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-The Project Gutenberg EBook of Nouveau manuel complet de marine, by
-Phocion-Aristide-Paulin Verdier
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: Nouveau manuel complet de marine
- seconde partie: manoeuvres
-
-Author: Phocion-Aristide-Paulin Verdier
-
-Release Date: October 13, 2012 [EBook #41039]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK NOUVEAU MANUEL COMPLET DE MARINE ***
-
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-
-Produced by Laurent Vogel, Bibimbop and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-book was produced from scanned images of public domain
-material from the Google Print project.)
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-Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le
-typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée
-et n'a pas été harmonisée. Une note plus détaillée se trouve à la fin
-de ce volume.
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- NOUVEAU MANUEL
-
- COMPLET
-
- DE MARINE.
-
- _SECONDE PARTIE._
-
- MANOEUVRES.
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-
- NOUVEAU MANUEL
-
- COMPLET
-
- DE MARINE.
-
- _SECONDE PARTIE._
-
- MANOEUVRES DU NAVIRE
-
- ET DE L'ARTILLERIE.
-
- Par M. Verdier,
-
- Capitaine de Corvette.
-
-
- PARIS,
-
- A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET,
-
- Rue Hautefeuille, nº 10 bis.
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- 1837.
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-
-AVERTISSEMENT.
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-
-Les ouvrages qui traitent de la manoeuvre du navire s'appuient sur des
-vérités mathématiques trop élevées pour être à la portée de toutes les
-classes des navigateurs.
-
-Nous avons pensé qu'il pouvait être utile d'offrir un Manuel pour la
-Manoeuvre, dépouillé de toute démonstration théorique, qui ne repose que
-sur la seule pratique, et qui, par conséquent, peut être lu par le marin
-le plus illettré.
-
-Il est plus facile, et surtout plus utile en marine, d'aller du simple
-au composé que du composé au simple. Le marin instruit, qui connaîtra
-pratiquement la manoeuvre, lira ensuite avec bien plus de fruit les
-ouvrages de théorie.
-
-Si nous pouvons rendre plus facile à quelques jeunes navigateurs l'étude
-de la manoeuvre, notre but sera atteint.
-
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-
-
-NOUVEAU MANUEL
-
-DE MARINE.
-
-
-
-
-_SECONDE PARTIE._
-
-MANOEUVRES.
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER.
-
-
-_Du Navire._
-
-Le navire est un corps flottant, il doit, par conséquent, occuper dans
-le fluide un espace tel que son poids soit égal à celui du volume d'eau
-qu'il déplace. C'est la partie submergée qui éprouve la force de
-résistance du fluide dans le cas du mouvement, et la puissance destinée
-à lui donner ce mouvement doit donc être en proportion avec la
-résistance éprouvée.
-
-Les voiles sont des surfaces planes autant que possible, qui, étant
-exposées à l'impulsion du vent, en sont frappées, et communiquent ainsi
-du mouvement au navire auquel elles sont assujetties.
-
-Elles agissent dans le sens latéral et dans le sens direct.
-
-Le centre de gravité d'un corps est le point par lequel ce corps étant
-suspendu, reste en équilibre et ne change pas de position.
-
-Ce point sera au milieu du corps, si le corps est régulier; et s'il est
-irrégulier, il sera dans la partie qui a le plus de pesanteur, par
-rapport au point qui marque le milieu de la longueur du solide.
-
-Si un corps étant ainsi suspendu en équilibre, on veut lui imprimer un
-mouvement de rotation, il est évident qu'il faut lui appliquer une force
-déterminée à un point quelconque; que cette force, supposée la même,
-agira d'autant plus qu'elle sera plus éloignée du centre de gravité, et
-qu'elle imprimera au corps un mouvement contraire à son application.
-
-Le centre de gravité d'un navire est toujours sur l'avant du milieu de
-sa longueur absolue, parce que l'avant a plus de capacité, et par
-conséquent plus de pesanteur que l'arrière.
-
-Si nous considérons le navire comme un corps en suspension par son
-centre de gravité, nous pouvons imaginer, sans grande erreur pour la
-pratique, que son point de rotation sera sur l'axe vertical qui passe
-par le centre de gravité; et que la force appliquée sur l'arrière ou
-l'avant de ce point lui fera éprouver un mouvement de rotation de
-l'avant sur l'arrière ou de l'arrière sur l'avant; c'est-à-dire que si
-la force est appliquée sur l'arrière, l'angle que l'avant fait avec la
-direction de la force diminuera, et que si elle est appliquée sur
-l'avant, ce sera l'angle formé par la direction de cette force et
-l'arrière qui diminuera.
-
-Le mouvement est communiqué au navire par le moyen des voiles qui y sont
-assujetties, et qui reçoivent l'impulsion du vent. La direction de la
-force appliquée sera donc la ligne suivant laquelle souffle le vent.
-
-Il est évident, d'après ce que nous avons dit du corps en suspension,
-que si nous l'appliquons au navire, le vent soufflant dans les voiles de
-l'arrière, rapprochera l'avant de sa direction: c'est ce qu'on appelle
-venir au vent ou lofer; et le vent soufflant dans les voiles de l'avant,
-rapprochera l'arrière de sa direction; ce qu'on appelle arriver.
-
-Les voiles de l'avant tendent donc à faire arriver le navire; celles de
-l'arrière à le faire lofer. C'est en combinant ces deux effets et en les
-tenant en équilibre, qu'on imprime au navire une vitesse sur une ligne
-donnée, qu'on appelle route. Ce sera donc en augmentant aussi ou
-détruisant un de ces deux effets, qu'on fera arriver ou lofer le navire,
-en un mot qu'on le fera évoluer.
-
-On voit donc que si les voiles étaient exposées d'une manière
-convenable, et que la force et la direction du vent restassent les
-mêmes, le navire conserverait une vitesse égale, et suivrait une route
-donnée.
-
-Mais cet équilibre, qu'il est si important de conserver, est fréquemment
-troublé, et on a inventé le gouvernail pour le rétablir et forcer le
-navire à suivre une ligne déterminée.
-
-Les lames sont une cause de la perturbation de l'équilibre, en frappant
-le navire et lui imprimant un mouvement de rotation sur l'axe vertical
-de son centre de gravité, suivant le point sur lequel elles le frappent,
-et leur direction, qui n'est pas toujours celle du vent. A chaque lame
-le navire fait deux oscillations: l'une de chute, vers la partie opposée
-à celle que choque la lame, et l'autre de réaction à l'instant où elle
-se sépare du navire.
-
-Outre les effets de la lame, il est encore des actions qui agissent pour
-faire tourner le navire sur l'axe vertical qui passe par son centre de
-gravité. C'est en premier lieu l'action produite par la résistance de
-l'eau, dans le sens latéral, ou perpendiculaire à la quille, sur les
-différens points de la carène qui y sont exposés; secondement l'action
-que le vent exerce sur les voiles dans le sens latéral; et
-troisièmement, enfin, l'action que le vent exerce sur les voiles dans le
-sens direct. Quoique cette action paraisse coïncider avec le plan
-vertical qui passe par le centre de gravité, et ne devoir pas produire
-un mouvement de rotation, cependant lorsque le vaisseau incline, il n'en
-est pas ainsi.
-
-Si ces trois actions pouvaient être en équilibre, le navire n'aurait pas
-de mouvement de rotation, et obéirait à l'impulsion dans le sens de sa
-quille; mais ces actions varient à chaque instant par l'état de la mer
-ou du vent.
-
-Ce défaut d'équilibre se corrige par un changement de voilure, et enfin
-par le gouvernail.
-
-
-_Du Gouvernail._
-
-Nous ne décrirons pas le gouvernail que tout le monde connaît, nous
-dirons seulement que par sa position à peu près verticale à la poupe, et
-par le moyen de sa barre, il peut se porter d'un côté ou de l'autre du
-navire, et que s'opposant au courant du fluide de ce côté, il fait
-naître une nouvelle force qui oblige le navire à tourner, ou dont
-l'effet est de faire équilibre aux forces contraires dont nous avons
-parlé, et qui tendraient à faire tourner le navire dans un sens opposé.
-
-Si le fluide, coulant le long des flancs du navire, rencontre le
-gouvernail faisant un angle avec la quille, il le choquera, et poussera
-la poupe dans le sens opposé au choc; alors l'avant obéissant à ce
-mouvement se rangera nécessairement du côté où le choc a eu lieu,
-c'est-à-dire vers celui où a été mis le gouvernail, ou enfin du bord
-opposé à celui où l'on a placé la barre.
-
-Mais si le fluide, au lieu de couler de l'avant à l'arrière, coulait de
-l'arrière à l'avant, l'effet serait évidemment contraire; car le fluide
-qui vient alors de l'arrière, rencontrant le gouvernail faisant un angle
-avec la quille, le choquera en poussant la poupe dans la direction de ce
-choc; l'avant tournera donc dans le sens opposé, c'est-à-dire dans le
-sens opposé au côté où le gouvernail aura été mis, ou enfin du côté où
-sera la barre.
-
-Il n'entre pas dans le plan que nous nous sommes tracé, de démontrer
-mathématiquement les effets et la puissance du gouvernail. Nous dirons
-seulement que son effet est d'autant plus grand que la vitesse augmente,
-et qu'à même angle il suit la progression du carré des vitesses.
-
-Si le gouvernail fait avec la quille un angle de 45 degrés, il est dans
-la position la plus favorable pour opérer les mouvemens de rotation;
-mais on ne peut obtenir cette position, et il est rare que l'angle soit
-de plus de 35°.
-
-Le gouvernail agissant en s'opposant au fluide qui coule le long des
-flancs du navire, doit nécessairement diminuer sa vitesse; il faut donc
-balancer sa voilure de telle manière, qu'on soit obligé de le mettre en
-mouvement le moins possible. Et règle générale, toutes les fois que
-pour conserver le navire en route, on sera obligé de faire un usage
-fréquent du gouvernail, ce sera une preuve que la voilure sera mal
-établie, ou mal balancée.
-
-Nous observerons à cette occasion, que souvent étant au plus près, et la
-brise fraîchissant, le navire a une grande tendance à venir au vent, et
-qu'on est obligé d'y avoir une partie de la barre. Il suffirait, à notre
-avis, de diminuer de voiles, en se débarrassant des voiles hautes, pour
-rendre le navire bien gouvernant, et loin de diminuer le sillage, il est
-fort possible qu'il augmente.
-
-L'inclinaison diminuant, la submersion de la carène sera moins
-considérable, et sa résistance moins forte; le navire moins chargé
-gouvernera avec la barre droite, et le gouvernail ne sera plus un
-obstacle au sillage; n'est-il pas possible que ces deux causes qui
-tendent à augmenter la vitesse, compensent, et au-delà, la diminution
-produite par la suppression des perroquets?
-
-Le temps que deux navires semblables emploient à évoluer, est en raison
-de leur longueur.
-
-
-
-
-CHAPITRE II.
-
-
-_Appareillages._
-
-Lorsqu'un navire a reçu tout ce dont il a besoin pour prendre la mer, on
-le mouille sur rade sur une ancre, s'il doit profiter du premier moment
-favorable; mais s'il peut y prolonger son séjour, on le mouille sur
-deux.
-
-Amarré de la première manière, il est dit sur un pied; mais on concevra
-facilement qu'il ne peut rester long-temps dans cette position, puisque
-à chaque changement de vent et surtout de marée il doit courir sur son
-ancre et peut la surjoaler.
-
-Cependant, depuis l'adoption presque générale des câbles-chaînes, sur
-les rades qui n'ont que peu ou point de marée, on peut, en filant une
-grande quantité de chaîne, rester sur un pied. Car, par son poids, la
-chaîne portant sur le fond, bien de l'arrière de l'ancre, offre au
-navire un point d'appui sur lequel il peut tourner sans passer sur son
-ancre. Mais il ne faut pas être mouillé près d'autres navires, qu'on
-pourrait aborder en décrivant ainsi un cercle autour de son ancre.
-
-Il est donc plus prudent de mouiller deux ancres, ce qu'on appelle
-affourcher.
-
-On affourche en mettant deux ancres sur une ligne perpendiculaire à
-celle des vents les plus dangereux. Ainsi, sur une rade où les vents les
-plus dangereux sont le N. E. et le S. O., les ancres doivent être
-mouillées sur une ligne N. O. et S. E. Il faut aussi avoir l'attention
-d'affourcher de manière que les câbles ne soient pas croisés pour le
-vent du large, qui est celui qui amène la plus grosse mer, parce
-qu'alors ils fatigueraient davantage et ragueraient les sous-barbes.
-Ainsi, si on affourche N. O. et S. E., c'est-à-dire pour les vents de N.
-E. et de S. O., ou que les vents du large soient ceux du S. O., les
-câbles doivent être croisés lorsqu'on évitera au N. E.
-
-On affourche, soit avec le navire, soit avec la chaloupe; mais dans le
-premier cas, il faut avoir un point d'appui pour touer le navire
-jusqu'au point où il doit laisser tomber la deuxième ancre.
-
-Pour cela, après que le navire a mouillé sa première ancre et qu'il a
-filé une quantité de câble suffisante, on embarque dans la chaloupe une
-ancre à jet, garnie de son orin et de sa bouée, à laquelle on étalingue
-un grelin et plus s'il est nécessaire, qu'on embarque dans la chaloupe
-et dont on garde le bout à bord, ou dont on lui donne le bout qu'elle
-rapportera à bord après avoir mouillé l'ancre à jet, si, ayant à
-remonter contre le vent ou le courant, on craint que le poids du grelin
-resté à bord ne la charge trop et ne la fasse dériver sous le vent du
-point où l'ancre à jet doit être mouillée.
-
-La chaloupe convenablement remorquée, se dirige dans le rhumb de vent où
-l'ancre doit être placée, et lorsqu'elle est parvenue un peu au-delà du
-point qu'elle doit occuper, elle mouille l'ancre à jet. Elle porte le
-bout du grelin à bord, où on le raidit aussitôt.
-
-On garnit ensuite ce grelin au cabestan, et on vire en filant à la
-demande du câble de l'ancre mouillée. Lorsqu'on a dehors une quantité de
-ce câble égale à deux fois la longueur qu'on veut donner à chaque amarre
-d'affourche, on cesse de virer, on laisse perdre l'aire du navire, et on
-mouille en choquant le grelin afin que le navire puisse culer et ne pas
-surjoaler.
-
-Pendant que la chaloupe va lever l'ancre à jet, on vire sur le premier
-câble mouillé en filant du second. Lorsqu'on a filé de ce dernier la
-quantité qu'on veut avoir dehors, on prend le tour de bitte, et on vire
-jusqu'à ce qu'ils soient également raides, et qu'il n'y ait que peu de
-mou. On dégarnit et on prend le tour de bitte du câble sur lequel on
-virait, on les garnit l'un et l'autre de paillets, et l'on est
-affourché.
-
-Si on fait porter l'ancre d'affourche par la chaloupe, il faut aussi lui
-ménager un point d'appui sur lequel elle pourra se tenir lorsqu'elle
-sera chargée. Car si en théorie on peut envoyer une chaloupe ainsi, en
-la faisant remorquer, il n'en est pas de même en pratique. Une chaloupe
-portant une ancre de bossoir en cravate, son orin et sa bouée, ayant sur
-son avant la moitié de son câble lové pour contre-balancer le poids de
-l'ancre, est déjà privée de l'usage de plus de la moitié de ses avirons;
-il faut qu'elle supporte encore le poids du câble qu'on file du bord, et
-que des canots placés de distance en distance le soutiennent, pour qu'il
-ne touche pas au fond avant que l'ancre ne soit mouillée. Quel est le
-navire qui a une assez grande quantité de canots pour pouvoir remorquer
-convenablement une chaloupe ainsi chargée, et la diriger à un point
-fixe, s'il y a surtout de la mer et du courant.
-
-Il faut donc, pendant que l'ancre de bossoir est suspendue en cravate,
-de l'arrière de la chaloupe, et qu'on y embarque le câble, faire élonger
-par un canot une petite ancre à jet dans la direction où l'ancre
-d'affourche doit être mouillée. Le bout de l'aussière de cette ancre à
-jet étant à bord, la chaloupe le place sur le rouleau de son étrave et
-se hale dessus. Elle est suivie d'embarcations qui portent le restant du
-câble dont le bout est à bord.
-
-Lorsque le canot qui porte les premiers plis du câble, les a filés à
-mesure que la chaloupe à laquelle il tient par une remorque se hale, il
-le saisit en dehors du bord par une bosse qui fait dormant à son grand
-banc, et qui s'y amarre après avoir embrassé le câble; un homme tient à
-la main le bout de la bosse pour la larguer au signal de la chaloupe.
-
-Les canots ayant ainsi filé et soutenu le câble, la chaloupe file celui
-qu'elle a à bord, et lorsqu'enfin elle l'a raidi autant que possible en
-se halant, elle fait un signal aux canots qui larguent les bosses
-lorsqu'elle mouille.
-
-On dérape l'ancre à jet, on raidit le câble, on prend le tour de bitte,
-et on fait les paillets.
-
-Depuis l'usage à peu près général des câbles-chaînes, il est bien
-difficile, pour ne pas dire impossible, d'élonger une ancre amarrée sur
-un câble-chaîne. La difficulté de ne le filer qu'au fur et à mesure que
-la chaloupe s'éloigne du bord, son poids qui augmente la résistance
-qu'elle doit vaincre pour se haler, l'impossibilité par conséquent de le
-raidir suffisamment avant de mouiller, doivent faire abandonner cette
-manière d'amarrer, et il faut affourcher avec le navire lui-même.
-
-Mais comme il est une foule de circonstances qui obligent à envoyer une
-grosse ancre au large par le moyen de la chaloupe, surtout dans les
-échouages, tout navire doit, outre ses câbles-chaînes des ancres de
-bossoir, avoir un ou deux câbles en chanvre pour élonger dans les
-circonstances imprévues.
-
-On désaffourche avec le navire ou la chaloupe. Avec le navire, on vire
-sur une ancre en filant du câble de celle sur laquelle on veut
-appareiller. Parvenu à pic, on cesse de filer, on dérape, et aussitôt
-l'ancre à l'écubier, pendant qu'on la caponne et la traverse, on garnit
-le câble de l'autre ancre, et on abraque dessus jusqu'à ce qu'il n'en
-reste plus à la mer que la quantité suffisante pour tenir le navire.
-
-Si on désaffourche avec la chaloupe, on la munit de deux caliornes de
-braguets, de poulies de retour et des amarrages nécessaires à
-l'opération; on lui donne aussi un bon cordage de la grosseur de l'orin
-pour faire un maillon. Car il ne serait pas prudent de lever une ancre
-de bossoir par son orin, sans avoir coulé un maillon, car si l'orin
-casse et que le navire ne puisse venir chercher son ancre, on est obligé
-de la draguer, ce qui est souvent bien long et oblige à faire le
-sacrifice de l'ancre si on n'a pas le temps nécessaire à cette
-opération.
-
-La chaloupe parvenue à l'ancre qu'elle doit déraper, saisit la bosse,
-place l'orin sur le davier et le raidit. On coule le long de l'orin un
-maillon à noeud coulant, destiné à saisir la patte de l'ancre en dessous
-de ses ailerons, et à soulager et renforcer l'orin. Lorsque, par la
-hauteur du fond, on s'aperçoit que le maillon est rendu à sa patte, on
-s'assure si elle a été saisie en pesant dessus; s'il résiste, elle est
-prise; dans le cas contraire, il remonte le long de l'orin et on le
-coule de nouveau.
-
-Lorsqu'il est en place on le raidit, et si on ne compte pas sur l'orin,
-on les réunit et on frappe dessus la caliorne de braguet, dont une
-poulie est crochée à un piton d'étrave et dont le garant revient sur
-l'arrière dans une poulie de retour, afin de pouvoir élonger dessus la
-plus grande quantité possible de matelots.
-
-L'ancre détachée du fond, on vire sur son câble à bord, ce qui amène
-sous l'écubier la chaloupe qui la tient suspendue. Rendue là, on la met
-à poste comme nous l'avons dit, et on vire sur le câble de l'ancre qui
-doit servir à l'appareillage.
-
-Le navire désaffourché, on embarque sa chaloupe avec un appareil composé
-de deux caliornes frappées l'une sur la grande vergue, et la seconde sur
-la vergue de misaine, et deux caliornes servant de palans d'étai. Les
-basses vergues portent, pendant cette opération, un poids considérable,
-et fatiguent beaucoup, quoiqu'on les renforce par une fausse balancine.
-
-Pour les soulager, on fait les caliornes à pendeur. Ce pendeur passe
-sur le chouc du bas mât et se marie, par le moyen d'un burin, à une
-estrope qui embrasse deux ou trois haubans du côté opposé à celui où
-l'on hisse. Ce pendeur se frappe sur la vergue au moyen d'une estrope à
-burin. La vergue alors ne fait plus que l'office d'arc-boutant, et la
-plus grande partie de l'effort a lieu sur le chouc du bas mât.
-
-
-_Appareiller, le Navire évité le bout au vent._
-
-On vire à long pic; on largue les voiles carrées, le grand foc et la
-brigantine, on borde et hisse les huniers. Si on veut abattre sur
-tribord, on brasse bâbord devant tribord derrière, en effaçant bien le
-petit hunier par sa bouline de revers; on pèse le gui et on le porte sur
-tribord. On ferait le contraire si on devait abattre sur bâbord.
-
-On dérape. Le navire étant évité le bout au vent, ayant son petit hunier
-brassé bâbord et bien effacé par sa bouline, faisant avec la quille
-l'angle le plus aigu qu'il puisse faire, l'avant du navire tombera sur
-tribord. Mais pendant ce mouvement il cule, puisque le vent est sur les
-voiles, on met alors la barre à tribord pour accélérer le mouvement
-d'abattée, qu'on peut encore augmenter en hissant le grand foc aussitôt
-que le mouvement est prononcé.
-
-Lorsque le vent commence à prendre dans les voiles de l'arrière, on
-dresse la barre et on change le phare de l'avant qu'on oriente. Si
-l'abattée continue encore, ce qui arrive ordinairement, parce que le
-navire n'ayant pas d'aire ne pourra ranger au vent que lorsqu'il en aura
-pris, que du reste la barre a été dressée en changeant devant, on choque
-l'écoute de foc et on borde la brigantine.
-
-Si les circonstances le permettent, on laisse le petit hunier masqué
-pendant le temps qu'on travaille à mettre l'ancre à poste. Si les
-abattées sont trop grandes, on borde la brigantine. Si le foc était
-dehors, son écoute a dû être filée aussitôt que le vent a pris dans les
-voiles de l'arrière.
-
-L'ancre à poste, on dresse la barre, on borde le foc, on cargue la
-brigantine, et on change le phare de l'avant qu'on oriente.
-
-Si la position du navire a exigé qu'il fît de la route aussitôt que
-l'ancre a quitté le fond, pour éviter un danger, ou un bâtiment mouillé
-à petite distance, il ne faut faire que la voile absolument nécessaire
-pour assurer la promptitude des mouvemens; car, avec un sillage
-rapide, il est bien difficile, surtout s'il y a un peu de mer, de mettre
-l'ancre à poste, et il peut en résulter de graves inconvéniens.
-
-Lorsque le vent est frais, qu'on juge qu'après l'appareillage on ne
-pourra porter les huniers qu'avec un ou plusieurs ris, il faut le
-prendre en larguant les voiles, avant de le border. Il est même plus
-prudent de le prendre avant de virer, pour ne pas s'exposer à chasser
-étant à long pic.
-
-Si le vent est assez fort pour ne pas permettre d'établir les huniers,
-même avec des ris, lorsqu'on est à long pic, alors il faut se contenter
-de contre-brasser les voiles de l'avant et de larguer les fonds du petit
-hunier; on doit aussi larguer le petit foc pour pouvoir le hisser
-aussitôt que le phare de l'avant contre-brassé a fait prononcer
-l'abattée. Les vergues du grand mât et du mât d'artimon sont orientées
-et leurs huniers prêts à être largués et établis; lorsque l'abattée
-n'est plus incertaine, l'artimon est largué pour être bordé afin de la
-modérer.
-
-
-_Observations._
-
-Quelque simple que soit un appareillage de temps maniable, il est une
-foule de précautions préparatoires et à prendre après cette manoeuvre,
-dont il est peut-être utile de parler.
-
-Si on est amarré avec des câbles et mouillé sur un fond de vase, il faut
-les laver avec soin à mesure qu'on vire, ou après que les ancres sont
-dérapées, les frotter avec des brosses à pont ou des balais pour en
-détacher la vase, les élonger autant que possible dans la batterie ou
-sur le pont, en faire autant pour les garcettes et la tournevire, et ne
-les envoyer dans la cale que lorsqu'ils sont parfaitement secs. Si on est
-amarré avec des câbles-chaînes, il faut aussi les laver, car étant mis
-immédiatement dans leurs puits, la vase qui y est attachée ne tarderait
-pas, sans cela, à répandre une odeur fétide et malsaine.
-
-Aussitôt qu'une ancre est dérapée, elle doit être mise en mouillage, un
-navire ne devant jamais appareiller sans être disposé à mouiller, si les
-circonstances l'y obligent.
-
-Lorsqu'on est hors de vue de terre, on soulage les pattes des ancres à
-hauteur du plat bord, on double les bosses de bout et les serres-bosses,
-et à cinquante lieues au large on détalingue les câbles et
-câbles-chaînes pour les envoyer dans la cale et soulager l'avant du
-navire.
-
-En appareillant, les canots des porte-manteaux doivent être disposés de
-manière à être immédiatement amenés pour remorquer le navire en cas de
-calme, et défier un abordage. A la mer, on les établit sur bosses, et on
-décroche les palans, afin de pouvoir les amener avec leur équipage, pour
-porter secours à un homme tombé à la mer. Ils seront donc toujours munis
-du gouvernail et de la barre, des avirons et d'une gaffe.
-
-Avant d'appareiller, une visite générale doit avoir lieu. La barre et sa
-drosse doivent être visitées, celles de rechange dégagées, les palans
-qui, en cas de rupture de la drosse, les remplacent momentanément,
-disposés à leurs pitons.
-
-On s'assure que les mâts de hune et de perroquet sont coïncés dans leurs
-choucs; que les objets amovibles, tels que coffres, cuisines, etc., sont
-saisis; que la chaloupe et les drômes ont leurs saisines raidies; que
-l'artillerie est amarrée à garans doubles[1].
-
- [1] Les canons des batteries basses des vaisseaux sont mis à la serre
- avant l'appareillage, afin de pouvoir fermer les sabords aussitôt que
- l'état de la mer l'exige.
-
-Les gabiers dégenopent les manoeuvres et les lovent auprès de leurs
-poulies de retour. Ils visitent les écoutes, drisses et itagues. Les
-paillets de brasséiage et d'étais sont mis en place; les arcs-boutans,
-pour pousser les galhaubans volans, disposés dans les hunes.
-
-Un navire, devant toujours être disposé à faire toute la voile que les
-circonstances exigent, doit appareiller avec les perroquets croisés et
-garnis, lorsque le temps le permet. S'il porte des catacois, les drisses
-seront passées, le gréement des bonnettes sera en place, les drisses
-frappées au point des huniers, et les amures lovées aux bouts des
-vergues.
-
-Les étais des mâts de hune et de perroquet sont bossés; les bosses des
-amures et écoutes des basses voiles, celles des drisses des huniers et
-des focs, sont mises en place.
-
-Enfin, suivant la saison et la traversée, et s'ils n'ont pas été gréés
-en rade, on place et on raidit les pataras, l'étai de tangage du mât de
-misaine, les haubans de beaupré et sa fausse sous-barbe.
-
-
-_Appareiller, le Navire évité au courant._
-
-Le navire, évité le bout au courant, peut l'être en même temps au vent;
-alors l'appareillage est celui que nous venons de décrire, avec cette
-différence que le courant agissant sur le gouvernail, comme si le navire
-allait de l'avant, il faut mettre la barre du bord opposé à celui sur
-lequel on veut abattre.
-
-Si cependant le mouvement d'aculée était plus fort que celui du courant,
-la différence de ces deux mouvemens, agissant alors dans le sens du plus
-fort, qui est celui de l'aculée, on mettrait la barre du bord où on veut
-abattre.
-
-Le navire, évité le bout au courant, peut recevoir le vent sur ses
-voiles, ou dans ses voiles. Il le recevra sur ses voiles, si l'angle
-qu'il fait avec la quille est moindre que l'angle du plus près. Dans ce
-cas il est impossible, par la seule manoeuvre des voiles, de faire
-passer son avant dans le lit du vent. On ne peut donc que prendre les
-amures du bord où vient le vent. Il suffit pour cela de le faire abattre
-d'une quantité assez grande pour que le vent prenne dans les voiles.
-
-Supposons que le vent venant de bâbord fasse avec la quille un angle
-moindre que celui du plus près. Etant à long pic, on établit les
-huniers, on largue le grand foc et la brigantine, on met la barre à
-bâbord, et on brasse bâbord devant et tribord derrière. Au moment où
-l'ancre dérape, on hisse et borde le grand foc; l'avant du navire doit
-nécessairement tomber sur tribord par l'action du foc, du petit hunier
-masqué et du gouvernail qui, par l'effet du courant, porte l'arrière sur
-bâbord, puisqu'on y a mis la barre. Lorsque par suite de l'abattée le
-grand hunier et le perroquet de fougue reçoivent le vent, on change le
-petit hunier, on dresse la barre, et s'il est utile de modérer
-l'abattée, on borde la brigantine en filant l'écoute du grand foc.
-
-Si la route exigeait qu'on changeât d'amures, on le ferait comme nous le
-dirons en parlant des viremens de bord vent arrière.
-
-Mais si les localités étaient telles qu'on ne pût prendre les amures du
-bord du vent, ou qu'on n'eût pas l'espace nécessaire pour en changer
-après avoir dérapé, il faudrait trouver un point fixe, soit à terre,
-soit sur un navire, soit en élongeant une ancre à jet, de manière qu'en
-virant sur ce point, sur lequel on aurait porté un grelin qu'on
-passerait à tribord derrière, on pût porter l'arrière sur tribord, et
-par conséquent l'avant sur bâbord.
-
-Le navire étant à pic, on hale sur le grelin jusqu'à ce que l'avant du
-navire ait dépassé le lit du vent, c'est-à-dire que le vent qui était de
-bâbord soit maintenant à tribord. On tourne le grelin, on établit les
-huniers qu'on brasse tribord devant et bâbord derrière, on largue le
-grand foc et la brigantine; on dérape, on met la barre à tribord, et
-lorsque l'avant du navire tombe sur bâbord, on largue le grelin, et on
-continue les manoeuvres comme nous l'avons indiqué déjà.
-
-Si le navire n'était que le bout au vent, il faudrait, au moment de
-déraper, haler sur le grelin pour assurer l'abattée.
-
-Lorsque le navire, évité au courant, reçoit le vent dans les voiles,
-l'appareillage est bien simple; il suffit d'établir assez de voiles pour
-que, au moment où l'ancre dérape, le navire puisse refouler le courant,
-car sans cela il risquerait de masquer, si dans un élan le courant
-venait à prendre par la joue sous le vent.
-
-Pour parer à cet inconvénient, non-seulement il faut avoir une assez
-grande quantité de voiles dehors, mais il faut augmenter celles du phare
-de l'avant pour être certain que le navire ne viendra pas au vent.
-
-Le navire ayant pris de l'aire, on manoeuvre suivant les localités, pour
-mettre l'ancre à poste le plus lestement possible.
-
-
-_Appareiller en faisant embossure._
-
-Il arrive quelquefois qu'un navire est obligé d'appareiller, sans
-pouvoir lever son ancre, lorsqu'il a été obligé de mouiller sur une
-côte, sur laquelle il était affalé. La violence du vent ne lui permet
-pas de virer sur l'ancre, car en chassant il s'approcherait encore de la
-côte qu'il doit éviter, et s'y perdrait.
-
-S'il peut indifféremment abattre sur un bord ou sur l'autre, après avoir
-pris dans les huniers les ris que la force du vent exige, et les avoir
-serrés, il faut brasser bâbord devant et tribord derrière, si on doit
-abattre sur tribord et larguer l'artimon, le foc d'artimon et le petit
-foc, dont on abraque l'écoute à tribord.
-
-On se dispose à couper le câble sur la bitte, ou à filer le câble-chaîne
-qu'on démaillone sur l'arrière de la bitte. On largue le fond du petit
-hunier, on met la barre à tribord, et au moment où on s'aperçoit que
-l'avant tombe sur tribord par l'effet du petit hunier masqué, on coupe
-le câble et on accélère l'abattée en hissant le petit foc. L'aculée
-étant très forte, aussitôt que le câble est coupé, le gouvernail dont la
-barre est à tribord agit alors avec une grande puissance, et assure le
-mouvement d'abattée, qu'on modérera en bordant l'artimon et le foc
-d'artimon, pour soutenir le navire, puis on établit toutes les voiles
-carrées que le temps permet de porter.
-
-Si la configuration de la côte exige qu'on abatte impérieusement d'un
-bord, on ne peut se hasarder à manoeuvrer comme nous venons de le dire;
-car quoique tout ait été disposé pour abattre sur un bord plutôt que sur
-l'autre, il peut arriver telle circonstance imprévue qui fasse manquer
-la manoeuvre, et alors le salut du navire est compromis.
-
-Dans ce cas il faut manoeuvrer avec certitude. Pour cela, on fait
-embossure sur le câble du bord opposé à celui où l'on veut abattre, et
-on garnit l'embossure au cabestan après l'avoir fait passer par le
-sabord ou le chaumard le plus arrière.
-
-Le câble et les voiles étant disposés comme nous l'avons dit plus haut,
-on brasse la misaine et le petit hunier du bord de l'embossure, et les
-vergues du grand mât et du mât d'artimon au sens contraire, on largue le
-petit foc, l'artimon et le foc d'artimon, on déferle les fonds du petit
-hunier.
-
-On vire sur l'embossure, ce qui approche l'arrière du lit du vent et en
-éloigne l'avant de la même quantité; on hisse le petit foc en continuant
-à virer; lorsque l'abattée est assez prononcée, on coupe le câble, et on
-file l'embossure immédiatement après. Car aussitôt que le câble est
-coupé, l'arrivée est considérable, et si on ne filait pas l'embossure,
-le navire viendrait vent arrière, ce qu'il faut empêcher.
-
-L'embossure filée, on borde l'artimon et le foc d'artimon, et on établit
-toute la voile que le temps permet pour s'éloigner de la terre.
-
-
-
-
-CHAPITRE III.
-
-_Manoeuvrer les voiles de mauvais temps._
-
-
-_Prendre des ris aux huniers._
-
-Rien n'est plus simple et plus facile que de prendre des ris sur rade ou
-de beau temps à la mer; mais il n'en est pas de même par une grosse mer
-et un vent violent, une foule de circonstances non prévues par la
-théorie rendent cette opération longue et difficile.
-
-Le premier ris, désigné vulgairement par le nom de ris de chasse, n'est
-qu'un ris de précaution qu'on prend tous les soirs au coucher du soleil,
-à bord des navires de guerre, et généralement à bord de tous les navires
-de grande dimension lorsqu'ils naviguent au plus près. Les garcettes
-sont moins fortes et plus espacées que celles des autres ris; il a aussi
-moins de hauteur.
-
-Le second ris se prend ordinairement après avoir serré les perroquets;
-cependant les vaisseaux et frégates peuvent porter leur grand et leur
-petit perroquet avec le deuxième ris. Si la mer est forte lorsqu'on
-prend le deuxième ris, on rentre le grand foc à mi-bâton, et on
-remplace la brigantine par l'artimon[2].
-
- [2] Ce que nous disons ne s'applique qu'au navire naviguant au plus
- près.
-
-Le troisième ris est un ris de mauvais temps. Le grand foc est remplacé
-par le petit foc, et souvent le foc d'artimon remplace la grande voile.
-Si la mer est grosse on dégrée les perroquets.
-
-Si la violence du vent oblige de prendre le quatrième ris, le perroquet
-de fougue est serré.
-
-Pour prendre un ris aux huniers, on les brasse au vent en larguant les
-boulines, et on les amène lorsqu'ils sont en ralingue. Quand les vergues
-reposent sur les paillets des choucs des bas mâts, on s'assure que les
-balancines sont raides, on abraque fortement les bras des deux bords et
-les palans de roulis pour que la vergue n'ait aucun mouvement. On pèse
-le palanquin et le faux-palanquin du vent, ensuite ceux sous le vent. Le
-palanquin doit être assez pesé pour que la ralingue entre lui et la
-vergue soit molle, et que le faux-palanquin puisse ainsi facilement
-rendre la cosse d'empointure au taquet de la vergue.
-
-Nous dirons à ce sujet que le faux-palanquin ne doit pas être frappé à
-demeure comme cela a lieu sur plusieurs navires, mais amovible, afin
-qu'on puisse toujours le crocher au ris à prendre, lorsque le supérieur
-vient de l'être. Il nous paraît aussi simple que facile de faire servir
-à cet usage les drisses de bonnettes de hune qu'on doit établir à croc.
-
-Les hommes élongés sur les vergues saisissent les garcettes et portent
-la toile au vent, afin que son empointure soit mise à joindre.
-Lorsqu'elle y est, ils portent la toile sous le vent pour faire prendre
-celle sous le vent. Les empointures prises, ils laissent tomber la
-toile, la reprennent pli par pli pour la porter sur la vergue, puis ils
-saisissent les garcettes, les souquent sur l'arrière de manière que le
-ris couvre et soit sur l'arrière de ceux pris antérieurement. Pendant
-qu'on amarre les garcettes on double les empointures.
-
-On affale les palanquins, faux-palanquins et cargues, on choque les
-palans de roulis, les bras sous le vent, et on hisse les huniers, en ne
-filant les bras du vent qu'au fur et à mesure que la vergue monte, car
-sans cela elle raguerait les haubans de hune sous le vent, et le vent
-prenant dans la voile et l'effaçant, augmenterait l'effort qu'on est
-obligé de faire sur la drisse. Quand le hunier est rendu, on fait
-descendre au-dessus de son racage le racage du galhauban volant, pour
-pouvoir le raidir et pousser l'arc-boutant avant que le hunier ne soit
-orienté.
-
-Lorsqu'on prend le troisième ris, on est obligé quelquefois de choquer
-les écoutes; sans cela, non-seulement les palanquins ne pourraient être
-convenablement pesés, mais ils fatigueraient trop la voile qu'ils
-déchireraient peut-être; avarie bien dangereuse, si sur une côte elle
-obligeait à changer un hunier. Les écoutes ne doivent être choquées qu'à
-retour sur leurs bittes, et amarrées lorsque les palanquins sont à
-poste.
-
-Il est évident que si en prenant le troisième ou quatrième ris, les
-basses voiles ne sont pas appareillées, on peut se dispenser de choquer
-les écoutes en brassant les basses vergues au vent d'une quantité
-suffisante pour donner du mou dans les ralingues.
-
-Lorsqu'on prend le troisième et le quatrième ris d'un temps forcé au
-plus près, on peut tenir les huniers en ralingue pour faciliter cette
-opération; mais il n'en est pas ainsi lorsqu'on court grand largue et
-vent arrière. Les huniers, sous ces allures, ne peuvent être déventés, à
-moins qu'on ne range le navire au vent, et comme, vu l'état de la mer,
-cette manoeuvre peut être dangereuse, il est quelquefois préférable de
-ne pas déranger le navire de sa route, et de carguer les huniers pour y
-prendre le dernier ris.
-
-
-_Carguer un Hunier de mauvais temps._
-
-On a discuté long-temps, et on discute encore pour savoir s'il est plus
-convenable de carguer, dans un mauvais temps, les huniers au vent ou
-sous le vent.
-
-Quant à nous, nous avouerons avec franchise que non-seulement nous
-n'avons jamais trouvé une bonne raison pour les carguer au vent, mais
-que même nous ne nous sommes jamais trouvé dans une circonstance où
-cette manoeuvre n'eût été une faute.
-
-Nous accordons que lorsqu'on se débarrasse d'un hunier par précaution,
-on peut le carguer au vent, en ne mollissant la bouline et l'écoute du
-vent qu'à retour, à la demande de la cargue-point et de la cargue-fond.
-Que ces cargues rendues et amarrées, on choque l'écoute sous le vent à
-retour, pour rendre les cargues sous le vent à joindre, et que le hunier
-peut être ainsi cargué sans avaries. Mais même dans ce cas, qui est le
-plus favorable puisque toutes les dispositions ont été prises à
-l'avance, peut-on nier que lorsqu'on carguera la portion sous le vent de
-la voile, il y aura une plus grande quantité de toile dans laquelle le
-vent s'engouffrera, et qui pourra se capeler et se déchirer sur le bout
-de la vergue, que si on avait commencé par la partie sous le vent, car
-alors celle du vent retenue par l'écoute et la bouline ne pourrait se
-porter en partie sous le vent, quoique retenue par ses cargues?
-
-Le plus souvent lorsqu'on se débarrasse d'un hunier, c'est parce que le
-vent augmente de fureur, et qu'on a été surpris par une pesante rafale,
-ou qu'un grain violent charge le navire qu'il faut soulager
-immédiatement. Peut-on alors carguer au vent? Non, et si dans les
-circonstances les plus défavorables on parvient à sauver la voile,
-n'est-on pas en droit de conclure qu'il faut toujours agir ainsi?
-
-On doit donc, pour carguer un hunier de mauvais temps, peser fortement
-sur le bras du vent et la cargue-point du même bord pour le faire
-amener, mais sans le déventer, car il pourrait masquer, et pour cela ne
-pas larguer la bouline; choquer l'écoute sous le vent en abraquant la
-cargue-point et la cargue-fond; lorsque ces cargues sont rendues, filer
-à retour l'écoute du vent et la bouline, en pesant les cargues et
-brassant seulement alors en ralingue.
-
-Il arrive quelquefois que naviguant au plus près, l'écoute du vent d'un
-hunier casse, alors, malgré son bras, la vergue s'efface, poussée par la
-voile qui se porte sous le vent, et on ne peut la brasser et par
-conséquent l'amener, quelque effort qu'on fasse sur le bras, parce
-qu'alors l'angle sous lequel il agit est trop aigu. Dans cette
-circonstance il faut choquer l'écoute sous le vent, ce qui fait
-ralinguer la voile et permet de la brasser et de l'amener.
-
-
-_Prendre les Ris aux basses Voiles._
-
-Les basses voiles n'ont pas de palanquins de ris, on les remplace par
-des cartahus qu'on frappe avant l'opération. Simples, ils font dormant à
-la patte de la ralingue, en dessous de celle de l'empointure, passent
-dans une poulie au bout de la vergue, dans une seconde aiguilletée au
-ton, et se manoeuvrent au pied du mât. Doubles, ils font dormant au bout
-de la vergue, passent dans une poulie crochée à la patte et continuent
-comme nous venons de le dire.
-
-Pour prendre le ris aux basses voiles, on les cargue, on pèse les
-cartahus; les hommes élongés sur la vergue saisissent les garcettes, et
-portent la toile au vent pour faire prendre l'empointure, puis ils la
-portent sous le vent, pour prendre celle sous le vent; ils larguent les
-garcettes, prennent la toile pli par pli pour l'élonger sur la vergue,
-souquent les garcettes sur l'arrière et les amarrent. On double les
-empointures.
-
-Comme il est difficile, à bord des grands navires, aux hommes qui
-prennent le ris, de saisir d'une main la garcette sur l'avant de la
-voile, et de la prendre avec l'autre main sous la vergue et sur son
-arrière, on a imaginé de prendre le ris sur filière, ce qui est plus
-facile et diminue considérablement le poids inutile des garcettes,
-réduites alors à 12 ou 15 pouces.
-
-Cette filière est placée comme celle d'envergure, mais sur son arrière.
-Les garcettes sont sur l'avant de la voile, et sont fixées sur son
-arrière par un menu filin qui passe dans leurs oeillets et fait dormant
-sur les deux ralingues; un quarantenier est disposé de la même manière
-sur l'avant. Lorsque les empointures sont prises, on saisit les
-garcettes, on porte la bande du ris à toucher la filière, en laissant
-tomber la toile du ris entre la vergue et la voile; on passe les
-garcettes sous la filière de dessous en dessus, et on les amarre deux à
-deux sur l'arrière.
-
-
-_Carguer une basse Voile de mauvais temps._
-
-Lorsque le temps est mauvais, les basses voiles se carguent sous le vent
-comme les huniers.
-
-On dispose les hommes sur les cargues sous le vent, et on ne file
-l'écoute sur son taquet qu'à la demande des cargues; quand elles sont à
-joindre, on passe au vent et on cargue en ne filant aussi l'amure qu'à
-retour, car si elle était larguée en bande, la toile portée et collée
-sur le grand étai par la violence du vent, n'en serait retirée qu'en
-lambeaux.
-
-Pour l'établir, on commence par l'amure, en ne filant les cargues qu'à
-sa demande. La voile, dans cet instant, doit être tenue en ralingue,
-sans cependant trop battre, ce qui pourrait la masquer ou la déchirer.
-Le point du vent rendu, on borde l'écoute d'après les mêmes principes.
-
-En amurant une basse voile, il faut larguer la balancine du vent de la
-basse vergue, la cargue-point et la bouline du hunier, afin qu'elles ne
-s'opposent pas à l'effet de l'amure; et aussitôt qu'elle est établie,
-appuyer fortement le bras du vent en larguant celui sous le vent.
-
-Car si les deux bras étaient amarrés, dans le coup de tangage, la mâture
-tombant sur l'avant, la vergue ne pourrait suivre ce mouvement, et
-l'effort que supporterait alors le milieu de la vergue pourrait la faire
-casser; tandis que si le bras sous le vent est largue, la vergue, par
-son mouvement de rotation, échappe à l'effort du mât.
-
-Les huniers s'établissent de mauvais temps, comme les basses voiles,
-c'est-à-dire qu'on commence par l'écoute du vent, en ne filant les
-cargues qu'autant qu'il est nécessaire pour faire agir l'écoute, on
-borde ensuite sous le vent de la même manière.
-
-
-
-
-CHAPITRE IV.
-
-_Des Viremens de bord._
-
-
-Un navire vire de bord ou change d'amure, en faisant passer son avant,
-ou son arrière, dans le lit du vent, de là les viremens de bord vent
-devant, et vent arrière, ou lof pour lof.
-
-Mais chacune de ces manières de virer se modifie quelquefois par les
-circonstances, soit qu'il faille accélérer l'évolution, soit qu'un
-espace limité oblige de la circonscrire.
-
-
-_Virer de bord vent devant en gagnant au vent._
-
-Si le navire n'est pas au plus près, il faut l'y ranger, et bien faire
-attention qu'au moment où on commence l'évolution il ne soit ni arrivé,
-ni lancé au vent.
-
-On met la barre dessous sans précipitation, et pour augmenter le
-mouvement d'aulofée qu'elle communique au navire, on borde la brigantine
-et on file l'écoute des focs.
-
-Aussitôt que le navire est assez rangé au vent pour faire ralinguer les
-basses voiles, on lève les lofs, et quand il est presque vent devant, on
-change vivement les voiles de l'arrière en les orientant de l'autre
-bord; on change le gui, et on dresse la barre.
-
-Lorsque les voiles de l'arrière commencent à porter, c'est-à-dire
-lorsque le navire a fait une abattée de quatre quarts, on change
-lestement les voiles de l'avant, on borde les focs et on oriente au plus
-près.
-
-Si, avant l'instant de changer le phare de l'arrière, le navire a perdu
-son aire, on dresse la barre, mais s'il cule on la change, puisqu'elle
-produit un effet contraire.
-
-
-_Observations._
-
-Le navire, au moment où on veut le faire virer vent devant, ne doit être
-ni au vent ni arrivé. Dans le premier cas, son aire diminué ralentira et
-pourra faire manquer la manoeuvre; dans le second, le mouvement
-d'aulofée devant être plus long, le navire y perdra le surcroît de
-vitesse qu'on lui a fait acquérir en arrivant, et l'évolution sera
-prolongée, sans pour cela être plus certaine.
-
-Il faut donc éviter avec le plus grand soin les mouvemens d'arrivée
-avant de virer, surtout si la brise est faible; car, dans cette
-position, la petite augmentation de vitesse qu'on procure est bien
-promptement annulée par celle de l'angle d'aulofée, et l'aire est perdu
-avant que les voiles soient assez masquées pour assurer l'évolution. Le
-navire incertain n'est plus maîtrisé par son gouvernail; ses voiles en
-ralingue ne lui impriment pas un mouvement d'aculée assez fort pour que
-la barre, quoique changée, puisse le faire obéir, et au lieu de venir au
-vent, il arrive et manque son évolution.
-
-Pour assurer, autant que possible, la manoeuvre lorsque la brise est
-faible, on doit tenir le navire au plus près et haler bas les focs en
-mettant la barre sous le vent, et bordant la brigantine. De cette
-manière, en détruisant l'effet des voiles qui s'opposent le plus à
-l'aulofée, on peut plus facilement parvenir à masquer, et par conséquent
-à virer.
-
-Si la brise est fraîche et la mer belle, une arrivée, avant de virer,
-n'aurait d'autre inconvénient que de prolonger l'évolution, parce
-qu'alors le navire, quoique ayant un plus grand angle à parcourir pour
-masquer, le franchira à l'aide de son gouvernail; mais comme on doit se
-piquer de manoeuvrer avec le plus de précision possible, il faut éviter
-ce mouvement qui n'est qu'une fausse manoeuvre.
-
-Si la mer est forte, il faut choisir pour envoyer un moment favorable,
-c'est-à-dire celui où l'aire du navire n'a pas été cassé par un coup de
-tangage, et où il possède toute sa vitesse.
-
-Si, lorsque la brise est faible, il est prudent, pour assurer
-l'évolution, de haler bas les focs, on peut, lorsqu'elle est fraîche, ne
-filer leurs écoutes que lorsque les basses voiles commencent à
-ralinguer, parce que, jusqu'à ce moment, ils concourent à augmenter la
-vitesse, et que le gouvernail suffit pour ranger au vent. Il est
-quelques navires qui, en filant les écoutes des focs, choquent aussi
-l'écoute de misaine. Cette méthode, qui accélère l'évolution, empêche
-nécessairement de gagner au vent puisqu'elle diminue l'aire, et c'est en
-général ce qu'on se propose en virant vent devant.
-
-Quand on lève le lof des basses voiles, on doit abraquer les écoutes et
-amures de revers, afin qu'elles ne s'engagent pas dans les
-porte-haubans, et que le changement des phares puisse se faire avec la
-plus grande promptitude. En même temps on largue les galhaubans du vent,
-et on les affale pour pouvoir les passer sur l'arrière des hunes quand
-on orientera. A mesure que les phares sont orientés on raidit leurs
-galhaubans, et on pousse les arcs-boutans.
-
-Si le vent est frais, le phare de l'arrière reste long-temps sur le mât
-avant d'être changé, fait culer le navire, et lui fait ainsi perdre du
-chemin au vent; on augmenterait peut-être la célérité de l'évolution, et
-on perdrait moins en carguant la grande voile en levant ses lofs. On
-l'établit dans ce cas après avoir changé d'arrière ou d'avant.
-
-Le moment de changer d'arrière, qui n'est pas toujours indiqué d'une
-manière convenable par la girouette, l'est positivement par la
-brigantine. Lorsqu'elle est entièrement déventée, c'est une preuve que
-le vent est entre les vergues de l'avant et le beaupré; que le phare de
-l'avant fait ranger le navire au vent, et que les voiles de l'arrière,
-inutiles à cette partie de l'évolution, peuvent être disposées à l'autre
-bord.
-
-Lorsque, par suite de la force de la brise, les phares de l'arrière ont
-été changés avec lenteur, il arrive souvent qu'on se croit obligé de
-changer devant lorsque l'abattée est suffisamment prononcée et qu'on se
-trouve à l'autre bord sans avoir une seule voile orientée, si ce n'est
-la brigantine. Dans cette position, le navire tombe sous le vent, ne
-peut sentir l'effet de son gouvernail, puisque ses voiles en ralingue ne
-lui communiquent aucune vitesse, il peut masquer, ou du moins il est
-très-lent à arriver, est obligé de gouverner largue pour faire porter
-ses voiles, et ne peut ranger au plus près que lorsqu'elles sont
-orientées, ce qui lui fait perdre beaucoup au vent.
-
-Dans ce cas il nous semble bien préférable d'orienter parfaitement les
-phares de l'arrière, ou au moins d'en brasser les vergues
-convenablement, d'amurer et border la grande voile avant de toucher aux
-voiles de l'avant, en mettant la barre dessous pour modérer l'abattée;
-puis changer les voiles de l'avant, qui seront bientôt démasquées, le
-navire étant plus arrivé qu'il ne le serait si on avait fait le
-mouvement comme ci-dessus; dresser la barre et border les focs. On sent
-que le navire prenant immédiatement de l'aire, rangera au plus près bien
-plus immédiatement, et perdra moins au vent.
-
-Le gouvernail étant un des principaux agens de cette évolution, sa
-manoeuvre doit être surveillée avec le plus grand soin.
-
-La barre ayant été mise sous le vent aussitôt qu'on a voulu lancer au
-vent, est dressée lorsque le navire a entièrement perdu son aire. S'il
-cule, on la change, parce qu'alors le gouvernail agit en sens contraire,
-ou comme si on l'imaginait placé de l'avant. Si la barre n'a pas été
-dressée avant le moment où l'on change les phares de l'arrière, on la
-dresse alors, parce que celui de l'avant suffit pour achever
-l'évolution. Mais si l'abattée est trop forte, on la met dessous pour la
-modérer pendant qu'on change les voiles de l'avant.
-
-Si après avoir pris l'autre bord, on ne peut pas orienter tout à la
-fois, on commencera par l'arrière ou l'avant, suivant que le navire
-aura besoin de lofer ou d'arriver pour être au plus près.
-
-Si, ayant changé les voiles de l'avant, le navire venait au vent malgré
-que les focs fussent bordés, ce qui peut arriver parce qu'on a changé
-trop tôt, ou parce que la mer houleuse d'un vent qui a régné, une lame a
-pris le navire par la joue sous le vent, il faut remasquer devant,
-carguer la brigantine pour faire prononcer l'abattée.
-
-Dans le virement de bord vent devant, nous n'avons pas parlé des voiles
-d'étai, parce que dans notre opinion ces voiles ne peuvent être que
-nuisibles sous cette allure, à bord des bâtimens à voiles carrées.
-
-
-_Virer de bord, vent devant, le plus promptement possible._
-
-Dans le virement de bord que nous venons de décrire, nous avons supposé
-que rien ne gênait l'évolution, et que son but était de changer d'amure
-en gagnant au vent le plus qu'il est possible.
-
-Mais il peut se faire que le navire, arrêté par un obstacle imprévu,
-soit obligé de virer immédiatement sans s'en approcher et sans tomber
-sous le vent.
-
-Il faut alors amortir brusquement l'aire du navire, en mettant en même
-temps et très-vivement la barre dessous, bordant le gui, filant les
-écoutes des focs et de la misaine. Si la vitesse était considérable
-avant la manoeuvre, il est probable que le navire prendra vent devant,
-et alors on terminera l'évolution comme nous l'avons dit plus haut.
-
-Mais s'il ne pouvait prendre, on masquerait partout en larguant les
-boulines, carguant la brigantine et la grande voile, afin de culer, puis
-on change d'amures, comme nous le dirons en parlant des viremens de bord
-vent arrière.
-
-
-_Virer de bord vent arrière._
-
-On cargue la brigantine et la grande voile, on largue les boulines
-d'arrière, et on en brasse les voiles en ralingue. Aussitôt qu'elles y
-sont, on met la barre au vent. L'effet des voiles de l'arrière étant
-détruit, l'arrivée est prompte, et pour qu'elle ne se ralentisse pas, on
-continue à brasser en ralingue à mesure que le bâtiment arrive.
-
-Lorsque le vent est de la hanche, on lève les lofs de la misaine, et on
-brasse son phare de manière qu'il soit carré lorsque le vent est de
-l'arrière.
-
-Les vergues du grand mât et du mât d'artimon ont été aussi brassées de
-la même manière. Mais comme il faut faire venir le navire sur l'autre
-bord avec promptitude, ce à quoi il est déjà porté par sa barre, qui
-ayant été mise au vent se trouve sous le vent et du bord opposé à celui
-où on veut prendre les amures, on file les écoutes des focs, on continue
-à brasser derrière. Dès que le vent est de la hanche, on borde la
-brigantine à mesure que le navire range au vent, on amure la grande
-voile. Lorsque le vent est du travers, on doit être orienté derrière,
-alors on oriente devant en bordant les focs et dressant la barre pour
-modérer l'aulofée qui doit être vive si la brise est fraîche.
-
-
-_Observations._
-
-Le virement de bord vent arrière ne s'exécute à bord d'un navire
-naviguant isolément, que lorsque l'état du vent et de la mer ne lui
-permet pas de virer vent devant; c'est donc le plus souvent avec un
-vent violent et une grosse mer que cette manoeuvre a lieu. Il faut y
-apporter le plus grand soin pour ne pas faire d'avaries.
-
-Si la grande voile est remplacée par le foc d'artimon, on le hale bas en
-carguant l'artimon, et on passe immédiatement son écoute de l'autre bord
-pour l'empêcher de battre lorsqu'on le hissera.
-
-A mesure qu'on brasse, on doit abraquer les drosses et les palans de
-roulis, de manière qu'ils soient raides lorsque le navire est vent
-arrière, car c'est alors le moment des plus violens roulis. Par la même
-raison, on ne largue pas les galhaubans du vent; ceux sous le vent sont
-raidis aussitôt que le mouvement des vergues le permet, en sorte qu'ils
-le sont des deux bords lorsque le vent souffle de l'arrière.
-
-Il faut haler bas le petit foc et non filer son écoute, car il serait
-probablement emporté si on le laissait battre pendant que le navire
-vient au vent; il faut même le border avant de le hisser, pour l'établir
-à l'autre bord.
-
-Lorsque le vent est violent, le navire a acquis une grande vitesse au
-moment où il est vent arrière, et il serait imprudent de ranger
-immédiatement au vent. On doit dresser la barre et choisir le moment
-favorable en donnant le temps nécessaire pour établir les voiles
-convenablement.
-
-
-_Virer de bord vent arrière en masquant._
-
-Cette manoeuvre doit être exécutée avec la plus grande promptitude,
-puisqu'elle ne se fait que dans des circonstances imprévues, lorsqu'il
-faut instantanément s'éloigner d'un objet.
-
-Il faut, en même temps, s'il est possible, mettre la barre dessous,
-carguer la brigantine et la grande voile, filer les écoutes des focs et
-de la misaine, larguer toutes les boulines et contre-brasser devant en
-levant les lofs de misaine et orientant son phare à l'autre bord.
-
-Le navire dont l'aire a été promptement amorti, puisque l'effet de
-toutes ses voiles a été détruit et que l'aire acquis a été brisé en
-venant au vent, cule avec rapidité en abattant; son phare de l'avant
-étant contre-brassé, et ceux de l'arrière en ralingue, on continue à les
-tenir ainsi pendant l'arrivée; et s'il est nécessaire de rendre l'aculée
-plus vive, on les masque, mais en ne les brassant que carrément pour
-qu'ils ne s'opposent pas à l'abattée. Lorsqu'elle sera de 90°,
-c'est-à-dire lorsque le vent sera du travers, les voiles de l'arrière se
-trouveront en ralingue, et malgré cela, si la brise est fraîche, le
-gouvernail suffira pour faire dépasser ce point au navire qui prendra le
-vent dans ses voiles de l'arrière, et acquerra de la vitesse, alors on
-bordera les focs en changeant la barre. Le vent étant de l'arrière, on
-filera les écoutes des focs et de la misaine, on suivra le vent en
-brassant convenablement les voiles de l'arrière, puis on bordera la
-brigantine, on amurera la grande voile, et les vents étant du travers,
-on bordera les focs et la misaine en dressant la barre et rangeant au
-plus près.
-
-Si l'abattée étant de 90°, le mouvement d'aculée n'est pas assez fort
-pour que le gouvernail fasse franchir le point où les voiles de
-l'arrière sont en ralingue, il faut border les focs et éventer derrière
-pour donner de l'aire au navire en dressant la barre, puis en la mettant
-au vent dès qu'il en a acquis pour terminer l'évolution.
-
-
-
-
-CHAPITRE V.
-
-_De la Panne._
-
-
-Un navire est en panne, lorsque ses voiles sont disposées de telle sorte
-que se contrariant mutuellement dans leurs effets, leur résultat est
-nul. Alors le navire est presque immobile, et n'obéit plus qu'au
-mouvement de la lame et du courant.
-
-On réduit ordinairement la voilure aux huniers, à la brigantine et au
-grand foc, lorsqu'on veut mettre en panne, quoique dans quelques
-circonstances on puisse, comme nous le dirons, garder toutes les voiles
-du plus près.
-
-
-_Mettre en panne, vent dessus, vent dedans._
-
-On réduit la voilure aux huniers, grand foc et brigantine, on serre le
-vent au plus près, puis on masque le grand hunier en mettant la barre
-dessous en douceur, et filant l'écoute du foc, quand l'aulofée commence
-à se ralentir.
-
-On peut aussi, au lieu de masquer le grand hunier, masquer le petit
-hunier et le perroquet de fougue, ou seulement le petit hunier.
-
-
-_Observations._
-
-L'habitude du bâtiment doit indiquer quelle est la panne sous laquelle
-il se comporte le mieux, c'est-à-dire celle où il fait les moins grandes
-abattées, et où il dérive par conséquent le moins. Car, quoique la
-théorie soit la même pour tous les navires, il n'en est nullement ainsi
-pour la pratique, quoiqu'on en puisse dire.
-
-Tel navire fait de grandes embardées, ayant son grand hunier masqué, et
-ne revient au vent que lorsqu'il ralingue, tandis qu'un autre,
-parfaitement semblable, ne fait dans cette position que des embardées de
-deux quarts.
-
-Le petit hunier masqué oblige tel navire à faire des arrivées, à prendre
-le vent par la hanche, tandis que tel autre, non-seulement ne fait que
-de faibles abattées, mais même peut ne pas mettre toute sa barre
-dessous, ainsi que nous l'avons vu nous-même.
-
-Quoique la connaissance parfaite du navire indique suffisamment la
-panne qui lui est la plus favorable, il est des données générales que
-nous devons faire connaître.
-
-Si on met en panne au vent d'un objet qu'on ne veut pas approcher, il
-faut disposer sa voilure de manière à pouvoir prendre de l'aire et lofer
-le plus promptement possible. Pour cela, il faut masquer le petit
-hunier, et laisser éventer le grand hunier et le perroquet de fougue.
-
-Il est évident que si dans cette position il est nécessaire de prendre
-de l'aire pour lofer et doubler l'objet sous le vent, les voiles de
-l'arrière étant orientées, il n'y aura qu'à dresser la barre en brassant
-devant, et aussitôt que le petit hunier sera démasqué on pourra lofer
-avec la barre et border le foc. Tandis que si le grand hunier avait été
-masqué, le navire aurait été plus lent à ranger au vent, n'ayant pas son
-phare du grand mât orienté aussi promptement, et aurait décrit sous le
-vent un arc plus grand, qui l'aurait rapproché de l'objet qu'on doit
-éviter.
-
-Si, au contraire, on met en panne sous le vent d'un navire, et qu'on
-veuille être prêt à arriver s'il venait à vous approcher, on doit
-masquer le grand hunier et le perroquet de fougue, en ne les brassant
-que carrément.
-
-Dans cette position, l'arrivée sera bien prompte, puisqu'il suffira de
-carguer la brigantine et de border le foc en dressant la barre. Le grand
-hunier et le perroquet de fougue n'étant brassés que carrément, seront
-mis en ralingue par le seul mouvement imprimé au navire en carguant la
-brigantine et bordant le foc; d'ailleurs on les brassera, mais on est
-sûr que l'arrivée sera déjà prononcée.
-
-Lorsqu'on mettra en panne, il est inutile d'arrêter tout à fait le
-navire. On peut se contenter de brasser carrément un des deux huniers;
-comme alors il conserve un peu d'aire, un tour de barre dessous suffit
-pour le maintenir au vent, et on peut manoeuvrer dans toutes les
-circonstances avec plus de célérité.
-
-
-_Mettre en panne sous toutes les voiles du plus près._
-
-Si on n'a pas long-temps à rester en panne, si la brise est maniable et
-la mer belle, on peut se dispenser de réduire la voilure aux huniers.
-
-On cargue la brigantine, on file en bande l'écoute de grande voile, on
-largue la bouline du perroquet de fougue, et on met la barre dessous en
-douceur; on amarre les bras sous le vent.
-
-Une partie de l'effet des voiles de l'arrière étant détruite, la vitesse
-diminue, et d'autant mieux que la barre étant mise sous le vent peu à
-peu, le navire perd son aire en rangeant au vent, et ne peut masquer
-puisqu'il a ses focs et le phare de l'avant orientés, qui par conséquent
-s'opposent à ce mouvement. Toutes les voiles se trouveront en ralingue,
-et l'aire étant perdu, le navire arrivera, jusqu'au moment où le vent
-reprenant dans les voiles, lui donnera de la vitesse, qui, par la
-disposition du gouvernail, le fera de nouveau ranger au vent.
-
-On se sert du perroquet de fougue pour accélérer ou modérer les
-abattées, en abraquant sa bouline, ou en le masquant.
-
-On amarre les bras sous le vent en commençant l'évolution, afin que les
-voiles étant en ralingue, leurs vergues ne se portent pas au vent, ce
-qui arriverait si elles n'étaient tenues que par leurs boulines, et
-pourrait faire masquer.
-
-Si malgré toutes ces précautions le navire masquait, il faudrait
-aussitôt contre-brasser le phare de l'avant pour le faire arriver; mais
-on n'aura jamais cette crainte à avoir si la barre n'est mise dessous
-qu'en douceur, car alors l'aire sera cassé avant qu'on puisse masquer.
-
-Cette manoeuvre, ainsi que nous le verrons plus bas, est souvent
-employée pour sonder de beau temps par un petit fond.
-
-
-_Faire servir, lorsqu'on est en panne, le vent sur le petit hunier._
-
-Le petit hunier étant masqué pour mettre en route, on cargue la
-brigantine, on borde le petit foc et on dresse la barre. Si l'abattée se
-prononce, ainsi que cela arrive souvent, on attend que les vents soient
-à peu près de travers, et alors on change le petit hunier qu'on oriente;
-lorsqu'il l'est et que la vitesse augmente on borde la brigantine.
-
-Si l'abattée ne se prononce pas, après avoir cargué la brigantine, bordé
-le foc et dressé la barre, on ralingue le perroquet de fougue et même le
-grand hunier si cela est nécessaire; puis on les oriente en démasquant
-le petit hunier, comme nous venons de le dire.
-
-Si on devait courir largue, on ralinguerait le grand hunier et le
-perroquet de fougue en dressant la barre, parce que non-seulement ils
-accéléreraient l'arrivée, mais encore parce qu'ils se trouveraient plus
-promptement disposés pour la route qu'on doit suivre.
-
-
-_Faire servir, lorsqu'on est en panne, le vent sur le grand hunier._
-
-Pour mettre en route, le grand hunier étant masqué, on cargue la
-brigantine, on borde le foc, on dresse la barre et on ralingue le grand
-hunier. Lorsque le navire prend de l'aire, on l'oriente en bordant la
-brigantine, si on doit serrer le vent.
-
-Dans le cas contraire, on continue à tenir le grand hunier en ralingue,
-jusqu'à ce que le navire soit arrivé au rhumb où l'on veut gouverner,
-puis on l'établit suivant cette allure.
-
-Si on choisit le moment d'une abattée pour border le foc et dresser la
-barre, il est inutile de carguer la brigantine, si on doit continuer à
-tenir le plus près, parce que dans ce moment le navire a de l'aire,
-qu'on augmente promptement en démasquant et orientant le grand hunier.
-
-
-_Faire servir, lorsqu'on est en panne, sous toutes les voiles du plus
-près._
-
-Il faut profiter d'un mouvement d'abattée pour dresser la barre. Dans
-cette position, le navire doit prendre de l'aire, et aussitôt qu'il en
-a, on met un peu de barre au vent pour l'augmenter, sans lui faire faire
-une grande arrivée; puis on rétablit successivement la voilure en
-bordant la grande voile, la brigantine en halant la bouline du perroquet
-de fougue.
-
-Si le mouvement d'arrivée ne se prononce pas, on ralingue le perroquet
-de fougue, et s'il ne suffit pas, on masque devant.
-
-
-_Observations._
-
-Nous avons entendu parler d'une manière de mettre en panne le vent sur
-toutes les voiles, qui consiste à haler bas les focs, contre-brassant
-partout à la fois en orientant à l'autre bord, bordant la brigantine et
-mettant la barre au vent.
-
-Non-seulement nous n'avons jamais vu employer cette manoeuvre, mais en y
-réfléchissant, il nous a été impossible de nous rendre raison de son
-utilité, de trouver des cas dans lesquels on peut l'employer avec
-succès, et d'imaginer comment une évolution, qui nécessitait un
-changement total de disposition dans toute la voilure, et qui en
-nécessitait un second aussi ou presque aussi total pour revenir en
-route, a pu être employée.
-
-
-
-
-CHAPITRE VI.
-
-_Sonder._
-
-
-Pour sonder, il faut arrêter le navire afin qu'il puisse connaître la
-profondeur du fond; il ne s'agit que de mettre en panne, suivant l'état
-du vent et de la mer.
-
-
-_Sonder de beau temps._
-
-Si on court au plus près, on cargue la brigantine, on file l'écoute de
-la grande voile en bande, on largue la bouline de perroquet de fougue,
-et on met sa barre dessous en douceur. Le plomb ayant été porté au vent
-de l'avant et la ligne élongée, on le mouille aussitôt que le navire a
-perdu son aire, puis on le retire après avoir eu le fond, et on met en
-route.
-
-Cette manoeuvre n'étant que la panne sous toutes les voiles du plus
-près, nous n'en parlerons pas plus longuement.
-
-Si on court largue, on rentre les bonnettes, on abraque les écoutes des
-focs et de la misaine, on cargue la brigantine et on met la barre
-dessous, en amarrant les bras sous le vent.
-
-Le navire rangera avec assez de rapidité au vent, mais ses voiles étant
-orientées pour le largue ne tarderont pas à ralinguer; et comme la
-brigantine est carguée et les focs établis, il n'est pas possible qu'il
-prenne vent devant. Si cependant on pouvait concevoir quelque crainte,
-il faudrait mettre la barre dessous, peu à peu, de manière à rompre
-l'aire.
-
-Si on est grand largue ou vent arrière, on rentre les bonnettes, on
-borde plat les focs, on met la barre dessous ou du bord opposé à celui
-où on veut venir. Si le fond était considérable, il serait mieux
-d'ouvrir le phare de l'avant, afin que l'aculée ne fût pas aussi forte.
-
-
-_Sonder de mauvais temps._
-
-Si on est au plus près, on se débarrasse de la misaine et de la grande
-voile, si elle est établie; mais si elle est remplacée par le foc
-d'artimon, on n'y touche pas. Puis on met en panne, comme nous l'avons
-dit plus haut, en halant bas le foc, car si on filait son écoute, il se
-déchirerait, et on mouille le plomb aussitôt que le navire a perdu son
-aire. Lorsqu'il a été retiré, on met en route comme nous l'avons dit en
-parlant de la panne.
-
-Mais si on court largue ou vent arrière, les huniers ayant moins de ris
-que si on était au plus près, il faudrait les prendre avant de mettre en
-panne, pour ne pas compromettre la mâture.
-
-Si le vent est trop violent pour porter les huniers, on les serre et on
-vient au vent sous le petit foc, le foc d'artimon et l'artimon.
-
-
-_Observations._
-
-On a imaginé plusieurs instrumens pour avoir le fond lorsque le navire
-conserve son sillage.
-
-Le meilleur, sans contredit, est la bouée à stopeur, connue de tous les
-marins, mais que beaucoup ont abandonnée, parce que la ligne, fortement
-souquée entre le montant de la bouée et le stopeur en fer, était
-fréquemment coupée.
-
-Lorsqu'on navigue par de petits fonds qu'il est important de connaître
-pour diriger la route du navire, on place un sondeur dans chacun des
-porte-haubans du grand mât, qui lancent à la main le plomb sur l'avant,
-et annoncent successivement le fond. Mais on conçoit qu'ils ne peuvent
-le faire avec exactitude que si le plomb a pu toucher le fond dans le
-temps qui s'écoule entre le moment où le plomb tombe à l'eau et celui où
-le grand porte-hauban arrive par le travers, ou à peu près de ce point.
-La vitesse du sillage doit donc être réglée en conséquence.
-
-
-
-
-CHAPITRE VII.
-
-DE LA CAPE.
-
-
-_Des différentes espèces de Cape._
-
-Un navire est à la cape, lorsque la violence du vent et sa direction
-l'empêchant de faire route, il présente une petite quantité de voiles,
-en gardant sa barre dessous, pour perdre le moins possible.
-
-Nous disons la direction du vent, parce que, quel que soit sa violence,
-si le navire fait route, fût-il à sec de voiles, il n'est pas à la cape,
-il fuit devant le temps.
-
-La voilure à conserver pendant la cape dépend autant des qualités du
-navire que des circonstances dans lesquelles on se trouve, et le
-manoeuvrier doit observer son navire avec soin, pour connaître quelle
-est celle qui lui convient le mieux.
-
-Les capes les plus usitées sont:
-
-Le grand hunier au bas ris, la misaine, le petit foc et l'artimon;
-
-Le grand hunier au bas ris, le petit foc et l'artimon;
-
-La misaine, le petit foc, le foc d'artimon et l'artimon;
-
-Le petit foc, la pouillouse, le foc d'artimon et l'artimon;
-
-Le petit foc, le foc d'artimon et l'artimon;
-
-Enfin, la cape à sec.
-
-La première, celle du grand hunier et de la misaine, est une cape de
-beau temps. Le navire a de la vitesse, il sent par conséquent sa barre,
-on ne la met pas entièrement dessous, il suffit, dans les arrivées un
-peu grandes, de l'y mettre en partie. On peut ainsi défier la lame,
-puisque le navire gouverne, et les coups de mer sont moins dangereux.
-
-Avant d'aller plus loin, nous ferons observer que, quoique nous ayons
-dit en commençant ce chapitre, que la cape était l'état du navire
-présentant une petite quantité de voiles à la violence du vent en
-gardant sa barre dessous, notre opinion n'est pas qu'on doive toujours
-en agir ainsi, bien au contraire; le navire doit être tenu autant que
-possible gouvernant, et nous ne voyons que la cape à sec où la barre
-puisse être amarrée sous le vent.
-
-Dans toutes les autres circonstances, il faut gouverner, afin de pouvoir
-dresser la barre à l'encontre d'une lame qui vient briser avec
-violence. Si on gouverne, le navire est moins bridé, ses mouvemens sont
-moins violens, le gouvernail ne fatigue pas autant et risque moins de
-s'avarier, soit dans ses ferrures, dans sa barre ou dans sa drosse.
-
-La cape sous le grand hunier et la misaine, est celle qu'on prend
-lorsque le vent a augmenté graduellement. On doit la garder autant que
-possible, puisqu'elle tient le navire gouvernant, et qu'elle permet par
-conséquent de le faire obéir aux mouvemens qu'on peut avoir besoin de
-lui imprimer. Mais si le temps est à violentes rafales, et surtout s'il
-y a de fréquentes sautes de vent, il faut y renoncer, parce qu'en
-masquant on compromettrait la mâture.
-
-Si, étant sous cette voilure, le vent augmente encore, on serre le grand
-hunier, si le navire est ardent, c'est-à-dire si ses mouvemens d'arrivée
-sont lents et difficiles; et on serre la misaine s'il est mou,
-c'est-à-dire s'il présente difficilement au vent. En serrant le grand
-hunier, on le remplace par le foc d'artimon de cape.
-
-Sous la misaine, le navire sera mieux disposé pour arriver, ce qui peut
-être d'une grande utilité; mais ses abattées sont plus grandes, il
-acquiert plus de vitesse dans ce moment, et revenant au vent par l'effet
-du gouvernail, choque la lame avec plus de force et peut recevoir des
-coups de mer dangereux, quelque soin qu'on mette à les défier en
-mollissant la barre. D'ailleurs cette voile, placée sur l'avant du
-navire, le fait plonger et augmente le tangage.
-
-Avec le grand hunier, les abattées sont moins grandes, le navire a donc
-moins de vitesse, il choque la lame avec moins de force, et rend les
-coups de mer moins dangereux. Il ne charge pas l'avant, diminue les
-tangages et modère les roulis en appuyant mieux le navire que la
-misaine. Mais l'arrivée est plus difficile, et sa vergue, bien moins
-appuyée que la misaine, peut occasionner des avaries plus fréquentes.
-
-Entre les tropiques, dans la saison des ouragans, des tornados et des
-typhons, où les sautes de vent sont violentes et instantanées, il faut
-prendre la cape sous les voiles latines, parce que les sautes de vent
-sont alors sans danger, ne compromettant ni la mâture ni le navire, et
-qu'il n'en peut résulter que la perte de voiles de peu d'importance.
-
-Sous cette voilure, le navire est mal appuyé, surtout si la mer est
-grosse, parce que ces voiles sont souvent déventées dans les mouvemens
-de roulis. Il reste alors sans vitesse, ne sent plus son gouvernail, et
-peut recevoir des coups de mer dangereux. Les arrivées sont promptes,
-puisque la plus grande partie du système de voilure est de l'avant du
-centre de gravité, et qu'il est toujours facile de se débarrasser du foc
-d'artimon de cape et de l'artimon.
-
-Au sujet de cette dernière voile, nous ferons observer que, dans de
-pareilles circonstances, il faut éviter de se servir de l'artimon
-envergué sur la corne, très-difficile à carguer, et dont la toile se
-collant sous le vent sur les haubans d'artimon, peut rendre l'arrivée
-impossible, que la corne fatigue le mât et qu'elle amène difficilement.
-On doit le remplacer par un artimon triangulaire ou à petite corne de
-deux ou trois pieds, qui n'est retenu que par une seule drisse simple,
-dont la voile n'est pas lacée au mât, et qui par conséquent s'amène et
-se hisse avec la plus grande facilité.
-
-Cette cape, sous les voiles latines, se compose du petit foc ou du
-tourmentin, de la pouillouse, du foc d'artimon de cape et de l'artimon.
-Mais la pouillouse, si elle offre une partie des avantages de la misaine
-en rendant les arrivées plus promptes, a aussi une partie de ses
-inconvéniens. Elle occasionne de fortes abattées, charge l'avant qu'elle
-fait plonger, et fait embarquer beaucoup d'eau. Aussi est-elle souvent
-supprimée, et on reste alors sous le petit foc, le foc d'artimon et
-l'artimon.
-
-Les navires se comportent en général bien sous cette voilure, et nous en
-avons vu un qui, dans cette position, perdit son foc, continua à capeyer
-sous son foc d'artimon de cape, et se comporta encore mieux qu'il ne le
-faisait son petit foc dehors. C'était cependant un bâtiment à fonds
-très-fins, et qui était ordinairement ardent.
-
-La cape à sec ne se prend que rarement, et le plus souvent que lorsqu'on
-a perdu les voiles latines qu'on avait appareillées. Il faut toujours
-avoir un foc prêt à être hissé si on a besoin d'arriver.
-
-
-_Observations._
-
-Avant de mettre à la cape, il est une foule de précautions à prendre,
-qui importent à la sûreté du navire; nous indiquerons les principales.
-
-Si les bâtimens portent de l'artillerie, on doit s'assurer que toutes
-les pièces sont bien amarrées, que les sabords des batteries sont
-hermétiquement fermés.
-
-Il faut visiter les amarrages des coffres, cuisines, etc.; assurer les
-drômes en les liant entr'elles par de forts palans; doubler les saisines
-de la chaloupe et la consolider par des palans qu'on frappe sur son
-avant et son arrière, en les crochant sur les serre-gouttière; renforcer
-les bosses de bout et serre-bosses des ancres, tant de celles des
-bossoirs que de celles qui sont dans les porte-haubans; soulager les
-canots de porte-manteaux.
-
-Saisir le gui sur son support; si la corne est amenée, la brider sur le
-gui en bien paquetant la voile, pour qu'elle ne puisse se déferler.
-
-Débarrasser les haubans de tout ce qu'on y place dans les temps
-ordinaires, tels que vergues de perroquets, de catacois, bonnettes; les
-élonger sur les drômes et les y saisir; soulager les hunes des poids
-inutiles, comme bonnettes de perroquets, gréement des bonnettes, etc.
-
-Les faux bras, les fausses amures et écoutes de misaine, l'étai de
-tangage, ont dû être mis en place dans les premiers momens du mauvais
-temps.
-
-On condamne les panneaux, qu'on recouvre d'un prélart cloué sur
-l'hiloire, et on n'en laisse qu'un de libre, ouvert sous le vent, pour
-communiquer dans l'intérieur du navire.
-
-On dégage la barre de rechange, et on met en place les palans qui
-doivent remplacer la drosse si elle cassait. Mais cette précaution doit
-toujours être prise en appareillant.
-
-Lorsque le coup de vent mollit, il faut faire de la voile pour appuyer
-le navire, car la mer ne tombe pas en même temps, surtout lorsque la
-tempête est arrivée subitement, parce qu'alors elle comprime la mer par
-sa violence, et la lame n'acquiert tout son développement que lorsque le
-vent diminue de force.
-
-C'est en général dans ces circonstances qu'on fait les plus grandes
-avaries dans la mâture, si on n'a pas le soin de faire toute la voile
-convenable.
-
-
-_Arriver, ou virer, lorsqu'on est à la Cape._
-
-Si on est sous la misaine, on profite d'une abattée pour dresser
-promptement la barre, on hâle-bas le foc d'artimon et l'artimon, et on
-met la barre vivement au vent.
-
-Le navire doit nécessairement arriver, car en profitant d'une abattée,
-il avait déjà une vitesse acquise; en dressant la barre dans ce moment,
-on l'a augmentée; en détruisant l'effet des voiles derrière et mettant
-la barre au vent, on a concouru aussi à l'augmenter, et par suite
-l'arrivée a dû se prononcer.
-
-Si on veut virer, lorsque le vent est de l'arrière du travers, on choque
-à retour l'écoute de misaine, et on largue sa bouline; on brasse au vent
-de manière qu'étant vent arrière elle soit carrément; mais en levant ses
-lofs, il faut avoir bien soin de ne filer l'amure qu'à retour, de
-manière que la voile soit tenue sur l'arrière par ses écoutes, sans cela
-elle se collerait sur les étais, et il serait impossible de s'en rendre
-maître. On la perdrait probablement.
-
-Lorsqu'on est vent arrière, on hâle-bas le petit foc et on le borde sur
-l'autre bord. Si on filait son écoute, il serait emporté en venant au
-vent. On dispose aussi le foc d'artimon qu'on borde.
-
-Si on craint de ranger trop vite au vent, ce qui pourrait arriver
-puisque le navire a une grande vitesse, on dresse la barre et on
-gouverne largue pour établir la misaine et choisir le moment favorable
-pour ranger au vent. Dès qu'on l'a trouvé, on hisse le foc d'artimon et
-l'artimon, et on met la barre dessous.
-
-Si on est sous le grand hunier, il faut profiter d'un mouvement
-d'abattée, dresser la barre, carguer l'artimon, larguer la bouline du
-grand hunier, appuyer les bras du vent, et mettre la barre au vent.
-
-L'abattée déjà commencée se continuera, puisqu'on dresse la barre et
-qu'en même temps on détruit l'effet de l'artimon et celui du grand
-hunier, en larguant sa bouline et le brassant au vent. On continue de le
-brasser à mesure que le navire arrive. Lorsqu'il est vent arrière, on
-hâle-bas le petit foc, on borde son écoute à l'autre bord, et on ouvre
-le grand hunier. On modère l'aulofée en dressant la barre, si on ne juge
-pas le moment favorable pour venir au vent; dans le cas contraire,
-lorsqu'il est de la hanche, on établit l'artimon en orientant le grand
-hunier, puis on hisse le petit foc.
-
-Il faut avoir le plus grand soin, en manoeuvrant le grand hunier, de ne
-filer les bras qu'à retour, d'abraquer à mesure les balancines, les
-drosses et les palans de roulis, et d'avoir les galhaubans volans raides
-des deux bords, lorsqu'on est vent arrière.
-
-Sous les voiles latines, la voilure étant mieux distribuée, l'arrivée
-sera prompte en dressant la barre, se débarrassant du foc d'artimon, de
-l'artimon, puis mettant la barre au vent. Lorsqu'on est à peu près vent
-arrière, on hâle-bas la pouillouse et le petit foc, qu'on dispose pour
-être hissés sur l'autre bord. Le bâtiment est alors sans voiles, mais la
-violence du vent lui communique assez de vitesse pour se présenter à
-l'autre bord au moyen de sa barre, alors on établit l'artimon et le foc
-d'artimon, et quand l'aulofée devient rapide, le petit foc et la
-pouillouse.
-
-A sec de voiles, si le navire n'arrive pas avec sa barre, on hisse un
-petit foc et on manoeuvre les vergues comme si elles avaient leurs
-voiles. Si l'arrivée ne se prononce pas, il faut faire déferler, s'il
-est possible, une voile ou un prélart dans les haubans de misaine, y
-faire monter les hommes qui se trouvent sur le pont, afin d'offrir une
-surface sur laquelle le vent puisse agir. S'il n'arrive pas, il faut
-quelquefois sacrifier le mât d'artimon ou le grand mât de hune, pour
-soulager l'arrière, diminuer la quantité de vent qui le frappe et qui
-s'oppose par conséquent à l'arrivée.
-
-Mais cette question si terrible et qui peut entraîner la perte du
-navire, n'a lieu que lorsqu'il est chargé subitement par une
-augmentation instantanée dans la violence du vent, qui le couche, le
-prive de vitesse et annule l'effet du gouvernail. Elle peut arriver
-lorsqu'il capeye sous une des voilures dont nous avons parlé, et peut
-avoir des résultats moins funestes, puisqu'en sacrifiant les voiles qui
-sont appareillées on peut faire redresser le navire et le faire arriver.
-
-Si le grand hunier est dehors, on file ses écoutes en bande, et comme il
-ne tardera pas à être emporté, le navire peut se relever, sentir alors
-l'effet du gouvernail, et arriver d'autant mieux que l'artimon a dû être
-hâlé-bas, ou éventré si on ne peut le hâler-bas.
-
-Si on est sous la misaine, on choque son écoute en se débarrassant du
-foc d'artimon et de l'artimon. En choquant l'écoute de misaine, on
-décharge le navire qui se redresse et sent alors l'effet du gouvernail.
-Mais si tous ces moyens étaient insuffisans, il faudrait couper le mât
-d'artimon.
-
-Il faut toujours avoir des haches sur le pont lorsqu'on est à la cape.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII.
-
-_Mouillages._
-
-
-La manière dont on vient au mouillage dépend non-seulement du temps et
-des localités, mais encore de l'emploi des câbles ou des câbles-chaînes.
-Pour s'amarrer avec les câbles, il faut mouiller en culant pour ne pas
-surjoualer l'ancre; avec les câbles-chaînes il faut au contraire
-mouiller avec de l'aire, sans cela la chaîne filant avec rapidité
-pourrait tomber sur l'ancre et la casser, ce que nous avons vu arriver
-plusieurs fois. Si on mouillait en culant, il faudrait culer avec une
-grande rapidité.
-
-
-_Mouiller de beau temps._
-
-Si l'on est au plus près, après avoir choisi le point où l'on veut
-mouiller, on met le navire sous une voilure maniable, ordinairement les
-huniers, les perroquets, le grand foc et la brigantine. On fait route un
-peu sous le vent de ce point, lorsqu'on en est à une ou deux encâblures,
-suivant les qualités qu'on connaît à son navire, on hâle-bas le foc, on
-cargue les huniers et les perroquets, on court ainsi un instant, puis on
-met la barre dessous pour venir amortir l'aire au point où on veut
-laisser tomber l'ancre, et on mouille aussitôt que le navire cule. La
-bitture file, le navire fait tête, et on cargue la brigantine.
-
-Si on se sert de câbles-chaînes, on passe avec de l'aire sur le point où
-l'ancre doit tomber, on la mouille et on ne revient au vent que lorsque
-la chaîne en filant sur la bitte casse l'aire et force le navire à faire
-tête. Le mouvement est assez vif pour qu'il soit inutile de l'augmenter
-en conservant la brigantine. On peut la carguer en même temps que les
-autres voiles.
-
-Si on vient largue, après s'être mis sous une voilure maniable, on se
-dirige sous le vent du point où on veut mouiller, mais de manière à
-laisser assez d'espace au navire pour ranger au vent sur son aire.
-Parvenu à une distance convenable, on hâle-bas les focs, on cargue les
-voiles moins la brigantine, qu'on met dehors si on ne l'a pas, et on met
-la barre dessous. Le navire range au vent, et vient s'amortir sur le
-point désigné, où on laisse tomber l'ancre aussitôt qu'il cule. Si on a
-rangé au vent trop tôt, on coupe l'aire en brassant sur le mât les
-voiles carguées.
-
-On voit qu'il est impossible de fixer le moment où on doit carguer et
-lancer au vent, puisqu'il dépend de la force du vent, de la vitesse ou
-de la dimension des navires qui conservent leur aire d'autant plus que
-leur masse est plus considérable.
-
-Pour mouiller avec les câbles-chaînes, comme il est inutile de culer, il
-ne s'agit plus que de venir sur le point où on veut mouiller avec une
-vitesse convenable, et à moins d'une faible brise, il faut carguer les
-voiles avant de laisser tomber l'ancre, ou on pourrait fatiguer la
-chaîne et les bittes outre mesure.
-
-Si après avoir mouillé on devait éviter au courant et non au vent, il
-faudrait mouiller de manière à ne pas passer sur son ancre en évitant au
-courant, dont on connaît la direction, ou garder assez de voiles, après
-avoir mouillé, pour faire passer le navire sous le vent de son ancre en
-les masquant.
-
-
-_Mouiller de mauvais temps._
-
-La manoeuvre à faire pour mouiller de mauvais temps ne diffère en rien
-de celle qu'on exécute pour mouiller d'un temps maniable; il est
-seulement quelques précautions que nécessitent l'état du vent et de la
-mer.
-
-Avec des chaînes, la manoeuvre est absolument semblable, puisque tout
-consiste à venir sur le lieu où on veut laisser tomber l'ancre avec une
-vitesse convenable, et à se débarrasser promptement des voiles pour ne
-pas fatiguer les chaînes. On doit serrer immédiatement après avoir
-cargué.
-
-Si on mouille vent arrière, il faut, en laissant tomber l'ancre, mettre
-un peu de barre du côté opposé à l'ancre, pour détacher la chaîne de la
-joue du navire, qui sans cela raguerait le cuivre du doublage.
-
-En mouillant avec des câbles, l'aulofée sera bientôt limitée, surtout si
-la mer est forte, et le navire, au lieu de ranger au vent et de culer,
-dérivera par le travers et tombera sous le vent; c'est alors qu'il
-faudra mouiller, en serrant s'il est possible les voiles, afin que le
-navire ne traîne pas son ancre après lui.
-
-Si on vient grand largue ou vent arrière d'un temps forcé, on cargue et
-on serre les voiles avant d'arriver au point où l'on veut mouiller.
-Quand on est à petite distance, on met la barre dessous, ou du bord
-opposé à celui du lieu où on veut mouiller si on est vent arrière, et on
-borde l'artimon. Le navire prendra le vent par le travers, perdra sa
-vitesse et dérivera, alors on mouillera, en ayant eu le soin de placer
-des bosses cassantes sur le câble, pour modérer l'aculée du navire et
-diminuer la secousse qu'il imprimera à son câble en faisant tête.
-
-
-_Mouiller avec embossure._
-
-On mouille en faisant embossure, lorsqu'on veut présenter le travers à
-un point déterminé, ce qu'on ne pourrait faire en évitant au vent
-régnant ou au courant.
-
-Avant d'aller au mouillage, on étalingue à l'organeau de l'ancre qu'on
-doit mouiller, un grelin qu'on dispose de manière à pouvoir filer en
-mouillant l'ancre.
-
-Après avoir manoeuvré comme nous l'avons dit et filé la quantité de
-câble ou de chaîne nécessaire, on passe le grelin par-dehors dans une
-poulie de retour placée dans le sabord de l'arrière ou dans le chaumar
-d'embossage du bord qu'on veut présenter au vent ou au courant, et on le
-vire au cabestan, où on le tourne lorsque le travers est bien effacé au
-point désigné.
-
-Il est inutile de dire que lors même que le vent ou le courant
-permettrait de présenter le travers au point désigné, il n'en faudrait
-pas moins venir au mouillage avec une embossure pour s'en servir en cas
-de changement de vent.
-
-
-_Observations._
-
-L'adoption à peu près générale des câbles-chaînes a singulièrement
-simplifié la manoeuvre à faire pour mouiller avec précision dans un
-espace resserré par des dangers ou des navires. L'habitude et la
-connaissance parfaite des qualités du navire, l'appréciation exacte de
-l'influence que telle ou telle circonstance avait sur la vitesse et la
-rapidité de ses mouvemens, pouvaient seules donner au manoeuvrier la
-certitude de venir porter son ancre à un point désigné. On en jugera
-facilement si on réfléchit à la difficulté qu'on éprouve souvent à
-prendre des corps morts sur une rade, sans être obligé de laisser tomber
-une ancre.
-
-Les câbles-chaînes qu'on peut mouiller sans se déranger de sa route et
-qui n'exigent ainsi pour la manoeuvre qu'un bien moins grand espace,
-évitent, dans les rades resserrées et encombrées de navires, des avaries
-autrefois très-fréquentes.
-
-On doit toujours venir au mouillage avec les deux ancres des bossoirs
-disposées, c'est-à-dire qu'elles sont garnies de leurs bouées et de
-leurs orins; que les bittures des câbles sont prises et élongées, ou que
-les puits sont ouverts et que les chaînes ont été tournées aux bittes,
-après avoir laissé de l'avant un mou de trois à quatre brasses.
-
-Si on mouille de gros temps, l'ancre de veille des porte-haubans de
-misaine doit être étalinguée.
-
-En approchant de terre, aussitôt que la profondeur de l'eau rend le
-mouillage possible, on débouche les écubiers.
-
-Dès que la sonde à la main peut donner le fond, on place des sondeurs
-dans les grands porte-haubans, qui donnent alternativement la profondeur
-et la nature.
-
-
-
-
-CHAPITRE IX.
-
-
-_Affourcher à la voile._
-
-Cette manoeuvre ne peut s'exécuter que lorsque le vent permet de courir
-avec au moins un quart de largue sur la ligne où on doit laisser tomber
-les ancres. Elle exige de grandes précautions, car si le câble ou la
-chaîne était retenu en filant, le navire rappellerait et manquerait sa
-manoeuvre.
-
-Supposons qu'on veuille affourcher S. E. et N. O., et qu'on vienne du
-sud, la première ancre qu'on laissera tomber sera celle du S. E. On se
-met sous une voilure convenable, mais il vaut mieux avoir trop que trop
-peu de voiles, car si on n'a pas assez de vitesse, le câble et surtout
-la chaîne seront mal élongés; leur poids fera dériver le navire, il
-tombera sous le vent, et la deuxième ancre ne sera pas dans le
-relèvement voulu.
-
-Venant donc avec une vitesse suffisante, on gouverne au vent de N. O.,
-on laisse tomber l'ancre du vent qui sera celle du S. E., puis on arrive
-promptement un peu sous le vent du N. O.; on court ainsi jusqu'à ce que
-la touée de S. E. soit presque filée, et on lance au vent en carguant
-vivement les voiles et mouillant la deuxième ancre.
-
-On vire sur l'amarre du S. E. en filant celle du N. O., jusqu'à ce qu'il
-y ait dehors une égale quantité de chacune d'elles.
-
-
-_Observations._
-
-Après avoir mouillé l'ancre du S. E., on gouverne un peu sous le vent du
-N. O., parce que si on gouvernait au N. O., en lançant au vent pour
-mouiller la deuxième ancre, on dépasserait la ligne du relèvement.
-
-Le câble de la touée de la première ancre doit être entièrement élongé
-sur le pont par plis dans toute la longueur, afin de pouvoir filer avec
-la plus grande facilité.
-
-Si on affourche avec des chaînes, on ouvre leurs puits et on met sur
-l'avant de la bitte de la première ancre, une quantité de chaînes plus
-considérable que dans les mouillages ordinaires, afin que le choc
-occasionné par la chute de l'ancre imprime une assez grande force pour
-faire filer avec rapidité la chaîne sur sa bitte.
-
-Si la brise était faible, on pourrait décapeler le tour de bitte et
-laisser filer la chaîne sur son rouleau, ayant bien soin de l'étrangler
-à temps pour qu'elle ne file pas jusqu'à l'étalingure de la cale, afin
-d'éviter de se servir de la tournevire pour se haler dessus.
-
-Si on avait le vent de l'arrière pour affourcher, on mouillerait sa
-première ancre, puis, rappelant au vent, on culerait en mettant les
-voiles sur le mât, et on irait ainsi laisser tomber la seconde.
-
-On ne peut affourcher à la voile qu'avec une brise maniable et une belle
-mer; il serait dangereux de le tenter avec un vent frais et une grosse
-mer, car alors on est moins sûr de la précision des mouvemens du navire,
-qui sont dans cette manoeuvre de la plus grande importance, pour ne pas
-la manquer.
-
-Il faut aussi se bien rendre compte de l'action des courans, parce que
-s'ils sont violens, ils auront une grande influence sur le navire dans
-le moment où il ira porter sa deuxième ancre, puisque, bridé par le
-câble, il ne sent plus aussi bien l'effet de la voilure et de son
-gouvernail.
-
-Si les courans sont sur la perpendiculaire de la ligne du relèvement, on
-les neutralise facilement en gouvernant pour mouiller la deuxième ancre
-au vent ou sous le vent de la ligne. S'ils suivent la ligne du
-relèvement, ils accélèrent ou retardent le mouvement, il n'y a donc qu'à
-diminuer ou augmenter de voiles. Enfin s'ils sont sur une ligne oblique,
-il faut faire entrer leur appréciation dans la route qu'il faut faire
-suivre au navire pour parvenir exactement au point désigné.
-
-
-
-
-CHAPITRE X.
-
-_Des Abordages._
-
-
-L'abordage est la manoeuvre qui joint d'assez près deux navires ennemis,
-pour que, liés entr'eux par les grappins jetés par l'abordeur, son
-équipage puisse passer sur le navire abordé, afin de l'enlever.
-
-Celui des deux navires qui juge que l'abordage peut lui être favorable,
-doit avoir une marche supérieure à son ennemi; sans cela, celui-ci sera
-toujours le maître d'éviter l'abordage, à moins que des avaries dans sa
-mâture ne lui aient donné une infériorité de vitesse.
-
-Quelle que soit la supériorité de marche de l'abordeur, si l'abordé est
-manoeuvré par un capitaine de sang-froid et expérimenté, il lui sera
-souvent facile non-seulement d'éviter l'abordage, mais encore de mettre
-son ennemi dans une position dangereuse.
-
-L'abordeur doit veiller non-seulement à sa manoeuvre, mais encore
-prévoir, s'il est possible, celle de son ennemi, ou au moins l'imiter
-promptement pour paralyser ses tentatives et parer aux inconvéniens et
-aux dangers qu'il pourrait courir par une manoeuvre habile du navire
-abordé.
-
-
-_Aborder au vent, en courant au plus près._
-
-L'abordeur ayant une supériorité de marche, se place dans la hanche du
-vent de son ennemi; lorsqu'il juge le moment favorable, il fait une
-petite arrivée sur la hanche du vent, et le prolonge en revenant
-vivement à la même route que lui en lui lançant ses grappins.
-
-Mais si aussitôt que les grappins sont jetés, l'abordé contre-brasse
-devant, brasse carré derrière, cargue la brigantine et met la barre
-dessous, il culera avec rapidité, fera casser les cartahus des grappins,
-et se trouvera bientôt de l'arrière de son ennemi, qu'il pourra
-inquiéter en virant lof pour lof sous sa poupe.
-
-L'abordeur sera obligé d'imiter cette manoeuvre, et s'il la fait en
-temps opportun, il virera en même temps que son ennemi, et ils se
-trouveront encore abordés quoique ayant changé d'amures.
-
-Mais comme l'abordé a primé de manoeuvre, qu'il entraîne avec lui son
-adversaire, que ses voiles seront plutôt orientées à l'autre bord, il
-lui sera facile, en forçant de voiles, d'acquérir une vitesse plus
-grande, de faire casser les cartahus des grappins, et de se détacher.
-
-
-_Aborder sous le vent, en courant au plus près._
-
-L'abordeur se place dans les eaux de son ennemi, et même un peu au vent;
-à une demi-encâblure environ, il arrive de manière à raser sa bouteille
-avec la civadière, puis redresse sa route et élonge sous le vent en
-jetant les grappins.
-
-Mais cette manoeuvre dont la réussite est assurée par l'avantage de
-marche, peut avoir les conséquences les plus terribles pour l'abordeur.
-
-Si l'abordé a bien jugé la manoeuvre de son adversaire, il a tout
-disposé pour évoluer avec célérité, et au moment où il voit son ennemi
-faire une arrivée pour le prolonger sous le vent, il contre-brasse
-devant, brasse à culer derrière, cargue la brigantine et met la barre
-dessous. Amortissant son aire ainsi promptement, et arrivant avec
-célérité par l'effet de ses voiles de l'avant contre-brassées, il tombe
-en travers sur le beaupré de son ennemi, l'engage dans ses haubans, et
-dans cette position l'enfile avec toute son artillerie.
-
-Les rôles peuvent alors changer, et l'abordé devenir abordeur, s'il
-manoeuvre avec habileté et sang-froid. Protégé par son artillerie, il
-peut lancer son équipage sur le pont de son ennemi, que cette manoeuvre
-a dû étonner, et peut-être décourager. Il profite du moment où le
-beaupré est engagé pour en hacher toutes les manoeuvres, surtout les
-sous-barbes et les étais, et s'il y a réussi et que son équipage soit
-numériquement trop faible pour lutter avec avantage, il évente force de
-voiles pour se dégager et se fait chasser au plus près, en virant
-fréquemment de bord vent devant, manoeuvre que son ennemi ne pourra
-imiter si ses étais ont été coupés.
-
-Si cette manoeuvre est bien exécutée, elle mettra toujours l'abordeur
-dans une position critique, ou au moins le fera renoncer à son projet;
-car quelle que soit sa promptitude à imiter les mouvemens de son ennemi,
-il sera dans cette circonstance trop primé de manoeuvre pour pouvoir en
-paralyser les résultats par une évolution semblable. Le seul parti à
-prendre, peut-être, serait, s'il en était temps encore, de lancer au
-vent pour prendre à l'autre bord.
-
-
-_Aborder sur l'avant, en courant au plus près._
-
-L'abordeur passe au vent de son ennemi, à petite distance, et parvenu à
-une ou deux longueurs de sa joue du vent, il arrête son aire en brassant
-carré derrière; contre-brasse de vent et cargue la brigantine pour
-abattre; met la barre dessous aussitôt que l'aire est amorti, et tombe
-ainsi en travers sur le beaupré de son adversaire, qui ne peut trouver
-d'autres moyens de l'éviter qu'en imitant sa manoeuvre, mais qui étant
-primé dans le mouvement, pourra difficilement se soustraire à un
-abordage dangereux.
-
-Cependant, s'il a prévu le mouvement à temps, il peut mettre tout à
-culer, hâler-bas les focs; mettre la barre dessous, puis la dresser, et
-la changer lorsque le navire cule. Il est possible que si l'aculée se
-prononce promptement, l'abordeur dépasse le beaupré et soit alors obligé
-de manoeuvrer pour prolonger sous le vent.
-
-Cet abordage est sans contredit le plus terrible pour l'abordé, celui
-auquel il se soustrait le plus difficilement, et dont la non-réussite
-offre le moins de désavantage à l'abordeur.
-
-
-_Aborder en courant largue._
-
-Si on veut aborder en courant largue, la manoeuvre ne diffère pas
-essentiellement de celles que nous avons décrites pour aborder au vent
-ou sous le vent, courant au plus près.
-
-Pour aborder au vent, l'abordeur se placera dans la hanche du vent, et
-par sa supériorité de marche prolongera son adversaire d'aussi près
-qu'il voudra pour lui lancer ses grappins. Mais celui-ci qui court
-largue, peut en rangeant vivement au vent, ce à quoi il doit être
-préparé, ou dépasser l'abordeur, ou mieux encore engager son beaupré.
-
-Cette manoeuvre oblige l'abordeur à lofer pour prolonger l'ennemi sous
-le vent, ou à mettre tout à culer pour dégager son beaupré.
-
-Pour aborder sous le vent, l'abordeur se place dans les eaux, range à
-toucher la hanche sous le vent, et lofant le prolonge en jetant les
-grappins. L'abordé, par une arrivée prompte, peut parvenir à lui engager
-son beaupré comme nous l'avons dit en parlant du plus près.
-
-Si on veut aborder en engageant le beaupré de son ennemi, on le prolonge
-au vent, et parvenu à petite distance de sa joue, on arrive promptement
-en ralinguant derrière et mettant la barre au vent. Mais ce mouvement
-doit se faire très-près de l'ennemi, sans quoi on pourrait le dépasser,
-si on ne le serrait pas pour l'empêcher de lofer et le mettre dans la
-nécessité d'accepter l'abordage, ou d'imiter le mouvement en arrivant
-lui-même, et alors, quelle que soit la vivacité de sa manoeuvre, on
-parviendra au moins à l'aborder par le travers.
-
-Il est inutile de parler de la différence qui existera dans la
-manoeuvre, si les deux navires couraient vent arrière. Elle sera
-facilement saisie.
-
-
-_Aborder à l'ancre._
-
-On peut vouloir aborder un navire à l'ancre, mouillé dans une rade non
-défendue, car s'il en était autrement, on aurait à essuyer le feu des
-batteries de côte, qui pourraient occasionner de graves avaries dans la
-mâture, et qui compromettraient la sortie.
-
-Il ne faudrait dans ce cas tenter l'attaque qu'avec un vent fait, qui
-permît d'entrer et de sortir de la bordée.
-
-Mais si la rade n'est pas défendue, ne vaut-il pas mieux réduire
-l'ennemi par le canon, surtout si le navire surpris par l'attaque n'a
-pas d'embossure pour se traverser, car alors on peut prendre une
-position telle, que son artillerie lui soit inutile.
-
-Si on veut aborder, on peut le faire soit en élongeant le navire au
-vent, ou sous le vent, comme nous l'avons déjà dit; ou mieux encore lui
-passer de l'avant et engager son beaupré dans les haubans du grand mât,
-manoeuvre qui alors n'offre aucune difficulté. L'abordé, s'il est
-affourché, filera une de ses amarres pour rappeler sur l'autre, au
-moment où la manoeuvre de son ennemi sera marquée, et la fera manquer,
-s'il peut parvenir à embarder avec célérité. Mais si ce moyen ne lui
-suffit pas, il ne reste plus qu'à couper ses câbles et se jeter à la
-côte en tâchant d'y entraîner son ennemi, qui doit toujours être prêt,
-pour l'éviter, à laisser tomber une ancre.
-
-L'abordeur peut aussi venir mouiller son ancre sur la bouée de son
-adversaire, et laissant culer, il l'élongera en jetant à bord ses
-grappins et arrêtant son câble. Mais il faut mouiller avec une bien
-grande précision pour être sûr de sa manoeuvre.
-
-
-
-
-CHAPITRE XI.
-
-_De la Chasse._
-
-
-On ne peut chasser un navire avec avantage que si on a sur lui une
-supériorité de marche, ce dont on s'assure facilement en se mettant aux
-mêmes amures, et le relevant au compas. Si l'angle de relèvement
-augmente, c'est une preuve qu'on marche mieux, et on sera sûr alors de
-le joindre si on manoeuvre avec précision et habileté.
-
-Le bâtiment chassé doit profiter avec le plus grand soin de toutes les
-chances favorables que lui offrent ses qualités et les changemens de
-temps et de vent. Etant plus faible, et par conséquent moins long que
-son adversaire, il peut le fatiguer et lui faire perdre du temps, en
-virant fréquemment de bord vent devant s'il est au vent, puisque le
-temps des évolutions est en rapport de la longueur des navires. Il peut
-prendre l'allure qui lui est la plus favorable, changer souvent de route
-avec promptitude pour primer de manoeuvre sur son adversaire, qui est
-obligé de l'imiter, et qui ne pouvant toujours prévoir ces changemens,
-perdra ainsi beaucoup de temps.
-
-Si la mer est forte, il ne doit pas balancer à compromettre sa mâture,
-en virant vent devant pour forcer son ennemi à courir les mêmes risques,
-ou à virer vent arrière, ce qui lui fera perdre du temps et du chemin.
-
-S'il a reconnu que sa vitesse augmentait par tels ou tels changemens
-opérés à bord dans la distribution des poids de l'arrimage, il doit les
-exécuter, s'alléger s'il le faut pour prolonger la chasse, afin de
-pouvoir atteindre la nuit, car alors une fausse route peut le sauver.
-
-
-_Chasser au vent._
-
-Le chasseur doit relever le bâtiment qu'il veut chasser, et aussitôt
-qu'il le trouve sur la perpendiculaire à sa route, il vire et continue
-l'autre bord jusqu'à ce qu'il ait encore ramené le navire chassé sur la
-perpendiculaire à sa nouvelle route.
-
-Il continue ainsi et doit infailliblement l'atteindre, puisqu'il a un
-avantage de marche et qu'il vire pour s'en rapprocher dans la position
-la plus convenable.
-
-La raison de cette manoeuvre est bien facile à saisir. Le chasseur
-virant, lorsqu'il relève le chassé dans la perpendiculaire à sa route,
-est alors à la plus petite distance possible de son adversaire; virant
-alors, il gagne sur cette distance la quantité dont il gagne au vent,
-jusqu'au moment où il le relève encore dans la perpendiculaire de sa
-nouvelle route. Là, il a encore atteint la plus petite distance qui le
-sépare, et gagne de nouveau en virant la quantité dont il va s'élever au
-vent dans cette nouvelle bordée. Cette différence qui, comme on le voit,
-est l'excédant de marche, finira par les faire trouver bord à bord si
-les circonstances ne changent pas.
-
-Si le chasseur dépassait la perpendiculaire à sa route, il s'éloignerait
-et perdrait du chemin nécessairement. S'il commettait la faute grave de
-chasser dans les eaux et d'y virer à grande distance, le chassé, en
-virant immédiatement, se retrouverait alors au vent du chasseur de toute
-la distance qui les sépare, puisque les routes sont parallèles.
-
-C'est dans cette position que le navire chassé doit user de tous les
-moyens pour gagner au vent; et quoiqu'il paraisse, à la première vue,
-plus prudent pour lui de conserver toujours le même bord, il peut
-arriver telle circonstance, comme nous l'avons dit, où il lui soit
-avantageux de virer fréquemment si ses mouvemens sont plus prompts que
-ceux de son adversaire, et surtout s'il peut le forcer, en l'imitant, à
-compromettre sa mâture, car quant à lui il n'a rien à perdre et doit
-tout tenter pour s'échapper.
-
-
-_Chasser sous le vent._
-
-Si le chasseur est au vent, il relève son adversaire avec un compas, et
-gouverne de manière à le tenir toujours au même aire de vent, en ne se
-dérangeant pas de sa route; car il est évident qu'en continuant ainsi
-ils viendront se rencontrer au même point. Si le chasseur s'aperçoit que
-l'angle de relèvement augmente ou diminue, c'est une preuve qu'il est
-trop au vent ou trop arrivé, et il rectifie sa route, sans quoi il
-passerait de l'avant ou de l'arrière du vaisseau chassé.
-
-Dans cette position, le navire chassé doit prendre l'allure qui lui est
-la plus favorable; faire toute la voile possible; s'il a un équipage
-nombreux, changer souvent d'amures, car il prime de manoeuvre et oblige
-ainsi son adversaire à l'imiter, et lui fait perdre du temps, son
-évolution étant plus longue et non prévue.
-
-Si le temps est à grains, il ne doit diminuer de voile qu'à la dernière
-extrémité, et même compromettre sa mâture, s'il peut forcer ainsi son
-adversaire à l'imiter.
-
-On ne doit pas balancer à se débarrasser de tous les objets qui gênent
-la manoeuvre et qui peuvent retarder la rapidité des évolutions.
-
-Une mâture trop fortement tenue nuit souvent à la marche; et si la brise
-n'est pas violente, il peut y avoir de l'avantage à donner du mou dans
-les haubans et les galhaubans. Au plus près, il faudrait se débarrasser
-de tous les objets qui augmentent l'élévation des oeuvres mortes.
-
-
-_De la Tactique Navale._
-
-Il ne peut entrer dans le plan que nous nous sommes tracé, de donner un
-traité complet de tactique navale, qui ne pourrait être que la copie du
-traité publié par le gouvernement pour les navires de l'état. Nous nous
-contenterons d'y prendre quelques définitions et l'indication des
-ordres.
-
-La tactique navale est l'art de faire mouvoir des vaisseaux réunis en
-corps d'armée.
-
-On entend par évolutions les mouvemens d'une armée, ou partie d'une
-armée, pour s'établir dans un arrangement ou un ordre convenu. On
-comprend sous la classification générale d'évolutions, la formation des
-ordres; le passage de l'un à l'autre; enfin, leur rétablissement
-lorsqu'ils viennent à être troublés.
-
-La ligne du plus près est celle que tiennent des vaisseaux qui
-s'approchent le plus possible du lit du vent. En tactique, cette ligne
-est réputée faire avec la direction du vent un angle de 67° 30', ou de
-six des trente-deux divisions de la boussole.
-
-On distingue deux lignes du plus près: un vaisseau court sur la ligne du
-plus près bâbord, s'il est au plus près, les amures à bâbord; il court
-sur la ligne du plus près tribord, s'il est au plus près, les amures à
-tribord.
-
-Des vaisseaux rangés dans les eaux les uns des autres, et faisant la
-même route, sont en _ligne de file_. Dans ce cas _le relèvement et la
-route_ sont représentés par le même rhumb de vent.
-
-Si des vaisseaux en ligne de file gouvernent au plus près, cette ligne
-de file prend alors le nom de _ligne de bataille_.
-
-Si des vaisseaux en ligne de file courent, non au plus près, mais deux
-quarts largue seulement, cette disposition particulière de la ligne de
-file, qui convient souvent pour combattre, s'appelle _ligne de file sur
-la perpendiculaire du vent_.
-
-Mais si des vaisseaux déployés sur une ligne se relèvent les uns les
-autres sur une aire de vent donnée, et gouvernent sur une autre, ils
-sont établis sur une _ligne de relèvement_.
-
-L'_ordre_ en général est la manière déterminée dont les vaisseaux d'une
-armée doivent être rangés. Il y a différens ordres, selon les
-circonstances dans lesquelles une armée doit naviguer et peut se
-trouver.
-
-L'ordre est appelé _naturel_ toutes les fois que chaque vaisseau suit le
-_matelot d'avant_ qui lui a été assigné par l'ordre de bataille de
-l'amiral.
-
-L'ordre est dit _renversé_ toutes les fois que les matelots d'avant
-deviennent _matelots d'arrière_; ce qui arrive lorsque les _queues_
-deviennent têtes par des changemens de position ou par inversion
-d'ordre.
-
-La transposition des escadres dans une ligne de bataille ne change pas
-la dénomination de l'ordre, qui sera appelé naturel si dans chaque
-escadre les têtes mènent les queues; et il sera renversé, si au
-contraire dans chaque escadre, les queues mènent les têtes, quand même
-les escadres seraient à leur poste naturel, c'est-à-dire la _seconde_
-escadre à l'avant-garde, la _première_ au corps de bataille, et la
-_troisième_ à l'arrière-garde.
-
-Les ordres sont: les ordres de marche et les ordres de bataille, que
-l'on est convenu de distribuer de la manière suivante:
-
-Ordres de marche,
-
-1º Par colonnes et ligne de file, c'est-à-dire sur trois ou deux
-colonnes, ou sur une seule ligne;
-
-2º Sur une des lignes du plus près;
-
-3º Sur la perpendiculaire du vent;
-
-4º Sur la perpendiculaire de la route ou ligne de front;
-
-5º En échiquier.
-
-Les ordres ou ligne de bataille,
-
-1º Au plus près du vent;
-
-2º En ligne de file sur la perpendiculaire du vent.
-
-L'ordre de marche sur trois colonnes réunit le mieux les bâtimens sans
-les exposer aux abordages; il facilite la prompte formation de la ligne
-de bataille aussi bien que la surveillance de l'amiral et la
-transmission des signaux.
-
-Cet ordre suppose que les trois escadres de l'armée se placent sur trois
-lignes égales et parallèles, dans les conditions ci-après:
-
-1º Les vaisseaux de la première escadre qui est au centre, et à la tête
-de laquelle marchera l'amiral pour marquer la route, seront exactement
-dans les eaux les uns des autres, et à la distance qui aura été
-prescrite;
-
-2º Les chefs de file des deux autres escadres ou colonnes étant placés
-par le travers du chef de file de la colonne du centre, relèveront le
-serre-file de cette colonne à deux rhumbs de la route;
-
-3º Les serre-files des colonnes des ailes étant dans les eaux de leurs
-colonnes, se tiendront par le travers du serre-file de la colonne du
-centre, d'où ils doivent relever le chef de file de cette dernière à
-deux rhumbs de la route.
-
-On peut appliquer à l'ordre de marche sur _deux colonnes_ ce qui vient
-d'être dit sur les trois colonnes, les conditions de formation et
-d'évolution étant, par analogie, les mêmes pour ces deux ordres.
-
-L'ordre de marche sur une ligne de file, grand largue ou vent arrière,
-s'appelle généralement _ordre_ ou _ligne de convoi_. C'est la condition
-de la route vent arrière ou grand largue qui constitue la différence
-entre cet ordre et la ligne de bataille.
-
-_L'ordre de marche sur une des lignes du plus près_, est celui dans
-lequel les vaisseaux courant largue ou vent arrière se relèvent sur une
-des lignes du plus près.
-
-Ainsi l'on distingue cet ordre en ordre de marche sur la ligne du plus
-près _tribord_, et ordre de marche sur la ligne du plus près bâbord,
-selon que les vaisseaux se relèvent sur l'une ou l'autre de ces deux
-lignes.
-
-Dans _l'ordre de marche sur la perpendiculaire du vent_, les vaisseaux
-courant grand largue, ou vent arrière, se relèvent sur la
-perpendiculaire du vent.
-
-Des vaisseaux faisant une route quelconque, s'ils se relèvent sur la
-perpendiculaire de cette route, sont dits en ordre de marche sur cette
-perpendiculaire, ou en _ordre de front_.
-
-Des vaisseaux qui tiennent l'amure d'une des lignes du plus près, et qui
-se relèvent sur l'autre, sont dits en _échiquier_ sur cette ligne.
-
-C'est le relèvement et non pas l'amure qui donne le nom à l'échiquier;
-ainsi on dit _échiquier sur la ligne du plus près tribord_, pour
-exprimer la position des vaisseaux qui se relèvent sous cette ligne et
-ont les amures à bâbord; et _échiquier sur la ligne du plus près
-bâbord_, si les vaisseaux se relèvent sur cette ligne et courent les
-amures à tribord.
-
-Des vaisseaux rangés en _ligne de file au plus près du vent_, ou _sur la
-perpendiculaire du vent_, sont en ligne de bataille. Cette ligne peut
-être formée tribord ou bâbord amures, ordre naturel ou ordre renversé.
-
-Mais on entend plus particulièrement par _ligne de bataille_, la ligne
-de file dont les vaisseaux courent au plus près du vent. S'il s'agit
-d'exprimer la ligne de bataille deux quarts largue, on doit dire _ligne
-de file sur la perpendiculaire du vent_.
-
-Dans toute _formation_ d'ordre, le vaisseau amiral, ou celui qui est au
-centre de l'armée, est le _régulateur_, c'est-à-dire le point sur lequel
-se règle le mouvement.
-
-Chaque vaisseau doit connaître son _relèvement_ et sa _distance_ par
-rapport au régulateur.
-
-Si l'armée est en ligne et que l'amiral fasse le signal de _forcer_ ou
-_d'augmenter de voiles_, c'est au chef de file à exécuter l'ordre le
-premier; et s'il s'agit au contraire de _diminuer de voiles_, le
-mouvement doit commencer par le serre-file.
-
-Il est établi en tactique, que tout mouvement _tout à la fois_ commence,
-en ligne de file, par le serre-file, c'est-à-dire que, lorsqu'une armée
-en bataille ou en ordre de convoi devra virer de bord, arriver ou tenir
-le vent tout à la fois, aucun vaisseau ne virera, n'arrivera, ou ne
-tiendra le vent, qu'après que son matelot d'arrière aura commencé le
-mouvement; ce qu'on exprime en disant qu'il aura _marqué sa manoeuvre_.
-
-S'il s'agit au contraire d'un _mouvement successif_, c'est au chef de
-file à commencer.
-
-On dit tenir le vent, arriver par un mouvement successif, lorsque des
-vaisseaux viennent au vent ou arrivent l'un après l'autre, en suivant le
-chef de file qui règle la route; s'il est question d'un virement de bord
-opéré successivement, l'usage le plus général est alors de virer _par la
-contre-marche_.
-
-Le principe général est qu'en ligne de bataille, ou dans un ordre de
-marche quelconque, le mouvement, quel qu'il soit, doit commencer _par le
-vaisseau qui n'en voit pas d'autre du côté où l'on va mettre le cap_.
-
-La _contre-marche_ est le mouvement d'une ligne dont les vaisseaux
-virent successivement de bord, vent devant ou vent arrière, pour prendre
-les eaux du chef de file. Ainsi l'on dit, pour exprimer cette double
-évolution, virer de bord vent devant par la contre-marche; virer de bord
-lof pour lof par la contre-marche.
-
-
-
-
-MANOEUVRE
-
-DE L'ARTILLERIE.
-
-
-
-
-CHAPITRE 1er.
-
-
-_Définitions et Nomenclature._
-
-Les pièces d'artillerie dont on se sert dans la marine sont les canons,
-les caronades, les pierriers et les espingoles. Ces deux dernières armes
-ne s'emploient guère que sur les hunes et les embarcations.
-
-Les canons et les caronades sont en fer coulé; les caronades ne sont
-autre chose que des canons courts, légers, modifiés en quelques parties
-accessoires, installés différemment, et qui, dans certains cas, ont
-plusieurs avantages sur les canons.
-
-Elles se manoeuvrent plus facilement et avec moins de monde; elles se
-chargent plus vite; elles laissent plus d'espace libre dans les
-batteries, et elles fatiguent moins les ponts.
-
-De leur côté, les canons ont leurs avantages particuliers. Ainsi, ils
-portent plus loin dans les mêmes circonstances; à distance égale, ils
-percent les vaisseaux ennemis plus facilement que les caronades, mais
-font moins d'éclats lorsqu'on se bat de près, et sont par conséquent
-moins dangereux. Ils sont plus longs, par conséquent d'un pointage plus
-sûr et d'un danger moindre sous le rapport de l'incendie; la rupture de
-la brague n'est ni aussi fréquente ni aussi grave, enfin leur recul
-adoucit davantage les secousses communiquées à la muraille des
-vaisseaux.
-
-On désigne les canons et les caronades par le nombre de livres que
-pèsent les boulets ou projectiles ronds qu'ils sont destinés à lancer;
-le diamètre de ces boulets détermine celui du creux du cylindre de la
-pièce; et ce poids, ou indifféremment ce dernier diamètre, est ce qu'on
-appelle le calibre de la bouche à feu.
-
-Les canons en usage à bord sont ceux des calibres de 36, 30, 24, 18, 12
-et 8, c'est-à-dire dont les boulets pèsent à très-peu près ce même
-nombre de livres; les caronades ont les mêmes calibres, à l'exception de
-celui de 8.
-
-Pour diminuer la confusion et les inconvéniens d'avoir plusieurs
-calibres à un même bord, on tend à généraliser celui de 30.
-
-Pour chaque calibre de canons il y a deux sortes de pièces, savoir: les
-longues et les courtes, et celles-ci n'ont d'autre différence avec les
-premières, que d'avoir moins de longueur et plus de légèreté.
-
-On trouve dans le tableau ci-dessous la longueur totale, le poids de ces
-diverses pièces, et le diamètre de leurs boulets.
-
- +========+=========+=========+=========+========+========+==========+
- | | | | | | |Diamètre |
- | |Longueur |Longueur |Longueur |Poids du|Poids du|du Boulet |
- | |du Canon |du Canon |de la |Canon |Canon |réglemen- |
- |Calibre.|long. |court. |Caronade.|long. |court. | taire. |
- |========+=========+=========+=========+========+========+==========+
- | | p. p. | p. p. | p. p. | liv. | liv. | p. lig. |
- | | | | | | | |
- | 36 | 10 1 | 9 7-1/2 | 5 7 | 7.174 | 6.187 | 6 3 |
- | 30 | 9 8-3/4 | 9 1-1/2 | 5 6 | 6.200 | 5.318 | 5 10-5/4 |
- | 24 | 9 5-1/2 | 8 9 | 4 10 | 5.120 | 4.321 | 5 5-1/5 |
- | 18 | 8 10-1/2| 8 3 | 4 5 | 4.214 | 3.506 | 4 11-1/2 |
- | 12 | 8 3 | 7 6-3/4 | 3 10 | 2.997 | 2.398 | 4 4 |
- | 8 | 8 7-5/4 | 7 5-5/4 | » » | 2.388 | 2.062 | 3 9-1/2 |
- +========+=========+=========+=========+========+========+==========+
-
-Les caronades pèsent environ le tiers du canon long du même calibre.
-
-Les canons et les caronades sont les bouches à feu dont on munit les
-batteries et les gaillards des bâtimens de guerre; la nomenclature et
-les explications suivantes compléteront cette définition.
-
- L'âme (_fig._ 1.) _a_ reçoit la charge.
-
- La bouche _b_ entrée de l'âme.
-
- * Les tourillons _c_ sorte d'essieux qui maintiennent la pièce
- sur son chariot ou affût.
-
- * Les embases _d_ épaulement de tourillons.
-
- La volée _e_ commence à la gorge qui est en avant des
- tourillons et finit à la bouche. (On
- appelle l'avant de la pièce le côté de la
- bouche, et l'arrière le côté opposé.)
-
- La tranche _f_ surface plane percée par la bouche, et
- qui termine la volée en avant.
-
- Le bourrelet _g_ renflement près de la bouche.
-
- * La tulipe _h_ partie creuse en arrière du bourrelet.
-
- * La plate-bande
- de volée _i_ cordon à la naissance de la tulipe.
-
- La lumière et le
- champ de lumière _j_ tronc et creux où se placent la capsule,
- l'étoupille, ou la poudre d'amorce.
-
- Le support de la
- platine _k_ ex-croissance près de la lumière pour
- placer le ressort, appelé platine, qui
- doit mettre le feu.
-
- * L'astragale de la
- lumière _l_ cordon en avant de la lumière. (Les
- canons courts n'en ont pas.)
-
- La plate-bande de
- culasse _m_ renflement en arrière de la lumière.
-
- La culasse _n_ partie de la pièce en arrière de la
- plate-bande de culasse.
-
- Le renfort _o_ partie de la pièce qui commence à la
- gorge de la plate-bande la plus en
- arrière et qui finit à la volée.
-
- Le cul-de-lampe _p_ façon de la culasse de l'arrière.
-
- Le bouton _q_ extrémité de la pièce du côté de la
- culasse et en forme de boule.
-
- Le collier du bouton _r_ partie étranglée par laquelle le bouton
- tient à la culasse.
-
- L'anneau de brague _s_ anneau qui tient à la culasse et au
- bouton. (Quelques canons n'en ayant pas
- encore, la brague passe alors dans une
- cosse estropée au collet.)
-
-
-_Pour la Caronade._
-
-La caronade a les mêmes parties que le canon, moins celles marquées d'un
-astérisque (*), et il faut y ajouter les suivantes:
-
- L'encampanement
- (_fig._ 2) _t_ entrée évasée de l'âme pour appuyer le
- boulet en l'introduisant lors de la
- charge.
-
- Le trou de vis de
- pointage _u_ percé dans le bouton de culasse.
-
- Le support à
- tourillons _v_ maintient la pièce sur l'affût au moyen
- d'un boulon, dit boulon-tourillon.
-
-Ces pièces sont portées sur des espèces de chariots nommés affûts qui
-servent à les manoeuvrer, et dont suivent également les parties en bois
-ou en fer dont ils se composent.
-
-
-_Affût du Canon._ (Parties en bois.)
-
- 2 flasques
- (_fig._ 3) _a_ pièces principales où sont les
- encastremens de tourillons.
-
- Le croissant _b_ placé en travers des flasques en avant
- pour faciliter le pointage, et composé
- de deux pièces dont une à charnière.
-
- L'entretoise _c_ joint et maintient les deux flasques dans
- le sens de la hauteur, et sert d'appui au
- croissant.
-
- 2 essieux _d_ supportent les flasques.
-
- 4 roues _e_ sur lesquelles reposent les essieux.
-
- La sole _f_ est située entre les flasques et joint
- les essieux entre eux.
-
-
-_Affût de Canon._ (Parties en fer.)
-
- Le boulon d'assemblage
- et son écrou _g_ réunissent les flasques et l'entretoise.
-
- 2 charnières du
- croissant _h_ pour rendre une partie du croissant
- mobile.
-
- 2 clous à rivet de
- tête de flasques _i_ pour empêcher les flasques de se fendre.
-
- 2 sus-bandes et
- clavettes _j_ maintiennent les tourillons en dessus.
-
- 2 chevilles à mentonnet
- avec écrou et
- rosettes _k_ retiennent les sus-bandes et fixent
- l'essieu d'en avant aux flasques.
-
- 2 chevilles à tête
- ronde _l_ contiennent le bois des flasques (près
- du premier adent).
-
- 2 chevilles à tête
- carrée _m_ fixent l'essieu d'en arrière aux
- flasques.
-
- 2 pitons de
- manoeuvre _n_ sur le dernier adent pour la manoeuvre de
- la pièce et pour la mettre à la serre, ou
- l'assujettir de mauvais temps.
-
- 2 pitons de côté _o_ contre les flasques pour amarrer la pièce
- à garans doublés.
-
- 2 anneaux de brague _p_ pour servir de conduite à la brague.
-
- 4 esses et leurs
- viroles _q_ pour retenir les roues dans leurs essieux.
-
- 2 fourrures
- d'anspect _r_ sous les flasques en arrière de l'essieu
- pour le garantir de l'action des leviers
- appelés pince et anspect.
-
- Piton carré de manoeuvre { pour le pointage à l'aide de
- Piton rond de manoeuvre { l'anspect et de la pince.
-
- Piton de retraite contre l'essieu de derrière pour crocher
- le palan de retraite.
-
-
-_Affût de la Caronade._ (Parties en bois.)
-
- La semelle
- (_fig._ 4.) _a_ reçoit et supporte la caronade.
-
- Le châssis _b_ porte la semelle qui se meut dans sa
- coulisse.
-
- Les supports de
- châssis _c_ taquets qui supportent le châssis.
-
-
-_Parties en fer de la Semelle._
-
- Le boulon-tourillon _d_ est passé dans le support pour servir
- de tourillon.
-
- 2 crapaudines _e_ placées en avant et reçoivent le
- boulon-tourillon.
-
- 4 boulons
- d'assemblage _f_ deux placés en avant, et deux fixant les
- anneaux de la brague; tous les quatre
- maintiennent la semelle.
-
- 2 boucles de brague
- avec plaque _g_ aux deux tiers de la longueur; elles
- servent à passer la brague et diminuer
- l'effort qui fait basculer la pièce lors
- du tir; elles peuvent servir à palanquer
- la semelle.
-
- Plaques de levier et
- de vis de pointage
- avec leurs rivets _k_ placées contre le derrière, le dessus et
- le dessous de l'affût, pour prévenir les
- dégradations des leviers et vis de
- pointage.
-
- Le pivot _l_ traverse le châssis et facilite son
- mouvement de rotation.
-
-
-_Parties en fer du Châssis._
-
- La cheville ouvrière,
- sa plaque, etc _j_ pour mouvoir obliquement la tête du
- châssis, tout en la maintenant contre le
- bord.
-
- Le piton de cheville
- ouvrière sa tête reçoit la cheville ouvrière, et
- sa tige traverse le bord; il maintient
- le châssis au moyen de la cheville
- ouvrière.
-
- Le boulon d'assemblage pour maintenir le bois du châssis et le
- manoeuvrer.
-
- 4 boulons de support fixent le châssis sur le support.
-
- Le briquet avec rivets Plaque de fer qui reçoit le choc du pivot
- et de la rondelle, et qui empêche
- l'écartement des deux côtés opposés.
-
- La plaque du levier
- de pointage comme celle de la semelle. (Dans les
- grandes obliquités on peut pointer par le
- châssis, ce qui diminue l'obliquité de la
- semelle, et par conséquent l'effort qui
- en résulte sur le châssis lors du tir.)
-
-Les canons, les caronades et leurs affûts sont manoeuvrés ou retenus à
-bord au moyen de divers cordages et palans, dont l'ensemble constitue le
-gréement de la pièce. Outre ce gréement, chaque pièce nécessite encore
-l'usage de divers ustensiles qui servent à son service et à son
-pointage, et qui sont connus sous le nom d'armement.
-
-
-_Gréement du Canon._
-
- La brague fort cordage qui retient la pièce après
- l'effet du recul.
-
- 2 palans de côté pour manoeuvrer le canon et le contenir
- au roulis.
-
- Le palan de retraite pour tenir le canon au recul après le
- tir, le mettre hors de batterie et à la
- serre.
-
- La croupière pour accrocher le palan de retraite.
-
- L'estrope de culasse pour accrocher le palan de retraite
- quand le canon est à la serre.
-
- Le raban de volée pour assujettir la volée au fronteau de
- volée, quand on met le canon à la serre.
-
- L'aiguillette pour brider la brague avec les palans de
- côté, quand on met les canons à la serre.
-
- L'itague, le palanquin
- et deux rabans pour ouvrir et tenir fermé le mantelet de
- sabord.
-
-
-_Gréement de la Caronade._
-
- La brague fort cordage qui maintient la pièce
- contre le sabord et l'empêche de reculer.
- (C'est ce qu'on appelle brague fixe;
- l'installation de la brague du canon
- s'appelle à brague courante.)
-
-
-_Armement du Canon._
-
- Le coussin, 2 coins
- de mire sur la sole de l'affût pour élever le
- canon au pointage.
-
- L'anspect ou levier sert au servant de gauche pour pointer.
-
- La pince sert au servant de droite pour pointer.
-
- Le tire-bourre et la
- cuillère pour décharger la pièce.
-
- La platine ou batterie ressort à l'instar de celui du fusil pour
- mettre le feu à la pièce.
-
- La boîte à capsules et
- les capsules la capsule est un petit tuyau fait d'une
- légère feuille de cuivre, contenant de la
- poudre fulminante pour mettre le feu à la
- charge au moyen de platines à piston ou à
- percussion.
-
- La corne d'amorce étui qui contient la poudre d'amorce pour
- les platines à pierre, ou pour les cas où
- l'on n'a plus de platines.
-
- Le dégorgeoir pour dégager la lumière et crever la
- gargousse.
-
- L'épinglette pour diriger la poudre dans la lumière.
-
- La boîte à étoupille
- et les étoupilles l'étoupille est un tuyau de plume plein
- d'artifice, destiné à mettre le feu à la
- charge.
-
- Le doigtier forte peau que le chef de pièce met à son
- doigt pour pouvoir boucher la lumière
- quand la pièce est très-chaude.
-
- Le couvre-lumière
- et ses rabans pour couvrir la lumière quand la pièce
- est au repos. (La lumière est en outre
- fermée par un bouchon d'étoupe garni de
- suif, nommé étoupillon.)
-
- La tape pour fermer la bouche de la pièce.
-
- Le gargoussier boîte dans laquelle on apporte de la
- soute, la gargousse ou le sac contenant
- la charge de poudre.
-
- Le boute-feu avec sa
- tresse pour mettre le feu à la pièce si on
- amorce avec de la poudre.
-
- Les valets pelotes en fil de carret pour assujettir
- le boulet dans la pièce.
-
- L'écouvillon pour nettoyer l'intérieur de la pièce
- quand elle a fait feu.
-
- Le refouloir pour enfoncer la charge. (Pour les
- calibres de 12 et au-dessous,
- l'écouvillon et le refouloir, la cuillère
- et le tire-bourre, sont sur la même
- hampe; alors la tête de l'écouvillon est
- tournée du côté de la culasse pendant le
- service de la pièce.)
-
- La baille (contenant
- de l'eau) pour mouiller la poudre qui peut tomber
- sur le pont, et pour rafraîchir la pièce au
- besoin.
-
- Le faubert pour le service de la baille ci-dessus.
-
-
-_Armement de la Caronade._
-
- La vis de pointage pour élever et abaisser la pièce au
- pointage. (Des coins de mire sont alloués
- pour suppléer la vis au besoin.)
-
- Le levier en fer tient à la semelle par une goupille pour
- lui donner la direction convenable. (Des
- anspects et des pinces sont allouées afin
- de suppléer le levier au besoin.)
-
- Le tire-bourre, la
- cuillère, etc. comme pour l'armement du canon.
-
-En outre des objets d'armement ci-dessus, le dernier servant de droite
-pour les canons, et le servant de gauche pour les caronades, ont devant
-eux un petit tablier contenant des pierres à feu de rechange (si les
-platines sont à pierres), et du vieux linge pour nettoyer la platine:
-une corne d'amorce garnie est allouée en cas de besoin pour chaque
-pièce, et elle est suspendue dans les batteries le long du bord, entre
-les baux, ou disposée à la sainte-barbe.
-
-Enfin, dans les grands bâtimens, deux canonniers par batterie ont un
-grand sac contenant un vilebrequin, quatre vrilles, un tournevis, quatre
-platines, des capsules, des étoupilles s'il y a lieu, de la ligne pour
-platine, et du vieux linge pour obvier aux accidens. Sur les bricks et
-bâtimens au-dessous il n'y a qu'un grand sac.
-
-
-
-
-CHAPITRE II.
-
-_Des Projectiles et de la Charge._
-
-
-On donne le nom de projectiles à tous les corps lancés dans l'espace,
-mais plus particulièrement à ceux qui le sont par l'explosion de la
-poudre.
-
-Dans la marine, les projectiles sont les boulets ronds, ou simplement
-les boulets; les boulets ramés, les grappes de raisin ou la grosse
-mitraille, et les boîtes ou paquets de mitraille; ces derniers, connus
-aussi sous le nom de petite mitraille, ne s'emploient plus guère que
-dans les pierriers.
-
-Les boulets ronds sont en fer fondu, et autant que possible sans
-aspérités ou cavités; leur destination principale est de percer la
-muraille des vaisseaux et d'abattre les mâts.
-
-Le diamètre d'un boulet et en général de tout projectile, est un peu
-plus petit que celui de la pièce, afin d'y pouvoir entrer librement; la
-petite différence qui existe entre ces deux diamètres s'appelle le vent
-du boulet.
-
-Le vent ne doit pas dépasser certaines limites qui sont fixées pour
-chaque calibre; il faut donc que chaque projectile ait le diamètre
-prescrit; et l'on appelle calibrer, l'opération par laquelle on s'en
-assure: elle se fait au moyen de deux lunettes en métal, dont l'une a
-trois points de plus, et l'autre six points de moins que le boulet
-réglementaire.
-
-On rejette tout boulet qui ne passe pas en tous sens par la première, ou
-qui passe dans un sens quelconque dans la seconde. Le boulet de 36 a 2
-lignes 6 points de vent, ceux de 30 et de 24 2 lignes 3 points, et
-ensuite en diminuant de trois points par calibre; le vent est d'une
-ligne 6 points pour les boulets de toutes les caronades; plus un boulet
-a de vent, plus la poudre perd de son action, et moins la pièce a de
-portée et de justesse dans le tir.
-
-Les boulets ramés sont deux lentilles de fonte réunies par une tige en
-fer dont la longueur a deux diamètres du boulet; leur forme s'oppose à
-ce qu'ils portent aussi loin que les boulets ronds, et à ce qu'ils
-pénètrent la muraille des gros vaisseaux; mais ils peuvent produire de
-grands effets sur la mâture et le gréement de l'ennemi, et quand le peu
-d'éloignement du bâtiment ennemi, ou la faiblesse de ses murailles,
-permettent qu'ils entrent à bord, ils y occasionnent des éclats
-considérables.
-
-Les grappes de raisin sont un assemblage de balles de fontes assujetties
-autour d'une tige de fer qui tient à une plaque ronde de même métal;
-celle-ci, qui sert de base au projectile, est du diamètre du boulet, et
-ces balles sont retenues par une espèce de coiffe en grosse toile
-peinte, liée en plusieurs sens: il en résulte une grappe à-peu-près
-cylindrique, dont le poids et la longueur sont réglés par un tarif. La
-portée des grappes de raisin est environ les deux tiers de celle des
-boulets ramés; leurs balles ou biscaïens rompent leur enveloppe au
-sortir de la pièce; elles divergent et elles sont très-propres de près
-(à deux encâblures par exemple) à couper des manoeuvres ou à détruire
-des hommes au sabord, et sur les ponts quand on se bat sous le vent, ou
-que ces hommes sont faiblement abrités.
-
-Les boîtes de mitraille se composent d'une boîte cylindrique de
-fer-blanc dont la base a le diamètre du boulet et qui contient de
-petites balles; la longueur de la boîte est déterminée par un tarif. La
-portée de cette mitraille est à-peu-près celle des grappes de raisin;
-mais ces petites balles, après leur échappement, ont encore moins
-d'action que les biscaïens; elles ne peuvent être efficaces que contre
-des embarcations ou contre des hommes entièrement à découvert.
-
-La charge se compose d'une gargousse, d'un ou de deux projectiles, et
-d'un valet.
-
-La gargousse est un sac du calibre de la pièce, et dans lequel est
-contenu la poudre destinée à faire l'explosion; cette quantité de poudre
-est réglée ainsi qu'il suit: pour éprouver un canon, la moitié du poids
-du boulet de même calibre; pour le combat, le tiers dudit poids; pour
-salut ou pour signaux, le quart. Quand les pièces doivent rester
-chargées, on met sur la gargousse un valet qui est attaché à cette
-gargousse, pour pouvoir la retirer facilement, s'il y a lieu. La charge
-de la caronade pour le combat est de 1/9 du poids du boulet, et pour
-salut le 1/12; celle du pierrier est le 1/5, et celle de l'espingole le
-1/10.
-
-Les gargousses aujourd'hui ne sont plus ordinairement préparées à bord
-des bâtimens; ceux-ci les reçoivent du magasin, conformément au
-réglement, et la poudre qui est ainsi préparée et délivrée par les
-magasins, s'appelle l'apprêtée.
-
-Lorsqu'une pièce a tiré plusieurs fois de suite, elle s'échauffe, la
-presque totalité de la poudre s'embrase, et l'on en diminue alors par
-précaution la quantité; c'est ce qu'on appelle saigner la gargousse;
-ainsi l'on conserve à-peu-près la même portée qu'auparavant, l'on
-préserve la pièce du danger d'éclater, et les affûts ainsi que les
-bâtimens sont moins fatigués.
-
-On met dans les canons, un, deux ou trois projectiles. Ce dernier cas
-doit être fort rare et peu répété tout de suite, car il y aurait danger
-que le canon n'éclatât; d'ailleurs la portée se trouvant par là
-très-diminuée, on ne doit l'employer que de fort près et sur un ordre
-supérieur.
-
-Il y a toujours inconvénient à charger un canon avec deux projectiles de
-différente espèce, à cause de l'inégalité des portées; mais alors en se
-réglant sur la différence des vitesses de ces projectiles, on introduit
-le boulet ramé avant le boulet rond, et de même la boîte de mitraille,
-ou la grappe de raisin avant le boulet ramé. La brague des caronades
-devant être très-ménagée, on ne doit charger ces pièces avec deux
-projectiles que rarement, et pour ainsi dire jamais avec trois.
-
-Au surplus, quand on traitera de l'exercice, on indiquera plus
-particulièrement quelle est exactement la manière de procéder pour
-charger une pièce.
-
-
-_Remarques._
-
-Ceux qui ont écrit sur la portée des charges à plusieurs projectiles ne
-sont nullement d'accord sur leur résultat et leur emploi. Nous allons
-rapporter quelques expériences.
-
-Dans les épreuves exécutées en France en 1783, deux boulets ronds de 36
-lancés à la fois par 12 livres de poudre, sous un angle de projection de
-17°, ont porté à 1,200 toises; et dans les mêmes circonstances la portée
-d'un boulet de même calibre, tiré seul, fut de 1,450 toises.
-
-La portée de deux boulets ronds de 24, lancés par 8 livres de poudre
-sous le même angle de 17°, a été de 1,090 toises, et celle d'un seul
-boulet de 24, de 1,360 toises. Les canons des autres calibres en usage
-dans la marine, tirés alternativement aussi avec un et deux boulets,
-ont offert des résultats analogues, et confirmés d'ailleurs par des
-épreuves de même nature, qui furent exécutées en Angleterre en 1793.
-
-La divergence des boulets tirés ensemble paraît très-fondée lorsque le
-but est éloigné; ainsi on ne doit pas les permettre au-delà de 300
-toises. Mais de très-près, et lorsqu'on tire sur des navires offrant par
-leur gréement et leur voilure une grande surface, il est assurément
-très-avantageux de tirer deux boulets au lieu d'un, surtout s'ils sont
-de gros calibre; car non-seulement ils auront la force de traverser les
-murailles les plus épaisses, et ils feront deux trous au lieu d'un, mais
-encore chacun d'eux enlèvera plus d'éclats.
-
-En outre, lorsqu'on est à bout portant, comme dans certains passages à
-poupe, ou dans l'instant d'un abordage, il convient extrêmement de
-charger tous les canons avec trois projectiles, dirigeant ceux du petit
-calibre contre les bastingages, et les autres contre la partie du navire
-ennemi dont l'élévation correspond à la leur[3].
-
- [3] De Montgéry, règles de pointage.
-
-Des expériences faites à Brest prouvent que les balles de nos fusils de
-munition, avec leur charge de poudre accoutumée, et tirées de 20 à 50
-toises de distance, possèdent plus que la force nécessaire pour
-traverser les bastingages les plus épais qui se trouvent généralement à
-bord des bâtimens[4]. Or trois boulets d'une livre lancés par 6 onces de
-poudre, étant animés chacun d'une plus grande quantité de mouvement que
-les balles susdites, et pouvant s'enfoncer davantage dans un corps
-solide, traverseront, à plus forte raison, avec une extrême facilité
-toute espèce de bastingage usité. Les boulets d'une livre sont au reste
-les plus petits qu'on emploie à bord des navires français; ce sont ceux
-de pierriers. Donc aussi les boulets des autres bouches à feu peuvent
-être tirés avec succès trois à la fois contre les bastingages, et même
-contre la muraille des gaillards, qui a rarement plus de 8 à 10 pouces
-d'épaisseur[4].
-
- [4] Procès-verbal de ces expériences.
-
-Si la divergence des boulets ronds tirés ensemble est considérable, elle
-l'est encore bien davantage si la charge se compose d'un boulet rond et
-d'un boulet ramé. Voici ce que dit à ce sujet M. Cornibert:
-«J'assurerai que pendant deux ans que j'ai été inspecteur de la fonderie
-de Nevers, il a été tiré plus de deux mille coups de canon à plusieurs
-boulets ronds et ramés pour épreuves ordinaires et extraordinaires des
-bouches à feu fabriquées dans cet établissement. Les canons et caronades
-placés sur des traîneaux et plateaux très-solides, reposant sur la
-terre, quelquefois molle, dans toute leur longueur, étaient pointés,
-avec tout le soin possible, contre une butte distante de 150 toises au
-plus du lieu de départ des boulets, et d'ailleurs assez large pour
-n'être jamais manquée dans le tir ordinaire. Malgré toutes les
-précautions prises et la régularité du pointage, que quelquefois j'ai
-fait rectifier avec un cordeau, la moitié et plus des boulets manquait
-la butte; un boulet frappait au pied, tandis que l'autre allait frapper
-plus loin, en passant par-dessus. Ces irrégularités ne pouvaient
-certainement être occasionnées que par le choc de projectiles l'un
-contre l'autre dans la pièce en en sortant. Aux épreuves à outrance, on
-s'est servi de boulets ramés, bien justes dans leurs dimensions,
-fabriqués soigneusement et avec du bon fer aux forges de Guérigny;
-presque tous se sont cassés sortant des pièces; rarement ils ont atteint
-la butte, et des morceaux ont été trouvés très-écartés à droite et à
-gauche de la direction du tir.»
-
-Au reste, l'emploi du boulet ramé doit être peu fréquent; mis dans la
-pièce avec un boulet rond, comme il s'abaisse davantage que celui-ci, à
-distances égales, il arrivera que si l'on veut endommager le gréement,
-le boulet rond passera par-dessus ou n'y fera que peu d'avaries en ne
-rencontrant que des manoeuvres élevées; que si au contraire le boulet
-rond rencontre les bas mâts et les basses vergues, le boulet ramé
-rencontrera la coque qu'il est incapable de traverser.
-
-La charge composée d'un boulet et d'un paquet de mitraille est sujette
-aux mêmes inconvéniens et ne doit être employée que de très-près.
-
-La charge à double projectile avec boulets ronds ne doit pas être
-employée au-delà de 300 toises; et celles composées d'un boulet rond et
-d'une mitraille, ou un boulet ramé, au-delà d'une encâblure.
-
-Ce n'est qu'à très-petites distances qu'on peut espérer de tirer un
-parti avantageux de doubles charges des caronades, et on ne peut
-continuer long-temps à s'en servir sans craindre la rupture presque
-certaine de la brague.
-
-On ne doit jamais commencer le feu avec des caronades sans avoir
-préalablement passé la fausse brague.
-
-
-
-
-CHAPITRE III.
-
-_Emplacement des Canons et de leurs projectiles, à bord._
-
-
-C'est au sabord des bâtimens que les canons sont placés, amarrés et
-manoeuvrés. Une décision du 18 septembre 1828 en a réglé le nombre par
-batterie, ainsi qu'il suit:
-
- +==============+=============+=============+=============+
- | RANG | 1re | 2e | 3e |
- | des | BATTERIE. | BATTERIE. | BATTERIE. |
- | BATIMENS. | | | |
- +--------------+-------------+-------------+-------------+
- | | | | |
- | Vaisseau de | 32 canons | 34 canons |34 caron. |
- | 1er rang. | de 30 longs.|de 30 courts.| de 30. |
- | | | | |
- | Vaisseau de | 32 canons | 34 canons | » |
- | 2e rang. | de 30 longs.|de 30 courts.| |
- | | | | |
- | Vaisseau de | 30 canons | 32 canons | » |
- | 3e rang. | de 30 longs.|de 30 courts.| |
- | | | | |
- | Vaisseau de | 28 canons | 30 canons | » |
- | 4e rang. | de 20 longs.|de 30 courts.| |
- | | | | |
- | Frégate de | 30 canons | » | » |
- | 1er rang. | de 30 longs.| | |
- | | | | |
- | Frégate de | 28 canons | » | » |
- | 2e rang. | de 24 longs.| | |
- | | | | |
- | Frégate de | 28 canons | » | » |
- | 3e rang. | de 18 longs.| | |
- | | | | |
- | Corvette {20c. de 30 l.| » | » |
- | à gaillards. { 4c. de 18 l.| | |
- | | | | |
- | Corvette | | | |
- | sans | id. | » | » |
- | gaillards. | | | |
- +==============+=============+=============+=============+
-
- +==============+====================+=========+======================+
- | RANG | |Total des|Et plus pour dunettes,|
- | des | GAILLARDS. |bouches | hunes |
- | BATIMENS. | |à feu. | et embarcations. |
- +--------------+--------------------+---------+----------------------+
- | | | | |
- | | | { 1 caronade de 18. |
- | Vaisseau de |16 caronades de 30. | 120 { 1 id. de 12. |
- | 1er rang. | 4 canons 18 longs. | { 4 pierriers. |
- | | | { 8 espingoles. |
- | | | | |
- | Vaisseau de |30 caronades de 30. | 100 | id. |
- | 2e rang. | 4 canons 18 longs. | | |
- | | | | |
- | Vaisseau de | 24 caronades de 30.| 90 | id. |
- | 3e rang. | 4 canons 18 longs. | | |
- | | | | |
- | Vaisseau de | 20 caronades de 30.| 82 | id. |
- | 4e rang. | 4 canons 18 longs. | | |
- | | | | |
- | Frégate de |28 caronades de 30. | 60 | id. |
- | 1er rang. | 2 canons de 18 | | |
- | | longs. | { 2 caronades de 12. |
- | Frégate de |22 caronades de 24. | 52 { 4 pierriers. |
- | 2e rang. |2 canons de 18 | { 8 espingoles. |
- | | courts. | | |
- | Frégate de |16 caronades de 30. | 46 | id. |
- | 3e rang. | 2 canons de 18 | | |
- | |courts. | | |
- | | | { 1 caronade de 12. |
- | Corvette |8 caronades de 30. | 32 { 4 pierriers. |
- | à gaillards. | | { 6 espingoles. |
- | | | | |
- | Corvette | | | |
- | sans | » | 24 | id. |
- | gaillards. | | | |
- +==============+====================+=========+======================+
-
-Chaque canon s'installe au sabord, de manière que les flasques ou le
-croissant de l'affût touchent la muraille; alors la volée sort au dehors
-de tout ce dont elle excède l'épaisseur de la muraille. Tenu en cette
-position par les palans de côté, dont les courans sont fixés par un
-simple tour au bouton de culasse, le canon est dit être au sabord ou en
-batterie, et amarré à garans simples. C'est l'amarrage de beau temps,
-mais il en est de plus solides pour d'autres circonstances dont nous
-parlerons plus loin.
-
-L'ouverture du sabord permet de pointer ou de diriger l'axe du canon à
-18 ou 20°, à droite ou à gauche de la ligne du travers. Sans coussin ni
-coin de mire, cet axe peut s'élever d'environ 14° au-dessus de
-l'horizon, et avec coussin et coin de mire s'abaisser d'à-peu-près 6 à
-7°.
-
-Quant aux caronades, elles sont présentées au sabord comme les canons;
-mais, ainsi que nous l'avons dit, elles y sont en ce moment retenues à
-bragues fixes; mais dans les mauvais temps on y ajoute quelques
-aiguillettes. Leur pointage peut aller de 28° à droite ou à gauche de la
-ligne du travers; leur axe peut s'élever au-dessus de l'horizon de 13°
-avec la vis et de 16° sans la vis; il peut s'abaisser au-dessous de 5°
-avec la vis, et de 14 avec le coin de mire.
-
-Il y a confusion et perte de temps à tenir dans les soutes les objets
-nécessaires pour la manoeuvre et le service des pièces; il est
-aujourd'hui reconnu que les objets doivent être en grande partie dans
-les batteries ou près des canons: prescrire à cet égard des dispositions
-uniformes pour tous les temps et tous les bâtimens, serait cependant
-d'une exécution presque impossible; mais le principe étant adopté, il
-suffit d'indiquer celles que l'on croit bonnes, ou qui sont le plus en
-usage.
-
-Chaque pièce est numérotée par batterie et en commençant par l'avant;
-chaque objet principal l'est aussi comme la pièce à laquelle il
-appartient. Dans les batteries couvertes, la boîte à capsules ou à
-étoupilles est placée au milieu du dessus du sabord. Le gargoussier est
-maintenu à gauche et près du sabord. La baille de combat (et son
-faubert) est accrochée, l'ouverture contre la muraille, à gauche de sa
-pièce, à mi-distance des deux sabords. L'écouvillon et le refouloir sont
-élongés de chaque côté du barrot placé au-dessus de la pièce. Le fanal
-de combat est mis comme en un étui dans un seau à incendie dont chaque
-pièce est pourvue; l'un et l'autre sont ainsi accrochés au pont
-supérieur contre la muraille, dans l'intervalle de deux canons voisins;
-quand ces fanaux servent, on les suspend au pont, dans l'intérieur, par
-rapport à l'alignement des affûts en les faisant correspondre au milieu
-de l'espace qui existe entre deux pièces. Dans toutes les batteries la
-pince est à droite de l'affût et l'anspect à gauche, sur des supports en
-fer en dehors des flasques; on peut aussi les engager sur les essieux
-entre les flasques et les roues, ou même les mettre sur l'entretoise. Le
-coussin et le coin de mire sont entre les flasques et sous la culasse.
-Les platines restent toujours adaptées aux pièces; elles sont garnies de
-leurs couvre-platines. Enfin les tire-bourre et cuillères sont disposés
-comme les écouvillons et refouloirs; mais il n'y en a qu'un de chaque
-espèce pour une division de quatre pièces.
-
-Une partie des projectiles et valets est dans la cale, et l'autre sur le
-pont. Un certain nombre de boulets ronds sont à gauche de chaque pièce,
-sur le pont, et retenus par un cercle de gros cordage garni de pommes;
-on peut y ajouter quelques crampes pour maintenir ce cercle sur le pont
-au roulis. D'autres boulets ronds sont placés autour des hiloires,
-panneaux, ou en d'autres lieux pareils, en tel nombre qu'il y ait
-toujours, en tout, un approvisionnement de vingt de ces projectiles par
-pièce, dans la batterie.
-
-Les boulets ramés au nombre de cinq, et les grappes de raisins au même
-nombre, dont chaque pièce est pourvue dans la batterie, sont accrochés
-régulièrement le long de la muraille, à quelques pouces au-dessus du
-pont. S'il y a des caisses de boîtes de mitraille à bord, elles restent
-dans la cale, et, en cas de combat, on monte une de ces caisses pour
-chaque pièce.
-
-Les valets, au nombre de huit à douze par pièce, sont liés ensemble en
-forme de plateau rond que l'on place quelquefois dans la baille,
-quelquefois contre le bord, ou même en forme de chapelet autour de la
-naissance de la volée.
-
-Les armes d'abordage destinées aux chefs et servans peuvent encore être
-pareillement disposées avec symétrie et goût, près des pièces ou aux
-environs.
-
-
-_Remarques._
-
-Non-seulement les objets nécessaires au service des pièces doivent être
-autant que possible dans les batteries, afin que les branle-bas de
-combat se fassent avec plus de promptitude; mais il faut y déposer
-encore les objets de rechange dont on peut avoir besoin pendant le
-combat, afin de ne pas être obligé de distraire des servans pour aller
-les chercher à la sainte-barbe pendant l'action.
-
-Les bragues de rechange pour canons peuvent, dans les batteries, se
-placer sur la face avant ou arrière des baux où on les retient par des
-bouts de tresse cloués. Pour les caronades on doit en avoir de disposées
-dans la tuque d'arrière ou dans les coffres d'armes.
-
-Les affûts de rechange ne doivent pas être exposés aux boulets de
-l'ennemi, comme cela arrive quelquefois, mais placés de manière qu'on
-puisse les transporter avec la plus grande célérité lorsque le besoin
-s'en fait sentir.
-
-Les parcs à boulets pratiqués contre le bord, et autour des hiloires des
-panneaux, ne suffisant pas pour contenir les 20 boulets que chaque
-pièce doit avoir dans sa batterie, on y supplée par des parcs en corde;
-mais comme il est difficile de les maintenir au roulis et que les
-crampes qui les fixent endommagent les ponts, on pratique plus
-ordinairement deux parcs volans situés dans les batteries basses, le
-premier entre le cabestan et le panneau de la cale au vin, le second en
-arrière du panneau de l'avant. Dans les batteries hautes, le premier
-entre le cabestan et le panneau de la cale au vin, et le second sur
-l'arrière des cuisines. Pour les gaillards on peut placer une grande
-quantité de projectiles entre les drômes.
-
-Comme il est désirable d'avoir un même nombre de valets que de
-projectiles, et que les sacs à valets disposés contre le bord n'en
-contiennent pas une assez grande quantité, on peut, sans encombrement, y
-suppléer en se servant de valets en herseaux, dont deux ou trois
-douzaines, passés dans un bout de filin, sont suspendus contre le bord.
-
-L'appareil nécessaire pour changer un affût brisé doit être disposé dans
-l'entre-pont, auprès du grand panneau; ce panneau étant le seul qui
-reste ouvert pendant le combat pour le passage des blessés.
-
-
-
-
-CHAPITRE IV.
-
-_Exercice du Canon d'un bord et par temps._
-
-
-L'exercice du canon est supposé précédé du commandement de branle-bas de
-combat.
-
-A ce commandement, les derniers servans de droite vont chercher les
-objets qui ne sont pas habituellement dans les batteries, comme sacs,
-tabliers, platines de rechange, etc.
-
-Les pourvoyeurs vont chercher (et allumer si c'est l'exercice à feu que
-l'on va faire) le boute-feu destiné à être mis dans la baille de combat,
-ainsi que les cornes d'amorces qui doivent être suspendues à portée.
-
-Le chef de pièce et les servans se rendent à leurs canons. Le chef
-s'équipe de la boîte à capsules qu'il attache devant lui, du doigtier
-destiné pour le pouce gauche, de l'épinglette et du dégorgeoir qu'il
-suspend à sa ceinture; le dernier servant de droite arrive avec son
-tablier, et il prend place ainsi que le pourvoyeur. Enfin chacun se met
-à son poste ainsi qu'il est prescrit par le rôle de combat, et suivant
-les dispositions et l'ordre établis à bord.
-
-Les deux derniers servans de gauche élongent le palan de retraite; le
-dernier l'accroche à la boucle du pont en arrière de la pièce, et
-l'autre à la croupière de l'affût. Les autres servans disposent pour
-l'exercice le canon, qui est supposé chargé et amarré à garans simples.
-
-Le chargeur qui est le premier servant de droite, place l'écouvillon et
-le refouloir sur le pont, la tête tournée du côté de la culasse; les
-troisièmes servans de droite et de gauche élongent la pince et l'anspect
-dans le sens de la pièce, en dehors des roues et le gros bout tourné du
-côté de la muraille.
-
-Le premier servant de gauche met la baille de combat également sur le
-pont, ainsi que le seau à incendie, qui sont munis d'eau par les autres
-servans, si l'ordre en est donné, et ils disposent le fanal s'il y a
-lieu. Enfin le pourvoyeur se saisit du gargoussier.
-
-Le but qu'on se propose en faisant l'exercice est d'enseigner la manière
-de procéder avec uniformité pour démarrer, pointer, tirer, recharger le
-canon pour le remettre en batterie; et il ne sera question ici que des
-moyens mécaniques par lesquels on y parvient. Les règles du pointage
-sont fondées sur des considérations trop élevées pour trouver place dans
-cette section, qui est principalement destinée à l'instruction des
-servans.
-
-La description de l'exercice se divise par commandemens, et chaque
-article contient 1º le commandement, 2º l'explication par temps, qui est
-donnée par celui qui commande l'exercice et qui est suivie de
-l'exécution, laquelle ne commence qu'après le nouveau commandement
-d'action; 3º les observations qui indiquent ce qu'il peut être
-nécessaire d'ajouter ou de modifier, suivant les circonstances.
-
-_ÉTAT des hommes nécessaires pour le service d'un canon._
-
- +===============+=======+=======+=======+=======+=======+=======+
- | EMPLOIS. |Calibre|Calibre|Calibre|Calibre|Calibre|Calibre|
- | | de 36.| de 30.| de 24.| de 18.| de 12.| de 8. |
- +---------------+-------+-------+-------+-------+-------+-------+
- | Chef de pièce | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 |
- | Servans | 12 | 10 | 10 | 8 | 8 | 4 |
- | Pourvoyeurs | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 |
- | +-------+-------+-------+-------+-------+-------+
- | TOTAUX | 14 | 12 | 12 | 10 | 10 | 6 |
- +===============+=======+=======+=======+=======+===============+
-
-
-_Roulement._
-
-Le roulement indique qu'on va commencer l'exercice et qu'il faut
-observer le plus grand silence. Toute parole inutile est sévèrement
-interdite, soit pendant l'exercice, soit devant l'ennemi. Les chefs de
-pièces font face au sabord; les servans font face à leurs pièces, et
-s'alignent sur les deux premiers servans; tous se serrent à bord, de
-manière que les coudes s'affleurent, la tête haute, l'oeil dirigé du
-côté du chef, les pieds sur le même alignement, le corps d'aplomb, les
-bras pendans, les mains dans les rangs, ouvertes et à plat sur les
-cuisses. A la fin du roulement, chacun reste immobile.
-
-A défaut de tambour, on y supplée par le commandement de roulement, et
-l'on termine le mouvement par celui-ci: fin de roulement.
-
-
-1er COMMANDEMENT.
-
-_Détapez, démarrez vos canons!_
-
-_Un temps._
-
-_Explication._ Le premier servant de droite détape le canon et place la
-tape contre le bord derrière lui. Le chef de pièce, aidé des servans
-placés près de lui, démarre le canon et l'assujettit contre le bord, en
-passant au collet du bouton de culasse un tour de chaque garant qu'il
-fait tenir par les deuxièmes servans de droite et de gauche; puis il ôte
-le couvre-lumière et le passe au troisième servant de droite, qui le met
-près du bord en arrière des servans.
-
-_Action!_
-
-_Observations._ Si le roulis ou l'inclinaison du bâtiment n'est pas
-assez considérable pour déranger l'affût lorsqu'il est au sabord, il est
-inutile de le maintenir par les palans de côté; alors les garans restent
-élongés sur le pont, hors de la direction des roues. Dans tous les cas,
-les bouts sont cueillis par les avant-derniers servans de droite et de
-gauche, en dehors des files de servans et par le travers de la culasse;
-ils sont ainsi bien parés à se filer d'eux-mêmes au recul.
-
-S'il y a du roulis, ou si l'on est à la bande sur l'autre bord, le chef
-fait maintenir la pièce jusqu'au commandement de feu; mais auparavant il
-doit avoir l'attention de faire mettre, en dessous, le garant du côté où
-il prévoit que la culasse devra être jetée pour pointer.
-
-
-2me COMMANDEMENT.
-
-_Dégorgez, amorcez!_
-
-_Un temps._
-
-_Explication._ Le chef de pièce prend le dégorgeoir de la main droite;
-il perce la gargousse, et s'assure au mouvement du poignet et à la
-longueur de la sonde, que la gargousse est percée; il arme[5] la
-platine, ouvre ensuite la boîte à capsules (ou à étoupilles si la
-platine est à pierre), en prend une, referme la boîte, et il introduit
-cette capsule dans la lumière en la pressant fortement avec le pouce.
-
- [5] On prescrit d'armer avant d'amorcer, de crainte que le marteau en
- s'échappant ne fasse partir le coup. Par le même motif, il faut
- retirer la capsule, dans le cas où il y aurait lieu à désarmer la
- platine.
-
-_Action!_
-
-_Observations._ Si l'on manque de capsules (ou d'étoupilles), ou si la
-platine est démontée et qu'elle ne puisse être remplacée, le chef se
-fait donner la corne d'amorce par le servant le plus à portée qu'il
-désigne, et il amorce la pièce en introduisant de la poudre dans la
-lumière avec l'épinglette qu'il tient de la main gauche, ayant soin de
-ne pas laisser engorger la lumière; il remplit de poudre le champ de
-lumière, et en prolonge une traînée, autant qu'il le peut, du côté où on
-doit mettre le feu. Il s'assure ensuite que la corne d'amorce est bien
-fermée, et il la prend à deux mains pour écraser la partie de la poudre
-qui doit être allumée par le boute-feu; puis il ôte avec le plat de la
-main gauche le pulverin (ou poussière de poudre) qui peut s'être attaché
-à la corne; il la capelle par-dessus l'épaule gauche, il la place
-derrière lui, le petit bout du côté gauche, et il met le couvre-lumière
-qu'il se fait donner par le troisième servant de droite.
-
-Si la platine était à pierre, il agirait de même, mais il ne devrait pas
-oublier de remplir le bassinet de poudre et de le refermer ensuite[6].
-
- [6] D'après les expériences faites sur les platines et moyennant
- celles de précaution qui sont dans les batteries, l'emploi du
- boute-feu doit être fort rare.
-
-
-3me COMMANDEMENT.
-
-_Pointez!_
-
-_Trois temps._
-
-_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce se place à droite du
-palan de retraite, le pied gauche en avant et à plat, le genou plié, la
-jambe droite allongée; la main gauche sur la plate-bande de culasse, et
-la main droite à la poignée du coin de mire; les troisièmes servans,
-aidés par les quatrièmes pour les gros calibres (ceux de 24 et
-au-dessus), prennent les pinces et anspects, les placent sur les adents
-de l'affût, et ils élèvent ou abaissent la culasse au commandement du
-chef de pièce, jusqu'à ce que le canon soit au point convenable,
-c'est-à-dire que la ligne de mire soit, autant que possible, dirigée sur
-le point où l'on doit viser lorsque le bâtiment est dans une position
-moyenne à ses balancemens de roulis.
-
-_Action!_
-
-_Deuxième temps._ Les mêmes servans embarrent aux flasques pour diriger
-la pièce à droite ou à gauche; le chef décapelle les garans, il en
-charge les derniers servans aidés par ceux qui ne sont pas occupés au
-pointage, pour que tous contiennent la pièce au sabord; puis il prend de
-la main droite le cordon de la platine, et il se porte vivement en
-arrière au-delà du recul du canon. Il vise en s'inclinant et en mettant
-dans le même alignement son oeil, le point le plus élevé de la culasse,
-et le point le plus élevé de la volée.
-
-_Action!_
-
-_Troisième temps._ Le chef fait le commandement _à postes!_ auquel les
-servans, chargés de pinces et anspects, les retirent de dessous les
-flasques, viennent reprendre leur alignement, et les tiennent le bout
-posé sur le pont, de manière que les roues de l'affût ne puissent passer
-dessus en cas de recul de la pièce.
-
-_Action!_
-
-_Observations._ Lorsque celui qui commande l'exercice commande de
-pointer en belle, le chef de pièce fait endenter la pince et l'anspect
-entre les adents de l'affût et la culasse, et il les fait ensuite
-embarrer sous l'affût jusqu'à ce que la pièce soit horizontale et
-perpendiculaire au seuillet du sabord.
-
-Pour le commandement d'en plein bois, il faut, par les mêmes moyens, que
-la pièce soit pointée de telle sorte que le boulet frappe au milieu de
-la hauteur de ce qui paraît de la coque de l'ennemi, et le plus possible
-dans le voisinage du grand mât.
-
-De même, pour pointer en arrière, il faut porter la culasse en avant;
-pour pointer en avant, il faut porter la culasse en arrière; à démâter,
-il faut diriger la ligne de mire de manière que le boulet frappe la
-mâture, particulièrement celle de misaine, mais pas plus haut que le
-trelingage. A couler bas, il faut diriger la ligne de mire de telle
-sorte que le boulet frappe la ligne de flottaison. Enfin s'il n'y a pas
-d'ordre, les chefs de pièces pointeront tous de manière à frapper à la
-position présumée de la roue, ou en cas d'impossibilité, vers le point
-qui en est le plus rapproché; il peut en résulter un feu concentré qui
-peut être fort efficace.
-
-Si la bande est trop forte pour que le chef puisse pointer assez haut,
-on a la ressource d'ôter les roues de l'arrière, mais ce ne peut être
-sans que le chef de la batterie en ait été averti: lui seul peut en
-donner l'ordre, après avoir pris ceux du commandant du bâtiment, qui
-pourrait préférer de prendre une autre position.
-
-
-4me COMMANDEMENT.
-
-_Feu!_
-
-_Deux temps._
-
-_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce attend que les mouvemens
-du navire amènent la ligne de mire dans la direction du point où l'on
-doit viser; et quand il le voit près d'arriver, il l'indique par un
-signal, puis il fait feu en donnant un coup de poignet sec au cordon de
-la platine.
-
-A ce signal du chef de pièce, les servans chargés des garans de palans,
-les laissent tomber hors de la direction des roues; ceux qui ont en main
-la pince et l'anspect, les posent sur le pont; tous les servans, à
-l'exception des premiers de droite et de gauche, se portent vivement au
-palan de retraite pour l'embraquer au recul, et même le palanquer si le
-canon n'est pas assez rentré. Le premier servant de droite prend la
-pince par le gros bout pour caler les roues, dès que l'affût n'est plus
-au sabord; il doit aussi parer les palans et la brague avec le premier
-servant de gauche; et le dernier servant de gauche fait une demi-clef
-sur le palan de retraite.
-
-_Action!_
-
-Deuxième temps. Les troisièmes servans de droite et de gauche, aidés par
-les quatrièmes pour les gros calibres, prennent la pince et l'anspect,
-embarrent sous la culasse qu'ils élèvent pour que le chef place le
-coussin et le coin de mire, de manière à mettre la pièce à même d'être
-chargée; les autres servans rouent les garans des palans de retraite et
-de côté; l'anspect est remis à sa place, la pince en travers des roues,
-et chacun reprend son poste.
-
-_Action!_
-
-_Observations._ Si la capsule ne prend pas, le chef la retire et en met
-une nouvelle. Si l'on se sert d'une étoupille et que le coup ne parte
-pas, il faut laisser éteindre le feu de l'étoupille avant de
-s'approcher de la pièce pour la remplacer; il en est de même quand on a
-amorcé avec de la poudre. Lorsque la lumière ne fume plus, le chef de
-pièce et le servant chargé du vieux linge s'avancent vers la pièce; le
-premier pour dégorger, amorcer s'il y a lieu, et l'autre pour nettoyer
-la platine. Le chef rectifie toujours son pointage avant de remettre le
-feu à sa pièce, et il agit ensuite comme il a été dit au 4me
-commandement.
-
-S'il est tombé quelque parcelle d'étoupille, capsule allumée, ou poudre,
-sur le pont, il faut les mouiller avec le faubert.
-
-Quand, par la position du vaisseau lors du tir, on craint que la
-violence du recul n'aille jusqu'à briser la poulie du palan de retraite,
-il faut décrocher ce palan et le parer de manière qu'on puisse le
-recrocher aussitôt que le coup est parti.
-
-Lorsque les platines seront démontées et qu'elles ne pourront pas être
-remplacées, on mettra le feu à la pièce à l'aide du boute-feu. Alors le
-dernier servant de gauche saisit le pied du boute-feu de la main droite,
-il en prend la tête de la main gauche, il se place vis-à-vis de la
-lumière faisant face au sabord, il se baisse pour souffler la mèche,
-bien au-dessous de la hauteur de la lumière; il la porte ensuite à
-quatre doigts de la plate-bande de culasse, pour faire feu au
-commandement du chef; ce qu'il exécute en portant la mèche à l'amorce,
-de manière que le boute-feu ne soit pas au-dessus de la lumière.
-
-
-5me COMMANDEMENT.
-
-_Bouchez la lumière; écouvillonnez!_
-
-_Deux temps._
-
-_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce prend le dégorgeoir de la
-main droite et l'enfonce dans la lumière pour voir si elle est dégagée;
-il la bouche bien ensuite avec le pouce de la main gauche, jusqu'à ce
-que la pièce soit chargée, ne l'ôtant que pendant les momens où il se
-sert de son dégorgeoir; le premier servant de droite se porte en même
-temps à la volée, en passant par-dessus les palans et brague; le
-deuxième servant lui remet l'écouvillon, qu'il enfonce dans la pièce.
-
-_Action!_
-
-Deuxième temps. Le premier servant de droite tourne plusieurs fois
-l'écouvillon dans le sens convenable pour faire prendre le tire-bourre,
-et il le retire en le tournant du même côté; il le pose sur la volée de
-la pièce, et il le secoue trois ou quatre fois en dévirant pour faire
-tomber les culots de gargousses et la crasse.
-
-Le chef de pièce passe le dégorgeoir dans la lumière pour s'assurer
-qu'elle est parée; si elle ne l'est pas, il fait écouvillonner de
-nouveau jusqu'à ce qu'elle soit dégagée, et il rebouche la lumière. En
-même temps, le servant chargé du tablier nettoie la platine, puis il
-reprend son poste.
-
-_Action!_
-
-_Observations._ Si le chef de pièce ne peut parvenir à parer la lumière,
-il en prévient l'officier ou le maître le plus à portée, qui la fait
-dégager par les canonniers porteurs des vrilles et vilebrequins.
-
-Il faut écouvillonner avec beaucoup de soin pour décrasser la pièce et
-pour en retirer tout ce qui peut s'y trouver d'étranger; il en résulte
-encore l'avantage que la lumière ne se trouve pas obstruée, et qu'aucun
-culot n'empêche la gargousse de se rendre au fond de l'âme.
-
-Il est bon de rafraîchir une pièce de temps en temps, par exemple quand
-elle a tiré huit ou dix coups. C'est à ce commandement qu'on le fait, en
-aspergeant l'écouvillon avec la main, avant de l'introduire dans l'âme,
-et en frottant en même temps la pièce avec un faubert mouillé.
-
-
-6me COMMANDEMENT.
-
-_Au refouloir!_
-
-_Un temps._
-
-_Explication._ Le premier servant remet l'écouvillon au second; il
-reçoit de lui le refouloir, dont il place le bouton sur la tête de
-l'affût, et tient la hampe des deux mains. Si c'est du calibre de 12 et
-au-dessous, il change l'écouvillon en refouloir, lequel se trouve sur la
-même hampe.
-
-_Action!_
-
-_Observation._ Pour changer l'écouvillon en refouloir, et
-réciproquement, il faut appuyer le milieu de la hampe sur la volée, et
-diriger le côté de l'écouvillon de manière à passer en dessus.
-
-
-7me COMMANDEMENT.
-
-_La gargousse dans le canon; à la poudre!_
-
-_Un temps._
-
-_Explication._ Le premier servant de gauche fait un demi à gauche,
-reçoit du pourvoyeur la gargousse, qu'il place dans le canon, le culot
-le premier, la couture en dessous; le premier servant de droite
-l'enfonce jusqu'au fond du canon avec le refouloir. Il allonge le bras
-droit de toute sa longueur, en tenant la main gauche sur la volée du
-canon et le corps un peu incliné en avant, prêt à refouler. Dès que le
-pourvoyeur a remis la gargousse, il va en chercher une autre, ayant le
-gargoussier sous le bras gauche et la main droite sur son couvercle.
-
-_Action!_
-
-_Observations._ Quand les pièces sont échauffées, ou que les distances
-sont très-rapprochées, il peut arriver que l'on donne l'ordre de saigner
-les gargousses; mais cette besogne ne regarde nullement ni le chef de
-pièce, ni les servans, ni le pourvoyeur, qui doivent employer la
-gargousse telle qu'elle leur est donnée. Cet ordre ne peut venir que du
-commandant du bâtiment, et alors il s'exécute, soit dans la soute, soit
-dans tout autre lieu désigné, mais toujours par les soins de personnes
-également désignées, et qui ne font pas partie de l'équipage des pièces.
-Si le chargeur s'aperçoit que la gargousse se soit crevée en
-l'introduisant, il doit mettre alors un valet après la gargousse pour
-ramasser la charge au fond de la pièce.
-
-Le pourvoyeur doit éviter, en allant chercher la gargousse, de mettre
-dans ses mouvemens une précipitation qui pourrait le faire trébucher ou
-tomber. Quand il remet la gargousse au premier servant de gauche, il ne
-tient le gargoussier ouvert que le moins de temps possible, et à l'abri,
-s'il y a lieu, du feu de la pièce voisine; en ce moment il doit visiter
-son gargoussier, et s'il contient de la poudre échappée de la gargousse,
-il la renverse sur la baille.
-
-Si la pièce devait rester long-temps chargée, on mettrait en outre un
-valet entre la gargousse et le boulet. Sans cette précaution, si le
-boulet prenait du jeu, il pourrait, au roulis, comprimer trop fortement
-la poudre de la gargousse.
-
-
-8me COMMANDEMENT.
-
-_Refoulez!_
-
-_Un temps._
-
-_Explication._ Le premier servant de droite refoule trois coups et
-abandonne la hampe du refouloir en effaçant le corps.
-
-Le chef de pièce passe le dégorgeoir dans la lumière pour s'assurer que
-la gargousse est rendue; si elle ne l'est pas, il fait refouler de
-nouveau; si elle l'est, il fait un signal de la main, auquel le premier
-servant retire le refouloir, et en place le bouton sur la tête de
-l'affût; en même temps, le second servant de gauche se baisse vivement
-et prend un boulet qu'il remet au premier; il prend ensuite un valet.
-
-_Action!_
-
-_Observations._ Il est très-important que le chef de pièce ne débouche
-jamais la lumière sans s'être positivement assuré que le chargeur s'est
-effacé, et qu'il n'est plus devant la pièce, afin d'éviter, pendant ce
-temps, que l'explosion possible de la charge n'enlève le chargeur.
-
-Lorsque la mer est assez grosse pour obliger de fermer les sabords de la
-première batterie, aussitôt que le coup de canon est tiré, on doit
-mettre la volée à hauteur du hublot, afin de pouvoir y passer les hampes
-d'écouvillon et de refouloir, et charger par ce moyen.
-
-Si l'on est abordé par un vaisseau, de manière que les mouvemens des
-hampes de bois ne puissent avoir lieu, il faut y substituer des
-écouvillons et refouloirs à hampes de corde, lesquels sont réunis pour
-tous les calibres.
-
-On ne doit pas refouler plus de trois coups, parce que la gargousse doit
-être confectionnée de manière à se rendre assez facilement; que la
-poudre trop refoulée donnerait moins de portée au projectile, et qu'on
-pourrait faire adhérer au fond de l'âme le culot, qui, en y séjournant,
-nuirait à la charge suivante. Si la gargousse éprouvait d'ailleurs
-quelque difficulté à entrer, il faudrait, soit la retirer avec le
-tire-bourre, et la faire changer par le pourvoyeur dans le cas où elle
-serait défectueuse, soit écouvillonner et nettoyer de nouveau le canon,
-si l'obstacle provenait de son intérieur. La hampe du refouloir doit
-avoir une marque qui indique quand la gargousse est rendue.
-
-
-9me COMMANDEMENT.
-
-_Le boulet et le valet dans le canon!_
-
-_Explication._ Le premier servant de gauche met le boulet dans le canon,
-et l'empêche de tomber en plaçant la main droite devant la bouche de la
-pièce; il reçoit du second servant le valet, qu'il prend de la main
-gauche et qu'il place sur le boulet.
-
-Le premier servant de droite enfonce aussitôt le valet sur le boulet
-avec le refouloir; il s'assure qu'il est rendu par la longueur de la
-hampe, et il en rend compte au chef, par ces mots: _rendu, chef!_ Il
-allonge le bras droit de toute sa longueur, il tient la main gauche sur
-la volée et le corps incliné en avant prêt à refouler; le premier et
-second servant de gauche reprennent leur poste.
-
-_Action!_
-
-_Observations._ On ne met qu'un projectile dans le canon, à moins que le
-commandant n'en ordonne autrement; il donne l'ordre en même temps de
-saigner la gargousse ou d'employer celles qui sont préparées à l'avance
-et qui ne contiennent de poudre que le quart du poids du boulet. Les
-chefs de la batterie font bien connaître alors quel est l'ordre dans
-lequel les projectiles seront placés. Le valet ne se met qu'après le
-dernier de ces projectiles.
-
-Le premier servant de droite est spécialement chargé de veiller à ce que
-le boulet qui doit être introduit par le premier servant de gauche, ne
-tombe pas à la mer; ce n'est qu'autant qu'il en est sûr qu'il doit
-lui-même introduire le valet.
-
-Si le boulet ne peut pas entrer dans la pièce, il doit être remplacé et
-mis de côté pour être nettoyé par la suite; s'il s'arrête dans
-l'intérieur avant d'être rendu, on ne doit pas le forcer, mais le
-retirer, ce qui s'effectue en levant la culasse et lui donnant quelques
-secousses contre le seuillet du sabord, ou au moyen de la cuiller. On
-enlève ensuite avec l'écouvillon les culots ou débris qui s'opposent à
-son introduction. Si le valet éprouve trop de difficulté à entrer dans
-la pièce, on le remplace aussitôt, et le premier est donné aux autres
-servans pour qu'ils l'amoindrissent en le roulant sous les pieds, ou en
-le battant avec l'anspect en le roulant de nouveau pour l'arrondir. Les
-marques des hampes doivent être susceptibles d'être reconnues la nuit
-comme le jour.
-
-
-10me COMMANDEMENT.
-
-_Refoulez!_
-
-_Un temps._
-
-_Explication._ Le premier servant de droite refoule deux coups; il
-retire le refouloir et le passe au second, qui le pose sur le pont; le
-premier et second servant de droite reprennent leur poste.
-
-_Action!_
-
-
-11me COMMANDEMENT.
-
-_En batterie!_
-
-_Deux temps._
-
-_Explication._ Premier temps. Le premier servant de droite décale les
-roues et pose la pince à sa première place; puis avec le premier servant
-de gauche ils soutiennent les bragues, pour empêcher qu'elles ne
-s'engagent pendant le mouvement. Le dernier servant de gauche défait la
-demi-clef du palan de retraite et tient le garant pour filer à mesure
-que la pièce ira en batterie. Tous les autres servans se rangent sur les
-palans de côté.
-
-_Action!_
-
-_Deuxième temps._ Le chef de pièce commande palanquez! Tous les servans
-agissent ensemble pour mette la pièce en batterie droit au milieu du
-sabord, et aussitôt qu'elle y est, le chef a soin de l'assujettir, en
-passant un tour de chaque garant au collet du bouton. Les garans sont
-tenus par les deuxièmes servans de chaque côté.
-
-_Action!_
-
-_Nota._ Si l'on continue l'exercice, on reprendra au 2me commandement.
-Si on ne le continue pas, on le termine par le 12me commandement, dans
-lequel on suppose que l'amarrage est simple. S'il devait être d'un autre
-genre, il faudrait l'énoncer et le faire exécuter.
-
-_Observations._ Le dernier servant de gauche doit particulièrement
-veiller le roulis, afin de contretenir, quand il y a lieu, pour empêcher
-la pièce d'aller heurter le bord trop vivement, ce qui serait
-susceptible de déranger la charge.
-
-Dans un combat vergue à vergue, pour accélérer le tir dans le fort d'une
-action décisive, ou lorsque les servans sont fatigués ou réduits en
-nombre, on est quelquefois obligé de tirer la pièce sans la mettre en
-batterie; c'est ce qu'on appelle _à longueur de brague_. Il faut alors
-saupoudrer un faubert mouillé, ou tout autre corps pareil, de sable ou
-de cendre, et le faire servir à caler les roues de derrière pour
-soulager la brague dans l'effort qu'elle aura à supporter, et l'on y
-contribue encore en raidissant les palans de côtés. D'ailleurs le palan
-de retraite sera bien raidi, et même, au besoin, renforcé par son
-garant, que l'on fera passer plusieurs fois dans l'estrope de culasse,
-ainsi que dans la boucle du palan de retraite; la pince sera mise en
-travers des roues de l'avant pour contribuer avec ce palan à empêcher la
-pièce de se rendre au sabord. Il est alors plus essentiel que jamais de
-veiller aux accidens du feu.
-
-
-12me COMMANDEMENT.
-
-_Tapez, amarrez vos canons!_
-
-_Deux temps._
-
-_Explication._ Premier temps. Le troisième servant de droite remet le
-couvre-lumière au chef de pièce, qui l'amarre sur la culasse, et qui
-ensuite décapelle les palans et les fait tenir par les derniers servans;
-il fixe entre les flasques et les garans le mou de la brague qui est
-soutenue par le deuxième servant; il fait raidir les palans par tous les
-servans; il les arrête par un tour mort au collet du bouton, et en
-passant le double de chaque garant entre ce garant et la plate-bande de
-culasse, en dessus et en dessous.
-
-_Action!_
-
-_Deuxième temps._ Le premier servant de droite met la tape au canon, les
-autres servans rouent les palans, les amarrent le long des flasques, et
-mettent les attirails nécessaires à la manoeuvre, aux places où ils
-étaient auparavant. Le dernier servant de gauche décroche le palan de
-retraite et le place sur le canon. Les objets apportés des soutes, et
-qui ne sont pas susceptibles de rester dans les batteries, sont
-rapportés par les canonniers désignés pour ce service et par le
-pourvoyeur.
-
-_Action!_
-
-_Observations._ Si dans un combat il s'agissait d'amarrer les pièces
-momentanément pendant qu'on irait servir celles de l'autre bord, on les
-assujettirait, soit en batterie avec les palans de côté, soit au recul
-avec la pince mise en avant des roues et avec le palan de retraite
-amarré.
-
-Quand le roulis exige un amarrage plus solide, on laisse deux ou trois
-servans pour exécuter celui qui est prescrit, et ces servans retournent
-prendre poste de l'autre bord dès qu'il est fini.
-
-
-_Roulement!_
-
-Chacun prend son poste comme au commencement de l'exercice, et nul ne le
-quitte que lorsqu'on bat la breloque.
-
-
-EXERCICE DE LA CARONADE
-
-D'UN BORD ET PAR TEMPS.
-
-Le commandement de _branle-bas de combat_ s'exécute comme il a été dit
-pour le canon, si ce n'est que les caronades étant en ce moment à brague
-fixe, il n'y a point lieu à élonger le palan de retraite. La caronade
-est également supposée _chargée, et amarrée seulement par sa brague_.
-
-Pour une caronade d'un calibre quelconque, il ne faut que quatre hommes:
-un chef de pièce, un servant de droite chargeur, un servant de gauche
-fournisseur, et un pourvoyeur. Le chef se rend à sa pièce et s'équipe,
-ainsi qu'on l'a expliqué en parlant du canon; il visite les amarrages de
-brague, et il met le levier de pointage en place. Les deux servans vont
-chercher et disposent sur le pont, près de la muraille, les coins de
-mire, la pince et l'anspect (ces deux derniers alloués par deux
-caronades). Ils disposent ensuite la baille de combat, le seau à
-incendie et le fanal, comme on l'a vu précédemment. Le fournisseur porte
-le tablier garni, et le pourvoyeur se saisit du gargoussier. Celui-ci se
-place à gauche de la pièce faisant face au sabord et affleurant le
-fournisseur avec le coude.
-
-
-_Roulement!_
-
-Comme pour le canon.
-
-
-1er COMMANDEMENT.
-
-_Détapez vos caronades; démarrez le couvre-lumière!_
-
-_Un temps._
-
-_Explication._ Le chargeur ôte la tape de la caronade et la place contre
-le bord derrière lui. Le chef de pièce démarre le couvre-lumière, et il
-le place près du bord, en arrière du servant de droite.
-
-_Action!_
-
-
-2me COMMANDEMENT.
-
-_Dégorgez; amorcez!_
-
-_Un temps._
-
-_Explication._ (Comme au 2me commandement pour le canon.)
-
-_Observations._ (Comme au 2me commandement pour le canon.)
-
-
-3me COMMANDEMENT.
-
-_Pointez!_
-
-_Deux temps._
-
-_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce se place à droite du
-levier de pointage, le pied gauche en avant et à plat, le genou plié, la
-jambe droite allongée, la main gauche sur la plate-bande de culasse, et
-la main droite à la poignée du levier de pointage, de manière à élever
-ou à baisser la culasse, jusqu'à ce que la caronade soit au point
-convenable, c'est-à-dire que la ligne de mire soit, autant que
-possible, dirigée sur le point où l'on doit virer, lorsque le bâtiment
-est dans une position moyenne à ses balancemens de roulis.
-
-_Action!_
-
-_Deuxième temps._ Le chef de pièce prend de la main droite le cordon de
-la platine, et il se porte vivement en arrière au-delà du bout du levier
-de pointage; en même temps les servans s'en approchent pour diriger la
-caronade d'après le signal du chef, qui s'incline et vise, en mettant
-dans le même alignement son oeil, le point le plus élevé de la culasse
-et le point le plus élevé de la volée. Quand le pointage est fini, il
-fait le commandement _à postes!_ auquel les servans reprennent leur
-première position.
-
-_Action!_
-
-_Observations._ Lorsque celui qui commande l'exercice ordonne de pointer
-_en belle_, le chef de pièce fait mouvoir le levier et la vis, de
-manière à ce que la pièce arrive à être droite au sabord.
-
-Pour le commandement _d'en plein bois_ (comme aux 2me et 3me
-paragraphes des _observations_ au 3me commandement pour le canon.)
-
-Si la bande est trop forte pour que le chef puisse pointer sur l'ennemi,
-il a la ressource du coin de mire pour abaisser le pointage; et s'il
-veut l'élever, il démonte la vis.
-
-
-4me COMMANDEMENT.
-
-_Feu!_
-
-_Un temps._
-
-_Explication._ Le chef de pièce attend, etc. (Comme au 1er paragraphe de
-l'_explication_ du 4e commandement pour le canon.)
-
-_Observations._ (Comme aux 1er, 2me et 4me paragraphes des
-_observations_ du 4me commandement pour le canon.)
-
-
-5me COMMANDEMENT.
-
-_Bouchez la lumière, écouvillonnez!_
-
-_Deux temps._
-
-_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce prend le dégorgeoir de la
-main droite, et l'enfonce dans la lumière pour voir si elle est dégagée;
-il la bouche ensuite avec le pouce de la main gauche, jusqu'à ce que la
-pièce soit chargée, ne l'ôtant que pendant les momens où il se sert du
-dégorgeoir.
-
-Le servant de droite se porte vivement à la volée de la caronade, passe
-le corps et la jambe en dehors du seuillet du sabord, et pose le pied
-droit sur le taquet qui est disposé à cet effet; son pied gauche est
-appuyé en dedans.
-
-_Action!_
-
-_Deuxième temps._ Le servant de gauche prend l'écouvillon, et il le
-donne au servant de droite: celui-ci tourne plusieurs fois l'écouvillon,
-etc. (Comme aux 2me et 3me paragraphes des _explications_, et comme aux
-_observations_ du 5me commandement pour le canon.)
-
-
-6me COMMANDEMENT.
-
-_La gargousse dans la caronade; au refouloir; à la poudre!_
-
-_Un temps._
-
-_Explication._ Le servant de droite remet l'écouvillon au servant de
-gauche, qui le pose contre le bord et se tourne ensuite vivement du
-côté du pourvoyeur pour en recevoir la gargousse; il la donne au
-chargeur qui la place dans la pièce, le culot le premier, la couture en
-dessous; le servant de gauche remet l'écouvillon en place, prend le
-refouloir, le passe à celui de droite qui s'en sert pour enfoncer la
-charge jusqu'au fond de la caronade; il allonge le bras droit de toute
-sa longueur, ayant la main gauche sur la volée et le corps un peu
-incliné en avant, prêt à refouler. Dès que le pourvoyeur a remis la
-gargousse, il va en chercher un autre, ayant le gargoussier sous le bras
-gauche, et la main droite sur le couvercle.
-
-_Action!_
-
-_Observations._ (Comme au 7me commandement pour le canon.)
-
-
-7me COMMANDEMENT.
-
-_Refoulez!_
-
-_Un temps._
-
-_Explication._ Le servant de droite refoule trois coups et abandonne la
-hampe du refouloir en effaçant le corps.
-
-Le chef de pièce passe le dégorgeoir dans la lumière pour s'assurer que
-la gargousse est rendue; si elle ne l'est pas, il fait refouler de
-nouveau; si elle l'est, il fait un signal de la main auquel le servant
-retire le refouloir et le passe au servant de gauche, qui le pose et
-prend vivement un boulet.
-
-_Action!_
-
-_Observations._ Il est très-important, etc. (Comme au 1er paragraphe des
-_observations_ du 8me commandement pour le canon.)
-
-On ne doit pas refouler plus de trois coups, etc. (Comme au 4me
-paragraphe des _observations_ du 8me commandement pour le canon.)
-
-
-8me COMMANDEMENT.
-
-_Le boulet et le valet dans la caronade!_
-
-_Un temps._
-
-_Explication._ Le servant de gauche pose le boulet sur la caronade et le
-conduit avec les mains jusqu'à ce que le servant de droite puisse le
-prendre; alors celui-ci l'introduit dans la caronade et place sa main
-droite devant la bouche de la pièce pour empêcher le boulet de tomber.
-
-Le servant de gauche prend aussi un valet et le refouloir; il remet
-d'abord le valet à celui de droite qui le prend de la main gauche et le
-place sur le boulet; puis il lui donne le refouloir qu'il prend de la
-main droite, et avec lequel il enfonce la charge. Il s'assure qu'elle
-est rendue par la longueur de la hampe; il en rend compte par ces mots:
-_rendu, chef!_ et il allonge le bras droit de toute sa longueur, la main
-gauche sur la volée et le corps incliné en avant.
-
-_Action!_
-
-_Observations._ On ne met qu'un projectile dans la caronade surtout, à
-moins que le commandant, etc. (Comme au 1er paragraphe des
-_observations_ du 9me commandement pour le canon.)
-
-Le chargeur doit avoir soin que le boulet ne tombe pas à la mer, et le
-valet ne doit être placé qu'autant qu'il est sûr que le boulet est dans
-la pièce; ce dont au surplus il s'apercevra toujours, après qu'il aura
-enfoncé la charge, par la marque qui est sur la hampe. Si on découvrait
-alors que le boulet n'est pas dans la pièce, il faudrait ôter le valet
-avec le tire-bourre pour mettre un autre boulet.
-
-Si le boulet n'entre pas dans la pièce, etc. (Comme au 3me paragraphe
-des _observations_ du 9me commandement pour le canon.)
-
-
-9me COMMANDEMENT.
-
-_Refoulez!_
-
-_Un temps._
-
-_Explication._ Le servant de droite refoule deux coups; il retire le
-refouloir et le passe au servant de gauche qui le remet à sa place.
-
-_Action!_
-
-_Nota._ Si on continue l'exercice, on reprend au 2me commandement. Si on
-ne continue pas, on le termine par le commandement qui suit:
-
-
-10me COMMANDEMENT.
-
-_Tapez vos caronades, amarrez le couvre-lumière!_
-
-_Un temps._
-
-_Explication._ Le servant de droite remet la tape à la caronade. Le chef
-de pièce va prendre le couvre-lumière et l'amarre; puis il ôte le levier
-de pointage qu'il fait remettre, ainsi que les autres attirails, où ils
-étaient avant la manoeuvre. Les objets apportés des soutes et qui ne
-sont pas susceptibles de rester dans les batteries, sont reportés par
-les servans et par les pourvoyeurs.
-
-_Action!_
-
-_Roulement._
-
-Chacun reprend son poste comme au commandement de l'exercice, et nul ne
-le quitte que lorsqu'on bat la breloque.
-
-
-EXERCICE DU CANON OBUSIER.
-
-_Roulement._
-
-Comme pour le canon.
-
-
-1er COMMANDEMENT.
-
-_Détapez, démarrez vos canons!_ (Un temps.)
-
-Comme pour le canon.
-
-
-2me COMMANDEMENT.
-
-_Dégorgez, amorcez!_ (Un temps.)
-
-Comme pour le canon.
-
-
-3me COMMANDEMENT.
-
-_Pointez!_ (Trois temps.)
-
-Comme pour le canon.
-
-
-4me COMMANDEMENT.
-
-_Feu!_ (Deux temps.)
-
-_1er temps._ Comme pour le canon jusqu'à ces mots, si le canon n'est pas
-assez rentré.
-
-Le chef de pièce dans ce cas facilite le mouvement de rentrée en prenant
-son levier-directeur, dont il engage le bec dans le cran de la tige
-mobile, pour élever le derrière de l'affût. Les premiers servans de
-droite et de gauche restés à leur poste parent les palans et bragues. Le
-chef de pièce remet le levier-directeur à sa place, et le 2e servant de
-gauche fait une demi-clef au palan de retraite.
-
-_2e temps._ Comme pour le canon.
-
-
-5me COMMANDEMENT.
-
-_Bouchez la lumière, écouvillonnez!_ (Deux temps.)
-
-_1er temps._ Comme pour le canon. Après ces mots, qu'il enfonce dans la
-pièce, ajoutez: à l'aide du premier servant de gauche qui se porte
-également à la volée de l'obusier par un mouvement semblable à celui de
-droite.
-
-_2e temps._ Les deux servans tournent plusieurs fois l'écouvillon au
-fond de la chambre et de l'âme dans le sens nécessaire pour faire
-prendre le tire-bourre, et ils le retirent en le tournant du même côté.
-(Le reste comme pour le canon.)
-
-
-6me COMMANDEMENT.
-
-_Au refouloir!_ (Un temps.)
-
-Comme pour le canon.
-
-
-7me COMMANDEMENT.
-
-_La gargousse dans le canon; à la poudre; à l'obus!_ (Un temps.)
-
-Le premier servant de gauche fait un demi à gauche et reçoit du
-pourvoyeur la gargousse qu'il place dans le canon, le culot le premier,
-la couture en dessous; puis il aide le premier servant de droite à
-l'enfoncer avec le refouloir jusqu'au fond de la chambre. Tous les deux
-prennent la position de refouler.
-
-Dès que le pourvoyeur a remis la gargousse, il va en chercher une autre,
-ayant le gargoussier sous le bras gauche et la main droite sur son
-couvercle.
-
-Le deuxième servant de gauche prend la boîte vide et se dirige avec le
-troisième servant du même côté, vers l'écoutille destinée au passage des
-projectiles chargés. Le deuxième servant affale la boîte par l'écoutille
-au moyen d'un cartahu à croc; puis tous les deux hissent dans la
-batterie, par le même moyen, la boîte renfermant l'obus; lovent le
-cartahu sur la boîte; ils la saisissent ensuite par les anses, le
-deuxième de la main droite, et le troisième de la main gauche, et la
-transportent sur l'avant de l'affût, sous la volée de l'obusier, en
-passant par derrière la file des servans de gauche. Après l'avoir posée
-sur le pont, tous les deux reprennent leur poste.
-
-_Action!_
-
-
-8me COMMANDEMENT.
-
-_Refoulez!_ (Un temps.)
-
-Les premiers servans de droite et de gauche refoulent trois coups bien
-égaux et abandonnent la hampe du refouloir en effaçant le corps. Le chef
-de pièce passe le dégorgeoir dans la lumière pour s'assurer que la
-gargousse est rendue au fond de la chambre. Si elle ne l'est pas, il
-fait refouler de nouveau; si elle l'est, il fait un signal de la main,
-auquel le premier servant retire le refouloir qu'il passe au deuxième
-qui le pose sur le pont, et duquel il reçoit le gros refouloir qu'il
-pose sur le seuillet de sabord, la tête sur le pont, appuyant contre le
-devant du flasque droit.
-
-_Action!_
-
-
-9me COMMANDEMENT.
-
-_L'obus et le valet dans le canon!_ (Un temps.)
-
-Les premiers servans de droite et de gauche enlèvent l'obus de la boîte
-et l'élèvent à la hauteur de la bouche de la pièce. Le deuxième servant
-de gauche retire aussitôt la boîte, à laquelle il remet le couvercle ôté
-précédemment, et la place contre le bord derrière lui.
-
-Le premier servant de gauche introduit l'obus dans le canon après
-l'avoir préalablement décoiffé, il le maintient dans cette position avec
-la main gauche, ayant la main droite appuyée contre la masse de mire. Le
-premier servant de droite prend le refouloir, et aidé du premier servant
-de gauche qui abandonne l'obus, il l'enfonce au fond de l'âme et retire
-le refouloir.
-
-Le premier servant de gauche reçoit du deuxième, du même côté, un valet
-qu'il place dans la pièce, et les deux premiers servans l'enfoncent sur
-l'obus avec le refouloir. Le premier servant de droite s'assure que
-l'obus et le valet sont rendus au fond de la pièce par la longueur de la
-hampe, et en rend compte au chef. Ces deux servans prennent la position
-pour refouler.
-
-
-10me COMMANDEMENT.
-
-_Refoulez!_ (Un temps.)
-
-Comme pour le canon.
-
-
-11me COMMANDEMENT.
-
-_En batterie!_ (Deux temps.)
-
-_1er temps._ Le chef de pièce prend le levier-directeur, et le tenant
-des deux mains par l'extrémité, il engage le bec sous la tige mobile.
-(Comme pour le canon.)
-
-_2e temps._ Le chef de pièce placé parallèlement à l'affût, faisant
-effort sur le trou du levier-directeur, soulève le derrière de l'affût
-et commande _palanquez!_ alors tous les servans agissent ensemble pour
-mettre la pièce en batterie droite au milieu du sabord; le chef facilite
-ce mouvement en continuant de peser sur son levier et poussant en avant
-jusqu'à ce que la pièce soit en batterie. Alors il débarre, remet le
-levier-directeur à sa place, et (comme pour le canon.)
-
-
-12me COMMANDEMENT.
-
-_Tapez, amarrez vos canons!_ (Deux temps.)
-
-Comme pour le canon.
-
-_Nota._ L'armement de ces bouches à feu est le même que pour le canon de
-36, plus un levier-directeur et un petit refouloir à tête conique pour
-la gargousse. Mais le levier-directeur n'est utile que lorsque l'affût
-est privé de roues de derrière; dans le cas contraire, tout ce qui a
-rapport dans l'exercice au levier-directeur, doit être supprimé.
-
-
-EXERCICE DES DEUX BORDS,
-
-ET A VOLONTÉ.
-
-L'exercice des deux bords n'apporte aucune modification à la manière
-dont une pièce doit être pointée, tirée et chargée. Mais comme alors ce
-sont les canonniers d'un seul bord qui se partagent pour faire le
-service des deux bords, il a fallu adopter un ordre de répartition
-qu'il importe de faire connaître.
-
-Cet exercice se divise en quatre parties.
-
-
-I.--_Armement des pièces et changement de bord._
-
-TROIS COMMANDEMENS.
-
-1er.--_Armez les deux bords!_
-
-_Explication._ Les chefs des pièces paires si l'on est à tribord, et
-ceux des pièces impaires si l'on est à bâbord, disposent sur le boulon
-de culasse les boîtes à capsules, le doigtier, le dégorgeoir,
-l'épinglette et le tablier du servant.
-
-_Action!_
-
-_Observation._ Le numérotage des pièces commence par l'avant, et si le
-nombre des pièces d'une batterie est impair, l'équipage des deux
-dernières pièces de l'arrière les manoeuvre ensemble comme s'il
-s'agissait de deux pièces voisines.
-
-
-2e.--_Par le flanc gauche et par le flanc droit; à gauche, à droite!_
-
-_Explication._ Les servans de droite font à _gauche_, ceux de gauche
-font à _droite_, et les chefs de pièce _demi-tour_ à _droite_! tous se
-tiennent prêts à se porter à la pièce correspondante de l'autre bord.
-
-_Action!_
-
-_Observation._ Dans un combat, c'est le chef de pièce qui fait le
-commandement de par le _flanc gauche!_ etc.
-
-
-3e.--_Marche!_
-
-_Explication._ Les chefs de pièces qui ont fait demi-tour se rendent
-avec leurs servans aux pièces correspondantes de l'autre bord, et
-détachent, chemin faisant, à la pièce voisine à droite, les trois
-premiers servans de droite, savoir: le premier pour chef de pièce; le
-deuxième pour chargeur, et le troisième pour fournisseur. A cet effet,
-les servans de droite marquent le pas jusqu'à ce que le dernier homme de
-la file de gauche l'ait dépassé, et tous se rendent à leur poste en se
-formant, les servans de gauche sur la droite, et ceux de droite sur la
-gauche, par file en bataille.
-
-Les chefs de pièces qui n'ont pas quitté leurs pièces, s'équipent du
-tablier et envoient à celle qui est voisine à droite, devenue vacante,
-les trois premiers servans de droite; le premier pour chef de pièce, le
-deuxième pour chargeur, et le troisième pour fournisseur.
-
-Les chargeurs envoyés pour chefs de pièces, sont nommés _chefs
-provisoires_, et les autres, _chefs titulaires_.
-
-A chaque pièce des deux bords où se trouve le chef titulaire, le premier
-servant de gauche devient chargeur, et le second fournisseur.
-
-Chaque chef, à son arrivée à la nouvelle pièce qu'il va servir, s'arme
-de la boîte à capsules, du doigtier, du dégorgeoir et de l'épinglette
-qui doivent s'y trouver; les écouvillons et les refouloirs sont passés à
-la gauche des pièces dans toutes les batteries; le chef de pièce démarre
-le couvre-lumière et fait détaper la pièce.
-
-_Action!_
-
-_Observation._ Pendant un combat, c'est le chef qui fait le commandement
-de _marche!_ Le tablier est supposé avoir été apporté au commandement de
-_branle-bas_.
-
-
-II.--_Manoeuvre de la pièce de chaque chef titulaire jusqu'à ce qu'elle
-ait fait feu, et passage des servans mobiles à la pièce de chaque chef
-provisoire._--Quatre commandemens.
-
-
-1er.--_En batterie; dégorgez; amorcez!_
-
-_Explication._ Après avoir mis les pièces en batterie, si elles n'y sont
-pas, les chefs titulaires seulement dégorgent et amorcent.
-
-_Action!_
-
-
-2e.--_Pointez!_
-
-_Explication._ Les chefs titulaires seulement passent par tous les temps
-du pointage.
-
-_Action!_
-
-
-3e.--_Feu!_
-
-_Explication._ Les chefs de pièces attendent le moment favorable et ils
-exécutent le feu. Aidés par leurs servans, ils mettent les pièces hors
-de batterie, et le premier servant de gauche fait la demi-clef au palan
-de retraite. La pince est mise en travers des roues par le premier
-servant de droite.
-
-_Action!_
-
-_Observation._ S'il y a lieu de se servir du boute-feu, c'est le dernier
-servant de gauche qui s'en saisit.
-
-
-4e.--_Servans mobiles, changez!_
-
-_Explication._ Les chefs de pièces qui viennent de tirer ne conservent
-que le premier servant de droite et de gauche; tous les autres, nommés
-_servans mobiles_, se portent à la pièce voisine à droite, où ils
-occupent les mêmes postes qu'à celle du chef titulaire.
-
-_Action!_
-
-
-III.--_Manière de charger la pièce pendant que celle du chef provisoire
-est mise en batterie et fait feu, et réciproquement._--Cinq
-commandemens.
-
-_Observation._ Chacun des cinq commandemens en comprend deux ou
-plusieurs, qui s'adressent tantôt aux chefs titulaires, tantôt aux chefs
-provisoires; comme ils ne pourraient être donnés à la voix sans
-confusion, on en marque l'exécution par un coup de baguette.
-
- _Chefs titulaires._ | _Chefs provisoires._
- |
- 1er coup de baguette.--Bouchez | 1er coup de baguette.--En
- la lumière, écouvillonnez au | batterie; dégorgez, amorcez!
- refouloir! |
- | (Le dernier servant de gauche
- | défait la demi-clef du palan
- | de retraite.)
- |
- 2e La gargousse dans le canon; | 2e Pointez!
- refoulez, à la poudre! |
-
-_Observation._ Le pourvoyeur va chercher la poudre et la porte à la
-pièce qui va tirer; il continue alternativement ce service pour les
-deux pièces de l'approvisionnement desquelles il est chargé.
-
- 3e Le boulet et le valet dans | 3e Au boute-feu!
- le canon! | (S'il y a lieu.)
- |
- 4e Refoulez! | 4e Feu!
-
-_Observation._ Comme dorénavant on se servira très-rarement du
-boute-feu, le chef provisoire fera alors _feu_ au troisième coup de
-baguette; et au quatrième, il fera mettre sa pièce hors de batterie; les
-deux commandemens des troisième et quatrième coups de baguette, pris
-simultanément, devant, dans tous les cas, commencer et finir à-peu-près
-en même temps.
-
-
-5e.--_Servans mobiles, changez!_
-
-L'exercice continuant, les chefs provisoires exécutent à chaque coup de
-baguette les commandemens indiqués pour les titulaires, et
-réciproquement. Ensuite ils alternent encore.
-
-Au roulement, le feu cesse, mais on continue de charger les pièces qui
-ne le sont pas. Un chef ne doit _jamais_ quitter sa pièce qu'elle ne
-soit chargée, mise en batterie et amarrée si c'est une pièce des
-batteries hautes, ou rentrée et fixée par la pince placée en avant des
-roues, si c'est une pièce de la batterie basse.
-
-
-IV.--_Désarmement d'un des deux bords._--Trois commandemens.
-
-
-1er.--_Canonniers, tous à tribord; ou canonniers, tous à bâbord!_
-
-_Explication._ Les écouvillons et les refouloirs sont replacés à droite
-des pièces, et les couvre-lumières à leurs places; les chefs provisoires
-du bord qui restent armés, ainsi que les chefs titulaires et provisoires
-du bord qui doivent être désarmés, laissent leur équipement sur le
-bouton de culasse.
-
-_Action!_
-
-
-2e.--_Par le flanc gauche et par le flanc droit; à gauche, à droite!_
-
-Les servans font _à droite_ et _à gauche_, et les chefs de pièces
-_demi-tour à droite_. Si l'on a fait le commandement d'armer à bâbord,
-ce sont les chefs titulaires des pièces impaires, qui sont tous à
-tribord dans ce moment, qui exécutent ce mouvement.
-
-_Action!_
-
-
-3e.--_Marche!_
-
-_Explication._ Les chefs de pièces se rendent avec leurs servans aux
-pièces correspondantes du bord opposé; les servans de droite marquent le
-pas jusqu'à ce que ceux de gauche soient passés; alors ils se rendent
-tous à leurs postes, en se formant sur la droite et sur la gauche par
-file en bataille.
-
-Les chefs de pièces qui ont changé de bord se munissent de la boîte à
-capsules, et les servans chargés du tablier le reprennent.
-
-_Action!_
-
-Si la batterie est armée de caronades ou de pièces de 8 et au-dessous,
-leur équipage n'est pas assez nombreux pour se diviser; on suit alors
-les mêmes principes pour leur destination de chaque bord, mais on ne
-peut y servir que la moitié des pièces. Dans ce cas, lorsqu'il devient
-utile de rapprocher le feu de l'avant ou de l'arrière, on ordonne à
-chaque équipage de se serrer du côté où on veut le faire, de manière à
-ne laisser aucun intervalle. Si parmi les matelots de la manoeuvre il
-s'en trouve de disponibles, comme tous doivent connaître l'exercice du
-canon, le commandant peut alors les envoyer servir les pièces qui sont
-sans équipage; on y met pour chef le chargeur titulaire de ladite pièce,
-qui est remplacé à la pièce qu'il quitte par le fournisseur, et celui-ci
-par un des matelots provenant de la manoeuvre.
-
-Outre ces passages d'une partie des hommes d'un bord pour armer tout
-l'autre bord, ou seulement une portion, il est encore un cas qui peut se
-présenter: c'est celui où se battant d'un seul bord, il y a lieu à
-cesser entièrement le feu de ce même bord et à se porter de l'autre,
-pour se battre sur cet autre bord. Alors on commande:
-
-_Armez l'autre bord!_
-
-_Explication._ Les pièces de la première batterie, chargées ou non, sont
-assujetties à la longueur du recul, afin de pouvoir fermer les sabords,
-si c'est ordonné. Pour celles qui sont chargées, chaque chef passe
-aussitôt avec son équipage à la pièce du bord opposé; et pour les
-autres, il y laisse son chargeur et le second et troisième servans de
-droite pour la charger; à cet effet, le chef de pièce commande à
-_gauche_ et à _droite_, lui-même fait _demi-tour_; il prononce le mot
-_marche!_ et il va avec les servans prendre pareil poste à la pièce
-opposée. Les servans qu'il a laissés, s'il y avait lieu à recharger,
-viennent le joindre dès qu'ils ont fini.
-
-Dans les batteries hautes, les pièces sont amarrées au moyen de leurs
-palans de côté.
-
-_Action!_
-
-_Exercice à volonté!_
-
-_Explication._ Chaque chef de pièce fait alors en particulier à ses
-servans les commandemens des divers temps; il doit leur en faire
-observer toutes les circonstances et ne jamais sacrifier l'exactitude à
-la vivacité des mouvemens.
-
-_Action!_
-
-_Observations._ Le feu à volonté est ordinairement celui d'un combat, et
-les canonniers doivent y être exercés. Il est pourtant d'autres feux qui
-peuvent être désignés par les dénominations suivantes:
-
-_Feu de file ou de salut._ C'est celui où l'on commande à toutes les
-pièces de faire feu successivement, suivant un ordre et à intervalles
-indiqués. On peut employer ce feu contre un bâtiment plus faible que
-l'on chasse, ou à mesure qu'on découvre un navire dans une manoeuvre; il
-a l'avantage de vous laisser libre de former et de favoriser le
-pointage.
-
-_Feu de section._ C'est celui où l'on commande à un certain nombre de
-pièces de faire feu simultanément, suivant un ordre prescrit et à un
-intervalle indiqué. On peut employer ce feu quand on veut se ménager un
-certain nombre de coups toujours prêts à être envoyés.
-
-_Feu de division._ C'est le feu de section lorsque chaque section est
-composée de la moitié des pièces consécutives d'un même bord d'une
-batterie. On peut employer ce feu quand la fumée empêche de bien juger
-la position de l'ennemi, et qu'on veut se réserver des pièces prêtes
-pour l'instant où il paraîtra.
-
-_Feu de batterie._ C'est celui que chaque batterie doit faire
-alternativement; les gaillards peuvent alors, suivant les ordres reçus,
-tirer à volonté ou à leur tour.
-
-_Feu par bordées._ C'est celui où l'on fait des décharges générales de
-toute son artillerie; on l'emploie quand, pendant une manoeuvre, on
-vient à découvrir son ennemi, et qu'on veut profiter de ce moment pour
-l'écraser.
-
-Il y a cependant des inconvéniens dans chacune de ces manières de faire
-feu, tandis que le feu à volonté est celui qui en a le moins et qui
-réunit le plus d'avantages. Il reste à faire observer que les volées
-sont en général plus meurtrières ou plus efficaces, 1º quand elles sont
-tirées en _enfilade_, c'est-à-dire dans le sens de la longueur du
-bâtiment ennemi, surtout de l'arrière à l'avant; 2º _en écharpe_,
-c'est-à-dire obliquement sur sa batterie; les boulets peuvent alors
-faire des éclats considérables.
-
-
-_Remarques._
-
-Outre les devoirs imposés aux chefs de pièces et servans, au
-commandement de branle-bas de combat, il en est d'autres qui ont rapport
-au service de l'artillerie.
-
-Le commandement de branle-bas de combat fait, ou la générale battue,
-pendant que les chefs et servans se rendent à leurs pièces pour les
-préparer à faire feu, les soutes à poudre sont ouvertes, et les hommes
-affectés à ce service s'y rendent. Les rondiers des batteries démontent
-les chandeliers des panneaux, enlèvent les échelles qu'ils font passer
-dans l'entre-pont pour éviter les éclats, la communication s'établissant
-pendant le combat par les échelles de cordes toujours en place.
-
-Les hommes pour le passage des poudres dans les batteries, mettent en
-place les panneaux de combat[7], les manches pour les gargoussiers vides
-et les reposoirs pour les gargoussiers pleins[8].
-
- [7] Les panneaux de combat sont des panneaux pleins, garnis de deux
- écoutillons pour faire passer, l'un la manche des gargoussiers vides,
- et le second les gargoussiers pleins.
-
- [8] Les reposoirs sont des supports en cuivre adaptés au-dessous de
- l'écoutillon dont nous venons de parler, sur lesquels on dépose le
- gargoussier plein, pour que le pourvoyeur puisse l'y prendre.
-
-Les feux sont éteints, les pompes à incendie garnies et armées.
-
-L'emploi des capsules rend inutile le mouvement du chef de pièce pour
-percer la gargousse, il doit s'assurer seulement si la lumière est
-dégagée.
-
-Les gargousses délivrées ordinairement à bord des navires de l'état sont
-en papier, en serge, en parchemin, ou en papier-parchemin. Depuis
-quelque temps cependant les gargousses en serge paraissent abandonnées,
-et on ne donne plus que des gargousses en papier pour le salut et
-l'exercice, et en papier-parchemin pour le combat.
-
-Les gargousses en papier-parchemin ont l'avantage de ne pas conserver
-long-temps le feu, mais elles forment de très-forts culots qui restent
-dans la pièce après l'explosion, et il faut écouvillonner avec le plus
-grand soin, pour que ces culots ne s'amoncellent pas au
- fond de l'âme et n'empêchent pas la gargousse de s'y rendre.
-
-L'apprêté ne se faisant plus à bord depuis l'adoption des caisses à
-poudre, on ne se trouve plus dans la nécessité de saigner la gargousse.
-On donne pour chaque calibre, un cinquième de gargousse au tiers et
-quatre cinquièmes de gargousse au quart; de sorte que lorsque le chef de
-la batterie trouve les pièces échauffées, il prend les ordres du
-commandant du bâtiment, pour qu'il soit prescrit dans les soutes
-d'approvisionner avec des gargousses au quart.
-
-Les valets dont on se sert ordinairement sont cylindriques pour les
-canons, et ovoïdes pour les caronades; on commence cependant à les
-remplacer par des herseaux, qui, d'après les expériences faites à Toulon
-en 1834, ont donné les résultats semblables, sinon préférables aux
-valets cylindriques.
-
-Ces derniers ont le grand inconvénient de pouvoir former un coin autour
-du boulet, ce qui nécessitant une plus grande force pour le chasser de
-l'âme, peut être préjudiciable à la pièce.
-
-Non-seulement lorsqu'on est vergue à vergue, mais dans plusieurs autres
-circonstances, il peut être très-utile de tirer à longueur de brague.
-Il résulte de plusieurs expériences faites en 1836 à Toulon, que
-non-seulement il ne faut pas raidir les palans de côté, comme le dit
-l'instruction, mais qu'il faut les décrocher si on ne veut que les
-poulies soient brisées aux premiers coups tirés. Après avoir calé les
-roues de derrière avec des fauberts mouillés et sablés, on décroche les
-palans de côté et on réunit, sans les forcer, par une aiguillette, les
-deux portions de la brague en avant de l'affût.
-
-A bord des bâtimens armés de caronades, en désignant d'avance un homme
-par pièce pour remplir les fonctions de chargeur, on peut servir toutes
-les pièces lorsqu'on se bat des deux bords. Dans ce cas, les chefs
-titulaires détachent à la pièce voisine, à droite, leur chargeur pour
-chef de pièce, et prennent pour chargeur leur fournisseur. Les chefs
-provisoires ont pour chargeur un homme de la manoeuvre désigné d'avance,
-et le pourvoyeur de la pièce du chef titulaire approvisionne également
-celle du chef provisoire.
-
-
-
-
-CHAPITRE V.
-
-_Noeuds, Amarrages et divers Travaux de Garniture appliqués au
-Canonnage._
-
-
-C'est à bord et dans les ateliers de garniture que l'instruction sur ces
-objets, tous de pure pratique, peut être le plus facilement donnée et le
-plus promptement acquise; on ne saurait donc entrer ici à cet égard dans
-de grands détails, et l'on se contentera de fixer l'attention sur les
-points suivans, qui sont distribués par ordre alphabétique pour
-faciliter les recherches.
-
-_Aiguilletage, aiguillette._ L'aiguilletage est un amarrage qui sert à
-réunir deux cordages ou deux branches du même cordage; il s'exécute le
-plus souvent avec un petit filin flexible qu'on nomme _aiguillette_,
-qu'on fait passer en tours multipliés dans les anneaux, bagues ou
-oeillets dont ces cordages peuvent être pourvus.
-
-On se sert d'aiguillettes pour les amarrages des canons et des
-caronades, pour embarquer et débarquer les canons, pour saisir les
-chandeliers de pierrier et d'espingole; pour fixer le bout des bragues
-des pièces, qu'au besoin on passe aux sabords de chasse ou de retraite,
-et pour raidir l'appareil des batteries quand les pièces sont au grelin
-par un mauvais temps.
-
-_Brague._ Fort cordage fait de fil de première qualité, commis avec le
-plus grand soin et légèrement goudronné, et qui sert à borner le recul
-des bouches à feu. La brague est élongée et tendue de force avec des
-palans, ou même au cabestan, avant d'être mise en usage, pour qu'elle
-soit moins exposée ensuite à prendre du mou. Sa longueur pour les canons
-de calibre de 36, de 12 et intermédiaires, varie de 10-1/2 mèt. à 7-3/4
-mèt., et sa grosseur de 20 à 16 centimètres. La brague est fixée par ses
-deux bouts dans les boucles de la muraille du bâtiment par un amarrage
-avec étrive, c'est-à-dire avec changement de direction du cordage
-principal, après qu'il a été replié sur lui-même.
-
-_Bridure._ Amarrage qui sert à rapprocher deux ou plusieurs cordages
-déjà tendus, ou les tours d'un même cordage, et à les étrangler en un
-point, afin qu'ils souquent davantage. Il s'exécute soit avec un cordage
-particulier, soit avec le bout même du cordage bridé.
-
-_Brin._ Un cordage est de premier brin quand il ne contient que les
-filamens les plus longs et les plus propres qui restent dans les mains
-du peigneur. Tous les cordages de l'artillerie sont du premier brin.
-
-_Civière._ Moyen cordage qui sert comme une suspente et qu'on nomme
-_herse_; c'est une sorte d'élingue. (Voyez ce mot.)
-
-_Coiffe d'écouvillon._ Sac de toile pour envelopper et préserver la tête
-de l'écouvillon; il se fait avec un morceau de toile plié en deux, cousu
-sur le côté et adapté ensuite à un fond circulaire; on le termine par
-une coulisse au bord, pour y faire passer un lusin goudronné qui sert à
-serrer la coulisse sur la hampe; la coiffe est ensuite peinte sur la
-face extérieure.
-
-_Croupière._ Bout de cordage fixé au corps de l'essieu de l'arrière et
-formant une boucle pour accrocher le palan de retraite; il y a souvent
-un piton dans cette partie qui rend la croupière inutile.
-
-_Elingue._ Cordage dont on entoure un fardeau pour le soulever. Les deux
-bouts en sont réunis par une épissure. On s'en sert pour embarquer et
-débarquer les canons. Longueur pour les calibres de 36, de 12 et
-intermédiaires, de 7 mètres 1/7 à 6 mètres 1/2; grosseur, de 20 à 16
-centimètres.
-
-_Epissure._ Réunions de deux bouts de cordages entés, en quelque sorte,
-par l'entrelacement réciproque de leurs torons; l'excédant des torons
-est coupé au ras du cordage, et la jonction a lieu solidement sans
-noeuds ni bourrelets.
-
-_Estrope._ Cordage fourré, dont on entoure une poulie en le faisant
-passer dans les rainures pratiquées sur sa caisse; les deux bouts de
-cordage sont joints par une épissure. On y ajoute souvent une cosse pour
-pouvoir accrocher la poulie; on applique alors cette cosse dans un pli
-de l'estrope sur la tête de la poulie, et l'on approche les deux
-branches de l'estrope par un amarrage à plat, entre la poulie et la
-cosse, qui empêche l'estrope de se dégager de ses goujures.
-
-_Estrope de culasse._ Cordage employé dans l'amarrage à la serre. Les
-deux bouts en sont réunis par une épissure. On y fixe une cosse en fer,
-de sorte que l'estrope est divisée en deux parties inégales. De
-semblables estropes, mais plus longues, sont employées pour
-l'embarquement et le débarquement de l'artillerie, savoir: deux pour la
-culasse, et un pour la volée; celle-ci est plus courte que les autres.
-
-_Faubert._ Faisceau de fil de carret lié par une de ses extrémités, et
-emmanché d'un petit bâton; les fils en se détordant par le bout forment
-une étoupe qui fait éponge.
-
-_Fourrer un cordage._ C'est recouvrir un cordage en bitord; on l'étend
-horizontalement à la hauteur de ceinture, on prend une pelote de bitord
-dont le bout se fixe sur le cordage, on applique sur celui-ci le maillet
-à fourrer, on les saisit par deux ou trois tours de bitord tant sur le
-maillet que sur le manche; en faisant tourner le maillet, le bitord se
-range en tours serrés et en spirale sur le cordage, qui est ainsi à
-l'abri du frottement des corps étrangers. On fourre aussi en basane, en
-toile goudronnée. Les anneaux de brague des caronades et la partie des
-bragues qui y portent, sont fourrés.
-
-_Garant._ Cordage d'un palan. L'une de ses extrémités se frappe sur le
-cul de la poulie simple; l'autre passe sur un des rouets de la double,
-de dessous en dessus; on le ramène sur le rouet de la simple, de dessus
-en dessous, et de là sur le second rouet de la double, de dessous en
-dessus. C'est sur cette extrémité, appelée _courant_, que l'on agit.
-Dans les palans de côté, le courant doit se trouver dessus. Pour les
-canons de 36, de 12 et intermédiaires, la longueur des garans des palans
-de retraite et de côté (qui sont les mêmes) varie de 31 mètres à 24, et
-leur grosseur de 9 à 7 centimètres.
-
-_Garcette._ Tresse plate en bitord. La poignée du coussin est une tresse
-semblable.
-
-_Garnir une brague._ C'est entourer la partie exposée au frottement
-d'une toile goudronnée, maintenue par des tours serrés d'un cordage fin.
-On peut se servir encore d'un morceau de basane cousu, suivant la
-longueur de la brague.
-
-_Hampe de corde._ Bout de filin de retour, fourré, de même longueur que
-la hampe de bois; il a 8 centimètres pour les calibres de 36, 30 et 24;
-et 7-1/2 pour les calibres au-dessous.
-
-_Itague._ Cordage tenant à un palan, et ordinairement en double pour en
-augmenter l'effet. On s'en sert quand on change un canon d'affût, ou
-qu'on l'amène sur le pont. Un bout est garni d'une cosse, l'autre est en
-queue de rat. Pour les canons des calibres de 36, 30, 24 et 18, la
-longueur de l'itague varie de 6 mètres 1/4 à 5 mètres 2/3, et la
-grosseur de 12 à 10 centimètres.
-
-On se sert aussi d'un itague pour fermer les mantelets des sabords; il
-porte à son milieu, et en dedans du bord, une cosse où passe le croc de
-la poulie double du palanquin; les deux bouts de l'itague traversent la
-muraille et vont s'amarrer sur le mantelet.
-
-_Ligne d'amarrage._ Menu cordage goudronné, servant à faire certains
-amarrages, comme ceux des bouts de brague, ceux qui servent à rapprocher
-les côtés des élingues ou des estropes, etc.
-
-_Lusin._ Petit cordage composé de deux fils de carret; il y a du lusin
-blanc et du lusin goudronné. Il est employé à serrer les coiffes
-d'écouvillon, et pour la confection des grappes de raisin.
-
-_Machine à démonter les canons._ Elle se compose de deux estropes
-(garnies chacune de deux poulies simples), de deux civières (garnies de
-deux poulies simples), de quatre itagues, et de quatre palans (ceux de
-la pièce et de la voisine). On a proposé d'autres machines, mais les
-parties de celle-ci sont les plus faciles à se procurer.
-
-_Mèche._ Corde lessivée servant, au besoin, à mettre le feu à une pièce.
-La mèche est fabriquée avec des étoupes de lin; elle doit être ferme,
-sans trop de dureté, bien pénétrée de lessive salpêtrée, mais sèche,
-sans moisissure, et sans être cornue à sa surface.
-
-_Merlin._ Petit cordage de trois fils de carret commis ensemble au moyen
-de la roue du siége de commettage. Celui qui s'emploie pour l'artillerie
-est composé de fils goudronnés; une pièce de 60 brasses pèse environ 1
-livre 1/2.
-
-_Noeuds._ Les noeuds diffèrent suivant leur destination; c'est pour le
-marin une étude longue et importante, qui ne peut se graver dans
-l'esprit que par la pratique. On doit se borner à dire ici, en général,
-que les noeuds et amarrages sont disposés de manière que les frottemens
-des tours les uns contre les autres rendent l'enlacement solide, tout en
-permettant, au besoin, de pouvoir défaire le noeud.
-
-_Palans de côté et de retraite._ Ils sont composés d'une poulie simple,
-d'une poulie double et d'un garant (voyez ce mot). Les poulies sont
-estropées et garnies chacune d'un croc. Il y en a pour d'autres objets,
-pour embarquer et débarquer les pièces, pour descendre les barils à
-poudre dans les soutes, etc.; mais ils sont établis de la même manière,
-à peu près.
-
-_Palanquin._ Petit palan croché dans la boucle de l'itague de mantelet
-par sa partie double; la poulie simple a une cosse fixée à un piton sur
-le pont supérieur, et vis-à-vis le milieu du sabord.
-
-_Quarantainier._ Cordage composé de trois torons commis ensemble; il y
-en a de 6 à 9 fils, et de 12 à 15 fils; celui qu'on emploie pour
-l'artillerie est goudronné.
-
-_Queue de rat._ Espèce de pointe que l'on fait à l'extrémité des
-cordages pour faciliter leur introduction dans une poulie. On l'exécute
-en liant le cordage au point où l'on veut commencer la queue de rat; on
-défait les torons jusqu'à la ligature; et renversant les fils extérieurs
-sur le cordage, on en amincit les intérieurs à l'aide d'un couteau, de
-manière que leur volume aille toujours en diminuant; on reprend alors
-les fils extérieurs, et on les rabat alternativement par pairs et par
-impairs, ayant soin, à chaque fois, de les lier fortement. Une ligature
-termine cette espèce de tissu.
-
-_Raban de sabord._ Bout de quarantainier de 4 à 5 mètres de longueur,
-et de 5 à 7 centimètres de grosseur, employé pour fermer solidement les
-mantelets. Il y en a deux par sabord.
-
-_Raban de retenue des caronades._ Aiguillette de 20 à 24 mètres de
-longueur, et de 5 à 7 centimètres de grosseur, employée pour fortifier
-l'amarrage des caronades par un mauvais temps.
-
-_Raban de volée._ Cordage de 11 à 15 mètres de longueur, et de 6 à 8
-centimètres de grosseur, employé dans l'amarrage du canon à la serre,
-pour assujettir la volée contre la partie supérieure du sabord; ce
-cordage porte une ganse à l'une de ses extrémités. On en donne un par
-sabord de batterie basse.
-
-_Surliure._ Amarrage fait sur les bouts d'un cordage pour empêcher les
-torons de se séparer; la surliure s'exécute avec du fil à voile, ou de
-la petite ligne qui sert à faire plusieurs tours bien serrés, et dont on
-engage les bouts sous les tours.
-
-_Valet._ Bouchon de corde servant à maintenir la charge dans l'âme de la
-pièce, et à donner, par quelque résistance, le temps à la poudre de
-s'enflammer en plus grande partie. L'influence du valet sur la charge,
-sur la portée du projectile, sur la pièce même, a été envisagée sous
-plusieurs faces, et diverses propositions ont été faites pour sa
-configuration, ou pour en altérer la composition. On doit ici se borner
-à dire comment se confectionnent ceux qui sont adoptés à bord de nos
-bâtimens.
-
-Le valet est cylindrique, son diamètre doit passer avec frottement dans
-l'âme de la pièce, et sa hauteur a quelques lignes de plus que son
-diamètre. Il se fait avec du vieux fil de carret dont on forme un
-faisceau que l'on serre par le milieu avec du fil de carret neuf.
-
-Dans les ateliers on se sert pour faire les valets, d'un banc garni
-d'une paille à bitte à un bout, et d'un morceau de filin à oeillet de
-l'autre; on a une petite planche appelée _moule_, qui a pour longueur la
-hauteur du valet, mais un peu plus étroite à son extrémité. On charge le
-moule pour le placer sur le bout de filin à oeillet, et en le retirant
-on fait faire au filin un tour complet autour des fils de carret, puis
-on amarre ce filin sur la paille à bitte; enfin on roule le valet et on
-le souque au moyen d'une gournable qu'on introduit dans l'oeillet du
-filin, et sur laquelle on trévire. Il ne reste plus qu'à amarrer le
-valet par le milieu.
-
-Si on veut faire un valet ovoïde, ou en forme d'oeuf, on enfonce une
-poignée de vieux fils de carret dans le trou de fusée d'une roue d'affût
-de calibre inférieur; on forme ainsi un noyau solide qu'on serre par le
-milieu; on le recouvre dans le sens de la longueur de plusieurs tours de
-fil de carret neuf, et l'on incline ensuite ces tours. On le serre enfin
-comme le valet cylindrique.
-
-Dans les deux cas on fait une poignée ou deux au valet, en y
-introduisant pendant sa confection une ou deux petites bagues en fil de
-carret, qu'on a toujours soin de laisser déborder.
-
-
-
-
-CHAPITRE VI.
-
-_Différentes manières d'amarrer les canons à bord._
-
-
-Les amarrages employés pour contenir les bouches à feu à bord, dépendent
-de la place qu'elles occupent et des craintes que peut donner le mauvais
-temps.
-
-_Amarrage à garans simples._ Cet amarrage est usité dans les beaux
-temps.
-
-La pièce étant en batterie, maintenue par un tour de chaque garant passé
-autour du collet du bouton, le troisième servant de droite remet le
-couvre-lumière au chef de pièce qui l'amarre sur la culasse, et qui
-ensuite décapelle les palans, et les fait tenir par les derniers
-servans; il fixe, entre les flasques et les garans le mou de la brague
-qui est soutenue par les deuxièmes servans; il les arrête par un tour
-mort au collet du bouton, en passant le double de chaque garant entre ce
-garant et la plate-bande de culasse de dessus en dessous. Le reste des
-garans se love et s'amarre le long des flasques; le dernier servant de
-gauche décroche le palan de retraite, le love et le place sur le canon.
-
-_Amarrage à garans doublés._ Cet amarrage est usité pour les batteries
-hautes dans les mauvais temps.
-
-La poulie double des palans de côté s'accroche à la boucle de la brague,
-et la simple au piton contre l'affût; on fait avec un garant deux tours
-du bouton de culasse aux crocs, et trois tours de bridure sur la
-culasse, d'abord du côté où est le garant, puis de l'autre côté du
-canon; on passe ensuite son bout dans une boucle placée sur le pont, et
-il vient faire croupière en passant par-dessous la culasse, en dedans de
-la partie du garant qui s'y trouve; il est arrêté par une bridure sur la
-croupière.
-
-L'autre palan s'amarre à l'ordinaire en faisant passer le garant
-par-dessus celui qui est doublé, afin de l'avoir toujours à sa
-disposition, si les circonstances exigeaient un amarrage plus solide.
-Les bragues sont repliées le long des flasques, et le palan de retraite
-est placé sur le canon.
-
-_Amarrage à la serre._ Cet amarrage est usité pour les batteries basses
-dans les mauvais temps.
-
-La culasse se pose sur la sole de l'affût; le tiers de la bouche environ
-est appuyé contre la serre au-dessus du sabord, les poulies doubles des
-palans de côté s'accrochent aux boucles de bragues contre le bord, la
-poulie simple aux pitons sur l'adent des flasques.
-
-On passe le garant sur le collet du bouton, et de là au croc près du
-sabord de dedans en dehors; on fait ainsi deux ou trois tours au ras de
-la plate-bande de culasse, et un tour à la hauteur du troisième adent de
-l'affût, pour venir ensuite faire une bridure sur le derrière de la
-poulie simple, où l'on emploie le reste du garant. Cette opération se
-fait des deux côtés du canon.
-
-Les deux côtés de la brague passent par-dessous les fusées de l'essieu
-de l'avant; une aiguillette les embrasse par trois tours; elle repasse
-ensuite par-dessus les palans, qu'elle serre avec la brague par trois
-autres tours qu'elle réunit en passant ses bouts entre les palans et les
-bragues, puis elle embrasse et serre fortement tous les tours par le
-milieu au moyen d'une bridure, et on l'arrête.
-
-La volée est soutenue par le raban de volée, qui fait plusieurs tours
-dessous et dans la boucle de raban placée au-dessus du sabord. La poulie
-double du palan de retraite est accrochée à la boucle du raban de
-sabord, et la simple à une estrope qu'on met autour du collet du bouton
-de culasse. On raidit bien le palan, et l'on fait avec le reste deux
-bridures, dont une sur la plate-bande de culasse, et l'autre sur la
-volée.
-
-Lorsque les roulis sont considérables, on joint à ces précautions celle
-de clouer sur le pont, sous les roues de l'arrière de l'affût, un
-_cabrion_, qui est un morceau de bois taillé en biseau. On pourrait
-même en clouer un autre sous les roues de l'avant.
-
-_Amarrage le long du bord, dit en vache._ Cet amarrage est usité soit
-pour avoir plus de place à bord, soit pour adoucir les roulis du navire.
-
-On place le canon contre le bord, dans le sens de la longueur du navire;
-on accroche les poulies simples des palans à des estropes qui embrassent
-les fusées extérieures des essieux de derrière, et les poulies doubles
-aux boucles de brague, de manière que les palans se croisent; on passe
-plusieurs tours de garant dans les crocs, ainsi que sous les fusées des
-essieux, et l'on finit l'amarrage par une bridure au ras de la fusée.
-
-_Amarrage au grelin._ Cet amarrage est usité lorsque le canon étant à la
-serre, on craint que les amarrages précédens, ou les boucles et les
-crocs, ne puissent pas résister aux secousses du navire.
-
-On passe un grelin tout autour de la batterie; on le raidit aux
-extrémités du vaisseau, en le faisant passer sur tous les boutons de
-culasse des canons; entre chaque couple de pièces, il y a des boucles
-placées contre le bord, dans chacune desquelles on passe le palanquin
-du mantelet, ou une aiguillette que l'on fixe sur le grelin, et on les
-raidit à la fois.
-
-_Amarrage par la fausse brague._ Cet amarrage est usité quand le
-bâtiment est vieux, ou lorsque l'on craint que la muraille n'éprouve
-trop de fatigue, par les secousses que pourraient donner les batteries à
-la serre, lorsque les cordages ont pris du jeu.
-
-On prépare un cordage ayant à-peu-près la grosseur de la brague, et pour
-cet usage nommé _fausse brague_; les deux bouts en sont repliés et
-épissés afin de pouvoir former des oeillets susceptibles de recevoir la
-fusée de l'essieu; il doit être assez long pour que, ses oeillets
-embrassant la fusée de l'essieu de devant, il puisse être aiguilleté sur
-la boucle de derrière, en passant par-dessus les derniers adents de
-l'affût.
-
-On dispose la pièce comme pour l'amarrage à la serre; on recule l'affût
-de manière que la bouche de la pièce se trouve à 4 ou 5 pouces du bord;
-on place sur le pont, vers le derrière de l'affût, des boucles de fer
-goupillées solidement par-dessus; on passe les oeillets de la fausse
-brague aux fusées de l'essieu de l'avant, et on l'aiguillette sur la
-boucle dont on vient de parler, en la faisant venir par-dessus les
-derniers adents de l'affût. L'amarrage se fait d'ailleurs comme dans
-l'autre manière de mettre à la serre.
-
-_Amarrage aux chevrons de retraite._ Cet amarrage a le même but que le
-précédent, et il fatigue moins le navire que la fausse brague.
-
-Les chevrons de retraite sont deux pièces de bois de chêne assez longues
-pour tenir la tranche du canon à quatre ou cinq pouces de bord; elles
-sont entaillées de manière à recevoir d'un bout la tête de chaque
-flasque, l'autre bout s'appuie sur le bord; on place des cabrions devant
-et derrière, et l'on continue l'amarrage comme dans la méthode
-ordinaire.
-
-_Amarrage par la queue des flasques._ Cet amarrage est préférable à
-l'amarrage à la serre, indiqué précédemment, lorsque les canons ont un
-anneau de brague sur la culasse.
-
-Le canon étant rentré, on fait tomber la culasse sur la sole; on appuie
-le tiers de la tranche contre la partie supérieure du sabord; on dispose
-le raban de volée, l'aiguillette et le palan de retraite comme à
-l'ordinaire; on passe également les deux côtés de la brague sous les
-fusées des essieux de l'avant, on accroche le croc de chaque poulie
-double à la boucle de brague, et le croc de la poulie simple au piton.
-On raidit chaque palan de côté, on passe ensuite un tour de garant sur
-la queue des flasques, et deux au croc. Quand le troisième tour est
-achevé sur la queue des flasques, on passe le bout du garant entre le
-tour du même garant, et le dessus de la queue des flasques de dessous en
-dessus; ensuite on fait trois tours de bridure, entre la cheville à
-piton et le dernier adent, puis trois autres tours en allongeant de
-manière à ramener le dernier à la queue de la poulie simple, où l'on
-emploie le reste du garant. Il faut éviter que les tours de garant
-passés à la queue des flasques, ne frottent contre les roues.
-
-_Observation générale._ Si un canon de gros calibre se démarre et obéit
-au roulis, il ne faut pas briser les roues; on jette sur son passage
-quelque sacs à valets. Quatre hommes saisissent un levier chacun, et ils
-engagent le sifflet sous les roues, ce qui donne le temps de saisir le
-canon avec des cordages pour le ramener à bord.
-
-_Amarrage des caronades._ On maintient les caronades à brague fixe, en
-raidissant leurs bragues et en contenant leurs affûts par des
-aiguillettes passées dans les pitons de derrière du châssis, et dans les
-boucles fixées sur le pont.
-
-
-
-
-CHAPITRE VII.
-
-_Pointage au tir._
-
-
-La ligne qui joindrait le point le plus élevé de la plate-bande de
-culasse avec le point le plus élevé du bourrelet, et qu'on peut imaginer
-prolongée indéfiniment au-delà de la volée, est ce qu'on appelle la
-_ligne de mire_.
-
-C'est celle par laquelle le canonnier vise pour pointer, c'est-à-dire
-pour donner à la pièce la direction qu'il juge convenable pour atteindre
-le but.
-
-La ligne passant par le milieu de l'âme, c'est-à-dire son axe, qui est
-en même temps l'axe de la pièce, et qu'on peut imaginer prolongée
-indéfiniment au-delà de la bouche, est ce qu'on appelle la _ligne de
-tir_.
-
-C'est celle que suit sensiblement le boulet à son départ, et qu'il
-suivrait indéfiniment s'il pouvait se mouvoir en ligne droite.
-
-Comme le canon a plus de grosseur ou de diamètre à la culasse qu'à la
-volée, il est clair que la ligne de mire et la ligne de tir sont plus
-rapprochées à la volée qu'à la culasse, et que leurs prolongemens
-doivent se rencontrer à une certaine distance de la bouche; de sorte que
-la ligne de mire, qui était d'abord au-dessus de la ligne de tir, est
-ensuite en dessous, et que l'écartement de l'une à l'autre devient
-d'autant plus grand qu'on les imagine prolongées davantage.
-
-Ce qui précède doit faire concevoir comment il arrive que le boulet, qui
-était d'abord au-dessus de la ligne de mire, est bientôt au-dessous.
-C'est pour exprimer cette circonstance du tir, que le canonnier dit:
-_qu'en partant, le coup relève_. On voit donc que si le boulet allait en
-ligne droite, il faudrait diriger la ligne de mire au-dessous du but,
-toutes les fois que celui-ci se trouverait plus éloigné que la distance
-assez petite (de 15 à 25 pieds dans les canons) où la ligne de mire et
-la ligne de tir se rencontrent.
-
-Chacun a pu remarquer qu'une pierre lancée dans l'espace ne se mouvait
-pas en ligne droite, mais qu'elle décrivait une courbe très-sensible à
-l'oeil. Toutefois on a dû observer que la courbure de la ligne suivie
-par la pierre était d'autant moins grande que la pierre avait été lancée
-avec plus de force ou de vitesse. Cette courbure est due à l'action de
-la pesanteur, qui tend à rapprocher tous les corps du centre de la
-terre, et qui les en rapproche effectivement quand ils ne sont pas
-supportés ou suspendus. Cette action de la pesanteur qui fait décrire
-une courbe à une pierre lancée à la main ou avec une fronde, fait aussi
-que le boulet lancé par le canon décrit une ligne dont la courbure,
-quoique moins sensible à l'oeil, n'en est pas moins réelle, et le boulet
-s'écarte d'autant plus de la ligne de tir en dessous, qu'il s'éloigne
-davantage du canon.
-
-Cette courbe décrite par le boulet se nomme _trajectoire_.
-
-Puisque le boulet, après s'être élevé par-dessus la ligne de mire, se
-baisse ensuite en dessous la ligne de tir par l'action de la pesanteur
-qui le rapproche de la surface de la terre, il y aura un moment où il
-viendra couper une seconde fois la ligne de mire; de sorte que, pour
-atteindre un but placé à la distance, soit du premier, soit du second
-point où le boulet coupe la ligne de mire, il faut viser sur lui comme
-si le boulet se mouvait en ligne droite, et qu'il dût suivre la ligne de
-mire. Ces deux points portent l'un et l'autre le nom de _but-en-blanc_.
-Mais comme le premier est peu utile pour le tir du canon, on ne s'occupe
-guère que du second, qu'on appelle _but-en-blanc naturel_ quand la ligne
-est horizontale, ou simplement, dans les autres cas, _but-en-blanc_; et
-l'on appelle _pointer de but-en-blanc_, l'action de viser directement
-par la ligne de mire sur un point éloigné.
-
-Nous avons dit que la ligne de tir et la ligne de mire se coupaient à
-une certaine distance de la bouche du canon. L'ouverture de ces lignes,
-ou l'inclinaison de l'une à l'égard de l'autre, est ce qu'on appelle
-_l'angle de mire_. On voit que la grandeur de cet angle dépend de la
-différence de grosseur et de diamètre de la culasse et de la volée du
-canon, ainsi que de sa longueur.
-
-Comme le boulet a dû s'élever d'autant plus au-dessus de la ligne de
-mire que l'angle de mire est plus grand, et que la trajectoire a
-d'autant moins de courbure que la poudre imprime plus de vitesse au
-boulet, il est évident que la vitesse du but-en-blanc dépend 1º de
-l'angle de mire; 2º de la force de la poudre, tant sous le rapport de sa
-quantité que de sa qualité, ou plutôt de la vitesse qu'elle peut
-communiquer au boulet.
-
-On appelle portée d'une pièce, la distance à laquelle elle peut chasser
-son projectile. Cette distance varie pour une même bouche à feu, suivant
-la charge de poudre employée, suivant la forme, la grosseur et le poids
-de son projectile, et surtout suivant l'inclinaison de l'axe de la pièce
-ou de la ligne de tir, par rapport au niveau ou à l'horizon. Cette
-inclinaison de l'axe avec l'horizon est ce qu'on appelle _l'angle de
-projection_.
-
-On concevra facilement que plus cet angle sera grand, toutes choses
-étant égales d'ailleurs, plus la portée sera étendue, et réciproquement.
-Toutefois ce n'est vrai que dans de certaines limites; car si l'angle de
-projection était plus grand qu'un demi-angle droit, le contraire aurait
-lieu; la portée recommence même à diminuer passé 42°-1/3 pour les
-canons, et 28° pour les fusils. (Pour les positions de ces diverses
-lignes et de ces angles, voyez la figure V.)
-
-Ce qui précède fait concevoir que si le point que l'on veut frapper est
-à la distance du but-en-blanc, il faut diriger sur ce point la ligne de
-mire, comme si le boulet devait suivre cette même ligne de mire; que si
-le point que l'on veut battre est plus éloigné que le but-en-blanc, il
-faut diriger la ligne de mire par-dessus, ce qui vient à augmenter
-l'angle de projection. Il faut diriger la ligne de mire par dessous,
-dans le cas contraire, à moins pourtant que ce point ne soit
-très-rapproché du premier but-en-blanc, auquel cas il faudrait encore
-pointer en dessus. La distance de ce premier but-en-blanc varie, ainsi
-qu'on l'a déjà dit, de 15 à 25 pieds.
-
-L'angle de mire est d'environ 1°-1/2 pour les canons, et 3°-1/2 pour les
-caronades.
-
-La distance du but-en-blanc, avec la charge ordinaire du combat (d'après
-les expériences les plus récentes), est environ de 4 encâblures pour les
-canons de 18 et au-dessus; de 4-1/2 encâblures pour les caronades de 24
-et au-dessus: les uns et les autres étant chargés avec des boulets
-ronds. Les mêmes distances sont plus petites d'un tiers à peu près si
-les pièces sont chargées avec des boulets ramés, et de moitié si elles
-sont chargées avec des mitrailles.
-
-La difficulté du tir consiste à déterminer de combien la ligne de mire
-doit être plus élevée que le point qu'on veut battre, quand celui-ci est
-plus éloigné que le but-en-blanc, ou de combien elle doit être plus
-basse dans le cas contraire. Pour cela, des instrumens ont été imaginés,
-proposés ou exécutés; des tables ont été dressées pour faire connaître
-les angles sous lesquels il fallait pointer, suivant les distances; mais
-ces moyens, plus ou moins ingénieux, ont été généralement peu utiles à
-cause des difficultés qu'il y a à les employer à la mer.
-
-On a donc cherché un autre moyen qui pût frapper les yeux, en présentant
-les hauteurs respectives des coques et des mâtures des divers navires,
-et en plaçant à côté une échelle que nous nommerons de _pointage_, qui
-indique d'une manière suffisamment exacte, suivant les distances, les
-hauteurs où il faut pointer pour atteindre les bâtimens aux points
-voulus. Par ce moyen, il suffira qu'on fasse connaître, dans les
-batteries, la distance où se trouve l'ennemi, et s'il faut tirer soit à
-couler bas, soit aux gaillards, ou à démâter.
-
-L'officier commandant la batterie indiquera alors aux chefs de pièces à
-quelle hauteur ils doivent viser, et pour donner cette indication il
-pourra se servir, dans le premier cas, de la planche nº 1;
-
-Dans le second cas, de la planche nº 2;
-
-Et dans le troisième cas, de la planche nº 3.
-
-Dans chaque planche la flèche ou le zéro indique la hauteur où il faut
-atteindre le bâtiment, et celle où il sera frappé si, étant à la
-distance du but-en-blanc on vise à cette hauteur. Le chiffre placé sur
-l'échelle, à la hauteur du zéro, indique cette distance en encâblures,
-pour chaque calibre et dans chaque espèce de pièces en usage dans la
-marine.
-
-Les autres chiffres portés sur les échelles, soit plus haut, soit plus
-bas que la flèche, sont placés à la hauteur du point de la mâture ou de
-la coque où il faut viser, quand on est placé à la distance qu'ils
-expriment pour frapper le bâtiment à la hauteur de zéro.
-
-Ainsi, pour pointer à couler bas par la ligne de mire naturelle, à 5
-encâblures par exemple, il faut viser un peu au-dessus des bastingages
-des vaisseaux à trois ponts, ou à la hauteur des filets de casse-tête de
-ceux à deux ponts, ou au quart à peu près de la distance qui sépare les
-bastingages et la grande hune des frégates. (Planche nº 1.)
-
-Pour pointer aux gaillards, à la distance de 4-1/2 encâblures, il faut
-viser à la hune des grands mâts des vaisseaux; à la moitié du ton des
-frégates, et d'une quantité égale à la moitié du ton, au-dessus du
-chouquet du grand mât des corvettes. (Planche nº 2.)
-
-Enfin, pour pointer aux trelingages, c'est-à-dire à démâter, à la
-distance de 6 encâblures par exemple, il faut viser au-dessus du
-chouquet du grand mât de hune des vaisseaux; au capelage du grand mât de
-perroquet des frégates, et à la pomme des corvettes (Planche nº 3), et
-ainsi de suite.
-
-Les exemples précédens ne s'appliquent qu'au cas où l'on tire avec des
-boulets ronds; mais de semblables échelles ont été dressées pour les
-boulets ramés et pour les grappes de raisin ou mitrailles. Toutefois ces
-dernières échelles n'indiquent pas les distances au-delà de deux
-encâblures pour les mitrailles, parce que, passé ces distances, le tir
-de ces projectiles est trop incertain pour qu'on doive en faire usage.
-
-Le tir à double charge de projectiles ne devant avoir lieu qu'à moins
-d'une encâblure pour les boulets ronds, et d'une demi-encâblure pour les
-mitrailles, on pourra, pour ainsi dire, pointer toujours alors de
-but-en-blanc, attendu que les gargousses, ayant dû être saignées, n'ont
-pu communiquer qu'une petite vitesse aux deux projectiles, en sorte
-qu'ils doivent bientôt s'abaisser et se rapprocher de la ligne de mire.
-
-Si le vaisseau était toujours parfaitement tranquille, et le pont
-parfaitement de niveau, on aurait marqué sur la plate-bande de culasse
-et sur le bourrelet, les deux points qui déterminent, dans tous les cas,
-la ligne de mire; mais il n'en est point ainsi. Le tangage est cause que
-les points les plus élevés de la culasse et de la volée changent à tous
-momens, ce qui rend le pointage beaucoup plus difficile. C'est donc à
-l'intelligence du pointeur à remédier à cet inconvénient, en suivant le
-mouvement de la pièce; et il y parvient en plaçant toujours son oeil
-dans la direction de la ligne de mire, variable en ce qu'elle doit
-toujours passer par les points les plus élevés de la plate-bande de
-culasse et du bourrelet.
-
-Le roulis fait aussi changer à chaque instant l'angle que l'axe de la
-pièce fait avec l'horizon; d'où il suit qu'on ne peut réellement pointer
-les pièces sur les points indiqués par les planches 1, 2 et 3, au
-moment où l'on doit faire feu. Mais on remédie à cet inconvénient en
-donnant d'avance aux pièces, comme on l'a indiqué dans l'exercice, une
-hauteur convenable pour qu'au roulis le point sur lequel la ligne de
-mire doit être dirigée puisse se présenter dans le prolongement de cette
-ligne; et il faut que le canonnier sache saisir ce moment pour faire
-partir le coup, ce qui demande beaucoup d'intelligence et d'habileté.
-
-Enfin, lorsque la marche du navire est très-grande, la vitesse acquise
-par le boulet comme par tous les corps qui sont à bord, vient encore
-modifier la direction du projectile au sortir de la pièce, en sorte que
-celui-ci doit arriver un peu avant du point qu'on voulait frapper. Mais
-cet effet est assez peu sensible, et il est rare qu'il y ait lieu de le
-prendre en considération, d'autant que la marche du vaisseau ennemi en
-corrige l'inconvénient si, comme il arrive ordinairement, il suit la
-même route, et s'il a un sillage à-peu-près égal.
-
-Comme il est impossible que les canonniers puissent lever toutes les
-difficultés que les mouvemens du vaisseau apportent au pointage, il est
-à propos de faire remarquer que les boulets qui arrivent plus haut qu'on
-ne voulait, peuvent ne pas être perdus et atteindre les mâts les plus
-élevés ainsi que leur gréement, et que ceux qui sont pointés trop bas
-peuvent ricocher et frapper la coque de l'ennemi.
-
-Il semble donc qu'il convient de faire feu pendant que le vaisseau se
-relève, si l'on tire en plein bois, à démâter, à boulet ramé ou à
-mitraille; et pendant qu'il s'abaisse, si la mer n'est pas trop grosse,
-et que l'on tire à couler bas.
-
-On a supposé jusqu'ici que le boulet devait atteindre le but de
-plein-fouet, c'est-à-dire sans sauts ou ricochets; mais comme le tir à
-ricochets, quand la mer est belle, présente lui-même des chances
-beaucoup plus nombreuses pour frapper un bâtiment ennemi, il est utile
-d'entrer dans quelques explications.
-
-On appelle _ricochets_, les sauts et les bonds que fait un boulet
-pendant sa course lorsqu'à terre il vient à rencontrer le sol, et à la
-mer la surface des eaux; il n'est pas de marin qui n'ait été à même de
-remarquer cet effet.
-
-Sur mer, pour qu'un boulet puisse ricocher (et il ne s'agit ici que des
-boulets ronds), il faut que l'angle de projection soit au-dessous de
-sept degrés, et que d'ailleurs la mer soit belle; dans le cas pourtant
-où il y a quelque agitation, la forme des lames, qui sont toujours plus
-couchées du côté du vent que du côté de dessous le vent, rend les
-ricochets plus faciles ou plus fréquens lorsqu'on tire contre un
-bâtiment sous le vent, que contre un bâtiment au vent.
-
-Observons actuellement les effets du ricochet dans un boulet de moyen
-calibre, lancé horizontalement sur une belle mer, et partant d'un canon
-de première batterie de vaisseau: ce boulet parcourt environ 150 toises
-du premier jet; il se relève de 6 pieds environ par son premier
-ricochet, il parcourt ensuite 225 toises sous une élévation qui atteint
-encore environ 6 pieds; le troisième ricochet est de 150 toises et de 10
-pieds d'élévation; la portée s'achève enfin par plusieurs bonds inégaux
-et incertains. On comprend facilement que l'angle de chute d'un
-projectile étant toujours plus grand que celui de projection, et que
-chaque angle de réflexion étant à-peu-près égal à celui de chute, les
-derniers ricochets doivent être plus élevés que les premiers.
-
-On voit donc que si le tir de plein-fouet présente des difficultés qui
-croissent en raison de la distance, laquelle est elle-même fort
-difficile à estimer[9], il n'en est pas de même du tir à ricochets,
-puisque sous les conditions énoncées, et même celle d'une charge de
-poudre diminuée d'un tiers, on peut espérer d'atteindre souvent le but,
-sans autre exactitude que celle d'un bon pointage latéral.
-
- [9] On peut indiquer comme moyen de déterminer cette distance, celui
- qui consiste à mesurer, avec un instrument à réflexion, l'angle opposé
- à la hauteur de la mâture du bâtiment ennemi; c'est d'après cette
- mesure, à divers éloignemens, qu'on a dressé la table qui est annexée
- aux échelles et planches du pointage.
-
-Il reste à faire observer que les ricochets n'altèrent sensiblement ni
-la portée ni la force des projectiles, et à ajouter que plus l'angle de
-projection est petit, plus le ricochet est rasant: il est convenable,
-s'il y a du roulis, de tirer alors de préférence quand le bâtiment
-s'abaisse du côté où l'on tire.
-
-L'efficacité du tir à ricochets peut se démontrer par plusieurs
-expériences; on ne citera que celle-ci: sur 180 boulets de 12, lancés à
-terre de plein-fouet, aucun n'a souvent atteint le but de 200 pieds de
-longueur, sur 6 de hauteur, et placé à 900 toises de distance; tandis
-que sous le même nombre de boulets lancés sous le pointage de la ligne
-de mire horizontale, ceux qui frappent ce but sont moyennement de 36.
-
-Quant aux moyens de pointage par lesquels on peut obtenir le tir à
-ricochets, on peut donner, comme pouvant servir d'indication, celui de
-faire partir la pièce lorsque la ligne de mire est en direction de la
-flottaison d'un bâtiment éloigné de 1-1/2 à 2 encâblures. Des guidons de
-mire, ou fronteaux de volée, qui ont été proposés pour égaliser le rayon
-de la volée avec celui de la culasse, seraient, dans le cas dont il
-s'agit, très-avantageux, si l'on parvenait à les fixer solidement; il
-suffirait alors de pointer par la ligne de mire sur un point placé à une
-hauteur du bord ennemi correspondant à celle d'où l'on tire[10].
-
- [10] Dans son traité de l'artillerie navale, Douglas propose, pour le
- tir horizontal, dont il reconnaît tous les avantages, un pendule qui
- s'adapterait au canon, sur lequel serait d'ailleurs une raie latérale
- en peinture blanche, parallèle à l'axe de la pièce.
-
-Il ne reste plus qu'à ajouter quelques règles particulières: les
-canonniers devront toujours charger, pointer et tirer avec calme
-et sans précipitation; jamais une pièce ne devra faire feu sans qu'elle
-ait été dirigée sur un point bien reconnu, ou au moins sans qu'on soit
-fixé sur la véritable position de l'ennemi, soit qu'on l'aperçoive
-réellement, soit qu'on distingue où il est par la lueur de son feu, par
-l'épaisseur ou la direction de la fumée qui sort de son bord, etc.
-
-La distance de l'ennemi doit être annoncée par les officiers; dans le
-cas contraire, le chef de pièce devra l'apprécier le mieux qu'il lui
-sera possible, pour pointer le plus juste qu'il pourra; il convient à
-cet effet qu'il s'exerce d'avance à bien juger des distances.
-
-Si l'on doit dépasser l'objet sur lequel on veut tirer, ou qu'on doive
-être dépassé par lui, il est convenable de pointer, dès que la chose est
-possible, pour être dans le cas de faire feu de nouveau avant que
-l'ennemi soit hors de direction; mais si l'on prévoit ne pas avoir le
-temps de tirer une seconde fois, le chef de pièce doit pointer
-à-peu-près en belle, et attendre dans cette position l'instant où le
-vaisseau ennemi se présentera.
-
-Quand il y a des mouvemens fréquens d'aulofée et d'arrivée, on doit
-pointer dans une direction moyenne à ces mouvemens, et saisir le moment
-favorable pour faire feu.
-
-Un tir oblique est susceptible de causer un surcroît de fatigue aux
-boucles et aux crocs; cependant il n'altère pas la justesse du coup, et
-on ne doit pas hésiter à s'en servir dans l'occasion.
-
-Si par l'effet de la marche du navire, ou d'une évolution, on peut
-prévoir que le vaisseau ennemi cessera bientôt d'être dans une direction
-convenable, il faut accélérer un peu le feu pour ne pas perdre une
-occasion de lui nuire.
-
-
-_Remarques._
-
-_Du but-en-blanc._
-
-On considère deux espèces de lignes dans le tir des armes à feu: la
-ligne de mire, qui est le rayon visuel dirigé le long de la surface
-supérieure du canon vers l'objet qu'on veut atteindre; la ligne de tir,
-qui est la courbe que décrit le projectile lorsqu'il est lancé hors du
-tube par l'explosion de la poudre. Cette courbe serait une parabole, si
-l'élasticité et la ténacité de l'air n'opposaient de la résistance au
-mobile.
-
-Par la construction des armes en général, la ligne de tir et celle de
-mire forment entre elles, au-delà de la bouche, un angle plus ou moins
-ouvert, suivant l'épaisseur à la culasse et celle à l'extrémité opposée.
-Le projectile, à sa sortie du cylindre, coupe d'abord, et à peu de
-distance de la bouche, la ligne de mire, passe au-dessus d'elle, et,
-forcé par l'action de sa pesanteur, il se rapproche de cette ligne, la
-coupe une seconde fois, et achève de décrire sa courbe jusqu'à sa chute.
-Ce second point d'intersection est ce qu'on appelle le _but-en-blanc_;
-il est plus ou moins éloigné de l'extrémité de l'arme, selon le nombre
-de degrés de l'angle sur lequel on tire.
-
-Ainsi, 1º pour frapper un but qui serait entre le bout du canon et la
-première intersection, il faudrait pointer au-dessus; 2º si le but était
-entre les deux intersections, il faudrait pointer au-dessous; 3º si le
-but était à une des intersections, il faudrait y viser directement pour
-l'atteindre; 4º enfin s'il était au-delà de la seconde intersection, il
-faudrait pointer au-dessus[11].
-
- [11] Hulot, instruction sur l'artillerie.
-
-Les projectiles de différentes espèces n'ont pas une même portée,
-quoique tirés avec la même pièce et dans les circonstances semblables;
-la mitraille va moins loin, toutes choses d'ailleurs égales, que le
-boulet. Quant au boulet ramé, les expériences prouvent que sa portée est
-à-peu-près un terme moyen entre celles du boulet et de la mitraille. En
-conséquence, chacune de ces trois espèces de projectiles a un
-but-en-blanc très-distinct, dont la distance varie encore beaucoup, si
-l'on tire avec plusieurs projectiles à la fois. On ne peut donc indiquer
-un seul but-en-blanc aux canonniers pour chaque arme.
-
-TABLE _donnée dans les règles de pointage du capitaine_ MONTGÉRY.
-
- +=================+==============+===================================+
- DÉSIGNATION |ANGLE DE MIRE,| BUT-EN-BLANC
- DES BOUCHES A FEU.| conformément | /------------/\-----------\
- | au dernier | du Boulet.| du Boulet |de la grosse
- | réglement. | | ramé. | mitraille.
- +-----------------+--------------+-----------+-----------+-----------+
- | |Encâblures.|Encâblures.|Encâblures.
- Canons de 36 | 1° 32' 16" | 3 | 2-1/4 | 1-1/2
- -- 24 | 1 28 48 | 3 | 2-1/4 | 1-1/2
- -- 18 | 1 29 40 | 3 | 2-1/4 | 1-1/2
- -- 12 | 1 24 51 | 2-3/4 | 2 | 1-1/2
- -- 8 long. | 1 10 14 | 2-1/2 | 1-3/4 | 1-1/4
- -- 8 court.| 1 22 21 | 2-3/4 | 2 | 1-1/2
- -- 6 long. | 1 16 37 | 2-1/2 | 1-3/4 | 1-1/4
- -- 6 court.| 1 27 11 | 2-3/4 | 2 | 1-1/4
- -- 4 long. | 1 11 14 | 2-1/4 | 1-1/2 | 1
- -- 4 court.| 1 19 35 | 2-1/2 | 1-3/4 | 1-1/4
- Caronade de 36 | 3 43 24 | 4-1/4 | 3 | 2-1/4
- -- 24 | 3 18 40 | 3-3/4 | 2-3/4 | 2
-
- TABLE _donnée par le réglement de_ 1834.
-
- BOULETS RONDS. | BOULETS RAMÉS. | MITRAILLES.
- Canons de 36 } | |
- -- 30 } | |
- -- 24 } 4 encâblures. |2-1/2 encâblures.|2 encâblures.
- -- 18 } | |
- | |
- Caronade de 36 } | |
- -- 30 } 4-1/2 encâblures.|3 encâblures. |2-1/4 encâblures.
- -- 24 } | |
- +=================================+=================+================+
-
-Cette différence considérable qui existe entre ces deux tables provient
-probablement de la différence des pièces avec lesquelles ont été faites
-les expériences. On doit donc accorder plus de confiance à celle du
-tableau de 1834, puisqu'on a dû se servir des pièces plus récemment en
-usage.
-
-L'angle de mire des caronades de 36, 30 et 24, dont on se sert
-ordinairement, étant très-ouvert, il s'ensuit nécessairement que
-lorsqu'on tire à une portée moindre que celle du but-en-blanc,
-c'est-à-dire de 1 à 4 encâblures, le boulet passera bien au-dessus du
-point qu'on veut battre, puisque, terme moyen, la trajectoire, dans ces
-circonstances, s'élèvera de quarante pieds au-dessus de la ligne de
-mire. Pour y remédier on a imaginé d'appliquer à la volée un morceau de
-bois ou de métal, appelé _fronteau de mire_, gradué pour les distances
-de 1 à 4 encâblures.
-
-
-_Du Pointage et du Tir._
-
-La difficulté d'obtenir un bon pointage des canonniers, puisqu'il faut
-qu'occupés à manoeuvrer leur pièce, ils estiment la distance à laquelle
-ils sont du navire ennemi, et qu'ils calculent ensuite quelle est
-l'élévation ou l'abaissement à donner au canon, d'après cette distance,
-pour atteindre le but, a fait imaginer plusieurs moyens pour éviter
-cette opération, le plus souvent impraticable, et dont les résultats
-sont presque toujours incertains.
-
-Mais tous ces moyens, réels en théorie, ont offert dans la pratique des
-inconvéniens si graves, qu'ils ont été abandonnés presque aussitôt mis
-en usage.
-
-Les échelles données par l'instruction de 1834 ont présenté un résultat
-plus avantageux sans doute, mais non encore exempt d'inconvéniens
-nombreux.
-
-L'instruction dit: pour pointer à couler bas par la ligne de mire
-naturelle, à 5 encâblures par exemple, il faut viser un peu au-dessus
-des bastingages des vaisseaux à trois ponts, ou à la hauteur du filet de
-casse-tête de ceux à deux ponts, ou au quart à-peu-près de la distance
-qui sépare les bastingages et la grande hune des frégates, etc.
-
-Supposons qu'une appréciation exacte de la distance à laquelle on est de
-l'ennemi, parvienne du pont aux chefs des batteries, et qu'ils ordonnent
-aux chefs de pièces de pointer à hauteur des filets de casse-tête, ou
-au quart à-peu-près de la distance qui sépare le bastingage et la grande
-hune; est-il probable que ce point pourra être aperçu des chefs, lorsque
-souvent il est difficile de distinguer l'ennemi enveloppé de fumée,
-surtout si l'on combat au vent? N'est-il pas à craindre que les chefs,
-pour ne pas encourir le reproche de manquer d'ardeur, ne tirent leur
-coup au hasard?
-
-Le moyen qui, jusqu'ici, nous paraît remplir le mieux toutes les
-conditions, est l'emploi des _hausses_, qui n'exige que l'appréciation
-de la distance, laquelle donnée aux chefs de pièces par les chefs des
-batteries, réduit le tir à celui du but-en-blanc.
-
-Ce système se compose de deux pièces: l'une, appelée masse de mire, est
-un morceau de métal qui s'adapte, au moyen d'un cercle en fer à écrou,
-au renfort de la volée; la seconde, d'une espèce de boîte en cuivre,
-renfermant un montant mobile qui s'adapte par deux vis sur le champ de
-lumière à l'arrière de la plate-bande de culasse. Le montant mobile est
-gradué sur ses faces avant et arrière de 1/2 à 6 encâblures pour les
-charges au tiers et au quart; une vis de pression le rend immobile,
-lorsque le chef de pièce l'a mis à la hauteur convenable.
-
-La distance du but-en-blanc dépendant, non-seulement de la courbure de
-la trajectoire, mais encore du plus ou moins d'ouverture de l'angle de
-mire, on diminue cet angle en ajoutant à la volée la masse de mire; et
-comme sa hauteur rend le demi-diamètre de la pièce à ce point égal au
-demi-diamètre de la culasse, on le réduit à zéro. Par là on diminue la
-distance du but-en-blanc, parce que la ligne de mire s'écartant moins
-dans le principe de la trajectoire, en est plus promptement rencontrée
-une seconde fois. Mais l'application du montant ou _hausse_ à la culasse
-produit un effet contraire et réduit par conséquent le pointage pour
-toutes les distances graduées sur le montant, à celle du but-en-blanc,
-c'est-à-dire que le chef pointe, en mettant dans le même alignement son
-oeil, le point le plus élevé du montant et celui de la masse de mire.
-
-Les expériences faites avec ces hausses ont donné les résultats les plus
-avantageux; sur cent boulets lancés de 2 à 3 encâblures, plus de la
-moitié auraient porté dans la coque d'un navire ayant 10 pieds
-d'oeuvres-mortes, l'autre moitié n'aurait pas dépassé la grande hune.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII.
-
-_Manoeuvres de Force relatives au Canonnage._
-
-
-_Embarquement et débarquement d'un affût._ L'affût se saisit par les
-fusées de l'essieu de derrière; on le hisse le long et au haut du mât du
-ponton qui l'a porté; on y a accroché d'avance le palan d'étai du bord,
-et, en halant sur celui-ci, l'affût arrive à l'appel du grand panneau
-par où on l'introduit à bord; c'est à l'aide des mêmes moyens, mais dans
-un ordre inverse, qu'on le débarque. Au lieu d'un ponton, on peut
-employer la chaloupe mâtée du bâtiment, ou le palan de bout de vergue.
-
-_Embarquement d'un canon._ Si la pièce est de gros calibre, on
-aiguillette une caliorne à la grande vergue, de manière que le point de
-suspension corresponde à 2 ou 3 pieds en dehors de la préceinte; on
-brasse la vergue pour que cette caliorne se trouve en direction du
-sabord par où l'on veut faire passer la pièce, et l'on adapte une fausse
-balancine, que l'on raidit ainsi que les drosses et les bras.
-
-La pièce est supposée dans un chalan ou sur un quai le long du bord,
-vis-à-vis du sabord désigné; on la saisit par une élingue à canon, que
-l'on passe d'abord au bouton de culasse, et qu'on élonge ensuite par ses
-doubles sur la pièce, en remontant jusqu'à la volée, à laquelle elle est
-saisie en avant des tourillons par plusieurs tours d'aiguillette. On
-accroche à la boucle que forment les doubles de l'élingue en dehors de
-l'aiguilletage, la caliorne frappée à la vergue, et dont le courant du
-garant est dirigé et enroulé au cabestan.
-
-On vire au cabestan jusqu'à ce que la pièce soit arrivée à la hauteur du
-sabord; on introduit un anspect ou levier dans l'âme pour servir à
-diriger la pièce qui doit entrer horizontalement dans le sabord, la
-culasse la première; à cet effet, on se sert aussi d'un palan croché
-dans l'intérieur de la batterie, et qui, sortant par ce sabord,
-s'accroche près du bouton de culasse. On hale sur le garant de ce palan;
-et avec ces moyens on appelle et on place la pièce sur son affût, que
-l'on présente au sabord. On mollit la caliorne à mesure qu'on amène, et
-on la mollit encore pour la décrocher; on en fait autant du palan, on
-défrappe l'élingue; on roule cet affût à un autre sabord, et l'on y en
-présente un nouveau pour recevoir un autre canon par le même procédé.
-
-On peut en outre frapper une estrope sur la volée pour y crocher le
-palan de la candelette, ce qui donne un surcroît de force et un moyen de
-direction. On peut aussi enlever le croissant de l'affût pour rapprocher
-celui-ci du bord. L'affût est préalablement amarré au sabord, ou bien on
-en cale les roues, suivant les cas, pour l'empêcher de bouger.
-
-Il est préférable que l'estrope de la poulie inférieure de la caliorne
-soit à oeillet, parce qu'après l'avoir passée dans l'élingue de la pièce
-on y introduit un burin pour la retenir contre celle-ci; le burin
-détériore moins le cordage qu'un croc.
-
-Lorsque la pièce est de petit calibre, ou s'il s'agit d'une caronade, il
-suffit d'employer le palan de bout de vergue et le palan d'étai; et si
-cette pièce est destinée pour les gaillards, on la fait passer
-par-dessus le bastingage; chaque canon s'amène alors directement sur son
-affût, que l'on présente sous les palans dès que l'affût précédemment
-présenté a reçu sa pièce et a été éloigné.
-
-_Débarquement d'un canon._ On dépasse la brague, si elle se trouve
-par-dessus la culasse, on retient l'affût au bord, ou l'on en cale les
-roues; et dans un ordre inverse de celui de l'embarquement, mais à
-l'aide des mêmes procédés, on opère le débarquement du canon.
-
-Si le bâtiment est désarmé ou démâté, on le conduit sous une grue, ou
-bien l'on se sert de mâts de charge, de bigues ou de cabres.
-
-_Changement d'affût d'un canon à bord._ Il y a plusieurs moyens
-d'exécuter cette manoeuvre; ils vont être indiqués afin qu'on puisse
-employer le plus avantageux, relativement aux attirails dont on est
-pourvu et à la position des canons.
-
-_Premier moyen._ Par la machine dite à monter et à démonter les canons,
-et formée de deux civières à canon, garnies chacune de deux poulies
-simples, proportionnées à la grosseur des itagues, et dont les caisses
-ont le moins de longueur possible. Deux estropes garnies de même, et
-quatre itagues proportionnées aux calibres des canons, ayant un bout
-garni d'une cosse, et l'autre en queue de rat. On se sert de deux
-boucles placées au barrot, l'une à environ 3 pieds, et l'autre à 9.
-
-On dispose le canon de manière que sa culasse et sa volée soient sous
-les deux boucles du barrot; on passe une estrope dans chacune; elle
-tient d'un côté à une poulie simple qui y est immédiatement fixée, et
-dès que l'autre bout est passé dans la boucle, on y amarre solidement
-une autre poulie, mais de manière qu'on puisse la démarrer facilement
-lorsque la manoeuvre est finie.
-
-On saisit le canon à la volée et à la culasse avec les deux civières qui
-doivent faire tour mort autour du canon; les poulies simples, dont
-chacune est garnie, doivent se présenter de chaque côté de la pièce et à
-égale hauteur. On passe chaque itague dans une poulie de l'estrope de la
-boucle, puis dans celle correspondante de la civière; et l'on ramène son
-bout pour le fixer par un dormant à la boucle.
-
-Les quatre poulies doubles des quatre palans sont accrochées aux quatre
-cosses des itagues; quant à leurs poulies simples, celles des palans de
-derrière le sont aux boucles des palans de retraite des canons voisins,
-et celles de devant, aux boucles fixées à la serre-gouttière, et, à leur
-défaut, dans celles placées pour fausses bragues, immédiatement sur le
-derrière des affûts voisins ou autres qui se trouveraient dans la
-direction et à la distance convenables. Les palans de devant sont
-dirigés à droite et à gauche de la pièce, perpendiculairement à son axe,
-et ceux de derrière le sont en éventail en arrière du canon.
-
-On ôte les sus-bandes, et au commandement _ferme!_ les hommes agissent
-ensemble pour élever la pièce jusqu'à ce qu'on puisse ôter l'affût. Ce
-moyen exige deux équipages de canon, mais il est sûr et il convient dans
-les gros temps.
-
-_Deuxième moyen._ Sans machine. On saisit solidement la pièce à la
-boucle de serre par le raban de volée; on passe ensuite le milieu d'un
-bon cordage sous le collet du bouton, et ses bouts dans la boucle de
-dessus; on ôte les sus-bandes; on place sous le bouton deux forts
-leviers sur lesquels on fait effort pour élever le canon jusqu'à ce
-qu'on puisse retirer l'affût de dessous. A mesure qu'il s'élève, on
-embraque le cordage sous le collet du bouton, et dès qu'il est assez
-élevé, on fait une quantité de tours suffisans pour en supporter le
-poids pendant qu'on change l'affût.
-
-_Troisième moyen._ Lorsque l'affût à changer est sous les passe-avants
-ou sur les gaillards, on transporte la pièce sous les caliornes ou
-candelettes du vaisseau, et à leur aide on enlève et on replace le
-canon.
-
-_Quatrième moyen._ Si l'affût est brisé, et le canon tellement placé
-qu'on ne puisse employer aucun des moyens précédens, on l'élève sur deux
-chantiers en disposant la lumière en dessous; on pose l'affût nouveau
-sans roues sur le canon, de manière que toutes leurs parties se
-correspondent; on met les sus-bandes et les clavettes en place; on passe
-deux trévires, une sous le ceintre de l'affût, et l'autre en avant de
-l'essieu de devant: elles embrassent le canon et son affût par plusieurs
-tours; on passe ensuite un levier dans l'âme de la pièce, au moyen
-duquel et des trévires on commence à renverser le canon. Dès que les
-fusées des deux essieux touchent le pont, on y cloue un cabrion pour les
-empêcher de glisser; on place des cordages de retenue du côté opposé à
-celui des trévires, pour modérer l'effort du choc sur le pont, lorsqu'il
-tombe sur sa base; on embarre des pinces et des leviers à mesure que
-l'élévation de l'affût le permet; puis faisant effort à la fois sur les
-leviers, sur la bouche, sur les trévires, en garnissant le dessous de
-l'affût à mesure que le canon s'élève, maintenant avec force, pendant
-ces opérations, les cordages de retenue pour retenir l'affût lorsqu'il
-tombera sur la base, on achève de remettre le canon dans sa position
-ordinaire. On place ensuite les roues de l'affût, et on le conduit au
-sabord.
-
-Dans le cas où, faute d'affût de rechange, on est obligé de descendre le
-canon sur le pont, alors, s'il fait mauvais temps, on le place sur deux
-chantiers, et l'on a soin de le bien saisir au moyen de quatre mains de
-fer ou galoches placées de chaque côté de la culasse et de la volée, et
-clouées solidement sur le pont; elles serviront à passer de bonnes
-aiguillettes dont les tours seront assez multipliés autour du canon pour
-être certain qu'il ne peut se démarrer.
-
-_Jeter les canons à la mer._ Cette opération a lieu lorsque le vaisseau
-est vieux, délié, que l'artillerie le fatigue beaucoup, ou que le temps
-est très-mauvais. Il faut élever la culasse du canon autant que
-possible; on retire alors les sus-bandes, en ne laissant à la pièce
-qu'un ou deux tours de raban; on passe une pince sous chaque tourillon,
-puis deux anspects un peu en arrière, et à l'instant où le roulis est
-favorable, on fait force sur tous ces leviers à la fois, et, en ouvrant
-les mantelets, on débarque les canons.
-
-
-_Remarques._
-
-En général, pour ne pas fatiguer les basses vergues par l'embarquement
-des canons, les pontons sont munis d'un mât à appareil, et la caliorne
-de l'appareil se vire sur le cabestan du ponton; deux forts palans
-crochés dans l'intérieur de la batterie servent à diriger le canon et à
-le faire entrer lorsque la caliorne l'a élevé un peu au-dessus de la
-hauteur du sabord.
-
-En embarquant l'artillerie, on doit avoir soin de la répartir d'une
-manière uniforme en allant du centre aux extrémités, pour ne pas
-fatiguer le bâtiment. Le poids de chaque pièce étant connu, on doit
-aussi le répartir de manière que la somme des poids soit la même pour
-les deux bords.
-
-
-
-
-CHAPITRE IX.
-
-_Mise hors de Service, Enclouage et Désenclouage des Bouches à feu._
-
-
-Le meilleur moyen de mettre les bouches à feu hors de service, consiste
-à leur casser un tourillon; mais ce moyen serait, sinon impossible, au
-moins bien difficile pour les pièces en bronze. Quant aux canons en fer
-coulé, on en détache assez facilement un tourillon en le frappant
-fortement à faux, principalement sur l'arête, et toujours dans le même
-sens, avec une masse ou un fort marteau. Il faut, après chaque coup,
-maintenir la masse sur le point frappé.
-
-S'il s'agit d'évacuer un arsenal, et qu'il y ait des pièces en bronze
-rangées sur les chantiers, on allume sous ces pièces un bon feu de
-charbon, et quand elles sont chaudes, on les frappe fortement sur la
-volée pour les faire plier.
-
-On peut encore chauffer fortement un tourillon et essayer de le casser,
-ou au moins de le faire plier en le frappant.
-
-On tire aussi quelquefois les pièces en bronze avec une forte charge de
-poudre, en remplaçant le projectile par des fragmens de boulets à arêtes
-vives, lesquels produisent des éraflemens qui dégradent promptement
-l'âme.
-
-On tire également quelquefois un coup de canon à bout portant contre la
-volée de la pièce qu'on veut mutiler; mais ce moyen ne serait pas
-toujours sans danger, si l'on n'avait l'attention de communiquer le feu
-avec une mèche lente, qui donne aux canonniers le temps de se retirer
-avant l'explosion. Cette mèche lente peut être faite avec un morceau
-d'amadou de 15 lignes de longueur et traversant un morceau de papier qui
-couvre l'amorce. On fait éclater une bombe ou un obus bien éclissé dans
-un mortier, ou dans un obusier, pour le mettre hors de service.
-
-A défaut des moyens ci-dessus, on encloue les pièces; pour y parvenir,
-on emploie des vis en acier trempé; après les avoir enfoncées le plus
-possible, on les casse au ras de la pièce. Quand on n'a pas de vis, on
-enfonce dans la lumière un clou carré d'acier, dont les arêtes ont été
-entaillées de différentes coches, ayant leur ouverture tournée vers le
-gros bout. Ces clous doivent être trempés et avoir leur pointe recuite
-pour pouvoir être rivés en dedans. Après les avoir enfoncés à grands
-coups de marteau, on casse l'excédant de ces clous en dehors. On met au
-fond de la pièce de la terre glaise, et quelquefois par-dessus un
-cylindre de bois dur qui ne doit pouvoir entrer qu'avec beaucoup
-d'efforts. Dans tous les cas, on place par-dessus un boulet de calibre
-enveloppé de feutre ou de plomb, et enfoncé avec beaucoup de force. Dans
-un moment pressé, on peut se contenter d'introduire dans l'âme un boulet
-ainsi forcé.
-
-S'il s'agit au contraire de désenclouer les pièces, voici comment on
-peut y parvenir.
-
-Quand le clou n'est pas vissé et que les obstacles qui se trouvaient
-dans l'âme ont été retirés, on charge la pièce au tiers ou à moitié du
-poids du boulet; on emploie une tringle de bois de quelques lignes
-d'équarrissage, ayant une rainure dans sa longueur, et dans cette
-rainure une mèche dite cravate d'étoupilles, communiquant à la charge.
-On bourre le canon avec des bouchons de vieilles cordes, bien refoulés
-avec un levier ou un anspect, et l'on met le feu à l'étoupille. Il faut
-souvent plusieurs coups pour faire sauter le clou.
-
-Si le clou qui est dans la lumière est vissé, il faut s'assurer s'il ne
-serait pas en fer ou en acier pur trempé, parce qu'avec un petit burin
-en bon acier on pourrait peut-être fendre sa tige, et le retirer avec un
-tournevis.
-
-Il convient encore, lorsque tout autre moyen a échoué, de gratter un peu
-le métal de la pièce autour du clou, d'y faire un petit godet en cire,
-et d'emplir ce godet d'acide nitrique ou d'acide sulfurique, qu'on
-renouvelle de temps en temps. Il arrive quelquefois que l'acide
-s'introduit par l'effet de la capillarité entre le clou et la pièce, et
-qu'il ronge le métal, au point qu'il est facile de faire sauter le clou
-avec une charge de poudre assez faible.
-
-Si les obstacles qui se trouvaient dans l'âme n'ont pu être enlevés
-immédiatement, on perce une nouvelle lumière à côté de la première, on
-introduit un peu de poudre par cette lumière, et l'on fait sauter les
-obstacles en enflammant cette poudre.
-
-
-
-
-CHAPITRE X.
-
-_Des Soutes à Poudre._
-
-
-On appelle ainsi le lieu où on enferme les poudres à bord. La place
-occupée par les soutes à poudre varie suivant le rang des navires. Les
-vaisseaux et frégates en ont deux, l'une appelée grande soute, située de
-l'arrière de la cale au vin, et la seconde sur l'avant du magasin
-général.
-
-Dans la construction, le plancher inférieur des soutes est élevé de
-quelques pieds au-dessus de la carlingue, afin que l'eau ne puisse
-l'atteindre dans les circonstances ordinaires. Les cloisons avant et
-arrière sont formées par deux rangs de bordages, dont l'intervalle est
-rempli par une maçonnerie, pour résister autant que possible à l'action
-du feu.
-
-Pour noyer les poudres en cas d'incendie, lorsqu'on craint de ne pouvoir
-s'en rendre maître, on ouvre les robinets placés en abord et renfermés
-dans des caisses en chêne, doublées en plomb, dont la clef est entre
-les mains du second du bâtiment.
-
-Les soutes sont éclairées par un ou deux fanaux, suivant leurs
-dimensions, placés à l'extérieur de la cloison avant ou arrière. Deux
-fortes glaces encastrées dans la cloison laissent passer la lumière et
-isolent le fanal de la soute.
-
-Le long des cloisons on pratique des armoires, dont les portes sont à
-caille-botis ou à grillage en fil de laiton, pour laisser circuler
-l'air, dans lesquelles on range sur des étagères, et par calibre, les
-gargousses pleines ou _l'apprêtée_. La poudre en baril est arrimée
-bâbord et tribord dans la soute.
-
-Dans le lieu le plus éclairé de la soute on place _l'auge_ ou _pétrin_,
-pour confectionner les gargousses. C'est dans ce pétrin qu'on vide la
-poudre contenue dans les barils, puis des canonniers munis d'une mesure
-la remplissent exactement et la versent dans une gargousse dont on
-amarre le collet. Chaque calibre a sa mesure particulière.
-
-L'apprêtée faite avant le départ du port, doit être au moins du tiers de
-la poudre embarquée.
-
-L'adoption des caisses en cuivre a changé la disposition des soutes et
-simplifié le service des poudres.
-
-Ces caisses, qui sont de différentes dimensions pour chaque calibre, ne
-sont pas à couvercle, mais à calotte vissée sur la face supérieure au
-moyen d'une clef mobile. Elles sont de forme quadrangulaire légèrement
-coupée sur les angles, et sont garnies d'anses. Sur le couvercle on
-indique, en grosses lettres, l'espèce de bouche à feu, son calibre, et
-l'espèce de charge.
-
-Les soutes sont alors divisées en compartimens propres à recevoir les
-caisses placées les unes à côté des autres, mais sur un seul rang.
-L'apprêtée faite à terre est envoyée à bord dans les caisses qui sont
-immédiatement arrimées par calibre, et par espèce de charge;
-c'est-à-dire que le 36 charge au tiers, est séparé du 36 charge au
-quart, et ainsi pour les autres calibres. Pour que les hommes chargés du
-passage des gargousses ne puissent pas se tromper, quoique chaque caisse
-porte sur son couvercle l'indication du calibre et l'espèce de charge,
-chaque compartiment porte encore un écriteau qui indique le calibre,
-l'espèce de charge et leur nombre.
-
-Sur le pont supérieur de la soute, aussi près que possible du lieu où
-l'on a placé les caisses d'un même calibre, mais si on le peut en dehors
-de leur direction, on perce deux écoutillons, dont un reçoit une manche
-en toile dans laquelle on jette les gargoussiers vides qui tombent ainsi
-dans la soute; et le second sous lequel on place un reposoir, sert au
-passage de la gargousse pleine. De cette manière chaque calibre a un
-passage particulier, ce qui évite la confusion.
-
-Les gargoussiers vides, avant d'être envoyés dans les soutes, sont
-secoués dans une baille pleine d'eau, placée dans l'entre-pont à côté de
-la manche par où ils se rendent des batteries.
-
-Il suffit, dans chaque soute, de deux hommes par calibre, plus un novice
-ou un mousse pour ramasser les gargoussiers vides et les remettre à
-l'homme chargé d'y poser la gargousse.
-
-On dépose aussi dans les soutes à poudre, les boîtes à cartouches pour
-fusils et pistolets, ainsi que les barils à bourse pour
-l'approvisionnement des hunes et des embarcations.
-
-
-_Description de la Hausse Marine._
-
-Ce système de hausse se compose de deux pièces principales: la _masse de
-mire_, la _hausse_.
-
-La masse de mire est une pièce de fer ou de cuivre bronze, placée vers
-l'extrémité supérieure du renfort, et fixée à la bouche à feu par deux
-boulons à vis. La partie supérieure est arrondie par un arc de cercle
-dont le centre est pris sur l'axe de la bouche à feu.
-
-La hausse est composée de deux pièces, la _boîte_, le _curseur_.
-
-La boîte est en cuivre, elle est fixée par trois petits boulons à la
-culasse de la bouche à feu; c'est dans cette boîte que glisse le
-curseur.
-
-Une vis la maintient à différentes hauteurs. Pour faire tourner cette
-vis, on se sert de clef, et pour que le chef de pièce en fasse usage à
-volonté, elle tient au cabillot placé au bout du cordon du percuteur.
-
-Le curseur en fer forgé est composé d'une tige carrée et d'un chapeau;
-le dessus du chapeau est terminé par un arc de même rayon que celui de
-la masse de mire.
-
-Deux faces de la tige sont divisées chacune par six profondes rainures
-horizontales. La face qui est du côté du bouton est divisée pour la
-charge au quart, celle opposée pour la charge au tiers.
-
-
-_Pointage au moyen de cette Hausse._
-
-Pour pointer le canon à bout portant, on place la tête du curseur sur la
-boîte; à 200 mètres, il suffit d'élever le curseur de manière que la
-première rainure soit à la hauteur de la boîte.
-
-A 400 mètres, on place le curseur à la 2me division, et ainsi de suite
-jusqu'à la 6me qui est la hauteur à donner pour obtenir la portée de
-1,200 mètres.
-
-
-_Installation du système de Hausse._
-
-Pour que le système de hausse soit bien placé, il faut: 1º que la ligne
-qui passe par le point le plus élevé du chapeau (celui posé sur la
-boîte) et le point le plus élevé de la masse de mire, soient parallèles
-à l'axe de la bouche à feu. Si la masse de mire se trouvait trop haute,
-il faudrait la limer; si elle était trop basse, on l'élèverait en
-mettant une cale entre elle et la pièce. 2º Qu'un plan vertical, passant
-par le centre du curseur et par le milieu de la masse de mire, passe
-aussi par l'axe de la bouche à feu, lorsque les tourillons sont placés
-horizontalement.
-
-3º Il faut que la distance du milieu du curseur au milieu de la masse de
-mire soit exactement celle portée pour chaque pièce dans le tableau
-ci-joint. Ce tableau contient aussi les hauteurs à donner aux divisions
-des hausses, pour toutes les bouches à feu de la marine.
-
-Quand les canons ont des anneaux de brague, la boîte des hausses est
-attachée à la partie inférieure par un boulon qui traverse cet anneau,
-comme on le voit pour les caronades.
-
-Le dessus du chapeau et de la masse de mire sont peints en bandes noires
-et blanches, afin de guider le canonnier pour le rayon visuel.
-
-TABLEAU _faisant connaître les distances entre les masses de mire et les
-hausses, ainsi que les graduations de ces dernières._
-
- +================+======================+============+=======+
- | DÉSIGNATION | DISTANCE entre les |Espèces |Charges|
- | des | axes du curseur et | de | de |
- | BOUCHES A FEU. | de la masse de mire. |projectiles.|poudre.|
- | | | | |
- +----------------+----------------------+------------+-------+
- | | p p l p | | k |
- | Canon-obusier | 3. 6. 6. 0.--1,1506. | Creux. | 3,92 |
- | de 80. [12] | | | |
- | | | | 1,4 |
- | | p p l p | | |
- | Canon 36 long. | 3. 10. 5. 9.--1,2581.| Plein. | 1,3 |
- | | | | |
- | | | | 1,4 |
- | | p p l p | | |
- | Canon 24 long. | 3. 8. 1. 3.--1,1966. | _id._ | 1,3 |
- | | | | |
- | | | | 1,4 |
- | | p p l p | | |
- | Canon 18 long. | 3. 5. 9. 3.--1,1307. | _id._ | 1,3 |
- | | | | |
- | | p p l p | | |
- | Caronade 36. | 2. 2. 8. 6.--0,7230. | _id._ | 1,96 |
- +================+======================+============+=======+
-
- +================+===================================================+
- | DÉSIGNATION | DISTANCES DE LA BATTERIE AU BUT |
- | des | ET GRADUATION A CHACUNE DE CES DISTANCES. |
- | BOUCHES A FEU. +------+------+------+------+-------+-------+-------+
- | |200 m.|400 m.|600 m.|800 m.|1000 m.|1100 m.|1200 m.|
- +----------------+------+------+------+------+-------+-------+-------+
- | | | | | | | | |
- | Canon-obusier |0,0095|0,0206|0,0336|0,0482|0,0047 |0,0735 | |
- | de 80. [12] | | | | | | | |
- | |0,0085|0,0184|0,0296|0,0423|0,0563 | » |0,0716 |
- | | | | | | | | |
- | Canon 36 long. |0,0077|0,0167|0,0269|0,0383|0,0510 | » |0,0649 |
- | | | | | | | | |
- | |0,0082|0,0178|0,0290|0,0418|0,0558 | » |0,0714 |
- | | | | | | | | |
- | Canon 24 long. |0,0074|0,0162|0,0263|0,0378|0,0506 | » |0,0647 |
- | | | | | | | | |
- | |0,0078|0,0172|0,0231|0,0406|0,0545 | » |0,0701 |
- | | | | | | | | |
- | Canon 18 long. |0,0071|0,0156|0,0255|0,0368|0,0495 | » |0,0636 |
- | | | | | | | | |
- | | | | | | | | |
- | Caronade 36. |0,0086|0,0185|0,0298|0,0425|0,0566 | » |0,0721 |
- +================+======+======+======+======+=======+=======+=======+
-
- [12] Observations. Canon-obusier de 80.--La nouvelle masse de mire ne
- permet de pointer qu'à 1100 m. avec la charge 3k.92.
-
-TABLE _servant à déterminer la distance d'un Bâtiment à un autre, au
-moyen de la hauteur angulaire des mâts._
-
- +====================================================================+
- |Distances |Vaisseaux|Vaisseaux|Frégates|Corvettes|Corvettes|Bricks |
- |en |à 3 ponts|de 74, et| de 44. | de 24 | de 20 |de 16 |
- |encâblures.|et de 80.|grandes | | à 32. | à 24. | à 20. |
- | | |frégates.| | | | |
- +-----------+---------+---------+--------+---------+---------+-------|
- | | ° ' | ° ' | ° ' | ° ' | ° ' | ° ' |
- | 1/2 | 24 39 | 22 21 | 18 37 | 16 25 | 15 22 | 14 44 |
- | 1 | 12 56 | 11 38 | 9 33 | 8 23 | 7 49 | 7 22 |
- | 1-1/2 | 3 41 | 8 0 | 6 24 | 5 37 | 5 15 | 4 56 |
- | 2 | 6 29 | 5 52 | 4 49 | 4 13 | 3 56 | 3 42 |
- | 2-1/2 | 5 14 | 4 42 | 3 51 | 3 22 | 3 9 | 2 58 |
- | 3 | 4 22 | 4 | 3 13 | 2 30 | 2 37 | 2 28 |
- | 3-1/2 | 3 45 | 3 22 | 2 45 | 2 25 | 2 15 | 2 7 |
- | 4 | 3 17 | 2 57 | 2 25 | 2 6 | 1 58 | 1 51 |
- | 4-1/2 | 2 55 | 2 37 | 2 9 | 1 54 | 1 45 | 1 39 |
- | 5 | 2 38 | 2 21 | 1 56 | 1 41 | 1 34 | 1 29 |
- | 5-1/2 | 2 23 | 2 9 | 1 45 | 1 32 | 1 26 | 1 21 |
- | 6 | 2 11 | 2 1 | 1 36 | 1 24 | 1 19 | 1 14 |
- |Hauteur } | | | | | |
- |du capelage} | | | | | |
- |du grand } 165 p. | 162 | 126 | 106 | 99 | 55 |
- |mât de } | | | | | |
- |perroquet. } | | | | | |
- +---------------------+---------+--------+---------+---------+-------+
- | _Observation._ |
- | |
- | Les angles sont mesurés à partir de la flottaison jusqu'au |
- | capelage du grand mât de perroquet des bâtimens anglais, dont la |
- | mâture est d'un douzième moins élevée que celle des bâtimens |
- | français du même rang; ainsi qu'on le voit dans les Tables de |
- | M. Gicquel des Touches. |
- +====================================================================+
-
- FIN.
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-DE LA SECONDE PARTIE, CONTENANT LES MANOEUVRES DU NAVIRE ET DE
-L'ARTILLERIE.
-
-
- MANOEUVRE DU NAVIRE.
-
- Avertissement. 5
-
-
- CHAPITRE Ier.
-
- Du navire. 7
-
- Du gouvernail. 12
-
-
- CHAPITRE II.
-
- Appareillages. 15
-
- Appareiller, le navire évité le bout au
- vent. 23
-
- Appareiller, le navire évité le bout au
- courant. 29
-
- Appareiller, en faisant embossure. 32
-
-
- CHAPITRE III.
-
- _Manoeuvrer les voiles de mauvais temps._
-
- Prendre des ris aux huniers. 35
-
- Carguer un hunier de mauvais temps. 39
-
- Prendre le ris aux basses voiles. 41
-
- Carguer une basse voile de mauvais temps. 43
-
-
- CHAPITRE IV.
-
- _Des Viremens de bord._
-
- Virer de bord, vent devant, en gagnant
- au vent. 45
-
- Observations. 46
-
- Virer de bord, vent devant, le plus
- promptement possible. 52
-
- Virer de bord, vent arrière. 53
-
- Observations. 54
-
- Virer de bord, vent arrière, en masquant. 56
-
-
- CHAPITRE V.
-
- _De la Panne._
-
- Mettre en panne, vent dessus, vent dedans. 58
-
- Observations. 59
-
- Mettre en panne, sous toutes les voiles
- du plus près. 61
-
- Faire servir, lorsqu'on est en panne, le
- vent sur le petit hunier. 63
-
-
- Faire servir, lorsqu'on est en panne, le
- vent sur le grand hunier. 64
-
- Faire servir, lorsqu'on est en panne,
- sous toutes les voiles du plus près. 65
-
- Observations. id
-
-
- CHAPITRE VI.
-
- _Sonder._
-
- Sonder de beau temps. 66
-
- Sonder de mauvais temps. 68
-
- Observations. 69
-
-
- CHAPITRE VII.
-
- _De la Cape._
-
- Des différentes espèces de cape. 70
-
- Observations. 75
-
- Arriver, ou virer, lorsqu'on est à la
- cape. 78
-
-
- CHAPITRE VIII.
-
- _Mouillages._
-
- Mouiller de beau temps. 83
-
- Mouiller de mauvais temps. 85
-
- Mouiller avec embossure. 87
-
- Observations. 88
-
-
- CHAPITRE IX.
-
- Affourcher à la voile. 89
-
- Observations. 91
-
-
- CHAPITRE X.
-
- _Des Abordages._
-
- Aborder au vent, lorsqu'on est au plus
- près. 94
-
- Aborder sous le vent, lorsqu'on court
- au plus près. 95
-
- Aborder sur l'avant, lorsqu'on court au
- plus près. 97
-
- Aborder en courant largue. 98
-
- Aborder à l'ancre. 99
-
-
- CHAPITRE XI.
-
- _De la Chasse._
-
- Chasser au vent. 102
-
- Chasser sous le vent. 104
-
- _De la Tactique Navale._ 106
-
-
- MANOEUVRE DE L'ARTILLERIE.
-
-
- CHAPITRE Ier.
-
- Définition et nomenclature. 114
-
-
- CHAPITRE II.
-
- Des projectiles et de la charge. 129
-
- Remarques. 134
-
-
- CHAPITRE III.
-
- Emplacement des canons et de leurs
- projectiles à bord. 140
-
- Remarques. 146
-
-
- CHAPITRE IV.
-
- Exercice du canon d'un bord et par
- temps. 148
-
- Exercice de la caronade d'un bord et
- par temps. 176
-
- Exercice du canon obusier. 187
-
- Exercice des deux bords et à volonté. 193
-
- Remarques. 207
-
-
- CHAPITRE V.
-
- _Noeuds, Amarrages, etc., appliqués au Canonnage._
-
- Aiguilletage. 211
-
- Brague. 212
-
- Bridure. id
-
- Brin. 213
-
- Civière. id
-
- Coiffe d'écouvillon. id
-
- Croupière. id
-
- Elingue. id
-
- Epissure. 214
-
- Estrope. id
-
- Estrope de culasse. id
-
- Faubert. 215
-
- Fourrer un cordage. id
-
- Garant. id
-
- Garcette. 216
-
- Garnir une brague. id
-
- Hampe de corde. id
-
- Itague. id
-
- Ligne d'amarrage. 217
-
- Lusin. id
-
- Machine à démonter les canons. id
-
- Mèches. 218
-
- Merlin. id
-
- Noeuds. id
-
- Palans de côté et de retraite. 218
-
- Palanquin. 219
-
- Quarantainier. id
-
- Queue de rat. id
-
- Raban de sabord. id
-
- Raban de retenue. 220
-
- Raban de volée. id
-
- Surliure. id
-
- Valet. id
-
-
- CHAPITRE VI.
-
- _Différentes manières d'amarrer les Canons à bord._
-
- Amarrage à garans simples. 222
-
- Amarrage à garans doublés. 223
-
- Amarrage à la serre. 224
-
- Amarrage le long du bord, dit en vache. 226
-
- Amarrage au grelin. id
-
- Amarrage par la fausse brague. 227
-
- Amarrage aux chevrons de retraite. 228
-
- Amarrage par la queue des flasques. id
-
- Observation générale. 229
-
- Amarrages de caronades. id
-
-
- CHAPITRE VII.
-
- Pointage au tir. 230
-
- Remarques; du but-en-blanc. 246
-
- Du pointage et du tir. 252
-
-
- CHAPITRE VIII.
-
- _Manoeuvres de Force relatives au Canonnage._
-
- Embarquement et débarquement d'un
- affût. 256
-
- Embarquement d'un canon. id
-
- Débarquement d'un canon. 258
-
- Changement d'affût d'un canon à bord. 259
-
- Premier moyen. id
-
- Deuxième moyen. 261
-
- Troisième moyen. id
-
- Quatrième moyen. 262
-
- Jeter les canons à la mer. 263
-
- Remarques. 264
-
-
- CHAPITRE IX.
-
- Mise hors de service; enclouage et désenclouage
- des bouches à feu. 265
-
-
- CHAPITRE X.
-
- Des soutes à poudre. 269
-
- _Description de la Hausse Marine._ 273
-
-
-FIN DE LA TABLE.
-
-
-Bar-s.-Seine.--Imp. de SAILLARD.
-
-
-
-
-ERRATA
-
-DU DEUXIÈME VOLUME.
-
- _Pages._ _lignes._ _au lieu de_ _lisez_:
-
- 17 2 ancre à jas, _ancre à jet_.
-
- id. 8 id. id.
-
- id. 11 id. id.
-
- id. 17 id. id.
-
- 18 4 id. id.
-
- 19 11 id. id.
-
- id. 13 id. id.
-
- 20 4 id. id.
-
- 31 2 id. id.
-
- 61 11 lorsqu'on mettra, _lorsque mettant_.
-
- 84 5 si on vient largue après, _si on vient largue_,
-
- 85 9 en le masquant, _en les, etc., etc._
-
- 116 dern. du tabl. 13 9-1/2 3 9-1/2
-
- 117 3 le stourillons, _les tourillons_.
-
- 124 9 le lanon, _le canon_.
-
-
- * * * * *
-
-
-
-
-Note sur la transcription:
-
-Ce volume fait référence à des figures (fig. 1 en p. 117, fig. 2 en p.
-118, fig. 3 en p. 119, fig. 4 en p. 121 et figure V en p. 234). Malgré
-des recherches sérieuses et étendues, aucune édition trouvée ne comprend
-ces illustrations, ce qui fait supposer que l'imprimeur a oublié de les
-inclure.
-
-Les errata mentionnés dans le livre à la dernière page ont été
-appliqués.
-
-Quelques points ont été rajoutés dans les listes et tableaux afin
-d'harmoniser avec le reste des éléments.
-
-Faute de place en largeur, certaines tables ont été modifiées:
- * p. 140 et 141, la table «Emplacement des Canons et de leurs
- projectiles, à bord» a été scindée en deux, et sa première colonne
- dupliquée.
- * p. 275 et 276, la table «Tableau faisant connaître les distances
- entre les masses de mire et les hausses, ainsi que les graduations
- de ces dernières» a été scindé en deux. La première colonne
- («Désignation des bouches à feu») a été dupliquée, et la colonne
- «Observation» a été mise en note à la suite du deuxième tableau.
-
-Ce livre comprend de possibles erreurs de syntaxe comme l'utilisation
-de «surjoaler» et «surjoualer» à la place de «surjaler». Celles-ci n'ont
-généralement pas été corrigées.
-
-A l'exception des corrections suivantes et des erreurs clairement
-introduites par le typographe, l'orthographe d'origine a été conservée
-et n'a pas été harmonisée:
- * p. 5, corrige «illétré» en «illettré»,
- * p. 22, corrige «renfonce» en «renforce» («quoiqu'on les renforce»),
- * p. 23, corrige «lan» en «élan» («si dans un élan»),
- * p. 38, corrige «ralingne» en «ralingue» («les huniers en ralingue»),
- * p. 45, corrige «de vent» en «devant» («viremens de bord vent devant»),
- * p. 66, corrige «employé» en «employée» («a pu être employée»),
- * p. 77, corrige «iloire» en «hiloire» («l'hiloire»),
- * p. 81, corrige «annulle» en «annule»
- («annule l'effet du gouvernail.»),
- * p. 87, corrige «un» en «une» («une embossure»),
- * p. 100, corrige «tachant» en «tâchant» («en tâchant d'y entraîner»),
- * p. 117, suppression des points après «Le support de la platine» et
- «L'astragale de la lumière» pour harmoniser avec le reste
- de la table,
- * p. 125. idem p. 117 avec «La platine ou batterie» et «La corne
- d'amorce»,
- * p. 136, capitalisation de "Montgéry",
- * p. 146, corrige «tugue» en «tuque» («la tuque d'arrière»),
- * p. 180, ligne 16, ferme la parenthèse après «commandement pour le
- canon.»,
- * p. 188, ferme la parenthèse après «cosse estropée au collet.»,
- * p. 210, corrige «bât» en «bat» («lorsqu'on se bat»),
- * p. 225, corrige «pacée» en «placée» («placée au-dessus»),
- * p. 268, corrige «enflamment» en «enflammant» («enflammant cette
- poudre»).
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Nouveau manuel complet de marine, by
-Phocion-Aristide-Paulin Verdier
-
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
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-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of computers
-including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
-because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
-people in all walks of life.
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-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation information page at www.gutenberg.org
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
-throughout numerous locations. Its business office is located at 809
-North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email
-contact links and up to date contact information can be found at the
-Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
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-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To
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-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
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-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations.
-To donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
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-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
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-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For forty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
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