument de luy en fère plusieurs bons de la droicte et
-cordialle amityé que luy portiez, et de ce que, plus que nuls aultres
-ses alliés, vous l'aviez, autant et possible plus en honneur et
-respect que nul aultre prince ny princesse de vostre alliance; et que
-cella vous avoit beaucoup troublez de voyr que voz bonnes euvres,
-voyre les meilleures et les plus pures et les plus courtoyses, dont
-vous estiez peu advizer vers son ambassadeur, pour honnorer la dicte
-Dame et honnorer la ligue et confédération qu'aviez avec elle, et la
-magniffyer devant tout le monde, avec, possible, la jalousye des
-aultres princes chrestiens, fussent non seulement tenues en peu de
-compte, mais eussent esté calompnyées et convertyes en une matière
-d'offance et de courroux; à quoy ne se pouvoit fère que n'eussiez
-beaucoup de regret, et que ne vous pleignissiez à elle d'elle mesmes,
-d'avoyr voulu recepvoyr une si male impression de vous, voyre de
-l'avoyr escoutée, ou mesme d'avoyr souffert qu'elle luy eût esté
-rapportée; car, encor que toutz deux vouliez librement confesser que
-vous mériteriez mille et mille indignitez contre vous, si vous aviez
-faicte ceste cy, dont est question, contre elle, ny contre la mémoyre
-du feu Roy, son père, si debvoit elle avoyr ainsy jugé de Voz
-Majestez, comme de princes qui n'estiez ny si mal honnorables, ny si
-mal nays, ny si imprudentz, que d'avoyr jamays commis une telle erreur
-que celle là, qui eût esté par trop grande; et que ne sçaviez comme
-penser de l'amityé qu'elle vous avoit promise, car vous trouveriez
-très mal appuyez si elle s'esmouvoit ainsy de si légers rapportz, et
-qu'il faudroit bien qu'allissiez chercher ailleurs d'autres amityez
-qui fussent mieulx fondées et mieulx qualiffyées que la sienne; bien
-avois je mis peyne, en vous tesmoignant son courroux, de vous mander,
-par mesmes moyen, comme elle s'estoit modérée, et comme, enfin, elle
-mesmes avoit parlé pour vous et pour la Royne, vostre mère, et avoit
-faict là dessus une très honneste déclaration, qui m'avoit rendu le
-plus satisfaict gentilhomme du monde, de quoy pareillement Voz
-Majestez avoient receu de la satisfaction, et pourtant m'aviez
-commandé de luy en donner à elle une très entière de laquelle
-j'espéroys qu'elle se contanteroit; et faudroit aussy qu'après qu'elle
-auroit cognu que trop tost elle s'estoit esmeue contre Voz Majestez,
-qu'elle s'efforçât de vous donner de sa part quelque contantement.
-
-La dicte Dame, avec un peu de colleur qui luy est montée au visage,
-m'a soubdain respondu que ce que je venois de luy dire luy faisoit
-craindre que, possible, j'auroys adjouxté une nouvelle faulte à celle
-de milord de North, de vous avoyr représanté trop plus aigres les
-choses qu'elles n'estoient.
-
-Je luy ay réplicqué que, si j'avoys erré, ce n'avoit esté que pour
-n'errer pas en une matière de si grande importance comme ceste cy, de
-ne laysser ulcérer son cueur de chose qui procédât de Voz Très
-Chrestiennes Majestez, ni pareillement les vostres de chose qui
-procédât d'elle, et qu'elle verroit, par le contenu de ce qu'il vous
-avoit pleu m'en escripre, que je n'avoys, de mon costé, rien gasté. Et
-luy ayant là dessus faict lecture de vostre lettre, elle a
-curieusement noté les particullaritez, qui y estoient, de l'honneste
-faveur et des advantages qu'aviez faict au dict de North, plus qu'à
-l'ambassadeur du Roy Catholicque, ny à celluy de l'Empereur. Et après
-avoyr bien comprins le tout, elle m'a dict qu'elle seroit par trop
-marrye, s'il vous restoit aulcune male satisfaction de chose qu'elle
-eût dicte; et qu'elle vous suplyoit de considérer qu'elle n'avoit peu
-fère de moins, sur le rapport que son ambassadeur luy avoit faict,
-duquel ceulx de son conseil et de sa court estoient participans, que
-de m'avoyr privéement déclaré ce qu'elle en avoit sur le cueur, non
-qu'elle se fût dès lors formée nulle mauvayse impression de Voz
-Majestez, mais pour l'oster à ceulx qui la pouvoient avoyr, et aussy
-pour ne monstrer qu'elle ne prînt à cueur ce qui touchoit l'honneur et
-mémoyre du feu Roy, son père; et qu'à ceste heure elle sentoit en son
-cueur une singullière consolation de voyr, par l'évident tesmoignage
-de vostre lettre, que vostre intention et celle de la Royne, vostre
-mère, et voz actions vers elle estoient ainsy nettes et pleynes d'une
-vraye et droicte amityé comme elle le pouvoit desirer, et comme elle
-vous prioit bien de croyre que vous trouveriez les siennes vers vous
-toutes semblables, sans qu'il y eût jamays de manquement; et vous
-remercyoit, de tout son cueur, du soing qu'aviez eu de luy en mander
-ceste tant pleyne et entière satisfaction, sur laquelle elle desiroit
-que voulussiez demeurer ainsy bien persuadez d'elle, qu'il n'y avoit
-que l'extrême desir qu'elle a tousjours eu de se voyr bien aymée de
-toutz deux, et le regrect qu'elle avoit qu'elle ne le fût, qui
-l'avoient ainsy troublée et esmeue de ce fascheux rapport; et que
-néantmoins elle n'y avoit advancé ung mot ny entendu d'en dire ung
-autre qui peût tourner à vostre offance, car elle en seroit
-déplaysante jusques en l'âme, et qu'elle me promettoit bien qu'elle
-parleroit à bon escient à milord de North; m'ayant la dicte Dame, en
-toutes ses parolles et démonstrations, fort expressément monstré
-qu'elle ne vouloit entrer en aulcune mauvayse intelligence avec Voz
-Majestez Très Chrestiennes, si elle s'en pouvoit garder.
-
-Dont je ne l'ay volue ny presser ny convaincre davantage de ce qui
-estoit advenu, et sommes passez à ce que Vostre Majesté trouvera
-déduict en la lettre que j'escriptz à la Royne. Et puis, je l'ay ainsy
-remercyé de l'offre qu'elle vous avoit faicte de s'employer à la
-paciffication de vostre royaulme, comme me le commandiez par le
-postscripta de vostre dernière lettre. Sur quoy elle m'a respondu ce
-que je vous supplye très humblement de vouloyr ouyr du Sr de Vassal,
-et vouloir bénignement entendre à la très humble requeste qu'il
-continuera de vous fère pour moy, à ce qu'il vous playse, et pour
-l'importance de vostre service, et pour mon indisposition et
-nécessité, accélérer le congé qu'il vous a desjà pleu m'octroyer. Et
-sur ce, etc.
-
- Ce XXVIIIe jour de febvrier 1575.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, après avoyr faict lecture à la Royne d'Angleterre de la lettre
-du Roy, vostre filz, du XXIIIIe du passé, et après m'avoyr, elle, dict
-avec sa grande satisfaction qu'elle se sentoit fort atenue à luy de ce
-bon office qu'il faisoit entre Vostre Majesté, qui estiez sa mère; et
-elle qui estoit sa seur, et qui vous respondoit à fille, elle m'a prié
-de luy vouloir librement dire qu'est ce que Vostre Majesté
-particullièrement m'en mandoit.
-
-Je luy ay respondu que, de tant que j'avoys addressé le récit du tout
-au Roy, vostre filz, que vous luy aviez layssé fère toute la responce,
-et que me commandiez d'en parler seullement sellon le contenu de sa
-lettre.
-
-Elle m'a réplicqué que cella seroit ung argument, ou que vous seriez
-malcontante, ou que ne vous souciez pas beaucoup qu'elle le fût, et
-qu'elle se trouvoit bien empeschée que vous debvoir mander sur ce que
-le Roy luy faysoit dire, si je ne luy disoys aussy quelque chose de
-vostre part; et m'a, de rechef, fort conjuré que je ne luy voulusse
-rien dissimuler de ce que m'en escripviez.
-
-J'ay tiré lors vostre lettre de ma pochète, et, après avoyr pryé la
-dicte Dame, si, d'avanture, elle y trouvoit quelque marque de vostre
-courroux, qu'elle voulût considérer que c'estoit l'offance que milord
-de North vous avoit trop indiscrètement faicte, et celle que depuis,
-elle mesmes, pour y avoyr trop tost creu, y avoit adjouxtée, qui vous
-avoient touché le cueur de deux justes dolleurs, desquelles vous
-demandiez avec rayson d'estre maintenant satisfaicte; dont failloit
-qu'elle prînt de bonne part tout ce qu'elle y verroit. Et la luy ayant
-ainsy tout franchement présentée, elle l'a incontinent et bien fort
-curieusement toute leue jusques à la fin, ensemble l'addition qui
-estoit au bas. Puis m'a dict qu'elle n'y trouvoit rien qui ne fût en
-termes très honnorables, et desquels elle ne vouloit fallir de vous en
-rendre le plus exprès grand mercys qu'elle pouvoit, et qu'elle voyoit
-bien que la lettre du Roy et la vostre non seulement luy rendoient ung
-très certain tesmoignage de la grande sincérité de toutz deux vers
-elle, mais encores du grand soing que l'ung et l'aultre aviez qu'elle
-demeurât bien esclarcye de tout ce qui y pourroit fère survenir du
-doubte; et qu'elle ne se souvenoit pas bien si milord de North, en luy
-faysant le compte du feu Roy Henry, son père, luy avoit aussy parlé du
-feu grand Roy Françoys, mais que ce n'estoit pas aulmoins à elle, à
-qui il avoit mal interprété le faict des deux neynes, car ne luy eût
-layssé passer, ayant entendu qu'elles estoient fort jolyes et bien
-fort proprement habillées, et qu'elle eût desiré de les pouvoir voyr,
-et seroit chose qu'elle accepteroit, de bon cueur, s'il vous playsoit
-luy en fère présant d'une;
-
-Et que, de l'article de Mr de Guyse elle avoit ouy dire jusques
-aujourdhuy que la coustume de France en estoit aultre, mais, comment
-que ce fût, si je n'avoys sur ce qu'elle m'avoit dict icy, ny son
-ambassadeur sur ce qu'elle luy avoit escript par dellà, bien
-représanté au Roy, et à Vostre Majesté, l'obligation qu'elle
-recognoissoit vous avoyr à toutz deux, pour la faveur et bon
-traictement qu'avez faict au dict de North, que de nouveau elle vous
-en remercyoit le plus grandement et du meilleur cueur qu'il luy estoit
-possible; et que, de toute la faulte qui pouvoit estre advenue, depuis
-son retour, elle s'en prendroit, ainsy qu'elle debvoit, entyèrement à
-luy; et que, pour vostre satisfaction, elle vous prioit, Madame, de
-demeurer très fermement persuadée qu'elle n'avoit entendu ny entendoit
-avoyr dict, sinon qu'elle ne pouvoit estimer que fussiez si mal
-honnorable princesse que d'avoyr voulu mal honnorablement parler d'ung
-si honnorable prince comme estoit le feu Roy, son père; et que
-c'estoit le moins qu'elle avoit peu ny deu dire, pour l'honneur de son
-dict père, à celle qu'elle honnoroit comme sa mère, et de laquelle
-elle desiroit estre plus singullièrement aymée et bien volue que de
-princesse de tout le monde.
-
-Et m'ayant fort prié de mesnager ainsy ce propos qu'il n'en peût
-rester rien d'offance en vostre cueur, comme il n'en restoit ung seul
-brin dans le sien, et après m'avoyr encores quelque temps entretenu
-d'aulcunes aultres choses, dont le Sr de Vassal vous rendra compte,
-elle m'a fort gracieusement licencyé. Et semble bien, Madame, que la
-grande expression, dont elle m'a uzé sur la déclaration du propos
-qu'elle avoit tenu de Vostre Majesté, monstre assés qu'elle ne se veut
-aulcunement despartyr, si elle peut, de celle privée amityé et
-honneste entretien dont avez de loing uzé l'une avec l'aultre. Et sur
-ce, etc.
-
- Ce XXVIIIe jour de febvrier 1575.
-
-
-
-
-CCCCXXXVIIe DÉPESCHE
-
---du VIIe jour de mars 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Audience.--Excuse pour le retard apporté à la communication du
- mariage du roi.--Méfiance inspirée à Élisabeth par l'alliance
- du roi à la maison de Lorraine.--Desir qu'elle témoigne de
- recourir à des alliances hostiles à la France.--Remontrances de
- l'ambassadeur.--Assurance que le roi veut renouveler
- solennellement le traité de la ligue.--Plaintes à l'occasion de
- réjouissances faites à Londres par les réfugiés pour célébrer
- une victoire remportée par le maréchal de Danville.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, affin que la Royne d'Angleterre ne peût penser que ne luy
-eussiez voulu communicquer le propos de vostre mariage, sinon après
-l'évènement, je luy ay dict que ce n'estoit nullement par vostre
-coulpe, ny de la Royne, vostre mère, mais par la négligence des
-courriers, qu'elle recepvoit maintenant beaucoup plus tard ceste
-nouvelle que Voz Très Chrestiennes Majestez ne l'eussent voulu, et
-qu'il n'estoit raysonnable qu'on la luy deût tant différer. De quoy
-elle ne vous en debvoit rien imputer, car n'aviez plus tost esté
-vaincu des sages persuasions et remonstrances de la Royne, vostre
-mère, à vous debvoir maryer, affin d'avoyr bientost lignée; et
-aulmoins n'aviez vous prins plus tost la résolution de le fère
-qu'incontinent, et devant le mander à nul aultre prince de la
-Chrestienté, Vostre Majesté m'avoit escript, estant encores en chemin,
-sur le retour d'Avignon, et deux journées devant qu'arriver à Reims,
-que je ne faillisse de le notiffier à la dicte Dame; et que, pour la
-grande et très bonne opinyon que vous aviez de la fille aynée de Mr de
-Vaudémont, de la mayson de Lorrayne, princesse en toutes sortes bien
-née et de très illustre extraction, appartenant aulx plus grands
-princes de la Chrestienté, vous aviez bien voulu tant defférer à
-vostre propre jugement et à celluy de la Royne, vostre mère, qui
-l'aviez, l'ung et l'aultre, assez souvant veue et aviez soigneusement,
-et à loysir, considéré la personne et les belles et excellantes
-qualitez que Dieu avoit mis en elle, que de la préférer à toute aultre
-grandeur de party. De quoy vous espériez que la dicte Royne
-d'Angleterre, pour le debvoir de sa bonne et sincère amityé vers vous,
-prendroit en elle mesmes ung double plésir de ce bien heureux mariage:
-premièrement, pour le contantement que vous vous en promettiez; et
-puis, pour les successeurs qu'elle vous verroit bientost naystre, qui,
-de père en filz, et d'ayeul en petit filz, continueroient de luy
-estre, à elle, bons alliez et parantz, et tousjours très bons
-confédérés de sa couronne.
-
-A quoy la dicte Dame m'a soubdain respondu qu'il y avoit desjà
-plusieurs jours qu'elle avoit eu, et, possible, plus tost que moy,
-quelque sentiment de ce propos, sur lequel l'on luy avoit donné de
-bien diverses interprétations, dont les aulcunes estoient bien fort
-subtilles, de l'occasion qui avoit meu la Royne, vostre mère, de se
-pourchasser une telle belle fille; et les aultres estoient des
-dellibérations que, en faveur de la Royne Très Chrestienne à présent
-vostre femme, vous entreprendriez d'exécuter ez isles de deçà, pour la
-restitution de la Royne d'Escosse, sa parante; et que néantmoins, tout
-ainsy qu'elle ne debvoit nullement, aussy ne vouloit elle parler sinon
-bien fort honnorablement de l'élection qu'il vous avoit pleu fère en
-cella, et la louer et approuver de tout son pouvoir, et vous
-remercyer infinyement, comme elle faisoit, de la communicquation que
-luy en aviez faicte; et que, pour le regard des deux poinctz que je
-luy avoys touché, de vostre contantement et de la postérité
-qu'espériez bientost de ce mariage, que nul, soubz le ciel, en sentoit
-plus de playsir qu'elle, ny nul vous y souhaytoit plus de faveur et de
-bénédiction de Dieu, ny nul d'entre toutz voz alliez s'en conjouyroit
-jamays plus cordiallement, qu'elle faysoit, avec Vostre Majesté; bien
-me vouloit dire tout franchement, et sans dissimulation aulcune,
-qu'encor que toutes les plus excellantes et plus desirables
-perfections, qui se puissent souhayter en une grande Royne, soyent
-entièrement, et, possible, plus habondamment en la Royne Très
-Chrestienne qu'en nulle aultre princesse qui vive aujourdhuy au monde,
-sellon que vous ne l'eussiez aultrement choysie, si desireroit elle,
-de bon cueur, que vostre élection eust esté d'une aultre mayson, à
-elle moins ennemye que celle de Lorrayne, et non tant prochayne
-parante comme elle est de Messieurs de Guyse, lesquels avoient
-tousjours faict expresse profession de vous pousser, et les feux Roys,
-voz prédécesseurs, à la guerre contre elle et contre son royaulme; et
-que aulcuns personnages de bon sens luy avoyent, par de bien sages et
-bien vraysemblables considérations, évidemment monstré que ce mariage
-luy debvoit estre à elle très suspect, comme estant ung article du
-testament de feu Mr le cardinal de Lorrayne, où il ne l'avoit
-nullement nommée pour l'ung de ses exécuteurs; et qu'ilz la
-conseilloient que, tout ainsy que vous aviez faict ceste alliance,
-sans aulcun esgard à elle ny à son estat, qu'ainsy en pouvoit et
-debvoit elle fère maintenant, sans aulcun respect ny à vous ny au
-vostre.
-
-A quoy je luy ay réplicqué que je l'estimois princesse de trop bon
-jugement pour croyre que nulle autre considération au monde vous eût
-meu, en cest endroict, que la seule persuasion de la Royne, vostre
-mère, et le beau et très desirable object de la Royne, vostre femme;
-et que, de tant plus debvoit elle trouver bon ce party que, en le
-prenant, vous vous estiez si bien senty et appuyé de l'amityé qu'elle
-vous avoit promise, que vous n'aviez tant regardé à une alliance forte
-et puissante comme à la fère très honneste et très honnorable; et que,
-auparavant aussy bien qu'à ceste heure, les troys maysons, de
-Lorrayne, de Vaudémont et de Guyse, estoient entièrement à vostre
-dévotion, dont n'estoit depuis advenu chose aulcune de nouveau, d'où
-elle se deût donner aulcun souspeçon; et qu'il avoit pleu à Dieu
-joindre, de longtemps, de si bonnes et naturelles forces à vostre
-couronne que vous n'aviez poinct besoing d'en aller mendier d'autres
-par vostre mariage; et ne pensois fère tort à nulle aultre grandeur de
-dire cella de la vostre, que tousjours les Roys de France avoient plus
-esté appuy et reffuge aulx aultres princes de la Chrestienté qu'ilz ne
-s'estoient appuyez ny fortiffiez d'eux; et quand à fère, elle, de son
-costé, sans aulcun respect de Vostre Majesté, quelque aultre alliance
-pour elle, que, si c'estoit par mariage, vous le luy desireriez
-tousjours très honnorable et plein de très heureux contantement, mais
-si c'estoit par ligue ou confédération, que j'espéroys que bientost
-vous envoyeriez renouveller et confirmer si estroictement celle que
-vous aviez avec elle, que je m'assurois qu'elle ne voudroit, comme
-elle ne sçauroit aussy, jamays en desirer de meilleure; et que j'ozois
-jurer que ceulx, qui avoient ainsy interprêté vostre mariage pour
-dangereux à elle et à ses affères, n'estoient non plus vrays et purs
-angloix qu'ilz se monstroient très maulvays françoys.
-
-Elle m'a respondu que voyrement estoient ce des partisans espaignols,
-qui avoient parlé à elle là dessus, lesquelz ne jugeoient ce qui
-estoit advenu de vostre mariage estre moins suspect au Roy d'Espaigne
-qu'ilz le remonstroient très suspect à elle; en quoy, possible, ilz
-passoyent vers toutz deux trop plus avant qu'ilz ne debvoient; et
-qu'elle, pour son regard, se reposeroit, pour ceste heure, sur ce que
-je luy venois de dire de vostre part, attandant que Vostre Majesté
-accomplyst par euvre ce que je luy avoys déduict de parolle.
-
-Et m'estant là dessus plainct à elle des démonstrations et
-conjouyssances publicques que les ministres de l'églyse françoyse de
-Londres avoyent ozé fère d'une victoyre qu'ilz ont publyé que Mr
-Dampville avoit gaignée en Languedoc, où il avoit deffaict toutes les
-forces de pied et cheval que Vostre Majesté avoit au dict pays, et tué
-le général et emmeyné l'artillerye, elle m'a dict que c'estoit chose
-dont ilz ne luy avoient pas demandé congé de la fère, et qu'elle ne la
-trouvoit nullement bonne; et que, puisque je m'en pleignoys, elle leur
-en feroit fère une si bonne réprimande que, s'ilz ne se monstroient,
-dorsenavant, plus modérez, elle les chasseroit de son royaulme.
-
-Et ayant ainsy layssé la dicte Dame bien contante, je me suys pour
-ceste foys retiré. Et sur ce, etc.
-
- Ce VIIe jour de mars 1575.
-
-
-
-
-CCCCXXXVIIIe DÉPESCHE
-
---du XIe jour de mars 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)
-
- Désignation de Mr de La Châtre pour passer en Angleterre, afin de
- renouveler le traité d'alliance.--Refus du commandeur de
- Castille d'accepter le secours proposé par Élisabeth au roi
- d'Espagne contre les Turcs; demande que ce secours soit employé
- pour la guerre de Hollande.--Dispositions d'Élisabeth à l'égard
- de Marie Stuart.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'espère que la venue de Mr de La Chastre confirmera grandement
-ceste princesse vers Vostre Majesté, et la gardera d'obtempérer en
-beaucoup de choses aulx tant instantes persuasions et vifves
-poursuytes que luy renouvellent, à toute heure, ceulx qui s'efforcent
-de la bander contre voz affères. Je luy ay desjà bien fort loué ceste
-vostre élection comme très digne, et en toutes sortes très bien
-faicte, sans rien obmettre des honnestes et bien fort bonne qualitez
-de luy, qui espère qu'elle le recepvra avec toute faveur; et je
-mettray encores peyne que, d'elle et des siens, sa légation soit la
-plus honnorée, et qu'il en reviegne le plus d'utillité pour vostre
-service qu'il me sera possible. Cella est bien à propos qu'il sera icy
-plus tost que le conseiller de Flandres ny Me Wilson y arryvent,
-lesquelz, à ce que j'entendz, apportent beaucoup d'ouvertures pour
-remettre les anciennes entrecours et toutes aultres choses d'entre ces
-deux pays en plus estroicte intelligence que jamays.
-
-Je ne sçay toutefoys à quel prétexte ceulx cy pourront, à ceste heure,
-poursuyvre davantage leur armement et appareil de mer, veu que le
-commandeur de Castille a renvoyé le cappitayne, qui luy en estoit allé
-apporter l'offre, avec une responce laquelle ne satisfaict ceste
-princesse et encores moins ceulx de son conseil: car, en la remercyant
-de sa bonne volonté et de la bonne et prompte disposition de ses
-subjectz vers le Roy, son Mestre, et la priant et eulx d'y vouloir
-persévérer, il s'excuse que, de tant que l'offre est faicte pour la
-mer du Levant contre le Turc, où il n'a nulle charge, qu'il ne la peut
-accepter, mais qu'il la fera entendre au dict Roy, son Mestre, le plus
-tot qu'il luy sera possible, en quoy y pourra avoyr de la longueur, à
-cause que les chemins sont, à présent, interrompus en France; mais
-que, si c'estoit pour servir en la guerre des Pays Bas contre le
-prince d'Orange, qu'il l'accepteroit incontinent, et appoincteroit
-très bien les cappitaynes et soldatz et marinyers et vaysseaulx
-angloix, qui viendroient à ceste entreprinse, laquelle seroit trop
-plus agréable au Roy, son Mestre, et non moins honnorable et utille à
-la dicte Dame et aulx siens que si c'estoit contre le Turc. Sur
-laquelle responce j'entendz qu'elle et ceulx de son dict conseil se
-trouvent fort empeschez quelle dellibération y prendre; et néantmoins
-leur appareil va tousjours en avant.
-
-Les deniers qui ont demeuré quelque temps ainsy dépositez, comme je
-vous ay mandé, devers ung marchand de ceste ville ont esté, depuis
-deux jours, apportez chez le grand trézoryer, montantz trente mille
-escus, en angelotz; je ne sçay encores quel chemin ilz prendront.
-J'entendz qu'on prépare une dépesche, icy, pour renvoyer Me Quillegreu
-en Escosse, et qu'il y doibt apporter ung duplicata de celle que les
-ministres ont esté plusieurs foys assemblez pour la dresser, de
-laquelle ne se peult encores avoyr aulcune notice quelz chapitres elle
-contient.
-
-J'ay eu ces jours passez à présenter à ceste princesse, de la part de
-la Royne d'Escosse, sa cousine, nonobstant la jalouzie que, sur vostre
-mariage, elle a nouvellement reprins d'elle, troys petites coyfures de
-nuict, ouvrées de sa main, avec une lettre fort gracieuse et aulcuns
-propos qu'elle m'a escript, à part, pour luy dire; qui n'a esté sans
-qu'il y ayt eu de la difficulté et de la contradiction beaucoup, car,
-après m'avoyr ouy et avoyr uzé de quelque excuse tout haut de ne les
-pouvoir accepter, elle m'a dict que je seroys trop esbahy, si je
-sçavoys ce qu'on avoit composé sur les aultres petitz présantz qu'elle
-avoit desjà receus d'elle par mes mains, et sur ce qu'elle avoit
-dellibéré de luy en envoyer ung de sa part, comme si desjà la Royne
-d'Escosse avoit tiré promesse d'elle qu'elle entreprendroit de la
-restituer par force, et qu'elles en baillassent ainsy de mutuels gages
-l'une de l'aultre; de quoy, encor qu'il n'en soit rien, l'on n'avoit
-layssé de luy en escripre des lettres bien expresses d'Escosse et
-qu'elle estoit en peyne comme en debvoir uzer.
-
-Je luy ay réplicqué que ceulx qui luy escripvoient ainsy sellon leur
-naturel barbare et meschant, ne sçavoient considérer qu'elle estoit
-bonne et vertueuse et d'ung cueur si généreulx et royal qu'elle ne
-pouvoit avoyr à mespris une aultre Royne et princesse, sa parante, en
-quelle fortune qu'elle se trouvât, ny dédaigner les petitz ouvrages
-qu'elle luy avoit faictz de sa main, vrays tesmoings de sa sincère
-affection vers elle, qui n'en pouvoit estre offert de nulles
-meilleures mains qu'ilz partoient ny receus de meilleures qu'ilz
-alloient; et que les détracteurs de cella méritoyent tout le mal
-qu'ilz creignoient leur en advenir et beaucoup davantage, sellon leurs
-démérites.
-
-A quoy elle m'a dict que, véritablement, ilz parloient sellon eulx,
-mais qu'elle ne lairroit de fère sellon elle, et qu'elle acceptoit
-doncques son présent; mais me prioit de ramantevoyr à la Royne
-d'Escosse qu'elle avoit quelques ans plus qu'elle, et que celles qui
-advancoient en l'âge, volontiers prenoient à deux mains, et ne
-donnoient que d'ung doigt. Et ainsy je l'ay layssée assés bien
-disposée vers sa cousine. Et sur ce, etc.
-
- Ce XIe jour de mars 1575.
-
-
-
-
-CCCCXXXIXe DÉPESCHE
-
---du XIIIe jour de mars 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Champernon._)
-
- Navires envoyés d'Angleterre pour recevoir Mr de La
- Châtre.--Méfiances inspirées à la reine contre sa
- légation.--Rapprochement entre Élisabeth et le roi
- d'Espagne.--Continuation des armemens.--Nouvelles d'Écosse.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay reçeu, le XIIe de ce moys, environ les quatre heures après
-midy, la dépesche de Vostre Majesté du XXVIIe du passé et celle du IIe
-d'estui cy, toutes deux, à la foys; et incontinent j'ay envoyé
-demander en ceste court ung des navyres de guerre de la Royne
-d'Angleterre pour aller prendre Mr de La Chastre à Bouloigne, affin de
-le passer plus seurement, et qu'il ne prînt mal sur la mer en venant
-par deçà. Dont l'on m'a libérallement accordé d'y envoyer deux
-vaysseaulx passagers de Douvre, les mieulx équippez, sellon le temps
-et la haste, que fère se pourra: de quoy je fay présentement un mot
-de lettre au dict Sr de La Chastre affin qu'il temporise ung peu au
-dict lieu de Bouloigne, attandant les deux vayssaulx, sans se
-commettre à la discrétion de tant de pirates qui se tiennent
-ordinayrement en ce destroict. Et sur ce, je vous diray, Sire, qu'il
-n'a esté plus tost sceu, icy, que Vostre Majesté y dépeschoyt Mr de La
-Chastre qu'incontinent ceulx qui se veulent formaliser contre voz
-affères n'aient couru à la court, pour réfroydir ceste princesse et
-ceulx de son conseil de la bonne réception qu'ilz préparoyent de luy
-fère; et m'a l'on adverty qu'on y a faict de très maulvays offices
-contre luy, et qu'on n'a bien parlé de luy. Je remédieray à cella, le
-mieulx qu'il me sera possible, et, pour le moins, je m'efforceray
-d'honnorer, autant que je pourray, et luy et la commission, qu'il
-porte, de Vostre Majesté, et de fère qu'il vous rapporte le plus de
-satisfaction qui se pourra tirer, de la dicte Dame et des siens, sur
-les choses qu'il aura à leur dire et proposer de vostre part.
-
-Il est certain que le conseiller de Bruxelles vient en la compagnye de
-Me Wilson, et dict on que c'est pour résider, à bon escient,
-ambassadeur, icy, pour le Roy d'Espaigne; ce qu'estant recherché de
-luy, avec la soubmission qu'il promet de fère prester par les bannys
-angloix à la dicte Dame, elle se laysse tirer assés de son costé, et
-s'esloigne d'autant du vostre; et mesmes qu'on luy faict, ainsy que
-j'en suys bien adverty, avoyr non moins suspect vostre mariage que
-s'il estoit directement contre tout ce qu'elle pouvoit espérer de paix
-et d'amityé de Vostre Majesté. L'on ne poursuyt plus, soubz celle
-colleur de donner secours au dict Roy d'Espaigne contre le Turc, cest
-armement qu'on avoit commancé, icy, depuis que le grand commandeur a
-mandé sa response, mais l'on le continue avec aultre tiltre,
-d'entreprendre un voïage au Cathay, ce qui ne m'est moins suspect que
-le précédant; dont j'y auray l'oeil le plus ouvert qu'il me sera
-possible.
-
-Me Quillegreu est desjà tout prest pour aller en Escosse avec une
-dépesche de ce conseil, et bonne somme de deniers qu'il emporte
-avecques luy. Je ne puis encores descouvrir à quel effect ce peut
-estre. Il y apporte aussy une de ces quatre dépesches, que je vous ay
-desjà escript que les ministres ont avec grande curiosité et
-dilligence dressées: et me tarde beaucoup que le gentilhomme, qu'avez
-ordonné pour aller résider ambassadeur par dellà, y soit arryvé; car
-aultrement je crains bien fort qu'il ne s'y face quelque préjudice à
-l'ancienne alliance qu'avez avec la couronne d'Escosse. Et sur ce,
-etc.
-
- Ce XIVe jour de mars 1575.
-
-
-
-
-CCCCXLe DÉPESCHE
-
---du XXe jour de mars 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Efforts de l'ambassadeur pour dissiper les méfiances de la reine
- d'Angleterre.--Délibération des seigneurs du conseil sur les
- affaires d'Irlande.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay pourveu le mieulx qu'il m'a esté possible à ce que le
-réfroydissement, où l'on avoit voulu mettre ceste princesse et ceulx
-de son conseil vers la venue de Mr de La Chastre, n'ayt poinct duré,
-et m'a l'on desjà promis que le dict sieur sera bien et favorablement
-receu. Je l'attandz à demain ou après demain, car il y a desjà six
-jours que je luy ay redépesché son homme, avec l'ordonnance de prendre
-deux vaysseaulx équippez en guerre à Douvre pour son passage; mais, de
-tant plus qu'on le sent approcher, plus l'on s'efforce de presser, en
-ceste court, les instances et sollicitations qui peuvent estre
-contrayres à sa légation, et ne puis encores bien juger ce qui en
-réuscyra.
-
-Il est vray que, sellon qu'une chose qui est maintenant en
-dellibération dans ce conseil se déterminera, l'on pourra lors
-cognoistre si ceste princesse voudra proprement entendre à
-l'establissement de ses affères dans ses pays, ou bien si elle
-continuera de s'embrouyller aulx guerres et troubles de ses voysins;
-car le comte d'Essex luy a dépesché, d'Irlande, ung sien gentilhomme
-pour luy venir remonstrer qu'il a descouvert, en poursuyvant la guerre
-par dellà, des moyens propres pour y establyr l'authorité d'elle, qui
-sont beaucoup meilleurs et trop plus certains que ceulx qu'on y a
-tenus jusques icy, mais qu'il a besoing, à ce commancement, de plus
-grande provision de deniers et de plus grand nombre d'hommes qu'on ne
-luy a encores ordonné, affin de mettre la chose promptement et bien à
-entière exécution. Ce que ayant, en l'assemblée de plusieurs de ce
-dict conseil, esté fort vifvement débatu, la dicte Dame n'a obmis de
-leur mettre devant les yeulx que, par plusieurs foys et en maintes
-façons, ceste entreprinse d'Irlande avoit esté, avec de grands frays,
-mais tousjours en vain, diversement tantée; et qu'ilz examinassent, à
-ceste heure, de bien près, si ce que le comte d'Essex mettoit en avant
-avoit fondement ou non, et si la despence qu'il demandoit y estre
-faicte seroit bien employée, ou bien si l'on le révoqueroit par deçà,
-puisque les choses ne luy avoient ainsy succédé au dict pays comme il
-l'espéroit, et luy ordonner, icy, des bienfaictz, pour le récompanser
-des frays et dommages qu'il avoit souffertz en son expédition. Sur
-quoy j'entendz que les opinyons ont esté contrayres, et mesmes qu'il y
-en a de bien fort préoccupées, tant pour la jalouzye particullière des
-conseillers, que pour ce, qu'aulcuns d'eux voudroient bien que, toutes
-aultres choses délayssées, la dicte Dame entendît, pour ceste heure,
-au seul secours des Protestantz comme à ceulx dont la victoyre, ainsy
-qu'ilz disent, luy establiroit entièrement son repos, et luy
-accommoderoit très bien ses affères, là où, aultrement elle ne pourra,
-ce leur semble, estre, en l'ung ny en l'autre, jamays bien assurée.
-Néantmoins il semble que l'advis des plus authorisez tend à
-l'entreprinse d'Irlande, dont, dans bien peu de jours, se sentira la
-résolution de l'ung ou de l'autre.
-
-Et quand à ce que j'ay naguyères escript à Vostre Majesté, de la venue
-du conseiller de Flandres, l'on attand icy, à toute heure, son
-arryvée. Et, touchant l'armement, il se poursuyt tousjours; mais,
-quand au voïage de Me Quillegreu en Escosse, il est ung peu suspendu.
-Nous verrons comme les choses procèderont, et mettrons payne qu'en
-soyez promptement adverty. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXe jour de mars 1575.
-
-
-
-
-CCCCXLIe DÉPESCHE
-
---du XXIIIIe jour de mars 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._)
-
- Retard apporté au passage de Mr de La Châtre.--Nouvelles
- d'Ecosse.--Assurances de dévouement au roi données au nom des
- seigneurs écossais.--Recommandation pour les réfugiés de Rouen.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, les deux vaysseaulx de Douvre, que la Royne d'Angleterre avait
-faict ordonner pour Mr de La Chastre, ne fallirent de se rendre à
-Bouloigne, le XVIe de ce moys, pour le passer deçà, mais il jugea
-qu'ilz n'estoient suffisans ny assez bien équippés pour le saulver
-devant les pirates qui l'attandoyent pour le piller: dont il renvoya,
-le lendemain, ung sien gentilhomme, icy, pour obtenir d'aultres
-vaysseaulx mieulx armez et plus fortz, ou bien quelque meilleur ordre
-de ceste princesse pour assurer son passage. Sur quoy j'envoyay tout
-aussytost fère ung mot de remonstrance là dessus à la dicte Dame, et
-elle, sur l'heure mesmes, manda à milord Cobhan qu'il ne fallît de
-dépescher son frère, ou quelque aultre gentilhomme de bonne qualité,
-dellà la mer, avec les meilleurs vaysseaulx et les mieulx équippez
-qui, en ceste grande haste, se pourroient trouver, affin de conduyre,
-seurement et sans danger, le dict Sr de La Chastre et sa compagnye par
-deçà: ce qui a esté incontinent exécuté. Et j'estime que, de présent,
-toute la troupe ayt passé, et que, au plus tard, ilz arriveront demain
-en ceste ville, où la dicte Dame s'en vient aussy avec toute sa court
-pour y solenniser ces Pasques: ce qui fera que le dict Sr de La
-Chastre aura le moyen d'accomplir plus commodément et plus tost sa
-commission; et j'espère qu'il vous rapportera tout contantement.
-
-J'ay tant faict que le filz de milord de Sethon, qui est icy, lequel
-n'est pas l'ayné, comme on me l'avoit dict, ains est le segond, m'est
-venu trouver fort secrettement et de nuict, affin d'éviter souspeçon;
-et m'a assuré que son père et les principaulx seigneurs, et mesmes la
-pluspart de la noblesse d'Escosse, persévèreront constamment vers
-l'alliance de Vostre Majesté et en l'affection de bons subjectz vers
-la Royne, leur Mestresse, mais qu'ilz gardent ceste bonne volonté
-cachée dans leurs cueurs, pour ne l'ozer manifester que au besoing, et
-lorsqu'ilz verront que les choses seront en estat que, sans danger,
-ils se pourront déclarer; et que de sa part, il n'estoit venu, icy,
-sinon pour n'avoyr peu obtenir du comte de Morthon qu'il s'en peût
-retourner en France, et m'a donné parolle de gentilhomme qu'il vous
-demeurera tousjours très dévot serviteur. Milord de St Jehan,
-escossoys, lequel est depuis ung an en ceste ville, m'a faict aussy
-secrettement remonstrer que, ayant trop plus agréable, pour la malice
-du temps, d'estre hors de son pays que d'y habiter, et luy manquantz,
-par la mort et par l'absence des deux Roynes, ses Mestresses, les
-moyens qu'elles luy avoient donné en leur faysant service, il estoit
-maintenant en sa viellesse contrainct de chercher nouveau mestre et
-nouvelle protection; et que, pour la dévotion qu'il avoit tousjours
-eue en vostre couronne, et les faveurs et grâces que luy et sa nation
-en avoyent receu par le passé, il ne vouloit fallyr d'offrir sa bonne
-volonté et son fidelle service à Vostre Majesté, réputant à plus
-d'honneur la moindre faveur qu'il pourra recepvoir d'ung si grand Roy
-que tout aultre bien que nul autre prince luy pourroit fère; en quoy
-j'entendz qu'il desireroit estre advoué pour vostre domestique
-serviteur, gentilhomme de vostre chambre, ce qui semble bien, Sire,
-qu'il est personnage pour mériter que daignez le gratiffyer de cella.
-Et sur ce, etc.
-
- Ce XXIVe jour de mars 1575.
-
- Ceulx de voz subjectz de la nouvelle religyon, qui vivent
- paysiblement icy, me viennent, tout maintenant, de prier que
- je rende très humbles grâces à Vostre Majesté pour les lettres
- qu'il vous a pleu escripre en leur faveur à vostre court du
- parlement de Roan; mais que, de tant que leurs parantz et
- procureurs, qu'ilz ont sur les lieux, leur ont mandé que la
- dicte court n'y veut avoyr esgard, parce que ne sont que
- lettres closes, qu'ilz supplyent très humblement Vostre
- Majesté de vouloir, par nouvelles lettres patantes, confirmer
- la première déclaration et octroy, qu'il vous a pleu leur
- fère, de ne poinct saysir leurs biens, en se déportant
- loyaulment vers vostre service. Sur quoy je vous supplye très
- humblement, Sire, de les fère jouyr de l'effaict de vostre
- promesse, sellon que ceulx, à qui j'ay donné mes certificatz,
- ont bon tesmoignage qu'ilz n'ont attempté ny attemptent par
- armes, par praticques ny par contribution, chose aulcune
- contre l'obéyssance et fidellité qu'ilz vous doibvent.
-
-
-
-
-CCCCXLIIe DÉPESCHE
-
---du dernier jour de mars 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Arrivée de Mr de La Châtre à Londres.--Bonne réception qui lui
- est faite.--Arrivée de l'ambassadeur du roi d'Espagne.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, il n'eût esté bien à propos que Mr de La Chastre fût passé la
-mer plus tost qu'il a faict, car il eût trouvé, ici, des difficultez
-non petites, lesquelles je n'avoys peu encores vaincre, et de la
-froideur que je ne pouvoys encores reschauffer; qui eussent, par
-advanture, desrogé assez à sa réception, et, possible, empesché le
-meilleur effect de son voyage. Dont je loue Dieu qu'il m'a enfin esté
-plus octroyé pour luy que je n'eusse ozé demander, car ayant la Royne
-commandé au frère de milord Coban et aultres gentilshommes anglois de
-l'aller quérir jusques à Callays, pour le passer deçà, elle l'a depuis
-faict fort honnorablement recepvoyr à Douvre et à Conturbery, et
-partout où il a passé, avec le concours de beaucoup de noblesse du
-pays; et a envoyé le jeune Houdson, son parant, le rencontrer à une
-journée d'icy, et ses propres barges le prendre à Gravesines pour le
-porter en ceste ville, où la réception luy a esté faicte encores plus
-grande et plus honnorable qu'aylleurs. Et luy, avec toute sa troupe, y
-sont bien logez et fort bien traictez aulx dépens de la dicte Dame, et
-visitez souvant par les seigneurs et gentilshommes de ceste court,
-lesquelz nous ont déjà conduictz une foys, avec ordre et cérymonie,
-vers elle; et elle, avec ordre et magnifficence, l'a fort
-favorablement receu, et luy a donné une bien bénigne audience, en
-laquelle elle a monstré qu'elle avoit la légation, et celluy qui la
-luy portoit, fort agréable. Qui vous puis aussy très certaynement
-assurer, Sire, que luy, de son costé a commancé, et qu'il poursuyt de
-l'accomplyr avec beaucoup d'honneur et de dignité, et avec tant de
-bonne façon qu'il ne s'y peut desirer rien de mieulx, et faict
-comporter bien modestement sa troupe, de sorte que toute ceste court
-en demeure bien édiffyée. Dont j'espère qu'avec beaucoup de sa
-réputation il rapportera beaucoup de contantement de son voïage à
-Vostre Majesté; et ne me reste qu'un seul escrupulle, c'est la
-traverse que nous pourra donner l'ambassadeur du Roy d'Espagne, lequel
-en dilligence est arryvé icy dans bien peu d'heures après que Mr de
-La Chastre a esté descendu; mais nous n'obmettrons ung seul poinct du
-soing et dilligence que debvons à vostre service, ainsy que par luy
-mesmes qui pourra, dans quatre ou cinq jours, s'expédyer d'icy, aurez
-l'entière relation du tout. Et sur ce, etc. Ce XXXIe jour de mars
-1575.
-
-
-
-
-CCCCXLIIIe DÉPESCHE
-
---du VIIe jour d'apvril 1575.--
-
-(_Envoyée exprès par Mr de la Chastre._)
-
- Heureux résultat de la mission de Mr de La
- Châtre.--Renouvellement de la ligue entre la France et
- l'Angleterre.--Assurance que la confiance est pleinement
- rétablie.--Instance pour que Mr de Mauvissière, successeur
- désigné de l'ambassadeur, se rende sans retard à Londres.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, la bonne et digne façon de laquelle Mr de La Chastre s'est
-conduict à fère la visite que luy avez commandé vers ceste princesse,
-et à luy présenter les lettres de Vostre Majesté et de la Royne,
-vostre mère, (mesmement celles qui estoient escriptes de voz mains,
-lesquelles, avec l'acte d'acceptation de la ligue, qui a esté trouvé
-fort bien couché, ont esté de grand moment), et à luy bien explicquer
-les poinctz de sa créance, et singulièrement à luy ouvrir clèrement la
-droicte intention de Voz Très Chrestiennes Majestez, et aussy à luy
-admener de bien vifves raysons pour luy oster tout escrupulle qu'il y
-ayt aultre chose que toute sincérité, bien esloignée de faintise et de
-dissimulation, en l'amityé que luy promettez, ont faict que la
-confirmation de la dicte ligue, pour laquelle principallement l'aviez
-dépesché par deçà, a heureusement succédé, ainsy que luy mesmes vous
-en fera le récit, et vous en délivrera l'acte et les lettres, que la
-dicte Dame vous en escript. Qui me semble, Sire, que les choses en
-sont venues à si bons termes que de meilleurs ny de plus honnorables,
-pour ce regard, n'en pourroient estre desirez pour Vostre Majesté. Et
-j'en loue Dieu de bon cueur, car, avec l'utillité de vostre service,
-je puis, à ceste heure, plus confidemment supplyer très humblement
-Vostre Majesté de m'effectuer la promesse de mon congé, sans craindre
-que le changement d'ambassadeur puisse rien altérer en la négociation
-de deçà, et commander de rechef à Mr de Mauvissyère de se rendre, icy,
-le XVe de ce moys, ou au plus tard à la fin d'icelluy, sellon que, par
-la dépesche du XVIIe du passé, j'ay veu que desjà il en avoit receu
-vostre commandement. Sur ce, etc.
-
- Ce VIIe jour d'apvril 1575.
-
-
-
-
-CCCCXLIVe DÉPESCHE
-
---du XVe jour d'apvril 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mousnyer._)
-
- Audience.--Remerciemens de l'ambassadeur pour l'honorable accueil
- fait à Mr de La Châtre et le renouvellement de la
- ligue.--Demande d'Élisabeth que le roi prête serment pour la
- confirmation du traité.--Déclaration des armemens faits à
- Saint-Malo contre ceux de la Rochelle.--Adhésion de la reine à
- ces armemens qu'elle juge nécessaires pour réprimer les excès
- des protestans.--Affaires d'Irlande.--Réclamation de
- l'ambassadeur au sujet de son traitement.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, je viens de dire à la Royne d'Angleterre que, quand il n'y eût
-eu aultre argument que celluy de l'obligation, que je luy avoys, de
-m'avoyr rendu si heureux qu'avant la fin de ma charge elle eût faict
-réuscyr très honnorable et pleyne de contantement la première légation
-que Vostre Majesté luy avoit envoyée, qu'encores n'avoys je, pour ce
-regard, voullu fallir de luy en venir très humblement bayser les
-mains, et la remercyer, d'abondant, de ce qu'elle avoit donné à Mr de
-La Chastre, et aulx gentilshommes françoys de sa compagnye, de quoy
-rapporter à Vostre Majesté que, en nulle aultre part du monde, ilz
-eussent peu estre mieulx veus ny plus caressez qu'ilz avoyent esté,
-icy, ny recepvoir tant d'honnestes gracieusetez qu'ilz avoient faict
-d'elle, comme d'une des plus vertueuses et courtoises princesses que
-le monde ayt, ny, possible, aura de longtemps; et que toutz ensemble
-avions loué Dieu du prompt et franc desir dont elle avoit très
-volontiers, et de bon coeur, accepté Vostre Majesté en la continuation
-de la ligue, que le feu Roy, vostre frère, avoit avec elle; et que le
-dict Sr de La Chastre la pryoit bien de croyre qu'il n'avoit layssé
-tomber ung seul mot de tant d'honnestes propos qu'elle nous avoit
-tenus de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et de toutz ceulx
-de vostre couronne, ny de toutes les responces qu'elle nous avoit
-faicte, ny des honnorables signiffications d'amityé qu'elle nous avoit
-monstré vous porter, ny encores des aultres tant habondantes et
-vrayement royalles faveurs que, pour l'honneur de vous, elle luy avoit
-faictes, et à luy et à sa compagnye, qu'il n'eût soigneusement
-recueilly le tout pour en pouvoir donner bon compte à Vostre Majesté;
-et qu'il desiroit que quelque chose de ce qu'il avoit de plus cher au
-monde, ou mesmes une partye de soy mesmes, se peût convertyr en
-mercyement qui se trouvât digne de l'obligation qu'elle avoit gaignée
-sur luy, et aulmoins luy layssoit il par deçà une très dévote
-affection de luy fère, après Vostre Majesté et ce qu'il debvoit à
-vostre couronne, plus de service qu'à nul prince ny princesse de la
-Chrestienté;
-
-Et que les aultres gentilhommes françoys, en leur disant adieu,
-m'avoient prié, toutz d'une voix, que, en leur nom, je luy voulusse
-aussy bayser ses royalles mains; et qu'ilz réputeroyent à grand heur
-que, quelques jours, avec le bon congé de Vostre Majesté, ilz peussent
-estre employez en chose qui fût pour l'honneur et service d'elle; car
-ilz n'y espargneroyent ny leurs vies ny leurs personnes; et que, en
-expécial, Mr de Beauvoys luy rendoit très humbles grâces de ce qu'elle
-avoit deigné privément l'enquérir de plusieurs particullaritez de
-Vostre Majesté et fort famylièrement l'en entretenir; et que celle
-grande faveur, dont une si excellente princesse l'avoit voulu fère
-digne, luy avoit réaulcé le cueur, pour espérer d'estre quelque chose
-de meilleur à l'advenir qu'il ne s'estoit encores jamays ozé
-promettre; et qu'il avoit faict un registre, en soy mesmes, de toutes
-les vertueuses parolles et honnestes démonstrations de la dicte Dame,
-et singullièrement de celle très expresse commission qu'elle luy avoit
-donné pour ne faillir d'en entretenir, bien au long et à loysir,
-Vostre Majesté.
-
-Lesquelz propos je vous promectz, Sire, que la dicte Dame a eu
-souveraynement agréables, et, nonobstant la dilligence d'aulcuns, qui
-s'estoient cependant efforcez d'attiédyr nostre précédante
-négociation, elle, d'une démonstration de playsir et de contantement,
-plus que ordinayre, m'a respondu que, quoyqu'on luy eût voulu dire,
-ny persuader de Vostre Majesté, elle avoit trouvé que, sur le voïage
-de Mr de La Chastre, aussy bien qu'en aultres choses, j'estoys plus
-véritable que ceulx qui en avoyent mal rapporté, et qu'elle ne se
-souvenoit d'estre jamays demeurée plus pleynement satisfaicte de nulle
-autre négociation qu'elle eût faict en sa vye, que de ceste cy; et que
-pourtant, si j'avoys jamays rien faict à sa pryère, que je voulusse, à
-ce coup, avec plus d'expression que jamays, infinyement remercyer
-Vostre Majesté de sa part, pour l'effect de ceste ambassade, laquelle
-vous luy aviez faicte fère en termes si honnorables qu'elle ne le
-sçauroit desirer davantage; et qui estoyent très signifficatifs de la
-droicte amityé que luy portés; et puis il sembloit que eussiez choysy
-l'ambassadeur, garny de toutes les qualitez dignes et propres pour
-l'honnorer beaucoup à elle et donner grand contantement à toutz les
-siens, et qu'elle avoit desjà envoyé à son ambassadeur par dellà ung
-pouvoir pour assister à vostre sèrement et requérir une plus ample
-confirmation; jouxte le XXXIXe article du traité, et la lettre de
-vostre main, affin de donner perfection à cest affère, duquel, si elle
-voyoit que les choses se continuassent sellon ce bon commancement,
-elle vous promettoit bien que vous auriez en elle une très loyalle et
-perpétuelle confédérée pour tout le temps de sa vye.
-
-Sur quoy, Sire, je supplye très humblement Vostre Majesté de satisfère
-premièrement aulx deux premiers poinctz: du sèrement et confirmation,
-et en fère dellivrer l'acte au dict sieur ambassadeur; mais, quand au
-troysiesme, de la lettre de vostre main, il vous plerra me l'envoyer
-pour la dellivrer à la dicte Dame, affin d'avoyr argument de parler
-bien à elle et de tirer d'elle une bien expresse déclaration là
-dessus.
-
-J'entendz que la dellibération d'envoyer en Espaigne, et pareillement
-de dépescher en Escosse, demeurent en quelque suspens jusques après
-les prochaynes nouvelles qui viendront de France, après le retour de
-Mr de La Chastre. Cependant j'ay communicqué à la dicte Dame une
-lettre, que Mr de Boyllé m'a escripte, du XIIe de mars, touchant
-l'apprest que font ceulx de St Malo pour se revencher contre ceulx de
-la Rochelle; de quoy elle m'a dict qu'elle ne pourroit désormays
-prendre meffiance d'aulcun appareil qui se fît en vostre royaulme, et
-que les injures et larrecins, que font ces réformez, méritoient, à bon
-escient, qu'on les aille bien réprimer.
-
-Il est survenu en Irlande une grande altération entre le comte d'Essex
-et Me Finguillien, présidant au dict pays, pour rayson de quoy l'ung
-et l'aultre ont dépesché en ceste court; et le conseil s'en est
-assemblé, par troys foys, devant la dicte Dame, laquelle, nonobstant
-qu'elle porte grand faveur au dict d'Essex, qui a espousé une sienne
-fort proche parante, si entendz je qu'elle ne l'a voulu supporter, et
-m'a l'on dict qu'il est révoqué de sa charge. Et sur ce, etc. Ce XVe
-jour d'apvril 1575.
-
- J'entendz que Mr le trésorier de l'espargne me veut roigner la
- moictyé du présent quartier, où nous sommes, de l'estat
- d'ambassadeur, bien que méshuy je ne pourray arryver vers
- Vostre Majesté, non que me conduyre en ma mayzon, que ne
- soyons à la fin du dict quartier. Dont vous supplye très
- humblement, Sire, luy commander de ne m'y fère de diminution,
- car le tout me faict bien besoing pour sortir d'icy.
-
-
-
-
-CCCCXLVe DÉPESCHE
-
---du XXIe jour d'apvril 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olyvier Champernon._)
-
- Emprunts et armemens faits par Élisabeth.--Confiance de
- l'ambassadeur qu'elle n'a aucun projet hostile contre la
- France.--Nouvelles d'Écosse.--État de la négociation de la paix
- dans les Pays-Bas.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, je n'apperçoy encores, pour aulcun semblant de ceste princesse,
-qu'elle vueille, en l'endroict de Vostre Majesté, ny du présent estat
-de voz affères, suyvre aultre dellibération que celle bonne qu'elle
-nous a déclarée, quand Mr de La Chastre estoit icy. Et, bien que
-ceulx, à qui cella ne peut playre, n'obmettent aulcune dilligence pour
-l'en cuyder divertyr, si espérè je qu'avec les gracieulx termes, dont
-Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, aurez desjà gratiffié à son
-ambassadeur les honnorables démonstrations qu'elle a uzé en la
-confirmation de la ligue, nous pourrons fère qu'elle se tiendra assez
-ferme contre les menées et instigations des poursuyvans; en quoy je ne
-faudray, à la première dépesche qui me viendra de Vostre Majesté, de
-l'aller encores, de plus en plus, confirmer en son bon propos. Il
-m'est bien venu, Sire, d'ung mesmes lieu, et en une mesme heure, deux
-et troys advis pour me fère assés doubter d'elle: l'ung est, qu'après
-une assemblée de son conseil, à laquelle ont concouru les ministres et
-aulcuns des plus apparantz suppostz de ceulx de la nouvelle religyon,
-la dicte Dame a soubdain mis sus ung emprunt de soixante mille livres
-esterlin, la moytié sur ceste ville de Londres, un sixiesme sur le
-clergé et les aultres deux sixiesmes sur le commun du royaulme; qui
-sont deux centz mille escus en tout à estre payez, le plus tost que
-fère se pourra, par ses lettres qu'ilz appellent _Privez Selz_,
-lesquelz l'on dépesche en grand dilligence. Et l'autre advis porte
-que, en mesme temps, Mr de Méru a eu à dire à quelque personnage de
-ceste court, que, ayant chascung de ses deux frères bien pourveu, là
-où ilz sont, à leur faict, et que n'ayant luy moins heureusement
-négocié, icy, de sa part, il dellibéroit de s'en retourner, à ceste
-heure, en Allemaigne, puisque Mr de Turenne s'estoit desjà déclaré,
-affin de haster Mr le Prince de Condé aulx entreprinses qu'il a entre
-mains. Et le troysiesme advis est qu'on poursuyt, en ceste court, plus
-chaudement qu'on n'a encores faict, une description de cappitaynes et
-de soldatz, et ung apprest de navyres de guerre; ce que aulcuns
-veulent interpréter que tout cella se faict en faveur des eslevez de
-vostre royaulme.
-
-De quoy, pour l'instabilité des Angloix et l'extrême passion qu'ilz
-ont à leur religyon, et la peur qui les tient tousjours, de laquelle
-ilz ne se peuvent jamays deffère, du faict de la Royne d'Escosse, je
-ne me veulx trop persuader qu'il n'eu puisse estre quelque chose. Mais
-je mezure bien aussy que tout cest appareil n'excède de guyères ce qui
-faict besoing à la dicte Dame pour son entreprinse d'Irlande, à
-laquelle elle est comme engagée, et faut qu'elle y pourvoye
-promptement pour ne rien perdre de la sayson de l'esté; car les
-aultres troys saysons de l'an sont inutiles à la guerre de delà. Et
-puis je veulx présumer qu'elle ne voudra si tost aller contre ce
-qu'elle vient tout freschement de vous promettre par la susdite
-confirmation de la ligue. Et, au pis aller, il faudra avoyr l'oeil
-bien ouvert sur ce qu'elle entreprendra, affin que rien ne s'en puisse
-addresser contre Vostre Majesté que n'en soyez auparavant apperceu.
-Et, pour le présent, je vous, diray, Sire, qu'il y a, à la vérité,
-deux navyres, de la dicte Dame dehors, lesquelz sont allez convoyer la
-flotte de Hembourg, et il s'en appreste quatre aultres, et puis il en
-doibt sortir promptement six des particulliers. Et j'entends que, en
-Ollande, l'on prépare à furie d'en mettre quelque nombre dehors; en
-quoy je crains bien que l'ambassadeur d'Angleterre, par le courrier
-qui est arryvé, icy, le XVIe de ce moys, ayt escript que Vostre
-Majesté a une secrette dellibération d'aller promptement assiéger par
-mer et par terre la Rochelle, et qu'il ayt donné une grande allarme de
-l'armement de Bretaigne. Dont, à toutes advantures, il sera bon, Sire,
-que faciez promptement advertyr voz cappitaynes, qui sont sur mer, et
-pareillement les gouverneurs, du long de la coste de deçà, qu'ilz se
-donnent garde de ces deux appareils de Ollande et d'icy.
-
-L'on m'a dict aussy que la dicte Dame a eu des lettres d'ung sien
-serviteur secret, qui est en Escosse, lequel la mect en peyne des
-choses de dellà comme si la part françoyse y estoit plus relevée que
-jamays, et que le comte de Morthon soit pour s'y laysser ramener; ce
-que j'estime luy avoyr esté escript à poste par la praticque d'aulcuns
-d'auprès d'elle. Tant y a qu'elle a faict une prompte dépesche à
-Barwyc, par laquelle elle mande qu'on en examine bien le faict, affin
-d'envoyer, puis après, Me Quillegreu par dellà, s'il est cognu qu'il
-en soit besoing.
-
-L'ung des principaulx entreméteurs de la paix des Pays Bas a escript à
-ung sien amy, en ceste ville, et j'ay veu la lettre, que, encor que
-les choses semblent estre accrochées à des difficultez non petites,
-et mesmement au poinct de la religyon, et à la tenue des Estatz, et à
-fère sortyr les estrangers hors du pays, si voyoit il néantmoins qu'on
-en viendroit, à la fin, en accord. Et semble bien à ceulx cy que la
-nouvelle qu'ilz ont: comme l'Empereur s'en va conclurre le mariage du
-roy de Hongrye, son filz ayné, avec la fille du duc de Saxe,
-facilitera davantage le dict accord, et baillera ung grand moyen au
-dict roy de Hongrye de parvenir à l'élection du roy des Romains. Et
-sur ce, etc. Ce XXe jour d'apvril 1575.
-
-
-
-
-CCCCXLVIe DÉPESCHE
-
---du XXVIe jour d'apvril 1575.--
-
-(_Envoyée jusques à Calais par le secrétère du président de
-Toulouze._)
-
- État de la négociation de la paix en France.--Assurance que les
- préparatifs faits en Angleterre sont dirigés contre
- l'Irlande.--Conférence de l'ambassadeur avec l'envoyé du roi
- d'Espagne.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, à l'occasion du retour du Sr de Vassal et de la dépesche qu'il
-m'a apportée, de Vostre Majesté, du XIIIe de ce moys, j'ay estimé
-qu'il estoit expédient d'informer ung peu mieulx ceste princesse et
-les siens de voz nouvelles et de l'estat des choses de dellà, qu'il ne
-sembloit que leur ambassadeur les leur eût ainsy proprement escript
-comme elles sont: car ilz tenoient entre eulx que le traicté de
-paciffication en vostre royaulme ne prenoit aulcun bon commancement;
-et que Mr de Beauvoys La Nocle, qui estoit venu, jusques bien près de
-Paris, pour vous apporter les articles de la demande des eslevez,
-ayant eu advertissement qu'on luy vouloit fère ung très maulvais
-tour, s'en estoit fouy en la plus grande haste qu'il avoit peu, et
-qu'encor qu'on s'efforçât de traicter avec les aultres depputez, et
-que l'on en corrompît quelques ungs, que néantmoins tout ce qu'ilz
-feroient n'auroit point d'aucthorité, et qu'il estoit tout apparant
-que, sans la liberté des deux mareschaulx et sans le consantement des
-aultres troys frères de Montmorency, l'accord ne succèderoit jamays;
-que cepandant la guerre continuoit tousjours, et qu'en la Guyenne au
-comte Martinengue avoit esté deffaictes quatre ou cinq compagnies
-d'arquebuziers, et luy contrainct se saulver dans ung prochain fort;
-et que Vous, Sire, sentiez plus et estiez beaucoup plus fasché que Mr
-de Turène eût prins les armes que de tout ce que Mr de Dampville, son
-oncle, avoit faict jusques icy; et que ceulx de la Rochelle avoient
-gaigné une victoyre sur mer contre les Bretons; que Vostre Majesté se
-trouvoit en une extrême nécessité d'argent, et que mesme la Royne
-Veufve, par faulte que ne luy en pouviez bailler, demeuroit d'aller
-voyr sa fille jusques à Bloys, avec d'aultres particullaritez qui
-n'estoient à l'advantage de voz affères.
-
-A quoy, par le contenu de ce qu'il vous avoit pleu m'escripre, et de
-ce que le dict Sr de Vassal m'avoit rapporté de parolle, il y a esté
-satisfaict le mieulx que j'ay peu, de sorte que chascung demeure
-maintenant plus capable de la vérité. Et ne sentz poinct, Sire, que
-cella ayt faict, ny soit pour fère encores de mutation icy; ains
-j'espère que, venant bientost, icy, l'acte de vostre sèrement et de
-vostre plus ample confirmation du traicté de ligue, et la lettre de
-déclaration que ceste princesse attand de vostre main, qu'elle
-persévèrera plus constante que jamays vers Vostre Majesté, se
-commançant desjà bien à cognoistre que l'emprunct des deniers et
-l'apprest qu'elle a commandé de fère, ainsy que par ma précédante je
-le vous ay escript, est principallement destiné pour l'Irlande.
-
-J'ay, ces jours passez, pryé le docteur fiscal de Bruxelles à dîner en
-mon logis, et l'ay honnoré comme ambassadeur d'Espaigne. Néantmoins il
-m'a dict que ceste princesse, avec beaucoup de faveur, l'avoit bien
-receu, non à dire vray pour ambassadeur, mais pour agent, sur les
-lettres qu'il luy avoit apportées du Roy, son Mestre, par lesquelles
-il promettoit d'observer et tenir ce que desjà avoit esté, et seroit,
-après, négocyé par luy; et que, en attandant la détermination que le
-dict Roy, son Mestre, et elle prendroient sur la mutuelle résidence
-des ambassadeurs de l'ung auprès de l'autre (et qu'en cas qu'ilz s'en
-accordassent que seroit luy ou bien don Bernardin de Mendossa qui
-seroit ordonné en ceste place), il continueroit de mettre à effect les
-aultres bons accords, qui estoyent desjà comme arrestez entre ces deux
-pays pour leurs commerces et entrecours. Et en devisant avec luy, il
-m'a discouru ce qui s'estoit passé jusques icy au traicté de la paix
-de Flandres, et que, encor que les depputez se fussent retirez, et que
-le comte de Sualsembourg s'en fût retourné vers l'Empereur, ce
-n'estoit que pour en venir tant mieulx à une bonne conclusion; et que,
-ce matin mesmes, il venoit de recepvoyr des lettres de dellà qui le
-mettoient hors de tout doubte que la dicte paix ne deût bientost et
-bien heureusement succéder, parce qu'on l'advertissoit qu'ung bien
-honneste moyen de seureté avoit esté mis en avant, lequel le Roy
-Catholicque ne refuzeroit nullement de bayller; et que le prince
-d'Orange et les eslevez s'en tiendroient pour bien contantz. Et sur
-ce, etc.
-
- Ce XXVIe jour d'apvril 1575.
-
-
-
-
-CCCCXLVIIe DÉPESCHE
-
---du dernier jour d'apvril 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Audience.--Négociation de l'ambassadeur pour Marie
- Stuart.--Arrivée à Londres des députés de Bâle, chargés de
- solliciter des secours pour les protestans de France.--Élection
- du roi comme chevalier de l'ordre de la Jarretière.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, parce que la Royne d'Angleterre avoit monstré de ne prendre en
-bonne part la négociation que luy aviez faicte fère pour la Royne
-d'Escosse, affin de mieulx cognoistre si ce qu'elle nous en avoit
-respondu luy partoit, à bon esciant, de dedans du cueur, ou si
-c'estoit artiffice, je luy suis allé dire que j'avoys à luy fère ung
-peu de querelle de la rude responce, qu'elle vous avoit mandé, sur les
-honnestes propos que luy aviez faict tenir par Mr de La Chastre en
-faveur de ceste princesse.
-
-A quoy soubdain, sans me laysser passer plus avant, elle m'a respondu
-que je serois tout esbahy, si je sçavois ce qu'elle avoit faict
-davantage, car, par la lettre qu'elle avoit escripte, de sa main, à la
-Royne, vostre mère, elle luy avoit mandé qu'elle ne luy layrroit
-passer ceste grande faute d'avoyr permis que Vostre Majesté fût entrée
-en renouvellement de ligue avec elle par ung si mal considéré
-commancement que celluy là; et mesmes s'estoit pleincte à elle que je
-ne m'estois monstré, icy, guyères moins ambassadeur de la Royne
-d'Escoce que le vostre.
-
-A quoy aussy, en ryant, je luy ay dict que, en cuydant taxer d'erreur
-Voz Très Chrestiennes Majestez, elle ne prenoit pas garde qu'elle
-manifestoit proprement le sien de vous reprocher les honnestes offices
-que faisiez pour vostre belle seur et parante, et pour vostre
-principalle allyée; lesquels offices je sçavoys qu'elle mesmes jugeoit
-assez que, sans grand reproche, vous ne les pouviez obmettre, et qu'il
-failloit bien qu'elle pensât de ne vous avoyr jamays pour amy, si elle
-ne vous vouloit aymer avec toutes les circonstances de vostre honneur
-et dignité; et que, pour mon regard, je n'avoys jamays attainct de
-fère, à beaucoup près, pour la dicte Dame, tout ce que Vostre Majesté
-m'en avoit commandé, dont je ne creignoys d'estre blasmé de l'excez;
-et que, de tant que je sçavoys qu'à présent elle n'avoit aulcune
-matière d'offance ny de courroux contre elle, que je ne layrroys
-pourtant cella de luy communicquer une sienne lettre que j'avoys
-naguyères receue, laquelle luy feroit venir à regret que, pour son
-regard, elle ne vous eût plus agréablement satisfaict.
-
-Et, la luy ayant baillée, elle l'a fort volontiers serrée dans sa
-pochette, et m'a pryé de la luy laysser pour la lyre à son loysir. Qui
-ay bien cognu depuis, Sire, qu'elle y avoit trouvé des particullaritez
-qui l'avoient contantée, dont elle a contanté aussy de quelques
-aultres la dicte Dame; et a permis que Me Jehan de Compiègne, son
-tailleur, avec plusieurs besoignes qu'il a apportées de Paris, la soit
-allé trouver.
-
-Ceste difficulté n'a esté sitost vuydée qu'il s'en est présenté
-incontinent une aultre, plus grande, de troys gentilshommes, l'ung
-françoys, l'autre allemand et l'autre flammand, lesquelz, ayant esté
-naguyères dépeschés par l'assemblée qui a esté tenue à Basle, sont
-venus incister à ceste princesse et au clergé de ce royaulme en des
-demandes bien grandes pour ceulx qui ont prins les armes en faveur et
-deffence de ceulx de la nouvelle religyon; lesquelles demandes je n'ay
-peu encores bien approfondyr, à la vérité, quelles elles sont; tant y
-a qu'il semble que les évesques d'icy y vont assez inclinant.
-Néantmoins il a esté si bien pourveu au reste, que je ne descouvre
-nullement que ceste princesse ny ceulx de son conseil ayent, pour
-encores, aulcune dellibération de leur rien accorder.
-
-Et, au contrayre, il est advenu, contre ce qu'ilz espéroyent, et au
-regret de plusieurs aultres poursuyvantz en ceste court, que le jour
-de St Georges, et tenant le chapitre de l'ordre de la Jarretyère, à
-Grenvich, la dicte Dame a faict que Vostre Majesté y a esté esleu
-chevalyer du dict ordre; dont le comte de Lestre s'en est incontinent
-envoyé conjouyr avecques moy, avant qu'il en ayt esté rien divulgué.
-Et, le jour ensuyvant, elle a envoyé troys honnestes gentilshommes de
-sa court, du nombre de ses pensionnayres, dont l'ung est son parant,
-devers moy, pour me notiffyer la dicte élection, et comme elle n'avoit
-voulu permettre que ce chapitre se passât sans qu'elle se fît; et
-qu'aussytost qu'elle entendroit que Vostre Majesté l'auroit agréable,
-elle ne faudroit de vous dépescher ung personnage d'honneur et ung
-seigneur de qualité pour vous aller apporter le dict ordre. Je l'ay
-infinyement remercyée de ceste marque, et de l'évident tesmoignage
-qu'elle vous rend, en cella, de son indubitable amityé, et que je ne
-tarderoys de le vous fère bientost sçavoyr; luy osant desjà bien
-advancer cella, en vostre nom, qu'elle n'eût peu fère eschoyr ceste
-élection en l'endroict de nul autre prince de la Chrestienté qui mît
-plus de peyne d'honnorer son ordre, et de l'accepter en très bon gré,
-que Vostre Majesté feroit: dont vous supplye très humblement, Sire,
-m'y fère promptement, et par voz premières, ung mot de responce. Sur
-ce, etc. Ce XXXe jour d'apvril 1575.
-
-
-
-
-CCCCXLVIIIe DÉPESCHE
-
---du VIe jour de may 1575.--
-
-(_Envoyée à Callais expressément par le Sr Biscop._)
-
- Vives instances des députés de Bâle à l'effet d'obtenir des
- secours pour les protestans de la Rochelle.--Réclamations des
- Anglais pour que justice leur soit rendue en France.--Nouvelles
- d'Écosse.--Plaintes de l'ambassadeur à raison du dénuement où
- il se trouve.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, comme ceste princesse estoit après à dellibérer, avec ceulx de
-son conseil, si elle debvoit, ou si elle ne debvoit pas, fère
-promptement mettre les douze navyres, dont je vous ay cy devant
-escript, (sçavoyr est: six des siens, et les six aultres des
-particulliers), en mer, il y en a qui sont expressément allez la
-persuader que, pour occasion du monde, elle ne voulût laysser de les
-fère sortir, attandu que, de Normandye et de Bretaigne, il y en avoit
-desjà ung bon nombre sur mer dehors. Et s'en est bien peu failly, à
-l'instance des depputez de Basle, et d'aulcuns venus de la Rochelle,
-lesquelz se sont tout à poinct présentez là dessus en ceste court,
-lorsque Mr de Méru y estoit, que la résolution n'en ayt esté prinse,
-et mesmes que aulcuns de ce conseil, qui inclinoyent à cella,
-opinoient que ce seroit chose fort à propos pour favoriser
-l'entreprinse d'Irlande. Mais, quand j'ay eu, soubz main, remonstré
-qu'il ne pourroit estre que Vostre Majesté n'en prînt de la jalousye,
-attandu que vous aviez faict donner advis à la dicte Dame de tout ce
-que vous aviez sur mer, et de ce qu'entendiez y mettre davantage,
-ensemble de son armement; et que vous sçaviez assez que, pour
-l'Irlande, il ne luy faisoit besoing d'aultres vaysseaulx que de
-passagers pour y trajetter des hommes; et que je croy aussy que, en
-mesmes temps, le conseiller fiscal de Bruxelles, (lequel est après à
-renouveller les accords d'entre les pays du Roy d'Espaigne avec ce
-royaulme, d'autant que leur trefve, qui n'avoit esté prinse que pour
-deux ans, est expirée, à ce premier jour de may), a aussy remonstré
-que son Mestre auroit cella pour suspect; il a esté résolu que, pour
-ceste heure, cest armement ne passeroit plus oultre, et qu'il seroit
-remis jusques à ce que la dicte Dame vît si, pour quelque occasion qui
-luy peût cy après survenir, qui luy fût plus grande qu'elle n'en avoit
-à présent, elle seroit meue de le parachever.
-
-Et sur cella j'entends qu'il luy est arryvé, de son ambassadeur, ung
-pacquet, lequel luy a donné assés de satisfaction du bon rapport qu'a
-faict d'elle et des choses de deçà Mr de La Chastre, et comme il vous
-a pleu commander à icelluy mesmes Sr de La Chastre, et à Mrs de
-Limoges et de Chiverny, d'aller apporter beaucoup d'honnestes et
-agréables mercyementz, de vostre part, à son dict ambassadeur; ce qui
-l'a grandement contantée. Mais il semble bien qu'il ne luy ayt donné
-guyères d'espérance que vueillés pourvoir aulx particullières demandes
-qu'elle vous a mandé fère pour aulcuns de ses subjectz. De quoy elle
-et ceulx de son conseil demeurent fort escandalizés, et disent qu'il
-n'est pas possible que l'amityé se puisse conserver entre Voz deux
-Majestez, si la justice n'est mutuellement, là et icy, administrée à
-voz communs subjectz. Et pour ceste occasion, ilz m'ont faict tomber
-une lettre entre mains que Me Chambernon m'a escripte pour fère que,
-par la presse que cestuy faict de son affère, Vostre Majesté cognoisse
-combien ceste princesse est pressée, de plusieurs aultres des siens,
-de leur pourchasser quelque rayson et restitution en France.
-
-J'ay faict recepvoyr en bonne part à milord de St Jehan, l'escossoys,
-la responce que m'aviez commandé de luy fère, lequel se contantera
-qu'il vous playse luy envoyer une vostre lettre de protection; car il
-proteste que ce n'a esté pour gain ny pour ambition qu'il s'est
-adressé à Vostre Majesté, ains pour la servitude qu'il vous porte, et
-pour la naturelle affection qu'il porte à vostre couronne, et qu'il
-espère bien de fère que ce tesmoignage de vostre faveur, que vous luy
-donrez maintenant, servira de beaucoup à establir l'authorité de
-vostre nom et celle de vostre alliance en Escosse, et qu'il vous y
-regaignera cinq centz, voyre mille gentilshommes pour fère entièrement
-ce que vous leur commanderez. L'on m'a dict que, au dict pays, la
-noblesse et le peuple sont après à déposer, toutz d'ung accord, le
-comte de Morthon de la régence pour la bailler à l'ung des enfans du
-feu duc de Chastelleraut, ou bien au comte de Honteley: qui seroit
-chose peu agréable en ceste court. Je mettray peyne d'en avoyr plus de
-certitude, affin de le vous mander par mes premières. Et sur ce, etc.
-
- Ce VIe jour de may 1575.
-
-
- _Par postille à la lettre précédente._
-
- Sire, vostre service souffre icy du détriment beaucoup, et moy
- de la honte bien grande et une nécessité insupportable, pour
- le tort, que le Sr Scipion Sardiny me faict, de ne me vouloir
- payer les assignations que Mr le trézorier de l'espargne m'a,
- dez l'année passée, baillée sur luy; qui vous supplye très
- humblement luy commander qu'il ayt à les acquitter tout
- promptement aulx Srs Macey et Cevany pour le Sr Acerbo
- Velutelly; lequel prétend de me fère mettre en arrest, pour
- troys mille escus qu'il m'a desjà advancez, et pour l'intérest
- des troys foyres que le dict Sardiny a layssé passer sans le
- vouloyr contanter.
-
-
-
-
-CCCCXLIXe DÉPESCHE
-
---du XIIe jour de may 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Intrigues pour forcer Élisabeth à prendre le parti des protestans
- de France.--Négociation du roi d'Espagne avec
- l'Angleterre.--Affaires d'Écosse.--Nouveau danger de Marie
- Stuart.--Poursuites faites à raison de lettres qui lui ont été
- adressées.--État de la négociation de la paix en France.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, celluy secrettayre Wilx, angloys, qui accompaignoit le
-secrettayre de Mr de Méru, quand il fut prins à Bouloigne, est
-retourné, icy, depuis quatre ou cinq jours, avec plusieurs lettres et
-dépesches qu'il a apportées d'Allemaigne et de Basle à ceste
-princesse, et à ceulx de son conseil, et pareillement à Mr de Méru, et
-aulx ministres françoys et flammantz qui sont en ceste ville. Et
-soubdain, ceulx, qui sont superintendantz des affères de ceulx de la
-nouvelle religyon, se sont assemblez pour dellibérer du contenu des
-dictes dépesches; et, le lendemain, Mr de Méru, avec l'ung d'eux, est
-allé à Grenvich, où il a estroictement conféré avec troys de ce
-conseil: et y est convenu ung nommé le Sr de Martinez, agent de Mr de
-Laval, et troys cappitaines ou gentilshommes françoys, de ceulx qui
-souloyent suyvre le feu comte de Montgommery. Dont j'entendz qu'il y a
-esté mis en avant beaucoup de propositions pour essayer de tirer
-d'icy, en une façon ou aultre, des deniers et des hommes et des
-vaysseaulx, et aultres moyens, en faveur des eslevez de vostre
-royaulme; et mesmes de fère que ceste princesse se voulût déclarer
-pour eulx en ce qui concerneroit la deffance de leur religyon, luy
-assurant le dict Wilx, oultre la teneur des lettres, que, pour chose
-très certayne, le Prince de Condé armoit bien grossement. Et celluy,
-que j'ay mis après pour descouvrir ce qui résulteroit de toutes ces
-dellibérations, m'a mandé qu'il n'estoit pas possible, pour encores,
-de le sçavoyr, parce que nulle chose au monde estoit menée plus
-secrettement ny plus à couvert que ceste cy; néantmoins, sellon qu'il
-le pouvoit comprendre pour la démonstration que faisoyent les plus
-passionnez, il sembloit bien qu'ilz ne peussent aysément mouvoyr la
-dicte Dame à leurs desirs, mais qu'il estoit bien à craindre qu'enfin
-ilz obtînsent d'elle qu'elle dissimuleroit ce que le clergé et les
-particulliers de ce royaulme voudroient fère en cest endroict. Sur
-quoy, Sire, au premier sentiment que j'auray de chose aulcune qui
-puisse, tant soit peu, manifester leurs dictes dellibérations, je ne
-faudray de vous en donner incontinent advis, vous voulant cependant
-bien assurer que la dicte Dame n'a envoyé aulcun nouveau mandement à
-ses navyres, et qu'elle a faict surçoyr, pour quelque temps,
-l'emprunct des deux centz mille escus dont je vous avoys faict
-mencion.
-
-Les choses, que le docteur fiscal de Bruxelles avoit à négocyer en
-ceste court, ne sont si facillement venues à conclusion comme il
-espéroit; et semble qu'elles vont en longueur. Néantmoins il se
-promect de fère que la mutuelle résidance des ambassadeurs sera
-accordée entre le Roy, son Mestre, et ceste princesse; par le moyen de
-quoy toutes les aultres difficultez seront bientost vuydées entre
-eulx; et il en est entré en plus d'espérance, depuis troys jours qu'il
-a eu à présenter à la dicte Dame une lettre, de la main de son dict
-Mestre, qui la remercye sans fin de l'honneste offre qu'elle luy avoit
-faicte de ses navyres et hommes contre le Turc; et y a adjouxté
-beaucoup de bonnes et expresses parolles d'amityé qui l'ont grandement
-contantée.
-
-L'on a eu craincte, icy, de quelque altération vers le North, d'autant
-que d'Escosse l'on avoit transporté en la frontyère de deçà, ez mains
-de milord de Scrup, gardien d'icelle, une jeune hérityère, bien riche,
-contre le vouloyr du comte de Morthon, qui prétandoit d'en avoyr la
-garde noble, et de la maryer à quelqu'ung de ses parantz; mais la
-Royne d'Angleterre a mandé qu'on la luy rendît, dont cella n'a passé
-plus oultre.
-
-Il se faict, icy, une grande recherche sur la Royne d'Escosse; et a
-l'on mis desjà cinq personnages de qualité dans la Tour, et examiné
-deux milords, et envoyé quérir troys serviteurs du comte de Cherosbery
-pour vériffyer par qui et commant ont esté conduictz les pacquetz et
-chiffres de la dicte Dame, et quelle négociation elle en a menée avec
-Guoaras; agent du Roy d'Espaigne. Je fay tout ce que je puis pour
-modérer cella, et ne discontinue poinct, pour toutes ces traverses,
-les gracieuses négociations; et de fère ordinayrement tenyr de petitz
-présentz et des lettres et aultres honnestes entretiens, de la part de
-la dicte Dame, à la Royne, sa cousine, laquelle ne les a encore
-rejettez; mais je crains fort que ses ennemys parviendront enfin à ce
-qu'ilz prétandent: de la fère oster des mains du comte de Cherosbery.
-En quoy je feray bien tout ce qu'il me sera possible pour les en
-garder.
-
-L'on m'a dict que les ministres françoys, qui sont icy, ont receu
-freschement une forme d'articles que les depputez, qui sont à Paris,
-leur ont envoyé, avec les responces de Vostre Majesté; et qu'ilz
-disent qu'ilz ne voyent pas, par là, que les choses aillent ainsy
-clères et nettes, comme il seroit requis pour parvenir à une bonne
-paciffication. Sur ce, etc. Ce XIIe jour de may 1575.
-
-
-
-
-CCCCLe DÉPESCHE
-
---du XVIIIe jour de may 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Chevalyer._)
-
- Résistance d'Élisabeth aux sollicitations des protestans de
- l'Allemagne et de la Suisse.--Négociation des
- Pays-Bas.--Poursuites à raison des lettres adressées à Marie
- Stuart.--Nouvelles d'Écosse.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, il a esté, à ce coup, bien difficile de résister à l'effort
-qu'avec les dépesches d'Allemaigne et de Basle, et l'instante
-sollicitation d'aulcuns, qui sont icy, l'on a faict à ceste princesse,
-pour la cuyder tirer au contrayre party de voz présentz affères; et me
-suys trouvé assez empesché comme y remédier, parce que je n'avoys de
-quoy luy aller ouvrir aulcun propos, qui vînt de vostre part, pour
-m'achemyner à ceulx qu'il y failloit oposer. Néantmoins il a pleu à
-Dieu ne me deffaillyr en cest endroict par la bonne inclination que
-la dicte Dame a de vous garder la paix, et de ne rompre d'amityé
-avecques vous. J'entendz qu'elle a pryé aulcuns de ses plus expéciaulx
-conseillers d'adviser des expédientz honnestes comme la descharger
-elle, et se descharger à eulx, de ces tant grandes importunitez; et
-que, en quelle sorte que les choses puissent aller pour ceulx qui
-recherchent de la faveur et du secours de son royaulme, elle ne
-vouloit estre meslée avec eulx en rien qui luy peût susciter de
-l'altération avec Vostre Majesté ny avec le Roy d'Espaigne, jusques à
-ce qu'elle vît mieulx comme, l'ung et l'autre, vous déporteriez vers
-elle. Sur cella, l'on n'a pas ozé la presser davantage de l'armement
-de ses navyres, lesquelz demeurent en ung demy appareil; et si, s'est
-contantée, quand à l'emprunt de deux centz mil escuz, que ceulx de
-Londres luy en ayent presté contant, pour ung an, soixante six mille,
-affin de les employer en sa guerre d'Irlande.
-
-Les négociations de Flandres ne s'advancent guyères, parce que le
-docteur de Bruxelles est ung peu malade; et ceulx cy ne veulent
-procéder à la publication contre les fuitifz des Pays Bas que le plus
-tard qu'ilz pourront. Néantmoins aulcuns des principaulx de ceste
-court monstrent de prendre bien à cueur que les choses demeurent
-imparfaictes avec le Roy d'Espaigne.
-
-L'examen se poursuyt vifvement et sans intermission contre ceulx qu'on
-a mis dans la Tour par souspeçon de la Royne d'Escosse. L'on m'a dict
-qu'on ne tire encores que choses légères et de peu de moment de leur
-audition; néantmoins l'on est à dellibérer, dans ce conseil, si la
-dicte Dame sera eschangée des mains du comte de Cherosbery, ou bien si
-l'on luy ordonnera à luy de la fère observer de plus près qu'il n'a
-faict jusques icy. Je ne sçay où en ira encores la résolution, tant y
-a que je incisteray, aultant qu'il me sera possible, qu'elle aille
-tousjours au mieulx.
-
-Les choses d'Escosse se maintiennent encores assez paysibles, et a
-esté tenu à Lislebourg une forme d'Estatz, où les principaulx de la
-noblesse ont convenu, et s'en sont retournez assez contantz; et mesmes
-le comte d'Arguil a satisfaict, en présence des Estatz, aux bagues de
-la couronne, que le comte de Morthon demandoit à sa femme et en a
-emporté son acquict. Il n'y a esté, à ce que j'entendz, rien dict,
-faict, ny ordonné, au préjudice de vostre alliance; et Quillegreu, ny
-nul aultre, pour la part d'Angleterre, n'y a assisté. Il semble que,
-d'icy à quelques moys, l'on se doibt, de rechef, assembler au dict
-Lislebourg pour adviser s'il sera bon que le jeune Prince commance de
-prendre estat, et qu'il sorte d'Esterling, pour se monstrer au peuple,
-et qu'il aylle se promener par le pays; en quoy ne se sçayt encores
-comme l'on en dellibèrera, ny si l'on y peysera bien toutes les
-circonstances et inconvénientz qui en pourroient advenir.
-
-J'attandz avec grand desir mon successeur, et attandz avec très grande
-dévotion de voz nouvelles, s'esbahyssant ceste princesse que, depuis
-le retour de Mr de La Chastre, il ne m'est arryvé ung seul mot de
-vostre part pour luy dire. Sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de may 1575.
-
-
-
-
-CCCCLIe DÉPESCHE
-
---du XXVIe jour de may 1575.--
-
-(_Envoyée exprès à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Audience.--Remerciement de l'ambassadeur pour l'élection du roi
- comme chevalier de la Jarretière.--Serment prêté par le roi sur
- la confirmation de la ligue.--Demande afin qu'Élisabeth
- remplisse les nouvelles formalités auxquelles le roi s'est
- soumis.--Son refus de prêter un nouveau serment motivé sur ce
- qu'elle a déjà juré le traité.--Renvoi au conseil de cette
- difficulté.--Déclaration de la reine que, par suite du retard
- mis à acquitter en France une créance due à un anglais, il lui
- a été donné autorisation de se payer par lui-même sur les biens
- des Français.--Vives réclamations de l'ambassadeur contre cette
- résolution.--Délibération du conseil.--Instance pour que la
- reine déclare formellement à son ambassadeur auprès du roi,
- qu'elle desire la pacification en France.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, la veille de la Pantecoste, j'ay esté à Grenvich, où, d'arryvée,
-la Royne d'Angleterre m'a reproché que je l'avoys quasy oublyée; et je
-luy ay dict que je ne vouloys nullement excuser ma faulte d'avoyr esté
-plus longtemps que je ne debvoys à l'aller trouver, et que je
-cognoissoys très bien que ce que, depuis deux moys en çà, elle avoit
-faict vers Vostre Majesté, aultant honnorablement qu'il se pouvoit
-dire ny desirer au monde, méritoit bien que je luy usasse de plus
-grand debvoir, mais que j'avoys différé de venir à elle pour attandre
-qu'il me vînt quelqu'une de voz dépesches, après le retour de Mr de La
-Chastre; et vous aviez si continuellement esté occupé à ouyr les
-depputez de voz subjectz, que ne m'en aviez peu fère pas une, jusques
-à celle de maintenant.
-
-De laquelle, premier que de traicter rien de ce qu'elle contenoit, je
-la vouloys bien fort humblement remercyer du soing qu'elle avoit eu,
-au dernier chapitre de son ordre, de vous fère eslire ung des
-chevalyers de la Jarretyère; qui estoit une suyte de ses bonnes
-démonstrations vers vous, par lesquelles elle faisoyt foy, à toute la
-Chrestienté, qu'elle vouloit avoyr beaucoup d'amityé et de bonne
-intelligence avecques Vostre Majesté; et que les troys gentilshommes,
-qu'elle m'avoit envoyez pour me le signiffier, n'avoyent rien, obmis
-de ce qui pouvoit servir à l'ornement de ce propos, et de m'assurer
-qu'aussytost qu'elle pourroit sçavoyr que vous l'auriez agréable,
-qu'elle vous dépescheroit ung seigneur de qualité pour vous aller
-apporter le dict ordre, ce que je vous avoys tout aussytost mandé;
-qu'elle ne sçauroit avoyr faict eschoyr ceste élection sur prince de
-la Chrestienté qui mette plus de peyne, que vous ferez, d'honnorer son
-dict ordre, et de l'accepter de très bon cueur.
-
-Elle m'a respondu que, voyrement, avoit elle voulu fère cecy pour ung
-acte patant à ung chascung de la confirmation d'amityé et de plus
-estroicte intelligence qu'elle avoit avec Vostre Majesté; et que, si
-elle eût eu quelque aultre chose de plus présant et de plus grand en
-sa puissance, elle eût mis peyne de vous en honnorer; et que elle
-espéroit qu'ainsy que les feus Roys, voz bisayeul, ayeul, père et
-frère, ne l'avoyent refuzé de la main des prédécesseurs Roys de ceste
-couronne, qu'aussy Vostre Majesté ne dédaigneroit de l'accepter
-maintenant de la sienne.
-
-J'ay suivy à luy dire que vous me commandiez, par ceste vostre
-dernière dépesche, de luy bien tesmoigner l'ayse et grand plésir
-qu'aviez eu d'entendre, par Mr de La Chastre, qu'elle avoit bien et
-agréablement receu la première négociation que luy aviez envoyée, avec
-toutz les poinctz qu'elle contenoit, comme elle avoit grandement
-caressé et bien traicté vostre ambassadeur et toutz les gentilshommes
-françoys qui estoyent avecques luy; de quoy vous la vouliez, de tout
-vostre cueur, infinyement remercyer, ensemble de la bonne et prompte
-volonté dont elle vous avoit, sans excuse ny difficulté, ny sans
-remise aulcune, accepté en la ligue commancée avec le feu Roy, vostre
-frère, et de vous en avoyr expédyé ung acte en termes de grande amityé
-et qui vous attribuoyent beaucoup d'honneur et de louange; et aussy
-que, en beaucoup de sortes, et par plusieurs de ses propos, elle vous
-avoit clèrement signiffyé son intention et la bonne affection qu'elle
-vous portoit; mesmes, lorsque, voyant retirer ung dogue mort d'entre
-les pattes de l'ours, elle avoit souhayté qu'_ainsy fussent toutz les
-ennemys de Vostre Majesté_. Qui estoyent toutes démonstrations qui
-vous avoyent extrêmement contanté, et vous la vouliez bien pryer de
-croyre qu'elle les avoit colloquées en l'endroict du meilleur et plus
-certain de ses amys, et du plus recognoissant prince, d'entre toutz
-ceulx de son alliance; et que à nulle aultre promesse, que vous
-eussiez jamays faicte, vous n'aviez plus allègrement ny plus
-volontiers obligé vostre foy et sèrement, qu'à celle de son amityé et
-de la confédération que vous aviez avec elle; et que, tout ainsy que
-vous la luy aviez sollennellement jurée, qu'ainsy la luy garderiez
-vous très sainctement et de bonne foy; et n'y auroit occasion du
-monde, ny persuasion de personne vivante, qui vous en peût destourner.
-En confirmation de quoy, vous luy envoyez la lettre, de vostre main,
-qu'elle avoit demandée.
-
-La dicte Dame, avec beaucoup de plésir, a soubdein prins, et leu, et
-releu, fort curieusement, la dicte lettre, ensemble la soubscription
-et la suscription d'icelle; et l'ayant trouvée entièrement sellon son
-desir, elle m'a dict qu'elle avoit à se louer beaucoup de Mr de La
-Chastre et de moy, des bons et honnorables raportz qu'elle cognoissoit
-bien que nous avions faict et escript d'elle, et mesmes de ne vous
-avoyr cellé la particullarité de l'ours, qui estoit ung compte qu'elle
-me vouloit confirmer, de rechef, qui n'avoit nullement esté feinct, ny
-prins d'aylleurs que de la vraye affection de son cueur; et qu'il vous
-avoit pleu, de vostre costé, si parfaictement accomplyr tout ce à quoy
-le traicté vous obligeoyt vers elle, qu'elle restoit, à ceste heure,
-très estroictement obligée vers vous; de quoy elle avoit plus de
-playsir que de nulle aultre bien qu'elle eût en ce monde, et mettroit
-peyne de le conserver soigneusement, tant qu'elle vivroit, et de vous
-donner occasion que n'en sentissiez moindre bien ny moins de
-contantement de vostre part.
-
-J'ay continué de luy dire que, oultre les quatre choses que vous aviez
-très libérallement accomplies en cest endroict, s'il en restoit
-encores quelqu'une à fère, de vostre costé, pour la rendre davantage
-assurée de vous, que vous vous y offriez de bon cueur, et estiez prest
-de l'accomplyr; et que, de mesmes, vous la priez qu'elle ne se grevât
-de vous contanter de troys aultres choses qui estoyent bien
-raysonnables, et d'une mutuelle satisfaction entre vous: la première
-estoit de vous renouveller son sèrement; la segonde, de vous escripre
-ung mot de sa main, au mesmes sens que vous aviez escript à elle; et
-la troysiesme, de procéder à l'établissement du commerce entre voz
-deux royaulmes, sellon la teneur du traicté.
-
-Elle m'a respondu qu'elle, de son costé, ne mettroit nulle difficulté
-en nulle de ces troys choses, mais on luy avoit remonstré, quand aulx
-deux premières, que vous aviez desjà, devers vous, le sèrement qu'elle
-avoit faict et la lettre qu'elle avoit escripte au feu Roy, vostre
-frère, qui l'obligeoient tout de mesmes à vous qu'elle s'estoit
-obligée à luy, et l'obligeroyent encores vers toutz les successeurs de
-vostre couronne qui voudroyent continuer en la ligue avec elle, et,
-par ainsy, qu'il n'estoit besoing de renouveller rien de cella; et
-quand au commerce, qu'elle vouloit, de bon cueur, que les choses
-s'effectuassent sellon le traicté.
-
-J'ay réplicqué qu'encor qu'elle eût bien devers elle le sèrement et la
-lettre du feu Roy, vous ne luy aviez pourtant dényé vostre propre
-sèrement et vostre lettre, bien que le traicté ne vous obligeât qu'à
-luy signiffier simplement vostre intention; et, que pour ne donner
-lieu à nul escrupulles, je la supplyois qu'elle ne se voulût rendre
-difficile vers vous de ces deux choses, parce que l'une et l'aultre ne
-luy estoyent d'aulcun intérest à elle, et qu'après avoyr, Vostre
-Majesté, ouy là dessus son ambassadeur, vous n'aviez layssé de me
-mander de luy en continuer à elle mesmes vostre instance. Et n'ay rien
-obmis, Sire, de ce que j'ay estymé la pouvoir mouvoyr à n'y fère
-poinct de refus.
-
-Sur quoy elle m'a pryé que j'en volusse conférer avec ceulx de son
-conseil, lesquelz avoyent aussy à me parler d'ung aultre affère,
-duquel elle leur avoit commandé me fère part, affin que je ne
-l'interprétasse nullement mal à Vostre Majesté: c'estoit que, pour
-satisfère ung de ses marchandz d'une certayne somme, de laquelle il
-avoit l'ordonnance de vostre conseil et lettres de vostre grand sceau,
-et vostre mandement au trézorier de vostre espargne pour en estre
-payé, et n'en ayant, après une longue poursuyte et beaucoup de frays,
-peu rien obtenir, elle luy avoit concédé de pouvoir arrester par deçà
-du bien de quelque françoys jusques à la concourrance de la dicte
-somme, en transportant son debte au dict françoys, qui en pourroit,
-puis après, aller poursuyvre son rembourcement vers Vostre Majesté.
-
-J'ay soubdain fermement incisté au contrayre de cella, et l'ay fort
-conjurée de n'admettre telles ouvertes, et n'outrepasser les termes
-des anciens traictés; mais je n'ay peu impétrer d'elle que le dellay
-d'ung moys pour vous en advertyr, lequel passé, elle vous prioit de la
-tenir pour fort excusée.
-
-Les seigneurs de son conseil, qui estoyent assemblez en bon nombre,
-m'ont, au partir d'elle, fort volontiers escouté sur les remonstrances
-que je leur ay déduictes touchant ce dessus. Et, après les avoyr
-débatues, ilz ont advisé, quant à celles de la ligue, qu'ilz les
-yroient résouldre avec la dicte Dame pour, puis après, m'en fère avoyr
-entière responce. Dont, depuis, Mr de Walsingam m'a adverty, par le Sr
-de Vassal, qu'ilz s'opinyastroient, quand au sèrement, de ne se
-debvoir poinct réytérer; et quand à la lettre, qu'ilz la
-consentiroyent; et quand au commerce, qu'ilz le desiroient plus que
-nous, néantmoins qu'il ne se pouvoit establyr parmy les armes, tant
-que noz troubles dureront. Mais, pour le regard du faict du marchand,
-ilz se sont toutz, en ma présence, escriez qu'il n'y avoit rayson
-aulcune qu'après les grandes dilligences et poursuytes qu'il avoit
-faictes, et après les promesses de Mr le mareschal de Retz et aultres
-seigneurs, qui avoyent esté par deçà, lesquelles estoyent toutes
-réuscyes vaynes, j'eusse maintenant extorqué de la dicte Dame ung
-nouveau dellay contre luy; et que ny les démonstrations, ny les
-oeuvres, dont on usoit en France vers leur Mestresse, ne
-correspondoyent en rien aulx bonnes parolles et persuasions dont je
-l'entretenoys icy, ordinayrement; et que leur ambassadeur, après
-avoyr, de temps en temps et de lieu en lieu, tousjours esté remis de
-toutes ses demandes jusques à ce qu'on seroit à Paris, ne pouvoit
-avoyr communicquation avec Mrs de Chiverny et de Bellyèvre, auxquelz
-Vostre Majesté l'avoit renvoyé; et le renouvellement de la ligue
-méritoit bien qu'on procédât d'une plus franche et meilleure affection
-avecques luy.
-
-Je verray ce que je pourray fère de mieulx en ma première audience;
-mais, de tant que la dicte Dame, pour quelque souspeçon de peste, a
-deslogé, dès lendemain de Penthecoste, de Grenvich, et s'achemine
-desjà en son progrès, je vous supplye, Sire, commander bien
-estroictement à Mr de Mauvissière que, sans excuse ny dellay
-quelconque, il s'en vueille dilligemment venir, car, autrement, je
-vous ay bien expressément escript qu'il en viendroit faulte et
-manquement à vostre service. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXVIe jour de may 1575.
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, j'ay tesmoigné à ceste princesse le grand playsir qu'avez eu
-de la continuation de la ligue d'entre le Roy, vostre filz, et elle,
-et comme vous promettiez bien que vous la rendriez d'éternelle durée
-tant que vous vivrés, du costé de dellà, si elle la sçayt et veut
-maintenir bien droicte, du sien; qui a esté ung propos qu'elle a eu
-fort agréable. Et m'a respondu qu'elle vouloit franchement
-recognoistre de Vostre Majesté la conservation de la paix et de
-l'amityé que, depuis son advènement à ceste couronne, elle avoit
-tousjours eue avec la couronne de France, et qu'elle vous supplioyt de
-ne vous lasser encores de ce commun bien, duquel elle mettroit peyne
-que ne demeurissiez moins bien satisfaict d'elle qu'elle espéroit de
-l'estre tousjours bien fort de Voz Très Chrestiennes Majestez.
-
-J'ay suivy à luy dire que vous m'aviez commandé de la prier
-confidemment, de vostre part, que, par la première dépesche qu'elle
-feroit à son ambassadeur, elle luy voulût adjouxter ung mot de telle
-expression qu'il cognût évidemment qu'elle vouloit et desiroit, sans
-feincte ny simulation aulcune, que la paix succédât en France: car on
-vous avoit rapporté que, ez secrettes conférances d'entre les depputez
-et luy, il leur donnoit entendre le contrayre.
-
-Elle m'a respondu qu'il ne se pouvoit fère qu'il eût commis ung si
-meschant acte que celluy là, car c'estoit contre ce qu'elle luy avoit
-commandé de fère, et qu'elle sçavoit bien que les depputés avoient
-cherché d'avoyr communicquation avecques luy, mais qu'il s'en estoit
-excusé, et estoit aulcunement souspeçonné d'estre papiste, et que
-c'estoit luy mesmes qui l'avoit incitée de procurer la paix par dellà,
-et de offrir à Voz Majestez ce qu'elle y pourroit fère, comme elle
-l'avoit desjà faict; et qu'elle eût bien pensé de pouvoir mener ceulx
-de la nouvelle religyon à se contanter de moins que, possible, ilz ne
-feront; et qu'il y a quelque temps que le Roy d'Espaigne luy avoit
-bien faict dire, soubz main, qu'il auroit grand playsir qu'elle se
-voulût employer à luy moyenner une bonne paix en ses Pays Bas, après
-toutesfoys qu'il auroit essayé de l'y fère luy mesmes, et que,
-depuis, il l'avoit pourchassée, l'espace de deux ans, et si, ne
-l'avoit pas encores; ny l'Empereur, lequel il y avoit employé, ne
-l'avoit guyères advancée; et qu'elle ne vous pouvoit, pour ce regard,
-prier de prendre ung plus salutayre conseil que de fère, commant que
-ce soit, et le plus tost que pourrez, la paix, ny vous offrir rien de
-mieulx en cella que ce qu'elle vous avoit desjà offert, qu'elle vous
-offroit encores de bon cueur; et vous assurer, au reste, qu'elle
-n'oublyeroit nullement l'article que demandiez, en la première lettre
-qu'elle escriproit à son ambassadeur. Et sur ce, etc. Ce XXVIe jour de
-may 1575.
-
-
-
-
-CCCCLIIe DÉPESCHE
-
---du IIe jour de juing 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Guybon._)
-
- Bruit répandu à Londres que la négociation de la paix est
- entièrement rompue en France.--Affaires
- d'Écosse.--Sollicitations de l'ambassadeur auprès d'Élisabeth
- en faveur de Marie Stuart.--Espoir qu'il pourra bientôt y avoir
- un rapprochement entre les deux reines.--Le comte de Killdare
- et sa famille conduits prisonniers à Londres.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, parce que, à ce soubdain délogement que la Royne d'Angleterre a
-faict, le lendemain de Panthecoste, de Grenvich, à cause de la peste,
-la pluspart des seigneurs de sa court et les principaulx de son
-conseil se sont escartez en divers lieux pour prendre l'ayr des
-champs, je ne puis, jusques à ce qu'ilz soyent rassemblez près d'elle,
-retirer la responce des choses que je luy proposay dernièrement; mais
-j'espère que, bientost, ilz y seront toutz de retour, et
-qu'incontinent après je la vous pourray mander, n'estant sans quelque
-apparence que les suppostz de la nouvelle religyon, lesquels, ces
-jours passez, ont esté en court, se soyent cepandant efforcez de m'y
-susciter de la difficulté. Et mesmes sur ce que l'ambassadeur
-d'Angleterre a escript, du XXIe du passé, que le traicté que Vostre
-Majesté avoit commancé entre les depputez de ceulx de la nouvelle
-religyon estoit entyèrement rompu, et eulx toutz retirez, sans aulcun
-espoyr d'accord; et que, depuis ung moys, Vostre Majesté s'estoit fort
-réfroidye de la paix contre ce qu'elle avoit auparavant monstré
-d'infinyement la desirer, je ne cesseray pourtant de solliciter la
-responce que j'attandz de la dicte Dame, et de m'oposer aulx pratiques
-d'iceulx suppostz aultant qu'il me sera possible, attandant la venue
-de mon successeur, duquel la longueur n'est plus excusable pour vostre
-service.
-
-J'entendz que, de nouveau, l'on remect en terme le voïage de Me
-Quillegreu; et semble que ce soit pour deux occasions: l'une, pour
-fère souscripre le comte de Morthon et le conseil de dellà à la ligue
-de la nouvelle religyon, laquelle on tâche à renforcer plus que
-jamays; et l'aultre, pour accommoder certein grand différent, que les
-ministres et toute ceste sorte de clergé d'Escosse ont contre le dict
-de Morthon, sur ce qu'il veut applicquer le tiers des bénéfices du
-royaulme au revenu de la couronne. Je ne sçay si le dict Quillegreu se
-déportera avec plus de modération vers le nom et l'alliance de Vostre
-Majesté par dellà qu'il n'a faict, les aultres foys qu'il y est allé.
-
-Il a esté besoing, pour la trop curieuse et aspre inquisition, qu'on
-faisoit icy contre la Royne d'Escosse, de fère une honneste et
-gracieuse mencion d'elle à la Royne, sa seur, et luy tesmoigner que sa
-droicte et bonne intention vers elle méritoit, en toutes sortes,
-qu'elle eût plus de respect à elle, et ne luy dényât le premier et
-meilleur lieu que justement elle desiroit avoyr en sa bonne grâce. En
-quoy m'a semblé qu'encor qu'elle m'ayt ramanteu aulcunes traverses et
-empeschementz, que le susdict comte de Morthon, avec ses adhérentz,
-s'efforçoit d'y mettre, néantmoins elle n'a tant couvert ny dissimulé
-son cueur qu'elle ne m'ayt donné à cognoistre qu'elle n'estoit mal
-disposée vers elle, et qu'encor que les ennemys puissent bien retarder
-aulcunes de ses bonnes démonstrations vers elle, qu'ilz ne pourront
-toutesfoys jamays tant rompre les liens, dont Dieu et nature les ont
-conjoinctes ensemble, qu'elle ne luy rende tousjours ung honneste et
-honnorable debvoir de bonne parante. De quoy j'ay mis peyne d'en
-resjouyr et consoler, par ung mot de lettre, la dicte Dame, et luy
-conseiller qu'elle ne vueille discontinuer vers elle ses honnestes
-escriptz et ses gracieulx présantz; et j'espère que ceste aigreur,
-aussy bien que les précédentes, se réduyra à modération. Et mesmes y
-en a qui pensent qu'elles se pourront voyr en ce progrès: sur quoy se
-faict de bonnes et maulvaises interprétations.
-
-Le comte de Quildar a esté admené prisonnyer, d'Irlande, ensemble la
-comtesse sa femme et ses enfans, et sont desjà mis soubz diverses
-gardes en ceste ville, attandant qu'ilz soyent examinez. Je mettray
-peyne d'entendre davantage de leur faict, ensemble de l'estat du pays
-de dellà, pour vous en donner advis par mes premières. Et, sur ce,
-etc. Ce IIe jour de juing 1575.
-
-
-
-
-CCCCLIIIe DÉPESCHE
-
---du VIIe jour de juing 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Annonce d'une audience.--Négociation de Mr de Méru avec les
- seigneurs du conseil.--Affaires d'Irlande.--Nouvelles des
- Pays-Bas.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, sur l'occasion de vostre dépesche, du XXIIIe du passé, laquelle
-j'ay recue le deuxiesme d'estui cy, j'yray demain trouver la Royne
-d'Angleterre à Athfeild, à dix huict mille d'icy, pour luy fère bien
-particullièrement entendre tout ce qu'il vous plaist me commander de
-luy dyre; qui espère qu'elle en recevra du contantement beaucoup, et
-qu'elle cognoistra combien de plus en plus vous dellibérez de procéder
-sincèrement vers elle, pour mériter qu'elle uze aussy de toute
-sincérité vers vous. Et parce qu'il semble qu'on luy ayt donné
-diverses interprétations d'aulcunes choses de Vostre Majesté, et
-mesmement de celles ès quelles elle prétend d'avoyr quelque intérest,
-et aussy des aultres qu'avez à desmeller avec voz subjectz, je mettray
-peyne de luy toucher les principaulx poinctz des unes et des aultres,
-affin que, des réponses qu'elle m'y fera, je puisse tirer tout ce
-qu'il me sera possible de son intention pour vous en rendre, par mes
-premières, bien informé, et que ne soyez sans cognoistre à quoy il
-vous faudra préparer pour les dellibérations qu'elle y pourroit
-prendre.
-
-Mr de Méru a esté luy bayser la main depuis troys jours, non sans
-avoyr eu de la communicquation longuement et privéement avec les
-seigneurs de son conseil sur les advertissementz qui sont venuz de
-l'ambassadeur d'Angleterre, et sur ceulx que les depputez luy ont
-envoyé à luy mesmes, avant qu'ilz soyent partis de Paris, touchant les
-difficultez de la paix; desquelles il semble qu'ilz les raportent
-toutes à celles de la seureté. Le cappitayne La Porte et le cappitayne
-Chat ont esté aussy bayser les mains de la dicte Dame; et, bien que le
-dict Sr de Méru face semblant de ne bouger de ceste ville, je sentz
-bien que l'ung des aultres deux ou toutz les deux prétandent de fère
-bientost ung voïage en Allemaigne. Cepandant quelques cappitaynes
-font, icy, semblant d'armer, et de lever des soldatz, et équipper des
-vaysseaulx de guerre, se continuant la voix que c'est pour aller aulx
-Pays Bas, les uns trouver le commandeur, les aultres le prince
-d'Orange. Je feray curieusement observer s'il y a rien contre la
-France.
-
-Le comte de Quildar a esté ouy, et creignent, ses amys, qu'il sera mis
-dans la Tour. L'on dict que, pour aultant qu'après qu'il a esté party,
-le présidant d'Irlande a mis la main sur vingt ou trente aultres des
-principaulx, qui habitent dans la Pallissade, le comte d'Esmond s'est
-mis, quand et quand, aulx champs, creignant qu'on ne s'adressât aussy,
-à la fin, à luy; dont les choses tournent se rebrouyller aulcunement
-par dellà.
-
-Me Quillegreu est commandé de suyvre le progrès, et se tenir prest
-pour aller en Escosse. Je ne puis encores proprement descouvrir
-l'occasion de son voïage, sinon ce que je vous en ay mandé par mes
-précédantes; et, si j'en apprends davantage, je l'adjouxteray à mes
-premières. Le docteur de Bruxelles continue toujours sa négociation,
-et mesmement sur le poinct d'envoyer ses ambassadeurs près de l'ung et
-l'autre prince, et m'a l'on dict qu'il a donné entendre que le Roy
-d'Espaigne a nommé dom Loys de Sylva pour venir icy; mais ceste
-princesse, encor qu'elle ait desjà nommé Me Henry Cobhan pour aller en
-Espaigne, elle ne se haste toutesfoys de le dépescher, et pense l'on
-que, d'icy à quelques jours, elle l'y pourra bien envoyer, mais non
-avec commission d'y résider, sinon après que le Roy d'Espaigne l'aura
-satisfaicte d'aulcuns poinctz qu'il aura charge, devant toutes aultres
-choses, de luy demander.
-
-Je feray entendre à ceulx de voz subjectz, qui sont encores icy, la
-droicte et saincte intention que me mandez avoyr à la paix, et verray
-quel contentement leur auront donné les depputez touchant les bonnes
-responces que leur aviez faictes; et m'efforceray, au reste, en
-attandant l'arryvée de mon successeur, qui faict par trop le long, de
-pourvoir, le mieulx que je pourray, à ce qui surviendra, icy, pour
-vostre service. Sur ce, etc.
-
- Ce VIIe jour de juing 1575.
-
-
-
-
-CCCCLIVe DÉPESCHE
-
---du XIIe jour de juing 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._)
-
- Audience.--Acceptation par le roi de l'ordre de la
- Jarretière.--Instance de l'ambassadeur pour que Leicester soit
- envoyé en France à cette occasion.--Excuse donnée par la
- reine.--Mécontentement qu'elle témoigne à l'égard de la
- France.--Demande qu'elle fait de la communication des articles
- proposés pour la pacification.--Sollicitations dont elle est
- entourée afin de la forcer de se prononcer en faveur des
- protestans de France.--Sa déclaration qu'elle a toute confiance
- dans le roi et la reine-mère.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay esté, ceste foys, assez favorablement receu de ceste
-princesse, en la mayson de milord trésorier, où elle a séjourné huict
-ou dix jours, et m'a faict invyter à ung festin qui s'y est faict
-dimanche dernyer. Elle a esté fort contante de vostre acceptation de
-son ordre, et m'a pryé que je vous en fisse ung singullier mercyement
-de sa part, et que bientost elle vous dépeschera ung seigneur de bonne
-qualité pour le vous apporter; qui aura la mesmes bonne affection à
-l'entretènement de vostre mutuelle amityé que le comte de Lestre
-pourroit avoyr, lequel elle ne refuzeroit pas de le vous envoyer, si
-c'estoit pour occasion qui importât à vostre service; mais, parce que
-c'est luy qui a la principalle charge de son progrès, et qu'elle
-dellibère de l'aller fère bien loing vers le North, et mesmes passer,
-à l'aller et au retour, en la mayson du dict comte, à Quilingourt,
-elle vous supplye de l'excuser de ce voyage.
-
-Je luy ay fort incisté qu'elle vous contantât de cella, et qu'il luy
-rapporteroit, à son retour, de quoy estre plus contante et plus
-joyeuse, et en plus de repos, toute sa vye; mais je ne l'ay peu
-impétrer. Je ne sçays encores si elle se ravisera; néantmoins, Sire,
-il est venu fort à propos que Vostre Majesté l'ayt ainsy demandé, car,
-sans cella, je me trouvoys fort confus sur quelques poinctz que la
-dicte Dame m'a touché, en passant, avec ung peu d'aygreur; desquels il
-est besoing que je cherche de descouvrir, au vray, quel en est le
-fondz, affin de le vous mander. Et je pense bien qu'une bonne partye a
-procédé de la dernière dépesche de son ambassadeur, et de la créance
-que me mandez que Jacomo, qui la luy a apportée, a eu à luy
-explicquer; dont bientost j'en auray quelque esclarcissement, et vous
-manderay, par mesmes moyen, Sire, ce qu'elle m'a discouru sur le faict
-de la paix, avecques voz subjectz. Qui ay bien cognu qu'elle n'avoit
-encores eu la relation de la vraye vérité de voz responces, dont m'a
-fort pryé de luy vouloir bayller, par escript, le sommayre de ce que
-vous accordés à voz subjectz pour l'exercice de leur religyon; ce que
-je ne luy ay ozé promettre, et ne le luy ay pas refuzé, aussy, à cause
-du postscript de vostre lettre.
-
-Néantmoins je supplye très humblement Vostre Majesté de donner tant de
-foy à ce que j'ay très soigneusement nothé, et bien curieusement
-recueilly, des propos et démonstrations de la dicte Dame, qu'elle
-desire, sans fiction ny ypochrisye quelconque, que puissiez mettre la
-paix en vostre royaulme; et se trouve assez en peyne comme se
-desmeller des violentes persuasions à quoy, de toutes partz, l'on la
-sollicite contre vous, en cest endroict. Qui veulx bien confesser,
-Sire, qu'elle ne m'a pas dissimulé que, pour aulcunes occasions, et
-mesmes pour quelque griefve matière d'offance, elle ne soit
-aulcunement provoquée à vous nuyre.
-
-Mais, enfin, après luy avoyr admené des considérations qui sont venues
-tout à temps, (et ne failloit pas qu'elles tardassent davantage), elle
-m'a dict qu'elle ne deffaudra nullement à l'amityé qu'elle vous a
-promise, si vous ne luy manquez de la vostre; et qu'elle vous prye de
-ne donner légèrement foy aulx rapportz qu'on vous fera d'elle, comme
-aussy elle n'en donra poinct à ceulx qu'on luy fera de vous; mais que
-vous reportiez toutz deux aulx mutuelles actions l'ung de l'aultre,
-sellon qu'elle ne refuze poinct que vous examiniez bien les siennes;
-car elle examinera bien fort curieusement les vostres.
-
-Et, pour ceste foys, Sire, je ne veulx mettre Vostre Majesté en
-allarme d'aulcune chose apparante de ce costé, mais l'on m'a bien dict
-qu'il s'y prépare quelques contributions de deniers d'aulcuns
-particulliers protestantz pour envoyer en Allemaigne. Sur ce, etc.
-
- Ce XIIe jour de juing 1575.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, parce que, dès l'entrée des propos, où la Royne d'Angleterre
-et moy, après ceulx des honnestes complimentz, sommes ceste foys venus
-à ceulx de la négociation de deçà, j'ay bien cognu qu'elle estoit
-esmeue, et avoit le cueur pressé et son esprit en perplexité
-d'aulcunes choses de France, je l'ay temporisée longtemps sans luy
-rien contredyre. Et, après, je luy ay faict aulcunes remonstrances, en
-partye grâcieuses, et en partye avec quelque expression, pour la
-conduyre peu à peu à parler de Vostre Majesté. Et enfin luy ay dict
-qu'elle se pouvoit bien souvenir que vous aviez tousjours mis bon
-ordre que nulz de ses ennemys fussent ouys ny jamays bien venus en
-France, et qu'à présent ilz en estoient plus reboutez que jamays; dont
-le Roy et Vostre Majesté la vouliez bien prier que ceulx, qui vous
-estoyent malveillantz, ne fussent aussy ny bien receus d'elle, ny
-escoutez de ceulx de son conseil, et qu'elle ne leur voulût donner ny
-foy ny crédict contre vous.
-
-A quoy elle, après plusieurs argumentz et réplicques, m'a enfin
-confessé qu'elle ne pouvoit ny vouloit nyer qu'elle ne vous eût plus
-d'obligations qu'à princesse de la Chrestienté, mais que vous
-cognoissyez aussy qu'elle n'en estoit ny ingrate ny mescognoissante,
-et que ses bons déportementz n'avoient esté moindres, ny de moins de
-prouffit à Voz Très Chrestiennes Majestez que les vostres vers elle;
-et qu'elle me prioit de vous saluer très cordiallement de toutes ses
-meilleures recommandations, et de vous prier que voulussiez, à ceste
-heure, plus que jamays, avoyr ung honneste respect à elle et à son
-amityé, ainsy qu'elle en avoit tousjours eu, et vouloit de bon cueur
-avoyr, à vous et à la vostre, et au Roy, vostre filz, et à la sienne,
-et qu'elle ne m'en diroit pas, pour ce coup, davantage.
-
-Je pense desjà avoyr comprins où cella va; dont par mes premières je
-le vous manderay, ensemble ce que j'auray plus avant apprins d'aultres
-choses. Et sur ce, etc.
-
- Ce XIIe jour de juing 1575.
-
-
-
-
-CCCCLVe DÉPESCHE
-
---du XVIIe jour de juing 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)
-
- Secours d'argent donné par les Anglais aux protestans d'Allemagne
- et de France.--Refroidissement entre Élisabeth et le prince
- d'Orange.--Incertitude sur quelque évènement nouveau survenu en
- Écosse.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, parce que j'attandz encores une responce de ceste princesse et
-des seigneurs de son conseil sur ce que j'ay dernyèrement négocyé avec
-elle et avec eulx, je remettray, jusques à mes premières, affin de
-fère de tout ung, de vous mander les principaulx poinctz des choses
-que je leur ay débatues, et de celles que, par aulcunes conjectures et
-de leurs parolles, je puis avoyr comprinses; lesquelles je mettray
-peyne, entre cy et là, d'approfondir davantage, affin de les vous
-escripre plus fondées, pour pouvoir mieulx asseoyr vostre bon
-jugement. Et vous diray cepandant, Sire, que Mr de Méru est retourné
-trouver la dicte Dame et iceulx du conseil, le lendemain que j'en ay
-esté party, sur l'occasion, à mon advis, d'ung qui est freschement
-arryvé de Basle, qu'on dict estre le mèdecin du Prince de Condé.
-J'espère qu'il ne m'y aura, quand il s'en sera bien essayé, guyères
-peu altérer les choses; ny les aultres poursuivantz qui ont esté
-depuis luy; et ce que je sentz qu'il a plus advancé, icy, est que, par
-lettres de banque, et par le crédict qu'on luy donne de France et
-d'Allemaigne, et encores de Flandres, aulx marchandz de Londres, il
-pourra, avec la faveur d'aulcuns de ce dict conseil, trouver jusques à
-neuf ou dix mille livres d'esterling, qui est envyron trente mille
-escuz, à prester avec bon intérest. Et je sçay qu'il y a desjà dix
-mille angelotz, en espèces, devers certains personnages de ceste
-ville, que je crains y estre mis à cest effect; mais il n'y a ordre de
-l'empescher, car la chose va fort secrette et entre personnages de
-telle authorité et de tel commerce qu'elles peuvent facillement
-coulorer et couvrir plus grand chose que cella. J'entendz que ceulx de
-la Rochelle ont aussy faict quelque contract de sel avec ceulx de
-Hembourg, pour quarante mille escuz, qui doibvent estre fournis en
-Allemaigne; et disent les ministres que le Prince de Condé arrivera
-sans doubte, sinon qu'il soit pourveu de plus amples seuretez, et pour
-plus longtemps, aulx eslevez, que les responces de Vostre Majesté ne
-leur en donnent; et qu'à ce seul poinct tient toute la difficulté de
-la paix.
-
-Le sire Philippes Sidney, nepveu et hérityer du comte de Lestre, est
-revenu, ces jours cy, d'Allemaigne, où il a demeuré envyron deux ans,
-en la court de l'Empereur, et aylleurs, pour voyr le pays; et a
-apporté lettres de créance d'aulcuns princes protestantz à ceste
-princesse. Elle est sur le poinct de redépescher le secrettère Wilx
-par dellà; et seroit bon que Vostre Majesté fît observer par
-quelqu'ung, à Strasbourg, le Sr Sturmius; car il est à présent agent
-de ceste princesse en Allemaigne, depuis la mort du docteur Mont, qui
-se tenoit à Francfort: et dict on que le dict Sturmius est bien savant
-aulx lettres, mais qu'il est homme simple et peu entendu en affères
-d'estat, et que, près de luy, se pourroit descouvrir la pluspart de
-leurs dellibérations.
-
-Le prince d'Orange est merveilleusement venu suspect aux Angloix
-depuis la nouvelle de son mariage avec madame de Jouare, et mesmes
-qu'il estoit desjà en quelque discord avec eulx sur ce qu'ilz
-l'avoyent sommé de leur laysser la navygation et le commerce libres en
-Anvers, non seulement des marchandises de ce royaulme et aultres à
-eulx appartenantz, mais de celles qu'ilz prendroyent, à conduyre, des
-Hespaignolz et Portugoys et des aultres qu'ilz voudroyent colorer et
-advouer pour ligues. A quoy le dict prince, nonobstant leurs bravades
-et menasses, n'a voulu condescendre, sinon seulement pour les
-marchandises proprement appartenant à iceulx Angloix et pour celles
-des marchandz advanturiers de Londres; dont y a desjà des lettres de
-marque expédiées sur quelque occasion contre ceulx de Fleximgues. Et
-par ce, aussy, que le dict sieur prince ne reçoit plus si volontiers
-comme il souloit les soldatz angloix à sa soulde, il s'en appreste ung
-nombre avec leurs cappitaynes pour aller au service du grand
-commandeur de Castille contre luy. Vray est qu'à ce que j'entendz,
-l'on propose d'envoyer bientost ung personnage de qualité de ceste
-court vers le dict prince, en Ollande, pour accommoder toutz ces
-différandz avecques luy.
-
-Le voïage de Me Quillegreu en Escosse sembloit estre non seulement
-différé mais interrompu du tout jusques à ce que, depuis deux jours,
-l'on l'a contremandé en haste à la court, pour le dépescher par dellà,
-et pour mener avecques luy certain aultre personnage, qu'on nomme Me
-Davidson, qu'on estyme qui demeurera résidant près du comte de
-Morthon; ce qui monstre qu'il y doibt avoyr quelque nouveaulté
-suscitée au dict comte, ou qu'on commence de l'avoyr suspect. Et sur
-ce, etc.
-
- Ce XVIIe jour de juing 1575.
-
-
-
-
-CCCCLVIe DÉPESCHE
-
---du XXVIe jour de juing 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
-
- Détails de la précédente audience.--Motifs qui engagent Élisabeth
- à refuser de prêter un nouveau serment.--Instances au nom du
- roi pour qu'il ne soit donné aucun refuge en Angleterre à ses
- sujets rebelles.--Satisfaction d'Élisabeth à raison de
- l'acceptation que le roi a faite de son ordre.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, parmy les propos que j'ay dernièrement tenus à la Royne
-d'Angleterre, j'ay estimé, pour aulcunes bonnes occasions, qu'il
-estoit besoing de luy dire que Vostre Majesté se trouvoit de plus en
-plus très contante de la ligue, naguyères renouvellée avec elle; et
-que jamays, à quelconque aultre promesse qu'eussiez faicte en ce
-monde, vous n'aviez plus volontiers adjouxté vostre foy et sèrement
-qu'à celle de son amityé; et que, si elle desiroit encores quelque
-aultre chose, pour s'assurer davantage de vous en cest endroict, que
-vous la luy offriez de bon cueur et estiez prest de l'effectuer; et
-que pareillement vous me commandiez de vous rendre responce des
-particullaritez qui touchoient à elle de vous accomplyr, sellon que
-j'en avoys baillé la nothe par escript à Mr de Walsingam, à qui
-j'avoys aussy communicqué le pouvoir que m'aviez envoyé pour assister
-à son sèrement; lequel sèrement je la pryois bien fort ne se grever de
-vous renouveller, encor que possible le traicté ne l'y obligeât,
-sellon que vous n'aviez différé de le luy prester à elle, oultre
-l'obligation du dict traicté, affin qu'il ne demeurât aucun escrupulle
-entre vous.
-
-Elle m'a respondu qu'elle louoit Dieu de voyr que vostre contantement
-correspondoit au sien sur la continuation de la ligue, et vostre desir
-à celluy qu'elle avoit de la bien observer, chose qu'elle prioit Dieu,
-et l'a dict ung peu en collère, qu'il vous fît quelquefoys cognoistre
-combien elle vous estoit plus utille que vous ne le pensiez, et plus
-qu'on ne s'efforçoit de le vous persuader; et qu'elle ne vous voudroit
-pas différer son sèrement, n'estoit que ceulx de son conseil luy
-remonstroyent qu'il estoit impertinent de le fère, et que cella seroit
-remettre en doubte tout le passé, et que son ambassadeur luy avoit
-aussy mandé que Vostre Majesté demeuroit bien capable et satisfaicte
-de ce poinct; et qu'au reste je l'excusasse si elle ne vous avoit
-encores envoyé la lettre qu'elle vous debvoit escripre, de sa main,
-car, pour s'estre faict mal à un bras, en courant à la chasse, sur ung
-cheval d'Espaigne, elle n'y avoit peu encores vacquer, mais que, dans
-quatre ou cinq jours, je l'aurois sans aulcune difficulté.
-
-J'ay suivy à luy dire que, pour ceste heure, doncques, je ne la
-presserois plus du sèrement, et me contanteroys de vous escrypre sa
-raison, et m'efforceroys, avec la lettre de sa main et ses aultres
-honnestes responces, de vous donner le plus de satisfaction d'elle
-qu'il me seroit possible, et qu'elle se pouvoit vanter d'avoyr acquis
-en Vostre Majesté le plus grand et le meilleur de tous les amys
-qu'elle eût peu rencontrer en la Chrestienté, et le plus ferme
-confédéré que sa couronne ayt eu depuis qu'elle est establye, et que,
-dorsenavant, nul de ses ennemys, ny nul de ses rebelles, ny nul qui
-luy voulût mal, ne trouveroyent lieu ny place en France; et que de
-mesmes vous desiriés, Sire, que nul aussy, qui pourchassât de vous
-nuyre, en peût trouver près d'elle ny des seigneurs de son conseil, ny
-faveur aulcune contre vous en ce royaulme; et que de cella vous l'en
-priez très affectueusement comme chose très raysonnable, et sur
-laquelle les parolles que me commandiez de luy en dire n'estoient ny
-légères ny communes, ains d'une grande expression, qui déclaroyent
-bien que vous aviez une singullière bonne volonté de persévérer à
-jamays vers elle, et faisiez aussy estat qu'elle persévèreroit très
-constamment vers vous; et que de cella vous aviez prins une plus
-grande assurance par ce nouveau et très agréable tesmoignage, qu'elle
-vous donnoit, de vous avoyr esleu chevalyer de son ordre; de quoy,
-pour n'emprunpter rien hors de vostre lettre, de ce que me commandiez
-luy dyre du grand contantement qu'en aviez receu, et de l'infiny
-mercyement que luy en rendiez, et du debvoir où vous vous mettriez
-d'honnorer son ordre avec le plus de dignité qu'il vous seroit
-possible, et du playsir que vous auriez qu'elle le vous envoyât
-bientost, qui seroit redoublé si elle vouloit que ce fût par le comte
-de Lestre, je la supplyois qu'elle mesmes voulût lyre ce qu'il vous
-playsoit m'en escripre, et elle trouveroit que son ordre estoit très
-bien employé en Vostre Majesté, et que vous sçaviez honnorer
-grandement ceulx qui vous honnoroyent et honnorer l'honneur qu'on
-s'efforçoit de vous fère.
-
-Elle a distinctement leu tout l'article de vostre lettre, qui faisoit
-mencion de cella, et, après, comme toute resjouye et bien fort
-contante, m'a faict la responce que je vous ay sommayrement comptée en
-mes précédantes. Et, d'abondant, m'a dict qu'elle vous remercyoit, de
-tout son cueur, du grand et remarquable honneur que Vostre Majesté
-faisoit à elle et à son ordre de si favorablement l'accepter, et
-qu'elle le vous envoyeroit bientost par ung personnage d'authorité,
-bien incliné à vostre mutuelle amityé, que vous n'auriez moins
-agréable que le comte de Lestre; duquel elle me manderoit le nom,
-incontinent qu'elle en auroit faicte l'élection; et néantmoins qu'elle
-avoit grand plésir qu'eussiez demandé le dict comte, car elle
-cognoissoit par là que vous vouliez procéder de grande sincérité vers
-elle.
-
-Dont de ce propos et d'aulcuns aultres que nous avons continué,
-l'espace de deux heures, Vostre Majesté en entendra davantage par le
-Sr de Vassal, présent porteur. Et n'adjouxteray rien plus icy, Sire,
-sinon qu'encor qu'on eût aulcunement altéré la dicte Dame contre vous,
-j'ay bien cognu qu'elle n'estoit preste, pour cella, de se destourner
-de vostre amityé s'il vous plaist continuer en la sienne. Je vous
-envoye la lettre de sa main et la responce que ceulx de son conseil
-m'ont faicte sur le reste de mes demandes. Et sur ce, etc. Ce XXVIe
-jour de juing 1575.
-
-
-
-
-CCCCLVIIe DÉPESCHE
-
---du premier jour de juillet 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Convalescence du roi.--Mort du maréchal de Danville.--Départ de
- Mr de Méru pour l'Allemagne.--Efforts de l'ambassadeur afin
- d'empêcher Élisabeth de donner des secours sérieux aux
- protestans de France.--Assurance qu'elle a formé la résolution
- de s'en tenir avec eux à de simples promesses.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, l'on a parlé icy diversement de la qualité et de l'effect de
-vostre maladye, et je loue Dieu, de bon cueur, et le remercye, bien
-dévotement, qu'il vous en a bientost relevé, et qu'il n'a permis
-qu'elle ayt esté si violente ni sy dangereuse comme on le disoit. Je
-fay présentement ung mot de vostre parfaicte guérison à la Royne
-d'Angleterre, attandant que, sur l'occasion de quelque aultre vostre
-dépesche, je l'aille trouver pour m'en conjouyr davantage et plus
-expressément avec elle.
-
-La mort de Mr de Dampville[4] estoit desjà publiée, icy, sur ung
-advertissement de l'ambassadeur d'Angleterre, premier que j'ay receu
-celluy de Vostre Majesté, et n'a esté petite l'émotion qu'on s'est
-donnée de cella, creignantz les ungs que le party duquel il estoit se
-doibve trouver, à présent, beaucoup affoybly et débilité par son
-manquement, et les aultres estiment que, de ce qu'il s'estoit joinct à
-la cause de la nouvelle relligyon, elle en estoit devenue plus foible,
-et en recepvoit quelque deffaveur vers aulcuns princes protestantz.
-Comment que ce soit, s'il estoit occasion que ne peussiez donner la
-paix à voz subjectz ny la recepvoyr d'eux, Dieu, de qui les jugementz
-sont toujours très justes et sainctz, la luy vueille octroyer bonne
-par dellà.
-
- [4] Cette nouvelle était fausse. Henri, maréchal de Danville,
- frère puîné du duc de Montmorenci, est mort à Agde, le 1er avril
- 1614, âgé de soixante-dix ans.
-
-Mr de Méru est desjà embarqué pour passer en Hemden ou bien en
-Hanbourg, affin d'aller trouver le Prince de Condé à Basle. J'entendz
-que ceste princesse, quand il a prins congé d'elle, luy a faict
-présant d'envyron troys mille escus; et m'a l'on dict que Wilx va
-avecques luy, dépesché par aulcuns particulliers de ce royaulme, avec
-VII mille V{c} {#} d'esterling, qui sont vingt cinq mille escus, avec
-quelque chayne d'assés grand pris pour fère présent par dellà: dont
-quelqu'ung a comprins, de certain propos que le dict Sr de Méru a eu à
-tenir, que ce seroit pour fère marcher bientost deux milles reytres et
-quatre mille lansequenetz en France. Néantmoins il a faict
-démonstration, en mon endroict, à son partement, qu'il avoit desir et
-espérance de la paix; et a dict que, si son frère de Dampville estoit
-mort, ce qu'il ne vouloit encores croyre, la plus grande perte en
-seroit à Vostre Majesté, d'autant qu'il luy avoit naguyères escript
-qu'il ne se trouvoit tant en peyne de combatre contre ceulx contre qui
-il s'estoit mis, que de vaincre ceulx, avec qui il estoit, pour les
-retenir en vostre dévotion.
-
-Je rencontre, par toutz mes advis, qu'il n'a poinct obtenu aulcune
-aultre provision de deniers, ny promesse d'hommes, ny de vaysseaulx,
-de ceste princesse; et pour le moins ne me trouvè je si veufflé d'elle
-que, quand aulx hommes et vaysseaulx, je n'aye faict que ouvertement
-elle a refuzé aulx ministres et aultres poursuyvantz, qui sont icy,
-d'en bailler; et, quand aulx deniers, si, d'avanture, elle consent,
-soubz main, à quelque crédict de ses marchandz, ce ne peut estre de
-grand somme. Et si, luy ay je protesté, il y a plus de six moys, et le
-luy renouvelle toutz les jours, que vous vous plaindriez d'elle, si
-les Allemantz marchoient en France, parce qu'on sçayt assez que le
-Prince de Condé n'a de quoy les y fère marcher, si elle, de son argent
-ou crédict, ne leur faict des jambes et des pieds. Et je vous supplye,
-Sire, de ne donner trop de foy à ceulx qui vous cellèbrent la facilité
-de la dicte Dame à bailler son argent contre vous, ny à vous rompre le
-traicté; mais bien à ceulx qui la font libéralle de bonnes parolles et
-de promesses vers ung chascung. Sur ce, etc.
-
- Ce Ier jour de juillet 1575.
-
-
-
-
-CCCCLVIIIe DÉPESCHE
-
---du IIIIe jour de juillet 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._)
-
- Prises faites sur les Anglais par les navires de St Malo.--Vives
- plaintes des Anglais, qui veulent considérer cet acte comme une
- déclaration de guerre.--Assurance de l'ambassadeur qu'il leur
- sera donné satisfaction.--Menace de guerre de la part
- d'Élisabeth contre ceux de Flessingue à raison de prises qu'ils
- ont faites.--Nouvelles des Pays-Bas.--Incertitude sur les
- affaires d'Écosse.--Instance de l'ambassadeur pour qu'il soit
- donné satisfaction relativement aux prises faites par ceux de
- St Malo.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, aulcuns particulliers de ce royaulme, qui favorisoient les
-pyrateries, entendantz que ceulx de St Malo s'estoient mis sur mer
-pour garder que ceulx de la Rochelle n'en peussent plus fère et
-n'empeschassent la navigation, avoyent secrettement entreprins d'armer
-dix ou douze grandz navyres de guerre, en divers portz de ce
-royaulme, pour courre sus à ceulx de St Malo; de quoy, aussytost que
-j'en ay eu vent, j'ay faict cognoistre que j'avoys descouvert
-l'entreprinse. Dont la Royne d'Angleterre a incontinent mandé aulx
-justices du pays d'ung chascung endroict de fère incontinent cesser le
-dict apprest, et garder qu'aulcun navyre ne sorte que pour faict de
-marchandise; et si, d'avanture, il y en a quelqu'ung qui vueille
-sortyr armé, à cause des pirates, qu'il donne caution de ne rien
-attempter au préjudice des traités contre les amys et confédérez de ce
-royaulme. Mais il n'a guyères tardé, après cella, qu'ung
-advertissement est arryvé comme, depuis le XXe de may dernier, les
-dictz de St Malo ont prins troys navyres marchands angloix, venant,
-l'ung de la Rochelle, et les aultres deux d'Espaigne et du Portugal,
-lesquels, aussytost qu'ilz les ont eus amenez en leur port, les ont
-faict déclarer de bonne prinse et toute leur marchandise a esté
-dissipée: de quoy l'on m'a faict une extrême plaincte, et que l'on
-vouloit sçavoyr de moy si Vostre Majesté prétendoit par là d'ouvrir la
-guerre à ce royaulme, car n'avoyent entendu qu'il fût prohibé aulx
-Angloix de traffiquer avec ceulx de la Rochelle, ny aylleurs.
-
-A quoy je leur ay respondu que c'estoit ung faict nouveau, sur lequel
-je ne leur pouvoys dire aultre chose, sinon que je les assuroys de
-vostre bonne et droicte intention vers la paix et amityé de ceste
-couronne, et que, d'ouverture de guerre, il n'en y avoit poinct; dont
-pourroyent fère leurs dilligences vers Vostre Majesté, et que je les
-accompaigneroys de mes lettres, et en escriproys aussy aulx
-gouverneurs de Bretaigne et de St Malo pour leur en fère avoyr rayson
-et justice; ce qui les a remis en quelque espérance de recouvrer leurs
-biens.
-
-Néantmoins, parce qu'il y a une semblable querelle contre ceulx de
-Flexingues, lesquelz ont aussy naguyères prins des navyres angloix
-bien riches, et qu'à cause de cella ceste princesse les a envoyés
-sommer, par le docteur Roger de ceste ville, de fère entière
-restitution de tout ce que ses subjectz leur pourroyent duement
-vériffyer qu'ilz ont prins depuis troys ans en çà, aultrement qu'elle
-leur dénoncera la guerre; l'on est sur le poinct de dresser ung grand
-équippage de mer contre eulx. Il sera bon d'y avoyr l'oeil et de fère,
-affin que cella ne s'addresse contre nous, que l'on sache au vrai, du
-premier jour, comme aura passé le faict de la prinse de St Malo et en
-donner quelque rayson par deçà.
-
-Je croy bien que les nouvelles nopces du prince d'Orange, lesquelles
-leur sont fort suspectes, font qu'ilz prennent plus à cueur qu'ilz
-n'eussent pas faict les injures de ceulx de Flexingues. Et mesmes
-j'entendz qu'il y a mille Angloix, près de Bruges, qui se vont
-enroller au service du grand commandeur de Castille, et qu'il
-recouvrera dorsenavant beaucoup plus de marinyers de ce royaulme
-qu'ilz n'ont pas faict; et que Me Henry Cobhan partira bientost pour
-aller résider ambassadeur de ceste princesse en Hespaigne.
-
-Me Quillegreu n'est encores party pour Escosse, mais on le faict
-suyvre pour le dépescher, d'heure en heure, et croy qu'on n'attand
-plus sinon les nouvelles de la paix de vostre royaulme, si elle
-succèdera ou non, pour le fère acheminer. Et sur ce, etc. Ce IVe jour
-de juillet 1575.
-
- Il court bruict qu'il est survenu quelque nouveaulté au comte
- de Morthon en Escosse, et le faict on mort. J'en entendray
- davantage, affin de le vous mander par mes premières; mais il
- y doibt avoyr quelque chose, car l'on s'en esmeut assez.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, il n'y a, à présent, icy, aultre chose digne de Voz Majestez,
-aulmoins qui soit encores venue à ma cognoissance, depuis mes
-précédentes dépesches, du XXVIe du passé, et premier d'estui cy, que
-ce qu'il vous plerra voyr en la lettre que j'escriptz, de ceste dathe,
-au Roy, vostre filz; en laquelle je luy touche ung faict duquel l'on
-m'est venu fère grande plaincte, et sur lequel j'estime, Madame, qu'il
-est expédient d'y fère bien regarder, affin que le cas n'en aylle à
-plus d'altération; et que, sur ce renouvellement de ligue, les
-subjectz de ces deux royaulmes, non seulement trouvent une mutuelle
-seureté, mais qu'ilz sentent beaucoup de faveur et de support les ungs
-des aultres en leurs communs traffics: aultrement le sèrement du Roy
-et celluy aussy que ceste princesse a faict seroyent violez, au grand
-mespris de Dieu, à qui ilz ont esté sollennellement jurés, et à
-l'offance des hommes, et mesmement des princes et gens de bien, qui en
-demeureroyent fort scandalisez. Ce que je m'assure que le Roy, ny
-Vous, Madame, ne voudriez pour aulcun pris que telle chose advînt. Et
-sur ce, etc.
-
- Ce IVe jour de juillet 1575.
-
-
-
-
-CCCCLIXe DÉPESCHE
-
---du VIIIe jour de juillet 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calays par Estienne Jumeau._)
-
- Conférence de l'ambassadeur avec Burleigh.--Ses plaintes au sujet
- des secours accordés en Angleterre aux protestans de
- France.--Ferme assurance donnée par Burleigh qu'Élisabeth veut
- maintenir le traité.--Nouvelles d'Écosse.--Révolte à Édimbourg
- contre le comte de Morton.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, premier que de recepvoyr vostre lettre, du XXIe du passé,
-j'avoys visité milord trézorier pour retirer de luy aulcuns
-accomplissementz qui restoient du traicté de la ligue, affin que je
-les vous peusse envoyer, comme depuis je l'ay faict. Et, par mesme
-moyen, j'estois entré bien avant avecques luy sur le peu d'observance,
-qu'on faysoit icy, du dict traicté, luy déclarant ouvertement que
-Vostre Majesté, par divers rencontres, trouvoit que la Royne, sa
-Mestresse, en lieu de se trouver amye et bonne confédérée en voz
-affères, portoit entièrement le party de ceulx qui estoient eslevez en
-vostre royaulme, comme si elle avoit ligue et confédération avec eulx;
-et que non seulement elle les admettoit favorablement à parler, icy, à
-elle, et à ceulx de son conseil, et de s'accomoder de deniers, de
-monitions et de beaucoup de moyens en son royaulme, mais que, jusques
-en Languedoc, à la Rochelle et aultres lieux, où la guerre se faysoit,
-et jusques à Basle, où le Prince de Condé estoit, et en Allemaigne, où
-il pourchassoit des forces, elle leur faisoit sentir son support et
-assistance; et que mesmes j'entendoys que Mr de Méru emportoit de
-l'argent, ou du crédict, d'icy, pour fère marcher les reytres en
-France, aussytost qu'il seroit arryvé devers le Prince de Condé: ce
-qui arguoit grandement l'intégrité d'elle et des seigneurs de son
-conseil, et la rendoit et eulx inexcusables, devant Dieu et vers les
-princes et gens de bien de la Chrestienté, pour sa foy et sèrement
-violez; et mesmes qu'elle sçavoit bien que les responces qu'aviez
-faites à voz subjectz, pour l'exercice de leur religyon, et pour leurs
-seuretés, et pour tout aultre leur accomodement en vostre royaulme,
-estoient si bénignes et amples, que je ne pouvois penser à quel aultre
-tiltre, sinon de pure rébellion et infidellité, ilz vous pourroient
-plus continuer la guerre; et que si, d'avanture, elle n'estimoit
-beaucoup plus d'avoir une honneste et légitime confédération avec
-vous, que non une intelligence malhonneste et de pernicieulx exemple
-avec eulx, qu'elle le dict ardiment; car il vous seroit moins
-dommageable de l'avoyr ouverte que non pas secrette ennemye, ou que
-dissimulée amye.
-
-Il m'a respondu que plusieurs choses du passé debvoient rendre bien
-advertye la Royne, sa Mestresse, comme se conduyre sur celles du
-présent, et comme pourvoyr à celles d'advenir, et que jamays princesse
-ne s'estoit plus franchement commise à l'amityé de nul prince qu'elle
-avoit faict à celle du feu Roy, vostre frère; duquel elle s'estoit
-proposée une très grande seureté et un grand repos, soubz la bonne
-opinyon qu'elle avoit de sa foy, et soubz la loyaulté qu'elle pensoit
-estre ez promesses qu'il avoit faictes à ceulx de la nouvelle
-religyon, avec lesquelz elle avoit sa propre tranquillité et celle de
-son estat comme conjoinctes; et Dieu estoit tesmoing de ce qui estoit
-depuis advenu, et en monstroit de grands jugementz, dont failloit
-qu'ilz fussent, à ceste heure, bien soigneulx de fère leurs
-descouvertes; et que, touchant les responces à voz subjectz, il ne
-les vouloit débatre, car estimoit que les leur aviez rendues toutes
-honnorables; bien luy sembloit, à cause des accidantz passez, qu'elles
-seroient encores plus honnorables et plus utilles, si elles estoient
-moindres en concession des choses particullières, et plus amples en
-octroy des seuretez; néantmoins, comment que ce fût, la Royne, sa
-Mestresse, vous garderoit invyolablement l'amityé et confédération
-qu'elle vous avoit promise, si vous ne la rompiez de vostre costé;
-auquel cas Dieu luy avoit donné et luy donroit les moyens et forces
-pour se garder d'estre offancée, et mesme pour fère offance à ceulx
-qui la voudroient offancer; mais que vous ne debviez légièrement
-croyre les advis et maulvais rapportz qu'on vous feroit d'elle: car,
-parce que voz subjectz, qui estoient en armes, sçavoient qu'elle
-estoit de leur religyon, ilz se proposoyent plusieurs grands
-advantages d'elle, et se vantoyent d'avoyr souvant impétré beaucoup de
-ce qu'ilz n'avoyent rien, affin de tenir leurs affères en réputation,
-et tirer, par ce moyen, les plus seures et meilleures condicions de
-paix, qu'ils pourroyent, de Vostre Majesté; et qu'il ne pouvoit, ny
-debvoit me réveller les secrettes dellibérations de sa Mestresse, mais
-qu'il me promettoit bien qu'elle ne feroit, ny estoit pour fère chose
-aulcune contre l'honneur et la grandeur, ny au préjudice de Vostre
-Majesté. Et s'est mis là dessus à discourir de plusieurs choses, et
-comme il sembloit que vous en eussiez aulcunes, lesquelles ne vous
-touchoient guyères en plus de considération que celle de vostre propre
-bien et prouffit, et que, par nécessité, il failloit ou que prinsiez
-bien le poinct de ce temps, qui se offroit maintenant, et la présente
-occasion pour establir ung ordre et ung règlement en voz affères, et
-pour recueillyr toutz voz subjectz et esteindre leurs partialitez et
-querelles, ou que fissiez estat de voyr vostre règne augmanter, de
-jour en jour, en plus de troubles et de dangers, et Vostre Majesté
-moins jouyssante, toute sa vye, de l'amplitude de son royaulme que nul
-de ses prédécesseurs.
-
-A quoy je luy ay satisfaict, sellon ce que j'ay estimé convenir à
-vostre réputation et grandeur, et la bonne intention qu'avez vers voz
-subjectz, le mieulx qu'il m'a esté possible. Et par ce, Sire, que,
-dans ung jour ou deux, j'espère aller trouver ceste princesse pour
-noter davantage comme elle persévère vers Vostre Majesté, et pour luy
-toucher, avec le plus de discrétion que je pourray, les poinctz de voz
-deux dépesches du XIIe et XXIIe du passé, et aussy pour continuer vers
-elle une gracieuse négociation que je luy ay commancée pour la Royne
-d'Escosse, qui sont desjà aulcunement racoinctées ensemble, je
-remettray à vous mander, lors, tout ce que j'auray recueilly de ses
-propos.
-
-Et adjouxteray seulement icy, Sire, que le bruict continue de la mort
-du comte de Morthon, et que c'est milord de Lentzay, prévost de
-Lillebourg, qui, avec la commune de la ville, offancée de l'oppression
-des impostz, luy a couru sus. Et sur ce, etc. Ce VIIIe jour de juillet
-1575.
-
- Depuis ce dessus, l'on me vient d'advertyr bien seurement que
- la commune de Lislebourg s'est véritablement eslevée contre le
- comte de Morthon à cause de la monoye, mais qu'il s'est saulvé
- dans le chasteau; et que ceste princesse, dans ung jour ou
- deux, faict acheminer Me Quillegreu par dellà. Je desireroys,
- de bon cueur, qu'il y eût quelqu'ung par dellà, de la part de
- Vostre Majesté.
-
-
-
-
-CCCCLXe DÉPESCHE
-
---du XIIIe jour de juillet 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Audience.--Communication de la réception faite en France à sir
- Jacques Fitz Maurice.--Déclaration du roi qu'il ne veut pas
- soutenir les catholiques d'Irlande.--Conseil donné par le roi à
- sir Jacques de solliciter sa rentrée en grâce.--Satisfaction
- d'Élisabeth.--Remontrances de l'ambassadeur sur ce que l'on se
- conduit en Angleterre comme si la guerre était résolue contre
- le roi.--Déclaration qu'il a été fait droit en France à toutes
- les plaintes des Anglais.--Assurance donnée par la reine
- qu'elle arrête les secours, et qu'elle a formellement refusé de
- faire passer de l'argent en Allemagne.--Même assurance
- confirmée par les seigneurs du conseil.--Départ de Me
- Quillegrey pour l'Écosse.--Proposition secrètement faite de
- reprendre la négociation du mariage d'Élisabeth avec le duc
- d'Alençon.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, m'estant approché, mardy dernier, à troys mille de ceste court,
-la Royne d'Angleterre m'a incontinent mandé, par ung de ses
-pensionnayres, que je la vînse trouver à la prochayne forest, où elle
-estoit desjà, dès le grand matin, à la chasse, et qu'elle ne me
-vouloit différer aylleurs, ny plus longtemps, mon audience, affin de
-pouvoir tant plus tost ouyr des nouvelles de Vostre Majesté,
-lesquelles elle espéroit et desiroit estre bonnes; et que, de là, elle
-me mèneroit disner chez ung gentilhomme, là auprès, qui luy faisoit
-ung festin, où elle vouloit que je mangeasse ce jour avec elle. A quoy
-ayant obéy, et ayant, la dicte Dame, aussytost que je l'ay rencontrée
-au boys, délayssé ung peu sa chasse pour s'enquérir soigneusement de
-vostre santé, et l'en ayant amplement satisfaicte, sellon le contenu
-de vostre lettre du XIIe du passé, de quoy elle a monstré avoyr grand
-contantement, le surplus des propos ont esté remis jusques après la
-dicte chasse, et jusques après le dîner, qui a esté somptueux; durant
-lequel elle a tenu beaucoup de bien honnorables propos de Vostre
-Majesté et des troys Roynes Très Chrestiennes; et après qu'elle a esté
-hors de table, elle m'a retiré en ung coing de sale, où je luy ay
-dict:
-
-Que j'estoys venu luy signiffyer deux vrays tesmoignages de
-l'indubitable affection que Vostre Majesté avoit de vivre en très bon
-frère et très parfaict confédéré avec elle; l'ung estoit celle
-communicquation, que je luy avoys desjà faicte, de vostre
-convalescence et de la bonne disposition où, grâces à Dieu, vous vous
-trouviez à présent, après ce petit sentiment de fiebvre qu'aviez eu,
-au commancement de juing dernier, qui estoit une singullière privaulté
-que vous luy communicquiez, et qui desiriez l'avoyr mutuelle avec
-elle, affin qu'ordinayrement elle vous fît aussy sçavoyr comme elle se
-portoit; et l'autre estoit touchant le sire Jacques Fitz Maurice,
-l'ung de ses fuitifz d'Irlande, lequel estant passé en France, Vostre
-Majesté ne luy avoit poinct aiguysé le cueur contre elle, et ne
-l'avoit animé à luy continuer la guerre ny luy troubler son estat, et
-ne luy aviez offert vaysseaulx, ny hommes, ny monitions, ny deniers
-pour le fère, ains l'aviez exorté de retourner à son debvoir de bon
-subject vers elle, et recourir à sa clémence et bonté, et se remettre,
-luy et ses partisans, en son obéyssance et bonne grâce; de quoy ne
-l'ayant trouvé aliéné, vous aviez bien voulu intercéder pour luy par
-voz propres lettres, lesquelles, avec celles que m'aviez escriptes là
-dessus, je luy apportoys, affin qu'elle vît comme, par ce bon office,
-qui ne pouvoit estre ny meilleur ny plus cordial vers elle, ny vers
-le repos de ses affères, vous desiriez qu'elle peût tout de mesmes
-recueillyr ses subjectz, qui estoyent escartez, et leur oster
-l'espouvantement où ilz estoyent, comme vous le desiriez des vostres
-propres, ainsy que ce temps requéroit qu'on en uzât ainsy; et qu'elle
-sçavoit assez que mesmement ceulx de la noblesse ne cessoyent jamays,
-quand ilz estoient hors de leur pays, de praticquer tout ce qu'ilz
-pouvoient, et de remuer aultant de besoigne qu'il leur estoit
-possible, pour y estre remis; et quiconques le pensoit aultrement se
-trompoit bien fort, et que pourtant vous aviez grand plésir de luy
-fère regaigner ce gentilhomme avec ses partisans, aulx condicions
-qu'il demandoit, qui estoient beaucoup plus facilles que celles que
-vous offriez à voz propres subjectz.
-
-La dicte Dame, avec une démonstration de grand ayse sur cest affère,
-duquel elle estoit assez en peyne, et n'en attandoit pas de si bonnes
-nouvelles comme celle cy, a tout incontinent prins sa lettre et la
-mienne et les a curieusement leues. Et puis m'a dict qu'elle vous
-avoit beaucoup d'obligations, pour l'honnorable déportement dont elle
-voyoit qu'aviez usé en ce faict, tout aultrement qu'on ne le luy avoit
-rapporté, et aultrement que le dict mesmes Fitz Maurice ne s'en estoit
-vanté, et qu'il l'avoit escript à ceulx de son party, en Irlande, par
-ses lettres de la fin de may dernier, où il les assuroit que Vostre
-Majesté luy avoit accordé huict vaysseaulx de guerre et deux mille
-harquebusiers, et luy avoit desjà donné troys mille escuz contantz; de
-quoy elle avoit maintenant très grand playsir qu'elle vous peût
-remercyer du contrayre, comme elle faysoit de bon cueur, et vouloit
-bien que, du discours qu'elle m'avoit faict du dict Fitz Maurice,
-lequel seroit trop long, je vous disse ceste particullarité: qu'il
-s'estoit mis sur mer en intention d'aller trouver le Roy d'Espaigne,
-mais que l'ayant le vent jetté à St Malo, le cappitayne La Roche, qui
-est, à ce qu'elle dict, ung terrible gallant contre elle, l'avoit avec
-beaucoup de grandes espérances admené vers vous, où, grâces à Dieu, il
-avoit trouvé que la matière n'estoit sellon sa disposition; et bien
-que, jusques icy, il ayt monstré de ne vouloyr poinct de pardon,
-toutesfoys qu'elle feroit voyr, par son conseil, sur vostre lettre,
-les condicions auxquelles maintenant il le demandoit, et qu'elle me
-prioit de communicquer aulx comtes de Lestre et de Sussex, qui
-estoyent là présantz, ce qu'il vous avoit pleu m'en escripre.
-
-J'ay suivy à luy dire que, le propre lendemain que Mr de Walsingam
-m'estoit venu parler, de la part d'elle, du dict Fitz Maurice, j'avoys
-receu ceste présente dépesche, et avoys esté infinyement ayse de voir
-qu'avant que je vous en eusse escript, ny que l'ambassadeur d'elle
-vous en eût rien touché par dellà, vous aviez desjà procédé de vous
-mesme en cest endroict, comme prince d'honneur et de vertus, et comme
-vray amy et bon confédéré d'elle, et que je ne voulois doubter qu'elle
-n'eût la pareille intention vers vous, si toutz ceulx qui estoyent
-auprès d'elle l'avoyent de mesmes, la priant de prendre de bonne part
-si je luy disoys aulcunes choses qui l'argueroyent devant Dieu et les
-hommes d'une grande coulpe, en vostre endroict, si, d'avanture, elle
-les sçavoyt, ou bien d'une grande négligence vers vostre amityé, si,
-d'avanture, elle en vouloit estre ignorante: c'estoit que, par divers
-rencontres et par plusieurs advertissementz de diverses partz, Vostre
-Majesté trouvoit que, du costé d'icy, en lieu de procéder droictement
-vers voz affères sellon l'obligation de la ligue, c'estoyent les
-eslevez de vostre royaulme qui estoient favorablement admis à parler à
-elle et à ceulx de son conseil, et s'accomoder ordinayrement d'armes,
-de vaysseaulx, de monitions de guerre, et aultres leurs provisions; et
-que mesmes j'entendoys qu'il estoit freschement sorty quatre navyres
-de guerre, et s'en apprestoit aultres quatre pour sortyr, du premier
-jour, de divers portz de deçà, pour aller, en faveur des dictz
-eslevez; et que, jusques aulx propres lieux, où ilz faisoyent la
-guerre en France, et jusques en Allemaigne, où ilz procuroient d'avoyr
-des forces, ilz sentoyent l'apuy et assistance de l'Angleterre; et
-nommément, par aulcunes lettres, qui naguyères avoient esté
-surprinses, il vous apparoissoit que Mr de Méru, au partir d'icy,
-debvoit emporter des deniers contantz, ou bien du crédict, pour fère
-marcher les reytres en France, aussytost qu'il seroit arryvé devers le
-Prince de Condé; ce que, pour estre ces actes par trop ennemys en
-l'endroict mesmement d'un prince qui la cherchoit d'amityé, et par
-trop contrayres à la foy et promesse que vous aviez d'elle, et qu'il
-vous sembloit que ses conseillers n'oseroyent pas, de eulx mesmes,
-attempter telles choses contre l'honneur de sa parolle, et mesmement,
-à ceste heure, qu'ilz sçavoient combien vous aviez bénignement
-respondu à voz subjectz touchant l'exercice de leur religyon, et
-touchant leurs seuretez, et tout aultre accommodement en vostre
-royaulme, pour ne pouvoir à nul aultre tiltre désormays, que de pure
-rébellion et infidélité, vous continuer plus la guerre, vous ne
-vouliez si mal juger d'elle que cella, ains penser, selon qu'elle
-n'avoit le cueur bas, qu'elle vous déclareroit plustost la guerre tout
-ouvertement que de se porter ainsy couverte ennemye ou dissimulée
-amye vers vous, et que pourtant vous attandriez quelle preuve vous
-auriez de ses effaictz, premier que d'adjouxter foy aulx lettres et
-rapportz de ceulx qui vous vouloyent mettre en deffiance d'elle; et
-que cepandant vous n'aviez layssé de fère pourvoyr, de vostre propre
-espargne, au marchand d'Ampthonne, dont elle m'avoit dernièrement
-parlé, et aviez mandé à vostre parlement de Paris d'expédyer
-favorablement les librayres de Londres, et donné charge à Mr de
-Chiverny de fère voyr toutes les aultres plainctes de son ambassadeur
-en vostre conseil, affin d'y satisfère sellon l'obligation des
-trettés; lesquelz vous vouliez que fussent droictement observez de
-vostre costé, et desiriez aussy qu'elle les fît mieulx observer du
-vostre, que jusques icy elle ne l'avoit pas faict.
-
-La dicte Dame m'a respondu qu'elle vous remercyoit bien fort de ce que
-ne la vouliez légyèrement arguer de parjure, et qu'elle vous
-promettoit bien que l'intégrité de ses euvres vous rendroit assez
-manifeste le mensonge de ceulx qui ozoient calompnier la foy et
-promesse qu'elle vous avoit jurée, sans qu'elle se mît en peyne
-d'aultrement les convaincre, mais qu'elle ne sçavoit ce qui
-adviendroit, après le retour de Mr de Méru en Allemaigne, sinon
-qu'elle s'assuroit bien qu'il n'auroit à se vanter de rien d'elle
-contre vous, ny à vous fère douloir d'aulcune chose qu'elle eût uzée
-vers luy, non plus que vous vers elle, en l'endroict du Fitz Maurice;
-que vous sçaviez assez la résolution qui estoit prinse entre les
-Protestantz d'Allemaigne de ne manquer de secours à ceulx de leur
-religyon qui estoyent en armes en vostre royaulme, s'ilz ne pouvoyent
-avoyr la paix, et qu'elle sçavoyt bien que les forces estoyent
-prestes, et ne restoit, pour les fère marcher, que quelque argent, en
-quoy ne me vouloit nyer qu'ung gentilhomme ne fût passé, depuis peu de
-temps, en ce royaulme pour avoyr l'accomodement de la somme en deniers
-contantz, ou bien par crédict; mais que, pour le respect de la ligue
-qui estoit entre vous, quoy qu'on luy représentât l'obligation de la
-religyon, et que ce n'estoit que pour contre cautionner aulcuns
-seigneurs françoys bien riches, qui estoyent les premiers et les
-principaulx obligez, elle ne l'avoit seulement volu ouyr; et, à dire
-vray, ny la faulte de moyens, ny la faulte d'occasions, ny la faulte
-de cueur, ne la retardoyent d'entreprendre contre vous, mais c'estoit
-sa foy et son sèrement et l'amityé qu'elle vous portoit, qui luy
-faisoyent sentyr qu'elle ne sçauroit, en honneur et conscience,
-employer son pouvoir, ny mesmes se laysser venir la volonté de vous
-nuyre, et qu'elle n'yroit jamays que de plein jour et ouvertement en
-voz affères, ainsy qu'elle desiroit la mesmes clarté de vous vers les
-siens; qu'elle estimoit que Mr de Méru se rendroit plus ministre de
-paix que de querelle, quand il seroit avec le Prince de Condé, et
-qu'elle voyoit bien que toute la difficulté resteroit aulx seuretez,
-lesquelles elle ne pouvoit cesser de vous supplyer que ne vous
-sentissiez grevé de les leur accorder bonnes; car ce vous seroit, puis
-après, ung soulagement incomparable, et qui ne pourroit estre assez
-prisé, en l'estat de vostre personne et en celluy de voz affères;
-qu'elle avoit grand plésir qu'eussiez commandé de pourvoyr aulx
-plainctes de ses subjectz, car c'estoit de là d'où l'on prenoit
-ordinayrement les plus fortz argumentz pour luy rendre suspecte vostre
-amityé, et pour bander tout ce royaulme contre voz affères; dont vous
-supplioyt de n'en laysser la chose sans effect, ainsy que, de ce
-costé, elle donroit ordre que voz subjectz demeurassent bien
-satisfaictz et sans plaincte.
-
-Au partyr de la dicte Dame, j'ay communicqué avec les comtes de Lestre
-et de Sussex, lesquelz monstrans d'avoyr grand contantement que les
-choses passassent bien, de vostre costé, vers leur Mestresse, m'ont
-juré toutz deux que, du costé d'elle, elles estoyent pures et nettes
-vers vous, et que les advis et rapportz qu'on vous avoit faict du
-contrayre estoyent faulx, et que, de ces huict navyres dont je leur
-avoys parlé, ilz me promettoyent, sur leur honneur, qu'il n'y avoit
-rien contre vous.
-
-Me Quillegreu est party pour Escosse, à cause de ce tumulte de
-Lislebourg contre le comte de Morthon, ainsy que je le vous ay cy
-devant escript. Sur ce, etc.
-
- Ce XIIIe jour de juillet 1575.
-
- Le cappitayne Morguen, qui est des plus estimez de deçà se
- offre à vostre service, et dict qu'il fera, s'il vous plaist,
- que quelques entreprinses, où l'on le veut employer, soubz
- main, contre vous, seront converties si à propos à vostre
- prouffit que vous le réputerez à grand service, soit sur mer
- ou dans la Rochelle: dont vous plerra me mander comme j'auray
- à luy en respondre.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, j'ay bien cognu que ceste princesse s'attendoit que je lui
-deusse maintenant apporter quelque response du propos[5] que je vous
-ay dernyèrement mandé par le Sr de Vassal; mais je luy ay touché, en
-passant, que le gentilhomme, que j'avoys dépesché à cest effect vers
-Voz Majestez, s'estoit, pour quelque accidant, retardé en chemin, et
-j'espéroys qu'il seroit bientost de retour, icy, avec mon successeur;
-dont je l'yrois retrouver à Quilingourt, au plus tost et aulx
-meilleures journées que ma santé le pourroit permettre, affin de luy
-fère entendre le tout. Et croy, Madame, que sur cella, quand je luy ay
-demandé si elle avoit encores nommé le seigneur qu'elle dellibéroit
-d'envoyer en France, et quand il partiroit, qu'elle m'a respondu que,
-au dict Quilingourt, elle le nommeroit, et que, dans troys sepmaynes,
-elle le feroit partyr. Dont depuis, le comte de Lestre m'a dict que,
-si la response venoit bonne, il ne despéroit pas d'estre celluy qui
-feroit le voïage en France. Et sur ce, etc.
-
- Ce XIIIe jour de juillet 1575.
-
- [5] Du mariage d'Élisabeth avec le duc d'Alençon.
-
-
-
-
-CCCCLXIe DÉPESCHE
-
---du XIXe jour de juillet 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Heureux effet produit sur les résolutions d'Élisabeth par la
- conduite du roi à l'égard de sir Jacques Fitz Maurice.--Arrêt
- mis sur tous les navires marchands armés en guerre.--Retard
- apporté au départ de sir Henri Coban désigné pour passer en
- Espagne.--Nouvelles transmises par l'ambassadeur
- d'Angleterre.--Confiance que l'on peut avoir dans les
- intentions d'Élisabeth.--Ses favorables dispositions à l'égard
- de Marie Stuart.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ceste princesse s'est trouvée si consolée des propos qu'il vous
-a pleu luy mander du Fitz Maurice, et d'autres que je luy ay tenus de
-vostre droicte intention vers le repoz de ses affères, que, depuis,
-elle a changé d'aulcunes dellibérations, à quoy sembloit qu'on l'eût
-desjà comme toute acheminée: de permettre à plusieurs gentilshommes
-angloix de sortyr en ceste mer estroicte, avec leurs vaysseaulx
-armez, pour maistriser la navigation, et se revencher des prinses que
-les Françoys leur ont faictes, et, oultre cella, d'arrester les
-navyres et biens des Françoys ez portz et endroictz où il s'en
-pourroit trouver par deçà, y ayant encores là dessoubs d'aultres
-choses cachées, aulxquelles quelques ungs de ceste court vouloient,
-peu à peu, embarquer leur Mestresse, sans qu'elle en sentît quasy
-rien, pour vous remuer de la besoigne en France et en Escosse, en
-faveur des eslevez, si, d'avanture, ilz eussent esté creus; et
-sembloit qu'à cause de cella ilz la fissent temporiser ez envyrons de
-ceste ville, sans advancer son progrès, affin de donner chaleur à
-l'entreprinse; mais elle a mandé que nul vaysseau ayt à sortyr, sans
-donner caution de douze mille cinq centz escuz qu'il n'atemptera rien
-contre les amyz et alliez de ceste couronne, et que, s'il y a quelques
-navyres desjà prests, qu'ilz les envoyent en marchandise affin de ne
-perdre leur affret; et que le marchand d'Ampthonne aille recepvoyr le
-payement que Vostre Majesté luy a ordonné sans procéder, icy, à nul
-arrest: qui sont deux choses qui ont esté incontinent exécutées.
-
-Et la dicte Dame a continué son progrès, faisant encores temporiser Me
-Henry Cobham sur la dépesche d'Espagne, bien qu'il faict tousjours
-achemyner ses besoignes à Plemmue, pour s'y aller embarquer; car
-dellibère de fère son voïage par mer, et croy qu'on luy fera encores
-attandre la prochayne responce qui doibt venir de dellà, pendant
-laquelle le docteur fescal de Bruxelles s'est allé promener vers la
-contrée, parce que toute sa négociation demeure en suspens.
-
-Et sont, à présent, toutes choses, icy, si paysibles qu'il n'y
-apparoit mouvement ny nouveaulté aulcune, que ce que les nouvelles de
-dellà la mer y apportent, qui semble que l'ambassadeur d'Angleterre y
-ayt escript que Mourevert a failly de tuer le Prince de Condé d'ung
-coup d'arquebouze et qu'il a esté prins; que Vostre Majesté dresse
-deux grandes armées par terre, et une troysiesme par mer; que, en ung
-rencontre en Daufiné Montbrun a eu du meilleur contre M. de Gorden; et
-que, le Ve du présent, il a cuydé avoyr ung gros tumulte à Paris
-contre les Italiens. Je ne sçay que pourra cella, ny les aultres
-particullaritez qu'il peut avoyr escriptes davantage, produyre de
-changement en ceste court; tant y a que j'espère qu'à l'arryvée de mon
-successeur, lequel j'attendz en très grande dévotion, nous
-retrouverons la dicte Dame, en quelle part qu'elle soit, tousjours
-bien persévérante vers Vostre Majesté, sans qu'elle se laysse attirer
-contre voz affères qu'aultant qu'elle ne le pourra dénier à sa
-religyon.
-
-Elle est sur le poinct d'envoyer visiter, par ung de ses
-gentilshommes, la Royne d'Escosse, avec ung présent, de sa part, et
-luy fère parler de vouloyr elle mesmes fère la despence de sa table,
-et de ses serviteurs domesticques, du douayre qu'elle a de France. Je
-ne sçay comme elles s'en accorderont; néantmoins j'ay grand plésir de
-les voyr mieulx racoinctées qu'elles n'estoyent.
-
-Je n'ay nulle nouvelle d'Escosse, depuis le partement de Me
-Quillegreu, mais j'attandz de brief, le retour d'ung homme qui me
-doibt apporter toutes nouvelles de dellà, et je ne fauldray tout
-incontinent de les vous mander. Et sur ce, etc. Ce XIXe jour de
-juillet 1575.
-
-
-
-
-CCCCLXIIe DÉPESCHE
-
---du XXIIIIe jour de juillet 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Demande présentée au nom d'Élisabeth d'une réparation à raison
- des prises faites par ceux de St-Malo.--Protestation de
- l'ambassadeur que la réparation sera accordée.--Prise faite par
- les Anglais d'un navire français.--Voyage de Me
- Quillegrey.--Entrée en Écosse de plusieurs seigneurs
- anglais.--Attaque faite contre eux par les Écossais.--Détails
- sur le séjour d'Élisabeth dans la maison de Leicester.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, le XXe de ce moys, le juge de l'admiraulté de ceste ville m'est
-venu communicquer une lettre, que la Royne, sa Mestresse, luy a
-escripte, par laquelle elle luy mande de me signiffier l'extrême
-plaincte que aulcuns de ses marchands luy ont faicte contre ceulx de
-St Malo, qui les ont assaillys en mer, et les ayant combattus, blessez
-et meurtris, les ont admenez, eulx, leurs vaysseaulx et marchandises,
-à St Malo, où ne leur a esté uzé d'aulcuns termes de rayson, ny de
-justice, ains procédé contre eulx comme contre ennemys, prins de bonne
-guerre. De quoy la dicte Dame se sent très griefvement offancée, ou
-bien de Vous, Sire, qui n'avez faict sçavoyr à voz subjectz la
-confédération qu'aviez avec elle, ou bien d'eulx qui, la sachant, ne
-la veulent observer; et que j'aye à remonstrer à Vostre Majesté que
-cella, après plusieurs aultres injures, ne peut demeurer sans
-réparation, et qu'il est expédient ou que Vostre Majesté la luy face
-fère par ceulx de St Malo, ou que ne trouve maulvais qu'elle la
-preigne, le mieulx qu'elle pourra, sur eulx.
-
-J'ay respondu au dict juge que j'estoys marry, et sçavoys que Vostre
-Majesté le seroit bien fort de quoy cest accidant estoit advenu, et
-qu'il ne failloit que sa Mestresse se mît en peyne de la réparation,
-car vous la luy feriez fère sans doubte, si ceulx de St Malo se
-trouvoyent en coulpe, car leur aviez bien permis d'armer contre ceulx
-de la Rochelle, affin d'assurer la navigation, et mesmes de se
-revancher d'aulcunes prinses et violences qu'ilz leur avoyent faictes,
-sellon que, de longtemps, j'avoys communicqué une lettre de Mr de
-Bouyllé là dessus à la dicte Dame, mais non de passer plus avant; en
-quoy, s'ilz avoyent excédé la permission contre quiconques eût paix et
-amityé avecques vous, non que contre les Angloix, qui, oultre d'estre
-amys, estoyent voz confédérez, que vous les en chastîriez bien; et que
-desjà, ayant eu le vent de ceste plaincte, je vous en avoys escript,
-et vous en escriproys, de rechef, sur la remonstrance de la Royne, sa
-Mestresse, avec le plus d'efficasse que je pourroys, pour fère avoyr
-rayson et restitution aulx dictz Angloix.
-
-Le dict juge, se contantant assez de ma responce, m'a incontinant
-introduyt iceulx marchandz, et les patrons des navyres qui, avec
-beaucoup d'exclamations, m'ont bayllé leurs plainctes par escript. Et,
-le jour d'après, j'ay receu la dépesche de Vostre Majesté du Xe du
-présent, contenant une aultre plaincte d'ung navyre françoys qui
-venoit de Naples, lequel les Angloix ont prins, et l'ont mené en
-Irlande; dont je n'en agraveray moins à la dicte Dame le cas pour voz
-subjectz qu'elle a faict à vous celluy des siens; et me comporteray
-vers elle en toutz les aultres poinctz de la dépesche, sellon que
-Vostre Majesté me le commande;
-
-Ayant à vous dire, Sire, que, sur ce que j'avoys adverty voz
-partisans, en Escosse, de l'allée de Me Quillegreu par dellà, et
-qu'ilz l'observassent de bien près, car je sçavoys qu'on avoit envoyé
-dix mille escuz devant luy, à Barwyc, pour quelque entreprinse, il est
-advenu que le dict Quillegreu a temporisé, quelques jours, au dict
-Barwic; et ayant là receu les deniers, il a dépesché ung de ses gens
-en Escosse. Et incontinent le filz du comte de Béfort, avec d'aultres
-gentilshommes angloiz, est entré, comme par manière d'esbat, oultre
-les frontyères, dans le pays; et a l'on opinyon que c'estoit pour
-avoyr la personne du jeune Prince; mais j'entendz que quelques
-Escossoys luy ont couru sus, et à sa compagnye, et qu'ilz l'ont
-blessé, et mené prisonnyer. De quoy je ne sçay qui en adviendra, et
-mettray peyne de sçavoyr mieulx ce qui en est, affin de le vous
-mander; mais je vis ordinayrement en grand peyne des choses de dellà,
-parce qu'il n'y a nul, de vostre part, sur les lieux pour les
-conduyre, et je ne les puis bien remédyer d'icy en hors. Et sur ce,
-etc.
-
- Ce XXIVe jour de juillet 1575.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, en la lettre que j'escriptz présentement au Roy, vostre filz,
-Vostre Majesté trouvera tout ce qui me occourt de luy dire, pour ceste
-heure, des choses d'icy; et, après que j'auray veu ce qu'il vous a
-pleu à toutz deux me mander par vostre dépesche du Xe du présent,
-laquelle je viens de recevoyr, et que j'auray pourveu au plus hasté,
-je vous y feray plus ample responce. Et n'adjouxteray à la présente
-sinon ce mot de la continuation du progrès de ceste princesse: c'est
-qu'elle est arryvée le neufvième d'estui cy à Quilingourt, où elle a
-esté fort honnorablement receue. Et le comte de Lestre l'a logé, elle
-et ses dames, et quatorze comtes, et dix sept aultres principaulx
-milords, toutz dans son chasteau, et deffrayé toute la court à cent
-soixante platz d'assiette, l'espace de douze jours, et despendu, entre
-aultres choses, sèze pièces de vin et quarante pièces de bierre et dix
-beufs, chascung jour, avec une si grande abondance de toutes aultres
-sortes de bons vivres et de fruictz et confitures, qu'on s'en est
-esbahy; et quatre centz serviteurs habillez à neuf de livrées, oultre
-les gentilzhommes, vestus de velours pour servir; et les chasses et
-playsirs des champs, et puis les commédyes et les danses au logis,
-ordonnées si à propos qu'on n'a veu, de longtemps, rien de plus
-magnifique en ce royaulme.
-
-Sur quoy l'on faict de diverses interprétations; mais je croy que
-c'est pour recognoistre ung octroy, que la dicte Dame luy a faict,
-ceste année, de quelques vaquanz, qu'on estime valoyr plus de deux
-centz mille escus. Je me fusse trouvé là, ainsi que le dict sieur
-comte m'en avoit fort pryé, mais je ne me suys estimé avoyr assez de
-santé pour l'ozer employer, sinon là où l'exprès service de Voz
-Majestez le requerra; qui vous supplye très humblement, Madame, à
-ceste heure que Mr de Mauvissière s'est accommodé de ses affères, et
-qu'il m'a faict estendre ma paciance oultre mon extrémité, qu'il vous
-playse ne luy comporter plus une seulle heure de dellay, à me venir
-soulager et relever. Et sur ce, etc. Ce XXIVe jour de juillet 1575.
-
-
-
-
-CCCCLXIIIe DÉPESCHE
-
---du premier jour d'aoust 1575.--
-
-(_Envoyée exprès à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Détails de la querelle survenue sur les frontières
- d'Écosse.--État des armemens faits en Angleterre.--Réclamations
- réciproques au sujet des prises.--Instances des protestans de
- France auprès d'Élisabeth.--Sa déclaration qu'elle ne peut
- accorder à sir Jacques Fitz Maurice rien de plus que ce qu'elle
- avait fait pour lui avant sa fuite.--Espoir que la paix sera
- bientôt conclue.--Projet attribué au prince d'Orange de vouloir
- pénétrer en France.--Assurance donnée par Leicester qu'il sera
- désigné pour se rendre auprès du roi si l'on reprend la
- négociation du mariage.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, le différent, dont je vous ay naguyères escript, d'entre les
-Angloix et les Escossoys, est advenu de ce que, en l'assemblée et
-convention des gardiens des deux frontyères, ayant les Escossoys
-demandé qu'ung gentilhomme des leurs, qui avoit esté admené par deçà,
-fût là représanté sellon l'ordre des dictes frontyères, les Angloix
-ont respondu qu'il estoit si malade qu'on ne l'y avoit peu admener, et
-de cella ont exibé incontinent des tesmoings, qui l'ont ainsy affermé;
-mais interpellés de l'assurer par sèrement, et y ayant faict
-difficulté, ilz sont venus en grosses parolles, et des parolles aulx
-mains et aulx armes: dont quatre Angloix ont esté tuez sur le lieu et
-plusieurs blessez, et entre aultres le filz du comte de Béfort, qu'on
-dict estre depuis mort. La Royne d'Angleterre a incontinent envoyé
-milord de Housdon sur le lieu, affin de pourvoyr, le mieulx qu'il lui
-seroit possible, à ce désordre. Il semble qu'il y eût, je ne sçay
-quoy, de caché là dessoubz, qu'aulcuns personnaiges d'honneur de ceste
-court ne sont pas marrys qu'il ayt esté ainsy descouvert, à la
-confusion de ceulx qui l'avoient conseillé et de ceulx qui le
-vouloyent fère exécuter.
-
-Me Quillegreu a passé oultre jusques à Lislebourg. J'espère que
-bientost j'auray quelque relation de ce qu'il faict par dellà. L'on
-dict que la fille de la comtesse de Mar, laquelle le comte de Morthon
-avoit faicte épouser au comte d'Angoux, son nepveu, est morte, et que
-le dict Morthon pourchasse de le remaryer avec une fille des
-Amelthons.
-
-Quand à l'estat des choses d'icy, la Royne d'Angleterre est encore à
-Quilingourt; et vous puis assurer, Sire, que ces cinq grands navyres
-de guerre, dont l'on vous a parlé, ne sont poinct dehors. Il est vray
-qu'il s'en appreste troys pour sortyr bientost, et dict on que c'est
-pour aller contre les pirates françoys et flammantz, qui infestent
-ceste mer; mais j'entendz que c'est pour se pourvoyr de bonne heure
-contre les souspeçons, que ceulx cy se donnent, de l'armement que
-Vostre Majesté faict fère en Normandye et en Bretaigne.
-
-J'ay envoyé représanter la plaincte du navyre françoys, nommé le
-_Saulveur_, qui a esté prins par les Angloix en revenant de Naples, à
-la dicte Dame, sellon l'article que m'en avez faict en une lettre du
-Xe du passé, et sellon une relation que ceulx de St Malo m'en ont
-envoyée, avec la justiffication de leurs derniers exploitz qu'ilz ont
-faict sur mer, lesquels je ne sçay comme je les pourray fère bien
-prendre à ceulx qui s'en pleignent icy fort amèrement. J'estime, Sire,
-qu'il est expédient de fère voyr cest affère à la justice, affin de
-conserver la paix et entretenir le commerce d'entre ces deux
-royaulmes.
-
-Le voïage de Me Henry Cobhan pour Espaigne avoit esté réfroidy, mais
-je viens de sçavoyr qu'il s'effectuera bientost, et qu'on l'a honnoré
-de quelque tiltre affin de luy fère tenir meilleur lieu par dellà.
-J'entendz que, le jour de la Madeleyne, un françoys, naguyères party
-de Basle, est arryvé en ceste ville, feignant qu'il y venoit chercher
-Mr de Méru, néantmoins il a incontinent passé oultre vers Mr de
-Walsingam, à la court. Je ne sçay qu'il y praticquera, et croy bien
-qu'il y trouvera assez de ceulx qui vouldroyent favoriser la guerre en
-vostre royaulme; mais j'espère qu'il n'impètrera, pour tout cella, ny
-les hommes, ny les vaysseaulx, ny tant d'argent de ceste princesse
-comme il voudroit; laquelle m'a faict prier, touchant ce que luy aviez
-escript pour James d'Esmont, dict Fitz Maurice, que je vous veuille
-mander comme elle, ayant cy devant envoyé au gouverneur de la province
-où il a commis la trahison contre elle, son pardon, et n'ayant, luy,
-voulu ny daigné aller vers le dict gouverneur pour le demander et
-l'accepter, elle ne peut, avec son honneur, luy en concéder ung
-aultre, et que de cella elle remect à Vostre Majesté d'en estre juge.
-
-Je me resjouys infinyement du retour du Sr de Misery et de
-l'acheminement des depputez. Je croy qu'ilz ne viennent pas, sans
-apporter une modération de leurs premières demandes, et sans ung
-suffisant pouvoir d'accepter les bonnes responces que Vostre Majesté
-leur a desjà faictes, ou bien celles, si besoing est, que voudrez
-encores leur fère. Et depuis deux jours, est arryvé, icy, ung de la
-Rochelle, qui assure avoyr veu partyr les Srs de Mirambeau et de
-Bessons pour aller rencontrer les aultres depputés, portans bonne
-instruction de ceulx de ce quartier là à la paix. Néantmoins il court,
-icy, ung bruict sourd que, en Ollande, a esté mis en dellibération,
-touchant la guerre de vostre royaulme, que, si le prince d'Orange veut
-entreprendre d'y marcher en faveur des eslevez, et passer en armes par
-le Brabant, Aynaut et Artoys, affin d'eslever ces peuples là, que
-iceulx de Ollande le secourront de deux centz mille florins contantz;
-mais parce que Vostre Majesté doibt avoyr notice de cella, s'il est
-vray, par une plus seure voye que la mienne, je n'en toucheray, icy,
-davantage. Sur ce, etc. Ce 1er jour d'aoust 1575.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, estimant qu'il n'y a poinct de mal que ceulx cy soyent détenus
-en quelque suspens de ne pouvoir, du premier coup, descouvrir le fonds
-de l'intention de Voz Majestez Très Chrestiennes touchant le propos
-qu'ilz m'ont naguyères renouvellé, je leur allègue tousjours quelque
-occasion du juste retardement de vostre responce; qui seray bien ayse
-que je ne soys pressé de ne leur en dire rien davantage jusques à ce
-que Voz Majestez m'ayent ung peu plus expressément respondu aux
-particullaritez que je leur en ay depuis escripte, du XIIIe du passé,
-et mesmement sur ce que le comte de Lestre m'a fort considérément dict
-que, s'il venoit aulcune bonne response de dellà pour le dict propos,
-il n'estoit pas hors d'espérance qu'il ne fût celluy qui iroyt
-apporter la jarretyère au Roy, vostre filz. Et cependant je ne veulx
-obmettre, Madame, de très humblement vous remercyer pour la tant
-expresse déclaration, qu'il vous a pleu me fère, du contantement que
-Voz Majestez ont de mon service, et de l'assurance que me donnez de la
-venue de mon successeur, et de me fère avoyr quelque récompense: qui
-sont troys choses que Vostre Majesté adaptera à la nécessité d'ung
-gentilhomme qui en a plus de besoing que nul aultre qu'ayez jamays
-employé au service du Roy ny au vostre, et qui, sans me confier par
-trop de mes mérites passez, desire encores de le mériter davantage par
-nouveaulx services que j'essayeray de vous fère à toutz deux, les
-meilleurs et avec le plus de soing et de dilligence que mon aage et ma
-santé le pourront porter, et tousjours avec une singullière fidellité:
-et par exprès, Madame, j'auray à jamays, pour l'effet que me ferez
-sentir de ces troys choses que j'ay dict cy dessus, une immortelle
-obligation à Vostre Majesté. Et sur ce, etc. Ce 1er jour d'aoust 1575.
-
-
-
-
-CCCCLXIVe DÉPESCHE
-
---du VIe jour d'aoust 1575.--
-
-(_Envoyée jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Communication confidentielle, faite par l'un des seigneurs du
- conseil à l'ambassadeur, de la bonne disposition d'Élisabeth au
- sujet de son mariage avec le duc d'Alençon.--Nécessité de faire
- une nouvelle proposition de l'entrevue, si le roi desire que ce
- mariage s'effectue.--Résolution prise en Angleterre d'attendre
- une réponse du roi à cet égard, avant de désigner le seigneur
- qui portera au roi l'ordre de la Jarretière.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, par la dépesche que je vous ay faicte, du premier du présent,
-j'ay réytéré en la lettre de la Royne, vostre mère, à ce que, du
-tréziesme auparavant, je vous avoys escript, comme le comte de Lestre
-m'avoit ouvertement déclaré que, s'il venoit quelque bonne nouvelle de
-France, sur la reprinse du bon propos de sa Mestresse, qu'il espéroit
-estre celluy qui vous yroit apporter la jarretyère. Sur quoy attandant
-qu'il vous playse me mander ce que j'auray à luy respondre, je ne
-m'advance pas de rendre encores l'autre responce que m'avez mandée du
-Xe auparavant, touchant le principal du dict propos, parce qu'il
-semble que voz présentz affères ne perdent rien de laysser cella en
-quelque suspens, et aussy que l'on ne me presse beaucoup d'y
-respondre. Néantmoins ung des premiers et fort principal personnage de
-ce royaulme m'a secrettement adverty que la Royne, sa Mestresse, ayant
-ung jour, à Quilingourt, faict appeller en sa chambre ceulx de son
-conseil pour, entre autres choses, fère l'élection de celluy qui vous
-apporteroit la dicte jarretyère, elle et eulx, par occasion, là
-dessus, avoyent ramené en mémoyre l'estat de tout l'autre principal
-propos, et que la matière en avoit esté si avant débatue qu'on avoit
-jugé expédient de ne nommer encores pas ung pour ceste légation,
-jusques à ce qu'on eût ung peu mieulx cognu de quelle intention Vostre
-Majesté seroit vers le dict bon propos, affin que, sellon cella, elle
-peût, de plusieurs seigneurs de sa court, eslyre lors celluy qu'ilz
-estimeroyent le plus propre pour bien négocyer cest affère; et qu'il
-me vouloit bien dire qu'il avoit fort profondément sondé le cueur de
-sa Mestresse en cest endroict, et qu'il trouvoit, en somme:
-
-Qu'elle ne sçavoit à quoy bonnement se tenir de l'intention de Vostre
-Majesté; car, parce qu'elle m'avoit tousjours cognu d'une prompte et
-grande affection à l'entretènement de vostre mutuelle amityé, et à
-vouloyr, tout ainsy que Voz Majestez estoyent unis par la ligue, vous
-unyr encores davantage par alliance; et que, toutes les foys que le
-feu Roy, vostre frère, m'en avoit commandé quelque chose, je la luy
-avoys non seulement fort volontiers communicquée, mais luy avoys
-tousjours admené beaucoup de raysons pour l'y persuader, voyant, à
-ceste heure, que je ne monstroys plus nulle challeur en cella, elle
-creignoit que Vostre Majesté n'en y eût poinct aussy; néantmoins
-qu'elle vouloit croyre fermement que le feu Roy, et la Royne, sa mère,
-avoient jusques icy, ainsy que je l'avoys tousjours assuré, procédé
-d'une fort droicte intention à vouloir, avec leur honneur et dignité,
-fère tout ce qu'ilz pourroyent pour conduyre l'affère à bonne fin, et
-qu'ilz avoient demandé ung saufconduict pour l'entreveue, lequel elle
-leur avoit une foys accordé, et depuis n'en avoit jamays faict de
-refus; dont restoit maintenant en Vostre Majesté d'y procéder sellon
-ces dernières erres, sinon que, pour aulcuns respectz et accidantz, il
-vous fût survenue nouvelle occasion de ne le vouloyr poinct;
-
-Et que c'estoit tout ce qu'il avoit peu tirer de la dicte Dame, par où
-je pouvois voyr qu'elle estimoit avoyr bien accomply, de son costé, ce
-qui touchoit à cella, et qu'elle attandoit, à ceste heure, comme vous
-entendiez d'y cheminer, du vostre; et que, là dessus, il me vouloit
-privéement déclarer son opinyon, qui estoit: que, sans remémorer
-l'amplitude de l'estat ny les excellantes grâces de sa Mestresse, qui
-estoyent choses notoyres, ny la cognoissance que Vostre Majesté et la
-Royne, vostre mère, aviez que celluy qui se vouloit rendre possesseur
-d'une telle princesse, et posséder avec elle toute sa grandeur, la
-debvoit, avec beaucoup de soing et avec beaucoup de respectz, très
-dilligemment poursuyvre, il jugeoit nécessayre, puisque le poinct de
-l'affère estoit maintenant tout en vostre main, si d'avanture je
-pensoys que Vostre Majesté y eût encores de l'affection, que tout
-promptement je vous escripvisse de demander encores l'entreveue, comme
-chose avec laquelle le bon effaict s'en pourroit facillement
-ensuyvre, et sans laquelle jamays ne s'ensuyvroit; et que, sellon la
-dilligence que je vous ferois mettre en cella, se pourroit cognoistre
-s'il restoit de la disposition, ou non, de vostre costé; car la
-prolongation ne servoit que de confirmer aulx ennemys les argumentz
-qu'ilz faisoient contre ce propos, et de mettre les amys en quelque
-doubte de vostre sincérité; et confessoit estre l'ung de ceulx qui
-avoient consulté la dicte Dame de ne nommer poinct le personnage
-qu'elle vouloit envoyer en France jusques à ce qu'elle sceût
-playnement le cueur de Vostre Majesté, affin de fère allors plus
-seurement l'élection; car jugeoit n'estre aulcunement raysonnable
-qu'elle fît partyr ung qui seroit pour résouldre cest affère, sinon à
-bien bonnes enseignes; et, si elle perdoit la présente occasion de la
-jarretyère, elle n'espéroit, de longtemps, d'en recouvrer une aultre
-si honnorable, ny qui peût estre si à propos; et que, quand luy et
-ceulx qui, comme luy, avoient grande dévotion à cest affère,
-pourroient avoyr quelque cognoissance de la vraye et certayne
-intention de Vostre Majesté, je ne fisse nul doubte qu'ilz n'y
-employassent lors tous les bons moyens et addresses qui s'y pourroient
-desirer; me priant d'uzer bien secrettement et avec discrétion, de
-cestuy sien conseil, qui estoit sans le sceu de nul aultre de la
-compagnye; et qu'il avoit congé d'aller estre quelques jours en sa
-maison, mais qu'il seroit tout à temps de retour à la court pour
-servir, aultant qu'il luy seroit possible, en cest endroict.
-
-Voilà, Sire, la substance et les propres termes, en brief, de tout ce
-qu'il m'a plus au long escript; qui ay retenu l'original de sa lettre
-devers moy, et ne luy ay poinct faict de responce. Mesmes j'avoys une
-foys dellibéré de n'en rien mander à Vostre Majesté, parce que celle
-vostre aultre responce, du Xe du passé, sembloit assez y satisfère;
-mais il ne faut rien tayre à son prince, comme je ne luy ay jamais
-faict, ny suis pour jamays le fère. Sur ce, etc.
-
- Ce VIe jour d'aoust 1575.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, ceste dépesche, que je fay présentement à Voz Majestez, est
-pour leur fère entendre le contenu d'une lettre qu'ung des premiers et
-principaulx milords de ce royaulme m'a escripte, à laquelle je ne luy
-ay rien respondu, et si, ay esté en doubte si je la debvoys
-entièrement réserver secrette devers moy, affin de ne remuer rien plus
-en ung affère qui a esté plusieurs foys en vain essayé, et lequel je
-ne sçay comme, à présent, il est agréable de vostre costé. Mais
-considérant qu'il fault révéler toutes choses à Voz Majestez, et
-elles, puis après, en ordonneront comme il leur plerra, et que
-d'ailleurs, le personnage qui m'a escript est de tel poix et gravité,
-et si retenu, qu'il ne dict rien à la volée ny sans bon fondement,
-j'ay enfin prins ceste résolution qu'il ne vous en seroit rien
-dissimulé. Et seulement je me suis abstenu de vous y adjouxter rien de
-mon adviz parce que Vostre Majesté void tout à cler ce qui est de
-dellà, et juge mieulx de ce qui est icy que je ne sçauroys fère; et ne
-diray que ce mot que ceulx cy temporizeront indubitablement d'envoyer
-l'ordre jusques à ce qu'ilz pourront avoyr eu quelque notice de
-l'intention de Voz Majestez en cest endroict. Et sur ce, etc.
-
- Ce VIe jour d'aoust 1575.
-
-
-
-
-CCCCLXVe DÉPESCHE
-
---du XIIIe jour d'aoust 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Nouveaux armemens faits en Angleterre.--Prochain départ de sir
- Henri Sidney pour l'Irlande.--Temporisation de Me Quillegrey à
- Barwich.--Maladie de sir Henri Coban.--Exécution à Londres de
- plusieurs Hollandais brûlés vifs pour cause
- d'hérésie.--Méfiance que doivent inspirer les nouveaux
- préparatifs des Anglais, et un envoi d'argent fait par
- Élisabeth en Allemagne.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ayant sceu que l'admyral d'Angleterre et le gardien des cinq
-portz, avec les principaulx officiers de la marine, s'estoyent
-assemblés, la sepmayne passée, à Rochester, où sont les grands navyres
-de ceste princesse, comme pour y ordonner d'ung armement à fère
-quelque entreprinse, j'ay envoyé sçavoyr ce qui en estoit; et m'a l'on
-rapporté qu'on y avoit commandé de mettre promptement huict des grands
-navyres en estat pour estre prestz de sortir dans dix jours, toutes
-les foys que le commandement en seroit venu; mais qu'on n'avoit
-encores rien ordonné de l'advytayllement, et que seulement le dict
-admiral, estant au dict lieu, avoit envoyé surprendre, en l'embouchure
-de la Tamise, deux vaysseaulx, où y avoit sept ou huict gentilhommes
-de bonne qualité, angloix, qui pensoient se desrober de ce pays,
-lesquelz il a ramenez et sont réservez soubz quelque garde; et qu'il
-s'apprestoit bien envyron vingt quatre ou vingt cinq vaysseaulx, en
-demy équippage de guerre, dans ceste rivyère, par des particulliers,
-qui disoyent vouloir aller, les ungs en Hespaigne, les aultres en
-Portugal, et les aultres en Barbarye, pour faict de marchandise; dont
-nous verrons, de jour à l'aultre, ce qui s'en fera. Il semble que, de
-ceste année, il n'y a pas grande flotte pour les vins à Bourdeaulx,
-parce que ceste princesse a très rigoureusement deffendu qu'on ne
-puisse vendre ny achapter en Angleterre, toutz frays et subsides
-payez, plus haut de dix livres d'esterling la tonne de vin, qui sont
-cent livres tournoys, là où, à présent, il se vent bien au double.
-
-Le sire Henry Sidney s'en va, du premier jour, passer en Irlande, où
-l'on pense qu'il y réduyra les choses, et qu'il remettra facillement
-tout le pays en l'obéyssance de ceste couronne, et le comte d'Essex
-s'en retournera.
-
-Me Quillegreu a temporisé, plus longtemps qu'on ne m'avoit dict, à
-Barwic, à cause de ce désordre naguyères survenu entre les gardiens
-des deux frontyères, et s'il n'en est party depuis dix jours, il y est
-encores. La Royne d'Escosse se porte bien et cuydoyent aulcuns que la
-Royne d'Angleterre, sa cousine, s'estant approchée à une journée et
-demye d'elle, la deût voyr; mais j'entendz que seulement elle l'a
-envoyée visiter. Me Henry Cobhan, en attandant, icy, sa dépesche pour
-Espaigne, est tombé malade; néantmoins il espère partyr, aussytost
-qu'il se portera ung peu bien, et dellibère de fère son chemin par
-France.
-
-L'on a brullé, ces jours passez, en ceste ville, aulcuns Ollandoys
-pour cause d'hérésye, parce qu'ilz ne se sont voulus desdire,
-soubstenans, entre aultres erreurs, qu'il n'estoit loysible aulx
-Chrestiens d'exercer magistrat.
-
-Je ne veulx pas, Sire, après tant de bonnes parolles et de bonnes
-démonstrations que j'ay naguyères eues de ceste princesse et des
-siens, sur la continuation de la ligue, les souspeçonner légèrement;
-néantmoins ayant sceu que, de trente mille livres d'esterling, que la
-dicte Dame a dernyèrement empruntés de ceulx de Londres, en ayant
-receu contant vingt mille, et icelles ordonnées pour la guerre
-d'Irlande, je crains que des aultres dix mille, lesquelz elle a envoyé
-remettre en Hambourg, que, si elles ne sont distribuées aulx
-pensionnayres qu'elle a en Allemaigne, ou bien employées en l'acquit
-de quelque vieulx partis qu'elle doibt encores par dellà, qu'elles ne
-soyent convertyes à fère une levée de reytres en faveur des eslevez de
-vostre royaulme; et que ceste somme soit celle partye de deniers qu'on
-dict qu'elle est obligée de contribuer en la ligue des princes
-protestantz pour la deffance de leur religyon, sellon qu'on m'a assuré
-qu'il est convenu, par articles exprès, avec les dictz princes
-protestantz que, toutes les foys et pour aultant de vingt mille escus
-qu'on leur pourra fère fournir en deniers contantz, ilz seront tenus,
-dans certains jours après, de fère marcher autant de troys mille
-reytres ou en France ou en Flandres, là où le besoing en sera cognu
-plus grand; dont Vostre Majesté pourra, par quelqu'ung de ses
-serviteurs en Allemaigne, fère observer cella.
-
-Je ne puis vériffyer que Mr de Méru ayt emporté plus grande somme de
-ceste court que les douze centz angelotz que cette princesse luy a
-donnez; et encores m'a l'on dict que le présent, à la fin, a esté
-restreinct à six centz angelotz.
-
-Je parachevoys cest article quand la dépesche de Vostre Majesté, du
-XXIXe du passé, est arryvée, de laquelle j'uzeray en la façon qu'il
-vous plaist me le commander, la première foys que j'iray retrouver
-ceste princesse; et incontinent après, je vous manderay ce qu'elle
-m'y aura respondu. Sur ce, etc. Ce XIIIe jour d'aoust 1575.
-
-
-
-
-CCCCLXVIe DÉPESCHE
-
---du XXe jour d'aoust 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Arrivée de Mr de Mauvissière en Angleterre.--Refus du roi
- d'accepter les offres faites par le capitaine Bathe d'une
- entreprise contre l'Angleterre.--Préparatifs des Anglais pour
- se tenir prêts à une expédition.--Réclamations réciproques à
- raison des prises.--Sollicitations de l'ambassadeur afin qu'il
- lui soit envoyé de l'argent.--Mission qui lui est donnée de se
- rendre auprès de Marie Stuart et de passer en Écosse.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, parce qu'il y a huict jours que je ne fay, d'heure à aultre, que
-regarder si Mr de Mauvissyère arryvera, pour le conduyre incontinent
-devers la Royne d'Angleterre, laquelle est encores bien loing en son
-progrès, je temporise d'aller parler à elle du contenu de la dépesche
-de Vostre Majesté, du XXIXe du passé, jusques à ce qu'il soit icy,
-affin de fère de tout ung; mais venant de sçavoyr par le Sr de Vassal,
-lequel ne faict que d'arryver, que le dict Sr de Mauvissyère est desjà
-en Angleterre, de quoy je loue Dieu de bon cueur, j'espère que, dans
-ung jour ou deux, nous yrons toutz deux trouver la dicte Dame.
-
-Cependant je ne puis sinon bien fort approuver ce que la Royne, vostre
-mère, a prudemment advysé de rejetter les offres du cappitayne Bathe
-comme malhonnestes, et louer infinyement vostre vertu de les avoyr de
-mesmes mesprisées; car c'est sellon que voz promesses et l'obligation
-de vostre foy et de vostre sèrement le requièrent, et je mettray peyne
-de fère voyr à ceste princesse combien ces deux honnorables actes,
-que luy avez uzé touchant le sire James Fitz Maurice et cestui cy,
-méritent qu'elle s'acquite de mesmes honnorablement vers Vostre
-Majesté. Et vous diray, Sire, que j'ay opinyon qu'il y avoit de
-l'artiffice beaucoup ez offres du dict Bathe, et qu'il cherchoit comme
-il pourroit trouver le moyen de provoquer sa Mestresse contre vous, et
-non pas comme il pourroit nuyre à elle, sellon qu'il y en a assez, en
-ceste court, qui luy en pouvoient avoyr bayllé l'instruction; car,
-après s'estre eschappé des mains du grand commandeur de Castille, qui
-l'avoit détenu dix huict moys en prison, à cause qu'il le
-souspeçonnoit d'estre passé en Flandres pour tuer, de guet à pens, le
-comte de Vesmerland, aussytost qu'il a esté de retour par deçà, l'on
-l'a receu et favorizé en ceste court, et ceulx qui manyent les affères
-ont persuadé à ceste princesse de luy ordonner une pencion de deux
-centz escuz, l'an, pour toute sa vye, et il ne venoit que de recepvoyr
-ce bienfaict d'elle quand il est passé en France, avec ce, que je ne
-pense poinct qu'il ayt eu communicquation avec le comte de Quildar,
-car l'on l'observe de trop près, ny le dict comte ne se fût jamays
-commis à luy, car il n'est nullement léger. Mais, quand au cappitayne
-Morguen, de tant que son offre ne tend à rien qui soit contre sa
-Mestresse ny contre son pays, ains d'exécuter quelque entreprinse
-qu'il dict estre d'importance, et laquelle il estime pouvoir conduyre
-à bon effect pour le service de Vostre Majesté contre ceulx de la
-Rochelle et les eslevez de vostre royaulme, elle semble avoyr plus
-d'apparance que l'autre.
-
-Néantmoins luy et les autres cappitaynes angloix, qui sont icy, sont à
-présent retenus pour la guerre d'Irlande, de peur que le dict sire
-James Fitz Maurice n'y repasse pour y brouyller les affères. Et puis
-il semble qu'encor que ceste princesse et les siens ne monstrent pas
-qu'ilz soyent beaucoup offancez de ce que les Escossoys ont faict en
-l'assemblée des gardiens de la frontyère du North, ilz en réservent
-néantmoins une vengeance dans le cueur contre eulx, et si, ont quelque
-opinyon qu'ilz ayent esté meus à uzer de ceste audace par quelque
-conseil de France; ce qui faict qu'ilz caressent davantage leurs
-cappitaynes et leurs soldatz, estimantz qu'ilz en auront bientost à
-fère. Et depuis troys jours, ilz ont faict sortir troys grands navyres
-de guerre, de ceulx que je vous ay mandé qu'on apprestoit, et ont
-envoyé revisiter les fortz qui sont le long de la coste d'Ouest, qui
-regarde la France, affin de les mettre promptement en deffance, et les
-garnyr d'artillerye et de monitions et de gens de guerre, ung peu
-mieulx que de l'ordinayre, sur quelque souspeçon qu'ilz ont que ce,
-que Vostre Majesté a commandé d'armer des vaysseaulx par dellà pour
-assurer la mer contre les pirates, ayt quelque aultre chose de caché
-là dessoubz; de quoy je les mettray bien hors de peyne sur l'assurance
-de l'amityé que leur avez jurée, si, d'avanture, ilz daignent m'en
-parler.
-
-Mr de Walsingam me vient d'escripre, du XIIIe de ce moys, que je
-vueille refraischir à Vostre Majesté la plaincte des marchandz de
-Londres contre les habitans de St Malo, parce que la Royne, sa
-Mestresse, en est pressée; et que, quand à la plaincte du sire
-Lacheroy, de Roan, de laquelle Vostre Majesté m'a naguyères escript,
-il me mande que la dicte Dame a commandé à son ambassadeur par dellà
-d'y regarder, et d'en accommoder l'affère sellon que, par les preuves
-et vériffications du procez, il cognoistra qu'il se debvra fère.
-
-Au surplus, Sire, je reste le plus confus gentilhomme de toutz ceulx
-qui sont à vostre service pour n'avoyr receu, par le Sr de Vassal,
-aulcune provision d'ung seul denier de Vostre Majesté, pour me
-désangager d'icy, qui suis en danger d'y souffrir une très grande
-honte au préjudice de la réputation de voz affères, par la rigueur que
-justement m'uzeront, à ceste heure, ceulx à qui je doibs; qui vous
-supplye très humblement, Sire, y vouloir pourvoyr, et avec ce qui en
-peut toucher à la dignité de vostre service, avoyr compassion de
-l'extrême nécessité de vostre serviteur.
-
-Je feray bien tout ce qu'il me sera possible pour avoyr la permission
-d'aller visiter la Royne d'Escosse et Monsieur le Prince, son filz, de
-la part de Vostre Majesté, et vous y feray tout le service qu'il vous
-plaist me commander, sans y espargner ma santé ny mesmes ma vye, s'il
-est besoing; mais il n'est pas possible que, sans qu'il vous playse me
-fère envoyer de l'argent, je puisse frayer au voïage. Et sur ce, etc.
-Ce XXe jour d'aoust 1575.
-
-
-
-
-CCCCLXVIIe DÉPESCHE
-
---du XXVIIe jour d'aoust 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Callays par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Nouvelle répandue à Londres de l'entrée en France du prince de
- Condé avec une armée.--Secours d'argent donné aux protestans de
- France et d'Allemagne par les églises d'Angleterre.--Incursion
- des Anglais sur les frontières d'Écosse.--Craintes pour Marie
- Stuart.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, depuis huict ou dix jours en çà, la Royne d'Angleterre n'a
-poinct arresté en lieu de séjour, où nous ayons peu avoyr accez à
-elle, et n'en y aurons jusques à mardy prochain, trentiesme de ce
-moys, que nous l'yrons trouver à Wodstok, à cinquante mille d'icy, où
-j'espère qu'elle acceptera agréablement Mr de Mauvissière en ma place,
-ainsy que desjà il a bien cognu, par des démonstrations que mylord
-trésorier luy a faictes, qu'il sera receu avecques toute faveur d'elle
-et de ceulx de son conseil. Dont je juge bien que, sellon la
-dilligence qu'il mect de s'instruyre et de se bien informer de toutes
-choses d'icy, et pour la bonne affection qu'il monstre avoyr à vostre
-service, qu'il vous en fera de très bon et très fidelle; en quoy de
-tout ce que je sçay et que je cognoistray luy pouvoyr donner lumyère
-en ceste charge que luy avez commise, je vous supplye très humblement,
-Sire, de croire que je n'y manqueray nullement. Et après que nous
-aurons parlé à la dicte Dame, nous vous ferons incontinent sçavoyr ce
-que nous aurons apprins d'elle et des siens, sur les particullaritez
-que nous avez commandé leur proposer.
-
-Et vous diray cependant, Sire, que la nouvelle, qui court icy, que le
-Prince de Condé est desjà entré en vostre royaulme avec ung nombre de
-reystres, donne quelque chaleur à des particulliers de ce royaulme de
-s'esmouvoyr; et est certain que, oultre les trois navires de ceste
-princesse, que je vous ay dernièrement escript qui estoient sortis en
-mer, il y en a cinq de Hacquens, de Thomas Cobhan, de Forbicher et de
-quelques aultres cappitaynes de mer, qui, dans trois ou quatre jours,
-doibvent sortir de ceste rivyère en équippage de guerre, et ne se
-sçayt encores où s'addresse leur entreprinse; néantmoins nous en
-donnons présentement advis aulx gouverneurs de dellà affin qu'ilz en
-demeurent apperceus.
-
-Il a esté faicte une secrette ceuillette de deniers par les églyses de
-ce royaulme, qui monte envyron cinq mille livres esterling, c'est dix
-huict mille escus, qui doibvent estre prestz en angelotz ez mains
-d'ung marchant de ceste ville, le premier jour du moys prochain; et
-présument aulcuns que c'est pour secourir le prince d'Orange, lequel
-n'a renvoyé si malcontant le docteur Roger, naguyères envoyé d'icy
-devers luy, comme l'on le publioit; ains j'ay naguyères comprins de
-certains propos que le docteur fiscal de Bruxelles m'a tenus, lequel
-j'ay convyé à dîner avec Mr de Mauvissière, que le dict Roger avoit
-porté offre du dict prince de mettre des places de Hollande et Zélande
-ez mains de ceste princesse, si elle vouloit prendre la protection du
-pays, ou aultrement qu'il s'iroit getter ez mains de Vostre Majesté,
-parce qu'il ne pouvoit plus supporter la guerre; mais, de tant que je
-n'ay encores la certitude de ce faict, et que, s'il est vray, vous en
-avez assez de certitude d'aylleurs, je ne m'en estendrai davantage.
-
-Et adjouxteray seulement, icy, que les Angloix sont entrés en armes
-dans la frontière d'Escoce, pour revencher l'injure que les Escossoys
-leur avoient faicte; dont, pour accommoder cella, j'entendz que le
-comte de Houtinthon, président du North d'Angleterre, et le comte de
-Morthon se doibvent bientost assembler, ce que j'ay grandement suspect
-pour la personne de la Royne d'Escosse; car ce sont les deux plus
-viollantz ennemys qu'elle ayt en ces deux royaulmes. Me Quillegreu a
-desjà veu le dict Morthon, et croy qu'il se trouvera à cest
-abouchement; et m'a l'on dict qu'il praticque une nouvelle levée
-d'Escossoys pour la fère passer du premier jour, en Hollande. Et sur
-ce, etc.
-
- Ce XXVIIe jour d'aoust 1575.
-
-
-
-
-CCCCLXVIIIe DÉPESCHE
-
---du Xe jour de septembre 1575, à Oxford.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Callays par Jehan Mounyer._)
-
- Audience de présentation de Castelnau de Mauvissière.--Reprise de
- la négociation du mariage.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, le dernier du moys passé, j'ay présenté en ce lieu, de Vuodstok,
-Mr de Mauvissière à la Royne d'Angleterre, et luy ay dict que,
-m'ayant, Vostre Majesté, octroyé mon congé, vous l'aviez envoyé pour
-me succéder en ceste charge, et espériez que l'élection luy en
-playroit, sellon que vous l'aviez ainsy expressément faicte, affin
-qu'elle luy pleût en toutes sortes, et qu'elle cogneût que vous aviez
-bien voulu mettre ung ambassadeur prez d'elle, duquel, oultre l'estime
-que vous aviez de sa suffizance, pour estre ung gentilhomme de
-longtemps versé en affères d'estat, qui avoit eu de bien honnorables
-commissions, en paix et en guerre, et aulcunes vers elle, dont il
-s'estoit tousjours dignement acquité, et oultre, aussy, que vous le
-teniés pour très loyal serviteur, duquel vous aviez esprouvé le cueur
-estre bon et droict vers vostre service, et bien incliné aulx choses
-bonnes, voyre, à celles qui estoient meilleures, vous sçaviez qu'il
-estoit bien affectionné et dévot aux rares et excellantes vertus qu'il
-avoit cognues, et souvant publiées, de la dicte Dame; et que luy
-ayant, Vostre Majesté, fort expressément commandé de la révérer, et de
-luy complère en tout ce qu'il luy seroit possible, il estoit venu pour
-nullement n'y faillyr;
-
-Que, de ma part, je m'en retourneroys, avec son bon congé, retrouver
-Vostre Majesté, et que, si je ne m'estois rendu indigne des grâces et
-faveurs, dont elle m'avoit obligé, tout le temps que j'avoys résidé
-par deçà, je la supplioys d'y obliger davantage le dict Sr de
-Mauvissière.
-
-Et là dessus, il luy a présenté voz lettres et recommandations, et luy
-a, d'une fort bonne et fort agréable façon, expliqué la créance qu'il
-avoit de Vostre Majesté pour la continuation de vostre commune amityé,
-et pour la confirmation d'icelle, par le bon propos de Monseigneur
-vostre frère, suyvant ce que la Royne, vostre mère, luy en escripvoit
-de sa main. Et luy a déduict plusieurs raysons fort considérables pour
-la mouvoir, et la rendre bien inclinée à vostre honneste desir.
-
-A quoy, elle, après aulcunes parolles qu'il luy a pleu dire en quelque
-recommandation de ma négociation passée, lesquelles ne me siéroient
-bien de les escripre, elle en a dict plusieurs aultres bien bonnes du
-gré, qu'elle vous sçavoit, de luy avoyr envoyé Mr de Mauvissière, et
-qu'elle le recevoit aultant agréablement que gentilhomme qu'eussiez
-sceu mettre en ce lieu. Ce qu'elle a davantage tesmoigné par des
-caresses, faveurs et honnestes privautés, qu'elle luy a faictes.
-
-Et sommes entrés en conférance des particullaritez du propos de Mon
-dict Seigneur, vostre frère, avec la dicte Dame et avec les seigneurs
-de son conseil; dont voicy la cinquiesme foys, aujourdhuy, que nous
-sommes assemblez là dessus, avec elle et avec eulx, non sans beaucoup
-d'oppositions et de difficultez qu'ilz nous font; lesquelles nous
-essayerons d'oster, aultant qu'il nous sera possible, affin que nous
-puissions tirer une bonne et aulmoins une clère résolution d'eux. Dont
-Mr de Mauvissière la vous escripra et je la vous iray apporter; vous
-voulant bien assurer, Sire, qu'il a si bien et si heureusement
-commancé sa charge, et les choses d'icy monstrent de luy debvoir si
-bien succéder que Vostre Majesté en peut espérer beaucoup de bon
-service, et beaucoup de bon contantement; aydant le Créateur auquel,
-etc. Ce Xe jour de septembre 1575.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, vous entendrés par les lettres de Mr de Mauvissière, et par
-celle que j'escriptz au Roy, les propos que nous avons eus avec ceste
-princesse, le jour que je l'ay présenté, et que j'ay commancé de
-prendre congé d'elle; qui, en substance, ont esté parolles de
-courtoysie et d'honnesteté, qu'elle m'a uzé pour signiffier sa
-satisfaction de ma négociation passée, et de quelque regrect de mon
-partement, et d'aultres parolles non moins courtoyses ny moins
-honnestes, ny de moindre faveur que celles là, à Mr de Mauvissière
-pour luy dire qu'il fût le bien venu, et qu'elle avoit grand
-contantement de l'élection que Voz Majestez ont faicte de luy; et que
-très agréablement elle le recevoit vostre ambassadeur pour résider
-prez d'elle. A quoy les principaulx seigneurs de ce conseil et toute
-ceste court ont concouru d'une bonne démonstration d'affection vers
-luy, et d'avoyr très bonne opinyon de luy. Il a expliqué fort
-honnorablement sa créance à la dicte Dame, et luy a renouvellé le
-propos de Monseigneur, vostre filz, aux plus exprès et approchans
-termes qu'il s'est peu souvenir de ceux que Vostre Majesté a uzé en la
-lettre qu'elle a escripte à la dicte Dame. Et elle les a prins de fort
-bonne part. Et desjà nous avons, par quatre ou cinq foys, esté là
-dessus en conférance avec elle et avec ceulx de son conseil; qui,
-parmy des facillités, vous opposent tousjours des difficultez non
-petites, lesquelles néantmoins regardent plus à vouloir éviter qu'à
-vouloir fère le refus; et quand nous en aurons tiré quelque
-résolution, Mr de Mauvissière la vous escripra, et je la vous iray
-apporter. Et vous promectz, Madame, que je luy layrray l'entière
-instruction de ce qui m'a escléré icy, et qui m'a guidé de vous fère,
-en ce propos et aultres évènemens de deçà, le service dont monstrés
-avoyr contantement: duquel je loue et remercye Dieu et le prye, etc.
-Ce Xe jour de septembre 1575.
-
-
-
-
-CCCCLXIXe DÉPESCHE
-
---du XXe jour de septembre 1575.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Callais par Jehan Vollet._)
-
- Réponse d'Élisabeth sur la négociation du mariage.--Son refus de
- permettre à l'ambassadeur de visiter Marie Stuart et d'aller en
- Écosse.--Autorisation donnée aux neveux de La Mothe Fénélon de
- se rendre auprès de Marie Stuart.--Déclaration d'Élisabeth
- qu'elle n'a fourni aucun secours d'argent au prince de
- Condé.--Audience de congé accordée à
- l'ambassadeur.--Félicitations d'Élisabeth sur toutes les
- négociations dont il a été chargé.--Vif desir qu'ont les
- Anglais de recouvrer Calais, et de profiter des troubles de
- France pour s'en saisir.--État de la négociation du mariage qui
- peut être reprise pu abandonnée sans qu'il y ait à craindre une
- rupture avec l'Angleterre.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, pendant que nous estions à négocyer, à Vuodstok, avec ceste
-princesse et avec les seigneurs de son conseil, du propos de
-Monseigneur, vostre frère, et de la visite que desiriés estre faicte,
-de vostre part, à la Royne d'Escoce et au Prince, son filz, il nous
-est arryvé deux dépesches de Vostre Majesté, l'une du XXe d'aoust,
-par l'ordinère, et l'aultre, du dernier du dict moys, par le Sr
-d'Assas, qui la nous a rendue le Xe d'estui cy. Et vous dirons, Sire,
-que nous trouvons avoyr procédé, en toutes choses, ainsy proprement
-que Vostre Majesté le desiroit; et avons enfin, au bout de dix sept
-jours, rapporté de ceste princesse des responces, lesquelles, encor
-que ne soient du tout telles que nous les demandions, elles ne
-layssent d'estre bien honnorables et bien conformes à l'amityé, que
-désirés continuer avec elle et ce royaulme; et si, vous mettent en
-chemin de pouvoir estreindre davantage ceste amityé par le propos de
-Monseigneur, si les choses sont bien prinses, et qu'on y aylle par les
-moyens qu'ung si excellent acte le requiert.
-
-Celluy de nous, qui demeurera, vous escripra dans quatre ou cinq
-jours, bien au long, les termes où nous en sommes à présant; et
-l'autre vous les yra apporter, et mettra peyne de vous représanter ce
-que nous avons ensemblement veu et bien curieusement notté des
-parolles et démonstrations de ceste princesse et de tous les siens,
-pour y pouvoir, par Vostre Majesté, prendre une bien bonne et prompte
-résolution.
-
-La visite de la Royne d'Escosse a esté entyèrement dényée d'estre
-faicte par vostre ambassadeur; mais il nous a esté octroyé que moy, La
-Mothe, puisse envoyer mes nepveus porter les lettres de Vostre
-Majesté, et satisfère en la meilleure et plus révérante façon qu'ilz
-pourront à cestuy vostre compliment vers elle; dont ilz y sont desjà
-allez, ensemble le Sr de Vassal, et ung des clercs de ce conseil qui
-leur a esté baillé pour adjoinct; mais, quand au voïage d'Escoce,
-après que nous l'avons eu aultant vifvement débattu qu'il nous a esté
-possible, la dicte Dame nous a faict respondre qu'elle supplioit le
-Roy de le vouloir fère différer pour ung peu de temps, à cause des
-différents qui estoyent naguyères survenus en la frontyère, ezquels
-elle estoit sur le poinct d'y mettre quelque accomodement, là où, par
-ce dict voyage, ilz pourroient estre rendus plus difficiles.
-Néantmoins, dans ung moys ou six sepmaynes, elle octroyeroit de bon
-cueur le passeport pour tel gentilhomme qu'il playroit à Vostre
-Majesté y envoyer.
-
-Et touchant la remonstrance, que nous luy avons faicte, sur l'advis
-qu'on vous avoit donné que le Prince de Condé commançoit de marcher
-par les moyens qu'il avoit eus d'elle en deniers contantz, ou en
-crédict, ce que vous ne pouviez ny vouliez si mal croyre de la foy et
-promesse d'une telle princesse, elle nous a respondu qu'elle ne
-pouvoit empescher qu'on ne feît courir tels bruictz, et qu'on ne se
-vantât de beaucoup de choses d'elle, en parolles, et pour authoriser
-les entreprinses qu'on faisoit là dessoubz, qui pourtant n'en estoit
-rien en effect; et qu'elle promettoit à Dieu, et juroit, en sa
-conscience, qu'elle n'avoit bayllé argent ny moyens, ny conseil
-aulcun, contre Vostre Majesté, et n'avoit volonté, ny intention, de le
-fère, tant que seriés en bonne intelligence et confédération avec
-elle; mais qu'elle vous vouloit bien advertyr que d'aultres moyens
-plus grands et meilleurs que les siens ne deffailloient à ceulx de la
-nouvelle relligyon pour continuer la guerre; et, si les choses ne
-venoient à la paix, que vous fissiez ardiment estat d'avoyr le plus
-grand et le plus pesant affère, qui fût aujourdhuy au monde, sur les
-bras, et qui estoit si appuyé en vostre propre royaulme, et ez aultres
-partz de la Chrestienté, qu'il seroit pour affoiblir et miner le
-propre empire romain, s'il estoit encores en estat; et que pourtant
-elle ne pouvoit cesser de vous desirer la paix, et de vous prier qu'en
-la prenant bonne et utille pour vous, vous la voulussiés donner seure
-et stable à toute la Chrestienté, sellon qu'elle pensoit que vous le
-pouviez fère.
-
-Sur quoy, ayantz respondu à ung mot que nous sçavions certeynement que
-Vostre Majesté n'avoit aulcun plus grand desir, en ce monde, qu'à la
-paix, ny n'estiés en rien plus résolu, si ne la pouviés avoyr bien
-honnorable, ny mieux préparé qu'à la guerre, nous avons couppé cella
-bien court.
-
-Et nous ayant, la dicte Dame et tous les siens, uzé de nouveau à toutz
-deux beaucoup de courtoysie et bien honnestes faveurs pour la plus
-ample réception de l'ung et le congé de l'autre, nous nous sommes fort
-gracieusement licenciez d'elle. Et estans de retour en ce lieu, nous
-avons eu aulcunement suspect ung payement de vingt mille livres
-sterling, qui sont deux centz mille livres tournois, qu'on nous a
-advertys qui se doibvent fournyr par lettres d'eschange, sur le
-crédict de Me Grassen, facteur de ceste princesse, et d'aulcuns
-aultres principaulx marchands de Londres, le premier jour d'octobre
-prochain, en Anvers, ez mains d'ung Hervé, angloix; et creignons assés
-que cella aylle en Allemaigne pour le payement des levées du Prince de
-Condé, bien que aulcuns nous assurent que non, et que ces deniers vont
-à aultre effect, et qu'il ne y a rien contre Vostre Majesté, mais nous
-mettrons peyne de le mieux vériffier.
-
-Il est bien vray que ceulx cy se monstrent, à ceste heure, sur ceste
-descente des reystres en vostre royaulme, plus esmeus et eschauffés à
-tenter quelque chose par dellà, qu'ilz ne faisoient; et nous a l'on
-dict qu'ung des plus authorisés de ce conseil prétend de se signaler,
-à ce coup, par des entreprinses qu'il pense si bien conduyre au
-prouffit de ceste couronne que, pour le moins, Callays y demourera.
-Dont y a des vaysseaulx de ceste princesse et d'aultres particulliers
-en mer, mais nous n'estimons pas, attandu le petit et foible équippage
-en quoy ilz sont, qu'ilz puissent fère grand effort, ny ne voyons,
-pour encores, qu'il se prépare aulcun nouveau avitaillement de navyres
-pour les suyvre, bien qu'à dire vray les navyres sont, de toutes
-aultres choses, prestz. Néantmoins il sera tousjours bon que Vostre
-Majesté face advertyr au dict Callays et à Boulogne, et au long de la
-coste de dellà, qu'on s'y tienne bien sur ses gardes.
-
-Tout le reste qu'aurions à vous escripre maintenant sera remis au
-retour de moy, La Mothe, qui partiray aussytost que mes nepveus seront
-de retour de devers la Royne d'Escoce, aydant le Créateur; auquel je
-prie, après avoyr très humblement baysé les mains de Vostre Majesté
-qu'il vous doinct, Sire, en parfaicte santé, très heureuse et très
-longue vie, et toute la grandeur et prospérité que vous desire.
-
- Ce XXe jour de septembre 1575.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, nous nous sommes conduictz en ceste négociation du propos de
-Monseigneur, vostre filz, avec ceste princesse, par le meilleur ordre
-et la plus grande pacience qu'il nous a esté possible; et avons esté
-bien ferme ez poinctz que nous aviez commandez, jusques avoyr mené la
-dicte Dame et ceulx de son conseil au fin bout de ceulx aulxquels ilz
-sont résolus de demeurer; et sur lesquels la conclusion ou la ropture
-s'en prendra; qui avons esté contans, pour aulcuns bons respects,
-d'accepter les responces qu'elle mesme nous a faictes, qui sont bien
-fort honnorables, et lesquelles, si on les considère bien, sont pour
-vous apporter beaucoup de satisfaction et pour mettre en vostre main
-de quoy parfère ou bien de quoy laysser ceste poursuite, sans
-altération de l'amityé; ainsy que Vostre Majesté le verra par les
-lettres que, moy, de Mauvissière, vous escripray, et que moy, de La
-Mothe, vous iray apporter, et vous réciter toutes ces particullaritez
-par le menu, aussytost que ceulx qui sont allez devers la Royne
-d'Escosse seront de retour, qui sera bientost, Dieu aydant; auquel je
-prie, après avoyr très humblement baysé les mains de Vostre Majesté
-qu'il vous doinct, Madame, en parfaicte santé, très heureuse et très
-longue vie et tout le bien et prospérité que vous desire.
-
- Ce XXe jour de septembre 1575.
-
-
- FIN DU SIXIÈME VOLUME ET DERNIER DES DÉPÊCHES
- DE LA MOTHE FÉNÉLON.
-
-
-
-
-TABLE
-
-DES MATIÈRES DU SIXIÈME VOLUME.
-
-
-ANNÉE 1574.
-
- Pages
- 359e _Dépêche._--5 janvier.--
- AU ROI. 1
- Audience. _Ib._
- Négociation du mariage d'Elisabeth avec le duc d'Alençon. _Ib._
- Avis d'une entreprise. 5
- Nouvelles d'Ecosse. _Ib._
- Et d'Irlande. 6
-
- 360e _Dépêche._--12 janvier.--
- AU ROI. _Ib._
- Nouvelles de la Rochelle. 7
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 361e _Dépêche._--18 janvier.--
- AU ROI. 11
- Mission du baron d'Aubigny. _Ib._
- Affaires d'Irlande. _Ib._
- Nouvelles de la Rochelle. 12
- A LA REINE. 14
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 362e _Dépêche._--26 janvier.--
- AU ROI. 16
- Audience. _Ib._
- Conférence avec l'agent de la Rochelle. 18
-
- 363e _Dépêche._--3 février.--
- AU ROI. 20
- Audience. _Ib._
- Négociation du mariage, consentement d'Elisabeth à une
- entrevue secrète. 22
-
- 364e _Dépêche._--9 février.--
- AU ROI. 24
- Audience. 25
- Négociation sur l'entrevue. _Ib._
- A LA REINE. 29
- État de la négociation du mariage. _Ib._
-
- 365e _Dépêche_.--15 février.--
- AU ROI. 31
- Succès du prince d'Orange. _Ib._
- Affaires d'Ecosse. 32
- Nouvelles de Marie Stuart. 34
-
- 366e _Dépêche._--20 février.--
- AU ROI. _Ib._
- Conférence avec Burleigh et Walsingham. 35
- Affaires d'Irlande. 36
- A LA REINE. 37
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 367e _Dépêche._--26 février.--
- AU ROI. 39
- Conférence avec Leicester. _Ib._
- Discontinuation des armemens. 43
- Dénonciation contre Marie Stuart. 44
-
- 368e _Dépêche._--5 mars.--
- AU ROI. _Ib._
- Conférence avec les députés de Flandre. 45
- Et avec l'agent de la Rochelle. 46
- Nouvelles d'Irlande. 48
-
- 369e _Dépêche._--7 mars.--
- AU ROI. 49
- Reprise d'armes en France. _Ib._
- Avis d'une entreprise sur Calais. 51
-
- 370e _Dépêche._--17 mars.--
- AU ROI. 52
- Audience. _Ib._
- Consentement du roi à l'entrevue. 53
- Effet produit par la reprise d'armes en France. 57
- Réponse d'Elisabeth sur l'entrevue. _Ib._
-
- 371e _Dépêche._--23 mars.--
- AU ROI. 61
- Troubles de France. 62
- Craintes inspirées par Montgommery. _Ib._
- Affaires d'Ecosse. 63
- Espoir pour Marie Stuart. 64
-
- 372e _Dépêche._--28 mars.--
- AU ROI. 61
- Mésintelligences à la cour de France. 65
- Soupçons contre Montgommery. 67
-
- 373e _Dépêche._--2 avril.--
- AU ROI. 68
- Audience. _Ib._
- Descente de Montgommery en France. 69
- Assurance d'amitié de la part d'Elisabeth. 71
-
- 374e _Dépêche._--6 avril.--
- AU ROI. 73
- Protestation sur l'entreprise de Montgommery. _Ib._
- Armemens de Londres dirigés contre I'Espagne. 75
- Nouvelles de Flandre et d'Ecosse. _Ib._
- Bonnes dispositions pour Marie Stuart. 76
-
- 375e _Dépêche._--15 avril.--
- AU ROI. 77
- Prise de Carentan par Montgommery. _Ib._
- Négociation du mariage. 78
-
- 376e _Dépêche._--19 avril.--
- AU ROI. 80
- Motifs de Montgommery. _Ib._
- Fuite du prince de Condé. 81
- Négociation faite par La Noue. _Ib._
- Armemens des Anglais. 82
- Arrestation du duc d'Alençon et du roi de Navarre. 83
-
- 377e _Dépêche._--24 avril.--
- AU ROI. 83
- Audience. 84
- Délibération du conseil. 90
- A LA REINE. 91
- Désir d'Elisabeth de voir la paix succéder en France. _Ib._
- _Mémoire._ Négociation de Montgommery et La Noue. 92
-
- 378e _Dépêche._--30 avril.--
- AU ROI. 94
- Nouveaux détails d'audience. _Ib._
- Armemens faits à Londres. 95
- Nouvelles d'Irlande. 96
-
- 379e _Dépêche._--3 mai.--
- AU ROI. 97
- Audience. _Ib._
- Désignation du capitaine Leython pour passer en France. 99
- A LA REINE. 101
- Recommandation d'un bon accueil pour le capitaine Leython. 102
-
- 380e _Dépêche._--10 mai.--
- AU ROI. 103
- Audience. _Ib._
- Complot de Saint-Germain, arrestation de Coconas et La Mole. 104
- Arrestation de Mrs de Montmorenci et de Cossé. 109
-
- 381e _Dépêche._--16 mai.--
- AU ROI. 110
- Changement d'Elisabeth. _Ib._
- Exécution de Coconas et La Mole. 111
- Sollicitations de Montgommery. 112
- Audience. 113
- A LA REINE. 117
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 382e _Dépêche._--23 mai.--
- AU ROI. 119
- Audience. 120
- Continuation des armemens. 121
- Instructions de Leython. _Ib._
- Nouvelles de Marie Stuart. 122
-
- 383e _Dépêche._--29 mai.--
- AU ROI. 124
- Armemens contre l'Espagne. _Ib._
- Nouvelles d'Allemagne et d'Ecosse. 125
- Expédition du capitaine Montdurant. 126
-
- 384e _Dépêche._--4 juin.--
- AU ROI. 127
- Armemens de Me Grinvil. _Ib._
- Résolution des Anglais de combattre la flotte d'Espagne. 129
- Avis d'un complot contre le roi. 130
-
- 385e _Dépêche._--8 juin.--
- AU ROI. 131
- Audience. _Ib._
- Affaire de Coconas et La Mole. 133
- A LA REINE. 138
- Nouvelle de la mort du roi. _Ib._
-
- 386e _Dépêche._--13 juin.--
- A LA REINE, RÉGENTE. 140
- Retard d'audience. _Ib._
- Montgommery prisonnier. 142
- Succès de Montdurant. 143
- Reprise des armemens. 144
-
- 387e _Dépêche._--18 juin.--
- A LA REINE, RÉGENTE. 145
- Hésitation des Anglais. 146
- Nouvelles de France. 147
- Projet des Espagnols de s'emparer du prince d'Ecosse. 149
-
- 388e _Dépêche._--21 juin.--
- A LA REINE, RÉGENTE. 150
- Audience. _Ib._
- Communication de la mort du roi. _Ib._
- Projet sur Calais. 156
-
- 389e _Dépêche._--27 juin.--
- A LA REINE, RÉGENTE. 157
- Nouveaux détails d'audience. _Ib._
- _Mémoire._ Changement dans la politique des Anglais. 160
-
- 390e _Dépêche._--1er juillet.--
- A LA REINE, RÉGENTE. 162
- Proposition faite à Elisabeth de renouer
- l'alliance d'Espagne. _Ib._
- Mécontentement de Leicester. 164
- Menaces de représailles sur mer. 166
- Affaires d'Ecosse. _Ib._
-
- 391e _Dépêche._--3 juillet.--
- A LA REINE, RÉGENTE. 167
- Retour de Leython. _Ib._
- Prise de Saint-Lô. _Ib._
- Exécution de Montgommery. _Ib._
- Intelligence de Marie Stuart et du roi d'Espagne. 168
- Plaintes des Anglais. 169
- Déclaration du conseil. 170
-
- 392e _Dépêche._--8 juillet.--
- A LA REINE, RÉGENTE. 171
- Séance du conseil. _Ib._
- Résolution d'user de représailles sur mer. 172
- Réponse de l'ambassadeur. 175
-
- 393e _Dépêche._--12 juillet.--
- A LA REINE, RÉGENTE. 178
- Reprise des armemens. _Ib._
- Intrigues des Espagnols. 179
- _Mémoire._ Conférence avec Burleigh,
- Leicester et Walsingham. 181
-
- 394e _Dépêche._--16 juillet.--
- A LA REINE, RÉGENTE. 183
- Suspension des armemens. _Ib._
- Affaires d'Ecosse. 185
- _Mémoire._ Communication avec Leicester. _Ib._
-
- 395e _Dépêche._--23 juillet.--
- AU ROI. 187
- Félicitations sur le départ de Pologne. _Ib._
- Audience. 189
- A LA REINE, RÉGENTE. 190
- Nouveaux détails d'audience. _Ib._
- Réclamations sur les prises. 196
-
- 396e _Dépêche._--28 juillet.--
- A LA REINE, RÉGENTE. 197
- Audience de Mendoce. _Ib._
- Plaintes contre les Anglais attachés à
- l'ambassade en France. 199
-
- 397e _Dépêche._--3 août.--
- A LA REINE, RÉGENTE. 201
- Arrêt fait à Rouen. 202
- Nouvelles d'Ecosse et de Marie Stuart. 204
-
- 398e _Dépêche._--8 août.--
- A LA REINE, RÉGENTE. _Ib._
- Plaintes sur les prises. _Ib._
- Voyage du roi en Italie. 206
- Service en mémoire du feu roi. _Ib._
-
- 399e _Dépêche._--13 août.--
- A LA REINE, RÉGENTE. 208
- Irrésolution des Anglais. _Ib._
- Dispositions des réfugiés. 210
- Nouvelles d'Ecosse. 211
- Négociation des Pays-Bas. _Ib._
-
- 400e _Dépêche._--17 août.--
- A LA REINE, RÉGENTE. 212
- Préparatifs pour la Rochelle. _Ib._
- Négociation des Pays-Bas. 213
-
- 401e _Dépêche._--24 août.--
- AU ROI. 214
- Retour du roi en France. _Ib._
- Demande de rappel. 216
- _Mémoire général_. Détails de la
- négociation de Mendoce. 217
-
- 402e _Dépêche._--28 août.--
- A LA REINE, RÉGENTE. 225
- Voyage de la reine-mère au-devant du roi. _Ib._
- Annonce d'audience. 226
- Nouvelles d'Ecosse. 227
-
- 403e _Dépêche._--10 septemb.--
- AU ROI. 228
- Audience. _Ib._
- _Mémoire._ Détails de l'audience.
- --Etat des choses en France.
- --Arrivée de Mr de Méru. 229
-
- 404e _Dépêche._--15 septemb.--
- A LA REINE, RÉGENTE. 235
- Traité entre l'Angleterre et l'Espagne. _Ib._
- Nouvelles de la Rochelle. 237
- Affaires d'Ecosse. 238
-
- 405e _Dépêche._--19 septemb.--
- A LA REINE, RÉGENTE. _Ib._
- Sollicitations des protestans. 239
- Fabrique de fausse monnaie. 241
- Nouvelles d'Ecosse. 242
-
- 406e _Dépêche._--24 septemb.--
- A LA REINE, RÉGENTE. _Ib._
- Crainte des Anglais d'une ligue formée par le roi. 244
- Affaires d'Ecosse. 245
- Nouvelles d'Irlande. 246
-
- 407e _Dépêche._--29 septemb.--
- A LA REINE, RÉGENTE. _Ib._
- Nouvelles d'Ecosse. _Ib._
- Négociations de Mr de Méru. 248
- Arrivée du roi à Lyon. 250
-
- 408e _Dépêche._--5 octobre.--
- A LA REINE, RÉGENTE. _Ib._
- Bonnes dispositions d'Elisabeth. 251
- Prochain départ de lord de North. 252
- Pacification de l'Irlande. 253
- Nouvelles d'Ecosse. 254
-
- 409e _Dépêche._--10 octobre.--
- A LA REINE, RÉGENTE. 255
- Conférence avec lord de North. _Ib._
- Négociation des princes d'Allemagne. 257
-
- 410e _Dépêche._--15 octobre.--
- AU ROI. 258
- Inquiétude des Anglais sur le passage du roi en Italie. _Ib._
- Leurs efforts pour renouer l'alliance d'Espagne. 260
- Nouvelles d'Ecosse. 261
-
- 411e _Dépêche._--20 octobre.--
- AU ROI. 262
- Instructions de lord de North. 263
- Négociations avec l'Espagne. _Ib._
- Sollicitations des protestans. 264
-
- 412e _Dépêche._--24 octobre.--
- AU ROI. 266
- Défiances d'Elisabeth contre le roi. _Ib._
- Conférence avec l'envoyé d'Espagne. 268
- _Avis à la reine._ Conférence avec Mr de Méru. 269
-
- 413e _Dépêche._--29 octobre.--
- AU ROI. 270
- Audience. _Ib._
- Désir d'Elisabeth de conserver l'alliance de France. 272
-
- 414e _Dépêche._--3 novemb.--
- AU ROI. 275
- Déclaration de Burleigh et Leicester. 276
- Affaires d'Ecosse. 278
- Complots contre le roi. 279
-
- 415e _Dépêche._--8 novemb.--
- AU ROI. 281
- Entreprises contre les ports de France. _Ib._
- Négociation de l'Espagne. 284
-
- 416e _Dépêche._--13 novemb.--
- AU ROI. 285
- Conférence avec Leicester. _Ib._
- Affaires d'Ecosse. 287
- Succès remportés par les protestans en France. 288
- _Avis à la reine._ Détails de la conférence. _Ib._
- Phénomène maritime. 289
-
- 417e _Dépêche._--18 novemb.--
- AU ROI. 290
- Conférence avec des seigneurs. _Ib._
- Nouvelles de la Rochelle. 292
- Mécontentement d'Elisabeth contre la comtesse de Lennox. 293
- _Avis à la reine._ Conférence avec Walsingham. 294
-
- 418e _Dépêche._--22 novemb.--
- AU ROI. 295
- Lord de North en France. _Ib._
- Négociation de la paix. 297
- Phénomènes atmosphériques. 298
-
- 419e _Dépêche._--27 novemb.--
- AU ROI. 299
- Danger de Marie Stuart. _Ib._
- Menée des protestans. 301
- Prise de Fontenay. 302
- A LA REINE. _Ib._
- Changement de résolution des Anglais. 303
-
- 420e _Dépêche._--3 décemb.--
- A LA REINE. 304
- Audience. 305
- _Mémoire._ Détails de l'audience. 306
- Conférence avec le conseil. 309
-
- 421e _Dépêche._--7 décemb.--
- A LA REINE. 310
- Négociation avec Mr de Méru. _Ib._
- Nouvelles de Marie Stuart. 311
- Retour de lord de North. 312
- _Mémoire._ Détails de la négociation avec Mr de Méru. _Ib._
-
- 422e _Dépêche._--12 décemb.--
- AU ROI. 316
- Communication avec Walsingham. _Ib._
- Et avec l'agent de la Rochelle. 318
- _Avis à la reine._ Nouvelles de Marie Stuart. 319
-
- 423e _Dépêche._--18 décemb.--
- AU ROI. 320
- Audience. _Ib._
- Propos rapportés par lord de North. 321
- Emportement d'Elisabeth. 322
- A LA REINE. 325
- Vive irritation d'Elisabeth après le retour de lord de North. 326
-
- 424e _Dépêche._--24 décemb.--
- AU ROI. 327
- Efforts pour empêcher la guerre. _Ib._
- Nouvelles d'Allemagne et d'Espagne. _Ib._
- Mise en arrêt de la comtesse de Lennox. 328
-
- 425e _Dépêche._--28 décemb.--
- AU ROI. 329
- Détails de la précédente audience. _Ib._
- Demande d'explication. 334
- A LA REINE. 335
- Confidences sur les rapports de lord de North. _Ib._
- _Mémoire._ Menace d'une guerre générale. 337
- Complot contre le roi. 341
- AU ROI. (_lettre secrète_). 343
- Détails sur le complot. _Ib._
-
-
-ANNÉE 1575.
-
-
- 426e _Dépêche._--2 janvier.--
- AU ROI. 343
- Audience. _Ib._
- A LA REINE. 350
- Demande d'une réponse pour Elisabeth. _Ib._
-
- 427e _Dépêche._--7 janvier.--
- AU ROI. 351
- Maladie de l'ambassadeur. 352
- Instances pour son rappel. _Ib._
- Affaires d'Irlande. 353
- Nouvelles de la Rochelle. _Ib._
-
- 428e _Dépêche._--13 janvier.--
- AU ROI. 354
- Négociation de la paix. _Ib._
- Mort du duc de Bouillon. _Ib._
- Et du cardinal de Lorraine. 355
-
- 429e _Dépêche._--19 janvier.--
- AU ROI. 356
- Affaires de Marie Stuart. _Ib._
- Négociation de la paix. 357
- Nouvelles des Pays-Bas. 359
-
- 430e _Dépêche._--24 janvier.--
- AU ROI. 360
- Armemens. _Ib._
- Nouvelles des Pays-Bas. 362
- Saisie de lettres concernant Marie Stuart. _Ib._
-
- 431e _Dépêche._--29 janvier.--
- AU ROI. 363
- Secours pour les protestans. _Ib._
- Projets sur l'Ecosse. 364
- A LA REINE. 365
- Instances pour une réponse. _Ib._
-
- 432e _Dépêche._--4 février.--
- AU ROI. 366
- Audience. _Ib._
- _Avis à la reine-mère._ 372
-
- 433e _Dépêche._--10 février.--
- AU ROI. 373
- Conférence avec Leicester. _Ib._
- Nouvelles d'Ecosse. 375
-
- 434e _Dépêche._--17 février.--
- AU ROI. 376
- Continuation des armemens. 377
- A LA REINE. 378
- Explications sur les rapports de lord de North. _Ib._
-
- 435e _Dépêche._--21 février.--
- AU ROI. 379
- Audience. _Ib._
- Nouvelles d'Ecosse. 381
- Sacre et mariage du roi. _Ib._
- A LA REINE. 382
- Satisfaction d'Elisabeth. _Ib._
-
- 436e _Dépêche._--28 février.--
- AU ROI. 383
- Détails de la précédente audience. _Ib._
- A LA REINE. 387
- Communication faite à Elisabeth. _Ib._
-
- 437e _Dépêche._--7 mars.--
- AU ROI. 390
- Audience. _Ib._
- Communication du mariage du roi. _Ib._
-
- 438e _Dépêche._--11 mars.--
- AU ROI. 395
- Mission de La Châtre. _Ib._
- Offres d'Elisabeth au roi d'Espagne. 396
- Dispositions pour Marie Stuart. 397
-
- 439e _Dépêche._--14 mars.--
- AU ROI. 398
- Méfiances d'Elisabeth contre La Châtre. _Ib._
- Rapprochement avec l'Espagne. 399
- Nouvelles d'Ecosse. 400
-
- 440e _Dépêche._--20 mars.--
- AU ROI. _Ib._
- Meilleure disposition d'Elisabeth. _Ib._
- Affaires d'Irlande. 401
-
- 441e _Dépêche._--24 mars.--
- AU ROI. 403
- Nouvelles d'Ecosse. 404
- Recommandation pour les réfugiés de Rouen. 405
-
- 442e _Dépêche._--31 mars.--
- AU ROI. _Ib._
- Arrivée de La Châtre. _Ib._
- Sa bonne réception. 406
-
- 443e _Dépêche._--7 avril.--
- AU ROI. 407
- Négociation de La Châtre. _Ib._
- Renouvellement de la ligue. _Ib._
-
- 444e _Dépêche._--15 avril.--
- AU ROI. 408
- Audience. 409
- Détails de la négociation de La Châtre. 410
- Armemens faits à Saint-Malo. 412
-
- 445e _Dépêche._--21 avril.--
- AU ROI. 413
- Armemens et emprunts. _Ib._
- Nouvelles d'Ecosse. 415
- Négociation des Pays-Bas. _Ib._
-
- 446e _Dépêche._--26 avril.--
- AU ROI. 416
- Négociation de la paix en France. _Ib._
- Conférence avec l'agent d'Espagne. 418
-
- 447e _Dépêche._--30 avril--
- AU ROI. 419
- Audience. _Ib._
- Arrivée des députés de Bâle. 420
- Le roi élu chevalier de la Jarretière. 421
-
- 448e _Dépêche._--6 mai.--
- AU ROI. 422
- Instances des députés de Bâle. _Ib._
- Nouvelles d'Ecosse. 424
-
- 449e _Dépêche._--12 mai.--
- AU ROI. 425
- Négociation des Espagnols. 426
- Danger de Marie Stuart. 427
-
- 450e _Dépêche._--18 mai.--
- AU ROI. 428
- Sollicitations des protestans. _Ib._
- Poursuites au sujet de Marie Stuart. 429
- Nouvelles d'Ecosse. 430
-
- 451e _Dépêche._--26 mai.--
- AU ROI. 431
- Audience. _Ib._
- Délibération du conseil. 436
- A LA REINE. 437
- Détails de l'audience. _Ib._
-
- 452e _Dépêche._--2 juin.--
- AU ROI. 439
- Affaires d'Ecosse. 440
- Sollicitations pour Marie Stuart. _Ib._
- Le comte de Killdar prisonnier. 441
-
- 453e _Dépêche._--7 juin.--
- AU ROI. 442
- Négociation de Mr de Méru. _Ib._
- Affaires d'Irlande. 443
-
- 454e _Dépêche._--12 juin.--
- AU ROI. 444
- Audience. 445
- A LA REINE. 447
- Détails de l'audience. _Ib._
-
- 455e _Dépêche._--17 juin.--
- AU ROI. 448
- Secours envoyés aux protestans. _Ib._
- Refroidissement entre Elisabeth et le prince d'Orange. 450
- Nouvelles d'Ecosse. 451
-
- 456e _Dépêche._--26 juin.--
- AU ROI. _Ib._
- Détails de la précédente audience. _Ib._
-
- 457e _Dépêche._--1er juillet.--
- AU ROI. 455
- Convalescence du roi. _Ib._
- Bruit de la mort de Danville. _Ib._
- Départ de Mr de Méru. 456
-
- 458e _Dépêche._--4 juillet.--
- AU ROI. 457
- Prises faites sur les Anglais par ceux de Saint-Malo. 458
- Menaces de guerre contre Flessingue. 459
- Nouvelles d'Ecosse. _Ib._
- A LA REINE. 460
- Nécessité de donner satisfaction sur les nouvelles prises. _Ib._
-
- 459e _Dépêche._--8 juillet.--
- AU ROI. 461
- Conférence avec Burleigh. _Ib._
- Nouvelles d'Ecosse. 464
- Révolte contre Morton. _Ib._
-
- 460e _Dépêche._--13 juillet.--
- AU ROI. 465
- Audience. _Ib._
- Résolution du roi à l'égard de Fitz-Maurice. 466
- Assurance d'amitié donnée par Elisabeth et le conseil. 472
- A LA REINE. _Ib._
- Proposition de reprendre la négociationdu mariage. _Ib._
-
- 461e _Dépêche._--19 juillet.--
- AU ROI. 473
- Satisfaction d'Elisabeth. _Ib._
- Nouvelles de France. 475
- Bonnes dispositions pour Marie Stuart. _Ib._
-
- 462e _Dépêche._--24 juillet.--
- AU ROI. 476
- Demande de réparation pour les prises de Saint-Malo. _Ib._
- Combat sur les frontières d'Ecosse. 478
- A LA REINE. _Ib._
- Séjour d'Elisabeth dans la maison de Leicester. _Ib._
-
- 463e _Dépêche._--1er août.--
- AU ROI. 480
- Affaires d'Ecosse. _Ib._
- Instances des protestans. 481
- A LA REINE. 483
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 464e _Dépêche._--6 août.--
- AU ROI. 484
- Communication confidentielle sur la négociation du mariage. _Ib._
- A LA REINE. 488
- Doute sur les intentions de la reine au sujet
- de cette négociation. _Ib._
-
- 465e _Dépêche._--13 août.--
- AU ROI. 489
- Nouveaux armemens. _Ib._
- Hollandais brûlés vifs pour crime d'hérésie. 490
- Méfiance contre les Anglais. 491
-
- 466e _Dépêche._--20 août.--
- AU ROI. 492
- Arrivée de Castelnau. _Ib._
- Affaires de l'Irlande. _Ib._
- Armemens. 494
- Mission donnée à l'ambassadeur de se rendre
- auprès de Marie Stuart et en Ecosse. 495
-
- 467e _Dépêche._--27 août.--
- AU ROI. _Ib._
- Nouvelles du prince de Condé. 496
- Secours pour les protestans. 497
- Incursion en Ecosse. _Ib._
- Craintes pour Marie Stuart. _Ib._
-
- 468e _Dépêche._--10 septemb.--
- AU ROI. 498
- Présentation de Castelnau. _Ib._
- Négociation du mariage. 499
- A LA REINE. 500
- Détails de l'audience. _Ib._
-
- 469e _Dépêche._--20 septemb.--
- AU ROI. 501
- Réponse sur le mariage. 502
- Audience de congé. 503
- Méfiance contre les Anglais. 504
- A LA REINE. 505
- Etat de la négociation du mariage. _Ib._
-
-
- FIN DE LA TABLE DU SIXIÈME VOLUME ET DERNIER DES
- DÉPÊCHES DE LA MOTHE FÉNÉLON.
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Correspondance diplomatique de
-Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième, by Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE ***
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