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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org - - -Title: Nouveau manuel complet de marine - seconde partie: manoeuvres - -Author: Phocion-Aristide-Paulin Verdier - -Release Date: October 13, 2012 [EBook #41039] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK NOUVEAU MANUEL COMPLET DE MARINE *** - - - - -Produced by Laurent Vogel, Bibimbop and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -book was produced from scanned images of public domain -material from the Google Print project.) - - - - - - - - - -Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le -typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée -et n'a pas été harmonisée. Une note plus détaillée se trouve à la fin -de ce volume. - - - - - NOUVEAU MANUEL - - COMPLET - - DE MARINE. - - _SECONDE PARTIE._ - - MANOEUVRES. - - - - - NOUVEAU MANUEL - - COMPLET - - DE MARINE. - - _SECONDE PARTIE._ - - MANOEUVRES DU NAVIRE - - ET DE L'ARTILLERIE. - - Par M. Verdier, - - Capitaine de Corvette. - - - PARIS, - - A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET, - - Rue Hautefeuille, nº 10 bis. - - 1837. - - - - -AVERTISSEMENT. - - -Les ouvrages qui traitent de la manoeuvre du navire s'appuient sur des -vérités mathématiques trop élevées pour être à la portée de toutes les -classes des navigateurs. - -Nous avons pensé qu'il pouvait être utile d'offrir un Manuel pour la -Manoeuvre, dépouillé de toute démonstration théorique, qui ne repose que -sur la seule pratique, et qui, par conséquent, peut être lu par le marin -le plus illettré. - -Il est plus facile, et surtout plus utile en marine, d'aller du simple -au composé que du composé au simple. Le marin instruit, qui connaîtra -pratiquement la manoeuvre, lira ensuite avec bien plus de fruit les -ouvrages de théorie. - -Si nous pouvons rendre plus facile à quelques jeunes navigateurs l'étude -de la manoeuvre, notre but sera atteint. - - - - -NOUVEAU MANUEL - -DE MARINE. - - - - -_SECONDE PARTIE._ - -MANOEUVRES. - - - - -CHAPITRE PREMIER. - - -_Du Navire._ - -Le navire est un corps flottant, il doit, par conséquent, occuper dans -le fluide un espace tel que son poids soit égal à celui du volume d'eau -qu'il déplace. C'est la partie submergée qui éprouve la force de -résistance du fluide dans le cas du mouvement, et la puissance destinée -à lui donner ce mouvement doit donc être en proportion avec la -résistance éprouvée. - -Les voiles sont des surfaces planes autant que possible, qui, étant -exposées à l'impulsion du vent, en sont frappées, et communiquent ainsi -du mouvement au navire auquel elles sont assujetties. - -Elles agissent dans le sens latéral et dans le sens direct. - -Le centre de gravité d'un corps est le point par lequel ce corps étant -suspendu, reste en équilibre et ne change pas de position. - -Ce point sera au milieu du corps, si le corps est régulier; et s'il est -irrégulier, il sera dans la partie qui a le plus de pesanteur, par -rapport au point qui marque le milieu de la longueur du solide. - -Si un corps étant ainsi suspendu en équilibre, on veut lui imprimer un -mouvement de rotation, il est évident qu'il faut lui appliquer une force -déterminée à un point quelconque; que cette force, supposée la même, -agira d'autant plus qu'elle sera plus éloignée du centre de gravité, et -qu'elle imprimera au corps un mouvement contraire à son application. - -Le centre de gravité d'un navire est toujours sur l'avant du milieu de -sa longueur absolue, parce que l'avant a plus de capacité, et par -conséquent plus de pesanteur que l'arrière. - -Si nous considérons le navire comme un corps en suspension par son -centre de gravité, nous pouvons imaginer, sans grande erreur pour la -pratique, que son point de rotation sera sur l'axe vertical qui passe -par le centre de gravité; et que la force appliquée sur l'arrière ou -l'avant de ce point lui fera éprouver un mouvement de rotation de -l'avant sur l'arrière ou de l'arrière sur l'avant; c'est-à-dire que si -la force est appliquée sur l'arrière, l'angle que l'avant fait avec la -direction de la force diminuera, et que si elle est appliquée sur -l'avant, ce sera l'angle formé par la direction de cette force et -l'arrière qui diminuera. - -Le mouvement est communiqué au navire par le moyen des voiles qui y sont -assujetties, et qui reçoivent l'impulsion du vent. La direction de la -force appliquée sera donc la ligne suivant laquelle souffle le vent. - -Il est évident, d'après ce que nous avons dit du corps en suspension, -que si nous l'appliquons au navire, le vent soufflant dans les voiles de -l'arrière, rapprochera l'avant de sa direction: c'est ce qu'on appelle -venir au vent ou lofer; et le vent soufflant dans les voiles de l'avant, -rapprochera l'arrière de sa direction; ce qu'on appelle arriver. - -Les voiles de l'avant tendent donc à faire arriver le navire; celles de -l'arrière à le faire lofer. C'est en combinant ces deux effets et en les -tenant en équilibre, qu'on imprime au navire une vitesse sur une ligne -donnée, qu'on appelle route. Ce sera donc en augmentant aussi ou -détruisant un de ces deux effets, qu'on fera arriver ou lofer le navire, -en un mot qu'on le fera évoluer. - -On voit donc que si les voiles étaient exposées d'une manière -convenable, et que la force et la direction du vent restassent les -mêmes, le navire conserverait une vitesse égale, et suivrait une route -donnée. - -Mais cet équilibre, qu'il est si important de conserver, est fréquemment -troublé, et on a inventé le gouvernail pour le rétablir et forcer le -navire à suivre une ligne déterminée. - -Les lames sont une cause de la perturbation de l'équilibre, en frappant -le navire et lui imprimant un mouvement de rotation sur l'axe vertical -de son centre de gravité, suivant le point sur lequel elles le frappent, -et leur direction, qui n'est pas toujours celle du vent. A chaque lame -le navire fait deux oscillations: l'une de chute, vers la partie opposée -à celle que choque la lame, et l'autre de réaction à l'instant où elle -se sépare du navire. - -Outre les effets de la lame, il est encore des actions qui agissent pour -faire tourner le navire sur l'axe vertical qui passe par son centre de -gravité. C'est en premier lieu l'action produite par la résistance de -l'eau, dans le sens latéral, ou perpendiculaire à la quille, sur les -différens points de la carène qui y sont exposés; secondement l'action -que le vent exerce sur les voiles dans le sens latéral; et -troisièmement, enfin, l'action que le vent exerce sur les voiles dans le -sens direct. Quoique cette action paraisse coïncider avec le plan -vertical qui passe par le centre de gravité, et ne devoir pas produire -un mouvement de rotation, cependant lorsque le vaisseau incline, il n'en -est pas ainsi. - -Si ces trois actions pouvaient être en équilibre, le navire n'aurait pas -de mouvement de rotation, et obéirait à l'impulsion dans le sens de sa -quille; mais ces actions varient à chaque instant par l'état de la mer -ou du vent. - -Ce défaut d'équilibre se corrige par un changement de voilure, et enfin -par le gouvernail. - - -_Du Gouvernail._ - -Nous ne décrirons pas le gouvernail que tout le monde connaît, nous -dirons seulement que par sa position à peu près verticale à la poupe, et -par le moyen de sa barre, il peut se porter d'un côté ou de l'autre du -navire, et que s'opposant au courant du fluide de ce côté, il fait -naître une nouvelle force qui oblige le navire à tourner, ou dont -l'effet est de faire équilibre aux forces contraires dont nous avons -parlé, et qui tendraient à faire tourner le navire dans un sens opposé. - -Si le fluide, coulant le long des flancs du navire, rencontre le -gouvernail faisant un angle avec la quille, il le choquera, et poussera -la poupe dans le sens opposé au choc; alors l'avant obéissant à ce -mouvement se rangera nécessairement du côté où le choc a eu lieu, -c'est-à-dire vers celui où a été mis le gouvernail, ou enfin du bord -opposé à celui où l'on a placé la barre. - -Mais si le fluide, au lieu de couler de l'avant à l'arrière, coulait de -l'arrière à l'avant, l'effet serait évidemment contraire; car le fluide -qui vient alors de l'arrière, rencontrant le gouvernail faisant un angle -avec la quille, le choquera en poussant la poupe dans la direction de ce -choc; l'avant tournera donc dans le sens opposé, c'est-à-dire dans le -sens opposé au côté où le gouvernail aura été mis, ou enfin du côté où -sera la barre. - -Il n'entre pas dans le plan que nous nous sommes tracé, de démontrer -mathématiquement les effets et la puissance du gouvernail. Nous dirons -seulement que son effet est d'autant plus grand que la vitesse augmente, -et qu'à même angle il suit la progression du carré des vitesses. - -Si le gouvernail fait avec la quille un angle de 45 degrés, il est dans -la position la plus favorable pour opérer les mouvemens de rotation; -mais on ne peut obtenir cette position, et il est rare que l'angle soit -de plus de 35°. - -Le gouvernail agissant en s'opposant au fluide qui coule le long des -flancs du navire, doit nécessairement diminuer sa vitesse; il faut donc -balancer sa voilure de telle manière, qu'on soit obligé de le mettre en -mouvement le moins possible. Et règle générale, toutes les fois que -pour conserver le navire en route, on sera obligé de faire un usage -fréquent du gouvernail, ce sera une preuve que la voilure sera mal -établie, ou mal balancée. - -Nous observerons à cette occasion, que souvent étant au plus près, et la -brise fraîchissant, le navire a une grande tendance à venir au vent, et -qu'on est obligé d'y avoir une partie de la barre. Il suffirait, à notre -avis, de diminuer de voiles, en se débarrassant des voiles hautes, pour -rendre le navire bien gouvernant, et loin de diminuer le sillage, il est -fort possible qu'il augmente. - -L'inclinaison diminuant, la submersion de la carène sera moins -considérable, et sa résistance moins forte; le navire moins chargé -gouvernera avec la barre droite, et le gouvernail ne sera plus un -obstacle au sillage; n'est-il pas possible que ces deux causes qui -tendent à augmenter la vitesse, compensent, et au-delà, la diminution -produite par la suppression des perroquets? - -Le temps que deux navires semblables emploient à évoluer, est en raison -de leur longueur. - - - - -CHAPITRE II. - - -_Appareillages._ - -Lorsqu'un navire a reçu tout ce dont il a besoin pour prendre la mer, on -le mouille sur rade sur une ancre, s'il doit profiter du premier moment -favorable; mais s'il peut y prolonger son séjour, on le mouille sur -deux. - -Amarré de la première manière, il est dit sur un pied; mais on concevra -facilement qu'il ne peut rester long-temps dans cette position, puisque -à chaque changement de vent et surtout de marée il doit courir sur son -ancre et peut la surjoaler. - -Cependant, depuis l'adoption presque générale des câbles-chaînes, sur -les rades qui n'ont que peu ou point de marée, on peut, en filant une -grande quantité de chaîne, rester sur un pied. Car, par son poids, la -chaîne portant sur le fond, bien de l'arrière de l'ancre, offre au -navire un point d'appui sur lequel il peut tourner sans passer sur son -ancre. Mais il ne faut pas être mouillé près d'autres navires, qu'on -pourrait aborder en décrivant ainsi un cercle autour de son ancre. - -Il est donc plus prudent de mouiller deux ancres, ce qu'on appelle -affourcher. - -On affourche en mettant deux ancres sur une ligne perpendiculaire à -celle des vents les plus dangereux. Ainsi, sur une rade où les vents les -plus dangereux sont le N. E. et le S. O., les ancres doivent être -mouillées sur une ligne N. O. et S. E. Il faut aussi avoir l'attention -d'affourcher de manière que les câbles ne soient pas croisés pour le -vent du large, qui est celui qui amène la plus grosse mer, parce -qu'alors ils fatigueraient davantage et ragueraient les sous-barbes. -Ainsi, si on affourche N. O. et S. E., c'est-à-dire pour les vents de N. -E. et de S. O., ou que les vents du large soient ceux du S. O., les -câbles doivent être croisés lorsqu'on évitera au N. E. - -On affourche, soit avec le navire, soit avec la chaloupe; mais dans le -premier cas, il faut avoir un point d'appui pour touer le navire -jusqu'au point où il doit laisser tomber la deuxième ancre. - -Pour cela, après que le navire a mouillé sa première ancre et qu'il a -filé une quantité de câble suffisante, on embarque dans la chaloupe une -ancre à jet, garnie de son orin et de sa bouée, à laquelle on étalingue -un grelin et plus s'il est nécessaire, qu'on embarque dans la chaloupe -et dont on garde le bout à bord, ou dont on lui donne le bout qu'elle -rapportera à bord après avoir mouillé l'ancre à jet, si, ayant à -remonter contre le vent ou le courant, on craint que le poids du grelin -resté à bord ne la charge trop et ne la fasse dériver sous le vent du -point où l'ancre à jet doit être mouillée. - -La chaloupe convenablement remorquée, se dirige dans le rhumb de vent où -l'ancre doit être placée, et lorsqu'elle est parvenue un peu au-delà du -point qu'elle doit occuper, elle mouille l'ancre à jet. Elle porte le -bout du grelin à bord, où on le raidit aussitôt. - -On garnit ensuite ce grelin au cabestan, et on vire en filant à la -demande du câble de l'ancre mouillée. Lorsqu'on a dehors une quantité de -ce câble égale à deux fois la longueur qu'on veut donner à chaque amarre -d'affourche, on cesse de virer, on laisse perdre l'aire du navire, et on -mouille en choquant le grelin afin que le navire puisse culer et ne pas -surjoaler. - -Pendant que la chaloupe va lever l'ancre à jet, on vire sur le premier -câble mouillé en filant du second. Lorsqu'on a filé de ce dernier la -quantité qu'on veut avoir dehors, on prend le tour de bitte, et on vire -jusqu'à ce qu'ils soient également raides, et qu'il n'y ait que peu de -mou. On dégarnit et on prend le tour de bitte du câble sur lequel on -virait, on les garnit l'un et l'autre de paillets, et l'on est -affourché. - -Si on fait porter l'ancre d'affourche par la chaloupe, il faut aussi lui -ménager un point d'appui sur lequel elle pourra se tenir lorsqu'elle -sera chargée. Car si en théorie on peut envoyer une chaloupe ainsi, en -la faisant remorquer, il n'en est pas de même en pratique. Une chaloupe -portant une ancre de bossoir en cravate, son orin et sa bouée, ayant sur -son avant la moitié de son câble lové pour contre-balancer le poids de -l'ancre, est déjà privée de l'usage de plus de la moitié de ses avirons; -il faut qu'elle supporte encore le poids du câble qu'on file du bord, et -que des canots placés de distance en distance le soutiennent, pour qu'il -ne touche pas au fond avant que l'ancre ne soit mouillée. Quel est le -navire qui a une assez grande quantité de canots pour pouvoir remorquer -convenablement une chaloupe ainsi chargée, et la diriger à un point -fixe, s'il y a surtout de la mer et du courant. - -Il faut donc, pendant que l'ancre de bossoir est suspendue en cravate, -de l'arrière de la chaloupe, et qu'on y embarque le câble, faire élonger -par un canot une petite ancre à jet dans la direction où l'ancre -d'affourche doit être mouillée. Le bout de l'aussière de cette ancre à -jet étant à bord, la chaloupe le place sur le rouleau de son étrave et -se hale dessus. Elle est suivie d'embarcations qui portent le restant du -câble dont le bout est à bord. - -Lorsque le canot qui porte les premiers plis du câble, les a filés à -mesure que la chaloupe à laquelle il tient par une remorque se hale, il -le saisit en dehors du bord par une bosse qui fait dormant à son grand -banc, et qui s'y amarre après avoir embrassé le câble; un homme tient à -la main le bout de la bosse pour la larguer au signal de la chaloupe. - -Les canots ayant ainsi filé et soutenu le câble, la chaloupe file celui -qu'elle a à bord, et lorsqu'enfin elle l'a raidi autant que possible en -se halant, elle fait un signal aux canots qui larguent les bosses -lorsqu'elle mouille. - -On dérape l'ancre à jet, on raidit le câble, on prend le tour de bitte, -et on fait les paillets. - -Depuis l'usage à peu près général des câbles-chaînes, il est bien -difficile, pour ne pas dire impossible, d'élonger une ancre amarrée sur -un câble-chaîne. La difficulté de ne le filer qu'au fur et à mesure que -la chaloupe s'éloigne du bord, son poids qui augmente la résistance -qu'elle doit vaincre pour se haler, l'impossibilité par conséquent de le -raidir suffisamment avant de mouiller, doivent faire abandonner cette -manière d'amarrer, et il faut affourcher avec le navire lui-même. - -Mais comme il est une foule de circonstances qui obligent à envoyer une -grosse ancre au large par le moyen de la chaloupe, surtout dans les -échouages, tout navire doit, outre ses câbles-chaînes des ancres de -bossoir, avoir un ou deux câbles en chanvre pour élonger dans les -circonstances imprévues. - -On désaffourche avec le navire ou la chaloupe. Avec le navire, on vire -sur une ancre en filant du câble de celle sur laquelle on veut -appareiller. Parvenu à pic, on cesse de filer, on dérape, et aussitôt -l'ancre à l'écubier, pendant qu'on la caponne et la traverse, on garnit -le câble de l'autre ancre, et on abraque dessus jusqu'à ce qu'il n'en -reste plus à la mer que la quantité suffisante pour tenir le navire. - -Si on désaffourche avec la chaloupe, on la munit de deux caliornes de -braguets, de poulies de retour et des amarrages nécessaires à -l'opération; on lui donne aussi un bon cordage de la grosseur de l'orin -pour faire un maillon. Car il ne serait pas prudent de lever une ancre -de bossoir par son orin, sans avoir coulé un maillon, car si l'orin -casse et que le navire ne puisse venir chercher son ancre, on est obligé -de la draguer, ce qui est souvent bien long et oblige à faire le -sacrifice de l'ancre si on n'a pas le temps nécessaire à cette -opération. - -La chaloupe parvenue à l'ancre qu'elle doit déraper, saisit la bosse, -place l'orin sur le davier et le raidit. On coule le long de l'orin un -maillon à noeud coulant, destiné à saisir la patte de l'ancre en dessous -de ses ailerons, et à soulager et renforcer l'orin. Lorsque, par la -hauteur du fond, on s'aperçoit que le maillon est rendu à sa patte, on -s'assure si elle a été saisie en pesant dessus; s'il résiste, elle est -prise; dans le cas contraire, il remonte le long de l'orin et on le -coule de nouveau. - -Lorsqu'il est en place on le raidit, et si on ne compte pas sur l'orin, -on les réunit et on frappe dessus la caliorne de braguet, dont une -poulie est crochée à un piton d'étrave et dont le garant revient sur -l'arrière dans une poulie de retour, afin de pouvoir élonger dessus la -plus grande quantité possible de matelots. - -L'ancre détachée du fond, on vire sur son câble à bord, ce qui amène -sous l'écubier la chaloupe qui la tient suspendue. Rendue là, on la met -à poste comme nous l'avons dit, et on vire sur le câble de l'ancre qui -doit servir à l'appareillage. - -Le navire désaffourché, on embarque sa chaloupe avec un appareil composé -de deux caliornes frappées l'une sur la grande vergue, et la seconde sur -la vergue de misaine, et deux caliornes servant de palans d'étai. Les -basses vergues portent, pendant cette opération, un poids considérable, -et fatiguent beaucoup, quoiqu'on les renforce par une fausse balancine. - -Pour les soulager, on fait les caliornes à pendeur. Ce pendeur passe -sur le chouc du bas mât et se marie, par le moyen d'un burin, à une -estrope qui embrasse deux ou trois haubans du côté opposé à celui où -l'on hisse. Ce pendeur se frappe sur la vergue au moyen d'une estrope à -burin. La vergue alors ne fait plus que l'office d'arc-boutant, et la -plus grande partie de l'effort a lieu sur le chouc du bas mât. - - -_Appareiller, le Navire évité le bout au vent._ - -On vire à long pic; on largue les voiles carrées, le grand foc et la -brigantine, on borde et hisse les huniers. Si on veut abattre sur -tribord, on brasse bâbord devant tribord derrière, en effaçant bien le -petit hunier par sa bouline de revers; on pèse le gui et on le porte sur -tribord. On ferait le contraire si on devait abattre sur bâbord. - -On dérape. Le navire étant évité le bout au vent, ayant son petit hunier -brassé bâbord et bien effacé par sa bouline, faisant avec la quille -l'angle le plus aigu qu'il puisse faire, l'avant du navire tombera sur -tribord. Mais pendant ce mouvement il cule, puisque le vent est sur les -voiles, on met alors la barre à tribord pour accélérer le mouvement -d'abattée, qu'on peut encore augmenter en hissant le grand foc aussitôt -que le mouvement est prononcé. - -Lorsque le vent commence à prendre dans les voiles de l'arrière, on -dresse la barre et on change le phare de l'avant qu'on oriente. Si -l'abattée continue encore, ce qui arrive ordinairement, parce que le -navire n'ayant pas d'aire ne pourra ranger au vent que lorsqu'il en aura -pris, que du reste la barre a été dressée en changeant devant, on choque -l'écoute de foc et on borde la brigantine. - -Si les circonstances le permettent, on laisse le petit hunier masqué -pendant le temps qu'on travaille à mettre l'ancre à poste. Si les -abattées sont trop grandes, on borde la brigantine. Si le foc était -dehors, son écoute a dû être filée aussitôt que le vent a pris dans les -voiles de l'arrière. - -L'ancre à poste, on dresse la barre, on borde le foc, on cargue la -brigantine, et on change le phare de l'avant qu'on oriente. - -Si la position du navire a exigé qu'il fît de la route aussitôt que -l'ancre a quitté le fond, pour éviter un danger, ou un bâtiment mouillé -à petite distance, il ne faut faire que la voile absolument nécessaire -pour assurer la promptitude des mouvemens; car, avec un sillage -rapide, il est bien difficile, surtout s'il y a un peu de mer, de mettre -l'ancre à poste, et il peut en résulter de graves inconvéniens. - -Lorsque le vent est frais, qu'on juge qu'après l'appareillage on ne -pourra porter les huniers qu'avec un ou plusieurs ris, il faut le -prendre en larguant les voiles, avant de le border. Il est même plus -prudent de le prendre avant de virer, pour ne pas s'exposer à chasser -étant à long pic. - -Si le vent est assez fort pour ne pas permettre d'établir les huniers, -même avec des ris, lorsqu'on est à long pic, alors il faut se contenter -de contre-brasser les voiles de l'avant et de larguer les fonds du petit -hunier; on doit aussi larguer le petit foc pour pouvoir le hisser -aussitôt que le phare de l'avant contre-brassé a fait prononcer -l'abattée. Les vergues du grand mât et du mât d'artimon sont orientées -et leurs huniers prêts à être largués et établis; lorsque l'abattée -n'est plus incertaine, l'artimon est largué pour être bordé afin de la -modérer. - - -_Observations._ - -Quelque simple que soit un appareillage de temps maniable, il est une -foule de précautions préparatoires et à prendre après cette manoeuvre, -dont il est peut-être utile de parler. - -Si on est amarré avec des câbles et mouillé sur un fond de vase, il faut -les laver avec soin à mesure qu'on vire, ou après que les ancres sont -dérapées, les frotter avec des brosses à pont ou des balais pour en -détacher la vase, les élonger autant que possible dans la batterie ou -sur le pont, en faire autant pour les garcettes et la tournevire, et ne -les envoyer dans la cale que lorsqu'ils sont parfaitement secs. Si on est -amarré avec des câbles-chaînes, il faut aussi les laver, car étant mis -immédiatement dans leurs puits, la vase qui y est attachée ne tarderait -pas, sans cela, à répandre une odeur fétide et malsaine. - -Aussitôt qu'une ancre est dérapée, elle doit être mise en mouillage, un -navire ne devant jamais appareiller sans être disposé à mouiller, si les -circonstances l'y obligent. - -Lorsqu'on est hors de vue de terre, on soulage les pattes des ancres à -hauteur du plat bord, on double les bosses de bout et les serres-bosses, -et à cinquante lieues au large on détalingue les câbles et -câbles-chaînes pour les envoyer dans la cale et soulager l'avant du -navire. - -En appareillant, les canots des porte-manteaux doivent être disposés de -manière à être immédiatement amenés pour remorquer le navire en cas de -calme, et défier un abordage. A la mer, on les établit sur bosses, et on -décroche les palans, afin de pouvoir les amener avec leur équipage, pour -porter secours à un homme tombé à la mer. Ils seront donc toujours munis -du gouvernail et de la barre, des avirons et d'une gaffe. - -Avant d'appareiller, une visite générale doit avoir lieu. La barre et sa -drosse doivent être visitées, celles de rechange dégagées, les palans -qui, en cas de rupture de la drosse, les remplacent momentanément, -disposés à leurs pitons. - -On s'assure que les mâts de hune et de perroquet sont coïncés dans leurs -choucs; que les objets amovibles, tels que coffres, cuisines, etc., sont -saisis; que la chaloupe et les drômes ont leurs saisines raidies; que -l'artillerie est amarrée à garans doubles[1]. - - [1] Les canons des batteries basses des vaisseaux sont mis à la serre - avant l'appareillage, afin de pouvoir fermer les sabords aussitôt que - l'état de la mer l'exige. - -Les gabiers dégenopent les manoeuvres et les lovent auprès de leurs -poulies de retour. Ils visitent les écoutes, drisses et itagues. Les -paillets de brasséiage et d'étais sont mis en place; les arcs-boutans, -pour pousser les galhaubans volans, disposés dans les hunes. - -Un navire, devant toujours être disposé à faire toute la voile que les -circonstances exigent, doit appareiller avec les perroquets croisés et -garnis, lorsque le temps le permet. S'il porte des catacois, les drisses -seront passées, le gréement des bonnettes sera en place, les drisses -frappées au point des huniers, et les amures lovées aux bouts des -vergues. - -Les étais des mâts de hune et de perroquet sont bossés; les bosses des -amures et écoutes des basses voiles, celles des drisses des huniers et -des focs, sont mises en place. - -Enfin, suivant la saison et la traversée, et s'ils n'ont pas été gréés -en rade, on place et on raidit les pataras, l'étai de tangage du mât de -misaine, les haubans de beaupré et sa fausse sous-barbe. - - -_Appareiller, le Navire évité au courant._ - -Le navire, évité le bout au courant, peut l'être en même temps au vent; -alors l'appareillage est celui que nous venons de décrire, avec cette -différence que le courant agissant sur le gouvernail, comme si le navire -allait de l'avant, il faut mettre la barre du bord opposé à celui sur -lequel on veut abattre. - -Si cependant le mouvement d'aculée était plus fort que celui du courant, -la différence de ces deux mouvemens, agissant alors dans le sens du plus -fort, qui est celui de l'aculée, on mettrait la barre du bord où on veut -abattre. - -Le navire, évité le bout au courant, peut recevoir le vent sur ses -voiles, ou dans ses voiles. Il le recevra sur ses voiles, si l'angle -qu'il fait avec la quille est moindre que l'angle du plus près. Dans ce -cas il est impossible, par la seule manoeuvre des voiles, de faire -passer son avant dans le lit du vent. On ne peut donc que prendre les -amures du bord où vient le vent. Il suffit pour cela de le faire abattre -d'une quantité assez grande pour que le vent prenne dans les voiles. - -Supposons que le vent venant de bâbord fasse avec la quille un angle -moindre que celui du plus près. Etant à long pic, on établit les -huniers, on largue le grand foc et la brigantine, on met la barre à -bâbord, et on brasse bâbord devant et tribord derrière. Au moment où -l'ancre dérape, on hisse et borde le grand foc; l'avant du navire doit -nécessairement tomber sur tribord par l'action du foc, du petit hunier -masqué et du gouvernail qui, par l'effet du courant, porte l'arrière sur -bâbord, puisqu'on y a mis la barre. Lorsque par suite de l'abattée le -grand hunier et le perroquet de fougue reçoivent le vent, on change le -petit hunier, on dresse la barre, et s'il est utile de modérer -l'abattée, on borde la brigantine en filant l'écoute du grand foc. - -Si la route exigeait qu'on changeât d'amures, on le ferait comme nous le -dirons en parlant des viremens de bord vent arrière. - -Mais si les localités étaient telles qu'on ne pût prendre les amures du -bord du vent, ou qu'on n'eût pas l'espace nécessaire pour en changer -après avoir dérapé, il faudrait trouver un point fixe, soit à terre, -soit sur un navire, soit en élongeant une ancre à jet, de manière qu'en -virant sur ce point, sur lequel on aurait porté un grelin qu'on -passerait à tribord derrière, on pût porter l'arrière sur tribord, et -par conséquent l'avant sur bâbord. - -Le navire étant à pic, on hale sur le grelin jusqu'à ce que l'avant du -navire ait dépassé le lit du vent, c'est-à-dire que le vent qui était de -bâbord soit maintenant à tribord. On tourne le grelin, on établit les -huniers qu'on brasse tribord devant et bâbord derrière, on largue le -grand foc et la brigantine; on dérape, on met la barre à tribord, et -lorsque l'avant du navire tombe sur bâbord, on largue le grelin, et on -continue les manoeuvres comme nous l'avons indiqué déjà. - -Si le navire n'était que le bout au vent, il faudrait, au moment de -déraper, haler sur le grelin pour assurer l'abattée. - -Lorsque le navire, évité au courant, reçoit le vent dans les voiles, -l'appareillage est bien simple; il suffit d'établir assez de voiles pour -que, au moment où l'ancre dérape, le navire puisse refouler le courant, -car sans cela il risquerait de masquer, si dans un élan le courant -venait à prendre par la joue sous le vent. - -Pour parer à cet inconvénient, non-seulement il faut avoir une assez -grande quantité de voiles dehors, mais il faut augmenter celles du phare -de l'avant pour être certain que le navire ne viendra pas au vent. - -Le navire ayant pris de l'aire, on manoeuvre suivant les localités, pour -mettre l'ancre à poste le plus lestement possible. - - -_Appareiller en faisant embossure._ - -Il arrive quelquefois qu'un navire est obligé d'appareiller, sans -pouvoir lever son ancre, lorsqu'il a été obligé de mouiller sur une -côte, sur laquelle il était affalé. La violence du vent ne lui permet -pas de virer sur l'ancre, car en chassant il s'approcherait encore de la -côte qu'il doit éviter, et s'y perdrait. - -S'il peut indifféremment abattre sur un bord ou sur l'autre, après avoir -pris dans les huniers les ris que la force du vent exige, et les avoir -serrés, il faut brasser bâbord devant et tribord derrière, si on doit -abattre sur tribord et larguer l'artimon, le foc d'artimon et le petit -foc, dont on abraque l'écoute à tribord. - -On se dispose à couper le câble sur la bitte, ou à filer le câble-chaîne -qu'on démaillone sur l'arrière de la bitte. On largue le fond du petit -hunier, on met la barre à tribord, et au moment où on s'aperçoit que -l'avant tombe sur tribord par l'effet du petit hunier masqué, on coupe -le câble et on accélère l'abattée en hissant le petit foc. L'aculée -étant très forte, aussitôt que le câble est coupé, le gouvernail dont la -barre est à tribord agit alors avec une grande puissance, et assure le -mouvement d'abattée, qu'on modérera en bordant l'artimon et le foc -d'artimon, pour soutenir le navire, puis on établit toutes les voiles -carrées que le temps permet de porter. - -Si la configuration de la côte exige qu'on abatte impérieusement d'un -bord, on ne peut se hasarder à manoeuvrer comme nous venons de le dire; -car quoique tout ait été disposé pour abattre sur un bord plutôt que sur -l'autre, il peut arriver telle circonstance imprévue qui fasse manquer -la manoeuvre, et alors le salut du navire est compromis. - -Dans ce cas il faut manoeuvrer avec certitude. Pour cela, on fait -embossure sur le câble du bord opposé à celui où l'on veut abattre, et -on garnit l'embossure au cabestan après l'avoir fait passer par le -sabord ou le chaumard le plus arrière. - -Le câble et les voiles étant disposés comme nous l'avons dit plus haut, -on brasse la misaine et le petit hunier du bord de l'embossure, et les -vergues du grand mât et du mât d'artimon au sens contraire, on largue le -petit foc, l'artimon et le foc d'artimon, on déferle les fonds du petit -hunier. - -On vire sur l'embossure, ce qui approche l'arrière du lit du vent et en -éloigne l'avant de la même quantité; on hisse le petit foc en continuant -à virer; lorsque l'abattée est assez prononcée, on coupe le câble, et on -file l'embossure immédiatement après. Car aussitôt que le câble est -coupé, l'arrivée est considérable, et si on ne filait pas l'embossure, -le navire viendrait vent arrière, ce qu'il faut empêcher. - -L'embossure filée, on borde l'artimon et le foc d'artimon, et on établit -toute la voile que le temps permet pour s'éloigner de la terre. - - - - -CHAPITRE III. - -_Manoeuvrer les voiles de mauvais temps._ - - -_Prendre des ris aux huniers._ - -Rien n'est plus simple et plus facile que de prendre des ris sur rade ou -de beau temps à la mer; mais il n'en est pas de même par une grosse mer -et un vent violent, une foule de circonstances non prévues par la -théorie rendent cette opération longue et difficile. - -Le premier ris, désigné vulgairement par le nom de ris de chasse, n'est -qu'un ris de précaution qu'on prend tous les soirs au coucher du soleil, -à bord des navires de guerre, et généralement à bord de tous les navires -de grande dimension lorsqu'ils naviguent au plus près. Les garcettes -sont moins fortes et plus espacées que celles des autres ris; il a aussi -moins de hauteur. - -Le second ris se prend ordinairement après avoir serré les perroquets; -cependant les vaisseaux et frégates peuvent porter leur grand et leur -petit perroquet avec le deuxième ris. Si la mer est forte lorsqu'on -prend le deuxième ris, on rentre le grand foc à mi-bâton, et on -remplace la brigantine par l'artimon[2]. - - [2] Ce que nous disons ne s'applique qu'au navire naviguant au plus - près. - -Le troisième ris est un ris de mauvais temps. Le grand foc est remplacé -par le petit foc, et souvent le foc d'artimon remplace la grande voile. -Si la mer est grosse on dégrée les perroquets. - -Si la violence du vent oblige de prendre le quatrième ris, le perroquet -de fougue est serré. - -Pour prendre un ris aux huniers, on les brasse au vent en larguant les -boulines, et on les amène lorsqu'ils sont en ralingue. Quand les vergues -reposent sur les paillets des choucs des bas mâts, on s'assure que les -balancines sont raides, on abraque fortement les bras des deux bords et -les palans de roulis pour que la vergue n'ait aucun mouvement. On pèse -le palanquin et le faux-palanquin du vent, ensuite ceux sous le vent. Le -palanquin doit être assez pesé pour que la ralingue entre lui et la -vergue soit molle, et que le faux-palanquin puisse ainsi facilement -rendre la cosse d'empointure au taquet de la vergue. - -Nous dirons à ce sujet que le faux-palanquin ne doit pas être frappé à -demeure comme cela a lieu sur plusieurs navires, mais amovible, afin -qu'on puisse toujours le crocher au ris à prendre, lorsque le supérieur -vient de l'être. Il nous paraît aussi simple que facile de faire servir -à cet usage les drisses de bonnettes de hune qu'on doit établir à croc. - -Les hommes élongés sur les vergues saisissent les garcettes et portent -la toile au vent, afin que son empointure soit mise à joindre. -Lorsqu'elle y est, ils portent la toile sous le vent pour faire prendre -celle sous le vent. Les empointures prises, ils laissent tomber la -toile, la reprennent pli par pli pour la porter sur la vergue, puis ils -saisissent les garcettes, les souquent sur l'arrière de manière que le -ris couvre et soit sur l'arrière de ceux pris antérieurement. Pendant -qu'on amarre les garcettes on double les empointures. - -On affale les palanquins, faux-palanquins et cargues, on choque les -palans de roulis, les bras sous le vent, et on hisse les huniers, en ne -filant les bras du vent qu'au fur et à mesure que la vergue monte, car -sans cela elle raguerait les haubans de hune sous le vent, et le vent -prenant dans la voile et l'effaçant, augmenterait l'effort qu'on est -obligé de faire sur la drisse. Quand le hunier est rendu, on fait -descendre au-dessus de son racage le racage du galhauban volant, pour -pouvoir le raidir et pousser l'arc-boutant avant que le hunier ne soit -orienté. - -Lorsqu'on prend le troisième ris, on est obligé quelquefois de choquer -les écoutes; sans cela, non-seulement les palanquins ne pourraient être -convenablement pesés, mais ils fatigueraient trop la voile qu'ils -déchireraient peut-être; avarie bien dangereuse, si sur une côte elle -obligeait à changer un hunier. Les écoutes ne doivent être choquées qu'à -retour sur leurs bittes, et amarrées lorsque les palanquins sont à -poste. - -Il est évident que si en prenant le troisième ou quatrième ris, les -basses voiles ne sont pas appareillées, on peut se dispenser de choquer -les écoutes en brassant les basses vergues au vent d'une quantité -suffisante pour donner du mou dans les ralingues. - -Lorsqu'on prend le troisième et le quatrième ris d'un temps forcé au -plus près, on peut tenir les huniers en ralingue pour faciliter cette -opération; mais il n'en est pas ainsi lorsqu'on court grand largue et -vent arrière. Les huniers, sous ces allures, ne peuvent être déventés, à -moins qu'on ne range le navire au vent, et comme, vu l'état de la mer, -cette manoeuvre peut être dangereuse, il est quelquefois préférable de -ne pas déranger le navire de sa route, et de carguer les huniers pour y -prendre le dernier ris. - - -_Carguer un Hunier de mauvais temps._ - -On a discuté long-temps, et on discute encore pour savoir s'il est plus -convenable de carguer, dans un mauvais temps, les huniers au vent ou -sous le vent. - -Quant à nous, nous avouerons avec franchise que non-seulement nous -n'avons jamais trouvé une bonne raison pour les carguer au vent, mais -que même nous ne nous sommes jamais trouvé dans une circonstance où -cette manoeuvre n'eût été une faute. - -Nous accordons que lorsqu'on se débarrasse d'un hunier par précaution, -on peut le carguer au vent, en ne mollissant la bouline et l'écoute du -vent qu'à retour, à la demande de la cargue-point et de la cargue-fond. -Que ces cargues rendues et amarrées, on choque l'écoute sous le vent à -retour, pour rendre les cargues sous le vent à joindre, et que le hunier -peut être ainsi cargué sans avaries. Mais même dans ce cas, qui est le -plus favorable puisque toutes les dispositions ont été prises à -l'avance, peut-on nier que lorsqu'on carguera la portion sous le vent de -la voile, il y aura une plus grande quantité de toile dans laquelle le -vent s'engouffrera, et qui pourra se capeler et se déchirer sur le bout -de la vergue, que si on avait commencé par la partie sous le vent, car -alors celle du vent retenue par l'écoute et la bouline ne pourrait se -porter en partie sous le vent, quoique retenue par ses cargues? - -Le plus souvent lorsqu'on se débarrasse d'un hunier, c'est parce que le -vent augmente de fureur, et qu'on a été surpris par une pesante rafale, -ou qu'un grain violent charge le navire qu'il faut soulager -immédiatement. Peut-on alors carguer au vent? Non, et si dans les -circonstances les plus défavorables on parvient à sauver la voile, -n'est-on pas en droit de conclure qu'il faut toujours agir ainsi? - -On doit donc, pour carguer un hunier de mauvais temps, peser fortement -sur le bras du vent et la cargue-point du même bord pour le faire -amener, mais sans le déventer, car il pourrait masquer, et pour cela ne -pas larguer la bouline; choquer l'écoute sous le vent en abraquant la -cargue-point et la cargue-fond; lorsque ces cargues sont rendues, filer -à retour l'écoute du vent et la bouline, en pesant les cargues et -brassant seulement alors en ralingue. - -Il arrive quelquefois que naviguant au plus près, l'écoute du vent d'un -hunier casse, alors, malgré son bras, la vergue s'efface, poussée par la -voile qui se porte sous le vent, et on ne peut la brasser et par -conséquent l'amener, quelque effort qu'on fasse sur le bras, parce -qu'alors l'angle sous lequel il agit est trop aigu. Dans cette -circonstance il faut choquer l'écoute sous le vent, ce qui fait -ralinguer la voile et permet de la brasser et de l'amener. - - -_Prendre les Ris aux basses Voiles._ - -Les basses voiles n'ont pas de palanquins de ris, on les remplace par -des cartahus qu'on frappe avant l'opération. Simples, ils font dormant à -la patte de la ralingue, en dessous de celle de l'empointure, passent -dans une poulie au bout de la vergue, dans une seconde aiguilletée au -ton, et se manoeuvrent au pied du mât. Doubles, ils font dormant au bout -de la vergue, passent dans une poulie crochée à la patte et continuent -comme nous venons de le dire. - -Pour prendre le ris aux basses voiles, on les cargue, on pèse les -cartahus; les hommes élongés sur la vergue saisissent les garcettes, et -portent la toile au vent pour faire prendre l'empointure, puis ils la -portent sous le vent, pour prendre celle sous le vent; ils larguent les -garcettes, prennent la toile pli par pli pour l'élonger sur la vergue, -souquent les garcettes sur l'arrière et les amarrent. On double les -empointures. - -Comme il est difficile, à bord des grands navires, aux hommes qui -prennent le ris, de saisir d'une main la garcette sur l'avant de la -voile, et de la prendre avec l'autre main sous la vergue et sur son -arrière, on a imaginé de prendre le ris sur filière, ce qui est plus -facile et diminue considérablement le poids inutile des garcettes, -réduites alors à 12 ou 15 pouces. - -Cette filière est placée comme celle d'envergure, mais sur son arrière. -Les garcettes sont sur l'avant de la voile, et sont fixées sur son -arrière par un menu filin qui passe dans leurs oeillets et fait dormant -sur les deux ralingues; un quarantenier est disposé de la même manière -sur l'avant. Lorsque les empointures sont prises, on saisit les -garcettes, on porte la bande du ris à toucher la filière, en laissant -tomber la toile du ris entre la vergue et la voile; on passe les -garcettes sous la filière de dessous en dessus, et on les amarre deux à -deux sur l'arrière. - - -_Carguer une basse Voile de mauvais temps._ - -Lorsque le temps est mauvais, les basses voiles se carguent sous le vent -comme les huniers. - -On dispose les hommes sur les cargues sous le vent, et on ne file -l'écoute sur son taquet qu'à la demande des cargues; quand elles sont à -joindre, on passe au vent et on cargue en ne filant aussi l'amure qu'à -retour, car si elle était larguée en bande, la toile portée et collée -sur le grand étai par la violence du vent, n'en serait retirée qu'en -lambeaux. - -Pour l'établir, on commence par l'amure, en ne filant les cargues qu'à -sa demande. La voile, dans cet instant, doit être tenue en ralingue, -sans cependant trop battre, ce qui pourrait la masquer ou la déchirer. -Le point du vent rendu, on borde l'écoute d'après les mêmes principes. - -En amurant une basse voile, il faut larguer la balancine du vent de la -basse vergue, la cargue-point et la bouline du hunier, afin qu'elles ne -s'opposent pas à l'effet de l'amure; et aussitôt qu'elle est établie, -appuyer fortement le bras du vent en larguant celui sous le vent. - -Car si les deux bras étaient amarrés, dans le coup de tangage, la mâture -tombant sur l'avant, la vergue ne pourrait suivre ce mouvement, et -l'effort que supporterait alors le milieu de la vergue pourrait la faire -casser; tandis que si le bras sous le vent est largue, la vergue, par -son mouvement de rotation, échappe à l'effort du mât. - -Les huniers s'établissent de mauvais temps, comme les basses voiles, -c'est-à-dire qu'on commence par l'écoute du vent, en ne filant les -cargues qu'autant qu'il est nécessaire pour faire agir l'écoute, on -borde ensuite sous le vent de la même manière. - - - - -CHAPITRE IV. - -_Des Viremens de bord._ - - -Un navire vire de bord ou change d'amure, en faisant passer son avant, -ou son arrière, dans le lit du vent, de là les viremens de bord vent -devant, et vent arrière, ou lof pour lof. - -Mais chacune de ces manières de virer se modifie quelquefois par les -circonstances, soit qu'il faille accélérer l'évolution, soit qu'un -espace limité oblige de la circonscrire. - - -_Virer de bord vent devant en gagnant au vent._ - -Si le navire n'est pas au plus près, il faut l'y ranger, et bien faire -attention qu'au moment où on commence l'évolution il ne soit ni arrivé, -ni lancé au vent. - -On met la barre dessous sans précipitation, et pour augmenter le -mouvement d'aulofée qu'elle communique au navire, on borde la brigantine -et on file l'écoute des focs. - -Aussitôt que le navire est assez rangé au vent pour faire ralinguer les -basses voiles, on lève les lofs, et quand il est presque vent devant, on -change vivement les voiles de l'arrière en les orientant de l'autre -bord; on change le gui, et on dresse la barre. - -Lorsque les voiles de l'arrière commencent à porter, c'est-à-dire -lorsque le navire a fait une abattée de quatre quarts, on change -lestement les voiles de l'avant, on borde les focs et on oriente au plus -près. - -Si, avant l'instant de changer le phare de l'arrière, le navire a perdu -son aire, on dresse la barre, mais s'il cule on la change, puisqu'elle -produit un effet contraire. - - -_Observations._ - -Le navire, au moment où on veut le faire virer vent devant, ne doit être -ni au vent ni arrivé. Dans le premier cas, son aire diminué ralentira et -pourra faire manquer la manoeuvre; dans le second, le mouvement -d'aulofée devant être plus long, le navire y perdra le surcroît de -vitesse qu'on lui a fait acquérir en arrivant, et l'évolution sera -prolongée, sans pour cela être plus certaine. - -Il faut donc éviter avec le plus grand soin les mouvemens d'arrivée -avant de virer, surtout si la brise est faible; car, dans cette -position, la petite augmentation de vitesse qu'on procure est bien -promptement annulée par celle de l'angle d'aulofée, et l'aire est perdu -avant que les voiles soient assez masquées pour assurer l'évolution. Le -navire incertain n'est plus maîtrisé par son gouvernail; ses voiles en -ralingue ne lui impriment pas un mouvement d'aculée assez fort pour que -la barre, quoique changée, puisse le faire obéir, et au lieu de venir au -vent, il arrive et manque son évolution. - -Pour assurer, autant que possible, la manoeuvre lorsque la brise est -faible, on doit tenir le navire au plus près et haler bas les focs en -mettant la barre sous le vent, et bordant la brigantine. De cette -manière, en détruisant l'effet des voiles qui s'opposent le plus à -l'aulofée, on peut plus facilement parvenir à masquer, et par conséquent -à virer. - -Si la brise est fraîche et la mer belle, une arrivée, avant de virer, -n'aurait d'autre inconvénient que de prolonger l'évolution, parce -qu'alors le navire, quoique ayant un plus grand angle à parcourir pour -masquer, le franchira à l'aide de son gouvernail; mais comme on doit se -piquer de manoeuvrer avec le plus de précision possible, il faut éviter -ce mouvement qui n'est qu'une fausse manoeuvre. - -Si la mer est forte, il faut choisir pour envoyer un moment favorable, -c'est-à-dire celui où l'aire du navire n'a pas été cassé par un coup de -tangage, et où il possède toute sa vitesse. - -Si, lorsque la brise est faible, il est prudent, pour assurer -l'évolution, de haler bas les focs, on peut, lorsqu'elle est fraîche, ne -filer leurs écoutes que lorsque les basses voiles commencent à -ralinguer, parce que, jusqu'à ce moment, ils concourent à augmenter la -vitesse, et que le gouvernail suffit pour ranger au vent. Il est -quelques navires qui, en filant les écoutes des focs, choquent aussi -l'écoute de misaine. Cette méthode, qui accélère l'évolution, empêche -nécessairement de gagner au vent puisqu'elle diminue l'aire, et c'est en -général ce qu'on se propose en virant vent devant. - -Quand on lève le lof des basses voiles, on doit abraquer les écoutes et -amures de revers, afin qu'elles ne s'engagent pas dans les -porte-haubans, et que le changement des phares puisse se faire avec la -plus grande promptitude. En même temps on largue les galhaubans du vent, -et on les affale pour pouvoir les passer sur l'arrière des hunes quand -on orientera. A mesure que les phares sont orientés on raidit leurs -galhaubans, et on pousse les arcs-boutans. - -Si le vent est frais, le phare de l'arrière reste long-temps sur le mât -avant d'être changé, fait culer le navire, et lui fait ainsi perdre du -chemin au vent; on augmenterait peut-être la célérité de l'évolution, et -on perdrait moins en carguant la grande voile en levant ses lofs. On -l'établit dans ce cas après avoir changé d'arrière ou d'avant. - -Le moment de changer d'arrière, qui n'est pas toujours indiqué d'une -manière convenable par la girouette, l'est positivement par la -brigantine. Lorsqu'elle est entièrement déventée, c'est une preuve que -le vent est entre les vergues de l'avant et le beaupré; que le phare de -l'avant fait ranger le navire au vent, et que les voiles de l'arrière, -inutiles à cette partie de l'évolution, peuvent être disposées à l'autre -bord. - -Lorsque, par suite de la force de la brise, les phares de l'arrière ont -été changés avec lenteur, il arrive souvent qu'on se croit obligé de -changer devant lorsque l'abattée est suffisamment prononcée et qu'on se -trouve à l'autre bord sans avoir une seule voile orientée, si ce n'est -la brigantine. Dans cette position, le navire tombe sous le vent, ne -peut sentir l'effet de son gouvernail, puisque ses voiles en ralingue ne -lui communiquent aucune vitesse, il peut masquer, ou du moins il est -très-lent à arriver, est obligé de gouverner largue pour faire porter -ses voiles, et ne peut ranger au plus près que lorsqu'elles sont -orientées, ce qui lui fait perdre beaucoup au vent. - -Dans ce cas il nous semble bien préférable d'orienter parfaitement les -phares de l'arrière, ou au moins d'en brasser les vergues -convenablement, d'amurer et border la grande voile avant de toucher aux -voiles de l'avant, en mettant la barre dessous pour modérer l'abattée; -puis changer les voiles de l'avant, qui seront bientôt démasquées, le -navire étant plus arrivé qu'il ne le serait si on avait fait le -mouvement comme ci-dessus; dresser la barre et border les focs. On sent -que le navire prenant immédiatement de l'aire, rangera au plus près bien -plus immédiatement, et perdra moins au vent. - -Le gouvernail étant un des principaux agens de cette évolution, sa -manoeuvre doit être surveillée avec le plus grand soin. - -La barre ayant été mise sous le vent aussitôt qu'on a voulu lancer au -vent, est dressée lorsque le navire a entièrement perdu son aire. S'il -cule, on la change, parce qu'alors le gouvernail agit en sens contraire, -ou comme si on l'imaginait placé de l'avant. Si la barre n'a pas été -dressée avant le moment où l'on change les phares de l'arrière, on la -dresse alors, parce que celui de l'avant suffit pour achever -l'évolution. Mais si l'abattée est trop forte, on la met dessous pour la -modérer pendant qu'on change les voiles de l'avant. - -Si après avoir pris l'autre bord, on ne peut pas orienter tout à la -fois, on commencera par l'arrière ou l'avant, suivant que le navire -aura besoin de lofer ou d'arriver pour être au plus près. - -Si, ayant changé les voiles de l'avant, le navire venait au vent malgré -que les focs fussent bordés, ce qui peut arriver parce qu'on a changé -trop tôt, ou parce que la mer houleuse d'un vent qui a régné, une lame a -pris le navire par la joue sous le vent, il faut remasquer devant, -carguer la brigantine pour faire prononcer l'abattée. - -Dans le virement de bord vent devant, nous n'avons pas parlé des voiles -d'étai, parce que dans notre opinion ces voiles ne peuvent être que -nuisibles sous cette allure, à bord des bâtimens à voiles carrées. - - -_Virer de bord, vent devant, le plus promptement possible._ - -Dans le virement de bord que nous venons de décrire, nous avons supposé -que rien ne gênait l'évolution, et que son but était de changer d'amure -en gagnant au vent le plus qu'il est possible. - -Mais il peut se faire que le navire, arrêté par un obstacle imprévu, -soit obligé de virer immédiatement sans s'en approcher et sans tomber -sous le vent. - -Il faut alors amortir brusquement l'aire du navire, en mettant en même -temps et très-vivement la barre dessous, bordant le gui, filant les -écoutes des focs et de la misaine. Si la vitesse était considérable -avant la manoeuvre, il est probable que le navire prendra vent devant, -et alors on terminera l'évolution comme nous l'avons dit plus haut. - -Mais s'il ne pouvait prendre, on masquerait partout en larguant les -boulines, carguant la brigantine et la grande voile, afin de culer, puis -on change d'amures, comme nous le dirons en parlant des viremens de bord -vent arrière. - - -_Virer de bord vent arrière._ - -On cargue la brigantine et la grande voile, on largue les boulines -d'arrière, et on en brasse les voiles en ralingue. Aussitôt qu'elles y -sont, on met la barre au vent. L'effet des voiles de l'arrière étant -détruit, l'arrivée est prompte, et pour qu'elle ne se ralentisse pas, on -continue à brasser en ralingue à mesure que le bâtiment arrive. - -Lorsque le vent est de la hanche, on lève les lofs de la misaine, et on -brasse son phare de manière qu'il soit carré lorsque le vent est de -l'arrière. - -Les vergues du grand mât et du mât d'artimon ont été aussi brassées de -la même manière. Mais comme il faut faire venir le navire sur l'autre -bord avec promptitude, ce à quoi il est déjà porté par sa barre, qui -ayant été mise au vent se trouve sous le vent et du bord opposé à celui -où on veut prendre les amures, on file les écoutes des focs, on continue -à brasser derrière. Dès que le vent est de la hanche, on borde la -brigantine à mesure que le navire range au vent, on amure la grande -voile. Lorsque le vent est du travers, on doit être orienté derrière, -alors on oriente devant en bordant les focs et dressant la barre pour -modérer l'aulofée qui doit être vive si la brise est fraîche. - - -_Observations._ - -Le virement de bord vent arrière ne s'exécute à bord d'un navire -naviguant isolément, que lorsque l'état du vent et de la mer ne lui -permet pas de virer vent devant; c'est donc le plus souvent avec un -vent violent et une grosse mer que cette manoeuvre a lieu. Il faut y -apporter le plus grand soin pour ne pas faire d'avaries. - -Si la grande voile est remplacée par le foc d'artimon, on le hale bas en -carguant l'artimon, et on passe immédiatement son écoute de l'autre bord -pour l'empêcher de battre lorsqu'on le hissera. - -A mesure qu'on brasse, on doit abraquer les drosses et les palans de -roulis, de manière qu'ils soient raides lorsque le navire est vent -arrière, car c'est alors le moment des plus violens roulis. Par la même -raison, on ne largue pas les galhaubans du vent; ceux sous le vent sont -raidis aussitôt que le mouvement des vergues le permet, en sorte qu'ils -le sont des deux bords lorsque le vent souffle de l'arrière. - -Il faut haler bas le petit foc et non filer son écoute, car il serait -probablement emporté si on le laissait battre pendant que le navire -vient au vent; il faut même le border avant de le hisser, pour l'établir -à l'autre bord. - -Lorsque le vent est violent, le navire a acquis une grande vitesse au -moment où il est vent arrière, et il serait imprudent de ranger -immédiatement au vent. On doit dresser la barre et choisir le moment -favorable en donnant le temps nécessaire pour établir les voiles -convenablement. - - -_Virer de bord vent arrière en masquant._ - -Cette manoeuvre doit être exécutée avec la plus grande promptitude, -puisqu'elle ne se fait que dans des circonstances imprévues, lorsqu'il -faut instantanément s'éloigner d'un objet. - -Il faut, en même temps, s'il est possible, mettre la barre dessous, -carguer la brigantine et la grande voile, filer les écoutes des focs et -de la misaine, larguer toutes les boulines et contre-brasser devant en -levant les lofs de misaine et orientant son phare à l'autre bord. - -Le navire dont l'aire a été promptement amorti, puisque l'effet de -toutes ses voiles a été détruit et que l'aire acquis a été brisé en -venant au vent, cule avec rapidité en abattant; son phare de l'avant -étant contre-brassé, et ceux de l'arrière en ralingue, on continue à les -tenir ainsi pendant l'arrivée; et s'il est nécessaire de rendre l'aculée -plus vive, on les masque, mais en ne les brassant que carrément pour -qu'ils ne s'opposent pas à l'abattée. Lorsqu'elle sera de 90°, -c'est-à-dire lorsque le vent sera du travers, les voiles de l'arrière se -trouveront en ralingue, et malgré cela, si la brise est fraîche, le -gouvernail suffira pour faire dépasser ce point au navire qui prendra le -vent dans ses voiles de l'arrière, et acquerra de la vitesse, alors on -bordera les focs en changeant la barre. Le vent étant de l'arrière, on -filera les écoutes des focs et de la misaine, on suivra le vent en -brassant convenablement les voiles de l'arrière, puis on bordera la -brigantine, on amurera la grande voile, et les vents étant du travers, -on bordera les focs et la misaine en dressant la barre et rangeant au -plus près. - -Si l'abattée étant de 90°, le mouvement d'aculée n'est pas assez fort -pour que le gouvernail fasse franchir le point où les voiles de -l'arrière sont en ralingue, il faut border les focs et éventer derrière -pour donner de l'aire au navire en dressant la barre, puis en la mettant -au vent dès qu'il en a acquis pour terminer l'évolution. - - - - -CHAPITRE V. - -_De la Panne._ - - -Un navire est en panne, lorsque ses voiles sont disposées de telle sorte -que se contrariant mutuellement dans leurs effets, leur résultat est -nul. Alors le navire est presque immobile, et n'obéit plus qu'au -mouvement de la lame et du courant. - -On réduit ordinairement la voilure aux huniers, à la brigantine et au -grand foc, lorsqu'on veut mettre en panne, quoique dans quelques -circonstances on puisse, comme nous le dirons, garder toutes les voiles -du plus près. - - -_Mettre en panne, vent dessus, vent dedans._ - -On réduit la voilure aux huniers, grand foc et brigantine, on serre le -vent au plus près, puis on masque le grand hunier en mettant la barre -dessous en douceur, et filant l'écoute du foc, quand l'aulofée commence -à se ralentir. - -On peut aussi, au lieu de masquer le grand hunier, masquer le petit -hunier et le perroquet de fougue, ou seulement le petit hunier. - - -_Observations._ - -L'habitude du bâtiment doit indiquer quelle est la panne sous laquelle -il se comporte le mieux, c'est-à-dire celle où il fait les moins grandes -abattées, et où il dérive par conséquent le moins. Car, quoique la -théorie soit la même pour tous les navires, il n'en est nullement ainsi -pour la pratique, quoiqu'on en puisse dire. - -Tel navire fait de grandes embardées, ayant son grand hunier masqué, et -ne revient au vent que lorsqu'il ralingue, tandis qu'un autre, -parfaitement semblable, ne fait dans cette position que des embardées de -deux quarts. - -Le petit hunier masqué oblige tel navire à faire des arrivées, à prendre -le vent par la hanche, tandis que tel autre, non-seulement ne fait que -de faibles abattées, mais même peut ne pas mettre toute sa barre -dessous, ainsi que nous l'avons vu nous-même. - -Quoique la connaissance parfaite du navire indique suffisamment la -panne qui lui est la plus favorable, il est des données générales que -nous devons faire connaître. - -Si on met en panne au vent d'un objet qu'on ne veut pas approcher, il -faut disposer sa voilure de manière à pouvoir prendre de l'aire et lofer -le plus promptement possible. Pour cela, il faut masquer le petit -hunier, et laisser éventer le grand hunier et le perroquet de fougue. - -Il est évident que si dans cette position il est nécessaire de prendre -de l'aire pour lofer et doubler l'objet sous le vent, les voiles de -l'arrière étant orientées, il n'y aura qu'à dresser la barre en brassant -devant, et aussitôt que le petit hunier sera démasqué on pourra lofer -avec la barre et border le foc. Tandis que si le grand hunier avait été -masqué, le navire aurait été plus lent à ranger au vent, n'ayant pas son -phare du grand mât orienté aussi promptement, et aurait décrit sous le -vent un arc plus grand, qui l'aurait rapproché de l'objet qu'on doit -éviter. - -Si, au contraire, on met en panne sous le vent d'un navire, et qu'on -veuille être prêt à arriver s'il venait à vous approcher, on doit -masquer le grand hunier et le perroquet de fougue, en ne les brassant -que carrément. - -Dans cette position, l'arrivée sera bien prompte, puisqu'il suffira de -carguer la brigantine et de border le foc en dressant la barre. Le grand -hunier et le perroquet de fougue n'étant brassés que carrément, seront -mis en ralingue par le seul mouvement imprimé au navire en carguant la -brigantine et bordant le foc; d'ailleurs on les brassera, mais on est -sûr que l'arrivée sera déjà prononcée. - -Lorsqu'on mettra en panne, il est inutile d'arrêter tout à fait le -navire. On peut se contenter de brasser carrément un des deux huniers; -comme alors il conserve un peu d'aire, un tour de barre dessous suffit -pour le maintenir au vent, et on peut manoeuvrer dans toutes les -circonstances avec plus de célérité. - - -_Mettre en panne sous toutes les voiles du plus près._ - -Si on n'a pas long-temps à rester en panne, si la brise est maniable et -la mer belle, on peut se dispenser de réduire la voilure aux huniers. - -On cargue la brigantine, on file en bande l'écoute de grande voile, on -largue la bouline du perroquet de fougue, et on met la barre dessous en -douceur; on amarre les bras sous le vent. - -Une partie de l'effet des voiles de l'arrière étant détruite, la vitesse -diminue, et d'autant mieux que la barre étant mise sous le vent peu à -peu, le navire perd son aire en rangeant au vent, et ne peut masquer -puisqu'il a ses focs et le phare de l'avant orientés, qui par conséquent -s'opposent à ce mouvement. Toutes les voiles se trouveront en ralingue, -et l'aire étant perdu, le navire arrivera, jusqu'au moment où le vent -reprenant dans les voiles, lui donnera de la vitesse, qui, par la -disposition du gouvernail, le fera de nouveau ranger au vent. - -On se sert du perroquet de fougue pour accélérer ou modérer les -abattées, en abraquant sa bouline, ou en le masquant. - -On amarre les bras sous le vent en commençant l'évolution, afin que les -voiles étant en ralingue, leurs vergues ne se portent pas au vent, ce -qui arriverait si elles n'étaient tenues que par leurs boulines, et -pourrait faire masquer. - -Si malgré toutes ces précautions le navire masquait, il faudrait -aussitôt contre-brasser le phare de l'avant pour le faire arriver; mais -on n'aura jamais cette crainte à avoir si la barre n'est mise dessous -qu'en douceur, car alors l'aire sera cassé avant qu'on puisse masquer. - -Cette manoeuvre, ainsi que nous le verrons plus bas, est souvent -employée pour sonder de beau temps par un petit fond. - - -_Faire servir, lorsqu'on est en panne, le vent sur le petit hunier._ - -Le petit hunier étant masqué pour mettre en route, on cargue la -brigantine, on borde le petit foc et on dresse la barre. Si l'abattée se -prononce, ainsi que cela arrive souvent, on attend que les vents soient -à peu près de travers, et alors on change le petit hunier qu'on oriente; -lorsqu'il l'est et que la vitesse augmente on borde la brigantine. - -Si l'abattée ne se prononce pas, après avoir cargué la brigantine, bordé -le foc et dressé la barre, on ralingue le perroquet de fougue et même le -grand hunier si cela est nécessaire; puis on les oriente en démasquant -le petit hunier, comme nous venons de le dire. - -Si on devait courir largue, on ralinguerait le grand hunier et le -perroquet de fougue en dressant la barre, parce que non-seulement ils -accéléreraient l'arrivée, mais encore parce qu'ils se trouveraient plus -promptement disposés pour la route qu'on doit suivre. - - -_Faire servir, lorsqu'on est en panne, le vent sur le grand hunier._ - -Pour mettre en route, le grand hunier étant masqué, on cargue la -brigantine, on borde le foc, on dresse la barre et on ralingue le grand -hunier. Lorsque le navire prend de l'aire, on l'oriente en bordant la -brigantine, si on doit serrer le vent. - -Dans le cas contraire, on continue à tenir le grand hunier en ralingue, -jusqu'à ce que le navire soit arrivé au rhumb où l'on veut gouverner, -puis on l'établit suivant cette allure. - -Si on choisit le moment d'une abattée pour border le foc et dresser la -barre, il est inutile de carguer la brigantine, si on doit continuer à -tenir le plus près, parce que dans ce moment le navire a de l'aire, -qu'on augmente promptement en démasquant et orientant le grand hunier. - - -_Faire servir, lorsqu'on est en panne, sous toutes les voiles du plus -près._ - -Il faut profiter d'un mouvement d'abattée pour dresser la barre. Dans -cette position, le navire doit prendre de l'aire, et aussitôt qu'il en -a, on met un peu de barre au vent pour l'augmenter, sans lui faire faire -une grande arrivée; puis on rétablit successivement la voilure en -bordant la grande voile, la brigantine en halant la bouline du perroquet -de fougue. - -Si le mouvement d'arrivée ne se prononce pas, on ralingue le perroquet -de fougue, et s'il ne suffit pas, on masque devant. - - -_Observations._ - -Nous avons entendu parler d'une manière de mettre en panne le vent sur -toutes les voiles, qui consiste à haler bas les focs, contre-brassant -partout à la fois en orientant à l'autre bord, bordant la brigantine et -mettant la barre au vent. - -Non-seulement nous n'avons jamais vu employer cette manoeuvre, mais en y -réfléchissant, il nous a été impossible de nous rendre raison de son -utilité, de trouver des cas dans lesquels on peut l'employer avec -succès, et d'imaginer comment une évolution, qui nécessitait un -changement total de disposition dans toute la voilure, et qui en -nécessitait un second aussi ou presque aussi total pour revenir en -route, a pu être employée. - - - - -CHAPITRE VI. - -_Sonder._ - - -Pour sonder, il faut arrêter le navire afin qu'il puisse connaître la -profondeur du fond; il ne s'agit que de mettre en panne, suivant l'état -du vent et de la mer. - - -_Sonder de beau temps._ - -Si on court au plus près, on cargue la brigantine, on file l'écoute de -la grande voile en bande, on largue la bouline de perroquet de fougue, -et on met sa barre dessous en douceur. Le plomb ayant été porté au vent -de l'avant et la ligne élongée, on le mouille aussitôt que le navire a -perdu son aire, puis on le retire après avoir eu le fond, et on met en -route. - -Cette manoeuvre n'étant que la panne sous toutes les voiles du plus -près, nous n'en parlerons pas plus longuement. - -Si on court largue, on rentre les bonnettes, on abraque les écoutes des -focs et de la misaine, on cargue la brigantine et on met la barre -dessous, en amarrant les bras sous le vent. - -Le navire rangera avec assez de rapidité au vent, mais ses voiles étant -orientées pour le largue ne tarderont pas à ralinguer; et comme la -brigantine est carguée et les focs établis, il n'est pas possible qu'il -prenne vent devant. Si cependant on pouvait concevoir quelque crainte, -il faudrait mettre la barre dessous, peu à peu, de manière à rompre -l'aire. - -Si on est grand largue ou vent arrière, on rentre les bonnettes, on -borde plat les focs, on met la barre dessous ou du bord opposé à celui -où on veut venir. Si le fond était considérable, il serait mieux -d'ouvrir le phare de l'avant, afin que l'aculée ne fût pas aussi forte. - - -_Sonder de mauvais temps._ - -Si on est au plus près, on se débarrasse de la misaine et de la grande -voile, si elle est établie; mais si elle est remplacée par le foc -d'artimon, on n'y touche pas. Puis on met en panne, comme nous l'avons -dit plus haut, en halant bas le foc, car si on filait son écoute, il se -déchirerait, et on mouille le plomb aussitôt que le navire a perdu son -aire. Lorsqu'il a été retiré, on met en route comme nous l'avons dit en -parlant de la panne. - -Mais si on court largue ou vent arrière, les huniers ayant moins de ris -que si on était au plus près, il faudrait les prendre avant de mettre en -panne, pour ne pas compromettre la mâture. - -Si le vent est trop violent pour porter les huniers, on les serre et on -vient au vent sous le petit foc, le foc d'artimon et l'artimon. - - -_Observations._ - -On a imaginé plusieurs instrumens pour avoir le fond lorsque le navire -conserve son sillage. - -Le meilleur, sans contredit, est la bouée à stopeur, connue de tous les -marins, mais que beaucoup ont abandonnée, parce que la ligne, fortement -souquée entre le montant de la bouée et le stopeur en fer, était -fréquemment coupée. - -Lorsqu'on navigue par de petits fonds qu'il est important de connaître -pour diriger la route du navire, on place un sondeur dans chacun des -porte-haubans du grand mât, qui lancent à la main le plomb sur l'avant, -et annoncent successivement le fond. Mais on conçoit qu'ils ne peuvent -le faire avec exactitude que si le plomb a pu toucher le fond dans le -temps qui s'écoule entre le moment où le plomb tombe à l'eau et celui où -le grand porte-hauban arrive par le travers, ou à peu près de ce point. -La vitesse du sillage doit donc être réglée en conséquence. - - - - -CHAPITRE VII. - -DE LA CAPE. - - -_Des différentes espèces de Cape._ - -Un navire est à la cape, lorsque la violence du vent et sa direction -l'empêchant de faire route, il présente une petite quantité de voiles, -en gardant sa barre dessous, pour perdre le moins possible. - -Nous disons la direction du vent, parce que, quel que soit sa violence, -si le navire fait route, fût-il à sec de voiles, il n'est pas à la cape, -il fuit devant le temps. - -La voilure à conserver pendant la cape dépend autant des qualités du -navire que des circonstances dans lesquelles on se trouve, et le -manoeuvrier doit observer son navire avec soin, pour connaître quelle -est celle qui lui convient le mieux. - -Les capes les plus usitées sont: - -Le grand hunier au bas ris, la misaine, le petit foc et l'artimon; - -Le grand hunier au bas ris, le petit foc et l'artimon; - -La misaine, le petit foc, le foc d'artimon et l'artimon; - -Le petit foc, la pouillouse, le foc d'artimon et l'artimon; - -Le petit foc, le foc d'artimon et l'artimon; - -Enfin, la cape à sec. - -La première, celle du grand hunier et de la misaine, est une cape de -beau temps. Le navire a de la vitesse, il sent par conséquent sa barre, -on ne la met pas entièrement dessous, il suffit, dans les arrivées un -peu grandes, de l'y mettre en partie. On peut ainsi défier la lame, -puisque le navire gouverne, et les coups de mer sont moins dangereux. - -Avant d'aller plus loin, nous ferons observer que, quoique nous ayons -dit en commençant ce chapitre, que la cape était l'état du navire -présentant une petite quantité de voiles à la violence du vent en -gardant sa barre dessous, notre opinion n'est pas qu'on doive toujours -en agir ainsi, bien au contraire; le navire doit être tenu autant que -possible gouvernant, et nous ne voyons que la cape à sec où la barre -puisse être amarrée sous le vent. - -Dans toutes les autres circonstances, il faut gouverner, afin de pouvoir -dresser la barre à l'encontre d'une lame qui vient briser avec -violence. Si on gouverne, le navire est moins bridé, ses mouvemens sont -moins violens, le gouvernail ne fatigue pas autant et risque moins de -s'avarier, soit dans ses ferrures, dans sa barre ou dans sa drosse. - -La cape sous le grand hunier et la misaine, est celle qu'on prend -lorsque le vent a augmenté graduellement. On doit la garder autant que -possible, puisqu'elle tient le navire gouvernant, et qu'elle permet par -conséquent de le faire obéir aux mouvemens qu'on peut avoir besoin de -lui imprimer. Mais si le temps est à violentes rafales, et surtout s'il -y a de fréquentes sautes de vent, il faut y renoncer, parce qu'en -masquant on compromettrait la mâture. - -Si, étant sous cette voilure, le vent augmente encore, on serre le grand -hunier, si le navire est ardent, c'est-à-dire si ses mouvemens d'arrivée -sont lents et difficiles; et on serre la misaine s'il est mou, -c'est-à-dire s'il présente difficilement au vent. En serrant le grand -hunier, on le remplace par le foc d'artimon de cape. - -Sous la misaine, le navire sera mieux disposé pour arriver, ce qui peut -être d'une grande utilité; mais ses abattées sont plus grandes, il -acquiert plus de vitesse dans ce moment, et revenant au vent par l'effet -du gouvernail, choque la lame avec plus de force et peut recevoir des -coups de mer dangereux, quelque soin qu'on mette à les défier en -mollissant la barre. D'ailleurs cette voile, placée sur l'avant du -navire, le fait plonger et augmente le tangage. - -Avec le grand hunier, les abattées sont moins grandes, le navire a donc -moins de vitesse, il choque la lame avec moins de force, et rend les -coups de mer moins dangereux. Il ne charge pas l'avant, diminue les -tangages et modère les roulis en appuyant mieux le navire que la -misaine. Mais l'arrivée est plus difficile, et sa vergue, bien moins -appuyée que la misaine, peut occasionner des avaries plus fréquentes. - -Entre les tropiques, dans la saison des ouragans, des tornados et des -typhons, où les sautes de vent sont violentes et instantanées, il faut -prendre la cape sous les voiles latines, parce que les sautes de vent -sont alors sans danger, ne compromettant ni la mâture ni le navire, et -qu'il n'en peut résulter que la perte de voiles de peu d'importance. - -Sous cette voilure, le navire est mal appuyé, surtout si la mer est -grosse, parce que ces voiles sont souvent déventées dans les mouvemens -de roulis. Il reste alors sans vitesse, ne sent plus son gouvernail, et -peut recevoir des coups de mer dangereux. Les arrivées sont promptes, -puisque la plus grande partie du système de voilure est de l'avant du -centre de gravité, et qu'il est toujours facile de se débarrasser du foc -d'artimon de cape et de l'artimon. - -Au sujet de cette dernière voile, nous ferons observer que, dans de -pareilles circonstances, il faut éviter de se servir de l'artimon -envergué sur la corne, très-difficile à carguer, et dont la toile se -collant sous le vent sur les haubans d'artimon, peut rendre l'arrivée -impossible, que la corne fatigue le mât et qu'elle amène difficilement. -On doit le remplacer par un artimon triangulaire ou à petite corne de -deux ou trois pieds, qui n'est retenu que par une seule drisse simple, -dont la voile n'est pas lacée au mât, et qui par conséquent s'amène et -se hisse avec la plus grande facilité. - -Cette cape, sous les voiles latines, se compose du petit foc ou du -tourmentin, de la pouillouse, du foc d'artimon de cape et de l'artimon. -Mais la pouillouse, si elle offre une partie des avantages de la misaine -en rendant les arrivées plus promptes, a aussi une partie de ses -inconvéniens. Elle occasionne de fortes abattées, charge l'avant qu'elle -fait plonger, et fait embarquer beaucoup d'eau. Aussi est-elle souvent -supprimée, et on reste alors sous le petit foc, le foc d'artimon et -l'artimon. - -Les navires se comportent en général bien sous cette voilure, et nous en -avons vu un qui, dans cette position, perdit son foc, continua à capeyer -sous son foc d'artimon de cape, et se comporta encore mieux qu'il ne le -faisait son petit foc dehors. C'était cependant un bâtiment à fonds -très-fins, et qui était ordinairement ardent. - -La cape à sec ne se prend que rarement, et le plus souvent que lorsqu'on -a perdu les voiles latines qu'on avait appareillées. Il faut toujours -avoir un foc prêt à être hissé si on a besoin d'arriver. - - -_Observations._ - -Avant de mettre à la cape, il est une foule de précautions à prendre, -qui importent à la sûreté du navire; nous indiquerons les principales. - -Si les bâtimens portent de l'artillerie, on doit s'assurer que toutes -les pièces sont bien amarrées, que les sabords des batteries sont -hermétiquement fermés. - -Il faut visiter les amarrages des coffres, cuisines, etc.; assurer les -drômes en les liant entr'elles par de forts palans; doubler les saisines -de la chaloupe et la consolider par des palans qu'on frappe sur son -avant et son arrière, en les crochant sur les serre-gouttière; renforcer -les bosses de bout et serre-bosses des ancres, tant de celles des -bossoirs que de celles qui sont dans les porte-haubans; soulager les -canots de porte-manteaux. - -Saisir le gui sur son support; si la corne est amenée, la brider sur le -gui en bien paquetant la voile, pour qu'elle ne puisse se déferler. - -Débarrasser les haubans de tout ce qu'on y place dans les temps -ordinaires, tels que vergues de perroquets, de catacois, bonnettes; les -élonger sur les drômes et les y saisir; soulager les hunes des poids -inutiles, comme bonnettes de perroquets, gréement des bonnettes, etc. - -Les faux bras, les fausses amures et écoutes de misaine, l'étai de -tangage, ont dû être mis en place dans les premiers momens du mauvais -temps. - -On condamne les panneaux, qu'on recouvre d'un prélart cloué sur -l'hiloire, et on n'en laisse qu'un de libre, ouvert sous le vent, pour -communiquer dans l'intérieur du navire. - -On dégage la barre de rechange, et on met en place les palans qui -doivent remplacer la drosse si elle cassait. Mais cette précaution doit -toujours être prise en appareillant. - -Lorsque le coup de vent mollit, il faut faire de la voile pour appuyer -le navire, car la mer ne tombe pas en même temps, surtout lorsque la -tempête est arrivée subitement, parce qu'alors elle comprime la mer par -sa violence, et la lame n'acquiert tout son développement que lorsque le -vent diminue de force. - -C'est en général dans ces circonstances qu'on fait les plus grandes -avaries dans la mâture, si on n'a pas le soin de faire toute la voile -convenable. - - -_Arriver, ou virer, lorsqu'on est à la Cape._ - -Si on est sous la misaine, on profite d'une abattée pour dresser -promptement la barre, on hâle-bas le foc d'artimon et l'artimon, et on -met la barre vivement au vent. - -Le navire doit nécessairement arriver, car en profitant d'une abattée, -il avait déjà une vitesse acquise; en dressant la barre dans ce moment, -on l'a augmentée; en détruisant l'effet des voiles derrière et mettant -la barre au vent, on a concouru aussi à l'augmenter, et par suite -l'arrivée a dû se prononcer. - -Si on veut virer, lorsque le vent est de l'arrière du travers, on choque -à retour l'écoute de misaine, et on largue sa bouline; on brasse au vent -de manière qu'étant vent arrière elle soit carrément; mais en levant ses -lofs, il faut avoir bien soin de ne filer l'amure qu'à retour, de -manière que la voile soit tenue sur l'arrière par ses écoutes, sans cela -elle se collerait sur les étais, et il serait impossible de s'en rendre -maître. On la perdrait probablement. - -Lorsqu'on est vent arrière, on hâle-bas le petit foc et on le borde sur -l'autre bord. Si on filait son écoute, il serait emporté en venant au -vent. On dispose aussi le foc d'artimon qu'on borde. - -Si on craint de ranger trop vite au vent, ce qui pourrait arriver -puisque le navire a une grande vitesse, on dresse la barre et on -gouverne largue pour établir la misaine et choisir le moment favorable -pour ranger au vent. Dès qu'on l'a trouvé, on hisse le foc d'artimon et -l'artimon, et on met la barre dessous. - -Si on est sous le grand hunier, il faut profiter d'un mouvement -d'abattée, dresser la barre, carguer l'artimon, larguer la bouline du -grand hunier, appuyer les bras du vent, et mettre la barre au vent. - -L'abattée déjà commencée se continuera, puisqu'on dresse la barre et -qu'en même temps on détruit l'effet de l'artimon et celui du grand -hunier, en larguant sa bouline et le brassant au vent. On continue de le -brasser à mesure que le navire arrive. Lorsqu'il est vent arrière, on -hâle-bas le petit foc, on borde son écoute à l'autre bord, et on ouvre -le grand hunier. On modère l'aulofée en dressant la barre, si on ne juge -pas le moment favorable pour venir au vent; dans le cas contraire, -lorsqu'il est de la hanche, on établit l'artimon en orientant le grand -hunier, puis on hisse le petit foc. - -Il faut avoir le plus grand soin, en manoeuvrant le grand hunier, de ne -filer les bras qu'à retour, d'abraquer à mesure les balancines, les -drosses et les palans de roulis, et d'avoir les galhaubans volans raides -des deux bords, lorsqu'on est vent arrière. - -Sous les voiles latines, la voilure étant mieux distribuée, l'arrivée -sera prompte en dressant la barre, se débarrassant du foc d'artimon, de -l'artimon, puis mettant la barre au vent. Lorsqu'on est à peu près vent -arrière, on hâle-bas la pouillouse et le petit foc, qu'on dispose pour -être hissés sur l'autre bord. Le bâtiment est alors sans voiles, mais la -violence du vent lui communique assez de vitesse pour se présenter à -l'autre bord au moyen de sa barre, alors on établit l'artimon et le foc -d'artimon, et quand l'aulofée devient rapide, le petit foc et la -pouillouse. - -A sec de voiles, si le navire n'arrive pas avec sa barre, on hisse un -petit foc et on manoeuvre les vergues comme si elles avaient leurs -voiles. Si l'arrivée ne se prononce pas, il faut faire déferler, s'il -est possible, une voile ou un prélart dans les haubans de misaine, y -faire monter les hommes qui se trouvent sur le pont, afin d'offrir une -surface sur laquelle le vent puisse agir. S'il n'arrive pas, il faut -quelquefois sacrifier le mât d'artimon ou le grand mât de hune, pour -soulager l'arrière, diminuer la quantité de vent qui le frappe et qui -s'oppose par conséquent à l'arrivée. - -Mais cette question si terrible et qui peut entraîner la perte du -navire, n'a lieu que lorsqu'il est chargé subitement par une -augmentation instantanée dans la violence du vent, qui le couche, le -prive de vitesse et annule l'effet du gouvernail. Elle peut arriver -lorsqu'il capeye sous une des voilures dont nous avons parlé, et peut -avoir des résultats moins funestes, puisqu'en sacrifiant les voiles qui -sont appareillées on peut faire redresser le navire et le faire arriver. - -Si le grand hunier est dehors, on file ses écoutes en bande, et comme il -ne tardera pas à être emporté, le navire peut se relever, sentir alors -l'effet du gouvernail, et arriver d'autant mieux que l'artimon a dû être -hâlé-bas, ou éventré si on ne peut le hâler-bas. - -Si on est sous la misaine, on choque son écoute en se débarrassant du -foc d'artimon et de l'artimon. En choquant l'écoute de misaine, on -décharge le navire qui se redresse et sent alors l'effet du gouvernail. -Mais si tous ces moyens étaient insuffisans, il faudrait couper le mât -d'artimon. - -Il faut toujours avoir des haches sur le pont lorsqu'on est à la cape. - - - - -CHAPITRE VIII. - -_Mouillages._ - - -La manière dont on vient au mouillage dépend non-seulement du temps et -des localités, mais encore de l'emploi des câbles ou des câbles-chaînes. -Pour s'amarrer avec les câbles, il faut mouiller en culant pour ne pas -surjoualer l'ancre; avec les câbles-chaînes il faut au contraire -mouiller avec de l'aire, sans cela la chaîne filant avec rapidité -pourrait tomber sur l'ancre et la casser, ce que nous avons vu arriver -plusieurs fois. Si on mouillait en culant, il faudrait culer avec une -grande rapidité. - - -_Mouiller de beau temps._ - -Si l'on est au plus près, après avoir choisi le point où l'on veut -mouiller, on met le navire sous une voilure maniable, ordinairement les -huniers, les perroquets, le grand foc et la brigantine. On fait route un -peu sous le vent de ce point, lorsqu'on en est à une ou deux encâblures, -suivant les qualités qu'on connaît à son navire, on hâle-bas le foc, on -cargue les huniers et les perroquets, on court ainsi un instant, puis on -met la barre dessous pour venir amortir l'aire au point où on veut -laisser tomber l'ancre, et on mouille aussitôt que le navire cule. La -bitture file, le navire fait tête, et on cargue la brigantine. - -Si on se sert de câbles-chaînes, on passe avec de l'aire sur le point où -l'ancre doit tomber, on la mouille et on ne revient au vent que lorsque -la chaîne en filant sur la bitte casse l'aire et force le navire à faire -tête. Le mouvement est assez vif pour qu'il soit inutile de l'augmenter -en conservant la brigantine. On peut la carguer en même temps que les -autres voiles. - -Si on vient largue, après s'être mis sous une voilure maniable, on se -dirige sous le vent du point où on veut mouiller, mais de manière à -laisser assez d'espace au navire pour ranger au vent sur son aire. -Parvenu à une distance convenable, on hâle-bas les focs, on cargue les -voiles moins la brigantine, qu'on met dehors si on ne l'a pas, et on met -la barre dessous. Le navire range au vent, et vient s'amortir sur le -point désigné, où on laisse tomber l'ancre aussitôt qu'il cule. Si on a -rangé au vent trop tôt, on coupe l'aire en brassant sur le mât les -voiles carguées. - -On voit qu'il est impossible de fixer le moment où on doit carguer et -lancer au vent, puisqu'il dépend de la force du vent, de la vitesse ou -de la dimension des navires qui conservent leur aire d'autant plus que -leur masse est plus considérable. - -Pour mouiller avec les câbles-chaînes, comme il est inutile de culer, il -ne s'agit plus que de venir sur le point où on veut mouiller avec une -vitesse convenable, et à moins d'une faible brise, il faut carguer les -voiles avant de laisser tomber l'ancre, ou on pourrait fatiguer la -chaîne et les bittes outre mesure. - -Si après avoir mouillé on devait éviter au courant et non au vent, il -faudrait mouiller de manière à ne pas passer sur son ancre en évitant au -courant, dont on connaît la direction, ou garder assez de voiles, après -avoir mouillé, pour faire passer le navire sous le vent de son ancre en -les masquant. - - -_Mouiller de mauvais temps._ - -La manoeuvre à faire pour mouiller de mauvais temps ne diffère en rien -de celle qu'on exécute pour mouiller d'un temps maniable; il est -seulement quelques précautions que nécessitent l'état du vent et de la -mer. - -Avec des chaînes, la manoeuvre est absolument semblable, puisque tout -consiste à venir sur le lieu où on veut laisser tomber l'ancre avec une -vitesse convenable, et à se débarrasser promptement des voiles pour ne -pas fatiguer les chaînes. On doit serrer immédiatement après avoir -cargué. - -Si on mouille vent arrière, il faut, en laissant tomber l'ancre, mettre -un peu de barre du côté opposé à l'ancre, pour détacher la chaîne de la -joue du navire, qui sans cela raguerait le cuivre du doublage. - -En mouillant avec des câbles, l'aulofée sera bientôt limitée, surtout si -la mer est forte, et le navire, au lieu de ranger au vent et de culer, -dérivera par le travers et tombera sous le vent; c'est alors qu'il -faudra mouiller, en serrant s'il est possible les voiles, afin que le -navire ne traîne pas son ancre après lui. - -Si on vient grand largue ou vent arrière d'un temps forcé, on cargue et -on serre les voiles avant d'arriver au point où l'on veut mouiller. -Quand on est à petite distance, on met la barre dessous, ou du bord -opposé à celui du lieu où on veut mouiller si on est vent arrière, et on -borde l'artimon. Le navire prendra le vent par le travers, perdra sa -vitesse et dérivera, alors on mouillera, en ayant eu le soin de placer -des bosses cassantes sur le câble, pour modérer l'aculée du navire et -diminuer la secousse qu'il imprimera à son câble en faisant tête. - - -_Mouiller avec embossure._ - -On mouille en faisant embossure, lorsqu'on veut présenter le travers à -un point déterminé, ce qu'on ne pourrait faire en évitant au vent -régnant ou au courant. - -Avant d'aller au mouillage, on étalingue à l'organeau de l'ancre qu'on -doit mouiller, un grelin qu'on dispose de manière à pouvoir filer en -mouillant l'ancre. - -Après avoir manoeuvré comme nous l'avons dit et filé la quantité de -câble ou de chaîne nécessaire, on passe le grelin par-dehors dans une -poulie de retour placée dans le sabord de l'arrière ou dans le chaumar -d'embossage du bord qu'on veut présenter au vent ou au courant, et on le -vire au cabestan, où on le tourne lorsque le travers est bien effacé au -point désigné. - -Il est inutile de dire que lors même que le vent ou le courant -permettrait de présenter le travers au point désigné, il n'en faudrait -pas moins venir au mouillage avec une embossure pour s'en servir en cas -de changement de vent. - - -_Observations._ - -L'adoption à peu près générale des câbles-chaînes a singulièrement -simplifié la manoeuvre à faire pour mouiller avec précision dans un -espace resserré par des dangers ou des navires. L'habitude et la -connaissance parfaite des qualités du navire, l'appréciation exacte de -l'influence que telle ou telle circonstance avait sur la vitesse et la -rapidité de ses mouvemens, pouvaient seules donner au manoeuvrier la -certitude de venir porter son ancre à un point désigné. On en jugera -facilement si on réfléchit à la difficulté qu'on éprouve souvent à -prendre des corps morts sur une rade, sans être obligé de laisser tomber -une ancre. - -Les câbles-chaînes qu'on peut mouiller sans se déranger de sa route et -qui n'exigent ainsi pour la manoeuvre qu'un bien moins grand espace, -évitent, dans les rades resserrées et encombrées de navires, des avaries -autrefois très-fréquentes. - -On doit toujours venir au mouillage avec les deux ancres des bossoirs -disposées, c'est-à-dire qu'elles sont garnies de leurs bouées et de -leurs orins; que les bittures des câbles sont prises et élongées, ou que -les puits sont ouverts et que les chaînes ont été tournées aux bittes, -après avoir laissé de l'avant un mou de trois à quatre brasses. - -Si on mouille de gros temps, l'ancre de veille des porte-haubans de -misaine doit être étalinguée. - -En approchant de terre, aussitôt que la profondeur de l'eau rend le -mouillage possible, on débouche les écubiers. - -Dès que la sonde à la main peut donner le fond, on place des sondeurs -dans les grands porte-haubans, qui donnent alternativement la profondeur -et la nature. - - - - -CHAPITRE IX. - - -_Affourcher à la voile._ - -Cette manoeuvre ne peut s'exécuter que lorsque le vent permet de courir -avec au moins un quart de largue sur la ligne où on doit laisser tomber -les ancres. Elle exige de grandes précautions, car si le câble ou la -chaîne était retenu en filant, le navire rappellerait et manquerait sa -manoeuvre. - -Supposons qu'on veuille affourcher S. E. et N. O., et qu'on vienne du -sud, la première ancre qu'on laissera tomber sera celle du S. E. On se -met sous une voilure convenable, mais il vaut mieux avoir trop que trop -peu de voiles, car si on n'a pas assez de vitesse, le câble et surtout -la chaîne seront mal élongés; leur poids fera dériver le navire, il -tombera sous le vent, et la deuxième ancre ne sera pas dans le -relèvement voulu. - -Venant donc avec une vitesse suffisante, on gouverne au vent de N. O., -on laisse tomber l'ancre du vent qui sera celle du S. E., puis on arrive -promptement un peu sous le vent du N. O.; on court ainsi jusqu'à ce que -la touée de S. E. soit presque filée, et on lance au vent en carguant -vivement les voiles et mouillant la deuxième ancre. - -On vire sur l'amarre du S. E. en filant celle du N. O., jusqu'à ce qu'il -y ait dehors une égale quantité de chacune d'elles. - - -_Observations._ - -Après avoir mouillé l'ancre du S. E., on gouverne un peu sous le vent du -N. O., parce que si on gouvernait au N. O., en lançant au vent pour -mouiller la deuxième ancre, on dépasserait la ligne du relèvement. - -Le câble de la touée de la première ancre doit être entièrement élongé -sur le pont par plis dans toute la longueur, afin de pouvoir filer avec -la plus grande facilité. - -Si on affourche avec des chaînes, on ouvre leurs puits et on met sur -l'avant de la bitte de la première ancre, une quantité de chaînes plus -considérable que dans les mouillages ordinaires, afin que le choc -occasionné par la chute de l'ancre imprime une assez grande force pour -faire filer avec rapidité la chaîne sur sa bitte. - -Si la brise était faible, on pourrait décapeler le tour de bitte et -laisser filer la chaîne sur son rouleau, ayant bien soin de l'étrangler -à temps pour qu'elle ne file pas jusqu'à l'étalingure de la cale, afin -d'éviter de se servir de la tournevire pour se haler dessus. - -Si on avait le vent de l'arrière pour affourcher, on mouillerait sa -première ancre, puis, rappelant au vent, on culerait en mettant les -voiles sur le mât, et on irait ainsi laisser tomber la seconde. - -On ne peut affourcher à la voile qu'avec une brise maniable et une belle -mer; il serait dangereux de le tenter avec un vent frais et une grosse -mer, car alors on est moins sûr de la précision des mouvemens du navire, -qui sont dans cette manoeuvre de la plus grande importance, pour ne pas -la manquer. - -Il faut aussi se bien rendre compte de l'action des courans, parce que -s'ils sont violens, ils auront une grande influence sur le navire dans -le moment où il ira porter sa deuxième ancre, puisque, bridé par le -câble, il ne sent plus aussi bien l'effet de la voilure et de son -gouvernail. - -Si les courans sont sur la perpendiculaire de la ligne du relèvement, on -les neutralise facilement en gouvernant pour mouiller la deuxième ancre -au vent ou sous le vent de la ligne. S'ils suivent la ligne du -relèvement, ils accélèrent ou retardent le mouvement, il n'y a donc qu'à -diminuer ou augmenter de voiles. Enfin s'ils sont sur une ligne oblique, -il faut faire entrer leur appréciation dans la route qu'il faut faire -suivre au navire pour parvenir exactement au point désigné. - - - - -CHAPITRE X. - -_Des Abordages._ - - -L'abordage est la manoeuvre qui joint d'assez près deux navires ennemis, -pour que, liés entr'eux par les grappins jetés par l'abordeur, son -équipage puisse passer sur le navire abordé, afin de l'enlever. - -Celui des deux navires qui juge que l'abordage peut lui être favorable, -doit avoir une marche supérieure à son ennemi; sans cela, celui-ci sera -toujours le maître d'éviter l'abordage, à moins que des avaries dans sa -mâture ne lui aient donné une infériorité de vitesse. - -Quelle que soit la supériorité de marche de l'abordeur, si l'abordé est -manoeuvré par un capitaine de sang-froid et expérimenté, il lui sera -souvent facile non-seulement d'éviter l'abordage, mais encore de mettre -son ennemi dans une position dangereuse. - -L'abordeur doit veiller non-seulement à sa manoeuvre, mais encore -prévoir, s'il est possible, celle de son ennemi, ou au moins l'imiter -promptement pour paralyser ses tentatives et parer aux inconvéniens et -aux dangers qu'il pourrait courir par une manoeuvre habile du navire -abordé. - - -_Aborder au vent, en courant au plus près._ - -L'abordeur ayant une supériorité de marche, se place dans la hanche du -vent de son ennemi; lorsqu'il juge le moment favorable, il fait une -petite arrivée sur la hanche du vent, et le prolonge en revenant -vivement à la même route que lui en lui lançant ses grappins. - -Mais si aussitôt que les grappins sont jetés, l'abordé contre-brasse -devant, brasse carré derrière, cargue la brigantine et met la barre -dessous, il culera avec rapidité, fera casser les cartahus des grappins, -et se trouvera bientôt de l'arrière de son ennemi, qu'il pourra -inquiéter en virant lof pour lof sous sa poupe. - -L'abordeur sera obligé d'imiter cette manoeuvre, et s'il la fait en -temps opportun, il virera en même temps que son ennemi, et ils se -trouveront encore abordés quoique ayant changé d'amures. - -Mais comme l'abordé a primé de manoeuvre, qu'il entraîne avec lui son -adversaire, que ses voiles seront plutôt orientées à l'autre bord, il -lui sera facile, en forçant de voiles, d'acquérir une vitesse plus -grande, de faire casser les cartahus des grappins, et de se détacher. - - -_Aborder sous le vent, en courant au plus près._ - -L'abordeur se place dans les eaux de son ennemi, et même un peu au vent; -à une demi-encâblure environ, il arrive de manière à raser sa bouteille -avec la civadière, puis redresse sa route et élonge sous le vent en -jetant les grappins. - -Mais cette manoeuvre dont la réussite est assurée par l'avantage de -marche, peut avoir les conséquences les plus terribles pour l'abordeur. - -Si l'abordé a bien jugé la manoeuvre de son adversaire, il a tout -disposé pour évoluer avec célérité, et au moment où il voit son ennemi -faire une arrivée pour le prolonger sous le vent, il contre-brasse -devant, brasse à culer derrière, cargue la brigantine et met la barre -dessous. Amortissant son aire ainsi promptement, et arrivant avec -célérité par l'effet de ses voiles de l'avant contre-brassées, il tombe -en travers sur le beaupré de son ennemi, l'engage dans ses haubans, et -dans cette position l'enfile avec toute son artillerie. - -Les rôles peuvent alors changer, et l'abordé devenir abordeur, s'il -manoeuvre avec habileté et sang-froid. Protégé par son artillerie, il -peut lancer son équipage sur le pont de son ennemi, que cette manoeuvre -a dû étonner, et peut-être décourager. Il profite du moment où le -beaupré est engagé pour en hacher toutes les manoeuvres, surtout les -sous-barbes et les étais, et s'il y a réussi et que son équipage soit -numériquement trop faible pour lutter avec avantage, il évente force de -voiles pour se dégager et se fait chasser au plus près, en virant -fréquemment de bord vent devant, manoeuvre que son ennemi ne pourra -imiter si ses étais ont été coupés. - -Si cette manoeuvre est bien exécutée, elle mettra toujours l'abordeur -dans une position critique, ou au moins le fera renoncer à son projet; -car quelle que soit sa promptitude à imiter les mouvemens de son ennemi, -il sera dans cette circonstance trop primé de manoeuvre pour pouvoir en -paralyser les résultats par une évolution semblable. Le seul parti à -prendre, peut-être, serait, s'il en était temps encore, de lancer au -vent pour prendre à l'autre bord. - - -_Aborder sur l'avant, en courant au plus près._ - -L'abordeur passe au vent de son ennemi, à petite distance, et parvenu à -une ou deux longueurs de sa joue du vent, il arrête son aire en brassant -carré derrière; contre-brasse de vent et cargue la brigantine pour -abattre; met la barre dessous aussitôt que l'aire est amorti, et tombe -ainsi en travers sur le beaupré de son adversaire, qui ne peut trouver -d'autres moyens de l'éviter qu'en imitant sa manoeuvre, mais qui étant -primé dans le mouvement, pourra difficilement se soustraire à un -abordage dangereux. - -Cependant, s'il a prévu le mouvement à temps, il peut mettre tout à -culer, hâler-bas les focs; mettre la barre dessous, puis la dresser, et -la changer lorsque le navire cule. Il est possible que si l'aculée se -prononce promptement, l'abordeur dépasse le beaupré et soit alors obligé -de manoeuvrer pour prolonger sous le vent. - -Cet abordage est sans contredit le plus terrible pour l'abordé, celui -auquel il se soustrait le plus difficilement, et dont la non-réussite -offre le moins de désavantage à l'abordeur. - - -_Aborder en courant largue._ - -Si on veut aborder en courant largue, la manoeuvre ne diffère pas -essentiellement de celles que nous avons décrites pour aborder au vent -ou sous le vent, courant au plus près. - -Pour aborder au vent, l'abordeur se placera dans la hanche du vent, et -par sa supériorité de marche prolongera son adversaire d'aussi près -qu'il voudra pour lui lancer ses grappins. Mais celui-ci qui court -largue, peut en rangeant vivement au vent, ce à quoi il doit être -préparé, ou dépasser l'abordeur, ou mieux encore engager son beaupré. - -Cette manoeuvre oblige l'abordeur à lofer pour prolonger l'ennemi sous -le vent, ou à mettre tout à culer pour dégager son beaupré. - -Pour aborder sous le vent, l'abordeur se place dans les eaux, range à -toucher la hanche sous le vent, et lofant le prolonge en jetant les -grappins. L'abordé, par une arrivée prompte, peut parvenir à lui engager -son beaupré comme nous l'avons dit en parlant du plus près. - -Si on veut aborder en engageant le beaupré de son ennemi, on le prolonge -au vent, et parvenu à petite distance de sa joue, on arrive promptement -en ralinguant derrière et mettant la barre au vent. Mais ce mouvement -doit se faire très-près de l'ennemi, sans quoi on pourrait le dépasser, -si on ne le serrait pas pour l'empêcher de lofer et le mettre dans la -nécessité d'accepter l'abordage, ou d'imiter le mouvement en arrivant -lui-même, et alors, quelle que soit la vivacité de sa manoeuvre, on -parviendra au moins à l'aborder par le travers. - -Il est inutile de parler de la différence qui existera dans la -manoeuvre, si les deux navires couraient vent arrière. Elle sera -facilement saisie. - - -_Aborder à l'ancre._ - -On peut vouloir aborder un navire à l'ancre, mouillé dans une rade non -défendue, car s'il en était autrement, on aurait à essuyer le feu des -batteries de côte, qui pourraient occasionner de graves avaries dans la -mâture, et qui compromettraient la sortie. - -Il ne faudrait dans ce cas tenter l'attaque qu'avec un vent fait, qui -permît d'entrer et de sortir de la bordée. - -Mais si la rade n'est pas défendue, ne vaut-il pas mieux réduire -l'ennemi par le canon, surtout si le navire surpris par l'attaque n'a -pas d'embossure pour se traverser, car alors on peut prendre une -position telle, que son artillerie lui soit inutile. - -Si on veut aborder, on peut le faire soit en élongeant le navire au -vent, ou sous le vent, comme nous l'avons déjà dit; ou mieux encore lui -passer de l'avant et engager son beaupré dans les haubans du grand mât, -manoeuvre qui alors n'offre aucune difficulté. L'abordé, s'il est -affourché, filera une de ses amarres pour rappeler sur l'autre, au -moment où la manoeuvre de son ennemi sera marquée, et la fera manquer, -s'il peut parvenir à embarder avec célérité. Mais si ce moyen ne lui -suffit pas, il ne reste plus qu'à couper ses câbles et se jeter à la -côte en tâchant d'y entraîner son ennemi, qui doit toujours être prêt, -pour l'éviter, à laisser tomber une ancre. - -L'abordeur peut aussi venir mouiller son ancre sur la bouée de son -adversaire, et laissant culer, il l'élongera en jetant à bord ses -grappins et arrêtant son câble. Mais il faut mouiller avec une bien -grande précision pour être sûr de sa manoeuvre. - - - - -CHAPITRE XI. - -_De la Chasse._ - - -On ne peut chasser un navire avec avantage que si on a sur lui une -supériorité de marche, ce dont on s'assure facilement en se mettant aux -mêmes amures, et le relevant au compas. Si l'angle de relèvement -augmente, c'est une preuve qu'on marche mieux, et on sera sûr alors de -le joindre si on manoeuvre avec précision et habileté. - -Le bâtiment chassé doit profiter avec le plus grand soin de toutes les -chances favorables que lui offrent ses qualités et les changemens de -temps et de vent. Etant plus faible, et par conséquent moins long que -son adversaire, il peut le fatiguer et lui faire perdre du temps, en -virant fréquemment de bord vent devant s'il est au vent, puisque le -temps des évolutions est en rapport de la longueur des navires. Il peut -prendre l'allure qui lui est la plus favorable, changer souvent de route -avec promptitude pour primer de manoeuvre sur son adversaire, qui est -obligé de l'imiter, et qui ne pouvant toujours prévoir ces changemens, -perdra ainsi beaucoup de temps. - -Si la mer est forte, il ne doit pas balancer à compromettre sa mâture, -en virant vent devant pour forcer son ennemi à courir les mêmes risques, -ou à virer vent arrière, ce qui lui fera perdre du temps et du chemin. - -S'il a reconnu que sa vitesse augmentait par tels ou tels changemens -opérés à bord dans la distribution des poids de l'arrimage, il doit les -exécuter, s'alléger s'il le faut pour prolonger la chasse, afin de -pouvoir atteindre la nuit, car alors une fausse route peut le sauver. - - -_Chasser au vent._ - -Le chasseur doit relever le bâtiment qu'il veut chasser, et aussitôt -qu'il le trouve sur la perpendiculaire à sa route, il vire et continue -l'autre bord jusqu'à ce qu'il ait encore ramené le navire chassé sur la -perpendiculaire à sa nouvelle route. - -Il continue ainsi et doit infailliblement l'atteindre, puisqu'il a un -avantage de marche et qu'il vire pour s'en rapprocher dans la position -la plus convenable. - -La raison de cette manoeuvre est bien facile à saisir. Le chasseur -virant, lorsqu'il relève le chassé dans la perpendiculaire à sa route, -est alors à la plus petite distance possible de son adversaire; virant -alors, il gagne sur cette distance la quantité dont il gagne au vent, -jusqu'au moment où il le relève encore dans la perpendiculaire de sa -nouvelle route. Là, il a encore atteint la plus petite distance qui le -sépare, et gagne de nouveau en virant la quantité dont il va s'élever au -vent dans cette nouvelle bordée. Cette différence qui, comme on le voit, -est l'excédant de marche, finira par les faire trouver bord à bord si -les circonstances ne changent pas. - -Si le chasseur dépassait la perpendiculaire à sa route, il s'éloignerait -et perdrait du chemin nécessairement. S'il commettait la faute grave de -chasser dans les eaux et d'y virer à grande distance, le chassé, en -virant immédiatement, se retrouverait alors au vent du chasseur de toute -la distance qui les sépare, puisque les routes sont parallèles. - -C'est dans cette position que le navire chassé doit user de tous les -moyens pour gagner au vent; et quoiqu'il paraisse, à la première vue, -plus prudent pour lui de conserver toujours le même bord, il peut -arriver telle circonstance, comme nous l'avons dit, où il lui soit -avantageux de virer fréquemment si ses mouvemens sont plus prompts que -ceux de son adversaire, et surtout s'il peut le forcer, en l'imitant, à -compromettre sa mâture, car quant à lui il n'a rien à perdre et doit -tout tenter pour s'échapper. - - -_Chasser sous le vent._ - -Si le chasseur est au vent, il relève son adversaire avec un compas, et -gouverne de manière à le tenir toujours au même aire de vent, en ne se -dérangeant pas de sa route; car il est évident qu'en continuant ainsi -ils viendront se rencontrer au même point. Si le chasseur s'aperçoit que -l'angle de relèvement augmente ou diminue, c'est une preuve qu'il est -trop au vent ou trop arrivé, et il rectifie sa route, sans quoi il -passerait de l'avant ou de l'arrière du vaisseau chassé. - -Dans cette position, le navire chassé doit prendre l'allure qui lui est -la plus favorable; faire toute la voile possible; s'il a un équipage -nombreux, changer souvent d'amures, car il prime de manoeuvre et oblige -ainsi son adversaire à l'imiter, et lui fait perdre du temps, son -évolution étant plus longue et non prévue. - -Si le temps est à grains, il ne doit diminuer de voile qu'à la dernière -extrémité, et même compromettre sa mâture, s'il peut forcer ainsi son -adversaire à l'imiter. - -On ne doit pas balancer à se débarrasser de tous les objets qui gênent -la manoeuvre et qui peuvent retarder la rapidité des évolutions. - -Une mâture trop fortement tenue nuit souvent à la marche; et si la brise -n'est pas violente, il peut y avoir de l'avantage à donner du mou dans -les haubans et les galhaubans. Au plus près, il faudrait se débarrasser -de tous les objets qui augmentent l'élévation des oeuvres mortes. - - -_De la Tactique Navale._ - -Il ne peut entrer dans le plan que nous nous sommes tracé, de donner un -traité complet de tactique navale, qui ne pourrait être que la copie du -traité publié par le gouvernement pour les navires de l'état. Nous nous -contenterons d'y prendre quelques définitions et l'indication des -ordres. - -La tactique navale est l'art de faire mouvoir des vaisseaux réunis en -corps d'armée. - -On entend par évolutions les mouvemens d'une armée, ou partie d'une -armée, pour s'établir dans un arrangement ou un ordre convenu. On -comprend sous la classification générale d'évolutions, la formation des -ordres; le passage de l'un à l'autre; enfin, leur rétablissement -lorsqu'ils viennent à être troublés. - -La ligne du plus près est celle que tiennent des vaisseaux qui -s'approchent le plus possible du lit du vent. En tactique, cette ligne -est réputée faire avec la direction du vent un angle de 67° 30', ou de -six des trente-deux divisions de la boussole. - -On distingue deux lignes du plus près: un vaisseau court sur la ligne du -plus près bâbord, s'il est au plus près, les amures à bâbord; il court -sur la ligne du plus près tribord, s'il est au plus près, les amures à -tribord. - -Des vaisseaux rangés dans les eaux les uns des autres, et faisant la -même route, sont en _ligne de file_. Dans ce cas _le relèvement et la -route_ sont représentés par le même rhumb de vent. - -Si des vaisseaux en ligne de file gouvernent au plus près, cette ligne -de file prend alors le nom de _ligne de bataille_. - -Si des vaisseaux en ligne de file courent, non au plus près, mais deux -quarts largue seulement, cette disposition particulière de la ligne de -file, qui convient souvent pour combattre, s'appelle _ligne de file sur -la perpendiculaire du vent_. - -Mais si des vaisseaux déployés sur une ligne se relèvent les uns les -autres sur une aire de vent donnée, et gouvernent sur une autre, ils -sont établis sur une _ligne de relèvement_. - -L'_ordre_ en général est la manière déterminée dont les vaisseaux d'une -armée doivent être rangés. Il y a différens ordres, selon les -circonstances dans lesquelles une armée doit naviguer et peut se -trouver. - -L'ordre est appelé _naturel_ toutes les fois que chaque vaisseau suit le -_matelot d'avant_ qui lui a été assigné par l'ordre de bataille de -l'amiral. - -L'ordre est dit _renversé_ toutes les fois que les matelots d'avant -deviennent _matelots d'arrière_; ce qui arrive lorsque les _queues_ -deviennent têtes par des changemens de position ou par inversion -d'ordre. - -La transposition des escadres dans une ligne de bataille ne change pas -la dénomination de l'ordre, qui sera appelé naturel si dans chaque -escadre les têtes mènent les queues; et il sera renversé, si au -contraire dans chaque escadre, les queues mènent les têtes, quand même -les escadres seraient à leur poste naturel, c'est-à-dire la _seconde_ -escadre à l'avant-garde, la _première_ au corps de bataille, et la -_troisième_ à l'arrière-garde. - -Les ordres sont: les ordres de marche et les ordres de bataille, que -l'on est convenu de distribuer de la manière suivante: - -Ordres de marche, - -1º Par colonnes et ligne de file, c'est-à-dire sur trois ou deux -colonnes, ou sur une seule ligne; - -2º Sur une des lignes du plus près; - -3º Sur la perpendiculaire du vent; - -4º Sur la perpendiculaire de la route ou ligne de front; - -5º En échiquier. - -Les ordres ou ligne de bataille, - -1º Au plus près du vent; - -2º En ligne de file sur la perpendiculaire du vent. - -L'ordre de marche sur trois colonnes réunit le mieux les bâtimens sans -les exposer aux abordages; il facilite la prompte formation de la ligne -de bataille aussi bien que la surveillance de l'amiral et la -transmission des signaux. - -Cet ordre suppose que les trois escadres de l'armée se placent sur trois -lignes égales et parallèles, dans les conditions ci-après: - -1º Les vaisseaux de la première escadre qui est au centre, et à la tête -de laquelle marchera l'amiral pour marquer la route, seront exactement -dans les eaux les uns des autres, et à la distance qui aura été -prescrite; - -2º Les chefs de file des deux autres escadres ou colonnes étant placés -par le travers du chef de file de la colonne du centre, relèveront le -serre-file de cette colonne à deux rhumbs de la route; - -3º Les serre-files des colonnes des ailes étant dans les eaux de leurs -colonnes, se tiendront par le travers du serre-file de la colonne du -centre, d'où ils doivent relever le chef de file de cette dernière à -deux rhumbs de la route. - -On peut appliquer à l'ordre de marche sur _deux colonnes_ ce qui vient -d'être dit sur les trois colonnes, les conditions de formation et -d'évolution étant, par analogie, les mêmes pour ces deux ordres. - -L'ordre de marche sur une ligne de file, grand largue ou vent arrière, -s'appelle généralement _ordre_ ou _ligne de convoi_. C'est la condition -de la route vent arrière ou grand largue qui constitue la différence -entre cet ordre et la ligne de bataille. - -_L'ordre de marche sur une des lignes du plus près_, est celui dans -lequel les vaisseaux courant largue ou vent arrière se relèvent sur une -des lignes du plus près. - -Ainsi l'on distingue cet ordre en ordre de marche sur la ligne du plus -près _tribord_, et ordre de marche sur la ligne du plus près bâbord, -selon que les vaisseaux se relèvent sur l'une ou l'autre de ces deux -lignes. - -Dans _l'ordre de marche sur la perpendiculaire du vent_, les vaisseaux -courant grand largue, ou vent arrière, se relèvent sur la -perpendiculaire du vent. - -Des vaisseaux faisant une route quelconque, s'ils se relèvent sur la -perpendiculaire de cette route, sont dits en ordre de marche sur cette -perpendiculaire, ou en _ordre de front_. - -Des vaisseaux qui tiennent l'amure d'une des lignes du plus près, et qui -se relèvent sur l'autre, sont dits en _échiquier_ sur cette ligne. - -C'est le relèvement et non pas l'amure qui donne le nom à l'échiquier; -ainsi on dit _échiquier sur la ligne du plus près tribord_, pour -exprimer la position des vaisseaux qui se relèvent sous cette ligne et -ont les amures à bâbord; et _échiquier sur la ligne du plus près -bâbord_, si les vaisseaux se relèvent sur cette ligne et courent les -amures à tribord. - -Des vaisseaux rangés en _ligne de file au plus près du vent_, ou _sur la -perpendiculaire du vent_, sont en ligne de bataille. Cette ligne peut -être formée tribord ou bâbord amures, ordre naturel ou ordre renversé. - -Mais on entend plus particulièrement par _ligne de bataille_, la ligne -de file dont les vaisseaux courent au plus près du vent. S'il s'agit -d'exprimer la ligne de bataille deux quarts largue, on doit dire _ligne -de file sur la perpendiculaire du vent_. - -Dans toute _formation_ d'ordre, le vaisseau amiral, ou celui qui est au -centre de l'armée, est le _régulateur_, c'est-à-dire le point sur lequel -se règle le mouvement. - -Chaque vaisseau doit connaître son _relèvement_ et sa _distance_ par -rapport au régulateur. - -Si l'armée est en ligne et que l'amiral fasse le signal de _forcer_ ou -_d'augmenter de voiles_, c'est au chef de file à exécuter l'ordre le -premier; et s'il s'agit au contraire de _diminuer de voiles_, le -mouvement doit commencer par le serre-file. - -Il est établi en tactique, que tout mouvement _tout à la fois_ commence, -en ligne de file, par le serre-file, c'est-à-dire que, lorsqu'une armée -en bataille ou en ordre de convoi devra virer de bord, arriver ou tenir -le vent tout à la fois, aucun vaisseau ne virera, n'arrivera, ou ne -tiendra le vent, qu'après que son matelot d'arrière aura commencé le -mouvement; ce qu'on exprime en disant qu'il aura _marqué sa manoeuvre_. - -S'il s'agit au contraire d'un _mouvement successif_, c'est au chef de -file à commencer. - -On dit tenir le vent, arriver par un mouvement successif, lorsque des -vaisseaux viennent au vent ou arrivent l'un après l'autre, en suivant le -chef de file qui règle la route; s'il est question d'un virement de bord -opéré successivement, l'usage le plus général est alors de virer _par la -contre-marche_. - -Le principe général est qu'en ligne de bataille, ou dans un ordre de -marche quelconque, le mouvement, quel qu'il soit, doit commencer _par le -vaisseau qui n'en voit pas d'autre du côté où l'on va mettre le cap_. - -La _contre-marche_ est le mouvement d'une ligne dont les vaisseaux -virent successivement de bord, vent devant ou vent arrière, pour prendre -les eaux du chef de file. Ainsi l'on dit, pour exprimer cette double -évolution, virer de bord vent devant par la contre-marche; virer de bord -lof pour lof par la contre-marche. - - - - -MANOEUVRE - -DE L'ARTILLERIE. - - - - -CHAPITRE 1er. - - -_Définitions et Nomenclature._ - -Les pièces d'artillerie dont on se sert dans la marine sont les canons, -les caronades, les pierriers et les espingoles. Ces deux dernières armes -ne s'emploient guère que sur les hunes et les embarcations. - -Les canons et les caronades sont en fer coulé; les caronades ne sont -autre chose que des canons courts, légers, modifiés en quelques parties -accessoires, installés différemment, et qui, dans certains cas, ont -plusieurs avantages sur les canons. - -Elles se manoeuvrent plus facilement et avec moins de monde; elles se -chargent plus vite; elles laissent plus d'espace libre dans les -batteries, et elles fatiguent moins les ponts. - -De leur côté, les canons ont leurs avantages particuliers. Ainsi, ils -portent plus loin dans les mêmes circonstances; à distance égale, ils -percent les vaisseaux ennemis plus facilement que les caronades, mais -font moins d'éclats lorsqu'on se bat de près, et sont par conséquent -moins dangereux. Ils sont plus longs, par conséquent d'un pointage plus -sûr et d'un danger moindre sous le rapport de l'incendie; la rupture de -la brague n'est ni aussi fréquente ni aussi grave, enfin leur recul -adoucit davantage les secousses communiquées à la muraille des -vaisseaux. - -On désigne les canons et les caronades par le nombre de livres que -pèsent les boulets ou projectiles ronds qu'ils sont destinés à lancer; -le diamètre de ces boulets détermine celui du creux du cylindre de la -pièce; et ce poids, ou indifféremment ce dernier diamètre, est ce qu'on -appelle le calibre de la bouche à feu. - -Les canons en usage à bord sont ceux des calibres de 36, 30, 24, 18, 12 -et 8, c'est-à-dire dont les boulets pèsent à très-peu près ce même -nombre de livres; les caronades ont les mêmes calibres, à l'exception de -celui de 8. - -Pour diminuer la confusion et les inconvéniens d'avoir plusieurs -calibres à un même bord, on tend à généraliser celui de 30. - -Pour chaque calibre de canons il y a deux sortes de pièces, savoir: les -longues et les courtes, et celles-ci n'ont d'autre différence avec les -premières, que d'avoir moins de longueur et plus de légèreté. - -On trouve dans le tableau ci-dessous la longueur totale, le poids de ces -diverses pièces, et le diamètre de leurs boulets. - - +========+=========+=========+=========+========+========+==========+ - | | | | | | |Diamètre | - | |Longueur |Longueur |Longueur |Poids du|Poids du|du Boulet | - | |du Canon |du Canon |de la |Canon |Canon |réglemen- | - |Calibre.|long. |court. |Caronade.|long. |court. | taire. | - |========+=========+=========+=========+========+========+==========+ - | | p. p. | p. p. | p. p. | liv. | liv. | p. lig. | - | | | | | | | | - | 36 | 10 1 | 9 7-1/2 | 5 7 | 7.174 | 6.187 | 6 3 | - | 30 | 9 8-3/4 | 9 1-1/2 | 5 6 | 6.200 | 5.318 | 5 10-5/4 | - | 24 | 9 5-1/2 | 8 9 | 4 10 | 5.120 | 4.321 | 5 5-1/5 | - | 18 | 8 10-1/2| 8 3 | 4 5 | 4.214 | 3.506 | 4 11-1/2 | - | 12 | 8 3 | 7 6-3/4 | 3 10 | 2.997 | 2.398 | 4 4 | - | 8 | 8 7-5/4 | 7 5-5/4 | » » | 2.388 | 2.062 | 3 9-1/2 | - +========+=========+=========+=========+========+========+==========+ - -Les caronades pèsent environ le tiers du canon long du même calibre. - -Les canons et les caronades sont les bouches à feu dont on munit les -batteries et les gaillards des bâtimens de guerre; la nomenclature et -les explications suivantes compléteront cette définition. - - L'âme (_fig._ 1.) _a_ reçoit la charge. - - La bouche _b_ entrée de l'âme. - - * Les tourillons _c_ sorte d'essieux qui maintiennent la pièce - sur son chariot ou affût. - - * Les embases _d_ épaulement de tourillons. - - La volée _e_ commence à la gorge qui est en avant des - tourillons et finit à la bouche. (On - appelle l'avant de la pièce le côté de la - bouche, et l'arrière le côté opposé.) - - La tranche _f_ surface plane percée par la bouche, et - qui termine la volée en avant. - - Le bourrelet _g_ renflement près de la bouche. - - * La tulipe _h_ partie creuse en arrière du bourrelet. - - * La plate-bande - de volée _i_ cordon à la naissance de la tulipe. - - La lumière et le - champ de lumière _j_ tronc et creux où se placent la capsule, - l'étoupille, ou la poudre d'amorce. - - Le support de la - platine _k_ ex-croissance près de la lumière pour - placer le ressort, appelé platine, qui - doit mettre le feu. - - * L'astragale de la - lumière _l_ cordon en avant de la lumière. (Les - canons courts n'en ont pas.) - - La plate-bande de - culasse _m_ renflement en arrière de la lumière. - - La culasse _n_ partie de la pièce en arrière de la - plate-bande de culasse. - - Le renfort _o_ partie de la pièce qui commence à la - gorge de la plate-bande la plus en - arrière et qui finit à la volée. - - Le cul-de-lampe _p_ façon de la culasse de l'arrière. - - Le bouton _q_ extrémité de la pièce du côté de la - culasse et en forme de boule. - - Le collier du bouton _r_ partie étranglée par laquelle le bouton - tient à la culasse. - - L'anneau de brague _s_ anneau qui tient à la culasse et au - bouton. (Quelques canons n'en ayant pas - encore, la brague passe alors dans une - cosse estropée au collet.) - - -_Pour la Caronade._ - -La caronade a les mêmes parties que le canon, moins celles marquées d'un -astérisque (*), et il faut y ajouter les suivantes: - - L'encampanement - (_fig._ 2) _t_ entrée évasée de l'âme pour appuyer le - boulet en l'introduisant lors de la - charge. - - Le trou de vis de - pointage _u_ percé dans le bouton de culasse. - - Le support à - tourillons _v_ maintient la pièce sur l'affût au moyen - d'un boulon, dit boulon-tourillon. - -Ces pièces sont portées sur des espèces de chariots nommés affûts qui -servent à les manoeuvrer, et dont suivent également les parties en bois -ou en fer dont ils se composent. - - -_Affût du Canon._ (Parties en bois.) - - 2 flasques - (_fig._ 3) _a_ pièces principales où sont les - encastremens de tourillons. - - Le croissant _b_ placé en travers des flasques en avant - pour faciliter le pointage, et composé - de deux pièces dont une à charnière. - - L'entretoise _c_ joint et maintient les deux flasques dans - le sens de la hauteur, et sert d'appui au - croissant. - - 2 essieux _d_ supportent les flasques. - - 4 roues _e_ sur lesquelles reposent les essieux. - - La sole _f_ est située entre les flasques et joint - les essieux entre eux. - - -_Affût de Canon._ (Parties en fer.) - - Le boulon d'assemblage - et son écrou _g_ réunissent les flasques et l'entretoise. - - 2 charnières du - croissant _h_ pour rendre une partie du croissant - mobile. - - 2 clous à rivet de - tête de flasques _i_ pour empêcher les flasques de se fendre. - - 2 sus-bandes et - clavettes _j_ maintiennent les tourillons en dessus. - - 2 chevilles à mentonnet - avec écrou et - rosettes _k_ retiennent les sus-bandes et fixent - l'essieu d'en avant aux flasques. - - 2 chevilles à tête - ronde _l_ contiennent le bois des flasques (près - du premier adent). - - 2 chevilles à tête - carrée _m_ fixent l'essieu d'en arrière aux - flasques. - - 2 pitons de - manoeuvre _n_ sur le dernier adent pour la manoeuvre de - la pièce et pour la mettre à la serre, ou - l'assujettir de mauvais temps. - - 2 pitons de côté _o_ contre les flasques pour amarrer la pièce - à garans doublés. - - 2 anneaux de brague _p_ pour servir de conduite à la brague. - - 4 esses et leurs - viroles _q_ pour retenir les roues dans leurs essieux. - - 2 fourrures - d'anspect _r_ sous les flasques en arrière de l'essieu - pour le garantir de l'action des leviers - appelés pince et anspect. - - Piton carré de manoeuvre { pour le pointage à l'aide de - Piton rond de manoeuvre { l'anspect et de la pince. - - Piton de retraite contre l'essieu de derrière pour crocher - le palan de retraite. - - -_Affût de la Caronade._ (Parties en bois.) - - La semelle - (_fig._ 4.) _a_ reçoit et supporte la caronade. - - Le châssis _b_ porte la semelle qui se meut dans sa - coulisse. - - Les supports de - châssis _c_ taquets qui supportent le châssis. - - -_Parties en fer de la Semelle._ - - Le boulon-tourillon _d_ est passé dans le support pour servir - de tourillon. - - 2 crapaudines _e_ placées en avant et reçoivent le - boulon-tourillon. - - 4 boulons - d'assemblage _f_ deux placés en avant, et deux fixant les - anneaux de la brague; tous les quatre - maintiennent la semelle. - - 2 boucles de brague - avec plaque _g_ aux deux tiers de la longueur; elles - servent à passer la brague et diminuer - l'effort qui fait basculer la pièce lors - du tir; elles peuvent servir à palanquer - la semelle. - - Plaques de levier et - de vis de pointage - avec leurs rivets _k_ placées contre le derrière, le dessus et - le dessous de l'affût, pour prévenir les - dégradations des leviers et vis de - pointage. - - Le pivot _l_ traverse le châssis et facilite son - mouvement de rotation. - - -_Parties en fer du Châssis._ - - La cheville ouvrière, - sa plaque, etc _j_ pour mouvoir obliquement la tête du - châssis, tout en la maintenant contre le - bord. - - Le piton de cheville - ouvrière sa tête reçoit la cheville ouvrière, et - sa tige traverse le bord; il maintient - le châssis au moyen de la cheville - ouvrière. - - Le boulon d'assemblage pour maintenir le bois du châssis et le - manoeuvrer. - - 4 boulons de support fixent le châssis sur le support. - - Le briquet avec rivets Plaque de fer qui reçoit le choc du pivot - et de la rondelle, et qui empêche - l'écartement des deux côtés opposés. - - La plaque du levier - de pointage comme celle de la semelle. (Dans les - grandes obliquités on peut pointer par le - châssis, ce qui diminue l'obliquité de la - semelle, et par conséquent l'effort qui - en résulte sur le châssis lors du tir.) - -Les canons, les caronades et leurs affûts sont manoeuvrés ou retenus à -bord au moyen de divers cordages et palans, dont l'ensemble constitue le -gréement de la pièce. Outre ce gréement, chaque pièce nécessite encore -l'usage de divers ustensiles qui servent à son service et à son -pointage, et qui sont connus sous le nom d'armement. - - -_Gréement du Canon._ - - La brague fort cordage qui retient la pièce après - l'effet du recul. - - 2 palans de côté pour manoeuvrer le canon et le contenir - au roulis. - - Le palan de retraite pour tenir le canon au recul après le - tir, le mettre hors de batterie et à la - serre. - - La croupière pour accrocher le palan de retraite. - - L'estrope de culasse pour accrocher le palan de retraite - quand le canon est à la serre. - - Le raban de volée pour assujettir la volée au fronteau de - volée, quand on met le canon à la serre. - - L'aiguillette pour brider la brague avec les palans de - côté, quand on met les canons à la serre. - - L'itague, le palanquin - et deux rabans pour ouvrir et tenir fermé le mantelet de - sabord. - - -_Gréement de la Caronade._ - - La brague fort cordage qui maintient la pièce - contre le sabord et l'empêche de reculer. - (C'est ce qu'on appelle brague fixe; - l'installation de la brague du canon - s'appelle à brague courante.) - - -_Armement du Canon._ - - Le coussin, 2 coins - de mire sur la sole de l'affût pour élever le - canon au pointage. - - L'anspect ou levier sert au servant de gauche pour pointer. - - La pince sert au servant de droite pour pointer. - - Le tire-bourre et la - cuillère pour décharger la pièce. - - La platine ou batterie ressort à l'instar de celui du fusil pour - mettre le feu à la pièce. - - La boîte à capsules et - les capsules la capsule est un petit tuyau fait d'une - légère feuille de cuivre, contenant de la - poudre fulminante pour mettre le feu à la - charge au moyen de platines à piston ou à - percussion. - - La corne d'amorce étui qui contient la poudre d'amorce pour - les platines à pierre, ou pour les cas où - l'on n'a plus de platines. - - Le dégorgeoir pour dégager la lumière et crever la - gargousse. - - L'épinglette pour diriger la poudre dans la lumière. - - La boîte à étoupille - et les étoupilles l'étoupille est un tuyau de plume plein - d'artifice, destiné à mettre le feu à la - charge. - - Le doigtier forte peau que le chef de pièce met à son - doigt pour pouvoir boucher la lumière - quand la pièce est très-chaude. - - Le couvre-lumière - et ses rabans pour couvrir la lumière quand la pièce - est au repos. (La lumière est en outre - fermée par un bouchon d'étoupe garni de - suif, nommé étoupillon.) - - La tape pour fermer la bouche de la pièce. - - Le gargoussier boîte dans laquelle on apporte de la - soute, la gargousse ou le sac contenant - la charge de poudre. - - Le boute-feu avec sa - tresse pour mettre le feu à la pièce si on - amorce avec de la poudre. - - Les valets pelotes en fil de carret pour assujettir - le boulet dans la pièce. - - L'écouvillon pour nettoyer l'intérieur de la pièce - quand elle a fait feu. - - Le refouloir pour enfoncer la charge. (Pour les - calibres de 12 et au-dessous, - l'écouvillon et le refouloir, la cuillère - et le tire-bourre, sont sur la même - hampe; alors la tête de l'écouvillon est - tournée du côté de la culasse pendant le - service de la pièce.) - - La baille (contenant - de l'eau) pour mouiller la poudre qui peut tomber - sur le pont, et pour rafraîchir la pièce au - besoin. - - Le faubert pour le service de la baille ci-dessus. - - -_Armement de la Caronade._ - - La vis de pointage pour élever et abaisser la pièce au - pointage. (Des coins de mire sont alloués - pour suppléer la vis au besoin.) - - Le levier en fer tient à la semelle par une goupille pour - lui donner la direction convenable. (Des - anspects et des pinces sont allouées afin - de suppléer le levier au besoin.) - - Le tire-bourre, la - cuillère, etc. comme pour l'armement du canon. - -En outre des objets d'armement ci-dessus, le dernier servant de droite -pour les canons, et le servant de gauche pour les caronades, ont devant -eux un petit tablier contenant des pierres à feu de rechange (si les -platines sont à pierres), et du vieux linge pour nettoyer la platine: -une corne d'amorce garnie est allouée en cas de besoin pour chaque -pièce, et elle est suspendue dans les batteries le long du bord, entre -les baux, ou disposée à la sainte-barbe. - -Enfin, dans les grands bâtimens, deux canonniers par batterie ont un -grand sac contenant un vilebrequin, quatre vrilles, un tournevis, quatre -platines, des capsules, des étoupilles s'il y a lieu, de la ligne pour -platine, et du vieux linge pour obvier aux accidens. Sur les bricks et -bâtimens au-dessous il n'y a qu'un grand sac. - - - - -CHAPITRE II. - -_Des Projectiles et de la Charge._ - - -On donne le nom de projectiles à tous les corps lancés dans l'espace, -mais plus particulièrement à ceux qui le sont par l'explosion de la -poudre. - -Dans la marine, les projectiles sont les boulets ronds, ou simplement -les boulets; les boulets ramés, les grappes de raisin ou la grosse -mitraille, et les boîtes ou paquets de mitraille; ces derniers, connus -aussi sous le nom de petite mitraille, ne s'emploient plus guère que -dans les pierriers. - -Les boulets ronds sont en fer fondu, et autant que possible sans -aspérités ou cavités; leur destination principale est de percer la -muraille des vaisseaux et d'abattre les mâts. - -Le diamètre d'un boulet et en général de tout projectile, est un peu -plus petit que celui de la pièce, afin d'y pouvoir entrer librement; la -petite différence qui existe entre ces deux diamètres s'appelle le vent -du boulet. - -Le vent ne doit pas dépasser certaines limites qui sont fixées pour -chaque calibre; il faut donc que chaque projectile ait le diamètre -prescrit; et l'on appelle calibrer, l'opération par laquelle on s'en -assure: elle se fait au moyen de deux lunettes en métal, dont l'une a -trois points de plus, et l'autre six points de moins que le boulet -réglementaire. - -On rejette tout boulet qui ne passe pas en tous sens par la première, ou -qui passe dans un sens quelconque dans la seconde. Le boulet de 36 a 2 -lignes 6 points de vent, ceux de 30 et de 24 2 lignes 3 points, et -ensuite en diminuant de trois points par calibre; le vent est d'une -ligne 6 points pour les boulets de toutes les caronades; plus un boulet -a de vent, plus la poudre perd de son action, et moins la pièce a de -portée et de justesse dans le tir. - -Les boulets ramés sont deux lentilles de fonte réunies par une tige en -fer dont la longueur a deux diamètres du boulet; leur forme s'oppose à -ce qu'ils portent aussi loin que les boulets ronds, et à ce qu'ils -pénètrent la muraille des gros vaisseaux; mais ils peuvent produire de -grands effets sur la mâture et le gréement de l'ennemi, et quand le peu -d'éloignement du bâtiment ennemi, ou la faiblesse de ses murailles, -permettent qu'ils entrent à bord, ils y occasionnent des éclats -considérables. - -Les grappes de raisin sont un assemblage de balles de fontes assujetties -autour d'une tige de fer qui tient à une plaque ronde de même métal; -celle-ci, qui sert de base au projectile, est du diamètre du boulet, et -ces balles sont retenues par une espèce de coiffe en grosse toile -peinte, liée en plusieurs sens: il en résulte une grappe à-peu-près -cylindrique, dont le poids et la longueur sont réglés par un tarif. La -portée des grappes de raisin est environ les deux tiers de celle des -boulets ramés; leurs balles ou biscaïens rompent leur enveloppe au -sortir de la pièce; elles divergent et elles sont très-propres de près -(à deux encâblures par exemple) à couper des manoeuvres ou à détruire -des hommes au sabord, et sur les ponts quand on se bat sous le vent, ou -que ces hommes sont faiblement abrités. - -Les boîtes de mitraille se composent d'une boîte cylindrique de -fer-blanc dont la base a le diamètre du boulet et qui contient de -petites balles; la longueur de la boîte est déterminée par un tarif. La -portée de cette mitraille est à-peu-près celle des grappes de raisin; -mais ces petites balles, après leur échappement, ont encore moins -d'action que les biscaïens; elles ne peuvent être efficaces que contre -des embarcations ou contre des hommes entièrement à découvert. - -La charge se compose d'une gargousse, d'un ou de deux projectiles, et -d'un valet. - -La gargousse est un sac du calibre de la pièce, et dans lequel est -contenu la poudre destinée à faire l'explosion; cette quantité de poudre -est réglée ainsi qu'il suit: pour éprouver un canon, la moitié du poids -du boulet de même calibre; pour le combat, le tiers dudit poids; pour -salut ou pour signaux, le quart. Quand les pièces doivent rester -chargées, on met sur la gargousse un valet qui est attaché à cette -gargousse, pour pouvoir la retirer facilement, s'il y a lieu. La charge -de la caronade pour le combat est de 1/9 du poids du boulet, et pour -salut le 1/12; celle du pierrier est le 1/5, et celle de l'espingole le -1/10. - -Les gargousses aujourd'hui ne sont plus ordinairement préparées à bord -des bâtimens; ceux-ci les reçoivent du magasin, conformément au -réglement, et la poudre qui est ainsi préparée et délivrée par les -magasins, s'appelle l'apprêtée. - -Lorsqu'une pièce a tiré plusieurs fois de suite, elle s'échauffe, la -presque totalité de la poudre s'embrase, et l'on en diminue alors par -précaution la quantité; c'est ce qu'on appelle saigner la gargousse; -ainsi l'on conserve à-peu-près la même portée qu'auparavant, l'on -préserve la pièce du danger d'éclater, et les affûts ainsi que les -bâtimens sont moins fatigués. - -On met dans les canons, un, deux ou trois projectiles. Ce dernier cas -doit être fort rare et peu répété tout de suite, car il y aurait danger -que le canon n'éclatât; d'ailleurs la portée se trouvant par là -très-diminuée, on ne doit l'employer que de fort près et sur un ordre -supérieur. - -Il y a toujours inconvénient à charger un canon avec deux projectiles de -différente espèce, à cause de l'inégalité des portées; mais alors en se -réglant sur la différence des vitesses de ces projectiles, on introduit -le boulet ramé avant le boulet rond, et de même la boîte de mitraille, -ou la grappe de raisin avant le boulet ramé. La brague des caronades -devant être très-ménagée, on ne doit charger ces pièces avec deux -projectiles que rarement, et pour ainsi dire jamais avec trois. - -Au surplus, quand on traitera de l'exercice, on indiquera plus -particulièrement quelle est exactement la manière de procéder pour -charger une pièce. - - -_Remarques._ - -Ceux qui ont écrit sur la portée des charges à plusieurs projectiles ne -sont nullement d'accord sur leur résultat et leur emploi. Nous allons -rapporter quelques expériences. - -Dans les épreuves exécutées en France en 1783, deux boulets ronds de 36 -lancés à la fois par 12 livres de poudre, sous un angle de projection de -17°, ont porté à 1,200 toises; et dans les mêmes circonstances la portée -d'un boulet de même calibre, tiré seul, fut de 1,450 toises. - -La portée de deux boulets ronds de 24, lancés par 8 livres de poudre -sous le même angle de 17°, a été de 1,090 toises, et celle d'un seul -boulet de 24, de 1,360 toises. Les canons des autres calibres en usage -dans la marine, tirés alternativement aussi avec un et deux boulets, -ont offert des résultats analogues, et confirmés d'ailleurs par des -épreuves de même nature, qui furent exécutées en Angleterre en 1793. - -La divergence des boulets tirés ensemble paraît très-fondée lorsque le -but est éloigné; ainsi on ne doit pas les permettre au-delà de 300 -toises. Mais de très-près, et lorsqu'on tire sur des navires offrant par -leur gréement et leur voilure une grande surface, il est assurément -très-avantageux de tirer deux boulets au lieu d'un, surtout s'ils sont -de gros calibre; car non-seulement ils auront la force de traverser les -murailles les plus épaisses, et ils feront deux trous au lieu d'un, mais -encore chacun d'eux enlèvera plus d'éclats. - -En outre, lorsqu'on est à bout portant, comme dans certains passages à -poupe, ou dans l'instant d'un abordage, il convient extrêmement de -charger tous les canons avec trois projectiles, dirigeant ceux du petit -calibre contre les bastingages, et les autres contre la partie du navire -ennemi dont l'élévation correspond à la leur[3]. - - [3] De Montgéry, règles de pointage. - -Des expériences faites à Brest prouvent que les balles de nos fusils de -munition, avec leur charge de poudre accoutumée, et tirées de 20 à 50 -toises de distance, possèdent plus que la force nécessaire pour -traverser les bastingages les plus épais qui se trouvent généralement à -bord des bâtimens[4]. Or trois boulets d'une livre lancés par 6 onces de -poudre, étant animés chacun d'une plus grande quantité de mouvement que -les balles susdites, et pouvant s'enfoncer davantage dans un corps -solide, traverseront, à plus forte raison, avec une extrême facilité -toute espèce de bastingage usité. Les boulets d'une livre sont au reste -les plus petits qu'on emploie à bord des navires français; ce sont ceux -de pierriers. Donc aussi les boulets des autres bouches à feu peuvent -être tirés avec succès trois à la fois contre les bastingages, et même -contre la muraille des gaillards, qui a rarement plus de 8 à 10 pouces -d'épaisseur[4]. - - [4] Procès-verbal de ces expériences. - -Si la divergence des boulets ronds tirés ensemble est considérable, elle -l'est encore bien davantage si la charge se compose d'un boulet rond et -d'un boulet ramé. Voici ce que dit à ce sujet M. Cornibert: -«J'assurerai que pendant deux ans que j'ai été inspecteur de la fonderie -de Nevers, il a été tiré plus de deux mille coups de canon à plusieurs -boulets ronds et ramés pour épreuves ordinaires et extraordinaires des -bouches à feu fabriquées dans cet établissement. Les canons et caronades -placés sur des traîneaux et plateaux très-solides, reposant sur la -terre, quelquefois molle, dans toute leur longueur, étaient pointés, -avec tout le soin possible, contre une butte distante de 150 toises au -plus du lieu de départ des boulets, et d'ailleurs assez large pour -n'être jamais manquée dans le tir ordinaire. Malgré toutes les -précautions prises et la régularité du pointage, que quelquefois j'ai -fait rectifier avec un cordeau, la moitié et plus des boulets manquait -la butte; un boulet frappait au pied, tandis que l'autre allait frapper -plus loin, en passant par-dessus. Ces irrégularités ne pouvaient -certainement être occasionnées que par le choc de projectiles l'un -contre l'autre dans la pièce en en sortant. Aux épreuves à outrance, on -s'est servi de boulets ramés, bien justes dans leurs dimensions, -fabriqués soigneusement et avec du bon fer aux forges de Guérigny; -presque tous se sont cassés sortant des pièces; rarement ils ont atteint -la butte, et des morceaux ont été trouvés très-écartés à droite et à -gauche de la direction du tir.» - -Au reste, l'emploi du boulet ramé doit être peu fréquent; mis dans la -pièce avec un boulet rond, comme il s'abaisse davantage que celui-ci, à -distances égales, il arrivera que si l'on veut endommager le gréement, -le boulet rond passera par-dessus ou n'y fera que peu d'avaries en ne -rencontrant que des manoeuvres élevées; que si au contraire le boulet -rond rencontre les bas mâts et les basses vergues, le boulet ramé -rencontrera la coque qu'il est incapable de traverser. - -La charge composée d'un boulet et d'un paquet de mitraille est sujette -aux mêmes inconvéniens et ne doit être employée que de très-près. - -La charge à double projectile avec boulets ronds ne doit pas être -employée au-delà de 300 toises; et celles composées d'un boulet rond et -d'une mitraille, ou un boulet ramé, au-delà d'une encâblure. - -Ce n'est qu'à très-petites distances qu'on peut espérer de tirer un -parti avantageux de doubles charges des caronades, et on ne peut -continuer long-temps à s'en servir sans craindre la rupture presque -certaine de la brague. - -On ne doit jamais commencer le feu avec des caronades sans avoir -préalablement passé la fausse brague. - - - - -CHAPITRE III. - -_Emplacement des Canons et de leurs projectiles, à bord._ - - -C'est au sabord des bâtimens que les canons sont placés, amarrés et -manoeuvrés. Une décision du 18 septembre 1828 en a réglé le nombre par -batterie, ainsi qu'il suit: - - +==============+=============+=============+=============+ - | RANG | 1re | 2e | 3e | - | des | BATTERIE. | BATTERIE. | BATTERIE. | - | BATIMENS. | | | | - +--------------+-------------+-------------+-------------+ - | | | | | - | Vaisseau de | 32 canons | 34 canons |34 caron. | - | 1er rang. | de 30 longs.|de 30 courts.| de 30. | - | | | | | - | Vaisseau de | 32 canons | 34 canons | » | - | 2e rang. | de 30 longs.|de 30 courts.| | - | | | | | - | Vaisseau de | 30 canons | 32 canons | » | - | 3e rang. | de 30 longs.|de 30 courts.| | - | | | | | - | Vaisseau de | 28 canons | 30 canons | » | - | 4e rang. | de 20 longs.|de 30 courts.| | - | | | | | - | Frégate de | 30 canons | » | » | - | 1er rang. | de 30 longs.| | | - | | | | | - | Frégate de | 28 canons | » | » | - | 2e rang. | de 24 longs.| | | - | | | | | - | Frégate de | 28 canons | » | » | - | 3e rang. | de 18 longs.| | | - | | | | | - | Corvette {20c. de 30 l.| » | » | - | à gaillards. { 4c. de 18 l.| | | - | | | | | - | Corvette | | | | - | sans | id. | » | » | - | gaillards. | | | | - +==============+=============+=============+=============+ - - +==============+====================+=========+======================+ - | RANG | |Total des|Et plus pour dunettes,| - | des | GAILLARDS. |bouches | hunes | - | BATIMENS. | |à feu. | et embarcations. | - +--------------+--------------------+---------+----------------------+ - | | | | | - | | | { 1 caronade de 18. | - | Vaisseau de |16 caronades de 30. | 120 { 1 id. de 12. | - | 1er rang. | 4 canons 18 longs. | { 4 pierriers. | - | | | { 8 espingoles. | - | | | | | - | Vaisseau de |30 caronades de 30. | 100 | id. | - | 2e rang. | 4 canons 18 longs. | | | - | | | | | - | Vaisseau de | 24 caronades de 30.| 90 | id. | - | 3e rang. | 4 canons 18 longs. | | | - | | | | | - | Vaisseau de | 20 caronades de 30.| 82 | id. | - | 4e rang. | 4 canons 18 longs. | | | - | | | | | - | Frégate de |28 caronades de 30. | 60 | id. | - | 1er rang. | 2 canons de 18 | | | - | | longs. | { 2 caronades de 12. | - | Frégate de |22 caronades de 24. | 52 { 4 pierriers. | - | 2e rang. |2 canons de 18 | { 8 espingoles. | - | | courts. | | | - | Frégate de |16 caronades de 30. | 46 | id. | - | 3e rang. | 2 canons de 18 | | | - | |courts. | | | - | | | { 1 caronade de 12. | - | Corvette |8 caronades de 30. | 32 { 4 pierriers. | - | à gaillards. | | { 6 espingoles. | - | | | | | - | Corvette | | | | - | sans | » | 24 | id. | - | gaillards. | | | | - +==============+====================+=========+======================+ - -Chaque canon s'installe au sabord, de manière que les flasques ou le -croissant de l'affût touchent la muraille; alors la volée sort au dehors -de tout ce dont elle excède l'épaisseur de la muraille. Tenu en cette -position par les palans de côté, dont les courans sont fixés par un -simple tour au bouton de culasse, le canon est dit être au sabord ou en -batterie, et amarré à garans simples. C'est l'amarrage de beau temps, -mais il en est de plus solides pour d'autres circonstances dont nous -parlerons plus loin. - -L'ouverture du sabord permet de pointer ou de diriger l'axe du canon à -18 ou 20°, à droite ou à gauche de la ligne du travers. Sans coussin ni -coin de mire, cet axe peut s'élever d'environ 14° au-dessus de -l'horizon, et avec coussin et coin de mire s'abaisser d'à-peu-près 6 à -7°. - -Quant aux caronades, elles sont présentées au sabord comme les canons; -mais, ainsi que nous l'avons dit, elles y sont en ce moment retenues à -bragues fixes; mais dans les mauvais temps on y ajoute quelques -aiguillettes. Leur pointage peut aller de 28° à droite ou à gauche de la -ligne du travers; leur axe peut s'élever au-dessus de l'horizon de 13° -avec la vis et de 16° sans la vis; il peut s'abaisser au-dessous de 5° -avec la vis, et de 14 avec le coin de mire. - -Il y a confusion et perte de temps à tenir dans les soutes les objets -nécessaires pour la manoeuvre et le service des pièces; il est -aujourd'hui reconnu que les objets doivent être en grande partie dans -les batteries ou près des canons: prescrire à cet égard des dispositions -uniformes pour tous les temps et tous les bâtimens, serait cependant -d'une exécution presque impossible; mais le principe étant adopté, il -suffit d'indiquer celles que l'on croit bonnes, ou qui sont le plus en -usage. - -Chaque pièce est numérotée par batterie et en commençant par l'avant; -chaque objet principal l'est aussi comme la pièce à laquelle il -appartient. Dans les batteries couvertes, la boîte à capsules ou à -étoupilles est placée au milieu du dessus du sabord. Le gargoussier est -maintenu à gauche et près du sabord. La baille de combat (et son -faubert) est accrochée, l'ouverture contre la muraille, à gauche de sa -pièce, à mi-distance des deux sabords. L'écouvillon et le refouloir sont -élongés de chaque côté du barrot placé au-dessus de la pièce. Le fanal -de combat est mis comme en un étui dans un seau à incendie dont chaque -pièce est pourvue; l'un et l'autre sont ainsi accrochés au pont -supérieur contre la muraille, dans l'intervalle de deux canons voisins; -quand ces fanaux servent, on les suspend au pont, dans l'intérieur, par -rapport à l'alignement des affûts en les faisant correspondre au milieu -de l'espace qui existe entre deux pièces. Dans toutes les batteries la -pince est à droite de l'affût et l'anspect à gauche, sur des supports en -fer en dehors des flasques; on peut aussi les engager sur les essieux -entre les flasques et les roues, ou même les mettre sur l'entretoise. Le -coussin et le coin de mire sont entre les flasques et sous la culasse. -Les platines restent toujours adaptées aux pièces; elles sont garnies de -leurs couvre-platines. Enfin les tire-bourre et cuillères sont disposés -comme les écouvillons et refouloirs; mais il n'y en a qu'un de chaque -espèce pour une division de quatre pièces. - -Une partie des projectiles et valets est dans la cale, et l'autre sur le -pont. Un certain nombre de boulets ronds sont à gauche de chaque pièce, -sur le pont, et retenus par un cercle de gros cordage garni de pommes; -on peut y ajouter quelques crampes pour maintenir ce cercle sur le pont -au roulis. D'autres boulets ronds sont placés autour des hiloires, -panneaux, ou en d'autres lieux pareils, en tel nombre qu'il y ait -toujours, en tout, un approvisionnement de vingt de ces projectiles par -pièce, dans la batterie. - -Les boulets ramés au nombre de cinq, et les grappes de raisins au même -nombre, dont chaque pièce est pourvue dans la batterie, sont accrochés -régulièrement le long de la muraille, à quelques pouces au-dessus du -pont. S'il y a des caisses de boîtes de mitraille à bord, elles restent -dans la cale, et, en cas de combat, on monte une de ces caisses pour -chaque pièce. - -Les valets, au nombre de huit à douze par pièce, sont liés ensemble en -forme de plateau rond que l'on place quelquefois dans la baille, -quelquefois contre le bord, ou même en forme de chapelet autour de la -naissance de la volée. - -Les armes d'abordage destinées aux chefs et servans peuvent encore être -pareillement disposées avec symétrie et goût, près des pièces ou aux -environs. - - -_Remarques._ - -Non-seulement les objets nécessaires au service des pièces doivent être -autant que possible dans les batteries, afin que les branle-bas de -combat se fassent avec plus de promptitude; mais il faut y déposer -encore les objets de rechange dont on peut avoir besoin pendant le -combat, afin de ne pas être obligé de distraire des servans pour aller -les chercher à la sainte-barbe pendant l'action. - -Les bragues de rechange pour canons peuvent, dans les batteries, se -placer sur la face avant ou arrière des baux où on les retient par des -bouts de tresse cloués. Pour les caronades on doit en avoir de disposées -dans la tuque d'arrière ou dans les coffres d'armes. - -Les affûts de rechange ne doivent pas être exposés aux boulets de -l'ennemi, comme cela arrive quelquefois, mais placés de manière qu'on -puisse les transporter avec la plus grande célérité lorsque le besoin -s'en fait sentir. - -Les parcs à boulets pratiqués contre le bord, et autour des hiloires des -panneaux, ne suffisant pas pour contenir les 20 boulets que chaque -pièce doit avoir dans sa batterie, on y supplée par des parcs en corde; -mais comme il est difficile de les maintenir au roulis et que les -crampes qui les fixent endommagent les ponts, on pratique plus -ordinairement deux parcs volans situés dans les batteries basses, le -premier entre le cabestan et le panneau de la cale au vin, le second en -arrière du panneau de l'avant. Dans les batteries hautes, le premier -entre le cabestan et le panneau de la cale au vin, et le second sur -l'arrière des cuisines. Pour les gaillards on peut placer une grande -quantité de projectiles entre les drômes. - -Comme il est désirable d'avoir un même nombre de valets que de -projectiles, et que les sacs à valets disposés contre le bord n'en -contiennent pas une assez grande quantité, on peut, sans encombrement, y -suppléer en se servant de valets en herseaux, dont deux ou trois -douzaines, passés dans un bout de filin, sont suspendus contre le bord. - -L'appareil nécessaire pour changer un affût brisé doit être disposé dans -l'entre-pont, auprès du grand panneau; ce panneau étant le seul qui -reste ouvert pendant le combat pour le passage des blessés. - - - - -CHAPITRE IV. - -_Exercice du Canon d'un bord et par temps._ - - -L'exercice du canon est supposé précédé du commandement de branle-bas de -combat. - -A ce commandement, les derniers servans de droite vont chercher les -objets qui ne sont pas habituellement dans les batteries, comme sacs, -tabliers, platines de rechange, etc. - -Les pourvoyeurs vont chercher (et allumer si c'est l'exercice à feu que -l'on va faire) le boute-feu destiné à être mis dans la baille de combat, -ainsi que les cornes d'amorces qui doivent être suspendues à portée. - -Le chef de pièce et les servans se rendent à leurs canons. Le chef -s'équipe de la boîte à capsules qu'il attache devant lui, du doigtier -destiné pour le pouce gauche, de l'épinglette et du dégorgeoir qu'il -suspend à sa ceinture; le dernier servant de droite arrive avec son -tablier, et il prend place ainsi que le pourvoyeur. Enfin chacun se met -à son poste ainsi qu'il est prescrit par le rôle de combat, et suivant -les dispositions et l'ordre établis à bord. - -Les deux derniers servans de gauche élongent le palan de retraite; le -dernier l'accroche à la boucle du pont en arrière de la pièce, et -l'autre à la croupière de l'affût. Les autres servans disposent pour -l'exercice le canon, qui est supposé chargé et amarré à garans simples. - -Le chargeur qui est le premier servant de droite, place l'écouvillon et -le refouloir sur le pont, la tête tournée du côté de la culasse; les -troisièmes servans de droite et de gauche élongent la pince et l'anspect -dans le sens de la pièce, en dehors des roues et le gros bout tourné du -côté de la muraille. - -Le premier servant de gauche met la baille de combat également sur le -pont, ainsi que le seau à incendie, qui sont munis d'eau par les autres -servans, si l'ordre en est donné, et ils disposent le fanal s'il y a -lieu. Enfin le pourvoyeur se saisit du gargoussier. - -Le but qu'on se propose en faisant l'exercice est d'enseigner la manière -de procéder avec uniformité pour démarrer, pointer, tirer, recharger le -canon pour le remettre en batterie; et il ne sera question ici que des -moyens mécaniques par lesquels on y parvient. Les règles du pointage -sont fondées sur des considérations trop élevées pour trouver place dans -cette section, qui est principalement destinée à l'instruction des -servans. - -La description de l'exercice se divise par commandemens, et chaque -article contient 1º le commandement, 2º l'explication par temps, qui est -donnée par celui qui commande l'exercice et qui est suivie de -l'exécution, laquelle ne commence qu'après le nouveau commandement -d'action; 3º les observations qui indiquent ce qu'il peut être -nécessaire d'ajouter ou de modifier, suivant les circonstances. - -_ÉTAT des hommes nécessaires pour le service d'un canon._ - - +===============+=======+=======+=======+=======+=======+=======+ - | EMPLOIS. |Calibre|Calibre|Calibre|Calibre|Calibre|Calibre| - | | de 36.| de 30.| de 24.| de 18.| de 12.| de 8. | - +---------------+-------+-------+-------+-------+-------+-------+ - | Chef de pièce | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | - | Servans | 12 | 10 | 10 | 8 | 8 | 4 | - | Pourvoyeurs | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | - | +-------+-------+-------+-------+-------+-------+ - | TOTAUX | 14 | 12 | 12 | 10 | 10 | 6 | - +===============+=======+=======+=======+=======+===============+ - - -_Roulement._ - -Le roulement indique qu'on va commencer l'exercice et qu'il faut -observer le plus grand silence. Toute parole inutile est sévèrement -interdite, soit pendant l'exercice, soit devant l'ennemi. Les chefs de -pièces font face au sabord; les servans font face à leurs pièces, et -s'alignent sur les deux premiers servans; tous se serrent à bord, de -manière que les coudes s'affleurent, la tête haute, l'oeil dirigé du -côté du chef, les pieds sur le même alignement, le corps d'aplomb, les -bras pendans, les mains dans les rangs, ouvertes et à plat sur les -cuisses. A la fin du roulement, chacun reste immobile. - -A défaut de tambour, on y supplée par le commandement de roulement, et -l'on termine le mouvement par celui-ci: fin de roulement. - - -1er COMMANDEMENT. - -_Détapez, démarrez vos canons!_ - -_Un temps._ - -_Explication._ Le premier servant de droite détape le canon et place la -tape contre le bord derrière lui. Le chef de pièce, aidé des servans -placés près de lui, démarre le canon et l'assujettit contre le bord, en -passant au collet du bouton de culasse un tour de chaque garant qu'il -fait tenir par les deuxièmes servans de droite et de gauche; puis il ôte -le couvre-lumière et le passe au troisième servant de droite, qui le met -près du bord en arrière des servans. - -_Action!_ - -_Observations._ Si le roulis ou l'inclinaison du bâtiment n'est pas -assez considérable pour déranger l'affût lorsqu'il est au sabord, il est -inutile de le maintenir par les palans de côté; alors les garans restent -élongés sur le pont, hors de la direction des roues. Dans tous les cas, -les bouts sont cueillis par les avant-derniers servans de droite et de -gauche, en dehors des files de servans et par le travers de la culasse; -ils sont ainsi bien parés à se filer d'eux-mêmes au recul. - -S'il y a du roulis, ou si l'on est à la bande sur l'autre bord, le chef -fait maintenir la pièce jusqu'au commandement de feu; mais auparavant il -doit avoir l'attention de faire mettre, en dessous, le garant du côté où -il prévoit que la culasse devra être jetée pour pointer. - - -2me COMMANDEMENT. - -_Dégorgez, amorcez!_ - -_Un temps._ - -_Explication._ Le chef de pièce prend le dégorgeoir de la main droite; -il perce la gargousse, et s'assure au mouvement du poignet et à la -longueur de la sonde, que la gargousse est percée; il arme[5] la -platine, ouvre ensuite la boîte à capsules (ou à étoupilles si la -platine est à pierre), en prend une, referme la boîte, et il introduit -cette capsule dans la lumière en la pressant fortement avec le pouce. - - [5] On prescrit d'armer avant d'amorcer, de crainte que le marteau en - s'échappant ne fasse partir le coup. Par le même motif, il faut - retirer la capsule, dans le cas où il y aurait lieu à désarmer la - platine. - -_Action!_ - -_Observations._ Si l'on manque de capsules (ou d'étoupilles), ou si la -platine est démontée et qu'elle ne puisse être remplacée, le chef se -fait donner la corne d'amorce par le servant le plus à portée qu'il -désigne, et il amorce la pièce en introduisant de la poudre dans la -lumière avec l'épinglette qu'il tient de la main gauche, ayant soin de -ne pas laisser engorger la lumière; il remplit de poudre le champ de -lumière, et en prolonge une traînée, autant qu'il le peut, du côté où on -doit mettre le feu. Il s'assure ensuite que la corne d'amorce est bien -fermée, et il la prend à deux mains pour écraser la partie de la poudre -qui doit être allumée par le boute-feu; puis il ôte avec le plat de la -main gauche le pulverin (ou poussière de poudre) qui peut s'être attaché -à la corne; il la capelle par-dessus l'épaule gauche, il la place -derrière lui, le petit bout du côté gauche, et il met le couvre-lumière -qu'il se fait donner par le troisième servant de droite. - -Si la platine était à pierre, il agirait de même, mais il ne devrait pas -oublier de remplir le bassinet de poudre et de le refermer ensuite[6]. - - [6] D'après les expériences faites sur les platines et moyennant - celles de précaution qui sont dans les batteries, l'emploi du - boute-feu doit être fort rare. - - -3me COMMANDEMENT. - -_Pointez!_ - -_Trois temps._ - -_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce se place à droite du -palan de retraite, le pied gauche en avant et à plat, le genou plié, la -jambe droite allongée; la main gauche sur la plate-bande de culasse, et -la main droite à la poignée du coin de mire; les troisièmes servans, -aidés par les quatrièmes pour les gros calibres (ceux de 24 et -au-dessus), prennent les pinces et anspects, les placent sur les adents -de l'affût, et ils élèvent ou abaissent la culasse au commandement du -chef de pièce, jusqu'à ce que le canon soit au point convenable, -c'est-à-dire que la ligne de mire soit, autant que possible, dirigée sur -le point où l'on doit viser lorsque le bâtiment est dans une position -moyenne à ses balancemens de roulis. - -_Action!_ - -_Deuxième temps._ Les mêmes servans embarrent aux flasques pour diriger -la pièce à droite ou à gauche; le chef décapelle les garans, il en -charge les derniers servans aidés par ceux qui ne sont pas occupés au -pointage, pour que tous contiennent la pièce au sabord; puis il prend de -la main droite le cordon de la platine, et il se porte vivement en -arrière au-delà du recul du canon. Il vise en s'inclinant et en mettant -dans le même alignement son oeil, le point le plus élevé de la culasse, -et le point le plus élevé de la volée. - -_Action!_ - -_Troisième temps._ Le chef fait le commandement _à postes!_ auquel les -servans, chargés de pinces et anspects, les retirent de dessous les -flasques, viennent reprendre leur alignement, et les tiennent le bout -posé sur le pont, de manière que les roues de l'affût ne puissent passer -dessus en cas de recul de la pièce. - -_Action!_ - -_Observations._ Lorsque celui qui commande l'exercice commande de -pointer en belle, le chef de pièce fait endenter la pince et l'anspect -entre les adents de l'affût et la culasse, et il les fait ensuite -embarrer sous l'affût jusqu'à ce que la pièce soit horizontale et -perpendiculaire au seuillet du sabord. - -Pour le commandement d'en plein bois, il faut, par les mêmes moyens, que -la pièce soit pointée de telle sorte que le boulet frappe au milieu de -la hauteur de ce qui paraît de la coque de l'ennemi, et le plus possible -dans le voisinage du grand mât. - -De même, pour pointer en arrière, il faut porter la culasse en avant; -pour pointer en avant, il faut porter la culasse en arrière; à démâter, -il faut diriger la ligne de mire de manière que le boulet frappe la -mâture, particulièrement celle de misaine, mais pas plus haut que le -trelingage. A couler bas, il faut diriger la ligne de mire de telle -sorte que le boulet frappe la ligne de flottaison. Enfin s'il n'y a pas -d'ordre, les chefs de pièces pointeront tous de manière à frapper à la -position présumée de la roue, ou en cas d'impossibilité, vers le point -qui en est le plus rapproché; il peut en résulter un feu concentré qui -peut être fort efficace. - -Si la bande est trop forte pour que le chef puisse pointer assez haut, -on a la ressource d'ôter les roues de l'arrière, mais ce ne peut être -sans que le chef de la batterie en ait été averti: lui seul peut en -donner l'ordre, après avoir pris ceux du commandant du bâtiment, qui -pourrait préférer de prendre une autre position. - - -4me COMMANDEMENT. - -_Feu!_ - -_Deux temps._ - -_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce attend que les mouvemens -du navire amènent la ligne de mire dans la direction du point où l'on -doit viser; et quand il le voit près d'arriver, il l'indique par un -signal, puis il fait feu en donnant un coup de poignet sec au cordon de -la platine. - -A ce signal du chef de pièce, les servans chargés des garans de palans, -les laissent tomber hors de la direction des roues; ceux qui ont en main -la pince et l'anspect, les posent sur le pont; tous les servans, à -l'exception des premiers de droite et de gauche, se portent vivement au -palan de retraite pour l'embraquer au recul, et même le palanquer si le -canon n'est pas assez rentré. Le premier servant de droite prend la -pince par le gros bout pour caler les roues, dès que l'affût n'est plus -au sabord; il doit aussi parer les palans et la brague avec le premier -servant de gauche; et le dernier servant de gauche fait une demi-clef -sur le palan de retraite. - -_Action!_ - -Deuxième temps. Les troisièmes servans de droite et de gauche, aidés par -les quatrièmes pour les gros calibres, prennent la pince et l'anspect, -embarrent sous la culasse qu'ils élèvent pour que le chef place le -coussin et le coin de mire, de manière à mettre la pièce à même d'être -chargée; les autres servans rouent les garans des palans de retraite et -de côté; l'anspect est remis à sa place, la pince en travers des roues, -et chacun reprend son poste. - -_Action!_ - -_Observations._ Si la capsule ne prend pas, le chef la retire et en met -une nouvelle. Si l'on se sert d'une étoupille et que le coup ne parte -pas, il faut laisser éteindre le feu de l'étoupille avant de -s'approcher de la pièce pour la remplacer; il en est de même quand on a -amorcé avec de la poudre. Lorsque la lumière ne fume plus, le chef de -pièce et le servant chargé du vieux linge s'avancent vers la pièce; le -premier pour dégorger, amorcer s'il y a lieu, et l'autre pour nettoyer -la platine. Le chef rectifie toujours son pointage avant de remettre le -feu à sa pièce, et il agit ensuite comme il a été dit au 4me -commandement. - -S'il est tombé quelque parcelle d'étoupille, capsule allumée, ou poudre, -sur le pont, il faut les mouiller avec le faubert. - -Quand, par la position du vaisseau lors du tir, on craint que la -violence du recul n'aille jusqu'à briser la poulie du palan de retraite, -il faut décrocher ce palan et le parer de manière qu'on puisse le -recrocher aussitôt que le coup est parti. - -Lorsque les platines seront démontées et qu'elles ne pourront pas être -remplacées, on mettra le feu à la pièce à l'aide du boute-feu. Alors le -dernier servant de gauche saisit le pied du boute-feu de la main droite, -il en prend la tête de la main gauche, il se place vis-à-vis de la -lumière faisant face au sabord, il se baisse pour souffler la mèche, -bien au-dessous de la hauteur de la lumière; il la porte ensuite à -quatre doigts de la plate-bande de culasse, pour faire feu au -commandement du chef; ce qu'il exécute en portant la mèche à l'amorce, -de manière que le boute-feu ne soit pas au-dessus de la lumière. - - -5me COMMANDEMENT. - -_Bouchez la lumière; écouvillonnez!_ - -_Deux temps._ - -_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce prend le dégorgeoir de la -main droite et l'enfonce dans la lumière pour voir si elle est dégagée; -il la bouche bien ensuite avec le pouce de la main gauche, jusqu'à ce -que la pièce soit chargée, ne l'ôtant que pendant les momens où il se -sert de son dégorgeoir; le premier servant de droite se porte en même -temps à la volée, en passant par-dessus les palans et brague; le -deuxième servant lui remet l'écouvillon, qu'il enfonce dans la pièce. - -_Action!_ - -Deuxième temps. Le premier servant de droite tourne plusieurs fois -l'écouvillon dans le sens convenable pour faire prendre le tire-bourre, -et il le retire en le tournant du même côté; il le pose sur la volée de -la pièce, et il le secoue trois ou quatre fois en dévirant pour faire -tomber les culots de gargousses et la crasse. - -Le chef de pièce passe le dégorgeoir dans la lumière pour s'assurer -qu'elle est parée; si elle ne l'est pas, il fait écouvillonner de -nouveau jusqu'à ce qu'elle soit dégagée, et il rebouche la lumière. En -même temps, le servant chargé du tablier nettoie la platine, puis il -reprend son poste. - -_Action!_ - -_Observations._ Si le chef de pièce ne peut parvenir à parer la lumière, -il en prévient l'officier ou le maître le plus à portée, qui la fait -dégager par les canonniers porteurs des vrilles et vilebrequins. - -Il faut écouvillonner avec beaucoup de soin pour décrasser la pièce et -pour en retirer tout ce qui peut s'y trouver d'étranger; il en résulte -encore l'avantage que la lumière ne se trouve pas obstruée, et qu'aucun -culot n'empêche la gargousse de se rendre au fond de l'âme. - -Il est bon de rafraîchir une pièce de temps en temps, par exemple quand -elle a tiré huit ou dix coups. C'est à ce commandement qu'on le fait, en -aspergeant l'écouvillon avec la main, avant de l'introduire dans l'âme, -et en frottant en même temps la pièce avec un faubert mouillé. - - -6me COMMANDEMENT. - -_Au refouloir!_ - -_Un temps._ - -_Explication._ Le premier servant remet l'écouvillon au second; il -reçoit de lui le refouloir, dont il place le bouton sur la tête de -l'affût, et tient la hampe des deux mains. Si c'est du calibre de 12 et -au-dessous, il change l'écouvillon en refouloir, lequel se trouve sur la -même hampe. - -_Action!_ - -_Observation._ Pour changer l'écouvillon en refouloir, et -réciproquement, il faut appuyer le milieu de la hampe sur la volée, et -diriger le côté de l'écouvillon de manière à passer en dessus. - - -7me COMMANDEMENT. - -_La gargousse dans le canon; à la poudre!_ - -_Un temps._ - -_Explication._ Le premier servant de gauche fait un demi à gauche, -reçoit du pourvoyeur la gargousse, qu'il place dans le canon, le culot -le premier, la couture en dessous; le premier servant de droite -l'enfonce jusqu'au fond du canon avec le refouloir. Il allonge le bras -droit de toute sa longueur, en tenant la main gauche sur la volée du -canon et le corps un peu incliné en avant, prêt à refouler. Dès que le -pourvoyeur a remis la gargousse, il va en chercher une autre, ayant le -gargoussier sous le bras gauche et la main droite sur son couvercle. - -_Action!_ - -_Observations._ Quand les pièces sont échauffées, ou que les distances -sont très-rapprochées, il peut arriver que l'on donne l'ordre de saigner -les gargousses; mais cette besogne ne regarde nullement ni le chef de -pièce, ni les servans, ni le pourvoyeur, qui doivent employer la -gargousse telle qu'elle leur est donnée. Cet ordre ne peut venir que du -commandant du bâtiment, et alors il s'exécute, soit dans la soute, soit -dans tout autre lieu désigné, mais toujours par les soins de personnes -également désignées, et qui ne font pas partie de l'équipage des pièces. -Si le chargeur s'aperçoit que la gargousse se soit crevée en -l'introduisant, il doit mettre alors un valet après la gargousse pour -ramasser la charge au fond de la pièce. - -Le pourvoyeur doit éviter, en allant chercher la gargousse, de mettre -dans ses mouvemens une précipitation qui pourrait le faire trébucher ou -tomber. Quand il remet la gargousse au premier servant de gauche, il ne -tient le gargoussier ouvert que le moins de temps possible, et à l'abri, -s'il y a lieu, du feu de la pièce voisine; en ce moment il doit visiter -son gargoussier, et s'il contient de la poudre échappée de la gargousse, -il la renverse sur la baille. - -Si la pièce devait rester long-temps chargée, on mettrait en outre un -valet entre la gargousse et le boulet. Sans cette précaution, si le -boulet prenait du jeu, il pourrait, au roulis, comprimer trop fortement -la poudre de la gargousse. - - -8me COMMANDEMENT. - -_Refoulez!_ - -_Un temps._ - -_Explication._ Le premier servant de droite refoule trois coups et -abandonne la hampe du refouloir en effaçant le corps. - -Le chef de pièce passe le dégorgeoir dans la lumière pour s'assurer que -la gargousse est rendue; si elle ne l'est pas, il fait refouler de -nouveau; si elle l'est, il fait un signal de la main, auquel le premier -servant retire le refouloir, et en place le bouton sur la tête de -l'affût; en même temps, le second servant de gauche se baisse vivement -et prend un boulet qu'il remet au premier; il prend ensuite un valet. - -_Action!_ - -_Observations._ Il est très-important que le chef de pièce ne débouche -jamais la lumière sans s'être positivement assuré que le chargeur s'est -effacé, et qu'il n'est plus devant la pièce, afin d'éviter, pendant ce -temps, que l'explosion possible de la charge n'enlève le chargeur. - -Lorsque la mer est assez grosse pour obliger de fermer les sabords de la -première batterie, aussitôt que le coup de canon est tiré, on doit -mettre la volée à hauteur du hublot, afin de pouvoir y passer les hampes -d'écouvillon et de refouloir, et charger par ce moyen. - -Si l'on est abordé par un vaisseau, de manière que les mouvemens des -hampes de bois ne puissent avoir lieu, il faut y substituer des -écouvillons et refouloirs à hampes de corde, lesquels sont réunis pour -tous les calibres. - -On ne doit pas refouler plus de trois coups, parce que la gargousse doit -être confectionnée de manière à se rendre assez facilement; que la -poudre trop refoulée donnerait moins de portée au projectile, et qu'on -pourrait faire adhérer au fond de l'âme le culot, qui, en y séjournant, -nuirait à la charge suivante. Si la gargousse éprouvait d'ailleurs -quelque difficulté à entrer, il faudrait, soit la retirer avec le -tire-bourre, et la faire changer par le pourvoyeur dans le cas où elle -serait défectueuse, soit écouvillonner et nettoyer de nouveau le canon, -si l'obstacle provenait de son intérieur. La hampe du refouloir doit -avoir une marque qui indique quand la gargousse est rendue. - - -9me COMMANDEMENT. - -_Le boulet et le valet dans le canon!_ - -_Explication._ Le premier servant de gauche met le boulet dans le canon, -et l'empêche de tomber en plaçant la main droite devant la bouche de la -pièce; il reçoit du second servant le valet, qu'il prend de la main -gauche et qu'il place sur le boulet. - -Le premier servant de droite enfonce aussitôt le valet sur le boulet -avec le refouloir; il s'assure qu'il est rendu par la longueur de la -hampe, et il en rend compte au chef, par ces mots: _rendu, chef!_ Il -allonge le bras droit de toute sa longueur, il tient la main gauche sur -la volée et le corps incliné en avant prêt à refouler; le premier et -second servant de gauche reprennent leur poste. - -_Action!_ - -_Observations._ On ne met qu'un projectile dans le canon, à moins que le -commandant n'en ordonne autrement; il donne l'ordre en même temps de -saigner la gargousse ou d'employer celles qui sont préparées à l'avance -et qui ne contiennent de poudre que le quart du poids du boulet. Les -chefs de la batterie font bien connaître alors quel est l'ordre dans -lequel les projectiles seront placés. Le valet ne se met qu'après le -dernier de ces projectiles. - -Le premier servant de droite est spécialement chargé de veiller à ce que -le boulet qui doit être introduit par le premier servant de gauche, ne -tombe pas à la mer; ce n'est qu'autant qu'il en est sûr qu'il doit -lui-même introduire le valet. - -Si le boulet ne peut pas entrer dans la pièce, il doit être remplacé et -mis de côté pour être nettoyé par la suite; s'il s'arrête dans -l'intérieur avant d'être rendu, on ne doit pas le forcer, mais le -retirer, ce qui s'effectue en levant la culasse et lui donnant quelques -secousses contre le seuillet du sabord, ou au moyen de la cuiller. On -enlève ensuite avec l'écouvillon les culots ou débris qui s'opposent à -son introduction. Si le valet éprouve trop de difficulté à entrer dans -la pièce, on le remplace aussitôt, et le premier est donné aux autres -servans pour qu'ils l'amoindrissent en le roulant sous les pieds, ou en -le battant avec l'anspect en le roulant de nouveau pour l'arrondir. Les -marques des hampes doivent être susceptibles d'être reconnues la nuit -comme le jour. - - -10me COMMANDEMENT. - -_Refoulez!_ - -_Un temps._ - -_Explication._ Le premier servant de droite refoule deux coups; il -retire le refouloir et le passe au second, qui le pose sur le pont; le -premier et second servant de droite reprennent leur poste. - -_Action!_ - - -11me COMMANDEMENT. - -_En batterie!_ - -_Deux temps._ - -_Explication._ Premier temps. Le premier servant de droite décale les -roues et pose la pince à sa première place; puis avec le premier servant -de gauche ils soutiennent les bragues, pour empêcher qu'elles ne -s'engagent pendant le mouvement. Le dernier servant de gauche défait la -demi-clef du palan de retraite et tient le garant pour filer à mesure -que la pièce ira en batterie. Tous les autres servans se rangent sur les -palans de côté. - -_Action!_ - -_Deuxième temps._ Le chef de pièce commande palanquez! Tous les servans -agissent ensemble pour mette la pièce en batterie droit au milieu du -sabord, et aussitôt qu'elle y est, le chef a soin de l'assujettir, en -passant un tour de chaque garant au collet du bouton. Les garans sont -tenus par les deuxièmes servans de chaque côté. - -_Action!_ - -_Nota._ Si l'on continue l'exercice, on reprendra au 2me commandement. -Si on ne le continue pas, on le termine par le 12me commandement, dans -lequel on suppose que l'amarrage est simple. S'il devait être d'un autre -genre, il faudrait l'énoncer et le faire exécuter. - -_Observations._ Le dernier servant de gauche doit particulièrement -veiller le roulis, afin de contretenir, quand il y a lieu, pour empêcher -la pièce d'aller heurter le bord trop vivement, ce qui serait -susceptible de déranger la charge. - -Dans un combat vergue à vergue, pour accélérer le tir dans le fort d'une -action décisive, ou lorsque les servans sont fatigués ou réduits en -nombre, on est quelquefois obligé de tirer la pièce sans la mettre en -batterie; c'est ce qu'on appelle _à longueur de brague_. Il faut alors -saupoudrer un faubert mouillé, ou tout autre corps pareil, de sable ou -de cendre, et le faire servir à caler les roues de derrière pour -soulager la brague dans l'effort qu'elle aura à supporter, et l'on y -contribue encore en raidissant les palans de côtés. D'ailleurs le palan -de retraite sera bien raidi, et même, au besoin, renforcé par son -garant, que l'on fera passer plusieurs fois dans l'estrope de culasse, -ainsi que dans la boucle du palan de retraite; la pince sera mise en -travers des roues de l'avant pour contribuer avec ce palan à empêcher la -pièce de se rendre au sabord. Il est alors plus essentiel que jamais de -veiller aux accidens du feu. - - -12me COMMANDEMENT. - -_Tapez, amarrez vos canons!_ - -_Deux temps._ - -_Explication._ Premier temps. Le troisième servant de droite remet le -couvre-lumière au chef de pièce, qui l'amarre sur la culasse, et qui -ensuite décapelle les palans et les fait tenir par les derniers servans; -il fixe entre les flasques et les garans le mou de la brague qui est -soutenue par le deuxième servant; il fait raidir les palans par tous les -servans; il les arrête par un tour mort au collet du bouton, et en -passant le double de chaque garant entre ce garant et la plate-bande de -culasse, en dessus et en dessous. - -_Action!_ - -_Deuxième temps._ Le premier servant de droite met la tape au canon, les -autres servans rouent les palans, les amarrent le long des flasques, et -mettent les attirails nécessaires à la manoeuvre, aux places où ils -étaient auparavant. Le dernier servant de gauche décroche le palan de -retraite et le place sur le canon. Les objets apportés des soutes, et -qui ne sont pas susceptibles de rester dans les batteries, sont -rapportés par les canonniers désignés pour ce service et par le -pourvoyeur. - -_Action!_ - -_Observations._ Si dans un combat il s'agissait d'amarrer les pièces -momentanément pendant qu'on irait servir celles de l'autre bord, on les -assujettirait, soit en batterie avec les palans de côté, soit au recul -avec la pince mise en avant des roues et avec le palan de retraite -amarré. - -Quand le roulis exige un amarrage plus solide, on laisse deux ou trois -servans pour exécuter celui qui est prescrit, et ces servans retournent -prendre poste de l'autre bord dès qu'il est fini. - - -_Roulement!_ - -Chacun prend son poste comme au commencement de l'exercice, et nul ne le -quitte que lorsqu'on bat la breloque. - - -EXERCICE DE LA CARONADE - -D'UN BORD ET PAR TEMPS. - -Le commandement de _branle-bas de combat_ s'exécute comme il a été dit -pour le canon, si ce n'est que les caronades étant en ce moment à brague -fixe, il n'y a point lieu à élonger le palan de retraite. La caronade -est également supposée _chargée, et amarrée seulement par sa brague_. - -Pour une caronade d'un calibre quelconque, il ne faut que quatre hommes: -un chef de pièce, un servant de droite chargeur, un servant de gauche -fournisseur, et un pourvoyeur. Le chef se rend à sa pièce et s'équipe, -ainsi qu'on l'a expliqué en parlant du canon; il visite les amarrages de -brague, et il met le levier de pointage en place. Les deux servans vont -chercher et disposent sur le pont, près de la muraille, les coins de -mire, la pince et l'anspect (ces deux derniers alloués par deux -caronades). Ils disposent ensuite la baille de combat, le seau à -incendie et le fanal, comme on l'a vu précédemment. Le fournisseur porte -le tablier garni, et le pourvoyeur se saisit du gargoussier. Celui-ci se -place à gauche de la pièce faisant face au sabord et affleurant le -fournisseur avec le coude. - - -_Roulement!_ - -Comme pour le canon. - - -1er COMMANDEMENT. - -_Détapez vos caronades; démarrez le couvre-lumière!_ - -_Un temps._ - -_Explication._ Le chargeur ôte la tape de la caronade et la place contre -le bord derrière lui. Le chef de pièce démarre le couvre-lumière, et il -le place près du bord, en arrière du servant de droite. - -_Action!_ - - -2me COMMANDEMENT. - -_Dégorgez; amorcez!_ - -_Un temps._ - -_Explication._ (Comme au 2me commandement pour le canon.) - -_Observations._ (Comme au 2me commandement pour le canon.) - - -3me COMMANDEMENT. - -_Pointez!_ - -_Deux temps._ - -_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce se place à droite du -levier de pointage, le pied gauche en avant et à plat, le genou plié, la -jambe droite allongée, la main gauche sur la plate-bande de culasse, et -la main droite à la poignée du levier de pointage, de manière à élever -ou à baisser la culasse, jusqu'à ce que la caronade soit au point -convenable, c'est-à-dire que la ligne de mire soit, autant que -possible, dirigée sur le point où l'on doit virer, lorsque le bâtiment -est dans une position moyenne à ses balancemens de roulis. - -_Action!_ - -_Deuxième temps._ Le chef de pièce prend de la main droite le cordon de -la platine, et il se porte vivement en arrière au-delà du bout du levier -de pointage; en même temps les servans s'en approchent pour diriger la -caronade d'après le signal du chef, qui s'incline et vise, en mettant -dans le même alignement son oeil, le point le plus élevé de la culasse -et le point le plus élevé de la volée. Quand le pointage est fini, il -fait le commandement _à postes!_ auquel les servans reprennent leur -première position. - -_Action!_ - -_Observations._ Lorsque celui qui commande l'exercice ordonne de pointer -_en belle_, le chef de pièce fait mouvoir le levier et la vis, de -manière à ce que la pièce arrive à être droite au sabord. - -Pour le commandement _d'en plein bois_ (comme aux 2me et 3me -paragraphes des _observations_ au 3me commandement pour le canon.) - -Si la bande est trop forte pour que le chef puisse pointer sur l'ennemi, -il a la ressource du coin de mire pour abaisser le pointage; et s'il -veut l'élever, il démonte la vis. - - -4me COMMANDEMENT. - -_Feu!_ - -_Un temps._ - -_Explication._ Le chef de pièce attend, etc. (Comme au 1er paragraphe de -l'_explication_ du 4e commandement pour le canon.) - -_Observations._ (Comme aux 1er, 2me et 4me paragraphes des -_observations_ du 4me commandement pour le canon.) - - -5me COMMANDEMENT. - -_Bouchez la lumière, écouvillonnez!_ - -_Deux temps._ - -_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce prend le dégorgeoir de la -main droite, et l'enfonce dans la lumière pour voir si elle est dégagée; -il la bouche ensuite avec le pouce de la main gauche, jusqu'à ce que la -pièce soit chargée, ne l'ôtant que pendant les momens où il se sert du -dégorgeoir. - -Le servant de droite se porte vivement à la volée de la caronade, passe -le corps et la jambe en dehors du seuillet du sabord, et pose le pied -droit sur le taquet qui est disposé à cet effet; son pied gauche est -appuyé en dedans. - -_Action!_ - -_Deuxième temps._ Le servant de gauche prend l'écouvillon, et il le -donne au servant de droite: celui-ci tourne plusieurs fois l'écouvillon, -etc. (Comme aux 2me et 3me paragraphes des _explications_, et comme aux -_observations_ du 5me commandement pour le canon.) - - -6me COMMANDEMENT. - -_La gargousse dans la caronade; au refouloir; à la poudre!_ - -_Un temps._ - -_Explication._ Le servant de droite remet l'écouvillon au servant de -gauche, qui le pose contre le bord et se tourne ensuite vivement du -côté du pourvoyeur pour en recevoir la gargousse; il la donne au -chargeur qui la place dans la pièce, le culot le premier, la couture en -dessous; le servant de gauche remet l'écouvillon en place, prend le -refouloir, le passe à celui de droite qui s'en sert pour enfoncer la -charge jusqu'au fond de la caronade; il allonge le bras droit de toute -sa longueur, ayant la main gauche sur la volée et le corps un peu -incliné en avant, prêt à refouler. Dès que le pourvoyeur a remis la -gargousse, il va en chercher un autre, ayant le gargoussier sous le bras -gauche, et la main droite sur le couvercle. - -_Action!_ - -_Observations._ (Comme au 7me commandement pour le canon.) - - -7me COMMANDEMENT. - -_Refoulez!_ - -_Un temps._ - -_Explication._ Le servant de droite refoule trois coups et abandonne la -hampe du refouloir en effaçant le corps. - -Le chef de pièce passe le dégorgeoir dans la lumière pour s'assurer que -la gargousse est rendue; si elle ne l'est pas, il fait refouler de -nouveau; si elle l'est, il fait un signal de la main auquel le servant -retire le refouloir et le passe au servant de gauche, qui le pose et -prend vivement un boulet. - -_Action!_ - -_Observations._ Il est très-important, etc. (Comme au 1er paragraphe des -_observations_ du 8me commandement pour le canon.) - -On ne doit pas refouler plus de trois coups, etc. (Comme au 4me -paragraphe des _observations_ du 8me commandement pour le canon.) - - -8me COMMANDEMENT. - -_Le boulet et le valet dans la caronade!_ - -_Un temps._ - -_Explication._ Le servant de gauche pose le boulet sur la caronade et le -conduit avec les mains jusqu'à ce que le servant de droite puisse le -prendre; alors celui-ci l'introduit dans la caronade et place sa main -droite devant la bouche de la pièce pour empêcher le boulet de tomber. - -Le servant de gauche prend aussi un valet et le refouloir; il remet -d'abord le valet à celui de droite qui le prend de la main gauche et le -place sur le boulet; puis il lui donne le refouloir qu'il prend de la -main droite, et avec lequel il enfonce la charge. Il s'assure qu'elle -est rendue par la longueur de la hampe; il en rend compte par ces mots: -_rendu, chef!_ et il allonge le bras droit de toute sa longueur, la main -gauche sur la volée et le corps incliné en avant. - -_Action!_ - -_Observations._ On ne met qu'un projectile dans la caronade surtout, à -moins que le commandant, etc. (Comme au 1er paragraphe des -_observations_ du 9me commandement pour le canon.) - -Le chargeur doit avoir soin que le boulet ne tombe pas à la mer, et le -valet ne doit être placé qu'autant qu'il est sûr que le boulet est dans -la pièce; ce dont au surplus il s'apercevra toujours, après qu'il aura -enfoncé la charge, par la marque qui est sur la hampe. Si on découvrait -alors que le boulet n'est pas dans la pièce, il faudrait ôter le valet -avec le tire-bourre pour mettre un autre boulet. - -Si le boulet n'entre pas dans la pièce, etc. (Comme au 3me paragraphe -des _observations_ du 9me commandement pour le canon.) - - -9me COMMANDEMENT. - -_Refoulez!_ - -_Un temps._ - -_Explication._ Le servant de droite refoule deux coups; il retire le -refouloir et le passe au servant de gauche qui le remet à sa place. - -_Action!_ - -_Nota._ Si on continue l'exercice, on reprend au 2me commandement. Si on -ne continue pas, on le termine par le commandement qui suit: - - -10me COMMANDEMENT. - -_Tapez vos caronades, amarrez le couvre-lumière!_ - -_Un temps._ - -_Explication._ Le servant de droite remet la tape à la caronade. Le chef -de pièce va prendre le couvre-lumière et l'amarre; puis il ôte le levier -de pointage qu'il fait remettre, ainsi que les autres attirails, où ils -étaient avant la manoeuvre. Les objets apportés des soutes et qui ne -sont pas susceptibles de rester dans les batteries, sont reportés par -les servans et par les pourvoyeurs. - -_Action!_ - -_Roulement._ - -Chacun reprend son poste comme au commandement de l'exercice, et nul ne -le quitte que lorsqu'on bat la breloque. - - -EXERCICE DU CANON OBUSIER. - -_Roulement._ - -Comme pour le canon. - - -1er COMMANDEMENT. - -_Détapez, démarrez vos canons!_ (Un temps.) - -Comme pour le canon. - - -2me COMMANDEMENT. - -_Dégorgez, amorcez!_ (Un temps.) - -Comme pour le canon. - - -3me COMMANDEMENT. - -_Pointez!_ (Trois temps.) - -Comme pour le canon. - - -4me COMMANDEMENT. - -_Feu!_ (Deux temps.) - -_1er temps._ Comme pour le canon jusqu'à ces mots, si le canon n'est pas -assez rentré. - -Le chef de pièce dans ce cas facilite le mouvement de rentrée en prenant -son levier-directeur, dont il engage le bec dans le cran de la tige -mobile, pour élever le derrière de l'affût. Les premiers servans de -droite et de gauche restés à leur poste parent les palans et bragues. Le -chef de pièce remet le levier-directeur à sa place, et le 2e servant de -gauche fait une demi-clef au palan de retraite. - -_2e temps._ Comme pour le canon. - - -5me COMMANDEMENT. - -_Bouchez la lumière, écouvillonnez!_ (Deux temps.) - -_1er temps._ Comme pour le canon. Après ces mots, qu'il enfonce dans la -pièce, ajoutez: à l'aide du premier servant de gauche qui se porte -également à la volée de l'obusier par un mouvement semblable à celui de -droite. - -_2e temps._ Les deux servans tournent plusieurs fois l'écouvillon au -fond de la chambre et de l'âme dans le sens nécessaire pour faire -prendre le tire-bourre, et ils le retirent en le tournant du même côté. -(Le reste comme pour le canon.) - - -6me COMMANDEMENT. - -_Au refouloir!_ (Un temps.) - -Comme pour le canon. - - -7me COMMANDEMENT. - -_La gargousse dans le canon; à la poudre; à l'obus!_ (Un temps.) - -Le premier servant de gauche fait un demi à gauche et reçoit du -pourvoyeur la gargousse qu'il place dans le canon, le culot le premier, -la couture en dessous; puis il aide le premier servant de droite à -l'enfoncer avec le refouloir jusqu'au fond de la chambre. Tous les deux -prennent la position de refouler. - -Dès que le pourvoyeur a remis la gargousse, il va en chercher une autre, -ayant le gargoussier sous le bras gauche et la main droite sur son -couvercle. - -Le deuxième servant de gauche prend la boîte vide et se dirige avec le -troisième servant du même côté, vers l'écoutille destinée au passage des -projectiles chargés. Le deuxième servant affale la boîte par l'écoutille -au moyen d'un cartahu à croc; puis tous les deux hissent dans la -batterie, par le même moyen, la boîte renfermant l'obus; lovent le -cartahu sur la boîte; ils la saisissent ensuite par les anses, le -deuxième de la main droite, et le troisième de la main gauche, et la -transportent sur l'avant de l'affût, sous la volée de l'obusier, en -passant par derrière la file des servans de gauche. Après l'avoir posée -sur le pont, tous les deux reprennent leur poste. - -_Action!_ - - -8me COMMANDEMENT. - -_Refoulez!_ (Un temps.) - -Les premiers servans de droite et de gauche refoulent trois coups bien -égaux et abandonnent la hampe du refouloir en effaçant le corps. Le chef -de pièce passe le dégorgeoir dans la lumière pour s'assurer que la -gargousse est rendue au fond de la chambre. Si elle ne l'est pas, il -fait refouler de nouveau; si elle l'est, il fait un signal de la main, -auquel le premier servant retire le refouloir qu'il passe au deuxième -qui le pose sur le pont, et duquel il reçoit le gros refouloir qu'il -pose sur le seuillet de sabord, la tête sur le pont, appuyant contre le -devant du flasque droit. - -_Action!_ - - -9me COMMANDEMENT. - -_L'obus et le valet dans le canon!_ (Un temps.) - -Les premiers servans de droite et de gauche enlèvent l'obus de la boîte -et l'élèvent à la hauteur de la bouche de la pièce. Le deuxième servant -de gauche retire aussitôt la boîte, à laquelle il remet le couvercle ôté -précédemment, et la place contre le bord derrière lui. - -Le premier servant de gauche introduit l'obus dans le canon après -l'avoir préalablement décoiffé, il le maintient dans cette position avec -la main gauche, ayant la main droite appuyée contre la masse de mire. Le -premier servant de droite prend le refouloir, et aidé du premier servant -de gauche qui abandonne l'obus, il l'enfonce au fond de l'âme et retire -le refouloir. - -Le premier servant de gauche reçoit du deuxième, du même côté, un valet -qu'il place dans la pièce, et les deux premiers servans l'enfoncent sur -l'obus avec le refouloir. Le premier servant de droite s'assure que -l'obus et le valet sont rendus au fond de la pièce par la longueur de la -hampe, et en rend compte au chef. Ces deux servans prennent la position -pour refouler. - - -10me COMMANDEMENT. - -_Refoulez!_ (Un temps.) - -Comme pour le canon. - - -11me COMMANDEMENT. - -_En batterie!_ (Deux temps.) - -_1er temps._ Le chef de pièce prend le levier-directeur, et le tenant -des deux mains par l'extrémité, il engage le bec sous la tige mobile. -(Comme pour le canon.) - -_2e temps._ Le chef de pièce placé parallèlement à l'affût, faisant -effort sur le trou du levier-directeur, soulève le derrière de l'affût -et commande _palanquez!_ alors tous les servans agissent ensemble pour -mettre la pièce en batterie droite au milieu du sabord; le chef facilite -ce mouvement en continuant de peser sur son levier et poussant en avant -jusqu'à ce que la pièce soit en batterie. Alors il débarre, remet le -levier-directeur à sa place, et (comme pour le canon.) - - -12me COMMANDEMENT. - -_Tapez, amarrez vos canons!_ (Deux temps.) - -Comme pour le canon. - -_Nota._ L'armement de ces bouches à feu est le même que pour le canon de -36, plus un levier-directeur et un petit refouloir à tête conique pour -la gargousse. Mais le levier-directeur n'est utile que lorsque l'affût -est privé de roues de derrière; dans le cas contraire, tout ce qui a -rapport dans l'exercice au levier-directeur, doit être supprimé. - - -EXERCICE DES DEUX BORDS, - -ET A VOLONTÉ. - -L'exercice des deux bords n'apporte aucune modification à la manière -dont une pièce doit être pointée, tirée et chargée. Mais comme alors ce -sont les canonniers d'un seul bord qui se partagent pour faire le -service des deux bords, il a fallu adopter un ordre de répartition -qu'il importe de faire connaître. - -Cet exercice se divise en quatre parties. - - -I.--_Armement des pièces et changement de bord._ - -TROIS COMMANDEMENS. - -1er.--_Armez les deux bords!_ - -_Explication._ Les chefs des pièces paires si l'on est à tribord, et -ceux des pièces impaires si l'on est à bâbord, disposent sur le boulon -de culasse les boîtes à capsules, le doigtier, le dégorgeoir, -l'épinglette et le tablier du servant. - -_Action!_ - -_Observation._ Le numérotage des pièces commence par l'avant, et si le -nombre des pièces d'une batterie est impair, l'équipage des deux -dernières pièces de l'arrière les manoeuvre ensemble comme s'il -s'agissait de deux pièces voisines. - - -2e.--_Par le flanc gauche et par le flanc droit; à gauche, à droite!_ - -_Explication._ Les servans de droite font à _gauche_, ceux de gauche -font à _droite_, et les chefs de pièce _demi-tour_ à _droite_! tous se -tiennent prêts à se porter à la pièce correspondante de l'autre bord. - -_Action!_ - -_Observation._ Dans un combat, c'est le chef de pièce qui fait le -commandement de par le _flanc gauche!_ etc. - - -3e.--_Marche!_ - -_Explication._ Les chefs de pièces qui ont fait demi-tour se rendent -avec leurs servans aux pièces correspondantes de l'autre bord, et -détachent, chemin faisant, à la pièce voisine à droite, les trois -premiers servans de droite, savoir: le premier pour chef de pièce; le -deuxième pour chargeur, et le troisième pour fournisseur. A cet effet, -les servans de droite marquent le pas jusqu'à ce que le dernier homme de -la file de gauche l'ait dépassé, et tous se rendent à leur poste en se -formant, les servans de gauche sur la droite, et ceux de droite sur la -gauche, par file en bataille. - -Les chefs de pièces qui n'ont pas quitté leurs pièces, s'équipent du -tablier et envoient à celle qui est voisine à droite, devenue vacante, -les trois premiers servans de droite; le premier pour chef de pièce, le -deuxième pour chargeur, et le troisième pour fournisseur. - -Les chargeurs envoyés pour chefs de pièces, sont nommés _chefs -provisoires_, et les autres, _chefs titulaires_. - -A chaque pièce des deux bords où se trouve le chef titulaire, le premier -servant de gauche devient chargeur, et le second fournisseur. - -Chaque chef, à son arrivée à la nouvelle pièce qu'il va servir, s'arme -de la boîte à capsules, du doigtier, du dégorgeoir et de l'épinglette -qui doivent s'y trouver; les écouvillons et les refouloirs sont passés à -la gauche des pièces dans toutes les batteries; le chef de pièce démarre -le couvre-lumière et fait détaper la pièce. - -_Action!_ - -_Observation._ Pendant un combat, c'est le chef qui fait le commandement -de _marche!_ Le tablier est supposé avoir été apporté au commandement de -_branle-bas_. - - -II.--_Manoeuvre de la pièce de chaque chef titulaire jusqu'à ce qu'elle -ait fait feu, et passage des servans mobiles à la pièce de chaque chef -provisoire._--Quatre commandemens. - - -1er.--_En batterie; dégorgez; amorcez!_ - -_Explication._ Après avoir mis les pièces en batterie, si elles n'y sont -pas, les chefs titulaires seulement dégorgent et amorcent. - -_Action!_ - - -2e.--_Pointez!_ - -_Explication._ Les chefs titulaires seulement passent par tous les temps -du pointage. - -_Action!_ - - -3e.--_Feu!_ - -_Explication._ Les chefs de pièces attendent le moment favorable et ils -exécutent le feu. Aidés par leurs servans, ils mettent les pièces hors -de batterie, et le premier servant de gauche fait la demi-clef au palan -de retraite. La pince est mise en travers des roues par le premier -servant de droite. - -_Action!_ - -_Observation._ S'il y a lieu de se servir du boute-feu, c'est le dernier -servant de gauche qui s'en saisit. - - -4e.--_Servans mobiles, changez!_ - -_Explication._ Les chefs de pièces qui viennent de tirer ne conservent -que le premier servant de droite et de gauche; tous les autres, nommés -_servans mobiles_, se portent à la pièce voisine à droite, où ils -occupent les mêmes postes qu'à celle du chef titulaire. - -_Action!_ - - -III.--_Manière de charger la pièce pendant que celle du chef provisoire -est mise en batterie et fait feu, et réciproquement._--Cinq -commandemens. - -_Observation._ Chacun des cinq commandemens en comprend deux ou -plusieurs, qui s'adressent tantôt aux chefs titulaires, tantôt aux chefs -provisoires; comme ils ne pourraient être donnés à la voix sans -confusion, on en marque l'exécution par un coup de baguette. - - _Chefs titulaires._ | _Chefs provisoires._ - | - 1er coup de baguette.--Bouchez | 1er coup de baguette.--En - la lumière, écouvillonnez au | batterie; dégorgez, amorcez! - refouloir! | - | (Le dernier servant de gauche - | défait la demi-clef du palan - | de retraite.) - | - 2e La gargousse dans le canon; | 2e Pointez! - refoulez, à la poudre! | - -_Observation._ Le pourvoyeur va chercher la poudre et la porte à la -pièce qui va tirer; il continue alternativement ce service pour les -deux pièces de l'approvisionnement desquelles il est chargé. - - 3e Le boulet et le valet dans | 3e Au boute-feu! - le canon! | (S'il y a lieu.) - | - 4e Refoulez! | 4e Feu! - -_Observation._ Comme dorénavant on se servira très-rarement du -boute-feu, le chef provisoire fera alors _feu_ au troisième coup de -baguette; et au quatrième, il fera mettre sa pièce hors de batterie; les -deux commandemens des troisième et quatrième coups de baguette, pris -simultanément, devant, dans tous les cas, commencer et finir à-peu-près -en même temps. - - -5e.--_Servans mobiles, changez!_ - -L'exercice continuant, les chefs provisoires exécutent à chaque coup de -baguette les commandemens indiqués pour les titulaires, et -réciproquement. Ensuite ils alternent encore. - -Au roulement, le feu cesse, mais on continue de charger les pièces qui -ne le sont pas. Un chef ne doit _jamais_ quitter sa pièce qu'elle ne -soit chargée, mise en batterie et amarrée si c'est une pièce des -batteries hautes, ou rentrée et fixée par la pince placée en avant des -roues, si c'est une pièce de la batterie basse. - - -IV.--_Désarmement d'un des deux bords._--Trois commandemens. - - -1er.--_Canonniers, tous à tribord; ou canonniers, tous à bâbord!_ - -_Explication._ Les écouvillons et les refouloirs sont replacés à droite -des pièces, et les couvre-lumières à leurs places; les chefs provisoires -du bord qui restent armés, ainsi que les chefs titulaires et provisoires -du bord qui doivent être désarmés, laissent leur équipement sur le -bouton de culasse. - -_Action!_ - - -2e.--_Par le flanc gauche et par le flanc droit; à gauche, à droite!_ - -Les servans font _à droite_ et _à gauche_, et les chefs de pièces -_demi-tour à droite_. Si l'on a fait le commandement d'armer à bâbord, -ce sont les chefs titulaires des pièces impaires, qui sont tous à -tribord dans ce moment, qui exécutent ce mouvement. - -_Action!_ - - -3e.--_Marche!_ - -_Explication._ Les chefs de pièces se rendent avec leurs servans aux -pièces correspondantes du bord opposé; les servans de droite marquent le -pas jusqu'à ce que ceux de gauche soient passés; alors ils se rendent -tous à leurs postes, en se formant sur la droite et sur la gauche par -file en bataille. - -Les chefs de pièces qui ont changé de bord se munissent de la boîte à -capsules, et les servans chargés du tablier le reprennent. - -_Action!_ - -Si la batterie est armée de caronades ou de pièces de 8 et au-dessous, -leur équipage n'est pas assez nombreux pour se diviser; on suit alors -les mêmes principes pour leur destination de chaque bord, mais on ne -peut y servir que la moitié des pièces. Dans ce cas, lorsqu'il devient -utile de rapprocher le feu de l'avant ou de l'arrière, on ordonne à -chaque équipage de se serrer du côté où on veut le faire, de manière à -ne laisser aucun intervalle. Si parmi les matelots de la manoeuvre il -s'en trouve de disponibles, comme tous doivent connaître l'exercice du -canon, le commandant peut alors les envoyer servir les pièces qui sont -sans équipage; on y met pour chef le chargeur titulaire de ladite pièce, -qui est remplacé à la pièce qu'il quitte par le fournisseur, et celui-ci -par un des matelots provenant de la manoeuvre. - -Outre ces passages d'une partie des hommes d'un bord pour armer tout -l'autre bord, ou seulement une portion, il est encore un cas qui peut se -présenter: c'est celui où se battant d'un seul bord, il y a lieu à -cesser entièrement le feu de ce même bord et à se porter de l'autre, -pour se battre sur cet autre bord. Alors on commande: - -_Armez l'autre bord!_ - -_Explication._ Les pièces de la première batterie, chargées ou non, sont -assujetties à la longueur du recul, afin de pouvoir fermer les sabords, -si c'est ordonné. Pour celles qui sont chargées, chaque chef passe -aussitôt avec son équipage à la pièce du bord opposé; et pour les -autres, il y laisse son chargeur et le second et troisième servans de -droite pour la charger; à cet effet, le chef de pièce commande à -_gauche_ et à _droite_, lui-même fait _demi-tour_; il prononce le mot -_marche!_ et il va avec les servans prendre pareil poste à la pièce -opposée. Les servans qu'il a laissés, s'il y avait lieu à recharger, -viennent le joindre dès qu'ils ont fini. - -Dans les batteries hautes, les pièces sont amarrées au moyen de leurs -palans de côté. - -_Action!_ - -_Exercice à volonté!_ - -_Explication._ Chaque chef de pièce fait alors en particulier à ses -servans les commandemens des divers temps; il doit leur en faire -observer toutes les circonstances et ne jamais sacrifier l'exactitude à -la vivacité des mouvemens. - -_Action!_ - -_Observations._ Le feu à volonté est ordinairement celui d'un combat, et -les canonniers doivent y être exercés. Il est pourtant d'autres feux qui -peuvent être désignés par les dénominations suivantes: - -_Feu de file ou de salut._ C'est celui où l'on commande à toutes les -pièces de faire feu successivement, suivant un ordre et à intervalles -indiqués. On peut employer ce feu contre un bâtiment plus faible que -l'on chasse, ou à mesure qu'on découvre un navire dans une manoeuvre; il -a l'avantage de vous laisser libre de former et de favoriser le -pointage. - -_Feu de section._ C'est celui où l'on commande à un certain nombre de -pièces de faire feu simultanément, suivant un ordre prescrit et à un -intervalle indiqué. On peut employer ce feu quand on veut se ménager un -certain nombre de coups toujours prêts à être envoyés. - -_Feu de division._ C'est le feu de section lorsque chaque section est -composée de la moitié des pièces consécutives d'un même bord d'une -batterie. On peut employer ce feu quand la fumée empêche de bien juger -la position de l'ennemi, et qu'on veut se réserver des pièces prêtes -pour l'instant où il paraîtra. - -_Feu de batterie._ C'est celui que chaque batterie doit faire -alternativement; les gaillards peuvent alors, suivant les ordres reçus, -tirer à volonté ou à leur tour. - -_Feu par bordées._ C'est celui où l'on fait des décharges générales de -toute son artillerie; on l'emploie quand, pendant une manoeuvre, on -vient à découvrir son ennemi, et qu'on veut profiter de ce moment pour -l'écraser. - -Il y a cependant des inconvéniens dans chacune de ces manières de faire -feu, tandis que le feu à volonté est celui qui en a le moins et qui -réunit le plus d'avantages. Il reste à faire observer que les volées -sont en général plus meurtrières ou plus efficaces, 1º quand elles sont -tirées en _enfilade_, c'est-à-dire dans le sens de la longueur du -bâtiment ennemi, surtout de l'arrière à l'avant; 2º _en écharpe_, -c'est-à-dire obliquement sur sa batterie; les boulets peuvent alors -faire des éclats considérables. - - -_Remarques._ - -Outre les devoirs imposés aux chefs de pièces et servans, au -commandement de branle-bas de combat, il en est d'autres qui ont rapport -au service de l'artillerie. - -Le commandement de branle-bas de combat fait, ou la générale battue, -pendant que les chefs et servans se rendent à leurs pièces pour les -préparer à faire feu, les soutes à poudre sont ouvertes, et les hommes -affectés à ce service s'y rendent. Les rondiers des batteries démontent -les chandeliers des panneaux, enlèvent les échelles qu'ils font passer -dans l'entre-pont pour éviter les éclats, la communication s'établissant -pendant le combat par les échelles de cordes toujours en place. - -Les hommes pour le passage des poudres dans les batteries, mettent en -place les panneaux de combat[7], les manches pour les gargoussiers vides -et les reposoirs pour les gargoussiers pleins[8]. - - [7] Les panneaux de combat sont des panneaux pleins, garnis de deux - écoutillons pour faire passer, l'un la manche des gargoussiers vides, - et le second les gargoussiers pleins. - - [8] Les reposoirs sont des supports en cuivre adaptés au-dessous de - l'écoutillon dont nous venons de parler, sur lesquels on dépose le - gargoussier plein, pour que le pourvoyeur puisse l'y prendre. - -Les feux sont éteints, les pompes à incendie garnies et armées. - -L'emploi des capsules rend inutile le mouvement du chef de pièce pour -percer la gargousse, il doit s'assurer seulement si la lumière est -dégagée. - -Les gargousses délivrées ordinairement à bord des navires de l'état sont -en papier, en serge, en parchemin, ou en papier-parchemin. Depuis -quelque temps cependant les gargousses en serge paraissent abandonnées, -et on ne donne plus que des gargousses en papier pour le salut et -l'exercice, et en papier-parchemin pour le combat. - -Les gargousses en papier-parchemin ont l'avantage de ne pas conserver -long-temps le feu, mais elles forment de très-forts culots qui restent -dans la pièce après l'explosion, et il faut écouvillonner avec le plus -grand soin, pour que ces culots ne s'amoncellent pas au - fond de l'âme et n'empêchent pas la gargousse de s'y rendre. - -L'apprêté ne se faisant plus à bord depuis l'adoption des caisses à -poudre, on ne se trouve plus dans la nécessité de saigner la gargousse. -On donne pour chaque calibre, un cinquième de gargousse au tiers et -quatre cinquièmes de gargousse au quart; de sorte que lorsque le chef de -la batterie trouve les pièces échauffées, il prend les ordres du -commandant du bâtiment, pour qu'il soit prescrit dans les soutes -d'approvisionner avec des gargousses au quart. - -Les valets dont on se sert ordinairement sont cylindriques pour les -canons, et ovoïdes pour les caronades; on commence cependant à les -remplacer par des herseaux, qui, d'après les expériences faites à Toulon -en 1834, ont donné les résultats semblables, sinon préférables aux -valets cylindriques. - -Ces derniers ont le grand inconvénient de pouvoir former un coin autour -du boulet, ce qui nécessitant une plus grande force pour le chasser de -l'âme, peut être préjudiciable à la pièce. - -Non-seulement lorsqu'on est vergue à vergue, mais dans plusieurs autres -circonstances, il peut être très-utile de tirer à longueur de brague. -Il résulte de plusieurs expériences faites en 1836 à Toulon, que -non-seulement il ne faut pas raidir les palans de côté, comme le dit -l'instruction, mais qu'il faut les décrocher si on ne veut que les -poulies soient brisées aux premiers coups tirés. Après avoir calé les -roues de derrière avec des fauberts mouillés et sablés, on décroche les -palans de côté et on réunit, sans les forcer, par une aiguillette, les -deux portions de la brague en avant de l'affût. - -A bord des bâtimens armés de caronades, en désignant d'avance un homme -par pièce pour remplir les fonctions de chargeur, on peut servir toutes -les pièces lorsqu'on se bat des deux bords. Dans ce cas, les chefs -titulaires détachent à la pièce voisine, à droite, leur chargeur pour -chef de pièce, et prennent pour chargeur leur fournisseur. Les chefs -provisoires ont pour chargeur un homme de la manoeuvre désigné d'avance, -et le pourvoyeur de la pièce du chef titulaire approvisionne également -celle du chef provisoire. - - - - -CHAPITRE V. - -_Noeuds, Amarrages et divers Travaux de Garniture appliqués au -Canonnage._ - - -C'est à bord et dans les ateliers de garniture que l'instruction sur ces -objets, tous de pure pratique, peut être le plus facilement donnée et le -plus promptement acquise; on ne saurait donc entrer ici à cet égard dans -de grands détails, et l'on se contentera de fixer l'attention sur les -points suivans, qui sont distribués par ordre alphabétique pour -faciliter les recherches. - -_Aiguilletage, aiguillette._ L'aiguilletage est un amarrage qui sert à -réunir deux cordages ou deux branches du même cordage; il s'exécute le -plus souvent avec un petit filin flexible qu'on nomme _aiguillette_, -qu'on fait passer en tours multipliés dans les anneaux, bagues ou -oeillets dont ces cordages peuvent être pourvus. - -On se sert d'aiguillettes pour les amarrages des canons et des -caronades, pour embarquer et débarquer les canons, pour saisir les -chandeliers de pierrier et d'espingole; pour fixer le bout des bragues -des pièces, qu'au besoin on passe aux sabords de chasse ou de retraite, -et pour raidir l'appareil des batteries quand les pièces sont au grelin -par un mauvais temps. - -_Brague._ Fort cordage fait de fil de première qualité, commis avec le -plus grand soin et légèrement goudronné, et qui sert à borner le recul -des bouches à feu. La brague est élongée et tendue de force avec des -palans, ou même au cabestan, avant d'être mise en usage, pour qu'elle -soit moins exposée ensuite à prendre du mou. Sa longueur pour les canons -de calibre de 36, de 12 et intermédiaires, varie de 10-1/2 mèt. à 7-3/4 -mèt., et sa grosseur de 20 à 16 centimètres. La brague est fixée par ses -deux bouts dans les boucles de la muraille du bâtiment par un amarrage -avec étrive, c'est-à-dire avec changement de direction du cordage -principal, après qu'il a été replié sur lui-même. - -_Bridure._ Amarrage qui sert à rapprocher deux ou plusieurs cordages -déjà tendus, ou les tours d'un même cordage, et à les étrangler en un -point, afin qu'ils souquent davantage. Il s'exécute soit avec un cordage -particulier, soit avec le bout même du cordage bridé. - -_Brin._ Un cordage est de premier brin quand il ne contient que les -filamens les plus longs et les plus propres qui restent dans les mains -du peigneur. Tous les cordages de l'artillerie sont du premier brin. - -_Civière._ Moyen cordage qui sert comme une suspente et qu'on nomme -_herse_; c'est une sorte d'élingue. (Voyez ce mot.) - -_Coiffe d'écouvillon._ Sac de toile pour envelopper et préserver la tête -de l'écouvillon; il se fait avec un morceau de toile plié en deux, cousu -sur le côté et adapté ensuite à un fond circulaire; on le termine par -une coulisse au bord, pour y faire passer un lusin goudronné qui sert à -serrer la coulisse sur la hampe; la coiffe est ensuite peinte sur la -face extérieure. - -_Croupière._ Bout de cordage fixé au corps de l'essieu de l'arrière et -formant une boucle pour accrocher le palan de retraite; il y a souvent -un piton dans cette partie qui rend la croupière inutile. - -_Elingue._ Cordage dont on entoure un fardeau pour le soulever. Les deux -bouts en sont réunis par une épissure. On s'en sert pour embarquer et -débarquer les canons. Longueur pour les calibres de 36, de 12 et -intermédiaires, de 7 mètres 1/7 à 6 mètres 1/2; grosseur, de 20 à 16 -centimètres. - -_Epissure._ Réunions de deux bouts de cordages entés, en quelque sorte, -par l'entrelacement réciproque de leurs torons; l'excédant des torons -est coupé au ras du cordage, et la jonction a lieu solidement sans -noeuds ni bourrelets. - -_Estrope._ Cordage fourré, dont on entoure une poulie en le faisant -passer dans les rainures pratiquées sur sa caisse; les deux bouts de -cordage sont joints par une épissure. On y ajoute souvent une cosse pour -pouvoir accrocher la poulie; on applique alors cette cosse dans un pli -de l'estrope sur la tête de la poulie, et l'on approche les deux -branches de l'estrope par un amarrage à plat, entre la poulie et la -cosse, qui empêche l'estrope de se dégager de ses goujures. - -_Estrope de culasse._ Cordage employé dans l'amarrage à la serre. Les -deux bouts en sont réunis par une épissure. On y fixe une cosse en fer, -de sorte que l'estrope est divisée en deux parties inégales. De -semblables estropes, mais plus longues, sont employées pour -l'embarquement et le débarquement de l'artillerie, savoir: deux pour la -culasse, et un pour la volée; celle-ci est plus courte que les autres. - -_Faubert._ Faisceau de fil de carret lié par une de ses extrémités, et -emmanché d'un petit bâton; les fils en se détordant par le bout forment -une étoupe qui fait éponge. - -_Fourrer un cordage._ C'est recouvrir un cordage en bitord; on l'étend -horizontalement à la hauteur de ceinture, on prend une pelote de bitord -dont le bout se fixe sur le cordage, on applique sur celui-ci le maillet -à fourrer, on les saisit par deux ou trois tours de bitord tant sur le -maillet que sur le manche; en faisant tourner le maillet, le bitord se -range en tours serrés et en spirale sur le cordage, qui est ainsi à -l'abri du frottement des corps étrangers. On fourre aussi en basane, en -toile goudronnée. Les anneaux de brague des caronades et la partie des -bragues qui y portent, sont fourrés. - -_Garant._ Cordage d'un palan. L'une de ses extrémités se frappe sur le -cul de la poulie simple; l'autre passe sur un des rouets de la double, -de dessous en dessus; on le ramène sur le rouet de la simple, de dessus -en dessous, et de là sur le second rouet de la double, de dessous en -dessus. C'est sur cette extrémité, appelée _courant_, que l'on agit. -Dans les palans de côté, le courant doit se trouver dessus. Pour les -canons de 36, de 12 et intermédiaires, la longueur des garans des palans -de retraite et de côté (qui sont les mêmes) varie de 31 mètres à 24, et -leur grosseur de 9 à 7 centimètres. - -_Garcette._ Tresse plate en bitord. La poignée du coussin est une tresse -semblable. - -_Garnir une brague._ C'est entourer la partie exposée au frottement -d'une toile goudronnée, maintenue par des tours serrés d'un cordage fin. -On peut se servir encore d'un morceau de basane cousu, suivant la -longueur de la brague. - -_Hampe de corde._ Bout de filin de retour, fourré, de même longueur que -la hampe de bois; il a 8 centimètres pour les calibres de 36, 30 et 24; -et 7-1/2 pour les calibres au-dessous. - -_Itague._ Cordage tenant à un palan, et ordinairement en double pour en -augmenter l'effet. On s'en sert quand on change un canon d'affût, ou -qu'on l'amène sur le pont. Un bout est garni d'une cosse, l'autre est en -queue de rat. Pour les canons des calibres de 36, 30, 24 et 18, la -longueur de l'itague varie de 6 mètres 1/4 à 5 mètres 2/3, et la -grosseur de 12 à 10 centimètres. - -On se sert aussi d'un itague pour fermer les mantelets des sabords; il -porte à son milieu, et en dedans du bord, une cosse où passe le croc de -la poulie double du palanquin; les deux bouts de l'itague traversent la -muraille et vont s'amarrer sur le mantelet. - -_Ligne d'amarrage._ Menu cordage goudronné, servant à faire certains -amarrages, comme ceux des bouts de brague, ceux qui servent à rapprocher -les côtés des élingues ou des estropes, etc. - -_Lusin._ Petit cordage composé de deux fils de carret; il y a du lusin -blanc et du lusin goudronné. Il est employé à serrer les coiffes -d'écouvillon, et pour la confection des grappes de raisin. - -_Machine à démonter les canons._ Elle se compose de deux estropes -(garnies chacune de deux poulies simples), de deux civières (garnies de -deux poulies simples), de quatre itagues, et de quatre palans (ceux de -la pièce et de la voisine). On a proposé d'autres machines, mais les -parties de celle-ci sont les plus faciles à se procurer. - -_Mèche._ Corde lessivée servant, au besoin, à mettre le feu à une pièce. -La mèche est fabriquée avec des étoupes de lin; elle doit être ferme, -sans trop de dureté, bien pénétrée de lessive salpêtrée, mais sèche, -sans moisissure, et sans être cornue à sa surface. - -_Merlin._ Petit cordage de trois fils de carret commis ensemble au moyen -de la roue du siége de commettage. Celui qui s'emploie pour l'artillerie -est composé de fils goudronnés; une pièce de 60 brasses pèse environ 1 -livre 1/2. - -_Noeuds._ Les noeuds diffèrent suivant leur destination; c'est pour le -marin une étude longue et importante, qui ne peut se graver dans -l'esprit que par la pratique. On doit se borner à dire ici, en général, -que les noeuds et amarrages sont disposés de manière que les frottemens -des tours les uns contre les autres rendent l'enlacement solide, tout en -permettant, au besoin, de pouvoir défaire le noeud. - -_Palans de côté et de retraite._ Ils sont composés d'une poulie simple, -d'une poulie double et d'un garant (voyez ce mot). Les poulies sont -estropées et garnies chacune d'un croc. Il y en a pour d'autres objets, -pour embarquer et débarquer les pièces, pour descendre les barils à -poudre dans les soutes, etc.; mais ils sont établis de la même manière, -à peu près. - -_Palanquin._ Petit palan croché dans la boucle de l'itague de mantelet -par sa partie double; la poulie simple a une cosse fixée à un piton sur -le pont supérieur, et vis-à-vis le milieu du sabord. - -_Quarantainier._ Cordage composé de trois torons commis ensemble; il y -en a de 6 à 9 fils, et de 12 à 15 fils; celui qu'on emploie pour -l'artillerie est goudronné. - -_Queue de rat._ Espèce de pointe que l'on fait à l'extrémité des -cordages pour faciliter leur introduction dans une poulie. On l'exécute -en liant le cordage au point où l'on veut commencer la queue de rat; on -défait les torons jusqu'à la ligature; et renversant les fils extérieurs -sur le cordage, on en amincit les intérieurs à l'aide d'un couteau, de -manière que leur volume aille toujours en diminuant; on reprend alors -les fils extérieurs, et on les rabat alternativement par pairs et par -impairs, ayant soin, à chaque fois, de les lier fortement. Une ligature -termine cette espèce de tissu. - -_Raban de sabord._ Bout de quarantainier de 4 à 5 mètres de longueur, -et de 5 à 7 centimètres de grosseur, employé pour fermer solidement les -mantelets. Il y en a deux par sabord. - -_Raban de retenue des caronades._ Aiguillette de 20 à 24 mètres de -longueur, et de 5 à 7 centimètres de grosseur, employée pour fortifier -l'amarrage des caronades par un mauvais temps. - -_Raban de volée._ Cordage de 11 à 15 mètres de longueur, et de 6 à 8 -centimètres de grosseur, employé dans l'amarrage du canon à la serre, -pour assujettir la volée contre la partie supérieure du sabord; ce -cordage porte une ganse à l'une de ses extrémités. On en donne un par -sabord de batterie basse. - -_Surliure._ Amarrage fait sur les bouts d'un cordage pour empêcher les -torons de se séparer; la surliure s'exécute avec du fil à voile, ou de -la petite ligne qui sert à faire plusieurs tours bien serrés, et dont on -engage les bouts sous les tours. - -_Valet._ Bouchon de corde servant à maintenir la charge dans l'âme de la -pièce, et à donner, par quelque résistance, le temps à la poudre de -s'enflammer en plus grande partie. L'influence du valet sur la charge, -sur la portée du projectile, sur la pièce même, a été envisagée sous -plusieurs faces, et diverses propositions ont été faites pour sa -configuration, ou pour en altérer la composition. On doit ici se borner -à dire comment se confectionnent ceux qui sont adoptés à bord de nos -bâtimens. - -Le valet est cylindrique, son diamètre doit passer avec frottement dans -l'âme de la pièce, et sa hauteur a quelques lignes de plus que son -diamètre. Il se fait avec du vieux fil de carret dont on forme un -faisceau que l'on serre par le milieu avec du fil de carret neuf. - -Dans les ateliers on se sert pour faire les valets, d'un banc garni -d'une paille à bitte à un bout, et d'un morceau de filin à oeillet de -l'autre; on a une petite planche appelée _moule_, qui a pour longueur la -hauteur du valet, mais un peu plus étroite à son extrémité. On charge le -moule pour le placer sur le bout de filin à oeillet, et en le retirant -on fait faire au filin un tour complet autour des fils de carret, puis -on amarre ce filin sur la paille à bitte; enfin on roule le valet et on -le souque au moyen d'une gournable qu'on introduit dans l'oeillet du -filin, et sur laquelle on trévire. Il ne reste plus qu'à amarrer le -valet par le milieu. - -Si on veut faire un valet ovoïde, ou en forme d'oeuf, on enfonce une -poignée de vieux fils de carret dans le trou de fusée d'une roue d'affût -de calibre inférieur; on forme ainsi un noyau solide qu'on serre par le -milieu; on le recouvre dans le sens de la longueur de plusieurs tours de -fil de carret neuf, et l'on incline ensuite ces tours. On le serre enfin -comme le valet cylindrique. - -Dans les deux cas on fait une poignée ou deux au valet, en y -introduisant pendant sa confection une ou deux petites bagues en fil de -carret, qu'on a toujours soin de laisser déborder. - - - - -CHAPITRE VI. - -_Différentes manières d'amarrer les canons à bord._ - - -Les amarrages employés pour contenir les bouches à feu à bord, dépendent -de la place qu'elles occupent et des craintes que peut donner le mauvais -temps. - -_Amarrage à garans simples._ Cet amarrage est usité dans les beaux -temps. - -La pièce étant en batterie, maintenue par un tour de chaque garant passé -autour du collet du bouton, le troisième servant de droite remet le -couvre-lumière au chef de pièce qui l'amarre sur la culasse, et qui -ensuite décapelle les palans, et les fait tenir par les derniers -servans; il fixe, entre les flasques et les garans le mou de la brague -qui est soutenue par les deuxièmes servans; il les arrête par un tour -mort au collet du bouton, en passant le double de chaque garant entre ce -garant et la plate-bande de culasse de dessus en dessous. Le reste des -garans se love et s'amarre le long des flasques; le dernier servant de -gauche décroche le palan de retraite, le love et le place sur le canon. - -_Amarrage à garans doublés._ Cet amarrage est usité pour les batteries -hautes dans les mauvais temps. - -La poulie double des palans de côté s'accroche à la boucle de la brague, -et la simple au piton contre l'affût; on fait avec un garant deux tours -du bouton de culasse aux crocs, et trois tours de bridure sur la -culasse, d'abord du côté où est le garant, puis de l'autre côté du -canon; on passe ensuite son bout dans une boucle placée sur le pont, et -il vient faire croupière en passant par-dessous la culasse, en dedans de -la partie du garant qui s'y trouve; il est arrêté par une bridure sur la -croupière. - -L'autre palan s'amarre à l'ordinaire en faisant passer le garant -par-dessus celui qui est doublé, afin de l'avoir toujours à sa -disposition, si les circonstances exigeaient un amarrage plus solide. -Les bragues sont repliées le long des flasques, et le palan de retraite -est placé sur le canon. - -_Amarrage à la serre._ Cet amarrage est usité pour les batteries basses -dans les mauvais temps. - -La culasse se pose sur la sole de l'affût; le tiers de la bouche environ -est appuyé contre la serre au-dessus du sabord, les poulies doubles des -palans de côté s'accrochent aux boucles de bragues contre le bord, la -poulie simple aux pitons sur l'adent des flasques. - -On passe le garant sur le collet du bouton, et de là au croc près du -sabord de dedans en dehors; on fait ainsi deux ou trois tours au ras de -la plate-bande de culasse, et un tour à la hauteur du troisième adent de -l'affût, pour venir ensuite faire une bridure sur le derrière de la -poulie simple, où l'on emploie le reste du garant. Cette opération se -fait des deux côtés du canon. - -Les deux côtés de la brague passent par-dessous les fusées de l'essieu -de l'avant; une aiguillette les embrasse par trois tours; elle repasse -ensuite par-dessus les palans, qu'elle serre avec la brague par trois -autres tours qu'elle réunit en passant ses bouts entre les palans et les -bragues, puis elle embrasse et serre fortement tous les tours par le -milieu au moyen d'une bridure, et on l'arrête. - -La volée est soutenue par le raban de volée, qui fait plusieurs tours -dessous et dans la boucle de raban placée au-dessus du sabord. La poulie -double du palan de retraite est accrochée à la boucle du raban de -sabord, et la simple à une estrope qu'on met autour du collet du bouton -de culasse. On raidit bien le palan, et l'on fait avec le reste deux -bridures, dont une sur la plate-bande de culasse, et l'autre sur la -volée. - -Lorsque les roulis sont considérables, on joint à ces précautions celle -de clouer sur le pont, sous les roues de l'arrière de l'affût, un -_cabrion_, qui est un morceau de bois taillé en biseau. On pourrait -même en clouer un autre sous les roues de l'avant. - -_Amarrage le long du bord, dit en vache._ Cet amarrage est usité soit -pour avoir plus de place à bord, soit pour adoucir les roulis du navire. - -On place le canon contre le bord, dans le sens de la longueur du navire; -on accroche les poulies simples des palans à des estropes qui embrassent -les fusées extérieures des essieux de derrière, et les poulies doubles -aux boucles de brague, de manière que les palans se croisent; on passe -plusieurs tours de garant dans les crocs, ainsi que sous les fusées des -essieux, et l'on finit l'amarrage par une bridure au ras de la fusée. - -_Amarrage au grelin._ Cet amarrage est usité lorsque le canon étant à la -serre, on craint que les amarrages précédens, ou les boucles et les -crocs, ne puissent pas résister aux secousses du navire. - -On passe un grelin tout autour de la batterie; on le raidit aux -extrémités du vaisseau, en le faisant passer sur tous les boutons de -culasse des canons; entre chaque couple de pièces, il y a des boucles -placées contre le bord, dans chacune desquelles on passe le palanquin -du mantelet, ou une aiguillette que l'on fixe sur le grelin, et on les -raidit à la fois. - -_Amarrage par la fausse brague._ Cet amarrage est usité quand le -bâtiment est vieux, ou lorsque l'on craint que la muraille n'éprouve -trop de fatigue, par les secousses que pourraient donner les batteries à -la serre, lorsque les cordages ont pris du jeu. - -On prépare un cordage ayant à-peu-près la grosseur de la brague, et pour -cet usage nommé _fausse brague_; les deux bouts en sont repliés et -épissés afin de pouvoir former des oeillets susceptibles de recevoir la -fusée de l'essieu; il doit être assez long pour que, ses oeillets -embrassant la fusée de l'essieu de devant, il puisse être aiguilleté sur -la boucle de derrière, en passant par-dessus les derniers adents de -l'affût. - -On dispose la pièce comme pour l'amarrage à la serre; on recule l'affût -de manière que la bouche de la pièce se trouve à 4 ou 5 pouces du bord; -on place sur le pont, vers le derrière de l'affût, des boucles de fer -goupillées solidement par-dessus; on passe les oeillets de la fausse -brague aux fusées de l'essieu de l'avant, et on l'aiguillette sur la -boucle dont on vient de parler, en la faisant venir par-dessus les -derniers adents de l'affût. L'amarrage se fait d'ailleurs comme dans -l'autre manière de mettre à la serre. - -_Amarrage aux chevrons de retraite._ Cet amarrage a le même but que le -précédent, et il fatigue moins le navire que la fausse brague. - -Les chevrons de retraite sont deux pièces de bois de chêne assez longues -pour tenir la tranche du canon à quatre ou cinq pouces de bord; elles -sont entaillées de manière à recevoir d'un bout la tête de chaque -flasque, l'autre bout s'appuie sur le bord; on place des cabrions devant -et derrière, et l'on continue l'amarrage comme dans la méthode -ordinaire. - -_Amarrage par la queue des flasques._ Cet amarrage est préférable à -l'amarrage à la serre, indiqué précédemment, lorsque les canons ont un -anneau de brague sur la culasse. - -Le canon étant rentré, on fait tomber la culasse sur la sole; on appuie -le tiers de la tranche contre la partie supérieure du sabord; on dispose -le raban de volée, l'aiguillette et le palan de retraite comme à -l'ordinaire; on passe également les deux côtés de la brague sous les -fusées des essieux de l'avant, on accroche le croc de chaque poulie -double à la boucle de brague, et le croc de la poulie simple au piton. -On raidit chaque palan de côté, on passe ensuite un tour de garant sur -la queue des flasques, et deux au croc. Quand le troisième tour est -achevé sur la queue des flasques, on passe le bout du garant entre le -tour du même garant, et le dessus de la queue des flasques de dessous en -dessus; ensuite on fait trois tours de bridure, entre la cheville à -piton et le dernier adent, puis trois autres tours en allongeant de -manière à ramener le dernier à la queue de la poulie simple, où l'on -emploie le reste du garant. Il faut éviter que les tours de garant -passés à la queue des flasques, ne frottent contre les roues. - -_Observation générale._ Si un canon de gros calibre se démarre et obéit -au roulis, il ne faut pas briser les roues; on jette sur son passage -quelque sacs à valets. Quatre hommes saisissent un levier chacun, et ils -engagent le sifflet sous les roues, ce qui donne le temps de saisir le -canon avec des cordages pour le ramener à bord. - -_Amarrage des caronades._ On maintient les caronades à brague fixe, en -raidissant leurs bragues et en contenant leurs affûts par des -aiguillettes passées dans les pitons de derrière du châssis, et dans les -boucles fixées sur le pont. - - - - -CHAPITRE VII. - -_Pointage au tir._ - - -La ligne qui joindrait le point le plus élevé de la plate-bande de -culasse avec le point le plus élevé du bourrelet, et qu'on peut imaginer -prolongée indéfiniment au-delà de la volée, est ce qu'on appelle la -_ligne de mire_. - -C'est celle par laquelle le canonnier vise pour pointer, c'est-à-dire -pour donner à la pièce la direction qu'il juge convenable pour atteindre -le but. - -La ligne passant par le milieu de l'âme, c'est-à-dire son axe, qui est -en même temps l'axe de la pièce, et qu'on peut imaginer prolongée -indéfiniment au-delà de la bouche, est ce qu'on appelle la _ligne de -tir_. - -C'est celle que suit sensiblement le boulet à son départ, et qu'il -suivrait indéfiniment s'il pouvait se mouvoir en ligne droite. - -Comme le canon a plus de grosseur ou de diamètre à la culasse qu'à la -volée, il est clair que la ligne de mire et la ligne de tir sont plus -rapprochées à la volée qu'à la culasse, et que leurs prolongemens -doivent se rencontrer à une certaine distance de la bouche; de sorte que -la ligne de mire, qui était d'abord au-dessus de la ligne de tir, est -ensuite en dessous, et que l'écartement de l'une à l'autre devient -d'autant plus grand qu'on les imagine prolongées davantage. - -Ce qui précède doit faire concevoir comment il arrive que le boulet, qui -était d'abord au-dessus de la ligne de mire, est bientôt au-dessous. -C'est pour exprimer cette circonstance du tir, que le canonnier dit: -_qu'en partant, le coup relève_. On voit donc que si le boulet allait en -ligne droite, il faudrait diriger la ligne de mire au-dessous du but, -toutes les fois que celui-ci se trouverait plus éloigné que la distance -assez petite (de 15 à 25 pieds dans les canons) où la ligne de mire et -la ligne de tir se rencontrent. - -Chacun a pu remarquer qu'une pierre lancée dans l'espace ne se mouvait -pas en ligne droite, mais qu'elle décrivait une courbe très-sensible à -l'oeil. Toutefois on a dû observer que la courbure de la ligne suivie -par la pierre était d'autant moins grande que la pierre avait été lancée -avec plus de force ou de vitesse. Cette courbure est due à l'action de -la pesanteur, qui tend à rapprocher tous les corps du centre de la -terre, et qui les en rapproche effectivement quand ils ne sont pas -supportés ou suspendus. Cette action de la pesanteur qui fait décrire -une courbe à une pierre lancée à la main ou avec une fronde, fait aussi -que le boulet lancé par le canon décrit une ligne dont la courbure, -quoique moins sensible à l'oeil, n'en est pas moins réelle, et le boulet -s'écarte d'autant plus de la ligne de tir en dessous, qu'il s'éloigne -davantage du canon. - -Cette courbe décrite par le boulet se nomme _trajectoire_. - -Puisque le boulet, après s'être élevé par-dessus la ligne de mire, se -baisse ensuite en dessous la ligne de tir par l'action de la pesanteur -qui le rapproche de la surface de la terre, il y aura un moment où il -viendra couper une seconde fois la ligne de mire; de sorte que, pour -atteindre un but placé à la distance, soit du premier, soit du second -point où le boulet coupe la ligne de mire, il faut viser sur lui comme -si le boulet se mouvait en ligne droite, et qu'il dût suivre la ligne de -mire. Ces deux points portent l'un et l'autre le nom de _but-en-blanc_. -Mais comme le premier est peu utile pour le tir du canon, on ne s'occupe -guère que du second, qu'on appelle _but-en-blanc naturel_ quand la ligne -est horizontale, ou simplement, dans les autres cas, _but-en-blanc_; et -l'on appelle _pointer de but-en-blanc_, l'action de viser directement -par la ligne de mire sur un point éloigné. - -Nous avons dit que la ligne de tir et la ligne de mire se coupaient à -une certaine distance de la bouche du canon. L'ouverture de ces lignes, -ou l'inclinaison de l'une à l'égard de l'autre, est ce qu'on appelle -_l'angle de mire_. On voit que la grandeur de cet angle dépend de la -différence de grosseur et de diamètre de la culasse et de la volée du -canon, ainsi que de sa longueur. - -Comme le boulet a dû s'élever d'autant plus au-dessus de la ligne de -mire que l'angle de mire est plus grand, et que la trajectoire a -d'autant moins de courbure que la poudre imprime plus de vitesse au -boulet, il est évident que la vitesse du but-en-blanc dépend 1º de -l'angle de mire; 2º de la force de la poudre, tant sous le rapport de sa -quantité que de sa qualité, ou plutôt de la vitesse qu'elle peut -communiquer au boulet. - -On appelle portée d'une pièce, la distance à laquelle elle peut chasser -son projectile. Cette distance varie pour une même bouche à feu, suivant -la charge de poudre employée, suivant la forme, la grosseur et le poids -de son projectile, et surtout suivant l'inclinaison de l'axe de la pièce -ou de la ligne de tir, par rapport au niveau ou à l'horizon. Cette -inclinaison de l'axe avec l'horizon est ce qu'on appelle _l'angle de -projection_. - -On concevra facilement que plus cet angle sera grand, toutes choses -étant égales d'ailleurs, plus la portée sera étendue, et réciproquement. -Toutefois ce n'est vrai que dans de certaines limites; car si l'angle de -projection était plus grand qu'un demi-angle droit, le contraire aurait -lieu; la portée recommence même à diminuer passé 42°-1/3 pour les -canons, et 28° pour les fusils. (Pour les positions de ces diverses -lignes et de ces angles, voyez la figure V.) - -Ce qui précède fait concevoir que si le point que l'on veut frapper est -à la distance du but-en-blanc, il faut diriger sur ce point la ligne de -mire, comme si le boulet devait suivre cette même ligne de mire; que si -le point que l'on veut battre est plus éloigné que le but-en-blanc, il -faut diriger la ligne de mire par-dessus, ce qui vient à augmenter -l'angle de projection. Il faut diriger la ligne de mire par dessous, -dans le cas contraire, à moins pourtant que ce point ne soit -très-rapproché du premier but-en-blanc, auquel cas il faudrait encore -pointer en dessus. La distance de ce premier but-en-blanc varie, ainsi -qu'on l'a déjà dit, de 15 à 25 pieds. - -L'angle de mire est d'environ 1°-1/2 pour les canons, et 3°-1/2 pour les -caronades. - -La distance du but-en-blanc, avec la charge ordinaire du combat (d'après -les expériences les plus récentes), est environ de 4 encâblures pour les -canons de 18 et au-dessus; de 4-1/2 encâblures pour les caronades de 24 -et au-dessus: les uns et les autres étant chargés avec des boulets -ronds. Les mêmes distances sont plus petites d'un tiers à peu près si -les pièces sont chargées avec des boulets ramés, et de moitié si elles -sont chargées avec des mitrailles. - -La difficulté du tir consiste à déterminer de combien la ligne de mire -doit être plus élevée que le point qu'on veut battre, quand celui-ci est -plus éloigné que le but-en-blanc, ou de combien elle doit être plus -basse dans le cas contraire. Pour cela, des instrumens ont été imaginés, -proposés ou exécutés; des tables ont été dressées pour faire connaître -les angles sous lesquels il fallait pointer, suivant les distances; mais -ces moyens, plus ou moins ingénieux, ont été généralement peu utiles à -cause des difficultés qu'il y a à les employer à la mer. - -On a donc cherché un autre moyen qui pût frapper les yeux, en présentant -les hauteurs respectives des coques et des mâtures des divers navires, -et en plaçant à côté une échelle que nous nommerons de _pointage_, qui -indique d'une manière suffisamment exacte, suivant les distances, les -hauteurs où il faut pointer pour atteindre les bâtimens aux points -voulus. Par ce moyen, il suffira qu'on fasse connaître, dans les -batteries, la distance où se trouve l'ennemi, et s'il faut tirer soit à -couler bas, soit aux gaillards, ou à démâter. - -L'officier commandant la batterie indiquera alors aux chefs de pièces à -quelle hauteur ils doivent viser, et pour donner cette indication il -pourra se servir, dans le premier cas, de la planche nº 1; - -Dans le second cas, de la planche nº 2; - -Et dans le troisième cas, de la planche nº 3. - -Dans chaque planche la flèche ou le zéro indique la hauteur où il faut -atteindre le bâtiment, et celle où il sera frappé si, étant à la -distance du but-en-blanc on vise à cette hauteur. Le chiffre placé sur -l'échelle, à la hauteur du zéro, indique cette distance en encâblures, -pour chaque calibre et dans chaque espèce de pièces en usage dans la -marine. - -Les autres chiffres portés sur les échelles, soit plus haut, soit plus -bas que la flèche, sont placés à la hauteur du point de la mâture ou de -la coque où il faut viser, quand on est placé à la distance qu'ils -expriment pour frapper le bâtiment à la hauteur de zéro. - -Ainsi, pour pointer à couler bas par la ligne de mire naturelle, à 5 -encâblures par exemple, il faut viser un peu au-dessus des bastingages -des vaisseaux à trois ponts, ou à la hauteur des filets de casse-tête de -ceux à deux ponts, ou au quart à peu près de la distance qui sépare les -bastingages et la grande hune des frégates. (Planche nº 1.) - -Pour pointer aux gaillards, à la distance de 4-1/2 encâblures, il faut -viser à la hune des grands mâts des vaisseaux; à la moitié du ton des -frégates, et d'une quantité égale à la moitié du ton, au-dessus du -chouquet du grand mât des corvettes. (Planche nº 2.) - -Enfin, pour pointer aux trelingages, c'est-à-dire à démâter, à la -distance de 6 encâblures par exemple, il faut viser au-dessus du -chouquet du grand mât de hune des vaisseaux; au capelage du grand mât de -perroquet des frégates, et à la pomme des corvettes (Planche nº 3), et -ainsi de suite. - -Les exemples précédens ne s'appliquent qu'au cas où l'on tire avec des -boulets ronds; mais de semblables échelles ont été dressées pour les -boulets ramés et pour les grappes de raisin ou mitrailles. Toutefois ces -dernières échelles n'indiquent pas les distances au-delà de deux -encâblures pour les mitrailles, parce que, passé ces distances, le tir -de ces projectiles est trop incertain pour qu'on doive en faire usage. - -Le tir à double charge de projectiles ne devant avoir lieu qu'à moins -d'une encâblure pour les boulets ronds, et d'une demi-encâblure pour les -mitrailles, on pourra, pour ainsi dire, pointer toujours alors de -but-en-blanc, attendu que les gargousses, ayant dû être saignées, n'ont -pu communiquer qu'une petite vitesse aux deux projectiles, en sorte -qu'ils doivent bientôt s'abaisser et se rapprocher de la ligne de mire. - -Si le vaisseau était toujours parfaitement tranquille, et le pont -parfaitement de niveau, on aurait marqué sur la plate-bande de culasse -et sur le bourrelet, les deux points qui déterminent, dans tous les cas, -la ligne de mire; mais il n'en est point ainsi. Le tangage est cause que -les points les plus élevés de la culasse et de la volée changent à tous -momens, ce qui rend le pointage beaucoup plus difficile. C'est donc à -l'intelligence du pointeur à remédier à cet inconvénient, en suivant le -mouvement de la pièce; et il y parvient en plaçant toujours son oeil -dans la direction de la ligne de mire, variable en ce qu'elle doit -toujours passer par les points les plus élevés de la plate-bande de -culasse et du bourrelet. - -Le roulis fait aussi changer à chaque instant l'angle que l'axe de la -pièce fait avec l'horizon; d'où il suit qu'on ne peut réellement pointer -les pièces sur les points indiqués par les planches 1, 2 et 3, au -moment où l'on doit faire feu. Mais on remédie à cet inconvénient en -donnant d'avance aux pièces, comme on l'a indiqué dans l'exercice, une -hauteur convenable pour qu'au roulis le point sur lequel la ligne de -mire doit être dirigée puisse se présenter dans le prolongement de cette -ligne; et il faut que le canonnier sache saisir ce moment pour faire -partir le coup, ce qui demande beaucoup d'intelligence et d'habileté. - -Enfin, lorsque la marche du navire est très-grande, la vitesse acquise -par le boulet comme par tous les corps qui sont à bord, vient encore -modifier la direction du projectile au sortir de la pièce, en sorte que -celui-ci doit arriver un peu avant du point qu'on voulait frapper. Mais -cet effet est assez peu sensible, et il est rare qu'il y ait lieu de le -prendre en considération, d'autant que la marche du vaisseau ennemi en -corrige l'inconvénient si, comme il arrive ordinairement, il suit la -même route, et s'il a un sillage à-peu-près égal. - -Comme il est impossible que les canonniers puissent lever toutes les -difficultés que les mouvemens du vaisseau apportent au pointage, il est -à propos de faire remarquer que les boulets qui arrivent plus haut qu'on -ne voulait, peuvent ne pas être perdus et atteindre les mâts les plus -élevés ainsi que leur gréement, et que ceux qui sont pointés trop bas -peuvent ricocher et frapper la coque de l'ennemi. - -Il semble donc qu'il convient de faire feu pendant que le vaisseau se -relève, si l'on tire en plein bois, à démâter, à boulet ramé ou à -mitraille; et pendant qu'il s'abaisse, si la mer n'est pas trop grosse, -et que l'on tire à couler bas. - -On a supposé jusqu'ici que le boulet devait atteindre le but de -plein-fouet, c'est-à-dire sans sauts ou ricochets; mais comme le tir à -ricochets, quand la mer est belle, présente lui-même des chances -beaucoup plus nombreuses pour frapper un bâtiment ennemi, il est utile -d'entrer dans quelques explications. - -On appelle _ricochets_, les sauts et les bonds que fait un boulet -pendant sa course lorsqu'à terre il vient à rencontrer le sol, et à la -mer la surface des eaux; il n'est pas de marin qui n'ait été à même de -remarquer cet effet. - -Sur mer, pour qu'un boulet puisse ricocher (et il ne s'agit ici que des -boulets ronds), il faut que l'angle de projection soit au-dessous de -sept degrés, et que d'ailleurs la mer soit belle; dans le cas pourtant -où il y a quelque agitation, la forme des lames, qui sont toujours plus -couchées du côté du vent que du côté de dessous le vent, rend les -ricochets plus faciles ou plus fréquens lorsqu'on tire contre un -bâtiment sous le vent, que contre un bâtiment au vent. - -Observons actuellement les effets du ricochet dans un boulet de moyen -calibre, lancé horizontalement sur une belle mer, et partant d'un canon -de première batterie de vaisseau: ce boulet parcourt environ 150 toises -du premier jet; il se relève de 6 pieds environ par son premier -ricochet, il parcourt ensuite 225 toises sous une élévation qui atteint -encore environ 6 pieds; le troisième ricochet est de 150 toises et de 10 -pieds d'élévation; la portée s'achève enfin par plusieurs bonds inégaux -et incertains. On comprend facilement que l'angle de chute d'un -projectile étant toujours plus grand que celui de projection, et que -chaque angle de réflexion étant à-peu-près égal à celui de chute, les -derniers ricochets doivent être plus élevés que les premiers. - -On voit donc que si le tir de plein-fouet présente des difficultés qui -croissent en raison de la distance, laquelle est elle-même fort -difficile à estimer[9], il n'en est pas de même du tir à ricochets, -puisque sous les conditions énoncées, et même celle d'une charge de -poudre diminuée d'un tiers, on peut espérer d'atteindre souvent le but, -sans autre exactitude que celle d'un bon pointage latéral. - - [9] On peut indiquer comme moyen de déterminer cette distance, celui - qui consiste à mesurer, avec un instrument à réflexion, l'angle opposé - à la hauteur de la mâture du bâtiment ennemi; c'est d'après cette - mesure, à divers éloignemens, qu'on a dressé la table qui est annexée - aux échelles et planches du pointage. - -Il reste à faire observer que les ricochets n'altèrent sensiblement ni -la portée ni la force des projectiles, et à ajouter que plus l'angle de -projection est petit, plus le ricochet est rasant: il est convenable, -s'il y a du roulis, de tirer alors de préférence quand le bâtiment -s'abaisse du côté où l'on tire. - -L'efficacité du tir à ricochets peut se démontrer par plusieurs -expériences; on ne citera que celle-ci: sur 180 boulets de 12, lancés à -terre de plein-fouet, aucun n'a souvent atteint le but de 200 pieds de -longueur, sur 6 de hauteur, et placé à 900 toises de distance; tandis -que sous le même nombre de boulets lancés sous le pointage de la ligne -de mire horizontale, ceux qui frappent ce but sont moyennement de 36. - -Quant aux moyens de pointage par lesquels on peut obtenir le tir à -ricochets, on peut donner, comme pouvant servir d'indication, celui de -faire partir la pièce lorsque la ligne de mire est en direction de la -flottaison d'un bâtiment éloigné de 1-1/2 à 2 encâblures. Des guidons de -mire, ou fronteaux de volée, qui ont été proposés pour égaliser le rayon -de la volée avec celui de la culasse, seraient, dans le cas dont il -s'agit, très-avantageux, si l'on parvenait à les fixer solidement; il -suffirait alors de pointer par la ligne de mire sur un point placé à une -hauteur du bord ennemi correspondant à celle d'où l'on tire[10]. - - [10] Dans son traité de l'artillerie navale, Douglas propose, pour le - tir horizontal, dont il reconnaît tous les avantages, un pendule qui - s'adapterait au canon, sur lequel serait d'ailleurs une raie latérale - en peinture blanche, parallèle à l'axe de la pièce. - -Il ne reste plus qu'à ajouter quelques règles particulières: les -canonniers devront toujours charger, pointer et tirer avec calme -et sans précipitation; jamais une pièce ne devra faire feu sans qu'elle -ait été dirigée sur un point bien reconnu, ou au moins sans qu'on soit -fixé sur la véritable position de l'ennemi, soit qu'on l'aperçoive -réellement, soit qu'on distingue où il est par la lueur de son feu, par -l'épaisseur ou la direction de la fumée qui sort de son bord, etc. - -La distance de l'ennemi doit être annoncée par les officiers; dans le -cas contraire, le chef de pièce devra l'apprécier le mieux qu'il lui -sera possible, pour pointer le plus juste qu'il pourra; il convient à -cet effet qu'il s'exerce d'avance à bien juger des distances. - -Si l'on doit dépasser l'objet sur lequel on veut tirer, ou qu'on doive -être dépassé par lui, il est convenable de pointer, dès que la chose est -possible, pour être dans le cas de faire feu de nouveau avant que -l'ennemi soit hors de direction; mais si l'on prévoit ne pas avoir le -temps de tirer une seconde fois, le chef de pièce doit pointer -à-peu-près en belle, et attendre dans cette position l'instant où le -vaisseau ennemi se présentera. - -Quand il y a des mouvemens fréquens d'aulofée et d'arrivée, on doit -pointer dans une direction moyenne à ces mouvemens, et saisir le moment -favorable pour faire feu. - -Un tir oblique est susceptible de causer un surcroît de fatigue aux -boucles et aux crocs; cependant il n'altère pas la justesse du coup, et -on ne doit pas hésiter à s'en servir dans l'occasion. - -Si par l'effet de la marche du navire, ou d'une évolution, on peut -prévoir que le vaisseau ennemi cessera bientôt d'être dans une direction -convenable, il faut accélérer un peu le feu pour ne pas perdre une -occasion de lui nuire. - - -_Remarques._ - -_Du but-en-blanc._ - -On considère deux espèces de lignes dans le tir des armes à feu: la -ligne de mire, qui est le rayon visuel dirigé le long de la surface -supérieure du canon vers l'objet qu'on veut atteindre; la ligne de tir, -qui est la courbe que décrit le projectile lorsqu'il est lancé hors du -tube par l'explosion de la poudre. Cette courbe serait une parabole, si -l'élasticité et la ténacité de l'air n'opposaient de la résistance au -mobile. - -Par la construction des armes en général, la ligne de tir et celle de -mire forment entre elles, au-delà de la bouche, un angle plus ou moins -ouvert, suivant l'épaisseur à la culasse et celle à l'extrémité opposée. -Le projectile, à sa sortie du cylindre, coupe d'abord, et à peu de -distance de la bouche, la ligne de mire, passe au-dessus d'elle, et, -forcé par l'action de sa pesanteur, il se rapproche de cette ligne, la -coupe une seconde fois, et achève de décrire sa courbe jusqu'à sa chute. -Ce second point d'intersection est ce qu'on appelle le _but-en-blanc_; -il est plus ou moins éloigné de l'extrémité de l'arme, selon le nombre -de degrés de l'angle sur lequel on tire. - -Ainsi, 1º pour frapper un but qui serait entre le bout du canon et la -première intersection, il faudrait pointer au-dessus; 2º si le but était -entre les deux intersections, il faudrait pointer au-dessous; 3º si le -but était à une des intersections, il faudrait y viser directement pour -l'atteindre; 4º enfin s'il était au-delà de la seconde intersection, il -faudrait pointer au-dessus[11]. - - [11] Hulot, instruction sur l'artillerie. - -Les projectiles de différentes espèces n'ont pas une même portée, -quoique tirés avec la même pièce et dans les circonstances semblables; -la mitraille va moins loin, toutes choses d'ailleurs égales, que le -boulet. Quant au boulet ramé, les expériences prouvent que sa portée est -à-peu-près un terme moyen entre celles du boulet et de la mitraille. En -conséquence, chacune de ces trois espèces de projectiles a un -but-en-blanc très-distinct, dont la distance varie encore beaucoup, si -l'on tire avec plusieurs projectiles à la fois. On ne peut donc indiquer -un seul but-en-blanc aux canonniers pour chaque arme. - -TABLE _donnée dans les règles de pointage du capitaine_ MONTGÉRY. - - +=================+==============+===================================+ - DÉSIGNATION |ANGLE DE MIRE,| BUT-EN-BLANC - DES BOUCHES A FEU.| conformément | /------------/\-----------\ - | au dernier | du Boulet.| du Boulet |de la grosse - | réglement. | | ramé. | mitraille. - +-----------------+--------------+-----------+-----------+-----------+ - | |Encâblures.|Encâblures.|Encâblures. - Canons de 36 | 1° 32' 16" | 3 | 2-1/4 | 1-1/2 - -- 24 | 1 28 48 | 3 | 2-1/4 | 1-1/2 - -- 18 | 1 29 40 | 3 | 2-1/4 | 1-1/2 - -- 12 | 1 24 51 | 2-3/4 | 2 | 1-1/2 - -- 8 long. | 1 10 14 | 2-1/2 | 1-3/4 | 1-1/4 - -- 8 court.| 1 22 21 | 2-3/4 | 2 | 1-1/2 - -- 6 long. | 1 16 37 | 2-1/2 | 1-3/4 | 1-1/4 - -- 6 court.| 1 27 11 | 2-3/4 | 2 | 1-1/4 - -- 4 long. | 1 11 14 | 2-1/4 | 1-1/2 | 1 - -- 4 court.| 1 19 35 | 2-1/2 | 1-3/4 | 1-1/4 - Caronade de 36 | 3 43 24 | 4-1/4 | 3 | 2-1/4 - -- 24 | 3 18 40 | 3-3/4 | 2-3/4 | 2 - - TABLE _donnée par le réglement de_ 1834. - - BOULETS RONDS. | BOULETS RAMÉS. | MITRAILLES. - Canons de 36 } | | - -- 30 } | | - -- 24 } 4 encâblures. |2-1/2 encâblures.|2 encâblures. - -- 18 } | | - | | - Caronade de 36 } | | - -- 30 } 4-1/2 encâblures.|3 encâblures. |2-1/4 encâblures. - -- 24 } | | - +=================================+=================+================+ - -Cette différence considérable qui existe entre ces deux tables provient -probablement de la différence des pièces avec lesquelles ont été faites -les expériences. On doit donc accorder plus de confiance à celle du -tableau de 1834, puisqu'on a dû se servir des pièces plus récemment en -usage. - -L'angle de mire des caronades de 36, 30 et 24, dont on se sert -ordinairement, étant très-ouvert, il s'ensuit nécessairement que -lorsqu'on tire à une portée moindre que celle du but-en-blanc, -c'est-à-dire de 1 à 4 encâblures, le boulet passera bien au-dessus du -point qu'on veut battre, puisque, terme moyen, la trajectoire, dans ces -circonstances, s'élèvera de quarante pieds au-dessus de la ligne de -mire. Pour y remédier on a imaginé d'appliquer à la volée un morceau de -bois ou de métal, appelé _fronteau de mire_, gradué pour les distances -de 1 à 4 encâblures. - - -_Du Pointage et du Tir._ - -La difficulté d'obtenir un bon pointage des canonniers, puisqu'il faut -qu'occupés à manoeuvrer leur pièce, ils estiment la distance à laquelle -ils sont du navire ennemi, et qu'ils calculent ensuite quelle est -l'élévation ou l'abaissement à donner au canon, d'après cette distance, -pour atteindre le but, a fait imaginer plusieurs moyens pour éviter -cette opération, le plus souvent impraticable, et dont les résultats -sont presque toujours incertains. - -Mais tous ces moyens, réels en théorie, ont offert dans la pratique des -inconvéniens si graves, qu'ils ont été abandonnés presque aussitôt mis -en usage. - -Les échelles données par l'instruction de 1834 ont présenté un résultat -plus avantageux sans doute, mais non encore exempt d'inconvéniens -nombreux. - -L'instruction dit: pour pointer à couler bas par la ligne de mire -naturelle, à 5 encâblures par exemple, il faut viser un peu au-dessus -des bastingages des vaisseaux à trois ponts, ou à la hauteur du filet de -casse-tête de ceux à deux ponts, ou au quart à-peu-près de la distance -qui sépare les bastingages et la grande hune des frégates, etc. - -Supposons qu'une appréciation exacte de la distance à laquelle on est de -l'ennemi, parvienne du pont aux chefs des batteries, et qu'ils ordonnent -aux chefs de pièces de pointer à hauteur des filets de casse-tête, ou -au quart à-peu-près de la distance qui sépare le bastingage et la grande -hune; est-il probable que ce point pourra être aperçu des chefs, lorsque -souvent il est difficile de distinguer l'ennemi enveloppé de fumée, -surtout si l'on combat au vent? N'est-il pas à craindre que les chefs, -pour ne pas encourir le reproche de manquer d'ardeur, ne tirent leur -coup au hasard? - -Le moyen qui, jusqu'ici, nous paraît remplir le mieux toutes les -conditions, est l'emploi des _hausses_, qui n'exige que l'appréciation -de la distance, laquelle donnée aux chefs de pièces par les chefs des -batteries, réduit le tir à celui du but-en-blanc. - -Ce système se compose de deux pièces: l'une, appelée masse de mire, est -un morceau de métal qui s'adapte, au moyen d'un cercle en fer à écrou, -au renfort de la volée; la seconde, d'une espèce de boîte en cuivre, -renfermant un montant mobile qui s'adapte par deux vis sur le champ de -lumière à l'arrière de la plate-bande de culasse. Le montant mobile est -gradué sur ses faces avant et arrière de 1/2 à 6 encâblures pour les -charges au tiers et au quart; une vis de pression le rend immobile, -lorsque le chef de pièce l'a mis à la hauteur convenable. - -La distance du but-en-blanc dépendant, non-seulement de la courbure de -la trajectoire, mais encore du plus ou moins d'ouverture de l'angle de -mire, on diminue cet angle en ajoutant à la volée la masse de mire; et -comme sa hauteur rend le demi-diamètre de la pièce à ce point égal au -demi-diamètre de la culasse, on le réduit à zéro. Par là on diminue la -distance du but-en-blanc, parce que la ligne de mire s'écartant moins -dans le principe de la trajectoire, en est plus promptement rencontrée -une seconde fois. Mais l'application du montant ou _hausse_ à la culasse -produit un effet contraire et réduit par conséquent le pointage pour -toutes les distances graduées sur le montant, à celle du but-en-blanc, -c'est-à-dire que le chef pointe, en mettant dans le même alignement son -oeil, le point le plus élevé du montant et celui de la masse de mire. - -Les expériences faites avec ces hausses ont donné les résultats les plus -avantageux; sur cent boulets lancés de 2 à 3 encâblures, plus de la -moitié auraient porté dans la coque d'un navire ayant 10 pieds -d'oeuvres-mortes, l'autre moitié n'aurait pas dépassé la grande hune. - - - - -CHAPITRE VIII. - -_Manoeuvres de Force relatives au Canonnage._ - - -_Embarquement et débarquement d'un affût._ L'affût se saisit par les -fusées de l'essieu de derrière; on le hisse le long et au haut du mât du -ponton qui l'a porté; on y a accroché d'avance le palan d'étai du bord, -et, en halant sur celui-ci, l'affût arrive à l'appel du grand panneau -par où on l'introduit à bord; c'est à l'aide des mêmes moyens, mais dans -un ordre inverse, qu'on le débarque. Au lieu d'un ponton, on peut -employer la chaloupe mâtée du bâtiment, ou le palan de bout de vergue. - -_Embarquement d'un canon._ Si la pièce est de gros calibre, on -aiguillette une caliorne à la grande vergue, de manière que le point de -suspension corresponde à 2 ou 3 pieds en dehors de la préceinte; on -brasse la vergue pour que cette caliorne se trouve en direction du -sabord par où l'on veut faire passer la pièce, et l'on adapte une fausse -balancine, que l'on raidit ainsi que les drosses et les bras. - -La pièce est supposée dans un chalan ou sur un quai le long du bord, -vis-à-vis du sabord désigné; on la saisit par une élingue à canon, que -l'on passe d'abord au bouton de culasse, et qu'on élonge ensuite par ses -doubles sur la pièce, en remontant jusqu'à la volée, à laquelle elle est -saisie en avant des tourillons par plusieurs tours d'aiguillette. On -accroche à la boucle que forment les doubles de l'élingue en dehors de -l'aiguilletage, la caliorne frappée à la vergue, et dont le courant du -garant est dirigé et enroulé au cabestan. - -On vire au cabestan jusqu'à ce que la pièce soit arrivée à la hauteur du -sabord; on introduit un anspect ou levier dans l'âme pour servir à -diriger la pièce qui doit entrer horizontalement dans le sabord, la -culasse la première; à cet effet, on se sert aussi d'un palan croché -dans l'intérieur de la batterie, et qui, sortant par ce sabord, -s'accroche près du bouton de culasse. On hale sur le garant de ce palan; -et avec ces moyens on appelle et on place la pièce sur son affût, que -l'on présente au sabord. On mollit la caliorne à mesure qu'on amène, et -on la mollit encore pour la décrocher; on en fait autant du palan, on -défrappe l'élingue; on roule cet affût à un autre sabord, et l'on y en -présente un nouveau pour recevoir un autre canon par le même procédé. - -On peut en outre frapper une estrope sur la volée pour y crocher le -palan de la candelette, ce qui donne un surcroît de force et un moyen de -direction. On peut aussi enlever le croissant de l'affût pour rapprocher -celui-ci du bord. L'affût est préalablement amarré au sabord, ou bien on -en cale les roues, suivant les cas, pour l'empêcher de bouger. - -Il est préférable que l'estrope de la poulie inférieure de la caliorne -soit à oeillet, parce qu'après l'avoir passée dans l'élingue de la pièce -on y introduit un burin pour la retenir contre celle-ci; le burin -détériore moins le cordage qu'un croc. - -Lorsque la pièce est de petit calibre, ou s'il s'agit d'une caronade, il -suffit d'employer le palan de bout de vergue et le palan d'étai; et si -cette pièce est destinée pour les gaillards, on la fait passer -par-dessus le bastingage; chaque canon s'amène alors directement sur son -affût, que l'on présente sous les palans dès que l'affût précédemment -présenté a reçu sa pièce et a été éloigné. - -_Débarquement d'un canon._ On dépasse la brague, si elle se trouve -par-dessus la culasse, on retient l'affût au bord, ou l'on en cale les -roues; et dans un ordre inverse de celui de l'embarquement, mais à -l'aide des mêmes procédés, on opère le débarquement du canon. - -Si le bâtiment est désarmé ou démâté, on le conduit sous une grue, ou -bien l'on se sert de mâts de charge, de bigues ou de cabres. - -_Changement d'affût d'un canon à bord._ Il y a plusieurs moyens -d'exécuter cette manoeuvre; ils vont être indiqués afin qu'on puisse -employer le plus avantageux, relativement aux attirails dont on est -pourvu et à la position des canons. - -_Premier moyen._ Par la machine dite à monter et à démonter les canons, -et formée de deux civières à canon, garnies chacune de deux poulies -simples, proportionnées à la grosseur des itagues, et dont les caisses -ont le moins de longueur possible. Deux estropes garnies de même, et -quatre itagues proportionnées aux calibres des canons, ayant un bout -garni d'une cosse, et l'autre en queue de rat. On se sert de deux -boucles placées au barrot, l'une à environ 3 pieds, et l'autre à 9. - -On dispose le canon de manière que sa culasse et sa volée soient sous -les deux boucles du barrot; on passe une estrope dans chacune; elle -tient d'un côté à une poulie simple qui y est immédiatement fixée, et -dès que l'autre bout est passé dans la boucle, on y amarre solidement -une autre poulie, mais de manière qu'on puisse la démarrer facilement -lorsque la manoeuvre est finie. - -On saisit le canon à la volée et à la culasse avec les deux civières qui -doivent faire tour mort autour du canon; les poulies simples, dont -chacune est garnie, doivent se présenter de chaque côté de la pièce et à -égale hauteur. On passe chaque itague dans une poulie de l'estrope de la -boucle, puis dans celle correspondante de la civière; et l'on ramène son -bout pour le fixer par un dormant à la boucle. - -Les quatre poulies doubles des quatre palans sont accrochées aux quatre -cosses des itagues; quant à leurs poulies simples, celles des palans de -derrière le sont aux boucles des palans de retraite des canons voisins, -et celles de devant, aux boucles fixées à la serre-gouttière, et, à leur -défaut, dans celles placées pour fausses bragues, immédiatement sur le -derrière des affûts voisins ou autres qui se trouveraient dans la -direction et à la distance convenables. Les palans de devant sont -dirigés à droite et à gauche de la pièce, perpendiculairement à son axe, -et ceux de derrière le sont en éventail en arrière du canon. - -On ôte les sus-bandes, et au commandement _ferme!_ les hommes agissent -ensemble pour élever la pièce jusqu'à ce qu'on puisse ôter l'affût. Ce -moyen exige deux équipages de canon, mais il est sûr et il convient dans -les gros temps. - -_Deuxième moyen._ Sans machine. On saisit solidement la pièce à la -boucle de serre par le raban de volée; on passe ensuite le milieu d'un -bon cordage sous le collet du bouton, et ses bouts dans la boucle de -dessus; on ôte les sus-bandes; on place sous le bouton deux forts -leviers sur lesquels on fait effort pour élever le canon jusqu'à ce -qu'on puisse retirer l'affût de dessous. A mesure qu'il s'élève, on -embraque le cordage sous le collet du bouton, et dès qu'il est assez -élevé, on fait une quantité de tours suffisans pour en supporter le -poids pendant qu'on change l'affût. - -_Troisième moyen._ Lorsque l'affût à changer est sous les passe-avants -ou sur les gaillards, on transporte la pièce sous les caliornes ou -candelettes du vaisseau, et à leur aide on enlève et on replace le -canon. - -_Quatrième moyen._ Si l'affût est brisé, et le canon tellement placé -qu'on ne puisse employer aucun des moyens précédens, on l'élève sur deux -chantiers en disposant la lumière en dessous; on pose l'affût nouveau -sans roues sur le canon, de manière que toutes leurs parties se -correspondent; on met les sus-bandes et les clavettes en place; on passe -deux trévires, une sous le ceintre de l'affût, et l'autre en avant de -l'essieu de devant: elles embrassent le canon et son affût par plusieurs -tours; on passe ensuite un levier dans l'âme de la pièce, au moyen -duquel et des trévires on commence à renverser le canon. Dès que les -fusées des deux essieux touchent le pont, on y cloue un cabrion pour les -empêcher de glisser; on place des cordages de retenue du côté opposé à -celui des trévires, pour modérer l'effort du choc sur le pont, lorsqu'il -tombe sur sa base; on embarre des pinces et des leviers à mesure que -l'élévation de l'affût le permet; puis faisant effort à la fois sur les -leviers, sur la bouche, sur les trévires, en garnissant le dessous de -l'affût à mesure que le canon s'élève, maintenant avec force, pendant -ces opérations, les cordages de retenue pour retenir l'affût lorsqu'il -tombera sur la base, on achève de remettre le canon dans sa position -ordinaire. On place ensuite les roues de l'affût, et on le conduit au -sabord. - -Dans le cas où, faute d'affût de rechange, on est obligé de descendre le -canon sur le pont, alors, s'il fait mauvais temps, on le place sur deux -chantiers, et l'on a soin de le bien saisir au moyen de quatre mains de -fer ou galoches placées de chaque côté de la culasse et de la volée, et -clouées solidement sur le pont; elles serviront à passer de bonnes -aiguillettes dont les tours seront assez multipliés autour du canon pour -être certain qu'il ne peut se démarrer. - -_Jeter les canons à la mer._ Cette opération a lieu lorsque le vaisseau -est vieux, délié, que l'artillerie le fatigue beaucoup, ou que le temps -est très-mauvais. Il faut élever la culasse du canon autant que -possible; on retire alors les sus-bandes, en ne laissant à la pièce -qu'un ou deux tours de raban; on passe une pince sous chaque tourillon, -puis deux anspects un peu en arrière, et à l'instant où le roulis est -favorable, on fait force sur tous ces leviers à la fois, et, en ouvrant -les mantelets, on débarque les canons. - - -_Remarques._ - -En général, pour ne pas fatiguer les basses vergues par l'embarquement -des canons, les pontons sont munis d'un mât à appareil, et la caliorne -de l'appareil se vire sur le cabestan du ponton; deux forts palans -crochés dans l'intérieur de la batterie servent à diriger le canon et à -le faire entrer lorsque la caliorne l'a élevé un peu au-dessus de la -hauteur du sabord. - -En embarquant l'artillerie, on doit avoir soin de la répartir d'une -manière uniforme en allant du centre aux extrémités, pour ne pas -fatiguer le bâtiment. Le poids de chaque pièce étant connu, on doit -aussi le répartir de manière que la somme des poids soit la même pour -les deux bords. - - - - -CHAPITRE IX. - -_Mise hors de Service, Enclouage et Désenclouage des Bouches à feu._ - - -Le meilleur moyen de mettre les bouches à feu hors de service, consiste -à leur casser un tourillon; mais ce moyen serait, sinon impossible, au -moins bien difficile pour les pièces en bronze. Quant aux canons en fer -coulé, on en détache assez facilement un tourillon en le frappant -fortement à faux, principalement sur l'arête, et toujours dans le même -sens, avec une masse ou un fort marteau. Il faut, après chaque coup, -maintenir la masse sur le point frappé. - -S'il s'agit d'évacuer un arsenal, et qu'il y ait des pièces en bronze -rangées sur les chantiers, on allume sous ces pièces un bon feu de -charbon, et quand elles sont chaudes, on les frappe fortement sur la -volée pour les faire plier. - -On peut encore chauffer fortement un tourillon et essayer de le casser, -ou au moins de le faire plier en le frappant. - -On tire aussi quelquefois les pièces en bronze avec une forte charge de -poudre, en remplaçant le projectile par des fragmens de boulets à arêtes -vives, lesquels produisent des éraflemens qui dégradent promptement -l'âme. - -On tire également quelquefois un coup de canon à bout portant contre la -volée de la pièce qu'on veut mutiler; mais ce moyen ne serait pas -toujours sans danger, si l'on n'avait l'attention de communiquer le feu -avec une mèche lente, qui donne aux canonniers le temps de se retirer -avant l'explosion. Cette mèche lente peut être faite avec un morceau -d'amadou de 15 lignes de longueur et traversant un morceau de papier qui -couvre l'amorce. On fait éclater une bombe ou un obus bien éclissé dans -un mortier, ou dans un obusier, pour le mettre hors de service. - -A défaut des moyens ci-dessus, on encloue les pièces; pour y parvenir, -on emploie des vis en acier trempé; après les avoir enfoncées le plus -possible, on les casse au ras de la pièce. Quand on n'a pas de vis, on -enfonce dans la lumière un clou carré d'acier, dont les arêtes ont été -entaillées de différentes coches, ayant leur ouverture tournée vers le -gros bout. Ces clous doivent être trempés et avoir leur pointe recuite -pour pouvoir être rivés en dedans. Après les avoir enfoncés à grands -coups de marteau, on casse l'excédant de ces clous en dehors. On met au -fond de la pièce de la terre glaise, et quelquefois par-dessus un -cylindre de bois dur qui ne doit pouvoir entrer qu'avec beaucoup -d'efforts. Dans tous les cas, on place par-dessus un boulet de calibre -enveloppé de feutre ou de plomb, et enfoncé avec beaucoup de force. Dans -un moment pressé, on peut se contenter d'introduire dans l'âme un boulet -ainsi forcé. - -S'il s'agit au contraire de désenclouer les pièces, voici comment on -peut y parvenir. - -Quand le clou n'est pas vissé et que les obstacles qui se trouvaient -dans l'âme ont été retirés, on charge la pièce au tiers ou à moitié du -poids du boulet; on emploie une tringle de bois de quelques lignes -d'équarrissage, ayant une rainure dans sa longueur, et dans cette -rainure une mèche dite cravate d'étoupilles, communiquant à la charge. -On bourre le canon avec des bouchons de vieilles cordes, bien refoulés -avec un levier ou un anspect, et l'on met le feu à l'étoupille. Il faut -souvent plusieurs coups pour faire sauter le clou. - -Si le clou qui est dans la lumière est vissé, il faut s'assurer s'il ne -serait pas en fer ou en acier pur trempé, parce qu'avec un petit burin -en bon acier on pourrait peut-être fendre sa tige, et le retirer avec un -tournevis. - -Il convient encore, lorsque tout autre moyen a échoué, de gratter un peu -le métal de la pièce autour du clou, d'y faire un petit godet en cire, -et d'emplir ce godet d'acide nitrique ou d'acide sulfurique, qu'on -renouvelle de temps en temps. Il arrive quelquefois que l'acide -s'introduit par l'effet de la capillarité entre le clou et la pièce, et -qu'il ronge le métal, au point qu'il est facile de faire sauter le clou -avec une charge de poudre assez faible. - -Si les obstacles qui se trouvaient dans l'âme n'ont pu être enlevés -immédiatement, on perce une nouvelle lumière à côté de la première, on -introduit un peu de poudre par cette lumière, et l'on fait sauter les -obstacles en enflammant cette poudre. - - - - -CHAPITRE X. - -_Des Soutes à Poudre._ - - -On appelle ainsi le lieu où on enferme les poudres à bord. La place -occupée par les soutes à poudre varie suivant le rang des navires. Les -vaisseaux et frégates en ont deux, l'une appelée grande soute, située de -l'arrière de la cale au vin, et la seconde sur l'avant du magasin -général. - -Dans la construction, le plancher inférieur des soutes est élevé de -quelques pieds au-dessus de la carlingue, afin que l'eau ne puisse -l'atteindre dans les circonstances ordinaires. Les cloisons avant et -arrière sont formées par deux rangs de bordages, dont l'intervalle est -rempli par une maçonnerie, pour résister autant que possible à l'action -du feu. - -Pour noyer les poudres en cas d'incendie, lorsqu'on craint de ne pouvoir -s'en rendre maître, on ouvre les robinets placés en abord et renfermés -dans des caisses en chêne, doublées en plomb, dont la clef est entre -les mains du second du bâtiment. - -Les soutes sont éclairées par un ou deux fanaux, suivant leurs -dimensions, placés à l'extérieur de la cloison avant ou arrière. Deux -fortes glaces encastrées dans la cloison laissent passer la lumière et -isolent le fanal de la soute. - -Le long des cloisons on pratique des armoires, dont les portes sont à -caille-botis ou à grillage en fil de laiton, pour laisser circuler -l'air, dans lesquelles on range sur des étagères, et par calibre, les -gargousses pleines ou _l'apprêtée_. La poudre en baril est arrimée -bâbord et tribord dans la soute. - -Dans le lieu le plus éclairé de la soute on place _l'auge_ ou _pétrin_, -pour confectionner les gargousses. C'est dans ce pétrin qu'on vide la -poudre contenue dans les barils, puis des canonniers munis d'une mesure -la remplissent exactement et la versent dans une gargousse dont on -amarre le collet. Chaque calibre a sa mesure particulière. - -L'apprêtée faite avant le départ du port, doit être au moins du tiers de -la poudre embarquée. - -L'adoption des caisses en cuivre a changé la disposition des soutes et -simplifié le service des poudres. - -Ces caisses, qui sont de différentes dimensions pour chaque calibre, ne -sont pas à couvercle, mais à calotte vissée sur la face supérieure au -moyen d'une clef mobile. Elles sont de forme quadrangulaire légèrement -coupée sur les angles, et sont garnies d'anses. Sur le couvercle on -indique, en grosses lettres, l'espèce de bouche à feu, son calibre, et -l'espèce de charge. - -Les soutes sont alors divisées en compartimens propres à recevoir les -caisses placées les unes à côté des autres, mais sur un seul rang. -L'apprêtée faite à terre est envoyée à bord dans les caisses qui sont -immédiatement arrimées par calibre, et par espèce de charge; -c'est-à-dire que le 36 charge au tiers, est séparé du 36 charge au -quart, et ainsi pour les autres calibres. Pour que les hommes chargés du -passage des gargousses ne puissent pas se tromper, quoique chaque caisse -porte sur son couvercle l'indication du calibre et l'espèce de charge, -chaque compartiment porte encore un écriteau qui indique le calibre, -l'espèce de charge et leur nombre. - -Sur le pont supérieur de la soute, aussi près que possible du lieu où -l'on a placé les caisses d'un même calibre, mais si on le peut en dehors -de leur direction, on perce deux écoutillons, dont un reçoit une manche -en toile dans laquelle on jette les gargoussiers vides qui tombent ainsi -dans la soute; et le second sous lequel on place un reposoir, sert au -passage de la gargousse pleine. De cette manière chaque calibre a un -passage particulier, ce qui évite la confusion. - -Les gargoussiers vides, avant d'être envoyés dans les soutes, sont -secoués dans une baille pleine d'eau, placée dans l'entre-pont à côté de -la manche par où ils se rendent des batteries. - -Il suffit, dans chaque soute, de deux hommes par calibre, plus un novice -ou un mousse pour ramasser les gargoussiers vides et les remettre à -l'homme chargé d'y poser la gargousse. - -On dépose aussi dans les soutes à poudre, les boîtes à cartouches pour -fusils et pistolets, ainsi que les barils à bourse pour -l'approvisionnement des hunes et des embarcations. - - -_Description de la Hausse Marine._ - -Ce système de hausse se compose de deux pièces principales: la _masse de -mire_, la _hausse_. - -La masse de mire est une pièce de fer ou de cuivre bronze, placée vers -l'extrémité supérieure du renfort, et fixée à la bouche à feu par deux -boulons à vis. La partie supérieure est arrondie par un arc de cercle -dont le centre est pris sur l'axe de la bouche à feu. - -La hausse est composée de deux pièces, la _boîte_, le _curseur_. - -La boîte est en cuivre, elle est fixée par trois petits boulons à la -culasse de la bouche à feu; c'est dans cette boîte que glisse le -curseur. - -Une vis la maintient à différentes hauteurs. Pour faire tourner cette -vis, on se sert de clef, et pour que le chef de pièce en fasse usage à -volonté, elle tient au cabillot placé au bout du cordon du percuteur. - -Le curseur en fer forgé est composé d'une tige carrée et d'un chapeau; -le dessus du chapeau est terminé par un arc de même rayon que celui de -la masse de mire. - -Deux faces de la tige sont divisées chacune par six profondes rainures -horizontales. La face qui est du côté du bouton est divisée pour la -charge au quart, celle opposée pour la charge au tiers. - - -_Pointage au moyen de cette Hausse._ - -Pour pointer le canon à bout portant, on place la tête du curseur sur la -boîte; à 200 mètres, il suffit d'élever le curseur de manière que la -première rainure soit à la hauteur de la boîte. - -A 400 mètres, on place le curseur à la 2me division, et ainsi de suite -jusqu'à la 6me qui est la hauteur à donner pour obtenir la portée de -1,200 mètres. - - -_Installation du système de Hausse._ - -Pour que le système de hausse soit bien placé, il faut: 1º que la ligne -qui passe par le point le plus élevé du chapeau (celui posé sur la -boîte) et le point le plus élevé de la masse de mire, soient parallèles -à l'axe de la bouche à feu. Si la masse de mire se trouvait trop haute, -il faudrait la limer; si elle était trop basse, on l'élèverait en -mettant une cale entre elle et la pièce. 2º Qu'un plan vertical, passant -par le centre du curseur et par le milieu de la masse de mire, passe -aussi par l'axe de la bouche à feu, lorsque les tourillons sont placés -horizontalement. - -3º Il faut que la distance du milieu du curseur au milieu de la masse de -mire soit exactement celle portée pour chaque pièce dans le tableau -ci-joint. Ce tableau contient aussi les hauteurs à donner aux divisions -des hausses, pour toutes les bouches à feu de la marine. - -Quand les canons ont des anneaux de brague, la boîte des hausses est -attachée à la partie inférieure par un boulon qui traverse cet anneau, -comme on le voit pour les caronades. - -Le dessus du chapeau et de la masse de mire sont peints en bandes noires -et blanches, afin de guider le canonnier pour le rayon visuel. - -TABLEAU _faisant connaître les distances entre les masses de mire et les -hausses, ainsi que les graduations de ces dernières._ - - +================+======================+============+=======+ - | DÉSIGNATION | DISTANCE entre les |Espèces |Charges| - | des | axes du curseur et | de | de | - | BOUCHES A FEU. | de la masse de mire. |projectiles.|poudre.| - | | | | | - +----------------+----------------------+------------+-------+ - | | p p l p | | k | - | Canon-obusier | 3. 6. 6. 0.--1,1506. | Creux. | 3,92 | - | de 80. [12] | | | | - | | | | 1,4 | - | | p p l p | | | - | Canon 36 long. | 3. 10. 5. 9.--1,2581.| Plein. | 1,3 | - | | | | | - | | | | 1,4 | - | | p p l p | | | - | Canon 24 long. | 3. 8. 1. 3.--1,1966. | _id._ | 1,3 | - | | | | | - | | | | 1,4 | - | | p p l p | | | - | Canon 18 long. | 3. 5. 9. 3.--1,1307. | _id._ | 1,3 | - | | | | | - | | p p l p | | | - | Caronade 36. | 2. 2. 8. 6.--0,7230. | _id._ | 1,96 | - +================+======================+============+=======+ - - +================+===================================================+ - | DÉSIGNATION | DISTANCES DE LA BATTERIE AU BUT | - | des | ET GRADUATION A CHACUNE DE CES DISTANCES. | - | BOUCHES A FEU. +------+------+------+------+-------+-------+-------+ - | |200 m.|400 m.|600 m.|800 m.|1000 m.|1100 m.|1200 m.| - +----------------+------+------+------+------+-------+-------+-------+ - | | | | | | | | | - | Canon-obusier |0,0095|0,0206|0,0336|0,0482|0,0047 |0,0735 | | - | de 80. [12] | | | | | | | | - | |0,0085|0,0184|0,0296|0,0423|0,0563 | » |0,0716 | - | | | | | | | | | - | Canon 36 long. |0,0077|0,0167|0,0269|0,0383|0,0510 | » |0,0649 | - | | | | | | | | | - | |0,0082|0,0178|0,0290|0,0418|0,0558 | » |0,0714 | - | | | | | | | | | - | Canon 24 long. |0,0074|0,0162|0,0263|0,0378|0,0506 | » |0,0647 | - | | | | | | | | | - | |0,0078|0,0172|0,0231|0,0406|0,0545 | » |0,0701 | - | | | | | | | | | - | Canon 18 long. |0,0071|0,0156|0,0255|0,0368|0,0495 | » |0,0636 | - | | | | | | | | | - | | | | | | | | | - | Caronade 36. |0,0086|0,0185|0,0298|0,0425|0,0566 | » |0,0721 | - +================+======+======+======+======+=======+=======+=======+ - - [12] Observations. Canon-obusier de 80.--La nouvelle masse de mire ne - permet de pointer qu'à 1100 m. avec la charge 3k.92. - -TABLE _servant à déterminer la distance d'un Bâtiment à un autre, au -moyen de la hauteur angulaire des mâts._ - - +====================================================================+ - |Distances |Vaisseaux|Vaisseaux|Frégates|Corvettes|Corvettes|Bricks | - |en |à 3 ponts|de 74, et| de 44. | de 24 | de 20 |de 16 | - |encâblures.|et de 80.|grandes | | à 32. | à 24. | à 20. | - | | |frégates.| | | | | - +-----------+---------+---------+--------+---------+---------+-------| - | | ° ' | ° ' | ° ' | ° ' | ° ' | ° ' | - | 1/2 | 24 39 | 22 21 | 18 37 | 16 25 | 15 22 | 14 44 | - | 1 | 12 56 | 11 38 | 9 33 | 8 23 | 7 49 | 7 22 | - | 1-1/2 | 3 41 | 8 0 | 6 24 | 5 37 | 5 15 | 4 56 | - | 2 | 6 29 | 5 52 | 4 49 | 4 13 | 3 56 | 3 42 | - | 2-1/2 | 5 14 | 4 42 | 3 51 | 3 22 | 3 9 | 2 58 | - | 3 | 4 22 | 4 | 3 13 | 2 30 | 2 37 | 2 28 | - | 3-1/2 | 3 45 | 3 22 | 2 45 | 2 25 | 2 15 | 2 7 | - | 4 | 3 17 | 2 57 | 2 25 | 2 6 | 1 58 | 1 51 | - | 4-1/2 | 2 55 | 2 37 | 2 9 | 1 54 | 1 45 | 1 39 | - | 5 | 2 38 | 2 21 | 1 56 | 1 41 | 1 34 | 1 29 | - | 5-1/2 | 2 23 | 2 9 | 1 45 | 1 32 | 1 26 | 1 21 | - | 6 | 2 11 | 2 1 | 1 36 | 1 24 | 1 19 | 1 14 | - |Hauteur } | | | | | | - |du capelage} | | | | | | - |du grand } 165 p. | 162 | 126 | 106 | 99 | 55 | - |mât de } | | | | | | - |perroquet. } | | | | | | - +---------------------+---------+--------+---------+---------+-------+ - | _Observation._ | - | | - | Les angles sont mesurés à partir de la flottaison jusqu'au | - | capelage du grand mât de perroquet des bâtimens anglais, dont la | - | mâture est d'un douzième moins élevée que celle des bâtimens | - | français du même rang; ainsi qu'on le voit dans les Tables de | - | M. Gicquel des Touches. | - +====================================================================+ - - FIN. - - - - -TABLE DES MATIÈRES - -DE LA SECONDE PARTIE, CONTENANT LES MANOEUVRES DU NAVIRE ET DE -L'ARTILLERIE. - - - MANOEUVRE DU NAVIRE. - - Avertissement. 5 - - - CHAPITRE Ier. - - Du navire. 7 - - Du gouvernail. 12 - - - CHAPITRE II. - - Appareillages. 15 - - Appareiller, le navire évité le bout au - vent. 23 - - Appareiller, le navire évité le bout au - courant. 29 - - Appareiller, en faisant embossure. 32 - - - CHAPITRE III. - - _Manoeuvrer les voiles de mauvais temps._ - - Prendre des ris aux huniers. 35 - - Carguer un hunier de mauvais temps. 39 - - Prendre le ris aux basses voiles. 41 - - Carguer une basse voile de mauvais temps. 43 - - - CHAPITRE IV. - - _Des Viremens de bord._ - - Virer de bord, vent devant, en gagnant - au vent. 45 - - Observations. 46 - - Virer de bord, vent devant, le plus - promptement possible. 52 - - Virer de bord, vent arrière. 53 - - Observations. 54 - - Virer de bord, vent arrière, en masquant. 56 - - - CHAPITRE V. - - _De la Panne._ - - Mettre en panne, vent dessus, vent dedans. 58 - - Observations. 59 - - Mettre en panne, sous toutes les voiles - du plus près. 61 - - Faire servir, lorsqu'on est en panne, le - vent sur le petit hunier. 63 - - - Faire servir, lorsqu'on est en panne, le - vent sur le grand hunier. 64 - - Faire servir, lorsqu'on est en panne, - sous toutes les voiles du plus près. 65 - - Observations. id - - - CHAPITRE VI. - - _Sonder._ - - Sonder de beau temps. 66 - - Sonder de mauvais temps. 68 - - Observations. 69 - - - CHAPITRE VII. - - _De la Cape._ - - Des différentes espèces de cape. 70 - - Observations. 75 - - Arriver, ou virer, lorsqu'on est à la - cape. 78 - - - CHAPITRE VIII. - - _Mouillages._ - - Mouiller de beau temps. 83 - - Mouiller de mauvais temps. 85 - - Mouiller avec embossure. 87 - - Observations. 88 - - - CHAPITRE IX. - - Affourcher à la voile. 89 - - Observations. 91 - - - CHAPITRE X. - - _Des Abordages._ - - Aborder au vent, lorsqu'on est au plus - près. 94 - - Aborder sous le vent, lorsqu'on court - au plus près. 95 - - Aborder sur l'avant, lorsqu'on court au - plus près. 97 - - Aborder en courant largue. 98 - - Aborder à l'ancre. 99 - - - CHAPITRE XI. - - _De la Chasse._ - - Chasser au vent. 102 - - Chasser sous le vent. 104 - - _De la Tactique Navale._ 106 - - - MANOEUVRE DE L'ARTILLERIE. - - - CHAPITRE Ier. - - Définition et nomenclature. 114 - - - CHAPITRE II. - - Des projectiles et de la charge. 129 - - Remarques. 134 - - - CHAPITRE III. - - Emplacement des canons et de leurs - projectiles à bord. 140 - - Remarques. 146 - - - CHAPITRE IV. - - Exercice du canon d'un bord et par - temps. 148 - - Exercice de la caronade d'un bord et - par temps. 176 - - Exercice du canon obusier. 187 - - Exercice des deux bords et à volonté. 193 - - Remarques. 207 - - - CHAPITRE V. - - _Noeuds, Amarrages, etc., appliqués au Canonnage._ - - Aiguilletage. 211 - - Brague. 212 - - Bridure. id - - Brin. 213 - - Civière. id - - Coiffe d'écouvillon. id - - Croupière. id - - Elingue. id - - Epissure. 214 - - Estrope. id - - Estrope de culasse. id - - Faubert. 215 - - Fourrer un cordage. id - - Garant. id - - Garcette. 216 - - Garnir une brague. id - - Hampe de corde. id - - Itague. id - - Ligne d'amarrage. 217 - - Lusin. id - - Machine à démonter les canons. id - - Mèches. 218 - - Merlin. id - - Noeuds. id - - Palans de côté et de retraite. 218 - - Palanquin. 219 - - Quarantainier. id - - Queue de rat. id - - Raban de sabord. id - - Raban de retenue. 220 - - Raban de volée. id - - Surliure. id - - Valet. id - - - CHAPITRE VI. - - _Différentes manières d'amarrer les Canons à bord._ - - Amarrage à garans simples. 222 - - Amarrage à garans doublés. 223 - - Amarrage à la serre. 224 - - Amarrage le long du bord, dit en vache. 226 - - Amarrage au grelin. id - - Amarrage par la fausse brague. 227 - - Amarrage aux chevrons de retraite. 228 - - Amarrage par la queue des flasques. id - - Observation générale. 229 - - Amarrages de caronades. id - - - CHAPITRE VII. - - Pointage au tir. 230 - - Remarques; du but-en-blanc. 246 - - Du pointage et du tir. 252 - - - CHAPITRE VIII. - - _Manoeuvres de Force relatives au Canonnage._ - - Embarquement et débarquement d'un - affût. 256 - - Embarquement d'un canon. id - - Débarquement d'un canon. 258 - - Changement d'affût d'un canon à bord. 259 - - Premier moyen. id - - Deuxième moyen. 261 - - Troisième moyen. id - - Quatrième moyen. 262 - - Jeter les canons à la mer. 263 - - Remarques. 264 - - - CHAPITRE IX. - - Mise hors de service; enclouage et désenclouage - des bouches à feu. 265 - - - CHAPITRE X. - - Des soutes à poudre. 269 - - _Description de la Hausse Marine._ 273 - - -FIN DE LA TABLE. - - -Bar-s.-Seine.--Imp. de SAILLARD. - - - - -ERRATA - -DU DEUXIÈME VOLUME. - - _Pages._ _lignes._ _au lieu de_ _lisez_: - - 17 2 ancre à jas, _ancre à jet_. - - id. 8 id. id. - - id. 11 id. id. - - id. 17 id. id. - - 18 4 id. id. - - 19 11 id. id. - - id. 13 id. id. - - 20 4 id. id. - - 31 2 id. id. - - 61 11 lorsqu'on mettra, _lorsque mettant_. - - 84 5 si on vient largue après, _si on vient largue_, - - 85 9 en le masquant, _en les, etc., etc._ - - 116 dern. du tabl. 13 9-1/2 3 9-1/2 - - 117 3 le stourillons, _les tourillons_. - - 124 9 le lanon, _le canon_. - - - * * * * * - - - - -Note sur la transcription: - -Ce volume fait référence à des figures (fig. 1 en p. 117, fig. 2 en p. -118, fig. 3 en p. 119, fig. 4 en p. 121 et figure V en p. 234). Malgré -des recherches sérieuses et étendues, aucune édition trouvée ne comprend -ces illustrations, ce qui fait supposer que l'imprimeur a oublié de les -inclure. - -Les errata mentionnés dans le livre à la dernière page ont été -appliqués. - -Quelques points ont été rajoutés dans les listes et tableaux afin -d'harmoniser avec le reste des éléments. - -Faute de place en largeur, certaines tables ont été modifiées: - * p. 140 et 141, la table «Emplacement des Canons et de leurs - projectiles, à bord» a été scindée en deux, et sa première colonne - dupliquée. - * p. 275 et 276, la table «Tableau faisant connaître les distances - entre les masses de mire et les hausses, ainsi que les graduations - de ces dernières» a été scindé en deux. La première colonne - («Désignation des bouches à feu») a été dupliquée, et la colonne - «Observation» a été mise en note à la suite du deuxième tableau. - -Ce livre comprend de possibles erreurs de syntaxe comme l'utilisation -de «surjoaler» et «surjoualer» à la place de «surjaler». Celles-ci n'ont -généralement pas été corrigées. - -A l'exception des corrections suivantes et des erreurs clairement -introduites par le typographe, l'orthographe d'origine a été conservée -et n'a pas été harmonisée: - * p. 5, corrige «illétré» en «illettré», - * p. 22, corrige «renfonce» en «renforce» («quoiqu'on les renforce»), - * p. 23, corrige «lan» en «élan» («si dans un élan»), - * p. 38, corrige «ralingne» en «ralingue» («les huniers en ralingue»), - * p. 45, corrige «de vent» en «devant» («viremens de bord vent devant»), - * p. 66, corrige «employé» en «employée» («a pu être employée»), - * p. 77, corrige «iloire» en «hiloire» («l'hiloire»), - * p. 81, corrige «annulle» en «annule» - («annule l'effet du gouvernail.»), - * p. 87, corrige «un» en «une» («une embossure»), - * p. 100, corrige «tachant» en «tâchant» («en tâchant d'y entraîner»), - * p. 117, suppression des points après «Le support de la platine» et - «L'astragale de la lumière» pour harmoniser avec le reste - de la table, - * p. 125. idem p. 117 avec «La platine ou batterie» et «La corne - d'amorce», - * p. 136, capitalisation de "Montgéry", - * p. 146, corrige «tugue» en «tuque» («la tuque d'arrière»), - * p. 180, ligne 16, ferme la parenthèse après «commandement pour le - canon.», - * p. 188, ferme la parenthèse après «cosse estropée au collet.», - * p. 210, corrige «bât» en «bat» («lorsqu'on se bat»), - * p. 225, corrige «pacée» en «placée» («placée au-dessus»), - * p. 268, corrige «enflamment» en «enflammant» («enflammant cette - poudre»). - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Nouveau manuel complet de marine, by -Phocion-Aristide-Paulin Verdier - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK NOUVEAU MANUEL COMPLET DE MARINE *** - -***** This file should be named 41039-8.txt or 41039-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/1/0/3/41039/ - -Produced by Laurent Vogel, Bibimbop and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -book was produced from scanned images of public domain -material from the Google Print project.) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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