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diff --git a/41039-0.txt b/41039-0.txt new file mode 100644 index 0000000..75dc697 --- /dev/null +++ b/41039-0.txt @@ -0,0 +1,6563 @@ +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 41039 *** + +Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le +typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée +et n'a pas été harmonisée. Une note plus détaillée se trouve à la fin +de ce volume. + + + + + NOUVEAU MANUEL + + COMPLET + + DE MARINE. + + _SECONDE PARTIE._ + + MANOEUVRES. + + + + + NOUVEAU MANUEL + + COMPLET + + DE MARINE. + + _SECONDE PARTIE._ + + MANOEUVRES DU NAVIRE + + ET DE L'ARTILLERIE. + + Par M. Verdier, + + Capitaine de Corvette. + + + PARIS, + + A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET, + + Rue Hautefeuille, nº 10 bis. + + 1837. + + + + +AVERTISSEMENT. + + +Les ouvrages qui traitent de la manoeuvre du navire s'appuient sur des +vérités mathématiques trop élevées pour être à la portée de toutes les +classes des navigateurs. + +Nous avons pensé qu'il pouvait être utile d'offrir un Manuel pour la +Manoeuvre, dépouillé de toute démonstration théorique, qui ne repose que +sur la seule pratique, et qui, par conséquent, peut être lu par le marin +le plus illettré. + +Il est plus facile, et surtout plus utile en marine, d'aller du simple +au composé que du composé au simple. Le marin instruit, qui connaîtra +pratiquement la manoeuvre, lira ensuite avec bien plus de fruit les +ouvrages de théorie. + +Si nous pouvons rendre plus facile à quelques jeunes navigateurs l'étude +de la manoeuvre, notre but sera atteint. + + + + +NOUVEAU MANUEL + +DE MARINE. + + + + +_SECONDE PARTIE._ + +MANOEUVRES. + + + + +CHAPITRE PREMIER. + + +_Du Navire._ + +Le navire est un corps flottant, il doit, par conséquent, occuper dans +le fluide un espace tel que son poids soit égal à celui du volume d'eau +qu'il déplace. C'est la partie submergée qui éprouve la force de +résistance du fluide dans le cas du mouvement, et la puissance destinée +à lui donner ce mouvement doit donc être en proportion avec la +résistance éprouvée. + +Les voiles sont des surfaces planes autant que possible, qui, étant +exposées à l'impulsion du vent, en sont frappées, et communiquent ainsi +du mouvement au navire auquel elles sont assujetties. + +Elles agissent dans le sens latéral et dans le sens direct. + +Le centre de gravité d'un corps est le point par lequel ce corps étant +suspendu, reste en équilibre et ne change pas de position. + +Ce point sera au milieu du corps, si le corps est régulier; et s'il est +irrégulier, il sera dans la partie qui a le plus de pesanteur, par +rapport au point qui marque le milieu de la longueur du solide. + +Si un corps étant ainsi suspendu en équilibre, on veut lui imprimer un +mouvement de rotation, il est évident qu'il faut lui appliquer une force +déterminée à un point quelconque; que cette force, supposée la même, +agira d'autant plus qu'elle sera plus éloignée du centre de gravité, et +qu'elle imprimera au corps un mouvement contraire à son application. + +Le centre de gravité d'un navire est toujours sur l'avant du milieu de +sa longueur absolue, parce que l'avant a plus de capacité, et par +conséquent plus de pesanteur que l'arrière. + +Si nous considérons le navire comme un corps en suspension par son +centre de gravité, nous pouvons imaginer, sans grande erreur pour la +pratique, que son point de rotation sera sur l'axe vertical qui passe +par le centre de gravité; et que la force appliquée sur l'arrière ou +l'avant de ce point lui fera éprouver un mouvement de rotation de +l'avant sur l'arrière ou de l'arrière sur l'avant; c'est-à-dire que si +la force est appliquée sur l'arrière, l'angle que l'avant fait avec la +direction de la force diminuera, et que si elle est appliquée sur +l'avant, ce sera l'angle formé par la direction de cette force et +l'arrière qui diminuera. + +Le mouvement est communiqué au navire par le moyen des voiles qui y sont +assujetties, et qui reçoivent l'impulsion du vent. La direction de la +force appliquée sera donc la ligne suivant laquelle souffle le vent. + +Il est évident, d'après ce que nous avons dit du corps en suspension, +que si nous l'appliquons au navire, le vent soufflant dans les voiles de +l'arrière, rapprochera l'avant de sa direction: c'est ce qu'on appelle +venir au vent ou lofer; et le vent soufflant dans les voiles de l'avant, +rapprochera l'arrière de sa direction; ce qu'on appelle arriver. + +Les voiles de l'avant tendent donc à faire arriver le navire; celles de +l'arrière à le faire lofer. C'est en combinant ces deux effets et en les +tenant en équilibre, qu'on imprime au navire une vitesse sur une ligne +donnée, qu'on appelle route. Ce sera donc en augmentant aussi ou +détruisant un de ces deux effets, qu'on fera arriver ou lofer le navire, +en un mot qu'on le fera évoluer. + +On voit donc que si les voiles étaient exposées d'une manière +convenable, et que la force et la direction du vent restassent les +mêmes, le navire conserverait une vitesse égale, et suivrait une route +donnée. + +Mais cet équilibre, qu'il est si important de conserver, est fréquemment +troublé, et on a inventé le gouvernail pour le rétablir et forcer le +navire à suivre une ligne déterminée. + +Les lames sont une cause de la perturbation de l'équilibre, en frappant +le navire et lui imprimant un mouvement de rotation sur l'axe vertical +de son centre de gravité, suivant le point sur lequel elles le frappent, +et leur direction, qui n'est pas toujours celle du vent. A chaque lame +le navire fait deux oscillations: l'une de chute, vers la partie opposée +à celle que choque la lame, et l'autre de réaction à l'instant où elle +se sépare du navire. + +Outre les effets de la lame, il est encore des actions qui agissent pour +faire tourner le navire sur l'axe vertical qui passe par son centre de +gravité. C'est en premier lieu l'action produite par la résistance de +l'eau, dans le sens latéral, ou perpendiculaire à la quille, sur les +différens points de la carène qui y sont exposés; secondement l'action +que le vent exerce sur les voiles dans le sens latéral; et +troisièmement, enfin, l'action que le vent exerce sur les voiles dans le +sens direct. Quoique cette action paraisse coïncider avec le plan +vertical qui passe par le centre de gravité, et ne devoir pas produire +un mouvement de rotation, cependant lorsque le vaisseau incline, il n'en +est pas ainsi. + +Si ces trois actions pouvaient être en équilibre, le navire n'aurait pas +de mouvement de rotation, et obéirait à l'impulsion dans le sens de sa +quille; mais ces actions varient à chaque instant par l'état de la mer +ou du vent. + +Ce défaut d'équilibre se corrige par un changement de voilure, et enfin +par le gouvernail. + + +_Du Gouvernail._ + +Nous ne décrirons pas le gouvernail que tout le monde connaît, nous +dirons seulement que par sa position à peu près verticale à la poupe, et +par le moyen de sa barre, il peut se porter d'un côté ou de l'autre du +navire, et que s'opposant au courant du fluide de ce côté, il fait +naître une nouvelle force qui oblige le navire à tourner, ou dont +l'effet est de faire équilibre aux forces contraires dont nous avons +parlé, et qui tendraient à faire tourner le navire dans un sens opposé. + +Si le fluide, coulant le long des flancs du navire, rencontre le +gouvernail faisant un angle avec la quille, il le choquera, et poussera +la poupe dans le sens opposé au choc; alors l'avant obéissant à ce +mouvement se rangera nécessairement du côté où le choc a eu lieu, +c'est-à-dire vers celui où a été mis le gouvernail, ou enfin du bord +opposé à celui où l'on a placé la barre. + +Mais si le fluide, au lieu de couler de l'avant à l'arrière, coulait de +l'arrière à l'avant, l'effet serait évidemment contraire; car le fluide +qui vient alors de l'arrière, rencontrant le gouvernail faisant un angle +avec la quille, le choquera en poussant la poupe dans la direction de ce +choc; l'avant tournera donc dans le sens opposé, c'est-à-dire dans le +sens opposé au côté où le gouvernail aura été mis, ou enfin du côté où +sera la barre. + +Il n'entre pas dans le plan que nous nous sommes tracé, de démontrer +mathématiquement les effets et la puissance du gouvernail. Nous dirons +seulement que son effet est d'autant plus grand que la vitesse augmente, +et qu'à même angle il suit la progression du carré des vitesses. + +Si le gouvernail fait avec la quille un angle de 45 degrés, il est dans +la position la plus favorable pour opérer les mouvemens de rotation; +mais on ne peut obtenir cette position, et il est rare que l'angle soit +de plus de 35°. + +Le gouvernail agissant en s'opposant au fluide qui coule le long des +flancs du navire, doit nécessairement diminuer sa vitesse; il faut donc +balancer sa voilure de telle manière, qu'on soit obligé de le mettre en +mouvement le moins possible. Et règle générale, toutes les fois que +pour conserver le navire en route, on sera obligé de faire un usage +fréquent du gouvernail, ce sera une preuve que la voilure sera mal +établie, ou mal balancée. + +Nous observerons à cette occasion, que souvent étant au plus près, et la +brise fraîchissant, le navire a une grande tendance à venir au vent, et +qu'on est obligé d'y avoir une partie de la barre. Il suffirait, à notre +avis, de diminuer de voiles, en se débarrassant des voiles hautes, pour +rendre le navire bien gouvernant, et loin de diminuer le sillage, il est +fort possible qu'il augmente. + +L'inclinaison diminuant, la submersion de la carène sera moins +considérable, et sa résistance moins forte; le navire moins chargé +gouvernera avec la barre droite, et le gouvernail ne sera plus un +obstacle au sillage; n'est-il pas possible que ces deux causes qui +tendent à augmenter la vitesse, compensent, et au-delà, la diminution +produite par la suppression des perroquets? + +Le temps que deux navires semblables emploient à évoluer, est en raison +de leur longueur. + + + + +CHAPITRE II. + + +_Appareillages._ + +Lorsqu'un navire a reçu tout ce dont il a besoin pour prendre la mer, on +le mouille sur rade sur une ancre, s'il doit profiter du premier moment +favorable; mais s'il peut y prolonger son séjour, on le mouille sur +deux. + +Amarré de la première manière, il est dit sur un pied; mais on concevra +facilement qu'il ne peut rester long-temps dans cette position, puisque +à chaque changement de vent et surtout de marée il doit courir sur son +ancre et peut la surjoaler. + +Cependant, depuis l'adoption presque générale des câbles-chaînes, sur +les rades qui n'ont que peu ou point de marée, on peut, en filant une +grande quantité de chaîne, rester sur un pied. Car, par son poids, la +chaîne portant sur le fond, bien de l'arrière de l'ancre, offre au +navire un point d'appui sur lequel il peut tourner sans passer sur son +ancre. Mais il ne faut pas être mouillé près d'autres navires, qu'on +pourrait aborder en décrivant ainsi un cercle autour de son ancre. + +Il est donc plus prudent de mouiller deux ancres, ce qu'on appelle +affourcher. + +On affourche en mettant deux ancres sur une ligne perpendiculaire à +celle des vents les plus dangereux. Ainsi, sur une rade où les vents les +plus dangereux sont le N. E. et le S. O., les ancres doivent être +mouillées sur une ligne N. O. et S. E. Il faut aussi avoir l'attention +d'affourcher de manière que les câbles ne soient pas croisés pour le +vent du large, qui est celui qui amène la plus grosse mer, parce +qu'alors ils fatigueraient davantage et ragueraient les sous-barbes. +Ainsi, si on affourche N. O. et S. E., c'est-à-dire pour les vents de N. +E. et de S. O., ou que les vents du large soient ceux du S. O., les +câbles doivent être croisés lorsqu'on évitera au N. E. + +On affourche, soit avec le navire, soit avec la chaloupe; mais dans le +premier cas, il faut avoir un point d'appui pour touer le navire +jusqu'au point où il doit laisser tomber la deuxième ancre. + +Pour cela, après que le navire a mouillé sa première ancre et qu'il a +filé une quantité de câble suffisante, on embarque dans la chaloupe une +ancre à jet, garnie de son orin et de sa bouée, à laquelle on étalingue +un grelin et plus s'il est nécessaire, qu'on embarque dans la chaloupe +et dont on garde le bout à bord, ou dont on lui donne le bout qu'elle +rapportera à bord après avoir mouillé l'ancre à jet, si, ayant à +remonter contre le vent ou le courant, on craint que le poids du grelin +resté à bord ne la charge trop et ne la fasse dériver sous le vent du +point où l'ancre à jet doit être mouillée. + +La chaloupe convenablement remorquée, se dirige dans le rhumb de vent où +l'ancre doit être placée, et lorsqu'elle est parvenue un peu au-delà du +point qu'elle doit occuper, elle mouille l'ancre à jet. Elle porte le +bout du grelin à bord, où on le raidit aussitôt. + +On garnit ensuite ce grelin au cabestan, et on vire en filant à la +demande du câble de l'ancre mouillée. Lorsqu'on a dehors une quantité de +ce câble égale à deux fois la longueur qu'on veut donner à chaque amarre +d'affourche, on cesse de virer, on laisse perdre l'aire du navire, et on +mouille en choquant le grelin afin que le navire puisse culer et ne pas +surjoaler. + +Pendant que la chaloupe va lever l'ancre à jet, on vire sur le premier +câble mouillé en filant du second. Lorsqu'on a filé de ce dernier la +quantité qu'on veut avoir dehors, on prend le tour de bitte, et on vire +jusqu'à ce qu'ils soient également raides, et qu'il n'y ait que peu de +mou. On dégarnit et on prend le tour de bitte du câble sur lequel on +virait, on les garnit l'un et l'autre de paillets, et l'on est +affourché. + +Si on fait porter l'ancre d'affourche par la chaloupe, il faut aussi lui +ménager un point d'appui sur lequel elle pourra se tenir lorsqu'elle +sera chargée. Car si en théorie on peut envoyer une chaloupe ainsi, en +la faisant remorquer, il n'en est pas de même en pratique. Une chaloupe +portant une ancre de bossoir en cravate, son orin et sa bouée, ayant sur +son avant la moitié de son câble lové pour contre-balancer le poids de +l'ancre, est déjà privée de l'usage de plus de la moitié de ses avirons; +il faut qu'elle supporte encore le poids du câble qu'on file du bord, et +que des canots placés de distance en distance le soutiennent, pour qu'il +ne touche pas au fond avant que l'ancre ne soit mouillée. Quel est le +navire qui a une assez grande quantité de canots pour pouvoir remorquer +convenablement une chaloupe ainsi chargée, et la diriger à un point +fixe, s'il y a surtout de la mer et du courant. + +Il faut donc, pendant que l'ancre de bossoir est suspendue en cravate, +de l'arrière de la chaloupe, et qu'on y embarque le câble, faire élonger +par un canot une petite ancre à jet dans la direction où l'ancre +d'affourche doit être mouillée. Le bout de l'aussière de cette ancre à +jet étant à bord, la chaloupe le place sur le rouleau de son étrave et +se hale dessus. Elle est suivie d'embarcations qui portent le restant du +câble dont le bout est à bord. + +Lorsque le canot qui porte les premiers plis du câble, les a filés à +mesure que la chaloupe à laquelle il tient par une remorque se hale, il +le saisit en dehors du bord par une bosse qui fait dormant à son grand +banc, et qui s'y amarre après avoir embrassé le câble; un homme tient à +la main le bout de la bosse pour la larguer au signal de la chaloupe. + +Les canots ayant ainsi filé et soutenu le câble, la chaloupe file celui +qu'elle a à bord, et lorsqu'enfin elle l'a raidi autant que possible en +se halant, elle fait un signal aux canots qui larguent les bosses +lorsqu'elle mouille. + +On dérape l'ancre à jet, on raidit le câble, on prend le tour de bitte, +et on fait les paillets. + +Depuis l'usage à peu près général des câbles-chaînes, il est bien +difficile, pour ne pas dire impossible, d'élonger une ancre amarrée sur +un câble-chaîne. La difficulté de ne le filer qu'au fur et à mesure que +la chaloupe s'éloigne du bord, son poids qui augmente la résistance +qu'elle doit vaincre pour se haler, l'impossibilité par conséquent de le +raidir suffisamment avant de mouiller, doivent faire abandonner cette +manière d'amarrer, et il faut affourcher avec le navire lui-même. + +Mais comme il est une foule de circonstances qui obligent à envoyer une +grosse ancre au large par le moyen de la chaloupe, surtout dans les +échouages, tout navire doit, outre ses câbles-chaînes des ancres de +bossoir, avoir un ou deux câbles en chanvre pour élonger dans les +circonstances imprévues. + +On désaffourche avec le navire ou la chaloupe. Avec le navire, on vire +sur une ancre en filant du câble de celle sur laquelle on veut +appareiller. Parvenu à pic, on cesse de filer, on dérape, et aussitôt +l'ancre à l'écubier, pendant qu'on la caponne et la traverse, on garnit +le câble de l'autre ancre, et on abraque dessus jusqu'à ce qu'il n'en +reste plus à la mer que la quantité suffisante pour tenir le navire. + +Si on désaffourche avec la chaloupe, on la munit de deux caliornes de +braguets, de poulies de retour et des amarrages nécessaires à +l'opération; on lui donne aussi un bon cordage de la grosseur de l'orin +pour faire un maillon. Car il ne serait pas prudent de lever une ancre +de bossoir par son orin, sans avoir coulé un maillon, car si l'orin +casse et que le navire ne puisse venir chercher son ancre, on est obligé +de la draguer, ce qui est souvent bien long et oblige à faire le +sacrifice de l'ancre si on n'a pas le temps nécessaire à cette +opération. + +La chaloupe parvenue à l'ancre qu'elle doit déraper, saisit la bosse, +place l'orin sur le davier et le raidit. On coule le long de l'orin un +maillon à noeud coulant, destiné à saisir la patte de l'ancre en dessous +de ses ailerons, et à soulager et renforcer l'orin. Lorsque, par la +hauteur du fond, on s'aperçoit que le maillon est rendu à sa patte, on +s'assure si elle a été saisie en pesant dessus; s'il résiste, elle est +prise; dans le cas contraire, il remonte le long de l'orin et on le +coule de nouveau. + +Lorsqu'il est en place on le raidit, et si on ne compte pas sur l'orin, +on les réunit et on frappe dessus la caliorne de braguet, dont une +poulie est crochée à un piton d'étrave et dont le garant revient sur +l'arrière dans une poulie de retour, afin de pouvoir élonger dessus la +plus grande quantité possible de matelots. + +L'ancre détachée du fond, on vire sur son câble à bord, ce qui amène +sous l'écubier la chaloupe qui la tient suspendue. Rendue là, on la met +à poste comme nous l'avons dit, et on vire sur le câble de l'ancre qui +doit servir à l'appareillage. + +Le navire désaffourché, on embarque sa chaloupe avec un appareil composé +de deux caliornes frappées l'une sur la grande vergue, et la seconde sur +la vergue de misaine, et deux caliornes servant de palans d'étai. Les +basses vergues portent, pendant cette opération, un poids considérable, +et fatiguent beaucoup, quoiqu'on les renforce par une fausse balancine. + +Pour les soulager, on fait les caliornes à pendeur. Ce pendeur passe +sur le chouc du bas mât et se marie, par le moyen d'un burin, à une +estrope qui embrasse deux ou trois haubans du côté opposé à celui où +l'on hisse. Ce pendeur se frappe sur la vergue au moyen d'une estrope à +burin. La vergue alors ne fait plus que l'office d'arc-boutant, et la +plus grande partie de l'effort a lieu sur le chouc du bas mât. + + +_Appareiller, le Navire évité le bout au vent._ + +On vire à long pic; on largue les voiles carrées, le grand foc et la +brigantine, on borde et hisse les huniers. Si on veut abattre sur +tribord, on brasse bâbord devant tribord derrière, en effaçant bien le +petit hunier par sa bouline de revers; on pèse le gui et on le porte sur +tribord. On ferait le contraire si on devait abattre sur bâbord. + +On dérape. Le navire étant évité le bout au vent, ayant son petit hunier +brassé bâbord et bien effacé par sa bouline, faisant avec la quille +l'angle le plus aigu qu'il puisse faire, l'avant du navire tombera sur +tribord. Mais pendant ce mouvement il cule, puisque le vent est sur les +voiles, on met alors la barre à tribord pour accélérer le mouvement +d'abattée, qu'on peut encore augmenter en hissant le grand foc aussitôt +que le mouvement est prononcé. + +Lorsque le vent commence à prendre dans les voiles de l'arrière, on +dresse la barre et on change le phare de l'avant qu'on oriente. Si +l'abattée continue encore, ce qui arrive ordinairement, parce que le +navire n'ayant pas d'aire ne pourra ranger au vent que lorsqu'il en aura +pris, que du reste la barre a été dressée en changeant devant, on choque +l'écoute de foc et on borde la brigantine. + +Si les circonstances le permettent, on laisse le petit hunier masqué +pendant le temps qu'on travaille à mettre l'ancre à poste. Si les +abattées sont trop grandes, on borde la brigantine. Si le foc était +dehors, son écoute a dû être filée aussitôt que le vent a pris dans les +voiles de l'arrière. + +L'ancre à poste, on dresse la barre, on borde le foc, on cargue la +brigantine, et on change le phare de l'avant qu'on oriente. + +Si la position du navire a exigé qu'il fît de la route aussitôt que +l'ancre a quitté le fond, pour éviter un danger, ou un bâtiment mouillé +à petite distance, il ne faut faire que la voile absolument nécessaire +pour assurer la promptitude des mouvemens; car, avec un sillage +rapide, il est bien difficile, surtout s'il y a un peu de mer, de mettre +l'ancre à poste, et il peut en résulter de graves inconvéniens. + +Lorsque le vent est frais, qu'on juge qu'après l'appareillage on ne +pourra porter les huniers qu'avec un ou plusieurs ris, il faut le +prendre en larguant les voiles, avant de le border. Il est même plus +prudent de le prendre avant de virer, pour ne pas s'exposer à chasser +étant à long pic. + +Si le vent est assez fort pour ne pas permettre d'établir les huniers, +même avec des ris, lorsqu'on est à long pic, alors il faut se contenter +de contre-brasser les voiles de l'avant et de larguer les fonds du petit +hunier; on doit aussi larguer le petit foc pour pouvoir le hisser +aussitôt que le phare de l'avant contre-brassé a fait prononcer +l'abattée. Les vergues du grand mât et du mât d'artimon sont orientées +et leurs huniers prêts à être largués et établis; lorsque l'abattée +n'est plus incertaine, l'artimon est largué pour être bordé afin de la +modérer. + + +_Observations._ + +Quelque simple que soit un appareillage de temps maniable, il est une +foule de précautions préparatoires et à prendre après cette manoeuvre, +dont il est peut-être utile de parler. + +Si on est amarré avec des câbles et mouillé sur un fond de vase, il faut +les laver avec soin à mesure qu'on vire, ou après que les ancres sont +dérapées, les frotter avec des brosses à pont ou des balais pour en +détacher la vase, les élonger autant que possible dans la batterie ou +sur le pont, en faire autant pour les garcettes et la tournevire, et ne +les envoyer dans la cale que lorsqu'ils sont parfaitement secs. Si on est +amarré avec des câbles-chaînes, il faut aussi les laver, car étant mis +immédiatement dans leurs puits, la vase qui y est attachée ne tarderait +pas, sans cela, à répandre une odeur fétide et malsaine. + +Aussitôt qu'une ancre est dérapée, elle doit être mise en mouillage, un +navire ne devant jamais appareiller sans être disposé à mouiller, si les +circonstances l'y obligent. + +Lorsqu'on est hors de vue de terre, on soulage les pattes des ancres à +hauteur du plat bord, on double les bosses de bout et les serres-bosses, +et à cinquante lieues au large on détalingue les câbles et +câbles-chaînes pour les envoyer dans la cale et soulager l'avant du +navire. + +En appareillant, les canots des porte-manteaux doivent être disposés de +manière à être immédiatement amenés pour remorquer le navire en cas de +calme, et défier un abordage. A la mer, on les établit sur bosses, et on +décroche les palans, afin de pouvoir les amener avec leur équipage, pour +porter secours à un homme tombé à la mer. Ils seront donc toujours munis +du gouvernail et de la barre, des avirons et d'une gaffe. + +Avant d'appareiller, une visite générale doit avoir lieu. La barre et sa +drosse doivent être visitées, celles de rechange dégagées, les palans +qui, en cas de rupture de la drosse, les remplacent momentanément, +disposés à leurs pitons. + +On s'assure que les mâts de hune et de perroquet sont coïncés dans leurs +choucs; que les objets amovibles, tels que coffres, cuisines, etc., sont +saisis; que la chaloupe et les drômes ont leurs saisines raidies; que +l'artillerie est amarrée à garans doubles[1]. + + [1] Les canons des batteries basses des vaisseaux sont mis à la serre + avant l'appareillage, afin de pouvoir fermer les sabords aussitôt que + l'état de la mer l'exige. + +Les gabiers dégenopent les manoeuvres et les lovent auprès de leurs +poulies de retour. Ils visitent les écoutes, drisses et itagues. Les +paillets de brasséiage et d'étais sont mis en place; les arcs-boutans, +pour pousser les galhaubans volans, disposés dans les hunes. + +Un navire, devant toujours être disposé à faire toute la voile que les +circonstances exigent, doit appareiller avec les perroquets croisés et +garnis, lorsque le temps le permet. S'il porte des catacois, les drisses +seront passées, le gréement des bonnettes sera en place, les drisses +frappées au point des huniers, et les amures lovées aux bouts des +vergues. + +Les étais des mâts de hune et de perroquet sont bossés; les bosses des +amures et écoutes des basses voiles, celles des drisses des huniers et +des focs, sont mises en place. + +Enfin, suivant la saison et la traversée, et s'ils n'ont pas été gréés +en rade, on place et on raidit les pataras, l'étai de tangage du mât de +misaine, les haubans de beaupré et sa fausse sous-barbe. + + +_Appareiller, le Navire évité au courant._ + +Le navire, évité le bout au courant, peut l'être en même temps au vent; +alors l'appareillage est celui que nous venons de décrire, avec cette +différence que le courant agissant sur le gouvernail, comme si le navire +allait de l'avant, il faut mettre la barre du bord opposé à celui sur +lequel on veut abattre. + +Si cependant le mouvement d'aculée était plus fort que celui du courant, +la différence de ces deux mouvemens, agissant alors dans le sens du plus +fort, qui est celui de l'aculée, on mettrait la barre du bord où on veut +abattre. + +Le navire, évité le bout au courant, peut recevoir le vent sur ses +voiles, ou dans ses voiles. Il le recevra sur ses voiles, si l'angle +qu'il fait avec la quille est moindre que l'angle du plus près. Dans ce +cas il est impossible, par la seule manoeuvre des voiles, de faire +passer son avant dans le lit du vent. On ne peut donc que prendre les +amures du bord où vient le vent. Il suffit pour cela de le faire abattre +d'une quantité assez grande pour que le vent prenne dans les voiles. + +Supposons que le vent venant de bâbord fasse avec la quille un angle +moindre que celui du plus près. Etant à long pic, on établit les +huniers, on largue le grand foc et la brigantine, on met la barre à +bâbord, et on brasse bâbord devant et tribord derrière. Au moment où +l'ancre dérape, on hisse et borde le grand foc; l'avant du navire doit +nécessairement tomber sur tribord par l'action du foc, du petit hunier +masqué et du gouvernail qui, par l'effet du courant, porte l'arrière sur +bâbord, puisqu'on y a mis la barre. Lorsque par suite de l'abattée le +grand hunier et le perroquet de fougue reçoivent le vent, on change le +petit hunier, on dresse la barre, et s'il est utile de modérer +l'abattée, on borde la brigantine en filant l'écoute du grand foc. + +Si la route exigeait qu'on changeât d'amures, on le ferait comme nous le +dirons en parlant des viremens de bord vent arrière. + +Mais si les localités étaient telles qu'on ne pût prendre les amures du +bord du vent, ou qu'on n'eût pas l'espace nécessaire pour en changer +après avoir dérapé, il faudrait trouver un point fixe, soit à terre, +soit sur un navire, soit en élongeant une ancre à jet, de manière qu'en +virant sur ce point, sur lequel on aurait porté un grelin qu'on +passerait à tribord derrière, on pût porter l'arrière sur tribord, et +par conséquent l'avant sur bâbord. + +Le navire étant à pic, on hale sur le grelin jusqu'à ce que l'avant du +navire ait dépassé le lit du vent, c'est-à-dire que le vent qui était de +bâbord soit maintenant à tribord. On tourne le grelin, on établit les +huniers qu'on brasse tribord devant et bâbord derrière, on largue le +grand foc et la brigantine; on dérape, on met la barre à tribord, et +lorsque l'avant du navire tombe sur bâbord, on largue le grelin, et on +continue les manoeuvres comme nous l'avons indiqué déjà. + +Si le navire n'était que le bout au vent, il faudrait, au moment de +déraper, haler sur le grelin pour assurer l'abattée. + +Lorsque le navire, évité au courant, reçoit le vent dans les voiles, +l'appareillage est bien simple; il suffit d'établir assez de voiles pour +que, au moment où l'ancre dérape, le navire puisse refouler le courant, +car sans cela il risquerait de masquer, si dans un élan le courant +venait à prendre par la joue sous le vent. + +Pour parer à cet inconvénient, non-seulement il faut avoir une assez +grande quantité de voiles dehors, mais il faut augmenter celles du phare +de l'avant pour être certain que le navire ne viendra pas au vent. + +Le navire ayant pris de l'aire, on manoeuvre suivant les localités, pour +mettre l'ancre à poste le plus lestement possible. + + +_Appareiller en faisant embossure._ + +Il arrive quelquefois qu'un navire est obligé d'appareiller, sans +pouvoir lever son ancre, lorsqu'il a été obligé de mouiller sur une +côte, sur laquelle il était affalé. La violence du vent ne lui permet +pas de virer sur l'ancre, car en chassant il s'approcherait encore de la +côte qu'il doit éviter, et s'y perdrait. + +S'il peut indifféremment abattre sur un bord ou sur l'autre, après avoir +pris dans les huniers les ris que la force du vent exige, et les avoir +serrés, il faut brasser bâbord devant et tribord derrière, si on doit +abattre sur tribord et larguer l'artimon, le foc d'artimon et le petit +foc, dont on abraque l'écoute à tribord. + +On se dispose à couper le câble sur la bitte, ou à filer le câble-chaîne +qu'on démaillone sur l'arrière de la bitte. On largue le fond du petit +hunier, on met la barre à tribord, et au moment où on s'aperçoit que +l'avant tombe sur tribord par l'effet du petit hunier masqué, on coupe +le câble et on accélère l'abattée en hissant le petit foc. L'aculée +étant très forte, aussitôt que le câble est coupé, le gouvernail dont la +barre est à tribord agit alors avec une grande puissance, et assure le +mouvement d'abattée, qu'on modérera en bordant l'artimon et le foc +d'artimon, pour soutenir le navire, puis on établit toutes les voiles +carrées que le temps permet de porter. + +Si la configuration de la côte exige qu'on abatte impérieusement d'un +bord, on ne peut se hasarder à manoeuvrer comme nous venons de le dire; +car quoique tout ait été disposé pour abattre sur un bord plutôt que sur +l'autre, il peut arriver telle circonstance imprévue qui fasse manquer +la manoeuvre, et alors le salut du navire est compromis. + +Dans ce cas il faut manoeuvrer avec certitude. Pour cela, on fait +embossure sur le câble du bord opposé à celui où l'on veut abattre, et +on garnit l'embossure au cabestan après l'avoir fait passer par le +sabord ou le chaumard le plus arrière. + +Le câble et les voiles étant disposés comme nous l'avons dit plus haut, +on brasse la misaine et le petit hunier du bord de l'embossure, et les +vergues du grand mât et du mât d'artimon au sens contraire, on largue le +petit foc, l'artimon et le foc d'artimon, on déferle les fonds du petit +hunier. + +On vire sur l'embossure, ce qui approche l'arrière du lit du vent et en +éloigne l'avant de la même quantité; on hisse le petit foc en continuant +à virer; lorsque l'abattée est assez prononcée, on coupe le câble, et on +file l'embossure immédiatement après. Car aussitôt que le câble est +coupé, l'arrivée est considérable, et si on ne filait pas l'embossure, +le navire viendrait vent arrière, ce qu'il faut empêcher. + +L'embossure filée, on borde l'artimon et le foc d'artimon, et on établit +toute la voile que le temps permet pour s'éloigner de la terre. + + + + +CHAPITRE III. + +_Manoeuvrer les voiles de mauvais temps._ + + +_Prendre des ris aux huniers._ + +Rien n'est plus simple et plus facile que de prendre des ris sur rade ou +de beau temps à la mer; mais il n'en est pas de même par une grosse mer +et un vent violent, une foule de circonstances non prévues par la +théorie rendent cette opération longue et difficile. + +Le premier ris, désigné vulgairement par le nom de ris de chasse, n'est +qu'un ris de précaution qu'on prend tous les soirs au coucher du soleil, +à bord des navires de guerre, et généralement à bord de tous les navires +de grande dimension lorsqu'ils naviguent au plus près. Les garcettes +sont moins fortes et plus espacées que celles des autres ris; il a aussi +moins de hauteur. + +Le second ris se prend ordinairement après avoir serré les perroquets; +cependant les vaisseaux et frégates peuvent porter leur grand et leur +petit perroquet avec le deuxième ris. Si la mer est forte lorsqu'on +prend le deuxième ris, on rentre le grand foc à mi-bâton, et on +remplace la brigantine par l'artimon[2]. + + [2] Ce que nous disons ne s'applique qu'au navire naviguant au plus + près. + +Le troisième ris est un ris de mauvais temps. Le grand foc est remplacé +par le petit foc, et souvent le foc d'artimon remplace la grande voile. +Si la mer est grosse on dégrée les perroquets. + +Si la violence du vent oblige de prendre le quatrième ris, le perroquet +de fougue est serré. + +Pour prendre un ris aux huniers, on les brasse au vent en larguant les +boulines, et on les amène lorsqu'ils sont en ralingue. Quand les vergues +reposent sur les paillets des choucs des bas mâts, on s'assure que les +balancines sont raides, on abraque fortement les bras des deux bords et +les palans de roulis pour que la vergue n'ait aucun mouvement. On pèse +le palanquin et le faux-palanquin du vent, ensuite ceux sous le vent. Le +palanquin doit être assez pesé pour que la ralingue entre lui et la +vergue soit molle, et que le faux-palanquin puisse ainsi facilement +rendre la cosse d'empointure au taquet de la vergue. + +Nous dirons à ce sujet que le faux-palanquin ne doit pas être frappé à +demeure comme cela a lieu sur plusieurs navires, mais amovible, afin +qu'on puisse toujours le crocher au ris à prendre, lorsque le supérieur +vient de l'être. Il nous paraît aussi simple que facile de faire servir +à cet usage les drisses de bonnettes de hune qu'on doit établir à croc. + +Les hommes élongés sur les vergues saisissent les garcettes et portent +la toile au vent, afin que son empointure soit mise à joindre. +Lorsqu'elle y est, ils portent la toile sous le vent pour faire prendre +celle sous le vent. Les empointures prises, ils laissent tomber la +toile, la reprennent pli par pli pour la porter sur la vergue, puis ils +saisissent les garcettes, les souquent sur l'arrière de manière que le +ris couvre et soit sur l'arrière de ceux pris antérieurement. Pendant +qu'on amarre les garcettes on double les empointures. + +On affale les palanquins, faux-palanquins et cargues, on choque les +palans de roulis, les bras sous le vent, et on hisse les huniers, en ne +filant les bras du vent qu'au fur et à mesure que la vergue monte, car +sans cela elle raguerait les haubans de hune sous le vent, et le vent +prenant dans la voile et l'effaçant, augmenterait l'effort qu'on est +obligé de faire sur la drisse. Quand le hunier est rendu, on fait +descendre au-dessus de son racage le racage du galhauban volant, pour +pouvoir le raidir et pousser l'arc-boutant avant que le hunier ne soit +orienté. + +Lorsqu'on prend le troisième ris, on est obligé quelquefois de choquer +les écoutes; sans cela, non-seulement les palanquins ne pourraient être +convenablement pesés, mais ils fatigueraient trop la voile qu'ils +déchireraient peut-être; avarie bien dangereuse, si sur une côte elle +obligeait à changer un hunier. Les écoutes ne doivent être choquées qu'à +retour sur leurs bittes, et amarrées lorsque les palanquins sont à +poste. + +Il est évident que si en prenant le troisième ou quatrième ris, les +basses voiles ne sont pas appareillées, on peut se dispenser de choquer +les écoutes en brassant les basses vergues au vent d'une quantité +suffisante pour donner du mou dans les ralingues. + +Lorsqu'on prend le troisième et le quatrième ris d'un temps forcé au +plus près, on peut tenir les huniers en ralingue pour faciliter cette +opération; mais il n'en est pas ainsi lorsqu'on court grand largue et +vent arrière. Les huniers, sous ces allures, ne peuvent être déventés, à +moins qu'on ne range le navire au vent, et comme, vu l'état de la mer, +cette manoeuvre peut être dangereuse, il est quelquefois préférable de +ne pas déranger le navire de sa route, et de carguer les huniers pour y +prendre le dernier ris. + + +_Carguer un Hunier de mauvais temps._ + +On a discuté long-temps, et on discute encore pour savoir s'il est plus +convenable de carguer, dans un mauvais temps, les huniers au vent ou +sous le vent. + +Quant à nous, nous avouerons avec franchise que non-seulement nous +n'avons jamais trouvé une bonne raison pour les carguer au vent, mais +que même nous ne nous sommes jamais trouvé dans une circonstance où +cette manoeuvre n'eût été une faute. + +Nous accordons que lorsqu'on se débarrasse d'un hunier par précaution, +on peut le carguer au vent, en ne mollissant la bouline et l'écoute du +vent qu'à retour, à la demande de la cargue-point et de la cargue-fond. +Que ces cargues rendues et amarrées, on choque l'écoute sous le vent à +retour, pour rendre les cargues sous le vent à joindre, et que le hunier +peut être ainsi cargué sans avaries. Mais même dans ce cas, qui est le +plus favorable puisque toutes les dispositions ont été prises à +l'avance, peut-on nier que lorsqu'on carguera la portion sous le vent de +la voile, il y aura une plus grande quantité de toile dans laquelle le +vent s'engouffrera, et qui pourra se capeler et se déchirer sur le bout +de la vergue, que si on avait commencé par la partie sous le vent, car +alors celle du vent retenue par l'écoute et la bouline ne pourrait se +porter en partie sous le vent, quoique retenue par ses cargues? + +Le plus souvent lorsqu'on se débarrasse d'un hunier, c'est parce que le +vent augmente de fureur, et qu'on a été surpris par une pesante rafale, +ou qu'un grain violent charge le navire qu'il faut soulager +immédiatement. Peut-on alors carguer au vent? Non, et si dans les +circonstances les plus défavorables on parvient à sauver la voile, +n'est-on pas en droit de conclure qu'il faut toujours agir ainsi? + +On doit donc, pour carguer un hunier de mauvais temps, peser fortement +sur le bras du vent et la cargue-point du même bord pour le faire +amener, mais sans le déventer, car il pourrait masquer, et pour cela ne +pas larguer la bouline; choquer l'écoute sous le vent en abraquant la +cargue-point et la cargue-fond; lorsque ces cargues sont rendues, filer +à retour l'écoute du vent et la bouline, en pesant les cargues et +brassant seulement alors en ralingue. + +Il arrive quelquefois que naviguant au plus près, l'écoute du vent d'un +hunier casse, alors, malgré son bras, la vergue s'efface, poussée par la +voile qui se porte sous le vent, et on ne peut la brasser et par +conséquent l'amener, quelque effort qu'on fasse sur le bras, parce +qu'alors l'angle sous lequel il agit est trop aigu. Dans cette +circonstance il faut choquer l'écoute sous le vent, ce qui fait +ralinguer la voile et permet de la brasser et de l'amener. + + +_Prendre les Ris aux basses Voiles._ + +Les basses voiles n'ont pas de palanquins de ris, on les remplace par +des cartahus qu'on frappe avant l'opération. Simples, ils font dormant à +la patte de la ralingue, en dessous de celle de l'empointure, passent +dans une poulie au bout de la vergue, dans une seconde aiguilletée au +ton, et se manoeuvrent au pied du mât. Doubles, ils font dormant au bout +de la vergue, passent dans une poulie crochée à la patte et continuent +comme nous venons de le dire. + +Pour prendre le ris aux basses voiles, on les cargue, on pèse les +cartahus; les hommes élongés sur la vergue saisissent les garcettes, et +portent la toile au vent pour faire prendre l'empointure, puis ils la +portent sous le vent, pour prendre celle sous le vent; ils larguent les +garcettes, prennent la toile pli par pli pour l'élonger sur la vergue, +souquent les garcettes sur l'arrière et les amarrent. On double les +empointures. + +Comme il est difficile, à bord des grands navires, aux hommes qui +prennent le ris, de saisir d'une main la garcette sur l'avant de la +voile, et de la prendre avec l'autre main sous la vergue et sur son +arrière, on a imaginé de prendre le ris sur filière, ce qui est plus +facile et diminue considérablement le poids inutile des garcettes, +réduites alors à 12 ou 15 pouces. + +Cette filière est placée comme celle d'envergure, mais sur son arrière. +Les garcettes sont sur l'avant de la voile, et sont fixées sur son +arrière par un menu filin qui passe dans leurs oeillets et fait dormant +sur les deux ralingues; un quarantenier est disposé de la même manière +sur l'avant. Lorsque les empointures sont prises, on saisit les +garcettes, on porte la bande du ris à toucher la filière, en laissant +tomber la toile du ris entre la vergue et la voile; on passe les +garcettes sous la filière de dessous en dessus, et on les amarre deux à +deux sur l'arrière. + + +_Carguer une basse Voile de mauvais temps._ + +Lorsque le temps est mauvais, les basses voiles se carguent sous le vent +comme les huniers. + +On dispose les hommes sur les cargues sous le vent, et on ne file +l'écoute sur son taquet qu'à la demande des cargues; quand elles sont à +joindre, on passe au vent et on cargue en ne filant aussi l'amure qu'à +retour, car si elle était larguée en bande, la toile portée et collée +sur le grand étai par la violence du vent, n'en serait retirée qu'en +lambeaux. + +Pour l'établir, on commence par l'amure, en ne filant les cargues qu'à +sa demande. La voile, dans cet instant, doit être tenue en ralingue, +sans cependant trop battre, ce qui pourrait la masquer ou la déchirer. +Le point du vent rendu, on borde l'écoute d'après les mêmes principes. + +En amurant une basse voile, il faut larguer la balancine du vent de la +basse vergue, la cargue-point et la bouline du hunier, afin qu'elles ne +s'opposent pas à l'effet de l'amure; et aussitôt qu'elle est établie, +appuyer fortement le bras du vent en larguant celui sous le vent. + +Car si les deux bras étaient amarrés, dans le coup de tangage, la mâture +tombant sur l'avant, la vergue ne pourrait suivre ce mouvement, et +l'effort que supporterait alors le milieu de la vergue pourrait la faire +casser; tandis que si le bras sous le vent est largue, la vergue, par +son mouvement de rotation, échappe à l'effort du mât. + +Les huniers s'établissent de mauvais temps, comme les basses voiles, +c'est-à-dire qu'on commence par l'écoute du vent, en ne filant les +cargues qu'autant qu'il est nécessaire pour faire agir l'écoute, on +borde ensuite sous le vent de la même manière. + + + + +CHAPITRE IV. + +_Des Viremens de bord._ + + +Un navire vire de bord ou change d'amure, en faisant passer son avant, +ou son arrière, dans le lit du vent, de là les viremens de bord vent +devant, et vent arrière, ou lof pour lof. + +Mais chacune de ces manières de virer se modifie quelquefois par les +circonstances, soit qu'il faille accélérer l'évolution, soit qu'un +espace limité oblige de la circonscrire. + + +_Virer de bord vent devant en gagnant au vent._ + +Si le navire n'est pas au plus près, il faut l'y ranger, et bien faire +attention qu'au moment où on commence l'évolution il ne soit ni arrivé, +ni lancé au vent. + +On met la barre dessous sans précipitation, et pour augmenter le +mouvement d'aulofée qu'elle communique au navire, on borde la brigantine +et on file l'écoute des focs. + +Aussitôt que le navire est assez rangé au vent pour faire ralinguer les +basses voiles, on lève les lofs, et quand il est presque vent devant, on +change vivement les voiles de l'arrière en les orientant de l'autre +bord; on change le gui, et on dresse la barre. + +Lorsque les voiles de l'arrière commencent à porter, c'est-à-dire +lorsque le navire a fait une abattée de quatre quarts, on change +lestement les voiles de l'avant, on borde les focs et on oriente au plus +près. + +Si, avant l'instant de changer le phare de l'arrière, le navire a perdu +son aire, on dresse la barre, mais s'il cule on la change, puisqu'elle +produit un effet contraire. + + +_Observations._ + +Le navire, au moment où on veut le faire virer vent devant, ne doit être +ni au vent ni arrivé. Dans le premier cas, son aire diminué ralentira et +pourra faire manquer la manoeuvre; dans le second, le mouvement +d'aulofée devant être plus long, le navire y perdra le surcroît de +vitesse qu'on lui a fait acquérir en arrivant, et l'évolution sera +prolongée, sans pour cela être plus certaine. + +Il faut donc éviter avec le plus grand soin les mouvemens d'arrivée +avant de virer, surtout si la brise est faible; car, dans cette +position, la petite augmentation de vitesse qu'on procure est bien +promptement annulée par celle de l'angle d'aulofée, et l'aire est perdu +avant que les voiles soient assez masquées pour assurer l'évolution. Le +navire incertain n'est plus maîtrisé par son gouvernail; ses voiles en +ralingue ne lui impriment pas un mouvement d'aculée assez fort pour que +la barre, quoique changée, puisse le faire obéir, et au lieu de venir au +vent, il arrive et manque son évolution. + +Pour assurer, autant que possible, la manoeuvre lorsque la brise est +faible, on doit tenir le navire au plus près et haler bas les focs en +mettant la barre sous le vent, et bordant la brigantine. De cette +manière, en détruisant l'effet des voiles qui s'opposent le plus à +l'aulofée, on peut plus facilement parvenir à masquer, et par conséquent +à virer. + +Si la brise est fraîche et la mer belle, une arrivée, avant de virer, +n'aurait d'autre inconvénient que de prolonger l'évolution, parce +qu'alors le navire, quoique ayant un plus grand angle à parcourir pour +masquer, le franchira à l'aide de son gouvernail; mais comme on doit se +piquer de manoeuvrer avec le plus de précision possible, il faut éviter +ce mouvement qui n'est qu'une fausse manoeuvre. + +Si la mer est forte, il faut choisir pour envoyer un moment favorable, +c'est-à-dire celui où l'aire du navire n'a pas été cassé par un coup de +tangage, et où il possède toute sa vitesse. + +Si, lorsque la brise est faible, il est prudent, pour assurer +l'évolution, de haler bas les focs, on peut, lorsqu'elle est fraîche, ne +filer leurs écoutes que lorsque les basses voiles commencent à +ralinguer, parce que, jusqu'à ce moment, ils concourent à augmenter la +vitesse, et que le gouvernail suffit pour ranger au vent. Il est +quelques navires qui, en filant les écoutes des focs, choquent aussi +l'écoute de misaine. Cette méthode, qui accélère l'évolution, empêche +nécessairement de gagner au vent puisqu'elle diminue l'aire, et c'est en +général ce qu'on se propose en virant vent devant. + +Quand on lève le lof des basses voiles, on doit abraquer les écoutes et +amures de revers, afin qu'elles ne s'engagent pas dans les +porte-haubans, et que le changement des phares puisse se faire avec la +plus grande promptitude. En même temps on largue les galhaubans du vent, +et on les affale pour pouvoir les passer sur l'arrière des hunes quand +on orientera. A mesure que les phares sont orientés on raidit leurs +galhaubans, et on pousse les arcs-boutans. + +Si le vent est frais, le phare de l'arrière reste long-temps sur le mât +avant d'être changé, fait culer le navire, et lui fait ainsi perdre du +chemin au vent; on augmenterait peut-être la célérité de l'évolution, et +on perdrait moins en carguant la grande voile en levant ses lofs. On +l'établit dans ce cas après avoir changé d'arrière ou d'avant. + +Le moment de changer d'arrière, qui n'est pas toujours indiqué d'une +manière convenable par la girouette, l'est positivement par la +brigantine. Lorsqu'elle est entièrement déventée, c'est une preuve que +le vent est entre les vergues de l'avant et le beaupré; que le phare de +l'avant fait ranger le navire au vent, et que les voiles de l'arrière, +inutiles à cette partie de l'évolution, peuvent être disposées à l'autre +bord. + +Lorsque, par suite de la force de la brise, les phares de l'arrière ont +été changés avec lenteur, il arrive souvent qu'on se croit obligé de +changer devant lorsque l'abattée est suffisamment prononcée et qu'on se +trouve à l'autre bord sans avoir une seule voile orientée, si ce n'est +la brigantine. Dans cette position, le navire tombe sous le vent, ne +peut sentir l'effet de son gouvernail, puisque ses voiles en ralingue ne +lui communiquent aucune vitesse, il peut masquer, ou du moins il est +très-lent à arriver, est obligé de gouverner largue pour faire porter +ses voiles, et ne peut ranger au plus près que lorsqu'elles sont +orientées, ce qui lui fait perdre beaucoup au vent. + +Dans ce cas il nous semble bien préférable d'orienter parfaitement les +phares de l'arrière, ou au moins d'en brasser les vergues +convenablement, d'amurer et border la grande voile avant de toucher aux +voiles de l'avant, en mettant la barre dessous pour modérer l'abattée; +puis changer les voiles de l'avant, qui seront bientôt démasquées, le +navire étant plus arrivé qu'il ne le serait si on avait fait le +mouvement comme ci-dessus; dresser la barre et border les focs. On sent +que le navire prenant immédiatement de l'aire, rangera au plus près bien +plus immédiatement, et perdra moins au vent. + +Le gouvernail étant un des principaux agens de cette évolution, sa +manoeuvre doit être surveillée avec le plus grand soin. + +La barre ayant été mise sous le vent aussitôt qu'on a voulu lancer au +vent, est dressée lorsque le navire a entièrement perdu son aire. S'il +cule, on la change, parce qu'alors le gouvernail agit en sens contraire, +ou comme si on l'imaginait placé de l'avant. Si la barre n'a pas été +dressée avant le moment où l'on change les phares de l'arrière, on la +dresse alors, parce que celui de l'avant suffit pour achever +l'évolution. Mais si l'abattée est trop forte, on la met dessous pour la +modérer pendant qu'on change les voiles de l'avant. + +Si après avoir pris l'autre bord, on ne peut pas orienter tout à la +fois, on commencera par l'arrière ou l'avant, suivant que le navire +aura besoin de lofer ou d'arriver pour être au plus près. + +Si, ayant changé les voiles de l'avant, le navire venait au vent malgré +que les focs fussent bordés, ce qui peut arriver parce qu'on a changé +trop tôt, ou parce que la mer houleuse d'un vent qui a régné, une lame a +pris le navire par la joue sous le vent, il faut remasquer devant, +carguer la brigantine pour faire prononcer l'abattée. + +Dans le virement de bord vent devant, nous n'avons pas parlé des voiles +d'étai, parce que dans notre opinion ces voiles ne peuvent être que +nuisibles sous cette allure, à bord des bâtimens à voiles carrées. + + +_Virer de bord, vent devant, le plus promptement possible._ + +Dans le virement de bord que nous venons de décrire, nous avons supposé +que rien ne gênait l'évolution, et que son but était de changer d'amure +en gagnant au vent le plus qu'il est possible. + +Mais il peut se faire que le navire, arrêté par un obstacle imprévu, +soit obligé de virer immédiatement sans s'en approcher et sans tomber +sous le vent. + +Il faut alors amortir brusquement l'aire du navire, en mettant en même +temps et très-vivement la barre dessous, bordant le gui, filant les +écoutes des focs et de la misaine. Si la vitesse était considérable +avant la manoeuvre, il est probable que le navire prendra vent devant, +et alors on terminera l'évolution comme nous l'avons dit plus haut. + +Mais s'il ne pouvait prendre, on masquerait partout en larguant les +boulines, carguant la brigantine et la grande voile, afin de culer, puis +on change d'amures, comme nous le dirons en parlant des viremens de bord +vent arrière. + + +_Virer de bord vent arrière._ + +On cargue la brigantine et la grande voile, on largue les boulines +d'arrière, et on en brasse les voiles en ralingue. Aussitôt qu'elles y +sont, on met la barre au vent. L'effet des voiles de l'arrière étant +détruit, l'arrivée est prompte, et pour qu'elle ne se ralentisse pas, on +continue à brasser en ralingue à mesure que le bâtiment arrive. + +Lorsque le vent est de la hanche, on lève les lofs de la misaine, et on +brasse son phare de manière qu'il soit carré lorsque le vent est de +l'arrière. + +Les vergues du grand mât et du mât d'artimon ont été aussi brassées de +la même manière. Mais comme il faut faire venir le navire sur l'autre +bord avec promptitude, ce à quoi il est déjà porté par sa barre, qui +ayant été mise au vent se trouve sous le vent et du bord opposé à celui +où on veut prendre les amures, on file les écoutes des focs, on continue +à brasser derrière. Dès que le vent est de la hanche, on borde la +brigantine à mesure que le navire range au vent, on amure la grande +voile. Lorsque le vent est du travers, on doit être orienté derrière, +alors on oriente devant en bordant les focs et dressant la barre pour +modérer l'aulofée qui doit être vive si la brise est fraîche. + + +_Observations._ + +Le virement de bord vent arrière ne s'exécute à bord d'un navire +naviguant isolément, que lorsque l'état du vent et de la mer ne lui +permet pas de virer vent devant; c'est donc le plus souvent avec un +vent violent et une grosse mer que cette manoeuvre a lieu. Il faut y +apporter le plus grand soin pour ne pas faire d'avaries. + +Si la grande voile est remplacée par le foc d'artimon, on le hale bas en +carguant l'artimon, et on passe immédiatement son écoute de l'autre bord +pour l'empêcher de battre lorsqu'on le hissera. + +A mesure qu'on brasse, on doit abraquer les drosses et les palans de +roulis, de manière qu'ils soient raides lorsque le navire est vent +arrière, car c'est alors le moment des plus violens roulis. Par la même +raison, on ne largue pas les galhaubans du vent; ceux sous le vent sont +raidis aussitôt que le mouvement des vergues le permet, en sorte qu'ils +le sont des deux bords lorsque le vent souffle de l'arrière. + +Il faut haler bas le petit foc et non filer son écoute, car il serait +probablement emporté si on le laissait battre pendant que le navire +vient au vent; il faut même le border avant de le hisser, pour l'établir +à l'autre bord. + +Lorsque le vent est violent, le navire a acquis une grande vitesse au +moment où il est vent arrière, et il serait imprudent de ranger +immédiatement au vent. On doit dresser la barre et choisir le moment +favorable en donnant le temps nécessaire pour établir les voiles +convenablement. + + +_Virer de bord vent arrière en masquant._ + +Cette manoeuvre doit être exécutée avec la plus grande promptitude, +puisqu'elle ne se fait que dans des circonstances imprévues, lorsqu'il +faut instantanément s'éloigner d'un objet. + +Il faut, en même temps, s'il est possible, mettre la barre dessous, +carguer la brigantine et la grande voile, filer les écoutes des focs et +de la misaine, larguer toutes les boulines et contre-brasser devant en +levant les lofs de misaine et orientant son phare à l'autre bord. + +Le navire dont l'aire a été promptement amorti, puisque l'effet de +toutes ses voiles a été détruit et que l'aire acquis a été brisé en +venant au vent, cule avec rapidité en abattant; son phare de l'avant +étant contre-brassé, et ceux de l'arrière en ralingue, on continue à les +tenir ainsi pendant l'arrivée; et s'il est nécessaire de rendre l'aculée +plus vive, on les masque, mais en ne les brassant que carrément pour +qu'ils ne s'opposent pas à l'abattée. Lorsqu'elle sera de 90°, +c'est-à-dire lorsque le vent sera du travers, les voiles de l'arrière se +trouveront en ralingue, et malgré cela, si la brise est fraîche, le +gouvernail suffira pour faire dépasser ce point au navire qui prendra le +vent dans ses voiles de l'arrière, et acquerra de la vitesse, alors on +bordera les focs en changeant la barre. Le vent étant de l'arrière, on +filera les écoutes des focs et de la misaine, on suivra le vent en +brassant convenablement les voiles de l'arrière, puis on bordera la +brigantine, on amurera la grande voile, et les vents étant du travers, +on bordera les focs et la misaine en dressant la barre et rangeant au +plus près. + +Si l'abattée étant de 90°, le mouvement d'aculée n'est pas assez fort +pour que le gouvernail fasse franchir le point où les voiles de +l'arrière sont en ralingue, il faut border les focs et éventer derrière +pour donner de l'aire au navire en dressant la barre, puis en la mettant +au vent dès qu'il en a acquis pour terminer l'évolution. + + + + +CHAPITRE V. + +_De la Panne._ + + +Un navire est en panne, lorsque ses voiles sont disposées de telle sorte +que se contrariant mutuellement dans leurs effets, leur résultat est +nul. Alors le navire est presque immobile, et n'obéit plus qu'au +mouvement de la lame et du courant. + +On réduit ordinairement la voilure aux huniers, à la brigantine et au +grand foc, lorsqu'on veut mettre en panne, quoique dans quelques +circonstances on puisse, comme nous le dirons, garder toutes les voiles +du plus près. + + +_Mettre en panne, vent dessus, vent dedans._ + +On réduit la voilure aux huniers, grand foc et brigantine, on serre le +vent au plus près, puis on masque le grand hunier en mettant la barre +dessous en douceur, et filant l'écoute du foc, quand l'aulofée commence +à se ralentir. + +On peut aussi, au lieu de masquer le grand hunier, masquer le petit +hunier et le perroquet de fougue, ou seulement le petit hunier. + + +_Observations._ + +L'habitude du bâtiment doit indiquer quelle est la panne sous laquelle +il se comporte le mieux, c'est-à-dire celle où il fait les moins grandes +abattées, et où il dérive par conséquent le moins. Car, quoique la +théorie soit la même pour tous les navires, il n'en est nullement ainsi +pour la pratique, quoiqu'on en puisse dire. + +Tel navire fait de grandes embardées, ayant son grand hunier masqué, et +ne revient au vent que lorsqu'il ralingue, tandis qu'un autre, +parfaitement semblable, ne fait dans cette position que des embardées de +deux quarts. + +Le petit hunier masqué oblige tel navire à faire des arrivées, à prendre +le vent par la hanche, tandis que tel autre, non-seulement ne fait que +de faibles abattées, mais même peut ne pas mettre toute sa barre +dessous, ainsi que nous l'avons vu nous-même. + +Quoique la connaissance parfaite du navire indique suffisamment la +panne qui lui est la plus favorable, il est des données générales que +nous devons faire connaître. + +Si on met en panne au vent d'un objet qu'on ne veut pas approcher, il +faut disposer sa voilure de manière à pouvoir prendre de l'aire et lofer +le plus promptement possible. Pour cela, il faut masquer le petit +hunier, et laisser éventer le grand hunier et le perroquet de fougue. + +Il est évident que si dans cette position il est nécessaire de prendre +de l'aire pour lofer et doubler l'objet sous le vent, les voiles de +l'arrière étant orientées, il n'y aura qu'à dresser la barre en brassant +devant, et aussitôt que le petit hunier sera démasqué on pourra lofer +avec la barre et border le foc. Tandis que si le grand hunier avait été +masqué, le navire aurait été plus lent à ranger au vent, n'ayant pas son +phare du grand mât orienté aussi promptement, et aurait décrit sous le +vent un arc plus grand, qui l'aurait rapproché de l'objet qu'on doit +éviter. + +Si, au contraire, on met en panne sous le vent d'un navire, et qu'on +veuille être prêt à arriver s'il venait à vous approcher, on doit +masquer le grand hunier et le perroquet de fougue, en ne les brassant +que carrément. + +Dans cette position, l'arrivée sera bien prompte, puisqu'il suffira de +carguer la brigantine et de border le foc en dressant la barre. Le grand +hunier et le perroquet de fougue n'étant brassés que carrément, seront +mis en ralingue par le seul mouvement imprimé au navire en carguant la +brigantine et bordant le foc; d'ailleurs on les brassera, mais on est +sûr que l'arrivée sera déjà prononcée. + +Lorsqu'on mettra en panne, il est inutile d'arrêter tout à fait le +navire. On peut se contenter de brasser carrément un des deux huniers; +comme alors il conserve un peu d'aire, un tour de barre dessous suffit +pour le maintenir au vent, et on peut manoeuvrer dans toutes les +circonstances avec plus de célérité. + + +_Mettre en panne sous toutes les voiles du plus près._ + +Si on n'a pas long-temps à rester en panne, si la brise est maniable et +la mer belle, on peut se dispenser de réduire la voilure aux huniers. + +On cargue la brigantine, on file en bande l'écoute de grande voile, on +largue la bouline du perroquet de fougue, et on met la barre dessous en +douceur; on amarre les bras sous le vent. + +Une partie de l'effet des voiles de l'arrière étant détruite, la vitesse +diminue, et d'autant mieux que la barre étant mise sous le vent peu à +peu, le navire perd son aire en rangeant au vent, et ne peut masquer +puisqu'il a ses focs et le phare de l'avant orientés, qui par conséquent +s'opposent à ce mouvement. Toutes les voiles se trouveront en ralingue, +et l'aire étant perdu, le navire arrivera, jusqu'au moment où le vent +reprenant dans les voiles, lui donnera de la vitesse, qui, par la +disposition du gouvernail, le fera de nouveau ranger au vent. + +On se sert du perroquet de fougue pour accélérer ou modérer les +abattées, en abraquant sa bouline, ou en le masquant. + +On amarre les bras sous le vent en commençant l'évolution, afin que les +voiles étant en ralingue, leurs vergues ne se portent pas au vent, ce +qui arriverait si elles n'étaient tenues que par leurs boulines, et +pourrait faire masquer. + +Si malgré toutes ces précautions le navire masquait, il faudrait +aussitôt contre-brasser le phare de l'avant pour le faire arriver; mais +on n'aura jamais cette crainte à avoir si la barre n'est mise dessous +qu'en douceur, car alors l'aire sera cassé avant qu'on puisse masquer. + +Cette manoeuvre, ainsi que nous le verrons plus bas, est souvent +employée pour sonder de beau temps par un petit fond. + + +_Faire servir, lorsqu'on est en panne, le vent sur le petit hunier._ + +Le petit hunier étant masqué pour mettre en route, on cargue la +brigantine, on borde le petit foc et on dresse la barre. Si l'abattée se +prononce, ainsi que cela arrive souvent, on attend que les vents soient +à peu près de travers, et alors on change le petit hunier qu'on oriente; +lorsqu'il l'est et que la vitesse augmente on borde la brigantine. + +Si l'abattée ne se prononce pas, après avoir cargué la brigantine, bordé +le foc et dressé la barre, on ralingue le perroquet de fougue et même le +grand hunier si cela est nécessaire; puis on les oriente en démasquant +le petit hunier, comme nous venons de le dire. + +Si on devait courir largue, on ralinguerait le grand hunier et le +perroquet de fougue en dressant la barre, parce que non-seulement ils +accéléreraient l'arrivée, mais encore parce qu'ils se trouveraient plus +promptement disposés pour la route qu'on doit suivre. + + +_Faire servir, lorsqu'on est en panne, le vent sur le grand hunier._ + +Pour mettre en route, le grand hunier étant masqué, on cargue la +brigantine, on borde le foc, on dresse la barre et on ralingue le grand +hunier. Lorsque le navire prend de l'aire, on l'oriente en bordant la +brigantine, si on doit serrer le vent. + +Dans le cas contraire, on continue à tenir le grand hunier en ralingue, +jusqu'à ce que le navire soit arrivé au rhumb où l'on veut gouverner, +puis on l'établit suivant cette allure. + +Si on choisit le moment d'une abattée pour border le foc et dresser la +barre, il est inutile de carguer la brigantine, si on doit continuer à +tenir le plus près, parce que dans ce moment le navire a de l'aire, +qu'on augmente promptement en démasquant et orientant le grand hunier. + + +_Faire servir, lorsqu'on est en panne, sous toutes les voiles du plus +près._ + +Il faut profiter d'un mouvement d'abattée pour dresser la barre. Dans +cette position, le navire doit prendre de l'aire, et aussitôt qu'il en +a, on met un peu de barre au vent pour l'augmenter, sans lui faire faire +une grande arrivée; puis on rétablit successivement la voilure en +bordant la grande voile, la brigantine en halant la bouline du perroquet +de fougue. + +Si le mouvement d'arrivée ne se prononce pas, on ralingue le perroquet +de fougue, et s'il ne suffit pas, on masque devant. + + +_Observations._ + +Nous avons entendu parler d'une manière de mettre en panne le vent sur +toutes les voiles, qui consiste à haler bas les focs, contre-brassant +partout à la fois en orientant à l'autre bord, bordant la brigantine et +mettant la barre au vent. + +Non-seulement nous n'avons jamais vu employer cette manoeuvre, mais en y +réfléchissant, il nous a été impossible de nous rendre raison de son +utilité, de trouver des cas dans lesquels on peut l'employer avec +succès, et d'imaginer comment une évolution, qui nécessitait un +changement total de disposition dans toute la voilure, et qui en +nécessitait un second aussi ou presque aussi total pour revenir en +route, a pu être employée. + + + + +CHAPITRE VI. + +_Sonder._ + + +Pour sonder, il faut arrêter le navire afin qu'il puisse connaître la +profondeur du fond; il ne s'agit que de mettre en panne, suivant l'état +du vent et de la mer. + + +_Sonder de beau temps._ + +Si on court au plus près, on cargue la brigantine, on file l'écoute de +la grande voile en bande, on largue la bouline de perroquet de fougue, +et on met sa barre dessous en douceur. Le plomb ayant été porté au vent +de l'avant et la ligne élongée, on le mouille aussitôt que le navire a +perdu son aire, puis on le retire après avoir eu le fond, et on met en +route. + +Cette manoeuvre n'étant que la panne sous toutes les voiles du plus +près, nous n'en parlerons pas plus longuement. + +Si on court largue, on rentre les bonnettes, on abraque les écoutes des +focs et de la misaine, on cargue la brigantine et on met la barre +dessous, en amarrant les bras sous le vent. + +Le navire rangera avec assez de rapidité au vent, mais ses voiles étant +orientées pour le largue ne tarderont pas à ralinguer; et comme la +brigantine est carguée et les focs établis, il n'est pas possible qu'il +prenne vent devant. Si cependant on pouvait concevoir quelque crainte, +il faudrait mettre la barre dessous, peu à peu, de manière à rompre +l'aire. + +Si on est grand largue ou vent arrière, on rentre les bonnettes, on +borde plat les focs, on met la barre dessous ou du bord opposé à celui +où on veut venir. Si le fond était considérable, il serait mieux +d'ouvrir le phare de l'avant, afin que l'aculée ne fût pas aussi forte. + + +_Sonder de mauvais temps._ + +Si on est au plus près, on se débarrasse de la misaine et de la grande +voile, si elle est établie; mais si elle est remplacée par le foc +d'artimon, on n'y touche pas. Puis on met en panne, comme nous l'avons +dit plus haut, en halant bas le foc, car si on filait son écoute, il se +déchirerait, et on mouille le plomb aussitôt que le navire a perdu son +aire. Lorsqu'il a été retiré, on met en route comme nous l'avons dit en +parlant de la panne. + +Mais si on court largue ou vent arrière, les huniers ayant moins de ris +que si on était au plus près, il faudrait les prendre avant de mettre en +panne, pour ne pas compromettre la mâture. + +Si le vent est trop violent pour porter les huniers, on les serre et on +vient au vent sous le petit foc, le foc d'artimon et l'artimon. + + +_Observations._ + +On a imaginé plusieurs instrumens pour avoir le fond lorsque le navire +conserve son sillage. + +Le meilleur, sans contredit, est la bouée à stopeur, connue de tous les +marins, mais que beaucoup ont abandonnée, parce que la ligne, fortement +souquée entre le montant de la bouée et le stopeur en fer, était +fréquemment coupée. + +Lorsqu'on navigue par de petits fonds qu'il est important de connaître +pour diriger la route du navire, on place un sondeur dans chacun des +porte-haubans du grand mât, qui lancent à la main le plomb sur l'avant, +et annoncent successivement le fond. Mais on conçoit qu'ils ne peuvent +le faire avec exactitude que si le plomb a pu toucher le fond dans le +temps qui s'écoule entre le moment où le plomb tombe à l'eau et celui où +le grand porte-hauban arrive par le travers, ou à peu près de ce point. +La vitesse du sillage doit donc être réglée en conséquence. + + + + +CHAPITRE VII. + +DE LA CAPE. + + +_Des différentes espèces de Cape._ + +Un navire est à la cape, lorsque la violence du vent et sa direction +l'empêchant de faire route, il présente une petite quantité de voiles, +en gardant sa barre dessous, pour perdre le moins possible. + +Nous disons la direction du vent, parce que, quel que soit sa violence, +si le navire fait route, fût-il à sec de voiles, il n'est pas à la cape, +il fuit devant le temps. + +La voilure à conserver pendant la cape dépend autant des qualités du +navire que des circonstances dans lesquelles on se trouve, et le +manoeuvrier doit observer son navire avec soin, pour connaître quelle +est celle qui lui convient le mieux. + +Les capes les plus usitées sont: + +Le grand hunier au bas ris, la misaine, le petit foc et l'artimon; + +Le grand hunier au bas ris, le petit foc et l'artimon; + +La misaine, le petit foc, le foc d'artimon et l'artimon; + +Le petit foc, la pouillouse, le foc d'artimon et l'artimon; + +Le petit foc, le foc d'artimon et l'artimon; + +Enfin, la cape à sec. + +La première, celle du grand hunier et de la misaine, est une cape de +beau temps. Le navire a de la vitesse, il sent par conséquent sa barre, +on ne la met pas entièrement dessous, il suffit, dans les arrivées un +peu grandes, de l'y mettre en partie. On peut ainsi défier la lame, +puisque le navire gouverne, et les coups de mer sont moins dangereux. + +Avant d'aller plus loin, nous ferons observer que, quoique nous ayons +dit en commençant ce chapitre, que la cape était l'état du navire +présentant une petite quantité de voiles à la violence du vent en +gardant sa barre dessous, notre opinion n'est pas qu'on doive toujours +en agir ainsi, bien au contraire; le navire doit être tenu autant que +possible gouvernant, et nous ne voyons que la cape à sec où la barre +puisse être amarrée sous le vent. + +Dans toutes les autres circonstances, il faut gouverner, afin de pouvoir +dresser la barre à l'encontre d'une lame qui vient briser avec +violence. Si on gouverne, le navire est moins bridé, ses mouvemens sont +moins violens, le gouvernail ne fatigue pas autant et risque moins de +s'avarier, soit dans ses ferrures, dans sa barre ou dans sa drosse. + +La cape sous le grand hunier et la misaine, est celle qu'on prend +lorsque le vent a augmenté graduellement. On doit la garder autant que +possible, puisqu'elle tient le navire gouvernant, et qu'elle permet par +conséquent de le faire obéir aux mouvemens qu'on peut avoir besoin de +lui imprimer. Mais si le temps est à violentes rafales, et surtout s'il +y a de fréquentes sautes de vent, il faut y renoncer, parce qu'en +masquant on compromettrait la mâture. + +Si, étant sous cette voilure, le vent augmente encore, on serre le grand +hunier, si le navire est ardent, c'est-à-dire si ses mouvemens d'arrivée +sont lents et difficiles; et on serre la misaine s'il est mou, +c'est-à-dire s'il présente difficilement au vent. En serrant le grand +hunier, on le remplace par le foc d'artimon de cape. + +Sous la misaine, le navire sera mieux disposé pour arriver, ce qui peut +être d'une grande utilité; mais ses abattées sont plus grandes, il +acquiert plus de vitesse dans ce moment, et revenant au vent par l'effet +du gouvernail, choque la lame avec plus de force et peut recevoir des +coups de mer dangereux, quelque soin qu'on mette à les défier en +mollissant la barre. D'ailleurs cette voile, placée sur l'avant du +navire, le fait plonger et augmente le tangage. + +Avec le grand hunier, les abattées sont moins grandes, le navire a donc +moins de vitesse, il choque la lame avec moins de force, et rend les +coups de mer moins dangereux. Il ne charge pas l'avant, diminue les +tangages et modère les roulis en appuyant mieux le navire que la +misaine. Mais l'arrivée est plus difficile, et sa vergue, bien moins +appuyée que la misaine, peut occasionner des avaries plus fréquentes. + +Entre les tropiques, dans la saison des ouragans, des tornados et des +typhons, où les sautes de vent sont violentes et instantanées, il faut +prendre la cape sous les voiles latines, parce que les sautes de vent +sont alors sans danger, ne compromettant ni la mâture ni le navire, et +qu'il n'en peut résulter que la perte de voiles de peu d'importance. + +Sous cette voilure, le navire est mal appuyé, surtout si la mer est +grosse, parce que ces voiles sont souvent déventées dans les mouvemens +de roulis. Il reste alors sans vitesse, ne sent plus son gouvernail, et +peut recevoir des coups de mer dangereux. Les arrivées sont promptes, +puisque la plus grande partie du système de voilure est de l'avant du +centre de gravité, et qu'il est toujours facile de se débarrasser du foc +d'artimon de cape et de l'artimon. + +Au sujet de cette dernière voile, nous ferons observer que, dans de +pareilles circonstances, il faut éviter de se servir de l'artimon +envergué sur la corne, très-difficile à carguer, et dont la toile se +collant sous le vent sur les haubans d'artimon, peut rendre l'arrivée +impossible, que la corne fatigue le mât et qu'elle amène difficilement. +On doit le remplacer par un artimon triangulaire ou à petite corne de +deux ou trois pieds, qui n'est retenu que par une seule drisse simple, +dont la voile n'est pas lacée au mât, et qui par conséquent s'amène et +se hisse avec la plus grande facilité. + +Cette cape, sous les voiles latines, se compose du petit foc ou du +tourmentin, de la pouillouse, du foc d'artimon de cape et de l'artimon. +Mais la pouillouse, si elle offre une partie des avantages de la misaine +en rendant les arrivées plus promptes, a aussi une partie de ses +inconvéniens. Elle occasionne de fortes abattées, charge l'avant qu'elle +fait plonger, et fait embarquer beaucoup d'eau. Aussi est-elle souvent +supprimée, et on reste alors sous le petit foc, le foc d'artimon et +l'artimon. + +Les navires se comportent en général bien sous cette voilure, et nous en +avons vu un qui, dans cette position, perdit son foc, continua à capeyer +sous son foc d'artimon de cape, et se comporta encore mieux qu'il ne le +faisait son petit foc dehors. C'était cependant un bâtiment à fonds +très-fins, et qui était ordinairement ardent. + +La cape à sec ne se prend que rarement, et le plus souvent que lorsqu'on +a perdu les voiles latines qu'on avait appareillées. Il faut toujours +avoir un foc prêt à être hissé si on a besoin d'arriver. + + +_Observations._ + +Avant de mettre à la cape, il est une foule de précautions à prendre, +qui importent à la sûreté du navire; nous indiquerons les principales. + +Si les bâtimens portent de l'artillerie, on doit s'assurer que toutes +les pièces sont bien amarrées, que les sabords des batteries sont +hermétiquement fermés. + +Il faut visiter les amarrages des coffres, cuisines, etc.; assurer les +drômes en les liant entr'elles par de forts palans; doubler les saisines +de la chaloupe et la consolider par des palans qu'on frappe sur son +avant et son arrière, en les crochant sur les serre-gouttière; renforcer +les bosses de bout et serre-bosses des ancres, tant de celles des +bossoirs que de celles qui sont dans les porte-haubans; soulager les +canots de porte-manteaux. + +Saisir le gui sur son support; si la corne est amenée, la brider sur le +gui en bien paquetant la voile, pour qu'elle ne puisse se déferler. + +Débarrasser les haubans de tout ce qu'on y place dans les temps +ordinaires, tels que vergues de perroquets, de catacois, bonnettes; les +élonger sur les drômes et les y saisir; soulager les hunes des poids +inutiles, comme bonnettes de perroquets, gréement des bonnettes, etc. + +Les faux bras, les fausses amures et écoutes de misaine, l'étai de +tangage, ont dû être mis en place dans les premiers momens du mauvais +temps. + +On condamne les panneaux, qu'on recouvre d'un prélart cloué sur +l'hiloire, et on n'en laisse qu'un de libre, ouvert sous le vent, pour +communiquer dans l'intérieur du navire. + +On dégage la barre de rechange, et on met en place les palans qui +doivent remplacer la drosse si elle cassait. Mais cette précaution doit +toujours être prise en appareillant. + +Lorsque le coup de vent mollit, il faut faire de la voile pour appuyer +le navire, car la mer ne tombe pas en même temps, surtout lorsque la +tempête est arrivée subitement, parce qu'alors elle comprime la mer par +sa violence, et la lame n'acquiert tout son développement que lorsque le +vent diminue de force. + +C'est en général dans ces circonstances qu'on fait les plus grandes +avaries dans la mâture, si on n'a pas le soin de faire toute la voile +convenable. + + +_Arriver, ou virer, lorsqu'on est à la Cape._ + +Si on est sous la misaine, on profite d'une abattée pour dresser +promptement la barre, on hâle-bas le foc d'artimon et l'artimon, et on +met la barre vivement au vent. + +Le navire doit nécessairement arriver, car en profitant d'une abattée, +il avait déjà une vitesse acquise; en dressant la barre dans ce moment, +on l'a augmentée; en détruisant l'effet des voiles derrière et mettant +la barre au vent, on a concouru aussi à l'augmenter, et par suite +l'arrivée a dû se prononcer. + +Si on veut virer, lorsque le vent est de l'arrière du travers, on choque +à retour l'écoute de misaine, et on largue sa bouline; on brasse au vent +de manière qu'étant vent arrière elle soit carrément; mais en levant ses +lofs, il faut avoir bien soin de ne filer l'amure qu'à retour, de +manière que la voile soit tenue sur l'arrière par ses écoutes, sans cela +elle se collerait sur les étais, et il serait impossible de s'en rendre +maître. On la perdrait probablement. + +Lorsqu'on est vent arrière, on hâle-bas le petit foc et on le borde sur +l'autre bord. Si on filait son écoute, il serait emporté en venant au +vent. On dispose aussi le foc d'artimon qu'on borde. + +Si on craint de ranger trop vite au vent, ce qui pourrait arriver +puisque le navire a une grande vitesse, on dresse la barre et on +gouverne largue pour établir la misaine et choisir le moment favorable +pour ranger au vent. Dès qu'on l'a trouvé, on hisse le foc d'artimon et +l'artimon, et on met la barre dessous. + +Si on est sous le grand hunier, il faut profiter d'un mouvement +d'abattée, dresser la barre, carguer l'artimon, larguer la bouline du +grand hunier, appuyer les bras du vent, et mettre la barre au vent. + +L'abattée déjà commencée se continuera, puisqu'on dresse la barre et +qu'en même temps on détruit l'effet de l'artimon et celui du grand +hunier, en larguant sa bouline et le brassant au vent. On continue de le +brasser à mesure que le navire arrive. Lorsqu'il est vent arrière, on +hâle-bas le petit foc, on borde son écoute à l'autre bord, et on ouvre +le grand hunier. On modère l'aulofée en dressant la barre, si on ne juge +pas le moment favorable pour venir au vent; dans le cas contraire, +lorsqu'il est de la hanche, on établit l'artimon en orientant le grand +hunier, puis on hisse le petit foc. + +Il faut avoir le plus grand soin, en manoeuvrant le grand hunier, de ne +filer les bras qu'à retour, d'abraquer à mesure les balancines, les +drosses et les palans de roulis, et d'avoir les galhaubans volans raides +des deux bords, lorsqu'on est vent arrière. + +Sous les voiles latines, la voilure étant mieux distribuée, l'arrivée +sera prompte en dressant la barre, se débarrassant du foc d'artimon, de +l'artimon, puis mettant la barre au vent. Lorsqu'on est à peu près vent +arrière, on hâle-bas la pouillouse et le petit foc, qu'on dispose pour +être hissés sur l'autre bord. Le bâtiment est alors sans voiles, mais la +violence du vent lui communique assez de vitesse pour se présenter à +l'autre bord au moyen de sa barre, alors on établit l'artimon et le foc +d'artimon, et quand l'aulofée devient rapide, le petit foc et la +pouillouse. + +A sec de voiles, si le navire n'arrive pas avec sa barre, on hisse un +petit foc et on manoeuvre les vergues comme si elles avaient leurs +voiles. Si l'arrivée ne se prononce pas, il faut faire déferler, s'il +est possible, une voile ou un prélart dans les haubans de misaine, y +faire monter les hommes qui se trouvent sur le pont, afin d'offrir une +surface sur laquelle le vent puisse agir. S'il n'arrive pas, il faut +quelquefois sacrifier le mât d'artimon ou le grand mât de hune, pour +soulager l'arrière, diminuer la quantité de vent qui le frappe et qui +s'oppose par conséquent à l'arrivée. + +Mais cette question si terrible et qui peut entraîner la perte du +navire, n'a lieu que lorsqu'il est chargé subitement par une +augmentation instantanée dans la violence du vent, qui le couche, le +prive de vitesse et annule l'effet du gouvernail. Elle peut arriver +lorsqu'il capeye sous une des voilures dont nous avons parlé, et peut +avoir des résultats moins funestes, puisqu'en sacrifiant les voiles qui +sont appareillées on peut faire redresser le navire et le faire arriver. + +Si le grand hunier est dehors, on file ses écoutes en bande, et comme il +ne tardera pas à être emporté, le navire peut se relever, sentir alors +l'effet du gouvernail, et arriver d'autant mieux que l'artimon a dû être +hâlé-bas, ou éventré si on ne peut le hâler-bas. + +Si on est sous la misaine, on choque son écoute en se débarrassant du +foc d'artimon et de l'artimon. En choquant l'écoute de misaine, on +décharge le navire qui se redresse et sent alors l'effet du gouvernail. +Mais si tous ces moyens étaient insuffisans, il faudrait couper le mât +d'artimon. + +Il faut toujours avoir des haches sur le pont lorsqu'on est à la cape. + + + + +CHAPITRE VIII. + +_Mouillages._ + + +La manière dont on vient au mouillage dépend non-seulement du temps et +des localités, mais encore de l'emploi des câbles ou des câbles-chaînes. +Pour s'amarrer avec les câbles, il faut mouiller en culant pour ne pas +surjoualer l'ancre; avec les câbles-chaînes il faut au contraire +mouiller avec de l'aire, sans cela la chaîne filant avec rapidité +pourrait tomber sur l'ancre et la casser, ce que nous avons vu arriver +plusieurs fois. Si on mouillait en culant, il faudrait culer avec une +grande rapidité. + + +_Mouiller de beau temps._ + +Si l'on est au plus près, après avoir choisi le point où l'on veut +mouiller, on met le navire sous une voilure maniable, ordinairement les +huniers, les perroquets, le grand foc et la brigantine. On fait route un +peu sous le vent de ce point, lorsqu'on en est à une ou deux encâblures, +suivant les qualités qu'on connaît à son navire, on hâle-bas le foc, on +cargue les huniers et les perroquets, on court ainsi un instant, puis on +met la barre dessous pour venir amortir l'aire au point où on veut +laisser tomber l'ancre, et on mouille aussitôt que le navire cule. La +bitture file, le navire fait tête, et on cargue la brigantine. + +Si on se sert de câbles-chaînes, on passe avec de l'aire sur le point où +l'ancre doit tomber, on la mouille et on ne revient au vent que lorsque +la chaîne en filant sur la bitte casse l'aire et force le navire à faire +tête. Le mouvement est assez vif pour qu'il soit inutile de l'augmenter +en conservant la brigantine. On peut la carguer en même temps que les +autres voiles. + +Si on vient largue, après s'être mis sous une voilure maniable, on se +dirige sous le vent du point où on veut mouiller, mais de manière à +laisser assez d'espace au navire pour ranger au vent sur son aire. +Parvenu à une distance convenable, on hâle-bas les focs, on cargue les +voiles moins la brigantine, qu'on met dehors si on ne l'a pas, et on met +la barre dessous. Le navire range au vent, et vient s'amortir sur le +point désigné, où on laisse tomber l'ancre aussitôt qu'il cule. Si on a +rangé au vent trop tôt, on coupe l'aire en brassant sur le mât les +voiles carguées. + +On voit qu'il est impossible de fixer le moment où on doit carguer et +lancer au vent, puisqu'il dépend de la force du vent, de la vitesse ou +de la dimension des navires qui conservent leur aire d'autant plus que +leur masse est plus considérable. + +Pour mouiller avec les câbles-chaînes, comme il est inutile de culer, il +ne s'agit plus que de venir sur le point où on veut mouiller avec une +vitesse convenable, et à moins d'une faible brise, il faut carguer les +voiles avant de laisser tomber l'ancre, ou on pourrait fatiguer la +chaîne et les bittes outre mesure. + +Si après avoir mouillé on devait éviter au courant et non au vent, il +faudrait mouiller de manière à ne pas passer sur son ancre en évitant au +courant, dont on connaît la direction, ou garder assez de voiles, après +avoir mouillé, pour faire passer le navire sous le vent de son ancre en +les masquant. + + +_Mouiller de mauvais temps._ + +La manoeuvre à faire pour mouiller de mauvais temps ne diffère en rien +de celle qu'on exécute pour mouiller d'un temps maniable; il est +seulement quelques précautions que nécessitent l'état du vent et de la +mer. + +Avec des chaînes, la manoeuvre est absolument semblable, puisque tout +consiste à venir sur le lieu où on veut laisser tomber l'ancre avec une +vitesse convenable, et à se débarrasser promptement des voiles pour ne +pas fatiguer les chaînes. On doit serrer immédiatement après avoir +cargué. + +Si on mouille vent arrière, il faut, en laissant tomber l'ancre, mettre +un peu de barre du côté opposé à l'ancre, pour détacher la chaîne de la +joue du navire, qui sans cela raguerait le cuivre du doublage. + +En mouillant avec des câbles, l'aulofée sera bientôt limitée, surtout si +la mer est forte, et le navire, au lieu de ranger au vent et de culer, +dérivera par le travers et tombera sous le vent; c'est alors qu'il +faudra mouiller, en serrant s'il est possible les voiles, afin que le +navire ne traîne pas son ancre après lui. + +Si on vient grand largue ou vent arrière d'un temps forcé, on cargue et +on serre les voiles avant d'arriver au point où l'on veut mouiller. +Quand on est à petite distance, on met la barre dessous, ou du bord +opposé à celui du lieu où on veut mouiller si on est vent arrière, et on +borde l'artimon. Le navire prendra le vent par le travers, perdra sa +vitesse et dérivera, alors on mouillera, en ayant eu le soin de placer +des bosses cassantes sur le câble, pour modérer l'aculée du navire et +diminuer la secousse qu'il imprimera à son câble en faisant tête. + + +_Mouiller avec embossure._ + +On mouille en faisant embossure, lorsqu'on veut présenter le travers à +un point déterminé, ce qu'on ne pourrait faire en évitant au vent +régnant ou au courant. + +Avant d'aller au mouillage, on étalingue à l'organeau de l'ancre qu'on +doit mouiller, un grelin qu'on dispose de manière à pouvoir filer en +mouillant l'ancre. + +Après avoir manoeuvré comme nous l'avons dit et filé la quantité de +câble ou de chaîne nécessaire, on passe le grelin par-dehors dans une +poulie de retour placée dans le sabord de l'arrière ou dans le chaumar +d'embossage du bord qu'on veut présenter au vent ou au courant, et on le +vire au cabestan, où on le tourne lorsque le travers est bien effacé au +point désigné. + +Il est inutile de dire que lors même que le vent ou le courant +permettrait de présenter le travers au point désigné, il n'en faudrait +pas moins venir au mouillage avec une embossure pour s'en servir en cas +de changement de vent. + + +_Observations._ + +L'adoption à peu près générale des câbles-chaînes a singulièrement +simplifié la manoeuvre à faire pour mouiller avec précision dans un +espace resserré par des dangers ou des navires. L'habitude et la +connaissance parfaite des qualités du navire, l'appréciation exacte de +l'influence que telle ou telle circonstance avait sur la vitesse et la +rapidité de ses mouvemens, pouvaient seules donner au manoeuvrier la +certitude de venir porter son ancre à un point désigné. On en jugera +facilement si on réfléchit à la difficulté qu'on éprouve souvent à +prendre des corps morts sur une rade, sans être obligé de laisser tomber +une ancre. + +Les câbles-chaînes qu'on peut mouiller sans se déranger de sa route et +qui n'exigent ainsi pour la manoeuvre qu'un bien moins grand espace, +évitent, dans les rades resserrées et encombrées de navires, des avaries +autrefois très-fréquentes. + +On doit toujours venir au mouillage avec les deux ancres des bossoirs +disposées, c'est-à-dire qu'elles sont garnies de leurs bouées et de +leurs orins; que les bittures des câbles sont prises et élongées, ou que +les puits sont ouverts et que les chaînes ont été tournées aux bittes, +après avoir laissé de l'avant un mou de trois à quatre brasses. + +Si on mouille de gros temps, l'ancre de veille des porte-haubans de +misaine doit être étalinguée. + +En approchant de terre, aussitôt que la profondeur de l'eau rend le +mouillage possible, on débouche les écubiers. + +Dès que la sonde à la main peut donner le fond, on place des sondeurs +dans les grands porte-haubans, qui donnent alternativement la profondeur +et la nature. + + + + +CHAPITRE IX. + + +_Affourcher à la voile._ + +Cette manoeuvre ne peut s'exécuter que lorsque le vent permet de courir +avec au moins un quart de largue sur la ligne où on doit laisser tomber +les ancres. Elle exige de grandes précautions, car si le câble ou la +chaîne était retenu en filant, le navire rappellerait et manquerait sa +manoeuvre. + +Supposons qu'on veuille affourcher S. E. et N. O., et qu'on vienne du +sud, la première ancre qu'on laissera tomber sera celle du S. E. On se +met sous une voilure convenable, mais il vaut mieux avoir trop que trop +peu de voiles, car si on n'a pas assez de vitesse, le câble et surtout +la chaîne seront mal élongés; leur poids fera dériver le navire, il +tombera sous le vent, et la deuxième ancre ne sera pas dans le +relèvement voulu. + +Venant donc avec une vitesse suffisante, on gouverne au vent de N. O., +on laisse tomber l'ancre du vent qui sera celle du S. E., puis on arrive +promptement un peu sous le vent du N. O.; on court ainsi jusqu'à ce que +la touée de S. E. soit presque filée, et on lance au vent en carguant +vivement les voiles et mouillant la deuxième ancre. + +On vire sur l'amarre du S. E. en filant celle du N. O., jusqu'à ce qu'il +y ait dehors une égale quantité de chacune d'elles. + + +_Observations._ + +Après avoir mouillé l'ancre du S. E., on gouverne un peu sous le vent du +N. O., parce que si on gouvernait au N. O., en lançant au vent pour +mouiller la deuxième ancre, on dépasserait la ligne du relèvement. + +Le câble de la touée de la première ancre doit être entièrement élongé +sur le pont par plis dans toute la longueur, afin de pouvoir filer avec +la plus grande facilité. + +Si on affourche avec des chaînes, on ouvre leurs puits et on met sur +l'avant de la bitte de la première ancre, une quantité de chaînes plus +considérable que dans les mouillages ordinaires, afin que le choc +occasionné par la chute de l'ancre imprime une assez grande force pour +faire filer avec rapidité la chaîne sur sa bitte. + +Si la brise était faible, on pourrait décapeler le tour de bitte et +laisser filer la chaîne sur son rouleau, ayant bien soin de l'étrangler +à temps pour qu'elle ne file pas jusqu'à l'étalingure de la cale, afin +d'éviter de se servir de la tournevire pour se haler dessus. + +Si on avait le vent de l'arrière pour affourcher, on mouillerait sa +première ancre, puis, rappelant au vent, on culerait en mettant les +voiles sur le mât, et on irait ainsi laisser tomber la seconde. + +On ne peut affourcher à la voile qu'avec une brise maniable et une belle +mer; il serait dangereux de le tenter avec un vent frais et une grosse +mer, car alors on est moins sûr de la précision des mouvemens du navire, +qui sont dans cette manoeuvre de la plus grande importance, pour ne pas +la manquer. + +Il faut aussi se bien rendre compte de l'action des courans, parce que +s'ils sont violens, ils auront une grande influence sur le navire dans +le moment où il ira porter sa deuxième ancre, puisque, bridé par le +câble, il ne sent plus aussi bien l'effet de la voilure et de son +gouvernail. + +Si les courans sont sur la perpendiculaire de la ligne du relèvement, on +les neutralise facilement en gouvernant pour mouiller la deuxième ancre +au vent ou sous le vent de la ligne. S'ils suivent la ligne du +relèvement, ils accélèrent ou retardent le mouvement, il n'y a donc qu'à +diminuer ou augmenter de voiles. Enfin s'ils sont sur une ligne oblique, +il faut faire entrer leur appréciation dans la route qu'il faut faire +suivre au navire pour parvenir exactement au point désigné. + + + + +CHAPITRE X. + +_Des Abordages._ + + +L'abordage est la manoeuvre qui joint d'assez près deux navires ennemis, +pour que, liés entr'eux par les grappins jetés par l'abordeur, son +équipage puisse passer sur le navire abordé, afin de l'enlever. + +Celui des deux navires qui juge que l'abordage peut lui être favorable, +doit avoir une marche supérieure à son ennemi; sans cela, celui-ci sera +toujours le maître d'éviter l'abordage, à moins que des avaries dans sa +mâture ne lui aient donné une infériorité de vitesse. + +Quelle que soit la supériorité de marche de l'abordeur, si l'abordé est +manoeuvré par un capitaine de sang-froid et expérimenté, il lui sera +souvent facile non-seulement d'éviter l'abordage, mais encore de mettre +son ennemi dans une position dangereuse. + +L'abordeur doit veiller non-seulement à sa manoeuvre, mais encore +prévoir, s'il est possible, celle de son ennemi, ou au moins l'imiter +promptement pour paralyser ses tentatives et parer aux inconvéniens et +aux dangers qu'il pourrait courir par une manoeuvre habile du navire +abordé. + + +_Aborder au vent, en courant au plus près._ + +L'abordeur ayant une supériorité de marche, se place dans la hanche du +vent de son ennemi; lorsqu'il juge le moment favorable, il fait une +petite arrivée sur la hanche du vent, et le prolonge en revenant +vivement à la même route que lui en lui lançant ses grappins. + +Mais si aussitôt que les grappins sont jetés, l'abordé contre-brasse +devant, brasse carré derrière, cargue la brigantine et met la barre +dessous, il culera avec rapidité, fera casser les cartahus des grappins, +et se trouvera bientôt de l'arrière de son ennemi, qu'il pourra +inquiéter en virant lof pour lof sous sa poupe. + +L'abordeur sera obligé d'imiter cette manoeuvre, et s'il la fait en +temps opportun, il virera en même temps que son ennemi, et ils se +trouveront encore abordés quoique ayant changé d'amures. + +Mais comme l'abordé a primé de manoeuvre, qu'il entraîne avec lui son +adversaire, que ses voiles seront plutôt orientées à l'autre bord, il +lui sera facile, en forçant de voiles, d'acquérir une vitesse plus +grande, de faire casser les cartahus des grappins, et de se détacher. + + +_Aborder sous le vent, en courant au plus près._ + +L'abordeur se place dans les eaux de son ennemi, et même un peu au vent; +à une demi-encâblure environ, il arrive de manière à raser sa bouteille +avec la civadière, puis redresse sa route et élonge sous le vent en +jetant les grappins. + +Mais cette manoeuvre dont la réussite est assurée par l'avantage de +marche, peut avoir les conséquences les plus terribles pour l'abordeur. + +Si l'abordé a bien jugé la manoeuvre de son adversaire, il a tout +disposé pour évoluer avec célérité, et au moment où il voit son ennemi +faire une arrivée pour le prolonger sous le vent, il contre-brasse +devant, brasse à culer derrière, cargue la brigantine et met la barre +dessous. Amortissant son aire ainsi promptement, et arrivant avec +célérité par l'effet de ses voiles de l'avant contre-brassées, il tombe +en travers sur le beaupré de son ennemi, l'engage dans ses haubans, et +dans cette position l'enfile avec toute son artillerie. + +Les rôles peuvent alors changer, et l'abordé devenir abordeur, s'il +manoeuvre avec habileté et sang-froid. Protégé par son artillerie, il +peut lancer son équipage sur le pont de son ennemi, que cette manoeuvre +a dû étonner, et peut-être décourager. Il profite du moment où le +beaupré est engagé pour en hacher toutes les manoeuvres, surtout les +sous-barbes et les étais, et s'il y a réussi et que son équipage soit +numériquement trop faible pour lutter avec avantage, il évente force de +voiles pour se dégager et se fait chasser au plus près, en virant +fréquemment de bord vent devant, manoeuvre que son ennemi ne pourra +imiter si ses étais ont été coupés. + +Si cette manoeuvre est bien exécutée, elle mettra toujours l'abordeur +dans une position critique, ou au moins le fera renoncer à son projet; +car quelle que soit sa promptitude à imiter les mouvemens de son ennemi, +il sera dans cette circonstance trop primé de manoeuvre pour pouvoir en +paralyser les résultats par une évolution semblable. Le seul parti à +prendre, peut-être, serait, s'il en était temps encore, de lancer au +vent pour prendre à l'autre bord. + + +_Aborder sur l'avant, en courant au plus près._ + +L'abordeur passe au vent de son ennemi, à petite distance, et parvenu à +une ou deux longueurs de sa joue du vent, il arrête son aire en brassant +carré derrière; contre-brasse de vent et cargue la brigantine pour +abattre; met la barre dessous aussitôt que l'aire est amorti, et tombe +ainsi en travers sur le beaupré de son adversaire, qui ne peut trouver +d'autres moyens de l'éviter qu'en imitant sa manoeuvre, mais qui étant +primé dans le mouvement, pourra difficilement se soustraire à un +abordage dangereux. + +Cependant, s'il a prévu le mouvement à temps, il peut mettre tout à +culer, hâler-bas les focs; mettre la barre dessous, puis la dresser, et +la changer lorsque le navire cule. Il est possible que si l'aculée se +prononce promptement, l'abordeur dépasse le beaupré et soit alors obligé +de manoeuvrer pour prolonger sous le vent. + +Cet abordage est sans contredit le plus terrible pour l'abordé, celui +auquel il se soustrait le plus difficilement, et dont la non-réussite +offre le moins de désavantage à l'abordeur. + + +_Aborder en courant largue._ + +Si on veut aborder en courant largue, la manoeuvre ne diffère pas +essentiellement de celles que nous avons décrites pour aborder au vent +ou sous le vent, courant au plus près. + +Pour aborder au vent, l'abordeur se placera dans la hanche du vent, et +par sa supériorité de marche prolongera son adversaire d'aussi près +qu'il voudra pour lui lancer ses grappins. Mais celui-ci qui court +largue, peut en rangeant vivement au vent, ce à quoi il doit être +préparé, ou dépasser l'abordeur, ou mieux encore engager son beaupré. + +Cette manoeuvre oblige l'abordeur à lofer pour prolonger l'ennemi sous +le vent, ou à mettre tout à culer pour dégager son beaupré. + +Pour aborder sous le vent, l'abordeur se place dans les eaux, range à +toucher la hanche sous le vent, et lofant le prolonge en jetant les +grappins. L'abordé, par une arrivée prompte, peut parvenir à lui engager +son beaupré comme nous l'avons dit en parlant du plus près. + +Si on veut aborder en engageant le beaupré de son ennemi, on le prolonge +au vent, et parvenu à petite distance de sa joue, on arrive promptement +en ralinguant derrière et mettant la barre au vent. Mais ce mouvement +doit se faire très-près de l'ennemi, sans quoi on pourrait le dépasser, +si on ne le serrait pas pour l'empêcher de lofer et le mettre dans la +nécessité d'accepter l'abordage, ou d'imiter le mouvement en arrivant +lui-même, et alors, quelle que soit la vivacité de sa manoeuvre, on +parviendra au moins à l'aborder par le travers. + +Il est inutile de parler de la différence qui existera dans la +manoeuvre, si les deux navires couraient vent arrière. Elle sera +facilement saisie. + + +_Aborder à l'ancre._ + +On peut vouloir aborder un navire à l'ancre, mouillé dans une rade non +défendue, car s'il en était autrement, on aurait à essuyer le feu des +batteries de côte, qui pourraient occasionner de graves avaries dans la +mâture, et qui compromettraient la sortie. + +Il ne faudrait dans ce cas tenter l'attaque qu'avec un vent fait, qui +permît d'entrer et de sortir de la bordée. + +Mais si la rade n'est pas défendue, ne vaut-il pas mieux réduire +l'ennemi par le canon, surtout si le navire surpris par l'attaque n'a +pas d'embossure pour se traverser, car alors on peut prendre une +position telle, que son artillerie lui soit inutile. + +Si on veut aborder, on peut le faire soit en élongeant le navire au +vent, ou sous le vent, comme nous l'avons déjà dit; ou mieux encore lui +passer de l'avant et engager son beaupré dans les haubans du grand mât, +manoeuvre qui alors n'offre aucune difficulté. L'abordé, s'il est +affourché, filera une de ses amarres pour rappeler sur l'autre, au +moment où la manoeuvre de son ennemi sera marquée, et la fera manquer, +s'il peut parvenir à embarder avec célérité. Mais si ce moyen ne lui +suffit pas, il ne reste plus qu'à couper ses câbles et se jeter à la +côte en tâchant d'y entraîner son ennemi, qui doit toujours être prêt, +pour l'éviter, à laisser tomber une ancre. + +L'abordeur peut aussi venir mouiller son ancre sur la bouée de son +adversaire, et laissant culer, il l'élongera en jetant à bord ses +grappins et arrêtant son câble. Mais il faut mouiller avec une bien +grande précision pour être sûr de sa manoeuvre. + + + + +CHAPITRE XI. + +_De la Chasse._ + + +On ne peut chasser un navire avec avantage que si on a sur lui une +supériorité de marche, ce dont on s'assure facilement en se mettant aux +mêmes amures, et le relevant au compas. Si l'angle de relèvement +augmente, c'est une preuve qu'on marche mieux, et on sera sûr alors de +le joindre si on manoeuvre avec précision et habileté. + +Le bâtiment chassé doit profiter avec le plus grand soin de toutes les +chances favorables que lui offrent ses qualités et les changemens de +temps et de vent. Etant plus faible, et par conséquent moins long que +son adversaire, il peut le fatiguer et lui faire perdre du temps, en +virant fréquemment de bord vent devant s'il est au vent, puisque le +temps des évolutions est en rapport de la longueur des navires. Il peut +prendre l'allure qui lui est la plus favorable, changer souvent de route +avec promptitude pour primer de manoeuvre sur son adversaire, qui est +obligé de l'imiter, et qui ne pouvant toujours prévoir ces changemens, +perdra ainsi beaucoup de temps. + +Si la mer est forte, il ne doit pas balancer à compromettre sa mâture, +en virant vent devant pour forcer son ennemi à courir les mêmes risques, +ou à virer vent arrière, ce qui lui fera perdre du temps et du chemin. + +S'il a reconnu que sa vitesse augmentait par tels ou tels changemens +opérés à bord dans la distribution des poids de l'arrimage, il doit les +exécuter, s'alléger s'il le faut pour prolonger la chasse, afin de +pouvoir atteindre la nuit, car alors une fausse route peut le sauver. + + +_Chasser au vent._ + +Le chasseur doit relever le bâtiment qu'il veut chasser, et aussitôt +qu'il le trouve sur la perpendiculaire à sa route, il vire et continue +l'autre bord jusqu'à ce qu'il ait encore ramené le navire chassé sur la +perpendiculaire à sa nouvelle route. + +Il continue ainsi et doit infailliblement l'atteindre, puisqu'il a un +avantage de marche et qu'il vire pour s'en rapprocher dans la position +la plus convenable. + +La raison de cette manoeuvre est bien facile à saisir. Le chasseur +virant, lorsqu'il relève le chassé dans la perpendiculaire à sa route, +est alors à la plus petite distance possible de son adversaire; virant +alors, il gagne sur cette distance la quantité dont il gagne au vent, +jusqu'au moment où il le relève encore dans la perpendiculaire de sa +nouvelle route. Là, il a encore atteint la plus petite distance qui le +sépare, et gagne de nouveau en virant la quantité dont il va s'élever au +vent dans cette nouvelle bordée. Cette différence qui, comme on le voit, +est l'excédant de marche, finira par les faire trouver bord à bord si +les circonstances ne changent pas. + +Si le chasseur dépassait la perpendiculaire à sa route, il s'éloignerait +et perdrait du chemin nécessairement. S'il commettait la faute grave de +chasser dans les eaux et d'y virer à grande distance, le chassé, en +virant immédiatement, se retrouverait alors au vent du chasseur de toute +la distance qui les sépare, puisque les routes sont parallèles. + +C'est dans cette position que le navire chassé doit user de tous les +moyens pour gagner au vent; et quoiqu'il paraisse, à la première vue, +plus prudent pour lui de conserver toujours le même bord, il peut +arriver telle circonstance, comme nous l'avons dit, où il lui soit +avantageux de virer fréquemment si ses mouvemens sont plus prompts que +ceux de son adversaire, et surtout s'il peut le forcer, en l'imitant, à +compromettre sa mâture, car quant à lui il n'a rien à perdre et doit +tout tenter pour s'échapper. + + +_Chasser sous le vent._ + +Si le chasseur est au vent, il relève son adversaire avec un compas, et +gouverne de manière à le tenir toujours au même aire de vent, en ne se +dérangeant pas de sa route; car il est évident qu'en continuant ainsi +ils viendront se rencontrer au même point. Si le chasseur s'aperçoit que +l'angle de relèvement augmente ou diminue, c'est une preuve qu'il est +trop au vent ou trop arrivé, et il rectifie sa route, sans quoi il +passerait de l'avant ou de l'arrière du vaisseau chassé. + +Dans cette position, le navire chassé doit prendre l'allure qui lui est +la plus favorable; faire toute la voile possible; s'il a un équipage +nombreux, changer souvent d'amures, car il prime de manoeuvre et oblige +ainsi son adversaire à l'imiter, et lui fait perdre du temps, son +évolution étant plus longue et non prévue. + +Si le temps est à grains, il ne doit diminuer de voile qu'à la dernière +extrémité, et même compromettre sa mâture, s'il peut forcer ainsi son +adversaire à l'imiter. + +On ne doit pas balancer à se débarrasser de tous les objets qui gênent +la manoeuvre et qui peuvent retarder la rapidité des évolutions. + +Une mâture trop fortement tenue nuit souvent à la marche; et si la brise +n'est pas violente, il peut y avoir de l'avantage à donner du mou dans +les haubans et les galhaubans. Au plus près, il faudrait se débarrasser +de tous les objets qui augmentent l'élévation des oeuvres mortes. + + +_De la Tactique Navale._ + +Il ne peut entrer dans le plan que nous nous sommes tracé, de donner un +traité complet de tactique navale, qui ne pourrait être que la copie du +traité publié par le gouvernement pour les navires de l'état. Nous nous +contenterons d'y prendre quelques définitions et l'indication des +ordres. + +La tactique navale est l'art de faire mouvoir des vaisseaux réunis en +corps d'armée. + +On entend par évolutions les mouvemens d'une armée, ou partie d'une +armée, pour s'établir dans un arrangement ou un ordre convenu. On +comprend sous la classification générale d'évolutions, la formation des +ordres; le passage de l'un à l'autre; enfin, leur rétablissement +lorsqu'ils viennent à être troublés. + +La ligne du plus près est celle que tiennent des vaisseaux qui +s'approchent le plus possible du lit du vent. En tactique, cette ligne +est réputée faire avec la direction du vent un angle de 67° 30', ou de +six des trente-deux divisions de la boussole. + +On distingue deux lignes du plus près: un vaisseau court sur la ligne du +plus près bâbord, s'il est au plus près, les amures à bâbord; il court +sur la ligne du plus près tribord, s'il est au plus près, les amures à +tribord. + +Des vaisseaux rangés dans les eaux les uns des autres, et faisant la +même route, sont en _ligne de file_. Dans ce cas _le relèvement et la +route_ sont représentés par le même rhumb de vent. + +Si des vaisseaux en ligne de file gouvernent au plus près, cette ligne +de file prend alors le nom de _ligne de bataille_. + +Si des vaisseaux en ligne de file courent, non au plus près, mais deux +quarts largue seulement, cette disposition particulière de la ligne de +file, qui convient souvent pour combattre, s'appelle _ligne de file sur +la perpendiculaire du vent_. + +Mais si des vaisseaux déployés sur une ligne se relèvent les uns les +autres sur une aire de vent donnée, et gouvernent sur une autre, ils +sont établis sur une _ligne de relèvement_. + +L'_ordre_ en général est la manière déterminée dont les vaisseaux d'une +armée doivent être rangés. Il y a différens ordres, selon les +circonstances dans lesquelles une armée doit naviguer et peut se +trouver. + +L'ordre est appelé _naturel_ toutes les fois que chaque vaisseau suit le +_matelot d'avant_ qui lui a été assigné par l'ordre de bataille de +l'amiral. + +L'ordre est dit _renversé_ toutes les fois que les matelots d'avant +deviennent _matelots d'arrière_; ce qui arrive lorsque les _queues_ +deviennent têtes par des changemens de position ou par inversion +d'ordre. + +La transposition des escadres dans une ligne de bataille ne change pas +la dénomination de l'ordre, qui sera appelé naturel si dans chaque +escadre les têtes mènent les queues; et il sera renversé, si au +contraire dans chaque escadre, les queues mènent les têtes, quand même +les escadres seraient à leur poste naturel, c'est-à-dire la _seconde_ +escadre à l'avant-garde, la _première_ au corps de bataille, et la +_troisième_ à l'arrière-garde. + +Les ordres sont: les ordres de marche et les ordres de bataille, que +l'on est convenu de distribuer de la manière suivante: + +Ordres de marche, + +1º Par colonnes et ligne de file, c'est-à-dire sur trois ou deux +colonnes, ou sur une seule ligne; + +2º Sur une des lignes du plus près; + +3º Sur la perpendiculaire du vent; + +4º Sur la perpendiculaire de la route ou ligne de front; + +5º En échiquier. + +Les ordres ou ligne de bataille, + +1º Au plus près du vent; + +2º En ligne de file sur la perpendiculaire du vent. + +L'ordre de marche sur trois colonnes réunit le mieux les bâtimens sans +les exposer aux abordages; il facilite la prompte formation de la ligne +de bataille aussi bien que la surveillance de l'amiral et la +transmission des signaux. + +Cet ordre suppose que les trois escadres de l'armée se placent sur trois +lignes égales et parallèles, dans les conditions ci-après: + +1º Les vaisseaux de la première escadre qui est au centre, et à la tête +de laquelle marchera l'amiral pour marquer la route, seront exactement +dans les eaux les uns des autres, et à la distance qui aura été +prescrite; + +2º Les chefs de file des deux autres escadres ou colonnes étant placés +par le travers du chef de file de la colonne du centre, relèveront le +serre-file de cette colonne à deux rhumbs de la route; + +3º Les serre-files des colonnes des ailes étant dans les eaux de leurs +colonnes, se tiendront par le travers du serre-file de la colonne du +centre, d'où ils doivent relever le chef de file de cette dernière à +deux rhumbs de la route. + +On peut appliquer à l'ordre de marche sur _deux colonnes_ ce qui vient +d'être dit sur les trois colonnes, les conditions de formation et +d'évolution étant, par analogie, les mêmes pour ces deux ordres. + +L'ordre de marche sur une ligne de file, grand largue ou vent arrière, +s'appelle généralement _ordre_ ou _ligne de convoi_. C'est la condition +de la route vent arrière ou grand largue qui constitue la différence +entre cet ordre et la ligne de bataille. + +_L'ordre de marche sur une des lignes du plus près_, est celui dans +lequel les vaisseaux courant largue ou vent arrière se relèvent sur une +des lignes du plus près. + +Ainsi l'on distingue cet ordre en ordre de marche sur la ligne du plus +près _tribord_, et ordre de marche sur la ligne du plus près bâbord, +selon que les vaisseaux se relèvent sur l'une ou l'autre de ces deux +lignes. + +Dans _l'ordre de marche sur la perpendiculaire du vent_, les vaisseaux +courant grand largue, ou vent arrière, se relèvent sur la +perpendiculaire du vent. + +Des vaisseaux faisant une route quelconque, s'ils se relèvent sur la +perpendiculaire de cette route, sont dits en ordre de marche sur cette +perpendiculaire, ou en _ordre de front_. + +Des vaisseaux qui tiennent l'amure d'une des lignes du plus près, et qui +se relèvent sur l'autre, sont dits en _échiquier_ sur cette ligne. + +C'est le relèvement et non pas l'amure qui donne le nom à l'échiquier; +ainsi on dit _échiquier sur la ligne du plus près tribord_, pour +exprimer la position des vaisseaux qui se relèvent sous cette ligne et +ont les amures à bâbord; et _échiquier sur la ligne du plus près +bâbord_, si les vaisseaux se relèvent sur cette ligne et courent les +amures à tribord. + +Des vaisseaux rangés en _ligne de file au plus près du vent_, ou _sur la +perpendiculaire du vent_, sont en ligne de bataille. Cette ligne peut +être formée tribord ou bâbord amures, ordre naturel ou ordre renversé. + +Mais on entend plus particulièrement par _ligne de bataille_, la ligne +de file dont les vaisseaux courent au plus près du vent. S'il s'agit +d'exprimer la ligne de bataille deux quarts largue, on doit dire _ligne +de file sur la perpendiculaire du vent_. + +Dans toute _formation_ d'ordre, le vaisseau amiral, ou celui qui est au +centre de l'armée, est le _régulateur_, c'est-à-dire le point sur lequel +se règle le mouvement. + +Chaque vaisseau doit connaître son _relèvement_ et sa _distance_ par +rapport au régulateur. + +Si l'armée est en ligne et que l'amiral fasse le signal de _forcer_ ou +_d'augmenter de voiles_, c'est au chef de file à exécuter l'ordre le +premier; et s'il s'agit au contraire de _diminuer de voiles_, le +mouvement doit commencer par le serre-file. + +Il est établi en tactique, que tout mouvement _tout à la fois_ commence, +en ligne de file, par le serre-file, c'est-à-dire que, lorsqu'une armée +en bataille ou en ordre de convoi devra virer de bord, arriver ou tenir +le vent tout à la fois, aucun vaisseau ne virera, n'arrivera, ou ne +tiendra le vent, qu'après que son matelot d'arrière aura commencé le +mouvement; ce qu'on exprime en disant qu'il aura _marqué sa manoeuvre_. + +S'il s'agit au contraire d'un _mouvement successif_, c'est au chef de +file à commencer. + +On dit tenir le vent, arriver par un mouvement successif, lorsque des +vaisseaux viennent au vent ou arrivent l'un après l'autre, en suivant le +chef de file qui règle la route; s'il est question d'un virement de bord +opéré successivement, l'usage le plus général est alors de virer _par la +contre-marche_. + +Le principe général est qu'en ligne de bataille, ou dans un ordre de +marche quelconque, le mouvement, quel qu'il soit, doit commencer _par le +vaisseau qui n'en voit pas d'autre du côté où l'on va mettre le cap_. + +La _contre-marche_ est le mouvement d'une ligne dont les vaisseaux +virent successivement de bord, vent devant ou vent arrière, pour prendre +les eaux du chef de file. Ainsi l'on dit, pour exprimer cette double +évolution, virer de bord vent devant par la contre-marche; virer de bord +lof pour lof par la contre-marche. + + + + +MANOEUVRE + +DE L'ARTILLERIE. + + + + +CHAPITRE 1er. + + +_Définitions et Nomenclature._ + +Les pièces d'artillerie dont on se sert dans la marine sont les canons, +les caronades, les pierriers et les espingoles. Ces deux dernières armes +ne s'emploient guère que sur les hunes et les embarcations. + +Les canons et les caronades sont en fer coulé; les caronades ne sont +autre chose que des canons courts, légers, modifiés en quelques parties +accessoires, installés différemment, et qui, dans certains cas, ont +plusieurs avantages sur les canons. + +Elles se manoeuvrent plus facilement et avec moins de monde; elles se +chargent plus vite; elles laissent plus d'espace libre dans les +batteries, et elles fatiguent moins les ponts. + +De leur côté, les canons ont leurs avantages particuliers. Ainsi, ils +portent plus loin dans les mêmes circonstances; à distance égale, ils +percent les vaisseaux ennemis plus facilement que les caronades, mais +font moins d'éclats lorsqu'on se bat de près, et sont par conséquent +moins dangereux. Ils sont plus longs, par conséquent d'un pointage plus +sûr et d'un danger moindre sous le rapport de l'incendie; la rupture de +la brague n'est ni aussi fréquente ni aussi grave, enfin leur recul +adoucit davantage les secousses communiquées à la muraille des +vaisseaux. + +On désigne les canons et les caronades par le nombre de livres que +pèsent les boulets ou projectiles ronds qu'ils sont destinés à lancer; +le diamètre de ces boulets détermine celui du creux du cylindre de la +pièce; et ce poids, ou indifféremment ce dernier diamètre, est ce qu'on +appelle le calibre de la bouche à feu. + +Les canons en usage à bord sont ceux des calibres de 36, 30, 24, 18, 12 +et 8, c'est-à-dire dont les boulets pèsent à très-peu près ce même +nombre de livres; les caronades ont les mêmes calibres, à l'exception de +celui de 8. + +Pour diminuer la confusion et les inconvéniens d'avoir plusieurs +calibres à un même bord, on tend à généraliser celui de 30. + +Pour chaque calibre de canons il y a deux sortes de pièces, savoir: les +longues et les courtes, et celles-ci n'ont d'autre différence avec les +premières, que d'avoir moins de longueur et plus de légèreté. + +On trouve dans le tableau ci-dessous la longueur totale, le poids de ces +diverses pièces, et le diamètre de leurs boulets. + + +========+=========+=========+=========+========+========+==========+ + | | | | | | |Diamètre | + | |Longueur |Longueur |Longueur |Poids du|Poids du|du Boulet | + | |du Canon |du Canon |de la |Canon |Canon |réglemen- | + |Calibre.|long. |court. |Caronade.|long. |court. | taire. | + |========+=========+=========+=========+========+========+==========+ + | | p. p. | p. p. | p. p. | liv. | liv. | p. lig. | + | | | | | | | | + | 36 | 10 1 | 9 7-1/2 | 5 7 | 7.174 | 6.187 | 6 3 | + | 30 | 9 8-3/4 | 9 1-1/2 | 5 6 | 6.200 | 5.318 | 5 10-5/4 | + | 24 | 9 5-1/2 | 8 9 | 4 10 | 5.120 | 4.321 | 5 5-1/5 | + | 18 | 8 10-1/2| 8 3 | 4 5 | 4.214 | 3.506 | 4 11-1/2 | + | 12 | 8 3 | 7 6-3/4 | 3 10 | 2.997 | 2.398 | 4 4 | + | 8 | 8 7-5/4 | 7 5-5/4 | » » | 2.388 | 2.062 | 3 9-1/2 | + +========+=========+=========+=========+========+========+==========+ + +Les caronades pèsent environ le tiers du canon long du même calibre. + +Les canons et les caronades sont les bouches à feu dont on munit les +batteries et les gaillards des bâtimens de guerre; la nomenclature et +les explications suivantes compléteront cette définition. + + L'âme (_fig._ 1.) _a_ reçoit la charge. + + La bouche _b_ entrée de l'âme. + + * Les tourillons _c_ sorte d'essieux qui maintiennent la pièce + sur son chariot ou affût. + + * Les embases _d_ épaulement de tourillons. + + La volée _e_ commence à la gorge qui est en avant des + tourillons et finit à la bouche. (On + appelle l'avant de la pièce le côté de la + bouche, et l'arrière le côté opposé.) + + La tranche _f_ surface plane percée par la bouche, et + qui termine la volée en avant. + + Le bourrelet _g_ renflement près de la bouche. + + * La tulipe _h_ partie creuse en arrière du bourrelet. + + * La plate-bande + de volée _i_ cordon à la naissance de la tulipe. + + La lumière et le + champ de lumière _j_ tronc et creux où se placent la capsule, + l'étoupille, ou la poudre d'amorce. + + Le support de la + platine _k_ ex-croissance près de la lumière pour + placer le ressort, appelé platine, qui + doit mettre le feu. + + * L'astragale de la + lumière _l_ cordon en avant de la lumière. (Les + canons courts n'en ont pas.) + + La plate-bande de + culasse _m_ renflement en arrière de la lumière. + + La culasse _n_ partie de la pièce en arrière de la + plate-bande de culasse. + + Le renfort _o_ partie de la pièce qui commence à la + gorge de la plate-bande la plus en + arrière et qui finit à la volée. + + Le cul-de-lampe _p_ façon de la culasse de l'arrière. + + Le bouton _q_ extrémité de la pièce du côté de la + culasse et en forme de boule. + + Le collier du bouton _r_ partie étranglée par laquelle le bouton + tient à la culasse. + + L'anneau de brague _s_ anneau qui tient à la culasse et au + bouton. (Quelques canons n'en ayant pas + encore, la brague passe alors dans une + cosse estropée au collet.) + + +_Pour la Caronade._ + +La caronade a les mêmes parties que le canon, moins celles marquées d'un +astérisque (*), et il faut y ajouter les suivantes: + + L'encampanement + (_fig._ 2) _t_ entrée évasée de l'âme pour appuyer le + boulet en l'introduisant lors de la + charge. + + Le trou de vis de + pointage _u_ percé dans le bouton de culasse. + + Le support à + tourillons _v_ maintient la pièce sur l'affût au moyen + d'un boulon, dit boulon-tourillon. + +Ces pièces sont portées sur des espèces de chariots nommés affûts qui +servent à les manoeuvrer, et dont suivent également les parties en bois +ou en fer dont ils se composent. + + +_Affût du Canon._ (Parties en bois.) + + 2 flasques + (_fig._ 3) _a_ pièces principales où sont les + encastremens de tourillons. + + Le croissant _b_ placé en travers des flasques en avant + pour faciliter le pointage, et composé + de deux pièces dont une à charnière. + + L'entretoise _c_ joint et maintient les deux flasques dans + le sens de la hauteur, et sert d'appui au + croissant. + + 2 essieux _d_ supportent les flasques. + + 4 roues _e_ sur lesquelles reposent les essieux. + + La sole _f_ est située entre les flasques et joint + les essieux entre eux. + + +_Affût de Canon._ (Parties en fer.) + + Le boulon d'assemblage + et son écrou _g_ réunissent les flasques et l'entretoise. + + 2 charnières du + croissant _h_ pour rendre une partie du croissant + mobile. + + 2 clous à rivet de + tête de flasques _i_ pour empêcher les flasques de se fendre. + + 2 sus-bandes et + clavettes _j_ maintiennent les tourillons en dessus. + + 2 chevilles à mentonnet + avec écrou et + rosettes _k_ retiennent les sus-bandes et fixent + l'essieu d'en avant aux flasques. + + 2 chevilles à tête + ronde _l_ contiennent le bois des flasques (près + du premier adent). + + 2 chevilles à tête + carrée _m_ fixent l'essieu d'en arrière aux + flasques. + + 2 pitons de + manoeuvre _n_ sur le dernier adent pour la manoeuvre de + la pièce et pour la mettre à la serre, ou + l'assujettir de mauvais temps. + + 2 pitons de côté _o_ contre les flasques pour amarrer la pièce + à garans doublés. + + 2 anneaux de brague _p_ pour servir de conduite à la brague. + + 4 esses et leurs + viroles _q_ pour retenir les roues dans leurs essieux. + + 2 fourrures + d'anspect _r_ sous les flasques en arrière de l'essieu + pour le garantir de l'action des leviers + appelés pince et anspect. + + Piton carré de manoeuvre { pour le pointage à l'aide de + Piton rond de manoeuvre { l'anspect et de la pince. + + Piton de retraite contre l'essieu de derrière pour crocher + le palan de retraite. + + +_Affût de la Caronade._ (Parties en bois.) + + La semelle + (_fig._ 4.) _a_ reçoit et supporte la caronade. + + Le châssis _b_ porte la semelle qui se meut dans sa + coulisse. + + Les supports de + châssis _c_ taquets qui supportent le châssis. + + +_Parties en fer de la Semelle._ + + Le boulon-tourillon _d_ est passé dans le support pour servir + de tourillon. + + 2 crapaudines _e_ placées en avant et reçoivent le + boulon-tourillon. + + 4 boulons + d'assemblage _f_ deux placés en avant, et deux fixant les + anneaux de la brague; tous les quatre + maintiennent la semelle. + + 2 boucles de brague + avec plaque _g_ aux deux tiers de la longueur; elles + servent à passer la brague et diminuer + l'effort qui fait basculer la pièce lors + du tir; elles peuvent servir à palanquer + la semelle. + + Plaques de levier et + de vis de pointage + avec leurs rivets _k_ placées contre le derrière, le dessus et + le dessous de l'affût, pour prévenir les + dégradations des leviers et vis de + pointage. + + Le pivot _l_ traverse le châssis et facilite son + mouvement de rotation. + + +_Parties en fer du Châssis._ + + La cheville ouvrière, + sa plaque, etc _j_ pour mouvoir obliquement la tête du + châssis, tout en la maintenant contre le + bord. + + Le piton de cheville + ouvrière sa tête reçoit la cheville ouvrière, et + sa tige traverse le bord; il maintient + le châssis au moyen de la cheville + ouvrière. + + Le boulon d'assemblage pour maintenir le bois du châssis et le + manoeuvrer. + + 4 boulons de support fixent le châssis sur le support. + + Le briquet avec rivets Plaque de fer qui reçoit le choc du pivot + et de la rondelle, et qui empêche + l'écartement des deux côtés opposés. + + La plaque du levier + de pointage comme celle de la semelle. (Dans les + grandes obliquités on peut pointer par le + châssis, ce qui diminue l'obliquité de la + semelle, et par conséquent l'effort qui + en résulte sur le châssis lors du tir.) + +Les canons, les caronades et leurs affûts sont manoeuvrés ou retenus à +bord au moyen de divers cordages et palans, dont l'ensemble constitue le +gréement de la pièce. Outre ce gréement, chaque pièce nécessite encore +l'usage de divers ustensiles qui servent à son service et à son +pointage, et qui sont connus sous le nom d'armement. + + +_Gréement du Canon._ + + La brague fort cordage qui retient la pièce après + l'effet du recul. + + 2 palans de côté pour manoeuvrer le canon et le contenir + au roulis. + + Le palan de retraite pour tenir le canon au recul après le + tir, le mettre hors de batterie et à la + serre. + + La croupière pour accrocher le palan de retraite. + + L'estrope de culasse pour accrocher le palan de retraite + quand le canon est à la serre. + + Le raban de volée pour assujettir la volée au fronteau de + volée, quand on met le canon à la serre. + + L'aiguillette pour brider la brague avec les palans de + côté, quand on met les canons à la serre. + + L'itague, le palanquin + et deux rabans pour ouvrir et tenir fermé le mantelet de + sabord. + + +_Gréement de la Caronade._ + + La brague fort cordage qui maintient la pièce + contre le sabord et l'empêche de reculer. + (C'est ce qu'on appelle brague fixe; + l'installation de la brague du canon + s'appelle à brague courante.) + + +_Armement du Canon._ + + Le coussin, 2 coins + de mire sur la sole de l'affût pour élever le + canon au pointage. + + L'anspect ou levier sert au servant de gauche pour pointer. + + La pince sert au servant de droite pour pointer. + + Le tire-bourre et la + cuillère pour décharger la pièce. + + La platine ou batterie ressort à l'instar de celui du fusil pour + mettre le feu à la pièce. + + La boîte à capsules et + les capsules la capsule est un petit tuyau fait d'une + légère feuille de cuivre, contenant de la + poudre fulminante pour mettre le feu à la + charge au moyen de platines à piston ou à + percussion. + + La corne d'amorce étui qui contient la poudre d'amorce pour + les platines à pierre, ou pour les cas où + l'on n'a plus de platines. + + Le dégorgeoir pour dégager la lumière et crever la + gargousse. + + L'épinglette pour diriger la poudre dans la lumière. + + La boîte à étoupille + et les étoupilles l'étoupille est un tuyau de plume plein + d'artifice, destiné à mettre le feu à la + charge. + + Le doigtier forte peau que le chef de pièce met à son + doigt pour pouvoir boucher la lumière + quand la pièce est très-chaude. + + Le couvre-lumière + et ses rabans pour couvrir la lumière quand la pièce + est au repos. (La lumière est en outre + fermée par un bouchon d'étoupe garni de + suif, nommé étoupillon.) + + La tape pour fermer la bouche de la pièce. + + Le gargoussier boîte dans laquelle on apporte de la + soute, la gargousse ou le sac contenant + la charge de poudre. + + Le boute-feu avec sa + tresse pour mettre le feu à la pièce si on + amorce avec de la poudre. + + Les valets pelotes en fil de carret pour assujettir + le boulet dans la pièce. + + L'écouvillon pour nettoyer l'intérieur de la pièce + quand elle a fait feu. + + Le refouloir pour enfoncer la charge. (Pour les + calibres de 12 et au-dessous, + l'écouvillon et le refouloir, la cuillère + et le tire-bourre, sont sur la même + hampe; alors la tête de l'écouvillon est + tournée du côté de la culasse pendant le + service de la pièce.) + + La baille (contenant + de l'eau) pour mouiller la poudre qui peut tomber + sur le pont, et pour rafraîchir la pièce au + besoin. + + Le faubert pour le service de la baille ci-dessus. + + +_Armement de la Caronade._ + + La vis de pointage pour élever et abaisser la pièce au + pointage. (Des coins de mire sont alloués + pour suppléer la vis au besoin.) + + Le levier en fer tient à la semelle par une goupille pour + lui donner la direction convenable. (Des + anspects et des pinces sont allouées afin + de suppléer le levier au besoin.) + + Le tire-bourre, la + cuillère, etc. comme pour l'armement du canon. + +En outre des objets d'armement ci-dessus, le dernier servant de droite +pour les canons, et le servant de gauche pour les caronades, ont devant +eux un petit tablier contenant des pierres à feu de rechange (si les +platines sont à pierres), et du vieux linge pour nettoyer la platine: +une corne d'amorce garnie est allouée en cas de besoin pour chaque +pièce, et elle est suspendue dans les batteries le long du bord, entre +les baux, ou disposée à la sainte-barbe. + +Enfin, dans les grands bâtimens, deux canonniers par batterie ont un +grand sac contenant un vilebrequin, quatre vrilles, un tournevis, quatre +platines, des capsules, des étoupilles s'il y a lieu, de la ligne pour +platine, et du vieux linge pour obvier aux accidens. Sur les bricks et +bâtimens au-dessous il n'y a qu'un grand sac. + + + + +CHAPITRE II. + +_Des Projectiles et de la Charge._ + + +On donne le nom de projectiles à tous les corps lancés dans l'espace, +mais plus particulièrement à ceux qui le sont par l'explosion de la +poudre. + +Dans la marine, les projectiles sont les boulets ronds, ou simplement +les boulets; les boulets ramés, les grappes de raisin ou la grosse +mitraille, et les boîtes ou paquets de mitraille; ces derniers, connus +aussi sous le nom de petite mitraille, ne s'emploient plus guère que +dans les pierriers. + +Les boulets ronds sont en fer fondu, et autant que possible sans +aspérités ou cavités; leur destination principale est de percer la +muraille des vaisseaux et d'abattre les mâts. + +Le diamètre d'un boulet et en général de tout projectile, est un peu +plus petit que celui de la pièce, afin d'y pouvoir entrer librement; la +petite différence qui existe entre ces deux diamètres s'appelle le vent +du boulet. + +Le vent ne doit pas dépasser certaines limites qui sont fixées pour +chaque calibre; il faut donc que chaque projectile ait le diamètre +prescrit; et l'on appelle calibrer, l'opération par laquelle on s'en +assure: elle se fait au moyen de deux lunettes en métal, dont l'une a +trois points de plus, et l'autre six points de moins que le boulet +réglementaire. + +On rejette tout boulet qui ne passe pas en tous sens par la première, ou +qui passe dans un sens quelconque dans la seconde. Le boulet de 36 a 2 +lignes 6 points de vent, ceux de 30 et de 24 2 lignes 3 points, et +ensuite en diminuant de trois points par calibre; le vent est d'une +ligne 6 points pour les boulets de toutes les caronades; plus un boulet +a de vent, plus la poudre perd de son action, et moins la pièce a de +portée et de justesse dans le tir. + +Les boulets ramés sont deux lentilles de fonte réunies par une tige en +fer dont la longueur a deux diamètres du boulet; leur forme s'oppose à +ce qu'ils portent aussi loin que les boulets ronds, et à ce qu'ils +pénètrent la muraille des gros vaisseaux; mais ils peuvent produire de +grands effets sur la mâture et le gréement de l'ennemi, et quand le peu +d'éloignement du bâtiment ennemi, ou la faiblesse de ses murailles, +permettent qu'ils entrent à bord, ils y occasionnent des éclats +considérables. + +Les grappes de raisin sont un assemblage de balles de fontes assujetties +autour d'une tige de fer qui tient à une plaque ronde de même métal; +celle-ci, qui sert de base au projectile, est du diamètre du boulet, et +ces balles sont retenues par une espèce de coiffe en grosse toile +peinte, liée en plusieurs sens: il en résulte une grappe à-peu-près +cylindrique, dont le poids et la longueur sont réglés par un tarif. La +portée des grappes de raisin est environ les deux tiers de celle des +boulets ramés; leurs balles ou biscaïens rompent leur enveloppe au +sortir de la pièce; elles divergent et elles sont très-propres de près +(à deux encâblures par exemple) à couper des manoeuvres ou à détruire +des hommes au sabord, et sur les ponts quand on se bat sous le vent, ou +que ces hommes sont faiblement abrités. + +Les boîtes de mitraille se composent d'une boîte cylindrique de +fer-blanc dont la base a le diamètre du boulet et qui contient de +petites balles; la longueur de la boîte est déterminée par un tarif. La +portée de cette mitraille est à-peu-près celle des grappes de raisin; +mais ces petites balles, après leur échappement, ont encore moins +d'action que les biscaïens; elles ne peuvent être efficaces que contre +des embarcations ou contre des hommes entièrement à découvert. + +La charge se compose d'une gargousse, d'un ou de deux projectiles, et +d'un valet. + +La gargousse est un sac du calibre de la pièce, et dans lequel est +contenu la poudre destinée à faire l'explosion; cette quantité de poudre +est réglée ainsi qu'il suit: pour éprouver un canon, la moitié du poids +du boulet de même calibre; pour le combat, le tiers dudit poids; pour +salut ou pour signaux, le quart. Quand les pièces doivent rester +chargées, on met sur la gargousse un valet qui est attaché à cette +gargousse, pour pouvoir la retirer facilement, s'il y a lieu. La charge +de la caronade pour le combat est de 1/9 du poids du boulet, et pour +salut le 1/12; celle du pierrier est le 1/5, et celle de l'espingole le +1/10. + +Les gargousses aujourd'hui ne sont plus ordinairement préparées à bord +des bâtimens; ceux-ci les reçoivent du magasin, conformément au +réglement, et la poudre qui est ainsi préparée et délivrée par les +magasins, s'appelle l'apprêtée. + +Lorsqu'une pièce a tiré plusieurs fois de suite, elle s'échauffe, la +presque totalité de la poudre s'embrase, et l'on en diminue alors par +précaution la quantité; c'est ce qu'on appelle saigner la gargousse; +ainsi l'on conserve à-peu-près la même portée qu'auparavant, l'on +préserve la pièce du danger d'éclater, et les affûts ainsi que les +bâtimens sont moins fatigués. + +On met dans les canons, un, deux ou trois projectiles. Ce dernier cas +doit être fort rare et peu répété tout de suite, car il y aurait danger +que le canon n'éclatât; d'ailleurs la portée se trouvant par là +très-diminuée, on ne doit l'employer que de fort près et sur un ordre +supérieur. + +Il y a toujours inconvénient à charger un canon avec deux projectiles de +différente espèce, à cause de l'inégalité des portées; mais alors en se +réglant sur la différence des vitesses de ces projectiles, on introduit +le boulet ramé avant le boulet rond, et de même la boîte de mitraille, +ou la grappe de raisin avant le boulet ramé. La brague des caronades +devant être très-ménagée, on ne doit charger ces pièces avec deux +projectiles que rarement, et pour ainsi dire jamais avec trois. + +Au surplus, quand on traitera de l'exercice, on indiquera plus +particulièrement quelle est exactement la manière de procéder pour +charger une pièce. + + +_Remarques._ + +Ceux qui ont écrit sur la portée des charges à plusieurs projectiles ne +sont nullement d'accord sur leur résultat et leur emploi. Nous allons +rapporter quelques expériences. + +Dans les épreuves exécutées en France en 1783, deux boulets ronds de 36 +lancés à la fois par 12 livres de poudre, sous un angle de projection de +17°, ont porté à 1,200 toises; et dans les mêmes circonstances la portée +d'un boulet de même calibre, tiré seul, fut de 1,450 toises. + +La portée de deux boulets ronds de 24, lancés par 8 livres de poudre +sous le même angle de 17°, a été de 1,090 toises, et celle d'un seul +boulet de 24, de 1,360 toises. Les canons des autres calibres en usage +dans la marine, tirés alternativement aussi avec un et deux boulets, +ont offert des résultats analogues, et confirmés d'ailleurs par des +épreuves de même nature, qui furent exécutées en Angleterre en 1793. + +La divergence des boulets tirés ensemble paraît très-fondée lorsque le +but est éloigné; ainsi on ne doit pas les permettre au-delà de 300 +toises. Mais de très-près, et lorsqu'on tire sur des navires offrant par +leur gréement et leur voilure une grande surface, il est assurément +très-avantageux de tirer deux boulets au lieu d'un, surtout s'ils sont +de gros calibre; car non-seulement ils auront la force de traverser les +murailles les plus épaisses, et ils feront deux trous au lieu d'un, mais +encore chacun d'eux enlèvera plus d'éclats. + +En outre, lorsqu'on est à bout portant, comme dans certains passages à +poupe, ou dans l'instant d'un abordage, il convient extrêmement de +charger tous les canons avec trois projectiles, dirigeant ceux du petit +calibre contre les bastingages, et les autres contre la partie du navire +ennemi dont l'élévation correspond à la leur[3]. + + [3] De Montgéry, règles de pointage. + +Des expériences faites à Brest prouvent que les balles de nos fusils de +munition, avec leur charge de poudre accoutumée, et tirées de 20 à 50 +toises de distance, possèdent plus que la force nécessaire pour +traverser les bastingages les plus épais qui se trouvent généralement à +bord des bâtimens[4]. Or trois boulets d'une livre lancés par 6 onces de +poudre, étant animés chacun d'une plus grande quantité de mouvement que +les balles susdites, et pouvant s'enfoncer davantage dans un corps +solide, traverseront, à plus forte raison, avec une extrême facilité +toute espèce de bastingage usité. Les boulets d'une livre sont au reste +les plus petits qu'on emploie à bord des navires français; ce sont ceux +de pierriers. Donc aussi les boulets des autres bouches à feu peuvent +être tirés avec succès trois à la fois contre les bastingages, et même +contre la muraille des gaillards, qui a rarement plus de 8 à 10 pouces +d'épaisseur[4]. + + [4] Procès-verbal de ces expériences. + +Si la divergence des boulets ronds tirés ensemble est considérable, elle +l'est encore bien davantage si la charge se compose d'un boulet rond et +d'un boulet ramé. Voici ce que dit à ce sujet M. Cornibert: +«J'assurerai que pendant deux ans que j'ai été inspecteur de la fonderie +de Nevers, il a été tiré plus de deux mille coups de canon à plusieurs +boulets ronds et ramés pour épreuves ordinaires et extraordinaires des +bouches à feu fabriquées dans cet établissement. Les canons et caronades +placés sur des traîneaux et plateaux très-solides, reposant sur la +terre, quelquefois molle, dans toute leur longueur, étaient pointés, +avec tout le soin possible, contre une butte distante de 150 toises au +plus du lieu de départ des boulets, et d'ailleurs assez large pour +n'être jamais manquée dans le tir ordinaire. Malgré toutes les +précautions prises et la régularité du pointage, que quelquefois j'ai +fait rectifier avec un cordeau, la moitié et plus des boulets manquait +la butte; un boulet frappait au pied, tandis que l'autre allait frapper +plus loin, en passant par-dessus. Ces irrégularités ne pouvaient +certainement être occasionnées que par le choc de projectiles l'un +contre l'autre dans la pièce en en sortant. Aux épreuves à outrance, on +s'est servi de boulets ramés, bien justes dans leurs dimensions, +fabriqués soigneusement et avec du bon fer aux forges de Guérigny; +presque tous se sont cassés sortant des pièces; rarement ils ont atteint +la butte, et des morceaux ont été trouvés très-écartés à droite et à +gauche de la direction du tir.» + +Au reste, l'emploi du boulet ramé doit être peu fréquent; mis dans la +pièce avec un boulet rond, comme il s'abaisse davantage que celui-ci, à +distances égales, il arrivera que si l'on veut endommager le gréement, +le boulet rond passera par-dessus ou n'y fera que peu d'avaries en ne +rencontrant que des manoeuvres élevées; que si au contraire le boulet +rond rencontre les bas mâts et les basses vergues, le boulet ramé +rencontrera la coque qu'il est incapable de traverser. + +La charge composée d'un boulet et d'un paquet de mitraille est sujette +aux mêmes inconvéniens et ne doit être employée que de très-près. + +La charge à double projectile avec boulets ronds ne doit pas être +employée au-delà de 300 toises; et celles composées d'un boulet rond et +d'une mitraille, ou un boulet ramé, au-delà d'une encâblure. + +Ce n'est qu'à très-petites distances qu'on peut espérer de tirer un +parti avantageux de doubles charges des caronades, et on ne peut +continuer long-temps à s'en servir sans craindre la rupture presque +certaine de la brague. + +On ne doit jamais commencer le feu avec des caronades sans avoir +préalablement passé la fausse brague. + + + + +CHAPITRE III. + +_Emplacement des Canons et de leurs projectiles, à bord._ + + +C'est au sabord des bâtimens que les canons sont placés, amarrés et +manoeuvrés. Une décision du 18 septembre 1828 en a réglé le nombre par +batterie, ainsi qu'il suit: + + +==============+=============+=============+=============+ + | RANG | 1re | 2e | 3e | + | des | BATTERIE. | BATTERIE. | BATTERIE. | + | BATIMENS. | | | | + +--------------+-------------+-------------+-------------+ + | | | | | + | Vaisseau de | 32 canons | 34 canons |34 caron. | + | 1er rang. | de 30 longs.|de 30 courts.| de 30. | + | | | | | + | Vaisseau de | 32 canons | 34 canons | » | + | 2e rang. | de 30 longs.|de 30 courts.| | + | | | | | + | Vaisseau de | 30 canons | 32 canons | » | + | 3e rang. | de 30 longs.|de 30 courts.| | + | | | | | + | Vaisseau de | 28 canons | 30 canons | » | + | 4e rang. | de 20 longs.|de 30 courts.| | + | | | | | + | Frégate de | 30 canons | » | » | + | 1er rang. | de 30 longs.| | | + | | | | | + | Frégate de | 28 canons | » | » | + | 2e rang. | de 24 longs.| | | + | | | | | + | Frégate de | 28 canons | » | » | + | 3e rang. | de 18 longs.| | | + | | | | | + | Corvette {20c. de 30 l.| » | » | + | à gaillards. { 4c. de 18 l.| | | + | | | | | + | Corvette | | | | + | sans | id. | » | » | + | gaillards. | | | | + +==============+=============+=============+=============+ + + +==============+====================+=========+======================+ + | RANG | |Total des|Et plus pour dunettes,| + | des | GAILLARDS. |bouches | hunes | + | BATIMENS. | |à feu. | et embarcations. | + +--------------+--------------------+---------+----------------------+ + | | | | | + | | | { 1 caronade de 18. | + | Vaisseau de |16 caronades de 30. | 120 { 1 id. de 12. | + | 1er rang. | 4 canons 18 longs. | { 4 pierriers. | + | | | { 8 espingoles. | + | | | | | + | Vaisseau de |30 caronades de 30. | 100 | id. | + | 2e rang. | 4 canons 18 longs. | | | + | | | | | + | Vaisseau de | 24 caronades de 30.| 90 | id. | + | 3e rang. | 4 canons 18 longs. | | | + | | | | | + | Vaisseau de | 20 caronades de 30.| 82 | id. | + | 4e rang. | 4 canons 18 longs. | | | + | | | | | + | Frégate de |28 caronades de 30. | 60 | id. | + | 1er rang. | 2 canons de 18 | | | + | | longs. | { 2 caronades de 12. | + | Frégate de |22 caronades de 24. | 52 { 4 pierriers. | + | 2e rang. |2 canons de 18 | { 8 espingoles. | + | | courts. | | | + | Frégate de |16 caronades de 30. | 46 | id. | + | 3e rang. | 2 canons de 18 | | | + | |courts. | | | + | | | { 1 caronade de 12. | + | Corvette |8 caronades de 30. | 32 { 4 pierriers. | + | à gaillards. | | { 6 espingoles. | + | | | | | + | Corvette | | | | + | sans | » | 24 | id. | + | gaillards. | | | | + +==============+====================+=========+======================+ + +Chaque canon s'installe au sabord, de manière que les flasques ou le +croissant de l'affût touchent la muraille; alors la volée sort au dehors +de tout ce dont elle excède l'épaisseur de la muraille. Tenu en cette +position par les palans de côté, dont les courans sont fixés par un +simple tour au bouton de culasse, le canon est dit être au sabord ou en +batterie, et amarré à garans simples. C'est l'amarrage de beau temps, +mais il en est de plus solides pour d'autres circonstances dont nous +parlerons plus loin. + +L'ouverture du sabord permet de pointer ou de diriger l'axe du canon à +18 ou 20°, à droite ou à gauche de la ligne du travers. Sans coussin ni +coin de mire, cet axe peut s'élever d'environ 14° au-dessus de +l'horizon, et avec coussin et coin de mire s'abaisser d'à-peu-près 6 à +7°. + +Quant aux caronades, elles sont présentées au sabord comme les canons; +mais, ainsi que nous l'avons dit, elles y sont en ce moment retenues à +bragues fixes; mais dans les mauvais temps on y ajoute quelques +aiguillettes. Leur pointage peut aller de 28° à droite ou à gauche de la +ligne du travers; leur axe peut s'élever au-dessus de l'horizon de 13° +avec la vis et de 16° sans la vis; il peut s'abaisser au-dessous de 5° +avec la vis, et de 14 avec le coin de mire. + +Il y a confusion et perte de temps à tenir dans les soutes les objets +nécessaires pour la manoeuvre et le service des pièces; il est +aujourd'hui reconnu que les objets doivent être en grande partie dans +les batteries ou près des canons: prescrire à cet égard des dispositions +uniformes pour tous les temps et tous les bâtimens, serait cependant +d'une exécution presque impossible; mais le principe étant adopté, il +suffit d'indiquer celles que l'on croit bonnes, ou qui sont le plus en +usage. + +Chaque pièce est numérotée par batterie et en commençant par l'avant; +chaque objet principal l'est aussi comme la pièce à laquelle il +appartient. Dans les batteries couvertes, la boîte à capsules ou à +étoupilles est placée au milieu du dessus du sabord. Le gargoussier est +maintenu à gauche et près du sabord. La baille de combat (et son +faubert) est accrochée, l'ouverture contre la muraille, à gauche de sa +pièce, à mi-distance des deux sabords. L'écouvillon et le refouloir sont +élongés de chaque côté du barrot placé au-dessus de la pièce. Le fanal +de combat est mis comme en un étui dans un seau à incendie dont chaque +pièce est pourvue; l'un et l'autre sont ainsi accrochés au pont +supérieur contre la muraille, dans l'intervalle de deux canons voisins; +quand ces fanaux servent, on les suspend au pont, dans l'intérieur, par +rapport à l'alignement des affûts en les faisant correspondre au milieu +de l'espace qui existe entre deux pièces. Dans toutes les batteries la +pince est à droite de l'affût et l'anspect à gauche, sur des supports en +fer en dehors des flasques; on peut aussi les engager sur les essieux +entre les flasques et les roues, ou même les mettre sur l'entretoise. Le +coussin et le coin de mire sont entre les flasques et sous la culasse. +Les platines restent toujours adaptées aux pièces; elles sont garnies de +leurs couvre-platines. Enfin les tire-bourre et cuillères sont disposés +comme les écouvillons et refouloirs; mais il n'y en a qu'un de chaque +espèce pour une division de quatre pièces. + +Une partie des projectiles et valets est dans la cale, et l'autre sur le +pont. Un certain nombre de boulets ronds sont à gauche de chaque pièce, +sur le pont, et retenus par un cercle de gros cordage garni de pommes; +on peut y ajouter quelques crampes pour maintenir ce cercle sur le pont +au roulis. D'autres boulets ronds sont placés autour des hiloires, +panneaux, ou en d'autres lieux pareils, en tel nombre qu'il y ait +toujours, en tout, un approvisionnement de vingt de ces projectiles par +pièce, dans la batterie. + +Les boulets ramés au nombre de cinq, et les grappes de raisins au même +nombre, dont chaque pièce est pourvue dans la batterie, sont accrochés +régulièrement le long de la muraille, à quelques pouces au-dessus du +pont. S'il y a des caisses de boîtes de mitraille à bord, elles restent +dans la cale, et, en cas de combat, on monte une de ces caisses pour +chaque pièce. + +Les valets, au nombre de huit à douze par pièce, sont liés ensemble en +forme de plateau rond que l'on place quelquefois dans la baille, +quelquefois contre le bord, ou même en forme de chapelet autour de la +naissance de la volée. + +Les armes d'abordage destinées aux chefs et servans peuvent encore être +pareillement disposées avec symétrie et goût, près des pièces ou aux +environs. + + +_Remarques._ + +Non-seulement les objets nécessaires au service des pièces doivent être +autant que possible dans les batteries, afin que les branle-bas de +combat se fassent avec plus de promptitude; mais il faut y déposer +encore les objets de rechange dont on peut avoir besoin pendant le +combat, afin de ne pas être obligé de distraire des servans pour aller +les chercher à la sainte-barbe pendant l'action. + +Les bragues de rechange pour canons peuvent, dans les batteries, se +placer sur la face avant ou arrière des baux où on les retient par des +bouts de tresse cloués. Pour les caronades on doit en avoir de disposées +dans la tuque d'arrière ou dans les coffres d'armes. + +Les affûts de rechange ne doivent pas être exposés aux boulets de +l'ennemi, comme cela arrive quelquefois, mais placés de manière qu'on +puisse les transporter avec la plus grande célérité lorsque le besoin +s'en fait sentir. + +Les parcs à boulets pratiqués contre le bord, et autour des hiloires des +panneaux, ne suffisant pas pour contenir les 20 boulets que chaque +pièce doit avoir dans sa batterie, on y supplée par des parcs en corde; +mais comme il est difficile de les maintenir au roulis et que les +crampes qui les fixent endommagent les ponts, on pratique plus +ordinairement deux parcs volans situés dans les batteries basses, le +premier entre le cabestan et le panneau de la cale au vin, le second en +arrière du panneau de l'avant. Dans les batteries hautes, le premier +entre le cabestan et le panneau de la cale au vin, et le second sur +l'arrière des cuisines. Pour les gaillards on peut placer une grande +quantité de projectiles entre les drômes. + +Comme il est désirable d'avoir un même nombre de valets que de +projectiles, et que les sacs à valets disposés contre le bord n'en +contiennent pas une assez grande quantité, on peut, sans encombrement, y +suppléer en se servant de valets en herseaux, dont deux ou trois +douzaines, passés dans un bout de filin, sont suspendus contre le bord. + +L'appareil nécessaire pour changer un affût brisé doit être disposé dans +l'entre-pont, auprès du grand panneau; ce panneau étant le seul qui +reste ouvert pendant le combat pour le passage des blessés. + + + + +CHAPITRE IV. + +_Exercice du Canon d'un bord et par temps._ + + +L'exercice du canon est supposé précédé du commandement de branle-bas de +combat. + +A ce commandement, les derniers servans de droite vont chercher les +objets qui ne sont pas habituellement dans les batteries, comme sacs, +tabliers, platines de rechange, etc. + +Les pourvoyeurs vont chercher (et allumer si c'est l'exercice à feu que +l'on va faire) le boute-feu destiné à être mis dans la baille de combat, +ainsi que les cornes d'amorces qui doivent être suspendues à portée. + +Le chef de pièce et les servans se rendent à leurs canons. Le chef +s'équipe de la boîte à capsules qu'il attache devant lui, du doigtier +destiné pour le pouce gauche, de l'épinglette et du dégorgeoir qu'il +suspend à sa ceinture; le dernier servant de droite arrive avec son +tablier, et il prend place ainsi que le pourvoyeur. Enfin chacun se met +à son poste ainsi qu'il est prescrit par le rôle de combat, et suivant +les dispositions et l'ordre établis à bord. + +Les deux derniers servans de gauche élongent le palan de retraite; le +dernier l'accroche à la boucle du pont en arrière de la pièce, et +l'autre à la croupière de l'affût. Les autres servans disposent pour +l'exercice le canon, qui est supposé chargé et amarré à garans simples. + +Le chargeur qui est le premier servant de droite, place l'écouvillon et +le refouloir sur le pont, la tête tournée du côté de la culasse; les +troisièmes servans de droite et de gauche élongent la pince et l'anspect +dans le sens de la pièce, en dehors des roues et le gros bout tourné du +côté de la muraille. + +Le premier servant de gauche met la baille de combat également sur le +pont, ainsi que le seau à incendie, qui sont munis d'eau par les autres +servans, si l'ordre en est donné, et ils disposent le fanal s'il y a +lieu. Enfin le pourvoyeur se saisit du gargoussier. + +Le but qu'on se propose en faisant l'exercice est d'enseigner la manière +de procéder avec uniformité pour démarrer, pointer, tirer, recharger le +canon pour le remettre en batterie; et il ne sera question ici que des +moyens mécaniques par lesquels on y parvient. Les règles du pointage +sont fondées sur des considérations trop élevées pour trouver place dans +cette section, qui est principalement destinée à l'instruction des +servans. + +La description de l'exercice se divise par commandemens, et chaque +article contient 1º le commandement, 2º l'explication par temps, qui est +donnée par celui qui commande l'exercice et qui est suivie de +l'exécution, laquelle ne commence qu'après le nouveau commandement +d'action; 3º les observations qui indiquent ce qu'il peut être +nécessaire d'ajouter ou de modifier, suivant les circonstances. + +_ÉTAT des hommes nécessaires pour le service d'un canon._ + + +===============+=======+=======+=======+=======+=======+=======+ + | EMPLOIS. |Calibre|Calibre|Calibre|Calibre|Calibre|Calibre| + | | de 36.| de 30.| de 24.| de 18.| de 12.| de 8. | + +---------------+-------+-------+-------+-------+-------+-------+ + | Chef de pièce | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | + | Servans | 12 | 10 | 10 | 8 | 8 | 4 | + | Pourvoyeurs | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | + | +-------+-------+-------+-------+-------+-------+ + | TOTAUX | 14 | 12 | 12 | 10 | 10 | 6 | + +===============+=======+=======+=======+=======+===============+ + + +_Roulement._ + +Le roulement indique qu'on va commencer l'exercice et qu'il faut +observer le plus grand silence. Toute parole inutile est sévèrement +interdite, soit pendant l'exercice, soit devant l'ennemi. Les chefs de +pièces font face au sabord; les servans font face à leurs pièces, et +s'alignent sur les deux premiers servans; tous se serrent à bord, de +manière que les coudes s'affleurent, la tête haute, l'oeil dirigé du +côté du chef, les pieds sur le même alignement, le corps d'aplomb, les +bras pendans, les mains dans les rangs, ouvertes et à plat sur les +cuisses. A la fin du roulement, chacun reste immobile. + +A défaut de tambour, on y supplée par le commandement de roulement, et +l'on termine le mouvement par celui-ci: fin de roulement. + + +1er COMMANDEMENT. + +_Détapez, démarrez vos canons!_ + +_Un temps._ + +_Explication._ Le premier servant de droite détape le canon et place la +tape contre le bord derrière lui. Le chef de pièce, aidé des servans +placés près de lui, démarre le canon et l'assujettit contre le bord, en +passant au collet du bouton de culasse un tour de chaque garant qu'il +fait tenir par les deuxièmes servans de droite et de gauche; puis il ôte +le couvre-lumière et le passe au troisième servant de droite, qui le met +près du bord en arrière des servans. + +_Action!_ + +_Observations._ Si le roulis ou l'inclinaison du bâtiment n'est pas +assez considérable pour déranger l'affût lorsqu'il est au sabord, il est +inutile de le maintenir par les palans de côté; alors les garans restent +élongés sur le pont, hors de la direction des roues. Dans tous les cas, +les bouts sont cueillis par les avant-derniers servans de droite et de +gauche, en dehors des files de servans et par le travers de la culasse; +ils sont ainsi bien parés à se filer d'eux-mêmes au recul. + +S'il y a du roulis, ou si l'on est à la bande sur l'autre bord, le chef +fait maintenir la pièce jusqu'au commandement de feu; mais auparavant il +doit avoir l'attention de faire mettre, en dessous, le garant du côté où +il prévoit que la culasse devra être jetée pour pointer. + + +2me COMMANDEMENT. + +_Dégorgez, amorcez!_ + +_Un temps._ + +_Explication._ Le chef de pièce prend le dégorgeoir de la main droite; +il perce la gargousse, et s'assure au mouvement du poignet et à la +longueur de la sonde, que la gargousse est percée; il arme[5] la +platine, ouvre ensuite la boîte à capsules (ou à étoupilles si la +platine est à pierre), en prend une, referme la boîte, et il introduit +cette capsule dans la lumière en la pressant fortement avec le pouce. + + [5] On prescrit d'armer avant d'amorcer, de crainte que le marteau en + s'échappant ne fasse partir le coup. Par le même motif, il faut + retirer la capsule, dans le cas où il y aurait lieu à désarmer la + platine. + +_Action!_ + +_Observations._ Si l'on manque de capsules (ou d'étoupilles), ou si la +platine est démontée et qu'elle ne puisse être remplacée, le chef se +fait donner la corne d'amorce par le servant le plus à portée qu'il +désigne, et il amorce la pièce en introduisant de la poudre dans la +lumière avec l'épinglette qu'il tient de la main gauche, ayant soin de +ne pas laisser engorger la lumière; il remplit de poudre le champ de +lumière, et en prolonge une traînée, autant qu'il le peut, du côté où on +doit mettre le feu. Il s'assure ensuite que la corne d'amorce est bien +fermée, et il la prend à deux mains pour écraser la partie de la poudre +qui doit être allumée par le boute-feu; puis il ôte avec le plat de la +main gauche le pulverin (ou poussière de poudre) qui peut s'être attaché +à la corne; il la capelle par-dessus l'épaule gauche, il la place +derrière lui, le petit bout du côté gauche, et il met le couvre-lumière +qu'il se fait donner par le troisième servant de droite. + +Si la platine était à pierre, il agirait de même, mais il ne devrait pas +oublier de remplir le bassinet de poudre et de le refermer ensuite[6]. + + [6] D'après les expériences faites sur les platines et moyennant + celles de précaution qui sont dans les batteries, l'emploi du + boute-feu doit être fort rare. + + +3me COMMANDEMENT. + +_Pointez!_ + +_Trois temps._ + +_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce se place à droite du +palan de retraite, le pied gauche en avant et à plat, le genou plié, la +jambe droite allongée; la main gauche sur la plate-bande de culasse, et +la main droite à la poignée du coin de mire; les troisièmes servans, +aidés par les quatrièmes pour les gros calibres (ceux de 24 et +au-dessus), prennent les pinces et anspects, les placent sur les adents +de l'affût, et ils élèvent ou abaissent la culasse au commandement du +chef de pièce, jusqu'à ce que le canon soit au point convenable, +c'est-à-dire que la ligne de mire soit, autant que possible, dirigée sur +le point où l'on doit viser lorsque le bâtiment est dans une position +moyenne à ses balancemens de roulis. + +_Action!_ + +_Deuxième temps._ Les mêmes servans embarrent aux flasques pour diriger +la pièce à droite ou à gauche; le chef décapelle les garans, il en +charge les derniers servans aidés par ceux qui ne sont pas occupés au +pointage, pour que tous contiennent la pièce au sabord; puis il prend de +la main droite le cordon de la platine, et il se porte vivement en +arrière au-delà du recul du canon. Il vise en s'inclinant et en mettant +dans le même alignement son oeil, le point le plus élevé de la culasse, +et le point le plus élevé de la volée. + +_Action!_ + +_Troisième temps._ Le chef fait le commandement _à postes!_ auquel les +servans, chargés de pinces et anspects, les retirent de dessous les +flasques, viennent reprendre leur alignement, et les tiennent le bout +posé sur le pont, de manière que les roues de l'affût ne puissent passer +dessus en cas de recul de la pièce. + +_Action!_ + +_Observations._ Lorsque celui qui commande l'exercice commande de +pointer en belle, le chef de pièce fait endenter la pince et l'anspect +entre les adents de l'affût et la culasse, et il les fait ensuite +embarrer sous l'affût jusqu'à ce que la pièce soit horizontale et +perpendiculaire au seuillet du sabord. + +Pour le commandement d'en plein bois, il faut, par les mêmes moyens, que +la pièce soit pointée de telle sorte que le boulet frappe au milieu de +la hauteur de ce qui paraît de la coque de l'ennemi, et le plus possible +dans le voisinage du grand mât. + +De même, pour pointer en arrière, il faut porter la culasse en avant; +pour pointer en avant, il faut porter la culasse en arrière; à démâter, +il faut diriger la ligne de mire de manière que le boulet frappe la +mâture, particulièrement celle de misaine, mais pas plus haut que le +trelingage. A couler bas, il faut diriger la ligne de mire de telle +sorte que le boulet frappe la ligne de flottaison. Enfin s'il n'y a pas +d'ordre, les chefs de pièces pointeront tous de manière à frapper à la +position présumée de la roue, ou en cas d'impossibilité, vers le point +qui en est le plus rapproché; il peut en résulter un feu concentré qui +peut être fort efficace. + +Si la bande est trop forte pour que le chef puisse pointer assez haut, +on a la ressource d'ôter les roues de l'arrière, mais ce ne peut être +sans que le chef de la batterie en ait été averti: lui seul peut en +donner l'ordre, après avoir pris ceux du commandant du bâtiment, qui +pourrait préférer de prendre une autre position. + + +4me COMMANDEMENT. + +_Feu!_ + +_Deux temps._ + +_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce attend que les mouvemens +du navire amènent la ligne de mire dans la direction du point où l'on +doit viser; et quand il le voit près d'arriver, il l'indique par un +signal, puis il fait feu en donnant un coup de poignet sec au cordon de +la platine. + +A ce signal du chef de pièce, les servans chargés des garans de palans, +les laissent tomber hors de la direction des roues; ceux qui ont en main +la pince et l'anspect, les posent sur le pont; tous les servans, à +l'exception des premiers de droite et de gauche, se portent vivement au +palan de retraite pour l'embraquer au recul, et même le palanquer si le +canon n'est pas assez rentré. Le premier servant de droite prend la +pince par le gros bout pour caler les roues, dès que l'affût n'est plus +au sabord; il doit aussi parer les palans et la brague avec le premier +servant de gauche; et le dernier servant de gauche fait une demi-clef +sur le palan de retraite. + +_Action!_ + +Deuxième temps. Les troisièmes servans de droite et de gauche, aidés par +les quatrièmes pour les gros calibres, prennent la pince et l'anspect, +embarrent sous la culasse qu'ils élèvent pour que le chef place le +coussin et le coin de mire, de manière à mettre la pièce à même d'être +chargée; les autres servans rouent les garans des palans de retraite et +de côté; l'anspect est remis à sa place, la pince en travers des roues, +et chacun reprend son poste. + +_Action!_ + +_Observations._ Si la capsule ne prend pas, le chef la retire et en met +une nouvelle. Si l'on se sert d'une étoupille et que le coup ne parte +pas, il faut laisser éteindre le feu de l'étoupille avant de +s'approcher de la pièce pour la remplacer; il en est de même quand on a +amorcé avec de la poudre. Lorsque la lumière ne fume plus, le chef de +pièce et le servant chargé du vieux linge s'avancent vers la pièce; le +premier pour dégorger, amorcer s'il y a lieu, et l'autre pour nettoyer +la platine. Le chef rectifie toujours son pointage avant de remettre le +feu à sa pièce, et il agit ensuite comme il a été dit au 4me +commandement. + +S'il est tombé quelque parcelle d'étoupille, capsule allumée, ou poudre, +sur le pont, il faut les mouiller avec le faubert. + +Quand, par la position du vaisseau lors du tir, on craint que la +violence du recul n'aille jusqu'à briser la poulie du palan de retraite, +il faut décrocher ce palan et le parer de manière qu'on puisse le +recrocher aussitôt que le coup est parti. + +Lorsque les platines seront démontées et qu'elles ne pourront pas être +remplacées, on mettra le feu à la pièce à l'aide du boute-feu. Alors le +dernier servant de gauche saisit le pied du boute-feu de la main droite, +il en prend la tête de la main gauche, il se place vis-à-vis de la +lumière faisant face au sabord, il se baisse pour souffler la mèche, +bien au-dessous de la hauteur de la lumière; il la porte ensuite à +quatre doigts de la plate-bande de culasse, pour faire feu au +commandement du chef; ce qu'il exécute en portant la mèche à l'amorce, +de manière que le boute-feu ne soit pas au-dessus de la lumière. + + +5me COMMANDEMENT. + +_Bouchez la lumière; écouvillonnez!_ + +_Deux temps._ + +_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce prend le dégorgeoir de la +main droite et l'enfonce dans la lumière pour voir si elle est dégagée; +il la bouche bien ensuite avec le pouce de la main gauche, jusqu'à ce +que la pièce soit chargée, ne l'ôtant que pendant les momens où il se +sert de son dégorgeoir; le premier servant de droite se porte en même +temps à la volée, en passant par-dessus les palans et brague; le +deuxième servant lui remet l'écouvillon, qu'il enfonce dans la pièce. + +_Action!_ + +Deuxième temps. Le premier servant de droite tourne plusieurs fois +l'écouvillon dans le sens convenable pour faire prendre le tire-bourre, +et il le retire en le tournant du même côté; il le pose sur la volée de +la pièce, et il le secoue trois ou quatre fois en dévirant pour faire +tomber les culots de gargousses et la crasse. + +Le chef de pièce passe le dégorgeoir dans la lumière pour s'assurer +qu'elle est parée; si elle ne l'est pas, il fait écouvillonner de +nouveau jusqu'à ce qu'elle soit dégagée, et il rebouche la lumière. En +même temps, le servant chargé du tablier nettoie la platine, puis il +reprend son poste. + +_Action!_ + +_Observations._ Si le chef de pièce ne peut parvenir à parer la lumière, +il en prévient l'officier ou le maître le plus à portée, qui la fait +dégager par les canonniers porteurs des vrilles et vilebrequins. + +Il faut écouvillonner avec beaucoup de soin pour décrasser la pièce et +pour en retirer tout ce qui peut s'y trouver d'étranger; il en résulte +encore l'avantage que la lumière ne se trouve pas obstruée, et qu'aucun +culot n'empêche la gargousse de se rendre au fond de l'âme. + +Il est bon de rafraîchir une pièce de temps en temps, par exemple quand +elle a tiré huit ou dix coups. C'est à ce commandement qu'on le fait, en +aspergeant l'écouvillon avec la main, avant de l'introduire dans l'âme, +et en frottant en même temps la pièce avec un faubert mouillé. + + +6me COMMANDEMENT. + +_Au refouloir!_ + +_Un temps._ + +_Explication._ Le premier servant remet l'écouvillon au second; il +reçoit de lui le refouloir, dont il place le bouton sur la tête de +l'affût, et tient la hampe des deux mains. Si c'est du calibre de 12 et +au-dessous, il change l'écouvillon en refouloir, lequel se trouve sur la +même hampe. + +_Action!_ + +_Observation._ Pour changer l'écouvillon en refouloir, et +réciproquement, il faut appuyer le milieu de la hampe sur la volée, et +diriger le côté de l'écouvillon de manière à passer en dessus. + + +7me COMMANDEMENT. + +_La gargousse dans le canon; à la poudre!_ + +_Un temps._ + +_Explication._ Le premier servant de gauche fait un demi à gauche, +reçoit du pourvoyeur la gargousse, qu'il place dans le canon, le culot +le premier, la couture en dessous; le premier servant de droite +l'enfonce jusqu'au fond du canon avec le refouloir. Il allonge le bras +droit de toute sa longueur, en tenant la main gauche sur la volée du +canon et le corps un peu incliné en avant, prêt à refouler. Dès que le +pourvoyeur a remis la gargousse, il va en chercher une autre, ayant le +gargoussier sous le bras gauche et la main droite sur son couvercle. + +_Action!_ + +_Observations._ Quand les pièces sont échauffées, ou que les distances +sont très-rapprochées, il peut arriver que l'on donne l'ordre de saigner +les gargousses; mais cette besogne ne regarde nullement ni le chef de +pièce, ni les servans, ni le pourvoyeur, qui doivent employer la +gargousse telle qu'elle leur est donnée. Cet ordre ne peut venir que du +commandant du bâtiment, et alors il s'exécute, soit dans la soute, soit +dans tout autre lieu désigné, mais toujours par les soins de personnes +également désignées, et qui ne font pas partie de l'équipage des pièces. +Si le chargeur s'aperçoit que la gargousse se soit crevée en +l'introduisant, il doit mettre alors un valet après la gargousse pour +ramasser la charge au fond de la pièce. + +Le pourvoyeur doit éviter, en allant chercher la gargousse, de mettre +dans ses mouvemens une précipitation qui pourrait le faire trébucher ou +tomber. Quand il remet la gargousse au premier servant de gauche, il ne +tient le gargoussier ouvert que le moins de temps possible, et à l'abri, +s'il y a lieu, du feu de la pièce voisine; en ce moment il doit visiter +son gargoussier, et s'il contient de la poudre échappée de la gargousse, +il la renverse sur la baille. + +Si la pièce devait rester long-temps chargée, on mettrait en outre un +valet entre la gargousse et le boulet. Sans cette précaution, si le +boulet prenait du jeu, il pourrait, au roulis, comprimer trop fortement +la poudre de la gargousse. + + +8me COMMANDEMENT. + +_Refoulez!_ + +_Un temps._ + +_Explication._ Le premier servant de droite refoule trois coups et +abandonne la hampe du refouloir en effaçant le corps. + +Le chef de pièce passe le dégorgeoir dans la lumière pour s'assurer que +la gargousse est rendue; si elle ne l'est pas, il fait refouler de +nouveau; si elle l'est, il fait un signal de la main, auquel le premier +servant retire le refouloir, et en place le bouton sur la tête de +l'affût; en même temps, le second servant de gauche se baisse vivement +et prend un boulet qu'il remet au premier; il prend ensuite un valet. + +_Action!_ + +_Observations._ Il est très-important que le chef de pièce ne débouche +jamais la lumière sans s'être positivement assuré que le chargeur s'est +effacé, et qu'il n'est plus devant la pièce, afin d'éviter, pendant ce +temps, que l'explosion possible de la charge n'enlève le chargeur. + +Lorsque la mer est assez grosse pour obliger de fermer les sabords de la +première batterie, aussitôt que le coup de canon est tiré, on doit +mettre la volée à hauteur du hublot, afin de pouvoir y passer les hampes +d'écouvillon et de refouloir, et charger par ce moyen. + +Si l'on est abordé par un vaisseau, de manière que les mouvemens des +hampes de bois ne puissent avoir lieu, il faut y substituer des +écouvillons et refouloirs à hampes de corde, lesquels sont réunis pour +tous les calibres. + +On ne doit pas refouler plus de trois coups, parce que la gargousse doit +être confectionnée de manière à se rendre assez facilement; que la +poudre trop refoulée donnerait moins de portée au projectile, et qu'on +pourrait faire adhérer au fond de l'âme le culot, qui, en y séjournant, +nuirait à la charge suivante. Si la gargousse éprouvait d'ailleurs +quelque difficulté à entrer, il faudrait, soit la retirer avec le +tire-bourre, et la faire changer par le pourvoyeur dans le cas où elle +serait défectueuse, soit écouvillonner et nettoyer de nouveau le canon, +si l'obstacle provenait de son intérieur. La hampe du refouloir doit +avoir une marque qui indique quand la gargousse est rendue. + + +9me COMMANDEMENT. + +_Le boulet et le valet dans le canon!_ + +_Explication._ Le premier servant de gauche met le boulet dans le canon, +et l'empêche de tomber en plaçant la main droite devant la bouche de la +pièce; il reçoit du second servant le valet, qu'il prend de la main +gauche et qu'il place sur le boulet. + +Le premier servant de droite enfonce aussitôt le valet sur le boulet +avec le refouloir; il s'assure qu'il est rendu par la longueur de la +hampe, et il en rend compte au chef, par ces mots: _rendu, chef!_ Il +allonge le bras droit de toute sa longueur, il tient la main gauche sur +la volée et le corps incliné en avant prêt à refouler; le premier et +second servant de gauche reprennent leur poste. + +_Action!_ + +_Observations._ On ne met qu'un projectile dans le canon, à moins que le +commandant n'en ordonne autrement; il donne l'ordre en même temps de +saigner la gargousse ou d'employer celles qui sont préparées à l'avance +et qui ne contiennent de poudre que le quart du poids du boulet. Les +chefs de la batterie font bien connaître alors quel est l'ordre dans +lequel les projectiles seront placés. Le valet ne se met qu'après le +dernier de ces projectiles. + +Le premier servant de droite est spécialement chargé de veiller à ce que +le boulet qui doit être introduit par le premier servant de gauche, ne +tombe pas à la mer; ce n'est qu'autant qu'il en est sûr qu'il doit +lui-même introduire le valet. + +Si le boulet ne peut pas entrer dans la pièce, il doit être remplacé et +mis de côté pour être nettoyé par la suite; s'il s'arrête dans +l'intérieur avant d'être rendu, on ne doit pas le forcer, mais le +retirer, ce qui s'effectue en levant la culasse et lui donnant quelques +secousses contre le seuillet du sabord, ou au moyen de la cuiller. On +enlève ensuite avec l'écouvillon les culots ou débris qui s'opposent à +son introduction. Si le valet éprouve trop de difficulté à entrer dans +la pièce, on le remplace aussitôt, et le premier est donné aux autres +servans pour qu'ils l'amoindrissent en le roulant sous les pieds, ou en +le battant avec l'anspect en le roulant de nouveau pour l'arrondir. Les +marques des hampes doivent être susceptibles d'être reconnues la nuit +comme le jour. + + +10me COMMANDEMENT. + +_Refoulez!_ + +_Un temps._ + +_Explication._ Le premier servant de droite refoule deux coups; il +retire le refouloir et le passe au second, qui le pose sur le pont; le +premier et second servant de droite reprennent leur poste. + +_Action!_ + + +11me COMMANDEMENT. + +_En batterie!_ + +_Deux temps._ + +_Explication._ Premier temps. Le premier servant de droite décale les +roues et pose la pince à sa première place; puis avec le premier servant +de gauche ils soutiennent les bragues, pour empêcher qu'elles ne +s'engagent pendant le mouvement. Le dernier servant de gauche défait la +demi-clef du palan de retraite et tient le garant pour filer à mesure +que la pièce ira en batterie. Tous les autres servans se rangent sur les +palans de côté. + +_Action!_ + +_Deuxième temps._ Le chef de pièce commande palanquez! Tous les servans +agissent ensemble pour mette la pièce en batterie droit au milieu du +sabord, et aussitôt qu'elle y est, le chef a soin de l'assujettir, en +passant un tour de chaque garant au collet du bouton. Les garans sont +tenus par les deuxièmes servans de chaque côté. + +_Action!_ + +_Nota._ Si l'on continue l'exercice, on reprendra au 2me commandement. +Si on ne le continue pas, on le termine par le 12me commandement, dans +lequel on suppose que l'amarrage est simple. S'il devait être d'un autre +genre, il faudrait l'énoncer et le faire exécuter. + +_Observations._ Le dernier servant de gauche doit particulièrement +veiller le roulis, afin de contretenir, quand il y a lieu, pour empêcher +la pièce d'aller heurter le bord trop vivement, ce qui serait +susceptible de déranger la charge. + +Dans un combat vergue à vergue, pour accélérer le tir dans le fort d'une +action décisive, ou lorsque les servans sont fatigués ou réduits en +nombre, on est quelquefois obligé de tirer la pièce sans la mettre en +batterie; c'est ce qu'on appelle _à longueur de brague_. Il faut alors +saupoudrer un faubert mouillé, ou tout autre corps pareil, de sable ou +de cendre, et le faire servir à caler les roues de derrière pour +soulager la brague dans l'effort qu'elle aura à supporter, et l'on y +contribue encore en raidissant les palans de côtés. D'ailleurs le palan +de retraite sera bien raidi, et même, au besoin, renforcé par son +garant, que l'on fera passer plusieurs fois dans l'estrope de culasse, +ainsi que dans la boucle du palan de retraite; la pince sera mise en +travers des roues de l'avant pour contribuer avec ce palan à empêcher la +pièce de se rendre au sabord. Il est alors plus essentiel que jamais de +veiller aux accidens du feu. + + +12me COMMANDEMENT. + +_Tapez, amarrez vos canons!_ + +_Deux temps._ + +_Explication._ Premier temps. Le troisième servant de droite remet le +couvre-lumière au chef de pièce, qui l'amarre sur la culasse, et qui +ensuite décapelle les palans et les fait tenir par les derniers servans; +il fixe entre les flasques et les garans le mou de la brague qui est +soutenue par le deuxième servant; il fait raidir les palans par tous les +servans; il les arrête par un tour mort au collet du bouton, et en +passant le double de chaque garant entre ce garant et la plate-bande de +culasse, en dessus et en dessous. + +_Action!_ + +_Deuxième temps._ Le premier servant de droite met la tape au canon, les +autres servans rouent les palans, les amarrent le long des flasques, et +mettent les attirails nécessaires à la manoeuvre, aux places où ils +étaient auparavant. Le dernier servant de gauche décroche le palan de +retraite et le place sur le canon. Les objets apportés des soutes, et +qui ne sont pas susceptibles de rester dans les batteries, sont +rapportés par les canonniers désignés pour ce service et par le +pourvoyeur. + +_Action!_ + +_Observations._ Si dans un combat il s'agissait d'amarrer les pièces +momentanément pendant qu'on irait servir celles de l'autre bord, on les +assujettirait, soit en batterie avec les palans de côté, soit au recul +avec la pince mise en avant des roues et avec le palan de retraite +amarré. + +Quand le roulis exige un amarrage plus solide, on laisse deux ou trois +servans pour exécuter celui qui est prescrit, et ces servans retournent +prendre poste de l'autre bord dès qu'il est fini. + + +_Roulement!_ + +Chacun prend son poste comme au commencement de l'exercice, et nul ne le +quitte que lorsqu'on bat la breloque. + + +EXERCICE DE LA CARONADE + +D'UN BORD ET PAR TEMPS. + +Le commandement de _branle-bas de combat_ s'exécute comme il a été dit +pour le canon, si ce n'est que les caronades étant en ce moment à brague +fixe, il n'y a point lieu à élonger le palan de retraite. La caronade +est également supposée _chargée, et amarrée seulement par sa brague_. + +Pour une caronade d'un calibre quelconque, il ne faut que quatre hommes: +un chef de pièce, un servant de droite chargeur, un servant de gauche +fournisseur, et un pourvoyeur. Le chef se rend à sa pièce et s'équipe, +ainsi qu'on l'a expliqué en parlant du canon; il visite les amarrages de +brague, et il met le levier de pointage en place. Les deux servans vont +chercher et disposent sur le pont, près de la muraille, les coins de +mire, la pince et l'anspect (ces deux derniers alloués par deux +caronades). Ils disposent ensuite la baille de combat, le seau à +incendie et le fanal, comme on l'a vu précédemment. Le fournisseur porte +le tablier garni, et le pourvoyeur se saisit du gargoussier. Celui-ci se +place à gauche de la pièce faisant face au sabord et affleurant le +fournisseur avec le coude. + + +_Roulement!_ + +Comme pour le canon. + + +1er COMMANDEMENT. + +_Détapez vos caronades; démarrez le couvre-lumière!_ + +_Un temps._ + +_Explication._ Le chargeur ôte la tape de la caronade et la place contre +le bord derrière lui. Le chef de pièce démarre le couvre-lumière, et il +le place près du bord, en arrière du servant de droite. + +_Action!_ + + +2me COMMANDEMENT. + +_Dégorgez; amorcez!_ + +_Un temps._ + +_Explication._ (Comme au 2me commandement pour le canon.) + +_Observations._ (Comme au 2me commandement pour le canon.) + + +3me COMMANDEMENT. + +_Pointez!_ + +_Deux temps._ + +_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce se place à droite du +levier de pointage, le pied gauche en avant et à plat, le genou plié, la +jambe droite allongée, la main gauche sur la plate-bande de culasse, et +la main droite à la poignée du levier de pointage, de manière à élever +ou à baisser la culasse, jusqu'à ce que la caronade soit au point +convenable, c'est-à-dire que la ligne de mire soit, autant que +possible, dirigée sur le point où l'on doit virer, lorsque le bâtiment +est dans une position moyenne à ses balancemens de roulis. + +_Action!_ + +_Deuxième temps._ Le chef de pièce prend de la main droite le cordon de +la platine, et il se porte vivement en arrière au-delà du bout du levier +de pointage; en même temps les servans s'en approchent pour diriger la +caronade d'après le signal du chef, qui s'incline et vise, en mettant +dans le même alignement son oeil, le point le plus élevé de la culasse +et le point le plus élevé de la volée. Quand le pointage est fini, il +fait le commandement _à postes!_ auquel les servans reprennent leur +première position. + +_Action!_ + +_Observations._ Lorsque celui qui commande l'exercice ordonne de pointer +_en belle_, le chef de pièce fait mouvoir le levier et la vis, de +manière à ce que la pièce arrive à être droite au sabord. + +Pour le commandement _d'en plein bois_ (comme aux 2me et 3me +paragraphes des _observations_ au 3me commandement pour le canon.) + +Si la bande est trop forte pour que le chef puisse pointer sur l'ennemi, +il a la ressource du coin de mire pour abaisser le pointage; et s'il +veut l'élever, il démonte la vis. + + +4me COMMANDEMENT. + +_Feu!_ + +_Un temps._ + +_Explication._ Le chef de pièce attend, etc. (Comme au 1er paragraphe de +l'_explication_ du 4e commandement pour le canon.) + +_Observations._ (Comme aux 1er, 2me et 4me paragraphes des +_observations_ du 4me commandement pour le canon.) + + +5me COMMANDEMENT. + +_Bouchez la lumière, écouvillonnez!_ + +_Deux temps._ + +_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce prend le dégorgeoir de la +main droite, et l'enfonce dans la lumière pour voir si elle est dégagée; +il la bouche ensuite avec le pouce de la main gauche, jusqu'à ce que la +pièce soit chargée, ne l'ôtant que pendant les momens où il se sert du +dégorgeoir. + +Le servant de droite se porte vivement à la volée de la caronade, passe +le corps et la jambe en dehors du seuillet du sabord, et pose le pied +droit sur le taquet qui est disposé à cet effet; son pied gauche est +appuyé en dedans. + +_Action!_ + +_Deuxième temps._ Le servant de gauche prend l'écouvillon, et il le +donne au servant de droite: celui-ci tourne plusieurs fois l'écouvillon, +etc. (Comme aux 2me et 3me paragraphes des _explications_, et comme aux +_observations_ du 5me commandement pour le canon.) + + +6me COMMANDEMENT. + +_La gargousse dans la caronade; au refouloir; à la poudre!_ + +_Un temps._ + +_Explication._ Le servant de droite remet l'écouvillon au servant de +gauche, qui le pose contre le bord et se tourne ensuite vivement du +côté du pourvoyeur pour en recevoir la gargousse; il la donne au +chargeur qui la place dans la pièce, le culot le premier, la couture en +dessous; le servant de gauche remet l'écouvillon en place, prend le +refouloir, le passe à celui de droite qui s'en sert pour enfoncer la +charge jusqu'au fond de la caronade; il allonge le bras droit de toute +sa longueur, ayant la main gauche sur la volée et le corps un peu +incliné en avant, prêt à refouler. Dès que le pourvoyeur a remis la +gargousse, il va en chercher un autre, ayant le gargoussier sous le bras +gauche, et la main droite sur le couvercle. + +_Action!_ + +_Observations._ (Comme au 7me commandement pour le canon.) + + +7me COMMANDEMENT. + +_Refoulez!_ + +_Un temps._ + +_Explication._ Le servant de droite refoule trois coups et abandonne la +hampe du refouloir en effaçant le corps. + +Le chef de pièce passe le dégorgeoir dans la lumière pour s'assurer que +la gargousse est rendue; si elle ne l'est pas, il fait refouler de +nouveau; si elle l'est, il fait un signal de la main auquel le servant +retire le refouloir et le passe au servant de gauche, qui le pose et +prend vivement un boulet. + +_Action!_ + +_Observations._ Il est très-important, etc. (Comme au 1er paragraphe des +_observations_ du 8me commandement pour le canon.) + +On ne doit pas refouler plus de trois coups, etc. (Comme au 4me +paragraphe des _observations_ du 8me commandement pour le canon.) + + +8me COMMANDEMENT. + +_Le boulet et le valet dans la caronade!_ + +_Un temps._ + +_Explication._ Le servant de gauche pose le boulet sur la caronade et le +conduit avec les mains jusqu'à ce que le servant de droite puisse le +prendre; alors celui-ci l'introduit dans la caronade et place sa main +droite devant la bouche de la pièce pour empêcher le boulet de tomber. + +Le servant de gauche prend aussi un valet et le refouloir; il remet +d'abord le valet à celui de droite qui le prend de la main gauche et le +place sur le boulet; puis il lui donne le refouloir qu'il prend de la +main droite, et avec lequel il enfonce la charge. Il s'assure qu'elle +est rendue par la longueur de la hampe; il en rend compte par ces mots: +_rendu, chef!_ et il allonge le bras droit de toute sa longueur, la main +gauche sur la volée et le corps incliné en avant. + +_Action!_ + +_Observations._ On ne met qu'un projectile dans la caronade surtout, à +moins que le commandant, etc. (Comme au 1er paragraphe des +_observations_ du 9me commandement pour le canon.) + +Le chargeur doit avoir soin que le boulet ne tombe pas à la mer, et le +valet ne doit être placé qu'autant qu'il est sûr que le boulet est dans +la pièce; ce dont au surplus il s'apercevra toujours, après qu'il aura +enfoncé la charge, par la marque qui est sur la hampe. Si on découvrait +alors que le boulet n'est pas dans la pièce, il faudrait ôter le valet +avec le tire-bourre pour mettre un autre boulet. + +Si le boulet n'entre pas dans la pièce, etc. (Comme au 3me paragraphe +des _observations_ du 9me commandement pour le canon.) + + +9me COMMANDEMENT. + +_Refoulez!_ + +_Un temps._ + +_Explication._ Le servant de droite refoule deux coups; il retire le +refouloir et le passe au servant de gauche qui le remet à sa place. + +_Action!_ + +_Nota._ Si on continue l'exercice, on reprend au 2me commandement. Si on +ne continue pas, on le termine par le commandement qui suit: + + +10me COMMANDEMENT. + +_Tapez vos caronades, amarrez le couvre-lumière!_ + +_Un temps._ + +_Explication._ Le servant de droite remet la tape à la caronade. Le chef +de pièce va prendre le couvre-lumière et l'amarre; puis il ôte le levier +de pointage qu'il fait remettre, ainsi que les autres attirails, où ils +étaient avant la manoeuvre. Les objets apportés des soutes et qui ne +sont pas susceptibles de rester dans les batteries, sont reportés par +les servans et par les pourvoyeurs. + +_Action!_ + +_Roulement._ + +Chacun reprend son poste comme au commandement de l'exercice, et nul ne +le quitte que lorsqu'on bat la breloque. + + +EXERCICE DU CANON OBUSIER. + +_Roulement._ + +Comme pour le canon. + + +1er COMMANDEMENT. + +_Détapez, démarrez vos canons!_ (Un temps.) + +Comme pour le canon. + + +2me COMMANDEMENT. + +_Dégorgez, amorcez!_ (Un temps.) + +Comme pour le canon. + + +3me COMMANDEMENT. + +_Pointez!_ (Trois temps.) + +Comme pour le canon. + + +4me COMMANDEMENT. + +_Feu!_ (Deux temps.) + +_1er temps._ Comme pour le canon jusqu'à ces mots, si le canon n'est pas +assez rentré. + +Le chef de pièce dans ce cas facilite le mouvement de rentrée en prenant +son levier-directeur, dont il engage le bec dans le cran de la tige +mobile, pour élever le derrière de l'affût. Les premiers servans de +droite et de gauche restés à leur poste parent les palans et bragues. Le +chef de pièce remet le levier-directeur à sa place, et le 2e servant de +gauche fait une demi-clef au palan de retraite. + +_2e temps._ Comme pour le canon. + + +5me COMMANDEMENT. + +_Bouchez la lumière, écouvillonnez!_ (Deux temps.) + +_1er temps._ Comme pour le canon. Après ces mots, qu'il enfonce dans la +pièce, ajoutez: à l'aide du premier servant de gauche qui se porte +également à la volée de l'obusier par un mouvement semblable à celui de +droite. + +_2e temps._ Les deux servans tournent plusieurs fois l'écouvillon au +fond de la chambre et de l'âme dans le sens nécessaire pour faire +prendre le tire-bourre, et ils le retirent en le tournant du même côté. +(Le reste comme pour le canon.) + + +6me COMMANDEMENT. + +_Au refouloir!_ (Un temps.) + +Comme pour le canon. + + +7me COMMANDEMENT. + +_La gargousse dans le canon; à la poudre; à l'obus!_ (Un temps.) + +Le premier servant de gauche fait un demi à gauche et reçoit du +pourvoyeur la gargousse qu'il place dans le canon, le culot le premier, +la couture en dessous; puis il aide le premier servant de droite à +l'enfoncer avec le refouloir jusqu'au fond de la chambre. Tous les deux +prennent la position de refouler. + +Dès que le pourvoyeur a remis la gargousse, il va en chercher une autre, +ayant le gargoussier sous le bras gauche et la main droite sur son +couvercle. + +Le deuxième servant de gauche prend la boîte vide et se dirige avec le +troisième servant du même côté, vers l'écoutille destinée au passage des +projectiles chargés. Le deuxième servant affale la boîte par l'écoutille +au moyen d'un cartahu à croc; puis tous les deux hissent dans la +batterie, par le même moyen, la boîte renfermant l'obus; lovent le +cartahu sur la boîte; ils la saisissent ensuite par les anses, le +deuxième de la main droite, et le troisième de la main gauche, et la +transportent sur l'avant de l'affût, sous la volée de l'obusier, en +passant par derrière la file des servans de gauche. Après l'avoir posée +sur le pont, tous les deux reprennent leur poste. + +_Action!_ + + +8me COMMANDEMENT. + +_Refoulez!_ (Un temps.) + +Les premiers servans de droite et de gauche refoulent trois coups bien +égaux et abandonnent la hampe du refouloir en effaçant le corps. Le chef +de pièce passe le dégorgeoir dans la lumière pour s'assurer que la +gargousse est rendue au fond de la chambre. Si elle ne l'est pas, il +fait refouler de nouveau; si elle l'est, il fait un signal de la main, +auquel le premier servant retire le refouloir qu'il passe au deuxième +qui le pose sur le pont, et duquel il reçoit le gros refouloir qu'il +pose sur le seuillet de sabord, la tête sur le pont, appuyant contre le +devant du flasque droit. + +_Action!_ + + +9me COMMANDEMENT. + +_L'obus et le valet dans le canon!_ (Un temps.) + +Les premiers servans de droite et de gauche enlèvent l'obus de la boîte +et l'élèvent à la hauteur de la bouche de la pièce. Le deuxième servant +de gauche retire aussitôt la boîte, à laquelle il remet le couvercle ôté +précédemment, et la place contre le bord derrière lui. + +Le premier servant de gauche introduit l'obus dans le canon après +l'avoir préalablement décoiffé, il le maintient dans cette position avec +la main gauche, ayant la main droite appuyée contre la masse de mire. Le +premier servant de droite prend le refouloir, et aidé du premier servant +de gauche qui abandonne l'obus, il l'enfonce au fond de l'âme et retire +le refouloir. + +Le premier servant de gauche reçoit du deuxième, du même côté, un valet +qu'il place dans la pièce, et les deux premiers servans l'enfoncent sur +l'obus avec le refouloir. Le premier servant de droite s'assure que +l'obus et le valet sont rendus au fond de la pièce par la longueur de la +hampe, et en rend compte au chef. Ces deux servans prennent la position +pour refouler. + + +10me COMMANDEMENT. + +_Refoulez!_ (Un temps.) + +Comme pour le canon. + + +11me COMMANDEMENT. + +_En batterie!_ (Deux temps.) + +_1er temps._ Le chef de pièce prend le levier-directeur, et le tenant +des deux mains par l'extrémité, il engage le bec sous la tige mobile. +(Comme pour le canon.) + +_2e temps._ Le chef de pièce placé parallèlement à l'affût, faisant +effort sur le trou du levier-directeur, soulève le derrière de l'affût +et commande _palanquez!_ alors tous les servans agissent ensemble pour +mettre la pièce en batterie droite au milieu du sabord; le chef facilite +ce mouvement en continuant de peser sur son levier et poussant en avant +jusqu'à ce que la pièce soit en batterie. Alors il débarre, remet le +levier-directeur à sa place, et (comme pour le canon.) + + +12me COMMANDEMENT. + +_Tapez, amarrez vos canons!_ (Deux temps.) + +Comme pour le canon. + +_Nota._ L'armement de ces bouches à feu est le même que pour le canon de +36, plus un levier-directeur et un petit refouloir à tête conique pour +la gargousse. Mais le levier-directeur n'est utile que lorsque l'affût +est privé de roues de derrière; dans le cas contraire, tout ce qui a +rapport dans l'exercice au levier-directeur, doit être supprimé. + + +EXERCICE DES DEUX BORDS, + +ET A VOLONTÉ. + +L'exercice des deux bords n'apporte aucune modification à la manière +dont une pièce doit être pointée, tirée et chargée. Mais comme alors ce +sont les canonniers d'un seul bord qui se partagent pour faire le +service des deux bords, il a fallu adopter un ordre de répartition +qu'il importe de faire connaître. + +Cet exercice se divise en quatre parties. + + +I.--_Armement des pièces et changement de bord._ + +TROIS COMMANDEMENS. + +1er.--_Armez les deux bords!_ + +_Explication._ Les chefs des pièces paires si l'on est à tribord, et +ceux des pièces impaires si l'on est à bâbord, disposent sur le boulon +de culasse les boîtes à capsules, le doigtier, le dégorgeoir, +l'épinglette et le tablier du servant. + +_Action!_ + +_Observation._ Le numérotage des pièces commence par l'avant, et si le +nombre des pièces d'une batterie est impair, l'équipage des deux +dernières pièces de l'arrière les manoeuvre ensemble comme s'il +s'agissait de deux pièces voisines. + + +2e.--_Par le flanc gauche et par le flanc droit; à gauche, à droite!_ + +_Explication._ Les servans de droite font à _gauche_, ceux de gauche +font à _droite_, et les chefs de pièce _demi-tour_ à _droite_! tous se +tiennent prêts à se porter à la pièce correspondante de l'autre bord. + +_Action!_ + +_Observation._ Dans un combat, c'est le chef de pièce qui fait le +commandement de par le _flanc gauche!_ etc. + + +3e.--_Marche!_ + +_Explication._ Les chefs de pièces qui ont fait demi-tour se rendent +avec leurs servans aux pièces correspondantes de l'autre bord, et +détachent, chemin faisant, à la pièce voisine à droite, les trois +premiers servans de droite, savoir: le premier pour chef de pièce; le +deuxième pour chargeur, et le troisième pour fournisseur. A cet effet, +les servans de droite marquent le pas jusqu'à ce que le dernier homme de +la file de gauche l'ait dépassé, et tous se rendent à leur poste en se +formant, les servans de gauche sur la droite, et ceux de droite sur la +gauche, par file en bataille. + +Les chefs de pièces qui n'ont pas quitté leurs pièces, s'équipent du +tablier et envoient à celle qui est voisine à droite, devenue vacante, +les trois premiers servans de droite; le premier pour chef de pièce, le +deuxième pour chargeur, et le troisième pour fournisseur. + +Les chargeurs envoyés pour chefs de pièces, sont nommés _chefs +provisoires_, et les autres, _chefs titulaires_. + +A chaque pièce des deux bords où se trouve le chef titulaire, le premier +servant de gauche devient chargeur, et le second fournisseur. + +Chaque chef, à son arrivée à la nouvelle pièce qu'il va servir, s'arme +de la boîte à capsules, du doigtier, du dégorgeoir et de l'épinglette +qui doivent s'y trouver; les écouvillons et les refouloirs sont passés à +la gauche des pièces dans toutes les batteries; le chef de pièce démarre +le couvre-lumière et fait détaper la pièce. + +_Action!_ + +_Observation._ Pendant un combat, c'est le chef qui fait le commandement +de _marche!_ Le tablier est supposé avoir été apporté au commandement de +_branle-bas_. + + +II.--_Manoeuvre de la pièce de chaque chef titulaire jusqu'à ce qu'elle +ait fait feu, et passage des servans mobiles à la pièce de chaque chef +provisoire._--Quatre commandemens. + + +1er.--_En batterie; dégorgez; amorcez!_ + +_Explication._ Après avoir mis les pièces en batterie, si elles n'y sont +pas, les chefs titulaires seulement dégorgent et amorcent. + +_Action!_ + + +2e.--_Pointez!_ + +_Explication._ Les chefs titulaires seulement passent par tous les temps +du pointage. + +_Action!_ + + +3e.--_Feu!_ + +_Explication._ Les chefs de pièces attendent le moment favorable et ils +exécutent le feu. Aidés par leurs servans, ils mettent les pièces hors +de batterie, et le premier servant de gauche fait la demi-clef au palan +de retraite. La pince est mise en travers des roues par le premier +servant de droite. + +_Action!_ + +_Observation._ S'il y a lieu de se servir du boute-feu, c'est le dernier +servant de gauche qui s'en saisit. + + +4e.--_Servans mobiles, changez!_ + +_Explication._ Les chefs de pièces qui viennent de tirer ne conservent +que le premier servant de droite et de gauche; tous les autres, nommés +_servans mobiles_, se portent à la pièce voisine à droite, où ils +occupent les mêmes postes qu'à celle du chef titulaire. + +_Action!_ + + +III.--_Manière de charger la pièce pendant que celle du chef provisoire +est mise en batterie et fait feu, et réciproquement._--Cinq +commandemens. + +_Observation._ Chacun des cinq commandemens en comprend deux ou +plusieurs, qui s'adressent tantôt aux chefs titulaires, tantôt aux chefs +provisoires; comme ils ne pourraient être donnés à la voix sans +confusion, on en marque l'exécution par un coup de baguette. + + _Chefs titulaires._ | _Chefs provisoires._ + | + 1er coup de baguette.--Bouchez | 1er coup de baguette.--En + la lumière, écouvillonnez au | batterie; dégorgez, amorcez! + refouloir! | + | (Le dernier servant de gauche + | défait la demi-clef du palan + | de retraite.) + | + 2e La gargousse dans le canon; | 2e Pointez! + refoulez, à la poudre! | + +_Observation._ Le pourvoyeur va chercher la poudre et la porte à la +pièce qui va tirer; il continue alternativement ce service pour les +deux pièces de l'approvisionnement desquelles il est chargé. + + 3e Le boulet et le valet dans | 3e Au boute-feu! + le canon! | (S'il y a lieu.) + | + 4e Refoulez! | 4e Feu! + +_Observation._ Comme dorénavant on se servira très-rarement du +boute-feu, le chef provisoire fera alors _feu_ au troisième coup de +baguette; et au quatrième, il fera mettre sa pièce hors de batterie; les +deux commandemens des troisième et quatrième coups de baguette, pris +simultanément, devant, dans tous les cas, commencer et finir à-peu-près +en même temps. + + +5e.--_Servans mobiles, changez!_ + +L'exercice continuant, les chefs provisoires exécutent à chaque coup de +baguette les commandemens indiqués pour les titulaires, et +réciproquement. Ensuite ils alternent encore. + +Au roulement, le feu cesse, mais on continue de charger les pièces qui +ne le sont pas. Un chef ne doit _jamais_ quitter sa pièce qu'elle ne +soit chargée, mise en batterie et amarrée si c'est une pièce des +batteries hautes, ou rentrée et fixée par la pince placée en avant des +roues, si c'est une pièce de la batterie basse. + + +IV.--_Désarmement d'un des deux bords._--Trois commandemens. + + +1er.--_Canonniers, tous à tribord; ou canonniers, tous à bâbord!_ + +_Explication._ Les écouvillons et les refouloirs sont replacés à droite +des pièces, et les couvre-lumières à leurs places; les chefs provisoires +du bord qui restent armés, ainsi que les chefs titulaires et provisoires +du bord qui doivent être désarmés, laissent leur équipement sur le +bouton de culasse. + +_Action!_ + + +2e.--_Par le flanc gauche et par le flanc droit; à gauche, à droite!_ + +Les servans font _à droite_ et _à gauche_, et les chefs de pièces +_demi-tour à droite_. Si l'on a fait le commandement d'armer à bâbord, +ce sont les chefs titulaires des pièces impaires, qui sont tous à +tribord dans ce moment, qui exécutent ce mouvement. + +_Action!_ + + +3e.--_Marche!_ + +_Explication._ Les chefs de pièces se rendent avec leurs servans aux +pièces correspondantes du bord opposé; les servans de droite marquent le +pas jusqu'à ce que ceux de gauche soient passés; alors ils se rendent +tous à leurs postes, en se formant sur la droite et sur la gauche par +file en bataille. + +Les chefs de pièces qui ont changé de bord se munissent de la boîte à +capsules, et les servans chargés du tablier le reprennent. + +_Action!_ + +Si la batterie est armée de caronades ou de pièces de 8 et au-dessous, +leur équipage n'est pas assez nombreux pour se diviser; on suit alors +les mêmes principes pour leur destination de chaque bord, mais on ne +peut y servir que la moitié des pièces. Dans ce cas, lorsqu'il devient +utile de rapprocher le feu de l'avant ou de l'arrière, on ordonne à +chaque équipage de se serrer du côté où on veut le faire, de manière à +ne laisser aucun intervalle. Si parmi les matelots de la manoeuvre il +s'en trouve de disponibles, comme tous doivent connaître l'exercice du +canon, le commandant peut alors les envoyer servir les pièces qui sont +sans équipage; on y met pour chef le chargeur titulaire de ladite pièce, +qui est remplacé à la pièce qu'il quitte par le fournisseur, et celui-ci +par un des matelots provenant de la manoeuvre. + +Outre ces passages d'une partie des hommes d'un bord pour armer tout +l'autre bord, ou seulement une portion, il est encore un cas qui peut se +présenter: c'est celui où se battant d'un seul bord, il y a lieu à +cesser entièrement le feu de ce même bord et à se porter de l'autre, +pour se battre sur cet autre bord. Alors on commande: + +_Armez l'autre bord!_ + +_Explication._ Les pièces de la première batterie, chargées ou non, sont +assujetties à la longueur du recul, afin de pouvoir fermer les sabords, +si c'est ordonné. Pour celles qui sont chargées, chaque chef passe +aussitôt avec son équipage à la pièce du bord opposé; et pour les +autres, il y laisse son chargeur et le second et troisième servans de +droite pour la charger; à cet effet, le chef de pièce commande à +_gauche_ et à _droite_, lui-même fait _demi-tour_; il prononce le mot +_marche!_ et il va avec les servans prendre pareil poste à la pièce +opposée. Les servans qu'il a laissés, s'il y avait lieu à recharger, +viennent le joindre dès qu'ils ont fini. + +Dans les batteries hautes, les pièces sont amarrées au moyen de leurs +palans de côté. + +_Action!_ + +_Exercice à volonté!_ + +_Explication._ Chaque chef de pièce fait alors en particulier à ses +servans les commandemens des divers temps; il doit leur en faire +observer toutes les circonstances et ne jamais sacrifier l'exactitude à +la vivacité des mouvemens. + +_Action!_ + +_Observations._ Le feu à volonté est ordinairement celui d'un combat, et +les canonniers doivent y être exercés. Il est pourtant d'autres feux qui +peuvent être désignés par les dénominations suivantes: + +_Feu de file ou de salut._ C'est celui où l'on commande à toutes les +pièces de faire feu successivement, suivant un ordre et à intervalles +indiqués. On peut employer ce feu contre un bâtiment plus faible que +l'on chasse, ou à mesure qu'on découvre un navire dans une manoeuvre; il +a l'avantage de vous laisser libre de former et de favoriser le +pointage. + +_Feu de section._ C'est celui où l'on commande à un certain nombre de +pièces de faire feu simultanément, suivant un ordre prescrit et à un +intervalle indiqué. On peut employer ce feu quand on veut se ménager un +certain nombre de coups toujours prêts à être envoyés. + +_Feu de division._ C'est le feu de section lorsque chaque section est +composée de la moitié des pièces consécutives d'un même bord d'une +batterie. On peut employer ce feu quand la fumée empêche de bien juger +la position de l'ennemi, et qu'on veut se réserver des pièces prêtes +pour l'instant où il paraîtra. + +_Feu de batterie._ C'est celui que chaque batterie doit faire +alternativement; les gaillards peuvent alors, suivant les ordres reçus, +tirer à volonté ou à leur tour. + +_Feu par bordées._ C'est celui où l'on fait des décharges générales de +toute son artillerie; on l'emploie quand, pendant une manoeuvre, on +vient à découvrir son ennemi, et qu'on veut profiter de ce moment pour +l'écraser. + +Il y a cependant des inconvéniens dans chacune de ces manières de faire +feu, tandis que le feu à volonté est celui qui en a le moins et qui +réunit le plus d'avantages. Il reste à faire observer que les volées +sont en général plus meurtrières ou plus efficaces, 1º quand elles sont +tirées en _enfilade_, c'est-à-dire dans le sens de la longueur du +bâtiment ennemi, surtout de l'arrière à l'avant; 2º _en écharpe_, +c'est-à-dire obliquement sur sa batterie; les boulets peuvent alors +faire des éclats considérables. + + +_Remarques._ + +Outre les devoirs imposés aux chefs de pièces et servans, au +commandement de branle-bas de combat, il en est d'autres qui ont rapport +au service de l'artillerie. + +Le commandement de branle-bas de combat fait, ou la générale battue, +pendant que les chefs et servans se rendent à leurs pièces pour les +préparer à faire feu, les soutes à poudre sont ouvertes, et les hommes +affectés à ce service s'y rendent. Les rondiers des batteries démontent +les chandeliers des panneaux, enlèvent les échelles qu'ils font passer +dans l'entre-pont pour éviter les éclats, la communication s'établissant +pendant le combat par les échelles de cordes toujours en place. + +Les hommes pour le passage des poudres dans les batteries, mettent en +place les panneaux de combat[7], les manches pour les gargoussiers vides +et les reposoirs pour les gargoussiers pleins[8]. + + [7] Les panneaux de combat sont des panneaux pleins, garnis de deux + écoutillons pour faire passer, l'un la manche des gargoussiers vides, + et le second les gargoussiers pleins. + + [8] Les reposoirs sont des supports en cuivre adaptés au-dessous de + l'écoutillon dont nous venons de parler, sur lesquels on dépose le + gargoussier plein, pour que le pourvoyeur puisse l'y prendre. + +Les feux sont éteints, les pompes à incendie garnies et armées. + +L'emploi des capsules rend inutile le mouvement du chef de pièce pour +percer la gargousse, il doit s'assurer seulement si la lumière est +dégagée. + +Les gargousses délivrées ordinairement à bord des navires de l'état sont +en papier, en serge, en parchemin, ou en papier-parchemin. Depuis +quelque temps cependant les gargousses en serge paraissent abandonnées, +et on ne donne plus que des gargousses en papier pour le salut et +l'exercice, et en papier-parchemin pour le combat. + +Les gargousses en papier-parchemin ont l'avantage de ne pas conserver +long-temps le feu, mais elles forment de très-forts culots qui restent +dans la pièce après l'explosion, et il faut écouvillonner avec le plus +grand soin, pour que ces culots ne s'amoncellent pas au + fond de l'âme et n'empêchent pas la gargousse de s'y rendre. + +L'apprêté ne se faisant plus à bord depuis l'adoption des caisses à +poudre, on ne se trouve plus dans la nécessité de saigner la gargousse. +On donne pour chaque calibre, un cinquième de gargousse au tiers et +quatre cinquièmes de gargousse au quart; de sorte que lorsque le chef de +la batterie trouve les pièces échauffées, il prend les ordres du +commandant du bâtiment, pour qu'il soit prescrit dans les soutes +d'approvisionner avec des gargousses au quart. + +Les valets dont on se sert ordinairement sont cylindriques pour les +canons, et ovoïdes pour les caronades; on commence cependant à les +remplacer par des herseaux, qui, d'après les expériences faites à Toulon +en 1834, ont donné les résultats semblables, sinon préférables aux +valets cylindriques. + +Ces derniers ont le grand inconvénient de pouvoir former un coin autour +du boulet, ce qui nécessitant une plus grande force pour le chasser de +l'âme, peut être préjudiciable à la pièce. + +Non-seulement lorsqu'on est vergue à vergue, mais dans plusieurs autres +circonstances, il peut être très-utile de tirer à longueur de brague. +Il résulte de plusieurs expériences faites en 1836 à Toulon, que +non-seulement il ne faut pas raidir les palans de côté, comme le dit +l'instruction, mais qu'il faut les décrocher si on ne veut que les +poulies soient brisées aux premiers coups tirés. Après avoir calé les +roues de derrière avec des fauberts mouillés et sablés, on décroche les +palans de côté et on réunit, sans les forcer, par une aiguillette, les +deux portions de la brague en avant de l'affût. + +A bord des bâtimens armés de caronades, en désignant d'avance un homme +par pièce pour remplir les fonctions de chargeur, on peut servir toutes +les pièces lorsqu'on se bat des deux bords. Dans ce cas, les chefs +titulaires détachent à la pièce voisine, à droite, leur chargeur pour +chef de pièce, et prennent pour chargeur leur fournisseur. Les chefs +provisoires ont pour chargeur un homme de la manoeuvre désigné d'avance, +et le pourvoyeur de la pièce du chef titulaire approvisionne également +celle du chef provisoire. + + + + +CHAPITRE V. + +_Noeuds, Amarrages et divers Travaux de Garniture appliqués au +Canonnage._ + + +C'est à bord et dans les ateliers de garniture que l'instruction sur ces +objets, tous de pure pratique, peut être le plus facilement donnée et le +plus promptement acquise; on ne saurait donc entrer ici à cet égard dans +de grands détails, et l'on se contentera de fixer l'attention sur les +points suivans, qui sont distribués par ordre alphabétique pour +faciliter les recherches. + +_Aiguilletage, aiguillette._ L'aiguilletage est un amarrage qui sert à +réunir deux cordages ou deux branches du même cordage; il s'exécute le +plus souvent avec un petit filin flexible qu'on nomme _aiguillette_, +qu'on fait passer en tours multipliés dans les anneaux, bagues ou +oeillets dont ces cordages peuvent être pourvus. + +On se sert d'aiguillettes pour les amarrages des canons et des +caronades, pour embarquer et débarquer les canons, pour saisir les +chandeliers de pierrier et d'espingole; pour fixer le bout des bragues +des pièces, qu'au besoin on passe aux sabords de chasse ou de retraite, +et pour raidir l'appareil des batteries quand les pièces sont au grelin +par un mauvais temps. + +_Brague._ Fort cordage fait de fil de première qualité, commis avec le +plus grand soin et légèrement goudronné, et qui sert à borner le recul +des bouches à feu. La brague est élongée et tendue de force avec des +palans, ou même au cabestan, avant d'être mise en usage, pour qu'elle +soit moins exposée ensuite à prendre du mou. Sa longueur pour les canons +de calibre de 36, de 12 et intermédiaires, varie de 10-1/2 mèt. à 7-3/4 +mèt., et sa grosseur de 20 à 16 centimètres. La brague est fixée par ses +deux bouts dans les boucles de la muraille du bâtiment par un amarrage +avec étrive, c'est-à-dire avec changement de direction du cordage +principal, après qu'il a été replié sur lui-même. + +_Bridure._ Amarrage qui sert à rapprocher deux ou plusieurs cordages +déjà tendus, ou les tours d'un même cordage, et à les étrangler en un +point, afin qu'ils souquent davantage. Il s'exécute soit avec un cordage +particulier, soit avec le bout même du cordage bridé. + +_Brin._ Un cordage est de premier brin quand il ne contient que les +filamens les plus longs et les plus propres qui restent dans les mains +du peigneur. Tous les cordages de l'artillerie sont du premier brin. + +_Civière._ Moyen cordage qui sert comme une suspente et qu'on nomme +_herse_; c'est une sorte d'élingue. (Voyez ce mot.) + +_Coiffe d'écouvillon._ Sac de toile pour envelopper et préserver la tête +de l'écouvillon; il se fait avec un morceau de toile plié en deux, cousu +sur le côté et adapté ensuite à un fond circulaire; on le termine par +une coulisse au bord, pour y faire passer un lusin goudronné qui sert à +serrer la coulisse sur la hampe; la coiffe est ensuite peinte sur la +face extérieure. + +_Croupière._ Bout de cordage fixé au corps de l'essieu de l'arrière et +formant une boucle pour accrocher le palan de retraite; il y a souvent +un piton dans cette partie qui rend la croupière inutile. + +_Elingue._ Cordage dont on entoure un fardeau pour le soulever. Les deux +bouts en sont réunis par une épissure. On s'en sert pour embarquer et +débarquer les canons. Longueur pour les calibres de 36, de 12 et +intermédiaires, de 7 mètres 1/7 à 6 mètres 1/2; grosseur, de 20 à 16 +centimètres. + +_Epissure._ Réunions de deux bouts de cordages entés, en quelque sorte, +par l'entrelacement réciproque de leurs torons; l'excédant des torons +est coupé au ras du cordage, et la jonction a lieu solidement sans +noeuds ni bourrelets. + +_Estrope._ Cordage fourré, dont on entoure une poulie en le faisant +passer dans les rainures pratiquées sur sa caisse; les deux bouts de +cordage sont joints par une épissure. On y ajoute souvent une cosse pour +pouvoir accrocher la poulie; on applique alors cette cosse dans un pli +de l'estrope sur la tête de la poulie, et l'on approche les deux +branches de l'estrope par un amarrage à plat, entre la poulie et la +cosse, qui empêche l'estrope de se dégager de ses goujures. + +_Estrope de culasse._ Cordage employé dans l'amarrage à la serre. Les +deux bouts en sont réunis par une épissure. On y fixe une cosse en fer, +de sorte que l'estrope est divisée en deux parties inégales. De +semblables estropes, mais plus longues, sont employées pour +l'embarquement et le débarquement de l'artillerie, savoir: deux pour la +culasse, et un pour la volée; celle-ci est plus courte que les autres. + +_Faubert._ Faisceau de fil de carret lié par une de ses extrémités, et +emmanché d'un petit bâton; les fils en se détordant par le bout forment +une étoupe qui fait éponge. + +_Fourrer un cordage._ C'est recouvrir un cordage en bitord; on l'étend +horizontalement à la hauteur de ceinture, on prend une pelote de bitord +dont le bout se fixe sur le cordage, on applique sur celui-ci le maillet +à fourrer, on les saisit par deux ou trois tours de bitord tant sur le +maillet que sur le manche; en faisant tourner le maillet, le bitord se +range en tours serrés et en spirale sur le cordage, qui est ainsi à +l'abri du frottement des corps étrangers. On fourre aussi en basane, en +toile goudronnée. Les anneaux de brague des caronades et la partie des +bragues qui y portent, sont fourrés. + +_Garant._ Cordage d'un palan. L'une de ses extrémités se frappe sur le +cul de la poulie simple; l'autre passe sur un des rouets de la double, +de dessous en dessus; on le ramène sur le rouet de la simple, de dessus +en dessous, et de là sur le second rouet de la double, de dessous en +dessus. C'est sur cette extrémité, appelée _courant_, que l'on agit. +Dans les palans de côté, le courant doit se trouver dessus. Pour les +canons de 36, de 12 et intermédiaires, la longueur des garans des palans +de retraite et de côté (qui sont les mêmes) varie de 31 mètres à 24, et +leur grosseur de 9 à 7 centimètres. + +_Garcette._ Tresse plate en bitord. La poignée du coussin est une tresse +semblable. + +_Garnir une brague._ C'est entourer la partie exposée au frottement +d'une toile goudronnée, maintenue par des tours serrés d'un cordage fin. +On peut se servir encore d'un morceau de basane cousu, suivant la +longueur de la brague. + +_Hampe de corde._ Bout de filin de retour, fourré, de même longueur que +la hampe de bois; il a 8 centimètres pour les calibres de 36, 30 et 24; +et 7-1/2 pour les calibres au-dessous. + +_Itague._ Cordage tenant à un palan, et ordinairement en double pour en +augmenter l'effet. On s'en sert quand on change un canon d'affût, ou +qu'on l'amène sur le pont. Un bout est garni d'une cosse, l'autre est en +queue de rat. Pour les canons des calibres de 36, 30, 24 et 18, la +longueur de l'itague varie de 6 mètres 1/4 à 5 mètres 2/3, et la +grosseur de 12 à 10 centimètres. + +On se sert aussi d'un itague pour fermer les mantelets des sabords; il +porte à son milieu, et en dedans du bord, une cosse où passe le croc de +la poulie double du palanquin; les deux bouts de l'itague traversent la +muraille et vont s'amarrer sur le mantelet. + +_Ligne d'amarrage._ Menu cordage goudronné, servant à faire certains +amarrages, comme ceux des bouts de brague, ceux qui servent à rapprocher +les côtés des élingues ou des estropes, etc. + +_Lusin._ Petit cordage composé de deux fils de carret; il y a du lusin +blanc et du lusin goudronné. Il est employé à serrer les coiffes +d'écouvillon, et pour la confection des grappes de raisin. + +_Machine à démonter les canons._ Elle se compose de deux estropes +(garnies chacune de deux poulies simples), de deux civières (garnies de +deux poulies simples), de quatre itagues, et de quatre palans (ceux de +la pièce et de la voisine). On a proposé d'autres machines, mais les +parties de celle-ci sont les plus faciles à se procurer. + +_Mèche._ Corde lessivée servant, au besoin, à mettre le feu à une pièce. +La mèche est fabriquée avec des étoupes de lin; elle doit être ferme, +sans trop de dureté, bien pénétrée de lessive salpêtrée, mais sèche, +sans moisissure, et sans être cornue à sa surface. + +_Merlin._ Petit cordage de trois fils de carret commis ensemble au moyen +de la roue du siége de commettage. Celui qui s'emploie pour l'artillerie +est composé de fils goudronnés; une pièce de 60 brasses pèse environ 1 +livre 1/2. + +_Noeuds._ Les noeuds diffèrent suivant leur destination; c'est pour le +marin une étude longue et importante, qui ne peut se graver dans +l'esprit que par la pratique. On doit se borner à dire ici, en général, +que les noeuds et amarrages sont disposés de manière que les frottemens +des tours les uns contre les autres rendent l'enlacement solide, tout en +permettant, au besoin, de pouvoir défaire le noeud. + +_Palans de côté et de retraite._ Ils sont composés d'une poulie simple, +d'une poulie double et d'un garant (voyez ce mot). Les poulies sont +estropées et garnies chacune d'un croc. Il y en a pour d'autres objets, +pour embarquer et débarquer les pièces, pour descendre les barils à +poudre dans les soutes, etc.; mais ils sont établis de la même manière, +à peu près. + +_Palanquin._ Petit palan croché dans la boucle de l'itague de mantelet +par sa partie double; la poulie simple a une cosse fixée à un piton sur +le pont supérieur, et vis-à-vis le milieu du sabord. + +_Quarantainier._ Cordage composé de trois torons commis ensemble; il y +en a de 6 à 9 fils, et de 12 à 15 fils; celui qu'on emploie pour +l'artillerie est goudronné. + +_Queue de rat._ Espèce de pointe que l'on fait à l'extrémité des +cordages pour faciliter leur introduction dans une poulie. On l'exécute +en liant le cordage au point où l'on veut commencer la queue de rat; on +défait les torons jusqu'à la ligature; et renversant les fils extérieurs +sur le cordage, on en amincit les intérieurs à l'aide d'un couteau, de +manière que leur volume aille toujours en diminuant; on reprend alors +les fils extérieurs, et on les rabat alternativement par pairs et par +impairs, ayant soin, à chaque fois, de les lier fortement. Une ligature +termine cette espèce de tissu. + +_Raban de sabord._ Bout de quarantainier de 4 à 5 mètres de longueur, +et de 5 à 7 centimètres de grosseur, employé pour fermer solidement les +mantelets. Il y en a deux par sabord. + +_Raban de retenue des caronades._ Aiguillette de 20 à 24 mètres de +longueur, et de 5 à 7 centimètres de grosseur, employée pour fortifier +l'amarrage des caronades par un mauvais temps. + +_Raban de volée._ Cordage de 11 à 15 mètres de longueur, et de 6 à 8 +centimètres de grosseur, employé dans l'amarrage du canon à la serre, +pour assujettir la volée contre la partie supérieure du sabord; ce +cordage porte une ganse à l'une de ses extrémités. On en donne un par +sabord de batterie basse. + +_Surliure._ Amarrage fait sur les bouts d'un cordage pour empêcher les +torons de se séparer; la surliure s'exécute avec du fil à voile, ou de +la petite ligne qui sert à faire plusieurs tours bien serrés, et dont on +engage les bouts sous les tours. + +_Valet._ Bouchon de corde servant à maintenir la charge dans l'âme de la +pièce, et à donner, par quelque résistance, le temps à la poudre de +s'enflammer en plus grande partie. L'influence du valet sur la charge, +sur la portée du projectile, sur la pièce même, a été envisagée sous +plusieurs faces, et diverses propositions ont été faites pour sa +configuration, ou pour en altérer la composition. On doit ici se borner +à dire comment se confectionnent ceux qui sont adoptés à bord de nos +bâtimens. + +Le valet est cylindrique, son diamètre doit passer avec frottement dans +l'âme de la pièce, et sa hauteur a quelques lignes de plus que son +diamètre. Il se fait avec du vieux fil de carret dont on forme un +faisceau que l'on serre par le milieu avec du fil de carret neuf. + +Dans les ateliers on se sert pour faire les valets, d'un banc garni +d'une paille à bitte à un bout, et d'un morceau de filin à oeillet de +l'autre; on a une petite planche appelée _moule_, qui a pour longueur la +hauteur du valet, mais un peu plus étroite à son extrémité. On charge le +moule pour le placer sur le bout de filin à oeillet, et en le retirant +on fait faire au filin un tour complet autour des fils de carret, puis +on amarre ce filin sur la paille à bitte; enfin on roule le valet et on +le souque au moyen d'une gournable qu'on introduit dans l'oeillet du +filin, et sur laquelle on trévire. Il ne reste plus qu'à amarrer le +valet par le milieu. + +Si on veut faire un valet ovoïde, ou en forme d'oeuf, on enfonce une +poignée de vieux fils de carret dans le trou de fusée d'une roue d'affût +de calibre inférieur; on forme ainsi un noyau solide qu'on serre par le +milieu; on le recouvre dans le sens de la longueur de plusieurs tours de +fil de carret neuf, et l'on incline ensuite ces tours. On le serre enfin +comme le valet cylindrique. + +Dans les deux cas on fait une poignée ou deux au valet, en y +introduisant pendant sa confection une ou deux petites bagues en fil de +carret, qu'on a toujours soin de laisser déborder. + + + + +CHAPITRE VI. + +_Différentes manières d'amarrer les canons à bord._ + + +Les amarrages employés pour contenir les bouches à feu à bord, dépendent +de la place qu'elles occupent et des craintes que peut donner le mauvais +temps. + +_Amarrage à garans simples._ Cet amarrage est usité dans les beaux +temps. + +La pièce étant en batterie, maintenue par un tour de chaque garant passé +autour du collet du bouton, le troisième servant de droite remet le +couvre-lumière au chef de pièce qui l'amarre sur la culasse, et qui +ensuite décapelle les palans, et les fait tenir par les derniers +servans; il fixe, entre les flasques et les garans le mou de la brague +qui est soutenue par les deuxièmes servans; il les arrête par un tour +mort au collet du bouton, en passant le double de chaque garant entre ce +garant et la plate-bande de culasse de dessus en dessous. Le reste des +garans se love et s'amarre le long des flasques; le dernier servant de +gauche décroche le palan de retraite, le love et le place sur le canon. + +_Amarrage à garans doublés._ Cet amarrage est usité pour les batteries +hautes dans les mauvais temps. + +La poulie double des palans de côté s'accroche à la boucle de la brague, +et la simple au piton contre l'affût; on fait avec un garant deux tours +du bouton de culasse aux crocs, et trois tours de bridure sur la +culasse, d'abord du côté où est le garant, puis de l'autre côté du +canon; on passe ensuite son bout dans une boucle placée sur le pont, et +il vient faire croupière en passant par-dessous la culasse, en dedans de +la partie du garant qui s'y trouve; il est arrêté par une bridure sur la +croupière. + +L'autre palan s'amarre à l'ordinaire en faisant passer le garant +par-dessus celui qui est doublé, afin de l'avoir toujours à sa +disposition, si les circonstances exigeaient un amarrage plus solide. +Les bragues sont repliées le long des flasques, et le palan de retraite +est placé sur le canon. + +_Amarrage à la serre._ Cet amarrage est usité pour les batteries basses +dans les mauvais temps. + +La culasse se pose sur la sole de l'affût; le tiers de la bouche environ +est appuyé contre la serre au-dessus du sabord, les poulies doubles des +palans de côté s'accrochent aux boucles de bragues contre le bord, la +poulie simple aux pitons sur l'adent des flasques. + +On passe le garant sur le collet du bouton, et de là au croc près du +sabord de dedans en dehors; on fait ainsi deux ou trois tours au ras de +la plate-bande de culasse, et un tour à la hauteur du troisième adent de +l'affût, pour venir ensuite faire une bridure sur le derrière de la +poulie simple, où l'on emploie le reste du garant. Cette opération se +fait des deux côtés du canon. + +Les deux côtés de la brague passent par-dessous les fusées de l'essieu +de l'avant; une aiguillette les embrasse par trois tours; elle repasse +ensuite par-dessus les palans, qu'elle serre avec la brague par trois +autres tours qu'elle réunit en passant ses bouts entre les palans et les +bragues, puis elle embrasse et serre fortement tous les tours par le +milieu au moyen d'une bridure, et on l'arrête. + +La volée est soutenue par le raban de volée, qui fait plusieurs tours +dessous et dans la boucle de raban placée au-dessus du sabord. La poulie +double du palan de retraite est accrochée à la boucle du raban de +sabord, et la simple à une estrope qu'on met autour du collet du bouton +de culasse. On raidit bien le palan, et l'on fait avec le reste deux +bridures, dont une sur la plate-bande de culasse, et l'autre sur la +volée. + +Lorsque les roulis sont considérables, on joint à ces précautions celle +de clouer sur le pont, sous les roues de l'arrière de l'affût, un +_cabrion_, qui est un morceau de bois taillé en biseau. On pourrait +même en clouer un autre sous les roues de l'avant. + +_Amarrage le long du bord, dit en vache._ Cet amarrage est usité soit +pour avoir plus de place à bord, soit pour adoucir les roulis du navire. + +On place le canon contre le bord, dans le sens de la longueur du navire; +on accroche les poulies simples des palans à des estropes qui embrassent +les fusées extérieures des essieux de derrière, et les poulies doubles +aux boucles de brague, de manière que les palans se croisent; on passe +plusieurs tours de garant dans les crocs, ainsi que sous les fusées des +essieux, et l'on finit l'amarrage par une bridure au ras de la fusée. + +_Amarrage au grelin._ Cet amarrage est usité lorsque le canon étant à la +serre, on craint que les amarrages précédens, ou les boucles et les +crocs, ne puissent pas résister aux secousses du navire. + +On passe un grelin tout autour de la batterie; on le raidit aux +extrémités du vaisseau, en le faisant passer sur tous les boutons de +culasse des canons; entre chaque couple de pièces, il y a des boucles +placées contre le bord, dans chacune desquelles on passe le palanquin +du mantelet, ou une aiguillette que l'on fixe sur le grelin, et on les +raidit à la fois. + +_Amarrage par la fausse brague._ Cet amarrage est usité quand le +bâtiment est vieux, ou lorsque l'on craint que la muraille n'éprouve +trop de fatigue, par les secousses que pourraient donner les batteries à +la serre, lorsque les cordages ont pris du jeu. + +On prépare un cordage ayant à-peu-près la grosseur de la brague, et pour +cet usage nommé _fausse brague_; les deux bouts en sont repliés et +épissés afin de pouvoir former des oeillets susceptibles de recevoir la +fusée de l'essieu; il doit être assez long pour que, ses oeillets +embrassant la fusée de l'essieu de devant, il puisse être aiguilleté sur +la boucle de derrière, en passant par-dessus les derniers adents de +l'affût. + +On dispose la pièce comme pour l'amarrage à la serre; on recule l'affût +de manière que la bouche de la pièce se trouve à 4 ou 5 pouces du bord; +on place sur le pont, vers le derrière de l'affût, des boucles de fer +goupillées solidement par-dessus; on passe les oeillets de la fausse +brague aux fusées de l'essieu de l'avant, et on l'aiguillette sur la +boucle dont on vient de parler, en la faisant venir par-dessus les +derniers adents de l'affût. L'amarrage se fait d'ailleurs comme dans +l'autre manière de mettre à la serre. + +_Amarrage aux chevrons de retraite._ Cet amarrage a le même but que le +précédent, et il fatigue moins le navire que la fausse brague. + +Les chevrons de retraite sont deux pièces de bois de chêne assez longues +pour tenir la tranche du canon à quatre ou cinq pouces de bord; elles +sont entaillées de manière à recevoir d'un bout la tête de chaque +flasque, l'autre bout s'appuie sur le bord; on place des cabrions devant +et derrière, et l'on continue l'amarrage comme dans la méthode +ordinaire. + +_Amarrage par la queue des flasques._ Cet amarrage est préférable à +l'amarrage à la serre, indiqué précédemment, lorsque les canons ont un +anneau de brague sur la culasse. + +Le canon étant rentré, on fait tomber la culasse sur la sole; on appuie +le tiers de la tranche contre la partie supérieure du sabord; on dispose +le raban de volée, l'aiguillette et le palan de retraite comme à +l'ordinaire; on passe également les deux côtés de la brague sous les +fusées des essieux de l'avant, on accroche le croc de chaque poulie +double à la boucle de brague, et le croc de la poulie simple au piton. +On raidit chaque palan de côté, on passe ensuite un tour de garant sur +la queue des flasques, et deux au croc. Quand le troisième tour est +achevé sur la queue des flasques, on passe le bout du garant entre le +tour du même garant, et le dessus de la queue des flasques de dessous en +dessus; ensuite on fait trois tours de bridure, entre la cheville à +piton et le dernier adent, puis trois autres tours en allongeant de +manière à ramener le dernier à la queue de la poulie simple, où l'on +emploie le reste du garant. Il faut éviter que les tours de garant +passés à la queue des flasques, ne frottent contre les roues. + +_Observation générale._ Si un canon de gros calibre se démarre et obéit +au roulis, il ne faut pas briser les roues; on jette sur son passage +quelque sacs à valets. Quatre hommes saisissent un levier chacun, et ils +engagent le sifflet sous les roues, ce qui donne le temps de saisir le +canon avec des cordages pour le ramener à bord. + +_Amarrage des caronades._ On maintient les caronades à brague fixe, en +raidissant leurs bragues et en contenant leurs affûts par des +aiguillettes passées dans les pitons de derrière du châssis, et dans les +boucles fixées sur le pont. + + + + +CHAPITRE VII. + +_Pointage au tir._ + + +La ligne qui joindrait le point le plus élevé de la plate-bande de +culasse avec le point le plus élevé du bourrelet, et qu'on peut imaginer +prolongée indéfiniment au-delà de la volée, est ce qu'on appelle la +_ligne de mire_. + +C'est celle par laquelle le canonnier vise pour pointer, c'est-à-dire +pour donner à la pièce la direction qu'il juge convenable pour atteindre +le but. + +La ligne passant par le milieu de l'âme, c'est-à-dire son axe, qui est +en même temps l'axe de la pièce, et qu'on peut imaginer prolongée +indéfiniment au-delà de la bouche, est ce qu'on appelle la _ligne de +tir_. + +C'est celle que suit sensiblement le boulet à son départ, et qu'il +suivrait indéfiniment s'il pouvait se mouvoir en ligne droite. + +Comme le canon a plus de grosseur ou de diamètre à la culasse qu'à la +volée, il est clair que la ligne de mire et la ligne de tir sont plus +rapprochées à la volée qu'à la culasse, et que leurs prolongemens +doivent se rencontrer à une certaine distance de la bouche; de sorte que +la ligne de mire, qui était d'abord au-dessus de la ligne de tir, est +ensuite en dessous, et que l'écartement de l'une à l'autre devient +d'autant plus grand qu'on les imagine prolongées davantage. + +Ce qui précède doit faire concevoir comment il arrive que le boulet, qui +était d'abord au-dessus de la ligne de mire, est bientôt au-dessous. +C'est pour exprimer cette circonstance du tir, que le canonnier dit: +_qu'en partant, le coup relève_. On voit donc que si le boulet allait en +ligne droite, il faudrait diriger la ligne de mire au-dessous du but, +toutes les fois que celui-ci se trouverait plus éloigné que la distance +assez petite (de 15 à 25 pieds dans les canons) où la ligne de mire et +la ligne de tir se rencontrent. + +Chacun a pu remarquer qu'une pierre lancée dans l'espace ne se mouvait +pas en ligne droite, mais qu'elle décrivait une courbe très-sensible à +l'oeil. Toutefois on a dû observer que la courbure de la ligne suivie +par la pierre était d'autant moins grande que la pierre avait été lancée +avec plus de force ou de vitesse. Cette courbure est due à l'action de +la pesanteur, qui tend à rapprocher tous les corps du centre de la +terre, et qui les en rapproche effectivement quand ils ne sont pas +supportés ou suspendus. Cette action de la pesanteur qui fait décrire +une courbe à une pierre lancée à la main ou avec une fronde, fait aussi +que le boulet lancé par le canon décrit une ligne dont la courbure, +quoique moins sensible à l'oeil, n'en est pas moins réelle, et le boulet +s'écarte d'autant plus de la ligne de tir en dessous, qu'il s'éloigne +davantage du canon. + +Cette courbe décrite par le boulet se nomme _trajectoire_. + +Puisque le boulet, après s'être élevé par-dessus la ligne de mire, se +baisse ensuite en dessous la ligne de tir par l'action de la pesanteur +qui le rapproche de la surface de la terre, il y aura un moment où il +viendra couper une seconde fois la ligne de mire; de sorte que, pour +atteindre un but placé à la distance, soit du premier, soit du second +point où le boulet coupe la ligne de mire, il faut viser sur lui comme +si le boulet se mouvait en ligne droite, et qu'il dût suivre la ligne de +mire. Ces deux points portent l'un et l'autre le nom de _but-en-blanc_. +Mais comme le premier est peu utile pour le tir du canon, on ne s'occupe +guère que du second, qu'on appelle _but-en-blanc naturel_ quand la ligne +est horizontale, ou simplement, dans les autres cas, _but-en-blanc_; et +l'on appelle _pointer de but-en-blanc_, l'action de viser directement +par la ligne de mire sur un point éloigné. + +Nous avons dit que la ligne de tir et la ligne de mire se coupaient à +une certaine distance de la bouche du canon. L'ouverture de ces lignes, +ou l'inclinaison de l'une à l'égard de l'autre, est ce qu'on appelle +_l'angle de mire_. On voit que la grandeur de cet angle dépend de la +différence de grosseur et de diamètre de la culasse et de la volée du +canon, ainsi que de sa longueur. + +Comme le boulet a dû s'élever d'autant plus au-dessus de la ligne de +mire que l'angle de mire est plus grand, et que la trajectoire a +d'autant moins de courbure que la poudre imprime plus de vitesse au +boulet, il est évident que la vitesse du but-en-blanc dépend 1º de +l'angle de mire; 2º de la force de la poudre, tant sous le rapport de sa +quantité que de sa qualité, ou plutôt de la vitesse qu'elle peut +communiquer au boulet. + +On appelle portée d'une pièce, la distance à laquelle elle peut chasser +son projectile. Cette distance varie pour une même bouche à feu, suivant +la charge de poudre employée, suivant la forme, la grosseur et le poids +de son projectile, et surtout suivant l'inclinaison de l'axe de la pièce +ou de la ligne de tir, par rapport au niveau ou à l'horizon. Cette +inclinaison de l'axe avec l'horizon est ce qu'on appelle _l'angle de +projection_. + +On concevra facilement que plus cet angle sera grand, toutes choses +étant égales d'ailleurs, plus la portée sera étendue, et réciproquement. +Toutefois ce n'est vrai que dans de certaines limites; car si l'angle de +projection était plus grand qu'un demi-angle droit, le contraire aurait +lieu; la portée recommence même à diminuer passé 42°-1/3 pour les +canons, et 28° pour les fusils. (Pour les positions de ces diverses +lignes et de ces angles, voyez la figure V.) + +Ce qui précède fait concevoir que si le point que l'on veut frapper est +à la distance du but-en-blanc, il faut diriger sur ce point la ligne de +mire, comme si le boulet devait suivre cette même ligne de mire; que si +le point que l'on veut battre est plus éloigné que le but-en-blanc, il +faut diriger la ligne de mire par-dessus, ce qui vient à augmenter +l'angle de projection. Il faut diriger la ligne de mire par dessous, +dans le cas contraire, à moins pourtant que ce point ne soit +très-rapproché du premier but-en-blanc, auquel cas il faudrait encore +pointer en dessus. La distance de ce premier but-en-blanc varie, ainsi +qu'on l'a déjà dit, de 15 à 25 pieds. + +L'angle de mire est d'environ 1°-1/2 pour les canons, et 3°-1/2 pour les +caronades. + +La distance du but-en-blanc, avec la charge ordinaire du combat (d'après +les expériences les plus récentes), est environ de 4 encâblures pour les +canons de 18 et au-dessus; de 4-1/2 encâblures pour les caronades de 24 +et au-dessus: les uns et les autres étant chargés avec des boulets +ronds. Les mêmes distances sont plus petites d'un tiers à peu près si +les pièces sont chargées avec des boulets ramés, et de moitié si elles +sont chargées avec des mitrailles. + +La difficulté du tir consiste à déterminer de combien la ligne de mire +doit être plus élevée que le point qu'on veut battre, quand celui-ci est +plus éloigné que le but-en-blanc, ou de combien elle doit être plus +basse dans le cas contraire. Pour cela, des instrumens ont été imaginés, +proposés ou exécutés; des tables ont été dressées pour faire connaître +les angles sous lesquels il fallait pointer, suivant les distances; mais +ces moyens, plus ou moins ingénieux, ont été généralement peu utiles à +cause des difficultés qu'il y a à les employer à la mer. + +On a donc cherché un autre moyen qui pût frapper les yeux, en présentant +les hauteurs respectives des coques et des mâtures des divers navires, +et en plaçant à côté une échelle que nous nommerons de _pointage_, qui +indique d'une manière suffisamment exacte, suivant les distances, les +hauteurs où il faut pointer pour atteindre les bâtimens aux points +voulus. Par ce moyen, il suffira qu'on fasse connaître, dans les +batteries, la distance où se trouve l'ennemi, et s'il faut tirer soit à +couler bas, soit aux gaillards, ou à démâter. + +L'officier commandant la batterie indiquera alors aux chefs de pièces à +quelle hauteur ils doivent viser, et pour donner cette indication il +pourra se servir, dans le premier cas, de la planche nº 1; + +Dans le second cas, de la planche nº 2; + +Et dans le troisième cas, de la planche nº 3. + +Dans chaque planche la flèche ou le zéro indique la hauteur où il faut +atteindre le bâtiment, et celle où il sera frappé si, étant à la +distance du but-en-blanc on vise à cette hauteur. Le chiffre placé sur +l'échelle, à la hauteur du zéro, indique cette distance en encâblures, +pour chaque calibre et dans chaque espèce de pièces en usage dans la +marine. + +Les autres chiffres portés sur les échelles, soit plus haut, soit plus +bas que la flèche, sont placés à la hauteur du point de la mâture ou de +la coque où il faut viser, quand on est placé à la distance qu'ils +expriment pour frapper le bâtiment à la hauteur de zéro. + +Ainsi, pour pointer à couler bas par la ligne de mire naturelle, à 5 +encâblures par exemple, il faut viser un peu au-dessus des bastingages +des vaisseaux à trois ponts, ou à la hauteur des filets de casse-tête de +ceux à deux ponts, ou au quart à peu près de la distance qui sépare les +bastingages et la grande hune des frégates. (Planche nº 1.) + +Pour pointer aux gaillards, à la distance de 4-1/2 encâblures, il faut +viser à la hune des grands mâts des vaisseaux; à la moitié du ton des +frégates, et d'une quantité égale à la moitié du ton, au-dessus du +chouquet du grand mât des corvettes. (Planche nº 2.) + +Enfin, pour pointer aux trelingages, c'est-à-dire à démâter, à la +distance de 6 encâblures par exemple, il faut viser au-dessus du +chouquet du grand mât de hune des vaisseaux; au capelage du grand mât de +perroquet des frégates, et à la pomme des corvettes (Planche nº 3), et +ainsi de suite. + +Les exemples précédens ne s'appliquent qu'au cas où l'on tire avec des +boulets ronds; mais de semblables échelles ont été dressées pour les +boulets ramés et pour les grappes de raisin ou mitrailles. Toutefois ces +dernières échelles n'indiquent pas les distances au-delà de deux +encâblures pour les mitrailles, parce que, passé ces distances, le tir +de ces projectiles est trop incertain pour qu'on doive en faire usage. + +Le tir à double charge de projectiles ne devant avoir lieu qu'à moins +d'une encâblure pour les boulets ronds, et d'une demi-encâblure pour les +mitrailles, on pourra, pour ainsi dire, pointer toujours alors de +but-en-blanc, attendu que les gargousses, ayant dû être saignées, n'ont +pu communiquer qu'une petite vitesse aux deux projectiles, en sorte +qu'ils doivent bientôt s'abaisser et se rapprocher de la ligne de mire. + +Si le vaisseau était toujours parfaitement tranquille, et le pont +parfaitement de niveau, on aurait marqué sur la plate-bande de culasse +et sur le bourrelet, les deux points qui déterminent, dans tous les cas, +la ligne de mire; mais il n'en est point ainsi. Le tangage est cause que +les points les plus élevés de la culasse et de la volée changent à tous +momens, ce qui rend le pointage beaucoup plus difficile. C'est donc à +l'intelligence du pointeur à remédier à cet inconvénient, en suivant le +mouvement de la pièce; et il y parvient en plaçant toujours son oeil +dans la direction de la ligne de mire, variable en ce qu'elle doit +toujours passer par les points les plus élevés de la plate-bande de +culasse et du bourrelet. + +Le roulis fait aussi changer à chaque instant l'angle que l'axe de la +pièce fait avec l'horizon; d'où il suit qu'on ne peut réellement pointer +les pièces sur les points indiqués par les planches 1, 2 et 3, au +moment où l'on doit faire feu. Mais on remédie à cet inconvénient en +donnant d'avance aux pièces, comme on l'a indiqué dans l'exercice, une +hauteur convenable pour qu'au roulis le point sur lequel la ligne de +mire doit être dirigée puisse se présenter dans le prolongement de cette +ligne; et il faut que le canonnier sache saisir ce moment pour faire +partir le coup, ce qui demande beaucoup d'intelligence et d'habileté. + +Enfin, lorsque la marche du navire est très-grande, la vitesse acquise +par le boulet comme par tous les corps qui sont à bord, vient encore +modifier la direction du projectile au sortir de la pièce, en sorte que +celui-ci doit arriver un peu avant du point qu'on voulait frapper. Mais +cet effet est assez peu sensible, et il est rare qu'il y ait lieu de le +prendre en considération, d'autant que la marche du vaisseau ennemi en +corrige l'inconvénient si, comme il arrive ordinairement, il suit la +même route, et s'il a un sillage à-peu-près égal. + +Comme il est impossible que les canonniers puissent lever toutes les +difficultés que les mouvemens du vaisseau apportent au pointage, il est +à propos de faire remarquer que les boulets qui arrivent plus haut qu'on +ne voulait, peuvent ne pas être perdus et atteindre les mâts les plus +élevés ainsi que leur gréement, et que ceux qui sont pointés trop bas +peuvent ricocher et frapper la coque de l'ennemi. + +Il semble donc qu'il convient de faire feu pendant que le vaisseau se +relève, si l'on tire en plein bois, à démâter, à boulet ramé ou à +mitraille; et pendant qu'il s'abaisse, si la mer n'est pas trop grosse, +et que l'on tire à couler bas. + +On a supposé jusqu'ici que le boulet devait atteindre le but de +plein-fouet, c'est-à-dire sans sauts ou ricochets; mais comme le tir à +ricochets, quand la mer est belle, présente lui-même des chances +beaucoup plus nombreuses pour frapper un bâtiment ennemi, il est utile +d'entrer dans quelques explications. + +On appelle _ricochets_, les sauts et les bonds que fait un boulet +pendant sa course lorsqu'à terre il vient à rencontrer le sol, et à la +mer la surface des eaux; il n'est pas de marin qui n'ait été à même de +remarquer cet effet. + +Sur mer, pour qu'un boulet puisse ricocher (et il ne s'agit ici que des +boulets ronds), il faut que l'angle de projection soit au-dessous de +sept degrés, et que d'ailleurs la mer soit belle; dans le cas pourtant +où il y a quelque agitation, la forme des lames, qui sont toujours plus +couchées du côté du vent que du côté de dessous le vent, rend les +ricochets plus faciles ou plus fréquens lorsqu'on tire contre un +bâtiment sous le vent, que contre un bâtiment au vent. + +Observons actuellement les effets du ricochet dans un boulet de moyen +calibre, lancé horizontalement sur une belle mer, et partant d'un canon +de première batterie de vaisseau: ce boulet parcourt environ 150 toises +du premier jet; il se relève de 6 pieds environ par son premier +ricochet, il parcourt ensuite 225 toises sous une élévation qui atteint +encore environ 6 pieds; le troisième ricochet est de 150 toises et de 10 +pieds d'élévation; la portée s'achève enfin par plusieurs bonds inégaux +et incertains. On comprend facilement que l'angle de chute d'un +projectile étant toujours plus grand que celui de projection, et que +chaque angle de réflexion étant à-peu-près égal à celui de chute, les +derniers ricochets doivent être plus élevés que les premiers. + +On voit donc que si le tir de plein-fouet présente des difficultés qui +croissent en raison de la distance, laquelle est elle-même fort +difficile à estimer[9], il n'en est pas de même du tir à ricochets, +puisque sous les conditions énoncées, et même celle d'une charge de +poudre diminuée d'un tiers, on peut espérer d'atteindre souvent le but, +sans autre exactitude que celle d'un bon pointage latéral. + + [9] On peut indiquer comme moyen de déterminer cette distance, celui + qui consiste à mesurer, avec un instrument à réflexion, l'angle opposé + à la hauteur de la mâture du bâtiment ennemi; c'est d'après cette + mesure, à divers éloignemens, qu'on a dressé la table qui est annexée + aux échelles et planches du pointage. + +Il reste à faire observer que les ricochets n'altèrent sensiblement ni +la portée ni la force des projectiles, et à ajouter que plus l'angle de +projection est petit, plus le ricochet est rasant: il est convenable, +s'il y a du roulis, de tirer alors de préférence quand le bâtiment +s'abaisse du côté où l'on tire. + +L'efficacité du tir à ricochets peut se démontrer par plusieurs +expériences; on ne citera que celle-ci: sur 180 boulets de 12, lancés à +terre de plein-fouet, aucun n'a souvent atteint le but de 200 pieds de +longueur, sur 6 de hauteur, et placé à 900 toises de distance; tandis +que sous le même nombre de boulets lancés sous le pointage de la ligne +de mire horizontale, ceux qui frappent ce but sont moyennement de 36. + +Quant aux moyens de pointage par lesquels on peut obtenir le tir à +ricochets, on peut donner, comme pouvant servir d'indication, celui de +faire partir la pièce lorsque la ligne de mire est en direction de la +flottaison d'un bâtiment éloigné de 1-1/2 à 2 encâblures. Des guidons de +mire, ou fronteaux de volée, qui ont été proposés pour égaliser le rayon +de la volée avec celui de la culasse, seraient, dans le cas dont il +s'agit, très-avantageux, si l'on parvenait à les fixer solidement; il +suffirait alors de pointer par la ligne de mire sur un point placé à une +hauteur du bord ennemi correspondant à celle d'où l'on tire[10]. + + [10] Dans son traité de l'artillerie navale, Douglas propose, pour le + tir horizontal, dont il reconnaît tous les avantages, un pendule qui + s'adapterait au canon, sur lequel serait d'ailleurs une raie latérale + en peinture blanche, parallèle à l'axe de la pièce. + +Il ne reste plus qu'à ajouter quelques règles particulières: les +canonniers devront toujours charger, pointer et tirer avec calme +et sans précipitation; jamais une pièce ne devra faire feu sans qu'elle +ait été dirigée sur un point bien reconnu, ou au moins sans qu'on soit +fixé sur la véritable position de l'ennemi, soit qu'on l'aperçoive +réellement, soit qu'on distingue où il est par la lueur de son feu, par +l'épaisseur ou la direction de la fumée qui sort de son bord, etc. + +La distance de l'ennemi doit être annoncée par les officiers; dans le +cas contraire, le chef de pièce devra l'apprécier le mieux qu'il lui +sera possible, pour pointer le plus juste qu'il pourra; il convient à +cet effet qu'il s'exerce d'avance à bien juger des distances. + +Si l'on doit dépasser l'objet sur lequel on veut tirer, ou qu'on doive +être dépassé par lui, il est convenable de pointer, dès que la chose est +possible, pour être dans le cas de faire feu de nouveau avant que +l'ennemi soit hors de direction; mais si l'on prévoit ne pas avoir le +temps de tirer une seconde fois, le chef de pièce doit pointer +à-peu-près en belle, et attendre dans cette position l'instant où le +vaisseau ennemi se présentera. + +Quand il y a des mouvemens fréquens d'aulofée et d'arrivée, on doit +pointer dans une direction moyenne à ces mouvemens, et saisir le moment +favorable pour faire feu. + +Un tir oblique est susceptible de causer un surcroît de fatigue aux +boucles et aux crocs; cependant il n'altère pas la justesse du coup, et +on ne doit pas hésiter à s'en servir dans l'occasion. + +Si par l'effet de la marche du navire, ou d'une évolution, on peut +prévoir que le vaisseau ennemi cessera bientôt d'être dans une direction +convenable, il faut accélérer un peu le feu pour ne pas perdre une +occasion de lui nuire. + + +_Remarques._ + +_Du but-en-blanc._ + +On considère deux espèces de lignes dans le tir des armes à feu: la +ligne de mire, qui est le rayon visuel dirigé le long de la surface +supérieure du canon vers l'objet qu'on veut atteindre; la ligne de tir, +qui est la courbe que décrit le projectile lorsqu'il est lancé hors du +tube par l'explosion de la poudre. Cette courbe serait une parabole, si +l'élasticité et la ténacité de l'air n'opposaient de la résistance au +mobile. + +Par la construction des armes en général, la ligne de tir et celle de +mire forment entre elles, au-delà de la bouche, un angle plus ou moins +ouvert, suivant l'épaisseur à la culasse et celle à l'extrémité opposée. +Le projectile, à sa sortie du cylindre, coupe d'abord, et à peu de +distance de la bouche, la ligne de mire, passe au-dessus d'elle, et, +forcé par l'action de sa pesanteur, il se rapproche de cette ligne, la +coupe une seconde fois, et achève de décrire sa courbe jusqu'à sa chute. +Ce second point d'intersection est ce qu'on appelle le _but-en-blanc_; +il est plus ou moins éloigné de l'extrémité de l'arme, selon le nombre +de degrés de l'angle sur lequel on tire. + +Ainsi, 1º pour frapper un but qui serait entre le bout du canon et la +première intersection, il faudrait pointer au-dessus; 2º si le but était +entre les deux intersections, il faudrait pointer au-dessous; 3º si le +but était à une des intersections, il faudrait y viser directement pour +l'atteindre; 4º enfin s'il était au-delà de la seconde intersection, il +faudrait pointer au-dessus[11]. + + [11] Hulot, instruction sur l'artillerie. + +Les projectiles de différentes espèces n'ont pas une même portée, +quoique tirés avec la même pièce et dans les circonstances semblables; +la mitraille va moins loin, toutes choses d'ailleurs égales, que le +boulet. Quant au boulet ramé, les expériences prouvent que sa portée est +à-peu-près un terme moyen entre celles du boulet et de la mitraille. En +conséquence, chacune de ces trois espèces de projectiles a un +but-en-blanc très-distinct, dont la distance varie encore beaucoup, si +l'on tire avec plusieurs projectiles à la fois. On ne peut donc indiquer +un seul but-en-blanc aux canonniers pour chaque arme. + +TABLE _donnée dans les règles de pointage du capitaine_ MONTGÉRY. + + +=================+==============+===================================+ + DÉSIGNATION |ANGLE DE MIRE,| BUT-EN-BLANC + DES BOUCHES A FEU.| conformément | /------------/\-----------\ + | au dernier | du Boulet.| du Boulet |de la grosse + | réglement. | | ramé. | mitraille. + +-----------------+--------------+-----------+-----------+-----------+ + | |Encâblures.|Encâblures.|Encâblures. + Canons de 36 | 1° 32' 16" | 3 | 2-1/4 | 1-1/2 + -- 24 | 1 28 48 | 3 | 2-1/4 | 1-1/2 + -- 18 | 1 29 40 | 3 | 2-1/4 | 1-1/2 + -- 12 | 1 24 51 | 2-3/4 | 2 | 1-1/2 + -- 8 long. | 1 10 14 | 2-1/2 | 1-3/4 | 1-1/4 + -- 8 court.| 1 22 21 | 2-3/4 | 2 | 1-1/2 + -- 6 long. | 1 16 37 | 2-1/2 | 1-3/4 | 1-1/4 + -- 6 court.| 1 27 11 | 2-3/4 | 2 | 1-1/4 + -- 4 long. | 1 11 14 | 2-1/4 | 1-1/2 | 1 + -- 4 court.| 1 19 35 | 2-1/2 | 1-3/4 | 1-1/4 + Caronade de 36 | 3 43 24 | 4-1/4 | 3 | 2-1/4 + -- 24 | 3 18 40 | 3-3/4 | 2-3/4 | 2 + + TABLE _donnée par le réglement de_ 1834. + + BOULETS RONDS. | BOULETS RAMÉS. | MITRAILLES. + Canons de 36 } | | + -- 30 } | | + -- 24 } 4 encâblures. |2-1/2 encâblures.|2 encâblures. + -- 18 } | | + | | + Caronade de 36 } | | + -- 30 } 4-1/2 encâblures.|3 encâblures. |2-1/4 encâblures. + -- 24 } | | + +=================================+=================+================+ + +Cette différence considérable qui existe entre ces deux tables provient +probablement de la différence des pièces avec lesquelles ont été faites +les expériences. On doit donc accorder plus de confiance à celle du +tableau de 1834, puisqu'on a dû se servir des pièces plus récemment en +usage. + +L'angle de mire des caronades de 36, 30 et 24, dont on se sert +ordinairement, étant très-ouvert, il s'ensuit nécessairement que +lorsqu'on tire à une portée moindre que celle du but-en-blanc, +c'est-à-dire de 1 à 4 encâblures, le boulet passera bien au-dessus du +point qu'on veut battre, puisque, terme moyen, la trajectoire, dans ces +circonstances, s'élèvera de quarante pieds au-dessus de la ligne de +mire. Pour y remédier on a imaginé d'appliquer à la volée un morceau de +bois ou de métal, appelé _fronteau de mire_, gradué pour les distances +de 1 à 4 encâblures. + + +_Du Pointage et du Tir._ + +La difficulté d'obtenir un bon pointage des canonniers, puisqu'il faut +qu'occupés à manoeuvrer leur pièce, ils estiment la distance à laquelle +ils sont du navire ennemi, et qu'ils calculent ensuite quelle est +l'élévation ou l'abaissement à donner au canon, d'après cette distance, +pour atteindre le but, a fait imaginer plusieurs moyens pour éviter +cette opération, le plus souvent impraticable, et dont les résultats +sont presque toujours incertains. + +Mais tous ces moyens, réels en théorie, ont offert dans la pratique des +inconvéniens si graves, qu'ils ont été abandonnés presque aussitôt mis +en usage. + +Les échelles données par l'instruction de 1834 ont présenté un résultat +plus avantageux sans doute, mais non encore exempt d'inconvéniens +nombreux. + +L'instruction dit: pour pointer à couler bas par la ligne de mire +naturelle, à 5 encâblures par exemple, il faut viser un peu au-dessus +des bastingages des vaisseaux à trois ponts, ou à la hauteur du filet de +casse-tête de ceux à deux ponts, ou au quart à-peu-près de la distance +qui sépare les bastingages et la grande hune des frégates, etc. + +Supposons qu'une appréciation exacte de la distance à laquelle on est de +l'ennemi, parvienne du pont aux chefs des batteries, et qu'ils ordonnent +aux chefs de pièces de pointer à hauteur des filets de casse-tête, ou +au quart à-peu-près de la distance qui sépare le bastingage et la grande +hune; est-il probable que ce point pourra être aperçu des chefs, lorsque +souvent il est difficile de distinguer l'ennemi enveloppé de fumée, +surtout si l'on combat au vent? N'est-il pas à craindre que les chefs, +pour ne pas encourir le reproche de manquer d'ardeur, ne tirent leur +coup au hasard? + +Le moyen qui, jusqu'ici, nous paraît remplir le mieux toutes les +conditions, est l'emploi des _hausses_, qui n'exige que l'appréciation +de la distance, laquelle donnée aux chefs de pièces par les chefs des +batteries, réduit le tir à celui du but-en-blanc. + +Ce système se compose de deux pièces: l'une, appelée masse de mire, est +un morceau de métal qui s'adapte, au moyen d'un cercle en fer à écrou, +au renfort de la volée; la seconde, d'une espèce de boîte en cuivre, +renfermant un montant mobile qui s'adapte par deux vis sur le champ de +lumière à l'arrière de la plate-bande de culasse. Le montant mobile est +gradué sur ses faces avant et arrière de 1/2 à 6 encâblures pour les +charges au tiers et au quart; une vis de pression le rend immobile, +lorsque le chef de pièce l'a mis à la hauteur convenable. + +La distance du but-en-blanc dépendant, non-seulement de la courbure de +la trajectoire, mais encore du plus ou moins d'ouverture de l'angle de +mire, on diminue cet angle en ajoutant à la volée la masse de mire; et +comme sa hauteur rend le demi-diamètre de la pièce à ce point égal au +demi-diamètre de la culasse, on le réduit à zéro. Par là on diminue la +distance du but-en-blanc, parce que la ligne de mire s'écartant moins +dans le principe de la trajectoire, en est plus promptement rencontrée +une seconde fois. Mais l'application du montant ou _hausse_ à la culasse +produit un effet contraire et réduit par conséquent le pointage pour +toutes les distances graduées sur le montant, à celle du but-en-blanc, +c'est-à-dire que le chef pointe, en mettant dans le même alignement son +oeil, le point le plus élevé du montant et celui de la masse de mire. + +Les expériences faites avec ces hausses ont donné les résultats les plus +avantageux; sur cent boulets lancés de 2 à 3 encâblures, plus de la +moitié auraient porté dans la coque d'un navire ayant 10 pieds +d'oeuvres-mortes, l'autre moitié n'aurait pas dépassé la grande hune. + + + + +CHAPITRE VIII. + +_Manoeuvres de Force relatives au Canonnage._ + + +_Embarquement et débarquement d'un affût._ L'affût se saisit par les +fusées de l'essieu de derrière; on le hisse le long et au haut du mât du +ponton qui l'a porté; on y a accroché d'avance le palan d'étai du bord, +et, en halant sur celui-ci, l'affût arrive à l'appel du grand panneau +par où on l'introduit à bord; c'est à l'aide des mêmes moyens, mais dans +un ordre inverse, qu'on le débarque. Au lieu d'un ponton, on peut +employer la chaloupe mâtée du bâtiment, ou le palan de bout de vergue. + +_Embarquement d'un canon._ Si la pièce est de gros calibre, on +aiguillette une caliorne à la grande vergue, de manière que le point de +suspension corresponde à 2 ou 3 pieds en dehors de la préceinte; on +brasse la vergue pour que cette caliorne se trouve en direction du +sabord par où l'on veut faire passer la pièce, et l'on adapte une fausse +balancine, que l'on raidit ainsi que les drosses et les bras. + +La pièce est supposée dans un chalan ou sur un quai le long du bord, +vis-à-vis du sabord désigné; on la saisit par une élingue à canon, que +l'on passe d'abord au bouton de culasse, et qu'on élonge ensuite par ses +doubles sur la pièce, en remontant jusqu'à la volée, à laquelle elle est +saisie en avant des tourillons par plusieurs tours d'aiguillette. On +accroche à la boucle que forment les doubles de l'élingue en dehors de +l'aiguilletage, la caliorne frappée à la vergue, et dont le courant du +garant est dirigé et enroulé au cabestan. + +On vire au cabestan jusqu'à ce que la pièce soit arrivée à la hauteur du +sabord; on introduit un anspect ou levier dans l'âme pour servir à +diriger la pièce qui doit entrer horizontalement dans le sabord, la +culasse la première; à cet effet, on se sert aussi d'un palan croché +dans l'intérieur de la batterie, et qui, sortant par ce sabord, +s'accroche près du bouton de culasse. On hale sur le garant de ce palan; +et avec ces moyens on appelle et on place la pièce sur son affût, que +l'on présente au sabord. On mollit la caliorne à mesure qu'on amène, et +on la mollit encore pour la décrocher; on en fait autant du palan, on +défrappe l'élingue; on roule cet affût à un autre sabord, et l'on y en +présente un nouveau pour recevoir un autre canon par le même procédé. + +On peut en outre frapper une estrope sur la volée pour y crocher le +palan de la candelette, ce qui donne un surcroît de force et un moyen de +direction. On peut aussi enlever le croissant de l'affût pour rapprocher +celui-ci du bord. L'affût est préalablement amarré au sabord, ou bien on +en cale les roues, suivant les cas, pour l'empêcher de bouger. + +Il est préférable que l'estrope de la poulie inférieure de la caliorne +soit à oeillet, parce qu'après l'avoir passée dans l'élingue de la pièce +on y introduit un burin pour la retenir contre celle-ci; le burin +détériore moins le cordage qu'un croc. + +Lorsque la pièce est de petit calibre, ou s'il s'agit d'une caronade, il +suffit d'employer le palan de bout de vergue et le palan d'étai; et si +cette pièce est destinée pour les gaillards, on la fait passer +par-dessus le bastingage; chaque canon s'amène alors directement sur son +affût, que l'on présente sous les palans dès que l'affût précédemment +présenté a reçu sa pièce et a été éloigné. + +_Débarquement d'un canon._ On dépasse la brague, si elle se trouve +par-dessus la culasse, on retient l'affût au bord, ou l'on en cale les +roues; et dans un ordre inverse de celui de l'embarquement, mais à +l'aide des mêmes procédés, on opère le débarquement du canon. + +Si le bâtiment est désarmé ou démâté, on le conduit sous une grue, ou +bien l'on se sert de mâts de charge, de bigues ou de cabres. + +_Changement d'affût d'un canon à bord._ Il y a plusieurs moyens +d'exécuter cette manoeuvre; ils vont être indiqués afin qu'on puisse +employer le plus avantageux, relativement aux attirails dont on est +pourvu et à la position des canons. + +_Premier moyen._ Par la machine dite à monter et à démonter les canons, +et formée de deux civières à canon, garnies chacune de deux poulies +simples, proportionnées à la grosseur des itagues, et dont les caisses +ont le moins de longueur possible. Deux estropes garnies de même, et +quatre itagues proportionnées aux calibres des canons, ayant un bout +garni d'une cosse, et l'autre en queue de rat. On se sert de deux +boucles placées au barrot, l'une à environ 3 pieds, et l'autre à 9. + +On dispose le canon de manière que sa culasse et sa volée soient sous +les deux boucles du barrot; on passe une estrope dans chacune; elle +tient d'un côté à une poulie simple qui y est immédiatement fixée, et +dès que l'autre bout est passé dans la boucle, on y amarre solidement +une autre poulie, mais de manière qu'on puisse la démarrer facilement +lorsque la manoeuvre est finie. + +On saisit le canon à la volée et à la culasse avec les deux civières qui +doivent faire tour mort autour du canon; les poulies simples, dont +chacune est garnie, doivent se présenter de chaque côté de la pièce et à +égale hauteur. On passe chaque itague dans une poulie de l'estrope de la +boucle, puis dans celle correspondante de la civière; et l'on ramène son +bout pour le fixer par un dormant à la boucle. + +Les quatre poulies doubles des quatre palans sont accrochées aux quatre +cosses des itagues; quant à leurs poulies simples, celles des palans de +derrière le sont aux boucles des palans de retraite des canons voisins, +et celles de devant, aux boucles fixées à la serre-gouttière, et, à leur +défaut, dans celles placées pour fausses bragues, immédiatement sur le +derrière des affûts voisins ou autres qui se trouveraient dans la +direction et à la distance convenables. Les palans de devant sont +dirigés à droite et à gauche de la pièce, perpendiculairement à son axe, +et ceux de derrière le sont en éventail en arrière du canon. + +On ôte les sus-bandes, et au commandement _ferme!_ les hommes agissent +ensemble pour élever la pièce jusqu'à ce qu'on puisse ôter l'affût. Ce +moyen exige deux équipages de canon, mais il est sûr et il convient dans +les gros temps. + +_Deuxième moyen._ Sans machine. On saisit solidement la pièce à la +boucle de serre par le raban de volée; on passe ensuite le milieu d'un +bon cordage sous le collet du bouton, et ses bouts dans la boucle de +dessus; on ôte les sus-bandes; on place sous le bouton deux forts +leviers sur lesquels on fait effort pour élever le canon jusqu'à ce +qu'on puisse retirer l'affût de dessous. A mesure qu'il s'élève, on +embraque le cordage sous le collet du bouton, et dès qu'il est assez +élevé, on fait une quantité de tours suffisans pour en supporter le +poids pendant qu'on change l'affût. + +_Troisième moyen._ Lorsque l'affût à changer est sous les passe-avants +ou sur les gaillards, on transporte la pièce sous les caliornes ou +candelettes du vaisseau, et à leur aide on enlève et on replace le +canon. + +_Quatrième moyen._ Si l'affût est brisé, et le canon tellement placé +qu'on ne puisse employer aucun des moyens précédens, on l'élève sur deux +chantiers en disposant la lumière en dessous; on pose l'affût nouveau +sans roues sur le canon, de manière que toutes leurs parties se +correspondent; on met les sus-bandes et les clavettes en place; on passe +deux trévires, une sous le ceintre de l'affût, et l'autre en avant de +l'essieu de devant: elles embrassent le canon et son affût par plusieurs +tours; on passe ensuite un levier dans l'âme de la pièce, au moyen +duquel et des trévires on commence à renverser le canon. Dès que les +fusées des deux essieux touchent le pont, on y cloue un cabrion pour les +empêcher de glisser; on place des cordages de retenue du côté opposé à +celui des trévires, pour modérer l'effort du choc sur le pont, lorsqu'il +tombe sur sa base; on embarre des pinces et des leviers à mesure que +l'élévation de l'affût le permet; puis faisant effort à la fois sur les +leviers, sur la bouche, sur les trévires, en garnissant le dessous de +l'affût à mesure que le canon s'élève, maintenant avec force, pendant +ces opérations, les cordages de retenue pour retenir l'affût lorsqu'il +tombera sur la base, on achève de remettre le canon dans sa position +ordinaire. On place ensuite les roues de l'affût, et on le conduit au +sabord. + +Dans le cas où, faute d'affût de rechange, on est obligé de descendre le +canon sur le pont, alors, s'il fait mauvais temps, on le place sur deux +chantiers, et l'on a soin de le bien saisir au moyen de quatre mains de +fer ou galoches placées de chaque côté de la culasse et de la volée, et +clouées solidement sur le pont; elles serviront à passer de bonnes +aiguillettes dont les tours seront assez multipliés autour du canon pour +être certain qu'il ne peut se démarrer. + +_Jeter les canons à la mer._ Cette opération a lieu lorsque le vaisseau +est vieux, délié, que l'artillerie le fatigue beaucoup, ou que le temps +est très-mauvais. Il faut élever la culasse du canon autant que +possible; on retire alors les sus-bandes, en ne laissant à la pièce +qu'un ou deux tours de raban; on passe une pince sous chaque tourillon, +puis deux anspects un peu en arrière, et à l'instant où le roulis est +favorable, on fait force sur tous ces leviers à la fois, et, en ouvrant +les mantelets, on débarque les canons. + + +_Remarques._ + +En général, pour ne pas fatiguer les basses vergues par l'embarquement +des canons, les pontons sont munis d'un mât à appareil, et la caliorne +de l'appareil se vire sur le cabestan du ponton; deux forts palans +crochés dans l'intérieur de la batterie servent à diriger le canon et à +le faire entrer lorsque la caliorne l'a élevé un peu au-dessus de la +hauteur du sabord. + +En embarquant l'artillerie, on doit avoir soin de la répartir d'une +manière uniforme en allant du centre aux extrémités, pour ne pas +fatiguer le bâtiment. Le poids de chaque pièce étant connu, on doit +aussi le répartir de manière que la somme des poids soit la même pour +les deux bords. + + + + +CHAPITRE IX. + +_Mise hors de Service, Enclouage et Désenclouage des Bouches à feu._ + + +Le meilleur moyen de mettre les bouches à feu hors de service, consiste +à leur casser un tourillon; mais ce moyen serait, sinon impossible, au +moins bien difficile pour les pièces en bronze. Quant aux canons en fer +coulé, on en détache assez facilement un tourillon en le frappant +fortement à faux, principalement sur l'arête, et toujours dans le même +sens, avec une masse ou un fort marteau. Il faut, après chaque coup, +maintenir la masse sur le point frappé. + +S'il s'agit d'évacuer un arsenal, et qu'il y ait des pièces en bronze +rangées sur les chantiers, on allume sous ces pièces un bon feu de +charbon, et quand elles sont chaudes, on les frappe fortement sur la +volée pour les faire plier. + +On peut encore chauffer fortement un tourillon et essayer de le casser, +ou au moins de le faire plier en le frappant. + +On tire aussi quelquefois les pièces en bronze avec une forte charge de +poudre, en remplaçant le projectile par des fragmens de boulets à arêtes +vives, lesquels produisent des éraflemens qui dégradent promptement +l'âme. + +On tire également quelquefois un coup de canon à bout portant contre la +volée de la pièce qu'on veut mutiler; mais ce moyen ne serait pas +toujours sans danger, si l'on n'avait l'attention de communiquer le feu +avec une mèche lente, qui donne aux canonniers le temps de se retirer +avant l'explosion. Cette mèche lente peut être faite avec un morceau +d'amadou de 15 lignes de longueur et traversant un morceau de papier qui +couvre l'amorce. On fait éclater une bombe ou un obus bien éclissé dans +un mortier, ou dans un obusier, pour le mettre hors de service. + +A défaut des moyens ci-dessus, on encloue les pièces; pour y parvenir, +on emploie des vis en acier trempé; après les avoir enfoncées le plus +possible, on les casse au ras de la pièce. Quand on n'a pas de vis, on +enfonce dans la lumière un clou carré d'acier, dont les arêtes ont été +entaillées de différentes coches, ayant leur ouverture tournée vers le +gros bout. Ces clous doivent être trempés et avoir leur pointe recuite +pour pouvoir être rivés en dedans. Après les avoir enfoncés à grands +coups de marteau, on casse l'excédant de ces clous en dehors. On met au +fond de la pièce de la terre glaise, et quelquefois par-dessus un +cylindre de bois dur qui ne doit pouvoir entrer qu'avec beaucoup +d'efforts. Dans tous les cas, on place par-dessus un boulet de calibre +enveloppé de feutre ou de plomb, et enfoncé avec beaucoup de force. Dans +un moment pressé, on peut se contenter d'introduire dans l'âme un boulet +ainsi forcé. + +S'il s'agit au contraire de désenclouer les pièces, voici comment on +peut y parvenir. + +Quand le clou n'est pas vissé et que les obstacles qui se trouvaient +dans l'âme ont été retirés, on charge la pièce au tiers ou à moitié du +poids du boulet; on emploie une tringle de bois de quelques lignes +d'équarrissage, ayant une rainure dans sa longueur, et dans cette +rainure une mèche dite cravate d'étoupilles, communiquant à la charge. +On bourre le canon avec des bouchons de vieilles cordes, bien refoulés +avec un levier ou un anspect, et l'on met le feu à l'étoupille. Il faut +souvent plusieurs coups pour faire sauter le clou. + +Si le clou qui est dans la lumière est vissé, il faut s'assurer s'il ne +serait pas en fer ou en acier pur trempé, parce qu'avec un petit burin +en bon acier on pourrait peut-être fendre sa tige, et le retirer avec un +tournevis. + +Il convient encore, lorsque tout autre moyen a échoué, de gratter un peu +le métal de la pièce autour du clou, d'y faire un petit godet en cire, +et d'emplir ce godet d'acide nitrique ou d'acide sulfurique, qu'on +renouvelle de temps en temps. Il arrive quelquefois que l'acide +s'introduit par l'effet de la capillarité entre le clou et la pièce, et +qu'il ronge le métal, au point qu'il est facile de faire sauter le clou +avec une charge de poudre assez faible. + +Si les obstacles qui se trouvaient dans l'âme n'ont pu être enlevés +immédiatement, on perce une nouvelle lumière à côté de la première, on +introduit un peu de poudre par cette lumière, et l'on fait sauter les +obstacles en enflammant cette poudre. + + + + +CHAPITRE X. + +_Des Soutes à Poudre._ + + +On appelle ainsi le lieu où on enferme les poudres à bord. La place +occupée par les soutes à poudre varie suivant le rang des navires. Les +vaisseaux et frégates en ont deux, l'une appelée grande soute, située de +l'arrière de la cale au vin, et la seconde sur l'avant du magasin +général. + +Dans la construction, le plancher inférieur des soutes est élevé de +quelques pieds au-dessus de la carlingue, afin que l'eau ne puisse +l'atteindre dans les circonstances ordinaires. Les cloisons avant et +arrière sont formées par deux rangs de bordages, dont l'intervalle est +rempli par une maçonnerie, pour résister autant que possible à l'action +du feu. + +Pour noyer les poudres en cas d'incendie, lorsqu'on craint de ne pouvoir +s'en rendre maître, on ouvre les robinets placés en abord et renfermés +dans des caisses en chêne, doublées en plomb, dont la clef est entre +les mains du second du bâtiment. + +Les soutes sont éclairées par un ou deux fanaux, suivant leurs +dimensions, placés à l'extérieur de la cloison avant ou arrière. Deux +fortes glaces encastrées dans la cloison laissent passer la lumière et +isolent le fanal de la soute. + +Le long des cloisons on pratique des armoires, dont les portes sont à +caille-botis ou à grillage en fil de laiton, pour laisser circuler +l'air, dans lesquelles on range sur des étagères, et par calibre, les +gargousses pleines ou _l'apprêtée_. La poudre en baril est arrimée +bâbord et tribord dans la soute. + +Dans le lieu le plus éclairé de la soute on place _l'auge_ ou _pétrin_, +pour confectionner les gargousses. C'est dans ce pétrin qu'on vide la +poudre contenue dans les barils, puis des canonniers munis d'une mesure +la remplissent exactement et la versent dans une gargousse dont on +amarre le collet. Chaque calibre a sa mesure particulière. + +L'apprêtée faite avant le départ du port, doit être au moins du tiers de +la poudre embarquée. + +L'adoption des caisses en cuivre a changé la disposition des soutes et +simplifié le service des poudres. + +Ces caisses, qui sont de différentes dimensions pour chaque calibre, ne +sont pas à couvercle, mais à calotte vissée sur la face supérieure au +moyen d'une clef mobile. Elles sont de forme quadrangulaire légèrement +coupée sur les angles, et sont garnies d'anses. Sur le couvercle on +indique, en grosses lettres, l'espèce de bouche à feu, son calibre, et +l'espèce de charge. + +Les soutes sont alors divisées en compartimens propres à recevoir les +caisses placées les unes à côté des autres, mais sur un seul rang. +L'apprêtée faite à terre est envoyée à bord dans les caisses qui sont +immédiatement arrimées par calibre, et par espèce de charge; +c'est-à-dire que le 36 charge au tiers, est séparé du 36 charge au +quart, et ainsi pour les autres calibres. Pour que les hommes chargés du +passage des gargousses ne puissent pas se tromper, quoique chaque caisse +porte sur son couvercle l'indication du calibre et l'espèce de charge, +chaque compartiment porte encore un écriteau qui indique le calibre, +l'espèce de charge et leur nombre. + +Sur le pont supérieur de la soute, aussi près que possible du lieu où +l'on a placé les caisses d'un même calibre, mais si on le peut en dehors +de leur direction, on perce deux écoutillons, dont un reçoit une manche +en toile dans laquelle on jette les gargoussiers vides qui tombent ainsi +dans la soute; et le second sous lequel on place un reposoir, sert au +passage de la gargousse pleine. De cette manière chaque calibre a un +passage particulier, ce qui évite la confusion. + +Les gargoussiers vides, avant d'être envoyés dans les soutes, sont +secoués dans une baille pleine d'eau, placée dans l'entre-pont à côté de +la manche par où ils se rendent des batteries. + +Il suffit, dans chaque soute, de deux hommes par calibre, plus un novice +ou un mousse pour ramasser les gargoussiers vides et les remettre à +l'homme chargé d'y poser la gargousse. + +On dépose aussi dans les soutes à poudre, les boîtes à cartouches pour +fusils et pistolets, ainsi que les barils à bourse pour +l'approvisionnement des hunes et des embarcations. + + +_Description de la Hausse Marine._ + +Ce système de hausse se compose de deux pièces principales: la _masse de +mire_, la _hausse_. + +La masse de mire est une pièce de fer ou de cuivre bronze, placée vers +l'extrémité supérieure du renfort, et fixée à la bouche à feu par deux +boulons à vis. La partie supérieure est arrondie par un arc de cercle +dont le centre est pris sur l'axe de la bouche à feu. + +La hausse est composée de deux pièces, la _boîte_, le _curseur_. + +La boîte est en cuivre, elle est fixée par trois petits boulons à la +culasse de la bouche à feu; c'est dans cette boîte que glisse le +curseur. + +Une vis la maintient à différentes hauteurs. Pour faire tourner cette +vis, on se sert de clef, et pour que le chef de pièce en fasse usage à +volonté, elle tient au cabillot placé au bout du cordon du percuteur. + +Le curseur en fer forgé est composé d'une tige carrée et d'un chapeau; +le dessus du chapeau est terminé par un arc de même rayon que celui de +la masse de mire. + +Deux faces de la tige sont divisées chacune par six profondes rainures +horizontales. La face qui est du côté du bouton est divisée pour la +charge au quart, celle opposée pour la charge au tiers. + + +_Pointage au moyen de cette Hausse._ + +Pour pointer le canon à bout portant, on place la tête du curseur sur la +boîte; à 200 mètres, il suffit d'élever le curseur de manière que la +première rainure soit à la hauteur de la boîte. + +A 400 mètres, on place le curseur à la 2me division, et ainsi de suite +jusqu'à la 6me qui est la hauteur à donner pour obtenir la portée de +1,200 mètres. + + +_Installation du système de Hausse._ + +Pour que le système de hausse soit bien placé, il faut: 1º que la ligne +qui passe par le point le plus élevé du chapeau (celui posé sur la +boîte) et le point le plus élevé de la masse de mire, soient parallèles +à l'axe de la bouche à feu. Si la masse de mire se trouvait trop haute, +il faudrait la limer; si elle était trop basse, on l'élèverait en +mettant une cale entre elle et la pièce. 2º Qu'un plan vertical, passant +par le centre du curseur et par le milieu de la masse de mire, passe +aussi par l'axe de la bouche à feu, lorsque les tourillons sont placés +horizontalement. + +3º Il faut que la distance du milieu du curseur au milieu de la masse de +mire soit exactement celle portée pour chaque pièce dans le tableau +ci-joint. Ce tableau contient aussi les hauteurs à donner aux divisions +des hausses, pour toutes les bouches à feu de la marine. + +Quand les canons ont des anneaux de brague, la boîte des hausses est +attachée à la partie inférieure par un boulon qui traverse cet anneau, +comme on le voit pour les caronades. + +Le dessus du chapeau et de la masse de mire sont peints en bandes noires +et blanches, afin de guider le canonnier pour le rayon visuel. + +TABLEAU _faisant connaître les distances entre les masses de mire et les +hausses, ainsi que les graduations de ces dernières._ + + +================+======================+============+=======+ + | DÉSIGNATION | DISTANCE entre les |Espèces |Charges| + | des | axes du curseur et | de | de | + | BOUCHES A FEU. | de la masse de mire. |projectiles.|poudre.| + | | | | | + +----------------+----------------------+------------+-------+ + | | p p l p | | k | + | Canon-obusier | 3. 6. 6. 0.--1,1506. | Creux. | 3,92 | + | de 80. [12] | | | | + | | | | 1,4 | + | | p p l p | | | + | Canon 36 long. | 3. 10. 5. 9.--1,2581.| Plein. | 1,3 | + | | | | | + | | | | 1,4 | + | | p p l p | | | + | Canon 24 long. | 3. 8. 1. 3.--1,1966. | _id._ | 1,3 | + | | | | | + | | | | 1,4 | + | | p p l p | | | + | Canon 18 long. | 3. 5. 9. 3.--1,1307. | _id._ | 1,3 | + | | | | | + | | p p l p | | | + | Caronade 36. | 2. 2. 8. 6.--0,7230. | _id._ | 1,96 | + +================+======================+============+=======+ + + +================+===================================================+ + | DÉSIGNATION | DISTANCES DE LA BATTERIE AU BUT | + | des | ET GRADUATION A CHACUNE DE CES DISTANCES. | + | BOUCHES A FEU. +------+------+------+------+-------+-------+-------+ + | |200 m.|400 m.|600 m.|800 m.|1000 m.|1100 m.|1200 m.| + +----------------+------+------+------+------+-------+-------+-------+ + | | | | | | | | | + | Canon-obusier |0,0095|0,0206|0,0336|0,0482|0,0047 |0,0735 | | + | de 80. [12] | | | | | | | | + | |0,0085|0,0184|0,0296|0,0423|0,0563 | » |0,0716 | + | | | | | | | | | + | Canon 36 long. |0,0077|0,0167|0,0269|0,0383|0,0510 | » |0,0649 | + | | | | | | | | | + | |0,0082|0,0178|0,0290|0,0418|0,0558 | » |0,0714 | + | | | | | | | | | + | Canon 24 long. |0,0074|0,0162|0,0263|0,0378|0,0506 | » |0,0647 | + | | | | | | | | | + | |0,0078|0,0172|0,0231|0,0406|0,0545 | » |0,0701 | + | | | | | | | | | + | Canon 18 long. |0,0071|0,0156|0,0255|0,0368|0,0495 | » |0,0636 | + | | | | | | | | | + | | | | | | | | | + | Caronade 36. |0,0086|0,0185|0,0298|0,0425|0,0566 | » |0,0721 | + +================+======+======+======+======+=======+=======+=======+ + + [12] Observations. Canon-obusier de 80.--La nouvelle masse de mire ne + permet de pointer qu'à 1100 m. avec la charge 3k.92. + +TABLE _servant à déterminer la distance d'un Bâtiment à un autre, au +moyen de la hauteur angulaire des mâts._ + + +====================================================================+ + |Distances |Vaisseaux|Vaisseaux|Frégates|Corvettes|Corvettes|Bricks | + |en |à 3 ponts|de 74, et| de 44. | de 24 | de 20 |de 16 | + |encâblures.|et de 80.|grandes | | à 32. | à 24. | à 20. | + | | |frégates.| | | | | + +-----------+---------+---------+--------+---------+---------+-------| + | | ° ' | ° ' | ° ' | ° ' | ° ' | ° ' | + | 1/2 | 24 39 | 22 21 | 18 37 | 16 25 | 15 22 | 14 44 | + | 1 | 12 56 | 11 38 | 9 33 | 8 23 | 7 49 | 7 22 | + | 1-1/2 | 3 41 | 8 0 | 6 24 | 5 37 | 5 15 | 4 56 | + | 2 | 6 29 | 5 52 | 4 49 | 4 13 | 3 56 | 3 42 | + | 2-1/2 | 5 14 | 4 42 | 3 51 | 3 22 | 3 9 | 2 58 | + | 3 | 4 22 | 4 | 3 13 | 2 30 | 2 37 | 2 28 | + | 3-1/2 | 3 45 | 3 22 | 2 45 | 2 25 | 2 15 | 2 7 | + | 4 | 3 17 | 2 57 | 2 25 | 2 6 | 1 58 | 1 51 | + | 4-1/2 | 2 55 | 2 37 | 2 9 | 1 54 | 1 45 | 1 39 | + | 5 | 2 38 | 2 21 | 1 56 | 1 41 | 1 34 | 1 29 | + | 5-1/2 | 2 23 | 2 9 | 1 45 | 1 32 | 1 26 | 1 21 | + | 6 | 2 11 | 2 1 | 1 36 | 1 24 | 1 19 | 1 14 | + |Hauteur } | | | | | | + |du capelage} | | | | | | + |du grand } 165 p. | 162 | 126 | 106 | 99 | 55 | + |mât de } | | | | | | + |perroquet. } | | | | | | + +---------------------+---------+--------+---------+---------+-------+ + | _Observation._ | + | | + | Les angles sont mesurés à partir de la flottaison jusqu'au | + | capelage du grand mât de perroquet des bâtimens anglais, dont la | + | mâture est d'un douzième moins élevée que celle des bâtimens | + | français du même rang; ainsi qu'on le voit dans les Tables de | + | M. Gicquel des Touches. | + +====================================================================+ + + FIN. + + + + +TABLE DES MATIÈRES + +DE LA SECONDE PARTIE, CONTENANT LES MANOEUVRES DU NAVIRE ET DE +L'ARTILLERIE. + + + MANOEUVRE DU NAVIRE. + + Avertissement. 5 + + + CHAPITRE Ier. + + Du navire. 7 + + Du gouvernail. 12 + + + CHAPITRE II. + + Appareillages. 15 + + Appareiller, le navire évité le bout au + vent. 23 + + Appareiller, le navire évité le bout au + courant. 29 + + Appareiller, en faisant embossure. 32 + + + CHAPITRE III. + + _Manoeuvrer les voiles de mauvais temps._ + + Prendre des ris aux huniers. 35 + + Carguer un hunier de mauvais temps. 39 + + Prendre le ris aux basses voiles. 41 + + Carguer une basse voile de mauvais temps. 43 + + + CHAPITRE IV. + + _Des Viremens de bord._ + + Virer de bord, vent devant, en gagnant + au vent. 45 + + Observations. 46 + + Virer de bord, vent devant, le plus + promptement possible. 52 + + Virer de bord, vent arrière. 53 + + Observations. 54 + + Virer de bord, vent arrière, en masquant. 56 + + + CHAPITRE V. + + _De la Panne._ + + Mettre en panne, vent dessus, vent dedans. 58 + + Observations. 59 + + Mettre en panne, sous toutes les voiles + du plus près. 61 + + Faire servir, lorsqu'on est en panne, le + vent sur le petit hunier. 63 + + + Faire servir, lorsqu'on est en panne, le + vent sur le grand hunier. 64 + + Faire servir, lorsqu'on est en panne, + sous toutes les voiles du plus près. 65 + + Observations. id + + + CHAPITRE VI. + + _Sonder._ + + Sonder de beau temps. 66 + + Sonder de mauvais temps. 68 + + Observations. 69 + + + CHAPITRE VII. + + _De la Cape._ + + Des différentes espèces de cape. 70 + + Observations. 75 + + Arriver, ou virer, lorsqu'on est à la + cape. 78 + + + CHAPITRE VIII. + + _Mouillages._ + + Mouiller de beau temps. 83 + + Mouiller de mauvais temps. 85 + + Mouiller avec embossure. 87 + + Observations. 88 + + + CHAPITRE IX. + + Affourcher à la voile. 89 + + Observations. 91 + + + CHAPITRE X. + + _Des Abordages._ + + Aborder au vent, lorsqu'on est au plus + près. 94 + + Aborder sous le vent, lorsqu'on court + au plus près. 95 + + Aborder sur l'avant, lorsqu'on court au + plus près. 97 + + Aborder en courant largue. 98 + + Aborder à l'ancre. 99 + + + CHAPITRE XI. + + _De la Chasse._ + + Chasser au vent. 102 + + Chasser sous le vent. 104 + + _De la Tactique Navale._ 106 + + + MANOEUVRE DE L'ARTILLERIE. + + + CHAPITRE Ier. + + Définition et nomenclature. 114 + + + CHAPITRE II. + + Des projectiles et de la charge. 129 + + Remarques. 134 + + + CHAPITRE III. + + Emplacement des canons et de leurs + projectiles à bord. 140 + + Remarques. 146 + + + CHAPITRE IV. + + Exercice du canon d'un bord et par + temps. 148 + + Exercice de la caronade d'un bord et + par temps. 176 + + Exercice du canon obusier. 187 + + Exercice des deux bords et à volonté. 193 + + Remarques. 207 + + + CHAPITRE V. + + _Noeuds, Amarrages, etc., appliqués au Canonnage._ + + Aiguilletage. 211 + + Brague. 212 + + Bridure. id + + Brin. 213 + + Civière. id + + Coiffe d'écouvillon. id + + Croupière. id + + Elingue. id + + Epissure. 214 + + Estrope. id + + Estrope de culasse. id + + Faubert. 215 + + Fourrer un cordage. id + + Garant. id + + Garcette. 216 + + Garnir une brague. id + + Hampe de corde. id + + Itague. id + + Ligne d'amarrage. 217 + + Lusin. id + + Machine à démonter les canons. id + + Mèches. 218 + + Merlin. id + + Noeuds. id + + Palans de côté et de retraite. 218 + + Palanquin. 219 + + Quarantainier. id + + Queue de rat. id + + Raban de sabord. id + + Raban de retenue. 220 + + Raban de volée. id + + Surliure. id + + Valet. id + + + CHAPITRE VI. + + _Différentes manières d'amarrer les Canons à bord._ + + Amarrage à garans simples. 222 + + Amarrage à garans doublés. 223 + + Amarrage à la serre. 224 + + Amarrage le long du bord, dit en vache. 226 + + Amarrage au grelin. id + + Amarrage par la fausse brague. 227 + + Amarrage aux chevrons de retraite. 228 + + Amarrage par la queue des flasques. id + + Observation générale. 229 + + Amarrages de caronades. id + + + CHAPITRE VII. + + Pointage au tir. 230 + + Remarques; du but-en-blanc. 246 + + Du pointage et du tir. 252 + + + CHAPITRE VIII. + + _Manoeuvres de Force relatives au Canonnage._ + + Embarquement et débarquement d'un + affût. 256 + + Embarquement d'un canon. id + + Débarquement d'un canon. 258 + + Changement d'affût d'un canon à bord. 259 + + Premier moyen. id + + Deuxième moyen. 261 + + Troisième moyen. id + + Quatrième moyen. 262 + + Jeter les canons à la mer. 263 + + Remarques. 264 + + + CHAPITRE IX. + + Mise hors de service; enclouage et désenclouage + des bouches à feu. 265 + + + CHAPITRE X. + + Des soutes à poudre. 269 + + _Description de la Hausse Marine._ 273 + + +FIN DE LA TABLE. + + +Bar-s.-Seine.--Imp. de SAILLARD. + + + + +ERRATA + +DU DEUXIÈME VOLUME. + + _Pages._ _lignes._ _au lieu de_ _lisez_: + + 17 2 ancre à jas, _ancre à jet_. + + id. 8 id. id. + + id. 11 id. id. + + id. 17 id. id. + + 18 4 id. id. + + 19 11 id. id. + + id. 13 id. id. + + 20 4 id. id. + + 31 2 id. id. + + 61 11 lorsqu'on mettra, _lorsque mettant_. + + 84 5 si on vient largue après, _si on vient largue_, + + 85 9 en le masquant, _en les, etc., etc._ + + 116 dern. du tabl. 13 9-1/2 3 9-1/2 + + 117 3 le stourillons, _les tourillons_. + + 124 9 le lanon, _le canon_. + + + * * * * * + + + + +Note sur la transcription: + +Ce volume fait référence à des figures (fig. 1 en p. 117, fig. 2 en p. +118, fig. 3 en p. 119, fig. 4 en p. 121 et figure V en p. 234). Malgré +des recherches sérieuses et étendues, aucune édition trouvée ne comprend +ces illustrations, ce qui fait supposer que l'imprimeur a oublié de les +inclure. + +Les errata mentionnés dans le livre à la dernière page ont été +appliqués. + +Quelques points ont été rajoutés dans les listes et tableaux afin +d'harmoniser avec le reste des éléments. + +Faute de place en largeur, certaines tables ont été modifiées: + * p. 140 et 141, la table «Emplacement des Canons et de leurs + projectiles, à bord» a été scindée en deux, et sa première colonne + dupliquée. + * p. 275 et 276, la table «Tableau faisant connaître les distances + entre les masses de mire et les hausses, ainsi que les graduations + de ces dernières» a été scindé en deux. La première colonne + («Désignation des bouches à feu») a été dupliquée, et la colonne + «Observation» a été mise en note à la suite du deuxième tableau. + +Ce livre comprend de possibles erreurs de syntaxe comme l'utilisation +de «surjoaler» et «surjoualer» à la place de «surjaler». Celles-ci n'ont +généralement pas été corrigées. + +A l'exception des corrections suivantes et des erreurs clairement +introduites par le typographe, l'orthographe d'origine a été conservée +et n'a pas été harmonisée: + * p. 5, corrige «illétré» en «illettré», + * p. 22, corrige «renfonce» en «renforce» («quoiqu'on les renforce»), + * p. 23, corrige «lan» en «élan» («si dans un élan»), + * p. 38, corrige «ralingne» en «ralingue» («les huniers en ralingue»), + * p. 45, corrige «de vent» en «devant» («viremens de bord vent devant»), + * p. 66, corrige «employé» en «employée» («a pu être employée»), + * p. 77, corrige «iloire» en «hiloire» («l'hiloire»), + * p. 81, corrige «annulle» en «annule» + («annule l'effet du gouvernail.»), + * p. 87, corrige «un» en «une» («une embossure»), + * p. 100, corrige «tachant» en «tâchant» («en tâchant d'y entraîner»), + * p. 117, suppression des points après «Le support de la platine» et + «L'astragale de la lumière» pour harmoniser avec le reste + de la table, + * p. 125. idem p. 117 avec «La platine ou batterie» et «La corne + d'amorce», + * p. 136, capitalisation de "Montgéry", + * p. 146, corrige «tugue» en «tuque» («la tuque d'arrière»), + * p. 180, ligne 16, ferme la parenthèse après «commandement pour le + canon.», + * p. 188, ferme la parenthèse après «cosse estropée au collet.», + * p. 210, corrige «bât» en «bat» («lorsqu'on se bat»), + * p. 225, corrige «pacée» en «placée» («placée au-dessus»), + * p. 268, corrige «enflamment» en «enflammant» («enflammant cette + poudre»). + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Nouveau manuel complet de marine, by +Phocion-Aristide-Paulin Verdier + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 41039 *** |
